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1789, 07, n. 28 (11 juillet)
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DE FRANCE. "
( No. 28. )
SAMEDI 11 Juillet 1789 .
JUILLET a 31 jours & la Lune 29 Durer, au 31 , les
jours décroiflent de 28 ' so le mat. , &de 29 24" le foir.
JOURS
du
Mors.
NOMS DES SAINTS.
merc. Martial , Évêque .
jeudi . Vifitation de la Vierge.
J. PHASES
de
dela
LUNE.
9
10
3vend. Anatole , Ev. de Laodic.
4 fam. Tranflation de S. Martin. 12
Ste. Zoé , Martyre à Rom. 13
Temps moyers
au Midi vrai,
н. M. 80
327
337
3
4
fam. Tranflation de S. Benoît 19
11 6D. Gualbert.
13 lundi Turiaf, Évêque .
48
358
9
lundi Tranquillin , Martyr. 14 P. Z.
Umstdi Aubierge.
merc Ste . Elifabeth , Reine. 16
le 7, & 8
jeadi Cyrille ,Évêque.
h. 40 m.
17
10 vend. Sre . Féliciré.
dumatin.
4-19
4 28
437
4 45
。
455
3
10
5
10
21
٢17
22D.O. 524
23 le15,21 530
24 h . 30 m 136
25 dumatin f41
6 545
17 550
13
Q
514
NL σ
517
559
22. 10 m. 6
de foir.
14 mardi Bonaventure , Évêque.
reerc. Henry, Empereur.
jeudi . Euftate , Évêque
vend. Sperat & fes Compagn
13 fem . Thomas d'Amin , Dot.
1970. Vincent de Pau'e , Prêtre .
20 lundi Ste.Marguerite
21 mard Victo :, Martyr à Marf.
23 merc. Ste Marie Magdeleine .
23 jeudi. Apollinaire , Ev &Mart.
salvend. Ste. Chriftine.
flam Jacques le Majeur.
28 D. Chriftophe.
27lundi Georges .
6
G
6
6
Sle :9.16 6
1344321
30 jendi . Ignace de Loyola . 9 h. 29 m.
59
3yend Germain d'Auxerre to demarin.
8
mardi Ste. Anne & Joachim.CP.
29 merc . Loup , Évêque .
COURS DES EFFOTS PUBLICS. 1789.
EFFETS ROYAUX. Lundi 29. Mardi 30. Merc.1.
Actions
25
...
D
EmprOucn.tt.
DecembIr8da2..
d'.A.vL.ro.it.l'.
d'OctoLborte.
Emprunt 125 m³.
Id.8 millions..
Sans Bulletin ....
Fulletin .....
Fête.
Jeudi2.
CHANGES du
Amft.
53
Lond. 281
3
Vend.1. Samedi4- Ham. 193.
Mad.. 151.( 1827-125.1765.62.1762.65.1765.62.1765.70. Cadix15.
....3.6.3.
650 ...
......... 510
..... Emprwt 120ms ........
Borc. Ch ......
Caifle d'Efconipe.
Re, delaC ...
3
.....
Liv., 103. 363 ............... 363 ...... 363. Gen ... 95.
....66..549..0080.
7
Lvon.
3503.6C.H5AN.0.G.dE6.4uS..
10..11..11 ...... 11.11 103.11
73.72.3..
72 ........ 72.715 ... 71.72.72.
Amit. 53
8
ond. 28
Ham. 1931.
Mad.. 151
830.26 ... 827.30 829.30 ... 848.47.2.858.63 ... Cadix15
Liv 103. ......... 4290.80.- 4270 5204265.78.4290.300.4315.25. Gên.. 95
EauxdeP ...............
E.V. Bord.
103024.. 1024 ..... 102022.. 27. 1030.31. Lyon.I perte.
1770.72.......... 760 ...... 765. 7.6.770 ......
Payeurs, fix derniers
inois 1939, lettre
Модоз"
०१.
Модоз"
MERCURE
DE FRANCE..
SAMEDI II JUILLET 1789..
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. DE SAINT - ANGE , après avoir lu
*les cinq premiers Livres de ſa Traduction
d'Ovide.
SAINT- ANGE ,enfin j'ai lu tes Vers
(I'avois lu ce qu'en dit 1 Envie ;
Je mépriſe ſes cris & ſes complots pervers ,
Et de ca Muſe pourſuivie ,
J'ofe louer les Chef-d'oeuvres divers .
Au Dieu qui t'inſpire , ravie ,
N.28. 11 Juillet 1789 C
4
perdant la
N'avoit produit le prix de tes Vers enchanteurs !
Ovide, avec un art extrême ,
A méramorphofé tous ſes Héros divers ;
Je le fourçonne auſli , lorſque je lis tes Vers ,
De s'être transformé lui- même .
Pourfuis , achève-les, ces récits merveilleux ,
Ces récits ſéduiſans de l'antique Féerie :
Mais Saint-Ange , crois moi , que tes pinceaux
heureux
Nimitent point de la triſte Elégie
Les fons plaintifs & langoureux..
Ovide ca fit , il étoit malheureux ;
Mais avec lui s'il eût cu la Julie ,
Et s'il cût pu ſavoir que ſa Muſe chérie
Par toi devoit un jour être encore embellie ,
Il n'eût jamais écrit fer un ton fi pleureux.
Pour toi, je ne crains point qu'au fond de la Scythie
Tu fois jamais exilé ;
Mais la Gloire, au beſoin , t'y feroit compagnie ,
Et tu ferois par elle confolé.
( Par M. Dupuy d'Avignon. )
DE FRANCE.
LE RÉVEIL DES OISEAUX.
Se- ror que du matin la vermeilleCourrière
Ablanchi l'horizon d'un voile de lumière ,
L'eiſeau Cur ſes petits s'éveille en ſoupirant ,
Le feuillage animé s'agite en murmurant ;
Pres de fon bien-aimé , gémit la Tourterelle ,
Echo longe à Narciſſe & génit avec elle.
Cependant le Soleil , forti du ſein des mers ,
En tourbillons de fon, s'e'ance dans les airs :
LaNuit, pour l'éviter, court dans ſes antres ſombres,
Le Soleil l'y pourſuit & fa't palir ſes ombres.
Quel ſpectacle enchanteur ſe découvre à mes yeux!
La Terre s'embellir & naît avec les Cieux.
Dans ſes chants vifs & doux, l'Hôte ailé du bocage,
Au Soleil renaulant aduelle ſon hommage.
Près de ſa jeune Amante , allis fur un rameau ,
Sa voix fait de plaiſit murmurer le raiſſeau ;
La feuille s'en ément , mollement balancée ,
Et la fleur fui ſourit de la tige élancéc.
Mais foudain que d'Oiſcaux , d'alegreſſe éclatans,
S'échappent à l'eavi des palais du Printemps !
Voyez-vous voltiger leur nation légère
Autour des verts buiffons épats ſur la bruyère ?
Làleur voix ſe déploie en mille acceus divers ,
Et fait monter aux Cieux le bruit de leurs concerns
C2
L'homme ne vit qu'un jour, & c'eſt pour la douleur.
Par M. Bordeaux. )
Nota. Ces Vers font partie d'un Poëme fur
l'Etude confidérée dans les beautés de la Nature
&de l'Art.
QUATRAIN
A Mile. ***
SuUR les
د qui tenoit un petit Chien.
genoux d'Adélaïde
J'apperçois la Fidélité ;
L'Amour enfemble & la Beauté
Avoient tous deux beſoin d'un guide.
(Par M. le Ch. Fortuné de N***. )
CE
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mor de la Charade eſt Miracle, celui
de l'Enigme eſt Niové ( métamorphofée en
Rocher ) ; celui du Logogriphe eft Dameret,
où l'on trouve Dame, Dam, Rame, Mer,
Ame , Trame.
Tu
CHARADE.
U dois , de mon premier , devenir la pâture
Mon ſecond fert de lit aux pauvres indigens ;
La campagne au printemps reçoit de la Nature
Mon tout accompagné de ſes riches préfens.
(Par M. l'Abbé Dubois , Et. à Brive;)
ÉNIGME.
JoQ
UET infortuné des caprices du Sort ,
Je n'exiſte jamais , car je reçois la mort
Un inftant avant que de naître ,
De la part d'un frère inhumain .
Aces traits , ſi quelqu'un ne peut me reconnoître ,
Il peut, pour me trouver, chercher juſqu'à demain.
( Par le même. )
C3
LOGOGRIPH Ε.
JE
E fuis d'un grand ulage à tous , petits & grands ;
Mais qu'ils favent,Lecteur, mal payer mes ſervices !
Souvent tout le matin, quelquefois plus long-temps,
Ils me tiennent au feu : voyez donc leur caprice ;
En hiver , j'en conviens , on aime à fe chauffer ;
Mais en éré , ma foi , l'on voudroit s'en paſſer.
M'as-tu trouvé ? non , pas encore .
Pour t'informer de moi , parle à ton Cuiſinier ;
Tu ſauras que je ſuis de la couleur d'un More ;
On diroit , à me voir, que je n'ai que trois pieds ,
Cependant j'en ai ſept. Sous d'autres traits peut-être
Plus aiſement , Lecteur , tu pourras me connoître.
D'abord avec deux pieds, & fans chercher bien loin,
Tu verras deux enfans de la douce Harmonie ;
Avec trois , ce qui fait le bonheur de la vie ,
Qui partage ta peine & calme ton chagrin ;
Avec quatre , Lecteur , tu vois l'objet fidèle
Que chérit une épouſe a afli tendre que belle ;
Avec cinq , je te donne un objet défiré
D'un Abbé, d'un Prieur , & de plus d'un Curé ;
Avec fix , ce que craint uh Ecolier timide ,
Ce qui lui fert d'appui , de Mentor & de guide :
Lecteur, encore un autre , & tu m'as devine';
Ecoute, l'on me vide à l'heure du dîné.
( Par le même. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES de Frédéric, Baron de
Trenk , traduits par lui-même ſur l'original
Allemand , augmentés d'un tiers ,
&revus fur la Traduction ; par M.....
Illi robur& zs triplex circa pectus erat.
3 Vol. in- 8 ., avec le Portrait & neuf
belles Gravures. Prix , 15 liv. A Strasbourg,
chez Treuttel ; & à Paris , chez
Onfroy, Libraire , rue St-Victor.
LE motif qui a déterminé M. le Baron
de Trenk à traduire lui-même en françois
ſes Mémoires déjà fi connus , & qui déjà
avoient fait répandre tant de larmes , eſt
juſtifié par la déclaration ſuivante . - » J'ai
>> écrit , dit M. le Baron de Trenk , en
allemand , l'hiſtoire de ma vic , c'eſt à-
> dire , celle de mes malheurs. On a voulu
" mimiter ou me traduire , on m'a défi-
» guré ; néanmoins la Nation Françoiſe
» s'eit attendrie fur mon fort ; elle a fait
ود
C.4
ود
رد
furpris ; mais mon eftime pour elle s'eft
>> augmentée , & mon coeur lui a juré une
éternelle reconnoiffance . On ne me con-
>> noît pourtant pas , on ne fait qu'une
>> partie de ce que je fus , de ce que je fuis
ود encore. Il faut me faire connoître , je le
>> dois : j'exiſte , me voici; je ſuis à Paris.
" J'y viens relever les errours de ceux qui
ود ont travaillé à mon Hiſtoire. Je réta-
>> blirai la vérité telle que je l'ai fait con-
>> noître ſous les cenfures & priviléges
ود de Berlin & de Vienne ; & je dirai aux
» Ecrivains qui ont élevé des nuages fur
ود la réalité de mes malheurs .... C'est moi,
. c'est une victime infortunée, c'eft Trenk, en
» un mot , qui vous parle ; ofez le démentir.
>> La franchiſe , l'indomptable fermeté de
>> mon humeur loyale & chevalereſque ,
ود ont peut - être ſeules attiré ſur ma tête
>> les longues douleurs qui m'ont accablé.
>> Pendant quarante années j'ai ſupporté
» mes maux , je me ſuis montré ſupéricur
>> à l'infortune ; & quand l'âge &les mal-
>>>heurs ont blanchi mes cheveux fans
ود
ود
altérer la vigueur de mon ame, je ferois
affez lâche pour trahir la vérité ! Les
» hommes ont quelquefois une étrange
>> idée de leurs ſemblables ".
Après cette déclaration auſſi noble que
vraie , & faite pour intéreſſer tous les LecDEFRANCE
57 1
1
teurs ſenſibles & les ames honnétes., M.
le Baron de Trenk livre au Public la lengue
& déchirante Hiſtoire de ſes malheurs
, le tableau d'une lutte continuelle
& incroyable des efforts de l'homme dans
les fers , contre le pouvoir abfolu , &le
déploiement d'un caractère énergique, d'un
eſprit inventif , & d'une ame tour à tour
pénétrée de la plus douce mélancolie , de
la fenfibilité la plus attendriffante , d'une
philofophie pratique & inalterable , &
d'un courage qui brave ſans relâche la
mort, briſe ſes fers, terraſſe ſes gardes ,
fuit , portant fon ami ſur les épaules ,
& fait trouver dans une ſeconde captivité
la même fermeté avec plus de réſignation
, & partager ſon temps entre la
méditation , un travail ingénieux , & les
entrepriſes pour ſe ſauver une ſeconde
fois. Son Livre eſt un de ceux qui peuvent
devenir d'une utilité conſtante aux infortunés
dans tous les momens de la vie ,
dans les fers ou hors des chaines , à la Cour
ou dans les Villes : le malheur eft partour
; & celui qui , au milieu des rreevveerrss
lira l'Hiſtoire de M. le Baron de Trenk,
ſentira ſon courage & fes forces naître,
& il aura trouvé le premier Livre élémen
taire qui apprenne à l'homme l'art,fi p
nible de ne pas fuccomber ſous le poids
des infortunes. C'eſt à cette portion d'hommes
fouffrante , & plus commune qu'on
ne croit , que s'adreſſent ſans doute les vers
CS
de M. le Baron de Trenk.
Vous dont mes longs revers excitent le courroux ,
Sous l'égide des Lok, enfin raſſemblez-vous ;
Que l'homme en liberté , vive , raiſonne,&pen ſe.
Quel est le Lecteur qui , en ſuivant la
chaîne des évènemens qui ont peſé ſans
relâche ſur la tête d'un homine brave , innocent
& ſenſible , n'eſt pas étonné de la
modération de ſes plaintes contre le Roi
qui l'a persécuté avec une cruauté inébranlable?
Par-tout M. le Baron de Trenk excuſe
Frédéric : Frédéric étoit trompé , ditil
; Frédéric a refuſé de m'entendre . Si j'avois
été affez heureux , ajoute - t - il , pour
rencontrer un ami éclairé, raiſonnable , qui
eût calmé la vivacité de mon tempérament
, il eſt clair que j'aurois facilement
convaincu le Monarque de mon innocence
(il s'étoit alors ſauvé de la priſon de Glatz ).
Votre fils , avoit écrit Frédéric à la mère
de M. le Baron de Trenk , a eu une correfpondance
imprudente , il doit être puni
& faire ſon année de prifon. - Hélas !
quand il ſe ſauva , il n'avoit plus qu'un
court eſpace de temps à parcourir pour
atteindre au moment de ſa délivrance. De
cetre fuite précipitée , s'eſt enſuivie une
exiſtence toujours tourmentée , & une vie
DE FRANCE. So
digne de la pitié des Contemporains & de
la Poſtérité. Tous les coeurs ſenſibles ne
peuvent ſe défendre de répérer ces exprefſions
de M. le Baton de Trenk. -» Qu'ils
ود font malheureux les Habitans des pays
où les cxpreſſions du pouvoir abfolu
>> paffent comme une monnoie courante !
»
ود où elles écrafent comme le tonnerre !
>>qu'ils font àplaindre quand on peut or-
ور donner le filence à la voix de la Julice ,
**" & décider , ſans eſpoir de retour, de la
» vie , de la fortune , de l'honneur d'un
*>> Citoyen « !
Mais pendant qu'un Roi l'enchaînoit ,
il étoit un coeur qui gémiſſoit ſur le fort
de la victime , & qui faisoit paſſer jufqu'à
elle des confolations, des ſecours,
&luire un rayon d'eſpérance. Quelle dut
être la douleur de M. le Baron de Trenk ,
quand cette main confolatrice lui écrivit :
» Je pleure avec vous ; yotre mal eſt
>> fans remède , voici ma dernière , je
» n'oſe plus rifqner, Sauvez-vous ſi vous
» pouvez , je ferai pour vous la même
-> à tout évènement , lorſqu'il fera poſſi-
ود
ود ble de vous être utile. Adieu malheu-
>> reux ami ; vous méritiez un autre fort " .
Nous ne leverons point le voile , quelque
transparent qu'il ſoit , que l'Auteur
alaiſſé fufpendu ſur cette illuftre & refpectable
amie ; mais nous admirons une
conſtance ſi rare , & un attachement aufli
4
C6
éte bien ingrat , sil neut aime un sexe
parmi lequel il a rencontré trois ames auſſi
aimantes que défintéreſfees. Aufſi , s'écrietil
avec cet enthouſiaſine chevalereſque :
ود
رد
ود
رد
Les femmes ! je les ai toujours aimées
» avec une ſenſibilité mêlée de reſpect.
Cette vénération involontaire , preuve
infaillible d'un amour pur & vrai , dont
tous les coeurs ne font pas fufceptibles,
& qui n'eſt propre qu'à ceux qui favent
jouir du bonheur d'amer & d'être aimé,
ne laiſſoit dans mon ame aucun accès
au libertinage. Je dois aux femmes cette
>> juſtice , & je me plais encore à la leur
ود
ود
ود
وو rendre dans mes adverſités ; j'ai trouvé
>> plus de reſſource chez elles que parmi
les hommes. L'idée d'une belle femme
contribuoit ſeule à égayer mes ſouvenirs
dans le fond de mon cachot ; l'eſpoir
d'en revoir un jour , m'aidoit à ſupperter
les plus grands maux avec une fermeté
courageufe ".
ود
ود
ور
ود
Nous ne ſuivrons point M. le Baron de
Trenk dans le récit de ſon évafion, dans
fes courſes , dans ſon ſéjour en Ruffie ;
nous ne répéterons point de quelle manière
il a été livré , par une violation da
droit des gens , à Dantzick , aux foldats Pruffiens.
Ces détails font auffi connus que ceux
de ſa détention à Magdebourg , & de tout
ce qu'il y a ſouffert. Il devoit fuccomber
DE FRANCE. 61
ود
ſous tant de maux ; mais quel ſentiment
lui donna des forces ? c'étoit l'Amour. Le
Poëme intitulé » Damon prisonnier à Doris,
prouve avec quelle véhémence , dit M.
>> le Baron de Trenk , cette paflion agitoit
mon coeur. Je ne voulois abandonner ni
> affliger mon amie ; ma vie lui étoit en-
" core nécellaire, ainſi qu'à ma foeur, qui ,
ود
و ر
pour moi , avoit tout fouffert, tout ha-
» fardé , tout perdu. Je voulois conferver
" mes jours pour deux perſonnes fi chères ,
» & je ſentois que pour elles il n'y avoit
pas de malheur que je ne puſſe ſupporter
, point de patience dont je ne fuffe
>> capable «.
ود
Les réflexions qui lui échappent dans les
fers , inſpirent un ſentiment d'admiration
pourM. le Baron de Trenk. » C'eſt en vain,
>>dit il , que le fort s'appeſantit ſur l'homme
" qui a appris à réfléchir & à penſer ; il fait
dans toutes les circonſlances trouver en
lui même des foulagemens & des confo-
» lations..... Ah ! le malheur même a
>> ſon prix; il ne faut qu'apprendre à le
>>connoître .... En vain Frédéric me plon-
ود
ور
ود
ود
ود
......
gea dans un cachot; en vain il m'accablå
de fers ; toute fa puiſſance for inutile;
la joſtice de ma cauſe étoit dans mon
coeur , & j'y trouyois des forces fans ceffe
>> renaiffantes ". On trouve tout à la fois
dans ces expreffions , énergie & fenfibilité;
la moralité de celles qui ſuivent ſera ai-
,
62 MERCURE
1
fément appréciée . " Jeune homme , dit
" M. le Baron de Trenk, travaille avec opi-
» n1i11âtreté. Sans le travail on ne peut pas
>> faire un fonds de ces biens qui ne pe-
ود
ود
ود
riffent jamais . Travaille , c'eſt dans tes
peines même que tu trouveras ta récompenfe.
Alors, fi une deſtinée perfécutrice
veut r'accabler de fa rigueur , fuis mon
» exemple ; apprends de moi à fourire au
>> ſcin du malheur , & que mon expérience
>> ſerve , s'il ſe peut , à te rendre fage , hon-
ود
2
nêre , heureux , au moins les derniers jours
de ta vie ". On lira avec le dernier attendriffement
les inſcriptions qu'il avoit gravées
ſur les gobelets d'étain , auxquelles il
dụt l'intérêt qu'on prit enfin à ſes malhems .
La ſouris qu'il avoit apprivoiſée, nous rappelle
le ſouvenir de l'araignée de Péliffon ,
&prouve qu'un caractère prononcé ſairer
parti detoutes les ſituations de la vie.
Enfin M. le Baron de Trenk voit tomber
ſes fers. Il est libre , il eſt rendu à la Société;
mais tous ſes biens lui étoient ravis. Je
cherchai ma maison , dit-il , je n'en avois
plus. Le Lecteur ſentira combien eft horrible
la fituation d'un homme qui fort des
fers , que la Société a oublié , & dont on a
partagé les dépouilles.M. le Baron de Trenk
décrit d'une manière bien naturelle & bien
vraie, l'état d'un homme dans les premiers
momens du retour de ſa liberté. » Pendant
DE FRANCE. 63
» les premières ſemaines qui s'écoulèrent
>> après mon élargiſſement , dit - il , j'étois
» rarement à mai même , preſque toujours
>> plongé dans des diſtractions profondes ;
» quelquefois je m'a rêtsis tout court au
>> milieu de la rue , & je me diſois intérieurement
: Eſt-ce bien toi , Trenk " ?" «
M. le Baron de Trenk a prévenu nos
obfervations fur le caractère de fon Hiftoite,
lorſqu'il a dir: » Si mon Hiftoire offre
» parfois des invraiſemblances , fi elle ref-
>>ſemble à un Roman, on ne doit pas s'en
>> prendre à moi ; pourquoi mon deſtin a-t- il
>> vouluque je fuſſe ſoumis à des évènemens
>> incroyables ? Il ajoute : Qui s'élevera con-
ود
tre mes écrits ? L'homme inſenſible. Il a
bien raiſon , & nous penfons qu'il ren-
» contrera peu de Lecteurs inſenables «.
ود
Revenu à Berlin , il trouva auprès de
Frédéric - Guillauine , bonté , juſtice , des
dédommagemens , & un accueil honorable ;
il y retrouve une amie dont l'attachement
n'avoit point changé , & quand il croit au
bonheur , il a bientôt à pleurer cette illuftre
amic. Il trace des Princes de la Famille
Royale de Pruffe , un portrait flatteur , &
on fent que la reconnoiffance n'eſt pas le
moindre des ſentimens qui aient rempli
durant toute ſa vie le coeur de M. le Bагон
de Trenk .
Veut-on contempler un tableau délicieux
& patriarcal : qu'on ſe repréſente M. le
Baron de Trenk au milieu de ſes enfans
vis - à - vis ſon épouse , & qu'on life
ود Mes enfans ! hélas ! le pouvoir m'a dé
>>pouillé des richeſſes dont j'aurois fai
ود
ود
......
11
votre héritage , & je n'ai pas la fore
>> néceſſaire de vous rendre ce qu'on m'
>> ufurpé. Je pleure . Mies enfan
>> devinent mon chagrin : j'entends pro
noncer le doux nom de père....... En
" ce moment mon coeur le rajeunit ; je
" reprends tout l'orgueil & tous les plaifirs
» delt paternité. Me voici , mes bien aimes .
» Je défirois ma dernière heure pour moi ,
" pour moi ſeal ; mais vous avez beſoin
>> de votre père , je vis , je vivrai. Leur
>> tendre mère, témoin de ce ſpectacle touchant
, me regarde d'un ceil attendri . Elle
> foupire . C'eſt en vain qu'elle veut me
>> cacher fa triſtefle; fes beauxyeux laiffent
> échapper , malgré elle , le ſecret de fon
>>ame. Mes enfans l'entourent , ils f'em-
>> braffent. Nos yeux verſent des larmes ,
»& le fourire eft fur nos lèvres. L'expref- ود
" fion de nos fentimens ſe caractériſe fur
>> nos phyſionomies. L'enfant nouveau né ,
>>dernier gage de notre amour , ſuſpendu
» au fein de fa mère , face les larmes maternelles
qui viennent ſe méler avec le
lait dont il ſe nourrir... Entraînés par le
» même ſentiment , nous tombons tous fur
ود nos genoux : nous adorons l'Etre ſuprême
" dans un filence religieux , & les yeux
» élevés vers le Ciel! .... Nature ! que tes
DE FRANCE.
-
>> plaiſirs ſont doux ! que l'effet en oft dé-
- >> licieux ! Juſqu'à quel point tu fais éten-
>>dre la volupté que tu procures !Dieu puif-
ود fant!Dieu debonté! ta fen bilité pater-
>> nelle doit s'émouvoir à ce tableau .....
C'est ainſi que M. le Baron de Trenk
fait fentir , & fait peindre ce qu'il fent.
Une chaleur vraie & pure anime ſa plume ,
&trouve facilement cet accord qui met à
l'uniflon en même temps l'Auteur & le
Lecteur , & les pénètre tous les deux.
L'Hiſtoire de François , Baron de Trenk,
:fuit celle de M. le Baron de Trenk ; elle eft
écrite avec énergie , nobleſſe& rapidité. Le
caractère fingulier de François étoit difficile à
Crendre. Elle eſt fuivie de celle d'Alexandre
de Schell, qui ne reſſemble point au Roman
qu'on a fabriqué à Paris il y a deux ans.
M. le Baron de Trenk a de grandes raiſons
de ſe plaindre des contrefacteurs , &
des Libraires qui ſe permettent de traveſtir
*des hommes célèbres , en ſuppoſant des
Hiftoires qu'ils n'ont point écrites , & en
les préſentant au Public d'une manière
ſouvent défavantageuſe.
Une ironie contre ceux dont M. le Baron
de Trenk a à ſe plaindre , & qui a pour
titre : Excufes enforme deréparation d'honneur
à tous ceux que je puis avoir offenfes
dans mes Ecrits , termine cette Edition. Lironiey
est placée dans un cadre piquant, &
ſe ſoutient juſques au bout avec le même
66 MERCURE
ſel & la même force. Nous invitons M.
leBaron de Trenk à nous donner en françois
le reſte de ſes oeuvres. Il doit être affuré
de l'accueil que les François feront à
tout ce qui fortira de ſa plume , de l'eftime
de ſes Lecteurs , & des regrets de ſes
amis qui le verront quitter avec peine Paris
, où leurs voeux le fixeroient volontiers
pour toujours.
1
( CetArticle estde M. de Mayer. )
OEUVRES de M. Paliſſot , Lecteur de
Son Alteſſe Séréniſſime Monseigneur LE
DUC D'ORLÉANS. Nouvelle édition,
revue & corrigée. A Paris, de l'Imprimerie
de Monfieur. 4 Vol. in-8° . Chez
Moutard , Impr-Libr. de la Reine , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni. Prix ,
30 liv. br. & 36 liv. rel. Il en a été tiré
so Exemplaires en papier vélin , 60 liv.
en blanc. On vendſéparément les Fig. 61.
PEUT- ÊTRE quelques perſonnes , fur-tout
parmi les jeunes gens , penſent - elles
que rien n'égale le plaiſir de s'amufer aux
dépens d'autrui ; & ce qui achève de les
tromper, c'eſt que, quelque parti qu'on embraffe
, à quelque parti qu'on ſe donne,
dans nos diffentions religieuſes, civiles , po
DE FRANCE. 67
litiques, littéraires, &c. on trouve toujours
un grand parti tout près d'applaudir , & on
aune multitude d'amis & d'ennemis qu'on
ne connoît point,&dont on n'est pas connu.
M. Paliffor dit en fubſtance , qu'il n'a joué
dans fes Coinédies_que des Charlatans en
Philofophie , & qu'il n'a dans ſa Dunciade
attaqué que des Ecrivains médiocres; à la
bonne heure .
Credat Judæus Apella.
Si cela étoit vrai , ces Ouvrages auroient
fait moins de bruit. C'eſt preſque toujours
une injuftice piquante & hardie qui plaît
dans les productions ſatiriques.
Si on objecte à M. Paliſſor, qu'après avoir
déſigné par leurs écrits ou par d'autres fignes
non équivoques des Auteurs célèbres ( car ,
quoi qu'il en diſe , on ne peut s'empêcher
de leur donner au moins cette épithète ) ,
il n'a pas le droit de leur imputer des actions
mal-honnêtes qu'ils n'ont pas faites&
dont ils étoient incapables ; il répond par
l'exemple de Molière , qui , dans les Femmes
favantes, a faitde ſon Triffotin , qu'on fait
avoir été l'Abbé Cotin , un homme ſans
délicateffe , & même vil. La réplique eſt
fournie par Molière lui - même dans cette
même Comédie des Femmes ſavantes.
Quandfur une perſonne on prétend ſe régler ,
C'est par les beaux côtés qu'il lui faut reſſembler ;"
४९ MERCURE
L
Et cen'eſt pointdu tout la prendre pour modèle ,
Mi four, que de touffer & de cracher comme elle,
Molière cut tort & très-grand tort de
nommer Bourfault dans l'Impromptu de
Versailles , de nommer ou à peu près Cotin
dans les Femmes favantes , & ce n'étoit
pas la ce qu'il falloit imiter en lui. Il
offroit des objets d'imitation plus précieux
&plus difficiles à faifir.
: Et qu'on ne diſe pas que quand les Auteurs
, comme dans les Pièces de M. Pahifot
, ne font que déſignés au lieu d'être
nommés , le mélange même des trais ſuppofés
, avec les trais vrais , où la confufion
faite dans une même perſonne de traits qui
appartiennent à pluſieurs , dénature le portrait
, en forte que c'eſt tout le monde &
que ce n'eſt perfonne ; cette excuſe ne peut
érre admiſe , car dès que vous avez déſigné
un perſonnage par un trait caractériſtique
qui lui appartient & qui n'appartient qu'à
lui , tous les yeux font fixés ſur lui , tous
les traits fatiriques étrangers que vous ajoutez
aux fiens , deviennent autant d'infultes
&de calomnies. Le Lecteur qui a reconnu
le perſonnage à un trait vrai , prend tous
les autres pour autant de vérités qui lui
étoient inconnues & qu'il croit apprendre.
Mais ne renouvelons pas cette trifte querelle
, dans laquelle l'Auteur s'eſt ſans doute
repenti plus d'une fois de s'être engagé. Les
DE FRANCE. 62
affections & les averſions qu'on prend fi
naturel ement dans la Société , décident
quelquefois du fort de la vie entière ; il
faut le livrer aux unes avec réſerve , & réfifter
förrement aux autres . Combien de gens
de mérite on haïroit & on auroit pour
ennemis , fi des formes un peu dures fuffifcient
pour nous aveugler ſur leurs bonnes
qualités , ou pour nous prévenir & nous
ifriver contre eux ! Défions-nous des premières
impreffions de nos fens, & des délicateſſes
de notre amour - propre. Défendons-
nous de haïr ; ne nous permettons
du moins jamais des actes de haine , nous
en ſommes toujours les maîtres . Qu'on
a bien fait dans le monde de ſubſtituer
aux ſentimens de bienveillance qu'on devroit
toujours avoir pour ſes ſemblables , l'imitation
, quoique fauſſe & trompeuſe , de
ces mêmes ſentimens ! La Cour fur-tout.
ſeroit un enfer, ſans cette politeffe exquiſe
qui couvre & dérobe aux yeux le jeu
tenible & perfide des paſſions irritées par
tant & de ſi puiſſans objets ! Si les haines
des gens de Lettres ſont ſi atroces , c'eſt
parce que plus de liberté , plus de franchiſe
, plus d'abandon laiſſe trop ſouvent
percer leurs fentimens ſecrets ; c'eſt parce
qu'occupés des choſes ils négligent un peu
les manières , que chez eux l'amour-propre
bleſſe trop ſouvent l'amour-propre qui ne
pardonne jamais ,
79
MERCURE
<
Les ennemis vulgaires de la Philofophic
&des Lettres avoient eu la mal- adrefle &
lamauvaiſe foi d'attaquer avant tout M. de
Fontenelle& M. de Voltaire. Fontenelle ne
leur avoit répondu que par un dédaigneur
filence; Voltaire , plus ſenſible & moins
Philoſophe peut-être , les couvrit de ridicules
& d'opprobres. Il ſeroit injuſte de
confondre M. Palifot avec ces Détracteurs
des talens ; il n'a jamais fait comme eux
ce vil métier de mentir à ſa conſcience , de
critiquer fans ceſſe ce qu'on admire malgré
foi,de louertout ce qu'on ne peut eſtimer; il
a reſpecté les réputations établies. Jeune encore
, il n'a combattu dans ſes adverſaires
&ſes rivaux, que des réputations naiffantes
qu'il croyoit ufurpées , & que le temps n'a
voit pas alors conſacrées ; il ne s'eft pas ré-"
tracté dans la ſuite , parce qu'un engagement
de haine, comme unengagement d'amour
, va plus loin qu'on ne penfe , & ne
permet guère de retourner en arrière : mais
M. de Voltaire a été l'objet de ſon admiration
conſtante ; & quoique traité quelquefois
un peu févèrement par lui , il n'avoit
cellé de lui rendre hommage , il n'avoit
ceffé de témoigner de la haine & du
mépris à celui dont le Machiavelliſme Littéraire
étoit alors d'inſulter périodiquement
le génie dans la perſonne de M. de Voltaire;
& lorſque lui même il eut le malheur
de s'engager dans cette fatale querelle
contre les Philofophes , il re négligea rien
DE FRANCE. 71
pour détacher de leurs intérêts ce grand
Homme ; il mit dans cette négociation beaucoup
d'art&d'adreſſe : à force d'eſprit &
de graces , il contraint ſouvent M. de Voltaire
de le louer, même en le condamnant.
Cette correſpondance , qui fut célèbre dans
letemps, n'eſt pas un des moindres ornemens
de cette Collection. , Votre Lettre eft extrê-
> mement plaifante & pleine d'eſprit , dit
M. de Voltaire à M. Paliſfot dans une
>> de ſes réponſes , ſi vous aviez éré aufli
> gai dans votre Comédie des Philoſophes ,
" ils auroient dû aller eux- mêmes vous bat
tre des mains ; mais vous avez été fé-
" ricux , & voilà le mal.
» Je commence, lui dit-il dans une autre
" Lettre , par vous dire que je tiens votre
” Pièce pour bien écrite ,je conçois même
>>que Criſpin Philoſophe , marchant à
>>>quatre pattes , a dû faire beaucoup rire ,
" & je crois que mon ami Jean-Jacques
" en rira tout le premier : cela eſt gai , cela
>>n'eſt point méchant.....
ود
>> Du reſte c'eſt à vous à faire votre exa-
>> men de confcience , & à voir fi vous
" êtes jutte en repréſentant MM. d'Alem-
>> bert, Duclos , Diderot , Helvétius , le
„ Chevalier de Jaucourt , & tutti quanti
comme des Marauds qui enſeignent à
voler dans la poche ".
"
ود
Voici ce qu'il lui mande ſur ſa Comédie
de Clerval & Cléon , où les nouveaux Mé-
こ
$
72
MERGURE
nechmes. » Vous ſavez que votre ſtyle me
>> plaît beaucoup ; il eſt coulant, pur , fa-
ود
ود
cile ; il ne court point après les faillies
& les expreffions bizarres , & c'eft un
>>très- grand mérite dans ce ſiècle. J'aurois
peut être défiré que vous n'euffiez point
choiſi un ſujet ſi ſemblable à celui des
>> Ménechmes , & qui n'en a pas le co-
>> mique ".
ود
Appuyés d'une fi grande autorité , nous
aurons le courage de dire d'un côté , que
M. Paliffot eſt un bon Ecrivain', naturel ,
pur , élégant , facile & en profe & en vers ;
de l'autre , que la gaîté , la vivacité comique
dont il paroît ſe piquer , eſt précisément
ce qui lui manque , & qu'on peut lui appliquer
ce que Céſar diſoit de Térence :
Lenibus atque utinamfcriptis adjunctaforet vis
Comica!
On conçoit que l'épithète lenibus ne
s'applique qu'au ſtyle , & nullement à ſes
déclamations contre les Philoſophes .
Cette nouvelle Edition eſt de l'Imprimerie
de Monfieur; elle est belle , elle eſt
élégante. Elle a d'ailleurs un mérite particulier
; elle n'eſt pas , dit l'Auteur , revne ,
corrigée & augmentée , felon l'uſage immémorial
, mais revue , corrigée & con-
» ſidérablement diminuée .
1
DES
DE FRANCE.
73
DES Etats - Généraux , ou Histoire des
Assemblées Nationales en France , des
perſonnes qui les ont composées , de leur
forme , de leur influence , & des objets
qui y ont été particulièrement traités ;
par M. DE LANDINE , Avocat , Corref
pondant de l'Académie des Inscriptions ,
--des Académies de Londres , Rouen ,
Niſmes, Dijon, Arras, Bourg en Breffe,
Ville- Franche , & Bibliothécaire Adjoint
de celle de Lyon. A Paris , chez Cuchet,
Libraire, rue & hôtel Serpente .
CET Ouvrage n'eſt point comme tant
d'autres , que les circonstances actuelles ont
fait compoſer ſur le même ſujet , qui n'expriment
que les vûes particulières de l'Auteur
, des plans d'amélioration ou de réformes
, preſque toujours contredits , ou du
moins réformés à leur tour par ceux qui
courent la même carrière. M. de Landine
a ſu ſe défendre de cette méthode qui prête
tant à l'arbitraire ; mais il en a choiſi une
plus fûrement inſtructive ; & ſans prétendre
au titre de Législateur , il nous a expliqué
peut être mieux que perſonne , quelle a été
notre Légiflation dans les différentes époques
de la Monarchie .
Nº 28. 11 Juillet 1789. D
pe on y develo
terons qu'il étoit difficile de remplir cett
tâche avec plus de ſuccès , & de renferme
fous un moindre volume uue inſtruction
aufli étendue , car l'Auteur tient beaucoup
plus qu'il ne pronet. Il a l'art de faire entrer
dans ſon ſujet tout ce qui peut apporter
quelques lumières , & par des tapprochemens
heureux , il n'eſt peut-être aucun point
de notre Conſtitution qu'il n'ait éclairci.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties. La
première comprend cing Chapitres , où
l'Auteur remonte juſqu'à l'origine des
Francs , & nous expoſe la forme de leur
Gouvernement , ainſi que celle des Gaulois
, avant que la conquête eût incorporé
les deux peuples.
Après avoir ainſi expofé les fondemens
de notre Monarchie , l'Auteur fuit les progrès
ou plutôt les diverſes formes de notre
Conftitution ; il nous décrit les affemblées
du Champ de Mars ſous la première Race
celle du Champ de Mai , & les Cours Plénières
fous la ſeconde : les bornes que nous
devons nous preſcrire ne nous permettent
que d'indiquer les divifions principales. Il
faut chercher les détails dans l'Ouvrage
même. On y trouvera par-tout une érudition
profonde , mais dont l'Auteur n'abuſe jamais
, parce qu'il fait toujours s'arrêter où
DE
75
FRANCE.
'il faut , & ne montrer que celle qui peut
*réellement inſtruire .
La ſeconde Partie contient onze Chapitres;
elle commence à l'époque où ſe
formèrent les Etats Généraux , ainfi denommés
depuis que le Tiers-Etat fut admis à
ces Allemblées , & qui doivent feuls être
regardés comme les organes de la Nation
entière. Cette Partie préſente les perſonnes
qui ont contribué à les former , & particulièrement
les diftinctions , les préféances ,
& les droits des trois principaux ordres de
la Nation. On y trouve les prérogatives
particulières dont jouirent conftamment les
Pairs , les Maréchaux de France , les Ducs ,
les Comtes , les Chevaliers des Ordres , &
tous les Grands Officiers de la Couronne.
» Cette Partie , dit l'Auteur , remplie de
cérémonial&de points d'étiquette, peut
avoir en ce moment quelque utilité , fans
avoir pour tout Lecteur un grand degré
>>d'intérêt, & ce n'eſt point dans un champ
>> auffi ſablonneux qu'on a pu rapidement
• faireécloredes fleurs&les ymoiffonner " :
mais l'Auteur paroît avoir trop de goût ,
pour admettre des ornemens fi étrangers à
Ton Ouvrage. De la clarté & de la préciſion
dans le ſtyle , de l'ordre dans l'expofition
des faits , de la ſageſſe dans les réflexions
, une connoiffance profonde de nos
uſages , enfin des rapprochemens qui préſentent
fous un même coup d'oeil les épos
ود
ود
ور
D2
76 MERCURE
ques les plus importantes de notre Hiſtoire:
voilàcequedemandoit le genre qu'il a traité,
& ſur quoi il mérite les plus grands éloges .
Il faut fur-tout lire dans l'Ouvrage même
le ſeizième Chapitre , qui traite de l'admifſion
& des prérogatives du Tiers-Etat , &
ſuivre toutes les gradations , qui de l'eſclavage
le conduiſirent inſenſiblement à la liberté
; nous ofons dire que cette matière
importante n'avoit point encore été expoſée
avec autant de clarté , & qu'on n'y verra
pas avec moins de ſatisfaction les ſources
de la plupart des uſages qui nous régiſſent.
L'Auteur prouve très - bien que l'eſclavage
ne fut jamais fi abſola & fi général ,
que le peuple , ou du moins une portion
du peuple, n'ait toujours conſervé une certaine
influence dans lesAſſemblées générales .
On ne peut ſe refuſer aux autorités qu'il
cite à ce ſujet ; nous n'entrerons point dans
le détail. Çet excellent Chapitre peut n'être
regardé lui - même que comme une analyſe -
ſuccincte de tout ce que notre Hiſtoire renferme
à ce ſujet de plus important; de ſimples
citations n'en donneroient qu'une idée
imparfaite , & les bornes de notre travail
ne nous permettent pas de le tranſcrire.
La troiſième Section , composée de neuf
Chapitres , a pour objet de décrire la forme
&les importans réſultats des divers Etats-
Généraux,Elleen expoſe la ſuite depuis 1302,
-première époque de ces Aſſemblées,juſqu'en
DE FRANCE. 77
1614 , où elles ſembloient avoir fini ; ce
n'eſt point une chronologie sèche & aride.
L'Auteur, fidèle à ſa méthode , n'a pas manqué
d'y joindre les points les plus importans
de notre Droit public , qui y furent
éclaircis &décidés , & notamment la preuve
de cette maxime ſi célèbre , que la Nation
ne pouvoit être taxée que de ſon confentement.
A côté des biens qu'elles produifirent
, l'Auteur n'a pas craint de placer les
fautes qu'on peut leur reprocher , & fon
Ouvrage n'offre que trop ſouvent la preuve
de ce qu'il nous aſſure dans ſon diſcours
préliminaire.
» Un coup d'oeil , dit-il , fur ces diverſes
>>> Aſſemblées Nationales , y fait découvrir
une extrême mobilité , la plus grande incertitude
dans leur formation , leur pou-
>> voir & leur effet. Aucune ne reſſemble
» à l'autre , & chacune a fon caractère par-
>> ticulier; toutes les recherches , toutes les
difcuffions n'établiront réellement que ce
>> point.
» Rien n'ayant été déterminé à l'égard
>> des anciens Etats-Généraux que par les
>> circonſtances du moment où ils furent
>>convoqués , tout eſt maintenant à faire.
>>C'eſt une place ſpacieuſe couverte
» d'informes matériaux & de gothiques
» décombres , où l'on n'apperçoit ni ordre
d'Architecture régulier , ni proportions
fatisfaiſantes. Il faut ſe hâter de les en-
ود
D3
" regards du Philofophe & du Legislateur
→ & propre à y raſſembler les Repréſentans
de la Nation «.
Il eſt facile , d'après cette citation , de ſe
former une idée du ſtyle de l'Auteur. Il
eft par-tout noble , clair , précis , toujours
de niveau avec ſon ſujet. C'eſt ce que prouvera
encore mieux le morceau par lequel
il termine ſon Ouvrage.
>> Laiſſons au temps , dit-il , à calmer les
opinions , & à juger des heureux effets
>> des Etats Nationaux . Ce n'est qu'à l'Hif-
ود
toire, ce Juge ſuprême des Monarques ,
>> qu'il appartient de peindre celui fous
>> lequel nous avons le bonheur de vivre .
33 Elle dira un jour fans oftentation , mais
>>du moins avec vérité : Louis XVI fur
>>bon , il aima ſon peuple & la justice.
>> Ce ne fut point affez pour ſa gloire d'a-
>> voir dompté l'orgueil d'une Puiſſance ri-
>>vale; il s'occupa particulièrement de la
>>félicité de fon Empire. Sous lui l'eſclavage
ود
23
fut anéanti,les droits rigoureux de main.
» morte fupprimés , des ſupplices affreux
ſouvent dirigés contre l'innocence , effacés
du Code des Loix ; les Lettres fu-
>>> rent ennoblies , les travaux champêtres
>> plus reſpectés , la corvée abolie , les Paf-
30
ور teurs des campagnes plus à portée d'être
>> bienfaiſans comme leur Roi . La dette de
DE FRANCE. 79
ود
ود
ود
e
l'Etat étoit énorme ; on le vit s'occuper
des moyens d'en borner les ravages &
de rétablir le crédit public. Des Affem-
>>blées provinciales portèrent fon nom honoré
dans les campagnes ,& les vivifièrent,
" par la plus, exacte répartition de l'impôt.
>> Loin des champs & auprès de lui, accou-
وو
2.
ود
rurent les Prélats & le peuple; il leur
communiqua fes défirs, ſes intentions&
ſes projets . Tous avoient été librement
choiſis pour lui repréſenter & les obftaeles
à vaincie , & les plans utiles à exécuter.
Tous ſe montrèrent dignes de l'entendre
& concoururent de tout leur pou
» voir à la gloire de ſes deſſeins. La Mo
natchie dès lors ſe releva avec ſplen
» deung & devint plus brillante & plus
>>>fortunée .
Nous terminerons auffi nos citations par
ce morceau , en afferant l'Auteur qu'il nous
a paru que dans la circonstance on ne pouvoit
ſe preſcrire un but plus fage , ni choir
fi,r une exécution qui répondit mieux
ce bur. Cette édition épuiſée , même avant
d'avoir éré annoncée dans les Journaux ,
montre combien l'on avoit beſoin d'un pareil
Ouvrage.
2
( B..... )
/
D 4
ELOGE philofophique de l'Impertinenc
Ouvrage posthume de M. de la BRA
TEOLE. Vol. in-8°. Prix, 3 liv. br.
&franc de port par la Pofte , 3 1. 12
A Paris, chez Maradan , Libr. rue S
André-des-Arts.
QU'EST- CE que l'impertinence ? -Pla
fante queſtion , répond l'Auteur ! C'eſt c
qu'on voit , ce qu'on entend , ce qu'on dir
ce qu'on fait , ce qu'on lit , ce qu'on écrit
ce qu'on applaudit , ce qu'on admire , ce
qui entre pour les dix neuf vingtièmes dans
la valeur intrinfèque de nosAgréables. L'impertinent
de Théophrafte n'étoitqu'undiſeur
de rien; l'impertinent moderne eft fi perfectionné
, que celui des Grecs ne feroit qu'un
pauvre débutant au milieu des nôtres...
L'impertinent confond l'honnête liberté de
Thomme aimable , avec cette familiarité
que nos bégueules de grand'mèrestrouvoient
exceffive ou excédante , & qu'il parle ,
agit avec une noble hardieſſe que les efprits
timides taxent d'inſolence.-On fent que
l'Auteur a pris la manière la plus agréable
de cenfurer nos moeurs , & le ton du
jour. Il ne s'en écarte jamais, &.fa cenfure
fine , ſpirituelle , plaît lors même qu'elle
fait des portraits. Il peint avec délicateffe ,
DE FRANCE. $1
-
& le trait le plus léger eſt toujours calqué
à propos , & rendu dans ſa véritable couleur.
Après avoir fini la peinture de nos
moeurs anciennes , il ajoute : L'homme du
jour diffipe gaîment ce qui appartient à ſes
créanciers , dépouille ſes parens , fruſtre
ſes enfans de leur patrimoine , voudroit
ruiner ſes amis au jeu , brigue leurs places
, convoite & ſéduit leurs femmes
abandonne la ſienne à qui la veut ; auffi
a-t-il tous les droits poſſibles de ſe croire
effentiellement impertinent , c'eſt - à - dire ,
fectateur de la non - appartenance ; car il
proteſte par le fait contre quiconque dit :
Ceci m'appartient. Quant aux convenances,
il eſt du bel air de ne faire aucun état
des obligations qu'impoſoient anciennement
le rang , les formes antiques , les uſages
établis , le bon ſens , une certaine uniformité
de conduite. Aujourd'hui chaque individu
tend à ſecouer toute eſpèce de joug ,
à briſer ou relâcher tous ſes liens , pour
tendre à ſa propre fatisfaction , par tous
les moyens non pas juſtes , non pas raiſonnables
, mais poſſibles ou même illuſoires.
Dans ce déchaînement des paffions
excitées , le coeur eſt une démocratie tumultueuſe
, qui change à tout inſtant de
magiftrat . - L'Auteur qui ſuit le fil de nos
ridicules , trouve à perfifler à chaque pas.
- Il nous manque , dit- il , des forces inextinguibles
, des attraits toujours nouveaux ,
des moyens proportionnés aux déſirs : mais
Ds
1
82 MERCURE
nous nous ſervons tous ſi bien de ce que
nous avons , qu'on ajoute à notre gloire
en ſongeant à ce qui nous manque. Depuis
qu'il eſt ignoble de pofféder une ſanté
robufte , fi nous avions le malheur de
naître trop vigoureux , les moeurs corrigeroient
bien vite la Nature.
On lira avec plaifir , page 99 , le Chapitre
qui a pour titre: Inutilité de l'attention,
&celui qui fuit : L'ignorance volontaire ;
& celui de la mobilité continuelle. Nous
regrettons que les bornes de notre Journal
ne nous permettent point de tranfcrire en
entier le Chapitre des déterminations accidentelles.
Le dialogue en eſt piquant , &
fournit une ſcène ingénieuſe , & qui ſeroît
vue avec plaifir fur notre Théatre.
Les moeurs du jour y font peintes dans la
plus exacte reſſemblance . Le Chapitre de
tafabrique d'esprit n'est pas moins plaifant;
celui de la célébrité calculée eſt ſuſceptible
d'une foule d'applications; celui du profit des
deux fexes eſt effrayant de reſſemblance.
Nous penfons que cet Ouvrage doit être
confervé dans nos Bibliothèques , comme
un livre qui tranſmettra fidèlement à nos
neveux nos moeurs , nos goûts , nos ridicules
& notre ton. C'eſt la Production
d'un Obfervateur qui fait peindre agréablement
& fidèlement,
د
DEFRANCE $3
:
:
FORMATION de l'Infanterie Françoiſe ;
ou Plan combiné d'après le génie de
la Nation ; par M. DAUGNY DE LA
MÉNAYE, ancien Capitaine Commandant
au Régiment de Baſſigny ; in - S° . A
Paris , chez Debure l'aîné , Libr. rue
Serpente , Hôtel Ferrand.
1
Nous ne prononcerons point ſur les
vûes que renferme cet Ouvrage ; mais il
nous a paru fait pour être diftingué ; &
nous croyons devoir en donner au moins
une idée ſuccincte.
Un hommage aux Etars - Généraux y fert
dePréface. Il faut lire auffi le Difcours préliminaire
; la marche didactique eft animée
par des traits faillans , & le mouvement
augmente l'intérêt des objets qu'il traite .
La compofition des Troupes forme le
premier Chapitre , qui eſt clair , précis ,
& qui nous a paru préſenter des moyens
certains. Le deuxième traite des Troupes légères.
L'Auteur ſoutient,d'après l'expérience,
le beſoin de les augmenter. Le Chapitre IVe.
donne des préceptes d'éducation ſecondaire
àcette foule de jeunes gens qui , trop fouvent,
ne regardent le ſervice où ils entrent
D6
$4 MERCURE
t
que comme le moyen d'échapper au frein
paternel , aux devoirs gênans de la Société.
Le Chapitre Ve. , qui traite de l'habillement
, préſente de l'économie , & une tenue
moins à charge au ſoldar. Le Chapitre
fixième indique les individus qui doivent
faire la force des armées.
LesRoutes commencent le Chapitre ſeptième
; le Chapitre huitième en eſt le complément
; la Police des places le termine. Le :
ſervice des places , école de guerre , utile
fimulacre qui tient le foldat en haleine
compofe le Chapitre dixième.
Depuis que la force de réunion , que la
rapidité des manoeuvres , que la mobilité
des formes , que l'impulsion de maſſe décide
de la deſtinée des Empires , l'exercice
a dû être perfectionné. Le Chapitre onzième
luidonne un but réel.
Juſqu'au temps du repos , jufqu'à ce
temps où le ſoldat retourne dans ſa famille ,
où il ceffe un moment d'être iſolé pour ſa
Patrie , l'Auteur a tout mis à profit dans le
Chapitre douzième.
Rendre aux Arts le ſoldat inutile en
temps de paix , ſans l'êter à ſes' drapeaux ,
voilà l'objet des Compagnies de centenaires
&du Chapitre treizième .
La defertion occupe tout le Chapitre quatorzième.
On prévoit ſes moyens, ſes ſuires ;
on prévient ſes inconvéniens; on ordonne
ſa punition méritée.
FAC
DE FRANCE. 85
-
On aimera à lire dans cet Ouvrage
les perspectives & récompenfes militaires.
Le Chapitre quinzième eſt celui de la générofité,
comme le Chapitre ſeizième , de
la ſurveillance des hôpitaux de l'armée , eſt
celui de l'humanité.Dans le premier , le
coeur ſe repoſe ſur les hameaux , où le vétéran
, détaillant ſes exploits avec le ton
emphatique qui ſied à la vieilleſſe & à la
valeur, inſtruit ſes jeunes Auditeurs à l'honneur
& même à l'enthouſiaſme : leurs cheveux
ſont blanchis , mais leurs mains glorieuſes
peuvent encore moiſſonner dans
leschamps de la Patrie, comme ils ontcueilli
des lauriers aux champs de Mars. Leur paye,
prix de leur ſang , fruit modique à la vérité
, mais conſacré par le titre de penfionnés
de la Patrie dont ils ont été les défenſeurs
, inſpirent autour d'eux un ſen-
Ament de vénération. Le ſecond peint les
afiles douloureux où le ſoldat refpire avant
la mort ...... Précautions tendres , ſoins
paternels , égards même , l'Auteur développe
ici tout ce qu'il réunit de connoifſance
, d'art , de ſenſibilité ; & nous ne favons
que louer davantage , ou du Militaire
profond , ou du Philoſophe bienfaiſant.
86 MERCURE
:
DICTIONNAIRE portatif, contenant les
Anecdotes historiques de l'Amour, depuis
le commencement du Monde jusqu'à ce
jour. 2 Kol. in-8 ° . d'environ 600 pages
chacun. Prix , 9 liv. br. , 11 liv. rel. , &
--19 liv. br. francs de port par la Poste.
A Paris,chez Buiſſon , Libraire, Hôtel
de Coëtlosquet , rue Haute-feuille.
Un Dictionnaire n'eſt point fufceptible
d'analyfe ; fon plan eſt conçu d'après le
titre , & le nom d'amour ſuffit pour mettre
les Lecteurs au fait du fond de l'Ouvrage
dont il s'agit ici. Quant à la forme , la di
viſion alphabétique en donne la clef.
Ce qu'on peut exiger du Rédacteur d'un
Dictionnaire , c'eſt de le tendre le plus complet
qu'il eſt poffible , & ce point n'a pas été
fuffisammentrempliàl'égard duDictionnaire
de l'Amour. En prenant àla lettre l'annonce
du Livre , depuis le commencement du Monde,
on trouve bien des lacunes ; il y en a en
effet beaucoup , même pour les époques trèsmodernes.
Ce qui peut justifier le Compilateur
, c'eſt qu'il a voulu fe borner à deux
A
DE FRANCE: 87
volumes , pour une compilation qui en
comportoit cent , & qui n'eût pas été
épuiſée; l'amour a influé ſur tant de choſes ,
& de tant de manières ! Tout est amour ,
pour nous ſervir des expreſſions des Magnétiſtes
; tout dans la collection des geftes
amoureux intéreſſe , ou plait , ou effraye ,
ou fait rire. Du trône à l'échafaud , telles
font les diſtances que l'amour a remplies. La
politique a des ſecrets pour l'Hiſtorien , qui
n'en font point pour l'Ainour. Ainſi il n'eſt
pas douteux que cette compilation ne ſoit
lue avec plaifir ; quoique la diction du
Rédacteur ſoit monotone & peu meſurée
-au genre de chaque Anecdote , on trouve
une grande variété dans les matières.
Nous aurions déſiré , 1º. de ne point remonter
à des temps reculés qui n'intéreſſent
plus, &de ne point répéter ce qu'on trouve,
par-tout fur les amours des Orientaux , des
Grecs , des Romains , des Italiens , des Efpagnols.
La France a affez de matériaux à
fournir. L'Hiſtoire amoureuſe des Gaules
peut être menée loin en France , ſans qu'on
ait beſoin d'ouvrir les archives étrangères.
20. Quelquefois plus de décence dans
l'expreſſion , qui eſt ſouvent trop crue dans
les ſujets de galanterie.
30. Sainte-Agathe, Sainte-Tanche , qui ne
durent qu'à l'amour la couronne du martyre,
n'avoient que faire dans ce Martyro:
loge amoureux.
L'Anecdote de la belle Liquet , à
Louis XIV refuſa une grace qu'elle p
voit prétendre , parce que le Cardinal
Noailles repréſenta au Roi qu'il falloit
exemples , & que le grand pénitencier
recevoit que des femmes qui s'accuſoi
de vouloir ſe défaire de leurs maris , p
voit être rejetée , ainſi que celle du Ch
valier & de l'Abbé de Ganges. Auroitcru
que cet Abbé , réfugié en Hollande
été aimé d'une parente de la Comteffe de
Lippe, & que cette demoiſelle , malgrél'av
que ce monftre fit de ſon crime , ſe fau
avec luià Amſterdam , où elle l'épouſa ?
Ces obfervations ne peuvent nuire
débit de cet Ouvrage , dont le titre &
matière feroient ſeuls le ſuccès. On y r
trouve tant de noms qui ſont confacr
dans notre ſouvenir !
DE FRANCE: 89
VARIÉTÉS.
SUITE DES PENSÉES DIVERSES.
QUELS font les effets d'une grande fortune ?
les mêmes que ceux d'un grand repas : l'indigeftion
, ou la ſatiété.
Pour l'ordinaire , les grandes fortunes ſuppoſent
trois fortes d'eſprit ; l'eſprit de ſuite , l'efprit
d'économie , & l'eſprit d'intrigue : c'eſt par
lacombinaiſonde ces moyens, que , malgré l'ef-
-prit d'économie , on fait dépenser à propos ; que ,
malgré l'eſprit de ſuite , on ſait s'arrêter en certaines
occaſions ; & que , malgré l'efprit d'intrigue
, on fait prendre des voies ſimples.
SOUVENT la richeſſe nuit à l'aiſance , la gloire
àl'eſtime , & le pouvoir à la liberté : on voit
des hommes qui ne font jamais plus mal - aifés ,
plus décriés & plus eſclaves , que lorſqu'ils ont
obtenu de grandes richeſſes , un grand nom , &
un grand pouvoir.
QUAND on a été pauvre avec baſſeſſe , on eft
riche avec infolence.
LUCIEN , dans fon Dialogue de Jupiter le
Tragique , a une fort plaiſante idée. Jupiter convoque
une afſemblée générale des Dieux. Ils arrivent
de toutes parts : le Maître du Tonnerre
ordonne qu'on les range felon la matière dont
MERCURE
ils font formés ; d'abord , les Dieux d'or , enfuite
les Dieux d'argent , les Dieux de cuivre ,
les Dieux d'ivoire , d'ébène , & c. Cela occafionne
de grands détats , mais il en faut paffer par là :
c'eſt une image fingulière du rang que les richofles
affignent aux hommes dans toutes les
Sociétés.
On demande fréquemment ſi les richeſſes conviennent
ou non au bonheur ?
८
On
peut répondre qu'un juſte uſage eſt utile
-aurant que leur abus eft nuifible au peficfieur.
Il s'agit alors de ſavoir fi l'abus des richeſſes
eſt plus commun & plus facile que leur uſage ,
& la réponſe réfendroit la question contre les
richeſſes.
C'eſt uſerdes richeſſes , que de les employer à
fatisfaire les vrais beſoins de Thomte; c'eft en
abufer , que de les employer à ſfatisfaire les be
foins exceflifs .
"
:
13
Si l'on me demande quels font les beſoins exceffifs
, je rependrai , ceux qui paffent nos forces.
On peut infifter en difant , que d'après cette
idée, les richeides font un moyen infallible d
bonheur , puiſqu'elis. donnent à ceux qui les
poſsèdent , la plus grande force pour contenten
Icurs beſons, que qu'ils fcient
Mais je réplique qu'il faut bien diftinguer
la force pour acquérir , & la force pour jouir ;
la force d'acquérir tient à nos conventions , &
les richeſſes peuvent l'augmenter à l'infini ; mais
la force de jouir ne vient que de la Nature ,
& l'argent n'y peut rien.
Vous aurez avec de l'argent un repas abondant
& délicat ; ce repas vous infpirera le: beſoin
de goûter tous les mets ; & fi vous prés
DE FRANCE.
tendez le fatisfaire , vous gagnerez une indigeſtion
que tout l'argent de l'Univers ne ſçauroit
prévenir ni guérir. Le pis eft , que cette indigeltion
, ſuivie de quelques autres , affoiblira vos
organes , & tout le fruit des richetſes ſera de
diminuer en vous la force de jouir dans la même
proportion qu'elles auront accru celle d'acquérir.
Que conclure de là ? que la poffeffion des richeſſes
eſt bien dangereuſe pour qui n'a pas la
force de ſe contenir ; & quand on fonge qu'il
eſt plus difficile pour le coeur humain de ſe
- contenir que de s'abſtenir , que pencera-t-on d'un
genre de bien qui nous fait ſubir ou la peinė
très- longue de nous contenir toujours , ou la
peine très -vive de ne nous être pas toujours
contenus ?
On ne trompe jamais la Nature ; elle a ſa
baſe , où nous ſommes forcés d'appuyer tous nos
difices , petits ou grands : voulez-vous en conf-
- trmire un folide & durable ? proportionnez ſa
hanteur à la baſe que vous a circonfcrite la Natare
; mais ſi , négligeant cette proportion , vous
élevez un édifice trop haut, bientôt l'ouvrage
croulant par fon propre poids fur fa baſe , la
couvrira de ſes débris. J'ajoute à ces réflexions ,
que dans la diſcuſſion ſur l'avantage des ri
cheſſes , il faut diftinguer avec ſoin les premiers
temps de la poffeffion où tout est plaifir , d'avec
ceux où la fat été commence , & où tout devient
peine. Dans la comparaiſon de l'état de médioerité
avec l'érat de richeſſes , il ne faut point
confronter les jours avec les jours , mais les an
nées avec les années : la richeſſe a des jours délicieux,
mais la médiocrité a d'heureuſes années.
(Par M. le Marg. de C***. d'Avignon.)]
!
ANNONCES ET NOTICES.
NOTICE des Infeites de la France, répe
venimeux , tirée des Ecrits des Naturaliſtes,
Médecins , & del'obſervation ; par M. Amoure
fils, Docteur en Médecine en l'Univerfizé
Montpellier , Bibliothécaire de pluſieurs Acad
mies & Sociétés d'Agriculture. 1 Vel. in-8°.
Paris, rue & hôtel Serpente. Prix, 3 liv. 12 fo
broché.
Dictionnaire pour l'intelligence des Auter
Clafſfiques Grecs & Latins , tant facrés que pr
fanes ; contenant la Géographie , l'Hiſtoire ,
Fable, & les Antiquités ; par M. Sabathier , Pr
fefſcur émérite au Collège de Châlons- fur-Marn
Secrétaire - perpétuel de l'Académie de la mên
Ville , Aſſocié de l'Académie Etruſque de Co
tone , de l'Académie Royale de Pruffe. Tom
XXXIV. A Paris, chez Delalain l'aîné , Lib.f
St-Jacques.
Etat actueldu Dépôt de Soiffons , précédé d'un
Eſſai fur la Mendicité ; par M. de Montlinor
de pluſieurs Académics , & Inſpecteur du Dépa
de Soiffons. V. Compte , année 1786. Brochur
in-4°. de 68 pages. A Soiffons , de l'Imprimeri
de Ponce Courtois , Imprimeur du Roi ; &
Paris , chez Leclerc , Lib. quai des Auguſtins.
Manuel des Saintes Ecritures , contenant l'Abrégé
de l'Hiſtoire & de la doctrine duNouveau
DE FRANCE. 93
Teftament. 3 Vol in- 12 ; par M. de Fontenay.
A Paris , rue d'Enfer , N°, 101 ; & chez Méquignonjunior
, Libr. au coin des rues de la Harpe
& de Richelicu - Sorbonne ; Leclerc , rue Saint-
Martin, près la rue aux Oues , N°. 254.
2
Etrennes d'Hygie , ou Recherches Médicophyſiques
ſur l'Inoculation de pluſieurs Maladies ,
&particulièrement celle de la Petite - vérole
terminées par un Avis aux Meres de famille fur
leurs filles de 14 ans; par M. Chevilliard , Docteur
en Médecine & en Chirurgie , & de la Faculté
de Montpellier ; in-18 . A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Cailleau , Impr-Libr. rue
Galande , N°. 64.
Les petites Aventures de Jérôme Sharp , Profeſſeur
de Phyſique amuſante ; Ouvrage contenant
autant de Tours ingénieux que de leçons
utiles , avec quelques petits Portraits à la manière
noire ;par l'Auteur de la Magie blanche. 1 Vol.
in-8° . ABruxelles , chez la veuve Dujardin, Lib .
& à Paris , chez Defer de Maiſonneuve , Libr.
ruc du Foin-St-Jacques,
Instructions Paroiſiales, fur les vérités de laReligion
, à l'uſage des Enfans qui ſe diſpoſent à la
première Communion , & des grandes perſonnes
dont l'éducation a été négligée par M. le Soing ,
Prêtre du Diocèſe de Nancy , & Licencié ès Loix
de la Faculté de Paris, 2 Vol. in 12. A Paris ,
chez l'Auteur , au Presbytère de Saint-Germainl'Auxerrois
; & Onfroy , Lib. rue St-Victor.
Recueil des Ouvrages du Muſée de Bordeaux ,
dédié à la Reine. Année 1787. Va Vol. in-8°. A
Tyrannie que les hommes ont exercée
preſque tous les temps & les pays contre les Fe
mes, ou Inconféquence de leur conduite en
cette belle moitié de l'eſpèce humaine , &c. a
Brochure in-8 ° . de 93 pages. A Londres ; &
trouve à Paris, chez l'Auteur , rue St-Dominiqu
N°. 6 , Place St-Michel.
Conciliorum Gallia , tam Editorum quàm in
ditorum Collectio , temporum ordine digefta ,
anno Chrifti 177 , ad ann. 1563 ; cum Epifto
Pontificiurn , Principum conftitutionibus , & a
Ecclefiafticæ Gallicana,monimentis. Opera &
ſtudio Monachorum Congregationis Sancti Mat
in-folio. Tomus primus. Parifiis , fumptibus Pe
Didot filii , Primogeniti.
Ludovici-Francifci Maincourt , Doctoris M
dici Andegavenfis , Differtatio Medico - Phyſic
de fanguineis lymphaticiſque , malè Polypis d
tis , Congregationibus , in corde & in valis , E
vitam, &c..exiftentibus . Lutetiæ Parifiorum , ap
Croullebois , Bibliopolam , via.Mathuriana, Br
chure in 12 de 52 pages. Prix , 1 liv. 4 1.
:
Nicolai Chambon de Montaux , Facultatis M
dicinæ , Societatis Regiæ Medicæ Parifienfium , N
cofomii la Salpetrière , Medici , & c. Obfervation
Clinica , Curationes Morborum periculofiorum
rariorum , aut phenomena ipforum in cadaveribu
indagata referentes, I Vol. in-4°. Prix , 10 1.4
broché , & 12 liv . relié. Parifiis , apud Andrear
Croullebois,Bibliopolam, invia Mathurinenfiun
DE FRANCE.
95
Plan du Cours d'Etudes, à l'uſage des Elèves du
Collége Royal d'Eſtampes .
Ce Cours d'Etudes sérend à toute la Jeuneffe
fans exception , & embraffe tous les objets de
l'enſeignement général qui ſe pratique dans les
Univerlités & les Ecoles Militaires. Pour justifier
de l'objet de ce Cours d'Etades , il ſuffira d'en
parcourir le plan , qui ne laille rien à déſirer du
côté de la clarté , de la méthode , & généralement
de tout ce qui peut intéreſſer la meilleure
éducation des jeunes gens. Les perſonnes qui
voudront le confulter , s'adreſſeront au Principal
duCollége, à Estampes , ou à Paris , au P. Grangier
, Religieux Carme , Profeffeur ca Théologie ,
Place Maubert, qui leur en délivrera des Exemplaires
gratuirement : on'y trouvera l'ordre des
exercices, les prix & les conditions de la penſion.
&
Carte du Théatre de la guerre entre les Turcs ,
-fes Rulles l'Empereur ; ou Carte de la Mer
Noire, comprenant la plus grande partie de l'Empire
Othoman , partie des Erats de l'Empereur ,
de la Ruffie , & de la Pologne ; dreffée en 1788 ,
par le Sr. Dezauche , Géographe , & fuccelleur
des Sieurs Delifle & Phil , Buach , premiers Géograpbes
du Roi , & de l'Académie Royale des
Sciences : nouvellement revue & augmentée en
1789 .
,
Cette Carte , en deux grandes feuilles , dreſſée
pour fervir au Théatre de la guerre actuolle
comprend tous les pays ſitués entre le 34c. & le
63. degrés de longitude du Méridien de l'Iffe
de Fer , Lefquels renferment Vienne , la Hongrie,
Ia Galicie Ja Bukowine , la Transilvanme , l'Eſclavonie,
la Croatie, la Boſnie , la Servie , la Dalmatie,
laBulgarie , la Romanie ou Roumili , parzie
de l'Archipel , la Valachie , la Moldavie , l'U
& étui , to IV. 41.; collées fur toile fans et
و liv. AParis , chez l'Auteur , rue des Noyers.
13e. Recueil d'Airs arrangés en Duo , pou
Flûtes Ju Violons ; par M. Muflard , Maître
Flûte . Prix , 6 liv . A Paris, chez M. Muflard ,
Aubri-le-Boucher , maiſon du Md. de Vin.
6 Duos concertans pour Flûte & Violon ;
Antoine Stamitz , Muſicien du Roi. Prix, 7 1 .
Même adreſſe .
VERS.
TABLE.
Le Réveil des Oiseaux.
Quatrain.
Charade, Enig.& Logog.
Mémoires
Cuvres.
49 Des Etats-Généraux.
51 Eloge philosophique.
52 Formation.
52 Dictionnaire.
55 Variétés.
66Annonces&Notices.
J'Arla,
APPROBATIO Ν.
par ordre de Mgr. le Garde des Sceau
Je MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui pui
en empêcher l'impreſſion. A Paris , le 10 Juil
1789. SÉLIS:
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 15juin 1789.
La dénonciation du Prince Poninski ,
Grand-Trésorier de la Couronne , a été
pleinement efficace. On sait qu'en 1775 ,
l'autorité de la République fut confiée
à une Délégation , dont le Prince Po
ninski fut nommé Président. Le Rois'opposa
à la détentiondu PrincePoninski,
en alléguant la loi fondamentale qui défend
l'emprisonnement d'un Gentilhommeavant
la conviction. Cet avis , dicté par
une circonspection qui , quoique loua
ble , a paru déplacée , fut combattu
victorieusement par MM. Suchodolski,
Nonce de Chelm , et Suchorzewski ,
Nonce de Kallisch : ils offrirent de se
constituer prisonniers , et parties for-
Nº. 28. 11 Juillet 1789. C
,
La Séance de lundi dernier commenca
par la lecture d'une Requête de l'Accusé,
qui, se plaignant des discours prononcés
contre lui , demandoit à être jugé avant
d'être emprisonné , et de pouvoir impliquer
dans son procès les personnes
qui avoient participé , comme lui , aux
procédés de la Délégation . Le Prince
Poninski allant ainsi au - devant des
Accusateurs , n'eut pas de peine à en
trouver . Tous les crimes de lèse-Patrie
lui furent à- la- fois reprochés ; et un
Nonce ayant proposé qu'il fût enjoint
à la Commission de guerre de
faire garder l'Accusé à vue son avis
passa sans opposition formelle. Nous
disons formelle , car si un seul Nonce
eût fait une telle opposition , appuyée
sur la loi cardinale , neminem captivabimus
nisijure victum, et s'il y eût persisté,
il auroit arrêté toute la Chambre ,
une loi cardinale ne pouvant être enfreinte
qu'à l'unanimité. Chacun sentoit
la nécessité de mettre dans une
pareille occasion , un frein au cynisme
avec lequel le Prince avoit toujours
bravé l'opinion publique. L'Accusé
a tiré avantage de sa détention ; car
la multitude , ayant appris que les
Etats s'occupoient à décider de son
(51 )
-
sort , ne doutoit nullement qu'il ne fût
conduit au supplice; et lorsque la garde ,
entra dans sa maison , elle eut quelque
peine à l'empêcher d'être forcée ; si la
fermentation avoit passé jusque dans
la lie du peuple , le Prince eût été
mis en pièces.
En dévouant l'Accusé à la justice , les
Etats ont montré , d'ailleurs , les plus
grands égards aux personnes de son
nom ou de sa famille , et ont même
recommandé pour la place de Ministre
à Pétersbourg , M. Poninski, Staroste
de Kopanin , homme d'un mérite distingué.
L'armée de la République est actuellement
composée de 48,953 hommes.
- Le Prince Charles de Radziwill ,
Palatin de Wilna , a renouvelé son offre
aux Etats d'un régiment d'lafanterie de
deux bataillons ; le Price Sapicha ,
Grand- Chancelier de Lithuanie , donne
aussi un Régiment d'Infanterie. Ces
offres et d'autres semblables ont été prises
ad deliberandum .
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 juin.
Le Roi de Suède est arrivé en Fin-
J
C 1]
au 24. Elle étoit alors composée des
vaisseaux suivans :
Gustave III , de 74 canons.
:
Sophie Magdeleine, de70.
Eléonore Charlotte, de 62.. !
Adolphe Frédéric, de 70.
Wladislaw , de 74 .
Fæderneſland ( Patrie ), de 62 .
Forsigtighez (Prévoyance ) , de 62 .
Æhran (Gloire), de 62 .
Gotha Leyon ( Lion de Gothie ), de 70.
Frédéric Adolphe , de 62.
Dygden ( Vertu ), de 70.
Enighen ( Union ) , de 70 .
Louise Ulrique , de 70 .
Netirfan (Probité ) , de 62 .
Driflighet ( Audace ) , de 62 .
Tapperhet ( Valeur ) , de 62.
Mandighet (Courage ) , de 64.
Wafa, de 60.
Prince Charles , de 62.
Omhet (Bonté ), de 62 .
1
<
Rikfens Stænder (Etats du Royaume ) , de 64.
En outre deux frégates de 44 canons , ſept
de 40, une de 36 , deux de 32 , une de 30 ,
une de 18 , & quatre bâtimens armés,
Dans le portde Gothembourg font trois fré
( 53)
gates de 40 canons & une de 32; & dans celui
d'Helſingfors , deux de 26 canons. 1
La frégate Suédoise la Vénus , de
32 can. prise de calme , ayant été forcée
d'amener devant quelques vaisseaux
Russes , le Baron de Sprengporten, Ambassadeur
de Suède à Copenhague , et
M. Elliot , Ministre d'Angleterre , l'ont
réclamée , comme ayant été prise si
près des côtes de la Norwége , que les
droits de la Neutralité ne permettent
pas de regarder cette capture comme
légale. Le Gouvernement Danois
ehargé des Commissairés d'examiner cette
réclamation.
a
Le Prix que la Société Royale des Sciences de
Copenhague avoit proposé pour l'année 1788 ,
touchant une méthode plus facile & plus expeditive
de trouver les longitudes par les éclipfes
du foleil , & l'occultation des étoiles par la lune ,
a été décerné à M. Cagnoli , Secrétaire perpétuel
de l'Académie d'Agriculture , Commerce & Arts
à Vérone , Membre de l'Académie de Padoué ,
& de l'Institut de Bologne.
Un autre Prix , propoſé en la même année , pour
le meilleur Expoſé de l'Hiſtoire du Danemarck ,
depuis la mort de Valdemar I , en 1182 , juſqu'à
1209 , d'après Arnauld & Lubeck , comparé avec
les Auteurs Contemporains , a été adjugé à M.
Chriftiani , Confeiller de Justice , & Profeſſeur da
Philofophie , d'Hiſtoire &d'Eloquence àl'Univer
fité de Kiel .
Sur chacun des deux autres Problêmes ,la So
cij
Voici les Sujets qu'on propoſe pour cette année:
1. Hypothefin Craufordianam de calore corporum
infenfibili & latente curatius examinare , expofitis
argumentis tun pro ea , quam contra eam militantibus.
2. Data loci latitudine & longitudine declinationem
acus magneticæ in utroque hemisphærio determinare,
et curvas , quæ declinationes magneticas , exhibent
ducere. D
3. Virum fyftema feudale , quod tamdiu in Europa
univerfa viguit , tantumque in ftatu ejus publico
conftituendo momentum habuit , incidente proximis
post Chriftum natum feculis migratione gentium
à Populisborealibus ad meridionales pervenerit , an
vero fubfecutis demum temporibus ad horum exemplum
infeptentrionem introductum sit.
Le Prix pour celui qui aura le mieux traité
chaque Sujet , conſiſte en uve Médaille d'or de
la valeur de 100 écus argent de Danemarck. Tous
levSavans , excepté les Membres de la Société ici
préfens , font invités à concourir pour ces Prix.
I's voudront bien écrire leurs Mémoires en latin ,
françois, allemand ou danois.&les adreſſer francs
de port , à M. Jacobi , Confeiller des Conférences
du Roi , Secrétaire perpétuel de la Société , avant
la fin du mois de juin 1790.
Les concurrens , au lieu de ſe nommer , font
priés de mettre une deviſe à la tête du Mémoire ,
&d'y joindre un billet cacheté avec la même
deviſe , qui contiendra leur nom & le lieu de leur
réfidence.
( 55) /
/
La Gazette de la Cour de Péters
bourg a publié , le 2 , une longue relation
de l'avantage remporté par le Général
Dorfelden , le 1er . mai , sur les
Turcs , près de Gallacz . Comme on en
connoît déja les détails , il est inutile
de la transcrire . On a publié en
même temps le rapport que le Contre-
Amiral Comte de Woinowitsch a envoyé
de Sébastopol. Cette dépêche rend
compte d'une croisière de dix -huit batimens
de guerre , qui avoient aussi
des troupes à leur bord , sur la côte
de Romélie etàl'embouchure duDanube .
Dans cette course , on a pris à l'ennemi ,
depuis le 29 avril jusqu'au 9 mai , 4
bâtimens , et on en a détruit 8 autres .
Le 2 mai , on débarqua des troupes
près de Karakermon ; l'ennemi fut
attaqué et chassé de ses redoutes ; les
bâtimens approchèrent de cette place ,
et tirèrent avec tant de vivacité que le
feu la détruisit presqu'entièrement.
De Vienne , le 23 juin.
L'Empereur devoit quitter le château
de Laxembourg pour se rendre à celui
de Belvédère , lorsque la semaine dernière
un nouvel accès de fièvre a fait
suspendre ce voyage. La foiblesse de
S. M. est toujours très-grande , et son
civ
( 56 )
rétablissement fort lent ; cependant ,
Elle suit aujourd'hui un régime plus substantiel
, et ne cesse pas d'écrire des dépêches
, ou de s'occuper des affaires
publiques.
Le Général Comte de Wartensleben
est tombé malade ; il a quitté l'armée ,
et s'est fait conduire ici. Le Général de
Wallis l'a remplacé au Bannat.- L'ar
mée du Maréchal de Haddik est répartie
en 3 corps ; celui de Semlin , sous les
ordresdu Gén .-Prince de Ligne , en forme
l'aile droite; celui de Caransebes , sous
les ordres du Général de Clairfait ,
l'aile gauche ; le centre est près de
Weiskirchen.
On avoit cru que le Maréchal de Laudhon en.
treprendroit le ſiège de Czettin. En effet , tout
étoit prêt pour cet objet ; mais le plan d'opérations
vient d'être changé : l'armée ſe rend en
trois colonnes dans l'Esclavonie , & on ne laiſſe
de ce côté que les troupes néceſſaires pour le
cordon. L'armée doit s'être miſe en marche pour
arriver , le 18 , au camp d'Okutſchan. Ce changement
fait préſumer que l'on a abandonné le projet
de perdre inutilement le temps devant quelques
forts ,& que l'on ſe propoſe d'aller à la recherche
de l'ennemi en plein champ , pour le forcer à une
batailledéciſive.
Les Russes , qui sont à Jassy , montent
à environ 4,000 hommes. La principale
armée Russe est près de Mohilo-Reboi.
Le siége de Bender n'est pas encore
( 57)
commencé. - Le quartier-général du
Prince de Cobourg est toujours à Podu-
Pezedy , au-dessous de Bakea. - L'armée
principale , campée près de Weiskirchen
, est de 60,000 hommes ; un Corps
de 10,000 hommes doit la joindre .
On présume que les Russes porteront
dans cette campagne leurs forces prin
cipales dans la Bessarabie et la Moldavie ,
et qu'ils ne laisseront du côté d'Oczakof
qu'un Corps de 20,000 hommes.
L
ESPAGNE.
De Madrid , le 10juin.
Il y a trois ans que le Roi d'Eſpagne envoya
Don Antonio de Cordova au détroit de Magellan
, à bord de la frégate la Sainte-Marie de la
Cabeza , pour reconnoître les côtes de ces parages. -
Les vents contraires & les mauvais temps n'ayant
pas permis à cat Officier de prendre tous les
relèvemens qu'il déſiroit , S. M. C. lui donna
ordre d'y faire un ſecond voyage, pour achever
de reconnoître les côtes depuis les Caps Lunes &
de la Providence , juſqu'aux Caps de Pilares &
Victoire. Ce Brigadier des armées navales demanda
pour cette expédition deux corvettes dụ
Roi, nommées la Sainte- Cafilde & la Sainte-Eulalie .
Ces deux corvettes , doublées en cuivre , convenablement
équipées , mirent à la voile de Cadix ,
le 5 octobre 1788 .
1
Aubout de 72jours de navigation , elles eurent
connoiſſance de la côte Patagonique , entre le Cap-
Blanc & le Port désiré , par les 49 dégrés de
CV
(58 )
latitude méridionale. Après avoir relevé le giſement
de ces côtes ,& rectifié les cartes qui font
très-fautives dans cette partie , M. de Cordova fit
route pour le Cap des Vierges, & l'ayant reconnu
au bout de quatre jours , il emmancha le
détroit , & alla mouiller dans le Port Saint-Jofeph.
Là, il fit mettre à la mer les chalcupes des deux
corvettes avec les Aſtronomes , la moitié des Officiers&
deux Pilotes , pouryus d'une montre marine
& des autres inftrumens néceſſaires , de
vivres& de munitions de guerre pour un mois.
Il donna le commandement des deux chaloupes
à Don Michel de Zapiain , Capitaine de frégate,
avec ordre de reconnoître & de relever tous les
parages compris entre les Caps Lunes & de la
Providence,& ceux de Pilares & Victoire , qui
font les pointes occidentales du détroit , ainſi
que tout le canal de Saint-Jérôme.
Au bout de 23 jours , M. de Zapiain revint ,
après avoir reconnu & relevé de la manière la
plus exacte la latitude & la longitude des Caps
Lunes & de la Providence , &des autres pointes
principales du Détroit , & reconnu les mouillages
les plus abrités , entre autres , un port à deux
milles du Cap Pilares , dont Sarmies to feul fa't
mention. M. de Zapiain lui donna le nom de la
Miféricorde , &appela port de la Médaille un au're
havre circulaire, abrité de tous les vents , &
peut-être le meilleur de tous. Cet Officier rapporta
qu'il avoit laiſſe au fud du Cap Pilares ,
une bouteille renfermant une infcription , qui relatoit
Pexpédition , & une autre pareille dans
l'intérieur du canal de Saint-Jérôme ; il a reconnu
que ce canal n'étoit point formé par une ifle ,
comme les Indiens l'avoient dit à Sarmiento , mais
par le continent , dans lequel le prétendu canal
( 59 )
Intérieur n'eſt formé que par une rivière , navigable
foulement pour de petites embarcations .
Avant de qunter ces parages , M. de Cordova envoya
le Lieutenant de vaiſſean , Don Jofeph de
Gardo , avec le reſte des Officiers , pour lever le
plan d'une côte ſituée au fud ,qui reftoit à examiner.
Cet Officier y trouva un fort bon port , &
revint au bout de quatre jours rejoindre fon
Commandant. Dans ces deux expéditiors les chaloupes
eurent beaucoup à ſouffrir de la pluie &
des coups de mer qui gâtèrent toutes les provifions
,& exposèrentceux qui les montoient à manquer
de vivres & à reſter ſouvent mouillés nuit
& jour.
M. de Cordova , après 54 jours de réfidence
dans le détroit , mit à la voile du port Saint-
Jofeph , & debouqua le détroit au bout de quatre .
Il fit route pour l'Eſpagne , par un bon vent de
S. O. , & arriva àCalixle 13 mai dernier , après
7 mois & 10 jours de navigation .
Les pluies conftantes & les tempêtes que les
2corventes ont efſuyées pendant cette campagne ,
ont expofé leurs équipages à une épidémie ſcorbutique
, preſque générale , qui a mis trente-cing
à quarante hommes hors de ſervice. Les autres
ſe font rétablis à bord par l'uſage des légumes frais ,
& deux ſeulement ont fuccombé.
DonAntonio de Cordova rapporte que les Indiens
Pichiries , dont il a parlé dans ſon premier voyage,
font tellement habiles au larcin, qu'il n'eſt point:
de précautións qui aient pu mettre fon monde
l'abri de leurs vols ; il n'a point vu d'ailleurs d'e
Patagons , foit en entrant , foit en fortant du détroit
, ni dans les rades où il a mouillé par cing
fois différentes ; it préſume qu'ils ſervoient d'auxi
liaires aux Indiens de Saint-Julien , dans une guerre
avec ceux de l'intérieur du pays de Lai- Pampas.
Enfin, il affure qu'il n'y a maintenant paruse
c vi
refultat de fon voyage a été la découverte & la
correction d'une quantité d'erreurs qui ſe trouvent
dans les Journaux & Relations de ceux qui
y ont navigué avant lui.
ITALI Ε .
De Naples , le 10 juillet.
L'escadre d'évolution Espagnole, commandée
par Don Félix de Texada, est
entrée dans ce port le 7 de ce mois .
Elle est composée de 4 vaisseaux , 6
frégates et 3 brigantins ; savoir , le St.
Elme , le St. Laurent , le Bahama ,
le St. Francois de Paul, tous de 74
canons : des frégates , la Ste. Hélène ,
Notre-Dame du Rosaire , Ste. Perpétue
, Notre - Dame de la Solitude ,
NotreDamede la Guadeloupe et Notre-
Damedu Mont-Carmel, toutes de 34 :
et des brigantins , la Flèche, de 18 ; St.
Léon , de 16 ; le Chasseur, de 14. Elle
apporte des présens à Leurs Majestés
Napolitainès de la partdu Roid'Espagne.
FRANCE.
De Versailles , le 6juillet.
Le 21 du mois dernier , Leurs Majestés
(61 )
et la Famille Royale ont signé le contrat
de mariage de M. de Pastoret , Maître
des Requêtes , avec Mademoiselle de
Piscatory .
Le 28 , la Comtesse de Montmorency
a eu l'honneur d'être présentée à Leurs
Majestés et à la Famille Royale par la
Vicomtesse de Laval .
ETATS GÉNÉRAUX
Neuvième Semaine.
Du 27 juin. L'Assemblée générale s'étoit
ajournée au mardi 30. C'est de ce
dernier jour que nous allons reprendre
l'analyse des Séances de la semaine dernière.
Sur plusieurs points , on trouvera
ce Précis très - peu conforme au rapport
oratoire que font des délibérations ,
etjour parjour , une multitudede Feuilles
imprimées , dont le plus intrépide Bibliographe
auroit de lapeineà faire ledénombrement.
Du 30 Juin. La Minorité du Clergé & l'Ordre
de la Noblefſſe , entrés d'abord dans leurs falles
reſpectives , la pluralité des Députés Nobles
a rédigé des proteſtations , actes & réſerves individuelles.
Paffés erfuite dans la faile générale ,
avec la Minorité du Clergé , la Séance a commencé
à orze heures & demie par la lecture d'une
Lettre des Communes de Moncontour en Bretagne,
qui remercient l'Aſſemblée de s'être conftituée
Affemblée Nationale.
(62 )
Les Députés du Vermandois ont demandé la
parole; ils ont remercié l'Aſſemblée au nom de
leurs Commettans , & l'ont félicitée de la réunion
desOrdres; en même temps , ils ont remis fur
le Bureau l'acte qu'ils avoient reçu des Officiers
Municipaux de Laon.
i
Lecture faite du Procès-verbal de la dernière
Séance , MM. de la Nobleſſe ont remis leurs
pouvoirs , que l'on a renvo és au Bureau des vérifications.
Enfuit M. Pifon du Galand , l'un des
Secrétaires de l'Aſſemblée , a demandé de faire
lecture d'un grand nombre d'actes & de proteftations
, remis ſur le Bureau par les Députés de
laNobleſſe.
Ces actes & proteſtations ne ſont point uniformes:
on ne peut mieux les définir & les diftinguer
, qu'en les donnant en nature , tels qu'ils
ont été lus ou prononcés.
Extrait des protestations des Membres de la Nobleffe
, dans l'ordre où elles ont été lues.
MM. JeDucde Luxembourg , Marquis de Cruffol
d'Amboise, Chev . de la Coudraye, Comte de Lamber
tye, ComteJouffard , d'Yverfay , Comte de Ville
mort,Vicomte de là Châtre , Députés de Poitou , te
peuvent délibérer dans l'Aſſemblée juſqu'à la réception
de nouveaux pouvoirs . Ils en demandent
acte , & font réſervé des dél bérations qui pourroient
être priſes juſqu'alors.
MM. le Baron de Montagut-Barrau, & le Vicomte
Dufton de Saint- Michel , Députés de Cominges
& Nebouzan , ont déclaré que les articles
impératifs de leurs cahiers , les forcent à n'opiner
que par Ordre , &deur retirent leurs pouvoirs
dans le cas où l'on n'opineroit que par tête.
MM. le Duc de Caylus, le Baron d'Aurillac,
(63)
i
& le Chevalier de Rochebrune, Députés de Saint-
Flour , ont dit qu'ils ne pouvoient avoir voix délibérative
, parce que leurs cahiers leur enjoignoientde
voter par Ordre.
MM le Comte de Moncorps,&le Comte d'Arcy,
Députés d'Auxerre , ont fait la même déclaration .
M. le Vicomte de Panat, Député de Rhodès ,
a fait part qu'il ne pouvoit voter par tête.
M. le Vicomte de Malartic , Député de la
Rochelle , a déclaré que ſes cahiers lui défendoient
de voter par Ordre , à l'exception de
l'impôt.
Μ. Député de a proteſté
contre toute délibération par tête, juſqu'à la réception
de nouveaux pouvoirs.
M. de Cazalès , Député de Rivière-Verdun , a
fait la même déclaration .
M. le Marquis de Clermont Mont-Saint-Jean ,
Député du Bugey & Valromey , a déclaré que
ſes Commettans lui avoient ordonné de ne laiſſer
vérifier ſes pouvoirs qu'à fon Ordre feul , & de
protefter contre toute délibération priſe par deux
Ordres réunis.
M. le Baron de Cernon , Député de Châlonsfur-
Marne, proteſte également contre toute délibération
priſe , juſqu'à la réception de nouveaux
pouvoirs.
MM. de Garon de la Bévière & de Cardon de
Sandran , Députés de Bourg en Breffe , ont déclaré
qu'ils ne s'étoient rendus dans la ſalle avec
leur Ordre , que par déférence pour la Lettre du
Roi , & qu'ils ne peuvent prendre part à aucunes
délibérations , à cauſe de leurs cahiers , qui leur
ordonnent de ne voter que par Ordre.
M. de Saint-Fargeau, Député de Paris , a fait
( 64)
la lecture des articles impératifs de ſes cahiers ,
& a demandé voix conſultative en attendant.
M. le Comte de Sérent , Député du Nivernois
&Donziois , a déclaré que les articles de ſes cahiers
étoient fort impératifs , & qu'il alloit partir
pour obtenir de nouveaux pouvoirs ; il a fait un
diſcours à ce ſujet.
MM. le Marquis de Saint- Simon & le Comte
de Culant, Députés d'Angoulême , ont proteſté
contre toutes les délibérations qui pourroient être
priſes par tête.
MM. le Duc d'Havre & de Croi & le Prince
de Poix , Députés d'Amiens , ont déclaré être
chargés de maintenir l'opinion par Ordre.
M. le Comte d'Egmont , Député de Soiffons ,
a demandé voix conſultative en attendant de nouveaux
pouvoirs .
MM. le Marquis de Mortemart , le Comte de
Try, le Préſident de Frondeville & de Belboeuf,
Députés de Rouen , ont proteſté contre toutes
délibérations qui pourroient être priſes autrement
que par Ordre. ,
M. le Comte de Montboiſſier , Député de Clermont
en Auvergne , a proteſté également.
M. le Comte de Montcalm-Gozon & le Marquis
de Badens , Députés de Carcaſſonne , ont
déclaré que leurs pouvoirs vouloient le mode par
Ordre , le veto du Roi & des Ordres , & qu'en
conféquence , ils proteftoient contre toutes dé'ibérations
. Ils ont demandé acte de leur déclaration
aux trois Ordres .
M. le Marquis de Juigné, Député des Marches
communes du Poitou& Bretagne , a déclaré ne
pouvoir délibérer , juſqu'à la réception de nouveaux
pouvoirs.
( 65 )
M. le Marquis de Lusignan , Député de Condom
, a fait la même déclaration .
MM. le Comte de la Galiſſon ière , le Comte
de Reulliez , le Comte de Dieuzie & le Duc de
Choifeul-Praslin , Députés de l'Anjou , ont proteſté
contre la formation de l'Aſſemblée Nationale
, & toutes les délibérations qu'elle prendra.
MM. le Duc de Coigny ,le Comte Louis de
Vaffy , & le Baron de Wimpfen , ont proteſté
contre la délibération par tête .
M. le Baron de Pouilly , Député de Verdun ,
a proteſté contre toutes délibérations priſes par
tête,
M. le Marquis d'Apchier , Député du Gévaudan
, a fait la même déclaration.
Un autre Député a proteſté également.
MM. Achart de Bonvouloir , de Beaudrap , le
Comte de la Villarmois , & le Baron de Juigné ,
Députés de Coutances , ont auſſi proteſté.
MM. le Comte de la Châtre , le Marquis de
Bouthillier , Heustault de la Merville & Bangi de
Puivalée , ont proteſté & demandé voix confultative.
MM. le Comte de la Roque de Mons , & le
Vicomte de Foucault de l'Ardimalie , Députés du
Périgord , ont déclaré ne pouvoir participer à
aucunes délibérations priſes par un ou deux
Ordres , & faire toutes réſerves contre elles .
MM. le Comte de Bonneville & le Marquis
de Chambrais , Députés d'Evreux , ont proteſté
contre toutes Délibérations par tête .
Μ.
teſté également.
Député de a pro-
MM. le Baron de Poiffac & le Vicomte de
(66)
Lequeuille , Députés du bas Limoſin, ont déclaré
ne pouvoir opiner que par Ordre.
M. le Comte de Laipaud, Député de la baſſe
Marche , a fait la même déclaration .
Les trois Députés du Bailliage d'Amont , ont
proteſté contre la délibération par tête , qui leur
eſt expreſſément défendue par leurs cahiers; ces cahiers
let renjoignentauili de demander acte de leurs
prota ſtations. Les trois Membres de la première députation
de ce Bailliage , qui a été caſſée dans
la Chambre de la Nobleſſe , ont proteſté contre
l'acte ci- deſſus , juſqu'à la déciſion du procès des
deux députations , par les Etats-Généraux. Las
pouvoirs de ces derniers leur ordonnent de voter
par tête.
M. de Dépré de
a déc'aré que ſes cahiers lui ordonnoient de ne
conſentir à l'opinion par tête , que dans le cas
où les deux tiers de la Chambre de la Nobleſſe
yconſentiroient.
Les Députés de Metz ont proteſté contre l'opinion
par tête.
MM. le Marquis de Panat, le Marquis d'Aveffens
, le Marquis d'Efcouloubre& de Maurens ,
Députés de Toulouſe , ont proteſté contre toutes
délibérations par tête.
M. le Marquis de Vaudreuil , Député de Caftelnaudary
, a déclaré ne pouvoir opiner par tête ,
d'après ſes pouvoirs , qui le lui défendoient dans
tous les cas,
MM. le Mulier de Breffey & le Comte de Lévis ,
Députés de Dijon , ont déclaré ne pouvoir faire
vérifier leurs pouvoirs en commun , ni confentir
à l'opinion par tête. Ils ont ajouté qu'ils étoient
forcésde rentrer dans l'Ordre de la Nobleſſe.
(67 )
M. le Baron de Batz , Député d'Albret , a
proteſté contre l'opinion par tête.
M. le Vicomte de Noailles , Député de Nemours
, a déclaré pouvoir prendre voix délibérative.
M.le Baron de Gauville , Député de Dourd'n ,
aproteſté contre l'opinion par tête , & a demandé
acte.
M. Puch de Monbreton , Député de Libourne ,
a fait la même déclaration , ainſi que
M. le Baron deMontboiffier , Député deChartres.
M. de Grosbois , Député de Befançon , a déclaré
que fes cahiers lui ordonnoient de faire les
plus fortes proteſtations contre toutes délibérations
priſes par tête , & a demandé acte .
MM. le Comte de Touſtaint de Viré&de Menouville
, Députés de Mirecourt , ont déclaré ne
pouvoir délibérer par tête ;ainſi que
MM.le Marquis de Montdor , le Chevalier de
Boiffe, le Marquis de Loras & Deschamps , Députés
de Lyon.
Le Député du Comté de Foix a déclaré ne
pouvoir délibérer par tête ; il a demandé que l'Afſemblée
ſe formât en Bureaux , en attendant les
nouveaux pouvoirs de tous les Membres de la
Nobleffe.
Mle Duc de Villequer , Député de Boulogne ,
a déclaré qu'il étoit le maître de pouvoir voter
par Ordre ou par tête , en ſuivant la majorité ;
&que dans le cas de partage , il lui étoit enjoint
de voter par Ordre.
La lecture de ces proteſtations , dont la grande
partie, comme on le voit, n'eſt que l'expreffion
du devoir impoſé aux Députés par leurs
Commettars, & le témoignage de la fidélité des
premiers à feconformer aux ordres des ſeconds,
( 68 )
a été interrompue par un Membre des Communes,
qui a objecté qu'avant de recevoir des proteſtations
, on devoit examiner ſi l'on avoit qualité
pour proteſter ; que la vérification feule des ponvoirs
conſtateroit cette qualité , & que l'Afſfemblée
Nationale devoit rejeter des actes qui lui
conteſtoient fon exiſtence..
Dans le cours du débat qui a ſuivi cette oppoſition
, un Député de la Nobleſſe a obſervé
qu'aucune loi n'avoit profcrit les mandats impératifs;
que les trois Ordres en avoient également
reçu de tels; qu'il pouvoit être ſalutaire de les défendre
à l'avenir , inais que cette loi à faire ne
pouvoit avoir un effer rétroactif. Dans tous les
cas , a-t - il ajouté , il eſt impoſſible de refufer à
des Députés de ſe juſtifier envers leurs Commettans
,&d'obéir à leur confcience ou à leur miffion,
en proteftant contre ce que l'une & l'autre leur
interdiſent.
Un Député des Communes de Paris a adopté
l'avis qu'on ne pouvoit s'empêcher de recevoir
les déclarations jointes aux pouvoirs ; mais que
ceux-ci devoient être renvoyés aux Commiffaires
vérificateurs , & les actes remis aux Secrétaires ,
pour en ftatuer après la vérification des pouvoirs.
Cet avis eſt devenu celui de l'Aſſemblée , qui a
pris l'Arrêté fuivant :
« L'Aſſemblée Nationale arrête que les pouvoirs
remis fur le Bureau par Meſſieurs duClergé
& de la Nobleſſe , feront envoyés au Comité de
vérification pour y être examinés , & le rapport
en être fait enfuite à l'Aſſemblée. Quant aux
actes rémis également fur le Bureau , ils demeureront
dans les mains des Secrétaires , pour être ,
après,décrété ce qu'il appartiendra par l'Affemblée
Nationale. "
2
Adeux heures moins un quart , la Séance a été
levée&ajournée au lendemain matin . Le Comité
de vérification a fiégé dans la ſoirée.
( 69 )
Du 1 Juillet. Cette Seance , très - orageufe , &
dont l'objet , par extenfion , pouvoit être regardé
comme fondamental , a eu pour texte une Lettre
adreſſée à M. Bailly , Préſident , par dix-neuf perfonnes
du Palais- Royal , qui ſe ſont dites Députés
d'un grand nombre d'habitans de Paris. M. le
Préſident a lu cette Lettre , où l'on follicitoit
l'Aſſemblée , au nom du Public impatient , de
s'occuper des moyens de rendre le calme à la Capitale
, en rendant la liberté à des foldats aux
Gardes- Françoiſes , qui , détenus pour fait d'infubordination
, dans la prifon militaire de l'Abbaye
Saint-Germain , en avoient été tirés de force par
unemultitude tumultueuſe ,&portés , au bruit des
acclamations, au Palais- Royal , où ils étoientgardés.
M. Bailly a propoſé la formation d'un Comité
qui s'occuperoit fur-le-champ de cone affaire , &
il a lu la liſte des perſonnes qu'il défignoit pour
cet examen. Cet avis a été rejeté .
M. Mounier a opiné qu'on ne devoit pas
avoir égard à une lettre fignée de 19 Particuliers ,
& qu'on ne pouvoit s'occuper de cet objet , ni ,
artenter au pouvoir exécutif.
M. Bailly a propoſé d'envoyer au Roi une Députationà
ce ſujet.
M Fréteau s'y eſt oppofé , & à l'exemple de
M. Mounier , a fait ſentir le danger &l'illégalité
de cette démarche. L'Aſſemblée devoit reſpecter
les cahiers qui at ribuent au Roi le pouvoir exécutif.
Ce n'étoit pas à elle à ſe mêler de la police
des troupes , ni à s'attribuer la difcipline militaire ,
&la furveillance de la ſûreté publique. Ces différens
ſoins appartenoient à l'autorité Royale.
Pluſieurs Membres ont déclaré formellement
que cette affaire n'étoit pas de la compétence de
l'Aſſemblée.
:
M. Pifon du Galland a inſiſté pour la forma(
70 )
7
tion du Comité , au ſujet de l'attroupement qui
avoit fuivi l'infurrection de la priſon .
M. l'Archevêque de Vienne a repréſenté que
pour former un Comité , il falloit que les objets
qui devoient être diſcutés fuſſentde la compétence
de l'Aſſemblée ; il a ajouté que cet évènement ne
la regardoit pas.
Un Préopinant a été d'avis qu'il falloit demander
au Roi la permiffion de s'en occuper.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a ſoutenu
qu'on ne pouvoit ni ne devoit attenter au pouvoir
exécutif; la nomination d'un Comité pour s'occuper
de la révolte , méritoit l'attention la plus
ſérieuſe de l'Aſſemblée , qui devoit reſpecter la
difcipline militaire .
M. de Mirabeau a lu le projet d'une adreſſe aux
Commettans de la Nation , pour les charger du
ſoin de tranquilliſer le peuple.
M. le Comte de Crillon a dit qu'il falloit envoyer
une copie de la lettre à M. le Garde-des -Sceaux ,
en le priant de la mettre ſous les yeux du Roi .
M. Demeunier a prétendu qu'on devoit charger
pluſieurs Députés de Paris du ſoin de calmer la
fermentation du peuple.
M. le Prince dePoix a opiné à renvoyer l'affaire
à la déciſion du Roi .
Un Membre de la Nobleſſe a voté pour qu'on
chargeât les porteurs de la lettre de faire rentrer
les foldars enprifon .
Grande difcuffion pour & contre,
M. Vernier , Député d'Aval , a prié le Clergé
& la Nobleſſe de ſe réunir pour calmer le peuple ,
&pour folliciter la grace des priſonniers. Il a propoſé
uneDéputation des trois Ordres au Roi pour
l'obtenir. Il a fui par demander le retour des Soldatsdans
la prifon.
M. Target a propoſé d'écrire aux Electeurs de
Paris pour les charger de calmer le peuple.
:
( 71 )
M. le Marquis de Gouy d'Arcy a foutenu cet
avis. il a défiré que la grace fût envoyée par le
Roi dès que les Soldats fercient rentré, en priſon.
M. de Clermont-Lodève a prouvé que l'Aſſemblée
avoit mis en diſcuſſion un objet qui n'étoit pas de
ſa compétence. Il a prié M. le Préſident de ne
plus faire part à l'Aſſemblée de toutes les lettres
qu'il pourroit recevoir , attendu qu'on parviendroit
, par ce moyen , à retarder les occupations
des Etats-Généraux.
Aces opinions mutuellement balottées, foutenues,
repouffées , ont fuccédé fix propoſitions formelles.-
Première Propofition de M. le Comte de Crillon.
« Le Préſident ſera autorisé à faire paſſer à M. le
Garde-des-Sceaux la lettre des Envoyés de Paris ,
en retranchant toutefois les ſignatures; déclarera
que le pouvoir exécutif ne concerne pas l'Affemblée;
qu'el'e intercède auprès du Roi pour obtenir
une amniſtie générale. »
Seconde Propofition de M. Mercier.
« Charger M. le Préſident de dire à ceux qui
font venus de la part de la ville de Paris : retournez
promptement vers ceux qui vous ont envoyés;
dites-leur que le véritable moyen de mériter
les égards de l'Aſſemblée , qui ne ceſſe de s'occuperde
leur intérêr , eſt de rentrer dans l'ordre ,
& de porter leurs Concitoyens à la paix la plus
parfaite. >>
Troiſième Propofition de M. Camus.
Charger quatre de MM. les Prélats de ſe tranfporter
fur-le-champ auprès du Roi , pour intéreſſer
& folliciter ſa bonté. >>>
« Charger M. le Préſident de répondre fur-lechamp
aux Envoyés , que cen'eſt que par la paix
(72)
&la tra quillité que le Peuple peut aider les opérations
de l'Aſſembée.
Charger MM. les Députés de la ville de Paris
d'écrire à MM. les Electeurs pour le même
objet. »
QuatrièmePropofition de M. le Chevalier de Boufflers.
•« L'Aſſemblée nationale déclare que la connoiffance
des affaires relatives aux troubles populaires ,
appartient uniquement au Roi ; elle condamne ceux
qui agitent la ville de Paris , & elle en gémit : fes
Membres ne ceſſeront de donner l'exemple du plus
profond reſpect pour l'autorité royale , de laquelle
dépend la fécurité de l'Empire. »
« Elle conjure donc le Peuple de la capitale de
rentrer dans l'ordre , & de ſe pénétrer des ſentimens
de paixqui peuvent ſeuls aſſurer les biens infinis
que la France eſt prête à recueillir de l'Afſemblée
libre des Etats-Généraux , & auxquels la
réunion volontaire des trois Ordres ne taiſſe plus
d'obstacles. »
Cinquième Propofition de M. Target,
« Charger M. le Préſident de dire aux Envoyés
de Paris de reporter levoeu de la paix & de l'union ,
ſeul capable de ſeconder le travail de l'Aſſemblée
pour la félicité publique. »
« Que MM. les Députés de Paris ſeront chargés
d'écrire à MM. les Echevins de la même ville , que
l'Aſſemblée les invite à ſeconder de tous leurs efforts
les ſentimens de paix qui animent l'Aſſemblée
nationale.»
« Que quatre de MM. les Prélats ſe rendront
auprès de la perſonne du Roi , pour l'inſtruire du
parti pris par l'Aſſemblée , & fupplier Sa Majeſté
d'employer les moyens infaillibles de la douceur
&de la confiance dans le Peuple le plus fidèle de
laterre. » Cette motion a été rejetée.
La
( 73)
La délibération s'échauffoit en ſe compliquant
par tant d'avis divers , & par les obſervations
très- animées des uns & des autres , lorſque
M. Chapelier a ouvert un fixième Avis.
Sixième Propofition de M. Chapelier.
« L'Aſſemblée nationale nommera ſix Membres
pour concerter avec les Miniſtres du Roi , dépofitaire
du pouvoir exécutif , & aviſer enſemble
aux moyens les plus prompts , les plus fûrs &
les plus doux de rétablir la tranquillité publique.
"
Peu de Membres ont adopté ce dernier Avis ,
&le plus grand nombre s'eſt réuni en faveur de
ceux de MM. le Chevalier de Boufflers & Target ,
qu'on a combinés & réduits à un ſeul , ſous la
forme ſuivante :
« Il ſera répondu , par M. le Préſident , aux Envoyés
de la capitale , qu'ils doivent reporter dans
cetteville le voeu de la paix&de l'union , qui ſeul
peut faciliter les travaux auxquels va ſe conſacrer
P'Aſſemblée nationale. »
« L'Aſſemblée nationale gémitdes troubles qui
agitent la capitale: elle déclare que la connoiſſance
-des affaires qui y ſont relatives , appartient uniquement
auRoi . Les Membres ne ceſſeront de donner
l'exemple du plus profond reſpect pour l'autorité
royale , de laquelle dépend la ſécurité de l'Empire.
Elleconjuredonc le Peuple de la capitale de rentrer
fur- le-champ dans l'ordre ,&de ſe pénétrer des ſentimens
de paix qui peuvent ſeuls aſſurer les biens
infinis que la France eſt prête à recueillir de l'A
ſemblée libre des Etats-Généraux , & auxquels la
réunion volontaire des trois Ordres ne laiſſe aucun
obſtacle. >>
« Il ſera fait une Députation folemnelle à Sa
Majefté , pour invoquer ſa clémence en faveur des
perſonnes qui pourroient être coupables, l'inftruire
N°. 28. 11 Juillet 1789. d
( 74)
du parti pris par l'Aſſemblée,& la ſupplier d'employer
, pour le rétabliſſement de la paix, les
moyens infaillibles de douceur& debonté ſi naturels
à fon coeur , & de la confiance que mérite ſon bon
Peuple. "
M. Bailly s'eſt rendu auſſi - tôt après dans le
vestibule , & a fait lecture de l'arrêté de l'Aſſemblée
aux perſonnes députées de Paris qui avoient
été porteurs de la lettre.
La Députation à Sa Majeſté , a été compoſée,
pour 1: Clergé , de MM. l'Archevêque de Paris,
PEvêque d'Amiens , le Curé de Sergi , de Curéde
Montigni.
Pour la Nobleffe , de MM. le Chevalier de
Boufflers , le Chevalier de la Linière , le Marquis
de Lancome,le Marquis d'Avarai.
Pour les Commanes , de MM. Arnoul , leMercier,
Thouret , Hebrard , Barrère de Vieuzac , Maillot , la
Poule , Emmeri.
La Séance du matin a été terminée par le
rapport des pouvoirs de la Nobleſſe& du Clergé ,
vérifiés dans le Comité de la veille. MM. l'Archevêque
de Bordeaux , Mathias , Curé, & le
Duc d'Aiguillon , ont été les Rapporteurs. On est
forti de la falle à trois heures , en s'ajournant à
cinq , pour continuer l'examen du réglement.
Dans la Séance du foir , M. Rabaud de Saint-
Etienne a fait lecture du Chapitre du Règlement
qui concerne la formation desBureaux. Ils feront
au nombre de trente , chacun de quaranre Membres
, pris dansles trois Ordres , ſuivant la proportion
du Réglement de convocation. Tous les
mois on les renouvellera.
La Députation au Roi ayant été reçue , S. M.
a répondu:
«Votre Arrêté eſt fort ſage. Je ſuis bien content
de connoître les diſpoſitions de l'Aſſemblée ; &
1 ( 75 )
toutes les fois que la Nation ſe confiera à moi ,
j'eſpère que tout ira bien. »
:
« Je ferai connoître mes intentions ultérieures . »
Du 2 juillet. La Séance , ouverte par la lecture
duProces-verbal de la veille , a continué par cellę
du travail du Comité de Réglement , & de la
liſte des Membres qui compoſent les trente Bureaux.
M. le Cardinal de la Rochefoucault a préſenté &
lu la Déclaration ſuivante :
« Meſſieurs , il eſt de mon devoir de vous
déclarer , que lorſque tes Membres du Clergé ,
qui étoient reſtés dans la Chambre de leur Ordre ,
font venus avec moi dans la ſale commune aux
trois Ordres , nous avons fait préalablement des
réſerves , portant que :
« Vu la déclaration du Roi , du 23 juin , la
lettre de Sa Majesté , à moi adreſſée le 27 juin
en ces termes : » Mon cousin , &c. Le Mambres
du Clergé , toujours empreſſés de donner à Sa
Majeſté des témoignages de reſpect , d'amour &
de confiance , juſtement impatiens de pouvoir fe
livrer enfin à la diſcuſſion des grands intérêts d'où
dépend la félicité nationale , ont délibéré de ſe
réunir dès aujourd'hui aux deux Ordies de la
Nobleſſe & du Tiers-Etat , dans la falle commune
, pour y traiter des affaires d'une ut lité
générale , conformément à la déc'aration du Roi ,
fans préjudice du droit qui appartient au Clergé ,
fuivent les loix conftitutives de la Monarchie ,
de s'aſſembler & de voter ſéparément , droit qu'ils
ne veulent ni ne peuvent abandonner dans la préfente
feffion des Etats Généraux , & qui leur eſt
expreſſément réſervé par les articles 8 & 9 de
la même déclaration . :
« Je vous prie , Meſſieurs , de trouver bon
dij
(76 )
1
» queje remette ſur le bureau la préſente décla-
>> ration ,& que je vous en demande acte. »
Signé, le Cardinal DE LA ROCHEFOUCAULT.
Aufſi-tôt après cette lecture , M. l'Archevêque
de Vienne a dit : « Je ne puis me diſpenſer , Mef-
>> ſieurs , d'obſerver que lorſque la Délibération
>>apportée par M. le Cardinal a été priſe , la
" majorité du Clergé, qui pouvoit ſeule s'attri-
» buer à juſte titre le nom d'Ordre du Clergé ,
» n'y étoit point.»
M. de Mirabeau a avancé qu'on ne pouvoit
recevoir aucune proteſtation dans cette Aſſemblée,
& que tous les Membres qui en vouloient faire
devoient ſe retirer.
M. l'Archevêque d'Aix a répondu que leClergé
faiſoit des réſerves & des proteſtations , mais qu'il
s'étoit réuni pour délibérer en commun ſur les
affaires publiques ; il a ajouté qu'il demandoit
acte des réſerves .
M. Péthion de Villeneuve a demandé que les réſerves
fuſſent faites en d'autres termes , puiſqu'elles
l'avoient été d'après les Déclarations du Roi ,
&que la minorité du Clergé ne s'étoit réunie
que d'après les ordres du Roi. Il a conclu que
l'Aſſemblée pouvoit refuſer acte des réſerves.
M. de Mirabeau a réclamé contre la déclaration
duClergé , qui prétendoit voter dans ſon Ordre ,
&fur l'indécence de cette expreſſion , ne veut ni
nepeut; expreſſion qui ne convenoit même plus
au pouvoir exécutif.
M. Pifon du Galland a foutenu qu'on ne pouvoit
recevoir que les réſerves des Membres du
Clergé qui ſe préſenteroient nominativement , en
conféquence de l'arrêté du 30 Juin.
M. Mounier a dit qu'il falloit diſtinguer deux
eſpèces d'actes , les déclarations , & les proteſtations
; que les déclarations étoient juftes ; mais qu'il
falloit rejeter les proteſtations & réſerves , l'Af
( 77 )
ſemblée ne pouvant les admettre , puiſque c'étoit
les approuver que de les reconnoître , ce qui n'étoit
pas poffible.
M. Le Grand a foutenu l'opinion qu'on ne pouvoit
donner acte des déclarations .
L'Aſſemblée a déterminé qu'il ne ſeroit pas fait
mention des proteſtations dans le procès - verbal
de cejour.
M. de la Borde a demandé que l'Aſſemblée ſe
formât en Bureaux à l'inſtant , pour la nomination
d'un Préſident & des Secré aires . Cette propoſition
a éré foutenue par MM. le Prince de Poix
& Demeunier ; l'Aſſemblée l'a agréée.
M. Guillotin a fait le rapport des précautions
qu'il avoit priſes pour faire aërer la falle , & du、
projet qu'il avoit conçu avec M. Paris , Architecte
des Menus , pour le nouvel arrangement de
la falle , & l'emplacement des 30 Bureaux , en
prenant les falles du Clergé & de la Nobleſſe.
L'Aſſemblée en a ordonné l'exécution .
On a lu l'article du Réglement de Police , qui
regarde la nomination du Préſident &des fix Secrétaires
.
M. le Préſident , après avoir dit que les Bureaux
s'aſſembleroient à cinq heures , a levé la
féance à midi & demi .
Dans la foirée , S. M. a fait connoître ſes intentions
ultérieures , par une Lettre à M. l'Archevêque
de Paris , Chef de la Députation ; Lettre
dont ce Prélat a donné communication .
LETTRE DU ROL
« Je me suis fait rendre un compte exact,
mon Goufin , de' ce qui s'eſt paffé dans la ſoirée
du 30 juin. La violence employée pour délivrer
des prifonniers de l'Abbaye , eſt infiniment condamnable,&
tous les Ordres , tous les Corps , tous
les Citoyens honnêtes & paiſibles ont le plus grand
dij
(78 )
intérêt à maintenir dans toute ſa force l'action
des loix proectrices de l'ordre public. Je céderai
cependant dans cette occafion , lorſque l'ordre
ferare aabbi , aux fentimens de la bonté;&j'efpère
n'avoir pas de reproche à me faire de ma
clemence , lorſqu'elle est invoquée pour la première
fois par i Aflemblée des Représentans de
la Nation ; mais je ne doute pas que cette Affembée
n'attache une égale importance au ſuccès de
toutes les mesures que je prends pour ramener
l'ordre dans la Capitale. L'efprit de licence &
d'infubordination ett deftructif de tout bien ; &
s'l prenoit de l'accroiſſement , non- feulement le
bonheur de tous les Citoyens feroit troublé &
leur confiance feroit altérée , mais on finireit
peut- être par méconncître le prix des généreux
travaux auxquels les Repréſentans de la Nation
vont ſe conſacrer. Donnez communication de
ma lettre aux Etats -Généraux , & ne doutez pas
de toute mon eſtime pour vous. »
Signé, Louis.
Du 3 juillet. D'entrée , on a fait lecture de la
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris. (Nous
venons de la rapporter). L
Enfuite M.Bailly a annoncé que la veille , par
le fcrutindes Bureaux , M. le Duc d'Orléans avoit
été éu Préfident. Son Alteſſe a refuſé , en difant
que « le bien public exigeoit d'elle ce refus , par
>> la raiſon qu'elle n'avoit pas les qua'ités requiſes
>> pour remplir les fonctions de Préſident. >>>
Ce Prince avoit eu 553 voix fur 860 votans :
ce nombre prouve qu'environ un quart des Membres
de l'Aſſemblée manque, aux Etats -Généraux
, cu n'a pas concouru à l'élection . 14
On s'eſt retiréen Bureaux pour procéder à une
nouvele élection, dont le réſultat a été la nomination
de M. l'Archevêque de Vienne, à une très
(79 )
grande majorité. Ce Prélat a dit : «La carrière
>>que j'ai parcourue ne me permettoit pas d'eſpé-
>> rer un évènement auſſi glorieux ; il ne me refte
» plus rien à déſirer , Meffieurs , que de tourner
>> mes derniers regards vers la régénération de
>> notre commune patrie. » Ce difcours a été fort
applaudi.
Après la nomination du Préſident , on a déclaré
celle des fix Secrétaires de l'Aſſemblée. Voici le
réſultat du feratin.
M. Grégoire , Curé d'Imbermenil ... 416 voiz.
M. Mounier.
M. de Laliy Tollendal ....
M. l'Abbé Syeyes ............
.420.
..405.
M. Chapelier . 328 .
264.
M. de Clermont- Tonnerre ...
....219.
SUPPLÉANS.
M. le Comte de Crillon ..
Μ..... .. .156. voix .
M. Fréteau. 151 .
M. Emmeri ..
191.
M. Rabaudde Saint- Étienne . ... 109.
M. Touret .... ...99 .
M. le Duc de la Rochefoucault a propoſé d'ervoyer
une députation à M. Baily, pour le remer
cier de la dignité avec laquelle il avoit rempli les
fonctions de Préſident .
M. l'Archevêque de Bordeaux , an nom de fon
Bureau , a remercié M. Bailly, & a demandé au
nom du même Bureau , que l'Affemblée ordor.ne
la lecture des élections de chaque Büreau .
M. l'Archevêque de Vienne , nouveau Préfident
, a propoſé de s'occuper de la vérification
des pouvoirs , ou de la députation de S. Domingue.
L'Aflemblée a choiſi ce dernier objet. Comme
cet objet a été reptis le lendemain , nous rendrons
compte poſtérieurement des débats quiyfont relatifs.
div
( 80 )
-
M. Target a remis fur le Bureau la queſtion relative
aux pouvoirs impératifs ; il a lu un long
Mémoire pour prouverla nullité & l'illégalité de
ces pouvoirs.
Avant'ui , M. l'Evêque d'Autun avoit propofé
à ce ſujet ure délibération , qu'il a appuyée par
un diſcours : voici le ſens de fon opinion.
« L'Affemblée Nationale conſidérant qu'un bailliage
, & à p'us forte raifon une partie d'un baillisg
, n'a que le droit de concourir , par ſes Députés,
à former la volonté généra'e , & non celui
de l'arrêter & de s'y ſouſtraire , déclare que toute
cauſe impérative d'un mandat qui interdiroit aux
D pués de voter dans l'Aſſemblée, ou lui ordonneroit
de ſe retirer, parce que fon voeu particuliere
prévaudroit pas , eſt radicalement nul : que
l'eſpèce d'engagement qui pourroit en réſulter ,
entre un Député & ſes Commettans , doit être
promptement levé par eux , & ne peut être ni
fuppofe, ni reconnu par l'Aſſemblée ; qu'une
telle clauſe n'ayant pu, fans aucun prétexte , être
aprofée par aucun balliage , toutes proteſtations
faites en conſequence ſont inadmiſſibles ; qu'elles
ne peuvent fufpendre un inſtant les opérations
d'une Affemblée légitimament conftituée , & efſentielement
active ; & par une ſuite néceſſaire ,
malgré l'abfence volontaire ou forcée de quelques
Députés , tout décret de l'Aſſemblée ſera également
ob'igatoire pour tout bailliage , lorſqu'il aura
été rendu pour tous ſans exception. »
Un Membre de la Nobleſſe a dit que les loix
ne devant pas avoir d'effes étroactifs , nul décret
ne pouvoit annuller des mandats impératifs , que
l'ancien uſage avoit autoriſé à donner.
M.le Comte de Clermont- Tonnerre a étayé la
nullité & illégalité de ces pouvoirs , par la raifon
que c'eſt à la volonté générale à faire la loi , &
aux volozés particulières à s'y foumettre.
( 81 )
M. l'Evêque de Langres,faififfant la grande objection
, a dit qu'il falloit diftinguer les mandats
impératifs à venir , de ceux actuels, qui avoient
pu être donnés , puiſque l'uſage l'aurorifoit ; il a
fini par avouer la ſageſſe des principes établis par
M. l'Evêque d'Autun .
M. l'Evêque de Chartres s'eſt étendu ſur l'abfurdité
& l'injustice de prétendre arêter , par de
pareils mandats ,une Aſſemblée eſſentiellement active;
après pluſieurs argumens, il a comparé les
donataires de pareils mandats , à des joueurs qui ,
fans enjou , voudroient s'emparer du gain lorſque
la chance leur feroit favorable , &ne riſqueroient
jamais de rien perdre.
M. le Préſident a renvoyé la ſuite de cette difcuffion
à une autre ſéance.
Du 4juillet. On a repris la difcuffion de laDéputation
de Saint-Domingue. Après nombre de
Difcours , on a mis aux opinions le nombre de
Députés qu'on accorderit à la Colonie. Sur l'ap-
Lel des voix , il s'en est trouvé ,
523-
223
9
I
- pour 6 Députés.
pour 12 Députés.
4Députés.
-
-
pour
pour 8Deputés.
Cette délibération ayant été annorcée , on a
demandé le droit de Séance pour tous les autres
Députés ; ce qui a été acco dé. On a propoſé
enfuite d'accorder voix confultative aux autres
Envoyés de Saint-Domingue. M. Fréteau s'y eſt
oppoſé , en diſant que cette conceffion é oit dangereuſe,&
terdoit à rendre les délibérations plus
difficiles : cette oppoſition a prévalo.
M. Dupont a terminé la Séance par le rapport
du Comité des ſubſiſtances .
« Le Comité , a-t-il dit , que vous avez établi
pour s'occuper de la cherté des grains , & des
dv
( 82 )
moyens de faciliter la ſubſiſtance du peuple, s'eſt
livré , avec le zèle que vous aviez le droit d'attendre
de ſes Membres , au travail que vous lui,
avez impofé. Il a d'abord chargé trois de ſes
Membres de demander à M. le Directeur-général
des finances les renſeignemens néceſſaires pour
déterminer avec plus de juſteſſe les opérations
dans lesquelles votre amour pour vos Concitoyens
ne vous permet d'apporter aucun retard : ce Miniſtre
nous a donné les états d'entrée & de ſortie,
& il s'eſt chargé de plus de faire lui-même pour
le Comité un Mémoire qui va être mis ſous vos
yeux.
Lecture faite de ce Mémoire , on a continué
le rapport du Comité : « Vos Commiſſaires , y
eft-il dit , n'ont négligé l'examen d'aucunes des
corſidérations qu'ils pouvoient avoir à vous mettre
ſous les yeux ; ils en ont conclu que vous ne
pouviez dans ce moment avon que tro's chofes
à faire :
1º. Favorifer la circulation de province à province
& de canton à canton , dans l'intérieur du
royaume.
2°. Porter des ſecours en dentées dans les lieu.x
où elles peuvent manquer réellement.
3º. Répandre des Rulaires & même des aumônes
dans ceux où la denrée ne manque pas , mais où
les moyens du peuple font lafuffifans pour ſe la
procurer.
«C'eſt l'opinion de votre Comité , que l'en
ne peut aller trop vite pour les oeuvres de bienfaiſance
,& trop infirir les actes de législation qui
doivent porter l'empreinte delaraiſon ſociale , &
s'appuyer fur les principes reconnus par l'opinion
publique, fans le concours, de laquelle la raifon
elle-même & les loix feroient dénuées de pouwoir.
»
« Les beſoins font ſi urgens dans quelques
(83 ) (
.
cantons , & en même temps la récolte fi prochaine,
que ce ne ſont point des loix qu'on attend
de vous , ce ſont des fecours qu'il faut
donner à ceux dont le beſoin les invoque. >>>
« Sans doute il ne vous eſt permis , par vos
mandats , de ne vous occuper ni d'emprunts .
ni d'impôts avant d'avoir régé ce qui concerne
la Conftitution & la périodicité de l'Affemblés
Nationale; mas les trois moyens proposés pour
foulager la misèle publique , entrainent ou un
emprunt , cu un impôt , ou une autoriſation de
dépenſes qui néceffitera d'impôt ou l'emprunt. »
" Seriez vous donc dars l'impuiſſance de focourir
vos frères , qui vous implorent,& la Nation
aſſemblée ne pourroit - elle que plaindre la
Nation?»
« S'il s'agiſſoit de perpétuer des dépenses ruineuſes
, de fournir à la prodigaité d'une Cour ;
de rendre des Miniſtres indépendans de la fatisfaction
publique , certainement alors il vous feroit,
il vous eft défendu de vous prêter à aucun impôt
, à aucune contribution , à aucun emprunt.
Tel eft l'eſprit des mandats qui vous liert , & le
feul article par rapport auquel ils puiffent être
impératifs fans danger. >>>
« Vous ne pouvez douter que vos Commettans
aient dit que le falut public étoit la loi
ſuprême , qu'ils ne vous aient autoriſés à mettre
obſtacle aux ravages d'une inondation ou d'un
incendie , à repouſſer l'ennemi ſi la patrie étoit
attaquée , à ſecourir le pauvre , à l'arracher à la
mort. »
« Ce n'eſt pas aux pauvres qu'ils nous ont
défendu d'accorder une contribution , & puifque
vous êtes leurs Repréſentans,vous devez faire ce
queles repréſentés auroient fait eux-mêmes. »
« Telle eſt l'opinion du Comité des ſubſitances.
Il ne choiſira pas entre les moyens qus
dvi
(84)
vous ont été propoſés , il ſe borne à les mettre
fous vos yeux. »
L'examen des divers moyens propoſés a été
renvoyé à l'examen des Bureaux.
De Paris , le 8 juillet.
Règlement fait par le Roi , du 27
juin 1789 , concernant les Mandats des
Députés aux Etats-Généraux.
Idem , du 18 juin 1789 , pour valider
la nomination faite de quatre Députés
aux Etats-Généraux , par les trois Ordres
de la Sénéchaussée de Castelmoron .
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , et
Lettres - Patentes sur icelui , du 22 mai
1789 , registrées en la Cour des Monnoies
le 17 juin 1789 , qui ordonnent que la
fabrication de cinquante mille marcs
d'espèces de cuivre , autorisée par arrêt
du 16 septembre 1784 , en la monnoie
de Rouen , sera continuée et portée à
cent cinquante mille marcs .
Depuis huit jours , une partie de la
multitude de cette capitale étoit en agitation.
L'on a vu , par Particle des Etats-
Généraux, que cette fermentation avoit
été jusqu'à forcer la prison militaire
de l'Abbaye St. Germain , et à en faire
sortir quelques Soldats , détenus pour
cause d'insubordination ou autres fautes .
Ces prisonniers furent amenés au Palais-
Royal , où ils sont restés trois jours.
Les Electeurs de Paris, assemblés depuis
la semaine précédente , craignant les
(85 )
suites d'une effervescence si dangereuse
dans les conjonctures actuelles , ont pris,
le mercredi 1. de ce mois , la Délibération
suivante rendue publique :
« L'Affemblée des Electeurs de laVille de Paris,
déclare qu'Elle ne peut voir , ſans la plus profonde
douleur , qu lques perſonnes entraînées par
des mouvemens inconſidérés , ou cédant_peutêtre
à des infinuations dangereuſes , manifeſter des
a'armes ſur le bonheur public , dont s'occupe le
meilleur & le plus chéri des Rois , & quel'Af
ſemblée Narionale ne peut manquer de conſolider
pour jamais , fi tous les Citoyens s'empreſſent
d'y concourir par une conduite , dont la modération&
l'amour de la paix doiventêtre labaſe. »
,
"En conféquence , l'Aſſemblée invite , au
nom de la Patrie , tous les Chefs das Corpoо-
rations , tous les Pères de Famille ; en un mot ,
tous les Fra çois habirans de cette capitale
à porter et à répandre par- out des fentimers
de calme& d'union ; enfin , à foutenir le caractère
d'une grande Nation , ſi juſtement célèbre
par ſon extrême amour & fa fidélité inviolable
pour ſes Rois. 12-
Signé , DELAVIGNE , Préſident ; GARNIER ,
Secrétave. .
MÉMOIRE instructif remis de la part
du Ror au Comité des subsistances
des Etats - Généraux , par le Directeur-
général des Finances.
Je ne puis rendre compte dessoins que leRoi a
pris, relativement aux fubfiftances , que depuis le
moment de ma rentrée dans le Minittère, c'est-àdire
, depuis le 25 août 1788 .
La libre exportation des grains avoir été établie
par une loi enregiſtrée au mois de juin 1787;
(86 )
cette loi avoit été généralement applaudie , &
enconféquence l'on s'étoit livré au commerce des
grains dans tout le royaume avec plus d'activité
que jamais , & l'en avoit envoyé dans l'étranger
une quantité confidérable de grains. Cependant à
mon arrivéedans le Ministère,je me hâtai de prendre
des informations ſur le produit de la récolte &
fur les beſoins des pays étrangers. Ces informations
m'ayant donné de l'inquiétude , je propoſai à Sa
Majeſté de défendre l'exportation des grains. On
crut dans les premiers momens que ces difpofitions
tenoient aux opinions particulières du Miniftre
, parce que j'ai fait connoître en pluſieurs
occafions de quelle importance il eſt pour la France
de veiller fans ceſſe ſur les effets d'une exportation
illimitée , & de ne ſe livrer à cet égard à
aucun ſyſtême exagéré. Quoi qu'il en ſoit , l'expérience
a prouvé combien étoit convenab'e l'empreſſement
que j'apportai à ſolliciter les ordres de
SaMajefté pour contenir & pour arrêter entièrement
l'exportation des grains. Ce fut dans les
premiers jours de ſeptembre que je commerçai
à ordonner aux Fermier- généraux , de la part du
Roi , d'arrêter à pluſieurs frontières l'exportation
des grains; & le ſept du même mois Sa Majesté
fit rendre un Arrêt de ſon Conſeil , qui défendoir ,
d'une manière générale & abfolue , la fortie des
grains hors de fon royaume.
Cependant de nouvelles notions générales fur
F'étendue de la dernière récolte m'ayant fait craindre
que fon produit , joint aux réſerves des anciens
bld's , ne fût pas fuffifant , Sa Majesté crut
prudent d'exciter le commerce à faire venir des
grains de l'étranger , & Sa Majesté , promit par un
Arrêt de fon Conſeil, du 23 novembre dernier ,
une prime de quarante fous par quintal de farine ,
&detrente ſous par quintal de bleds , ſur toutes
les quantités de ces denrées qui ſeroient importées.
(87 )
des Etats-Unis d'Amérique dans l'un des ports du
Royaume..
Cette prime n'avoit d'abord été annoncée que
pour durer juſqu'à la fin de juin , afin de hâter
les ſecours qui pourroient nous être deſtinés de
cette contrée; mais le Roi , par ſon Arrêt du
20 avril dernier , a prolongé cet encouragement
juſqu'au premier ſeptembre prochain .
Sa Majefté , par ſon Arrêt du ir janvier dernier
,accorda deſemblables encouragemens à l'importation
des grains qui ſeroient envoyés en France
detous les pays de l'Europe , & les primes , fixées
d'abord à quinze ſous par quintal de froment,
à douze par quintal de feigle , & à vingt fous
par quintalde farine , ont été doublées par l'Arrêt
du Conſeil du Roi , du 20 avril dernier , & le
terme en a été prolo gé jufqu'au premier ſeptembre
: enfin , le Roi accorda par le même Arrêt
une prime d'encouragemens pour l'introduction
des orges , foit en grains , foit en farines.
Toutes ces primes ont été payées comptant
dans les ports mêmes & à l'arrivée des navires.
Cependant Sa Majeſté ,juſtement inquiète que le
royaume ne reçût pas des ſecours équivalens à fès
beſoins , & l'expérience ayant inſtroit que peu de
Négociars veulent ſe mêler du commerce des
grains , lorſque les prix font chers & fixent les
inquiétudes du Peuple , Sa Majesté crut devoir
s'aſſurer d'un approvisionnement extraordinaire ,
en faifant acheter dans l'étranger, de ſes propres
deniers & à fes périls & rifques , une quantité
confidérable de bleds&de farines ,& le Roi confia
ces commiffions aux Régiffeurs des vivres de la
guerre.
Ils ont été autoriſés à faire des achats au dehors
dès le mois de novembre , & depuis cette
époque ilsn'ont jamais été unmoment dans l'inacton.
-
( 88 )
د La commiſſion pour les farines n'a été exécutée
que juſqu'à la concurrence de quatre- vingtdix
mille facs , parce qu'on n'a pu faire ces achats
qu'en Angleterre; & dans le cours de ces opérations
, le prix de la denrée eſt monté au terme
oùles loisdupays ne permettent plus l'exportasion.
On n'a pas été arrêté de même dans les achats
debleds , parce qu'on a pu s'adreſſer dans pluſieurs
pays, en Hollande , à Hambourg , à Dantzick ,
en Irlande ,&pendant quelque temps dans la FlandreAutrichienne.
Le Roi a employé ſon crédit & fa puiſſante
intervention pour obtenir , malgré les déf nſes générales
, une extraction particulière de la Sardaigne,
de la Sicile& des Erats du Pape ; ces bleds avoient
d'abord été deſtinés pour la Provence&les autres
partiesméridionales de la France; mais Sa Majefté
ayant été informée qu'on pouvoit s'y paffer de
ces ſecours , le Roi les fait venir au Havre & à
Rouen; mais par un des malheurs qui ſemblent
affaillir la France cette année , une conduite inattendue
de la part desAlgériens ,jettel'alarme dans la
Méditerranée , & intimide les Navigateurs .
Je vais donner maintenant un recenfement des
divers fecours dus aux foins bienfaiſans de S. M.
Secours arrivés en France pour le compte du Roi , à
l'époque du premier juillet 1789..
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 91343. Bleds ... 673154.
Seig'es ..... 154113. Orges .... 53247 .
Riz .......
5513 .
Chargemens faits dans différens ports de l'Europe ,
&attendus à chaque inftant.
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 5427. Bleds ..... 48794 .
Seigles.
Riz ........
.... 6353. Orges .... 3689 .
( 89 )
Achats exécutés ,& dont on n'a pas encore avis de
l'expédition.
Quintaux.
Farines ..... Quinto Bleds ..... 71614. 1500.
Seigles 21850. Oiges ......
Riz ........ 3850.
.....
Achats ordonnés , & dont on n'a pas encore avis de
l'exécution.
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 59500 Bleds ..... 150280.
Seigles ..... 38086. Oges
Rz........ 16150.
TOTALdes ſecours arrivés ouattendus.. 1404463 .
L'on remettra au Comité des ſubiſtances des
Etats-Généraux , la liſte des vaiſſeaux qui ont
apporté ces divers ſecours , avec la déſigration
des ports où ils ont été déchargés ; on joindra
à cette inſtruction tous les détai's particuliers qui
pourront être demandés par le Comité.
Il y a eu des ordres continuellement ſubſiſtans
dans l'étranger , pour faire arriver des grains en
France , & les feuls obſtacles fontvenus de l'impoſſibilité
d'en acheter davantage , parce que les
reſſources mêmes des pays étrangers ont des
bornes. Les nombreuſes armées raſſemblées dans
lenord& fur les frontières de la Pologne , épuiſent
une grande partie du ſuperflu qui vient à Dantzick
, & qui ſe reverſe enſuite à Amſterdarn ;
&dans cette même année , véritablement malheureuſe
, non-feulement preſque toutes les provinces
de France ont été dans la détreſſe , mais
l'Eſpagne & quelques autres pays de l'Europe
ont éprouvé la même diſette. Tels ont été cependant
les efforts continuels de Sa Majesté , que
les achats faits dans l'étranger par ſes ordres &
( 90 )
Your fon compte, s'éleveront à plus de vingtcinq
millions ; ainſi le Roi , entraîné parl'importance
de l'objet , s'eſt conduit dans la pénurie de
ſes finances comme il l'auroit fait avec la plus
abondante richeſſe. On pourroit demander comment
, en des circonstances ſi difficiles , le Roi a pu
obtenir dans l'étranger le crédit néceſſaire pour
des opérations ſi étendues ? ceux qui l'ont accordé
peuvent feuls répondre pleinement & convenablement
à cette queſtion.
On doit faire obſerver qu'indépendamment de
ces achats faits pour le compte du Roi , plufieurs
villes ont fait venir des approviſionnemens de
l'étranger , & que le Roi en a aidé quelquesunes
de ſon tréſor , & d'autres de ſon crédit.
Ce ſont ces différens achats qui , réunis à ceux
du commerce , ont fait baiſſer le prix des changes
d'une manière ſi ſenſible ,& qui obligent en ce
moment àune fâcheuſe exportation du numéraire.
On peut préſager quels euſſent été nos malheurs
fans les ſecours dûs à la prévoyante ſollicitude
du Roi , puiſque , malgré des ſecours&
des encouragemens dont il n'y a pas d'exemple ,
la ſubſiſtance de la ville de Paris & des provinces
qui l'environnent , eſt un objet journalier de ſollicitude
pour Sa Majeſté .
Le Roi continue à faire les plus grands efforts
pour obtenir dans tous les pays de l'Europe , le
peude ſecours qu'on peut en eſpérer encore ; &
Pon peut dire avec vérité que tous les moyers
imaginables ont été mis en uſage. Autrefois
Paris étoit approviſionné non-feulement par le
territoire de fa généralité , mais encore par le
Soiffonnois , la Picardie , la Champagne & la
Bourgogne ; & depuis p'uſieurs mois , à quelques
fecours près venus du Soiſſonnois , la capitale
s'eſt trouvée dénuée de ſes reſſources ordinaires ;
&ſans les fecours venus de l'étranger pour le
( 91 )
compte de Sa Majefté ,les plus grands ma'heurs
auroient éclaté : cependant le Roi avec ces mêmes
fecours a fait paſſer des grains dans une multitude
de marchés , & juſqu'à vingt & trente lieues
de Paris , comme chacun en a maintenant connoiſſance
; enfin , après l'émeute de Reims , c'eft
de Paris même que font partis des ſecours qu'on
invoquoit comme inſtans. La ville de Caen , après
le pillage arrivé dans cette ville , étoit à la veille
de la famine, fans les promptes expéditions de
grains que le Roi fit ordonner du Havre & de
Rouen , à prendre ſur les bleds que Sa Majefté
avoit fait venir de l'étranger. C'eſt encore de
Paris que font partis quelques convois de farine
pourcalmer les inquiétudes de la ville d'Orléans.
La ville de Lyon a été dans les plus grandes
a'armes à l'époque où le Parlement de Bourgogne
adéfendu l'exportation des grains dans toute l'étendue
de ſon reffort. Le Roi fit partir ſur-lechampquelques
b'eds de Marseille , & encouragea
les Officiers municipaux à faire des efforts extraordinaires
, en leur promettant de diminuer de
ſon tréſor royal la perte de ces opérations. C'eſt
pardes bleds tirés du Palatinat , que le Roi eſt
venu au ſecours de la ville de Nancy. La ville
de Rouen& d'autres le long de la Seine , ont
participé aux ſecours du Roi. La Picardie a été
aidée par Saint-Valery , le Languedoc par des
envois faits à Toulouſe; toute la généralitéd'Auch,
celle de Bordeaux , celle de Montauban ont été
pareillement ſecourues par des bleds étrangers
achetés pour le compte de Sa Majefté. Je ſupprime
l'énumération des lieux m ins conſidérables
qui ont reçu des preuves de la ſurveillance artentive
du Roi. Mais c'eſt Paris , qui , dénué de
fes reſſources ordinaires & renfermant une population
immenfe , a eu le plus de beſoins &
le plus de ſecours. Toutes les farines venues
( 92 )
d'Arg'eterre y ont été destinées;& quoique la
pénurie de ſes environs ait augmenté les demandes
à la halle , tandis que l'introduction dans Paris
par les marchands fariniers a été ſucceſſiveme, t
réduite à cinq ou fix cents facs par jour , cependant
le Roi a pu ſuffire à tout juſqu'à préfent ,
mais avecune inquiétude continuelle , & Sa Majeſté
ne ſera tranquille qu'au moment où la récolte
des ſeigles aura procuré de nouvelles reffources
. Ce feroit fans doute un malheur que
d'être obligé de recourir en partie à cette forte
de grains jufqu'à la moiſſon des fromens ; mais
le Roi a dit que ſi la néceſſité des circonstances
ob geor à fe contenter, pendant quelque temps ,
d'un pain mêlé de feigle & de froment , il n'y
en auroit que d'u e même forte & pour les riches
&pour les pauvres , & que le même ſeroit ſervi
fur ſa table : peut-être nous mettrons-nous à l'abti
de cette néceſſité , & je l'eſpère; mais quand les
hommes ont fait t ut ce qui eſt en leur pouvoir ,
il ne reſte p'us qu'à ſe ſoumettre avec patience
aux leix de la néceſſité & aux décrets de la
Providence ; chaque jour on avance vers un temps
plus heureux , & les alarmes de cette année ſerviront
fans doute à faire ſentir les inconvéniens
d'un ſyſtême permanent de liberté complette pour
l'exportation des grains .
J'aurois déjà propoſé à Sa Majeſté d'ordonner
qu'on ne fît dans Paris qu'un ſeul Pain bis de
pur froment , au moyen de quoi la quantité
néceſſaire pour trente jours d'approviſionnement
auroit ſuffi à quarante ; mais pendant long- temps
ce font des farines d'Angleterre qui ont ſupp éé
aux beſoins de la capitale , & les bleds extraits
en grande partie de Pologne , & emmagaſinés
enfuite en Hollande , ayant fait un grand trajet
de mer , ne font pas aufli bons & auffi frais
que des bleds'nationaux , & je craindrois qu'en
( 93)
les convertiſſant en farines bi'es , les habitans de
Par's n'éprouvaſſent de deux manières une différence
dans le pain auquel ils font accoutumés.
Quant à la circu'ation i térieure , elle a été conftamment
ordonnée & protégée par Sa Majesté ,&
tous les Arrêts du Conſeil rendus depuis quelque
temps ont confirmé cette fage diſpoſition ; mais
le Parlement de Bourgogne , & enſuite à ſon imitation
celui de Franche- Comté & celui de Nancy ,
ont défendu la ſortie des grains de l'étendue de
leur reffort. Les adminiſtrations particulières de
quelques provinces , de pluſieurs villes et de pluſieurs
diſtricts , ont adopté en partie les mêmes
diſpoſitions , & elles ont été foutenues par l'efferveſcence
du Peuple ; en ſorte qu'on a été obligé
d'employer beaucoupde précautions pour défendre
la liberté de la circulation : il a fallu , pour la
fûreté des convois , placer des troupes le long
de la Seine , il a fallu en diſperſfer dans une infinité
de marchés pour la tranquillité des Fermiers
& des autres Marchands de grains ; enfin , il a
fallu être par-tout , tantôt avec des ſupplémens
debleds , tantô: avec des troupes & de la Maréchauffée
, afin de maintenir la tranquillité.
Les accaparemens font la première cauſe à laquelle
la multitude attribue la cherté des grains ,
&en effer on a ſouvent eu lieu de ſe plaindre
de la cupidité dés ſpéculateurs; mais il eſt aiſéde
juger qu'à une époque ſi peu éloignée des nouvelles
moiſſons , à une époque où le_prix de la
denrée eſt exceffif, & où les greniers abondans
ne ſeroient pas en fûreté , il eſt peu croyable
qu'il y ait nulle part des réſerves importantes de
bleds, & le réſultat des recherches faites par
ordre du Roi , s'accorde avec ces vraiſemblances.
Il eſt une multitude de précautions& d'informations
priſes par l'Adminiſtration , dont on n'a
jamais eu connoiſſance , parce que les ménagemens
费
(94 )
néceſſaires pour éloigner les inquiétudes , exigent
à garder le fecret de ſes propres peines ; & le
Roi ne permet la publicité de ce Mémoire , que
parce que chacun eſt inſtruit maintenant de la
fituation des choses .
Lalongueur&larigueur du dernier hiver avoient
déja exigé les ſoins les plus actifs de la part de Sa
Majefté ; il a fallu faire de grandes dépenſes pour
avoir une quantité de farines ſuffiſante pour nourrir
Paris , parce que les moulins à eau , à cauſede
la gelée ,& les moulins à vent, par le défaut de
mouvement dans l'air , étoient la plupart fans activité
; & l'inquiétude a été ſi grande que le Roi
crut de ſa prudence de faire conſtruire des moulins
à bras , leſquels ſeuls auroient pu procurer les
moutures indiſpenſables , ſi la gelée eût duré quelquesjours
de plus.
Je ne dois pas négliger de dire que le Roi a
multiplié ce te année les ſecours d'argent pour
adoucir le fort de la claſſe la plus indigente du
peuple. Enfin , au milieu de la diſette& de la
cherté , le Roi a fait tout ce qui étoit humainement
poffible & tout ce qu'on pouvoit efpérer
d'un Monarque& d'un Père. Le pain , déja fort
cher à Paris , ſeroit conſidérablement monté de
prix , fans les indemnités que le Roi a accordées
aux Boulangers & qu'il continue de leur payer.
Le Roi , de p'us , ſoit à Paris , ſoit dans d'autre
lieux , a fait vendre les bleds quil a tirés de
l'étranger à des prix qui lui occaſionnent une perte
immenfe , & ces ventes ont contribué à modérer
les prétentions des autres vendeurs. Les actes de
labienfaiſance du Roi , dans ces malheureuſes circonſtances
, font innombrables ; mais j'en ai dit
aſſez , je penfe , pour exciter la reconnoiſſance envers
Sa Majeſté : ce ſont les Miniſtres , témoins
de ſes tendres ſollicitudes pour le fort de ſes
Peuples , qui reconnoiſſent le plus ſenſiblement
( 95 )
combien il eſt digne de leur amour , & ce font
eux encore qui le voient avec douleur agité par
des peines de tout genre , tandis qu'aucun Prince,
par la confcience de ſes bonnes intentions , n'eût
eu plus de droits à jour de cette tranquillité d'ame
ſans laquelle il n'eſt point de bonheur.
LETTRE AU RÉDACTEUR.
La Société Royale d'Agriculture me charge ,
Meſſieurs , de vous engager à vouloir bien inférer
dans votre Journal l'avis ſuivant , qui intéreſſe particulièrement
les Cultivateurs .
La rareté des grains ayant eu lieu cette année
dans toutes les Provinces du Royaume , il eſt à
craindre que quelques Cultivateurs n'attendent pas
que les bieds foient fuffisamment mûrs pour les
récolter , ou qu'on ne les emploieavant leur entière
maturité. Dans l'un& l'autre cas , particulièrement
lorſque la ſaiſon eſt froide & humide , les grains
ſe broyent difficilement , ils engrappent les meules
&engraiſſent les blutteaux, ils donnent une farine
qui n'eſt pas de garde , dont la pâte eſt molle ,
d'où il réſulte un pain compact , fade , moins nourriſſant
, & qui peut dans pluſieurs cas produire de
mauvais effets. Pour prévenir ces inconvéniens ,
il ſuffit d'enlever aux grains leur excès d'humidité,
ſoit en les laiſſant quelques jours expoſés au ſoleil ,
ſoit en les paſſant au four après que le pain en a
été retiré. On a ſoin encore d'employer pour faire
le pain , un levain plus abondant , & fur-tout le
fel dans les endroits où la modicité du prix facilite
l'uſage de cette denrée. Ces moyens ſont connus
dans pluſieurs cantons ; mais la Société Royale ,
perfuadée qu'un trop grand nombre de Cultivateurs
, ou les ignorent , ou négligent de les employer,
croit devoir , dans le moment actuel , les
faire connoître aux uns , &en rappeler particulièrement
l'uſage aux autres. BROUSSONET ,
Secrétaireperpétuelde la Société Royaled'Agriculture.
( 96 )
«La nuit du 20 au 21 du mois dernier , il
» éclata dans le bourg de Sénectère , Election de
>> Clermont-Ferrand , Province d'Auvergne , un
> incendie qui , malgré tous les ſecours , au ſuccès
> deſquels un violent ouragan s'oppoſa , réduifit
» en cendres 60 maiſons , avec tout ce qu'elles
» contenoient. Les infortunés habitans ont tout
>> perdu , meubles , hardes , vêtemens , proviſions
>> de toute eſpèce , beſtiaux ; ils n'ont pu rien
>> ſauver abſolument. Unjeune homme a péri dans
» les flammes , pluſieurs autres ont été bleſſés ,
»& le bourg eſt actuellement réduit à 12 habi-
>> tations. Les infortunés qui ont tout perdu , qui
>> font fans habits , ſans aſyles , dépourvus de
>> toure autre ſubſiſtance que celle que leur four-
>> nit la charité ,& des moyens néceſſaires pour
reconſtruire leurs maiſons & travailler leurs
terres , ont des droits à la bienfaifarce & à
» l'humanité ; ils réclament l'une & l'autre. Les
>> perſonnes qui voudront bien leur fournir les
*" ſecours dont ils ont un ſi preſſant beſoin, font
>> priées de les adreſſer aux Curés des Paroiſſes de
" Notre-Dame - du- Pont & de Saint-Pierre , à
> Clermont-Ferrand ;& à Paris , à M. Dosfant ,
* Notaire, rue del'Arbre-fec , ou à M. Charpen-
>> tier, ſon principal Clerc. »
"
ERRATA..
Fautes essentielles à corriger dansle N°. précéd.
P. 39 , au lieu de , lois qui peuvent se passer
de la Sanction du Roi ; lisez , lois qui NE
peuvent se passer de la Sanction du Roi.
P. 51 , au lieu de , l'Assemblée , dont le
plus grand nombre étoient encore absens ,
lisez, dont le plus grand nombre des Membres
étoit encore absens .
LIVRES NOUVEAUX.
RÉFLEXIONS οτι
Sentences & Maximes
morales du Duc de
la Rochefoucault , avec
des Obfervations de M.
l'Abbé Brotuer , in - 8 .
Mérigor , quar des Au
guftins.
Mémoires relatifs à
I'Histoirede France,tome
fo , in 8. Cuchet , rue
Serpente.
Caufes célèbres ; par
M Richer , tomes XXI
& XXII, 2 vol. in- 12 ,
fin de l'Ouvrage ; Nyon
aîné & fils , rue du Jardiner.
Taxe perfonnelle &
unique , in- 8 .
Profeflion de foi Nationale
, in-8 . Moutard,
rue des Mathurins.
L'Art de peindre ; par
M. Renou , in-8 . Didot
jeune , quai des Auguft.
Poéfies diverſes de M.
de la Montaigne , in - 8 .
Knapen fils , pont St.
Michel.
Relarion d'une expédision
à la Baie de Botarique
, in-8 . le même.
Obſervations ſur le
Réglement concernant
les preuves de Nobleffe
Dictionnaire hitori- pour entrer au ſervice ,
que d'une Société de in-8 . le même.
Gens de Lettres , a vol.
in-8. les mêmes .
Hiſtoire de France
avant Clovis , &c.enrichie
de Médailles , 2vol .
in 12. & 1 vol. in-4. les
mêmes.
L'Année Chrétienne ,
ou Précis de la Vie des
Saints ; par M. l'Abbé
Balthafar , in- 12 ; Varin ,
rue du Petit-Pont , n°.
22. Prix , 2 liv. 8 fols
br. & 3 liv. rel.
Manuel du Chrétien , Sermons pour tous
&c. in - 18 . veuve De- les Dimanches & Fêtes
faint , rue du Foin. de l'année par le P.
Bible de Sacy , Non- Richard, 4 vol . in - 12 ;
veau Testaments, in- 8 .
tome VIII; Deſprez , rue
St. Jacques.
Onfroy , rue Saint-Victor.
Réſultat des Etats Gé
néraux , in S. Lami, quai || 2 vol. in 12 ; Prévoſt , rue
des Auguſtins.
La Guirlande de Julie
, offerte à M. de
Rambouillet; par le Marquis
de Montaufier , in-8.
Didot , quai des Aug.
Repos du Souverain ,
voeu de la Nation , in-4.
Impôt général, désiré
par tous les Ordres de
Etat , in- 8. Didot , rue
Dauphine.
de laHarpe.
Bible de Carrières , en
latin & en françois , in-
12 ; tomes VII & VIII ;
le même.
GRAVURES.
TRAIT d'humanité de
Msr . le Duc d'Orléans ;
par M. Patas , porte St.
Jacques.
MUSIQUE.
NOUVEAUX Recueils
Accord de la Monarchie
& de la Liberté ;
Cuffac, au Palais-Royal.pour une clarinette ſep-
Méditations ſur les le ; Bignon , place du
principaux Dogmes &Louvre.
Myſtères de la Religion,
Le prix de l'abonnement eſt de trente livres pour
Paris; trente deux liv. pour la Province. Il faut affranchir
le port de l'argent & de la letre , & joindre à
cettedernière lereçu duDirecteur desPoſtes.On foufcrithôtel
de Thou , rue des Poitevins.On s'adreffera
( No. 28. )
SAMEDI 11 Juillet 1789 .
JUILLET a 31 jours & la Lune 29 Durer, au 31 , les
jours décroiflent de 28 ' so le mat. , &de 29 24" le foir.
JOURS
du
Mors.
NOMS DES SAINTS.
merc. Martial , Évêque .
jeudi . Vifitation de la Vierge.
J. PHASES
de
dela
LUNE.
9
10
3vend. Anatole , Ev. de Laodic.
4 fam. Tranflation de S. Martin. 12
Ste. Zoé , Martyre à Rom. 13
Temps moyers
au Midi vrai,
н. M. 80
327
337
3
4
fam. Tranflation de S. Benoît 19
11 6D. Gualbert.
13 lundi Turiaf, Évêque .
48
358
9
lundi Tranquillin , Martyr. 14 P. Z.
Umstdi Aubierge.
merc Ste . Elifabeth , Reine. 16
le 7, & 8
jeadi Cyrille ,Évêque.
h. 40 m.
17
10 vend. Sre . Féliciré.
dumatin.
4-19
4 28
437
4 45
。
455
3
10
5
10
21
٢17
22D.O. 524
23 le15,21 530
24 h . 30 m 136
25 dumatin f41
6 545
17 550
13
Q
514
NL σ
517
559
22. 10 m. 6
de foir.
14 mardi Bonaventure , Évêque.
reerc. Henry, Empereur.
jeudi . Euftate , Évêque
vend. Sperat & fes Compagn
13 fem . Thomas d'Amin , Dot.
1970. Vincent de Pau'e , Prêtre .
20 lundi Ste.Marguerite
21 mard Victo :, Martyr à Marf.
23 merc. Ste Marie Magdeleine .
23 jeudi. Apollinaire , Ev &Mart.
salvend. Ste. Chriftine.
flam Jacques le Majeur.
28 D. Chriftophe.
27lundi Georges .
6
G
6
6
Sle :9.16 6
1344321
30 jendi . Ignace de Loyola . 9 h. 29 m.
59
3yend Germain d'Auxerre to demarin.
8
mardi Ste. Anne & Joachim.CP.
29 merc . Loup , Évêque .
COURS DES EFFOTS PUBLICS. 1789.
EFFETS ROYAUX. Lundi 29. Mardi 30. Merc.1.
Actions
25
...
D
EmprOucn.tt.
DecembIr8da2..
d'.A.vL.ro.it.l'.
d'OctoLborte.
Emprunt 125 m³.
Id.8 millions..
Sans Bulletin ....
Fulletin .....
Fête.
Jeudi2.
CHANGES du
Amft.
53
Lond. 281
3
Vend.1. Samedi4- Ham. 193.
Mad.. 151.( 1827-125.1765.62.1762.65.1765.62.1765.70. Cadix15.
....3.6.3.
650 ...
......... 510
..... Emprwt 120ms ........
Borc. Ch ......
Caifle d'Efconipe.
Re, delaC ...
3
.....
Liv., 103. 363 ............... 363 ...... 363. Gen ... 95.
....66..549..0080.
7
Lvon.
3503.6C.H5AN.0.G.dE6.4uS..
10..11..11 ...... 11.11 103.11
73.72.3..
72 ........ 72.715 ... 71.72.72.
Amit. 53
8
ond. 28
Ham. 1931.
Mad.. 151
830.26 ... 827.30 829.30 ... 848.47.2.858.63 ... Cadix15
Liv 103. ......... 4290.80.- 4270 5204265.78.4290.300.4315.25. Gên.. 95
EauxdeP ...............
E.V. Bord.
103024.. 1024 ..... 102022.. 27. 1030.31. Lyon.I perte.
1770.72.......... 760 ...... 765. 7.6.770 ......
Payeurs, fix derniers
inois 1939, lettre
Модоз"
०१.
Модоз"
MERCURE
DE FRANCE..
SAMEDI II JUILLET 1789..
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. DE SAINT - ANGE , après avoir lu
*les cinq premiers Livres de ſa Traduction
d'Ovide.
SAINT- ANGE ,enfin j'ai lu tes Vers
(I'avois lu ce qu'en dit 1 Envie ;
Je mépriſe ſes cris & ſes complots pervers ,
Et de ca Muſe pourſuivie ,
J'ofe louer les Chef-d'oeuvres divers .
Au Dieu qui t'inſpire , ravie ,
N.28. 11 Juillet 1789 C
4
perdant la
N'avoit produit le prix de tes Vers enchanteurs !
Ovide, avec un art extrême ,
A méramorphofé tous ſes Héros divers ;
Je le fourçonne auſli , lorſque je lis tes Vers ,
De s'être transformé lui- même .
Pourfuis , achève-les, ces récits merveilleux ,
Ces récits ſéduiſans de l'antique Féerie :
Mais Saint-Ange , crois moi , que tes pinceaux
heureux
Nimitent point de la triſte Elégie
Les fons plaintifs & langoureux..
Ovide ca fit , il étoit malheureux ;
Mais avec lui s'il eût cu la Julie ,
Et s'il cût pu ſavoir que ſa Muſe chérie
Par toi devoit un jour être encore embellie ,
Il n'eût jamais écrit fer un ton fi pleureux.
Pour toi, je ne crains point qu'au fond de la Scythie
Tu fois jamais exilé ;
Mais la Gloire, au beſoin , t'y feroit compagnie ,
Et tu ferois par elle confolé.
( Par M. Dupuy d'Avignon. )
DE FRANCE.
LE RÉVEIL DES OISEAUX.
Se- ror que du matin la vermeilleCourrière
Ablanchi l'horizon d'un voile de lumière ,
L'eiſeau Cur ſes petits s'éveille en ſoupirant ,
Le feuillage animé s'agite en murmurant ;
Pres de fon bien-aimé , gémit la Tourterelle ,
Echo longe à Narciſſe & génit avec elle.
Cependant le Soleil , forti du ſein des mers ,
En tourbillons de fon, s'e'ance dans les airs :
LaNuit, pour l'éviter, court dans ſes antres ſombres,
Le Soleil l'y pourſuit & fa't palir ſes ombres.
Quel ſpectacle enchanteur ſe découvre à mes yeux!
La Terre s'embellir & naît avec les Cieux.
Dans ſes chants vifs & doux, l'Hôte ailé du bocage,
Au Soleil renaulant aduelle ſon hommage.
Près de ſa jeune Amante , allis fur un rameau ,
Sa voix fait de plaiſit murmurer le raiſſeau ;
La feuille s'en ément , mollement balancée ,
Et la fleur fui ſourit de la tige élancéc.
Mais foudain que d'Oiſcaux , d'alegreſſe éclatans,
S'échappent à l'eavi des palais du Printemps !
Voyez-vous voltiger leur nation légère
Autour des verts buiffons épats ſur la bruyère ?
Làleur voix ſe déploie en mille acceus divers ,
Et fait monter aux Cieux le bruit de leurs concerns
C2
L'homme ne vit qu'un jour, & c'eſt pour la douleur.
Par M. Bordeaux. )
Nota. Ces Vers font partie d'un Poëme fur
l'Etude confidérée dans les beautés de la Nature
&de l'Art.
QUATRAIN
A Mile. ***
SuUR les
د qui tenoit un petit Chien.
genoux d'Adélaïde
J'apperçois la Fidélité ;
L'Amour enfemble & la Beauté
Avoient tous deux beſoin d'un guide.
(Par M. le Ch. Fortuné de N***. )
CE
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mor de la Charade eſt Miracle, celui
de l'Enigme eſt Niové ( métamorphofée en
Rocher ) ; celui du Logogriphe eft Dameret,
où l'on trouve Dame, Dam, Rame, Mer,
Ame , Trame.
Tu
CHARADE.
U dois , de mon premier , devenir la pâture
Mon ſecond fert de lit aux pauvres indigens ;
La campagne au printemps reçoit de la Nature
Mon tout accompagné de ſes riches préfens.
(Par M. l'Abbé Dubois , Et. à Brive;)
ÉNIGME.
JoQ
UET infortuné des caprices du Sort ,
Je n'exiſte jamais , car je reçois la mort
Un inftant avant que de naître ,
De la part d'un frère inhumain .
Aces traits , ſi quelqu'un ne peut me reconnoître ,
Il peut, pour me trouver, chercher juſqu'à demain.
( Par le même. )
C3
LOGOGRIPH Ε.
JE
E fuis d'un grand ulage à tous , petits & grands ;
Mais qu'ils favent,Lecteur, mal payer mes ſervices !
Souvent tout le matin, quelquefois plus long-temps,
Ils me tiennent au feu : voyez donc leur caprice ;
En hiver , j'en conviens , on aime à fe chauffer ;
Mais en éré , ma foi , l'on voudroit s'en paſſer.
M'as-tu trouvé ? non , pas encore .
Pour t'informer de moi , parle à ton Cuiſinier ;
Tu ſauras que je ſuis de la couleur d'un More ;
On diroit , à me voir, que je n'ai que trois pieds ,
Cependant j'en ai ſept. Sous d'autres traits peut-être
Plus aiſement , Lecteur , tu pourras me connoître.
D'abord avec deux pieds, & fans chercher bien loin,
Tu verras deux enfans de la douce Harmonie ;
Avec trois , ce qui fait le bonheur de la vie ,
Qui partage ta peine & calme ton chagrin ;
Avec quatre , Lecteur , tu vois l'objet fidèle
Que chérit une épouſe a afli tendre que belle ;
Avec cinq , je te donne un objet défiré
D'un Abbé, d'un Prieur , & de plus d'un Curé ;
Avec fix , ce que craint uh Ecolier timide ,
Ce qui lui fert d'appui , de Mentor & de guide :
Lecteur, encore un autre , & tu m'as devine';
Ecoute, l'on me vide à l'heure du dîné.
( Par le même. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES de Frédéric, Baron de
Trenk , traduits par lui-même ſur l'original
Allemand , augmentés d'un tiers ,
&revus fur la Traduction ; par M.....
Illi robur& zs triplex circa pectus erat.
3 Vol. in- 8 ., avec le Portrait & neuf
belles Gravures. Prix , 15 liv. A Strasbourg,
chez Treuttel ; & à Paris , chez
Onfroy, Libraire , rue St-Victor.
LE motif qui a déterminé M. le Baron
de Trenk à traduire lui-même en françois
ſes Mémoires déjà fi connus , & qui déjà
avoient fait répandre tant de larmes , eſt
juſtifié par la déclaration ſuivante . - » J'ai
>> écrit , dit M. le Baron de Trenk , en
allemand , l'hiſtoire de ma vic , c'eſt à-
> dire , celle de mes malheurs. On a voulu
" mimiter ou me traduire , on m'a défi-
» guré ; néanmoins la Nation Françoiſe
» s'eit attendrie fur mon fort ; elle a fait
ود
C.4
ود
رد
furpris ; mais mon eftime pour elle s'eft
>> augmentée , & mon coeur lui a juré une
éternelle reconnoiffance . On ne me con-
>> noît pourtant pas , on ne fait qu'une
>> partie de ce que je fus , de ce que je fuis
ود encore. Il faut me faire connoître , je le
>> dois : j'exiſte , me voici; je ſuis à Paris.
" J'y viens relever les errours de ceux qui
ود ont travaillé à mon Hiſtoire. Je réta-
>> blirai la vérité telle que je l'ai fait con-
>> noître ſous les cenfures & priviléges
ود de Berlin & de Vienne ; & je dirai aux
» Ecrivains qui ont élevé des nuages fur
ود la réalité de mes malheurs .... C'est moi,
. c'est une victime infortunée, c'eft Trenk, en
» un mot , qui vous parle ; ofez le démentir.
>> La franchiſe , l'indomptable fermeté de
>> mon humeur loyale & chevalereſque ,
ود ont peut - être ſeules attiré ſur ma tête
>> les longues douleurs qui m'ont accablé.
>> Pendant quarante années j'ai ſupporté
» mes maux , je me ſuis montré ſupéricur
>> à l'infortune ; & quand l'âge &les mal-
>>>heurs ont blanchi mes cheveux fans
ود
ود
altérer la vigueur de mon ame, je ferois
affez lâche pour trahir la vérité ! Les
» hommes ont quelquefois une étrange
>> idée de leurs ſemblables ".
Après cette déclaration auſſi noble que
vraie , & faite pour intéreſſer tous les LecDEFRANCE
57 1
1
teurs ſenſibles & les ames honnétes., M.
le Baron de Trenk livre au Public la lengue
& déchirante Hiſtoire de ſes malheurs
, le tableau d'une lutte continuelle
& incroyable des efforts de l'homme dans
les fers , contre le pouvoir abfolu , &le
déploiement d'un caractère énergique, d'un
eſprit inventif , & d'une ame tour à tour
pénétrée de la plus douce mélancolie , de
la fenfibilité la plus attendriffante , d'une
philofophie pratique & inalterable , &
d'un courage qui brave ſans relâche la
mort, briſe ſes fers, terraſſe ſes gardes ,
fuit , portant fon ami ſur les épaules ,
& fait trouver dans une ſeconde captivité
la même fermeté avec plus de réſignation
, & partager ſon temps entre la
méditation , un travail ingénieux , & les
entrepriſes pour ſe ſauver une ſeconde
fois. Son Livre eſt un de ceux qui peuvent
devenir d'une utilité conſtante aux infortunés
dans tous les momens de la vie ,
dans les fers ou hors des chaines , à la Cour
ou dans les Villes : le malheur eft partour
; & celui qui , au milieu des rreevveerrss
lira l'Hiſtoire de M. le Baron de Trenk,
ſentira ſon courage & fes forces naître,
& il aura trouvé le premier Livre élémen
taire qui apprenne à l'homme l'art,fi p
nible de ne pas fuccomber ſous le poids
des infortunes. C'eſt à cette portion d'hommes
fouffrante , & plus commune qu'on
ne croit , que s'adreſſent ſans doute les vers
CS
de M. le Baron de Trenk.
Vous dont mes longs revers excitent le courroux ,
Sous l'égide des Lok, enfin raſſemblez-vous ;
Que l'homme en liberté , vive , raiſonne,&pen ſe.
Quel est le Lecteur qui , en ſuivant la
chaîne des évènemens qui ont peſé ſans
relâche ſur la tête d'un homine brave , innocent
& ſenſible , n'eſt pas étonné de la
modération de ſes plaintes contre le Roi
qui l'a persécuté avec une cruauté inébranlable?
Par-tout M. le Baron de Trenk excuſe
Frédéric : Frédéric étoit trompé , ditil
; Frédéric a refuſé de m'entendre . Si j'avois
été affez heureux , ajoute - t - il , pour
rencontrer un ami éclairé, raiſonnable , qui
eût calmé la vivacité de mon tempérament
, il eſt clair que j'aurois facilement
convaincu le Monarque de mon innocence
(il s'étoit alors ſauvé de la priſon de Glatz ).
Votre fils , avoit écrit Frédéric à la mère
de M. le Baron de Trenk , a eu une correfpondance
imprudente , il doit être puni
& faire ſon année de prifon. - Hélas !
quand il ſe ſauva , il n'avoit plus qu'un
court eſpace de temps à parcourir pour
atteindre au moment de ſa délivrance. De
cetre fuite précipitée , s'eſt enſuivie une
exiſtence toujours tourmentée , & une vie
DE FRANCE. So
digne de la pitié des Contemporains & de
la Poſtérité. Tous les coeurs ſenſibles ne
peuvent ſe défendre de répérer ces exprefſions
de M. le Baton de Trenk. -» Qu'ils
ود font malheureux les Habitans des pays
où les cxpreſſions du pouvoir abfolu
>> paffent comme une monnoie courante !
»
ود où elles écrafent comme le tonnerre !
>>qu'ils font àplaindre quand on peut or-
ور donner le filence à la voix de la Julice ,
**" & décider , ſans eſpoir de retour, de la
» vie , de la fortune , de l'honneur d'un
*>> Citoyen « !
Mais pendant qu'un Roi l'enchaînoit ,
il étoit un coeur qui gémiſſoit ſur le fort
de la victime , & qui faisoit paſſer jufqu'à
elle des confolations, des ſecours,
&luire un rayon d'eſpérance. Quelle dut
être la douleur de M. le Baron de Trenk ,
quand cette main confolatrice lui écrivit :
» Je pleure avec vous ; yotre mal eſt
>> fans remède , voici ma dernière , je
» n'oſe plus rifqner, Sauvez-vous ſi vous
» pouvez , je ferai pour vous la même
-> à tout évènement , lorſqu'il fera poſſi-
ود
ود ble de vous être utile. Adieu malheu-
>> reux ami ; vous méritiez un autre fort " .
Nous ne leverons point le voile , quelque
transparent qu'il ſoit , que l'Auteur
alaiſſé fufpendu ſur cette illuftre & refpectable
amie ; mais nous admirons une
conſtance ſi rare , & un attachement aufli
4
C6
éte bien ingrat , sil neut aime un sexe
parmi lequel il a rencontré trois ames auſſi
aimantes que défintéreſfees. Aufſi , s'écrietil
avec cet enthouſiaſine chevalereſque :
ود
رد
ود
رد
Les femmes ! je les ai toujours aimées
» avec une ſenſibilité mêlée de reſpect.
Cette vénération involontaire , preuve
infaillible d'un amour pur & vrai , dont
tous les coeurs ne font pas fufceptibles,
& qui n'eſt propre qu'à ceux qui favent
jouir du bonheur d'amer & d'être aimé,
ne laiſſoit dans mon ame aucun accès
au libertinage. Je dois aux femmes cette
>> juſtice , & je me plais encore à la leur
ود
ود
ود
وو rendre dans mes adverſités ; j'ai trouvé
>> plus de reſſource chez elles que parmi
les hommes. L'idée d'une belle femme
contribuoit ſeule à égayer mes ſouvenirs
dans le fond de mon cachot ; l'eſpoir
d'en revoir un jour , m'aidoit à ſupperter
les plus grands maux avec une fermeté
courageufe ".
ود
ود
ور
ود
Nous ne ſuivrons point M. le Baron de
Trenk dans le récit de ſon évafion, dans
fes courſes , dans ſon ſéjour en Ruffie ;
nous ne répéterons point de quelle manière
il a été livré , par une violation da
droit des gens , à Dantzick , aux foldats Pruffiens.
Ces détails font auffi connus que ceux
de ſa détention à Magdebourg , & de tout
ce qu'il y a ſouffert. Il devoit fuccomber
DE FRANCE. 61
ود
ſous tant de maux ; mais quel ſentiment
lui donna des forces ? c'étoit l'Amour. Le
Poëme intitulé » Damon prisonnier à Doris,
prouve avec quelle véhémence , dit M.
>> le Baron de Trenk , cette paflion agitoit
mon coeur. Je ne voulois abandonner ni
> affliger mon amie ; ma vie lui étoit en-
" core nécellaire, ainſi qu'à ma foeur, qui ,
ود
و ر
pour moi , avoit tout fouffert, tout ha-
» fardé , tout perdu. Je voulois conferver
" mes jours pour deux perſonnes fi chères ,
» & je ſentois que pour elles il n'y avoit
pas de malheur que je ne puſſe ſupporter
, point de patience dont je ne fuffe
>> capable «.
ود
Les réflexions qui lui échappent dans les
fers , inſpirent un ſentiment d'admiration
pourM. le Baron de Trenk. » C'eſt en vain,
>>dit il , que le fort s'appeſantit ſur l'homme
" qui a appris à réfléchir & à penſer ; il fait
dans toutes les circonſlances trouver en
lui même des foulagemens & des confo-
» lations..... Ah ! le malheur même a
>> ſon prix; il ne faut qu'apprendre à le
>>connoître .... En vain Frédéric me plon-
ود
ور
ود
ود
ود
......
gea dans un cachot; en vain il m'accablå
de fers ; toute fa puiſſance for inutile;
la joſtice de ma cauſe étoit dans mon
coeur , & j'y trouyois des forces fans ceffe
>> renaiffantes ". On trouve tout à la fois
dans ces expreffions , énergie & fenfibilité;
la moralité de celles qui ſuivent ſera ai-
,
62 MERCURE
1
fément appréciée . " Jeune homme , dit
" M. le Baron de Trenk, travaille avec opi-
» n1i11âtreté. Sans le travail on ne peut pas
>> faire un fonds de ces biens qui ne pe-
ود
ود
ود
riffent jamais . Travaille , c'eſt dans tes
peines même que tu trouveras ta récompenfe.
Alors, fi une deſtinée perfécutrice
veut r'accabler de fa rigueur , fuis mon
» exemple ; apprends de moi à fourire au
>> ſcin du malheur , & que mon expérience
>> ſerve , s'il ſe peut , à te rendre fage , hon-
ود
2
nêre , heureux , au moins les derniers jours
de ta vie ". On lira avec le dernier attendriffement
les inſcriptions qu'il avoit gravées
ſur les gobelets d'étain , auxquelles il
dụt l'intérêt qu'on prit enfin à ſes malhems .
La ſouris qu'il avoit apprivoiſée, nous rappelle
le ſouvenir de l'araignée de Péliffon ,
&prouve qu'un caractère prononcé ſairer
parti detoutes les ſituations de la vie.
Enfin M. le Baron de Trenk voit tomber
ſes fers. Il est libre , il eſt rendu à la Société;
mais tous ſes biens lui étoient ravis. Je
cherchai ma maison , dit-il , je n'en avois
plus. Le Lecteur ſentira combien eft horrible
la fituation d'un homme qui fort des
fers , que la Société a oublié , & dont on a
partagé les dépouilles.M. le Baron de Trenk
décrit d'une manière bien naturelle & bien
vraie, l'état d'un homme dans les premiers
momens du retour de ſa liberté. » Pendant
DE FRANCE. 63
» les premières ſemaines qui s'écoulèrent
>> après mon élargiſſement , dit - il , j'étois
» rarement à mai même , preſque toujours
>> plongé dans des diſtractions profondes ;
» quelquefois je m'a rêtsis tout court au
>> milieu de la rue , & je me diſois intérieurement
: Eſt-ce bien toi , Trenk " ?" «
M. le Baron de Trenk a prévenu nos
obfervations fur le caractère de fon Hiftoite,
lorſqu'il a dir: » Si mon Hiftoire offre
» parfois des invraiſemblances , fi elle ref-
>>ſemble à un Roman, on ne doit pas s'en
>> prendre à moi ; pourquoi mon deſtin a-t- il
>> vouluque je fuſſe ſoumis à des évènemens
>> incroyables ? Il ajoute : Qui s'élevera con-
ود
tre mes écrits ? L'homme inſenſible. Il a
bien raiſon , & nous penfons qu'il ren-
» contrera peu de Lecteurs inſenables «.
ود
Revenu à Berlin , il trouva auprès de
Frédéric - Guillauine , bonté , juſtice , des
dédommagemens , & un accueil honorable ;
il y retrouve une amie dont l'attachement
n'avoit point changé , & quand il croit au
bonheur , il a bientôt à pleurer cette illuftre
amic. Il trace des Princes de la Famille
Royale de Pruffe , un portrait flatteur , &
on fent que la reconnoiffance n'eſt pas le
moindre des ſentimens qui aient rempli
durant toute ſa vie le coeur de M. le Bагон
de Trenk .
Veut-on contempler un tableau délicieux
& patriarcal : qu'on ſe repréſente M. le
Baron de Trenk au milieu de ſes enfans
vis - à - vis ſon épouse , & qu'on life
ود Mes enfans ! hélas ! le pouvoir m'a dé
>>pouillé des richeſſes dont j'aurois fai
ود
ود
......
11
votre héritage , & je n'ai pas la fore
>> néceſſaire de vous rendre ce qu'on m'
>> ufurpé. Je pleure . Mies enfan
>> devinent mon chagrin : j'entends pro
noncer le doux nom de père....... En
" ce moment mon coeur le rajeunit ; je
" reprends tout l'orgueil & tous les plaifirs
» delt paternité. Me voici , mes bien aimes .
» Je défirois ma dernière heure pour moi ,
" pour moi ſeal ; mais vous avez beſoin
>> de votre père , je vis , je vivrai. Leur
>> tendre mère, témoin de ce ſpectacle touchant
, me regarde d'un ceil attendri . Elle
> foupire . C'eſt en vain qu'elle veut me
>> cacher fa triſtefle; fes beauxyeux laiffent
> échapper , malgré elle , le ſecret de fon
>>ame. Mes enfans l'entourent , ils f'em-
>> braffent. Nos yeux verſent des larmes ,
»& le fourire eft fur nos lèvres. L'expref- ود
" fion de nos fentimens ſe caractériſe fur
>> nos phyſionomies. L'enfant nouveau né ,
>>dernier gage de notre amour , ſuſpendu
» au fein de fa mère , face les larmes maternelles
qui viennent ſe méler avec le
lait dont il ſe nourrir... Entraînés par le
» même ſentiment , nous tombons tous fur
ود nos genoux : nous adorons l'Etre ſuprême
" dans un filence religieux , & les yeux
» élevés vers le Ciel! .... Nature ! que tes
DE FRANCE.
-
>> plaiſirs ſont doux ! que l'effet en oft dé-
- >> licieux ! Juſqu'à quel point tu fais éten-
>>dre la volupté que tu procures !Dieu puif-
ود fant!Dieu debonté! ta fen bilité pater-
>> nelle doit s'émouvoir à ce tableau .....
C'est ainſi que M. le Baron de Trenk
fait fentir , & fait peindre ce qu'il fent.
Une chaleur vraie & pure anime ſa plume ,
&trouve facilement cet accord qui met à
l'uniflon en même temps l'Auteur & le
Lecteur , & les pénètre tous les deux.
L'Hiſtoire de François , Baron de Trenk,
:fuit celle de M. le Baron de Trenk ; elle eft
écrite avec énergie , nobleſſe& rapidité. Le
caractère fingulier de François étoit difficile à
Crendre. Elle eſt fuivie de celle d'Alexandre
de Schell, qui ne reſſemble point au Roman
qu'on a fabriqué à Paris il y a deux ans.
M. le Baron de Trenk a de grandes raiſons
de ſe plaindre des contrefacteurs , &
des Libraires qui ſe permettent de traveſtir
*des hommes célèbres , en ſuppoſant des
Hiftoires qu'ils n'ont point écrites , & en
les préſentant au Public d'une manière
ſouvent défavantageuſe.
Une ironie contre ceux dont M. le Baron
de Trenk a à ſe plaindre , & qui a pour
titre : Excufes enforme deréparation d'honneur
à tous ceux que je puis avoir offenfes
dans mes Ecrits , termine cette Edition. Lironiey
est placée dans un cadre piquant, &
ſe ſoutient juſques au bout avec le même
66 MERCURE
ſel & la même force. Nous invitons M.
leBaron de Trenk à nous donner en françois
le reſte de ſes oeuvres. Il doit être affuré
de l'accueil que les François feront à
tout ce qui fortira de ſa plume , de l'eftime
de ſes Lecteurs , & des regrets de ſes
amis qui le verront quitter avec peine Paris
, où leurs voeux le fixeroient volontiers
pour toujours.
1
( CetArticle estde M. de Mayer. )
OEUVRES de M. Paliſſot , Lecteur de
Son Alteſſe Séréniſſime Monseigneur LE
DUC D'ORLÉANS. Nouvelle édition,
revue & corrigée. A Paris, de l'Imprimerie
de Monfieur. 4 Vol. in-8° . Chez
Moutard , Impr-Libr. de la Reine , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni. Prix ,
30 liv. br. & 36 liv. rel. Il en a été tiré
so Exemplaires en papier vélin , 60 liv.
en blanc. On vendſéparément les Fig. 61.
PEUT- ÊTRE quelques perſonnes , fur-tout
parmi les jeunes gens , penſent - elles
que rien n'égale le plaiſir de s'amufer aux
dépens d'autrui ; & ce qui achève de les
tromper, c'eſt que, quelque parti qu'on embraffe
, à quelque parti qu'on ſe donne,
dans nos diffentions religieuſes, civiles , po
DE FRANCE. 67
litiques, littéraires, &c. on trouve toujours
un grand parti tout près d'applaudir , & on
aune multitude d'amis & d'ennemis qu'on
ne connoît point,&dont on n'est pas connu.
M. Paliffor dit en fubſtance , qu'il n'a joué
dans fes Coinédies_que des Charlatans en
Philofophie , & qu'il n'a dans ſa Dunciade
attaqué que des Ecrivains médiocres; à la
bonne heure .
Credat Judæus Apella.
Si cela étoit vrai , ces Ouvrages auroient
fait moins de bruit. C'eſt preſque toujours
une injuftice piquante & hardie qui plaît
dans les productions ſatiriques.
Si on objecte à M. Paliſſor, qu'après avoir
déſigné par leurs écrits ou par d'autres fignes
non équivoques des Auteurs célèbres ( car ,
quoi qu'il en diſe , on ne peut s'empêcher
de leur donner au moins cette épithète ) ,
il n'a pas le droit de leur imputer des actions
mal-honnêtes qu'ils n'ont pas faites&
dont ils étoient incapables ; il répond par
l'exemple de Molière , qui , dans les Femmes
favantes, a faitde ſon Triffotin , qu'on fait
avoir été l'Abbé Cotin , un homme ſans
délicateffe , & même vil. La réplique eſt
fournie par Molière lui - même dans cette
même Comédie des Femmes ſavantes.
Quandfur une perſonne on prétend ſe régler ,
C'est par les beaux côtés qu'il lui faut reſſembler ;"
४९ MERCURE
L
Et cen'eſt pointdu tout la prendre pour modèle ,
Mi four, que de touffer & de cracher comme elle,
Molière cut tort & très-grand tort de
nommer Bourfault dans l'Impromptu de
Versailles , de nommer ou à peu près Cotin
dans les Femmes favantes , & ce n'étoit
pas la ce qu'il falloit imiter en lui. Il
offroit des objets d'imitation plus précieux
&plus difficiles à faifir.
: Et qu'on ne diſe pas que quand les Auteurs
, comme dans les Pièces de M. Pahifot
, ne font que déſignés au lieu d'être
nommés , le mélange même des trais ſuppofés
, avec les trais vrais , où la confufion
faite dans une même perſonne de traits qui
appartiennent à pluſieurs , dénature le portrait
, en forte que c'eſt tout le monde &
que ce n'eſt perfonne ; cette excuſe ne peut
érre admiſe , car dès que vous avez déſigné
un perſonnage par un trait caractériſtique
qui lui appartient & qui n'appartient qu'à
lui , tous les yeux font fixés ſur lui , tous
les traits fatiriques étrangers que vous ajoutez
aux fiens , deviennent autant d'infultes
&de calomnies. Le Lecteur qui a reconnu
le perſonnage à un trait vrai , prend tous
les autres pour autant de vérités qui lui
étoient inconnues & qu'il croit apprendre.
Mais ne renouvelons pas cette trifte querelle
, dans laquelle l'Auteur s'eſt ſans doute
repenti plus d'une fois de s'être engagé. Les
DE FRANCE. 62
affections & les averſions qu'on prend fi
naturel ement dans la Société , décident
quelquefois du fort de la vie entière ; il
faut le livrer aux unes avec réſerve , & réfifter
förrement aux autres . Combien de gens
de mérite on haïroit & on auroit pour
ennemis , fi des formes un peu dures fuffifcient
pour nous aveugler ſur leurs bonnes
qualités , ou pour nous prévenir & nous
ifriver contre eux ! Défions-nous des premières
impreffions de nos fens, & des délicateſſes
de notre amour - propre. Défendons-
nous de haïr ; ne nous permettons
du moins jamais des actes de haine , nous
en ſommes toujours les maîtres . Qu'on
a bien fait dans le monde de ſubſtituer
aux ſentimens de bienveillance qu'on devroit
toujours avoir pour ſes ſemblables , l'imitation
, quoique fauſſe & trompeuſe , de
ces mêmes ſentimens ! La Cour fur-tout.
ſeroit un enfer, ſans cette politeffe exquiſe
qui couvre & dérobe aux yeux le jeu
tenible & perfide des paſſions irritées par
tant & de ſi puiſſans objets ! Si les haines
des gens de Lettres ſont ſi atroces , c'eſt
parce que plus de liberté , plus de franchiſe
, plus d'abandon laiſſe trop ſouvent
percer leurs fentimens ſecrets ; c'eſt parce
qu'occupés des choſes ils négligent un peu
les manières , que chez eux l'amour-propre
bleſſe trop ſouvent l'amour-propre qui ne
pardonne jamais ,
79
MERCURE
<
Les ennemis vulgaires de la Philofophic
&des Lettres avoient eu la mal- adrefle &
lamauvaiſe foi d'attaquer avant tout M. de
Fontenelle& M. de Voltaire. Fontenelle ne
leur avoit répondu que par un dédaigneur
filence; Voltaire , plus ſenſible & moins
Philoſophe peut-être , les couvrit de ridicules
& d'opprobres. Il ſeroit injuſte de
confondre M. Palifot avec ces Détracteurs
des talens ; il n'a jamais fait comme eux
ce vil métier de mentir à ſa conſcience , de
critiquer fans ceſſe ce qu'on admire malgré
foi,de louertout ce qu'on ne peut eſtimer; il
a reſpecté les réputations établies. Jeune encore
, il n'a combattu dans ſes adverſaires
&ſes rivaux, que des réputations naiffantes
qu'il croyoit ufurpées , & que le temps n'a
voit pas alors conſacrées ; il ne s'eft pas ré-"
tracté dans la ſuite , parce qu'un engagement
de haine, comme unengagement d'amour
, va plus loin qu'on ne penfe , & ne
permet guère de retourner en arrière : mais
M. de Voltaire a été l'objet de ſon admiration
conſtante ; & quoique traité quelquefois
un peu févèrement par lui , il n'avoit
cellé de lui rendre hommage , il n'avoit
ceffé de témoigner de la haine & du
mépris à celui dont le Machiavelliſme Littéraire
étoit alors d'inſulter périodiquement
le génie dans la perſonne de M. de Voltaire;
& lorſque lui même il eut le malheur
de s'engager dans cette fatale querelle
contre les Philofophes , il re négligea rien
DE FRANCE. 71
pour détacher de leurs intérêts ce grand
Homme ; il mit dans cette négociation beaucoup
d'art&d'adreſſe : à force d'eſprit &
de graces , il contraint ſouvent M. de Voltaire
de le louer, même en le condamnant.
Cette correſpondance , qui fut célèbre dans
letemps, n'eſt pas un des moindres ornemens
de cette Collection. , Votre Lettre eft extrê-
> mement plaifante & pleine d'eſprit , dit
M. de Voltaire à M. Paliſfot dans une
>> de ſes réponſes , ſi vous aviez éré aufli
> gai dans votre Comédie des Philoſophes ,
" ils auroient dû aller eux- mêmes vous bat
tre des mains ; mais vous avez été fé-
" ricux , & voilà le mal.
» Je commence, lui dit-il dans une autre
" Lettre , par vous dire que je tiens votre
” Pièce pour bien écrite ,je conçois même
>>que Criſpin Philoſophe , marchant à
>>>quatre pattes , a dû faire beaucoup rire ,
" & je crois que mon ami Jean-Jacques
" en rira tout le premier : cela eſt gai , cela
>>n'eſt point méchant.....
ود
>> Du reſte c'eſt à vous à faire votre exa-
>> men de confcience , & à voir fi vous
" êtes jutte en repréſentant MM. d'Alem-
>> bert, Duclos , Diderot , Helvétius , le
„ Chevalier de Jaucourt , & tutti quanti
comme des Marauds qui enſeignent à
voler dans la poche ".
"
ود
Voici ce qu'il lui mande ſur ſa Comédie
de Clerval & Cléon , où les nouveaux Mé-
こ
$
72
MERGURE
nechmes. » Vous ſavez que votre ſtyle me
>> plaît beaucoup ; il eſt coulant, pur , fa-
ود
ود
cile ; il ne court point après les faillies
& les expreffions bizarres , & c'eft un
>>très- grand mérite dans ce ſiècle. J'aurois
peut être défiré que vous n'euffiez point
choiſi un ſujet ſi ſemblable à celui des
>> Ménechmes , & qui n'en a pas le co-
>> mique ".
ود
Appuyés d'une fi grande autorité , nous
aurons le courage de dire d'un côté , que
M. Paliffot eſt un bon Ecrivain', naturel ,
pur , élégant , facile & en profe & en vers ;
de l'autre , que la gaîté , la vivacité comique
dont il paroît ſe piquer , eſt précisément
ce qui lui manque , & qu'on peut lui appliquer
ce que Céſar diſoit de Térence :
Lenibus atque utinamfcriptis adjunctaforet vis
Comica!
On conçoit que l'épithète lenibus ne
s'applique qu'au ſtyle , & nullement à ſes
déclamations contre les Philoſophes .
Cette nouvelle Edition eſt de l'Imprimerie
de Monfieur; elle est belle , elle eſt
élégante. Elle a d'ailleurs un mérite particulier
; elle n'eſt pas , dit l'Auteur , revne ,
corrigée & augmentée , felon l'uſage immémorial
, mais revue , corrigée & con-
» ſidérablement diminuée .
1
DES
DE FRANCE.
73
DES Etats - Généraux , ou Histoire des
Assemblées Nationales en France , des
perſonnes qui les ont composées , de leur
forme , de leur influence , & des objets
qui y ont été particulièrement traités ;
par M. DE LANDINE , Avocat , Corref
pondant de l'Académie des Inscriptions ,
--des Académies de Londres , Rouen ,
Niſmes, Dijon, Arras, Bourg en Breffe,
Ville- Franche , & Bibliothécaire Adjoint
de celle de Lyon. A Paris , chez Cuchet,
Libraire, rue & hôtel Serpente .
CET Ouvrage n'eſt point comme tant
d'autres , que les circonstances actuelles ont
fait compoſer ſur le même ſujet , qui n'expriment
que les vûes particulières de l'Auteur
, des plans d'amélioration ou de réformes
, preſque toujours contredits , ou du
moins réformés à leur tour par ceux qui
courent la même carrière. M. de Landine
a ſu ſe défendre de cette méthode qui prête
tant à l'arbitraire ; mais il en a choiſi une
plus fûrement inſtructive ; & ſans prétendre
au titre de Législateur , il nous a expliqué
peut être mieux que perſonne , quelle a été
notre Légiflation dans les différentes époques
de la Monarchie .
Nº 28. 11 Juillet 1789. D
pe on y develo
terons qu'il étoit difficile de remplir cett
tâche avec plus de ſuccès , & de renferme
fous un moindre volume uue inſtruction
aufli étendue , car l'Auteur tient beaucoup
plus qu'il ne pronet. Il a l'art de faire entrer
dans ſon ſujet tout ce qui peut apporter
quelques lumières , & par des tapprochemens
heureux , il n'eſt peut-être aucun point
de notre Conſtitution qu'il n'ait éclairci.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties. La
première comprend cing Chapitres , où
l'Auteur remonte juſqu'à l'origine des
Francs , & nous expoſe la forme de leur
Gouvernement , ainſi que celle des Gaulois
, avant que la conquête eût incorporé
les deux peuples.
Après avoir ainſi expofé les fondemens
de notre Monarchie , l'Auteur fuit les progrès
ou plutôt les diverſes formes de notre
Conftitution ; il nous décrit les affemblées
du Champ de Mars ſous la première Race
celle du Champ de Mai , & les Cours Plénières
fous la ſeconde : les bornes que nous
devons nous preſcrire ne nous permettent
que d'indiquer les divifions principales. Il
faut chercher les détails dans l'Ouvrage
même. On y trouvera par-tout une érudition
profonde , mais dont l'Auteur n'abuſe jamais
, parce qu'il fait toujours s'arrêter où
DE
75
FRANCE.
'il faut , & ne montrer que celle qui peut
*réellement inſtruire .
La ſeconde Partie contient onze Chapitres;
elle commence à l'époque où ſe
formèrent les Etats Généraux , ainfi denommés
depuis que le Tiers-Etat fut admis à
ces Allemblées , & qui doivent feuls être
regardés comme les organes de la Nation
entière. Cette Partie préſente les perſonnes
qui ont contribué à les former , & particulièrement
les diftinctions , les préféances ,
& les droits des trois principaux ordres de
la Nation. On y trouve les prérogatives
particulières dont jouirent conftamment les
Pairs , les Maréchaux de France , les Ducs ,
les Comtes , les Chevaliers des Ordres , &
tous les Grands Officiers de la Couronne.
» Cette Partie , dit l'Auteur , remplie de
cérémonial&de points d'étiquette, peut
avoir en ce moment quelque utilité , fans
avoir pour tout Lecteur un grand degré
>>d'intérêt, & ce n'eſt point dans un champ
>> auffi ſablonneux qu'on a pu rapidement
• faireécloredes fleurs&les ymoiffonner " :
mais l'Auteur paroît avoir trop de goût ,
pour admettre des ornemens fi étrangers à
Ton Ouvrage. De la clarté & de la préciſion
dans le ſtyle , de l'ordre dans l'expofition
des faits , de la ſageſſe dans les réflexions
, une connoiffance profonde de nos
uſages , enfin des rapprochemens qui préſentent
fous un même coup d'oeil les épos
ود
ود
ور
D2
76 MERCURE
ques les plus importantes de notre Hiſtoire:
voilàcequedemandoit le genre qu'il a traité,
& ſur quoi il mérite les plus grands éloges .
Il faut fur-tout lire dans l'Ouvrage même
le ſeizième Chapitre , qui traite de l'admifſion
& des prérogatives du Tiers-Etat , &
ſuivre toutes les gradations , qui de l'eſclavage
le conduiſirent inſenſiblement à la liberté
; nous ofons dire que cette matière
importante n'avoit point encore été expoſée
avec autant de clarté , & qu'on n'y verra
pas avec moins de ſatisfaction les ſources
de la plupart des uſages qui nous régiſſent.
L'Auteur prouve très - bien que l'eſclavage
ne fut jamais fi abſola & fi général ,
que le peuple , ou du moins une portion
du peuple, n'ait toujours conſervé une certaine
influence dans lesAſſemblées générales .
On ne peut ſe refuſer aux autorités qu'il
cite à ce ſujet ; nous n'entrerons point dans
le détail. Çet excellent Chapitre peut n'être
regardé lui - même que comme une analyſe -
ſuccincte de tout ce que notre Hiſtoire renferme
à ce ſujet de plus important; de ſimples
citations n'en donneroient qu'une idée
imparfaite , & les bornes de notre travail
ne nous permettent pas de le tranſcrire.
La troiſième Section , composée de neuf
Chapitres , a pour objet de décrire la forme
&les importans réſultats des divers Etats-
Généraux,Elleen expoſe la ſuite depuis 1302,
-première époque de ces Aſſemblées,juſqu'en
DE FRANCE. 77
1614 , où elles ſembloient avoir fini ; ce
n'eſt point une chronologie sèche & aride.
L'Auteur, fidèle à ſa méthode , n'a pas manqué
d'y joindre les points les plus importans
de notre Droit public , qui y furent
éclaircis &décidés , & notamment la preuve
de cette maxime ſi célèbre , que la Nation
ne pouvoit être taxée que de ſon confentement.
A côté des biens qu'elles produifirent
, l'Auteur n'a pas craint de placer les
fautes qu'on peut leur reprocher , & fon
Ouvrage n'offre que trop ſouvent la preuve
de ce qu'il nous aſſure dans ſon diſcours
préliminaire.
» Un coup d'oeil , dit-il , fur ces diverſes
>>> Aſſemblées Nationales , y fait découvrir
une extrême mobilité , la plus grande incertitude
dans leur formation , leur pou-
>> voir & leur effet. Aucune ne reſſemble
» à l'autre , & chacune a fon caractère par-
>> ticulier; toutes les recherches , toutes les
difcuffions n'établiront réellement que ce
>> point.
» Rien n'ayant été déterminé à l'égard
>> des anciens Etats-Généraux que par les
>> circonſtances du moment où ils furent
>>convoqués , tout eſt maintenant à faire.
>>C'eſt une place ſpacieuſe couverte
» d'informes matériaux & de gothiques
» décombres , où l'on n'apperçoit ni ordre
d'Architecture régulier , ni proportions
fatisfaiſantes. Il faut ſe hâter de les en-
ود
D3
" regards du Philofophe & du Legislateur
→ & propre à y raſſembler les Repréſentans
de la Nation «.
Il eſt facile , d'après cette citation , de ſe
former une idée du ſtyle de l'Auteur. Il
eft par-tout noble , clair , précis , toujours
de niveau avec ſon ſujet. C'eſt ce que prouvera
encore mieux le morceau par lequel
il termine ſon Ouvrage.
>> Laiſſons au temps , dit-il , à calmer les
opinions , & à juger des heureux effets
>> des Etats Nationaux . Ce n'est qu'à l'Hif-
ود
toire, ce Juge ſuprême des Monarques ,
>> qu'il appartient de peindre celui fous
>> lequel nous avons le bonheur de vivre .
33 Elle dira un jour fans oftentation , mais
>>du moins avec vérité : Louis XVI fur
>>bon , il aima ſon peuple & la justice.
>> Ce ne fut point affez pour ſa gloire d'a-
>> voir dompté l'orgueil d'une Puiſſance ri-
>>vale; il s'occupa particulièrement de la
>>félicité de fon Empire. Sous lui l'eſclavage
ود
23
fut anéanti,les droits rigoureux de main.
» morte fupprimés , des ſupplices affreux
ſouvent dirigés contre l'innocence , effacés
du Code des Loix ; les Lettres fu-
>>> rent ennoblies , les travaux champêtres
>> plus reſpectés , la corvée abolie , les Paf-
30
ور teurs des campagnes plus à portée d'être
>> bienfaiſans comme leur Roi . La dette de
DE FRANCE. 79
ود
ود
ود
e
l'Etat étoit énorme ; on le vit s'occuper
des moyens d'en borner les ravages &
de rétablir le crédit public. Des Affem-
>>blées provinciales portèrent fon nom honoré
dans les campagnes ,& les vivifièrent,
" par la plus, exacte répartition de l'impôt.
>> Loin des champs & auprès de lui, accou-
وو
2.
ود
rurent les Prélats & le peuple; il leur
communiqua fes défirs, ſes intentions&
ſes projets . Tous avoient été librement
choiſis pour lui repréſenter & les obftaeles
à vaincie , & les plans utiles à exécuter.
Tous ſe montrèrent dignes de l'entendre
& concoururent de tout leur pou
» voir à la gloire de ſes deſſeins. La Mo
natchie dès lors ſe releva avec ſplen
» deung & devint plus brillante & plus
>>>fortunée .
Nous terminerons auffi nos citations par
ce morceau , en afferant l'Auteur qu'il nous
a paru que dans la circonstance on ne pouvoit
ſe preſcrire un but plus fage , ni choir
fi,r une exécution qui répondit mieux
ce bur. Cette édition épuiſée , même avant
d'avoir éré annoncée dans les Journaux ,
montre combien l'on avoit beſoin d'un pareil
Ouvrage.
2
( B..... )
/
D 4
ELOGE philofophique de l'Impertinenc
Ouvrage posthume de M. de la BRA
TEOLE. Vol. in-8°. Prix, 3 liv. br.
&franc de port par la Pofte , 3 1. 12
A Paris, chez Maradan , Libr. rue S
André-des-Arts.
QU'EST- CE que l'impertinence ? -Pla
fante queſtion , répond l'Auteur ! C'eſt c
qu'on voit , ce qu'on entend , ce qu'on dir
ce qu'on fait , ce qu'on lit , ce qu'on écrit
ce qu'on applaudit , ce qu'on admire , ce
qui entre pour les dix neuf vingtièmes dans
la valeur intrinfèque de nosAgréables. L'impertinent
de Théophrafte n'étoitqu'undiſeur
de rien; l'impertinent moderne eft fi perfectionné
, que celui des Grecs ne feroit qu'un
pauvre débutant au milieu des nôtres...
L'impertinent confond l'honnête liberté de
Thomme aimable , avec cette familiarité
que nos bégueules de grand'mèrestrouvoient
exceffive ou excédante , & qu'il parle ,
agit avec une noble hardieſſe que les efprits
timides taxent d'inſolence.-On fent que
l'Auteur a pris la manière la plus agréable
de cenfurer nos moeurs , & le ton du
jour. Il ne s'en écarte jamais, &.fa cenfure
fine , ſpirituelle , plaît lors même qu'elle
fait des portraits. Il peint avec délicateffe ,
DE FRANCE. $1
-
& le trait le plus léger eſt toujours calqué
à propos , & rendu dans ſa véritable couleur.
Après avoir fini la peinture de nos
moeurs anciennes , il ajoute : L'homme du
jour diffipe gaîment ce qui appartient à ſes
créanciers , dépouille ſes parens , fruſtre
ſes enfans de leur patrimoine , voudroit
ruiner ſes amis au jeu , brigue leurs places
, convoite & ſéduit leurs femmes
abandonne la ſienne à qui la veut ; auffi
a-t-il tous les droits poſſibles de ſe croire
effentiellement impertinent , c'eſt - à - dire ,
fectateur de la non - appartenance ; car il
proteſte par le fait contre quiconque dit :
Ceci m'appartient. Quant aux convenances,
il eſt du bel air de ne faire aucun état
des obligations qu'impoſoient anciennement
le rang , les formes antiques , les uſages
établis , le bon ſens , une certaine uniformité
de conduite. Aujourd'hui chaque individu
tend à ſecouer toute eſpèce de joug ,
à briſer ou relâcher tous ſes liens , pour
tendre à ſa propre fatisfaction , par tous
les moyens non pas juſtes , non pas raiſonnables
, mais poſſibles ou même illuſoires.
Dans ce déchaînement des paffions
excitées , le coeur eſt une démocratie tumultueuſe
, qui change à tout inſtant de
magiftrat . - L'Auteur qui ſuit le fil de nos
ridicules , trouve à perfifler à chaque pas.
- Il nous manque , dit- il , des forces inextinguibles
, des attraits toujours nouveaux ,
des moyens proportionnés aux déſirs : mais
Ds
1
82 MERCURE
nous nous ſervons tous ſi bien de ce que
nous avons , qu'on ajoute à notre gloire
en ſongeant à ce qui nous manque. Depuis
qu'il eſt ignoble de pofféder une ſanté
robufte , fi nous avions le malheur de
naître trop vigoureux , les moeurs corrigeroient
bien vite la Nature.
On lira avec plaifir , page 99 , le Chapitre
qui a pour titre: Inutilité de l'attention,
&celui qui fuit : L'ignorance volontaire ;
& celui de la mobilité continuelle. Nous
regrettons que les bornes de notre Journal
ne nous permettent point de tranfcrire en
entier le Chapitre des déterminations accidentelles.
Le dialogue en eſt piquant , &
fournit une ſcène ingénieuſe , & qui ſeroît
vue avec plaifir fur notre Théatre.
Les moeurs du jour y font peintes dans la
plus exacte reſſemblance . Le Chapitre de
tafabrique d'esprit n'est pas moins plaifant;
celui de la célébrité calculée eſt ſuſceptible
d'une foule d'applications; celui du profit des
deux fexes eſt effrayant de reſſemblance.
Nous penfons que cet Ouvrage doit être
confervé dans nos Bibliothèques , comme
un livre qui tranſmettra fidèlement à nos
neveux nos moeurs , nos goûts , nos ridicules
& notre ton. C'eſt la Production
d'un Obfervateur qui fait peindre agréablement
& fidèlement,
د
DEFRANCE $3
:
:
FORMATION de l'Infanterie Françoiſe ;
ou Plan combiné d'après le génie de
la Nation ; par M. DAUGNY DE LA
MÉNAYE, ancien Capitaine Commandant
au Régiment de Baſſigny ; in - S° . A
Paris , chez Debure l'aîné , Libr. rue
Serpente , Hôtel Ferrand.
1
Nous ne prononcerons point ſur les
vûes que renferme cet Ouvrage ; mais il
nous a paru fait pour être diftingué ; &
nous croyons devoir en donner au moins
une idée ſuccincte.
Un hommage aux Etars - Généraux y fert
dePréface. Il faut lire auffi le Difcours préliminaire
; la marche didactique eft animée
par des traits faillans , & le mouvement
augmente l'intérêt des objets qu'il traite .
La compofition des Troupes forme le
premier Chapitre , qui eſt clair , précis ,
& qui nous a paru préſenter des moyens
certains. Le deuxième traite des Troupes légères.
L'Auteur ſoutient,d'après l'expérience,
le beſoin de les augmenter. Le Chapitre IVe.
donne des préceptes d'éducation ſecondaire
àcette foule de jeunes gens qui , trop fouvent,
ne regardent le ſervice où ils entrent
D6
$4 MERCURE
t
que comme le moyen d'échapper au frein
paternel , aux devoirs gênans de la Société.
Le Chapitre Ve. , qui traite de l'habillement
, préſente de l'économie , & une tenue
moins à charge au ſoldar. Le Chapitre
fixième indique les individus qui doivent
faire la force des armées.
LesRoutes commencent le Chapitre ſeptième
; le Chapitre huitième en eſt le complément
; la Police des places le termine. Le :
ſervice des places , école de guerre , utile
fimulacre qui tient le foldat en haleine
compofe le Chapitre dixième.
Depuis que la force de réunion , que la
rapidité des manoeuvres , que la mobilité
des formes , que l'impulsion de maſſe décide
de la deſtinée des Empires , l'exercice
a dû être perfectionné. Le Chapitre onzième
luidonne un but réel.
Juſqu'au temps du repos , jufqu'à ce
temps où le ſoldat retourne dans ſa famille ,
où il ceffe un moment d'être iſolé pour ſa
Patrie , l'Auteur a tout mis à profit dans le
Chapitre douzième.
Rendre aux Arts le ſoldat inutile en
temps de paix , ſans l'êter à ſes' drapeaux ,
voilà l'objet des Compagnies de centenaires
&du Chapitre treizième .
La defertion occupe tout le Chapitre quatorzième.
On prévoit ſes moyens, ſes ſuires ;
on prévient ſes inconvéniens; on ordonne
ſa punition méritée.
FAC
DE FRANCE. 85
-
On aimera à lire dans cet Ouvrage
les perspectives & récompenfes militaires.
Le Chapitre quinzième eſt celui de la générofité,
comme le Chapitre ſeizième , de
la ſurveillance des hôpitaux de l'armée , eſt
celui de l'humanité.Dans le premier , le
coeur ſe repoſe ſur les hameaux , où le vétéran
, détaillant ſes exploits avec le ton
emphatique qui ſied à la vieilleſſe & à la
valeur, inſtruit ſes jeunes Auditeurs à l'honneur
& même à l'enthouſiaſme : leurs cheveux
ſont blanchis , mais leurs mains glorieuſes
peuvent encore moiſſonner dans
leschamps de la Patrie, comme ils ontcueilli
des lauriers aux champs de Mars. Leur paye,
prix de leur ſang , fruit modique à la vérité
, mais conſacré par le titre de penfionnés
de la Patrie dont ils ont été les défenſeurs
, inſpirent autour d'eux un ſen-
Ament de vénération. Le ſecond peint les
afiles douloureux où le ſoldat refpire avant
la mort ...... Précautions tendres , ſoins
paternels , égards même , l'Auteur développe
ici tout ce qu'il réunit de connoifſance
, d'art , de ſenſibilité ; & nous ne favons
que louer davantage , ou du Militaire
profond , ou du Philoſophe bienfaiſant.
86 MERCURE
:
DICTIONNAIRE portatif, contenant les
Anecdotes historiques de l'Amour, depuis
le commencement du Monde jusqu'à ce
jour. 2 Kol. in-8 ° . d'environ 600 pages
chacun. Prix , 9 liv. br. , 11 liv. rel. , &
--19 liv. br. francs de port par la Poste.
A Paris,chez Buiſſon , Libraire, Hôtel
de Coëtlosquet , rue Haute-feuille.
Un Dictionnaire n'eſt point fufceptible
d'analyfe ; fon plan eſt conçu d'après le
titre , & le nom d'amour ſuffit pour mettre
les Lecteurs au fait du fond de l'Ouvrage
dont il s'agit ici. Quant à la forme , la di
viſion alphabétique en donne la clef.
Ce qu'on peut exiger du Rédacteur d'un
Dictionnaire , c'eſt de le tendre le plus complet
qu'il eſt poffible , & ce point n'a pas été
fuffisammentrempliàl'égard duDictionnaire
de l'Amour. En prenant àla lettre l'annonce
du Livre , depuis le commencement du Monde,
on trouve bien des lacunes ; il y en a en
effet beaucoup , même pour les époques trèsmodernes.
Ce qui peut justifier le Compilateur
, c'eſt qu'il a voulu fe borner à deux
A
DE FRANCE: 87
volumes , pour une compilation qui en
comportoit cent , & qui n'eût pas été
épuiſée; l'amour a influé ſur tant de choſes ,
& de tant de manières ! Tout est amour ,
pour nous ſervir des expreſſions des Magnétiſtes
; tout dans la collection des geftes
amoureux intéreſſe , ou plait , ou effraye ,
ou fait rire. Du trône à l'échafaud , telles
font les diſtances que l'amour a remplies. La
politique a des ſecrets pour l'Hiſtorien , qui
n'en font point pour l'Ainour. Ainſi il n'eſt
pas douteux que cette compilation ne ſoit
lue avec plaifir ; quoique la diction du
Rédacteur ſoit monotone & peu meſurée
-au genre de chaque Anecdote , on trouve
une grande variété dans les matières.
Nous aurions déſiré , 1º. de ne point remonter
à des temps reculés qui n'intéreſſent
plus, &de ne point répéter ce qu'on trouve,
par-tout fur les amours des Orientaux , des
Grecs , des Romains , des Italiens , des Efpagnols.
La France a affez de matériaux à
fournir. L'Hiſtoire amoureuſe des Gaules
peut être menée loin en France , ſans qu'on
ait beſoin d'ouvrir les archives étrangères.
20. Quelquefois plus de décence dans
l'expreſſion , qui eſt ſouvent trop crue dans
les ſujets de galanterie.
30. Sainte-Agathe, Sainte-Tanche , qui ne
durent qu'à l'amour la couronne du martyre,
n'avoient que faire dans ce Martyro:
loge amoureux.
L'Anecdote de la belle Liquet , à
Louis XIV refuſa une grace qu'elle p
voit prétendre , parce que le Cardinal
Noailles repréſenta au Roi qu'il falloit
exemples , & que le grand pénitencier
recevoit que des femmes qui s'accuſoi
de vouloir ſe défaire de leurs maris , p
voit être rejetée , ainſi que celle du Ch
valier & de l'Abbé de Ganges. Auroitcru
que cet Abbé , réfugié en Hollande
été aimé d'une parente de la Comteffe de
Lippe, & que cette demoiſelle , malgrél'av
que ce monftre fit de ſon crime , ſe fau
avec luià Amſterdam , où elle l'épouſa ?
Ces obfervations ne peuvent nuire
débit de cet Ouvrage , dont le titre &
matière feroient ſeuls le ſuccès. On y r
trouve tant de noms qui ſont confacr
dans notre ſouvenir !
DE FRANCE: 89
VARIÉTÉS.
SUITE DES PENSÉES DIVERSES.
QUELS font les effets d'une grande fortune ?
les mêmes que ceux d'un grand repas : l'indigeftion
, ou la ſatiété.
Pour l'ordinaire , les grandes fortunes ſuppoſent
trois fortes d'eſprit ; l'eſprit de ſuite , l'efprit
d'économie , & l'eſprit d'intrigue : c'eſt par
lacombinaiſonde ces moyens, que , malgré l'ef-
-prit d'économie , on fait dépenser à propos ; que ,
malgré l'eſprit de ſuite , on ſait s'arrêter en certaines
occaſions ; & que , malgré l'efprit d'intrigue
, on fait prendre des voies ſimples.
SOUVENT la richeſſe nuit à l'aiſance , la gloire
àl'eſtime , & le pouvoir à la liberté : on voit
des hommes qui ne font jamais plus mal - aifés ,
plus décriés & plus eſclaves , que lorſqu'ils ont
obtenu de grandes richeſſes , un grand nom , &
un grand pouvoir.
QUAND on a été pauvre avec baſſeſſe , on eft
riche avec infolence.
LUCIEN , dans fon Dialogue de Jupiter le
Tragique , a une fort plaiſante idée. Jupiter convoque
une afſemblée générale des Dieux. Ils arrivent
de toutes parts : le Maître du Tonnerre
ordonne qu'on les range felon la matière dont
MERCURE
ils font formés ; d'abord , les Dieux d'or , enfuite
les Dieux d'argent , les Dieux de cuivre ,
les Dieux d'ivoire , d'ébène , & c. Cela occafionne
de grands détats , mais il en faut paffer par là :
c'eſt une image fingulière du rang que les richofles
affignent aux hommes dans toutes les
Sociétés.
On demande fréquemment ſi les richeſſes conviennent
ou non au bonheur ?
८
On
peut répondre qu'un juſte uſage eſt utile
-aurant que leur abus eft nuifible au peficfieur.
Il s'agit alors de ſavoir fi l'abus des richeſſes
eſt plus commun & plus facile que leur uſage ,
& la réponſe réfendroit la question contre les
richeſſes.
C'eſt uſerdes richeſſes , que de les employer à
fatisfaire les vrais beſoins de Thomte; c'eft en
abufer , que de les employer à ſfatisfaire les be
foins exceflifs .
"
:
13
Si l'on me demande quels font les beſoins exceffifs
, je rependrai , ceux qui paffent nos forces.
On peut infifter en difant , que d'après cette
idée, les richeides font un moyen infallible d
bonheur , puiſqu'elis. donnent à ceux qui les
poſsèdent , la plus grande force pour contenten
Icurs beſons, que qu'ils fcient
Mais je réplique qu'il faut bien diftinguer
la force pour acquérir , & la force pour jouir ;
la force d'acquérir tient à nos conventions , &
les richeſſes peuvent l'augmenter à l'infini ; mais
la force de jouir ne vient que de la Nature ,
& l'argent n'y peut rien.
Vous aurez avec de l'argent un repas abondant
& délicat ; ce repas vous infpirera le: beſoin
de goûter tous les mets ; & fi vous prés
DE FRANCE.
tendez le fatisfaire , vous gagnerez une indigeſtion
que tout l'argent de l'Univers ne ſçauroit
prévenir ni guérir. Le pis eft , que cette indigeltion
, ſuivie de quelques autres , affoiblira vos
organes , & tout le fruit des richetſes ſera de
diminuer en vous la force de jouir dans la même
proportion qu'elles auront accru celle d'acquérir.
Que conclure de là ? que la poffeffion des richeſſes
eſt bien dangereuſe pour qui n'a pas la
force de ſe contenir ; & quand on fonge qu'il
eſt plus difficile pour le coeur humain de ſe
- contenir que de s'abſtenir , que pencera-t-on d'un
genre de bien qui nous fait ſubir ou la peinė
très- longue de nous contenir toujours , ou la
peine très -vive de ne nous être pas toujours
contenus ?
On ne trompe jamais la Nature ; elle a ſa
baſe , où nous ſommes forcés d'appuyer tous nos
difices , petits ou grands : voulez-vous en conf-
- trmire un folide & durable ? proportionnez ſa
hanteur à la baſe que vous a circonfcrite la Natare
; mais ſi , négligeant cette proportion , vous
élevez un édifice trop haut, bientôt l'ouvrage
croulant par fon propre poids fur fa baſe , la
couvrira de ſes débris. J'ajoute à ces réflexions ,
que dans la diſcuſſion ſur l'avantage des ri
cheſſes , il faut diftinguer avec ſoin les premiers
temps de la poffeffion où tout est plaifir , d'avec
ceux où la fat été commence , & où tout devient
peine. Dans la comparaiſon de l'état de médioerité
avec l'érat de richeſſes , il ne faut point
confronter les jours avec les jours , mais les an
nées avec les années : la richeſſe a des jours délicieux,
mais la médiocrité a d'heureuſes années.
(Par M. le Marg. de C***. d'Avignon.)]
!
ANNONCES ET NOTICES.
NOTICE des Infeites de la France, répe
venimeux , tirée des Ecrits des Naturaliſtes,
Médecins , & del'obſervation ; par M. Amoure
fils, Docteur en Médecine en l'Univerfizé
Montpellier , Bibliothécaire de pluſieurs Acad
mies & Sociétés d'Agriculture. 1 Vel. in-8°.
Paris, rue & hôtel Serpente. Prix, 3 liv. 12 fo
broché.
Dictionnaire pour l'intelligence des Auter
Clafſfiques Grecs & Latins , tant facrés que pr
fanes ; contenant la Géographie , l'Hiſtoire ,
Fable, & les Antiquités ; par M. Sabathier , Pr
fefſcur émérite au Collège de Châlons- fur-Marn
Secrétaire - perpétuel de l'Académie de la mên
Ville , Aſſocié de l'Académie Etruſque de Co
tone , de l'Académie Royale de Pruffe. Tom
XXXIV. A Paris, chez Delalain l'aîné , Lib.f
St-Jacques.
Etat actueldu Dépôt de Soiffons , précédé d'un
Eſſai fur la Mendicité ; par M. de Montlinor
de pluſieurs Académics , & Inſpecteur du Dépa
de Soiffons. V. Compte , année 1786. Brochur
in-4°. de 68 pages. A Soiffons , de l'Imprimeri
de Ponce Courtois , Imprimeur du Roi ; &
Paris , chez Leclerc , Lib. quai des Auguſtins.
Manuel des Saintes Ecritures , contenant l'Abrégé
de l'Hiſtoire & de la doctrine duNouveau
DE FRANCE. 93
Teftament. 3 Vol in- 12 ; par M. de Fontenay.
A Paris , rue d'Enfer , N°, 101 ; & chez Méquignonjunior
, Libr. au coin des rues de la Harpe
& de Richelicu - Sorbonne ; Leclerc , rue Saint-
Martin, près la rue aux Oues , N°. 254.
2
Etrennes d'Hygie , ou Recherches Médicophyſiques
ſur l'Inoculation de pluſieurs Maladies ,
&particulièrement celle de la Petite - vérole
terminées par un Avis aux Meres de famille fur
leurs filles de 14 ans; par M. Chevilliard , Docteur
en Médecine & en Chirurgie , & de la Faculté
de Montpellier ; in-18 . A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Cailleau , Impr-Libr. rue
Galande , N°. 64.
Les petites Aventures de Jérôme Sharp , Profeſſeur
de Phyſique amuſante ; Ouvrage contenant
autant de Tours ingénieux que de leçons
utiles , avec quelques petits Portraits à la manière
noire ;par l'Auteur de la Magie blanche. 1 Vol.
in-8° . ABruxelles , chez la veuve Dujardin, Lib .
& à Paris , chez Defer de Maiſonneuve , Libr.
ruc du Foin-St-Jacques,
Instructions Paroiſiales, fur les vérités de laReligion
, à l'uſage des Enfans qui ſe diſpoſent à la
première Communion , & des grandes perſonnes
dont l'éducation a été négligée par M. le Soing ,
Prêtre du Diocèſe de Nancy , & Licencié ès Loix
de la Faculté de Paris, 2 Vol. in 12. A Paris ,
chez l'Auteur , au Presbytère de Saint-Germainl'Auxerrois
; & Onfroy , Lib. rue St-Victor.
Recueil des Ouvrages du Muſée de Bordeaux ,
dédié à la Reine. Année 1787. Va Vol. in-8°. A
Tyrannie que les hommes ont exercée
preſque tous les temps & les pays contre les Fe
mes, ou Inconféquence de leur conduite en
cette belle moitié de l'eſpèce humaine , &c. a
Brochure in-8 ° . de 93 pages. A Londres ; &
trouve à Paris, chez l'Auteur , rue St-Dominiqu
N°. 6 , Place St-Michel.
Conciliorum Gallia , tam Editorum quàm in
ditorum Collectio , temporum ordine digefta ,
anno Chrifti 177 , ad ann. 1563 ; cum Epifto
Pontificiurn , Principum conftitutionibus , & a
Ecclefiafticæ Gallicana,monimentis. Opera &
ſtudio Monachorum Congregationis Sancti Mat
in-folio. Tomus primus. Parifiis , fumptibus Pe
Didot filii , Primogeniti.
Ludovici-Francifci Maincourt , Doctoris M
dici Andegavenfis , Differtatio Medico - Phyſic
de fanguineis lymphaticiſque , malè Polypis d
tis , Congregationibus , in corde & in valis , E
vitam, &c..exiftentibus . Lutetiæ Parifiorum , ap
Croullebois , Bibliopolam , via.Mathuriana, Br
chure in 12 de 52 pages. Prix , 1 liv. 4 1.
:
Nicolai Chambon de Montaux , Facultatis M
dicinæ , Societatis Regiæ Medicæ Parifienfium , N
cofomii la Salpetrière , Medici , & c. Obfervation
Clinica , Curationes Morborum periculofiorum
rariorum , aut phenomena ipforum in cadaveribu
indagata referentes, I Vol. in-4°. Prix , 10 1.4
broché , & 12 liv . relié. Parifiis , apud Andrear
Croullebois,Bibliopolam, invia Mathurinenfiun
DE FRANCE.
95
Plan du Cours d'Etudes, à l'uſage des Elèves du
Collége Royal d'Eſtampes .
Ce Cours d'Etudes sérend à toute la Jeuneffe
fans exception , & embraffe tous les objets de
l'enſeignement général qui ſe pratique dans les
Univerlités & les Ecoles Militaires. Pour justifier
de l'objet de ce Cours d'Etades , il ſuffira d'en
parcourir le plan , qui ne laille rien à déſirer du
côté de la clarté , de la méthode , & généralement
de tout ce qui peut intéreſſer la meilleure
éducation des jeunes gens. Les perſonnes qui
voudront le confulter , s'adreſſeront au Principal
duCollége, à Estampes , ou à Paris , au P. Grangier
, Religieux Carme , Profeffeur ca Théologie ,
Place Maubert, qui leur en délivrera des Exemplaires
gratuirement : on'y trouvera l'ordre des
exercices, les prix & les conditions de la penſion.
&
Carte du Théatre de la guerre entre les Turcs ,
-fes Rulles l'Empereur ; ou Carte de la Mer
Noire, comprenant la plus grande partie de l'Empire
Othoman , partie des Erats de l'Empereur ,
de la Ruffie , & de la Pologne ; dreffée en 1788 ,
par le Sr. Dezauche , Géographe , & fuccelleur
des Sieurs Delifle & Phil , Buach , premiers Géograpbes
du Roi , & de l'Académie Royale des
Sciences : nouvellement revue & augmentée en
1789 .
,
Cette Carte , en deux grandes feuilles , dreſſée
pour fervir au Théatre de la guerre actuolle
comprend tous les pays ſitués entre le 34c. & le
63. degrés de longitude du Méridien de l'Iffe
de Fer , Lefquels renferment Vienne , la Hongrie,
Ia Galicie Ja Bukowine , la Transilvanme , l'Eſclavonie,
la Croatie, la Boſnie , la Servie , la Dalmatie,
laBulgarie , la Romanie ou Roumili , parzie
de l'Archipel , la Valachie , la Moldavie , l'U
& étui , to IV. 41.; collées fur toile fans et
و liv. AParis , chez l'Auteur , rue des Noyers.
13e. Recueil d'Airs arrangés en Duo , pou
Flûtes Ju Violons ; par M. Muflard , Maître
Flûte . Prix , 6 liv . A Paris, chez M. Muflard ,
Aubri-le-Boucher , maiſon du Md. de Vin.
6 Duos concertans pour Flûte & Violon ;
Antoine Stamitz , Muſicien du Roi. Prix, 7 1 .
Même adreſſe .
VERS.
TABLE.
Le Réveil des Oiseaux.
Quatrain.
Charade, Enig.& Logog.
Mémoires
Cuvres.
49 Des Etats-Généraux.
51 Eloge philosophique.
52 Formation.
52 Dictionnaire.
55 Variétés.
66Annonces&Notices.
J'Arla,
APPROBATIO Ν.
par ordre de Mgr. le Garde des Sceau
Je MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui pui
en empêcher l'impreſſion. A Paris , le 10 Juil
1789. SÉLIS:
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 15juin 1789.
La dénonciation du Prince Poninski ,
Grand-Trésorier de la Couronne , a été
pleinement efficace. On sait qu'en 1775 ,
l'autorité de la République fut confiée
à une Délégation , dont le Prince Po
ninski fut nommé Président. Le Rois'opposa
à la détentiondu PrincePoninski,
en alléguant la loi fondamentale qui défend
l'emprisonnement d'un Gentilhommeavant
la conviction. Cet avis , dicté par
une circonspection qui , quoique loua
ble , a paru déplacée , fut combattu
victorieusement par MM. Suchodolski,
Nonce de Chelm , et Suchorzewski ,
Nonce de Kallisch : ils offrirent de se
constituer prisonniers , et parties for-
Nº. 28. 11 Juillet 1789. C
,
La Séance de lundi dernier commenca
par la lecture d'une Requête de l'Accusé,
qui, se plaignant des discours prononcés
contre lui , demandoit à être jugé avant
d'être emprisonné , et de pouvoir impliquer
dans son procès les personnes
qui avoient participé , comme lui , aux
procédés de la Délégation . Le Prince
Poninski allant ainsi au - devant des
Accusateurs , n'eut pas de peine à en
trouver . Tous les crimes de lèse-Patrie
lui furent à- la- fois reprochés ; et un
Nonce ayant proposé qu'il fût enjoint
à la Commission de guerre de
faire garder l'Accusé à vue son avis
passa sans opposition formelle. Nous
disons formelle , car si un seul Nonce
eût fait une telle opposition , appuyée
sur la loi cardinale , neminem captivabimus
nisijure victum, et s'il y eût persisté,
il auroit arrêté toute la Chambre ,
une loi cardinale ne pouvant être enfreinte
qu'à l'unanimité. Chacun sentoit
la nécessité de mettre dans une
pareille occasion , un frein au cynisme
avec lequel le Prince avoit toujours
bravé l'opinion publique. L'Accusé
a tiré avantage de sa détention ; car
la multitude , ayant appris que les
Etats s'occupoient à décider de son
(51 )
-
sort , ne doutoit nullement qu'il ne fût
conduit au supplice; et lorsque la garde ,
entra dans sa maison , elle eut quelque
peine à l'empêcher d'être forcée ; si la
fermentation avoit passé jusque dans
la lie du peuple , le Prince eût été
mis en pièces.
En dévouant l'Accusé à la justice , les
Etats ont montré , d'ailleurs , les plus
grands égards aux personnes de son
nom ou de sa famille , et ont même
recommandé pour la place de Ministre
à Pétersbourg , M. Poninski, Staroste
de Kopanin , homme d'un mérite distingué.
L'armée de la République est actuellement
composée de 48,953 hommes.
- Le Prince Charles de Radziwill ,
Palatin de Wilna , a renouvelé son offre
aux Etats d'un régiment d'lafanterie de
deux bataillons ; le Price Sapicha ,
Grand- Chancelier de Lithuanie , donne
aussi un Régiment d'Infanterie. Ces
offres et d'autres semblables ont été prises
ad deliberandum .
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 juin.
Le Roi de Suède est arrivé en Fin-
J
C 1]
au 24. Elle étoit alors composée des
vaisseaux suivans :
Gustave III , de 74 canons.
:
Sophie Magdeleine, de70.
Eléonore Charlotte, de 62.. !
Adolphe Frédéric, de 70.
Wladislaw , de 74 .
Fæderneſland ( Patrie ), de 62 .
Forsigtighez (Prévoyance ) , de 62 .
Æhran (Gloire), de 62 .
Gotha Leyon ( Lion de Gothie ), de 70.
Frédéric Adolphe , de 62.
Dygden ( Vertu ), de 70.
Enighen ( Union ) , de 70 .
Louise Ulrique , de 70 .
Netirfan (Probité ) , de 62 .
Driflighet ( Audace ) , de 62 .
Tapperhet ( Valeur ) , de 62.
Mandighet (Courage ) , de 64.
Wafa, de 60.
Prince Charles , de 62.
Omhet (Bonté ), de 62 .
1
<
Rikfens Stænder (Etats du Royaume ) , de 64.
En outre deux frégates de 44 canons , ſept
de 40, une de 36 , deux de 32 , une de 30 ,
une de 18 , & quatre bâtimens armés,
Dans le portde Gothembourg font trois fré
( 53)
gates de 40 canons & une de 32; & dans celui
d'Helſingfors , deux de 26 canons. 1
La frégate Suédoise la Vénus , de
32 can. prise de calme , ayant été forcée
d'amener devant quelques vaisseaux
Russes , le Baron de Sprengporten, Ambassadeur
de Suède à Copenhague , et
M. Elliot , Ministre d'Angleterre , l'ont
réclamée , comme ayant été prise si
près des côtes de la Norwége , que les
droits de la Neutralité ne permettent
pas de regarder cette capture comme
légale. Le Gouvernement Danois
ehargé des Commissairés d'examiner cette
réclamation.
a
Le Prix que la Société Royale des Sciences de
Copenhague avoit proposé pour l'année 1788 ,
touchant une méthode plus facile & plus expeditive
de trouver les longitudes par les éclipfes
du foleil , & l'occultation des étoiles par la lune ,
a été décerné à M. Cagnoli , Secrétaire perpétuel
de l'Académie d'Agriculture , Commerce & Arts
à Vérone , Membre de l'Académie de Padoué ,
& de l'Institut de Bologne.
Un autre Prix , propoſé en la même année , pour
le meilleur Expoſé de l'Hiſtoire du Danemarck ,
depuis la mort de Valdemar I , en 1182 , juſqu'à
1209 , d'après Arnauld & Lubeck , comparé avec
les Auteurs Contemporains , a été adjugé à M.
Chriftiani , Confeiller de Justice , & Profeſſeur da
Philofophie , d'Hiſtoire &d'Eloquence àl'Univer
fité de Kiel .
Sur chacun des deux autres Problêmes ,la So
cij
Voici les Sujets qu'on propoſe pour cette année:
1. Hypothefin Craufordianam de calore corporum
infenfibili & latente curatius examinare , expofitis
argumentis tun pro ea , quam contra eam militantibus.
2. Data loci latitudine & longitudine declinationem
acus magneticæ in utroque hemisphærio determinare,
et curvas , quæ declinationes magneticas , exhibent
ducere. D
3. Virum fyftema feudale , quod tamdiu in Europa
univerfa viguit , tantumque in ftatu ejus publico
conftituendo momentum habuit , incidente proximis
post Chriftum natum feculis migratione gentium
à Populisborealibus ad meridionales pervenerit , an
vero fubfecutis demum temporibus ad horum exemplum
infeptentrionem introductum sit.
Le Prix pour celui qui aura le mieux traité
chaque Sujet , conſiſte en uve Médaille d'or de
la valeur de 100 écus argent de Danemarck. Tous
levSavans , excepté les Membres de la Société ici
préfens , font invités à concourir pour ces Prix.
I's voudront bien écrire leurs Mémoires en latin ,
françois, allemand ou danois.&les adreſſer francs
de port , à M. Jacobi , Confeiller des Conférences
du Roi , Secrétaire perpétuel de la Société , avant
la fin du mois de juin 1790.
Les concurrens , au lieu de ſe nommer , font
priés de mettre une deviſe à la tête du Mémoire ,
&d'y joindre un billet cacheté avec la même
deviſe , qui contiendra leur nom & le lieu de leur
réfidence.
( 55) /
/
La Gazette de la Cour de Péters
bourg a publié , le 2 , une longue relation
de l'avantage remporté par le Général
Dorfelden , le 1er . mai , sur les
Turcs , près de Gallacz . Comme on en
connoît déja les détails , il est inutile
de la transcrire . On a publié en
même temps le rapport que le Contre-
Amiral Comte de Woinowitsch a envoyé
de Sébastopol. Cette dépêche rend
compte d'une croisière de dix -huit batimens
de guerre , qui avoient aussi
des troupes à leur bord , sur la côte
de Romélie etàl'embouchure duDanube .
Dans cette course , on a pris à l'ennemi ,
depuis le 29 avril jusqu'au 9 mai , 4
bâtimens , et on en a détruit 8 autres .
Le 2 mai , on débarqua des troupes
près de Karakermon ; l'ennemi fut
attaqué et chassé de ses redoutes ; les
bâtimens approchèrent de cette place ,
et tirèrent avec tant de vivacité que le
feu la détruisit presqu'entièrement.
De Vienne , le 23 juin.
L'Empereur devoit quitter le château
de Laxembourg pour se rendre à celui
de Belvédère , lorsque la semaine dernière
un nouvel accès de fièvre a fait
suspendre ce voyage. La foiblesse de
S. M. est toujours très-grande , et son
civ
( 56 )
rétablissement fort lent ; cependant ,
Elle suit aujourd'hui un régime plus substantiel
, et ne cesse pas d'écrire des dépêches
, ou de s'occuper des affaires
publiques.
Le Général Comte de Wartensleben
est tombé malade ; il a quitté l'armée ,
et s'est fait conduire ici. Le Général de
Wallis l'a remplacé au Bannat.- L'ar
mée du Maréchal de Haddik est répartie
en 3 corps ; celui de Semlin , sous les
ordresdu Gén .-Prince de Ligne , en forme
l'aile droite; celui de Caransebes , sous
les ordres du Général de Clairfait ,
l'aile gauche ; le centre est près de
Weiskirchen.
On avoit cru que le Maréchal de Laudhon en.
treprendroit le ſiège de Czettin. En effet , tout
étoit prêt pour cet objet ; mais le plan d'opérations
vient d'être changé : l'armée ſe rend en
trois colonnes dans l'Esclavonie , & on ne laiſſe
de ce côté que les troupes néceſſaires pour le
cordon. L'armée doit s'être miſe en marche pour
arriver , le 18 , au camp d'Okutſchan. Ce changement
fait préſumer que l'on a abandonné le projet
de perdre inutilement le temps devant quelques
forts ,& que l'on ſe propoſe d'aller à la recherche
de l'ennemi en plein champ , pour le forcer à une
batailledéciſive.
Les Russes , qui sont à Jassy , montent
à environ 4,000 hommes. La principale
armée Russe est près de Mohilo-Reboi.
Le siége de Bender n'est pas encore
( 57)
commencé. - Le quartier-général du
Prince de Cobourg est toujours à Podu-
Pezedy , au-dessous de Bakea. - L'armée
principale , campée près de Weiskirchen
, est de 60,000 hommes ; un Corps
de 10,000 hommes doit la joindre .
On présume que les Russes porteront
dans cette campagne leurs forces prin
cipales dans la Bessarabie et la Moldavie ,
et qu'ils ne laisseront du côté d'Oczakof
qu'un Corps de 20,000 hommes.
L
ESPAGNE.
De Madrid , le 10juin.
Il y a trois ans que le Roi d'Eſpagne envoya
Don Antonio de Cordova au détroit de Magellan
, à bord de la frégate la Sainte-Marie de la
Cabeza , pour reconnoître les côtes de ces parages. -
Les vents contraires & les mauvais temps n'ayant
pas permis à cat Officier de prendre tous les
relèvemens qu'il déſiroit , S. M. C. lui donna
ordre d'y faire un ſecond voyage, pour achever
de reconnoître les côtes depuis les Caps Lunes &
de la Providence , juſqu'aux Caps de Pilares &
Victoire. Ce Brigadier des armées navales demanda
pour cette expédition deux corvettes dụ
Roi, nommées la Sainte- Cafilde & la Sainte-Eulalie .
Ces deux corvettes , doublées en cuivre , convenablement
équipées , mirent à la voile de Cadix ,
le 5 octobre 1788 .
1
Aubout de 72jours de navigation , elles eurent
connoiſſance de la côte Patagonique , entre le Cap-
Blanc & le Port désiré , par les 49 dégrés de
CV
(58 )
latitude méridionale. Après avoir relevé le giſement
de ces côtes ,& rectifié les cartes qui font
très-fautives dans cette partie , M. de Cordova fit
route pour le Cap des Vierges, & l'ayant reconnu
au bout de quatre jours , il emmancha le
détroit , & alla mouiller dans le Port Saint-Jofeph.
Là, il fit mettre à la mer les chalcupes des deux
corvettes avec les Aſtronomes , la moitié des Officiers&
deux Pilotes , pouryus d'une montre marine
& des autres inftrumens néceſſaires , de
vivres& de munitions de guerre pour un mois.
Il donna le commandement des deux chaloupes
à Don Michel de Zapiain , Capitaine de frégate,
avec ordre de reconnoître & de relever tous les
parages compris entre les Caps Lunes & de la
Providence,& ceux de Pilares & Victoire , qui
font les pointes occidentales du détroit , ainſi
que tout le canal de Saint-Jérôme.
Au bout de 23 jours , M. de Zapiain revint ,
après avoir reconnu & relevé de la manière la
plus exacte la latitude & la longitude des Caps
Lunes & de la Providence , &des autres pointes
principales du Détroit , & reconnu les mouillages
les plus abrités , entre autres , un port à deux
milles du Cap Pilares , dont Sarmies to feul fa't
mention. M. de Zapiain lui donna le nom de la
Miféricorde , &appela port de la Médaille un au're
havre circulaire, abrité de tous les vents , &
peut-être le meilleur de tous. Cet Officier rapporta
qu'il avoit laiſſe au fud du Cap Pilares ,
une bouteille renfermant une infcription , qui relatoit
Pexpédition , & une autre pareille dans
l'intérieur du canal de Saint-Jérôme ; il a reconnu
que ce canal n'étoit point formé par une ifle ,
comme les Indiens l'avoient dit à Sarmiento , mais
par le continent , dans lequel le prétendu canal
( 59 )
Intérieur n'eſt formé que par une rivière , navigable
foulement pour de petites embarcations .
Avant de qunter ces parages , M. de Cordova envoya
le Lieutenant de vaiſſean , Don Jofeph de
Gardo , avec le reſte des Officiers , pour lever le
plan d'une côte ſituée au fud ,qui reftoit à examiner.
Cet Officier y trouva un fort bon port , &
revint au bout de quatre jours rejoindre fon
Commandant. Dans ces deux expéditiors les chaloupes
eurent beaucoup à ſouffrir de la pluie &
des coups de mer qui gâtèrent toutes les provifions
,& exposèrentceux qui les montoient à manquer
de vivres & à reſter ſouvent mouillés nuit
& jour.
M. de Cordova , après 54 jours de réfidence
dans le détroit , mit à la voile du port Saint-
Jofeph , & debouqua le détroit au bout de quatre .
Il fit route pour l'Eſpagne , par un bon vent de
S. O. , & arriva àCalixle 13 mai dernier , après
7 mois & 10 jours de navigation .
Les pluies conftantes & les tempêtes que les
2corventes ont efſuyées pendant cette campagne ,
ont expofé leurs équipages à une épidémie ſcorbutique
, preſque générale , qui a mis trente-cing
à quarante hommes hors de ſervice. Les autres
ſe font rétablis à bord par l'uſage des légumes frais ,
& deux ſeulement ont fuccombé.
DonAntonio de Cordova rapporte que les Indiens
Pichiries , dont il a parlé dans ſon premier voyage,
font tellement habiles au larcin, qu'il n'eſt point:
de précautións qui aient pu mettre fon monde
l'abri de leurs vols ; il n'a point vu d'ailleurs d'e
Patagons , foit en entrant , foit en fortant du détroit
, ni dans les rades où il a mouillé par cing
fois différentes ; it préſume qu'ils ſervoient d'auxi
liaires aux Indiens de Saint-Julien , dans une guerre
avec ceux de l'intérieur du pays de Lai- Pampas.
Enfin, il affure qu'il n'y a maintenant paruse
c vi
refultat de fon voyage a été la découverte & la
correction d'une quantité d'erreurs qui ſe trouvent
dans les Journaux & Relations de ceux qui
y ont navigué avant lui.
ITALI Ε .
De Naples , le 10 juillet.
L'escadre d'évolution Espagnole, commandée
par Don Félix de Texada, est
entrée dans ce port le 7 de ce mois .
Elle est composée de 4 vaisseaux , 6
frégates et 3 brigantins ; savoir , le St.
Elme , le St. Laurent , le Bahama ,
le St. Francois de Paul, tous de 74
canons : des frégates , la Ste. Hélène ,
Notre-Dame du Rosaire , Ste. Perpétue
, Notre - Dame de la Solitude ,
NotreDamede la Guadeloupe et Notre-
Damedu Mont-Carmel, toutes de 34 :
et des brigantins , la Flèche, de 18 ; St.
Léon , de 16 ; le Chasseur, de 14. Elle
apporte des présens à Leurs Majestés
Napolitainès de la partdu Roid'Espagne.
FRANCE.
De Versailles , le 6juillet.
Le 21 du mois dernier , Leurs Majestés
(61 )
et la Famille Royale ont signé le contrat
de mariage de M. de Pastoret , Maître
des Requêtes , avec Mademoiselle de
Piscatory .
Le 28 , la Comtesse de Montmorency
a eu l'honneur d'être présentée à Leurs
Majestés et à la Famille Royale par la
Vicomtesse de Laval .
ETATS GÉNÉRAUX
Neuvième Semaine.
Du 27 juin. L'Assemblée générale s'étoit
ajournée au mardi 30. C'est de ce
dernier jour que nous allons reprendre
l'analyse des Séances de la semaine dernière.
Sur plusieurs points , on trouvera
ce Précis très - peu conforme au rapport
oratoire que font des délibérations ,
etjour parjour , une multitudede Feuilles
imprimées , dont le plus intrépide Bibliographe
auroit de lapeineà faire ledénombrement.
Du 30 Juin. La Minorité du Clergé & l'Ordre
de la Noblefſſe , entrés d'abord dans leurs falles
reſpectives , la pluralité des Députés Nobles
a rédigé des proteſtations , actes & réſerves individuelles.
Paffés erfuite dans la faile générale ,
avec la Minorité du Clergé , la Séance a commencé
à orze heures & demie par la lecture d'une
Lettre des Communes de Moncontour en Bretagne,
qui remercient l'Aſſemblée de s'être conftituée
Affemblée Nationale.
(62 )
Les Députés du Vermandois ont demandé la
parole; ils ont remercié l'Aſſemblée au nom de
leurs Commettans , & l'ont félicitée de la réunion
desOrdres; en même temps , ils ont remis fur
le Bureau l'acte qu'ils avoient reçu des Officiers
Municipaux de Laon.
i
Lecture faite du Procès-verbal de la dernière
Séance , MM. de la Nobleſſe ont remis leurs
pouvoirs , que l'on a renvo és au Bureau des vérifications.
Enfuit M. Pifon du Galand , l'un des
Secrétaires de l'Aſſemblée , a demandé de faire
lecture d'un grand nombre d'actes & de proteftations
, remis ſur le Bureau par les Députés de
laNobleſſe.
Ces actes & proteſtations ne ſont point uniformes:
on ne peut mieux les définir & les diftinguer
, qu'en les donnant en nature , tels qu'ils
ont été lus ou prononcés.
Extrait des protestations des Membres de la Nobleffe
, dans l'ordre où elles ont été lues.
MM. JeDucde Luxembourg , Marquis de Cruffol
d'Amboise, Chev . de la Coudraye, Comte de Lamber
tye, ComteJouffard , d'Yverfay , Comte de Ville
mort,Vicomte de là Châtre , Députés de Poitou , te
peuvent délibérer dans l'Aſſemblée juſqu'à la réception
de nouveaux pouvoirs . Ils en demandent
acte , & font réſervé des dél bérations qui pourroient
être priſes juſqu'alors.
MM. le Baron de Montagut-Barrau, & le Vicomte
Dufton de Saint- Michel , Députés de Cominges
& Nebouzan , ont déclaré que les articles
impératifs de leurs cahiers , les forcent à n'opiner
que par Ordre , &deur retirent leurs pouvoirs
dans le cas où l'on n'opineroit que par tête.
MM. le Duc de Caylus, le Baron d'Aurillac,
(63)
i
& le Chevalier de Rochebrune, Députés de Saint-
Flour , ont dit qu'ils ne pouvoient avoir voix délibérative
, parce que leurs cahiers leur enjoignoientde
voter par Ordre.
MM le Comte de Moncorps,&le Comte d'Arcy,
Députés d'Auxerre , ont fait la même déclaration .
M. le Vicomte de Panat, Député de Rhodès ,
a fait part qu'il ne pouvoit voter par tête.
M. le Vicomte de Malartic , Député de la
Rochelle , a déclaré que ſes cahiers lui défendoient
de voter par Ordre , à l'exception de
l'impôt.
Μ. Député de a proteſté
contre toute délibération par tête, juſqu'à la réception
de nouveaux pouvoirs.
M. de Cazalès , Député de Rivière-Verdun , a
fait la même déclaration .
M. le Marquis de Clermont Mont-Saint-Jean ,
Député du Bugey & Valromey , a déclaré que
ſes Commettans lui avoient ordonné de ne laiſſer
vérifier ſes pouvoirs qu'à fon Ordre feul , & de
protefter contre toute délibération priſe par deux
Ordres réunis.
M. le Baron de Cernon , Député de Châlonsfur-
Marne, proteſte également contre toute délibération
priſe , juſqu'à la réception de nouveaux
pouvoirs.
MM. de Garon de la Bévière & de Cardon de
Sandran , Députés de Bourg en Breffe , ont déclaré
qu'ils ne s'étoient rendus dans la ſalle avec
leur Ordre , que par déférence pour la Lettre du
Roi , & qu'ils ne peuvent prendre part à aucunes
délibérations , à cauſe de leurs cahiers , qui leur
ordonnent de ne voter que par Ordre.
M. de Saint-Fargeau, Député de Paris , a fait
( 64)
la lecture des articles impératifs de ſes cahiers ,
& a demandé voix conſultative en attendant.
M. le Comte de Sérent , Député du Nivernois
&Donziois , a déclaré que les articles de ſes cahiers
étoient fort impératifs , & qu'il alloit partir
pour obtenir de nouveaux pouvoirs ; il a fait un
diſcours à ce ſujet.
MM. le Marquis de Saint- Simon & le Comte
de Culant, Députés d'Angoulême , ont proteſté
contre toutes les délibérations qui pourroient être
priſes par tête.
MM. le Duc d'Havre & de Croi & le Prince
de Poix , Députés d'Amiens , ont déclaré être
chargés de maintenir l'opinion par Ordre.
M. le Comte d'Egmont , Député de Soiffons ,
a demandé voix conſultative en attendant de nouveaux
pouvoirs .
MM. le Marquis de Mortemart , le Comte de
Try, le Préſident de Frondeville & de Belboeuf,
Députés de Rouen , ont proteſté contre toutes
délibérations qui pourroient être priſes autrement
que par Ordre. ,
M. le Comte de Montboiſſier , Député de Clermont
en Auvergne , a proteſté également.
M. le Comte de Montcalm-Gozon & le Marquis
de Badens , Députés de Carcaſſonne , ont
déclaré que leurs pouvoirs vouloient le mode par
Ordre , le veto du Roi & des Ordres , & qu'en
conféquence , ils proteftoient contre toutes dé'ibérations
. Ils ont demandé acte de leur déclaration
aux trois Ordres .
M. le Marquis de Juigné, Député des Marches
communes du Poitou& Bretagne , a déclaré ne
pouvoir délibérer , juſqu'à la réception de nouveaux
pouvoirs.
( 65 )
M. le Marquis de Lusignan , Député de Condom
, a fait la même déclaration .
MM. le Comte de la Galiſſon ière , le Comte
de Reulliez , le Comte de Dieuzie & le Duc de
Choifeul-Praslin , Députés de l'Anjou , ont proteſté
contre la formation de l'Aſſemblée Nationale
, & toutes les délibérations qu'elle prendra.
MM. le Duc de Coigny ,le Comte Louis de
Vaffy , & le Baron de Wimpfen , ont proteſté
contre la délibération par tête .
M. le Baron de Pouilly , Député de Verdun ,
a proteſté contre toutes délibérations priſes par
tête,
M. le Marquis d'Apchier , Député du Gévaudan
, a fait la même déclaration.
Un autre Député a proteſté également.
MM. Achart de Bonvouloir , de Beaudrap , le
Comte de la Villarmois , & le Baron de Juigné ,
Députés de Coutances , ont auſſi proteſté.
MM. le Comte de la Châtre , le Marquis de
Bouthillier , Heustault de la Merville & Bangi de
Puivalée , ont proteſté & demandé voix confultative.
MM. le Comte de la Roque de Mons , & le
Vicomte de Foucault de l'Ardimalie , Députés du
Périgord , ont déclaré ne pouvoir participer à
aucunes délibérations priſes par un ou deux
Ordres , & faire toutes réſerves contre elles .
MM. le Comte de Bonneville & le Marquis
de Chambrais , Députés d'Evreux , ont proteſté
contre toutes Délibérations par tête .
Μ.
teſté également.
Député de a pro-
MM. le Baron de Poiffac & le Vicomte de
(66)
Lequeuille , Députés du bas Limoſin, ont déclaré
ne pouvoir opiner que par Ordre.
M. le Comte de Laipaud, Député de la baſſe
Marche , a fait la même déclaration .
Les trois Députés du Bailliage d'Amont , ont
proteſté contre la délibération par tête , qui leur
eſt expreſſément défendue par leurs cahiers; ces cahiers
let renjoignentauili de demander acte de leurs
prota ſtations. Les trois Membres de la première députation
de ce Bailliage , qui a été caſſée dans
la Chambre de la Nobleſſe , ont proteſté contre
l'acte ci- deſſus , juſqu'à la déciſion du procès des
deux députations , par les Etats-Généraux. Las
pouvoirs de ces derniers leur ordonnent de voter
par tête.
M. de Dépré de
a déc'aré que ſes cahiers lui ordonnoient de ne
conſentir à l'opinion par tête , que dans le cas
où les deux tiers de la Chambre de la Nobleſſe
yconſentiroient.
Les Députés de Metz ont proteſté contre l'opinion
par tête.
MM. le Marquis de Panat, le Marquis d'Aveffens
, le Marquis d'Efcouloubre& de Maurens ,
Députés de Toulouſe , ont proteſté contre toutes
délibérations par tête.
M. le Marquis de Vaudreuil , Député de Caftelnaudary
, a déclaré ne pouvoir opiner par tête ,
d'après ſes pouvoirs , qui le lui défendoient dans
tous les cas,
MM. le Mulier de Breffey & le Comte de Lévis ,
Députés de Dijon , ont déclaré ne pouvoir faire
vérifier leurs pouvoirs en commun , ni confentir
à l'opinion par tête. Ils ont ajouté qu'ils étoient
forcésde rentrer dans l'Ordre de la Nobleſſe.
(67 )
M. le Baron de Batz , Député d'Albret , a
proteſté contre l'opinion par tête.
M. le Vicomte de Noailles , Député de Nemours
, a déclaré pouvoir prendre voix délibérative.
M.le Baron de Gauville , Député de Dourd'n ,
aproteſté contre l'opinion par tête , & a demandé
acte.
M. Puch de Monbreton , Député de Libourne ,
a fait la même déclaration , ainſi que
M. le Baron deMontboiffier , Député deChartres.
M. de Grosbois , Député de Befançon , a déclaré
que fes cahiers lui ordonnoient de faire les
plus fortes proteſtations contre toutes délibérations
priſes par tête , & a demandé acte .
MM. le Comte de Touſtaint de Viré&de Menouville
, Députés de Mirecourt , ont déclaré ne
pouvoir délibérer par tête ;ainſi que
MM.le Marquis de Montdor , le Chevalier de
Boiffe, le Marquis de Loras & Deschamps , Députés
de Lyon.
Le Député du Comté de Foix a déclaré ne
pouvoir délibérer par tête ; il a demandé que l'Afſemblée
ſe formât en Bureaux , en attendant les
nouveaux pouvoirs de tous les Membres de la
Nobleffe.
Mle Duc de Villequer , Député de Boulogne ,
a déclaré qu'il étoit le maître de pouvoir voter
par Ordre ou par tête , en ſuivant la majorité ;
&que dans le cas de partage , il lui étoit enjoint
de voter par Ordre.
La lecture de ces proteſtations , dont la grande
partie, comme on le voit, n'eſt que l'expreffion
du devoir impoſé aux Députés par leurs
Commettars, & le témoignage de la fidélité des
premiers à feconformer aux ordres des ſeconds,
( 68 )
a été interrompue par un Membre des Communes,
qui a objecté qu'avant de recevoir des proteſtations
, on devoit examiner ſi l'on avoit qualité
pour proteſter ; que la vérification feule des ponvoirs
conſtateroit cette qualité , & que l'Afſfemblée
Nationale devoit rejeter des actes qui lui
conteſtoient fon exiſtence..
Dans le cours du débat qui a ſuivi cette oppoſition
, un Député de la Nobleſſe a obſervé
qu'aucune loi n'avoit profcrit les mandats impératifs;
que les trois Ordres en avoient également
reçu de tels; qu'il pouvoit être ſalutaire de les défendre
à l'avenir , inais que cette loi à faire ne
pouvoit avoir un effer rétroactif. Dans tous les
cas , a-t - il ajouté , il eſt impoſſible de refufer à
des Députés de ſe juſtifier envers leurs Commettans
,&d'obéir à leur confcience ou à leur miffion,
en proteftant contre ce que l'une & l'autre leur
interdiſent.
Un Député des Communes de Paris a adopté
l'avis qu'on ne pouvoit s'empêcher de recevoir
les déclarations jointes aux pouvoirs ; mais que
ceux-ci devoient être renvoyés aux Commiffaires
vérificateurs , & les actes remis aux Secrétaires ,
pour en ftatuer après la vérification des pouvoirs.
Cet avis eſt devenu celui de l'Aſſemblée , qui a
pris l'Arrêté fuivant :
« L'Aſſemblée Nationale arrête que les pouvoirs
remis fur le Bureau par Meſſieurs duClergé
& de la Nobleſſe , feront envoyés au Comité de
vérification pour y être examinés , & le rapport
en être fait enfuite à l'Aſſemblée. Quant aux
actes rémis également fur le Bureau , ils demeureront
dans les mains des Secrétaires , pour être ,
après,décrété ce qu'il appartiendra par l'Affemblée
Nationale. "
2
Adeux heures moins un quart , la Séance a été
levée&ajournée au lendemain matin . Le Comité
de vérification a fiégé dans la ſoirée.
( 69 )
Du 1 Juillet. Cette Seance , très - orageufe , &
dont l'objet , par extenfion , pouvoit être regardé
comme fondamental , a eu pour texte une Lettre
adreſſée à M. Bailly , Préſident , par dix-neuf perfonnes
du Palais- Royal , qui ſe ſont dites Députés
d'un grand nombre d'habitans de Paris. M. le
Préſident a lu cette Lettre , où l'on follicitoit
l'Aſſemblée , au nom du Public impatient , de
s'occuper des moyens de rendre le calme à la Capitale
, en rendant la liberté à des foldats aux
Gardes- Françoiſes , qui , détenus pour fait d'infubordination
, dans la prifon militaire de l'Abbaye
Saint-Germain , en avoient été tirés de force par
unemultitude tumultueuſe ,&portés , au bruit des
acclamations, au Palais- Royal , où ils étoientgardés.
M. Bailly a propoſé la formation d'un Comité
qui s'occuperoit fur-le-champ de cone affaire , &
il a lu la liſte des perſonnes qu'il défignoit pour
cet examen. Cet avis a été rejeté .
M. Mounier a opiné qu'on ne devoit pas
avoir égard à une lettre fignée de 19 Particuliers ,
& qu'on ne pouvoit s'occuper de cet objet , ni ,
artenter au pouvoir exécutif.
M. Bailly a propoſé d'envoyer au Roi une Députationà
ce ſujet.
M Fréteau s'y eſt oppofé , & à l'exemple de
M. Mounier , a fait ſentir le danger &l'illégalité
de cette démarche. L'Aſſemblée devoit reſpecter
les cahiers qui at ribuent au Roi le pouvoir exécutif.
Ce n'étoit pas à elle à ſe mêler de la police
des troupes , ni à s'attribuer la difcipline militaire ,
&la furveillance de la ſûreté publique. Ces différens
ſoins appartenoient à l'autorité Royale.
Pluſieurs Membres ont déclaré formellement
que cette affaire n'étoit pas de la compétence de
l'Aſſemblée.
:
M. Pifon du Galland a inſiſté pour la forma(
70 )
7
tion du Comité , au ſujet de l'attroupement qui
avoit fuivi l'infurrection de la priſon .
M. l'Archevêque de Vienne a repréſenté que
pour former un Comité , il falloit que les objets
qui devoient être diſcutés fuſſentde la compétence
de l'Aſſemblée ; il a ajouté que cet évènement ne
la regardoit pas.
Un Préopinant a été d'avis qu'il falloit demander
au Roi la permiffion de s'en occuper.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a ſoutenu
qu'on ne pouvoit ni ne devoit attenter au pouvoir
exécutif; la nomination d'un Comité pour s'occuper
de la révolte , méritoit l'attention la plus
ſérieuſe de l'Aſſemblée , qui devoit reſpecter la
difcipline militaire .
M. de Mirabeau a lu le projet d'une adreſſe aux
Commettans de la Nation , pour les charger du
ſoin de tranquilliſer le peuple.
M. le Comte de Crillon a dit qu'il falloit envoyer
une copie de la lettre à M. le Garde-des -Sceaux ,
en le priant de la mettre ſous les yeux du Roi .
M. Demeunier a prétendu qu'on devoit charger
pluſieurs Députés de Paris du ſoin de calmer la
fermentation du peuple.
M. le Prince dePoix a opiné à renvoyer l'affaire
à la déciſion du Roi .
Un Membre de la Nobleſſe a voté pour qu'on
chargeât les porteurs de la lettre de faire rentrer
les foldars enprifon .
Grande difcuffion pour & contre,
M. Vernier , Député d'Aval , a prié le Clergé
& la Nobleſſe de ſe réunir pour calmer le peuple ,
&pour folliciter la grace des priſonniers. Il a propoſé
uneDéputation des trois Ordres au Roi pour
l'obtenir. Il a fui par demander le retour des Soldatsdans
la prifon.
M. Target a propoſé d'écrire aux Electeurs de
Paris pour les charger de calmer le peuple.
:
( 71 )
M. le Marquis de Gouy d'Arcy a foutenu cet
avis. il a défiré que la grace fût envoyée par le
Roi dès que les Soldats fercient rentré, en priſon.
M. de Clermont-Lodève a prouvé que l'Aſſemblée
avoit mis en diſcuſſion un objet qui n'étoit pas de
ſa compétence. Il a prié M. le Préſident de ne
plus faire part à l'Aſſemblée de toutes les lettres
qu'il pourroit recevoir , attendu qu'on parviendroit
, par ce moyen , à retarder les occupations
des Etats-Généraux.
Aces opinions mutuellement balottées, foutenues,
repouffées , ont fuccédé fix propoſitions formelles.-
Première Propofition de M. le Comte de Crillon.
« Le Préſident ſera autorisé à faire paſſer à M. le
Garde-des-Sceaux la lettre des Envoyés de Paris ,
en retranchant toutefois les ſignatures; déclarera
que le pouvoir exécutif ne concerne pas l'Affemblée;
qu'el'e intercède auprès du Roi pour obtenir
une amniſtie générale. »
Seconde Propofition de M. Mercier.
« Charger M. le Préſident de dire à ceux qui
font venus de la part de la ville de Paris : retournez
promptement vers ceux qui vous ont envoyés;
dites-leur que le véritable moyen de mériter
les égards de l'Aſſemblée , qui ne ceſſe de s'occuperde
leur intérêr , eſt de rentrer dans l'ordre ,
& de porter leurs Concitoyens à la paix la plus
parfaite. >>
Troiſième Propofition de M. Camus.
Charger quatre de MM. les Prélats de ſe tranfporter
fur-le-champ auprès du Roi , pour intéreſſer
& folliciter ſa bonté. >>>
« Charger M. le Préſident de répondre fur-lechamp
aux Envoyés , que cen'eſt que par la paix
(72)
&la tra quillité que le Peuple peut aider les opérations
de l'Aſſembée.
Charger MM. les Députés de la ville de Paris
d'écrire à MM. les Electeurs pour le même
objet. »
QuatrièmePropofition de M. le Chevalier de Boufflers.
•« L'Aſſemblée nationale déclare que la connoiffance
des affaires relatives aux troubles populaires ,
appartient uniquement au Roi ; elle condamne ceux
qui agitent la ville de Paris , & elle en gémit : fes
Membres ne ceſſeront de donner l'exemple du plus
profond reſpect pour l'autorité royale , de laquelle
dépend la fécurité de l'Empire. »
« Elle conjure donc le Peuple de la capitale de
rentrer dans l'ordre , & de ſe pénétrer des ſentimens
de paixqui peuvent ſeuls aſſurer les biens infinis
que la France eſt prête à recueillir de l'Afſemblée
libre des Etats-Généraux , & auxquels la
réunion volontaire des trois Ordres ne taiſſe plus
d'obstacles. »
Cinquième Propofition de M. Target,
« Charger M. le Préſident de dire aux Envoyés
de Paris de reporter levoeu de la paix & de l'union ,
ſeul capable de ſeconder le travail de l'Aſſemblée
pour la félicité publique. »
« Que MM. les Députés de Paris ſeront chargés
d'écrire à MM. les Echevins de la même ville , que
l'Aſſemblée les invite à ſeconder de tous leurs efforts
les ſentimens de paix qui animent l'Aſſemblée
nationale.»
« Que quatre de MM. les Prélats ſe rendront
auprès de la perſonne du Roi , pour l'inſtruire du
parti pris par l'Aſſemblée , & fupplier Sa Majeſté
d'employer les moyens infaillibles de la douceur
&de la confiance dans le Peuple le plus fidèle de
laterre. » Cette motion a été rejetée.
La
( 73)
La délibération s'échauffoit en ſe compliquant
par tant d'avis divers , & par les obſervations
très- animées des uns & des autres , lorſque
M. Chapelier a ouvert un fixième Avis.
Sixième Propofition de M. Chapelier.
« L'Aſſemblée nationale nommera ſix Membres
pour concerter avec les Miniſtres du Roi , dépofitaire
du pouvoir exécutif , & aviſer enſemble
aux moyens les plus prompts , les plus fûrs &
les plus doux de rétablir la tranquillité publique.
"
Peu de Membres ont adopté ce dernier Avis ,
&le plus grand nombre s'eſt réuni en faveur de
ceux de MM. le Chevalier de Boufflers & Target ,
qu'on a combinés & réduits à un ſeul , ſous la
forme ſuivante :
« Il ſera répondu , par M. le Préſident , aux Envoyés
de la capitale , qu'ils doivent reporter dans
cetteville le voeu de la paix&de l'union , qui ſeul
peut faciliter les travaux auxquels va ſe conſacrer
P'Aſſemblée nationale. »
« L'Aſſemblée nationale gémitdes troubles qui
agitent la capitale: elle déclare que la connoiſſance
-des affaires qui y ſont relatives , appartient uniquement
auRoi . Les Membres ne ceſſeront de donner
l'exemple du plus profond reſpect pour l'autorité
royale , de laquelle dépend la ſécurité de l'Empire.
Elleconjuredonc le Peuple de la capitale de rentrer
fur- le-champ dans l'ordre ,&de ſe pénétrer des ſentimens
de paix qui peuvent ſeuls aſſurer les biens
infinis que la France eſt prête à recueillir de l'A
ſemblée libre des Etats-Généraux , & auxquels la
réunion volontaire des trois Ordres ne laiſſe aucun
obſtacle. >>
« Il ſera fait une Députation folemnelle à Sa
Majefté , pour invoquer ſa clémence en faveur des
perſonnes qui pourroient être coupables, l'inftruire
N°. 28. 11 Juillet 1789. d
( 74)
du parti pris par l'Aſſemblée,& la ſupplier d'employer
, pour le rétabliſſement de la paix, les
moyens infaillibles de douceur& debonté ſi naturels
à fon coeur , & de la confiance que mérite ſon bon
Peuple. "
M. Bailly s'eſt rendu auſſi - tôt après dans le
vestibule , & a fait lecture de l'arrêté de l'Aſſemblée
aux perſonnes députées de Paris qui avoient
été porteurs de la lettre.
La Députation à Sa Majeſté , a été compoſée,
pour 1: Clergé , de MM. l'Archevêque de Paris,
PEvêque d'Amiens , le Curé de Sergi , de Curéde
Montigni.
Pour la Nobleffe , de MM. le Chevalier de
Boufflers , le Chevalier de la Linière , le Marquis
de Lancome,le Marquis d'Avarai.
Pour les Commanes , de MM. Arnoul , leMercier,
Thouret , Hebrard , Barrère de Vieuzac , Maillot , la
Poule , Emmeri.
La Séance du matin a été terminée par le
rapport des pouvoirs de la Nobleſſe& du Clergé ,
vérifiés dans le Comité de la veille. MM. l'Archevêque
de Bordeaux , Mathias , Curé, & le
Duc d'Aiguillon , ont été les Rapporteurs. On est
forti de la falle à trois heures , en s'ajournant à
cinq , pour continuer l'examen du réglement.
Dans la Séance du foir , M. Rabaud de Saint-
Etienne a fait lecture du Chapitre du Règlement
qui concerne la formation desBureaux. Ils feront
au nombre de trente , chacun de quaranre Membres
, pris dansles trois Ordres , ſuivant la proportion
du Réglement de convocation. Tous les
mois on les renouvellera.
La Députation au Roi ayant été reçue , S. M.
a répondu:
«Votre Arrêté eſt fort ſage. Je ſuis bien content
de connoître les diſpoſitions de l'Aſſemblée ; &
1 ( 75 )
toutes les fois que la Nation ſe confiera à moi ,
j'eſpère que tout ira bien. »
:
« Je ferai connoître mes intentions ultérieures . »
Du 2 juillet. La Séance , ouverte par la lecture
duProces-verbal de la veille , a continué par cellę
du travail du Comité de Réglement , & de la
liſte des Membres qui compoſent les trente Bureaux.
M. le Cardinal de la Rochefoucault a préſenté &
lu la Déclaration ſuivante :
« Meſſieurs , il eſt de mon devoir de vous
déclarer , que lorſque tes Membres du Clergé ,
qui étoient reſtés dans la Chambre de leur Ordre ,
font venus avec moi dans la ſale commune aux
trois Ordres , nous avons fait préalablement des
réſerves , portant que :
« Vu la déclaration du Roi , du 23 juin , la
lettre de Sa Majesté , à moi adreſſée le 27 juin
en ces termes : » Mon cousin , &c. Le Mambres
du Clergé , toujours empreſſés de donner à Sa
Majeſté des témoignages de reſpect , d'amour &
de confiance , juſtement impatiens de pouvoir fe
livrer enfin à la diſcuſſion des grands intérêts d'où
dépend la félicité nationale , ont délibéré de ſe
réunir dès aujourd'hui aux deux Ordies de la
Nobleſſe & du Tiers-Etat , dans la falle commune
, pour y traiter des affaires d'une ut lité
générale , conformément à la déc'aration du Roi ,
fans préjudice du droit qui appartient au Clergé ,
fuivent les loix conftitutives de la Monarchie ,
de s'aſſembler & de voter ſéparément , droit qu'ils
ne veulent ni ne peuvent abandonner dans la préfente
feffion des Etats Généraux , & qui leur eſt
expreſſément réſervé par les articles 8 & 9 de
la même déclaration . :
« Je vous prie , Meſſieurs , de trouver bon
dij
(76 )
1
» queje remette ſur le bureau la préſente décla-
>> ration ,& que je vous en demande acte. »
Signé, le Cardinal DE LA ROCHEFOUCAULT.
Aufſi-tôt après cette lecture , M. l'Archevêque
de Vienne a dit : « Je ne puis me diſpenſer , Mef-
>> ſieurs , d'obſerver que lorſque la Délibération
>>apportée par M. le Cardinal a été priſe , la
" majorité du Clergé, qui pouvoit ſeule s'attri-
» buer à juſte titre le nom d'Ordre du Clergé ,
» n'y étoit point.»
M. de Mirabeau a avancé qu'on ne pouvoit
recevoir aucune proteſtation dans cette Aſſemblée,
& que tous les Membres qui en vouloient faire
devoient ſe retirer.
M. l'Archevêque d'Aix a répondu que leClergé
faiſoit des réſerves & des proteſtations , mais qu'il
s'étoit réuni pour délibérer en commun ſur les
affaires publiques ; il a ajouté qu'il demandoit
acte des réſerves .
M. Péthion de Villeneuve a demandé que les réſerves
fuſſent faites en d'autres termes , puiſqu'elles
l'avoient été d'après les Déclarations du Roi ,
&que la minorité du Clergé ne s'étoit réunie
que d'après les ordres du Roi. Il a conclu que
l'Aſſemblée pouvoit refuſer acte des réſerves.
M. de Mirabeau a réclamé contre la déclaration
duClergé , qui prétendoit voter dans ſon Ordre ,
&fur l'indécence de cette expreſſion , ne veut ni
nepeut; expreſſion qui ne convenoit même plus
au pouvoir exécutif.
M. Pifon du Galland a foutenu qu'on ne pouvoit
recevoir que les réſerves des Membres du
Clergé qui ſe préſenteroient nominativement , en
conféquence de l'arrêté du 30 Juin.
M. Mounier a dit qu'il falloit diſtinguer deux
eſpèces d'actes , les déclarations , & les proteſtations
; que les déclarations étoient juftes ; mais qu'il
falloit rejeter les proteſtations & réſerves , l'Af
( 77 )
ſemblée ne pouvant les admettre , puiſque c'étoit
les approuver que de les reconnoître , ce qui n'étoit
pas poffible.
M. Le Grand a foutenu l'opinion qu'on ne pouvoit
donner acte des déclarations .
L'Aſſemblée a déterminé qu'il ne ſeroit pas fait
mention des proteſtations dans le procès - verbal
de cejour.
M. de la Borde a demandé que l'Aſſemblée ſe
formât en Bureaux à l'inſtant , pour la nomination
d'un Préſident & des Secré aires . Cette propoſition
a éré foutenue par MM. le Prince de Poix
& Demeunier ; l'Aſſemblée l'a agréée.
M. Guillotin a fait le rapport des précautions
qu'il avoit priſes pour faire aërer la falle , & du、
projet qu'il avoit conçu avec M. Paris , Architecte
des Menus , pour le nouvel arrangement de
la falle , & l'emplacement des 30 Bureaux , en
prenant les falles du Clergé & de la Nobleſſe.
L'Aſſemblée en a ordonné l'exécution .
On a lu l'article du Réglement de Police , qui
regarde la nomination du Préſident &des fix Secrétaires
.
M. le Préſident , après avoir dit que les Bureaux
s'aſſembleroient à cinq heures , a levé la
féance à midi & demi .
Dans la foirée , S. M. a fait connoître ſes intentions
ultérieures , par une Lettre à M. l'Archevêque
de Paris , Chef de la Députation ; Lettre
dont ce Prélat a donné communication .
LETTRE DU ROL
« Je me suis fait rendre un compte exact,
mon Goufin , de' ce qui s'eſt paffé dans la ſoirée
du 30 juin. La violence employée pour délivrer
des prifonniers de l'Abbaye , eſt infiniment condamnable,&
tous les Ordres , tous les Corps , tous
les Citoyens honnêtes & paiſibles ont le plus grand
dij
(78 )
intérêt à maintenir dans toute ſa force l'action
des loix proectrices de l'ordre public. Je céderai
cependant dans cette occafion , lorſque l'ordre
ferare aabbi , aux fentimens de la bonté;&j'efpère
n'avoir pas de reproche à me faire de ma
clemence , lorſqu'elle est invoquée pour la première
fois par i Aflemblée des Représentans de
la Nation ; mais je ne doute pas que cette Affembée
n'attache une égale importance au ſuccès de
toutes les mesures que je prends pour ramener
l'ordre dans la Capitale. L'efprit de licence &
d'infubordination ett deftructif de tout bien ; &
s'l prenoit de l'accroiſſement , non- feulement le
bonheur de tous les Citoyens feroit troublé &
leur confiance feroit altérée , mais on finireit
peut- être par méconncître le prix des généreux
travaux auxquels les Repréſentans de la Nation
vont ſe conſacrer. Donnez communication de
ma lettre aux Etats -Généraux , & ne doutez pas
de toute mon eſtime pour vous. »
Signé, Louis.
Du 3 juillet. D'entrée , on a fait lecture de la
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris. (Nous
venons de la rapporter). L
Enfuite M.Bailly a annoncé que la veille , par
le fcrutindes Bureaux , M. le Duc d'Orléans avoit
été éu Préfident. Son Alteſſe a refuſé , en difant
que « le bien public exigeoit d'elle ce refus , par
>> la raiſon qu'elle n'avoit pas les qua'ités requiſes
>> pour remplir les fonctions de Préſident. >>>
Ce Prince avoit eu 553 voix fur 860 votans :
ce nombre prouve qu'environ un quart des Membres
de l'Aſſemblée manque, aux Etats -Généraux
, cu n'a pas concouru à l'élection . 14
On s'eſt retiréen Bureaux pour procéder à une
nouvele élection, dont le réſultat a été la nomination
de M. l'Archevêque de Vienne, à une très
(79 )
grande majorité. Ce Prélat a dit : «La carrière
>>que j'ai parcourue ne me permettoit pas d'eſpé-
>> rer un évènement auſſi glorieux ; il ne me refte
» plus rien à déſirer , Meffieurs , que de tourner
>> mes derniers regards vers la régénération de
>> notre commune patrie. » Ce difcours a été fort
applaudi.
Après la nomination du Préſident , on a déclaré
celle des fix Secrétaires de l'Aſſemblée. Voici le
réſultat du feratin.
M. Grégoire , Curé d'Imbermenil ... 416 voiz.
M. Mounier.
M. de Laliy Tollendal ....
M. l'Abbé Syeyes ............
.420.
..405.
M. Chapelier . 328 .
264.
M. de Clermont- Tonnerre ...
....219.
SUPPLÉANS.
M. le Comte de Crillon ..
Μ..... .. .156. voix .
M. Fréteau. 151 .
M. Emmeri ..
191.
M. Rabaudde Saint- Étienne . ... 109.
M. Touret .... ...99 .
M. le Duc de la Rochefoucault a propoſé d'ervoyer
une députation à M. Baily, pour le remer
cier de la dignité avec laquelle il avoit rempli les
fonctions de Préſident .
M. l'Archevêque de Bordeaux , an nom de fon
Bureau , a remercié M. Bailly, & a demandé au
nom du même Bureau , que l'Affemblée ordor.ne
la lecture des élections de chaque Büreau .
M. l'Archevêque de Vienne , nouveau Préfident
, a propoſé de s'occuper de la vérification
des pouvoirs , ou de la députation de S. Domingue.
L'Aflemblée a choiſi ce dernier objet. Comme
cet objet a été reptis le lendemain , nous rendrons
compte poſtérieurement des débats quiyfont relatifs.
div
( 80 )
-
M. Target a remis fur le Bureau la queſtion relative
aux pouvoirs impératifs ; il a lu un long
Mémoire pour prouverla nullité & l'illégalité de
ces pouvoirs.
Avant'ui , M. l'Evêque d'Autun avoit propofé
à ce ſujet ure délibération , qu'il a appuyée par
un diſcours : voici le ſens de fon opinion.
« L'Affemblée Nationale conſidérant qu'un bailliage
, & à p'us forte raifon une partie d'un baillisg
, n'a que le droit de concourir , par ſes Députés,
à former la volonté généra'e , & non celui
de l'arrêter & de s'y ſouſtraire , déclare que toute
cauſe impérative d'un mandat qui interdiroit aux
D pués de voter dans l'Aſſemblée, ou lui ordonneroit
de ſe retirer, parce que fon voeu particuliere
prévaudroit pas , eſt radicalement nul : que
l'eſpèce d'engagement qui pourroit en réſulter ,
entre un Député & ſes Commettans , doit être
promptement levé par eux , & ne peut être ni
fuppofe, ni reconnu par l'Aſſemblée ; qu'une
telle clauſe n'ayant pu, fans aucun prétexte , être
aprofée par aucun balliage , toutes proteſtations
faites en conſequence ſont inadmiſſibles ; qu'elles
ne peuvent fufpendre un inſtant les opérations
d'une Affemblée légitimament conftituée , & efſentielement
active ; & par une ſuite néceſſaire ,
malgré l'abfence volontaire ou forcée de quelques
Députés , tout décret de l'Aſſemblée ſera également
ob'igatoire pour tout bailliage , lorſqu'il aura
été rendu pour tous ſans exception. »
Un Membre de la Nobleſſe a dit que les loix
ne devant pas avoir d'effes étroactifs , nul décret
ne pouvoit annuller des mandats impératifs , que
l'ancien uſage avoit autoriſé à donner.
M.le Comte de Clermont- Tonnerre a étayé la
nullité & illégalité de ces pouvoirs , par la raifon
que c'eſt à la volonté générale à faire la loi , &
aux volozés particulières à s'y foumettre.
( 81 )
M. l'Evêque de Langres,faififfant la grande objection
, a dit qu'il falloit diftinguer les mandats
impératifs à venir , de ceux actuels, qui avoient
pu être donnés , puiſque l'uſage l'aurorifoit ; il a
fini par avouer la ſageſſe des principes établis par
M. l'Evêque d'Autun .
M. l'Evêque de Chartres s'eſt étendu ſur l'abfurdité
& l'injustice de prétendre arêter , par de
pareils mandats ,une Aſſemblée eſſentiellement active;
après pluſieurs argumens, il a comparé les
donataires de pareils mandats , à des joueurs qui ,
fans enjou , voudroient s'emparer du gain lorſque
la chance leur feroit favorable , &ne riſqueroient
jamais de rien perdre.
M. le Préſident a renvoyé la ſuite de cette difcuffion
à une autre ſéance.
Du 4juillet. On a repris la difcuffion de laDéputation
de Saint-Domingue. Après nombre de
Difcours , on a mis aux opinions le nombre de
Députés qu'on accorderit à la Colonie. Sur l'ap-
Lel des voix , il s'en est trouvé ,
523-
223
9
I
- pour 6 Députés.
pour 12 Députés.
4Députés.
-
-
pour
pour 8Deputés.
Cette délibération ayant été annorcée , on a
demandé le droit de Séance pour tous les autres
Députés ; ce qui a été acco dé. On a propoſé
enfuite d'accorder voix confultative aux autres
Envoyés de Saint-Domingue. M. Fréteau s'y eſt
oppoſé , en diſant que cette conceffion é oit dangereuſe,&
terdoit à rendre les délibérations plus
difficiles : cette oppoſition a prévalo.
M. Dupont a terminé la Séance par le rapport
du Comité des ſubſiſtances .
« Le Comité , a-t-il dit , que vous avez établi
pour s'occuper de la cherté des grains , & des
dv
( 82 )
moyens de faciliter la ſubſiſtance du peuple, s'eſt
livré , avec le zèle que vous aviez le droit d'attendre
de ſes Membres , au travail que vous lui,
avez impofé. Il a d'abord chargé trois de ſes
Membres de demander à M. le Directeur-général
des finances les renſeignemens néceſſaires pour
déterminer avec plus de juſteſſe les opérations
dans lesquelles votre amour pour vos Concitoyens
ne vous permet d'apporter aucun retard : ce Miniſtre
nous a donné les états d'entrée & de ſortie,
& il s'eſt chargé de plus de faire lui-même pour
le Comité un Mémoire qui va être mis ſous vos
yeux.
Lecture faite de ce Mémoire , on a continué
le rapport du Comité : « Vos Commiſſaires , y
eft-il dit , n'ont négligé l'examen d'aucunes des
corſidérations qu'ils pouvoient avoir à vous mettre
ſous les yeux ; ils en ont conclu que vous ne
pouviez dans ce moment avon que tro's chofes
à faire :
1º. Favorifer la circulation de province à province
& de canton à canton , dans l'intérieur du
royaume.
2°. Porter des ſecours en dentées dans les lieu.x
où elles peuvent manquer réellement.
3º. Répandre des Rulaires & même des aumônes
dans ceux où la denrée ne manque pas , mais où
les moyens du peuple font lafuffifans pour ſe la
procurer.
«C'eſt l'opinion de votre Comité , que l'en
ne peut aller trop vite pour les oeuvres de bienfaiſance
,& trop infirir les actes de législation qui
doivent porter l'empreinte delaraiſon ſociale , &
s'appuyer fur les principes reconnus par l'opinion
publique, fans le concours, de laquelle la raifon
elle-même & les loix feroient dénuées de pouwoir.
»
« Les beſoins font ſi urgens dans quelques
(83 ) (
.
cantons , & en même temps la récolte fi prochaine,
que ce ne ſont point des loix qu'on attend
de vous , ce ſont des fecours qu'il faut
donner à ceux dont le beſoin les invoque. >>>
« Sans doute il ne vous eſt permis , par vos
mandats , de ne vous occuper ni d'emprunts .
ni d'impôts avant d'avoir régé ce qui concerne
la Conftitution & la périodicité de l'Affemblés
Nationale; mas les trois moyens proposés pour
foulager la misèle publique , entrainent ou un
emprunt , cu un impôt , ou une autoriſation de
dépenſes qui néceffitera d'impôt ou l'emprunt. »
" Seriez vous donc dars l'impuiſſance de focourir
vos frères , qui vous implorent,& la Nation
aſſemblée ne pourroit - elle que plaindre la
Nation?»
« S'il s'agiſſoit de perpétuer des dépenses ruineuſes
, de fournir à la prodigaité d'une Cour ;
de rendre des Miniſtres indépendans de la fatisfaction
publique , certainement alors il vous feroit,
il vous eft défendu de vous prêter à aucun impôt
, à aucune contribution , à aucun emprunt.
Tel eft l'eſprit des mandats qui vous liert , & le
feul article par rapport auquel ils puiffent être
impératifs fans danger. >>>
« Vous ne pouvez douter que vos Commettans
aient dit que le falut public étoit la loi
ſuprême , qu'ils ne vous aient autoriſés à mettre
obſtacle aux ravages d'une inondation ou d'un
incendie , à repouſſer l'ennemi ſi la patrie étoit
attaquée , à ſecourir le pauvre , à l'arracher à la
mort. »
« Ce n'eſt pas aux pauvres qu'ils nous ont
défendu d'accorder une contribution , & puifque
vous êtes leurs Repréſentans,vous devez faire ce
queles repréſentés auroient fait eux-mêmes. »
« Telle eſt l'opinion du Comité des ſubſitances.
Il ne choiſira pas entre les moyens qus
dvi
(84)
vous ont été propoſés , il ſe borne à les mettre
fous vos yeux. »
L'examen des divers moyens propoſés a été
renvoyé à l'examen des Bureaux.
De Paris , le 8 juillet.
Règlement fait par le Roi , du 27
juin 1789 , concernant les Mandats des
Députés aux Etats-Généraux.
Idem , du 18 juin 1789 , pour valider
la nomination faite de quatre Députés
aux Etats-Généraux , par les trois Ordres
de la Sénéchaussée de Castelmoron .
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , et
Lettres - Patentes sur icelui , du 22 mai
1789 , registrées en la Cour des Monnoies
le 17 juin 1789 , qui ordonnent que la
fabrication de cinquante mille marcs
d'espèces de cuivre , autorisée par arrêt
du 16 septembre 1784 , en la monnoie
de Rouen , sera continuée et portée à
cent cinquante mille marcs .
Depuis huit jours , une partie de la
multitude de cette capitale étoit en agitation.
L'on a vu , par Particle des Etats-
Généraux, que cette fermentation avoit
été jusqu'à forcer la prison militaire
de l'Abbaye St. Germain , et à en faire
sortir quelques Soldats , détenus pour
cause d'insubordination ou autres fautes .
Ces prisonniers furent amenés au Palais-
Royal , où ils sont restés trois jours.
Les Electeurs de Paris, assemblés depuis
la semaine précédente , craignant les
(85 )
suites d'une effervescence si dangereuse
dans les conjonctures actuelles , ont pris,
le mercredi 1. de ce mois , la Délibération
suivante rendue publique :
« L'Affemblée des Electeurs de laVille de Paris,
déclare qu'Elle ne peut voir , ſans la plus profonde
douleur , qu lques perſonnes entraînées par
des mouvemens inconſidérés , ou cédant_peutêtre
à des infinuations dangereuſes , manifeſter des
a'armes ſur le bonheur public , dont s'occupe le
meilleur & le plus chéri des Rois , & quel'Af
ſemblée Narionale ne peut manquer de conſolider
pour jamais , fi tous les Citoyens s'empreſſent
d'y concourir par une conduite , dont la modération&
l'amour de la paix doiventêtre labaſe. »
,
"En conféquence , l'Aſſemblée invite , au
nom de la Patrie , tous les Chefs das Corpoо-
rations , tous les Pères de Famille ; en un mot ,
tous les Fra çois habirans de cette capitale
à porter et à répandre par- out des fentimers
de calme& d'union ; enfin , à foutenir le caractère
d'une grande Nation , ſi juſtement célèbre
par ſon extrême amour & fa fidélité inviolable
pour ſes Rois. 12-
Signé , DELAVIGNE , Préſident ; GARNIER ,
Secrétave. .
MÉMOIRE instructif remis de la part
du Ror au Comité des subsistances
des Etats - Généraux , par le Directeur-
général des Finances.
Je ne puis rendre compte dessoins que leRoi a
pris, relativement aux fubfiftances , que depuis le
moment de ma rentrée dans le Minittère, c'est-àdire
, depuis le 25 août 1788 .
La libre exportation des grains avoir été établie
par une loi enregiſtrée au mois de juin 1787;
(86 )
cette loi avoit été généralement applaudie , &
enconféquence l'on s'étoit livré au commerce des
grains dans tout le royaume avec plus d'activité
que jamais , & l'en avoit envoyé dans l'étranger
une quantité confidérable de grains. Cependant à
mon arrivéedans le Ministère,je me hâtai de prendre
des informations ſur le produit de la récolte &
fur les beſoins des pays étrangers. Ces informations
m'ayant donné de l'inquiétude , je propoſai à Sa
Majeſté de défendre l'exportation des grains. On
crut dans les premiers momens que ces difpofitions
tenoient aux opinions particulières du Miniftre
, parce que j'ai fait connoître en pluſieurs
occafions de quelle importance il eſt pour la France
de veiller fans ceſſe ſur les effets d'une exportation
illimitée , & de ne ſe livrer à cet égard à
aucun ſyſtême exagéré. Quoi qu'il en ſoit , l'expérience
a prouvé combien étoit convenab'e l'empreſſement
que j'apportai à ſolliciter les ordres de
SaMajefté pour contenir & pour arrêter entièrement
l'exportation des grains. Ce fut dans les
premiers jours de ſeptembre que je commerçai
à ordonner aux Fermier- généraux , de la part du
Roi , d'arrêter à pluſieurs frontières l'exportation
des grains; & le ſept du même mois Sa Majesté
fit rendre un Arrêt de ſon Conſeil , qui défendoir ,
d'une manière générale & abfolue , la fortie des
grains hors de fon royaume.
Cependant de nouvelles notions générales fur
F'étendue de la dernière récolte m'ayant fait craindre
que fon produit , joint aux réſerves des anciens
bld's , ne fût pas fuffifant , Sa Majesté crut
prudent d'exciter le commerce à faire venir des
grains de l'étranger , & Sa Majesté , promit par un
Arrêt de fon Conſeil, du 23 novembre dernier ,
une prime de quarante fous par quintal de farine ,
&detrente ſous par quintal de bleds , ſur toutes
les quantités de ces denrées qui ſeroient importées.
(87 )
des Etats-Unis d'Amérique dans l'un des ports du
Royaume..
Cette prime n'avoit d'abord été annoncée que
pour durer juſqu'à la fin de juin , afin de hâter
les ſecours qui pourroient nous être deſtinés de
cette contrée; mais le Roi , par ſon Arrêt du
20 avril dernier , a prolongé cet encouragement
juſqu'au premier ſeptembre prochain .
Sa Majefté , par ſon Arrêt du ir janvier dernier
,accorda deſemblables encouragemens à l'importation
des grains qui ſeroient envoyés en France
detous les pays de l'Europe , & les primes , fixées
d'abord à quinze ſous par quintal de froment,
à douze par quintal de feigle , & à vingt fous
par quintalde farine , ont été doublées par l'Arrêt
du Conſeil du Roi , du 20 avril dernier , & le
terme en a été prolo gé jufqu'au premier ſeptembre
: enfin , le Roi accorda par le même Arrêt
une prime d'encouragemens pour l'introduction
des orges , foit en grains , foit en farines.
Toutes ces primes ont été payées comptant
dans les ports mêmes & à l'arrivée des navires.
Cependant Sa Majeſté ,juſtement inquiète que le
royaume ne reçût pas des ſecours équivalens à fès
beſoins , & l'expérience ayant inſtroit que peu de
Négociars veulent ſe mêler du commerce des
grains , lorſque les prix font chers & fixent les
inquiétudes du Peuple , Sa Majesté crut devoir
s'aſſurer d'un approvisionnement extraordinaire ,
en faifant acheter dans l'étranger, de ſes propres
deniers & à fes périls & rifques , une quantité
confidérable de bleds&de farines ,& le Roi confia
ces commiffions aux Régiffeurs des vivres de la
guerre.
Ils ont été autoriſés à faire des achats au dehors
dès le mois de novembre , & depuis cette
époque ilsn'ont jamais été unmoment dans l'inacton.
-
( 88 )
د La commiſſion pour les farines n'a été exécutée
que juſqu'à la concurrence de quatre- vingtdix
mille facs , parce qu'on n'a pu faire ces achats
qu'en Angleterre; & dans le cours de ces opérations
, le prix de la denrée eſt monté au terme
oùles loisdupays ne permettent plus l'exportasion.
On n'a pas été arrêté de même dans les achats
debleds , parce qu'on a pu s'adreſſer dans pluſieurs
pays, en Hollande , à Hambourg , à Dantzick ,
en Irlande ,&pendant quelque temps dans la FlandreAutrichienne.
Le Roi a employé ſon crédit & fa puiſſante
intervention pour obtenir , malgré les déf nſes générales
, une extraction particulière de la Sardaigne,
de la Sicile& des Erats du Pape ; ces bleds avoient
d'abord été deſtinés pour la Provence&les autres
partiesméridionales de la France; mais Sa Majefté
ayant été informée qu'on pouvoit s'y paffer de
ces ſecours , le Roi les fait venir au Havre & à
Rouen; mais par un des malheurs qui ſemblent
affaillir la France cette année , une conduite inattendue
de la part desAlgériens ,jettel'alarme dans la
Méditerranée , & intimide les Navigateurs .
Je vais donner maintenant un recenfement des
divers fecours dus aux foins bienfaiſans de S. M.
Secours arrivés en France pour le compte du Roi , à
l'époque du premier juillet 1789..
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 91343. Bleds ... 673154.
Seig'es ..... 154113. Orges .... 53247 .
Riz .......
5513 .
Chargemens faits dans différens ports de l'Europe ,
&attendus à chaque inftant.
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 5427. Bleds ..... 48794 .
Seigles.
Riz ........
.... 6353. Orges .... 3689 .
( 89 )
Achats exécutés ,& dont on n'a pas encore avis de
l'expédition.
Quintaux.
Farines ..... Quinto Bleds ..... 71614. 1500.
Seigles 21850. Oiges ......
Riz ........ 3850.
.....
Achats ordonnés , & dont on n'a pas encore avis de
l'exécution.
Quintaux. Quintaux.
Farines ..... 59500 Bleds ..... 150280.
Seigles ..... 38086. Oges
Rz........ 16150.
TOTALdes ſecours arrivés ouattendus.. 1404463 .
L'on remettra au Comité des ſubiſtances des
Etats-Généraux , la liſte des vaiſſeaux qui ont
apporté ces divers ſecours , avec la déſigration
des ports où ils ont été déchargés ; on joindra
à cette inſtruction tous les détai's particuliers qui
pourront être demandés par le Comité.
Il y a eu des ordres continuellement ſubſiſtans
dans l'étranger , pour faire arriver des grains en
France , & les feuls obſtacles fontvenus de l'impoſſibilité
d'en acheter davantage , parce que les
reſſources mêmes des pays étrangers ont des
bornes. Les nombreuſes armées raſſemblées dans
lenord& fur les frontières de la Pologne , épuiſent
une grande partie du ſuperflu qui vient à Dantzick
, & qui ſe reverſe enſuite à Amſterdarn ;
&dans cette même année , véritablement malheureuſe
, non-feulement preſque toutes les provinces
de France ont été dans la détreſſe , mais
l'Eſpagne & quelques autres pays de l'Europe
ont éprouvé la même diſette. Tels ont été cependant
les efforts continuels de Sa Majesté , que
les achats faits dans l'étranger par ſes ordres &
( 90 )
Your fon compte, s'éleveront à plus de vingtcinq
millions ; ainſi le Roi , entraîné parl'importance
de l'objet , s'eſt conduit dans la pénurie de
ſes finances comme il l'auroit fait avec la plus
abondante richeſſe. On pourroit demander comment
, en des circonstances ſi difficiles , le Roi a pu
obtenir dans l'étranger le crédit néceſſaire pour
des opérations ſi étendues ? ceux qui l'ont accordé
peuvent feuls répondre pleinement & convenablement
à cette queſtion.
On doit faire obſerver qu'indépendamment de
ces achats faits pour le compte du Roi , plufieurs
villes ont fait venir des approviſionnemens de
l'étranger , & que le Roi en a aidé quelquesunes
de ſon tréſor , & d'autres de ſon crédit.
Ce ſont ces différens achats qui , réunis à ceux
du commerce , ont fait baiſſer le prix des changes
d'une manière ſi ſenſible ,& qui obligent en ce
moment àune fâcheuſe exportation du numéraire.
On peut préſager quels euſſent été nos malheurs
fans les ſecours dûs à la prévoyante ſollicitude
du Roi , puiſque , malgré des ſecours&
des encouragemens dont il n'y a pas d'exemple ,
la ſubſiſtance de la ville de Paris & des provinces
qui l'environnent , eſt un objet journalier de ſollicitude
pour Sa Majeſté .
Le Roi continue à faire les plus grands efforts
pour obtenir dans tous les pays de l'Europe , le
peude ſecours qu'on peut en eſpérer encore ; &
Pon peut dire avec vérité que tous les moyers
imaginables ont été mis en uſage. Autrefois
Paris étoit approviſionné non-feulement par le
territoire de fa généralité , mais encore par le
Soiffonnois , la Picardie , la Champagne & la
Bourgogne ; & depuis p'uſieurs mois , à quelques
fecours près venus du Soiſſonnois , la capitale
s'eſt trouvée dénuée de ſes reſſources ordinaires ;
&ſans les fecours venus de l'étranger pour le
( 91 )
compte de Sa Majefté ,les plus grands ma'heurs
auroient éclaté : cependant le Roi avec ces mêmes
fecours a fait paſſer des grains dans une multitude
de marchés , & juſqu'à vingt & trente lieues
de Paris , comme chacun en a maintenant connoiſſance
; enfin , après l'émeute de Reims , c'eft
de Paris même que font partis des ſecours qu'on
invoquoit comme inſtans. La ville de Caen , après
le pillage arrivé dans cette ville , étoit à la veille
de la famine, fans les promptes expéditions de
grains que le Roi fit ordonner du Havre & de
Rouen , à prendre ſur les bleds que Sa Majefté
avoit fait venir de l'étranger. C'eſt encore de
Paris que font partis quelques convois de farine
pourcalmer les inquiétudes de la ville d'Orléans.
La ville de Lyon a été dans les plus grandes
a'armes à l'époque où le Parlement de Bourgogne
adéfendu l'exportation des grains dans toute l'étendue
de ſon reffort. Le Roi fit partir ſur-lechampquelques
b'eds de Marseille , & encouragea
les Officiers municipaux à faire des efforts extraordinaires
, en leur promettant de diminuer de
ſon tréſor royal la perte de ces opérations. C'eſt
pardes bleds tirés du Palatinat , que le Roi eſt
venu au ſecours de la ville de Nancy. La ville
de Rouen& d'autres le long de la Seine , ont
participé aux ſecours du Roi. La Picardie a été
aidée par Saint-Valery , le Languedoc par des
envois faits à Toulouſe; toute la généralitéd'Auch,
celle de Bordeaux , celle de Montauban ont été
pareillement ſecourues par des bleds étrangers
achetés pour le compte de Sa Majefté. Je ſupprime
l'énumération des lieux m ins conſidérables
qui ont reçu des preuves de la ſurveillance artentive
du Roi. Mais c'eſt Paris , qui , dénué de
fes reſſources ordinaires & renfermant une population
immenfe , a eu le plus de beſoins &
le plus de ſecours. Toutes les farines venues
( 92 )
d'Arg'eterre y ont été destinées;& quoique la
pénurie de ſes environs ait augmenté les demandes
à la halle , tandis que l'introduction dans Paris
par les marchands fariniers a été ſucceſſiveme, t
réduite à cinq ou fix cents facs par jour , cependant
le Roi a pu ſuffire à tout juſqu'à préfent ,
mais avecune inquiétude continuelle , & Sa Majeſté
ne ſera tranquille qu'au moment où la récolte
des ſeigles aura procuré de nouvelles reffources
. Ce feroit fans doute un malheur que
d'être obligé de recourir en partie à cette forte
de grains jufqu'à la moiſſon des fromens ; mais
le Roi a dit que ſi la néceſſité des circonstances
ob geor à fe contenter, pendant quelque temps ,
d'un pain mêlé de feigle & de froment , il n'y
en auroit que d'u e même forte & pour les riches
&pour les pauvres , & que le même ſeroit ſervi
fur ſa table : peut-être nous mettrons-nous à l'abti
de cette néceſſité , & je l'eſpère; mais quand les
hommes ont fait t ut ce qui eſt en leur pouvoir ,
il ne reſte p'us qu'à ſe ſoumettre avec patience
aux leix de la néceſſité & aux décrets de la
Providence ; chaque jour on avance vers un temps
plus heureux , & les alarmes de cette année ſerviront
fans doute à faire ſentir les inconvéniens
d'un ſyſtême permanent de liberté complette pour
l'exportation des grains .
J'aurois déjà propoſé à Sa Majeſté d'ordonner
qu'on ne fît dans Paris qu'un ſeul Pain bis de
pur froment , au moyen de quoi la quantité
néceſſaire pour trente jours d'approviſionnement
auroit ſuffi à quarante ; mais pendant long- temps
ce font des farines d'Angleterre qui ont ſupp éé
aux beſoins de la capitale , & les bleds extraits
en grande partie de Pologne , & emmagaſinés
enfuite en Hollande , ayant fait un grand trajet
de mer , ne font pas aufli bons & auffi frais
que des bleds'nationaux , & je craindrois qu'en
( 93)
les convertiſſant en farines bi'es , les habitans de
Par's n'éprouvaſſent de deux manières une différence
dans le pain auquel ils font accoutumés.
Quant à la circu'ation i térieure , elle a été conftamment
ordonnée & protégée par Sa Majesté ,&
tous les Arrêts du Conſeil rendus depuis quelque
temps ont confirmé cette fage diſpoſition ; mais
le Parlement de Bourgogne , & enſuite à ſon imitation
celui de Franche- Comté & celui de Nancy ,
ont défendu la ſortie des grains de l'étendue de
leur reffort. Les adminiſtrations particulières de
quelques provinces , de pluſieurs villes et de pluſieurs
diſtricts , ont adopté en partie les mêmes
diſpoſitions , & elles ont été foutenues par l'efferveſcence
du Peuple ; en ſorte qu'on a été obligé
d'employer beaucoupde précautions pour défendre
la liberté de la circulation : il a fallu , pour la
fûreté des convois , placer des troupes le long
de la Seine , il a fallu en diſperſfer dans une infinité
de marchés pour la tranquillité des Fermiers
& des autres Marchands de grains ; enfin , il a
fallu être par-tout , tantôt avec des ſupplémens
debleds , tantô: avec des troupes & de la Maréchauffée
, afin de maintenir la tranquillité.
Les accaparemens font la première cauſe à laquelle
la multitude attribue la cherté des grains ,
&en effer on a ſouvent eu lieu de ſe plaindre
de la cupidité dés ſpéculateurs; mais il eſt aiſéde
juger qu'à une époque ſi peu éloignée des nouvelles
moiſſons , à une époque où le_prix de la
denrée eſt exceffif, & où les greniers abondans
ne ſeroient pas en fûreté , il eſt peu croyable
qu'il y ait nulle part des réſerves importantes de
bleds, & le réſultat des recherches faites par
ordre du Roi , s'accorde avec ces vraiſemblances.
Il eſt une multitude de précautions& d'informations
priſes par l'Adminiſtration , dont on n'a
jamais eu connoiſſance , parce que les ménagemens
费
(94 )
néceſſaires pour éloigner les inquiétudes , exigent
à garder le fecret de ſes propres peines ; & le
Roi ne permet la publicité de ce Mémoire , que
parce que chacun eſt inſtruit maintenant de la
fituation des choses .
Lalongueur&larigueur du dernier hiver avoient
déja exigé les ſoins les plus actifs de la part de Sa
Majefté ; il a fallu faire de grandes dépenſes pour
avoir une quantité de farines ſuffiſante pour nourrir
Paris , parce que les moulins à eau , à cauſede
la gelée ,& les moulins à vent, par le défaut de
mouvement dans l'air , étoient la plupart fans activité
; & l'inquiétude a été ſi grande que le Roi
crut de ſa prudence de faire conſtruire des moulins
à bras , leſquels ſeuls auroient pu procurer les
moutures indiſpenſables , ſi la gelée eût duré quelquesjours
de plus.
Je ne dois pas négliger de dire que le Roi a
multiplié ce te année les ſecours d'argent pour
adoucir le fort de la claſſe la plus indigente du
peuple. Enfin , au milieu de la diſette& de la
cherté , le Roi a fait tout ce qui étoit humainement
poffible & tout ce qu'on pouvoit efpérer
d'un Monarque& d'un Père. Le pain , déja fort
cher à Paris , ſeroit conſidérablement monté de
prix , fans les indemnités que le Roi a accordées
aux Boulangers & qu'il continue de leur payer.
Le Roi , de p'us , ſoit à Paris , ſoit dans d'autre
lieux , a fait vendre les bleds quil a tirés de
l'étranger à des prix qui lui occaſionnent une perte
immenfe , & ces ventes ont contribué à modérer
les prétentions des autres vendeurs. Les actes de
labienfaiſance du Roi , dans ces malheureuſes circonſtances
, font innombrables ; mais j'en ai dit
aſſez , je penfe , pour exciter la reconnoiſſance envers
Sa Majeſté : ce ſont les Miniſtres , témoins
de ſes tendres ſollicitudes pour le fort de ſes
Peuples , qui reconnoiſſent le plus ſenſiblement
( 95 )
combien il eſt digne de leur amour , & ce font
eux encore qui le voient avec douleur agité par
des peines de tout genre , tandis qu'aucun Prince,
par la confcience de ſes bonnes intentions , n'eût
eu plus de droits à jour de cette tranquillité d'ame
ſans laquelle il n'eſt point de bonheur.
LETTRE AU RÉDACTEUR.
La Société Royale d'Agriculture me charge ,
Meſſieurs , de vous engager à vouloir bien inférer
dans votre Journal l'avis ſuivant , qui intéreſſe particulièrement
les Cultivateurs .
La rareté des grains ayant eu lieu cette année
dans toutes les Provinces du Royaume , il eſt à
craindre que quelques Cultivateurs n'attendent pas
que les bieds foient fuffisamment mûrs pour les
récolter , ou qu'on ne les emploieavant leur entière
maturité. Dans l'un& l'autre cas , particulièrement
lorſque la ſaiſon eſt froide & humide , les grains
ſe broyent difficilement , ils engrappent les meules
&engraiſſent les blutteaux, ils donnent une farine
qui n'eſt pas de garde , dont la pâte eſt molle ,
d'où il réſulte un pain compact , fade , moins nourriſſant
, & qui peut dans pluſieurs cas produire de
mauvais effets. Pour prévenir ces inconvéniens ,
il ſuffit d'enlever aux grains leur excès d'humidité,
ſoit en les laiſſant quelques jours expoſés au ſoleil ,
ſoit en les paſſant au four après que le pain en a
été retiré. On a ſoin encore d'employer pour faire
le pain , un levain plus abondant , & fur-tout le
fel dans les endroits où la modicité du prix facilite
l'uſage de cette denrée. Ces moyens ſont connus
dans pluſieurs cantons ; mais la Société Royale ,
perfuadée qu'un trop grand nombre de Cultivateurs
, ou les ignorent , ou négligent de les employer,
croit devoir , dans le moment actuel , les
faire connoître aux uns , &en rappeler particulièrement
l'uſage aux autres. BROUSSONET ,
Secrétaireperpétuelde la Société Royaled'Agriculture.
( 96 )
«La nuit du 20 au 21 du mois dernier , il
» éclata dans le bourg de Sénectère , Election de
>> Clermont-Ferrand , Province d'Auvergne , un
> incendie qui , malgré tous les ſecours , au ſuccès
> deſquels un violent ouragan s'oppoſa , réduifit
» en cendres 60 maiſons , avec tout ce qu'elles
» contenoient. Les infortunés habitans ont tout
>> perdu , meubles , hardes , vêtemens , proviſions
>> de toute eſpèce , beſtiaux ; ils n'ont pu rien
>> ſauver abſolument. Unjeune homme a péri dans
» les flammes , pluſieurs autres ont été bleſſés ,
»& le bourg eſt actuellement réduit à 12 habi-
>> tations. Les infortunés qui ont tout perdu , qui
>> font fans habits , ſans aſyles , dépourvus de
>> toure autre ſubſiſtance que celle que leur four-
>> nit la charité ,& des moyens néceſſaires pour
reconſtruire leurs maiſons & travailler leurs
terres , ont des droits à la bienfaifarce & à
» l'humanité ; ils réclament l'une & l'autre. Les
>> perſonnes qui voudront bien leur fournir les
*" ſecours dont ils ont un ſi preſſant beſoin, font
>> priées de les adreſſer aux Curés des Paroiſſes de
" Notre-Dame - du- Pont & de Saint-Pierre , à
> Clermont-Ferrand ;& à Paris , à M. Dosfant ,
* Notaire, rue del'Arbre-fec , ou à M. Charpen-
>> tier, ſon principal Clerc. »
"
ERRATA..
Fautes essentielles à corriger dansle N°. précéd.
P. 39 , au lieu de , lois qui peuvent se passer
de la Sanction du Roi ; lisez , lois qui NE
peuvent se passer de la Sanction du Roi.
P. 51 , au lieu de , l'Assemblée , dont le
plus grand nombre étoient encore absens ,
lisez, dont le plus grand nombre des Membres
étoit encore absens .
LIVRES NOUVEAUX.
RÉFLEXIONS οτι
Sentences & Maximes
morales du Duc de
la Rochefoucault , avec
des Obfervations de M.
l'Abbé Brotuer , in - 8 .
Mérigor , quar des Au
guftins.
Mémoires relatifs à
I'Histoirede France,tome
fo , in 8. Cuchet , rue
Serpente.
Caufes célèbres ; par
M Richer , tomes XXI
& XXII, 2 vol. in- 12 ,
fin de l'Ouvrage ; Nyon
aîné & fils , rue du Jardiner.
Taxe perfonnelle &
unique , in- 8 .
Profeflion de foi Nationale
, in-8 . Moutard,
rue des Mathurins.
L'Art de peindre ; par
M. Renou , in-8 . Didot
jeune , quai des Auguft.
Poéfies diverſes de M.
de la Montaigne , in - 8 .
Knapen fils , pont St.
Michel.
Relarion d'une expédision
à la Baie de Botarique
, in-8 . le même.
Obſervations ſur le
Réglement concernant
les preuves de Nobleffe
Dictionnaire hitori- pour entrer au ſervice ,
que d'une Société de in-8 . le même.
Gens de Lettres , a vol.
in-8. les mêmes .
Hiſtoire de France
avant Clovis , &c.enrichie
de Médailles , 2vol .
in 12. & 1 vol. in-4. les
mêmes.
L'Année Chrétienne ,
ou Précis de la Vie des
Saints ; par M. l'Abbé
Balthafar , in- 12 ; Varin ,
rue du Petit-Pont , n°.
22. Prix , 2 liv. 8 fols
br. & 3 liv. rel.
Manuel du Chrétien , Sermons pour tous
&c. in - 18 . veuve De- les Dimanches & Fêtes
faint , rue du Foin. de l'année par le P.
Bible de Sacy , Non- Richard, 4 vol . in - 12 ;
veau Testaments, in- 8 .
tome VIII; Deſprez , rue
St. Jacques.
Onfroy , rue Saint-Victor.
Réſultat des Etats Gé
néraux , in S. Lami, quai || 2 vol. in 12 ; Prévoſt , rue
des Auguſtins.
La Guirlande de Julie
, offerte à M. de
Rambouillet; par le Marquis
de Montaufier , in-8.
Didot , quai des Aug.
Repos du Souverain ,
voeu de la Nation , in-4.
Impôt général, désiré
par tous les Ordres de
Etat , in- 8. Didot , rue
Dauphine.
de laHarpe.
Bible de Carrières , en
latin & en françois , in-
12 ; tomes VII & VIII ;
le même.
GRAVURES.
TRAIT d'humanité de
Msr . le Duc d'Orléans ;
par M. Patas , porte St.
Jacques.
MUSIQUE.
NOUVEAUX Recueils
Accord de la Monarchie
& de la Liberté ;
Cuffac, au Palais-Royal.pour une clarinette ſep-
Méditations ſur les le ; Bignon , place du
principaux Dogmes &Louvre.
Myſtères de la Religion,
Le prix de l'abonnement eſt de trente livres pour
Paris; trente deux liv. pour la Province. Il faut affranchir
le port de l'argent & de la letre , & joindre à
cettedernière lereçu duDirecteur desPoſtes.On foufcrithôtel
de Thou , rue des Poitevins.On s'adreffera
Qualité de la reconnaissance optique de caractères