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1789, 06-07, n. 23-25, 27, 29-30 (6, 13, 20 juin, 4, 18, 25 juillet)
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MERCURE
DE FRANCE ,
=
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ;
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions &Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles;
les Causes célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 JUIN 1789 .
A PARIS ,
An Bureau du Mercure , Hôtel de Thou
rue des Poitevins , Nº . 18 .
Avec Approbation, & Privilége du Ron
TABLE
Du mois de Mai 1789.
PIECES IECES FUGITIVES .
Traduction.
Vers.
Louis XIV.
Eirennes.
3 Caroline.
Examen .
49
1:0
122-
124
35
Eptire. Hifloire de France.
Eptire,
Conte.
La vraie Grandeur.
100
Pers.
Vers. 139
Réponse.
Les Supers de Vaucluse . 174
67 Siftoire de Sumaira .
145 Variétés. 19, 60, 180, 233 .
SPECTACLES .
179
213
227
194
Histoire de Pauline.
196 Concert Spirituel. 39
Charades, Enigmes & Logog. Comédie Françoise. 6,52, 101 , 148 , 211.
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne.
127
131
Description. Theatre de Mons. 133 , 182 .
Nouvelle. 18
Atreffe.
Annonces & Notices , 44
54
Lettres.
57 94,138, 187, 2350
La eaufe. 104
A Paris , de l'Imprimeric de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni .
Compleets
7-10-31
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 JUIN 178 9.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA BEAUTÉ.
Dans un bois voiſin de Cythère ,
Mon coeur me conduifit un jour
Vers une route ſolitaire
Qui mène au Palais de l'Amour.
En m'égarant dans cette route ,
Un Temple s'offrit à mes yeux ;
C'est ici , diſois-je , ſans doute
Qu'à l'Amour on offre ſes voeux.
Mais mon erreur étoit extrême
C'étoit celui de la Beauté ;
A2
4 MERCUREL'Amour
, adorateur lui-même ,
Ercenſoit la Divinité.
La Beauté , fière de ſes charmes ,
Sur la tendre Hébé s'appuyoit ;
Les Graccs aiguifoient ſes armes ,
La Volupté lui ſourioit.
Devant elle brûloit ſans ceffe
Le feu des amoureux Défirs ;
L'encens , fourni par la Foibleſſe ,
Etoit offert par les Plaiſirs .
Je vis , par le Dicu de Cythère ,
Des Autels avec ſoin dreffés ,
Du bout de ſon aile légère
Preſqu'au même inſtant renverſés.
Les Autels n'étoient que de ſable ,
Détruit par le moindre accident ;
L'Amour feul n'eſt guère capable
De bâtir plus ſolidement.
D'autres Amours , avec adreſſe ,
S'empreffoient à les rétablir;
La Déeſſe de la Jeuneſſe
Les aidoit à les embellir.
O Beauré ! diſois-je en moi-même,
L'Amour même doit t'adorer ;
Etre belle eft le bien ſuprême ,
Qui peut ne le pas défirer ?
DE FRANCE.
Mais quoi ? grands Dieux ! je parle encore,
Et déjà j'apperçois le Temps
Qui d'un air farouche dévore
Le feu , la victime & l'encens.
Tremblante , inquiète , éperdue ,
Je me crus prête de périr ,
Quand du haut du Ciel defcendue ,
La Raifon vint me ſecourir.
Suis-moi , me dit cette Déeſſe ,
Je fus toujours chère à ton coeur ;
Dans le Temple de la Tendreſſe
Je ſcausai faire ton bonheur.
Là từ me trouveras ſuivie
De Plaiſirs ſimples , mais conftans ;
Le plus sûr bonheur de la vie ,
C'eſt d'en bion remplir les inſtans.
Sans vouloir paroître ſavante ,
On peut occuper ſon eſprit;
Mais garde-toi d'être pédante ,
Plus d'une femme s'y méprit.
Raiſon , tu ne m'as point trompée ;
Je regrette peu la beauté ;
Son éclat qui m'avoit frappée ,
M'avoit caché la vérité.
(Par Madame Bl ... )
A3
MERCURE
VERS
Au bas du Portrait de M. DE LA PLACE.
CITOYEN de Calais , j'ai fervi mon pays ;
Les tréſors d'Albion pour lui furent conquis.
Je levai le premier le maſque de Zaïre.
Du cerveau de Cheſpir , comme une autre Pallas ,
Des Démora forrit & reprit ſon Empire :
Voltaire dépouillé ne lui pardonna pas.
(Par M. le Marquis de Ximenès. )
: :
:
REMERCIMENS
DE M. DE LA PLACE.
COOMMMMEE tout change ! & fur-tout à Paris.
Tes Vers jadis étoient vers de Marquis ;
Aujourd'hui , fans rougir d'une illuftre origine ,
Hélas! ils font Bourgeois comme ceux de Racine .
DE FRANCE.
7.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Angleterre ;
celui de l'Enigme eſt Souliers; celui du Logogriphe
eſt Orchestre, où l'on trouve Héro,
Rocher( de Sifyphe ) , Torche, Oreste, Soc,
Cefte.
CHARADE.
AH ! qu'il eſt doux , dans mon premier ,
De pouvoir faire mon dernier ,
Sur le gazon, à mon entier !
( Par M. Prévot de Moka. )
ÉNIGME.
Mon aſpect eſt tantôt contraire & favorable ;
Nouveau Caméléon , ma forme eſt variable .
Avec le même nom , mon ſens eſt différent ;
L'Amant me chante en vers, le goutteux en jurant;
Me rend-on correctif ? je chagrine l'enfance ;
Avec le criminel je monte à la potence ;
Cécile en s'amuſant à faire du filet ,
f
Dans un tour, en peſtant , plus d'une fois m'a fait ;
A 4
8 MERCURE
Je pare le Héros & fon fer homicide ;
Jeparois ſur le ſein de la beauté timide;
Je ſuis fon.... qui l'eût cru ? parfait contentement;
Me prend-elle au moral ? je cauſe ſon tourment.
( Par le même. )
८
LOGOGRIPHE.
RAREMENT je vois la lumière ;
Ma demeure eſt au pays-bas ;
Pour vaquer à certaine affaire ,
Souvent je cauſe un embarras :
Je ſuis d'un mauvais caractère ;
Je brave même, les Savans.
Avec mon nom vous pouvez faire
Celui d'un Roi très-fanguinaire;
Un Prince chez les Muſulmans ;
Unmonftre mort depuis longtemps;
Ce qui joint les deux hémisphères ;
Un grand Poëte ; deux rivières ;
L'une ſe trouve au Canada ,
Et l'autre , Lecteur , cherchez-la.
:
(Par M. Hubert. )
1
DE FRANCE.
9
• NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Idylles de Théocrite , traduction nouvelle;
parM. GIN. A Paris , chez Royez ,
Lib. quai des Augustins. In- 12 de 336 p .
LEgenre Paftoral ades droi's ſur toutes
les ames ſenſibles. Il nous charme en nous
rappelant les plaiſirs de notre enfance , &
ces ſenſations délicieuſes que nous inſpira
le premier afpect de la Nature. Il nous
intéreſſe en nous montrant le bonheur -
peut-être ſous la ſeule forme qui le mette
à notre portée. Des eaux , des forêts , de
la verdure; l'empire de l'homme ſur des
animaux dociles , la fécondité inépuiſable
de la Nature toujours prête à payer ſes travaux
; enfin , un objet chéri qui le captive
fans diſtraction & fans partage : quelles
jouiſſances plus délicieuſes & en même
temps plus faciles ! qui n'en a pas fait
l'objet de fes déſirs ou de ſes regrets ! &
par conféquent qui pourroit n'en pas aimer
la peinture !
Aufli de toutes les Nations qui ont cultivé
les Lettres , il n'en eſt aucune qui ne
ſe ſoit exercée en ce genre. Mais pourquoi
As
10 MERCURE
parmi tant d'eſſais, les ſuccès ſont-ils ſi rares ?
C'eſt que dans tous les Arts il faut un
modèle , & que peu de Nations ont eu
le bonheur d'offrir celui de cette vie fimple
& heureuſe. Les rigueurs du climat , & la
forme de la Société , n'y préſentoient fouvent
que les images les plus oppofées. Comment
pouvoir décrire le bonheur d'un Etat ,
que l'on voit ſous ſes yeux dévoué à l'abjection
, & que la misère a livré à la ſtupidité
! Et l'imagination , dont la fonction
eft de tout embellir, peut-elle ne pas ſe refroidir
au milieu des frimas & de l'indigence?.
Il n'en étoit pas ainſi dans le climat délicieux
de la Sicile & de la Grèce. Un
terrein fertile , la plus heureuſe température
, ne pouvoient manquer d'y inſpirer
le goût des occupations champêtres. Plus
la Nature y étoit prodigue , moins il falloit
d'efforts pour s'aſſurer ſes richeſſes. Le plaifiry
étoit donc le compagnon inſéparable
du travail , & des organes plus délicats &
plus flexibles apprenoient tout à la fois à
le mieux ſentir & à le mieux exprimer.
Cet effet appartient tellement au climat
qu'aujourd'hui même , où l'oppreffion & la
barbarie déſolent ces belles contrées , la
vie paſtorale y eſt toujours en honneur ;
qu'il y exiſte une tradition de Chants compofés
par les Pâtres & les Bergers euxmêmes
, pour en exprimer le charme ,
&-que chaque génération ne manque guère
د
DE FRANCE If
d'ajouter à ce dépôt : mais combien il devoit
être riche , lorſque ces mêmes pays
fleutiſſoient fous l'influence de la liberté ,
des beaux Arts , avec une Religion toute
ſenſible qui animoit toutes les parties de la
Nature , & montroit une Divinité dans
tous les objets de ſon affection ; enfin lorfque
la joie & toutes les autres paffions
avoient pour organe la langue la plus harmonieuſe
qui fût jamais !
:
;
Théocrite ne fit qu'exprimer ces moeurs;
c'étoient celles de la Nature ; elles ne pouvoient
manquer de plaire. Il ſe pique furtout
de les rendre avec fidélité. De là ce
mélange de ſimplicité & de fineſſe , de
rufticité , & de graces , qui peut - être par
leur contraſte devient plus piquant , ou au
moins donne un air plus original à ſes
écrits.
:
Virgile , placé plus loin de ces ſcènes,
ne peignit que ce qu'elles avoient de plus
gracieux , parce que toutes les formes s'adouciſſent
dans l'éloignement. Mais il conſerve
avec ſoin toutes ſes images : c'eſt
ainſi que la plus grande partie de l'Ouvrage
du Poëte Grec ſe trouve tranſportée dans
les Eglogues , & en eſt peut- être le plus
bel ornement. Que pourrions-nous dire de
plus en faveur de Theocrite ? & quel fuffrage
peut balancer celui de Virgile ?
Theocrite , ainſi que pluſieurs Anciens ,
étoit beaucoup loué & peu connu ; car peu
A 6
12 MERCURE
de perſonnes ont le mérite de pouvoir le
lire en ſa propre Langue , & il n'en exifte
qu'une Traduction paſſable , qui n'eſt pas
très - commune. Monfieur Gin , fi connu
par ſa Traduction d'Homère , a voulu
encore nous ouvrir cette nouvelle fource
de la Littérature Grecque , & s'eſt acquis
de nouveaux droits ſur la reconnoiſſance
d'un Public qu'il ſert avec un zèle ſi infatigable.
Cette dernière tâche , quoique moins
longue& moins brillante que la première ,
n'étoit pas moins difficile ; car il eſt plus
aiſé d'atteindre dans notre Langue aux
beautés ſublimes d'Homère , que de rendre
avec vérité & avec intérêt les graces fimples
& naïves de Théocrite , & tous ces
détails champêtres qui dans le Poëte Grec
donnent plus de vie à ſes tableaux, mais que
réprouve ſouvent la délicateſſe exceflive de
notre Langue. M. Gin a cru devoir ſe permettre
de braver quelquefois cette délicateſſe;
il le fait cependant avec réſerve , &
ſouvent avec ſuccès. Il en réſulte que la
copie exprime beaucoup mieux les traits
de l'original , ce qui eſt ſans doute le premier
mérite d'une Traduction. Si , comme
nous l'avons éprouvé , cette extrême fidélité
n'ôte rien au plaifir de la lecture , c'est
en même temps le plus grand éloge du
Traducteur , dont le ſtyle ſe prête ſi aifément
à tous les ſujets , & fuivant que le
-goût le preſcrit , ſait ſe revêrir des couleurs
les plus oppoſées.
1
DE FRANCE. 13
Nous allons mettre le Lecteur à portée
d'en juger lui même, en tranſcrivant ici la
Traduction d'une des Idylles que nous choifirons
parmi les plus courtes, pour ne pas
donner trop d'étendue à cet article..
Les Amis , Idylle XIIe.
,
»Te voilà de retour , enfant chi: après
une abſence de trois jours &
tu es enfin arrivé. Une fedecedattente
imprime fur le for ies de la
vieilleſſe. Autant le printemps eit plus agréa
ble que l'hiver , les pommes que les prunes
lauvages , autant la toiſon des brebis
eſt plus épaiffe que celle des agneaux , autant
une jeune Nymphe eſt préférable à
une veuve de trois époux; aurant les ſauts
légers du chevreau l'emportent ſur la marche
peſante de la génille , & les fons mélodieux
du roflignol , fur le ramage des
autres habitans de l'air , auſſi grande eſt la
joie que je reſſens à ta vue. Je volois à
ta rencontre , aufli empreſſé que le voya--
geur, fatigué de la chaleur du jour, recherche
l'ombre épaille du hêtre.
>>Puiffe la concorde qui règne entre nous
durer éternellement ! Puiffe notre tendre
ami ié être chantée par la poſtérité la plus
reculée ! Ces deux hommes , diront-ils ,
audi unis que deux courfiers foumis au
même joug , furent liés de l'amitié la plus
Tendre. On les nommoit les Amis , des
14 MERCURE
hommes du ſiècle d'or , de ces temps fortunés
où l'amour trouvoit ſa récompenfe
dans les tendres ſoupirs de l'objet aimé.
>>O Jupiter, fils de Saturne, & vous tous
heureux immortels inacceſſibles à la vieilleſſe
! qu'après deux cents générations, une
ombre traverſe les torrens de l'Achéron ,
ce fleuve qu'on paſſe ſans retour , pour
m'apporter cette agréable nouvelle , que le
ſouvenir de notre tendre amitié eſt dans
toutes les bouches , qu'il eſt le ſujet d'en
tretien de tous les jeunes hommes.
>>Ces chofes font au pouvoir des habitans
de la voûte éthérée. Mais en chantant tes
louanges , ô mon ami ! je ne crains point
la peine impoſée aux menteurs ; car ſi tu
m'as bleffé , la réparation a été double de
l'offenſe ; tu m'as comblé outre meſure.
>>> Habitans de Mégare, excellens rameurs,
foyez heureux , pour avoir honoré l'Attique
Dioclès par deſſus tous les Etrangers
qui arrivoient dans votre fertile contrée .
Tous les ans , aux premiers jours du printemps
, les jeunes hommes s'affemblent.
près du monument élevé à la cendre de
Dioclès. Une lutte touchante , de mutuelles
careffes s'engagent entre eux. Celui qui
emporte la victoire , retourne , triomphant,
montrer à ſa mère les couronnes entaflées
fur ſa tête.Heureux celui qui a mérité d'être
conflitné le Juge de tels combats ! Ses voeux
fréquens demandent à Ganymede, à l'ail
DE FRANCE. I
ſerein , de rendre ſes lèvres ſemblables à
la pierre Lydienne dont les Orfévres ſe
ſervent pour diſtinguer le faux clinquant
de l'or le plus pur ".
Cette Idylle, preſque dans le même genre
que quelques-unes de nos Pièces fugitives ,
reſpire pourtant la ſenſibilité & les graces ;
on n'y voit point ce mélange dont j'ai
parlé. Pour le trouver, il faut lire la IVc. ,
la Ve. , & quelques autres , que leur longueur
m'empêche de citer. C'eſt le ſeul
moyen de connoître Théocrite , dont la
manière varic ſuivant les objets qu'il traite.
Dans les uns , on n'apperçoit qu'un goût
ſévère , une délicateſſe qui ne ſe dément
jamais , fur- tout cette ſimplicité élégante
dont les Grecs nous offrent les plus inimitables
modèles . L'eau d'un fleuve eft tou
jours plus pure à ſa ſource.- Quelques
autres compofitions , il eſt vrai , ſemblent
porter l'empreinte d'une certaine rudeffe ,
& offrir même des traits que notre goût
déſapprouve ; mais n'eſt - il pas naturel de
penfer que pluſieurs de ces traits avoient
leur raifon au moins dans la peinture
fidelle des moeurs , & qu'ennoblis par la
beauté de l'expreſſion , ils méritoient véri
tablement le ſuccès qu'ils ont obtenu de
leurs contemporains ?
د
Le Public ne peut favoir que beaucoup
de gré à M. Gin de l'avoir mis plus à portée
de mieux connoître un Auteur que Virgile
16 MERCURE
regardoit comme ſon modèle , & de remonter
ainfi à la ſource des beautés qu'il
a ſi ſouvent admitées dans le Poëte Latin.
Les éloges donnés à ſa Traduction d'Homère
( quoi qu'en aient dit certains Satiriques
anonyines, à qui M. Gin daigne répondredans
fa Préface ) répondent d'avance
du ſuccès de celle de Théocrite. Elle nous a
paru preſque par-tout fidelle & élégante ,
& nous avons regretté de ne pouvoir en
multiplier les citations ; mais ce ſera un
motif de plus pour tous les Amateurs de
l'Antiquité, de recourir à l'Ouvrage même.
( Cet Article est de M. B .... )
DISCOURS fur les progrès de la Bienfaisance;
par M. THOMAS , de Riom.
A Paris , chez Buiſſon , Lib. rue Hautefeuille,
N°. 20. In-8°.
Un Ouvrage ſur la bienfaiſance ſera toujours
accueilli par une Nation qu'on a
trop accuſée de légèreté , qui eſt plus ſenfible
encore , & qui fait prodiguer les ſecours
aux malheureux , avec une forte de
profufion digne d'être remarquée. La brochure
de M. Thomas ſera lue avec intérêr ,
dans ces momens fur-tout , où les déſaſtres
qui pèſent encore fur nos campagnes rava
DE FRANCE. 17
gées, nous ont ſivivement cinus fur le fort
des Cultivateurs réduits à a plus extrême
indigence. On retrouve dans l Ecrit de M.
Thomas cette chaleur , ces tableaux touchans
, ces images confolantes d'un avenir
prêt à couronner les Bienfaiteurs de l'humanité
, & tout ce qui peut inſpirer le
déſir de faire des heureux. Jamais on n'a
été plus fondé à parler du plaiſir qu'on
éprouve en ramenant l'abondance parmi
>>les peuples , en écastant la mendicité ,
» en rendant tous les bras utiles , & on
• ajoutant que ſans la bienfaiſance il n'eſt
>> point de vertus ".
-
Nous allons tranſcrire plus au long M.
Thomas , pour mettre nos Lecteurs à portée
de juger également le plan de l'Ouvrage ,
P'eſprit & l'ame de l'Auteur . De tous
les ouvrages de l'homme , dit-il , page 32,
le bien qu'il fait eſt le ſeul immortel. Les
Sciences peuvent ſe perdre, les Arts changent
, les découvertes s'oublient , les conquêres
paſſent en d'autres mains , &les trophées
du dernier vainqueur étouffent juſqu'au
nom du premier conquérant ; les
monumens s'écroulent , & l'herbe couvre
également & les colonnes faſtueuſes , &
la tombe où repoſe l'inſenſible pouffière
qui les éleva jadis : le bien ſeul reſte debout
; e'eſt l'aſtre lumineux qui préſide à
la gloire des morts. La tradition eſt la confolatrice
des ravages du temps : elle rétro18
MERCURE
grade conftamment la chaîne mobile des
générations , pour préſenter l'homme vertueux
aux reſpects de l'homme qui naîtra .
Le ſouvenir de Titus s'eſt emparé de la
mémoire des humains ; & fi le dernier
des Rois est bon , le dernier jour des ſiècles
le ſurprendra chargé de ce titre honorable.
Que les fières pyramides qui pèſent
encore ſur les rivages du Nil , n'aient pas
même ſauvé de l'oubli les inutiles Monarques
que la mort y recèle , à la bonne
heure ; mais que le nom de Séſoftris vive
à jamais ! Que les flots de l'Océan aient
diſperſé avec mépris les verges de l'infenfé
Xerxès ; qu'importe , tandis que les Loix
de Juſtinien défendent encore la veuve &
Torphelin ? qui pourroit calculer le bien
que le ſeul ſouvenir des Marc Aurèle
des Antonins , a fait au monde ? Combien
de Princes ne ſont ſortis de la liſte commune,
que par la noble émulation de les
égaler ? Combien d'hommes de mérite
fuſſent reſtés dans la foule , combien de
Miniſtres n'cuſſent été que des hommes ordinaires
, ſi l'exemple d'Agrippa n'eût enhardi
les uns & n'eût inftruit les autres ?
Si le nom ſeul d'un grand Homme a tant
d'influence fur le bonheur de la Poſtérité ,
quel accroiffement de félicité ne devroiton
pas attendre pour elle , s'il régnoit entre
ceux que la naiſſance place à la tête
des Peuples , un certain accord , une forte
de confédération tacite , de bienfaiſance
DE FRANCE.
19
qui les fît tendre tous au même but ? -
Tel eſt le genre d'éloquence de M. Thomas;
la critique ſévère pourroit y reprendre
quelques incorrections ; mais à coup
fûr elle ne déprimeroit point ce morceau ,
qui réunit l'enthouſiaſme convenable &
des rapprochemens heureux. Tout le monde
applaudira cette expreſſion , qui caractériſe
fi bien la bienfaiſance. C'est l'aftre lumineux
qui préſide à la gloire des morts. M. Thor
mas ne l'eût point trouvée , s'il n'étoit point
né Orateur, Nos Lecteurs ne feront pas
fâchés d'apprendre que le jeune Auteur ,
dont le nom nous rappelle M. Thomas , le
dernier de nos Orateurs , trop tôt enlevé
à ſes amis , aux Muſes , & aux vertus ,
eſt un neveu de cet Académicien ſi eſtimé,
dont nous pleurons encore la perte.
IDÉE de la Grammaire de la Langue
Françoise. A Paris , chez Cailleau ,
Impr-Libr. rue Galande , Nº . 64. Vol.
in- 16 de 166 pages.
VOICI pour les mères une belle occaſion
de moraliſer leurs filles . L'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de cette Grammaire ,
nous apprend qu'elle est en quelque forte
l'Ouvrage d'une Demoiselle de huit ans.
Nous les avertiſſons de ne pas prendre
20 MERCURE
ceci au piedde la lettre , & même d'être
fatisfaites de l'intelligence & de l'application
de leurs filles de huit ans , fi elles entendent
bien cette Grammaire. Que l'on
en juge par la manière dont l'Auteur explique
ce que l'on doit entendre par fubfzantif
abstrait.
» L'eſprit humain , en ſe perfectionnant ,
" a imaginé de ſubſtantifier , & même de
>> perfonnifier en quelque forte les quali-
" tés , c'est - à - dire , quoique les qualités
n'exiſtent pas hors de leurs ſujets , indépendamment
de leurs ſujets ; que le
>> rouge , par exemple , n'exiſte que dans
> les corps rouges ; la figure dans les êtres
>> figurés ; la vertu , le vice , dans les hom-
> mes vertueux on vicieux , &c. L'eſprit hu-
> main a conſidéré ces qualités phyſiques
» ou morales , comme ayant une exiſtence
propre, comme exiſtant dans la Nature
» à la manière des ſubſtances , indépen-
>> damment d'aucun être à qui elles foient
>> inhérentes & qu'elles modifient. C'eſt
>> ainſi que chaque qualité ſenſible a reçu
» un nom , comme la longueur, l'épaif-
» feur , la dureté, la transparence , la ver-
>> dure , la blancheur , un cercle , un octo-
>> gone , &c. Il en eſt de même des qua
" lités morales qui appartiennent au coeur
95
ou à l'efprit : les vices , les vertus , la
* bonté, la prudence , la ſcience , la saga-
* vité , &c. toutes ces qualités n'exiftent
DE FRANCE. 21
» que dans des êtres phyſiques ou moraux ,
» & cependant on en parle comme ſi elles
avoient une exiſtence qui en fût indé-
>> pendante , & qui leur fût propre .
ود
>>Cette opération de l'eſprit , qui con-
>> ſiſte à ſéparer les qualités de leur ſujet
>> s'appelle abstraction , & les noms qu'il
» donne à ces qualités abſtraites ou ſepa-
>>rées de leur ſujet , ſont des ſubſtantifs
> abstraits .
Il fait concevoir la raiſon des différens
temps des verbes , en difant : Il n'y a
» dans le vraique trois temps , qui font ,
ود le passé, le préfent , & l'avenir. Par
>>conféquent toute action doit appartenir
• à l'un de ces temps , & ces trois temps
» devroient ſuffire à exprimer ceux de
>> toutes les actions. Mais comme il y a
>> des actions qui ont avec d'autres actions
" des rapports de temps qu'on a voulu
→ déterminer avec préciſion dans le difcours
, il a fallu inventer de nouveaux
>>temps que l'on a ajoutés à la diviſion
naturelle & fondamentale ". ود
C'eſt ainſi que l'Auteur rend raiſon de
toutes les notions grammaticales , & que
ſa Grammaire , malgré ſa briéveté , eſt non
ſeulement tine Grammaire Françoiſe , mais
encore un abrégé de Grammaire générale.
Il nous ſemble que cette méthode eſt la
plus propre à faire entendre & à graver
dans l'eſprit les règles de la Grammaire.
22 MERCURE
Tous ceux qui nous ont donné jusqu'à
cette heure des Traités de Grammaire ,
ont eu foin d'appuyer leurs préceptes de
l'autorité de nos meilleurs Ecrivains. L'Auteur
de l'idée de la Grammaire Françoise,
a penſé différemment , & au lieu de textes ,
foit en profe , ſoit en vers , dont les enfans
ne fentent pas toujours bien l'application
, il n'emploie que des exemples familiers
, & tels qu'on les a habituellement
dans la bouche . Cette manière moins brillante,
puiſqu'elle ne fait point étalage d'érudition
, atteint mieux au but , fi elle eft
plus claire & qu'elle ne laiſſe aucun doute
fur le ſens de la règle.
EXPOSITION des objets difcutés dans les
Etats-Généraux de France , depuis l'origins
de la Monarchie ; par M. le Marq.
DE S ...... A Paris , chez Maradan
Libr. rue St-André-des-Arcs. Prix, i l.
16f. & 2 l. 5 f. franc de port .
ر
CETTE Production a été diftinguée parmi
celles que les circonstances ont enfantées.
Des vûes , une connoiflance sûre des monumens
, des principes execllens , tel oft
en abrégé le jugement que nous devons en
porter. Un mérite dont le Public ne tiendra
peut-être pas affez compte à l'Auteur ,
DE FRANCE .
23
aujourd'hui qu'on a beaucoup écrit ſur le
même fonds , ce font les détails qu'on y
trouve fur les formes de convocation ufitées
dans les provinces , & que l'Auteur a
été un des premiers à publier. Nous ajouterons
que quoique cette Brochure généraliſe
ſouvent les diſcuſſions , il n'en eſt
pas moins vrai que le principal but de
l'Auteur eſt d'examiner » quelles ont été
>> en Languedoc , dans les différentes pério
>> des de notre Hiſtoire , les formes de
ود convocation aux Etats Généraux de Fran-
» ce «. J'y joindrai , ajoute-t- il , quelques
réflexions qui naiſſent naturellement du
fouvenir de ces grandes Affemblées. Il entre
enfuite en matière , & rien de plus clair
que la diviſion qu'il a établie pour fixer ſous
ſon vrai point de vue la queſtion des Etats-
Généraux. Deux grandes époques , ditil,
ſe préſentent naturellement : Les Afſemblées
de la Nation ſous la première
& feconde Races; les Etats - Généraux
ſous la troiſième. Cette diviſion de temps
donne déjà une diviſion aſſez naturelle
dans les réſultats & dans les principes :
,, elle établit une différence remarquable
» dans les priviléges d'un Peuple ; elle
» peut ſervir à nous faire apprécier , ſous
leur véritable point de vue , notre anti-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود que conſtitution & nos droits ".-Des
preuves nombreuſes & reſpectables viennent
à l'appui des affertions de l'Auteur ,
&éclairent ſon ſyſtême , qui n'a que deux
baſes, les monumens & la vérité.
24 MERCURE
L'hiſtorique , quoique très -abrégé , des
Etats Généraux , nous paroît ſuffifant , non
pas pour une diſcuſſion approfondie , mais
pour répandre un grand jour fur la chronologie
des Etats , & pour indiquer la ſubſ
tance des matières qui y furent agitées. L'Au
reur caractériſe en peu de mots les Etats
de Tours de 1484. » L'amour de la liberté,
dit il , ſe manifeſta d'une manière bien
ſenſible pendant la durée de cette Afſemblée
; mais elle fut toujours voiſine ور
" de l'obéiſſance «. Il obferve encore en
paffant, que l'Aſſemblée de 1526 , tenue
à Cognac , eſt remarquable par la confirmation
de l'inaliénabilité du Domaine. A
P'occaſion des Etats de la Ligue de 1593 , il
dit: C'est une obſervation qui peut être
>>remarquée , que la première Aſſemblée
→ d'Etats-Généraux, tenue en France fous le
» règne de la 30. Race , ait eu pour objet
> des diſputes fur la Papauté ; & que les
délibérations de nos derniers Etats aient
→ roulé ſur la même matière. Je devrois
ajouter que les réſultats de 1302 furent
>> plus fatisfaiſans que ceux de 1614. Mais
» je ne veux pas calomnier ainſi les pro-
- grès de la raiſon humaine «.
ود
Nous finirons par un voeu bien ſenti &
bien fage de l'Auteur :
-Ce n'eſt pointà concentrer les hommes
que doivent afpirer nos réformes & nos
foins ; c'eſt à les forcer de s'aimer , de
s'entr'aider
DE FRANCE.
25
s'entr'aider & de s'unir ; c'eſt dans les liens
heureux d'une bienveillance générale qu'il
faut chercher les principes confervateurs
d'un grand Etat , comme dans l'accord parfait
de toutes les parties réſide l'harmonie
de l'Univers. Il ſeroit facile de prouver que
les élémens qui peuvent conftituer le bonheur
général , ſont auſſi les mêmes dont
notre bonheur particulier ſe compoſe. Faffe
le Ciel que cette Affemblée ſi défirée produiſe
les effets qui nous ſont promis ; que
des idées, exagérées de prérogatives & de
pouvoirs , ne viennent pas ſe mêler aux
effufions du patriotiſme & du zèle ; & que
ſous le plus bienfaiſant des Rois , ſous les
plus vertueux Miniſtres , il ſoit enfin donné
au Peuple François de retrouver ce bonheur
qui fait dans tous les temps l'objet de
ſes ſouhaits.
:
ANDER KAN , Raja de Brampour &
Padmani ; Histoire Orientale , traduite
de la Langue Malabare ; par Madame
la Comteffe DE CH . M... R... D ...
3 Vol. in - 12 . A Brampour ; & se trouve
à Paris , chez Briand , Libr. rue Pavée-
St-André-des-Arts.
Il y a de l'intérêt dans ce Roman , quoi-
Nº. 23. 6 Juin 1789 . B
1
26
J MERCURE
que les évènemens n'aient pas toujours tour
Je développement néceſſaire.
Ander Kan , fils du Raja de Brampour,
eſt né avec beaucoup de fenfibilité. Tout
jeune encore , il devient éperdûment amoureux
de la Princeſſe Padmani , arrivée à
Brampour. Le Raja , ſon père , ne voulant
pas le marier , eſpère étouffer cet amour
en éloignant l'objet qui l'a fait naître , &
il ſe décide à faire voyager ſon fils. Ander
Kan part en effet avec le Brame Falcour &
le Raj -poute Thamar Kan. Les malheurs
dont il eſt la victime pendant fes courfes ,
les maux qu'il ſouffre dans l'eſclavage , la
manière dont il en eſt délivré par la belle
&tendre Zulmire , qui n'a pas le pouvoir
de le rendre amoureux , mais qui le rend
au moins infidèle un moment; tout cela
occupe le Lecteur , juſqu'au retour du
Prince dans ſa Patrie. Il y retrouve fa
chère Padmani , au moment où , trompée
par le bruit de ſa mort, elle alloit ſe précipiter
dans les flammes du bûcher , à l'inftar
des fidelles veuves du Malibar. Notre
Héros , quoiqu'ayant retrouvé ſa Maîtreffe,
eft obligé de la conquérir ſur un des fils de
l'Empereur. Mais il triomphe de tous les
obstacles, &il possède enfin la bellePadmani.
Parmi les détails qui forment lintrigue
de ce Roman , on remarquera une aventure
éviſodique , propte à amufer le Lecteur
, & que nous regrettons de ne pou
DE FRANCE. 27
voir rapporter , à cauſe de ſon érendue;
c'eſt la manière dont le fils de l'Empereur
Indien réuffit à dépouiller les Faquirs , qui,
fous les livrées de l'indigence , s'étoient enrichis
des tributs d'une ſuperſtitieuſe charité.
:
TABLEAUX d'Arithmétique Linéaire du
Commerce, des Finances & de la Dette
Nationale de l'Angleterre , par M. W.
PLAYFAIR ; ſuivis d'un Effai fur la
meilleure manière de faire les Emprunts
perpétuels , & des Annuités de quinze
années en Angleterre , par le même Auteur
, le tout traduit de l'Anglois , avec
12 Planches . 1 Vol. in - 4°. A Paris ,
chez Barrois l'aîné , Libraire , quai des
Augustins.
2
Dans ce moment où un patriotiſme
univerſel paroît avoir enflammé tous les
coeurs , rien n'eſt plus précieux qu'un Ouvrage
qui , deſtiné à préſenter des principes
incontestables fur une des matières les
plus importantes de l'Adminiſtration , celle
des Finances, éclaire l'eſprit en donnant une
forme & un corps à une choſe qui ſans
cela n'offriroit que des idées ou vagues ou
abitraites .
B 2
28 MERCURE
Tel eſt le but de ces Tableaux du Cammerce.
L'ingénieux Auteur y met ſous les
yeux de ſes Lecteurs , au moyen de douze
Planches très-proprement enluminées dans
le goût des Cartes Géographiques, la balance
exacte du Commerce de la Grande Bretagne
avec la France , & avec toutes les Nations
connues , ainſi que les variations des
Finances , & la formation fucceffive de là
Derre Nationale de l'Angleterre, d'année en
année , depuis 1688 juſqu'en 1786 .
Les relations infinies & referrées depuis
quelques années, par le Traité de Commerce
entre la France & l'Angleterre , rendent
cet Ouvrage aufli intéreſſant pour les
Politiques François , que pour les Commerçans
de cette Nation. Au moyen d'un fimple
coup- d'oeil jeté ſur ces Tableaux d'Arithmétique
Linéaire , les uns & les autres s'inftruiront
, avec la plus grande facilité , du
rapport en argent qui réſulte des différentes
branches de Commerce des deux pays , &
de l'avantage ou du défavantage qui en font
les fuites , & ils y verront par confequent
quel accroiſſement , quelle diminution ont
éprouvé ces différentes branches de Commerce
, & même quel a été le progrès &
Je déclin du Commerce en général
Mais il y a plus : des objets qui intéreſſent
plus particulièrement la Nation Fran
coife dans le moment actuel , ce font deux
qui traitent de la Dette Nationale en gé
DEFRANCE.
29
néral ,& de la meilleure manière de faire
les Emprunts publics. La France , dit M.
Playfair , n'a pas un intérêt moins vif que
l'Angleterre à approfondir cette branche de
la Politique ; on peut même dire qu'elle
en a davantage dans ce moment , puiſque
les affaires de l'Angleterre ſont maintenant
redreffées, tandis que celles de la France touchent
aumoment de l'être. Si la conſtitution
du Gouvernement François , ne reffemble
point , à bien des égads , à celle de la
Grande-Bretagne, elle ne laiſſe pas de jouir
d'un grand avantage ſur celle - ci . Comme
elle a plus d'énergie que celle de l'Angleterre
, les Miniſtres ſuivent un bon plan
quand ils le trouvent établi ; & c'eſt ainfi
qu'ils ont opéré d'après un meilleur fyftême
que les Anglois relativement aux Emprunts
publics. Les plans du Ministère Anglois
n'ont pas été ſi bien conçus , mais ils
ont été exécutés plus heureuſement que ceux
des Miniſtres François . L'avantage qui réſulte
de la bonne exécution d'un mauvais
plan , n'eſt pas fort conſidérable ; & le Lecteur
trouvera ſans doute , en liſant avec attention
cet Effai fur la meilleure manière
de faire les Emprunts publics , qu'actuellement
la France eſt dans une meilleure fr
tuation relativement à ſes dettes , que l'Angleterre
, & qu'il ne manque qu'une feule
choſe au plan des Annuités ou Rentes viagères
qu'on a adopté en France pour le
rendre le plus parfait poffible.
B 3
30 MERCURE
Voilà fans doute un langage bien con
folant , & c'eſt une des obligations qu'on
a à M. Plaifair de relever ainſi le courage
des perſonnes qui , ou par humeur ou par
caractère , ſe font, diſons un plaifir , de
déſeſpérer de la choſe publique ,& de communiquer
leurs craintes à leurs concitoyens:
mais il fait plus que d'encourager par des
phrafes; ſes raiſonnemens, auxquels il paroît
qu'il a voulu donner la préciſion des démonſtrations
exactes , confirmeront la ſolidité
de ſes eſpérances. Ils n'ont rien perdu
de leur clarté en paſſant par la plume du
Traducteur. Il a eu d'ailleurs l'avantage de
travailler ſous les yeux de M. Playfair , &
cet Ouvrage , eft pour le fond& pour l'exécution,
undes plus recommandables de ceux
qui ont paru depuis long-temps ſur les Fi
mances & fur le Commerce .
J
DE FRANCE. 316
VARIÉTÉS.
PENSÉES DIVERSES.
FONTENELLE adéfini le Bonheur , un état tel
qu'on en défire la durée fans aucun changement.
Le bonheur de Fontenelle eſt abſolument chiumérique.
La nature du coeur humain eſt de défirer
fans ceffe; l'homme phyſique & moral ne
ſe conſerve & n'eſt heureux , autant qu'il peut
l'être , que par des changemens continuels. On
eſt heureux quand on a plus de plaiſirs que de
peines , & le bonheur augmente ou diminue ſelon
le rapport des plaiſirs aux peines.
Tout le bonheur de l'homme conſiſte donc à
ſe procurer le plus de plaiſirs , en évitant le plus
de peines qu'il eſt poſſible; mais dans la preffe
des incidens qu'attire de toute past la Société
civile , combien l'art de ſe rendre heureux eft
difficile! Figurez vous un homine au milieu d'une
foule immenfe , il y cherche avec ardeur quelques
amis épars ça & là ; mais des étrangers ,
imporruns ou ennemis ,le coudoient , le preſſent
le repouffent; lui , s'il eſt ſage, ſans trop s'amufer
à ſe battre avec eux , ſe gliffe doucement ,
regarde , examine , cherche ſes arnis , en découvre
un, l'atteint , puis un autre , l'atteint encore,
& fort de la fouie après les avoir embraſfés,
tous un moment. Ces amis font les plaiſirs ; ces :
importuns font les chagrins : il faut être ou bien
petit pour ſe glifler dans cette foule , on bieni
وت
i
B 4
32
MERCURE
vigoureux pour l'écarter. Auffi quiconque veht
être heureux ne doit jamais oublier ce mot d'un
Ancien : Mon fils , fais - toi petit , cache ta vie.
Hélas! qui cependant ne cherche à la montrer ?
Dansun rang élevé, quel homme ſonge à rabaiffer
fon piédeſtal ; & dans le rang le plus bas ,
qui ne travaille à s'en faire un ?
QUICONQUE veut être toujours bien , eſt prefque
toujours mal; & comme le premier pas vers
la ſcience eſt le doute , le premier pas vers la
jouiſſance eſt la patience.
Le vrai moyen de défirer toujours davantage ,
c'eſt de beaucoup acquérir.
DANS fes projets , on calcule avec ſonargent;
& rarement on compte avec ſon caractère.
Leplus ordinaire & le plus incurable des malheurs
eft de ſe croire malheureux.
Le malheur du bonheur , c'eſt la ſatiété ; & le
bonheur du malheur , c'eſt l'eſpérance. Quand
vous placez votre bonheur dans les regards des
autres, ils n'ont qu'à cligner l'oeil & baiſſer la
paupière pour vous rendre malheureux.
4
UNE imagination trop vive, & qui , pour l'ordinaire
, ſe répand en rêveries , eſt peut-être la
plus dangereuſe ennemie du bonheur & de la
vertu. En nous créant ſans cefle un avenir délicieux
& chimérique , elle remplit le paflé de regrets
, & le préſent de dégoûts ; il ſemble que
cette imagination de la même lumière dont elle
anime & colore loin de nous tous ſes fantastiques
objets , ſe plaife à ternir & défigurer tous
les objets rée's dont nous comunes environnés :
DE FRANCE.
33
tout change par ſa magie ; aufli-tôt qu'elle nous
a frappés , nos fens ſemblent avoir oublié leurs
véritables impreffions , & notre raiſon ſes anciens
jugemens. Nous reſſemblons à celui qui a voulu
fixer une lumière trop vive , ſes yeux ne peuvent
plus difcerner la forme & la vraie couleur des
objets à ſa portée.
Livrez-vous ſouvent & long-temps à l'illufion
intariffable & fi enivrante que donne l'idée de
pofféder quelque femme d'une beauté parfaite , &
qui , de plus , ſoit un chef-d'oeuvre d'efprit & de
fentiment. Si vous êtes époux , de quel coeil , en
rentrantdans vos murs domeſtiques , regarderezvous
votre femme , d'une figure , d'un eſprit &
d'un coeur ordinaires ? Si vous aimez l'étude, ne
vous paroîtra -t - elle jamais infipide & languiffante
en comparant l'enchaînement pénible de
vos idées à ces chaînes de fleurs que la douce
chaleur de votre imagination fait fi facilement
éclore?
Les plaiſirs d'une ſimple promenade , d'une
converſation douce , de la vue d'une campagne
riante; les plaiſirs même de la bienfaiſance , &
les récompenfes incertaines ou tardives de la
vertu : que paroîtra tout cela à ces imaginations
ardentes , accoutumées à ſe nourrir de ces plaifurs
ſi vifs , ſi preſens , & toujours renaiſſans dans leur
monde chimérique ?
Qu'une mère exige de ſa fille quelque travail
de ménage dans l'inſtant où les rêves de fon
imagination viennent de la faire régner ſur quel .
que demi - Dicu , c'est-à-dire , ſur un Amant parfait
; fon coeur ne ſe révoltera-t- il pas de dégoût !
A celle qui fort d'un palais , peut- on propoſer
de ſe jeter dans la fange ?
Enfin 'imagination eſt dangereuſe même quand
elle nous exagère la vertu .
B5
MERCURE
On fait affez les malheurs dont Rouffeau n'a
ceſſe de ſe plaindre. Je me ſouviens que m'étonnant
un jour de trouver dans un tel homme des
plaintes dont les expreſſions étoient fi vraies , &
dont les cauſes me ſembloient fi chimériques , je
lus une de ſes fameuſes Lettres à M. de Malsherbas
, & je crus y découvrir la principale clef de
l'opinion de ſes malheurs.
Dans ces Lettres fingulières , où l'on voit un
homme cher au genre humain , ouvrir ſon ame
à un homme cher à notre Nation , Rouſſeau raconte
que le délice de ſes journées étoit de s'égarer
dans ſes promenades parmi les imaginations
qu'il ſe formoit d'un monde vertusux & parfait:
certainement ce monde que Rouſſean fe
faifoit, lui gâtoit fans ceffe le monde où laNature
l'avoit placé; & ſes imaginations fur ce que
les hommes pouvoient être , devoient entretenir
& réchauffer ſon humeur , ſes chagrins & fes
plaintes de ce que les hommes étoient.
N'imaginons rien , & foyons ſeulement ce
que nous fommes accoutumons - nous à nous
confidérer dans l'ordre général , & dans la place
particulière où la Providence nous a mis , parmi
les êtres en qualité d'homme , & parmi les hommes
en qualitéde tel homme. Ne fortons jamais
de ces relations réelles , & diſons-nous ſans ceffe :
Je ne ſuis qu'homme , & je ne ſuis que tel
homme , de telle condition , de telie profeſſion ,
de tel eſprit , de tel caractère , &c. En un mot ,
voulez-vous être heureux , réfléchiſſez quelquefois
; ne rêvez jamais , & travaillez tant que
yous pourrez.
Le Sage & le Fou , le Vertueux & le Vicicux ,
les Socrates & les Alcibiades , tous font également
montés ſur des chevaux fougueux ; mais le
Sage , l'homme vertueux , les Socrates enfin ,
DE FRANCE. 35
1
mettent un frein à leur courſer ; tandis que le
Fou , le Vicieux & les Alcibiades , ne fongent
qu'à mettre des éperons à leurs talons .
Les paſſions font dans la vie des eſpèces de
gites où les voyageurs , comme dans les autres
gîtes, entrent avec empreſſement , & fortent en
quereliant.
Si vous voulez convertir une paſſion , faitesla
prêcher par une paſſion plus forte.
Dans lajeuneffe, le repentit n'eſt ſouvent que
le dégoût ; & plus ſouvent encore dans la vieil-,
Leſſe, le repentir n'eſt que l'impuiflance. Quand le
vice a rendu tout le corps paralytique , on offre
ſon ame à la vertu..
Un homme pervers parlant un jour des hommes
avec mépris , quelqu'un lui dit : Ah ! Monfieur,
fi vous ſaviez combien vous êtes haï, vous
eſtimeriez davantage les hommes !
LE moyen de gagner la plupart des hemmes
n'eſt pas de leur montrer des vertus , mais de partager
leurs défauts.
A
2
L'HOMME foible eſt ſemblable à un enfant que
veur être toujours porté dans les bras de ſa Nourrice.
(ParM.leMare. de C***. d'Avignon.)
!
BG
36 MERCURE
SPECTACLE S.
THEATRE DE MONSIEUR...
T
LEE
Lundi , 25 de ce mois on adonné
fur ce Theatre , la première repréſentation
du Nouveau Don Quichotte , Opéra-Bouffon
, parodié fur la muſique del Signor
Zaccharel .
La Scène ſe paſſe en Eſpagne. Un Vieillard
amoureux de ſa Pupille , l'oblige de
ſe retirer à la campagne , dans une vieille
maiſon délabrée, pour la dérober aux pourſuites
d'un jeune François qui lui faiſoit
la cour à Madrid. Ce Vieillard eft fujet , au
printemps , à une maladie affez ſingulière ;
il ſe croit petit-fils de Don Quichotte , Chevalier
errant comme lui , & perſécuté par
divers Enchanteurs. Il eſt juſtement dans
ſon accès de folie , lorſque le jeune François
, qui ſe doute que ce vieux château
renferme l'objet de ſa tendreſſe , envoie à
la découverte ſon Valet Criſpin. Ce n'eſt
pas fans beaucoup de diſgrace que celui- ci
parvient à s'aſſurer que la belle Claire eft
en effet dans cette maiſon ; mais comme
elle a une jolie Suivante , Criſpin reprend
DE FRANCE.
37
courage ,& s'occupe des moyens de la voir.
Le Vieillard Manquinados l'apperçoit , le
prend pour un Enchanteur , & le pourſuit
la lance àla main. Le Valet parvient à s'ef
quiver,& les Amans profitent de l'abſence
du Tuteur pour ſe parler. Le final du premier
Acte amène un joli tableau , dont
l'effet eſt très - bien rendu par la muſique,
Claire & la Soubrette ſont enfermées dans
le château , & ne peuvent parler à leurs
Amans qu'à travers la grille. Ceux-ci voudroient
quelque choſe de plus ; ils montent
juſqu'à la hauteur du mur , & engagent
leurs Maîtreſſes à en faire autant. Elles par+
viennent ainſi à leur donner la main , qu'ils
baiſent avec tranſport. Ils ſont ſurpris dans
cette douce occupation par Manquinados ,
que le François effraye au moyen d'un dé
guiſement dont il s'eft muni , &qui le fait
paroître ſous la forme d'un Géant formidable.
Au fecond Acte , les Amans font parvenus
à entrer dans la maiſon avec quel
ques amis. Criſpin , ſous l'habit d'un Enchanteur
, propoſe à Manquinados un com
bat contre l'un des Chevaliers qu'il protége.
La belle Claire doit en être le prix. Le
Vieillard accepre. Il eſt d'abord vainqueur
à l'épée ; mais le vaincu demande fa revan
che au fabre & à outrance ; il eſt vainqueur
à fon tour , & Manquinados abandonne
toutes ſes prétentions
3 $ MERCURE
L'impartialité dont nous faiſons profeffion,
même à l'égard de ce Theatre , &
contre laquelle des gens mal intentionnés
voudroient vainement donnerdes foupçons ,
nous oblige de convenir que cette Pièce ,
àla première repréſentation , n'a eu qu'un
ſuccès équivoque. Le premier Acte promertoit
beaucoup , &a fait grand plaifir ; mais
le ſecond a paru long , vide daction , peu
naturel , & bien moins piquant. On a trouvé
le caractère de Manquinados trop indérerminé.
On ne fait pas affez s'il eſt poltron
ou brave. Mais ces défauts ont été corri
gés dans les repréſentations ſuivantes. On
a fait beaucoup de coupures. La Pièce , plus
refferrée, & jouée avec plus de chaleur &
d'enſemble , a beaucoup mieux réufli , 80
enrichira probablement le Répertoire de ce
Théatre. L'Auteur eſt jeune, il écrit agréablement,
& paroît fait pour prétendre aux
plus grands fuccès.
La muſique a paru fort belle , quoique
les morceaux foient peut- être trop longuement
conçus. Pluſieurs produiſent le plus
grand effet , & particulièrement les morceaux
d'enſemble. L'orage qui ouvre la Piè
ce, le final du premier Acte , & un Quartetto
dans le ſecond, ont fur-tout été fort
applaudis. 7
Le lendemain , 26 , on avoit annoncé
la Comédie du Fabulijte. Une Actrice s'éDEFRANCF
.
39
rant trouvée indiſpoſée , cette Pièce a été
remplacée par la première tepréſentation de
l'Amour & l'Intérêt, Comédie en vers.: '
Une jeune veuve , Julie , aime le Che
valier de Beauchêne , dont elle eſt adorée.
Une aventure de bal le lui fait croire in
fidèle. Comme elle eſt riche , & qu'elle ſe
propoſoit de lui donner ſa fortune , fon
frère , homme très-intéreſſé , trouve l'occafion
favorable pour ne pas laiſſer échapper
cet héritage. Il aigrit Peſprit de fa foeur,
&lui perfuade d'épouſer un vieillard. Beauchêne
eſt conſigné à la porte , & n'a pas
même la liberté de ſe juſtifier. La Suivante
de Julie , indignée des vûes fordides du
frère , vient au ſecours de Beauchêne. Elle
lui faciline une explication avec fa Maitreffe;
mais cetAmane, trop fincère, achève
de ruiner fa caufe par la manière dont il
la défend. Cependant la Soubrette ne perd
pas courage. Par fon confeil, Beauchêne
feint de vouloir s'en aller en Allemagne.
Le frère de la veuve , qui voudroit le voir
bien loin , lui prête de fort bonne grace
soo louis , dont il a beſoin. Voici à quoi
ils fervent. Le Vieillard qui prétend à la
main de Julie , eſt fort avare, pour s'en
défaire, le Valet de Beauchêne prend le non
& l'habit d'un Médecin fameux , dont le
Vieillard abeaucoup entendu parler. Il feine
de blamer ſon mariage ; il va plus loin , il
a parié 1000 louis qu'il n'auroit. pas licu.
40 MERCURE
-Vous avez perdu , dit le vieux Dormont.
-Non , reprend le faux Médecin , car je
vous en donne cinq cents pour différer au
moins de fix mois , & en effet il les étale
fur la table. Cette vue décide l'avare , &
il part. Beauchêne revoit Julie ; déjà ébran
lée , loin de ſon frère occupé à preſſer le
contrat, plus perfuadée par les ſermens &
les tranſports de celui qu'elle aime , qu'elle
ne l'avoit été par ſes raiſonnemens, elle pardonne
enfin à Beauchêne , & le frère eſt la
dupe de fes propres artifices.
Certe Pièce , écrite avec grace ,naturel,
du meilleur ton , & conduite avec beau
coup d'art , a eu le plus grand ſuccès. On
ademandé l'Auteur avec enthouſiaſme ; le
fieur Saint Preux eſt venu nonamer M. Far
bre d'Eglantine. Le Public a redemandé la
Pièce pour le lendemain ; & l'Auteur , aps
pelé avec les plus vives inſtances , eft venu
recueillir des applaudiſſemens bien mérités.
Cette charmante Comédie eſt jouée avec
le plus parfait enſemble; elle a fervi à développer
, dans la plupart des Sujets de ce
Théatre , des talens qu'on ne leur avoit pas
encoré foupçonnés. Mme.Lavigne, qui dé
butoitpour lapremière fois , a paru remplie
d'intelligence , de fineffe & de ſenſibilité;
toutes ces qualités ſe ſont montrées aveo
encore plus d'avantage aux repréſentations
fuivantes , & on ne peut que féliciter ce-
Théatre d'une fi précieuſe acquifition.M.
DE FRANCE.
Paillardelle a confiriné la grande idée qu'il
avoit déjà donnée de ſon inérite. Il eſt impotlible
de mettre dans ſon jeu plus de chaleur&
de variété. Madame Péliffier, qui fait
allier à la grande vérité toure la grace & la
fineſſe dont l'emploi de Soubrette eſt ſuſceptible
, a prouvé dans cette Pièce & prouve
chaque jour qu'elle ett faite pour devenir
une Actrice du premier rang. On doit auſſi
-beaucoup d'éloges à fon mari, dans les rôles
de Valets. Il rend fur-tout la ſcène du Mé
decin d'une manière très-piquante. M. St-
Preux, malgré l'odieux du perſonnage dont il
eft chargé, a obtenu les applaudiſſemens que
lui méritent une connoillance approfondie
de la Scène, & une diction excellente. Enfin
M. Chevalier , qui juſque - là n'avoit pas
encore eu un ſeul rôle de quelque importance
, a développé dans celui-ci des talens
capables de justifier ſa haute réputation. Il
paroît maintenant démontré que la Troupe
Françoiſe de ce Theatre n'a plus beſoin
que de bonnes Pièces , & celle- ci ſemble
faite pour lui en procurer.
1
T
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
MEMÉOMIOIRREESS de Frédéric, Baron de Trenck,
traduits par Ini - même ſur l'original Allemand
augmentés d'un tiers ,&revus ſur la Traduction ;
par M. de ***. 3 Vol. in-8°. A Strasbourg , clicz
Jean George Treuttel , Libraire. A Paris , chez
Onfrey, Lib, rue St-Victor.
L'Hiftoire de cet homme , fi extraordinaire &
fi célèbre par ſes malheurs, ne peut qu'intéreſſer
viveinent le Public , qui ſera fans doute curieux
de lire ſa Vie , dépouillée de toutes les crreurs
dont on l'avoit défigurée. Il y a dans la Traduction
que nous annonçons, un Volume entièrement
nouveau
Traduction des Faſles d'Ovide , avec des Notes
&des Recherches de critique , d'Hiſtoire & de
Philofophie , tant ſur les différens objets du fyftême
allégorique de la Religion Romaine , que
fur les dérails de fon culte & les monumens qui
y ont rapport ; avec Figures ; par M. Bayeux ,
Avocat au Parlement de Normandie, de l'Acadé
mic Royale des Sciences , Belles - Lettres & Arts
de Rouen , Correſpondantde celle des Infcriptions&
Belles- Lettres de Paris , Membre du Mufée
de Bordeaux. In-8 °. Tomes III & IV. A Paris
chez M. le Barbier , Peintre , rue Bergère ; M.
Gaucher , Graveur , de l'Académie de Londres
rue Saint-Jacques ; & chez Barrois l'aîné , Libr.
quai des Auguftins.
2
Nous reviendrons fur cet Ouvrage eſtimable &
intéreſſant , dont nous avons annoncé les deux
premiers Volumes avec de juſtes éloges .
DE FRANCE. 41
Inftruction fur les Haras , par un ancien Capiraine
de Cavalerie. Brochure in-8°. de 107 pig.
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Palais-Royal.
Ode à l'Envie. A Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Royez , Lib. quai des Auguſtins, près
Je Pont - Neuf.
Differtation en forme de Préface fur l'Hiftoire
naturelle & médicinate de l'homme. Prix , 2 liv. ,
avec figure color.-Diſſertation en forme de
Préface , fur les Foſfiles. Prix, 6 f. -Differtation
fur la Vigne. Prix, 4 liv . , avec fig. color.
-Differtation en forme de catalogue, des Arbres&
Arbustes qu'on peut cultiver en France,
&qui peuvent réſiſter en pleine terre pendant
Thiver . Prix, r liv . -Differtation en forme
de Préface, fur l'Eau en général , ſes différentes
variétés , ſes propriétés, ſes phénomènes , &
les avantages qu'on peut en tirer journellement
pour la Société civile. Prix, 2 liv.
fertation en forme de Profpectus , fur la liai
fon qui ſe trouve entre les trois Règnes de
la Nature ,&fur l'utilité de l'Histoire Naturelle.
Prix, 3 liv. avec fig. color. Differtation fur
'Hiſtoire Naturelle du Renard, fon caractère
ſes moeurs , fa chaffe, les appâts qu'on emploić
pour l'attirer , & les piéges qu'on lui tead ;
enfin ſur ſes propriétés médicinales. Prix , 4.1,
avec fig. color.-Differtation fur la Douceamère
, & fur ſes propriétés médicinales , principalement
pour les dartres & les maladies de
la peau. Prix , 2 liv . , avec figures coloriées,
-Differtation fur les differentes variétés &fousvariétés
de l'homme , fur la couleur des Ne
gres. Prix , 10 liv. , avec fig. color . A Paris ,
chez l'Auteur , M. Buchoz rue de la Harpe ,
-Dif-
109.
1
44 MERCURE
Hiſtoire de la Rivalité de Carthage &de Rome ,
à laquelle on a joint la Mort de Caton , Tragédie
, nouvellement traduite de l'Anglois de M.
Addiffon ; par A. H. Dampmartin , Capitaine au
Régiment Royal , Cavaleric. A Strasbourg , chez
J. G. Treattel, Libr. ; & à Paris , chez Onfroy ,
Lib. rue Saint-Victor. Il y a des Exemplaires fur
grand papier. Prix , 1-2 liv.
Nous reviendrons ſur cet Ouvrage eſtimable.
Bibliotheque Univerſelle des Romans Ouvrage
périodique , dans lequel on donne l'analyſe rais
fonnée des Romans anciens & modernes , fran
çois ou traduits dans notre Langue , avec des
Anecdotes & des Notices hiſtoriques & critiques
concernant les Auteurs ou leur Ouvrage ainfi
que les moeurs, les uſages du temps , les circonftances
particulières &relatives , & les per +
ſonnages connus , déguisés , ou emblématiqnes.
A Paris , chez J. Fr. Baſtien , Lib. rue des Mathurins
, Nº . 7. 20
Les morceaux contenus dans ce Volume , font
DieStafelnuzschale ,&c.; les Coquilles de noisette,
Anecdote;Mémoires de M. le Marquis de Saint-
Forlax ; le Tableau de Cébès , traduit du grec ; &
les Contes de mon Bifayeul.
Il vient de paroître , depuis , quatre nouveaux
Volumes de cette intéreſſante Collection:
Panegyriques prononcés dans différentes Eglifes
de Paris; avec des Précis hiſtoriques , des Notes ,
&les Lettres Afcétiques de S. Gaétan de Thienne ;
par M. de Barral , Prêtre , Docteur en Droit , &
premier Vicaire de Saint- Merry. 2 Vol. in- 12 . A
Paris chez Defer de Maiſonneuve , Libr. rue dn
Foin-St-Jacques , Hôtel de la Reine Blanche.
M. l'Abbé de Barral s'eſt diſtingué dans la
carrière de l'éloquence facrée ; on verrá avec intérêt
la Collection des différens Panegyriques qu'il
a prononcés.
▼
DE FRANCE. 45
Agenor fur le tombeau de fon fils , Poëme , par
M. P***. Brochure in- 8 °. de 16 pages. A Paris ,
chez Deſenne , Libr. au Palais - Royal ; & chez
Bailly , rue St-Honoré.
Lifvart de Grèce , Roman de Chevalerie , ou
ſuite d'Amadis de Gaule ; par M. de Mayer.s
Volum. in- 12. Prix br. 12 liv. , & 15 liv. rel. A
Amſterdam ; & ſe trouve à Paris , rue & hôtel
Serpente.
Etrennes aux Enfans qui favent bien lire , ou
Contes moraux , traduits de l'Anglois , par M. de
Lannoy , Avocat. Brochure in-16, A Paris, chez
l'Auteur , rue de Sorbonne , vis-à-vis le paſſage
St-Benoît. 1
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vations intéreſſantes ſur les Caſtes Indiennes , fur
la Hollande & fur l'Angleterre. I Vol. in -89 . A
Bruxelles , chez du Jardin , Lib . de la Cour ; &
à Paris, chez Defer de Maiſonneuve , Libr. rue
du Foin-St-Jacques.
Voyage à la Nitrière naturelle , qui se trouve
àMolfetta, dans la Terre de Bari en Pouille;
par M. Zimmerman , Profeſſeur de Mathématique,
de Phyſique & Histoire Naturelle à Branſwick.
Brochure in-8°. de 49 pages. AParis , chez Barrois
l'aîné , Libr. No. 19 , quai des Auguftins.
: La Perspective aérienne , soumise à des Principes
puisés dans la Nature ; or nouveau Traité
de Clair-obfcur & de Chromatique , à l'uſage des
Artiftes ,avec Fig.; par M. de Saint Morien. I
Vol, in-8 . A Paris , chez Didor fils aîné, Libr.
ruc Dauphine , près le Font-Neuf. 1
46 MERCURE
Poëme Epi- tragique fur la mort du Duc Leopold
de Brunswick , traduction du Diſcours de Scythes
àAlexandre. - Le Retour du Printemps , Poёте.
-Paflage des Géorgiques, traduit en vers françois.
Ces divers Ouvrages de M. D**** D***** ,
ſe trouvent à Paris , chez l'Auteur , rue St - Honore,
au coin de celle Jean-Saint-Denis ; & chez
Eſprit, Libr. an Palais-Royal.
٢٠
Traité fur l'Art de la Danse , dédié à M. Gardel
l'aîné , Maître des Ballets de l'Académie Royale
de Muſique. 22. édition , augmentée d'une grande
quantité de Pas tant anciens que modernes , avec
leur explication à chacun ; par M. Malpied , Mc.
de Danſe. Prix , 9 liv. APatis , chez M. Bouin
Md. de Mufique & de Cordes d'inſtrumens , rue
Saint-Honoré, près Saint-Roch , au Gagne-Petit ,
N°. 504. 11
,
Eloge funèbre de Vénérable , difcrète & fcientifique
perfonne Meffire Jean - Joſeph Faydit de
Terſſac , Curé de la Paroiſſe de Saint-Sulpice de
Paris ; par M. l'Abbé de Vigneras , Licencié en
Théologie de la Faculté de Paris , à la Communauté
de Saint- Sulpice. A Paris , chez Crapart ,
Libr. rue d'Enfer ; près la place St-Michel. Brochure
in-4°. de 46 pages. Prix , 36 f. franche
de port.
Emplátre ou Mouche à guérir les Vapeurs des
Dames & des Demoiselles , ainſi que des hommes.
Prix , 6 liv. A Paris , chez la veuve Pitara , ruc
Quincampoix , Nº. 13 .
Le Sicur Pitara , au moyen d'un Emplâtre ou
Moucke de la largeur d'un petit écu , qui s'applique
ſur le nombril , a trouvé le fecret de guérir
les perſonnes qui , par un certain dérange
DEFRANCE.
47
mens, se trouvent ſujettes à des Vapeurs infupportables.
Ce Remède , éprouvé & connu depuis
nombre d'années , eſt encore utile aux Dancs
enceintes qui n'ont jamais pu porter a terme,
Pour éviter les Contrefaçons , il faut s'adreff.r
directement à la veuve Pitara , qui donnera la
manière de ſe ſervir de ce Topique.
La Dame JosSE , Marchande de Rouge de
la Cour, rue Coquillière , vis-à-vis le Roulage ,
eſt parvenue à rendre le Rouge végéral qu'elle
compoſe, aufli beau & auſſi agréable à l'oeil que
les couleurs naturelles.
Au moyen d'un corps gras aromatiſé , ce
Rouge, quoique plus fin, n'est pas ſujet à tomber
comme les autres ; il a de plus l'avantage
de nourrir & conferver la peau , ainſi qu'il eft
conftaté par l'Approbation de la Sociéte Royate
de Médecine.
La Dame Joffe prévient les Dames , qu'elle
fabrique du même Rouge ſans odeur , dans lequel
elle a incorporé de l'eſſence de Serkis qu'elle
tire directement de Conſtantinopie , où cette fleur
eſt recherchée par les Sultanes , qui en connoiffant
toutes les vertus pour entretenir la fraîcheur
du teint & empêcher les rides , en font continuellement
uſage, ainſi qu'il en eſt fait mention
dans différens Voyageurs & dans quelques Journaux.
La Dame Joffe a auſſi trouvé le ſecret de renplir
les boîtes d'or d'écailles , & fur le champ ,
fans les endommager , & meine en préſence das
Dames , fi elles le jugent à propos.
Le prix du Rouge de Serkis eft de 12 , 18 &
30 liv. le pot; l'autre fe vend , comme à l'ordinaire
, 6,9 , 12 & 24 liv. le pot.
S MERCURE DE FRANCE.
Spectacle hiftorique , gravé par F. Godefroy ,
de l'Académie Impériale & Royale de Vienne ,
&c. avec des Notes explicatives , par M. Léveſque
, de l'Académie des Inſcriptions & Belles-
Lettres de Paris. In-folio. Prix , 12 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , près le Théatre François , rue des
Francs-Bourgeois , vis-à-vis la rue de Vaugirard ,
N°. 127 .
Cet Ouvrage eſt d'une fort bonne idée & d'une
excellente exécution. Il eſt propre à graver le
tableau de l'Hiſtoire dans la mémoire de ceux qui
l'ignorent , & de la rappeler avec plus d'ordre à
ceux qui s'en font occupés. Les Notes , qui ſont
fort bien faites , y ajoutent un nouveau prix .
Cette ſeconde Livraiſon mérite les mêmes éloges
que la précédente.
LA Beauté.
TABLE.
3 Exposition . 22
Vers. 6 Ander- can . 25
Charade Enig. Logog. 7 Tableaux. 27
Des Idylles. 9 Variétés. 31
Difcours. 16 Theatre de MONSIEUR. 36
Idée de la Grammaire. 19: Annonces & Notices, 42
J'AI lu
APPROBATΙΟΝ.
par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 6
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en
cmpêcher l'impreſſion. AParis , les Juin 1789.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
1
POLOGNE.
De Varsovie , le 4 mai 1789.
Le projet de la perception des deux
-vingtièmes a particulièrement occupé la
Chambre des Nonces pendant le courant
de la semaine dernière, et laGrande
Pologne a tenu plusieurs Assemblées
Provinciales , où l'on s'est utilement occupé
de quelques instructions normales ,
qui doivent ôter à la Commission future
toute espèce de pouvoir arbitraire dans
-l'évaluation du revenu des biens-fonds :
quelques-autres objets ont partagé l'attention
des Etats. Dans la Séance de
Jundi passé , M. Garnysz , Vice- Chancefier
de la Couronne , a annoncé que
la Députation avoit expédié des lettres
de rappel à M. Corticelli , ci- devant
Ministre de la République à la Cour de
Vienne. Dans la Séance du jeudi , l'on.
Nº. 23. 6 Juin 1789. a
( 2)
assigna 100,000 florins pour le premier
achat de munitions de guerre , et l'on
établit l'égalité de la paie entre l'armée
de la Couronne et celle de Lithuanie.
Ces arrêtés , pleins de sagesse et d'accord
, ont cependant moins fixé les regards
publics , que les nouvelles effrayantes
qui viennent de Lithuanie et de Wolhynie.
Dans la dernière de ces provinces,
on a pris un Cosak du Don (Sujet de
la Russie ) qui , dit- on , avoue avoir distribué
de l'argent aux Popes , pour faire
révolter les Paysans. D'un autre côté ,
le Grand-Maître d'Artillerie , Potocki ,
qui commandoit dans cette province , a
envoyé sa démission .
Samedi matin , la Députation s'est assemblée
extraordinairement , à l'occasion
du Courrier renvoyé par M. le
Prince Czartoryski , avec la réponse du
Cabinet de Berlin à la communication
de la dernière Note Russe. Cette réponse
, très-favorable à tous égards , va
quvrir une négociation ultimative au
sujet de l'évacuation du territoire de la
République. En attendant que nous puissions
en dire davantage sur cet article ,
nous allons donner la traduction de l'universal
publié par les Etats au sujet des
révoltes.
UNIVERSAL.
MALAGROWSKI , grand Référendaire de la Couronne;
SAPIEHA , Grand-Maître d'Artillerie de
Lithuanie , Maréchaux de la Dière& de la Cor
5 :
( 3 )
fédération générale de Pologne &de Lithuanie.
Savoir faiſons . La tranquillité intérieure de
l'Etat devant faire l'objet principal de chaque
Gouvernement , la prévoyance de S. M. Polonoiſe
&des Etats confédérés du Royaume , n'a pu
enviſager avec indifférence le comportement des
Prêtes fchifmatiques , qui , de l'étranger , ſe ſont
clandeſtinement introduits en Pologne , comme
auſſi celui des vivandiers , voituriers , valets de
bagages , philipponi , qui , ſous différens prétexter ,
ſeſontgliffésdans le Royaume ,& qui tous enſemble
ont entrepris d'exciter les payſans Polonois
de la religion ſchiſmatique , à ſe révolter
contre la Nobleffe catholique en Pologne , fair
prouvé inconteftab'e , tant par les rapports
militaires , que par les Enquêtes & par les perquifitionsdesTribunaux
provinciaux du Royaume.
S. M. Polenoiſe & les Etats confédérés du
Royaume , défirant de tranquillifer l'alarme &
la frayeur générale que ces entrepriſes ont répandues
ſurtous les Citoyens , & d'appaiſer lei
inquiétudes de chacun pour ſa propriété , ſes
biens& ſa vie , ont ordonné de publier l'Univerſal
ſuivant :
Nous ordonnons que les Ruſſes qui y font le
métier de Marchand , prennent un témoignage
duTribunal le plus proche , qui atteſte qu'ils trafiquent
véritablement ; mais que tous les autresqui,
ſous lenomdeVivandiers, Voituriers, Colporteurs,
Valets de bagages , comme auffi tous les Moines
&Prêtres fchifmatiques, qui du dehors, comme les
Vivandiers, ſe fout gliffés en Pologne , & qui ont
été convaincus , par les rapports officiels & judiciaires
, d'avoirallumé la révolte des payſans ſchifmatiques
, retournent , 15 enjours de la date de cet
Univerſal , dans le pays d'où ils font venus : Voulantque
ceuxqui agiroient contre cette Ordonnance,
ſoient immédiatement arrêtéspar les détachemens
aij
(4)
militaires , ou par les jurisdictions provincia'es , conduits
dans les forterelles , & punis exemplairement.
Et comme tous avons été informés que les Prêtres
ſchifmatiques qui font établis & demeurent
en Pologne , n'ont pas encore , juſqu'ici , prêté ſermentdefidéliténi
au Roi , ni à la République de
Pologne , & qu'ils oſent au contraire invoquer &
prierDieu dans leurs prières publiques , pour une
Puiſſance étrangère,démarche qui,en même- temps
qu'elle détourne lepeuple ſchiſmatique demeurant
en Pologne , de la foi , ſoumiſſion & obéiffance
qu'il doit à la République , préjudicie auffi à l'autorité&
à la Souveraineté de la République. Nous
ordonnonsque tout le Clergé ſchifmatique , demeurant
& étant établi en Pologne , & ceux qui
aſpirent à des bénéfices , ayent , ſous 15 jours de la
date de la préſente , à prêter devant les Tribunaux
provinciaux , ferment de fidélité au Roi& à la République
,de neplus faire mention dorénavant dans
leurs prières publiques , d'une Puiſſance étrangère ,
mais prier Dieu pour le Roi & la République de
Pologne, leurs Souverains naturels ; ordonnons que
quiconque ofera contrevenir à la préſente injonction,
ſera immédiatement privé de fon bénéfice ,
&obligéde fortir fur-le-champ de la Pologne.
Mais pour que cet Univerſal parvienne incefſamment
à la connoiſſance des Commandans des
Troupes , des Juges dans les terres & diſtricts
de la Nobleſſe Polonoiſe , & également auſſi à la
connoiſſance du Clergé ſchiſmatique , des Vivardiers,
Voituriers , Valets de bagages , Colporteurs
Ruffes, & autre eſpèce de cette gente qui s'eſt
gliffée en Pologne, le préſent Univerſal a été ſigné
parnous les Maréchaux de la Diète , ſcellé, & a
été par nous ordoaré de l'envoyer fans délai à
toutes lesMagiftratures& Tribunaux des Provinces
duRoyaume; voulant que le Clergé , & fur-tout
celui de la religion ſchiſmatique , le publie en
( 5 )
chaire,&qu'il foit répandu dans tous les endroits ,
villes , bourgs & villages frués dans le Royaume.
Varfovie , le 18 avril 1789 .
MALACHOWSKI , grand Référendaire , Maréchal
de la Confédération de Pologne,
SAPIEHA , grand Maître d'Artillerie , Maréchal
de la Confédération de Lithuanie.
Les troupes nationales qu'on a fait
passer successivement dans les provinces
méridionales sur les frontières
Russes , montent à 12,000 hommes .
Le 27 avril dernier , le Marquis de
Luchesini et M. de Bucholz eurent
une audience du Roi , dans laquelle le
premier remit à Sa Maj. ses lettres de
créance , en qualité d'Envoyé extraordinaire
et Ministre Plénipotentiaire de
la Cour de Berlin auprès du Roi et de
la République de Pologne ; et l'autre ,
ses lettres de rappel. Sa Maj . fit présent
à M. de Buchols d'une tabatière d'or
richement garnie de diamans.
Du 10 mai. La gravité des complots
formés au sein de la République contre
sa tranquillité; complots dont les Grecs
Schismatiques sont les instrumens , comme
ils le furent pendant nos derniers
troubles , absorbent maintenant l'inquiétude
publique et la vigilance de la Diète .
L'on apprit , il y a quatre jours , que
l'Evêque Schismatique de Sluck avoit
été arrêté comme le principal Moteur
des mouvemens séditieux de la Lithuanie.
L'Officier chargé de cette commisa
iij
(6)
sion , trouva le Prélat avec une douzaine
de pistolets sur sa table , et le fit conduire,
sous bonne escorte , à la forteresse
de Nieswitz , appartenant au Prince
Charles Radzziwill. Cet Evêque sera
conduit incessamment dans cette capitale.
Le 6 , l'on amena de Wolhynie deux
Popes accusés , dont les dépositionsjetteront
de grandes lumières sur la question
qui agite en ce moment tous les esprits ;
savoir , si la fermentation fanatique
des Paysans Grecs désunis , a ou non
quelque première cause étrangère. En
attendant que les Etats s'occupent de cet
objet , ils ont continué le travail de l'impôt.
Dans la Séance du lundi 4, M. Severin
Potocki, Nonce de Braclaw, fit un
discours , où il appuya principalement
sur la maxime qu'un impôt assis sur le
superflu des riches , estdoublement avantageux
à l'Etat ; premièrement , en ce
qu'il emploie ce superflu aux besoins de
l'Etat ; secondement , en ce qu'il l'empêche
d'être employé au luxe ruineux
des importations étrangères , ou en d'autres
termes , qu'il fait rester dans le pays
beaucoup d'argent qui en sortiroit.
Le même Nonce de Braclaw développa enſuite
avec beaucoup de netteté , des idées ſur les encouragemens
que l'Etat devoit aux manufactures ;
encouragemens qui pouvoient être quelquefois
nuiſibles , lorſqu'un zèle immodéré pour l'induftrie
manufacturière,portoit à gêrer l'induſtrie agri
( 7 )
co'e par des impôts ſur la fortie des matières premières
; mais l'Orateur ajouta , que rien ne feroit
plus nuiſible que d'impoſer les manufactures de
manière à ce que les Percepteurs puſſent s'ingérer
dans leur induſtrie , & attenter à la liberté qui en
eſt l'ame , & qu'ainſi il demandoit que les manufactures
, qui employoient des corvées pour
leur main-d'oeuvre , fuſſent impoſées en raiſon
des corvées ,&que les autres manufactures fuſſent
abfolument libres d'impôr. Cette Motion du Nonce
de Braclaw donna lieu à un Turnum , où elle paſſa
àune pluralité décidée.
Les préliminaires de l'importante négociation
où la République est entrée
au sujet de l'évacuation des troupes
Russes., et pour laquelle la Diète a demandé
les bons offices de la Cour de
Berlin , ont déja occupé deux Séances à
huis-clos. Dans la première , la Députa
tion des affaires étrangères a fait connoître
aux Etats toute sa correspondance
avec M. le Prince Czartorisky ,
Ministre de la République à Berlin . Dans
la seconde Séance , on a autorisé la Députation
à entrer en conférence avec
M. le Marquis de Luchesini et M.
Hailes, Ministres de deux Cours , dont
tout annonce l'étroite liaison .
La fête de St. Stanislas a occafionné quelque
repos dans le travail pénible & journalier de la
Dière. Cette fêre eſt celle de Sa Maj . , qui a été
complimentée par les Etats. Cette fête eſt auſſi
celle de M. Malachowski , Maréchal de la Dière ,
&lui a valu une forte d'Ovation civique , dont
notre histoire fournit très-peu d'exemples : tous
les Nonces s'étant raſſemblés chez M. le Prince
:
a iv
(8 )
Sapieha , Maréchal de la Confédération de Lithuanie
, ſe rendirent en corps chez M. Malachowski
pour le complimenter , & l'accompagnèrent
enſuitejuſqu'à la Chambre des Etats . Cet
horneur n'eſt pas le ſeul que l'on compte luidécerner
, & l'on vient de remplir une ſouscription
pour lui donner une fête dans le palais de laRépublique.
Son nom feul n'a pas peu contribué à
la révolution actuelle ; l'idée de le voir préſider la
Diète ayant encouragé nombre de Citoyens
bien penſans à ſe mettre ſur les rangs , &ranimé
dans leur coeur l'eſpoir d'une reſtauration ,
flétrie par une longue ſérie de Diètes infignifiantes
on défaſtreuſes.
,
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 20 mai,
Le 6 de ce mois , le Comte de Lowenhielm,
Envoyé extraordinaire de Suède ,
fit part au Sénat de cette ville de sa nomination
d'Envoyé et de Ministre plénipotentiaire
auprès des Etats-généraux
des Provinces- Unies , et partit , le 10 ,
pour sa destination . M. Hielmer, Secrétaire
de légation , reste ici en qualité de
Chargé d'affaires .
Le premier effet du changement de
systême auquel le Danemarck a adhéré
, est la prorogation préliminaire ,
jusqu'au 24 juin , de l'Armistice entre
cette Puissance et la Suède. D'ailleurs ,
cette suspension d'armes paroît devoir
s'étendre au 15 novembre prochain
, c'est- à-dire , jusqu'à la fin de la
campagne. Cependant la Cour de Da
( ១ )
nemarck prend les précautions nécessaires
à sa tranquillité. On formera un
camp de quelques mille hommes dans
le Holstein , et l'escadre préparée tiendra
la mer ; du moins le Vice - Amiral
Schindel, qui doit la commander , hissa ,
le 9 , son pavillon sur le Prægtige(le
Magnifique ).-Le Capitaine Anglois ,
SirRobert Curtis, qui fit connoître d'une
manière si brillante sa bravoure et son
humanité au dernier siége de Gibraltar ,
a passé quelques jours à Copenhague ,
d'où il s'est rendu en Suède.
Les lettres les plus récentes de ce dernier
royaume indiquent que, le 7, le Roi
n'avoit pas encore quitté Stockholm .
Le 9 , ce Monarque tint un Chapitre
de ses ordres , et a nommé Commandeurs
de l'Etoile Polaire , les Evêques
Gadolin d'Abo, Hesselgreen d'Hesnosand
, et Wingaard de Gothembourg ,
ainsi que le Prévôt Nordin de Skellestea.-
Sa Maj , a élevé au rangde Comte ,
le Président Baron de Munk, et à celui
de Baron , le Lieutenant de Police M.
deLilien-Sparre; Elle a conféré la Capitainerie
de Calmar au Colonel de Lilichorn,
et au Baron de Raab , celle
de Blekinge,
L'armée fur les frontières de la Finlande , dès le
24 avril, commençoità fe mettre en mouvement.
Les régimens Finnois rejoignoient fucceflivement.
Le quartier-général étoit à Louiſa. Pendant
Thiver , on avoit réparti l'armée en trois Corps ,
( 10 )
dont le principal réſidoit à Louifa & aux environs ,
fous les ordres du Général Comre de Meyerfeld
& du Major-Géréral Baron de Kaulbay ; il s'étendoit
juſqu'à Borgo ; le fecond Corps , fous les
ordres du Général Baron de Siegroth , aux environs
de Sexiarfwi ; & le troiſième , ſous les ordres
du Général de Platen, aux environs de Peipola.
La Brigade Finnoiſe de Sawolax a actuellement
pour ChefleColonel Curt de Stedingk : e'le eſt aux
environs de Saint-Michel & de Randafalmi , &
couvreles frontières vers Nyslott&Willmanftrand.
Du côté des Russes, le Comte de MuschinPusckin,
suivi, quelquesjours après,
du Général Michelson, partit le 27 avril
de Pétersbourg pour la Finlande ; les
Cuirassiers de Jambourg étoient , à la
même date , en marche vers cette province.
Ainsi on peut conjecturer que la
campagne s'ouvrira dans le courant de
mai.
L'Impératrice de Russie a répandu
une profusion de graces sur les principaux
Officierset sur les troupes qui ont
servi à la prise d'Oczakof.
Le Maréchal Prince Potemkin a reçu un bâton
de commandement, enrichi de brillans , & entouré
de feuilles d'or en laurier , une grand médaille ,
100,0 : 0 roules en argent comptant ; le Prince
Repnin, une épée d'or garnie de brillans ;le Général
de Suva of, une aigrette montée enbrillans ;
leGénéral Nafchtſchokin , 700 Payſans; leGénéral
Paul Potemkin , une épée d'or ; le Général de
Heiking, une terre domaniale dans la Livonie ;
LePrince Sergey Galitzin, les Généraux de Buch.
holz, de Fecmers & de Meknob , chacun une épée
d'or ; le Baron de Pahlen 500 Payfans ; les Colo(
II )
A
nels Rſchewsky, Poſnakof, Kifclef , Fischer, Dejef,
Marcof& Jufchkof, chacun une épée d'or ; le..
GénéralMeyendorf, le Colonel Miller, &le Major
Hering, chacun une terre en Livonie. Tous les
Bas - Officiers & Soldats recevront chacun une;
médaille d'argent. :
Le 25 avril , cette Souveraine fit aussi
une promotion dans l'armée .
P.S. Nous apprenonsà l'instant que le
camp Danois , projeté dans le Holstein,
est contremandé.
De Berlin , le 21 mai.
La note remise , le 5 avril , aux Etats
de Pologne par l'Ambassadeur de Russie
à Varsovie ( note que nous avons rapportée)
, a été communiquée à notre
Gouvernement par le Prince Czartoriski
, Envoyé extraordinaire de la République
, et accompagnée du mémoireque
voici :
«
a
Le Souſſigné , en vertu des ordres qu'il vient
de recevoir , a l'honneur de préſenter cette Note
à L. Exc. Meffieurs les Comtes de Finkentein &
de Hertzberg. Les Séréniffimes Etats de la République
étant encore dans l'attente d'une Réponſe
de la part de la Cour Impériale de Ruffie , à
leur demande en date du 10 mars, relativement
à l'évacuation destroupes Rufies du territoire Polónois
, viennent de recevoir une nouvelle Note
de M. le Comte de Stackelberg , Ambaſfadeur de
cette Cour près des Séréniſſimes Etats , dont le
contenu paroît de nature à décliner l'objet des repréſentations
contenues dans ladice Note des Etats ,
du 10 mars , en annonçant les déſirs d'une per
a v
(12)
miffion pour l'entrée & le paſſage indéfini de
nouvelles troupes de cette Puiffarce. »
<<Cette Note arrivant dans un moment où
des rapports non breux , venus preſqu'a-la-foisde
pluſieurs endroits de la Pologne&de la Lithuanie,
conſtatent le développement fucceffif& ſyſtématique
d'un germe de fédition parmi les Payſans
du rit Grec-Uni & Non-Uni , dont les rapports
antérieursen avoient foulement annoncé l'exiſtence;
dans unmoment où ces mêmes rapports démontrent
également , d'après les interrogatoires & les
dépoſitions de pluſieurs féditieux arrêtés (dont
quelques uns ont mêmedéja ſubi le ſupplice dû à la
révolte ), que les premières diſpoſitions à cette
émeute ont été inſpirées & fomentées , tant par
des Moines Rufſſes du rit Grec Non- Uni , rendus
ſous différens prétextes en Pologne , que par des
Zwofczyks , des Vivandiers , des Marquetans &
autres Sujets de certe Nation , répandus en plus
grand nombre que jamais dans le pays , (cette
note) n'a pu que produire une impreffion facheuſe
ſur l'aſſemblée de la Nation , & ajouter aux
motifs de fon éloignement pour tolérer le ſéjour
ultérieur des troupes Ruſſes en Pologne. »
«Cet état des choſes , fur lequel le Souffigné
eſt à même de fournir à l'illuſtre Miniſtère de Sa.
M. P. les éclairciſſemens les plus détaillés& les plus
authentiques , re ſauroit plus faire envifager à la
Nation l'entrée quelconque des troupes mentionnées
comme un paſſage innocent , mais p'utôt
comme dangereux , vu qu'outre les inconvéniens
déja éprouvés, réſultans de ce paſſage , il eſt à
craindre que l'apparition de nouveaux détachemens
Ruffes en Pologne , ne paroiſſe dans l'eſprit
du Peupe, également ſuſceptible de féduction que
d'illuson, commeune annonce d'un projet décidé
pour protéger une révolte qu'il voit journellemeat
fomenter par des Sujets de cette Nation. >>
(13)
« Au milieu de ce concoursde circonſtances ,
qui exigent l'attention la plus ſérieuſe de la Nation
, les Etats de la République ne fauroient
donner une preuve moins équivoque de leur
confiancedans les ſentimens amicals & généreux
de S. M. P. à l'égard de la Pologne , qu'en s'empreſſant
de faire paſſer ſous ſes yeux le vrai
tableau de cette poſition>>
« Le Souſſigné , en s'acquittant de cette Commiffion
, ainſi que de celle de communiquer à
l'illuftre Ministère la Note de l'Ambaſſadeur de
Ruſſie , qu'il a l'honneur de joindre ici , doit en
même temps témoigner , en conféquence des
ordres reçus , que lesEtats , en faiſant paffer à la
connoiffance de S. M. P. tout ce qui eſt annoncé
ci-deſſus , ne peuvent qu'être intéreſſés à s'affurer
de la manière dont S. M. enviſagera cette
poſition des choses; ne doutant pas que le point
de vue ſous lequel e'le l'apercevra , ne lui ſoit
indiqué par l'intérêt généreux qu'elle prend conftamment
à la sûreté , à l'indépendance& à l'intégrité
de la Pologne. »
Berlin , ce 27 avril 1789 .
JOSEPH , Prince CZARTORISKI.
Les Ministres d'Etat ont répondu en
ces termes à la Note qu'on vient de
lire :
«Nous n'avons pas manqué de mettre ſous
les yeux du Roi , la Note que M. le. Prince
Czartoriski , Envoyé Extraordinaire & Miniſtre
Plénipotentiaire de S. M.le Roi &de la Sérénif
fime République de Pologie, nous a remiſe en
date du 27 avril , pour communiquer à S. M.
les follicitudes dans lesquelles les Etats de la
Séréniffime République ſetrouvent de nouveau. »
« Le Roj prenant toujours un intérêt trèsparticulier
au fort d'uneRépublique amie , alliée
4
(14)
&voiſine de ſes Etats , a vu avec peine par
cette Note, que les Etats de ladite Séréniſſime
République n'étant pas fatisfaits de la Note que
M. l'Ambaſſadeur de Ruffie leur a remiſe , en date
du 6 avril , touchant le paſſage des troupes Rusſiennes
parle territoire de la Pologne , ils ſe trouvent
en même temps fort alarmés de certains
indices d'une ſédition générale des Payſans Grecs ,
Sujets de la République , qui pourroit éclater à
l'occaſion du paſſage des troupes de la Cour de
Ruffie. S. M. très-ſenſibleà cette communication ,
& à la confiance que les Séréniſſimes Etats lui
témoignent , en demandant ſes conſeils & fon
intervention dans cette ſituation critique de la
Pologne , ne balance pas de s'expliquer là- deſſus
avec cette franchiſe & cordialité , dont Elle fait
&fera toujours profeffion. >>
« Le Roi eſt à la vérité perfuadé que l'illuftreNation
Polonciſe peut attendre avec certitude
de labienveillance & de la grandeur d'ame de Sa
M. l'Impératrice de Ruffie , que cette magnanime
Princeſſe ne voudra rien faire ni permettre qui
puiſſe caufer la ruine & le malheur d'un Etat libre,
voifin , ami & a'lié de la Ruffie. Cependant ,
comme le ſéjour & le paſſage continuel & indéterminé
des troupes Ruffiennes par le territoire
de la Pologne , & la convention que M. l'Ambaffadeur
de Ruſſie propoſe pour cet effer , pourroient
avoir des inconvéniens , en donnant quelque
atteinte à l'indépendance & à la neutralité de la
Répubique , en provoquant la Porte Ottomane
de demander les mêmes facilié, pour ſes troupes
, en devenant fort onéreux aux contrées de
la Pologne par leſquelles les troupes des parties
belligérantes paſſeroient , & en entretenant en
effet l'efprit & les diſpoſitions ſéditieuſes des
Payfans Grecs , Habitans de la Pologne , S. M.
penſe qu'on pourroit prévenir& lever ces incon(
15)
véniens & préjudices de part & d'autre , fi la
Séréniſlime République les faiſoit repréſenter à
S. M. l'Impératrice de Ruſſie, d'une manière p'eine
d'égards & de confiance dans fa grandeur d'ame ;
fiElle prioit cette Auguſte Souveraine d'épargner
à laNation Polonoiſe les dangers & les charges
d'un paflige continuel des troupes Ruffiennes ,
facile à éviter par un médiccre détour , & fi Elle
faifoit propofer en même temps , que dans le
cas d'un paſſage inévitable de quelques troupes
Ruffiennes par la Pologne , Elle ne veuille les faire
paſſer qu'en petits détachemens ; qu'Elle en faſſe
faire à temps la réquifition préalable par fon Ambaſſadeur
à Varſovie , & qu'elle agrée que ces
troupes foient conduites par des Commiſſaires de
la République, comme cela est d'ufage dans les
cercles de l'Empire d'Allemagne , même pour les
troupes de l'Empereur ; que la Cour de Ruffie n'établiſſe
plus denouveaux magaſins en Pologne , &
qu'elle laiſſe ceux qui y font actuellement établis ,
fous la garde de quelques Commiſſaires , & de
gens armés pourleurs perſonnes, auxquels gardes
&magaſins la République pourroit affurer toute
la fûreté néceſſaire pour la protection de ſes trou
pes. Il paroît que des meſures&des précautions
pareilles ſeroient propres à conſtater & à établir
la neutralité& l'indépendance de la République ,
à diminuer & à prévenir les inconvéniens des magafirs
& du paſſage des troupes de la Cour de
Ruffie, en donant à cette Cour des preuves réelles
des égards & de la bonne volonté de laRépu
blique pour les intérêts de la Ruffie , & en lui
procurant les facilités raisonnables & propres à
pouvoir être conciliées avec le bien - être de la
Pologne. "
«Le Roi ſe flatte que ſi les États de la Séréniffime
Républiquede Pologne font faire des repréſentations&
des propoſitions de cette nature
:
(16)
àSaMajesté l'Impératrice de Ruffie , cette Auguſte
Souveraine les agréera avec cet e générofité dont
Elle a donné tant de preuves. Sa Majesté eſt aufi
très - diſpoſée à les faire recommander & appuyer
auprès de la Cour de Ruffie , d'une manière convenable
, & proportionnée à l'intérêt qu'elle prend
à la tranquillité & à la proſpérité du Royaume
de Pologne. Elle n'attend que les réſolutions des
illuftres États de la Séréniffime République fur ces
objets , & fur l'uſage qu'ils voudront faire de ſes
confeils , pour adreſſer les ordres&les inftructions
néceſſaires pour cet effet à ſes miniſtres en Ruſſie
&en Pologne. »
«Après nous être acquittés ainſi des ordres que
le Roi nous a donnés pour faire cette réponſe à
M. le Prince Czartoryski , nous le prions de la
faire paſſer à ſes commetrans , les États de la Se
réniffime République de Pologne à Varſovie. >>
« Signé , FINCKENSTEIN. HERTZBERG.
Berlin , le 30 avril 1789.
Le Comte de Golz fait ses préparatifs
pour se rendre à Pétersbourg en
qualité de Ministre plénipotentiaire. Il
y sera accompagné de M. de Huttel, qui
ne restera à Pétersbourg que peu de
temps , et qui se rendra en Suisse , où il
doit résider près le Corps Helvétique.
On apprend de la Silésic , que le 6 de
ce mois un incendie terrible éclata dans
la ville de Toschen , et la réduisit entiè
rement en cendres , à l'exceptio,n du
château , de l'église des Luthériens , et
quelques autres maisons.
De-Vienne le 16 mai
!»
Quelques accès de fièvre , accompa-
4
( 17 )
gnés de toux et d'un crachement sanguinolent
, ont retardé les espérances du
Public sur la convalescence de l'Empereur
. Le 13 , la Gazette officielle a an-'
noncé que Sa Maj. étoit de nouveau
alitée depuis quelques jours. La fièvre,
avoit été moins forte le 12 , sans que le
malade pût recouvrer le sommeil dans la
nuit du 13. Le voyage de la Cour às
Laxembourg , qui devoit avoir lieu le 11,
a été remis.
Tous les Généraux qui doivent faire
la campagne , sont partis de cette Capitale
, à Pexception des Généraux Baron
de Vins et de Brentano , encore
malades. L'armée principale a un train
considérable de grosse artillerie ; 20,000
hommes camperont près de Schabaz ,
pour couvrir la grande armée. On augmente
le nombre des baraques au-dessous
de Semlin , et on y achève les redoutes.
-
Le Corps d'armée sous les ordres du
Maréchal de Laudhon , se concentre
aux environs de Gradisca, Sluin et Novi,
et paroît menacer à -la- fois Berbir ,
Cettin , Bihacz et Banialuca. Les
Tures sont en mouvement dans la Bosnie
; on fait monter à 50,000 hommes
leurs troupes dans cette province.-La
garnison de Belgrade est de 15,000
hommes , et il s'en trouve 17,000 à Nissa
, Semendria , Kroza et Usiza ,
Le Supplément de la Gazette du 13 ,
:
(18)
contient le récit d'une rencontre partielle
en Transylvanie.
Le Général Prince de Hohenlohe , commandant
leCorps de troupes dans la Tranſylvanie , mande ,
le 2 mai , que depuis le 25 avril lesTurcs avoient
tenté de pénétrer du côté de Kinenyi , mais fans
ſuccès. Le lendemain 26 , on aperçut un avant
Corps ennemi près de Kofia , & le 27 au matin ,
l'ennemi , au nombre d'environ 2,000 hommes ,
attaqua le poſte occupé par le Capitaine Rifs , qui
avoit ſous fes ordres un parti du régiment d'Orosz
&un certain nombre de Volontaires Wallaques
&d'Huſſards de Toſcane. On repouſſa l'ennemi
à pluſieurs repriſes avec perte ; mais comme il
parut environ 800 Turcs ſur les rochers les plus
eſcarpés vis-à-vis du poſte que l'on défendoit ,
le Capitaine Rifs jugea à propos de paſſer la rivière
de Lotra , & de ſe retirer avec ſa troupe à
Saracſineſt . Dans cette affaire , les Turcs ont laiffé
ſur la place 70 tués ; nous avons eu de notre côté
5 tués, 14bleſſés , & 55 égarés, dont quelquesuns
ont déja rejoint la troupe. LePrince de
Hohenlohe vint après cette affaire à Kinenyi ; il
fit évacuer le Couvent de Kornet , & prendre
poſte à Saracſineſt.-Les 20, 28, 29 & 30 avril, il
ne ſe paſſa rien entre nos troupes & l'ennemi , qui
cependant fit mettre le feu au Couvent de Korner.
Le premier mai , l'ennemi fit reconnoître notre
poſition par un détachement de 50 hommes. Le
Lieutenant Fulda l'attaqua avec des Huſſards de
Toſcane , en tua pluſieurs , &diſperſa les autres.
Le même jour, dans l'après-midi , environ 3,000
Turcs ſe montièrent ſur les hauteursde Jana. Le
Prince fit en conféquence ſes diſpoſitions , & parvint
à en chaſſer l'ennemi , que l'on pourſuivit
pendant quelque- temps. Le chef des Turcs & 35
hommes furent tués dans leur retraite. --On a appris
depuis que l'ennemi s'eſt replié ſur Gura-Lotra .
-
(19)
Un évènement plus important , s'il
se confirme , est celui que rapporte , en
ces termes , la Gazette d'aujourd'hui .
Le Général Russe de Dorfelden
« a attaqué , le 1er. mai , et défait entiè-
<< rement un Corps enneini de 6,000
<<hommes qui étoit retranché près de
<<Gallacz ; 200 Tures sont restés
<< sur la place , et 1500 ont été faits
prisonniers ; parmi ces derniers se
trouve le Chef Ibrahim Pacha. On
<<a pris 37 drapeaux et 13 canóns . Les
<<Russes ont eu à cette occasion sor-
« XANTE TUÉS et PLUS DE CENT
« BLESSÉS. »
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 27 mai .
Le Lord Chambellan a fait annoncer
dans la Gazette officielle , que le 4juin ,
anniversaire de la naissance du Roi ,
S. M. tiendroit appartement au Palais
St. James : ce sera la première fois depuis
le rétablissement de ce Monarque , sur
la santé duquel on a récemment répandu
dans l'étranger des bruits absurdes et
destitués de toute vérité. Le fait est que
S. M. ressentit , il y a 3 semaines , un
mal-aise accompagné d'assoupissement
et de foiblesse ; la fièvre survint , et dura
quelques jours , mais d'une nature si peu
( 20 )
alarmante , que le Roi n'interrompit aucune
de ses fonctions habituelles. Cette
indisposition passagère est absolument
dissipée depuis plusieurs jours : le Chevalier
George Baker s'est empressé de
déclarer que la santé dù Roi étoit aussi
bonne qu'elle eût été en aucun temps,
S. M. assistą dimanche au service divin
à la chapelle de Windsor ; Elle s'est
promenée tous les jours à cheval ou
en voiture , et doit passer en revue cette
semaine , quelques égimens de Dragons,
Quant au prétendu Bill de régence dont
le Parlement doit s'occuper , suivant les
inventions de quelques Bulletins anonymes
, il n'en est question en aucune
manière . Il n'est pas encore décidé que
LL. MM . aient renoncé au voyage de
Hanovre ; mais on présume que les instances
des Ministres , la durée de la Session
actuelle du Parlement , et sa prochaine
dissolution , feront remettre ce
voyage à l'année prochaine. - Le Pu
blic a eu si peu d'inquiétude d'une rechute
de S. M. , que les fonds publics
haussent journellement. Les actions de
la Banque sont à 177 et demi , et les
actions consolidées à 76 trois quarts.
Le Prince William Henri a été créé
Duc de Clarence et de Saint Andrew
dans la Grande-Bretagne , et Comte de
Munster en Irlande : il porte aujourd'hui
le titre de Duc de Clarence , et a siégé
dans la Chambre Haute en cette qualité.
( 21 )
Il doit aussi prendre place dans le Conseil
Privé à la première Séance. Son Alt.
Royale , accompagnéedu Capitaine Ber
keley, a fait , ces jours derniers , la visite
détaillée des chantiers et de l'Artillerie
àDepfordet à Woolwich.
Lord Penrhyn remit , le 20 , à la
Chambre des Communes les Pétitions
des Marchands et Armateurs de Liverpool
, des Manufacturiers en ouvrages
de fer , des Créanciers hypothécaires des
Planteurs , de tous les intéressés au commerce
des isles et du Corps municipal de
Liverpool . M. Brook-Watson remit
une Pétition pareille des Marchands et
Intéressés de Londres au commerce des
sucres.
Le 22 , les Communes alloient poursuivre
l'examen de la Traite des Negres,
lorsque l'Alderman Sawbridge demanda
que les Pétitionnaires , réclamant contre
le projet de suppression , fussent entendus
à la Barre , et admis à faire preuve.
Cette Motion ramena la conversation
sur l'objet de la Séance , et donna licu à
ain grand nombre de discours peu mesu-
-rés contre l'abolition de la Traite ; il
fut enfin décidé , sans prendre les suffrages
, que le Conseil des Réclamans
seroit ouï à la Barre de la Chambre.
-De cette Audition , qui prendra.nécessairement
beaucoup de temps , on
peut conclure que la question principale
ne sera pas jugée dans la Session ac
( 22 )
tuelle. On prévoit tellement qu'elle rencontrera
une opposition formidable dans
les deux Chambres , que les paris contre
l'abolition de la Traite sont ouverts à
dix contre quatre.
Les Marchands , Planteurset autres ,
întéressés au commerce des Isles , se
sont assemblés à la taverné de Londres ,
et y ont pris les résolutions suivantes ,
que nous allons transcrire , afin qu'on
puisse confronter les bases d'attaque et
dedéfense.
"I. Que l'esclavage a exiſté comme une condition
de l'eſpèce humaine , en Afrique, depuis les temps
les plus reculés ,& bien avant que les Européens
fiffent la Traite ſur les côtes de ce continent .
II. Que des Eſclaves achetés par les marchands
Anglois , une partie paroît être des prifonniers de
guerre , qui , fans l'eſpoir de les vendre , auroient
été maſſacrés ſur le champ de bataille , ou facrifiés
à la fuperftition ou à la cruauté de leurs
vainqueurs; que les autres font des condamnés
dont la peine a été commuée en eſclavage ; d'autres
font nés Eſclaves , ou faits tels pour dettes.
III. Qu'un commerce avec l'Afrique ne ſauroit
être d'un grand avantage national , ou étendu jufqu'à
un certain point , excepté fur l'article des
Eſclaves, dont l'acquiſition ne tend pas néceſſairement
à entretenir les Naturels dans un état habituel
de guerre , ou à retarder chez eux les progrès
de la civiliſation .
IV. Que les propriétaires des ſucreries ont un
droit égal à celui de tous les autres ſujets du
Royaume , d'être protégés dans la libre jouiſſance
de leur propriété légalement acquiſe.
V. Que leur titre à la propriété qu'ils pof(
23 )
sèdent , eft fondé ſur des conceſſions ou des ven'es
de la Couronne , & fur des chartes & actes du
Parlement.
VI. Que le capital actuellement employé dans
nos ifles à ſucre , en terres , Nègres , bâtimens ,
vivres& meubles , monte à 70 millions de livres
ſterlings.
VII. Que cette valeur dépend uniquement de
la culture des terres , & qu'en conféquer ce tout
ſyſtême qui tendroit à priver les propriétaires
des moyens de cultiver , affecteroit et rabaiſſeroit
la valeur de ce capital
VIII. Que depuis l'établiſſement des Colonies ,
l'uſage univerſel dans toutes les ifles Angloiſes &
étrangères , a été de cultiver les terres par des
Nègres.
IX. Qu'il a été démontré par expérience que
le tempérament des Européens les rendoit incapables
des travaux de l'agriculture dans les
Indes occidentales ,& qu'en conféquence on ne
peut plus les continuer , ſi l'on ne ſe procure un
nombre fuffiant de Nègres à cet effet.
X. Que des caufes naturelles & des calamités
accidentelles , malheureuſement trop fréquentes
dans les iſles des Indes occidenta'es , y font diminuer
conſtamment & rapidement le nombre
desNègres , &que cette mortalité ne peut jamais
être compenſée par le nombre des naiſſances.
XI. Que s'en repofer uniquement pour la
culture ſur la population intérieure , c'eſt aſſeoir
les intérêts , non pas ſeulement des planteurs ,
mais des hypothécaires , rentiers , femmes couvertes
ou douairières , des veuves , des enfans ,
&des autres créanciers de nos iſles , dans laGrande-
Bretagne , ſur le ſuccès incertain d'une expérience
qui n'apas encore été tentée ,& qui , en cas qu'elle
manque , caufera , ſinon la ruine totale , du moins
de grandes pertes à un grand nombre d'individus
(24)
2
2
€
innocens , qui ont fan des acquiſitions coûteuſes,
fur la foi d'un ſyſtême établi depuis long- temps
dans les Colonies, ſanctionné & fortifié par plufieurs
actes du Parlement.
XII. Que les manufactures , les constructions
de vaiſieaux , la navigation & le revenu de la
Grande- Bretagne , font fingulièrement intéreſſés
au commerce d'Afrique & des ifles à ſucre; &
quetous ces objets doivent décliner ou proſpérer
en saifon des ſecours que leur fournit ce commerce,
& en proportion de ce qu'on mettra plus
ou moins les planteurs en état d'améliorer la culture
dans les ifles des Indes occidentales.
XIII. Qu'il paroî , d'après le rapport duConſeil
privé de S. M. , que la ſeule valeur des droits
de douane , produits par les exportations pour
l'Afrique&les Colonies , a monté à 2,306.959 1.
Que les importations des iſles à
fucre ont monté, d'après l'évaluation
de l'inſpecteur général , à ......... 5,389,054-
Celle d'Afrique , à .... 117,817 .
5,506,871 1.
XIV. Que le port des vaiſſeaux fortis des Colonies
à fucre , ainſi que celui de ceux qui leur
ſont venus d'Afrique en 1787 , a morté à
249.331 tonneaux.
Le nombre de Matelots employés pour la ſeule
navigation pendant la même année ,ja été de
21,000 hommes.
Et le revenu , toujours dans la même année ,
de. .....1,627,142 liv.
XV. Que le commerce des Colonies & la
Traite des Nègres forment une école de Marelots.
XVI. Que les François accordent aujourd'hui
une prime ou gratification de quarante livres par
tonne, chaque vaiſſeau frété d'un port de
France
1
(25 )
<
France pour laGuinée ,&depuis 160 liv. juſqu'a
230, par tête de Nègres importés dans leursColonies.
:XVII. Que les Eſpagnols ont ouvert récemment
différens ports dans le Sud de l'Amérique ,
pour l'importation des Nègres ; qu'ils les ont
déclarés libres&francs pour les Etrangers , fuffentilsmême
chargés pour des places étrangères , afin
d'encouragere T'agriculture dans leurs propres Colonies
, comme le porte expreffément la Cédule
Royale de S. М. С.
XVIII. Que les Américains des Etats-Unis ont
frété pluſieurs vaiſſeaux pour ſuivre ce commerce.
XIX. Que la déclaration du Miniftre , portant,
qu'il ne ſera alloué aucun dédommagement , aucune
compenfation aux parties plaignantes , victimes
de cette grande révolution commerciale ,
c'est-à-dire , aux marchands ni aux manufacturiers ,
quoique les vaiſſeauxdes premiers ne foient propres
à-aucun autre commerce , & que les objets de
fabriques des derniers ſoient pour la plupart invendables
dans tout autre port, & à toute autre
perſonne , qu'aux planteurs , à leurs bailleurs de
fonds , aux particuliers qui ont affis une rente
fur leurs habitations & autres créanciers , eſt de
la nature la plus alarmante pour tout individu
qui ſe trouve lui-même intéreſſé dans le commerce
& à la proſpérité du Royaume. Qu'une
déclaration ſi répugnante à tout principe de jaftice
, ne peut naître que de l'imprévoyance des.
grands maux qui pourroient en réſulter ; & qu'elle
tend directement , ſi la Législature l'adopte , à
bannir toute confiance dans les entrepriſes de
commerce , dans la ſtabilité des chartes Royales ,
en la foi du Parlement.
Signé JAMES ALLEN , Secrétaire.
Un Folliculaire s'étant avisédedresser,
Nº. 23, 6 Juin 1789 . b
( 26 )
article par article , un traité d'alliance
entre quatre grandes Monarchies de l'Europe
, Milord Stormont , prenant cette
fiction au sérieux , a interpellé, le 22, daris
la Chambre-Haute , le Duc de Leeds ,
Ministre des Affaires Etrangères , de déclarer
: << Si le traité d'alliance défensive ,
<<conclu avec le Roi de Prusse , tel qu'il
<<<a été soumis au Parlement , renfermoit
<<<toutes les conventions arrêtées entre
<<les Contractans , et s'il n'existoit pas
<<<encore des articles secrets>.>> Le Ministre
répondit que le traité étoit sous
les yeux de la Chambre , maîtresse d'en
faire l'examen , et de réprouver le Cabinet
qui en étoit responsable ; mais
que Milord Stormont, Oracle du Corps
Diplomatique , savoit mieux que personne
qu'un Ministrene répondoit pas en
public à des questions pareilles à celle
qu'on lui faisoit. Le Chancelier alla
plus loin , et dit que le Ministre qui
répondroit à cette question , mériteroit
d'être poursuivi par la Nation , comme
coupable de Haute- inconduite. La
conversation finit par la Motion d'ajournement.
L'espace nous manque pour publier
aujourd'hui une seconde lettre que nous
avons reçue d'un Membre des Communes
, et qui contient un précis curieux
des dernières Séances du procès
de M. Hastings : nous la donnerons
dans huit jours ; il suffit , pour le mo(
27)
ment , de dire que les Accusateurs ont
perdu toutes les questions qu'ils avoient
élevées en faveur des témoignages.inadmissibles
qu'ils réclamoient. D'autre
part , Lord Cornwallis vient d'envoyer
au Bureau de Contrôle et à la Direction
de la Compagnie des Indes , les réclamations
unanimes de tout le Bengale
contre cette procédure : ainsi , d'un
côté , nous voyons M. Burke censuré par
les Communes , dont il est présumé l'organe
; et de l'autre , les Indiens , dont les
Accusateurs prétendent défendre la cause
, déclarer solemnellement qu'ils n'ont
aucune cause à plaider. Ce procès , néanmoins
, à la fin de la Session , coûtera
30,000 liv. sterl. à la Nation ; c'est tout"
juste l'intérêt d'un million sterl. de la
dette publique , dans les 3 pour 100
consolidés.
FRANСЕ.
De Versailles , le 30 mai.
Le 26 du moisdernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont ſigné le contrat de mariage
du Marquis de Bailly , Officier au Régiment du
Roi , avec demoiſele d'Allonville.
Le 9 de ce mois , Leurs Majestés & la Famille
Royale ont aſſiſté , dans l'Egliſe Notre Dame, au
Service anniyerſaire de la mort de Louis XV ,
que les Curé&Marguilliers de certe Paroiſfe o
fait célébrer ; &, le 12 , dans l'EglifeS. Louis , au
Service anniverſaire , fondé pour le repos de l'ame
du même Monarque.
ont
7
Les Députés des trois Ordres auxEtats-géné-
M
bü
(28)
raux ont aſſiſté au Service célébré dans l'Egliſe
S. Louis.
Le 17, les Secrétaires du Roi de lagrande-Chancellerie,
ayant à leur têtele ſieurTiſſer , qui a porté
laparole,ont eu l'honneur de préſenter à SaMajesté
labourſequ'ils ont celui de lui offrir , tous les ans ,
àl'occaſion de la fête de S. Jean-Porte-Latine.
Le même jour , les Chevaliers de laToiſon d'Or
ſe ſont aſſemblés dans le Cabinet de Monfieur.
Ce Prince , en vertu d'une commiſſion du Roi
d'Eſpagne , après avoir tenu Chapitre de l'Ordre,
areçu Chevalier leDuc de Bourbon , préſenté
par le Comte d'Egmont-Pignatelli , Doyen des
Chevaliers.Enſuite Monfieur , également en vertu
d'une commiſſion de Sa Majesté Catholique , a
reçu aufli Chevalier de la Toiſon d'or le Prince
de Beaufremont. Les Grands Officiers de ser
Ordre ont été repréſentés par le ſieur Taillepied
de la Garenne , Secrétaire des commandemens
deMonfieur.
Les députés des trois Ordres aux Etats-généraux
, qui n'étoient point ici lors de la préſentation
qui a eu lieu le 2 , ont eu , le 24 ,
l'honneur d'être préſentés & nommés au Roi par
le Marquis de Brézé , Grand-Maître des cérémonies
de France.
Le même jour , Leurs Majeſtés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du Comte
de la Briffe d'Amilly , Officier au Régiment du
Roi , avec Mademoiſel'e Le Tonnelierde Breteuil ,
&celui du Comte Maurice de Caraman , Major
en ſecond des Carabiniers de Monfieur avec
Mademoiselle de la Garde.
و
Ce jour ; Leurs Majestés ont ſoupé à leur grand.
couvert ; pendant le repas , la Muſique du Roi
exécuté différens morceax ſous la conduite du
tur Martini , Surintendant de la Muſique de
Majesté , en ſurvivance.
( 29 )
MM. Hennin & Dupont , Secrétaire-greffiers
,
de la dernière aſſemblée des Notables ont eu
l'honneur d'en préſenter le procès-verbal à Leurs
Majeftés& à toute la Famille Royale.
Le 19 de ce mois , le Comte Severin
Rzewuski , Général de la Couronne de
Pologne , eut une audience de Sa Majesté,
à laquelle il fut présenté par le
Comte de Montmorin , Ministre et Secrétaire
d'Etat au Département des
Affaires Etrangères .
Le même jour, le Lord Robert Fitz-
Gérald, Ministre Plénipotentiaire de la
Cour de Londres , eut une audience par- .
ticulière du Roi, pendant laquelle il remit
sa lettre-de-créance à Sa Majesté . Il
fut conduit à cette audience , ainsi
qu'à celles de la Reine et de la Famille
Royale , par le sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambassadeurs ; le sieur de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi ,
pour la conduite des Ambassadeurs , précédoit.
Leurs Majestés et la Famille Royale
ont signé , le 17 , le contrat de mariage
du Comte d'Augeville de Beaumont avec
Mademoiselle Sallier. :
ÉTATS - GÉNÉRAUX .
Copiede la Lettre de M. DE MAISSEMY , Maître des
Requêtes & Directeur Général de la Librairie de
France , au Propriétaire du Mercure de France &
du Journal Politique de Genève..
Lajuſte impatierc du Public , Monfieur , ayant
porté le Roi à trouver bon que tottes tes Feuilles
b iij
(30 )
périodiques & tous les Journaux autoriſés rendiſſent
compte de cequi ſe paſſe auxEtats-Généraux , en
ſe bornant aux faits dont ils pourront ſe procurer la
connoiffance exacte , ſans ſe permettre aucune réflexion
, ni aucun commentaire , M.le Garde-des-
Sceaux m'a chargé de vous notifier les intentions de
SaMajeſtè .
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé, DE MAISSEMY.
Nous n'avons pu , la semaine dernière
, présenter au Public qu'un sornmaire
purement chronologique , et trèsimparfait
, des 1ere . Séances des Etats-
Généraux , jusqu'au 22 mai inclusivement.
Le respect dû à cette auguste
Assemblée , celui de la vérité et d'une
impartialité inaltérable , nous interdisoient
toute mention un peu détaillée ,
jusqu'à l'instant où nous nous serions
assurés des moyens directs de ne hasarder
aucune erreur de conséquence. Jaloux
de satisfaire l'impatience et la juste
curiosité de nos Lecteurs , sans compromettre
nos devoirs, nous nous sommes
procurés des informations , en l'authenticité
desquelles nous croyons pouvoir
nous confier. Le Public verra , dès aujourd'hui
, qu'elles sont très- étendues .
Nous espérons de répondre au voeu général
, en n'omettant aucuns des objets
essentiels des délibérations , et à l'attente
des amis de l'ordre , en nous circonscrivant
dans les bornes d'une réserve , dont
aucune considération ne nous feradépartir.
Renfermés dans l'historique de tout
(31 )
ce qui concernera les Etats-Généraux ,
et dans la narration successive des faits ,
sans nous permettre ni réflexions , ni
inductions , ni déguisemens partiaux ,
nous demandons grace , à l'avance , pour
les inexactitudes presque inévitables
auxquelles nous serons exposés . Ce Journal
sera ouvert , comme il l'a été de tout
temps , à toutes les rectifications légitimes
, pourvu que les personnes qui en
feront la demande prennent la peine de
la signer.
Jusqu'ici , nous avons suivi l'ordre chro-
-nologique des Séances , et nous sommes
forcés de le suivre encore , jusqu'à ce que
les Etats-Généraux soient généralement
constitués ,et qu'ils ayent adopté une
formedéterminée de délibération . Cette
méthode jette quelque confusion dans le
rapport des opérations des trois Chambres
; mais le temps nous fournira les
moyens de faire disparoître cet inconvénient.
Jusqu'à ce jour , les trois Ordres de
l'Assemblée nationale n'ont été occupés
que d'une seule question fondamentale,
celle de la légitimation des Députés ou
de la vérification de leurs pouvoirs , faite
les trois Ordres indivis , ou par chaque
Ordre respectifet séparé. Cette question,
on le voit , est un corollaire dela question
principale et préalable de la Délibération
parOrdre , oupar tête.
Avant de poursuivre le Journal des
biv
(32)
délibérations depuis le 22 mai, nous devons
ajouter quelques détails nécessaires
au précis des Séances que nous don-
⚫nâmes la semaine dernière. Ces Additions
sont placées à la date des Séances
auxquelles elles se rapportent.
Du mai. La partie du Clergé & de la Nobleſſe
du Dauphiné qui réclame contre la nouvelle
conftitution des Etats de ceste Province , && contre
leur députation aux EtatsGénéraux, fit préſenter
àla Chambre du Clergé un mémoire par pluſieurs
de ſes Membres ; M. l'Archevêque d'Embrun &
M. l'Evêque de Die étoient à la tête de cette
Députation. Lorſqu'elle fut retirée , M. l'Archevêque
de Vienne dit qu'il ſe réſervoit& à fes Co-
Députés , de juſtifier la validité de la Députation
Etats de Dauphiné.
Les mêmes Députés ſe préſentèrent à la Chambre
de la Nobleſſe , & à celle du Tiers-Etat. Cette
dernière leur répondit que la Chambre , non-conftituée,
n'étoit compoſée que de Citoyens qui attendoient
de ſe réunir à d'autres Citoyens.
Du 12. M. l'Archevêque de Vienne & M.
l'Evêque de Langres , Membres nommés de la
Commiffion conciliatoire de la part du Clergé ,
ayant donné leur démiſſion , ils furent remplacés
par M. l'Archevêque d'Arles & M. l'Evêque de
Clermont.
Du13. Le Tiers-Etat fiégeant , on annonça à
la Chambre une députation de l'Ordre de la Nobleſſe
; M. le Duc de Praflin portant la parole ,
dit que MM. de la Nobleſſe déſiroient une union
fraternelle avec le Tiers-Etat, &qu'il venoit remettre
fur le Bureau les Délibérations & Arrêtés
fuivans, dont il donna lecture.
( 33 )
Délibération de l'Ordre de ia Nobleſſse , du Mercredi
6 mai 1789.
Il a été propoſé de nommer des Commiſſaires
pour la vérification des pouvoirs de MM. les
Députés ; fur quoi ayant été délibéré , & les
voix priſes & recueillies par la voie du ſcrutin
de tous MM. les Dipu és préſens , il a paflé à
la pluralité de 268 voix , de charger M. le Préfident&
les douze plus anciens de l'Aſſemblée ,
après avoir vérifié leurs pouvoirs reſpectifs , de
vérifier ceux des autres Députés , en fuivant
l'ordre des Bailliages & Sénéchauſlées. Il a été fat
enfuicepluſieurs obfervations d'après leſquelles il
a été mis en délibération de ſavoir fi MM. les Commiſſaires
, qui viennent d'être nommés pour la
vérificationdes pouvoirs de MM. de la Nobleſſe,
procéderoient feuls à cette vérification , ou s'ils
y procéderoient en commun avec les Députés
du Clergé & du Tiers-Etat. Sur quoi ayant été
délibéré , & les opinions recueillies par la voie de
l'appel , il a été decide à la majorité de 188 voix ,
que MM. les Commiſſaires procéderoient ſeuls à
la vérification des pouvoirs des Députés de la
Nobleſſe.
Aut eDélibération de l'Ordre de la Nobleſſe, du lundi
11 mai 1789 .
Il a été propofé de décider ſi la Chambre de
laNob'eſſe eſt légalement & fuffisamment conftituée
par ſes Députés préfens , dont les pouvoirs
ont été vérifiés. La queſtion mife en délibération ,
&les opinions recueillies par l'appel qui a été
faitde chacun de Meffiers, ca'cul fait du réſultat
deſdites opiniors , il s'ſt trouvé 31 voix pour
dire que la Chambre n'étoit pas conftituée ; z pour
décider qu'il n'y avait lieu à délibérer ; 193 pout
dire que 1 Chambre étoit légalement & fufifasm
ment conftituée; 4autres pour adopter ce même
bv
(34)
ayis , mais proviſoirement & avec des modifica--
tions. Ainfi il a été arrêté , à la pluralité de 193
voix , que' a Chambre de la Nob'eſſe est conftituée
par les Députés dont les pouvoirs ont été vérifiés
ſans contellation .
Autre Délibération de l'Ordre dela Nobleffe, du mardi
12 mai 1789.
Sur ce qui a été obſervé , que l'Arrêté pris par
le Clergé , le 7 de ce mois , & remis hier à la
Chambre par fes Députés , contenoit de fa part
l'invitation de nommer des Commiſſaires , àl'effet
de ſe concerter & de conférer avec les Commitfaires
des autresOrdres , il a été propoſé de prendre
cet objet en conſidération ; & la matière miſe
endélibération , il a été arrêté, à la pluralité de 173
voix , de nommer dès-à-préſent des Commiſſaires
amovibles, pour ſe concerter avec les autres Ordres.
Après lalecture des Délibérations ci-deſſus , le
Doyen des Communes fit une réponſe d'honnêteté
à la Dapurtion , compoſée de MM. le Duc
de Praftin , Deschamps , le Duc de Liancourt , le
Marquis de Crillon , Saint- Maixent , Sarrafin , le
Marquis d'Avaray, le Prince de Poix.
Du 14. Deputation du Cergé au Tiers-Etat ,
pour lui remettre par écrit l'A rêté dont elle lui
avoit fait part la veille , & dont la teneur porte :
Délibération de l'Ordre du Clergé , dujeudi 7 mai
1789.
Sur la propoſition qui a été faite par MM. les
Députés de l'Ordre du Tiers-Etat , de ſe réunir en
commun pous faire la vérification des pouvoirs ,
lesMembres du Cergé aſſemelés , ont chargé leurs
Députés de témoigner MM. de l'Ordre du Tiers-
Etat'e zèle& l'anachement dont ils ſont pénétrés
pour eux ,& leur défir de concourir à la plus parfare
harmonie intre les Ordres , & qu'en conféquenceils
font convenus de nommer des Commis(
35 )
faires,&d'inviter les autres Ordres à en nommer
pareillement, à l'effet de conférer enſemble,& pour
ſe concerter fur la propoſition faite par MM. de
Ordre du Tiers-Etat.
Ce jour , la Nobleſſe continua l'examen des
Elections conteñées. La feconde Députation du
Bailliage d'Auxerre eſt jugée illégale , comme contaire
à la lettre &à l'eſprit du Réglement de Convocation
. Le. Députés Nobles de la Vicomté de
Paris prirent féarce ; & comme ils repréſentent le
premier Bailbage da Royaume , M. d'Epremesnil ,
premier de la Députation , devint autli le premier
Opinant de la Chambre.
Les Députations du Clergé & de la Nobleſſe
aux Communes , & la poſition de cette dernière
Aſſemblée , y a donné lieu à deux avis différens.
L'un de ces avis portoit :
>>Qu'il fait permis aux perſonnes nommées
>> par adjonction au Doyen, de conférer, au nom-
>> bre de 16 , avec les Commiſſaires noinmés par
» MM. les Eccléſiaſtiques & les Nobles , afin de
>>préparer la réunion de tous les Députés dans
la falle des Etats-Généraux , fans pouvoir s'é
>> carter jamais du principe de la délibération par
» tête ,& de l'indiviſibilité des Etats-Généraux. »
L'autre renfermoit un projetde déclaration, dont
la teneur fuit :
a Les Députés des Communes de France ſe
font, en vertu de la convocation du Roi , de l'annonce
faite par le Garde-des-Sceaux de France au
nom de Sa Majeſté , & de la publica ion faite par
les Hérauts d'armes , rendus le mercredi 6 mai
dans la ſalle deſtinée à la tenue des Etats-Généraux
, & n'y ont pas trouvé les Députés de l'Egliſe
ni de la Nob'eſſe. »
<<Ils ont appris avec étonnement, que les Députés
de ces deux claſſes de Citoyens, au lieu de
ſe réunir avec les Repréſentans des Communes ,
bvi
(36 )
s'étoient retirésdans des appartemens particuliers ;
ils les ont vainement attendus pendant pluſieurs
heures , & tous les jours fuivans, »
« Quelques - uns des Députés des Communes
s'étant fait inſtruire du lieu où étoient les Députés
del'Eglife& de la Nobleſle , ont été leur repré
fenterque, parleur retardement à ſe rendredans la
falle qui les appeloit , ils fufpendoient toutes les
opérations que le peuple François attend des dépoſitaires
de ſa confiance , & les Communes ont
vu avec regret que les Députés de l'Egliſe& de
la Nobleſſe n'ont pas encore déféré à cet avertiſſement
, qui ne devoit pas être néceſſaire ; que
les uns & les autres ont envoyé des députations
au Corps national auquel ils doivent te réunir ,
&fans lequel ils ne peuvent rien faire de légal ;
qu'ils ont nommé des Commiſſaires pour aviſer
avec des Commiſſaires , que les Repréſentans du
peuple ne nommeront pas , à des moyens conciliatoires,
qui ne peuvent être diſeutés&délibérés
qu'en commun dans l'Aſſemblée des Etats-Généraux
; que la Nobleſſe a ouvert un registre particulier,
pris des délibérations , vérifié des pouvoirs
,& établi un ſyſtême ; que cette vérification
partielle fuffiſoit pour conftarer la régularité des
procurations.>>
« Les Députés des Communes déclarent qu'ils
ne reconnoîtront pour Repréfentars légaux que
ceux dont les pouvoirs auront été examinés dans
l'Aſſembléegénérale par tous ceux appelés àla compofer,
parce qu'il importe au Corps de la nation ,
comme aux claſſes privilégiées , de connoire &
de juger la validité des procurations des Députés
qui ſe préſentent , chaque Député appartenant à
'Aſſemblée générale , & ne pouvant recevoir que
d'el e ſeule la fanétion qui le conſtitue Membre
des Etats-Généraux. »
<<Que l'efprit public étant le premier beſoin
de l'Alemblée nationale , & la dé ibération, com(
37 )
mune pouvant ſeule l'établir , ils ne confentiront
pas que , par des Arrêtés particuliers de Chambres
ſéparées, on porte atteinte à l'intéreſſant principe
que chaqueDéputé n'eſt plus ,après l'ouverture des
Etats-Genéraux , le Député d'un Ordre ou d'une
Province, mais que tous ſont les Repréſentans dé
la Nation , principe qui doit être accueilli avec
enthouſiaſime par les Députés des claſſes privilé
giées, parce qu'il agrandit leurs fonctions. >>
« Les Députés des Communes invitent donc,
&interpellent les Députés de l'Eglife & de la
Nobleſſe, à ſe réunir dans le local où ils fontatten
dus depuis dix jours , &à ſe former en Etats-généraux
, pour vérifier les pouvoirs de tous les Repréſentans
de la nation. >>
« Ils invitent ceux qui ont reçu l'ordre ſpécial
de ne délibérer qu'en commun, & ceux qui , libres
de ſuivre cette patriotique opinion l'ont déja mamifeſtée
, à donner l'exemple à leurs Collégues ,
&à venir prendre la place qui leur eft deſtinée . »
«C'eſt dans cette Aſſemblée générale , c'eſt
dans cette réunion de tous les ſentimens , de tous
Ies voeux&de toutes les opinions, que feront fixés,
fur les principes de l'équité & de la raifon , les
droits de tous les Citoyens. »
« Il en coûte aux Députés des Communes de
penfer que , depuis dix jours , on n'a pas encore
commencé les travaux qui affureront le bonheur
public & la ſplendeur de l'Étar , ni porté à un
Roi bienfaifant le tribut d'hommages que lui mé
rite l'amour qu'il a témoigné à ſes ſujets , & la
justice qu'il leur a rendue. Ceux qui pourroient
encore retarder l'accompliſſement de ſi importans
devoirs en feroient comptables envers la nation.
1es Députés des Communes arrêtent que lapréfente
déclaration fera remiſe aux Députés de l'Eglife
& de la Nobleſſe , pour leur rappeler les
obligations que leur impoſe leur qualité deRepréfentans
nationaux.
1
( 38)
La ſéance finit avant que la diſcuſſion de ces
deux avis fût achevée.
Du15.On annonça à la Chambre de laNobleſſe
que celle du pays d'Albret avoit élu M. COMTE
D'ARTOIS pour fon Député aux Etats Généraux.
Voici laLettre que S. A. R. écrivit à ce ſujet à M.
leComte deMontboiffier , Préſident par interim de
la Chamb e de la Nobleſſe.
« Je vous prie, Monfieur , de faire part à la
«Chambre de la N bleſſe que j'ai reçu , par M.
«leBaron de Batz, Sénéchal du Duché d'Albret ,
« l'offre de la Diputation de la Sénéchauffée de
" Tarta . Elle m'a éré offerte de la manière la
«plus flatteuſe & la plus honorable; & je n'ou-
« blierai jamais la ſenſible reconnciſſance que je
«dois à cette marque d'eſtime &de confiance.
« Je vous prie encore, Monfieur , de vouloir
<< bien exprimerà laChambre de la Nobleſſe qu'un
"defcendant de HenriIVſera toujours honoré de
«ſe trouver parmi les Gentilshommes François.
"Affurez- les que mon défir le plus ardent eût
«été de fiéger avec eux & de partager leurs
« délibérations , fur-tout dans une circonstance
" auffi importante. Mais chargez- vous en même
« temps de dépoſer dans le ſeinde la Chambre les
" regrets auffi ſenſibles que ſincères que j'éprouve
" d'être forcément obligé , pardes confidérations
" particulières , de ne pas accepter cette Députa-
" tion. Il m'eût été bien doux de connoître , de
" mieux apprécier encore , s'il eſt poffible , les
" ſentimens quidiftinguent la Noblefle Françoiſe ;
" mais, Monfieur , certifiez en monnom à toute
" la Chambre que , forcé de renoncer en ce mo-
" ment à l'eſpoir d'être un de ſes Membres , elle
"peut compter qu'elle trouvera toujours en moi
« les mêmes ſentimens que je n'ai jamais ceſſé de
«démontrer & que je conferverai éternellement.
« Je profite avec empreſſement de cette occafion
«pour vous témoigner ,Monfieur , mes ſentimens
( 39 )
1
«&une parfaite eſime. Votre affectionné ami .
«Signé, CHARLES-PHILIPPE.>>>
Après la lecture de cette Lettre , la Chambre
pritl'A rêté ſuivant : « La Chambre a arrêté que
«M. le Préſident ſe retireroit pardevant Mgr.
« COMTE D'ARTOIS , pour affurer ce Prince que
<< la Nobleſſe a reçu , avec la plus reſpectueuſe
« ſenſibilité , la communication dela Lettre dont
« il a honoré M. le Préſident; qu'elle a reconnu
dans cette Lettre les fontimes d'un digne def-
« cendant de Henri IV , & que M. le Préſident
" offriroit à Mgr COMTE D'ARTOIS les remer-
« ciemens , les regrets& les reſpects de la Cham-
« bra. »
,
M. le Comte de Montboiffier accompagné
de plus de quarante Gentilsh: mmes , ſe rendit le
même jour chez M COMTE D'ARTOIS , qui
répondit en ces termes à ce meſſage : » Monfieur ,
« j'eſſayerois en vain de vous exprimer toute la
« reconnoiſſance que m'inſpire la démarche hono-
« rable pour moi , dont la Chambre de la No-
«bleffe vous a chargé , &les regrets qu'elle veut
« bien éprouve . Ils augmenteroient ceux que
4
"
reffent mon coeur , ſi cela étoit poſſible. Mais ,
Monfieur , veuillez bien parler encore en mon
« nom à la Chambre , & lui donner la ferme&
« certaine aſſurance que le ſang de mon aieul
« lui a été tranſmis dans toute ſa pureté , & que
«tant qu'ilm'en reſte a une gouttedans les veines,
« je ſaurai prouver à l'univers entier que je ſuis
» digne d'être né Ge tilhomme François>.>>>
Du 15. Le Tiers-Eat continua le même jour ,
&fans la terminer , la diſcuſſion des deux avis
énoncés ci- deſſus .
Dui6. LePréſidentdela Nobleſſe renditcomptede
la manière dont il s'étoit acquitté de la commiffion
dont il avoit été chargé la veille , & de la
réponſe que M. COMTE D'ARTOS avoit faite
à l'arrêté de la Chambre. Elle continua la vé
(40)
rificationdes pouvoirs. La Députation de la ville
de Metz , qui n'avoit pas voulu ſe réunir à ſes
Bailliages ſecondaires , & qui avoit cru , comme
ancienne ville Impériale , pouvoir faire une Députation
particulière , fut jugée illégale , quoique
foutenue par les Dépurés même de ſes Baillages
fecondaires. Mais la Chambre qui , dans une
ſéance précédente , avoit jugé devoir maintenir les
principales diſpoſitions du Reglement du Roi ,
annulla , à une grande majorité , l'élection du Député
de la ville de Metz .
Du 16. Les Cominunes pourſuivirent leur difcuſſion
de la veille : quoiqu'on n'eût pas le temps
de recueillir toutes les opinions , la pluralité parut
favorifer le premier des deux avis débattus .
Du 18. Cet avis l'emporta ce jour-là à lamajorité
des voix ; mais avec les deux amendemens
que nous avons rapportés la ſemaine dernière.
Du 18. La Nobleſſe nomma des Commiffaires
pour s'occuper de la police de la Chambre.
Le choix fait au ſcrutin , tomba fur MM. le Duc
de Mortemart , le Duc de Coi ny , le Duc de Liancourt
, le Duc du Châtelet, le Berton , le Baron
de Pouilli , de Cazalès, le Préſident d'Ormeffon ,
d'Epremefnil.
Du 23 mai. L'établiſſement d'un Comité de rédaction
fut encore préſenté ce jour-là dans l'afſemblée
du Tiers Etat ,& fou use nouvelle form ,
mai il rencontra encore de plus fortes oppofitior ,
&fut rejeté à la pluralité d 387 voix contre 28 .
La Chambre de 'a Nob'eſte autoriſa les Commiſſaires
qui doivent conférer avec les deux
autres Ordres , d'annoncer au Tiers-Etat , que la
plus grande partie des cah'ers dont font chargés
les Députés de la Nobleſſe , portant renonciation
àtous les priviléges pécuniaires de la Nobleſſe ,
relativement aux impôts tels qu'ils feront fixés
(41 )
par les Erats-Généraux , l'Affemblée eſt dans la
fermeréſolution d'arrêter cette renonciation , après
que chaque Ordre , délibérant librement, aura pu
établir les principes conſtitutionnels fur une bafe
folide.
Dans la même Chambrede laNobleſſe, la Députationdes
Bailliages des trois Evêchés fut examinée
&jugée irrégulière. Il fut décidé par la Chambre
que les Commiſſaires conciliateurs feroient renouvelés
tous les quinze jours. Une Députation de
la Nob'eſſe de la Provence , comp ſée de MM. de
Sabran , de Sades , de Mazenaud , le premier portant
la parole , vint réclamer contre la forme
de députer par Bailliages dans la Provence. Il
remit un Mémoire , & demanda acte de ſa réclamation
, ce qui lui fut accordé.
Les trente-deux Commiſſaires conciliateurs ſe
font aſſemblés , à 6 heures du ſoir , dans une falle
des Menus-Plaiſirs. Les déclarations des deux pre
miers Ordres , relativement à la renonciation des
priviléges pécuniaires , ont été faites && reçues.
On n'a rien conclu dans cette féance , & les Commiſſaires
ſe ſont ajournés au 25.
Du 25. Continuation des conférences entre lés
Commiſſa res des troisOrdres , fans qu'ils foientparvenus
à fe concilier. L'un des Committaires dú
Clergé a ouvert ſeul une voie de rapprochement
qui confifteroit : « En une vérification ſéparée ,
>>telle que celle que fait la Nobleſſe ; enfuite ,
>>les pouvoirs de cet Ordre ſeroient portés
» dans les deux autres Chambres , pour que la
>> vérification en fût confirmée ; il en feroit uſe
» de même à l'gard des pouvoirs des Députés
>> du Clergé& du Tiers-Etat . S'il s'élevoit des dif-
>> ficultés fur les pouvoirs des Députés de quelque
» Ordre , il feroit nommé des Commiſſaires dans
chacune des trois CChhaammbbrreess , felon lapropor-
» tion établie : ilsapporteroientdans leur Chambre
» leurs avis ;& s'il arrivoit que les jugemens
(42)
> des Chambres différaſſent , la difficulté ſera
>>jugée par les trois Ordres réunis , fans que
>> cela puiſſe préjuger la queſtion de l'opinion
>>par Ordre ou par tète , & fans tirer à confé-
>> quence pour l'avenir. »
Cette propofition n'a pas été admife.
Le mêmejour , un Membredu Tiers-Etat a propoſé
à l'Aflemblée de cet Ordre , la formation
d'un Réglement de Police provifoire , foit pour
débattre les opinions , foit pour recueillir les fuffrages,
juſqu'à ce qu'il foit décidé ſi les deux
autres Ordres ſe réuniront aux Communes , ou
s'en ſépareront. Cet avis a été admis par 436
voix contre 11.
Du 26. La Chambre de la Nobleffe ayant
entendu le rapport de M. le Marquis de Bouthillier
, fur les conférences conciliatrices , perfifta
dans ſes premières réſolutions , & délibéra l'Arrêté
ſuivant , qui fut envoyé , par Députationparticulière
, à l'Ordre du Clergé.
«Arrêté: Que pour cette tenue des Etats-géné-
>> raux , les pouvoirs feront vérifiés ſéparément ,
» & que l'examen des avantages ou inconvéniens
>> qui pourroient exifter dans la forme actuelle ,
>> ſera remis à l'époque où les trois Ordres s'oc-
>> cuperont des formes à obſerver pour l'organi .
>> ſation des prochains Etats-Généraux. »
Cet Arrêté de l'Ordre de la Nobleſſe fut pris
à la pluralité de plus de 200 voix .
La Chambre du Tiers-Etat reprit en confideration
le Réglement provifoire fur la police intérieure
de l'Aſſemblée ; & , les voix recueillies , il
fut arrêté preſque unanimement , que le Doyen
& ſes Adjoints rédigeroient ce Réglement le plus
promptement poſſible.
LesCommiſſaires conciliateurs nommés par les
Commures , entrèrent enſuite dans la Chambre,
& firent leur rapport des conférences qu'ils
avoient eues avec les Commiſſaires des deux
(43)
autres Ordres. Ce rapport fut écouté avec une
attention filencieuſe ; l'un des Commiſſaires développa
tous les argumens de droit pofitif , & un
ſecond d'entr'eux , ceux de raiſon naturelle , dont
ils s'étoient ſervis pour déterminer les autres Ordres
à la vérification commune de tous les Députés.
Le premier de ces deux Commiſſaires rapporta
les raiſonnemens par leſquels il avoit combattu les
faits hiftoriques oppoſés par les Commiſſaires de
la Nobleſſe , & il établit , 1 °. que ſi dans les Etats-
Générauxde 1614, de1588, de 1576& de 1560, les
vérifications des titres s'étoient faites ſéparément ,
c'eſt que les Ordres diviſés, non par la conftitution
duRoyaume, mais parde funeſtes haines ou par des
querelles deReligion , étoient toujours réſtés ſéparés
, c'eſt que cesEtats-Généraux n'avoient pas l'objetdepropoſer
en commun desloix générales pour
leRoyaume , mais uniquement de porter au Roi
des doléances ſur les malheurs qui affligeoient la
France;& qu'alorsil importoitpeu aux trois Ordres
de faire entendre leurs plaintes &doléances ſéparément
ou en commun ; que très-ſouvent même ,
ayant à ſe plaindre les unsdes autres , ils avoient eu
beſoin pour celade ſe diviſer & non pas de ſe réunir.
2°. Que puiſque la Nobleſſe veut remonter au
16º fèclepoury trouver des autorités en ſa faveur ,
lesCommunes auront ledroitde remonter au 15. ,
&quedans les Etatsde 1483 , detous lesEtats ceux
qui font le plusd'honneur à la France , tout ſe fiten
commun ,& les vérifications , &les délibérations ,
&les déciſions ; qu'il en avoit été de même dans
toutes les tenues d'Etats-Généraux , depuis Philippe-
le-Be! qui ouvrit les premiers; que torſque les
Ordres vérifioient leurs titres ſéparément , ils
n'avoient point de Juges dans les Etats-Généraux
fur les titresqu'un Ordre conteſtoit , & qu'ils foumettoient
alors les conteſtationsde ce genre à l'au
torité royale& à celle du Conſeil.
( 44 )
L'autre Commiſſaire expoſa, quant au droit
naturel , qu'il étoit évident que la vérification
étant un jugement , ce jugement ne pouvoit pas
être prononcé par un Ordre iſolé , parce que
d'ailleurs les Députés des différens Ordres avoient
tous un intérêt ſenſible à connoître les pouvoirs
reſpectifs de leurs co-Députés.
A la clôture du rapport ,le Commiſſaire-Rapporteur
a rendu compte de l'avis conciliatoire
propoſé par un des Commiſſaires du Clergé; ſes
Collègues du même Ordre ayant gardé le ſilence
fur cette ouverture , elle ne fut fuivie
d'aucune délibération dans la Chambre du Tiers-
Etat.
Dans la Chambre des Communes , plufieurs
Membres ayant expoſé , d'après l'Arrêté de la
Nobleſſe , porté hier à la Chambre du Clergé ,
qu'il étoit inſtant d'engager ce derofer Ordre à
ſe réunir dans la ſalle générale , & que les momens
étoientd'autant plus précieux , queleClergé,
occupé de l'Arrêté de la Nobeſſe , pourroit peutêtre
ſuivre fon exemple , il a été décidé d'envoyer
fur-le-champ au Clergé uneDéputation folemnelle
detrente-fixMembres des Communes. Ces Membres
ont été les Adjoints duDoyen&les Commiffaires
nommés ci-devant pour les Conférences.
Ils ont laiſſé fur le bureau du Clergé la propoſition
ſuivante :
u Les Députés des Communes adjurent, au nom
» du Dieu de paix,&au nom de l'intérêt national ,
» MM. du Clergé de ſe réunir à eux dans la
>> falle de l'Aſſemblée générale , pour aviſer aux
> moyens d'opérer l'union& la concorde , fi né-
» ceſſaires en ce moment au falut de la choſe pu-
» blique.
L'O dre du Clergé ayant mis cette demande
en délibération , il a été envoyé une députation
aux Communes avec la réponſe qui fuit , portée
(45 )
par MM. les Evêques d'Orange& de Lydda. «Les
» Membres du Clergé aſſemblés , ont pris en
» grande conſidération la propoſition de MM. du
>>Tiers-Etat , ils s'en ſont occupés continuement ;
» mais la ſéance s'étant prolongée au-delà de
➡ trois heures , ils ſe ſont ſéparés , & ont remis
» la délibération au lendemain. »
de
Du 28. Le Tiers-Etat , ſans s'occuper d'aucune
délibération , attendoit dans la matinée
une réſolution définitive du Clergé , lorſqu'une
députation de cet Ordre eſt entrée, & a déposé
laNote ſuivante ſur le bureau des Communes .
« Les membres du Clergé aſſemblés s'occupoient
de la propoſition faite par Meſſieurs du
Tiers-Etat,lorſque fonEminenceM. le Cardinal
la Rochefoucault , a reçu une lettre du Roi , en
datede ce jour , portant que le déſir de Sa Majeſté
est :Que les Commiſſaires conciliateurs déja choiſis
par lestrois Ordres , reprennent leurs conférences
demain à 6 heures du ſoir , en préſence de M. le
Garde-des-Sceaux & des Commiſſaires qui feront
nommés par S. M. Les membres du Clergé aſſemblés
, après avoir entendu la lecture de lalettre du
Roi , ont prié fon Eminence de témoigner à S. M.
leur reſpectueux empreſſement de ſe conformerà
ſondéfir , & ont en conféquence chargé MM.les
Commiſſairesqu'ils avoient déja choifis , de ſerendre
à cet effet à l'heure indiquée , & il a été ſurſis
à toute diſcuſſion ultérieure de l'objet de la propoſition
».
Quelques momens après l'Ordre duTiers a reçu
la Lettre ſuivante du Roi : elle étoit ouverte &
ſans adreſſe. M. de Brezé, Grand-Maître des Cérémonies,
aditque tel étoit l'uſage quand laChambre
n'étoiittppaassconftituée.
LETTRE DU ROI.
« J'ai été informé que les difficultés qui s'é
(46 )
toient élevées relativement à la vérification des
pouvoirs des membres de l'Aſſemblée des Etat-
Généraux, ſubſiſtpient encore, malgré les foins d s
Commiſſaires choiſis par les trois Ordres , pour
chercher des moyens de conciliation fur cet objer.
Je n'ai pu voir ſans peine& même ſans inquiétude
, l'Affemblée Nationa'e que j'ai convoquée
pour s'occuper avec moi de la régénération du
Royaume ,livrée à une inaction qui , ſi elle ſe prolongeoit
, feroit évanouir les eſpérances que j'ai
conçues pour lebonheur de mes peuples & la profpérité
de l'Etat. Dans ces circonstances je défire
que les Commiſſaires conciliateurs déja choiſs
par les trois Ordres , reprennent leurs conférences
demain à fix heures du foir , & pour cette occafion
en préſence de mon Garde-des-Sceaux & des
Commiſſaires que je réunirai à lui , afin d'être
informé particulièrement des ouvertures de conciliation
qui feront faites , & de pouvoir contribuer
directement à une harmonie fi défirab'e & fi in
tante. Je charge celui qui dans cet inſtant remplit
les fonctions de Préſident du Tiers-Etat , de faire
connoître mesintentions à ſaChambre. SgnéLovis .
Verfalles , 28 Mai 1789.
La même lettre de S. M. a été également
envoyée à la Nobleſſe , qui , ſe conſidérant déja
comme conftituée en Ordre , l'a reçue clofe , &
remiſe au Préſident même de la Chambre , par
le Grand-Maître des Cérémonies. Dans la matinée
, la Chambre de la Nobleſſe ayant mis en
délibération la queſtion générale de voter par
Ordre du par tête , il a été pris un Arrêté , dont
voici la teneur :
« La Chambre de la Nobleſſe conſidérant , que
dans le moment actuel il eſt de ſon devoir de ſe
rallier à la Conſtitution, &de donner l'exemple de
lafermeté , comme ellea donné la preuve de ſon
déſintéreſſement , déclare que la délibération par
*
(47)
Ordre,& la faculté d'empêcher que les Ordres ont
tous diviſément , ſontconftitutifs de laMonarchie ,
&qu'elle perſévérera conſtamment dans ces prinopes
confervateurs du Trône & de la liberté.
Cet Arrêté a pafié à la pluralité de 202 voix
contre 16 ; 20 Membres n'ont point eu d'opinion.
« L'aſſemblée repriſe dans l'Ordre du Tiers-
Etat , à cinq heures du foir , a duré juſqu'à minuit
; elle a eu pour objet la réponſe à faire au
Roi. Il y a eu de longs débats ſur les inconvéniens
de voir le Conſeil juge de la queſtion de la
vérification des pouvoirs , queſtion liée à celle du
vote par tête. Quelques Députés opinoientà refuſer
les Commiſſaires du Conſeil ,&à ce que l'on fuppliât
le Roi d'aſſiſter lui-même aux Conférences..
L'avis du plus grand nombre a paru être d'accep-
*ter la propoſition du Roi fans condition , cette
démarche ne liant point l'Aſſemblée.
Au milieu desdiſcuſſions , unDéuté a propoſé
que la délibération à prendre fût diſcutée entre les
Députés feuls , & qu'au préalable on fit fortir les
Étrangers: cet avis a été rejeté.
« Le même jour , un autreDéputé a fait la propoſition
ſuivante :
«Que tous les Députés des Communes aillent
vers le Roi porter à Sa Majesté l'expreſſion de
la reconnoiſſance & de l'amour de fonpeuple. >>
«Qu'ils lei faſſent le tableau rapide des ſentimens
des Communes ſur les articles conſtitutifs
de la Monarchie ; de leur déſir , ſans ceſſe manifeſté
, d'entretenir la paix ; des efforts qu'ils ont
faits pour opérer la réunion de tous les membres
appelés à former les Etats-Généraux ; des égards
qu'ils ont pourle Clergé & la Nob'eſſe ; des conférences
qu'ils ont ouvertes après la propoſition
du Clergé. »
▼
(48)
Que le rapport des conférences ſoit remis
au Roi ; qu'il foit très-reſpectueuſement repréſenté
à Sa Majefté , que ne voulant pas excéder les
droitsde fon autorité , Elle ne peut être ni juge
ni arbitre ſur la vérification des pouvoirs.desRe
préſentans nationaux , parce que la vérification
commune, ſansintermédiaire & fans appel , eſt un
droit national , évident comme la raiſon , inaltérablecomme
la jufice , & que Sa Majeſté ne pourroit
pas , après avoir entendu la diſcuſſionde ce
principe , ſe diſpenſer d'en devenir le juge , ſans
compromettre ſon autorité , ſans anéantir la liberté
de l'aſſemblée nationale ; ce qui eſt bien
éloigné de fon coeur. »
<<Qu'il foit encore repréſenté à Sa Majesté , que
lės Communes , profondément affligées de l'inactiondans
laquelle l'abſence du Clergé & de la Nobleſſe
les a placées , ne laiſſeroient pas plus longtemps
les déſirs du Monarque bienfaiſant ſans
effet ; que déſeſpérant déſormais de voir au milieu
du Corps national la Nobleſſe , qui vient de
déclarer qu'elle n'opineroit que par Ordre ſéparé ,
les Communes vont vérifier leurs pouvoirs pour
travailler enſuite concurremment avec le Roi à la
régénération de la France , à l'affermiſſement de
laConſtitution morarchique , que de déplorables
abus défigurent ; déclarant que le Clergé & laNobleſſe
feront toujours les maîtres devenir prendre
dans l'Aſſemblée nationale la place qu'ils ont le
droit d'y occuper; que les Communes les ylinvitent
de nouveau en préſence du Souverain ,
parce que leur plus ardent défir eſt de délibérer
aveceux fur lachoſe publique. Que pénétrées des
idées de juſtice qui doivent animer les défenſeurs
&les repréſentaris du peuple ,elles piacent les intérêts
légitimes des Ordres privilégiés ſous la ſauvegardedu
Monarque:garantie auguſte , qui ne permettra
(49 )
mettra pas de craindre que ies loix que les Communes
tormeront avec le Chef ſuprême de la Nation
, portent la plus légère atteinte aux vrais
drons de toutes les claſſes de la Société. »
La Séancea été remiſe au lendemain; le même
jour , le Clergé & la Nobleſſe ont déféré avec
reconnoiſſance à l'invitation du Roi.
Du 29. Le Clergé , ſans envoyer de députation
au Roi , a chargé S. E. le Cardinal de la
Rochefoucault , fon Préſident par interim , d'exprimer
à S. M. les ſenimens de reſpect & de
reco noi: ance dont il eſt pénétré.
LaNobleſſe a envoyé une Députation au Roi ,
qui a répondu :
« Je recevrai toujours avec bonté les témoi-
>>gnages de reſpect & de reconnoiſſance de la
>>Nobleſſe de mon Royaume ; j'attends de fon
> atrachement & de fon zèle , qu'elle faiſira avec
>> empreſſement tous les moyens propres à affurer
>> une conciliation que je défire. C'est en mair-
>> tenant l'harmonie , que lesEtats-Généraux pour-
>> ront acquérir l'activité néceſſaire pour opérer
>> le bonheur général. »
L'Ordre du Tiers a repris de très-bonne heure
ſa délibération de la veille , & l'a prolongée jufqu'à
trois heures & demie. Il s'eſt raſſemplé de
relevée à fix heures , & n'a terminé qu'à onze
fa délibération. Pluſieurs propoſitions ont été introduites&
difcutées.
--
Enfin les opinions ont été réduites en deux
avis oppoſés , avec des amendemens. Lepremier
avis qui a été adopté avec des deux premiers
amendemens , à une grande majorité , a été :
« De reprendre les conférences purement &
>> fimplement , telles qu'elles ſont propoſées dans
>> la lettre du Roi .
Amendemens adortés . 1º. D'admettre les Conférences
, à la condition qu'à la fin de chacune , le
Supplément au Nº. 23. C
(50 )
procès-verbal ſera rédigé & ſigné par tous les
Commiffaires .
2°. Les admettre avec députation au Roi pour
le remercier.
Amendemens rejetés. 1º. Les admettre avec
addition de pouvoirs aux Commiſſaires pour difcuter
la délibération par tête .
2º. Reprendre les Conférences en préſence du
Roi.
3°. Idem. En préſence du Roi , des trois Ordres
, dans la Salle commune de l'Aſſemblée na
tionale.
L'Avis contraire àla réſolution ci-deſſus portoit :
PointdeConférences, mais ſe conſtituerdès-à-préfent
en Affemblée nationale.
Idem , avec députation au Roi.
Point de Conférences ; députation au Roi fans
ſe conſtituer.
Du 30. L'Ordre de la Nobleſſe a député à
celui du Clergé , pour lui annoncer qu'elle avoit
accepté les Conférences.
LeTiers-Etat a fait la même communication au
Clergé. Après lecture faite d'une correſpondance
estre M. le Garde-des-Sceaux & le Doyen des
Communes , qui avoit écrit de ſon propre mouvement
, pluſieurs Membres ont demandé que
la députation au Roi précédât la repriſe des
Conférences; l'un d'eux a repréſenté qu'il étoit
de la plus haute importance que S. M. fût auparavant
informée des motifs qui avoient déterminé
la conduite du Tiers. Après des débats
tumultueux , cette propoſition a été rejetée.
M. le Garde-des-Sceaux ayant écrit que S. M.
indiqueroit le jour& l'heure où Elle voudroit bien
recevoir la Députation du Ters-Etat , l'Affemblée
a rédigé un projet de diſcours au Roi ;
projet qui a eu l'approbation univerſelle. La
ſéance levée , a été remſe au premier juin.
(51 )
Pièces relatives au Discours de M. le
Directeur-général des Finances .
ÉTAT général des Revenus et des
Dépenses fixes.
REVENUS FIXES.
Objets affermés .
Droits de Clermontois .
:
115,560,000'
Objets en régie . 28,440,000.
T
107,000.
fur leTabac
etfur les
Entréesde
4,000,0: 01 150,107,000
6,000,000.
2,000,000.
GENFÉERRAMLEE,
Supplément.
Paris.
fur les Objets
en
régie.
Fermes des Poſtes ... 12,000,000
Ferme des Meſſageries ........
Ferme des droits ſur les beftiaux
1,100,000 .
à Sceaux & à Poiffy.........
Ferme des affinages ...........
Ferme des droits du Port-Louis .
Abonnement des droits de la Flandre
maritime....
630,000.
120,000 .
47,000.
823,000.
Régie générale des Aides & des
droits réunis .. 50,220,000.
Régie des domaines & bois..... १०,०००,०००.
Régie de la Loterie royale de 1
France & des petites Loteries . 14.000.000.
Régie des revenus cafuels ...... 3,000,000 .
Régie du marc-d'or ......... 1,500,000.
Régie des poudres & ſalpêtres .. ৪০০,০০০.
Transporte......... 284,347,000
C1j
(52)
... Reporté.......
Recettes générales des finances de
Paris , des Pays d'Election &
des Pays conquis.
Impofi.ions ordinaires & Capitation.
Vingtièmes . .....
:
110,568,000'
46.467,000.
157.035.900.
284,347.0Col
Dedution pour les
ſommes verſées
par lesReceveurs
généraux dans les
caiffesde la régiel
générale & de la 1,380,000. 155,655,000.
régie des domaines
, & qui fon
partie des pro
duits de ces deux
régies .....
IMPOSITIONS DES PAYS
D'ÉTATS.
SAVOIR :
TRÉ- RECESORIERS,
VEURS TOTAUX.
généraux
Languedoc.. 8,584,824 1,182,426 92767,250
Bretagne 6,115,400. 496,060. 6,611,460.
Bourgogne... 3,190,008. 938,128. 4,128,196.
Provence...... 1,997,031. 895,432. 2,892,463.
Pau,Bayonne
etFoix.
1,156,638 1,156,658.
19,887,323 4,668,704-24,551,027
Transporté. .............
24,556,000 .
464,558,000
( 53 )
Reporté. 464,558,000
Capitation & Vingtièmes abonnés
.
575,000.
Capitation& dixièmes retenus au
Tréſor royal fur les penfions&
fur d'autres objets 6,090,000.
Impoſitions particulières aux fortifications
des villes ......... 575,000 .
Bénéfices ſur la fabrication des
monnoies . ... 500,000.
Bénéfice annuel des forges royales.
.... ৪০,০০০.
Revenus de la caiſſe du Commerce
.... .... 636,000.
Loyers des maiſons &des terrains
des Quinze-vingts .......... 180,000.
Intérêts annuels des ſommes prétées
aux Etats-unis de l'Amésique..........
1,600,000.
1
Intérêts annuels de fix millions
que doit unPrince d'Allemagne. 300,000.
TOTAL des Revenus fixes ..... 475,294,000 .
DÉPENSES FIXES ,
Dépenſes générales de la Maiſon
du Roi & de celle de la REINE ,
deMonſeigneur le DAUPHIN ,
des Enfans de France , & de
Madame ÉLISABETH & de
MESDAMES , Tantes du Roi ,
e iij
( 54 )
avec les traitemens annexés à
ces différentes parties , & en
ycomprenant divers objets de
dépenſes dans les forêts , qui
étoient autrefois payées ſur le
produit des bois .... 25,000,0001.
Maiſons de MONSIEUR , frère du
ROI & de MADAME ; Maiſons
de Monſeigneur Comte & de
Madame Comteſſe d'ARTOIS ,
deMonſeigneur le Duc d'ANGOULÊME
& de Monſeigneur
le Duc de BERRY , & traitemens
confervés aux perſonnes
qui ont fervi les Enfans de
Monſeigneur Comte d'Artois
dans leur bas âge 8,240,000.
Affaires étrangères , Ligues Suifſes&
Courſes de Courriers de
ce département ............
Département de la guerre ; traitemens
& objets acceſſoires ,
non compris ce que les provinces
s'impoſent & verſent directement
dans les caiffes militaires
..........
.....
... Marine & Colonies ......
-Supplément demandé pour indemnité&
récompenfes qu'exi-
Tranſporté ..........
7,180,000.
99,160000.
40,500,000.
180,380,000.
( 55 )
Reporté ..... ...
geront les réformes déterminées
dans les établiſſemens des
Colonies ..
Ponts & chauffées ..
Haras ſous les ordres de M. le
Grand-écuyer , de M. le Duc de
Polignac & de M. le Marquis de
Poliguac .....
180,380,0001.
400,000.
5,680,000 .
814,000.
Rentes perpétuelles & viagères.. 162,486,000 .
Intérêts d'effets publics & d'autres
créances ..... ...... 44,300,000 .
Gages de Charges repréſentant
l'intérêt de la finance. 14,692,000.
Intérêts & frais des anticipations
qui portent fur l'année 1790
& fur l'année 1791 .........
Intérêts & frais du renouvellement
des billets des fermes des
...
4,900,000.
autres anticipations ou des em-
"
prunts néceffaires pour balancer
les beſoins de l'année 1789. 10,900.000.
Engagement à temps envers le
Clergé ......... 2,500,000 .
Indemnités à différens titres .... 3,235,000 .
Penſions ...... 29,560,0 0.
Gages du Confeil & traitemers à
M.leChancelier , àM. le Garde
des Sceaux , au Secrétaire d'ETransporté
........ 459,847,0001
( 56 )
Reporté....... ... 459,847,000-
tat de la Maiſon du Roi , à divers
Magiftrats , compris leur
franc- falé , & traitemens d'autres
perſonnes ............. 3,173,000.
Intendans des provinces , leurs
Subdélégués & leurs Commis . 1,495,000.
Police de la ville de Paris ...... 1,570,000.
Guet&Garde de la ville de Paris . 1,138,000.
Maréchauffées de l'Ile-de-France. 250,000.
Entretien & réparation du pavé
de Paris ......
Travaux dans les carrières qui
ſont ſous la ville de Paris & les
environs ......
Remiſe en moins impoſé ſur la
recette des pays d'élections &
des pays conquis ; décharges &
modérations ſur les vingtièmes
& la capitation ; remifes aux
pays d'Etat.....
Traitemens aux Receveurs , Fer-
627,000.
400,000.
7,120,000..
miers & Regiſſeurs , & autres
frais de recouvrement .... 20,094,000-
Les cinq Adminiſtrateurs du Tréfor
royal , Payeurs des rentes ,
&c .....
3,753,000.
Bureaux de l'Adminiſtration générale.
2,048,000.
Transporté. ............ 501,515,000.
( 57 )
Reporté.
Fonds réſervé fur le produit de la
Loterie royale & fur la ferme
du Port-Louis , pour des actes
de bier.faiſance ............
Secours à des Hollandois qui ſe
font réfugiés en France ......
Communautés & maiſons Reli-
501,515,0001.
いい
172,000.
830,000.
1
gieuſes ,&fecours pour laconftruction
d'édifices ſacrés... 12,188,000
Dons , aumônes , hôpitaux & Enfans-
trouvés , &c ...... 3,038,000.
Travaux de charité . 1,896,000 .
Destruction du vagabondage &
de la mendicité ........ 1,144,000.
Primes & autres encouragemens
pour le commerce.
1
3,864,000 .
Dépenſes du département des mines..
: 92,000.
Jardin royal des plantes , &Cabinet
d'hiſtoire naturelle.......
Bibliothèque du Roi ..........
Univerſités , Académies , Collèges
, Sciences &Arts .........
Paffeports , en exemption de
droits , à la Marine royale , aux
Ambaffadeurs & Miniſtres étran-
130002.
167,000.
:
930,000 .
gers , &c . 400,000 .
Entretien , réparations & conf-
Transporté..... ........ 516,354,000 .
( 58 )
Reporté. ... 516,364,000
tructions debâtimens employés ,
àlachoſe publique..........
Dépenſes de plantations dans les
forêts , de curement de riviéres
, & d'autres objets dont le
paiement eſt aſſigné fur le produit
des bois .....
1,900,000.
500,000 .
Frais de procédures criminelles ,
& dépenſes de priſonniers .... 3,180,000 .
Dépenſes dans les provinces dont
l'objet varie tous les ans , & qui
ſe renouvellent de différentes
manières...
Dépenſes imprévues .........
4.500.000 .
5.०००,०००.
TOTAL des Dépenses fixes .... 531,444,000.
PREMIER MAI 1789 .
RÉSULTAT.
DÉPENSES FIXES ......... 535,444,0001
REVENUS FIXES ........
DÉFICIT annuel .
475,294,000
56,150,0001
( 59 )
PAYS - BAS .
De Bruxelles , le 5 juin 1789.
Les Bulletins de Vienne , des 14 et 15
mai , annoncèrentl'Empereur sans fièvre,
et ayant eu deux bonnes nuits. Les
jours suivans furent encore plus favorables.
Son état étoit si amélioré le 20 , que
le dimanche précédent il assista au service
divin dans l'Eglise de la Cour , et
qu'il partit , le 19 , pour le château de
Laxembourg.
M. Dietz , Ministre de la Cour de
Prusse à Constantinople , a expédié à
Berlin la nouvelle de la mort du Grand-
Seigneur , par un Tartare qui a traversé
la Dalmatie et l'Italie . Le 15 mai , ce Tartare
arriva à Venise, chez le Résident de
Prusse , auquel il remit ses dépêches .
Elles confirment les détails que nous avons
annoncés. Abdul Hamedest mort d'apoplexie
, accident qui a donné lieu à nombre
de rapports absurdes . Le nouveau
Sultan a promis toute son affection et
sa confiance au Capitan- Pacha , en lui
déclarant qu'il le regardoit comme un
des fermes appuis de l'Empire Ottoman .
- Sa Hautesse a fait déclarer aux Ministres
Etrangers , sa résolution de n'entendre
à aucunes propositions de paix ,
(60 )
jusqu'à ce que l'Impératrice de Russie
eût renoncé à toute autorité sur les Tartares
, et reconnu l'indépendance de la
Crimée. Cette détermination arrêtée , le
15, dans un Divan tenu en présence de
Sa Hautesse , a été suivie de celle de
pousser la guerre avec la plus grande
vigueur.- On assure que le Divan a
fixé à to millions de piastres le subside.
que paiera la Porte à la Suède.
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 13 JUIN 1789 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
Pour la Statue du Chancelier DE L'HOPITAL.
DIGNE des plus beaux jours &
Rome ,
de Sparte & de
Juſte& ferme, il ſoutint , il fit aimer la Loi;
Et fidèle Sujet, vrai Citoyen , grand Homme ,
Servit également ſa Patrie & fon Roi.
(Par M. D*** T*****. )
A
No.24. 13 Juin 1789. C
: MERCURE
So
LES VÉGÉTAUX,
FABLE.
DROITS ou prétentions de talens , de naiſſance ,
De richeſſe , d'eſprit , de rang , ou de puiſſance
De rixes , entre, nous furent ſouvent l'objet :
Entre Plantes , parfois , les droits de préféance ,
De conteftations font auſſi le ſujet.
Cifar , non Empereur , mais natif de Bourgade ,
Fait , dans ſon potager , clos d'une paliſſade ,
Verdir , & s'élever en planches , en carreaux ,
Ofeille , Melon , Choux , Légumes & Salade ,
Elégamment entourés d'Artichauts.
Là , promenant ſes yeux fur les races naiſſantes ,
D'avance jouiflant de ce qu'il doit cueillir ,
Il abreuve avec ſoin ce qu'il voit défaillir
Par vingt rigoles circulantes ,
Et fon travail eſt ſon plaiſir,
Quel bonheur pour Céfar, au milieu de ces Plantes,
Dont les faveurs douces & fucculentes
Lui promettent de bons ducats ,
Si , couvertes de ronce , & dans l'onde plongées ,
Il ne les voyoit afliégées
Par un nombreux eflaim de Rats !
Juſtement, dans ces entrefaites ,
Grolitlant fous ſa feuille , un Melon s'eſt montré,
DE FRANCE.
SE
Loin de toi , lui dit-il , ami , bon gré , malgré ,
J'entends bannir ces dangereuſes bêtes.
Il sème tour à tour , il tranſplante , il tapit
Et la Laitue , & le Pois & la Féve ,
Dont les âpres Souris chériſſent tant la séve ;
Et le Seigneur Melon tout bas s'en réjouit ,
Ce qu'il n'eſt pas,je crois, mal-aiſé de comprendre.
Mais , le mois révolu , vous auriez dû l'entendre !
Plein de douceur , d'eſprit , doré , délicieux ,
Je ſuis,ſe diſoit- il , un fruit digne des Dieux ;
L'Aurore, en fouriant, blanchit mes tendres chaînes ,
Le Soleil , dans les Airs faiſant flotter ſes rêmes ,
Ne la fuit que pour me mûrir,
Sous fon char radicux , ces vents & ces nuages
Préparent quelques doux orages
Pour m'abreuver & me nourrir .
La Terre , que je tiens , eſt l'un de mes otages ,
Et tous les Elémens font faits pour me fervir.
Quel dommagepourtant, qu'auprès de ma perſonne
On ait poſté , par un mal-entendu ,
Tout ce vulgaire , qui foiſonne ,
Avec lequel je ſemble confondu !
Qu'appelez-vous vulgaire , eut bientôt répondu
Une voix qui partitd'une Plante veiſine ?
Monſeigneur l'orgueilleux ,qui nous dédaignez tant,
Pourquoi faire ainſi l'important ?
Nous avons même ſort & Cemblable origine.
Quoique ſoigné , parfumé , ragoûrant ,
Vous n'êtes , comme nous , qu'une frêle machine ,
C2
52 MERCURE
:
Qui de graine fortit , qui tient à ſa racine ,
Et quidépend du ſol, de l'eau , du feu , du vent,
Près de la tendre Senfitive
Reconnoiffez l'élaſticité vive
Du Sablier , de la Dionéa ,
Du Roffolis & de l'Alléluia ( 1 ) ,
Que l'Ananas prifé , meilleur que vous encore ,
Voit, fans être jaloux , accompagne & décore :
Ce Chêne couronna le Bourgeois bienfaiſant ;
Ce Laurier , le Héros ; ce doux Mirte , l'Amant ;
Et c'eſt ainſi ſur-tout qu'on brille & qu'on s'honore,
Nous ne ſavons enfin ſi vous êtes aimé ;
Mais qui mépriſe à tort , n'eſt jamais eftimé.
(Du pied des Pyrénées , par Epimenide qui dort. )
2
(1) Peu de perſonnes ignorent ſans doute les mouvemens
de cette Senfitive , qui recule , abaiffe , & puis remet une
portion de ſes bras au gré de l'amareur qui l'éprouve ;
comme aufſi que la Balf mine, le Sablier , P'Alléluia , lancent
leurs graines. La Dionéa , piquée par que que infecte ,
replie fubitement fa feuille , comme pour le faifir ; & la
fleur de deux fortes de Roffolis , ayant fis feuilles repliées ,
Jes ouvre avec précipitation . dès qu'un infecte a humé quel
ques gouttes forties du bout des poils de ſa plante.
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LLE mot de la Charade eſt Mattreſſe ; celui
de l'Enigme eſt Noeud ; celui du Logogriphe
eft Hémorroïde , où l'on trouve Hérode,
Emir, Hidre, Mer, Homère, Ohio, Oder.
CHARADE.
MA première eſt placée entre ſes quatre foeurs ;
Mon ſecond, de la Perſe eſt un Savant , un Sage ;
Nous prive-t-on de voir l'objet qui nous engage ,
De l'abſence , mon tout allége les rigueurs.
QUAND
(ParM. Ferran de Fronton. )
ÉNIGME.
UAND un des élémens m'a donné la
Dans le même moment ,
naiſſance ,
Je vais , ami Lecteur , perdre mon exiſtence
Dans un autre élément.
(Par le même. )
C3
54 MERCURE
LOGOGRIPHΕ.
SI parfois je me plais à faire des heureux ,
Parfois aufli , Lecteur , j'accable & déſeſpère ;
Et quoiqueje ne fois rien moins qu'une chimère,
Je fais couler des jours bien doux ou bien affreux ;
Je porte dans les coeurs la crainte & l'eſpérance ;
Je sème tour à tour la peine & le plaifir ;
Les Amans d'ordinaire éprouvent ma puiſſance ;
Je rends indifférent , j'inſpire le déſir ,
Etj'appaiſe les maux de la cruelle abſence :
Fut-il jamais , Lecteur , d'auſſi bizarre Loi ?
Cependant je ne ſuis qu'une ſimple femelle.....
Mais brifons-là : parlons un peu de ma ſequelle.
J'ai cinq pieds , qui pourront te faire voir enmoi
Cequi tient de bien près à la Sorcellerie ,
Et qui fait à maints ſots croire ce qui n'eſt pas ;
Unenote du chant ; ce qui donne la vie ,
Et qui quitte le corps au moment du trépas;
Celur qui nous conſole en partageant nos peines;
Un oiſeau babillard ; un pronom féminin ;
Ce qui fait renoncer au plaifir de l'hymen ;
Et cet aimable mois qui fait verdir nos plaines.
(Par le même.)
DE FRANCE.
55
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DANIEL , Poëme en quatre Chants ,
traduit de l'Allemand de CH. FRED. DE
MOSER. A Paris, chez Royez , Libr. ,
quai & près des Augustins..
ود DAns nos Poéfies on parle plus àl'ef-
„ prit qu'à l'imagination , on raiſonne
>> plus qu'on ne décrit; on effleure rapi-
לט dement trente idées , plutôt que d'en
>> approfondir une : on craintde ſe montrer
>> trop fortement inſpiré : ſouvent on s'in-
ود terdit ce que la Poéfie lyrique & l'E-
>>popée ont de plus audacieux & de plus
fublime : enfin l'on fent la néceflité
d'être court , ferré ; & cette néceflité aug-
» mente tous les jours à mesure que la So-
ود
ود
ود ciété nous rend moins réfléchis & plus
» légers ". C'eſt M. de Chabanon , qui s'exprime
ainſidans fon excellentEllai fur Théccrite
; & ces réflexions fuffiroient peut-être
pour rendre raiſon du ſuccès trop peu général
de ſa Traduction fideile & ſavamment
élégante , fi cete verſion en profe n'étoit
pas accompagnée & embellie d'imitations
C4
56 MERCURE
en vers du même Poëte , plus appropriées
au goût de notre tiècle. Il eſt ſingulier que
les Gens de Lettres eux-mêmes aient rendu fi
peu dejuftice à fon Théocrite; cet Académicien
ſi recommandable par l'aménité de fes
moeurs , & par des talens qui allient le goût
à l'érudition , a dû être un peu étonné que
depuis dix ans la plus petite Feuille n'ait pas
daigné en faire mention , & que jamais au
grand jamais , ni fon Pindare ni fon Théocrite
n'aient été cités entre les Traductions
françoiſes très-fidelles & très-ſoignées ( 1 ) .
(1) Pour bien louer le travail du Traducteur
de Théocrite , je n'ai qu'à le faire connoître.
Une citation de ce genre ne peut qu'être trèsagréable
dans un Journal qui , de tout temps , a
dû être particulièrement conſacré à la belle Littérature
: le Fragment que l'on va lire eſt tiré
de l'Idylle intitulée le Cyclope.
Tandis qu'il chante ainfi, l'air s'agite & murmure;
Un mouvement foudain a troublé la Nature ;
Les vieux pins de l'Etna, de leurs fronts verdoyans,
Courbent avec lenteur les rameaux ondoyans.
La mer en un moment a blanchi ſa ſurface ,
Et le flot fur le flot croît, s'élève & s'entaſſe .
Polyphème attentifà tous ces mouvemens ,
Croit , eſpère déjà, vaine erreur des Amans !
Que la courſe des vents , que la mer agitée ,
Vont ramener vers lui l'aimable Galatée.
DE FRANCE.
57
Au reſte , c'eſt à notre manière de vivre
qu'il faut s'en prendre ſur le reproche que
les Anglois & les Allemands font à notre
Poéfie. Poëtes Citadins , notre génie , borné
dans la ſphère étroite de nos cercles , n'ofe
prendre un effor vigoureux & libre . Si
nous avons à peindre les agrémens d'une
belle campagne , ou les beautés agreſtes
d'un ſite ſauvage , nous ſongeons à être lus
& applaudis dans les boudoirs. Nous cherchons
moins à déployer la richeffe & l'énergie
de nos couleurs , qu'à plaire à des
Plein de trouble , il ſe lève , il palpite , îl frémit.
Il marche; fous ſes pas l'Etna tremble & gémit.
Loin du bord, il s'avance, il fend l'onde écumante,
Et ſemble à chaque flot demander ſon Amante.
Il s'arrête ; l'eſpoir le repouffe & retient :
Il s'éloigne cent fois , & cent fois il revient.
Enfin , las des tourmens d'une attente inutile ,
Il retourne au rivage ; & long-temps immobile :
Laiffe , dit-il , gronder les ondes en courroux ;
Ma grotte à tes appas offre un ſéjour plus doux.
Là , le lierre déploie un tapis de verdure ;
Là mûrit le raiſin ; là coule une onde pure
Dont le criſtal invite à ſe défaltérer.
Quels lieux à cet afile ofes- tu préférer ?
Que ne puis-je te voir ,& payer de ma vie
Ce bonheur d'un moment que carigueur m'salied .
C
58 MERCURE
yeux que le grand fatigue , &qui préfèrent ce
qu'on appelle des tableaux de genre. Nous
connoiffons peu la Nature ; nous ne l'étudions
guère que dans des livres , & rarement
en elle-même ; & lorſqu'elle s'offre à
nos yeux , obſerve encore M. de Chabanon,
nous la regardons ſans la voir , ou nous
la voyons fans nous pénétrer de ſes beautés.
» Rien de plus contraire à l'eſprit de
>> contemplation , à cet eſprit méditatif&
>> filencieux , que l'eſprit léger , fugitif &
>>parleur , dont la Société a beſoin , qu'elle
>> exige de nous , & qui ſeul y procure des
> ſuccès «.
En effet , on ne le peut nier : le bel efprit
, le prétendu bon ton , un je ne fais
quel vernis appelé philoſophique & qui ett
à la vraie philoſophie ce qu'eſt à l'or fin
la feuille légère d'or faux qui couvre le
métal le plus vil , ſe ſont tellement accrédités
, que les plus grands talens ne ſe
croient pas exempts de lui payer tribut ;
perfuadés que , ſans ce relief , leurs Productions
feroient beaucoup moins de ſenlation
.
A cet égard , les Poëtes Allemands font
dans une fituation oppoſée à la nôtre. On
faitqu'ils vivent loin de l'intrigue des Cours
&du faſte des Villes , retirés dans leur contrée
natale. Séparés par la diſtance des lieux,
mais rapprochés par les liens de l'eſtime &
de l'amitié , ils ignorent ces cabales & ces
baſſes jaloufies qui ne règnent que trop
DE FRANCE.
so
parmi les Gens de Lettres. Comme leur
principale occupation eft de contempler la
Nature , leur principal talent eſt de la décrire.
Nous leur reprochons à notre tour d'abufer
du genre deſcriptif. Mais comme
notre defaut eſt de tout tapetiſfler , nous ne
pouvons que gagner à nous familiariſer avec
leurs Auteurs qui tombent dans un excès
contraire au nôtre. C'eſt chez eux que nous
devons chercher cette naïveté , cette pure
nature , cette fimpliciré touchante , trop
peu analogue à nos moeurs , & fi éloignée
de cette brillante galanterie dont nous voulons
tout enluminer. Accoutumés à parler
à l'imagination , & à l'ébranler par des
images hardies , leurs Poëtes nous apprendront
à voir les objets & à les peindre à
grands traits.
Al'exemple de Geffner , & de Klopstock,
M. de Mofer a pris ſon ſujet dans la Bible.
Son objet principal a été moins de
faire un Poëme , que d'orner des couleurs
de la Poćfie un des ſujets les plus intéreſfans
des Livres ſacrés. Son but est trèsmoral
. Il offre un grand exemple aux Rois
& aux Peuples. On y voit un Sage
homme intègre & éclairé , qui , malgré les
voiles dont l'enveloppe ſa modeftie , atrire
les regards d'un Monarque puiffant & victorieux
, devient le premier de ſes Favoris,
que fon Maître appelle ſon ami , & qui
bientôt victime des complots &de la haine
un
C6
60 MERCURE
des Courtiſans , tombe du faîte de la gloire
& des honneurs , dans l'abîme de la difgrace
, du malheur & de la mort. On y
voit un Prince né avec de belles qualités ,
trompé par de vils flatteurs , devenu cruel
par foibleſſe autant que par orgueil , figner
avec précipitation la perte de ſon ami , pour
s'en repentir bieurôt , & affez heureux pour
réparer hautement ſa faute. C'eſt ici que
l'on peut appliquer ces deux beaux vers
de la Henriade, qui , dans plus d'une occafion
, m'ont fingulièrement frappé.
La Foibleffe , au teint pâle, aux regards abattus ,
Tyran qui cède au crime & détruit les vertus.
Ce ſujer , qui ne prête rien à la fiction ,
ſe trouve refferré dans un cercle ſi étroit
d'évènemens , qu'il a fallu recourir à de
fréquentes deſcriptions , à de longues converſations
& à d'autres embelliſſemens de
ce genre , propres à l'Epopée. La Cour de
Datius , les intrigues de ſes Satrapes donnent
lieu à des peintures pleines de vérité
& d'énergie. C'eſt le talent propre de M.
de Mofer. Il eſt rempli de la lecture des
Livres Saints , on ne peut faire un uſage
plus heureux des figures , des tours & des
expreffions de l'Edriture. Cetre elpèce d'Epopée
a jeline fais quoi d'Aſiatique &
d'impofant. Citons le début , ill eft impofant.
Cette, citation aura quelque étendue;
mais elle mettra à portée de juger l'Ou-
1
DE FRANCE. 61
vrage , beaucoup mieux que le Lecteur ne
pourroit le faire par des fragmens tronqués
& interrompus .
>>C'étoit l'aurore d'un bean jour d'été :
jamais les ſomptueux jardins de Babylone
n'avoient été ſi magnifiques. Le ciel étoit
ſerein comme l'innocence ; l'air pur comme
l'haleine d'un enfant. Le baume s'exhaloit
des humbles cyprès & des cèdres orgueilleux.
Les échos retentiſſoient encore des
accens du roflignol ; les premiers rayons
du Soleil étinceloient à travers le feuillage
touffu des antiques palmiers ; là , le cigne
nageant en filence ſous l'iris des jets d'eau ;
plus loin , le ſuperbe oiſeau du Phaſe béquetant
une datte ſucculente , & le colibri
, le bijou de la Nature , s'amuſoit à le
confidérer «.
Je n'ai jamais été partiſan de la profe
poétique , & fur- tout de la proſe poétique
deſcriptive. Je ſuis de l'avis de celui
qui a dit que » ces éternelles deſcriptions,
>>ces images fans ordre & fans liaiſon ref-
ود ſemblent à celles qu'un enfant a décou-
>> pées & qu'il colle au hafard ſur le pa-
» pier «. Mais j'avoue que celle- ci a pour
moi un charme particulier. Point de phraſes
vagues; point d'expreffions oifeuſes. Les
images font animées par des détails d'une
-vérité frappante. C'eſt en ce ſens fur- tout
que le vrai feul eft aimable.
" Pourquoi ces pompeux apprêts ? c'eſt
pour Daniel , pour le bien aimé du Sei62
MERCURE
:
gneur , qui vient embellir le réveil de la
terre. Il erre ſur les bords des vaſtes canaux
, fur l'émail des plus brillantes Heurs,
regarde avec complaiſance l'ami du Très-
Haut , & toute la création émue ſur les
pas du vénérable Vieillard , comme la harpe
ſous les doigts du Prophète royal , crie avec
Daniel : Jubilation , louange , gloire à l'Eternel
«!
>> Cette ame habituée à louer le Tout-
Puiffant , étoit alors obfcurcie de fombres
penſées. Pour lui ſeul , le plus ferein des
jours étoit couvert de nuages , ſemblables
à ces tourbillons de poufſière rougeâtre
dont l'ardeur ſulfureuſe préſage la tempete.
Les noires vapeurs de la mélancolie
s'élevoient dans ſon coeur inébranlable " .
» Cependant il hate ſes pas; il court
attendre le Roi près de l'enceinte de marbre
de Paros qui entoure les bains. Il paſſe
auprès de la foſſe aux lions. Le fier Tyran
des animaux pouſſoit des rugiffemens
épouvantables. Daniel paſſe. Une ſueur
froide coule de tous ſes membres : fon
fang ne circule qu'avec effort. Des prefſentimens
inconnus , accablans , s'emparent
de ſa grande ame ".
Ici on peut remarquer l'art de l'Auteur,
qui , par la peinture de ces triſtes preſlentimens
de Daniel , prépare d'avance le dénouement
de ſonPoëme.On peut remarquer
encore que la deſcription précédente , loin
d'être un hors-d'oeuvre , ou un lieu comDE
FRANCE . 63
5
mun , forme un contraſte ſavant avec la trifreſſé
du Prophète. Continuons :
" Il tombe accablé ſur le ſol humide de
ſes larmes ; il traîne lentement une reſpiration
pénible . Il veut parler ..... Les fanglots
le ſuffoquent. Ah ! Dieu ... Dieu ...
Dieu de mes pères ! ..... Vers toi ......
Vers toi je crie du fond de l'abîme. Ah !
Dieu ! ...... Dieu de inon coeur .......
Dieu de ton peuple ! .......... Combien
de temps ai - je encore à traîner ces fers ,
à ſoupirer au milieu d'une race criminelle
? ...... Loin de ton autel , ſans efpoir
de t'y adorer jamais ........ Une Nation
qui te méconnoit ! ...... Une Cour fans
moeurs ! ....... Un Prince idolarre ......
Dupe des miniftres du menſonge ! .......
Ah ! Seigneur, l'angoiſſe qui me déchire n'eſt
pas un vain ſignal ; peut-être vais -je ..... "
>>Daniel voit le Monarque deſcendre à
grands pas des jardins ſuſpendus , l'une des
merveilles de l'antiquité. Accoutumé à facrifier
ſes intérêts à ſes devoirs , il eſſuie
ſes larmes , & court ſe profterner devant
fon Maître , &c . «
On vient de voir quel eſt le ton de
l'Auteur dans ſes narrations & dans ſes
deſcriptions. Le ſtyle oriental & celui des
Ecritures s'y trouve heureuſement fondu.
On va voir qu'il fait faire parler ſes perfonnages,
comme il les fait peindre. Ce qui fuit
eſt le Diſcours de Darius à Daniel dans le
premier Livre.
64 MERCURE
» Il y a neuf lunes que je me ſuis emparé
de cet Empire ; mais certes , fi javois
connu le caractère odieux de ce Peuple ,
je me ferois à jamais contenté des Mèdes.
Je ne peux voir ſans mépris , des Nations
que j'ai conquiſes en dormant. Jamais ils
ne peuvent m'être fidèles , ces vils Satrapes
, traîtres à leur Patrie. Je les ai élevés
aux honneurs , qu'ils s'y tiennent : il falloit
payer leur lâcheté. Mais ils reſteront toujours
ce qu'ils font. Leurs dos d'eſclaves ſe courbent
humblement devant moi. Mais l'ingratitude
règne dans leurs coeurs , comme
la fourberie fur leurs viſages. Je ne peux
m'aſſurer d'eux que par la crainte. Ils ne
ceſſent de demander , les infatiables ! Sachant
affez combien par eux-mêmes ils méritent
peu, ils follicitent mes graces comme
des droits dus aux Perſans. Ils blâment
ma gravité , parce que je ne partage pas
leurs débauches. Ils me taxent d'avarice ,
parce qu'ils ne partagent pas mon pouvoir.
Sans ceſſe je dois appréhender le fort de
Baltazar. Je ſuis affligé , Daniel , vivement
affligé de régner fur des traîtres. Jamais
je ne m'attacherai des ingrats. Je rougis
de mon empire ſur un Peuple inconftant
& lache. Ils abrégeront mes jours.
Il me paroît juſte , & c'eſt le moindre fruit
de mes victoires , que je goûte enfin le repos
que demandent mon âge & mes travaux
paffés. Je ne veux pas m'endormir
dans une molle oiſiveté au milieu des fem
DE FRANCE.
mes & des feftins. Je ne veux que m'éloigner
de l'ignorant Elack & du traître
Nabad. Je me ferai lire l'Hiſtoire des Conquérans
; je comparetai mes actions à
leurs hauts faits. Je me livrerai , dans ces
Jardins à l'enthouſiaſme qu'inſpirent les
beautés de la Nature; je les ferai retentir
d'Hymnes de reconnoiffance envers les
Dieux , ces Dieux qui m'ont protégé par
tant de merveilles " .
>>Babylone , la Reine des Cités , ne m'a
plu que du moment que j'y ai vu Daniel.
Mon ame t'avoit deviné. Mais juſque - là
facile à me livrer aux premières imprefſions
de l'amitié , trop ſouvent dupe de ma
facilité , je t'éprouvai ; je ne t'ai rien fait
connoître encore de ce vif penchant qui
me ſaiſit , quand , appelé près de moi , tu
répondis avec tant de ſageſſe au torrent
de queſtions que je te fis dans ce boſquet
même. Tu fais encore avec quelle confiance
je te remis le gouvernement de mes Provinces
méridionales. Tu as furpaffé mon efpoir.
Jamais il ne m'en eſt revenu de plaintes
; & fi je pouvois être jaloux d'un de mes
ſujets , je le ſerois d'apprendre combien
mes Peuples te chériffent. Tu ne m'as point
encore demandé ta récompenſe. J'ai eu de
la peine à te faire accepter ce que d'autres
euſſent regardé comme un foible ſalaire.
Toi ſeul m'es fidèle; toi ſeul me ſers dignement&
fans ambition. Ajoute encore
àtes ſervices, & laiſſe moi mettre le comble
66 MERCURE
à mes bienfaits . Ces ornemens , ce diadême
font un fardeau bien lourd , je connois ton
age; mais je connois auſſi tes forces. Je fais
que tu es animé de l'eſprit des Dieux : tu
porteras légèrement une charge ſous laquelle
tant d'autres fuccomberoient. Sois mon premier
Miniſtre ; je veux trouver la confolation
de ma vie à voir en toi le ſeul homme
qui m'apprenne les beſoins de mon Peuple
& qui lui porte mes décrets ".
Cet Ouvrage de M. de Mofer a beaucoup
réufli chez les Allemands; la Traduction
annoncée dans cet article a été faite
fur la troiſième édition. Si la verſion n'apas
le même ſuccès que l'original , ce ne fera
pas la faute du Traducteur. Sa proſe poétique
n'a pas moins d'énergie & d'harmonie
que celle de M. le Tourneur , & me
paroît plus élégante & plus correcte. On
n'y rencontre point ces locutions bizarres,
& ces anglicifmes qui fourmillent dans les
traductions d'Young & de Shakespear Le
ſty'e des Ecritures qui reſpire dans cette efpèce
d'Epopée , ſtyle beaucoup plus familier
aux Allemands qu'aux François , offroit
des difficultés particulières. Le Traducteur
(M. de la Beaume , Sous - Ingénieur des
Ponts & Chauffées à Lyon ) les a toutes
furmontées . Ce jeune homme partage ſon
temps entre l'étude de l'Algèbre & de la
Littérature étrangère. Il a remporté le prix
de Mathématiques de l'Académie de Lyon .
Mais on a pu voir que ſon élocution fa
DE FRANCE. 67
cile , élégante & forte , ne ſe ſent en rien
de l'aridité des calculs algébriques .
(CetArticle est de M. de Saint-Ange.)
LA Mort de Molière , Pièce en 3 Actes
& en vers, reçue à la Comédie Françoise
le 31 Janvier 1788. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Knapen & fils ,
Libr-Impr. rue Saint-André-des-Arcs
en face du Pont St - Michel ; & Bailly ,
Lib. rue St- Honoré, Barrière des Sergens.
CE ſeroit être injufte que de juger cet
Ouvrage dans toute la rigueur des principes
de l'Art dramatique. Ce n'eſt point une
Comédie , ce n'eſt point un Drame , ce
n'est point une pièce d'intrigue , ni une
Pièce épiſodique , ni un Ouvrage de caractère
; c'eſt un compoſé de nuances relatives
à chacun de tous ces genres , cù il y
a du talent &de l'intérêr. Les repréſentations
de la Maison de Molière ont échauffé
l'imagination de l'Auteur , & il a voulu
brûler auffi un grain d'encens aux pieds de
la Statue du premier Poëte comique du
Monde. M. Goldoni , & après lui M. Mercier(
1), ayant faiſi la circonſtance la plus in-
(1) La Maison de Molière , Comédie en cinq
68 MERCURE
téreſſante de la vie de Molière , pour la
porter au Théatre (nous voulons parler de
celle où la protection d'un grand Roi le fit
triompher des cabales ténébreuſes de l'hypocrifie,
en faiſant repréſenter Tartufe), il a cru
que la bienfaiſante activité qui cauſala mort
de Molière , étoit le trait le plus honorable
de ſa vie ; & c'eſt celui dont il a fait choix
pour remplir ſon deffein. Tout le monde
fait , ou devroit ſavoir que ce grand homme
étant malade & fouffrant , Baron & fa
femme le prièrent , les larmes aux yeux ,
de
point jouer dans le Malade imaginaire
, & qu'il leur répondit : » Comment
» voulez - vous que je faſſe? il y a cin-
>>quante pauvres ouvriers qui n'ont que
→ leurs journées pour vivre ; que feront
ود
ود
ne
ils ſi l'on ne joue pas ? Je me reprocherois
d'avoir négligé de leur donner du
» pain un ſeul jour, le pouvant faire ab-
» ſolument ". Ces paroles & l'action qui
les ſuivit , annoncent , en effet , une ame
d'une générofité & d'une bienfaifance peu
communes. Qu'elles exaltent la tête d'un
Poëte , d'un homme ſenſible & ami de la
vertu , cela n'eſt pas étonnant ; on entendra
donc fans ſurpriſe l'Auteur avouer qu'elles
mirent le feu dans ſon imagination déjà
prête à s'enflammer. Voyons ce qui eſt
réſulté de tous ces mouvemens .
Actes & en proſe , par M. Mercier. A Paris , chez
Guillot , Libraire de MONSIEUR, rue St Jacques ,
vis-à- vis celle des Mathurins. Prix , I liv . 16 f.
DE FRANCE.
69
Acte zer. Molière ſeul attend avec impatience
fon ami Chapelle , qui lui a laiſſé
unde ſes Manuferits , en lui emportant un
des fiens. En l'attendant, il examine ce
Manufcrit , qui eſt une Pièce de Théatre.
Après avoir lu , il dit :
Encore de l'eferit , des traits vifs & brillans ,
Des détails fins , légers , & des portraits faillans ;
Unjargon de ruelle , un ton de perfifflage ,
Qui, fans doute, des ſots obtiendra le fuffrage :
Mais pas le ſens commun, pas l'ombre de raiſon ,
Etde grands fentimens toujours hors de ſaiſon .
Croit- il , mon pauvre ami , que pour la Comédie
L'eſprit ſoit ſuffifant ? Du bon fens , du génie ,
Voilà, voilà fur-tout les dons qu'il faut avoir.
Tel qu'il eſt enun mot , l'homme cherche à ſe voir,
Etnon tel qu'on l'a peint dans cet oeuvre infidèle :
Qui manque la copie, eſt fifflé du modèle.
Toutes ces idées ſont établies fur des
principes vrais , inconteftables. C'eſt ainſi
qu'il convient de faire parler Molière , &
le dernier vers eft digne de ſa plume. Mais
pourquoi lui avoir prêté un ton prophétique
dans la ſuite de la tirade ? Pourquoi
lui avoir fait prédire quetde beaux Efprits,
Membres d'Académie , feroient un jour des
Comédies fur ce modèle , & rediroient ;
Ce qu'ont dit en parafes rebattues ,
Vizé, Balzac , Voiture , & Monfieur Trifſfotin ,
Grands Auteurs dont on fait le malheureux deſtin ?
70 MERCURE
Il eût été plus ſimple de fixer ſes réfle
xions ſur le préſent; du préſent , il eût été
poſſible& facile d'en reporter l'application
fur l'avenir : l'effet eût été le même , &
l'Auteur ne préſenteroit pas ici une intention
fatirique peu convenable au genre de
la Comédie.
Enfin Chapelle arrive. Il rapporte à Molière
ſon Manufcrit , & vient lui demander
ce qu'il penſe du ſien. Molière en
ditſon avis; Chapelle doute ; & l'on prend
pour Juge la bonne La Foreſt , Servante de
Molière. On commence devant elle la lecture
de la Pièce dont elle croit que ſon
Maître eſt l'Auteur. Elle baille , & finit
par s'endormir debout. Molière , Chapelle
même rient beaucoup de ce trait , & on la
renvoie. Chapelle avoue bonnement fon
impuiſſance à faire des Comédies , & Molière
lui répond :
Vous pourriez , comme un autre , avec du temps ,
des peines ,
Arranger une intrigue , & filer quelques ſcènes ;
Mais il faudroit d'abord micex choiſir vos ſujets,
C'eſt de là ſeulement que dépend le ſuccès.
L'Infouciant ! quel titre ! un pareil caractère
Peut fournir tout au plus une eſquiſſe légère ;
Il n'est qu'épiſodique , & pour le bien traiter ,
C'eſt au fond du tableau qu'il faut le préſenter.
Voulez-vous réufſir ? peignez dans vos Ouvrages ,
L'homme de tous les lieux , celui de tous les âges ;
DE FRANCE.
71
Deſſinez largement ; que de tous vos portraits ,
A Paris , comme à Londre , on admire les traits,
Aux Peintres des Boudoirs laiſſez la miniature,
Et foyez , s'il ſe peut, grand comme la Nature.
Voilà des préceptes ſages qu'il eſt bon de
rappeler , aujourd hui ſur-tout que l'on croit
avoir obtenu des ſuccès au Théatre, quand
on y a fait applaudir quelques vers jargon-
- nés, & qu'on y a filé indécemment quel
ques ſcènes de Boudoirs. A propos de Boudoits
, il nous ſemble que nous ſommes
fâchés de trouver cette expreſſion dans la
bouche de Molière ; certainement elle étoit
inconnue quand il vivoit. Le fonds de cette
ſcène eſt vrai , mais c'eſt à Brécourt que
l'aventure eſt arrivée . En l'attribuant à Chapelle,
perſonnage bien plus important par
ſa réputation que le Sr. de Brécourt, l'Auteur
a ceſſé d'être vrai pour être vraiſemblable,
& il a bien fait,
On vient chercher Molière pour une
répétition. Il ſort, & laiſſe Chapelle chez
lui. La Molière le rencontre , &le chapitre
ſur la vie trop gaie qu'il fait mener
a fon mari. Chapelle ſe défend d'une manière
moitié plaiſante , moitié dure. On
apperçoit dans cette ſcène quelques traits
échappés durcaractère impérieux de laBéjart;
mais c'eſt dans la ſcène ſuivante, avec ſa fille
Iſabelle , que perce toute entière ſon ame
hautaine& arrogante. Baron aime Iſabelle,
72
MERCURE
&Molière veut en faire ſon gendre ; mais le
Marquis de Milfiore demande la main d'Ifabelle
, & c'est lui que préfère la Molière.
En vain lajeune perſonne cherche à s'autorifer
de l'aveu de ſon père ; ſa mère eſt intraitable,
& elle l'emmène pour aller, de ce pas ,
forcer le conſentement de Molière.
Au ſecond Acte , le mari & la femme
font en conteſtation. L'une veut s'allier au
Marquis , l'autre ne le veut pas , & Molière
y développe rapidement le ſage lyftême
de ne point fortir de ſon érar. Cependant
la Molière infiſte avec opiniâtreté ;
Ton mari ſe fâche , & répond :
Eh ! quel eft ce Marquis ? Dans le ſiècle où nous
fommes
Il cít de faux dévots & de faux Gentilshommes.
Je les ai démarqués ces impoſteurs cruels
Qui méditent le crime à l'ombre des autels ;
Du bon Monfieur Tartufe on ſe ſouvient encore ,
Et, fi vous me fâchez, craignez tout pour Milflore.
Juſques à ce moment , de Meſſieurs les Marquis
Je n'ai peint que les airs. Il court de certains bruits
Que Milflore eft de ceux dont la coupable adreſſe
Ufurpe les honneurs qu'on doit à la Nobleſſe .
Qu'iltremble : avec le temps chacun aura fon tour,
Et je puis peindre auſſi les Tartufes de Cour.
Si l'on veut rapprocher cette tirade de
celles que Molière a faites pour lui-même
dans l'Im- promptu de Versailles , on verra
que
DEFRANCE 73
que l'Auteur a bien étudié ſon modèle, &
qu'il en a bien ſaiſi le caractère . Un trait
de cette ſcène qu'il faut encore remarquer,
eſt celui que laiſſe échapper Molière quand
ſa femme ſe fâche contre Iſabelle , parce
qu'elle prend les intérêts de Baron avec
vivacité. Et pourquoi , dit-il ,
Et pourquoi , s'il vous plaît , la forcer au filence?
Une mère doit-elle uſer de violence ?
Elle raiſonne juſte; il eſt permis , je crois ,
Lorſque l'on n'a point tort de défendre ſes droits.
(A part. )
Ce trait eſt ſi naif, que j'en veux faire uſage ,
Etje le placerai bientôt dans quelque Ouvrage.
Il dut échapper à Molière beaucoup de
ces mouvemens qui ſont ſeulement propres
à l'obſervateur , à l'homme qui étudie la
Nature , qui aime , comme on dit , à la
faifir fur le fait , & l'Auteur la ſaiſit ici
lui-même , dans le caractère de Molière ,
d'une manière qui nous paroît digne de
beaucoup d'éloges .
La Molière , forcée de rompre la converſation
fur ce point , la porte ſur la ſanté
de fon mari. Elle veut le détourner de
jouer dans le Malade imaginaire. Il perfifte
ày remplir ſon rôle, & elle le menace d'aller
chercher le Docteur Mauvillain. Molière lui
répond très-comiquement :
Nº 23. 13 Juin 1739 . D
74 MERCURE
UnMédecin ... Ma femine ! o Ciel ! quelle
incartade ! 1
Neft- ce donc pas affez pour moi d'être malade ? "
L'arrivée de Baron chaſſe la Molière , qui
court chez le Docteur, Ici ſe retrouve le
trait de générofité très connu de Molière
envers le Comédien Mondorge , ſon ancien
camarade. Pendant que Baron eit forti
pour aller faire exécuter ſur cet objet les
ordres de Molière , on vient demander à
celui ci s'il jouera dans ſa Pièce ; il répond
affirmativement. Sa fille effrayée tombe à
ſes genoux pour le ſupplier de ménager ſes
jours. Molière réplique avec énergie. C'eſt
dans cette tirsde que l'on retrouve à peu
près les paroles que nous avons rapportées
plus haut , & qui ont échauffé l'imagination
de l'Auteur. Il convient que les Ac
teurs renommés qui l'ont aidé dans ſesopé
rarions dramatiques , peuvent ſe paſſer des
fecours d'une repréſentation ; mais , ajouter
t-il :
Mais ceux que mes travaux
Soutiennent chaque jour & chaque jour font vivre,
Ceux qui manquent de tout , faut-il que je les livre
Au beſoin , qui ſouvent naît d'un pénible emploi
Tous aes infortunés font pères comme mọi;
Leur fort eſt dans mes mains, & par ma négligence
Dois-je de leur famille augmenter l'indigence ,
Et les priver enf du prix de mes efforts ?
Ah! ne m'expoſe point à fentir un remords ,
Et laitle-moi remplir un devoir néectiaire.
DE FRANCE.
75
Les obſervations d'Iſabelle ne changent
rien à la réſolution de ſon père. Le Peintre
Mignard le fait prévenir qu'il va lui apporter
fon portrait , & le prie de reſter chez lui.
Iln'a point cédé aux inſtances de ſa femme
& de la fille , un tableau ne le fera pas changer
d'avis . Mais Baron n'a pas pu remplir
entièrement la commiffion de Molière pour
Mondorge , La Forest s'y oppoſe;& Molière,
contraint d'aller lui-même ſe faire obéir ,
laiſſe enſemble ſa fille & Baron , en les exhortant
à répéter la vingt - unième Scène
du Malade imaginaire , Acte troisième.
C'eſt cele où Angélique , apprenant la feinte
mort de fon père Argan , laifle éclater ſon
déſeſpoir. Iſabelle met dans cette Scène une
chaleur qui étonne Baron. Mabelle avoue
qu'elle doit à des preffentimens funeftes
le mouvement qu'eile donne à ſon rôle.
Cette ſituation, pleine d'adreſſe & de vérité,
eft du plus grand intérêt. Le Docteur Mauvillain
entre,& profite du moment d'abſonce
de Molière pour donner for fon état des
avis dont le réſultat est très alarmant. Il entend
Molière qui revient , il s'enfuit. Le rctour
du grand Homme fait naître de nouve
les instances pour qu'il ne joue pas ; mais
il eſt inflexible , & quand Chapelle le preife
de ſe rendre, en lui obſervant que c'eſt lei
qui lui a fait quitter ſon régime , & que s'il
mouroit ,
On diroit hautement : Il a tuè Molière ,
Pour l'avoir obligé de vivre à ſa manière.
76 MERCURE
Molière lui répond.
/
Eh bien ! entre mes bras
Jetez-vous , mon ami. Si le Ciel l'abandonne ,
Et s'il meurt aujourd'hui , Molière vous pardonne.
Toute la fin de cet Acte a un charme trèsattachant.
Molière malade , entouré de ſes
amis , de fa famille , ſenſible à leur inquiétude
, s'obftinant à jouer la Comédie par
un motif d humanité , de générofité qui lui
en preferit le devoir , & marchant vers la
mort plutôt que de ceſſer d'être bienfaiſant,
jerte dans l'ame un intérêt de ſenſibilité&
d'admiration auquel il nous ſemble qu'il eſt
impoſſible de réſiſter.
A l'ouverture du troiſième Acte, Chapelle
entre avec un grand trouble. Il appelle La
Foreſt , lui raconte l'accident de Molière : il
eſt au plus mal. On prépare un fauteuil , des
couffins. Molière entre foutenu par fa fille&
par Baron. Son ame toujours ferme lui déguiſe
fon affoibliſſement & fon danger. Le
Docteur Mauvillain entre , Molière le voic
avec plaifir comme ami , & le plaiſante
somme Médecin. Il ſe peut que nous nous
crompions; mais nous craignons que cette
Scène qui veut être plaiſante , en partie , ne
ſoit pas da goût de tout le monde. Molière
n'eut pas le temps de rire fur le bord de ſa
tombe ; & en ſuppoſant qu'il l'ait eu ,
Molière riant aux portes du trépas ne fera
rire perſonne. On l'emporte dans ſon ap১
DEFRANCE. 71
partement. Tout le monde l'y ſuit , excepté
Baron ; il reſte là pour attendre la Molière
qui n'eſt pas encore rentrée. Apeine eft il
feul , qu'on annonce M. de Montaufier . Sa
viſite eſt un hommage que la probité rend
au talent vertueux. Il eſt ſuivi de l'hypocrite
Pirlon, qui vient , pour ainſi dire ,
inſulter aux derniers momens du grand
Homme. M. de Montauſfier ſe propoſe de
le confondre , & il le mène vigoureuſement
Cette Scène montre en raccourci le Mifan
thrope aux priſes avec Tartufe. En parlant
des vices qu'a terraſſes Molière , Montaufier
dit :
Ces monftres, parmi nous, levoient leut tête altière,
Auglaive de Thémis , tout fiers d'être échappés a
D'un joyeux anathême il les a tous frappés ,
Ils ont fenti les traits de ſa verve féconde ;
Et comme un autre Alcide, il a purgé le Monde.
,
Ces vers font auſſi beaux que vrais ,&
il y en a beaucoup de cette force dans la
Scène entre Pirlon & M. de Montaufier,
Mais pourquoi Pirlon ſe trouver il là ?
Qu'y vient il faire ? L'Auteur dit dans ſa
Préface,qu'il vientfans doute pourapprendre
quelques détails dont ſa haine & l'esprit de
parti puiſſent tirer avantage. Voilà une ſup
poſition qui reſſemble à une excuſe. Il ajoute
que ce perſonnage lui a paru fi dramatique
dans la Maison de Molière , qu'il n'a pas
pensé qu'on f ít mal de fuivre de bons exem
D
78 MERCURE
ples. Nous lui obſerverons que fi le per
fonnage de Pirlon eft dramatique dans la
Maiſon de Molière , c'eſt qu'il y est très-néceſſaire
à l'action dont il eſt un des premiers
moteurs , mais qu'il s'en faut de beaucoup
qu'il foit utile dans la Mort de Molière. H
eſt ſenſible que l'Auteur , après avoir fait
difparoître fon Héros , a du être très- embarraflé
de filer fon troiſième Acte dans la
longueur ordinaire , & qu'il lui a fallu
chercher des reſſources. Il a donc eu recours
aux perſonnages épiſodiques ; mais
ces perſonnages ſont moins néceffaires à la
ſituation , qu'à l'Auteur. Au reſte , il eſt difficile
de préjuger l'effet que ces rôles produiront
au Théatre , & , comune nous l'avons
dit , il faut ne pas appeler ici la rigueur
des principes. Nous devons cependant
remarquer que , du moment où l'on a fait
fortir Molière , l'intérêt ſe refroidit beau+
coup.
Molière doit mourir , on le fait , il n'y
aplus ici ni curioſité ni incertitude , & les
refforts qui pourroient foutenir l'attention
l'intérêt qu'un dénouement exige , ne nous
ſemblent pas compenfés par la Scène de Pirlon
&de Montaufier , quoique louable à
bien des égards , ni par les doléances d'Ifabelle
, ni par ſon apoftrophe au portraitde
fon père.
• Peut-être une Pièce comme celle-ci ne
pourroit-elle jamais , fur un Theatre tel que
nos Théatres publics , préſenter une fin laDE
FRANCE.
tisfaiſante. Quand on ſe rappelle les circonftances
qui environnèrent la mort de Molière,
on voit le Contemplateur par excellence
, l'Apôtre des moeurs , le Héau des
vices , un des plus ardens Sectateurs de la
faine philofophie ; on voir enfin l'homme
éclairé , ſenſible & généreux , ifolé à ſes
derniers momens , privé de tous les fecours,
abandonné de la Nature entière,
A ce fouvenir , il s'élève dans l'ame
qui s'indigne & fe révolte , un intérêt trèspuiffant
; & quand on penfe qu'enfin un
Souverain vraiment digne du trône ne dédaigna
point demployer fon autorité pour
lui fairerendre de triſtés& derniers devoirs
le coeur éprouve un ſentiment de confolation
dont l'humanité s'honore autant pour
le protégé que pour le Protecteur,
Que de ſcènes fortes & touchantes peu
vent réſulter de ces données , & combien
toutes lesſuppoſitions vraiſemblables ſont ici
Join de la vérité ! Il nous eſt impoflible d'in
diquer les ſcènes que nous délirerions , &
l'Auteur, qui les devinera ſans doute , nous
oppoſera qu'elles ne ſeroient point admifes
fur notre Théatre. Nous en conviendrons ;
mais nous obſerverons qu'il faut ſavoir renoncer
quelquefois à l'honneur , ſouvent
très - vain , des repréſentations publiques.
Un bon Ouvrage n'a pas beſoin du ſecours
des Comédiens du Roi , pour ſe faire lire
& pour produire un grand effet , fur tour
D +
80 MERCURE
quand il préſente un but moral & philofophique
très-prononcé. Si l'Auteur de Mélanie
avoit voulu ſubſtituer des équivalens
ou à peu près à toute la ſévérité de fon
ſujet & de ſes motifs , ſon Ouvrage feroit
moins eſtimé , il produiroit moins d'effet ,
&fon but feroit manqué. Quel effet ne
produit-il pas dans les repréſentations par
ticulières ! Il en eſtde même de Jean Hennuyer.
En dénaturant les perſonnages de ce
Drame, on pouvoit en faire une Tragédie,&
l'Ouvrage n'eût pas été ſans intérêt ; mais
cet intérêt eût été bien fubordonné à celui
qu'inſpire le principal perſonnage . Quoi
qu'il en ſoit , la Mort de Molière , telle
qu'elle est , eſt un Ouvrage dont il faut
avouer le mérite; &, quant au troiſième ,
Acte , il eſt poſſible qu'en le conſidérant
comme tin hommage rendu à un grand
Homme , le Spectateur ne le juge pas à la
rigueur : d'ailleurs , où les difficultés font
reconnues pour être infurmontables , le
droit d'être ſévère n'exiſte plus.
L
( CetArticle est de M. de Charnois . )
3.
t
1
7
1
DE FRANCE.
1
1
19
LES Commentaires de César , Traduction
nouvelle , ſuivie d'un Examen de l'analyse
critique que M. DAVON a faite de
fes guerres ; par M. DE VAUDRECOURT,
Major du Régiment d'Infanterie de
Rouergue. 2 Vol. in 12. A Paris , rue
Dauphine , près du Pont Neuf, chez
Didot fils aîné , -Jombert jeune , Libr.
:
:
LES Commentaires de Céfar ont tou
jours joui d'une eſtime univerſelle & méritée
; une élégante ſimplicité en forme le
caractère. Ce Héros , en y, racontant fes
guerres , c'est-à-dire, en offrant le tableau
de ſes victoires , n'a pas cru, devoir ſe
permettre le luxe des ornemens ; iln'a entrepris
que des Mémoires , il s'eſt trouvé
à la fin avoir écrit une véritable Hiſtoire
c'eſt ce qui faiſoit dire à Cicéron , en parlant
de ce bel Ouvrage : Nudi funt , recti
& venufti , & omni orationis ornatu, tanquam
veste ,detracto , stultis materiam pra- -
buit,fanos verò homines àfcribendo deterruit.
Il ne s'agit point ici de difcuter le genre
demérite de ces célèbres Commentairess
on convient généralement qu'ils font remarquables
, comme nous l'avons déjà dit , par
une élégante fimplicité. Le nouveau Traducteur
, dans une courte Lettre qui fert de
Ds
2 MERCURE
Préface , eſt aſſez modeſte pour n'ofer ſe
flatter d'avoir mieux fait que ſes prédécef-
Leurs ; mais , dit- il , j'ai tâché d'être plus
exact. Nous croyons que les Amateurs de
Fancienne Littérature ſentiront le mérite de
fon travail, & lui rendront la juſtice qui lui
eftdue. Nous n'en citerons qu'un morceau ,
qui fuffira pour faire juger de ſon ſtyle ;
c'eſt une partie de la peinture des maurs
des Gaulois . Un homme , en ſe mariant ,
• metoit en communauté une ſomme
>>.égale à la dot de ſa femine; on dreſſoit
»un état de ces deux ſommes , dont on
- metroit à part le revenu , & ce revenu
- avec le principal appartenoit à celui des
deux qui furvivoir. Le mari avoit droit
de vie &de mort ſur ſa femme & fur
fes enfans. En livrant à la foi d'un ſeul
>> homme un dépôt aulli cher , le Légiflateur
honoroit d'un côté la Nature humaine ,
mars de l'autre il l'aviliſtoit , en faifant
dépendre du caprice ce qui n'eût jamais
» dû dépendre que des Loix . Quand il mouroit
un homme d'une naillance diftinguće
, ſes parens s'affembloient , & fi on
>> avoit fut fa femme le moindre foupçon ,
>> elle éroir , ainſi qu'une vile eſclave , li-
>> vrée au barbare & inutile fupplice de la
>> queſtion ; fi elle étoit convaincue , elle
» étoir jetée dans les fammes , après avoir
éré livrée aux plus affreux tourmens.
>>Les funérailles, chez ces peuples, étoient
ود
>> magnifiques & fomptueuses , autant que
DE FRANCE. 83
>>le comportoit la richeile du pays. On
>>> brûloit tout ce qui avoit été cher au dé-
>> funt, même les a imaux , & Cófar gjoute
» qu'il n'y avoit pas long temps que les
» eſclaves & les aff anchis que l'on favoit
ود que le défunt avoit aimés , étoientjetés
» avec lui dans le même bûcher . Aing nos
ود braves ancêtres n'avoient preſque en tout
» que des moeurs dignes du Sivage le plus
>> attice , & de la plus révoltante bar
➤Barie".
Ce morceau eft tité du fixième Livre.
Le Traducteur a pris le ſage parti d'en extraire
la defeription des moeurs des Gaulais
& des Germains , port en faire and in
troduction qui aide à l'intelligence de cere
Hitoire.
Pent- être , en lifant cette Traduction , y
trouvera-t-on quelquefois un pen de lechereffe.
Mais ce défaut étoit d'autant plus diffickle
à éviter , que le récit de l'Auteur Pant
très rapide, il fallait toute fon elegante pour
le tendre interellant , & que rien n'eft plus
difficile qute de faite pilfer P
dans
langue cette élégance continue.
aurre
Agreste, M. de Vaudit court ne s'eſt point
bomé à traduire Mar, il a entrepris de le
venger. Il le défend conte les critiques
de M. Davon, & Inous a patu le défendre
avec fuccès. Nous avouens qu'il nous
feroit pénible , comme à M. de Vandrecourt
, de renoncer à la plus profonde ef--
time pour ce grand Capitaine.
D6
$4 MERCURET
1.
VARIÉTÉS.
SCIENCES ET ARTS.
)
L'ART de nos Tapiffiers-Tiſſerands tient immediatement
à celui du Deſſin. Tous ceux qui excellent
dans ces fortes de travaux , font initiés
dans la connoiſſance du Deſſin , & ont des notions
de la Peinture ; & l'on fait que le Roi entretient
une Ecole journalière du modèle à la Manufacture
Royale des Gobelins. Pluſieurs morceaux de
cette Manufacture ont figuré dans les Sallons
parmi ceux de Peinture , & les ont , en quelque
forte , rivalifés. Nous croyons donc pouvoir annoncer
des Productions de ce genre , comme faifant
partie de celles des Arts.
L'un de MM. de Sallandrouze de la Mornaix ,
Fabricant des Manufactures Royales d'Aubuſſon
&Felletin , a établi un Entrepôt de leurs Fabriques
à Paris , rue Françoiſe , Nº. 6 , près la rue
Mauconſeil ; on y trouve toures fortes de Tapis
veloutés & ras de toute grandeur & qualité ,
Deſſus de Fauteuils , Cabriolets , Cantonnières ,
Caparaçons. Ils ont fait exécuter les Batailles
d'Alexandre , d'après les Tableaux de Le Brun :
on pourra les voir_dans leur Entrepôt. On y exécute
toutes les Commiſſions ſur les Plans & Def-
Ens que l'on défire .
DEFRANCE. S5
33 SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES PRÉTENDUS , Comédie lyrique , repréſentée
le Mardi 2 Juin ſur ce Théatre , a parfaitement
réuſſi , & nous ſemble mériter tour ſon ſuccès.
>> Le ſujet de cette bagatelle n'eſt pas neuf,
>> dit l'Auteur dans un Avertiſſement modefte ;
>> mais une Comédie eſt , à peu près , une nouveauté
ſur le Théatre de l'Opéra , & à cer
>> égard , l'intrigue la plus originale auroit peu
» d'avantages fur celle-ci «.
Nous ne croyons pas qu'une Comédie ſoit une
nouveauté ſur ce Theatre. Ce genre a été tenté
plus d'une fois pendant le règne de l'ancienne
Muſique Françoile , qui n'avoit pas , à la vérité,
le piquant , la fineſſe,la légèreté néceſſaires pour
le faire réuffir; mais nous penſons avec l'Auteur,
non ſeulement qu'une intrigue plus originale auroit
peu d'avantages fur celle- ci , mais méme
qu'elle en auroit beaucoup moins. La Muſique ,
comme on fait, faite uniquement pour parler le
Langage des paffions , eſt peu fufceptible d'expofitions
, de développemens , de raiſonnemens ,
de récits toutes chofes néceſſaires dans la Comédie
, & dont une intrigue un peu commine
a beaucoup moins beſoin. Si dans la Tragédie
lyrique , les ſujets très-connus des Spectateurs font
préférables en ce qu'ils exigent une expofition
د
1
$6 MERCURE
moins détaillée , dans la Comédie lyrique il eſt
micux de n'offrir de même que des fujets déja
traités. Il ne refte plus alors à l'Auteur qu'à les
rajounir par les détails , & c'eſt ce qu'a fait celui
des Prétendus .
Julie aime Valère , qui eft venu demander fa
main à ſes parens ; mais il s'y eft pris un peu
tard. Orgon l'a promiſe à un Gentilliomne de
campagne , infatué de fa nollefle & de ſon ehateau.
La mère la detine à un Financier , qu'elle
protége , peut-être dans la foule vue de courtarier
fon mari. L'Auteur a forr bien diftingué ces
ca actères . Le contraſte des deux Prétendus eft
fur- tout très-marqué. Le Canmpagnard ett bruſque
&fomporré ; le Financier doux & pacifique ; le
Muficien n'a pas négligé ces ditiérences.
Cependant Valère , qui a intéretlé les parens
même , n'eſt pas tout-à-fait éconduit. Julie en
conçoit beaucoup d'e(poir. Elle prend le patti de
dégoûter d'elle ſes deux Amans. Elle propofe a
Pun de vendre fa Terre pour avoir une Loge à
l'Opéra ; & lui tient les propos de la plus franeho
Coquette. Elle feint aver l'autre une paffion effrénée
pour les Arts , & veut lui perfuader
En Sallons de Concerts, de changerfes bureaux,
Etfes Commis en Virtuoſes .
১
Le Financier, toujours raisonnable ,fent qu'une
pareille femme ne pour lui convenir. Ces deux
Prétendans vont dégager leur parole ; le père &
la mère , chacun de leur côté , regardent Valère
comme une reflource , & s'accordent à lui donner
leur fille. L'Opéra finit par une fère préparée par
la Soubrecte , perf image dont nous n'avons pas
parlé, parce qu'il ne tient pas ellentiellement à
DE FRANCE. 87
l'action ; mais la vivacité que lui a donnée
l'Auteur , contribue à répandre beaucoup de gaîté
fur cet Ouvrage..
Cette agréable Comédie eſt écrite avec beaucoup
de naturel & de facilité. L'Autear garde l'anonyme
, mais on croit y diftinguer un homme
d'infiniment d'eſprit , connu par de plus grands
Ouvrages , & par autant de ſuccès fur différens
Théatres.
La Muſique , parfaitement affortie aux paroles ,
pleine de goûr , de légèreté , de fraîcheur , &du.
meilleur ſtyle , eſt de M. Lemoyne, dont la réputation
étoit déja folilement établie dans un
genre, finon plus diffici'e , au moins plus important.
En général , les caractères qu'il a eus à
peindre, font habilement variés ; il a orné du
chant le plus a mable tous les endroits qui en
étoient fufceptibles. Ses morceaux d'enſemble ſont
très-bien entendus : particulièrement le Trio entre
la Soubrette & les deux Prétendans, ainſi que
le final . On y trouve des pailages délicieux ; mais
nous devons , comme Arrfte , un plus grand éloge
encore à une autre partie de fon Ouvrage , c'eft
le récitat f. Il y en a peu. Le Compoteur , en
homme d'efprit , a fenti que , dans un fujet pareil,
le récit fimple ennuieroit facilement ; & if
n'a écrit de cette manière que ce qui fe refafoit
abfolument au chant proprement dit ; encore
r'a - t- il pas prodigué la ſymphonie dans cette
eſpèce de récitat f, & c'eſt en quoi confifte for
adreffe. L'usage qu'on a introduit en France ,
d'accompagner perpétuelicament le récitatif &de
le couper par des traits d'orchefire , a beaucoup
d'inconvéniens. A quoi fert la fymphonic, fi ce
r'eft à exprimer les fentimens dir perfonnage , &
àrendre ce qu'il ne ſyauroit dire ? Mais quand ce
perſonnage n'eft. ému par aucune paflion déter-
/
$8 MERCURE
*
/
minée; lorſque ſon dialogue doit marchet rapi
dement vers l'action , que peut faire alors la ſym
phonie? Elle retarde cette même action par des
ſons qui ne fignifient rien. M. Lemoyne a micux
aimé faire taire l'orchestre , que de lui faire dire
des choſes infignifiantes. Il s'eſt contenté , dans
ce cas , d'accords plaqués pour maintenir l'Acteur
dans le ton , & qui répondent au Clavecin des
Italiens. Il a cru devoir laifler repofer l'oreille ,
toutes les fois qu'il ne pouvoit parler à l'eſprit.
Cette méthode peut être employée avec ſuccès ,
même dans la Tragédie. L'action en marchera
plus vite, les développemens feront plus permis ,
les oreilles des Auditeurs moins allourdies , les
bras des Inftrumentiſtes moins fatigués , & les
Compofiteurs moins obligés de remplir leurs partitions
de paſſages d'orchestre qui n'ont ni ſens
ni intérêt.
L'exécution de cet Ouvrage répond à tout le
refte. MM. Lais & Chardini ont très-bien ſaiſi
les nuances de leurs différens caractères . Mile .
Gavaudan cadette, met dans le rôle de Julie infiniment
de grace & de gaté. Les autres rôles
font trop peu importans pour rien ajouter à la
réputation des Sujets qui en font chargés , fi ce
n'eſt peut être celui d'Orgon, très -bien rendu par
M. Adrien . Mais nous devons faire une mention
particulière de Mlle. Rouffclois , qui continue ſes
débuts dans le rôle de la Soubrette. Cette Ac-,
trice , qui arrive de Province avec un talent décidé,
l'a déjà développé d'une manière très-brillante
dans ALCESTE , & fur-tout dans CHIMENE.
Onlus a trouvé une méthode de chant très-pure ,
très naturelle , ( puiſſe-t- elle la conſerver ! ) avec
tous les grands moyens de la Tragédie. Elle
n'annonce pas moins de talens pour le comique ,
à en juger par le grand parti qu'elle a ſu tirer
DEFRANCE.
82
de ce petit rôle. Nous croyons avec tout le Public
, que Mlle. Rouffelois eft une des plus précieuſes
acquifitions que ce Théatre ait pu faire.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 5 Mai , on arepréſenté à ce Théatre
le Deftin & les Parques , Comédie en un Acte &
en Profe , mêlée de Vaudevilles .
* Une Comédie épiſodique est compoſée d'un
nombre de ſcènes détachées ou à tiroir , qui ſe ſuccèdent
ſans être liées les unes aux autres. Le ſecret
de l'Auteur confiſte à faire paſſer rapidement
ſous les yeux du Spectateur , un grand nombre
de perſonnages qui viennent donner ou recevoir
des leçons & des ridicules. C'eſt ordinairement aux
travers de mode que l'on s'attache dans ces Ouvrages
, dont les Facheux ( 1 ) font le chef-d'oeuvre.
Le nom de Gornédie leur est accordé par Fuſage ,
quoiqu'il ne leur convienne pas , car la Comédie
eſt une action , & elle emporte l'idée d'une unité
d'action. Le Théatre François a donné le premier
exemple de ces Productions dramatiques , que les
Auteurs de l'ancien Opéra Comique ont imitées ,
eny introduifaut des êtres ſurnaturels. De là font
provenus le Teinple la Vérité, celui de l'Ennui
, ceux de Mémoire , du Deſtin , du Goût , du
Sommeil , & autres Pièces épiſodiques repréſentées
avec plus ou moins de ſuccès.
de
( 1) Comédie de Molière , qui dut ſon grand
fuccès à la reffemblance des portraits , & à l'élegance
du ſtyle....
20 MERCURE
Le Deftin & les Parques font le ſujet d'une
Pièce de ce dernier genre. On y voit paroître tout
à tour un Avare , un Méchant de ſociété , un
Milanthrope , une Femme ſenſible , deux jeunes
Amans de village, une Mère,&c. Tout ce mondelà
vient confulter le Deſtin, qui accueille les uns
&repoufle les autres. Les Parques , dantele rôle
est très-mince , filent ou coupent ſuivant lesArrêts
du Deftir. Ces Arrêts font ſouvent aufli fins
que raifonnables.
Cet Ouvrage , qui a quelquefois des détails obf
curs , auroit eu plus de fucees , fi le développe
ment des ſcènes avoit été plus rapide. On y a
remarqué beaucoup d'idées agréables , des coupletsbien
tournés , & de la facilité dans le ſtyle.
Mais l'intérêt ! Comment pourroit - on en placer
dans une Pièce épiſodique ? Il ne ſuffit plus aujourd'hui
de parler à l'efprit ; nos Spectateurs
veulentêtre émus , ſecoués , finon ,ils baillent.
L116Mai on a redonné, avec des changement
heureux , l'Homme àfentimens , Comédie en cind
Actes, dont nous avons rendu compte. L'Auteur
afortifié quelques fituations , élagué des détails
trop longs, & fait pluſieurs feènes nouvelles. H
réſulte de tout cela une action plus rapide , &
un intérêt plus vif. Nous ne dourons pas qu'à la
lecture cee Ouvrage n'obtienne un grand fuccès ,
d'eftime.
دق
Le Samedi 30 Mai , on a donné la première repréſentation
des Savoyaries , ou la continencede
Bayard, Opéra comique en un Acte , par M. de
Piis , muſique de M. de Propiac.
DE FRANCE. 97
Tout le monde connoît l'aventure de Bayard à
Grenoble. Il avoit chargé fon Valet de chambre
de lui chercher une demoiselle de bonne volonté.
Celui-ci lui amena une jeune perfonne auffi belie
que bien nếc , mais qui étoit réduire à la plas
affreuſe mifère. Elle pleuroit , Bayard en voulur
ſavoir la caufe ; elle fit connaître ſa fituation. Le
généreux Chevalier la reſpecta , fit à ſa mère une
févère réprimande , & dota la jeune perſonne.
M. de Piis a arrangé cette Anecdote à ſa manière.
Il a tranſporté la ſcène en Savoie. Voici
l'intrigue légère dans laquelle il a placé la continence
de Bayard.
Maurice, prétendu de Jeannette, venoit de quirter
fon village , pour aller gagner de l'argent à
Paris , quand l'apparition d'une armée Françoiſe
l'a fait revenir ſur ſes pas. Cette armée eſt celle
que Bayard ramène d'Italie. Une partie des Officiers
& des Soldats vient prendre ſes logemens
dans le village. Maurice, que la jalouſie tourmente,
enferme toutes les jeunes filles dans une grange ;
&lorſque Bayard arrive , il ne trouve plus que de
vieilles femmes. Mais un malin Page découvre
bientôt la retraite des premières , & il les amène
dans l'endroit où Bayard doit dîner. L'afpect de
labelle Jeannette échauffe le Chevalier , qui va
juſqu'à lui donner un baifer , tandis que Maurice
lui montre la lanterne magique. Maurice eft furieux
; il éclate , on l'entraîne. Bayard réfléchit à
fon action , il en rougit , unit les deux Amans ,
&leur fait à chacun un préſent de oent- écus d'or.
Qu'on ajoute à cela des dérails relatifs à la vie
laborieufe des habitans de la Savoie, un perfonnage
d'enfant abſolument oifeux, des marches, des évalutions
iniliraires , des danſes & des vaudevilles ;
on aura une idée de cette bagatelle , où il y a
de l'eſprit , des tableaux , des ſituations piquantes ,
92 MERCURE
mais où les évènemens ſont ſi fort accumulés, qu'ils
nuiſent à l'intérêt. Le Public n'a pas paru goûter
cet Ouvrage ( 1 ) : on en peut attribuer la cauſe au
perſonnage de Bayard. S'il eſt difficile de préſenter
dignement au Théatre un homme de cette importance
, cela devient plus difficile encore dans un
Opéra comique. Il eſt peu d'actions où l'on puiſſe
montrer un Heros en deshabillé , d'une manière
digne de lui.
On a donné des applaudiſſemens à pluſieurs
morceaux de muſique , qui, en effet , nous en ont
paru dignes , mais nous avons auffi remarqué
quelquefois de la recherche dans les motifs ; ce
qui nous a d'autant plus frappés , qu'en général te
ton de cette compoſition eſt ce qu'il devoit être ,
c'est-à-dire , facile & fimple.
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente , le 15 Juin 1789 , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , la trente-deuxième
Livraiſon de l'ENCYCLOPÉDIE.
Cette Livraiſon eſt compoſée du Tome II ,
première partie de la Geographic & Hiftoire
anciennes , par M. Mentelle , Hiftoriagraphe de
Migr. Comte d'Artois ( imprimé chez M. Stoupe).
Du Tome VI , première partie de l'Hiſtoire Naturelle
, par M. Brugnière, Docteur en Médecine ,
contenant les Vers , Coquillages , Zoophites , &c
(1 ) La feconde repréſentation a été mieux accueillie
, parce que l'Auteur a fait des coupures
qui ont refferré l'action.
:
DE FRANCE.
93
( imprimé chez M. Ballard ) ; & du Tome Vile.
des Plan hes.
Le prix de cette Livraiſon , en feuilles , eſt de
30 liv. pour les Souſcripteurs , & de 31 liv. 10 f.
broché ; ſavoir , le Volume de Planches , 24 liv.
Les deux demi-Volumes de Difcours , chacun 3 1.
La brochure de trois Volumes , I liv. to f.
Le port de chaque Livraiſon eſt au compte des
Souſcripteurs.
Procès- verbal de l'Aſſemblée des Notables, tenue,
à Versailles en l'année 1788. Paris , Imprimerie
Royale, 1789 , in-4°. de sos pages , prix , 9 liv .
Se trouve à Paris , chez Moutard , Lib-Imp. de la
Reine , rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
y ainfi
:
Ce Procès-verbal et beaucoup plus détaillé que
celui de 1787. Toutes les queſtions propofées à
l'examen des Notables , font détaillées ,
que les avis & les motifs de chaque Bureau.
On trouve chez le même Libraire , le Procèsverbal
de 1787 , in-4°. prix , 6 liv. Le Compte
rendu au Roi en 1788 , in-4°. Prix, 4 liv. 16 1,
Préfervatif, ou ma Vingt-unième Découverte
en faveur des Récoltes , des Cultivateurs , &c.
pour garantir , fans aucun frais , la vigne & toutes
les vignes de la gelée d'hiver , le plus fouvent
en totalité, & toujours en très-grande partie
; avec les Expériences de l'Auteur dans les
_hivers de 1763 & 1768 , & celle qui vient d'être
faite cet hiver dans le Berri ; joint au Manuel
des Vignerons , pour cultiver la vigne à beaucoup
moins de frais , & faire les vins : par M. Maupin
, Auteur de l'Art de la Vigne & de l'Art des
Vins. Prix du tout, I liv. 16 f. , avec le reçu
ſigné de l'Auteur. Brochure in-3º. de 62 pages.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Pont-aux-Choux ,
N°. 43 .
94 " MERCURE
L'objet de cette Brochure eſt important ; &
l'Auteur , fur cette matière , a mérité depuis longtemps
la confiance du Public.
Effais fur les Maximes & Loix fondamentales
delaMonarchie Françoise, ou Canevas d'un Code
conftitutionnel , pour ſervir de ſuite à l'Ouvrage
intitulé : Les voeux d'un François , par le même
Auteur. A Paris , chez Madame Vallat - la- Chapelle
, Libt. au Palais ; & à Versailles, chez Vicillard,
Lib. rue Satory. Brochure in-8 °. dc 96 pag.
Hiſtoire de la Conftitution de l'Empire François,
ou Histoire des Etats-Généraux , pour ſervir d'Introduction
à notre Droit public ; par M. l'Abbé
Robin. 2 Volum. in-8°. A Paris , chez Godefroy ,
Lib. quai des Auguſtins.
Les circonstances actuelles ajoutent un nouveau
prix à cet Ouvrage.
Correspondance d'un Hommed'Etat avec un Publiciste,
fur la queſtion de ſavoir fi le Roi peut
affranchir les Scrfs des Seigneurs , à charge d'indemnité;
préſenté au Roi par M. Maugard , Généalogiſte;
pour ſervir de fuite à la Proteftation
d'un Serf du Mont Jura. Brochure in- 8 °. de 48
pages. A Paris , chez l'Auteur , que Neuve des
Capucins; & chez Cailleau , Impr-Libr. rue Ga-
-lande ; Lamy , Lib. quai des Auguftins ; Deſenne
&Gattcy, au Palais-Royal.
Les Voeux d'un Citoyen , Diſcours adreffé au
Tiers-Etatde Bordeaux , à l'occafion des Lettres
deConvocation pour les Etats-Généraux de 1789 .
Brochure in- 8º de 64 pages ; par M. de S*** ,
Médecin à Bordeaux , Député aux Etats -Généraux.
A Bordeaux ; & à Paris, chez Godefroy , Libr.
quai des Auguftins.
Cette Brochure utile mérite d'étre lue.
DE FRANCE. 95
LePatriote ubridique, ou Difcours ſur les vraies
cauſes de la révolution actuelle; par M. l'Abbé
de Barruel , Aumônier de S. A. S. la Princeſſe de
Conti.Brochure in- 12 . A Paris , ehez Crapart ,
Lib. Place St-Michel. Prix , 30 f. franche de port
par la Pofte,
M. l'Abbé de Barruel est connu par d'autres
Ouvrages qui doivent inſpirer le déſir de lire
celui-ci.
Projet d'Ordonnance pour les Pays de Taille
réelle , formé d'après les Vûes de Louis XIV ,
fous le Ministère de M. Colbert , Contrôleur-
Général des Finances , par les foins de M. d'Agueſſeau
. Intendant de la Province du Languedoc ,
&des Officiers de la Cour des Aides de Montpellier
; & revu par cux avec les Intendans &
Députés des Cours des Aides des autres Provinces
de Taille réelle. 1 Vol. in 8°. A Paris , chez
Didot jeune , Imprimeur de MONSIEUR , quai des
Auguitins.
Nouvelle Carte de France , préſentée au Roi &
aux Etats Généraux , fervant à l'intelligence des,
Mémoires hiftoriques qui traitent des Etats- Généraux
, & dans laquelle font comparés ceux de
1614 & 1789 , avec des Eclairciffe nens , par M.
Brion de la Tour , Ingénieur-Géographe du Roi.
Prix , 3 liv. A Paris , chez FAuteur , rue du Pâtre
Saint-Jacques , N°. 39 ; Cuflac , Lib. au Palais-
Royal ; & à Verſailles , chez Blaiſot , Libraire ordinaire
du Roi & de la Reine , rue Satory.
Trio pour le Clavecin ou Pino - Forté , avec
accompagnement de Violon ou Clarinette & Alto ,
pay M. A. Mozart , Quare 162. Prix , 3 1. 12 f.
pour Paris& la Province , port frans par la Pofte,
Premier Concerto à Hautbois principal , avec
وا MERCURE DE FRANCE.
accompagnement de deux Violons , Alto , Baffe ,
Hautbois & Cors , ad libitum ; par M. Garnier
Prix , 4 liv. 16 f. pour Paris & la Province , port
franc par la Poſte. A Paris , chez les Marchands)
deMuſique. 1
Nos. 1 às du Journal de Clavecin , par les meilleurs
Maîtres. Séparément , 3 liv. Abonnement ,
is liv. pour 12 Numéros Numéros 1 à 22 de
la neuvième Arnde du Journal de Harpe , par
les meilleurs Maîtres, Numéros 6 à 32 de
la 24e. Année du Journal Hebdomadaire , compofés
de différens Ars , avec accompagnement de
Clavecin, par les meilleurs Maîtres. Il paroît un
Numéro de chacun de ces deux Journaux tous les
Dimanches. Prix (éparément , 12 f. Abonn. 15 1.
AParis , chez Le Duc , au Magaſin de Muſique &
d'Inftrumens , rue du Roule , Nº. 6.
(
Numéros 4 à 32 , cu se. Année des Feuilles
de Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin.
Prix chaque Nº. , 1 liv. 4 f. Abonnement pour
chaque Journal., 30 liv. franc,de port. A Paris ,
chez Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine ,
rue des Poulies.
TABLE.
NSCRIPTION.
Les Végteux.
81.
84
85
49 Les Commentaires.
so Variétés.
55 Comédie Italienne.
67.Annonces &Notices. 92
Charade, Enig . & Logog. 53 Acad. Roy. de Mufur.
Darist.
La Mor de Molière.
89
こ
APPROBATION.
J'arlu , par ordre de Mgr. la Garde des Sceaux ,
IC MERGURE DE FRANCE, pour le Samedi 13
Join 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , le 12 Juin
1789. SELIS
JOURNAL POLITIQUE
D
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 21 mai 1789.
1
EPUIS la clôture de la Diète , il ne
s'est rien passé ici de bien mémorable :
les esprits se calment de plus en plus ,
et la conduite du Roi , quoique dérogatoire
à quelques points de la constitution
, spécialement aux priviléges consacrés
de la Noblesse , paroît aux yeux du
grand nombre justifiée par la gravité des
circonstances , par la nécessité de sauver,
l'Etat d'une discorde dont l'Etranger eût
retiré tout le fruit , et enfin par l'évènement.
On a publié, ces jours derniers , la
Patente de S. M. , en date du 4 avril,
concernant les droits de l'Ordre des Paysans
de Suède et de Finlande ; classe
d'hommes si malheureusement oubliée ,
ou si complettement sacrifiée dans laplupartde
ces tracas sur le pouvoirpolitique,
Nº. 24. 13 Juin 1789.
C
( 50 )
qu'on qualifie d'intérêt du Peuple et de
laliberté . Voici la substance de cet Acte
de Sa Majesté :
« 1º. Aucun Paysan de la Couronne ne fera
arrêté && mis en prifon , qu'au préalable fon Juge
du lieu , ou un autre Officier de Juftice royale ,
n'ait fait les en quêtes & procédures néceſſaires ,
fauf le cas de fuite ou de flagrant délit.>>
<<2º. Les droits des Paylans qui paient des
contributions au prorata des terres qu'ils poſsèdent,
feront garantis , & perfonne ne pourra y
porter atteinte; les lois fubfitantes devront , à
cet égard , demeurer en pleine vigueur , et fans
aucun changement. «
,
» 3º. L'Ordre des Payſans formera comme
si -devant, le quatrième Ordre à toutes les
Diètes& Affemblées nationales ; les Députés en
feront pris dans la claſſe de ceux qui poſsèdent
des biens de la Couronne ; l'élection s'en fera
en préſence du Commiſſaire du lieu , s'il eſt ro
turier , ou de toute autre perſonne roturière , déſignée
à cet effet par la Cour; aucune perſonne
conftituée en dignité , ne pourra , au riſque de
perdre ſes emplois , gêner en rien la libre élcction
de ces Députés ; & Sa Majefté nommera
Elle-même , à chaque tenue d'Etats , un Secrétaire
roturier ,mais habile, pour rédiger les propofitions
ou demandes dudit Ordre des Payfans.>>>
-« 4°. Il leur fera permis de vendre & débiter
dans l'intérieur du royaume , tant les denrées de
leurs tertes , ou les ouvrages de leur induſtrie ,
que ceux de leurs voisins ; mais ils ne pourront
en acheter pour en former des magaſins , hors le
cas de quelque permiffion on ordre à cet effet. »
« 5°. Tous ceux qui défricheront des marais
ou autres terrains non cultivés , feront exempts
pour toujours detouterétribution, »
(51 )
«6º. Les gens de métis , commeTailleurs ,
Cordonniers ,&c. feront confervés dans les villages
pour le ſervice des Payfans. »-
« 7°. Chaque poſſeſſeur de fonds de terres
peut employer à leur culture tel nombre de bras
qui feront néceſſaires , foit gens ſalariés, foit ſes
propres enfans ; mais , ſous quelque prétexte que
ce foit, les bras fuperflus ne pourront ſe fouftraire,
en cas de beſoin, à prendre les armes pour
ladéfenſe du royaume. »
Tous les Membres de la Noblesse
détenus aux châteaux de Frédéricshoff
et de Drottningholm , ont été remis en
liberté , à l'exception du Chambellan
Baron de Stierneld et du Coloneld' Almfelt
, transférés dans deux forteresses sur
les frontières de Norwége.
Les Sénateurs Comtes de Bielke et
deFalkenberg, et leBaron deRamel ont
demandé leurdémission .Quant au Comte
de Fersen , il paroît être entièrement
rentré dans les bonnes graces du Roi .
Une partie des Volontaires de Dalécarlie
retourne dans cette province.
Ceux d'Helsingland sont prêts à mar.,
cher.
-
Pour récompenser le zèle du Ministre
Agander à Christina en Savolax , qui ,
pendant l'hiver , engagea 800 de ses Paroissiens
à occuper et à défendre le défilé
de Kernakaski , S. M. lui a envoyé
l'Ordre de l'Etoile-Polaire , donné aussi
aux Evêques Lindblom de Linkoping,
Walquist du Vexio et à plusieurs
autres Ecclésiastiques.
2
c
( 52 )
Le Comte de Hopken, Sénateur du
royaume , est mort , le 9 de ce mois , à
la suite d'uneapoplexie , dans la soixantedix-
huitième année de son âge. Il avoit
étépremier Ministre depuis 1752jusqu'en
1761 ; c'est à lui qu'on doit l'établissement
de l'Académie des Sciences dans
cette capitale.
Les dernières lettres de Finlande nous ont appris
que , dans la nuit du 24 avril dernier , un
détachement de30 Chaſſeurs Suédois , poſtédans
le village de Værulæ , fut furpris par plus de
300 Ruſſes , auxquels il réſiſta auffi long-temps
qu'il eat des munitions de guerre. Les Ruſſes pillèrent
enſuite le village, & tuèrent quelques payfans.
Le 26 & le 28 il y eut de nouveau quelqueseſcarmouches
ſur les frontières.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 27 mai.
Pour passurer les Nations que le Commerce
maritime appelle dans la Baltique
, l'Impératrice de Russie a donné ,
le 7, la Déclaration suivante :
« Sa Majesté Impériale fait ſavoir à tous ceux
àqui il appartiendra , que les ordres les plus ftricts
ont été donnés aux Commandans de ſes forces.
maritimes dans la Baltique , d'accorder la protection
la plus décidée à tous les vaiſſeaux Marchands ,
qui, durantlaguerre ,viendront viſiter cette mer ,
de n'oppoſer aucune entrave ni obſtacle à leur
navigation, pourquelque port dela Baltique qu'elle
puiſſe être dirigée , & de leur prêter même , en
(53 )
cas de befoin , tous les ſecours & toute l'aff
tance qui feront en leur pouvoir , en exceptant
feulement de ce nombre les bâtimens Marchands
qui voudront porter des munitions de guerre aux
ennemisde laRuſſie , attendu que celles-ci , felon
Puſage univerſellement reça , font enviſagées
comme contrebande ,& fufceptibles de confifcation.
»
<<Des aſſurances auſſi folemnelles , & auxquelles
l'Impératrice ne permettra pas qu'il foit
jamais dérogé , ni porté la moindre atteinte par
ſes Officiers , fuffiront pour déracinerjuſqu'à l'ombre
de la méfiance , touchant la ſûreté de cetre
navigation ; & Sa Majesté Impériale s'attend que
toutes les Nations neutres continueront , fans
exception , de vaquer à leurs affaires dans la Baltique
, avec la même ſécurité qu'elles étoient accoutumées
de faire avant la rupture entre la Ruffie&
la Suède, »
De Berlin, le 25 mai.
-
Le 21 et le 22 , le Roi a passé en
revue , près de Tempelhof, les régimens
d'Infanterie et de Cavalerie assemblés
ici, et leur a fait exécuter plusieurs
manoeuvres . S. M. a fait en même
temps une promotion dans l'armée . Le
Lieutenant - général de Prittwitz a été
avancé au grade de Général de Cavalerie
, et les Majors-généraux de Schonfeld,
de Jung-Voldek , de Budberg ,
de Wendessen , le Comte de Henkel,
de Kosboth, de Rohret de Courbière
ont été faits Lieutenans généraux. Les
1
c iij
(54)
Colonels de Gillern, de Hanenfeld, de
Pirch , de Hanstein , de Pfan, d'Amaudruz
, de Schwerin , d'Ihlot , de
Dolfs , de Borstel , de Norman , de
Tschirschky, de Bosse , de Gunther ,
de Kohler, de Gorking, et le Brigadier
Prince de Holstein-Bek ont été avancés
au grade de Major-général . S. M. a
nommé en même temps 12 Colonels
d'Infanterie , 11 de Cavalerie , 3 de Hussards
et 3 d'Infanterie-légère ; ensuite 14
Lieutenans - Colonels d'Infanterie , 8 de
Cavalerie, 3de Hussards et 1 d'Infanterie
Jégère.
Dans sa Séance du 30 avril, l'Académie
Royale des Sciences a élu, au nom
bre de ses Membres Etrangers , le Con
tre-Amiral Hollandois , Baron de Kinsbergen,
dont on connoît les travaux estiméssur
lanavigation, ainsi que lesbelles
cartes de la mer Noire ; et M. Lhuillier,
Citoyen de Genève, dont l'Académie a
couronné plusieurs Mémoires de haute
géométrie.
Le Comte de Hertzberg , Ministre
d'Etat , a recu une Lettre du Duc de
Leeds, Secrétaire d'Etat de Sa Majesté
Britannique , au Département des Affai-
:res Etrangères , par laquelle ce Seigneur
lui fait part que l'Académie Royale des
Sciences de Londres l'a reçu unanimement
au nombre de ses Associés .
« Un exprès expédié par M. Dietz, Envoyé du
Roi à Conftantinople , au Comte Catanco, Réfi(
55 )
, dent du Roi à Venife aapporté des dépêche
par le quelles on a été informé que le Su'tan Abduhl-
Hamed étoit mort fubitensent , le 7 avril ,
d'un coup d'apoplexie , & que le Prince Seim .
ſon neven, étant monte fur le nône , avoit au li.
tôt confirmé dans leurs charges & emples ,le
Grand-Vafir, le Capitan- Pacha , le Reis-Eleni ,
& tous les autres Miniſtres , en approuvant lear
conduite & leurs plans , & leur ordonnant de les
mettre en exécution . »
« Nous avons en outre des avis particuliers
&authentiques de Conſtantinople , qui portent
que le nouveau Sultan avoit tenu , le 15 avril ,
un grand Divan , dans lequel il avoit été réfolu
de pouffer la guerre avec la plus grande vigueur ,
& de rompre même entièrement la correfpondance
qui avoit ſubſiſté jusqu'ici entre Belgrade
& Vienne , pour travailler à un accommodement
. "
Nous pouvons aſſurer avec lamême authenticité
, qquue la quadruple alliance , annoncée dans
quelques Gazertes , &dont on a même domé les
articles , eſt une fiction de quelque ſpéculateur.
Ainſi il n'eſt plus poſſible de ſe flatter qu'il n'y
aura pas une ſeconde campagne entre les wois
Cours Impériales. "
L'on vient de publier à Breslaw , un
Journal consacré au peuple ; c'est le seul
Journal qui ait eu peut-être quelque
utilité ; chaque Paysan de la Silésie le
recevra gratis . Cet ouvrage périodique
paroît sous les ordres et par les soins
de M. de Hoym, Ministre du Roi. Il
seralu publiquement dans chaque village
par les Maîtres d'Ecoles , et renfermera
des instructionspour améliorer la culture
e iv
( 56 )
des terres, la manière d'élever et de tenir
les bestiaux ; plusieurs remèdes contre
les maladies qui attaquent les bestiaux
et les homines , etc. etc.
De Vienne , le 26 mai.
Le Maréchal de Haddik a pris , le
7 de ce mois , le commandement de
Parmée dans la Sirmie; le 9 , il a donné
P'ordre de former, le 20, prés d'Oppowa ,
un camp de 10 bataillons de Grenadiers
de 6 de Fusiliers , et de 18 divisions de
Cavalerie sous les ordres du Prince de
Ligne. Les 7 bataillons de Grenadiers
qui sont à Semlin , et 3 de Carloviz se
mirent en marche le 17.-Le quartier
général est encore à Futtak ; mais dans
peu de jours tout sera en mouvement :
on croit que l'on se dirigera vers Caransèbes.
Les régimens d'Alton et de
Caprara resteront à Semlin; on postera
près de Beschania quelques bataillons
de Pellegrini et de Toscane , et plus
en remontant , les Volontaires de Servie :
laCavalerie quireste ences lieux, est com
poséedes régimens de Modène etde Lobkowitz,
etdes Uhlans : toutes ces troupessont
commandées par le Général deNeugebauer.-
Le Maréchal de Laudhon
est arrivé , le 9 , à Gradiska. Les Turcs
de ce côté campent en détachemens
près de Banialuccaet de Berbir; un Corps
( 57 )
plus considérable est posté près d'Ostroschatz
, sous les ordres du Pacha de
Bosnie.
L'Empereur ayant agréé la démission
du Baron de Thugut, son Ministre plénipotentiaire
à Naples , lui a donné pour
successeur le Comte de Rewisky , actuellement
à Londres avec le même caractère.
Ce dernier sera remplacé par
le Comte de Stadion,, aujourd'hui accrédité
à la Cour de Stockholın .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 3 juin.
La semaine dernière , cette capitale
n'a été occupée que d'un duel survenu ,
à la suite d'un différend grave , entre le
Ducd'Yorck et leColonel Lenox. Comme
c'est iciune affaire de parti , il n'est
pas d'infamies , de suppositions , de méprisables
lâchetés que certains Papiers
publics , unissant la bassesse et la méchanceté
, n'aient répandu sur ce démélé.
Ces honteuses atrocités ayant été copiées
dans diverses Gazettes étrangères ,
d'après celles de l'Opposition , nous nous
faisons un devoir de publier la vérité.
Le Colonel Lenox est fils de Mitord
George Lenox , et neveu du Duc de
Richmond : it descend de Charles 11,
et quand sa naissance ne l'autoriseruit
CV
( 58 )
pas à ne souffrir d'affront de personne ,
l'uniforme qu'il porte , la loyauté de
son caractère , sa jeunesse , et la réputation
méritée dont il jouit , lui en
prescriroient l'obligation . Les Nouvellistes
qui ont rendu compte de son démêlé
, ont eu soin d'en dissimuler l'origine
: la voici.
M. Lenox , ainsi que sa famille , suit
le parti de M. Pitt. On n'a pas oublié
Ic degré de fureur où la belle conduite
de ce Ministre jeta ses Adversaires pendant
l'affaire de la Régence. A cette
époque , M. Lenox fut traîné , malgré
sa résistance , par un de ses amis , Membre
de l'Opposition , dans un Club de ce
parti, où on le retint à dîner . L'heure
des santés arrivée , on le pressa de boire
à la santé de M. Fox , absent alors..
Deux personnages d'un rang eminent se
trouvoient à l'Assemblée . M. Lenox résista
à une pareille invitation , allégua
ses principes , et refusa la santé proposée.
De nouveau , on le pressa avec vivacité
; alors prenant son verre , et se
fiant à la courtoisie des convives , ainsi
qu'aux règles des Toast , il but à M.
Fox , et immédiatement après porta la
santé de M. Pitt. A ce nom , l'on des
Personnages présens ne put modérer
som ressentiment, contre le Ministre ,
Fexhala en termes peu mesurés, menaca
M. Lenon , qui , à son tour, se vit oblige
de menacer aussi.. Ce brave jeune
(59 )
homme tint ferme , engagea son honneur
qu'il ne sortiroit pas du Club avant qu'on
eût satisfait à la santé qu'il avoit droit
d'exiger. Les esprits doux intervinrent ;
la crainte d'un éclat et la contenance de
M. Lenox ramenèrent les choses à la
règle , et la santé fut rendue.
Cette scène laissaune profonde impression
chez les personnes offensées de
la fermeté de M. Lenox , et ce ressentiment
s'aggrava encore , lorsqu'au rétablissement
du Roi , Sa ,Maj . donna une
Compagnie dans le 3º. régiment des
Gardes que commande leDuc d'Yorck, à
M. Lenox, alors Capitaine au 35°. régiment.
Cette promotion occasionna cent
paragraphes insolens dans les Papierspublics
, et les clameurs d'un certain Parti..
De ce jour , il n'est aucuns piéges , ni aucuns
rapports injurieux dont M. Lenox
n'ait été l'objet. Enfin , vers le milieu du
moisdernier, ilapprit que leDucd' Yorck
répandoit que lui Lenox avoit entendu ,
un propos outrageant à son honneur dans
le Club d'Aubigny, sans en avoir demandé
raison. En conséquence , à la parade
du 3º. régiment des Gardes , et en présence
des Officiers , M. Lenox demanda
à S. A. R. si réellement elle avoit fait
courir ce bruit: le Prince répondit, qu'en
effet il avoit ouï ces expressions offensantes
contre M. Lenox dans le Club
Aubigny ; mais qu'il ne vouloit ni
cvj
: ( 60 )
citer ces expressions , ni la personne qui
s'en étoit servie .
M. Lenox , aussi cruellement compromis
, écrivit , deux jours après , à
chacun des Membres du Club , en
leurdemandant l'explication catégorique
que lui refusoit le Duc d'Yorck. Le
Morning-Herald, Recueil diffamatoire
de chaque jour , a rapporté quelquesunes
des réponses négatives , faites à
M. Lenox. Elles indiquent la şignature
de certains favoris et compagnons de
plaisir de LL. AA. RR.; mais il n'est
pas croyable que ces réponses soient authentiques
, puisqu'à l'incivilité , elles
joignent le déni de justice et celui de
réparation le plus complet. Quoi qu'il
en soit , si le propos offensant a été
réellement tenu , personne n'a osé le
défendre, ni dire : « C'est moi qui ai parlé,
<<et je répondrai enhommed'honneur>. >>
Une conduite aussi extraordinaire dé
termina M. Lenox à faire prier le Duc
d'Yorck , par Milord Winchelsea , de
contredire publiquement une assertion
qu'aucun Membre du Club ne vouloit
avouer, et de lui épargner le chagrin de
lui demander une autre espèce de satisfaction.
Le Prince persista à soutenir
qu'il ne pouvoit s'être trompé ; et la noblesse
de son caractère ne lui permet
tant pas de croire qu'un rang élevé dispense
de se montrer en cas pareil , il
4
(61 )
choisit Milord Rawdon pour son second.
Le Comte de Winchelsea , l'un
des Gentilshommes de la Chambre au
Roi , fut le second du Colonel Lenox.
La rencontre eut lieu le 26 du mois
dernier , à Wimbledon Common. M.
Lenox, en qualitè d'offensé , tira le premier
, et rasa les cheveux du Prince.
Celui-ci ne tira point ; mais Lord Rawdon
s'avanca en disant qu'il ne jugeoit
pas nécessaire de pousser les choses plus
loin;le Colonel Lenoxinsista , et exigea
du Duc d'Yorck de faire feu : le Prince
s'y refusa encore. Alors MilordWinchelsea
dit au Ducd'Yorck , qu'il espéroitque
S. A. R. n'hésiteroit pas à déclarerM. Lenox
homme d'honneur et de courage.
Nouveau refus du Prince , qui ajouta
qu'il ne tireroit point, mais que M. Lenox
étoit le maître de recommencer.
On sent bien qu'on ne tire pas sur un
Prince qui a la générosité de refuser de se
défendre . Telle fut la réponse de M. Le-
-nox, après laquelle les combattans se retirèrent
. Les seconds ont signé et publié
le même jour , le récit qu'on vient de lire,
ils ont déclaré que les parties s'étoient
comportéesavecsang-froidet intrépidité.
2
Nous ne cacherous pas qu'on a trouvé
facheux de voir un Prince du Sang com-,
promis dans une tracasserie de propos ,
dans un coinniérage de Club , et soutenir
la réalité d'un discours que personne n'a
eu la hardiesse d'avouer.
(62)
Dans cette pénible occurrence , M.
Lenox a soumis sa conduite au Corps
des Officiers de son Régiment. Après de
vifs et longs débats , ils ont prononcé :
<< Qu'à leur avis , le Colonel Lenoxs'étoit
>> conduitavec un vrai courage ; mais que,
» vu la particularité de la circonstance
> où il s'étoit trouvé , il avoit manqué
» de jugement. »
Il reste incertain quelles seront les
suites de cette affaire , dont la Cour a
ressenti un vif chagrin. Les Gazettes ont
prêté au Roi et à la Reine des exclamations
dignes des Gazettes. Ces sottises ne
méritent pas d'être relevées . Il est faux
que Milord Winchelsea et le Colonel
Lenox aient reçu défense de paroître
à la Cour , comme le rapportent ces
Papiers . Quant au Duc d'Vorsk , il n'a
pas eu d'audience privée du Roi son père
depuis le rétablissement de ce Monarque ,
qui ne l'a reçu qu'aux audiences publiques
et au cercle de la Cour.
Le Parlement n'offre encore aucun dé
tail intéressant : on continue d'entendre
à la Barre des Communes les Conseils
Pétitionnaires contre l'abolition de la
Traite des Nègres .
Le Procès de M. Hastings se poursuit
avecla plus accablante lenteur. Nous
avons promis une seconde Lettre du
même Membre des Communes , dont
nous avons rapporté le récit et l'opinion..
Voici les derniers détails qu'il a eu la
(68 )
bonté de nous transmettre il y a quinze
jours.
Londres , du 22 Mai 1789 .
« J'ai terminé ,Monfieur , ma première Lettre,
àl'inſtant où M. Burke venoit de ſe moquer ouverrementde
la cenfure des Communes , en préfence
du premier Tribunal de la Nation. Cet
Orateur ne finit pas ce jour-là , à beaucoup près ,
le volume de Rhétorique dont il nous fatiguoit
depuis tro's ſemaines fur ce ſeul article des Préfens.
Il lereprit le 7. Je vous fais grace de l'analyſe
infignifiante de cette dernière harangue ; mais
jedois vous arrêter ſur quelques-uns de fes morceaux
les plus extraordinaires. Vous favez que
Milord Cornwallis a envoyé dernièrement à la
Compagnie des Indes en cette Capitale , les réclamations
du Bengale entier des Pays circonvoiſins
, contre le procès actuel , »
«Ccs dépêches folemnelies , confirmatives
d'autres déclarations antérieures de même nature ,
embarraſſent les Accuſateurs , en les mettant dans
une poſture étrange. Auſſi M. Burke ne manqua-
t-il pas d'aſſurer , ou que les Pétitions avoient
été fabriquées en Angleterre , ou qu'on les avoit
arachées dans le Bengale par le commandement.
"
« Il vous pareîtra , je penſe , qu'il exiſte au
monde très-peu de pays où le déplacement et la
retraite d'un Gouverneur , ne ſoient fuivis de
beaucoup de plaintes, parce qu'il eſt &fera tou
jouss imposible de plaire à tous les partis ; mais
cela eft encoreplus fréquent dans l'Inde ,nous en
avons mille exemples : là, ce n'eſt pas feulement
le Gouverneur en chef qui ſe trouve expoſé à
ees réc'amations , elles attaquent auffi toute perſonne
qui fort d'un poste quelconque élevé ou
inférieure. Combien ne doit-on donc pas être
(64)
étonné que , malgré la coutume générale & la
connoittance qu'ont les Indiens , que leur dernier
Gouverneur ſe trouve actuellement frappé d'un
décret , & que toute accufation contre lui fera
favorablement reçue , cette vaſte contrée n'ait fait
paſſer en Angleterre que des témoignages irrécufablesdeſareconnoiffance
, témoignages envoyés
publiquement àLord Cornwallis & à fon Confeil ,
pour les faire parvenir à la Compagnie des Indes
orientales.>>
«En récapitulant ſes divers diſcours , M. Burke
apprit à leurs Seigneuries qu'il n'avoit fait qu'ouvrir
le ballot pour l'éventer& lui donner de l'air ;
pour lui faire faire quarantaine avant que leurs
Seigneuries le touchaffent , de peur qu'elles n'en
fuffent infectées; que ſes collègues entreroient
dans les détails , & prouveroient que chacan de
ces préfens corrupteurs avoit été arrofé de fang ;
que les coupables de l'Inde ont formé une confédération
entre eux pour leur propre fûreté,&pour
ſe ſouſtraire mutuellement à la punizioa de leurs
crimes. C'eſt pour mettre ces crimes à nu, ajoutat-
il,&diffoudre cette confédération ,,que lesCommiſſaires
à la pourfute de l'impeachment pavoiſſent
au ourd'hui , au nom des Communes d'Angleterre ,
devant la Chambre Haute ; qu'ils ne s'attachent
paslin
ſimplementà un individu coupable , mais que ,
faiſant les auguſtes fonctions de Cenfeurs , ils enveloppentdans
une poursuite générale tous ceux
qui ont malverſé dans l'Inde.-« Ils abordent ,
>> dit-il , en foule chez nous , tous les jours , ap-
>>portant avec eux les richeſſes & les vices du
>> pays d'où ils viennent. Autrefois le caractère
>>Anglois , quoique fombre & réſervé , ce qui
» étoit l'effet du climat , poſſédoit mille bonnes
>> qualités qui contrebalançoient, & au-delà, ces
»légers défauts; mais , fi vous le ſouffrez , vous
>verrez bientôt les coupables de l'Inde détruire
(65)
>> le caractère national ;les généreux Bretons de-
>> viendront un peuple de pe fides , de menteurs
» & de Banyans . -Vos libertés ſont ſacrifiées .
» Craignez l'influence de l'argent ; ſes triftes effets
>> font trop bien connus (1) : nous rencontrons
» ces hommes corrompus à chaque élection ; ils
>> nous conduifentjuſq es deſſus nos fièges, dont
>> i's voudroient nous chaffer : ils n'attendent que
» l'évènement de ce procès pour remplir le Par-
>> lement de la Grande-Bretagne ; & peut - être
>> la prochaine Chambre des Communes fera-t-
> elle entièrement compofée de ces mêmes cou-
>>pables que la Chambre actuelle pourfuit en ce
> moment . Nous co jurons donc vos Seigneuries
» de ſecourir les privileges , lesmoeurs , les vertus
» de la Nation ,& nous eſpérons que la juſtice
>> de la Chambre des Pairs fauvera la liberté de
>> celle des Communes »
«Des lectures matilées de diverſes Lettres &
Papiers , cités comme preuves préſomptives , non
commeévidence peremptoire , termiaèrent la ſéance,»
-Ces lectures faftidieules furent continuées le ra;
je dis faftidienses , parce que la plupart de ces
papiers , abfolument extrajudiciels , n'établiſſent
(1) La cauſe principale de la haine invétérée
de M. Burke contre toutes les perſonnes employées
dans l'Inde, ſe manifeſte ici : parmi ceux
qui en reviennent , quelques-us rapportent une
fortune qui leur fait défirer ,&les mettent àmême
d'arriver à des poites auxquels leur opulence &
ſouvent leur rang ſemblent les appeler. - Μ.
Burke , accoutumé à les traiter de champignons ,
degens fans aveu, &c. (je ne fais de quel droit,
car nul d'entre eux ne lui est inférieur pour la
naiſſance) ne peut ſouffrir de les voir tendre à
fe mettre de niveau avec lui & ſes aſſociés.
:
:
(66 )
aucune preuve , ou na font recevables dans aucune
procédure criminelle. Aufſi la lecture de pluſieurs
de ces actes , & même leur authenticité furent
comeſtées; la Cour en rejeta décidément quelques-
uns, & le temps fe perdit en débats fur
cet article.>>
« Je vois avec ſurpriſe que l'autorité des Communes
ait été proſtituée par fes Commiffaires ,
qui l'ont indignement fait fervir d'mſtrument au
ſcandale , à la calomnie , à toute eſpèce de dé
traction &de bouffonneries odieuſes , contre des
perſonnages dont la répuation eſt au moins auffi
ben établie dans la ſociété que celle de ſes calomniateurs.
La ſeule manière d'expliquer comment
onapu ſupporter cette conduite juſqu'à préſent ,
c'eſt de l'attribuer au reſpect que profeffe tout
Anglois pour l'autorité des Repréſentans de la
Nation , priſe collectivement , & que l'on fuppofe
engagée à foutenir ſes délégués. Mais prétendre
les foutenir lorſqu'ils n'obéiffent qu'à leur par
tialité, feroit une erreur bien dangereuſe. Si un
Commiffaire à la pourſuite de l'impeachment le
permetdes perſonnalités , des inculpations fauites
ou étrangères à la cauſe , il doit en être refpon
fable en ton propre & privé nom ,& s'atrendre
au châtiment que lui infligera la loi , ou le refſentiment
de la perſonne offenſée. »
«Les honnêtes gens compromis devroient
méditer ces réflexions , & ne pas fouffrit plus
long-temps qu'on abuſe de leur reſpect louable ,
mais peu éclairé , pour quelque branche que ce
foit de la Conftitution , alia de les infuser à fon
aiſe , dans ce qui doit être plus cher à tout
hommeque fa propre vie, l'honneur & la bonne
réputation.>>
«Je pourſuis rapidement l'hiſtorique des Séances,
et je m'y borne , pour ne pas égarer votre
intelligence. »
(67)
«Le 14, la Cour des Pairs étant réunie , M.
Grey lui annonça qu'il alloit produire ſes preuves ,
&démontrer que M. Hastings avoit effectivement
reçu de Munny- Phegum , trois lacks & demi
de roupies, mentionnés au procès. Il ajouta qu'à
cet effet il préſenteroit à leurs Seigneuries le
sémoignage de N. naucomar. Les Commiffaires ,
étant prêts à lire ce témoignage de Nunducomar,
recueilli après que M. Hastings eut quitté, fuivant
eux, la Chambre du Confeil, furent arrêtés par
M. Law , Confeil de l'Accuſé , qui s'oppola à
l'admiffion de ce témoignage ,& qui demanda aux
Commiſſaires de lui déſigner explicitement pour
quel point de l'affaire ils ſe propoſoient de l'employer.>>
a Ils déclarèrent d'abord, que leur unique deſſein
étoitdeprouver par ce témoignage , qu'on avoit
déjápréſenté ces accufations au Confeil de l'inde;
que M. Hastings avoit refuſé d'aſſiſter à la
difcuffion & à la recherche des preuves , & que
Ta conduite d'alors, ainſi que la ſubſéquente , les
autorifoit à conclure qu'il ſe ſentoit coupable.
Les Commiffaires biaisèrent pourtant enfuite , &
déclarèrent qu'ils entendoient préſenter cet inter
rogatoire comme un témoignage légal , fait pour
être reçu dans toute fa plenitude. M. Law combattit
vigoureuſ ment cette prétention , en prouvant
que cet interrogatoire, ſous quelque rapport
qu'on l'enviſageât , ne pouvoit jamais être admi's
comme témoignage , que le témoin , fût- il encore
en vie&préfent , ne pourroit fervir de témoin ,
ni dép fer légalement , parce qu'il avoit été poftérieurement
accufé & convaincu du crime de
fau'x; de plus , les Parties qui avoient recueilli
ce témoignage étoient incompétentes ; ceffant
de former Confeil dès le moment que le Gou
verneur s'en ſéparoit ; que d'ailleurs cette dépoſition
n'avoit été faite, ni ſous la ſanction du
(68 )
ferment , ni en préfeca de l'accufé. Tous ces
points furent traités avec beaucoup de capacité
pa M. Law , auquel répliquérent MM. Grey,
Sheridan, Fox et Burke; ce dernier fe permettant
des expreſſions injurieuſes , fat interrompu par
M. Law , qui , faiſant à fon adverfaire une leçon
dont il a ſouvent beſoin, lui recommanda trèspoſitivement
d'obſerver davantage la décence
dans ſes difcours , en lui declarant qu'il ne
feuffiroit jamais que ni lui , ni aucun autre.
homme au monde osa: l'inſulter, tandis qu'il s'aequittoit
des devoirs que lui impofoient les auguſtes
fonctions de Défenſeur ;il en appela même
au Chancelier , qu'il pria d'intervenir en cette
occafion. Le Chancelier reprocha à M. Burke
Pimpropriété d'un pareil langage : l'Orateur n'en
gardapas moins le même to ,& pouffaleschofes
juſqu'à perfifler de Chancelier , auquel il fit une
foule de complimens ironiques ſur ſon extrême
délicateſſe dans cette affaire; délicateſſe dont
il avoua que l'idéz ne lui feroit pas même
venue. -LeChancelier voyant ſes remontrances
ſans effet , après s'être contentéde témoigner qu'il
déſapprouvoit la manière mathonnêtedeM. Burke,
ſemblapourtant pencher à admettre le témoignage
dans un fens limité , c'est-à-dire , eu tant qu'il
ſerviroit à prouver que les procédures& l'examen
en queſtion avoient eu lieu. Lord Kennyon, Chef
dú Banc-du-Roi s'y oppoſant avec chaleur , la
Cour s'ajourna à la Chambre-Haute , où , après
quelques débats , il fut décidé d'en référer aux
douze Grands-Juges , qui , mardi dernier , ont
rejeté entièrement l'emploi des dépoſitions de
Nunducomar, n
« Je reviendrai ,dans une Lettre prochaine , fur
cet objet & fur les Séances ſubséquentes ; mais
ceste queſtion exige auparavant les éclairciſſemens
hiſtoriques que voici : »
(69 )
«M. Hastings , s'apercevant que la principale
vue du Général Clavering , du lonel Monfon
&de M. Francis , qui formoient alors la Majorité
du Conſeil de Calcutta , étoit de l'infuiter
en faiſant diriger contre lui par ce Nunducomar
, d'un caractère infâme , des accufations ,
ſinon entièrement fabriquées par eux - mêmes ,
du moins convenues avec leur prête-nom , auquel
ils les fuggércient , & qu'ils encourageoient
dans l'efpérance que l'indignation forceroit leGouverneur
- général d'abandonner la Préſidence ,
dont l'un deux s'empareroit , refuſa d'être préſent
à cette manoeuvre d'iniquité; mais il propoſa
au Conſeil , à trois repriſes différentes , de
liéger en qualité de Comité d'Enquête. Cette
propofition ayant été rejetée, ilne reſta auGouverneur-
général aucun parti acceptable. Ses adverſaires
ne voulurent pas même porter leurs
accuſations devant des tribunaux compétens ,
idée qui avait été ſuggérée par M. Barwell ,
cinquième Membre du Conſeil; M. Hastings fut
donc réduit à diffoudre le Conſeil ,&à s'en rapporter
ſur le tout à la Compagniedes Indes; ce
qu'il fit en effet. Malgré cela , les trois ennemis de
M.Haflingscontinuoientde ſiéger comme Conſeil ;
leur examen de Nunducomar , leur notification de
la procédure aux principaux ſerviteurs de M.
Hastings , dans l'intention de le dégrader aux
yeux des Naturels , & de leur montrer ſon artorté
entièrement abolie; cette marche tortueuſe
ſuivie , au lieu d'avoir adopté la ſeule qui eût pa
contater les faits , en cas qu'ils exiſtaſſent réellement,
c'est-à- dire , de s'aſtreindre à citer en
juſtice les différentes perſonnes mentionnées
dans l'accuſation de Nunducomar, tous ces procédés
irréguliers furent infcrits ſur les regiftres ,
quoique le Gouverneur-général proteſtât contre
l'illégalité de la procédure. C'eſt ſur la ſignature
4
(70 )
deM. Haflings quelesComsunflaires de l'impéachment
ont fondéleurs droits de citer ces regiares
en juftice:le Costeil de 'Ex-Gouverneurn'en nie
point l'authenticité , mais la légalité. Au reſte , le
Gouverneur - général n'a point figné les procédures;
mais étant forcé , par un ordre exprès de la
Compagniedes Indes, de figner toutes les lettres
générales , c'est- à-dire, faites aunom du Confeil, il
fut également obligé de ſigner celle qui notifioit
à cette Compagnie l'envoi de la procédure , parce
que c'étoit une lettre générale au nom du Con
feil; mais il eut foind'entrer dans les détails &
les explications néceſſaires pour fauver ſos droits,
Il déclara qu'il ne fignoit cette lettre que pour
obéir aux ordres de laCompagnie , mais qu'il proteſtoit
contre toutes les procédures du Général
Clavering, du Colonel Monfon& deM. Francis ,
&qu'il les défavouoit comme émanées d'un Conſeil
illégal à tous égards. >>>
Nous avons résumé très - rapidement
le débat qui s'éleva dans la Chambre
Haute , lorsque Milord Stormont demanda
au Ministre , communication des
articles secrets du Traité avec la Prusse .
Cette discussion offre des points dignes
de quelque réflexion .
« La Chambre , dit entre autres. Milord Stormont
, avoit droit de prendre lecture de la toralité
du Traité , de ſavoir fi c'étoit un Traité défenfif
proprement dit , ou s'il contenoit d'autres articles
différens, dans le principe &dans l'effet de l'acte
dont la copie étoit fur le bureau. Les Miniſtres ,
dans ce cas , étoient obligés de préſenter au Parlement
tout ou rien. En agiflant autrement , ils lui
remettoient un papier illufoire & tronqué , plus
propre à l'égarer qu'à l'inftruire. >>
«Lord Stormont entra dans une diſcuſſion ſur
( 71 )
la nature du pouvoir du Parlement relativement
auxTraités ; par exemple, s'il s'agilloi d'un Traité.
de fublides , & qu'il'en défapprouva: les conditiors,
il pourroit l'annuler virtuellement , en
refafant de mettre Sa Majefté en état de les rem-.
plir. Il ajoura que , graces à Dieu , il exiſtoit une.
antre forte de Traité, fur laquelle le Palement
n'avoit point d'inſpection de ce genre ,& il n'étoit
pas à propos qu'il en eût aucune ; mais , dans ce
cas-là même , sil n'approuvoit pas les termes du
Traité , il pouvoit encore s'adreſſer au Souverain
pour s'informer qui le lui avoit conſeillé , & enfuite,
de fon autorité , frapper d'une cenſure les
Miniſtres qui s'étoient permis de donner un mauvais
avis à leur Maître ; car ces Meſſieurs fuivoient
des principes fort extraordinaires dans la
rédaction des Traités: le cas préſent en étoit une
preuve.>>
« Il paſſa de-là à l'examen des conféquences
de ce Traité : ce devoit être un engagement contracté
avec la Pruffe & la Hollande, de fournir
à la Suède un certain nombre de troupes à fa
ſimple requête , en ſuppoſant que le Danemarck
ne voulût pas conſentir à retirer les ſecours qu'il
donne à la Ruffie en vertu d'une ftipulation. Lord
Stormont donna, à entendre , fans néanmoins établir
expreſſément on diftinctement aucun détail ,
qu'une des conditions du Traité étoit que ſi le
parti attaqué refuſoit la médiation de l'Angleterre,
elle paſſeroit soudain de ce rôle pacifique
à celui d'agreffeur. Il tourna cette conduite en
ridicule , comme contice à tous les principes de
politique , qui , juſqu'dors , avoient fervi da baſe
aux Traités . Après s'êtr : arêté quelque temps
fur ce qu'il caractériſoit de nouveautés fingulières ,
il-jeta un cowp-d'oeil fur les différens in éés de
laGrande-Bretagne & des Portfances der Nord
actuellement en guerre; il peignit laSuède comme
L
1
( 72 )
1
la favoritedujour,& cependantla Suède , dit- il , a
>> toujours paſſé pour l'alliée naturelle dela France;
> elle en a conſtamment reçu des fubfides ; le
» Danemarck n'a jamais rien fait contre les in-
» térês de la Grande-Bretagne. Voilà pourtant
>> que nous nous déclarons ſes ennemis; laRuffie
>> étoitnotre alliée naturelle ,&quoiqu'unEtatne
>> puiſſe pas toujours effectuer une réconciliation
>> avec ton allié nature , il ne doir du moins rien
>> faire qui tende à la rendre plus difficile , ou à
> fortifier le mur de ſéparation. »
« Lord Stormont ajouta qu'il étoit toujours prêt
de donner ſa confiance aux Miniſtres lorſqu'ils la
mériteroient : par exemple , on leur devoit des
éloges pour avoir arraché la Hollande des bras
de a France ,& i's s'étoient conduits avec ſageſſe
en employant , à cet effet , l'alliance du Roi de
Pruſſe; mais ils devroient le diriger aujourd'hui ,
au lieu de ſe laiffer mener par lui dans la liaifon
qu'engageoit la guerre préſente. Il demanda ſi la
Suède , en accordant à la France le port deGot.
tenburgh à la fin de la guerre d'Amérique , en
la mettant à portée de ſe procurer des munitiors
&de ragréer fes vaiſſeauxdans un port à l'entrée
de la Baltique , n'avoit point donné à ce pays
une marque diftinguée de prédilection , qui ne
lui méritoit guère la bienveillance que laGrande-
Bretagne témoigne aujourd'hui pour elle. Il déclara
qu'il ne pouvoit qu'admirer le bonheur de
la France; il ne lui envioit point Tes grandes &
puiſſantes reſſources , SON MINISTRE,ACCOMPLI
ET D'UNE CAPACITÉ RECONNUE. Le Roi de France
avoit évidemment droit de profiter de son propre
choix. Quant à lui , il pouvoit voir l'embarras
de la France avec la même philoſophie que cette
Puiſſance verroit le nôtre ; mais ce qu'il lui envioit
, c'étoit ſon bonheur fingulier , ſa fortune
rare. En effet, quel grand coup pour elle , que.
fon
(73)
fon ennemi naturel , ſoutint &aſſiſtât ſon allié naturel
, au moment même où elle ne pouvoit faire
ni l'un ni l'autre par elle -même ! Dans le cas
préſent , pour peu que l'on confultât l'avenir ,
on voyoit à la France & à l'Arg'eterre un intérêt
commun de gagner la Suède & de ſe l'attacher;
& quoiqu'il y eût quelques haines , quelques
difficultés , quelques dépenſes même à encourir
, la Grande-Bretagne s'y aventuroit avec
un courage fans exemple , & vouloit bien prendre
fur elle l'odieux & la dépenſe.
Lord Stormont conclut , en répétant contre les
Miniſtres cette accuſation , qu'ils avoient fait
avecune Puiſſance étrangère un Traité imprudent
&dangereux , dont les conféquences pouvoient
devenir très-funeſtes à la patrie.
Le Lord Chancelier ſe leva&dit : Que ſi les
principes du noble Vicomte étoient adoptés ,
c'est-à-dire , qu'il fallût ſoumettre tous les Traités
à l'examen du Parlement , il ne feroit plus poffible
d'en former aucun qui contînt des articles
fecrets. ( Le Chancelier étoit en train de citer pluſieurs
exemples de pareils Traités , quand Lord
Stormont le redreſſa en lui diſant qu'il entendoit
parler d'articles foustraits au Parlement , fairs
pour changer tout le ſens & l'effet de la copie
du Traité qu'on lui préſentoit,& non d'articles
fecrets). Le Lord Chancelier reprit le fil de fon
diſcours , en avouant qu'aſſurément la thèſe étoit
un peu différente; il comprenoit maintenant que
le noble Vicomte ne faiſoit alluſion à de tels
articles ſecrets d'un Traité , qu'autant qu'ils étoient
fondés fur des principes contraires à ceux du
Traité public. Il cita le cas de 1643 , où une
motion pour une adreſſe à la Couronne au ſujet
d'un Traité , avoit été débattue & rejetée ; il étoit
perfuadé que la même choſe ſeroit arrivée aujourd'hui
, parce que la queſtion du noble Vi-
Nº. 24. 13 Juin 1789. d
(74)
comte étoit la p'us directement,la plus évidemment
, la plus notoirement irrégulière qu'on eût
jamais faite à un Secrétaire d'Etat en Parlement ,
&que fi le nob.e Duc y avoit répondu , il ſe
ſeroit rendu coupable de haute inconduite : il
ajouta que le devoir d'un Secrétaire d'Etat l'obligeoit
à ne pas découvrir des affaires du Gouvernement
exécutif de Sa Majeſté , plus qu'elle ne
l'avoit chargé d'en notifier à la Chambre. >>
« Si la queſtion du noble Vicomte avoit éré
moins déplacée , & que le noble Secrétaire d'Etat
ſe fût trouvé diſpoſé à le favoriſer ſi: gulièrement
dans l'occafion préſente , tout ce qu'il auroit pα
faire auroit été de déclarer qu'il demanderoit à
Sa Majesté la permiſſion de répondre. >>
u Le Chancelier para enſuite de l'extrême pradence
qu'il falloit obſerver dans la conduite des
négociations tendantes à préparer une grande
meſure politique , que des circonstances particulières
pourroient rendre de la plus haute importance,
& qui n'en auroit pas moins lors même
qu'elle tendroit à établir unnouvel équilibre entre
les Puiſſances du Nord. Il ajouta que , quand il
en auroit le déſir , il n'auroit certainement pas le
pouvoir de fatisfaire la curiofité du noble Vicomte,
en lui découvrant les évènemens auxquels
il venoit de faire alluſion ; mais que fans
rien haſarder que de fon propre jugement , il
pouvoit s'aventurer à parler par ſuppoſition des
affaires du Nord , & à dire que , ſi les choſes
s'arrangeoient , comme on pouvoit le prévoir ,
certainement cette tournure influeroit ſur la conduite
de ce pays & des autres E.ats Méridionaux
de l'Europe. » !
« Ici le Lord Chancelier jetant un coup - d'oeil
fur la ſituation des affaires dans le Nord , en raifonna
avec toute la force & la profondeur qu'on
lui connoît ; il fit obſerver enſuite qu'on connoiſe
( 75 )
ſoit des Puiſſarces qui avoient adopté une po!!-
tique fourde , & dont les Miniſtres ſe permettoient
, pour arriver à leurs fins , de corrompre les
Magistrats, les Soldats & les Généraux de leurs ernemis.
Il ne feroit pas réceſſaire , dans les circonftances
pérentes , d'avoir recours à ces menées ;
mais il exiſtoit des Hommes d'Etat ſi intrigans ,
qu'ils cherchoient à s'attacher certains perfonnages,
dont ils ſe fervolent comme d'inſtrumens
pour preſſentir l'avis du Public fur de grandes
queſtions , an ſujet deſquell s'ils feroient bienaiſes
de preffentir l'opinion. »
«Plus les perſonnages que l'on feroit ſervir
de machines feroient reſpectables par leur caractère
& par leur rang , plus ils rempliroient les
vues ſecrètes de ceux qui en tiendraient les fils.
On pourroit faire jouer différens refforts pour
arriver à fon but. Par exemple, rien n'empêcheroit
de commencer par envoyer à certaine gazette
d'une tournute particulière , un paragraphe
qui ſerviroit de fondement à tout ce qu'd plairoit
aux Membres des deux partis d'écrire pour
&contre la queſtion ; on continueroit à avancer
leprojet, en ſuivant même d'autres p'ans , juſqu'à
ce que le bruit public , acquérant de la force par
tous ces moyens mis en action , montat les têtes
de certaines gens, qui , fans en prévoir les confé
quences , pourroient préſenter la choſe dans les
deux Chambres du Parlement ſous 'a forme d'une
motion ; de manière que dans un moment ca
perſonne n'y prendroit garde, le plan des intrigans
qui l'auroient concerté de longue main , ſe
trouveroit inſenſiblement réalisé. Le Lord Chancelier
affura qu'aucun Membre de l'une ou de
l'autre Chambre ne feroit ſciemment la dupe de
pareilles pratiques , ni ſe prêteroit à les ſervir immédiatement
; mais que cela pourroit arriver par
la connoiſſance de quelques Miniſtres étrangers ,
dij
( 76 )
par un amour-propre mal- entendu qui leur
feroit croire qu'ils font plus verſés que d'autres
dans les affaires de l'Europe , ou enfin par une
circonftance accidentelle quelconque. Après avoir
préſenté ces inconvéniens , le Lord Chancelier s'occupa
des renſeignemens d'après leſquels le noble
Vicomte ſuppoſoit que les Miniſtres de Sa Majeſté
régleroient le Traité ; il l'aſſura que toutes
ſes ſpéculations à cet égard étoient bâties ſur des
bruits fans fondemens. Quant à la reconnoiffance
des Cours , à laquelle Lord Stormont avoit fait
alluſion , ſa propre expérience avoit dêû lui aps
prendre combien peu on pouvoit compter fur ce
mobile , lorſque l'intérêt politique du moment
yenoit l'ébranler. Les liens d'amitié s'étoient alors
trouvés ſi fobles , même étant foutenus par des
ſubſides , qu'ils n'avoient jamais duré plus longtemps
que le paiement de ces mêmes ſubſides :
il étoit auffi jaloux que le nob'e Vicomte de for
mer une alliance avec la Cour de Pétersbourg;
mais l'on n'arrivoit pas toujours , par des avances ,
àce que l'on déſiroit le plus en ce genre , furtout
lorſque l'on exigeoit des conditions honorables
& avantageuſes. En conséquence , les Etats
ſagement gouvernés ne devoient pas ſe départir
de la marche qui les conduiroit le p'us probablement
à leur vrai but.
C
1
FRANCE.
P
:
De Versailles , le 7 juin .
LOUIS -JOSEPH-XAVIER- FRANCOIS DE
FRANCE , Dauphin , est mort au château
de Meudon , le 4 de ce mois , à uneheure
du matin , âgé de 7 ans , 7 mois , 12 jours ,
étant né le 22 octobre 1781. Ce Prince ,
( 77 )
par les qualités et les dispositions qu'il
a développées dans un âge si tendre ,
donnoit des espérances qui justifient les
regrets que sa perte laisse dans tous les
coeurs.
Le mêmejour , M. de Villedeuil , Secrétaire
d'Etat au Département de la
Maison du Roi , d'après l'ordre qu'il en
avoit reçu de Sa Majesté , a annoncé ,
en présence de la Duchesse de Polignac
, Gouvernante des Enfans de
France , à Monseigneur le Duc de Normandie,
que le Roi venoit de le déclarer
Dauphin.
Aujourd'hui la Cour a pris le deuil ,
qu'elle portera pendant deux mois et
demi.
: Le Bailli de la Brianne , Ambaſſadeur Extraerdinaire
de l'Ordre de Malte , eut, le 24 mai , en
habitde cérémonie de l'Ordre , une audience particulière
du Roi , pendant laquelle il remit ſa lettre
de créance à Sa Majeſté ; cet Ambaſſadeur , accompagné
de beaucoup de Bailis , Commandeurs
&Chevaliers de l'Ordre qui lui faifoient cortège ,
fut conduit à l'audience de Leurs Majeftés , & à
cellede la Famille Royale , par le ſieur de Tolozan,
Introducteur des Ambaſſadeurs. Le ſieur de
Séqueville, Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduitedes Ambaſſadeurs, précédoit...
Le Cheva ier de Saint-Simon , le Vicomte de
Sartiges&le Chevalier de Bataille de Mandelor ,
qui avoient eu l'honneur d'être préſentés au Roi ,
ont eu celui de monter dans les carreſſes de Sa
Majesté , & de la ſuivre àla chaſſe..
Le 31 du mois dernier , jour de la Pentecôte ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
diij
( 78 )
Ordre du St. Eſprit, ſe ſont raſſemb'és , vers
onze heures & demie du matin , dans le Cabinet
du Roi. Sa Majeſté , après avoir tenu Chapitre ,
a ordonné au Maître des Cérémonies de l'Ordre
d'aller chercher Monſeigneur le Duc de Berry ,
qui avoit été nommé ſeul le jour de la Purification.
Le Maître des Cérémonies , précédé du
Héraut & de l'Huiffier , s'eſt tranſporté dans l'appartement
où étoit ce Prince , & l'a conduit dans
Je Cabinet de Sa Majesté , qui l'a reçu Chevalier
de l'Ordre de St. Michel. Le Comte de Thiard ,
nommé le jour de la Pentecôte de l'année dernière
, a été introduit enſuite , & reçu Cheva'ier
de l'Ordre de St. Michel. Après l'appel , le Roi eft
forti de fon appartement pour ſe rendre à la
Chapelle du château. Sa Majesté , devant qui marchoient
deux Huiſſiers de fa Chambre , portant
leurs maſſes , étoit précédé de Monfieur , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Monſeigneur le
Duc d'Angoulême , de Monſeignneeuurr leDuc de
Berry , en habit de novice , du Duc d'Orléans ,
du Duc de Chartres , du Prince de Condé , dủ
Duc de Bourbon , du Duc d'Enghien , du Prince
de Conti , & des Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre , entre leſquels marchoit le
Comte de Thiard , en habit de rovice. Après la
Meſſe , chantée par la Muſique du Roi , & célébrée
par l'Archevêque de Narbonne , Prélat-Commandeur
de l'Ordre , le Roi eſt monté ſur fon
trône , & a reçu Cheva'ier de l'Ordre Monfeigneur
le Duc de Berry. Sa Majeſté a reçu enſuite
Le Comte de Thiard.
Après cette cérémonie , le Roi a été reconduit
dans fonappartement dans le même ordre obſervé
loſqu'il en eſt ſorti .
Le Roi a diſpoſé de la place de Chancelier-
Garde-des-Sceaux- Surintendant des fiances de
ſes Ordres , vacante par la mort de M. de Lamoi(
79)
:
gnon , en faveur de M. Barentin , Garde-des-
Sceaux de France , qui , en conféquence , a prêté
ferment entre les mains de Sa Majesté , le 30 du
mois dernier.
Le même jour , ſur la démiſſion de M. Barentin
, le Roi a pourvu de la même charge M. de
Nicolay , Premier Préſident de la Chambre des
Comptes de Paris , qui , le lendemain , a prêté ſerment
entre les mains de Sa Majeſté.
M. Chérin , Conſeiller de la Cour des Aides
de Paris , qui , depuis plus de deux ans , rempliffoit
par commiffion les fonctions de Généalogiſte
des Ordres du Roi , en ayant obtenu la charge ,
a eu , en cette qualité , l'honneur d'être préſenté
au Roi par M. de Nicolay , Chancelier des Ordres
de Sa Majeſté.
ETATS - GÉNÉRAUX .
La question qui , dès l'origine , a divisé
les trois Assemblées intégrantes des
ETATS-GÉNÉRAUX , les incidens qu'elle
a fait naître , les conférences en présence
des Commissaires nommés par S.
M. , les rapports qui en ont été faits ;
enfin , les délibérations qui , jusqu'à ce
jour , en ont été le résultat , forment
le précis des huit dernières Séances de
l'Assemblée Nationale. En voici le Journal
successif, depuis le 30 mai inclusivement;
mais nous le ferons précéder de la
notice de quelques Séances antérieures
de l'Ordre du Clergé.
CHAMBRE DU CLERGÉ. Du 16 mai. Elle ſe partagea
en dix-neuf arrondiſſemens , & nomma des
Commiſſaires chargés de dreſſer un Réglement
proviſoirede police intérieure.
div
( 80 )
Du 18. Le Préſident fit lecture d'une lettre deM.
leComte deMontmorin , remiſe par M. le Marquis
de Brézé , &dans laquelle ce Miniſtre , en conféquence
des ordres du Roj , renvoie à la déciſion
de l'Aſſemblée la demande de M. l'Abbé- Prince
de Murbach , à l'effet d'obtenir Séance immédiatement
après MM. les Evêques .
M. l'Abbé des Mermurts , Prévôt d'Arvillers , ſe
joignit à M. l'Abbé de Murbach , pour réclamer
le même privilége. Il fut décidé que les Commiffaires
chargés de rédiger le Réglement provi
foire, examineroient cette affaire ,&en rendroient
compte àl'Aſſemblée.
Les jours fuivans on continua le dépouillement
des cahiers par arrondiſſemens .
La Chambre eſt entiée en vacance pendant les
fêtes de Pentecôte ; & antérieurement , toute délibération
importante avoit été ſuſpendue durant
les Conférences conciliatrices .
CHAMBRE DE LA NOBLESSE. Du 30 mai. La députation
de Paris ( deux Membres abfens exceptés
) s'éleva contre l'Arrêté de la Chambre touchant
la délibération par Ordre , & fe rangea à
l'avis de la Minorité. Des débats véhémens accompagnèrent
cette réſolution.
Il fut arrêté le même jour , que la Chambre
ne ſeroit cenſée complette , ni ne pourroit entrer
endélibération , qu'autant qu'il s'y trouveroit 151
Membres réunis .
Après cette déciſion , la Chambre s'ajourna au
mercredi 3 juin.
Du 30 mai. CHAMBRE DU TIERS- ETAT.
Une feconde Lettre de M. le Garde-des-Sceaux
auDoyen de la Chambre , ayant été lue , l'Afſemblée
improuva le Doyen de s'être engagé dans
une Correfpondance Ministérielle ſans avoir communiqué
ſon projet. On inſiſta principalement fur
(81 )
ce qu'il avoit omis de prévenir M. le Garde-des-
Sceaux que la Députation au Roi devoit précéder
les Conférences , & que cette Députation n'avoit
été acceptée que ſous cette condition préa'able .
Aujourd'hui l'Aſſemblée ſe trouvant engagée
contre ſes délibérations , il falloit examiner de
nouveau ſi l'on ſuſpendroit les Conférences jufqu'à
ce que la Députation eût été reçue.
Les avis pour & contre furent débattus avec
chaleur. Il paſſa que les Commiſſaires ſe rendroient
aujourd'hui aux Conférences , mais qu'ils
ſe borneroient à la diſcuſſion de la vérification
des pouvoirs , & que le Procès-verbal des Conférences
ne feroit rédigé qu'après la Députation.
Le Doyen fut chargé de faire de ſon côté tout
ce qu'il croiroit le plus convenable pour accélérer
cette Députation.
Cinquième semaine de la Session.
CHAMBRE DU TIERS. Lundi 1er juin.
Il avoit été arrêté précédemment qu'il feroit
nommé pour Adjoints au Doyen , un Membre de
chaqueGouvernement,&que le Bureau feroit changé
tous les huitjours juſqu'à nouvel ordre. Enconféquence,
M. Champeau , Adjoint au Doyen pour la
ProvincedeBretagne, fit obſerver que les pouvoirs
des Adjoints , ainſi que ceux du Doyen étant expirés
par la révolution de la ſemaine , les Gouvernemens
s'étoient aſſemblés pour former un
nouveau Bureau .
M. d'Ailly a été élu Doyen faiſant les fonctions
de Préfident .
Enfuite M. Rabaud de Saint- Etienne a fait le
rapport de la Conférence tenuele ſamedi chez M. le
Garde-des- Sceaux , & a dit :
« Les Commiſſaires que vous avez autoriſés à
»' conférer avec les Commiſſaires du Clergé &
dy
( 82 )
» de la Nobleſſe, en préſence de M. le Garde-
» des-Sceaux & des Commiſſaires du Roi, ſe
>> rendirent famedi à l'heure indiquée chez M. le
>> Garde-des -Sceaux. MM. de la Luzerne , de Vil'e-
» deuil , de Montmorin , de Nivernois , de Puiſegur ,
>> de Saint-Prieft , Necker , Miniſtres d'Erat , de la
» Michodière, d'Ormeſſon , Vidaudde la Tour, de la
» Galaizière , Conſeillers d'Erat , & M. de Leffart ,
>>Maître des Requêtes , Commiſſaires nommés
par Sa Majesté , préſens. La ſéance fut ouverte
> par M. le Garde-des-Sceaux , qui expoſa l'état
>>de la queſtion ,& témoigna le défir qu'avoit Sa
» Majefté de voir les différens Ordres ſe prêter
» à des ouvertures de conciliation. Il demanda ſi
>> l'on alloit procéder à l'examen de ces ouver-
>> tures , ou ſi l'on avoit encore à difcuter les
>> principes.
» Un des Membres de la Nob'eſſe lut un
>> Mémoire tendant à établir par une diſcuſſion
>> hiſtorique , que , d'après les anciens uſages , les
>> Députés de la Nobleſſe aux Etats - Généraux
>> ne pouvoient ſe conduire autrement qu'ils ne
> l'avoient fait.
>>Nos Commiſſaires repréſentèrent que leur
» mandat ſe bornoi: à conférer fur la queſtion de
>> la vérification des pouvoirs en commun; ils
>> ajoutèrent , qu'obligés de vous porter un rap-
>>port écrit des Conférences , ſigné par tous les
>> Commiſſaires des Ordres, ils propofoient d'é-
>> crire journellement les Conférences & de les
>>figner.
>> MM. les Commiſſaires du Clergé & de la
>> Nobleſſe repréſentèrent qu'ils n'avoient à ce
>> ſujet aucuns pouvoirs de leurs Ordres .
» Après avoir débattu ces objets , il fut réſolu ,
>>, du confer.tement des Commiſſaires des trois
>>Ordres , que le Procès-verbal feroit figné des
>> Commiſſaires des Communes , & d'un Secré-
1
( 83)
ntaire du Roi agrée par les Commiſſaires des
>> trois Ordres. Il en fut dreffé acte .
» Nos Commiffaires ont commencé par la dif-
>>cuffion des faits pour en venir à celle des prin-
>> cipes& des moyers tirés de la raifon ; & alors
>> les Conférences ayant été ouvertes , l'un de nos
>> Commiſſaires a entrepris la diſcuſſion ſucceſſive
>> des faits al'égués dans le Mémoire qui a été lu.
>> Chaque fait a été diſcuré contradictoirement
>> par les divers Commiflaires des trois Ordres , &
> toujours renfermés dans leur mandat. Nos Com-
> miſſaires ſe ſont hornés à rapporter l'examen
» des fris , àla queſtion ſur la vérification des
» pouvoirs.
>> La ſéance ayant duré trois heures & demie ,
>> fans que la diſcuſſion du Mémoire de la No-
» bleſſe eût été finie , on fut obligé de la ren-
>> voyer à une autre séance ; & la circonſtance
» des fêtes avant décidé les Commiſſaires du
» Clergé & de la Nobleſſe à ne s'ajourner qu'à
» mercredi prochain , ſur les inftarces de nos
» Commiſſaires la ſéance a été remiſe à mardi, »
Ce rapport a induit un Député à remettre en
queſtion la propoſition déja rejetée le 29 Mai ,
de joindre aux pouvoirs de MM. les Commiffaires
des Conférences , la queſtion de voter par
tête ou par Ordre.
Un autre Député a objecté que cet avis ayant
été rejeté le ſamedi go , il étoit néceſſaire de décider
combien il fa'loit de voix pour le reproduire.
Un troiſième Député a obſervé qu'il y avoit
chargement d'état , & que la queſtion pouvoit
être ainſi préſentée ; que les Commiffaires ayant
rapporté que , fuivant les Ordres privilégiés ,
les deux queſtions de la vérification & de la votation
étoient néceſſairement liées & le prêtoient
in fecours mutuel , il étoit de l'intérê & de la
d vj
( 84)
1
dignité de l'Aſſemblée de repouſſer le reproche
que les Commiſſaires de la Nobleſſe pourroient
faire aux Commiſſaires du Tiers , d'éluder une
queſtion majeure par foibleſſe de moyens ; que
la queſtion actuelle différoit de celle qui avoit
été rejetée ,& méritoit , par ſon importance , un
mûrexamen.
Sous cette nouvelle face la propoſition ainſi
préſentée, a été appuyée de pluſieurs fuffrages ,&
livrée à la diſcuſſion , non par l'appel de chaque
Député , mais en prévenant que ceux qui auroient
à la débattre ou à l'appuyer , ſe fiffent
infcrire au Bureau pour la diſcuter par ordre
d'irſcription.
Ace fujet , un Membre a fait un Diſcours fur
le veto , pour prouver que les deux Ordres pri
vilégiés n'en avoient pas beſoin , puiſque le Tiers
étoit le ſeul grevé dans ſes propriétés ,& le ſeul
dans le cas de réclarer juſtice; il a conclu à la
déclaration de ne jamais reconnoître le VETO , &
d'autoriſer les Commiſſaires à en difcuter le
motif.
On a requis que cette queſtion fût miſe en délibération.
Là-deſſus , un Député a opiné qu'il falloit attendre
la réquiſition de la Nobleſſe & du Clergé ,
fur la difcuffion verbale du veto , quand elle ſera
inférée dans le procès-verbal.
Uu autre Député a dit , que ſouvent le Tiers
avoit demandé de délibérer par Ordre.
Un autre a obfervé que Sa Majesté avoit borné
fon intervention à la vérification des pouvoirs ;
que le Clergé & la Nobleſſe cherchoient à cumuler
les deux queſtions ; mais que ce ſeroit
manquer au Roi , que de ſuivre cette cumu
lation.
La difcuffion a duré jusqu'à deux heures ;
enfin la force de la choſe jugée, & fur-tout le
( 85 )
?
7
terme de la Lettre du Roi, qui n'invitoit qu'à
conférer ſur la vérification des pouvoirs , portèrent
la Majorité à rejeter la propoſition ; en
conféquence elle fut rétirée par ſon Auteur.
Du 2 Juin. M. d'Ailly , Doyen , a rappor é
qu'il étoit allé la veille chez M. le Garde-des-
Sceaux , accompagné de quelques-uns des Adjoints,
pour lui demander le jour auquel il plairoit au
Roi de recevoir la Députation; M. le Garde des
Sceaux avoit répondu que le Roi étoit trop affecté
de l'état de M. le Dauphin , & qu'il ne pouvoit
lui préſenter aujourd'hui la demande de la
Chambre.
Alors il avoit cru devoir prévenir M. le Gardedes-
Sceaux que les Commiffaires étant liés par
leur mandat , ne pouvoient reprendre les Conférences
qu'après la Députation faire au Roi ; fur
quoi M. le Garde-des-Sceaux a dit qu'il prendroit
aujourd'hui les ordres de Sa Majesté, & il a promis
d'en informer la Chambre fur-le champ.
M. d'Ailly a obfervé enſuite que , quoique le
diſcours à faire au Roi eût été agréé par l'Affemblée,
en la ſéance du 30 , le calme de la réflexion
lui avoit fait entrevoir quelques termes , même
des phrafes qu'il feroit convenab'e de changer : par
eemotif, il avoit fait le projet d'un autre difcours ,
dont il propoſoit la lecture & la fubftitution au
premier , ſi l'Aſſemblée le trouvoit préférable .
Quelques Membres trouvèrent des inconvé
niens à livrer à une diſcuſſion , même comparative
, un diſcours que le Roi devoit entendre le
premier ; & qu'il feroit plus prudent de charger
un Comité de cet examen : cette obſervation
réuffit , &les Commiſſaires furent nommés.
L'un d'eux rapporta à l'aſſemblée que le premier
difcours avoit été jugé préférable , & qu'au
moyen de quelques corrections dans la partiegram
(85 )
rratica'e, le Comité ſouſcrivoit à l'approbation
que l'Aſſemblée avoit déja donnée au premier difcours.
Un des Examinateurs obſerva que le changement
ayant été conſidérable , pri cipalement fur
des chofes extrêmement intéreſſantes , il devoit
être donné à l'Aſſemblée une ſecor.de lecture de
ce difcours & des variantes , pour recevoir ure
nouvelle fanction .
Cettepropoſition étant combattue par la grande
partie de l'aſſemblée, & vivement foutenue par les
Députés de Bretagne , le Doyen fut obligé de
recueillir les voix. La majeure partie opina à rejeter
une lecture publique , mais à donner une
courte cor munication à ceux qui auroient des
drutes.
On ſomma les Commiſſaires de rendre compte
des féancesdes 23 & 25 mai , & d'en lire le procèsverbal
que 'Aflomb'ée des avoitchargé de tenir.
M. Torget , qui en avoit été chargé , s'excu'a
du retard fur la longueur des ſéances de l'Affemblée
, ſur l'inexactitude qu'il y avoit de la part des
autres Commiſſa res à lui remettre leurs nores ,
enfin fur le danger de rendre publiques les Co 1-
férences, tandis qu'elles n'étoient pas firies , &
qu'elles ſe conti uoient en préferce des Commiffaires
du Roi ; qu'il avoit cru p'us prudent d'attendre
la fin des Conférences .
CLERGÉ. Du 3juin.Dans la Séance de cejour,un
Curéafait un difcours pour prévenir la néceſſité
de la réunion avec le Tiers-Erat, & de laVotation
par tête : c'étoit la première fois que cet avis étoit
ouvertement proposé dans la Chambre; mais il
n'a été ſuivi d'aucune délibération .
NOBLESSE. D. 3juin. Un Député d'un Bailliage
de province (M. le Comte de Crillon ) fit la proteſtation
fuivante:
« Je déclare que je ſuis dans la plus ferme
( 87 )
>> opinion que c'eſt bien moins pour maintenir
>>que pour établi la Co: ſtiturion quenous fommes
« appelés; & comme le veto me paroît eſſen-
«tiellement contraire à la Iberté d'action néces-
<< faire pour créer un ordre de choſes qui amène
« la proſpérité nationale ,& pour abolir les abus
«de tous les genres , fous lesquels la Nation a
« gémi depuis tant de ſiècles, je demande acte
>> de ce que je m'oppoſe , autant qu'il eſt en
» moi , à la ſanction du veto pour la tenue ac-
» tuelle des Etas-Généraux , lesquels je regarde
>> comme Régénérateurs , bien plus que comme
>> Confervateurs. Mon mandat , conforme à la
>> raiſon & au ſentiment de ma confcience , me
>> preſſe de demander , que lorſque les Ordr's
>> différent d'opinion ſur une queſtion importante ,
>>les Ordres ſe réuniſſent & opinent par têre.
>> Je ſupplie la Chambre de permettre que ma
» Déclaration ſoit annexée au Procès-verbal .
TIERS- ETAT. Du 3 juin. M. d'Ailly a déclaré
que fa fan é ne lui permettoit pas de continuer
à occuper la pláce de Doyen.
Les Adjoints ont été chargés d'en élire un
nouveau , & le choix eſt tombé par le ſcrutin
fur M. Bailly , l'un des Députés de Paris , & l'un
des 40 del'Académie Françoiſe. Un Membre a propoſé
de s'adreſſer directement au Roi , pour obtenir
le moment de la Députation.
Cet avis a été fortement appuyé par l'un des
Députés.
Un ſecond a propoſé de réclamer de Sa Maj.
la liberté de s'adreſſer directement à Elle toutes
les fois que l'utilité publique l'exigeroit.
Autrepropoſition , d'écrire ſeulement une lettre
au Roi pour obtenir cette liberté.
:
Autre pour ſe rendre chez le Maître des Cé(
88 )
remonies,&l'engager à accompagner les Députés
chez le Roi.
Autre pour aller tous vers le Roi.
Autre pour démontrer qu'il ne peut point y
avoir d'étiquettedans la circonſtance actuelle; que
les Députés du Tiers - Etat ne pouvant reconnoître
d'intermédiaire entre le Roi & la Nation
afſemblée , chargent leurDoyende s'adreſſer direc
tement à Sa Majeſté , pour la ſupplier d'indiquer
aux Repréſentans du Tiers-Etat , lejour& l'heure
où elle voudra bien recevoir leur Députation &
leur adreſſe.
Cette dernière Motion a été adoptée.
NOBLESSE. Du 4juin. Après une longue difcuſſion
, la Chambre a annullé la première Députation
du Balliage d'Amont en Franche-Comté ;
Dépuration qui ſe trouve remplacée par MM. le
Prince de Beaufremont , le Marquis de Mouftier ,
&lePréſident de Vezet.
(Pour le ſurplus des délibérations de l'Ordre ,
voyez le Journal ſuivant des Séances du Tiers-
Etat. Celles du Clergé & de la Nobleſſe étant
cloſes , nous ne haſarderons pas d'en rendre un
compte détaillé , avant d'avoir reçu des communications
immédiates. )
:
TIERS-ETAT. Du 4 Juin. Le Doyen a rendu
comptede ſa miffion vers le Roi .
Il a rapporté qu'il avoit été forcé de s'adreſſer
àune perſonneintermédiaire , qui avoit propofé à
Sa Majeſté de recevoir la Députation.
Le Roi a répondu qu'il recevroit avec plaiſir
laDéputation du Tiers-Etat , mais qu'il vouloit
que l'on fuivit les formes anciennes.
Cene réponſe oſitive a mis le Doyen dans la
néceſſité de s'adreſſer à M. le Garde- des- Sceaux ,
(89 )
qui , après en avoir conféré avec le Roi , en à reçu
la réponſe ſuivanre :
« Il m'eſt impoſſible , dans la ſituation où je
« me trouve , de voir M. Bailly ce foir ou de-
< main, ni de fixer un jour pour la Députa-
«tion du Tiers-Etat. Montrez ce billet à M.
" Bailly pour ſa décharge.
Les Commiffaires conciliateurs firent le rapport
de la ſeconde Conférence du mercredi 3 , chez
M. le Garde-des-Sceaux.
«Elle commença , dirent-ils , par la lecture da
» Procès-verbal de la première Aflemb'ée,d'après
>> la convention qui fuit , arrêtée par les Com
>> miſſaires des trois Ordres , & énoncée en ces
> termes : :
:
» Les Députés du Tiers rédigeront le Procès-
» verbal de chaqueféance ; ils liront ce qu'ils auront
» rédigé au commencement de chaqueséanceſuivantes
» Ony fera les corrections qui feront reconnues néceffaires;
le Procès-verbal fera reconnu authen-
> tique par les trois Ordres , &c.
Acette lecture du Procès-verbal , la Nobleſſe
» s'oppoſa à la qualité de Commiffaires des Com-
> munes, proteftant ne vouloir rien laiſſer ſigner
>> juſqu'à ce que la qualité fût rectifiée par celle
>> de Commiſſaires du Tiers.
>> Les Commiſſaires de ce dernier Ordre ré-
>> pandirent que lorſque les Ordres n'étoient pas
*en oppoſition, les qualifications étoient indif-
» férentes , & que l'on difoit fans conſequence
>>>le premier , le ſecond Ordre , &le Tiers ; mais
▸ que dans la circonſtance actuelle , te premier
> Ordre étant le Clergé; le fecond , la Nobleffe;
>> le troiſième prenoit la qualification des Com-
» munes.
>> La Nobleſſe a demandé que ſa proteftation
contre la qualification de Communes fût infcrite
dans le Proces-verbal.
( 90 )
» Les Commiſſaires du Tiers ont demandé à
>> ceux de la Nobleſſe s'ils étoient autoriſés par
leur Ordre.
>> Ils ont répondu qu'ils étoient autoriſés.
» La réponſe du Clergé à l'interpellation fur
>> l'approbation des qualités , a été qu'il n'ap-
>> prouvoit , ni ne déſapprouvoit les qualifications ,
>> mais qu'il entendoit qu'elles ſeroient fans con-
> ſéquence.
» La Nobleſſe a demandé communication du
>> Procès-verbal , & a prétendu que les opinions
» n'avoient pas été aſſez développées. Les Com-
>> miſſaires du Tiers-Etat ont propoſé de paſſer
>> la nuit pour y inférer les omiffions.
>> La Nobleſſe a répondu que ce ſeroit un
>> trop long travail. Les Commiſſaires du Roi
>> ont penſé qu'il falloit rendre compte du Pro-
> cès-verbal dans ſon état actuel.
Résumé de ce Procès-verbal.
>> La première queſtion des Conférences a é é :
» Diſcutera- t-on les faits , les raiſonnemens , ou
> ſe bornera-t-on à propoſer les moyens de
>> conciliation ?
>> Quand on s'eſt adreſſe aux Commiſſaires du
>>Clergé , ils ont répondu qu'ils n'étoient point
>> autoriſés à offrir des moyens de conciliation ,
>> mais feulement à les entendre & à en rendre
>> compte.
» L'un des Commiſſaires de la Nobleſſe a lu
>> un Mémoire , dont l'objet étoit de prouver la
>> juſtice des prétentions de la Nobleſf . Ce
>> Mémoire a été diviſé par articles , à chacun
» deſquels les Commiſſaires duTiers ont répondu
» ſéparément. »
>> Un des moyens de la Nobleſſe a été de dire ,
» que dans les derniers Etats-Généraux ,les dif-
>>cuffions d'Ordre à Ordre avoient été jugées
> par le Confeil , & que la Nobleſſe aimoit
( 91 )
>> mieux cette forme de déciſion que celle des
>> Ordres réunis , attendu la double repréſentation
accordée au Tiers .
Il a été répondu par les Commiſſaires
>> du Tiers-Etat , que le Conſeil n'avoitjoui du
>> droit de jugar les difcuffions d'Ordre à Ordre ,
>> que parce que la Nation lui avoit attribué ce
>> droit; ma's qu'elle le reprenoit aujourd'hui .
>> Les Commiſſaires du Roi ont alors obſervé
>> que le motifdes Conférences n'étoit pas de dif-
>> cuter les droits du Conſeil ,&qu'il falloit entrer
» en matière.
» La Nob'eſſe a inſiſté pour l'exercice du
» veto. La réponſe des Commiſſaires du Tiers a
» été que ce n'étoit pas le moment d'agiter cette
» queſtion , & qu'ils n'avoient pas de pouvoirs à
» ce ſujet.
» Suit la diſcuſſion des faits. Les Commif-
>> ſaires du Tiers-Etat ont obſervé qu'il n'y
>> avoit pas eu d'uniformité dans la manière de
>> vérifier les pouvoirs dans les différens Etats-
>> Généraux ; que la déférence au Confeil dans
>> les diſcuſſions , ne pouvoit pas plus contre , que
» pour la vérification des pouvoirs en commun.
M. Dupont a lu dans la même ſéance du 4 ,
le projet de Procès - verbal . Cette lecture finie ,
pluſieursMembres ont propoſé de ſe conſtituer furle-
champ , vu l'inutilité plus que probable des
Conférences. D'autres ont obfervé que la continuationdes
Conférences n'empêchoir pas que l'on
ſe conſtituat , quelques -uns vouloient que l'on refusât
la communication du Procès-verba' ; p'uſieurs
firent remarquer que ce feroit manquer au
Roi que d'interrompre les Conférences . Ces différens
débats donnèrent lieu à la double propoſition
ſuivante :
« Communiquera-ton , ou ne communique-
:
(92)
>> ra-t- on pas aux Commiſſaires du Clergé &
» de la Nobleſſe le projet de Procès - verbal ? <
Terminera-t-on ce ſoir les Conférences , ou
>> les continue a-t-on ſi les Commiſſaires du Roi
>>>le jugent à propos?
Le Doyen , pour abréger , propoſa à ceux qui
admettoient les deux délibérations de ſe lever ,
tandis que les oppoſans reſteroient affis. Pluſieurs
Membres s'élevèrent contre cette manière de juger
la pluralité ; après de très - opiniarres& longues
conteftations , on fut obligé d'aller aux voix , & ,
à une très-grande pluralité , le oui fut adopté pour
les deux propoſitions.
CLERGÉ. Du 5. L'Affemblée a accepté , fans
réſerve, l'ouverture de conciliationpropoſée par les
Commiſſaires de S. M. (voyez ci-après ) , en arrê
tantuneDéputation à chacun desOrdres , pour les
inviter au même acquiefcement.
TIERSÉTAT. Du 5juin, Le Doyen a annoncé à
J'Aſſemblée qu'il avoit fait des démarches pour être
admisà préſenter au Roi & à la Reine l'hommage
&les regrets du Tiers-Etat fur lamort de Mgr.
leDauphin. Il a enfuite propoſé de demander que
les Députés de cet Ordre fuffent admis à jeter
de l'eau bénite ſur le corps du Prince. Il fut arrêté
par l'Afſemblée que le Doyen s'adreſſeroit
pour ce'a à M. le Grand-Maître , & qu'il nommeroit
douze Députés pour s'acquitter de ce
devoir.
L'Aſſemblée avoit enfuite demandé la lecture
du réglement , & elle avoit été décidée ſous
la condition qu'elle ne ſeroit point interrompue,
&que les réflexions qui ſeroient faites à cet égard
feroient feulement propoſées dans la ſéance du
lendemain ; mais les Commiſſaires conciliateurs
ayant annoncé qu'i's étoient prêts à faire le rap.
( 93)
port des Conférences tenue, la veille chez M. le
Garde des-Sceaux , en préſence des Commif
faires des deux autres Ordres , ils furent invités à en
rendre compte à l'Aſſemblée.
M. Dupont , l'un d'eux , lut le Procès-verbal.
« Il paroît que les diſcuſſions préliminaires ont
>> occupé beaucoup de temps. D'abord, les Com-
>> miſſaires du Tiers-Etat ont réclamé la nomination
d'un Secrétaire de Conférences , ainfi
» qu'il avoit été convenu.
>>> Les Commiſſaires de la Nobleſſe ont déclaré
» que l'ancien d'entre eux étoit autorisé à figner
>> les Conférences , à condition que ceux duTiers
>> ſupprimeroient dans le Procès- verbal la quali-
" fication des Communes , & qu'on leur donneroit
>> communication de ce Procès-verbal pour cor
>> riger les om ſſions & développer leurs moyens,
>>qui n'y étoient pas expliqués aſſez clairement.
Les Commiſſaires du Tiers n'ont point ac
* cepté l'offre de la Nobelle pour la nomina-
» tion d'un Secrétaire , & ont offert la commu-
>> nication du Procès verbal.
"
>> Ils ont enſuite demandé aux Commiſſaires
>>du Clergé s'ils étoient autoriſés à ſigner le Pro-
>> cès-verbal. >>>>
« Leur réponſe a été que l'Ordre du Clergé les
» avoit autorisés à ſigner tout ce dont les deux
" Ordres feroient convenus de bon accord ; que
c'étoit un principe dont ils ne vouloient pas
>> ſe départir ; qu'ils n'avoient d'autre but que
» l'union,& l'envie d'être médiateurs entre la No-
>> b'efle&leTiers.
» Sur quoi nos Commiſſaires leur ont obſervé
» qu'il feroit un peu tard , pour faire le rô'e de
conciliateurs entre les deux Ordres, d'attendre
qu'ils fuffent d'accord.
>Un Commiſſaire du Clergé répondit que fon
>> Ordre auroit pu être Partie.
(94)
>>*Sur cette obſervation , un Député du Tiers-
>> Etat répartit que ,juſqu'alors , le Clergé avoit
» éé expectant , & non médiateur.
» Sur ces différentes conteftations , M. leGarde-
>>des-Sceaux propoſa de nommer un Sec étaire
>> choiſi dans les trois Ordres. Ce projet ne fut
>>point accepté ; & après p'uſieurs difcuffions ,
M. Hebert , Secrétaire duRoi , fut nommé Se-
>> crétaire des Conférences , & inſtallé dans cette
>> fonction .
>> Cet objet étant applani , la Conférence fut
>> ouverte par la lecture du Procès- verbal de la
>> veille.
» Le commencement du Procès-verbal contient
>> des proteſtations de la Nobleſſecontre la qualifi-
» cation de Communes,&la réclamationd'un délai,
<<pourmieuxdévelopper les moyens delaNobleſſe.
« Les Commiſſaires du Tiers ont foutenu que
>> le nom de Communes étoit la véritable qualifi-
>>cation de leur Ordre; ils ont cité à l'appui de
>> cette afſſertion pluſieurs autorités ; enſuite ils
» ont demandé aux Commiſſaires du Clergé s'ils
» avoient reçu la même inſtruction que ceux de
>> la Nobleſſe. »
" Les Commiſſaires du Clergé ont répondu que
>> non ; mais qu'ils entendoient que les qualités
>> priſes ne pouvoient pas préjudicier, Sur ces dé-
» bats , M. le Garde-des -Sceaux a déclaré qu'il
>> ne pouvoit , ſans l'ordre du Roi , adopter une
>> expreffion que S. M. n'avoit pas conſacrée.>>
« Nos Commiffaires ont déclaré alors qu'ils
» n'étoient pas autoriſés à agiter cette queſtion. »
«Dans la diſcuſſion des faits, un Commiſſaire
» du Tiers -Etat a obſervé à ceux des deux autres
>> Ordres , & aux Commiſſaires du Roi , que l'in-
>> tention de Sa Majeſté avoit été que les Députés.
>> des trois Ordres ſe raſſemblaſſent dans la Cham-
>> bre nationale , pour y vérifier leurs pouvoirs le
( 95 )
>> lendemain de l'ouverture des États, & que l'a-
>> journement étoit tel dans le difcours prononcé
>>par M. le Garde-des- Sceaux. »
" M. le Garde-des- Sceaux a obſervé alors que
>> l'on avoit donné trop d'extenſion à ſon dif-
>> cours. "
« Un Commiſſaire du Clergé a dit qu'il y auroit
>> du danger à laiſſer vérifier les pouvoirs en com.-
>> mun, àcauſe de la double repréſentation accor-
>>> dée au Tiers. »
« Sur cette obſervation , un Commiſſaire de
>> l'Ordre du Tiers a invité celui du Clergé
>> de dire s'il parloit au nom de fon Ordre. >>>
« Le Commiſſaire du Clergé a répondu que
» поп. «
«Après la lecture du procès - verbal , M. le
» Garde-des-Sceaux a dit que les Commiſſaires
» du Roi s'étoient occupés d'un moyen de con-
>> ciliation , dont il alloit être donné lecture. »
« Les Commiſſaires du Tiers-Exat ont répondu
» qu'il convenoit de finir la diſcuſſion entamée
>> dans les Conférences , avant d'écouter le plan de
conciliation. >>
«M. leDirecteur-Géneral a inſiſté pour donner
« lecture du plan de conciliation. Nos Commif-
>> faires ont conſenti à l'entendre , à condition que
>> l'on reviendroit aux diſcuſſions entamées dans
>> les Conférences. »
MESSIEURS ,
Les anciens faits prouvent évidemment que le
Confeileſt intervenu dans toutes les queſtions qui
ont occaſionné des débats relatifs à la validité des
'élections& à la vérification des pouvoirs.
de ſes
Il ſeroit donc de toutejuſtice que Sa Majesté
examinât , ſous le rapport propresdroits
lesdifficultés qui s'élèvent en ce moment;& lorfque
chacun des Ordres eſt activement occupé des
,
(96 )
prérogatives qui peuvent lui appartenir , il paroîtroit
naturel que Sa Majesté fixât Elle-même ſon
attention fur celles dont la Couronne a conſtamment
joui. Mais Sa Majesté , fidèlement attachée
aux principes de modération qui peuvent hater
l'accompliſſement du bien public , permet à ſes
Miniſtres de conſidérer d'abord fous ce point de
vue, le plus grand nombre des affaires .
Les Ordres ne s'éloigneroient pas vraiſemblable
ment de confier à des Commiſſaires , choiſis dans
les trois Chambres , l'examen préliminaire des
difficultés relatives à la validité des pouvoirs &
des élections ; mais en cas de diviſion d'avis , la
Chambre du Tiers demanderoit que la détermination
déciſive fût remiſe à l'Aſſemblée des trois
Ordres réunis. L'Ordre de la Nobleſſe s'y refuſe
ab'olument , & veut que chaque Chambre foit
arbitre en dernier reſſort.
Il eſt ſûr que les Ordres ont un intérêt à pré
venir qu'aucun des trois n'abuſe de ſon pouvoir
pour admettre ou pour rejeter avec partialité les
Députés qui viennent prendre féance dans lesEtatsgé
éraux ,& cet intérêt commun exiſteroit , ſoit
que lesOrdres euſſent à dé ibérer réunis ,foit qu'ils
reſtaſſent conftamment ſéparés , puiſquedans cette
dernière ſuppoſition les perſonnes qui ſeroient appelées
à décider , par leurs opinions , d'un veto
ou d'un empêchement quelconque , acquerroient
ledroit d'influer directement ſur le fort général de
laNation .
En même-temps , il eſt naturel & raiſonnable
que les deux premiers Ordres fixent leur attention
fur la fupériorité de fuffrages aſſurée à l'Ordre du
Tiers; car s'il est vrai que tous les Députés aux
EratsGénéraux , fans diftinction , font intéreſſes à
l'impartialité des vérifications de pouvoirs , il eſt
également certain que dans une circonſtance où
lesefpris fontdiviſés, chaque Ordre a des motifs
perſonnels
<
(1)
perfonnelspourdéfirer d'éloignerdes autresChambros
les Députés dont les ſentimens ne ſeroient
pas favorables à les cpinions,
Ces motifs perfonne's font égaux , dira-t-on ,
entre les Ordres ; ainſi , en les admettant à délibé
er en commun fur la régularivé des élections ,
aucun n'a droit de ſe plaindre. Ce raiſonnement
ne feroit pas juſte; car , ſi les motif, de partialité
fontles mêmes , les moyens d'agir , conformément
à ces moifs , ne font pas égaux , puiſque le
Thers-Etat , par la grande ſupériorité de les fuffrages
, auroit un avantage décisif , fi le jugement
fina fur les pouvoirs conteſtés appar enoit à l'Affemblée
des trois Ordres réunis.
O.1 ne pourroit pas combattre cette opinion ,
en rappelant que les deux premiers Ordres enfemb'e
font en nombre égal au Tiers-Etat , car
ces deux premiers Ordres, réunis par leurs priviléges
pécuniaires , ne le font pas même dans les
confidérations relatives à l'examen des élections.
Enfin , ces priviléges ne forment qu'une union
pallagère, dans un moment où leur prochaine
fuppreffion paroît aſſurée.
On dira peut- être encore que la ſupériorité de
fuffrages du Tiers-Etar une fois admife , il doje
lui ê re permis d'en faire uſage pour une affaire
commune; mais la ſupériorité de ſuffrages appliquée
aux déciſions fur la validité des pouvoirs &
deséections des trois Ordres, n'est pas un ffiimple
uſage de cetre ſupériorité , c'eſt encore un moyen
d'en accroître l'avantage : une telle faculté , na
tel emploi de la ſupériorité des ſuffrages , feroient
un ſupplément de conceffion,une force nouvelle ,
qui dérangeroient, dans une meſure quelconque ,
l'équilibre établi par le Souverain , loriqu'il a tué
lenombre reſpectif des Députés de chaque C
reffort
Ordre.
de la Le pouvoir de juger en dernier ref 1
régularité des élections , ne pourroit donc être
Supplément au N°. 24. a
(2)
attribué avec équité , ni aux trois O dres réunis ,
ri à chacun d'eux en particulier , parce qu'ils ont
tous intérêt à ce qu'un ſeul n'ab ſe pas de fon
influence; il ne peut pas appartenir non plus
aux trois Ordres réunis , puiſque ce ſeroit l'attribuer
eſſentiellement aux Repréſentans du Tiers-
Etat , vu la fupériorité de fuffrages , pour leur
donrer le moyen d'en augmenter la puiſſance ,
en obtenant une influence prépondérante ſur la
formation même de l'Aſſemblée.
C'eſt donc au Roi que ſemble appartenir , en
raiſon& en équité , le jugement final ſur toutes
les conteftations relatives aux élection ; ce principe
eſt une ſuite , une dépendance du Réglement
ſouverain qui a déterminé pour cette fois
le nombre reſpectif des Députés auxEtars-généraux;
ainſi les trois Ordres qui ſe ſoumettent à
la fixation établie par Sa Majesté , feroient une
exception minutieuſe si's répugnoient à la prendre
pour Juge dans le très-petit rombre de conteftations
qui pourroient s'élever ſur la vérification des
pouvoirs. L'intérêt de Sa Majeſté , le ſeul qui la
dirige, c'eſt l'amour de l'union , & Elle mériteroit
encore d'être votreArbitre , quand vous ne voudriez
pas du Monarque pour Juge.
Ce feroit le Roi ſeul qui , en cette occafion ,
feroit une ceſſion de ſes prérogatives , puiſque de
ſimples particuliers appeloient autrefois auSouverainde
la décifion d'un Ordre , relative à la vérification
des pouvoirs , & que Sa Majefté ſe réſervoit
ſeulement de juger les queſtions ſur lefquelles
les Ordres feroient diviſés d'opinion.
Il paroît donc que tous les motifs de justice ,
de raifon , d'équité & de convenance réciproque ,
doivert déterminer les Ordres à adoptercemoyen
de conciliation. Voici donc , d'apres ces idées , la
marche qu'on propoſeroit.
Les tipis Ordres , par un acte de confiance libre
( 3 )
&volontaire , s'en rapporteroient les uns aux autres
pour la vériacation des pouvoirs , fur leſquels,
aucune difficu'té ne s'éleveroit , & ils ſe cominuniqueroient
leurs actes de vérification , pour en
faire un examen rapide.
Ils conviendroient de plus:
Que les conteftations , s'il en ſurvenoit , ſeroient,
portéesà l'examen d'une Commiſſion compoſée des
troisOrdres.
Que ces Commiſſaires ſe réuniroient à une
opinion. ८.
Que cette opinion ſeroit portée aux Chambres
reſpectives.
Que ſi elle y étoit adoptée , tout ſeroit termiré.
Que fi au contraire les déciſions des Ordres
étoient en oppoſition fur cet objet , que ſi encore
eles ne paroiſſoient pas ſuſceptibles de conciliation
, l'affaire feroit portée au Roi , qui rendroit
un jugement final.
" Qu'on ajoute encore, ſi l'on veut , que ces
conventions ſur la vérification des pouvoirs , n'au
roient aucune liaiſon avec la grande queſtion de la
délibération par tête ou par Odre ; que l'on
ajoute encore que la marche adoptée pour cette
tenue d'Etats , feroit repriſe dans le cours de la
feſſion, afin de conſidérer ſi un meilleur ordre de
choſes devroit être adopté pour l'avenir ; qu'on
réuniſſe au fond de cette propoſition les précautions
qui paroîtroient convenables , mais qu'on
adopte enfin ce moyen de conciliation ou tout
autre,& que le Roine reſte pas ſeul, au milieu de
ſa Nation, occupé ſans relâche de l'établiſſement
de la paix&de la concorde. Quels véritables Citoyens
pourroient ſe refuſer à ſeconder les intertions
du meilleur des Rois ?& qui voudroit charger
fa confcie ce de tous les malheurs qui pourroient
être la ſuite de la ſeſſion qui ſe prépare au
*
aij
(4)
premier pas que vous faites ,Meſſieurs , dans une
carrière où le bien de l'Etat vous appelle , où la
Nationeſt impatiente de vous voir aller en avant ,
& où les plus grands dangers vous environnent!
Ah ! Meſſieurs,lors même que vous pourriez arriver
à ce bien par la diviſion des coeurs & des
opinions , il feroit trop acheté. Le Roi donc vous
invire à prendre en confidération ſa propoſition ,
&il vous preſſe de tout fon amour de l'accepter;
&de lui donner ce contemement. »
Le travail des Commiſſaires fut très - applaudi
par l'Affemblée , & méritoit de l'être.
Après cette lecture , on reçut une lettre deM.
leGarde-des-Sceaux , qui annonçoit qu'une affaire
très-importante l'obligeoit de ſe rendre à Paris ,&
d'interrompre les Conférences , mais qu'elles ſeroient
continuées le lendemain. Cette leure fit
renaître pluſieurs motions pour ſe conſtituer , &
rompre définitivement les Conférences ; mais la
très-grande majorité des opinions fut pour les continuer.
Enfuite on mit en délibération ſi l'on opineroit
fur le plan propofé par les Commiſſaires du
Rei, avant ou après la clôture du procès-verbal
des Contérences ; 26 opinions ſe déclarèrent pour:
s'en occuper à l'iſtant meine , & 432 pour remet.
we à en délibérer après la clôture du procès-verbal .
Du 6 Juin. Le Doyen a donné lecture d'une
lente de M. le Garde-des-Sceaux , qui annonce.
à l'Ordre du Tiers É at que Sa Majefté recevra fa
Députation aujourd'hui , entre onze heures&midi.
Il a auffi fait lectore d'une lettre écrite par Ma-,
dame la Princeſſe de Chimay, Dame d'honneur de
la Reine , qui porte , que Sa Majeſté recevia avec.
bonté& ſenſibilité laDéputation du Tiers dès que.
ſa ſituation le lui permettra.
Les Membres nommés pour la Députation ont
(5)
étépris parmi les Commiſſaires conciliateurs& les
Adjoints , ayant à leur tête le Doyen.
20,
Ils ſe ſont rendus vers Sa Majesté au nombre de
conformément à l'inſtruction de M.leGardedes-
Sceaux , qui avoit pris les ordres du Roi à
cet égard , & , M. Bailly portant la parole , ont
adretlé à Sa Majesté le diſcours ſuivant;
«Depuis long-temps les Députésde vos fidelles
Communes auroient fo'ennellement préſenté à
Votre Majesté le reſpectueux témoignage de leur
reconnoiſſance pour la convocation des Etats-
Généraux , fi leurs pouvoirs avoient été vérifiés ;
i's le feroient fi la Nobleſſe avoit ceſſé d'élever
des obſtacles . Dans la plus vive impatience , ils
attendent l'inſtant de cette vérification , pour vous
offrir un hommage plus éclatant de leur amour
pour votre perſonne facrée , pour fon auguſte
famille ,& leur dévouement aux intérêts du Monarque
, inféparables de ceux de la Nation. »
« La follicitude qu'inſpire à Votre Majeſté
l'inaction des Etats-Généraux, eſt une nouvelle
preuve du déſir qui l'anime , de faire le bonheur
de la France. »
" Affligés de cette inaction, les Députés des
Communes ont tenté tous les moyens de déterminer
ceux da Clergé & de la Nob effe à ſe
réunir à eux pour conftituer l'Aſſemblée nationale;
mais la Nobleſſe ayant manifedé de nou
vean ſa réſolution de maintenir la vérification
de ſes pouvoirs faite ſéparément , les Conférences
conciliacoires entamées ſur cette importante queftion
ſe trouvoient terminées. »
« Votre Majesté a déſiré qu'elles fuſſent repriſes
enpréſence de M. le Garde-des-Sceaux , & des
Commiſſaires qu'Elle a nommés,
« Les Députés des Communes , certains que
ſous un Prince qui veut être le reſtaurateur de
la France , la liberté nationale ne peut être en
a nj
(6)
danger , s'empreſſe de déférer au défir qu'Elle
leur a fait connoître. Ils font bien convaincus
que le compte exact de ces Conférences , mis
fous fes yeux , ne lui laiſſera voir dans les motifs
qui nous dirigent , que les principes de la juſtice
&de la raifon. »
« SIRE , vos fidelles Communes n'oublieront
jamais ce qu'elles doivent à leur Roi ; jamais elles
n'oublieront cette alliance naturelle du Trône &
du Peuple , contre les diverſes Ariftocraties dont
le pouvoir ne fauroit s'établir que fur la ruine
de l'autorité royale &de la fé icité publique. Le
Peuple François , qui ſe fit gloire dans tous les
temps de chérir ſes Rois , fera toujours porté à
tout factifier pour foutenir les vrais principes
de la Monarchie. Dès les premiers inſtans où les
inſtructions que ſes Dépurés ont reçues , leur
permettront de porter un voeu rational , vous
jugerreezz, SIRE , files Repréſentans de vos Commuces
ne feront pas les plus empreffés de vos
Sujets , à maintenir les droits , Thonneur & la
gnité du Trône , à confolider les engagemens
publics , & à rétablir le crédit de laNation; vous
reconnoîtrez auſſi qu'ils ne feront pas moins juſtes
envers leurs Concitoyens de toutes les claffes ,
que dévoués à Votre Majefté. »
«Vos fidelles Communes font profondément
touchées de la circonstance où Votre Majesté
a la bonté de recevoir leur Députation. Elles
prentent la liberté de lui adreifer l'expreffion de
tous leurs juſtes regrets , & de leur refpectueufe
fenfibilité . »
RÉPONSE DU ROI.
« Je reçois avec ſatisfaction les témoignages de
dévouement & d'attachement à la Monarchie
»des Repréſentans du Tiers -Etat de mon
>> Royaume; tous les Ordres de l'Eta: ont un
1
1
( 7 )
» égal droit à mes bontes ,& vous devez comp-
>> ter ſur ma protection & fur ma bienveillance.
» Je vous recommande par-deſſus tout , de ſe-
>> conder promptement & avec un eſprit de fa-
• geffe & de paix , l'accompliſſement du bien
» que je ſuis impatient de faire à mes Peuples ,
» & qu'ils attendent avec confiance de mes ſen-
>> timens pour eux. »
Pendant que les Députés exécutoient leur Mif
fion auprès de Sa Majesté , il eſt arrivé à la Chambre
du Tiers une Députation du Clergé, qui a déposé
fur le Bureau l'arrêté ſuivant :
>> Les Membres du Clergé aſſemblés , déli-
>> bérant fur le plan qui a été propoſé à leurs
>> Commiffaires , au nom de Sa Majefté , relative-
» ment à la vénfication & au jugement des pou-
» voirs , & voulant donner à Sa Majeſté un
>>nouveau témoignage de la reſpectueuſe recon-
>> noiffance dont ils font pénétrés pour ſes ſol-
>> licitudes paternelles , ſont convenus d'accéder
» à ce projet provifoire de conciliation & de
>> vérification , & de manifeſter aux deux aures
» Ordres le voeu qu'is forment d'en fuivre la
>> diſpoſition. »
Députation au Clergé , pour le remercier de
ce qu'il avoit inftruit la Chambre du Tiers de
fa détermination , & pour lui annoncer la réfolation
prite par la Chambre , de ne délibérer fur
le plan de conciliation propoſé par les Commiſfaires
du Roi , qu'après la clôture du Procès-verbal
des Conférences.
« Les Députés du Tiers ont été auſſi faire part
à la Nebeife , de la détermination de leur
Chambre fur l'ouverture de conciliation . Le Préfident
de la Chambre de la Nobleſſe s'eſt bornéà
demanderle depôt de l'arrêté, &le noin desCommiflaires.
"
(8 )
- Le même jour , eſt entrée une ſeconde Députation
du C'ergé, difant :
» Les Membres du Clergé aſſemblés , profon-
» dément touchés de la misère du Peuple & de
la cherté des grains qui affligent les différens
>> cantons duRoyaume, croyent ne pouvoirmieux
>> le cor former aux vues paternelles de Sa Majefté,
» & mieux remplir leur devoir le plus cher , qu'en
>> s'empreffant de nommer une Cominiſſion com-
>> poſée de différens Députés pris dans chaque
>> Gouvernement , pour prendre en conſidération
»& recevoir tous les mémoires qui lui pourront
« êre adreſſés, & en invitant les deux autres
> Ordres à nommer des Com niffaires pour exami-
>> ner la cauſe de la cherté des grains. »
Le Theis a arêté d'une voix unanime , de porter
à l'inſtant au Clergé la réponſe ſuivante par
Députation:
,
» Pénétrés des mêmes devoirs que vous . tou-
» chés juſqu'aux larmes des malheurs publics
>> nous vous prions , nous vous conjurons de
» vous réunir à nous à l'inſtant dans 'a falle
>> commune, pour délibérer & aviſer aux movens
>> d'y fubvenir le plus efficacement qu'il ſera pof-
>> fible. »
Le Tiers a reçu le même jour une Députation
de la Nobleſſe , chargé de lui communiquer l'extrait
fuivant du Procès - verbal des délibérations
de cet Ordre.
>>L'Ordre de la Nobleſſe , empreſſé de donner
>>au Roi des témoignages de ſon anour , de fon
>> reſpect & de ſa confiance dans ſes vertus per-
>> fonnelles , & prouver à la Nation entière le
>> défir d'une conciliation prompte & durable ,
»& fidèle en même temps aux principes dont
>> il n'a jamais cru devoir s'écarter , reçoit avec
>> la plus vive reconnoiffance les ouvertures que
» Sa Majesté a bien voulu lui faire communiquer
( 9 )
>>par ſes Miniſtres. En costéquence, fans adopter
> quelques principes de préambule , il a chargé
> ſes Commiſſaires de rappeler à la prochaine
>> Conférence , que la Nobleſſe ſtatuera fur les
>> conteſtations qui ſurviendront ſur la validité
>> des pouvoirs de ſes Membres , lorſqu'ils n'in-
>> téreſſeront que lesDéputés particuliers de fon.
>> Ordre , & en donnera une Notice officiele
» aux deux autres Ordres. Quant aux difficultés
>> ſurvenues ou à ſurvenir ſur les Dép tations
>> entières pendant les préſens Etars-Généraux ,
>> chaque Ordre chargera , conformément au défir
du Roi , ſes Commiſſaires de les difcuter avec
» les deux autres Ordres, pour que, fur le rapport,
» il puiſſe y être ſtatué d'une manière uniforme
dans les trois Chambres ſéparées ; & au cas
» où l'on ne pourroit y parvenir , le Roi ſera
>> ſupplié d'être leur arbitre. »
Le Doyen de la Chambre du Tiers a répondu
à cette communication :
aQue la Chambre des Communes étoit très-
>> reconnoiſſante de ce que l'Ordre de la Nobleſſe
> vouloit bien les inſtruire de ſa détermination ;&
> que quand elle auroit délibéré ſur le projet de
> conciliation propoſé par le Directeur - Général ,
>> elle feroit part de ſon arrêté à la Chambre de
>> la Nobleſſe. »
La Séance ayant été prorogée à cinq heures du
foir pour y donner lecture du Réglement provifoire
de police , il a été convenu de ſe diviſer
en bureaux pour l'examiner mûrement.
De Paris , le 10 juin.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , dư 9.
mai 1789 , qui accorde des Primes pour
les Grainset Farines qui seront importés
des pays étrangers en Corse.
(10 )
Lettres-Patentes du Roi , qui autoriſent les Ofévres
à travailler au titre de dix-huit Ka'ats les
menus ouvrages d'or. Données à Verſaille, le 4
Avril 1789. Regiſtrées en la Cour des Monnoies
le 6 Mai audit an.
Pluſieurs des Habitans de la partie françoiſe de
Saint-Domingue , ayant paru défirer que desDépurés
de cette Colonie fuſſent admis aux convocations
des Etats-Généraux , & les autres étant
d'uneopinion contraire , M.le Marquis du Chilleau ,
Gouverneur-général ,&M. de Marbois , Intendant,
ont adreſſé au Commandant de chaque Paroiffe la
Lettre ſuivante, qu'ils ont enſuite fait imprimer&
publier.
Au Port-au-Prince , le 10 Avril 1789.
«Nous avons l'honneur de vous informer ,
>> Monfieur , des réſolutions du Roi relativement
» à la demande à fin d'admiffion des Députés de
>>la Colonie aux Etats -Généraux. Sa Majesté a
>> penſé qu'une affaire d'auſſi grande importance ,
» ne devoit être décidée qu'à la ſuite des plus
» mûres délibérations , & par l'avis même de
» ceux qui ont le principal intérêt au réſultat ,
» c'eſt-à-dire des Etats - Généraux du Royaume,
» et des Habitans de la Colonie. Toute autre
ود
"
"
"
"
marche dans une queſtion auſſi problématique ,
eût été remplie d'inconvéniens. Une élection
de Députés , tandis que leur admiſſion eſt en-
,, core incertaine , eût été prématurée , & les
difficultés qu'éprouve la formation des E ats du,
Royaume , annoncent ſuffisamment que l'introduction
des Députés Colonaux auroit pu être
,, une nouvel'e ſource d'embarras , puifqu'on
ignore juſqu'à préſent dans quel Ordre ils pourroient
être claflé . Dans ces circo ſtances , S. M.
a pris le ſeul parti qui pût convenir à fa fa-
„ geſſe , à ſa juſtice & à fon amourpour ſes ſujets,
ود
"
ود
( 11 )
"
,
tant des Colonies que du Royaume; c'eſt de
confulter les Etats-Généraux & toutes ses Co-
,, lonies en général ſur cette importante queſtior .
Cette marche eſt ſimple , elle prouve la pureté
des intentions du Gouvernement ; & nous
ſommes perfuadés que les Colons conviendront
unanimement que c'eſt le parti le plus conforme
à la raiſon ,&le ſeul qu'il fût poſſible
d'adopter dans une circonſtance auſſi nouvelle.
,, Ainſi , Monfieur , tandis que les Etats-Généraux
,, exprimeront leurs ſentimers à ce ſujet, les Co-
ود
ود
"
"
lons auront la faculté de faire connoître leurs
,, voeux dans une Aſſemblée coloniale que S. M.
ſe propoſe d'ordonner dans le cours de cette
année.
"
"
"
”
"
"
"
و د
وو
22
"
Elle a vivement à coeur deur bonheur &
leur repos. De pareilles vues n'exigent aucune
réſerve ,&nos meſures dans cette circonftance,
ainſi que dans toutes les autres , doivent avoir
la plus grande publicité. Nous vous autoriſons
donc, Monfieur , à donner connoiſſance de
notre Lettre à tous les Habitans , en attendant
,, que nous puiffions les inviter à ſe joindre à
,, nous de coeur&d'affection pour opérer le bien
général , que l'on ne peut ſe promettre que
de l'accord de ceux qui doivent y concourir.
Vous voudrez bien leur faire connoître que
Sa Majesté a dé.idé dans for Confeil que les
Coloniesfraçoiſes ne députeroientpoint à la prochaine
convocation; mais elle a en même temps
„ réſolu que cette faculté leurferoit donnéepourles
convocationsſubſéquentes , fi tel eſt leur voeu &
celui des Etats-Généraux du Royaume.
"
ود
”
"
"
دو Nous avons l'honneur d'être avec un parfait
attachement , Monfieur , vos très , &c. Signé
DU CHILLEAU & DE MARBOIS.
Nous completterons dans peu la liste
(12)
des Députés des trois Ordres aux Etats-
Généraux ; mais c'est à regret que nous
ne pouvons y admettre les suppléans ,
ce qui entraîneroit trop d'étendue. Par
réquisition particulière , nous nous bornerons
à annoncer que les suppléans de
la Sénéchaussée de Toulouse , sont :
Pour le Clergé, M. Laparre , Curé de
Dieupantale.
Pour la Noblesse, M. de Palaminy.
Pour le Tiers - Etat, M. Hébrard ,
Avocat.
<<Le 28 avril 1789 , le Prince hérédi
taire de Nassau Saarbruk est arrivé
<<à Châlons-sur- Marne , et s'est réuni
<<à la Princesse son épouse , née Prin-
<< cesse de St. Mauris Montbarrey, qui
<<s'y étoit rendue avec les Prince et
<<Princesse ses père et mère. »
<<Le 29, le Prince et la Princesse hé-
<< réditaires sont partis de Châlons pour
<<la Cour de Saarbruk , où ils sont ar-
<<rivés le 30. »
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 30 mai
1789 , sont : 2,62, 15 , 66, 11 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 JUIN 1789 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
ÉPIGRAMME
Imitée du latin de Quintus Catulus ( 1 ) .
JE m'étois arrêté pour ſaluer FAurore';
Tout à coup près de moi j'apperçois Calaïs :
La blonde Calais , auffi fraîche que Flore ,
Déployoit à mes yeux les graces de Cypris ....
Je ne pus commander àmes ſens interdits ;
Ma faiſon s'égara , je ne vis plus l'Autore ,
Et je tombai fans force aux pieds de Calaïs.
(Par M. Grainville. )
(1) Q. L. Catulus, Conſul Romain, vainquit les Cimbres
avec Marius,fon Collègue . Il fut du nombre des Orateurs
célèbres ; malheureuſement ſes Harangues ne font point
parvenues juſqu'à nous .
No. 25. 20 Juin 1789. E
98 - MERCURE
VERS à l'Auteur d'une jolie Comédie.
IMBERT , reçois mon compliment.
L'eſprit, la gaité , la décence,
Des vers heureux , de ta Fauffe Apparence ,
Ont fait un Ouvrage charmant.
POINT de perſonnages choquans ,
Point de vicieux déteſtables;
A
Deux caractères neufs , tous les autres piquans ,
Huit ou dix Scènes délectables.
Un mot auſſi ſur tes Acteurs !
O le plus heureux des Auteurs,
Tu t'en ſaiſis , tu les enrôles ;
Exprès pour toi, le Ciel les fit ,
Ou bien exprès pour eux , tu ſais faire des rôles.
Molé, brillant & vrai .... J'aime bien ce qu'il dit !
Contat met dans ſes yeux tout l'eſprit d'une Pière;
Et la Marquiſe.... (1 ) Ah ! qu'elle m'intéreſſe !
Elle a trop de bonté pour être fans eſprit (2 ).
Du Marquis ,je conçois les craintes , le dépit ;
(1) Mad. Petit.
(2) Ce vers eft la parodic d'un vers charmant , qui ſeul
caractériſeroit la Marquife :
Elle a tant de bonté , qu'on la croit fans eſprit,
(Nores de l'Auteur.)
DEFRANCE.
وو
On peut être jaloux d'une femme jolie ,
Lorſque l'Amant eftjoué par Fleury.
Tu fais qu'on aime à la folie
Le jeu vif & fin de Joly.
De tout cela j'étois ravic ,
Quand une fourde émotion ....
Qui ſe défend l'ambition ,
Et même l'émulation ,
Pourroit-il connoître l'envie ?
Ah ! juſqu'ici belle proſe , doux vers
Aucun ſuccès dans l'Univers
Ne m'a caufé de jaloufie.
Mais pourquoi donc certaine fantaiſie ? ...
Plus j'examine .... en vérité , je crois ,
Que le Jaloux , revu cinq fois ,
Et dont je reparle fans ceffe ,
Nc veut pas que j'échappe à la commune loi !
Ce Jaloux malgré lui me rend , je le confefle ,
Un peu jalouſe malgré moi .
( Par l'Auteur des Contes Orientaux. )
E 2
100 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eſt Image ; celui
de l'Enigme eſt Fumée ; celui du Logogriphe
eſt Image, où l'on trouve Magie, Mi ,
Ame, Ami,Geai, Ma, Age, Mai ,
CHARADE.
SOUVENT dans lamuſique on trouve mon premier,
Et la terre nourrit mon tout & mon dernier.
(Parune Abonnée. )
ÉNIGME,
JE fuis un être à double ſens.
Sous le premier , j'excite & flatte
L'ambition de bien des jeunes gens
D'unOrdre diftingué : tout enfant d'Hippocrate,
Sous l'autre ſens , cherche à me procurer,
Es-tu malade ? ami , tu dois me déſirer,
(Par M. B... Curé en Franche-Comté.)
J
DE FRANCE. 101
LOGOGRIPHE.
DANS Rome, cher Lecteur, ſur un profane autel,
Jadis le feu facré fut commis à ma garde ;
Sous un ſecond aſpect , un habile Mortel
M'obſervantdans les cieux du hautde ſa manſarde,
Conclut & prononça qu'onze frères & moi ,
Portant tous , chaque nuit , figure enluminée ,
Nous embraſſons le temps, nous lui faifons la loi ,
Et guidons, tour à tour, chaque mois de l'année ;
Sous untroiſième aſpect merveilleux , confolant ,
Des faveurs du Très-Haut, ſage diſpenſatrice ,
Dans des cas épineux , au Pécheur pénitent ,
Jepréſente fans ceffe une main preteetrise.
Si mon nom, cher Lecteur, eſt encore un ſecret,
Je vais pour toi ſubir quelques métamorphoſes ,
Etd'un mûr examen les paſſant au creuſet ,
Tu pourras démêler mes différentes cauſes.
J'offre un des châtimens qu'on inflige au délit ;
Un lieu voiſin des flots ; un mouvement ſubit ;
L'oiſeau qui ſe nourrit des grappes de la treille ;
Ceque paroît ſouvent l'ami de la bouteille ;
E 3
;
وک
7
102 MERCURE
Uneantique cité dans un riche canton ,
Dont l'habitant ne dit jamais oui, jamais non ;
Cequ'un filsde Jacob expliqua dès l'enfance;
Ce qui du Nautonnier , luttant contre les flots ,
Par ſa proximité , ranime l'eſpérance ;
L'inſecte qui ſe plaît dans la nuit des tombeaux;
Cette Amante, en un mot, fitendre & fi célèbre ,
Donton lit à regret les maux & le tourment ,
Quand (j'en frémis encor ) lecoeur de ſon Aman
Deviat pour elle ,hélas ! un aliment funèbre.
Adieu , Lecteur , adieu , puiſſes-tu me trouver
Dans celle que le ſort voudra te deſtiner !
(ParM. Regnauli , Commiſſaire des Claſſes.)
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
VOYAGE en Crimée & à Constantinople
en 1786 , par Miladi CRAVEN ; traduit
l'Anglois, par M. GUÉDON DE LA
BERCHÈRE , Notaire à Londres ; enrichi
de plusieurs Cartes & Gravures .AParis,
chez Maradan , Libraire , rue St-Andrédes-
Arts , Hôtel de Château- Vieux.
TE Voyage de Miladi Craven n'eſt point
furchargé d'érudition , point allourdi par
de froides differtations fur les origines ,
point d'extaſe à chaque pas, point de prétentions
à la pompe ni à l'emphaſe. Son
oeil eſt celui d'une jolie femme , beau ,
clair , qui voit bien , & voit vite. Sa plume
écrit ce qu'elle a vu , & décrit vite. Ainfi
ſon Voyage a le mérite bien recommanda
ble de ne dire que ee qu'elle a vu , d'avoir
vu ce qui étoit eſſentiel , & de narrer tout
eela très- agréablement , vivement , & ce
pendant uniment. Sites , moeurs, vêtemens,
préjugés , voilà ce qu'elle retrace : peu de
Loix ; elle a trop peu ſéjourné, pour ofer
s'en mêler : point de politique , par la
même raifon. Ceux qui voyageront après
E 4
104 MERCURE
,
elle , & qui voudront ce qu'on appelle
tenir une route , liront avec plaifir Miladi
Craven. Les Savans , un Antiquaire , un
Amateur de Tableaux & de Monumens ,
pourra , s'il veut , ne point lire ce Voyage ;
&l'aimable Auteur, qui , partie de la Tou-
Faine pour parcourir , du même trait , le
Midi de la France , Antibes , Gênes , Piſe ,
Florence , Bologne , Veniſe , Vienne , Varfovie
, Pétersbourg , Moſcou , Cherfon
toute la Crimée , arrive à Conftantinople,
fait des courſes dans la Grèce , rend compte
de tout , & termine en une année un
voyage auffi curieux & auffi long, peut ſe
conſoler de la mauvaiſe humeur des Voyageurs
Philofophes , qui n'aiment que les
détails de Légiflation & de Politique , &
qui ennuient gravement leurs Lecteurs.
Un trait ſuffit au Pouflin , pour jeter fus
fon tableau cette douce mélancolie des
heureux Habitans de l'Arcadie : Et in Arcadia
ego. Un trait ſuffit également à.Miladi
Craven , pour ſaiſir le ſite d'un pays &
la phyſionomie physique & morale de ceux
qui l'habitent. Chemin faiſant,elle ramaſſe
tout , & depuis le Temple de Minerve , &
les anciennes ruines , juſqu'à la culture de
l'afperge , elle ſaiſit tout , &elle a l'air de
piquer le Lecteur par ſa vivacité , & par
les nuances aimables de ſon ſtyle épiſtolaire.
Ses Lettres ſont adreſſées à un Prince
Souverain ( le Margrave de Brandebourg )
qui eſt univerſellement aimé de ſes Sujets ,
DE FRANCE.
105
& de ceux qui ont eu l'honneur de le
connoître dans ſes voyages ,& pendant fon
ſéjour à Paris. Pour lui faire trouver un
voyage intéreſſant , il falloit accumuler des
connoiſſances ; c'eſt ce que Miladi Craven
a fait avec eſprit , avec adreſſe , & fans
échafaudage.Nous ne pouvons qu'être étonnés
qu'une femme aimable , belle , jeune
encore , ſe ſoit expoſée à tant de fatigues
&à la tenue d'un aufli long voyage , quelque
adouci qu'il fût par les empreflemens
des Miniſtres des différentes Cours qui l'ont
reçue de Poſte en Poſte , & auxquels elle
étoit recominandée par leurs Souverains.
On lira avec plaifir de quelle manière l'immortelle
Catherine II ſait accueillir les
Etrangers , & avec quelle grace & quelle
magnificence elle a traité Miladi Craven .
Juſtifions maintenant nos éloges par quelques
citations priſes au haſard des defcriptionsde
fites, demoeurs , &de monumens.
Commençons par les ſites : Miladi Craven
peint ainſi celui de Conſtantinople .......
ود-Au moins , je dirai qu'il n'y a point
>> de coup d'oeil qui ait droit d'intéreſſer
» ou de plaire , ſi on le compare au point
» de vue varié qu'offrent les bords de ce
>> fameux détroir. Ce font des rochers , de
la verdure , d'anciens châteaux bâtis fur
ود le ſommer des collines par les Génois ,
>> des kioſques modernes , des minarets,
>>de grands platanes qui font plantés pêle-
Es
106 MERCURE
>>mêle dans les vallées , de vaſtes prairies,
une foule immenfe de peuples , des ba-
>> teaux & des navires fans nombre qui
bordent le rivage ou couvrent le canal
» &, ce qui m'a paru non moins fingulier,
» rien qui ait la froide ſymétrie d'un jardin
» François . Les Turcs ont un ſi grand ref-
ود
pect pour les beautés de la Nature , que
» s'ils veulent batir une maiſon dans un
>> endroit où il y a un arbre , ils pratiquent
" un grand trou dans le bâtiment , pour
Liffer paffer l'arbre & lui donner un ef
>>>pace ſuffifant pour croître , parce qu'ils
>>croient qu'un branchage vert eft forne-
>>ment le plus beau pour le toit d'une
maifon. Or , fi nous voulons réfléchir ſur
» la différence d'un feuillage magnifique ,
>>à une cheminée , nous pourrons juger
» qui a raiſon d'eux ou de nous. Conf-
> tantinople eft preſque entièrement en-
- > touré d'une muraille très - haute , garnie
> de donjons & fanquée de grandes tours
>> carrées , qui a été élevée par les Em-
>>pereurs Grecs. Le ſtyle d'architecture
> reſſemble exactement à celui des murs
> des châteaux de Varvick & de Berkeley ;
>>mais la plupart des tours carrées qui
>> fervent de portes , tombent en ruines
>> par la négligence des Turcs , dont plu
>> ſieurs croient à une ancienne Prophétie,
>>qui annonce comme prochaine l'entrée
>> publique& triomphante de l'Impératrice
>>de Ruffie à Conftantinople par l'une des
ود
DE FRANCE. 107
* ces portes , en qualité d'Impératrice de la
- Grèce. Plufieurs, parmi eux, font décidés
» à cet égard , & ont déja pris leurs me-
>> fures pour ſe tranſporter en Ane à tra-
>> vers le Boſphore. Il y en a même , dans
>> ce nombre , qui vont juſqu'à défig er la
>> porte par laquelle elle doit entrer. It
>> ſeroittrès agréable à quelques Nations de
ود voir reculer le ſiége de l'Empire Otho-
>> man loin du lieu où il eſt aujourd'hui
» & qu'il ſemble que la Nature ait forme
>> pour ſervir à tous les Peuples commer
» çans , d'un paflage que l'inactivité des
>>Turcs a intercepté trop long-temps. Tous
> les hommes qui ont quelque reſpect pout
>> les plus beaux monumens qu'ait produits
>> l'Antiquité , uniffent leurs voeux pour
>> qu'Athènes & tout ce qu'elle contient
>> encore en ce genre, ne foient pas en
tièrement détruits par l'ignorance de ces
" Barbares. Ils brûlent journellement &
,, font de la chaux , des ruines qui ome-
>> roient les cabinets des Curieux , & i's
» emploient à faire une muraille , on une
ود
" fontaine , des matériaux que le génie
>>s'étoit complu à convertir en chef-deur
» vres de l'Art. Il ne reſte plus à préfent
» qu'un petit fragment de ceste: colonne
qui étoit fans doute autrefois un précieux
>> ornement pour l'Améidan , ou Marché
aux chevaux
Suivons Miladi Craven dans fes courſes
1
108 MERCURE
en Grèce , & regrettons d'avance d'être
trop reſſerrés dans les bornes de notre
Journal , qui ne nous permettent pas de
tranfcrire tout ce qui nous plaît ou nous
intéreſſe. » Quand je me vis , dit Miladi
>>Craven , à la hauteur de cette fameuſe
- Troie , j'eus une velléité de mettre pied
" à terre ; mais comme la terre n'offre
>> abſolument rien à voir, & que nous n'a
» vions pas le temps de creuſer dans ſes
» entrailles , pour y chercher les cendres
>>des Héros qui y font enterrés, nous nous
>> contentâmes de ſuppoſer ce que nous
>> aurions pu trouver en paſſant le détroit ;
> nous déplorâmes le fort de Léandre,
» Nous débarquâmes dans l'Iſle de Naxos.
» Je n'ai trouvé que de foibles reſtes du
>> Temple dédié à Bacchus , & bâti ſur la
>> pointe d'un rocher. Une belle propor-
»tion fait conjecturer qu'il a dû être un
>> édifice très - majestueux. On m'a montré
>> la fontaine , ſur le bord de laquelle on
>> dit que la malheureuſe Ariane pleura la
>> fuite de ſon Amant , & où Bacchus la
> trouva. Elle eſt de marbre blanc , & trop
>> endommagée par les temps , pour mériter
>> une plus grande deſcription ".
Miladi Craven donne un détail de la
parure des femmes de Naxos , qui n'eſt
guère conforme aux idées que nous avions
du luxe des Grecs ; & c'est ici qu'on peut
s'écrier : O quam mutatus ab illo ! Rien
DE FRANCE. 109
n'effraie Miladi , & c'eſt la première femme
qui ait ofé deſcendre dans la Grotte d'Antiparos.
" Du Pirée à Athènes , la terre va
>> en s'élevant , dit Miladi , par degrés. Les
» plus beaux objets que cette ville offre
>>aujourd'hui , font à la gauche , près du
>> rivage , un grand boſquet , ou plutôt une
>> forêt d'oliviers ; & un peu au deflous
» de la ville, ſeul & iſolé, le fuperbe &
» magnifique Temple de Théſée. L'archi-
>> tecture en eſt ſimple & noble ; les prov
> portions en ſont majestueuſes & agréa
>> bles : c'eſt un des plus beaux monumens
» qui ait pu paſſer juſqu'à nous , pour at
ود teſter ce goût dans les Arts dont les An-
>> ciens étoient en poffeffion,&qui devoient
>> nous ſervir de modèle ..... Mais, hélas !
>> le Temple de Minerve , qui eſt dans la ci-
> tadelle d'Athènes , a été employé par les
ود
"
Turcs à faire un magaſin à poudre, qui ,
par une exploſion , a jeté à bas des mor-
» ceaux de la plus belle ſculpture, dont je
» m'eſtimerois heureuſe de pouvoir ramaf-
رد
ود
ſer quelques parties. Le peu qui reſte des
colonnes du Temple de Jupiter Olym-
» pien , ou plutôt de ce qu'on croit avoir
été le fameux Panthéon qui contenoit
les ftatues de toutes les Divinités du Pa-
>> ganiſme, ſuffit encore pour donner une
ود
"
ود idée de la grandeur immenfe de cet édi-
>> fice ".
Miladi Craven rend compte affez ingé
II MERCURE
nieuſement des motifs qui ont porté les
Athéniens à perfectionner l'Architecture
& la Sculpture. » Le climat & le fol ne
>>laiſſant point aux Athéniens la reſſource
>> des jardins , n'eſt il pas naturel de croire
qu'ils occupoient les Eſclaves à creufer
>> la teore , à exploiter ces carrières , même
» à travailler le marbre , ſous la direction
>> d'Architectes & de Sculpteurs qui ſe
* réſervoient ſeulement la partie de l'or-
>> nement , & ce que nous appelons le
> coup de Maître , foit dans les ouvrages
>>de Sculpture & d'Architecture ? Nous
>> produiſons de quoi exercer le pinceau
>> de nos Artiſtes , par les arbres dont nous-
» ornons nos parcs ou nos jardins. Les
» Athéniens ne pouvoient former , par ce
> fecours , ni ombrages ni perſpectives :
>> cela dut contribuer à perfectionner un
» Art qui leur procuroit des ſiéges & des
➤ promenades à l'abri des rayons brûlans du
>>ſoleil , par leurs édifices de marbre, objets
>> tout à la fois de luxe & d'utilité. Un petit
>> jardin peuplé d'orangers , qui n'a pas
vingt pieds en carré , ſe montre à Athè-
» nes comme une choſe plus merveilleuſe
» qu'un Temple , une colonne conſacrée,
>> ou un Prix remporté aux Jeux Olympi-
>> ques. Nous faiſons une grande plaine
>> dans un parc , où nous plantons une
touffe d'arbres ; eux, ils élevoient un mo-
» nument ". Le nombre étonnant qu'ils
en ont laiffé , celui des piliers deſtinés
"
DE FRANCE. FIF
uniquement à perpétuer le ſouvenir des
évènemens les moins importans , fuffiroient
pour prouver que le marbre étoit une des
productions de leur fol ,& pour nous-convaincre
de l'impoſſibilité où ils étoientd'employer
leur génie à d'autres Arts qu'à l'Ar
chitecture & à la Sculpture , ce qui a né
ceffairement amené ces Arts au degré de
perfection que nous admirons encore aujourd'hui
, & que nous faiſons gloire d'imiter.
le
La juſteſſe de ces obſervations n'a pas
beſoin d'être indiquée ; elle ſaute à l'efprit.
du Lecteur , que nous renvoyons au Livre
même , pour tableau des moeurs des
Grecs modernes comparés aux anciens , &
pour tous les détails relatifs à la Religion ,
aux Coutumes , aux ufages privés des Tures
de leurs femmes. Ces objets curieux font
préſentés d'une manière très-piquante , ainſi
que tout ce qui peint les Coſaques , les
Tartares , leur difcipline ,& le pouvoir des
Chefs de ces deux Peuples. Nous pouvons
affirmer que cette Partie du Voyage de Cri
mée fatisfera infiniment les Lecteurs. Nous
finirons cet extrait par la peinture de l'érat
civil du Serf Ruffe.
On croiroit, dit Miladi , en Angleterre,
que des hommes qui appartiennent en propre
àun Maître , doivent fouffrir beaucoup
d'inconvéniens de leur eſclavage. C'eſt au
contraire cette ſujétion qui protége leurs
112 MERCURET
vies & leurs perſonnes , leurs Seigneurs fervant
de puiſſance intermédiaire entre eux
& un Gouvernement deſpotique , ou une
foldateſque féroce. Ces payfans ferfs ont
d'ailleurs un avantage inestimable ; c'eſt
qu'en payant chacun à peu près une demiguinée
par an , ils ont à ferme autant d'ar-,
pens de terre qu'ils peuvent ou qu'ils jugent
à propos d'en cultiver , & leur fortune
dépend entièrement de leur induſtrie. Si le
Seigneur foncier vouloit forcer le quota de
cette taxe , ou tribut annuel , & grever ſes
vaſſaux , ceux- ci , par la misère & la défertion
, le réduiroient à la pauvreté ſans
rien perdre eux- mêmes. Il est vrai que , du
nombre de ſes Serfs , le Seigneur eſt obligé
de fournir un foldat chaque année ; mais ce
n'eſt qu'un homme ſur trois ou quatre cents .
Le Lecteur ne manquera pas d'applaudir
à la réflexion ſuivante de Miladi . Détachée ,
dit- elle , des préjugés de toute eſpèce , je
trouve amusant de fonger aux notions ridicules
& fauſſes de liberté & de propriété
qui circulent dans le gros de la Nation Angloiſe.-
Elle auroit pu ajouter de toutes
les Nations. Tous ceux qui connoiffent
Miladi Craven , & qui l'ont entendu caufer
, ſavent comment elle fait faifir les différens
objets , & c'eſt toujours ſous un des
meilleurs aſpects , & ſouvent des plus piquans.
A travers les diffipations d'une Société
DE FRANCE . 113
brillante , les convenances & les égards dus
àcette première claſſe avec laquelle Miladi
Craven vit & correſpond , ſes courſes ra
pides & fréquentes , on eſt étonné de voir
tant de talens acquis , l'uſage des Langues
&des connoiſſances rares que n'ont pas
toujours les femmes qui ſavent qu'elles font
belles & aimables. Les principes de morale
de Miladi Craven ſont encore mieux développés
dans ſes Lettres à ſon fils , dont
nous ſavons qu'on ſe diſpoſe de donner
une Traduction en françois. On y trouvera
d'excellentes leçons pour ceux qui , jeunes
&liés par des noeuds que le coeur n'a pas
toujours formés , trouvent dans l'hymen de
nombreux écueils. Ces Lettres donnent, des
principes & du coeur de Miladi Craven ,
l'opinion la plus eftimable. Pour nous , qui
l'avons apperçue dans un de ſes voyages à
Paris , nous n'avions pas eu beſoin de la
lire pour en juger avantageuſement ; nous
l'avions entendue , & cela nous avoit ſuffi
114 MERCURE
La Liberté, ou la France régénérée,Poëme,
par M. l'Abbé DE COURNAND, Lecteur &
Profeffeur Royal de Littérature Françoise:
Libertas quæ, ſera tamen, refpexit inertem,
Refpexittamen,& longo poſt tempore venit..
A Liége ; & fe trouve à Paris, chez
Lallemand de Sancierres, Libraire, Place
Cambrai , à la Plume d'or ; & chez les
Marchands de Nouveautés..
AUJOURD'HUr que la Nation , d'un
bout de la France à l'autre , s'occupe des
queſtions les plus importantes ; aujourd'hui
qu'une Philofophie libre &hardie travaille
fans relâche à réformer les opinions deftructives
du bonheur public , est- il bien_
furprenant que l'on néglige les talens
de l'imagination , la belle Littérature , &
cette fleur d'eſprit qui ont fait la gloire &
les délices du ſiècle brillant de Louis XIV
Au moment où , dégagés à peine du bandeau
des ſyſtemes politiques conſacrés par
une longue prefcription , les yeux ſont encore
tout éblouis d'une nouvelle lumière ,
arrêteront-ils leurs regards ſur des Ouvrages
d'agrément & fur les Productions du
goût? Non ſans doute : ce ſeroit trop exiger
; l'enthouſiaſme ne fait point partager
DE FRANCE.
11g
2
fon attention : mais ne nous décourageons
point; ne craignons point que le goût des
Belles- Lettres & des beaux vers s'éteigne
chez un Peuple ingénieux & ſenſible. Des
objets d'une utilité préſente , d'un intérêt
plus général , peuvent & doivent le faire
oublier pour un temps ; mais on le verra
bientôt renaître& refleurir avec plus de vigueur.
L'Art du Poëte tient immédiatement
au coeur humain , ſon but eſt de l'émouvoir
& de le charmer ; ſon preftige tour
jours sûr tient àl'imagination , de toutes nos
facultés la plus ſenſuelle comme je me
fuis déjà exprimé ailleurs. L'homme eſt né
pour les Beaux-Arts ; ils le ſeduiront éternellement
par un charme non moins décevant
qu'irréaſtible. Malheur à lui s'il ne
vivoit que pour calculer froidement ſes
intérêts ! Une fois que les grandes vérités
politiques ,fi fimples en elles-mêmes , atr
ront on certain degré d'évidence générale,
une fois que la pratique en ſera connue ,
elles perdront tout l'attrait de la nouveauté :
alors plus d'enthouſiaſme ; car rien ne nous
laiſſe plus froids que l'évidence. D'ailleurs
le Poëte né avec des organes flexibles , &
diſciple,involontaire des objets qui l'environne
, ne doit-il pas conformer fon allure
au ton de fon Siècle ; ne doit-il pas recueillir
les vérités éparſes autour de lui , & les
revêtir des couleurs qui lui font propres ?'
En tournant fon eflor vers la Philofophie ,
la Poéfie lui devra de nouvelles aîles; elle
116 MERCURE
deviendra plus auſtère , mais ſera plus mâle
&plus vigoureuſe. Elle perdra d'un côté ,
&gagnera de l'autre. Quelques vers que je
demande la permiſſion de rappeler , viennent
à l'appui de ces réflexions .
Mais ſi l'enchantereſſe , idole du Poëte ,
De l'antique Féerie a perdu la baguette ,
Elletient en ſes mains le prifme du bon ſens ;
Elle peut de l'erreur briſer les taliſmans ,
Et prêter aux humains , Ariane nouvelle ,
Le ſecourable fil de la loi naturelle .
Toujours belle àce prix , la Déeſſe des Vers ,
D'un charme inévitable enchante l'Univers .
Je crois voir , à trente ans , une ſage Coquette
Renoncer , pour mieux plaire , à l'art de la toilette;
Et pardes ſoins plus chers, par des tons plus ſenſés ,
Rajeunir ſes attraits chaque jour effacés.
Rien ne peut affoiblir l'intérêt qu'elle inſpire ,
Etfans perdre ſes droits, elle a changé d'Empire.
Ep. à un Ph.
Ce qui n'eſt ici qu'indiqué & entrevu;
M. l'Abbé de Cournand vient de l'entreprendre
& de l'exécuter. Il eſt le premier
Poëte qui , àl'époque intéreſſantede l'Affemblée
Nationale , ait eſſayé de conſacrer en
vers les principes qui vont devenir la baſe
de la félicité publique. Un eſprit de ſa
trempe étoit digne de ſentir le prix de ces
idées graves qui embraſſent les droits &
DE FRANCE. 147
les devoirs des Citoyens , comme auſſi de
leur prêter le charme des Vers. Après avoir
déploré les malheurs de la féodalité ſous
laquelle nos ancêtres ont gémi , il expoſe la
misère du Peuple , les vexations du Fiſc; il
s'élève contre ces droits également onéreux ,
& pour l'Habitant des campagnes qui cultive
, & pour l'Habitant des villes qui conſomme.
Si Pomone gémit ſur ſes champs dévaſtés ,
Peut-être le bonheur habite les cités.
Voyez-les élevant leurs têtes orgueilleuſes ;
Brillantes de tréſors , on les croiroit heureuſes .
Combien l'homme eſt ſéduit par des dehors trømpeurs
!
Eh ! la même infortune y commande les pleurs.
En vain vous admirez leurs portes triomphales.
L'Abondance s'arrête à ces portes fatales ;
Et , la bourſe à la main , les larmes dans le coeur ,
Elle achète le droit de nourrir le malheur.
On ne pouvoit préſenter ſous une image
plus touchante & plus poétique , le cruel
Héau des droits d'entrée : mais il prévoit
la fin de ces maux; il expoſe les voeux &
les eſpérances du Peuple. Pour mieux peindre
l'enthousiasme patriotique qui anime
les trois Ordres de l'Etat , il le compare
au fanatiſme des Croifades , & par ce rapprochement
, il fait ſentir ce que nous devons
aux progrès des lumières.
MERCURE
Tel , dans ce mouvement dont un fiècle pictux
Vinttourmenter la foi de nos groffiers aïeux ,
Onvit tous les François, dans leurs faintes alarmes,
S'attrouper , s'indigner , frémir , courir aux armes.
La trompette en ſurſaut briſe l'air de ſes fons .
L'un forge en glaive aigu le fer de ſes moiffons ;
L'autre effaye à fon corps la cuiraſſe peſante.
L'Amant , du même zèle , enflamine ſon Amante.
Tout devient arſenal , tout s'anime au combat.
La mitre d'or ſe change en caſque de ſoldat;
Et du tombeau du Chrift , la haute deſtinée ,
Pèſe avec ſes Guerriers ſur l'Afie étonnée.
Cedélire a pour nous l'airdes temps fabuleux ;
Le nôtre , plus ſenſé , doit être plus heureux.
Ma voix ne chante point les Héros de la Guerre,
De leurs fanglans exploits faiſant frémir la Terre.
Ici , tout eſt paiſible , & l'olive à la main,
Le Peuple , à mes Héros,applanit le chemin.
'Conduits par la vertu , guidés par la prudence ,
Ils accourent chargés du deſtin de la France.
De trente régions qu'elle enferme en ſon ſein ,
Chacune avec orgueil concourt à ſon deſſein. :
Ce paſſage eſt ſuivi d'une énumération
des diverſes Provinces du Royaume. Cette
énumération n'étoit pas aiſée à mettre en
vers. L'Auteur a heureuſement vaincu ces
difficultés. Il a répandu les fleurs de la Poéſie
ſur des détails topographiques , naturellement
arides & fecs. Voici comme il dé-
{
DE FRANCE.
119
ſigne la Guienne , le Béarn , le Languedoc ,
& la Provence.
De pampres & d'épis , compoſant ſa couronne ,
L'Aquitaine fourit à l'eſpoir qu'on lui donne ,
Offre à la liberté ſes tréſors les plus chers ,
Son courage , ſon fleuve , & les préſens des mers.
Les Sujets de Henri , du pied des Pyrénées ,
N'ont point de ſon berceau trompé les deſtinées.
De l'avare intérêt leur ſentiment vainqueur ,
Prouve ceque leur père eſt encore à leur coeur.
Chère ombre , ce ſpectacle a ranimé ta cendre ;
Toujours remplis de toi , toujours sûrs de t'entendre
,
Tes braves Béarnois conſolent , parleurs voeux ,
Tes jours trop tôt finis pour voir ton Peuple heureux.
Donnant ſon zèle aux coeurs , aux eſprits ſon
génie,
La Liberté parcourt la vaſte Occitanie ,
Rend le Prêtre aux Autels, les Peuples à leurs Loix,
Auxcultes différens fait entendre la voix ;
Tous volent ſur ſes pas , tous s'enflamment pour
elle.
La concorde eſt l'encens qu'on brûle àl'Immortelle .
Et tới , belle Provence , ....
Recouvre de tes moeurs l'antique dignité.
Souviens - toi que la Grèce , aux jours récens du
Monde,
Pour te donner ſes loix, franchit la mer profonde.
120 MERCURE
Sous unRoi citoyen , rappelle àtes enfans ,
Leurs aïeux , & leur gloire , & leurs jours triomphans.
On croit que Marseille fut båtie d'abord
par une Colonie de Phocéens partie des
bords de la Grèce ; & c'eſt à quoi l'Auteur
a voulu faire alluſion. Il caractériſe la Lorraine
& la Flandre d'une manière heureuſe
& préciſe.
Le ſang Lorrain l'invoque ; elle accourt àgrands pas
Rendre à ce beau pays les jours de Staniſlas.
M. l'Abbé de Cournand place le ſiége
de la Liber au milieu de Paris.
:
Déeſſe tolérante , elle veut gouverner
Ses nombreux Zélateurs , mais ſans les enchaîner.
La Vérité la ſuit , dont le mâle courage
D'un Peuple vain , léger , va faire un Peuple ſage.
Les partis , les débats , les cabales , les cris ,
La preſſe vomiſſant un déluge d'Ecrits ,
Fantômes effrayans de tant d'eſprits vulgaires ,
Sont de ſon règne heureux les ſuites ordinaires .
Ne ſeroit-ce pas néanmoins mal connoître
le caractère d'une Nation vive &
emportée, que de ne pas craindre les fuites
de cet eſprit d'inſurgence , qui peut
enflammer à l'excès des cerveaux non préparés
, & déranger l'équilibre de la Monarchie?
Malheur à nous, fi un enthouſiaſme
de liberté demeſurée venoit à remplacer la
raifon
DE FRANCE . f2r
raiſon toujours ſage & modérée. Je fais
que l'enthouſiaſme opère les grandes chofes:
mais il eſt dangereux ; il garde rarement
un juſte milieu. Un déluge de maux
pourroit alors dériver de la ſource même
du bien , & dévaſter l'intérieur du Royaume.
Les intérêts du Roi ne peuvent ſe ſéparer
de ceux du Peuple. Toute lutte entre
I'un & l'autre ſeroit funefte. Tous deux
doivent ſe rapprocher &s'unir , pour combattre
les abus & les oppreffeurs de toute
eſpèce.
Au furplas , nous devons tout attendrede
la grande idée que les François ont conque
du Minidre réparateur qui veille aux deftins
de l'Etat. Elle contribuera à concilier
les eſprits , & à opérer le bonheur du Peuple
, qui eſt le premier déſir du Roi . M.
l'Abbé de Cournand nous garantit ce bonheur,
par ce voeu qu'il exprime en ces mors,
&dont l'application n'eſt pas une énigme
bien difficile.
20
254
S'il étoit un Miniſtre actif , ferme , ſenſible ,
Qui fût de la vertu l'image incorruptible ,
Noble préſent du Ciel à nos jours réſervé ,
Idole de l'Etat que ſon nom a fauvé ,
Qui, grand par ſon eſprit, grand par ſon caractère,
N'aimât de ſon emploi que l'honneur de bien faire,
Ajoutant par ſes moeurs du poids à ſes difoours ,
Trop fier pour s'abaiſſer au inanége des Cours ,
Nº. 25. 20 Juin 1789. F
22 MERCURE
Voyant d'une hauteur , où lui ſeul peut atteindre ,
Lesdangers fans les fuir, les partis fans les craindre,
Ce prodige, il est vrai , ne s'eſt vu qu'une fois.
Mais notre Hiftoire un jour, en inſtruiſant les Rois,
Peut fixer leurs regards fur ce crayon fidèle ,
Et leur dicter des choix formés ſur ſon modèle.
( Cet Article est de M. de St. Ange. )
ORAISON funèbre de Très-Haute, Très-
Puiſſante & Très- Excellente Princeſſe
LOUISE - MARIE DE FRANCE ,
Religieuse Carmélite , & Prieure du
Monastère de Saint - Denis ; prononcée
dans l'Eglise des Carmélites de Pontoise,
le 1 Juin 1788 ; par M. l'Abbé Du
SERRE - FIGON , Prédicateur du Roi. A
Paris , chez Eugène Onfroy ( 1 ) , Libr.
rue St- Victor. In-8°. de 170 pages.
C'EST une preuve de goût que de ſavoir
donner à chaque genre d'écrire le ton &
les ornemens qui lui conviennent. Parler
(r) On trouve chez le même Libraire le Panégyrique
de Sainte Thérèſe , &le Difcours fur
La Fête ſéculaire de la Maiſon de Saint - Cyr ,
compoſés par le même Auteur.
DE FRANCE.
123
le langage de l'Ecriture ,& montrer cependant
par ſon ſtyle qu'on eſt Orateur ; préfenter
,d'une manière éloquente , les vertus
de fonHéros qui peuvent le rendre précieux
à la Religion & cher à l'humanité; lentir
vivement , & modérer ſon enthoufiafime ;
allier quelquefois les formes de la Poésie
aux mouvemens de l'Eloquence ; croire à
fon sujet , & convaincre ſes Lecteurs &
fes Auditeurs : tels font en partie les devoirs
& les écueils de nos Panegyriftes
facrés. Heureux, lorſqu'ils n'ont qu'à célébrer
des vertus & des talens réels , &
que dans la Chaire de vérité ils ne proſtituent
pas PEloquence par de ſacrilégesmenfonges!-
Le Bonheur du ſujet , le talent de
l'Ecrivain , recommandent bien favorablement
le Difcours pieux que nous annoncons.
C'est à la fois un intéreſſant morceau
d'Histoire , & un Panégyrique touchant ,
où le paffage des faits aux réflexions eft
toujours infenfiblement nuancé , où ſont
encaftrés fort heureuſement une foule de
mots de caractère , qui relèvent l'uniformité
du fonds , où l'on voit enfin , où l'on ſent
un Orateur exercé à écrire avec cette plénitude
, cette onction qu'on ne retrouve
plus dans les Difcoureurs pomponés de la
Capitale.
Voici un morceau de l'exorde , qui fera
connoître &aimer la manière de l'Auteur.
Fa
124 MERCURE
» Après avoir autrefois célébré la réformation
du Carmel , j'étois donc encore
deſtiné à jeter quelques leurs fur le tombeau
de la plus illuſtre de ſes filles &
dans un âge où il faut bien plus s'occuper
à perfectionner ſes ventus qu'à publier
celles des autres , à édifier les vivans qu'à
louer les morts , les reftes de ma foible
voix devoient être conſacrés à la Thérèſe
de la France ! Oh ! fi une profonde vénération
, une forte d'enthousiasme pour celle
dont je dois peindre la grande ame , le
zèle pour ſa gloire , fi la reconnoiffance
pouvoit rendre éloquent , qui feroit plus
digne que nous d'acquitter la deric du Carmel
, & d'être l'interprète de la douleur
publique ! Mon Dieu ! je ne demanderai
pasque ma jeuneſſe ſoit renouvelée comme
celle de l'aigle , qu'à mesure que Louise
s'abaiffe & s'humilie , mon ſtyle s'ennobliſſe
&s'élève. Non , il fera affez fublime , s'il
eſt ſimple comme celle que je loue. Dans
le cours de ſon éloge , je ferai plus Hiſtorien
qu'Orateur ; j'embellirai mon Difcours
de ſes maximes ; je l'échaufferai de fes
ſentimens ; je le remplirai des faits de fa
vie. Pourrai-je ne pas intéreſſer les partifans
de la piété ? Du reſte , la vérité , j'en
fais ici le ferment , parlera par ma bouche
&guidera mes pinceaux. Plus heureux que
ees Panégyriſtes qui , n'ayant à louer dans
leurs Héros que des qualités profanes, font
obligés de pallier les vices & de prodiguer
DEES FIRDAN CE.
125
des louanges fauſſes àde fanſſes vertus ; én
parlant de LOUISE , je ne puis rien dire
que de ſaint ; en la louant , je ne puis rien
dire que de vrai. Autels ſacrés, je vous atteſterai
avec confiance ! Anges qui les environnez
, vous n'aurez pas à rougir ":
-Cet égoïſme de ſtyle , qui ne ſied qu'à
un Orateur blanchi dans la carrière apoſtolique,
rappelle le fameux paffage de Boffuet
dans l'Oraifon funèbre du Prince de Condé.
Bourdaloue & Maffillon n'ont ofé prendre
ce ton qu'une ſeule fois. Un Prélat éloquent
en a donné , de nos jours , un célèbre
exemple. Nous croyons celui de M.
Figon digne d'être cité comme une imitation
fage & belle , d'une forme oratoire qui
ne ſe copie guère.-
Dominus dedit , Dominus abftulit , eft
le texte d'où l'Orateur déduit ſon ſujer.
-Nous voudrions pouvoir citer en entier
le commencement de la première partie
où l'Auteur a ſu jeter pluſieurs idées
effentielles fur l'enfance des Dieux de la
Terre , fi peu différente de celle des hommes
nés dans l'obfcurité. Le caractère de la jeune
Princeſſe , dans cet âge où les graces de
l'enfance se confondent encore avec celles
de la jeuneſſe , eſt tracé avec eſprit , & le
colorisde ces divers morceaux eſt doux &
brillant.
L'Auteur , entraîné par ſon ſujet , n'a pas
toujours ſu s'arrêter. S'il a débité ce Dif
F3
126 MERCURET
cours tel qu'il l'imprime , il a dû parler au
moins deux heures. C'en est trop pour
l'attention des profanes. Heureuſement les
habitantes du Cloître ont & plus de capacité
d'attention , & plus d'avidité pour les
détails afcétiques .
-Les vrais ſages qui ne tiennent à aucun
parti , & qui tâchent de juger de tout
fans paffion & fſans intérêt , ſont fâchés de
voir ces Difcours Chrétiens déparés par des
déclamations contre la Philoſophie. Ceux
qui , par leurs Ecrits incendiaires ( c'eſt
-l'expreffion de M. l'Abbé du Serre-Figon ),
relâchent les liens de la Société , ou pervertiſſent
la Morale , n'appartiennent pas
plus à la Philofophie , que les Fanatiques à
laReligion. La Philofophie n'eſt que l'amour
de la ſageſſe,de la vérité , de la Nature ;
c'eſt la raifon-pratique , maisla raiſon qui
penſe en grand & ſe dégage des vils préjugés
qui garrottent l'imbécille multitude.
Cette raiſon n'eſt point incendiaire comme
l'étoient les Luthers, les Calvins , les Prédicateurs
de la Ligue , &c.; elle prend pour
deviſe ces paroles ſu ſages de l'Apôtre : Non
plus fapere , quàm oportet : avec ce caractère
, elle eft , pour ainſi dire , l'amie &
la foeur naturelle de la Religion , loin d'en
être , comme on affecte de le répéter , la
plus dangereuſe ennemie. Nous invitons
ceux de nos Lecteurs à qui il reſteroit
quelques doutes ſur ce ſujet , à relire le
DE FRANCE 127
fublime Diſcours du Jéſuite Guenard ,
fur l'Esprit Philosophique , ( couronné en
1752 par l'Académie Françoiſe. ) Cet Ouvrage
admirable faifoit l'étonnement de
Jean-Jacques , &renferme de quoi édifier
les dévots eux-mêmes . -
N'oublions pas d'annoncer qu'à la fuite
de ce Difcours , l'Auteur a placé environ
cinquante pages de Notes inftructives , dans
leſquelles les filles du Carmel reconnoîtront
l'imitation la plus complette des vertus de
leur Réformatrice .
Parmi ces Notes , il y a cinq à fix Lettres
de Louis XV à ſa chère Fille , qu'on lit
avec curiofité , & qui donnent à penfer.
Ces billets font courts , ( Jupiter paucis ) ;
mais malgré leur brièveté , on y reconnoîtra
le père bon & affectionné , le Prince religieux
& jufte.
HISTOIRE de l'Europe moderne , depuis
l'irruption des Peuples du Nord dans
l'Empire Romain , jusqu'à la paix de
1783 ; par M. DE BONNEVILLE. Tomes
I & II , in-8 ° . A Genève ; & se trouve
à Paris , chez Durand neveu , Libraire,
rue Galande.
PUFFENDORF , Voltaire , Méhégan ,
F4
128 MERCURE
l'Abbé Millət , l'Abbé de Condillac , J. M.
Schrockh , M. William Ruffel , ont facceffivement
tracé le Tableau de l'Histoire
moderne de l'Europe. M. de Bonneville ,
dans une Notice préliminaire , jette un
coup d'oeil général ſur le caractère & le
mérite de leurs Ouvrages , & trace enſuite
le plan qu'il ſe propoſe de ſuivre. » Je fentis
, dit- il , le beſoin d'une Hiftoire de
notre Europe, qui fût concife; mais pour
ne pas imiter ces Compilateurs , qui , ne
fachant pas abréger des faits & des principes
, les mutilent ou les abandonnent , je
m'occupai d'un plan d'Hiſtoire générale de
notre Europe moderne , qui , certes , ne
reſſemble nullement à ceux des Hiſtoriens
abréviateurs qui m'ont précédé . L'homme
de génie , à la vue de ce plan , fentira
d'abord que , trop vaſte & trop accablant
pour un feul homme , il fera cependant
poffible d'y claffer , par choix , affez de
faits& de bons principes , pour que rien
de vraiment utile àmon Siècle & à la Poftérité
dans l'étude de l'Hiſtoire , n'y ſoit
oublié«.
Voici le plan de cet Ouvrage ; il ſera
diviſé en trois Parties. La première , divifée
elle-même en quatre grandes époques ,
offrira l'Histoire de la naiſſance & des bouleverſemens
des Empires de l'Europe moderne.
La deuxième , l'Hiſtoire des Seiences
& des Arts , & des progrès de la civi
DE FRANCE. 129
liſation de l'Europe moderne. La troiſième ,
l'Hiftoire de l'eſprit humain en Europe.
L'Auteur, dans cette troiſième Partie , commencera
ſes recherches à la découverte d'un
Alphabet chez les Francs , & les portera
juſqu'à la naiſſance de l'Encyclopédie. L'Ouvrage
entier ſera compoſé de dix Volumes.
Les Lettres de M. William Ruffel fur
'Hiſtoire de l'Europe moderne , depuis la
chute de l'Empire Romain juſqu'à la paix
de 1763 , ont ſervi de texte à M. de Bon
neville pour compofer ſa première Partie.
Il ne s'eſt pas cependant afſfervi à ſon original
d'une manière excluſive. Lorſque les
objets lui ont paru ſuſceptibles d'intérêt &
de développement , il s'eſt livré à des recherches
nouvelles ; il a fouillé avec courage
& conſtance dans les monumens hiftoriques
, & il a attaché à des faits connus
ou nouvellement découverts , des principes
& des obfervations morales qui rendent
ces faits plus frappans & d'une utilité plus
réelle.
Les deux Volumes qu'il publie aujourd'hui
, embrafſent tout le période de temps
qui s'eſt écoulé depuis l'irruption des Barbares
juſqu'en 1215. Nous ne le ſuivrons
point dans le cours des évènemens que
renferme cette fuire de ſiècles . L'analyſe
d'une Hiſtoire générale ne peut être ſuſceptible
d'aucune forte d'utilité & d'intérêt ,
puiſqu'elle ne pourroit offrir que des faits
principaux , connus de tout lemonde.
Fs
130 MERCURE
Les morceaux de cet Ouvrage , qui nous
paroiffent mériter d'une manière plus particulière
l'attention du Lecteur , font un
Chapitre fur la Religion & les Moeurs des
Scandinaves , rempli de recherches profondes
, de réſultats neufs , & d'idées intérefſantes
; un Chapitre ſur le règne d'Alfred ,
de ce Roi dont Voltaire a dit : " Je ne fais
s'il y a jamais eu fur la Terre un homme
plus digne des regards de la Poftérité " ;
un Tableau du règne de Charlemagne ,
qu'on lit avec beaucoup d'intérêt , même
après avoir lu pluſieurs fois le ſublime portrait
que Montesquieu a fait de cet homme
extraordinaire. Nous allons rapporter ici
une partie de ce Chapitre , afin de donner
au Lecteur une idée de la manière dont
M. deBonneville penſe & s'exprime dans
fon Ouvrage.
» La Nobleſſe & le Clergé , dans leurs
réclamations étranges , étoient alors ſi puiffans
, que Charlemagne ne pouvoit guère
maintenir ſon autorité qu'en donnant auPeuple
quelque pouvoir. Ala manière bruſque
dont Charlemagne, toujours en guerre , ouvroit&
fermoit les Aſſemblées duPeuple,qui
ne voir pas évidemment que ce fut moins
le déſir de rendre le Peuple François libre ,
heureux & pacifique en ſes foyers , que le
beſoin impérieux d'en faire l'inftrument des
conquêtes qu'il méditoit ? Le nom de Roi
tout-quiffent fouille les éloges que peut méDE
FRANCE. 131
riter un grand Homme ; peignez-le bienfaiteur
& généreux , il importe peu : la
tyrannie ne s'embellit point d'un ſourire ;
c'eſt toujours la terreur de la tempête ; ce
que l'une & l'autre nous laiſſent de lumière ,
eſt un jour obfcur , illuſoire , finiſtre. A
leur aſpect tout ſe décolore , s'alanguit , ſe
ride , ſe deſſeche ; la Nature , qui n'ofe
plus créer , fait une pauſe. Je n'aime point
les vains éloges prodigués à des temps de
trouble & de famine , où certainement le
Peuple François n'étoit pas heureux. La tyrannie
, qui , dans une criſe violente de ſes
caprices , a reſpecté mes fleurs& mes fruits ,
en eſt - elle moins la tyrannie ? Malheur à
qui ne ſent pas ſon pouls s'élever au fouvenir
de ces antiques orages qui promenoient
la foudre ſur la Patrie , la ménageant
toujours , il est vrai , mais toujours
prête à la dévorer ! Voilà le règne de Charlemagne
; voilà fon caractère de bienfaiſance
, lorſqu'il s'efforçoit de ramener le
Peuple François à ce Gouvernement Militaire
qu'il avoit apporté de la Germanie . On
conçoit aisément le ſéduiſant plaifir de
peindre toujours en beau un grand caractère
; on ſe complaît à prêter à tous les
mouvemens une idée heureuſe & de vaſtes
deſſeins ; mais le Philofophe doit-il imiter
les enfans , pour qui une ſtatue d'or eft
toute d'or ? Il doit s'affurer ſi le dedans
n'eſt pas impur & vide «.
F6
132 MERCURE
M. de Bonneville mêle quelquefois aux
- évènemens qu'il décrit , des réflexions &
des images qui y jettent un grand intérêt ,
&qui donnent plus de force & de chaleur
aux idées & aux ſentimens qu'il veut communiquer.
On y retrouve l'éloquence & la
verve poétique qui lui inſpirèrent le Dé-
'Sespoir de Job , la Prophétie contre Tyr ,
laRuine de Jérusalem. Onyy voit à chaque
inftant un homme animé d'un amour pour
l'humanité , d'une haine profonde contre
l'injuftice. Peut - être quelques perſonnes
défireroient-elles que cette chaleur , cette
force d'expreſſion , cette énergie de ſentiment
que M. de Bonneville paroît pofféder
à un très -haut degré , fuſſent quelquefois
adoucies par ces intervalles de calme ,
ces momens de repos , où la raiſon , livrće
à elle-même , & forte de ſa propre puiffance
, peut aisément ſubjuguer les eſprits
fans recourir à des ſeceurs étrangers .
Au reſte , quelque jugement que l'on
porte fur la manière dont M. de Bonneville
croit que l'on doit écrire l'Hiſtoire ,
fon Ouvrage mérite de grands éloges , &
Pon doit défirer avec impatience la publication
des Volumes ſuivans .
DE FRANCE. 133
HISTOIRE de la Baronne d'Alvigny ,
1
ou les Dangers de la paſſion du jeu ;
par Mme. D. M. S. J. N. A. J. F. ďO.
A Paris , chez Maradan , Libraire , rue
des Noyers , N° . 33 .
Le ſecond titre du Roman en déigne
parfaitement l'intrigue. L'Auteur n'a voulu
que préſenter les dangers de la paſſion da
jeu ; & pour cela elle n'a pas cru devoir
employer de nombreux moyens , ni échafauder
un Ouvrage compliqué.
C'eſt Mademoiselle de Romaincourt ,
née de parens pauvres , qui n'avoient que
le jeu pour toute fortune : elle joue dès ſa
première jeuneſſe ; d'abord, dans des vûes
étrangères à ſes goûts , & pour complaire à
ſes parens ; enfuite l'habitude de jouer devient
une paſſion qui caufera toutes ſes
peines. Le Baron d'Alvigny la voit , l'aime,
l'épouse : elle lui promet de ne plus jouer ,
& pendant bien des années elle tient ſa
promelle. Au reſte , elle n'avoit aucun défaut;
fon coeur étoit bon, droit; fon ame
n'étoit remplie que de l'amour de ſes devoirs,
& de la tendreſſe qu'elle avoit jurée au
plus vertueux de tous les maris. La beauté
de ſa perſonne répondoit à la beauté de
(
1
$34 MERCURE
ſon ame. Retirée dans ſa Terre , elle étoit
heureuſe , & rendoit heureux le Baron
d'Alvigny.
L'arrivée de la Ducheſſe de Waſtelane eft
une époque terrible pour elle. La Ducheffe
étoit joueuſe déterminée , & la plus dangereuſe
de toutes les femmes : jolie , aimable
, de l'eſprit , l'art de ſéduire ; c'étoit un
caméléon prenant toujours de nouvelles
formes. Elle tourna la tête à la confiante &
vertueuſe Baronne. Une place à la Cour ,
qui lui fut procurée par la Ducheffe , la
rappela de la Province. Le Baron fut fâché
de quitter ſa Terre ; mais accoutumé à
contenter ſon épouſe , il vint à Paris. Elle
cut de beaux momens . On l'accueillir ; on
la fèra; on ne parla que de ſa décence &
defabeauté: mais le jeu , qui n'eſt pas banni
du palais des Rois , offrit des piéges à la
Baronne , qui fuccomba. Elle joua ; elle
perdit; elle répéta ſi ſouvent ſes pertes ,
qu'enfin , quoique le Baron eût doublé fa
penfion , elle avoit vendu ſes habits , fes
diamans , & ne pouvoit plus paroître à la
Cour les jours de gala. La Ducheffe avoit
un frère, M. de Merſange, qui aimoit la Baronne,
ou plutôt qui avoit une fantaiſie
pour elle. Celui-ci , par les bons offices de
ſa foeur , donna des diamans & de l'or à la
Baronne, qui crut être obligée par fon amie.
Mais à ce brillant banquet pour lequel cre
avoit emprunté les diamans , lh Baronne
DE FRANCE.
135
perdit tout l'or qu'on lui avoit prêté , &des
fommes énormes. Les detres du jeu font ,
dit-on, ſacrées. Que ne peut un joueur ! &
que reſpecteroit-il ! Elle vend les diamans
qu'elle croyoit que la Ducheſſe lui avoit
prêtés. Elle avoit des remords encore , &
fit, en tremblant, l'aveu de cet abus de confiance.
La Ducheffe rit aux éclats , & lui
déclara que les diamans lui appartenoient ,
& que ſon frère s'étoit ſervi de ſa main
pour les lui faire accepter ; mais ce frère y
mettoit un prix , le bonheur de l'entretenir
de lendemain chez elle , tête à tête , à ſept
heuresdu foir. La Baronne reſpira, &donna
de rendez-vous. La réflexion ne tarda point
à la tirer de cette illuſion. Elle s'étoit toujours
refpectée ; elle aimoit ſon mari &ſes
enfans. Il faut lire la peinture de ces combats
, & la ſcène qu'ils amenèrent entre le
Baron , ſa femme & les enfans. Le Baron
lui avoit préparé une fêre. » Point de fêre ,
>> dit- elle, ah ! point de fêre. Comme elle ſe
>> défendoit& cherchoit à renvoyer au len- >
» demain pour célébrer ſa fête , ſes enfans
> parurent. Henri repréſentoit l'Hymen
>> avec les attributs de l'Amour. Sur fon
>> arc on lifoit ces mots : On me prend pour
» mon frère. Henri tenoit un ſouvenir qu'il
" offrit à ſa Maman. Rofe , vêtue comme
>> la fortune, mais fans bandeau , dans ſa
> main droite tenoit une corne d'abondance,
fur laquelle étoit écrit : Je nefuis
» pas toujours aveugle. Elle la ſecoua fur
136 MERCURE
* les genoux de ſa Maman , & les couvrit
>> de Heurs. Elle préſenta enſuite à la Ba-
>>> ronne une boîte de fiches. On liſoit def-
» fus : Voilà la vraie Fortune. Machina-
>>lement la Baronne ouvre la boîte. Qu'y
>> voit - elle ? ſes enfans peints d'une ref-
> ſemblance frappante , & cette Légende :
» Songez à nous. Oui ,dit-elle attendrie en
>>preffant contre ſon ſein Rofe & Henri ,
» voilà ma vraie fortune & la ſeule digne
>> de m'occuper. Puiſſe le Ciel me la con-
" ſerver toujours ! Maman , dit Henri , tu
" n'ouvres pas le ſouvenir. Tiens , fais
>>comme gì ; pouſſe le petit bouton , tu
" n'en ſeras pas fâchée. La Baronne voit un
>>petit livret compoſé ſeulement de douze
" feuillets , dont chacun étoit un billet de
» Caiſſe de 3000 livres. Sous le dernier de
>>ces billets , elle apperçoit de ſon écriture.
» Nouveau bienfait du Baron. Ce font plu-
>> ſieurs obligations acquittées.A ce dernier
>>trait , Madame d'Alvigny ſe précipite dans
>>les bras de ſon époux, prend la main du
>>Baron , la place ſur ſon coeur. Sens-tu
> comme il eſt déchiré? Je ne puis foute-
>> nir ce moment: il faut que je meure.
" -On entend une voiture s'arrêter. Elle
ود erre tout éperdue dans ſes apparremens ;
>> puis s'arrête tout à coup , & s'écrie : Je
" n'y ſuis point! .... Qu'on me ſauve ! Je
» n'y fuis pour perſonne. -La pendule
> ſonne ſept heures ; la Baronne friffonne ,
DEFRANCE. 337
"
ود
-
frémit. Ah ! c'en eft fait , dit-elle de nou-
" veau , je ſuis perdue. Qu'on éloigne
mes enfans " . Dans quel état
vous vois - je , dit d'Alvigni ? Ne fuis - je
plus votre ami ? Vous avez des peines ,
&vous ne me les confiez pas ? Je venx
les partager. Peut être vous confolerai-je.
-Me confoler ? Plus de confolation pour
moi ! Indigne de vivre , de porter votre
nom. - Que ma femme ſoit toujours ma
meilleure amie. Coupable , mon coeur prendra
toujours la défenſe. - O mon cher
Baron 1 ne m'abandonnez pas. Voyez mes
remords . Ayez pitié de mes fautes , de mes
égaremens , des tourmens que j'endure.
Soyez mon protecteur. -
: Elle fit un aveu qui lui coutoit tant. Le
Baron généreux pardonna tout , vendit fa
Terre , paya les dettes. La Baronne rompit
avec la Duchefſe & avec Merfange. Ce
calme dura peu ; elle rencontra la Ducheſſe ,
qui , froide , & couvant ſes vengeances de
loin , avoit conçu le projet de punir la
Baronne de fon retour à la vertu. Elle
ne réuffit que trop. Le Baron , nommé au
Gouvernement d'une de nos Ifles , quitte
Paris , laiſſe à regret ſon épouse , qui ,
inſenſiblement , eſt pouffée juſqu'aux derniers
excès : enfin elle eſt réduire à l'indigence
, & au plus terrible période de
l'ignominie. Le Baron revient , & la fait
enfermer dans un Couvent , où la Ducheſſe
138 MERCURE
de Waſtelane eſt conduite par ſes forfaits.
Celle-ci met le feu au Couvent , & les
deux victimes de l'incendie font les deux
femmes coupables qui méritoient la mort ,
la Baronne & la Ducheſſe.
Il eſt inutile que nous ajoutions que ce
Roman eſt rempli d'intérêt , &qu'il offre des
leçons frappantes des déſormais où l'amour
du jeu peut entraîner un coeur honnête.
Quoique la morale qui réſulte de ces images
ne ſoit pas neuve , elle n'en eſt pas
moins utile , & on doit tenir compte à
l'Auteur , de l'art avec lequel il a ſu la
mettre en action & en tableaux.
ANNONCES ET NOTICES.
7
TRAITÉ élémentaire de Chimie , préſenté dans
un ordre nouveau & d'après les découvertes modernes
, avec Figures ; par M. Lavoifier , de l'Académie
des Sciences , de la Société Royale de
Médecine , des Sociétés d'Agriculture de Paris &
d'Orléans , de la Société Royale de Londres , de
l'Inftitut de Bologne, de la Société Helvétique de
Bâle , de celle de Philadelphie , Harlem , Mancheſter
, Padoue, &c. 2 Volum. in-8°. A Paris ,
chez Cucher , Lib. rue & hôtel Serpente.
Cet Ouvrage eſt recommandé par le nom de
fon Auteur; & par la nouvelle méthode & les
réſultats qu'il préſente, il deviendra précieux pour
les Amateurs de la Science dont il traite.
DEFRANCE. 139
Répertoire du Domaniste , Ouvrage néceffaire
aux perſonnes qui ſe deſtinent à la partie des
Domaines, aux Emplois de cette parrie , aux Seigneurs
& à leurs Agens ou Gens de main-morte ;
aux Juges , Avocats , Procureurs , Notaires , Greffiers
, & Huiffiers ; aux Propriétaires d'immeubles ,
&aux Particuliers qui paſſent fréquemment des
effets : par M. Des Ormeaux. 1 Vol. in - 8 °. A
Nantes , de l'Imprimerie de Brun aîné, ſeul Imp
Lib. du Roi , & de la Chambre des Comptes.
Cet Ouvrage doit être cile à une claſſe nombreuſe
de Citoyens.
Roman historique , philofophique & politique de
Bryttophend, écrit par lui-même, currente calamo ,
pour la première fois en 1778 , & écrit de mémoire
l'année ſuivante en quinze ſoirées ; ſuivi
de trois Relations, la première fur le Royaume
de Thibet, en 1774 , par M. Boyle ; la ze. fur
Je Japon , en 1776 , par M. Thunberg , & la ze.
fur l'iſle de Sumatra , par M. Miller fals ; traduit
de l'Anglois par M. Bryttophend. A Pékin; & fe
trouve à Paris , chez Royez , Libr. quai des
Auguſtins, près le Pont-Neuf; & au paflage de
l'Hôtel Toulouſe. Vol. in-8 ° .
De la Bienfaisance nationale , la néceffité &
fon utilité dans l'adminiſtration des Hôpitaux
militaires & particuliers; par M. l'Abbé Delmonceaux
, Penfionnaire du Roi ; avec cette Epigraphe
: Salus populi fuprema Lex. Brochure grand
in-8°. d'environ 60 pages. Se trouve à Paris, chez
Gattey, Lib. an Palais-Royal, Num. 13 & 14 ; &
à Verfailles , chez Blaifot , Libraire de la Reine ,
rue Satory.
10 MERCAUER E
C'eſt, avec plaifir que nous annonçons cet
Opufcule intéreſlant ; il caractériſe , on ne peut
mieux , les ſentimens patriotiques de l'Auteur ,
qui , depuis nombre d'années , eft avantageuſement
connu par ſes Ouvrages , par ſes actes
d'humanité, par ſes ſuccès dans le traitement
curatif des Maladies des yeux.
Σ
VOYAGES Imaginaires , Romaneſques , Merveilleux
, Allégoriques , Amufans , Comiques &
Critiques ; fuivis des Songes & Viſions , & des
Romans Cabaliſtiques , ornés de Figures ; 184.
Livraiſon ; contenant l'Enchanteur Fauftus , par
Hamilton ; le Diable amoureux , par M. Cazotte ;
les Lutins du Château de Kernoſi , par Madaw
Murat; l'Hiſtoire de M. Oufie , ſuivie de la
cription du Sabbat ; Recueil de Naufrages.
def-
Cette Collection eſt actuellement finie, &forme
trente - neuf Volumes. Elle ſe trouve à Paris ,
rue & hôtel Serpente , chez CUCHET , Libraire
, Editeur des oeuvres de Le Sage , 15 vol.
in-8 °., avec Fig.; de celles de l'Abbé Prévoſt ,
39 vol. idem ; & du Cabinet des Fées , 37 vol.
in-8°. & in- 12 , avec & fans Figures.
Traité fur les Asphyxies , ou Mémoire fur la
queſtion ſuivante, propoſée en 1784 par l'Académie
Impériale & Royale des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Bruxelles : » Quels font les
>> moyens que la Médecine & la Police pourroient
>> employer pour prévenir les erreurs dangereu-
>> fes des enterremens précipités « ? Ouvrage qui
a concouru pour le Prix de l'année 1786 ; ſuivi
d'un autre Mémoire couronné ſur la même queftion
, dans l'année 1787 : par M. J. B... , Prévinaire
, Médecin de Bruxelles , Membre hono
DEFRANCE. 14
raire de la Société d'Emulation établie à Liégez
Vol. in-4 ° . Prix , broché, liv. A Paris , cher
Méquignon l'aîné , Lib. rue des Cordeliers ....
こり
Bibliothèque Univerſelle des Dames. A Paris ,
rue&& Hôtel Serpente.
2
Ce Volume eſt le
i
2 A
13e. des Mélanges.
Abrége des Transactions philofophiques de la
Société Royale de Londres ; Ouvrage traduit de
l'Anglois , & rédigé par M. Gibelin , Docteur en
Médecine, Membre de la Société Médicale de
Londres , &c. &c. 2e. Livraiſon , formant deux
Volumes, in-89., avec Fig. Prixiss liv. le Volume
broché, & 6 liy, relić, sliva 10 f. broché , franc
de port par la Pofte. A Paris , chez Buiſſon , Lib.
rue Haute-feuille , Nº. 20. Cette Livraiſon comprend
la Matière médicale & Antiquités. On continue
de s'infcrire à l'adreſle ci-deſſus , fans rien
payer à l'avance , mais feulement les Livraiſons
qui paroiffent , & qui forment 4 Volumes.
Cette ſeconde Livraiſon a eſſuyé un retard
confidérable ; pluſieurs voyages & déplacemens
auxquelsM. Gibelin a été forcé, en font la caufe.
Actuellement qu'il eſt fixé , & qu'il s'eſt choisi
différens Coopérateurs pour certaines parties de
cet importantOuvrage, les Livraiſons s'en feront
avec beaucoup plus de célérité. On en promet
une en Apût prochain , une autre en Septembre ,
enfin une autre en Octobre ; elles comprendront
la fin des parties Matière Médicale, Pharmacie ,
Antiquités & les parties Botanique, Economic
Agriculture , Phyſique générale , & Mélanges,
,
:
Métrologie , ou Tables pour fervir à l'intelli42
MERCURE
J
gence des Poids &Meſures des Anciens ,&principalement
à déterminer la valeur des Monnoies
Grecques & Romaines , d'après leur rapport avec
les Poids , les Meſures , & le numéraire actuel de
la France ; par M. de Romé de Lille , de l'Académie
Impériale des Curieux de la Nature , des
Académics Royales des Sciences de Berlin & de
Stockholm , &c . 1 Vol. i -4 . Prix , broché , 18 L
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR ; & fc
trouve chez Didot jeune , Imp-Lib. quai des Auguſtins
; Debure , Lib. rue Serpente , Hôtel Ferrand
, Nº. 6 ; Théophile Barrois jeune , quai des
Augustins ; & Croullebois , rue des Mathurins.
Leçons élémentaires de Phyfique, d' Aftronomie &
de Météorologie , par demandes & par réponſes ,
à l'uſage des enfans ; pour fervir de fuite aux
Leçons élémentaires d'Histoire Naturelle publiées
en 1785 ; par le P. Cotte , Prêtre de FО
ratoire , Chanoine de l'Egliſe de Laon , Correfpondent
de l'Académic Royale des Sciences de
Paris , &c. A Paris , chez J. Barbou , Impr-Libr.
rue des Mathurins.
Atlas. Cartesde France , pour la Convocation
des Etats-Généraux. Ces Cartes ſont dreffées conformément
au Règlement fait pour la Convocation
des Etats -Généraux le 24 Janvier 1789 ;
on y trouve exactement les Villes qui députeront
directement , celles qui députeront indirectement,
celles qui ont acquis le droit de députer directement
depuis 1714 , & celles des Pays d'Elections
qui enverront plus de quatre Députés dans
les-Bailliages & Séné hauffées. On a ajouté à ces
Cartes unc deſcription par ordre alphabétique du
Royaume , divisé en ſes Gouvernemens, Proving
DE FRANCE. 143
ces & Pays qui en dépendent , avec leurs Villes
remarquables , & le Tableau des Routes qui y
conduiſent. Les Généralités & Réſidences des Intendans
ſont diftinguées par différentes couleurs ,
& les Pays d'Etats font laves & enluminés à la
manière Hollandoife .
La Carte particulière des Généralités , dédiée
aux Etats - Généraux par Deſnos , drefléc
conformément au Règlement fait par le Roi , &
fur laquelle onne trouvera que les noms des Villes
qui députeront à l'Aſſemblée qui s'eſt tenue à Verfailles
le 27 Avril 1789 , ſe vendra (éparément
3 livres. On peut ſe procurer préſentement l'une
& l'autre ; la lifte complette des noms , qualités
&demeures de MM. les Députés & Suppléans
aux Etats - Généraux , fur laquelle on a
tracé des ſignes ſur la Carte pour reconnoître les
Villes qui ont député directement ou indirectement;
Volume in 8° . Prix, broché , 4 liv. 4 ſ.
L'Atlas de France , dédié aux Etats-Généraux ,
actuellement complet , peut être adapté à tous les
Ouvrages qu'on apubliés fur cet événement, qui
fera une époque mémorable du Règne de Louis
XVI. Volume in-4°. Prix , broché, 12 livres. A
Paris , chez le Sr. Deſnos , Ingénieur-Géographe
& Libraire de Sa Majesté Danoife , rue Saint-
Jacques , au Globe , No. 254. Le Catalogue général
du Libraire , contenant plus de mille Articles
enGéographie , Atlas de toutes eſpèces , tant
anciens que modernes , ſe diftribue gratuitement.
(
Nos 1 às du Journal de Guitare, ou Choix d'Airs
nouveaux de tous les caractères , par M. Porro ,
Profeſſeur de Muſique & de Guitare. Prix ſép. ,
2 liv. Abonn. pour 12 Cahiers & les Etrennes ,
18 liv. Les Etrennes ſéparément , 7 liv. 4 f.
144 MERCURE DE FRANCE.
Nos. 1 às des Délaffemens de Polymnie , ou
les Petits Concerts de Paris , contenant des Airs
nouveaux de tous les genres , mélés d'Obſervations
ſur l'Art du Chant & l'expreffion muſicale ,
avec Violon & Baffe ou Clavecin; par le même.
Séparément , 2 liv. 8 f. Abonnement , 18 liv . A
Paris , chez l'Auteur , rue Tiquetonne , Nº. 10 ;
& en Province , chez les Directeurs de Poſte &
Marchands de Muſique.
Ontrouve auſſi chez M. Porro , un Recueil de
24 Petits Duo pour 2 Cors ; par M. Cambini.
Prix, 3 liv. 12 ſols, franc de port; & la Partition
d'Annette & Lubin , remife en muſique par M.
Martini. Prix , 18 liv. franc de port.
E
TABLE.
PIGRAMME.
Vers.
Charade, Enic. & Log.
Voyage en Crimée.
La Liberté.
97 Oraison Funèbre. 124
98 Hiftoire de l'Europe. 127
35
105 Annonces & Notices. 139
100 Hificire.
APPROBATIΟΝ.
J'ai lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
IC MERCURE DE FRANCE , pourle Samedi 20
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe см
anpêcher l'impreffion. AParis, le 19 Juin 1789.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
7
DE
BRUXELLES.
)
SUÈDE.
De Stockholm , le 23 mai 1789.
CEUX qui doutoient que l' Acte d'union
et de sûreté, rejeté par la Noblesse , et
accepté par les trois autres Ordres , devînt
jamais loi de l'Etat , sont maintenant
détrompés; car, le 17, cet Acte a été imprimé
et rendu public comme loi du
royaume. Cette innovation a été bientôt
suivie d'une seconde , qui dérive d'un des
articles de l'Acte d'union et de sûreté.
Le Roi a changé la composition du
Tribunal suprême d'appellation , qui
étoit connu sous le nom de Tribunal de
révision de justice , et dont tous les
Membres avoient été jusqu'à présent
Sénateurs du royaume. Sa Majesté lui a
donné la dénomination de Tribunal suprême
royal de justice , et l'a composé
des Membres suivans ; savoir, de la No-
No. 25. 20 Juin 1789. e
(98 )
blesse : le Comte Wachmeister, Sénateur
et Drossard du royaume , qui présidera
en l'absence du Roi ; le Comte
Frédéric Sparre, Sénateur du royaume ;
le Comte Duben, Sénateur du royaume ;
le Baron de Kohler , Secrétaire des révisions
, et M. de Malmerfelt, Auditeur
général . De la Bourgeoisie : le Conseiller
de justice Evelins ; le Bourguemestre
Ulner; les Juges provinciaux
Rogberg, Hofgard , Ahnger, et le sieur
Inslen,Assesseur au Conseil d'Abo.
Ce Conseil a tenu le 19 sa première
Séance.
En même temps le Roi a constitué un
Collége chargé de préparer les affaires
générales du royaume ; Collége dont les
Membres sont, le Sénateur et Drossard
Comte Wachtmeister 3 les Sénateurs
Comtes Beckfrits et Charles Sparre,les
quatre Secrétaires d'Etat de Schroederheim
, de Carlson , de Funk etude
Runth, l'Evêque Wallquist , de Conseiller
Ehlers , le Juge Provincial
man, et le Bourguemestre Hakansson.
1
Le Colonel Ankarswardt , qui avoit
commandé l'année dernière l'escadre des
galères , et depuis arrêté par ordre du
Roi , a été rolaché , déclaré pleinement
absous , et nommé par Sa Maj. son Adjudant-
général . Quant au Brigadier-général
Hastefehr, la procédure le charge
de plus en plus , et son affaire prend une
tournure très-critique.
(99 )
Ona reçu d'Aboles rapportsſuivans des frontières
de la Finlande . -Dans la nuit du II au 12
avril , un détachement de 48 Chaſſeurs ſurprit le
poſte Ruſſe près de Punka , défendu par so
Chaffeurs & 10 Coſaques. Tout le détachement
ennemi , à l'exception de 8 hommes qui ſe ſont
fauvés par la fuite , a été tué , les uns à coups
de fufil , les autres ſont devenus la proie des
flammes dans une maiſon où ils s'étoient réfugiés
ſans vouloir ſe rendre. - Environ 400 Rutles
furprirent, dans la nuit du 23 au 24 avril , le
détachement du Capitaine Rofenle, compofé de
52 hommes , & poſté près de Wæræ'æ. Après un
combat de 6 heures, les Ruſſes furent ob igés de
pier & de ſe retirer ; ils ont laiſſe ſur la place
To tués; notre perte monte à 6 hommes . -Le
26 avril, les Ruffes attaquèrent le poße près de
Pilkauca; mais voyant notre ſupériorité , ils ſe
retirèrent Dans la nuit du premier de ce mois,
un détachement ennemi de quelques cents hommes
vint ſur la glace vers Anjara ; le Lieutenant-Colonel
Baron d'Armfelt , qui étoit poſté ſur le rivage_
avec ſon bataillon de Chaffeurs , le laiſſa
avancer juſqu'à la portée du canon ; il fit enſuite
faire feu àboulets ramés , & força l'ennemi de
prendre la fuite avec précipitation.-Le bataillon
de réſerve du régiment de Biorneborg a reçu
l'ordre de marcher vers la frontière : il arrivera
le 20 àHemola.
Les Russes ont aussi rendu compte de
ces escarmouches , et s'en attribuent l'avantage
: on nous dispense sans doute
denous appesantir sur ces variantes d'étiquette.
( 100 )
POLOGNE.
De Varsovie , le 24 mai.
Pendant le cours de la semaine précédente
, le travail des Etats a été opiniâtre
et varié ; l'on y a suivi avec assiduité
le projet de l'impôt des deux vingtièmes
, et l'on a nommé des Commissaires
pour juger les Popes du rite Grec,
accusés de rebellion. Dans la Séance
du mercredi , on lut une note du Roi
de Prusse , contenant les principes de
ce Monarque dans la négociation pour
laquelle on avoit demandé ses bons offices
; immédiatement après , les principauxMembresde
laDéputation desaffai
res étrangères , sont entrés en conférence
à ce sujet avec les Ministres de Prusse
et d'Angleterre. L'on a lu dans la même
Séance du mercredi , une note de l'Empereur
, qui accorde 112,885 florins de
Pologne d'indemnités aux particuliers
Polonois lézés par le siége de Choczim :
cette note est conçue dans les termes
les plus flatteurs pour la Nation.
Dans les Conférences de la Députation
des affaires étrangères avec les Ministres
de Prusse et d'Angleterre , on a
rédigé le projet de réponse à la réquisition
du passage des troupes Russes. Cette
réponse , après quelques débats , a été
approuvée par la Chambre des Nonces ,
( 101 )
ensuite communiquée au Comte de
Stackelberg , puis envoyée à Pétersbourg
, pour y être remise au Ministère
par M. Deboli, Ministre de la République
en cette Cour .
Les Conférences avec les Ministres des
Cours de Londres et de Berlin , continuent.
Il fut question dans la dernière ,
de la manière dont on permettroit le
passage des chariots munitionnaires
Russes. Les deux Ministres étrangers ont
conseillé la plus grande circonspection
pour éviter de donner de l'ombrage aux
Turcs, et de blesser les règles de la plus
stricte neutralité ; ils ont aussi exhorté
àne pas opposer des obstacles àlaRussie
dans les choses que l'on pouvoit permettre
sans danger.-LeGénéral Lubowicki,
commandant sur les frontières
de l'Ukranie , a reçu ordre de laisser
passer un certain nombre de chariots
destinés pour l'armée Russe dans laMoldavie.
Le Général Malzewsky succède au
Comte Potocki , Général d'Artillerie ,
dans le commandement suprême des
troupes de la République en Ukranie.
ALLEMAGNE.
De Vienne
و
le 2 juin.
:
Depuis son séjour à Laxembourg ,
e iij
( 102)
PEmpereur se trouve soulage; le som
meil et l'appétit sont revenus ; la toux
estdiminuée , la respiration plus libre ;
ainsi l'espérance publique se soutient.
Les Lettres de Weiskirchen , du 17 mai, portent
que toutes les troupes font en mouvement , &
que le 25 elles doivent se trouver au camp près
deCaransèbes.
- Le Corps qui reſte dans la Sirmie ſera aux
ordres du Général Prince de Ligne , arrivé le 19
Semlin. Le 21 , trois bataillons de Grenadiers&
les régimens de Cavalerie de Zeſchwis
&de Joſeph de Toſcane , ſe font mis en marche
d'Oppova pour Weiskirchen ; ils ſeront ſuivis le
23 par tout le Corps d'armée.
LeMaréchal de Laudhon eſt arrivé le 19 mai à
Carlſtadt : depuis ce moment , les troupes font
leurs diſpoſitions ; une partie de l'Artillerie &
tout le Corps de l'Etat - Major ſe ſont mis en
marche vers la frontière. Le 13 , le Maréchal de
Laudhon & le Général de Walliſch ſont allés à
Sluin. On préſume que la première opération
fera le fiège de Zettin; du moins le Colonel
Vukasowich a reçu l'ordre d'aller occuper avec
ſon Corps les hauteurs près de cette place.
De Francfort surle Mein , le tojuin.
Le Roi de Prusse est revenu , le 20 dư
mois dernier, à Charlottenbourg , de la
revue de Magdebourg. Sa Majesté a été
très- satisfaite de la tenue et des manoeuvres
des troupes , et en a témoigné son
contentementparticulier au Ducrégnant
de Brunswick. Après la revue , Sa Majesté
a donné le cordon de l'Ordre de
( 103 )
l'Aigle noir aux Lieutenans-générauxde
Knobelsdorfet de Schliefen; plusieurs
autres Officiers ont recu l'Ordre du mérite
militaire.-Le 1er juin, le Roi est
parti pour Custrin.
Il n'est pasde fictions que les Gazettes
n'aient imaginées depuis la mort du
Grand- Seigneur. Comme un Prince ,
suivant la sottise publique , ne peut
mourir naturellement , on a affirmé dans
les Papiers publics qu'Abdul Hamed
avoit été empoisonné. Il est vrai cepen
dant qu'il étoit sujet aux attaques d'apoplexie
, et que d'après cette circons
tance , une mort subite n'a rien d'ex
traordinaire. - A peine Selim III at-
il été proclamé, que les mêmes Papiers
publics l'ont détrôné et renfermé; d'autres
l'étrangloient ; de troisièmes envoyoient
le cordon au Capitan-Pacha
et au Grand-Visir. Il n'est pas nécessaire
de s'étendre pour détruire ces inventions
, qui n'ont jamais eu même le mérite
de la plus légère ombre de vraisemblance.
Les lettres les plus récentes de Constantinople
ont anéanti toutes ces fables .
Peu de jours avant le décès du Grand-
Seigneur , une première division de la
flotteOttomane , division composée de
15 bâtimens de guerre , avoit mis à la
voile pour la mer Noire , sous les ordres
du Vice-Amiral ; elle doit prendre sous
son escorte deux vaisseaux de ligne
e iv
(104 )
construits à Sinope. Une seconde division
de 4vaisseauxde ligne et 6 frégates ,
s'est mise également en mer depuis le
commercement d'avril. Pour la grande
flotte , elle se rassembloit à Bujukdéré ,
et ne devoit partir qu'après le retour de
la première division .
Le 25 mai, on a célébré à Strélitz le
mariage du Prince héréditaire de la
Tour de Taxis , avec la Princesse fille
du Duc Charles de Mecklenbourg
Strelitz.
Le Général ComtePanin est mort à
Moscou , où il s'étoit retiré loin de la
Cour , des intrigues et des affaires. Bon
Citoyen,et Général du premier ordre ,
il emporte les regrets de tous les gens
debien. Il avoit pris Bender dans la der
nière guerre , et sauvé l'Empire par ses
sagesdispositions contre Pugatschef.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 10juin.
(Nous sommes forcés de renvoyer de
huitjours cet article, quid'ailleurs n'offre
rien d'essentiel , excepté le choix qu'a fait
leRoi de M. W. Wyndham Grenville,
Orateur de la Chambre des Communes
pour occuper la place de Secrétaire d'Etat
au Département intérieur. Milord
Sydney, qui la remplissoit depuis quel
(105 )
ques années , se retire avec un emploi
lucratif sans fonctions. La Chambre des
Communesa remplacéM. Grenvilledans
la charge d'Orateur , par M. Henri Addington,
qui l'a emporté de 73 voix sur
le Chevalier Gilbert Elliot. Le Roi s'est
rendu , hier , à la Chambre Haute , pour
y approuver le choix de l'Orateur des
Communes , et sanctionner différens
Bills . )
i
On sait que le Conseil Privé et en
suite le Parlement , ont défendu l'introduction
des bleds de l'Amérique-Unie ,
par la crainte de propager dans le
royaume un insecte qui se trouve dans
ces grains , et qu'on connoît sous le nom
de Mouche Hessoisse. M. Foung, dans
ses Annales d'Agriculture , vient de publier
sur cet insecte une notice que nous
croyons utile de rapporter ...
«Pendant le cours de la dernière guerre , il
parut à Long-Iſland un infecte qui attaquoit le
froment, &étoit appelé par les Naturels Mouche
heſſoiſe, d'après le préjugé que cette mouche
avoit été apportée en Amérique dans les bagages
des Troupes heſſoiſes. Mais il paroît que cette
opinion eſt deftituée de tout fondement , attendu
que l'onne connoît point l'existence de la mouche
heſſoiſe en Allemagne. »
* Cet inſecte fait les mêmes ravages que la
mouche nègre des navets , qui s' ft introduite en
Angleterredepuis quelques années. Lorſqu'il eſtarrivéàfonétatde
perfection , il devient, commela
mouche nègre , une mouche fort petite ; mais
CY
( 106 )
c'eſt dans l'état de larve ou chenille qu'il fait
fon dégât. »
« Auſſirôt que la tige du froment traverſe la
terre en automne , il commence fon attaque ,
dévore la feuille tendre & la tige avec une grande
voracité ,& continue ſes déprédations juſqu'à ce
qu'il ſcit arrêté par la gelée. -
« Au printemps ſuivant , à peine la chaleur
de l'air a-t-elle mis le grain en mouvement , que
la mouche , qui ſemble ne point ſouffrir de la
plus grande ſévérité du froid , commerce à reparoitre
,& paſſant bientôt dans ſes différentes
métamorphofes , pond ſes oeufs fur les tiges du
bled qui commence à poindre. ».
«Les chenilles qui proviennent de ces oeufs
font encore plus deſtructives que les mouches ;
elles ron ent à leurs jointures les tiges des plantes
qui font encore fur pied, & ſe logent dans le
creux des tuyaux , montrant à peine aucun ſigne
extérieur de malfaiſance ; mais dès le moment
que tes épis commencent à s'alourdir par le grain
qu'i's contiennent , les tiges fe rompent aux jointures
que les vers ont rongées , & , ſe flétriſſant ,
ne font plus'en état d'achever la maturation du
grain , qui ſe trouve ainſi détruit vers le temps où
il entre dans ſon état laiteux. »
«Dans beaucoup d'endroits la culture du fromeat
a été totalement abandonnée; mais quoiqueles
infectes ſemblent préférer le froment , ils attaquent
auffi le ſeigle , l'avoine & le Timfty graff. »
« It exiſte une eſpèce de ble barbu que l'on
a découvert en Amérique , lequel , par la dureté
de fa tige , ſemble plus en état de réſiſter à cette
attaque; mais quoique ce remède ait quelquefois
réuſſi , il ne fuffit pas; car on ſe plaint déja en
Amérique que ce bled dégénère , ou , en d'autres
termes , que dansbeaucoupdecas il ne réuffitpas. »
( 107 )
«Depuis l'époque où cette mouche a été obfervée
, elle s'eſt introduite dans l'intérieur des
terres en toute direction , ſur le pied de 15 ou
20 milles par an. Elle s'eſt étendue à 200 milles
de endroit où on l'a vue d'abord , & continue
à s'interner avec une marche non interrompue.
Les rivières &les montagnes n'arrêtent point ſa
courſe;& lorſque cet infecte eſt dans l'état de
mouche , il abonde dans certains endroits au point
• d'être fort incommode. Il entre en efſſaims dans
les maiſons , tambe dans les alimens , remplit
les fenêtres , & vole fans ceſſe dans les lumières ,
&ma'gré ce'a il eſt auſſi commun que jamais
dans Long Iſland »
«On trouvedansle MuſeumAméricain , (journal
publié à Philadelphie , cahier de février 1787 )
une deſcription de cet infecte , dans lequel ſes
qualités deſtructives font décrites en ces mots :
«L'on faitque les récoltes de bled ont fuccombé
>> devant cet inſecte dans tous les pays où il s'eſt
» montré , & que les Fermiers qui ſe trouvent
>>au-delà de ces pays en redoutent l'approche.
» Il eſt bien à craindre , ſi l'on ne découvre des
» moyens d'arrêter ſes progrès , que le Conti-
» nent entier n'en ſoit inondé , ce qui ſeroit aſſu-
>> rément une calamité plus redoutable que les
» ravages de la guerre. »
«En conséquence des dernières informations
reçues d'Amérique l'été dernier , concernant les
ravages de cet infecte , le Conſeil Privé déferdit
l'importation du grain d'Amérique , & cette Ordonnance
, & les pièces fur lesquelles elle eſt
fondée, font encore ſous les yeux des Communes
, pour être pris en conſidération. Il en
réſulteraune conteftation entre les Propriétaires
de terres qui craindront cette calamité , & les
Commerçans , qui ſe foucient fort peu des articles
evj
( 108 )
qu'ils introduiſent , pourvu qu'ils gagnent à leur
importation. »
«Nous ne connoiſſons point en Angleterre
aucune chenille qui attaque le bled dans ſon premier
état de plante , & cet exemple eſt peutêtre
la ſeule exception à la règle générale des
Naturaliſtes , qui prétendent que toutes les plantes
ont leurs infectes correſpondans , qui ſe nourriſſent
fur elles. I.es pommes , les navets , le houblon , &c.
font fréquemment& grièvement offenfés par ces
infectes tréſiſtibles , malgré leur petitefſe. Le froment
, ſoutien & aliment univerſel du genre
kumain, échappe ſeul à leurdent destructive. »
«Béniſſons cette faveur , qui n'eſt point accordée
à l'hémisphère occidental; car fi le froment
étoit ſujet au même riſque que les autres
végétaux , nous ferions en danger de famines fréquentes.
C'eſt pourquoi nous devons nous défendre
foigneuſement, partous les moyens poſſibles, d'introduire
dans notre patrie un infecte deſtructeur
de notre premier aliment , & par conféquent
ennemi du genre humain. »
« Cette mouche ne doit point être confondue
avec la mouche du froment de Virginie , qui
abonde dans les parties méridionales de l'Amérique.
On apporte peu de cargaiſons de ces
contrées , qui n'ait des marques évidentes de ſes
ravages. Cette mouche n'a point encore paſſé la
Delaware; mais il eſt probable qu'elle s'acclimatera
de plus en plus aux contrées les plus
froides de l'Amérique. »
ec La mouche heſſoiſe eſt parfaitement différente
de l'inſecte dont nous venons de parler ,
&l'onne fait point quel inſe c'eſt ; la mouche
du froment deVirginie détruit le grain : la mouche
ſe nourrit ſeulement de la feuille & de la tige ;
la mouche du froment eſt unpapillon , lorſqu'elle
(109 )
eſt à fon état de perfection; la mouche hefſoiſe
eſt probablement un Tenthreda, de même que la
mouche nègre des navets. »
La mouche du froment de Virgince eft
la même que celle dont M. Duhamel a décrit
les ravages en Angoumois. »
« Il est bon de remarquer que c'eſt aux foins
& aux avis du Chevalier Jofeph Banks , Préndent
de la Société Royale de Londres , que le
Gouvernement doit l'attention qu'il a miſe à
détourner ce fléau, autant qu'il eſt paffible ,
en défendant l'importation en Angleterre du
bled d'Amérique ; s'il nous arrive d'échapper à
cette contagion , c'eſt à cet homme illuftre &
au Ministère que l'Angleterre en aura l'obli
gation. »
FRANCE.
De Versailles , le 10juin.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Nevers l'Evêque
de Sifteron; à l'Abbaye de Longuay , Ordre
de Citeaux , diocèſe de Langres , l'Evêque de
Die; à celle de Saubalade , même Ordre , diocèſe
de Leſcar , l'Abbé de Rigaud , Vicaire-général
d'Auch ; à celle du Bouchel , même Ordre , diocèſe
de Clermont , l'Abbé de Chabons , Vicairegénéral
de Grenoble ; à celle de la Chapelle-aux-
Planches, Ordre de Prémontré , diocèſe de Troyes ,
l'Abbé Junct , Aumôaier des Gardes- Franco.fes ;
&à celle de Lancharre , Ordre de S. Benoît , dioeèſe
de Châlons- fur-Saône , la dame Lemaître de
Laage, Religieufe profeſſe à Bleſſar , diocèle de
Limoges.
Le ſieur de Sauvigny, Chevalierde S. Louis ,
Cenfeur Royal , a eu l'honneur de préfenter au
( 110 )
Roi les 73 , 74° & 75 camers de fes Effaisfur
Hiſtoire des Francs; &le Geur Blin , la 24° Livraiton
des Portraits des grands Hommes , Femmes
illustres & ſujets mémorables de France , graves &
imprimés en couleur , dont Sa Majeſté a bien voulu
agréer la dédicace ( 1) .
Le Marquis d'Oimond , que le Roi a nommé
fonMiniſtre Pénipotentiaire près les Etats-Généraux
des Provinces-Unies des Pays-Bas , a eu ,
le 7, l'honneur d'en faire f's remerciemens au
Roi , étant préſenté à Sa Maj ſté par le Comte
de Montmorin , Miniſte & Secrétaire d'Erat ,
ayant le département des Affaires étrangères.
Madame Comteſſe d'Artois s'eſt rendue , le to,
àſa Maiſon de Saint-Cloud; cette Princeſſe ſe
propoſe d'y paſſer labelle faifon.
ÉTATS- GÉNÉRAUX.
Avant d'exposer le Précis périodique
des Séances de l'Assemblée , durant la
sixième semaine de la Session actuelle
nous reprendrons , suivant notre usage,
quelques articles antécédens et arriérés .
२
CHAMBRE DU CLERGÉ. Du 6juin. On a remis
en délibération une prep fition faite par un
Membre du Clergé , concernant la cherté des
grains& la misère du Peuple. A l'unanimité des
voix, il a été arrêté de nommer une Commiſſion
pour prendre enconſidération un objet auſſi im-
(1) Cette Livraiſon , composée des Portraits
duBailli de Saffron Saint-Tropes & de Duguay-
Trouin, ſe trouve , à Paris , chez l'Auteur , place
Maubert, nº. 17.
(FIT)
portant, &d'inviterles deux autresOrdres às'oecupes
éga'cment du même objet.
L'Aſſemblée a prié M. le Cardina' de la Rochefoucault
de rendre compte au Roi de cette délibé
ration.
CHAMBRE DE LA NOBLESSE. Du 3 juin: M le
Ma quis de Bouthillier fit le rapport des Conférences
du famed précédent , & M. le Comte
d'Entraigues lut le di cours qu'il avoit prononcé à
ce Comité. L'un des Commiſſaires propoſa enſuite
de délibérer ſi la Chambre autoriferoit-ſes
Commiſſaires à concourir au Procès - verbal que
doivent rédiger les Commiſſaires du Tiers-Etat.
La queſtion étant diſcutée , l'un des avis fut de
remettre la rédaction aux Commiſſaires du Conſeil;
un autre , d'en charger ceux du Clerg ; un
troiſième, d'adhérer au Procès - verbal du Tiers-
Etat ; enfin , l'opinion prédominante fut que la
Chambre autoriſoit fes Commiſſaires à laiſſer figer
par le plus ancien d'entre eux, les Procès-verbaux
qui leur paroîtroient convenables , pourvu que la
dénomination de Communes ne fût point donnée
au Tiers - Etat. Cette déciſion , dont la dernière
partie fut combattue par quelques Membres , eut
en ſa faveur 116 voix contre 99.
Du s juin. Après la lecture du Procès-verbal
des Conférences , on délibéra ſur l'ouverture de
conciliation propoſée au nom du Roi , & fur le
rapport , ſuivi d'une forme d'arrêté qu'e préſentèrent
les Commiſſaires de la Chambre. L'un des
Députés ouvrit & foutint avec force l'avis d'accepter
l'ouverture fans modifications ; mais après
desdébats animés , l'acceptation modifiée prévalut
de 158 voix contre 76.
Du 6juin. On détermina les modifications dont
le projet avoit paflé la veille ; & à la plura ité
(H2 )
de 169 voix contre 86 , l'arrêté préſenté par les
Commiſſaires faut approuvé.
(Nous avons donné cet arrêté la ſemaine dernière
) .
Sixième semaine de la Session.
CLERGÉ. Du 8juin. Vingt-quatre Membres ont
éténomméspourallerà Meudonjeter de l'eaubénite
fur le corps de feu Mgr. le Dauphin.
M. l'Archevêque d'Arles a fait le rapport de
la Conférence tenue le 6 devant les Commi
faires du Roi.
M. le Préſident a lu une réponſe du Roi , écrite
toute entière de la main de Sa Majefté, & conçue
en ces termes :
* » Les objets que me préſente la délibération
>> du Clergé , fixent depuis long-temps mon intérêt
> & mon attention. Je crois n'avoir négligé aucun
>> des moyens propres à rendre moins funeſte
" l'effet inévitable de l'infuffiſance des récoltes .
» Mais je verrai avec plaiſir ſe former une Com-
» milion des Etats -Généraux , qui puiſſe , en
> prenant conmoiffance des moyens dont j'ai fait
>> ufage, s'aſſocier à mes inquiétudes , & m'aiden
>> de fes lumières .
Enfuite on a lú pluſieurs Mémoires fur le commerce
des grains , &fur les moyens de ſoulager .
le Peuple.
(Les deux Secrétaires provisoires du
Clergé, sont MM. Dillon , Curé du
vieux Pouranges ,et Thibault , Curé
de Soupes. Nous les avions indiqués
inexactement , il y a trois semaines.)
傳
Du 9juin. La matière miſe en délibération , &
affez long-temps débattue , on a arrêté à la pluzalité
des voix , que tous les Commiſſaires du
(113)
Clergé ſigneroient le Procès-verbal des Conférences
, s'il eſt reconnu exact par les Commiffaires
des trois Ordres, ſous la condition que des
qualités ou dénominations employées dans le
Procès-verbal , on n'en pourra induire aucane conſéquence
qui préjudicie à aucun droit , ou en con.
✓ fere aucun.
Du 10 juin. M. l'Archevêque d'Arles a rendu
compte des réſultats de la dernière Conférence ,
tenue devant les Commifiaires du Roi.
Les Députés des Bailliages & Sénéchauffées
s'étant rendus au Bureau reſpectif de leur arrondiffement,
il a été déclaré à l'Aſſemblée que chacun
defdits Bureaux avoit déſigné provifoirement un
de ſes Membres pour former la Commiffion relative
àla chertédes grains& à la misère du Peuple .
On a lu un Placet adreſſé aux Etats,Généraux
par pluſieurs Colons de i'lſle de Saint-Domingue.
NOBLESSE. Du 9 juin. Ce jour, la Chambre,
toujours occupée de la légitimation des Députés,
a entendu & examiné les réclamations contre la
Députationdu Dauphiné. Cet examen n'a point été
terminé; mais à la pluralité de 128 voix contre 82 ,
lal conteſtation a été renvoyée aux Commiflaires
conciliateurs.
Du 10juin. La police intérieure de la Chambre
& ſa Préſidence ont fixé l'attention de l'Affembiće.
Il y a eu des avis pour rendre cette Préfidence
perpétuelle ; d'autres , pour la limiter au
trimeſtre , & même à un mois. Les avantages
&les inconvéniens de ces différentes opinions
ont été balancés; après quoi , l'utilité de réunir
le mérite à l'expérience , & la crainte de pe
pétuer le même Préſident , ont décidé la Chambre
à fixer à deux mois la durée de cet emploidans
les mêmes mains . Il a été auſſi décidé de -
( f14)
donner à laChambre cinq Secrétaires pour rédi
ger&enregiſtrer ſesdélibérations.
Du 12juin. On a procédéà l'élection d'un Préfident&
d'unVice-Préſident. Le choix de lapre
mière de ces deux places a été décid 1, àune grande
majorité , en faveur de M. le Duc de Luxembourg;
celuide la ſeconde a paru être en faveur de M. le
Duc de Croi.
La Chambre a reçu une Députation duTiers-
Etat, chargée d'inviter la Nobleſſe à ſerendre
dansle jour à la Salle nationale , pour yprocéder
à la vérification commune des pouvoirs , conformément
à l'Arrêté pris le mercredi précédent ,
dans la Chambre du Tiers.
Acette invitation , on a répondu provifoirement
en ces termes :
«L'Ordre de la Nobleſſe vient d'entendre ,
aMeffieurs , la délibération du Tie s-Etat. Elle
«endélibérera dans ſa Chambre , & aura l'hon-
« neurde vous communiquer ſa réponſe. »
Du13juin.LaChambre, terminant ſa délibération
annoncée dans la réponſe qui précède , a pris l'ar
rêté ſuivant ,à lapluralité de 173 voix contre 79.
>>La propoſition du Tiers -Etat néceffita de la
• part de l'Ordre de la Nobleſſe , le développe-
» ment des principes qui l'ont dirigé. Il doit cet
» hommage à la Nation ; il doit cet égard à Fordre
du Tiers-Etat.
» Les Députés de la Nobleſſe , réunis dans leur
>> Chambre avant d'avoir vérifié leurs pouvoirs ,
» ont dû fuivre peur cette vérification les uſages
>> des précédens Etats ; ils les ont ſuivis. Ces
"uſages étoient une conféquence néceſſaire dela
>> loi conſtitutive de la ſéparation des Ordres&
> de leur mutuelle indépendance : loi que la No-
>> bleffe a toujours conſidérée comme conferva-
:
(115)
» trice du trône, de la liberté &de la propriété
» des Citoyens.
>>L'Ordre du Tiers-Etat n'a point adopté la
» même marche. Lorſqu'il a déſiré que la véri-
>> fication des pouvoirs sût convertie en une vérit
>> fication commune , l'Ordre de la Nobieſſe a du
>>expoſer ſes raiſons poury procéder ſéparément. Il
>> les a expoſées par l'organe de ſes Commiffaires
>> conciliateurs, en les chargeant d'annoncer préala-
»blement que la preſque totalité des cahiers de
» ſes Députés les autoriſe à la renonciation des
>> privilèges pécuniaires. Il a dû croire que ce
»préalable termineroit à l'inſtant pluſieurs difficultés,&
faciliteroit le moyen de mettre en
activité les Etats-Généraux.
>> Dans l'eſpoir d'une conciliation , l'Ordre de
>laNobleſſe a encore propoſé que lorſque l'on
>> s'occuperoit de l'organiſation des Etats-Géné-
» raux , on examineroit les inconvéniens ou les
avantages d'une vérification ſéparée ou com-
>> mune , afin qu'il y fût ftatué pour l'avenir.
>>Enfin , le Roi a fait propoſer un plan de
>> conciliation ; Sa Majesté demande que ce plan
» ſoit accepté , ou tout autre. L'Ordre de laNo-;
>>bleſſe délibère à l'inſtant qu'il accepte le plan.
» proposé par les Commiſſaires du Roi , &,
»d'après leur voeu , réunit au fond de la pro-
>>poſition, les précautions qui lui paroiffent conve-
» nables; en conféquence ,il charge ſes Commif-
>> ſaires conciliateurs de rappeler à la Conférence,
>> que la Nobleſſe avoit arrêté précédemment :
(Suit copie du premier arrêté de la Nobleſſe,
fur l'ouverture des Commiffaires du Roi ).
- > Maintenant , la Nation peutjuger ſi elle doit
> imputer à la Nobleſſe l'inquiétante inertie des
n. Etats-Généraux , dans le moment où la France
>> entière attend le rétabliſſement de la Conſtitu-
» tion ; où le Roi & les créanciers de l'Etat
1
(116)
>comptent ſur des ſacrifices. L'Ordre de laNo
> bleſſe croit n'avoir à répondre fur la propoſi-
>> tion du Tiers -Etat, qu'en l'invitant à ne pas
>> rejeter l'arbitrage du Roi pour les pouvoirs con-
>> teſtés&nonjugés , & à ne pas ſe refitſer plus
>> long-temps au moyen de conciliation qu'a pro-
» poſé Sa Majesté, &dont l'adoption doit accélérer
la marche des trois Ordres vers les grands
>> objets qui intéreſſent eſſentiellement la Nation.
>> L'Ordre de la Nobleſſe , fidèle à ſes Com-
>> mettans , déclare qu'il va s'en occuper ſans
> relâche ».
>>
CHAMBRE DU TIERS. Du dimanche 7. On a
terminé la lecture du projet de réglement provifoire
, commencée la veille. Enfuite on arrêta
une diviſion de la Chambre en vingt Bureaux,
chacun de trente Dépurés , & l'on fixa leur emplacement.
Du8juin. On a fait la diftributiondes Bureaux,
zéparti& appelé les Députés qui doiventles compofer.
Pour affoiblir l'eſprit particulier de Province,
on a claffé la répartition de manière à
ne donner que deux Députés du même Bailliage
à chaque Bureau. - Le Doyen les a invités à
examiner le projet de réglement , & àpropoſer le
lendemain leurs obſervations à l'Aſſemblée.
Ala ſuite de ces opérations de dérail , l'un
desDéputés a prononcé un di cours , dans le but
d'amener la Chambre à ſe conſtituer , ſans délai ,
en Aſſemblée générale des Communes ,& non
enAſſembléenationale. Il a obſervé que la forme
de conſtitutionqui feroit adoptée , décideroit de
l'évènement des Etats- Généraux; qu'en confé
quence , il étoit très -ſage de ne pas exagérer
ſes prétentions; que les Repréſentans de vingtquatre
millions d'hommes peuvent ſe difpenfer
d'aller au-delà desdemandes raiſonnables,&qu'on
( 117)
pouvoit rejeter le vero des deux autres Ordres ,
fans former contre eux aucune entrepriſe.
Pluſieurs avis contraires ont été ſuivis de la
remarque , que la délibération ſur l'ouverturecon-
-ciliatoire (délibération renvoyée après la clôture
duProcès-verbaldes Conférences),devoitprécéder
celle de l'avis qui venoit d'être propoſé.
Le ſoir , vingt Députés ont éré en cérémonie
àMeudon , pour s'acquitter du dernier devoir à
rendre à M. le Dauphin.
Du 9 juin. L'un des Commiſſaires conciliateurs
a fait lecture du Procès-verbal de la première
Conférence.
Il s'eſt élevé ſur la manière de ſe conſtituer
différentes propoſitions , auſfitôt retirées que préſentées.
LesBureaux ont fiégédans la ſoirée.
Du 10 juin. A l'ouverture de la ſéance , la
clôture des Conférences conciliatores , faite hier
foir , a été annoncée à la Chambre , ainſi que
la ſignature de leur Procès-verbal , par les huit
CommiſſairesduClergé , par ceux duTers-Etat,&
par le Secrétaire ad hoc. Auſfitôt il a été propoſé
& agréé unanimement , d'imprimer le Procèsverbal
de tout s les Conférences.
La lecture annoncée de la concluſion de ce
Procès-verbal , a été ſuſpendue par une propofition
de M. l'Abbé Sieyes , que ce Député a fait
précéder de quelques obſervations préalables , &
qu'ilaportée en difcuffion en ces termes :
» L'Aſſemblée des Communes , délibérant fur
l'ouverture de conciliation propoſée par MM.
>> les Commiſſaires du Roi , a cru devoir prendre
» en même temps en conſidération l'arrêté que
>> les Députés de la Nobleſſe ſe ſont hâtés de
>> faire ſur la même ouverture ; elle a vu que
» MM. de la Nobleſſe , malgré l'acquiefcement
ς
( 118)
>>> énoncé d'abord , établiſſent bientôt une modi-
>> fication qui le rétracte preſque entièrement , &
qu'ainſi leur arrêté à cet égard ne peut être
regardé que comme un refus poſitif. Par cette
>> conſidération, & attendu que MM. de la Noblefſſe
ne ſe ſont pas même déſiſtés de leur pré
» cédente délibération , contraire à tous les projets
de réunion, les Députés des Communes
penſent qu'ildevient abſolument inutile de s'oc
» cuper davantage d'un moyen qui ne peut plus
être dit conciliatoire , du moment qu'il a été
>> rejeté par l'une des parties à concilier. Dans
» cet état des choſes , qui reclaſſe les Députés
>> des Communes dans leur première poſition ,
» l'Aſſembée juge qu'elle ne pent plus attendre
>> dans l'inaction les claſſes privilégiées , ſans ſe
>> rendre coupable envers la Nation , qui a droit
>> ſans doute d'exiger d'e'le un meilleur emploi
» de fon temps. Elle juge que c'eſt un devoir
>> preffant pour tous les Repréſentans de laNa-
» tion , quelle que foit la claſſe de Citoyens à
laquelle ils appartiennent , de ſe former fans
» autre délai en Aſſemblée active , capable de
>> commencer & de remplir l'objet de leur mif-
>> fion. L'Aſſemblée charge MM. les Commif-
>> ſaires qui ont ſuivi les diverſes Conférences
>>dites conciliatoires , d'écrire le récit des longs&
nvains efforts des Députés des Communes pour
» tâcher d'amener les claſſes privilégiées aux vrais
principes. Elle les charge d'expofer les motifs
» qui la forcent de paſſer de l'état d'attente à
» celui d'action . Enfin , elle arrête que ce récit &
n. ces motifs feront préſentés au Roi , & im-
» primés enſuite à la tête de la préſente délibération
. Mais puiſqu'il n'eſt pas poffible de ſe
>> former en Aſſemblée active ſans reconnoître au
préalable ceux qui ont droit de la compofer ,
» c'eft à-dire , ceux qui ont qualité pour voter
( 119 )
* comme Repréſentans de la Nation, les mêmes
>> Députés des Communes croient devoir faire
» une dernière tentative auprès de ceux de MM.
» du Clergé & de la Nobleſſe qui annoncent la
» même qualité , & qui néanmoins ont refufé
>> juſqu'à préſent de ſe faire reconnoître. Au fur-
» plus , l'Aſſemblée ayant intérêt de conſtater le
>> refus de ces deux claſſes de Députés , dans le
>> cas où ils perſiſteroient à vouloir reſter inconnus
, elle juge indiſpenſable de faire une dernière
ſommation (1 ) , qui leur ſera portée par
» des Députés chargés de leur en faire lecture ,
>> &de leur en laitſer copie dans les termes ſuivans :
» Meffieurs , nous ſommes chargés par les Dé-
» putés des Communes de France , de vous pré-
>>venir qu'ils ne peuvent pas différer davantage
n de fatisfaire à l'obligation impoſée à tous les
» Repréſentans de la Nation , qu'il eſt temps af-
>> furément que ceux qui annoncent cette qualité ,
>> ſe reconnoiſſent par une vérification de leurs
>> pouvoirs , & commencent enfin à s'occuper de
>> l'intérêt national , qui , ſeul ,& à l'excluſion des
> intérêts particuliers , ſe préſente comme le grand
>> but auquel tous les Députés doivent tendre d'un
>> commun effort. En conséquence , & dans la
» néceffité où ſont tous les Repréſentans de la
>>Nation de ſe mettre en activité ,fans autre
» délai , les Députés des Communes vous prient
>> de nouveau , Meſſieurs , & le devoir leur pref
>> crit de vous faire une dernière ſommation (2) ,
>> de venir dans la ſalle des Etats , pour affiiter ,
>> concourir & vous foumettre , comme eux , à
la vérification commune des pouvoirs . Nous
> ſommes en même temps chargés de vous avertir
(r) On a fubftitué à ce mot celui d'invitation.
(2) Invitation, à laquelle on a ajouté : tant collec
tivement qu'individuellement. Voyez plus bas
(120 )
* que l'appel général de tous les Bailliages convo
n qués ſe fera dans le jour , & que faute de ſe
» préſenter, il y fera procédé tant en préſence
» qu'en abſence. (1) »
A peine cette lecture a-t-elle été achevée ,
que pluſieurs voix d'approbation ſe ſont élevées
avecéclat. Vainement quelques Députés ont tenté
de ſe faire écouter; enfin , l'ordre étant rétabli ,
l'und'eux, en adoptant la propoſition de M. l'Abbé
Sieyes , a demandé qu'à l'inſtant on députât au
Clergé& à laNob'eſſe, enles invitant àſe rendre
dans la falle nationale ; qu'on préſencât à S. M.
uneAdreſſe explicative des motifs del'arrêté qu'on
alloit prendre , & que, vu la conduite du Clergé ,
différentedecellede la Nobleſſe, on les diftinguât
également dans la forme d'invitation.
Ces amendemens, ou plutôt ces additions , ont
ététraitées conjointement avec la queſtion principale,
par les divers Membres qui ont pris la paroleenfuite.
:
L'un d'eux a regretté que l'on ne s'occupât point
de l'ouverture de conciliation ,&ademandé qu'on
la prît en conſidération .
Un autre Député a voté concurremment pour
lapropoſition&pour une Adreſſe au Roi , comme
étant de convenance &de devoir.
2
Un troiſième a exposé longuement les inconvéniens
de l'ouverture conciliatoire, comme im
pliquantunhee intervention du Conſeil.
Un quatrième a inſiſte ſur l'avis de ſe conſtituer
avant de fortir , & fur l'inconvenance du
mot de fommation :: « C'eſt un droit de Jurifdic-
ת
tion , a-t-il dit; il ne nous appartient pas;nous
ne ſommes point un Tribunal; des individus
(1) La Motion originale portoit , que l'appel des
Bailliagesfefera dans une heure d'ici ,& que faute de
Sepréfenter,ilferaprononcédéfautcontreles comparans.
non
( 121 )
» non conſtitués tels que nous , ne peuvent que
>> folliciter , prier , inviter , avertir. »
Un cinquième Député a regardé le moment
actuel comme celui d'une délibération décifive :
en la prenant , il falloit reſter inébranlablement
attachés au principe for.damental de l'indiviſiblité
des trois Chambres. On ne devoit point employer
des ſommations , on ne le pouvoit encore ;
mais des invitations , des prières ; encore moirs
fermer la porte à la réunion , ni prendre une re
ſolution finale , avant une troiſième & dernière
invitation; qu'alors encore on devoit toujours cor.-
ſerver ce caractère de modération , faire que chaque
jour les Nobles euſſent de nouveaux motifs de
ſe réunir au Tiers-Etat; leur apprendre ,&à tout
l'univers , que , quoique abſers , leurs droits étoient
confervés , reconnus , défendus ; que ſi cet Ordre
demeuroit inſerſible , bientôt l'opinion publique
fauroit l'enchaîner. Enfin l'Orateur a conclu à l'avis
deM. Sieyes , ſauf le mot deſommation , & par
la maxime que le veto paralyſeroit les Etats nationaux.
Un fixième a demandé la permififffiioonnde faire,
dansfafimplicité , une queſtion : « Pluſieurs grands
>> Jurifconfultes , a-t- il dit , ont appelé la fom-
>> mation un acte de Jurisdiction ; moi je crois
» qu'une ſommation eſt un acte extrajudiciaire .
M. l'Abbé Sieyes , déférant au plus grand nom
bre des avis , a ſubſtitué au mot de fommation ,
celui d'invitation collective & individuelle.
PA
A l'inſtant où un autre Député alloit prendre
la parole, beaucoup de Membres , plus frappés
de la durée des débats que de leur importance ,
ont demandé à cris redoublés qu'on allât aux
voix; des oppoſitions animées ſe ſont élevées
contre cette précipitation ; les clameurs font devenues
preſque générales : vainement le Doyen
s'eſt récrié contre ce déſordre , & a tenté de
Nº. 25. 20 Juin 1789. f
( 122 )
maintenir la liberté de la parole. Enfin , le Député
qui la follicitoit depuis une demi-heure , a percé au
travers du tumulte. Il s'eſt écrié que dans une
queſtion qui alleit décider du fort & de la génération
préſente& des générations futures , on ne
pouvoit refufer le droit de diſcuter , droit inhérent
à chaque Député , dont il étoit comptable
à ſes commettans pour les défendre.
« Ne foyez pas , a-t- il dit avec véhémence ,
« des Athéniens légers , foyez des Romains
>>graves , ou plutôt foyez des François raiſon-
>> nables. » Il a fini par opiner à ce que la propoſition
fût renvoyée aux Bureaux pour y être
murement examinée .
Après lui , un Député a repréſenté qu'aucune
propoſition ne devroit être difcutée , avant d'avoir
été imprimée & remiſe à chaque Membre (1 ) .
Enſuite, un autre Député eſt revenu à l'ouverture
de conciliation , en ſe plaignant du peu
d'attention qu'on y donnoit. Il a expoſé les
conféquences qu'il entrevoyoit dans le refus de
cette ouverture , acceptée par le Clergé , & en
partie par la Nobleffe. Il a prétendu qu'en l'acceptant,
la Chambre , fans enfreindre ſes principes
, gagnoit une poſition favorable ; car ſi la
Nobleſſe ſe refuſoit à la conciliation propoſée ,
l'odieux du refus lui feroit particulier ; fi elle ſe
déſiſtoit de ſon oppofition , la vérification des
pouvoirs s'opéreroit ainſi que la Chambre pouvoit
le défirer. Ce Député a accompagné fon
diſcours d'une formule d'arrêté à prendre , & qui
n'a pas été foutenu.
Enfin , après cinq heures de débats , la pro-
(1) C'eſt l'uſage des Communes d'Angleterre ,
&il eſt rare qu'une motion importante ne foit
pas miſe en ajournement pluſieurs jours.
(123 )
poſition a été ſoumiſe aux fuffrages par l'appel
de chaque Député , ainſi que les amendemens
propoſés dans le cours de la délibération , &
réduits aux deux ſuivans :
Premier amendement. Expoſer au Roi les motifs
de l'arrêté.
Second amendement. Réclamer contre les principes
de l'ouverture conciliatoire.
Il s'eſt trouvé en faveur de l'arrêté pur &
ſimple 247 voix.
En faveur de l'arrêté & du premier amendement
réunis , 246.
Pour renvoyer l'arrêté aux Bureaux , 41 .
Le ſecond amendement a été rejeté preſqu'à
l'unanimité.
Comme par les règles de la Chambre , toute
propoſition admiſe doit avoir pour elle la pluralité
des ſuffrages votans , & qu'en tout il s'en
trouvoit 525 , ni la propoſition ſimple , ni l'amendement
n'ont paru admiſſibles à quelques
Députés , puiſque , ſéparés , ni l'une ni l'autre
ne réuniſſoient la moitié des voix recueillies .
Cette circonſtance a fait renaître de grandes
altercations . Le Doyen a cru les terminer en
obſervant que ceux qui avoient voté pour la
propoſition pure& fimple , conſentant vraiſemblablement
à la propoſition avec l'amendement ,.
ce dernier avis comptoit 491 voix & une déciſion
complette. Ce raiſonnement n'ayant pas pré-"
valu , on a remis le débat de cette queſtion
arithmétique à l'après-dînée.
La Séance repriſe à cinq heures , un Membre
a dit que l'on avoit mal-à-propos confondu les
amendemens avec l'arrêté , qui , par ce moyen ,
paroiſſoit n'avoir la Majorité que d'une voix ,
tandis que les votans , d'accord ſur l'arrêté même,
n'avoient différé que ſur les amendemens , & furtout
fur le premier. Il a étayé cet avis d'un
i
f ij
: (124)
calcul : un ſecond Député a calculé différemment
, pour prouver que l'arrêté avoit réuni
toutes les voix ; un troiſième , calculant auſſi ,
apréter.du qu'au contraire toutes les voix étoient
contre l'arrêté , & il a demandé qu'on le remît
en diſcuſſion. Enfin , le Doyen a obfervé que
la queſtion ſe réduiſoit à ſavoir fi l'on adopteroit
ou non le premier amendement ( il n'étoit
plusqueſtionduſecond, puiſqu'il avoit été rejeté ) ;
&d'après l'avis d'un des Députés , il a propoſé
à ceux qui n'admettoient pas l'amendement de fe
lever. A-peu-près tout le monde eſt refté affis.
La Séance s'eſt terminée par la lecture faite
parM. Dupont , du Procès-verbal des deux dernières
Conférences conciliatoires .
Du 12juin. Il a été envoyé une Députation
au Clergé & à la Nobleffe , pour leur faire part
de la détermination priſe le mercredi 10 Le Clergé
arépondu :
« Il n'eſt aſſurément perſonne parmi nous qui
<< ne ſente l'indifpenſable obligation impoſée à
>> tous les Repréſentans de la Nation de chacun
>> des trois Ordres , de s'occuper enfin de l'in-
>> térêt national. Nous avons gémi des retarde-
» mens que le déſir perſévérant de concilier les
>> Ordres, oppoſoit à notre zèle,&nous attendions
- avec impatience le terme des Conférences pour
>> nous mettre en activité. Nous nous occuperons
avec les plus ſérieuſes réflexions de l'objet que
» vous avez été chargés de propoſer à notre
» délibération . »
(Onvient de lire la réponſe de la Nobleſſe. )
LeDoyen a invité M. Barnave , l'un des Rédacteurs
du Mémoire au Roi, à en donner communication
à la Chambre. Cette propoſition a
excité des réclamations , par le motif que le
Mémoire ne devoit point être rendu publicavant
( 125 )
d'être préſenté à Sa Majeſté. Cependant , à la
grande majorité des voix , il a été décidé qu'il
feroit lu.
M. Malouet a donné lecture d'un ſecond Mémoire
, qu'il a propoſé à la Chambre pour être
préſenté au Roi ; mais on s'en est tenu à celui
deM. Barnave , en invitant les Commiſſaires chargés
de le rédiger ày faire quelques corrections.
Enfuite, & pour ſe conformer à la délibération
du 10 , il a été arrêté que l'on procéderoit
à la vérification des pouvoirs ; que cette vérification
feroit précédée de l'appel des Députés des
trois Ordres ; que chaque Bailliage dépoferoit
ſes pouvoirs , & que le Bureau nommeroit proviſoirement
deux Secrétaires pour en tenir un
état. A
MM. Pifon du Galant , Député du Dauphiné ,
& Camus , Député de Paris , ont été choisis pour
remplir les fonctions de Secrétaires.
LeDoyen a été chargé de toutes lesdémarches
qu'il croiroit convenables pour faire parvenir le
Mémoire entre les mains du Roi ,& même pour
obtenir une audience de Sa Majeſté.
L'appel a été commencé & contínué juſqu'à
dix heures du foir.
Le Doyen a annoncé àla Chambre qu'il avoit
remis deux copies du Mémoire au Roi , l'une à
M. le Garde-des-Sceaux , l'autre à M. le Maréchal
de Duras , & qu'il auroit inceſſaminent réponfe.
Du 13 Juin. L'appel des Bailliages a été continué.
Le Doyen a reçu de M. le Garde-des-Sceaux
une lettre qui lui annonce que Sa Majeſté recevra
uneDéputation compoſée du Doyen& de
deux Adjoints , à une heure après-midi .
Trois Curés de la Députation de Poitou ſe font
fing
(126)
rendusdans laChambre duTiers ,&en ont été reçus
avec acclamation. L'un d'eux ,M. Jallet , Curé
de Cherigné , a prononcé le diſcours qui fuit :
«MM. Une partie des Députés aux Etats-
» Généraux , dans l'ordre du Clergé , de la
>> province du Poitou , ſe rend aujourd'hui dans
>>la ſalle de l'Aſſemblée générale. «
>> Nous venons pour prendre communication
>> des pouvoirs des Députés , & produire nos
>> mandats , afin que les uns & les autres étant
>> vérifiés &légitimés , laNation ait enfin de vrais
>> Repréſentans. «
« Nous venons , MM. , précédés du flambeau
» de la raiſon , conduits par l'amour du bien pu-
>> blic, nous placer à côtéde nos Concitoyens,de
>> nos frères. Nous accourons à la voix de la
>> Patrie , qui nous preſſe d'établir entre les Or-
> dres , la concorde& l'harmonie d'où dépendent
" le ſuccès des Etats-Généraux & le ſalut de
» l'Etat. «
» Puiſſe cette démarche être accueillie de tous
» les Ordres avec le même ſentiment qui la com-
• mande; puiſſe-t-elle enfin nous mériter l'eſtime
> de tous les François ! «
Le Curé d'Imbermenil s'eſt auſſi rendudans la ſalle
du Tiers-Etat,& a aſſuré l'Aſſemblée que l'exemple
des troisCurésde Poitou ſeroit ſuivi parunnombre
de leurs confrères , qui n'attendoient que le réſulat
de la délibération de leur Chambre fur l'arrêté
du Tiers. Etat du 10, pour ſe rendre dans la
falle nationale; qu'ils avoient inutilement preſſé
cette délibération , mais que malgré leurs réclamations
, ils n'avoient pu obtenir de continuer
la Séance , ni même de la faire renvoyer au
lendemain.
( 127 )
LeDoyen a remis au Roi le Mémoire à l'heure
indiquée , & Sa Majeſté lui a répondu qu'Elle
feroit ſavoir à la Chambre ſes intentions.
Il a été arrêté que les pouvoirs ſeroient vérifiésdans
chaqueBureau , qu'il ſeroit fait un réſumé
des difficultés qu'ils pourroient préſenter ; que
les Bureaux s'aſſembleroient à 5 heures du foir ,
& ſe réuniroient à huit dans la ſalle , pour y
rendre compte.
A huit heures , la Chambre s'eſt formée; les
Bureaux ont fait leurs rapports , d'après lesquels il
paroît que très-peu de pouvoirs préſentent des
difficultés , &qu'elles feront facilement aplanies .
Dans la matinée& vers la fin de l'appel des
Bailliages , la députation de Saint -Domingue
s'eſt préſentée; les Commiſſaires ont demandé à
l'Aſſemblée ſi l'on pouvoit admettre ſes pouvoirs.
L'Aſſemblée y a conſenti pour en faire la vérification
, & pour décider ſur la demande de
la Colonie , qui ſollicite des Députés auxEtats-
Généraux.
DeParis, le 17 juin.
Réglement fait par le Roi , du 30
mai 1789 , pour le paiement des dépenses
des Assemblées de Bailliages et Sénéchaussées
, relatives à la convocation
des Etats-Généraux.
Edit du Roi , portant suppression de
différentes Charges dans la Maison de
S. M. , donné à Versailles au mois de
mars 1789 , registré en la Chambre des
Comptes le 27 mai audit an.
Etat d'aucunes des Charges de la Maiſon du Roi ,
1
1
fiv
( 128 )
fupprimèes par l'Edit de cejour , dontSaMajesté
aordonné le remboursement.
LeGrand-Fauconnier deFrance, 300,000 liv.
Le Capitaine du ſecond Vol ,
pourCorneille.... .. 50,000
Le Capitaine des deux Vols ,
pourMilan.. .. १०,०००
Le Capitaine du Vol , pour
Héron ....... 110,000
Le Capitaine des quatre Vols ,
pour Champ , Rivière , Pie &
Lièvre .. 120,000
Le Grand-Louvetier de France . 200,000
Le premier Ecuyer ............
10 Ecuyers ſervans
400,000
par quarer , à ..... 48,000liv. 480,000
42 Grands-Valetsde-
Pied , à ......... 8,000 396,000
16 Valets-de-Chambre,
à ...... .... ३०,००० 480,000
6 Huiffiers de la
Chambre , à....... 60,000 360,000
1 Porte Manteau
ordinaire , à ........ 60,000 60,000
6Porte-Manteaux ,
à. 36,000 216,000
4Tapiffiers , à .... 16,000 64,000
1Barbier ordinaire ,
à .. 60,000 60,000
3,326,000liv
( 129 )
Ci-contre ..... 3,326,000 liv.
4Barbiers , à ... 30,000 liv. 120,000
2 Horlogers , à ... 10,000
2Porte-Chaiſes d'affaires
, à ...... 15,000
20,000
130,000
200,000
60,000
30,000
8Valets deGarde-
Robe , à ..... .... 25,000
Cravatier , ةيو 60,000
1.5 Portes - Meubles
de la Chambre , à... 6,000
sh for
TOTAL.3,786,000 liv
Extrait du Procès-verbal de l'Assemblée
de la Noblesse de la Prévôté et
Vicomtéde Paris , extra muros , du
12 mai 1789, six heures de relevée.
« Monfieur , le Marquis de Bonlainvillers ,
Préſident de l'Aſſemblée de la Nobleffe , extra
muros , ayant été obligé de la quitter pour aller
à celle de la Nobleſſe , intrà muros , laChambre
a arrêté en fon abſence , que , pour lui témoigner
la reconnoiffance qu'elle lui devoit depuis le commenciment
des Séances , il ſeroit fait une Députation
qui ſe rendroit le lendemain , avec M.
le Secrétaire , auprès de M. le Préſident , pour
lui préſenter l'expreffion des ſentimens de toute
l'Aſſemblée , & en même temps que le compte
de cette miſſion ſeroït ajoouuttééàlafin du préſent
Procès- verbal , & que l'extrait du tout feroit délivré
à M. le Préſident , pour y donner la publi
cité que toute l'Aſſemblée défire ajouter au té
moignage de l'eſtime & de l'approbation générale
qu'il a fu s'aſſurer.
Le lendemain mercredi 13 mai 1789 , au défir
fv
( 130 )
de l'Arrêté du jour d'hier, MM. le Duc de
Gefvres , le Marquis de Gouy-d'Arfy , le Comte
deGimel , Thevenin de Margency, le Marquis d'Ambert,
deJognet , d'Eaubonne , de Laage de Bellefaye ,
&le Préſident d'Ormefſſon , Secrétaire , Députés
de la Nobleſſe , ſe ſont tranſportés en l'hôtel de
M. le Préſident de la Chambre , vers trois heures
après-midi.
La Députation annoncée a été reçue avec tous
les honneurs accoutumés , par M.le Marquis de
Boulainvillers , & par Mesdames la Baronne de
Cruffol,la Vicomteſſe de Faudoas , ſes filles , &
autres perſonnes qui ſe trouvoient chez lui en
grarnd nombre.
M. le Marquis de Gouy-d'Arfy , que ſes Collègues
avoient chargé ſous le periftile de porter
laparole , adreſſa un difcours à M. le Préfident.
C
प
« Monfieur le Marquis de Boulainvillers, a été
plus ému qu'il n'eſt poſſible de l'exprimer , du témoignage
honorable & flatteur qu'il venoit de
recevoir. Il a exprimé avec une effuſion de coeur
roujours ſi éloquente , toute fa fenfibilitépour
l'Ordre de la Nobleſſe , & il a bien voulu mentionner
particulièrement dans ſa réponſe , MM.
les Députés & l'Orateur : il l'a terminée en exprimant
le vif déſir qu'il auroit que la marque de
bonté qu'il venoit de recevoir de la Nobleſſe fût
inférée dans le Procès-verbal , pour y être donné
la plus grande publicité , comme le monument
le plus glorieux pour lui. MM. les Députés l'ont
aſſuré que leurs pouvoirs leur permetrant de condeſcendre
à ſa demande , M. le Secrétaire feroit
chargé de lui délivrer une expédition de l'article ,
avec tous pouvoirs de lui donner, tant par l'impreſſion
que par les papiers publics, une authenticité
qui ne pouvoir que remplir les vues de la
Nobleſſe , en manifeſtant les ſentimens dont elle
venoit de faire profeffion. >> AA
1
( 131 )
-« LaDéputation s'étant retirée,M. le Préſident
&Meſdames ſes filles l'ont reconduite jusque
ſous le périſtile , & là, elles ont engagé Mefſieurs
les Députés à dîner avec M. le Préfident.
"
u Pour extrait & copie conforme à l'original ,
par mandement de la Chambre, à Paris, ce 13 mai
1789. Signé , le Préſident D'ORMESSON , Secrétaire.
»
Une Feuille de province a fait le
relevé suivant ; il n'est pas complet ,
mais nous allons l'offrir tel quel.
L'Aſſemblée des Etats- Généraux ſe trouve
compoſée de 302 Députations & de 1208 Dépurés.
Parmi les 302 Députés du Clergé , on compte
48Archevêques ou Evêques , dont 3 Prélats étrangers
; 35 Abbés , Chanoines ou autres Eccléſiaſtiques;
208 Curés: 3 ne ſont pas connus.
L'Ordre de la Nobleſſe eſt compoſé de 18
Grands- Baillis ou Sénéchaux ; 28 Magiftrats de
Cours ſupérieures; 224 autres Gentilshommes. La
Nobleſſe de Bretagne n'a point nommé ſes 25
Députés , & il y a d'ailleurs douze Députés dont
les noms ne font pas encore connus.
Le Tiers-Etat a nommé 212 Avocats ; 162
Officiers des Bailliages , Elections ou autres Siéges
de Judicature; 18 Maires ou Confuls ; 176 Bourgeois
, Négocians , Propriétaires ou Cultivateurs ;
2 Eccléſiaſtiques , 16 Médecins & 12 Nobles . Les
noms des fix autres Députés du Tiers-Eat ne font
pasconnus.
Dans la relation officielle arrivée de
la Baie Botanique à l'Amirauté d'Angleterre
, relation que nous avons publiée
en son entier , on a vu qu'on y
annonçoit 14 hommes de l'un des vais
fvj
(132)
seaux sous les ordres de M. de la Peyrouse
, massacrés à l'isle des Navigateurs.
Cet évènement est malheureusement
constaté : voici en quels termes.
nous le trouvons rapporté dans une
lettre particulière qu'on nous a permis
de mettre au jour.
De la Baie Botanique , à la Nouvelle
Hollande , le 4février 1788.
<< Qui nous eût dit, en partant de
France, que nous aurions pu vous écrire
de la Nouvelle Hollande , nous auroit
bien surpris. C'est cependant sur ce
nouveau continent que nous sommes
arrivés à deux jours de différence , avec
une flotte Angloise., qui vient y établir
une Colonie. 800 malfaiteurs , 400 femmes
criminelles , et 2 à 300 honnêtes
gens y ont arboré pavillon Anglois ,
et établi presqu'aux Antipodes de Londres
un nouvel Etat. Pour nous , notre
but , en abordant sur cette plage , a été de
construire deux chaloupes , de faire dus
bois , de l'eau , etc., et de nous rétablir
un peu de nos dernières fatigues. ».
<< Nous sommes parti du Kamtchatka
le premier octobre 1787. Nous avons
été chercher une isle indiquée par les
Espagnols ; mais nous n'avons trouvé
que de la brume et des coups de vent
pluvieux. Après avoir abandonné cette
recherche , nous sommes venus dans la
mer du Sud , pour y faire des provisions..
Depuis le Kamtchatka nous étions
(133 )
réduits au lard rance et à la choucrotite
pourrie , aussi le scorbut n'a pas tardé à
se déclarer , et nous nous sommes tous
trouvés scorbutiques , plus ou moins.
Cependant un seul homme en est mort. >>
<< Nous avons été chercher du soulagement
aux isles des Navigateurs , découvertes
par M. de Bougainville , situées
près de celles des Cocos , et de
Palmesston. Ily existe une race des plus
beaux hommes de l'univers. Un soir que
nous en avions huit à bord, on les mesura
, et le plus petit des huit avoit plus
de 5pieds 8 pouces. Les femmes sont à
Pavenant. Comme nous étions petits,
maigres, foibles auprès d'eux! Aussi lepremier
jour ils nous ont assez bien reçus ,
mais le lendemain ils ont attaqué4 de nos
embarcations, qui avoient été faire de
l'eau , acheter des cochons , des fruits à
pain, des bananes , etc. Ils ont massacré
12. hommes , et de ce nombre sont le
Chevalier de P'Angle , Commandant
l'Astrolabe ,et le Chevalier de Lamanon
, Naturaliste Provençal. Tous les
autres Officiers , ainsi que le P. Receveur,
Aumonier de l'Astrolabe, le reste
des équipages sont tous revenus estropiés.
On a été obligé de trépaner le
Major de l'Astrolabe , et l'opération a
parfaitement réussi, Ils ont attaqué à-lafois
les deux chaloupes qu'ils ont prises ,
et à coups de pierres qu'ils lancent avec
tant de roideur , qu'a vingt ou trente pas
<! P
(134 )
chaque coup abattoit un homme , ilsont
massacré ceux qui étoient dedans .....
Nous partirons de
la Baie Botanique dans trois semaines :
nous irons reconnoître la partie Ouest
de la Nouvelle Calédonie, découverte
par Cook, la terre des Arsacides yue
par Surville , et la Louisiade , décou
verte par M. de Bougainville. Nous
chercherons un passage entre laNouvelle
Guinée et la Nouvelle Hollande. Enfin ,
on relâchera à Timor, pour y faire
quelques provisions , et de-là en se reposera
à l'Isle-de- France , pour arriver en
Europe dans l'été de 1789. » :
Les absurdes exagérations , au sujet
des derniers troubles de Marseille , qui ,
de la rumeur publique , ont passé dans
les Gazettes Etrangères , dépôtsde toutes
les impostures inventées et recueillies
dans le royaume, ont excité des plaintes
qu'on nous a fait parvenir. Nous nous
récit capable de dissiper toutes imputations
injurieuses à la fidélité des Marselllois.
d
1
Mardi 19 mai 1729 , le placard fuivant a été
affiché dans les rues & places de Marseille.
De par le Roi , Comte de Provence. Nous
Victor-Maurice de Riquet, Comte de Caraman ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , & de
laprovincedeLanguedoc, Grand-Croix de l'Ordre
Royal&Militaire de S. Louis ,& Commandant
en chef pour Sa Majefté en Provence ; ſavoir
( 135 )
faiſons à tous les Citoyens de Marseille , que
nous venons à la tête des forces que Sa Majeſté
nous a confiées , pour aſſurer par leur préſence ,
dans les environs de cette Ville , le rétabliſſement
de l'ordre qui doit y régner. Nous annonçons
qu'elles ne feront employées qu'à protéger les
bons & fidèles Sujets de Sa Majeſté contre ceux
qui voudroient empêcher ou troubler le réſultat
des intentions paternelles du Roi , Comte de
Provence ; & afin que perſonne ne puiſſe chercher
à égarer les bons Citoyens en leur inſpirant
des ſentimens de défiance qui les rendroient coupables
envers Sa Majesté , nous déclarons ne venir
dans cette ville de Marseille , ni pour faciliter
aucune augmentation ſur le prix des denrées , ni
aucun nouveau droit ſur les entrées , ni enfin
aucune charge d'aucun genre ſur le peuple ; mais
pour y aſſurer d'une manière ſtable & permanente
l'ordre , la tranquillité & la paix , telles étant les
volontés du Roi. » A'Aix , le 18 mai 1789,8
Le 20 , M. le Comte de Caraman arriva. II
commandoit une divifion d'Infanterie & de Dragons
, qui s'arrêta à Arenc. Il entra ſeul dans la
ville vers les onze heures du matin .
279
On avoit dreſſe à la porte d'Aix , dans l'intérieur
de la Ville , un arc de triomphe en laurier.
On y voyoit les armes du Roi , celles de
M. le Comte de Caraman , & celles de la Ville
autour de celles de Sa Majefté il y avoit cetteof
infcription tirée du Difcours prononcé par le Roi
à l'ouverture des Etats-Généraux : LouisXVI
le premier ami de fon peuple.
SVUOT
57010
IM. le Marquis de Pilles , Capitaine-Gouverneur-
Viguier de la Ville , ainſi que MM. les Officiers
Municipaux , revêtus de leurs chaperons , furent
attendre M. llee Commandant à la porte d'Aix,
Chacun d'eux s'y rendit à la tête d'une des divifions
de la Milice Citoyenne , qui , après les
(136)
+
i
1
avoir conduits , borda la haie depuis la porte
d'Aix juſqu'à l'hôtel de M. le Marquis de Pilles ,
où M. le Comte de Caraman devoit loger .
•M. le Commandant fut reçu au bruir des boîtes
& aux acclamations des Citoyens de tous les
Ordres . M. le Marquis de Pilles , en le recevant
à la porte d'Aix , lui dit : M. le Comte , je remets
dans vos mains Marseille , dont les habitans n'ont
jamais ceffé d'étre fidèles à leur Roi , & c'est moi
qui vous en ſuis garant.
MM. les Echevins adreſsèrent enſuite à M. le
Comte de Caraman un diſcours qui fut interrompu
par des cris redoublés de vive le Roi !
M. le Comte de Caraman , précédé d'une muſique
militaire , & accompagné de MM. les Officiers
Municipaux , ſe rendit chez M. le Marquis
de Pilles , fans autre eſcorte que celle des Milices
Citoyennes , qui défilèrent après lui par
ordre de Divifions & de Compagnies. L'enthouſiaſme
& la joie régnoient dans tous les coeurs
& étoient peints fur tous les viſages. Partout où
M. le Commandant paſſa , ſes oreilles furent
frappées des cris de vive le Roi , vive M. le
Comte de Caraman ! le Peuple exprima fa fatiffaction
avec cette énergie qui lui eſt ſi naturelle.
Dans la journée, M. le Comte de Caraman
reçut la viſite des divers Corps . Le ſoir il fut
au ſpectacle ; les mêmes applaudiſſemens , les
mêmes cris l'y fuivirent lorſqu'il entra dans ſa
loge & lorſqu'il en fortit. La nuit. la Milice
Citoyenne continua ſes patrouilles par ordre de
M. le Commandant & de MM. les Echevins ,
comme elle l'avoit fait avant ſon arrivée .
Partout à M. le Comie de Caraman s'eſt porté
n'a trouve en général que la paix & le bon
ordre & en particulier que la foumiſſion & le
dévouement.
9110
ster
Les troupes n'ayant point de tentes , & ne
1
( 137 )
pouvant demeurer expoſées aux injures de l'air,
elles ont été logées de gré à gré dans les faubourgs
, ſur la demande d'une foule d'habitans qui
ont bien voulu donner à leur Prince cette nouvelle
preuve de leur dévouement ; & le logement
s'eſt effectué avec l'empreſſement & le zèle les
plus marqués.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Lettre au Rédacteur.
« S'il eſt utile & juſte , Monfieur , de conſigner
dans les faſtes de la Nation les actions
vertueuſes de ſes Concitoyens , il ne l'eſt pas
moins d'exciter l'émulation en publiant les témoignages
éclatans d'eſtime & de reconnoiſſance
que ceux qui ont bien mérité de la patrie ont
droit d'en attendre. »
«Rien n'eſt plus capable de remplir cet objet
que la publicité de la ſupplique que pluſieurs
Bailliages de la Bourgogne viennent d'adreffer à
Sa Majefté en faveur de M. le Chevalier de
Bataille , qui s'eſt diſtingué dans un combat contre
un forban Mainote , dont vous avez donné la reka
tiondans le Mercure du ſamedi 4 Octobre 1788.
Circonfcrit par les bornes de votre Journal, je
fupprimetous les détails ,& me reſtreins à la copie
delaDélibération de la Nobleſſe de l'Auxois , &
à la réponſe que M. le Comte de la Luzerne ,
Miniſtre de la Marine , a faite à la Lettre par laquelle
le Préſident de cet Ordre lui en faifoit
part. Je vous prie , Monteur , de vouloir bien les
inférer dans votre prochain Mercure. »
" Extrait des Délibérations de la Chambre de
» MM. de la Nobleſſe du Bailliage d'Auxois .
Du lundi 30 Mars , de relevée.
•«Monfieur le Préſident a rappelé à laChambre
>que les Etats de cette Province , en offrant à
» SaMajefté un vaiffeau du premier rang en 1782 ,
( 138 )
" lequel ſeroit appelé les Etatsde Bourgogne,&
» qui est maintenant en conſtruction fur les chan.
>> tiers de Brest , l'avoit ſuppliée d'accorder le
>> commandement dudit vaiſſeau à un Capitaine
>> né Bourguignon; &fur ce qu'il a été rapporté
» que M. le Chevalier de Bataille avoit mérité ,
» par une action éclatante à la journée du ro
>>>Juillet dernier, dans les mers du Levant , d'être
>> promu au grade de Capitaine de Vaiſſeau , la
>> Chambrea arrêté que Sa Majesté ſeroit fuppliée
>> de donner le commandement dudit vaiſſeau à
» M. le Chevalier de Bataille , Gentilhomme du
» Bailliage , que lapréſente Délibération ſeroit
>>portée dans les Chambres du Clergé& du Tiers-
" Etat;& pour remplir ce voeu, M. le Préſident,
» MM. le Vicomte de Damas de Crux , le Vi-
&
comte Dugon , de Bretagne , le Vicomte de
» Jaucourt. »
SignéleVicomteDE VIRIEU , Préſident , Sallier ,
Secrétaire , Gueneau d'Aumont , Secrétaire.
«MM. les Députés n'ont été qu'à la Chambre
du Clergé, le Tiers-Etat étant ſéparé. Ce premier
Ordre a répondu qu'il alloit délibérer , &
dans le même jour il a envoyé une Députation
à laChambre de la Nobleſſe , pour lui faire ſavoir
que le Clergé ſaiſiroit avec empreſſement l'occafiond'honorer
un brave Compatriote , & que le
vingt-cinquième article du cahier de ſes doléances
chargeoit ſpécialement fon Député de ſe joindre
à celui de la Nobleſſe , pour ſupplier Sa Majesté
d'accorder à M. le Chevalier de Bataille , le com.
mandement du vaiſſeau les Etats de Bourgogne. »
« Les Bailliages de Dijon &d'Autun ont chargé
leurs Dépurés de la même demande. M. le Vicomte
de Virieu a fait part à M. le Comte de la
Iuzerne,Ministre de la Marine, du voeu de l'Ordre
qu'il préſidoit , & en a reçu depuis la réponſe
ſuivante.
(139 )
Versailles , le 6 Avril 1789.
« J'ai mis , Monfieur le Vicomte , ſous les yeux
» du Roi , la Lettre que vous m'avez fait l'hon-
" neur de m'écrire , & le voeu de la Nobleſſe
>> des Bailliages réunis à Sémur en Auxois .
» Sa Majefté m'autoriſe à vous aſſurer qu'elle
» n'oubliera point & le zèle patriotique qu'a tés
>> moigné ſa Province de Bourgogne en faiſant
>> conſtruire un vaiſſeau de 118 canons , & la
>>>demande qu'elle lui a déja adreſſée que le com-
>> mandement en fût accordé à un Capitaine ori-
>> ginaire de cette partie du Royauma.
» Le zèle ; les talens de M. le Chevalier de
» Bataille , l'action nerveuſe & brillante par laquelle
il vient de ſe diftinguer , fost de nou-
>> veaux motifs pour lui faire obtenir le comman-
>> dement d'un vaiſſeau de guerre , lorſque leRoi
> ordonnera qu'il en ſoit armé ; mais peut-être
>> l'intérêt de l'Etat , qui doit prévaloir fur tout ,
>> exigera-t-il alors que les bâtimens d'une ſi
>>grande force que les Etats deBourgogne,folent
>> montés , ou par le Commandant de la flotte
>> françoiſe , ou par des Officiers généraux qui
v ſeront à la tête des eſcadres. Je ne puis me
>> diſpenſer de vous préſenter cette conſidération
» qui a frappé le Roi.
>> Agréez l'aſſurance de l'attachement ſincère
>>avec lequel j'ai l'honneur d'être , Monfieur le
>> Vicomte , &c. »
: Signe LA LUZERNE.
Flavigny en Bourgogne , le 25 Mai 1789.
Le Vicomte de CHASTENAY.
Autre Lettre au Rédacteur.
Versailles , ce 21 Mai 1789.
3
r
«Nous vous prions , Meffieurs , de rendre public
ledéfavoeu formel que nous faiſons au nom de
la Nobleſſe de la Sénéchauſſée d'Agen , d'un im
( 140 )
primé qui a pour titre : fecond cahier des doléances
de la Noblesse d'Agénois. Nous joignons à cette
Lettre la proteſtation formelle de nos Commettans
contre cet écrit. Nous eſpéronsque vous voudrez
Bien la rendre publique. Fidèles aux mandats que
nous avons reçus , empreſſés de juſtifier la marque
de confiance dont la Nobleſſe de l'Agénois nous
a honorés , il nous eſt très-important de prouver
d'une manière authentique , que nous ne reconnoiſſons
point pour baſe de notre conduite , un
euvrage totalement différent des Cahiers dont on
adaigné nous charger. Signé le Duc D'AIGUILLON;
je Marquis DE BOURRAU , fecond Député ;
le Marquis DE FUMEL MONSÉGUR , troiſième
Député.
Nous,Gentilshommes ſouſſignés , Membres de
laCommiſſion permanente établie par l'aſſemblée
générale de la Nobleſſe d'Agénois , & formant le
Bureau d'Agen , demeurons avertis qu'il circule
dans lepublic un imprimé , ayant pour titre :fecond
cahier des doléances de la Nobleſſe d'Agénois , lequel
, compoſede ſoixante-quinze pages, commence
par ces mots : La Nobleſſe d'Agénois; finit par
ceux- ci : rédacteur du Préfent Cahier ; & , attendu
qu'il nous importe qu'on ne puiſſe nous attribuer
aucune part dans le contenu de cet Ouvrage , nous ,
ſuſdits Gentilshommes', croyons devoir proteſter
en forme , tant pour la Nobleſſe de notre diſtrict ,
qu'en notre propre & privé nom, contre tout ce
qui eſt énoncé dans ce prétendu ſecond Cahier de
la Nobleſſe : déclarons en conféquence n'entendre
adopter ni maintenir tel article ou propoſition que
cepuiſſe être , exprimés dans ledit Cahier ,&défavouer
formellement tout ce qu'on y trouve de
contraire ou d'étranger aux précédentes diſpoſitionsde
notre Ordre.
Certifions , au furplus , n'avoir eu nulle communication
du fufſdit Ecrit , juſqu'au moment où il
(141 )
aété répandu par la voie de l'impreſſion ,&proteſtons
ne reconnoître pour authentique aucun autre
cahier renfermant le voeu de la Nobleſſe d'Agénois
, que celui qui a été par elle conſenti& fanctionné
en l'aſſemblée générale de la Sénéchauffée.
Aces cauſes ,avons ſigné la préſente Déclaration
, pour être publiée ,& nous ſervir , entant
quede beſoin, dans toutes les occaſions où , d'après
l'Ecrit ci-deſſus déſigné , l'on pourroit douter de
nos vrais fentimens & de nos principes.
Fait àAgen , le Bureau extraordinairement afſem
blé , le7 Mai 1789. Signés LAFONT DU CUJULA ,
SEVIN , RAYMOND , MONPEZAT , LAROCHEMONBRUN
, RISSAN , DAVACH , SAINT- AMANS.
Les frégates la Résolution , de 44 canons , commandée
par M. de Keroulas , & la Vénus de
36, par M. de Kergariou , mirent à la voile de
l'ifle de Bourbon dans les derniers jours de décembre
, pour revenir en France. Ces deux frégates
, qui , depuis quatre ans , ont parcouru les
mers de la Chine , qui ont relâché à Bencoolen ,
&qui ont été forcées de faire un radoub dans
l'ifledeCeylan, enſuite d'une tourmente affreuſe ,
ont été de nouveau aſſaillies par des tempêtes à
leur fortie de Bourbon ,& l'on a craint qu'elles
fuſſent perdues l'une& l'autre. La Réſolution , démâtée
entièrement , a eu le bonheur de gagner l'Iſle
de France , où elle eſt arrivée dans un état aſſez
déplorable , pour qu'il ait été queſtion de condamner
cette frégate ; mais le Capitaine a enfin
obtenu un radoub. Quant à la Venus , on apprend
par Oftende , qu'elle a relâché dans un port
Hollandois , dont on ne dit pas le nom...
Pendant l'année 1788 , il y a eu , dans
la Subdélégation de Toulouse 6254 nais
(142)
sances , 5722 morts , et 29 Professions
Religieuses .
Pendant la même année , il est né dans
la Sénéchaussée d'Angers , 10956 enfans
des deux sexes , 9232 morts, et 8 Professions
Religieuses.
Carte en deux grandes feuilles du théâtre de la
guerre entre les Turcs , les Rufes & l'Empereur ;
ou Carte de la mer Noire , comprenant la plus
grande partie de l'Empire Ottoman , partie des
Etats de l'Empereur , de la Ruſſie &de la Pologne,
dreſſée en 1788 par le ſieur Dezauche , Géographe
&Succeffeur des ſieurs Delifle & Phil. Buache ,
premiers Géographes du Roi , & de l'Académie
Royale des Sciences , nouvellement revue& augmentée
en 1789 .
Prix en feuilles , 6 livres , collée fur toile &
étui , 10 livres 4 fous , collée ſur toile ſans étui ,
9 livres.
AParis , chez l'Auteur , rue des Noyers .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 juin,
1789 , sont : 80,88 , 76, 42, 25.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 19 juin 1789 .
Le Comte de Lovenjelm, nouveauMi-,
nistrede Suède à la Haye , remit , ilya 15
jours, ses lettres de créance à M. deWassenaar-
Catwyk, Président des Etats-Généraux.
La Marine de la République
a repris beaucoup d'activité. On est occupé
depuis quelques mois aux Chan-
:
( 143 )
tiers et aux Arsenaux , et l'on prépare
des réformes essentielles dans les Or
donnances de ce Département , d'après
les instructions des Amiraux de
Reinst et de Kinsbergen. Il n'est d'ailleurs
plus douteux que Leurs Hautes
Puissances aient concouru avec les
Cours de Londres et de Berlin , à décider
le Danemarck à l'armistice. Dans ce
but , les Etats- Généraux autorisèrent.
M. Van-der Goës , leur Envoyé à Copenhague
, à communiquer au Ministre
Danois l'extrait suivant de leurs délibérations
du 17 avril dernier.
- « Il a été trouvé bon & arrêté de mander au
Sir Van- der Goës , Envoyé extraordinaire de
Leurs Hautes Puiſſances à la Cour de Danemarck
: >>
-« Que, pendant tout le cours de la guerre préſente
, Leurs Hautes Puiſſances ont donné des
preuves réitérées du vif intérêt qu'elles prennent
au rétabliſſement de la paix ; que , de concert avec
les Cours de Londres & de Berlin , Elles ont employé
à cet effet leurs bons offices & leur médiation
, & qu'Elles ont vu avec déplaiſir que
leurs efforts ont été juſqu'ici infructueux , d'autant
plus que, par la fin prochaine de l'armiſtice entre
leurs Majeſtés les Rois de Danemarck & de Suède ,
il eſt à craindre de voir bientôt recommencer des
hoſtilités , qui rendroient plus difficiles les moyens
de conciliation qu'on pourroit propoſer ; que , dans
unmoment auffi critique, LeursHautes Puiſſances
ontjugé devoir renouveler , avec toute l'énergie
poſſible auprès de Sa Majesté Danoiſe , l'affurance
de leurs diſpoſitions pacifiques , dont Elles feront
également part à Sa Majeſté le Roi de Suède par
I
leur Miniſtre à Stockholm , & qu'Elles font les
inſtances, les plus ſérieuſes pour que Sa Majeſté
le Roi de Danemarck veuille , ou obſerver une
neutralité parfaite , ou du moins polonger le
terme de l'armiſtice , & empêcher le feu de la
guerre de ſe répandre plus loin , en réuniſſant ſes
efforts à ceux des Cours de Londres & de Berlin ,
& à ceux de Leurs HautesPuiſſances , pour rétablir
lapaix d'une manière ſolide & durable entre
les Puiffances Belligérantes>. >
1
1.
Que Leurs Hautes Puiſſances, en tant qu'Etat
commerçant , ont toujours attaché trop d'importance
à la tranquillité du Nord , & à l'équilibre
qui doit en affurer lerepos, pour ne point concourir
à tous les moyens qui peuvent tendre à
obtenir un but auſſi ſalutaire , & qu'Elles ſe flattert
auſſi que Sa Majefté Danoiſe voudra bien enviſager
ſous ce point de vue la préſente démarche ,&
ydéférer , d'autant plus volontiers qu'elle fe fait de
la part d'un Etat avec lequel la Couronne deDanemarck
eſt unie depuis ſi long-temps par lesliens
de l'amitié& par des relations mutuelles. »
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ;
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers&enprofe; l'Annonce & IAnalyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions &Dicouvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles;
les Causes célèbres ; les Académies de
Paris&des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts;les Avis particuliers ,&c.&c.
SAMEDI 4 JUILLET 1789 .
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou
rue des Poitevins , Nº. 18 .
AvecApprobation, & Privilége duRoi
TABLE
3
1
Du mois de Juin
PIECES FUGITIVES. Daniel.
La Beauté.
Vers.
Les Végétaux,
Epigramme.
Vers.
1789.
55
La Mart de Molière. 67
3 Les Commentaires . 81
6Voyageen Crimée. 105
49 La Liberté. 111
So Oraiſon Funèbre. 124
97 Hifive de l'Europe. 127
Hiftoire. 135
Inscription.
Description.
145 De la Foi publique. 170
1
146 Milf Lucinde. 180
La Pière Maternelle. 150
Variétés . 31, 84, 182.
Charades, Enigmes &Logog.
SPECTACLES.
7,53 , 100, 168.
Acad. Roy. de Musiq. 85
NOUVELLES LITTÉR.
ComédieItalienne.. 89
Les Idylles.
و
Difcours. 116 Theatre de Monf. 36 , 183.
Idée de laGrammaire. 19
Expofition. 122 Annonces & Notices, 42,
Ander Kan. 25
92 , 139 , 187-
Tableaux, 27
'A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
tuc dos Mathurins , Hôtel de Chuni.
MERCURE
DE FRANCE. I
SAMEDI 4 JUILLET 1789 .
PIECES FUGITIVES :
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
Au COUSIN JACQUES , après la lecture de
l'Horoscope de la France , & des Doléances
de l'Habitant des Isles Moluques
( 1 ) , dans la seconde Année du
Courrier des Planètes.
Sous un nouvelaſpect nous vous voyons paroître;
Le monde , en vous lifant , ne rit plus aux éclats ;
Mais votre gaîté ſage a pour lui plus d'appas ,
Et vous êtes enfin ce que vous deviez être.
( Par M. de la B..... Prof. à Douai. )
(1) Plufieurs perſonnes ayant déſiré que l'Auteur
fit un Recucil ſéparé de tous les morceaux de fon
Courrier, relatifs aux circonstances préſentes , iln'a
1
A 2
MERCURE
LE MYRTE ,
REMPLACÉ PAR LA ROSE
PLEUREZ , Amans , pleurez, Venus ;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
Les boſquets d'Idalie ont perde leur parure.
L'Hiver nous a ravi les Myrtes de Cypris ( 1 ) ;
La rigueur des frimas a féché leur verdure.
L'Amour ne joûra plus ſous leurs ramcaux fleuris.
On le crut immortel , & le voilà fans vie
Ce feuillage où ſiégeoient les Plaiſirs & les Jeux!
Quel prix , quelle couronne à fon Amant heureux
Offrira déſormais la Bergère chéric ? .....
Pleurez, Amans , pleurez, Vénus;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
pa les fatisfaire ſans riſquer de mécontenter fes
Soufcripteurs ; d'autant plus qu'un Recueil , tel
qu'on ledemande, couretoit preſque autant que la
Souſcription. L'Abonnement eſtde 18 1. pour París,
&21 1. pour la Province,frare de port par la Poſte;
il ſefaitchez l'Auteur , rue Phelypeaux, Nº. 16 , à
Paris; & chez Belin , Lib. rue S. Jacques. On foufcritaufli
chez Blaifot, Libraire du Roi, à Verſailles.
On nevend point de Numéros ſéparés.
( 1 ) On a remarqué qu'aucun pied de Myrte ne
s'eſt ſauvédes froids qu'il y a fait cette année.
DE FRANCE
Lorſque ſur ſon écorce , auprès de mon Adèle ,
J'eſſayois de graver nos chiffres amoureux ,
Il croiffoit chaque jour ; ainſi croífſoient nos feut.
Un inflant l'a détruit ... ma flamme eſt éternelle ....
Pleurez, Amans , pleurez, Vénus;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
Les palmes du plaifir , dont nous ornions nos têtes
Se changent ſur leur tige en funèbres cyprès.
Brife,Dieu de Paphos ,& ton arc & tes traits :
Sans tes Myrtes renonce à faire des conquêtes.....
Délicieux réduits , ô verdoyans berceaux !
Qui prêtiez votre ombrage à l'Amante timide ,
Vous ne m'offrirez plus le concert des oiſeaux ,
Ni les tendres ſecrets , célébrés par Ovide...
Pleurez , Amans , pleurez , Vénus ; ?
Hélas ! votre Arbrifſeau n'eſt plus ! .....
..
Mais le Printemps renaît...... des nouveaux dons de
Flore
Nous revoyons briller les jardins de l'Amour.
Le volage Zéphyr eft enfin de retour ;
Phébus lance ſes feux.... la Roſe vient d'éclore ! ...
Chantez, Amans , chantez,Venus ;
LaRoſe a remplacé le Myrte qui n'eſt plus.
(Par Pasquet,à St-André de Cubzac. )
A
6 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercureprécédent.
LE
:
E mot de laCharade eſt Pentecôte ; celui
de l'Enigme eſt Crampe ; celui du Logogri-
'phe eſt Gloire , où l'on trouve Or , Loi,
Lire, Roi. :
CHARADE.
Mon premier ſe prononce en donnant la, mi,las
Mon ſecond ne ſe fait jamais à l'Opéra ;
Mon tout ſe produifit aux Noces de Cana.
(Par M. D*** ) .
ÉNIGME.
J'sus de l'orgueil ; craignez le vôtre ;
Je fubis le plus triſte fort ; 餐
Je fus & la tombe & le mort ,
Sans devenir ni l'un ni l'autre.
( Par M. Valant , Profeſſeur de B. L. en
l'Hôtel du Génie ).
DEFRANCE.
2
LOGOGRIPH Ε.
FRANÇOIS , gardez-vous bien de ſuivre ma
méthode;
Que d'inutiles ſoins , & que de temps perdu !
Dansmon ajustement , eſclave de la mode ,
Je m'occupe en tous lieux de mon individu,
Vante-:-on mes fept pieds devant un Militaire ,
Quand il eſt raisonnable , il leur livre l'allaut ;
Sans tout ce que je fais, on a le don de plaire ;
L'excès, dit - on , eſt toujours un défauts
Dépignons maintenant ma petite famille :
D'abord, je ſuis ſouvent l'objet de vos déſirs ;
L'homme ne me craint pas pour une pécadille ;
Qui me hait, pouffe en vain de douloureux ſoupirs;
Je reçois dans mon ſein mainte & mainte rivière ;
J'existe , & je ne puis périr ;
Veut-ond'un ennemi terminer la carrière ?
Heureux, s'il peut àtemps me découvrir !
171
(ParM. Prevost de Montigny. )
1
!
A 4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DES Loteries, par M. l'Evêque d'Autun.
AParis, chez Barrois l'aîné , Lib. quai
des Augustins N°. 19.
DANS le mouvement général qui entraîne
preſque tous les eſprits vers les objets
d'utilité publique , intérêt fi nouveau
parmi nous , on doit être moins ſurpris
de la multitude des Ouvrages médiocres ,
produits par la circonſtance actuelle , qu'étonné
d'en voir paroître pluſieurs dignes
de lui furvivre ,& qui lui ſurvivront en
effer. Tels font ceux qui uniffent à la vigueur
& à la pureté des vrais principes ,
une logique exacte & preffante , & le ton
d'une raiſon à la fois ſage & hardie , animée
ſans être impétuenfe , & rencontrant
plutôt que cherchant le genre d'éloquence
qui convient au ſujet. Nous ne parlons
pas du ftyle , ou plutôt de la diction ;c'eſt
un mérite donné comme par ſurcroît aux
eſprits d'une certaine trempe , & il nous
ſemble qu'on verra la preuve de cette vé--
rité dans l'Ouvrage que nous annonçons.
i
DE FRANCE.
On fait que depuis long-temps les Loteries
étoient jugées dans l'eſprit des hommes
ſages & des vrais Adminiſtrateurs ;
mais les préjugés publics ne cefloient de
répéter en leur faveur pluſieurs ſophiſmes
accrédités & répandus par l'ignorance
ou la mauvaiſe foi. M. l'Evêque d'Autun
, après avoir montré l'invention Italienne
des Loteries ſous tous les aſpects:
qui les fléttiſſent & les déshonorent, combat
& détruit les principaux ſophifmes par
leſquels on eſſaie de les défendre. Il attaque,
il preſſe ,& enfin il accable ſon ennemi
de toutes les forces combinées du
calcul , de la morale, de la politique , & de
la Religion..
Son début annonce la juſteſſe &la précifion
de ſes idées . La Nature , dit -il,,
>>a deſtiné les hommes au travail , puif-
>>qu'en les ſoumettant à des beſoins tou-
>> jours renaiſſans , elle n'a voulu leur ac-
>> corder que ce feul moyen d'y pourvoir:
>> entièrement. Mais dans tous les temps ,
>>l'homme avide & pareſſeux a voulu con-
> fommer fans ſe donner la peine de pro-
» duire : il a convoité le travail d'auxui ,
& de ce défir contenu par les Loix , a
39 dû ſe former dans l'état de fociété ku
>> paffion du jeu , comme offrant les ref
>>ſources les plus promptes pour fe pro-
> curer des richelles qu'on n'a pas comri
>> bué à faire naître ". (
A
१० MERCURE
1
- Il n'est queſtion ici que des Jeux de hafard,
les feuls, en effet, qui écartent toure
idée de travail ;& même dans un ſujet aufli
étendu, je me bornerai à parler des Loteries.
L'Auteur avertit qu'il ne faut pas corfondre
avec les Loteries qu'il attaque, celles
qui font partie des Emprunts publics ; il
indique les traits qui caractériſent celles-ci
à leur avantage : >> Mais toute autre Lorc-
» rie , dit - il, eſt , par ſa nature , fond'e
fur les eſpérances qu'elle donne ,&fur
>> le profit affuré qu'elle perçoit. Le gain
>> de chaque joueur eſt éventuel; la perte
>> de tous les joueurs réunis eft certaine ;
»par conféquent les bénéfices de la Lo-
>>> terie font infaillibles : tel eſt ſon carac-
ود
ود
L
tère conftitutif, tel eſt le principe évi-
>>>dent de ſon injoſtice ". On fait qu'on a
voulu trouver quelque excuſe à ce Jeu
dans la deſtination d'une partie de ſes profirs
à des Inſtitutions de piété & d'utilité
publique. Eh I depuis quand , poursuit
M. E. d'Autun , l'uſage d'un bien en
a- t- il donc purifié la fource ? fophifme
→→→ injurieux , qui ſemble accufer d'avarice
&d'infenfibilité tout un Peuple généreux
&fenfible! cemme ſt la pitié ne pouvoit
>> plus être excitée que par un fentiment
abject; comme s'il falloit néceffirement
→→ troimper les hommes pour les rendre hu-
>> mains ; qu'on ne pût les conduire à la
>> bienfaiſance que par la cupidité , & que
DEFRANCE. 11
>> nous fuffions réduits à l'aviliffante né-
>>> ceflité d'implorer le vice pour lui faire
>> remplir les fonctions ſacrées de la vertu !
L'Auteur parcourt les ſept combinaiſons
que préſente la Loterie Royale de France à
l'avidité des joueurs. Dans la première , la
moins défavorable de toutes , comme on
fait, la Loterie retient 16 & demi pour
cent; dans la ſeconde, 23 fur cent ; dans
la troiſième , environ 32 &demi fur cent ;
dans la quatrième , 36 & demi ; dans la
cinquième, 53 & un se .; dans la ſixième ,
85 & untiers ; enfin , dans la ſeptième , 97
&plus de trois quarts.
Dans les Jeux de la Belle & du Biribi ,
Jeux fi décriés , dit l'Auteur , qu'on oſe à
pcine en rappeler les noms , on va voir
combien les profits des Banquiers font moins
confidérables que ceux de la Loterie. Dans
le Jeu de la Belle , le bénéfice des Banquiers
étoit de 10 fur 106 , & i's le réduifirent
eux-mêmes , par pudeur , à 8 fur 104.
Dans le Jeu du Biribi , le profit eſt de
8 quatre 7mes, fur cent ; par conféquent
vingt- fept fois moins injuſte que la Loterie
, & cependant l'un & l'autre de ces
Jeux ont été déclarés infames.
L'Auteur développe enfuite l'artifice des
combinaiſons, féduifantes par leſquelles la
Loterie attire ſes dures & ſes vidimes ,
& en accroît chaque jour le nombre ; com
A6
12 MERCURE
ment elle intéreſſe l'amour - propre des
joueurs , par l'exercice qu'elle paroît don
ner aux facultés de l'eſprit ;, conument elle
invite àdes miſes toujours croiffantes; enfin
combien elle est habile à fe jouer & de la
misère des pauvres & de la fortune des
riches. » Et comme i tous ces moyens de
ſéduction , dit- il , ne fuffifoient pas , il
>> faut ajourer qu'on ne ceffe d'entretenir
>>>l'ivreſſe générale, en répandant de toutes
» parts des. Livres , des Almanachs, où cha
>>cun va chercher les combinaiſons les plus
>>ſuperſtitieuſes, que l'on corrompt laraifon
د
ود
du peuple par les rêveries des preffentie
" mens par l'abſurde interprétation des
>>ſonges ; qu'on enfamme ſom imagination
>>par mille récits menfongers , & que l'on
>>achève de l'étourdir par des provocations
>> bruyantes , par des cris extravagans, par
>> des ornemens de fête , par le ſon des
>>fanfares , par le bruit des inſtrumens ,
» &c. Aina les piéges font ſemés de toutes
»parts fur les pas de l'ignorance ; ainſi la
>> ruſe ſuccède à la ruſe ; ainſi rien n'eſt
→ épargné pour ſéduire toutes les claſſes de
» Citoyens , & fur - tout peur tromper le
» pauvre , que des ruſes bien moins fa-
>> vantes eutfent fi facilement égaré dans
>>les routes de l'eſpérance. Si le malheu-
>> reux eſt une choſe ſacrée , quel crime
» n'est- ce pas d'abuſer ainſi de ſa créduliré
»& de la misère !
DE FRANCE.
C'eſt avec regret que nous nous interdifons
le plaifir de citer les traits les plus
faillans du plus beau morceau de l'Ouvrage
, celui où l'Auteur développe les effets
moraux de la Loterie, fur l'enſemble & fur
les différentes claſſes de la Société ,ſur tous
les genres de corruption qu'elle introduit,
fur les crimes & les malheurs dont elle
eft la ſource. Ce feroit faire tort à un
pareil morceau , que d'en détacher même
les parties les plus brillantes. Il ne laiſſe
rien à défirer ni à l'homme ſenſible , ni au
penſeur, ni au Lecteur le plus occupé des
beautés du ſtyle..
M. l'Evêque d'Autun diſcute enfuite les
foibles argumens par leſquels on s'efforce
de maintenir les Loteries. On s'eſt permis
de dire , on a ofé imprimer que les Loteries
préſentent des confolations au pauvre ,
&que leur deftruction exciteroit infailliblement
les regrets du peuple. >> Eh ! qu'im-
ود porrent, répond l'Auteur , qu'importere
- les vains regrets & les folles eſpérances
>> auxquelles il s'abandonne ? Si dans fon
» délire il méconnoît fes intérêts , il faut
» l'y ramener malgré lui ; il faut travailler
>>pour ſon bonheur , au rifque d'effuyer
>> ſes premiers murmures. Gouverner les
>> hommes , c'eſt connoître leurs vrais befoins
, & non pas obéir à leurs caprices
>> déréglés : l'art de gouverner ne feroit-il
-done plus l'expreſſion de la raiſon pu
14 MERCURE
>>blique , faite pour contenir les écarts de
>> la raiſon particulière <<?
La ſeconde objection qu'on rebat contre
la ſuppreſſion des Loteries , eſt la crainte
que les joueurs n'aient recours aux Loteries
Etrangères , qui , par là , dit on , s'enrichiroient
de nos pertes. M. l'Ev. d'Autun
fait voir combien cette crainte eſt futile
; qu'après la deſtruction des Loteries
Nationales , le Gouvernement aura mil'e
moyens de purger ſes Etats des Débitans
de Billers étrangers , & de leurs complices ;
que le peuple n'entretiendra pas de pareilles
correfpondances ; qu'après la cauſe détruite
, l'effet ne ſubſiſtera plus; que la Loterie
ne captive avec tant d'empire l'inaagination
, que parce qu'elle parle continuellement
aux ſens, » Que l'on ſe hâte donc,
>> pourſuit- il , de fermer ces Bureaux nom-
> breux toujours ouverts , toujours affamés.
» Qu'il foit défendu d'étaler tout cet ap-
>>pareil de Billets préparés , ces infcrip-
>>> tions décevantes , ces rubans enlaces
> prétendues livrées de l'eſpérance & du
>>bonheur ; qu'on renvoie ces Crieurs pu-
>>blics, dont le langage abſurde diſtrait
> tous les Citoyens ; que tous ces preſtiges
>> difparoiffent , & alors l'imagination ,
" laiffée à elle ſeule , s'appaifera bien vite,
» & l'ardeur la plus effrénée ſe diffipera
>> bientôt avec les illusions qui l'entretien-
2
nenos.
DE FRANCE.
Il reſte à combattre le grand& dernier
argument , les neuf millions de la Loterie
produits au Tréfor Royal. L'Auteur prouve
invinciblement que ce prétendu bénéfice eſt
entièrement fictif & illufoire , par les nonvaleurs
de toute eſpèce qu'opère la Loterie ,
par les branches de revenu public qu'elle
defsèche , par les richeſſes qu'elle tarit dans
leur fource , par tous les vices qu'engendre
ce fléau , & par la ſtérilisé dont il frappe
tout ce qu'il touche. Il faut , dit il , ſe re-
>> porter fans ceſſe à cet axiome éternel de
رد toure Conftitution , que la richeſſe d'un
>>Etat s'identifie ſous tous ſes rapports avec
les richeſſes des Citoyens; que l'une &
l'autre n'eſt que l'excés des produits fur
ود
23 les conſommations ; que l'une ſe com-
» poſe néceſſairement par l'autre ; qu'elle
>>>ne peut même avoir d'autre principe ,
>> d'autre ſource ; & que par conféquent
>> tout ce qui ruine les peuples , appauvrit
>>auffi le Tréfor Royal ..
:
De ce principe incontestable , l'Autent
tire cette conféquence , qui ne l'eſt pas
moins , quoiqu'elle forte un peu de la politique
vulgaire ; ce doit êre un principe
inviolable pour les Repréſentans de la Nation
, que , s'il est néceffaire de réduire
confidérablement le déficit par la fup-
>> preflion de toute dépenſe inutile , il eſt
93
23
ود
d'une juftice non moins exacte de l'ac-
* croître fur certains points par la profcrip-
رد tion de toute recente illegitime : & en
16 MERCURE
• fut- il jamais ( poursuit l'Auteur en fe
• réſumant , en rappelant toutes les preu-
> ves qu'il en a données ) , en fut - il ja-
> mais de plus illégitime que celle qui
>> provient de la Loterie ? En fat- il de plus
» féconde en calamités : Au prix de neuf
» millions arrachés à la misère , que voit-
> on tous les ans ? des races éteintes ; les
> Hôpitaux , les prifons peuplées de nou-
➤ velles victimes , le peuple découragé ,
>>corrompu , appauvri ; des milliers de Ci-
» toyens dépravés par la cupidité , égarés
" par des illutions , aimant mieux rêver
> leur fortune que de s'occuper desmoyens
>> de la faire ; les uns perdant dans de vains
>>calculs leur intelligence & leur raifon ;
>>d'autres livrés tour à tour à des angoiſſes
cruelles , à des déſirs criminels; les ban-
> queroutes ſe déclarent, les fuicides fe
> multiplient , les crimes ſe ſuccèdent "....
Pluſieurs Cahiersde Bailliages ont exprimé
leur voeu pour la deſtruction de ce Réau.
Celni du Clergé d'Autun , où l'on a remarqué
une grande force de principes énoncés
avec fageffe , avoit déjà demandé aux Etats-
Généraux cette réforme indiſpenſable ; c'eſt
fans doute le ſuccès qui flatteroit davantage
l'Auteur; tout autre fuccès feroit peu digne
du ſentiment dont il ſe montre animé dars
la compoſition de ce dernier Ouvrage..
(Cet Article est de M.......
-
DE FRANCE. 17
L
:
CLOVIS le Grand, premier Roi Chrétien,
Fondateur de la Monarchie Françoise ;
fa Vie, précédée de l'Histoire des Francs
avant sa naiſſance , avec la Vie des
principaux perſonnages qui ont concoura
àlagloire defon règne , tels que Sainte
Geneviève, Sainte Clotilde & S. Remi ;
par M. VIALLON , Chanoine Régulier ,
& Bibliothécaire de l'Abbaye de Sainte-
Geneviève. A Paris , chez Méquignon
Paîné, Libraire, rue des Cordeliers, près
des Ecoles de Chirurgie. Prix, 3 liv. br.
& 3 liv. 12f. rel.
LaVie de Clovis leGrand, que M. Viallon
vient de publier , ne peut point être
regardée comme un de ces hors-d'oeuvre
fans authenticité , ſans fonds ,& fans difcuffion
, qui ſe bornent à des verwons de
ce qui a déjà été mieux dir : M. Viallon
nous prouve que la Vie de Clovis n'étoit
pas faite encore , que les Hiſtoriens Daniel
& Velly ne pouvoient pas nous tenir lien
d'une bonne Hiftoire de ce Prince , & qu'il
reſtoit des points importans à éclaircir &
à ajouter. Son Livre ſera claffé parmi ces
18 MERCURE
Livres élémentaires qui méritent la confiance
des Erudits & de ceux qui veulent s'inftruire.
Un ſtyle ſage , un ton calme , des
vérités bien préſentées , une diſcuſſion ſans
déſordre & claire , font les caractères qui
recommandent l'Hiſtoire de M. Viallon . S'il
justifie Clovis de la cruauté dont l'Abbé
Velly le charge avec quelque fondement ,
il le fait fans entêtement ; mais il convient
que ce Roi , bon envers le peuple , fut bar
bare & perfide envers les Princes ; ce qui
rapproche ſon opinion de celle de Velly ,
& ce qui de Clovis fait un Louis XI : la
réfutation de Daniel pour l'hérédité du
trône , nous a paru admiſſible , un peu plus
que la justification des grands biens donnés
à l'Eglife par Clovis. M. Viallon trouve
Grégoire de Tours un peu trop fuccinct fur
l'enfance de la Monarchie , &le reproche
eſt fondé ; il rend à l'Abbé Dubos un peu
plus de juſtice que ne lui en ont rendu
Montesquieu & l'Abbé de Mably , quoique
cedernier ſoit un de nosEcrivains quiont jeté
le plus de lumières ſur ces premiers temps
del'établiſſementde la Monarchie Françoiſe
dans les Gaules. M. Viallon fait précéder la
Vie de Clovis d'un tableau exactdes Francs,
de leur origine , & des peuples qui ſe réunirent
ſous cette dénomination générale ;
il fait très bien ſentir que ſi les Francs furent
guerriers dès leur origine , ils le durent
à la néceſſité dans laquelle ils étoient de
DE FRANCE. 19
ſe défendre continuellement contre les Romains
& leurs Alliés , & les Barbares .
Pharamondeſt le premier des Rois Francs,
& ſon élection , appuyée par le crédit de
Srilicon , prouve allez quel étoit alors le
droit de la Nation. Quoique la Préface de la
Loi Salique , voy. p. 80 , ne falle mention
d'aucun Roi , dit M. Viallon , ce n'est pas
à dire pour cela qu'il n'y en cût pas alors
feulement on pourroit préfumer que les
Ducs ou Rois Francs n'avoient dans ce
temps là aucune autorité législative , & que
cette autorité apparrenoit à la Nation feule ,
puiſque les Francs étoient libres , & que
les Ducs & les Rois n'avoient de pouvoir
qu'au camp , ſavoir , dans le commandement
militaire , comme nous aurons lietu
de le remarquer ſous Clovis. -La manière
dontles impôts s'établiſſoient confirme encore
plus cette liberté. -Les principaux
citoyens de chaque Cité régloient les impofitions
, dit M. Viallon , p . 417 ; on nommoit
leurs affembléees curiales. Ces Cours
étoient inférieures aux Sénats , elles formoient
les cadaſtres , mais c'étoit le Comte
de la Cité qui étoit chargé de faire faire le
recouvrement des deniers du tribut public.
-L'origine du Parlement , & fon exiſtence
effentiellement attachée à la forme du Gouvernement
moderne, font préſentées telles
qu'elles font en effer , & qu'elles doivent
être chez un peuple qui n'a plus fesPairs,
20 MERCURE
ſesSeigneurspour Protecteurs, pour Tuteurs
&pour Juges. Le Parlement en France ,
ajoute M. Viallon ,p. 401 , médiateur entre
le Peuple & les Rois , ſera toujours également
utile aux Souverains & aux Sujets.
On ne s'attendoit point àtrouver entre
Clovis & Henri IV un rapprochement. M.
l'Abbé Viallon, qui a l'art de ſaifir fans affectation
tous les rapports qui fervent à
éclairer la Politique & la Législation , ne
pouvoit pas ne point remarquer combien
l'influence de la converfion de Clovis fut
grande fur ſes peuples , & pour fon autorité
: de cette démonstration naiſſoit narurellement
une comparaiſon entre Clovie&
Henri IV , voy. p. 281. Cct équilibre de
puiſſance donton a fait naguère tant d'honneur
au Cardinal de Richelieu , & que
d'une manière ou d'autre tous les Rois ont
cherché à établir , fut connu de Théodoric,
qui ſe lia avec les Allemands & les
Thuringiens pour balancer la puiſſance de
Clovis , dans le cas où ce Prince refuſeroit
ſa médiation pour la paix.-C'eſt le premier
exemple , dit M. Viallon , p. 317 , que
nous donne l'Hiſtoire d'une politique établie
entre les nouvelles puiſſances desGaules
,&de cet équilibre fi néceſſaire an bonheur
des Nations. Il eſt impoffible que route
l'Europe foit au pouvoir d'un ſeul homme ;
dès lors il faut entre les différens Etats , un
équilibre qui dépende des négociations.
DE FRANCE. 2元
Les réflexions de M. Viallon fer les inconvéniens
attachés aux grands Empires,
font très-juftes, & annoncent autant de ſagetle
que de ſenſibilité. Les grands Empires
font des fléaux de l'humanité , dit-il ; les
Capitales jouillent de tous les revenus qui
viennent s'y abſorber , & l'argent retourne
difficilement dans les provinces éloignées ;
lebas peuplede ces provinces , qui ne peut
avoir qu'un numéraire rare , manque des
premières néceſſités.L'Empire Romain alors,
& la Turquie aujourd'hui , ſont les deux
Empires que nous pouvons citer.
Nous ne ferons point du même avis que
M. Viallon , quand il juſtifie les dons immenſes
faits par Clovis aux égliſes : ſans
doute il avoit dépouillé des peuples ſoumis;
mais l'équité vouloit qu'il les leur rendît
fi-tôt qu'ils ſe réuniſſoient à la Monarchie ;
&Clovis, en acquittant par des dons les fervicesque
leClergé lui avoit rendus, ne penſoit
qu'à acquitter ſa propre dette , & non
point à remplir le premier devoir d'un Roi.
Il fut plus ſage quand il reſpecta les immunités
de chaque peuple , dont il regarda
les Loix comme ſacrées ; c'étoit une condition
de la ſoumiſſion qu'il falloit refpecter,
On ſaura gré à M. Viallon d'avoir donné
autant qu'il l'a pu une idée des moeurs de
ce temps-là : on lira avec plaiſir les Lettres
qu'il a inférées dans le corps de fon Ou
22 MERCURE
vrage ; celle de Saint Remi à l'occaſion de
l'avènement de Clovis au Trône , p. 194 ,
ſera remarquée.
Nous n'avons rien dit de la Patronne de
Paris , qui joue dans la Vie de Clovis un
perſonnage important. Comme elle ne ſert
point à dénouer aucune liaiſon politique ,
ni à en former , & que ſa confidération
fut tout entièrement appliquée à rendre
des ſervices privés , &à donner des exemples
de vertus aux peuples , nous avons
cru ne pas devoir répéter ici ce que nos
Lecteurs ſavent déjà ; mais nous ne pouvons
que trouver bon ce que M. Viallon a dit fur
cette vénérable Parronne de Paris, à laquelle
il donne, d'après des autorités, une naiffance
diftinguée , & qu'il fait paſſer du rang d'une
fimple Bergère , dans une des premières
claſſes de l'Etat. Elle n'a plus ſervi un
Boulanger , comme la Tradition le diſoit ;
mais elle a donné, pendant une famine , du
pain en cachette aux plus néceſſiteux ; elle
a fait bâtir une égliſe à ſes frais , ce que
n'auroit pas pu faire une Sainte Bergère .
(CetArticleest de M. M.... )
1
2
DE FRANCE.
NOUVEAU Voyage en Espagne , ou
Tableau de l'état actuel de cette Monarchie;
3
Prix br. 12 liv . , & 13 liv . 10 f. francs
de port pour la Province. A Paris, chez
Regnault, Libraire, rue St-Jacques , vis-àvis
celle du Plâtre.
Vol. in- 8 ° ., avec 13 Gravures.
:
2
LES Voyageurs attentifs ont dû ſouvent
obſerver combien d'erreurs ſont confignées
dans preſque tous les Livres ſur les Voyages.
Ces erreurs venant à s'unir aux préjugés
que l'on promène , pour l'ordinaire,
avec foi dans les pays Etrangers , produiſent
tous les demi - apperçus , toutes les
nótions informes ou imparfaites , que les
Peuples même les plus voiſins ont les uns
à l'égard des autres. C'eſt ainſi que les
François jugent , par exemple , de l'Angleterre
; c'eſt ainſi que les Anglois jugent de
la France. Un citoyen de Londres , de retour
à Paris , après trois années d'abſence ,
diſoit cependant , il y a quelques jours ,
qu'il alloit brûler tous ſes Livres concernant
les François. Les lumières ont fait de
ſi rapides progrès , l'univerſalité de notre
Langue a obtenu tant d'influence fur l'ef
MERCURE
prit de toutes les Nations de l'Europe, que
les meilleures Relations ſur leurs moeurs &
fur leurs caractères ſont devenues défec
rueufes , & qu'il s'agit bien moins de favoir
ce qu'étoit un Peuple il y a treate
ans , que ce qu'il eſt aujourd'hui.
L'Eſpagne auli, malgré des entraves multipliées,
afaitbien des pas vers des réformes
&des améliorations de tout genre. J'ai vu
cebeau pays , qui reprendra tôt ou tard une
ſplendeur nouvelle, digne de ſa poſition ,de
fon étendue , & de ſes vérirables richeſſes.
D'après ce qu'on n'avoit dit du Nouveau
Voyage en Eſpagne , je m'étois muni de
cet Ouvrage , dont je me fuis trouvé à
portée de vérifier la plupart des Articles.
Arrivé à Madrid, j'appris le nom de ſon
Auteur anonyme ; j'appris qu'il y avoit fecondé,
pendant pluſieurs années, les utiles
travaux d'un perſonnage illuftre, dont l'efprit
eſt au niveau de la prudence &de la
rare modération.
** Si , pour juger un Livre de Voyage parsiculièrement
, on doit conſulter ſur - tout
le caractère de fon Auteur , quelle foi ne
dus-je pas ajouter à la véracité de ce Nonveau
Voyage , lorſque j'entendis les hommes
les plusdiftingués dans toutes les claffes
me faire à l'envi l'éloge des talens & du caractère
de l'Ecrivain qui l'avoit produit ?
Je compris alors qu'il lui avoit été impoftible
de ſe défendre , dans certains cas,
d'un
DE FRANCE.
25
d'un peu de partialité en faveur d'une Nation
qui confervoit pour lui tant d'eſtime ;
&j'avoue que, depuis , dans bien des occafions
, je ne pus m'empêcher de trouver
de l'équité dans ſa reconnoiſſance : elle a
influé ſur ſon jugement, mais ne l'a point
offuſqué. Dans les nombreux Paragraphes
que contiennent les trois Volumes de fon
Ouvrage , où tout ce qu'il y a d'eſſentiellement
intéreſſant dans la Monarchie Eſpagnole
ſe trouve difouté , tantôt par une
Taine critique , tantôt par de juſtes éloges ,
&toujours par une douce philofophie ,
l'on fent qu'il a pu ſe gliſſer quelques erreurs,
foit par la faute des Copiſtes , foit
par une autre cauſe ; mais l'Ariſtarque le
plus févère auroit perdu le droit de l'être,
en voyant ces erreurs confignées par l'Auteur
lui-même dans une feuille publique.
Il eſt ſans doute affez peu intéreſſant de
ſavoir que la majeure partie de la monnoie
d'or fe frappe dans l'Amérique Eſpagnole ;
cependant l'Auteur a été ſcandalité de lire
dans fon Ouvrage qu'il ne s'en frappe point
aux Indes.
Le produit de la rente du Tabac en Efpagne
l'emporte ſur le même produit en
France , relativement à la population . On
lit le contraire dans cet Article du Nouveau
Voyage.
Nº. 27. 4 Juillet 1789. B
:
:
26 MERCURE
Dans celui de la Banque de St-Charics ;
on lit auſſi que le délire de l'agiotage avoit
porté les actions de cette Banque en France
juſqu'à 2000 liv. , tandis qu'il eſt de notoriété
publique qu'elles n'y ont jamais excédé
760 liv.
De telles fautes , & quelques autres peutêtre
, n'ont pu paroître graves qu'à bien
peu de Lecteurs ; le plus grand nombre ,
ou n'y a fait aucune attention , ou s'en eſt
trouvé amplement dédommagé par la ſcrupuleuſe
exactitude des faits , la peinture
fidelle des moeurs , des uſages , enfin par la
variété des objets qu'offre , avec beaucoup
de clarté , ce très - eſtimable Ouvrage , le
meilleur ſans doute qu'on ait encore publié
fur la Monarchie Eſpagnole.
Un Observateur judicieux , qui paroît la
bien connaître , M. l'Abbé Pech , regrette
que l'Auteur n'en ait pas parcouru toute
l'étendue, & ce qu'il cite à cet égard, ſemble
motiver ſes regrets : mais il n'ignore pas
que tout voir & tout dire , c'eſt ordinairement
trop voir & trop dire ; que dans
tous les Ouvrages , & fur-tout ceux de quelque
étendue , l'Ecrivain doit faire un choix
des matières ; que dans ce choix même , il
elt bien rare qu'il ne ſe trouve des chofes
fuperflues ; & qu'enfin un Livre de Voyage
offre ce qu'il doit offrir quand il publie le
néceſſaire & l'eſſentiel ; ce qui n'exclut jamais
l'agréable & l'utile, On n'aime point
DE FRANCE. 27
à parcourir des déſerts pour trouver quelques
fleurs ou quelques fruits.
:
Quoi qu'il en ſoit de ces remarques , je
ne puis que remercier , pour ma part , M.
l'Abbé Pech de ſes obſervations ; il ſeroit
à ſouhaiter qu'il les multipliat : le Supplément
ſeroit digne du texte , & tôt ou tard,
ſans doute , le texte s'enrichiroit du Supplément.
LE Comte de Saint-Méran ou les Nouveaux
Egaremens du coeur & de l'esprit.
4 Vol. in- 12. A Paris , chez Leroy ,
Lib. rue St- Jacques : , vis-à vis celle de
la Parcheminerie.
2 L'INTRIGUE de ce Roman eſt peu de
choſe. C'est un jeune homme échappé des
mains de fon Précepteur , tombé dans celles
de ſal parente , qui veut l'initier aux jolis
vices du jour , & qui n'y réuſſit qu'à demi ,
fans avoir pu parvenir à ſe procurer des
fouiffances,plufieurs fois ſollicitées& préparées.
Les perſonnages qui paroiſſent ſecondairement
, font ce qu'on appelle des
roués très-peu ſenſibles , très-peu obligeans,
&très- immoraux.
* M. Banin , Précepteur de Saint -Méran ,
B 2
28 MERCURE
aune phyſionomie un peu trop chargée ;
l'Auteur doit convenir que ce n'eſt point
là un Précepteur comme on les rencontre
aujourd'hui. Ce ſeroit un Vadius noyédans
le grec & dans le latin , s'il n'avoit des
principes d'humanité , que nous aurions
déſiré voir en action , plutôt qu'en difcours.
En général on parle trop dans ce Roman ,&
on n'agit point aſſez . Ily a une trop grande
quantité de perſonnages peu eſſentiels , qui
l'un par l'autre nuiſent à l'effet.
Venons aux moeurs. Nous les avons
trouvées un peu trop libres. On n'aimera
ni cette maiſon qui n'eſt pas une petite maifon
, où Madame de Montpal ſe rend traveſtie
en payſanne , & où un agent vil conduit
Saint Méran ; ni le ſouper fait chez
Eugénie , ni le Joueur qui déchire froidement
ſes entrailles .
Cesmoeurs ne ſont point générales , elles
fontau contraire très-rares. Il y a bien d'autresmanières
plus délicates , pour préſenter
les vices d'une jolie femme tout à la fois
galante&prude.
C'eſt par l'art avec lequel Crébillon a
ſu ſe tenir en meſure , qu'il a fait lirefes
Egaremens de l'esprit & du coeur. On l'a accuſé
avec raiſon de n'avoit peint qu'une
ſociété , on pouvoit ajouter qu'il manquoit
de chaleur. Ce reproche ne ſera point fait
à l'Auteur du Roman de Saint-Méran. On
DE FRANCE. 29
compara dans le temps Crébillon à Marivaux.
Ce dernier étoit auffi parleur à la
vérité que Crébillon , rendoit aufli peu que
lui les hommes tels qu'ils font , travailloit
comme lui ſur de légers canevas ; mais il
eſt bien plus ſouvent vrai , & bien plus
intéreſſant & plus décent. Voiſenon &
Crébillon eurent dans leur gaîté quelques
rapprochemens , & ſoutinrent parfairement
le ton libre de quelques-unes de leurs
fictions. M. Marmontel eſt le ſeul qui ,
parmi les Romanciers qui ſe ſont attachés
àfaifir la phyſionomie & l'attitude du moment,
ait été le plus fidèle , le plus ſcrupuleux,&
dont la morale ſoit la plus épurée.
Il a peint le Fauxbourg Saint - Germain ,
(c'eſt ainſi qu'on s'exprimoit ) du moins
fous un beau profil ; on eſt pardonnable
d'attaquer le vice, quand on ne rend pas le
vicieux dégoûtant ni vil , & quand le Lecteur
n'a point à rougir ni à reculer.
Nous ne claſſerons point l'Auteur du
nouveau Roman parmi ces Ecrivains có
lèbres ; un jour peut être pourra -t- il.
avoir auſſi ſa célébrité. Son Livre annonce
un homme de beaucoup d'eſprit , dont le
goût ne tardera certainement point à être
formé , & qui ſaura déſormais rendre les
Banins moins hérifiés de citations , ſe paſfer
des Eugénies & des Maiſons plus que
ſuſpectes, de l'idiome du Tailleur,&des calembours
du Cordonnier. Il a l'eſprit obfer-
B 3
30 MERCURE
vateur; il lui ſera aiféde ſe contenir & de ne
pas altérer ſous ſon pinceau les traits de ſes
modèles . Son perfiflage eſt ſouvent heureux,
& fes distinctions morales ſont ſouvent ingénieuſes.
Nous ferons plaiſir à nos Leeteurs
en laiſſant parler un peu l'Auteur
lui-même .
-Ce qui fuit eft charmant par la refſemblance
qu'on y trouve avec ces femmes
qui mènent de front l'amour , les pompons
, & les Cours de Chimie & de Lycée.
22 -Ils mangèrent de bon appétit , & rai-
>> ſonnèrent à pertede vue, leur efprit ef-
>> fleurant tour , &voltigeant ſans ceffe. Ils
>>paffèrent de la coupe des cheveux à la
>> plus fublime philofophie ; d'une bouche
> vermeille , aux phénomènes de l'attrac-
>> tion : avec une belle ſavante on va tou-
» jours plus loin qu'on ne croit. Enfin ils
>> arriveient fort heureuſement, par l'air
>>fixe , l'air déphlogiſtiqué , le gáz inflam-
>> mable , les détonations & les molécules
→ organiques , au ſyſtême généralde la Na-
» ture , lorſqu'on vint annoncer ces vieux
ود - pavens ". La Comteſſe de Monpal
s'exprime fur les Cours publics d'une manière
qui paroîtra auffi ingénieuſe que piquante.
Pour quatre louis toutes les
> ſciences; avouez que jamais l'efprit hu-
>> main ne fit un fi grand pas vers la per-
>> fection. Obſervez que c'eſt ici le contraire
>> de tous les enfeignemens ſi vantés par
i
DE FRANCE.
১১
دو
" nos aïeux. Ce n'eſt pas l'auditoire qu'on
tâche de guinder , à force de travaux &
d'étude , au niveau des matières Ics plus
>> élevées ; ce font les matières, les ſciences,
>> leur fublimité jadis inabordable , qu'on
>> met poliment & leſtement à notre por-
>>tée. Vous devez preſſentir que cet ellai
ود ſe perfectionnera. Nous applaudirons
» tant que , par amour pour la gloire , on
» la cherchera dans ce qui nous ſera le plus
>>cominode. Je gage qu'on parviendra à
>>refferrer l'eſſentiel , la ſubſtance de tout
>>le ſavoir poſſible dans le court eſpace
>> de deux ou trois ſéances ". -Le portrait
qui ſuit n'en eſt pas moins adroitement
colorié.- Dans la Société, ce qu'on
>>prend eſt indépendant de ce qu'on laiſſe .
>> Par exemple , tel homme eſt un ſcélérat
>> en amour , qui eſt un phénix en amitié :
ود tel n'a pas de moeurs , qui a des vues uti-
>>les , vaſtes , bienfaiſantes : telle femme
>> a tout le monde , n'eſt à perſonne , &
» a une tête à gouverner l'Europe ; telle
>> reçoit de toutes mains , & penſionne
>> l'homme de génie indigent. La ſcience
>> de la vie gît dans ce triage continuel des
" bonnes & mauvaiſes qualités . L'eſprit
>>vane le grain , & la paille qui bleſſe l'oeil
>> du fot, inftruit & intéreſſe encore le ſage,
» qui voit combien eſt léger ce dont le Moralifte
vétilleux s'afflige ou gémit inuti
> lement ".
"
1
B4
32 MERCURE
>>En vérité les mots défirs,plaisir, ne fignifient
à préſent que fantaisie , paffe-temps.
Dans le bien comme dans le mal , dans
l'agréable comme dans l'affreux , il n'y a aujourd'hui
rien de bien prononcé. Des
nuances , des demi-teintes , des ombres fugitives
, point de traces profondes , on ne
cherche plus , on prend& on laiſſe par déſænvrement
, par contenance : on a fans
jouir, on perd lans regrets ; auffi, en tenant
tout le poflible, qu'a-t-on>> ?
Nous regrettons bien fincèrement que
les bornes de ce Journal nous empêchent
de multiplier davantage de pareilles citations
; elles donnent en même temps une
opinion avantageuſe du talent , du coup
d'oeil obfervateur , & du ſtyle de l'Auteur .
Le caractère de Madame de Montpal eſt
piquant , & a une forte de nouveauté ; celui
de Sophie n'est pas affez fort de couleur.
On eft faché que le perſonnage le
plus vertueux , foit le plus foible. Nous
finirons par une diſtinction qui eſt dans
la bouche de M. Banin , qui prouvera que
l'Auteur fait exprimer d'utiles leçons &
d'excellens préceptes , d'une manière auffi
délicate que bien ſentie.- Notre morale ,
dir M. Banin , pour former un tout , ne
laiſſe pas d'être la réunion d'innombrables
petits détails qui , pris ſéparément , ont l'air
de minuties; c'eſt ce qu'ont très-bien apperçu
ceux qui voudroient que nous ne
DE FRANCE
5 li
fuſſions plus des êtres moraux. Bane tride
vertu fublime & tel crime abominable
n'y a qu'une chaîne de procédés qui no
diffèrent les uns des autres que par des
nuances imperceptibles de la vient qườn
ne voit pas de motifs de s'arrêter , & que
ſouvent on croit toucher à l'une des deux
extrémités , qu'on eft tout près de l'autre .
VARIÉTÉS.
Expofition des Tableaux , Deſſins , &c.
des Elèves & Amateurs de la Peinture,
depuis le Jeudi 18 jusqu'au Dimanche
21 Juin 1789 .
21 CETTE Expofition ſe faiſoit ordinairement dans
un coin de la Place Dauphine ; elle étoit ſujette
aux inconvéniens de la pluie , de la pouſſière ,
des accidens de tous les genres . M. Le Brun
Peintre , Garde des Tableaux de Mgr. Comte
d'Artois , a propoſé aux jeunes Artiſtes d'expofer
leurs Productions dans la grande Salle de vente
qu'il a fait conftruire rue de Cléry , Nº. 96 .
Čette Salle , éclairée par le comble , & qui met
Ics Tableaux dans leur jour le plus avantageux,
a été acceptée avec reconnoiffance. Beaucoup de
Peintres qui n'auroient pas confenti à expoſer
leurs Ouvrages aux hafards du mauvais temps ,
ſe font empreffés de les foumettre à l'examen des
B
34
MERCURE :
Amateurs & à la curioſité publique', dans une
Salle fermée, & d'où le bon ordre devoit exclure ,
finon la foule , au moins le tumulte & l'indécence.
Il en eſt réſulté que la Galerie a été tout
enſemble plus complette & plus intéreffante. On
y a pourtant remarqué un grand nombre de
morceaux extrêmement médiocres , ce qu'il faut
toujours attendre dans une réunion d'Artiſtes ,
dont la plus grande partie en eſt , à peu près , aux
élémensde ſon Art. Je ne dirai rien de ceux-ci .
Aux talens nuls , la critique eſt inutile , donc elle
feroit abſolument déplacée ; aux très-jeunes Elèves ,.
elle ſeroit d'aurant plus fâcheuſe, qu'elle s'attachesoit
ſouvent à des défauts qui tiennent à l'inexpérience.
Pour qu'un jeune Artiſte puiffe profiter
de la critique , il faut qu'il puiffe l'entendre ;
pour l'entendre , il faut qu'il foit un peu au fait
des ſecrets de fon Art; & quand on entre dans
la carrière , on eſt encore loin d'en connoître
J'étendue , les écueils , & le but.
Je m'arrêterai à ce que j'ai diſtingué de mieux,
en me permettant quelques obſervations qui ſeront
uniquement dictées par le défir d'être utile.
Si j'oublie quelques Tableaux faits pour étre tirés
de la foule, j'en ſerai fincèrement fâché , mais
il faudra s'en prendre à ma mémoire : on ne
peut pas ſe ſouvenir de tout ce qu'on a vu , quand
on a été contraint de voir & d'obſerver rapidement.
Il faut eſpérer que ſi cette Expofition continue
de ſe faire dans la Salle de M. Le Bran ,
on en étendra davantage la durée ; les Artiſtes
y gagneroient , parce que les critiques ſeroient
moins hâtives, plus motivées, par conféquent plus
fufceptibles d'éclairer. :
J'ai d'abord été frappé d'un grand Payſage , par
M. Denis. Ce Tableau a fait ſenſation; il annonce
de l'étude , & il a de l'effet. C'eſt en géDE
FRANCE.
35
néral une compofition faite pour donner une idée
heureuſe du talent de ſon Auteur ; mais j'y ai
remarqué une manière trop égale , un ton trop
uniforme. Les plans font diſpoſés comme fi chacun
d'eux devoit être éclairé par un coup de
lumière différent. Le jour y eſt diſtribué de façon
qu'il ne règne point affez d'accord entre le premier
plan & ceux du fond. On voit à la gauche
un bois aſſez épais , une percée , & au fond une
eſplanade; fi la lumière étoit mieux entendue
micux dégradée , les perſonnages qu'on apperçoit
au loin feroient plus à leur place , ils n'auroient
pas l'airde ſe rejeter endevant. Le fond eſt trèsbien
ſenti , l'oeil s'y perd bien dans l'eſpace ;il y
a de la vapeur , c'est-à- dire , de l'air.
Mes yeux ſe ſont enfuite portés ſur un Portrait
en pied , c'eſt celui de M. de Boiſgeſlin.
L'Auteur eſt M. Dreling. Il est bien deffiné , & il
ade l'harmonie ; mais la tête n'eſt point éclairée
d'une manière affez large; les chairs ont un tom
luiſant qui leur ôte de la vérité ,& qui leur donne
l'air d'être faites dans les mêmes principes que
Ies étoffes.
Mlle. Nanine Vallain ſoutient la réputation
qu'elle s'eſt acquiſe par fes premières Productions
; elle y ajoute même. J'ai examiné avec
un très - grand plaifir ſon Tableau repréſentant
une jeune fille qui entoure un rofier avec une
draperie , pour le défendre contre les rigueurs
de la faiſon. J'ai cru remarquer dans cette compofition,
une idée très- intéreſſante , & relative à
la conſervation de cette roſe virginale , qu'un
ſouffle peur flétrir. Si je ne me trompe pas , la
perſonne de Mlle. Vallain doit être auſſi eſtimableque
fon talent. Les acceſſoires de ce Tableau
font vrais , fins , bien entendus ; mais la figure
de la jeune fille eft charmante, fon mouvements
B6
36 MERCURE
d'obſervation eſt plein de naturel ; les extrémités
dunez &du menton , ainſi que la partie fupérieure
des joues , ont cette couleur violette que
le froid rigoureux fait naître ſur les viſages qui
en fort frappés , & on lit ſur la phyſionomie la
double expreffion du mal que cauſe le froid ,&
de l'intérêt qu'inſpire la conſervation du joli arbuſte.
J'ajouterai que cette figure eft drapée d'un
ſtyle qui tient de l'Antique , tant les plis en font
heureuſement conduits. Parmi d'autres Tableaux
du même Peintre , j'ai remarqué le Portrait d'un
homme dont la main eſt appuyée ſur la hanche ,
il eſt d'un ton ferme , ainſi qu'une tête de Garacalla.
Jobſerverai à Mlle. Vallain , qu'elle
met ſouvent dans les plis de ſes draperies , des
hachutes qui reffemblent à des coups de crayon ,
qui ſentent la recherche , & qui déplaiſent aux
Connoifleurs ſévères. Cette manière de finir touche
un peu à l'afféteric; & Mlle. Vallain a trop
de talent , pour s'expoſer plus long temps à en
mériter le reproche.
-
On a généralement donné de grands éloges
aux nombreux Deffins que M. Swebach Desfontaines
a expofés. Il y règne une grande facilité ,
un faire très - expéditif, du talent & de la chaleurs
mais on y remarque auffi de l'incorrection.
En faifant trop , en accumulant trop les objets ,
M. Swebach ſe nuit à lui-même. Il faut auffi qu'il
obferve que ſes demi-teintes de lumières, & fes
demi-teintes d'ombres , ſont ſouvent trop égales.
Parini ſes Deffins , j'ai remarqué deux caricatures
plaifantes , où ta charge eft adroitement ménagéc;
ce qui eſt la preuve d'un bon eſprit.
Un Tableau de M. Delauncy , repréſentant
des Amours qui pourſuivent dejolies ferumes , a
mérité l'attention. L'idée eſt riante , & agréablement
rendue; mais la vapeur y eft généralemena
DEFRANCE. 37
trop épaiffe. M. Delauney paroît chercher à imiter
ce charme , ce pelotté que l'on remarque dans
les Tableaux de M. Fragonard : en imitant ce
Maître plein de goût , il devroit auſſi étudier ſa
couleur , qui eſt ordinairement vraie dans ſes
effets. Je n'aime point ſon Portrait repréſentant
une femme affiſe dans un cadre d'un carré large.
J'avone qu'il eſt bien deſſiné ; mais le tonen eſt
mou ; d'ailleurs le ciel eſt clair, & la figure l'eft
auſſi. Clair ſur clair eft impoffible dans la Nature
comme dans l'Art. اد
J'ignore quel eſt l'Auteur de deux Tableaux dont
l'un repréſente la Nymphe Io & l'autre Junon.
Je ne parlerai pas d'Io , dont la figure m'a paru
un pen indécente. Je trouve du mérite dans la Junon.
Elle est bien peinte , les couleurs font bien
empatées; mais le bras qui s'appuie ſur le paon,
eſt beaucoup trop roide. Au total , ces deux Tableaux
annoncent des diſpoſitions au bon ſtyle &
au bon genre.
,
Un Tableau de famille, par M. Laneuville, attired'abord
l'attention,&fon effet paroît aimable.
A l'obſervation on s'apperçoit qu'il manque
d'harmonie, qu'il eſt trop léché , trop recherché ,
que tout y eft de la même expreſſion : on s'apperçoit
encore que tous les objets y paroitſent également
folides. Pour ne parler que des étoffes , je
remarquerai qu'elles font trop entières de ton ,
fur-tout dans un effer d'appartement , éclairé par
un demi-jour. J'ai diftingué entre lesPortaitsdu
même Peintre , celui d'un homme que l'on dit être
Américain. J'ignore s'il eſt reſſemblant, mais il eſt
d'un bon ton de couleur, & il a un effet vrai. Les
autres ne m'ont point paru, à beaucoup près , fi
eftimables.
Je ne connois point l'Auteur du Portrait d'un
Curé revêtu de ſon ſurplis & de fon étole. Il ya
38 MERCURE
!
debonnes parties dans ce Tableau ; les mains font
bien peintes & bien faites , la tête a du caractère ,
mais le ciel eft trop clair , & toutes les lignes ne
paroiffent pas tendre àdes points de vue déterminés.
Les Payſages de Mlle. Sarrazin ont quelque
choſe de fin &de piquant ; mats ils ne paroifſent
pas vrais par-tout , ils ont l'air trop compoſés.
Il faut auſſi que cette Artiſte prenne garde
au glacis qu'elle jette ſur ſes clairs, & qui leur
donne ſouvent un ton ſale qui fatigue l'oeil.
J'ai trouvé de l'eſprit , du deſſin , mais un faire
unpeu laborieux, dans quelques Ouvrages de Mademoiſelle
Giraud .
Deux petits Tableaux, dont l'un repréſente une
femme qui pince la harpe , & un jeu de colinmaillard,
annoncent avantageuſement le talent de
M. Jules , qui eft , dit- on , un très-jeune homme.
Il y a de la couleur , de l'eſprit , de l'effet ; j'engage
beaucoup cet Artiſte à fuivre un état auquel
il me paroît appelé.
Dans lesTableaux de M. Boquet, on en diftingue
de deux eſpèces , ceux qui font faits d'après nature,&
ceuxqui font évidemment d'imagination.
Il y a de la vérité dans les premiers ; il y en a
fi peu dans les autres, qu'on ſeroit tenté de croire
qu'ils ne font pas compofés par le même Artiſte.
Parmi ceux-là , je dois en citer un qui reçoit la
lumière par refiets , & qui eſt rendu d'une manière
auffi vrare que facile .
On s'apperçoit , dans une grande Marine de
M. Cazin , que cet Artiſte étudie beaucoup М.
Vernet. Certainement le modèle eſt bien choift;
mais la Nature eſt encore un plus beau modèle.
Il faut d'ailleurs obſerver qu'en ſuivant ungrand
Peintre à la trace , on fa fit moins facilement fes--
beautés que ſes inmperfections , & puis l'énergie du
DE FRANCE.
59
salent ne peut , à la longue , que ſe dégrader par
l'imitation.
Des Tableaux de Nature morte ont encore fait
remarquer M. Créville , qui s'eſt déjà fait remar
quer dans ce genre , par pluſieurs morceaux expoſés
dans la place Dauphine.
J'ai retrouvé avec plaifir quelques payſages de
M. François Duval , dont on a plufieurs fois encouragé
le talent. Il me paroît qu'il a étudié , &
qu'il a fait des progrès. Je voudrois pourtant qu'il
s'appliquât encore à faire contrafter plus doucement
les ombres & la lumière ; quand l'oppofition
est trop crue, elle devient faufle.
Beaucoup de jolis Portraits en miniature , d'un
très-bon ton de couleur , & defines très-agréablement
, ont mérité de nouveaux éloges à M. Enfantin.
C'eſt un Amateur ſtudieux & intelligent,
qui pourroit bien ſe voir un jour placé ſur la
ligne des Artiſtes de profeſſion dont le talent
mérite de la renommée.
Unton de couleur affez piquant , a fixémon attention
fur une Veſtale , par Mademoiſelle de la
Ville cadette. La Veſtale eſt au moment où , cn
revenant du dehors, elle a reçu d'un Amant qu'elic
aime , une lettre qu'elle facrifie , non fans regret ,
aux voeux qu'elle a prononcés. La tere eſt appuyée
fur le doffier d'une chaiſe antique , le corps eft
penché comme elle , & le bras s'étend pour poſer
Ja lettre ſur un brafier. L'intention eft bonne, mais
Fexécution n'y répond pas. D'abord la tête dort ,
ainſi elle dit peu de choſe. Le bras , par le mouvement
du corps , ne devroit pas tracer une ligne
droite. Une fimple,étude fur elle-même en autoit
convaincu Mile. de la Ville , avec laquelle je me
montre févère par intérêt pour ſon talent. Je lui
obſerverai qu'elle veut marcher trop vite , &qu'en
youlant faire au deſſus de ſes forces on recule au
1
40 MERCURE
lieu d'avancer. Elle est faite , à ce qu'il me femble
, pour devenir quelque choſe. Je l'engage à
mettre à profit ſes heureuſes diſpoſitions , fans
outre-paffer leur valeur du moment.
Je fais qu'il me reſteroit beaucoup d'autres Tableaux
à nommer ou à examiner ; mais je ſens
auſſi que ma mémoire commence à ſe brouiller fur
les noms & fur les Ouvrages. Il en eſt beaucoup ,
d'ailleurs , que je paſſe exprès ſous filence. Avant
de terminer ,je me rappelle un Plâtre en relief, au
bas duquel j'ai vu le nom de M. Quevanne. Ce
Plâtre repréſente un oiſeau qui, après avoir vu
fon nid ravagé par un ferpent , fuit à tire d'ailes
comme pour quitter fans retour le pays où il a
vu maſſacrer ſa famille. Cette idée ingénieufe eft
très-bien rendue. Ce qu'il y ade remarquable, c'eſt
que ſur une ſurface d'un blanc matte , l'Auteur
a eu l'art , par l'oppoſition des reliefs, de faire ſentir
de l'air & des ombres. Je n'aurois pas cru que
l'on cût trouvé tant de reſſources dans un travail
& avec des moyens auffi ingrats.
Je me rappelle encore une Gouache qui repréſenteune
vifite de nouveaux mariés. Il y a de
la vie , de l'intelligence , du mouvement , dans
cette compoſition. Je crois que l'Auteur ſe pomme
Maſſon ; mais je ne l'aſſure pas poſitivement.
Au réſultat, cette expoſition est très- ſupérieure
à ce qu'elle étoit quand on la faifoit à la Place
Dauphine , & fans doute elle deviendra plus importante
encore par la ſuite. La certitude d'être
jugé par la bonne compagnie , par les Amateurs
qu'éloignoit, autrefois, le défordre d'une place publique
, entretiendra le courage des jeunes Artiſtes
, échauffera leur émulation , les engagera à
ſe rendre dignes des fuffrages des Connoiffeurs ,
&la complaiſance de M le Pean aura renduun
ſervice eſſentielà un Art qui veut enfin reprendre
en France tout l'honneur qu'il avoit perdu.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES.
د
L'HOMME d'Etat imaginaire , Comédie en cing
Actes en vers ; par M. le Chevalier de Cubières
des Académies de Lyon , Dijon , Rouen , Marfeille
, Heffe-Caffel , &c. A Paris , chez Voland ,
Lib. quai des Auguftins.
Nous reviendrons ſur cette Comédie , qui eft
relative aux circonstances. La Mort de Molière ,
dont nous avons rendu compte dans le Nº. 24 ,
eft du même Auteur.
Sainte Bible , traduite en françois , avec l'explication
du ſens littéral &du ſens ſpirituel, tirés
des Saints Pères & des Auteurs Eccléſiaſtiques.
Nouvelle édition miſe dans un meilleur ordre
pour la diftribution des Volumes , & augmentée
de pluſieurs Pièces nouvelles , Notes & Sommaires
, & d'une Table générale des matières contenues
dans tout l'Ouvrage , en forme de Diction
naire. Tome VII du Nouveau Teftament.
Les Moyens les moins onéreux à l'Etat & au
Peuple, de conftruire & d'entretenir les grands chemins
, & Mémoires ſur les Moyens d'améliorer en
France la condition des Laboureurs , Journaliers
& hommes de peine. 2 Parties in-8° . br. en une.
Prix, 4 liv. 16 f. A Paris , chez Delalain aîné
& fils , Libr. rue St-Jacques , No. 240.
د
On trouve chez les mêmes , les Moyens de
détruire la Mendicité en France en rendant les
Mendians utiles à l'Etat ſans les rendre malheureux.
I Vol. in-8°. br. Prix , 4 liv. 16 f.
42 MERCURE
Caufes célèbres & intéreſſantes , avec les Jugemens
qui les ont décidées , rédigées de nouveau ,
par M. Richer, Avocat. Tomes XXI & XXII ; fin
de l'Ouvrage. Prix , s liv. bl. & 6 liv. ref. A
Amſterdam ; & ſe trouvent à Paris , chez Moutard
, Lib .-Imp. de la Reine , rue des Mathurins;
& chez les autres Libraires aſſociés .
Le même Libraire vient de recevoir de Lyon ,
Nouveau Dictionaire Hiſtorique des grands Hommes
; par une Société de Gens de Lettres , 7e. édition
, 1789 ; 9 vol. in-8 ° , 45 1. br. , & 54. 1. rel.
Cours d'Etude , par l'Abbé de Condillac ; Lyon ,
1789 , 16 vol. in- 12° , 40 1. broc. & 48 1. rel.
Calendrier du Fermier , ou inſtruction , mois par
mois , fur toutes les opérations d'Agriculture qui
doivent ſe faire dans une ferme. Ouvrage traduit
de l'Anglois , avec des Notes inſtructives du Tradusteur,
fur les objets particuliers àla culture angloiſe.
Par M. le Marquis de G** , Membre de
Aſſemblée provinciale de l'Iſle de France , & de
la Société Royale d'Agriculture. Brochure in -8°
de 32 pages. A Paris , chez Gattey , Libraire ,
au Palais-Royal ; Cuchet , Libraire , rue & hôtel
Serpente , & Née de la Rochelle , Libraire , rue
du Hurepoix , près le pont Saint-Michel.
La réparation des Anglois en Agriculture eft
aufli méritée que reconnue. Ce nouvel Ouvrage
de l'Auteur le plus eſtimé dans ce genre en Angleterte
, traduit avec clarté & précifion , ne peut
être qu'utile aux Cultivateurs François.
A
LeNègre comme ily a peu de Blancs ; parl'Auteur
deCécile, fille d'Achmet III, Empereur des Turcs,
DE FRANCE. 43
avec cette épigraphe : Les Scythes , pour être Scythes
, ceffent-ils d'être hommes ? 3 Vol. in- 12 . Prix ,
sliv. broch. & 5 liv. 15 f. francs de port par la
Poſte. AParis , chez Buifion , Libraire , Hôtel de
Coëtloſquet , rue Haute-feuille . 1
Pensées fur différensſujets de Morale& de Piéte,
choifis dans les Sermons de M. Boffuer , Evêque
de Meaux ; précédées de quelques Réflexions fur
le caractère de cet Orateur , & des autres grands
Prédicateurs de ſon Siècle. I Vol. in- 12 . A Paris ,
chez le Clere , Lib. rue Saint - Martin , près celle
aux Oues , Nº. 254; à Marseille , chez Moffy ,
Lib.; & à la Rochelle , chez Pavie , Lib .
Le goût qui a préſidé à la rédaction de cet
Ouvrage , en a fait un Livre d'autant pius utile ,
que les Sermons du célèbre Boſſuet ſontbeaucoup
plus eſtimés qu'ils ne font lus.
Recueil de Pièces intéreſſfantes , concernant les
Antiquités , les Beaux-Arts , les Belles-Lettres , &
la Philofophie ; traduites de différentes Langues.
Tome V. A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire ,
quai des Auguſtins ; à Strasbourg , à la Librairie
Académique , rue des Serruriers , Nº. 21 ; & à la
Haye , chez Vancleef , Lib. fur le Spuy.
Cette intéreſſante Collection renferme toujours
des morceaux vraiment curieux , qui ne peuvent
qu'ajouter à notre tréfor Littéraire.
1
Nouvelles Vucsfurla répartition& la perception
de l'Impôt. Brochure in-8°. de 56 pages. A Paris ,
chez Blanchon , Libr. rue Saint-André-des-Arts ,
N°. 110.
14 MERCURE
Revue générale des Ecrits de Linné ; Ouvrage
dans lequel on trouve les Anecdotes les plus inté
reffantesde ſa Vie privée , un Abrégé de ſes Syſtêmes
& de ſes Ouvrages, un Extrait de ſes Aménités
académiques , &c. &c. &c. Par Richard Puteney;
traduit de l'Anglois par L. A. Millin de Grand-Maiſon;
avec des Notes & Additions du Traducteur.
2Vol. in-8° . Prix , 8 liv . brochés, 10 liv reliés ; &
وliv. broch. francs de port par la Pofte. A Paris ,
chez Buiffon , Libraire , rue Haute-feuille , Hôtel
de Coëtloſquet.
:
Eclairciffementfur treis Queſtions des Conférences
d'Angers : 1 °. Sur le Pouvoir légiflatif : 2°.
Sur la néceflité de l'acceptation des Loix : 3º. Sur
leurenregiſtrement dans les Cours Souveraines : faifant
artie de la nouvelle édition deſdites Con-
Krences , & où il eſt queſtion des anciennes Afſemblées
générales de la Nation, & des Etats-
Généraux, relativement à la Légiflation. Brochure
in-12 de 84 pages. A Paris , chez Onfroy , Lib .
rue St-Victor , No. 11 .
Principes des Loix Romaines , comparés aux
Principes des Loix Françoiſes ; Ouvrage dans lequel
on a tâché de découvrir le rapport que ces
Loix ont avec la Nature , & celui qu'elles ont
entre elles , afin d'en rendre l'étude plus facile à
ceux qui , par état ou pour leur utilité , veulent
có acquérir la connoiffance ; in-8°. Ire. Partie.
Paris , chez Defray , Lib. quai des Auguſtins.
Diſcours à la Nation Françoise , par Madame
de Fumelh. Brochure in-8 °. de 21 pages. AParis ,
chez lesMarchands de Nouveautés.
DE FRANCE.
45
Correspondanceparticulière du Comte de St-Germain
, Miniftre & Secrétaire d'Etat de la Guerre ,
Lieutenant-Général des Armées de France, Feid-
Maréchal au ſervice de Danemarck , &c. avec M.
Paris du Verney , Conſeiller d'Etat. On y a joint la
Viedu Comte de St-Germain , & quelques Lettres
&Piècesqui leconcernent. 2Vol. in-8°. Prix, 7 l.
4f. br. & 8 liv. 4 f. francs de port par la Poſte. A
Londres ; & ſe trouve à Paris , chez Buiſſon , Libr. ,
rue Haute- feuille .
Expofition fommaire des Muscles du corps humain,
ſuivant la Claſſification & la Nomenclature
méthodique , adoptées au Cours public d'Anatomie
de Dijon ; par M. Chauſſière , Profeſſeur
d'Anatomie des Etats de Bourgogne , &c. &c.
Brochure in-8 ° . de 114 pages. A Dijon , chez
l'Auteur , rue Mufette , N° 507 ; & à Paris ,
chez Barrois , Lib. Méquignon l'aîné , & Croullebois.
i
Cet Ouvrage utile mérite d'être diſtingué.
Des différentes formes de Gouvernement , & de
leurs avantages ou défavantages reſpectifs , de
laConſtitution Angloiſe ,&de la Liberté civile ;
par William Paley, Maître-ès-Arts , & Archidiacre
de Carlifle ; Ouvrage traduit de l'Anglois ſur
la 4me, édition , par M. Bertin. Brochure in-80
de 115 pages. A Paris , chez l'Auteur , rue St-
Honoré , Nº. 618 , près la rue des Poulies
maiſon du Fourbilleur ; & chez Defer de Maifonneuve
, Libr. rue du Foin-St-Jacques , Hôtel
de la Reine Blanche.
Cet Ouvrage peut être fort utile dans les circonſtances
actuelles ; l'original en eſt eſtimé en
Angleterre , & le talent du Traducteur est déjà
connu parmi nous par d'autres Ouvrages eſtimables.
46 MERCURE
Mémoires de la Société Littéraire de Grenoble;
2 Parties in- 8°. Prix , 4 liv. br. , & 4 liv.
10 f. franches de port par laPofte ; & in-4°. Prix,
6 liv. br. , & 7 liv. franches de port par la Pofte.
AParis, chez Buiſſon, Lib. rue Haute-feuille.
Etrennes aux Enfans qui favent bien lire , ou
Contes moraux , traduits de l'Anglois par M.de
Lannoy , Avocat. A Paris , chez l'Auteur , rue de
Sorbonne , vis-a-vis le paſſage St-Benoît.
Cours élémentaire de Matière Médicale , ſuivi
d'un précis de l'Art de Formuler ; Ouvrage pofthume
de Mr. Desbois de Rochefort , Ecuyer ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine de
Paris , Médecin de l'Hôpital de la Charité , Cenfeur
Royal , &c. 2 Vol. in-8°. Prix , 11 liv. rel.
A Paris , chez Méquignon l'aîné , Libr. rue des
Cordeliers.
Cet Ouvrage, dit le Cenſeur , eſt plein d'obfervations
intéreſſantes , qui ne peuvent qu'en
rendre l'obſervation très-utile au Public.
Le Manuel des Enfans; Ouvrage contenant
des principes pour apprendre à lire , à peuſer , à
parler , & à vivre ; par M. F.... Boinvilliers
Maître de Penſion , à Versailles. Brochure in-8° .
de 73 pages. Prix , 15. f, relié en parchemin. A
Paris , chez Barbou , Imp-Lib. rue des Mathr
rins; Nyon , Lib. Place du Collège des Quatre
Nations; & à Verſailles , chez l'Auteur , Boulevart
de la Reine , derrière la Paroiſſe Notre-
Dame , Pavillon Contant , N° . 25 .
:
Bibliothèque Universelle des Dames. A Paris ,
rue& hôtel Serpente.
Ce Volume eſt le roc. des Romans.
DE FRANCE.
47
LE Sieur CARON, Md. Parfumeur de Mgr.
Comte d'Artois , prévient le Public qu'il débite
un nouveau Rouge végétal de ſa compoſition ,
très-ſupérieure. Il eſt recommandable par la beauté
de ſa couleur , par ſa fineſſe ; & il a cela de particulier,
qu'il rend la peau plus douce & plus lifte, z
qu'on le peut , à volonté , rendre plus ou moins
tenace. Le Sr. Caron vend auffi le véritable Crépon
d'Angleterre , de la première eſpèce. Il fabrique
encore , 1º, une Pommade végétale propre à enlever
le Rouge , à faire diſparoître les taches, les
Boutons , les rougeurs du vilage; 2°. levéritable
Blanc de Venise , dont l'effet eſt de blanchir la
peau , ſans qu'il en réſulte aucun inconvénient fàcheux.
On trouve chez le Sr. Caron une Boîte d'un
genre nouveau , qui a la forme d'une tabatière ,
&qui renferme deux pots de Rouge , un Miroir ,
enfin toutes les commodités d'une Toilette, Il tient
in aſſortiment complet , dans tous les genres, de
Parfumerie. Les Marchandises du Sr. Caron font
fur-tout remarquables en ce qu'elles ne craignent
point la corruption , & qu'elles arrivent dans les
pays les plus éloignés, fans avoir fouffert aucune
alrération de nombreux envois ont démontré leúr
incorruptibilité. Le Sr. Caron tient ſa Manufacture
& fonMagaſin rue du Four , Fauxbourg Saint-
Germain, en face de la rue des Canertes, à Paris ,
Les perſonnes qui voudront prendre la peine de
lui écrire , ſont priées d'affranchir leurs lettres.
Figures des Fables de la Fontaine , Nº. 35. A
Paris , chez le Sr. Simon, Graveur , rue du Plâtre-
St-Jacques , Nº. 7 .
Cette Livraiſon mérite les mêmes éloges que
Les précédentes, 1
MERCURE DE FRANCE.
Trois Sonates pour le Clavecin , avec accompagnement
de Violon & Violoncelle; par L. Kozeluch.
OEuv. 27e. Prix , 9 liv. Trois Sonates
pour le Clavecin ou le Forté-Piano , par le même ,
OEuv. 26e. Prix , 7 liv. 4 f. Trois Sonates pour
le Forté-Piano ou le Clavecin , avec accompagnement
de Violon , par H. G. Lentz. OEuv. se. Prix,
7 liv. 46. Trois Sonates pour le Clavecin ou
le Forté-Piano , avec accompagnement de Flûte ;
par M. Dufſek. OEuv. 7e. Prix , 9 livres. A Paris ,
chez M. Boyer, rue de Richelieu , à la Clef d'or
paſſage du Café de Fcy ; & chez Madame Lemenu,
àlaClefd'or , ruedu Roule.
,
QUATRAIN.
1 Myrte.
TABLE.
Charade, Enig. Logog.
Des Loteries .
Clovisle Grand.
3 Nouveau Voyage.
4 Le Comtede St-Méran.
6 Variétés.
8 Annonces & Notices .
17
23
27
33
41
J'Ar lu
APPROBATIΟΝ.
lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux,
Le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 4
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puifle ca
empêcher l'impreſſion. AParis, le 3 Juillet 1989.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 8 juin 1789.
LE Public aura sans doute suivi avec
intérêt les efforts de la République ,
pour se délivrer enfin de ces armées
Russes qui pesoient sur elle depuis
25 ans. Ce noble spectacle fixoit tous
les regards , au Nord, au Levant , et en
Allemagne : on attendoit avec inquiétude
l'issue des instances vigoureuses de la
Diète, et celle des Négociations ouvertes
par l'entremise du Roi de Prusse. Les
conseils salutaires que ce Monarque
donnoit aux Etats Confédérés , dans la
réponse de son Ministère , en date du
3oavril, à laNotedu Prince Czartoryski,
du 27 , ont été scrupuleusement suivis.
Par ordre de la Diète , M. Deboli , Ministre
du Roi et de la République auprès
N°. 27. 4 Juillet 1789.
a
( 2 )
de la Cour deRussie , a remis la Note suivante
au Ministre de S. M. I.
* « Les Etats de la République , toujours dans
l'attente d'une réponſe à la Note adreſſée par leur
ordre à Son Excellence M. le Comte de Stackelberg.
Ambaſſadeur de la Cour Impériale de toutes
les Ruffies , en date du 10 mars , tant à l'égard
de l'évacuation des troupes de S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies , comme auffi à l'égard
delatransformation des magaſins Ruſſes , établis
dans les domaines de la République , en dépôts
d'Entrepreneurs des vivres , ont reçu de la part
de Son Excellence M. le Comte de Stackelberg ,
une Note en date du 6 avril , qui , au lieu de fatisfaire
aux demandes & aux voeux des Etats , &
de ſervir de réponſe directe , met en avant des
propoſitions , dont il ne réſulteroit qu'une altération
évidente& notoire de cette neutralité ſcrupuleuſe
, qui ſert de baſe immuable à toutes les
déterminations de la République dans les conjonctures
préſentes. »
Toutes les Notes antérieures adreſſées par
ordre des Etats , ont prouvé leur réfolution &
leur ſyſtême , de ne déroger en rien à aucune
des puiſſances voiſines & amies qui environnent
la Pologne , de maintenir envers elles les traités
&les devoirs d'amitié , avec une fidélité & loyauté
religieuſes , & de ne faire même indirectement
rien qui puiffe être enviſagé par aucune d'elles ,
comme pouvant lui porter préjudice &détriment.
Ce font là les motifs pour leſquels les Etats ont
demandé ,& demandent conftamment la fortiede
Pologne des détachemens Ruffes qui s'y trouvent ,
&que les troupes de S. M. l'Impératrice de toutes
lesRuffies s'abſtiennent de traverſer la Pologne. >>>
« Un motif de plus s'y joint dans ces temps ,
où il exiſte une fermentation & une inclination
(3)
viſibles parmi les payſans des rits Grecs uni &
non uni , ſuſcités évidemment par des ſéducteurs ,
qui ont même employé pour cet effet l'argent-
&la corruption. Des enquêtes authentiques ont
prouvé que des marquerans y ont coopéré , en
pouſſant la méchanceté juſqu'à inſpirer à cette
claſſe d'hommes peu éclairés & fufceptibles d'aveuglement
, que l'entrée prochaine des troupes
Ruſſes en Pologne , devoit être regardée par eux
comme un fignal où leur foulèvement pourroit
ſe faire avec ſuccès.
« Les Etats ayant une pleine confiance dans
la ſageſſe & la grandeur d'ame de S. M. l'Impé
ratrice , ſont perfuadés , qu'eu égard à toutes ces
conſidérations importantes , cette auguſte Souveraine
voudra bien accueillir favorablement les re
préſentations énoncées ici , & mettre de ſa propre
main, pour ainſi dire , le ſceau à la fûreté & au
bonheur de la Pologne , en lui épargnant tous
les inconvéniens des paſſages de troupes ; puifqu'au
moyen d'un petit détour elles peuvent ſe
rendre au lieu de leur deſtination en Moldavie &
en Beſſarabie , ſans toucher le territoire de la
République. >>
«Mais quand même les Etats prendroient la
détermination de ſacrifier toutes ces conſidérations
au défir de donner à S. M. l'Impératrice
une preuve de déférence pour les cas urgens , où,
malgré les repréſentations ſuſdites & la demande
denepas faire paſſer des troupes par la Pologne,
S. M. Impériale croiroit ſe trouver dans le cas
indiſpenſable de faire demander le paſſage pour
quelques-unes de ſes troupes , cette auguſte Souveraine
reconnoîtra elle - même la convenance
que ces paſſages ſe faſſent ſur le pied ufité ,
d'après les principes du droit public , ainſi que
l'inſuffiſance des meſures propoſées dans la Note
deSonExcellence M. le Comte de Stackelberg,
a
(4)
en date du 6 avril ; favoir , l'indication des lieux
ſitués dans le centre de l'Ukranie , tels que Niemerow
& Pocherzebyſczze , pour les paſſages des
détachemens&des tranſports , fans une déſignation
pécife de la marche-route d'une frontière à
l'autre ; qu'en cutre des paſſages exécutés &accordés
fur ure ſimple réquisition , adreſſée aux
commandans Po oncis le long des frontières , en
dontant, d'un côté , contre l'eſprit de la conſtitutio
républicaine , une faculté trop étendue&
ill mirée aux Commandans militaires , pourroient
facement metre de l'autre côté le Gouvernemn
Plonois dans le cas d'ignorer juſqu'au
rombe de troupes étrangères qui ſe trouveroient
dans le coeur de ſes Etats; d'autant que cette
Note ne fait aucune mention , ni du nombre
d'hommes dont feroient compoſés les détachemens
, ni des époques préciſes auxquelles les
enuées& les forties ſe feroient ; qu'aucunes mefures
y ont indiquées pour aſſurer dans l'exécutonles
faits de la déclaration y contenue , que
ces tranſports me ſéjourneront nulle part ; & la
nature même de ces tranſports exigeroit cependant
une détermination concertée , des jours
de repos &dedépart; que , ffiinnaalement , lapropolinon
qu'il ſoit conclu une convention ſpécifique
pour le paſſage , outre qu'elle ſeroit difficile
àconcilier avec le ſyſtême adopté , outre qu'elle
pourroit éloigner le but & prolonger les Négociations
, deviendroit comme ſuperflue , puiſqu'il
paroît à tous égards ſuffisant que les mesures que
la République déſireroit prendre dans ſes Etats ,
relativement au paſſage des troupes Impériales
Rufles par la Pologne , parviennent à la conroiſſar
ce de S. M. l'Impératrice , & que cette
auguſte Souveraine , après en avoir reconnu l'indiſpenſabilité
& la justice , voulût bien donner
des ordres néceſſaires y relatifs aux Comman(
5 )
dans de ſes troupes chargés de diriger ces paffages..>>
Les motifs pour leſquels les Erats ne peuvent
accéder aux propoſitions générales ci -deſſus énoncées,
feront fans doute affez juſtifiés aux yeux
de S. M. I. d'après lear expofé & leur développement
naturel : mais fi , ma'gré les repréſentations
& demandes ci-deſſus , S. M. l'Impératrice
ſe trouvoit dans le cas urgent & indiſpenſable de
faire demander le paſſage pour des troupes , ou
des tranſports par la Pologne , les Etats aſſemblés
ne pourroient ſe déterminer à y confentir , qu'aux
conditions contenues dans les articles ſuivans :>>>
21. Que le détachement Ruſſe qui traverſeroit
le territoire de la République , ne ſurpaſſe
pas le nombre de 500 hommes ; que le paſſage
deces détachemens ſe feroit ſucceſſivement ; qu'ils
n'entreroient que par une voie, dont la marcheroke
donneroit la certitude que le premier détachement
, qui ne furpaſſeroit pas le nombre de
500 hommes , a déja paſſé la frontière , & quitté
les domaines de la République , lorſque le paf-
Mage pour un autre détachement &tranſport ſeroit
accordé.>>
2°. Qu'à cette fin la Commiſſion de guerre
dreſſeroit la marche - route la plus courte & la
plus commode pour les lieux où les tranſports
&les détachemens ſeroient deſtinés ; les jours de
halte & de repos y feroient auſſi ſpéc fiés. »
2 3°. Que la réquisition de paſſage ſe feroit
chaque fois à temps , par l'Ambaſſadeur de S. M.
l'Impératrice à Varſovie, avec l'énoncé de la qualité
des tranſports & du nombre d'hommes qui
les accompagneroient , avec une déſignation des
noms des Officiers qui les commanderoient, &
des régimens auxque's ils appartiendroient, comme
auſſi du temps précis auquel chaque détachément
ſe trouveroit dans le cas d'entrer en Pologne ,
a- iij
( 6 )
pour la traverſer ,& que ſans pareilles équifisions&
paſſe-ports pour le paſſage , aucun détachement
ne traverſe la Pologne , afin que la République
ne ſe trouve pas dans la triſte néceſſité
d'enviſager une entrée ſans réquifition & fans
paſſe-port, comme une atteinte à fon territoire,
*4°. Que chaque détachement ſeroit conduit
juſqu'à la frontière par des Commiſſaires Polonois,
ſur le pied uſité dans les cercles de l'Empire
d'Allemagne , auxquels les Commiſſaires& Commandans
Polonois donneroient une eſcorte milisaire."
" 5°. Qu'il foit donné une déſignation officielle
des lieux où ſont actuellement établis les
magaſins Ruſſes en Pologne , & qu'avant tout ,
ces magaſins ſoient transformés en dépôts d'Entrepreneurs
des vivres , ſous l'inſpection des Commiffaires
& Garde - dépôts , afin que la République
en étant requiſe , faſſe pourvoir à la fûreté
de ces dépôts , fur le pied qui feroit concerté à
cet effet. n
« Le ſouſſigné , Miniſtre Plénipotentiaire de
S. M. le roi& de la République de Pologne , en
expoſant, par ordre exprès des Etats de la République
, à l'illuftre miniſtère de S. M. l'Impéra
trice , tout cequi eft énoncé ici, doit ajouter que
Jes Etats ayant la plus parfaite confiance dans les
ſentimens d'équité& la grandeur d'ame deS. M. I. ,
fontperfuadés que cette auguſte Souveraine youdra
reconnoître qu'ils ont concilié tout ce qu'ils
ſe doivent à eux-mêmes , avec toute la déférence
que S. M. l'Impératrice peut défirer , d'après le
ſyſtême de neutralité adopté par la République. »
« Ils ont cru d'ailleurs indiſpenſable de fixer
d'une manière préciſe , claire & ſtable , les principes
felon leſquels les paſſages des troupes étrangères,
dans les cas urgens& les dépôts d'appro(
7 )
viſionnemens pourroient ſe faire dans leurs domainės.
»
Le Baron de Keller, Ministre de Prusse
àPétersboug, ayant été chargé d'appuyer
de tout le crédit de sa Cour , cette Déclaration
, elle a été bientôt suivie de
l'abandon positif et général des prétentions
du Gouvernement Russe. L'Impératrice
a donné ordre au Comte de
Stackelberg de remettre aux Etats assemblés
, la Note que voici , et qui
doit être regardée comme rompant
le dernier anneau de la chaîne si longtemps
portée par la République.
u Le Souſſigné , Ambaſſadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaire de S. M. Impériale de toutes les
Ruffies , s'empreſſe de faire part de ce qui ſuit à
SonExcellence M. le Comte Malachowski , Grand-
Chancelier de la Couronne , en qualité de Préſident
de la Députation pour les affaires étrangères.
»
« L'Impératrice , invariablement intentionnée
d'écarter tout ce qui peut être capable de laiſſer
le moindre doute ſur les ſentimens de S. M. Impériale
, envers le Roi & la République , a donné
les ordres néceſſaires à ſon Feld-Maréchal Général
des Armées en Beſſarabie & en Moldavie , de
prendre des meſures pour que les magaſins qui
ſe trouvent en_Pologne , foient transférés de
l'autre côté du Dnieſter , & que tous les tranf
ports ſe faſſent par une autre route , en évitant
le territoire de la République. »
« L'Impératrice , ayant ainſi rempli tous les
déſirs des illuftres Etats aſſemblés , attend , en
revanche , de l'amitié du Roi & de la République ,
a iv
( 8 )
qu'il fera prêté toure aſſiſtance amicale pour faciliter
les tranſports des magaſins. »
« Le Soffigné a ordre d'aſſurer que tout ſera
le plus exactement payé ; & comme le Feld-Maréchal
Prince Potemkin Tauriskoy , eſt cha gé de
réaliſer , à fon arrivée , les intentions de i'lmpératrice,
il feroit à ſouhaiter que les illuftres Etats
affemblés vouluſſent charger une perfonne affidée ,
de s'entendre avec le Commandant Général des
Armées fur cet objet , & de faire les arrangemens
fur les lieux. »
Comte DE STACKELBERG .
Varſovie , ce a mai & 4juin 1789.
Voilà done la Pologne , graces aux
circonstances , à sa fermeté , et à l'intervention
vigoureuse du Roi de Prusse ,
remise au rang qu'elle avoit perdu , et
recouvrant son indépendance , ainsi que
son influence dans l'équilibre du Nord.
Ladouce sensation qu'éprouva la Diète ,
vendredi dernier , à la lecture de cette
Note , fut encore augmentée par le
compte que M. Kossowski , second Tré
sorier de la Couronne , rendit de l'emprunt
de Hollande , rempli avec la plus
grande facilité , à un intérêt de cinq
pour cent , et sans autre sûreté que le
décret des Etats Confédérés . La sérénité
de cette Séance du vendredi fut , sur
sa fin , légèrement obscurcie par un
discours plein de force , où M. Suchodolski
, Nonce de Chelm , représenta
combien il étoit honteuxpour la Nation ,
de voir présider à la Commission du
( 9 )
Trésor , un homme tel que le Prince
Poninski , qui avoit commencé sa carrière
par se vendre publiquement à
l'étranger lors du partage , et dont le
reste de la vie n'avoit été qu'un enchaînement
de crimes ; n'ayant point cessé
depuis de vendre la Justice , de depouiller
le Trésor public , etc. etc. Il ne
paroît point douteuxque ces imputations
nese transforment , àla première Séance,
en une accusation en forme. (1)
Le Duc de Courlande, Vassal de la
République , et Vassal ci-devant assujetti
comme elle , et malgré lui , à la même
Puissance étrangère , vient de rentrer
dans le devoir , en répondant en ces
termes à la sommation qui lui avoit
été faite par les Maréchaux de la Diète.
Meſſeigneurs les Maréchaux de la Dière & de la
Confédération du Royaume de Pologne & du
Grand-Duché de Lithuanie :
« Comme la magnanimité , la générofité &
l'ardeur avec leſquelles Sa Majesté le Roi , ainſi
que les illuſtres Erats Confédérés de la Séréniťfime
République, travaillent à la Diète préſente ,
ont pour objet la ſplendeur , la proſpérité de la
patrie; que leurs forces réunies tendent à relever
l'ancienne gloire du nom Potonois , à lui rendre
ſon premier éclat ; qu'ils font naître l'admiration
& le reſpect chez tous les vrais appréciateurs de
la vertu : de même le ſentiment le plus cher à
ceux qui font particulièrement attachés à S. M. &
à la Séréniſſime République par les liens de la
(1) Le Prince Poninski vient d'être arrêté.
a- v
( 10 )
fidélité , eft celui qui les pénètre d'une reconnoifſance
d'autant plus vive, qu'ils peuvent eſpérer ,
eux& leurs defcendens , de participer aux fruits
d'une prévoyance auffi éclairée. »
« C'est ainſi qu'animé par une fidélité & un
dévouement , qui feront à jama's le premier mobile
de maconduite envers S. M. & la Séréniſſime
Répub. , je porterai tous mes ſoins à mettre en état
leCorps de troupes qui m'eſt demandé pa: la lettre
de Vos Excellences, à ſe mettre en marche. Les
deux Compagnies exiſtantes à préſent , ne formant
point le nombre requis , j'ai fur-le-champ
donné des ordres aux Capitaines de faire des enrôlemens
pour les compléter; mais quoique leurs
inſtructions portent d'accélérer l'accompliſſement
de ces ordres , je vois difficilement la poffibilité
qu'ils le ſoient avec cete promptitude qu'exigeroit
le terme qui m'eſt fixé. »
L'attachement le plus zéé m'ayant porté ,
autant que mes devoirs de vaſſelage , à remplir
la vo onté de S. M. & de la Séréniffime République
, j'oſe eſpérer que non-feulement il fera
fourni à ce Corps de troupes , tous les vivres
néceſſaires , dès qu'il entrera ſur les frontières de
la Lithu nie , mais auſſi que S. M. & les illuſtres
Etats daigneront m'accorder un réverfal (ce qui eſt
d'uſage en pareil cas ) , par lequel on reconnoîtra
que tout ce que je ferai en outre de mes devoirs
de vaſſelage , ne ſera point exigé pourl'avenir. »
« Je finis en priant Vos Excellences de m'obtenir
du Roi & de la Séréniffime République ,
la continuation de leur bienveillance & de leur
protection , & d'être convaincus de l'attachement
&de la vénération avec leſquels je ſuis , de Vos
Excellences , l'inviolable & fincère ami.
Signé PIERRE , Duc de COURLANDE.
AMittau , le 13 mai 1789 .
1
( 11 )
Le Prince Sapieha a rendu compte ,
dans la cent et onzième Séance , des
rapports qu'il avoit reçus de Brzeez et de
Minsk en Lithuanie. Il en résulte que le
Clergé Grec Non- Uni refuse de prêter le
serment de fidélité , à moins qu'il n'y
soit autorisé par l'Ambassadeur de Russie
et par l'Evêque de Sluck ; ajoutant que
d'ailleurs il étoit tenu d'observer le
serment qu'il avoit prêté à l'Impératrice
de Russie. Cette révolte insolente a
décidé les Etats à enjoindre aux Tribunaux
de faire arrêter et punir ces sujets
rebelles qui ont osé prêter serment à
une Puissance étrangère .
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 16 juin.
Pour accélérer les préparatifs d'une
guerre vigoureuse , et les opérations
de l'armée , le Roi de Suède a avancé
son départ de quelques jours . C'est le
3, de grand matin , qu'il a pris la route
d'Abo , avec une suite peu nombreuse .
Avant de quitter Stockholm , ce Monarque
a nommé pendant son absence ,
un Conseil de Régence , à la tête duquel
se trouvent le Président et Sénateur
Comte de Wachmeister, le Sénateur
Comte de Beckfries, leBaron de Munck,
etc. etc.
a vj
(12 )
Le départ du Duc de Sudermanie a
devancé celui du Roi , S. A. R. s'étant
rendue le 31 du mois dernier à Carlscro+
ne. Depuis le 21 , la flotte Suédoise étoit
en rade. Le Chevalier Roger Curtis ,
Capitaine de vaisseau dans la marine
Britannique , et si connu par sa belle
conduite à Gibraltar , avoit fait la revue
de la flotte , et repris ensuite la route
de Londres par Copenhague .
De Vienne , le 15juin.
Plusieurs fausses nouvelles, entre autres
celle d'une victoire du Maréchal de
Laudhon sur les Bosniaques , ont précédé
celle très- véritable d'une attaque
des ennemis sur notre poste avantageux
de Dobroszello , qu'ils nous ont forcé
d'abandonner et d'incendier. Le Maréchal
de Laudhon a envoyé à la Cour
le rapport suivant de cette action.
<<L'ennemi , ayant reçu un renfort de deux mille
hommes , la nuit du 26 mai , attaqua , le 27 , à 9
heures du matin , avec un Corps de dix mille
hommes , & quatre canons , le poſte de Dobrofzello
, repouſſa nospoftes avancés , & enveloppa ,
avec une promptitude inouie , nos deux flancs &
le derrière avec de l'infanterie , & le front avec
de la cavalerie. Pendant ce combat , qui dura dix
heures , l'ennemi fit l'impoſſible pour vaincre ce
poſte , l'attaqua neuf fois avec la plus grande
furie , pour s'en emparer d'aſſaut , mais fut toujours
refouffé avec perte. Afept heures du foir,
(13 )
l'ennemi ſe retira au pied du poſte de Dobrofzello
, d'où nos troupes , conſiſtant en 1500
hommes avec fix canons , ſe tranſportèrent la
nuit par Lubarden k à Maffin , où ils prirent poße
après avoir mis le feu au poſte de Dobroſzelle
Le Capitaine Knesevich , le Lieutenant Burkel,
les Sous-Lieutenans Koyfs& Buttorack , du régi
ment des Licaniens , le Lieutenant Einkhemer &
le Sous-Lieutenant Antoine Domazetovich , des
Ottocans , ont été tués. Notre perte conſiſte en
183 hommes , tant tués que bleſſés & égarér .
Selon les rapports de nos gens , l'ennemi a eu
600 morts & 200 bleſſés ; parmi ces derniers ſe
trouve Mustai Bacha , un des deux Commandans.
-Au moment d'envoyer ce rapport , le Feld-
Maréchal Baron de Laudhon lanouvelle
péalable du Colonel Kovachevich , du régiment
Eſclavonien-Gradiſcan , qu'il s'eſt rendu maître, le
I de juin, du fort de Bertsko , en a chaffé les
Turcs, dont quelques-uns ſont reſtés ſur la place ,
& s'eſt emparé d'un drapeau & de quelques canons
de fer. »
a reçu
Le Maréchal de Haddick a demandé
un renfort de troupes. Une partie de
la garnison de cette capitale a reçu
l'ordre de se préparer à marcher .
«On apprend de Caransèbes que, depuis le 18
mai juſqu'au 24 , font arrivés au camp les régimens
deDurlach , d'Er dody , d'Anſpach , de Terzy , de
Nicolas Eſte hazy , de Riesky , de Wurmſer , de
Wirtemberg , de Langlois & d'Alvinzy. -Le
régiment des Wallaques Illyriens eſt à Méhadie ;
le régiment des Allemands du Bannat , des dérachemens
de Volontaires & une partie des Huffards
d'Erdody ont auſſi ordre de s'y rendre.
-On affure qu'un corps de 48,000 Turcs &Tar
(14)
tares eſt poſté près de Grinde , ſur la rive de la
rivière de Jalomiza. >>
* Par un décret du Gouvernement , qui
vient d'être publié, toutes les Gazettes ,
Journaux , Brochures , etc. , seront assujettis
à un droit de timbre depuis le
1. juillet prochain .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 24juin .
Vendredi S. M. doit partir pour
Lindhurst , dans la forêt de Hampshire ,
où le Duc de Glocester a une maison
de chasse. De là , elle séjournera un mois
àWeymouth.
Le 16 , dans la Séance des Communes ,
M. Marsham dénonça un Papier public
très-accrédité , l'un des plus piquans de
la capitale , et intitulé le World. « Je
suis très- éloigné , dit M. Marsham , de
vouloir mettre des obstacles à la liberté
de la presse ; mais on ne doit pas
en souffrir les excès , sur-tout lorsqu'ils
tendent à jeter une improbation flétrissante
sur les procédés de la Chambre. »
Le paragraphe dont il portoit plainte ,
étoit du jour même , et conçu en ces
termes. « Le procès de M. Hastings
« sera renvoyé à une autre Session , à
•moinsqueles Pairs n'aient encore assez
<<de courage pourterminer cette affaire
<<<honteuse, »
(15)
En conséquence, il demandoit que ce
paragraphe fût déclaré par la Chambre
scandaleux et diffamatoire , et qu'on s'adressât
à S. M. pour en obtenir un ordre
au Procureur-général de poursuivrel'Imprimeur
et l'Editeur de ce Papier.
M. Burke , qui , plus qu'un autre , a
usé, et fréquemment abusé de la liberté
d'écrire et de parler , rassembla toutes
les épithètes de la langue contre la Gazette
dénoncée ; il demanda ensuitequ'on
enveloppât dans la poursuite tous les
articles quelconques de cette Feuille ,
relatifs au Procès de M. Hastings . Cet
Orateur a sans doute d'excellentes raisons
pour fermer la bouche à l'Auteur
du World, qui s'est impitoyablement
moqué de lui depuis six mois ; mais il
n'y parviendra sûrement pas : sa Motion
additionnelle n'a pas même été débattue ;
celle de M. Marsham a eu l'approbation
générale de la Chambre .
Ce seroit sans doute une question aussi
délicate qu'importante , que celle de savoir
si les priviléges d'une des trois divisions
de la Puissance Souveraine , peuvent
s'étendre jusqu'à interdire au Public
la censure de ses opérations , et s'il
n'est pas aussi essentiel à l'intérêt général
que la Nation soit instruite des
fautes de ses Représentans , qu'il l'est
de l'instruire de celles du pouvoir exécutif.
Quoi qu'il en soit , le Parlement
s'est très-souvent servi de cette préro
( 16 )
gative , et il ne paroît pas qu'on songe
à la lui contester.
Le commerce des Negres , un Bill de
M. Pitt, pour soumettre aux Officiers
de l'Accise la vente du tabac , la discussion
de l'état des finances , sont renvoyés
à la semaine prochaine dans huit jours
nous présenterons ces divers objets ,
notamment le résultat du Budget.
Fin de l'interrogatoire de M. JOHN BARNES ,
Ecuyer , à la barre des Communes , touchant le
commerce des Noirs.
Dans quelle proportion les priſonniers de guerre
font-ils ,par rapport aux Eſclaves faits par d'autres
moyens ?
-Je ne faurois le dire , mais je ne penſe pas
que les premiers excèdent de beaucoup , car dans
le cours d'une très-longue paix , je n'ai trouvé
que fort peu de différence dans la quantité d'efcaves
vendas.
Savez-vousfi les Propriétaires de ce pays
poſsèdent des Eſclaves , &quelle quantitéils en
ont? -
Tous les Prop iétaires en ont ,& quelques-
uns même un nombre incroyable , à ce que
j'ai entendu dire.
Un Propriétaire a t-il dans ce pays quelque
pouvoir ſur la vie de ſes Eſclaves ?
-
Je ne le crois pas , à moins que ce ne ſoitdes
priſonniers faits en guerre. Je penſe qu'au
moment même qu'il les prend , il peut les tuer
s'il le veut.
Quels font les gens qui amènent des Nègres
de l'intérieur du pays ?- Ce ſont généralement
des Marchands qui ne font que ce commerce.
Quelle est l'étendue de la contrée dont ils tirent
ces Eſclaves ? Je n'en fais rien ; car quoique
(17)
j'aie pénétré fort avant dans lepays , il ne m'a
pas été poffible de me procurer des renſeignemens
exacts fur les contrées p'us intérieures , d'où vient
la majeure partie des Eſclaves.
Avez-vous connoiſſance de quelque commerce
fait par le Sénégal , en Egypte ou dans les parties.
Orientales de l'Afrique ?- Oui , je fais qu'il ſe
fait un commerce conſidérable entre les Noirs
des rives du Sérégal , ceux de la côte Orientale
du même fleuve , & les habitans du nord
de la Ba barie : j'entends parler de toute l'étendue
de pays depuis le détroit de Gibraltar juſqu'à
l'Egypte ; & l'on m'a dit qu'il ſe faifoit auffi un
grand commerce entre les pays intérieurs des
Nègres , qui ſe trouvent environ ſous la même
latitude & l'Egypte. C'eſt la Nubie qui fert de
canal à ce commerce.
Savez-vous fi le. Eſclaves font un article de
commerce entre les Sénégalois & les Nubiens ?
C'eſt le principal . -
-
Les parties de l'Afrique viſitées par vous , fontelles
extrêmement peup'ées ou non ? Je ne
connois que les côtes maritimes & le voiſinage
des gra des rivières , & j'y ai toujours trouvé
la population prodigieufe.
Les guerres y font elles fort deſtructives ou
non?-Très-peu deſtructives en général,
De quelle manière traite-t-on au Sénégal les
perſonnes convaincues de crimes , lorſque l'on ne
les vend pas comme Eſclaves ? C'eſt ce que
je ne puis dire , mais je crois que les loix feroient
beaucoup plus fanguinaires dans ce pays , ſi l'efclavage
n'étoit la punition la plus ordinaire des
crimes.
-
Etes-vous en état de donner des renſeignemens
fur les productions de l'Afrique , propres à l'exportation
, fans compter les eſclaves ?
perdmment des Eſclaves , l'article principal de
---- Indé
( 18 )
commerce an Sénégal , eſt de la gomme qui en
porte le nom. A Gambie nous achetâmes un
peu de cire. Dans le bas de la côte quelques
objets propres à la teinture ; & dans toute la
partie ſupérieure, un peu d'ivoire.
Connoiff z-vous d'autres artic'es objets d'exportation
? Rien qui mérite qu'on en parle
comme objet de commerce. La contrée pourroit
en produire un grand nombre , & même
tout ce qu'on tire des Indes occidentales ; mais
les habitans font trop indolens pour ſe livrer à
la culture ; & je ne crois pas qu'on puiſſe jamais
obtenir d'eux ces productions.
Eſt-ce du Sénégal que l'on tire toute la gomme
qui en porte le nom ? - Non, nous nous en
fommes procuré beaucoup à Portandick , un
peu au nord. du Sénégal.
-
Ya-t-il des débouchés ſuffifans pour la vente
detoute la gomme de Sénégal que produit ce
pays ? Les récoltes de gomme de Sénégal
ſont très incertaines. Il eſt des années
où le pays en fournit plus qu'il n'en faut à la
conſommationgénérale de toute l'Europe , même
pour pluſieurs années , tandis que dans d'autres
à peine y en a-t-il aſſez; mais à tout prendre
la récolte eſt plus que ſuffiſante pour la confommation
de toute l'Europe.
-
Le commerce en cire & en ivoire ſeul , eſtil
ſuſceptible d'accroiſſement ? Je ſuis fûr que
ni l'un ni l'autre n'en eſt ſuſceptible ; au contraire ,
s'il n'y avoit pas de Traite de Nègres , le commerce
d'ivoire baiſſeroit conſidérablement , parce
que les marchands , en amenant des Eſclaves de
l'intérieurdu pays pour les vendre , ne négligent
pas d'apporter auſſi l'ivoire qu'ils ont pu fe procurer;
tandis que s'ils n'avoient plus d'Eſcaves
à amener , ce qu'ils ont d'ivoire ne ſuffircit pas
pour les défrayer de leur voyage.
(19 )
Le commerce du bois de teinture eſt- il fofceptible
d'un grand accroiſſement ?-Je ne l'en
crois pas fufceptible à la Côte d'or ; & quand
il le feroit , je doute que ce fût avec bénéfice ,
parce que je crois que nous avons autant de
ce bois qu'il nous en faut. J'ai entendu dire
quele commercede bois de teinture des environs
d'Angola , connu ſous le nom de ( Bar Wood )
s'accroîtroit ſi l'on vouloit ; mais nous en avons
déja plus que ſuffiſamment.
L'Afrique fournit-elle du coton ? - Oui , &
même de très beau.
Dans quelle partie ?
Gambie.
- Au Sénégal & à
- Yvient- il en grande quantité ? Il n'y en
a que pour fournir aux beſoins des Naturels ; j'ai
eſſayé de m'en procurer , mais inutilement.
- remonter , c'est-à-dire
Connoiſſez-vous la côte à l'oppoſite du vent ?
Auffi loinque jell''aaii pu rem
juſqu'à la rivière de Sherbro.
Connoiſſez-vous le rivage ?- Oui , dans la
partie que j'ai parcourue.
Eft-il facile de prendre terre fur cette côte , &
de tranſporter des marchandiſes peſantes à bord
des navires ? Onne peut débarquer fur cette -
côte qu'en remontant les rivières .
Y a-t-il entre Sherbro & Bonny quelques
rivières où l'on puiſſe établir un débarquement
commode?-Je crois qu'il n'y a entre Sherbro
& Bonny aucune rivière conſidérable cù l'on
puiſſe établir un débarquement de quelque sûreté ;
mais je penſe que l'on trouveroit entre Benin
&Bonny, de petites rivières qui offriroient un
atterrage sûr.
-
Quellediſtancey a-t-il entre Sherbro & Benin
en fuivant la côte ? Je ne puis la déterminer
précisément , trois ou quatre cens lieues à-peuprès
, mais je n'en ſui pas sûr.
1
i
( 20 )
Ya-t-il dans cet intervalle une baie ou un
hâvre qui préſente un afie sûr aux vaiſſeaux ?
-Non, je ne le crois pas ; toute la côte eſt
Ouv rte.
-
10
Quelle est la diſtance entre Benin & Bonny ?
Mais , autant que je puis m'en ſouvenir , de
40 ou 50 neues .
Les dépositions de M. Richard Miles,
qui a résidé dix-huit ans à la Côte d'or ,
sont presque entièrement conformes à
çelles qu'on vient de lire. Ilsemblequ'elles
aient fait baisser Tenthousiasme en faveur
de l'abolition ; du moins détruisentelles
plusieurs des assertions fondamentales
sur lesquelles on en appuyoit la
nécessité , entre autres toutes celles qui
regardent les causes , l'ancienneté , la
nature de l'esclavage en Afrique , les
prétendues guerres que font les Princes
pour avoir des prisonniers , les réduire
en servitude , et les vendre , etc. etc.;
mais il faut attendre si ces témoignages
ne seront pas combattus par des preuves
aussi positives .
La Gazette de Bahama a rendu compte
d'un naufrage , dont la singularité mérite
une mention :
- Jean
« Le floop l'Elifabeth , deſtiné, pour New-
Yorck , a coulé bas le 3 de ce mois , dit cette
feuille , par l'abordage d'une baleine.
Harvey, Capitaine en ſecond de ce bâtiment , Jean
Corke & Luc Dixion , Matelots , ont fait ferment
que le premier janvier dernier , ils firent voile
de l'ifle de la nouvelle Providence , pour aller
(21 )
àExuma, où le loop prit à bord une cargaiſon
de ſel d'environ 2000 boiſſeaux. Vers le 13 du
même mois , ils ſortirent d'Exuma. Le 3 février ,
vers les ſept heures du ſoir , ſe trouvant fur l'arrièredudit
vaſſeau , JeanHarvey étant dans l'entrepont
, ils découvrirent une très grande baleine
par le travers trib rd du navire , & qui jeroit
del'eau.Ellecontinua de s'approcher de vaiff: au ,
tellement qu'elle arriva contre le bord , au point
qu'un Negre à bord prit un billot de bois pour
la frapper & l'éloigner. Avant que le Nègre cût
exécuté ſondeſſein ,la baleine arriva près la hanche
du navire , & , s'élevant , frappa le vaiſſeau dans
la hanche , le fouleva au vent , & s'enforça;
puisrevenant immédiatement ſur l'eau, donna avec
ſa queueun coup très-violent , qui cependant n'arriva
point juſqu'au vaiſſeau ; cependant il avoit
été tellement avarié par le premier coup , qu'il
cou'oit bas au premier choc. Jean Harvey& fon
Capitaine accoururent ſur le pont,& voyant couler
le bâtiment , firent couper toutes les attaches de la
chaloupe ; mais le vaiſſeau s'enfonçant de plus en
plus,emporta aveclui la chaloupe avecJeanHarvey,
qui revint bientôtſur l'eau ;le rette de l'équipage ſe
foutint partie à la nage ,& partie ſur les eſparres
&les débris qui leur tomboient ſous la main.
La violence du coup de la baleine avoit déplacé
les deux pompes , & l'équipage les ayant trouvées
à flot, s'en faifit , & les amarra dans la chaloupe
qui étoit p'eine d'eau. Le temps étant trèsmodéré
& le vent à l'Eſt , les dépoſans & les
autres perſonnes qui étoient à bord, ſe ſoutinrent
fur la chaloupe & les pompes , & à l'aide d'un
aviron , parvinrent à tenir la chaloupe debout
au vent & à la lame , demanière qu'à la pointe
du jour le lendemain , ils virent la terre à environs
milles de diſtance. Daniel Smith , Capitaine
,&un Nègre , nommé Guillaume Harvey ,
ز
(22)
2
étant épuiſés de fatigues & hors d'état de ſe
foutenir , furent noyés ; à deux heures après midi
du même jour , les dépoſans arrivèrent à terre ,
dans un état de foibleſſe & d'épuiſement inexprimable
, fur la pointe orientale d'Elauthra , où ils
reçurent le traitement le plus hoſpita'ier de la part
des habitans. Toute la cargaiſon , le numéraire
&le bâtiment ont été totalement perdus.
FRANCE.
De Versailles , le 29juin.
Le 18 , Leurs Majestés & la Famille Royale
ont aſſiſté à la proceffion de l'Octave de la Fête
Dieu , dans l'Egliſe de la paroiſſe Notre-Dame
de cette ville.Des Députations des troisOrdres s'y
font trouvées comme à la proceffion précédente.
La Cour eſt repartie, le mêmejour, pourMarly.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Siſteron l'Abbé
de Bovet , Vicaire-général d'Arras ; à l'Abbaye
de Saint-André en Gouffern, Ordre de Citeaux ,
diocèſe de Séez , l'Abbé de Cordon , Comte de
Lyon , Vicaire-général d'Embrun , ſur la nomination&
préſentation de Monfieur , Frère de Sa
Majesté , en vertu de ſon apanage ; à celle de Saint-
Sulpice-lès-Bourges , Ordre de S. Benoît , diocèſe
deBourges, l'Abbé de Cornu de Ballivière ,
Aumônier ordinaire du Roi ; à celle de la Couronne
, Ordre de S. Auguſtin , diocèſe d'Angoulême
, l'Abbé de Gaſton , Aumônier de Monſeigneur
Comte d'Artois ; & à celle du Landais ,
Ordre de Citeaux , diocèſe de Bourges , l'Abbé
de Bertrand de Poligny , Comte de Lyon , Aumonier
de Madame Comteſſe d'Artois ; leſdites
Abbayes de Saint-Sulpice , de la Couronne &
du Landais , ſur la nomination & préſentation de
( 23)
Monſeigneur Comte d'Artois , en vertu de fon
apanage.
Le 21 , la Cour a quitté Marly pour ſe rendre
à Verſailles .
ÉTATS - GÉNÉRAUX.
Huitième semaine de la Session.
Du 22 juin. La SÉANCE ROYALE ,
proclamée le samedi précédent , a été
remise aujourd'hui par une nouvelle
proclamation , faite à 8heures du matin ,
àdemain 23.
CLERGÉ. Voyez ci-après.
NOBLESSE . L'attente de la Séance
Royale a suspendu ses Séances .
TIERS - ETAT. Un Héraut d'armes a
remis pendant la nuit , à M. Bailly ,
Président , une lettre de S. M. , envoyée
par le Grand-Maître des Cérémonies , et
qui avertit M. Bailly du renvoi de la
Séance Royale.
Adixheuresdumatin,lesDéputés, auxquels
s'étoient joints quelques Membres
du Clergé , se sont rendus à l'Eglise
St. Louis. Plusieurs avis ont été proposés.
Pendant qu'on les discutoit , un
Député du Clergé a annoncé que 149
Membres de son Ordre alloient à l'instant
se réunir au Tiers-Etat. En effet ,
cette réunion s'est faite dans le choeur
de l'Eglise; les Députés du Clergé ayant
мм. à leur tête MM. les Archevêques de
( 24 )
Vienne et de Bordeaux , et les Evêques
de Rhodez et de Chartres.
Les Députés des deux Ordres placés ,
M. l'Archevêque de Vienne , assis à
côté de M. Bailly, Président du Tiers ,
a dit : « MM. la Majorité du Clergé se
<<joint à vous pour la vérification des
<<pouvoirs en commun , et je crois
<<<pouvoir assurer que cette démarche
* est le présage d'une réunion solide et
<durable. »
M. Bailly a répondu :
« Meſſieurs , vous voyez la joie& les acclamations
que votre préſence fait naître dans l'Afſemblée
: c'est l'effet d'un ſentiment bien pur ,
l'amour de l'union& du bien public. Vous fortez
du Sanctuaire , Meſſieurs , pour vous rendre dans
certeAflemb ée nationale , où nous vous attendions
avec tant d'impatience , par une délibération où
apréſidé l'eſprit de justice& de paix. Vous avez
voré cette réunion défirée; c'eſt le Corps du
Clergé que nous voyons uwi à nous. La France
bénira ce jour mémorable ; elle inſcrira vos noms
dans les faftes de la Patrie , & elle n'oubliera
point fur- tout ceux des dignes Pafteurs qui vous
ont précédés , & qui vous avoient annoncés &
proms à notre empreſſ ment. Quelle fatisfaction
pour nous , Meffi urs ! Le bien, dont le
déſir eſt dans tous les coeurs , le bien auquel nous
allons travailler avec courage & avec perſévéranca
, nous le ferons avec vous , en votre préfence
: il fer l'ouvrage de la paix & de l'amour
fraternel . Ilnous rene encore des voeux à former ;
je
( 25 )
je vois avec peine que des Frères d'une autre
claſſe manquent à cette auguſte famille ; mais ce
jour eſt un jour de bonheur pour l'Aſſemblée nationale
; & , s'il m'eſt permis d'exprimer un ſentiment
perſonnel , le plus beau jour de ma vie
fera celui où j'ai vu s'opérer cette réunion , où
j'ai eu l'honneur de vous répondre au nom de
cetre auguſte Aſſemblée , & de vous adreſſer ſes
fentimens & ſes félicitations . »
DeuxDéputés de la Noblesse du Dauphiné
, MM. le Marquis de Blacons et
le Comte d'Agoult sont entrés , en
soumettant leurs pouvoirs à la vérification
commune; le premier a aussi
harangué l'Assemblée .
Du 23 juin. Les trois Ordres étoient
rendus à l'ouverture de la Séance Royale ,
qui ne s'est faite qu'à onze heures et
demie. On avoit supprimé de la salle
générale des Etats les gradins et les
travées où le Public s'étoit assemblé .
jusqu'alors .
S. M. en grand cortège , accompagnée
dans sa voiture de MONSIEUR , de Mgr.
Comte d'ARTOIS , de MMgrs. les Ducs
d'Angoulême , de Berry et de Chartres ,
est entrée précédée des Maréchaux de
France et des Princes ses frères. Assis
sur son trône , le Roi a dit :
<<<Messieurs , je croyois avoir fait tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour le
bien de mes Peuples , lorsque j'avois pris
la résolution de vous rassembler; lorsque
N° . 27. 4 Juillet 1789. b
( 26 )
j'avois surmonté toutes les difficultés
dont votre Convocation étoit entourée ;
lorsque j'étois allé, pour ainsi dire , audevant
des voeux de la Nation , en manifestant
à l'avance ce que je voulois
faire pour son bonheur. >>>
« Il sembloit que vous n'aviez qu'à
finir mon ouvrage , et la Nation attendoit
avec impatience le moment
où , par le concours des vues bienfaisantes
de son Souverain , et du zèle
éclairé de ses Représentans , Elle alloit
jouir des prospérités que cette union
devoit leur procurer. >>
<<<Les Etats-Généraux sont ouverts
depuis près de deux mois , et ils n'ont
point encore pu s'entendre sur les préliminaires
de leurs opérations. Une parfaite
intelligence aurcit dû naître du
seul amour de la Patrie , et une funeste
division jette l'alarme dans tous les
esprits. Je veux le croire , et j'aime à le
penser , les Françoisne sont pas changés.
Mais pour éviter de faire à aucun de
vous des reproches , je considère que le
renouvellement des Etats- Généraux
après un si long terme, l'agitation qui
l'a précédé , le but de cette Convocation
, si different de celui qui rassembloit
vos ancêtres les restrictions
dans les pouvoirs , et plusieurs autres
circonstances , ont dû nécessairement
amener des oppositions , des débats et
des prétentions exagérées. »
,
?
( 27 )
<<Je dois au bien commun de mon
Royaume , je me dois à moi-même de
faire cesser ces funestes divisions. C'est
dans cette résolution , Messieurs , que
je vous rassemble de nouveau autour
de moi ; c'est comme le père commun
de tous mes sujets , c'est comme le défenseur
des loix de mon Royaume , que
je viens vous en retracer le véritable
esprit , et réprimer les atteintes qui ont
pu y être portées. »
<<<Mais, Messieurs , après avoir établi
clairement les droits respectifs des diffé
rens Ordres , j'attends du zèle pour la
Patrie , des deux premiers Ordres
j'attends de leur attachement pour ma
personne , j'attends de la connoissance
qu'ils ont des maux urgens de l'Etat
que , dans les affaires qui regardent le
bien général, ils seront les premiers à
proposer une réunion d'avis et de sentimens
, que je regarde comme nécessaire
dans la crise actuelle , et qui doit
opérer le salut de l'Etat. >>>
M. le Garde-des-Sceaux a lu ensuite
la déclaration suivante.
Déclaration du Roi, du 23 Juin 1789 ,
concernant la présente tenue des
Etats-Généraux.
ARTICLE PREMIER.
Le Roi veut que l'ancienne diftinction des trois
Ordres de l'Etat fois conſervée en ſon entier
comme eſſentiellement liée à la conttitution de
,
bij
( 28)
fon royaume; que des Députés librement élus
par chacun des trois Ordres, formant trois Chambres
, délibérant par Ordres , & pouvant , avec
P'approbation du Souverain , convenir de délibérer
en commun , puiſſent ſeuls être conſidérés comme
formant le corps des Repréſentans de la Nation.
En conféquence , le Roi a déclaré nulles les délibérations
priſes par les Députés de l'Ordre du
Tiers-Etat , le 17 de ce mois , ainſi que cel'es qui
auroient pu s'enfuivre , comme illégales &inconftitutionnelles
.
II . Sa Majeſté déclare valides tous les pouvoirs
vérifiés ou à vérifier dans chaque Chambre , fur
leſquels il ne s'eſt point élevé ou ne s'élèvera
point de conteſlation ; ordonne Sa Majesté qu'il
en ſera donné communication reſpective entre les
Ordres.
Quant aux pouvoirs qui pourroient être conteſtés
dans chaque Ordre , & fur leſquels les
parties intéreſſées ſe pourvoiroient, il y ſera ſtatué
pour la préſente tenue des Etats-Généraux ſeulement
, ainſi qu'il ſera ci-après ordonné .
III. Le Roi caffe & annulle , comme anticonſtitutionnelles
, contraires aux Lettres de convocation
, & oppoſées à l'intérêt de l'Etat , les
restrictions de pouvoirs , qui , en gênant la liberté
desDéputés aux Etats-Généraux , les empêcheroient
d'adopter les formes de délibération prifes
ſéparément par Ordre ou en commun , par le voeu
diſtinct des trois Ordres .
IV. Si , contre l'intention du Roi , quelques-uns
des Députés avoient fait le ferment téméraire de
ne point s'écarter d'une forme de délibération quelà
leur confcience de
conque , Sa Majesté laiſſe
conſidérer fi les diſpoſitions qu'Elle va régler ,
s'écartent de la lettre ou de l'eſprit de l'engagement
qu'ils auroient pris.
V. Le Roi permet aux Députés qui ſe croiront
( 29 )
gêrés par leurs mandats, de demander à leurs
Commettans un nouveau pouvoir ; mais Sa Majeſté
leur enjoint de reſter , en attendant , aux
Etats- Généraux , pour affifter à toutes les délibérations
ſur les affaires preſſantes de l'Etat ,& y donner
un avis conſultatif.
VI. Sa Majesté déclare que dans les tenues
ſuivantes d'Etats - Généraux , Elle ne fouffrira
pas que les cahiers ou les mandats puiffent être
jamais conſidérés comme impératifs; iis ne doivent
être que de ſimples inſtructions confiées àla
confcience & à la libre opinion des Députés dont
on aura fait choix.
VII. Sa Majesté ayant exhorté pour le ſalut de
l'Etat , les trois Ordres à fe réunir pendant cette
tenue d'Erars ſeulement , pour délibérer en commun
ſur les affaires d'une utilité générale , veut
faire connoître ſes intentions ſur la manière dont
il pourra y être procédé.
VIII. Seront nommément exceptées des affaires
qui pourront être traitées en commun , celles qui
regardent les droits antiques & conftitutionnels des
trois Ordres , la forme de conſtitution à donner
aux prochains Etats- Généraux , les propriétés féodales
& feigneuriales , les droits utiles & les
prérogatives, honorifiques des deux premiers Ordres.
IX. Le confentement particulier du Clergé ,
fera néceſſaire pour toutes les difpofitions qui
pourroient intéreſſer la Religion , la difcipline Eccléſiaſtique
, le régime des Ordres & Corps fé
culiers & réguliers . <
X. Les délibérations à prendre par les trois
Ordres réunis , fur les pouvoirs conteſtés , &
fur lesquels les parties intéreſfées de pourvoiro'ent
aux Etats-Généraux , feront priſes à la
pluralité des Tuffages; mais files deux tiers d s
voix , dans l'un des trois Ordes , réclamoient
bij
( 30 )
contre la délibération de l'Aſſemblée , l'affaire
fera rapportée au Roi , pour y êtredéfinitivement
ftatué par Sa Majefté.
XI. Si dans la vue de faciliter la réunion des
trois Ordres, ils défiroient que les délibérations
qu'ils auront àprendre en commun ,paſſaſſent ſeulement
à la pluralité des deux tiers de voix , Sa
Majesté eſt diſpoſée à autorifer cette forme.
XII . Les affaires qui auront été décidées dans
les Aſſemblées des trois Ordres réunis, feront
ifes le lendemain en délibération , ſi cent
Membres de l'Aſſemblée ſe réuniſſent pour en
faire la demande.
XIII. Le Roidéfire que , dans cette circonftance,
&pour ramener les eſprits à la conciliation , les
trois Chambres commencent à nommet ſéparémentune
Commiffion composée du nombre de
Députés qu'elles jugeront conve ables , pour préparer
la forme & la diftribution des bureaux de
conférences , qui devront traiter les différentes affaires.
XIV. L'Affemblée générale des Députés des
trois Ordres , ſera préſidée par les Préſidens choifis
par chacun des Ordres , & felon leur tang ordinaire.
XV. Le bon ordre , la décence & la liberté
même des ſuffrages , exigent que Sa Majeſté défende
, comme Elle le fait exprcffément , qu'aucune
perfonne , autre que les Merabres des trois
Ordres compofant les Etats-Généraux , puiſſe
affiſter à leurs délibérations , ſoit qu'ils les prennent
en commun ou ſéparément.
Sa Majesté reprenant la parole , a
dit:
<<J'ai voulu aussi , Messieurs , vous
faire remettre sous les yeux, les différens
bienfaits que j'accorde à mes Peuples .
( 31 )
Ce'n'est pas pour circonscrire votre zèle
dans le cercle que je vais tracer ; car
j'adopterai avec plaisir toute autre vue
de bien public qui sera proposée par les
Etats-Généraux. Je puis dire , sans me
faire illusion , que jamais Roi n'en a
autant fait pour aucune Nation ; mais
quelle autre peut l'avoir mieux mérité
par ses sentimens , que la Nation Francoise!
Je ne craindrai pas de l'exprimer ,
ceux qui, par des prétentions exagérées ,
ou par des difficultés hors de propos ,
retarderoient encore l'effet de mes intentions
paternelles , se rendroient indignes
d'être regardés conime François. »
Déclaration des intentions du Roi.
ARTICLE PREMIER.
Aucun nouvel impôt ne ſera établi , aucun
ancien ne ſe a prorogé au-delà du terme fixé par
les Lois , fans le confentement des Repréſentans
de la Nation .
H. Les impofitions nouvelles qui feront établies,
ou les anciennes qui feront prorogées , ne
le feront que pour l'intervalle qui devra s'écouler
juſqu'à l'époque de la tenue ſuivante des Etats-
Généraux.
II. Les emprunts pouvant devenir l'occafion
néceſſaire d'im accroiflement d'impôts , aucun
n'aura Rea fans le conſentement des Etats-Géméraux,
fous la condition toutefois , qu'en cas de
guerre , ou d'autre danger national , le Souverain
aura la faculté d'emprunter ſans délai , juſqu'à
la concurrence d'une ſomme de Cent millions ;
car l'intention formelle du Roi , eſt de'ne jamais
biv
( 32 )
mettre le ſalut defon Empire dans la dépendance
de perſonne.
IV. Les Etats- Généraux examineront avec ſoin
la ſituation des finances , & ils demanderont tous
les renſeignemens propres à les écairer parfaitement.
V. Le tableau des revenus &des dépenſes ſera
rendu public chaque année , dans une forme propoſée
par les Etats Généraux , & approuvée par
Sa Majeſté.
VI. Les ſommes attribuées à chaque département
, feront déterminées d'une manière fixe &
invariable , & le Roi foumet à cette règle générale
, les fonds mêmes qui font deftinés à l'entretien
de fa Maiſon.
VII. Le Roi veut que pour affurer cette fixité
des diverſes dépenses de l'Etat , il lui foit indiqué.
par les Etats-Généraux les diſpoſitions propres à
remplir ce but , & Sa Majesté les adoptera , fi
elles s'accordent avec la dignité royale & la célérité
indiſpenſable du ſervice public.
VIII. Les Repréſentans d'une Nation fidelle aux
lois de l'honneur & de la probité , ne donneront
aucune atteinte à la foi publique , & le Roi
attend d'eux que la confiance des Créanciers de
l'Etat foit aſſurée &conſolidée de la manière la
plus authentique..
IX. Lorſque les diſpoſitions formelles annoncées
par le Clergé & la Nobleſſe , de renoncer
à leurs priviléges pécuniaires , au ont été réaliſées
par leurs délibérations , l'intention du Roi eft
de les fanctionner, & qu'il n'exiſte plus dans le
paiement des contributions pécuniaires aucune efpèce
de priviléges ou de deſtinctions .
X. Le Roi vent que pour confacrer une difpoſition
ſi importante , le nom de Taille foit aboli
dans fon royaume , & qu'on réuniſſ cet impôt ,
foit aux Vingtièmes , foit à toute autre impofi
t
1
(33)
tion territoriale , ou qu'il foit enfin remplacé de
quelque manière , mais toujours d'après des pros
portions juftes , éga'es , & fans diſtinction d'état,
de rang &de naifliance.
XI. Le Roi veut que le droit de franc-fief
foit aboli du moment où les revenus & les dépenſes
fixes de l'Etat auront été mis dans un exacte
balance.
XII . Toutes les propriétés , fans exception ,
feront conſtamment reſpectées , & Sa Majesté
comprend expreſſément ſous le nom de propriétés ,
les Dimes , Cens , Rentes , Droits & Devoins féodaux
& feigneuriaux , & généralement tous les
droits & prérogatives utiles on honorifiques , attachés
auxterres & aux fiefs , ou appartenans aux
perfonnes.
XIII. Les deux premiers Ordres de l'Etat continueront
à jouir de l'exemption des charges perfonnelles
; mais le Roi approuvera que les Etats-
Généraux s'occupent des moyens de convertir
cesfortes de charges en contributions pécuniaires ,
&qu'alors tous les Ordres de l'Etat y foient affujettis
également.
XIV. L'intention de Sa Majeſté eſt de déterminer
, d'après l'avis des Etats-Généraux , quels
feront les emplois & les charges qui conſerveront
à l'avenir le privilége de donner &de tranſmettre
la Nobleſſe. Sa Majeſté néanmoins , ſelon le droit
inhérent à ſa Couronne , accorderà des Lettres de
nobleffe à ceux de ſes Sujets qui , par des fervices
rendus au Roi & à l'Etat, ſe feroient montrés
dignes de cette récompenfe.
XV. Le Roi défirant affurer la liberté perfornelle
de tous les citoyens d'une manière folide
durable , invite les Etats-Généraux àchercher &
à lui propofer les moyens les plus convenablev
de concilier l'abolition des ordres , connus fous
le nom de Lettres de cachet , avec le maintien de
1
bv
( 34 )
7
la fûreté publique & avec les précautions néceffaires,
foit pour ménager , dans certain, cas ,
l'honneur des familles , foit pour réprimer avec
célérité les commencemens de ſédition , ſoit pour
garantir l'Etat des effets d'une intelligence criminelle
avec les Puiſſances étrangères .
XVI. Les Etats-Généraux examineront & feront
connoître à Sa Majesté , le moyen le plus
convenablede concilier la liberté de la preſſe , avec
le reſpect dû à la Religion , aux moeurs & à .
Phonneur des Citoyens.
XVII. Il ſera établi , dans les diverſes provinces
ou généralités du royaume , des Etats-Provinciaux
compoſés de deux dix èmes de Membres du Cle gé,
dont une partie ſera néceſſairement choiſie dans
l'Ordre Epifcopal ; de trois dixièmes de Membres
de la Noblefie , & de cinq dixièmes de Membres
du Tier -Etat.
XVIII . Les Membres de ces Etats-Provinciaux
feront librement élus par les Ordres reſpectifs ,
&une meſure quelconque de propriété fera n.-
ceſſaire pour être Electeur ou éligible.
XIX. Les Députés à ces Etats-Provinciaux ,
délibéreront en commun fur toutes les affaires ,
fuivant l'uſage obſervé dans les Affemblées provincia'es
que ces Etars remplace: ont.
XX. Une Commiffion intermédiaire , choifie
par ces Erats , adminiſtrera les affaires de la Pro-
-vince, pendant l'intervalle d'une tenue à l'autre ,
&ces Commifions inte médiaires, devenant ſeules
refponfables de leur geftion , auront pour Délégués
des perſonnes choifies uniquement par elles , ou
par les Etats Provinciaux,
XXI. Les Etats-Generaux propoſeront au Roi
leurs vues pour toutes les autres parties de l'organiſation
intérieure des Etats-Provinciaux , &
pour le choix des formes applicables à l'éction
des Membres de cette Aſſemblée.
( 35)
XXII. Indépendamment des objets d'administration
dont les Affemblées provinciales font char
gées , le Roi confiera aux Etats-Provinciaux l'adminiſtration
des hôpitaux , des prifſors , des dépôts
de menicité , des Enfans-trouvés , l'inſpection
des dépenſes des villes , la furveillance ſur l'entrétien
des forêts , fur la garde & la vente des
bois, & fur d'autres objets qui pourroient être
adminiſtrés plus utilement par les provinces,
XXIII. Les conteſtations ſurvenues dans les
provinces où il exiſte d'anciens Etats , & les réclamations
élevées contre la conſtitution, de ces
Afſſemblées , devront fixer l'attention des Etats-
Généraux , & ils feront connoître à Sa Majefté
les diſpoſitions de juftice & de ſageſſe qu'il eſt
convenable d'adopter , pour établir un ordre fixe
dans l'adminiſtration de ces mêmes provinces.
XXIV. Le Roi invite les Etats Généraux à
s'occuper de la recherche des moyens propres à
tirer le parti le plus avantageux des Domaines
qui font dans ſes mains , & de lui propoſer également
leurs vues fur ce qu'il peut y avoir de
plus convenable à faire relativement aux Domaines
engagés.
XXV. Les Etats -Géréraux s'occuperont du
projet corçu depuis long-temps par Sa Majesté,
deporten les douanes aux frontières du royaume ,
afin quela plus parfaite liberté règne dans la circulation
intérieure des marchandiſes nationales ou
étangères.
XXVI. Sa Majesté déſire que les fâcheux effets
de l'impôs forle fel & l'importance de ce revenu ,
foient difcutés foigneusement , & que , danstoutes
les fuppofitions , on propoſe att moins des moyens
d'en adoucir la perception .
XXVII . Sa Majeſté veut auſſi qu'on examine
attentivement les avantages & les inconvéniers
des droits d'aides & des autres impôts , mais fans
bvi
( 36)-
perdre de vue la néceſſité abſolue d'aſſurer une
exacte balance entre les revenus&les dépenſes de
l'Etat.
XXVIII. Selon le voeu que le Roi a manifeſté
par ſa Déclaration du 23 ſeptembre dernier , Sa
Majesté examinera avec une ſérieuſe attention ,
les projets qui lui feront préſentés relativement à
l'adminiſtration de la justice , & aux moyens de
perfectionner les lois civiles & criminelles.
XXIX. Le Roi veut que les Lois qu'il aura
fait promulguer pendant la tenue & d'après l'avis
ou ſelon le voeu des Etats-Généraux , n'éprouvent
pour leur enregiſtrement & pour leur exécution
aucun retardement , ni aucun obſtacle dans toute
l'étendue de fon royaume.
XXX. Sa Majesté veut que l'uſage de laCorvée
pour la confection&l'entretien des chemins , foit
entièrement & pour toujours aboli dans ſon
royaume.
XXXI. Le Roi déſire que l'abolition du droit
deMain-morte , dont Sa Majesté a donné l'exemple
dans ſes Domaines , foit étendue à toute la
France ,& qu'il lui foit propoſé les moyens de
pourvoir à l'indemnité qui pourroit être due aux
Seigneurs en poffeſſion de ce droit..
XXXII . Sa Majesté fera connoître inceffamment
aux Etats-Généraux les Réglemens, dont
Elle s'occupe pour reſtreindre les Capitaineries,
&donner encore dans cette partie, qui tientde
plus près à ſes jouiſſances perſonnelles , un nou
veau témoignage de fon amour pour ſes Peuples.
XXXIII . Le Roi invite les Etats-Généraux à
conſidérer le tirage de la Milice ſous tous ſes
rapports , & à s'occuper des moyens de concilier
ce qui eſt dû à la défenſe de l'Etat , avec les
adouciul mens que Sa Majeſté déſire pouvoir procurer
à fes Sujets .
( 37 )
1
XXXIV. Le Roi veut que toutes les difpofitions
d'ordre public & de bienfaiſance envers
fes Peuples , queSa Majeſté aura ſanctionnées par
ſon autorité , pendant la préſente tenue desEtats-
Généraux , celles entr'autres relatives à la liberté
perſonnelle , à l'égalité des contributions , à l'établiſſement
des Etats- Provinciaux , ne puiſſent jamais
être changées ſans le conſentement des trois
Ordres , pris féparément. Sa Majefté les place à
l'avance au rang des propriétés nationales , qu'Elle
veut mettre , comme toutes les autres propriétés,
fous la garde la plus aſſurée.
XXXV. Sa Majefté , après avoir appelé les
Erats-Généraux à s'occuper, de concert avec Elle ,
des grands objets d'utilité pub'ique & de tout ce
qui peut contribuer au bonheur de fon Peuple ,
déclare de la manière la plus expreſſe , qu'Elle
veut conferver en for entier & fans la moindre
atteinte , l'inſtitution de l'armée , ainſi que toute
astorité , police & pouvoir fur le Militaire , tels
que les Monarques François en ont conftamment
joui.
:
Le Roi a fait la clôture de la Séance
par le Discours suivant :
<< Vous venez , Messieurs , d'entendre
le résultat de mes dispositions et de mes
vues ; elles sont conformes au vif désir
que j'ai d'opérer le bien public ; et si ,
par une fatalité loin de ma pensée , vous
m'abandonniez dans une si belle entreprise
, seul , je ferai le bien de mes
Peuples ; seul , je me considérerai comme
leur véritable Représentant ; et connoissant
vos cahiers , connoissant l'accord
parfait qui existe entre le voeu le plus
( 38 )
général de la Nation et mes intentions
bienfaisantes , j'aurai toute la confiance
que doit inspirer une si rare harmonie ,
et je marcherai vers le but auquel je
veux atteindre , avec tout le courage
et la fermeté qu'il doit m'inspirer. >>>
<<Réfléchissez , Messieurs , qu'aucun de
vos projets , aucune de vos dispositions ,
ne peut avoir force de Loi sans mon
approbation spéciale. Ainsi , je suis le
garant naturel de vos droits respectifs ,
et tous les Ordres de l'Etat peuvent se
reposer sur mon équitable impartialité.
Toute défiance de votre part seroit une
grande injustice. C'est moi, jusqu'à présent,
qui fais tout pour le bonheur de
mes peuples; et il est rare peut- être
que l'unique ambition d'un Souverain
soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent
enfin pour accepter ses bienfaits.
>>>
<<Je vous ordonne, Messieurs , de vous
séparer tout de suite , et de vous rendre .
demainmatin , chacun dansles Chambres
affectées à votreOrdre , pour y reprendre
vos séances . J'ordonne en conséquence
au Grand-maître des cérémonies de faire
préparer les salles. >>>
Le Roi retiré , et la Séance levée , le
Clergé, à l'exceptionde quelques Curés ,
et laNoblesse sont sortis : les Communes
seules sont restées dans la Salle. LeGrand-
Maître des Cérémonies ayant renouvelé
Y
( 39 )
les intentions de S. Majesté , touchant la
séparation de l'Assemblée , le Président
a répondu qu'il étoit lié par le voeu de
ceux qu'il présidoit . 1
M. Pison du Galanda proposé ensuite
un ajournement au lendemain , après
avoir chargé deux Membres de l'Assemblée
de lui procurer les déclarations lues
au nom de Sa Maj . L'avis de M. Camus
aété, qu'avant de décider la prorogation,
on devoit persister dans ses premiers
Arrêtés.
Cette opinion a été soutenue par M.
Barnave , quí a distingué les Arrêtés
de la Chambre , des Lois qui pouvoient
se passer de la Sanction du Roi.
Ensuite M. de Mirabean a fixé les esprits
sur la résolution suivante :
« Attendu la néceſſité d'affurer la liberté des
epinions& le droit ainſi que le devoir de chaque
Député aux Etats-Généraux, de rechercher , cenfurer&
dénoncer toute eſpèce d'abus & d'obstacles
à la félicité & à la liberté publiques , l'Aſſe:nblée
Nationale arrête que la perſonne deſdits Députés
eſt inviolable , & que tout individu , privé ou
public , toute Corporation , Tribunal , Cour on
Commiffior quelconque , qui o'eroit , pendant ou
après la Seffion , reprocher , vechercher , ou faire
rechercher , maltraiter ou faire maltraiter , arrêter
ou faire arrêter , détenir cu faire dévenir la perſonne
d'un ou pluſieurs Députés , pour raiſon
d'aucunes propofitions , avis , opinions ou difcours
par eux faits aux Etats-Généraux ou dans aucunes
des Affemb'ées , Bureaux ou Comités qui en font
partie , fera réputé infâme & traître à la patrie :
1
( 40 )
:
arrêté de plus que dans tous les cas fuſdits , l'Afſemblée
Nationale prendra toutes les meſures
néceſſaires pour faire rechercher ceux qui en ſeront
les auteurs , inſtigateurs ou exécuteurs. »
Cet Arrêté a passé à la pluralité de
486 voix contre 34. La resolution de
persister dans les Arrêtés précédens, proposée
par M. Camus , a été prise à l'unanimité.
Du 24juin . Lecture faite de l'Arrêté
de la veille , un Député de Paris a demandé
qu'on y ajoutat que les Réprésentans
ne pourroient être poursuivis , ni au
civil, ni au criminel , sans un référé à
l'Assemblée qui statueroit sur les exceptions.
Quoique l'Auteur de l'Arrêté ait
défendu cette addition , en citant le privilége
des Communes Angloises , l'avis d'un
troisième Membre, que l'addition exigeroit
la Sanction Royale , a prévalu.
On débattoit sur la manière de faire
parvenir au Roi des représentations
contre l'emploi des Gardes chargés de
fermer au Public l'entrée de la Salle ,
lorsque la Majorité du Clergé est entrée
aux acclamations de l'Assemblée ..
Sur l'appel général des Membres du
Clergé , il s'en est trouvé 151 présens ,
et 143 absens .
On a procédé à la lecture des procèsverbaux
de la Séance du 21 en l'Eglise
St. Louis , après quoi les deux Ordres
se sont ajournés à demain , 9 heures
du matin.
(41 )
Du 25 juin. Neuf autres Ecclésiastiques
, en se réunissant à l'Assemblée ,
ont porté la Majorité de leur Ordre à
160.
L'on avoit commencé le rapport du
Comité de vérification, lorsque laMinorité
de la Noblesse , composée de 44
Députés, se sont réunis aux deux Ordres ,
aux applaudissemens de l'Assemblée. Ce
sont: را
MM. le Ducd'Aiguillon ; Dandré; le Marquis de
Lezay Marnezia ; le Vicomte de Toulongeon; le
Comte de Crillon ; le Vicomte de Beauharnois ; de
Pheline; le Vicomte des Androuins; le Marquis
de la Coſte ; le Comte de Castellane ; le Duc
d'Orléans ; le Marquis de Blacons ; le Marquis
de Langon; le Comte de la Blache ; le Comte
Ant. d'Agoult ; le Comte de Virieu , le Comte
de Morge; le Baron de Chaleon; le Comte de
Marfanne ; de Burle ; d'Eymar ; de Nomperre de
Champagny;de Prez de Craffier ; le Marquis de
Biancourt ; d'Agueſſeau ; Freteau ; le Comte de
la Touche ; le Comte de Montmorency; le Chevalier
de Maulette; le Comte de Clermont-Tonnerre
; le Duc de la Rochefoucauld; le Comte
de Lally-Tolendal; le Comte de Rochechouart ;
le Comte de Lufignan ; Dionis du Séjour ; du
Port ; le Marquis de Montesquiou - Fezenzac';
Alexandre de Lameth ; le Marquis de la Tour
Maubourg; leMarquis de Sillery; le Baron d'Harambure
; le Dac de Luynes ; le Marquis de
Lancosme; le Baron de Menou.
Aleur arrivée , M. le Comte Stanislas
de Clermont-Tonnerre a parlé en ces
termes :
« Les Membres de la Nobleſſe qui viennent en
( 42)
cemoment ſe réunir à l'Aſſemblée des Etats-Généraux
, cèdent à l'impulſion de leur confcience ,
&rempliſſent ſes devoirs ; mais il ſe joint à cet
acte de patriotiſme un ſentiment douloureux ;
cette confcience qui nous amèse , a retenu un
grandnombre de nos frères , arrêté par des mandats
plus ou moins impératifs. Ils cèdent à un
motif auffi reſpectable que le nôtre. Vous ne
pouvez , Meſſieurs , déſapprouver notre triſtelle
&nos regrets. »* !
«Nous sommes pénétrés de la ſenſibilité la
plus vraie pour la joie que vous nous avez témoignée;
nous vous apportons le tribut de notre
zèle & de nos sentimens , en venant travailler
avec vous au grand oeuvre de la régénération
publique. »
" Chacun de nous ſe réſerve de faire conncître
à l'Aſſemblée le degré d'activité que lui
permet fa poſition particulière. ».
M. Bailly a répondu
« Votre préſence répand ici la confolation &
la joie. Nous diſions , en recevant le Clergé , qu'il
nous teſtoit des voeux à former , qu'il manqusit
des frères à cette auguſte famille ; ces voeux ont
été preſque auſſi - tot remplis que formés. Nous
voyons un Prince illuftre , une partie impoſante
&refpectable de la Nobleſſe Françoite ; nous nous
livrons à la joie de la recevoir , à l'eſpérance de
voir réunir la totalité de cette Nobleſſe. Oui ,
Meſſieurs , ce qui nous manque nous fera rendu ;
tous nos frères viendront ici ; c'eſt la raiſon & la
justice , c'eſt l'intérêt de la Patrie qui les appellent&
qui nous en répondent. >>
«Travaillons de concert à la régénération du
Royaume , au foulagement du peuple ; nous porterons
la vérité auprès du Trône , & fa voix fera
entendue par un Roi , dont lareligion peut être
L
(43)
furpriſe, mais dont les intentions font juftes&la
bonté inaltérable , par un Roi qui déſire l'union
aujourd'hui effectuée , & qui fera toujours le père
de ſes peuples. »
Nous ne pouvons rapporter toutes les
harangues qui ont été prononcées dans
cette Séance , et qui se ressemblent
soit par leur objet , soit dans les expressions.
Celle de M. le Marquis de Sillery
mérite une mention particulière ; la
voici :
4 «C'eſt avec tranſport que nous reconnciſſons
parmi vous nos plus chers compatriotes'; au momentde
vos élections dans nos Provinces , l'amitié
avoit ſuivi l'eſtime que chacun de nous nous avoit
inſpirée, & collectivement nous réclamons de nos
concitoyens les mêmes ſentimens que nous avons
pour eux. >>>
>
«Nous ne cherchons pas à nous prévaloir
d'avoir devancé peut-être de quelques jours , dans
cette falle , le reſte des Membres de la Nobleffe;
la ſévérité de quelques - uns de leurs mandats
l'examenduplanproposé par le Roi, les empêchent
encore de rous joindre ; mais l'eſprit de juftice &
l'amour du bien public qui les dirigent , les ramèneront
fars doute bientôt au milieu de nous. »
«Oublions , Meſſieurs , les premiers momens
d'inquiétude qui nous ont éloignés ; faifons voir à
l'univers que la nation Françoife a conſervé fon
antique caractère. Entraînés par nos paſſions , rafſemblés
de toutes les parties de ce vaſte empire ,
ayant tous des intérêts à défendre , tenant à nos
opinions , & voulant les foutenir impérieuſement ,
naturellement il en devoit réſulter l'effervescence
qui, pendantquelques momens, nous a agités . Mais
enviſageons la tempête d'un oeil came& ferein ;
que nosanes ſe calment à proportiondes dangers
( 44)
qui nous environnent ; portons un oeil attentif ſur
tous les abus que nous devons réformer ; n'ayons
devant les yeux que le bonheur des peuples qui
nous eft confié , & que ces motifs ſacrés ſoient le
ralliement de nos coeurs &de nos pensées. »
« Ne perdons jamais de vue le reſpect que nous
devons au meilleur des Rois , & fi digne , par fes
vertus perſonnelles , d'être à jamais l'amour de ſes
peuples. Il nous appelle ſes enfans. Ah , fans doute
nousdevons tous nous regarder comme une famille
réunie , ayant des détails différens dans cette maiſon
paternelle. Il nous offre la paix; acceptons-la
fans balancer , & qu'il ne voye pas flétrir dans ſes
mains le rameau d'olivier qu'il nous préſente. >>
« C'eſt en préſence de la nation raffembléeque
nous readons au Clergé des hommages que nous
devonsà ſes vertus. La plupart de vous, Meffieurs,
témoins&confolateurs des peines des habitars des
campagnes , vous nous inſtruirez des détails attendriſſans
de leurs fouffrances , & vous nous aiderez
de vos conſeils pour trouver les moyens les plus
prompts de les ſoulager. »
« Et vous , Meſſieurs , qui réuniſſez dans votre
ſeindes Citoy ens diftingués dans tous les états ,des
Magiſtrats éclairés , des Littérateurs célèbres , des
Commerçans fidèles , des Artiſtes habiles, vous nous
aiderez de vos lumières&de vos inſtructions pour
procurer à la France les loix néceſſaires à la régénération
de l'ordre. >>
« Je m'arrête , Meſſieurs , & mes yeux ſe fixent
fur les habitans des campagnes qui ſont parmi
vous, dont les travaux reſpectables fervent à nourrir
& à enrichir les Citoyens de tous les ordres..
Si la Nob effe de France ſe glorifie de marcher à
la tête des légions pour la défenſe de la pauie ,
elle honore également cette milice formidable qui
fait la gloire & la fûreté de cet empire. >>
Ces Membres réunis de lá Noblesse
(45 )
ontdonnécommunication,nonofficielle,
de la lettre qu'ils avoient adressée au Président
de leur Ordre , avant de se rendre
dans la Salle Commune. Elle portoit :
M. LE PRÉSIDENT , :
« C'eſt avec la douleur la plus vraie que nous
nous ſommes déterminés à une démarche qui nous
éloigne dans ce moment d'une aſſemblée pour
laquelle nous ſommes pénétrés de reſpect , &dont
chaque Membre a des droits perſonnels à notre
eſtime; mais nous regardons comme un devoir indiſpenſable
de nous rendre dans la ſalle où ſe
trouve réunie la pluralité des Etats - Généraux.
Nous penſons qu'il ne nous eſt plus permis de
différer un inſtant de donner à la nation une preuve
de zèle , & au Roi un témoignage de notre attachement
pour ſa perſonne , en propoſant & procurant
dans les affaires qui regardent le bien général
, une réunion d'avis&de ſentimens , que Sa
Majesté regarde comme néceſſaire dans la criſe
actuelle , & comme devant opérer le ſalut de;
l'Etat. »
« Le plus ardent de nos voeux ſeroit ſans doute,
de vo'r notre façon de penſer adoptée par la Chambre
de la Nobleſſe toute entière; c'eſt ſur ſes pas
que nous euffions voulu marcher , & le parti que
nous nous voyons obligés de prendre ſans elle,
eſt ſans contredit le plus grand acte de dévouement
dont l'amour de la patrie puiſſe nous rendre
capables ; mais dans la place que nous occupons ,
il ne nous eſt plus permis de ſuivre les règles qui
dirigent les hommes privés ; le choix de nos concitoyens
a fait de nous des hommes publics ;
nous appartenons à la France entière , qui veut
par-deſſus tout des Etats - Généraux , & à des
Commettans qui ont le droit d'y être repréſentés.
Tels font , M. le Préſident , nos motifs
(46)
& notre excuſe; nous euflions eu l'honneur de
porter nous-mêmes à la Chambre de la Nobleſſe
la réſolution que nous avons priſe ; mais vous
avezaſſuré l'unde nous qu'il étoit plus reſpectueux
pour elle de remettre notre déclaration entre vos
mains , nous avons en conféquence l'honneur de
vous prier de vouloir bien lui en rendre compte.»
On avoit appelé au Comité de vérification
seize Députés du Clergé , et on
en a choisi un pareil nombre dans la
Minorité unie de la Noblesse .
24Députés ont été désignéspourporteràS.
M. le voeu de l'Assemblée Nationale
, que la salle des Etats ne soit plus
entourée de Gardes , et qu'on la rouvre
à la multitude
Une Députation des Electeurs de
Paris , avec un discours où les Commettans
annoncent leur invariable adhésion
aux délibérations de l'Assemblée Nationale
, particulièrement à celle du 17 ;
une seconde Députation d'un nombre
de Citoyens de la Capitale , également
chargés d'expressions de zèle et de patriotisme
, ont été reçues et remerciées .
On a annoncé une Députation de la
Majorité de la Noblesse ; annonce qui a
entraîné une discussion pour décider à
quel titre et sous quelle qualité on recevroit
ces six Députés Nobles. Plusieurs
refusoient même de les entendre. L'avis
de leur admission ayant prévalu , le Député
qui portoit la parole a fait lecture
d'un Arrêté de la Majorité de l'Ordre ,
(47)
par lequel elle défère à la premièreDéclaration
de S. M. dans la Séance Royale ,
comme facilitant une conciliation . Ensuite
il a dit :
Meffieurs , l'Ordre de la Nobleſſe nous a
chargés d'avoir l'honneur de vous communiquer
l'arrêté qu'il a pris hier. »
aVous verrez dans l'adhéſion qu'il s'eſtempreſſé
de donner à la première déclaration du Roi , le
déſir de conciliation qui l'anime, ſon væn ſincère
pour que les Ordres foient ramenés à la concorde
qui ne devroit jamais être altérée entre François ,
&fans laquelle il eſt impoffible d'opérer le bien
de l'Etat , premier devoir de tout bon Citoyen. "
Réponse de M. BAILLY :
•Meſſieurs , l'Afſfemblée Nationale me charge
de vous dire qu'elle n'a pu vous recevoir & ne
peut vous reconnoître que comme des Députés
Nobles non-réunis , comme des Gentilshommes
nos Concitoyens & nos Frères. Elle s'eſt portée
à vous admettre avec d'autant plus de p'aifir ,
qu'elle défire que vous soyez les témoins des
voeux que nous ne ceffons de faire pour votre
réunion à cette auguſte Aſſemblée , & que vous.
ſemblez nous laiſſer espérer. >>
Cet Arrêté de la Noblesse , présenté
au Roi le même jour , porte :
« L'Ordre de la Nobleſſe , empreſſfé de donner
au Roi des marques de fon amour& de fon refpect
, pénétré de reconnoiſſance des ſoins perfévérans
que Sa Majetté daigne prendre pour amener
les Ordres àune conciliation défirable; conſidérant
combien il importe à la Nation de profiter
ſans délai des grands bienfaits de la Conftitution ,
indiqués dans la ſeconde Déclaration des inten-
1
(48 )
tionsduRoi, lue àla Seance du 23 de ce mois; preſſé
encorepar fondéfir de pouvoir confolider la dette
publique,&réaliſer l'abandon des privilèges pécuniaires
auffitôt que le rétabliſſement des baſes conftitutionnelles
lui permetta de dé ibérer ſur ces deux
objets , auxquels l'Ordre de la Nobleſſe attache
l'honneur national , comme auffi le voeu le plus
cher de ſes Commettans ; fans être arrêté ſur la
forme de ladite Séance pour cette tenue d'Etats-
Généraux ſeulement ,& fans tirer à conféquence
pour l'avenir , a accepté purement & fimplement
&fans aucune réſerve les propoſitions contenues
aux quinze articles dans la première. Déclaration
du Roi à la Séance du 23 de ce mois. En conſéquence
, & pour exécuter l'article 5 de ladite
Déclaration , a arrêté que Sa Majeſté ſera ſuppliée
de convoquer la Nobleffe des Bailliages dont les
Députés ſejugeront liés par des mandats impératifs,
afin qu'ils puiſſent recevoir de nouvelles inftructiors
de leurs Commettans , & prendre au
plutôt en confidération , dans la forme indiquée
par le Roi , les articles contenus dans la ſeconde
Déclaration des intentions de Sa Majesté , que
l'Ordre de la Nobleſſe confidère comme le gage
le plus touchant de ſa justice &de fon amour
pour fon peuple. »
MM. les Evêques d'Orange &d'Autun s'étoient
réunis dans la matinée , &peu après l'on a vu paroître
aux acclamations redoublées , « M. l'Archevê
>> que de Bordeaux , amenant M. l'Archevêque de
> Paris , conduit par l'amour de lapaix dans la falle
> générale. « Je m'eſtimerois heureux,a-t-ildit, ſi,
» même au ſacrifice de ma vie , je pouvois con-
>> courir à une conciliation défirable , que je ne
» perdrai jamais de vue. »
Dans la réponſe de M. Bailly à ce Prélat , on
a remarqué la phraſe ſuivante , & qui la terminoit
: « Cette démarche de paix & de réunion
«Monſeigneur
( 49 )
> Monſeigneur, étoit la ſeule couronne qui man-
» quât à vos vertus. »
Du 26 juin. La Séance a commencé
par le rapport des pouvoirs de la No.
blesse vérifiés au Comité , et la Députation
du Dauphiné a été légitimée
ensuite d'une délibération , sauf aux
Réclamans à faire valoir leurs objections
pour les Elections suivantes.
4
M. de Lally- Tolendal a remis sur
le Bureau la
Déclaration suivante :
« Je me préſente à cette auguſte Aſſemblée ,
adhérant de coeur & d'eſprit à ſes diſpoſitions ,
mais n'étant point maître de mes volontés fur
tous les objets.
1
«Je viens me ſoumettre à une vérification
commune ; elle a toujours été dans mes principes ,
ainſi que dans mon coeur , & e'le ne m'étoit pas
interdite par mon mandat.
Malheureuſement ce
mandat ne m'a pas laiſſé auffi libre fur l'opinion
par tête, il eſt poſſible qu'il paroiſſe limitatif à
d'autres Députés , dont je reſpecte la délicateſſe
autant que je crois à la mienne , & dont les vertus
&les lumières doivent rendre l'opinion impertante;
mais l'obligation m'entraîne. Un ferment
dépend de l'idée qu'on y attache en le prêtant ;
&dans l'inſtant où j'ai prêté le mien , je me fuis
cru & je me crois, encore
inviolablement enchaîné
à l'opinion par Ordre. >>
On ne tranfige point avec ſa conſcience ;
c'eſt elle qui m'a impérieuſement ordonné la
démarche douloureuſe , confolante & facrée , à
laquelle je viens de me déterminer ; c'eſt elle
auili qui m'ordonne impérieuſement de retourner
à mes Comettans , &de leur demander de nouveaux
pouvoirs. »
Supplément au N°. 27 .
C
( 50 )
«S'i's font conformes aux voeux de mon coeur .
je ne crains pas de le dire , aux besoins de la
Patrie, je reviens , Meſſieurs , m'éclairer ppaarrvos
lumières , m'enflammer par vos vertus , &joindre
ma foible&glorieuse contribution à ces glorieux
travaux par leſquels vous allez régénérer le bonheur
de la France, celui de tous les Ordres de
ſes Citoyens , & celui du Monarque digne de
leur amour. Si ma liberté ne m'eſt pás rendue ,
alors , Meſſieurs , je remets avec réſignation à
mes Comettans une miſſion que je ne croirai
p'us pouvoir remplir fructueuſement , & mes
voeux , mes regrets , mes reſpects , vous fuivront
de loindans votre noble & brillante carrière. »
«Ma réſolution eſt invariable ; je ne fais ,
Meſſieurs , fi ma conduite vous paroît fondée ;
mais j'oſe vous aſſurer que mon motif eft pur;
& fi c'eſt une erreur , je demande votre indu!-
gence pour une erreur de la probité. »
"
Je vous prie de vou oir bien me donner
acte du diſcours que je laiſſe ſur le bureau , en
y dépoſant mes pouvoirs. "
M. le Comte de Clermont-Tonnerre
a fait une déclaration à peu-près semblable.
200
Du 27 juin. Dans la matinée , la Noblessé
reçut la lettre suivantede Sa Maj .
>> Uniquement occupé à faire le bien général
de mon Royaume , mais déſirant par-deſius tout
que l'Aſſemblée des Etats-Généraux s'occupe des
objets qui intéreſſent toute la Nation ; d'après
l'acceptation volontaire faite de ma Déclaration du
23 de ce mois, j'engage ma fidelle Nobleſſe à ſe
réunir ſans délai aux deux autres Ordres. "
Une lettre de même teneur avoit été
adressée par le Roi à la Minorité sié(
31 )
:
geante du Clergé , qui décida de déférer
à cette invitation de S. Majesté , et de se
rendre sur-le -champ à la Salle générale .
L'Ordre de la Noblesse prit la même résolution.
M
Elle fut exécutée vers les quatre heures
de l'après-midi : la Minorité du Clergé
et l'Ordre de la Noblesse se rendirent
conjointement à l'Assemblée Nationale ,
dont le plus grand nombre étoient encore
absenst
11M.de Cardinal de la Rochefoucault ,
Président de la Minorité du Clergé , prit
la parole , et dit :
» Nous sommes conduits ici par notre amou
& notre reſpect pour le Roi ,par nos voeux pour
la paix & notre zèle pour le bien public. "
M. le Duc de Luxembourg , Prési
dentde la Noblesse , parla en ces termes :
" L'Ordre de la Nobleſſe a arrêté ce matin de
ſe rendre dans cette Salle Nationale pour donner
au Roi des témoignages de fon reſpect , & à la
Nation des preuves de fon patriotiſme. »
M. Bailly répondit , en disant :
>> Le bonheur de ce jour qui raſſemble les trois
Ordres eſt tel , que l'agitation qui accompagne une
joie vive ne me laiſſe pas la liberté d'idees néceſſaire
pour vous répondre dignement ; mais cette
joie même eſt une réponſe. »
Nous poffédions l'Ordre du C'ergé ; l'Ordre
de la Nob'eff aujourd'hui ſe joint à nous. Cejour
ſera célébré dans nos faſtes; il rend la famille
complète, il finit à jamais des divifions qui nous
ont tous mutuellement affl gés, il ya remplir le
(
(52 )
defir du Roi , & l'Aſſemblee Nationale , ou plutôt
les Etats Généraux , vont s'occuper fans diftraetion
&fans relâche de la régénération du royaume
dubonheur public. &
Il termina la Séance par une prorogation
de l'Assemblée à mardi prochain ,
afin de laisser deux jours à l'alégresse
qu'excitoit la réunion complète des trois
Ordres .
L'arrivée de la Minorité du Clergé et
de la Noblesse avoit été précédée dans
l'Assembléenationale, d'unedélibération
sur le rapport du ComitéVérificateur ,
au sujet de la Députation de Saint-Domingue
.
Trois queſtions étoient ſoumiſes au jugement
de l'Aſſemblée.
Faut-il y admettre les Repréſentans de la Co-
Tonie ?
Lear élection est- elle validé, & leurs pouvoirs
font-ils enbonne forme ?
Quel nombre de Députés doit être admis ?
L'avisdu Comité a été uuanime pour l'admiffion
des Repréſentans , pour la validité de l'élection
&des pouvoirs. Il ý a eu partage fur le nombre
desDéputés :: dix-huit voix pour admettre vingt
Députés , dix-huit voix pour n'en admettre que
douze, mais feulement pour la tenue actuelle des
Etats-Généraux, fauf à traiter le fonds de la queftion
ſous tous les rapports , dans le cours de la
feffion.
Lesdeux premièresquestions ont passé
à l'affirmative ; la troisième , sur le nombre
des Députés à admettre , a été renvoyée
à la Séance de mardi prochain .
:
ןיל
;
(53)
Ces décisions ont été suivies d'une
conversation occasionnelle sur l'abolition
de la Traite des Noirs , que la plu
part des Orateursont confondue avecl'af
franchissement des Negres achetés , et
travaillant dans les Colonies .
Dans la soirée, le Peuple, instruit de la
réunion des trois Ordres , s'est porté en
foule au Château , en a rempli les cours
et les avenues , et a fait retentir l'air de
ses acclamations. Le Roi et la Reine , s'étant
présentés sur le balcon , ont reçu les
applaudissemens de la multitude. Versailles
a été généralement illuminé .
DeParis,le 2juillet.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 13
juin 1789 , concernant la Caisse
d'Escompte.
Le Roi avoit prolongé juſqu'au 30 de ce mois
les diſpoſitions ordonées par l'arrêt du Conſeil
du 18 a û dernier, relatives aux billets de la
Caiffe d'Eſcompte. Sa Majesté comptoit qu'à
cette époque les Etats-Généraux auroient examiné
l'état des finances , & adopté des arrangemens
propres à fonder la confiance publique ſur des
baſes ſolides. L'attente de Sa Majesté n'étant pas
encore réaliſée , Elle a cru qquuee dans les circonftances
préſentes , la prudence exigeoit encore le
maintien des diſpoſitions déterminéespar les der→
niers arrêts , lesquelles devront ceſſer au moment
où les Etats- Généraux auront pris les informations
néceſſaires pour avoir un avis éclairé ſur
les principales affaires de crédit & de finance; &
en attendant , Sa Majeſté a vu avec ſatisfaction
conj
(54)
que les affaires de la Caifle d'Efcompte étoient
⚫ dans le meilleur ordre , & que la confiance publique
dans ſes billets étoit parfaitement juſte &
bien fondée. Aquoi voulant pourvoirsoui le rapport;
le Roi étanten fon Conſeil , a ordonné&
ordonne que les diſpoſitions portées dans les arrêts
dù 18 août & du 29 décembre , relatives auxbillets
de la Caiſſe d'Eſcompte , feront prorogées
juſqu'au 31 décembre de cette année , ſe réſervant
Sa Majeſté d'abréger ce terme , felon le moment
où les Etats-Généraux auront pris en conſidération
les affaires générales de la finance......
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1. juillet
1789 , sont : 45 , 3, 80, 47, 13 .
م
7
PAYS -BAS .
De Bruxelles , le 4 juillet 1789 .
Les Etats de Brabant , convoqués extraordinairement
par ordre de l'Empereur
, se sont assemblés le 19 juin dernier.
Il a été proposé à leur délibération
quatre points arrêtés par S. M. , sur la
soumission des deux premiers Ordres ,
en date du 26 janvier dernier
« Il s'agifloit, 1º, d'un ſubſide fixe comme en
Flandre , c'est-à-dire , de la continuation permanante
des impoſitions ordinaires actuelles , pour
faire face aux charges de l'adminiſtration & aux
eugagemens contractés anciennement par la province
, ſans préjudice aux aſſemblées générales
des Eta's , qui auroient lieu tous les ans comme
du paflé.
2°. Du rétabliſſement du Tiers-Etat ſur l'ancienpled,
donnant voix & féance à quinze villes
( 55)
de la province , au lieu des trois chef-villes ſeules.
3°. Que dans les délibérations ſur les affaires
quelconques de la généralité , chaque Ordre prendroit
une réſolution pure & fimple , & qu'en
conféquence le voeu de deux Ordres , formant
la majorité , entraîneroit le confentement du troiſième.
» 1
"4°. Que pour prévenir que le Conſeil de
Brabant n'abusât dorénavant , au préjudice de l'autorité
ſouveraine , du ſerment qu'il avoit prêté
fur la Joyeuſe-Entrée , il feroit tenu de ſceller
& publier en la forme uſitée , tout Edit , Réglement,
Ordonnance,Diſpoſition ouActe quelconque
émanédel'autorité deSa Majesté, qui neporteroient
point par eux-mêmes des preuves évidentes de
furpriſe faite à la religion du Souverain , par des
diſpoſitions qui feroient poſitivement contraires à
quelques articles exprès de la Joyeuſe-Entrée ,
ou à quelque autre privilége reconnu ¬oirement
en obſervance ; & qu'au cas que ceux dudit
Confeil trouvaſſent qu'il feroit douteux que les
Edits , Réglemens , Ordonnances , Diſpoſitions ou
A tes quelconques à émaner par leur miniſtère ,
feroient contraires à la Joyeuse-Entrée , ou à
quelque autre privilége reconnu & en obſervance ,
ils feroient tenus de porter ce doute à la connoiffance
des Gouverneurs généraux , leſquels ,
ouis les Députés des Etats de la province , porteroient
le cas à la connoiſſance & déciſion de
Sa Majefté , à laquele ceux dudit Conſeil ſeroient
tenus de ſe conformer ſans ultérieur délai . >>>
را
A l'accomplissement de ces intentions
finales , S. M. avoit attaché le maintien
de l'ancienne constitution de cette province.
Les Etats ayant refusé leur accession
à ces arrangemens , sous prétexte, que
( 56 )
leur serment y étoit obstatif, leGouvernement
général s'est vu forcé , par les
ordres éventuels de l'Empereur , de rendre
une ordonnance par laquelle la
députation des Etats est supprimée , le
Conseil de Brabant cassé , et la Joyeuse-
Entrée révoquée.
Vers six heures du soir, les Etats ont
été séparés , et le Conseil de Brabant, assemblé
depuis le matin , a reçu l'intimationdu
diplome qui lesupprime. Lescellé
fut mis aussi-tôt sur les archives des Etats
et sur leurs différentes caisses ; et il a
été nommé un Comité à la Chambre des
Comptes pour l'administration des deniers
de la provinee.
:
1
Le 20, ont paru deux déclarations
de l'Empereur . Par la première , il est
pourvu à l'adıministration de la justice;
et par la seconde , à la perception des
charges publiques , en supprimant , pour
le Plat-Pays , les droits de tuage et moulage
, dont la perception étoit très-onéreuse
aux habitans.
Ces dispositions souveraines ont été
suivies de quelques autres relatives à la
perception des Revenus Provinciaux , et
de la Déclaration suivante de S. M.
L'EMPEREUR ET RO
«Depuis mon avènement au trône , je n'ai
épargné ni peines ni foins pour me procurer la
connoiſſance des beſoins de mes fidèles ſujets ,
&des différens abus introduits par le temps dans
pluſieurs branches de la législatien&de l'adminif(
57 )
tration publiques ; je n'ai eu d'autre défir que celui
de foulager mes peuples ; & à chaque abus dont
je me ſuis promis l'extirpation , j'ai cru que j'ajouterois
quelque choſe à leur félicité. Ces motifs
ſeulsm'ontconſtamment animé , &me dirigeront
toujours , quels que foient les préjugés & les infeigations
par leſquelles on chercheroit à répandre
dulouche ſur mes véritables intentions ;je croirai
ne m'acquitter en cela que du premier de mes
devoirs , du premier de mes fermens , de l'obligation
la plus eſſentielle que j'aie à remplir , &
du ſeul engagement véritable qu'il ait été en moi
decontracter envers mes ſujets. »
« C'eſt dans cette vue , & d'après ces principes ,
que ne pouvant plus tolérer les défordres qui affligent
, depuis deux ans , une partie des Provinces
belgiques de ma domination , fur-tout mon Duché
de Brabant , je me suis enfin déterminé à faire
connoître aux Etats de cette Province mes intentions
ſouveraines , afin de faire ceſſer tous les faux
bruits & menfonges , dont des eſprits mal intentionnés
abuſeroient pour inquiéter mon peuple.>>
« Si je n'avois écouté que le juſte reſſentiment
des outrages faits depuis deux ans à ma dignité ,
& même à ma, perſonne , j'aurois pu exiger des
réparations proportionnées aux attentats par lefquelsmonautorité
ſveraine a été fi cruellement
bleſſée; mais j'ai préféré ramener les eſprits égarés
par un généreux oubli du paſſé , & me fuis borné
auxmefures propres à aſſurer pour toujours à mes
fidèles ſujets la tranquillité , ainſi que la ſûreté à
laquelle ils ont droit , & qu'il eſt de mon devoir
de leur 'procurer . 3
« J'eſpérois que les Etats de Brabant ſaiſiroient
avec empreſſement cette occafion pour ramener ,
par leur concours , le calme & la confiance que je
mérite de la part de mes ſujets , & qu'ils n'auroient
ceffe d'avoir en moi, s'ils avoient rendu plus de
( 58 )
A
juſtice à mes véritables intentions ; mais ces Etats
ayant enviſagé leurs intérêts ou leur ob'igation
ſous un autre point de vue , ont préféré de renoncer
à leur conſtitution,dont je ne les ai privés
qu'avec peine , & que j'étois très-réfolu de maintenir
, moyennant quelques légers changemens,
qui n'avoient d'autre but que d'établir & affurer à
la fois& àjamais l'ordre &la tranquillité publi
1٤٠
que.
-<< Je me ſuis donc vu forcé de reprendre dans
toute ſa plénitude mon autorité ſouveraine; mais
jamais je ne toucherai aux droits de propriété &
de liberté individuelle de mes fidèles ſujets , ainſi
qu'à celui de ne pouvoir être traités qu'en juſtice
réglée , par droit&fentence, comme le leur aſſure
l'article VII de l'Ordonnance émanée à ce ſujet le
dix-huit de ce mois. »
!
Mon véritable amour paternel pour une na
tion qui avoit ci - devant donné tant de preuves
d'attachement & de fidélité à ſes Souverains; cet
amour , que tous les cruels événemens de deux
années confécutives n'ont pu éteindre en moi , ne
me permet point demebonner à cette affurance,
&m'engage à déclarer encore , 29,
}
«Que je tendrai avec plaiſir la main à ceux de
mes ſujets qui , entraînés par le torrent d'un malheureuxdélire,
ont méconnuirdevoirenvers moi,
&viendront recourir aujourd'hui avec confiance&
fincérité à ma clémence & Bontea 744
Que c'est avec p'aiſir que je vois arriver le
moment où je pourrai ſuivrede vrai fentiment de
mon coeur, déchiré de la rigueur & févérité qué
j'ai été forcé de déployer depuis ft long - temps ,
pour réprimer l'inſolence des uns , & l'aveugle
réſiſtance des autres. »
Que cerne fera que pour donner un libre
effor à mes foins & à ma ſollicitude pour le bon
heur de mon peuple , &nullement pour augmen
( 59 )
ter ma puiſſance , que j'uferai de mon pouvoir
fouverain , dégagé des entraves &de la gêne d'une
conſtitution , organiſée en d'autres temps , en d'autres
circonstances , &dont on a malheureuſement
cherché à embrouiller l'eſprit & les principes par
de fauſſes interprétations , qui ont été la ſource
detous les malheurs publics qu'ont éprouvé mes
Provinces belgiques depuis plus de deux ans. >>
« J'aime à me flatter que ne ſe laiſſant plus induire
par ceux qui cherchent à entretenir les troubles
,je rencontrerai de la part de mes ſujets des
diſpoſitions qui me permettront de préférer la voie
de douceur & de bonté , & qu'ils ne me mettront
jamais dans le cas d'employer les meſures ſévères
que j'ai été forcé d'annoncer dans ma déclaration
du 3 de ce mois , lorſque l'on recommençoit à ſe
permettre des démarches qui m'ob igeoient de protéger
mes bons & fidèles ſujets contre les efforts
des mal-intentionnés qui voudroient troubler leur
tranquillité & leur repos. Fait à Bruxelles , ſous le
cachet ſecret de SA MAJESTÉ , le 20 Juin 1789.
Etoit paraphe. Tr . vt. & plus bas , par ordon
nance de SA MAJESTÉ , ſigné Wildt. »
Extrait d'une Lettre authentique de
Constantinople , du 9 mai 1789.
« Je vous ai mandé que, le 20 du mois dernier
, le fameux Haffan Pacha ayant réſigné ſa
charge de Grand-Amiral , étoit nommé Séraskier
de l'armée de terre deſtinée à combattre les
Rufles & à marcher vers Oczakof. Le Grand-
Seigneur lui a donné le titre de Béglierbey de
Romélie , & pour apanage , le riche gouvernement
de Kutahié. Sa Hauteſſe , en donnant cette
importante commiſſion à Haffan Pacha , a voulu
lui marquer plus particulièrement fa bonté , &
l'a honoré d'une lettre conçue dans les termes les
plus flatteurs. »
(60 )
« Ce Viſur ſe diſpeſe à partir inceſſamment
pour la Beſſarabie , & il fait perſonnellement des
dépenſes immenfes pour augmenter les forces
deftinées à ſeconder fon courage. Sa feule maifon
ſera compoſée de 4000 hommes ; ſavoir , 1000
Itch-Agas, ou Gardes- du- Corps , 1000 Délibachis
, ou cavaliers armés à la légère , & 2000
fufiliers. Ces différentes troupes font montées&
armées avec la plus grande magnificence. »
« Le Vice-Amiral Huſſein Bey a été , lemême
jour , nomméGrand-Amiral , & il a reçu depuis
la troiſième queue. La première diviſion de l'armée
navale , déja entrée dans la mer Noire , eſt
compoſée de trois vaiſſeaux de ligne & de 12
grandes frégates ; la ſeconde diviſion a mis hier
en rade, &partira au premier vent de ful : elle
eft forte de 12 vaiſſeaux de ligne; 22 frégates. ,
15 chebecs , 35 chaloupes canonnières , unegroſſe
prame , cinq bombardes & troie galères. »
Huffein Pacha , né à Candie , eſt le plus
ancien Capitaine de la marine Ottomane , &
jouit de l'eſtime de ſon corps. »
" Hafif- Effendi , gendre du Sultan défunt ,&
dont la grande faveur, avoit excité de fréquentes
réclamations , vient de perdre la place de Viſir-
Kiahaſſi qu'il exerçoit au camp , &il eſt mandé
dans la capitale ; il eſt remplacé par Haffan-
Effendi , qui avoit occupé autrefois cette place
avec distinction.
Heb ért el
ERRATAdu No. 26. Faute essentielle.
Pag. 183. Un Correspondantnous mande,
sans sa signature ; lisez un Correspondant
nous mande , sous sa signature.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 JUILLET 1789 .
✓ PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SONNET
Sur feu M. SIGAULT , Médecin de la
Facultéde Paris, Membre de l'Académie
de Dijon , Penſionné du Roi , &' c . & c,
Auteur de la découverte de la Section de
la Symphise.
HOMME ſenſible & vrai , bon ami , tendre père,
Indulgent ſans foibleſſe , & ſavant ſans fierté ,
No. 29. 18 Juillet 1789. E
98 MERCURE
Chéri de Populence , affable à la misère
Sigault rendit fon nom cher à l'humanité.
,
Déplorant des Anciens l'aveugle cruauté ( 1 ) ,
Il trouva le premier un moyen ſalutaire ( 2)
De conferver l'enfant à la Société,
Sans lui ravir l'eſpoir de connoître ſa mète.
(Par M. F... Ngt. )
(1) L'Opération Céfarienne.
(2) La Section de la Symphiſe.
Notes de l'Auteur. )
3
DEFRANCE. 66
TRADUCTION de la ze. Ode d'Horace ,
Sic te ,Diva potens Cypri ,&c. &c.
301
PUISSENT te protéger ſur la liquide plaine ,
Et la Reine deChypre & les brillansGémeaux !
Que du ſeul Yapiz , le Souverain des Eaux
Laife régner pour toi la favorable halcine
Ovaiſſeau précieux , à qui fut confié
Virgile , digne objet de toute ma tendreſſe !
Avec lui , fans péril, vois les bords de laGrèce ,
Et conſerve de moi la plus chère moitié.
210
7
Un triple airain arma ſans doute ,
Il cuiraffa le coeur du Mortel inſenſé ,
Qui , bravant , le premier , l'Océan conrrousé,
Oſa , dans un eſquif, y chercher ane route ;
Que n'épouvanta point le Nord impétueux ,
Ni des fiers Aquilons l'effort tumultueux
Qui porre le ravage aux rives de l'Afrique ;
Ni le Sud , tyran abhorré ,
Qui fur laMerAdriatique
-
On foulève les flots , ou les calme à ſon gré.
Rien put-il glacer ſon courage ,
T
છે >
S'il vit d'un oeil ferein & les flots écumans
Et fur ledosdes mers cent monftres menaçans ,
Et ces rochers affreux préſageant le naufrage ? ....
E 2
100 MERCURE
En vain par l'Océan le Monde eſt limité,
Puiſque des voiles téméraires
Franchiſſent par-tout les barrières
Que du Ciel oppaſait la prudente bonté.....
Tout ce qui nairà l'homme & qu'on veut lui dé
fendre,
Son audace fans frein brûle de l'entreprendre,
1
De Japhet , quand le fils pervers
Eut, pour notre malheur , ravi le feu céleste
Soudain de tous les maux on vit l'eſſaim funeſte
Remplir , déſoler l'Univers ,
Et la fièvre brûlante & la maigreur livide ,
Et tout leur cortége homicide.....
La mort enfin , la mort inévitable , hélas !
Jadis étoit tardive ..... elle adoublé le pas.
:
D'une aile ambitieuſe , à l'homme refufée ,
Dédale n'a pas craint de parcourir les airs;
Alcide ofe bien plus , il pénètre aux enfers :
Du ténébreux ſéjour la barrière eſt brifée ;
Rien n'eſt donc impoſſible àde foibles Mortels !
Rien ne peut arrêter leurs excès criminels.
Nous pſons , inſenſés , attaquer le Ciel même ;
Etdes forfaits toujours nouveaux ,
Laſſant de Jupiter la clémence ſuprême ,
Me lui permettent pas de poſer ſes carreaur,
(ParM. des Tournelles. )
4
DEFRANCE. 101
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eſt Verdure ; celui
de l'Enigme eſt Demain ; celui du Logogriphe
eſt Marmite , où l'on trouve Ré , Mi,
Ami , Mari, Mitre , Maître.
CHARADE.
SANS ceffe, ami Lecteur, vous portez mon premier
Droit & ferme dans la jeuneffe ,
Mais languiſſant , ployé dans la vicilleſſe.
Rien n'eſt plus doux que mon dernier ,
Lorſqu'amoureurde la jeune Sylvie ,
Il efficure ſon ſein ; Lucas lui porte envie,
Sa main brû'e de l'imiter ;
Mais lorſqu'il cède à ſa furie ,
Combien alors Il eſt à redouter !
Enfin mon tour, s'il fautque je m'explique ,
Ne voit que trop de malheureux
:
Victimes des arrêts d'un pouvoir tyrannique ,
Et maudiſſant le jour qui ſe lève ſur eux.
(Par M. Lebrun Toffa. )
E3
102 MERCURE
J'AL
1
ENIGME.
'AI deux pieds , cher Lecteur mais je n'ai point
debras;
LobnomB
Lorſqu'une habile main me guide & me feconde ,
Je puis enuninſtant faire lleetour duMonde;
97
Seuljene fçaurois faire uunn pas.
<
L'Art, fi prodigue en tout, fut pour moi bien avare
Je ne te dirai pas pourquoi çe Maître fou ,
Pour me rendre encor plus bizarre ,
Me mit lesjambes à mon cou
>
Je ne sçaurois porter ma tête lourde &dure د
Et pour me foutenir il me faut un appui ;
Ce qui fait que ſouvent , de crainte d'aventure,
L'an metrouve au fond d'un é
C'eſt affez ... Il estbon pourtant que je te dife
Que j'ai beau parcourir des cercles différens
21.16 cid
Je meus tout au niveau fans confondre leess rangs;
L'égalité , Lecteur delama ſeule deviſor : .1
Par M. de Beauchefne.)
DEFRANCE.
103
LOGOGRIPΗ Ε.
VEUX-TU, Lecteur , connoître
Va vifiter Damis dans ſa maifon ;
ma figure
Sa femmes, tant que le jour dure ,
Fair naître mes fept pieds fans rime ni raifou.
Je ferois avec toi , qui plus eſt , la gageure
Qu'il ne m'eût pas connu s'il cût reſté garçon.
En détaillant mes traits , comine le veut l'ulage ,
Je ſuisencor chez lui , quelquefois dans ſen coeur,
Quelquefois àſes doigts , &, ce dont il enrage ,
Je fais changer ſes cheveux de couleur ;
Il a, par mon fecours , un valet d'écurie,
Et le matin il l'habille avec moi ;
Afon fils j'ai donné ma foi :
Te voilà quitte enfin de ma bavarderie.
(ParM. Prevost de Montigny )
E
104 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Fastes d'Ovide , avec
des Notes & des Recherches de critique,
d'Histoire & de Philofophie , tant sur les
différens objets du Syſtème allégorique de
la Religion Romaine, que fur les détails
de fon Culte & des Monumens qui y ont
rapport ; avec Figures ,deſſinées parM.
le Barbier aîné , & gravées par J. J. le
Veau ; par M. BAYEUX , Avocat au
Parlement deRouen , Secrétaire Provincial
de l'Administration de la Haute-
Normandie, de l'Académie Royaledes
Sciences , Belles - Lettres & Arts de
Rouen , Correspondant de celle des
Infcriptions & Belles- Lettres de Paris,
Membre du Musée de Bordeaux , des
Arcades deRome, &c. Tomes III & IV,
grand in-8° . A Rouen , chez le Boucher
jeune , rue Ganterie ; & à Paris, chez
M. le Barbier aîné , Peintre du Roi , rue
Bergère ; M. Gaucher , Graveur, rue St.
Jacques; & chez Barrois l'aîné , Libraire,
quai des Augustins.
VIDE , dans ſes Faſtes , a mis en vers
le Calendrier des Romains. Il ſemble que
ce ſujet foit fort ſec. Mais le Poëte , doué
DE FRANCE. JOS
d'une belle imagination , a ſu répandre fur
la route annuelle qu'il avoit à parcourir , les
fleurs les plus riantes. Il préſente le vaſte tableau
de la Religion Romaine, les attributs
de ſes Dieux, les fonctions de ſes Prêtres, le
rit de ſes ſacrifices ,& l'ordre de ſes fêtes. Il
en rapporte les cauſes hiſtoriques ou fabuleuſes;
ce n'eſt pas tout , il célèbre les événemens
qui ont fait époque dans les Annales
de l'Empire ;&comme la marche des
conſtellations dirigeoit en quelque forte
celle de ſon Poëme , il a chanté les différens
points de leur lever &de leur coucher,
enfin il a brodé ſur ce canevas les
fictions aſtronomiques dont le génie des
Poëtes avoit orné le ſyſtême céleste. Ce
Poëme eſt devenu pour nous un monument
précieux , comme Ouvrage d'érudition
; mais quand on le lit , on n'y voit
phus qu'un Ouvrage d'agrément; tant Ovide
a fu l'embellir des charmes de la poéfie.
Là , il avoit à couvrir la ſéchereſſe des détails;
&de riches deſcriptions font venues
à ſon ſecours. Ici , il avoit à interrompre
l'uniformité de l'ordre , & des épiſodes
charmans ont fait naître la variété. Enfin
il avoit à égayer l'impoſante majefté du
culte , & des digreſſions riantes ont tempéré
la ſévérité religieuſe.
Le ſtyle répond à la matière. On ne fait
pas difficulté de regarder les Faſtes comme
l'Ouvrage du meilleur goût , & le plus
Es
106 MERCURE
achevé de tous ceux qui font fortis de la
plume de ce Pocre. Son génie avoit acquis
cettematurité&cette juſteſſe qui confiftent
à ne dire que ce qui eft néceflaire & convenable.
Une traduction de ce Poëme ne
peat donc être que bien accueillie. Et qui
pouvoit micux y réuffir qu'un homme de
Lettres tel que M. Bayeux , qui joint à un
ftyle élegant & noble , une érudition trèsérendue
, une cornoiffance approfondie de
la Topographie de Rome , de ſes monumens,
de fes ufages religieux,&de fa chronologie?
C'eſt à un Ecrivain de ce mérite(1 )
qu'il appartient de faire connoître les richefſes
de l'Antiquité, & non à des efprits
fecs& lourds , qui défigurent tout ce qu'ils
touchent. Nousavons annonce dansle temps.
les deux premiers volumes de cette Traduction
enrichiede notes ſavantes. Quelques
citations vont prouver que les deux
derniers font peut être encore mieux travaillés.
On avoit reproché au Traducteur
d'être quelquefois un peu trop prolixe ; ces
obfervations dictées par l'eftime lui avoient
été foumiſes avec politeffe, afin qu'elles puffent
lui être utiles , fi elles lui paroiffoient
juſtes, & il en a profité.
Dans un Poëme où , d'un bout à l'aure ,
tout est également agréable , il n'y a pas de
choix à faire. Voici donc l'exorde du quatrième
Livre. Ovide y chante le mois d'Avril,
mois conſacré à Venus.
DE FRANCE. Гол
:
Alma, fave vasi, geminorum materAmorum.
Advasem vultus rettulit illa fuos.
Quidtibi , ait , mecum ? Certè majora canebas.
Num vetus in molli pettore vulnus habes?
>> Daignez ſourire à mes chants , féconde
>>mère des Amours. La Déeſſe entend ma
voix. Aurois tu quelque choſe à démêler
» avec moi , me dit elle ? Certes un objet
plus fublime occupoit tes chants. Quelque:
>> ancienne bleſſure vient elle de ſe rouvrir
dans ton coeur fenfible ?
! :
Scin, Dea, respondi,de vulnere ? Rifit, & ather
Protinus ex illaparteferénus erat.
Sausius anfanus numquid tuafigna reliqui?
Tu mihi propofitum , tu mihi femperopuss
>>Unebleffure ! Ehtne le favez vous:
» pas , Déeffe , lui réponis jea Elle fourit,
ود &fon fourire répand tout à coup la
>> férénité dans cette partie des cieux. Ou
» fain ou bleffe, me vit- on jamais aban-
>>donner vos enſeignes ? ne fûtes-vous pas
» toujours & le but & le faped de mes
>> chants ?
1
Qua decuit , primis fine criminė infimus annis
Nuncteritur noftris arca major equis.
E. 6
108 MERCURE
Tempora sum caufis annalibus erutaprifcis ,
Lapſaque fub terras ortaquefigna cano.
Venimus ad quartum , quo tu celeberrima , menfem .
Etvatem & menfemſcis , Venus , eſſe tuos .
"Dansmes premières années , je folâtrai
>> innocemment ſur le ton de cet âge.
» Maintenant mon char parcourt une plus
>> vafte carrière. Je chante l'ordre des temps
» avec ſes cauſes diverſes , tirées des an-
>> tiques annales. Je chante auſſi la marche
des conftellations , ſoit qu'elles ſe
lèvent , ſoit qu'elles deſcendent ſous
l'horizon. Je ſuis parvenu au quatrième
» mois où vous êtes le plus folennelle-
» ment célébrée. Vous le ſavez , ô Vénus !
ود
ود
" & le mois & le Poëte qui le chante
>> font à vous.
Mota Cytheriacâ leviter mea tempora myrto
Contigit; & captum perfice , dixit, opus.
Senfimus , &fubito caufa patuêre dierum .
Dum licet,&fpirant flamina navis eat.
La Déeſſe, ſenſible àmes paroles, toucha
>> légérement mon front du myrte qui croît
ود à Cythère. Achève ton Ouvrage , me dit-
> elle; je fens l'influence de la Déeffe , &
>> tout àcoup les cauſes des fêtes du mois
- s'ouvrent à mes yeux. Ainſi donc , tandis
DE
109
FRANCE.
>> qu'un vent favorable enfle nos voiles,
voguons".
Ya-t il rien &dans les Anciens & dans
les Modernes , qui ſoit compoſé avec plus
d'eſprit , de charme , & de volupté ? Ces
exordes vantes & fiingénieux en effetd'un
Poëme , où l'illuſtre Auteur de la Henriade
s'eſt amuſé à rivaliſer l'Arioſte , ont-ils plus
d'agrément ? Je paſſe une centaine de vers
juſqu'à la page 12. , & j'y retrouve la
même grace , toujours piquante , toujours
naturelle . Ovide, qui veut que lemotApri
lis , Avril , vienne d'un ſurnom deVénus,
dugrecAppos, écume , réfure ceux qui prétendent
que ſa véritable étymologie eſt le mot
latin aperire , ouvrir ; étymologie qui néanmoins
paroît très- fondée , puiſqu'au printemps
la terre ouvre ſon ſein long-temps
refferré par l'hiver ; mais voyez quelle poé
fie ila ſu répandre ſur cette diſcuſſion !
Quò non Livor abit ?funt qui tibi menfis honorem
Eripuiſſe velint , individeantque , Venus.
Namquia ver aperit tunc omnia , denfaque cedis
Frigoris afperitas , fetaque terra pater ;
'Aprilem memorant ab aperto tempore dictum :
Quem Venus injectavindicat alma manu.
Nia quidem torum digniſſima temperat orbem;
Illa tenet nullo regna minoraDeo;
८
MERCURE
2
Σ
Juraque dat calo , serra , natalibus undis;
Perquefuos initus continet omnegenus ..
lla Deas omnes ,longum enumerare , creavit;
Illafatis caufas arboribuſque dedit.
Illa rudes animos hominum contraxis in unam ;
Et docuit jungi cum pare quemque ſuê.
1
1
» Juſqu'où ne s'étend pas l'envie ? Il eſt
>>des ennemis de votre gloire , ô Vénus
» qui voudroient vous difputer T'honneur
" de ce mois ! Parce que le printemps développe
la Narure entière , que la ri-
" gueur du froid ceffe &que la terre
» fertilifée ouvre fon fein; seulent
ود
»
3
qu'Avril tire fon nom de cetre faifon ,.
» où tout s'ouvre à la fécondité. Mais
» Vénus s'en faifit & le revendique. La
première , la plus digne des Déetlés , elle
> foutient en effet la grande harmonie de
l'Univers , & fon pouvoir ne le cède à
>> celui d'aucune Divinité. Elle donne des
loix au ciel , a la terre , aux ondes fon
berceau , & par ſes fécondos infinuations
» en revient toutes les eſpèces. Tous les
Dilux , il feroit trop long de les nombrer
, lui doivent lapaiſſance. C'est ellequi.
>> fournit le germe des ſemences & des ar-
>>bres; c'eſt elle qui a raſſemblé dans les
رد
ود
دم
hens de la Société , es premiers hommes,
> eſprits féroces &babores yc'eſt elle qui
> aperit à chaque être à s'unir à une com-
> pagne.
DE FRANCE. LLE
Quid genus omne creat volucrum , nifi blanda'voluptas?
Nec coëant pecudes , fi levis abfit amor..
Cum mare trux aries cornu decertat : at idem
Frontem dilecta ladere parcit ovis.
Depofitâ taurus fequitur feritate juvencam
"
Quemtati faltus , quem nemus omne treinunt...
Vis eadem lato quodcumquefub aquorévivity
Servat & innumeras piſoibus impiet aquas.
ور
دو
১০
८
4
A qui doit-on les nombreuſes eſpèces
des oiſeaux, fi ce n'eſt à la douce volupté
Que le rendre amour s'éloigne, & les trou-
>> peauxne ſe reproduiront plus. Le belier
furieux lutte de la corne avec le belier,
mais il craint de bleſſer la brebis ciréries
Le taureau,dont les mugilſemens fifolent
retentir tous les vallons , tous, les bois ,
>>dépoſe fa férocité pour ſuivre la geniffe.
>>Lamême puiifance entretient tout ce qui
vit ſous les vaſtes mers , & peuple les
>> eaux de poiffons fans nombre..
و و
Primaferos habitus homini detraxit : ab illâ
Venerunt cultus, mundoque cura fui
Primus amans carmen vigilatum nocte negara
Dicitur ad claufas concinuiffe føres...
Eloquiumque fuit duram exorare puellamet
Proque fica caufâ quifque difertus erat.
Milleper hanc artes mota; ftudioque placendi
Qua latrere prius , multa reperta ferunt .
412 MERCURE
>> Lapremière elle dépouilla les hommes
>>de leur féroce aſpect. C'eſt d'elle que font
>> venus & la parure & le ſoin de foi-
» même. Ce fut , dit- on , un Amant qui ,
> dans ſes veilles amoureuſes , chanta le
>> premier des vers en ſe plaignant , à la
ود porte de ſa Maîtreſſe, de la nuit refufée.
» L'éloquence confifta à fléchir une belle
>> trop ſévère , & chacun étoit difert pour
>> ſa propre cauſe. Nous devons mille arts
» à cette tendre inſpiration. Le défir de
>>plaire fit naître mille découvertes ignorées
> juſqu'alors.
i
Hanc quifquam titulo menfis ſpoliare fecundi
Audeat? ànobisfit procul ifte furor.
Quid, quod ubique potens , templiſque frequentibus
aucta ,
Urbe tamen noftrâjus Dea majushabet.
ProTroja , Romane, tuâ Venus arma ferebat ,
Cum gemuit teneram cufpide laſa manum.
Cæleftesque duas Trojanojudice vicit.
Ah! nolim viſtas hoc meminiſſe Deas.
'Affaracique nurus difla eft; ut fcilicet olim
Magnus Iuleos Cefarhaberet avos.
८
९८
८१
1
» Et il ſe trouveroit quelqu'un aſſez té-
- méraire pour ofer dépouiller la Déeffe
ود de l'honneur du ſecond meis ? Ah ! loin
>> de moi cette fureur ! Quoique puiffante
» en tous lieux , célébrée de tous côtés dans
DE FRANCE. 113
1
»des temples ſans nombre , n'est- ce pas
>> au milicu de nos murs que Vénus a les
>>droits les plus étendus ? Romains , c'eſt
>> pour votre Troie que Vénus portoit les
>> armes , lorſqu'une lance ſacrilege bleſla
» ſa belle main. C'eſt au jugement d'un
>> Troyen qu'elle vainquit les deux Déeſſes
>> rivales . Pardon , hélas ! ô Déeſſes , fi je
>>rappelle votre défaite ! elle voulut aufli
>> devenir la fille d'Affaracus , pour qu'un
» jour le grand Céfar eût des Jules pour
aïeux«.
Souvent le Poëte interrompt agréablement
le filde ſes narrations , en s'y mêlant
lui - même en quelque forte avec autant
d'eſprit que de grace. Par exemple , dans
l'exorde du se. Livre , il ne fait quelle
origine donner au nom du mois de Mai.
On en rapporte diverſes chuſes; il ignore
laquelle il doit adopter ; il ſe compare à
un Voyageur qui voit devant lui divers
chemins , & qui ne fait lequel,prendre. Il
invoque les Muſes. Leurs avis diffèrent ;
chacune fait un récit également agréable.
Lorſque la dernière a parlé , le Poëte
ajoute :
1
1.
1
Hacquoque defierat; laudataque voce Sororum eft.
Quidfaciam ? Turbæ pars habet omnis idem.
GratiaPieridum nobis aqualiter adfit ;
Nullaque laudetur pluſve miniſve mihi. ま
114 MERCURE
" LaMuſe ſe tut , & ſes Scoeurs applaudirent.
Quel parti prendre maintenant ?
>> Chacune d'elles a fur moi les mêmes
droits. Puiffe donc chacune d'ellesm'infpiret
également ! L'une n'obtiendra pas
>>> de moi plus d'éloges que l'autre .
Il eſt inutile de faire ſentir le mérite du
Traducteur , il ſe recommande affez de luimême.
Mais je dois prévenir les Amateurs
de la Littérature & de l'Antiquité , que la
Verfion de M. Bayeux , fi eftimable à tous
égards , n'eſt que la moindre partie du travail
qu'il a entrepris pour leur plaire. On
croit qu'Ovide avoit achevé les douze Livres
des Faſtes . Mais il ne nous en refte
que les fix premiers . M. Bayeux a eflayé de
fuppléer à ce qui nous manque. Il ne lai
reſtoit que les Calendriers pour réparer
gerte perte. Les'agiffoit de revêtir de détails
poétiques les ſtériles indications qu'ils
préfentent. Il a également eſſayé de le
Ifaire , & l'on va voir qu'il étoit capable
d'y réuilir. On peut en juger par le début
du 8e. Livre , ou du mois d'Augufte , que
des Welches ont prononcé Aount , & qui ,
malgré Voltaire , conferve encore cette dénomination
qui bleſſe Foreille la moinsdéliçare
, & qui donne à notre Langue un
air de barbanie
>», Le ſixième mois commence ,&la re-
>> connoiffance de Rome le conſacre en-
22 coredu nom d'un des demi-Dieux auxDE
FRANCE. IIS
1
equels elle dut, fon bonheur. Le Sénat a
>>prononcé juftement cette Loi à jamais
>> mémorable. C'eſt dans le mois juſqu'à
ود
préfentnommé Sextilis , que l'Empereur
Céfar Augufte a pris poffeflion de fon
>> premier Confulat , qu'il a triomphe trois
› fois , qu'il a reçu le ferment de fidélité
>> des Légions qui occupoient le Janicule,
» qu'il a ſubjugué l'Egypte & mis fin à tou-
>> tes les guerres civiles : il paroît donc que
>> ce mois a toujours été très-heureux pour
l'Empire. C'est pourquoi le Sénat ordonne
qu'il foit dorénavant nommé Augufle.
"Bienfaifante Cérès , toi dont la divi-
> nité veille particulièrement fur ce mois,
viens m'inſpirer, pour que je chante dignement
ces beaux jours de ton règne !
Ecarte ces dragons furieux qui emporroient
ton char à travers les airs , & ces
> torches funèbres qui éclairoient ta courſe
vagabonde , lorſque tu cherchois le tendre
fruit de tes amours , qu'un Dieu
raviffeur avoit caché dans le fombre Empire.
Maisviens telle qu'on te vit, lorf-
» que , paifible , tu donnois des
leçons au jeune Triptoleme , l'air ferein ,
le front ceint d'épis qu'enlacent le bluet ,
le voluble ,& le pavot des champs , mê
lant à l'or de ta couronne leurs nuances
dazura albatte & de vermillon ; ou
telle qu'unie à l'amoureux lacchus , tu
te manifeſtes aux initiés dans le Sanctuaire
d'Elenfis, lorſque le voile des myf
ور
"
1
calme &
116 MERCURE
:
" tères s'eſt levé pour eux ! C'eſt ainſi que
>> tu dois affiſter aux travaux de ce mois
On fent affez que ce ſtyle poétique étoit
néceſſaire , pour ne pas offrir tout à coup
une ſuite trop diſparate à ce qui précède.
Le ſeptième Livre , &la moitié du huitième
font traités de cette manière. Quel dommage
que tous les ſupplémens ne foient
pas traités de même ! L'Auteur allègue que
ces deux mois ſembloient ſe prêter plus
volontiers à cet eſſai ; mais que les Livres
qui ſuivent , fourniſſant à des recherches
très- érendues , il s'eſt vu forcé de changer
de manière. Il s'eſt done contenté de développer
avec le ſecours de l'Hiſtoire &
des monumens , Ics objets indiqués par
les,Calendriers , & de recueillir ce qui
nous reſte ſur les fêtes & les cérémonies
des derniers mois de l'année romaine. Mais
il avoue que les difficultés de ſon premier
plan le lui ont fait abandonner à regret ;
il ſe réſerve de le remplir un jour tout
entier, &de raſſembler , s'il eſt poſſible,
les membres épars du Poëte de Sulmone.
Disječti membra Poeta. Tel qu'il eſt , ce
fupplément forme avec le Poëme d'Ovide
un vaſte tableau , à qui l'injure du temps
a fait perdre en partie fon coloris& ſes acceſſoires,
mais qui conſerve encore ſes maſſes
& fes grands traits.
Il reſte à parler des notes qui forment
les deux tiers de chaque volume . L'Auteur
DE FRANCE.
117
s'y livre aux recherches les plus favantes ;
il paroît avoir adopté particulièrement les
principes de l'Histoire du Ciel de Pluche ,
rectifiés & perfectionnés par ceux de l'Antiquité
dévoilée , & du Monde primitif , &
fur-tout par les explications aſtronomiques
de M. Dupuis.
Quelques Savans,& en particulier l'Abbé
Bannier , ont voulu expliquer les Fablesde
la Mythologie par l'Hiftoire des premiers
temps. Ils avouent néanmoins qu'il y a
beaucoup de fictions dans leſquelles on chercheroit
vainement des veſtiges de l'Hiſtoire.
Ces Savans ont pouffé leur opinion
beaucoup trop loin; cela eſt reconnu depuis
long-temps. Il eſt inconteſtable que fi
les Auteurs des Fables antiques ne ſe ſont
pas propoſé l'allégorie , ils n'ont eu aucun
but certain. Il faut donc croire que tel a
été leur deffein. Ils ont ſouvent expliqué
par une Hiſtoire fabuleuſe,des effets purementnaturels.
Cette manière de philoſopher
eſt très- naturelle aux Poëtes ; elle flatte l'imagination.
La morale a été quelquefois
déguiſée ſous l'allégorie. L'Hiſtoire ellemême
eſt devenue fabuleuſe. Voilà la vérité.
Le génie des Poëtes les a portés à
mêler à des perſonnages réels , des perſonnages
imaginaires. Les premiers Poëtes ont
été les premiers Hiſtoriens. Mais comment
démêler Hiſtoire de la Fable ? Voilà le
difficile pour ne pas dire l'impoſſible.
>>Qui pourroit voir ſans rire , dit le Phi-
د
-
FIS MERCURE
lofophe Genevois,toutes les peines que
>> ſe donnent aujourd'hui nos Savans , pour
- éclaircir les rêves de la Mythologie
Quoi qu'il en foit , ce n'eſt plus par Hif
toire , c'eſt par l'Astronomie que l'on explique
à préſent les Fables des Grecs &
des Romains. Mais ces explications ,tirées
de très loin, s'entremêlent , s'embarraſſent ,
&ne préfentent rien de diſtinct & de clair . )
Le Soleil n'eſt plus Apollon, ſelon l'opinión
reçue ; c'eſt ici Bacchus , là Hercule ,
ailleurs Ofiris , ailleurs encore Janus , &c.
On doit convenir qu'il a fallu des recher
ches immenfes , & un tréſor d'érudition
amallé à grands frais,pour établir ce ſyſtéme.
On doit admiter les efforts qu'il a fallu faire
poury ramener les explications mythologiques.
Mais ne peut pas on douter que ce fyf
tême nefoit pas ſouventtrès-chimérique, s'il
elt vrai qu'avec les développemens de ſes
principes , il eſt tout aufli facile d'expliquer
T'Apocalypſe que les Fables d'Ovide ?
N. B. Le 4. tome de l'Ouvrage que nous
annonçons , eft extichi d'une favante differtation
fur l'exil d'Ovide , dans laquelle
M. Bayeux paroît en avoir afligné les véritables
cauſes. Cette difcuflion de près de
ſeixante pages eſt écrite avec beaucoup
d'intérêt& de clarté. 1
2
(CetArticle est deM. de Saint-Ange.)
<
DE FRANCE. 119
De la Rédaction des Loix dans les Mo
narchies Ouvrage adreſſé aux Etats-
Généraux qui s'aſſembleront dans une
Monarchie quelconque. A Amsterdam ;
&se trouve à Paris, chez Laporte, Imp-
Lib. rue des Noyers. 1 Vol. in- 8° .
1
19:05
L'AUTEUR de cet Ouvrage, après avoir
d'abord expoſé des principes généraux qui ,
ſelon lui ,doivent déterminer la Rédaction
des Loix dans les Monarchies , trace les
règles principales qu'il croit utile de ſuivre
pour obtenir des réſultats conformes à la
raiſon & à l'intérêt commun. Il établit
comme une maxime fondamentale & inconteſtable
, que la Législation doit être ré
digée d'une manière ſimple, claire, préciſe,
&à la porrée de tous les hommes , parce
que la multiplicité des Loix & la complicationdes
formes ne fervent qu'à égarer
la Juſtice , & à tenir les Citoyens dans une
ignorance conſtante de leurs droits & de
leurs devoirs. Ce que tous les bons eſprits ,
ce que tous les amis de l'humanité diſoient
depuis la long temps, la Nation entière le
répète aujourd'hui , & fur ce point , comme
fur beaucoup d'autres , le voeu de la raiſon ,
long - temps embattu par d'anciennes habitudes
, et enfin devenu le voeu de l'opimion
publique.stone, & lai
7
120 MERCUREFaut
- il ſe borner à réformer la Légifla
tion civile & criminelle , c'est-à-dire , à
détruire dans ſes différentes parties les
Loix évidemment mauvaiſes , celles qui
renferment une violation ouverte des
droits d'autrui ? On bien doit-on refondre
tout d'un coup la Légiſlation entière
&la récréer ſur de nouveaux principes !
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
croit que cette dernière opération
ſeroit la plus utile & même la plus facile.
,
Sans doute,un ſyſtême de Légiſlation dout
toutes les parties ſeroient enchaînées l'une
à l'autre , & fe trouveroient dans une dépendance
telle que les Loix les plus éloignées
en apparence par leur objet , de la
Loi primitive, n'en fuſſent que des conféquences
rigoureuſement immédiates , un tel
ſyſteme de Législation devroit être regardé
comme le chef - d'oeuvre de l'intelligence
humaine. Il en ſeroit la plus utile & la plus
grande création. Mais quelque progrès que
l'eſprit humain ait fait dans cette patrie ,
fur- tout de nos jours , la ſcience de la
Législation eſt bien loin d'avoir acquis ce
degré de perfection. C'eſt là principalement
que l'on voit la raiſon de l'homme s'avançant
toujours vers le terme, ſans l'atteindre
jamais.
Il et d'ailleurs , outre les obſtacles
qui réſultent de la mature même des objets
, des difficultés attachées à l'ordre de
choſes
DE FRANCE . 121
choſes où se trouvent quelquefois les Sociétés.
Lorſqu'un ſyſteme politique a depuis
long-temps introduit au milieu d'une
Nation, des moeuts, des uſages, des préjugés ,
des intérêts particuliers,est-il poflible d'y etablir
tout d'un coup &d'une manière durable
un ſyſtême de Légiflation qui , ayant pour
baſe l'égalité des droits dans toute fon
étendue , doit , pour affurer cette égalité ,
détruire à la fois & dans tous les ſens ces
moeurs , ces uſages , ces préjugés , ces intérêts
? Un plan général de Légiflation conforme
, dans tous les points , & ce que la
raiſon prefcrit & à ce que la juftive exige ,
ne peut donc être que l'ouvrage du temps,
des lumières , & des circonstances.
L'Auteur parcourt les différens objets
de la Légifſlation fur lesquels il eſt néceffairé
de porter la réforme , & il développe
à cet égard toutes les idées qu'il doit
à de longs travaux. fur cette matière
& dont il avoit déjà expoſé une grande
partie , il y a quelques années , dans un
Ouvrage fur la réforme des Loix civiles ,
&dans un Effai fur la conciliation des
Coutumes Françoises , où l'on trouve , com
me dans celui - ci , des cornoiffances étendues
ſur les détails de la Législation , un
zèle très - actif pour les intérêts de l'humanité
, & fur-tout le talent de claffer &
de ſimplifier les objets.
Nº. 29. 18 Juillet 1780 F
1
122 MERCURE
En rendant aux travaux & aux intentions
del'Auteur lajuttice qui leur eſt due , nous
ſommes bien éloignés d'adopter toutes les
opinions qu'il a établies dans ce dernier
Ouvrage. Pluſieurs de ces opinions font
contraires à des principes dont l'évidence
eſt aujourdhui généralement reconnue.
Quelquefois des idées très - vraies en
elles-mêmes ne ſont pas développées dans
toute leur étendue , ou offrent des développemens
qui ne leur font pas propres. D'autres
fois aufli des développemens juſtes &
naturels viennent à la ſuite d'une idée
importante , pour lui donner plus de force
& la rendre plus ſenſible. Nous n'en citerons
pour exemple que le morceau fuivant,
où l'Auteur a voulu prouver que ce
font les mauvaiſes Loix qui créent les mau-..
vaiſes moeurs.
.......
» Ne nuiſez jamais à autrui , dit gravement
le Législateur ..... & le ſyſtême
politique fomente continuellement le préjudice
du tiers en faveur d'autrui. - Que
-ditons nous du Code civil & du ſyſtême
judiciaire ? La Science civile nourritune
clatſe nombreuſe dhommes dont on diroit
que la plupart font nés pour vexer leurs fome
bibles. Il faut ſe ruiner pour obtenir juftice
, incertain ſi on l'obtiendra. Ici la Loi
enrichit l'aîné de chaque famille , met les.
puînés ſur le grabat , ne compte preſque
pour rien les filles , & on prétend que les
DE FRANCE.
123
paînés,que les filles aient autant d'amour
pour leurs parens , pour leur patrie , autant
de morale que les aînés. Là , le pouvoir
paternel eft nul , & on exige que ce défaut
de déférence pour les pères dont la Loi
donne un perfide exemple , n'influe en rien
fut la conduire des enfans. Là, le pouvoir
paternel eſt une eſpèce de tyrannie , & on
s'étonne que les enfans fentent une révolte
intérieure contre une gêne exceſſive. Ici
la liberté extrême des teftamens engendre
les batfelles dont un Teſtateur eft accablés
on capte les difpolitions dans les derniers
inftans de fa vie , dans ces inftans où il
n'eſt plus capable de penſer ſagement , &
on fruftre de fon héritage ſes héritiers
légitiraes ou ceux que l'équité lui deſtinoit.
Là , nulle eſpèce de diſpoſitions en
tre vifs ou à cauſe de mort n'eſt permife ,
& les actes de ſoins , de bienveillance , ne
pouvant être payés par aucun témoignage
de reconnoiffance , font négligés. On peut
inquiéter , infulter même celui dont on recueillera
le bien , pourvs qu'on ne s'expoſe
pas trop mal-adroitement à l'animadverfion
des Tribunaux. Ailleurs ,le Propriétaire
n'eſt qu'à demi Propriétaire. Dans certains
pays, les femmes obtiennent facilement
d'être séparées de leurs maris ; elles
l'obtiennent d'autant plus facilement,qu'elles
font d'un état plus relevé , d'une naiſſance
plus illuftre ; c'eſt la Jurisprudence qui le
veut ainfi, Jurifprudence immorale , qui ne
F2
124 MERCURE
1
pèſe pas les conféquences de ces funeftes
exemples. Par-tout les liens les plus facrés
qui doivent unir les homines , font brifés.
Un combat de vices moraux eft quelquefois
ameuté par la Juifprudence même :
rien ne pourvoit à l'extinction des vices ;
&puifque ces vices font favorifés , les crimes
qui n'en font qu'une conféquence, devroient
être traités avec la plus grande
douceur ",
Un Poëte Latin a dit , que font les Loix
Sans les Moeurs ? & depuis plus de dixhuit
fiècles on répète cette maxime en vers
&en profe. Quelques Philoſophes moderne
ont dit que la propofition contraire étoit
la ſeule raifonnable ; ce feroit un Ouvrage
très- curieux & très- utile , que celui où l'on
prouveroit cette vérité par les faits,
i
HISTOIRE d'Eléonore de Guienne;
Duchefſfe d'Aquitaine ; contenant ce qui
s'est passé de plus mémorable ſous les
règnes de Louis VII, dit le Jeune , Rot
de France, de Henri II, & de Richard
fon Fils , furnommé Coeur de Lion , Roi
d'Angleterre.- Edition augmentée d'un
Supplément, de Notes & d'Obfervations.
AParis , chez Cuſſac , Libraire , au
Palais - Royal , Nos. 7 & 8. In-88 . de
DE FRANCE. 125
3??? ???? ????? ?
près de soo pages, orné de 3 Gravures
très -foignées
CETTE Hiſtoire , auſſi inſtructive qu'at
tachante , fut écrite vers la fin du dernier
ſiècle , par Larrey , Avocat du pays deCaux ,
réfugié en Hollande. Elle commençoit à devenir
aufli rave que l'Histoire d'Augufte
& celle des Triumvirats, par le même Au
teur. On fait que le ſtyle de cet Ecrivain eft
tour à tour ferme & vif, grave & brillant ,
& que fon Histoire d'Angleterre n'a pu être
écliplie que par celle de Hume. Voltaire luimême
a tiré de grands fecours de Larrey,
lorſqu'il compofor fun'Sibele de Louis XIV.
On retrouve dans Histoire d'Elenore le ton
romanesque & entraînant qui caractérife
les écrits de Vertor & de l'Abbé Prévolt.
Mais c'eſt les aventures de l'Héroïne que
Latrey dépeintu& qu'il juftifie , c'eſt le bizarre
tiffu des évènemens de cette époque
fingulière de notre Hiftoire , c'eſt enfin cette
Hurts facrée & chevalereſque de l'Europe
contre l'Afie , qui rend ce morceau d'Hiffore
aufli caricux qu'amusant , en prêtant
aux furs réels les plus vives couleurs de l'imagination
. Lucas :
Ce volume tient effentiellement à trois
corps d'ouvrages utiles , à l'Hiſtoire dé
France , à celle d'Angleterre , & à celle de
la longue &déplorable rivalité de ces deux
Nations. Il tient auffi à nos Romans de
F3
126 MERCURE
Chevalerie , non par le mélange de la fietion
à la vérité , mais par la connoiffance
approfondie & vraie qu'il nous donne de
ces Preux tant célébrés par les Ecrivains de
nos fiècles héroïques. Nos jeunes Ecrivains
Dramatiques ne liront pas cet Ouvrage fans
fruit. Les moeursde ces temps d'orages étoient
très poétiques , &cette époque ſemble, être
celle de laMythologie Françoife. L'Auteur a
diviſé fon Ouvrage en neufLivres; lestrois
premiers contiennent les deux mariages de
la Reine Eléonore avec Louis VII , Roi de
France , & enfuite avec Henri II , Roi
d'Angleterre juſqu'aux diviſions qui ſurvinrent
entre elle & ſon ſecond mari. Ce période
de temps , qui dure trente années , renferme
ce qui s'eſt paſſé de plus agréable
&de plus heureux dans la vie d'Eléonore.
-Les IV, V & VI Livres contiennent
les brouilleries que les galanteries de Henri
&la jaloufied'Eléonore excitèrent dans leur
famille & dans leurs Etats.2
Cet eſpace eſt de vingt trois ans. Les VII ,
VIII & IXe. Livres contiennent la délivrance
d'Eléonore par ſon fils Richard , & le glorieux
règne de ce Prince. Ces derniers Livres
renferment une période de treize années
, où l'on voit les grandes actions de
RichardCoeur de Lion ; ſa croifade avec Philippe
, Roi de France ; ſes exploits en Sicile
, & les victoires en Orient contre Saladin,
qui ſe terminèrent par une triſte révo
2011 AS 2 .
DE FRANCE . 127
lution. On continue en racontant fon retour
précipité en Europe , ſa captivité en Allemagne,
ſa liberté , & fa mort. Ces événemens
ſe paſſèrent en moins d'onze années .
i
Les ſommaires qui précèdent chaque Livre
de cette Hiſtoire , les notes qui font
au bas des pages , une Table des matières
très- exacte , annoncent un Editeur inſtruit ,
intelligent , & défireux d'être utile ( 1 ) .
LE Fils naturel. 2 Vol. in- 1S . A Paris ,
chez Buiffon , Libraire , Hôtel de Cuëtlofquet
, rue Haute-feuille , N. 20.
RIEN de plus aiſe à faire qu'un Roman ,
où l'Auteur , fans aucune connoiffance &
du coeur humain & de l'art du ſtyle , ne
veut qu'attacher par une grande variété
d'incidens & d'aventures fingulières , inat
( 1 ) Le Sr. Cuſſac , Libraire , n'a rien épargné
pour rendre cet Ouvrage digne de tous ceux qu'il
a publiés juſqu'à préſent, tels que les OEuvres de
Plutarque , 24 Volumes in-8°. avec Figures ; le
Théatre des Grecs , 13 Vol. in- 8 °. avec Fig. &
Ics OEuvres de Belloy , qu'il a enrichies de Grav.
Il ſe propoſe de publier inceflamment une belle
édition des OEuvres complètes de J. B. Rouffear.
!
F4
113 MERCURE
tendues , ſouvent même bizarres. Cette er
ceffive facilité eſt ce qui multiplie chaque
jour juſqu'à l'ennui & au dégoût ce genre
de production ; & de là ce diſcrédit où les
Romans, font tombés dans l'opinion des
hommes qui n'ont ni aſſez de lumière , ni
allez d'équité pour diftinguer entre le bien
&le mal.
1.
L'Ouvrage que nous annonçons eſt digne ,
à bien des titres , d'une diftinction honorable;
le premier volume fur-tout , que le
commun des Lecteurs lira peut- être avec
moins d'avidité & d'intérêt que le ſecond ,
nous femble annoncer un talent aimable
& fait pour plaire à tous les coeurs ſenibles.
Ou nous nous trompons étrangement ,
oa bien le ton doux & naturel qui anime
le ſtyle & répand tout le charine de l'attendriiſement,
décèle dans l'Auteur de ce
Romchce je ne fais quoi de mélancolique
dont on aime à ſe pénétrer dans les
heures de la folitude. Ce mérite, qui devient
de jour en jour plus rare dans notre Littérature
, doit ranger le Fils naturel dans
la claſſe des Romans qu'on ſeplaît à relire.
Quelques citations priſes comme au hafard
fuffivont pour le prouver , forſque nous aurons
donné un léger apperçu du plan & de
la marche de l'Ouvrage.
17
Né d'une erreur de l'amour , élevé chez
d'honnêtes Villageois qu'il croit ſes parens ,
déſabufé , vers ſa quinzième année , par un
DE FRANCE. 129
ami de fon père , inftruit enfin qu'il n'a
plus de père , mais qu'il lui reſte ſa mère
&une foeur , le Fils naturel ne voit rien
de plus délicieux que de ſe réunir à ces
deux objets chers à fon coeur aimant. Mais
it ignore leurs noms , leur demeure , & jufqu'à
leur figure. Cependant toujours maîtrifé
par fon itnagination enflammée , il voit
en fonge deux femmes , & ſe perfuade , à
fon réveil , à force de raiſonnemens , que
ſon rêve n'est point une chimère , & qu'il
a vu réellement l'image de la mère & de
fa fent! Sur cet-efpoir , il s'abandonne à la
recherche de la réalité, multiplie les voyages,
& parvient à lun château , où une action
de bienfaiſance l'a conduir. Li l'Auteur
(pag. 20431Tome 1) aplacé entre la mère
&te fils une ſcène de reconnoiffance qui ,
tranſportée: fur le théatre , produiroit un
effet pathétique & dichaant, Feré bientôt
de s'arracher à ſa mè e le jeune in-'
forruné paſſe en Eſpagne , & va cacher
fon incurable douleur dans une Chartreufe.
Nous ne le ſuivrons pas dans la fuire de
ſes malheurs ; mais nous dirons que devenu
l'Aruan de la fooeur qu'il ne connoisloit
pas, échappé aux rigueurs de l'Inquifiion ,
ils ſe réuniffene l'on & l'autre à leur mère ,
au ſein de laquelle ils retrouvent la paix.
ayeć la vertu, 1 1
د
Le premier volume de cet Ouvrage contient
peu de faits , & cependant nous le
r
Fs
430 MERCUREJ
croyons ſupérieur en mérite au deuxième ;
où les événemens ſe preffent un peu trop.
Celui - ci manque peut-être de ces développemens
que la peinture des grandes paffions
commande ; nous ofons donner à
l'Auteur le conſeil de revoir , lors d'une
ſeconde édition , cette partie de ſon Ouvrage,
dont il lui est très-facile d'augmenter
le mérite , en donnant à chaque choſe,
l'étendue qu'elle doit avoir. Il a craint fans
doute d'être long ; mais il devoit ſe dite
que ſouvent le moyen de ne pas l'être ,
c'eſt de préſenter chaque événement dans
ſes juſtes proportions.
Nous avons donné des éloges au ſtyle
de ce Roman, & il faut prouver que ces
éloges fontmérités.Deux citations que nous
ne choififfons pas , appuieront notic jugement
, en même temps qu'elles termineront
cet extrait d'une manière agréable pour
le Lecteur.
Le Fils naturel eſt défolé de ne pas trou
ver ſa mère.
>>Erranger dans le monde , étranger dans
la Nature , je ſuis la plus malheureuſe des
créatures. Tous les hommes peuvent s'unir
&s'aimer ; tous connoiffent des frères ,
des foeurs , des parens. Il n'est perfonne
dont je puiſſe attendre les plus foibles foins ,
&la pitié eft tout ce que l'on me doit ".
» Que cette idée ne te révolte pas ; elle
T
DE FRANCE.
131
;
eft vraie. L'amitié même dont tu cherches
à me conſoler , n'eſt qu'une pitié plus zendre
que celle des autres. Puis -je en effet
jouir de tous les ſentimens de ton coeur ?
Ne les dois- tu pas à ta famille Cette préférence
est bien naturelle : je n'en murmure
pas. C'eſt mon fort de vivre dans la
folitude & dans les larmes " .
>>Tout ce que je vois alimente ma douleur;
tout me fait ſentir de plus en plus
la triſteſſe de ma ſituation. Depuis l'infecte
le plus impalpable juſqu'à l éléphant ,
depuis la douce & paiſible brebis juſqu'au
tigre cruel , depuis le Berger juſqu'au Monarque;
enfin , tout ce qui reſpire peut ſe
confoler de ſes peines dans le ſein d'une
famille chéric ; excepté moi ſeul . Fugitif ,
éloigné pour jamais de celle qui me donne
le jour , je ne fuis qu'un proſcrit que la
Nature ne connoît plus ".."
>> Hélas ! j'envie le fort du malheureux
que la vanité regarde comme le dernier des
hommes , de ce malheureux qui follicité
d'une manière fi touchanre une légère aumône
de mon humanité " ..
" L'enfance et de tous les âges le plús
digne de nos obſervations. Lui ſeul nous
offre l'homme dans ſa parfaite innocence.
La vertu eſt un fruit qui parvient raremen
à ſa marurité : rant de vents contraires
font mourir en fleurs "........... <
F6
132 MERCURE
Le Fils naturel avoit apperçu de loin
une jeune perfonne , &, fur la grave & la
nobleffe de fon maintien, il s'étoit perfuadé
que fa figure étoit belle , quoiqu'il ne l'eût
pas vue a cauſe d'un voile qui la cacheit.
ود Cette idée pouvoit - elle être une erreur
? étoit il vraiſemblable qu'il y cût quelque
choſe de commun avec tant de perfections
: Cette difcordance a lieu quelquefois ,
mais elle eft infiniment rare ; les loix des
convenances & de l'harmonie font fi bien
obſervées dans tous les ouvrages de la Nature
, fur- tout chez les femmes , où tous
les genres de beauté & de laideur font
claffés de la manière la plus diſtincte . fl
ſemble qu'il y ait une manière d'être particulière
pour chaque figure . Aufli , en général
, une belle perfonne ne ſe pare ,
n'agit , ne s'exprime , ne fait pas un mouvement,
ne met pas une épingle ou un
ruban comme les aurres, L'habitude d'être
belle, comine celle de ne l'être pas , influe
fur tous les inftans de la vie ".
REMARQUES hiſtoriques & politiques fur
le Tarif du Traité de Commerce conclu
entre la France & l'Angleterre ; avec des
Obfervations préliminaires ; traduit de
P'Anglois , par M. D... S... D...........
DE FRANCE.
133
in-8 °. Prix , 36 f. br. & 2 liv. 2 f. franc
de port par la Pofte. A Paris , chez
Buitfon , Libr. Hôtel de Coëtlofquet , rue
Haute-feuille.
:
CETTE Traduction n'eſt point fufceptible
d'une analyſe approfondie. Le bür de
L'Aureur , qui eſt Anglois , eſt de faire con-
Hoître les avantages qu'il en rétulte pour fa
Nation , du traité de commierce fait entre la
France& laGrande Bretagne. L'Ouvragenous
paroît écrit par un homme verſé dans les
calculs mercantilles , & connorff.nt à fond
les différentes époques des variations dans
les tarifs des objets exportés par les diffé
renres Nations , à des temps différens . Il
préfente d'une manière claire , & calle
avec ſoin les productions de chaque Peuple,
qui confituent , ſoit le commerce,
éventuel dépendant de la mode , d'un
traité avantageux , du monopole , ou des
vexations des douanes , ſoit le commerce
effentiel , qui , en général , a peu varié ,
& fur lequel il faut établir tous les calculs
qui doivent marquer la prépond rance
que l'érendue , le fol , le climat & l induftrie
affurent à une Nation for une autre.
L'Anieur est parti d'un point lumineux,
pour parcourir les différentes gradations di
commerce ; ce point eſt le traité de Munf
ter. Ce traité , di -il , indépendaminent
>> de pluſieurs autres effets viſibles fur les
134 MERCURE
>> Loix des Nations , a produit une révolu-
» tion conſidérable dans le ſyſtême du com-
> merce de l'Europe : au moment où , par
» ce Traité , les Etats- Unis de Hollande
➡ furent reconnus Souverains , ils s'appli-
> quèrent vigoureuſement aux Arts , qui
>>ſeuls les avoient rendus capables de
>>foutenir la querelle & d'aſſurer leur in-
» dépendance. Quinze ans s'étoient à peine
>>écoulés , que les Hollandois avoient formé
avec toutes les Puiſſances une al-
>» liance avantageuſe , dans la vûe ſeule-
>> ment d'obtenir des privilèges commer-
>> ciaux. Notre ſyſtême actuel naval doit
>>être rapporté à ce Traité , ainſi que notre
>>politique mercantille ".
L'Auteur fait ſentir comment des cante,s
paſſagères peuvent nuire à un pays. -Au
" d'Utrecht, dans l'inter-
ود
fujer duTraité
» valle de 1664 à 1713 , notre commerce
⚫ étoit devenu vingt fois plus confidérable.
Plafieurs caufes contribuèrent à faire
decliner celui de la France ; l'oppreffion
» & l'irrégularité de ſes douanes , l'in-
>>juſte monopole , l'ambition militaire de
>>Louis XIV , & enfin la révocation de
ود
ود
ود
l'Edit de Nantes , par laquelle cinq cents
>> mille François portèrent leur induſtrie à
> Londres , en Hollande , dans le Bran-
>>debourg en Suiffe. --Le Traité de
”
20
,
Riſwick nuifit à l'Angleterre par l'af-
Quence de ſes denrées «
1-
DE FRANCE. 135
Le fameux acte de navigation qui a
élevé fi haut le commerce des Anglois ,
paroît à l'Auteur avoir fourni à la France
une occafion de monter la marine nationale
, & avoir convaincu cette Puiſſance
de la néceſſité d'entretenir des forces navales.
Perſonne n'avoit fait juſques aujourd'hui
cette remarque importante. Quant
au Traité de Commerce de 1786 , l'Auteur
a découvert , qu'analogue à celui d'Utrecht
, ce dernier Traité avec les Anglois
tiroit ſa ſource d'un Traité antérieur entre
la France & l'Angleterre , en 1677. Nous
terminerons cette analyſe par une réflexion
bien vraie. » Les principes d'équité natu-
>> relle , dit l'Auteur , qui conſtituent le
droit des gens , n'ont jamais été mieux
définis dans aucune branche diplomatique
, ni plus heureuſement mis en pra-
>> tique, que dans les Réglemens de com-
> merce. Nous ne devons donc pas être
>> furpris fi , dans les détails de pareilles
» négociations , il ſe trouve des vides ,
puiſqu'elles demandent dans le Négo-
>>ciateur la prévoyance des conféquences
>> éloignées , qui ne peut être que le fruit
>>d'une longue expérience pratique dans
les affaires mercantilles ; ce qui eft rarement
le cas d'un homme d'Etat.
L'Auteur auroit défiré qu'un Comité de
Négocians fit chargé de la rédaction de ces
Traités , & peut-être a-t-il raifon.
ود
-"
136 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE,
ON vient de remettre à ce Theatre les Fils
ingrats,Comédie de Pifon , ens Actes & en vers.
い
b
Le premier titre de cet Ouvrage étoit l'Ecole
des Pères; les Comédiens, avant la première
repréſentation , prièrent l'Auteur de le changer
, parce que , depuis quelque temps , plufieurs
Pièces auxquelles on avoit donné ce titre
affez fatueux d'Ecole, avoient éé mal accueillies.
Piron y confentit , & la Comédie cut du ſuccès,
- L'intrigue en eft fimple. Un père a donné
tous fes biens à ſes trois fils . Il devot fa fore
tune aux foirs d'un ami , qui depuis a été rminé
par des revers . & qui a lajflé une fille orphe
line, Il veut faire ép fer cette fille par Tun
d'eux ; ma's i's refufent rous trois cet hymen..
Leur oncle, indigné de leur impratitude, ſe fert
de deux ftratagen's. Par le premier , il donne à
croire que le père aretrouvé beaucoup de bien ;
par le ſecond , que Forrhelge eft devenue; riche
par l'arrivée d'un va fleau que l'on croyoit rerda
depuis long- temps. Les trois Ingrats prodiguent
l'or entre les maios de leur père , qu'ils avoient
aba donné juſqu'alors ; ils ſe difpuert la main
de la jeune perfonne. C'est le moment où on les
démaſque & or les livre à leur honte.. L'orpheline
, qui fe croit riche , devient , de fon choix ,
P'épouſe du vicillard.
DE FRANCE.
137
:
Depuis ſes premières représentations , cette
Pièce n'a point produit d'effet , & la remifo dont
nous rendons compte , a été froidement reçue.
Ce n'est pas qu'il n'y ait des ſcènes comiques ,
d'excellens traits dans cet Ouvrages mais les dé
veloppemens en font toujours longs , ſouvent
triftes : le caractère des trois Fils révolte , & le
dénouement fatigue l'ame.
Piron s'eſt amèrement reproché d'avoit fait les
Fils ingrats,Comédie qui , ſelon lui, a été l'époque
du mauvais genre de comique , devenu en vogue
depuis ce temps. Mais Piron n'a-t-il pas fait cet
avou un peu tard ? & la veſpérie qu'il s'eſt donnée
vingt ans après fon fuccès, n'avoit-elle pas
pas pour but de lui affurer le droit de multiplier
les Epigrammes contre- La Chanfilée , dont il
n'aimoit pas les Ouvrages ? Si cela étoir , il y
auroit eu plus que de l'orgueildans ſen procédé.
Le St. Laval-l'Eruyer a traduit , le 4 Décembre
dernier, les Sieurs Marfy, Coqueau & Dubois à
la Chambre Crinnelle du Châtelet de Paris ,
pour s'y voir condamner , tant à rétracter ics
prétendues calomnies inférées dans un Profpectus
imprimé contre ledit Sr. Laval , qu'à payer une
fomme de 200 liv. pour dommages & intérêts ,
avec affiches & dépens.
:
Par Sentence sendue en da Chambre Criminelle
du Châtelet de Paris , dus Juin 1789 , le Sr.
Laval- l'Ecuyer a été déclaré non-recevable dans
fa denaande , & condamé aux dépens,
Le Bureau de Correſpondance dramatique des
Sieurs Marfy, Coqueau & Dubois , eſt toujours
fitué rue des Cordeliers , vis-à-vis la rue de l'ancienne
Comédie Françoife.
138 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 30 Juin , on a repréſenté pour la
première fois l'Ecole de l'Adolescence , Comédie
en 2 Actes & en profe.
1
Le Chevalier & le Vicemte , le premier prodigue
& le ſecond avare , ont été laillés par leurs
père à la furveillance d'une ſage Gouvernante qui
a étudié leurs caractères. Ce pere, de retour après
une très-longue abſence , apprend avec chagrin
ce qu'on lui rapporte de ſes enfans ; cependant ,
au travers de ee qu'on lui dit du Chevalier , il creit
appercevoir de la ſenſibilité , de la générofité.
Pour éprouver lui-même ſes enfans , il leur donne
à chacun une bourſe , dont il leur permet de
diſpoſer ſuivant leur inclination. Le Vicomte ca
che la fienne dans un fecrétaire , où il a déjà
ferré quelques reuleaux. Le père ordonne à un
Valet de prendre ce qu'il trouvera d'or dans le
fecrétaire. Le Valet prend les rouleaux & la
bourſe. A l'instant où il fait, le Chevalier entre ,
&pour le ſauver du châtiment qu'il peut mériter
fi on le découvre , if met la bourſe qu'il
a reçue de ſon père à la place de celle qu'il
croit volée , car il ne ſoupçonne pas tout de
vol. Le Vicomte devient furieux à l'aſpect de
fon fecrétaire qu'il trouve vide , il éclate ; le
père ſe préſente , découvre ſes projets & fon
épreuve. Le Vicomte demeure confondu ; il rougit
, ouvre les yeux ; & pour faire un premier
acte de retour ſur ſon erreur , il diftribue fon
or fous les yeux de fon père.
DE FRANCE . ¥39,
Cette Pièce eft intéreſſante , agréable ,, pleine
de morale , de délicateife & de graces ; mais ke
dénouement nous en a paru trop bruſque. Le
retour du Vicomte eſt au moins équivoque ; il
eft trop prompt pour être profondément fenti , &
pour laffer an Spectateur une juſte eſpérance. Il
y a en morale une meſure dont il ne faut pas
fortir pour être vrai.
Le Samedi , 4 Juillet , on a remis Roſe d'amour
& Carloman , Comédie lyrique en 3 Actes & en
vers; par M. D. B ..., muſique de M. Cambiny.
Cet Ouvrage fut donné pour la première fois
en 1779. L'intrigue en étoit priſe totalement
dans un Fabliau intitulé Force d'amour, que M.
d'Arnaud a inféré dans la Nouvelle de Sargines.
Rofe d'amour y étoit aimée d'un Chevalier, que le
père de la jeune perſonne mettoit aux plus cruelles
épreuves avant de lui accorder fa main. A cette
remife , l'Auteur , pour donner plus d'intérêt à
ſon ſujet , a pris quelque choſe dans la Nouvelle
de Sargines. Carloman ne peut épouſer Roſe
qu'en reſtant vainqueurde tous ſes Rivaux. Il l'a
toujours éré jusqu'au moment où ſe préſente un
Chevalier inconnu. Les deux champions montrent
une égale force , une égale adreſſe , un courage
égal. On les fépare. Dans le Chevalier inconnu ,
on retrouve Raymond, frère de Rofe , qui avoit
été chaffé de la maifon paternelle , dont ſa lacheté
le rendoit indigne , que l'amour a rendu à
la gloire , & qui est devenu un des plus valeureux
Chevaliers du monde. :
1
Cet Ouvrage a paru long & plus triſte qu'intéreffant.
L'Auteur n'a pas tiré de ſes firuations
tout le parti qu'elles ſemblent préſenter ; d'ail140
MERCURE
leurs il avoit à combattre l'opinion établie pour
le Sargines de M. Monvel , & c'eſt une terrible
choſe que l'opinion. La muſique eft mieux faite
qu'elle n'eſt ſentic ; on y a trouvé de l'uriformité ,
&quelque choſe de trop vague dans l'expreffion.
1
ANNONCES ET NOTICES.
?
LES Métamorphoses d'Ovide , en vers françois ,
avec des Notes , Livre Vie ; par M. de St-Ange.
Prix , 30 f. A Paris , chez Moutard , Impr-Libr.
de la Reine , Hôtel de Ciuni rue des Mathurins.
Quoique les affaires d'Etat abſorbent entièrement
l'attention publique , & que l'on s'embarraſſe
fort peu de la Littérature , & encore moins de la
Poéfie , M. de Saint-Ange s'eft,hafa dé à publier
un nouveau Livre..LL''aammoouurr du talent ſe ſoutient ,
s'alimente da lui même ſans ſecours étranger. En
attendant, le, compte plus étendu que nous en
rendrons ,quelques vers, détachés prouveront d'avance
à quel point le Traducteur, fait être à la
fois original & fidèle .
e
Tum fecum, laudare parum est , laudemur & ipfa
Louer eſt bon , dit-elle , être loué vaut mieuxy
Et quantum ira finit,formosa st اوا
Belleà travers les traits d'un orgueil irrité.
Divitior forma.
Magno dives Philomela parata ,
Ses ornemens font beaux , mais fa grace eft plus belle.
Chaque Livre féparément ſe vend 30 f.; les S
DE FRANCE. 140
IVe. , Ve. & Vie, enſemble , 3 liv . On trouve au
même prix les trois premiers Livres en un Volume ,
chez Valéyre aîné , Impr Libr. , rue de la Vieille-
Boucleric.
On vient de mettre en vente chez Mourard ,
Libraire-Imprimeur de la Reine , rue des Ma
thurins , Hôtel de Cluni.
La Connoissance des Temps , 1791 ; in -80.
Prix , 4 liv.
La même , abrégée pour les Marins, in - 8 °.
Prix, 3 liv .
Difcoursfur l'Histoire de France , par M. Mezean.
Tome XXI ; in-89. Prix , 3 liv. 12 f. br.
Hiftoire de la Décadence & de la Chûte de
l'Empire Romain , Traduction de l'Anglois de
Gibbon. Tome VII ; in-8 °. Prix , s liv. br. &
liv. rel,
Ce Volume commence à la mort de Jovien ,
cn 364 ; & finit à la mort de Théodoſe, en 395 .
Le Tome VIII paroîtra an mois d'Août. La foufcription
pour cet Ouvrage eft toujours ouverte.
Dictionnaire Univerſel de Police , par M. Des
Effarts. Tome VII , ic-4°. Prix , 10 liv. 10 f. br.
& 12 liv. 10 f. rel .
Le Tome VIII eſt ſous preſſe.
On foufcrit encore pour cet Ouvrage.
L
Portrait de M. Bailly , Préſident de l'Affemblée
Nationale , conftituée à Verſailles en Juin
1789 ; deſſiné par Quenedey au phyſionotrace de
Chrétien, Prix , AParis , chez l'Auteur, rue
Croix-des-Petits-Champs , Hôtel de Luffan , No.
10 ; au Palais-Royal , No. 180 ; & à Vermilles ,
chez Blaizor.
24Γ.
142
MERCURE
Le ſuccès de cette ingénieuſe invention eſt
connu depuis long-temps. Le Portrait que nous
annonçons est très reffemblant ; & ne peut que
plaire au Public.
Journal de Guitare , No. 1 , 4e. Année 1789 ,
par M. Vidal , Profeſſeur de Muſique & Maître de
Guitare. Il paroît un Cahier tous les mois. Prix ,
3 liv. Le prix de l'Abonnement eſt de 24 liv. pour
les 12 Numéros , francs de port. A Paris , chez
l'Auteur , aux Soirées Eſpagnoles , rue de Richelieu
, No. 99 .
Duo concertant pour deux Violons , par Ignace
Pleyel ; OEuv. 17e. Prix , 7 liv . 4 f. Quatuor
concertant , pour Piano-Forté , Violon , Alto &
Violoncelle ; par l'Abbé Vogler. Prix , 31. 12 f..
Premier Concerto pour le Violon ,compoſe
par Ignace Pleyel , arrangé pour le Forté-Piano ,
avec accompagnement de deux Violons & Baffe;
par C. Fodor. Prix , 6 liv. AParis , chez Boyer ,
rue de Richelieu , à la Clef d'or , paſſage du Café
de Foy; & chez Mme. Lemenu , rue du Roule ,
à la Clefd'or.
Romances & Chansons de différens caractères
avec accompagnement de Clavecin , ou Forté-
Piano ; par J. Haydn. Prix , 7 liv. 4. f. franches
de port par la Poſte dans tout le Royaume . =
Les Délaſſemens de Polymnie , ou les petits Concerts
de Paris , 4e. Année. 1, 2, 3 &46. Recueil,s
contenant des Airs nouveaux de tous les gentes ,
avec accompagnement de Clavecin , & d'un Violen
ou Flite . Le prix de l'Abonnement pour 12
Recueils par an , eſt de 18 liv. port franc. Séparément
, 2 liv. & f. Cette Année 1789 contiendra
un répertoire de tous les agrémens de la Mufique.
:
DE FRANCE.
143
,
Les 4 Années de cet Ouvrage ſe vendent 66 liv.
=Journal de Guitare , ze. Année. 1 , 2, 3 & 46.
Cahiers contenant des Airs nouveaux de tous les
caractères &c. pincé & doigté marqués pour
l'inftruction. Abonnement pour 12 Cahiers & les
Etrennés de Guitare , 18 liv . port franç ; ſéparément
, 2 liv. Nouvelles Etrennes de Guitare ,
contenant un Recueil de jolies Romances & Couplets,
avec préludes && caprices dans tous les
tons pour l'étude de la Guitare ; Guv. ge. Prix ,
7 liv. 4 f. port frane. APavis , chez M. Porro ,Tue
Tiquetone , No. 10 .
Journald'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine.
Numéros 241 , 242 , contenant unAir del Signor
Marcello; & un Airdel Signor Cimacofa. Le premier
, 3 liv. 12 f.; & le ſecond , 2 liv. 8 fous. A
Paris , chez Bailleux , Md. de Muſique ordinaire
du Roi , à la Règle d'or , rue St - Honoré , près
celle de la Lingerie .
Numéros 33 à 35 , ou se. Année des Feuilles
de Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin.
Prix, chaque No. , I liv. 4 f. Abonnement pour
chaque Journal , 30 liv. franc de port. A Paris ,
chez Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine ,
tue des Poulics.
Six Duos concertans, pour deuxVielons, dédiés
à M. le Comte de la Blanche , compoſes par A.
Chapelle , ordinaire du Concert Spirituel & de
laComédie Italienne . Prix 7 liv . 4 f. , oeuvre II ,
A Paris , chez M. Vival , Profeffeur de Muſiquer
& Maître de Guittare , rue de Richelieu , près
les Italiens , No. ११० , franc de port dans toutes
les Provinces.
2
44 MERCURE DE FRANCE.
Nos. 1 às du Journal de Clavecin, par les meilleurs
Maîtres. Séparément , 3 liv. Abonnement ,
15 liv. pour 12 Numéros.
=Numéros 4 à 26 du Journal de Harpe , par
les meilleurs Maîtres.
=Nos. 13 à 35 du Journal Hebdomadaire, compoſés
de différens Airs, avec accompagnement de
Clavecin, par les meilleurs.Maîtres. Il paroît un
Numéro de chacun de ces deux Journaux tous les
Dimanches. Prix ſéparément , 12 f. Abonn. 151.
AParis, chez LeDuc , au Magaſin de Muſique &
d'Inftrumens , rue du Roule , Nº. 6 .
SONNET.
Traduction.
TABLE.
Charade, Enig. & Log.
Traduction.
De la Rédaction .
Hiftoire.
97 Le Fils naturel
93 Remarques.
101 Comédie Françoife.
104 Comédie Italienne.
119 Annonces & Notices.
114
127
13:
138
140
APPROBATIΟΝ.
f
J'ai lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE, pour le Samedi 18
Juillet 1789. Je n'y ai tien trouvé qui puiſſe cu
empêcher l'impreffion. AParis, le 17 Juillet 1989.
SELIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 15juin 1789.
Le Prince Poterskin a , de nouveau ,
: manifesté les intentions de sa Cour dans
une nouvelle lettre adressée au Général
d'Artillerie , Comte Potocki , et dont
voici la teneur : 1
<<Monsieur , me trouvant près des confins de
Ja Pologne , je m'empresse de satisfaire au devoir
que m'impose la considération que je
porte à Votre Excellence , et les sentimens
qu'elle m'inspire. J'ai en conséquence l'honneur
de lui annoncer , que l'armée que je
commande va asseoir son camp entre Olviepol
et Bender. La proximité où je me trouve de
sa résidence , me donne l'espoir flatteur de
la voir bientôt , ce qui me procurera l'occacasion
de lui renouveler les sentimens amicals
de Sa Majesté l'Impératrice envers la République.
En attendant , j'ai l'honneur de l'in-
No. 29. 18 Juillet 1789.
( 98 )
former quej'ai reçu les ordres les plus précis.
1ant à l'égard de la sortie des troupes Russes
des Domaines de la République , que du transport
des magasins qui s'y trouvent ; ce que ,
comme j'endonne ici ma parole , j'effectuerai
dès mon arrivée à la frontière. Je prie donc
Votre Excellence de croire que je n'épargnerai
aucun soin pour convaincre la Sérénissime
République du désir qu'a Sa Majesté l'Impératrice
, ma très - gracieuse Souveraine , de
faire tout ce qui dépendra d'elle pour rendre
inaltérable cette amitié , qui doit subsister
entre de bons voisins. Je saisirai de mon côté ,
avec empressement , toutes les occasions où je
pourrai prouver mon zèle et mon respect à la
Sérénissime République , et vous convaincre
de la considération avec laquelle j'ai l'honneur
d'être . »
Krementsehuck, le 24 mai 1789.
Dans la Séance du lundi 5 , l'on a
tiré au sort les Juges de la Diète , au
Tribunal desquels sera porté le procès
du Prince Poninski. Ils sont au nombre
de38, dont 14 Sénateurs et Ministres d'Etat,
et 24Nonces. Lemardi, on fit le rapport
de la lettre du Prince Potemkin au
Grand-Maître d'Artillerie Potocki, lettre
qu'on vient de lire. Le jeudi , l'onnomma
M. Swieykowski, Castellan de Kaminiec,
Commissaire pour assister à l'évacuationdes
magasinsRusses. Cette grande affaire
ainsi terminée,l'on en finit uneautre
non moins importante , qui est celle de
l'impôt territorial. Celui pro-tunc étant
déja entré dans le Trésor de la Répu(
99)
blique , on a vu avec satisfaction , par
les rapports de la Commission de guerre,
que
le nombre des hommes effectifs
passe déja quarante-huit mille ; et que
l'augmentation des compagnies , résolue
cette semaine, doit bientôt les rapprocher
de soixante mille.
Nous observerons au sujet des impôts ,
que l'on avoit proposé d'étendre jusque
aux Ministres protestans , celui que les
Curés Catholiques payent sous le nom
de donum charitativum. Mais cette
Motion fut vivement combattue par
M. Butyrmowicz, Nonce de Pinsk ,
qui représenta que le seul nom de donum,
prouvoit que cet impôt ne pouvoit
qu'être offert et non exigé; et que
si le Clergé Catholique le donnoit en
échange des grands priviléges dont il
jouit , ce n'étoit pas une raison pour
l'étendre jusqu'aux Ecclésiastiques Protestans
, qui ne jouissent pas des mêmes
priviléges .
Presque tous les Membres des Etats
désiroient suspendre leurs travaux , tant
à cause de la prochaine échéance des
paiemens de la St. Jean , qui entraînent
un grand nombre d'affaires particulières
, que pour reprendre leurs forces
épuisées par neuf mois d'occupations
pénibles.
Mais une pareille suspension est un
de ces points qui , dans l'esprit de
notre Constitution, ne peut passer qu'
1
(100 )
l'unanimité , et cela par la crainte de
laisser dans de pareilles lacunes , le
pouvoir d'ôter à la Diète toute espèce
d'activité. Le Maréchal proposa samedi
d'ajourner les Etats au treize du mois
de juillet ; et trois Nonces seulement
y mettant opposition , le Maréchal
les prioit d'y renoncer , lorsque Sa Maj .
croyant , sans doute , que l'unanimité
étoit déja constatée , appela son Ministère
, ajourna la Séance au treize , et
: quitta la salle des Etats .
S'il n'y avoit pas eu erreur , la vio-.
lation étoit manifeste ; aussi tous les
Nonces restèrent à leur place , et déclarèrent
positivement qu'ils ne regardoient
point la Séance comme finie.
Les Maréchaux se rendirent chez Sa
Majesté , qui envoya aussi - tôt son Ministère
, pour donner des explications
très-propres à la satisfaire. Le Maréchal
de la Diète ayant alors demandé si
l'on consentoit à l'ajournement jusqu'au
treize , l'unanimité s'établit sans peine ,
et alors le Vice- Chancelier Garnysz
prenant la parole au nom du Roi , mit
fin à la Séance. Le reessppeecctt pour les
formes , fut l'ame et le motif de
résistance , pleine de soumission et de
respect pour les droits du Trône.
cette
( 101 )
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 30 Juin.
Avant son départ pour la Finlande ,
le Roi de Suède a fait publier , par la
voie de l'impression , une lettre de
congé et d'admonition , adressée à ses Sujets
, et signée au château de Stockholm ,
le 5 mai 1789 , dans laquelle , en leur
communiquant les motifs qui l'ont mis
dans la nécessité de s'absenter de sa résidence
, il les exhorte à persister dans
la fidélité qu'ils doivent à leur Souverain
, ainsi que dans l'observance des
lois et l'obéissance due aux Magistrats
et auxnouveaux Tribunaux établis conformément
aux décrets de la dernière Assemblée
générale des Etats du royaume .
« Si cette Diete générale , dit S. M. dans
un, endroit de sa Lettre , doit être à jamais
mémorable par l'importance des affaires dont
elle s'est occupée , par la division des esprits
qui s'est manifestée parmi quelques- uns de
ses Membres , et par les événemens extraordinaires
qui'en ont été les suites , notre propre
conviction nous est garante que nos Contem- /
porains , ainsi que la postérité , ne méconnoîtront
pas les soins que nous avons employés
pour extirper toute faction qui n'avoit pas
pour but notre bien-être commun et celui de
laPatrie , pour ramener ceux qui s'arrogeoient
l'autorité dans l'administration publique , sous
l'obéiſſance des lois de l'Empire , pour assurer
enj
(102)
et consolider les propriétés de chaque Citoyen,
suivant les principes fondamentaux du droit
naturel , et pour accorder à quelques Membres
de l'Etat , des prérogatives et avantages que
le mérite et les vertus civiles exigent de l'équité
et de la justice du Souverain. Enfin ,
nous avons pensé qu'il étoit indigne de Nous
et de notre dignité , de vouloir nous servir
pour notre propre personne , contre quelques
individus , de la puissance et autorité royale
qui se trouve entre nos mains , et nous ne
l'avons jamais employée autrement que pour
le maintien du bien général . »
Le Roi s'adresse ensuite à chacun deş
quatre Ordres du royaume en particu
lier , en les exhortant à entretenir entre
eux cette sage et parfaite concorde qui
seule est capable,par la réunion detoutes
les forces de l'Etat , d'effectuer le bien
public, et celui de mettre le royaume
à l'abri des attaques de ses ennemis.
De Vienne , le 30 juin.
Depuis dix à douze jours , les nouvelles
de l'Empereur ont été successivementplus
favorables. Le 20 , on publia
le bulletin suivant de l'état de S. M.:
« L'Empereur n'a pas eu d'accès de fièvre
pendant douze jours. Le rétablissement de Sa
Maj . fait de tels progrès , que non- seulement
Elle a pu , pendant ces jours derniers , se promener
dans le jardin de Laxembourg , mais
aussi commencer à prendre l'eau de Spa.>>>
<< On a requ, par la voie de Carlstadt ,
(103 )
/
)
la nouvelle de l'accident funeste arrivé
au Lieutenant-Colonel Wukassowich,
qui a manqué de périr par la main
d'un de ses propres Soldats , du nombre
de ceux qui sont venus au mois de
mars du Monténégro , pour servir dans
sa légion : voici les circonstances de
cette horrible affaire , d'après les lettres
venues de la Croatie. L'infortuné Wukassowich
ayant fait halte à Cespitsch ,
pour faire prendre du repos à quelques
compagnies à la tête desquelles il marchoit
vers Dobroszello , un Soldat Monténégrin
témoigna qu'il désiroit de lui
parler : après quelques propos vagues ,
il lui demanda de l'argent , et , selon
d'autres , la permission de quitter le
Corps. Sur le refus qui lui fut fait , if
tīra un coup de pistolet à la tête du
Lieutenant-Colonel, et l'ayant manqué,
il se jeta sur lui le sabre à la main. Si
la garde n'étoit heureusement accourue
au bruit , il est certain que ce scélérat
auroit achevé son Commandant. La
blessure la plus considérable qu'il a reçue
est un coup de sabre au bras , assez
profond , qui l'obligera de garder la
Chambre pendant quelques semaines. »
Une partie de l'armée de Croatie s'étoit
mise en marche , le 11 de ce mois ,
pour l'Esclavonie , laissant en Croatfe
les troupes de frontière , les Volontaires
Seressans , les troisièmes bataillons de
Durlach,Latterman, Teutschmeister,
1
e iy
( 104 )
Archiduc Ferdinand et Preiss ,et quelques
divisions de Cavalerie de Kinski
et de Graven. On disoit l'armée en marche
vers Gradiska ; mais , deux jours
après , elle a reçu ordre de faire halte.
On ignore encore le but de ce nouveau
changement d'opérations .
Il se confirme que , le 3 de ce mois ,
le feu s'est manifesté au Vieux-Gradiska
( Autrichien ) ; l'hôtel du Commandant ,
les bâtimens de Douane , un Hôpital ,
le quartier des Officiers des vivres , plusieurs
maisons de Négocians et tous
les bois à l'usage de l'Artillerie , ont été
consumés.
Voici l'état des Officiers-généraux et des
troupes qui sont au camp près de Weiskirchen .
Le Maréchal de Haddik , le Général de Cavalerie
Comte de Kinsky ; les Lieutenans-généraux
de Tiege , de aldek , de Browne et
d'Alvinzy ; les Majors-généraux de Lilien ,
de Kavanagk , de Koloniz , de Wenkeim , de
Sytaray et Duc d'Ursel. La division sous les
ordres du Lieutenant-général de Tiege est
composée de trois divisions de Dragons de
Joseph de Toscane , de trois divisions de Cuirassiers
de Zeschwiz , de trois divisions de
Dragons de Léopold de Toscane , et de trois
divisionsde Cuirassiers de Jaquemin. Le Prince
de Waldeck commande trois divisions de Cuirassiers
de Nassau , et quatre divisions de Hussards
de Wurmser. Le Comte de Brown commande
les bataillons de Grenadiers de Rottenberg,
Saint-Julien , Scbotendorf, Stein , Honbourg,
Pichler, Nicoletti , Furstenberg , Kempf
et Alvinzi. Le Lieutenant-général d'Alvinzy
( 105 )
commande huit bataillons d'Antoine Ezterhazy
, de Karoli , de Pellegrini et de Ferdinand
de Toscane. — Il se trouve encore au quartier-
général, le Général d'Artillerie Comte Joseph
de Colloredo , Directeur de l'Artillerie ,
le Général Zohentner avec l'Etat- Major , le
Général Mirowiny avec le Corps du Génie ,
et le Général de Thurn avec l'Artillerie.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 10 juillet .
Le dernier Budget , développé le
10 juin par M. Pitt, devant la Chambre
des Communes , exigeroit nombre d'éclaircissemens
et d'observations , auxquels
nous reviendrons par la suite. Aujourd'hui
, nous commencerons par exposer
sommairement les bases de ce
tableau de Finances , en faisant suivre
ce précis d'une récapitulation comparative
et exacte des dépenses générales
et subsides pour l'année courante .
M. Pitt commença par développer avec
clarté l'état du revenu et des dépenses nationales
. Il étoit d'abord nécessaire de montrer ,
1º. pourquoi les dépenses publiques s'étoient
élevées au-dessus du niveau ordinaire en temps
de paix . 2 °. Quels secours additionnels cet excédent
exigeroit. 3º. Par quels moyens on
pourroit se les procurer.
Les dépenses de la marine
montoient à .. 2,328, ccol. st.
L'ordinaire de l'armée à .. 1,517,871
ev
( тоб )
L'extraordinaire à ........ 398,000
2000 matelots de plus , votés cette année,
avoient produit un excédent dans les dépenses
de la marine.
Celles de la guerre étoient si considérables
, par laraison que le Gouvernement avoit
avancé à la Compagnie des Indes quatre-vingt
mille livres sterlings , destinées à payer les
troupes envoyées d'Angleterre aux Indes
Orientales ; mais , d'après les dispositions d'un
acte du Parlement , la Compagnie étoit obligée
de rembourser cette somme au Public.
Le montant de l'extraordinaire de laguerre
n'exigeroit pas de nouveaux subsides , parce
que cet extraordinaire devoit être acquitté sur
les fonds votés pour le service ordinaire de
l'armée , et qui , n'y ayant jamais été employés
entièrement ,s'étoient graduellement
accumulés.
L'emploi de ces surplus
croissant , réduiroit donc la
somme totale des dépenses de
T'armée à . ....
La dépense de l'entretien
et du transport des malfaiteurs
à Botany-Bay , coûtoit . ....
1
1,517,0001. st.
56,000
Les dédommagemens dus
aux loyalistes ............. 313,000
Les secours momentanés
qu'on leur accorde .........
Le déficit sur la taxe des
terres et de la dreche .......
Le déficit sur d'autres branches
de subsides .
40,000
350,000
331,913
On avoit regardé comme une mesure commandée
par l'utilité et la politique , d'assister
JaHollande d'une somme de 191,000 liv. sterk.
pour fortifier les alliances de l'Angleterre , et
( 107 )
pourdéconcerter les desseins de ses ennemis ,
mais cette somme devoit être rendue par obligations
portant intérêt , et placées dans les
comptes de la liste civile ; ces paiemens successifs
seroient soumis régulièrement à l'inspection
du Parlement.
Le produit croissant du fonds consolidé ,
donnoit , au - delà des sommes affectées au
paiement annuel des intérêts de la dette publique
, un surplus de 1,530,000 liv. sterl. Cet
accroissement résultoit des réglemens salutaires
sur l'accise des vins et des liqueurs
spiritueuses , et des heureux résultats du Traité
de commerce avec la France.
1
Quant au déficit dans les taxes de l'année,
il falloit l'attribuer à divers délais dans le
paiement des arrérages ; mais on a pris des
mesures si efficaces pour faire rentrer ces fonds,
que les Collecteurs des taxes ont déja entre
leurs mains cent cinquante mille liv. sterl. I
y a aussi près de cent inille liv. sterk, sorties
de différentes caisses publiques , par voies de
prêt aux Contrôleurs des comptes , et dontt
ces derniers sont obligés de faire bon, quoiqu'on
ne les ait pas portées ici en ligne de
compte.
Sur la dette de 500,000 liv. sterl. contractée
par la Compagnie des Indes Orientales avec
la Nation , relativement aux fonds qu'elle lii
a avancés pour les troupes , on en a déja reçu
300,000 liv. sterl. et l'on payera dans le cous
de l'année présente les 200,000 liv. sterk. quu
restent; il est vrai que la Compagnie a quet
que chose à réclamer pour l'approvisionne
ment de la flotte dans l'Inde ; mais ces prétentions
ne sont point encore vérifiées..
L'article du tabac présentoit une ressource
additionnelle pour le revenu dont ill étoit
evj
( 108 )
permis de concevoir les plus flatteuses espérances
: on ne pouvoit pas encore assigner le
résultat des réglemens qu'on se proposoit de
mettre en vigueur; ce qu'il y avoit de sûr ,
c'est que les fraudes excessives , les abus crians
qui existoient dans cette branche de revenu ,
obligeoient la Législation à les réprimer.
Le Ministre passe ensuite en revue l'état
des finances consacré en 1786 , en s'appuyant
du rapport du Comité nommé pour s'occuper
de cet objet; depuis ce temps , ces évènemens
imprévus avoient exigé des dépenses
qu'il étoit impossible d'estimer à l'avance. Par
exemple ,
Pour le Palais de Carlton ... 216,000 1. st.
Pour la Liste civile ( paiement !
des dettes du Prince de Galles ). 210,000
Pour armement en faveur de
la Hollande ......
Pour service secret .
253,000
53,000,
M. Pitt ajouta que , par les papiers qu'il
laissoit sur le Bureau , on verroit clairement
que la Nation s'étoit trouvée forcée , depuis
le rapport de 1786 , à plus d'un million et
demi de dépenses imprévues .
La réduction de la dette nationale n'en
avoit pourtant pas souffert , puisque depuis
cette époque jusqu'à l'année présente , on
"avoit employé à la diminuer , trois millions
sept cent cinquante mille liv. sterl. Il ne pouvoit
faire cette remarque sans se féliciter luimême
, le Comité et la Nation , de ce que
les espérances qu'il avoit conçues et exprimées
, se trouvoient complètement réalisées .
Cependant , l'accroissement des troupes de
terre , l'armement en faveur de la Hollande ,
le déficit dans les revenus , occasionné par la
suppression de la taxe des boutiques , et les
( 109 )
autres circonstances ci-dessus énoncées , rendoient
indispensable de demander un million
sterl. pour cette année , afin que l'on pat
assurer et maintenir le crédit du fonds d'amortissement.
Il ne proposoit point , en empruntant
cet argent , de grossir le capital de la
dette nationale; mais sachant que la Place
regorgeoit de numéraire , il s'étoit déterminé
à lever cette somme par voie de tontine :
après avoir examiné des tables Françoises et
Hollandoises à ce sujet , il croyoit avoir
adopté un taux avantageux pour le Gouvernement
, et correspondant à l'état actuel des
annuités sur la Place : son emprunt étoit aux
conditions suivantes :
Depuis I jusqu'à 20 ans , 41. st. 3 s. « d. p..
20 30
4
56
30 40 4
86
40 50 4
13 6
50 60 5 I 6
60 et au-dessus 5 12 6.
Et pour fournir aux intérêts de cet emprunt
, il ne pourroit y avoir d'accroissement
de 100 liv. sterl . par survivance , qu'autant
que l'on auroit placé 1000 liv. sterl .
Pour payer l'intérêt de ce million sterling ,
⚫ et pour suppléer au produit de la taxe sur
les boutiques , il proposa d'abord comme
Voies et moyens .
Un droit additionnel sur les Papiers-nonvelles
. M. Pitt fit remarquer en même temps
que le nombre de ces sortes d'écrits s'augmentoit
de jour en jour ; il vouloit cependant
les traiter avec ménagement , mais il étoit
convaincu que la Chambre les traiteroit avec
impartialité ; quelques personnes pourroient
les regarder comme un objet de luxe , d'auS
но )
tres trouveroient du danger dans leur multiplication.
- Le droit additionnel qu'il
proposoit étoit d'un demi-sou ou (halfpenny)
pour chaque Papier ; ce qui , d'après un calcul
modéré, augmenteroit annuellement le revenu
de 28 mille liv. Les avertissemens pour lesquels
ont paie aujourd'hui deux
deniers , paieroient à l'avenir trois sous , ce
qui donneroit neuf mille liv. par an.
Cartes et Dez.
SOLIS six
M. Pitt dit , que ces objets marchant ordinairement
ensemble , il les soumettroit à
un droit additionnel de six deniers sur chacun
de ces articles , au moyen de quoi on feroit
payer au luxe neuf mille liv. par an. 盖
Légalisation des testamens et des legs.
M. Pitt proposa un droit additionnelen proportion
des sommes léguées , ou confiées ;
et par différens calculs il établit que ce droit
rendroit annuellement 9900 liv.
Voitures à quatre roues.
H ne craignoit pas que la taxe additionnelle
qu'il avoit à proposer fût rejetée , puisqu'elle
ne portoit que sur des personnes qui , par
leur état , pouvoient assurément la supporter ,
et qu'elle n'avoit pas la moindre tendance à
opprimer la classe pauvre du Peuple.
Droit additionnel d'une livre pour une voiture
qui paie maintenant 7 liv.
Ditto............. 2 liv. pour 2 ditto.
Ditto ............. 3 liv. pour 3 ditto.
Etpareille somme pour chaque voiture excédent
ce nombre.
(111
Droit additionnel sur les chevaux.
On ne l'augmentera pas pour un cheval;
mais ceux qui en ont deux payeront de
plus , 2 s. 6 d. par an.
Ditto ... trois .... 15 0 pourdeux.
Ceux qui en tiennent
entre trois et six.. 7 6 pour chaque
cheval au-delàd'un
seul.
Ceux qui en ont six
et au-delà ...... 10 pour chaque
cheval au-delàd'un
seul.
Ce qui augmentera le revenu annuel , pour
ce seul article , de 20,000 liv.
(La fin dans huit jours ).
M. Arthur Young vient d'insérer ,
dans ses Annales d'Agriculture , un
relevé des bleds et autres grains qui
ont été exportés et importés en Angleterre
et enEcosse, pendant l'année 1788 ,
avec les primes payées et les droits
perçus.
Exportations d'Angleterre.
Froment.
Farine de froment .
Seigle.........
Orge.
Drèche,
Avoine.
....
..
Gruau d'Avoine....
Fèves .........
I
Quarters. Boisseau.x.
58,010 5
.... 24,576
30,929 I
7
....
.. *
"
62,358
146,280
12,350
619 3
9,930 4
(112)
... 4,583
121
I
3
I "
Pois............
Bled noir ou sarrasin ...
Mais ou bled de Turquie.
44,206 liv. st . I sh. 11 de
3 gratifications.
d'Ecosse .
Quarters. Boisseaux.
Farinede froment ....... 383 7
Seigle.. 290
6
Orge. 851 «
Orge mondé ... 33 5
Grain appelé bear . 2,198
6
: Gruau du même grain .... 51 5
Avoine . 1,080 5
Gruau d'avoine.. 367 7
Pois et fèves . 621 6
Drèche. : 8,287 2
976 liv. sterl 10 s. 4 d. de gratifications .
Nota. Les grains étrangers sont compris
avec les grains du pays , et le droit d'importation
est alors remboursé lorsque ce même
grain étranger vient à être exporté.
Importations d'Angleterre.
'Quarters. Boisseaux.
Froment.
Farine .
Orge..
Avoine.
116,936
6,301
4
7
..
10,685
331,053
2-
3
Gruau d'Avoine . 2,086 3
Fèves..
.. 9,189 7
Pois .. 1,091
BleddeTurquie. 16 ..
3,544 1. st . 3 s. 4d. de droits à l'importation,
( 113 )
Froment .....
D'Ecosse.
Farine de froment ......
Orge....
Avoine .
Gruau d'avoine .
Pois et fèves .
Quarters. Boisseate
... 25,110 7
361 4
794
48,804 I
31,883 2
619 4
1,321 liv. st. 11 8. 6 d. de droits à l'importation ,
FRANCE.
De Versailles , le 12juillet.
La Noblesse de la Prévôté de Paris ayant
fait frapper une médaille en l'honneur de Sa
Majesté , à l'occasion des Etats - Généraux ,
elle a été présentée au Roi par le Marquis
de Boulainvillers , Prévôt de Paris , son Président,
et ses Députés , qu'elle en avoitchargé,
accompagné de beaucoup de Membres de la
Noblesse , qui s'y étoient rendus en grand
nombre.
:
ÉTATS - GÉNÉRAUX.
Avant de suivre le cours des opéra
tions de la semaine dernière , nous re
prendrons , par forme de supplément,
deux articles dont l'un a été omis , et
l'autre exposé sommairement dans le
Journal précédent. Le premier est une
Déclaration d'une partie de la Noblesse ;
(114)
Fautre concerne la Députation de Saint-
Domingue.
Du 3 Juillet. Dans la soirée , sur une invitation
par billets imprimés , clos et non signés
, environ 138 Membres de la Noblesse
se réunirent dans leur salle particulière ; et
après quelques discussions , on y arrêta la
Déclaration suivante , adoptée seulement par
89Membres présens..
« L'Ordre de la Noblesse aux États-Géné
raux , dont tous les Membres sont comptables
à leurs Commettans , à la Nation entière et
à la postérité , de l'usage qu'ils ont fait des
Pouvoirs qui leur ont été confiés , et du dépot
des principes transmis d'âge en âge dans la
Monarchie Françoise , כנ
Déclare qu'il n'a point cessé de regarder
comme des maximes invariables et constitutionnelles
,
La distinction des Ordres ,
L'indépendance des Ordres ,
La forme de voter par Ordre ,
La nécessité de la sanction royale pour
l'établissement des Lois .
» Que ces principes , aussi anciens que la
Monarchie , constamment suivis dans les Assemblées
, expressément établis dans les lois
solemnelles proposées par les Etats-Généraux
et sanctionnées par le Roi , telles que celles
de 1355 , 1357 et 1561 , sont des points
fondamentaux de la Constitution , qui ne
peuvent recevoir d'atteinte , à moins que ces
mêmes pouvoirs , qui leur ont donné force
de loi , ne se réunissent librement pour les
anéantir : >»
>>Annonce que son intention n'a jamais
été de se départir de ces principes , lorsqu'il
f
(115 )
aadopté pour la présente tenue des Etats-
Généraux seulement , et sans tirer à conséquence
pour l'avenir , la Déclaration du Roi ,
du 23 Juin dernier , puisque l'article I de
cette Déclaration énonce et conserve les principes
essentiels de la distinction des Ordres ,
de l'indépendance et du vote séparé des Ordres
. »
Que , rassuré par cette connoissance formelle
entraîné par l'amour de la paix et
par le desir de rendre aux Etats -Généraux
leur autorité suspendue , empressé de couvrir
l'erreur d'une des parties intégrantes des Etats-
Généraux , qui s'étoit attribué un nom et
des pouvoirs qui ne peuvent appartenir qu'à
la réunion des trois Ordres ; voulant donner
au Roi des preuves d'une déférence respectueuse
aux invitations reitérées par la Lettre
du 27 Juin dernier , il s'est cru permis d'accéder
aux dérogations partielles et momentanées
que ladite Déclaration apportoit aux
principes constitutifs : >>
« Qu'il a cru pouvoir , sous le bon plaisir
de la Noblesse des Bailliages , et en attendant
ses ordres ultérieurs , regarder cette exception
comme une confirmation des principes
qu'il est plus que jamais résolu de maintenir
pour l'avenir :
« Qu'il s'y est cru d'autant plus autorisé ,
que les trois Ordres peuvent , lorsqu'ils le jugent
à propos , prendre séparément la délibération
de se réunir à une seule et même
assemblée . »
<< Par ces motifs , l'Ordre de la Noblesse ,
sans être arrêté par la forme de la Déclaration
lue à la Séance royale du 23 Juin dernier,
l'a acceptée purement et simplement : conduit
par des circonstances inupérieuses pour
(116 )
1
tout fidèle serviteur du Roi , il s'est rendu,
te 27 Juin dernier , dans la Salle commune
des Etats-Généraux , en invitant de nouveau
les autres Ordres à accepter la Déclaration du
Roi. »
« L'Ordre de la Noblesse fait au surplus la
présente déclaration des principes de la Monarchie
et des droits des Ordres , pour les conserver
dans leur plenitude , et sous toutes les réserves
qui peuvent les garantir et les épurer. »
« Le tout arrêté sous la réserve des pouvoirs
ultérieurs des Commettans et des pro
testations précédentes. »
Saint-Domingue est la seule des Colonies
Françoises qui ait réclamé et nommé une
Députation. L'examen et le jugement de sa
demande ont occupé trois Séances de l'Assem
blée Nationale. Antérieurement , le 8 Juin
les Députés de Saint-Domingue présentèrent
leur Requête à la Chambre des Communes ,
où ils furent admis sans voix délibérative.
Cette Requête fut suivie , le 20 Juin , d'un
Mémoire intitulé : Précis sur la position actuelle
de la Députation de Saint-Domingue ;
il est imprimé.
Le 27 Juin , M. Prieur , l'un des Commissaires
du Rapport concernant cette Députation,
exposa les opérations du Comité à
ce sujet , et , en résultat , énonça les trois
questions qu'on a lues au 27°. n°. de ce Journal.
Nous en avons rapporté la décision , ainsi
que l'extrait rapide des discours qu'elle firent
naître.
La dernière de ces questions , relative au
nombre admissible de Députés , fut traitée
le 3 de cé mois. "
Llun des Députés soutint que la Colonie ne
( 117 )
pouvoit réclamer d'autres principes pour graduer
sa représentation , que celui qui a servi
aux Provinces Françoises . Que si l'on calcu-
Joit pour la représentation', les richesses coloniales
et les rapports de commerce , nous
calculerions aussi la grande fortune que le
labourage met dans la balance du commerce.
Les villes maritimes et les grands négocians
seroient aussi fondés à réclamer une plus
grande représentation , par les millions qu'ils
versent dans le commerce. La Colonie n'est
peuplée que de vingt-cinq mille Blancs ; elle
ne peut se prévaloir de la population des
Noirs , tant qu'elle les regardera comine des
bêtes de somme ; qu'elle les affranchisse , et
nous compterons alors toute sa population
pour établir le nombre de ses Représentans.
M. de Turckheim , Député de Strasbourg ,
opina pour ne donner que deux Députés sur
trente mille hommes libres ; 375 mille Noirs ,
qui ne sont ni libres , ni François , ne pouvant
être représentés par leurs maîtres
Un autre Membre fut d'avis de renvoyer
cette affaire aux Bureaux , pour y être discutée
à fond.
Un Député Noble opina pour l'admission
de vingt Députés .
M. Bouche pensa que 23,533 Blancs devoient
avoir six Députés , dont quatre avec
voix délibératives , et pris parmi les Coions
exclusivement .
Après nombre de discours et d'avis differens,
on adopta celui de M. le Duc de la Rochefoucault,
pour renvoyer l'examen de la question
dans les Bureaux. (1)
(1) Malgré la fréquence des Supplémens
que nous joignons aux deux Feuilles de ce
(118 )
Le5, on reprit la discussion.
M. le Marquis de Gouy d'Arsy répondit
aux objections que plusieurs Membres de
l'Assemblée avoient faites contre l'admission
de douze Députés.
*
<<Jamais , dit-il , plus grande cause n'a été
soumise à un Tribunal plus auguste. La
« question qui vous occupe , plaidée en An-
«gleterre par la force , va l'être en France
« par la justice , et les résultats en seront dif
« férens pour la métropole. "
Discutant ensuite les principales objections,
il annonça que Saint-Domingue n'avoit envoyéun
grand nombre de Députés , que parce
qu'elle l'avoit cru indispensable pour combattre
avec avantage des abus enracinés , sous
lesquels gémit cette Colonie ; que la population
ne pouvoit être le seul thermomètre de
la proportion à établir entre les Députations ;
mais que la fixation du nombre des Députés
devoit être en raison composée du nombre
des habitans , des richesses du pays , de son
étendue et des contributions qu'il paie ; que ,
sous ce rapport , Saint - Domingue payant
douze millions d'impôts directs , et soixante
d'impôts indirects , avoit droit à une grande
Députation.
Journal , il nous est impossible de rapporter
une multitude de discours , qui ne different
très-souvent les uns des autres que par l'expression
: encore moins nous est- il permis
de sacrifier le détail des débats et la marche
des opérations , à des harangues d'étiquette.
Plusieurs autres Feuilles se chargent du registre
de ces morceaux.
( 119 )
Quant à l'esclavage des Négres et à l'abolition
de la Traite , M. de Gouy d'Arsy assura
que , si l'Assemblée trouvoit dans sa sagesse
les moyens d'allier la conservation des
Colonies , les propriétés des Colons , et l'entretien
de leurs ateliers , avec l'abolition de
l'esclavage et de la traite , il n'est pas de Colon
qui ne donnât avec empressement des preuves
de son humanité et de son patriotisme. Il insista
pour obtenir 18 Députés , ou au moins
12 Délibérans et 6 Consultans.
M. Nérac , Négociant de Bordeaux , combattit
ce système.
M. le Duc de Choiseul- Praslin opina pour
12 Députéss .
M. le Président de Saint - Fargeau rendit
compte du sentiment du seizième Bureau qui
avoit votéunanimement pour 6 Députés .
Au moment où l'on se disposoit à aller
aux voix , l'un des Secrétaires a fait la lecture
d'un acte d'opposition , formée par plusieurs
Colons , à l'élection des Députés de
Saint-Domingue .
M. de Gouy d'Arsy observa que plusieurs
des Réclamans avoient signé les Procès-verbaux
d'élection , et que l'Assemblée ne devoit
donc avoir aucun égard à cet acte .
M. Pison du Galand objecta qu'on ne pouvoit
pas admettre les Députés de Saint-Domingue
, puisqu'on n'avoit pas entendu les
contradicteurs .
On passa aux suffrages , dont 523 admirent
6 Députés seulement.
Cette délibération ayant été annoncée , on
demanda la voix consultative pour tous les
autres Députés. Cette demande fut refusée ,
d'après l'observation que cette concession dangereuse
tendoit à rendre les délibérations plus
(120 )
difficiles ; et que si on l'accordoit , on ne pourroit
la refuser à tous les Suppléans .
Les autres Députés n'obtinrent que la présence.
Les Députés de Saint-Domingue ont done
été obligés de se réduire au nombre de six;
ils l'ont fait de manière qu'il y en ait deux
par chacune des trois provinces de l'ile. Ils
ont observé aussi l'ordre de leur nomination
dans la Colonie. Les Députés ayant voix délibératives
aux Etats - Généraux sont , pour
la province de l'Ouest , MM. le Marquis de
Gouy d'Arsy et M. le Chevalier de Cocherel;
pour la province du Nord , M. de Thibaudières
, et M. l'Archevêque Thibaud ; et pour
la province du Sud, M. le Marquis de Perrigny
et M. Gérard.
4
Voici la liste des autres Députés qui auront
droit de Séance : MM. le Comte de
Reynaud, le Marquis de Roveray , le Comte
de Ville-Branche , le Comte de Noé , le
Comte de Magallon , le Chevalier Dougé ,
le Comte O. Gorman , le Chevalier de Courrejolles
, le Gardeur de Tilly , Bodkin- Fits-
Gérald , le Chevalier de Marmi , et Duval
de Monville.
Dixième Semaine de la Session .
Du 6 Juillet. A huit heures du matin , on
s'est rassemblé dans les Bureaux pour y debattre
les six Propositions suivantes , présentées
par le Comité des Subsistances .
1º. Ouvrir une souscription volontaire de
secours pour la subsistance et le soulagement
des peuples dans le sein de cette Assemblée ,
àParis et dans les provinces ; remettre aux
Etats
(121 )
Etats provinciaux , aux Assemblées provinciales
et de département , et aux municipalités
, sous l'inspection de l'Assemblée nationale
, l'emploi des fonds qui en proviendront
.
2º. Autoriser le Gouvernement , les Etats
provinciaux , les Assemblées provinciales , les
Assemblées de département et les Municipalités
, à faire les avances et les dépenses
que la subsistance et le soulagement du peuple
pourroient nécessiter , sous la garantie de
la Nation et l'inspection de l'Assemblée nationale.
3º. Autoriser dans les provinces où la récolte
n'est pas faite , et ne seroit pas au
moment de se faire , une contribution de
vingt ou de dix sous par tête , ou de telle
autre somme qui seroit localement jugée
suffisante , de laquelle l'avance seroit faite
dans chaque Municipalité par les huit ou dix
Citoyens les plus riches et les plus hauts
imposés des trois Ordres , et partager en
autant de paiemens qu'il y auroit de semaines
à s'écouler jusqu'à la récolte , à l'effet d'être
employée , selon la sagesse des assemblées
municipales , en achats ou transports des subsistances
, et au plus grand soulagement de
la pauvreté , sous la condition qu'il sera rendu
compte du tout aux assemblées supérieures
d'administration , et par celles-ci à l'Assemblée
nationale .
4°. Prendre le temps nécessaire pour rédiger
, avec le plus grand soin , l'exposition
des principes qui doivent assurer à tous les
François la libre et mutuelle communication
des subsistances , et la plus grande égalisation
possible des approvisionnemens et des
prix, afin que le Roi y ayant ensuite donné sa
Nº. 29. 18 Juillet 1789. f
( 122 )
sanction, cette équitable et utile répartition
des subsistances , ne puisse plus être interrompue
par aucune autorité , et qu'elle devienne
une loi fondamentale et constitutionnelle
de l'Etat. ,
5°. Remettre à s'occuper des autres questions
que pourroit faire naître le commerce
des grains et des farines , au temps où il
deviendra nécessaire de prendre un parti a
ce sujet.
6°. Sans attendre aucun éclaircissement
ultérieur , prononcer , dès aujourd'hui , la
prohibition de l'exportation des grains et
des farines jusques en octobre 1790.
M. Hebrard a fait le rapport du Comité
de la vérification des pouvoirs , concernant
Tadéputation particulière de la ville d'Arles .
L'Assemblée a admis M. l'Abbé Royer , Député
du Clergé de cette ville.
On a fait la lecture du procès - verbal de
samedi. Il y a eu une altercation entre l'Evêque
d'Angoulême , et le Curé , son co-
Deputé, relative aux pouvoirs impératifs .
On'a remis sur le bureau ,,un paquet adressé
par des Boulangers de Paris , au Comité des
subsistances.
M. le Président en a renvoyé l'ouverture au
Comité.
'L'attention reportée sur le chapitre des Subsistances
, un Curé de l'Orléanois a déploré
la misère des provinces intérieures : il a été
suivi de M. de Lally- Tolendal, qui , après un
discours préparatoire , a proposé , en ces termes
, la forme d'une résolution à prendre.
" 1. Que le Roi sera remercié de ses soins
paternels au nom de la Nation , et avec l'effusion
de tous les sentimens qu'il a mérités
Pelle en cette occasion. »
:
!
7
( 123 )
« 2. Que Sa Majesté , qui seule peut embrasser
d'un coup-d'oeil tous les besoins de
son vaste empire , sera priée de faire savoir
par le Ministre qui a concouru si dignement
à ses vues , si un secours extraordinaire est
nécessaire dans la circonstance , et quelle en
seroit la mesure précise ; et l'Assemblée promet
solemnellement , qu'atussitôt que l'établissement
et la promulgation des lois constitutionnelles
lui permettront de s'occuper
des subsides , elle en votera un particulier
avant tous les autres , pour réaliser ce secours
extraordinaire. »
« 3°. Que dès aujourd'hui l'exportation
des grains et farines à l'étranger , sera et
demeurera prohibée jusqu'au mois d'octobre
1790 , sauf à prolonger ou abréger le temps
de cette prohibition , si les circonstances
l'exigent..>>
« 4°. Que dès aujourd'hui pareillement la
circulation des grains et farines sera et demenrera
libre dans tout l'intérieur du Royaume ,
sans qu'il puisse y être apporté aucun obstacle
par aucune autorité , même par les Arrêts
ou Sentences des Cours de Justice , lesquels
Arrêts ou Sentences des Cours de Justice
l'Assemblée nationale annulle pour le passé
et interdit pour l'avenir. »
41
?
5°. Enfin , que le présent Arrêté sera
porté au Roi , qui sera prié , très- respectueusement
, de le revêtir de sa sanction
royale , et de le faire proclamer dans toute
l'étendue de son Royaume. »
" Se réservant , l'Assemblée nationale , de
pourvoir parrla suite aux lois fondamentales
qui devront être portées sur les grains , approvisionnemens
, subsistances , & qui , sanctionnées
de même par le Roi , deviendront
fij
( 124 )
la règle , et assureront la tranquillité de tous
ses sujets ; et en attendant , le Comité des
subsistances ne cessera de s'occuper des
moyens de procurer l'abondance , de rétablir
l'ordre , et de rechercher et réprimer les abus ,
en invoquant , toutes les fois qu'il sera nécessaire
, la décision et l'autorité de l'Assemblée
nationale .
Un Membre de la Noblesse a opiné de faire
d'abord des remerciemens au Roi ; il a démontré
que les six moyens proposés par le
Comité étoient longs et dangereux. Il a communiqué
que son Bureau l'avoit chargé de
faire une loi relative à la circulationdes grains ,
mais il a ajouté que cette loi n'étoit pas pressante.
Il a fini par proposer un Arrêté.
M. l'Archevêque de Bordeaux a fait le rapport
du résultat de son Bureau , et a présenté
le projet d'une nouvelle résolution .
M. de Mirabeau a demandé si le Gouvernement
avoit communiqué au Comité des subsistances
, les propositions qui lui avoient été
faites par M. Jefferson , Ministre des Etats-
Unis , et par quelques Maisons Angloises ,
pour la fourniture de plusieurs cargaisons de
grains , il a ajouté que dans le cas où l'on
ne l'auroit pas fait , il proposoit d'en donner
connoissance. Sur la réponse négative , il a
demandé un sursis de 24 heures pour rédiger
les notes qui lui avoient été fournies à ce
sujet.
M. le Duc de Liancourt a fait le rapport
du quatorzième Bureau , qui a improuvé les
moyens du Comité.
On a lu successivement les rapports de plusieurs
Bureaux. M. Péthion , l'un des Rapporteurs
, a voté pour un emprunt de six
inillions , et a réfuté la proposition de M. de
( 125 )
Lalli - Tolendal. Il a insisté pour qu'on ne
votât point de remerciemens . Selon lui ,le
Gouvernement ne devoit point faire le commerce
des bleds , puisqu'il détruiroit les spéculations
des Commerçans , et qu'il n'y auroit
plus alors de concurrence ; on ne devoit point
défendre l'exportation des grains hors du
Royaume ; et l'on devoit faire un décret qui
pût se passer de la sanction Royale .
M. Camus , Membre du cinquième Bureau ,
a observé que , suivant le Réglement , les Bureaux
ne pouvoient pas faire d'arrêtés , puisqu'ils
n'étoient que la réunion d'un certain.
nombre de Députés pour discuter les objets ;
qu'il étoit donc fort étonné d'entendre lire
des Arrêtés ; et que l'Assemblée ne devoit
ni ne pouvoit se diviser en trente parties. Il
a fini par demander le maintien de la police
des Bureaux.
M. le Président lui a répondu que les Arrêtés
proposés n'étoient que de simples motions
, soumises à l'Assemblée. Cet avis a été
adopté prèsque unanimement .
M. Dupont a demandé la jonction d'une
partie de la motion de M. l'Archevêque de
Bordeaux à celle de M. de Tolendal.
M. Bouche a opiné à ce que le Comité des
subsistances s'assemblat solemnellement à la
fin du jour , et qu'il s'occupât , avant la délibération
, de chercher , d'après les avis proposés
et les renseignemens qui lui seroient
donnés par les Boulangers , de nouveaux
moyens plus direets , plus praticables et plus
prompts que ceux qui avoient déja été mis
en avant.
M. le Président a répondu qu'il falloit continuer
la lecture des rapports , afin d'être en
état de pouvoir délibérer le lendemain .
i
f iij
( 126)
M. Mounier a observé qu'on ne pouvoit
point faire de loi , et a réfuté M. de Tolendal.
Ha maintenu qu'on ne pouvoit présenter
aucune loi à la sanction Royale avant l'établissementde
laConstitution , qui devoit également
statuer le moyen d'obtenir la sanction
Royale. Il a insisté fortement pour qu'on n'admit
plus de propositions étrangères à la
Constitution; il a fini par demander que l'on
passât à la motion de M. l'Evêque d'Autunet
àla vérification des pouvoirs.
M. de Lalli- Tolendat a obtenula parole, et
a réfuté M Mounier , qui a été appuyé par
M.Target.
M. le Président a renvoyé les résolutions
au Comité des subsistances.
Il a ensuite annoncé une Députation de
MM. les Electeurs de Paris, que l'on a fait
entrar. M. l'Abbé Bertholio , portantlaparole,
aannoncéle retour du calme dans la capitale.
Ce discours oui , ainsi que la réponse de
M. le Président, on a proposé l'érablissement
d'un Bureau de correspondance or Comitécen
tral, qui seroit chargé d'indiquer Fordre du
travail.
Un Membre a opiné pour que l'un des
Membres de chaque Bureau se rassemblassent
anssi- tot pour convenir entre eux des travaux
dont on devoit s'occuper dans la soirée.
M. Rabaud de Saint-Etienne a tu le travail
du Comité de Réglement qui tendoit au même
objet , mais en proposant que le Bureau ne fût
composé que de seize Membres élus par l'Assemblée.
Cette proposition a été rejetée.
M. le Président a proposé de nommer trente
Membres pour ce Comité , un par Bureau.
Cet avis a été adopté. L'Assemblée s'est divisée
( 127 )
aussi- tot en Bureaux à trois heures , et a pro
cédé à cette élection , dont voici le résultat
CLERGE .
NOBLESSE.MM. Freteau , Comte de Virieu
Comte de Clermont - Tonnerre , d'André de
Lally-Tolendal, Alexandre de Lameth.
COMMUNES . MM. Démeunier , Pethion de
Villeneuve , Anson , Rabaud de St. Etienne ,
Mounier, Turckeim , Regnier , Périsse du Luc,
Ricard de Soult , Emmery , Ulry , Bergusse ,
Bouche, Bailly , Volney , Lépaux , Vernier
Brassart , Vaillant , Gleizen , Lanjuinais ,
Legrand, Treillard , Brocheton.
Du 7 Juillet. M. le Préſident a dit que M. d'Ogny,
Intendant des Poſtes , venoit de lui adreffer,
par ordre duRoi , de gros paquets adreſſés à l'Af
ſembléeNationale& aux trois Ordres ſéparés. Il a
remis les paquets aux Secrétaires .
M. le Préſident adit qu'il convenoit à la dignité
de l'Aſſemblée d'avoir dix Huiffiers , auxquels
ondonneroit un habit uniforme & une médaille.
Cet avisa paffé,
On a fait la lecture du Procès- verbal de la
veille.
M. le Préſident a fait part à l'Aſſemblée , que le
Comitéde Correſpondance rendroit compte incefſamment
de ſon travail, mais qu'il prioit l'Affemblée
de ne plus recevoir aucune Motion étrangère.
Il a ajouté qu'il avoit aſſiſté au Bureau des ſubittences
,&qu'il le confirmoit de plus en plus dans
l'idée de finir & de s'occuper de cet objer.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a lu le rapport
du Comité des ſubſiſtances , ſuivant lequel le
Comité avoit entendu lesBoulangers de Paris ,& le
fiv
(128 )
:
Chevalier Rudlège , leur Defenseur ; mais leurs
plaintes& obfervations n'étant fondées ſur aucune
preuve , le Comité les avoit renvoyés à M. leDirecteur-
général des Finances.
L'un des Secrétaires a fait part de la réception
de pluſieurs lettres de félicitations , adreſſées à
l'Affemblée , par les villes de Vitré , Saint-Jeande-
Lône , &c.
Le Député de Saint-Jean-de- Lône a demandé la
conſervation des Priviléges de cette ville, maintenus
depuis fix fiècles ; mais il a ajouté qu'il n'y
comprenoitpas les Priviléges pécuniaires dont cette
ville jouit ; qu'il étoit chargé par ſes Commettans
de remettre l'Acte de renonciation à ces mêmes
Priviléges , qu'il le remettroit ſur le Bureau après
l'avoir lu ; qu'il exigeoit que cette renonciation fût
inférée dans le Procès-verbal , & qu'il lui en fût
donné acte.
On a lu la liſtedes Membres qui compoſent le
Comité de Correſpondance.
M. le Comte de Clermont-Tonnerre a lu une déclaration
de M. le Comte du Châtelet , Député de
la Nobleſſe du Bailliage de la Montagne ; elle
porte qu'il lui a été enjoint de voter par ordre , &
ordonné de proteſter avec force dans le cas où l'on
opiceroit par tête , & de reſter. Il a demandé acte
de cette déclaration ; acte lui a été refuſé : néanmoins
il a continué à prendre ſéance.
M de Lally-Tolendal a fait la lecture d'une
déclaration du Député de la Nobleſſe de Clermont
enBeauvoiſis , relative à l'opinion par ordre;
il en a demandé acte.
M. le Préfident a dit que l'Ordre du Clergé
réclamoit contre la nomination faite pour la formation
du Comité de Correſpondance , parce qu'il
Re s'y trouvoit aucun Membre de fon Corps. Il
a ajouté , que ne pouvant en exclure aucune des
(129 )
perſonnes élues , il demandoit l'agrément d'y
ajouter fix Eccléſiaſtiques .
Un Membre du Clergé a dit qu'il ne fal'oit rien
innover pour cette fois , mais prendre pour l'avenir
des arrangemens , afin que les nominations
faſſent communes aux trois Ordres. Cet avis a été
foutenu par un Curé de Lorraine.
Μ. lePréſideat a ajouté que , voyant pluſieurs
Eccléſiaſtiques s'oppoſer à la nomination qu'ilavoit
réclamée en faveur du C'ergé , il ne pouvoit les
nommer , & il a prié l'Aſſemblée de prononcer à
ceſujet. La renonciation volontaire de la plupart
des Membres du Clergé a mis fin à cette difcuffion.
M. l'Evêque d'Autun ayant obtenu la parole ,
a reproduit , développé & foutenu ſa Motion
du 3 juillet , relative aux mandats impératifs &
limités. Il a traité cette queſtion par une analyſe
étudiée du droit de chaque Bailliage individue'
, comparé avec celui de la Nation entière
de la fubordination du premier au ſecond , de
la nature & de la différence des divers mandats.
Cette argumentarion a été terminée par un Arrêté
que l'Orateur a propoſé dans le ſens ſuivant :
« L'aſſemblée nationale conſidérant qu'un Bailliage
ou une partie d'un Bailliage n'a que le
droit de former la volonté générale , 82 non
de s'y ſouſtraire , & ne peut fufpendre , par des
mandats impératifs qui ne contiennent que la
volonté particulière , l'activité des Etats-Généraux
, décare que tous les mandats impératifs ſont
radicalement nuls ; que l'eſpèce d'engagement qui
en réſultercit doit être promptement levé par
les Bailliages , une telle clauſe n'ayant pu être
impoſée , & toutes proteftations contraires étant
inadmiffibles , et que , par une fuire néceſſaire ,
tout décret de l'aſſemblée ſera rendu obligatoire
fy
( 130)
envers tous les Bailliages , quand il aura été
rendu par tous ſans exception.
«J'ajouterai ces mots , nul radicalement , par
rapport à l'assemblée , car cette nullité n'est vraiment
que relative : elle exiſte pour les mandataires
, elle n'existe pas pour l'Aſſemblée. »
UuDépuré desCommunes d'Auverge a foutenu
cet Arrêté ,& parlé avec force contre l'Arrêt du
Conſeil du 27 juin , envoyé dans les provinces ,
pour une nouvelle convocation de la Nobleſſe. Ila
prétendu que les mandats impératifs ne ſeroient
pas caflés ; que , d'ailleurs , on ne devoit pas recourir
aux Commet:ans , qui n'avoient pas le
pouvoir de confirmer des mandats de ce genre.
Il a foutenu que l'Aſſemblée nationale devoit les
caffer , & que fi elle ne prenoit pas ce parti , on
feroit forcé de faire une nouvelle convocation générale.
Il a propoſé un changement à la Mot on
de M. l'Evêque d'Autun; changement dost voici
le réfumé :
« L'Affemblée ordonne & enjoint à tous les
* Députés , felon leur confcience , dans tous les
▸ cas qui intéreſſentle royaume,& ſuivant leurs
>> mandats , dans ceux quiles intéreſſferoient particulièrement.
»
Pour appuyer fon avis , il a rapporté l'ancience
formule de preſtation de ferment aux E at -Généraux.
Su vant lui , l'opinion par tête étoit le ſeul
moyen d'affu er la Monarchie ſur des bafes inébranlables.-
L'Aſſemblée devoit communiquer
au Roi toutes ſes vees. L'Orateur s'eſt aufi récrié
contre l'approchedes roupes étrangères , ajoutant
que le Monarque n'avoit pas beſoin d'armée auprès
de lui , puiſqu'il étoit l''eenfant delaNation.
M. le Préfident a fait pas que quatre Députés
'de'a ville de Nantes venoient d'arriver , & demandoient
la permiffion de lire une Adreſſe des
Habitans de cette Cité.
(131 )
:
Onles a admis ; l'Adreſſe aété lue,&l'Affem
b'ée en a ordonné l'infertion dans le Procès-verbal.
Os a fait prendre féance aux Députés.
La Délibération ſur les pouvoirs 'mpératifs étant
repriſe , un Député du Tiers-Etat a dit : que les
Electeurs n'avoient pas d'autres pouvoirs que celui
d'élire leurs Députés , artendu que la Légiflation
réſidoit dans l'Aflemblée ſeule , & que les Electeurs
n'étoient pas Législateurs. Il a foutenu que
P'Aſſemblée devoit être entièrement libre dans
toutes les Délibérations , & qu'au un Bailliage , ou
Ordre , ne pouvoit avoir le droit de s'y oppoſer ,
artendu que ce feroit accorder le Veto aux 177
Balliages du royaume. Il a foutenu en partie la
Motion de M. l'Evêque d'Autun. Il s'est récrié
contre le renvoi aux Commettans . L'Affemb'ée
devoit annuller tous les articles qui ordonnoient
auxDéputés de ſe retirer. Si un Bailliage étoit en
droit de donner un artic'e impératif , il auroit le
doit de s'oppoſer aux Délibérations de l'Affemblée.
Aucun Diſtrict we peut s'arroger une partie
de la priſſance législative. Le ferment prêté contre
l'avantage général eſt nul , & l'Aſſemblée a le
pouvo'r d'en relever. Il a fini fon d'cours par
foutenir que l'Aſſemblée étoit le feal Juge compérent
des articles impératifs , & a lu enfuite une
Motion.
M. le Comte de Lally- Tolendal a foutenu la
fienne& celle de M. l'Evêque d'Autun. Il apensé
que la Souveraineré ne réſide que dans le tout
réuni. La volonté généra'e ne peut être manifeftée
que par une Délibération commise. Un
Député qui ſe retire , n'est qu'un ſujet qui prétend
lier le Souverain; il n'est qu'une partie qui ſe
croit plus forte que le tout. Il ne peut y avoir
de Gouvernement, par-tout où un feul Bailliage
voudroit s'oppoſer à la volonté générale. L'engagement
de la prestation du ferment eſt nu'le à
fvj
( 132)
l'égard de l'Aſſemblée , ma's ne l'eſt pas à l'égard
des Commettans. Aucun Député ne pouvoit
refufer d'opiner dans la Dé'ibé ation actuelle , ni
l'Aſſembée de donner acte des Déclarations .
L'opinion , a-t-il dit , ne peut avoir de priſe
fur la confcience; el'e eſt ſeule ſon Juge. C'eſt
à l'Aſſemblée à poſer les baſces .
Il a proposé un léger amendement à la Motion
de M. l'Evêque d'Autun , pour accorder
✓ un délai court à la révocation des mandats impéatifs
; il a inſiſté à ce que l'Aſſemblée ne
prononçât pas définitivement la conſtitution &
l'impôt , de peur des réclamations. Enfin , il a
invité les Membres qui avoient préſenté des
proteſtations , à les reprendre pour les remplacer
par des Déclarations, afin que tous les Membres
puſſent voter ...
Un autre Membre de la Nobleſſe a foutenu l'avis
de M. l'Evêque d'Autun. Il a prétendu que les
Bailliages n'avoient pu dire à leurs Députés : nous
vous défendons de nous rendre libres , dans le cas
où l'on n'opineroit pas de telle manière. Ila déclaré
que l'Affemb'ée ne pouvant relever du ferment ,
il falloit abſolument que les articles impératifs
fuſſent caffés par les Bailliages. Il a obfervé que
l'Aſſemblée ne pouvoit être arrêtée par l'abſence
de pluſieurs Députés , ni par des proteſtations.
Il s'eſt opposé àl'amendement de M. de Tolendal ,
attendu que l'Aſſemblée ne pouvoit nuire à ellemême.
Il a penſé que l'Aſſemblée feroit bien d'attendre
le retour des Députés & la caſſation des
mandats , pour ftatuer définitivement ſur la Conftitution.
Un Membre des Communes a défendu l'Arrêté
de M. l'Evêque d'Autun. Il a conclu à ce que
l'Afiemblée cassat les pouvoirs impératifs.
Un Membre des Communes a dit que l'Arrêté
étoit ſi ſage & ſi ſimple, qu'il auroit pu n'être
( 133)
pas propoſé , puiſque la Majorité devoit emporter
la Minorité. Il a déclaré que le voeu général de
l'Affemblée faifoit la loi , & qu'on ne pouvoits'y
ſouſtraire. Il a prouvé que l'Aſſemblée ne pouvoit
caſſer les mandats impératifs , attendu que
les Députés ne devoient ni ne pouvoient y renoncer.
Un Député du Dauphiné , prenant la parole , a
pofé les maximes ſuivantes :
" Nul Repréſentant ne peut vouloir que ce
qui lui a été enjoint par ſes Commettans. »
"UneNation qui fait ſa Conftitution , n'a pas
le droit de faire des Arrêtés impératifs . »
* Les pouvoirs ne peuvent changer ni modifier
les lois conftitutives. "
« Nul ne peut avoir de pouvoirs que ceux
de la Nation. »
" Les Commettans ont pu & dû donner des
mandats , puiſque , ſans cela , les Députés n'auroient
aucun pouvoir. »
« La Majorité l'emporte & fait loi pour tous ;
fans cela, il n'y aurcit point d'aſſociation , & l'Empire
François ſe diffoudroit. >>
« Tout Député à pouvoir impératif , devroit
refter dans l'Aſſemblée & y délibérer , lorſqu'il
ne lui eſt pas erjoint de ſe retirer. »
« On ne peut déc'arer nuls les mandats de
ceux qui ordonnent de ſe retirer ; c'eſt un refus
d'être repréſenté , & l'Aſſemblée doit aller en
avant. "
« Elle ne peut rien changer aux droits naturels,
ni recevoir les proteftations .>>
:
Suivant un autre Député , les neuf dixièmes
des pouvoirs étoient , relativement à la manière
de voter , plutôt indicatifs qu'impératifs. Il a lu
le projet d'un Arrêté.
M. l'Abbé Syeyes a obſervé qu'on devoit diftinguer
deux forts de pouvoirs impératifs , les
( 134 )
1
mandats contre la formation de l'Aſſemblée , &
les mandats des objets à diſcurer : il n'étoit queftionquedes
premiers. L'état actuel étoit le même
que s'il n'y avoit pas de pouvoirs impératifs ;
ainſi on ne devoit pas les caffer.
Quant aux mandats qui ordonnent de ſe retirer ,
l'Aſtemblée ne pouvoir s'en occuper ; il falloit
laiſſer cet objet aux Bailliages , puiſque leur plus
grand intérêt étoit d'être repréſentés. Définitivement
, il n'y avoit lieu à délibérer.
Un Prélat a dit : qu'on ne pouvoit annul'er
les mandats , ni anéantir l'acte entier. Ainfi , annuller
les articles impératifs , ce feroit annuller
les élections. Les moyens proposés pour mettre
l'Aſſemblée en activité , ſeroient les moyens de
l'en empêcher. Il a conclu à ce que l'Aſſemblée
déclarât qu'aucun mandat ne peut empêcher ſon
activité.
Un autre Prélat a fait de longues obſervations
ſur la motion de M. l'Evêque d'Autun , & a
adhéré aux proteſtations.
Un Membre de la Nobleſſe a érab'i que l'intention
de l'Aſſemblée n'étoit certainement pas de
détruire la religion du ferment. Quelque maitreſſe
qu'elle fût de faire uſage de fon pouvoir ,
elle ne devoit pas en uſer avant que tous les
Membres puſſent voter ; que ce ſeroit une injuftice
de ne pas les atte de. Il a opiné pour ne plus
s'aſſemb'er qu'en Bureaux , juſqu'à la révocation
des pouvoirs , & il a prié l'Affemblée de fixer
un terme pour cette révocation . Enfuite il a lu
une forme d'Arrêté qui ſe rapproche de celui
deM. de Lally- Tolendal.
Un Curé des provinces méridionales a parlé
long-temps au ſujet des pouvoirs & de la preftation
de ferment; mais on n'a pu l'entendre à
cauſe du bruit de l'Aſſemblée.
Un autre Membre a dit : que le pouvoir lé(
135)
giſlatif appartenoit à la Nation , & l'exécution
à l'Aſſemblée nationale ; que l'Aſſemb'ée ne
pouvoit ôter à la Nation ſes droits , & qu'ainſi
elle ne pouvoit annuller les pouvoirs impératifs .
Il a foutenu que la Motion de l'Evêque d'Autun
ne pouvoit être admiſe , & il a fini par propoſer
unArrêté.
Un Membre de la Nobleſſe a inſiſté pour que
l'Aſſemblée nationale n'annullât pas les pouvoirs ,
à cauſe du ferment & de la fidélité due aux
mandass , aucune loi humaire ne pouvant rendre
parjure un Gentilhomme François.
M. Pifon du Galand a propoſé un amendement
à la Motion de M. l'Evêque d'Autun ; mais
comme l'Afferblée ſe refuſoit à l'écouter , il a
infifté pour être entendu. Il a déclaré que tous les
mandats étoient impératifs , puiſqu'il étoit ordonné
aux. Députés de les foutener ; que l'Aſſemblée ne
pouvoit s'arroger le droit d'annuller les pouvoirs ,
puiſqu'elle n'avoit pas d'autres pouvoirs que ceux
qui lui ont été donnés par les Comme tans. Il a
conclu à ce qu'on n'admit aucune proteſtation
ni déc'ararion.
Un Député Noble a foutenu que l'Affemblée
ne pouvoit délier du ferment. Il s'eſt fort récrié
contre ure Chambre nationae. Il a prétendu que
le coofnt ment des tro's Ordres ſéparés étois
abfolument neceffeire , qu'on devoir attendre
le confentement général de la Nation , qu'on ne
devoit pas travailler à faire une Conflitution ,
mais à la réformer.
Pluſieurs Perſonnes demandoient encore laparole;
mais la long eur du débat a fait couper court
à ſa continuatior . La déciſion a été renvoyée au
lendemain.
Du 8 Juillet. On a fait la lecture du procèsverbal
de la veille.
(136)
1
M. Chapelier a demandé la permiffion de lire
une adreſſe de la ville de Rennes, dont il eſt député ;
mais on le lui a refuſé.
Un Noble a propoſé de délibérer s'il falloit
permettre de lire les adreſſes préſentées avant de
connoître les perſonnes qui les avoient envoyées .
Il a été réfuté par M. Chapelier.
On a fait part d'un grand nombre d'adreſſes ,
dont pluſieurs de Bretagne. On s'eſt contenté de
prendre les noms des Viles qui envoyoient des
adreſſes , & de les inférer dans le regiſtre.
M. le Préſident a dit qu'il étoit de la plus grande
importance de s'occuper tout de ſuite des travaux
eſſentiels ,& qu'il engageoit les Membres qui pourroient
ſe retirer à prendre féance ; que l'Aſſemblée
ne devoit s'occuper de la nature des pouvoirs ,
qu'à l'époque où l'on traiteroit de l'organiſation
des Etats -Généraux. Il a propoſé un arrê é en
co:féquence.
M. l'Evêque d'Autun a fait part qu'il avoit
changé pluſieurs expreffions de fon arrêté , & il a
lu les deux rédactions.
M. le Préſident a propoſé de délibérer ſur la
motion de M. l'Evêque d'Autun , après l'avoir fait
lire de nouveau par M. le Comte de Clermont-
Tonnerre.
UnMembre de la Nobleſſe a dit que cette motion
étoit mal propoſée. Il a foutenu le droit des
Baillages , de donner des pouvoirs impératifs. Il a
voulu prouver que l'arrêté de M. l'Evêque d'Autun
détruiſoit la distinction des ordres , & changeoit
la conſtitution de l'Etat.
Il a été réfuté par M. de Clermont-Tonnerre.
Un autreDéputé noble a déclaré qu'il n'y avoit
point à délibérer , & que fon avis étoit celui de
beaucoup de Membres de l'Aſſemblée. Il a réfuté
la motion de M. d'Autun , & fait valoir la force
( 137 )
du ferment & des articles impératifs. Il a déclaré
que la majorité desBaillinges avoit fait des pouvoirs
ſemblables. Ila voulu prouver leur avantage
&le danger de l'opinion par tête , lorſqu'il n'y a
pas une grande majorité.
Les Pays d'Etats , a- t-il dit en firiſſant , ne ſe
font pas donnés à la Nation , mais au Monarque.
Un Membre a dit qu'il falloit commencer par
ſavoir s'il y avoit lieu à délibérer ou non .
Cet avis a été adopté , & on est allé aux voix.
700 voix pour arrêter qu'il n'y avoit à lieu délibérer.
28 voix pour la délibération .
Un Prélat a prétendu qu'il y avoit lieu à délibérer
relativement aux proteſtations.
L'Aſſemblée a déclaré le contraire .
M. de Mirabeau a dit : que M. Jefferson n'avoit
pas fait de propofition au Gouvernement. Il a
remis ſur le Bureau la lettre de ce Miniſtre à M.
le Marquis de la Fayette. Comme elle étoit écrite
en anglois , M. de la Fayette a fait part de fon
contenu , que voici littéralement traduit:
Monfieur le Marquis DE LA FAYETTE .
Paris , le 12juillet 1789 .
Mon cher Monfieur ,
Votre lettre d'hier m'a appris que M. de Mirabeau
avoit avancé à l'honorable Aſſemblée de
la Nation , que j'avois fait à M. Necker l'offre
d'obtenir d'Amérique une quantité de bled ou de
farine , qui avoit été refuſée. Je ne fais pas comment
M. de Mirabeau a été conduit à cette erreur.
Jen'ai de ma viefait aucune propofition à M. Necker
fur cet objet ; je n'aijamais dit quej'euſſe fait une
telle propofition . Dans le courant de l'automne
dernier , M. Necker me fit l'honneur de me témoigner
le déſir que je fiſſe connoître dans les
( 138 )
Etats-Unis , que le b'ed & la farine trouveroient
un bon débit en France. Je fis paſſer cet avis
dans une Lettre à M. Jay , Secretaire pour les
Affaires étrangères , comme vous le verrez par
l'extrait de ma lettre , publiée par M. Jay , dans
une Gazette Américaine que j'ai l'honneur de
vous envoyer. Permettez-moi de réclamer votre
amitié&votre pofition , pour donner communication
de ces faits à l'honorable Aſſemblée de la Nation
dont vous êtes Membre , & de vous renouveler
les ſentimens de reſpect & d'attachement
avec lesquels j'ai 1 honneur d'être , mon cher Monſieur,
votre très-humble&très -obéiflant ferviteur ,
Signé , T. H. JEFFERSON.
M. de Mirabeau a prononcé un diſcours trèsénergique
au ſujet du danger extrême auquel F'Af-
Combléepourroit être expofée pour la Ebertéde fes
délibérations ,par l'arrivée des troupes& le voifinage
des campemens. Il a fini par lire leprojet d'un
arrêté dont voici la fubſtance:
«Il ſera rédigéune très-humble adreſſe , pour
repréſenter à Sa Majefté les vives alarmes qu'infpire
l'abusquiſe fair,depuis quelque temps , au
nom d'un bon Roi , pour faire approcher un
train d'artillerie conſidérable ; le ſupplier de
faire retirer toutes les troupes , dont pluſieurs
font déja cantonnées dans les villages voifins de
Paris & de Verfailles , & que l'on attend encore
pour la formation de divers camps aux environs de
ces deux villes. »
aQue la retraite de ces troupes est néceffaire
pour le foulagement de fes peuples dans les
temps de difette des grains&de cherté des vivres.>>>
«Que l'appareil militaire dont on environna
le Trône, détruit cette précieuſe confiance qui
fait la sûreté du Monarque »
« Que Sa Majefté fera ſuppliée très-refpectueu
(139 )
fement de raffurer ſes fidèles ſujets, endonnant.
les ordres néceffaires pour faire ceffer tous ces
mouvemens dangereux & alarmans , & pour le
prompt renvoi des troupes aux lieux dont on
les a tirées. »
« Enfin , pour rappeler le repos & la tranquillité
publique , Sa Majefté fera encore également
fuppliée d'ordonner que, dans ſes deux willes de
Paris & de Versailles , il ſera levé des troupes
pour établir une garde bourgeoife.>>>>>
M. le Preſident a. propofé de renvoyer cette
motion au Bureau de rédaction pour en faire le
rapport le lendemain ; mais l'Affemblée s'y eſt
refulée.
Il a fait part que le Roi lui avoit ordonné
de ſe rendre au Château à fix heures du foir..
On aproposé le rapport du procès de laNobleſſe
du Bailhage d'Amont.
M. le Préſident a déclaré que M. de Mirabeau
avoit demandé le renvoide fon Arrêté au bureau.
M. de Mirabeau a répondu qu'il confentoit à
ce qu'or délibérât tour de fuite fur cet Arrêté ,
ſi l'Aſſemblée le jugeoit à propos.
Un Membre des Communes a fait le réfumé
d'une lettre de Metz , par laquelle on annonçoit
ledépart de fix régimers.
M. de la Fayette a dit que la motion de M. de
Mirabeau étoit ſo importante , qu'elle ne pouvait
être renvoyée au bureau ,& il a opiné pour ba
difcuffion..
M. Goupil de Préfeln a obſervé qu'on ne devoit
point enviſager cette motion du côté des dangers
pour les Députés , mais relativement à la gêne
pour l'opinion. Il a propoſé d'engager le Préſident
à préſenter au Roi cette confidération importante.
M. l'Abbé Syeyes a cité l'exemple des Etats
( 140 )
de Bretagne , qui ſuſpendent leur ſeſſion auffitôt
qu'il entre des troupes dans la ville de Rennes . Il
a opiné pour demander au Roi de faire retirer
lestr oupes à fix lienes.
M. Chapellier a foutenu l'Arrêté. Il a cbſervé
que la Nobleffe de Bretagne avoit refuſé de délibérer
pendant le temps où les Eta s étoient
entourés de gardes.'
M. Bouchotte a demandé avec force le renvo
des troupes à leurs garnisons , au nom de ſes
Commettans.
M. Biauzat a propoſé un amendement à la
motion , pour retrancher l'article de l'établiſſement
des gardes bourgeoiſes à Paris & à Verſailles
M. Target a lu l'article du cahier de la Prévôté
de Paris , qui défend aux Députés de laiſſer approcher
des troupes fans le confentement des Etats-
Généraux.
On a fait une ſeconde lecture de l'Arrêté.
M. le Chevalier de Boufflers a propoſé d'en
référer au Roi dans la foirée.
Pluſieurs Membres ont demandé l'amendement
deM. Biauzat.
M. de Boufmard a opiné pour attendre le retour
du Préſident de chez le Roi , avant de délibérer.
M. Grégoire , Curé d'Imbermenil , a obſervé
que l'on couroit le plus grand danger à ne pas
délibérer , & qu'il n'y en avoit aucun à le faire .
M. lePréſide nt a ordonné l'appel .
Le réſultat de la délibération a été de 366 voix
pour la motion avec amendement , 314 ſans
amendement , & 5 oppofitions .
M. de Mirabeau a remis ſa motion au Comité
de rédaction , pour la rédiger de concert dans la
(141)
ſoirée. La ſéance a été levée à quatre heures &
demie,
Du 9 Juillet 1789 .
M. le Préſident a fait le rapport de l'audience
que le Roi lui avoit accordée ; S. M. lui a fait
part, qu'Ellen'avoit fait venir des troupes que pour
en impoſer à la licence du peuple de Paris , qui
s'étoit porté à des excès ſcandaleux , & qu'il les
renverroit auffi-tôt que les Magiſtrats chargés de
la Police ne jugeroient plus leur préſence néceffaire.
Il accepté la députation .
M. Tronchet a fait le rapport de la conteſtation
de la double repréſentation du baillage d'Amont.
Ce rapport a été très-long.
M. de S. Fargeau a fait fentir le danger d'admettre
l'une des deux repréſentations , par la
crainte de la diſcorde& de la haine que cela pourroit
occafionner entre les deux partis. Il a opiné
pour les annuléer , ou les admettre toutes deux.
M, le Vicomte de Toulongeon a réfuté M. de
S. Fa geau , & a parlé en faveur de la première,
ainſi que M. Muguet.
Les fecrétaires ont fait partde la réception d'une
adreſſe de la ville de Poitiers .
On est allé aux voix relativement aux députations
d'Amont.
Il y a eu 597 voix pour admettre la première
députation , & 84 pour les admettre toutes deux.
L'un des ſecrétaires a fait la lecture d'une lertre
de la Nobleſſe de la Sénéchauffée d'Agen , à
ſes députés , pour les remercier de leur conduite
ſage & prudente , modifier leurs pouvoirs , &
leur laiſſer toute la liberté poſſible pour voter ,
fans compromettre les privilèges de la Nobleſſe.
Un Membre du Clergé a rapporté que M. de
Mirabeau avoit bien voulu faire des changemens
-
(142 )
àfon projet d'adreſſe , d'après les obſervations
faites par le Comité de rédaction .
L'auteur en a fait la lecture à deux repriſes ;
il a été généralement applaudi à trois repriſes.
Ila été réſolu unanimement qu'elle eroit pré
ſentée au Roi.
M. le Préſident a nommé les 24 membres qui
doivent compoſer cene députation.
Un Membre de la Nobleffe s'eſt oppofé à cette
adreſſe.
M. Mounier , l'un des Membres du Comité
Central , a rendu compte des travaux de ce Comité
; il a lu un difceurs fur l'utilité d'une bonne
conftitution ,& enfuite le tableau des articles de
la Conftitution qui doivent être traités & difcutés
dans les bureaux.
M. le Préfident a annoncé qu'à commencer de
Jaſemaine prochaine , on s'aſſembleroit en Bureaux
pour travailler à la conſtitution , & qu'il
n'y auroit quetrois aſſemblées par ſemaines pour
y difcuter. Il a ajouté qu'il ne reſtoit plus que
très-peu de conteſtations relativement à la vérification
des pouvoirs , dont on alloit rendre
compte demain & après. Il a levé la Séance à
trois heures.
ORDRE du travail proposé à l'examen
des Bureaux, par le COMITÉ
CENTRAL , ou Bureau de Correspondance.
ARTICLE PREMIER.
Tout Gouvernement doit avoir pour unique
but le maintien du droit des hommes ; doù il
fuit que pour rappeler conftamment le Convernement
au but propofé , la Conſtitution deit
commencer par la déclasation des droits naturels
en impreſcriptibles de l'homme.
:
( 143 )
H. LeGouvernement monarchique étant propre
à maintenir ces droits , a été choſi par la Nation
Frarcoife. Il convient fur-tout à une grande fociété.
Il est néceſſaire au bonheur de la France. La
déclaration des principes de ce Gouvernement
doit donc fuivre immédiatement la déclaration
des droits de l'homme.
III . Il réfulte des principes de la Monarchie ,
que la Nation, pour aſſurer ſes droits , a concédé
au Monarque des droits particuliers. LaCoſtitution
doit donc déclarer d'une manière précife
les droits de l'un & de l'autre.
IV. Il faut commencer par déclarer les droits
de la Nation Françoife. Il faut enfuite déclarer
les droits du Roi .
V. Les droits du Roi & de la Nation n'exiſtant
que pour le bonheur des individus qui la compofent
, ils conduifent à l'examen des droits des
Citoyens.
VI. La Nation Françoive re pouvant être indi.
viduellement réunie pour exercer tous fes droits ,
elle doit être repréſetée ; il faut donc énoncer
le mode de ſa repréſentation& les droits de les
Repréſentans.
VII. Du concours des pouvoirs delaNation&
du Roi, doivent réſulter l'établiſſement & l'exécution
des lois ; anſi il faut d'abord déterminer
comme les lois feront établies .
Enfuite on examinera comment les lo's feront
exécutées.
VIII. Les lois ont pour objet l'adminiſtration
générale du royaume , les actions des Citoye.:s&
les propriétés.
L'exécution des lois qui concernent l'adminiſtration
générale , exige des Affemblées Provinciales
( 144 )
:
&des Affemblées Municipales. Il faut donc examiner
quelle doit être l'organiſation des Affem -
blées Provinciales , & quelle doit être l'organiſation
des Aſſemblées Municipales.
IX. L'exécution des lois qui concernent les propriétés
& les actions des Citoyens , néceſſite le
pouvoir judiciaire ; il faut déterminer comment
il doit être confié. Il faut déterminer enſuite fes
obligations & ſes limites .
X. Pour l'exécution des lois & la défenſe du
royaume , il faut une force publique. Il s'agit
donc de déterminer les principes qui doivent la
diriger.
Récapitulation .
Déclaration des droits de l'homme.
Principe de la Monarchie.
Droits de la Nation .
Droits du Roi.
Droits des Citoyens ſous le Gouvernement
François.
Organiſation des fonctions de l'Aſſemb'ée
Nationale.
Formes néceſſaires pour l'établiſſement des 1 is .
Organiſationet fonctions des Affemblées Provinciales
& Municipales.
Obligarions &limites du pouvoir judiciaire.
Fonctions & devoirs du pouvoir militaire.
ADRESSE AU ROI ,
SIRE,
Vous avez invité l'Assemblée Nationale à
vous témoigner sa confiance : c'étoit aller audevant
du plus cher de ses voeux.
Nous venons déposer dans le sein de Votre
Majesté
( 1 )
Majesté les plus vives alarmes. Si nous en
étions l'objet , si nous avions la foiblesse de
craindre pour nous-mêmes , votre bonté daigneroit
encore nous rassurer , et , même , en
nous blamant d'avoir douté de vos intentions ,
vous accueilleriez nos inquiétudes ; vous en
dissiperiez la cause ; vous ne laisseriez point
d'incertitude sur la position de l'Assemblée
Nationale.
Mais , Sire , nous n'implorons point votre
protection'; ce seroit offenser votre justice :
nous avons conçu des craintes ; et , nous l'osons
dire , elles tiennent au patriotisme le plus
pur, à l'intérêt de nos Commettans , à la tranquillité
publique , au bonheur du Monarque
chéri , qui , en nous applanissant la route de
la félicité , mérite bien d'y marcher lui-même
sans obstacle.
,
avec
Les mouvemens de votre coeur , Sire , voilà
le vrai salut des François. Lorsque des troupes
s'avancent de toutes parts , que des canips se
forment autour de nous , que la Capitale
est investie nous nous demandons
étonnement : le Rois'est- il méfié de la fidélité
de ses Peuples ? S'il avoit pu en douter
n'auroit-il pas versé dans notre coeur ses chagrins
paternels ? Que veut dire cet appareil
menaçant ? Où sont les ennemis de l'Etat et
du Roi qu'il faut subjuguer ? Où sont les
rebelles , les Ligueurs qu'il faut réduire ? Une
voix unanime répond dans la Capitale et dans
l'étendue du royaume : Nous chérissons notre
Roi , nous bénissons le Ciet du don qu'il nous
afait dans son amour.
SIRE , la religion de Votre Majesté ne peut
être surprise , que sous le prétexte du bien
public.
Si ceux qui ont donné ces conseils à notre
Supplément au No. 29. e
(2)
Roi , avoient assez de confiance dans leurs
principes pour les exposer devant nous , ce
moment atnéneroit le plus beau triomphe de
la vérité.
L'Etat n'a rien à redouter que des mauvais
principes qui osent assiéger le Trône même ,
et ne respectent pas la conscience du plus
pur , du plus vertueux des Princes. Et comment
s'y prend- t-on , Sire , pour vous faire
douter de l'attachement et de l'amour de vos
Sujets ? Avez-vous prodigué leur sang ? Etesvous
cruel , implacable ? Avez-vous abusé de
la justice ? Le Peuple vous impute-til ses
malheurs ? vous nomme-t-il ses calamités ?
Ont-ils pu vous dire que le Peuple est impatient
de votrejoug; qu'il est las du sceptre
des Bourbons ? Non, non , ils ne l'ont pas
fait : la calomnie du moins n'est pas absurde;
elle cherche un peu de vraisemblance pour
colorer ses noirceurs .
Votre Majesté a vu récemment tout ce
qu'Elle peut pour son Peuple; la subordination
s'est rétablie dans da Capitale agitée ; les
prisonniers mis en liberté par la multitude ,
d'eux- mêmes ont repris leurs fers ; et l'ordre
public, peut- être, auroit coûté des torrens de
sang si l'on eût employé la force , un seul
mot de votre bouche l'a rétabli. Mais ce mot
étoit un mot de paix , il étoit l'expression de
votre coeur , & vos sujets se font gloire de
n'y résister jamais . Qu'il est beau d'exercer
cet empire ! 6'est celui de Louis IX , de
Louis XII , d'Henri IV; c'est le seul qui soit
digne de vous .
Nous vous tromperions , Sire, si nous n'a
joutions pas , forcés par les circonstances :
cet empire est le seul qu'iksoit aujourd'hui
possible en France d'exercer. La France the
1
( 3)
souffrira pas qu'on abuse le meilleur des Rois,
et qu'on l'écarte , par des vues sinistres , du
noble plan qu'il a lui-même tracé. Vous nous
avez appelés pour fixer , de concert avec vous ,
Ja Constitution, pour opérer la régénération
du Royaume : l'Assemblée Nationale,vient
vous déclarer solemnellement que vos voeux
seront accomplis , que vos promesses ne seront
point vaines , que les pièges, les difficultés ,
les terreurs ne retarderont point sa marche ,
n'intimideront point son courage .
Où donc est le danger des troupes , affecteront
de dire nos ennemis ? ... Que veulent
leurs plaintes , puisqu'ils sont inaccessibles au
découragement ?
Le danger , Sre , est pressant , est universel
, est au-delà de tous les calculs de la prudence
humaine.
Le danger est pour le Peuple des Provinces .
Une fois alarmés sur notre liberté , nous ne
connoissons plus de frein qui puisse le retenir.
La distance seule grossit tout , exagere tout,
double les inquietudes , les aigrit , les envenime.
Le danger est pour la Capitale. De quel
reil le Peuple, au sein de Pindigence , et tourmentédes
angoisses les plus cruelles , se verrat-
il disputer les restes de sa subsistance par
une foule de soldats menaçans? La présence
des troupes échauffera , anteutera , produira
une fermentation universelle ; et le premier
acte de violence exercé sous prétexte de por
lice, peut commencer une suite horrible de
malheurs.
Le danger est pour les troupes . Des soldats
François , approchés du centre des discussions ,
participant aux passions comme aux intérêts
du Peuple , peuvent oublier qu'un engage
aj
( 4)
ment les a faits soldats , pour se souvenir que
la nature les fit hommes.
Le danger , Sire , inenace les travaux qui
sont notre premier devoir , et qui n'auront
un plein succès , une véritable permanence ,
qu'autant que les Peuples les regarderont
comme entièrement libres. Il est d'ailleurs
une contagion dans les mouvemens passionnés.
Nous ne sommes que des hommes : la
defiance de nous-mêmes , la crainte de paroître
foibles , peuvent entraîner au - delà du
but; nous serons obsédés d'ailleurs de conseils
violens et démesurés ; et la raison calme ,
la tranquille sagesse , ne rendent pas leurs
oracles au milieu du tumulte , des désordres ,
et des scènes factieuses .
Le danger , Sire , est plus terrible encore;
et jugez de son étendue par les alarmes qui
nous amènent devant vous. De grandes révolutions
ont eu des causes bien moins éclatantes;
plus d'une entreprise fatale aux Nations
s'est annoncée d'une manière moins
sinistre et moins formidable.
Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement
de la Nation , et qui ne savent que
vous la représenter , selon leurs vues , tantôt
insolente , rebelle , séditieuse , tantôt soumise
, docile au jong , prompte à courber la
tête pour le recevoir. Ces deux tableaux sont
également infidèles .
Toujours prêts à vous obéir , Sire , parce
que vous commandez au nom des Lois , notre
fidélité est sans bornes comme sans atteintes.
Prêts à résister à tous les commandemens
arbitraires de ceux qui abusent de votre nom ,
parce qu'ils sont ennemis des Lois ; notre
fidélité même nous ordonne cette résistance ,
et nous nous honorerons toujours de mériter
( 5 )
les reproches que notre fermeté nous attire.
Sire , nous vous en conjurons au nom de
la Patrie , au nom de votre bonheur et de
votre gloire ; renvoyez vos soldats aux postes
d'où vos Conseillers les ont tirés ; renvoyez
cette artillerie destinée à couvrir vos frontières
; renvoyez , sur-tout, les troupes étrangères
, ces Allies de llaa NNaation , que nous
payons pour défendre et non pour troubler
nos foyers : Votre majesté n'en a pas besoin.
Eh! pourquoi un Roi adoré de vingt - cinq
millions de François , feroit-il accourir à
grands frais autour du Trône quelques milliers
d'étrangers ? Sire , au milieu de vos enfans
, soyez gardé par leur amour : les Députés
de la Nation sont appelés à consacrer
avec vous les droits éminens de la Royanté
sur la base immuable de la liberté du Peuple.
Mais lorsqu'ils remplissent leur devoir, lorsqu'il
cèdent à leur raison , à leurs sentimens ,
les exposeriez-vous au soupçon de n'avoir
cédé qu'à la crainte ? Ah ! l'autorité que tous
les coeurs vous défèrent est la seule pure , la
seule inébranlable , elle est le juste retour de
vos bienfaits , et l'immortel apanage des
Princes dont vous serez le modèle.
Cette Adresse a été remise à S. M. par la
Députation suivante :
CLERGÉ.
M. l'Archevêque de Vienne.
M. l'Evêque de Chartres.
M. l'Abbé Joubert.
M. Chatizel,
a
(6
M. Grégoire.
M. Yvernault ...
NOBLESSE.
M. le Duc de la Rochefoucault.
M. le Comte de Cressy.
M. le Vicomte de Toulongeon .
M. le Vicomte de Macaye.
M. le Marquis de Blacons.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre.
COMMUNES.
M. le Comte de Mirabeau.
M. Coroller.
M. Regnaud de Saintes .
M. Roberspierre..
M. Marquis.
M. Barrère de Vieuzac .
M. de Sèze.
M. de Launay.
M. Péthion de Villeneuve
M. Buzot.
M. de Kervelegan.
M. Tronchet .
:
RÉPONSE DU ROI à la Députation
des Etats- Généraux , du to
Juillet 1789.
Personne n'ignore les désordres et les scènes
scandaleuses qui se sont passéset renouvelés
( 7 )
à Paris et à Versailles , sous mes yeux et
sous ceux des Etats-Généraux. Il est nécessaire
que je fasse usage des moyens qui sont
en ma puissance , pour remettre et maintenir
P'ordre dans la Capitale et dans, les environs;
c'est un de mes devoirs principaux de veiller
à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui
m'ont engagé à faire un rassemblement de
troupes autour de Paris : Vous pouvez assurer
l'Assemblée des Etats-Généraux qu'elles né
sont destinées qu'à réprimer ou plutôt àprévenir
de nouveaux désordres , à maintenir le
bon ordre et l'exercice des Lois; à assurer
et à protéger même la liberté qui doit régner
dans vos délibérations ; toute espèce de contrainte
doit en être bannie , de même que
toute appréhension du tumulte et de violence
doivent en être écartés. Ce ne pourroit être
que des gens mal-intentionnés qui pourroient
égarer mes Peuples sur les vrais motifs des
mesures de précaution que je prend. J'ai constamment
cherché à faire tout ce qui pouvoit
tendre à leur bonheur , et j'ai toujours eu
lieu d'être assuré de leur amour et de leurfidélité.
Si pourtant la présence nécessaire des
troupes dans les environs de Paris , causoit
encore de l'ombrage , je me porterois , sur
la demande de l'Assemblée , à transférer les
Etats-Généraux à Noyon ou à Soissons , et
alors je me rendrois à Compiegne pour maintenir
la communication qui doit avoir lieu,
entre l'Assemblée et moi.
1
t
>
(8 )
PAYS -BAS.
De Bruxelles , le 17 juillet 1789.
Les dernières opérations duGouvernement
Impérial, n'ont été suivies ici et
ailleurs d'aucun évènement , d'aucune
resistance. Plusieurs villes, entre autres
celle d'Ath , et des provinces même ont
applaudi à cet acte décisifde l'autorité
souveraine.
Entre autres , les Etats de la province
de Luxembourg et ceux de Limbourg ,
assemblés en la manière usitée , pour la
pétition du subside extraordinaire de
cette année , ont pris de leur propre
mouvement , et sans qu'il leur en ait été
fait la moindre proposition , la résolution
unanime d'offrir à Sa Majesté leur
consentement perpétuel au subside ordinaire
et extraordinaire qu'ils étoient
accoutumés de donner tous les ans .
Nicolas Goffin , natif de Chevetonn , pro
vince de Luxembourg , est décédé en cette
ville le 30 du mois de juin dernier , âgé de
107 ans et 8 mois , étant né l'an 1682. Il se
maria au pays de Liège en 1709 , ettent deux
ils qui périrent dans une fosse à houille. Tant
que ses forces le lui permirent , il travailla ,
en qualité de domestique , dans plusieurs fermes
, et suivit les armées en conduisant des
chariots, tant en ce pays qu'en France. S'étant
fixé à Bruxelles , l'année 1783 , il y a con
( 9 )
servé jusqu'à son dernier soupir une gaieté
étonnante et une mémoire si heureuse , qu'il
racontoit , avec une facilité et une précision
qui ne se sont jamais démenties , les évènemens
quelconques qu'il avoit eus et vus. Depuis
2 ans , il avoit presqu'entièrement perdu
la vue. Une oppression assez subite mit fin
à sa carrière , qu'il termina sans agonie et de
sang-froid.
On a requis de nous la publication de
Particle suivant :
« Il s'est répandu depuis peu , dans les pays
■ étrangers , un bruit faux , comme quoi la
<<valeurintrinsèque de nos roubles avoit été
• diminuée. Quoiqu'on n'ait pas besoin de le
<< réfuter formellement , attendu que la fausseté
en est démontrée par le fait même
- et par l'épreuve qu'on peut facilement faire
subir à notre ronnoie , cependant , ayant
« plusieurs exemples pardevant nous , que le
<<Public crédule a été induit en erreur par
de pareilles inventions préméditées , nous
• avons jugé qu'il ne seroit par superflu de
« prévenir les suites de ces impostures , en
faisant connoître publiquement , par la pré-
< senţe déclaration , que nous attribuons son
origine uniquement aux vues odieuses de
<< gens mal- intentionnés , qui ont pour but
* de sapper par de pareilles illusions le crédit
de la Russie , et de causer par là , à celle-
* ci , un dommage et préjudice sensibles. »
«
*
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
CONSEIL PROVINCIAL D'ARTOIS,
Père inceſtueux puni de mort.
Quand on contemple d'un oeil vraiment phile(
10)
fophique , tous les genres de crimes auxquels ſe
livre fans ceffe la fragile humanité , on ferait prefque
tenté de croire qu'il doi: exiſter ſur le glebe
une eſpèce moins défectueuſe que la nôtre . Mais
comme tout réſiſte à cette idée , faiſons au moins
cet aven bien humiliant , ma's qui peut ſervir à
nous corriger , que p'us uns paffion eſt honteuſe,
plus nous sommes afſurés qu'elle nous conduit à
notre perte , moins nous faiſons d'efforts pour la
furmonter, Expliquer lescauſes d'un pareil aveuglement
, nous meneroit au-delà des bornes prefcrites
: entrons en matière. Jacques-Joseph Warin,
(dit Germain ) Marchand d'étoupes , demeurantdans
le reffort du Bailliage d'Ai e, en Artois ,
déja repris de Juſtice, flétri par la main duBourreau
, en 1770 , condamné au fouet , à lamarque,
&au banniffement pendant neuf ans , pour vol ;
condamné en 1775 , à trois ans de galères pour
infraction de ban , eſt celui dont il s'agit au procès.
Il eſt revenu des galè es plus corrompu qu'il
n'y étoit allé.- Il avoit trois Filles en bas-âge ,
avant les deux Arrêts de condamnatio de 1773
&1775; il les a ret ouvées grades & dans la
fleur de la jeuneſſe. Elles ſe nomment Marie MélanieWarin
, Marie Ruffine Warin , &Marie-Méguerte
Warn , qui eſt la plus jeane. Leur malheureux
Père co cut l'idée abominable d'abufer
deſe trois Fles, & emp'oya tour-à-tour , pour
les réduire , les menaces& les violences. Les premières
te tatives firent frémi les victimes de ce
père dénaturé ; mais enfin pa venu , avec les deux
premières .à ce qu'ildéfiroit , i' a continue de vivre
inceftueuſement avec elles .
Le bruit d'un commerce auffi infâ ne étant parvenu
aux oreil'es de la Juſtice , le Procureur du
Roi au Bailliage d'Aire , rendit plainte contre W1-
rin , contre Marie-Noel Barth , Journalière
ז...
2-
la
( 1)
complice de ſes détordres , & contre les trois
Filles.
Une information concluante fut ſuivie de déerets
de priſe-de-corps contrels Accuſés ; ils ont
fubi interrogatoire le 3 Juillet 1780 , & alloient
êtrejugés , torkqu'un -rrêt du Conſeil ſupérieur d'Artois,
reindu fur les conclufions du Miniſtère public ,
le 29 du même mois , évoqua toure la procédure
en certe Cour. Elle y a été inſtruite , & le Conſeil
arendu, le 23 Janvier 1787 , l'Arrêt que voici.
Il déclare Jacques Jofeph #arin duement atteint
&convaincu d'avoir commis inceſte avec Marie-
Mélanie Warin , & Marie- Ruffine Warin , ſes
Filles , comme auffi d'avoir tente , à pluſieurs repriſes
, de connoître inceſtusuſement Marie-Marguerite
Warin , fa troisième Fille , & préſomptivement
arteist & convaincu d'avoir continué de
vivre inceftuentement avec leſdites Marie-Mélanie
Narin & Marie- Ruffi e Warin ; pour réparation
de quoi condamne ledit Jacques-Joseph Warin , à
faire amende honorable devant la principale porte
de l'Egliſe dela Madelaine de la ville d'Arras ,
ayant la corde au col , & écriteau devant & derrière
, fur lequ ! feront écris ces mots .... Père inceftueux
, & enfuite pends & étranglé , & fon
corps jeté au feu.... Tous ſos biens acquis & confiíqués
au profit de qui il appartiendra , ſur iceux
péalablement pris la ſomme..... Sur l'accufatin
intentée contre Marie- Mélanie Warin , ordonne
qu'il en ſera plus amplement informé indéfiniment
, & qu'elle tiendra priſon pendant un an ;
met Marie-Ruffine & Marie-Marg erite Warin
hors de Cour , fur l'accufation contre elles intentés.
En ce qui concerne Marie-Noël Barth, la déc'are
atteinte & convaincue d'avoir , au mépris du
jugement du Baillage d'Aire , à elle ſignifié , de
ne pas ſéjourner dans la ma ſon dudit Warin ,
:
( 12 )
continué d'y demeurer; pour réparation de quoi
la bannit pou un an de la province , reffort& enceinte
du Bailliage de la ville d'Aire , lui enjoint
de garder ſon ban , ſous les peines portées par la
Déclaration du Roi , de 1682 , dont lecture lui
ſera faite; condamne Marie-Ruffin &Marie-Margueritearin
, ſolidairement aux frais , miſe de
juſtice & dépen du procès; condamne de même
Marie Noël Barth; ordonne l'impreſſion & l'affiche
de l'Arrêt en la ville d'Arras , en celle d'Aire , &
partout où beſoin ſera.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 JUILLET 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'ENFANT - TROUVÉ ,
Idylle.
LE Soleil ſe cachoit dans fonde ,
Chacun fufpendoit ſes travaux ;
La Nuit déjà couvroit le monde ,
Tout invitoit au doux repos :
D'un ruifleau je ſuivois la rive ,
Quand j'entends un cri gémiſſant ......
J'écoute cette voix plaintive ...……
Ah! c'eſt celle d'un jeune Enfant !
J'approche, & trouve au pied d'un hêtre
L'innocent noyé dans les pleurs ;
No.30. 25 Juillet 1789 G
146 MERCURE
Hélas ! à peine il vient de naître ,
Et déjà refient des douleurs ! ......
A mon aſpect , un doux fourire
Suſpend un moment ſes ſanglots ;
Pauvre Enfant , ton ame defire
Un être qui calme res maux !
Eſt-ce une mère criminelle
Qui t'a repouffé de ſon ſein
Ou plutôt un père infidèle
A-t-il été ton aflaflin?
Es-tu le fruit de l'indigence ,
Ou fruit d'un malheureux amour ;
Fils du crime ... ou de l'imprudence
A qui des deux dois-tu le jour ?
Si d'un préjugé trop ſévère
Tu fus la victime en naiſſant ,
Oh ! quelle dut gémir , ta mère ,
Quand on lui ravit ſon Enfant !
A-t-elle au moins , dans ſa détreſſe ,
Embraſſé ce bien précieux ? ....
As - tu reçu de ſa tendreſſe
Des pleurs & d'éternels adieux ?
Hélas ! ft , cruelle , inſenſée ,
Tu ne devois qu'à ſa fureur
L'état ..... Arrêté , ô ma penſée !
Détourne-toi de cette horreur ! .....
Elle a pu , ſans être attendrie ,
Te réduire à ce trifte fort !
L'être à qui l'on donne la vie ,
Peut-on le livrer à la mort !
DEFRANCE 147
As- tu demandé la naiſſance
Aceux qui t'ont abandonné ?
Est-ce un bienfait que l'existence ,
Pour qui doit vivre infortune ! ...
Etre iſolé dans la Nature ,
Perſonne pour te ſecourir !
Pauvre petite créature ,
Devois-tu naître pour ſouffrir!
>
Que feras-tu , trifte victime ,
Quand le mépris t'accablera ?
Ta naiſſance n'eſt point ton crime ,
Et pourtant l'on t'en punira !
Pour ton coeur rien n'aura des charmes :
Heureux ſi tu vis oublié ,
Et fi , pour effuyer tes larmes ,
Tu trouves la tendre amitié ! ....
Viens partager ma douce aiſance ,
Viens .... que le fruit de mes travaux
Elève ta débile enfance
Et te conſole de tes maux !
Conſerve bien ton innocence";
!
Suis toujours la voix de l'honneur .....
Voilà la ſeule récompenſe
Que j'oſe exiger de ton coeur !
(Par M. Ducray du Minil , de l'Acad.
des Arcades de Rome. )
N. B. La muſique de cette Idylle ſe trouve dans
Je Recueil du même Auteur, qui ſe trouve chez les
Mds. de Muſique.
G2
*48 MERCURE
VERS
A Mademoiselle B **
SI
11
*
I mes crayons , à la Vertu ,
Pouvoient préſenter un modèle ,
Je choiſirois une Mortelle
A qui l'hommage feroit dû :
Je lui donnerois la décence
Qui fait le charme de fon coeur 3
Ses yeux , miroirs de fa pudeur ,
Auroient l'attrait de l'innocence ,
Et peindroient celui du bonheur :
De fa voix , l'accent pur & tendre .
Infpireroit le ſentiment :
Chacun deviendroit fon Amant
Par le ſeul plaifir de l'entendre , ....
Aux pieds de ce Chef-d'oeuvre heureux,
L'Amour enchaîneroit l'Envie .....
La Vérité , d'accord avec mes voeux ,
Y mettroit le nom d'Emilie.
(Par M. L... de Rochemont. )
DEFRANCE. $49
ÉDUCATION.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
PERMETTEZ- Mor d'entretenir un moment veš
Lecteurs d'un Etabliſſement bien intéreſfant que
M. l'Abbé Gaultier a formé , rue Neuve Sainte
Auguſtin. C'est un petit Lycée , où des Enfans des
deux sexes ( 1 ) viennent , deux fois la ſemaine
faire leur partie àdes Jeux dont le double objet
eſt de les inſtruire & de les amufer. Le grand
mérite de ces Jeux eſt de faire ſervir l'amourpropre
& la vivacité de l'enfance au développement
de ſes facultés naiſſantes .
Ces Jeux ſont de différentes fortes ; il y en å
pour la Grammaire , la Géographie & l'Histoire ;
& la méthode de M. l'Abbé Gaultier eft applicable
à toutes les Inſtructions que l'on peut
donner à l'enfance. Je ne parlerai'ici que du Jen
relatifà la Grammaire. Voici ce que j'en ai conçu.
• Sur une table ſont pluſieurs tableaux , oti ſe
trouvent infcrites , dans un ordre convenable ,
les différentes parties du Diſcours , le Nom , le
(1) Ce ſont profque tous des enfans diftingués .
Les deux fils de M. l'Ambaſſadeur d'E.... font
du nombre ; & quoiqu'Etrangers , leurs fuccès
font les plus remarquables.
G3
150 CERCURE 1
Pronom , le Verbe, &c. & leurs fubdivifions &
modifications principales : des boules fufcrites de
même, & affez ſemblables à celles du Lotho , font
raſſemblées dans un fac , & l'on en tire une pour
chacun des Joueurs tour à tour , juſqu'à ce que
toutes foient tirées.
Cetteboule eſt, par le Joueur , placée ſur le tableau
à ſon endroit , & elle détermine la queftion
à laquelle il doit répondre : s'il répond bien
&promptement , il reçoit des jetons ; & s'il répond
mal, ou s'il tarde à répondre , un autre peut
répondre pour lui & gagner les jetons. :
Le Maître lui-même ſe met de la partie, fubit
des queſtions & y répond , tantôt bien , tantôt
mal , pour éprouver ſes Elèves & leur donner
lieu de le reprendre , ce qu'ils font avec une ardeur
fingulière.
Quand les Enfans ſont plus avancés , on leur
donne, relativement à chaque boule , des phrafes
dans lesquelles ils diftinguent le Substantif, l'Adjectif
ou le Verbe ; le Singulier ou le Pluriel , le
Mode, le Temps , la Perfonne , &c. ; & l'on y
joint des queſtions de Syntaxe.
L
L'habileté du Maître ( & la plupart de ceux
de ce Lycée y excellent , ) eſt de proportionner
les dificultés de ces phrases & de ces queſtions
au degré d'intelligence & d'acquit de l'Enfant ,
d'en aflortir le ſens à ſes inclinations , à fon caractère.
Quelquefois c'eſt une explication grammaticale
, dont il avoit beſoin , que la phrafe
préſente ; quelquefois une maxime de morale ,
ou une vérité de ſentimenatt,, fuivant l'impreffion
qu'il eſt le plus à propos de donner à
On peut juger par-là de quelle utilité peut être
ce Jeu pour enfeigner aux Enfans toute aure
2
l'Enfant.
DE FRANCE. 151
choſe que la Grammaire , & de quelle variété
il eft fufceptible. Cette variété eſt bien précieuſe
dans des leçons deſtinées à un âge où l'eſprit
ne pourroit ſupporter de longues contentions fur
le même objet. Il faut quelquefois qu'une penſée
plus gaie , un léger badinage , délaſſent l'Enfant
d'un raiſonnement ſérieux , & qu'enfuite un motif
d'émulation ranime ſon attention un peu interrompue.
Enfin , quand les Enfans connoiſſent affez bien
les principales règles de la Grammaire , pour les
appliquer à propos & paffer de la théorie à la
pratique , on leur demande des phrafes toujours
relatives à la boule que le haſard a fait paroître.
Alors chaque Enfant ayant toujours le droit de répondre
pour fon voiſin , chacun travaille d'eſprit
àarranger ſa petite phrafe , & ſouvent ils en produiſent
trois ou quatre à la fois .
Comme le ſujet eſt à leur choix , c'eſt dans ces
conceptions que commencent à ſe montrer le
caractère , les difpofitions , les inclinations & les
goûts différens de chaque Enfant. Sa phrafe ,
conçue avec vivacité , porte naturellement fur
l'objet qui occupe , qui intéreſſe le plus fon
coeur ou fon eſprit. Ce ſeroit , je crois , un des
momens les plus favorables pour obſerver &
étudier l'enfance. Avec quel plaifir j'ai entendu
l'un de ces Enfans y exprimer ingénument fon
affection pour ſa mère , qui , préſente à ces Jeux ,
recevoit ainſi la plus précieuſe récompenſe de ſa
tendreffe & de ſes ſoins !!
Mais avec quel intérêt inexprimable j'ai vu
cette jeune mère, dont le nom mériteroit d'être
cité enexemple à toutes les femmes de ſa naiffance,
avecquel intérêt l'ai-je vue ſe mêler ellemême
à ses jeux , tirer ſa boule , répondre aux
G4
152 MERCURE
-
questions , ſe montrer la plus attentive , &,
dirai-je ? la plus docile des Elèves ! car elle avoit
l'excellent eſprit de re ſe pas croire , malgré fon
rang& ladifférence d'âge , humiliée d'être quelquefois
repriſe.
1
en-
Combien ne feroit-il pas à déſirer qu'une méthode
auſſi ingénieuſe , & des Jeux auffi profitables
fuſſent généralement adoptés ! Pourquoi ,
dans les Sociétés , n'en feroit-on pasun fujetde
réunion ? Au lieu de tenir les Enfans ifolés
fermés avec une Bonne ou un Précepteur , livrés
à l'ennui & au dégoût , ne pourroit - on pas les
raffembler , tantôt chez les parens de l'un , tantôt
chez les parens de l'autre ? On y inviteroit
un des Maîtres du Lycée , & la petite Jeuneſſe
feroit, au milieu même de l'Aſſemblée des grandes
perſonnes , ſa partie de Grammaire , de Géographie,
d'Histoire. L'émulation qui y régnerois ,
l'ardeur de gagner quelques jetons d'honneur ou
une marque de distinction, ne ſeroient-elles pas
plus intéreſſantes pour la galerie, que l'avidité qui,
pour quelques pièces de monnoie , feroit à côté
remuer des cartes & des dés ?
En exerçant ſouvent les Enfans à ce Jeu , ils
apprendroient imperturbablement tous les principes
de la Langue ; ils acquerroient naturellement
une prononciation mieux articulée & plus
correcte , plus de kardieffe & d'aiſance à s'énoncer
en public , plus de preſteſſe & d'agilité dans
l'efprit;ils auroient moins de puérilité & de vague
dans les idées , & formeroient un jour une génération
remarquable par la pureté & la facilité
de fon élocution.
Hâtons-nous donc d'adopter une méthode qui
peut préparer à la France des Orateurs dignes
de difcuter ſes intérêts dans ces ASSEMBLEES
DE FRANCE.
153
NATIONALES que LOUIS LE PATRIOTE nous
rend aujourd'hui. Hâtons-nous de donner à l'enfance
des Jeux qui convertiffent en amusements,
en plaifir , la répugnance ordinaire pour les autres
méthodes . Quand celle - ci n'auroit fur elle
que ce ſeul avantage , ne mériteroit-elle pas d'etre
préférée? Quoi! lorſque tant de foins n'ont
pour objet que d'affurer le bonheur futur de l'En
fant , pourroit- on négliger de rendre d'abord
heureuſes ces premières années de la vie , les
ſeules peut-être dont il jouira ?
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEURAA
Votre très-humble & tres obéifſſant
ſerviteur , DU MORIER.
Ikmen 51 10000 માં
G
154 MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eſt Couvent ; celui
de l'Enigme eſt Compas ; celui du Logogriphe
eſt Grabuge , où l'on trouve Rage ,
Bague , Age , Gage , Bure , Bru .
CHARADE.
UNE ſeule voyelle
Exprimé mon premier ;
20
Pour marquer un refus , on répond mon dernier ;
Crains qu'une critique cruelle
Ne t'applique , Lecteur , le nom de mon entier.
(Par M. B... Curé en Franche- Comté.)
ÉNIGME.
Un petit nombre me poſsède s
On me prend pour frivolité;
J'ai pluſieurs noms , dans ce ſiècle où tout cède
Aux attraits de la mode , à la fatuité.
Si tu n'as pas quelque parcelle
De moi dans ta pauvre cervelle ,
>
DEE
ISS
FRANCE .
Tu voudrois en vain me chercher.
Adicu , Lecteur , tâche de m'att aper.
( Par A. J. Grétry, âgé de 14 ans.
LOGOGRIPH Ε .
LISE avoit vu ſeize fois le printemps ,
Et Life avoit déjà pluſieurs Amans.
Parmi leur nombre , cette Belle
N'en aime qu'un ; il fut choiſi
Pour prendre bientôt auprès d'elle
T
1
Le titre qui le fit alors ce que je ſuis.
Si ce début obfcur ne peut te fatisfaire ,
Sous d'autres traits , Lecteur , je vais me préſenter :
En moi je réunis ce temps de volupté
Qui reverdit nos bois & rajeunit la terre ;
Une note ; un pronom ; ce tréſor précieux
Dont tu fais le ſecret confidentde tes peines ;
C'eſt trop long-temps laiſſer ton eſprit à la gêne ;
:
Je me retire donc. Adieu .
( Par M. Dubois , Et. à Brive. )
G6
*
156 MERCUREI
:
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'influence des Paſſions fur les Maladies
du corps humain ; par M. WILLIAM
FALCONER , Docteur en Médecine , Membre
de la Société de Londres , & Correfpondant
de la Sociétéde Médecine de la
même Ville. Differtation qui a obtenu ,
en 1787, la première Médaille ,fondée
en l'honneur du Docteur Fothergill, dans
la Société de Médecine de Londres; traduit
de l'Anglois par M. DE LA MONTAGNE
, Docteur en Médecine , avec
beaucoup de Notes du Traducteur. A
Paris , chez Knapen fils , Libr- Impr. ,
rue St-André , en face du Pont Saint-
Michel. Prix , 1 liv. 16f. port franc.
Tour le monde fait que les Ouvrages
qui ont eu le plus de ſuccès dans la
Langue naturelle de leur Auteur , perdent
la meilleure partie de leur mérite , quand
ils font en quelque forte traveftisdans une
Traduction très - ſouvent infidèle & pref-
:
DE FRANCE. 157
-
que toujours inférieure à l'original . La favante
Differtation de M. William Falconer,
Docteur en Médecine , & Membre de la
Société Royale de Londres , n'aura pas fans
doute cet inconvénient ſi fatal aux progrès
des Sciences & des Lettres. La manière
dont M. de la Montagne a traduit cet excellent
Ouvrage, nous fait eſpérer qu'il ne
ſera pas vu en France moins favorablement
qu'il ne l'a été en Angleterre , où il amé
rité la première Médaille, fondée en l'honneur
du Docteur Fothergill , dans la Société
Royale de Londres.
"
» Quelles ſont les Maladies qui peuvent
être ſoulagées ou guéries , en excitant
➡ dans l'ame des affections & des paflions
>> particulières " ?
Dans cette Differtation , l'Auteur , après
avoir établi quelques- unes des Loix auxquelles
le ſyſtême moral & phyſique de
Phomme eft aſſujetti dans ce qui a rapport
aux paffions , paffe à la deſcription
des effets qu'elles produiſent fur notre
Conftitution . Ces deux Parties ſont traitées
avec toute l'érudition , la clarté & la préciſion
qu'exige une matière auſli importante
pour l'humanité. L'Auteur, dans tous
les principes qu'il établit , s'appuie toujours
de l'autorité des plus grands Maîtres,
tant Anciens que Modernes ; & dans ſes
deſcriptions , il eſt également d'accord avec
la Nature & l'expérience , qui font des
guides beaucoup plus ſurs encore.
158 MERCURE
Il parcourt enſuite les différentes eſpèces
de Maladies qui offrent des marques de
l'influence de l'imagination & des paffions ;
il indique pour chacune de ces Maladies ,
des remèdes dont la raiſon & l'expérience
démontrent l'efficacité , trop ſouvent négligés
par nos Eſculapes modernes , qui
vontdemander à la Pharmacie une guérifon
qu'ils trouveroient plus fûrement en eux-
-mêmes & dans leurs malades , s'ils connoiffoient
auffi bien l'anatomie de l'ame ,
qu'ils connoiffent celle du corps.
L'Auteur , pour appuyer ſon ſyſtême ,
entre autres faits , en rapporte un à l'Article
du Scorbut , que nous croyons devoir
extraire ici .
>> Dans le ſiége de Breda en 1625 , la
garniſon fut attaquée du ſcorbut. Le Prince
d'Orange, qui vouloit conferver cette place,
ne pouvant la ſecourir , y fit paffer des lettres
par leſquelles il promettoit aux Habirans
un prompt ſecours. Avec ses lettres ,
il envoya des remèdes , qu'il diſoit avoir
achetés un très- grand prix , & qu'il afluroit
être d'une efficacité merveilleuſe contre
le ſcorbut. On publia que trois ou quatre
gouttes de la liqueur ſuffiſoient pour
communiquer ſa vertu à quatre pintes d'eau.
Tous les ſoldats acooururent auſſi - tôt en
foule , & chacun demandoit qu'on lui réfervât
une part du remède pour fon uſage.
Cette tromperie produifit des effets ſurprenans.
Un grand nombre de malades fut
DE FRANCE 159
bientôt rétabli. Pluſieurs de ces ſcorbutiques
, qui , depuis un mois , ne pouvoient
'pas remuer leurs membres , ſe promenoient
dans les rues , paroiffant avoir recouvré
leurs forces d'autres , dont la maladie n'avõit
fait qu'empirer après tous les remèdes
qu'on leur avoit fait prendre , furent entièrement
guéris dans peu de jours , après
avoir fait uſage de ce qu'ils appeloient le
remède du Prince ",
» Ce récit , comme le remarque le Docteur
Falconer , eſt fait par un témoin oculaire,
par un Auteur dont on ne peut révoquer
en doute la candeur & la véracité ,
& qui , comme il nous l'apprend , tenoit
un journal exact des malades " .
Cette Differtation eft terminée par quelques
conſeils généraux que l'Auteur donne
aux Médecins. Il leur recommande fur- tout
la compaffion envers leurs malades , mais
une compaffion ſage & prudente , qui ne
dégénère point en foibleſſe , & qui ne lear
faffe pas perdre l'autorité qu'ils doivent
conferver. En conséquence, il leur défend
la rudeſſe dans les manières & même dans
le langage , comme auſſi des affiduités &
des attentions exceſſives.
Cette Traduction a un avantage affez
rare , c'eſt qu'elle eſt faite par un homme
de l'Art . Le Traducteur eſt M. de la Montagne
Docteur en Médecine. En cette
qualité , il a enrichi cette Differtation de
pluſieurs Notes curieuſes & ſavantes. Ainfi
$
1
160 MERCURE
1
nous penfons que la lecture d'un tel Ouvrage
ſera également inftructive & pour les
Médecins , auxquels elle rappellera les principes
les plus eſſentiels de leur Art , & pour
les autres Citoyens , auxquels elle appren
dra à ne pas être les triſtes victimes d'une
ignorance & d'une inexpérience trop fouvent
funeſtes à l'humanité.
1
LA Marquise deBen***. 3 2 Vol. in-12.
Prix 3 3 liv. broché , 3 liv. 10S. franc
de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiſſon , Libraire , Hôtel de Coëtloſquet,
rue Haute feuille , No. 20.
1
CE Roman doit être diftingué dans la
foule des Livres du même genre ; il n'a
pas pour but de peindre les moeurs , ni de
mettre ſur la ſcène des attitudes étranges :
rien n'eft forcé ; & quoique l'intrigue ne
ſoit point établie ſur des évènemens communs
, elle n'eſt point invraiſemblable. On
eft intéreffé depuis le commencement jufqu'à
la fin , & on ne peut que s'attendrir
à la cataftrophe qui termine le Roman par
un coup de fenfibilité qui fait verfer des
larmes. L'intérêt que produit un Chevalier
de Saint-George, contre lequel toutes les
apparences s'étoient réunies ,& qui eſt un
DE FRANCE. 161
perſonnage autrement vertueux que Grandiffon
, & plus délicat encore, la conduite,
les ſentimens de la Marquiſe de Ben*** ,
ſa vie & fa mort font marqués à des traits
de décence , de vertu , de franchiſe ſingulières
& qu'on aime à retrouver réunis ſur
les mêmes têtes. L'épiſode de la petite Germance
attache à ſes malheurs , & ſes aventures
ont une teinte neuve & délicate . On
aime à la voir conſerver toute fa fierté jufque
dans les cachots. Nous tranfcrirons ſa
réponſe à celui qui lui offroit la liberté ,
pourvu qu'elle s'abaiſlat au menfonge. » Je
doute , dit- elle , que l'innocence ait beſoin
que l'on concerte des moyens pour la ſauver
; celui dont la miféricorde promet au
coupable le pardon de ſes crimes , eft le
même dont la justice veille ſur l'innocent ;
& quand tous les hommes m'abandonneroient
, celui-là ſeul ne m'abandonnera
point. Voilà d'abord la confiance que je lui
dois , & voici ce que je me dois à moimême
: Comme femme de qualité injuftement
opprimée , c'eſt de reſpecter affez
ma mifère , dont le principe m'honore ,
pour ne recevoir de bienfaits de perſonne ;
gardez vos mille louis : ſi l'on me rend ma
liberté , comme l'équité l'ordonne , on me
rendra fans doute cinquante louis que j'avois
ſur moi ; ils me fuffiront pour retourner
dans ma patrie; mais j'imagine que la
perfonne qui fait , ou qui vouloit faire un
fi grand facrifice en ma faveur, avoit quel
162 MERCURE
que intérêt. L'humanité ſans doute eſtz .
néreuſe , mais n'eſt jamais prodigue ; &
lorſque les bienfaits paffent en valeur les
beſoins de la néceflité , c'eſt un achat que
l'on veut faire , & non un ſecours que l'on
accorde.... Dites à celui qui vous envoie ,
qu'il n'eſt pas dans l'homme de calculer
lescirconstances qui peuvent lemontrer coupable
aux yeux de toute la terre, quoiqu'il
foit innocent ; mais qu'il eſt toujours le
maître de ſe refuſer au crime qu'on lui
propoſe. Les Loix , foibles comme les humains
qui les ont dictées , ne jugent que
fur les apparences , & voilà pourquoi leur
ombre n'eſt pas toujours tutelaire pour
l'innocence ; mais la Loi ſuprême eſtdans
le coeur , & voilà l'unique tribunal où
l'innocence & le crime ſoient jugés ſans
partialité . Cette citation ſuffit pour donner
une idée du ſtyle de l'Ouvrage , &
des ſentimens eftimables qui y ſont répandus.
Nous aurions dû commencer par
montrer le fil de l'intrigue à nos Lecteurs ;
nous lui dirons donc en peu de mets que
l'intérêt va toujours croiffant , qu'on com
mence par méteſtimer ceux qu'on admire
enſuite; que le Marquis de Ben*** , qui ,
par délicateſſe , épcuſe une Demoiselle
qu'on croit fortir des bras d'un amant furpris,
pour ainſi dire , avec elle , eſt le phénix
des époux & des amis ; que le Chevalier
de Saint-George , qui a fair paffer ſon valet
pour cet amant, dans l'intention de déroDEFRANCE.
463
ber cette Demoiſelle à la pourſuite obſtinée
d'un Landgrave , le plus odieux des hommes,
eſt chargé de toute l'exécration des
perſonnages ; &cependant il ne ceffe de veil-
Ier au bonheur de la Marquiſe , qu'il aime
en ſecret & qu'il oblige de toutes les manières.
Ses fréquentes diſpoſitions , ſes peines
, ſes métamorphofes produiſent un intérêt
toujours foutenu. Enfin la Marquiſe
- devenue veuve , ſoupçonnant Saint-George
de tous les crimes dont on l'accuſe , donne
la main à un neven de ſon premier mari ,
dont les vertus & le déſintéreſſement l'ont
touchée. C'eſt au moment où elle vient dé
s'engager, qu'elle apprend queSaint-George
étoit l'amant le plus délicat qui ait jamais
exiſté. Elle reçoit ſes derniers ſoupirs , &
meurt auprès de lui. La dernière Lettre
du ſecond Volume , qui dénoue tout &&
qui éclaircit tout , eſt en effet déchirante.
Nous pouvons affurer que cette lecture
convient à toutes les claſſes de Lecteurs ,
qu'elle exerce la ſenſibilité ſans la fatiguer ,
& qu'on y voit la vertu pouffée d'écueils
en écueils , ſans ces fortes ſecouffes qui
font éprouver une horreur dégoûtante à la
place d'un attendriſſement véritable , digne
des honnêtes gens.
L
164
MERCURE
La vie de l'Homme respectée & défendue
:
:
dans ses derniers momens , où Instructionfur
les foins qu'on doit aux morts ,
& à ceux qui paroiffent l'être , fur les
funérailles & les sépultures ; Ouvrage
dédié au Roi. A Paris, chez Debure aîné,
Libraire, rue Serpente, Hotel Ferrand.
Si l'on jugeoit par la précipitation avec
laquelle on abandonne les mourans & les
morts , des égards que nous avons eus pour
eux pendant leur vie , il y auroit à craindre
qu'on n'eût pas une idée bien honorable
de notre ſenſibilité & de nos moeurs. Les
plus légères apparences de lamort éloignent
du lit d'un malade les perſonnes qui l'ont ,
ou qui diſent l'avoir le plus aimé. Mais
que cette fauffe délicateffe reſſemble peu
àla Nature, qui nous attache juſqu'aux derniers
veſtiges de ce que nous avons véritablement
chéri ! Ceux qui par état fontdeftinés
à ſecourir les malades, partagent cette
indifférence ou cette légèreté. M. Thiery ,
pénétré des devoirs de fon état , & de la
dignité de l'homme , a le courage de ne
point l'abandonner dans ces triſtes momens
où l'aſpect de la mort, glaçant tous les coeurs
&rompant tous les liens, fait fuir juſqu'a
DE FRANCE 165
l'amitié. C'eſt dans cette effrayante ſolitude
d'un homme livré aux premières atteintes
de la mort , c'eſt dans cette circonstance
critique , où le Médecin a fi peu de ſuccès
& de gloire à attendre de ſes ſoins , que
M. Thiéry redouble fes efforts pour retenir
encore quelques inſtans T'homme mourant
fur les bornes de la vie.
Il penſe que la ceſſation de tout mouvement
extérieur dans un homme , peut
n'être qu'une mort apparente , & qu'on
s'expoſe à des fautes graves , en la prenant
pour une mort réelle. Cet état , felon M.
Thiéry , comprend trois eſpèces qui paroifſent
ſemblables , bien qu'elles foient fort
différentes : la première eſt la mort réelle ,
qui peut exiſter , mais dont on n'a pas
encore de certitude ; la ſeconde eſt la mort
apparente , dont on peut revenir ; la troifième
est un fond de vie dégradée au point
d'être infenfible , qui fubfifte depuis la fin
de l'agonie , & qui s'éteint peu à peu jufqu'à
ce qu'elle ait fait place à une mort
irrévocable . M Thiéry , peu fatisfait des
ſignes dont on s'eſt ſervi juſqu'à préſent
pour déterminer l'état de mort réelle , propoſe
à ce ſujet des conſidérations qui font
très - dignes d'attention ; il s'élève avec
raifon contre nos uſages & notre conduite
à l'égard des morts , & fait voir combien
ils contraſtent avec notre philofophie &
l'apparente douceur de nos moeurs.
166 MERCURE
Il preſcrit des précautions & des ſoins
très- ſages à prendre pour les perſonnes qui
viennent d'expirer , & fur-tout de ne les
enterrer qu'après un eſpace de temps proportionné
à la longueur & à la nature de
la maladie ; de forte que fi une maladie a
été longue , on conſervera les corps moins
long-temps que lorſque la maladie a été
courte, &que fi la maladie a été du genre
des convulfives ou des ſoporeuſes, il faudra,
malgré la longueur , les garder plus longtemps.
M. Thiéry propoſe des règlemens
qui ne pourroient qu'être utiles; il paroît
avoir embraflé dans toute ſon étendue ,
l'objet important qu'il traite ; mais en admirant
ſes connoiffances on applaudira
fur-tout à fon humanité.
2
INSTITUTIONES Juris Canonici , ad
ufum Scholarum accommodate à confultiffimo
anteceffore D. Martin.
M.Martin , dans ſa Préface, nous annonce
que les Inſtitutions de Juſtinien au Droit
Civil , lui ont fait concevoir le projet d'en
compoſer de ſemblables pour le Droit Canon
; & comme l'utilité des premières a été
reconnue dans tous les ſiècles , il a ſuivi
le même plan & la même diviſion que
les Rédacteurs des Inſtitutions de Juſtinien.
DE FRANCE.
167
Son Ouvrage eſt diviſé en quatre Livres ;
hous ne donnerons pas l'énumération de
toutes les matières des Droits Canoniques
que renferme ce. Livre élémentaire & vraiment
inſtructif. Chaque objet forme un
traité ſuffifamunent étendu , dans lequel on
trouve l'origine de l'ancienne diſcipline ,
& ſes progrès ; & les changemens ſurvenus ,
foit par les diſpoſitions des Canons & l'autorité
des Papes, foit par l'uſage & les Ordonnances
de nos Rois. Il eſt difficile de
trouver ſur le Droit Canonique un Ouvrage
plus méthodique , plus ſagement diftribué
plus conforme aux vrais principes. C'eſt
Je réſultat d'une étude profonde des anciens
Canons & de la difcipline moderne ;
c'eſt le fruit d'une expérience conſommée,
& d'une profeſſion du Droit Canonique ,
exercée publiquement pendant plus de vingt
ans avec ſuccès,
Nous croyons qu'on peut en toute fûreté
ſe fervir , dans les Ecoles , de ce Livre
élémentaire , comme d'un texte capable de
former la baſe d'un enſeignement public.
Il épargnera aux Etudians la lecture faftidieufe
des immenfes Décrérales de Grégroire
IX, Noyées dans l'expoſition des faits
& des circonstances , elles ne préfentent a
leur eſprit que des notions imparfaites ,
incohérentes, ſouvent fauſſes , dangereuſes ,
&contraires non ſeulement à nos uſages ,
mais encore à l'autorité des Rois. C'eſt par
168 MERCURE
cette raiſon qu'il n'a pas été poſſible d'adopter
les Inſtitutions compoſées par Lancelot ;
elles ne ſont que l'abrégé des Décrétales ,
& l'affemblage de toutes les maximes dangereuſes
qui peuvent favoriſer les prétentions
des Papes. Les Inſtitutions de Fleury ,
qu'on peut d'ailleurs regarder comme un
excellent Ouvrage , n'ont pas eu plus de
ſuccès dans les écoles , parce qu'elles ont
le défaut d'être trop hiſtoriques , de préſenter
peu de principes du Droit , peu d'a-
- xiomes & peu de définitions , ce qui les
rend infructueuſes pour les Etudians.
Une juſticeque nous devons rendre à M.
Martin , c'eſt qu'il a déterminé de la manière
la plus préciſe les, bornes du pouvoir
eccléſiaſtique , toujours exact à mettre à
couvert les droits des Princes , nos uſages
& nos libertés , dont il s'eſt ſervi comme
d'une égide contre les ufurpations de la
Cour de Rome ; c'eſt qu'il a trairé pluſieurs
matières importantes , dont on ne trouve
aucune trace dans les Décrétales.
VICTORINE;
DE FRANCE. 169
VICTORINE , par l'Auteur de Blançay ,
&c. Dédié à Madame Comteſſe d'Artois.
2. Parties. A Paris , chez Guillot , Lib.
de Monfieur , rue des Barnardins , la
- première porte cochère en face de Saint-
Nicolas du Cardonnet.
2
* :
AMES douces & honnêtes , liſez l'Hiftoire
de Victorine ; elle vous intéreſſera ;
elle eſt écrite par la plume aimable & facile
qui vous a tracé l'année derniere les
avantures de Blançay : cela ſuffit pour vous
yfaireprendre goût. Tant mieux. Lifez donc
vous y trouverez des événemens nonmoins
furprenans&aufli vraiſemblables, un ſtyle
naturel , aifé à lire , qualité qui n'eſt pas
très-commune aujourd'hui ; peu de coloris
&d'imagination dans les détails : mais je
ne fais ſi cette expreffion toute ſimple , certe
vérité naïve , ne ſied pas mieux àune hiſtoriette
de ce genre , que tout l'appareildu
ſtyle le p'us figuré & le plus riche en images
en idées & en obſervations. Vous ne lui re
procherez pas de ſe mêler à ſes perſonna
ges ou de ſe mettre à leur place , ni de vouarrêter
au milieu d'un récit ou d'un évènes
ment, pour vous dire : Attendez que je soufaſſe
une belle réflexion. Il ne donne poins
dans les deſcriptions puérilement pompeu-t
fes; il n'est jamais Rhéteur :
Nº 30. 25 Juillet 1739 . 1
H
170 MERCURE
Cartout Rhéreur, en diſant ce qu'il faut
Ne croit jamais s'élever aſſez haut-;
C'eſt endiſant ce qu'il ne faut pas dire ,
Qu'il s'éblouit , fe délecte , & s'admire.
Rouffear.
Voici une eſquiſſe un peu ſeche de ce
nouveau Roman, mais qui peut vous en
donner une première idée ; ce ſera à vous
a le lire en entier , ſi vous voulez avoir
un plaifir complet.
Victorine avoit à peine dotize ans, lorſque
prête à perir dans un incendie , elle eſt
ſauvée par un jeune Officier. Sa gouvernante
a été la proie des flammes. Son père
eſt un Marin toujours abſent. Elle ne peut
indiquer à l'Officier qu'une certaine Marianne,
chez laquelle celui-ci la conduit &
la laiffe après avoir donné de quoi pourvoir
à ſes premiers beſoins. Quelque temps
aprés, il envoie de nouveaux ſecours ; mais
Victorine n'en eſt pas plus heureuſe. Cette
Marianne eſt une femme méchante & vicieuſe
, qui s'approprie les bienfaits de
P'Officier , traite ſa pupille avec une dureté
révoltante , & annonce pour la fuite des
vues de corruption. La pauvre enfant fouffre
& languit dans l'abjection la plus douloureufe
, jusqu'au moment où Marianne
la livre à un oncle prétendu, dont le début
promet à Victorine un avenir équivoque.
DE FRANCE. 171
Elle trouve des confolations dans l'épouſe
de Verval ( c'eſt le nom de cet oncle ) , &
durant l'abſence longue & fubire à laquelle
ſes affaires le condamnent, Victorine trouve
en elle une feconde mère.
Le retour de M. de Verval eſt immé
diatement précédé par celui de fon fils.
Celui-ci ſe trouve être l'Officier qui a ſauvé
Victorine. Ses excellentes qualités contraftent
avec les manières de ſon père , qui ne
laiſſe que trop deviner ſes projets ſur Victorine.
Heureuſement il est bientôt obligé
de repartir. Les deux jeunes gens, devenus
amoureux l'un de l'autre , peuvent ſe livrer
à des ſentimens que Mde. de Verval protége
, dans l'eſpérance qu'ils ne feront pas
deſavoués de fon mari.
On va à la campagne. La ſe trouve une
Soeur Grife, aurrefois Vivandière, qui , ſous
desapparences groſlières, cache un coeur ex
cellent. Ce caractère offre un mélange de
gaîté & d'intérêt. Là ſe trouve auffi une
femme Sauvage qui a fait naufrage ſur la
côte. Azakia , c'eſt ſon nom , a autrefois
aimé en Amérique un François que ſes compatriotes
avoient fait prifonnier. Elle en
avoit eu une fille , & venoit avec eux en
Europe, lorſqu'un naufrage lui enleva l'un
& l'autre. Des fonges que ſes Dieux lui
ont envoyés , lui font eſpérer que Nofron ,
c'eſt ainſi qu'elle apelle ſon armant
fauvé comme elle , & l'ont déterminée à le
venir chercher en France.
s'eft
H2
174 MERCURE
Le jeune Verval part pour ſon régiment.
Le père revient , éloigne Mde. de Verval ,
& déclare à Victorine ſes intentions crimainelles.
Elle eur pu en être la victime ſans
la bonne Scoeur Griſe , qui facilite fon évafion,
& l'adreſſe à une Mde. d'Aligane , qui
lui fait l'accueil le plus rendre & le plus
honorable,
M. de Verval la pourſuit juſque dans
get afile, Mais elle y a trouvé un protecteur
aufſi ardent que ferme dans M. Vaiffy 1) ,
que ſes principes rendent naturellement le
défenſeur de l'innocence opprimée , & qui
éprouve de plus l'impreſſion d'un ſentiment
particulier pour Victorine , qui elle-même
éprouve un intérêt très vif pour lui , fans
que fon amour pour Verval en ſouffre. Ce
dernier , inftruit par la Soeur Griſe de la retraite
de Victorine accourt & arrive au
moment ou des gens apoſtés par ſon père
alloient l'enlever.
:
,
Mde. d'Allgane, trop convaincue qu'il ſeroit
difficile d'échapper toujours à M. de
Verval , leur conſeille de s'expatrier , & les
conduit elle-même en Hollande, où ils ſe
(1) L'Auteur a tracé le caractère de M. de Vaſſy
fur le modèle d'un Patron chéri , qui joint les lumières
& les talens de l'eſprit aux vertus & qualités
du coeur les plus rares. Ceux qui ont l'avantage
de connoître M. de la Villeurnoy , favent
qu'ici la reconnoiffance n'a parlé que le langage
de la vérité !
1
1
DE FRANCE. 173
marient. C'eſt là qu'un concours de circonf
tances , que les bornes d'un extrait ne permextent
pas de développer ici , amènent
l'enrier dénouement. M. de Vaiſſy eſt cet
amant qu'Azakia cherchoit ſous le nom de
Noftrou . Victorine eſt leur fille . M. de Ver
val n'étoit point ſon oncle. Ce perſonnage,
devenude plus en plus odieux , meurt , &
trouve le chatiment de ſes crimes , en vous
lant y mettre le comble.
C'étoir, ſuivant l'expreſſion d'Azakia , le
dernier feuillet noir du Livre du Deftin ; &
tous les acteurs auxquels on s'eſt intéreſfé ,
non ſeulement font à la fin de leurs tra
verſes , mais encore voient leurs derniers
voeux comblés par la bonté d'une Princefle
Auguste ( 1 ) ; on la reconnoîtra fans peino
fur l'eſquiffe légère tracée par l'Ameur luimême.
» Heureuſe du bonheur qu'elle fait ,
aimant à ſe dérober à l'éclat de ſon rang,
>>uniquement occupée d'oeuvres charitables
, elle ſe dévoue à des travaux qui
>> n'ont que le pauvre pour objet. La vue
>> de l'infortuné dont ſes bienfaits ont
25
ود
ود
ود
tari les larmes , eſt le ſpectacle le plus
>> doux pour elle. Tout ce qui l'approche
>> eſt heureux & la chérit. C'est une mère
entourée d'enfans dont la confiance égale
la tendreſſe & le reſpect. Auprès d'elle
>> la ſollicitation n'eſt pas craintive , & n'a
"
:
(1) Madame Comteſſe d'Artois.
H3
474 MERCURE
ود
33
১১
fa
>> pas beſoin de choiſir les momens. Sans
celſe on peut avec aſſurance implorer
ſa bonté pour l'être vertueux qui gérnis
ſous le poids du malheureux. On eft für
>> au contraire d'acquérir des droits en
>> faveur , en préſentant des occaſions à ſa
> bienfaiſance; & c'eſt par le zèle avec le-
>> quel on ſert ce penchant de ſon coeur ,
» qu'elle apprécie les perſonnes qui ſe con-
ود facrent à ſon ſervice " .
C'eſt à cette auguſte Protectrice que ce
joli Roman eft dédié ; il en étoit digne par
tous les ſentimens d'honnêteté & de bienfaitance
qu'il reſpire & qu'il inſpire. La
Princeffe y trouvera une lecture analogue
à fon ame & à fon caractère. L'Auteur
(M. Gorjy ) , qui joint au goût de la Littérature
bear.coup d'autres talens agréables ,
a deffiné & gravé lui-même les eftampes qui
ſervent de frontiſpice au premier & au ſecond
Tome , ainſi que les petites vignettes .
Voudra til bien me permettre de lui faire
une obfervation critique , que Deſpréaux
fit dans ſon temps à fon ami Molière ? II
ne pouvoit lui pardonner d'eſtropier la
Langue , en prêtant à ſes payſans le patois
groffier qui eft réellement à leur ufage :
» Il faut, difoit- il , leur faire tenir des difcours
proportionnés à leur état , fans qu'il
>> en coure rien à la pureté du langage. Le
» Poëte des moeurs doit préſenter une Na-
>*>ture choifie, &embellir un peu ce qui eft
DE FRANCE. 17
>> trop groffier " . M. l'Abbé de Cournant a
ditdepuis dans ſon Poëme des Styles .
Ne venez pas non plus , bravant l'uſage ,
Me bégayer le jargon du village.
Je ne poufferai pas la ſévérité au point
de ne permettre jamais de faire parler à des
perſonnages groſfiers leur véritable jargon ;
mais il me ſemble qu'on ne doit ufer que
très - fobrement de cette permiffion . Or ,
dans le Roinan dont il s'agic dans cet article
Marianne , la Soeur Grife , & Va de-boncoeur
, parlent tous chacun dans leur genre
un langage un peu groflier& fort incorrest.
On le pafferoit plus volontiers à la Payfanne
& au Soldat , qu'à la Soeur Grife ,
dont lesDifcours &les Lettres occupent plus
d'un tiers du Livre , & que l'on pouvoit
fuppofer fans inconvénient avoir reçu une
éducation plus rélevée. Je fais bien que ce
langage n'est pas fans agrément pour certaines
gens. Il peint la Nature baffe à la
vérité ; mais enfin c'eſt la Nature. C'est
Teniers qui repréſente avec vérité une
guinguette , des gens da peuple danfant ,
des foldats buvant & fumant leur pipe.
Je fais que beaucoup d'Amateurs ont la
fureur des Tableaux Flamands. Mais je fais
auſſi que Louis XIV, la première fois qu'il
vit des Teniers , détourna la tête avec un air
de defapprobation & de dégoût , & les fir
ôter de ſes appartemens où on les avoir
H 4
176 MERCURE
placés à ſon inſçu. Et qui oſeroit blamer
la pureté & la nobleſſe de ſon goût ?
P. S. Victorine eſt dans le même format
que Blançay , qui ſe vend chez le même
Libraire.
VARIÉTÉS.
LETTRE écrite à l'occaſion de l'Ouvrage
intitulé Examen du Gouvernement d'Angleterre.
MONSIEUR LE M ***.
JE n'ai reçu qu'hier le billet que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire , & je m'emproffe d'y
répondre. Madame la P. de P. me fait beaucoup
d'homreur en the demandant mon jugement ſur
Pouvrage qu'elle eft tentée de lire , & je com
mence par I aſſurer qu'il mérité d'être lu , tant
par l'intérêt des ſujets qu'on y traite , que par la
nouveauté de quelques-unes des opinions qu'on
y défend. Savoir fi ces opinions font bien juſtes ,
c'eſt une autre queſtion & qui demanderoit une
difcuffionplus longue que celle qu'on peut ſe permettre
dans une Lertre. Cependant , pour ne pas
tromper entièrement votre attente,je vous dirai ,
M. le M. , l'impreſſion générale qui m'eft reftée
de la lecture de l'Examen de la Constitution d'Angleterre.
!
DE FRANCE. 177
Cet Ouvrage eft formé de deux parties , l'Examen
, qui eſt l'Ouvrage de M. Levington , Américain
, ancien Gouverneur de l'Etat de New-
Jerſey , & de notes de pluſieurs François , cinq &
fix fois plus étendues que l'Ouvrage , & qui , à
l'exception des dernières , qui regardent la Conftitution
fédérative des Américains , font toutes
relatives au Gouvernement d'Angleterre .
L'Auteur de l'Examen, fait une cenſure trèsſévère
du Gouvernement Anglois , & attaque ſans
ménagement ſon Compatriote , M. Adams , &
l'Ouvrage de M. de l'Olme ; mais les Auteurs des
notes paſſent de beaucoup M. Levington en ſévérité
, & me ſemblent aller juſqu'à l'exagération
& par conféquent à l'injustice , dans la manière
dont ils jugent la Conftitution Angloiſe ; par cette
raiſon , je ne vous parlerai que des notes.
Dans la ſeconde , on contefte aux Anglois la
liberté de penser , parce que la Religion Catholique
n'eſt pas tolérée en Angleterre ; la libertédu
Commerce , parce qu'il y a des Douanes & des
corporations; la liberté des perſonnes , parce que
les Loix qui permettent d'arrêter pour dertes fervent
quelquefois à exercer une violence paſſagère
envers un particulier qui ne doit rien , & parce
que la preſſe des Matelots y eſt encore foufferte ;
& enfin la liberté d'écrire & d'imprimer , parce
qu'elle n'eſt , dit-on , en Angleterre , qu'une tolérance
fondée ſur les uſages , & non une Loi
expreffe comme en Amérique.
Je crois que ces reproches ſont tous plus ou
moins injuftes.
:
D'abord , la Loi à laquelle les Auteurs des
notes font alluſion , ne porte pas la peine de
mort , mais l'emprisonnement pour la vie ; &
H
178 MERCURE
quoique cette dernière ſoit encore atroce , elle
l'eſt moins que celle qu'on ſuppoſe ; & dans des
imputations de ce genre , on conviendra bien qu'il
ne faut pas altérer les faits.
En ſecond lieu , les Auteurs des notes ſur l'Examen
du Gouvernement d'Angleterre , ont ignoré
que les Loix dont ils parlent font révoquées depuis
plus de dix ans . Les Loix pénales contre les
Papiſtes étoient de la re. & 12e. année de
Guillaume III , au fort'r de la guerre terminée
en 1697 par le Traité de Riſvick , c'est-à-dire ,
onze ans ſeulement après l'expulfioir du Roi Jacques
II , tandis que la famille des Stuarts confervoit
encore toutes ſes intelligences parmi les
Catholiques du Royaume , & que ceux-ci étoient
regardés par la Nation comme cherchant tous les
moyens de renverſer le nouveau Gouvernement.
Elles ont été révoquéesdans la 18e année deGeorge
ΙΙΙ , 1778 , & tout le monde ſe ſouvient des mouvemens
populaires dont cette révocation fut ac
compagnée , & qui furent excités par le fanatiſme
du Lord Gordon. On voit que cet adoucifſement
des Loix laiſſe moins de matière à l'imputation
d'intolérance qu'on intente au Gouvernement
Anglois.
Pafſons à la liberté du Commerce. Les exemples
des corporations & des Douanes prouvent
ſeulement qu'elle n'est pas auffi grande & auſſi
étendue en Angleterre qu'elle pourroit & devroit
l'être; mais la plupart des grandes Villes on le
Commerce & les Fabriques font dans la plus
grande activité, n'ont pas de corporations. Telles
font les villes de Manchester , Leeds , Sheffield ,
Birmingham , &dans la Capitale elle-même , toute
la Ville de Westminster , qui en fait la moitié ,
& le grand Fauxbourg de Soutwark. Il n'y en
apoint, commechez nous , ou la Loi ait concentré
DEFRANCE. 179
les Fabriques , comme nous avons fait à Lyon ,
à Tours ; il est loiſible à tous Citoyens de fabriquer
toute eſpèce d'ouvrages hors de l'enceinte ,
&, s'il le veut , a la porte des villes à corporations.
Aureſte,il y abeaucoup de vilies qui ont des corporations
, c'est-à-dire, des aſſociations de tous les Citoyens
par le moyen d'une Chartre qui les autoriſe
às'adminiftrer eux - merses , & ce que nous appelons
en France des Municipalités ; mais la plupartn'ont
point de corporations excluſives de Manufacturiers
& de Marchands .
Les Douanes n'y font qu'à l'entrée du Royaume,
& cette différence eft énorme pour la liberté du
Commerce , qui , après avoir une fois franchi la
barrière, fe porre fans obſtacle par-tout ou il veur.
Mais fur cet article j'obſerverai en général ,
qu'il faut éviter d'attribuer à ces Loix d'uneAdminiſtration
encore imparfaite en Ang terre , les
mêmes vices , la même force d'oppreſſion qu'elles
ont parmi nous , parce que d'autres , Loix & les
moeurs &l'opinion, & fur- toutle refpect pour
la liberté civile , combattent & affoibliffent les
inconvéniens que nous en reflentons ici .
Il eſt étrange qu'on refuse aux Anglois de jouir
de la liberté perſonnelle , fur un aufli léger prétexte
que les violences qui peuvent s'exercer
par la corruption d'un Offisier de Juſtice for Faffirmation
d'un homme qui , à ſes périls & rifques
, réclame une fauffe,dette. Richardfon fait
arrêter ainſi Clariffe par ordre d'un Sherif ; mais
d'après un évènement de Roman , on ne peut pas
juger une Constitution nationale ; & quand l'Auteur
des notes auroit conftaté qu'il le fait dix
violences de cette eſpèce par dans une ville
de 800,000 ames , je ne croirois pas que la Loi
Habeas corpus en Angleterre foit comme l'écu
an
H6
180 MERCURE
de ce Guerrier, qui ne lui couvroit que la moitié du
corps.
La preſſe des Matelots eſt ſans doute une at
teinte cruelle à la liberté. Je ne dirai pas que
nous avons la Milice forcée , fléau des familles
& des campagnes , & nos claſſes pour nos gens
de mer , & les Souverains de l'Allemagne des
tyrannies équivalentes à celles-là , exemples qui ,
fans justifier les Anglois , doivent pourtant les
faire juger avec moins de durcié.
Mais je dirai qu'il eſt injuſte de juger du degré
de liberté civile d'une Nation d'après l'erat
de guerre , dans lequel une malheureuſe néceſſité
force trop ſouvent de fouler aux pieds tous les
droits. C'eſt un problême difficile dans l'état actuel
de l'Europe , que de concilier une entière
& parfaite liberté des peuples avec la néceſſité
d'une grande force militaire. Je ne crains pas
d'affurer que fi quelque Nation en trouve la ſolution
en Europe, les Anglois en auront les premiers
la gloire , pouffés vers ce but par leur
attachement à la liberté civile , dont ils connoiffent
fort bien les droits , & aidés par leur fituation
d'Infulaires & par leur Conſtitution même
qui leur rend poffibles toutes les meſures qui peuvent
ſervir une ſi jufte cauſe.
C'eſt ce qu'ils ont déjà tenté pluſieurs fois , ſans
avoir pu trouver encore un moyen de fournir
leurs flottes en temps de guerre , qui pût ſuppléer
àla preſſe.
Vers le milieu du règne de Guillaume III , il
fut établi des claſſes pour avoir toujours ſur pied
30,000 Matelots , auxquels on accorda de
grands priviléges , en même temps qu'on établit
des peines graves contre ceux qui, après avoir
DE FRANCE. I
été claſſés , ne ſe rendroient pas à leur deſtination
dès qu'ils en feroient fommés ; mais cet acte ,
à peu près ſemblable dans ſes difpofitions au
régime de nos claſſes , fut révoqué dans la 96.
de la Reine Anne , comme contraire à la liberté
nationale.
3
Un projet à peu près ſemblable , préſenté au
Parlement en 1740 , y fut vivement combattu
& rejeté. On trouve au London magazine de la
même année , diverſes obſervations , contenant les
raiſons de cette oppofition , & dans lesquelles ſe
montre ſans équivoque ce reſpect pour la liberté
civile , que les Auteurs de l'Examen méconnoifſent
dans la Nation Angloiſe , le peuple de la
terre qui , les Américains Anglois exceptés , en a le
mieux ſenti l'importance & le mieux défendu tous
les droits.
Il n'eſt pas vrai que la liberté d'écrire & d'im
primer , ou la liberté de la preſſe , ne ſoit pas éta
blie en Angleterre par la Loi ; ſeulement elle ne
l'eſt pas directement , parce qu'on n'a pas dit , La
preffefera libre ; mais elle l'eſt indirectement par
la Loi générale , qui aſſure à chaque citoyen ſa
liberté & ſa propriété.
on
Onne peut pas venir viſiter chez lui en vertu d'un
ordre vague & général , Général warrant
ne peut pas enlever ni arrêter ſes preſſes , on
ne peut pas lui en interdire l'uſage , on ne peut
pas lui prendre une feuille de papier imprimée ,
on ne peut pas lui faire payer une amende d'un
ſchelling , &c. , fans une action judiciaire & un
jugement par Jurés , parce que ſa preſſe , ſes
papiers , &c. font ſa propriété. N'est-ce pas là
une liberté de la preſſe établie par la Loi , quoiqu'elle
ne le ſoit pas par une Loi expreſſe & di
rectement ?
132 MERCURE
-: Cette liberté eſt ſur-tout utile aux Sociétés pour
tout ce qui touche à l'Adminiſtration , aux intérêts
publics de tout genre ; elle n'eſt ſurement
néceflaire que fur les chofes & non far les per-
Lonnes. Or je prie qu'on me diſe une matière
d'adminiſtration , une queſtion de morale publique
on de Gouvernement , une difcuflion la plus
hardie de la Conftitution elle-même , qui ne foit
en Angleterre parfaitement libre.
Si l'Auteur des notes prétend qu'il n'y a pas
de liberté de la preffe en Angleterre , parce qu'on
n'y peut pas attaquer la Religion, la morale publique
, la perſonne du Roi, ni celle d'un particulier
, fans que l'Ecrivain , ou , à fon défaut ,
' Imprimeur, foient expofés àune actionjudiciaire,
je ne sçaurois étre en cela de ſon avis.
Lorſque la Loi qui défend d'écrire contre la
Religion établic ou contre la Morale , exiſte ,
& que le délit réel ou ſuppoſé qu'elle profcrit
n'eſt pourfalvi que par les formes judiciaires ,
régulières & publiques,& fur- tout lorſque cette
pourfuite n'eft jamais que poſtérieure à l'impreffion
restée parfaitement libre , on ne peur pas
ave qu'en un tel pays on ſoit priyé de la liberté
de la preffe. Il faut dire ſeulement qu'on n'en peut
pas abufer avec impunité comme on a bien la
Jiberté de courir à bride abattue dans les rues de
Paris en cabriolet , quoiqu'on n'ait pas celle de
rouer un homine de pied en courant ainfi .
Or ceux qui connoiffent un peu l'Hiſtoire
politique & littéraire de l'Angleterre , favent que
des exemples très-rares qu'on peut citer d'atreintes
vraies ou prétendues données à la liberté de la
preſſe , n'ont jamais porté que fur des Ouvrages
très-violens contre la Religion, ou fur des infultes
faites au Roi , ou ſur des fatires perfonnelles ,
DE FRANCE 183
,
témoin Pierre Anet , Is Dr. Shebbear , le Nort-
Briton &c. , & qu'aucun de ces Ecrivains n'a
été pourſuivi qu'en vertu de la Loi, ni condamné
que par un Jugement de Jurés , après l'impreffion
& même la publication de fon Ouvrage.
Les Ecrits de Pierre Anet étoient un Ouvrage
périodique , où l'on trouvoir toutes les ſemaines
une attaque violente contre la Religion établie.
On m'avouera qu'on ne peut pas dire qu'un
pays encore Chrétien , où l'on regarderoit un
pareil Ouvrage imprimé comme un délit , & où
ce délit ne feroit jugé que par un Tribunal bien
impartial, un Juré, feroit ſans liberté de la preſſe .
L'exemple de M. Wilkes , cité par l'Auteur des
notes , eft entièrement contre lui. On avoit ſaiſi
chez M. Wilkes , en vertu d'un Général Wariant ,
un Livre obſcène , intitulé Effy on Woman ,
Efdai fur la Femme , qui lui étoit attribué. Les
Miniſtres , qui en vouloient moins à la liberté de
la preſſe qu'à l'Ecrivain qui les attaquoit avec
violence , & à qui ils vouloient faire perdre fa ropularizé
, ſe ſervirent de ce moyen ; mais Lord
Halifax & Lord Egremont furent condamnés à
quatre mille louis de dommages & intérêts , pour
avoir violé the liberty and the property de M.
Wikes , en lui prenant fon Livre. J'avoue que
je ſuis tout réfigné à n'avoir pas en France une
plus grande liberté de la proffe , quoique je fois
aufli diſpoſé qu'un autre
nous donnera.
à uferde celle qu'on
Enfin expliquons ce que nous devons entendre
par l'état de liberté d'une Nation. J'appelle ainfi
un état de choſes où la liberté , ſans étre abfolue
, entière , portée ſans exception à tous les
cas qu'elle peut & doit embraffer , ne ſe trouve
184 MERCURE
malàpropos reftreinte qu'en untrès-petit nombre
de cas.
J'appelle tolérance l'admiſſion de la plupart des
fectes Chrétiennes dans un pays. J'appelle libre
le Commerce d'un pays , lorſqu'il n'y eſt pas
foumis à la dixième partie des gênes qui l'oppriment
dans tous les autres pays de l'Europe.
Je dis que la liberté perfonnelle exiſte là où la
Loi oblige de faire le procès à tout homme emprifonné,
& lui affure des indemnités dans tous
les cas d'une arrestation ſans motif; & une viclence
de ce genre & la preſſe des Matelots dans
les beſoins de la guerre ne me ſemblent que
des exceptions qu'il faut sans doute faire ceffer
auſſi , mais qui ne font que des exceptions.
En un mot & en général , la queſtion entre
les Auteurs des notes & moi , n'est pas de ſavoir
fi la Conſtitution Angloiſe eſt abfolument ſans
défaut, puiſque perſonne n'a le ridicule de la croire
telle , & que parmi les Anglois eux-mêmes elle
eſt l'objet de beaucoup de réclamations.
Quelle est donc la queſtion? Il me ſemble que
la voici . La Conſtitution Angloiſe eſt-elle bonne ,
reſpecte-t-elle les droits de l'homme & du citoyen
, & fi elle n'a pas encore perfectionné la
liberté civile autant qu'elle doit l'être , cette liberté
eft-elle plus grande en Angleterre qu'en aucun autre
Etatpolicé,foit ancien,foit moderne , l'Amérique
Angloiſe exceptée ? Si l'on peut répondre affirmativement
à ces queſtions ſans héſiter & fans bleffer
les notions ſaines des droits dès honomes &de la nature
des Gouvernemens , l'Auteur des Lettres a tort.
Mais dans cette critique , & je pourrois dire
cette fatire du Gouvernement Anglois , je trouve
un autre paralogiſme qu'il eſt important de démêler.
DE FRANCE. 185
Le Cultivateur de New-Jerſey & l'Auteur des
notes , veulent prouver que la Conſtitution Angloiſe
eſt mauvaiſe , vicicuſe , infuffifante pour
affurer la liberté & le bonheur de la Nation.
Pour obtenir ce réſultat , il ne ſuffit pas de
montrer que, fous ette Conftitution , la tolérance,
la liberté du Commerce , la liberté perſonnelle
n'ont pas actuellement toute l'étendue qu'elles
pourroient & devroient avoir ; il faudroit prouver
que cette Conſtitution , telle qu'elle est , ne
peut pas leur donner cette étendue & que e n'eſt
pas à une cauſe étrangère àla Conftiturion &
qu. la Conftitut on cl'enês n'a pas pu domirer
que ces roftrations injuftes font dues.
Or il y a une caafe de ce genre qui contrarie
jalqua un certain point la Conftiu ion , & don't
ne tiendent compte , ni l'Auteur de l'Examen , ni
fon Conmentateur.
encore
:
Certe cauſe eſt l'état de l'opinion publique &
des humièresde la Nation , qui ont empêché jufqu'à
préfent , & empêchent encore les Anglois
d'atteindre au degré de liberté qu'ils doivent
défirer , & que leur Conſtitution actuelle pourroit
leur donner.
On trouve que la tolérance n'eſt pas aſſez entière.
Les Repréſentans de la Nation portent ,
après tout , dans le Parlement l'eſprit national;
ils n'ont pas encore dans la tête les vrais
principes de la tolérance. De ce que la tolérance
n'eſt pas entière en Angleterre , on n'en peut
donc rien conclure contre la Conſtitution .
Le fait que j'ai indiqué ci-deſſus de l'infurrection
de Lord Gordon , lers de l'acte du Parlement
,portant révocation des Loix pénales contre
les Catholiques , juftific parfaitement cette obe
786 MERCURE
ſervation. On vit alors 20,000 hommes affemblés
dans la ville de Londres , criant que le Parlement
trahiffoit la cauſe de la Religion Proteftante
&de la Nation , & joignant à ces cris des violences
qui faifoient tout craindre pour la tranquillité
publique. Ce fanatiſme fut réprimé par
P'autorité; mais je vois dans ſon activité même
la preuve que l'opinion nationale étoit à peine
établie en faveur de la tolérance; de forte que
fi la révocation de l'acte de Guillaume III eût
été tentée 20 ans auparavant , elle n'eût pas pu
avoir lieu. Le Parlement , qui ne peut pas devancer
l'opinion , a donc au moins marché d'un
pas égal avec elle, & cela feul eſt l'apologiede
la Constitution , à qui il ne faut rien demander
de plus.
Je dirai la même choſe de la liberté du Commerce.
Qucl crime peut-on faire à la Conſtitution,
des gênes auxquelles il eſt encore foumis ? Perfuadez
aux Membres des Communes , Députés de
Londres , de Mancheſter , de Liverpool , &c. , ου
plutôt à laNation , cette grande vérité 3 que la liberté
du Commerce eſt une partie de la liberté
de la propriété du Citoyen ; qu'elle est un droit
auffi facré que tous ceux que le Bill des droits
aprétendu affurer aux Anglois , &c. Perfuadezles
d'une autre vérité non moins certaine , que
la véritable manière de donner au Commerce fa
plus grande activité & fes plus grands effets fur
la profpérité d'une Nation , c'eſt de le dégager
de rous les liens que les Règlemens , les corporations,
les priviléges , les primes , les actes de
navigation ont multipliés autour de lui , & vous
verrez alors cette même Conftitution , guidée par
T'eſpritnational dans une nouvelle route , rendre
au Commerce toute la liberté : preuve évidente
que ce n'est pas la Conſtitution qui s'oppoſe à
DE FRANCE. 137
la liberté du Commerce
,
,
ma's l'efprit encore
mercantille de la Nation qui agit malgré la
Conftitution , ou du moins indépendamment de la
Conſtitution.
Il n'eſt pas douteux que , fauf quelques vices
dans la repréſentation , qui peuvent être corrigés
, on peut dire que la Nation agit par fon
Parlement , & felon l'expreffion Angloiſe , qui a
beaucoup de forze , à travers through the Parliament.
E'le agit tantôt bien & tantôt mal , d'après
l'eſprit national , & d'après le degré de lumières
& d'après les mouvemens paſſionnés de
la Nation. Lorſqu'elle est ainſi pouflée dans la
mauvaiſe route , il ne faut pas s'en prendre à
la Conftitution , mais à l'opinion égarée du peu
ple. Dès que cette opinion rentre dans le bon
chemin , vous voyez le Parlement y rentrer à
fa fuite.
Tant que la guerre d'Amérique a été foutenue
par l'opinion populaire , on a fait la guerre &Amérique
, & lorſqu'on a ceffé de faire la guerre ,
c'eſt que l'opinion des Anglois avoit changé.
On dira , fans doute , qquuee c'eſt la corruption
miniſtérielle & non l'eſprit național qui meut
le Parlement.
J'aurois beaucoup à dire fur cette allégation.
Je me contenterai d'obſerver que ceux qui attribuent
une grande force à la corruption miniftérielle
en Angleterre , ne font pas attention à
un grand fait qui combat bien cette idée ; c'eſt
le changenient dans le Ministère , néceſſité ſi
fréquemment par la perte de la majorité dans
la Chambre des Communes. Dès que le Miniftre
en eſt là, il faut qu'il ſe retire,& on l'y poufle fouvent.
Si l'influence du Miniſtre étoit ſi puiſſante .
188 MERCURE
aucun Miniſtre ne ſeroit force de fortir du Miniftères
il ne perdroit jamais la majorité. Mais
tantque fes meſures ſont populaires & nationales ,
il la conferve ; lorſqu'elles perdent ce caractère ,
la majorité lui échappe , & c'eſt ce qui arrive
fouvent. Il n'eſt donc pas ſi puiſſant.
On ne peut pas dire qu'un Gouvernement eſt
vicieux par cela feul que le Miniſtre actuel a
quelque influence ſur le corps législatif; il faut ,
pourjustifier un pareil reproche, que cette influence
ſoit très- forte , & de plus , qu'en uſant de cetre
force , il puiſſe braver impunément & l'intérêt
national & l'opinion publique. Or je ne penſe
pas qu'il y ait d'exemple d'un Ministère Anglois
qui ſe ſoit foutenu ainſi.
( La fuite au Mercure prochain. )
DE FRANCE. 189
ANNONCES ET NOTICES.
PRI RINCIPES généraux de la Langue Françoise ,
extraits des tableaux Hiſtoriques & Chronologiques
de l'Hiſtoire Ancienne & du moyen âge.
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de 42 pages. A Paris , chez Onfroy , Libraire ,
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celle-ci les moyens de faire ceſſer la mendicité
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profits de la vente à l'Hôpital de cette ville , l'Au
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Cette 14e. Livraiſon contient Agrippa , Conful
Romain ; Mademoiselle Cheron ; le Maréchal de
Luxembourg ; Lycurgue ; Othon ; le Duc d'Orléans
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Bibliothèque Univerſelle des Dames. A Paris ,
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: Ouvertures des deux Savoyards pour le Ferté-
Piano avec un accompagnement de Violon.
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Alexandre-François-Joſeph Goſſec , fils du célèbre
Compositeur de ce nom. A Paris , chez l'Auteur ,
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Prix , 9 liv.
192
MERCURE DE FRANCE .
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Menuets & petites Pièces d'une difficulté
graduelle , & de deux grandes Sonates , avec accompagnement
d'un Violon , par J... G... Burckhofter.
OEuv. 23c. Prix , 61. A Paris , chez l'Auteur
, rue de l'Echelle Saint-Honoré , Nº. 3 &
aux adrefles ordinaires.
Ouverture d'Iphigénie en Aulide, du Chevalier
Gluck , arrangée pour la Guitare & un Violon
obligé, par M. Vidal. Prix, 2 l. 8 f. A Paris , chez
l'Auteur , Profeffeur du Muſique & Maître de Guitare,
aux Soirées Eſpagnoles, Magafin de Muſique,-
rue de Richelien , près la Comédie Italienne
No. 99 .
TABLE.
L'ENFANT- TROUVÉ.145 La vie de l'Homme.
Vers.
Education .
148 Inftitutiones ..
149 V.torine.
Charade, Enig. & Logog. 154 Variétés.
Del'influencedespaffions. 156 Annonces &Notices.
LaMarMaqruqiuisseedeBen... 1601
164
366
169
176
189
APPROBATIΟΝ.
J'aAiI lu, par ordrede Mgr. ic Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 25
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'umpreffion. A Paris , le 24 Juillet
1789 €
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
2
10
t
DE
1
1
BRUXELLES.
SUÈDE.
DeStockholm , le 30 juin 1789..
La Régence a publié la relation d'une
attaque des Russes dans la province de
Savolax en Finlande , attaque repoussée
par nos troupes , sous les ordres du
Brigadier de Steding.
« L'Ennemi , ayant fait une invasion , le
11de Juin, daannss llaa Paroisse de Christina ,
attaqua et força un poste Suédois prés
de Kyro , commandé par les Majors de Knorring
et de Schlicht. Il s'avança ensuite vers
Saint-Michel , pour en déloger également
nos troupes , et s'emparer du magasin qui
s'y trouve. Il y arriva le 12 à minuit , et
commença par l'attaque de Porosalmi , où le
Brigadier Steding se trouvoit lui-même. L'attaque
commença par un feu très-vifde mousqueterie
et d'obus , dont le dernier incommoda
beaucoup nos troupes. M. de Steding
N°. 39. 25 Juillet 1789.
( 146)
yrépondit avec une égale vivacité , quoiqu'il
n'eût que deux petits canons dont il pût faire
usage. L'affaire dura , sans discontinuer , 19
heures , lorsqu'enfin l'ennemi fut force de
se retirer vers Christina. Il a laissé 250 norts
sur le champ de bataille. Un nombre beaucoup
plus considérable a été blessé , et beaucoup
de Soldats et plusieurs Officiers sont
pris. L'ennemi a laissé ses postes avancés à
Pundula à un mille de Suede du champ de
bataille. »
«Lesprisonniers déposent unanimementque
l'ennemi étoitfortde 5000hommes , commandés
par les Généraux Michelson, Rantenfeldt et
un troisième qu'on dit grievement blesse. On
assure que le Général-Major Sprengporten se
trouvoit aussi à cette affaire. Durantl'action ,
nostroupes ont combattu avec une valeur extraordinaire
, et les Officiers se sont particulièrement
distingués. Le régiment d'Oster-
Bothnie , appelé au secours , n'arriva qu'à
la fin de l'affaire ; inais les canons de 6 livres
qu'il amena , contribuerent principalement à
sa décision. Le régiment a marche 6 milles
de Suède , ( 13 lieues de France de 3 mille
toises) dans les 24 heures ; et pour arriver
plus vite , les Soldats ont couru la plus grande
partie du dernier mille. Le Colonel Gripenberg
est blessé , et le Capitaine Doebeln a
une forte contusion à la tête. Notre perte
consiste en 3 Officiers et 32 Soldats tués , et
10 Officiers et environ 100 Sóldats blessés.
Les derniers prisonniers portent la perte de
l'ennemi à 700 morts et blessés. Nous avons
pris et recueilli sur le champ debataille 2 chariots
de munitions , remplis de cartouches,
258 mousquets , 108 sabres , 146 bandoulie,
res , etc. etc. Nous n'avons pas encore les
(147)
détails de la première,attaqiie ,oouù le poste
de Kyro a été forcé ; mais on sait que plusieurs
de nos Officiers y ont été blessés on
pris. Il en est revenu un blessé à Saint-
Michel , et à toute heure il en revient des
Soldats . Ainsi nous espérons que le rapport
des prisonniers , qui disent qu'il n'y a que 43
homines de tombés au pouvoir de l'ennemi ,
sera exact ; mais les tentes de ce détachement
et les munitions ont été perdues. »
« Le corps ennemi à Christina consiste
encore en prés de 4000 Fantassins et 1000
Cosaques ; mais on espère que le Brigadier
Steding trouvera moyen de les repousser ;
carc'est principalement à ses habiles manoeu
vres , exécutées en présence de l'ennemi ,
qu'on doit l'avantage d'avoir fait reculer jusqu'à
Porosalmi une force aussi supérieure.
On doit faire remarquer que parmi l'Infanterie
Russe , il y avoit 2000 Grenadiers
du Corps de l'Impératrice , dont 140 sont
restés sur la place , et ont été enterrés par
nos troupes . »
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 6 juillet.
1
L'état de l'Empereur varie deux fois
par semaine , ce qui ne permet guère
d'en parler, sans s'exposer àdevoir contredire
le lendemain ce qu'on auroit dit
la veille. Le 20 , S. M. se trouvoit mieux;
le 21 , la fièvre reparut avec des douleurs
de reins; depuis trois jours , les nouvelles
sontun peumoins défavorables. Sa Maj.
gij
( 148 )
Imp. ne reçoit qu'un très-petit nombre
depersonnes.
L'on sait que le Feld- Maréchal Prince
de Lichtenstein et le Géneral de Fabris
ont déja été les victimes de l'intempérie
du climat funeste où nos armées font la
guerre; que la plupart des autres Généraux
ont été tour-à-tour dangereusement
malades ; que les Généraux Comte de
Wartensleben et de Vins le sont encore
, et dans un état ssii delabré , quơn
craint qu'ils ne puissent retourner àl'armée
; que le Monarque lui - même y a
contracté la funeste maladie qui menace
sesjours ; enfin ,le Feld- Maréchal Comte
de Haddick , quelque vigoureuse que
parût être sa vieillesse , n'a pu résister à
influence de l'air qu'on respire dans les
campagnes du Bannat et de la Syrmie.
Il est tombé malade, au point qu'il a dû
quitter pour un temps le commandement
de l'armée , en le remettant par
interim au Comte de Collorédo, comme
le Général le plus ancien après lui. L'on
avoit annoncé son rétablissement; mais
suivant les derniers avis de Weiskirchen ,
où le quartier-général de cette armée est
établi , la fièvre ne l'avoit pas encore
quitte; et c'est peut-être plus à cette circonstance
qu'il faut attribuer l'inactivité
de nos forces dans ces provinces , qu'à
armistice qu'on dit y avoir encore
tre les troupes Autrichiennes et
depuis Rafska jusqu'à Orsolieu
e...
Ottomanes,
(149 ) J
1
va . Comme les maladies y ont fait , et font encore d'affreux ravages , d'où il est
résulté un très grand vide dans tous les
Corps , le Feld-Maréchal de Haddick a
demandé du renfort . Plusieurs régimens
sont déja en route pour s'y rendre , et
l'on y envoie successivement de très-gros
transports de recrues .-Le Feld-Maréchal
Baron de Laudhon ayant abandonné
le projet d'attaquer Czettin et les
autres petites places de la Croatie, dont
la conquête , moins importante que difficile
, lui auroit coûté un monde infini ,
s'est porté dans l'Esclavonie , et a fait
entreprendre par le Général de Rouvroi
le siége de Berbir ou Gradisca Turc .
Deux Bulletins officiels , du 27 juin et du
1er, juillet , ont confirmé cette nouvelle.
,
GRANDE- BRETAGNE,
De Londres , le 14 juillet.
Le vide auquel nous avons été forcés
depuis trois semaines , dans le rapport
des affaires de cette isle , est peu à regretter.
Le petit nombre d'évènemens
que nous aurions pu narrer n'ont qu'un
interêt local : nous reprendrons seulement
ceux qui doivent être conservés ,
et les objets généraux dont nous avons
suspendu le détail .
Depuis leur départ de Londres , le
f g
( 150 )
Roi, laReine, et une partie de la Famille
Royale, ont séjournéd'abord àLindhurst,
chez le Duc de Gloucester , d'où ils se
sont rendus à Weymouth. La santé da
Roi est entièrement raffermie , et ce
voyage n'est marqué que par des amusemens
, des fêtes , des témoignages d'affection
du Peuple pour le Souverain. Ce
Monarque , qui passera quelques semai
nes à Weymouth , se promène sur la
mer presque chaque jour que le temps
le permet. Il s'est rendu à la rade de ce
port une escadre dont Sa Maj . fera la
revue , et composée des vaisseaux suivans,
sous les ordres de Lord Hood.
L'Orion , vaisseau Amiral ... 74 canons.
Le Magnificent 74
Le Bedford . ...74
La Bellona... 74
1
Le Goliah .. ..74
Le Cumberland . ..74
Le Culloden . 74
Le Director .64
Outre plusieurs frégates.
Le pavillon Royal est hissé sur le Son
thampton de 32 canons , à bord duquel
LL.MM. ontfaitune promenade en rade.
Le Chevalier Archibald Campbell ,
Gouverneurde Madras , étant revenu
en Angleterre , la Cour des Directeurs
de la Compagnie lui a donné pour successeur
le Général Meadows , Gouver
۱
( 151 )
neur actuel de Bombay. Ce choix doit
étre confirmé par le Bureau de Contrôle .
Dans le nombre des délibérations
-Parlementaires sur une infinité d'objets
'Administration intérieure , il faut distinguer
une Motion de M. Pulteney ,
relative à une demande de grains faite
a M. Pift par le Gouvernement Franeos.
Le prix des grains s'étant élevé
danstros marchés à 45 schellings le quar-
Ter', taux arquel l'exportation est défendue
par la loi , le Parlement seul
pouvoit autoriser la sortie des 20,000
sacs demandés par la France. M. Pulteney
sollicita , au nom de l'humanité
et du voisinage , l'octroi de ce secours :
MM. Wilberforce, Watson, le Major
Scott et plusieurs autres adhérèrent aux
memes sentimens . M. Pitt en différa ,
en all guant qu'information prise'des
courtiers de grains , cette exportation
ne pouvoit se faire sans inconvénient.
On décida de renvoyer au Conseil privé
cet examen , ďou est résulté la formation
d'un Comité Parlementaire , qui
a opkié à ne point permettre l'exportation
des 20,000 sucs , vu le prix actuel
dos grains en Angleterre. Depuis , les
deux Chambres se sont occupées d'un
Reglement pour prévenir toute contrebande
dans l'exportation actuelle.
audition Pun grand nombre de téanons
à la Bitrre des Communes a fait
sensiblementbaisserTenthousiasme en fagiv
(152)
weur de l'abolition de la Traite des
Noirs : il n'est pas douteux que cette
question ne fût perdue de haute lutte ,
si onla mettoit en décision cette année.
Il est résulté de ces témoignages nombreux
, détaillés , rendus par gens à qui
une longue résidence a permis des informations
moins superficielles que celles
des voyageurs , il est résulté , disonsnous
, à l'unanimité de leurs rapports :
1 °. Que l'esclavage existe en Afrique
de temps immémorial.
2°. Qu'il est la peine de la plupart
des délits, capitaux , et que l'alternative
pour les coupables est d'être esclaves
ou mis à mort , même brûlés vifs dans
un grand nombre de cas .
3. Que l'Afrique est divisée en une
infinité de petits Etats , dont la moindre
partie est soumise au Gouvernement
despotique. Le plus grand nombre est
formé en Républiques ou Constitutions
mixtes.
4°. Que les jugemens s'y préparent et
s'y rendent en public par des Tribunaux
de l'instant , semblables à ceux des Jurés ,
et composés des anciens du lieu.
5°. Qu'on n'y fait jamais la guerre
dans le but de faire des esclaves , et de
les vendre aux Européens , quoique les
prisonniers , en cas de guerre , soient
mis à mort , ou réduits en servitude.
6°. Que la trèsgrande partie des Noirs
embarqués par les Européens , viennent
( 153 )
des parties intérieures et très-éloignées
souvent des côtes de l'Afrique. ::
7°. Que cette contrée ne peut fournir
aucun autre objet d'échange aux
marchandises d'Europe , au -delà des
petites quantités d'ivoire , de gomme ,
de poudre d'or , de bois de teinture
que nous en tirons , et qui suffisent à
notre consommation.
Voilà ce que les dépositions s'accordent
toutes à attester ; mais d'autres
témoignages peuvent les contredire ,
et nous en rendrons compte , si l'on
en produit de tels. En attendant , nous
placerons ici les principaux articles du
rapport fait à la Barre , par Richard
Miles , Ecuyer,
* Les prisonniers faits à la guerre sont-ils
vendus comme esclaves ?- Je ne crois pas les
guetes fréquentes en Afrique , mais je crois
qu'il est certains endroits où , quand il en
survient , les prisonniers sont vendus : cependant
je dois ajouter que dans la partie du
pays où je me suis trouvé à portée de faire
des observations , en général les escarmouches
entre deux villages ou villes cessent par l'in- .
tervention d'un tiers . Alors on échange la
plupart des prisonniers , à moins qu'il ne soit
prouvé que tel homme ou telle famille a
donné lieu à la querelle ; ce qui est puni par
la vente de cet individu ou de cette fansille.»
<<Ces escarmouches ont- elles été frequentes
durant Jes dix-huit ans que vous avez passés
ala. côte ?-Dans un pays comme celui-là,
où il y a tant de petits états , il est difficile
qu'il ne survienne souvent des disputes et des
gv
:
( 154 )
divisions entre eux: mais cela va rarement
jusqu'à mériter le nom de guerre. »
Les naturels sont - ils dans l'usage de
posséder eux-mêmes un grand nombre d'esclaves?
Les esclaves sont en Afrique une
propriété comme ici les terres ou l'argent
placédans les fonds publics. Les naturels ont
de l'or , et même quelques - uns en grande
quantité; mais quand un homme parle de sa
propriété , c'est toujours ses esclaves qu'il veut
dire; l'or et les autres choses ne sont regar
dées que conime des accessoires . »
.. L'enlèvement des enfans a- t-il lieu dans
le pays que vous avez habité ? - Je ne crois
pas avoir entendu prononcer ce mot ail'eurs
qu'en Angleterre. Il me semble qu'il seroit
impossible que ce crime eût, lieu à la côte
d'or sans être découvert , les naturels parlant
tous la même langue , et les courtiers qui
vendent les esclaves ayant tous les jours des
entrevues avec l'équipage : si done quelque
esclave à bord du navire se trouvoit du nombre
des enfans que l'on prétend enlevés , il ne
manqueroit pas de le révéler aux courtiers
d'esclaves , qui, par motifs d'intérêt , ou par
respect pour les lois de leur pays , vérifieroient
la chose et feroient trouver les coupables
. »
Vous avez avancé qu'un quart des esclaves
exportés de la côte d'Or, sont ce que
vous appelez des Negres du côté de l'eau
(Water side ), d'où viennent donc les autres
trois quarts ?- Ordinairement, de l'intérieur
du pays. »
«Pouvez-vous donner quelques renseignemens
sur la manière dont ces derniers deviennent
esclaves ?-Non. Je n'ai jamais visité
l'intérieur du pays. Je l'ai déja dit. Je
( 156 )
ne puis en jager que après ce que j'ai vu
relativement à ceux du côté de l'eau, >>>
:
L'affreuse pratique des sacrifices humains
a- toelle lieu dans ce pays ? Il est pénible
pour moi de répondre à cette question. Je
ne doutepas que ce ne soit un usage général.Je
ne l'ai, que trop vu de mes propres yeux.
« Avez-vous eu occasion de savoir ce que
devenoient les esclaves que les Européens
refusoient d'acheter ? - On en sacrifie un
grand nombre aux funérailles des principaux
personnages . Tous ceux qui entendent la
Langue du pays , doiyent savoir que c'est un
usage universel , lors même qu'ils ne l'auroient
Votre expérience , ce que vous connoissez
de ce pays , youuss mettent-ils à même de dire
si l'acquisition de quelques-uns de ces esclaves ,
faite par des Européens , les a sauvés du
malheur d'être sacrifiés ? -J'ai moi - même
donué, dans quelques circonstances,trois ou
quatre, guinées par tête d'esclave pour leur
sauverla vie. » ارد
"Avez-vous quelquefois entendu les na-
Aurels s'entretenir entre eux de ce que seroient
devenus quelques prisonniers particuliers , s'ils
n'eussent été achetés par les Européens?-J'ai
deja dit que toute personne familière aves
leur langue,ne doit pas ignorer que l'usage
amiversel est de les sacrifier.
« D'après vos observations , durant un sé
jour de dix-huit années , pouvez-vous dire
s'il ya eu des esclaves de faits à la côte par
violence , par, fraude , ou par oppression ,
soit des Princes du pays , soit des Européens
qui y trafiquent ? Quant à la première
partie de la question , relative aux actes d'oppression
faits par des Rois ou Princes , je
gvj
( 156 )
1
n'en connois pas , excepté à Apollonie , où
j'ai déja dit que le Gouvernement est despotique
, au point que les sujets n'ont pas de
volonté ; quant à la seconde partie de la
question , je ne connois qu'un ou deux
exemples de conduite répréhensible de la part
des Européens : je crois que les coupables
ont été mis en justice et punis dans le pays
même. Quant à d'autres faits de ce genre ,
je ne les connois que par des rapports ou
des ouis-dire. »
" Avez - vous jamais eu connoissance que
laTraite des Negres sur cette côte occasionnat
des guerres entre les naturels ? -J'ai déja répondu
à cette question en disant que je ne
croyois pas que les guerres fussent générales;
etque dans les escarmouches , bien loin d'engager
ces petits combats pour augmenter les
esclaves , on échangeoit les prisonniers de
chaque côté. »
« Quels sont les objets particuliers de nos
manufactures , au moyen desquels les Européens
achètent les esclaves sur cette côte ?
-Je ne puis en faire l'énumération; ils sont
engrandnombre. Je crois que les registres des
Douanes les feront connoître en grande partie. »
"Achète-t- on les esclaves avec des articles
sortant directement des manufactures d'Angleterre?
-Il en est ordinairement ainsi ;
mais je viens de dire que les registres des
Douanes feroient connoître les articles que
nous exportons. »
« Ce pays produit- il quelques objets de
commerce qui puissent y donner lieu à un
négoce étendu et considérable , sans y comprendre
la traite des Negres ? -J'ai fait remarquer
plus haut que je n'avois jamais pénétré
au-delà de vingt milles dans l'intérieur
( 157 )
des terres. J'ajouterai que d'après mes observations
, je regarde la Côte d'or comme le
pays de l'Afrique le moins favorable à la
culture : j'en excepte cependant une trèspetite
partie de cette côte entre Accra et la
rivière de Voltal >>>>
1
Les dernières Séances du procès inoui
de M. Hastings , n'ont offert qu'une
suite de proscriptions , décrétées par la
Cour des Pairs , contre les misérables
et inadmissibles documens dont les Accusateurs
vouloient étayer leur poursuite
sur la charge des Présens. Depuis
deux mois et demi , à peine ont - ils
traité la dixième partie de ce Chef
d'Accusation . Ils alloient poursuivre
de la même manière , lorsqu'enfin le
Tribunal auguste , dont ils se jouent
avec une persévérance si étrange , a
décidé de mettre fin à cet abus scandaleux.
Le 7 , à l'instant où M. Anstruther,
l'un des Accusateurs , annonça ,
sur l'interrogation du Chancelier , qu'il
en auroit pour long-temps à entretenir
la Cour sur ce chapitre des Présens ,
M. Hastings se leva, et dit avec dignité :
"
MILORDS ,
,
:
Me sera-t-il permis d'adresser quelques
mots à Vos Seigneuries ? J'y suis entraîné par
l'ordre impérieux des circonstances qui
m'appelle si subitement devant vous , pour
y exposer les angoisses que me fait éprouver
ce procès sans exemple. J'avoue que
je me trouve hors d'état de remplir cette
( 158 )
tache ; je suis venu ici sans être préparé à
l'évènement , dont je ne me vois que trop
menacé; je crois donc pouvoir réclamer l'indulgence
de Vos Seigneuries , et demander
quelques momens pour me recueillir. »
« Je vous pried'abord de considérer la
situation dans laquelle je me trouve , et la
terreur imposante qu'il n'est impossible de
nepas éprouverenm'adressant àcette auguste
Assemblée. J'ai déja représenté , dans une Pé.
tition faite à Vos Seigneuries , au commencement
de cette année , les fatigues et les dommages
que je croyois avoir soufferts durant
le cours de cet impeachment , quoiqu'il ne se
fût encore écoulé qu'un an depuis son ouverture.
Ces fatigues , ces donimages se sont
accumulés. Leur durée a sans doute ajouté
à leur poids accablant. - Mais ce qui a infi
niment aggravé le sentiment de mes maux ,
c'est de voir tant de temps perdu et si pet
de choses faites; tant de mois consumés , sans
que la dixième partie d'un seul des vingt articles
qui composent la charge, aitété appúrée ,
seulement de la part de ceux qui me poursuivent.
S'il a fallu employer ainsi cinq mois
entiers , quel temps faudra-t-il donc, Milords ,
pour le restede l'impeachmeнь ? »
avie , quelque longue que l'on en estime
ladurée , n'y pourra suffire. Il est impossible
que je survive à la décision de ce Procès , si
Pon n'en accélère pas la marche ; et tout
en ignorant ce que je dois demander le plus
instamment dans ma Pétition à Vos Seigneu
ries , je les conjure de prendre en considération
, quels dangers courent nécessairement
ma vie et ma fortune , si vous décidez que
je doive attendre qu'il plaise à la justice on
à la candeur de l'honorable Chambre des
( 159 )
Communes , par laquelle je suis ajourné devant
vous , de clorre enfin sa poursuite. »
"Je ne crois pas , Milords , m'écarter du
respect que je dois à cette haute Cour , res
pect dont mon coeur est pénétré autant que
celui de tout autre citoyen , en disant que
s'il avoit existé en Angleterre un exemple
d'un homme accusé et décrété , comme je
V'ai été , et dont le Procès eût traîné en lon
gueurs si insupportables , on si j'avois cru
possible que le mien traînât à ce point , je
n'aurois pas hésité , et j'espère que Vos Sei-.
gneuries me pardonneront de le dire , à me
reconnoître coupable , dès le premier mo-
-ment; certes , je me serois épargné ce Procès ,
j'aurois confié ma cause et ma réputation plus
chère que ma vie , à cette lente , mais infaillible
vérité , qui se dévoilera tôt ou tard. Oui ,
Milords , voilà ce que j'aurois fait , plutôt
que de me soumettre à une procédure , qui a
été elle- même un supplice mille fois plus
affreux , qu'aucun châtiment que Vos Seigneuries
eussent pu m'infliger , si je m'étois avoué
coupable. Que ne me reste-t-il pas à souffrir
dans une vie soumise éternellement à une
poursuite crin inelle ?!»
<<Maintenant , Milords , permettez - moi
d'exposer à Vos Seigneuries l'état où je me
trouve ; persuadé , comme je le suis , que s'il
est en votre pouvoir de remédier aux épreuves
que j'ai déja endurées, et à celles qui me restent
probablement à souffrir , vous ne manquerez
pas de le faire. En voyant l'annéesi avancée , et
approcher l'époque où, suivant l'usage du Parlement
, Vos Seigneuries se reposentdes affaires,
je ne suis pas assez déraisonnable pour me
flatter que vous perdiez davantage de votre
temps à la continuation de ce Procés . En
(160)
conséquence , je me soumets humblement à
la justice et à la bonté de Vos Seigneuries.
Cependant , si les honorables Commissaires ,
à la poursuite de l'impéachment , pouvoient
proposer un temps court , et tel que Vos
Seigneuries pussent elles - mêmes l'octroyer
pour clorre cet impeachment , que l'on m'a
dit (peut- être faussement) devoir finir avec
le présent article , je prendrai volontiers dans
ce cas le parti de faire ma défense , même
àla hate , plutôt que de reporter la décision de
cette affaire à une autre année , ou peut-être
même à une longue suite d'années ; je prierois
alors Vos seules Seigneuries de procéder au jugement
sur les témoignages que mes accusateurs
ont produits pour me convaincre. »
« J'espère , Milords , ne m'être écarté en
rien , dans ce que je viens de dire , du respect
que je porte à Vos Seigneuries ; je suis sûr
du moins de n'avoir été animé par d'autres
sentimens que ceux du respect pour cette grande
Assemblée.
Ce Discours fit la plus grande impression
sur le Tribunal ; l'indignation fut
universelle contre les Persécuteurs de
l'Accusé , et le Chancelier l'assura que
la Cour des Pairs prendroit ses justes
griefs en très-haute considération .
Il n'est assurément pas un homme
de sens , que la conduite de ce procès
n'éclaire sur sa nature et sur ses motifs .
-Depuis deux ans , une cabale acharnée
cherche tous les moyens de retarder le
jugement. Sespreuves, disoit-elle, étoient
Pévidence même , elle ne lafsseroit
pas un doute dans les esprits. Après
:
( 161 )
avoir eu la basse et cruelle indignité
d'accabler d'horreurs M. Hastings , des
Porigine de la procédure , il n'a pas
même été possible à ces Accusateurs
tranchans , de traiter trois charges en
trois années, de produire un seul témoin
peremptoire , de rendre vraisemblable
-un seul fait, de s'appuyer d'un seul
-document qui ne fût suspect , tronqué ,
-ou extrajudiciaire. Il n'y a pas d'exemple
chez aucune Nation d'une tyrannie de
cette espèce , exercée sur la liberté , sur
Thonneur , sur la fortune d'un Citoyen .
C'est un genre d'oppression qui ne peut
appartenir qu'à des factions habiles à
écraser l'innocence sous le despotisme
des formes .
:
FRANCE.
De Versailles , le 16juillet.
ETATS - GÉNÉRAUX.
Supplément à la dixième semaine.
:
Du 10juillet. Plusieurs Règlemens de policeintérieure
ont été proposés. On a reçu ensuite
six Huissiers pour le service de l'Assemblée.
M. le Président a prié les Membres des
Communes de ne pas s'asseoir sur les banes
du Clergé et de la Noblesse. Il est important,
a-t- il ajouté , de ne pas témoigner , par des
acclamations , sa manière de penser sur les
opinions proposées, parce que cette forme
est aussi désobligeante pour les personnes
( 162 )
qui les donnent , que contraire à la liberté
des suffrages et à la dignité de l'Assemblée.
Les rapports des Adresses des villes de
Colmar , Sarlouis et Mortaigne , ont occasiónné
une discussion sur la nécessité de les
Hire à l'Assemblée , ou de les imprimer. M.
Target a proposé l'établissement d'un Comité
dehuit personnes pour rendre compte de ces
pièces avant de les annexer aux Procès- verbaux.
MM. le Chapelier et Fréteau ont appayé
cette motion. M. le Comte de Clermont-
Tonnerre a observé que cette forme établissoit
une espèce de censure. M. de Marguerites
a proposé de lire des Adresses à l'ouverture
des Séances et pendant la formation de l'Assemblée.
1
M. Bouche a comparé l'Assemblée Nationale
de 1789 avec les Etats -Généraux de
1783 , où tous les Ordres de l'Etat furent
réunis. Il a proposé ensuite l'établissement
d'un Comité des finances , pour examiner
d'avance cette branche essentielle de l'Administration.
M. le Comte de Virieux a observé qu'il
étoitfort dangereux de délibérer sur les Motions
aussi-tôt qu'elles étoient proposées ; il
a demande le renvoi de la Motion de M.
Bouche dans les Bureaux, pour y être dis-
-cutée.sh 2००५
M. Turgat a proposé la Motion suivante:
Formerfun Comité de 60personnas , ce qui
faitdeuxpar chaque Bureau, avec facuhé de
a subdiviser, pour s'occuper de Vexamendes fi-
" nances,etpour préparer letravail, de manière
Aquaprès avoir fixé la Constitution , l'Assemblée
Nationale puisse se livrersans délais à la
discussion des finances duRoyaume,instruite
ada Roiqde la formation del ces Comité , et
( 163 )
"
le supplier de donner des ordres pour que
les mémoires , instructions , états , pièces
et renseignemens soient incessamnient fournis
au Comité. Il ne pourra être fait aucun
rapport par ce Comité à aucuns Bureaux,
ni à l'Assemblee Nationale , qu'apres que
la Constitution aura été sanctionnée. »
M. Roussillon a demandé la formation de
deux Comités pour le commerce et l'agricul
ture, qui ont de si grands rapports avec l'Administration
des finances . i 12
M. Fréteau a dit que l'Administration se
permettoit d'augmenter , dans ce moment
même ,les vingtièmes d'un tiers. Il a observé
que les ravages des bêtes fauves dans les campagnes
exigeoient que l'on s'occupat des Capitaineries.
On a renvoyé toutes ces propositions aux
Bureaux. t
:
M. Salomon a fait le rapport des contestations
survenues entre les deux Députations :
dela Noblesse de Metz , des Trois - Evêchés
et du Clermontois. 180 Gentilshommes du
Bailliage de Metz prétendoient que MMI le
Comte de Custine,de Guermangeset Volterde
Neurbourg, Deputés de la Noblesse des Trois-
Evêchés , ne pourroient se qualifier que du
titre de Députés des Bailliages de Thionville ,
Sarlouis , Longwi, et des Prévôtés , Bailliages
de Phalsbourget Sarrebourg ; et qu'ainsi ils
ne ponvoient pas être privés du droit de re
présentation ,en vertu duquel ils avoientnom
më M. le Baron de Poutet . Les Députés de
la Noblesse des Bailliages répondoient à
celle de Metz , qu'elle s'étoit privée volontai
rement de son droit de représentation , en
se séparant des autres Bailliages , et en vion
Jant les Reglemens faits pour les élections.
( 164 )
t
MM. les Commissaires avoient jugé bonne
Pélection de MM. de Custine et de Neurbourg ,
et pensé que celle de Metz ne pouvoit pas
être reçue. M. de Poutet , après le rapport,
aexposé ses moyens et plaidé sa cause. On
est allé ensuite aux voix. Il y a eu 437 voix
pour admettre seulement MM. de Custine et
de Neurbourg , et 137 en faveur de M. de
Poutet. A
Le même Rapporteur a soumis au jugement
de l'Assemblée , le Procès de la double
Députation de la Noblesse de Guienne. La
première a paru régulière ; la seconde , qui
avoit été faite par la Minorité, a été rejetée.
On a fait ensuite le rapport de la vérification
des pouvoirs du Député de Corse.
M. de Goupille de Préfeln a fait un long
rapport des pouvoirs de M. Malouet , premier
Député des Communes de Riom , qui avoit
été élu par une double acclamation. Ce rapport
étoit contre M. Malouet, quoique ce
Député eût refusé son élection dans cette
forme , et demandé le scrutin.
Le fapport fini , M. le Curé de Soupes a
dit: J'ai examiné dans le silence de ma
conscience la nomination de M. Malouet , et
je la trouve régulière ; mon motif est pur :
l'acclamation m'a toujours paru la voie la
plus honorable , quoiqu'elle ne soit pas la
plus régulière ; mais n'a-t-on pas dérogé au
Réglement pour le serment , pour les Curés
éloignés , pour la réduction ? Il n'y a point
d'ailleurs de réclamation contre ce Député.
« Le Réglement n'est pas impératif pour
le scrutin , a dit M. Dufraine du Chey , premier
co-Député de Riom ; par quelle fatalité
le seroit-il pour M. Malouet , n'y ayant pas
de réclamation ? Il faut juger d'après l'ancien
( 165 )
état des choses; l'acclamation étoit permise ;
elle la fut même chez les Romains. >>>
M. Malouet , qui a demandé la parole ,
s'est exprimé dans les termes suivans :
« Je crois devoir à mon serment , à mon
pays , à vos principes , à justifier la nomination
qui m'a donné une place honorable
parmi votis ; et d'abord il n'y a pas d'exemple
d'une Députation attaquée sans dénomination
on corruption présumée. Le Réglement
prescrit la voie du scrutin , mais il ne prononce
pas de nullité , et vous avez jugé sou
vent que le Réglement n'est pas une loi. J'ai
résisté à l'élection la première fois ; je ne
croyois pas avoir mérité de ma patrie le témoignage
public. Quand j'ai été nommé depuis
, sur 580 Electeurs qui votèrent , 156
signérent ; mais qu'on observe que c'étoient
des Députés des campagnes , qui tous ne
savoient pas signer ; ils demandoient à être
renvoyés , dans ce temps précieux , à l'agriculture
; ils vouloient accélérer la marche des
élections : il falloit un jour pour chaque
serutin. J'attends avec respect le jugement
que vous allez prononcer , et , quel qu'il soit,
je ne cesserai de vanter la justice de cette
Assemblée. »
M. de Lally- Tolendal a rappelé les principes
qui tiennent à l'inviolabilité des pouvoirs
constituans. Après avoir établi les divers
cas où il peut y avoir contestation sur les
Députations , il a dit : « Si le Roi , qui corvoque
, se tait, si les Constituans ne se plaignent
pas , s'il n'existe, qu'une Députation ,
s'il y a un assentiment parfait , alors point
de Procès , il n'yarien à instruire ; tout ce qui
s'est passé dans llee sein d'une Assemblée légitime
l'est aussi. :
( 166)
Plusieurs co-Députés de M. Malouet ont
parlé avec force en sa faveur, et rendu hom
mage à la vérité des faits .
IM . Garat l'aîné a soutenu que l'acclamation
qui n'étoit pas contestée , prouvoit le voeu
général ; et que si l'on exigeoit l'unanimité
parfaite , aucune délibération ne seroit valide:
quand les Electeurs insistent après l'acclamation
pour réclamer le scrutin , il seroit absurde
de s'en autoriser; et lorsque personne
ne la conteste ni la réclame , elle doit expri
mer le voeu général.
M. le Marquis deMontesquiou a faitsentir
les inconvéniens de la forme d'élection par
acclamation ; mais il a ajouté qu'il ne falloit
pas en conclure que tous les mouvemens de
l'enthousiasme ne sont pas vrais , et qu'ils ne
peuvent constater la volonté générale. Si l'élection
deM. Malouet étoit la seule, on pourroit
former quelque doute; mais des opérations
subsequentes ont laissé la réflexion. La voix
des Electeurs auroit pu s'élever contre cette
élection ; il ne peut donc y avoir une preuve
plus forte de la confiance des Electeurs , s'ils
ont fait de nouveaux choix sans réclamation
contre la première. Je crois donc qu'il n'y a
lieu à délibérer.
M. Loys a démontré que le Réglement
n'avoit pas force de loi , et ne prononçoit pas
de nullité.
On demanda avec instance d'aller aux voix.
« Je réclame avec force la liberté des suffrages
, a dit M. Mounier , et je dois faire
connoître mon opinion. Je soutiens d'abord
que l'Assemblée a le droit d'examiner si le
Député a une procuration ; si les Commettans
ne ledésavouent pas , l'Assemblée ne peut pas
priver un Bailliage de sa représentation ; je
(167)
poserai encore en principe que la loi ne peut
être suppléée. L'acclamation est sans doute
sujette à des inconvéniens , mais faites une
loi pour la proscrire , jusqu'alors vous ne
pouvez pas obliger les Electeurs à nommer
autrement qu'ils ne veulent , et d'ailleurs personne
ne réclame. "
M. le Président a prié ceux qui s'opposoient
à l'élection de M. Malouet de se lever ,
et près de 40 Députés se sont levés. I a
ajouté ensuite que ceux qui l'admettent se
levent , le reste de l'Assemblée s'est levé.
Ceux de l'opposition ont demande à M. le
Président de faire l'appel des voix
$439 voix contre 33 ont confirmé l'élection.
Du II Juillet. M. le Préſident ayant lu la
réponſe du Roi à l'adreſſe ſur le renvoi des troupes,
il s'eſt élevé une converſation intéreſſante fur
objer ſi alarmant ; elle a été interrompue par
la repriſe de laMotion de la veille , relative à
la formation d'un, Comité des Finances.
;
M. Target opinoit à le compoſer de 60 perfonnes
qui ne préſenteroient aucun réſultat qu'après
la Conſtitution faite , & auquel S. M. feroit
remettre toutes les pièces & mémoires relatifs à
l'adminiſtration des finances.
M. Fréteau&M. Camus déſiroient que le Comité
fût compoſé de 30 Membres ſeulement ,
en appelant des perſonnes du dehors qui don
meroient des lumières ſur cette partie.
M. Pifon du Galland apropofé deux Comités
, dont l'un s'occuperoit des impoſitions directes
ou indirectes; le ſecond Comité traiteroit de
la dépenſe de chaque Département , avec des
tableaux ſéparés ddeellaadette del'Etat, fuivant les
différentes époques.
MM. l'Archevêque de Bordeaux& Demeunier
:
V
(168 )
vouloient une fubdivifion aux Bureaux , pour
embraſſer pluſieurs objets à la fois dans les travaux
proviſoires. M. Senter a propoſé qu'il y
eût dans le Comité un des Députés de l'ile de
Corſe & un autre de Saint-Domingue.
MM. Biauzat & Populusont foutenu que toute.
Motion tendante à éloigner les travaux de laConftitution
, étoit prématurée...
MM. le Chapelier & Barnave ont propofé des
vues ſur la manière de nommer les Membres
du Comité ; le dernier vouloit qu'on en nommât
32 par Généralités , & 28 ſur la totalité de
l'Aſſemblée.
راد 3
« Je crois que nous nous écartons de notre but,
a obſervé M. le Marquis de Montesquiou; il ne
s'agit pas de régler les provinces pour l'impôt ;
il s'agit de connoître la recette , la dépenſe & la
dette: il eſt indifférent que l'on ſoitd'une province
on d'une autre ; il ſuffit d'avoir un bon eſprit ,
& il y en a tant dans l'Aſſemblée , que la nomination
parBureaux ne peut que remplir le voeux
de tous. »
De cette longue diſcuſſion ſur un ſimple Comité
préparatoire,, ſont ſorties quatre opinions ,
fur leſquelles M. le Préſident a propoſé de délibérer
, 1º. de choiſir par Bureaux; 2°. par Généralités;
3°. moitié par les uns , moitié par les
autres; 4°. un Comité nommé parBureaux. Celui
de la réviſion nommé par Généralités.
La troiſième propoſition a été adoptée ; ainſi le
Comité des finances devoit être compofé de 64
Membres ; les Bureaux en choiſiront 32, & les
Généralités un pareil nombre.
M. leMarquis de la Fayette a propoſé le projet
d'unedéclaration des droits naturels de l'homme ,
&de l'homme vivant en ſociété , pour en former
lepremier chapitre de la Conſtitution. Voici ce
projet
( 169)
projet préſenté par fon Auteur , avec autant de
Amplicité que de modeftie.
Déclaration des droits.
«La nature a fait les hommes libres & égaux.
Les distinctions , néceſſaires à l'ordre ſocial , ne
font fondées que ſur l'utilité générale. »
• Tout homme naît avec des droits inaliénables
&impreſcriptbles; telle eſt la liberté de toutes
ſes opinions , le ſoin de ſon honneur & de fa
vie. Le droit de propriété, la diſpoſition entière
de ſa perſonne, de ſon induſtrie , de toutes ſes
facultés , la communication de toutes ſes penſées
par tous les moyens poffib'es , la recherche du
bien-être , & la réſiſtance à l'oppreffion . »
« L'exercice des droits naturels n'a de bornes
que celles qui en aſſurent la jouiſſance aux autres
Membres de la ſociété. »
« Nul homme ne peut être ſoumis qu'à des
Lois conſenties par lui ou ſes Repréſentans
antérieurement promulguées , & également appliquées.
»
« Le principe de toute ſouveraineté réſide impreſcriptiblement
dans la Nation ; nul corps , nul
individu ne peut avoir une autorité qui n'en émane
expreſſément. >>
«Tout homme a pour unique but le bien commun.
Cet intérêt exige que les pouvoirs légiſlatifs
, exécutifs &judiciaires ſoient diftincts & définis
, & que leur organiſation aſſure la repréſen.
tation libre des Citoyens , la reſponſabilité des
Agens , l'impartialité des Juges. »
«Les lois doivent être claires , préciſes , uniformes
pour tous les Citoyens.
« Les ſubſides doivent être librement conſentis
&proportionnellement répartis; & comme l'introduction
des abus & le droit des générations
qui ſe ſuccèdent , néceffitent la réviſion de tout
N°. 30. 25 Juillet 1789. h
1
( 170 )
établiſſement humain , il doitêtre poſſible à laNation
de s'affurer dans certains ca ,, pardes moyens
paiſibes , ureconvocation extraordinaire de Députés,
dout le ſeal objet ſoit d'examiner& corriger ,
s'il est néceſſaire , les vices de la Conſtitution. »
M. de Lally-Tolendal a rendu hommage à ces
principes du droit naturel,en obſervant ingémeuſement
que M. le Marquis de la Fayette
parloit de la Eberté comme il l'avoit défendus.
Enfuire M. de Lally a inſiſté ſur la différence
énorme d'un Peuple naiſſant qui fait choix d'un
Gouvernement , ou qui en veut changer la forme,
à un Peuple antique qui ſe raſſemble pour perpétuer
une Monarchie ſubſiſtante depuis qua-
.forze cent ans , & foumiſe depuis huit fècles à
cette même dynastie qui occupe le Trône.
: « Le Peuple ſouffre , a-t-il dit; il nous demande
des fecours reels bien plus que des définations
abſtraites ; adoptops pour l'avenir- le projet
précieux qui vient de nous être offert. R.motons
fans doute au droit naturel , puiſqu'il eſt
le premier de tous ; mais parcourors rapidement
la chaîne des intermédiaires , & hatonsnous
de redeſcendre au droit poſitif qui nous
artache anGouvernement Monarchique; que la
déclaration de nos droits ſoit la déclaration des.
droits de tous ; que l'homme & le Citoyen , le
Sujet & le Monarque , y trouvent chacun ce qui
doit lui appartenir , & que ce foit , pour airfi
dire , un pacte focial , un contrat univerf 1, qai,
en diftribuat la juſtice à toutes les parties , force
toutes les parties d'être jaſtes , & qui , en leur
procurant le bonheur , les ramène à l'union. "
Les deux avis de MM. de la Fayette &de Lally
ont été renvoyés à la difcufiion des Burtaux.
Onzième semaine de la Session.
Du 13 Juillet. La Séance avoit commencé par
( 171 )
la lecture de quelques adr fles des Bailliages , lorfque
'Aſſemble , inſtrute da envoi de M. Nesker,
&de quelques autres Minidres dans la ſoirée de
famedi dercier , a porté toute fon attention fur
cet évènement.
M. Mounier a pronorcé un difcours à ce ſujet ,
en propofant une adreſſe au Roi par députation
afia de lui demander le rappel des Miniſtres que
la Na ion venoit de perdre.
En reconnoillant le pouvoir qu'a le Roi de
charger fes Miniſtres , j'obſerve, a dit M. Mounier,
» que dans les momers de cife,les Repréſentans
>> de la Nation devoient àleur devoir d'éclairer la
>> confcience du Morarque: que le crédit public
» & le falut du peuple étant en danger , l'Aff.mblée
devoit au Souverain des vérités courageu-
> ſes ſur les Miniſtres qui partago ent fon pouvoir.
>> Les eenemis du bien public ne craignent pas de
>> flétrir le caractère national ; ils veulent braver
> le défeſpoir du peuple ; i's le provoquent par
>> un appareil menaçant ; ils l'environnent de trou-
» pes armées ; ils attentent à la liberté pub ime
& individuelle ; ils interceptent le pallage fur
>> les grandes routes . Ainsi , ils ont appris au Roi
» à redouter un peuple qui le chént , & à pren-
> dre co tre lui les mêmes précautions que contre
» les ennemis de la Patrie. Nous devors clairer
>>> le Roi , & lui préſenter tous les dangers qui
>> menacentfonRoyaume. Je propoſecet eadreffe
» au Roi , pour le ſupplier de rappeler les Mi-
>>sifires , & pour lui repréſenter que la Patrie
» ne peut avoir aucune confiance dans ceux qui
>> leur ont fuccédé , ou qui , en reſtant explace ,
» ont manifeſte des projets contraires an bien
>> public; pour lui ex,ofer les dangers que pen-
>> vent produire ces changemens dansle Manif
" tèr , & Ls nefures violentes dont i's foot ac,
» compagnés , & pour lui déclarer que l'Affen
-
hij
(172 )
blée ne confentira jamais à une infame banqueroute,
"
M. Target a témoigné ſes regrets fur cette difgrace;
il a ajouté qu'on ne pouvoit demander ce
rappel, parce que le pouvoir exécutif a le droit
de choiſir ſes Miniſtres.
M. le Comte de Lally-Tolendal a prononcé un
discours éloquent , & a peint le tableau de
l'admi iſtration de l'Archevêque de Sens , comparée
à celle de M. Necker Il a arraché les larmes
de l'Aſſemblée & des Spectateurs.
M. le Comte de Virien a dit : La fageſſe peut
>> ſeule fauver la Nation : je ne me méfie pas du
➤ courage de l'Aſſemb'ée ; ce n'eſt pas l'appa-
> reil militaire qui affoiblira nos actions. Je fais
» que nous marchons parmi les écueils , la fureur
>> de nos ennemis&la fougue du peuple , &nous
>> devons ſeulement nous conformer à nos prin-
» cipes. De tous côtés , les liens de la confiance
>> ſe rompent ; l'anarchie lève ſes mains mena-
» çantes, le ſang coule ;nos Concitoyens ont péri
>>cette nuit ; garderons-nous un cou,able filence ?
>> Nous leur devo: s à tous des focours ,&nous de
>> vonsnous rallier par un ferment nouveau. Je cros
>> donc que nous devons exprimer nos regrets
>> dans une adreſſe au Roi pour des Miniſtres qu'il
n a éloignés. Nous reconnoîtrons le droit qu'il a
>> de nommer ſes Miniſtres , en lui témoignant
>> que les nouveaux n'auront jamais notre con-
» fiace; & hâtons-nous de travailler à la Confti-
" tution pour le Monarque &pour le peuple ,
» & raffurons auſſi le crédit public. » Il a fini
par prononcer le ferment dans les termes les plus
énergiques.
M. le Duc de la Rochefoucault a déclaré qu'on
devoit marcher à la conſtitution , dont le plan
avoit été développé par un Publiciſte éloquent ,
( 173 )
&qu'il falloit commencer par la déclaration des
droits.
M. le Comte de Clermont-Tonnerre a parlé avec
force pour qu'on ne renouvelât pas le ferment ,
en demandant que l'Aſſemblée fit des remercimens
aux Miniſtres diſgraciés. « Dans les temps
decalamité publique , s'eſt-il écrié , il faut s'attacher
au principe. Le Roi eſt le maître de compofer ou de
décompoſer ſon conſeil ; mais ſi la Nation ne doit
pas nommer ſes Miniſtres , elle peut du moins les
indiquer par le témoignage de ſa confiance ou de
fon improbation. Quant au ferment , MM. , il eft
inutile de le renouveler : la Conſtitution ſera faite ,
ou nous ne ferons plus. Mais il eſt des maux plus
preſſans. Paris eſt dans une fermentation affreuſe ;
on s'y égorge , & les troupes y préſentent deux
ſpectacles bien différens. Des François indifciplinés
qui ne font dans la main de perſonne ,& des
François diſciplinés qui font ſous la main du defpotifme.
On a voulu nous raſſurer ; on nous a répondu
par la bouche du Roi ; mais les troupes
font alternativement cauſes & effets. Rapelors
l'époque du mois d'août dernier , que M. de Lally
vous a tracée avec tant d'éloquence ; alors il n'y
avoit plus de tribunaux , plus de juſtice , & lestroupes
rentrèrent dans leurs fonctions.
M. le Comte de Cuftines a obſervé que la fûreté
publique dépendoit de la ſageſſe &des démarches
de l'Aſſemblée , & qu'elle la troubleroit ſi elle ne
travailloit auffitôt à la Conſtitution.
M. Biauzat a dit qu'une adreſſe au Roi feroit
inutile&dangereuſe,& toute démarche pour le
rappel des Miniftres illuſoire. Il s'eſt fort récrié fur ce
que l'Aſſemblée n'avoit pas communication directe
avec le Roi Lecanal , a-t - il ajouté , par où l'Af-
Semblée parvient au Roi , eſtpeſtiféré. » Il a fait ſentir
la néceffitéd'inférer dans la Conſtitution un article,
Pour que l'Aſſemblée Nationale ait à l'avenir com,
hiij
( 174)
munication directe avec le Ro . Il a fini par dire
qu'on ne devoit préſenter aucune adreffe au Roi ;
qu'il falloit inférer dans lep ocès-verbal les regrets
de l'Affemblée ſurle renvoi des & iniſtres , & que ,
fans défemparer , il falloit travai ler à l'inftant
même à la Conſtitution. Il aparlé avec beaucoup
de chaleur.
M. Grégoire, Curé d'Imbermefnil , a foutenn
que la Nation aſſemblée avoit la plénitude das
pouvoirs. Il a demandé la formation d'un Comité
, afin de dénoncer à la Nation la perfidie des
Miniftres , &c. Quelques expreffions de ce difcours
ont obligé M. le Préſidentddeel'interrompre,
pour dire qu'il voyoit avec douleur un Ecclefiaftique
se fervir d'expreffions que MM. de la Nebleffe
& des Communes ne s'étoientjamais permifes,
M. le Marquis de Gouy-d'Arcy a prononcé un
difcours qui a renouvelé l'attendriſſement de l'affemblée.
Dans une époque mémorable de notre hiftoire
, a t-il dit , deux armées étant en préſence ,
&la poſition critique de celle des François ne
lui laiſſant d'eſpoir que dans le génie de fon Général
, un coup affreux vint trancher ſes jours &
l'enlever à la victoire..A cette nouvelle déchirante
l'armée gémit , nos enremis nous plaignrent
, la France prit le deuil ; & un Orateur facré
montant dans la chaire de vérité , s'écria avec éloquence
:
La mort d'un seul homme est une calamité publique.
Aquelle ſituation, Meffients , peut-on appliquer
plus juſtement ceste expreffion magnifique ! ...
« Je vous citerois aujourd'hui ce qui ſe paſſa il
y a près d'un an , lorſque le Souverain , trompé
par des Miniſtres prévaricateurs , appela auprès
de lui cet Adminiſtrateur habile , auquel une étoile
hemeuſe avoit ménagé entre deux miniſtères quel-.
( 175 )
ques jours de retraite, pour méditer fur ce qu'il
avoit vu , & exécuter enfuite ce qu'il avoit promis.
Je remettrois fous vos yeux la joie des peuples
, le crédi: ranimé , la confiance rétab'ie , fi
des voix plus éloquestes n'avoient rempli ce miniſtère
de juſtice ; mais je ne puis m'empêcher de
vous dire que ſi tous les maux nous menaço ent
alors , ils nous accablent aujourd'hui.
" La. France , preſſée entre la misère & la famine,
voit fon ſein déchiré par des hoftilités civiles.
Hier , & cette nuit ,j'ai vu dans Paris vingt
mille ſo dats armés ; j'ai entendu le canon tonner ;
j'ai vu le ſang couler ; j'ai vu les troupes Françoiſes&
Etrangères s'entre-tuer ; j'ai vu lesCitoyens
pleurer ;je les ai vu s'armer ; je les ai vu courir
en foule aux portes des ſpectacles , & , comme
dans un jour de triſteſſe publique & de deuil , les
fermer au nom de la Nation. .. J'ai vu tout
cela , &j'ai dit : La Nation ſe trompoit- elle donc
dans ſes réjouiſſances , il y a un an ? ſe trompet-
elle dans ſon deuil aujourd'hui ? eſt-elle toujours
dans l'aveuglement , & n'y a-t-il d'exemple d'erreur
que quelques Confeillers éphémères qui entourent
notre vertueux Souverain ?...
. Hélas , Meſſieurs ! nous le ſavons
tous, le principe eſt ſacré , le Roi ſeul eſt le maître
de choiſir fon confeil. Mais quand le voeu
unanime de la Nation réclame la reſponſabilité
des Miniſtres , n'aturns-nous jamais que le droit
de les accufer auprès du Souverain ,& nous refufera-
t-on celui de les pleurer dans ſon ſein ?>>>
« Portons -lui donc folemnellement, Meſſieurs ,
l'expreffion de notre eſtime pour les Miniſtres
'éloignés ,&que leurs ſucceſſeurs téméraires foient
les témoins de nos joſtes regrets. Ils apprendront
ainti ce qu'ils ont à faire pour mériter auprès de
la Nation , & ce qu'ils ont à craindre s'ils déméritent
de la Patrie. >>
hiv
(176)
«Voilà mon avis , &je me félicite de voir
qu'il eſt déja celui de cette auguſte Aſſemblée.>>
Je n'ai plus qu'un mot à ajouter , Meſſieurs ,
&ce mot eft bien important.
«
« De grands malheurs font ſuſpendus ſur nes
têtes. "
« Puiſſe la Providence en détourner l'influence
maligne! mais ſi le deſporiſme , dans ſes écarts ,
ofoit porter ſa mainprofane ſur l'existence ſacrée
de l'Aſſemblée nationale , ſouvenons-nous qu'appelés
par le Roi pour former une Conſtitution ,
envoyés par nos Commettans pour former une
Cor ftitution , notre miffion , quelques ordres qui
rous arrivent , ne fera remplie que lorſque la
Conſtitution (era formée. Réunis pour cet objet
important par les puiſſances légales , un ferment
folemnel a ferré. nos noeuds le 20 juin. Ce moment
attendriſſant& héroïque , fans ceſſe préſent
à notre ſouvenir , rend nos liens irréfragables
comme nos droits . "
M. Guillotin a dit : Que l'Aſſemblée des Electeurs
de Paris l'avoit chargé de ſupplier l'AſſembléeNationaledefaire
lever les gardes bourgeoiſes
de Paris , & il a fait la lecture de l'Arrêté que
les Electeurs avoient pris à co ſujet. Il a conjuré
l'Aſſemblée de prendre cet Arrêté en eonfidération.
Il a fini par demander acte de ſa déclaration.
M. de Saint-Fargeau a prié l'Aſſemblée de faire
connoître elle-même ſes ſentimens au Roi. Il a
démontré que c'étoit le ſeul moyen de calmer
lepeuple. Il a déclaré que l'adreſſe au Roi devoit
être précédée de la déclaration du pouvoir légiflatif,
& que cette adreſſe ne devoit exprimer
que ! profonde douleur de l'Aſſemblée. Il a
prouvé avec énergie le bienfait de la Milice
bourgeoife.
M. de Menonville a dit qu'il ne convenoit , dans
( 177 )
aucune circonſtance , à l'Assemblée de s'occuper
du choix des Miniſtres , ni de prier le Roi de
les reprendre. Il a penſé que l'adreſſe de remerciment
aux Miniftres diſgraciés n'étoit point
convenab'e. Il a déclaré qu'il s'oppoſoit à l'adreſſe
au Roi , dans le cas où l'Aſſemblée en
adreſſeroit une aux Miniſtres . L'Aſſemblée ne
peut demander le renvoi d'un Miriſtre , mais fon
jugement. Il a dernandé la création d'un Tribunal
compétent pour juger les Miniftres. Il a fini par
conclure à ce que l'Aſſemblée s'occupe fans
relâche du travail de la conſtitution ,& le renvoi
de l'adreſſe des Electeurs de Paris , dans un
Comité qui fe formeroit fur-le-champ.
M. le Chapelier a parlé avec force pour que
l'Aſſemblée inſiſtât ſur le renvoi des troupes . Le
premier objet de ſes délibérations doit être la
création de la Milice bourgeoiſe. Le peuple , a- t-il
ajouté , doit garder le peuple. Il a demandé que
l'adreſſe au Roi ne contint que le renvoi des
troupes & l'établiſſement des Milices. Le ſecond
objet des délibérations doit être la retraite des
Miniſtres , & la rédaction d'une adreſſe de remercîment
; il a ajouré qu'il falloit dans ce moment
établir la loi de la reſponſabilité des Miniſtres .
M. le Chapelier a déclaré que te Roi n'avoit
pas le droit de renvoyer M. Necker dans ſa
patrie , puiſqu'il étoitdevenu François , & refponfable
envers la Nation. Il a fini par demander
que le ferment de MM. les Genti ishommes fût
confacré folemnellement dans le pr ocès- verbal ;
il a terminé ſon difcours par ces mots : Si quelques-
uns de MM. les Gentilshommes s'y oppoſent ,
qu'ils se lèvent auffi-tôt
M. Barnaye s'est écrié qu'il voyoit dans la
Nation deux partis oppoſés ; celui des perſonnes
qui vouloient augmenter le Tréfor Royal pour
le piller , & des partiſans du defpotifme ;& de
: hv
( 178 )
Fantre, la Nation aſſemblee, dont les Députés font
les vrais Confeillers du Roi , appelés par lui. Il a
déclaré que ſi le Roi avoit le droit de nommer
fes Miniſtres , la Nation avoit celui de ne pas
les reconnoître , & que par conféquent elle pouvoit
refuer de traiter avec ceux qu'elle n'aimoit zi
n'eftimcir. Il a infiſté pour l'étab'iſſement des
M lices bourgeoiſes & le renvoi des troupes. Il
a propoſe quatre Arrêtés
Le premier , pour faire part aux Miniſtres difgraciés
, de l'eftime que l'Aſſemblée Nationale a
pour eux.
Le ſecond , pour déclarer au Roi que tous
les Miniſtres actuels n'auront jamais l'eſtime de
la Nation.
Le troiſième , pour le prompt renvoi des
troupes & l'établiſſement des Milices bourgeoifes .
Le quatrième , pour déclarer que l'Ailemblée
Nationale rendra les Miniftres & les Confeillers
perfiles reſponſables des événemens.
Un Membre de la Nobleſſe a dit qu'on avoit
enlevé à la Nation les feuls Miniſtres qu'elle
eftimoit , mais qu'on n'avoit pu rompre les liens
qui exiſtoient entre l'Affemblée Nationale &le
Trône. Il a penſé qu'on ne devoit pas faire d'adreſſe
de remerciment à M. Necker & aux autres
Miniftres , mais inférer les ſentimens de l'Affeinblée
dans le procès-verbal . Il a ajouté qu'on ne
pouvoit pas faire d'adreſſe au Rei pour le renvoi
des Miniftres actuels , mais les couvrir d'epprobres.
Il a prouvé que le ſeul moyen de ré ablir
le calme & la tranquillité publique, étoit l'établiſſement
des Milices bourgeoifes. Il a ajouté
que la Nation devoit avoir le commandement
des troupes.
M. le Comte de Lally- Tolendal a dit que M. le
Préſident lui avoit ordonné d'interrompre la difcusion,
pour annoncer les ravages dont Paris
( 179 )
éto't affligé. Il a lu deux lettres qui ont p'ongè
l'Ailemblée dans le déſeſpoir.
Un Membre a proposé à l'Affemb'ée de ſe
tranſporter en corps à Paris pour ca'mer le peuple .
M. le Comte de Foucault l'Ardimais a pro
poſé de nommer auflitor un Comité , qui s'occuperoit
fur- le-champ de la conduite à tenir dans
ces circonstances critiques.
M. le Ducd'Aiguillon apropoſé de faire partir
fur-le-champ les deux députations .
M. Fréteau a obſervé que la Monarchie étant
en danger , il faloit envoyer auflitôt la députation
au Roi , fans adreſſe , pour folliciter la
permiffion de dire au peuple que le renvoi de
M. Necker & des autres Ministres n'étoit pas
encore définitif.
M. le Marquis de Montesquiou a opiné pour
que la députation à envoyer à Paris , cûr le
pouvoir de faire retirer les troupes , & qu'il falloit
donc le demander au Roi auffitôr.
M. Rabaud de Saint-Etienne a lu le projet d'une
adreſſe au Roi ; mais comme elle étoit for congue,
l'Affemblée n'a pu en entendre la lecture entière .
M. le Préfident a nommé 48 Députés pour
ſe rendre chezle Roi ; & les Députés de Pa is ,
ainſi que des D'putés de chaque Ordie , pris
dans toutes les Généra'ités , pour compoſer la
dépuration à Paris, Ces deux députations , ayant
à leur tête M. l'Archevêque de Vienne , ſe font
rendus chez le Roi , qui leur a fait la réponde
fuivante :
« Je vous ai déja fait connoître mes intentions
fur les mesures que les déſordres de Paris m'ont
forcé de prendre ; c'eſt à moi ſeul à juger de
leur néceflité , &je ne puis à cet égard apporter
aucun changement : quelques villes ſe gardent
elles-mêmes ; mais l'étendue de la capitale ne
permet pas une ſurveillance de ce genre. Je ne
hvj
( 180 )
1
doute pas de la pureté des morifs qui vous portent
à m'offrir ves ſoins dans cette affl geante cir
conſtance ; mais votre préſence à Paris ne feroit
aucun bien: elle est néceſſaire ici pout l'accélération
des importans travaux dont je ne ceffe
de vous recommander la fuite,
La députation à Paris n'ayant pas eu lieu ,
l'Aſſemblée n'a point levé la ſéance.
M. l'Evêque d'Autun a lu la réponſe du Roi.
M. le Marquis de la Fayette a demandé qu'on
déclarât la reſponſabilité des Miniſtres fur les
affaires actuelles ,& ſur les évènemens qui peuvent
en être la ſuite.
M. Target a appuyé cette demande avec force.
M. Gleizen a prouvé avec quelle facilité on pourroit
ſouſtraire un Miniſtre infidele à la recherche
de la Nation: il a foutenu qu'il étoit indiſpenſab'e
de demander le rappel du Miniſtre pour
rendre compte à l'Affemblée de l'état des Finances.
L'Aſſemblé a pris l'Arrêté ſuivant à l'unanimité
des fuffrages.
«Il a été rendu compre par les Députés envoyés
au Roi , de la réponſe de Sa Majeſté.*»
« Sur quoi l'Aſſembée Nationale , interprête
des ſentimens de la Narion , déclare que M.
Necker, ainſi que les autres Miniſtres qui viennent
d'être éloignés , emportent avec eux ſon
eſtime & fes regrets. »
«Déclare qu'effrayée des ſuires funeſtes que
peut entraîner la réponſe du Roi , elle ne ceſſera
d'infifter ſur l'éloignement des troupes extraordinairement
afſſemblées près de Paris & de Verfailles
, & fur l'établiſſement des Gardes Bourgeoiſes.
»
« Déclare de nouveau qu'il ne peut exiſter
d'intermédiaire entre le Roi & l'Aſſemblée Nationale.
>>
(181 )
«Déclare que les Miniſtres &les Agens civils&
militaires de l'autorité , ſont reſponſables
detoute entrepriſe contraire aux droits de laNation
&aux décrets de l'Aſſemblée. »
«Déclare que les Miniſtres actuels &les confei's
de Sa Majesté , quelque état , quelque rang
qu'i's puiſſent avoir , font perfonnellement ref
ponſables des malheurs préfens & de tous ceux
qui peuvent ſuivre. »
« Déclare que la dette publique ayant été miſe
fous lagardede l'honneur&de la loyauté françoiſe,
quelaNation ne refuſant pas d'en payerles intérêts,
nul pouvoir n'a le droit de prononcer l'infâme
mot de banqueroute , ſous quelque forme & dénomination
que ce puiſſe être. »
« Enfin , l'Affemblée Nationale déc'are qu'elle
perſiſtedans ſes précédens arrêtés , ¬amment
dans ceux des 17 , 20 & 23 juin dernier ; & la
préſente délibération ſera remiſe au Roi par le
Préſident , publiée par la voie de l'impreffion; &
adreſſée , par ordre de 'Aſſemblée , à M. Necker
&auxMiniſtres quelaNation viert de perdre.
L'Aſſemblée a témoigné ſa joie par une acclamation
& des applaudiffemens univerſels .
M. l'Archevêque de Bordeaux a opiné pour
que M. le Préſident fit part à M. Neoker & aux
autres Miniſtres , des ſemimens d'eſtime dont
elle étoit pénétrée .
On a fait une ſeconde lecture de la répo ſe
du Roi & de la déclaration de l'Aſſemblée.
Un Membre de la Nobeſſe a réclamé contre
l'article de la dette nationale; il a propoſé d'y.
inférer ces mots : L'Assemblée déclare conjointement
avec le Roi.
L'Arrêté a paffé de nouveau unanimement.
M. le Duc de Praslin a témoigné fes regrets
ne pouvoir acquiefcer à cet Arrêté , &a
réclamé contre l'adhéſion à l'Arrêté du 17 , à
de
( 182)
cauſe de ſa preſtation de ferment; il a ajouté
que ſans cet engagement ſacré, il auroit ſigné
cetArrêté de fon fang....
M. de Lally-Tolendal a répondu que l'Aſſemblée
étoit formée avant la réunion , & qu'aini
aucun Membre ne pouvoit s'y oppoſer , mais
proteſter.
Il y a eu grand bruit à ce ſujet.
Un Membre de la Nobleſſe a déclaré n'avoir
pu prendre part à aucun des Arrêtés précédens ,
mais qu'il adhéroit de bon coeur à celui- ci.
M. de Puzi , l'un des Députés de la Nobleſſe
d'Amont , s'eſt empreffe d'adhérer à tous les
Arrêtés, en invitant tous les autres Membres de
la Nob'eſſe à ſuivre fon exemple , qui a été fuivi
par les Députés d'Agen & autre .
M. le Comte de Montmorenci , Député de
Montfort, a dit qu'il s'engag -o't pour lui & pour
fon collègue, fans crainte d'être déſavoné; il
s'eft uri irrévocablement au ferment général.
L'Aſſemblée lui a témoigné ſa reconnoiſſance
par une acclama ion univerſelle.
a Il me femble, a-t-il ajouté , que ceux qui
font dans cette Aſſemblée , prouvent , par leurs
applaudafemens , qu'ils adherent tous.
M. le Duc de Praslin a dit : « C'eſt la fidélité
à mes Commettans qui m'a fait parler comine
je lai rait; quant à moi perſonnellement ,je penſe
comme l'Afiemblée. »
Ceste adhéſion a été vivement applaudie.
M. le Comte de Lally ayant pis la parole ,
a dit : « Cette affaire étant auffi roblement qu'heureuſement
confommée, M. lePréſideat me cha ge
de vous dire ſi vous voulez nommer un.Vice-
Préfident&les Membres du Comité des finances. »
Cette propofition a été admiſe.
M. le Marquis de Montesquiou a penſé qu'il
étoit convenable que l'Aſſemblée réío û: de ne
( 183 )
pas fe féparer , & de continuer la ſéance jufqu'à
miauit.
M le Comte de Virieux a opiné pour que l'on
procédât auſſitôt à la nomination d'un Vice-
Préſident , afin. que l'Affemb'ée pût continuer
fa féance juſqu'à fix heures du matin.
M. Target a demandé la formation des bureaux
pour la nomination du Comité des finonces
, & la réunion dans l'Aſſemblée auffinôt
après
Un Député de la Nobleſſe a témoigné les regrets
de la Ncb'effe de la Sénéchauſſée de Niſme ,
de ne s'être pas trouvé au moment de la lecture
de l'Arrêté ; il a déclaré qu'il y adhéroit for
mellement en fon nom & à celui de fes co-Députés
, ainſi qu'à tous ceux qui ſeroient pris dans
la fuite. Il a demandé acte de ſa déclaration .
M. le Préfident a demandé la formavim en
bureaux , pour la nomination du Vire- Préſident.
M. l'Abbé Syeyes a lu une déclaration de la
Nobleffe de Nemours , qui ordonne à M. le
Vicomte de Noailles , fon Député , c'opiner par
tête dans la Conftitution , & dans tous les articles
qui intéreſſent généralement l'Etat. Elle approuve
ſa conduite & l'en félicite ; & e le s'en rapporte
à ſa ſageſſe dens tous les cas.
M. Babey a demandé que l'Arrêté fût porté
au Roi dans la ſoirée , par M. le Préident.
M. l'Archevêque de Vienne a dit : que l'Afſemblée
avoit arrêté de nommer 32 perſonnes
dans les Généralités , & 32 dans les bureaux ;
qu'il demandoit que celles nommées dans les
bureaux fuffent priſes dans le Clergé par nombre
impair , & dans la Nobleffe par nombre pair.
Un Membre a demandé que l'Affemblée envoyât
aux Electeurs de Paris , la copie de fon
Arrêté. Cette demande a été admiſe.
L'Aſſemblée s'eſt formée en bureaux. M. le
( 184 )
Marquis de la Fayette a été nommé Vice Préſident.
Il a préſidé pendant toute la nuit.
Du 14 juillet au matin. La Séance a commencé
à neuf heures , par la lecture des
Adresses de plusieurs villes du Royaume , qui
expriment les mêmes sentimens de reconnoissance
que les précédentes envers l'Assemblée.
On a distingué l'acte de charité par
lequel la ville de Joigny a témoigné sa joie ,
en faisant distribuer trois mille livres de pain
aux pauvres .
M. Péthion de Villeneuve a observé qu'il
étoit intéressant de hâter le travail de la
Constitution , et que la discussion à faire sur
le plan donné par le Comité central , ne prépareroit
que lentement le travail. Il a proposé
en conséquence de nommer un Comité
de huit personnes , pour faire un plan de
Constitution qui pût être discuté dans les
Bureaux , rapporté ensuite à l'Assemblée ,
pouryêtre adopté définitivement. Il a proposé
de nominer au scrutin dans les Bureaux , les
huitMembres . :
Un Député des Communes a appuyé cette
Motion , et insisté fortement sur son importance.
M. Malouet a demandé la permission de
kire un plan de Constitution , ou du moins
de déclaration de droits , qui a été écouté
avec intérêt , mais dont on n'a pu saisir à
une simple lecture , les bases et les principes ,
les conséquences et les suites , de sorte que
ladiscussion n'a pas été interrompue.
Male Président a représenté que M. Péthion
avoit proposé de nommer un Comité pour
rédiger la Constitution , qu'en conséquence
( 185)
prioit les Membres qui avoient demandé la
parole , de ne pas sortir de ce sujet.
M. Garat a insisté pour que l'on s'occupât
d'abord de la Déclaration des droits de
Phomme; il a ajouté que l'Assemblée avoit
accepté avec empressement le plan qui lui avoit
été proposé.
M.le Comte de Custines a exposé plusieurs
réflexions sur cette Déclaration, en concluant
àne pas s'en occuper avant la promulgationi
de la Constitution , et des Lois civiles et criminelles.
Un Membre des Communes a prétendu que
le Comité avoit eu tort de commencer par
la Déclaration des droits de l'homme , et qu'on
auroit dû parler de la Religion. Il s'est opposé
à la formation d'un nouveau Comité.
M. le Comte de Crillon a observé que le
plan proposé ne pouvoit conduire à aucun
résultat; qu'il falloit nommer un Comité de
huit personnes , prises proportionnellement
dans les trois Ordres ; que ce Comité feroit
imprimer son plan ; qu'on nommeroit en
même temps un Bureau de vérification pour
discuter et revoir ce même plan , et que ce
Bureau seroit le centre de toutes les lumières;
que ce plan seroit ensuite discuté dans quatre
Bureaux ; puis réimprimé pour être discuté
dans tous les Bureaux ; discuté enfin dans
P'Assemblée , et publié. ,
M. Barrère de Vieuzac a observé que les
troubles pouvoient s'accroître d'un moment
à l'autre , de manière à jeter l'Assemblée dans
desdiscussionsétrangères àlaConstitution; que
le temps pressoit d'en arrêter provisoirement
les articles principaux , en laissant de côté
ceux qui demandoient des discussions , qu'on
ne peut se permettre au sein des orages . « La
:
( 186 )
• Constitution, a-t-il dit, est déja faite dans
tous les esprits. Ce ne peut être ici un er
fantement laborieux ; c'est peut-être l'ou-
- vragesd'un jour , parce qu'il est le résultat
des lumieres d'un siècle. Hatez - vous donc
d'en fajresau moins une ébauche concise
« et provisoire , sauf à lui donner , dans un
« temps de calme et de sécurité , les dévelop-
«pemens convenables. » M. de Vieuzac alloit
proposer un plan , on l'a prié de le remettre
Sur le Bureau .
Suivant un Membre du Clergé , la Décla
ration des droits de l'homme ne pouvoit
qu'augmenter et perpétuer l'insubordination.
L'égalité des hommes dans la Société étoit
un paradoxe. Ce Discours ayant été interrompu
, le Député qui le tenoit a repris la
parole pour prouver qu'il ne falloit pas faire
marcher les droits de l'homme sans le contrepoids
de ses devoirs; il a lulune Motion , tendante
à ce que la Constitution commençat
par la Déclaration des droits de la Monarchie.
:
a
M. de Clermont-Tonnerre a pris la parole :
Plusieurs projets , a-t- il dit , sont soumis à
votre délibération ; le premier , relatif à la
Constitution à faire dans le Comité de la
distribution des matières , est inutile. Ce Comité
a fini ses travaux en vous donnant un
ordre de travail. Nommer un premier Co.
mité me paroît dangereux ; c'est concentrer
sur un petit nombre de grands travaux , qui
doivent être connus de tous les Membres.
L'Assemblée doit donner les idées et les vues
de_la Constitution. Un Comité pourrà ensiúire
les rassembler , les rédiger et les présenter
aux débats de l'Assemblée générale.
Ce seroit autrement établir une aristocratie
( 187 )
d'opinions. Il a proposé à l'Assemblée de se
former sur-le- champ en Bureaux pour nommer
seize personnes qui seroient chargées
d'examiner les plans proposés , et nommer
un Bureau de correspondance , pour y porter
les rapports de chaque Bureau. Il a fini par
dire qu'il falloit abandonner la Déclaration
des droits de Phomine , finir la vérification des
pouvoirs , et aller en avant.
<<Vous aveznommé un Comité pour l'ordre
du travail , a dit M. Mounier , le Comité s'est
acquitté envers l'Assemblée , et ne pouvoit
aller plus loin; il s'attendoit que son plau
seroit examiné dans tous les Bureaux . Etablira-
t-on un Comité de Constitution ? Mais
les autres Membres seront sans activité , on
ne profitera pas de leurs lumières. »
Il seroit plus facile de traiter chaque article
dans les divers Bureaux , dont les opinions
seroient rapportées à un Bureau de
correspondance qui les réuniroit pour les
faire juger par l'Assemblée. Quant à la Déclaration
des droits , elle ne doit pas être métaphysique
, mais claire et simple. Dans ce
moment, il faut s'occuper des pouvoirs et du
réglement sur la forme de délibérer .
CC Les données sur la Constitution sont
dans nos cahiers , a dit M. le Chapelier. Les
pensées et les voeux de nos Commettans y
sont déposés ; un Comité peut les rédiger ,
et nous verrons si le plan propostemplit
ou contrarie nos pensées ou nos mandats.in .
faut un Comité de huit personnes ; un petit
nombre facilite le travail : les Bureaux- examineront,
& l'Assemblée prononcera. »
M. Pison du Galland a opiné pour que
chaque Bureau fit un plan de Constitution ,
et nommât un Membre pour former un Bu(
188 )
•
reau de correspondance. Ce Bureau réuniroit
les trente plans en un seul , et rapporteroit
à l'Assemblée les différences qui existeront
entre ces plans.
M. le Président a observé qu'il falloit opter
entre le plan de M. Péthion de Villeneuve ,
et celui de M. Mounier.
M. de Clermont- Tonnerre a réduit ainsi la
Motion de M. Péthion de Villeneuve : » Nom-
» mer au scrutin un Comité de la Constitu
» tion , composé de huit Membres seulement,
>> suivantlaproportion établie dans les Ordres,
>> lesquels Membres seront chargés de pré-
>>senter un projet de Constitution , qui sera
->discuté dans les Bureaux , et porté à l'As-
>> semblée géndrale pour y être ensuite déli-
» béré. »
Cette Motion a été adoptée presque unanimement
; on n'a pas compté dix opposans.
L'Assemblée s'est formée aussitôt en Bureaux.
Vers une heure, s'étant de nouveau réunie ,
M. le Président lui a fait part qu'il s'étoit
rendu chez le Roi à dix heures du soir ; que
SaMajesté, étant à souper avec la Reine , lui
avoit fait dire de revenir le lendemain au
matin. M. le Président a ajouté qu'il venoit
de présenter au Roi l'Arrêté de la veille , et
que Sa Majesté lui avoit répondu qu'Elle
l'examineroit et lui feroit savoir sa réponse.
Le it personnes élues au scrutin pour
former le Comité de rédaction , sont MM. l'Archevêque
de Bordeaux , l'Evêque d'Autun , le
Comte de Clermont- Tonnerre , le Comte de
Lalty-Tolendal , Mounier, l'Abbé Syeyes , le
Chapelier et Bergasse..
Les huit Députés qui ont eu le plus de voix
après les Commissaires ci-dessus nommés ,
( 189 )
sont MM. l'Evêque de Chartres , l'Archevêque
d'Arles , Marquis de la Fayette , Fréteau ,
Comte de Mirabeau , Bailly , Rabaud do
Saint-Etienne et Péthion de Villeneuve.
L'Assemblée s'est ajournée à cinq heures
du soir.
Le Comité des finances , nommé le même
jour , est formé des Députés suivans :
CLERGÉ. MM. l'Archevêque d'Arles , l'Abbé
Gouttes , de Châtisai , Gennetai , l'Archevêque
de Bordeaux , Surade , Longpré , l'Abbé
Godefroi , l'Abbé Jallet , Bonnefoi , l'Abbé
de la Salcette , Gilbert , l'Abbé Villaret ,
Forêt de Marmoussi.
NOBLESSE . MM. le Comte de Castellane ,
le Duc de Liancourt , le Duc d'Aiguillon , le .
Baron d'Harembure , le Marquis de Blacons ,
le Comte de la Tour- du-Pin , le Marquis de
la Cotte , le Comte de Croix , le Baron de
Cernon , le Vicomte de Noailles , le Comte
de Puisaye , le Marquis de Montesquiou , le
Duc de Biron , le Comte de la Blache , de
Ruillet.
COMMUNES. MM. Anson, Gautier,de Grandpré,
Lebrun , Dupont , Goyard, Perier , Roque,
Aubri du Broschet , Volfius , Kits Patter ,
Coudere , Bardelot , Jarri , de la Terade ,
Lavade , Gouges , Sahetrende , Gouy d'Arcy ,
Nourissart , Gresché , de Hermone , Grenier,
la Fayne , Cramé , Nicodeme , Vernier , le
Coulteux , Rocal , le Jeans , Marquis , Poya ,
Domboueuх .
Séance du 14 , au soir. L'Assemblée , formée
de nouveau vers les cinq heures , étoit
plongée dans une tristesse profonde qu'excitoient
les troupes retenues autour de Paris
*et dans Versailles , et l'image des événemens
(190 )
désastreux qui sembloient se préparer. M.
de Mirabeau prononça , dans cette circonstance,
un Discours vehement sur la néces
site d'eloigner les troupes promptement , et
sur celle de s'occuper des circonstances actuelles
, au lieu de travailler à la Constitution.
Un Membre a opiné pour solliciter le départ
des troupes , par une Députation an Roi.
Il a fini par demander la formation des Bureaux
, pour travailler aussitót à la Constitution.
Un Préopinant a déclaré qu'on ne pouvoit
se dispenser de réclamer le renvoi des troupes
, avant de travailler , puisqu'on les avoit
fait venir pour agir hostilement contre l'Assemblée.
Un Membre de la Noblesse a dit , qu'on ne
ponvoit faire de réponse au dilemme de M.
de Mirabeau. Il a ajouté que les Ministres
avoient envie de suivre l'impulsion donnée
par l'Assemblee , on de la contrarier ; que
Pon faisoit encore marcher trente mille hommes
vers Versailles , pour renforcer Farmée ,
et que par consequent on devoit prévenir les
coups d'autorité.
Un Membre du Clergé a déclaré que , remplaçant
M. le Cure d'Argenteuil, Députë de
la Prévoté de Paris , il adheroit à tous les arrêtés
pris par l'Assemblee : son atis a eté
qu'il n'y avoit lieu à délibérer sur le renvoi
des troupes , puisque son arrêté d'hier portoit
qu'elle ne cessera d'insister sur leur eloignement
, et qu'ainsi il falloit délibérer pour persister
dans cet arrêté , sans aller aux voix .
Un Preopinant a voté pour qu'on ne laissât
point la garde de Paris en présence des
troupes : il ademandé un nouvel arrêté pour
:
1
(191 )
rendre les Ministres responsables de tous les
événemens ..
M. Termès , Cultivateur et Député, des
Communes d'Agen , a fait la Motion suivante:
CC MM. Vous venez donc d'en faire une seconde
fois la triste expérience ; vos avis salutaires
pour arrêter le cours des malheurs
auxquels la Patrie est en proie , sont done
inutiles , comme ceux que vous aviez donnés
afin de les prévenir. Le sang des Citoyens est
versé , et ce sont les troupes destinées pour
La défense de la Nation contre les ennemis
de l'Etat , qui le versent au nom du Roi. C'est
de votre énergie , c'est de votre seul courage
que l'Etat peut recevoir aujourd'hui son salut.
Ne craignez point de déployer toute la force et
toute l'antorité qui peuvent résider dans votre
Assemblée. Ce n'est plus le cas d'apprehender
de porter atteinte aux principes qui reglent
les divers pouvoirs du Gouvernement , lorsque
le Gouvernement les viole le premier. Il ne
reste plus qu'un parti à prendre ; rappelez le.
Soldat à son devoir , au service pour lequel il
s'est engagé ; ordonnez aux troupes , de l'o
béissance desquelles les ennemis de l'Etat ne
peuvent abuser , ordonnez-leur de se rendre
aux divers postes qu'elles occupoient précédemment
; déctarez coupable de crime de
Lèze-Nation , pour être puni comme tel , tout
Officier, tout Soldat qui tournera ou proposera,
de tourner ses armes contre des Citoyens
, contre un François. Afin de maintenir
le bon ordre dans les villes , autorisez les
Habitans à se réunir et à s'arnier ; que vos
décrets éloignent , à felle distance que votre
sagesse jugera convenable , soit de la capitale
, soit de cette enceinte , toutes les troupes
(192 )
qui ne sont pas destinées à la garde du Roi
et au service ordinaire de sa maison . »
« Dans ce même temps , Messieurs , puisque
des Ministres , si dignes de la confiance et du
Roi et de la Nation , sont éloignés du Trône
et de l'administration , que la crainte de nouvelles
déprédations vous fasse prendre des précautions
nouvelles , afin qu'en attendant qu'un
temps plusheureux ait ramené l'ordre , le produit
des subsides ne soit point détourné de
leur destination. Si c'est de votre consentement
que les impôts sont levés , vous avez
droit de vous assurer de l'emploi. Choisissez
un Receveur en qui vous ayez confiance , qui
soit chargé de distribuer les fonds publics d'après
les règlemens que vous estimerez propres
dans votre sagesse, »
«Ayant enfin pourvu à la conservation de
l'Etat , qui est menacé de sa ruine , de la manière
que votre devoir et les circonstances
l'exigeront , reprenez sans relâche , ou plutôt
avec une vigueur nouvelle , l'ouvrage de la
régénération de la France , pour laquelle vous
avez été envoyés. »
Un Préopinant a dit , que le Peuple n'auroit
aucune crainte , s'il voyoit l'Assemblée
travailler à la Constitution , et qu'il étoit done
indifférent d'insister , ou non , sur le renvoi
des troupes.
Un second a déclaré , qu'il étoit de la dignité
de l'Assemblée nationale de ne pas
souffrir qu'elle fût entourée de l'appareil de
la guerre.
Un troisième s'est opposé à la Motion de
M. de Mirabeau ; il a proposé de s'en tenir
à l'arrêté de la veille , attendu que les décrets
de l'Assemblée Nationale devoient être
Irrévocables .
Cette
(1)
Cette discussion a éte interrompue par M.
le Vicomte de Noailles qui arrivoit de Paris ,
et avoit été le témoin des malheurs qui affligeoient
cette ville . « J'ai vu , dit- il , la Bourgeoisie
de Paris en armes , dirigée dans sa
discipline par les Gardes-Françoises , l'Hôtel
des Invalides investi , ses canons et dépôt
d'armes enlevés : toutes les familles nobles
sont obligées de se renfermer dans leurs maisons
; on dit la Bastille prise d'assaut , et son
Gouverneur, M. de Launay, qui avoit fait tirer
le canon sur les Citoyens , égorgé. »
Ce cruel récit produisit la plus terrible im
pression sur l'Assemblée.
M. de Mirabeau proposa de rédiger sur-lechamp
un arrêté ou une adresse au Roi , pour
lui être présenté dans la soirée. Les démarches
, ajouta- t-il , ne pouvoient être que
très-etlicaces; il falloitdonc envoyer une Députation
très-nombreuse à Paris , afin de sauver
les Citoyens honnêtes qui pouvoient être
compromis.
M. Barnave dit , que les braves Citoyens
de Paris avoient pensé que l'établissement de
la Milice Bourgeoise étoit le seul moyen de
calmer le Peuple ; que ces mêmes Citoyens
s'étoient portés aux Invalides pour avoir des
armes , et que par conséquent on ne devoit
craindre aucun mouvement incendiaire ; et
quecequivenoit de se passer, étoitune preuve
que les troupes étoient inutiles. On voyoit en
ce moment deux forces en présence l'une de
l'autre , les Citoyens de Paris et l'armée. Une
pareille situation ne pouvoit se prolonger : if
falloit donc insister sur le renvoi précipité des
troupes;et l'Assemblée en corps devoitse transporter
chez le Roi, ou du moins y renvoyer une
Supplément au N°. 30. :
a
(2)
Députation fort nombreuse , pour solliciter
ce renvoi.
Un Préopinant Noble a déclaré qu'on devoit
considérer deux objets : 1 °. le grand
ordre à mettre dans les délibérations et declarations
de l'Assemblée. 2°. De prouver au
Roi le patriotisme et la fidélité des Citoyens.
11. a voté pour que l'Assemblée envoyât une
Députation ordinaire au Roi , accompagnée
deM. le Vicomte de Noailles , pour lui rendre
compte des scènes effrayantes dont il avoit
été le témoin.
Un Membre du Clergé a observé qu'ilfalloit
dire au Roi , que Paris étoit sous les armes;
quetoutes les provinces pourroient dans lepremier
moment de la consternation , prendre
la résolution de venir au secours des Députés ,
et que malheureusement , il y auroit beaucoup
de sang répandu. Il a fini par pronver
que la présence des troupes étoit aussi funeste
pour les provinces que pour Paris .
M. Target déclara qu'il falloit envoyer
sur-le-champ une Députation chez le Roi ,
et charger M. le Président de demander à Sa
Majesté le renvoi des troupes , conformément
à l'Arrêté de la yeille .
M. le Président demanda que la Députation,
qui devoit aller à Paris la veille , se ren
dit aussi-tôt chez le Roi .
Cette proposition fut acceptée. Je
M. L'Evêque d'Autun proposa un Arrêté,
pour approuver la conduite des Citoyens de
Paris , rétablir le calme , demander le renvoi
des troupes , etc.
Plusieurs expressions ont occasionné une
grande rumeur.
M. L'Evêque d'Autun lut de nouveau sa
( 3 )
Motion après y avoir fait des changemens .
Elle fut applaudie et acceptée . La voici :
«L'Assemblée nationale désirant par-dessus
tout la tranquillité publique , et considérant
qu'elle doit être rétablie par la formation
de la Milice Bourgeoise', qui existe dans .
la Capitale , a Arrêté que le Roi seroit de
nouveau conjuré d'éloigner les troupes dont
la présence est la cause principale du désordre
, et qui , présentant le contraste d'une
force Militaire qui effraye le Peuple , et d'une
force civique qui le rassure , semble mettre
en opposition les droits de l'autorité et ceux
des Citoyens. En conséquence , la méme
Députation retournera vers le Roi , et emploiera
les moyens les plus pressans pour
le renvoi des troupes. »
M. L'Archevêque de Vienne s'étant rendu
au Château , à la tête d'une nombreuse Députation
, entra chez le Roi à neuf heures
du soir. Cette Audience fut longue , et l'attente
cruelle. L'incertitude du sort de la
France répandoit les plus vives alarmes. Enfin
à dix heures , M. l'Archevêque apporta la
Réponse du Roi conçue en ces termes :
<<Je me suis sans cesse occupé de toutes
les mesures propres à rétablir la tranquillité
dans Paris. J'avois , en conséquence , donné
ordre au Prévôt-des - Marchands de se rendre
ici , pour prendre les dispositions nécessaires .
Instruit depuis de la forination de la Garde
Bourgeoise , j'ai donné ordre à des Officiers
Généraux de se mettre à la tête de cette
Garde , afin de l'aider de leur expérience , et
de seconder le zèle des bons Citoyens . J'ai
également ordonné que les troupes qui sont
au Champ de Mars , s'écartent de Paris. Les
inquiétudes que vous me témoignez sur les
aij
(4)
désordres de cette ville , doivent être dans
tous les coeurs , et affecient vivement le
mien. >>>
Tandis que la Députation étoit chez le
Roi , l'Assemblée nationale gémissoit des
malheurs dont une Députation des Electeurs
de Paris venoit de lui faire part ; elle lui
confirma que la Bastille venoit d'être prise
d'assaut. Elle présenta à l'Assemblée l'Arrêté
suivant :
« Le Comité-Permanent de la sûreté publique
, assemblé à l'Hôtel-de-Ville , a arrêté
qu'il seroit en correspondance journalière avec
P'Assemblée nationale , et de députer M.
Ganilh, Avocat au Parlement, etM. BancalDesissarts
, ancien Notaire à Paris , tous deux
Electeurs de la Ville , et Membres du Comité :
< A l'effet de peindre à l'Assemblée nationale
l'état affreux où est la ville de Paris , les
malheurs arrivés aux environs de la Bastille ,
l'inutilité des Députations qui ont été envoyées
par le Comité au Gouverneur de la
Bastille , avec un tambour et un drapeau pour
y porter des paroles de paix , et demander
que le canon ne soit point dirigé contre les
Citoyens; la mort de plusieurs Citoyens tués
par le feu de la Bastille , la demande faite
parune multitude de Citoyens assemblés , d'en
faire le siège. »
« Les massacres qui peuvent en être la
suite; et de supplier l'Assemblée nationale de
vouloir bien peser dans sa sagesse , le plus
promptement possible , le moyen d'éviter à
la ville de Paris les horreurs de la guerre
civile. >>
<<Enfin , d'exposer à l'Assemblée nationale
que l'établissement de la Milice Bourgeoise ,
et les mesures prises hier , tant par l'Assem
1 ( 5 )
blée des Electeurs que par le Comité , ont
procuré à la ville une nuit plus tranquille
qu'elle n'avoit lieu de l'espérer , d'après le
nombre considérable de particuliers qui s'étoient
armés le dimanche et le lundi , avant
Pétablissement de ladite Milice ; que par le
compte rendu par différens districts , il est
constant que le nombre de ces particuliers
ont été désarmés et ramenés à l'ordre par la
Milice Bourgeoise. » 1
Fait au Comité, le 14 Juillet 1789 .
La consternation fut encore augmentée par
le récit de M. le Baron de Vens , qui arrivoit
de Paris. Ce Député fit le tableau le plus
touchant du spectacle affreux dont il avoit été
le témoin , et rendit compte du danger qu'il
avoit couru. Le Peuple , en le conduisant à
l'Hôtel-de-Ville , lui fit voir les corps sanglans
de MM. de Flesselles et de Launay ,
en le menaçant de l'immoler à l'instant même.
L'Assemblée résolut aussitôt d'envoyer
une seconde Députation au Rei , présidée par
M. l'Archevêque de Paris. Elle se rendit vers
onze heures chez le Roi , pour insister derechef
sur le renvoi des troupes .
Une demi - heure après , M. l'Archevêque
de Paris rapporta à l'Assemblée que la Députation
étoit entrée chez le Roi , qui se trouvoit
avec MONSIEUR et M. Comte d'ARTOIS ;
que le Roi avoit paru fort touché des malheurs
que l'Assemblée des Electeurs de Paris
avoit peint dans leur Procès-verbal ; et que Sa
Majesté lui avoit fait la réponse suivante :-
" Vous déchirez de plus en plus mon coeur;
par le récit que vous me faites des malheurs
de Paris. Il n'est pas possible de croire que
les ordres que j'ai donnés aux troupes en
aj
(6 )
soient la cause. Je n'ai rien à changer à la
réponse que je vous ai déja faite. »
L'Assemblée , plongée dans la plus vive
amertume , ne savoit que répondre à l'Assemblée
des Electeurs ; elle résolut enfin de
leur, envoyer les réponses du Roi , qui ne
pouvoient rassurer la ville de Paris . C'est dans
cet état d'incertitude et de douleur que l'Assemblée
a passé la nuit , sous la Vice-Présidence
de M. le Marquis de la Fayette , qui
avoit déja siégé la nuit précédente .
A deux heures et demie du matin Μ..
Lecointre , Négociant de Versailles , et Electeur
de cette ville , est venu annoncer que
les troupes du Champ-de-Mars avoient évacué
le camp , et étoient à Sèvres ; qu'il avoit
eru devoir partir de ce bourg , où il étoit ,
pour en apporter la nouvelle à l'Assemblée .
Il a été remercié de son zèle , et l'Asseinblée
a vu avec plaisir cette exécution des
ordres annoncés par le Roi dans sa première
réponse.
ASSEMBLÉE NATIONALE .
( Le Roi ayant sanctionné cette dénomination
dans la Séance dont on va
lire le rapport , nous supprimons dès ce
moment le terme d'ÉTATS -GÉNÉRAUX.)
Du 15 Juillet. M. le Comte de Custines
ademandé la parole le premier , et a proposé
une Adresse au Roi , pour détromper Sa
Majesté , l'instruire de tout , et la supplier
'éloign er d'elle tous conseils dangereux.
( 7 )
M. le Marquis de Sillery en a proposé une
seconde , qui a paru remplir le voeu d'une
partie de l'Assemblée. On y a remarqué cette
phrase : Les François adorent leur Roi , mais
ils ne veulent pas avoir à le redouter.
M. Pison du Galland a proposé de joindreà
l'adresse de M. de Sillerý plusieurs phrases
de celle de M. de Custines .
M. Dandré a dit qu'il falloit agir , et non.
discourir ; qu'on devoit aller sans délai vers
le Roi.
1
M. de Marguerites a déclaré qu'il convenoit
de faire au Roi une députation nombreuse,
pour l'engager à se rendre lui -même à l'Assemblée
: Là , nous toucherons le coeur du Roi ,
et le salut public est assuré.
Plusieurs Membres ont proposé de ne demander
que l'éloignement des troupes , le renvoi
des Ministres , et la libre communication
entre le Roi et l'Assemblée nationale.
M. le Président a nommé une députation
pour se rendre chez le Roi. Cette Députation
sortoit de la salle , quand M. le Duc de Liancourt
l'a arrêtée , en annonçant que le Roi
venoit siéger , et apporter les meilleures dispositions.
Cette nouvelle a causé , dans l'Assemblée
, un transport de joie inexprimable.
Un MembredelaNoblesse a dit : La Nation
est dans un deuil légitime ; nous attendons
notre Souverain, nous lui devons toujours
tous nos respects ; mais je vous supplie MM. ,
de vous interdire tout signe de reconnois-
C'estdans le silence que
nous dévons recevoir le Roi ; nous devons
croire qu'il nous apporté des paroles de
paix
sance ....
Un autre s'est écrié : Nous sommes Fran-
1
(8 )
sois; ne consultons que nos coeurs pour rece
voir notre Roi .
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a prononcé
ces mots: LAssemblée législative n'applaudit
pas , et les Membres qui la composent
doivent suivre l'impulsion de leurs coeurs.
L'Assemblée doit être dans le calme le plus
grand , et le silence le plus profond.
" Attendons , a dit un Préopinant , attendons
que le Roi nous fasse connoître les
bonnes dispositions qu'on nous annonce de
sa part. Le sang de nos frères coule à Paris.
- Cette bonne ville est dans les horreurs
des convulsions , pour défendre sa liberté,
pour défendre la nôtre; et nous pourrions
nous abandonner à quelque alégresse avant
de savoir qu'on va rétablir dans cette Capitale
, le calme , la paix et le bonheur ! "
« Les circonstances où le Roi se rend ici,
a répondu M. Mounier , ne nous font pas
craindre une Séance Royale ; livrons - nous
donc à la joie , et an sentimens de nos
coeurs . »
Un Préopinant s'est écrié : Le calme senl
doit marquer la dignité de cette Assemblée.
M. Pison du Galland a demandé avec force
la fin de cette discussion , qui étoit indigne
de l'Assemblée.
M. Le Marquis de Brézé est entré , et a
annoncé que le Roi alloit se rendre dans la
salle.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a la
le Procès-verbal de l'Assemblée de la Noblesse
de Villers-Coterets , qui annulle les
pouvoirs impératifs de son cahier , et donne
toute liberté à M. le Comte de Barbançon,
son Député.
( 9 )
On a fait la lecture des Adresses de Nîmes ,
et de Seunes en Bourgogne.
M. Barnave a proposé à l'Assemblée de
permettre à M. le Président et à MM. les
Secrétaires , de parler au Roi , pour lui faire
connoître la vérité. L'Assemblé a acquiescé à
cette demande.
Une nombreuse Députation accompagnée
du Président , s'est rendue à la grille des
Menus- Plaisirs , pour y attendre le Roi. Elle
est entrée vers 11 heures . Le Roi a paru dans
la Salle , avec MONSIEUR et Monseigneur
Comte d'ARTOIS , sans garde , sans cortège ,
et sans Ministres. Il s'est arrêté à quelques
pas de la porte , ayant devant lui toute l'Assemblée;
debout et découvert , il a prononcé
avec une dignité paternelle , le Discours suivant
, aussitôt aprés que les cris de Vive le
Roi ont cessé.
MESSIEURS ,
« Je vous ai assemblés pour vous consulter
sur les affaires les plus importantes de l'Etat;
il n'en est pas de plus instantes , et qui affectent
plus sensiblement mon coeur , que les
désordres affreux qui regnent dans la capitale.
Le Chef de la Nation vient avec confiance
au milieu de ses Représentans leur témoigner
sa peine , et les inviter à trouver les moyens
de ramener l'ordre et le calme . »
"Je sais qu'on adonné d'injustes préventions;
je sais qu'on a osé publier que vos personnes
n'étoient point en sûreté . Seroit-il donc nécessaire
de rassurer sur des bruits aussi con
pables , démentis d'avance par mon caractèfe
connu ? »
<<Eh bien ! c'est moi qui ne suis qu'un avec
ma Nation ; c'eſt moi qui me fie à vous
وک
av
(10 )
Aidez-moi dans cette circonstance à assurer
le salut de l'Etat. Je l'attends de l'Assemblée
Nationale. Le zèle des Représentans de mon
Peuple , réunis pour le salut commun , m'en
est un sûr garant ; et comptant sur l'amour
et la fidélité de mes Sujets , j'ai donné ordre
aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles
. Je vous autorise et vous invite même
à faire connoître mes dispositions à la
capitale.>>
Le Roi , en prononçant ce Discours , a été
interrompu trois fois par les plus fortes acclamations.
M. le Président lui a réponde. Ce Prélat a
d'abordjustifié, par l'extrême amour des François
pour leur Roi , ce que l'éclat et l'ardeur
des applaudissemens pouvoit avoir de contraire
au respect dû à la Majesté Royale. It
a remercié le Roi , au nom de l'Assemblée, des
paroles de paix qu'elle venoit d'entendre ;
lui a témoigné sa vive satisfaction de l'assurance
que Sa Majesté venoit de donner du
prompt éloignement des troupes , et l'a assuré
de, l'empressement avec lequel une Députation
se porteroit à rassurer les Habitans
de cette ville , en leur annonçant le témoignage
consolant de ses bontés. Il a ajouté
que quoique l'Assemblée ne se croie pas permis
d'attenter aux droits du Monarque , pour
la composition de ses Conseils , il ne pouvoit
lui dissimuler que le renvoi de quelques
Ministres chers à la Nation , étoit la 'principale
cause des troubles , et il a fini par demander
au Roi une communication toujours
libre,toujours immédiate avec sa personne .
Sa Majesté a répondu à ce Discours : « La
communication entre l'Assemblée et moi
V
(и )
1
sera toujours libre .
«jamais de vous entendre. »
Je ne refuserai
Aussitôt Sa Majesté s'est retirée : l'Assemblée
entière s'est précipitée à sa suite ;
et sans avoir eu le moment de se concerter ,
tous les Membres ont eu chacun en mêmetemps
l'idée de composer son cortège depuis
la Salle,jusqu'au Château. Le Roi a fait ce
trajet à pied , entouré des trois Ordres confonduset
au travers d'une multitude immense
qui , par ses cris de vive le Roi , exprimoit
son alégresse ."
Après sa rentrée au Château , Sa Majesté
a paru sur le balcon , avec la Reine tenant
M. le Dauphin , Pet les rinces et Princesses
de sa Maison; les acclamations et les transports
du Public ont recommencé.
Le Roi s'est rendu peu après dans la Chapelle
, pour rendre graces à Dieu , et entendre
le Te Deum. Il y a reçu un nouveau témoignage
de l'amour de son Peuple , par des cris
de joie et une acclamation universelle.
L'Assemblée s'est formée de nouveau vers
les deux heures. MM. les Gardes - du - Corps
ont prie l'Assemblée nationale de leur permettre
de servir à la Députation de Garde
d'Honneur. Mais d'après les observations de
plusieurs Membres , il a été arrêté que MM.
les Gardes du Roi , seroient solemnellement
remerciés , et qu'il seroit fait mention de
leur offre patriotique dans le Procès -verbal
de l'Assemblée.
L'Assemblée Nationale a arrêté sur-lechamp
une grande Députation à l'Assemblée
générale des Electeurs réunis à l'Hôtel -de-
Ville , pour y aller porter cette nouvelle si
heureuse à-la-fois , et si glorieuse pour laNation
Françoise,
く
a vj
( 12 )
MM. les Députés , nommés pour cette Dé
putation, au nombre de plus de 80 Membres ,
sont partis aussitôt , et sont descendus aux
Tuileries à quatre heures un quart; de-lå ils
ont traversé la ville à pied , entre deux haies
de Soldats et Gardes Bourgeoises , aux acclamations
continues d'un peuple immense
criant : Vive la Nation ! Vive le Roi! Ils sont
entrés dans la grand'Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Lorsqu'ils ont été placés , M. le Marquis de
la Payette, présidant la Députation , a pris
la parole , et a prononcé un discours pour
annoncer celui du Roi à l'Assemblée Nationale
, dont il a fait la lecture. Le Roi a été
trompé , a- t- il dit, mais il ne l'est plus ; il
connoît nos malheurs , Messieurs , et il les
connoît pour empêcher qu'ils ne se reproduisent
jamais. En venant porter de sa part , à
son peuple , des paroles de paix , j'espère ,
Messieurs , lui rapporter aussi la paix dont
son coeur a besoin.
M. l'Archevêque de Paris a fait ensuite un
Discours succinct , qu'il a terminé par inviter
l'Assemblée à un Te Deum , qui alloit être
chanté en actions de graces .
M. de Lally- Tolendal a parlé avec beaucoup
d'étendue et de chaleur; il a dit entre
autres : «Vos réclamations étoient justes :
-votre Monarque avoit méconnt-run moment
« les sentimens de la Nation qu'il a l'honneur
et le bonheur de commander ; et il a fini
par ces mots , qui ont été applaudis avec
transport : Vive la Nation ! vive le Roi!
vive la Liberté! »
M. le Comte de Clermont - Tonnerre s'est
étendu ensuite sur le même sujet: il a dit àpeu-
près : On a vu des soldats égarés peut-être
unmomentsous les drapeaux du patriotisme...
( 13)
Tout doit-être oublié ; il n'y a pas de pardon
àdemander où il n'y a pas en de coupables ....
Les Soldats de la liberté ne peuvent pas être
des déserteurs Il apeint la fidélité du Peuple
François , haïssant les agens du despotisme ,
mais adorant son Roi ; et il a fini par faire
un tableau touchant de la scène dont Versailles
a été témoin ce matin. Nous l'avons
porté dans nos bras , a-t-il dit , en parlant
du Roi , de notre Salle jusqu'à son Palais ;
et ces deux édifices, séparés par un assez grand
intervalle , étoient réunis par un Peuple immense
, remplissant l'air de ses cris d'alégresse
et de bénédictions .
M. Moreau de S. Mery , présidant l'Assemblée
générale des Electeurs , a prononcé
aussi un discours dans lequel on a remarqué
particulièrement une invitation aux Citoyens
de Paris d'oublier les fautes de ceux qui ont
pu manquer aux devoirs que leur imposoit
la Patrie , de pardonner même à ceux qui
ont eu le malheur de verser le sang de leurs
Concitoyens : C'est au moment , a-t-il ajouté ,
du triomphe de la liberté , qu'il convient
d'être généreux; les coupables seront assez
punis , en nous voyant jouir du bien dont
'ils vouloient nous priver.
M. le Marquis de la Fayette, qui avoit
été le matin nommé à l'unanimité Commandant-
Général de la Milice Parisienne , a été
alors proclamé par un cri général : il a voulu
parler; mais ne pouvant se faire entendre ,
il a tiré son épée qu'il a baissée devant
l'Assemblée , en signe de remerciment.
Un cri général a aussi proclamé M. Bailly,
Prévôt des Marchands,
Le tempset l'espace nous manquent
4
(14)
pour donner le Journal des Séances
suivantes : celles qui précèdentauroient
peut-être exigé encore de plus grands
développemens. Nousjoindrons au rapport
de la semaine prochaine , celui des
Séances de jeudi , vendredi et samedi.
Elles ontpourobjet principal lademande
du renvoi des Ministres nommés dimanche
dernier, et le rappel de M.
Necker.
Dans la Séance du Jeudi , la Majorité de la
Nobleffe & la Minorité du Clergé ont levé leurs
proteſtations & réſerves contre la réunion commune,
maintenant abſolument conſolidée. Le temps
de la Préſidence de M. l'Archevêque de Vienne
étant expiré , l'Aſſemblée lui a donné pour fucceffeur,
dans cette auguſte fonction , M. le Duc de
Liancourt , élu àla pluralité de 600 voix fur 800.-
Pour la suite des évènemens , voyez
l'article de Paris .
DeParis, le 23 juillet.
:
Samedi 11 , à deux heures et demi ,-
M. Necker reçut , par M. de la Luzerne,
l'ordre du Roi de s'éloigner sans délai de
la Cour et du royaume. Ce Ministre, dans
lasoirée, monta en voiture, et pritlaroute
de Paris ; de Sèvre il se fit conduire à sa
campagne de Saint-Ouen , d'où il partit
le dimanche matin pour Bruxelles. L'on
apprit le même jour , que M. le Comte
deMontmorin, MM. de Puységur, de
la Luzerne et de St. Priest avoient éga-
190.
(15)
lement quitté le Ministère et le Conseil :
cette révolution porta aux places vacantes
, M. le Baron de Breteuil , en
qualité de Président du Conseil des Finances
; M. le Duc de la Vauguyon ,
au Ministère des Affaires Etrangères ;
M. le Maréchal de Broglie , à celui de
la Guerre , M. Foulon lui étant adjoint
pour l'administration : quelques autres
nominations moins importantes parvinrent
au même instant à la connoissance
du Public.
A peine cette nouvelle fut-elle sue à
Versailles et à Paris , que la fermentation
devint extrême dans tous les esprits : on
la rapprocha de l'arrivée des troupes qui
circonscrivoient Paris et Versailles , des
préparatifs menaçans qui se faisoient autour
de nous , et au nombre desquels se
trouvoit , snivant le bruit public , celui
de trains considérables d'artillerie arrivés
de Douay. Un placard affiché
ici le dimanche matin , avoit annoncé
que les précautions militaires n'avoient
pour objet que la tranquillité
publique. Cependant , le régiment de
RoyalAllemand et un Corps de Suisses
arrivèrent le soir même à la place de
Louis XVet aux Champs-Elysées . Les
Cavaliers du premier de ces Corps se
fusillèrent , sur le boulevard , avec les
Gardes-Françoises ; ils forcèrent le jardin
des Tuileries , le sabre à la main. La
nuit du dimanche au lundi faisoitcraindre
1
( 16)
les plus sinistres évènemens : Paris se
trouvoit entre une armée à ses portes ,
et la foule de gens sans aveu , qui pouvoient
profiter de cette crise terrible ,
pour se livrer à toute espèce de désordres.
On fut instruit le lundi de l'inutilité du
zèle, des efforts patriotiques, desinstances
redoublées de l'Assembléenationale,pour
obtenir l'éloignement des troupes. Les
Citoyens , universellement pénétrés du
danger public , et des devoirs qu'il leur
imposoit , s'assemblèrent dans tous les
Districts. Par- tout on sonna le tocsin ;
par - tout on prit les seules armes qui
fussent dans la ville: les Patrouilles Bourgeoises
se répandirent dans les divers
quartiers , saisirent les armes du Garde-
Meuble , visitèrent les différens lieux où
l'on espéroit d'en trouver.
Ces premiers mouvemens , nécessairement
irréguliers , furent bientôt suivis
d'une Police intérieure , bien organisée ,
et qui sauva la Capitale des horreurs de
tout genre dont elle étoit menacée. Un
même zèle embrasoit tous les coeurs ,
sansnuire à la vigilance et à l'ordre nécessaires
. Les Electeurs formèrent une
Assemblée générale à l'Hôtel-de -Ville.
en se réunissant au Corps Municipal ; ils
formerent sur-le-champ la Milice Parisienne
; 48000 Citoyens s'enregistrèrent
le même jour; les 60 Assemblées de Dis-
,
( 17 )
tricts l'incorporèrent en bataillons et en
Compagnies régulières. L'Assemblée de
l'Hôtel-de- Ville établit , de son côté , un
Etat-Majoret un Comité de sûrete permanent.
La réponſe dela Cour , du 13 , avoit augmenté
la fermentation populaire & les alarmes, a plupartdes
courriers de dépêches furent arrêtés le 14,
&'eurs lettres ſaiſies.On crut y entrevoir de nouveaux
ſujetsdedéfiance générale ; alors une foule de
Citoyens ſe rendit aux Invalides , &fomma le Gouverneur
de lui donner des armes. Sur ſon refus ,
on les enleva , ainſi que des canens , qui furent
conduits en ville. La veille on s'étoit emparé
de toutes les armes qui s'étoient trouvées chez les
Armuriers , ainſi que d'un bateau chargé de
poudre fur la rivière; dans pluſieurs Eglifes , lieux
d'Afſemblée pour les Districts , des ouvriers furent
employés à faire des balles.
Il reſtoit encore des hommes à armer : le bruit
s'accrédita que la Baſtille renfermoit des armes &
des poudres; le peuple s'y porta avec une Lettre
du Prévôt-des- Marchands . La porte de ce châ
teau fut ouverte à environ 40 Citoyens , qui y
entrèrent. Apeine y furent- ils , que le pont-levis
fut levé,& on entendit une fufillade en- dedans.
La fureur du peuple ne ſe poſſéda plus ; it enfonça
les portes , faiſit leGouverneur &le Major ,
les traîna l'un & l'autre , au milieu des traitemens
les p'us ſévères , ſur la place de Grève , où ils
furent maſſacrés. Leurs têtes furent couples &
miſes au bout de deux piques:elles furent portées
avecdes écriteaux dans toutes les rues de Paris . La
Baſtille fut confiée à la Garde Bourgeoiſe , qui
ſehâța de délivrer les prisonniers , en petit nombre.
Cependant le Comité-Permanent étoit toujours
aſſemblé à l'Hôtel - de-Ville : on n'avoit appris
A
(18 )
:
aucun changement dans les difpofirions du Miniſtère
, & les soupçons s'accroiffoient contre la
lenteur de la correſpondance du Prévôt-des-Marchands
avec la Cour. Ce Magiftrat fortit le 14 au
foir de l'Hôtel- de-Ville. En paſſant ſur laplace de
Grève, un homme lui, caſſa la têre d'un coup de
piſtolet ,& au même inſtant, il fut poignardé par la
multitude. Ces évènemens rapides& épouvantab'es
furent bientôt mandés à la Cour; & comme on
igroroit encore le parti qu'elle prendroit , la Garde
bourgeoiſe redoubla de précautions pour furveiller
les vagabonds qui ſe mêlent toujours dans
les tumultes , & pour fortifier ſes poſtes. La nuit
du 14 au 15 fut aſſez tranquille : les ſoldats de
cinq bataillons des Gardes-Françoiſes , beaucoup
de Suiſſes , & un affez grand nombre de ſoldats ,
Cavaliers , Dragons qui entouroient la Capitale,
avoient joint la Milice Bourgeoiſe..
Le mercredi , immédiatement après
la déclaration du Roi à l'Assemblée Nationale
, un grand nombre de Députés
partirent pour Paris , et se rendirent à
'Hôtel- de-Ville , où ils informèrent le
Comité- Permanent des intentions de
Sa Majesté ; ils annoncèrent qu'Elle
avoit nommé , en qualité de Maire de
la Ville de Paris , M. Bailly , ci-devant
Président de l'Assemblée Nationale
; que M. le Marquis de la Fayette
étoit désigné Commandant -général de
la Milice Bourgeoise , et M. le Vicomte
deNoailles , Major-général de l'Hôtelde-
Ville. Les Députés se rendirent à
Notre-Dame où il fut chanté un Tę
Deum en action de graces.
(19)
Le jeudi 16 , à 9 heures du soir , l'Assemblée
générale des Electeurs de Paris
reçut une Lettre adressée à M. le Marquis
de la Fayette , ou au Comité-Permanent
de la Ville , par M. le Comte
de Clermont- Tonnerre , l'un des Secrétaires
de l'Assemblée Nationale. Cette
Lettre renfermoit l'extrait de la Lettre
suivante de M. le Maréchal de Broglio
à l'Assemblée Nationale .
A Versailles , ce 16 Juillet 1789.
«J'ai l'honneur de vous prévenir que Sa Majeſté
, qui m'avoit appelé auprès de ſa perſonne ,
pour me charger du commandement des troupes
qu'Elle avoit fait approcher de fa Capitale, m'al
donné ordre de les faire partir pour retourner
dans leurs garniſons reſpectives ; et qu'en conféquence,
le Roi a fait expédier des ordres , pour
que les régimens qui font ici , à Sèvres & à Saint-
Cloud,en partent demain 17 pour ſe rendre à
Saint - Denis , & y remplacer ceux qui y font
réunis , leſquels reprendront auſſi demain 17 , les
routes qu'ils avoient tenues pour venir de différentes
frontières. Les troupes qui arriveront demain
17 à Saint-Denis , en partiront le 18 pour
retourner de même dans leurs garnisons. »
Le soir du même jour, on apprit que
les nouveaux Ministres , ainsi que MM.
de Barentin et de Villedeuil avoient
donné leurs démissions , que le rappel de.
M. Necker étoit décidé , et que Sa Maj.
lui avoit écrit à ce sujet.
Le vendredi 17 , le Roi , déterminé à ſe rendre
aux défirs, des Habitans de Paris partit de
,
م
(20 )
Verſailles entre dix & onze heures du matin ,
ayant dans ſa voiture MM. le Duc de Villeroy ,
le Maréchal de Beauvau , le Duc de Villequier ,
& le Come d'Estaing. Douze Gardes-du-Corps
le précédoient : mais il eut pour eſcote ſept
àhuit cents Habitans de la Garde Bourgeoiſe
de Versailles , qui le conduifurent juſqu'au Pointdu-
Jour , à une demi-lieue environ au-delà de
Sèvre. Là , Sa Majesté trouva la Garde Bourgeoiſe
de Paris , qui l'accompagna jusqu'à l'entrée
de la Capitale. Il étoit alors trois heures ;
la marche avoit été lente , parce que le Roi ,
pour ne pas fatiguer ſon eſcorte , avoit donné
ordre qu'on allât au pas. Il fut reçu par le
Corps Municipal; & M. Bailly , en fa qualité
de nouveau Prévôt-des-Marchands lui adreſſa le
Difcours fuivant :
SIRE,
«J'apporte à Votre Majesté les clefs de fa
«benne ville de Paris : ce ſont le mêmes qui
«ontéré préſentées à Henri IV; il avoit reconquis
« fon Pouple; ici c'eſt le Peuple qui a reconqu's
« fonRoi. »
«Votre Majeſté vient jouir de la paix qu'Elle
a a rétablie dans ſa Capitale ; Elle vient jouir
«de l'amour de ſes fidèles Sujets. C'eſt pour leur
«bonheur que Votre Majesté a raſſemblé près
d'E'le les Repréſentans de la Nation, & qu'Elle
« va s'occuper avec eux à pofer les baſes de la
«liberté&de la proſpérité publiques. Quel jour
<<mémorable que celui où Votre Majesté eſt ve-
« nue fiéger en père au milieu de cette famille
« réunie , où Elle a été reconduite à fon palais
«par l'Aſſemblée nationale entière , gardée par
«les Repréſentans de la Nation , preffée par un
<<Peuple immenſe ! Elle portoit dans ſes traits au(
21 )
« guſtes l'expreſſion de la ſenſibilité &du bon-
« heur , tandis qu'autour d'Elle on n'entendoit
«' que des ac lamaticus de joie , on ne voyoit que
« des larmes d'attendriſſement & d'amour. Sire ,
" ni votre Peuple , ni Votre Majesté n'oublieront
<<<jamais ce grand jour : c'eſt le plus beau de la
<<Monarchie; c'eſt l'époque d'une alliance auguſte
«& éternelle entre le Monarque & le Peuple.
« Ce trait eſtunique , il immortaliſe Votre Ma-
«jeſté. J'ai vu ce beau jour; & comme fi tous
«les bonheurs étoient faits pour moi , la pre-
« mière fonction de la place où m'a conduit le
<< voeu de mes Concitoyens , eſt de vous porter
« l'expreſſion de leur reſpect& de leur amour. »
SaMajesté a continué la marche juſqu'à l'Hôteldc-
Ville , entre deux haies de la Milice Pariſienne,
précédée& ſuivie d'un détachement , tant
à pied qu'à cheval , de cette Milice. La Députation
de l'Aſſemblée nationale , compoſée des Députés
des trois Ordres , entouroit ſa voiture. Le
Roi eſt arrivé , au bruit des canons , à l'Hôtel-de-
Ville , vers les quatre heures & demie , & eſt
entré dans la grande Salle , où il s'eſt placé ſur
fon Trône. M. Bailly lui a préſenté une cocarde
ſemblable à celles que portent tous les Citoyens ,
&Sa Majesté a bien voulu la recevoir.
Nous attendrons d'avoir ſous les yeux le Procèsverbal
de cette Séance mémorable , pour la faire
connoîtreplus en détail à nos Lecteurs , ainſi que
les Difcours qui ont été prononcés. Tout ce que
nous rapporterons aujourd'hui , ce ſont les paroles
de Sa Majesté : Mon Peuple peut toujours compter
furmon amour. Elle s'eſt montrée, par une ferêtre,
à une foule immenſe qui rempliſſoit la place de
Grève Les cris de Vive leRoi ont retenti de toutes
parts,& ont été répétés de même ſur ſon paflage,
pendant ſon retour à Verſailles .
( 22 )
Depuis ce moment , le calme et l'alégresse
ont régné dans tous les coeurs.
Depuis la prise de la Bastille , on travaille
sans relâche à la démolition de ce
château , si long-temps l'objet de l'effroi
public. La circulation est rétablie , les
portes sont ouvertes , les voitures ont le
passage libre , et les travaux reprennent
leur cours ordinaire. On ne sauroit trop
célébrer les sages dispositions , l'activité
et le zèle du Comité de sûreté , non plus
que l'enthousiasme général avec lequel
tous les Citoyens se sont empressés de
concourir aux mesures nécessaires , et
la régularité qui a régné au milieu de
ces momens horribles qui menaçoient la
Capitale de sa subversion .
Lettre au Rédacteur.
«Monfieur ,
Paris,le 19Juillet 1789 .
上
«En ouvrant le Mercure de France du ſamedi
11 Juillet , No. 28 , pag. 67 , je lis ce mots :
« MM. le Comte de Toustain , de Viré & de
« Menonville, Députés de Mirecourt , ont déc'aré
«ne pouvoir délibérer par tête , ainſi que MM.
« le Marquis de Montdor , le Chevalier de Boiffe ,
« le Marquis de Loras & Deschamps , Députés
« de Lyon. >>
Π
(23 )
<<Ce fait eſt abſolument inexact , en ce qui me
concerne; le 27 Juin , avant que la Lettre du Roi ,
qui engagea les Ordres à ſe réunir , fût connue
de la Chambre de la Nobeſſe , je fis une trèslongue
Motion dont l'objet étoit de déterminer
l'Ordre à paſſer en corps dans la Salle de l'Afſemblée
nationale; après avoir invité la Minorité
du Clergé à faire la même démarche , je déclarai
précisément que je ne regardois point mon
mandatcomme impératif,& que j'allois me réunir
à l'Aſſemblée nationale , & voter par tête ; j'ai
fait imprimer cette Motion , & j'ai l'honneur de
vous en adreſſer un exemplaire. »
« MM. mes Collègues ont , à la vérité , déclaré
, le 30 , qu'ils s'abſtiendroient d'opiner , juſqu'à
ce qu'ils euſſent reçu de nouveaux pouvoirs,
&ils ont ſigné cette Déclaration ; mais bientôt
après , interprétant leur mandat , commeje l'avois
fait dès le 27 Juin, ils ont voté ,& nous avons
réuni nos fuffrages. »
« Je vous prie , Monfieur , d'inférer cette Lettre
dans le prochain Numéro du Mercure. >>
DESCHAMPS , Député de la Nobleſſe du
Lyonnois.
Cette réclamation est parfaitement légitime
, et conforme à celle qui nous
a été adressée par la Noblesse de la Sénéchaussée
de Lyon , ainsi qu'à son
cahier , qui laissoit aux Députés la liberté
de consentir la délibération par
tête , si des circonstances impérieuses
les y obligoient.
(24)
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 juillet
1789 , sont : 11 , 12 , 48, 72, 82.
DE FRANCE ,
=
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ;
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions &Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles;
les Causes célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 JUIN 1789 .
A PARIS ,
An Bureau du Mercure , Hôtel de Thou
rue des Poitevins , Nº . 18 .
Avec Approbation, & Privilége du Ron
TABLE
Du mois de Mai 1789.
PIECES IECES FUGITIVES .
Traduction.
Vers.
Louis XIV.
Eirennes.
3 Caroline.
Examen .
49
1:0
122-
124
35
Eptire. Hifloire de France.
Eptire,
Conte.
La vraie Grandeur.
100
Pers.
Vers. 139
Réponse.
Les Supers de Vaucluse . 174
67 Siftoire de Sumaira .
145 Variétés. 19, 60, 180, 233 .
SPECTACLES .
179
213
227
194
Histoire de Pauline.
196 Concert Spirituel. 39
Charades, Enigmes & Logog. Comédie Françoise. 6,52, 101 , 148 , 211.
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne.
127
131
Description. Theatre de Mons. 133 , 182 .
Nouvelle. 18
Atreffe.
Annonces & Notices , 44
54
Lettres.
57 94,138, 187, 2350
La eaufe. 104
A Paris , de l'Imprimeric de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni .
Compleets
7-10-31
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 JUIN 178 9.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA BEAUTÉ.
Dans un bois voiſin de Cythère ,
Mon coeur me conduifit un jour
Vers une route ſolitaire
Qui mène au Palais de l'Amour.
En m'égarant dans cette route ,
Un Temple s'offrit à mes yeux ;
C'est ici , diſois-je , ſans doute
Qu'à l'Amour on offre ſes voeux.
Mais mon erreur étoit extrême
C'étoit celui de la Beauté ;
A2
4 MERCUREL'Amour
, adorateur lui-même ,
Ercenſoit la Divinité.
La Beauté , fière de ſes charmes ,
Sur la tendre Hébé s'appuyoit ;
Les Graccs aiguifoient ſes armes ,
La Volupté lui ſourioit.
Devant elle brûloit ſans ceffe
Le feu des amoureux Défirs ;
L'encens , fourni par la Foibleſſe ,
Etoit offert par les Plaiſirs .
Je vis , par le Dicu de Cythère ,
Des Autels avec ſoin dreffés ,
Du bout de ſon aile légère
Preſqu'au même inſtant renverſés.
Les Autels n'étoient que de ſable ,
Détruit par le moindre accident ;
L'Amour feul n'eſt guère capable
De bâtir plus ſolidement.
D'autres Amours , avec adreſſe ,
S'empreffoient à les rétablir;
La Déeſſe de la Jeuneſſe
Les aidoit à les embellir.
O Beauré ! diſois-je en moi-même,
L'Amour même doit t'adorer ;
Etre belle eft le bien ſuprême ,
Qui peut ne le pas défirer ?
DE FRANCE.
Mais quoi ? grands Dieux ! je parle encore,
Et déjà j'apperçois le Temps
Qui d'un air farouche dévore
Le feu , la victime & l'encens.
Tremblante , inquiète , éperdue ,
Je me crus prête de périr ,
Quand du haut du Ciel defcendue ,
La Raifon vint me ſecourir.
Suis-moi , me dit cette Déeſſe ,
Je fus toujours chère à ton coeur ;
Dans le Temple de la Tendreſſe
Je ſcausai faire ton bonheur.
Là từ me trouveras ſuivie
De Plaiſirs ſimples , mais conftans ;
Le plus sûr bonheur de la vie ,
C'eſt d'en bion remplir les inſtans.
Sans vouloir paroître ſavante ,
On peut occuper ſon eſprit;
Mais garde-toi d'être pédante ,
Plus d'une femme s'y méprit.
Raiſon , tu ne m'as point trompée ;
Je regrette peu la beauté ;
Son éclat qui m'avoit frappée ,
M'avoit caché la vérité.
(Par Madame Bl ... )
A3
MERCURE
VERS
Au bas du Portrait de M. DE LA PLACE.
CITOYEN de Calais , j'ai fervi mon pays ;
Les tréſors d'Albion pour lui furent conquis.
Je levai le premier le maſque de Zaïre.
Du cerveau de Cheſpir , comme une autre Pallas ,
Des Démora forrit & reprit ſon Empire :
Voltaire dépouillé ne lui pardonna pas.
(Par M. le Marquis de Ximenès. )
: :
:
REMERCIMENS
DE M. DE LA PLACE.
COOMMMMEE tout change ! & fur-tout à Paris.
Tes Vers jadis étoient vers de Marquis ;
Aujourd'hui , fans rougir d'une illuftre origine ,
Hélas! ils font Bourgeois comme ceux de Racine .
DE FRANCE.
7.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Angleterre ;
celui de l'Enigme eſt Souliers; celui du Logogriphe
eſt Orchestre, où l'on trouve Héro,
Rocher( de Sifyphe ) , Torche, Oreste, Soc,
Cefte.
CHARADE.
AH ! qu'il eſt doux , dans mon premier ,
De pouvoir faire mon dernier ,
Sur le gazon, à mon entier !
( Par M. Prévot de Moka. )
ÉNIGME.
Mon aſpect eſt tantôt contraire & favorable ;
Nouveau Caméléon , ma forme eſt variable .
Avec le même nom , mon ſens eſt différent ;
L'Amant me chante en vers, le goutteux en jurant;
Me rend-on correctif ? je chagrine l'enfance ;
Avec le criminel je monte à la potence ;
Cécile en s'amuſant à faire du filet ,
f
Dans un tour, en peſtant , plus d'une fois m'a fait ;
A 4
8 MERCURE
Je pare le Héros & fon fer homicide ;
Jeparois ſur le ſein de la beauté timide;
Je ſuis fon.... qui l'eût cru ? parfait contentement;
Me prend-elle au moral ? je cauſe ſon tourment.
( Par le même. )
८
LOGOGRIPHE.
RAREMENT je vois la lumière ;
Ma demeure eſt au pays-bas ;
Pour vaquer à certaine affaire ,
Souvent je cauſe un embarras :
Je ſuis d'un mauvais caractère ;
Je brave même, les Savans.
Avec mon nom vous pouvez faire
Celui d'un Roi très-fanguinaire;
Un Prince chez les Muſulmans ;
Unmonftre mort depuis longtemps;
Ce qui joint les deux hémisphères ;
Un grand Poëte ; deux rivières ;
L'une ſe trouve au Canada ,
Et l'autre , Lecteur , cherchez-la.
:
(Par M. Hubert. )
1
DE FRANCE.
9
• NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Idylles de Théocrite , traduction nouvelle;
parM. GIN. A Paris , chez Royez ,
Lib. quai des Augustins. In- 12 de 336 p .
LEgenre Paftoral ades droi's ſur toutes
les ames ſenſibles. Il nous charme en nous
rappelant les plaiſirs de notre enfance , &
ces ſenſations délicieuſes que nous inſpira
le premier afpect de la Nature. Il nous
intéreſſe en nous montrant le bonheur -
peut-être ſous la ſeule forme qui le mette
à notre portée. Des eaux , des forêts , de
la verdure; l'empire de l'homme ſur des
animaux dociles , la fécondité inépuiſable
de la Nature toujours prête à payer ſes travaux
; enfin , un objet chéri qui le captive
fans diſtraction & fans partage : quelles
jouiſſances plus délicieuſes & en même
temps plus faciles ! qui n'en a pas fait
l'objet de fes déſirs ou de ſes regrets ! &
par conféquent qui pourroit n'en pas aimer
la peinture !
Aufli de toutes les Nations qui ont cultivé
les Lettres , il n'en eſt aucune qui ne
ſe ſoit exercée en ce genre. Mais pourquoi
As
10 MERCURE
parmi tant d'eſſais, les ſuccès ſont-ils ſi rares ?
C'eſt que dans tous les Arts il faut un
modèle , & que peu de Nations ont eu
le bonheur d'offrir celui de cette vie fimple
& heureuſe. Les rigueurs du climat , & la
forme de la Société , n'y préſentoient fouvent
que les images les plus oppofées. Comment
pouvoir décrire le bonheur d'un Etat ,
que l'on voit ſous ſes yeux dévoué à l'abjection
, & que la misère a livré à la ſtupidité
! Et l'imagination , dont la fonction
eft de tout embellir, peut-elle ne pas ſe refroidir
au milieu des frimas & de l'indigence?.
Il n'en étoit pas ainſi dans le climat délicieux
de la Sicile & de la Grèce. Un
terrein fertile , la plus heureuſe température
, ne pouvoient manquer d'y inſpirer
le goût des occupations champêtres. Plus
la Nature y étoit prodigue , moins il falloit
d'efforts pour s'aſſurer ſes richeſſes. Le plaifiry
étoit donc le compagnon inſéparable
du travail , & des organes plus délicats &
plus flexibles apprenoient tout à la fois à
le mieux ſentir & à le mieux exprimer.
Cet effet appartient tellement au climat
qu'aujourd'hui même , où l'oppreffion & la
barbarie déſolent ces belles contrées , la
vie paſtorale y eſt toujours en honneur ;
qu'il y exiſte une tradition de Chants compofés
par les Pâtres & les Bergers euxmêmes
, pour en exprimer le charme ,
&-que chaque génération ne manque guère
د
DE FRANCE If
d'ajouter à ce dépôt : mais combien il devoit
être riche , lorſque ces mêmes pays
fleutiſſoient fous l'influence de la liberté ,
des beaux Arts , avec une Religion toute
ſenſible qui animoit toutes les parties de la
Nature , & montroit une Divinité dans
tous les objets de ſon affection ; enfin lorfque
la joie & toutes les autres paffions
avoient pour organe la langue la plus harmonieuſe
qui fût jamais !
:
;
Théocrite ne fit qu'exprimer ces moeurs;
c'étoient celles de la Nature ; elles ne pouvoient
manquer de plaire. Il ſe pique furtout
de les rendre avec fidélité. De là ce
mélange de ſimplicité & de fineſſe , de
rufticité , & de graces , qui peut - être par
leur contraſte devient plus piquant , ou au
moins donne un air plus original à ſes
écrits.
:
Virgile , placé plus loin de ces ſcènes,
ne peignit que ce qu'elles avoient de plus
gracieux , parce que toutes les formes s'adouciſſent
dans l'éloignement. Mais il conſerve
avec ſoin toutes ſes images : c'eſt
ainſi que la plus grande partie de l'Ouvrage
du Poëte Grec ſe trouve tranſportée dans
les Eglogues , & en eſt peut- être le plus
bel ornement. Que pourrions-nous dire de
plus en faveur de Theocrite ? & quel fuffrage
peut balancer celui de Virgile ?
Theocrite , ainſi que pluſieurs Anciens ,
étoit beaucoup loué & peu connu ; car peu
A 6
12 MERCURE
de perſonnes ont le mérite de pouvoir le
lire en ſa propre Langue , & il n'en exifte
qu'une Traduction paſſable , qui n'eſt pas
très - commune. Monfieur Gin , fi connu
par ſa Traduction d'Homère , a voulu
encore nous ouvrir cette nouvelle fource
de la Littérature Grecque , & s'eſt acquis
de nouveaux droits ſur la reconnoiſſance
d'un Public qu'il ſert avec un zèle ſi infatigable.
Cette dernière tâche , quoique moins
longue& moins brillante que la première ,
n'étoit pas moins difficile ; car il eſt plus
aiſé d'atteindre dans notre Langue aux
beautés ſublimes d'Homère , que de rendre
avec vérité & avec intérêt les graces fimples
& naïves de Théocrite , & tous ces
détails champêtres qui dans le Poëte Grec
donnent plus de vie à ſes tableaux, mais que
réprouve ſouvent la délicateſſe exceflive de
notre Langue. M. Gin a cru devoir ſe permettre
de braver quelquefois cette délicateſſe;
il le fait cependant avec réſerve , &
ſouvent avec ſuccès. Il en réſulte que la
copie exprime beaucoup mieux les traits
de l'original , ce qui eſt ſans doute le premier
mérite d'une Traduction. Si , comme
nous l'avons éprouvé , cette extrême fidélité
n'ôte rien au plaifir de la lecture , c'est
en même temps le plus grand éloge du
Traducteur , dont le ſtyle ſe prête ſi aifément
à tous les ſujets , & fuivant que le
-goût le preſcrit , ſait ſe revêrir des couleurs
les plus oppoſées.
1
DE FRANCE. 13
Nous allons mettre le Lecteur à portée
d'en juger lui même, en tranſcrivant ici la
Traduction d'une des Idylles que nous choifirons
parmi les plus courtes, pour ne pas
donner trop d'étendue à cet article..
Les Amis , Idylle XIIe.
,
»Te voilà de retour , enfant chi: après
une abſence de trois jours &
tu es enfin arrivé. Une fedecedattente
imprime fur le for ies de la
vieilleſſe. Autant le printemps eit plus agréa
ble que l'hiver , les pommes que les prunes
lauvages , autant la toiſon des brebis
eſt plus épaiffe que celle des agneaux , autant
une jeune Nymphe eſt préférable à
une veuve de trois époux; aurant les ſauts
légers du chevreau l'emportent ſur la marche
peſante de la génille , & les fons mélodieux
du roflignol , fur le ramage des
autres habitans de l'air , auſſi grande eſt la
joie que je reſſens à ta vue. Je volois à
ta rencontre , aufli empreſſé que le voya--
geur, fatigué de la chaleur du jour, recherche
l'ombre épaille du hêtre.
>>Puiffe la concorde qui règne entre nous
durer éternellement ! Puiffe notre tendre
ami ié être chantée par la poſtérité la plus
reculée ! Ces deux hommes , diront-ils ,
audi unis que deux courfiers foumis au
même joug , furent liés de l'amitié la plus
Tendre. On les nommoit les Amis , des
14 MERCURE
hommes du ſiècle d'or , de ces temps fortunés
où l'amour trouvoit ſa récompenfe
dans les tendres ſoupirs de l'objet aimé.
>>O Jupiter, fils de Saturne, & vous tous
heureux immortels inacceſſibles à la vieilleſſe
! qu'après deux cents générations, une
ombre traverſe les torrens de l'Achéron ,
ce fleuve qu'on paſſe ſans retour , pour
m'apporter cette agréable nouvelle , que le
ſouvenir de notre tendre amitié eſt dans
toutes les bouches , qu'il eſt le ſujet d'en
tretien de tous les jeunes hommes.
>>Ces chofes font au pouvoir des habitans
de la voûte éthérée. Mais en chantant tes
louanges , ô mon ami ! je ne crains point
la peine impoſée aux menteurs ; car ſi tu
m'as bleffé , la réparation a été double de
l'offenſe ; tu m'as comblé outre meſure.
>>> Habitans de Mégare, excellens rameurs,
foyez heureux , pour avoir honoré l'Attique
Dioclès par deſſus tous les Etrangers
qui arrivoient dans votre fertile contrée .
Tous les ans , aux premiers jours du printemps
, les jeunes hommes s'affemblent.
près du monument élevé à la cendre de
Dioclès. Une lutte touchante , de mutuelles
careffes s'engagent entre eux. Celui qui
emporte la victoire , retourne , triomphant,
montrer à ſa mère les couronnes entaflées
fur ſa tête.Heureux celui qui a mérité d'être
conflitné le Juge de tels combats ! Ses voeux
fréquens demandent à Ganymede, à l'ail
DE FRANCE. I
ſerein , de rendre ſes lèvres ſemblables à
la pierre Lydienne dont les Orfévres ſe
ſervent pour diſtinguer le faux clinquant
de l'or le plus pur ".
Cette Idylle, preſque dans le même genre
que quelques-unes de nos Pièces fugitives ,
reſpire pourtant la ſenſibilité & les graces ;
on n'y voit point ce mélange dont j'ai
parlé. Pour le trouver, il faut lire la IVc. ,
la Ve. , & quelques autres , que leur longueur
m'empêche de citer. C'eſt le ſeul
moyen de connoître Théocrite , dont la
manière varic ſuivant les objets qu'il traite.
Dans les uns , on n'apperçoit qu'un goût
ſévère , une délicateſſe qui ne ſe dément
jamais , fur- tout cette ſimplicité élégante
dont les Grecs nous offrent les plus inimitables
modèles . L'eau d'un fleuve eft tou
jours plus pure à ſa ſource.- Quelques
autres compofitions , il eſt vrai , ſemblent
porter l'empreinte d'une certaine rudeffe ,
& offrir même des traits que notre goût
déſapprouve ; mais n'eſt - il pas naturel de
penfer que pluſieurs de ces traits avoient
leur raifon au moins dans la peinture
fidelle des moeurs , & qu'ennoblis par la
beauté de l'expreſſion , ils méritoient véri
tablement le ſuccès qu'ils ont obtenu de
leurs contemporains ?
د
Le Public ne peut favoir que beaucoup
de gré à M. Gin de l'avoir mis plus à portée
de mieux connoître un Auteur que Virgile
16 MERCURE
regardoit comme ſon modèle , & de remonter
ainfi à la ſource des beautés qu'il
a ſi ſouvent admitées dans le Poëte Latin.
Les éloges donnés à ſa Traduction d'Homère
( quoi qu'en aient dit certains Satiriques
anonyines, à qui M. Gin daigne répondredans
fa Préface ) répondent d'avance
du ſuccès de celle de Théocrite. Elle nous a
paru preſque par-tout fidelle & élégante ,
& nous avons regretté de ne pouvoir en
multiplier les citations ; mais ce ſera un
motif de plus pour tous les Amateurs de
l'Antiquité, de recourir à l'Ouvrage même.
( Cet Article est de M. B .... )
DISCOURS fur les progrès de la Bienfaisance;
par M. THOMAS , de Riom.
A Paris , chez Buiſſon , Lib. rue Hautefeuille,
N°. 20. In-8°.
Un Ouvrage ſur la bienfaiſance ſera toujours
accueilli par une Nation qu'on a
trop accuſée de légèreté , qui eſt plus ſenfible
encore , & qui fait prodiguer les ſecours
aux malheureux , avec une forte de
profufion digne d'être remarquée. La brochure
de M. Thomas ſera lue avec intérêr ,
dans ces momens fur-tout , où les déſaſtres
qui pèſent encore fur nos campagnes rava
DE FRANCE. 17
gées, nous ont ſivivement cinus fur le fort
des Cultivateurs réduits à a plus extrême
indigence. On retrouve dans l Ecrit de M.
Thomas cette chaleur , ces tableaux touchans
, ces images confolantes d'un avenir
prêt à couronner les Bienfaiteurs de l'humanité
, & tout ce qui peut inſpirer le
déſir de faire des heureux. Jamais on n'a
été plus fondé à parler du plaiſir qu'on
éprouve en ramenant l'abondance parmi
>>les peuples , en écastant la mendicité ,
» en rendant tous les bras utiles , & on
• ajoutant que ſans la bienfaiſance il n'eſt
>> point de vertus ".
-
Nous allons tranſcrire plus au long M.
Thomas , pour mettre nos Lecteurs à portée
de juger également le plan de l'Ouvrage ,
P'eſprit & l'ame de l'Auteur . De tous
les ouvrages de l'homme , dit-il , page 32,
le bien qu'il fait eſt le ſeul immortel. Les
Sciences peuvent ſe perdre, les Arts changent
, les découvertes s'oublient , les conquêres
paſſent en d'autres mains , &les trophées
du dernier vainqueur étouffent juſqu'au
nom du premier conquérant ; les
monumens s'écroulent , & l'herbe couvre
également & les colonnes faſtueuſes , &
la tombe où repoſe l'inſenſible pouffière
qui les éleva jadis : le bien ſeul reſte debout
; e'eſt l'aſtre lumineux qui préſide à
la gloire des morts. La tradition eſt la confolatrice
des ravages du temps : elle rétro18
MERCURE
grade conftamment la chaîne mobile des
générations , pour préſenter l'homme vertueux
aux reſpects de l'homme qui naîtra .
Le ſouvenir de Titus s'eſt emparé de la
mémoire des humains ; & fi le dernier
des Rois est bon , le dernier jour des ſiècles
le ſurprendra chargé de ce titre honorable.
Que les fières pyramides qui pèſent
encore ſur les rivages du Nil , n'aient pas
même ſauvé de l'oubli les inutiles Monarques
que la mort y recèle , à la bonne
heure ; mais que le nom de Séſoftris vive
à jamais ! Que les flots de l'Océan aient
diſperſé avec mépris les verges de l'infenfé
Xerxès ; qu'importe , tandis que les Loix
de Juſtinien défendent encore la veuve &
Torphelin ? qui pourroit calculer le bien
que le ſeul ſouvenir des Marc Aurèle
des Antonins , a fait au monde ? Combien
de Princes ne ſont ſortis de la liſte commune,
que par la noble émulation de les
égaler ? Combien d'hommes de mérite
fuſſent reſtés dans la foule , combien de
Miniſtres n'cuſſent été que des hommes ordinaires
, ſi l'exemple d'Agrippa n'eût enhardi
les uns & n'eût inftruit les autres ?
Si le nom ſeul d'un grand Homme a tant
d'influence fur le bonheur de la Poſtérité ,
quel accroiffement de félicité ne devroiton
pas attendre pour elle , s'il régnoit entre
ceux que la naiſſance place à la tête
des Peuples , un certain accord , une forte
de confédération tacite , de bienfaiſance
DE FRANCE.
19
qui les fît tendre tous au même but ? -
Tel eſt le genre d'éloquence de M. Thomas;
la critique ſévère pourroit y reprendre
quelques incorrections ; mais à coup
fûr elle ne déprimeroit point ce morceau ,
qui réunit l'enthouſiaſme convenable &
des rapprochemens heureux. Tout le monde
applaudira cette expreſſion , qui caractériſe
fi bien la bienfaiſance. C'est l'aftre lumineux
qui préſide à la gloire des morts. M. Thor
mas ne l'eût point trouvée , s'il n'étoit point
né Orateur, Nos Lecteurs ne feront pas
fâchés d'apprendre que le jeune Auteur ,
dont le nom nous rappelle M. Thomas , le
dernier de nos Orateurs , trop tôt enlevé
à ſes amis , aux Muſes , & aux vertus ,
eſt un neveu de cet Académicien ſi eſtimé,
dont nous pleurons encore la perte.
IDÉE de la Grammaire de la Langue
Françoise. A Paris , chez Cailleau ,
Impr-Libr. rue Galande , Nº . 64. Vol.
in- 16 de 166 pages.
VOICI pour les mères une belle occaſion
de moraliſer leurs filles . L'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de cette Grammaire ,
nous apprend qu'elle est en quelque forte
l'Ouvrage d'une Demoiselle de huit ans.
Nous les avertiſſons de ne pas prendre
20 MERCURE
ceci au piedde la lettre , & même d'être
fatisfaites de l'intelligence & de l'application
de leurs filles de huit ans , fi elles entendent
bien cette Grammaire. Que l'on
en juge par la manière dont l'Auteur explique
ce que l'on doit entendre par fubfzantif
abstrait.
» L'eſprit humain , en ſe perfectionnant ,
" a imaginé de ſubſtantifier , & même de
>> perfonnifier en quelque forte les quali-
" tés , c'est - à - dire , quoique les qualités
n'exiſtent pas hors de leurs ſujets , indépendamment
de leurs ſujets ; que le
>> rouge , par exemple , n'exiſte que dans
> les corps rouges ; la figure dans les êtres
>> figurés ; la vertu , le vice , dans les hom-
> mes vertueux on vicieux , &c. L'eſprit hu-
> main a conſidéré ces qualités phyſiques
» ou morales , comme ayant une exiſtence
propre, comme exiſtant dans la Nature
» à la manière des ſubſtances , indépen-
>> damment d'aucun être à qui elles foient
>> inhérentes & qu'elles modifient. C'eſt
>> ainſi que chaque qualité ſenſible a reçu
» un nom , comme la longueur, l'épaif-
» feur , la dureté, la transparence , la ver-
>> dure , la blancheur , un cercle , un octo-
>> gone , &c. Il en eſt de même des qua
" lités morales qui appartiennent au coeur
95
ou à l'efprit : les vices , les vertus , la
* bonté, la prudence , la ſcience , la saga-
* vité , &c. toutes ces qualités n'exiftent
DE FRANCE. 21
» que dans des êtres phyſiques ou moraux ,
» & cependant on en parle comme ſi elles
avoient une exiſtence qui en fût indé-
>> pendante , & qui leur fût propre .
ود
>>Cette opération de l'eſprit , qui con-
>> ſiſte à ſéparer les qualités de leur ſujet
>> s'appelle abstraction , & les noms qu'il
» donne à ces qualités abſtraites ou ſepa-
>>rées de leur ſujet , ſont des ſubſtantifs
> abstraits .
Il fait concevoir la raiſon des différens
temps des verbes , en difant : Il n'y a
» dans le vraique trois temps , qui font ,
ود le passé, le préfent , & l'avenir. Par
>>conféquent toute action doit appartenir
• à l'un de ces temps , & ces trois temps
» devroient ſuffire à exprimer ceux de
>> toutes les actions. Mais comme il y a
>> des actions qui ont avec d'autres actions
" des rapports de temps qu'on a voulu
→ déterminer avec préciſion dans le difcours
, il a fallu inventer de nouveaux
>>temps que l'on a ajoutés à la diviſion
naturelle & fondamentale ". ود
C'eſt ainſi que l'Auteur rend raiſon de
toutes les notions grammaticales , & que
ſa Grammaire , malgré ſa briéveté , eſt non
ſeulement tine Grammaire Françoiſe , mais
encore un abrégé de Grammaire générale.
Il nous ſemble que cette méthode eſt la
plus propre à faire entendre & à graver
dans l'eſprit les règles de la Grammaire.
22 MERCURE
Tous ceux qui nous ont donné jusqu'à
cette heure des Traités de Grammaire ,
ont eu foin d'appuyer leurs préceptes de
l'autorité de nos meilleurs Ecrivains. L'Auteur
de l'idée de la Grammaire Françoise,
a penſé différemment , & au lieu de textes ,
foit en profe , ſoit en vers , dont les enfans
ne fentent pas toujours bien l'application
, il n'emploie que des exemples familiers
, & tels qu'on les a habituellement
dans la bouche . Cette manière moins brillante,
puiſqu'elle ne fait point étalage d'érudition
, atteint mieux au but , fi elle eft
plus claire & qu'elle ne laiſſe aucun doute
fur le ſens de la règle.
EXPOSITION des objets difcutés dans les
Etats-Généraux de France , depuis l'origins
de la Monarchie ; par M. le Marq.
DE S ...... A Paris , chez Maradan
Libr. rue St-André-des-Arcs. Prix, i l.
16f. & 2 l. 5 f. franc de port .
ر
CETTE Production a été diftinguée parmi
celles que les circonstances ont enfantées.
Des vûes , une connoiflance sûre des monumens
, des principes execllens , tel oft
en abrégé le jugement que nous devons en
porter. Un mérite dont le Public ne tiendra
peut-être pas affez compte à l'Auteur ,
DE FRANCE .
23
aujourd'hui qu'on a beaucoup écrit ſur le
même fonds , ce font les détails qu'on y
trouve fur les formes de convocation ufitées
dans les provinces , & que l'Auteur a
été un des premiers à publier. Nous ajouterons
que quoique cette Brochure généraliſe
ſouvent les diſcuſſions , il n'en eſt
pas moins vrai que le principal but de
l'Auteur eſt d'examiner » quelles ont été
>> en Languedoc , dans les différentes pério
>> des de notre Hiſtoire , les formes de
ود convocation aux Etats Généraux de Fran-
» ce «. J'y joindrai , ajoute-t- il , quelques
réflexions qui naiſſent naturellement du
fouvenir de ces grandes Affemblées. Il entre
enfuite en matière , & rien de plus clair
que la diviſion qu'il a établie pour fixer ſous
ſon vrai point de vue la queſtion des Etats-
Généraux. Deux grandes époques , ditil,
ſe préſentent naturellement : Les Afſemblées
de la Nation ſous la première
& feconde Races; les Etats - Généraux
ſous la troiſième. Cette diviſion de temps
donne déjà une diviſion aſſez naturelle
dans les réſultats & dans les principes :
,, elle établit une différence remarquable
» dans les priviléges d'un Peuple ; elle
» peut ſervir à nous faire apprécier , ſous
leur véritable point de vue , notre anti-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود que conſtitution & nos droits ".-Des
preuves nombreuſes & reſpectables viennent
à l'appui des affertions de l'Auteur ,
&éclairent ſon ſyſtême , qui n'a que deux
baſes, les monumens & la vérité.
24 MERCURE
L'hiſtorique , quoique très -abrégé , des
Etats Généraux , nous paroît ſuffifant , non
pas pour une diſcuſſion approfondie , mais
pour répandre un grand jour fur la chronologie
des Etats , & pour indiquer la ſubſ
tance des matières qui y furent agitées. L'Au
reur caractériſe en peu de mots les Etats
de Tours de 1484. » L'amour de la liberté,
dit il , ſe manifeſta d'une manière bien
ſenſible pendant la durée de cette Afſemblée
; mais elle fut toujours voiſine ور
" de l'obéiſſance «. Il obferve encore en
paffant, que l'Aſſemblée de 1526 , tenue
à Cognac , eſt remarquable par la confirmation
de l'inaliénabilité du Domaine. A
P'occaſion des Etats de la Ligue de 1593 , il
dit: C'est une obſervation qui peut être
>>remarquée , que la première Aſſemblée
→ d'Etats-Généraux, tenue en France fous le
» règne de la 30. Race , ait eu pour objet
> des diſputes fur la Papauté ; & que les
délibérations de nos derniers Etats aient
→ roulé ſur la même matière. Je devrois
ajouter que les réſultats de 1302 furent
>> plus fatisfaiſans que ceux de 1614. Mais
» je ne veux pas calomnier ainſi les pro-
- grès de la raiſon humaine «.
ود
Nous finirons par un voeu bien ſenti &
bien fage de l'Auteur :
-Ce n'eſt pointà concentrer les hommes
que doivent afpirer nos réformes & nos
foins ; c'eſt à les forcer de s'aimer , de
s'entr'aider
DE FRANCE.
25
s'entr'aider & de s'unir ; c'eſt dans les liens
heureux d'une bienveillance générale qu'il
faut chercher les principes confervateurs
d'un grand Etat , comme dans l'accord parfait
de toutes les parties réſide l'harmonie
de l'Univers. Il ſeroit facile de prouver que
les élémens qui peuvent conftituer le bonheur
général , ſont auſſi les mêmes dont
notre bonheur particulier ſe compoſe. Faffe
le Ciel que cette Affemblée ſi défirée produiſe
les effets qui nous ſont promis ; que
des idées, exagérées de prérogatives & de
pouvoirs , ne viennent pas ſe mêler aux
effufions du patriotiſme & du zèle ; & que
ſous le plus bienfaiſant des Rois , ſous les
plus vertueux Miniſtres , il ſoit enfin donné
au Peuple François de retrouver ce bonheur
qui fait dans tous les temps l'objet de
ſes ſouhaits.
:
ANDER KAN , Raja de Brampour &
Padmani ; Histoire Orientale , traduite
de la Langue Malabare ; par Madame
la Comteffe DE CH . M... R... D ...
3 Vol. in - 12 . A Brampour ; & se trouve
à Paris , chez Briand , Libr. rue Pavée-
St-André-des-Arts.
Il y a de l'intérêt dans ce Roman , quoi-
Nº. 23. 6 Juin 1789 . B
1
26
J MERCURE
que les évènemens n'aient pas toujours tour
Je développement néceſſaire.
Ander Kan , fils du Raja de Brampour,
eſt né avec beaucoup de fenfibilité. Tout
jeune encore , il devient éperdûment amoureux
de la Princeſſe Padmani , arrivée à
Brampour. Le Raja , ſon père , ne voulant
pas le marier , eſpère étouffer cet amour
en éloignant l'objet qui l'a fait naître , &
il ſe décide à faire voyager ſon fils. Ander
Kan part en effet avec le Brame Falcour &
le Raj -poute Thamar Kan. Les malheurs
dont il eſt la victime pendant fes courfes ,
les maux qu'il ſouffre dans l'eſclavage , la
manière dont il en eſt délivré par la belle
&tendre Zulmire , qui n'a pas le pouvoir
de le rendre amoureux , mais qui le rend
au moins infidèle un moment; tout cela
occupe le Lecteur , juſqu'au retour du
Prince dans ſa Patrie. Il y retrouve fa
chère Padmani , au moment où , trompée
par le bruit de ſa mort, elle alloit ſe précipiter
dans les flammes du bûcher , à l'inftar
des fidelles veuves du Malibar. Notre
Héros , quoiqu'ayant retrouvé ſa Maîtreffe,
eft obligé de la conquérir ſur un des fils de
l'Empereur. Mais il triomphe de tous les
obstacles, &il possède enfin la bellePadmani.
Parmi les détails qui forment lintrigue
de ce Roman , on remarquera une aventure
éviſodique , propte à amufer le Lecteur
, & que nous regrettons de ne pou
DE FRANCE. 27
voir rapporter , à cauſe de ſon érendue;
c'eſt la manière dont le fils de l'Empereur
Indien réuffit à dépouiller les Faquirs , qui,
fous les livrées de l'indigence , s'étoient enrichis
des tributs d'une ſuperſtitieuſe charité.
:
TABLEAUX d'Arithmétique Linéaire du
Commerce, des Finances & de la Dette
Nationale de l'Angleterre , par M. W.
PLAYFAIR ; ſuivis d'un Effai fur la
meilleure manière de faire les Emprunts
perpétuels , & des Annuités de quinze
années en Angleterre , par le même Auteur
, le tout traduit de l'Anglois , avec
12 Planches . 1 Vol. in - 4°. A Paris ,
chez Barrois l'aîné , Libraire , quai des
Augustins.
2
Dans ce moment où un patriotiſme
univerſel paroît avoir enflammé tous les
coeurs , rien n'eſt plus précieux qu'un Ouvrage
qui , deſtiné à préſenter des principes
incontestables fur une des matières les
plus importantes de l'Adminiſtration , celle
des Finances, éclaire l'eſprit en donnant une
forme & un corps à une choſe qui ſans
cela n'offriroit que des idées ou vagues ou
abitraites .
B 2
28 MERCURE
Tel eſt le but de ces Tableaux du Cammerce.
L'ingénieux Auteur y met ſous les
yeux de ſes Lecteurs , au moyen de douze
Planches très-proprement enluminées dans
le goût des Cartes Géographiques, la balance
exacte du Commerce de la Grande Bretagne
avec la France , & avec toutes les Nations
connues , ainſi que les variations des
Finances , & la formation fucceffive de là
Derre Nationale de l'Angleterre, d'année en
année , depuis 1688 juſqu'en 1786 .
Les relations infinies & referrées depuis
quelques années, par le Traité de Commerce
entre la France & l'Angleterre , rendent
cet Ouvrage aufli intéreſſant pour les
Politiques François , que pour les Commerçans
de cette Nation. Au moyen d'un fimple
coup- d'oeil jeté ſur ces Tableaux d'Arithmétique
Linéaire , les uns & les autres s'inftruiront
, avec la plus grande facilité , du
rapport en argent qui réſulte des différentes
branches de Commerce des deux pays , &
de l'avantage ou du défavantage qui en font
les fuites , & ils y verront par confequent
quel accroiſſement , quelle diminution ont
éprouvé ces différentes branches de Commerce
, & même quel a été le progrès &
Je déclin du Commerce en général
Mais il y a plus : des objets qui intéreſſent
plus particulièrement la Nation Fran
coife dans le moment actuel , ce font deux
qui traitent de la Dette Nationale en gé
DEFRANCE.
29
néral ,& de la meilleure manière de faire
les Emprunts publics. La France , dit M.
Playfair , n'a pas un intérêt moins vif que
l'Angleterre à approfondir cette branche de
la Politique ; on peut même dire qu'elle
en a davantage dans ce moment , puiſque
les affaires de l'Angleterre ſont maintenant
redreffées, tandis que celles de la France touchent
aumoment de l'être. Si la conſtitution
du Gouvernement François , ne reffemble
point , à bien des égads , à celle de la
Grande-Bretagne, elle ne laiſſe pas de jouir
d'un grand avantage ſur celle - ci . Comme
elle a plus d'énergie que celle de l'Angleterre
, les Miniſtres ſuivent un bon plan
quand ils le trouvent établi ; & c'eſt ainfi
qu'ils ont opéré d'après un meilleur fyftême
que les Anglois relativement aux Emprunts
publics. Les plans du Ministère Anglois
n'ont pas été ſi bien conçus , mais ils
ont été exécutés plus heureuſement que ceux
des Miniſtres François . L'avantage qui réſulte
de la bonne exécution d'un mauvais
plan , n'eſt pas fort conſidérable ; & le Lecteur
trouvera ſans doute , en liſant avec attention
cet Effai fur la meilleure manière
de faire les Emprunts publics , qu'actuellement
la France eſt dans une meilleure fr
tuation relativement à ſes dettes , que l'Angleterre
, & qu'il ne manque qu'une feule
choſe au plan des Annuités ou Rentes viagères
qu'on a adopté en France pour le
rendre le plus parfait poffible.
B 3
30 MERCURE
Voilà fans doute un langage bien con
folant , & c'eſt une des obligations qu'on
a à M. Plaifair de relever ainſi le courage
des perſonnes qui , ou par humeur ou par
caractère , ſe font, diſons un plaifir , de
déſeſpérer de la choſe publique ,& de communiquer
leurs craintes à leurs concitoyens:
mais il fait plus que d'encourager par des
phrafes; ſes raiſonnemens, auxquels il paroît
qu'il a voulu donner la préciſion des démonſtrations
exactes , confirmeront la ſolidité
de ſes eſpérances. Ils n'ont rien perdu
de leur clarté en paſſant par la plume du
Traducteur. Il a eu d'ailleurs l'avantage de
travailler ſous les yeux de M. Playfair , &
cet Ouvrage , eft pour le fond& pour l'exécution,
undes plus recommandables de ceux
qui ont paru depuis long-temps ſur les Fi
mances & fur le Commerce .
J
DE FRANCE. 316
VARIÉTÉS.
PENSÉES DIVERSES.
FONTENELLE adéfini le Bonheur , un état tel
qu'on en défire la durée fans aucun changement.
Le bonheur de Fontenelle eſt abſolument chiumérique.
La nature du coeur humain eſt de défirer
fans ceffe; l'homme phyſique & moral ne
ſe conſerve & n'eſt heureux , autant qu'il peut
l'être , que par des changemens continuels. On
eſt heureux quand on a plus de plaiſirs que de
peines , & le bonheur augmente ou diminue ſelon
le rapport des plaiſirs aux peines.
Tout le bonheur de l'homme conſiſte donc à
ſe procurer le plus de plaiſirs , en évitant le plus
de peines qu'il eſt poſſible; mais dans la preffe
des incidens qu'attire de toute past la Société
civile , combien l'art de ſe rendre heureux eft
difficile! Figurez vous un homine au milieu d'une
foule immenfe , il y cherche avec ardeur quelques
amis épars ça & là ; mais des étrangers ,
imporruns ou ennemis ,le coudoient , le preſſent
le repouffent; lui , s'il eſt ſage, ſans trop s'amufer
à ſe battre avec eux , ſe gliffe doucement ,
regarde , examine , cherche ſes arnis , en découvre
un, l'atteint , puis un autre , l'atteint encore,
& fort de la fouie après les avoir embraſfés,
tous un moment. Ces amis font les plaiſirs ; ces :
importuns font les chagrins : il faut être ou bien
petit pour ſe glifler dans cette foule , on bieni
وت
i
B 4
32
MERCURE
vigoureux pour l'écarter. Auffi quiconque veht
être heureux ne doit jamais oublier ce mot d'un
Ancien : Mon fils , fais - toi petit , cache ta vie.
Hélas! qui cependant ne cherche à la montrer ?
Dansun rang élevé, quel homme ſonge à rabaiffer
fon piédeſtal ; & dans le rang le plus bas ,
qui ne travaille à s'en faire un ?
QUICONQUE veut être toujours bien , eſt prefque
toujours mal; & comme le premier pas vers
la ſcience eſt le doute , le premier pas vers la
jouiſſance eſt la patience.
Le vrai moyen de défirer toujours davantage ,
c'eſt de beaucoup acquérir.
DANS fes projets , on calcule avec ſonargent;
& rarement on compte avec ſon caractère.
Leplus ordinaire & le plus incurable des malheurs
eft de ſe croire malheureux.
Le malheur du bonheur , c'eſt la ſatiété ; & le
bonheur du malheur , c'eſt l'eſpérance. Quand
vous placez votre bonheur dans les regards des
autres, ils n'ont qu'à cligner l'oeil & baiſſer la
paupière pour vous rendre malheureux.
4
UNE imagination trop vive, & qui , pour l'ordinaire
, ſe répand en rêveries , eſt peut-être la
plus dangereuſe ennemie du bonheur & de la
vertu. En nous créant ſans cefle un avenir délicieux
& chimérique , elle remplit le paflé de regrets
, & le préſent de dégoûts ; il ſemble que
cette imagination de la même lumière dont elle
anime & colore loin de nous tous ſes fantastiques
objets , ſe plaife à ternir & défigurer tous
les objets rée's dont nous comunes environnés :
DE FRANCE.
33
tout change par ſa magie ; aufli-tôt qu'elle nous
a frappés , nos fens ſemblent avoir oublié leurs
véritables impreffions , & notre raiſon ſes anciens
jugemens. Nous reſſemblons à celui qui a voulu
fixer une lumière trop vive , ſes yeux ne peuvent
plus difcerner la forme & la vraie couleur des
objets à ſa portée.
Livrez-vous ſouvent & long-temps à l'illufion
intariffable & fi enivrante que donne l'idée de
pofféder quelque femme d'une beauté parfaite , &
qui , de plus , ſoit un chef-d'oeuvre d'efprit & de
fentiment. Si vous êtes époux , de quel coeil , en
rentrantdans vos murs domeſtiques , regarderezvous
votre femme , d'une figure , d'un eſprit &
d'un coeur ordinaires ? Si vous aimez l'étude, ne
vous paroîtra -t - elle jamais infipide & languiffante
en comparant l'enchaînement pénible de
vos idées à ces chaînes de fleurs que la douce
chaleur de votre imagination fait fi facilement
éclore?
Les plaiſirs d'une ſimple promenade , d'une
converſation douce , de la vue d'une campagne
riante; les plaiſirs même de la bienfaiſance , &
les récompenfes incertaines ou tardives de la
vertu : que paroîtra tout cela à ces imaginations
ardentes , accoutumées à ſe nourrir de ces plaifurs
ſi vifs , ſi preſens , & toujours renaiſſans dans leur
monde chimérique ?
Qu'une mère exige de ſa fille quelque travail
de ménage dans l'inſtant où les rêves de fon
imagination viennent de la faire régner ſur quel .
que demi - Dicu , c'est-à-dire , ſur un Amant parfait
; fon coeur ne ſe révoltera-t- il pas de dégoût !
A celle qui fort d'un palais , peut- on propoſer
de ſe jeter dans la fange ?
Enfin 'imagination eſt dangereuſe même quand
elle nous exagère la vertu .
B5
MERCURE
On fait affez les malheurs dont Rouffeau n'a
ceſſe de ſe plaindre. Je me ſouviens que m'étonnant
un jour de trouver dans un tel homme des
plaintes dont les expreſſions étoient fi vraies , &
dont les cauſes me ſembloient fi chimériques , je
lus une de ſes fameuſes Lettres à M. de Malsherbas
, & je crus y découvrir la principale clef de
l'opinion de ſes malheurs.
Dans ces Lettres fingulières , où l'on voit un
homme cher au genre humain , ouvrir ſon ame
à un homme cher à notre Nation , Rouſſeau raconte
que le délice de ſes journées étoit de s'égarer
dans ſes promenades parmi les imaginations
qu'il ſe formoit d'un monde vertusux & parfait:
certainement ce monde que Rouſſean fe
faifoit, lui gâtoit fans ceffe le monde où laNature
l'avoit placé; & ſes imaginations fur ce que
les hommes pouvoient être , devoient entretenir
& réchauffer ſon humeur , ſes chagrins & fes
plaintes de ce que les hommes étoient.
N'imaginons rien , & foyons ſeulement ce
que nous fommes accoutumons - nous à nous
confidérer dans l'ordre général , & dans la place
particulière où la Providence nous a mis , parmi
les êtres en qualité d'homme , & parmi les hommes
en qualitéde tel homme. Ne fortons jamais
de ces relations réelles , & diſons-nous ſans ceffe :
Je ne ſuis qu'homme , & je ne ſuis que tel
homme , de telle condition , de telie profeſſion ,
de tel eſprit , de tel caractère , &c. En un mot ,
voulez-vous être heureux , réfléchiſſez quelquefois
; ne rêvez jamais , & travaillez tant que
yous pourrez.
Le Sage & le Fou , le Vertueux & le Vicicux ,
les Socrates & les Alcibiades , tous font également
montés ſur des chevaux fougueux ; mais le
Sage , l'homme vertueux , les Socrates enfin ,
DE FRANCE. 35
1
mettent un frein à leur courſer ; tandis que le
Fou , le Vicieux & les Alcibiades , ne fongent
qu'à mettre des éperons à leurs talons .
Les paſſions font dans la vie des eſpèces de
gites où les voyageurs , comme dans les autres
gîtes, entrent avec empreſſement , & fortent en
quereliant.
Si vous voulez convertir une paſſion , faitesla
prêcher par une paſſion plus forte.
Dans lajeuneffe, le repentit n'eſt ſouvent que
le dégoût ; & plus ſouvent encore dans la vieil-,
Leſſe, le repentir n'eſt que l'impuiflance. Quand le
vice a rendu tout le corps paralytique , on offre
ſon ame à la vertu..
Un homme pervers parlant un jour des hommes
avec mépris , quelqu'un lui dit : Ah ! Monfieur,
fi vous ſaviez combien vous êtes haï, vous
eſtimeriez davantage les hommes !
LE moyen de gagner la plupart des hemmes
n'eſt pas de leur montrer des vertus , mais de partager
leurs défauts.
A
2
L'HOMME foible eſt ſemblable à un enfant que
veur être toujours porté dans les bras de ſa Nourrice.
(ParM.leMare. de C***. d'Avignon.)
!
BG
36 MERCURE
SPECTACLE S.
THEATRE DE MONSIEUR...
T
LEE
Lundi , 25 de ce mois on adonné
fur ce Theatre , la première repréſentation
du Nouveau Don Quichotte , Opéra-Bouffon
, parodié fur la muſique del Signor
Zaccharel .
La Scène ſe paſſe en Eſpagne. Un Vieillard
amoureux de ſa Pupille , l'oblige de
ſe retirer à la campagne , dans une vieille
maiſon délabrée, pour la dérober aux pourſuites
d'un jeune François qui lui faiſoit
la cour à Madrid. Ce Vieillard eft fujet , au
printemps , à une maladie affez ſingulière ;
il ſe croit petit-fils de Don Quichotte , Chevalier
errant comme lui , & perſécuté par
divers Enchanteurs. Il eſt juſtement dans
ſon accès de folie , lorſque le jeune François
, qui ſe doute que ce vieux château
renferme l'objet de ſa tendreſſe , envoie à
la découverte ſon Valet Criſpin. Ce n'eſt
pas fans beaucoup de diſgrace que celui- ci
parvient à s'aſſurer que la belle Claire eft
en effet dans cette maiſon ; mais comme
elle a une jolie Suivante , Criſpin reprend
DE FRANCE.
37
courage ,& s'occupe des moyens de la voir.
Le Vieillard Manquinados l'apperçoit , le
prend pour un Enchanteur , & le pourſuit
la lance àla main. Le Valet parvient à s'ef
quiver,& les Amans profitent de l'abſence
du Tuteur pour ſe parler. Le final du premier
Acte amène un joli tableau , dont
l'effet eſt très - bien rendu par la muſique,
Claire & la Soubrette ſont enfermées dans
le château , & ne peuvent parler à leurs
Amans qu'à travers la grille. Ceux-ci voudroient
quelque choſe de plus ; ils montent
juſqu'à la hauteur du mur , & engagent
leurs Maîtreſſes à en faire autant. Elles par+
viennent ainſi à leur donner la main , qu'ils
baiſent avec tranſport. Ils ſont ſurpris dans
cette douce occupation par Manquinados ,
que le François effraye au moyen d'un dé
guiſement dont il s'eft muni , &qui le fait
paroître ſous la forme d'un Géant formidable.
Au fecond Acte , les Amans font parvenus
à entrer dans la maiſon avec quel
ques amis. Criſpin , ſous l'habit d'un Enchanteur
, propoſe à Manquinados un com
bat contre l'un des Chevaliers qu'il protége.
La belle Claire doit en être le prix. Le
Vieillard accepre. Il eſt d'abord vainqueur
à l'épée ; mais le vaincu demande fa revan
che au fabre & à outrance ; il eſt vainqueur
à fon tour , & Manquinados abandonne
toutes ſes prétentions
3 $ MERCURE
L'impartialité dont nous faiſons profeffion,
même à l'égard de ce Theatre , &
contre laquelle des gens mal intentionnés
voudroient vainement donnerdes foupçons ,
nous oblige de convenir que cette Pièce ,
àla première repréſentation , n'a eu qu'un
ſuccès équivoque. Le premier Acte promertoit
beaucoup , &a fait grand plaifir ; mais
le ſecond a paru long , vide daction , peu
naturel , & bien moins piquant. On a trouvé
le caractère de Manquinados trop indérerminé.
On ne fait pas affez s'il eſt poltron
ou brave. Mais ces défauts ont été corri
gés dans les repréſentations ſuivantes. On
a fait beaucoup de coupures. La Pièce , plus
refferrée, & jouée avec plus de chaleur &
d'enſemble , a beaucoup mieux réufli , 80
enrichira probablement le Répertoire de ce
Théatre. L'Auteur eſt jeune, il écrit agréablement,
& paroît fait pour prétendre aux
plus grands fuccès.
La muſique a paru fort belle , quoique
les morceaux foient peut- être trop longuement
conçus. Pluſieurs produiſent le plus
grand effet , & particulièrement les morceaux
d'enſemble. L'orage qui ouvre la Piè
ce, le final du premier Acte , & un Quartetto
dans le ſecond, ont fur-tout été fort
applaudis. 7
Le lendemain , 26 , on avoit annoncé
la Comédie du Fabulijte. Une Actrice s'éDEFRANCF
.
39
rant trouvée indiſpoſée , cette Pièce a été
remplacée par la première tepréſentation de
l'Amour & l'Intérêt, Comédie en vers.: '
Une jeune veuve , Julie , aime le Che
valier de Beauchêne , dont elle eſt adorée.
Une aventure de bal le lui fait croire in
fidèle. Comme elle eſt riche , & qu'elle ſe
propoſoit de lui donner ſa fortune , fon
frère , homme très-intéreſſé , trouve l'occafion
favorable pour ne pas laiſſer échapper
cet héritage. Il aigrit Peſprit de fa foeur,
&lui perfuade d'épouſer un vieillard. Beauchêne
eſt conſigné à la porte , & n'a pas
même la liberté de ſe juſtifier. La Suivante
de Julie , indignée des vûes fordides du
frère , vient au ſecours de Beauchêne. Elle
lui faciline une explication avec fa Maitreffe;
mais cetAmane, trop fincère, achève
de ruiner fa caufe par la manière dont il
la défend. Cependant la Soubrette ne perd
pas courage. Par fon confeil, Beauchêne
feint de vouloir s'en aller en Allemagne.
Le frère de la veuve , qui voudroit le voir
bien loin , lui prête de fort bonne grace
soo louis , dont il a beſoin. Voici à quoi
ils fervent. Le Vieillard qui prétend à la
main de Julie , eſt fort avare, pour s'en
défaire, le Valet de Beauchêne prend le non
& l'habit d'un Médecin fameux , dont le
Vieillard abeaucoup entendu parler. Il feine
de blamer ſon mariage ; il va plus loin , il
a parié 1000 louis qu'il n'auroit. pas licu.
40 MERCURE
-Vous avez perdu , dit le vieux Dormont.
-Non , reprend le faux Médecin , car je
vous en donne cinq cents pour différer au
moins de fix mois , & en effet il les étale
fur la table. Cette vue décide l'avare , &
il part. Beauchêne revoit Julie ; déjà ébran
lée , loin de ſon frère occupé à preſſer le
contrat, plus perfuadée par les ſermens &
les tranſports de celui qu'elle aime , qu'elle
ne l'avoit été par ſes raiſonnemens, elle pardonne
enfin à Beauchêne , & le frère eſt la
dupe de fes propres artifices.
Certe Pièce , écrite avec grace ,naturel,
du meilleur ton , & conduite avec beau
coup d'art , a eu le plus grand ſuccès. On
ademandé l'Auteur avec enthouſiaſme ; le
fieur Saint Preux eſt venu nonamer M. Far
bre d'Eglantine. Le Public a redemandé la
Pièce pour le lendemain ; & l'Auteur , aps
pelé avec les plus vives inſtances , eft venu
recueillir des applaudiſſemens bien mérités.
Cette charmante Comédie eſt jouée avec
le plus parfait enſemble; elle a fervi à développer
, dans la plupart des Sujets de ce
Théatre , des talens qu'on ne leur avoit pas
encoré foupçonnés. Mme.Lavigne, qui dé
butoitpour lapremière fois , a paru remplie
d'intelligence , de fineffe & de ſenſibilité;
toutes ces qualités ſe ſont montrées aveo
encore plus d'avantage aux repréſentations
fuivantes , & on ne peut que féliciter ce-
Théatre d'une fi précieuſe acquifition.M.
DE FRANCE.
Paillardelle a confiriné la grande idée qu'il
avoit déjà donnée de ſon inérite. Il eſt impotlible
de mettre dans ſon jeu plus de chaleur&
de variété. Madame Péliffier, qui fait
allier à la grande vérité toure la grace & la
fineſſe dont l'emploi de Soubrette eſt ſuſceptible
, a prouvé dans cette Pièce & prouve
chaque jour qu'elle ett faite pour devenir
une Actrice du premier rang. On doit auſſi
-beaucoup d'éloges à fon mari, dans les rôles
de Valets. Il rend fur-tout la ſcène du Mé
decin d'une manière très-piquante. M. St-
Preux, malgré l'odieux du perſonnage dont il
eft chargé, a obtenu les applaudiſſemens que
lui méritent une connoillance approfondie
de la Scène, & une diction excellente. Enfin
M. Chevalier , qui juſque - là n'avoit pas
encore eu un ſeul rôle de quelque importance
, a développé dans celui-ci des talens
capables de justifier ſa haute réputation. Il
paroît maintenant démontré que la Troupe
Françoiſe de ce Theatre n'a plus beſoin
que de bonnes Pièces , & celle- ci ſemble
faite pour lui en procurer.
1
T
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
MEMÉOMIOIRREESS de Frédéric, Baron de Trenck,
traduits par Ini - même ſur l'original Allemand
augmentés d'un tiers ,&revus ſur la Traduction ;
par M. de ***. 3 Vol. in-8°. A Strasbourg , clicz
Jean George Treuttel , Libraire. A Paris , chez
Onfrey, Lib, rue St-Victor.
L'Hiftoire de cet homme , fi extraordinaire &
fi célèbre par ſes malheurs, ne peut qu'intéreſſer
viveinent le Public , qui ſera fans doute curieux
de lire ſa Vie , dépouillée de toutes les crreurs
dont on l'avoit défigurée. Il y a dans la Traduction
que nous annonçons, un Volume entièrement
nouveau
Traduction des Faſles d'Ovide , avec des Notes
&des Recherches de critique , d'Hiſtoire & de
Philofophie , tant ſur les différens objets du fyftême
allégorique de la Religion Romaine , que
fur les dérails de fon culte & les monumens qui
y ont rapport ; avec Figures ; par M. Bayeux ,
Avocat au Parlement de Normandie, de l'Acadé
mic Royale des Sciences , Belles - Lettres & Arts
de Rouen , Correſpondantde celle des Infcriptions&
Belles- Lettres de Paris , Membre du Mufée
de Bordeaux. In-8 °. Tomes III & IV. A Paris
chez M. le Barbier , Peintre , rue Bergère ; M.
Gaucher , Graveur , de l'Académie de Londres
rue Saint-Jacques ; & chez Barrois l'aîné , Libr.
quai des Auguftins.
2
Nous reviendrons fur cet Ouvrage eſtimable &
intéreſſant , dont nous avons annoncé les deux
premiers Volumes avec de juſtes éloges .
DE FRANCE. 41
Inftruction fur les Haras , par un ancien Capiraine
de Cavalerie. Brochure in-8°. de 107 pig.
Prix , 1 liv. 10 f. A Paris , chez Petit , Libr. au
Palais-Royal.
Ode à l'Envie. A Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Royez , Lib. quai des Auguſtins, près
Je Pont - Neuf.
Differtation en forme de Préface fur l'Hiftoire
naturelle & médicinate de l'homme. Prix , 2 liv. ,
avec figure color.-Diſſertation en forme de
Préface , fur les Foſfiles. Prix, 6 f. -Differtation
fur la Vigne. Prix, 4 liv . , avec fig. color.
-Differtation en forme de catalogue, des Arbres&
Arbustes qu'on peut cultiver en France,
&qui peuvent réſiſter en pleine terre pendant
Thiver . Prix, r liv . -Differtation en forme
de Préface, fur l'Eau en général , ſes différentes
variétés , ſes propriétés, ſes phénomènes , &
les avantages qu'on peut en tirer journellement
pour la Société civile. Prix, 2 liv.
fertation en forme de Profpectus , fur la liai
fon qui ſe trouve entre les trois Règnes de
la Nature ,&fur l'utilité de l'Histoire Naturelle.
Prix, 3 liv. avec fig. color. Differtation fur
'Hiſtoire Naturelle du Renard, fon caractère
ſes moeurs , fa chaffe, les appâts qu'on emploić
pour l'attirer , & les piéges qu'on lui tead ;
enfin ſur ſes propriétés médicinales. Prix , 4.1,
avec fig. color.-Differtation fur la Douceamère
, & fur ſes propriétés médicinales , principalement
pour les dartres & les maladies de
la peau. Prix , 2 liv . , avec figures coloriées,
-Differtation fur les differentes variétés &fousvariétés
de l'homme , fur la couleur des Ne
gres. Prix , 10 liv. , avec fig. color . A Paris ,
chez l'Auteur , M. Buchoz rue de la Harpe ,
-Dif-
109.
1
44 MERCURE
Hiſtoire de la Rivalité de Carthage &de Rome ,
à laquelle on a joint la Mort de Caton , Tragédie
, nouvellement traduite de l'Anglois de M.
Addiffon ; par A. H. Dampmartin , Capitaine au
Régiment Royal , Cavaleric. A Strasbourg , chez
J. G. Treattel, Libr. ; & à Paris , chez Onfroy ,
Lib. rue Saint-Victor. Il y a des Exemplaires fur
grand papier. Prix , 1-2 liv.
Nous reviendrons ſur cet Ouvrage eſtimable.
Bibliotheque Univerſelle des Romans Ouvrage
périodique , dans lequel on donne l'analyſe rais
fonnée des Romans anciens & modernes , fran
çois ou traduits dans notre Langue , avec des
Anecdotes & des Notices hiſtoriques & critiques
concernant les Auteurs ou leur Ouvrage ainfi
que les moeurs, les uſages du temps , les circonftances
particulières &relatives , & les per +
ſonnages connus , déguisés , ou emblématiqnes.
A Paris , chez J. Fr. Baſtien , Lib. rue des Mathurins
, Nº . 7. 20
Les morceaux contenus dans ce Volume , font
DieStafelnuzschale ,&c.; les Coquilles de noisette,
Anecdote;Mémoires de M. le Marquis de Saint-
Forlax ; le Tableau de Cébès , traduit du grec ; &
les Contes de mon Bifayeul.
Il vient de paroître , depuis , quatre nouveaux
Volumes de cette intéreſſante Collection:
Panegyriques prononcés dans différentes Eglifes
de Paris; avec des Précis hiſtoriques , des Notes ,
&les Lettres Afcétiques de S. Gaétan de Thienne ;
par M. de Barral , Prêtre , Docteur en Droit , &
premier Vicaire de Saint- Merry. 2 Vol. in- 12 . A
Paris chez Defer de Maiſonneuve , Libr. rue dn
Foin-St-Jacques , Hôtel de la Reine Blanche.
M. l'Abbé de Barral s'eſt diſtingué dans la
carrière de l'éloquence facrée ; on verrá avec intérêt
la Collection des différens Panegyriques qu'il
a prononcés.
▼
DE FRANCE. 45
Agenor fur le tombeau de fon fils , Poëme , par
M. P***. Brochure in- 8 °. de 16 pages. A Paris ,
chez Deſenne , Libr. au Palais - Royal ; & chez
Bailly , rue St-Honoré.
Lifvart de Grèce , Roman de Chevalerie , ou
ſuite d'Amadis de Gaule ; par M. de Mayer.s
Volum. in- 12. Prix br. 12 liv. , & 15 liv. rel. A
Amſterdam ; & ſe trouve à Paris , rue & hôtel
Serpente.
Etrennes aux Enfans qui favent bien lire , ou
Contes moraux , traduits de l'Anglois , par M. de
Lannoy , Avocat. Brochure in-16, A Paris, chez
l'Auteur , rue de Sorbonne , vis-à-vis le paſſage
St-Benoît. 1
Voyage au Pays de Bambouc , fuivi d'Obfer
vations intéreſſantes ſur les Caſtes Indiennes , fur
la Hollande & fur l'Angleterre. I Vol. in -89 . A
Bruxelles , chez du Jardin , Lib . de la Cour ; &
à Paris, chez Defer de Maiſonneuve , Libr. rue
du Foin-St-Jacques.
Voyage à la Nitrière naturelle , qui se trouve
àMolfetta, dans la Terre de Bari en Pouille;
par M. Zimmerman , Profeſſeur de Mathématique,
de Phyſique & Histoire Naturelle à Branſwick.
Brochure in-8°. de 49 pages. AParis , chez Barrois
l'aîné , Libr. No. 19 , quai des Auguftins.
: La Perspective aérienne , soumise à des Principes
puisés dans la Nature ; or nouveau Traité
de Clair-obfcur & de Chromatique , à l'uſage des
Artiftes ,avec Fig.; par M. de Saint Morien. I
Vol, in-8 . A Paris , chez Didor fils aîné, Libr.
ruc Dauphine , près le Font-Neuf. 1
46 MERCURE
Poëme Epi- tragique fur la mort du Duc Leopold
de Brunswick , traduction du Diſcours de Scythes
àAlexandre. - Le Retour du Printemps , Poёте.
-Paflage des Géorgiques, traduit en vers françois.
Ces divers Ouvrages de M. D**** D***** ,
ſe trouvent à Paris , chez l'Auteur , rue St - Honore,
au coin de celle Jean-Saint-Denis ; & chez
Eſprit, Libr. an Palais-Royal.
٢٠
Traité fur l'Art de la Danse , dédié à M. Gardel
l'aîné , Maître des Ballets de l'Académie Royale
de Muſique. 22. édition , augmentée d'une grande
quantité de Pas tant anciens que modernes , avec
leur explication à chacun ; par M. Malpied , Mc.
de Danſe. Prix , 9 liv. APatis , chez M. Bouin
Md. de Mufique & de Cordes d'inſtrumens , rue
Saint-Honoré, près Saint-Roch , au Gagne-Petit ,
N°. 504. 11
,
Eloge funèbre de Vénérable , difcrète & fcientifique
perfonne Meffire Jean - Joſeph Faydit de
Terſſac , Curé de la Paroiſſe de Saint-Sulpice de
Paris ; par M. l'Abbé de Vigneras , Licencié en
Théologie de la Faculté de Paris , à la Communauté
de Saint- Sulpice. A Paris , chez Crapart ,
Libr. rue d'Enfer ; près la place St-Michel. Brochure
in-4°. de 46 pages. Prix , 36 f. franche
de port.
Emplátre ou Mouche à guérir les Vapeurs des
Dames & des Demoiselles , ainſi que des hommes.
Prix , 6 liv. A Paris , chez la veuve Pitara , ruc
Quincampoix , Nº. 13 .
Le Sicur Pitara , au moyen d'un Emplâtre ou
Moucke de la largeur d'un petit écu , qui s'applique
ſur le nombril , a trouvé le fecret de guérir
les perſonnes qui , par un certain dérange
DEFRANCE.
47
mens, se trouvent ſujettes à des Vapeurs infupportables.
Ce Remède , éprouvé & connu depuis
nombre d'années , eſt encore utile aux Dancs
enceintes qui n'ont jamais pu porter a terme,
Pour éviter les Contrefaçons , il faut s'adreff.r
directement à la veuve Pitara , qui donnera la
manière de ſe ſervir de ce Topique.
La Dame JosSE , Marchande de Rouge de
la Cour, rue Coquillière , vis-à-vis le Roulage ,
eſt parvenue à rendre le Rouge végéral qu'elle
compoſe, aufli beau & auſſi agréable à l'oeil que
les couleurs naturelles.
Au moyen d'un corps gras aromatiſé , ce
Rouge, quoique plus fin, n'est pas ſujet à tomber
comme les autres ; il a de plus l'avantage
de nourrir & conferver la peau , ainſi qu'il eft
conftaté par l'Approbation de la Sociéte Royate
de Médecine.
La Dame Joffe prévient les Dames , qu'elle
fabrique du même Rouge ſans odeur , dans lequel
elle a incorporé de l'eſſence de Serkis qu'elle
tire directement de Conſtantinopie , où cette fleur
eſt recherchée par les Sultanes , qui en connoiffant
toutes les vertus pour entretenir la fraîcheur
du teint & empêcher les rides , en font continuellement
uſage, ainſi qu'il en eſt fait mention
dans différens Voyageurs & dans quelques Journaux.
La Dame Joffe a auſſi trouvé le ſecret de renplir
les boîtes d'or d'écailles , & fur le champ ,
fans les endommager , & meine en préſence das
Dames , fi elles le jugent à propos.
Le prix du Rouge de Serkis eft de 12 , 18 &
30 liv. le pot; l'autre fe vend , comme à l'ordinaire
, 6,9 , 12 & 24 liv. le pot.
S MERCURE DE FRANCE.
Spectacle hiftorique , gravé par F. Godefroy ,
de l'Académie Impériale & Royale de Vienne ,
&c. avec des Notes explicatives , par M. Léveſque
, de l'Académie des Inſcriptions & Belles-
Lettres de Paris. In-folio. Prix , 12 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , près le Théatre François , rue des
Francs-Bourgeois , vis-à-vis la rue de Vaugirard ,
N°. 127 .
Cet Ouvrage eſt d'une fort bonne idée & d'une
excellente exécution. Il eſt propre à graver le
tableau de l'Hiſtoire dans la mémoire de ceux qui
l'ignorent , & de la rappeler avec plus d'ordre à
ceux qui s'en font occupés. Les Notes , qui ſont
fort bien faites , y ajoutent un nouveau prix .
Cette ſeconde Livraiſon mérite les mêmes éloges
que la précédente.
LA Beauté.
TABLE.
3 Exposition . 22
Vers. 6 Ander- can . 25
Charade Enig. Logog. 7 Tableaux. 27
Des Idylles. 9 Variétés. 31
Difcours. 16 Theatre de MONSIEUR. 36
Idée de la Grammaire. 19: Annonces & Notices, 42
J'AI lu
APPROBATΙΟΝ.
par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 6
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en
cmpêcher l'impreſſion. AParis , les Juin 1789.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
1
POLOGNE.
De Varsovie , le 4 mai 1789.
Le projet de la perception des deux
-vingtièmes a particulièrement occupé la
Chambre des Nonces pendant le courant
de la semaine dernière, et laGrande
Pologne a tenu plusieurs Assemblées
Provinciales , où l'on s'est utilement occupé
de quelques instructions normales ,
qui doivent ôter à la Commission future
toute espèce de pouvoir arbitraire dans
-l'évaluation du revenu des biens-fonds :
quelques-autres objets ont partagé l'attention
des Etats. Dans la Séance de
Jundi passé , M. Garnysz , Vice- Chancefier
de la Couronne , a annoncé que
la Députation avoit expédié des lettres
de rappel à M. Corticelli , ci- devant
Ministre de la République à la Cour de
Vienne. Dans la Séance du jeudi , l'on.
Nº. 23. 6 Juin 1789. a
( 2)
assigna 100,000 florins pour le premier
achat de munitions de guerre , et l'on
établit l'égalité de la paie entre l'armée
de la Couronne et celle de Lithuanie.
Ces arrêtés , pleins de sagesse et d'accord
, ont cependant moins fixé les regards
publics , que les nouvelles effrayantes
qui viennent de Lithuanie et de Wolhynie.
Dans la dernière de ces provinces,
on a pris un Cosak du Don (Sujet de
la Russie ) qui , dit- on , avoue avoir distribué
de l'argent aux Popes , pour faire
révolter les Paysans. D'un autre côté ,
le Grand-Maître d'Artillerie , Potocki ,
qui commandoit dans cette province , a
envoyé sa démission .
Samedi matin , la Députation s'est assemblée
extraordinairement , à l'occasion
du Courrier renvoyé par M. le
Prince Czartoryski , avec la réponse du
Cabinet de Berlin à la communication
de la dernière Note Russe. Cette réponse
, très-favorable à tous égards , va
quvrir une négociation ultimative au
sujet de l'évacuation du territoire de la
République. En attendant que nous puissions
en dire davantage sur cet article ,
nous allons donner la traduction de l'universal
publié par les Etats au sujet des
révoltes.
UNIVERSAL.
MALAGROWSKI , grand Référendaire de la Couronne;
SAPIEHA , Grand-Maître d'Artillerie de
Lithuanie , Maréchaux de la Dière& de la Cor
5 :
( 3 )
fédération générale de Pologne &de Lithuanie.
Savoir faiſons . La tranquillité intérieure de
l'Etat devant faire l'objet principal de chaque
Gouvernement , la prévoyance de S. M. Polonoiſe
&des Etats confédérés du Royaume , n'a pu
enviſager avec indifférence le comportement des
Prêtes fchifmatiques , qui , de l'étranger , ſe ſont
clandeſtinement introduits en Pologne , comme
auſſi celui des vivandiers , voituriers , valets de
bagages , philipponi , qui , ſous différens prétexter ,
ſeſontgliffésdans le Royaume ,& qui tous enſemble
ont entrepris d'exciter les payſans Polonois
de la religion ſchiſmatique , à ſe révolter
contre la Nobleffe catholique en Pologne , fair
prouvé inconteftab'e , tant par les rapports
militaires , que par les Enquêtes & par les perquifitionsdesTribunaux
provinciaux du Royaume.
S. M. Polenoiſe & les Etats confédérés du
Royaume , défirant de tranquillifer l'alarme &
la frayeur générale que ces entrepriſes ont répandues
ſurtous les Citoyens , & d'appaiſer lei
inquiétudes de chacun pour ſa propriété , ſes
biens& ſa vie , ont ordonné de publier l'Univerſal
ſuivant :
Nous ordonnons que les Ruſſes qui y font le
métier de Marchand , prennent un témoignage
duTribunal le plus proche , qui atteſte qu'ils trafiquent
véritablement ; mais que tous les autresqui,
ſous lenomdeVivandiers, Voituriers, Colporteurs,
Valets de bagages , comme auffi tous les Moines
&Prêtres fchifmatiques, qui du dehors, comme les
Vivandiers, ſe fout gliffés en Pologne , & qui ont
été convaincus , par les rapports officiels & judiciaires
, d'avoirallumé la révolte des payſans ſchifmatiques
, retournent , 15 enjours de la date de cet
Univerſal , dans le pays d'où ils font venus : Voulantque
ceuxqui agiroient contre cette Ordonnance,
ſoient immédiatement arrêtéspar les détachemens
aij
(4)
militaires , ou par les jurisdictions provincia'es , conduits
dans les forterelles , & punis exemplairement.
Et comme tous avons été informés que les Prêtres
ſchifmatiques qui font établis & demeurent
en Pologne , n'ont pas encore , juſqu'ici , prêté ſermentdefidéliténi
au Roi , ni à la République de
Pologne , & qu'ils oſent au contraire invoquer &
prierDieu dans leurs prières publiques , pour une
Puiſſance étrangère,démarche qui,en même- temps
qu'elle détourne lepeuple ſchiſmatique demeurant
en Pologne , de la foi , ſoumiſſion & obéiffance
qu'il doit à la République , préjudicie auffi à l'autorité&
à la Souveraineté de la République. Nous
ordonnonsque tout le Clergé ſchifmatique , demeurant
& étant établi en Pologne , & ceux qui
aſpirent à des bénéfices , ayent , ſous 15 jours de la
date de la préſente , à prêter devant les Tribunaux
provinciaux , ferment de fidélité au Roi& à la République
,de neplus faire mention dorénavant dans
leurs prières publiques , d'une Puiſſance étrangère ,
mais prier Dieu pour le Roi & la République de
Pologne, leurs Souverains naturels ; ordonnons que
quiconque ofera contrevenir à la préſente injonction,
ſera immédiatement privé de fon bénéfice ,
&obligéde fortir fur-le-champ de la Pologne.
Mais pour que cet Univerſal parvienne incefſamment
à la connoiſſance des Commandans des
Troupes , des Juges dans les terres & diſtricts
de la Nobleſſe Polonoiſe , & également auſſi à la
connoiſſance du Clergé ſchiſmatique , des Vivardiers,
Voituriers , Valets de bagages , Colporteurs
Ruffes, & autre eſpèce de cette gente qui s'eſt
gliffée en Pologne, le préſent Univerſal a été ſigné
parnous les Maréchaux de la Diète , ſcellé, & a
été par nous ordoaré de l'envoyer fans délai à
toutes lesMagiftratures& Tribunaux des Provinces
duRoyaume; voulant que le Clergé , & fur-tout
celui de la religion ſchiſmatique , le publie en
( 5 )
chaire,&qu'il foit répandu dans tous les endroits ,
villes , bourgs & villages frués dans le Royaume.
Varfovie , le 18 avril 1789 .
MALACHOWSKI , grand Référendaire , Maréchal
de la Confédération de Pologne,
SAPIEHA , grand Maître d'Artillerie , Maréchal
de la Confédération de Lithuanie.
Les troupes nationales qu'on a fait
passer successivement dans les provinces
méridionales sur les frontières
Russes , montent à 12,000 hommes .
Le 27 avril dernier , le Marquis de
Luchesini et M. de Bucholz eurent
une audience du Roi , dans laquelle le
premier remit à Sa Maj. ses lettres de
créance , en qualité d'Envoyé extraordinaire
et Ministre Plénipotentiaire de
la Cour de Berlin auprès du Roi et de
la République de Pologne ; et l'autre ,
ses lettres de rappel. Sa Maj . fit présent
à M. de Buchols d'une tabatière d'or
richement garnie de diamans.
Du 10 mai. La gravité des complots
formés au sein de la République contre
sa tranquillité; complots dont les Grecs
Schismatiques sont les instrumens , comme
ils le furent pendant nos derniers
troubles , absorbent maintenant l'inquiétude
publique et la vigilance de la Diète .
L'on apprit , il y a quatre jours , que
l'Evêque Schismatique de Sluck avoit
été arrêté comme le principal Moteur
des mouvemens séditieux de la Lithuanie.
L'Officier chargé de cette commisa
iij
(6)
sion , trouva le Prélat avec une douzaine
de pistolets sur sa table , et le fit conduire,
sous bonne escorte , à la forteresse
de Nieswitz , appartenant au Prince
Charles Radzziwill. Cet Evêque sera
conduit incessamment dans cette capitale.
Le 6 , l'on amena de Wolhynie deux
Popes accusés , dont les dépositionsjetteront
de grandes lumières sur la question
qui agite en ce moment tous les esprits ;
savoir , si la fermentation fanatique
des Paysans Grecs désunis , a ou non
quelque première cause étrangère. En
attendant que les Etats s'occupent de cet
objet , ils ont continué le travail de l'impôt.
Dans la Séance du lundi 4, M. Severin
Potocki, Nonce de Braclaw, fit un
discours , où il appuya principalement
sur la maxime qu'un impôt assis sur le
superflu des riches , estdoublement avantageux
à l'Etat ; premièrement , en ce
qu'il emploie ce superflu aux besoins de
l'Etat ; secondement , en ce qu'il l'empêche
d'être employé au luxe ruineux
des importations étrangères , ou en d'autres
termes , qu'il fait rester dans le pays
beaucoup d'argent qui en sortiroit.
Le même Nonce de Braclaw développa enſuite
avec beaucoup de netteté , des idées ſur les encouragemens
que l'Etat devoit aux manufactures ;
encouragemens qui pouvoient être quelquefois
nuiſibles , lorſqu'un zèle immodéré pour l'induftrie
manufacturière,portoit à gêrer l'induſtrie agri
( 7 )
co'e par des impôts ſur la fortie des matières premières
; mais l'Orateur ajouta , que rien ne feroit
plus nuiſible que d'impoſer les manufactures de
manière à ce que les Percepteurs puſſent s'ingérer
dans leur induſtrie , & attenter à la liberté qui en
eſt l'ame , & qu'ainſi il demandoit que les manufactures
, qui employoient des corvées pour
leur main-d'oeuvre , fuſſent impoſées en raiſon
des corvées ,&que les autres manufactures fuſſent
abfolument libres d'impôr. Cette Motion du Nonce
de Braclaw donna lieu à un Turnum , où elle paſſa
àune pluralité décidée.
Les préliminaires de l'importante négociation
où la République est entrée
au sujet de l'évacuation des troupes
Russes., et pour laquelle la Diète a demandé
les bons offices de la Cour de
Berlin , ont déja occupé deux Séances à
huis-clos. Dans la première , la Députa
tion des affaires étrangères a fait connoître
aux Etats toute sa correspondance
avec M. le Prince Czartorisky ,
Ministre de la République à Berlin . Dans
la seconde Séance , on a autorisé la Députation
à entrer en conférence avec
M. le Marquis de Luchesini et M.
Hailes, Ministres de deux Cours , dont
tout annonce l'étroite liaison .
La fête de St. Stanislas a occafionné quelque
repos dans le travail pénible & journalier de la
Dière. Cette fêre eſt celle de Sa Maj . , qui a été
complimentée par les Etats. Cette fête eſt auſſi
celle de M. Malachowski , Maréchal de la Dière ,
&lui a valu une forte d'Ovation civique , dont
notre histoire fournit très-peu d'exemples : tous
les Nonces s'étant raſſemblés chez M. le Prince
:
a iv
(8 )
Sapieha , Maréchal de la Confédération de Lithuanie
, ſe rendirent en corps chez M. Malachowski
pour le complimenter , & l'accompagnèrent
enſuitejuſqu'à la Chambre des Etats . Cet
horneur n'eſt pas le ſeul que l'on compte luidécerner
, & l'on vient de remplir une ſouscription
pour lui donner une fête dans le palais de laRépublique.
Son nom feul n'a pas peu contribué à
la révolution actuelle ; l'idée de le voir préſider la
Diète ayant encouragé nombre de Citoyens
bien penſans à ſe mettre ſur les rangs , &ranimé
dans leur coeur l'eſpoir d'une reſtauration ,
flétrie par une longue ſérie de Diètes infignifiantes
on défaſtreuſes.
,
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 20 mai,
Le 6 de ce mois , le Comte de Lowenhielm,
Envoyé extraordinaire de Suède ,
fit part au Sénat de cette ville de sa nomination
d'Envoyé et de Ministre plénipotentiaire
auprès des Etats-généraux
des Provinces- Unies , et partit , le 10 ,
pour sa destination . M. Hielmer, Secrétaire
de légation , reste ici en qualité de
Chargé d'affaires .
Le premier effet du changement de
systême auquel le Danemarck a adhéré
, est la prorogation préliminaire ,
jusqu'au 24 juin , de l'Armistice entre
cette Puissance et la Suède. D'ailleurs ,
cette suspension d'armes paroît devoir
s'étendre au 15 novembre prochain
, c'est- à-dire , jusqu'à la fin de la
campagne. Cependant la Cour de Da
( ១ )
nemarck prend les précautions nécessaires
à sa tranquillité. On formera un
camp de quelques mille hommes dans
le Holstein , et l'escadre préparée tiendra
la mer ; du moins le Vice - Amiral
Schindel, qui doit la commander , hissa ,
le 9 , son pavillon sur le Prægtige(le
Magnifique ).-Le Capitaine Anglois ,
SirRobert Curtis, qui fit connoître d'une
manière si brillante sa bravoure et son
humanité au dernier siége de Gibraltar ,
a passé quelques jours à Copenhague ,
d'où il s'est rendu en Suède.
Les lettres les plus récentes de ce dernier
royaume indiquent que, le 7, le Roi
n'avoit pas encore quitté Stockholm .
Le 9 , ce Monarque tint un Chapitre
de ses ordres , et a nommé Commandeurs
de l'Etoile Polaire , les Evêques
Gadolin d'Abo, Hesselgreen d'Hesnosand
, et Wingaard de Gothembourg ,
ainsi que le Prévôt Nordin de Skellestea.-
Sa Maj , a élevé au rangde Comte ,
le Président Baron de Munk, et à celui
de Baron , le Lieutenant de Police M.
deLilien-Sparre; Elle a conféré la Capitainerie
de Calmar au Colonel de Lilichorn,
et au Baron de Raab , celle
de Blekinge,
L'armée fur les frontières de la Finlande , dès le
24 avril, commençoità fe mettre en mouvement.
Les régimens Finnois rejoignoient fucceflivement.
Le quartier-général étoit à Louiſa. Pendant
Thiver , on avoit réparti l'armée en trois Corps ,
( 10 )
dont le principal réſidoit à Louifa & aux environs ,
fous les ordres du Général Comre de Meyerfeld
& du Major-Géréral Baron de Kaulbay ; il s'étendoit
juſqu'à Borgo ; le fecond Corps , fous les
ordres du Général Baron de Siegroth , aux environs
de Sexiarfwi ; & le troiſième , ſous les ordres
du Général de Platen, aux environs de Peipola.
La Brigade Finnoiſe de Sawolax a actuellement
pour ChefleColonel Curt de Stedingk : e'le eſt aux
environs de Saint-Michel & de Randafalmi , &
couvreles frontières vers Nyslott&Willmanftrand.
Du côté des Russes, le Comte de MuschinPusckin,
suivi, quelquesjours après,
du Général Michelson, partit le 27 avril
de Pétersbourg pour la Finlande ; les
Cuirassiers de Jambourg étoient , à la
même date , en marche vers cette province.
Ainsi on peut conjecturer que la
campagne s'ouvrira dans le courant de
mai.
L'Impératrice de Russie a répandu
une profusion de graces sur les principaux
Officierset sur les troupes qui ont
servi à la prise d'Oczakof.
Le Maréchal Prince Potemkin a reçu un bâton
de commandement, enrichi de brillans , & entouré
de feuilles d'or en laurier , une grand médaille ,
100,0 : 0 roules en argent comptant ; le Prince
Repnin, une épée d'or garnie de brillans ;le Général
de Suva of, une aigrette montée enbrillans ;
leGénéral Nafchtſchokin , 700 Payſans; leGénéral
Paul Potemkin , une épée d'or ; le Général de
Heiking, une terre domaniale dans la Livonie ;
LePrince Sergey Galitzin, les Généraux de Buch.
holz, de Fecmers & de Meknob , chacun une épée
d'or ; le Baron de Pahlen 500 Payfans ; les Colo(
II )
A
nels Rſchewsky, Poſnakof, Kifclef , Fischer, Dejef,
Marcof& Jufchkof, chacun une épée d'or ; le..
GénéralMeyendorf, le Colonel Miller, &le Major
Hering, chacun une terre en Livonie. Tous les
Bas - Officiers & Soldats recevront chacun une;
médaille d'argent. :
Le 25 avril , cette Souveraine fit aussi
une promotion dans l'armée .
P.S. Nous apprenonsà l'instant que le
camp Danois , projeté dans le Holstein,
est contremandé.
De Berlin , le 21 mai.
La note remise , le 5 avril , aux Etats
de Pologne par l'Ambassadeur de Russie
à Varsovie ( note que nous avons rapportée)
, a été communiquée à notre
Gouvernement par le Prince Czartoriski
, Envoyé extraordinaire de la République
, et accompagnée du mémoireque
voici :
«
a
Le Souſſigné , en vertu des ordres qu'il vient
de recevoir , a l'honneur de préſenter cette Note
à L. Exc. Meffieurs les Comtes de Finkentein &
de Hertzberg. Les Séréniffimes Etats de la République
étant encore dans l'attente d'une Réponſe
de la part de la Cour Impériale de Ruffie , à
leur demande en date du 10 mars, relativement
à l'évacuation destroupes Rufies du territoire Polónois
, viennent de recevoir une nouvelle Note
de M. le Comte de Stackelberg , Ambaſfadeur de
cette Cour près des Séréniſſimes Etats , dont le
contenu paroît de nature à décliner l'objet des repréſentations
contenues dans ladice Note des Etats ,
du 10 mars , en annonçant les déſirs d'une per
a v
(12)
miffion pour l'entrée & le paſſage indéfini de
nouvelles troupes de cette Puiffarce. »
<<Cette Note arrivant dans un moment où
des rapports non breux , venus preſqu'a-la-foisde
pluſieurs endroits de la Pologne&de la Lithuanie,
conſtatent le développement fucceffif& ſyſtématique
d'un germe de fédition parmi les Payſans
du rit Grec-Uni & Non-Uni , dont les rapports
antérieursen avoient foulement annoncé l'exiſtence;
dans unmoment où ces mêmes rapports démontrent
également , d'après les interrogatoires & les
dépoſitions de pluſieurs féditieux arrêtés (dont
quelques uns ont mêmedéja ſubi le ſupplice dû à la
révolte ), que les premières diſpoſitions à cette
émeute ont été inſpirées & fomentées , tant par
des Moines Rufſſes du rit Grec Non- Uni , rendus
ſous différens prétextes en Pologne , que par des
Zwofczyks , des Vivandiers , des Marquetans &
autres Sujets de certe Nation , répandus en plus
grand nombre que jamais dans le pays , (cette
note) n'a pu que produire une impreffion facheuſe
ſur l'aſſemblée de la Nation , & ajouter aux
motifs de fon éloignement pour tolérer le ſéjour
ultérieur des troupes Ruſſes en Pologne. »
«Cet état des choſes , fur lequel le Souffigné
eſt à même de fournir à l'illuſtre Miniſtère de Sa.
M. P. les éclairciſſemens les plus détaillés& les plus
authentiques , re ſauroit plus faire envifager à la
Nation l'entrée quelconque des troupes mentionnées
comme un paſſage innocent , mais p'utôt
comme dangereux , vu qu'outre les inconvéniens
déja éprouvés, réſultans de ce paſſage , il eſt à
craindre que l'apparition de nouveaux détachemens
Ruffes en Pologne , ne paroiſſe dans l'eſprit
du Peupe, également ſuſceptible de féduction que
d'illuson, commeune annonce d'un projet décidé
pour protéger une révolte qu'il voit journellemeat
fomenter par des Sujets de cette Nation. >>
(13)
« Au milieu de ce concoursde circonſtances ,
qui exigent l'attention la plus ſérieuſe de la Nation
, les Etats de la République ne fauroient
donner une preuve moins équivoque de leur
confiancedans les ſentimens amicals & généreux
de S. M. P. à l'égard de la Pologne , qu'en s'empreſſant
de faire paſſer ſous ſes yeux le vrai
tableau de cette poſition>>
« Le Souſſigné , en s'acquittant de cette Commiffion
, ainſi que de celle de communiquer à
l'illuftre Ministère la Note de l'Ambaſſadeur de
Ruſſie , qu'il a l'honneur de joindre ici , doit en
même temps témoigner , en conféquence des
ordres reçus , que lesEtats , en faiſant paffer à la
connoiffance de S. M. P. tout ce qui eſt annoncé
ci-deſſus , ne peuvent qu'être intéreſſés à s'affurer
de la manière dont S. M. enviſagera cette
poſition des choses; ne doutant pas que le point
de vue ſous lequel e'le l'apercevra , ne lui ſoit
indiqué par l'intérêt généreux qu'elle prend conftamment
à la sûreté , à l'indépendance& à l'intégrité
de la Pologne. »
Berlin , ce 27 avril 1789 .
JOSEPH , Prince CZARTORISKI.
Les Ministres d'Etat ont répondu en
ces termes à la Note qu'on vient de
lire :
«Nous n'avons pas manqué de mettre ſous
les yeux du Roi , la Note que M. le. Prince
Czartoriski , Envoyé Extraordinaire & Miniſtre
Plénipotentiaire de S. M.le Roi &de la Sérénif
fime République de Pologie, nous a remiſe en
date du 27 avril , pour communiquer à S. M.
les follicitudes dans lesquelles les Etats de la
Séréniffime République ſetrouvent de nouveau. »
« Le Roj prenant toujours un intérêt trèsparticulier
au fort d'uneRépublique amie , alliée
4
(14)
&voiſine de ſes Etats , a vu avec peine par
cette Note, que les Etats de ladite Séréniſſime
République n'étant pas fatisfaits de la Note que
M. l'Ambaſſadeur de Ruffie leur a remiſe , en date
du 6 avril , touchant le paſſage des troupes Rusſiennes
parle territoire de la Pologne , ils ſe trouvent
en même temps fort alarmés de certains
indices d'une ſédition générale des Payſans Grecs ,
Sujets de la République , qui pourroit éclater à
l'occaſion du paſſage des troupes de la Cour de
Ruffie. S. M. très-ſenſibleà cette communication ,
& à la confiance que les Séréniſſimes Etats lui
témoignent , en demandant ſes conſeils & fon
intervention dans cette ſituation critique de la
Pologne , ne balance pas de s'expliquer là- deſſus
avec cette franchiſe & cordialité , dont Elle fait
&fera toujours profeffion. >>
« Le Roi eſt à la vérité perfuadé que l'illuftreNation
Polonciſe peut attendre avec certitude
de labienveillance & de la grandeur d'ame de Sa
M. l'Impératrice de Ruffie , que cette magnanime
Princeſſe ne voudra rien faire ni permettre qui
puiſſe caufer la ruine & le malheur d'un Etat libre,
voifin , ami & a'lié de la Ruffie. Cependant ,
comme le ſéjour & le paſſage continuel & indéterminé
des troupes Ruffiennes par le territoire
de la Pologne , & la convention que M. l'Ambaffadeur
de Ruſſie propoſe pour cet effer , pourroient
avoir des inconvéniens , en donnant quelque
atteinte à l'indépendance & à la neutralité de la
Répubique , en provoquant la Porte Ottomane
de demander les mêmes facilié, pour ſes troupes
, en devenant fort onéreux aux contrées de
la Pologne par leſquelles les troupes des parties
belligérantes paſſeroient , & en entretenant en
effet l'efprit & les diſpoſitions ſéditieuſes des
Payfans Grecs , Habitans de la Pologne , S. M.
penſe qu'on pourroit prévenir& lever ces incon(
15)
véniens & préjudices de part & d'autre , fi la
Séréniſlime République les faiſoit repréſenter à
S. M. l'Impératrice de Ruſſie, d'une manière p'eine
d'égards & de confiance dans fa grandeur d'ame ;
fiElle prioit cette Auguſte Souveraine d'épargner
à laNation Polonoiſe les dangers & les charges
d'un paflige continuel des troupes Ruffiennes ,
facile à éviter par un médiccre détour , & fi Elle
faifoit propofer en même temps , que dans le
cas d'un paſſage inévitable de quelques troupes
Ruffiennes par la Pologne , Elle ne veuille les faire
paſſer qu'en petits détachemens ; qu'Elle en faſſe
faire à temps la réquifition préalable par fon Ambaſſadeur
à Varſovie , & qu'elle agrée que ces
troupes foient conduites par des Commiſſaires de
la République, comme cela est d'ufage dans les
cercles de l'Empire d'Allemagne , même pour les
troupes de l'Empereur ; que la Cour de Ruffie n'établiſſe
plus denouveaux magaſins en Pologne , &
qu'elle laiſſe ceux qui y font actuellement établis ,
fous la garde de quelques Commiſſaires , & de
gens armés pourleurs perſonnes, auxquels gardes
&magaſins la République pourroit affurer toute
la fûreté néceſſaire pour la protection de ſes trou
pes. Il paroît que des meſures&des précautions
pareilles ſeroient propres à conſtater & à établir
la neutralité& l'indépendance de la République ,
à diminuer & à prévenir les inconvéniens des magafirs
& du paſſage des troupes de la Cour de
Ruffie, en donant à cette Cour des preuves réelles
des égards & de la bonne volonté de laRépu
blique pour les intérêts de la Ruffie , & en lui
procurant les facilités raisonnables & propres à
pouvoir être conciliées avec le bien - être de la
Pologne. "
«Le Roi ſe flatte que ſi les États de la Séréniffime
Républiquede Pologne font faire des repréſentations&
des propoſitions de cette nature
:
(16)
àSaMajesté l'Impératrice de Ruffie , cette Auguſte
Souveraine les agréera avec cet e générofité dont
Elle a donné tant de preuves. Sa Majesté eſt aufi
très - diſpoſée à les faire recommander & appuyer
auprès de la Cour de Ruffie , d'une manière convenable
, & proportionnée à l'intérêt qu'elle prend
à la tranquillité & à la proſpérité du Royaume
de Pologne. Elle n'attend que les réſolutions des
illuftres États de la Séréniffime République fur ces
objets , & fur l'uſage qu'ils voudront faire de ſes
confeils , pour adreſſer les ordres&les inftructions
néceſſaires pour cet effet à ſes miniſtres en Ruſſie
&en Pologne. »
«Après nous être acquittés ainſi des ordres que
le Roi nous a donnés pour faire cette réponſe à
M. le Prince Czartoryski , nous le prions de la
faire paſſer à ſes commetrans , les États de la Se
réniffime République de Pologne à Varſovie. >>
« Signé , FINCKENSTEIN. HERTZBERG.
Berlin , le 30 avril 1789.
Le Comte de Golz fait ses préparatifs
pour se rendre à Pétersbourg en
qualité de Ministre plénipotentiaire. Il
y sera accompagné de M. de Huttel, qui
ne restera à Pétersbourg que peu de
temps , et qui se rendra en Suisse , où il
doit résider près le Corps Helvétique.
On apprend de la Silésic , que le 6 de
ce mois un incendie terrible éclata dans
la ville de Toschen , et la réduisit entiè
rement en cendres , à l'exceptio,n du
château , de l'église des Luthériens , et
quelques autres maisons.
De-Vienne le 16 mai
!»
Quelques accès de fièvre , accompa-
4
( 17 )
gnés de toux et d'un crachement sanguinolent
, ont retardé les espérances du
Public sur la convalescence de l'Empereur
. Le 13 , la Gazette officielle a an-'
noncé que Sa Maj. étoit de nouveau
alitée depuis quelques jours. La fièvre,
avoit été moins forte le 12 , sans que le
malade pût recouvrer le sommeil dans la
nuit du 13. Le voyage de la Cour às
Laxembourg , qui devoit avoir lieu le 11,
a été remis.
Tous les Généraux qui doivent faire
la campagne , sont partis de cette Capitale
, à Pexception des Généraux Baron
de Vins et de Brentano , encore
malades. L'armée principale a un train
considérable de grosse artillerie ; 20,000
hommes camperont près de Schabaz ,
pour couvrir la grande armée. On augmente
le nombre des baraques au-dessous
de Semlin , et on y achève les redoutes.
-
Le Corps d'armée sous les ordres du
Maréchal de Laudhon , se concentre
aux environs de Gradisca, Sluin et Novi,
et paroît menacer à -la- fois Berbir ,
Cettin , Bihacz et Banialuca. Les
Tures sont en mouvement dans la Bosnie
; on fait monter à 50,000 hommes
leurs troupes dans cette province.-La
garnison de Belgrade est de 15,000
hommes , et il s'en trouve 17,000 à Nissa
, Semendria , Kroza et Usiza ,
Le Supplément de la Gazette du 13 ,
:
(18)
contient le récit d'une rencontre partielle
en Transylvanie.
Le Général Prince de Hohenlohe , commandant
leCorps de troupes dans la Tranſylvanie , mande ,
le 2 mai , que depuis le 25 avril lesTurcs avoient
tenté de pénétrer du côté de Kinenyi , mais fans
ſuccès. Le lendemain 26 , on aperçut un avant
Corps ennemi près de Kofia , & le 27 au matin ,
l'ennemi , au nombre d'environ 2,000 hommes ,
attaqua le poſte occupé par le Capitaine Rifs , qui
avoit ſous fes ordres un parti du régiment d'Orosz
&un certain nombre de Volontaires Wallaques
&d'Huſſards de Toſcane. On repouſſa l'ennemi
à pluſieurs repriſes avec perte ; mais comme il
parut environ 800 Turcs ſur les rochers les plus
eſcarpés vis-à-vis du poſte que l'on défendoit ,
le Capitaine Rifs jugea à propos de paſſer la rivière
de Lotra , & de ſe retirer avec ſa troupe à
Saracſineſt . Dans cette affaire , les Turcs ont laiffé
ſur la place 70 tués ; nous avons eu de notre côté
5 tués, 14bleſſés , & 55 égarés, dont quelquesuns
ont déja rejoint la troupe. LePrince de
Hohenlohe vint après cette affaire à Kinenyi ; il
fit évacuer le Couvent de Kornet , & prendre
poſte à Saracſineſt.-Les 20, 28, 29 & 30 avril, il
ne ſe paſſa rien entre nos troupes & l'ennemi , qui
cependant fit mettre le feu au Couvent de Korner.
Le premier mai , l'ennemi fit reconnoître notre
poſition par un détachement de 50 hommes. Le
Lieutenant Fulda l'attaqua avec des Huſſards de
Toſcane , en tua pluſieurs , &diſperſa les autres.
Le même jour, dans l'après-midi , environ 3,000
Turcs ſe montièrent ſur les hauteursde Jana. Le
Prince fit en conféquence ſes diſpoſitions , & parvint
à en chaſſer l'ennemi , que l'on pourſuivit
pendant quelque- temps. Le chef des Turcs & 35
hommes furent tués dans leur retraite. --On a appris
depuis que l'ennemi s'eſt replié ſur Gura-Lotra .
-
(19)
Un évènement plus important , s'il
se confirme , est celui que rapporte , en
ces termes , la Gazette d'aujourd'hui .
Le Général Russe de Dorfelden
« a attaqué , le 1er. mai , et défait entiè-
<< rement un Corps enneini de 6,000
<<hommes qui étoit retranché près de
<<Gallacz ; 200 Tures sont restés
<< sur la place , et 1500 ont été faits
prisonniers ; parmi ces derniers se
trouve le Chef Ibrahim Pacha. On
<<a pris 37 drapeaux et 13 canóns . Les
<<Russes ont eu à cette occasion sor-
« XANTE TUÉS et PLUS DE CENT
« BLESSÉS. »
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 27 mai .
Le Lord Chambellan a fait annoncer
dans la Gazette officielle , que le 4juin ,
anniversaire de la naissance du Roi ,
S. M. tiendroit appartement au Palais
St. James : ce sera la première fois depuis
le rétablissement de ce Monarque , sur
la santé duquel on a récemment répandu
dans l'étranger des bruits absurdes et
destitués de toute vérité. Le fait est que
S. M. ressentit , il y a 3 semaines , un
mal-aise accompagné d'assoupissement
et de foiblesse ; la fièvre survint , et dura
quelques jours , mais d'une nature si peu
( 20 )
alarmante , que le Roi n'interrompit aucune
de ses fonctions habituelles. Cette
indisposition passagère est absolument
dissipée depuis plusieurs jours : le Chevalier
George Baker s'est empressé de
déclarer que la santé dù Roi étoit aussi
bonne qu'elle eût été en aucun temps,
S. M. assistą dimanche au service divin
à la chapelle de Windsor ; Elle s'est
promenée tous les jours à cheval ou
en voiture , et doit passer en revue cette
semaine , quelques égimens de Dragons,
Quant au prétendu Bill de régence dont
le Parlement doit s'occuper , suivant les
inventions de quelques Bulletins anonymes
, il n'en est question en aucune
manière . Il n'est pas encore décidé que
LL. MM . aient renoncé au voyage de
Hanovre ; mais on présume que les instances
des Ministres , la durée de la Session
actuelle du Parlement , et sa prochaine
dissolution , feront remettre ce
voyage à l'année prochaine. - Le Pu
blic a eu si peu d'inquiétude d'une rechute
de S. M. , que les fonds publics
haussent journellement. Les actions de
la Banque sont à 177 et demi , et les
actions consolidées à 76 trois quarts.
Le Prince William Henri a été créé
Duc de Clarence et de Saint Andrew
dans la Grande-Bretagne , et Comte de
Munster en Irlande : il porte aujourd'hui
le titre de Duc de Clarence , et a siégé
dans la Chambre Haute en cette qualité.
( 21 )
Il doit aussi prendre place dans le Conseil
Privé à la première Séance. Son Alt.
Royale , accompagnéedu Capitaine Ber
keley, a fait , ces jours derniers , la visite
détaillée des chantiers et de l'Artillerie
àDepfordet à Woolwich.
Lord Penrhyn remit , le 20 , à la
Chambre des Communes les Pétitions
des Marchands et Armateurs de Liverpool
, des Manufacturiers en ouvrages
de fer , des Créanciers hypothécaires des
Planteurs , de tous les intéressés au commerce
des isles et du Corps municipal de
Liverpool . M. Brook-Watson remit
une Pétition pareille des Marchands et
Intéressés de Londres au commerce des
sucres.
Le 22 , les Communes alloient poursuivre
l'examen de la Traite des Negres,
lorsque l'Alderman Sawbridge demanda
que les Pétitionnaires , réclamant contre
le projet de suppression , fussent entendus
à la Barre , et admis à faire preuve.
Cette Motion ramena la conversation
sur l'objet de la Séance , et donna licu à
ain grand nombre de discours peu mesu-
-rés contre l'abolition de la Traite ; il
fut enfin décidé , sans prendre les suffrages
, que le Conseil des Réclamans
seroit ouï à la Barre de la Chambre.
-De cette Audition , qui prendra.nécessairement
beaucoup de temps , on
peut conclure que la question principale
ne sera pas jugée dans la Session ac
( 22 )
tuelle. On prévoit tellement qu'elle rencontrera
une opposition formidable dans
les deux Chambres , que les paris contre
l'abolition de la Traite sont ouverts à
dix contre quatre.
Les Marchands , Planteurset autres ,
întéressés au commerce des Isles , se
sont assemblés à la taverné de Londres ,
et y ont pris les résolutions suivantes ,
que nous allons transcrire , afin qu'on
puisse confronter les bases d'attaque et
dedéfense.
"I. Que l'esclavage a exiſté comme une condition
de l'eſpèce humaine , en Afrique, depuis les temps
les plus reculés ,& bien avant que les Européens
fiffent la Traite ſur les côtes de ce continent .
II. Que des Eſclaves achetés par les marchands
Anglois , une partie paroît être des prifonniers de
guerre , qui , fans l'eſpoir de les vendre , auroient
été maſſacrés ſur le champ de bataille , ou facrifiés
à la fuperftition ou à la cruauté de leurs
vainqueurs; que les autres font des condamnés
dont la peine a été commuée en eſclavage ; d'autres
font nés Eſclaves , ou faits tels pour dettes.
III. Qu'un commerce avec l'Afrique ne ſauroit
être d'un grand avantage national , ou étendu jufqu'à
un certain point , excepté fur l'article des
Eſclaves, dont l'acquiſition ne tend pas néceſſairement
à entretenir les Naturels dans un état habituel
de guerre , ou à retarder chez eux les progrès
de la civiliſation .
IV. Que les propriétaires des ſucreries ont un
droit égal à celui de tous les autres ſujets du
Royaume , d'être protégés dans la libre jouiſſance
de leur propriété légalement acquiſe.
V. Que leur titre à la propriété qu'ils pof(
23 )
sèdent , eft fondé ſur des conceſſions ou des ven'es
de la Couronne , & fur des chartes & actes du
Parlement.
VI. Que le capital actuellement employé dans
nos ifles à ſucre , en terres , Nègres , bâtimens ,
vivres& meubles , monte à 70 millions de livres
ſterlings.
VII. Que cette valeur dépend uniquement de
la culture des terres , & qu'en conféquer ce tout
ſyſtême qui tendroit à priver les propriétaires
des moyens de cultiver , affecteroit et rabaiſſeroit
la valeur de ce capital
VIII. Que depuis l'établiſſement des Colonies ,
l'uſage univerſel dans toutes les ifles Angloiſes &
étrangères , a été de cultiver les terres par des
Nègres.
IX. Qu'il a été démontré par expérience que
le tempérament des Européens les rendoit incapables
des travaux de l'agriculture dans les
Indes occidentales ,& qu'en conféquence on ne
peut plus les continuer , ſi l'on ne ſe procure un
nombre fuffiant de Nègres à cet effet.
X. Que des caufes naturelles & des calamités
accidentelles , malheureuſement trop fréquentes
dans les iſles des Indes occidenta'es , y font diminuer
conſtamment & rapidement le nombre
desNègres , &que cette mortalité ne peut jamais
être compenſée par le nombre des naiſſances.
XI. Que s'en repofer uniquement pour la
culture ſur la population intérieure , c'eſt aſſeoir
les intérêts , non pas ſeulement des planteurs ,
mais des hypothécaires , rentiers , femmes couvertes
ou douairières , des veuves , des enfans ,
&des autres créanciers de nos iſles , dans laGrande-
Bretagne , ſur le ſuccès incertain d'une expérience
qui n'apas encore été tentée ,& qui , en cas qu'elle
manque , caufera , ſinon la ruine totale , du moins
de grandes pertes à un grand nombre d'individus
(24)
2
2
€
innocens , qui ont fan des acquiſitions coûteuſes,
fur la foi d'un ſyſtême établi depuis long- temps
dans les Colonies, ſanctionné & fortifié par plufieurs
actes du Parlement.
XII. Que les manufactures , les constructions
de vaiſieaux , la navigation & le revenu de la
Grande- Bretagne , font fingulièrement intéreſſés
au commerce d'Afrique & des ifles à ſucre; &
quetous ces objets doivent décliner ou proſpérer
en saifon des ſecours que leur fournit ce commerce,
& en proportion de ce qu'on mettra plus
ou moins les planteurs en état d'améliorer la culture
dans les ifles des Indes occidentales.
XIII. Qu'il paroî , d'après le rapport duConſeil
privé de S. M. , que la ſeule valeur des droits
de douane , produits par les exportations pour
l'Afrique&les Colonies , a monté à 2,306.959 1.
Que les importations des iſles à
fucre ont monté, d'après l'évaluation
de l'inſpecteur général , à ......... 5,389,054-
Celle d'Afrique , à .... 117,817 .
5,506,871 1.
XIV. Que le port des vaiſſeaux fortis des Colonies
à fucre , ainſi que celui de ceux qui leur
ſont venus d'Afrique en 1787 , a morté à
249.331 tonneaux.
Le nombre de Matelots employés pour la ſeule
navigation pendant la même année ,ja été de
21,000 hommes.
Et le revenu , toujours dans la même année ,
de. .....1,627,142 liv.
XV. Que le commerce des Colonies & la
Traite des Nègres forment une école de Marelots.
XVI. Que les François accordent aujourd'hui
une prime ou gratification de quarante livres par
tonne, chaque vaiſſeau frété d'un port de
France
1
(25 )
<
France pour laGuinée ,&depuis 160 liv. juſqu'a
230, par tête de Nègres importés dans leursColonies.
:XVII. Que les Eſpagnols ont ouvert récemment
différens ports dans le Sud de l'Amérique ,
pour l'importation des Nègres ; qu'ils les ont
déclarés libres&francs pour les Etrangers , fuffentilsmême
chargés pour des places étrangères , afin
d'encouragere T'agriculture dans leurs propres Colonies
, comme le porte expreffément la Cédule
Royale de S. М. С.
XVIII. Que les Américains des Etats-Unis ont
frété pluſieurs vaiſſeaux pour ſuivre ce commerce.
XIX. Que la déclaration du Miniftre , portant,
qu'il ne ſera alloué aucun dédommagement , aucune
compenfation aux parties plaignantes , victimes
de cette grande révolution commerciale ,
c'est-à-dire , aux marchands ni aux manufacturiers ,
quoique les vaiſſeauxdes premiers ne foient propres
à-aucun autre commerce , & que les objets de
fabriques des derniers ſoient pour la plupart invendables
dans tout autre port, & à toute autre
perſonne , qu'aux planteurs , à leurs bailleurs de
fonds , aux particuliers qui ont affis une rente
fur leurs habitations & autres créanciers , eſt de
la nature la plus alarmante pour tout individu
qui ſe trouve lui-même intéreſſé dans le commerce
& à la proſpérité du Royaume. Qu'une
déclaration ſi répugnante à tout principe de jaftice
, ne peut naître que de l'imprévoyance des.
grands maux qui pourroient en réſulter ; & qu'elle
tend directement , ſi la Législature l'adopte , à
bannir toute confiance dans les entrepriſes de
commerce , dans la ſtabilité des chartes Royales ,
en la foi du Parlement.
Signé JAMES ALLEN , Secrétaire.
Un Folliculaire s'étant avisédedresser,
Nº. 23, 6 Juin 1789 . b
( 26 )
article par article , un traité d'alliance
entre quatre grandes Monarchies de l'Europe
, Milord Stormont , prenant cette
fiction au sérieux , a interpellé, le 22, daris
la Chambre-Haute , le Duc de Leeds ,
Ministre des Affaires Etrangères , de déclarer
: << Si le traité d'alliance défensive ,
<<conclu avec le Roi de Prusse , tel qu'il
<<<a été soumis au Parlement , renfermoit
<<<toutes les conventions arrêtées entre
<<les Contractans , et s'il n'existoit pas
<<<encore des articles secrets>.>> Le Ministre
répondit que le traité étoit sous
les yeux de la Chambre , maîtresse d'en
faire l'examen , et de réprouver le Cabinet
qui en étoit responsable ; mais
que Milord Stormont, Oracle du Corps
Diplomatique , savoit mieux que personne
qu'un Ministrene répondoit pas en
public à des questions pareilles à celle
qu'on lui faisoit. Le Chancelier alla
plus loin , et dit que le Ministre qui
répondroit à cette question , mériteroit
d'être poursuivi par la Nation , comme
coupable de Haute- inconduite. La
conversation finit par la Motion d'ajournement.
L'espace nous manque pour publier
aujourd'hui une seconde lettre que nous
avons reçue d'un Membre des Communes
, et qui contient un précis curieux
des dernières Séances du procès
de M. Hastings : nous la donnerons
dans huit jours ; il suffit , pour le mo(
27)
ment , de dire que les Accusateurs ont
perdu toutes les questions qu'ils avoient
élevées en faveur des témoignages.inadmissibles
qu'ils réclamoient. D'autre
part , Lord Cornwallis vient d'envoyer
au Bureau de Contrôle et à la Direction
de la Compagnie des Indes , les réclamations
unanimes de tout le Bengale
contre cette procédure : ainsi , d'un
côté , nous voyons M. Burke censuré par
les Communes , dont il est présumé l'organe
; et de l'autre , les Indiens , dont les
Accusateurs prétendent défendre la cause
, déclarer solemnellement qu'ils n'ont
aucune cause à plaider. Ce procès , néanmoins
, à la fin de la Session , coûtera
30,000 liv. sterl. à la Nation ; c'est tout"
juste l'intérêt d'un million sterl. de la
dette publique , dans les 3 pour 100
consolidés.
FRANСЕ.
De Versailles , le 30 mai.
Le 26 du moisdernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont ſigné le contrat de mariage
du Marquis de Bailly , Officier au Régiment du
Roi , avec demoiſele d'Allonville.
Le 9 de ce mois , Leurs Majestés & la Famille
Royale ont aſſiſté , dans l'Egliſe Notre Dame, au
Service anniyerſaire de la mort de Louis XV ,
que les Curé&Marguilliers de certe Paroiſfe o
fait célébrer ; &, le 12 , dans l'EglifeS. Louis , au
Service anniverſaire , fondé pour le repos de l'ame
du même Monarque.
ont
7
Les Députés des trois Ordres auxEtats-géné-
M
bü
(28)
raux ont aſſiſté au Service célébré dans l'Egliſe
S. Louis.
Le 17, les Secrétaires du Roi de lagrande-Chancellerie,
ayant à leur têtele ſieurTiſſer , qui a porté
laparole,ont eu l'honneur de préſenter à SaMajesté
labourſequ'ils ont celui de lui offrir , tous les ans ,
àl'occaſion de la fête de S. Jean-Porte-Latine.
Le même jour , les Chevaliers de laToiſon d'Or
ſe ſont aſſemblés dans le Cabinet de Monfieur.
Ce Prince , en vertu d'une commiſſion du Roi
d'Eſpagne , après avoir tenu Chapitre de l'Ordre,
areçu Chevalier leDuc de Bourbon , préſenté
par le Comte d'Egmont-Pignatelli , Doyen des
Chevaliers.Enſuite Monfieur , également en vertu
d'une commiſſion de Sa Majesté Catholique , a
reçu aufli Chevalier de la Toiſon d'or le Prince
de Beaufremont. Les Grands Officiers de ser
Ordre ont été repréſentés par le ſieur Taillepied
de la Garenne , Secrétaire des commandemens
deMonfieur.
Les députés des trois Ordres aux Etats-généraux
, qui n'étoient point ici lors de la préſentation
qui a eu lieu le 2 , ont eu , le 24 ,
l'honneur d'être préſentés & nommés au Roi par
le Marquis de Brézé , Grand-Maître des cérémonies
de France.
Le même jour , Leurs Majeſtés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du Comte
de la Briffe d'Amilly , Officier au Régiment du
Roi , avec Mademoiſel'e Le Tonnelierde Breteuil ,
&celui du Comte Maurice de Caraman , Major
en ſecond des Carabiniers de Monfieur avec
Mademoiselle de la Garde.
و
Ce jour ; Leurs Majestés ont ſoupé à leur grand.
couvert ; pendant le repas , la Muſique du Roi
exécuté différens morceax ſous la conduite du
tur Martini , Surintendant de la Muſique de
Majesté , en ſurvivance.
( 29 )
MM. Hennin & Dupont , Secrétaire-greffiers
,
de la dernière aſſemblée des Notables ont eu
l'honneur d'en préſenter le procès-verbal à Leurs
Majeftés& à toute la Famille Royale.
Le 19 de ce mois , le Comte Severin
Rzewuski , Général de la Couronne de
Pologne , eut une audience de Sa Majesté,
à laquelle il fut présenté par le
Comte de Montmorin , Ministre et Secrétaire
d'Etat au Département des
Affaires Etrangères .
Le même jour, le Lord Robert Fitz-
Gérald, Ministre Plénipotentiaire de la
Cour de Londres , eut une audience par- .
ticulière du Roi, pendant laquelle il remit
sa lettre-de-créance à Sa Majesté . Il
fut conduit à cette audience , ainsi
qu'à celles de la Reine et de la Famille
Royale , par le sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambassadeurs ; le sieur de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi ,
pour la conduite des Ambassadeurs , précédoit.
Leurs Majestés et la Famille Royale
ont signé , le 17 , le contrat de mariage
du Comte d'Augeville de Beaumont avec
Mademoiselle Sallier. :
ÉTATS - GÉNÉRAUX .
Copiede la Lettre de M. DE MAISSEMY , Maître des
Requêtes & Directeur Général de la Librairie de
France , au Propriétaire du Mercure de France &
du Journal Politique de Genève..
Lajuſte impatierc du Public , Monfieur , ayant
porté le Roi à trouver bon que tottes tes Feuilles
b iij
(30 )
périodiques & tous les Journaux autoriſés rendiſſent
compte de cequi ſe paſſe auxEtats-Généraux , en
ſe bornant aux faits dont ils pourront ſe procurer la
connoiffance exacte , ſans ſe permettre aucune réflexion
, ni aucun commentaire , M.le Garde-des-
Sceaux m'a chargé de vous notifier les intentions de
SaMajeſtè .
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé, DE MAISSEMY.
Nous n'avons pu , la semaine dernière
, présenter au Public qu'un sornmaire
purement chronologique , et trèsimparfait
, des 1ere . Séances des Etats-
Généraux , jusqu'au 22 mai inclusivement.
Le respect dû à cette auguste
Assemblée , celui de la vérité et d'une
impartialité inaltérable , nous interdisoient
toute mention un peu détaillée ,
jusqu'à l'instant où nous nous serions
assurés des moyens directs de ne hasarder
aucune erreur de conséquence. Jaloux
de satisfaire l'impatience et la juste
curiosité de nos Lecteurs , sans compromettre
nos devoirs, nous nous sommes
procurés des informations , en l'authenticité
desquelles nous croyons pouvoir
nous confier. Le Public verra , dès aujourd'hui
, qu'elles sont très- étendues .
Nous espérons de répondre au voeu général
, en n'omettant aucuns des objets
essentiels des délibérations , et à l'attente
des amis de l'ordre , en nous circonscrivant
dans les bornes d'une réserve , dont
aucune considération ne nous feradépartir.
Renfermés dans l'historique de tout
(31 )
ce qui concernera les Etats-Généraux ,
et dans la narration successive des faits ,
sans nous permettre ni réflexions , ni
inductions , ni déguisemens partiaux ,
nous demandons grace , à l'avance , pour
les inexactitudes presque inévitables
auxquelles nous serons exposés . Ce Journal
sera ouvert , comme il l'a été de tout
temps , à toutes les rectifications légitimes
, pourvu que les personnes qui en
feront la demande prennent la peine de
la signer.
Jusqu'ici , nous avons suivi l'ordre chro-
-nologique des Séances , et nous sommes
forcés de le suivre encore , jusqu'à ce que
les Etats-Généraux soient généralement
constitués ,et qu'ils ayent adopté une
formedéterminée de délibération . Cette
méthode jette quelque confusion dans le
rapport des opérations des trois Chambres
; mais le temps nous fournira les
moyens de faire disparoître cet inconvénient.
Jusqu'à ce jour , les trois Ordres de
l'Assemblée nationale n'ont été occupés
que d'une seule question fondamentale,
celle de la légitimation des Députés ou
de la vérification de leurs pouvoirs , faite
les trois Ordres indivis , ou par chaque
Ordre respectifet séparé. Cette question,
on le voit , est un corollaire dela question
principale et préalable de la Délibération
parOrdre , oupar tête.
Avant de poursuivre le Journal des
biv
(32)
délibérations depuis le 22 mai, nous devons
ajouter quelques détails nécessaires
au précis des Séances que nous don-
⚫nâmes la semaine dernière. Ces Additions
sont placées à la date des Séances
auxquelles elles se rapportent.
Du mai. La partie du Clergé & de la Nobleſſe
du Dauphiné qui réclame contre la nouvelle
conftitution des Etats de ceste Province , && contre
leur députation aux EtatsGénéraux, fit préſenter
àla Chambre du Clergé un mémoire par pluſieurs
de ſes Membres ; M. l'Archevêque d'Embrun &
M. l'Evêque de Die étoient à la tête de cette
Députation. Lorſqu'elle fut retirée , M. l'Archevêque
de Vienne dit qu'il ſe réſervoit& à fes Co-
Députés , de juſtifier la validité de la Députation
Etats de Dauphiné.
Les mêmes Députés ſe préſentèrent à la Chambre
de la Nobleſſe , & à celle du Tiers-Etat. Cette
dernière leur répondit que la Chambre , non-conftituée,
n'étoit compoſée que de Citoyens qui attendoient
de ſe réunir à d'autres Citoyens.
Du 12. M. l'Archevêque de Vienne & M.
l'Evêque de Langres , Membres nommés de la
Commiffion conciliatoire de la part du Clergé ,
ayant donné leur démiſſion , ils furent remplacés
par M. l'Archevêque d'Arles & M. l'Evêque de
Clermont.
Du13. Le Tiers-Etat fiégeant , on annonça à
la Chambre une députation de l'Ordre de la Nobleſſe
; M. le Duc de Praflin portant la parole ,
dit que MM. de la Nobleſſe déſiroient une union
fraternelle avec le Tiers-Etat, &qu'il venoit remettre
fur le Bureau les Délibérations & Arrêtés
fuivans, dont il donna lecture.
( 33 )
Délibération de l'Ordre de ia Nobleſſse , du Mercredi
6 mai 1789.
Il a été propoſé de nommer des Commiſſaires
pour la vérification des pouvoirs de MM. les
Députés ; fur quoi ayant été délibéré , & les
voix priſes & recueillies par la voie du ſcrutin
de tous MM. les Dipu és préſens , il a paflé à
la pluralité de 268 voix , de charger M. le Préfident&
les douze plus anciens de l'Aſſemblée ,
après avoir vérifié leurs pouvoirs reſpectifs , de
vérifier ceux des autres Députés , en fuivant
l'ordre des Bailliages & Sénéchauſlées. Il a été fat
enfuicepluſieurs obfervations d'après leſquelles il
a été mis en délibération de ſavoir fi MM. les Commiſſaires
, qui viennent d'être nommés pour la
vérificationdes pouvoirs de MM. de la Nobleſſe,
procéderoient feuls à cette vérification , ou s'ils
y procéderoient en commun avec les Députés
du Clergé & du Tiers-Etat. Sur quoi ayant été
délibéré , & les opinions recueillies par la voie de
l'appel , il a été decide à la majorité de 188 voix ,
que MM. les Commiſſaires procéderoient ſeuls à
la vérification des pouvoirs des Députés de la
Nobleſſe.
Aut eDélibération de l'Ordre de la Nobleſſe, du lundi
11 mai 1789 .
Il a été propofé de décider ſi la Chambre de
laNob'eſſe eſt légalement & fuffisamment conftituée
par ſes Députés préfens , dont les pouvoirs
ont été vérifiés. La queſtion mife en délibération ,
&les opinions recueillies par l'appel qui a été
faitde chacun de Meffiers, ca'cul fait du réſultat
deſdites opiniors , il s'ſt trouvé 31 voix pour
dire que la Chambre n'étoit pas conftituée ; z pour
décider qu'il n'y avait lieu à délibérer ; 193 pout
dire que 1 Chambre étoit légalement & fufifasm
ment conftituée; 4autres pour adopter ce même
bv
(34)
ayis , mais proviſoirement & avec des modifica--
tions. Ainfi il a été arrêté , à la pluralité de 193
voix , que' a Chambre de la Nob'eſſe est conftituée
par les Députés dont les pouvoirs ont été vérifiés
ſans contellation .
Autre Délibération de l'Ordre dela Nobleffe, du mardi
12 mai 1789.
Sur ce qui a été obſervé , que l'Arrêté pris par
le Clergé , le 7 de ce mois , & remis hier à la
Chambre par fes Députés , contenoit de fa part
l'invitation de nommer des Commiſſaires , àl'effet
de ſe concerter & de conférer avec les Commitfaires
des autresOrdres , il a été propoſé de prendre
cet objet en conſidération ; & la matière miſe
endélibération , il a été arrêté, à la pluralité de 173
voix , de nommer dès-à-préſent des Commiſſaires
amovibles, pour ſe concerter avec les autres Ordres.
Après lalecture des Délibérations ci-deſſus , le
Doyen des Communes fit une réponſe d'honnêteté
à la Dapurtion , compoſée de MM. le Duc
de Praftin , Deschamps , le Duc de Liancourt , le
Marquis de Crillon , Saint- Maixent , Sarrafin , le
Marquis d'Avaray, le Prince de Poix.
Du 14. Deputation du Cergé au Tiers-Etat ,
pour lui remettre par écrit l'A rêté dont elle lui
avoit fait part la veille , & dont la teneur porte :
Délibération de l'Ordre du Clergé , dujeudi 7 mai
1789.
Sur la propoſition qui a été faite par MM. les
Députés de l'Ordre du Tiers-Etat , de ſe réunir en
commun pous faire la vérification des pouvoirs ,
lesMembres du Cergé aſſemelés , ont chargé leurs
Députés de témoigner MM. de l'Ordre du Tiers-
Etat'e zèle& l'anachement dont ils ſont pénétrés
pour eux ,& leur défir de concourir à la plus parfare
harmonie intre les Ordres , & qu'en conféquenceils
font convenus de nommer des Commis(
35 )
faires,&d'inviter les autres Ordres à en nommer
pareillement, à l'effet de conférer enſemble,& pour
ſe concerter fur la propoſition faite par MM. de
Ordre du Tiers-Etat.
Ce jour , la Nobleſſe continua l'examen des
Elections conteñées. La feconde Députation du
Bailliage d'Auxerre eſt jugée illégale , comme contaire
à la lettre &à l'eſprit du Réglement de Convocation
. Le. Députés Nobles de la Vicomté de
Paris prirent féarce ; & comme ils repréſentent le
premier Bailbage da Royaume , M. d'Epremesnil ,
premier de la Députation , devint autli le premier
Opinant de la Chambre.
Les Députations du Clergé & de la Nobleſſe
aux Communes , & la poſition de cette dernière
Aſſemblée , y a donné lieu à deux avis différens.
L'un de ces avis portoit :
>>Qu'il fait permis aux perſonnes nommées
>> par adjonction au Doyen, de conférer, au nom-
>> bre de 16 , avec les Commiſſaires noinmés par
» MM. les Eccléſiaſtiques & les Nobles , afin de
>>préparer la réunion de tous les Députés dans
la falle des Etats-Généraux , fans pouvoir s'é
>> carter jamais du principe de la délibération par
» tête ,& de l'indiviſibilité des Etats-Généraux. »
L'autre renfermoit un projetde déclaration, dont
la teneur fuit :
a Les Députés des Communes de France ſe
font, en vertu de la convocation du Roi , de l'annonce
faite par le Garde-des-Sceaux de France au
nom de Sa Majeſté , & de la publica ion faite par
les Hérauts d'armes , rendus le mercredi 6 mai
dans la ſalle deſtinée à la tenue des Etats-Généraux
, & n'y ont pas trouvé les Députés de l'Egliſe
ni de la Nob'eſſe. »
<<Ils ont appris avec étonnement, que les Députés
de ces deux claſſes de Citoyens, au lieu de
ſe réunir avec les Repréſentans des Communes ,
bvi
(36 )
s'étoient retirésdans des appartemens particuliers ;
ils les ont vainement attendus pendant pluſieurs
heures , & tous les jours fuivans, »
« Quelques - uns des Députés des Communes
s'étant fait inſtruire du lieu où étoient les Députés
del'Eglife& de la Nobleſle , ont été leur repré
fenterque, parleur retardement à ſe rendredans la
falle qui les appeloit , ils fufpendoient toutes les
opérations que le peuple François attend des dépoſitaires
de ſa confiance , & les Communes ont
vu avec regret que les Députés de l'Egliſe& de
la Nobleſſe n'ont pas encore déféré à cet avertiſſement
, qui ne devoit pas être néceſſaire ; que
les uns & les autres ont envoyé des députations
au Corps national auquel ils doivent te réunir ,
&fans lequel ils ne peuvent rien faire de légal ;
qu'ils ont nommé des Commiſſaires pour aviſer
avec des Commiſſaires , que les Repréſentans du
peuple ne nommeront pas , à des moyens conciliatoires,
qui ne peuvent être diſeutés&délibérés
qu'en commun dans l'Aſſemblée des Etats-Généraux
; que la Nobleſſe a ouvert un registre particulier,
pris des délibérations , vérifié des pouvoirs
,& établi un ſyſtême ; que cette vérification
partielle fuffiſoit pour conftarer la régularité des
procurations.>>
« Les Députés des Communes déclarent qu'ils
ne reconnoîtront pour Repréfentars légaux que
ceux dont les pouvoirs auront été examinés dans
l'Aſſembléegénérale par tous ceux appelés àla compofer,
parce qu'il importe au Corps de la nation ,
comme aux claſſes privilégiées , de connoire &
de juger la validité des procurations des Députés
qui ſe préſentent , chaque Député appartenant à
'Aſſemblée générale , & ne pouvant recevoir que
d'el e ſeule la fanétion qui le conſtitue Membre
des Etats-Généraux. »
<<Que l'efprit public étant le premier beſoin
de l'Alemblée nationale , & la dé ibération, com(
37 )
mune pouvant ſeule l'établir , ils ne confentiront
pas que , par des Arrêtés particuliers de Chambres
ſéparées, on porte atteinte à l'intéreſſant principe
que chaqueDéputé n'eſt plus ,après l'ouverture des
Etats-Genéraux , le Député d'un Ordre ou d'une
Province, mais que tous ſont les Repréſentans dé
la Nation , principe qui doit être accueilli avec
enthouſiaſime par les Députés des claſſes privilé
giées, parce qu'il agrandit leurs fonctions. >>
« Les Députés des Communes invitent donc,
&interpellent les Députés de l'Eglife & de la
Nobleſſe, à ſe réunir dans le local où ils fontatten
dus depuis dix jours , &à ſe former en Etats-généraux
, pour vérifier les pouvoirs de tous les Repréſentans
de la nation. >>
« Ils invitent ceux qui ont reçu l'ordre ſpécial
de ne délibérer qu'en commun, & ceux qui , libres
de ſuivre cette patriotique opinion l'ont déja mamifeſtée
, à donner l'exemple à leurs Collégues ,
&à venir prendre la place qui leur eft deſtinée . »
«C'eſt dans cette Aſſemblée générale , c'eſt
dans cette réunion de tous les ſentimens , de tous
Ies voeux&de toutes les opinions, que feront fixés,
fur les principes de l'équité & de la raifon , les
droits de tous les Citoyens. »
« Il en coûte aux Députés des Communes de
penfer que , depuis dix jours , on n'a pas encore
commencé les travaux qui affureront le bonheur
public & la ſplendeur de l'Étar , ni porté à un
Roi bienfaifant le tribut d'hommages que lui mé
rite l'amour qu'il a témoigné à ſes ſujets , & la
justice qu'il leur a rendue. Ceux qui pourroient
encore retarder l'accompliſſement de ſi importans
devoirs en feroient comptables envers la nation.
1es Députés des Communes arrêtent que lapréfente
déclaration fera remiſe aux Députés de l'Eglife
& de la Nobleſſe , pour leur rappeler les
obligations que leur impoſe leur qualité deRepréfentans
nationaux.
1
( 38)
La ſéance finit avant que la diſcuſſion de ces
deux avis fût achevée.
Du15.On annonça à la Chambre de laNobleſſe
que celle du pays d'Albret avoit élu M. COMTE
D'ARTOIS pour fon Député aux Etats Généraux.
Voici laLettre que S. A. R. écrivit à ce ſujet à M.
leComte deMontboiffier , Préſident par interim de
la Chamb e de la Nobleſſe.
« Je vous prie, Monfieur , de faire part à la
«Chambre de la N bleſſe que j'ai reçu , par M.
«leBaron de Batz, Sénéchal du Duché d'Albret ,
« l'offre de la Diputation de la Sénéchauffée de
" Tarta . Elle m'a éré offerte de la manière la
«plus flatteuſe & la plus honorable; & je n'ou-
« blierai jamais la ſenſible reconnciſſance que je
«dois à cette marque d'eſtime &de confiance.
« Je vous prie encore, Monfieur , de vouloir
<< bien exprimerà laChambre de la Nobleſſe qu'un
"defcendant de HenriIVſera toujours honoré de
«ſe trouver parmi les Gentilshommes François.
"Affurez- les que mon défir le plus ardent eût
«été de fiéger avec eux & de partager leurs
« délibérations , fur-tout dans une circonstance
" auffi importante. Mais chargez- vous en même
« temps de dépoſer dans le ſeinde la Chambre les
" regrets auffi ſenſibles que ſincères que j'éprouve
" d'être forcément obligé , pardes confidérations
" particulières , de ne pas accepter cette Députa-
" tion. Il m'eût été bien doux de connoître , de
" mieux apprécier encore , s'il eſt poffible , les
" ſentimens quidiftinguent la Noblefle Françoiſe ;
" mais, Monfieur , certifiez en monnom à toute
" la Chambre que , forcé de renoncer en ce mo-
" ment à l'eſpoir d'être un de ſes Membres , elle
"peut compter qu'elle trouvera toujours en moi
« les mêmes ſentimens que je n'ai jamais ceſſé de
«démontrer & que je conferverai éternellement.
« Je profite avec empreſſement de cette occafion
«pour vous témoigner ,Monfieur , mes ſentimens
( 39 )
1
«&une parfaite eſime. Votre affectionné ami .
«Signé, CHARLES-PHILIPPE.>>>
Après la lecture de cette Lettre , la Chambre
pritl'A rêté ſuivant : « La Chambre a arrêté que
«M. le Préſident ſe retireroit pardevant Mgr.
« COMTE D'ARTOIS , pour affurer ce Prince que
<< la Nobleſſe a reçu , avec la plus reſpectueuſe
« ſenſibilité , la communication dela Lettre dont
« il a honoré M. le Préſident; qu'elle a reconnu
dans cette Lettre les fontimes d'un digne def-
« cendant de Henri IV , & que M. le Préſident
" offriroit à Mgr COMTE D'ARTOIS les remer-
« ciemens , les regrets& les reſpects de la Cham-
« bra. »
,
M. le Comte de Montboiffier accompagné
de plus de quarante Gentilsh: mmes , ſe rendit le
même jour chez M COMTE D'ARTOIS , qui
répondit en ces termes à ce meſſage : » Monfieur ,
« j'eſſayerois en vain de vous exprimer toute la
« reconnoiſſance que m'inſpire la démarche hono-
« rable pour moi , dont la Chambre de la No-
«bleffe vous a chargé , &les regrets qu'elle veut
« bien éprouve . Ils augmenteroient ceux que
4
"
reffent mon coeur , ſi cela étoit poſſible. Mais ,
Monfieur , veuillez bien parler encore en mon
« nom à la Chambre , & lui donner la ferme&
« certaine aſſurance que le ſang de mon aieul
« lui a été tranſmis dans toute ſa pureté , & que
«tant qu'ilm'en reſte a une gouttedans les veines,
« je ſaurai prouver à l'univers entier que je ſuis
» digne d'être né Ge tilhomme François>.>>>
Du 15. Le Tiers-Eat continua le même jour ,
&fans la terminer , la diſcuſſion des deux avis
énoncés ci- deſſus .
Dui6. LePréſidentdela Nobleſſe renditcomptede
la manière dont il s'étoit acquitté de la commiffion
dont il avoit été chargé la veille , & de la
réponſe que M. COMTE D'ARTOS avoit faite
à l'arrêté de la Chambre. Elle continua la vé
(40)
rificationdes pouvoirs. La Députation de la ville
de Metz , qui n'avoit pas voulu ſe réunir à ſes
Bailliages ſecondaires , & qui avoit cru , comme
ancienne ville Impériale , pouvoir faire une Députation
particulière , fut jugée illégale , quoique
foutenue par les Dépurés même de ſes Baillages
fecondaires. Mais la Chambre qui , dans une
ſéance précédente , avoit jugé devoir maintenir les
principales diſpoſitions du Reglement du Roi ,
annulla , à une grande majorité , l'élection du Député
de la ville de Metz .
Du 16. Les Cominunes pourſuivirent leur difcuſſion
de la veille : quoiqu'on n'eût pas le temps
de recueillir toutes les opinions , la pluralité parut
favorifer le premier des deux avis débattus .
Du 18. Cet avis l'emporta ce jour-là à lamajorité
des voix ; mais avec les deux amendemens
que nous avons rapportés la ſemaine dernière.
Du 18. La Nobleſſe nomma des Commiffaires
pour s'occuper de la police de la Chambre.
Le choix fait au ſcrutin , tomba fur MM. le Duc
de Mortemart , le Duc de Coi ny , le Duc de Liancourt
, le Duc du Châtelet, le Berton , le Baron
de Pouilli , de Cazalès, le Préſident d'Ormeffon ,
d'Epremefnil.
Du 23 mai. L'établiſſement d'un Comité de rédaction
fut encore préſenté ce jour-là dans l'afſemblée
du Tiers Etat ,& fou use nouvelle form ,
mai il rencontra encore de plus fortes oppofitior ,
&fut rejeté à la pluralité d 387 voix contre 28 .
La Chambre de 'a Nob'eſte autoriſa les Commiſſaires
qui doivent conférer avec les deux
autres Ordres , d'annoncer au Tiers-Etat , que la
plus grande partie des cah'ers dont font chargés
les Députés de la Nobleſſe , portant renonciation
àtous les priviléges pécuniaires de la Nobleſſe ,
relativement aux impôts tels qu'ils feront fixés
(41 )
par les Erats-Généraux , l'Affemblée eſt dans la
fermeréſolution d'arrêter cette renonciation , après
que chaque Ordre , délibérant librement, aura pu
établir les principes conſtitutionnels fur une bafe
folide.
Dans la même Chambrede laNobleſſe, la Députationdes
Bailliages des trois Evêchés fut examinée
&jugée irrégulière. Il fut décidé par la Chambre
que les Commiſſaires conciliateurs feroient renouvelés
tous les quinze jours. Une Députation de
la Nob'eſſe de la Provence , comp ſée de MM. de
Sabran , de Sades , de Mazenaud , le premier portant
la parole , vint réclamer contre la forme
de députer par Bailliages dans la Provence. Il
remit un Mémoire , & demanda acte de ſa réclamation
, ce qui lui fut accordé.
Les trente-deux Commiſſaires conciliateurs ſe
font aſſemblés , à 6 heures du ſoir , dans une falle
des Menus-Plaiſirs. Les déclarations des deux pre
miers Ordres , relativement à la renonciation des
priviléges pécuniaires , ont été faites && reçues.
On n'a rien conclu dans cette féance , & les Commiſſaires
ſe ſont ajournés au 25.
Du 25. Continuation des conférences entre lés
Commiſſa res des troisOrdres , fans qu'ils foientparvenus
à fe concilier. L'un des Committaires dú
Clergé a ouvert ſeul une voie de rapprochement
qui confifteroit : « En une vérification ſéparée ,
>>telle que celle que fait la Nobleſſe ; enfuite ,
>>les pouvoirs de cet Ordre ſeroient portés
» dans les deux autres Chambres , pour que la
>> vérification en fût confirmée ; il en feroit uſe
» de même à l'gard des pouvoirs des Députés
>> du Clergé& du Tiers-Etat . S'il s'élevoit des dif-
>> ficultés fur les pouvoirs des Députés de quelque
» Ordre , il feroit nommé des Commiſſaires dans
chacune des trois CChhaammbbrreess , felon lapropor-
» tion établie : ilsapporteroientdans leur Chambre
» leurs avis ;& s'il arrivoit que les jugemens
(42)
> des Chambres différaſſent , la difficulté ſera
>>jugée par les trois Ordres réunis , fans que
>> cela puiſſe préjuger la queſtion de l'opinion
>>par Ordre ou par tète , & fans tirer à confé-
>> quence pour l'avenir. »
Cette propofition n'a pas été admife.
Le mêmejour , un Membredu Tiers-Etat a propoſé
à l'Aflemblée de cet Ordre , la formation
d'un Réglement de Police provifoire , foit pour
débattre les opinions , foit pour recueillir les fuffrages,
juſqu'à ce qu'il foit décidé ſi les deux
autres Ordres ſe réuniront aux Communes , ou
s'en ſépareront. Cet avis a été admis par 436
voix contre 11.
Du 26. La Chambre de la Nobleffe ayant
entendu le rapport de M. le Marquis de Bouthillier
, fur les conférences conciliatrices , perfifta
dans ſes premières réſolutions , & délibéra l'Arrêté
ſuivant , qui fut envoyé , par Députationparticulière
, à l'Ordre du Clergé.
«Arrêté: Que pour cette tenue des Etats-géné-
>> raux , les pouvoirs feront vérifiés ſéparément ,
» & que l'examen des avantages ou inconvéniens
>> qui pourroient exifter dans la forme actuelle ,
>> ſera remis à l'époque où les trois Ordres s'oc-
>> cuperont des formes à obſerver pour l'organi .
>> ſation des prochains Etats-Généraux. »
Cet Arrêté de l'Ordre de la Nobleſſe fut pris
à la pluralité de plus de 200 voix .
La Chambre du Tiers-Etat reprit en confideration
le Réglement provifoire fur la police intérieure
de l'Aſſemblée ; & , les voix recueillies , il
fut arrêté preſque unanimement , que le Doyen
& ſes Adjoints rédigeroient ce Réglement le plus
promptement poſſible.
LesCommiſſaires conciliateurs nommés par les
Commures , entrèrent enſuite dans la Chambre,
& firent leur rapport des conférences qu'ils
avoient eues avec les Commiſſaires des deux
(43)
autres Ordres. Ce rapport fut écouté avec une
attention filencieuſe ; l'un des Commiſſaires développa
tous les argumens de droit pofitif , & un
ſecond d'entr'eux , ceux de raiſon naturelle , dont
ils s'étoient ſervis pour déterminer les autres Ordres
à la vérification commune de tous les Députés.
Le premier de ces deux Commiſſaires rapporta
les raiſonnemens par leſquels il avoit combattu les
faits hiftoriques oppoſés par les Commiſſaires de
la Nobleſſe , & il établit , 1 °. que ſi dans les Etats-
Générauxde 1614, de1588, de 1576& de 1560, les
vérifications des titres s'étoient faites ſéparément ,
c'eſt que les Ordres diviſés, non par la conftitution
duRoyaume, mais parde funeſtes haines ou par des
querelles deReligion , étoient toujours réſtés ſéparés
, c'eſt que cesEtats-Généraux n'avoient pas l'objetdepropoſer
en commun desloix générales pour
leRoyaume , mais uniquement de porter au Roi
des doléances ſur les malheurs qui affligeoient la
France;& qu'alorsil importoitpeu aux trois Ordres
de faire entendre leurs plaintes &doléances ſéparément
ou en commun ; que très-ſouvent même ,
ayant à ſe plaindre les unsdes autres , ils avoient eu
beſoin pour celade ſe diviſer & non pas de ſe réunir.
2°. Que puiſque la Nobleſſe veut remonter au
16º fèclepoury trouver des autorités en ſa faveur ,
lesCommunes auront ledroitde remonter au 15. ,
&quedans les Etatsde 1483 , detous lesEtats ceux
qui font le plusd'honneur à la France , tout ſe fiten
commun ,& les vérifications , &les délibérations ,
&les déciſions ; qu'il en avoit été de même dans
toutes les tenues d'Etats-Généraux , depuis Philippe-
le-Be! qui ouvrit les premiers; que torſque les
Ordres vérifioient leurs titres ſéparément , ils
n'avoient point de Juges dans les Etats-Généraux
fur les titresqu'un Ordre conteſtoit , & qu'ils foumettoient
alors les conteſtationsde ce genre à l'au
torité royale& à celle du Conſeil.
( 44 )
L'autre Commiſſaire expoſa, quant au droit
naturel , qu'il étoit évident que la vérification
étant un jugement , ce jugement ne pouvoit pas
être prononcé par un Ordre iſolé , parce que
d'ailleurs les Députés des différens Ordres avoient
tous un intérêt ſenſible à connoître les pouvoirs
reſpectifs de leurs co-Députés.
A la clôture du rapport ,le Commiſſaire-Rapporteur
a rendu compte de l'avis conciliatoire
propoſé par un des Commiſſaires du Clergé; ſes
Collègues du même Ordre ayant gardé le ſilence
fur cette ouverture , elle ne fut fuivie
d'aucune délibération dans la Chambre du Tiers-
Etat.
Dans la Chambre des Communes , plufieurs
Membres ayant expoſé , d'après l'Arrêté de la
Nobleſſe , porté hier à la Chambre du Clergé ,
qu'il étoit inſtant d'engager ce derofer Ordre à
ſe réunir dans la ſalle générale , & que les momens
étoientd'autant plus précieux , queleClergé,
occupé de l'Arrêté de la Nobeſſe , pourroit peutêtre
ſuivre fon exemple , il a été décidé d'envoyer
fur-le-champ au Clergé uneDéputation folemnelle
detrente-fixMembres des Communes. Ces Membres
ont été les Adjoints duDoyen&les Commiffaires
nommés ci-devant pour les Conférences.
Ils ont laiſſé fur le bureau du Clergé la propoſition
ſuivante :
u Les Députés des Communes adjurent, au nom
» du Dieu de paix,&au nom de l'intérêt national ,
» MM. du Clergé de ſe réunir à eux dans la
>> falle de l'Aſſemblée générale , pour aviſer aux
> moyens d'opérer l'union& la concorde , fi né-
» ceſſaires en ce moment au falut de la choſe pu-
» blique.
L'O dre du Clergé ayant mis cette demande
en délibération , il a été envoyé une députation
aux Communes avec la réponſe qui fuit , portée
(45 )
par MM. les Evêques d'Orange& de Lydda. «Les
» Membres du Clergé aſſemblés , ont pris en
» grande conſidération la propoſition de MM. du
>>Tiers-Etat , ils s'en ſont occupés continuement ;
» mais la ſéance s'étant prolongée au-delà de
➡ trois heures , ils ſe ſont ſéparés , & ont remis
» la délibération au lendemain. »
de
Du 28. Le Tiers-Etat , ſans s'occuper d'aucune
délibération , attendoit dans la matinée
une réſolution définitive du Clergé , lorſqu'une
députation de cet Ordre eſt entrée, & a déposé
laNote ſuivante ſur le bureau des Communes .
« Les membres du Clergé aſſemblés s'occupoient
de la propoſition faite par Meſſieurs du
Tiers-Etat,lorſque fonEminenceM. le Cardinal
la Rochefoucault , a reçu une lettre du Roi , en
datede ce jour , portant que le déſir de Sa Majeſté
est :Que les Commiſſaires conciliateurs déja choiſis
par lestrois Ordres , reprennent leurs conférences
demain à 6 heures du ſoir , en préſence de M. le
Garde-des-Sceaux & des Commiſſaires qui feront
nommés par S. M. Les membres du Clergé aſſemblés
, après avoir entendu la lecture de lalettre du
Roi , ont prié fon Eminence de témoigner à S. M.
leur reſpectueux empreſſement de ſe conformerà
ſondéfir , & ont en conféquence chargé MM.les
Commiſſairesqu'ils avoient déja choifis , de ſerendre
à cet effet à l'heure indiquée , & il a été ſurſis
à toute diſcuſſion ultérieure de l'objet de la propoſition
».
Quelques momens après l'Ordre duTiers a reçu
la Lettre ſuivante du Roi : elle étoit ouverte &
ſans adreſſe. M. de Brezé, Grand-Maître des Cérémonies,
aditque tel étoit l'uſage quand laChambre
n'étoiittppaassconftituée.
LETTRE DU ROI.
« J'ai été informé que les difficultés qui s'é
(46 )
toient élevées relativement à la vérification des
pouvoirs des membres de l'Aſſemblée des Etat-
Généraux, ſubſiſtpient encore, malgré les foins d s
Commiſſaires choiſis par les trois Ordres , pour
chercher des moyens de conciliation fur cet objer.
Je n'ai pu voir ſans peine& même ſans inquiétude
, l'Affemblée Nationa'e que j'ai convoquée
pour s'occuper avec moi de la régénération du
Royaume ,livrée à une inaction qui , ſi elle ſe prolongeoit
, feroit évanouir les eſpérances que j'ai
conçues pour lebonheur de mes peuples & la profpérité
de l'Etat. Dans ces circonstances je défire
que les Commiſſaires conciliateurs déja choiſs
par les trois Ordres , reprennent leurs conférences
demain à fix heures du foir , & pour cette occafion
en préſence de mon Garde-des-Sceaux & des
Commiſſaires que je réunirai à lui , afin d'être
informé particulièrement des ouvertures de conciliation
qui feront faites , & de pouvoir contribuer
directement à une harmonie fi défirab'e & fi in
tante. Je charge celui qui dans cet inſtant remplit
les fonctions de Préſident du Tiers-Etat , de faire
connoître mesintentions à ſaChambre. SgnéLovis .
Verfalles , 28 Mai 1789.
La même lettre de S. M. a été également
envoyée à la Nobleſſe , qui , ſe conſidérant déja
comme conftituée en Ordre , l'a reçue clofe , &
remiſe au Préſident même de la Chambre , par
le Grand-Maître des Cérémonies. Dans la matinée
, la Chambre de la Nobleſſe ayant mis en
délibération la queſtion générale de voter par
Ordre du par tête , il a été pris un Arrêté , dont
voici la teneur :
« La Chambre de la Nobleſſe conſidérant , que
dans le moment actuel il eſt de ſon devoir de ſe
rallier à la Conſtitution, &de donner l'exemple de
lafermeté , comme ellea donné la preuve de ſon
déſintéreſſement , déclare que la délibération par
*
(47)
Ordre,& la faculté d'empêcher que les Ordres ont
tous diviſément , ſontconftitutifs de laMonarchie ,
&qu'elle perſévérera conſtamment dans ces prinopes
confervateurs du Trône & de la liberté.
Cet Arrêté a pafié à la pluralité de 202 voix
contre 16 ; 20 Membres n'ont point eu d'opinion.
« L'aſſemblée repriſe dans l'Ordre du Tiers-
Etat , à cinq heures du foir , a duré juſqu'à minuit
; elle a eu pour objet la réponſe à faire au
Roi. Il y a eu de longs débats ſur les inconvéniens
de voir le Conſeil juge de la queſtion de la
vérification des pouvoirs , queſtion liée à celle du
vote par tête. Quelques Députés opinoientà refuſer
les Commiſſaires du Conſeil ,&à ce que l'on fuppliât
le Roi d'aſſiſter lui-même aux Conférences..
L'avis du plus grand nombre a paru être d'accep-
*ter la propoſition du Roi fans condition , cette
démarche ne liant point l'Aſſemblée.
Au milieu desdiſcuſſions , unDéuté a propoſé
que la délibération à prendre fût diſcutée entre les
Députés feuls , & qu'au préalable on fit fortir les
Étrangers: cet avis a été rejeté.
« Le même jour , un autreDéputé a fait la propoſition
ſuivante :
«Que tous les Députés des Communes aillent
vers le Roi porter à Sa Majesté l'expreſſion de
la reconnoiſſance & de l'amour de fonpeuple. >>
«Qu'ils lei faſſent le tableau rapide des ſentimens
des Communes ſur les articles conſtitutifs
de la Monarchie ; de leur déſir , ſans ceſſe manifeſté
, d'entretenir la paix ; des efforts qu'ils ont
faits pour opérer la réunion de tous les membres
appelés à former les Etats-Généraux ; des égards
qu'ils ont pourle Clergé & la Nob'eſſe ; des conférences
qu'ils ont ouvertes après la propoſition
du Clergé. »
▼
(48)
Que le rapport des conférences ſoit remis
au Roi ; qu'il foit très-reſpectueuſement repréſenté
à Sa Majefté , que ne voulant pas excéder les
droitsde fon autorité , Elle ne peut être ni juge
ni arbitre ſur la vérification des pouvoirs.desRe
préſentans nationaux , parce que la vérification
commune, ſansintermédiaire & fans appel , eſt un
droit national , évident comme la raiſon , inaltérablecomme
la jufice , & que Sa Majeſté ne pourroit
pas , après avoir entendu la diſcuſſionde ce
principe , ſe diſpenſer d'en devenir le juge , ſans
compromettre ſon autorité , ſans anéantir la liberté
de l'aſſemblée nationale ; ce qui eſt bien
éloigné de fon coeur. »
<<Qu'il foit encore repréſenté à Sa Majesté , que
lės Communes , profondément affligées de l'inactiondans
laquelle l'abſence du Clergé & de la Nobleſſe
les a placées , ne laiſſeroient pas plus longtemps
les déſirs du Monarque bienfaiſant ſans
effet ; que déſeſpérant déſormais de voir au milieu
du Corps national la Nobleſſe , qui vient de
déclarer qu'elle n'opineroit que par Ordre ſéparé ,
les Communes vont vérifier leurs pouvoirs pour
travailler enſuite concurremment avec le Roi à la
régénération de la France , à l'affermiſſement de
laConſtitution morarchique , que de déplorables
abus défigurent ; déclarant que le Clergé & laNobleſſe
feront toujours les maîtres devenir prendre
dans l'Aſſemblée nationale la place qu'ils ont le
droit d'y occuper; que les Communes les ylinvitent
de nouveau en préſence du Souverain ,
parce que leur plus ardent défir eſt de délibérer
aveceux fur lachoſe publique. Que pénétrées des
idées de juſtice qui doivent animer les défenſeurs
&les repréſentaris du peuple ,elles piacent les intérêts
légitimes des Ordres privilégiés ſous la ſauvegardedu
Monarque:garantie auguſte , qui ne permettra
(49 )
mettra pas de craindre que ies loix que les Communes
tormeront avec le Chef ſuprême de la Nation
, portent la plus légère atteinte aux vrais
drons de toutes les claſſes de la Société. »
La Séancea été remiſe au lendemain; le même
jour , le Clergé & la Nobleſſe ont déféré avec
reconnoiſſance à l'invitation du Roi.
Du 29. Le Clergé , ſans envoyer de députation
au Roi , a chargé S. E. le Cardinal de la
Rochefoucault , fon Préſident par interim , d'exprimer
à S. M. les ſenimens de reſpect & de
reco noi: ance dont il eſt pénétré.
LaNobleſſe a envoyé une Députation au Roi ,
qui a répondu :
« Je recevrai toujours avec bonté les témoi-
>>gnages de reſpect & de reconnoiſſance de la
>>Nobleſſe de mon Royaume ; j'attends de fon
> atrachement & de fon zèle , qu'elle faiſira avec
>> empreſſement tous les moyens propres à affurer
>> une conciliation que je défire. C'est en mair-
>> tenant l'harmonie , que lesEtats-Généraux pour-
>> ront acquérir l'activité néceſſaire pour opérer
>> le bonheur général. »
L'Ordre du Tiers a repris de très-bonne heure
ſa délibération de la veille , & l'a prolongée jufqu'à
trois heures & demie. Il s'eſt raſſemplé de
relevée à fix heures , & n'a terminé qu'à onze
fa délibération. Pluſieurs propoſitions ont été introduites&
difcutées.
--
Enfin les opinions ont été réduites en deux
avis oppoſés , avec des amendemens. Lepremier
avis qui a été adopté avec des deux premiers
amendemens , à une grande majorité , a été :
« De reprendre les conférences purement &
>> fimplement , telles qu'elles ſont propoſées dans
>> la lettre du Roi .
Amendemens adortés . 1º. D'admettre les Conférences
, à la condition qu'à la fin de chacune , le
Supplément au Nº. 23. C
(50 )
procès-verbal ſera rédigé & ſigné par tous les
Commiffaires .
2°. Les admettre avec députation au Roi pour
le remercier.
Amendemens rejetés. 1º. Les admettre avec
addition de pouvoirs aux Commiſſaires pour difcuter
la délibération par tête .
2º. Reprendre les Conférences en préſence du
Roi.
3°. Idem. En préſence du Roi , des trois Ordres
, dans la Salle commune de l'Aſſemblée na
tionale.
L'Avis contraire àla réſolution ci-deſſus portoit :
PointdeConférences, mais ſe conſtituerdès-à-préfent
en Affemblée nationale.
Idem , avec députation au Roi.
Point de Conférences ; députation au Roi fans
ſe conſtituer.
Du 30. L'Ordre de la Nobleſſe a député à
celui du Clergé , pour lui annoncer qu'elle avoit
accepté les Conférences.
LeTiers-Etat a fait la même communication au
Clergé. Après lecture faite d'une correſpondance
estre M. le Garde-des-Sceaux & le Doyen des
Communes , qui avoit écrit de ſon propre mouvement
, pluſieurs Membres ont demandé que
la députation au Roi précédât la repriſe des
Conférences; l'un d'eux a repréſenté qu'il étoit
de la plus haute importance que S. M. fût auparavant
informée des motifs qui avoient déterminé
la conduite du Tiers. Après des débats
tumultueux , cette propoſition a été rejetée.
M. le Garde-des-Sceaux ayant écrit que S. M.
indiqueroit le jour& l'heure où Elle voudroit bien
recevoir la Députation du Ters-Etat , l'Affemblée
a rédigé un projet de diſcours au Roi ;
projet qui a eu l'approbation univerſelle. La
ſéance levée , a été remſe au premier juin.
(51 )
Pièces relatives au Discours de M. le
Directeur-général des Finances .
ÉTAT général des Revenus et des
Dépenses fixes.
REVENUS FIXES.
Objets affermés .
Droits de Clermontois .
:
115,560,000'
Objets en régie . 28,440,000.
T
107,000.
fur leTabac
etfur les
Entréesde
4,000,0: 01 150,107,000
6,000,000.
2,000,000.
GENFÉERRAMLEE,
Supplément.
Paris.
fur les Objets
en
régie.
Fermes des Poſtes ... 12,000,000
Ferme des Meſſageries ........
Ferme des droits ſur les beftiaux
1,100,000 .
à Sceaux & à Poiffy.........
Ferme des affinages ...........
Ferme des droits du Port-Louis .
Abonnement des droits de la Flandre
maritime....
630,000.
120,000 .
47,000.
823,000.
Régie générale des Aides & des
droits réunis .. 50,220,000.
Régie des domaines & bois..... १०,०००,०००.
Régie de la Loterie royale de 1
France & des petites Loteries . 14.000.000.
Régie des revenus cafuels ...... 3,000,000 .
Régie du marc-d'or ......... 1,500,000.
Régie des poudres & ſalpêtres .. ৪০০,০০০.
Transporte......... 284,347,000
C1j
(52)
... Reporté.......
Recettes générales des finances de
Paris , des Pays d'Election &
des Pays conquis.
Impofi.ions ordinaires & Capitation.
Vingtièmes . .....
:
110,568,000'
46.467,000.
157.035.900.
284,347.0Col
Dedution pour les
ſommes verſées
par lesReceveurs
généraux dans les
caiffesde la régiel
générale & de la 1,380,000. 155,655,000.
régie des domaines
, & qui fon
partie des pro
duits de ces deux
régies .....
IMPOSITIONS DES PAYS
D'ÉTATS.
SAVOIR :
TRÉ- RECESORIERS,
VEURS TOTAUX.
généraux
Languedoc.. 8,584,824 1,182,426 92767,250
Bretagne 6,115,400. 496,060. 6,611,460.
Bourgogne... 3,190,008. 938,128. 4,128,196.
Provence...... 1,997,031. 895,432. 2,892,463.
Pau,Bayonne
etFoix.
1,156,638 1,156,658.
19,887,323 4,668,704-24,551,027
Transporté. .............
24,556,000 .
464,558,000
( 53 )
Reporté. 464,558,000
Capitation & Vingtièmes abonnés
.
575,000.
Capitation& dixièmes retenus au
Tréſor royal fur les penfions&
fur d'autres objets 6,090,000.
Impoſitions particulières aux fortifications
des villes ......... 575,000 .
Bénéfices ſur la fabrication des
monnoies . ... 500,000.
Bénéfice annuel des forges royales.
.... ৪০,০০০.
Revenus de la caiſſe du Commerce
.... .... 636,000.
Loyers des maiſons &des terrains
des Quinze-vingts .......... 180,000.
Intérêts annuels des ſommes prétées
aux Etats-unis de l'Amésique..........
1,600,000.
1
Intérêts annuels de fix millions
que doit unPrince d'Allemagne. 300,000.
TOTAL des Revenus fixes ..... 475,294,000 .
DÉPENSES FIXES ,
Dépenſes générales de la Maiſon
du Roi & de celle de la REINE ,
deMonſeigneur le DAUPHIN ,
des Enfans de France , & de
Madame ÉLISABETH & de
MESDAMES , Tantes du Roi ,
e iij
( 54 )
avec les traitemens annexés à
ces différentes parties , & en
ycomprenant divers objets de
dépenſes dans les forêts , qui
étoient autrefois payées ſur le
produit des bois .... 25,000,0001.
Maiſons de MONSIEUR , frère du
ROI & de MADAME ; Maiſons
de Monſeigneur Comte & de
Madame Comteſſe d'ARTOIS ,
deMonſeigneur le Duc d'ANGOULÊME
& de Monſeigneur
le Duc de BERRY , & traitemens
confervés aux perſonnes
qui ont fervi les Enfans de
Monſeigneur Comte d'Artois
dans leur bas âge 8,240,000.
Affaires étrangères , Ligues Suifſes&
Courſes de Courriers de
ce département ............
Département de la guerre ; traitemens
& objets acceſſoires ,
non compris ce que les provinces
s'impoſent & verſent directement
dans les caiffes militaires
..........
.....
... Marine & Colonies ......
-Supplément demandé pour indemnité&
récompenfes qu'exi-
Tranſporté ..........
7,180,000.
99,160000.
40,500,000.
180,380,000.
( 55 )
Reporté ..... ...
geront les réformes déterminées
dans les établiſſemens des
Colonies ..
Ponts & chauffées ..
Haras ſous les ordres de M. le
Grand-écuyer , de M. le Duc de
Polignac & de M. le Marquis de
Poliguac .....
180,380,0001.
400,000.
5,680,000 .
814,000.
Rentes perpétuelles & viagères.. 162,486,000 .
Intérêts d'effets publics & d'autres
créances ..... ...... 44,300,000 .
Gages de Charges repréſentant
l'intérêt de la finance. 14,692,000.
Intérêts & frais des anticipations
qui portent fur l'année 1790
& fur l'année 1791 .........
Intérêts & frais du renouvellement
des billets des fermes des
...
4,900,000.
autres anticipations ou des em-
"
prunts néceffaires pour balancer
les beſoins de l'année 1789. 10,900.000.
Engagement à temps envers le
Clergé ......... 2,500,000 .
Indemnités à différens titres .... 3,235,000 .
Penſions ...... 29,560,0 0.
Gages du Confeil & traitemers à
M.leChancelier , àM. le Garde
des Sceaux , au Secrétaire d'ETransporté
........ 459,847,0001
( 56 )
Reporté....... ... 459,847,000-
tat de la Maiſon du Roi , à divers
Magiftrats , compris leur
franc- falé , & traitemens d'autres
perſonnes ............. 3,173,000.
Intendans des provinces , leurs
Subdélégués & leurs Commis . 1,495,000.
Police de la ville de Paris ...... 1,570,000.
Guet&Garde de la ville de Paris . 1,138,000.
Maréchauffées de l'Ile-de-France. 250,000.
Entretien & réparation du pavé
de Paris ......
Travaux dans les carrières qui
ſont ſous la ville de Paris & les
environs ......
Remiſe en moins impoſé ſur la
recette des pays d'élections &
des pays conquis ; décharges &
modérations ſur les vingtièmes
& la capitation ; remifes aux
pays d'Etat.....
Traitemens aux Receveurs , Fer-
627,000.
400,000.
7,120,000..
miers & Regiſſeurs , & autres
frais de recouvrement .... 20,094,000-
Les cinq Adminiſtrateurs du Tréfor
royal , Payeurs des rentes ,
&c .....
3,753,000.
Bureaux de l'Adminiſtration générale.
2,048,000.
Transporté. ............ 501,515,000.
( 57 )
Reporté.
Fonds réſervé fur le produit de la
Loterie royale & fur la ferme
du Port-Louis , pour des actes
de bier.faiſance ............
Secours à des Hollandois qui ſe
font réfugiés en France ......
Communautés & maiſons Reli-
501,515,0001.
いい
172,000.
830,000.
1
gieuſes ,&fecours pour laconftruction
d'édifices ſacrés... 12,188,000
Dons , aumônes , hôpitaux & Enfans-
trouvés , &c ...... 3,038,000.
Travaux de charité . 1,896,000 .
Destruction du vagabondage &
de la mendicité ........ 1,144,000.
Primes & autres encouragemens
pour le commerce.
1
3,864,000 .
Dépenſes du département des mines..
: 92,000.
Jardin royal des plantes , &Cabinet
d'hiſtoire naturelle.......
Bibliothèque du Roi ..........
Univerſités , Académies , Collèges
, Sciences &Arts .........
Paffeports , en exemption de
droits , à la Marine royale , aux
Ambaffadeurs & Miniſtres étran-
130002.
167,000.
:
930,000 .
gers , &c . 400,000 .
Entretien , réparations & conf-
Transporté..... ........ 516,354,000 .
( 58 )
Reporté. ... 516,364,000
tructions debâtimens employés ,
àlachoſe publique..........
Dépenſes de plantations dans les
forêts , de curement de riviéres
, & d'autres objets dont le
paiement eſt aſſigné fur le produit
des bois .....
1,900,000.
500,000 .
Frais de procédures criminelles ,
& dépenſes de priſonniers .... 3,180,000 .
Dépenſes dans les provinces dont
l'objet varie tous les ans , & qui
ſe renouvellent de différentes
manières...
Dépenſes imprévues .........
4.500.000 .
5.०००,०००.
TOTAL des Dépenses fixes .... 531,444,000.
PREMIER MAI 1789 .
RÉSULTAT.
DÉPENSES FIXES ......... 535,444,0001
REVENUS FIXES ........
DÉFICIT annuel .
475,294,000
56,150,0001
( 59 )
PAYS - BAS .
De Bruxelles , le 5 juin 1789.
Les Bulletins de Vienne , des 14 et 15
mai , annoncèrentl'Empereur sans fièvre,
et ayant eu deux bonnes nuits. Les
jours suivans furent encore plus favorables.
Son état étoit si amélioré le 20 , que
le dimanche précédent il assista au service
divin dans l'Eglise de la Cour , et
qu'il partit , le 19 , pour le château de
Laxembourg.
M. Dietz , Ministre de la Cour de
Prusse à Constantinople , a expédié à
Berlin la nouvelle de la mort du Grand-
Seigneur , par un Tartare qui a traversé
la Dalmatie et l'Italie . Le 15 mai , ce Tartare
arriva à Venise, chez le Résident de
Prusse , auquel il remit ses dépêches .
Elles confirment les détails que nous avons
annoncés. Abdul Hamedest mort d'apoplexie
, accident qui a donné lieu à nombre
de rapports absurdes . Le nouveau
Sultan a promis toute son affection et
sa confiance au Capitan- Pacha , en lui
déclarant qu'il le regardoit comme un
des fermes appuis de l'Empire Ottoman .
- Sa Hautesse a fait déclarer aux Ministres
Etrangers , sa résolution de n'entendre
à aucunes propositions de paix ,
(60 )
jusqu'à ce que l'Impératrice de Russie
eût renoncé à toute autorité sur les Tartares
, et reconnu l'indépendance de la
Crimée. Cette détermination arrêtée , le
15, dans un Divan tenu en présence de
Sa Hautesse , a été suivie de celle de
pousser la guerre avec la plus grande
vigueur.- On assure que le Divan a
fixé à to millions de piastres le subside.
que paiera la Porte à la Suède.
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 13 JUIN 1789 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
Pour la Statue du Chancelier DE L'HOPITAL.
DIGNE des plus beaux jours &
Rome ,
de Sparte & de
Juſte& ferme, il ſoutint , il fit aimer la Loi;
Et fidèle Sujet, vrai Citoyen , grand Homme ,
Servit également ſa Patrie & fon Roi.
(Par M. D*** T*****. )
A
No.24. 13 Juin 1789. C
: MERCURE
So
LES VÉGÉTAUX,
FABLE.
DROITS ou prétentions de talens , de naiſſance ,
De richeſſe , d'eſprit , de rang , ou de puiſſance
De rixes , entre, nous furent ſouvent l'objet :
Entre Plantes , parfois , les droits de préféance ,
De conteftations font auſſi le ſujet.
Cifar , non Empereur , mais natif de Bourgade ,
Fait , dans ſon potager , clos d'une paliſſade ,
Verdir , & s'élever en planches , en carreaux ,
Ofeille , Melon , Choux , Légumes & Salade ,
Elégamment entourés d'Artichauts.
Là , promenant ſes yeux fur les races naiſſantes ,
D'avance jouiflant de ce qu'il doit cueillir ,
Il abreuve avec ſoin ce qu'il voit défaillir
Par vingt rigoles circulantes ,
Et fon travail eſt ſon plaiſir,
Quel bonheur pour Céfar, au milieu de ces Plantes,
Dont les faveurs douces & fucculentes
Lui promettent de bons ducats ,
Si , couvertes de ronce , & dans l'onde plongées ,
Il ne les voyoit afliégées
Par un nombreux eflaim de Rats !
Juſtement, dans ces entrefaites ,
Grolitlant fous ſa feuille , un Melon s'eſt montré,
DE FRANCE.
SE
Loin de toi , lui dit-il , ami , bon gré , malgré ,
J'entends bannir ces dangereuſes bêtes.
Il sème tour à tour , il tranſplante , il tapit
Et la Laitue , & le Pois & la Féve ,
Dont les âpres Souris chériſſent tant la séve ;
Et le Seigneur Melon tout bas s'en réjouit ,
Ce qu'il n'eſt pas,je crois, mal-aiſé de comprendre.
Mais , le mois révolu , vous auriez dû l'entendre !
Plein de douceur , d'eſprit , doré , délicieux ,
Je ſuis,ſe diſoit- il , un fruit digne des Dieux ;
L'Aurore, en fouriant, blanchit mes tendres chaînes ,
Le Soleil , dans les Airs faiſant flotter ſes rêmes ,
Ne la fuit que pour me mûrir,
Sous fon char radicux , ces vents & ces nuages
Préparent quelques doux orages
Pour m'abreuver & me nourrir .
La Terre , que je tiens , eſt l'un de mes otages ,
Et tous les Elémens font faits pour me fervir.
Quel dommagepourtant, qu'auprès de ma perſonne
On ait poſté , par un mal-entendu ,
Tout ce vulgaire , qui foiſonne ,
Avec lequel je ſemble confondu !
Qu'appelez-vous vulgaire , eut bientôt répondu
Une voix qui partitd'une Plante veiſine ?
Monſeigneur l'orgueilleux ,qui nous dédaignez tant,
Pourquoi faire ainſi l'important ?
Nous avons même ſort & Cemblable origine.
Quoique ſoigné , parfumé , ragoûrant ,
Vous n'êtes , comme nous , qu'une frêle machine ,
C2
52 MERCURE
:
Qui de graine fortit , qui tient à ſa racine ,
Et quidépend du ſol, de l'eau , du feu , du vent,
Près de la tendre Senfitive
Reconnoiffez l'élaſticité vive
Du Sablier , de la Dionéa ,
Du Roffolis & de l'Alléluia ( 1 ) ,
Que l'Ananas prifé , meilleur que vous encore ,
Voit, fans être jaloux , accompagne & décore :
Ce Chêne couronna le Bourgeois bienfaiſant ;
Ce Laurier , le Héros ; ce doux Mirte , l'Amant ;
Et c'eſt ainſi ſur-tout qu'on brille & qu'on s'honore,
Nous ne ſavons enfin ſi vous êtes aimé ;
Mais qui mépriſe à tort , n'eſt jamais eftimé.
(Du pied des Pyrénées , par Epimenide qui dort. )
2
(1) Peu de perſonnes ignorent ſans doute les mouvemens
de cette Senfitive , qui recule , abaiffe , & puis remet une
portion de ſes bras au gré de l'amareur qui l'éprouve ;
comme aufſi que la Balf mine, le Sablier , P'Alléluia , lancent
leurs graines. La Dionéa , piquée par que que infecte ,
replie fubitement fa feuille , comme pour le faifir ; & la
fleur de deux fortes de Roffolis , ayant fis feuilles repliées ,
Jes ouvre avec précipitation . dès qu'un infecte a humé quel
ques gouttes forties du bout des poils de ſa plante.
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LLE mot de la Charade eſt Mattreſſe ; celui
de l'Enigme eſt Noeud ; celui du Logogriphe
eft Hémorroïde , où l'on trouve Hérode,
Emir, Hidre, Mer, Homère, Ohio, Oder.
CHARADE.
MA première eſt placée entre ſes quatre foeurs ;
Mon ſecond, de la Perſe eſt un Savant , un Sage ;
Nous prive-t-on de voir l'objet qui nous engage ,
De l'abſence , mon tout allége les rigueurs.
QUAND
(ParM. Ferran de Fronton. )
ÉNIGME.
UAND un des élémens m'a donné la
Dans le même moment ,
naiſſance ,
Je vais , ami Lecteur , perdre mon exiſtence
Dans un autre élément.
(Par le même. )
C3
54 MERCURE
LOGOGRIPHΕ.
SI parfois je me plais à faire des heureux ,
Parfois aufli , Lecteur , j'accable & déſeſpère ;
Et quoiqueje ne fois rien moins qu'une chimère,
Je fais couler des jours bien doux ou bien affreux ;
Je porte dans les coeurs la crainte & l'eſpérance ;
Je sème tour à tour la peine & le plaifir ;
Les Amans d'ordinaire éprouvent ma puiſſance ;
Je rends indifférent , j'inſpire le déſir ,
Etj'appaiſe les maux de la cruelle abſence :
Fut-il jamais , Lecteur , d'auſſi bizarre Loi ?
Cependant je ne ſuis qu'une ſimple femelle.....
Mais brifons-là : parlons un peu de ma ſequelle.
J'ai cinq pieds , qui pourront te faire voir enmoi
Cequi tient de bien près à la Sorcellerie ,
Et qui fait à maints ſots croire ce qui n'eſt pas ;
Unenote du chant ; ce qui donne la vie ,
Et qui quitte le corps au moment du trépas;
Celur qui nous conſole en partageant nos peines;
Un oiſeau babillard ; un pronom féminin ;
Ce qui fait renoncer au plaifir de l'hymen ;
Et cet aimable mois qui fait verdir nos plaines.
(Par le même.)
DE FRANCE.
55
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DANIEL , Poëme en quatre Chants ,
traduit de l'Allemand de CH. FRED. DE
MOSER. A Paris, chez Royez , Libr. ,
quai & près des Augustins..
ود DAns nos Poéfies on parle plus àl'ef-
„ prit qu'à l'imagination , on raiſonne
>> plus qu'on ne décrit; on effleure rapi-
לט dement trente idées , plutôt que d'en
>> approfondir une : on craintde ſe montrer
>> trop fortement inſpiré : ſouvent on s'in-
ود terdit ce que la Poéfie lyrique & l'E-
>>popée ont de plus audacieux & de plus
fublime : enfin l'on fent la néceflité
d'être court , ferré ; & cette néceflité aug-
» mente tous les jours à mesure que la So-
ود
ود
ود ciété nous rend moins réfléchis & plus
» légers ". C'eſt M. de Chabanon , qui s'exprime
ainſidans fon excellentEllai fur Théccrite
; & ces réflexions fuffiroient peut-être
pour rendre raiſon du ſuccès trop peu général
de ſa Traduction fideile & ſavamment
élégante , fi cete verſion en profe n'étoit
pas accompagnée & embellie d'imitations
C4
56 MERCURE
en vers du même Poëte , plus appropriées
au goût de notre tiècle. Il eſt ſingulier que
les Gens de Lettres eux-mêmes aient rendu fi
peu dejuftice à fon Théocrite; cet Académicien
ſi recommandable par l'aménité de fes
moeurs , & par des talens qui allient le goût
à l'érudition , a dû être un peu étonné que
depuis dix ans la plus petite Feuille n'ait pas
daigné en faire mention , & que jamais au
grand jamais , ni fon Pindare ni fon Théocrite
n'aient été cités entre les Traductions
françoiſes très-fidelles & très-ſoignées ( 1 ) .
(1) Pour bien louer le travail du Traducteur
de Théocrite , je n'ai qu'à le faire connoître.
Une citation de ce genre ne peut qu'être trèsagréable
dans un Journal qui , de tout temps , a
dû être particulièrement conſacré à la belle Littérature
: le Fragment que l'on va lire eſt tiré
de l'Idylle intitulée le Cyclope.
Tandis qu'il chante ainfi, l'air s'agite & murmure;
Un mouvement foudain a troublé la Nature ;
Les vieux pins de l'Etna, de leurs fronts verdoyans,
Courbent avec lenteur les rameaux ondoyans.
La mer en un moment a blanchi ſa ſurface ,
Et le flot fur le flot croît, s'élève & s'entaſſe .
Polyphème attentifà tous ces mouvemens ,
Croit , eſpère déjà, vaine erreur des Amans !
Que la courſe des vents , que la mer agitée ,
Vont ramener vers lui l'aimable Galatée.
DE FRANCE.
57
Au reſte , c'eſt à notre manière de vivre
qu'il faut s'en prendre ſur le reproche que
les Anglois & les Allemands font à notre
Poéfie. Poëtes Citadins , notre génie , borné
dans la ſphère étroite de nos cercles , n'ofe
prendre un effor vigoureux & libre . Si
nous avons à peindre les agrémens d'une
belle campagne , ou les beautés agreſtes
d'un ſite ſauvage , nous ſongeons à être lus
& applaudis dans les boudoirs. Nous cherchons
moins à déployer la richeffe & l'énergie
de nos couleurs , qu'à plaire à des
Plein de trouble , il ſe lève , il palpite , îl frémit.
Il marche; fous ſes pas l'Etna tremble & gémit.
Loin du bord, il s'avance, il fend l'onde écumante,
Et ſemble à chaque flot demander ſon Amante.
Il s'arrête ; l'eſpoir le repouffe & retient :
Il s'éloigne cent fois , & cent fois il revient.
Enfin , las des tourmens d'une attente inutile ,
Il retourne au rivage ; & long-temps immobile :
Laiffe , dit-il , gronder les ondes en courroux ;
Ma grotte à tes appas offre un ſéjour plus doux.
Là , le lierre déploie un tapis de verdure ;
Là mûrit le raiſin ; là coule une onde pure
Dont le criſtal invite à ſe défaltérer.
Quels lieux à cet afile ofes- tu préférer ?
Que ne puis-je te voir ,& payer de ma vie
Ce bonheur d'un moment que carigueur m'salied .
C
58 MERCURE
yeux que le grand fatigue , &qui préfèrent ce
qu'on appelle des tableaux de genre. Nous
connoiffons peu la Nature ; nous ne l'étudions
guère que dans des livres , & rarement
en elle-même ; & lorſqu'elle s'offre à
nos yeux , obſerve encore M. de Chabanon,
nous la regardons ſans la voir , ou nous
la voyons fans nous pénétrer de ſes beautés.
» Rien de plus contraire à l'eſprit de
>> contemplation , à cet eſprit méditatif&
>> filencieux , que l'eſprit léger , fugitif &
>>parleur , dont la Société a beſoin , qu'elle
>> exige de nous , & qui ſeul y procure des
> ſuccès «.
En effet , on ne le peut nier : le bel efprit
, le prétendu bon ton , un je ne fais
quel vernis appelé philoſophique & qui ett
à la vraie philoſophie ce qu'eſt à l'or fin
la feuille légère d'or faux qui couvre le
métal le plus vil , ſe ſont tellement accrédités
, que les plus grands talens ne ſe
croient pas exempts de lui payer tribut ;
perfuadés que , ſans ce relief , leurs Productions
feroient beaucoup moins de ſenlation
.
A cet égard , les Poëtes Allemands font
dans une fituation oppoſée à la nôtre. On
faitqu'ils vivent loin de l'intrigue des Cours
&du faſte des Villes , retirés dans leur contrée
natale. Séparés par la diſtance des lieux,
mais rapprochés par les liens de l'eſtime &
de l'amitié , ils ignorent ces cabales & ces
baſſes jaloufies qui ne règnent que trop
DE FRANCE.
so
parmi les Gens de Lettres. Comme leur
principale occupation eft de contempler la
Nature , leur principal talent eſt de la décrire.
Nous leur reprochons à notre tour d'abufer
du genre deſcriptif. Mais comme
notre defaut eſt de tout tapetiſfler , nous ne
pouvons que gagner à nous familiariſer avec
leurs Auteurs qui tombent dans un excès
contraire au nôtre. C'eſt chez eux que nous
devons chercher cette naïveté , cette pure
nature , cette fimpliciré touchante , trop
peu analogue à nos moeurs , & fi éloignée
de cette brillante galanterie dont nous voulons
tout enluminer. Accoutumés à parler
à l'imagination , & à l'ébranler par des
images hardies , leurs Poëtes nous apprendront
à voir les objets & à les peindre à
grands traits.
Al'exemple de Geffner , & de Klopstock,
M. de Mofer a pris ſon ſujet dans la Bible.
Son objet principal a été moins de
faire un Poëme , que d'orner des couleurs
de la Poćfie un des ſujets les plus intéreſfans
des Livres ſacrés. Son but est trèsmoral
. Il offre un grand exemple aux Rois
& aux Peuples. On y voit un Sage
homme intègre & éclairé , qui , malgré les
voiles dont l'enveloppe ſa modeftie , atrire
les regards d'un Monarque puiffant & victorieux
, devient le premier de ſes Favoris,
que fon Maître appelle ſon ami , & qui
bientôt victime des complots &de la haine
un
C6
60 MERCURE
des Courtiſans , tombe du faîte de la gloire
& des honneurs , dans l'abîme de la difgrace
, du malheur & de la mort. On y
voit un Prince né avec de belles qualités ,
trompé par de vils flatteurs , devenu cruel
par foibleſſe autant que par orgueil , figner
avec précipitation la perte de ſon ami , pour
s'en repentir bieurôt , & affez heureux pour
réparer hautement ſa faute. C'eſt ici que
l'on peut appliquer ces deux beaux vers
de la Henriade, qui , dans plus d'une occafion
, m'ont fingulièrement frappé.
La Foibleffe , au teint pâle, aux regards abattus ,
Tyran qui cède au crime & détruit les vertus.
Ce ſujer , qui ne prête rien à la fiction ,
ſe trouve refferré dans un cercle ſi étroit
d'évènemens , qu'il a fallu recourir à de
fréquentes deſcriptions , à de longues converſations
& à d'autres embelliſſemens de
ce genre , propres à l'Epopée. La Cour de
Datius , les intrigues de ſes Satrapes donnent
lieu à des peintures pleines de vérité
& d'énergie. C'eſt le talent propre de M.
de Mofer. Il eſt rempli de la lecture des
Livres Saints , on ne peut faire un uſage
plus heureux des figures , des tours & des
expreffions de l'Edriture. Cetre elpèce d'Epopée
a jeline fais quoi d'Aſiatique &
d'impofant. Citons le début , ill eft impofant.
Cette, citation aura quelque étendue;
mais elle mettra à portée de juger l'Ou-
1
DE FRANCE. 61
vrage , beaucoup mieux que le Lecteur ne
pourroit le faire par des fragmens tronqués
& interrompus .
>>C'étoit l'aurore d'un bean jour d'été :
jamais les ſomptueux jardins de Babylone
n'avoient été ſi magnifiques. Le ciel étoit
ſerein comme l'innocence ; l'air pur comme
l'haleine d'un enfant. Le baume s'exhaloit
des humbles cyprès & des cèdres orgueilleux.
Les échos retentiſſoient encore des
accens du roflignol ; les premiers rayons
du Soleil étinceloient à travers le feuillage
touffu des antiques palmiers ; là , le cigne
nageant en filence ſous l'iris des jets d'eau ;
plus loin , le ſuperbe oiſeau du Phaſe béquetant
une datte ſucculente , & le colibri
, le bijou de la Nature , s'amuſoit à le
confidérer «.
Je n'ai jamais été partiſan de la profe
poétique , & fur- tout de la proſe poétique
deſcriptive. Je ſuis de l'avis de celui
qui a dit que » ces éternelles deſcriptions,
>>ces images fans ordre & fans liaiſon ref-
ود ſemblent à celles qu'un enfant a décou-
>> pées & qu'il colle au hafard ſur le pa-
» pier «. Mais j'avoue que celle- ci a pour
moi un charme particulier. Point de phraſes
vagues; point d'expreffions oifeuſes. Les
images font animées par des détails d'une
-vérité frappante. C'eſt en ce ſens fur- tout
que le vrai feul eft aimable.
" Pourquoi ces pompeux apprêts ? c'eſt
pour Daniel , pour le bien aimé du Sei62
MERCURE
:
gneur , qui vient embellir le réveil de la
terre. Il erre ſur les bords des vaſtes canaux
, fur l'émail des plus brillantes Heurs,
regarde avec complaiſance l'ami du Très-
Haut , & toute la création émue ſur les
pas du vénérable Vieillard , comme la harpe
ſous les doigts du Prophète royal , crie avec
Daniel : Jubilation , louange , gloire à l'Eternel
«!
>> Cette ame habituée à louer le Tout-
Puiffant , étoit alors obfcurcie de fombres
penſées. Pour lui ſeul , le plus ferein des
jours étoit couvert de nuages , ſemblables
à ces tourbillons de poufſière rougeâtre
dont l'ardeur ſulfureuſe préſage la tempete.
Les noires vapeurs de la mélancolie
s'élevoient dans ſon coeur inébranlable " .
» Cependant il hate ſes pas; il court
attendre le Roi près de l'enceinte de marbre
de Paros qui entoure les bains. Il paſſe
auprès de la foſſe aux lions. Le fier Tyran
des animaux pouſſoit des rugiffemens
épouvantables. Daniel paſſe. Une ſueur
froide coule de tous ſes membres : fon
fang ne circule qu'avec effort. Des prefſentimens
inconnus , accablans , s'emparent
de ſa grande ame ".
Ici on peut remarquer l'art de l'Auteur,
qui , par la peinture de ces triſtes preſlentimens
de Daniel , prépare d'avance le dénouement
de ſonPoëme.On peut remarquer
encore que la deſcription précédente , loin
d'être un hors-d'oeuvre , ou un lieu comDE
FRANCE . 63
5
mun , forme un contraſte ſavant avec la trifreſſé
du Prophète. Continuons :
" Il tombe accablé ſur le ſol humide de
ſes larmes ; il traîne lentement une reſpiration
pénible . Il veut parler ..... Les fanglots
le ſuffoquent. Ah ! Dieu ... Dieu ...
Dieu de mes pères ! ..... Vers toi ......
Vers toi je crie du fond de l'abîme. Ah !
Dieu ! ...... Dieu de inon coeur .......
Dieu de ton peuple ! .......... Combien
de temps ai - je encore à traîner ces fers ,
à ſoupirer au milieu d'une race criminelle
? ...... Loin de ton autel , ſans efpoir
de t'y adorer jamais ........ Une Nation
qui te méconnoit ! ...... Une Cour fans
moeurs ! ....... Un Prince idolarre ......
Dupe des miniftres du menſonge ! .......
Ah ! Seigneur, l'angoiſſe qui me déchire n'eſt
pas un vain ſignal ; peut-être vais -je ..... "
>>Daniel voit le Monarque deſcendre à
grands pas des jardins ſuſpendus , l'une des
merveilles de l'antiquité. Accoutumé à facrifier
ſes intérêts à ſes devoirs , il eſſuie
ſes larmes , & court ſe profterner devant
fon Maître , &c . «
On vient de voir quel eſt le ton de
l'Auteur dans ſes narrations & dans ſes
deſcriptions. Le ſtyle oriental & celui des
Ecritures s'y trouve heureuſement fondu.
On va voir qu'il fait faire parler ſes perfonnages,
comme il les fait peindre. Ce qui fuit
eſt le Diſcours de Darius à Daniel dans le
premier Livre.
64 MERCURE
» Il y a neuf lunes que je me ſuis emparé
de cet Empire ; mais certes , fi javois
connu le caractère odieux de ce Peuple ,
je me ferois à jamais contenté des Mèdes.
Je ne peux voir ſans mépris , des Nations
que j'ai conquiſes en dormant. Jamais ils
ne peuvent m'être fidèles , ces vils Satrapes
, traîtres à leur Patrie. Je les ai élevés
aux honneurs , qu'ils s'y tiennent : il falloit
payer leur lâcheté. Mais ils reſteront toujours
ce qu'ils font. Leurs dos d'eſclaves ſe courbent
humblement devant moi. Mais l'ingratitude
règne dans leurs coeurs , comme
la fourberie fur leurs viſages. Je ne peux
m'aſſurer d'eux que par la crainte. Ils ne
ceſſent de demander , les infatiables ! Sachant
affez combien par eux-mêmes ils méritent
peu, ils follicitent mes graces comme
des droits dus aux Perſans. Ils blâment
ma gravité , parce que je ne partage pas
leurs débauches. Ils me taxent d'avarice ,
parce qu'ils ne partagent pas mon pouvoir.
Sans ceſſe je dois appréhender le fort de
Baltazar. Je ſuis affligé , Daniel , vivement
affligé de régner fur des traîtres. Jamais
je ne m'attacherai des ingrats. Je rougis
de mon empire ſur un Peuple inconftant
& lache. Ils abrégeront mes jours.
Il me paroît juſte , & c'eſt le moindre fruit
de mes victoires , que je goûte enfin le repos
que demandent mon âge & mes travaux
paffés. Je ne veux pas m'endormir
dans une molle oiſiveté au milieu des fem
DE FRANCE.
mes & des feftins. Je ne veux que m'éloigner
de l'ignorant Elack & du traître
Nabad. Je me ferai lire l'Hiſtoire des Conquérans
; je comparetai mes actions à
leurs hauts faits. Je me livrerai , dans ces
Jardins à l'enthouſiaſme qu'inſpirent les
beautés de la Nature; je les ferai retentir
d'Hymnes de reconnoiffance envers les
Dieux , ces Dieux qui m'ont protégé par
tant de merveilles " .
>>Babylone , la Reine des Cités , ne m'a
plu que du moment que j'y ai vu Daniel.
Mon ame t'avoit deviné. Mais juſque - là
facile à me livrer aux premières imprefſions
de l'amitié , trop ſouvent dupe de ma
facilité , je t'éprouvai ; je ne t'ai rien fait
connoître encore de ce vif penchant qui
me ſaiſit , quand , appelé près de moi , tu
répondis avec tant de ſageſſe au torrent
de queſtions que je te fis dans ce boſquet
même. Tu fais encore avec quelle confiance
je te remis le gouvernement de mes Provinces
méridionales. Tu as furpaffé mon efpoir.
Jamais il ne m'en eſt revenu de plaintes
; & fi je pouvois être jaloux d'un de mes
ſujets , je le ſerois d'apprendre combien
mes Peuples te chériffent. Tu ne m'as point
encore demandé ta récompenſe. J'ai eu de
la peine à te faire accepter ce que d'autres
euſſent regardé comme un foible ſalaire.
Toi ſeul m'es fidèle; toi ſeul me ſers dignement&
fans ambition. Ajoute encore
àtes ſervices, & laiſſe moi mettre le comble
66 MERCURE
à mes bienfaits . Ces ornemens , ce diadême
font un fardeau bien lourd , je connois ton
age; mais je connois auſſi tes forces. Je fais
que tu es animé de l'eſprit des Dieux : tu
porteras légèrement une charge ſous laquelle
tant d'autres fuccomberoient. Sois mon premier
Miniſtre ; je veux trouver la confolation
de ma vie à voir en toi le ſeul homme
qui m'apprenne les beſoins de mon Peuple
& qui lui porte mes décrets ".
Cet Ouvrage de M. de Mofer a beaucoup
réufli chez les Allemands; la Traduction
annoncée dans cet article a été faite
fur la troiſième édition. Si la verſion n'apas
le même ſuccès que l'original , ce ne fera
pas la faute du Traducteur. Sa proſe poétique
n'a pas moins d'énergie & d'harmonie
que celle de M. le Tourneur , & me
paroît plus élégante & plus correcte. On
n'y rencontre point ces locutions bizarres,
& ces anglicifmes qui fourmillent dans les
traductions d'Young & de Shakespear Le
ſty'e des Ecritures qui reſpire dans cette efpèce
d'Epopée , ſtyle beaucoup plus familier
aux Allemands qu'aux François , offroit
des difficultés particulières. Le Traducteur
(M. de la Beaume , Sous - Ingénieur des
Ponts & Chauffées à Lyon ) les a toutes
furmontées . Ce jeune homme partage ſon
temps entre l'étude de l'Algèbre & de la
Littérature étrangère. Il a remporté le prix
de Mathématiques de l'Académie de Lyon .
Mais on a pu voir que ſon élocution fa
DE FRANCE. 67
cile , élégante & forte , ne ſe ſent en rien
de l'aridité des calculs algébriques .
(CetArticle est de M. de Saint-Ange.)
LA Mort de Molière , Pièce en 3 Actes
& en vers, reçue à la Comédie Françoise
le 31 Janvier 1788. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Knapen & fils ,
Libr-Impr. rue Saint-André-des-Arcs
en face du Pont St - Michel ; & Bailly ,
Lib. rue St- Honoré, Barrière des Sergens.
CE ſeroit être injufte que de juger cet
Ouvrage dans toute la rigueur des principes
de l'Art dramatique. Ce n'eſt point une
Comédie , ce n'eſt point un Drame , ce
n'est point une pièce d'intrigue , ni une
Pièce épiſodique , ni un Ouvrage de caractère
; c'eſt un compoſé de nuances relatives
à chacun de tous ces genres , cù il y
a du talent &de l'intérêr. Les repréſentations
de la Maison de Molière ont échauffé
l'imagination de l'Auteur , & il a voulu
brûler auffi un grain d'encens aux pieds de
la Statue du premier Poëte comique du
Monde. M. Goldoni , & après lui M. Mercier(
1), ayant faiſi la circonſtance la plus in-
(1) La Maison de Molière , Comédie en cinq
68 MERCURE
téreſſante de la vie de Molière , pour la
porter au Théatre (nous voulons parler de
celle où la protection d'un grand Roi le fit
triompher des cabales ténébreuſes de l'hypocrifie,
en faiſant repréſenter Tartufe), il a cru
que la bienfaiſante activité qui cauſala mort
de Molière , étoit le trait le plus honorable
de ſa vie ; & c'eſt celui dont il a fait choix
pour remplir ſon deffein. Tout le monde
fait , ou devroit ſavoir que ce grand homme
étant malade & fouffrant , Baron & fa
femme le prièrent , les larmes aux yeux ,
de
point jouer dans le Malade imaginaire
, & qu'il leur répondit : » Comment
» voulez - vous que je faſſe? il y a cin-
>>quante pauvres ouvriers qui n'ont que
→ leurs journées pour vivre ; que feront
ود
ود
ne
ils ſi l'on ne joue pas ? Je me reprocherois
d'avoir négligé de leur donner du
» pain un ſeul jour, le pouvant faire ab-
» ſolument ". Ces paroles & l'action qui
les ſuivit , annoncent , en effet , une ame
d'une générofité & d'une bienfaifance peu
communes. Qu'elles exaltent la tête d'un
Poëte , d'un homme ſenſible & ami de la
vertu , cela n'eſt pas étonnant ; on entendra
donc fans ſurpriſe l'Auteur avouer qu'elles
mirent le feu dans ſon imagination déjà
prête à s'enflammer. Voyons ce qui eſt
réſulté de tous ces mouvemens .
Actes & en proſe , par M. Mercier. A Paris , chez
Guillot , Libraire de MONSIEUR, rue St Jacques ,
vis-à- vis celle des Mathurins. Prix , I liv . 16 f.
DE FRANCE.
69
Acte zer. Molière ſeul attend avec impatience
fon ami Chapelle , qui lui a laiſſé
unde ſes Manuferits , en lui emportant un
des fiens. En l'attendant, il examine ce
Manufcrit , qui eſt une Pièce de Théatre.
Après avoir lu , il dit :
Encore de l'eferit , des traits vifs & brillans ,
Des détails fins , légers , & des portraits faillans ;
Unjargon de ruelle , un ton de perfifflage ,
Qui, fans doute, des ſots obtiendra le fuffrage :
Mais pas le ſens commun, pas l'ombre de raiſon ,
Etde grands fentimens toujours hors de ſaiſon .
Croit- il , mon pauvre ami , que pour la Comédie
L'eſprit ſoit ſuffifant ? Du bon fens , du génie ,
Voilà, voilà fur-tout les dons qu'il faut avoir.
Tel qu'il eſt enun mot , l'homme cherche à ſe voir,
Etnon tel qu'on l'a peint dans cet oeuvre infidèle :
Qui manque la copie, eſt fifflé du modèle.
Toutes ces idées ſont établies fur des
principes vrais , inconteftables. C'eſt ainſi
qu'il convient de faire parler Molière , &
le dernier vers eft digne de ſa plume. Mais
pourquoi lui avoir prêté un ton prophétique
dans la ſuite de la tirade ? Pourquoi
lui avoir fait prédire quetde beaux Efprits,
Membres d'Académie , feroient un jour des
Comédies fur ce modèle , & rediroient ;
Ce qu'ont dit en parafes rebattues ,
Vizé, Balzac , Voiture , & Monfieur Trifſfotin ,
Grands Auteurs dont on fait le malheureux deſtin ?
70 MERCURE
Il eût été plus ſimple de fixer ſes réfle
xions ſur le préſent; du préſent , il eût été
poſſible& facile d'en reporter l'application
fur l'avenir : l'effet eût été le même , &
l'Auteur ne préſenteroit pas ici une intention
fatirique peu convenable au genre de
la Comédie.
Enfin Chapelle arrive. Il rapporte à Molière
ſon Manufcrit , & vient lui demander
ce qu'il penſe du ſien. Molière en
ditſon avis; Chapelle doute ; & l'on prend
pour Juge la bonne La Foreſt , Servante de
Molière. On commence devant elle la lecture
de la Pièce dont elle croit que ſon
Maître eſt l'Auteur. Elle baille , & finit
par s'endormir debout. Molière , Chapelle
même rient beaucoup de ce trait , & on la
renvoie. Chapelle avoue bonnement fon
impuiſſance à faire des Comédies , & Molière
lui répond :
Vous pourriez , comme un autre , avec du temps ,
des peines ,
Arranger une intrigue , & filer quelques ſcènes ;
Mais il faudroit d'abord micex choiſir vos ſujets,
C'eſt de là ſeulement que dépend le ſuccès.
L'Infouciant ! quel titre ! un pareil caractère
Peut fournir tout au plus une eſquiſſe légère ;
Il n'est qu'épiſodique , & pour le bien traiter ,
C'eſt au fond du tableau qu'il faut le préſenter.
Voulez-vous réufſir ? peignez dans vos Ouvrages ,
L'homme de tous les lieux , celui de tous les âges ;
DE FRANCE.
71
Deſſinez largement ; que de tous vos portraits ,
A Paris , comme à Londre , on admire les traits,
Aux Peintres des Boudoirs laiſſez la miniature,
Et foyez , s'il ſe peut, grand comme la Nature.
Voilà des préceptes ſages qu'il eſt bon de
rappeler , aujourd hui ſur-tout que l'on croit
avoir obtenu des ſuccès au Théatre, quand
on y a fait applaudir quelques vers jargon-
- nés, & qu'on y a filé indécemment quel
ques ſcènes de Boudoirs. A propos de Boudoits
, il nous ſemble que nous ſommes
fâchés de trouver cette expreſſion dans la
bouche de Molière ; certainement elle étoit
inconnue quand il vivoit. Le fonds de cette
ſcène eſt vrai , mais c'eſt à Brécourt que
l'aventure eſt arrivée . En l'attribuant à Chapelle,
perſonnage bien plus important par
ſa réputation que le Sr. de Brécourt, l'Auteur
a ceſſé d'être vrai pour être vraiſemblable,
& il a bien fait,
On vient chercher Molière pour une
répétition. Il ſort, & laiſſe Chapelle chez
lui. La Molière le rencontre , &le chapitre
ſur la vie trop gaie qu'il fait mener
a fon mari. Chapelle ſe défend d'une manière
moitié plaiſante , moitié dure. On
apperçoit dans cette ſcène quelques traits
échappés durcaractère impérieux de laBéjart;
mais c'eſt dans la ſcène ſuivante, avec ſa fille
Iſabelle , que perce toute entière ſon ame
hautaine& arrogante. Baron aime Iſabelle,
72
MERCURE
&Molière veut en faire ſon gendre ; mais le
Marquis de Milfiore demande la main d'Ifabelle
, & c'est lui que préfère la Molière.
En vain lajeune perſonne cherche à s'autorifer
de l'aveu de ſon père ; ſa mère eſt intraitable,
& elle l'emmène pour aller, de ce pas ,
forcer le conſentement de Molière.
Au ſecond Acte , le mari & la femme
font en conteſtation. L'une veut s'allier au
Marquis , l'autre ne le veut pas , & Molière
y développe rapidement le ſage lyftême
de ne point fortir de ſon érar. Cependant
la Molière infiſte avec opiniâtreté ;
Ton mari ſe fâche , & répond :
Eh ! quel eft ce Marquis ? Dans le ſiècle où nous
fommes
Il cít de faux dévots & de faux Gentilshommes.
Je les ai démarqués ces impoſteurs cruels
Qui méditent le crime à l'ombre des autels ;
Du bon Monfieur Tartufe on ſe ſouvient encore ,
Et, fi vous me fâchez, craignez tout pour Milflore.
Juſques à ce moment , de Meſſieurs les Marquis
Je n'ai peint que les airs. Il court de certains bruits
Que Milflore eft de ceux dont la coupable adreſſe
Ufurpe les honneurs qu'on doit à la Nobleſſe .
Qu'iltremble : avec le temps chacun aura fon tour,
Et je puis peindre auſſi les Tartufes de Cour.
Si l'on veut rapprocher cette tirade de
celles que Molière a faites pour lui-même
dans l'Im- promptu de Versailles , on verra
que
DEFRANCE 73
que l'Auteur a bien étudié ſon modèle, &
qu'il en a bien ſaiſi le caractère . Un trait
de cette ſcène qu'il faut encore remarquer,
eſt celui que laiſſe échapper Molière quand
ſa femme ſe fâche contre Iſabelle , parce
qu'elle prend les intérêts de Baron avec
vivacité. Et pourquoi , dit-il ,
Et pourquoi , s'il vous plaît , la forcer au filence?
Une mère doit-elle uſer de violence ?
Elle raiſonne juſte; il eſt permis , je crois ,
Lorſque l'on n'a point tort de défendre ſes droits.
(A part. )
Ce trait eſt ſi naif, que j'en veux faire uſage ,
Etje le placerai bientôt dans quelque Ouvrage.
Il dut échapper à Molière beaucoup de
ces mouvemens qui ſont ſeulement propres
à l'obſervateur , à l'homme qui étudie la
Nature , qui aime , comme on dit , à la
faifir fur le fait , & l'Auteur la ſaiſit ici
lui-même , dans le caractère de Molière ,
d'une manière qui nous paroît digne de
beaucoup d'éloges .
La Molière , forcée de rompre la converſation
fur ce point , la porte ſur la ſanté
de fon mari. Elle veut le détourner de
jouer dans le Malade imaginaire. Il perfifte
ày remplir ſon rôle, & elle le menace d'aller
chercher le Docteur Mauvillain. Molière lui
répond très-comiquement :
Nº 23. 13 Juin 1739 . D
74 MERCURE
UnMédecin ... Ma femine ! o Ciel ! quelle
incartade ! 1
Neft- ce donc pas affez pour moi d'être malade ? "
L'arrivée de Baron chaſſe la Molière , qui
court chez le Docteur, Ici ſe retrouve le
trait de générofité très connu de Molière
envers le Comédien Mondorge , ſon ancien
camarade. Pendant que Baron eit forti
pour aller faire exécuter ſur cet objet les
ordres de Molière , on vient demander à
celui ci s'il jouera dans ſa Pièce ; il répond
affirmativement. Sa fille effrayée tombe à
ſes genoux pour le ſupplier de ménager ſes
jours. Molière réplique avec énergie. C'eſt
dans cette tirsde que l'on retrouve à peu
près les paroles que nous avons rapportées
plus haut , & qui ont échauffé l'imagination
de l'Auteur. Il convient que les Ac
teurs renommés qui l'ont aidé dans ſesopé
rarions dramatiques , peuvent ſe paſſer des
fecours d'une repréſentation ; mais , ajouter
t-il :
Mais ceux que mes travaux
Soutiennent chaque jour & chaque jour font vivre,
Ceux qui manquent de tout , faut-il que je les livre
Au beſoin , qui ſouvent naît d'un pénible emploi
Tous aes infortunés font pères comme mọi;
Leur fort eſt dans mes mains, & par ma négligence
Dois-je de leur famille augmenter l'indigence ,
Et les priver enf du prix de mes efforts ?
Ah! ne m'expoſe point à fentir un remords ,
Et laitle-moi remplir un devoir néectiaire.
DE FRANCE.
75
Les obſervations d'Iſabelle ne changent
rien à la réſolution de ſon père. Le Peintre
Mignard le fait prévenir qu'il va lui apporter
fon portrait , & le prie de reſter chez lui.
Iln'a point cédé aux inſtances de ſa femme
& de la fille , un tableau ne le fera pas changer
d'avis . Mais Baron n'a pas pu remplir
entièrement la commiffion de Molière pour
Mondorge , La Forest s'y oppoſe;& Molière,
contraint d'aller lui-même ſe faire obéir ,
laiſſe enſemble ſa fille & Baron , en les exhortant
à répéter la vingt - unième Scène
du Malade imaginaire , Acte troisième.
C'eſt cele où Angélique , apprenant la feinte
mort de fon père Argan , laifle éclater ſon
déſeſpoir. Iſabelle met dans cette Scène une
chaleur qui étonne Baron. Mabelle avoue
qu'elle doit à des preffentimens funeftes
le mouvement qu'eile donne à ſon rôle.
Cette ſituation, pleine d'adreſſe & de vérité,
eft du plus grand intérêt. Le Docteur Mauvillain
entre,& profite du moment d'abſonce
de Molière pour donner for fon état des
avis dont le réſultat est très alarmant. Il entend
Molière qui revient , il s'enfuit. Le rctour
du grand Homme fait naître de nouve
les instances pour qu'il ne joue pas ; mais
il eſt inflexible , & quand Chapelle le preife
de ſe rendre, en lui obſervant que c'eſt lei
qui lui a fait quitter ſon régime , & que s'il
mouroit ,
On diroit hautement : Il a tuè Molière ,
Pour l'avoir obligé de vivre à ſa manière.
76 MERCURE
Molière lui répond.
/
Eh bien ! entre mes bras
Jetez-vous , mon ami. Si le Ciel l'abandonne ,
Et s'il meurt aujourd'hui , Molière vous pardonne.
Toute la fin de cet Acte a un charme trèsattachant.
Molière malade , entouré de ſes
amis , de fa famille , ſenſible à leur inquiétude
, s'obftinant à jouer la Comédie par
un motif d humanité , de générofité qui lui
en preferit le devoir , & marchant vers la
mort plutôt que de ceſſer d'être bienfaiſant,
jerte dans l'ame un intérêt de ſenſibilité&
d'admiration auquel il nous ſemble qu'il eſt
impoſſible de réſiſter.
A l'ouverture du troiſième Acte, Chapelle
entre avec un grand trouble. Il appelle La
Foreſt , lui raconte l'accident de Molière : il
eſt au plus mal. On prépare un fauteuil , des
couffins. Molière entre foutenu par fa fille&
par Baron. Son ame toujours ferme lui déguiſe
fon affoibliſſement & fon danger. Le
Docteur Mauvillain entre , Molière le voic
avec plaifir comme ami , & le plaiſante
somme Médecin. Il ſe peut que nous nous
crompions; mais nous craignons que cette
Scène qui veut être plaiſante , en partie , ne
ſoit pas da goût de tout le monde. Molière
n'eut pas le temps de rire fur le bord de ſa
tombe ; & en ſuppoſant qu'il l'ait eu ,
Molière riant aux portes du trépas ne fera
rire perſonne. On l'emporte dans ſon ap১
DEFRANCE. 71
partement. Tout le monde l'y ſuit , excepté
Baron ; il reſte là pour attendre la Molière
qui n'eſt pas encore rentrée. Apeine eft il
feul , qu'on annonce M. de Montaufier . Sa
viſite eſt un hommage que la probité rend
au talent vertueux. Il eſt ſuivi de l'hypocrite
Pirlon, qui vient , pour ainſi dire ,
inſulter aux derniers momens du grand
Homme. M. de Montauſfier ſe propoſe de
le confondre , & il le mène vigoureuſement
Cette Scène montre en raccourci le Mifan
thrope aux priſes avec Tartufe. En parlant
des vices qu'a terraſſes Molière , Montaufier
dit :
Ces monftres, parmi nous, levoient leut tête altière,
Auglaive de Thémis , tout fiers d'être échappés a
D'un joyeux anathême il les a tous frappés ,
Ils ont fenti les traits de ſa verve féconde ;
Et comme un autre Alcide, il a purgé le Monde.
,
Ces vers font auſſi beaux que vrais ,&
il y en a beaucoup de cette force dans la
Scène entre Pirlon & M. de Montaufier,
Mais pourquoi Pirlon ſe trouver il là ?
Qu'y vient il faire ? L'Auteur dit dans ſa
Préface,qu'il vientfans doute pourapprendre
quelques détails dont ſa haine & l'esprit de
parti puiſſent tirer avantage. Voilà une ſup
poſition qui reſſemble à une excuſe. Il ajoute
que ce perſonnage lui a paru fi dramatique
dans la Maison de Molière , qu'il n'a pas
pensé qu'on f ít mal de fuivre de bons exem
D
78 MERCURE
ples. Nous lui obſerverons que fi le per
fonnage de Pirlon eft dramatique dans la
Maiſon de Molière , c'eſt qu'il y est très-néceſſaire
à l'action dont il eſt un des premiers
moteurs , mais qu'il s'en faut de beaucoup
qu'il foit utile dans la Mort de Molière. H
eſt ſenſible que l'Auteur , après avoir fait
difparoître fon Héros , a du être très- embarraflé
de filer fon troiſième Acte dans la
longueur ordinaire , & qu'il lui a fallu
chercher des reſſources. Il a donc eu recours
aux perſonnages épiſodiques ; mais
ces perſonnages ſont moins néceffaires à la
ſituation , qu'à l'Auteur. Au reſte , il eſt difficile
de préjuger l'effet que ces rôles produiront
au Théatre , & , comune nous l'avons
dit , il faut ne pas appeler ici la rigueur
des principes. Nous devons cependant
remarquer que , du moment où l'on a fait
fortir Molière , l'intérêt ſe refroidit beau+
coup.
Molière doit mourir , on le fait , il n'y
aplus ici ni curioſité ni incertitude , & les
refforts qui pourroient foutenir l'attention
l'intérêt qu'un dénouement exige , ne nous
ſemblent pas compenfés par la Scène de Pirlon
&de Montaufier , quoique louable à
bien des égards , ni par les doléances d'Ifabelle
, ni par ſon apoftrophe au portraitde
fon père.
• Peut-être une Pièce comme celle-ci ne
pourroit-elle jamais , fur un Theatre tel que
nos Théatres publics , préſenter une fin laDE
FRANCE.
tisfaiſante. Quand on ſe rappelle les circonftances
qui environnèrent la mort de Molière,
on voit le Contemplateur par excellence
, l'Apôtre des moeurs , le Héau des
vices , un des plus ardens Sectateurs de la
faine philofophie ; on voir enfin l'homme
éclairé , ſenſible & généreux , ifolé à ſes
derniers momens , privé de tous les fecours,
abandonné de la Nature entière,
A ce fouvenir , il s'élève dans l'ame
qui s'indigne & fe révolte , un intérêt trèspuiffant
; & quand on penfe qu'enfin un
Souverain vraiment digne du trône ne dédaigna
point demployer fon autorité pour
lui fairerendre de triſtés& derniers devoirs
le coeur éprouve un ſentiment de confolation
dont l'humanité s'honore autant pour
le protégé que pour le Protecteur,
Que de ſcènes fortes & touchantes peu
vent réſulter de ces données , & combien
toutes lesſuppoſitions vraiſemblables ſont ici
Join de la vérité ! Il nous eſt impoflible d'in
diquer les ſcènes que nous délirerions , &
l'Auteur, qui les devinera ſans doute , nous
oppoſera qu'elles ne ſeroient point admifes
fur notre Théatre. Nous en conviendrons ;
mais nous obſerverons qu'il faut ſavoir renoncer
quelquefois à l'honneur , ſouvent
très - vain , des repréſentations publiques.
Un bon Ouvrage n'a pas beſoin du ſecours
des Comédiens du Roi , pour ſe faire lire
& pour produire un grand effet , fur tour
D +
80 MERCURE
quand il préſente un but moral & philofophique
très-prononcé. Si l'Auteur de Mélanie
avoit voulu ſubſtituer des équivalens
ou à peu près à toute la ſévérité de fon
ſujet & de ſes motifs , ſon Ouvrage feroit
moins eſtimé , il produiroit moins d'effet ,
&fon but feroit manqué. Quel effet ne
produit-il pas dans les repréſentations par
ticulières ! Il en eſtde même de Jean Hennuyer.
En dénaturant les perſonnages de ce
Drame, on pouvoit en faire une Tragédie,&
l'Ouvrage n'eût pas été ſans intérêt ; mais
cet intérêt eût été bien fubordonné à celui
qu'inſpire le principal perſonnage . Quoi
qu'il en ſoit , la Mort de Molière , telle
qu'elle est , eſt un Ouvrage dont il faut
avouer le mérite; &, quant au troiſième ,
Acte , il eſt poſſible qu'en le conſidérant
comme tin hommage rendu à un grand
Homme , le Spectateur ne le juge pas à la
rigueur : d'ailleurs , où les difficultés font
reconnues pour être infurmontables , le
droit d'être ſévère n'exiſte plus.
L
( CetArticle est de M. de Charnois . )
3.
t
1
7
1
DE FRANCE.
1
1
19
LES Commentaires de César , Traduction
nouvelle , ſuivie d'un Examen de l'analyse
critique que M. DAVON a faite de
fes guerres ; par M. DE VAUDRECOURT,
Major du Régiment d'Infanterie de
Rouergue. 2 Vol. in 12. A Paris , rue
Dauphine , près du Pont Neuf, chez
Didot fils aîné , -Jombert jeune , Libr.
:
:
LES Commentaires de Céfar ont tou
jours joui d'une eſtime univerſelle & méritée
; une élégante ſimplicité en forme le
caractère. Ce Héros , en y, racontant fes
guerres , c'est-à-dire, en offrant le tableau
de ſes victoires , n'a pas cru, devoir ſe
permettre le luxe des ornemens ; iln'a entrepris
que des Mémoires , il s'eſt trouvé
à la fin avoir écrit une véritable Hiſtoire
c'eſt ce qui faiſoit dire à Cicéron , en parlant
de ce bel Ouvrage : Nudi funt , recti
& venufti , & omni orationis ornatu, tanquam
veste ,detracto , stultis materiam pra- -
buit,fanos verò homines àfcribendo deterruit.
Il ne s'agit point ici de difcuter le genre
demérite de ces célèbres Commentairess
on convient généralement qu'ils font remarquables
, comme nous l'avons déjà dit , par
une élégante fimplicité. Le nouveau Traducteur
, dans une courte Lettre qui fert de
Ds
2 MERCURE
Préface , eſt aſſez modeſte pour n'ofer ſe
flatter d'avoir mieux fait que ſes prédécef-
Leurs ; mais , dit- il , j'ai tâché d'être plus
exact. Nous croyons que les Amateurs de
Fancienne Littérature ſentiront le mérite de
fon travail, & lui rendront la juſtice qui lui
eftdue. Nous n'en citerons qu'un morceau ,
qui fuffira pour faire juger de ſon ſtyle ;
c'eſt une partie de la peinture des maurs
des Gaulois . Un homme , en ſe mariant ,
• metoit en communauté une ſomme
>>.égale à la dot de ſa femine; on dreſſoit
»un état de ces deux ſommes , dont on
- metroit à part le revenu , & ce revenu
- avec le principal appartenoit à celui des
deux qui furvivoir. Le mari avoit droit
de vie &de mort ſur ſa femme & fur
fes enfans. En livrant à la foi d'un ſeul
>> homme un dépôt aulli cher , le Légiflateur
honoroit d'un côté la Nature humaine ,
mars de l'autre il l'aviliſtoit , en faifant
dépendre du caprice ce qui n'eût jamais
» dû dépendre que des Loix . Quand il mouroit
un homme d'une naillance diftinguće
, ſes parens s'affembloient , & fi on
>> avoit fut fa femme le moindre foupçon ,
>> elle éroir , ainſi qu'une vile eſclave , li-
>> vrée au barbare & inutile fupplice de la
>> queſtion ; fi elle étoit convaincue , elle
» étoir jetée dans les fammes , après avoir
éré livrée aux plus affreux tourmens.
>>Les funérailles, chez ces peuples, étoient
ود
>> magnifiques & fomptueuses , autant que
DE FRANCE. 83
>>le comportoit la richeile du pays. On
>>> brûloit tout ce qui avoit été cher au dé-
>> funt, même les a imaux , & Cófar gjoute
» qu'il n'y avoit pas long temps que les
» eſclaves & les aff anchis que l'on favoit
ود que le défunt avoit aimés , étoientjetés
» avec lui dans le même bûcher . Aing nos
ود braves ancêtres n'avoient preſque en tout
» que des moeurs dignes du Sivage le plus
>> attice , & de la plus révoltante bar
➤Barie".
Ce morceau eft tité du fixième Livre.
Le Traducteur a pris le ſage parti d'en extraire
la defeription des moeurs des Gaulais
& des Germains , port en faire and in
troduction qui aide à l'intelligence de cere
Hitoire.
Pent- être , en lifant cette Traduction , y
trouvera-t-on quelquefois un pen de lechereffe.
Mais ce défaut étoit d'autant plus diffickle
à éviter , que le récit de l'Auteur Pant
très rapide, il fallait toute fon elegante pour
le tendre interellant , & que rien n'eft plus
difficile qute de faite pilfer P
dans
langue cette élégance continue.
aurre
Agreste, M. de Vaudit court ne s'eſt point
bomé à traduire Mar, il a entrepris de le
venger. Il le défend conte les critiques
de M. Davon, & Inous a patu le défendre
avec fuccès. Nous avouens qu'il nous
feroit pénible , comme à M. de Vandrecourt
, de renoncer à la plus profonde ef--
time pour ce grand Capitaine.
D6
$4 MERCURET
1.
VARIÉTÉS.
SCIENCES ET ARTS.
)
L'ART de nos Tapiffiers-Tiſſerands tient immediatement
à celui du Deſſin. Tous ceux qui excellent
dans ces fortes de travaux , font initiés
dans la connoiſſance du Deſſin , & ont des notions
de la Peinture ; & l'on fait que le Roi entretient
une Ecole journalière du modèle à la Manufacture
Royale des Gobelins. Pluſieurs morceaux de
cette Manufacture ont figuré dans les Sallons
parmi ceux de Peinture , & les ont , en quelque
forte , rivalifés. Nous croyons donc pouvoir annoncer
des Productions de ce genre , comme faifant
partie de celles des Arts.
L'un de MM. de Sallandrouze de la Mornaix ,
Fabricant des Manufactures Royales d'Aubuſſon
&Felletin , a établi un Entrepôt de leurs Fabriques
à Paris , rue Françoiſe , Nº. 6 , près la rue
Mauconſeil ; on y trouve toures fortes de Tapis
veloutés & ras de toute grandeur & qualité ,
Deſſus de Fauteuils , Cabriolets , Cantonnières ,
Caparaçons. Ils ont fait exécuter les Batailles
d'Alexandre , d'après les Tableaux de Le Brun :
on pourra les voir_dans leur Entrepôt. On y exécute
toutes les Commiſſions ſur les Plans & Def-
Ens que l'on défire .
DEFRANCE. S5
33 SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES PRÉTENDUS , Comédie lyrique , repréſentée
le Mardi 2 Juin ſur ce Théatre , a parfaitement
réuſſi , & nous ſemble mériter tour ſon ſuccès.
>> Le ſujet de cette bagatelle n'eſt pas neuf,
>> dit l'Auteur dans un Avertiſſement modefte ;
>> mais une Comédie eſt , à peu près , une nouveauté
ſur le Théatre de l'Opéra , & à cer
>> égard , l'intrigue la plus originale auroit peu
» d'avantages fur celle-ci «.
Nous ne croyons pas qu'une Comédie ſoit une
nouveauté ſur ce Theatre. Ce genre a été tenté
plus d'une fois pendant le règne de l'ancienne
Muſique Françoile , qui n'avoit pas , à la vérité,
le piquant , la fineſſe,la légèreté néceſſaires pour
le faire réuffir; mais nous penſons avec l'Auteur,
non ſeulement qu'une intrigue plus originale auroit
peu d'avantages fur celle- ci , mais méme
qu'elle en auroit beaucoup moins. La Muſique ,
comme on fait, faite uniquement pour parler le
Langage des paffions , eſt peu fufceptible d'expofitions
, de développemens , de raiſonnemens ,
de récits toutes chofes néceſſaires dans la Comédie
, & dont une intrigue un peu commine
a beaucoup moins beſoin. Si dans la Tragédie
lyrique , les ſujets très-connus des Spectateurs font
préférables en ce qu'ils exigent une expofition
د
1
$6 MERCURE
moins détaillée , dans la Comédie lyrique il eſt
micux de n'offrir de même que des fujets déja
traités. Il ne refte plus alors à l'Auteur qu'à les
rajounir par les détails , & c'eſt ce qu'a fait celui
des Prétendus .
Julie aime Valère , qui eft venu demander fa
main à ſes parens ; mais il s'y eft pris un peu
tard. Orgon l'a promiſe à un Gentilliomne de
campagne , infatué de fa nollefle & de ſon ehateau.
La mère la detine à un Financier , qu'elle
protége , peut-être dans la foule vue de courtarier
fon mari. L'Auteur a forr bien diftingué ces
ca actères . Le contraſte des deux Prétendus eft
fur- tout très-marqué. Le Canmpagnard ett bruſque
&fomporré ; le Financier doux & pacifique ; le
Muficien n'a pas négligé ces ditiérences.
Cependant Valère , qui a intéretlé les parens
même , n'eſt pas tout-à-fait éconduit. Julie en
conçoit beaucoup d'e(poir. Elle prend le patti de
dégoûter d'elle ſes deux Amans. Elle propofe a
Pun de vendre fa Terre pour avoir une Loge à
l'Opéra ; & lui tient les propos de la plus franeho
Coquette. Elle feint aver l'autre une paffion effrénée
pour les Arts , & veut lui perfuader
En Sallons de Concerts, de changerfes bureaux,
Etfes Commis en Virtuoſes .
১
Le Financier, toujours raisonnable ,fent qu'une
pareille femme ne pour lui convenir. Ces deux
Prétendans vont dégager leur parole ; le père &
la mère , chacun de leur côté , regardent Valère
comme une reflource , & s'accordent à lui donner
leur fille. L'Opéra finit par une fère préparée par
la Soubrecte , perf image dont nous n'avons pas
parlé, parce qu'il ne tient pas ellentiellement à
DE FRANCE. 87
l'action ; mais la vivacité que lui a donnée
l'Auteur , contribue à répandre beaucoup de gaîté
fur cet Ouvrage..
Cette agréable Comédie eſt écrite avec beaucoup
de naturel & de facilité. L'Autear garde l'anonyme
, mais on croit y diftinguer un homme
d'infiniment d'eſprit , connu par de plus grands
Ouvrages , & par autant de ſuccès fur différens
Théatres.
La Muſique , parfaitement affortie aux paroles ,
pleine de goûr , de légèreté , de fraîcheur , &du.
meilleur ſtyle , eſt de M. Lemoyne, dont la réputation
étoit déja folilement établie dans un
genre, finon plus diffici'e , au moins plus important.
En général , les caractères qu'il a eus à
peindre, font habilement variés ; il a orné du
chant le plus a mable tous les endroits qui en
étoient fufceptibles. Ses morceaux d'enſemble ſont
très-bien entendus : particulièrement le Trio entre
la Soubrette & les deux Prétendans, ainſi que
le final . On y trouve des pailages délicieux ; mais
nous devons , comme Arrfte , un plus grand éloge
encore à une autre partie de fon Ouvrage , c'eft
le récitat f. Il y en a peu. Le Compoteur , en
homme d'efprit , a fenti que , dans un fujet pareil,
le récit fimple ennuieroit facilement ; & if
n'a écrit de cette manière que ce qui fe refafoit
abfolument au chant proprement dit ; encore
r'a - t- il pas prodigué la ſymphonie dans cette
eſpèce de récitat f, & c'eſt en quoi confifte for
adreffe. L'usage qu'on a introduit en France ,
d'accompagner perpétuelicament le récitatif &de
le couper par des traits d'orchefire , a beaucoup
d'inconvéniens. A quoi fert la fymphonic, fi ce
r'eft à exprimer les fentimens dir perfonnage , &
àrendre ce qu'il ne ſyauroit dire ? Mais quand ce
perſonnage n'eft. ému par aucune paflion déter-
/
$8 MERCURE
*
/
minée; lorſque ſon dialogue doit marchet rapi
dement vers l'action , que peut faire alors la ſym
phonie? Elle retarde cette même action par des
ſons qui ne fignifient rien. M. Lemoyne a micux
aimé faire taire l'orchestre , que de lui faire dire
des choſes infignifiantes. Il s'eſt contenté , dans
ce cas , d'accords plaqués pour maintenir l'Acteur
dans le ton , & qui répondent au Clavecin des
Italiens. Il a cru devoir laifler repofer l'oreille ,
toutes les fois qu'il ne pouvoit parler à l'eſprit.
Cette méthode peut être employée avec ſuccès ,
même dans la Tragédie. L'action en marchera
plus vite, les développemens feront plus permis ,
les oreilles des Auditeurs moins allourdies , les
bras des Inftrumentiſtes moins fatigués , & les
Compofiteurs moins obligés de remplir leurs partitions
de paſſages d'orchestre qui n'ont ni ſens
ni intérêt.
L'exécution de cet Ouvrage répond à tout le
refte. MM. Lais & Chardini ont très-bien ſaiſi
les nuances de leurs différens caractères . Mile .
Gavaudan cadette, met dans le rôle de Julie infiniment
de grace & de gaté. Les autres rôles
font trop peu importans pour rien ajouter à la
réputation des Sujets qui en font chargés , fi ce
n'eſt peut être celui d'Orgon, très -bien rendu par
M. Adrien . Mais nous devons faire une mention
particulière de Mlle. Rouffclois , qui continue ſes
débuts dans le rôle de la Soubrette. Cette Ac-,
trice , qui arrive de Province avec un talent décidé,
l'a déjà développé d'une manière très-brillante
dans ALCESTE , & fur-tout dans CHIMENE.
Onlus a trouvé une méthode de chant très-pure ,
très naturelle , ( puiſſe-t- elle la conſerver ! ) avec
tous les grands moyens de la Tragédie. Elle
n'annonce pas moins de talens pour le comique ,
à en juger par le grand parti qu'elle a ſu tirer
DEFRANCE.
82
de ce petit rôle. Nous croyons avec tout le Public
, que Mlle. Rouffelois eft une des plus précieuſes
acquifitions que ce Théatre ait pu faire.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 5 Mai , on arepréſenté à ce Théatre
le Deftin & les Parques , Comédie en un Acte &
en Profe , mêlée de Vaudevilles .
* Une Comédie épiſodique est compoſée d'un
nombre de ſcènes détachées ou à tiroir , qui ſe ſuccèdent
ſans être liées les unes aux autres. Le ſecret
de l'Auteur confiſte à faire paſſer rapidement
ſous les yeux du Spectateur , un grand nombre
de perſonnages qui viennent donner ou recevoir
des leçons & des ridicules. C'eſt ordinairement aux
travers de mode que l'on s'attache dans ces Ouvrages
, dont les Facheux ( 1 ) font le chef-d'oeuvre.
Le nom de Gornédie leur est accordé par Fuſage ,
quoiqu'il ne leur convienne pas , car la Comédie
eſt une action , & elle emporte l'idée d'une unité
d'action. Le Théatre François a donné le premier
exemple de ces Productions dramatiques , que les
Auteurs de l'ancien Opéra Comique ont imitées ,
eny introduifaut des êtres ſurnaturels. De là font
provenus le Teinple la Vérité, celui de l'Ennui
, ceux de Mémoire , du Deſtin , du Goût , du
Sommeil , & autres Pièces épiſodiques repréſentées
avec plus ou moins de ſuccès.
de
( 1) Comédie de Molière , qui dut ſon grand
fuccès à la reffemblance des portraits , & à l'élegance
du ſtyle....
20 MERCURE
Le Deftin & les Parques font le ſujet d'une
Pièce de ce dernier genre. On y voit paroître tout
à tour un Avare , un Méchant de ſociété , un
Milanthrope , une Femme ſenſible , deux jeunes
Amans de village, une Mère,&c. Tout ce mondelà
vient confulter le Deſtin, qui accueille les uns
&repoufle les autres. Les Parques , dantele rôle
est très-mince , filent ou coupent ſuivant lesArrêts
du Deftir. Ces Arrêts font ſouvent aufli fins
que raifonnables.
Cet Ouvrage , qui a quelquefois des détails obf
curs , auroit eu plus de fucees , fi le développe
ment des ſcènes avoit été plus rapide. On y a
remarqué beaucoup d'idées agréables , des coupletsbien
tournés , & de la facilité dans le ſtyle.
Mais l'intérêt ! Comment pourroit - on en placer
dans une Pièce épiſodique ? Il ne ſuffit plus aujourd'hui
de parler à l'efprit ; nos Spectateurs
veulentêtre émus , ſecoués , finon ,ils baillent.
L116Mai on a redonné, avec des changement
heureux , l'Homme àfentimens , Comédie en cind
Actes, dont nous avons rendu compte. L'Auteur
afortifié quelques fituations , élagué des détails
trop longs, & fait pluſieurs feènes nouvelles. H
réſulte de tout cela une action plus rapide , &
un intérêt plus vif. Nous ne dourons pas qu'à la
lecture cee Ouvrage n'obtienne un grand fuccès ,
d'eftime.
دق
Le Samedi 30 Mai , on a donné la première repréſentation
des Savoyaries , ou la continencede
Bayard, Opéra comique en un Acte , par M. de
Piis , muſique de M. de Propiac.
DE FRANCE. 97
Tout le monde connoît l'aventure de Bayard à
Grenoble. Il avoit chargé fon Valet de chambre
de lui chercher une demoiselle de bonne volonté.
Celui-ci lui amena une jeune perfonne auffi belie
que bien nếc , mais qui étoit réduire à la plas
affreuſe mifère. Elle pleuroit , Bayard en voulur
ſavoir la caufe ; elle fit connaître ſa fituation. Le
généreux Chevalier la reſpecta , fit à ſa mère une
févère réprimande , & dota la jeune perſonne.
M. de Piis a arrangé cette Anecdote à ſa manière.
Il a tranſporté la ſcène en Savoie. Voici
l'intrigue légère dans laquelle il a placé la continence
de Bayard.
Maurice, prétendu de Jeannette, venoit de quirter
fon village , pour aller gagner de l'argent à
Paris , quand l'apparition d'une armée Françoiſe
l'a fait revenir ſur ſes pas. Cette armée eſt celle
que Bayard ramène d'Italie. Une partie des Officiers
& des Soldats vient prendre ſes logemens
dans le village. Maurice, que la jalouſie tourmente,
enferme toutes les jeunes filles dans une grange ;
&lorſque Bayard arrive , il ne trouve plus que de
vieilles femmes. Mais un malin Page découvre
bientôt la retraite des premières , & il les amène
dans l'endroit où Bayard doit dîner. L'afpect de
labelle Jeannette échauffe le Chevalier , qui va
juſqu'à lui donner un baifer , tandis que Maurice
lui montre la lanterne magique. Maurice eft furieux
; il éclate , on l'entraîne. Bayard réfléchit à
fon action , il en rougit , unit les deux Amans ,
&leur fait à chacun un préſent de oent- écus d'or.
Qu'on ajoute à cela des dérails relatifs à la vie
laborieufe des habitans de la Savoie, un perfonnage
d'enfant abſolument oifeux, des marches, des évalutions
iniliraires , des danſes & des vaudevilles ;
on aura une idée de cette bagatelle , où il y a
de l'eſprit , des tableaux , des ſituations piquantes ,
92 MERCURE
mais où les évènemens ſont ſi fort accumulés, qu'ils
nuiſent à l'intérêt. Le Public n'a pas paru goûter
cet Ouvrage ( 1 ) : on en peut attribuer la cauſe au
perſonnage de Bayard. S'il eſt difficile de préſenter
dignement au Théatre un homme de cette importance
, cela devient plus difficile encore dans un
Opéra comique. Il eſt peu d'actions où l'on puiſſe
montrer un Heros en deshabillé , d'une manière
digne de lui.
On a donné des applaudiſſemens à pluſieurs
morceaux de muſique , qui, en effet , nous en ont
paru dignes , mais nous avons auffi remarqué
quelquefois de la recherche dans les motifs ; ce
qui nous a d'autant plus frappés , qu'en général te
ton de cette compoſition eſt ce qu'il devoit être ,
c'est-à-dire , facile & fimple.
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente , le 15 Juin 1789 , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , la trente-deuxième
Livraiſon de l'ENCYCLOPÉDIE.
Cette Livraiſon eſt compoſée du Tome II ,
première partie de la Geographic & Hiftoire
anciennes , par M. Mentelle , Hiftoriagraphe de
Migr. Comte d'Artois ( imprimé chez M. Stoupe).
Du Tome VI , première partie de l'Hiſtoire Naturelle
, par M. Brugnière, Docteur en Médecine ,
contenant les Vers , Coquillages , Zoophites , &c
(1 ) La feconde repréſentation a été mieux accueillie
, parce que l'Auteur a fait des coupures
qui ont refferré l'action.
:
DE FRANCE.
93
( imprimé chez M. Ballard ) ; & du Tome Vile.
des Plan hes.
Le prix de cette Livraiſon , en feuilles , eſt de
30 liv. pour les Souſcripteurs , & de 31 liv. 10 f.
broché ; ſavoir , le Volume de Planches , 24 liv.
Les deux demi-Volumes de Difcours , chacun 3 1.
La brochure de trois Volumes , I liv. to f.
Le port de chaque Livraiſon eſt au compte des
Souſcripteurs.
Procès- verbal de l'Aſſemblée des Notables, tenue,
à Versailles en l'année 1788. Paris , Imprimerie
Royale, 1789 , in-4°. de sos pages , prix , 9 liv .
Se trouve à Paris , chez Moutard , Lib-Imp. de la
Reine , rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
y ainfi
:
Ce Procès-verbal et beaucoup plus détaillé que
celui de 1787. Toutes les queſtions propofées à
l'examen des Notables , font détaillées ,
que les avis & les motifs de chaque Bureau.
On trouve chez le même Libraire , le Procèsverbal
de 1787 , in-4°. prix , 6 liv. Le Compte
rendu au Roi en 1788 , in-4°. Prix, 4 liv. 16 1,
Préfervatif, ou ma Vingt-unième Découverte
en faveur des Récoltes , des Cultivateurs , &c.
pour garantir , fans aucun frais , la vigne & toutes
les vignes de la gelée d'hiver , le plus fouvent
en totalité, & toujours en très-grande partie
; avec les Expériences de l'Auteur dans les
_hivers de 1763 & 1768 , & celle qui vient d'être
faite cet hiver dans le Berri ; joint au Manuel
des Vignerons , pour cultiver la vigne à beaucoup
moins de frais , & faire les vins : par M. Maupin
, Auteur de l'Art de la Vigne & de l'Art des
Vins. Prix du tout, I liv. 16 f. , avec le reçu
ſigné de l'Auteur. Brochure in-3º. de 62 pages.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Pont-aux-Choux ,
N°. 43 .
94 " MERCURE
L'objet de cette Brochure eſt important ; &
l'Auteur , fur cette matière , a mérité depuis longtemps
la confiance du Public.
Effais fur les Maximes & Loix fondamentales
delaMonarchie Françoise, ou Canevas d'un Code
conftitutionnel , pour ſervir de ſuite à l'Ouvrage
intitulé : Les voeux d'un François , par le même
Auteur. A Paris , chez Madame Vallat - la- Chapelle
, Libt. au Palais ; & à Versailles, chez Vicillard,
Lib. rue Satory. Brochure in-8 °. dc 96 pag.
Hiſtoire de la Conftitution de l'Empire François,
ou Histoire des Etats-Généraux , pour ſervir d'Introduction
à notre Droit public ; par M. l'Abbé
Robin. 2 Volum. in-8°. A Paris , chez Godefroy ,
Lib. quai des Auguſtins.
Les circonstances actuelles ajoutent un nouveau
prix à cet Ouvrage.
Correspondance d'un Hommed'Etat avec un Publiciste,
fur la queſtion de ſavoir fi le Roi peut
affranchir les Scrfs des Seigneurs , à charge d'indemnité;
préſenté au Roi par M. Maugard , Généalogiſte;
pour ſervir de fuite à la Proteftation
d'un Serf du Mont Jura. Brochure in- 8 °. de 48
pages. A Paris , chez l'Auteur , que Neuve des
Capucins; & chez Cailleau , Impr-Libr. rue Ga-
-lande ; Lamy , Lib. quai des Auguftins ; Deſenne
&Gattcy, au Palais-Royal.
Les Voeux d'un Citoyen , Diſcours adreffé au
Tiers-Etatde Bordeaux , à l'occafion des Lettres
deConvocation pour les Etats-Généraux de 1789 .
Brochure in- 8º de 64 pages ; par M. de S*** ,
Médecin à Bordeaux , Député aux Etats -Généraux.
A Bordeaux ; & à Paris, chez Godefroy , Libr.
quai des Auguftins.
Cette Brochure utile mérite d'étre lue.
DE FRANCE. 95
LePatriote ubridique, ou Difcours ſur les vraies
cauſes de la révolution actuelle; par M. l'Abbé
de Barruel , Aumônier de S. A. S. la Princeſſe de
Conti.Brochure in- 12 . A Paris , ehez Crapart ,
Lib. Place St-Michel. Prix , 30 f. franche de port
par la Pofte,
M. l'Abbé de Barruel est connu par d'autres
Ouvrages qui doivent inſpirer le déſir de lire
celui-ci.
Projet d'Ordonnance pour les Pays de Taille
réelle , formé d'après les Vûes de Louis XIV ,
fous le Ministère de M. Colbert , Contrôleur-
Général des Finances , par les foins de M. d'Agueſſeau
. Intendant de la Province du Languedoc ,
&des Officiers de la Cour des Aides de Montpellier
; & revu par cux avec les Intendans &
Députés des Cours des Aides des autres Provinces
de Taille réelle. 1 Vol. in 8°. A Paris , chez
Didot jeune , Imprimeur de MONSIEUR , quai des
Auguitins.
Nouvelle Carte de France , préſentée au Roi &
aux Etats Généraux , fervant à l'intelligence des,
Mémoires hiftoriques qui traitent des Etats- Généraux
, & dans laquelle font comparés ceux de
1614 & 1789 , avec des Eclairciffe nens , par M.
Brion de la Tour , Ingénieur-Géographe du Roi.
Prix , 3 liv. A Paris , chez FAuteur , rue du Pâtre
Saint-Jacques , N°. 39 ; Cuflac , Lib. au Palais-
Royal ; & à Verſailles , chez Blaiſot , Libraire ordinaire
du Roi & de la Reine , rue Satory.
Trio pour le Clavecin ou Pino - Forté , avec
accompagnement de Violon ou Clarinette & Alto ,
pay M. A. Mozart , Quare 162. Prix , 3 1. 12 f.
pour Paris& la Province , port frans par la Pofte,
Premier Concerto à Hautbois principal , avec
وا MERCURE DE FRANCE.
accompagnement de deux Violons , Alto , Baffe ,
Hautbois & Cors , ad libitum ; par M. Garnier
Prix , 4 liv. 16 f. pour Paris & la Province , port
franc par la Poſte. A Paris , chez les Marchands)
deMuſique. 1
Nos. 1 às du Journal de Clavecin , par les meilleurs
Maîtres. Séparément , 3 liv. Abonnement ,
is liv. pour 12 Numéros Numéros 1 à 22 de
la neuvième Arnde du Journal de Harpe , par
les meilleurs Maîtres, Numéros 6 à 32 de
la 24e. Année du Journal Hebdomadaire , compofés
de différens Ars , avec accompagnement de
Clavecin, par les meilleurs Maîtres. Il paroît un
Numéro de chacun de ces deux Journaux tous les
Dimanches. Prix (éparément , 12 f. Abonn. 15 1.
AParis , chez Le Duc , au Magaſin de Muſique &
d'Inftrumens , rue du Roule , Nº. 6.
(
Numéros 4 à 32 , cu se. Année des Feuilles
de Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin.
Prix chaque Nº. , 1 liv. 4 f. Abonnement pour
chaque Journal., 30 liv. franc,de port. A Paris ,
chez Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine ,
rue des Poulies.
TABLE.
NSCRIPTION.
Les Végteux.
81.
84
85
49 Les Commentaires.
so Variétés.
55 Comédie Italienne.
67.Annonces &Notices. 92
Charade, Enig . & Logog. 53 Acad. Roy. de Mufur.
Darist.
La Mor de Molière.
89
こ
APPROBATION.
J'arlu , par ordre de Mgr. la Garde des Sceaux ,
IC MERGURE DE FRANCE, pour le Samedi 13
Join 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , le 12 Juin
1789. SELIS
JOURNAL POLITIQUE
D
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 21 mai 1789.
1
EPUIS la clôture de la Diète , il ne
s'est rien passé ici de bien mémorable :
les esprits se calment de plus en plus ,
et la conduite du Roi , quoique dérogatoire
à quelques points de la constitution
, spécialement aux priviléges consacrés
de la Noblesse , paroît aux yeux du
grand nombre justifiée par la gravité des
circonstances , par la nécessité de sauver,
l'Etat d'une discorde dont l'Etranger eût
retiré tout le fruit , et enfin par l'évènement.
On a publié, ces jours derniers , la
Patente de S. M. , en date du 4 avril,
concernant les droits de l'Ordre des Paysans
de Suède et de Finlande ; classe
d'hommes si malheureusement oubliée ,
ou si complettement sacrifiée dans laplupartde
ces tracas sur le pouvoirpolitique,
Nº. 24. 13 Juin 1789.
C
( 50 )
qu'on qualifie d'intérêt du Peuple et de
laliberté . Voici la substance de cet Acte
de Sa Majesté :
« 1º. Aucun Paysan de la Couronne ne fera
arrêté && mis en prifon , qu'au préalable fon Juge
du lieu , ou un autre Officier de Juftice royale ,
n'ait fait les en quêtes & procédures néceſſaires ,
fauf le cas de fuite ou de flagrant délit.>>
<<2º. Les droits des Paylans qui paient des
contributions au prorata des terres qu'ils poſsèdent,
feront garantis , & perfonne ne pourra y
porter atteinte; les lois fubfitantes devront , à
cet égard , demeurer en pleine vigueur , et fans
aucun changement. «
,
» 3º. L'Ordre des Payſans formera comme
si -devant, le quatrième Ordre à toutes les
Diètes& Affemblées nationales ; les Députés en
feront pris dans la claſſe de ceux qui poſsèdent
des biens de la Couronne ; l'élection s'en fera
en préſence du Commiſſaire du lieu , s'il eſt ro
turier , ou de toute autre perſonne roturière , déſignée
à cet effet par la Cour; aucune perſonne
conftituée en dignité , ne pourra , au riſque de
perdre ſes emplois , gêner en rien la libre élcction
de ces Députés ; & Sa Majefté nommera
Elle-même , à chaque tenue d'Etats , un Secrétaire
roturier ,mais habile, pour rédiger les propofitions
ou demandes dudit Ordre des Payfans.>>>
-« 4°. Il leur fera permis de vendre & débiter
dans l'intérieur du royaume , tant les denrées de
leurs tertes , ou les ouvrages de leur induſtrie ,
que ceux de leurs voisins ; mais ils ne pourront
en acheter pour en former des magaſins , hors le
cas de quelque permiffion on ordre à cet effet. »
« 5°. Tous ceux qui défricheront des marais
ou autres terrains non cultivés , feront exempts
pour toujours detouterétribution, »
(51 )
«6º. Les gens de métis , commeTailleurs ,
Cordonniers ,&c. feront confervés dans les villages
pour le ſervice des Payfans. »-
« 7°. Chaque poſſeſſeur de fonds de terres
peut employer à leur culture tel nombre de bras
qui feront néceſſaires , foit gens ſalariés, foit ſes
propres enfans ; mais , ſous quelque prétexte que
ce foit, les bras fuperflus ne pourront ſe fouftraire,
en cas de beſoin, à prendre les armes pour
ladéfenſe du royaume. »
Tous les Membres de la Noblesse
détenus aux châteaux de Frédéricshoff
et de Drottningholm , ont été remis en
liberté , à l'exception du Chambellan
Baron de Stierneld et du Coloneld' Almfelt
, transférés dans deux forteresses sur
les frontières de Norwége.
Les Sénateurs Comtes de Bielke et
deFalkenberg, et leBaron deRamel ont
demandé leurdémission .Quant au Comte
de Fersen , il paroît être entièrement
rentré dans les bonnes graces du Roi .
Une partie des Volontaires de Dalécarlie
retourne dans cette province.
Ceux d'Helsingland sont prêts à mar.,
cher.
-
Pour récompenser le zèle du Ministre
Agander à Christina en Savolax , qui ,
pendant l'hiver , engagea 800 de ses Paroissiens
à occuper et à défendre le défilé
de Kernakaski , S. M. lui a envoyé
l'Ordre de l'Etoile-Polaire , donné aussi
aux Evêques Lindblom de Linkoping,
Walquist du Vexio et à plusieurs
autres Ecclésiastiques.
2
c
( 52 )
Le Comte de Hopken, Sénateur du
royaume , est mort , le 9 de ce mois , à
la suite d'uneapoplexie , dans la soixantedix-
huitième année de son âge. Il avoit
étépremier Ministre depuis 1752jusqu'en
1761 ; c'est à lui qu'on doit l'établissement
de l'Académie des Sciences dans
cette capitale.
Les dernières lettres de Finlande nous ont appris
que , dans la nuit du 24 avril dernier , un
détachement de30 Chaſſeurs Suédois , poſtédans
le village de Værulæ , fut furpris par plus de
300 Ruſſes , auxquels il réſiſta auffi long-temps
qu'il eat des munitions de guerre. Les Ruſſes pillèrent
enſuite le village, & tuèrent quelques payfans.
Le 26 & le 28 il y eut de nouveau quelqueseſcarmouches
ſur les frontières.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 27 mai.
Pour passurer les Nations que le Commerce
maritime appelle dans la Baltique
, l'Impératrice de Russie a donné ,
le 7, la Déclaration suivante :
« Sa Majesté Impériale fait ſavoir à tous ceux
àqui il appartiendra , que les ordres les plus ftricts
ont été donnés aux Commandans de ſes forces.
maritimes dans la Baltique , d'accorder la protection
la plus décidée à tous les vaiſſeaux Marchands ,
qui, durantlaguerre ,viendront viſiter cette mer ,
de n'oppoſer aucune entrave ni obſtacle à leur
navigation, pourquelque port dela Baltique qu'elle
puiſſe être dirigée , & de leur prêter même , en
(53 )
cas de befoin , tous les ſecours & toute l'aff
tance qui feront en leur pouvoir , en exceptant
feulement de ce nombre les bâtimens Marchands
qui voudront porter des munitions de guerre aux
ennemisde laRuſſie , attendu que celles-ci , felon
Puſage univerſellement reça , font enviſagées
comme contrebande ,& fufceptibles de confifcation.
»
<<Des aſſurances auſſi folemnelles , & auxquelles
l'Impératrice ne permettra pas qu'il foit
jamais dérogé , ni porté la moindre atteinte par
ſes Officiers , fuffiront pour déracinerjuſqu'à l'ombre
de la méfiance , touchant la ſûreté de cetre
navigation ; & Sa Majesté Impériale s'attend que
toutes les Nations neutres continueront , fans
exception , de vaquer à leurs affaires dans la Baltique
, avec la même ſécurité qu'elles étoient accoutumées
de faire avant la rupture entre la Ruffie&
la Suède, »
De Berlin, le 25 mai.
-
Le 21 et le 22 , le Roi a passé en
revue , près de Tempelhof, les régimens
d'Infanterie et de Cavalerie assemblés
ici, et leur a fait exécuter plusieurs
manoeuvres . S. M. a fait en même
temps une promotion dans l'armée . Le
Lieutenant - général de Prittwitz a été
avancé au grade de Général de Cavalerie
, et les Majors-généraux de Schonfeld,
de Jung-Voldek , de Budberg ,
de Wendessen , le Comte de Henkel,
de Kosboth, de Rohret de Courbière
ont été faits Lieutenans généraux. Les
1
c iij
(54)
Colonels de Gillern, de Hanenfeld, de
Pirch , de Hanstein , de Pfan, d'Amaudruz
, de Schwerin , d'Ihlot , de
Dolfs , de Borstel , de Norman , de
Tschirschky, de Bosse , de Gunther ,
de Kohler, de Gorking, et le Brigadier
Prince de Holstein-Bek ont été avancés
au grade de Major-général . S. M. a
nommé en même temps 12 Colonels
d'Infanterie , 11 de Cavalerie , 3 de Hussards
et 3 d'Infanterie-légère ; ensuite 14
Lieutenans - Colonels d'Infanterie , 8 de
Cavalerie, 3de Hussards et 1 d'Infanterie
Jégère.
Dans sa Séance du 30 avril, l'Académie
Royale des Sciences a élu, au nom
bre de ses Membres Etrangers , le Con
tre-Amiral Hollandois , Baron de Kinsbergen,
dont on connoît les travaux estiméssur
lanavigation, ainsi que lesbelles
cartes de la mer Noire ; et M. Lhuillier,
Citoyen de Genève, dont l'Académie a
couronné plusieurs Mémoires de haute
géométrie.
Le Comte de Hertzberg , Ministre
d'Etat , a recu une Lettre du Duc de
Leeds, Secrétaire d'Etat de Sa Majesté
Britannique , au Département des Affai-
:res Etrangères , par laquelle ce Seigneur
lui fait part que l'Académie Royale des
Sciences de Londres l'a reçu unanimement
au nombre de ses Associés .
« Un exprès expédié par M. Dietz, Envoyé du
Roi à Conftantinople , au Comte Catanco, Réfi(
55 )
, dent du Roi à Venife aapporté des dépêche
par le quelles on a été informé que le Su'tan Abduhl-
Hamed étoit mort fubitensent , le 7 avril ,
d'un coup d'apoplexie , & que le Prince Seim .
ſon neven, étant monte fur le nône , avoit au li.
tôt confirmé dans leurs charges & emples ,le
Grand-Vafir, le Capitan- Pacha , le Reis-Eleni ,
& tous les autres Miniſtres , en approuvant lear
conduite & leurs plans , & leur ordonnant de les
mettre en exécution . »
« Nous avons en outre des avis particuliers
&authentiques de Conſtantinople , qui portent
que le nouveau Sultan avoit tenu , le 15 avril ,
un grand Divan , dans lequel il avoit été réfolu
de pouffer la guerre avec la plus grande vigueur ,
& de rompre même entièrement la correfpondance
qui avoit ſubſiſté jusqu'ici entre Belgrade
& Vienne , pour travailler à un accommodement
. "
Nous pouvons aſſurer avec lamême authenticité
, qquue la quadruple alliance , annoncée dans
quelques Gazertes , &dont on a même domé les
articles , eſt une fiction de quelque ſpéculateur.
Ainſi il n'eſt plus poſſible de ſe flatter qu'il n'y
aura pas une ſeconde campagne entre les wois
Cours Impériales. "
L'on vient de publier à Breslaw , un
Journal consacré au peuple ; c'est le seul
Journal qui ait eu peut-être quelque
utilité ; chaque Paysan de la Silésie le
recevra gratis . Cet ouvrage périodique
paroît sous les ordres et par les soins
de M. de Hoym, Ministre du Roi. Il
seralu publiquement dans chaque village
par les Maîtres d'Ecoles , et renfermera
des instructionspour améliorer la culture
e iv
( 56 )
des terres, la manière d'élever et de tenir
les bestiaux ; plusieurs remèdes contre
les maladies qui attaquent les bestiaux
et les homines , etc. etc.
De Vienne , le 26 mai.
Le Maréchal de Haddik a pris , le
7 de ce mois , le commandement de
Parmée dans la Sirmie; le 9 , il a donné
P'ordre de former, le 20, prés d'Oppowa ,
un camp de 10 bataillons de Grenadiers
de 6 de Fusiliers , et de 18 divisions de
Cavalerie sous les ordres du Prince de
Ligne. Les 7 bataillons de Grenadiers
qui sont à Semlin , et 3 de Carloviz se
mirent en marche le 17.-Le quartier
général est encore à Futtak ; mais dans
peu de jours tout sera en mouvement :
on croit que l'on se dirigera vers Caransèbes.
Les régimens d'Alton et de
Caprara resteront à Semlin; on postera
près de Beschania quelques bataillons
de Pellegrini et de Toscane , et plus
en remontant , les Volontaires de Servie :
laCavalerie quireste ences lieux, est com
poséedes régimens de Modène etde Lobkowitz,
etdes Uhlans : toutes ces troupessont
commandées par le Général deNeugebauer.-
Le Maréchal de Laudhon
est arrivé , le 9 , à Gradiska. Les Turcs
de ce côté campent en détachemens
près de Banialuccaet de Berbir; un Corps
( 57 )
plus considérable est posté près d'Ostroschatz
, sous les ordres du Pacha de
Bosnie.
L'Empereur ayant agréé la démission
du Baron de Thugut, son Ministre plénipotentiaire
à Naples , lui a donné pour
successeur le Comte de Rewisky , actuellement
à Londres avec le même caractère.
Ce dernier sera remplacé par
le Comte de Stadion,, aujourd'hui accrédité
à la Cour de Stockholın .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 3 juin.
La semaine dernière , cette capitale
n'a été occupée que d'un duel survenu ,
à la suite d'un différend grave , entre le
Ducd'Yorck et leColonel Lenox. Comme
c'est iciune affaire de parti , il n'est
pas d'infamies , de suppositions , de méprisables
lâchetés que certains Papiers
publics , unissant la bassesse et la méchanceté
, n'aient répandu sur ce démélé.
Ces honteuses atrocités ayant été copiées
dans diverses Gazettes étrangères ,
d'après celles de l'Opposition , nous nous
faisons un devoir de publier la vérité.
Le Colonel Lenox est fils de Mitord
George Lenox , et neveu du Duc de
Richmond : it descend de Charles 11,
et quand sa naissance ne l'autoriseruit
CV
( 58 )
pas à ne souffrir d'affront de personne ,
l'uniforme qu'il porte , la loyauté de
son caractère , sa jeunesse , et la réputation
méritée dont il jouit , lui en
prescriroient l'obligation . Les Nouvellistes
qui ont rendu compte de son démêlé
, ont eu soin d'en dissimuler l'origine
: la voici.
M. Lenox , ainsi que sa famille , suit
le parti de M. Pitt. On n'a pas oublié
Ic degré de fureur où la belle conduite
de ce Ministre jeta ses Adversaires pendant
l'affaire de la Régence. A cette
époque , M. Lenox fut traîné , malgré
sa résistance , par un de ses amis , Membre
de l'Opposition , dans un Club de ce
parti, où on le retint à dîner . L'heure
des santés arrivée , on le pressa de boire
à la santé de M. Fox , absent alors..
Deux personnages d'un rang eminent se
trouvoient à l'Assemblée . M. Lenox résista
à une pareille invitation , allégua
ses principes , et refusa la santé proposée.
De nouveau , on le pressa avec vivacité
; alors prenant son verre , et se
fiant à la courtoisie des convives , ainsi
qu'aux règles des Toast , il but à M.
Fox , et immédiatement après porta la
santé de M. Pitt. A ce nom , l'on des
Personnages présens ne put modérer
som ressentiment, contre le Ministre ,
Fexhala en termes peu mesurés, menaca
M. Lenon , qui , à son tour, se vit oblige
de menacer aussi.. Ce brave jeune
(59 )
homme tint ferme , engagea son honneur
qu'il ne sortiroit pas du Club avant qu'on
eût satisfait à la santé qu'il avoit droit
d'exiger. Les esprits doux intervinrent ;
la crainte d'un éclat et la contenance de
M. Lenox ramenèrent les choses à la
règle , et la santé fut rendue.
Cette scène laissaune profonde impression
chez les personnes offensées de
la fermeté de M. Lenox , et ce ressentiment
s'aggrava encore , lorsqu'au rétablissement
du Roi , Sa ,Maj . donna une
Compagnie dans le 3º. régiment des
Gardes que commande leDuc d'Yorck, à
M. Lenox, alors Capitaine au 35°. régiment.
Cette promotion occasionna cent
paragraphes insolens dans les Papierspublics
, et les clameurs d'un certain Parti..
De ce jour , il n'est aucuns piéges , ni aucuns
rapports injurieux dont M. Lenox
n'ait été l'objet. Enfin , vers le milieu du
moisdernier, ilapprit que leDucd' Yorck
répandoit que lui Lenox avoit entendu ,
un propos outrageant à son honneur dans
le Club d'Aubigny, sans en avoir demandé
raison. En conséquence , à la parade
du 3º. régiment des Gardes , et en présence
des Officiers , M. Lenox demanda
à S. A. R. si réellement elle avoit fait
courir ce bruit: le Prince répondit, qu'en
effet il avoit ouï ces expressions offensantes
contre M. Lenox dans le Club
Aubigny ; mais qu'il ne vouloit ni
cvj
: ( 60 )
citer ces expressions , ni la personne qui
s'en étoit servie .
M. Lenox , aussi cruellement compromis
, écrivit , deux jours après , à
chacun des Membres du Club , en
leurdemandant l'explication catégorique
que lui refusoit le Duc d'Yorck. Le
Morning-Herald, Recueil diffamatoire
de chaque jour , a rapporté quelquesunes
des réponses négatives , faites à
M. Lenox. Elles indiquent la şignature
de certains favoris et compagnons de
plaisir de LL. AA. RR.; mais il n'est
pas croyable que ces réponses soient authentiques
, puisqu'à l'incivilité , elles
joignent le déni de justice et celui de
réparation le plus complet. Quoi qu'il
en soit , si le propos offensant a été
réellement tenu , personne n'a osé le
défendre, ni dire : « C'est moi qui ai parlé,
<<et je répondrai enhommed'honneur>. >>
Une conduite aussi extraordinaire dé
termina M. Lenox à faire prier le Duc
d'Yorck , par Milord Winchelsea , de
contredire publiquement une assertion
qu'aucun Membre du Club ne vouloit
avouer, et de lui épargner le chagrin de
lui demander une autre espèce de satisfaction.
Le Prince persista à soutenir
qu'il ne pouvoit s'être trompé ; et la noblesse
de son caractère ne lui permet
tant pas de croire qu'un rang élevé dispense
de se montrer en cas pareil , il
4
(61 )
choisit Milord Rawdon pour son second.
Le Comte de Winchelsea , l'un
des Gentilshommes de la Chambre au
Roi , fut le second du Colonel Lenox.
La rencontre eut lieu le 26 du mois
dernier , à Wimbledon Common. M.
Lenox, en qualitè d'offensé , tira le premier
, et rasa les cheveux du Prince.
Celui-ci ne tira point ; mais Lord Rawdon
s'avanca en disant qu'il ne jugeoit
pas nécessaire de pousser les choses plus
loin;le Colonel Lenoxinsista , et exigea
du Duc d'Yorck de faire feu : le Prince
s'y refusa encore. Alors MilordWinchelsea
dit au Ducd'Yorck , qu'il espéroitque
S. A. R. n'hésiteroit pas à déclarerM. Lenox
homme d'honneur et de courage.
Nouveau refus du Prince , qui ajouta
qu'il ne tireroit point, mais que M. Lenox
étoit le maître de recommencer.
On sent bien qu'on ne tire pas sur un
Prince qui a la générosité de refuser de se
défendre . Telle fut la réponse de M. Le-
-nox, après laquelle les combattans se retirèrent
. Les seconds ont signé et publié
le même jour , le récit qu'on vient de lire,
ils ont déclaré que les parties s'étoient
comportéesavecsang-froidet intrépidité.
2
Nous ne cacherous pas qu'on a trouvé
facheux de voir un Prince du Sang com-,
promis dans une tracasserie de propos ,
dans un coinniérage de Club , et soutenir
la réalité d'un discours que personne n'a
eu la hardiesse d'avouer.
(62)
Dans cette pénible occurrence , M.
Lenox a soumis sa conduite au Corps
des Officiers de son Régiment. Après de
vifs et longs débats , ils ont prononcé :
<< Qu'à leur avis , le Colonel Lenoxs'étoit
>> conduitavec un vrai courage ; mais que,
» vu la particularité de la circonstance
> où il s'étoit trouvé , il avoit manqué
» de jugement. »
Il reste incertain quelles seront les
suites de cette affaire , dont la Cour a
ressenti un vif chagrin. Les Gazettes ont
prêté au Roi et à la Reine des exclamations
dignes des Gazettes. Ces sottises ne
méritent pas d'être relevées . Il est faux
que Milord Winchelsea et le Colonel
Lenox aient reçu défense de paroître
à la Cour , comme le rapportent ces
Papiers . Quant au Duc d'Vorsk , il n'a
pas eu d'audience privée du Roi son père
depuis le rétablissement de ce Monarque ,
qui ne l'a reçu qu'aux audiences publiques
et au cercle de la Cour.
Le Parlement n'offre encore aucun dé
tail intéressant : on continue d'entendre
à la Barre des Communes les Conseils
Pétitionnaires contre l'abolition de la
Traite des Nègres .
Le Procès de M. Hastings se poursuit
avecla plus accablante lenteur. Nous
avons promis une seconde Lettre du
même Membre des Communes , dont
nous avons rapporté le récit et l'opinion..
Voici les derniers détails qu'il a eu la
(68 )
bonté de nous transmettre il y a quinze
jours.
Londres , du 22 Mai 1789 .
« J'ai terminé ,Monfieur , ma première Lettre,
àl'inſtant où M. Burke venoit de ſe moquer ouverrementde
la cenfure des Communes , en préfence
du premier Tribunal de la Nation. Cet
Orateur ne finit pas ce jour-là , à beaucoup près ,
le volume de Rhétorique dont il nous fatiguoit
depuis tro's ſemaines fur ce ſeul article des Préfens.
Il lereprit le 7. Je vous fais grace de l'analyſe
infignifiante de cette dernière harangue ; mais
jedois vous arrêter ſur quelques-uns de fes morceaux
les plus extraordinaires. Vous favez que
Milord Cornwallis a envoyé dernièrement à la
Compagnie des Indes en cette Capitale , les réclamations
du Bengale entier des Pays circonvoiſins
, contre le procès actuel , »
«Ccs dépêches folemnelies , confirmatives
d'autres déclarations antérieures de même nature ,
embarraſſent les Accuſateurs , en les mettant dans
une poſture étrange. Auſſi M. Burke ne manqua-
t-il pas d'aſſurer , ou que les Pétitions avoient
été fabriquées en Angleterre , ou qu'on les avoit
arachées dans le Bengale par le commandement.
"
« Il vous pareîtra , je penſe , qu'il exiſte au
monde très-peu de pays où le déplacement et la
retraite d'un Gouverneur , ne ſoient fuivis de
beaucoup de plaintes, parce qu'il eſt &fera tou
jouss imposible de plaire à tous les partis ; mais
cela eft encoreplus fréquent dans l'Inde ,nous en
avons mille exemples : là, ce n'eſt pas feulement
le Gouverneur en chef qui ſe trouve expoſé à
ees réc'amations , elles attaquent auffi toute perſonne
qui fort d'un poste quelconque élevé ou
inférieure. Combien ne doit-on donc pas être
(64)
étonné que , malgré la coutume générale & la
connoittance qu'ont les Indiens , que leur dernier
Gouverneur ſe trouve actuellement frappé d'un
décret , & que toute accufation contre lui fera
favorablement reçue , cette vaſte contrée n'ait fait
paſſer en Angleterre que des témoignages irrécufablesdeſareconnoiffance
, témoignages envoyés
publiquement àLord Cornwallis & à fon Confeil ,
pour les faire parvenir à la Compagnie des Indes
orientales.>>
«En récapitulant ſes divers diſcours , M. Burke
apprit à leurs Seigneuries qu'il n'avoit fait qu'ouvrir
le ballot pour l'éventer& lui donner de l'air ;
pour lui faire faire quarantaine avant que leurs
Seigneuries le touchaffent , de peur qu'elles n'en
fuffent infectées; que ſes collègues entreroient
dans les détails , & prouveroient que chacan de
ces préfens corrupteurs avoit été arrofé de fang ;
que les coupables de l'Inde ont formé une confédération
entre eux pour leur propre fûreté,&pour
ſe ſouſtraire mutuellement à la punizioa de leurs
crimes. C'eſt pour mettre ces crimes à nu, ajoutat-
il,&diffoudre cette confédération ,,que lesCommiſſaires
à la pourfute de l'impeachment pavoiſſent
au ourd'hui , au nom des Communes d'Angleterre ,
devant la Chambre Haute ; qu'ils ne s'attachent
paslin
ſimplementà un individu coupable , mais que ,
faiſant les auguſtes fonctions de Cenfeurs , ils enveloppentdans
une poursuite générale tous ceux
qui ont malverſé dans l'Inde.-« Ils abordent ,
>> dit-il , en foule chez nous , tous les jours , ap-
>>portant avec eux les richeſſes & les vices du
>> pays d'où ils viennent. Autrefois le caractère
>>Anglois , quoique fombre & réſervé , ce qui
» étoit l'effet du climat , poſſédoit mille bonnes
>> qualités qui contrebalançoient, & au-delà, ces
»légers défauts; mais , fi vous le ſouffrez , vous
>verrez bientôt les coupables de l'Inde détruire
(65)
>> le caractère national ;les généreux Bretons de-
>> viendront un peuple de pe fides , de menteurs
» & de Banyans . -Vos libertés ſont ſacrifiées .
» Craignez l'influence de l'argent ; ſes triftes effets
>> font trop bien connus (1) : nous rencontrons
» ces hommes corrompus à chaque élection ; ils
>> nous conduifentjuſq es deſſus nos fièges, dont
>> i's voudroient nous chaffer : ils n'attendent que
» l'évènement de ce procès pour remplir le Par-
>> lement de la Grande-Bretagne ; & peut - être
>> la prochaine Chambre des Communes fera-t-
> elle entièrement compofée de ces mêmes cou-
>>pables que la Chambre actuelle pourfuit en ce
> moment . Nous co jurons donc vos Seigneuries
» de ſecourir les privileges , lesmoeurs , les vertus
» de la Nation ,& nous eſpérons que la juſtice
>> de la Chambre des Pairs fauvera la liberté de
>> celle des Communes »
«Des lectures matilées de diverſes Lettres &
Papiers , cités comme preuves préſomptives , non
commeévidence peremptoire , termiaèrent la ſéance,»
-Ces lectures faftidieules furent continuées le ra;
je dis faftidienses , parce que la plupart de ces
papiers , abfolument extrajudiciels , n'établiſſent
(1) La cauſe principale de la haine invétérée
de M. Burke contre toutes les perſonnes employées
dans l'Inde, ſe manifeſte ici : parmi ceux
qui en reviennent , quelques-us rapportent une
fortune qui leur fait défirer ,&les mettent àmême
d'arriver à des poites auxquels leur opulence &
ſouvent leur rang ſemblent les appeler. - Μ.
Burke , accoutumé à les traiter de champignons ,
degens fans aveu, &c. (je ne fais de quel droit,
car nul d'entre eux ne lui est inférieur pour la
naiſſance) ne peut ſouffrir de les voir tendre à
fe mettre de niveau avec lui & ſes aſſociés.
:
:
(66 )
aucune preuve , ou na font recevables dans aucune
procédure criminelle. Aufſi la lecture de pluſieurs
de ces actes , & même leur authenticité furent
comeſtées; la Cour en rejeta décidément quelques-
uns, & le temps fe perdit en débats fur
cet article.>>
« Je vois avec ſurpriſe que l'autorité des Communes
ait été proſtituée par fes Commiffaires ,
qui l'ont indignement fait fervir d'mſtrument au
ſcandale , à la calomnie , à toute eſpèce de dé
traction &de bouffonneries odieuſes , contre des
perſonnages dont la répuation eſt au moins auffi
ben établie dans la ſociété que celle de ſes calomniateurs.
La ſeule manière d'expliquer comment
onapu ſupporter cette conduite juſqu'à préſent ,
c'eſt de l'attribuer au reſpect que profeffe tout
Anglois pour l'autorité des Repréſentans de la
Nation , priſe collectivement , & que l'on fuppofe
engagée à foutenir ſes délégués. Mais prétendre
les foutenir lorſqu'ils n'obéiffent qu'à leur par
tialité, feroit une erreur bien dangereuſe. Si un
Commiffaire à la pourſuite de l'impeachment le
permetdes perſonnalités , des inculpations fauites
ou étrangères à la cauſe , il doit en être refpon
fable en ton propre & privé nom ,& s'atrendre
au châtiment que lui infligera la loi , ou le refſentiment
de la perſonne offenſée. »
«Les honnêtes gens compromis devroient
méditer ces réflexions , & ne pas fouffrit plus
long-temps qu'on abuſe de leur reſpect louable ,
mais peu éclairé , pour quelque branche que ce
foit de la Conftitution , alia de les infuser à fon
aiſe , dans ce qui doit être plus cher à tout
hommeque fa propre vie, l'honneur & la bonne
réputation.>>
«Je pourſuis rapidement l'hiſtorique des Séances,
et je m'y borne , pour ne pas égarer votre
intelligence. »
(67)
«Le 14, la Cour des Pairs étant réunie , M.
Grey lui annonça qu'il alloit produire ſes preuves ,
&démontrer que M. Hastings avoit effectivement
reçu de Munny- Phegum , trois lacks & demi
de roupies, mentionnés au procès. Il ajouta qu'à
cet effet il préſenteroit à leurs Seigneuries le
sémoignage de N. naucomar. Les Commiffaires ,
étant prêts à lire ce témoignage de Nunducomar,
recueilli après que M. Hastings eut quitté, fuivant
eux, la Chambre du Confeil, furent arrêtés par
M. Law , Confeil de l'Accuſé , qui s'oppola à
l'admiffion de ce témoignage ,& qui demanda aux
Commiſſaires de lui déſigner explicitement pour
quel point de l'affaire ils ſe propoſoient de l'employer.>>
a Ils déclarèrent d'abord, que leur unique deſſein
étoitdeprouver par ce témoignage , qu'on avoit
déjápréſenté ces accufations au Confeil de l'inde;
que M. Hastings avoit refuſé d'aſſiſter à la
difcuffion & à la recherche des preuves , & que
Ta conduite d'alors, ainſi que la ſubſéquente , les
autorifoit à conclure qu'il ſe ſentoit coupable.
Les Commiffaires biaisèrent pourtant enfuite , &
déclarèrent qu'ils entendoient préſenter cet inter
rogatoire comme un témoignage légal , fait pour
être reçu dans toute fa plenitude. M. Law combattit
vigoureuſ ment cette prétention , en prouvant
que cet interrogatoire, ſous quelque rapport
qu'on l'enviſageât , ne pouvoit jamais être admi's
comme témoignage , que le témoin , fût- il encore
en vie&préfent , ne pourroit fervir de témoin ,
ni dép fer légalement , parce qu'il avoit été poftérieurement
accufé & convaincu du crime de
fau'x; de plus , les Parties qui avoient recueilli
ce témoignage étoient incompétentes ; ceffant
de former Confeil dès le moment que le Gou
verneur s'en ſéparoit ; que d'ailleurs cette dépoſition
n'avoit été faite, ni ſous la ſanction du
(68 )
ferment , ni en préfeca de l'accufé. Tous ces
points furent traités avec beaucoup de capacité
pa M. Law , auquel répliquérent MM. Grey,
Sheridan, Fox et Burke; ce dernier fe permettant
des expreſſions injurieuſes , fat interrompu par
M. Law , qui , faiſant à fon adverfaire une leçon
dont il a ſouvent beſoin, lui recommanda trèspoſitivement
d'obſerver davantage la décence
dans ſes difcours , en lui declarant qu'il ne
feuffiroit jamais que ni lui , ni aucun autre.
homme au monde osa: l'inſulter, tandis qu'il s'aequittoit
des devoirs que lui impofoient les auguſtes
fonctions de Défenſeur ;il en appela même
au Chancelier , qu'il pria d'intervenir en cette
occafion. Le Chancelier reprocha à M. Burke
Pimpropriété d'un pareil langage : l'Orateur n'en
gardapas moins le même to ,& pouffaleschofes
juſqu'à perfifler de Chancelier , auquel il fit une
foule de complimens ironiques ſur ſon extrême
délicateſſe dans cette affaire; délicateſſe dont
il avoua que l'idéz ne lui feroit pas même
venue. -LeChancelier voyant ſes remontrances
ſans effet , après s'être contentéde témoigner qu'il
déſapprouvoit la manière mathonnêtedeM. Burke,
ſemblapourtant pencher à admettre le témoignage
dans un fens limité , c'est-à-dire , eu tant qu'il
ſerviroit à prouver que les procédures& l'examen
en queſtion avoient eu lieu. Lord Kennyon, Chef
dú Banc-du-Roi s'y oppoſant avec chaleur , la
Cour s'ajourna à la Chambre-Haute , où , après
quelques débats , il fut décidé d'en référer aux
douze Grands-Juges , qui , mardi dernier , ont
rejeté entièrement l'emploi des dépoſitions de
Nunducomar, n
« Je reviendrai ,dans une Lettre prochaine , fur
cet objet & fur les Séances ſubséquentes ; mais
ceste queſtion exige auparavant les éclairciſſemens
hiſtoriques que voici : »
(69 )
«M. Hastings , s'apercevant que la principale
vue du Général Clavering , du lonel Monfon
&de M. Francis , qui formoient alors la Majorité
du Conſeil de Calcutta , étoit de l'infuiter
en faiſant diriger contre lui par ce Nunducomar
, d'un caractère infâme , des accufations ,
ſinon entièrement fabriquées par eux - mêmes ,
du moins convenues avec leur prête-nom , auquel
ils les fuggércient , & qu'ils encourageoient
dans l'efpérance que l'indignation forceroit leGouverneur
- général d'abandonner la Préſidence ,
dont l'un deux s'empareroit , refuſa d'être préſent
à cette manoeuvre d'iniquité; mais il propoſa
au Conſeil , à trois repriſes différentes , de
liéger en qualité de Comité d'Enquête. Cette
propofition ayant été rejetée, ilne reſta auGouverneur-
général aucun parti acceptable. Ses adverſaires
ne voulurent pas même porter leurs
accuſations devant des tribunaux compétens ,
idée qui avait été ſuggérée par M. Barwell ,
cinquième Membre du Conſeil; M. Hastings fut
donc réduit à diffoudre le Conſeil ,&à s'en rapporter
ſur le tout à la Compagniedes Indes; ce
qu'il fit en effet. Malgré cela , les trois ennemis de
M.Haflingscontinuoientde ſiéger comme Conſeil ;
leur examen de Nunducomar , leur notification de
la procédure aux principaux ſerviteurs de M.
Hastings , dans l'intention de le dégrader aux
yeux des Naturels , & de leur montrer ſon artorté
entièrement abolie; cette marche tortueuſe
ſuivie , au lieu d'avoir adopté la ſeule qui eût pa
contater les faits , en cas qu'ils exiſtaſſent réellement,
c'est-à- dire , de s'aſtreindre à citer en
juſtice les différentes perſonnes mentionnées
dans l'accuſation de Nunducomar, tous ces procédés
irréguliers furent infcrits ſur les regiftres ,
quoique le Gouverneur-général proteſtât contre
l'illégalité de la procédure. C'eſt ſur la ſignature
4
(70 )
deM. Haflings quelesComsunflaires de l'impéachment
ont fondéleurs droits de citer ces regiares
en juftice:le Costeil de 'Ex-Gouverneurn'en nie
point l'authenticité , mais la légalité. Au reſte , le
Gouverneur - général n'a point figné les procédures;
mais étant forcé , par un ordre exprès de la
Compagniedes Indes, de figner toutes les lettres
générales , c'est- à-dire, faites aunom du Confeil, il
fut également obligé de ſigner celle qui notifioit
à cette Compagnie l'envoi de la procédure , parce
que c'étoit une lettre générale au nom du Con
feil; mais il eut foind'entrer dans les détails &
les explications néceſſaires pour fauver ſos droits,
Il déclara qu'il ne fignoit cette lettre que pour
obéir aux ordres de laCompagnie , mais qu'il proteſtoit
contre toutes les procédures du Général
Clavering, du Colonel Monfon& deM. Francis ,
&qu'il les défavouoit comme émanées d'un Conſeil
illégal à tous égards. >>>
Nous avons résumé très - rapidement
le débat qui s'éleva dans la Chambre
Haute , lorsque Milord Stormont demanda
au Ministre , communication des
articles secrets du Traité avec la Prusse .
Cette discussion offre des points dignes
de quelque réflexion .
« La Chambre , dit entre autres. Milord Stormont
, avoit droit de prendre lecture de la toralité
du Traité , de ſavoir fi c'étoit un Traité défenfif
proprement dit , ou s'il contenoit d'autres articles
différens, dans le principe &dans l'effet de l'acte
dont la copie étoit fur le bureau. Les Miniſtres ,
dans ce cas , étoient obligés de préſenter au Parlement
tout ou rien. En agiflant autrement , ils lui
remettoient un papier illufoire & tronqué , plus
propre à l'égarer qu'à l'inftruire. >>
«Lord Stormont entra dans une diſcuſſion ſur
( 71 )
la nature du pouvoir du Parlement relativement
auxTraités ; par exemple, s'il s'agilloi d'un Traité.
de fublides , & qu'il'en défapprouva: les conditiors,
il pourroit l'annuler virtuellement , en
refafant de mettre Sa Majefté en état de les rem-.
plir. Il ajoura que , graces à Dieu , il exiſtoit une.
antre forte de Traité, fur laquelle le Palement
n'avoit point d'inſpection de ce genre ,& il n'étoit
pas à propos qu'il en eût aucune ; mais , dans ce
cas-là même , sil n'approuvoit pas les termes du
Traité , il pouvoit encore s'adreſſer au Souverain
pour s'informer qui le lui avoit conſeillé , & enfuite,
de fon autorité , frapper d'une cenſure les
Miniſtres qui s'étoient permis de donner un mauvais
avis à leur Maître ; car ces Meſſieurs fuivoient
des principes fort extraordinaires dans la
rédaction des Traités: le cas préſent en étoit une
preuve.>>
« Il paſſa de-là à l'examen des conféquences
de ce Traité : ce devoit être un engagement contracté
avec la Pruffe & la Hollande, de fournir
à la Suède un certain nombre de troupes à fa
ſimple requête , en ſuppoſant que le Danemarck
ne voulût pas conſentir à retirer les ſecours qu'il
donne à la Ruffie en vertu d'une ftipulation. Lord
Stormont donna, à entendre , fans néanmoins établir
expreſſément on diftinctement aucun détail ,
qu'une des conditions du Traité étoit que ſi le
parti attaqué refuſoit la médiation de l'Angleterre,
elle paſſeroit soudain de ce rôle pacifique
à celui d'agreffeur. Il tourna cette conduite en
ridicule , comme contice à tous les principes de
politique , qui , juſqu'dors , avoient fervi da baſe
aux Traités . Après s'êtr : arêté quelque temps
fur ce qu'il caractériſoit de nouveautés fingulières ,
il-jeta un cowp-d'oeil fur les différens in éés de
laGrande-Bretagne & des Portfances der Nord
actuellement en guerre; il peignit laSuède comme
L
1
( 72 )
1
la favoritedujour,& cependantla Suède , dit- il , a
>> toujours paſſé pour l'alliée naturelle dela France;
> elle en a conſtamment reçu des fubfides ; le
» Danemarck n'a jamais rien fait contre les in-
» térês de la Grande-Bretagne. Voilà pourtant
>> que nous nous déclarons ſes ennemis; laRuffie
>> étoitnotre alliée naturelle ,&quoiqu'unEtatne
>> puiſſe pas toujours effectuer une réconciliation
>> avec ton allié nature , il ne doir du moins rien
>> faire qui tende à la rendre plus difficile , ou à
> fortifier le mur de ſéparation. »
« Lord Stormont ajouta qu'il étoit toujours prêt
de donner ſa confiance aux Miniſtres lorſqu'ils la
mériteroient : par exemple , on leur devoit des
éloges pour avoir arraché la Hollande des bras
de a France ,& i's s'étoient conduits avec ſageſſe
en employant , à cet effet , l'alliance du Roi de
Pruſſe; mais ils devroient le diriger aujourd'hui ,
au lieu de ſe laiffer mener par lui dans la liaifon
qu'engageoit la guerre préſente. Il demanda ſi la
Suède , en accordant à la France le port deGot.
tenburgh à la fin de la guerre d'Amérique , en
la mettant à portée de ſe procurer des munitiors
&de ragréer fes vaiſſeauxdans un port à l'entrée
de la Baltique , n'avoit point donné à ce pays
une marque diftinguée de prédilection , qui ne
lui méritoit guère la bienveillance que laGrande-
Bretagne témoigne aujourd'hui pour elle. Il déclara
qu'il ne pouvoit qu'admirer le bonheur de
la France; il ne lui envioit point Tes grandes &
puiſſantes reſſources , SON MINISTRE,ACCOMPLI
ET D'UNE CAPACITÉ RECONNUE. Le Roi de France
avoit évidemment droit de profiter de son propre
choix. Quant à lui , il pouvoit voir l'embarras
de la France avec la même philoſophie que cette
Puiſſance verroit le nôtre ; mais ce qu'il lui envioit
, c'étoit ſon bonheur fingulier , ſa fortune
rare. En effet, quel grand coup pour elle , que.
fon
(73)
fon ennemi naturel , ſoutint &aſſiſtât ſon allié naturel
, au moment même où elle ne pouvoit faire
ni l'un ni l'autre par elle -même ! Dans le cas
préſent , pour peu que l'on confultât l'avenir ,
on voyoit à la France & à l'Arg'eterre un intérêt
commun de gagner la Suède & de ſe l'attacher;
& quoiqu'il y eût quelques haines , quelques
difficultés , quelques dépenſes même à encourir
, la Grande-Bretagne s'y aventuroit avec
un courage fans exemple , & vouloit bien prendre
fur elle l'odieux & la dépenſe.
Lord Stormont conclut , en répétant contre les
Miniſtres cette accuſation , qu'ils avoient fait
avecune Puiſſance étrangère un Traité imprudent
&dangereux , dont les conféquences pouvoient
devenir très-funeſtes à la patrie.
Le Lord Chancelier ſe leva&dit : Que ſi les
principes du noble Vicomte étoient adoptés ,
c'est-à-dire , qu'il fallût ſoumettre tous les Traités
à l'examen du Parlement , il ne feroit plus poffible
d'en former aucun qui contînt des articles
fecrets. ( Le Chancelier étoit en train de citer pluſieurs
exemples de pareils Traités , quand Lord
Stormont le redreſſa en lui diſant qu'il entendoit
parler d'articles foustraits au Parlement , fairs
pour changer tout le ſens & l'effet de la copie
du Traité qu'on lui préſentoit,& non d'articles
fecrets). Le Lord Chancelier reprit le fil de fon
diſcours , en avouant qu'aſſurément la thèſe étoit
un peu différente; il comprenoit maintenant que
le noble Vicomte ne faiſoit alluſion à de tels
articles ſecrets d'un Traité , qu'autant qu'ils étoient
fondés fur des principes contraires à ceux du
Traité public. Il cita le cas de 1643 , où une
motion pour une adreſſe à la Couronne au ſujet
d'un Traité , avoit été débattue & rejetée ; il étoit
perfuadé que la même choſe ſeroit arrivée aujourd'hui
, parce que la queſtion du noble Vi-
Nº. 24. 13 Juin 1789. d
(74)
comte étoit la p'us directement,la plus évidemment
, la plus notoirement irrégulière qu'on eût
jamais faite à un Secrétaire d'Etat en Parlement ,
&que fi le nob.e Duc y avoit répondu , il ſe
ſeroit rendu coupable de haute inconduite : il
ajouta que le devoir d'un Secrétaire d'Etat l'obligeoit
à ne pas découvrir des affaires du Gouvernement
exécutif de Sa Majeſté , plus qu'elle ne
l'avoit chargé d'en notifier à la Chambre. >>
« Si la queſtion du noble Vicomte avoit éré
moins déplacée , & que le noble Secrétaire d'Etat
ſe fût trouvé diſpoſé à le favoriſer ſi: gulièrement
dans l'occafion préſente , tout ce qu'il auroit pα
faire auroit été de déclarer qu'il demanderoit à
Sa Majesté la permiſſion de répondre. >>
u Le Chancelier para enſuite de l'extrême pradence
qu'il falloit obſerver dans la conduite des
négociations tendantes à préparer une grande
meſure politique , que des circonstances particulières
pourroient rendre de la plus haute importance,
& qui n'en auroit pas moins lors même
qu'elle tendroit à établir unnouvel équilibre entre
les Puiſſances du Nord. Il ajouta que , quand il
en auroit le déſir , il n'auroit certainement pas le
pouvoir de fatisfaire la curiofité du noble Vicomte,
en lui découvrant les évènemens auxquels
il venoit de faire alluſion ; mais que fans
rien haſarder que de fon propre jugement , il
pouvoit s'aventurer à parler par ſuppoſition des
affaires du Nord , & à dire que , ſi les choſes
s'arrangeoient , comme on pouvoit le prévoir ,
certainement cette tournure influeroit ſur la conduite
de ce pays & des autres E.ats Méridionaux
de l'Europe. » !
« Ici le Lord Chancelier jetant un coup - d'oeil
fur la ſituation des affaires dans le Nord , en raifonna
avec toute la force & la profondeur qu'on
lui connoît ; il fit obſerver enſuite qu'on connoiſe
( 75 )
ſoit des Puiſſarces qui avoient adopté une po!!-
tique fourde , & dont les Miniſtres ſe permettoient
, pour arriver à leurs fins , de corrompre les
Magistrats, les Soldats & les Généraux de leurs ernemis.
Il ne feroit pas réceſſaire , dans les circonftances
pérentes , d'avoir recours à ces menées ;
mais il exiſtoit des Hommes d'Etat ſi intrigans ,
qu'ils cherchoient à s'attacher certains perfonnages,
dont ils ſe fervolent comme d'inſtrumens
pour preſſentir l'avis du Public fur de grandes
queſtions , an ſujet deſquell s'ils feroient bienaiſes
de preffentir l'opinion. »
«Plus les perſonnages que l'on feroit ſervir
de machines feroient reſpectables par leur caractère
& par leur rang , plus ils rempliroient les
vues ſecrètes de ceux qui en tiendraient les fils.
On pourroit faire jouer différens refforts pour
arriver à fon but. Par exemple, rien n'empêcheroit
de commencer par envoyer à certaine gazette
d'une tournute particulière , un paragraphe
qui ſerviroit de fondement à tout ce qu'd plairoit
aux Membres des deux partis d'écrire pour
&contre la queſtion ; on continueroit à avancer
leprojet, en ſuivant même d'autres p'ans , juſqu'à
ce que le bruit public , acquérant de la force par
tous ces moyens mis en action , montat les têtes
de certaines gens, qui , fans en prévoir les confé
quences , pourroient préſenter la choſe dans les
deux Chambres du Parlement ſous 'a forme d'une
motion ; de manière que dans un moment ca
perſonne n'y prendroit garde, le plan des intrigans
qui l'auroient concerté de longue main , ſe
trouveroit inſenſiblement réalisé. Le Lord Chancelier
affura qu'aucun Membre de l'une ou de
l'autre Chambre ne feroit ſciemment la dupe de
pareilles pratiques , ni ſe prêteroit à les ſervir immédiatement
; mais que cela pourroit arriver par
la connoiſſance de quelques Miniſtres étrangers ,
dij
( 76 )
par un amour-propre mal- entendu qui leur
feroit croire qu'ils font plus verſés que d'autres
dans les affaires de l'Europe , ou enfin par une
circonftance accidentelle quelconque. Après avoir
préſenté ces inconvéniens , le Lord Chancelier s'occupa
des renſeignemens d'après leſquels le noble
Vicomte ſuppoſoit que les Miniſtres de Sa Majeſté
régleroient le Traité ; il l'aſſura que toutes
ſes ſpéculations à cet égard étoient bâties ſur des
bruits fans fondemens. Quant à la reconnoiffance
des Cours , à laquelle Lord Stormont avoit fait
alluſion , ſa propre expérience avoit dêû lui aps
prendre combien peu on pouvoit compter fur ce
mobile , lorſque l'intérêt politique du moment
yenoit l'ébranler. Les liens d'amitié s'étoient alors
trouvés ſi fobles , même étant foutenus par des
ſubſides , qu'ils n'avoient jamais duré plus longtemps
que le paiement de ces mêmes ſubſides :
il étoit auffi jaloux que le nob'e Vicomte de for
mer une alliance avec la Cour de Pétersbourg;
mais l'on n'arrivoit pas toujours , par des avances ,
àce que l'on déſiroit le plus en ce genre , furtout
lorſque l'on exigeoit des conditions honorables
& avantageuſes. En conséquence , les Etats
ſagement gouvernés ne devoient pas ſe départir
de la marche qui les conduiroit le p'us probablement
à leur vrai but.
C
1
FRANCE.
P
:
De Versailles , le 7 juin .
LOUIS -JOSEPH-XAVIER- FRANCOIS DE
FRANCE , Dauphin , est mort au château
de Meudon , le 4 de ce mois , à uneheure
du matin , âgé de 7 ans , 7 mois , 12 jours ,
étant né le 22 octobre 1781. Ce Prince ,
( 77 )
par les qualités et les dispositions qu'il
a développées dans un âge si tendre ,
donnoit des espérances qui justifient les
regrets que sa perte laisse dans tous les
coeurs.
Le mêmejour , M. de Villedeuil , Secrétaire
d'Etat au Département de la
Maison du Roi , d'après l'ordre qu'il en
avoit reçu de Sa Majesté , a annoncé ,
en présence de la Duchesse de Polignac
, Gouvernante des Enfans de
France , à Monseigneur le Duc de Normandie,
que le Roi venoit de le déclarer
Dauphin.
Aujourd'hui la Cour a pris le deuil ,
qu'elle portera pendant deux mois et
demi.
: Le Bailli de la Brianne , Ambaſſadeur Extraerdinaire
de l'Ordre de Malte , eut, le 24 mai , en
habitde cérémonie de l'Ordre , une audience particulière
du Roi , pendant laquelle il remit ſa lettre
de créance à Sa Majeſté ; cet Ambaſſadeur , accompagné
de beaucoup de Bailis , Commandeurs
&Chevaliers de l'Ordre qui lui faifoient cortège ,
fut conduit à l'audience de Leurs Majeftés , & à
cellede la Famille Royale , par le ſieur de Tolozan,
Introducteur des Ambaſſadeurs. Le ſieur de
Séqueville, Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduitedes Ambaſſadeurs, précédoit...
Le Cheva ier de Saint-Simon , le Vicomte de
Sartiges&le Chevalier de Bataille de Mandelor ,
qui avoient eu l'honneur d'être préſentés au Roi ,
ont eu celui de monter dans les carreſſes de Sa
Majesté , & de la ſuivre àla chaſſe..
Le 31 du mois dernier , jour de la Pentecôte ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
diij
( 78 )
Ordre du St. Eſprit, ſe ſont raſſemb'és , vers
onze heures & demie du matin , dans le Cabinet
du Roi. Sa Majeſté , après avoir tenu Chapitre ,
a ordonné au Maître des Cérémonies de l'Ordre
d'aller chercher Monſeigneur le Duc de Berry ,
qui avoit été nommé ſeul le jour de la Purification.
Le Maître des Cérémonies , précédé du
Héraut & de l'Huiffier , s'eſt tranſporté dans l'appartement
où étoit ce Prince , & l'a conduit dans
Je Cabinet de Sa Majesté , qui l'a reçu Chevalier
de l'Ordre de St. Michel. Le Comte de Thiard ,
nommé le jour de la Pentecôte de l'année dernière
, a été introduit enſuite , & reçu Cheva'ier
de l'Ordre de St. Michel. Après l'appel , le Roi eft
forti de fon appartement pour ſe rendre à la
Chapelle du château. Sa Majesté , devant qui marchoient
deux Huiſſiers de fa Chambre , portant
leurs maſſes , étoit précédé de Monfieur , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Monſeigneur le
Duc d'Angoulême , de Monſeignneeuurr leDuc de
Berry , en habit de novice , du Duc d'Orléans ,
du Duc de Chartres , du Prince de Condé , dủ
Duc de Bourbon , du Duc d'Enghien , du Prince
de Conti , & des Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre , entre leſquels marchoit le
Comte de Thiard , en habit de rovice. Après la
Meſſe , chantée par la Muſique du Roi , & célébrée
par l'Archevêque de Narbonne , Prélat-Commandeur
de l'Ordre , le Roi eſt monté ſur fon
trône , & a reçu Cheva'ier de l'Ordre Monfeigneur
le Duc de Berry. Sa Majeſté a reçu enſuite
Le Comte de Thiard.
Après cette cérémonie , le Roi a été reconduit
dans fonappartement dans le même ordre obſervé
loſqu'il en eſt ſorti .
Le Roi a diſpoſé de la place de Chancelier-
Garde-des-Sceaux- Surintendant des fiances de
ſes Ordres , vacante par la mort de M. de Lamoi(
79)
:
gnon , en faveur de M. Barentin , Garde-des-
Sceaux de France , qui , en conféquence , a prêté
ferment entre les mains de Sa Majesté , le 30 du
mois dernier.
Le même jour , ſur la démiſſion de M. Barentin
, le Roi a pourvu de la même charge M. de
Nicolay , Premier Préſident de la Chambre des
Comptes de Paris , qui , le lendemain , a prêté ſerment
entre les mains de Sa Majeſté.
M. Chérin , Conſeiller de la Cour des Aides
de Paris , qui , depuis plus de deux ans , rempliffoit
par commiffion les fonctions de Généalogiſte
des Ordres du Roi , en ayant obtenu la charge ,
a eu , en cette qualité , l'honneur d'être préſenté
au Roi par M. de Nicolay , Chancelier des Ordres
de Sa Majeſté.
ETATS - GÉNÉRAUX .
La question qui , dès l'origine , a divisé
les trois Assemblées intégrantes des
ETATS-GÉNÉRAUX , les incidens qu'elle
a fait naître , les conférences en présence
des Commissaires nommés par S.
M. , les rapports qui en ont été faits ;
enfin , les délibérations qui , jusqu'à ce
jour , en ont été le résultat , forment
le précis des huit dernières Séances de
l'Assemblée Nationale. En voici le Journal
successif, depuis le 30 mai inclusivement;
mais nous le ferons précéder de la
notice de quelques Séances antérieures
de l'Ordre du Clergé.
CHAMBRE DU CLERGÉ. Du 16 mai. Elle ſe partagea
en dix-neuf arrondiſſemens , & nomma des
Commiſſaires chargés de dreſſer un Réglement
proviſoirede police intérieure.
div
( 80 )
Du 18. Le Préſident fit lecture d'une lettre deM.
leComte deMontmorin , remiſe par M. le Marquis
de Brézé , &dans laquelle ce Miniſtre , en conféquence
des ordres du Roj , renvoie à la déciſion
de l'Aſſemblée la demande de M. l'Abbé- Prince
de Murbach , à l'effet d'obtenir Séance immédiatement
après MM. les Evêques .
M. l'Abbé des Mermurts , Prévôt d'Arvillers , ſe
joignit à M. l'Abbé de Murbach , pour réclamer
le même privilége. Il fut décidé que les Commiffaires
chargés de rédiger le Réglement provi
foire, examineroient cette affaire ,&en rendroient
compte àl'Aſſemblée.
Les jours fuivans on continua le dépouillement
des cahiers par arrondiſſemens .
La Chambre eſt entiée en vacance pendant les
fêtes de Pentecôte ; & antérieurement , toute délibération
importante avoit été ſuſpendue durant
les Conférences conciliatrices .
CHAMBRE DE LA NOBLESSE. Du 30 mai. La députation
de Paris ( deux Membres abfens exceptés
) s'éleva contre l'Arrêté de la Chambre touchant
la délibération par Ordre , & fe rangea à
l'avis de la Minorité. Des débats véhémens accompagnèrent
cette réſolution.
Il fut arrêté le même jour , que la Chambre
ne ſeroit cenſée complette , ni ne pourroit entrer
endélibération , qu'autant qu'il s'y trouveroit 151
Membres réunis .
Après cette déciſion , la Chambre s'ajourna au
mercredi 3 juin.
Du 30 mai. CHAMBRE DU TIERS- ETAT.
Une feconde Lettre de M. le Garde-des-Sceaux
auDoyen de la Chambre , ayant été lue , l'Afſemblée
improuva le Doyen de s'être engagé dans
une Correfpondance Ministérielle ſans avoir communiqué
ſon projet. On inſiſta principalement fur
(81 )
ce qu'il avoit omis de prévenir M. le Garde-des-
Sceaux que la Députation au Roi devoit précéder
les Conférences , & que cette Députation n'avoit
été acceptée que ſous cette condition préa'able .
Aujourd'hui l'Aſſemblée ſe trouvant engagée
contre ſes délibérations , il falloit examiner de
nouveau ſi l'on ſuſpendroit les Conférences jufqu'à
ce que la Députation eût été reçue.
Les avis pour & contre furent débattus avec
chaleur. Il paſſa que les Commiſſaires ſe rendroient
aujourd'hui aux Conférences , mais qu'ils
ſe borneroient à la diſcuſſion de la vérification
des pouvoirs , & que le Procès-verbal des Conférences
ne feroit rédigé qu'après la Députation.
Le Doyen fut chargé de faire de ſon côté tout
ce qu'il croiroit le plus convenable pour accélérer
cette Députation.
Cinquième semaine de la Session.
CHAMBRE DU TIERS. Lundi 1er juin.
Il avoit été arrêté précédemment qu'il feroit
nommé pour Adjoints au Doyen , un Membre de
chaqueGouvernement,&que le Bureau feroit changé
tous les huitjours juſqu'à nouvel ordre. Enconféquence,
M. Champeau , Adjoint au Doyen pour la
ProvincedeBretagne, fit obſerver que les pouvoirs
des Adjoints , ainſi que ceux du Doyen étant expirés
par la révolution de la ſemaine , les Gouvernemens
s'étoient aſſemblés pour former un
nouveau Bureau .
M. d'Ailly a été élu Doyen faiſant les fonctions
de Préfident .
Enfuite M. Rabaud de Saint- Etienne a fait le
rapport de la Conférence tenuele ſamedi chez M. le
Garde-des- Sceaux , & a dit :
« Les Commiſſaires que vous avez autoriſés à
»' conférer avec les Commiſſaires du Clergé &
dy
( 82 )
» de la Nobleſſe, en préſence de M. le Garde-
» des-Sceaux & des Commiſſaires du Roi, ſe
>> rendirent famedi à l'heure indiquée chez M. le
>> Garde-des -Sceaux. MM. de la Luzerne , de Vil'e-
» deuil , de Montmorin , de Nivernois , de Puiſegur ,
>> de Saint-Prieft , Necker , Miniſtres d'Erat , de la
» Michodière, d'Ormeſſon , Vidaudde la Tour, de la
» Galaizière , Conſeillers d'Erat , & M. de Leffart ,
>>Maître des Requêtes , Commiſſaires nommés
par Sa Majesté , préſens. La ſéance fut ouverte
> par M. le Garde-des-Sceaux , qui expoſa l'état
>>de la queſtion ,& témoigna le défir qu'avoit Sa
» Majefté de voir les différens Ordres ſe prêter
» à des ouvertures de conciliation. Il demanda ſi
>> l'on alloit procéder à l'examen de ces ouver-
>> tures , ou ſi l'on avoit encore à difcuter les
>> principes.
» Un des Membres de la Nob'eſſe lut un
>> Mémoire tendant à établir par une diſcuſſion
>> hiſtorique , que , d'après les anciens uſages , les
>> Députés de la Nobleſſe aux Etats - Généraux
>> ne pouvoient ſe conduire autrement qu'ils ne
> l'avoient fait.
>>Nos Commiſſaires repréſentèrent que leur
» mandat ſe bornoi: à conférer fur la queſtion de
>> la vérification des pouvoirs en commun; ils
>> ajoutèrent , qu'obligés de vous porter un rap-
>>port écrit des Conférences , ſigné par tous les
>> Commiſſaires des Ordres, ils propofoient d'é-
>> crire journellement les Conférences & de les
>>figner.
>> MM. les Commiſſaires du Clergé & de la
>> Nobleſſe repréſentèrent qu'ils n'avoient à ce
>> ſujet aucuns pouvoirs de leurs Ordres .
» Après avoir débattu ces objets , il fut réſolu ,
>>, du confer.tement des Commiſſaires des trois
>>Ordres , que le Procès-verbal feroit figné des
>> Commiſſaires des Communes , & d'un Secré-
1
( 83)
ntaire du Roi agrée par les Commiſſaires des
>> trois Ordres. Il en fut dreffé acte .
» Nos Commiffaires ont commencé par la dif-
>>cuffion des faits pour en venir à celle des prin-
>> cipes& des moyers tirés de la raifon ; & alors
>> les Conférences ayant été ouvertes , l'un de nos
>> Commiſſaires a entrepris la diſcuſſion ſucceſſive
>> des faits al'égués dans le Mémoire qui a été lu.
>> Chaque fait a été diſcuré contradictoirement
>> par les divers Commiflaires des trois Ordres , &
> toujours renfermés dans leur mandat. Nos Com-
> miſſaires ſe ſont hornés à rapporter l'examen
» des fris , àla queſtion ſur la vérification des
» pouvoirs.
>> La ſéance ayant duré trois heures & demie ,
>> fans que la diſcuſſion du Mémoire de la No-
» bleſſe eût été finie , on fut obligé de la ren-
>> voyer à une autre séance ; & la circonſtance
» des fêtes avant décidé les Commiſſaires du
» Clergé & de la Nobleſſe à ne s'ajourner qu'à
» mercredi prochain , ſur les inftarces de nos
» Commiſſaires la ſéance a été remiſe à mardi, »
Ce rapport a induit un Député à remettre en
queſtion la propoſition déja rejetée le 29 Mai ,
de joindre aux pouvoirs de MM. les Commiffaires
des Conférences , la queſtion de voter par
tête ou par Ordre.
Un autre Député a objecté que cet avis ayant
été rejeté le ſamedi go , il étoit néceſſaire de décider
combien il fa'loit de voix pour le reproduire.
Un troiſième Député a obſervé qu'il y avoit
chargement d'état , & que la queſtion pouvoit
être ainſi préſentée ; que les Commiffaires ayant
rapporté que , fuivant les Ordres privilégiés ,
les deux queſtions de la vérification & de la votation
étoient néceſſairement liées & le prêtoient
in fecours mutuel , il étoit de l'intérê & de la
d vj
( 84)
1
dignité de l'Aſſemblée de repouſſer le reproche
que les Commiſſaires de la Nobleſſe pourroient
faire aux Commiſſaires du Tiers , d'éluder une
queſtion majeure par foibleſſe de moyens ; que
la queſtion actuelle différoit de celle qui avoit
été rejetée ,& méritoit , par ſon importance , un
mûrexamen.
Sous cette nouvelle face la propoſition ainſi
préſentée, a été appuyée de pluſieurs fuffrages ,&
livrée à la diſcuſſion , non par l'appel de chaque
Député , mais en prévenant que ceux qui auroient
à la débattre ou à l'appuyer , ſe fiffent
infcrire au Bureau pour la diſcuter par ordre
d'irſcription.
Ace fujet , un Membre a fait un Diſcours fur
le veto , pour prouver que les deux Ordres pri
vilégiés n'en avoient pas beſoin , puiſque le Tiers
étoit le ſeul grevé dans ſes propriétés ,& le ſeul
dans le cas de réclarer juſtice; il a conclu à la
déclaration de ne jamais reconnoître le VETO , &
d'autoriſer les Commiſſaires à en difcuter le
motif.
On a requis que cette queſtion fût miſe en délibération.
Là-deſſus , un Député a opiné qu'il falloit attendre
la réquiſition de la Nobleſſe & du Clergé ,
fur la difcuffion verbale du veto , quand elle ſera
inférée dans le procès-verbal.
Uu autre Député a dit , que ſouvent le Tiers
avoit demandé de délibérer par Ordre.
Un autre a obfervé que Sa Majesté avoit borné
fon intervention à la vérification des pouvoirs ;
que le Clergé & la Nobleſſe cherchoient à cumuler
les deux queſtions ; mais que ce ſeroit
manquer au Roi , que de ſuivre cette cumu
lation.
La difcuffion a duré jusqu'à deux heures ;
enfin la force de la choſe jugée, & fur-tout le
( 85 )
?
7
terme de la Lettre du Roi, qui n'invitoit qu'à
conférer ſur la vérification des pouvoirs , portèrent
la Majorité à rejeter la propoſition ; en
conféquence elle fut rétirée par ſon Auteur.
Du 2 Juin. M. d'Ailly , Doyen , a rappor é
qu'il étoit allé la veille chez M. le Garde-des-
Sceaux , accompagné de quelques-uns des Adjoints,
pour lui demander le jour auquel il plairoit au
Roi de recevoir la Députation; M. le Garde des
Sceaux avoit répondu que le Roi étoit trop affecté
de l'état de M. le Dauphin , & qu'il ne pouvoit
lui préſenter aujourd'hui la demande de la
Chambre.
Alors il avoit cru devoir prévenir M. le Gardedes-
Sceaux que les Commiffaires étant liés par
leur mandat , ne pouvoient reprendre les Conférences
qu'après la Députation faire au Roi ; fur
quoi M. le Garde-des-Sceaux a dit qu'il prendroit
aujourd'hui les ordres de Sa Majesté, & il a promis
d'en informer la Chambre fur-le champ.
M. d'Ailly a obfervé enſuite que , quoique le
diſcours à faire au Roi eût été agréé par l'Affemblée,
en la ſéance du 30 , le calme de la réflexion
lui avoit fait entrevoir quelques termes , même
des phrafes qu'il feroit convenab'e de changer : par
eemotif, il avoit fait le projet d'un autre difcours ,
dont il propoſoit la lecture & la fubftitution au
premier , ſi l'Aſſemblée le trouvoit préférable .
Quelques Membres trouvèrent des inconvé
niens à livrer à une diſcuſſion , même comparative
, un diſcours que le Roi devoit entendre le
premier ; & qu'il feroit plus prudent de charger
un Comité de cet examen : cette obſervation
réuffit , &les Commiſſaires furent nommés.
L'un d'eux rapporta à l'aſſemblée que le premier
difcours avoit été jugé préférable , & qu'au
moyen de quelques corrections dans la partiegram
(85 )
rratica'e, le Comité ſouſcrivoit à l'approbation
que l'Aſſemblée avoit déja donnée au premier difcours.
Un des Examinateurs obſerva que le changement
ayant été conſidérable , pri cipalement fur
des chofes extrêmement intéreſſantes , il devoit
être donné à l'Aſſemblée une ſecor.de lecture de
ce difcours & des variantes , pour recevoir ure
nouvelle fanction .
Cettepropoſition étant combattue par la grande
partie de l'aſſemblée, & vivement foutenue par les
Députés de Bretagne , le Doyen fut obligé de
recueillir les voix. La majeure partie opina à rejeter
une lecture publique , mais à donner une
courte cor munication à ceux qui auroient des
drutes.
On ſomma les Commiſſaires de rendre compte
des féancesdes 23 & 25 mai , & d'en lire le procèsverbal
que 'Aflomb'ée des avoitchargé de tenir.
M. Torget , qui en avoit été chargé , s'excu'a
du retard fur la longueur des ſéances de l'Affemblée
, ſur l'inexactitude qu'il y avoit de la part des
autres Commiſſa res à lui remettre leurs nores ,
enfin fur le danger de rendre publiques les Co 1-
férences, tandis qu'elles n'étoient pas firies , &
qu'elles ſe conti uoient en préferce des Commiffaires
du Roi ; qu'il avoit cru p'us prudent d'attendre
la fin des Conférences .
CLERGÉ. Du 3juin.Dans la Séance de cejour,un
Curéafait un difcours pour prévenir la néceſſité
de la réunion avec le Tiers-Erat, & de laVotation
par tête : c'étoit la première fois que cet avis étoit
ouvertement proposé dans la Chambre; mais il
n'a été ſuivi d'aucune délibération .
NOBLESSE. D. 3juin. Un Député d'un Bailliage
de province (M. le Comte de Crillon ) fit la proteſtation
fuivante:
« Je déclare que je ſuis dans la plus ferme
( 87 )
>> opinion que c'eſt bien moins pour maintenir
>>que pour établi la Co: ſtiturion quenous fommes
« appelés; & comme le veto me paroît eſſen-
«tiellement contraire à la Iberté d'action néces-
<< faire pour créer un ordre de choſes qui amène
« la proſpérité nationale ,& pour abolir les abus
«de tous les genres , fous lesquels la Nation a
« gémi depuis tant de ſiècles, je demande acte
>> de ce que je m'oppoſe , autant qu'il eſt en
» moi , à la ſanction du veto pour la tenue ac-
» tuelle des Etas-Généraux , lesquels je regarde
>> comme Régénérateurs , bien plus que comme
>> Confervateurs. Mon mandat , conforme à la
>> raiſon & au ſentiment de ma confcience , me
>> preſſe de demander , que lorſque les Ordr's
>> différent d'opinion ſur une queſtion importante ,
>>les Ordres ſe réuniſſent & opinent par têre.
>> Je ſupplie la Chambre de permettre que ma
» Déclaration ſoit annexée au Procès-verbal .
TIERS- ETAT. Du 3 juin. M. d'Ailly a déclaré
que fa fan é ne lui permettoit pas de continuer
à occuper la pláce de Doyen.
Les Adjoints ont été chargés d'en élire un
nouveau , & le choix eſt tombé par le ſcrutin
fur M. Bailly , l'un des Députés de Paris , & l'un
des 40 del'Académie Françoiſe. Un Membre a propoſé
de s'adreſſer directement au Roi , pour obtenir
le moment de la Députation.
Cet avis a été fortement appuyé par l'un des
Députés.
Un ſecond a propoſé de réclamer de Sa Maj.
la liberté de s'adreſſer directement à Elle toutes
les fois que l'utilité publique l'exigeroit.
Autrepropoſition , d'écrire ſeulement une lettre
au Roi pour obtenir cette liberté.
:
Autre pour ſe rendre chez le Maître des Cé(
88 )
remonies,&l'engager à accompagner les Députés
chez le Roi.
Autre pour aller tous vers le Roi.
Autre pour démontrer qu'il ne peut point y
avoir d'étiquettedans la circonſtance actuelle; que
les Députés du Tiers - Etat ne pouvant reconnoître
d'intermédiaire entre le Roi & la Nation
afſemblée , chargent leurDoyende s'adreſſer direc
tement à Sa Majeſté , pour la ſupplier d'indiquer
aux Repréſentans du Tiers-Etat , lejour& l'heure
où elle voudra bien recevoir leur Députation &
leur adreſſe.
Cette dernière Motion a été adoptée.
NOBLESSE. Du 4juin. Après une longue difcuſſion
, la Chambre a annullé la première Députation
du Balliage d'Amont en Franche-Comté ;
Dépuration qui ſe trouve remplacée par MM. le
Prince de Beaufremont , le Marquis de Mouftier ,
&lePréſident de Vezet.
(Pour le ſurplus des délibérations de l'Ordre ,
voyez le Journal ſuivant des Séances du Tiers-
Etat. Celles du Clergé & de la Nobleſſe étant
cloſes , nous ne haſarderons pas d'en rendre un
compte détaillé , avant d'avoir reçu des communications
immédiates. )
:
TIERS-ETAT. Du 4 Juin. Le Doyen a rendu
comptede ſa miffion vers le Roi .
Il a rapporté qu'il avoit été forcé de s'adreſſer
àune perſonneintermédiaire , qui avoit propofé à
Sa Majeſté de recevoir la Députation.
Le Roi a répondu qu'il recevroit avec plaiſir
laDéputation du Tiers-Etat , mais qu'il vouloit
que l'on fuivit les formes anciennes.
Cene réponſe oſitive a mis le Doyen dans la
néceſſité de s'adreſſer à M. le Garde- des- Sceaux ,
(89 )
qui , après en avoir conféré avec le Roi , en à reçu
la réponſe ſuivanre :
« Il m'eſt impoſſible , dans la ſituation où je
« me trouve , de voir M. Bailly ce foir ou de-
< main, ni de fixer un jour pour la Députa-
«tion du Tiers-Etat. Montrez ce billet à M.
" Bailly pour ſa décharge.
Les Commiffaires conciliateurs firent le rapport
de la ſeconde Conférence du mercredi 3 , chez
M. le Garde-des-Sceaux.
«Elle commença , dirent-ils , par la lecture da
» Procès-verbal de la première Aflemb'ée,d'après
>> la convention qui fuit , arrêtée par les Com
>> miſſaires des trois Ordres , & énoncée en ces
> termes : :
:
» Les Députés du Tiers rédigeront le Procès-
» verbal de chaqueféance ; ils liront ce qu'ils auront
» rédigé au commencement de chaqueséanceſuivantes
» Ony fera les corrections qui feront reconnues néceffaires;
le Procès-verbal fera reconnu authen-
> tique par les trois Ordres , &c.
Acette lecture du Procès-verbal , la Nobleſſe
» s'oppoſa à la qualité de Commiffaires des Com-
> munes, proteftant ne vouloir rien laiſſer ſigner
>> juſqu'à ce que la qualité fût rectifiée par celle
>> de Commiſſaires du Tiers.
>> Les Commiſſaires de ce dernier Ordre ré-
>> pandirent que lorſque les Ordres n'étoient pas
*en oppoſition, les qualifications étoient indif-
» férentes , & que l'on difoit fans conſequence
>>>le premier , le ſecond Ordre , &le Tiers ; mais
▸ que dans la circonſtance actuelle , te premier
> Ordre étant le Clergé; le fecond , la Nobleffe;
>> le troiſième prenoit la qualification des Com-
» munes.
>> La Nobleſſe a demandé que ſa proteftation
contre la qualification de Communes fût infcrite
dans le Proces-verbal.
( 90 )
» Les Commiſſaires du Tiers ont demandé à
>> ceux de la Nobleſſe s'ils étoient autoriſés par
leur Ordre.
>> Ils ont répondu qu'ils étoient autoriſés.
» La réponſe du Clergé à l'interpellation fur
>> l'approbation des qualités , a été qu'il n'ap-
>> prouvoit , ni ne déſapprouvoit les qualifications ,
>> mais qu'il entendoit qu'elles ſeroient fans con-
> ſéquence.
» La Nobleſſe a demandé communication du
>> Procès-verbal , & a prétendu que les opinions
» n'avoient pas été aſſez développées. Les Com-
>> miſſaires du Tiers-Etat ont propoſé de paſſer
>> la nuit pour y inférer les omiffions.
>> La Nobleſſe a répondu que ce ſeroit un
>> trop long travail. Les Commiſſaires du Roi
>> ont penſé qu'il falloit rendre compte du Pro-
> cès-verbal dans ſon état actuel.
Résumé de ce Procès-verbal.
>> La première queſtion des Conférences a é é :
» Diſcutera- t-on les faits , les raiſonnemens , ou
> ſe bornera-t-on à propoſer les moyens de
>> conciliation ?
>> Quand on s'eſt adreſſe aux Commiſſaires du
>>Clergé , ils ont répondu qu'ils n'étoient point
>> autoriſés à offrir des moyens de conciliation ,
>> mais feulement à les entendre & à en rendre
>> compte.
» L'un des Commiſſaires de la Nobleſſe a lu
>> un Mémoire , dont l'objet étoit de prouver la
>> juſtice des prétentions de la Nobleſf . Ce
>> Mémoire a été diviſé par articles , à chacun
» deſquels les Commiſſaires duTiers ont répondu
» ſéparément. »
>> Un des moyens de la Nobleſſe a été de dire ,
» que dans les derniers Etats-Généraux ,les dif-
>>cuffions d'Ordre à Ordre avoient été jugées
> par le Confeil , & que la Nobleſſe aimoit
( 91 )
>> mieux cette forme de déciſion que celle des
>> Ordres réunis , attendu la double repréſentation
accordée au Tiers .
Il a été répondu par les Commiſſaires
>> du Tiers-Etat , que le Conſeil n'avoitjoui du
>> droit de jugar les difcuffions d'Ordre à Ordre ,
>> que parce que la Nation lui avoit attribué ce
>> droit; ma's qu'elle le reprenoit aujourd'hui .
>> Les Commiſſaires du Roi ont alors obſervé
>> que le motifdes Conférences n'étoit pas de dif-
>> cuter les droits du Conſeil ,&qu'il falloit entrer
» en matière.
» La Nob'eſſe a inſiſté pour l'exercice du
» veto. La réponſe des Commiſſaires du Tiers a
» été que ce n'étoit pas le moment d'agiter cette
» queſtion , & qu'ils n'avoient pas de pouvoirs à
» ce ſujet.
» Suit la diſcuſſion des faits. Les Commif-
>> ſaires du Tiers-Etat ont obſervé qu'il n'y
>> avoit pas eu d'uniformité dans la manière de
>> vérifier les pouvoirs dans les différens Etats-
>> Généraux ; que la déférence au Confeil dans
>> les diſcuſſions , ne pouvoit pas plus contre , que
» pour la vérification des pouvoirs en commun.
M. Dupont a lu dans la même ſéance du 4 ,
le projet de Procès - verbal . Cette lecture finie ,
pluſieursMembres ont propoſé de ſe conſtituer furle-
champ , vu l'inutilité plus que probable des
Conférences. D'autres ont obfervé que la continuationdes
Conférences n'empêchoir pas que l'on
ſe conſtituat , quelques -uns vouloient que l'on refusât
la communication du Procès-verba' ; p'uſieurs
firent remarquer que ce feroit manquer au
Roi que d'interrompre les Conférences . Ces différens
débats donnèrent lieu à la double propoſition
ſuivante :
« Communiquera-ton , ou ne communique-
:
(92)
>> ra-t- on pas aux Commiſſaires du Clergé &
» de la Nobleſſe le projet de Procès - verbal ? <
Terminera-t-on ce ſoir les Conférences , ou
>> les continue a-t-on ſi les Commiſſaires du Roi
>>>le jugent à propos?
Le Doyen , pour abréger , propoſa à ceux qui
admettoient les deux délibérations de ſe lever ,
tandis que les oppoſans reſteroient affis. Pluſieurs
Membres s'élevèrent contre cette manière de juger
la pluralité ; après de très - opiniarres& longues
conteftations , on fut obligé d'aller aux voix , & ,
à une très-grande pluralité , le oui fut adopté pour
les deux propoſitions.
CLERGÉ. Du 5. L'Affemblée a accepté , fans
réſerve, l'ouverture de conciliationpropoſée par les
Commiſſaires de S. M. (voyez ci-après ) , en arrê
tantuneDéputation à chacun desOrdres , pour les
inviter au même acquiefcement.
TIERSÉTAT. Du 5juin, Le Doyen a annoncé à
J'Aſſemblée qu'il avoit fait des démarches pour être
admisà préſenter au Roi & à la Reine l'hommage
&les regrets du Tiers-Etat fur lamort de Mgr.
leDauphin. Il a enfuite propoſé de demander que
les Députés de cet Ordre fuffent admis à jeter
de l'eau bénite ſur le corps du Prince. Il fut arrêté
par l'Afſemblée que le Doyen s'adreſſeroit
pour ce'a à M. le Grand-Maître , & qu'il nommeroit
douze Députés pour s'acquitter de ce
devoir.
L'Aſſemblée avoit enfuite demandé la lecture
du réglement , & elle avoit été décidée ſous
la condition qu'elle ne ſeroit point interrompue,
&que les réflexions qui ſeroient faites à cet égard
feroient feulement propoſées dans la ſéance du
lendemain ; mais les Commiſſaires conciliateurs
ayant annoncé qu'i's étoient prêts à faire le rap.
( 93)
port des Conférences tenue, la veille chez M. le
Garde des-Sceaux , en préſence des Commif
faires des deux autres Ordres , ils furent invités à en
rendre compte à l'Aſſemblée.
M. Dupont , l'un d'eux , lut le Procès-verbal.
« Il paroît que les diſcuſſions préliminaires ont
>> occupé beaucoup de temps. D'abord, les Com-
>> miſſaires du Tiers-Etat ont réclamé la nomination
d'un Secrétaire de Conférences , ainfi
» qu'il avoit été convenu.
>>> Les Commiſſaires de la Nobleſſe ont déclaré
» que l'ancien d'entre eux étoit autorisé à figner
>> les Conférences , à condition que ceux duTiers
>> ſupprimeroient dans le Procès- verbal la quali-
" fication des Communes , & qu'on leur donneroit
>> communication de ce Procès-verbal pour cor
>> riger les om ſſions & développer leurs moyens,
>>qui n'y étoient pas expliqués aſſez clairement.
Les Commiſſaires du Tiers n'ont point ac
* cepté l'offre de la Nobelle pour la nomina-
» tion d'un Secrétaire , & ont offert la commu-
>> nication du Procès verbal.
"
>> Ils ont enſuite demandé aux Commiſſaires
>>du Clergé s'ils étoient autoriſés à ſigner le Pro-
>> cès-verbal. >>>>
« Leur réponſe a été que l'Ordre du Clergé les
» avoit autorisés à ſigner tout ce dont les deux
" Ordres feroient convenus de bon accord ; que
c'étoit un principe dont ils ne vouloient pas
>> ſe départir ; qu'ils n'avoient d'autre but que
» l'union,& l'envie d'être médiateurs entre la No-
>> b'efle&leTiers.
» Sur quoi nos Commiſſaires leur ont obſervé
» qu'il feroit un peu tard , pour faire le rô'e de
conciliateurs entre les deux Ordres, d'attendre
qu'ils fuffent d'accord.
>Un Commiſſaire du Clergé répondit que fon
>> Ordre auroit pu être Partie.
(94)
>>*Sur cette obſervation , un Député du Tiers-
>> Etat répartit que ,juſqu'alors , le Clergé avoit
» éé expectant , & non médiateur.
» Sur ces différentes conteftations , M. leGarde-
>>des-Sceaux propoſa de nommer un Sec étaire
>> choiſi dans les trois Ordres. Ce projet ne fut
>>point accepté ; & après p'uſieurs difcuffions ,
M. Hebert , Secrétaire duRoi , fut nommé Se-
>> crétaire des Conférences , & inſtallé dans cette
>> fonction .
>> Cet objet étant applani , la Conférence fut
>> ouverte par la lecture du Procès- verbal de la
>> veille.
» Le commencement du Procès-verbal contient
>> des proteſtations de la Nobleſſecontre la qualifi-
» cation de Communes,&la réclamationd'un délai,
<<pourmieuxdévelopper les moyens delaNobleſſe.
« Les Commiſſaires du Tiers ont foutenu que
>> le nom de Communes étoit la véritable qualifi-
>>cation de leur Ordre; ils ont cité à l'appui de
>> cette afſſertion pluſieurs autorités ; enſuite ils
» ont demandé aux Commiſſaires du Clergé s'ils
» avoient reçu la même inſtruction que ceux de
>> la Nobleſſe. »
" Les Commiſſaires du Clergé ont répondu que
>> non ; mais qu'ils entendoient que les qualités
>> priſes ne pouvoient pas préjudicier, Sur ces dé-
» bats , M. le Garde-des -Sceaux a déclaré qu'il
>> ne pouvoit , ſans l'ordre du Roi , adopter une
>> expreffion que S. M. n'avoit pas conſacrée.>>
« Nos Commiffaires ont déclaré alors qu'ils
» n'étoient pas autoriſés à agiter cette queſtion. »
«Dans la diſcuſſion des faits, un Commiſſaire
» du Tiers -Etat a obſervé à ceux des deux autres
>> Ordres , & aux Commiſſaires du Roi , que l'in-
>> tention de Sa Majeſté avoit été que les Députés.
>> des trois Ordres ſe raſſemblaſſent dans la Cham-
>> bre nationale , pour y vérifier leurs pouvoirs le
( 95 )
>> lendemain de l'ouverture des États, & que l'a-
>> journement étoit tel dans le difcours prononcé
>>par M. le Garde-des- Sceaux. »
" M. le Garde-des- Sceaux a obſervé alors que
>> l'on avoit donné trop d'extenſion à ſon dif-
>> cours. "
« Un Commiſſaire du Clergé a dit qu'il y auroit
>> du danger à laiſſer vérifier les pouvoirs en com.-
>> mun, àcauſe de la double repréſentation accor-
>>> dée au Tiers. »
« Sur cette obſervation , un Commiſſaire de
>> l'Ordre du Tiers a invité celui du Clergé
>> de dire s'il parloit au nom de fon Ordre. >>>
« Le Commiſſaire du Clergé a répondu que
» поп. «
«Après la lecture du procès - verbal , M. le
» Garde-des-Sceaux a dit que les Commiſſaires
» du Roi s'étoient occupés d'un moyen de con-
>> ciliation , dont il alloit être donné lecture. »
« Les Commiſſaires du Tiers-Exat ont répondu
» qu'il convenoit de finir la diſcuſſion entamée
>> dans les Conférences , avant d'écouter le plan de
conciliation. >>
«M. leDirecteur-Géneral a inſiſté pour donner
« lecture du plan de conciliation. Nos Commif-
>> faires ont conſenti à l'entendre , à condition que
>> l'on reviendroit aux diſcuſſions entamées dans
>> les Conférences. »
MESSIEURS ,
Les anciens faits prouvent évidemment que le
Confeileſt intervenu dans toutes les queſtions qui
ont occaſionné des débats relatifs à la validité des
'élections& à la vérification des pouvoirs.
de ſes
Il ſeroit donc de toutejuſtice que Sa Majesté
examinât , ſous le rapport propresdroits
lesdifficultés qui s'élèvent en ce moment;& lorfque
chacun des Ordres eſt activement occupé des
,
(96 )
prérogatives qui peuvent lui appartenir , il paroîtroit
naturel que Sa Majesté fixât Elle-même ſon
attention fur celles dont la Couronne a conſtamment
joui. Mais Sa Majesté , fidèlement attachée
aux principes de modération qui peuvent hater
l'accompliſſement du bien public , permet à ſes
Miniſtres de conſidérer d'abord fous ce point de
vue, le plus grand nombre des affaires .
Les Ordres ne s'éloigneroient pas vraiſemblable
ment de confier à des Commiſſaires , choiſis dans
les trois Chambres , l'examen préliminaire des
difficultés relatives à la validité des pouvoirs &
des élections ; mais en cas de diviſion d'avis , la
Chambre du Tiers demanderoit que la détermination
déciſive fût remiſe à l'Aſſemblée des trois
Ordres réunis. L'Ordre de la Nobleſſe s'y refuſe
ab'olument , & veut que chaque Chambre foit
arbitre en dernier reſſort.
Il eſt ſûr que les Ordres ont un intérêt à pré
venir qu'aucun des trois n'abuſe de ſon pouvoir
pour admettre ou pour rejeter avec partialité les
Députés qui viennent prendre féance dans lesEtatsgé
éraux ,& cet intérêt commun exiſteroit , ſoit
que lesOrdres euſſent à dé ibérer réunis ,foit qu'ils
reſtaſſent conftamment ſéparés , puiſquedans cette
dernière ſuppoſition les perſonnes qui ſeroient appelées
à décider , par leurs opinions , d'un veto
ou d'un empêchement quelconque , acquerroient
ledroit d'influer directement ſur le fort général de
laNation .
En même-temps , il eſt naturel & raiſonnable
que les deux premiers Ordres fixent leur attention
fur la fupériorité de fuffrages aſſurée à l'Ordre du
Tiers; car s'il est vrai que tous les Députés aux
EratsGénéraux , fans diftinction , font intéreſſes à
l'impartialité des vérifications de pouvoirs , il eſt
également certain que dans une circonſtance où
lesefpris fontdiviſés, chaque Ordre a des motifs
perſonnels
<
(1)
perfonnelspourdéfirer d'éloignerdes autresChambros
les Députés dont les ſentimens ne ſeroient
pas favorables à les cpinions,
Ces motifs perfonne's font égaux , dira-t-on ,
entre les Ordres ; ainſi , en les admettant à délibé
er en commun fur la régularivé des élections ,
aucun n'a droit de ſe plaindre. Ce raiſonnement
ne feroit pas juſte; car , ſi les motif, de partialité
fontles mêmes , les moyens d'agir , conformément
à ces moifs , ne font pas égaux , puiſque le
Thers-Etat , par la grande ſupériorité de les fuffrages
, auroit un avantage décisif , fi le jugement
fina fur les pouvoirs conteſtés appar enoit à l'Affemblée
des trois Ordres réunis.
O.1 ne pourroit pas combattre cette opinion ,
en rappelant que les deux premiers Ordres enfemb'e
font en nombre égal au Tiers-Etat , car
ces deux premiers Ordres, réunis par leurs priviléges
pécuniaires , ne le font pas même dans les
confidérations relatives à l'examen des élections.
Enfin , ces priviléges ne forment qu'une union
pallagère, dans un moment où leur prochaine
fuppreffion paroît aſſurée.
On dira peut- être encore que la ſupériorité de
fuffrages du Tiers-Etar une fois admife , il doje
lui ê re permis d'en faire uſage pour une affaire
commune; mais la ſupériorité de ſuffrages appliquée
aux déciſions fur la validité des pouvoirs &
deséections des trois Ordres, n'est pas un ffiimple
uſage de cetre ſupériorité , c'eſt encore un moyen
d'en accroître l'avantage : une telle faculté , na
tel emploi de la ſupériorité des ſuffrages , feroient
un ſupplément de conceffion,une force nouvelle ,
qui dérangeroient, dans une meſure quelconque ,
l'équilibre établi par le Souverain , loriqu'il a tué
lenombre reſpectif des Députés de chaque C
reffort
Ordre.
de la Le pouvoir de juger en dernier ref 1
régularité des élections , ne pourroit donc être
Supplément au N°. 24. a
(2)
attribué avec équité , ni aux trois O dres réunis ,
ri à chacun d'eux en particulier , parce qu'ils ont
tous intérêt à ce qu'un ſeul n'ab ſe pas de fon
influence; il ne peut pas appartenir non plus
aux trois Ordres réunis , puiſque ce ſeroit l'attribuer
eſſentiellement aux Repréſentans du Tiers-
Etat , vu la fupériorité de fuffrages , pour leur
donrer le moyen d'en augmenter la puiſſance ,
en obtenant une influence prépondérante ſur la
formation même de l'Aſſemblée.
C'eſt donc au Roi que ſemble appartenir , en
raiſon& en équité , le jugement final ſur toutes
les conteftations relatives aux élection ; ce principe
eſt une ſuite , une dépendance du Réglement
ſouverain qui a déterminé pour cette fois
le nombre reſpectif des Députés auxEtars-généraux;
ainſi les trois Ordres qui ſe ſoumettent à
la fixation établie par Sa Majesté , feroient une
exception minutieuſe si's répugnoient à la prendre
pour Juge dans le très-petit rombre de conteftations
qui pourroient s'élever ſur la vérification des
pouvoirs. L'intérêt de Sa Majeſté , le ſeul qui la
dirige, c'eſt l'amour de l'union , & Elle mériteroit
encore d'être votreArbitre , quand vous ne voudriez
pas du Monarque pour Juge.
Ce feroit le Roi ſeul qui , en cette occafion ,
feroit une ceſſion de ſes prérogatives , puiſque de
ſimples particuliers appeloient autrefois auSouverainde
la décifion d'un Ordre , relative à la vérification
des pouvoirs , & que Sa Majefté ſe réſervoit
ſeulement de juger les queſtions ſur lefquelles
les Ordres feroient diviſés d'opinion.
Il paroît donc que tous les motifs de justice ,
de raifon , d'équité & de convenance réciproque ,
doivert déterminer les Ordres à adoptercemoyen
de conciliation. Voici donc , d'apres ces idées , la
marche qu'on propoſeroit.
Les tipis Ordres , par un acte de confiance libre
( 3 )
&volontaire , s'en rapporteroient les uns aux autres
pour la vériacation des pouvoirs , fur leſquels,
aucune difficu'té ne s'éleveroit , & ils ſe cominuniqueroient
leurs actes de vérification , pour en
faire un examen rapide.
Ils conviendroient de plus:
Que les conteftations , s'il en ſurvenoit , ſeroient,
portéesà l'examen d'une Commiſſion compoſée des
troisOrdres.
Que ces Commiſſaires ſe réuniroient à une
opinion. ८.
Que cette opinion ſeroit portée aux Chambres
reſpectives.
Que ſi elle y étoit adoptée , tout ſeroit termiré.
Que fi au contraire les déciſions des Ordres
étoient en oppoſition fur cet objet , que ſi encore
eles ne paroiſſoient pas ſuſceptibles de conciliation
, l'affaire feroit portée au Roi , qui rendroit
un jugement final.
" Qu'on ajoute encore, ſi l'on veut , que ces
conventions ſur la vérification des pouvoirs , n'au
roient aucune liaiſon avec la grande queſtion de la
délibération par tête ou par Odre ; que l'on
ajoute encore que la marche adoptée pour cette
tenue d'Etats , feroit repriſe dans le cours de la
feſſion, afin de conſidérer ſi un meilleur ordre de
choſes devroit être adopté pour l'avenir ; qu'on
réuniſſe au fond de cette propoſition les précautions
qui paroîtroient convenables , mais qu'on
adopte enfin ce moyen de conciliation ou tout
autre,& que le Roine reſte pas ſeul, au milieu de
ſa Nation, occupé ſans relâche de l'établiſſement
de la paix&de la concorde. Quels véritables Citoyens
pourroient ſe refuſer à ſeconder les intertions
du meilleur des Rois ?& qui voudroit charger
fa confcie ce de tous les malheurs qui pourroient
être la ſuite de la ſeſſion qui ſe prépare au
*
aij
(4)
premier pas que vous faites ,Meſſieurs , dans une
carrière où le bien de l'Etat vous appelle , où la
Nationeſt impatiente de vous voir aller en avant ,
& où les plus grands dangers vous environnent!
Ah ! Meſſieurs,lors même que vous pourriez arriver
à ce bien par la diviſion des coeurs & des
opinions , il feroit trop acheté. Le Roi donc vous
invire à prendre en confidération ſa propoſition ,
&il vous preſſe de tout fon amour de l'accepter;
&de lui donner ce contemement. »
Le travail des Commiſſaires fut très - applaudi
par l'Affemblée , & méritoit de l'être.
Après cette lecture , on reçut une lettre deM.
leGarde-des-Sceaux , qui annonçoit qu'une affaire
très-importante l'obligeoit de ſe rendre à Paris ,&
d'interrompre les Conférences , mais qu'elles ſeroient
continuées le lendemain. Cette leure fit
renaître pluſieurs motions pour ſe conſtituer , &
rompre définitivement les Conférences ; mais la
très-grande majorité des opinions fut pour les continuer.
Enfuite on mit en délibération ſi l'on opineroit
fur le plan propofé par les Commiſſaires du
Rei, avant ou après la clôture du procès-verbal
des Contérences ; 26 opinions ſe déclarèrent pour:
s'en occuper à l'iſtant meine , & 432 pour remet.
we à en délibérer après la clôture du procès-verbal .
Du 6 Juin. Le Doyen a donné lecture d'une
lente de M. le Garde-des-Sceaux , qui annonce.
à l'Ordre du Tiers É at que Sa Majefté recevra fa
Députation aujourd'hui , entre onze heures&midi.
Il a auffi fait lectore d'une lettre écrite par Ma-,
dame la Princeſſe de Chimay, Dame d'honneur de
la Reine , qui porte , que Sa Majeſté recevia avec.
bonté& ſenſibilité laDéputation du Tiers dès que.
ſa ſituation le lui permettra.
Les Membres nommés pour la Députation ont
(5)
étépris parmi les Commiſſaires conciliateurs& les
Adjoints , ayant à leur tête le Doyen.
20,
Ils ſe ſont rendus vers Sa Majesté au nombre de
conformément à l'inſtruction de M.leGardedes-
Sceaux , qui avoit pris les ordres du Roi à
cet égard , & , M. Bailly portant la parole , ont
adretlé à Sa Majesté le diſcours ſuivant;
«Depuis long-temps les Députésde vos fidelles
Communes auroient fo'ennellement préſenté à
Votre Majesté le reſpectueux témoignage de leur
reconnoiſſance pour la convocation des Etats-
Généraux , fi leurs pouvoirs avoient été vérifiés ;
i's le feroient fi la Nobleſſe avoit ceſſé d'élever
des obſtacles . Dans la plus vive impatience , ils
attendent l'inſtant de cette vérification , pour vous
offrir un hommage plus éclatant de leur amour
pour votre perſonne facrée , pour fon auguſte
famille ,& leur dévouement aux intérêts du Monarque
, inféparables de ceux de la Nation. »
« La follicitude qu'inſpire à Votre Majeſté
l'inaction des Etats-Généraux, eſt une nouvelle
preuve du déſir qui l'anime , de faire le bonheur
de la France. »
" Affligés de cette inaction, les Députés des
Communes ont tenté tous les moyens de déterminer
ceux da Clergé & de la Nob effe à ſe
réunir à eux pour conftituer l'Aſſemblée nationale;
mais la Nobleſſe ayant manifedé de nou
vean ſa réſolution de maintenir la vérification
de ſes pouvoirs faite ſéparément , les Conférences
conciliacoires entamées ſur cette importante queftion
ſe trouvoient terminées. »
« Votre Majesté a déſiré qu'elles fuſſent repriſes
enpréſence de M. le Garde-des-Sceaux , & des
Commiſſaires qu'Elle a nommés,
« Les Députés des Communes , certains que
ſous un Prince qui veut être le reſtaurateur de
la France , la liberté nationale ne peut être en
a nj
(6)
danger , s'empreſſe de déférer au défir qu'Elle
leur a fait connoître. Ils font bien convaincus
que le compte exact de ces Conférences , mis
fous fes yeux , ne lui laiſſera voir dans les motifs
qui nous dirigent , que les principes de la juſtice
&de la raifon. »
« SIRE , vos fidelles Communes n'oublieront
jamais ce qu'elles doivent à leur Roi ; jamais elles
n'oublieront cette alliance naturelle du Trône &
du Peuple , contre les diverſes Ariftocraties dont
le pouvoir ne fauroit s'établir que fur la ruine
de l'autorité royale &de la fé icité publique. Le
Peuple François , qui ſe fit gloire dans tous les
temps de chérir ſes Rois , fera toujours porté à
tout factifier pour foutenir les vrais principes
de la Monarchie. Dès les premiers inſtans où les
inſtructions que ſes Dépurés ont reçues , leur
permettront de porter un voeu rational , vous
jugerreezz, SIRE , files Repréſentans de vos Commuces
ne feront pas les plus empreffés de vos
Sujets , à maintenir les droits , Thonneur & la
gnité du Trône , à confolider les engagemens
publics , & à rétablir le crédit de laNation; vous
reconnoîtrez auſſi qu'ils ne feront pas moins juſtes
envers leurs Concitoyens de toutes les claffes ,
que dévoués à Votre Majefté. »
«Vos fidelles Communes font profondément
touchées de la circonstance où Votre Majesté
a la bonté de recevoir leur Députation. Elles
prentent la liberté de lui adreifer l'expreffion de
tous leurs juſtes regrets , & de leur refpectueufe
fenfibilité . »
RÉPONSE DU ROI.
« Je reçois avec ſatisfaction les témoignages de
dévouement & d'attachement à la Monarchie
»des Repréſentans du Tiers -Etat de mon
>> Royaume; tous les Ordres de l'Eta: ont un
1
1
( 7 )
» égal droit à mes bontes ,& vous devez comp-
>> ter ſur ma protection & fur ma bienveillance.
» Je vous recommande par-deſſus tout , de ſe-
>> conder promptement & avec un eſprit de fa-
• geffe & de paix , l'accompliſſement du bien
» que je ſuis impatient de faire à mes Peuples ,
» & qu'ils attendent avec confiance de mes ſen-
>> timens pour eux. »
Pendant que les Députés exécutoient leur Mif
fion auprès de Sa Majesté , il eſt arrivé à la Chambre
du Tiers une Députation du Clergé, qui a déposé
fur le Bureau l'arrêté ſuivant :
>> Les Membres du Clergé aſſemblés , déli-
>> bérant fur le plan qui a été propoſé à leurs
>> Commiffaires , au nom de Sa Majefté , relative-
» ment à la vénfication & au jugement des pou-
» voirs , & voulant donner à Sa Majeſté un
>>nouveau témoignage de la reſpectueuſe recon-
>> noiffance dont ils font pénétrés pour ſes ſol-
>> licitudes paternelles , ſont convenus d'accéder
» à ce projet provifoire de conciliation & de
>> vérification , & de manifeſter aux deux aures
» Ordres le voeu qu'is forment d'en fuivre la
>> diſpoſition. »
Députation au Clergé , pour le remercier de
ce qu'il avoit inftruit la Chambre du Tiers de
fa détermination , & pour lui annoncer la réfolation
prite par la Chambre , de ne délibérer fur
le plan de conciliation propoſé par les Commiſfaires
du Roi , qu'après la clôture du Procès-verbal
des Conférences.
« Les Députés du Tiers ont été auſſi faire part
à la Nebeife , de la détermination de leur
Chambre fur l'ouverture de conciliation . Le Préfident
de la Chambre de la Nobleſſe s'eſt bornéà
demanderle depôt de l'arrêté, &le noin desCommiflaires.
"
(8 )
- Le même jour , eſt entrée une ſeconde Députation
du C'ergé, difant :
» Les Membres du Clergé aſſemblés , profon-
» dément touchés de la misère du Peuple & de
la cherté des grains qui affligent les différens
>> cantons duRoyaume, croyent ne pouvoirmieux
>> le cor former aux vues paternelles de Sa Majefté,
» & mieux remplir leur devoir le plus cher , qu'en
>> s'empreffant de nommer une Cominiſſion com-
>> poſée de différens Députés pris dans chaque
>> Gouvernement , pour prendre en conſidération
»& recevoir tous les mémoires qui lui pourront
« êre adreſſés, & en invitant les deux autres
> Ordres à nommer des Com niffaires pour exami-
>> ner la cauſe de la cherté des grains. »
Le Theis a arêté d'une voix unanime , de porter
à l'inſtant au Clergé la réponſe ſuivante par
Députation:
,
» Pénétrés des mêmes devoirs que vous . tou-
» chés juſqu'aux larmes des malheurs publics
>> nous vous prions , nous vous conjurons de
» vous réunir à nous à l'inſtant dans 'a falle
>> commune, pour délibérer & aviſer aux movens
>> d'y fubvenir le plus efficacement qu'il ſera pof-
>> fible. »
Le Tiers a reçu le même jour une Députation
de la Nobleſſe , chargé de lui communiquer l'extrait
fuivant du Procès - verbal des délibérations
de cet Ordre.
>>L'Ordre de la Nobleſſe , empreſſé de donner
>>au Roi des témoignages de ſon anour , de fon
>> reſpect & de ſa confiance dans ſes vertus per-
>> fonnelles , & prouver à la Nation entière le
>> défir d'une conciliation prompte & durable ,
»& fidèle en même temps aux principes dont
>> il n'a jamais cru devoir s'écarter , reçoit avec
>> la plus vive reconnoiffance les ouvertures que
» Sa Majesté a bien voulu lui faire communiquer
( 9 )
>>par ſes Miniſtres. En costéquence, fans adopter
> quelques principes de préambule , il a chargé
> ſes Commiſſaires de rappeler à la prochaine
>> Conférence , que la Nobleſſe ſtatuera fur les
>> conteſtations qui ſurviendront ſur la validité
>> des pouvoirs de ſes Membres , lorſqu'ils n'in-
>> téreſſeront que lesDéputés particuliers de fon.
>> Ordre , & en donnera une Notice officiele
» aux deux autres Ordres. Quant aux difficultés
>> ſurvenues ou à ſurvenir ſur les Dép tations
>> entières pendant les préſens Etars-Généraux ,
>> chaque Ordre chargera , conformément au défir
du Roi , ſes Commiſſaires de les difcuter avec
» les deux autres Ordres, pour que, fur le rapport,
» il puiſſe y être ſtatué d'une manière uniforme
dans les trois Chambres ſéparées ; & au cas
» où l'on ne pourroit y parvenir , le Roi ſera
>> ſupplié d'être leur arbitre. »
Le Doyen de la Chambre du Tiers a répondu
à cette communication :
aQue la Chambre des Communes étoit très-
>> reconnoiſſante de ce que l'Ordre de la Nobleſſe
> vouloit bien les inſtruire de ſa détermination ;&
> que quand elle auroit délibéré ſur le projet de
> conciliation propoſé par le Directeur - Général ,
>> elle feroit part de ſon arrêté à la Chambre de
>> la Nobleſſe. »
La Séance ayant été prorogée à cinq heures du
foir pour y donner lecture du Réglement provifoire
de police , il a été convenu de ſe diviſer
en bureaux pour l'examiner mûrement.
De Paris , le 10 juin.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , dư 9.
mai 1789 , qui accorde des Primes pour
les Grainset Farines qui seront importés
des pays étrangers en Corse.
(10 )
Lettres-Patentes du Roi , qui autoriſent les Ofévres
à travailler au titre de dix-huit Ka'ats les
menus ouvrages d'or. Données à Verſaille, le 4
Avril 1789. Regiſtrées en la Cour des Monnoies
le 6 Mai audit an.
Pluſieurs des Habitans de la partie françoiſe de
Saint-Domingue , ayant paru défirer que desDépurés
de cette Colonie fuſſent admis aux convocations
des Etats-Généraux , & les autres étant
d'uneopinion contraire , M.le Marquis du Chilleau ,
Gouverneur-général ,&M. de Marbois , Intendant,
ont adreſſé au Commandant de chaque Paroiffe la
Lettre ſuivante, qu'ils ont enſuite fait imprimer&
publier.
Au Port-au-Prince , le 10 Avril 1789.
«Nous avons l'honneur de vous informer ,
>> Monfieur , des réſolutions du Roi relativement
» à la demande à fin d'admiffion des Députés de
>>la Colonie aux Etats -Généraux. Sa Majesté a
>> penſé qu'une affaire d'auſſi grande importance ,
» ne devoit être décidée qu'à la ſuite des plus
» mûres délibérations , & par l'avis même de
» ceux qui ont le principal intérêt au réſultat ,
» c'eſt-à-dire des Etats - Généraux du Royaume,
» et des Habitans de la Colonie. Toute autre
ود
"
"
"
"
marche dans une queſtion auſſi problématique ,
eût été remplie d'inconvéniens. Une élection
de Députés , tandis que leur admiſſion eſt en-
,, core incertaine , eût été prématurée , & les
difficultés qu'éprouve la formation des E ats du,
Royaume , annoncent ſuffisamment que l'introduction
des Députés Colonaux auroit pu être
,, une nouvel'e ſource d'embarras , puifqu'on
ignore juſqu'à préſent dans quel Ordre ils pourroient
être claflé . Dans ces circo ſtances , S. M.
a pris le ſeul parti qui pût convenir à fa fa-
„ geſſe , à ſa juſtice & à fon amourpour ſes ſujets,
ود
"
ود
( 11 )
"
,
tant des Colonies que du Royaume; c'eſt de
confulter les Etats-Généraux & toutes ses Co-
,, lonies en général ſur cette importante queſtior .
Cette marche eſt ſimple , elle prouve la pureté
des intentions du Gouvernement ; & nous
ſommes perfuadés que les Colons conviendront
unanimement que c'eſt le parti le plus conforme
à la raiſon ,&le ſeul qu'il fût poſſible
d'adopter dans une circonſtance auſſi nouvelle.
,, Ainſi , Monfieur , tandis que les Etats-Généraux
,, exprimeront leurs ſentimers à ce ſujet, les Co-
ود
ود
"
"
lons auront la faculté de faire connoître leurs
,, voeux dans une Aſſemblée coloniale que S. M.
ſe propoſe d'ordonner dans le cours de cette
année.
"
"
"
”
"
"
"
و د
وو
22
"
Elle a vivement à coeur deur bonheur &
leur repos. De pareilles vues n'exigent aucune
réſerve ,&nos meſures dans cette circonftance,
ainſi que dans toutes les autres , doivent avoir
la plus grande publicité. Nous vous autoriſons
donc, Monfieur , à donner connoiſſance de
notre Lettre à tous les Habitans , en attendant
,, que nous puiffions les inviter à ſe joindre à
,, nous de coeur&d'affection pour opérer le bien
général , que l'on ne peut ſe promettre que
de l'accord de ceux qui doivent y concourir.
Vous voudrez bien leur faire connoître que
Sa Majesté a dé.idé dans for Confeil que les
Coloniesfraçoiſes ne députeroientpoint à la prochaine
convocation; mais elle a en même temps
„ réſolu que cette faculté leurferoit donnéepourles
convocationsſubſéquentes , fi tel eſt leur voeu &
celui des Etats-Généraux du Royaume.
"
ود
”
"
"
دو Nous avons l'honneur d'être avec un parfait
attachement , Monfieur , vos très , &c. Signé
DU CHILLEAU & DE MARBOIS.
Nous completterons dans peu la liste
(12)
des Députés des trois Ordres aux Etats-
Généraux ; mais c'est à regret que nous
ne pouvons y admettre les suppléans ,
ce qui entraîneroit trop d'étendue. Par
réquisition particulière , nous nous bornerons
à annoncer que les suppléans de
la Sénéchaussée de Toulouse , sont :
Pour le Clergé, M. Laparre , Curé de
Dieupantale.
Pour la Noblesse, M. de Palaminy.
Pour le Tiers - Etat, M. Hébrard ,
Avocat.
<<Le 28 avril 1789 , le Prince hérédi
taire de Nassau Saarbruk est arrivé
<<à Châlons-sur- Marne , et s'est réuni
<<à la Princesse son épouse , née Prin-
<< cesse de St. Mauris Montbarrey, qui
<<s'y étoit rendue avec les Prince et
<<Princesse ses père et mère. »
<<Le 29, le Prince et la Princesse hé-
<< réditaires sont partis de Châlons pour
<<la Cour de Saarbruk , où ils sont ar-
<<rivés le 30. »
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 30 mai
1789 , sont : 2,62, 15 , 66, 11 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 JUIN 1789 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
ÉPIGRAMME
Imitée du latin de Quintus Catulus ( 1 ) .
JE m'étois arrêté pour ſaluer FAurore';
Tout à coup près de moi j'apperçois Calaïs :
La blonde Calais , auffi fraîche que Flore ,
Déployoit à mes yeux les graces de Cypris ....
Je ne pus commander àmes ſens interdits ;
Ma faiſon s'égara , je ne vis plus l'Autore ,
Et je tombai fans force aux pieds de Calaïs.
(Par M. Grainville. )
(1) Q. L. Catulus, Conſul Romain, vainquit les Cimbres
avec Marius,fon Collègue . Il fut du nombre des Orateurs
célèbres ; malheureuſement ſes Harangues ne font point
parvenues juſqu'à nous .
No. 25. 20 Juin 1789. E
98 - MERCURE
VERS à l'Auteur d'une jolie Comédie.
IMBERT , reçois mon compliment.
L'eſprit, la gaité , la décence,
Des vers heureux , de ta Fauffe Apparence ,
Ont fait un Ouvrage charmant.
POINT de perſonnages choquans ,
Point de vicieux déteſtables;
A
Deux caractères neufs , tous les autres piquans ,
Huit ou dix Scènes délectables.
Un mot auſſi ſur tes Acteurs !
O le plus heureux des Auteurs,
Tu t'en ſaiſis , tu les enrôles ;
Exprès pour toi, le Ciel les fit ,
Ou bien exprès pour eux , tu ſais faire des rôles.
Molé, brillant & vrai .... J'aime bien ce qu'il dit !
Contat met dans ſes yeux tout l'eſprit d'une Pière;
Et la Marquiſe.... (1 ) Ah ! qu'elle m'intéreſſe !
Elle a trop de bonté pour être fans eſprit (2 ).
Du Marquis ,je conçois les craintes , le dépit ;
(1) Mad. Petit.
(2) Ce vers eft la parodic d'un vers charmant , qui ſeul
caractériſeroit la Marquife :
Elle a tant de bonté , qu'on la croit fans eſprit,
(Nores de l'Auteur.)
DEFRANCE.
وو
On peut être jaloux d'une femme jolie ,
Lorſque l'Amant eftjoué par Fleury.
Tu fais qu'on aime à la folie
Le jeu vif & fin de Joly.
De tout cela j'étois ravic ,
Quand une fourde émotion ....
Qui ſe défend l'ambition ,
Et même l'émulation ,
Pourroit-il connoître l'envie ?
Ah ! juſqu'ici belle proſe , doux vers
Aucun ſuccès dans l'Univers
Ne m'a caufé de jaloufie.
Mais pourquoi donc certaine fantaiſie ? ...
Plus j'examine .... en vérité , je crois ,
Que le Jaloux , revu cinq fois ,
Et dont je reparle fans ceffe ,
Nc veut pas que j'échappe à la commune loi !
Ce Jaloux malgré lui me rend , je le confefle ,
Un peu jalouſe malgré moi .
( Par l'Auteur des Contes Orientaux. )
E 2
100 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eſt Image ; celui
de l'Enigme eſt Fumée ; celui du Logogriphe
eſt Image, où l'on trouve Magie, Mi ,
Ame, Ami,Geai, Ma, Age, Mai ,
CHARADE.
SOUVENT dans lamuſique on trouve mon premier,
Et la terre nourrit mon tout & mon dernier.
(Parune Abonnée. )
ÉNIGME,
JE fuis un être à double ſens.
Sous le premier , j'excite & flatte
L'ambition de bien des jeunes gens
D'unOrdre diftingué : tout enfant d'Hippocrate,
Sous l'autre ſens , cherche à me procurer,
Es-tu malade ? ami , tu dois me déſirer,
(Par M. B... Curé en Franche-Comté.)
J
DE FRANCE. 101
LOGOGRIPHE.
DANS Rome, cher Lecteur, ſur un profane autel,
Jadis le feu facré fut commis à ma garde ;
Sous un ſecond aſpect , un habile Mortel
M'obſervantdans les cieux du hautde ſa manſarde,
Conclut & prononça qu'onze frères & moi ,
Portant tous , chaque nuit , figure enluminée ,
Nous embraſſons le temps, nous lui faifons la loi ,
Et guidons, tour à tour, chaque mois de l'année ;
Sous untroiſième aſpect merveilleux , confolant ,
Des faveurs du Très-Haut, ſage diſpenſatrice ,
Dans des cas épineux , au Pécheur pénitent ,
Jepréſente fans ceffe une main preteetrise.
Si mon nom, cher Lecteur, eſt encore un ſecret,
Je vais pour toi ſubir quelques métamorphoſes ,
Etd'un mûr examen les paſſant au creuſet ,
Tu pourras démêler mes différentes cauſes.
J'offre un des châtimens qu'on inflige au délit ;
Un lieu voiſin des flots ; un mouvement ſubit ;
L'oiſeau qui ſe nourrit des grappes de la treille ;
Ceque paroît ſouvent l'ami de la bouteille ;
E 3
;
وک
7
102 MERCURE
Uneantique cité dans un riche canton ,
Dont l'habitant ne dit jamais oui, jamais non ;
Cequ'un filsde Jacob expliqua dès l'enfance;
Ce qui du Nautonnier , luttant contre les flots ,
Par ſa proximité , ranime l'eſpérance ;
L'inſecte qui ſe plaît dans la nuit des tombeaux;
Cette Amante, en un mot, fitendre & fi célèbre ,
Donton lit à regret les maux & le tourment ,
Quand (j'en frémis encor ) lecoeur de ſon Aman
Deviat pour elle ,hélas ! un aliment funèbre.
Adieu , Lecteur , adieu , puiſſes-tu me trouver
Dans celle que le ſort voudra te deſtiner !
(ParM. Regnauli , Commiſſaire des Claſſes.)
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
VOYAGE en Crimée & à Constantinople
en 1786 , par Miladi CRAVEN ; traduit
l'Anglois, par M. GUÉDON DE LA
BERCHÈRE , Notaire à Londres ; enrichi
de plusieurs Cartes & Gravures .AParis,
chez Maradan , Libraire , rue St-Andrédes-
Arts , Hôtel de Château- Vieux.
TE Voyage de Miladi Craven n'eſt point
furchargé d'érudition , point allourdi par
de froides differtations fur les origines ,
point d'extaſe à chaque pas, point de prétentions
à la pompe ni à l'emphaſe. Son
oeil eſt celui d'une jolie femme , beau ,
clair , qui voit bien , & voit vite. Sa plume
écrit ce qu'elle a vu , & décrit vite. Ainfi
ſon Voyage a le mérite bien recommanda
ble de ne dire que ee qu'elle a vu , d'avoir
vu ce qui étoit eſſentiel , & de narrer tout
eela très- agréablement , vivement , & ce
pendant uniment. Sites , moeurs, vêtemens,
préjugés , voilà ce qu'elle retrace : peu de
Loix ; elle a trop peu ſéjourné, pour ofer
s'en mêler : point de politique , par la
même raifon. Ceux qui voyageront après
E 4
104 MERCURE
,
elle , & qui voudront ce qu'on appelle
tenir une route , liront avec plaifir Miladi
Craven. Les Savans , un Antiquaire , un
Amateur de Tableaux & de Monumens ,
pourra , s'il veut , ne point lire ce Voyage ;
&l'aimable Auteur, qui , partie de la Tou-
Faine pour parcourir , du même trait , le
Midi de la France , Antibes , Gênes , Piſe ,
Florence , Bologne , Veniſe , Vienne , Varfovie
, Pétersbourg , Moſcou , Cherfon
toute la Crimée , arrive à Conftantinople,
fait des courſes dans la Grèce , rend compte
de tout , & termine en une année un
voyage auffi curieux & auffi long, peut ſe
conſoler de la mauvaiſe humeur des Voyageurs
Philofophes , qui n'aiment que les
détails de Légiflation & de Politique , &
qui ennuient gravement leurs Lecteurs.
Un trait ſuffit au Pouflin , pour jeter fus
fon tableau cette douce mélancolie des
heureux Habitans de l'Arcadie : Et in Arcadia
ego. Un trait ſuffit également à.Miladi
Craven , pour ſaiſir le ſite d'un pays &
la phyſionomie physique & morale de ceux
qui l'habitent. Chemin faiſant,elle ramaſſe
tout , & depuis le Temple de Minerve , &
les anciennes ruines , juſqu'à la culture de
l'afperge , elle ſaiſit tout , &elle a l'air de
piquer le Lecteur par ſa vivacité , & par
les nuances aimables de ſon ſtyle épiſtolaire.
Ses Lettres ſont adreſſées à un Prince
Souverain ( le Margrave de Brandebourg )
qui eſt univerſellement aimé de ſes Sujets ,
DE FRANCE.
105
& de ceux qui ont eu l'honneur de le
connoître dans ſes voyages ,& pendant fon
ſéjour à Paris. Pour lui faire trouver un
voyage intéreſſant , il falloit accumuler des
connoiſſances ; c'eſt ce que Miladi Craven
a fait avec eſprit , avec adreſſe , & fans
échafaudage.Nous ne pouvons qu'être étonnés
qu'une femme aimable , belle , jeune
encore , ſe ſoit expoſée à tant de fatigues
&à la tenue d'un aufli long voyage , quelque
adouci qu'il fût par les empreflemens
des Miniſtres des différentes Cours qui l'ont
reçue de Poſte en Poſte , & auxquels elle
étoit recominandée par leurs Souverains.
On lira avec plaifir de quelle manière l'immortelle
Catherine II ſait accueillir les
Etrangers , & avec quelle grace & quelle
magnificence elle a traité Miladi Craven .
Juſtifions maintenant nos éloges par quelques
citations priſes au haſard des defcriptionsde
fites, demoeurs , &de monumens.
Commençons par les ſites : Miladi Craven
peint ainſi celui de Conſtantinople .......
ود-Au moins , je dirai qu'il n'y a point
>> de coup d'oeil qui ait droit d'intéreſſer
» ou de plaire , ſi on le compare au point
» de vue varié qu'offrent les bords de ce
>> fameux détroir. Ce font des rochers , de
la verdure , d'anciens châteaux bâtis fur
ود le ſommer des collines par les Génois ,
>> des kioſques modernes , des minarets,
>>de grands platanes qui font plantés pêle-
Es
106 MERCURE
>>mêle dans les vallées , de vaſtes prairies,
une foule immenfe de peuples , des ba-
>> teaux & des navires fans nombre qui
bordent le rivage ou couvrent le canal
» &, ce qui m'a paru non moins fingulier,
» rien qui ait la froide ſymétrie d'un jardin
» François . Les Turcs ont un ſi grand ref-
ود
pect pour les beautés de la Nature , que
» s'ils veulent batir une maiſon dans un
>> endroit où il y a un arbre , ils pratiquent
" un grand trou dans le bâtiment , pour
Liffer paffer l'arbre & lui donner un ef
>>>pace ſuffifant pour croître , parce qu'ils
>>croient qu'un branchage vert eft forne-
>>ment le plus beau pour le toit d'une
maifon. Or , fi nous voulons réfléchir ſur
» la différence d'un feuillage magnifique ,
>>à une cheminée , nous pourrons juger
» qui a raiſon d'eux ou de nous. Conf-
> tantinople eft preſque entièrement en-
- > touré d'une muraille très - haute , garnie
> de donjons & fanquée de grandes tours
>> carrées , qui a été élevée par les Em-
>>pereurs Grecs. Le ſtyle d'architecture
> reſſemble exactement à celui des murs
> des châteaux de Varvick & de Berkeley ;
>>mais la plupart des tours carrées qui
>> fervent de portes , tombent en ruines
>> par la négligence des Turcs , dont plu
>> ſieurs croient à une ancienne Prophétie,
>>qui annonce comme prochaine l'entrée
>> publique& triomphante de l'Impératrice
>>de Ruffie à Conftantinople par l'une des
ود
DE FRANCE. 107
* ces portes , en qualité d'Impératrice de la
- Grèce. Plufieurs, parmi eux, font décidés
» à cet égard , & ont déja pris leurs me-
>> fures pour ſe tranſporter en Ane à tra-
>> vers le Boſphore. Il y en a même , dans
>> ce nombre , qui vont juſqu'à défig er la
>> porte par laquelle elle doit entrer. It
>> ſeroittrès agréable à quelques Nations de
ود voir reculer le ſiége de l'Empire Otho-
>> man loin du lieu où il eſt aujourd'hui
» & qu'il ſemble que la Nature ait forme
>> pour ſervir à tous les Peuples commer
» çans , d'un paflage que l'inactivité des
>>Turcs a intercepté trop long-temps. Tous
> les hommes qui ont quelque reſpect pout
>> les plus beaux monumens qu'ait produits
>> l'Antiquité , uniffent leurs voeux pour
>> qu'Athènes & tout ce qu'elle contient
>> encore en ce genre, ne foient pas en
tièrement détruits par l'ignorance de ces
" Barbares. Ils brûlent journellement &
,, font de la chaux , des ruines qui ome-
>> roient les cabinets des Curieux , & i's
» emploient à faire une muraille , on une
ود
" fontaine , des matériaux que le génie
>>s'étoit complu à convertir en chef-deur
» vres de l'Art. Il ne reſte plus à préfent
» qu'un petit fragment de ceste: colonne
qui étoit fans doute autrefois un précieux
>> ornement pour l'Améidan , ou Marché
aux chevaux
Suivons Miladi Craven dans fes courſes
1
108 MERCURE
en Grèce , & regrettons d'avance d'être
trop reſſerrés dans les bornes de notre
Journal , qui ne nous permettent pas de
tranfcrire tout ce qui nous plaît ou nous
intéreſſe. » Quand je me vis , dit Miladi
>>Craven , à la hauteur de cette fameuſe
- Troie , j'eus une velléité de mettre pied
" à terre ; mais comme la terre n'offre
>> abſolument rien à voir, & que nous n'a
» vions pas le temps de creuſer dans ſes
» entrailles , pour y chercher les cendres
>>des Héros qui y font enterrés, nous nous
>> contentâmes de ſuppoſer ce que nous
>> aurions pu trouver en paſſant le détroit ;
> nous déplorâmes le fort de Léandre,
» Nous débarquâmes dans l'Iſle de Naxos.
» Je n'ai trouvé que de foibles reſtes du
>> Temple dédié à Bacchus , & bâti ſur la
>> pointe d'un rocher. Une belle propor-
»tion fait conjecturer qu'il a dû être un
>> édifice très - majestueux. On m'a montré
>> la fontaine , ſur le bord de laquelle on
>> dit que la malheureuſe Ariane pleura la
>> fuite de ſon Amant , & où Bacchus la
> trouva. Elle eſt de marbre blanc , & trop
>> endommagée par les temps , pour mériter
>> une plus grande deſcription ".
Miladi Craven donne un détail de la
parure des femmes de Naxos , qui n'eſt
guère conforme aux idées que nous avions
du luxe des Grecs ; & c'est ici qu'on peut
s'écrier : O quam mutatus ab illo ! Rien
DE FRANCE. 109
n'effraie Miladi , & c'eſt la première femme
qui ait ofé deſcendre dans la Grotte d'Antiparos.
" Du Pirée à Athènes , la terre va
>> en s'élevant , dit Miladi , par degrés. Les
» plus beaux objets que cette ville offre
>>aujourd'hui , font à la gauche , près du
>> rivage , un grand boſquet , ou plutôt une
>> forêt d'oliviers ; & un peu au deflous
» de la ville, ſeul & iſolé, le fuperbe &
» magnifique Temple de Théſée. L'archi-
>> tecture en eſt ſimple & noble ; les prov
> portions en ſont majestueuſes & agréa
>> bles : c'eſt un des plus beaux monumens
» qui ait pu paſſer juſqu'à nous , pour at
ود teſter ce goût dans les Arts dont les An-
>> ciens étoient en poffeffion,&qui devoient
>> nous ſervir de modèle ..... Mais, hélas !
>> le Temple de Minerve , qui eſt dans la ci-
> tadelle d'Athènes , a été employé par les
ود
"
Turcs à faire un magaſin à poudre, qui ,
par une exploſion , a jeté à bas des mor-
» ceaux de la plus belle ſculpture, dont je
» m'eſtimerois heureuſe de pouvoir ramaf-
رد
ود
ſer quelques parties. Le peu qui reſte des
colonnes du Temple de Jupiter Olym-
» pien , ou plutôt de ce qu'on croit avoir
été le fameux Panthéon qui contenoit
les ftatues de toutes les Divinités du Pa-
>> ganiſme, ſuffit encore pour donner une
ود
"
ود idée de la grandeur immenfe de cet édi-
>> fice ".
Miladi Craven rend compte affez ingé
II MERCURE
nieuſement des motifs qui ont porté les
Athéniens à perfectionner l'Architecture
& la Sculpture. » Le climat & le fol ne
>>laiſſant point aux Athéniens la reſſource
>> des jardins , n'eſt il pas naturel de croire
qu'ils occupoient les Eſclaves à creufer
>> la teore , à exploiter ces carrières , même
» à travailler le marbre , ſous la direction
>> d'Architectes & de Sculpteurs qui ſe
* réſervoient ſeulement la partie de l'or-
>> nement , & ce que nous appelons le
> coup de Maître , foit dans les ouvrages
>>de Sculpture & d'Architecture ? Nous
>> produiſons de quoi exercer le pinceau
>> de nos Artiſtes , par les arbres dont nous-
» ornons nos parcs ou nos jardins. Les
» Athéniens ne pouvoient former , par ce
> fecours , ni ombrages ni perſpectives :
>> cela dut contribuer à perfectionner un
» Art qui leur procuroit des ſiéges & des
➤ promenades à l'abri des rayons brûlans du
>>ſoleil , par leurs édifices de marbre, objets
>> tout à la fois de luxe & d'utilité. Un petit
>> jardin peuplé d'orangers , qui n'a pas
vingt pieds en carré , ſe montre à Athè-
» nes comme une choſe plus merveilleuſe
» qu'un Temple , une colonne conſacrée,
>> ou un Prix remporté aux Jeux Olympi-
>> ques. Nous faiſons une grande plaine
>> dans un parc , où nous plantons une
touffe d'arbres ; eux, ils élevoient un mo-
» nument ". Le nombre étonnant qu'ils
en ont laiffé , celui des piliers deſtinés
"
DE FRANCE. FIF
uniquement à perpétuer le ſouvenir des
évènemens les moins importans , fuffiroient
pour prouver que le marbre étoit une des
productions de leur fol ,& pour nous-convaincre
de l'impoſſibilité où ils étoientd'employer
leur génie à d'autres Arts qu'à l'Ar
chitecture & à la Sculpture , ce qui a né
ceffairement amené ces Arts au degré de
perfection que nous admirons encore aujourd'hui
, & que nous faiſons gloire d'imiter.
le
La juſteſſe de ces obſervations n'a pas
beſoin d'être indiquée ; elle ſaute à l'efprit.
du Lecteur , que nous renvoyons au Livre
même , pour tableau des moeurs des
Grecs modernes comparés aux anciens , &
pour tous les détails relatifs à la Religion ,
aux Coutumes , aux ufages privés des Tures
de leurs femmes. Ces objets curieux font
préſentés d'une manière très-piquante , ainſi
que tout ce qui peint les Coſaques , les
Tartares , leur difcipline ,& le pouvoir des
Chefs de ces deux Peuples. Nous pouvons
affirmer que cette Partie du Voyage de Cri
mée fatisfera infiniment les Lecteurs. Nous
finirons cet extrait par la peinture de l'érat
civil du Serf Ruffe.
On croiroit, dit Miladi , en Angleterre,
que des hommes qui appartiennent en propre
àun Maître , doivent fouffrir beaucoup
d'inconvéniens de leur eſclavage. C'eſt au
contraire cette ſujétion qui protége leurs
112 MERCURET
vies & leurs perſonnes , leurs Seigneurs fervant
de puiſſance intermédiaire entre eux
& un Gouvernement deſpotique , ou une
foldateſque féroce. Ces payfans ferfs ont
d'ailleurs un avantage inestimable ; c'eſt
qu'en payant chacun à peu près une demiguinée
par an , ils ont à ferme autant d'ar-,
pens de terre qu'ils peuvent ou qu'ils jugent
à propos d'en cultiver , & leur fortune
dépend entièrement de leur induſtrie. Si le
Seigneur foncier vouloit forcer le quota de
cette taxe , ou tribut annuel , & grever ſes
vaſſaux , ceux- ci , par la misère & la défertion
, le réduiroient à la pauvreté ſans
rien perdre eux- mêmes. Il est vrai que , du
nombre de ſes Serfs , le Seigneur eſt obligé
de fournir un foldat chaque année ; mais ce
n'eſt qu'un homme ſur trois ou quatre cents .
Le Lecteur ne manquera pas d'applaudir
à la réflexion ſuivante de Miladi . Détachée ,
dit- elle , des préjugés de toute eſpèce , je
trouve amusant de fonger aux notions ridicules
& fauſſes de liberté & de propriété
qui circulent dans le gros de la Nation Angloiſe.-
Elle auroit pu ajouter de toutes
les Nations. Tous ceux qui connoiffent
Miladi Craven , & qui l'ont entendu caufer
, ſavent comment elle fait faifir les différens
objets , & c'eſt toujours ſous un des
meilleurs aſpects , & ſouvent des plus piquans.
A travers les diffipations d'une Société
DE FRANCE . 113
brillante , les convenances & les égards dus
àcette première claſſe avec laquelle Miladi
Craven vit & correſpond , ſes courſes ra
pides & fréquentes , on eſt étonné de voir
tant de talens acquis , l'uſage des Langues
&des connoiſſances rares que n'ont pas
toujours les femmes qui ſavent qu'elles font
belles & aimables. Les principes de morale
de Miladi Craven ſont encore mieux développés
dans ſes Lettres à ſon fils , dont
nous ſavons qu'on ſe diſpoſe de donner
une Traduction en françois. On y trouvera
d'excellentes leçons pour ceux qui , jeunes
&liés par des noeuds que le coeur n'a pas
toujours formés , trouvent dans l'hymen de
nombreux écueils. Ces Lettres donnent, des
principes & du coeur de Miladi Craven ,
l'opinion la plus eftimable. Pour nous , qui
l'avons apperçue dans un de ſes voyages à
Paris , nous n'avions pas eu beſoin de la
lire pour en juger avantageuſement ; nous
l'avions entendue , & cela nous avoit ſuffi
114 MERCURE
La Liberté, ou la France régénérée,Poëme,
par M. l'Abbé DE COURNAND, Lecteur &
Profeffeur Royal de Littérature Françoise:
Libertas quæ, ſera tamen, refpexit inertem,
Refpexittamen,& longo poſt tempore venit..
A Liége ; & fe trouve à Paris, chez
Lallemand de Sancierres, Libraire, Place
Cambrai , à la Plume d'or ; & chez les
Marchands de Nouveautés..
AUJOURD'HUr que la Nation , d'un
bout de la France à l'autre , s'occupe des
queſtions les plus importantes ; aujourd'hui
qu'une Philofophie libre &hardie travaille
fans relâche à réformer les opinions deftructives
du bonheur public , est- il bien_
furprenant que l'on néglige les talens
de l'imagination , la belle Littérature , &
cette fleur d'eſprit qui ont fait la gloire &
les délices du ſiècle brillant de Louis XIV
Au moment où , dégagés à peine du bandeau
des ſyſtemes politiques conſacrés par
une longue prefcription , les yeux ſont encore
tout éblouis d'une nouvelle lumière ,
arrêteront-ils leurs regards ſur des Ouvrages
d'agrément & fur les Productions du
goût? Non ſans doute : ce ſeroit trop exiger
; l'enthouſiaſme ne fait point partager
DE FRANCE.
11g
2
fon attention : mais ne nous décourageons
point; ne craignons point que le goût des
Belles- Lettres & des beaux vers s'éteigne
chez un Peuple ingénieux & ſenſible. Des
objets d'une utilité préſente , d'un intérêt
plus général , peuvent & doivent le faire
oublier pour un temps ; mais on le verra
bientôt renaître& refleurir avec plus de vigueur.
L'Art du Poëte tient immédiatement
au coeur humain , ſon but eſt de l'émouvoir
& de le charmer ; ſon preftige tour
jours sûr tient àl'imagination , de toutes nos
facultés la plus ſenſuelle comme je me
fuis déjà exprimé ailleurs. L'homme eſt né
pour les Beaux-Arts ; ils le ſeduiront éternellement
par un charme non moins décevant
qu'irréaſtible. Malheur à lui s'il ne
vivoit que pour calculer froidement ſes
intérêts ! Une fois que les grandes vérités
politiques ,fi fimples en elles-mêmes , atr
ront on certain degré d'évidence générale,
une fois que la pratique en ſera connue ,
elles perdront tout l'attrait de la nouveauté :
alors plus d'enthouſiaſme ; car rien ne nous
laiſſe plus froids que l'évidence. D'ailleurs
le Poëte né avec des organes flexibles , &
diſciple,involontaire des objets qui l'environne
, ne doit-il pas conformer fon allure
au ton de fon Siècle ; ne doit-il pas recueillir
les vérités éparſes autour de lui , & les
revêtir des couleurs qui lui font propres ?'
En tournant fon eflor vers la Philofophie ,
la Poéfie lui devra de nouvelles aîles; elle
116 MERCURE
deviendra plus auſtère , mais ſera plus mâle
&plus vigoureuſe. Elle perdra d'un côté ,
&gagnera de l'autre. Quelques vers que je
demande la permiſſion de rappeler , viennent
à l'appui de ces réflexions .
Mais ſi l'enchantereſſe , idole du Poëte ,
De l'antique Féerie a perdu la baguette ,
Elletient en ſes mains le prifme du bon ſens ;
Elle peut de l'erreur briſer les taliſmans ,
Et prêter aux humains , Ariane nouvelle ,
Le ſecourable fil de la loi naturelle .
Toujours belle àce prix , la Déeſſe des Vers ,
D'un charme inévitable enchante l'Univers .
Je crois voir , à trente ans , une ſage Coquette
Renoncer , pour mieux plaire , à l'art de la toilette;
Et pardes ſoins plus chers, par des tons plus ſenſés ,
Rajeunir ſes attraits chaque jour effacés.
Rien ne peut affoiblir l'intérêt qu'elle inſpire ,
Etfans perdre ſes droits, elle a changé d'Empire.
Ep. à un Ph.
Ce qui n'eſt ici qu'indiqué & entrevu;
M. l'Abbé de Cournand vient de l'entreprendre
& de l'exécuter. Il eſt le premier
Poëte qui , àl'époque intéreſſantede l'Affemblée
Nationale , ait eſſayé de conſacrer en
vers les principes qui vont devenir la baſe
de la félicité publique. Un eſprit de ſa
trempe étoit digne de ſentir le prix de ces
idées graves qui embraſſent les droits &
DE FRANCE. 147
les devoirs des Citoyens , comme auſſi de
leur prêter le charme des Vers. Après avoir
déploré les malheurs de la féodalité ſous
laquelle nos ancêtres ont gémi , il expoſe la
misère du Peuple , les vexations du Fiſc; il
s'élève contre ces droits également onéreux ,
& pour l'Habitant des campagnes qui cultive
, & pour l'Habitant des villes qui conſomme.
Si Pomone gémit ſur ſes champs dévaſtés ,
Peut-être le bonheur habite les cités.
Voyez-les élevant leurs têtes orgueilleuſes ;
Brillantes de tréſors , on les croiroit heureuſes .
Combien l'homme eſt ſéduit par des dehors trømpeurs
!
Eh ! la même infortune y commande les pleurs.
En vain vous admirez leurs portes triomphales.
L'Abondance s'arrête à ces portes fatales ;
Et , la bourſe à la main , les larmes dans le coeur ,
Elle achète le droit de nourrir le malheur.
On ne pouvoit préſenter ſous une image
plus touchante & plus poétique , le cruel
Héau des droits d'entrée : mais il prévoit
la fin de ces maux; il expoſe les voeux &
les eſpérances du Peuple. Pour mieux peindre
l'enthousiasme patriotique qui anime
les trois Ordres de l'Etat , il le compare
au fanatiſme des Croifades , & par ce rapprochement
, il fait ſentir ce que nous devons
aux progrès des lumières.
MERCURE
Tel , dans ce mouvement dont un fiècle pictux
Vinttourmenter la foi de nos groffiers aïeux ,
Onvit tous les François, dans leurs faintes alarmes,
S'attrouper , s'indigner , frémir , courir aux armes.
La trompette en ſurſaut briſe l'air de ſes fons .
L'un forge en glaive aigu le fer de ſes moiffons ;
L'autre effaye à fon corps la cuiraſſe peſante.
L'Amant , du même zèle , enflamine ſon Amante.
Tout devient arſenal , tout s'anime au combat.
La mitre d'or ſe change en caſque de ſoldat;
Et du tombeau du Chrift , la haute deſtinée ,
Pèſe avec ſes Guerriers ſur l'Afie étonnée.
Cedélire a pour nous l'airdes temps fabuleux ;
Le nôtre , plus ſenſé , doit être plus heureux.
Ma voix ne chante point les Héros de la Guerre,
De leurs fanglans exploits faiſant frémir la Terre.
Ici , tout eſt paiſible , & l'olive à la main,
Le Peuple , à mes Héros,applanit le chemin.
'Conduits par la vertu , guidés par la prudence ,
Ils accourent chargés du deſtin de la France.
De trente régions qu'elle enferme en ſon ſein ,
Chacune avec orgueil concourt à ſon deſſein. :
Ce paſſage eſt ſuivi d'une énumération
des diverſes Provinces du Royaume. Cette
énumération n'étoit pas aiſée à mettre en
vers. L'Auteur a heureuſement vaincu ces
difficultés. Il a répandu les fleurs de la Poéſie
ſur des détails topographiques , naturellement
arides & fecs. Voici comme il dé-
{
DE FRANCE.
119
ſigne la Guienne , le Béarn , le Languedoc ,
& la Provence.
De pampres & d'épis , compoſant ſa couronne ,
L'Aquitaine fourit à l'eſpoir qu'on lui donne ,
Offre à la liberté ſes tréſors les plus chers ,
Son courage , ſon fleuve , & les préſens des mers.
Les Sujets de Henri , du pied des Pyrénées ,
N'ont point de ſon berceau trompé les deſtinées.
De l'avare intérêt leur ſentiment vainqueur ,
Prouve ceque leur père eſt encore à leur coeur.
Chère ombre , ce ſpectacle a ranimé ta cendre ;
Toujours remplis de toi , toujours sûrs de t'entendre
,
Tes braves Béarnois conſolent , parleurs voeux ,
Tes jours trop tôt finis pour voir ton Peuple heureux.
Donnant ſon zèle aux coeurs , aux eſprits ſon
génie,
La Liberté parcourt la vaſte Occitanie ,
Rend le Prêtre aux Autels, les Peuples à leurs Loix,
Auxcultes différens fait entendre la voix ;
Tous volent ſur ſes pas , tous s'enflamment pour
elle.
La concorde eſt l'encens qu'on brûle àl'Immortelle .
Et tới , belle Provence , ....
Recouvre de tes moeurs l'antique dignité.
Souviens - toi que la Grèce , aux jours récens du
Monde,
Pour te donner ſes loix, franchit la mer profonde.
120 MERCURE
Sous unRoi citoyen , rappelle àtes enfans ,
Leurs aïeux , & leur gloire , & leurs jours triomphans.
On croit que Marseille fut båtie d'abord
par une Colonie de Phocéens partie des
bords de la Grèce ; & c'eſt à quoi l'Auteur
a voulu faire alluſion. Il caractériſe la Lorraine
& la Flandre d'une manière heureuſe
& préciſe.
Le ſang Lorrain l'invoque ; elle accourt àgrands pas
Rendre à ce beau pays les jours de Staniſlas.
M. l'Abbé de Cournand place le ſiége
de la Liber au milieu de Paris.
:
Déeſſe tolérante , elle veut gouverner
Ses nombreux Zélateurs , mais ſans les enchaîner.
La Vérité la ſuit , dont le mâle courage
D'un Peuple vain , léger , va faire un Peuple ſage.
Les partis , les débats , les cabales , les cris ,
La preſſe vomiſſant un déluge d'Ecrits ,
Fantômes effrayans de tant d'eſprits vulgaires ,
Sont de ſon règne heureux les ſuites ordinaires .
Ne ſeroit-ce pas néanmoins mal connoître
le caractère d'une Nation vive &
emportée, que de ne pas craindre les fuites
de cet eſprit d'inſurgence , qui peut
enflammer à l'excès des cerveaux non préparés
, & déranger l'équilibre de la Monarchie?
Malheur à nous, fi un enthouſiaſme
de liberté demeſurée venoit à remplacer la
raifon
DE FRANCE . f2r
raiſon toujours ſage & modérée. Je fais
que l'enthouſiaſme opère les grandes chofes:
mais il eſt dangereux ; il garde rarement
un juſte milieu. Un déluge de maux
pourroit alors dériver de la ſource même
du bien , & dévaſter l'intérieur du Royaume.
Les intérêts du Roi ne peuvent ſe ſéparer
de ceux du Peuple. Toute lutte entre
I'un & l'autre ſeroit funefte. Tous deux
doivent ſe rapprocher &s'unir , pour combattre
les abus & les oppreffeurs de toute
eſpèce.
Au furplas , nous devons tout attendrede
la grande idée que les François ont conque
du Minidre réparateur qui veille aux deftins
de l'Etat. Elle contribuera à concilier
les eſprits , & à opérer le bonheur du Peuple
, qui eſt le premier déſir du Roi . M.
l'Abbé de Cournand nous garantit ce bonheur,
par ce voeu qu'il exprime en ces mors,
&dont l'application n'eſt pas une énigme
bien difficile.
20
254
S'il étoit un Miniſtre actif , ferme , ſenſible ,
Qui fût de la vertu l'image incorruptible ,
Noble préſent du Ciel à nos jours réſervé ,
Idole de l'Etat que ſon nom a fauvé ,
Qui, grand par ſon eſprit, grand par ſon caractère,
N'aimât de ſon emploi que l'honneur de bien faire,
Ajoutant par ſes moeurs du poids à ſes difoours ,
Trop fier pour s'abaiſſer au inanége des Cours ,
Nº. 25. 20 Juin 1789. F
22 MERCURE
Voyant d'une hauteur , où lui ſeul peut atteindre ,
Lesdangers fans les fuir, les partis fans les craindre,
Ce prodige, il est vrai , ne s'eſt vu qu'une fois.
Mais notre Hiftoire un jour, en inſtruiſant les Rois,
Peut fixer leurs regards fur ce crayon fidèle ,
Et leur dicter des choix formés ſur ſon modèle.
( Cet Article est de M. de St. Ange. )
ORAISON funèbre de Très-Haute, Très-
Puiſſante & Très- Excellente Princeſſe
LOUISE - MARIE DE FRANCE ,
Religieuse Carmélite , & Prieure du
Monastère de Saint - Denis ; prononcée
dans l'Eglise des Carmélites de Pontoise,
le 1 Juin 1788 ; par M. l'Abbé Du
SERRE - FIGON , Prédicateur du Roi. A
Paris , chez Eugène Onfroy ( 1 ) , Libr.
rue St- Victor. In-8°. de 170 pages.
C'EST une preuve de goût que de ſavoir
donner à chaque genre d'écrire le ton &
les ornemens qui lui conviennent. Parler
(r) On trouve chez le même Libraire le Panégyrique
de Sainte Thérèſe , &le Difcours fur
La Fête ſéculaire de la Maiſon de Saint - Cyr ,
compoſés par le même Auteur.
DE FRANCE.
123
le langage de l'Ecriture ,& montrer cependant
par ſon ſtyle qu'on eſt Orateur ; préfenter
,d'une manière éloquente , les vertus
de fonHéros qui peuvent le rendre précieux
à la Religion & cher à l'humanité; lentir
vivement , & modérer ſon enthoufiafime ;
allier quelquefois les formes de la Poésie
aux mouvemens de l'Eloquence ; croire à
fon sujet , & convaincre ſes Lecteurs &
fes Auditeurs : tels font en partie les devoirs
& les écueils de nos Panegyriftes
facrés. Heureux, lorſqu'ils n'ont qu'à célébrer
des vertus & des talens réels , &
que dans la Chaire de vérité ils ne proſtituent
pas PEloquence par de ſacrilégesmenfonges!-
Le Bonheur du ſujet , le talent de
l'Ecrivain , recommandent bien favorablement
le Difcours pieux que nous annoncons.
C'est à la fois un intéreſſant morceau
d'Histoire , & un Panégyrique touchant ,
où le paffage des faits aux réflexions eft
toujours infenfiblement nuancé , où ſont
encaftrés fort heureuſement une foule de
mots de caractère , qui relèvent l'uniformité
du fonds , où l'on voit enfin , où l'on ſent
un Orateur exercé à écrire avec cette plénitude
, cette onction qu'on ne retrouve
plus dans les Difcoureurs pomponés de la
Capitale.
Voici un morceau de l'exorde , qui fera
connoître &aimer la manière de l'Auteur.
Fa
124 MERCURE
» Après avoir autrefois célébré la réformation
du Carmel , j'étois donc encore
deſtiné à jeter quelques leurs fur le tombeau
de la plus illuſtre de ſes filles &
dans un âge où il faut bien plus s'occuper
à perfectionner ſes ventus qu'à publier
celles des autres , à édifier les vivans qu'à
louer les morts , les reftes de ma foible
voix devoient être conſacrés à la Thérèſe
de la France ! Oh ! fi une profonde vénération
, une forte d'enthousiasme pour celle
dont je dois peindre la grande ame , le
zèle pour ſa gloire , fi la reconnoiffance
pouvoit rendre éloquent , qui feroit plus
digne que nous d'acquitter la deric du Carmel
, & d'être l'interprète de la douleur
publique ! Mon Dieu ! je ne demanderai
pasque ma jeuneſſe ſoit renouvelée comme
celle de l'aigle , qu'à mesure que Louise
s'abaiffe & s'humilie , mon ſtyle s'ennobliſſe
&s'élève. Non , il fera affez fublime , s'il
eſt ſimple comme celle que je loue. Dans
le cours de ſon éloge , je ferai plus Hiſtorien
qu'Orateur ; j'embellirai mon Difcours
de ſes maximes ; je l'échaufferai de fes
ſentimens ; je le remplirai des faits de fa
vie. Pourrai-je ne pas intéreſſer les partifans
de la piété ? Du reſte , la vérité , j'en
fais ici le ferment , parlera par ma bouche
&guidera mes pinceaux. Plus heureux que
ees Panégyriſtes qui , n'ayant à louer dans
leurs Héros que des qualités profanes, font
obligés de pallier les vices & de prodiguer
DEES FIRDAN CE.
125
des louanges fauſſes àde fanſſes vertus ; én
parlant de LOUISE , je ne puis rien dire
que de ſaint ; en la louant , je ne puis rien
dire que de vrai. Autels ſacrés, je vous atteſterai
avec confiance ! Anges qui les environnez
, vous n'aurez pas à rougir ":
-Cet égoïſme de ſtyle , qui ne ſied qu'à
un Orateur blanchi dans la carrière apoſtolique,
rappelle le fameux paffage de Boffuet
dans l'Oraifon funèbre du Prince de Condé.
Bourdaloue & Maffillon n'ont ofé prendre
ce ton qu'une ſeule fois. Un Prélat éloquent
en a donné , de nos jours , un célèbre
exemple. Nous croyons celui de M.
Figon digne d'être cité comme une imitation
fage & belle , d'une forme oratoire qui
ne ſe copie guère.-
Dominus dedit , Dominus abftulit , eft
le texte d'où l'Orateur déduit ſon ſujer.
-Nous voudrions pouvoir citer en entier
le commencement de la première partie
où l'Auteur a ſu jeter pluſieurs idées
effentielles fur l'enfance des Dieux de la
Terre , fi peu différente de celle des hommes
nés dans l'obfcurité. Le caractère de la jeune
Princeſſe , dans cet âge où les graces de
l'enfance se confondent encore avec celles
de la jeuneſſe , eſt tracé avec eſprit , & le
colorisde ces divers morceaux eſt doux &
brillant.
L'Auteur , entraîné par ſon ſujet , n'a pas
toujours ſu s'arrêter. S'il a débité ce Dif
F3
126 MERCURET
cours tel qu'il l'imprime , il a dû parler au
moins deux heures. C'en est trop pour
l'attention des profanes. Heureuſement les
habitantes du Cloître ont & plus de capacité
d'attention , & plus d'avidité pour les
détails afcétiques .
-Les vrais ſages qui ne tiennent à aucun
parti , & qui tâchent de juger de tout
fans paffion & fſans intérêt , ſont fâchés de
voir ces Difcours Chrétiens déparés par des
déclamations contre la Philoſophie. Ceux
qui , par leurs Ecrits incendiaires ( c'eſt
-l'expreffion de M. l'Abbé du Serre-Figon ),
relâchent les liens de la Société , ou pervertiſſent
la Morale , n'appartiennent pas
plus à la Philofophie , que les Fanatiques à
laReligion. La Philofophie n'eſt que l'amour
de la ſageſſe,de la vérité , de la Nature ;
c'eſt la raifon-pratique , maisla raiſon qui
penſe en grand & ſe dégage des vils préjugés
qui garrottent l'imbécille multitude.
Cette raiſon n'eſt point incendiaire comme
l'étoient les Luthers, les Calvins , les Prédicateurs
de la Ligue , &c.; elle prend pour
deviſe ces paroles ſu ſages de l'Apôtre : Non
plus fapere , quàm oportet : avec ce caractère
, elle eft , pour ainſi dire , l'amie &
la foeur naturelle de la Religion , loin d'en
être , comme on affecte de le répéter , la
plus dangereuſe ennemie. Nous invitons
ceux de nos Lecteurs à qui il reſteroit
quelques doutes ſur ce ſujet , à relire le
DE FRANCE 127
fublime Diſcours du Jéſuite Guenard ,
fur l'Esprit Philosophique , ( couronné en
1752 par l'Académie Françoiſe. ) Cet Ouvrage
admirable faifoit l'étonnement de
Jean-Jacques , &renferme de quoi édifier
les dévots eux-mêmes . -
N'oublions pas d'annoncer qu'à la fuite
de ce Difcours , l'Auteur a placé environ
cinquante pages de Notes inftructives , dans
leſquelles les filles du Carmel reconnoîtront
l'imitation la plus complette des vertus de
leur Réformatrice .
Parmi ces Notes , il y a cinq à fix Lettres
de Louis XV à ſa chère Fille , qu'on lit
avec curiofité , & qui donnent à penfer.
Ces billets font courts , ( Jupiter paucis ) ;
mais malgré leur brièveté , on y reconnoîtra
le père bon & affectionné , le Prince religieux
& jufte.
HISTOIRE de l'Europe moderne , depuis
l'irruption des Peuples du Nord dans
l'Empire Romain , jusqu'à la paix de
1783 ; par M. DE BONNEVILLE. Tomes
I & II , in-8 ° . A Genève ; & se trouve
à Paris , chez Durand neveu , Libraire,
rue Galande.
PUFFENDORF , Voltaire , Méhégan ,
F4
128 MERCURE
l'Abbé Millət , l'Abbé de Condillac , J. M.
Schrockh , M. William Ruffel , ont facceffivement
tracé le Tableau de l'Histoire
moderne de l'Europe. M. de Bonneville ,
dans une Notice préliminaire , jette un
coup d'oeil général ſur le caractère & le
mérite de leurs Ouvrages , & trace enſuite
le plan qu'il ſe propoſe de ſuivre. » Je fentis
, dit- il , le beſoin d'une Hiftoire de
notre Europe, qui fût concife; mais pour
ne pas imiter ces Compilateurs , qui , ne
fachant pas abréger des faits & des principes
, les mutilent ou les abandonnent , je
m'occupai d'un plan d'Hiſtoire générale de
notre Europe moderne , qui , certes , ne
reſſemble nullement à ceux des Hiſtoriens
abréviateurs qui m'ont précédé . L'homme
de génie , à la vue de ce plan , fentira
d'abord que , trop vaſte & trop accablant
pour un feul homme , il fera cependant
poffible d'y claffer , par choix , affez de
faits& de bons principes , pour que rien
de vraiment utile àmon Siècle & à la Poftérité
dans l'étude de l'Hiſtoire , n'y ſoit
oublié«.
Voici le plan de cet Ouvrage ; il ſera
diviſé en trois Parties. La première , divifée
elle-même en quatre grandes époques ,
offrira l'Histoire de la naiſſance & des bouleverſemens
des Empires de l'Europe moderne.
La deuxième , l'Hiſtoire des Seiences
& des Arts , & des progrès de la civi
DE FRANCE. 129
liſation de l'Europe moderne. La troiſième ,
l'Hiftoire de l'eſprit humain en Europe.
L'Auteur, dans cette troiſième Partie , commencera
ſes recherches à la découverte d'un
Alphabet chez les Francs , & les portera
juſqu'à la naiſſance de l'Encyclopédie. L'Ouvrage
entier ſera compoſé de dix Volumes.
Les Lettres de M. William Ruffel fur
'Hiſtoire de l'Europe moderne , depuis la
chute de l'Empire Romain juſqu'à la paix
de 1763 , ont ſervi de texte à M. de Bon
neville pour compofer ſa première Partie.
Il ne s'eſt pas cependant afſfervi à ſon original
d'une manière excluſive. Lorſque les
objets lui ont paru ſuſceptibles d'intérêt &
de développement , il s'eſt livré à des recherches
nouvelles ; il a fouillé avec courage
& conſtance dans les monumens hiftoriques
, & il a attaché à des faits connus
ou nouvellement découverts , des principes
& des obfervations morales qui rendent
ces faits plus frappans & d'une utilité plus
réelle.
Les deux Volumes qu'il publie aujourd'hui
, embrafſent tout le période de temps
qui s'eſt écoulé depuis l'irruption des Barbares
juſqu'en 1215. Nous ne le ſuivrons
point dans le cours des évènemens que
renferme cette fuire de ſiècles . L'analyſe
d'une Hiſtoire générale ne peut être ſuſceptible
d'aucune forte d'utilité & d'intérêt ,
puiſqu'elle ne pourroit offrir que des faits
principaux , connus de tout lemonde.
Fs
130 MERCURE
Les morceaux de cet Ouvrage , qui nous
paroiffent mériter d'une manière plus particulière
l'attention du Lecteur , font un
Chapitre fur la Religion & les Moeurs des
Scandinaves , rempli de recherches profondes
, de réſultats neufs , & d'idées intérefſantes
; un Chapitre ſur le règne d'Alfred ,
de ce Roi dont Voltaire a dit : " Je ne fais
s'il y a jamais eu fur la Terre un homme
plus digne des regards de la Poftérité " ;
un Tableau du règne de Charlemagne ,
qu'on lit avec beaucoup d'intérêt , même
après avoir lu pluſieurs fois le ſublime portrait
que Montesquieu a fait de cet homme
extraordinaire. Nous allons rapporter ici
une partie de ce Chapitre , afin de donner
au Lecteur une idée de la manière dont
M. deBonneville penſe & s'exprime dans
fon Ouvrage.
» La Nobleſſe & le Clergé , dans leurs
réclamations étranges , étoient alors ſi puiffans
, que Charlemagne ne pouvoit guère
maintenir ſon autorité qu'en donnant auPeuple
quelque pouvoir. Ala manière bruſque
dont Charlemagne, toujours en guerre , ouvroit&
fermoit les Aſſemblées duPeuple,qui
ne voir pas évidemment que ce fut moins
le déſir de rendre le Peuple François libre ,
heureux & pacifique en ſes foyers , que le
beſoin impérieux d'en faire l'inftrument des
conquêtes qu'il méditoit ? Le nom de Roi
tout-quiffent fouille les éloges que peut méDE
FRANCE. 131
riter un grand Homme ; peignez-le bienfaiteur
& généreux , il importe peu : la
tyrannie ne s'embellit point d'un ſourire ;
c'eſt toujours la terreur de la tempête ; ce
que l'une & l'autre nous laiſſent de lumière ,
eſt un jour obfcur , illuſoire , finiſtre. A
leur aſpect tout ſe décolore , s'alanguit , ſe
ride , ſe deſſeche ; la Nature , qui n'ofe
plus créer , fait une pauſe. Je n'aime point
les vains éloges prodigués à des temps de
trouble & de famine , où certainement le
Peuple François n'étoit pas heureux. La tyrannie
, qui , dans une criſe violente de ſes
caprices , a reſpecté mes fleurs& mes fruits ,
en eſt - elle moins la tyrannie ? Malheur à
qui ne ſent pas ſon pouls s'élever au fouvenir
de ces antiques orages qui promenoient
la foudre ſur la Patrie , la ménageant
toujours , il est vrai , mais toujours
prête à la dévorer ! Voilà le règne de Charlemagne
; voilà fon caractère de bienfaiſance
, lorſqu'il s'efforçoit de ramener le
Peuple François à ce Gouvernement Militaire
qu'il avoit apporté de la Germanie . On
conçoit aisément le ſéduiſant plaifir de
peindre toujours en beau un grand caractère
; on ſe complaît à prêter à tous les
mouvemens une idée heureuſe & de vaſtes
deſſeins ; mais le Philofophe doit-il imiter
les enfans , pour qui une ſtatue d'or eft
toute d'or ? Il doit s'affurer ſi le dedans
n'eſt pas impur & vide «.
F6
132 MERCURE
M. de Bonneville mêle quelquefois aux
- évènemens qu'il décrit , des réflexions &
des images qui y jettent un grand intérêt ,
&qui donnent plus de force & de chaleur
aux idées & aux ſentimens qu'il veut communiquer.
On y retrouve l'éloquence & la
verve poétique qui lui inſpirèrent le Dé-
'Sespoir de Job , la Prophétie contre Tyr ,
laRuine de Jérusalem. Onyy voit à chaque
inftant un homme animé d'un amour pour
l'humanité , d'une haine profonde contre
l'injuftice. Peut - être quelques perſonnes
défireroient-elles que cette chaleur , cette
force d'expreſſion , cette énergie de ſentiment
que M. de Bonneville paroît pofféder
à un très -haut degré , fuſſent quelquefois
adoucies par ces intervalles de calme ,
ces momens de repos , où la raiſon , livrće
à elle-même , & forte de ſa propre puiffance
, peut aisément ſubjuguer les eſprits
fans recourir à des ſeceurs étrangers .
Au reſte , quelque jugement que l'on
porte fur la manière dont M. de Bonneville
croit que l'on doit écrire l'Hiſtoire ,
fon Ouvrage mérite de grands éloges , &
Pon doit défirer avec impatience la publication
des Volumes ſuivans .
DE FRANCE. 133
HISTOIRE de la Baronne d'Alvigny ,
1
ou les Dangers de la paſſion du jeu ;
par Mme. D. M. S. J. N. A. J. F. ďO.
A Paris , chez Maradan , Libraire , rue
des Noyers , N° . 33 .
Le ſecond titre du Roman en déigne
parfaitement l'intrigue. L'Auteur n'a voulu
que préſenter les dangers de la paſſion da
jeu ; & pour cela elle n'a pas cru devoir
employer de nombreux moyens , ni échafauder
un Ouvrage compliqué.
C'eſt Mademoiselle de Romaincourt ,
née de parens pauvres , qui n'avoient que
le jeu pour toute fortune : elle joue dès ſa
première jeuneſſe ; d'abord, dans des vûes
étrangères à ſes goûts , & pour complaire à
ſes parens ; enfuite l'habitude de jouer devient
une paſſion qui caufera toutes ſes
peines. Le Baron d'Alvigny la voit , l'aime,
l'épouse : elle lui promet de ne plus jouer ,
& pendant bien des années elle tient ſa
promelle. Au reſte , elle n'avoit aucun défaut;
fon coeur étoit bon, droit; fon ame
n'étoit remplie que de l'amour de ſes devoirs,
& de la tendreſſe qu'elle avoit jurée au
plus vertueux de tous les maris. La beauté
de ſa perſonne répondoit à la beauté de
(
1
$34 MERCURE
ſon ame. Retirée dans ſa Terre , elle étoit
heureuſe , & rendoit heureux le Baron
d'Alvigny.
L'arrivée de la Ducheſſe de Waſtelane eft
une époque terrible pour elle. La Ducheffe
étoit joueuſe déterminée , & la plus dangereuſe
de toutes les femmes : jolie , aimable
, de l'eſprit , l'art de ſéduire ; c'étoit un
caméléon prenant toujours de nouvelles
formes. Elle tourna la tête à la confiante &
vertueuſe Baronne. Une place à la Cour ,
qui lui fut procurée par la Ducheffe , la
rappela de la Province. Le Baron fut fâché
de quitter ſa Terre ; mais accoutumé à
contenter ſon épouſe , il vint à Paris. Elle
cut de beaux momens . On l'accueillir ; on
la fèra; on ne parla que de ſa décence &
defabeauté: mais le jeu , qui n'eſt pas banni
du palais des Rois , offrit des piéges à la
Baronne , qui fuccomba. Elle joua ; elle
perdit; elle répéta ſi ſouvent ſes pertes ,
qu'enfin , quoique le Baron eût doublé fa
penfion , elle avoit vendu ſes habits , fes
diamans , & ne pouvoit plus paroître à la
Cour les jours de gala. La Ducheffe avoit
un frère, M. de Merſange, qui aimoit la Baronne,
ou plutôt qui avoit une fantaiſie
pour elle. Celui-ci , par les bons offices de
ſa foeur , donna des diamans & de l'or à la
Baronne, qui crut être obligée par fon amie.
Mais à ce brillant banquet pour lequel cre
avoit emprunté les diamans , lh Baronne
DE FRANCE.
135
perdit tout l'or qu'on lui avoit prêté , &des
fommes énormes. Les detres du jeu font ,
dit-on, ſacrées. Que ne peut un joueur ! &
que reſpecteroit-il ! Elle vend les diamans
qu'elle croyoit que la Ducheſſe lui avoit
prêtés. Elle avoit des remords encore , &
fit, en tremblant, l'aveu de cet abus de confiance.
La Ducheffe rit aux éclats , & lui
déclara que les diamans lui appartenoient ,
& que ſon frère s'étoit ſervi de ſa main
pour les lui faire accepter ; mais ce frère y
mettoit un prix , le bonheur de l'entretenir
de lendemain chez elle , tête à tête , à ſept
heuresdu foir. La Baronne reſpira, &donna
de rendez-vous. La réflexion ne tarda point
à la tirer de cette illuſion. Elle s'étoit toujours
refpectée ; elle aimoit ſon mari &ſes
enfans. Il faut lire la peinture de ces combats
, & la ſcène qu'ils amenèrent entre le
Baron , ſa femme & les enfans. Le Baron
lui avoit préparé une fêre. » Point de fêre ,
>> dit- elle, ah ! point de fêre. Comme elle ſe
>> défendoit& cherchoit à renvoyer au len- >
» demain pour célébrer ſa fête , ſes enfans
> parurent. Henri repréſentoit l'Hymen
>> avec les attributs de l'Amour. Sur fon
>> arc on lifoit ces mots : On me prend pour
» mon frère. Henri tenoit un ſouvenir qu'il
" offrit à ſa Maman. Rofe , vêtue comme
>> la fortune, mais fans bandeau , dans ſa
> main droite tenoit une corne d'abondance,
fur laquelle étoit écrit : Je nefuis
» pas toujours aveugle. Elle la ſecoua fur
136 MERCURE
* les genoux de ſa Maman , & les couvrit
>> de Heurs. Elle préſenta enſuite à la Ba-
>>> ronne une boîte de fiches. On liſoit def-
» fus : Voilà la vraie Fortune. Machina-
>>lement la Baronne ouvre la boîte. Qu'y
>> voit - elle ? ſes enfans peints d'une ref-
> ſemblance frappante , & cette Légende :
» Songez à nous. Oui ,dit-elle attendrie en
>>preffant contre ſon ſein Rofe & Henri ,
» voilà ma vraie fortune & la ſeule digne
>> de m'occuper. Puiſſe le Ciel me la con-
" ſerver toujours ! Maman , dit Henri , tu
" n'ouvres pas le ſouvenir. Tiens , fais
>>comme gì ; pouſſe le petit bouton , tu
" n'en ſeras pas fâchée. La Baronne voit un
>>petit livret compoſé ſeulement de douze
" feuillets , dont chacun étoit un billet de
» Caiſſe de 3000 livres. Sous le dernier de
>>ces billets , elle apperçoit de ſon écriture.
» Nouveau bienfait du Baron. Ce font plu-
>> ſieurs obligations acquittées.A ce dernier
>>trait , Madame d'Alvigny ſe précipite dans
>>les bras de ſon époux, prend la main du
>>Baron , la place ſur ſon coeur. Sens-tu
> comme il eſt déchiré? Je ne puis foute-
>> nir ce moment: il faut que je meure.
" -On entend une voiture s'arrêter. Elle
ود erre tout éperdue dans ſes apparremens ;
>> puis s'arrête tout à coup , & s'écrie : Je
" n'y ſuis point! .... Qu'on me ſauve ! Je
» n'y fuis pour perſonne. -La pendule
> ſonne ſept heures ; la Baronne friffonne ,
DEFRANCE. 337
"
ود
-
frémit. Ah ! c'en eft fait , dit-elle de nou-
" veau , je ſuis perdue. Qu'on éloigne
mes enfans " . Dans quel état
vous vois - je , dit d'Alvigni ? Ne fuis - je
plus votre ami ? Vous avez des peines ,
&vous ne me les confiez pas ? Je venx
les partager. Peut être vous confolerai-je.
-Me confoler ? Plus de confolation pour
moi ! Indigne de vivre , de porter votre
nom. - Que ma femme ſoit toujours ma
meilleure amie. Coupable , mon coeur prendra
toujours la défenſe. - O mon cher
Baron 1 ne m'abandonnez pas. Voyez mes
remords . Ayez pitié de mes fautes , de mes
égaremens , des tourmens que j'endure.
Soyez mon protecteur. -
: Elle fit un aveu qui lui coutoit tant. Le
Baron généreux pardonna tout , vendit fa
Terre , paya les dettes. La Baronne rompit
avec la Duchefſe & avec Merfange. Ce
calme dura peu ; elle rencontra la Ducheſſe ,
qui , froide , & couvant ſes vengeances de
loin , avoit conçu le projet de punir la
Baronne de fon retour à la vertu. Elle
ne réuffit que trop. Le Baron , nommé au
Gouvernement d'une de nos Ifles , quitte
Paris , laiſſe à regret ſon épouse , qui ,
inſenſiblement , eſt pouffée juſqu'aux derniers
excès : enfin elle eſt réduire à l'indigence
, & au plus terrible période de
l'ignominie. Le Baron revient , & la fait
enfermer dans un Couvent , où la Ducheſſe
138 MERCURE
de Waſtelane eſt conduite par ſes forfaits.
Celle-ci met le feu au Couvent , & les
deux victimes de l'incendie font les deux
femmes coupables qui méritoient la mort ,
la Baronne & la Ducheſſe.
Il eſt inutile que nous ajoutions que ce
Roman eſt rempli d'intérêt , &qu'il offre des
leçons frappantes des déſormais où l'amour
du jeu peut entraîner un coeur honnête.
Quoique la morale qui réſulte de ces images
ne ſoit pas neuve , elle n'en eſt pas
moins utile , & on doit tenir compte à
l'Auteur , de l'art avec lequel il a ſu la
mettre en action & en tableaux.
ANNONCES ET NOTICES.
7
TRAITÉ élémentaire de Chimie , préſenté dans
un ordre nouveau & d'après les découvertes modernes
, avec Figures ; par M. Lavoifier , de l'Académie
des Sciences , de la Société Royale de
Médecine , des Sociétés d'Agriculture de Paris &
d'Orléans , de la Société Royale de Londres , de
l'Inftitut de Bologne, de la Société Helvétique de
Bâle , de celle de Philadelphie , Harlem , Mancheſter
, Padoue, &c. 2 Volum. in-8°. A Paris ,
chez Cucher , Lib. rue & hôtel Serpente.
Cet Ouvrage eſt recommandé par le nom de
fon Auteur; & par la nouvelle méthode & les
réſultats qu'il préſente, il deviendra précieux pour
les Amateurs de la Science dont il traite.
DEFRANCE. 139
Répertoire du Domaniste , Ouvrage néceffaire
aux perſonnes qui ſe deſtinent à la partie des
Domaines, aux Emplois de cette parrie , aux Seigneurs
& à leurs Agens ou Gens de main-morte ;
aux Juges , Avocats , Procureurs , Notaires , Greffiers
, & Huiffiers ; aux Propriétaires d'immeubles ,
&aux Particuliers qui paſſent fréquemment des
effets : par M. Des Ormeaux. 1 Vol. in - 8 °. A
Nantes , de l'Imprimerie de Brun aîné, ſeul Imp
Lib. du Roi , & de la Chambre des Comptes.
Cet Ouvrage doit être cile à une claſſe nombreuſe
de Citoyens.
Roman historique , philofophique & politique de
Bryttophend, écrit par lui-même, currente calamo ,
pour la première fois en 1778 , & écrit de mémoire
l'année ſuivante en quinze ſoirées ; ſuivi
de trois Relations, la première fur le Royaume
de Thibet, en 1774 , par M. Boyle ; la ze. fur
Je Japon , en 1776 , par M. Thunberg , & la ze.
fur l'iſle de Sumatra , par M. Miller fals ; traduit
de l'Anglois par M. Bryttophend. A Pékin; & fe
trouve à Paris , chez Royez , Libr. quai des
Auguſtins, près le Pont-Neuf; & au paflage de
l'Hôtel Toulouſe. Vol. in-8 ° .
De la Bienfaisance nationale , la néceffité &
fon utilité dans l'adminiſtration des Hôpitaux
militaires & particuliers; par M. l'Abbé Delmonceaux
, Penfionnaire du Roi ; avec cette Epigraphe
: Salus populi fuprema Lex. Brochure grand
in-8°. d'environ 60 pages. Se trouve à Paris, chez
Gattey, Lib. an Palais-Royal, Num. 13 & 14 ; &
à Verfailles , chez Blaifot , Libraire de la Reine ,
rue Satory.
10 MERCAUER E
C'eſt, avec plaifir que nous annonçons cet
Opufcule intéreſlant ; il caractériſe , on ne peut
mieux , les ſentimens patriotiques de l'Auteur ,
qui , depuis nombre d'années , eft avantageuſement
connu par ſes Ouvrages , par ſes actes
d'humanité, par ſes ſuccès dans le traitement
curatif des Maladies des yeux.
Σ
VOYAGES Imaginaires , Romaneſques , Merveilleux
, Allégoriques , Amufans , Comiques &
Critiques ; fuivis des Songes & Viſions , & des
Romans Cabaliſtiques , ornés de Figures ; 184.
Livraiſon ; contenant l'Enchanteur Fauftus , par
Hamilton ; le Diable amoureux , par M. Cazotte ;
les Lutins du Château de Kernoſi , par Madaw
Murat; l'Hiſtoire de M. Oufie , ſuivie de la
cription du Sabbat ; Recueil de Naufrages.
def-
Cette Collection eſt actuellement finie, &forme
trente - neuf Volumes. Elle ſe trouve à Paris ,
rue & hôtel Serpente , chez CUCHET , Libraire
, Editeur des oeuvres de Le Sage , 15 vol.
in-8 °., avec Fig.; de celles de l'Abbé Prévoſt ,
39 vol. idem ; & du Cabinet des Fées , 37 vol.
in-8°. & in- 12 , avec & fans Figures.
Traité fur les Asphyxies , ou Mémoire fur la
queſtion ſuivante, propoſée en 1784 par l'Académie
Impériale & Royale des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Bruxelles : » Quels font les
>> moyens que la Médecine & la Police pourroient
>> employer pour prévenir les erreurs dangereu-
>> fes des enterremens précipités « ? Ouvrage qui
a concouru pour le Prix de l'année 1786 ; ſuivi
d'un autre Mémoire couronné ſur la même queftion
, dans l'année 1787 : par M. J. B... , Prévinaire
, Médecin de Bruxelles , Membre hono
DEFRANCE. 14
raire de la Société d'Emulation établie à Liégez
Vol. in-4 ° . Prix , broché, liv. A Paris , cher
Méquignon l'aîné , Lib. rue des Cordeliers ....
こり
Bibliothèque Univerſelle des Dames. A Paris ,
rue&& Hôtel Serpente.
2
Ce Volume eſt le
i
2 A
13e. des Mélanges.
Abrége des Transactions philofophiques de la
Société Royale de Londres ; Ouvrage traduit de
l'Anglois , & rédigé par M. Gibelin , Docteur en
Médecine, Membre de la Société Médicale de
Londres , &c. &c. 2e. Livraiſon , formant deux
Volumes, in-89., avec Fig. Prixiss liv. le Volume
broché, & 6 liy, relić, sliva 10 f. broché , franc
de port par la Pofte. A Paris , chez Buiſſon , Lib.
rue Haute-feuille , Nº. 20. Cette Livraiſon comprend
la Matière médicale & Antiquités. On continue
de s'infcrire à l'adreſle ci-deſſus , fans rien
payer à l'avance , mais feulement les Livraiſons
qui paroiffent , & qui forment 4 Volumes.
Cette ſeconde Livraiſon a eſſuyé un retard
confidérable ; pluſieurs voyages & déplacemens
auxquelsM. Gibelin a été forcé, en font la caufe.
Actuellement qu'il eſt fixé , & qu'il s'eſt choisi
différens Coopérateurs pour certaines parties de
cet importantOuvrage, les Livraiſons s'en feront
avec beaucoup plus de célérité. On en promet
une en Apût prochain , une autre en Septembre ,
enfin une autre en Octobre ; elles comprendront
la fin des parties Matière Médicale, Pharmacie ,
Antiquités & les parties Botanique, Economic
Agriculture , Phyſique générale , & Mélanges,
,
:
Métrologie , ou Tables pour fervir à l'intelli42
MERCURE
J
gence des Poids &Meſures des Anciens ,&principalement
à déterminer la valeur des Monnoies
Grecques & Romaines , d'après leur rapport avec
les Poids , les Meſures , & le numéraire actuel de
la France ; par M. de Romé de Lille , de l'Académie
Impériale des Curieux de la Nature , des
Académics Royales des Sciences de Berlin & de
Stockholm , &c . 1 Vol. i -4 . Prix , broché , 18 L
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR ; & fc
trouve chez Didot jeune , Imp-Lib. quai des Auguſtins
; Debure , Lib. rue Serpente , Hôtel Ferrand
, Nº. 6 ; Théophile Barrois jeune , quai des
Augustins ; & Croullebois , rue des Mathurins.
Leçons élémentaires de Phyfique, d' Aftronomie &
de Météorologie , par demandes & par réponſes ,
à l'uſage des enfans ; pour fervir de fuite aux
Leçons élémentaires d'Histoire Naturelle publiées
en 1785 ; par le P. Cotte , Prêtre de FО
ratoire , Chanoine de l'Egliſe de Laon , Correfpondent
de l'Académic Royale des Sciences de
Paris , &c. A Paris , chez J. Barbou , Impr-Libr.
rue des Mathurins.
Atlas. Cartesde France , pour la Convocation
des Etats-Généraux. Ces Cartes ſont dreffées conformément
au Règlement fait pour la Convocation
des Etats -Généraux le 24 Janvier 1789 ;
on y trouve exactement les Villes qui députeront
directement , celles qui députeront indirectement,
celles qui ont acquis le droit de députer directement
depuis 1714 , & celles des Pays d'Elections
qui enverront plus de quatre Députés dans
les-Bailliages & Séné hauffées. On a ajouté à ces
Cartes unc deſcription par ordre alphabétique du
Royaume , divisé en ſes Gouvernemens, Proving
DE FRANCE. 143
ces & Pays qui en dépendent , avec leurs Villes
remarquables , & le Tableau des Routes qui y
conduiſent. Les Généralités & Réſidences des Intendans
ſont diftinguées par différentes couleurs ,
& les Pays d'Etats font laves & enluminés à la
manière Hollandoife .
La Carte particulière des Généralités , dédiée
aux Etats - Généraux par Deſnos , drefléc
conformément au Règlement fait par le Roi , &
fur laquelle onne trouvera que les noms des Villes
qui députeront à l'Aſſemblée qui s'eſt tenue à Verfailles
le 27 Avril 1789 , ſe vendra (éparément
3 livres. On peut ſe procurer préſentement l'une
& l'autre ; la lifte complette des noms , qualités
&demeures de MM. les Députés & Suppléans
aux Etats - Généraux , fur laquelle on a
tracé des ſignes ſur la Carte pour reconnoître les
Villes qui ont député directement ou indirectement;
Volume in 8° . Prix, broché , 4 liv. 4 ſ.
L'Atlas de France , dédié aux Etats-Généraux ,
actuellement complet , peut être adapté à tous les
Ouvrages qu'on apubliés fur cet événement, qui
fera une époque mémorable du Règne de Louis
XVI. Volume in-4°. Prix , broché, 12 livres. A
Paris , chez le Sr. Deſnos , Ingénieur-Géographe
& Libraire de Sa Majesté Danoife , rue Saint-
Jacques , au Globe , No. 254. Le Catalogue général
du Libraire , contenant plus de mille Articles
enGéographie , Atlas de toutes eſpèces , tant
anciens que modernes , ſe diftribue gratuitement.
(
Nos 1 às du Journal de Guitare, ou Choix d'Airs
nouveaux de tous les caractères , par M. Porro ,
Profeſſeur de Muſique & de Guitare. Prix ſép. ,
2 liv. Abonn. pour 12 Cahiers & les Etrennes ,
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144 MERCURE DE FRANCE.
Nos. 1 às des Délaffemens de Polymnie , ou
les Petits Concerts de Paris , contenant des Airs
nouveaux de tous les genres , mélés d'Obſervations
ſur l'Art du Chant & l'expreffion muſicale ,
avec Violon & Baffe ou Clavecin; par le même.
Séparément , 2 liv. 8 f. Abonnement , 18 liv . A
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& en Province , chez les Directeurs de Poſte &
Marchands de Muſique.
Ontrouve auſſi chez M. Porro , un Recueil de
24 Petits Duo pour 2 Cors ; par M. Cambini.
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d'Annette & Lubin , remife en muſique par M.
Martini. Prix , 18 liv. franc de port.
E
TABLE.
PIGRAMME.
Vers.
Charade, Enic. & Log.
Voyage en Crimée.
La Liberté.
97 Oraison Funèbre. 124
98 Hiftoire de l'Europe. 127
35
105 Annonces & Notices. 139
100 Hificire.
APPROBATIΟΝ.
J'ai lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
IC MERCURE DE FRANCE , pourle Samedi 20
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe см
anpêcher l'impreffion. AParis, le 19 Juin 1789.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
7
DE
BRUXELLES.
)
SUÈDE.
De Stockholm , le 23 mai 1789.
CEUX qui doutoient que l' Acte d'union
et de sûreté, rejeté par la Noblesse , et
accepté par les trois autres Ordres , devînt
jamais loi de l'Etat , sont maintenant
détrompés; car, le 17, cet Acte a été imprimé
et rendu public comme loi du
royaume. Cette innovation a été bientôt
suivie d'une seconde , qui dérive d'un des
articles de l'Acte d'union et de sûreté.
Le Roi a changé la composition du
Tribunal suprême d'appellation , qui
étoit connu sous le nom de Tribunal de
révision de justice , et dont tous les
Membres avoient été jusqu'à présent
Sénateurs du royaume. Sa Majesté lui a
donné la dénomination de Tribunal suprême
royal de justice , et l'a composé
des Membres suivans ; savoir, de la No-
No. 25. 20 Juin 1789. e
(98 )
blesse : le Comte Wachmeister, Sénateur
et Drossard du royaume , qui présidera
en l'absence du Roi ; le Comte
Frédéric Sparre, Sénateur du royaume ;
le Comte Duben, Sénateur du royaume ;
le Baron de Kohler , Secrétaire des révisions
, et M. de Malmerfelt, Auditeur
général . De la Bourgeoisie : le Conseiller
de justice Evelins ; le Bourguemestre
Ulner; les Juges provinciaux
Rogberg, Hofgard , Ahnger, et le sieur
Inslen,Assesseur au Conseil d'Abo.
Ce Conseil a tenu le 19 sa première
Séance.
En même temps le Roi a constitué un
Collége chargé de préparer les affaires
générales du royaume ; Collége dont les
Membres sont, le Sénateur et Drossard
Comte Wachtmeister 3 les Sénateurs
Comtes Beckfrits et Charles Sparre,les
quatre Secrétaires d'Etat de Schroederheim
, de Carlson , de Funk etude
Runth, l'Evêque Wallquist , de Conseiller
Ehlers , le Juge Provincial
man, et le Bourguemestre Hakansson.
1
Le Colonel Ankarswardt , qui avoit
commandé l'année dernière l'escadre des
galères , et depuis arrêté par ordre du
Roi , a été rolaché , déclaré pleinement
absous , et nommé par Sa Maj. son Adjudant-
général . Quant au Brigadier-général
Hastefehr, la procédure le charge
de plus en plus , et son affaire prend une
tournure très-critique.
(99 )
Ona reçu d'Aboles rapportsſuivans des frontières
de la Finlande . -Dans la nuit du II au 12
avril , un détachement de 48 Chaſſeurs ſurprit le
poſte Ruſſe près de Punka , défendu par so
Chaffeurs & 10 Coſaques. Tout le détachement
ennemi , à l'exception de 8 hommes qui ſe ſont
fauvés par la fuite , a été tué , les uns à coups
de fufil , les autres ſont devenus la proie des
flammes dans une maiſon où ils s'étoient réfugiés
ſans vouloir ſe rendre. - Environ 400 Rutles
furprirent, dans la nuit du 23 au 24 avril , le
détachement du Capitaine Rofenle, compofé de
52 hommes , & poſté près de Wæræ'æ. Après un
combat de 6 heures, les Ruſſes furent ob igés de
pier & de ſe retirer ; ils ont laiſſe ſur la place
To tués; notre perte monte à 6 hommes . -Le
26 avril, les Ruffes attaquèrent le poße près de
Pilkauca; mais voyant notre ſupériorité , ils ſe
retirèrent Dans la nuit du premier de ce mois,
un détachement ennemi de quelques cents hommes
vint ſur la glace vers Anjara ; le Lieutenant-Colonel
Baron d'Armfelt , qui étoit poſté ſur le rivage_
avec ſon bataillon de Chaffeurs , le laiſſa
avancer juſqu'à la portée du canon ; il fit enſuite
faire feu àboulets ramés , & força l'ennemi de
prendre la fuite avec précipitation.-Le bataillon
de réſerve du régiment de Biorneborg a reçu
l'ordre de marcher vers la frontière : il arrivera
le 20 àHemola.
Les Russes ont aussi rendu compte de
ces escarmouches , et s'en attribuent l'avantage
: on nous dispense sans doute
denous appesantir sur ces variantes d'étiquette.
( 100 )
POLOGNE.
De Varsovie , le 24 mai.
Pendant le cours de la semaine précédente
, le travail des Etats a été opiniâtre
et varié ; l'on y a suivi avec assiduité
le projet de l'impôt des deux vingtièmes
, et l'on a nommé des Commissaires
pour juger les Popes du rite Grec,
accusés de rebellion. Dans la Séance
du mercredi , on lut une note du Roi
de Prusse , contenant les principes de
ce Monarque dans la négociation pour
laquelle on avoit demandé ses bons offices
; immédiatement après , les principauxMembresde
laDéputation desaffai
res étrangères , sont entrés en conférence
à ce sujet avec les Ministres de Prusse
et d'Angleterre. L'on a lu dans la même
Séance du mercredi , une note de l'Empereur
, qui accorde 112,885 florins de
Pologne d'indemnités aux particuliers
Polonois lézés par le siége de Choczim :
cette note est conçue dans les termes
les plus flatteurs pour la Nation.
Dans les Conférences de la Députation
des affaires étrangères avec les Ministres
de Prusse et d'Angleterre , on a
rédigé le projet de réponse à la réquisition
du passage des troupes Russes. Cette
réponse , après quelques débats , a été
approuvée par la Chambre des Nonces ,
( 101 )
ensuite communiquée au Comte de
Stackelberg , puis envoyée à Pétersbourg
, pour y être remise au Ministère
par M. Deboli, Ministre de la République
en cette Cour .
Les Conférences avec les Ministres des
Cours de Londres et de Berlin , continuent.
Il fut question dans la dernière ,
de la manière dont on permettroit le
passage des chariots munitionnaires
Russes. Les deux Ministres étrangers ont
conseillé la plus grande circonspection
pour éviter de donner de l'ombrage aux
Turcs, et de blesser les règles de la plus
stricte neutralité ; ils ont aussi exhorté
àne pas opposer des obstacles àlaRussie
dans les choses que l'on pouvoit permettre
sans danger.-LeGénéral Lubowicki,
commandant sur les frontières
de l'Ukranie , a reçu ordre de laisser
passer un certain nombre de chariots
destinés pour l'armée Russe dans laMoldavie.
Le Général Malzewsky succède au
Comte Potocki , Général d'Artillerie ,
dans le commandement suprême des
troupes de la République en Ukranie.
ALLEMAGNE.
De Vienne
و
le 2 juin.
:
Depuis son séjour à Laxembourg ,
e iij
( 102)
PEmpereur se trouve soulage; le som
meil et l'appétit sont revenus ; la toux
estdiminuée , la respiration plus libre ;
ainsi l'espérance publique se soutient.
Les Lettres de Weiskirchen , du 17 mai, portent
que toutes les troupes font en mouvement , &
que le 25 elles doivent se trouver au camp près
deCaransèbes.
- Le Corps qui reſte dans la Sirmie ſera aux
ordres du Général Prince de Ligne , arrivé le 19
Semlin. Le 21 , trois bataillons de Grenadiers&
les régimens de Cavalerie de Zeſchwis
&de Joſeph de Toſcane , ſe font mis en marche
d'Oppova pour Weiskirchen ; ils ſeront ſuivis le
23 par tout le Corps d'armée.
LeMaréchal de Laudhon eſt arrivé le 19 mai à
Carlſtadt : depuis ce moment , les troupes font
leurs diſpoſitions ; une partie de l'Artillerie &
tout le Corps de l'Etat - Major ſe ſont mis en
marche vers la frontière. Le 13 , le Maréchal de
Laudhon & le Général de Walliſch ſont allés à
Sluin. On préſume que la première opération
fera le fiège de Zettin; du moins le Colonel
Vukasowich a reçu l'ordre d'aller occuper avec
ſon Corps les hauteurs près de cette place.
De Francfort surle Mein , le tojuin.
Le Roi de Prusse est revenu , le 20 dư
mois dernier, à Charlottenbourg , de la
revue de Magdebourg. Sa Majesté a été
très- satisfaite de la tenue et des manoeuvres
des troupes , et en a témoigné son
contentementparticulier au Ducrégnant
de Brunswick. Après la revue , Sa Majesté
a donné le cordon de l'Ordre de
( 103 )
l'Aigle noir aux Lieutenans-générauxde
Knobelsdorfet de Schliefen; plusieurs
autres Officiers ont recu l'Ordre du mérite
militaire.-Le 1er juin, le Roi est
parti pour Custrin.
Il n'est pasde fictions que les Gazettes
n'aient imaginées depuis la mort du
Grand- Seigneur. Comme un Prince ,
suivant la sottise publique , ne peut
mourir naturellement , on a affirmé dans
les Papiers publics qu'Abdul Hamed
avoit été empoisonné. Il est vrai cepen
dant qu'il étoit sujet aux attaques d'apoplexie
, et que d'après cette circons
tance , une mort subite n'a rien d'ex
traordinaire. - A peine Selim III at-
il été proclamé, que les mêmes Papiers
publics l'ont détrôné et renfermé; d'autres
l'étrangloient ; de troisièmes envoyoient
le cordon au Capitan-Pacha
et au Grand-Visir. Il n'est pas nécessaire
de s'étendre pour détruire ces inventions
, qui n'ont jamais eu même le mérite
de la plus légère ombre de vraisemblance.
Les lettres les plus récentes de Constantinople
ont anéanti toutes ces fables .
Peu de jours avant le décès du Grand-
Seigneur , une première division de la
flotteOttomane , division composée de
15 bâtimens de guerre , avoit mis à la
voile pour la mer Noire , sous les ordres
du Vice-Amiral ; elle doit prendre sous
son escorte deux vaisseaux de ligne
e iv
(104 )
construits à Sinope. Une seconde division
de 4vaisseauxde ligne et 6 frégates ,
s'est mise également en mer depuis le
commercement d'avril. Pour la grande
flotte , elle se rassembloit à Bujukdéré ,
et ne devoit partir qu'après le retour de
la première division .
Le 25 mai, on a célébré à Strélitz le
mariage du Prince héréditaire de la
Tour de Taxis , avec la Princesse fille
du Duc Charles de Mecklenbourg
Strelitz.
Le Général ComtePanin est mort à
Moscou , où il s'étoit retiré loin de la
Cour , des intrigues et des affaires. Bon
Citoyen,et Général du premier ordre ,
il emporte les regrets de tous les gens
debien. Il avoit pris Bender dans la der
nière guerre , et sauvé l'Empire par ses
sagesdispositions contre Pugatschef.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 10juin.
(Nous sommes forcés de renvoyer de
huitjours cet article, quid'ailleurs n'offre
rien d'essentiel , excepté le choix qu'a fait
leRoi de M. W. Wyndham Grenville,
Orateur de la Chambre des Communes
pour occuper la place de Secrétaire d'Etat
au Département intérieur. Milord
Sydney, qui la remplissoit depuis quel
(105 )
ques années , se retire avec un emploi
lucratif sans fonctions. La Chambre des
Communesa remplacéM. Grenvilledans
la charge d'Orateur , par M. Henri Addington,
qui l'a emporté de 73 voix sur
le Chevalier Gilbert Elliot. Le Roi s'est
rendu , hier , à la Chambre Haute , pour
y approuver le choix de l'Orateur des
Communes , et sanctionner différens
Bills . )
i
On sait que le Conseil Privé et en
suite le Parlement , ont défendu l'introduction
des bleds de l'Amérique-Unie ,
par la crainte de propager dans le
royaume un insecte qui se trouve dans
ces grains , et qu'on connoît sous le nom
de Mouche Hessoisse. M. Foung, dans
ses Annales d'Agriculture , vient de publier
sur cet insecte une notice que nous
croyons utile de rapporter ...
«Pendant le cours de la dernière guerre , il
parut à Long-Iſland un infecte qui attaquoit le
froment, &étoit appelé par les Naturels Mouche
heſſoiſe, d'après le préjugé que cette mouche
avoit été apportée en Amérique dans les bagages
des Troupes heſſoiſes. Mais il paroît que cette
opinion eſt deftituée de tout fondement , attendu
que l'onne connoît point l'existence de la mouche
heſſoiſe en Allemagne. »
* Cet inſecte fait les mêmes ravages que la
mouche nègre des navets , qui s' ft introduite en
Angleterredepuis quelques années. Lorſqu'il eſtarrivéàfonétatde
perfection , il devient, commela
mouche nègre , une mouche fort petite ; mais
CY
( 106 )
c'eſt dans l'état de larve ou chenille qu'il fait
fon dégât. »
« Auſſirôt que la tige du froment traverſe la
terre en automne , il commence fon attaque ,
dévore la feuille tendre & la tige avec une grande
voracité ,& continue ſes déprédations juſqu'à ce
qu'il ſcit arrêté par la gelée. -
« Au printemps ſuivant , à peine la chaleur
de l'air a-t-elle mis le grain en mouvement , que
la mouche , qui ſemble ne point ſouffrir de la
plus grande ſévérité du froid , commerce à reparoitre
,& paſſant bientôt dans ſes différentes
métamorphofes , pond ſes oeufs fur les tiges du
bled qui commence à poindre. ».
«Les chenilles qui proviennent de ces oeufs
font encore plus deſtructives que les mouches ;
elles ron ent à leurs jointures les tiges des plantes
qui font encore fur pied, & ſe logent dans le
creux des tuyaux , montrant à peine aucun ſigne
extérieur de malfaiſance ; mais dès le moment
que tes épis commencent à s'alourdir par le grain
qu'i's contiennent , les tiges fe rompent aux jointures
que les vers ont rongées , & , ſe flétriſſant ,
ne font plus'en état d'achever la maturation du
grain , qui ſe trouve ainſi détruit vers le temps où
il entre dans ſon état laiteux. »
«Dans beaucoup d'endroits la culture du fromeat
a été totalement abandonnée; mais quoiqueles
infectes ſemblent préférer le froment , ils attaquent
auffi le ſeigle , l'avoine & le Timfty graff. »
« It exiſte une eſpèce de ble barbu que l'on
a découvert en Amérique , lequel , par la dureté
de fa tige , ſemble plus en état de réſiſter à cette
attaque; mais quoique ce remède ait quelquefois
réuſſi , il ne fuffit pas; car on ſe plaint déja en
Amérique que ce bled dégénère , ou , en d'autres
termes , que dansbeaucoupdecas il ne réuffitpas. »
( 107 )
«Depuis l'époque où cette mouche a été obfervée
, elle s'eſt introduite dans l'intérieur des
terres en toute direction , ſur le pied de 15 ou
20 milles par an. Elle s'eſt étendue à 200 milles
de endroit où on l'a vue d'abord , & continue
à s'interner avec une marche non interrompue.
Les rivières &les montagnes n'arrêtent point ſa
courſe;& lorſque cet infecte eſt dans l'état de
mouche , il abonde dans certains endroits au point
• d'être fort incommode. Il entre en efſſaims dans
les maiſons , tambe dans les alimens , remplit
les fenêtres , & vole fans ceſſe dans les lumières ,
&ma'gré ce'a il eſt auſſi commun que jamais
dans Long Iſland »
«On trouvedansle MuſeumAméricain , (journal
publié à Philadelphie , cahier de février 1787 )
une deſcription de cet infecte , dans lequel ſes
qualités deſtructives font décrites en ces mots :
«L'on faitque les récoltes de bled ont fuccombé
>> devant cet inſecte dans tous les pays où il s'eſt
» montré , & que les Fermiers qui ſe trouvent
>>au-delà de ces pays en redoutent l'approche.
» Il eſt bien à craindre , ſi l'on ne découvre des
» moyens d'arrêter ſes progrès , que le Conti-
» nent entier n'en ſoit inondé , ce qui ſeroit aſſu-
>> rément une calamité plus redoutable que les
» ravages de la guerre. »
«En conséquence des dernières informations
reçues d'Amérique l'été dernier , concernant les
ravages de cet infecte , le Conſeil Privé déferdit
l'importation du grain d'Amérique , & cette Ordonnance
, & les pièces fur lesquelles elle eſt
fondée, font encore ſous les yeux des Communes
, pour être pris en conſidération. Il en
réſulteraune conteftation entre les Propriétaires
de terres qui craindront cette calamité , & les
Commerçans , qui ſe foucient fort peu des articles
evj
( 108 )
qu'ils introduiſent , pourvu qu'ils gagnent à leur
importation. »
«Nous ne connoiſſons point en Angleterre
aucune chenille qui attaque le bled dans ſon premier
état de plante , & cet exemple eſt peutêtre
la ſeule exception à la règle générale des
Naturaliſtes , qui prétendent que toutes les plantes
ont leurs infectes correſpondans , qui ſe nourriſſent
fur elles. I.es pommes , les navets , le houblon , &c.
font fréquemment& grièvement offenfés par ces
infectes tréſiſtibles , malgré leur petitefſe. Le froment
, ſoutien & aliment univerſel du genre
kumain, échappe ſeul à leurdent destructive. »
«Béniſſons cette faveur , qui n'eſt point accordée
à l'hémisphère occidental; car fi le froment
étoit ſujet au même riſque que les autres
végétaux , nous ferions en danger de famines fréquentes.
C'eſt pourquoi nous devons nous défendre
foigneuſement, partous les moyens poſſibles, d'introduire
dans notre patrie un infecte deſtructeur
de notre premier aliment , & par conféquent
ennemi du genre humain. »
« Cette mouche ne doit point être confondue
avec la mouche du froment de Virginie , qui
abonde dans les parties méridionales de l'Amérique.
On apporte peu de cargaiſons de ces
contrées , qui n'ait des marques évidentes de ſes
ravages. Cette mouche n'a point encore paſſé la
Delaware; mais il eſt probable qu'elle s'acclimatera
de plus en plus aux contrées les plus
froides de l'Amérique. »
ec La mouche heſſoiſe eſt parfaitement différente
de l'inſecte dont nous venons de parler ,
&l'onne fait point quel inſe c'eſt ; la mouche
du froment deVirginie détruit le grain : la mouche
ſe nourrit ſeulement de la feuille & de la tige ;
la mouche du froment eſt unpapillon , lorſqu'elle
(109 )
eſt à fon état de perfection; la mouche hefſoiſe
eſt probablement un Tenthreda, de même que la
mouche nègre des navets. »
La mouche du froment de Virgince eft
la même que celle dont M. Duhamel a décrit
les ravages en Angoumois. »
« Il est bon de remarquer que c'eſt aux foins
& aux avis du Chevalier Jofeph Banks , Préndent
de la Société Royale de Londres , que le
Gouvernement doit l'attention qu'il a miſe à
détourner ce fléau, autant qu'il eſt paffible ,
en défendant l'importation en Angleterre du
bled d'Amérique ; s'il nous arrive d'échapper à
cette contagion , c'eſt à cet homme illuftre &
au Ministère que l'Angleterre en aura l'obli
gation. »
FRANCE.
De Versailles , le 10juin.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Nevers l'Evêque
de Sifteron; à l'Abbaye de Longuay , Ordre
de Citeaux , diocèſe de Langres , l'Evêque de
Die; à celle de Saubalade , même Ordre , diocèſe
de Leſcar , l'Abbé de Rigaud , Vicaire-général
d'Auch ; à celle du Bouchel , même Ordre , diocèſe
de Clermont , l'Abbé de Chabons , Vicairegénéral
de Grenoble ; à celle de la Chapelle-aux-
Planches, Ordre de Prémontré , diocèſe de Troyes ,
l'Abbé Junct , Aumôaier des Gardes- Franco.fes ;
&à celle de Lancharre , Ordre de S. Benoît , dioeèſe
de Châlons- fur-Saône , la dame Lemaître de
Laage, Religieufe profeſſe à Bleſſar , diocèle de
Limoges.
Le ſieur de Sauvigny, Chevalierde S. Louis ,
Cenfeur Royal , a eu l'honneur de préfenter au
( 110 )
Roi les 73 , 74° & 75 camers de fes Effaisfur
Hiſtoire des Francs; &le Geur Blin , la 24° Livraiton
des Portraits des grands Hommes , Femmes
illustres & ſujets mémorables de France , graves &
imprimés en couleur , dont Sa Majeſté a bien voulu
agréer la dédicace ( 1) .
Le Marquis d'Oimond , que le Roi a nommé
fonMiniſtre Pénipotentiaire près les Etats-Généraux
des Provinces-Unies des Pays-Bas , a eu ,
le 7, l'honneur d'en faire f's remerciemens au
Roi , étant préſenté à Sa Maj ſté par le Comte
de Montmorin , Miniſte & Secrétaire d'Erat ,
ayant le département des Affaires étrangères.
Madame Comteſſe d'Artois s'eſt rendue , le to,
àſa Maiſon de Saint-Cloud; cette Princeſſe ſe
propoſe d'y paſſer labelle faifon.
ÉTATS- GÉNÉRAUX.
Avant d'exposer le Précis périodique
des Séances de l'Assemblée , durant la
sixième semaine de la Session actuelle
nous reprendrons , suivant notre usage,
quelques articles antécédens et arriérés .
२
CHAMBRE DU CLERGÉ. Du 6juin. On a remis
en délibération une prep fition faite par un
Membre du Clergé , concernant la cherté des
grains& la misère du Peuple. A l'unanimité des
voix, il a été arrêté de nommer une Commiſſion
pour prendre enconſidération un objet auſſi im-
(1) Cette Livraiſon , composée des Portraits
duBailli de Saffron Saint-Tropes & de Duguay-
Trouin, ſe trouve , à Paris , chez l'Auteur , place
Maubert, nº. 17.
(FIT)
portant, &d'inviterles deux autresOrdres às'oecupes
éga'cment du même objet.
L'Aſſemblée a prié M. le Cardina' de la Rochefoucault
de rendre compte au Roi de cette délibé
ration.
CHAMBRE DE LA NOBLESSE. Du 3 juin: M le
Ma quis de Bouthillier fit le rapport des Conférences
du famed précédent , & M. le Comte
d'Entraigues lut le di cours qu'il avoit prononcé à
ce Comité. L'un des Commiſſaires propoſa enſuite
de délibérer ſi la Chambre autoriferoit-ſes
Commiſſaires à concourir au Procès - verbal que
doivent rédiger les Commiſſaires du Tiers-Etat.
La queſtion étant diſcutée , l'un des avis fut de
remettre la rédaction aux Commiſſaires du Conſeil;
un autre , d'en charger ceux du Clerg ; un
troiſième, d'adhérer au Procès - verbal du Tiers-
Etat ; enfin , l'opinion prédominante fut que la
Chambre autoriſoit fes Commiſſaires à laiſſer figer
par le plus ancien d'entre eux, les Procès-verbaux
qui leur paroîtroient convenables , pourvu que la
dénomination de Communes ne fût point donnée
au Tiers - Etat. Cette déciſion , dont la dernière
partie fut combattue par quelques Membres , eut
en ſa faveur 116 voix contre 99.
Du s juin. Après la lecture du Procès-verbal
des Conférences , on délibéra ſur l'ouverture de
conciliation propoſée au nom du Roi , & fur le
rapport , ſuivi d'une forme d'arrêté qu'e préſentèrent
les Commiſſaires de la Chambre. L'un des
Députés ouvrit & foutint avec force l'avis d'accepter
l'ouverture fans modifications ; mais après
desdébats animés , l'acceptation modifiée prévalut
de 158 voix contre 76.
Du 6juin. On détermina les modifications dont
le projet avoit paflé la veille ; & à la plura ité
(H2 )
de 169 voix contre 86 , l'arrêté préſenté par les
Commiſſaires faut approuvé.
(Nous avons donné cet arrêté la ſemaine dernière
) .
Sixième semaine de la Session.
CLERGÉ. Du 8juin. Vingt-quatre Membres ont
éténomméspourallerà Meudonjeter de l'eaubénite
fur le corps de feu Mgr. le Dauphin.
M. l'Archevêque d'Arles a fait le rapport de
la Conférence tenue le 6 devant les Commi
faires du Roi.
M. le Préſident a lu une réponſe du Roi , écrite
toute entière de la main de Sa Majefté, & conçue
en ces termes :
* » Les objets que me préſente la délibération
>> du Clergé , fixent depuis long-temps mon intérêt
> & mon attention. Je crois n'avoir négligé aucun
>> des moyens propres à rendre moins funeſte
" l'effet inévitable de l'infuffiſance des récoltes .
» Mais je verrai avec plaiſir ſe former une Com-
» milion des Etats -Généraux , qui puiſſe , en
> prenant conmoiffance des moyens dont j'ai fait
>> ufage, s'aſſocier à mes inquiétudes , & m'aiden
>> de fes lumières .
Enfuite on a lú pluſieurs Mémoires fur le commerce
des grains , &fur les moyens de ſoulager .
le Peuple.
(Les deux Secrétaires provisoires du
Clergé, sont MM. Dillon , Curé du
vieux Pouranges ,et Thibault , Curé
de Soupes. Nous les avions indiqués
inexactement , il y a trois semaines.)
傳
Du 9juin. La matière miſe en délibération , &
affez long-temps débattue , on a arrêté à la pluzalité
des voix , que tous les Commiſſaires du
(113)
Clergé ſigneroient le Procès-verbal des Conférences
, s'il eſt reconnu exact par les Commiffaires
des trois Ordres, ſous la condition que des
qualités ou dénominations employées dans le
Procès-verbal , on n'en pourra induire aucane conſéquence
qui préjudicie à aucun droit , ou en con.
✓ fere aucun.
Du 10 juin. M. l'Archevêque d'Arles a rendu
compte des réſultats de la dernière Conférence ,
tenue devant les Commifiaires du Roi.
Les Députés des Bailliages & Sénéchauffées
s'étant rendus au Bureau reſpectif de leur arrondiffement,
il a été déclaré à l'Aſſemblée que chacun
defdits Bureaux avoit déſigné provifoirement un
de ſes Membres pour former la Commiffion relative
àla chertédes grains& à la misère du Peuple .
On a lu un Placet adreſſé aux Etats,Généraux
par pluſieurs Colons de i'lſle de Saint-Domingue.
NOBLESSE. Du 9 juin. Ce jour, la Chambre,
toujours occupée de la légitimation des Députés,
a entendu & examiné les réclamations contre la
Députationdu Dauphiné. Cet examen n'a point été
terminé; mais à la pluralité de 128 voix contre 82 ,
lal conteſtation a été renvoyée aux Commiflaires
conciliateurs.
Du 10juin. La police intérieure de la Chambre
& ſa Préſidence ont fixé l'attention de l'Affembiće.
Il y a eu des avis pour rendre cette Préfidence
perpétuelle ; d'autres , pour la limiter au
trimeſtre , & même à un mois. Les avantages
&les inconvéniens de ces différentes opinions
ont été balancés; après quoi , l'utilité de réunir
le mérite à l'expérience , & la crainte de pe
pétuer le même Préſident , ont décidé la Chambre
à fixer à deux mois la durée de cet emploidans
les mêmes mains . Il a été auſſi décidé de -
( f14)
donner à laChambre cinq Secrétaires pour rédi
ger&enregiſtrer ſesdélibérations.
Du 12juin. On a procédéà l'élection d'un Préfident&
d'unVice-Préſident. Le choix de lapre
mière de ces deux places a été décid 1, àune grande
majorité , en faveur de M. le Duc de Luxembourg;
celuide la ſeconde a paru être en faveur de M. le
Duc de Croi.
La Chambre a reçu une Députation duTiers-
Etat, chargée d'inviter la Nobleſſe à ſerendre
dansle jour à la Salle nationale , pour yprocéder
à la vérification commune des pouvoirs , conformément
à l'Arrêté pris le mercredi précédent ,
dans la Chambre du Tiers.
Acette invitation , on a répondu provifoirement
en ces termes :
«L'Ordre de la Nobleſſe vient d'entendre ,
aMeffieurs , la délibération du Tie s-Etat. Elle
«endélibérera dans ſa Chambre , & aura l'hon-
« neurde vous communiquer ſa réponſe. »
Du13juin.LaChambre, terminant ſa délibération
annoncée dans la réponſe qui précède , a pris l'ar
rêté ſuivant ,à lapluralité de 173 voix contre 79.
>>La propoſition du Tiers -Etat néceffita de la
• part de l'Ordre de la Nobleſſe , le développe-
» ment des principes qui l'ont dirigé. Il doit cet
» hommage à la Nation ; il doit cet égard à Fordre
du Tiers-Etat.
» Les Députés de la Nobleſſe , réunis dans leur
>> Chambre avant d'avoir vérifié leurs pouvoirs ,
» ont dû fuivre peur cette vérification les uſages
>> des précédens Etats ; ils les ont ſuivis. Ces
"uſages étoient une conféquence néceſſaire dela
>> loi conſtitutive de la ſéparation des Ordres&
> de leur mutuelle indépendance : loi que la No-
>> bleffe a toujours conſidérée comme conferva-
:
(115)
» trice du trône, de la liberté &de la propriété
» des Citoyens.
>>L'Ordre du Tiers-Etat n'a point adopté la
» même marche. Lorſqu'il a déſiré que la véri-
>> fication des pouvoirs sût convertie en une vérit
>> fication commune , l'Ordre de la Nobieſſe a du
>>expoſer ſes raiſons poury procéder ſéparément. Il
>> les a expoſées par l'organe de ſes Commiffaires
>> conciliateurs, en les chargeant d'annoncer préala-
»blement que la preſque totalité des cahiers de
» ſes Députés les autoriſe à la renonciation des
>> privilèges pécuniaires. Il a dû croire que ce
»préalable termineroit à l'inſtant pluſieurs difficultés,&
faciliteroit le moyen de mettre en
activité les Etats-Généraux.
>> Dans l'eſpoir d'une conciliation , l'Ordre de
>laNobleſſe a encore propoſé que lorſque l'on
>> s'occuperoit de l'organiſation des Etats-Géné-
» raux , on examineroit les inconvéniens ou les
avantages d'une vérification ſéparée ou com-
>> mune , afin qu'il y fût ftatué pour l'avenir.
>>Enfin , le Roi a fait propoſer un plan de
>> conciliation ; Sa Majesté demande que ce plan
» ſoit accepté , ou tout autre. L'Ordre de laNo-;
>>bleſſe délibère à l'inſtant qu'il accepte le plan.
» proposé par les Commiſſaires du Roi , &,
»d'après leur voeu , réunit au fond de la pro-
>>poſition, les précautions qui lui paroiffent conve-
» nables; en conféquence ,il charge ſes Commif-
>> ſaires conciliateurs de rappeler à la Conférence,
>> que la Nobleſſe avoit arrêté précédemment :
(Suit copie du premier arrêté de la Nobleſſe,
fur l'ouverture des Commiffaires du Roi ).
- > Maintenant , la Nation peutjuger ſi elle doit
> imputer à la Nobleſſe l'inquiétante inertie des
n. Etats-Généraux , dans le moment où la France
>> entière attend le rétabliſſement de la Conſtitu-
» tion ; où le Roi & les créanciers de l'Etat
1
(116)
>comptent ſur des ſacrifices. L'Ordre de laNo
> bleſſe croit n'avoir à répondre fur la propoſi-
>> tion du Tiers -Etat, qu'en l'invitant à ne pas
>> rejeter l'arbitrage du Roi pour les pouvoirs con-
>> teſtés&nonjugés , & à ne pas ſe refitſer plus
>> long-temps au moyen de conciliation qu'a pro-
» poſé Sa Majesté, &dont l'adoption doit accélérer
la marche des trois Ordres vers les grands
>> objets qui intéreſſent eſſentiellement la Nation.
>> L'Ordre de la Nobleſſe , fidèle à ſes Com-
>> mettans , déclare qu'il va s'en occuper ſans
> relâche ».
>>
CHAMBRE DU TIERS. Du dimanche 7. On a
terminé la lecture du projet de réglement provifoire
, commencée la veille. Enfuite on arrêta
une diviſion de la Chambre en vingt Bureaux,
chacun de trente Dépurés , & l'on fixa leur emplacement.
Du8juin. On a fait la diftributiondes Bureaux,
zéparti& appelé les Députés qui doiventles compofer.
Pour affoiblir l'eſprit particulier de Province,
on a claffé la répartition de manière à
ne donner que deux Députés du même Bailliage
à chaque Bureau. - Le Doyen les a invités à
examiner le projet de réglement , & àpropoſer le
lendemain leurs obſervations à l'Aſſemblée.
Ala ſuite de ces opérations de dérail , l'un
desDéputés a prononcé un di cours , dans le but
d'amener la Chambre à ſe conſtituer , ſans délai ,
en Aſſemblée générale des Communes ,& non
enAſſembléenationale. Il a obſervé que la forme
de conſtitutionqui feroit adoptée , décideroit de
l'évènement des Etats- Généraux; qu'en confé
quence , il étoit très -ſage de ne pas exagérer
ſes prétentions; que les Repréſentans de vingtquatre
millions d'hommes peuvent ſe difpenfer
d'aller au-delà desdemandes raiſonnables,&qu'on
( 117)
pouvoit rejeter le vero des deux autres Ordres ,
fans former contre eux aucune entrepriſe.
Pluſieurs avis contraires ont été ſuivis de la
remarque , que la délibération ſur l'ouverturecon-
-ciliatoire (délibération renvoyée après la clôture
duProcès-verbaldes Conférences),devoitprécéder
celle de l'avis qui venoit d'être propoſé.
Le ſoir , vingt Députés ont éré en cérémonie
àMeudon , pour s'acquitter du dernier devoir à
rendre à M. le Dauphin.
Du 9 juin. L'un des Commiſſaires conciliateurs
a fait lecture du Procès-verbal de la première
Conférence.
Il s'eſt élevé ſur la manière de ſe conſtituer
différentes propoſitions , auſfitôt retirées que préſentées.
LesBureaux ont fiégédans la ſoirée.
Du 10 juin. A l'ouverture de la ſéance , la
clôture des Conférences conciliatores , faite hier
foir , a été annoncée à la Chambre , ainſi que
la ſignature de leur Procès-verbal , par les huit
CommiſſairesduClergé , par ceux duTers-Etat,&
par le Secrétaire ad hoc. Auſfitôt il a été propoſé
& agréé unanimement , d'imprimer le Procèsverbal
de tout s les Conférences.
La lecture annoncée de la concluſion de ce
Procès-verbal , a été ſuſpendue par une propofition
de M. l'Abbé Sieyes , que ce Député a fait
précéder de quelques obſervations préalables , &
qu'ilaportée en difcuffion en ces termes :
» L'Aſſemblée des Communes , délibérant fur
l'ouverture de conciliation propoſée par MM.
>> les Commiſſaires du Roi , a cru devoir prendre
» en même temps en conſidération l'arrêté que
>> les Députés de la Nobleſſe ſe ſont hâtés de
>> faire ſur la même ouverture ; elle a vu que
» MM. de la Nobleſſe , malgré l'acquiefcement
ς
( 118)
>>> énoncé d'abord , établiſſent bientôt une modi-
>> fication qui le rétracte preſque entièrement , &
qu'ainſi leur arrêté à cet égard ne peut être
regardé que comme un refus poſitif. Par cette
>> conſidération, & attendu que MM. de la Noblefſſe
ne ſe ſont pas même déſiſtés de leur pré
» cédente délibération , contraire à tous les projets
de réunion, les Députés des Communes
penſent qu'ildevient abſolument inutile de s'oc
» cuper davantage d'un moyen qui ne peut plus
être dit conciliatoire , du moment qu'il a été
>> rejeté par l'une des parties à concilier. Dans
» cet état des choſes , qui reclaſſe les Députés
>> des Communes dans leur première poſition ,
» l'Aſſembée juge qu'elle ne pent plus attendre
>> dans l'inaction les claſſes privilégiées , ſans ſe
>> rendre coupable envers la Nation , qui a droit
>> ſans doute d'exiger d'e'le un meilleur emploi
» de fon temps. Elle juge que c'eſt un devoir
>> preffant pour tous les Repréſentans de laNa-
» tion , quelle que foit la claſſe de Citoyens à
laquelle ils appartiennent , de ſe former fans
» autre délai en Aſſemblée active , capable de
>> commencer & de remplir l'objet de leur mif-
>> fion. L'Aſſemblée charge MM. les Commif-
>> ſaires qui ont ſuivi les diverſes Conférences
>>dites conciliatoires , d'écrire le récit des longs&
nvains efforts des Députés des Communes pour
» tâcher d'amener les claſſes privilégiées aux vrais
principes. Elle les charge d'expofer les motifs
» qui la forcent de paſſer de l'état d'attente à
» celui d'action . Enfin , elle arrête que ce récit &
n. ces motifs feront préſentés au Roi , & im-
» primés enſuite à la tête de la préſente délibération
. Mais puiſqu'il n'eſt pas poffible de ſe
>> former en Aſſemblée active ſans reconnoître au
préalable ceux qui ont droit de la compofer ,
» c'eft à-dire , ceux qui ont qualité pour voter
( 119 )
* comme Repréſentans de la Nation, les mêmes
>> Députés des Communes croient devoir faire
» une dernière tentative auprès de ceux de MM.
» du Clergé & de la Nobleſſe qui annoncent la
» même qualité , & qui néanmoins ont refufé
>> juſqu'à préſent de ſe faire reconnoître. Au fur-
» plus , l'Aſſemblée ayant intérêt de conſtater le
>> refus de ces deux claſſes de Députés , dans le
>> cas où ils perſiſteroient à vouloir reſter inconnus
, elle juge indiſpenſable de faire une dernière
ſommation (1 ) , qui leur ſera portée par
» des Députés chargés de leur en faire lecture ,
>> &de leur en laitſer copie dans les termes ſuivans :
» Meffieurs , nous ſommes chargés par les Dé-
» putés des Communes de France , de vous pré-
>>venir qu'ils ne peuvent pas différer davantage
n de fatisfaire à l'obligation impoſée à tous les
» Repréſentans de la Nation , qu'il eſt temps af-
>> furément que ceux qui annoncent cette qualité ,
>> ſe reconnoiſſent par une vérification de leurs
>> pouvoirs , & commencent enfin à s'occuper de
>> l'intérêt national , qui , ſeul ,& à l'excluſion des
> intérêts particuliers , ſe préſente comme le grand
>> but auquel tous les Députés doivent tendre d'un
>> commun effort. En conséquence , & dans la
» néceffité où ſont tous les Repréſentans de la
>>Nation de ſe mettre en activité ,fans autre
» délai , les Députés des Communes vous prient
>> de nouveau , Meſſieurs , & le devoir leur pref
>> crit de vous faire une dernière ſommation (2) ,
>> de venir dans la ſalle des Etats , pour affiiter ,
>> concourir & vous foumettre , comme eux , à
la vérification commune des pouvoirs . Nous
> ſommes en même temps chargés de vous avertir
(r) On a fubftitué à ce mot celui d'invitation.
(2) Invitation, à laquelle on a ajouté : tant collec
tivement qu'individuellement. Voyez plus bas
(120 )
* que l'appel général de tous les Bailliages convo
n qués ſe fera dans le jour , & que faute de ſe
» préſenter, il y fera procédé tant en préſence
» qu'en abſence. (1) »
A peine cette lecture a-t-elle été achevée ,
que pluſieurs voix d'approbation ſe ſont élevées
avecéclat. Vainement quelques Députés ont tenté
de ſe faire écouter; enfin , l'ordre étant rétabli ,
l'und'eux, en adoptant la propoſition de M. l'Abbé
Sieyes , a demandé qu'à l'inſtant on députât au
Clergé& à laNob'eſſe, enles invitant àſe rendre
dans la falle nationale ; qu'on préſencât à S. M.
uneAdreſſe explicative des motifs del'arrêté qu'on
alloit prendre , & que, vu la conduite du Clergé ,
différentedecellede la Nobleſſe, on les diftinguât
également dans la forme d'invitation.
Ces amendemens, ou plutôt ces additions , ont
ététraitées conjointement avec la queſtion principale,
par les divers Membres qui ont pris la paroleenfuite.
:
L'un d'eux a regretté que l'on ne s'occupât point
de l'ouverture de conciliation ,&ademandé qu'on
la prît en conſidération .
Un autre Député a voté concurremment pour
lapropoſition&pour une Adreſſe au Roi , comme
étant de convenance &de devoir.
2
Un troiſième a exposé longuement les inconvéniens
de l'ouverture conciliatoire, comme im
pliquantunhee intervention du Conſeil.
Un quatrième a inſiſte ſur l'avis de ſe conſtituer
avant de fortir , & fur l'inconvenance du
mot de fommation :: « C'eſt un droit de Jurifdic-
ת
tion , a-t-il dit; il ne nous appartient pas;nous
ne ſommes point un Tribunal; des individus
(1) La Motion originale portoit , que l'appel des
Bailliagesfefera dans une heure d'ici ,& que faute de
Sepréfenter,ilferaprononcédéfautcontreles comparans.
non
( 121 )
» non conſtitués tels que nous , ne peuvent que
>> folliciter , prier , inviter , avertir. »
Un cinquième Député a regardé le moment
actuel comme celui d'une délibération décifive :
en la prenant , il falloit reſter inébranlablement
attachés au principe for.damental de l'indiviſiblité
des trois Chambres. On ne devoit point employer
des ſommations , on ne le pouvoit encore ;
mais des invitations , des prières ; encore moirs
fermer la porte à la réunion , ni prendre une re
ſolution finale , avant une troiſième & dernière
invitation; qu'alors encore on devoit toujours cor.-
ſerver ce caractère de modération , faire que chaque
jour les Nobles euſſent de nouveaux motifs de
ſe réunir au Tiers-Etat; leur apprendre ,&à tout
l'univers , que , quoique abſers , leurs droits étoient
confervés , reconnus , défendus ; que ſi cet Ordre
demeuroit inſerſible , bientôt l'opinion publique
fauroit l'enchaîner. Enfin l'Orateur a conclu à l'avis
deM. Sieyes , ſauf le mot deſommation , & par
la maxime que le veto paralyſeroit les Etats nationaux.
Un fixième a demandé la permififffiioonnde faire,
dansfafimplicité , une queſtion : « Pluſieurs grands
>> Jurifconfultes , a-t- il dit , ont appelé la fom-
>> mation un acte de Jurisdiction ; moi je crois
» qu'une ſommation eſt un acte extrajudiciaire .
M. l'Abbé Sieyes , déférant au plus grand nom
bre des avis , a ſubſtitué au mot de fommation ,
celui d'invitation collective & individuelle.
PA
A l'inſtant où un autre Député alloit prendre
la parole, beaucoup de Membres , plus frappés
de la durée des débats que de leur importance ,
ont demandé à cris redoublés qu'on allât aux
voix; des oppoſitions animées ſe ſont élevées
contre cette précipitation ; les clameurs font devenues
preſque générales : vainement le Doyen
s'eſt récrié contre ce déſordre , & a tenté de
Nº. 25. 20 Juin 1789. f
( 122 )
maintenir la liberté de la parole. Enfin , le Député
qui la follicitoit depuis une demi-heure , a percé au
travers du tumulte. Il s'eſt écrié que dans une
queſtion qui alleit décider du fort & de la génération
préſente& des générations futures , on ne
pouvoit refufer le droit de diſcuter , droit inhérent
à chaque Député , dont il étoit comptable
à ſes commettans pour les défendre.
« Ne foyez pas , a-t- il dit avec véhémence ,
« des Athéniens légers , foyez des Romains
>>graves , ou plutôt foyez des François raiſon-
>> nables. » Il a fini par opiner à ce que la propoſition
fût renvoyée aux Bureaux pour y être
murement examinée .
Après lui , un Député a repréſenté qu'aucune
propoſition ne devroit être difcutée , avant d'avoir
été imprimée & remiſe à chaque Membre (1 ) .
Enſuite, un autre Député eſt revenu à l'ouverture
de conciliation , en ſe plaignant du peu
d'attention qu'on y donnoit. Il a expoſé les
conféquences qu'il entrevoyoit dans le refus de
cette ouverture , acceptée par le Clergé , & en
partie par la Nobleffe. Il a prétendu qu'en l'acceptant,
la Chambre , fans enfreindre ſes principes
, gagnoit une poſition favorable ; car ſi la
Nobleſſe ſe refuſoit à la conciliation propoſée ,
l'odieux du refus lui feroit particulier ; fi elle ſe
déſiſtoit de ſon oppofition , la vérification des
pouvoirs s'opéreroit ainſi que la Chambre pouvoit
le défirer. Ce Député a accompagné fon
diſcours d'une formule d'arrêté à prendre , & qui
n'a pas été foutenu.
Enfin , après cinq heures de débats , la pro-
(1) C'eſt l'uſage des Communes d'Angleterre ,
&il eſt rare qu'une motion importante ne foit
pas miſe en ajournement pluſieurs jours.
(123 )
poſition a été ſoumiſe aux fuffrages par l'appel
de chaque Député , ainſi que les amendemens
propoſés dans le cours de la délibération , &
réduits aux deux ſuivans :
Premier amendement. Expoſer au Roi les motifs
de l'arrêté.
Second amendement. Réclamer contre les principes
de l'ouverture conciliatoire.
Il s'eſt trouvé en faveur de l'arrêté pur &
ſimple 247 voix.
En faveur de l'arrêté & du premier amendement
réunis , 246.
Pour renvoyer l'arrêté aux Bureaux , 41 .
Le ſecond amendement a été rejeté preſqu'à
l'unanimité.
Comme par les règles de la Chambre , toute
propoſition admiſe doit avoir pour elle la pluralité
des ſuffrages votans , & qu'en tout il s'en
trouvoit 525 , ni la propoſition ſimple , ni l'amendement
n'ont paru admiſſibles à quelques
Députés , puiſque , ſéparés , ni l'une ni l'autre
ne réuniſſoient la moitié des voix recueillies .
Cette circonſtance a fait renaître de grandes
altercations . Le Doyen a cru les terminer en
obſervant que ceux qui avoient voté pour la
propoſition pure& fimple , conſentant vraiſemblablement
à la propoſition avec l'amendement ,.
ce dernier avis comptoit 491 voix & une déciſion
complette. Ce raiſonnement n'ayant pas pré-"
valu , on a remis le débat de cette queſtion
arithmétique à l'après-dînée.
La Séance repriſe à cinq heures , un Membre
a dit que l'on avoit mal-à-propos confondu les
amendemens avec l'arrêté , qui , par ce moyen ,
paroiſſoit n'avoir la Majorité que d'une voix ,
tandis que les votans , d'accord ſur l'arrêté même,
n'avoient différé que ſur les amendemens , & furtout
fur le premier. Il a étayé cet avis d'un
i
f ij
: (124)
calcul : un ſecond Député a calculé différemment
, pour prouver que l'arrêté avoit réuni
toutes les voix ; un troiſième , calculant auſſi ,
apréter.du qu'au contraire toutes les voix étoient
contre l'arrêté , & il a demandé qu'on le remît
en diſcuſſion. Enfin , le Doyen a obfervé que
la queſtion ſe réduiſoit à ſavoir fi l'on adopteroit
ou non le premier amendement ( il n'étoit
plusqueſtionduſecond, puiſqu'il avoit été rejeté ) ;
&d'après l'avis d'un des Députés , il a propoſé
à ceux qui n'admettoient pas l'amendement de fe
lever. A-peu-près tout le monde eſt refté affis.
La Séance s'eſt terminée par la lecture faite
parM. Dupont , du Procès-verbal des deux dernières
Conférences conciliatoires .
Du 12juin. Il a été envoyé une Députation
au Clergé & à la Nobleffe , pour leur faire part
de la détermination priſe le mercredi 10 Le Clergé
arépondu :
« Il n'eſt aſſurément perſonne parmi nous qui
<< ne ſente l'indifpenſable obligation impoſée à
>> tous les Repréſentans de la Nation de chacun
>> des trois Ordres , de s'occuper enfin de l'in-
>> térêt national. Nous avons gémi des retarde-
» mens que le déſir perſévérant de concilier les
>> Ordres, oppoſoit à notre zèle,&nous attendions
- avec impatience le terme des Conférences pour
>> nous mettre en activité. Nous nous occuperons
avec les plus ſérieuſes réflexions de l'objet que
» vous avez été chargés de propoſer à notre
» délibération . »
(Onvient de lire la réponſe de la Nobleſſe. )
LeDoyen a invité M. Barnave , l'un des Rédacteurs
du Mémoire au Roi, à en donner communication
à la Chambre. Cette propoſition a
excité des réclamations , par le motif que le
Mémoire ne devoit point être rendu publicavant
( 125 )
d'être préſenté à Sa Majeſté. Cependant , à la
grande majorité des voix , il a été décidé qu'il
feroit lu.
M. Malouet a donné lecture d'un ſecond Mémoire
, qu'il a propoſé à la Chambre pour être
préſenté au Roi ; mais on s'en est tenu à celui
deM. Barnave , en invitant les Commiſſaires chargés
de le rédiger ày faire quelques corrections.
Enfuite, & pour ſe conformer à la délibération
du 10 , il a été arrêté que l'on procéderoit
à la vérification des pouvoirs ; que cette vérification
feroit précédée de l'appel des Députés des
trois Ordres ; que chaque Bailliage dépoferoit
ſes pouvoirs , & que le Bureau nommeroit proviſoirement
deux Secrétaires pour en tenir un
état. A
MM. Pifon du Galant , Député du Dauphiné ,
& Camus , Député de Paris , ont été choisis pour
remplir les fonctions de Secrétaires.
LeDoyen a été chargé de toutes lesdémarches
qu'il croiroit convenables pour faire parvenir le
Mémoire entre les mains du Roi ,& même pour
obtenir une audience de Sa Majeſté.
L'appel a été commencé & contínué juſqu'à
dix heures du foir.
Le Doyen a annoncé àla Chambre qu'il avoit
remis deux copies du Mémoire au Roi , l'une à
M. le Garde-des-Sceaux , l'autre à M. le Maréchal
de Duras , & qu'il auroit inceſſaminent réponfe.
Du 13 Juin. L'appel des Bailliages a été continué.
Le Doyen a reçu de M. le Garde-des-Sceaux
une lettre qui lui annonce que Sa Majeſté recevra
uneDéputation compoſée du Doyen& de
deux Adjoints , à une heure après-midi .
Trois Curés de la Députation de Poitou ſe font
fing
(126)
rendusdans laChambre duTiers ,&en ont été reçus
avec acclamation. L'un d'eux ,M. Jallet , Curé
de Cherigné , a prononcé le diſcours qui fuit :
«MM. Une partie des Députés aux Etats-
» Généraux , dans l'ordre du Clergé , de la
>> province du Poitou , ſe rend aujourd'hui dans
>>la ſalle de l'Aſſemblée générale. «
>> Nous venons pour prendre communication
>> des pouvoirs des Députés , & produire nos
>> mandats , afin que les uns & les autres étant
>> vérifiés &légitimés , laNation ait enfin de vrais
>> Repréſentans. «
« Nous venons , MM. , précédés du flambeau
» de la raiſon , conduits par l'amour du bien pu-
>> blic, nous placer à côtéde nos Concitoyens,de
>> nos frères. Nous accourons à la voix de la
>> Patrie , qui nous preſſe d'établir entre les Or-
> dres , la concorde& l'harmonie d'où dépendent
" le ſuccès des Etats-Généraux & le ſalut de
» l'Etat. «
» Puiſſe cette démarche être accueillie de tous
» les Ordres avec le même ſentiment qui la com-
• mande; puiſſe-t-elle enfin nous mériter l'eſtime
> de tous les François ! «
Le Curé d'Imbermenil s'eſt auſſi rendudans la ſalle
du Tiers-Etat,& a aſſuré l'Aſſemblée que l'exemple
des troisCurésde Poitou ſeroit ſuivi parunnombre
de leurs confrères , qui n'attendoient que le réſulat
de la délibération de leur Chambre fur l'arrêté
du Tiers. Etat du 10, pour ſe rendre dans la
falle nationale; qu'ils avoient inutilement preſſé
cette délibération , mais que malgré leurs réclamations
, ils n'avoient pu obtenir de continuer
la Séance , ni même de la faire renvoyer au
lendemain.
( 127 )
LeDoyen a remis au Roi le Mémoire à l'heure
indiquée , & Sa Majeſté lui a répondu qu'Elle
feroit ſavoir à la Chambre ſes intentions.
Il a été arrêté que les pouvoirs ſeroient vérifiésdans
chaqueBureau , qu'il ſeroit fait un réſumé
des difficultés qu'ils pourroient préſenter ; que
les Bureaux s'aſſembleroient à 5 heures du foir ,
& ſe réuniroient à huit dans la ſalle , pour y
rendre compte.
A huit heures , la Chambre s'eſt formée; les
Bureaux ont fait leurs rapports , d'après lesquels il
paroît que très-peu de pouvoirs préſentent des
difficultés , &qu'elles feront facilement aplanies .
Dans la matinée& vers la fin de l'appel des
Bailliages , la députation de Saint -Domingue
s'eſt préſentée; les Commiſſaires ont demandé à
l'Aſſemblée ſi l'on pouvoit admettre ſes pouvoirs.
L'Aſſemblée y a conſenti pour en faire la vérification
, & pour décider ſur la demande de
la Colonie , qui ſollicite des Députés auxEtats-
Généraux.
DeParis, le 17 juin.
Réglement fait par le Roi , du 30
mai 1789 , pour le paiement des dépenses
des Assemblées de Bailliages et Sénéchaussées
, relatives à la convocation
des Etats-Généraux.
Edit du Roi , portant suppression de
différentes Charges dans la Maison de
S. M. , donné à Versailles au mois de
mars 1789 , registré en la Chambre des
Comptes le 27 mai audit an.
Etat d'aucunes des Charges de la Maiſon du Roi ,
1
1
fiv
( 128 )
fupprimèes par l'Edit de cejour , dontSaMajesté
aordonné le remboursement.
LeGrand-Fauconnier deFrance, 300,000 liv.
Le Capitaine du ſecond Vol ,
pourCorneille.... .. 50,000
Le Capitaine des deux Vols ,
pourMilan.. .. १०,०००
Le Capitaine du Vol , pour
Héron ....... 110,000
Le Capitaine des quatre Vols ,
pour Champ , Rivière , Pie &
Lièvre .. 120,000
Le Grand-Louvetier de France . 200,000
Le premier Ecuyer ............
10 Ecuyers ſervans
400,000
par quarer , à ..... 48,000liv. 480,000
42 Grands-Valetsde-
Pied , à ......... 8,000 396,000
16 Valets-de-Chambre,
à ...... .... ३०,००० 480,000
6 Huiffiers de la
Chambre , à....... 60,000 360,000
1 Porte Manteau
ordinaire , à ........ 60,000 60,000
6Porte-Manteaux ,
à. 36,000 216,000
4Tapiffiers , à .... 16,000 64,000
1Barbier ordinaire ,
à .. 60,000 60,000
3,326,000liv
( 129 )
Ci-contre ..... 3,326,000 liv.
4Barbiers , à ... 30,000 liv. 120,000
2 Horlogers , à ... 10,000
2Porte-Chaiſes d'affaires
, à ...... 15,000
20,000
130,000
200,000
60,000
30,000
8Valets deGarde-
Robe , à ..... .... 25,000
Cravatier , ةيو 60,000
1.5 Portes - Meubles
de la Chambre , à... 6,000
sh for
TOTAL.3,786,000 liv
Extrait du Procès-verbal de l'Assemblée
de la Noblesse de la Prévôté et
Vicomtéde Paris , extra muros , du
12 mai 1789, six heures de relevée.
« Monfieur , le Marquis de Bonlainvillers ,
Préſident de l'Aſſemblée de la Nobleffe , extra
muros , ayant été obligé de la quitter pour aller
à celle de la Nobleſſe , intrà muros , laChambre
a arrêté en fon abſence , que , pour lui témoigner
la reconnoiffance qu'elle lui devoit depuis le commenciment
des Séances , il ſeroit fait une Députation
qui ſe rendroit le lendemain , avec M.
le Secrétaire , auprès de M. le Préſident , pour
lui préſenter l'expreffion des ſentimens de toute
l'Aſſemblée , & en même temps que le compte
de cette miſſion ſeroït ajoouuttééàlafin du préſent
Procès- verbal , & que l'extrait du tout feroit délivré
à M. le Préſident , pour y donner la publi
cité que toute l'Aſſemblée défire ajouter au té
moignage de l'eſtime & de l'approbation générale
qu'il a fu s'aſſurer.
Le lendemain mercredi 13 mai 1789 , au défir
fv
( 130 )
de l'Arrêté du jour d'hier, MM. le Duc de
Gefvres , le Marquis de Gouy-d'Arfy , le Comte
deGimel , Thevenin de Margency, le Marquis d'Ambert,
deJognet , d'Eaubonne , de Laage de Bellefaye ,
&le Préſident d'Ormefſſon , Secrétaire , Députés
de la Nobleſſe , ſe ſont tranſportés en l'hôtel de
M. le Préſident de la Chambre , vers trois heures
après-midi.
La Députation annoncée a été reçue avec tous
les honneurs accoutumés , par M.le Marquis de
Boulainvillers , & par Mesdames la Baronne de
Cruffol,la Vicomteſſe de Faudoas , ſes filles , &
autres perſonnes qui ſe trouvoient chez lui en
grarnd nombre.
M. le Marquis de Gouy-d'Arfy , que ſes Collègues
avoient chargé ſous le periftile de porter
laparole , adreſſa un difcours à M. le Préfident.
C
प
« Monfieur le Marquis de Boulainvillers, a été
plus ému qu'il n'eſt poſſible de l'exprimer , du témoignage
honorable & flatteur qu'il venoit de
recevoir. Il a exprimé avec une effuſion de coeur
roujours ſi éloquente , toute fa fenfibilitépour
l'Ordre de la Nobleſſe , & il a bien voulu mentionner
particulièrement dans ſa réponſe , MM.
les Députés & l'Orateur : il l'a terminée en exprimant
le vif déſir qu'il auroit que la marque de
bonté qu'il venoit de recevoir de la Nobleſſe fût
inférée dans le Procès-verbal , pour y être donné
la plus grande publicité , comme le monument
le plus glorieux pour lui. MM. les Députés l'ont
aſſuré que leurs pouvoirs leur permetrant de condeſcendre
à ſa demande , M. le Secrétaire feroit
chargé de lui délivrer une expédition de l'article ,
avec tous pouvoirs de lui donner, tant par l'impreſſion
que par les papiers publics, une authenticité
qui ne pouvoir que remplir les vues de la
Nobleſſe , en manifeſtant les ſentimens dont elle
venoit de faire profeffion. >> AA
1
( 131 )
-« LaDéputation s'étant retirée,M. le Préſident
&Meſdames ſes filles l'ont reconduite jusque
ſous le périſtile , & là, elles ont engagé Mefſieurs
les Députés à dîner avec M. le Préfident.
"
u Pour extrait & copie conforme à l'original ,
par mandement de la Chambre, à Paris, ce 13 mai
1789. Signé , le Préſident D'ORMESSON , Secrétaire.
»
Une Feuille de province a fait le
relevé suivant ; il n'est pas complet ,
mais nous allons l'offrir tel quel.
L'Aſſemblée des Etats- Généraux ſe trouve
compoſée de 302 Députations & de 1208 Dépurés.
Parmi les 302 Députés du Clergé , on compte
48Archevêques ou Evêques , dont 3 Prélats étrangers
; 35 Abbés , Chanoines ou autres Eccléſiaſtiques;
208 Curés: 3 ne ſont pas connus.
L'Ordre de la Nobleſſe eſt compoſé de 18
Grands- Baillis ou Sénéchaux ; 28 Magiftrats de
Cours ſupérieures; 224 autres Gentilshommes. La
Nobleſſe de Bretagne n'a point nommé ſes 25
Députés , & il y a d'ailleurs douze Députés dont
les noms ne font pas encore connus.
Le Tiers-Etat a nommé 212 Avocats ; 162
Officiers des Bailliages , Elections ou autres Siéges
de Judicature; 18 Maires ou Confuls ; 176 Bourgeois
, Négocians , Propriétaires ou Cultivateurs ;
2 Eccléſiaſtiques , 16 Médecins & 12 Nobles . Les
noms des fix autres Députés du Tiers-Eat ne font
pasconnus.
Dans la relation officielle arrivée de
la Baie Botanique à l'Amirauté d'Angleterre
, relation que nous avons publiée
en son entier , on a vu qu'on y
annonçoit 14 hommes de l'un des vais
fvj
(132)
seaux sous les ordres de M. de la Peyrouse
, massacrés à l'isle des Navigateurs.
Cet évènement est malheureusement
constaté : voici en quels termes.
nous le trouvons rapporté dans une
lettre particulière qu'on nous a permis
de mettre au jour.
De la Baie Botanique , à la Nouvelle
Hollande , le 4février 1788.
<< Qui nous eût dit, en partant de
France, que nous aurions pu vous écrire
de la Nouvelle Hollande , nous auroit
bien surpris. C'est cependant sur ce
nouveau continent que nous sommes
arrivés à deux jours de différence , avec
une flotte Angloise., qui vient y établir
une Colonie. 800 malfaiteurs , 400 femmes
criminelles , et 2 à 300 honnêtes
gens y ont arboré pavillon Anglois ,
et établi presqu'aux Antipodes de Londres
un nouvel Etat. Pour nous , notre
but , en abordant sur cette plage , a été de
construire deux chaloupes , de faire dus
bois , de l'eau , etc., et de nous rétablir
un peu de nos dernières fatigues. ».
<< Nous sommes parti du Kamtchatka
le premier octobre 1787. Nous avons
été chercher une isle indiquée par les
Espagnols ; mais nous n'avons trouvé
que de la brume et des coups de vent
pluvieux. Après avoir abandonné cette
recherche , nous sommes venus dans la
mer du Sud , pour y faire des provisions..
Depuis le Kamtchatka nous étions
(133 )
réduits au lard rance et à la choucrotite
pourrie , aussi le scorbut n'a pas tardé à
se déclarer , et nous nous sommes tous
trouvés scorbutiques , plus ou moins.
Cependant un seul homme en est mort. >>
<< Nous avons été chercher du soulagement
aux isles des Navigateurs , découvertes
par M. de Bougainville , situées
près de celles des Cocos , et de
Palmesston. Ily existe une race des plus
beaux hommes de l'univers. Un soir que
nous en avions huit à bord, on les mesura
, et le plus petit des huit avoit plus
de 5pieds 8 pouces. Les femmes sont à
Pavenant. Comme nous étions petits,
maigres, foibles auprès d'eux! Aussi lepremier
jour ils nous ont assez bien reçus ,
mais le lendemain ils ont attaqué4 de nos
embarcations, qui avoient été faire de
l'eau , acheter des cochons , des fruits à
pain, des bananes , etc. Ils ont massacré
12. hommes , et de ce nombre sont le
Chevalier de P'Angle , Commandant
l'Astrolabe ,et le Chevalier de Lamanon
, Naturaliste Provençal. Tous les
autres Officiers , ainsi que le P. Receveur,
Aumonier de l'Astrolabe, le reste
des équipages sont tous revenus estropiés.
On a été obligé de trépaner le
Major de l'Astrolabe , et l'opération a
parfaitement réussi, Ils ont attaqué à-lafois
les deux chaloupes qu'ils ont prises ,
et à coups de pierres qu'ils lancent avec
tant de roideur , qu'a vingt ou trente pas
<! P
(134 )
chaque coup abattoit un homme , ilsont
massacré ceux qui étoient dedans .....
Nous partirons de
la Baie Botanique dans trois semaines :
nous irons reconnoître la partie Ouest
de la Nouvelle Calédonie, découverte
par Cook, la terre des Arsacides yue
par Surville , et la Louisiade , décou
verte par M. de Bougainville. Nous
chercherons un passage entre laNouvelle
Guinée et la Nouvelle Hollande. Enfin ,
on relâchera à Timor, pour y faire
quelques provisions , et de-là en se reposera
à l'Isle-de- France , pour arriver en
Europe dans l'été de 1789. » :
Les absurdes exagérations , au sujet
des derniers troubles de Marseille , qui ,
de la rumeur publique , ont passé dans
les Gazettes Etrangères , dépôtsde toutes
les impostures inventées et recueillies
dans le royaume, ont excité des plaintes
qu'on nous a fait parvenir. Nous nous
récit capable de dissiper toutes imputations
injurieuses à la fidélité des Marselllois.
d
1
Mardi 19 mai 1729 , le placard fuivant a été
affiché dans les rues & places de Marseille.
De par le Roi , Comte de Provence. Nous
Victor-Maurice de Riquet, Comte de Caraman ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , & de
laprovincedeLanguedoc, Grand-Croix de l'Ordre
Royal&Militaire de S. Louis ,& Commandant
en chef pour Sa Majefté en Provence ; ſavoir
( 135 )
faiſons à tous les Citoyens de Marseille , que
nous venons à la tête des forces que Sa Majeſté
nous a confiées , pour aſſurer par leur préſence ,
dans les environs de cette Ville , le rétabliſſement
de l'ordre qui doit y régner. Nous annonçons
qu'elles ne feront employées qu'à protéger les
bons & fidèles Sujets de Sa Majeſté contre ceux
qui voudroient empêcher ou troubler le réſultat
des intentions paternelles du Roi , Comte de
Provence ; & afin que perſonne ne puiſſe chercher
à égarer les bons Citoyens en leur inſpirant
des ſentimens de défiance qui les rendroient coupables
envers Sa Majesté , nous déclarons ne venir
dans cette ville de Marseille , ni pour faciliter
aucune augmentation ſur le prix des denrées , ni
aucun nouveau droit ſur les entrées , ni enfin
aucune charge d'aucun genre ſur le peuple ; mais
pour y aſſurer d'une manière ſtable & permanente
l'ordre , la tranquillité & la paix , telles étant les
volontés du Roi. » A'Aix , le 18 mai 1789,8
Le 20 , M. le Comte de Caraman arriva. II
commandoit une divifion d'Infanterie & de Dragons
, qui s'arrêta à Arenc. Il entra ſeul dans la
ville vers les onze heures du matin .
279
On avoit dreſſe à la porte d'Aix , dans l'intérieur
de la Ville , un arc de triomphe en laurier.
On y voyoit les armes du Roi , celles de
M. le Comte de Caraman , & celles de la Ville
autour de celles de Sa Majefté il y avoit cetteof
infcription tirée du Difcours prononcé par le Roi
à l'ouverture des Etats-Généraux : LouisXVI
le premier ami de fon peuple.
SVUOT
57010
IM. le Marquis de Pilles , Capitaine-Gouverneur-
Viguier de la Ville , ainſi que MM. les Officiers
Municipaux , revêtus de leurs chaperons , furent
attendre M. llee Commandant à la porte d'Aix,
Chacun d'eux s'y rendit à la tête d'une des divifions
de la Milice Citoyenne , qui , après les
(136)
+
i
1
avoir conduits , borda la haie depuis la porte
d'Aix juſqu'à l'hôtel de M. le Marquis de Pilles ,
où M. le Comte de Caraman devoit loger .
•M. le Commandant fut reçu au bruir des boîtes
& aux acclamations des Citoyens de tous les
Ordres . M. le Marquis de Pilles , en le recevant
à la porte d'Aix , lui dit : M. le Comte , je remets
dans vos mains Marseille , dont les habitans n'ont
jamais ceffé d'étre fidèles à leur Roi , & c'est moi
qui vous en ſuis garant.
MM. les Echevins adreſsèrent enſuite à M. le
Comte de Caraman un diſcours qui fut interrompu
par des cris redoublés de vive le Roi !
M. le Comte de Caraman , précédé d'une muſique
militaire , & accompagné de MM. les Officiers
Municipaux , ſe rendit chez M. le Marquis
de Pilles , fans autre eſcorte que celle des Milices
Citoyennes , qui défilèrent après lui par
ordre de Divifions & de Compagnies. L'enthouſiaſme
& la joie régnoient dans tous les coeurs
& étoient peints fur tous les viſages. Partout où
M. le Commandant paſſa , ſes oreilles furent
frappées des cris de vive le Roi , vive M. le
Comte de Caraman ! le Peuple exprima fa fatiffaction
avec cette énergie qui lui eſt ſi naturelle.
Dans la journée, M. le Comte de Caraman
reçut la viſite des divers Corps . Le ſoir il fut
au ſpectacle ; les mêmes applaudiſſemens , les
mêmes cris l'y fuivirent lorſqu'il entra dans ſa
loge & lorſqu'il en fortit. La nuit. la Milice
Citoyenne continua ſes patrouilles par ordre de
M. le Commandant & de MM. les Echevins ,
comme elle l'avoit fait avant ſon arrivée .
Partout à M. le Comie de Caraman s'eſt porté
n'a trouve en général que la paix & le bon
ordre & en particulier que la foumiſſion & le
dévouement.
9110
ster
Les troupes n'ayant point de tentes , & ne
1
( 137 )
pouvant demeurer expoſées aux injures de l'air,
elles ont été logées de gré à gré dans les faubourgs
, ſur la demande d'une foule d'habitans qui
ont bien voulu donner à leur Prince cette nouvelle
preuve de leur dévouement ; & le logement
s'eſt effectué avec l'empreſſement & le zèle les
plus marqués.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Lettre au Rédacteur.
« S'il eſt utile & juſte , Monfieur , de conſigner
dans les faſtes de la Nation les actions
vertueuſes de ſes Concitoyens , il ne l'eſt pas
moins d'exciter l'émulation en publiant les témoignages
éclatans d'eſtime & de reconnoiſſance
que ceux qui ont bien mérité de la patrie ont
droit d'en attendre. »
«Rien n'eſt plus capable de remplir cet objet
que la publicité de la ſupplique que pluſieurs
Bailliages de la Bourgogne viennent d'adreffer à
Sa Majefté en faveur de M. le Chevalier de
Bataille , qui s'eſt diſtingué dans un combat contre
un forban Mainote , dont vous avez donné la reka
tiondans le Mercure du ſamedi 4 Octobre 1788.
Circonfcrit par les bornes de votre Journal, je
fupprimetous les détails ,& me reſtreins à la copie
delaDélibération de la Nobleſſe de l'Auxois , &
à la réponſe que M. le Comte de la Luzerne ,
Miniſtre de la Marine , a faite à la Lettre par laquelle
le Préſident de cet Ordre lui en faifoit
part. Je vous prie , Monteur , de vouloir bien les
inférer dans votre prochain Mercure. »
" Extrait des Délibérations de la Chambre de
» MM. de la Nobleſſe du Bailliage d'Auxois .
Du lundi 30 Mars , de relevée.
•«Monfieur le Préſident a rappelé à laChambre
>que les Etats de cette Province , en offrant à
» SaMajefté un vaiffeau du premier rang en 1782 ,
( 138 )
" lequel ſeroit appelé les Etatsde Bourgogne,&
» qui est maintenant en conſtruction fur les chan.
>> tiers de Brest , l'avoit ſuppliée d'accorder le
>> commandement dudit vaiſſeau à un Capitaine
>> né Bourguignon; &fur ce qu'il a été rapporté
» que M. le Chevalier de Bataille avoit mérité ,
» par une action éclatante à la journée du ro
>>>Juillet dernier, dans les mers du Levant , d'être
>> promu au grade de Capitaine de Vaiſſeau , la
>> Chambrea arrêté que Sa Majesté ſeroit fuppliée
>> de donner le commandement dudit vaiſſeau à
» M. le Chevalier de Bataille , Gentilhomme du
» Bailliage , que lapréſente Délibération ſeroit
>>portée dans les Chambres du Clergé& du Tiers-
" Etat;& pour remplir ce voeu, M. le Préſident,
» MM. le Vicomte de Damas de Crux , le Vi-
&
comte Dugon , de Bretagne , le Vicomte de
» Jaucourt. »
SignéleVicomteDE VIRIEU , Préſident , Sallier ,
Secrétaire , Gueneau d'Aumont , Secrétaire.
«MM. les Députés n'ont été qu'à la Chambre
du Clergé, le Tiers-Etat étant ſéparé. Ce premier
Ordre a répondu qu'il alloit délibérer , &
dans le même jour il a envoyé une Députation
à laChambre de la Nobleſſe , pour lui faire ſavoir
que le Clergé ſaiſiroit avec empreſſement l'occafiond'honorer
un brave Compatriote , & que le
vingt-cinquième article du cahier de ſes doléances
chargeoit ſpécialement fon Député de ſe joindre
à celui de la Nobleſſe , pour ſupplier Sa Majesté
d'accorder à M. le Chevalier de Bataille , le com.
mandement du vaiſſeau les Etats de Bourgogne. »
« Les Bailliages de Dijon &d'Autun ont chargé
leurs Dépurés de la même demande. M. le Vicomte
de Virieu a fait part à M. le Comte de la
Iuzerne,Ministre de la Marine, du voeu de l'Ordre
qu'il préſidoit , & en a reçu depuis la réponſe
ſuivante.
(139 )
Versailles , le 6 Avril 1789.
« J'ai mis , Monfieur le Vicomte , ſous les yeux
» du Roi , la Lettre que vous m'avez fait l'hon-
" neur de m'écrire , & le voeu de la Nobleſſe
>> des Bailliages réunis à Sémur en Auxois .
» Sa Majefté m'autoriſe à vous aſſurer qu'elle
» n'oubliera point & le zèle patriotique qu'a tés
>> moigné ſa Province de Bourgogne en faiſant
>> conſtruire un vaiſſeau de 118 canons , & la
>>>demande qu'elle lui a déja adreſſée que le com-
>> mandement en fût accordé à un Capitaine ori-
>> ginaire de cette partie du Royauma.
» Le zèle ; les talens de M. le Chevalier de
» Bataille , l'action nerveuſe & brillante par laquelle
il vient de ſe diftinguer , fost de nou-
>> veaux motifs pour lui faire obtenir le comman-
>> dement d'un vaiſſeau de guerre , lorſque leRoi
> ordonnera qu'il en ſoit armé ; mais peut-être
>> l'intérêt de l'Etat , qui doit prévaloir fur tout ,
>> exigera-t-il alors que les bâtimens d'une ſi
>>grande force que les Etats deBourgogne,folent
>> montés , ou par le Commandant de la flotte
>> françoiſe , ou par des Officiers généraux qui
v ſeront à la tête des eſcadres. Je ne puis me
>> diſpenſer de vous préſenter cette conſidération
» qui a frappé le Roi.
>> Agréez l'aſſurance de l'attachement ſincère
>>avec lequel j'ai l'honneur d'être , Monfieur le
>> Vicomte , &c. »
: Signe LA LUZERNE.
Flavigny en Bourgogne , le 25 Mai 1789.
Le Vicomte de CHASTENAY.
Autre Lettre au Rédacteur.
Versailles , ce 21 Mai 1789.
3
r
«Nous vous prions , Meffieurs , de rendre public
ledéfavoeu formel que nous faiſons au nom de
la Nobleſſe de la Sénéchauſſée d'Agen , d'un im
( 140 )
primé qui a pour titre : fecond cahier des doléances
de la Noblesse d'Agénois. Nous joignons à cette
Lettre la proteſtation formelle de nos Commettans
contre cet écrit. Nous eſpéronsque vous voudrez
Bien la rendre publique. Fidèles aux mandats que
nous avons reçus , empreſſés de juſtifier la marque
de confiance dont la Nobleſſe de l'Agénois nous
a honorés , il nous eſt très-important de prouver
d'une manière authentique , que nous ne reconnoiſſons
point pour baſe de notre conduite , un
euvrage totalement différent des Cahiers dont on
adaigné nous charger. Signé le Duc D'AIGUILLON;
je Marquis DE BOURRAU , fecond Député ;
le Marquis DE FUMEL MONSÉGUR , troiſième
Député.
Nous,Gentilshommes ſouſſignés , Membres de
laCommiſſion permanente établie par l'aſſemblée
générale de la Nobleſſe d'Agénois , & formant le
Bureau d'Agen , demeurons avertis qu'il circule
dans lepublic un imprimé , ayant pour titre :fecond
cahier des doléances de la Nobleſſe d'Agénois , lequel
, compoſede ſoixante-quinze pages, commence
par ces mots : La Nobleſſe d'Agénois; finit par
ceux- ci : rédacteur du Préfent Cahier ; & , attendu
qu'il nous importe qu'on ne puiſſe nous attribuer
aucune part dans le contenu de cet Ouvrage , nous ,
ſuſdits Gentilshommes', croyons devoir proteſter
en forme , tant pour la Nobleſſe de notre diſtrict ,
qu'en notre propre & privé nom, contre tout ce
qui eſt énoncé dans ce prétendu ſecond Cahier de
la Nobleſſe : déclarons en conféquence n'entendre
adopter ni maintenir tel article ou propoſition que
cepuiſſe être , exprimés dans ledit Cahier ,&défavouer
formellement tout ce qu'on y trouve de
contraire ou d'étranger aux précédentes diſpoſitionsde
notre Ordre.
Certifions , au furplus , n'avoir eu nulle communication
du fufſdit Ecrit , juſqu'au moment où il
(141 )
aété répandu par la voie de l'impreſſion ,&proteſtons
ne reconnoître pour authentique aucun autre
cahier renfermant le voeu de la Nobleſſe d'Agénois
, que celui qui a été par elle conſenti& fanctionné
en l'aſſemblée générale de la Sénéchauffée.
Aces cauſes ,avons ſigné la préſente Déclaration
, pour être publiée ,& nous ſervir , entant
quede beſoin, dans toutes les occaſions où , d'après
l'Ecrit ci-deſſus déſigné , l'on pourroit douter de
nos vrais fentimens & de nos principes.
Fait àAgen , le Bureau extraordinairement afſem
blé , le7 Mai 1789. Signés LAFONT DU CUJULA ,
SEVIN , RAYMOND , MONPEZAT , LAROCHEMONBRUN
, RISSAN , DAVACH , SAINT- AMANS.
Les frégates la Résolution , de 44 canons , commandée
par M. de Keroulas , & la Vénus de
36, par M. de Kergariou , mirent à la voile de
l'ifle de Bourbon dans les derniers jours de décembre
, pour revenir en France. Ces deux frégates
, qui , depuis quatre ans , ont parcouru les
mers de la Chine , qui ont relâché à Bencoolen ,
&qui ont été forcées de faire un radoub dans
l'ifledeCeylan, enſuite d'une tourmente affreuſe ,
ont été de nouveau aſſaillies par des tempêtes à
leur fortie de Bourbon ,& l'on a craint qu'elles
fuſſent perdues l'une& l'autre. La Réſolution , démâtée
entièrement , a eu le bonheur de gagner l'Iſle
de France , où elle eſt arrivée dans un état aſſez
déplorable , pour qu'il ait été queſtion de condamner
cette frégate ; mais le Capitaine a enfin
obtenu un radoub. Quant à la Venus , on apprend
par Oftende , qu'elle a relâché dans un port
Hollandois , dont on ne dit pas le nom...
Pendant l'année 1788 , il y a eu , dans
la Subdélégation de Toulouse 6254 nais
(142)
sances , 5722 morts , et 29 Professions
Religieuses .
Pendant la même année , il est né dans
la Sénéchaussée d'Angers , 10956 enfans
des deux sexes , 9232 morts, et 8 Professions
Religieuses.
Carte en deux grandes feuilles du théâtre de la
guerre entre les Turcs , les Rufes & l'Empereur ;
ou Carte de la mer Noire , comprenant la plus
grande partie de l'Empire Ottoman , partie des
Etats de l'Empereur , de la Ruſſie &de la Pologne,
dreſſée en 1788 par le ſieur Dezauche , Géographe
&Succeffeur des ſieurs Delifle & Phil. Buache ,
premiers Géographes du Roi , & de l'Académie
Royale des Sciences , nouvellement revue& augmentée
en 1789 .
Prix en feuilles , 6 livres , collée fur toile &
étui , 10 livres 4 fous , collée ſur toile ſans étui ,
9 livres.
AParis , chez l'Auteur , rue des Noyers .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 juin,
1789 , sont : 80,88 , 76, 42, 25.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 19 juin 1789 .
Le Comte de Lovenjelm, nouveauMi-,
nistrede Suède à la Haye , remit , ilya 15
jours, ses lettres de créance à M. deWassenaar-
Catwyk, Président des Etats-Généraux.
La Marine de la République
a repris beaucoup d'activité. On est occupé
depuis quelques mois aux Chan-
:
( 143 )
tiers et aux Arsenaux , et l'on prépare
des réformes essentielles dans les Or
donnances de ce Département , d'après
les instructions des Amiraux de
Reinst et de Kinsbergen. Il n'est d'ailleurs
plus douteux que Leurs Hautes
Puissances aient concouru avec les
Cours de Londres et de Berlin , à décider
le Danemarck à l'armistice. Dans ce
but , les Etats- Généraux autorisèrent.
M. Van-der Goës , leur Envoyé à Copenhague
, à communiquer au Ministre
Danois l'extrait suivant de leurs délibérations
du 17 avril dernier.
- « Il a été trouvé bon & arrêté de mander au
Sir Van- der Goës , Envoyé extraordinaire de
Leurs Hautes Puiſſances à la Cour de Danemarck
: >>
-« Que, pendant tout le cours de la guerre préſente
, Leurs Hautes Puiſſances ont donné des
preuves réitérées du vif intérêt qu'elles prennent
au rétabliſſement de la paix ; que , de concert avec
les Cours de Londres & de Berlin , Elles ont employé
à cet effet leurs bons offices & leur médiation
, & qu'Elles ont vu avec déplaiſir que
leurs efforts ont été juſqu'ici infructueux , d'autant
plus que, par la fin prochaine de l'armiſtice entre
leurs Majeſtés les Rois de Danemarck & de Suède ,
il eſt à craindre de voir bientôt recommencer des
hoſtilités , qui rendroient plus difficiles les moyens
de conciliation qu'on pourroit propoſer ; que , dans
unmoment auffi critique, LeursHautes Puiſſances
ontjugé devoir renouveler , avec toute l'énergie
poſſible auprès de Sa Majesté Danoiſe , l'affurance
de leurs diſpoſitions pacifiques , dont Elles feront
également part à Sa Majeſté le Roi de Suède par
I
leur Miniſtre à Stockholm , & qu'Elles font les
inſtances, les plus ſérieuſes pour que Sa Majeſté
le Roi de Danemarck veuille , ou obſerver une
neutralité parfaite , ou du moins polonger le
terme de l'armiſtice , & empêcher le feu de la
guerre de ſe répandre plus loin , en réuniſſant ſes
efforts à ceux des Cours de Londres & de Berlin ,
& à ceux de Leurs HautesPuiſſances , pour rétablir
lapaix d'une manière ſolide & durable entre
les Puiffances Belligérantes>. >
1
1.
Que Leurs Hautes Puiſſances, en tant qu'Etat
commerçant , ont toujours attaché trop d'importance
à la tranquillité du Nord , & à l'équilibre
qui doit en affurer lerepos, pour ne point concourir
à tous les moyens qui peuvent tendre à
obtenir un but auſſi ſalutaire , & qu'Elles ſe flattert
auſſi que Sa Majefté Danoiſe voudra bien enviſager
ſous ce point de vue la préſente démarche ,&
ydéférer , d'autant plus volontiers qu'elle fe fait de
la part d'un Etat avec lequel la Couronne deDanemarck
eſt unie depuis ſi long-temps par lesliens
de l'amitié& par des relations mutuelles. »
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ;
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers&enprofe; l'Annonce & IAnalyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions &Dicouvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles;
les Causes célèbres ; les Académies de
Paris&des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts;les Avis particuliers ,&c.&c.
SAMEDI 4 JUILLET 1789 .
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou
rue des Poitevins , Nº. 18 .
AvecApprobation, & Privilége duRoi
TABLE
3
1
Du mois de Juin
PIECES FUGITIVES. Daniel.
La Beauté.
Vers.
Les Végétaux,
Epigramme.
Vers.
1789.
55
La Mart de Molière. 67
3 Les Commentaires . 81
6Voyageen Crimée. 105
49 La Liberté. 111
So Oraiſon Funèbre. 124
97 Hifive de l'Europe. 127
Hiftoire. 135
Inscription.
Description.
145 De la Foi publique. 170
1
146 Milf Lucinde. 180
La Pière Maternelle. 150
Variétés . 31, 84, 182.
Charades, Enigmes &Logog.
SPECTACLES.
7,53 , 100, 168.
Acad. Roy. de Musiq. 85
NOUVELLES LITTÉR.
ComédieItalienne.. 89
Les Idylles.
و
Difcours. 116 Theatre de Monf. 36 , 183.
Idée de laGrammaire. 19
Expofition. 122 Annonces & Notices, 42,
Ander Kan. 25
92 , 139 , 187-
Tableaux, 27
'A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
tuc dos Mathurins , Hôtel de Chuni.
MERCURE
DE FRANCE. I
SAMEDI 4 JUILLET 1789 .
PIECES FUGITIVES :
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
Au COUSIN JACQUES , après la lecture de
l'Horoscope de la France , & des Doléances
de l'Habitant des Isles Moluques
( 1 ) , dans la seconde Année du
Courrier des Planètes.
Sous un nouvelaſpect nous vous voyons paroître;
Le monde , en vous lifant , ne rit plus aux éclats ;
Mais votre gaîté ſage a pour lui plus d'appas ,
Et vous êtes enfin ce que vous deviez être.
( Par M. de la B..... Prof. à Douai. )
(1) Plufieurs perſonnes ayant déſiré que l'Auteur
fit un Recucil ſéparé de tous les morceaux de fon
Courrier, relatifs aux circonstances préſentes , iln'a
1
A 2
MERCURE
LE MYRTE ,
REMPLACÉ PAR LA ROSE
PLEUREZ , Amans , pleurez, Venus ;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
Les boſquets d'Idalie ont perde leur parure.
L'Hiver nous a ravi les Myrtes de Cypris ( 1 ) ;
La rigueur des frimas a féché leur verdure.
L'Amour ne joûra plus ſous leurs ramcaux fleuris.
On le crut immortel , & le voilà fans vie
Ce feuillage où ſiégeoient les Plaiſirs & les Jeux!
Quel prix , quelle couronne à fon Amant heureux
Offrira déſormais la Bergère chéric ? .....
Pleurez, Amans , pleurez, Vénus;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
pa les fatisfaire ſans riſquer de mécontenter fes
Soufcripteurs ; d'autant plus qu'un Recueil , tel
qu'on ledemande, couretoit preſque autant que la
Souſcription. L'Abonnement eſtde 18 1. pour París,
&21 1. pour la Province,frare de port par la Poſte;
il ſefaitchez l'Auteur , rue Phelypeaux, Nº. 16 , à
Paris; & chez Belin , Lib. rue S. Jacques. On foufcritaufli
chez Blaifot, Libraire du Roi, à Verſailles.
On nevend point de Numéros ſéparés.
( 1 ) On a remarqué qu'aucun pied de Myrte ne
s'eſt ſauvédes froids qu'il y a fait cette année.
DE FRANCE
Lorſque ſur ſon écorce , auprès de mon Adèle ,
J'eſſayois de graver nos chiffres amoureux ,
Il croiffoit chaque jour ; ainſi croífſoient nos feut.
Un inflant l'a détruit ... ma flamme eſt éternelle ....
Pleurez, Amans , pleurez, Vénus;
Hélas ! votre Arbriſſeau n'eſt plus !
Les palmes du plaifir , dont nous ornions nos têtes
Se changent ſur leur tige en funèbres cyprès.
Brife,Dieu de Paphos ,& ton arc & tes traits :
Sans tes Myrtes renonce à faire des conquêtes.....
Délicieux réduits , ô verdoyans berceaux !
Qui prêtiez votre ombrage à l'Amante timide ,
Vous ne m'offrirez plus le concert des oiſeaux ,
Ni les tendres ſecrets , célébrés par Ovide...
Pleurez , Amans , pleurez , Vénus ; ?
Hélas ! votre Arbrifſeau n'eſt plus ! .....
..
Mais le Printemps renaît...... des nouveaux dons de
Flore
Nous revoyons briller les jardins de l'Amour.
Le volage Zéphyr eft enfin de retour ;
Phébus lance ſes feux.... la Roſe vient d'éclore ! ...
Chantez, Amans , chantez,Venus ;
LaRoſe a remplacé le Myrte qui n'eſt plus.
(Par Pasquet,à St-André de Cubzac. )
A
6 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercureprécédent.
LE
:
E mot de laCharade eſt Pentecôte ; celui
de l'Enigme eſt Crampe ; celui du Logogri-
'phe eſt Gloire , où l'on trouve Or , Loi,
Lire, Roi. :
CHARADE.
Mon premier ſe prononce en donnant la, mi,las
Mon ſecond ne ſe fait jamais à l'Opéra ;
Mon tout ſe produifit aux Noces de Cana.
(Par M. D*** ) .
ÉNIGME.
J'sus de l'orgueil ; craignez le vôtre ;
Je fubis le plus triſte fort ; 餐
Je fus & la tombe & le mort ,
Sans devenir ni l'un ni l'autre.
( Par M. Valant , Profeſſeur de B. L. en
l'Hôtel du Génie ).
DEFRANCE.
2
LOGOGRIPH Ε.
FRANÇOIS , gardez-vous bien de ſuivre ma
méthode;
Que d'inutiles ſoins , & que de temps perdu !
Dansmon ajustement , eſclave de la mode ,
Je m'occupe en tous lieux de mon individu,
Vante-:-on mes fept pieds devant un Militaire ,
Quand il eſt raisonnable , il leur livre l'allaut ;
Sans tout ce que je fais, on a le don de plaire ;
L'excès, dit - on , eſt toujours un défauts
Dépignons maintenant ma petite famille :
D'abord, je ſuis ſouvent l'objet de vos déſirs ;
L'homme ne me craint pas pour une pécadille ;
Qui me hait, pouffe en vain de douloureux ſoupirs;
Je reçois dans mon ſein mainte & mainte rivière ;
J'existe , & je ne puis périr ;
Veut-ond'un ennemi terminer la carrière ?
Heureux, s'il peut àtemps me découvrir !
171
(ParM. Prevost de Montigny. )
1
!
A 4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DES Loteries, par M. l'Evêque d'Autun.
AParis, chez Barrois l'aîné , Lib. quai
des Augustins N°. 19.
DANS le mouvement général qui entraîne
preſque tous les eſprits vers les objets
d'utilité publique , intérêt fi nouveau
parmi nous , on doit être moins ſurpris
de la multitude des Ouvrages médiocres ,
produits par la circonſtance actuelle , qu'étonné
d'en voir paroître pluſieurs dignes
de lui furvivre ,& qui lui ſurvivront en
effer. Tels font ceux qui uniffent à la vigueur
& à la pureté des vrais principes ,
une logique exacte & preffante , & le ton
d'une raiſon à la fois ſage & hardie , animée
ſans être impétuenfe , & rencontrant
plutôt que cherchant le genre d'éloquence
qui convient au ſujet. Nous ne parlons
pas du ftyle , ou plutôt de la diction ;c'eſt
un mérite donné comme par ſurcroît aux
eſprits d'une certaine trempe , & il nous
ſemble qu'on verra la preuve de cette vé--
rité dans l'Ouvrage que nous annonçons.
i
DE FRANCE.
On fait que depuis long-temps les Loteries
étoient jugées dans l'eſprit des hommes
ſages & des vrais Adminiſtrateurs ;
mais les préjugés publics ne cefloient de
répéter en leur faveur pluſieurs ſophiſmes
accrédités & répandus par l'ignorance
ou la mauvaiſe foi. M. l'Evêque d'Autun
, après avoir montré l'invention Italienne
des Loteries ſous tous les aſpects:
qui les fléttiſſent & les déshonorent, combat
& détruit les principaux ſophifmes par
leſquels on eſſaie de les défendre. Il attaque,
il preſſe ,& enfin il accable ſon ennemi
de toutes les forces combinées du
calcul , de la morale, de la politique , & de
la Religion..
Son début annonce la juſteſſe &la précifion
de ſes idées . La Nature , dit -il,,
>>a deſtiné les hommes au travail , puif-
>>qu'en les ſoumettant à des beſoins tou-
>> jours renaiſſans , elle n'a voulu leur ac-
>> corder que ce feul moyen d'y pourvoir:
>> entièrement. Mais dans tous les temps ,
>>l'homme avide & pareſſeux a voulu con-
> fommer fans ſe donner la peine de pro-
» duire : il a convoité le travail d'auxui ,
& de ce défir contenu par les Loix , a
39 dû ſe former dans l'état de fociété ku
>> paffion du jeu , comme offrant les ref
>>ſources les plus promptes pour fe pro-
> curer des richelles qu'on n'a pas comri
>> bué à faire naître ". (
A
१० MERCURE
1
- Il n'est queſtion ici que des Jeux de hafard,
les feuls, en effet, qui écartent toure
idée de travail ;& même dans un ſujet aufli
étendu, je me bornerai à parler des Loteries.
L'Auteur avertit qu'il ne faut pas corfondre
avec les Loteries qu'il attaque, celles
qui font partie des Emprunts publics ; il
indique les traits qui caractériſent celles-ci
à leur avantage : >> Mais toute autre Lorc-
» rie , dit - il, eſt , par ſa nature , fond'e
fur les eſpérances qu'elle donne ,&fur
>> le profit affuré qu'elle perçoit. Le gain
>> de chaque joueur eſt éventuel; la perte
>> de tous les joueurs réunis eft certaine ;
»par conféquent les bénéfices de la Lo-
>>> terie font infaillibles : tel eſt ſon carac-
ود
ود
L
tère conftitutif, tel eſt le principe évi-
>>>dent de ſon injoſtice ". On fait qu'on a
voulu trouver quelque excuſe à ce Jeu
dans la deſtination d'une partie de ſes profirs
à des Inſtitutions de piété & d'utilité
publique. Eh I depuis quand , poursuit
M. E. d'Autun , l'uſage d'un bien en
a- t- il donc purifié la fource ? fophifme
→→→ injurieux , qui ſemble accufer d'avarice
&d'infenfibilité tout un Peuple généreux
&fenfible! cemme ſt la pitié ne pouvoit
>> plus être excitée que par un fentiment
abject; comme s'il falloit néceffirement
→→ troimper les hommes pour les rendre hu-
>> mains ; qu'on ne pût les conduire à la
>> bienfaiſance que par la cupidité , & que
DEFRANCE. 11
>> nous fuffions réduits à l'aviliffante né-
>>> ceflité d'implorer le vice pour lui faire
>> remplir les fonctions ſacrées de la vertu !
L'Auteur parcourt les ſept combinaiſons
que préſente la Loterie Royale de France à
l'avidité des joueurs. Dans la première , la
moins défavorable de toutes , comme on
fait, la Loterie retient 16 & demi pour
cent; dans la ſeconde, 23 fur cent ; dans
la troiſième , environ 32 &demi fur cent ;
dans la quatrième , 36 & demi ; dans la
cinquième, 53 & un se .; dans la ſixième ,
85 & untiers ; enfin , dans la ſeptième , 97
&plus de trois quarts.
Dans les Jeux de la Belle & du Biribi ,
Jeux fi décriés , dit l'Auteur , qu'on oſe à
pcine en rappeler les noms , on va voir
combien les profits des Banquiers font moins
confidérables que ceux de la Loterie. Dans
le Jeu de la Belle , le bénéfice des Banquiers
étoit de 10 fur 106 , & i's le réduifirent
eux-mêmes , par pudeur , à 8 fur 104.
Dans le Jeu du Biribi , le profit eſt de
8 quatre 7mes, fur cent ; par conféquent
vingt- fept fois moins injuſte que la Loterie
, & cependant l'un & l'autre de ces
Jeux ont été déclarés infames.
L'Auteur développe enfuite l'artifice des
combinaiſons, féduifantes par leſquelles la
Loterie attire ſes dures & ſes vidimes ,
& en accroît chaque jour le nombre ; com
A6
12 MERCURE
ment elle intéreſſe l'amour - propre des
joueurs , par l'exercice qu'elle paroît don
ner aux facultés de l'eſprit ;, conument elle
invite àdes miſes toujours croiffantes; enfin
combien elle est habile à fe jouer & de la
misère des pauvres & de la fortune des
riches. » Et comme i tous ces moyens de
ſéduction , dit- il , ne fuffifoient pas , il
>> faut ajourer qu'on ne ceffe d'entretenir
>>>l'ivreſſe générale, en répandant de toutes
» parts des. Livres , des Almanachs, où cha
>>cun va chercher les combinaiſons les plus
>>ſuperſtitieuſes, que l'on corrompt laraifon
د
ود
du peuple par les rêveries des preffentie
" mens par l'abſurde interprétation des
>>ſonges ; qu'on enfamme ſom imagination
>>par mille récits menfongers , & que l'on
>>achève de l'étourdir par des provocations
>> bruyantes , par des cris extravagans, par
>> des ornemens de fête , par le ſon des
>>fanfares , par le bruit des inſtrumens ,
» &c. Aina les piéges font ſemés de toutes
»parts fur les pas de l'ignorance ; ainſi la
>> ruſe ſuccède à la ruſe ; ainſi rien n'eſt
→ épargné pour ſéduire toutes les claſſes de
» Citoyens , & fur - tout peur tromper le
» pauvre , que des ruſes bien moins fa-
>> vantes eutfent fi facilement égaré dans
>>les routes de l'eſpérance. Si le malheu-
>> reux eſt une choſe ſacrée , quel crime
» n'est- ce pas d'abuſer ainſi de ſa créduliré
»& de la misère !
DE FRANCE.
C'eſt avec regret que nous nous interdifons
le plaifir de citer les traits les plus
faillans du plus beau morceau de l'Ouvrage
, celui où l'Auteur développe les effets
moraux de la Loterie, fur l'enſemble & fur
les différentes claſſes de la Société ,ſur tous
les genres de corruption qu'elle introduit,
fur les crimes & les malheurs dont elle
eft la ſource. Ce feroit faire tort à un
pareil morceau , que d'en détacher même
les parties les plus brillantes. Il ne laiſſe
rien à défirer ni à l'homme ſenſible , ni au
penſeur, ni au Lecteur le plus occupé des
beautés du ſtyle..
M. l'Evêque d'Autun diſcute enfuite les
foibles argumens par leſquels on s'efforce
de maintenir les Loteries. On s'eſt permis
de dire , on a ofé imprimer que les Loteries
préſentent des confolations au pauvre ,
&que leur deftruction exciteroit infailliblement
les regrets du peuple. >> Eh ! qu'im-
ود porrent, répond l'Auteur , qu'importere
- les vains regrets & les folles eſpérances
>> auxquelles il s'abandonne ? Si dans fon
» délire il méconnoît fes intérêts , il faut
» l'y ramener malgré lui ; il faut travailler
>>pour ſon bonheur , au rifque d'effuyer
>> ſes premiers murmures. Gouverner les
>> hommes , c'eſt connoître leurs vrais befoins
, & non pas obéir à leurs caprices
>> déréglés : l'art de gouverner ne feroit-il
-done plus l'expreſſion de la raiſon pu
14 MERCURE
>>blique , faite pour contenir les écarts de
>> la raiſon particulière <<?
La ſeconde objection qu'on rebat contre
la ſuppreſſion des Loteries , eſt la crainte
que les joueurs n'aient recours aux Loteries
Etrangères , qui , par là , dit on , s'enrichiroient
de nos pertes. M. l'Ev. d'Autun
fait voir combien cette crainte eſt futile
; qu'après la deſtruction des Loteries
Nationales , le Gouvernement aura mil'e
moyens de purger ſes Etats des Débitans
de Billers étrangers , & de leurs complices ;
que le peuple n'entretiendra pas de pareilles
correfpondances ; qu'après la cauſe détruite
, l'effet ne ſubſiſtera plus; que la Loterie
ne captive avec tant d'empire l'inaagination
, que parce qu'elle parle continuellement
aux ſens, » Que l'on ſe hâte donc,
>> pourſuit- il , de fermer ces Bureaux nom-
> breux toujours ouverts , toujours affamés.
» Qu'il foit défendu d'étaler tout cet ap-
>>pareil de Billets préparés , ces infcrip-
>>> tions décevantes , ces rubans enlaces
> prétendues livrées de l'eſpérance & du
>>bonheur ; qu'on renvoie ces Crieurs pu-
>>blics, dont le langage abſurde diſtrait
> tous les Citoyens ; que tous ces preſtiges
>> difparoiffent , & alors l'imagination ,
" laiffée à elle ſeule , s'appaifera bien vite,
» & l'ardeur la plus effrénée ſe diffipera
>> bientôt avec les illusions qui l'entretien-
2
nenos.
DE FRANCE.
Il reſte à combattre le grand& dernier
argument , les neuf millions de la Loterie
produits au Tréfor Royal. L'Auteur prouve
invinciblement que ce prétendu bénéfice eſt
entièrement fictif & illufoire , par les nonvaleurs
de toute eſpèce qu'opère la Loterie ,
par les branches de revenu public qu'elle
defsèche , par les richeſſes qu'elle tarit dans
leur fource , par tous les vices qu'engendre
ce fléau , & par la ſtérilisé dont il frappe
tout ce qu'il touche. Il faut , dit il , ſe re-
>> porter fans ceſſe à cet axiome éternel de
رد toure Conftitution , que la richeſſe d'un
>>Etat s'identifie ſous tous ſes rapports avec
les richeſſes des Citoyens; que l'une &
l'autre n'eſt que l'excés des produits fur
ود
23 les conſommations ; que l'une ſe com-
» poſe néceſſairement par l'autre ; qu'elle
>>>ne peut même avoir d'autre principe ,
>> d'autre ſource ; & que par conféquent
>> tout ce qui ruine les peuples , appauvrit
>>auffi le Tréfor Royal ..
:
De ce principe incontestable , l'Autent
tire cette conféquence , qui ne l'eſt pas
moins , quoiqu'elle forte un peu de la politique
vulgaire ; ce doit êre un principe
inviolable pour les Repréſentans de la Nation
, que , s'il est néceffaire de réduire
confidérablement le déficit par la fup-
>> preflion de toute dépenſe inutile , il eſt
93
23
ود
d'une juftice non moins exacte de l'ac-
* croître fur certains points par la profcrip-
رد tion de toute recente illegitime : & en
16 MERCURE
• fut- il jamais ( poursuit l'Auteur en fe
• réſumant , en rappelant toutes les preu-
> ves qu'il en a données ) , en fut - il ja-
> mais de plus illégitime que celle qui
>> provient de la Loterie ? En fat- il de plus
» féconde en calamités : Au prix de neuf
» millions arrachés à la misère , que voit-
> on tous les ans ? des races éteintes ; les
> Hôpitaux , les prifons peuplées de nou-
➤ velles victimes , le peuple découragé ,
>>corrompu , appauvri ; des milliers de Ci-
» toyens dépravés par la cupidité , égarés
" par des illutions , aimant mieux rêver
> leur fortune que de s'occuper desmoyens
>> de la faire ; les uns perdant dans de vains
>>calculs leur intelligence & leur raifon ;
>>d'autres livrés tour à tour à des angoiſſes
cruelles , à des déſirs criminels; les ban-
> queroutes ſe déclarent, les fuicides fe
> multiplient , les crimes ſe ſuccèdent "....
Pluſieurs Cahiersde Bailliages ont exprimé
leur voeu pour la deſtruction de ce Réau.
Celni du Clergé d'Autun , où l'on a remarqué
une grande force de principes énoncés
avec fageffe , avoit déjà demandé aux Etats-
Généraux cette réforme indiſpenſable ; c'eſt
fans doute le ſuccès qui flatteroit davantage
l'Auteur; tout autre fuccès feroit peu digne
du ſentiment dont il ſe montre animé dars
la compoſition de ce dernier Ouvrage..
(Cet Article est de M.......
-
DE FRANCE. 17
L
:
CLOVIS le Grand, premier Roi Chrétien,
Fondateur de la Monarchie Françoise ;
fa Vie, précédée de l'Histoire des Francs
avant sa naiſſance , avec la Vie des
principaux perſonnages qui ont concoura
àlagloire defon règne , tels que Sainte
Geneviève, Sainte Clotilde & S. Remi ;
par M. VIALLON , Chanoine Régulier ,
& Bibliothécaire de l'Abbaye de Sainte-
Geneviève. A Paris , chez Méquignon
Paîné, Libraire, rue des Cordeliers, près
des Ecoles de Chirurgie. Prix, 3 liv. br.
& 3 liv. 12f. rel.
LaVie de Clovis leGrand, que M. Viallon
vient de publier , ne peut point être
regardée comme un de ces hors-d'oeuvre
fans authenticité , ſans fonds ,& fans difcuffion
, qui ſe bornent à des verwons de
ce qui a déjà été mieux dir : M. Viallon
nous prouve que la Vie de Clovis n'étoit
pas faite encore , que les Hiſtoriens Daniel
& Velly ne pouvoient pas nous tenir lien
d'une bonne Hiftoire de ce Prince , & qu'il
reſtoit des points importans à éclaircir &
à ajouter. Son Livre ſera claffé parmi ces
18 MERCURE
Livres élémentaires qui méritent la confiance
des Erudits & de ceux qui veulent s'inftruire.
Un ſtyle ſage , un ton calme , des
vérités bien préſentées , une diſcuſſion ſans
déſordre & claire , font les caractères qui
recommandent l'Hiſtoire de M. Viallon . S'il
justifie Clovis de la cruauté dont l'Abbé
Velly le charge avec quelque fondement ,
il le fait fans entêtement ; mais il convient
que ce Roi , bon envers le peuple , fut bar
bare & perfide envers les Princes ; ce qui
rapproche ſon opinion de celle de Velly ,
& ce qui de Clovis fait un Louis XI : la
réfutation de Daniel pour l'hérédité du
trône , nous a paru admiſſible , un peu plus
que la justification des grands biens donnés
à l'Eglife par Clovis. M. Viallon trouve
Grégoire de Tours un peu trop fuccinct fur
l'enfance de la Monarchie , &le reproche
eſt fondé ; il rend à l'Abbé Dubos un peu
plus de juſtice que ne lui en ont rendu
Montesquieu & l'Abbé de Mably , quoique
cedernier ſoit un de nosEcrivains quiont jeté
le plus de lumières ſur ces premiers temps
del'établiſſementde la Monarchie Françoiſe
dans les Gaules. M. Viallon fait précéder la
Vie de Clovis d'un tableau exactdes Francs,
de leur origine , & des peuples qui ſe réunirent
ſous cette dénomination générale ;
il fait très bien ſentir que ſi les Francs furent
guerriers dès leur origine , ils le durent
à la néceſſité dans laquelle ils étoient de
DE FRANCE. 19
ſe défendre continuellement contre les Romains
& leurs Alliés , & les Barbares .
Pharamondeſt le premier des Rois Francs,
& ſon élection , appuyée par le crédit de
Srilicon , prouve allez quel étoit alors le
droit de la Nation. Quoique la Préface de la
Loi Salique , voy. p. 80 , ne falle mention
d'aucun Roi , dit M. Viallon , ce n'est pas
à dire pour cela qu'il n'y en cût pas alors
feulement on pourroit préfumer que les
Ducs ou Rois Francs n'avoient dans ce
temps là aucune autorité législative , & que
cette autorité apparrenoit à la Nation feule ,
puiſque les Francs étoient libres , & que
les Ducs & les Rois n'avoient de pouvoir
qu'au camp , ſavoir , dans le commandement
militaire , comme nous aurons lietu
de le remarquer ſous Clovis. -La manière
dontles impôts s'établiſſoient confirme encore
plus cette liberté. -Les principaux
citoyens de chaque Cité régloient les impofitions
, dit M. Viallon , p . 417 ; on nommoit
leurs affembléees curiales. Ces Cours
étoient inférieures aux Sénats , elles formoient
les cadaſtres , mais c'étoit le Comte
de la Cité qui étoit chargé de faire faire le
recouvrement des deniers du tribut public.
-L'origine du Parlement , & fon exiſtence
effentiellement attachée à la forme du Gouvernement
moderne, font préſentées telles
qu'elles font en effer , & qu'elles doivent
être chez un peuple qui n'a plus fesPairs,
20 MERCURE
ſesSeigneurspour Protecteurs, pour Tuteurs
&pour Juges. Le Parlement en France ,
ajoute M. Viallon ,p. 401 , médiateur entre
le Peuple & les Rois , ſera toujours également
utile aux Souverains & aux Sujets.
On ne s'attendoit point àtrouver entre
Clovis & Henri IV un rapprochement. M.
l'Abbé Viallon, qui a l'art de ſaifir fans affectation
tous les rapports qui fervent à
éclairer la Politique & la Législation , ne
pouvoit pas ne point remarquer combien
l'influence de la converfion de Clovis fut
grande fur ſes peuples , & pour fon autorité
: de cette démonstration naiſſoit narurellement
une comparaiſon entre Clovie&
Henri IV , voy. p. 281. Cct équilibre de
puiſſance donton a fait naguère tant d'honneur
au Cardinal de Richelieu , & que
d'une manière ou d'autre tous les Rois ont
cherché à établir , fut connu de Théodoric,
qui ſe lia avec les Allemands & les
Thuringiens pour balancer la puiſſance de
Clovis , dans le cas où ce Prince refuſeroit
ſa médiation pour la paix.-C'eſt le premier
exemple , dit M. Viallon , p. 317 , que
nous donne l'Hiſtoire d'une politique établie
entre les nouvelles puiſſances desGaules
,&de cet équilibre fi néceſſaire an bonheur
des Nations. Il eſt impoffible que route
l'Europe foit au pouvoir d'un ſeul homme ;
dès lors il faut entre les différens Etats , un
équilibre qui dépende des négociations.
DE FRANCE. 2元
Les réflexions de M. Viallon fer les inconvéniens
attachés aux grands Empires,
font très-juftes, & annoncent autant de ſagetle
que de ſenſibilité. Les grands Empires
font des fléaux de l'humanité , dit-il ; les
Capitales jouillent de tous les revenus qui
viennent s'y abſorber , & l'argent retourne
difficilement dans les provinces éloignées ;
lebas peuplede ces provinces , qui ne peut
avoir qu'un numéraire rare , manque des
premières néceſſités.L'Empire Romain alors,
& la Turquie aujourd'hui , ſont les deux
Empires que nous pouvons citer.
Nous ne ferons point du même avis que
M. Viallon , quand il juſtifie les dons immenſes
faits par Clovis aux égliſes : ſans
doute il avoit dépouillé des peuples ſoumis;
mais l'équité vouloit qu'il les leur rendît
fi-tôt qu'ils ſe réuniſſoient à la Monarchie ;
&Clovis, en acquittant par des dons les fervicesque
leClergé lui avoit rendus, ne penſoit
qu'à acquitter ſa propre dette , & non
point à remplir le premier devoir d'un Roi.
Il fut plus ſage quand il reſpecta les immunités
de chaque peuple , dont il regarda
les Loix comme ſacrées ; c'étoit une condition
de la ſoumiſſion qu'il falloit refpecter,
On ſaura gré à M. Viallon d'avoir donné
autant qu'il l'a pu une idée des moeurs de
ce temps-là : on lira avec plaiſir les Lettres
qu'il a inférées dans le corps de fon Ou
22 MERCURE
vrage ; celle de Saint Remi à l'occaſion de
l'avènement de Clovis au Trône , p. 194 ,
ſera remarquée.
Nous n'avons rien dit de la Patronne de
Paris , qui joue dans la Vie de Clovis un
perſonnage important. Comme elle ne ſert
point à dénouer aucune liaiſon politique ,
ni à en former , & que ſa confidération
fut tout entièrement appliquée à rendre
des ſervices privés , &à donner des exemples
de vertus aux peuples , nous avons
cru ne pas devoir répéter ici ce que nos
Lecteurs ſavent déjà ; mais nous ne pouvons
que trouver bon ce que M. Viallon a dit fur
cette vénérable Parronne de Paris, à laquelle
il donne, d'après des autorités, une naiffance
diftinguée , & qu'il fait paſſer du rang d'une
fimple Bergère , dans une des premières
claſſes de l'Etat. Elle n'a plus ſervi un
Boulanger , comme la Tradition le diſoit ;
mais elle a donné, pendant une famine , du
pain en cachette aux plus néceſſiteux ; elle
a fait bâtir une égliſe à ſes frais , ce que
n'auroit pas pu faire une Sainte Bergère .
(CetArticleest de M. M.... )
1
2
DE FRANCE.
NOUVEAU Voyage en Espagne , ou
Tableau de l'état actuel de cette Monarchie;
3
Prix br. 12 liv . , & 13 liv . 10 f. francs
de port pour la Province. A Paris, chez
Regnault, Libraire, rue St-Jacques , vis-àvis
celle du Plâtre.
Vol. in- 8 ° ., avec 13 Gravures.
:
2
LES Voyageurs attentifs ont dû ſouvent
obſerver combien d'erreurs ſont confignées
dans preſque tous les Livres ſur les Voyages.
Ces erreurs venant à s'unir aux préjugés
que l'on promène , pour l'ordinaire,
avec foi dans les pays Etrangers , produiſent
tous les demi - apperçus , toutes les
nótions informes ou imparfaites , que les
Peuples même les plus voiſins ont les uns
à l'égard des autres. C'eſt ainſi que les
François jugent , par exemple , de l'Angleterre
; c'eſt ainſi que les Anglois jugent de
la France. Un citoyen de Londres , de retour
à Paris , après trois années d'abſence ,
diſoit cependant , il y a quelques jours ,
qu'il alloit brûler tous ſes Livres concernant
les François. Les lumières ont fait de
ſi rapides progrès , l'univerſalité de notre
Langue a obtenu tant d'influence fur l'ef
MERCURE
prit de toutes les Nations de l'Europe, que
les meilleures Relations ſur leurs moeurs &
fur leurs caractères ſont devenues défec
rueufes , & qu'il s'agit bien moins de favoir
ce qu'étoit un Peuple il y a treate
ans , que ce qu'il eſt aujourd'hui.
L'Eſpagne auli, malgré des entraves multipliées,
afaitbien des pas vers des réformes
&des améliorations de tout genre. J'ai vu
cebeau pays , qui reprendra tôt ou tard une
ſplendeur nouvelle, digne de ſa poſition ,de
fon étendue , & de ſes vérirables richeſſes.
D'après ce qu'on n'avoit dit du Nouveau
Voyage en Eſpagne , je m'étois muni de
cet Ouvrage , dont je me fuis trouvé à
portée de vérifier la plupart des Articles.
Arrivé à Madrid, j'appris le nom de ſon
Auteur anonyme ; j'appris qu'il y avoit fecondé,
pendant pluſieurs années, les utiles
travaux d'un perſonnage illuftre, dont l'efprit
eſt au niveau de la prudence &de la
rare modération.
** Si , pour juger un Livre de Voyage parsiculièrement
, on doit conſulter ſur - tout
le caractère de fon Auteur , quelle foi ne
dus-je pas ajouter à la véracité de ce Nonveau
Voyage , lorſque j'entendis les hommes
les plusdiftingués dans toutes les claffes
me faire à l'envi l'éloge des talens & du caractère
de l'Ecrivain qui l'avoit produit ?
Je compris alors qu'il lui avoit été impoftible
de ſe défendre , dans certains cas,
d'un
DE FRANCE.
25
d'un peu de partialité en faveur d'une Nation
qui confervoit pour lui tant d'eſtime ;
&j'avoue que, depuis , dans bien des occafions
, je ne pus m'empêcher de trouver
de l'équité dans ſa reconnoiſſance : elle a
influé ſur ſon jugement, mais ne l'a point
offuſqué. Dans les nombreux Paragraphes
que contiennent les trois Volumes de fon
Ouvrage , où tout ce qu'il y a d'eſſentiellement
intéreſſant dans la Monarchie Eſpagnole
ſe trouve difouté , tantôt par une
Taine critique , tantôt par de juſtes éloges ,
&toujours par une douce philofophie ,
l'on fent qu'il a pu ſe gliſſer quelques erreurs,
foit par la faute des Copiſtes , foit
par une autre cauſe ; mais l'Ariſtarque le
plus févère auroit perdu le droit de l'être,
en voyant ces erreurs confignées par l'Auteur
lui-même dans une feuille publique.
Il eſt ſans doute affez peu intéreſſant de
ſavoir que la majeure partie de la monnoie
d'or fe frappe dans l'Amérique Eſpagnole ;
cependant l'Auteur a été ſcandalité de lire
dans fon Ouvrage qu'il ne s'en frappe point
aux Indes.
Le produit de la rente du Tabac en Efpagne
l'emporte ſur le même produit en
France , relativement à la population . On
lit le contraire dans cet Article du Nouveau
Voyage.
Nº. 27. 4 Juillet 1789. B
:
:
26 MERCURE
Dans celui de la Banque de St-Charics ;
on lit auſſi que le délire de l'agiotage avoit
porté les actions de cette Banque en France
juſqu'à 2000 liv. , tandis qu'il eſt de notoriété
publique qu'elles n'y ont jamais excédé
760 liv.
De telles fautes , & quelques autres peutêtre
, n'ont pu paroître graves qu'à bien
peu de Lecteurs ; le plus grand nombre ,
ou n'y a fait aucune attention , ou s'en eſt
trouvé amplement dédommagé par la ſcrupuleuſe
exactitude des faits , la peinture
fidelle des moeurs , des uſages , enfin par la
variété des objets qu'offre , avec beaucoup
de clarté , ce très - eſtimable Ouvrage , le
meilleur ſans doute qu'on ait encore publié
fur la Monarchie Eſpagnole.
Un Observateur judicieux , qui paroît la
bien connaître , M. l'Abbé Pech , regrette
que l'Auteur n'en ait pas parcouru toute
l'étendue, & ce qu'il cite à cet égard, ſemble
motiver ſes regrets : mais il n'ignore pas
que tout voir & tout dire , c'eſt ordinairement
trop voir & trop dire ; que dans
tous les Ouvrages , & fur-tout ceux de quelque
étendue , l'Ecrivain doit faire un choix
des matières ; que dans ce choix même , il
elt bien rare qu'il ne ſe trouve des chofes
fuperflues ; & qu'enfin un Livre de Voyage
offre ce qu'il doit offrir quand il publie le
néceſſaire & l'eſſentiel ; ce qui n'exclut jamais
l'agréable & l'utile, On n'aime point
DE FRANCE. 27
à parcourir des déſerts pour trouver quelques
fleurs ou quelques fruits.
:
Quoi qu'il en ſoit de ces remarques , je
ne puis que remercier , pour ma part , M.
l'Abbé Pech de ſes obſervations ; il ſeroit
à ſouhaiter qu'il les multipliat : le Supplément
ſeroit digne du texte , & tôt ou tard,
ſans doute , le texte s'enrichiroit du Supplément.
LE Comte de Saint-Méran ou les Nouveaux
Egaremens du coeur & de l'esprit.
4 Vol. in- 12. A Paris , chez Leroy ,
Lib. rue St- Jacques : , vis-à vis celle de
la Parcheminerie.
2 L'INTRIGUE de ce Roman eſt peu de
choſe. C'est un jeune homme échappé des
mains de fon Précepteur , tombé dans celles
de ſal parente , qui veut l'initier aux jolis
vices du jour , & qui n'y réuſſit qu'à demi ,
fans avoir pu parvenir à ſe procurer des
fouiffances,plufieurs fois ſollicitées& préparées.
Les perſonnages qui paroiſſent ſecondairement
, font ce qu'on appelle des
roués très-peu ſenſibles , très-peu obligeans,
&très- immoraux.
* M. Banin , Précepteur de Saint -Méran ,
B 2
28 MERCURE
aune phyſionomie un peu trop chargée ;
l'Auteur doit convenir que ce n'eſt point
là un Précepteur comme on les rencontre
aujourd'hui. Ce ſeroit un Vadius noyédans
le grec & dans le latin , s'il n'avoit des
principes d'humanité , que nous aurions
déſiré voir en action , plutôt qu'en difcours.
En général on parle trop dans ce Roman ,&
on n'agit point aſſez . Ily a une trop grande
quantité de perſonnages peu eſſentiels , qui
l'un par l'autre nuiſent à l'effet.
Venons aux moeurs. Nous les avons
trouvées un peu trop libres. On n'aimera
ni cette maiſon qui n'eſt pas une petite maifon
, où Madame de Montpal ſe rend traveſtie
en payſanne , & où un agent vil conduit
Saint Méran ; ni le ſouper fait chez
Eugénie , ni le Joueur qui déchire froidement
ſes entrailles .
Cesmoeurs ne ſont point générales , elles
fontau contraire très-rares. Il y a bien d'autresmanières
plus délicates , pour préſenter
les vices d'une jolie femme tout à la fois
galante&prude.
C'eſt par l'art avec lequel Crébillon a
ſu ſe tenir en meſure , qu'il a fait lirefes
Egaremens de l'esprit & du coeur. On l'a accuſé
avec raiſon de n'avoit peint qu'une
ſociété , on pouvoit ajouter qu'il manquoit
de chaleur. Ce reproche ne ſera point fait
à l'Auteur du Roman de Saint-Méran. On
DE FRANCE. 29
compara dans le temps Crébillon à Marivaux.
Ce dernier étoit auffi parleur à la
vérité que Crébillon , rendoit aufli peu que
lui les hommes tels qu'ils font , travailloit
comme lui ſur de légers canevas ; mais il
eſt bien plus ſouvent vrai , & bien plus
intéreſſant & plus décent. Voiſenon &
Crébillon eurent dans leur gaîté quelques
rapprochemens , & ſoutinrent parfairement
le ton libre de quelques-unes de leurs
fictions. M. Marmontel eſt le ſeul qui ,
parmi les Romanciers qui ſe ſont attachés
àfaifir la phyſionomie & l'attitude du moment,
ait été le plus fidèle , le plus ſcrupuleux,&
dont la morale ſoit la plus épurée.
Il a peint le Fauxbourg Saint - Germain ,
(c'eſt ainſi qu'on s'exprimoit ) du moins
fous un beau profil ; on eſt pardonnable
d'attaquer le vice, quand on ne rend pas le
vicieux dégoûtant ni vil , & quand le Lecteur
n'a point à rougir ni à reculer.
Nous ne claſſerons point l'Auteur du
nouveau Roman parmi ces Ecrivains có
lèbres ; un jour peut être pourra -t- il.
avoir auſſi ſa célébrité. Son Livre annonce
un homme de beaucoup d'eſprit , dont le
goût ne tardera certainement point à être
formé , & qui ſaura déſormais rendre les
Banins moins hérifiés de citations , ſe paſfer
des Eugénies & des Maiſons plus que
ſuſpectes, de l'idiome du Tailleur,&des calembours
du Cordonnier. Il a l'eſprit obfer-
B 3
30 MERCURE
vateur; il lui ſera aiféde ſe contenir & de ne
pas altérer ſous ſon pinceau les traits de ſes
modèles . Son perfiflage eſt ſouvent heureux,
& fes distinctions morales ſont ſouvent ingénieuſes.
Nous ferons plaiſir à nos Leeteurs
en laiſſant parler un peu l'Auteur
lui-même .
-Ce qui fuit eft charmant par la refſemblance
qu'on y trouve avec ces femmes
qui mènent de front l'amour , les pompons
, & les Cours de Chimie & de Lycée.
22 -Ils mangèrent de bon appétit , & rai-
>> ſonnèrent à pertede vue, leur efprit ef-
>> fleurant tour , &voltigeant ſans ceffe. Ils
>>paffèrent de la coupe des cheveux à la
>> plus fublime philofophie ; d'une bouche
> vermeille , aux phénomènes de l'attrac-
>> tion : avec une belle ſavante on va tou-
» jours plus loin qu'on ne croit. Enfin ils
>> arriveient fort heureuſement, par l'air
>>fixe , l'air déphlogiſtiqué , le gáz inflam-
>> mable , les détonations & les molécules
→ organiques , au ſyſtême généralde la Na-
» ture , lorſqu'on vint annoncer ces vieux
ود - pavens ". La Comteſſe de Monpal
s'exprime fur les Cours publics d'une manière
qui paroîtra auffi ingénieuſe que piquante.
Pour quatre louis toutes les
> ſciences; avouez que jamais l'efprit hu-
>> main ne fit un fi grand pas vers la per-
>> fection. Obſervez que c'eſt ici le contraire
>> de tous les enfeignemens ſi vantés par
i
DE FRANCE.
১১
دو
" nos aïeux. Ce n'eſt pas l'auditoire qu'on
tâche de guinder , à force de travaux &
d'étude , au niveau des matières Ics plus
>> élevées ; ce font les matières, les ſciences,
>> leur fublimité jadis inabordable , qu'on
>> met poliment & leſtement à notre por-
>>tée. Vous devez preſſentir que cet ellai
ود ſe perfectionnera. Nous applaudirons
» tant que , par amour pour la gloire , on
» la cherchera dans ce qui nous ſera le plus
>>cominode. Je gage qu'on parviendra à
>>refferrer l'eſſentiel , la ſubſtance de tout
>>le ſavoir poſſible dans le court eſpace
>> de deux ou trois ſéances ". -Le portrait
qui ſuit n'en eſt pas moins adroitement
colorié.- Dans la Société, ce qu'on
>>prend eſt indépendant de ce qu'on laiſſe .
>> Par exemple , tel homme eſt un ſcélérat
>> en amour , qui eſt un phénix en amitié :
ود tel n'a pas de moeurs , qui a des vues uti-
>>les , vaſtes , bienfaiſantes : telle femme
>> a tout le monde , n'eſt à perſonne , &
» a une tête à gouverner l'Europe ; telle
>> reçoit de toutes mains , & penſionne
>> l'homme de génie indigent. La ſcience
>> de la vie gît dans ce triage continuel des
" bonnes & mauvaiſes qualités . L'eſprit
>>vane le grain , & la paille qui bleſſe l'oeil
>> du fot, inftruit & intéreſſe encore le ſage,
» qui voit combien eſt léger ce dont le Moralifte
vétilleux s'afflige ou gémit inuti
> lement ".
"
1
B4
32 MERCURE
>>En vérité les mots défirs,plaisir, ne fignifient
à préſent que fantaisie , paffe-temps.
Dans le bien comme dans le mal , dans
l'agréable comme dans l'affreux , il n'y a aujourd'hui
rien de bien prononcé. Des
nuances , des demi-teintes , des ombres fugitives
, point de traces profondes , on ne
cherche plus , on prend& on laiſſe par déſænvrement
, par contenance : on a fans
jouir, on perd lans regrets ; auffi, en tenant
tout le poflible, qu'a-t-on>> ?
Nous regrettons bien fincèrement que
les bornes de ce Journal nous empêchent
de multiplier davantage de pareilles citations
; elles donnent en même temps une
opinion avantageuſe du talent , du coup
d'oeil obfervateur , & du ſtyle de l'Auteur .
Le caractère de Madame de Montpal eſt
piquant , & a une forte de nouveauté ; celui
de Sophie n'est pas affez fort de couleur.
On eft faché que le perſonnage le
plus vertueux , foit le plus foible. Nous
finirons par une diſtinction qui eſt dans
la bouche de M. Banin , qui prouvera que
l'Auteur fait exprimer d'utiles leçons &
d'excellens préceptes , d'une manière auffi
délicate que bien ſentie.- Notre morale ,
dir M. Banin , pour former un tout , ne
laiſſe pas d'être la réunion d'innombrables
petits détails qui , pris ſéparément , ont l'air
de minuties; c'eſt ce qu'ont très-bien apperçu
ceux qui voudroient que nous ne
DE FRANCE
5 li
fuſſions plus des êtres moraux. Bane tride
vertu fublime & tel crime abominable
n'y a qu'une chaîne de procédés qui no
diffèrent les uns des autres que par des
nuances imperceptibles de la vient qườn
ne voit pas de motifs de s'arrêter , & que
ſouvent on croit toucher à l'une des deux
extrémités , qu'on eft tout près de l'autre .
VARIÉTÉS.
Expofition des Tableaux , Deſſins , &c.
des Elèves & Amateurs de la Peinture,
depuis le Jeudi 18 jusqu'au Dimanche
21 Juin 1789 .
21 CETTE Expofition ſe faiſoit ordinairement dans
un coin de la Place Dauphine ; elle étoit ſujette
aux inconvéniens de la pluie , de la pouſſière ,
des accidens de tous les genres . M. Le Brun
Peintre , Garde des Tableaux de Mgr. Comte
d'Artois , a propoſé aux jeunes Artiſtes d'expofer
leurs Productions dans la grande Salle de vente
qu'il a fait conftruire rue de Cléry , Nº. 96 .
Čette Salle , éclairée par le comble , & qui met
Ics Tableaux dans leur jour le plus avantageux,
a été acceptée avec reconnoiffance. Beaucoup de
Peintres qui n'auroient pas confenti à expoſer
leurs Ouvrages aux hafards du mauvais temps ,
ſe font empreffés de les foumettre à l'examen des
B
34
MERCURE :
Amateurs & à la curioſité publique', dans une
Salle fermée, & d'où le bon ordre devoit exclure ,
finon la foule , au moins le tumulte & l'indécence.
Il en eſt réſulté que la Galerie a été tout
enſemble plus complette & plus intéreffante. On
y a pourtant remarqué un grand nombre de
morceaux extrêmement médiocres , ce qu'il faut
toujours attendre dans une réunion d'Artiſtes ,
dont la plus grande partie en eſt , à peu près , aux
élémensde ſon Art. Je ne dirai rien de ceux-ci .
Aux talens nuls , la critique eſt inutile , donc elle
feroit abſolument déplacée ; aux très-jeunes Elèves ,.
elle ſeroit d'aurant plus fâcheuſe, qu'elle s'attachesoit
ſouvent à des défauts qui tiennent à l'inexpérience.
Pour qu'un jeune Artiſte puiffe profiter
de la critique , il faut qu'il puiffe l'entendre ;
pour l'entendre , il faut qu'il foit un peu au fait
des ſecrets de fon Art; & quand on entre dans
la carrière , on eſt encore loin d'en connoître
J'étendue , les écueils , & le but.
Je m'arrêterai à ce que j'ai diſtingué de mieux,
en me permettant quelques obſervations qui ſeront
uniquement dictées par le défir d'être utile.
Si j'oublie quelques Tableaux faits pour étre tirés
de la foule, j'en ſerai fincèrement fâché , mais
il faudra s'en prendre à ma mémoire : on ne
peut pas ſe ſouvenir de tout ce qu'on a vu , quand
on a été contraint de voir & d'obſerver rapidement.
Il faut eſpérer que ſi cette Expofition continue
de ſe faire dans la Salle de M. Le Bran ,
on en étendra davantage la durée ; les Artiſtes
y gagneroient , parce que les critiques ſeroient
moins hâtives, plus motivées, par conféquent plus
fufceptibles d'éclairer. :
J'ai d'abord été frappé d'un grand Payſage , par
M. Denis. Ce Tableau a fait ſenſation; il annonce
de l'étude , & il a de l'effet. C'eſt en géDE
FRANCE.
35
néral une compofition faite pour donner une idée
heureuſe du talent de ſon Auteur ; mais j'y ai
remarqué une manière trop égale , un ton trop
uniforme. Les plans font diſpoſés comme fi chacun
d'eux devoit être éclairé par un coup de
lumière différent. Le jour y eſt diſtribué de façon
qu'il ne règne point affez d'accord entre le premier
plan & ceux du fond. On voit à la gauche
un bois aſſez épais , une percée , & au fond une
eſplanade; fi la lumière étoit mieux entendue
micux dégradée , les perſonnages qu'on apperçoit
au loin feroient plus à leur place , ils n'auroient
pas l'airde ſe rejeter endevant. Le fond eſt trèsbien
ſenti , l'oeil s'y perd bien dans l'eſpace ;il y
a de la vapeur , c'est-à- dire , de l'air.
Mes yeux ſe ſont enfuite portés ſur un Portrait
en pied , c'eſt celui de M. de Boiſgeſlin.
L'Auteur eſt M. Dreling. Il est bien deffiné , & il
ade l'harmonie ; mais la tête n'eſt point éclairée
d'une manière affez large; les chairs ont un tom
luiſant qui leur ôte de la vérité ,& qui leur donne
l'air d'être faites dans les mêmes principes que
Ies étoffes.
Mlle. Nanine Vallain ſoutient la réputation
qu'elle s'eſt acquiſe par fes premières Productions
; elle y ajoute même. J'ai examiné avec
un très - grand plaifir ſon Tableau repréſentant
une jeune fille qui entoure un rofier avec une
draperie , pour le défendre contre les rigueurs
de la faiſon. J'ai cru remarquer dans cette compofition,
une idée très- intéreſſante , & relative à
la conſervation de cette roſe virginale , qu'un
ſouffle peur flétrir. Si je ne me trompe pas , la
perſonne de Mlle. Vallain doit être auſſi eſtimableque
fon talent. Les acceſſoires de ce Tableau
font vrais , fins , bien entendus ; mais la figure
de la jeune fille eft charmante, fon mouvements
B6
36 MERCURE
d'obſervation eſt plein de naturel ; les extrémités
dunez &du menton , ainſi que la partie fupérieure
des joues , ont cette couleur violette que
le froid rigoureux fait naître ſur les viſages qui
en fort frappés , & on lit ſur la phyſionomie la
double expreffion du mal que cauſe le froid ,&
de l'intérêt qu'inſpire la conſervation du joli arbuſte.
J'ajouterai que cette figure eft drapée d'un
ſtyle qui tient de l'Antique , tant les plis en font
heureuſement conduits. Parmi d'autres Tableaux
du même Peintre , j'ai remarqué le Portrait d'un
homme dont la main eſt appuyée ſur la hanche ,
il eſt d'un ton ferme , ainſi qu'une tête de Garacalla.
Jobſerverai à Mlle. Vallain , qu'elle
met ſouvent dans les plis de ſes draperies , des
hachutes qui reffemblent à des coups de crayon ,
qui ſentent la recherche , & qui déplaiſent aux
Connoifleurs ſévères. Cette manière de finir touche
un peu à l'afféteric; & Mlle. Vallain a trop
de talent , pour s'expoſer plus long temps à en
mériter le reproche.
-
On a généralement donné de grands éloges
aux nombreux Deffins que M. Swebach Desfontaines
a expofés. Il y règne une grande facilité ,
un faire très - expéditif, du talent & de la chaleurs
mais on y remarque auffi de l'incorrection.
En faifant trop , en accumulant trop les objets ,
M. Swebach ſe nuit à lui-même. Il faut auffi qu'il
obferve que ſes demi-teintes de lumières, & fes
demi-teintes d'ombres , ſont ſouvent trop égales.
Parini ſes Deffins , j'ai remarqué deux caricatures
plaifantes , où ta charge eft adroitement ménagéc;
ce qui eſt la preuve d'un bon eſprit.
Un Tableau de M. Delauncy , repréſentant
des Amours qui pourſuivent dejolies ferumes , a
mérité l'attention. L'idée eſt riante , & agréablement
rendue; mais la vapeur y eft généralemena
DEFRANCE. 37
trop épaiffe. M. Delauney paroît chercher à imiter
ce charme , ce pelotté que l'on remarque dans
les Tableaux de M. Fragonard : en imitant ce
Maître plein de goût , il devroit auſſi étudier ſa
couleur , qui eſt ordinairement vraie dans ſes
effets. Je n'aime point ſon Portrait repréſentant
une femme affiſe dans un cadre d'un carré large.
J'avone qu'il eſt bien deſſiné ; mais le tonen eſt
mou ; d'ailleurs le ciel eſt clair, & la figure l'eft
auſſi. Clair ſur clair eft impoffible dans la Nature
comme dans l'Art. اد
J'ignore quel eſt l'Auteur de deux Tableaux dont
l'un repréſente la Nymphe Io & l'autre Junon.
Je ne parlerai pas d'Io , dont la figure m'a paru
un pen indécente. Je trouve du mérite dans la Junon.
Elle est bien peinte , les couleurs font bien
empatées; mais le bras qui s'appuie ſur le paon,
eſt beaucoup trop roide. Au total , ces deux Tableaux
annoncent des diſpoſitions au bon ſtyle &
au bon genre.
,
Un Tableau de famille, par M. Laneuville, attired'abord
l'attention,&fon effet paroît aimable.
A l'obſervation on s'apperçoit qu'il manque
d'harmonie, qu'il eſt trop léché , trop recherché ,
que tout y eft de la même expreſſion : on s'apperçoit
encore que tous les objets y paroitſent également
folides. Pour ne parler que des étoffes , je
remarquerai qu'elles font trop entières de ton ,
fur-tout dans un effer d'appartement , éclairé par
un demi-jour. J'ai diftingué entre lesPortaitsdu
même Peintre , celui d'un homme que l'on dit être
Américain. J'ignore s'il eſt reſſemblant, mais il eſt
d'un bon ton de couleur, & il a un effet vrai. Les
autres ne m'ont point paru, à beaucoup près , fi
eftimables.
Je ne connois point l'Auteur du Portrait d'un
Curé revêtu de ſon ſurplis & de fon étole. Il ya
38 MERCURE
!
debonnes parties dans ce Tableau ; les mains font
bien peintes & bien faites , la tête a du caractère ,
mais le ciel eft trop clair , & toutes les lignes ne
paroiffent pas tendre àdes points de vue déterminés.
Les Payſages de Mlle. Sarrazin ont quelque
choſe de fin &de piquant ; mats ils ne paroifſent
pas vrais par-tout , ils ont l'air trop compoſés.
Il faut auſſi que cette Artiſte prenne garde
au glacis qu'elle jette ſur ſes clairs, & qui leur
donne ſouvent un ton ſale qui fatigue l'oeil.
J'ai trouvé de l'eſprit , du deſſin , mais un faire
unpeu laborieux, dans quelques Ouvrages de Mademoiſelle
Giraud .
Deux petits Tableaux, dont l'un repréſente une
femme qui pince la harpe , & un jeu de colinmaillard,
annoncent avantageuſement le talent de
M. Jules , qui eft , dit- on , un très-jeune homme.
Il y a de la couleur , de l'eſprit , de l'effet ; j'engage
beaucoup cet Artiſte à fuivre un état auquel
il me paroît appelé.
Dans lesTableaux de M. Boquet, on en diftingue
de deux eſpèces , ceux qui font faits d'après nature,&
ceuxqui font évidemment d'imagination.
Il y a de la vérité dans les premiers ; il y en a
fi peu dans les autres, qu'on ſeroit tenté de croire
qu'ils ne font pas compofés par le même Artiſte.
Parmi ceux-là , je dois en citer un qui reçoit la
lumière par refiets , & qui eſt rendu d'une manière
auffi vrare que facile .
On s'apperçoit , dans une grande Marine de
M. Cazin , que cet Artiſte étudie beaucoup М.
Vernet. Certainement le modèle eſt bien choift;
mais la Nature eſt encore un plus beau modèle.
Il faut d'ailleurs obſerver qu'en ſuivant ungrand
Peintre à la trace , on fa fit moins facilement fes--
beautés que ſes inmperfections , & puis l'énergie du
DE FRANCE.
59
salent ne peut , à la longue , que ſe dégrader par
l'imitation.
Des Tableaux de Nature morte ont encore fait
remarquer M. Créville , qui s'eſt déjà fait remar
quer dans ce genre , par pluſieurs morceaux expoſés
dans la place Dauphine.
J'ai retrouvé avec plaifir quelques payſages de
M. François Duval , dont on a plufieurs fois encouragé
le talent. Il me paroît qu'il a étudié , &
qu'il a fait des progrès. Je voudrois pourtant qu'il
s'appliquât encore à faire contrafter plus doucement
les ombres & la lumière ; quand l'oppofition
est trop crue, elle devient faufle.
Beaucoup de jolis Portraits en miniature , d'un
très-bon ton de couleur , & defines très-agréablement
, ont mérité de nouveaux éloges à M. Enfantin.
C'eſt un Amateur ſtudieux & intelligent,
qui pourroit bien ſe voir un jour placé ſur la
ligne des Artiſtes de profeſſion dont le talent
mérite de la renommée.
Unton de couleur affez piquant , a fixémon attention
fur une Veſtale , par Mademoiſelle de la
Ville cadette. La Veſtale eſt au moment où , cn
revenant du dehors, elle a reçu d'un Amant qu'elic
aime , une lettre qu'elle facrifie , non fans regret ,
aux voeux qu'elle a prononcés. La tere eſt appuyée
fur le doffier d'une chaiſe antique , le corps eft
penché comme elle , & le bras s'étend pour poſer
Ja lettre ſur un brafier. L'intention eft bonne, mais
Fexécution n'y répond pas. D'abord la tête dort ,
ainſi elle dit peu de choſe. Le bras , par le mouvement
du corps , ne devroit pas tracer une ligne
droite. Une fimple,étude fur elle-même en autoit
convaincu Mile. de la Ville , avec laquelle je me
montre févère par intérêt pour ſon talent. Je lui
obſerverai qu'elle veut marcher trop vite , &qu'en
youlant faire au deſſus de ſes forces on recule au
1
40 MERCURE
lieu d'avancer. Elle est faite , à ce qu'il me femble
, pour devenir quelque choſe. Je l'engage à
mettre à profit ſes heureuſes diſpoſitions , fans
outre-paffer leur valeur du moment.
Je fais qu'il me reſteroit beaucoup d'autres Tableaux
à nommer ou à examiner ; mais je ſens
auſſi que ma mémoire commence à ſe brouiller fur
les noms & fur les Ouvrages. Il en eſt beaucoup ,
d'ailleurs , que je paſſe exprès ſous filence. Avant
de terminer ,je me rappelle un Plâtre en relief, au
bas duquel j'ai vu le nom de M. Quevanne. Ce
Plâtre repréſente un oiſeau qui, après avoir vu
fon nid ravagé par un ferpent , fuit à tire d'ailes
comme pour quitter fans retour le pays où il a
vu maſſacrer ſa famille. Cette idée ingénieufe eft
très-bien rendue. Ce qu'il y ade remarquable, c'eſt
que ſur une ſurface d'un blanc matte , l'Auteur
a eu l'art , par l'oppoſition des reliefs, de faire ſentir
de l'air & des ombres. Je n'aurois pas cru que
l'on cût trouvé tant de reſſources dans un travail
& avec des moyens auffi ingrats.
Je me rappelle encore une Gouache qui repréſenteune
vifite de nouveaux mariés. Il y a de
la vie , de l'intelligence , du mouvement , dans
cette compoſition. Je crois que l'Auteur ſe pomme
Maſſon ; mais je ne l'aſſure pas poſitivement.
Au réſultat, cette expoſition est très- ſupérieure
à ce qu'elle étoit quand on la faifoit à la Place
Dauphine , & fans doute elle deviendra plus importante
encore par la ſuite. La certitude d'être
jugé par la bonne compagnie , par les Amateurs
qu'éloignoit, autrefois, le défordre d'une place publique
, entretiendra le courage des jeunes Artiſtes
, échauffera leur émulation , les engagera à
ſe rendre dignes des fuffrages des Connoiffeurs ,
&la complaiſance de M le Pean aura renduun
ſervice eſſentielà un Art qui veut enfin reprendre
en France tout l'honneur qu'il avoit perdu.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES.
د
L'HOMME d'Etat imaginaire , Comédie en cing
Actes en vers ; par M. le Chevalier de Cubières
des Académies de Lyon , Dijon , Rouen , Marfeille
, Heffe-Caffel , &c. A Paris , chez Voland ,
Lib. quai des Auguftins.
Nous reviendrons ſur cette Comédie , qui eft
relative aux circonstances. La Mort de Molière ,
dont nous avons rendu compte dans le Nº. 24 ,
eft du même Auteur.
Sainte Bible , traduite en françois , avec l'explication
du ſens littéral &du ſens ſpirituel, tirés
des Saints Pères & des Auteurs Eccléſiaſtiques.
Nouvelle édition miſe dans un meilleur ordre
pour la diftribution des Volumes , & augmentée
de pluſieurs Pièces nouvelles , Notes & Sommaires
, & d'une Table générale des matières contenues
dans tout l'Ouvrage , en forme de Diction
naire. Tome VII du Nouveau Teftament.
Les Moyens les moins onéreux à l'Etat & au
Peuple, de conftruire & d'entretenir les grands chemins
, & Mémoires ſur les Moyens d'améliorer en
France la condition des Laboureurs , Journaliers
& hommes de peine. 2 Parties in-8° . br. en une.
Prix, 4 liv. 16 f. A Paris , chez Delalain aîné
& fils , Libr. rue St-Jacques , No. 240.
د
On trouve chez les mêmes , les Moyens de
détruire la Mendicité en France en rendant les
Mendians utiles à l'Etat ſans les rendre malheureux.
I Vol. in-8°. br. Prix , 4 liv. 16 f.
42 MERCURE
Caufes célèbres & intéreſſantes , avec les Jugemens
qui les ont décidées , rédigées de nouveau ,
par M. Richer, Avocat. Tomes XXI & XXII ; fin
de l'Ouvrage. Prix , s liv. bl. & 6 liv. ref. A
Amſterdam ; & ſe trouvent à Paris , chez Moutard
, Lib .-Imp. de la Reine , rue des Mathurins;
& chez les autres Libraires aſſociés .
Le même Libraire vient de recevoir de Lyon ,
Nouveau Dictionaire Hiſtorique des grands Hommes
; par une Société de Gens de Lettres , 7e. édition
, 1789 ; 9 vol. in-8 ° , 45 1. br. , & 54. 1. rel.
Cours d'Etude , par l'Abbé de Condillac ; Lyon ,
1789 , 16 vol. in- 12° , 40 1. broc. & 48 1. rel.
Calendrier du Fermier , ou inſtruction , mois par
mois , fur toutes les opérations d'Agriculture qui
doivent ſe faire dans une ferme. Ouvrage traduit
de l'Anglois , avec des Notes inſtructives du Tradusteur,
fur les objets particuliers àla culture angloiſe.
Par M. le Marquis de G** , Membre de
Aſſemblée provinciale de l'Iſle de France , & de
la Société Royale d'Agriculture. Brochure in -8°
de 32 pages. A Paris , chez Gattey , Libraire ,
au Palais-Royal ; Cuchet , Libraire , rue & hôtel
Serpente , & Née de la Rochelle , Libraire , rue
du Hurepoix , près le pont Saint-Michel.
La réparation des Anglois en Agriculture eft
aufli méritée que reconnue. Ce nouvel Ouvrage
de l'Auteur le plus eſtimé dans ce genre en Angleterte
, traduit avec clarté & précifion , ne peut
être qu'utile aux Cultivateurs François.
A
LeNègre comme ily a peu de Blancs ; parl'Auteur
deCécile, fille d'Achmet III, Empereur des Turcs,
DE FRANCE. 43
avec cette épigraphe : Les Scythes , pour être Scythes
, ceffent-ils d'être hommes ? 3 Vol. in- 12 . Prix ,
sliv. broch. & 5 liv. 15 f. francs de port par la
Poſte. AParis , chez Buifion , Libraire , Hôtel de
Coëtloſquet , rue Haute-feuille . 1
Pensées fur différensſujets de Morale& de Piéte,
choifis dans les Sermons de M. Boffuer , Evêque
de Meaux ; précédées de quelques Réflexions fur
le caractère de cet Orateur , & des autres grands
Prédicateurs de ſon Siècle. I Vol. in- 12 . A Paris ,
chez le Clere , Lib. rue Saint - Martin , près celle
aux Oues , Nº. 254; à Marseille , chez Moffy ,
Lib.; & à la Rochelle , chez Pavie , Lib .
Le goût qui a préſidé à la rédaction de cet
Ouvrage , en a fait un Livre d'autant pius utile ,
que les Sermons du célèbre Boſſuet ſontbeaucoup
plus eſtimés qu'ils ne font lus.
Recueil de Pièces intéreſſfantes , concernant les
Antiquités , les Beaux-Arts , les Belles-Lettres , &
la Philofophie ; traduites de différentes Langues.
Tome V. A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire ,
quai des Auguſtins ; à Strasbourg , à la Librairie
Académique , rue des Serruriers , Nº. 21 ; & à la
Haye , chez Vancleef , Lib. fur le Spuy.
Cette intéreſſante Collection renferme toujours
des morceaux vraiment curieux , qui ne peuvent
qu'ajouter à notre tréfor Littéraire.
1
Nouvelles Vucsfurla répartition& la perception
de l'Impôt. Brochure in-8°. de 56 pages. A Paris ,
chez Blanchon , Libr. rue Saint-André-des-Arts ,
N°. 110.
14 MERCURE
Revue générale des Ecrits de Linné ; Ouvrage
dans lequel on trouve les Anecdotes les plus inté
reffantesde ſa Vie privée , un Abrégé de ſes Syſtêmes
& de ſes Ouvrages, un Extrait de ſes Aménités
académiques , &c. &c. &c. Par Richard Puteney;
traduit de l'Anglois par L. A. Millin de Grand-Maiſon;
avec des Notes & Additions du Traducteur.
2Vol. in-8° . Prix , 8 liv . brochés, 10 liv reliés ; &
وliv. broch. francs de port par la Pofte. A Paris ,
chez Buiffon , Libraire , rue Haute-feuille , Hôtel
de Coëtloſquet.
:
Eclairciffementfur treis Queſtions des Conférences
d'Angers : 1 °. Sur le Pouvoir légiflatif : 2°.
Sur la néceflité de l'acceptation des Loix : 3º. Sur
leurenregiſtrement dans les Cours Souveraines : faifant
artie de la nouvelle édition deſdites Con-
Krences , & où il eſt queſtion des anciennes Afſemblées
générales de la Nation, & des Etats-
Généraux, relativement à la Légiflation. Brochure
in-12 de 84 pages. A Paris , chez Onfroy , Lib .
rue St-Victor , No. 11 .
Principes des Loix Romaines , comparés aux
Principes des Loix Françoiſes ; Ouvrage dans lequel
on a tâché de découvrir le rapport que ces
Loix ont avec la Nature , & celui qu'elles ont
entre elles , afin d'en rendre l'étude plus facile à
ceux qui , par état ou pour leur utilité , veulent
có acquérir la connoiffance ; in-8°. Ire. Partie.
Paris , chez Defray , Lib. quai des Auguſtins.
Diſcours à la Nation Françoise , par Madame
de Fumelh. Brochure in-8 °. de 21 pages. AParis ,
chez lesMarchands de Nouveautés.
DE FRANCE.
45
Correspondanceparticulière du Comte de St-Germain
, Miniftre & Secrétaire d'Etat de la Guerre ,
Lieutenant-Général des Armées de France, Feid-
Maréchal au ſervice de Danemarck , &c. avec M.
Paris du Verney , Conſeiller d'Etat. On y a joint la
Viedu Comte de St-Germain , & quelques Lettres
&Piècesqui leconcernent. 2Vol. in-8°. Prix, 7 l.
4f. br. & 8 liv. 4 f. francs de port par la Poſte. A
Londres ; & ſe trouve à Paris , chez Buiſſon , Libr. ,
rue Haute- feuille .
Expofition fommaire des Muscles du corps humain,
ſuivant la Claſſification & la Nomenclature
méthodique , adoptées au Cours public d'Anatomie
de Dijon ; par M. Chauſſière , Profeſſeur
d'Anatomie des Etats de Bourgogne , &c. &c.
Brochure in-8 ° . de 114 pages. A Dijon , chez
l'Auteur , rue Mufette , N° 507 ; & à Paris ,
chez Barrois , Lib. Méquignon l'aîné , & Croullebois.
i
Cet Ouvrage utile mérite d'être diſtingué.
Des différentes formes de Gouvernement , & de
leurs avantages ou défavantages reſpectifs , de
laConſtitution Angloiſe ,&de la Liberté civile ;
par William Paley, Maître-ès-Arts , & Archidiacre
de Carlifle ; Ouvrage traduit de l'Anglois ſur
la 4me, édition , par M. Bertin. Brochure in-80
de 115 pages. A Paris , chez l'Auteur , rue St-
Honoré , Nº. 618 , près la rue des Poulies
maiſon du Fourbilleur ; & chez Defer de Maifonneuve
, Libr. rue du Foin-St-Jacques , Hôtel
de la Reine Blanche.
Cet Ouvrage peut être fort utile dans les circonſtances
actuelles ; l'original en eſt eſtimé en
Angleterre , & le talent du Traducteur est déjà
connu parmi nous par d'autres Ouvrages eſtimables.
46 MERCURE
Mémoires de la Société Littéraire de Grenoble;
2 Parties in- 8°. Prix , 4 liv. br. , & 4 liv.
10 f. franches de port par laPofte ; & in-4°. Prix,
6 liv. br. , & 7 liv. franches de port par la Pofte.
AParis, chez Buiſſon, Lib. rue Haute-feuille.
Etrennes aux Enfans qui favent bien lire , ou
Contes moraux , traduits de l'Anglois par M.de
Lannoy , Avocat. A Paris , chez l'Auteur , rue de
Sorbonne , vis-a-vis le paſſage St-Benoît.
Cours élémentaire de Matière Médicale , ſuivi
d'un précis de l'Art de Formuler ; Ouvrage pofthume
de Mr. Desbois de Rochefort , Ecuyer ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine de
Paris , Médecin de l'Hôpital de la Charité , Cenfeur
Royal , &c. 2 Vol. in-8°. Prix , 11 liv. rel.
A Paris , chez Méquignon l'aîné , Libr. rue des
Cordeliers.
Cet Ouvrage, dit le Cenſeur , eſt plein d'obfervations
intéreſſantes , qui ne peuvent qu'en
rendre l'obſervation très-utile au Public.
Le Manuel des Enfans; Ouvrage contenant
des principes pour apprendre à lire , à peuſer , à
parler , & à vivre ; par M. F.... Boinvilliers
Maître de Penſion , à Versailles. Brochure in-8° .
de 73 pages. Prix , 15. f, relié en parchemin. A
Paris , chez Barbou , Imp-Lib. rue des Mathr
rins; Nyon , Lib. Place du Collège des Quatre
Nations; & à Verſailles , chez l'Auteur , Boulevart
de la Reine , derrière la Paroiſſe Notre-
Dame , Pavillon Contant , N° . 25 .
:
Bibliothèque Universelle des Dames. A Paris ,
rue& hôtel Serpente.
Ce Volume eſt le roc. des Romans.
DE FRANCE.
47
LE Sieur CARON, Md. Parfumeur de Mgr.
Comte d'Artois , prévient le Public qu'il débite
un nouveau Rouge végétal de ſa compoſition ,
très-ſupérieure. Il eſt recommandable par la beauté
de ſa couleur , par ſa fineſſe ; & il a cela de particulier,
qu'il rend la peau plus douce & plus lifte, z
qu'on le peut , à volonté , rendre plus ou moins
tenace. Le Sr. Caron vend auffi le véritable Crépon
d'Angleterre , de la première eſpèce. Il fabrique
encore , 1º, une Pommade végétale propre à enlever
le Rouge , à faire diſparoître les taches, les
Boutons , les rougeurs du vilage; 2°. levéritable
Blanc de Venise , dont l'effet eſt de blanchir la
peau , ſans qu'il en réſulte aucun inconvénient fàcheux.
On trouve chez le Sr. Caron une Boîte d'un
genre nouveau , qui a la forme d'une tabatière ,
&qui renferme deux pots de Rouge , un Miroir ,
enfin toutes les commodités d'une Toilette, Il tient
in aſſortiment complet , dans tous les genres, de
Parfumerie. Les Marchandises du Sr. Caron font
fur-tout remarquables en ce qu'elles ne craignent
point la corruption , & qu'elles arrivent dans les
pays les plus éloignés, fans avoir fouffert aucune
alrération de nombreux envois ont démontré leúr
incorruptibilité. Le Sr. Caron tient ſa Manufacture
& fonMagaſin rue du Four , Fauxbourg Saint-
Germain, en face de la rue des Canertes, à Paris ,
Les perſonnes qui voudront prendre la peine de
lui écrire , ſont priées d'affranchir leurs lettres.
Figures des Fables de la Fontaine , Nº. 35. A
Paris , chez le Sr. Simon, Graveur , rue du Plâtre-
St-Jacques , Nº. 7 .
Cette Livraiſon mérite les mêmes éloges que
Les précédentes, 1
MERCURE DE FRANCE.
Trois Sonates pour le Clavecin , avec accompagnement
de Violon & Violoncelle; par L. Kozeluch.
OEuv. 27e. Prix , 9 liv. Trois Sonates
pour le Clavecin ou le Forté-Piano , par le même ,
OEuv. 26e. Prix , 7 liv. 4 f. Trois Sonates pour
le Forté-Piano ou le Clavecin , avec accompagnement
de Violon , par H. G. Lentz. OEuv. se. Prix,
7 liv. 46. Trois Sonates pour le Clavecin ou
le Forté-Piano , avec accompagnement de Flûte ;
par M. Dufſek. OEuv. 7e. Prix , 9 livres. A Paris ,
chez M. Boyer, rue de Richelieu , à la Clef d'or
paſſage du Café de Fcy ; & chez Madame Lemenu,
àlaClefd'or , ruedu Roule.
,
QUATRAIN.
1 Myrte.
TABLE.
Charade, Enig. Logog.
Des Loteries .
Clovisle Grand.
3 Nouveau Voyage.
4 Le Comtede St-Méran.
6 Variétés.
8 Annonces & Notices .
17
23
27
33
41
J'Ar lu
APPROBATIΟΝ.
lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux,
Le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 4
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puifle ca
empêcher l'impreſſion. AParis, le 3 Juillet 1989.
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 8 juin 1789.
LE Public aura sans doute suivi avec
intérêt les efforts de la République ,
pour se délivrer enfin de ces armées
Russes qui pesoient sur elle depuis
25 ans. Ce noble spectacle fixoit tous
les regards , au Nord, au Levant , et en
Allemagne : on attendoit avec inquiétude
l'issue des instances vigoureuses de la
Diète, et celle des Négociations ouvertes
par l'entremise du Roi de Prusse. Les
conseils salutaires que ce Monarque
donnoit aux Etats Confédérés , dans la
réponse de son Ministère , en date du
3oavril, à laNotedu Prince Czartoryski,
du 27 , ont été scrupuleusement suivis.
Par ordre de la Diète , M. Deboli , Ministre
du Roi et de la République auprès
N°. 27. 4 Juillet 1789.
a
( 2 )
de la Cour deRussie , a remis la Note suivante
au Ministre de S. M. I.
* « Les Etats de la République , toujours dans
l'attente d'une réponſe à la Note adreſſée par leur
ordre à Son Excellence M. le Comte de Stackelberg.
Ambaſſadeur de la Cour Impériale de toutes
les Ruffies , en date du 10 mars , tant à l'égard
de l'évacuation des troupes de S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies , comme auffi à l'égard
delatransformation des magaſins Ruſſes , établis
dans les domaines de la République , en dépôts
d'Entrepreneurs des vivres , ont reçu de la part
de Son Excellence M. le Comte de Stackelberg ,
une Note en date du 6 avril , qui , au lieu de fatisfaire
aux demandes & aux voeux des Etats , &
de ſervir de réponſe directe , met en avant des
propoſitions , dont il ne réſulteroit qu'une altération
évidente& notoire de cette neutralité ſcrupuleuſe
, qui ſert de baſe immuable à toutes les
déterminations de la République dans les conjonctures
préſentes. »
Toutes les Notes antérieures adreſſées par
ordre des Etats , ont prouvé leur réfolution &
leur ſyſtême , de ne déroger en rien à aucune
des puiſſances voiſines & amies qui environnent
la Pologne , de maintenir envers elles les traités
&les devoirs d'amitié , avec une fidélité & loyauté
religieuſes , & de ne faire même indirectement
rien qui puiffe être enviſagé par aucune d'elles ,
comme pouvant lui porter préjudice &détriment.
Ce font là les motifs pour leſquels les Etats ont
demandé ,& demandent conftamment la fortiede
Pologne des détachemens Ruffes qui s'y trouvent ,
&que les troupes de S. M. l'Impératrice de toutes
lesRuffies s'abſtiennent de traverſer la Pologne. >>>
« Un motif de plus s'y joint dans ces temps ,
où il exiſte une fermentation & une inclination
(3)
viſibles parmi les payſans des rits Grecs uni &
non uni , ſuſcités évidemment par des ſéducteurs ,
qui ont même employé pour cet effet l'argent-
&la corruption. Des enquêtes authentiques ont
prouvé que des marquerans y ont coopéré , en
pouſſant la méchanceté juſqu'à inſpirer à cette
claſſe d'hommes peu éclairés & fufceptibles d'aveuglement
, que l'entrée prochaine des troupes
Ruſſes en Pologne , devoit être regardée par eux
comme un fignal où leur foulèvement pourroit
ſe faire avec ſuccès.
« Les Etats ayant une pleine confiance dans
la ſageſſe & la grandeur d'ame de S. M. l'Impé
ratrice , ſont perfuadés , qu'eu égard à toutes ces
conſidérations importantes , cette auguſte Souveraine
voudra bien accueillir favorablement les re
préſentations énoncées ici , & mettre de ſa propre
main, pour ainſi dire , le ſceau à la fûreté & au
bonheur de la Pologne , en lui épargnant tous
les inconvéniens des paſſages de troupes ; puifqu'au
moyen d'un petit détour elles peuvent ſe
rendre au lieu de leur deſtination en Moldavie &
en Beſſarabie , ſans toucher le territoire de la
République. >>
«Mais quand même les Etats prendroient la
détermination de ſacrifier toutes ces conſidérations
au défir de donner à S. M. l'Impératrice
une preuve de déférence pour les cas urgens , où,
malgré les repréſentations ſuſdites & la demande
denepas faire paſſer des troupes par la Pologne,
S. M. Impériale croiroit ſe trouver dans le cas
indiſpenſable de faire demander le paſſage pour
quelques-unes de ſes troupes , cette auguſte Souveraine
reconnoîtra elle - même la convenance
que ces paſſages ſe faſſent ſur le pied ufité ,
d'après les principes du droit public , ainſi que
l'inſuffiſance des meſures propoſées dans la Note
deSonExcellence M. le Comte de Stackelberg,
a
(4)
en date du 6 avril ; favoir , l'indication des lieux
ſitués dans le centre de l'Ukranie , tels que Niemerow
& Pocherzebyſczze , pour les paſſages des
détachemens&des tranſports , fans une déſignation
pécife de la marche-route d'une frontière à
l'autre ; qu'en cutre des paſſages exécutés &accordés
fur ure ſimple réquisition , adreſſée aux
commandans Po oncis le long des frontières , en
dontant, d'un côté , contre l'eſprit de la conſtitutio
républicaine , une faculté trop étendue&
ill mirée aux Commandans militaires , pourroient
facement metre de l'autre côté le Gouvernemn
Plonois dans le cas d'ignorer juſqu'au
rombe de troupes étrangères qui ſe trouveroient
dans le coeur de ſes Etats; d'autant que cette
Note ne fait aucune mention , ni du nombre
d'hommes dont feroient compoſés les détachemens
, ni des époques préciſes auxquelles les
enuées& les forties ſe feroient ; qu'aucunes mefures
y ont indiquées pour aſſurer dans l'exécutonles
faits de la déclaration y contenue , que
ces tranſports me ſéjourneront nulle part ; & la
nature même de ces tranſports exigeroit cependant
une détermination concertée , des jours
de repos &dedépart; que , ffiinnaalement , lapropolinon
qu'il ſoit conclu une convention ſpécifique
pour le paſſage , outre qu'elle ſeroit difficile
àconcilier avec le ſyſtême adopté , outre qu'elle
pourroit éloigner le but & prolonger les Négociations
, deviendroit comme ſuperflue , puiſqu'il
paroît à tous égards ſuffisant que les mesures que
la République déſireroit prendre dans ſes Etats ,
relativement au paſſage des troupes Impériales
Rufles par la Pologne , parviennent à la conroiſſar
ce de S. M. l'Impératrice , & que cette
auguſte Souveraine , après en avoir reconnu l'indiſpenſabilité
& la justice , voulût bien donner
des ordres néceſſaires y relatifs aux Comman(
5 )
dans de ſes troupes chargés de diriger ces paffages..>>
Les motifs pour leſquels les Erats ne peuvent
accéder aux propoſitions générales ci -deſſus énoncées,
feront fans doute affez juſtifiés aux yeux
de S. M. I. d'après lear expofé & leur développement
naturel : mais fi , ma'gré les repréſentations
& demandes ci-deſſus , S. M. l'Impératrice
ſe trouvoit dans le cas urgent & indiſpenſable de
faire demander le paſſage pour des troupes , ou
des tranſports par la Pologne , les Etats aſſemblés
ne pourroient ſe déterminer à y confentir , qu'aux
conditions contenues dans les articles ſuivans :>>>
21. Que le détachement Ruſſe qui traverſeroit
le territoire de la République , ne ſurpaſſe
pas le nombre de 500 hommes ; que le paſſage
deces détachemens ſe feroit ſucceſſivement ; qu'ils
n'entreroient que par une voie, dont la marcheroke
donneroit la certitude que le premier détachement
, qui ne furpaſſeroit pas le nombre de
500 hommes , a déja paſſé la frontière , & quitté
les domaines de la République , lorſque le paf-
Mage pour un autre détachement &tranſport ſeroit
accordé.>>
2°. Qu'à cette fin la Commiſſion de guerre
dreſſeroit la marche - route la plus courte & la
plus commode pour les lieux où les tranſports
&les détachemens ſeroient deſtinés ; les jours de
halte & de repos y feroient auſſi ſpéc fiés. »
2 3°. Que la réquisition de paſſage ſe feroit
chaque fois à temps , par l'Ambaſſadeur de S. M.
l'Impératrice à Varſovie, avec l'énoncé de la qualité
des tranſports & du nombre d'hommes qui
les accompagneroient , avec une déſignation des
noms des Officiers qui les commanderoient, &
des régimens auxque's ils appartiendroient, comme
auſſi du temps précis auquel chaque détachément
ſe trouveroit dans le cas d'entrer en Pologne ,
a- iij
( 6 )
pour la traverſer ,& que ſans pareilles équifisions&
paſſe-ports pour le paſſage , aucun détachement
ne traverſe la Pologne , afin que la République
ne ſe trouve pas dans la triſte néceſſité
d'enviſager une entrée ſans réquifition & fans
paſſe-port, comme une atteinte à fon territoire,
*4°. Que chaque détachement ſeroit conduit
juſqu'à la frontière par des Commiſſaires Polonois,
ſur le pied uſité dans les cercles de l'Empire
d'Allemagne , auxquels les Commiſſaires& Commandans
Polonois donneroient une eſcorte milisaire."
" 5°. Qu'il foit donné une déſignation officielle
des lieux où ſont actuellement établis les
magaſins Ruſſes en Pologne , & qu'avant tout ,
ces magaſins ſoient transformés en dépôts d'Entrepreneurs
des vivres , ſous l'inſpection des Commiffaires
& Garde - dépôts , afin que la République
en étant requiſe , faſſe pourvoir à la fûreté
de ces dépôts , fur le pied qui feroit concerté à
cet effet. n
« Le ſouſſigné , Miniſtre Plénipotentiaire de
S. M. le roi& de la République de Pologne , en
expoſant, par ordre exprès des Etats de la République
, à l'illuftre miniſtère de S. M. l'Impéra
trice , tout cequi eft énoncé ici, doit ajouter que
Jes Etats ayant la plus parfaite confiance dans les
ſentimens d'équité& la grandeur d'ame deS. M. I. ,
fontperfuadés que cette auguſte Souveraine youdra
reconnoître qu'ils ont concilié tout ce qu'ils
ſe doivent à eux-mêmes , avec toute la déférence
que S. M. l'Impératrice peut défirer , d'après le
ſyſtême de neutralité adopté par la République. »
« Ils ont cru d'ailleurs indiſpenſable de fixer
d'une manière préciſe , claire & ſtable , les principes
felon leſquels les paſſages des troupes étrangères,
dans les cas urgens& les dépôts d'appro(
7 )
viſionnemens pourroient ſe faire dans leurs domainės.
»
Le Baron de Keller, Ministre de Prusse
àPétersboug, ayant été chargé d'appuyer
de tout le crédit de sa Cour , cette Déclaration
, elle a été bientôt suivie de
l'abandon positif et général des prétentions
du Gouvernement Russe. L'Impératrice
a donné ordre au Comte de
Stackelberg de remettre aux Etats assemblés
, la Note que voici , et qui
doit être regardée comme rompant
le dernier anneau de la chaîne si longtemps
portée par la République.
u Le Souſſigné , Ambaſſadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaire de S. M. Impériale de toutes les
Ruffies , s'empreſſe de faire part de ce qui ſuit à
SonExcellence M. le Comte Malachowski , Grand-
Chancelier de la Couronne , en qualité de Préſident
de la Députation pour les affaires étrangères.
»
« L'Impératrice , invariablement intentionnée
d'écarter tout ce qui peut être capable de laiſſer
le moindre doute ſur les ſentimens de S. M. Impériale
, envers le Roi & la République , a donné
les ordres néceſſaires à ſon Feld-Maréchal Général
des Armées en Beſſarabie & en Moldavie , de
prendre des meſures pour que les magaſins qui
ſe trouvent en_Pologne , foient transférés de
l'autre côté du Dnieſter , & que tous les tranf
ports ſe faſſent par une autre route , en évitant
le territoire de la République. »
« L'Impératrice , ayant ainſi rempli tous les
déſirs des illuftres Etats aſſemblés , attend , en
revanche , de l'amitié du Roi & de la République ,
a iv
( 8 )
qu'il fera prêté toure aſſiſtance amicale pour faciliter
les tranſports des magaſins. »
« Le Soffigné a ordre d'aſſurer que tout ſera
le plus exactement payé ; & comme le Feld-Maréchal
Prince Potemkin Tauriskoy , eſt cha gé de
réaliſer , à fon arrivée , les intentions de i'lmpératrice,
il feroit à ſouhaiter que les illuftres Etats
affemblés vouluſſent charger une perfonne affidée ,
de s'entendre avec le Commandant Général des
Armées fur cet objet , & de faire les arrangemens
fur les lieux. »
Comte DE STACKELBERG .
Varſovie , ce a mai & 4juin 1789.
Voilà done la Pologne , graces aux
circonstances , à sa fermeté , et à l'intervention
vigoureuse du Roi de Prusse ,
remise au rang qu'elle avoit perdu , et
recouvrant son indépendance , ainsi que
son influence dans l'équilibre du Nord.
Ladouce sensation qu'éprouva la Diète ,
vendredi dernier , à la lecture de cette
Note , fut encore augmentée par le
compte que M. Kossowski , second Tré
sorier de la Couronne , rendit de l'emprunt
de Hollande , rempli avec la plus
grande facilité , à un intérêt de cinq
pour cent , et sans autre sûreté que le
décret des Etats Confédérés . La sérénité
de cette Séance du vendredi fut , sur
sa fin , légèrement obscurcie par un
discours plein de force , où M. Suchodolski
, Nonce de Chelm , représenta
combien il étoit honteuxpour la Nation ,
de voir présider à la Commission du
( 9 )
Trésor , un homme tel que le Prince
Poninski , qui avoit commencé sa carrière
par se vendre publiquement à
l'étranger lors du partage , et dont le
reste de la vie n'avoit été qu'un enchaînement
de crimes ; n'ayant point cessé
depuis de vendre la Justice , de depouiller
le Trésor public , etc. etc. Il ne
paroît point douteuxque ces imputations
nese transforment , àla première Séance,
en une accusation en forme. (1)
Le Duc de Courlande, Vassal de la
République , et Vassal ci-devant assujetti
comme elle , et malgré lui , à la même
Puissance étrangère , vient de rentrer
dans le devoir , en répondant en ces
termes à la sommation qui lui avoit
été faite par les Maréchaux de la Diète.
Meſſeigneurs les Maréchaux de la Dière & de la
Confédération du Royaume de Pologne & du
Grand-Duché de Lithuanie :
« Comme la magnanimité , la générofité &
l'ardeur avec leſquelles Sa Majesté le Roi , ainſi
que les illuſtres Erats Confédérés de la Séréniťfime
République, travaillent à la Diète préſente ,
ont pour objet la ſplendeur , la proſpérité de la
patrie; que leurs forces réunies tendent à relever
l'ancienne gloire du nom Potonois , à lui rendre
ſon premier éclat ; qu'ils font naître l'admiration
& le reſpect chez tous les vrais appréciateurs de
la vertu : de même le ſentiment le plus cher à
ceux qui font particulièrement attachés à S. M. &
à la Séréniſſime République par les liens de la
(1) Le Prince Poninski vient d'être arrêté.
a- v
( 10 )
fidélité , eft celui qui les pénètre d'une reconnoifſance
d'autant plus vive, qu'ils peuvent eſpérer ,
eux& leurs defcendens , de participer aux fruits
d'une prévoyance auffi éclairée. »
« C'est ainſi qu'animé par une fidélité & un
dévouement , qui feront à jama's le premier mobile
de maconduite envers S. M. & la Séréniſſime
Répub. , je porterai tous mes ſoins à mettre en état
leCorps de troupes qui m'eſt demandé pa: la lettre
de Vos Excellences, à ſe mettre en marche. Les
deux Compagnies exiſtantes à préſent , ne formant
point le nombre requis , j'ai fur-le-champ
donné des ordres aux Capitaines de faire des enrôlemens
pour les compléter; mais quoique leurs
inſtructions portent d'accélérer l'accompliſſement
de ces ordres , je vois difficilement la poffibilité
qu'ils le ſoient avec cete promptitude qu'exigeroit
le terme qui m'eſt fixé. »
L'attachement le plus zéé m'ayant porté ,
autant que mes devoirs de vaſſelage , à remplir
la vo onté de S. M. & de la Séréniffime République
, j'oſe eſpérer que non-feulement il fera
fourni à ce Corps de troupes , tous les vivres
néceſſaires , dès qu'il entrera ſur les frontières de
la Lithu nie , mais auſſi que S. M. & les illuſtres
Etats daigneront m'accorder un réverfal (ce qui eſt
d'uſage en pareil cas ) , par lequel on reconnoîtra
que tout ce que je ferai en outre de mes devoirs
de vaſſelage , ne ſera point exigé pourl'avenir. »
« Je finis en priant Vos Excellences de m'obtenir
du Roi & de la Séréniffime République ,
la continuation de leur bienveillance & de leur
protection , & d'être convaincus de l'attachement
&de la vénération avec leſquels je ſuis , de Vos
Excellences , l'inviolable & fincère ami.
Signé PIERRE , Duc de COURLANDE.
AMittau , le 13 mai 1789 .
1
( 11 )
Le Prince Sapieha a rendu compte ,
dans la cent et onzième Séance , des
rapports qu'il avoit reçus de Brzeez et de
Minsk en Lithuanie. Il en résulte que le
Clergé Grec Non- Uni refuse de prêter le
serment de fidélité , à moins qu'il n'y
soit autorisé par l'Ambassadeur de Russie
et par l'Evêque de Sluck ; ajoutant que
d'ailleurs il étoit tenu d'observer le
serment qu'il avoit prêté à l'Impératrice
de Russie. Cette révolte insolente a
décidé les Etats à enjoindre aux Tribunaux
de faire arrêter et punir ces sujets
rebelles qui ont osé prêter serment à
une Puissance étrangère .
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 16 juin.
Pour accélérer les préparatifs d'une
guerre vigoureuse , et les opérations
de l'armée , le Roi de Suède a avancé
son départ de quelques jours . C'est le
3, de grand matin , qu'il a pris la route
d'Abo , avec une suite peu nombreuse .
Avant de quitter Stockholm , ce Monarque
a nommé pendant son absence ,
un Conseil de Régence , à la tête duquel
se trouvent le Président et Sénateur
Comte de Wachmeister, le Sénateur
Comte de Beckfries, leBaron de Munck,
etc. etc.
a vj
(12 )
Le départ du Duc de Sudermanie a
devancé celui du Roi , S. A. R. s'étant
rendue le 31 du mois dernier à Carlscro+
ne. Depuis le 21 , la flotte Suédoise étoit
en rade. Le Chevalier Roger Curtis ,
Capitaine de vaisseau dans la marine
Britannique , et si connu par sa belle
conduite à Gibraltar , avoit fait la revue
de la flotte , et repris ensuite la route
de Londres par Copenhague .
De Vienne , le 15juin.
Plusieurs fausses nouvelles, entre autres
celle d'une victoire du Maréchal de
Laudhon sur les Bosniaques , ont précédé
celle très- véritable d'une attaque
des ennemis sur notre poste avantageux
de Dobroszello , qu'ils nous ont forcé
d'abandonner et d'incendier. Le Maréchal
de Laudhon a envoyé à la Cour
le rapport suivant de cette action.
<<L'ennemi , ayant reçu un renfort de deux mille
hommes , la nuit du 26 mai , attaqua , le 27 , à 9
heures du matin , avec un Corps de dix mille
hommes , & quatre canons , le poſte de Dobrofzello
, repouſſa nospoftes avancés , & enveloppa ,
avec une promptitude inouie , nos deux flancs &
le derrière avec de l'infanterie , & le front avec
de la cavalerie. Pendant ce combat , qui dura dix
heures , l'ennemi fit l'impoſſible pour vaincre ce
poſte , l'attaqua neuf fois avec la plus grande
furie , pour s'en emparer d'aſſaut , mais fut toujours
refouffé avec perte. Afept heures du foir,
(13 )
l'ennemi ſe retira au pied du poſte de Dobrofzello
, d'où nos troupes , conſiſtant en 1500
hommes avec fix canons , ſe tranſportèrent la
nuit par Lubarden k à Maffin , où ils prirent poße
après avoir mis le feu au poſte de Dobroſzelle
Le Capitaine Knesevich , le Lieutenant Burkel,
les Sous-Lieutenans Koyfs& Buttorack , du régi
ment des Licaniens , le Lieutenant Einkhemer &
le Sous-Lieutenant Antoine Domazetovich , des
Ottocans , ont été tués. Notre perte conſiſte en
183 hommes , tant tués que bleſſés & égarér .
Selon les rapports de nos gens , l'ennemi a eu
600 morts & 200 bleſſés ; parmi ces derniers ſe
trouve Mustai Bacha , un des deux Commandans.
-Au moment d'envoyer ce rapport , le Feld-
Maréchal Baron de Laudhon lanouvelle
péalable du Colonel Kovachevich , du régiment
Eſclavonien-Gradiſcan , qu'il s'eſt rendu maître, le
I de juin, du fort de Bertsko , en a chaffé les
Turcs, dont quelques-uns ſont reſtés ſur la place ,
& s'eſt emparé d'un drapeau & de quelques canons
de fer. »
a reçu
Le Maréchal de Haddick a demandé
un renfort de troupes. Une partie de
la garnison de cette capitale a reçu
l'ordre de se préparer à marcher .
«On apprend de Caransèbes que, depuis le 18
mai juſqu'au 24 , font arrivés au camp les régimens
deDurlach , d'Er dody , d'Anſpach , de Terzy , de
Nicolas Eſte hazy , de Riesky , de Wurmſer , de
Wirtemberg , de Langlois & d'Alvinzy. -Le
régiment des Wallaques Illyriens eſt à Méhadie ;
le régiment des Allemands du Bannat , des dérachemens
de Volontaires & une partie des Huffards
d'Erdody ont auſſi ordre de s'y rendre.
-On affure qu'un corps de 48,000 Turcs &Tar
(14)
tares eſt poſté près de Grinde , ſur la rive de la
rivière de Jalomiza. >>
* Par un décret du Gouvernement , qui
vient d'être publié, toutes les Gazettes ,
Journaux , Brochures , etc. , seront assujettis
à un droit de timbre depuis le
1. juillet prochain .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 24juin .
Vendredi S. M. doit partir pour
Lindhurst , dans la forêt de Hampshire ,
où le Duc de Glocester a une maison
de chasse. De là , elle séjournera un mois
àWeymouth.
Le 16 , dans la Séance des Communes ,
M. Marsham dénonça un Papier public
très-accrédité , l'un des plus piquans de
la capitale , et intitulé le World. « Je
suis très- éloigné , dit M. Marsham , de
vouloir mettre des obstacles à la liberté
de la presse ; mais on ne doit pas
en souffrir les excès , sur-tout lorsqu'ils
tendent à jeter une improbation flétrissante
sur les procédés de la Chambre. »
Le paragraphe dont il portoit plainte ,
étoit du jour même , et conçu en ces
termes. « Le procès de M. Hastings
« sera renvoyé à une autre Session , à
•moinsqueles Pairs n'aient encore assez
<<de courage pourterminer cette affaire
<<<honteuse, »
(15)
En conséquence, il demandoit que ce
paragraphe fût déclaré par la Chambre
scandaleux et diffamatoire , et qu'on s'adressât
à S. M. pour en obtenir un ordre
au Procureur-général de poursuivrel'Imprimeur
et l'Editeur de ce Papier.
M. Burke , qui , plus qu'un autre , a
usé, et fréquemment abusé de la liberté
d'écrire et de parler , rassembla toutes
les épithètes de la langue contre la Gazette
dénoncée ; il demanda ensuitequ'on
enveloppât dans la poursuite tous les
articles quelconques de cette Feuille ,
relatifs au Procès de M. Hastings . Cet
Orateur a sans doute d'excellentes raisons
pour fermer la bouche à l'Auteur
du World, qui s'est impitoyablement
moqué de lui depuis six mois ; mais il
n'y parviendra sûrement pas : sa Motion
additionnelle n'a pas même été débattue ;
celle de M. Marsham a eu l'approbation
générale de la Chambre .
Ce seroit sans doute une question aussi
délicate qu'importante , que celle de savoir
si les priviléges d'une des trois divisions
de la Puissance Souveraine , peuvent
s'étendre jusqu'à interdire au Public
la censure de ses opérations , et s'il
n'est pas aussi essentiel à l'intérêt général
que la Nation soit instruite des
fautes de ses Représentans , qu'il l'est
de l'instruire de celles du pouvoir exécutif.
Quoi qu'il en soit , le Parlement
s'est très-souvent servi de cette préro
( 16 )
gative , et il ne paroît pas qu'on songe
à la lui contester.
Le commerce des Negres , un Bill de
M. Pitt, pour soumettre aux Officiers
de l'Accise la vente du tabac , la discussion
de l'état des finances , sont renvoyés
à la semaine prochaine dans huit jours
nous présenterons ces divers objets ,
notamment le résultat du Budget.
Fin de l'interrogatoire de M. JOHN BARNES ,
Ecuyer , à la barre des Communes , touchant le
commerce des Noirs.
Dans quelle proportion les priſonniers de guerre
font-ils ,par rapport aux Eſclaves faits par d'autres
moyens ?
-Je ne faurois le dire , mais je ne penſe pas
que les premiers excèdent de beaucoup , car dans
le cours d'une très-longue paix , je n'ai trouvé
que fort peu de différence dans la quantité d'efcaves
vendas.
Savez-vousfi les Propriétaires de ce pays
poſsèdent des Eſclaves , &quelle quantitéils en
ont? -
Tous les Prop iétaires en ont ,& quelques-
uns même un nombre incroyable , à ce que
j'ai entendu dire.
Un Propriétaire a t-il dans ce pays quelque
pouvoir ſur la vie de ſes Eſclaves ?
-
Je ne le crois pas , à moins que ce ne ſoitdes
priſonniers faits en guerre. Je penſe qu'au
moment même qu'il les prend , il peut les tuer
s'il le veut.
Quels font les gens qui amènent des Nègres
de l'intérieur du pays ?- Ce ſont généralement
des Marchands qui ne font que ce commerce.
Quelle est l'étendue de la contrée dont ils tirent
ces Eſclaves ? Je n'en fais rien ; car quoique
(17)
j'aie pénétré fort avant dans lepays , il ne m'a
pas été poffible de me procurer des renſeignemens
exacts fur les contrées p'us intérieures , d'où vient
la majeure partie des Eſclaves.
Avez-vous connoiſſance de quelque commerce
fait par le Sénégal , en Egypte ou dans les parties.
Orientales de l'Afrique ?- Oui , je fais qu'il ſe
fait un commerce conſidérable entre les Noirs
des rives du Sérégal , ceux de la côte Orientale
du même fleuve , & les habitans du nord
de la Ba barie : j'entends parler de toute l'étendue
de pays depuis le détroit de Gibraltar juſqu'à
l'Egypte ; & l'on m'a dit qu'il ſe faifoit auffi un
grand commerce entre les pays intérieurs des
Nègres , qui ſe trouvent environ ſous la même
latitude & l'Egypte. C'eſt la Nubie qui fert de
canal à ce commerce.
Savez-vous fi le. Eſclaves font un article de
commerce entre les Sénégalois & les Nubiens ?
C'eſt le principal . -
-
Les parties de l'Afrique viſitées par vous , fontelles
extrêmement peup'ées ou non ? Je ne
connois que les côtes maritimes & le voiſinage
des gra des rivières , & j'y ai toujours trouvé
la population prodigieufe.
Les guerres y font elles fort deſtructives ou
non?-Très-peu deſtructives en général,
De quelle manière traite-t-on au Sénégal les
perſonnes convaincues de crimes , lorſque l'on ne
les vend pas comme Eſclaves ? C'eſt ce que
je ne puis dire , mais je crois que les loix feroient
beaucoup plus fanguinaires dans ce pays , ſi l'efclavage
n'étoit la punition la plus ordinaire des
crimes.
-
Etes-vous en état de donner des renſeignemens
fur les productions de l'Afrique , propres à l'exportation
, fans compter les eſclaves ?
perdmment des Eſclaves , l'article principal de
---- Indé
( 18 )
commerce an Sénégal , eſt de la gomme qui en
porte le nom. A Gambie nous achetâmes un
peu de cire. Dans le bas de la côte quelques
objets propres à la teinture ; & dans toute la
partie ſupérieure, un peu d'ivoire.
Connoiff z-vous d'autres artic'es objets d'exportation
? Rien qui mérite qu'on en parle
comme objet de commerce. La contrée pourroit
en produire un grand nombre , & même
tout ce qu'on tire des Indes occidentales ; mais
les habitans font trop indolens pour ſe livrer à
la culture ; & je ne crois pas qu'on puiſſe jamais
obtenir d'eux ces productions.
Eſt-ce du Sénégal que l'on tire toute la gomme
qui en porte le nom ? - Non, nous nous en
fommes procuré beaucoup à Portandick , un
peu au nord. du Sénégal.
-
Ya-t-il des débouchés ſuffifans pour la vente
detoute la gomme de Sénégal que produit ce
pays ? Les récoltes de gomme de Sénégal
ſont très incertaines. Il eſt des années
où le pays en fournit plus qu'il n'en faut à la
conſommationgénérale de toute l'Europe , même
pour pluſieurs années , tandis que dans d'autres
à peine y en a-t-il aſſez; mais à tout prendre
la récolte eſt plus que ſuffiſante pour la confommation
de toute l'Europe.
-
Le commerce en cire & en ivoire ſeul , eſtil
ſuſceptible d'accroiſſement ? Je ſuis fûr que
ni l'un ni l'autre n'en eſt ſuſceptible ; au contraire ,
s'il n'y avoit pas de Traite de Nègres , le commerce
d'ivoire baiſſeroit conſidérablement , parce
que les marchands , en amenant des Eſclaves de
l'intérieurdu pays pour les vendre , ne négligent
pas d'apporter auſſi l'ivoire qu'ils ont pu fe procurer;
tandis que s'ils n'avoient plus d'Eſcaves
à amener , ce qu'ils ont d'ivoire ne ſuffircit pas
pour les défrayer de leur voyage.
(19 )
Le commerce du bois de teinture eſt- il fofceptible
d'un grand accroiſſement ?-Je ne l'en
crois pas fufceptible à la Côte d'or ; & quand
il le feroit , je doute que ce fût avec bénéfice ,
parce que je crois que nous avons autant de
ce bois qu'il nous en faut. J'ai entendu dire
quele commercede bois de teinture des environs
d'Angola , connu ſous le nom de ( Bar Wood )
s'accroîtroit ſi l'on vouloit ; mais nous en avons
déja plus que ſuffiſamment.
L'Afrique fournit-elle du coton ? - Oui , &
même de très beau.
Dans quelle partie ?
Gambie.
- Au Sénégal & à
- Yvient- il en grande quantité ? Il n'y en
a que pour fournir aux beſoins des Naturels ; j'ai
eſſayé de m'en procurer , mais inutilement.
- remonter , c'est-à-dire
Connoiſſez-vous la côte à l'oppoſite du vent ?
Auffi loinque jell''aaii pu rem
juſqu'à la rivière de Sherbro.
Connoiſſez-vous le rivage ?- Oui , dans la
partie que j'ai parcourue.
Eft-il facile de prendre terre fur cette côte , &
de tranſporter des marchandiſes peſantes à bord
des navires ? Onne peut débarquer fur cette -
côte qu'en remontant les rivières .
Y a-t-il entre Sherbro & Bonny quelques
rivières où l'on puiſſe établir un débarquement
commode?-Je crois qu'il n'y a entre Sherbro
& Bonny aucune rivière conſidérable cù l'on
puiſſe établir un débarquement de quelque sûreté ;
mais je penſe que l'on trouveroit entre Benin
&Bonny, de petites rivières qui offriroient un
atterrage sûr.
-
Quellediſtancey a-t-il entre Sherbro & Benin
en fuivant la côte ? Je ne puis la déterminer
précisément , trois ou quatre cens lieues à-peuprès
, mais je n'en ſui pas sûr.
1
i
( 20 )
Ya-t-il dans cet intervalle une baie ou un
hâvre qui préſente un afie sûr aux vaiſſeaux ?
-Non, je ne le crois pas ; toute la côte eſt
Ouv rte.
-
10
Quelle est la diſtance entre Benin & Bonny ?
Mais , autant que je puis m'en ſouvenir , de
40 ou 50 neues .
Les dépositions de M. Richard Miles,
qui a résidé dix-huit ans à la Côte d'or ,
sont presque entièrement conformes à
çelles qu'on vient de lire. Ilsemblequ'elles
aient fait baisser Tenthousiasme en faveur
de l'abolition ; du moins détruisentelles
plusieurs des assertions fondamentales
sur lesquelles on en appuyoit la
nécessité , entre autres toutes celles qui
regardent les causes , l'ancienneté , la
nature de l'esclavage en Afrique , les
prétendues guerres que font les Princes
pour avoir des prisonniers , les réduire
en servitude , et les vendre , etc. etc.;
mais il faut attendre si ces témoignages
ne seront pas combattus par des preuves
aussi positives .
La Gazette de Bahama a rendu compte
d'un naufrage , dont la singularité mérite
une mention :
- Jean
« Le floop l'Elifabeth , deſtiné, pour New-
Yorck , a coulé bas le 3 de ce mois , dit cette
feuille , par l'abordage d'une baleine.
Harvey, Capitaine en ſecond de ce bâtiment , Jean
Corke & Luc Dixion , Matelots , ont fait ferment
que le premier janvier dernier , ils firent voile
de l'ifle de la nouvelle Providence , pour aller
(21 )
àExuma, où le loop prit à bord une cargaiſon
de ſel d'environ 2000 boiſſeaux. Vers le 13 du
même mois , ils ſortirent d'Exuma. Le 3 février ,
vers les ſept heures du ſoir , ſe trouvant fur l'arrièredudit
vaſſeau , JeanHarvey étant dans l'entrepont
, ils découvrirent une très grande baleine
par le travers trib rd du navire , & qui jeroit
del'eau.Ellecontinua de s'approcher de vaiff: au ,
tellement qu'elle arriva contre le bord , au point
qu'un Negre à bord prit un billot de bois pour
la frapper & l'éloigner. Avant que le Nègre cût
exécuté ſondeſſein ,la baleine arriva près la hanche
du navire , & , s'élevant , frappa le vaiſſeau dans
la hanche , le fouleva au vent , & s'enforça;
puisrevenant immédiatement ſur l'eau, donna avec
ſa queueun coup très-violent , qui cependant n'arriva
point juſqu'au vaiſſeau ; cependant il avoit
été tellement avarié par le premier coup , qu'il
cou'oit bas au premier choc. Jean Harvey& fon
Capitaine accoururent ſur le pont,& voyant couler
le bâtiment , firent couper toutes les attaches de la
chaloupe ; mais le vaiſſeau s'enfonçant de plus en
plus,emporta aveclui la chaloupe avecJeanHarvey,
qui revint bientôtſur l'eau ;le rette de l'équipage ſe
foutint partie à la nage ,& partie ſur les eſparres
&les débris qui leur tomboient ſous la main.
La violence du coup de la baleine avoit déplacé
les deux pompes , & l'équipage les ayant trouvées
à flot, s'en faifit , & les amarra dans la chaloupe
qui étoit p'eine d'eau. Le temps étant trèsmodéré
& le vent à l'Eſt , les dépoſans & les
autres perſonnes qui étoient à bord, ſe ſoutinrent
fur la chaloupe & les pompes , & à l'aide d'un
aviron , parvinrent à tenir la chaloupe debout
au vent & à la lame , demanière qu'à la pointe
du jour le lendemain , ils virent la terre à environs
milles de diſtance. Daniel Smith , Capitaine
,&un Nègre , nommé Guillaume Harvey ,
ز
(22)
2
étant épuiſés de fatigues & hors d'état de ſe
foutenir , furent noyés ; à deux heures après midi
du même jour , les dépoſans arrivèrent à terre ,
dans un état de foibleſſe & d'épuiſement inexprimable
, fur la pointe orientale d'Elauthra , où ils
reçurent le traitement le plus hoſpita'ier de la part
des habitans. Toute la cargaiſon , le numéraire
&le bâtiment ont été totalement perdus.
FRANCE.
De Versailles , le 29juin.
Le 18 , Leurs Majestés & la Famille Royale
ont aſſiſté à la proceffion de l'Octave de la Fête
Dieu , dans l'Egliſe de la paroiſſe Notre-Dame
de cette ville.Des Députations des troisOrdres s'y
font trouvées comme à la proceffion précédente.
La Cour eſt repartie, le mêmejour, pourMarly.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Siſteron l'Abbé
de Bovet , Vicaire-général d'Arras ; à l'Abbaye
de Saint-André en Gouffern, Ordre de Citeaux ,
diocèſe de Séez , l'Abbé de Cordon , Comte de
Lyon , Vicaire-général d'Embrun , ſur la nomination&
préſentation de Monfieur , Frère de Sa
Majesté , en vertu de ſon apanage ; à celle de Saint-
Sulpice-lès-Bourges , Ordre de S. Benoît , diocèſe
deBourges, l'Abbé de Cornu de Ballivière ,
Aumônier ordinaire du Roi ; à celle de la Couronne
, Ordre de S. Auguſtin , diocèſe d'Angoulême
, l'Abbé de Gaſton , Aumônier de Monſeigneur
Comte d'Artois ; & à celle du Landais ,
Ordre de Citeaux , diocèſe de Bourges , l'Abbé
de Bertrand de Poligny , Comte de Lyon , Aumonier
de Madame Comteſſe d'Artois ; leſdites
Abbayes de Saint-Sulpice , de la Couronne &
du Landais , ſur la nomination & préſentation de
( 23)
Monſeigneur Comte d'Artois , en vertu de fon
apanage.
Le 21 , la Cour a quitté Marly pour ſe rendre
à Verſailles .
ÉTATS - GÉNÉRAUX.
Huitième semaine de la Session.
Du 22 juin. La SÉANCE ROYALE ,
proclamée le samedi précédent , a été
remise aujourd'hui par une nouvelle
proclamation , faite à 8heures du matin ,
àdemain 23.
CLERGÉ. Voyez ci-après.
NOBLESSE . L'attente de la Séance
Royale a suspendu ses Séances .
TIERS - ETAT. Un Héraut d'armes a
remis pendant la nuit , à M. Bailly ,
Président , une lettre de S. M. , envoyée
par le Grand-Maître des Cérémonies , et
qui avertit M. Bailly du renvoi de la
Séance Royale.
Adixheuresdumatin,lesDéputés, auxquels
s'étoient joints quelques Membres
du Clergé , se sont rendus à l'Eglise
St. Louis. Plusieurs avis ont été proposés.
Pendant qu'on les discutoit , un
Député du Clergé a annoncé que 149
Membres de son Ordre alloient à l'instant
se réunir au Tiers-Etat. En effet ,
cette réunion s'est faite dans le choeur
de l'Eglise; les Députés du Clergé ayant
мм. à leur tête MM. les Archevêques de
( 24 )
Vienne et de Bordeaux , et les Evêques
de Rhodez et de Chartres.
Les Députés des deux Ordres placés ,
M. l'Archevêque de Vienne , assis à
côté de M. Bailly, Président du Tiers ,
a dit : « MM. la Majorité du Clergé se
<<joint à vous pour la vérification des
<<pouvoirs en commun , et je crois
<<<pouvoir assurer que cette démarche
* est le présage d'une réunion solide et
<durable. »
M. Bailly a répondu :
« Meſſieurs , vous voyez la joie& les acclamations
que votre préſence fait naître dans l'Afſemblée
: c'est l'effet d'un ſentiment bien pur ,
l'amour de l'union& du bien public. Vous fortez
du Sanctuaire , Meſſieurs , pour vous rendre dans
certeAflemb ée nationale , où nous vous attendions
avec tant d'impatience , par une délibération où
apréſidé l'eſprit de justice& de paix. Vous avez
voré cette réunion défirée; c'eſt le Corps du
Clergé que nous voyons uwi à nous. La France
bénira ce jour mémorable ; elle inſcrira vos noms
dans les faftes de la Patrie , & elle n'oubliera
point fur- tout ceux des dignes Pafteurs qui vous
ont précédés , & qui vous avoient annoncés &
proms à notre empreſſ ment. Quelle fatisfaction
pour nous , Meffi urs ! Le bien, dont le
déſir eſt dans tous les coeurs , le bien auquel nous
allons travailler avec courage & avec perſévéranca
, nous le ferons avec vous , en votre préfence
: il fer l'ouvrage de la paix & de l'amour
fraternel . Ilnous rene encore des voeux à former ;
je
( 25 )
je vois avec peine que des Frères d'une autre
claſſe manquent à cette auguſte famille ; mais ce
jour eſt un jour de bonheur pour l'Aſſemblée nationale
; & , s'il m'eſt permis d'exprimer un ſentiment
perſonnel , le plus beau jour de ma vie
fera celui où j'ai vu s'opérer cette réunion , où
j'ai eu l'honneur de vous répondre au nom de
cetre auguſte Aſſemblée , & de vous adreſſer ſes
fentimens & ſes félicitations . »
DeuxDéputés de la Noblesse du Dauphiné
, MM. le Marquis de Blacons et
le Comte d'Agoult sont entrés , en
soumettant leurs pouvoirs à la vérification
commune; le premier a aussi
harangué l'Assemblée .
Du 23 juin. Les trois Ordres étoient
rendus à l'ouverture de la Séance Royale ,
qui ne s'est faite qu'à onze heures et
demie. On avoit supprimé de la salle
générale des Etats les gradins et les
travées où le Public s'étoit assemblé .
jusqu'alors .
S. M. en grand cortège , accompagnée
dans sa voiture de MONSIEUR , de Mgr.
Comte d'ARTOIS , de MMgrs. les Ducs
d'Angoulême , de Berry et de Chartres ,
est entrée précédée des Maréchaux de
France et des Princes ses frères. Assis
sur son trône , le Roi a dit :
<<<Messieurs , je croyois avoir fait tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour le
bien de mes Peuples , lorsque j'avois pris
la résolution de vous rassembler; lorsque
N° . 27. 4 Juillet 1789. b
( 26 )
j'avois surmonté toutes les difficultés
dont votre Convocation étoit entourée ;
lorsque j'étois allé, pour ainsi dire , audevant
des voeux de la Nation , en manifestant
à l'avance ce que je voulois
faire pour son bonheur. >>>
« Il sembloit que vous n'aviez qu'à
finir mon ouvrage , et la Nation attendoit
avec impatience le moment
où , par le concours des vues bienfaisantes
de son Souverain , et du zèle
éclairé de ses Représentans , Elle alloit
jouir des prospérités que cette union
devoit leur procurer. >>
<<<Les Etats-Généraux sont ouverts
depuis près de deux mois , et ils n'ont
point encore pu s'entendre sur les préliminaires
de leurs opérations. Une parfaite
intelligence aurcit dû naître du
seul amour de la Patrie , et une funeste
division jette l'alarme dans tous les
esprits. Je veux le croire , et j'aime à le
penser , les Françoisne sont pas changés.
Mais pour éviter de faire à aucun de
vous des reproches , je considère que le
renouvellement des Etats- Généraux
après un si long terme, l'agitation qui
l'a précédé , le but de cette Convocation
, si different de celui qui rassembloit
vos ancêtres les restrictions
dans les pouvoirs , et plusieurs autres
circonstances , ont dû nécessairement
amener des oppositions , des débats et
des prétentions exagérées. »
,
?
( 27 )
<<Je dois au bien commun de mon
Royaume , je me dois à moi-même de
faire cesser ces funestes divisions. C'est
dans cette résolution , Messieurs , que
je vous rassemble de nouveau autour
de moi ; c'est comme le père commun
de tous mes sujets , c'est comme le défenseur
des loix de mon Royaume , que
je viens vous en retracer le véritable
esprit , et réprimer les atteintes qui ont
pu y être portées. »
<<<Mais, Messieurs , après avoir établi
clairement les droits respectifs des diffé
rens Ordres , j'attends du zèle pour la
Patrie , des deux premiers Ordres
j'attends de leur attachement pour ma
personne , j'attends de la connoissance
qu'ils ont des maux urgens de l'Etat
que , dans les affaires qui regardent le
bien général, ils seront les premiers à
proposer une réunion d'avis et de sentimens
, que je regarde comme nécessaire
dans la crise actuelle , et qui doit
opérer le salut de l'Etat. >>>
M. le Garde-des-Sceaux a lu ensuite
la déclaration suivante.
Déclaration du Roi, du 23 Juin 1789 ,
concernant la présente tenue des
Etats-Généraux.
ARTICLE PREMIER.
Le Roi veut que l'ancienne diftinction des trois
Ordres de l'Etat fois conſervée en ſon entier
comme eſſentiellement liée à la conttitution de
,
bij
( 28)
fon royaume; que des Députés librement élus
par chacun des trois Ordres, formant trois Chambres
, délibérant par Ordres , & pouvant , avec
P'approbation du Souverain , convenir de délibérer
en commun , puiſſent ſeuls être conſidérés comme
formant le corps des Repréſentans de la Nation.
En conféquence , le Roi a déclaré nulles les délibérations
priſes par les Députés de l'Ordre du
Tiers-Etat , le 17 de ce mois , ainſi que cel'es qui
auroient pu s'enfuivre , comme illégales &inconftitutionnelles
.
II . Sa Majeſté déclare valides tous les pouvoirs
vérifiés ou à vérifier dans chaque Chambre , fur
leſquels il ne s'eſt point élevé ou ne s'élèvera
point de conteſlation ; ordonne Sa Majesté qu'il
en ſera donné communication reſpective entre les
Ordres.
Quant aux pouvoirs qui pourroient être conteſtés
dans chaque Ordre , & fur leſquels les
parties intéreſſées ſe pourvoiroient, il y ſera ſtatué
pour la préſente tenue des Etats-Généraux ſeulement
, ainſi qu'il ſera ci-après ordonné .
III. Le Roi caffe & annulle , comme anticonſtitutionnelles
, contraires aux Lettres de convocation
, & oppoſées à l'intérêt de l'Etat , les
restrictions de pouvoirs , qui , en gênant la liberté
desDéputés aux Etats-Généraux , les empêcheroient
d'adopter les formes de délibération prifes
ſéparément par Ordre ou en commun , par le voeu
diſtinct des trois Ordres .
IV. Si , contre l'intention du Roi , quelques-uns
des Députés avoient fait le ferment téméraire de
ne point s'écarter d'une forme de délibération quelà
leur confcience de
conque , Sa Majesté laiſſe
conſidérer fi les diſpoſitions qu'Elle va régler ,
s'écartent de la lettre ou de l'eſprit de l'engagement
qu'ils auroient pris.
V. Le Roi permet aux Députés qui ſe croiront
( 29 )
gêrés par leurs mandats, de demander à leurs
Commettans un nouveau pouvoir ; mais Sa Majeſté
leur enjoint de reſter , en attendant , aux
Etats- Généraux , pour affifter à toutes les délibérations
ſur les affaires preſſantes de l'Etat ,& y donner
un avis conſultatif.
VI. Sa Majesté déclare que dans les tenues
ſuivantes d'Etats - Généraux , Elle ne fouffrira
pas que les cahiers ou les mandats puiffent être
jamais conſidérés comme impératifs; iis ne doivent
être que de ſimples inſtructions confiées àla
confcience & à la libre opinion des Députés dont
on aura fait choix.
VII. Sa Majesté ayant exhorté pour le ſalut de
l'Etat , les trois Ordres à fe réunir pendant cette
tenue d'Erars ſeulement , pour délibérer en commun
ſur les affaires d'une utilité générale , veut
faire connoître ſes intentions ſur la manière dont
il pourra y être procédé.
VIII. Seront nommément exceptées des affaires
qui pourront être traitées en commun , celles qui
regardent les droits antiques & conftitutionnels des
trois Ordres , la forme de conſtitution à donner
aux prochains Etats- Généraux , les propriétés féodales
& feigneuriales , les droits utiles & les
prérogatives, honorifiques des deux premiers Ordres.
IX. Le confentement particulier du Clergé ,
fera néceſſaire pour toutes les difpofitions qui
pourroient intéreſſer la Religion , la difcipline Eccléſiaſtique
, le régime des Ordres & Corps fé
culiers & réguliers . <
X. Les délibérations à prendre par les trois
Ordres réunis , fur les pouvoirs conteſtés , &
fur lesquels les parties intéreſfées de pourvoiro'ent
aux Etats-Généraux , feront priſes à la
pluralité des Tuffages; mais files deux tiers d s
voix , dans l'un des trois Ordes , réclamoient
bij
( 30 )
contre la délibération de l'Aſſemblée , l'affaire
fera rapportée au Roi , pour y êtredéfinitivement
ftatué par Sa Majefté.
XI. Si dans la vue de faciliter la réunion des
trois Ordres, ils défiroient que les délibérations
qu'ils auront àprendre en commun ,paſſaſſent ſeulement
à la pluralité des deux tiers de voix , Sa
Majesté eſt diſpoſée à autorifer cette forme.
XII . Les affaires qui auront été décidées dans
les Aſſemblées des trois Ordres réunis, feront
ifes le lendemain en délibération , ſi cent
Membres de l'Aſſemblée ſe réuniſſent pour en
faire la demande.
XIII. Le Roidéfire que , dans cette circonftance,
&pour ramener les eſprits à la conciliation , les
trois Chambres commencent à nommet ſéparémentune
Commiffion composée du nombre de
Députés qu'elles jugeront conve ables , pour préparer
la forme & la diftribution des bureaux de
conférences , qui devront traiter les différentes affaires.
XIV. L'Affemblée générale des Députés des
trois Ordres , ſera préſidée par les Préſidens choifis
par chacun des Ordres , & felon leur tang ordinaire.
XV. Le bon ordre , la décence & la liberté
même des ſuffrages , exigent que Sa Majeſté défende
, comme Elle le fait exprcffément , qu'aucune
perfonne , autre que les Merabres des trois
Ordres compofant les Etats-Généraux , puiſſe
affiſter à leurs délibérations , ſoit qu'ils les prennent
en commun ou ſéparément.
Sa Majesté reprenant la parole , a
dit:
<<J'ai voulu aussi , Messieurs , vous
faire remettre sous les yeux, les différens
bienfaits que j'accorde à mes Peuples .
( 31 )
Ce'n'est pas pour circonscrire votre zèle
dans le cercle que je vais tracer ; car
j'adopterai avec plaisir toute autre vue
de bien public qui sera proposée par les
Etats-Généraux. Je puis dire , sans me
faire illusion , que jamais Roi n'en a
autant fait pour aucune Nation ; mais
quelle autre peut l'avoir mieux mérité
par ses sentimens , que la Nation Francoise!
Je ne craindrai pas de l'exprimer ,
ceux qui, par des prétentions exagérées ,
ou par des difficultés hors de propos ,
retarderoient encore l'effet de mes intentions
paternelles , se rendroient indignes
d'être regardés conime François. »
Déclaration des intentions du Roi.
ARTICLE PREMIER.
Aucun nouvel impôt ne ſera établi , aucun
ancien ne ſe a prorogé au-delà du terme fixé par
les Lois , fans le confentement des Repréſentans
de la Nation .
H. Les impofitions nouvelles qui feront établies,
ou les anciennes qui feront prorogées , ne
le feront que pour l'intervalle qui devra s'écouler
juſqu'à l'époque de la tenue ſuivante des Etats-
Généraux.
II. Les emprunts pouvant devenir l'occafion
néceſſaire d'im accroiflement d'impôts , aucun
n'aura Rea fans le conſentement des Etats-Géméraux,
fous la condition toutefois , qu'en cas de
guerre , ou d'autre danger national , le Souverain
aura la faculté d'emprunter ſans délai , juſqu'à
la concurrence d'une ſomme de Cent millions ;
car l'intention formelle du Roi , eſt de'ne jamais
biv
( 32 )
mettre le ſalut defon Empire dans la dépendance
de perſonne.
IV. Les Etats- Généraux examineront avec ſoin
la ſituation des finances , & ils demanderont tous
les renſeignemens propres à les écairer parfaitement.
V. Le tableau des revenus &des dépenſes ſera
rendu public chaque année , dans une forme propoſée
par les Etats Généraux , & approuvée par
Sa Majeſté.
VI. Les ſommes attribuées à chaque département
, feront déterminées d'une manière fixe &
invariable , & le Roi foumet à cette règle générale
, les fonds mêmes qui font deftinés à l'entretien
de fa Maiſon.
VII. Le Roi veut que pour affurer cette fixité
des diverſes dépenses de l'Etat , il lui foit indiqué.
par les Etats-Généraux les diſpoſitions propres à
remplir ce but , & Sa Majesté les adoptera , fi
elles s'accordent avec la dignité royale & la célérité
indiſpenſable du ſervice public.
VIII. Les Repréſentans d'une Nation fidelle aux
lois de l'honneur & de la probité , ne donneront
aucune atteinte à la foi publique , & le Roi
attend d'eux que la confiance des Créanciers de
l'Etat foit aſſurée &conſolidée de la manière la
plus authentique..
IX. Lorſque les diſpoſitions formelles annoncées
par le Clergé & la Nobleſſe , de renoncer
à leurs priviléges pécuniaires , au ont été réaliſées
par leurs délibérations , l'intention du Roi eft
de les fanctionner, & qu'il n'exiſte plus dans le
paiement des contributions pécuniaires aucune efpèce
de priviléges ou de deſtinctions .
X. Le Roi vent que pour confacrer une difpoſition
ſi importante , le nom de Taille foit aboli
dans fon royaume , & qu'on réuniſſ cet impôt ,
foit aux Vingtièmes , foit à toute autre impofi
t
1
(33)
tion territoriale , ou qu'il foit enfin remplacé de
quelque manière , mais toujours d'après des pros
portions juftes , éga'es , & fans diſtinction d'état,
de rang &de naifliance.
XI. Le Roi veut que le droit de franc-fief
foit aboli du moment où les revenus & les dépenſes
fixes de l'Etat auront été mis dans un exacte
balance.
XII . Toutes les propriétés , fans exception ,
feront conſtamment reſpectées , & Sa Majesté
comprend expreſſément ſous le nom de propriétés ,
les Dimes , Cens , Rentes , Droits & Devoins féodaux
& feigneuriaux , & généralement tous les
droits & prérogatives utiles on honorifiques , attachés
auxterres & aux fiefs , ou appartenans aux
perfonnes.
XIII. Les deux premiers Ordres de l'Etat continueront
à jouir de l'exemption des charges perfonnelles
; mais le Roi approuvera que les Etats-
Généraux s'occupent des moyens de convertir
cesfortes de charges en contributions pécuniaires ,
&qu'alors tous les Ordres de l'Etat y foient affujettis
également.
XIV. L'intention de Sa Majeſté eſt de déterminer
, d'après l'avis des Etats-Généraux , quels
feront les emplois & les charges qui conſerveront
à l'avenir le privilége de donner &de tranſmettre
la Nobleſſe. Sa Majeſté néanmoins , ſelon le droit
inhérent à ſa Couronne , accorderà des Lettres de
nobleffe à ceux de ſes Sujets qui , par des fervices
rendus au Roi & à l'Etat, ſe feroient montrés
dignes de cette récompenfe.
XV. Le Roi défirant affurer la liberté perfornelle
de tous les citoyens d'une manière folide
durable , invite les Etats-Généraux àchercher &
à lui propofer les moyens les plus convenablev
de concilier l'abolition des ordres , connus fous
le nom de Lettres de cachet , avec le maintien de
1
bv
( 34 )
7
la fûreté publique & avec les précautions néceffaires,
foit pour ménager , dans certain, cas ,
l'honneur des familles , foit pour réprimer avec
célérité les commencemens de ſédition , ſoit pour
garantir l'Etat des effets d'une intelligence criminelle
avec les Puiſſances étrangères .
XVI. Les Etats-Généraux examineront & feront
connoître à Sa Majesté , le moyen le plus
convenablede concilier la liberté de la preſſe , avec
le reſpect dû à la Religion , aux moeurs & à .
Phonneur des Citoyens.
XVII. Il ſera établi , dans les diverſes provinces
ou généralités du royaume , des Etats-Provinciaux
compoſés de deux dix èmes de Membres du Cle gé,
dont une partie ſera néceſſairement choiſie dans
l'Ordre Epifcopal ; de trois dixièmes de Membres
de la Noblefie , & de cinq dixièmes de Membres
du Tier -Etat.
XVIII . Les Membres de ces Etats-Provinciaux
feront librement élus par les Ordres reſpectifs ,
&une meſure quelconque de propriété fera n.-
ceſſaire pour être Electeur ou éligible.
XIX. Les Députés à ces Etats-Provinciaux ,
délibéreront en commun fur toutes les affaires ,
fuivant l'uſage obſervé dans les Affemblées provincia'es
que ces Etars remplace: ont.
XX. Une Commiffion intermédiaire , choifie
par ces Erats , adminiſtrera les affaires de la Pro-
-vince, pendant l'intervalle d'une tenue à l'autre ,
&ces Commifions inte médiaires, devenant ſeules
refponfables de leur geftion , auront pour Délégués
des perſonnes choifies uniquement par elles , ou
par les Etats Provinciaux,
XXI. Les Etats-Generaux propoſeront au Roi
leurs vues pour toutes les autres parties de l'organiſation
intérieure des Etats-Provinciaux , &
pour le choix des formes applicables à l'éction
des Membres de cette Aſſemblée.
( 35)
XXII. Indépendamment des objets d'administration
dont les Affemblées provinciales font char
gées , le Roi confiera aux Etats-Provinciaux l'adminiſtration
des hôpitaux , des prifſors , des dépôts
de menicité , des Enfans-trouvés , l'inſpection
des dépenſes des villes , la furveillance ſur l'entrétien
des forêts , fur la garde & la vente des
bois, & fur d'autres objets qui pourroient être
adminiſtrés plus utilement par les provinces,
XXIII. Les conteſtations ſurvenues dans les
provinces où il exiſte d'anciens Etats , & les réclamations
élevées contre la conſtitution, de ces
Afſſemblées , devront fixer l'attention des Etats-
Généraux , & ils feront connoître à Sa Majefté
les diſpoſitions de juftice & de ſageſſe qu'il eſt
convenable d'adopter , pour établir un ordre fixe
dans l'adminiſtration de ces mêmes provinces.
XXIV. Le Roi invite les Etats Généraux à
s'occuper de la recherche des moyens propres à
tirer le parti le plus avantageux des Domaines
qui font dans ſes mains , & de lui propoſer également
leurs vues fur ce qu'il peut y avoir de
plus convenable à faire relativement aux Domaines
engagés.
XXV. Les Etats -Géréraux s'occuperont du
projet corçu depuis long-temps par Sa Majesté,
deporten les douanes aux frontières du royaume ,
afin quela plus parfaite liberté règne dans la circulation
intérieure des marchandiſes nationales ou
étangères.
XXVI. Sa Majesté déſire que les fâcheux effets
de l'impôs forle fel & l'importance de ce revenu ,
foient difcutés foigneusement , & que , danstoutes
les fuppofitions , on propoſe att moins des moyens
d'en adoucir la perception .
XXVII . Sa Majeſté veut auſſi qu'on examine
attentivement les avantages & les inconvéniers
des droits d'aides & des autres impôts , mais fans
bvi
( 36)-
perdre de vue la néceſſité abſolue d'aſſurer une
exacte balance entre les revenus&les dépenſes de
l'Etat.
XXVIII. Selon le voeu que le Roi a manifeſté
par ſa Déclaration du 23 ſeptembre dernier , Sa
Majesté examinera avec une ſérieuſe attention ,
les projets qui lui feront préſentés relativement à
l'adminiſtration de la justice , & aux moyens de
perfectionner les lois civiles & criminelles.
XXIX. Le Roi veut que les Lois qu'il aura
fait promulguer pendant la tenue & d'après l'avis
ou ſelon le voeu des Etats-Généraux , n'éprouvent
pour leur enregiſtrement & pour leur exécution
aucun retardement , ni aucun obſtacle dans toute
l'étendue de fon royaume.
XXX. Sa Majesté veut que l'uſage de laCorvée
pour la confection&l'entretien des chemins , foit
entièrement & pour toujours aboli dans ſon
royaume.
XXXI. Le Roi déſire que l'abolition du droit
deMain-morte , dont Sa Majesté a donné l'exemple
dans ſes Domaines , foit étendue à toute la
France ,& qu'il lui foit propoſé les moyens de
pourvoir à l'indemnité qui pourroit être due aux
Seigneurs en poffeſſion de ce droit..
XXXII . Sa Majesté fera connoître inceffamment
aux Etats-Généraux les Réglemens, dont
Elle s'occupe pour reſtreindre les Capitaineries,
&donner encore dans cette partie, qui tientde
plus près à ſes jouiſſances perſonnelles , un nou
veau témoignage de fon amour pour ſes Peuples.
XXXIII . Le Roi invite les Etats-Généraux à
conſidérer le tirage de la Milice ſous tous ſes
rapports , & à s'occuper des moyens de concilier
ce qui eſt dû à la défenſe de l'Etat , avec les
adouciul mens que Sa Majeſté déſire pouvoir procurer
à fes Sujets .
( 37 )
1
XXXIV. Le Roi veut que toutes les difpofitions
d'ordre public & de bienfaiſance envers
fes Peuples , queSa Majeſté aura ſanctionnées par
ſon autorité , pendant la préſente tenue desEtats-
Généraux , celles entr'autres relatives à la liberté
perſonnelle , à l'égalité des contributions , à l'établiſſement
des Etats- Provinciaux , ne puiſſent jamais
être changées ſans le conſentement des trois
Ordres , pris féparément. Sa Majefté les place à
l'avance au rang des propriétés nationales , qu'Elle
veut mettre , comme toutes les autres propriétés,
fous la garde la plus aſſurée.
XXXV. Sa Majefté , après avoir appelé les
Erats-Généraux à s'occuper, de concert avec Elle ,
des grands objets d'utilité pub'ique & de tout ce
qui peut contribuer au bonheur de fon Peuple ,
déclare de la manière la plus expreſſe , qu'Elle
veut conferver en for entier & fans la moindre
atteinte , l'inſtitution de l'armée , ainſi que toute
astorité , police & pouvoir fur le Militaire , tels
que les Monarques François en ont conftamment
joui.
:
Le Roi a fait la clôture de la Séance
par le Discours suivant :
<< Vous venez , Messieurs , d'entendre
le résultat de mes dispositions et de mes
vues ; elles sont conformes au vif désir
que j'ai d'opérer le bien public ; et si ,
par une fatalité loin de ma pensée , vous
m'abandonniez dans une si belle entreprise
, seul , je ferai le bien de mes
Peuples ; seul , je me considérerai comme
leur véritable Représentant ; et connoissant
vos cahiers , connoissant l'accord
parfait qui existe entre le voeu le plus
( 38 )
général de la Nation et mes intentions
bienfaisantes , j'aurai toute la confiance
que doit inspirer une si rare harmonie ,
et je marcherai vers le but auquel je
veux atteindre , avec tout le courage
et la fermeté qu'il doit m'inspirer. >>>
<<Réfléchissez , Messieurs , qu'aucun de
vos projets , aucune de vos dispositions ,
ne peut avoir force de Loi sans mon
approbation spéciale. Ainsi , je suis le
garant naturel de vos droits respectifs ,
et tous les Ordres de l'Etat peuvent se
reposer sur mon équitable impartialité.
Toute défiance de votre part seroit une
grande injustice. C'est moi, jusqu'à présent,
qui fais tout pour le bonheur de
mes peuples; et il est rare peut- être
que l'unique ambition d'un Souverain
soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent
enfin pour accepter ses bienfaits.
>>>
<<Je vous ordonne, Messieurs , de vous
séparer tout de suite , et de vous rendre .
demainmatin , chacun dansles Chambres
affectées à votreOrdre , pour y reprendre
vos séances . J'ordonne en conséquence
au Grand-maître des cérémonies de faire
préparer les salles. >>>
Le Roi retiré , et la Séance levée , le
Clergé, à l'exceptionde quelques Curés ,
et laNoblesse sont sortis : les Communes
seules sont restées dans la Salle. LeGrand-
Maître des Cérémonies ayant renouvelé
Y
( 39 )
les intentions de S. Majesté , touchant la
séparation de l'Assemblée , le Président
a répondu qu'il étoit lié par le voeu de
ceux qu'il présidoit . 1
M. Pison du Galanda proposé ensuite
un ajournement au lendemain , après
avoir chargé deux Membres de l'Assemblée
de lui procurer les déclarations lues
au nom de Sa Maj . L'avis de M. Camus
aété, qu'avant de décider la prorogation,
on devoit persister dans ses premiers
Arrêtés.
Cette opinion a été soutenue par M.
Barnave , quí a distingué les Arrêtés
de la Chambre , des Lois qui pouvoient
se passer de la Sanction du Roi.
Ensuite M. de Mirabean a fixé les esprits
sur la résolution suivante :
« Attendu la néceſſité d'affurer la liberté des
epinions& le droit ainſi que le devoir de chaque
Député aux Etats-Généraux, de rechercher , cenfurer&
dénoncer toute eſpèce d'abus & d'obstacles
à la félicité & à la liberté publiques , l'Aſſe:nblée
Nationale arrête que la perſonne deſdits Députés
eſt inviolable , & que tout individu , privé ou
public , toute Corporation , Tribunal , Cour on
Commiffior quelconque , qui o'eroit , pendant ou
après la Seffion , reprocher , vechercher , ou faire
rechercher , maltraiter ou faire maltraiter , arrêter
ou faire arrêter , détenir cu faire dévenir la perſonne
d'un ou pluſieurs Députés , pour raiſon
d'aucunes propofitions , avis , opinions ou difcours
par eux faits aux Etats-Généraux ou dans aucunes
des Affemb'ées , Bureaux ou Comités qui en font
partie , fera réputé infâme & traître à la patrie :
1
( 40 )
:
arrêté de plus que dans tous les cas fuſdits , l'Afſemblée
Nationale prendra toutes les meſures
néceſſaires pour faire rechercher ceux qui en ſeront
les auteurs , inſtigateurs ou exécuteurs. »
Cet Arrêté a passé à la pluralité de
486 voix contre 34. La resolution de
persister dans les Arrêtés précédens, proposée
par M. Camus , a été prise à l'unanimité.
Du 24juin . Lecture faite de l'Arrêté
de la veille , un Député de Paris a demandé
qu'on y ajoutat que les Réprésentans
ne pourroient être poursuivis , ni au
civil, ni au criminel , sans un référé à
l'Assemblée qui statueroit sur les exceptions.
Quoique l'Auteur de l'Arrêté ait
défendu cette addition , en citant le privilége
des Communes Angloises , l'avis d'un
troisième Membre, que l'addition exigeroit
la Sanction Royale , a prévalu.
On débattoit sur la manière de faire
parvenir au Roi des représentations
contre l'emploi des Gardes chargés de
fermer au Public l'entrée de la Salle ,
lorsque la Majorité du Clergé est entrée
aux acclamations de l'Assemblée ..
Sur l'appel général des Membres du
Clergé , il s'en est trouvé 151 présens ,
et 143 absens .
On a procédé à la lecture des procèsverbaux
de la Séance du 21 en l'Eglise
St. Louis , après quoi les deux Ordres
se sont ajournés à demain , 9 heures
du matin.
(41 )
Du 25 juin. Neuf autres Ecclésiastiques
, en se réunissant à l'Assemblée ,
ont porté la Majorité de leur Ordre à
160.
L'on avoit commencé le rapport du
Comité de vérification, lorsque laMinorité
de la Noblesse , composée de 44
Députés, se sont réunis aux deux Ordres ,
aux applaudissemens de l'Assemblée. Ce
sont: را
MM. le Ducd'Aiguillon ; Dandré; le Marquis de
Lezay Marnezia ; le Vicomte de Toulongeon; le
Comte de Crillon ; le Vicomte de Beauharnois ; de
Pheline; le Vicomte des Androuins; le Marquis
de la Coſte ; le Comte de Castellane ; le Duc
d'Orléans ; le Marquis de Blacons ; le Marquis
de Langon; le Comte de la Blache ; le Comte
Ant. d'Agoult ; le Comte de Virieu , le Comte
de Morge; le Baron de Chaleon; le Comte de
Marfanne ; de Burle ; d'Eymar ; de Nomperre de
Champagny;de Prez de Craffier ; le Marquis de
Biancourt ; d'Agueſſeau ; Freteau ; le Comte de
la Touche ; le Comte de Montmorency; le Chevalier
de Maulette; le Comte de Clermont-Tonnerre
; le Duc de la Rochefoucauld; le Comte
de Lally-Tolendal; le Comte de Rochechouart ;
le Comte de Lufignan ; Dionis du Séjour ; du
Port ; le Marquis de Montesquiou - Fezenzac';
Alexandre de Lameth ; le Marquis de la Tour
Maubourg; leMarquis de Sillery; le Baron d'Harambure
; le Dac de Luynes ; le Marquis de
Lancosme; le Baron de Menou.
Aleur arrivée , M. le Comte Stanislas
de Clermont-Tonnerre a parlé en ces
termes :
« Les Membres de la Nobleſſe qui viennent en
( 42)
cemoment ſe réunir à l'Aſſemblée des Etats-Généraux
, cèdent à l'impulſion de leur confcience ,
&rempliſſent ſes devoirs ; mais il ſe joint à cet
acte de patriotiſme un ſentiment douloureux ;
cette confcience qui nous amèse , a retenu un
grandnombre de nos frères , arrêté par des mandats
plus ou moins impératifs. Ils cèdent à un
motif auffi reſpectable que le nôtre. Vous ne
pouvez , Meſſieurs , déſapprouver notre triſtelle
&nos regrets. »* !
«Nous sommes pénétrés de la ſenſibilité la
plus vraie pour la joie que vous nous avez témoignée;
nous vous apportons le tribut de notre
zèle & de nos sentimens , en venant travailler
avec vous au grand oeuvre de la régénération
publique. »
" Chacun de nous ſe réſerve de faire conncître
à l'Aſſemblée le degré d'activité que lui
permet fa poſition particulière. ».
M. Bailly a répondu
« Votre préſence répand ici la confolation &
la joie. Nous diſions , en recevant le Clergé , qu'il
nous teſtoit des voeux à former , qu'il manqusit
des frères à cette auguſte famille ; ces voeux ont
été preſque auſſi - tot remplis que formés. Nous
voyons un Prince illuftre , une partie impoſante
&refpectable de la Nobleſſe Françoite ; nous nous
livrons à la joie de la recevoir , à l'eſpérance de
voir réunir la totalité de cette Nobleſſe. Oui ,
Meſſieurs , ce qui nous manque nous fera rendu ;
tous nos frères viendront ici ; c'eſt la raiſon & la
justice , c'eſt l'intérêt de la Patrie qui les appellent&
qui nous en répondent. >>
«Travaillons de concert à la régénération du
Royaume , au foulagement du peuple ; nous porterons
la vérité auprès du Trône , & fa voix fera
entendue par un Roi , dont lareligion peut être
L
(43)
furpriſe, mais dont les intentions font juftes&la
bonté inaltérable , par un Roi qui déſire l'union
aujourd'hui effectuée , & qui fera toujours le père
de ſes peuples. »
Nous ne pouvons rapporter toutes les
harangues qui ont été prononcées dans
cette Séance , et qui se ressemblent
soit par leur objet , soit dans les expressions.
Celle de M. le Marquis de Sillery
mérite une mention particulière ; la
voici :
4 «C'eſt avec tranſport que nous reconnciſſons
parmi vous nos plus chers compatriotes'; au momentde
vos élections dans nos Provinces , l'amitié
avoit ſuivi l'eſtime que chacun de nous nous avoit
inſpirée, & collectivement nous réclamons de nos
concitoyens les mêmes ſentimens que nous avons
pour eux. >>>
>
«Nous ne cherchons pas à nous prévaloir
d'avoir devancé peut-être de quelques jours , dans
cette falle , le reſte des Membres de la Nobleffe;
la ſévérité de quelques - uns de leurs mandats
l'examenduplanproposé par le Roi, les empêchent
encore de rous joindre ; mais l'eſprit de juftice &
l'amour du bien public qui les dirigent , les ramèneront
fars doute bientôt au milieu de nous. »
«Oublions , Meſſieurs , les premiers momens
d'inquiétude qui nous ont éloignés ; faifons voir à
l'univers que la nation Françoife a conſervé fon
antique caractère. Entraînés par nos paſſions , rafſemblés
de toutes les parties de ce vaſte empire ,
ayant tous des intérêts à défendre , tenant à nos
opinions , & voulant les foutenir impérieuſement ,
naturellement il en devoit réſulter l'effervescence
qui, pendantquelques momens, nous a agités . Mais
enviſageons la tempête d'un oeil came& ferein ;
que nosanes ſe calment à proportiondes dangers
( 44)
qui nous environnent ; portons un oeil attentif ſur
tous les abus que nous devons réformer ; n'ayons
devant les yeux que le bonheur des peuples qui
nous eft confié , & que ces motifs ſacrés ſoient le
ralliement de nos coeurs &de nos pensées. »
« Ne perdons jamais de vue le reſpect que nous
devons au meilleur des Rois , & fi digne , par fes
vertus perſonnelles , d'être à jamais l'amour de ſes
peuples. Il nous appelle ſes enfans. Ah , fans doute
nousdevons tous nous regarder comme une famille
réunie , ayant des détails différens dans cette maiſon
paternelle. Il nous offre la paix; acceptons-la
fans balancer , & qu'il ne voye pas flétrir dans ſes
mains le rameau d'olivier qu'il nous préſente. >>
« C'eſt en préſence de la nation raffembléeque
nous readons au Clergé des hommages que nous
devonsà ſes vertus. La plupart de vous, Meffieurs,
témoins&confolateurs des peines des habitars des
campagnes , vous nous inſtruirez des détails attendriſſans
de leurs fouffrances , & vous nous aiderez
de vos conſeils pour trouver les moyens les plus
prompts de les ſoulager. »
« Et vous , Meſſieurs , qui réuniſſez dans votre
ſeindes Citoy ens diftingués dans tous les états ,des
Magiſtrats éclairés , des Littérateurs célèbres , des
Commerçans fidèles , des Artiſtes habiles, vous nous
aiderez de vos lumières&de vos inſtructions pour
procurer à la France les loix néceſſaires à la régénération
de l'ordre. >>
« Je m'arrête , Meſſieurs , & mes yeux ſe fixent
fur les habitans des campagnes qui ſont parmi
vous, dont les travaux reſpectables fervent à nourrir
& à enrichir les Citoyens de tous les ordres..
Si la Nob effe de France ſe glorifie de marcher à
la tête des légions pour la défenſe de la pauie ,
elle honore également cette milice formidable qui
fait la gloire & la fûreté de cet empire. >>
Ces Membres réunis de lá Noblesse
(45 )
ontdonnécommunication,nonofficielle,
de la lettre qu'ils avoient adressée au Président
de leur Ordre , avant de se rendre
dans la Salle Commune. Elle portoit :
M. LE PRÉSIDENT , :
« C'eſt avec la douleur la plus vraie que nous
nous ſommes déterminés à une démarche qui nous
éloigne dans ce moment d'une aſſemblée pour
laquelle nous ſommes pénétrés de reſpect , &dont
chaque Membre a des droits perſonnels à notre
eſtime; mais nous regardons comme un devoir indiſpenſable
de nous rendre dans la ſalle où ſe
trouve réunie la pluralité des Etats - Généraux.
Nous penſons qu'il ne nous eſt plus permis de
différer un inſtant de donner à la nation une preuve
de zèle , & au Roi un témoignage de notre attachement
pour ſa perſonne , en propoſant & procurant
dans les affaires qui regardent le bien général
, une réunion d'avis&de ſentimens , que Sa
Majesté regarde comme néceſſaire dans la criſe
actuelle , & comme devant opérer le ſalut de;
l'Etat. »
« Le plus ardent de nos voeux ſeroit ſans doute,
de vo'r notre façon de penſer adoptée par la Chambre
de la Nobleſſe toute entière; c'eſt ſur ſes pas
que nous euffions voulu marcher , & le parti que
nous nous voyons obligés de prendre ſans elle,
eſt ſans contredit le plus grand acte de dévouement
dont l'amour de la patrie puiſſe nous rendre
capables ; mais dans la place que nous occupons ,
il ne nous eſt plus permis de ſuivre les règles qui
dirigent les hommes privés ; le choix de nos concitoyens
a fait de nous des hommes publics ;
nous appartenons à la France entière , qui veut
par-deſſus tout des Etats - Généraux , & à des
Commettans qui ont le droit d'y être repréſentés.
Tels font , M. le Préſident , nos motifs
(46)
& notre excuſe; nous euflions eu l'honneur de
porter nous-mêmes à la Chambre de la Nobleſſe
la réſolution que nous avons priſe ; mais vous
avezaſſuré l'unde nous qu'il étoit plus reſpectueux
pour elle de remettre notre déclaration entre vos
mains , nous avons en conféquence l'honneur de
vous prier de vouloir bien lui en rendre compte.»
On avoit appelé au Comité de vérification
seize Députés du Clergé , et on
en a choisi un pareil nombre dans la
Minorité unie de la Noblesse .
24Députés ont été désignéspourporteràS.
M. le voeu de l'Assemblée Nationale
, que la salle des Etats ne soit plus
entourée de Gardes , et qu'on la rouvre
à la multitude
Une Députation des Electeurs de
Paris , avec un discours où les Commettans
annoncent leur invariable adhésion
aux délibérations de l'Assemblée Nationale
, particulièrement à celle du 17 ;
une seconde Députation d'un nombre
de Citoyens de la Capitale , également
chargés d'expressions de zèle et de patriotisme
, ont été reçues et remerciées .
On a annoncé une Députation de la
Majorité de la Noblesse ; annonce qui a
entraîné une discussion pour décider à
quel titre et sous quelle qualité on recevroit
ces six Députés Nobles. Plusieurs
refusoient même de les entendre. L'avis
de leur admission ayant prévalu , le Député
qui portoit la parole a fait lecture
d'un Arrêté de la Majorité de l'Ordre ,
(47)
par lequel elle défère à la premièreDéclaration
de S. M. dans la Séance Royale ,
comme facilitant une conciliation . Ensuite
il a dit :
Meffieurs , l'Ordre de la Nobleſſe nous a
chargés d'avoir l'honneur de vous communiquer
l'arrêté qu'il a pris hier. »
aVous verrez dans l'adhéſion qu'il s'eſtempreſſé
de donner à la première déclaration du Roi , le
déſir de conciliation qui l'anime, ſon væn ſincère
pour que les Ordres foient ramenés à la concorde
qui ne devroit jamais être altérée entre François ,
&fans laquelle il eſt impoffible d'opérer le bien
de l'Etat , premier devoir de tout bon Citoyen. "
Réponse de M. BAILLY :
•Meſſieurs , l'Afſfemblée Nationale me charge
de vous dire qu'elle n'a pu vous recevoir & ne
peut vous reconnoître que comme des Députés
Nobles non-réunis , comme des Gentilshommes
nos Concitoyens & nos Frères. Elle s'eſt portée
à vous admettre avec d'autant plus de p'aifir ,
qu'elle défire que vous soyez les témoins des
voeux que nous ne ceffons de faire pour votre
réunion à cette auguſte Aſſemblée , & que vous.
ſemblez nous laiſſer espérer. >>
Cet Arrêté de la Noblesse , présenté
au Roi le même jour , porte :
« L'Ordre de la Nobleſſe , empreſſfé de donner
au Roi des marques de fon amour& de fon refpect
, pénétré de reconnoiſſance des ſoins perfévérans
que Sa Majetté daigne prendre pour amener
les Ordres àune conciliation défirable; conſidérant
combien il importe à la Nation de profiter
ſans délai des grands bienfaits de la Conftitution ,
indiqués dans la ſeconde Déclaration des inten-
1
(48 )
tionsduRoi, lue àla Seance du 23 de ce mois; preſſé
encorepar fondéfir de pouvoir confolider la dette
publique,&réaliſer l'abandon des privilèges pécuniaires
auffitôt que le rétabliſſement des baſes conftitutionnelles
lui permetta de dé ibérer ſur ces deux
objets , auxquels l'Ordre de la Nobleſſe attache
l'honneur national , comme auffi le voeu le plus
cher de ſes Commettans ; fans être arrêté ſur la
forme de ladite Séance pour cette tenue d'Etats-
Généraux ſeulement ,& fans tirer à conféquence
pour l'avenir , a accepté purement & fimplement
&fans aucune réſerve les propoſitions contenues
aux quinze articles dans la première. Déclaration
du Roi à la Séance du 23 de ce mois. En conſéquence
, & pour exécuter l'article 5 de ladite
Déclaration , a arrêté que Sa Majeſté ſera ſuppliée
de convoquer la Nobleffe des Bailliages dont les
Députés ſejugeront liés par des mandats impératifs,
afin qu'ils puiſſent recevoir de nouvelles inftructiors
de leurs Commettans , & prendre au
plutôt en confidération , dans la forme indiquée
par le Roi , les articles contenus dans la ſeconde
Déclaration des intentions de Sa Majesté , que
l'Ordre de la Nobleſſe confidère comme le gage
le plus touchant de ſa justice &de fon amour
pour fon peuple. »
MM. les Evêques d'Orange &d'Autun s'étoient
réunis dans la matinée , &peu après l'on a vu paroître
aux acclamations redoublées , « M. l'Archevê
>> que de Bordeaux , amenant M. l'Archevêque de
> Paris , conduit par l'amour de lapaix dans la falle
> générale. « Je m'eſtimerois heureux,a-t-ildit, ſi,
» même au ſacrifice de ma vie , je pouvois con-
>> courir à une conciliation défirable , que je ne
» perdrai jamais de vue. »
Dans la réponſe de M. Bailly à ce Prélat , on
a remarqué la phraſe ſuivante , & qui la terminoit
: « Cette démarche de paix & de réunion
«Monſeigneur
( 49 )
> Monſeigneur, étoit la ſeule couronne qui man-
» quât à vos vertus. »
Du 26 juin. La Séance a commencé
par le rapport des pouvoirs de la No.
blesse vérifiés au Comité , et la Députation
du Dauphiné a été légitimée
ensuite d'une délibération , sauf aux
Réclamans à faire valoir leurs objections
pour les Elections suivantes.
4
M. de Lally- Tolendal a remis sur
le Bureau la
Déclaration suivante :
« Je me préſente à cette auguſte Aſſemblée ,
adhérant de coeur & d'eſprit à ſes diſpoſitions ,
mais n'étant point maître de mes volontés fur
tous les objets.
1
«Je viens me ſoumettre à une vérification
commune ; elle a toujours été dans mes principes ,
ainſi que dans mon coeur , & e'le ne m'étoit pas
interdite par mon mandat.
Malheureuſement ce
mandat ne m'a pas laiſſé auffi libre fur l'opinion
par tête, il eſt poſſible qu'il paroiſſe limitatif à
d'autres Députés , dont je reſpecte la délicateſſe
autant que je crois à la mienne , & dont les vertus
&les lumières doivent rendre l'opinion impertante;
mais l'obligation m'entraîne. Un ferment
dépend de l'idée qu'on y attache en le prêtant ;
&dans l'inſtant où j'ai prêté le mien , je me fuis
cru & je me crois, encore
inviolablement enchaîné
à l'opinion par Ordre. >>
On ne tranfige point avec ſa conſcience ;
c'eſt elle qui m'a impérieuſement ordonné la
démarche douloureuſe , confolante & facrée , à
laquelle je viens de me déterminer ; c'eſt elle
auili qui m'ordonne impérieuſement de retourner
à mes Comettans , &de leur demander de nouveaux
pouvoirs. »
Supplément au N°. 27 .
C
( 50 )
«S'i's font conformes aux voeux de mon coeur .
je ne crains pas de le dire , aux besoins de la
Patrie, je reviens , Meſſieurs , m'éclairer ppaarrvos
lumières , m'enflammer par vos vertus , &joindre
ma foible&glorieuse contribution à ces glorieux
travaux par leſquels vous allez régénérer le bonheur
de la France, celui de tous les Ordres de
ſes Citoyens , & celui du Monarque digne de
leur amour. Si ma liberté ne m'eſt pás rendue ,
alors , Meſſieurs , je remets avec réſignation à
mes Comettans une miſſion que je ne croirai
p'us pouvoir remplir fructueuſement , & mes
voeux , mes regrets , mes reſpects , vous fuivront
de loindans votre noble & brillante carrière. »
«Ma réſolution eſt invariable ; je ne fais ,
Meſſieurs , fi ma conduite vous paroît fondée ;
mais j'oſe vous aſſurer que mon motif eft pur;
& fi c'eſt une erreur , je demande votre indu!-
gence pour une erreur de la probité. »
"
Je vous prie de vou oir bien me donner
acte du diſcours que je laiſſe ſur le bureau , en
y dépoſant mes pouvoirs. "
M. le Comte de Clermont-Tonnerre
a fait une déclaration à peu-près semblable.
200
Du 27 juin. Dans la matinée , la Noblessé
reçut la lettre suivantede Sa Maj .
>> Uniquement occupé à faire le bien général
de mon Royaume , mais déſirant par-deſius tout
que l'Aſſemblée des Etats-Généraux s'occupe des
objets qui intéreſſent toute la Nation ; d'après
l'acceptation volontaire faite de ma Déclaration du
23 de ce mois, j'engage ma fidelle Nobleſſe à ſe
réunir ſans délai aux deux autres Ordres. "
Une lettre de même teneur avoit été
adressée par le Roi à la Minorité sié(
31 )
:
geante du Clergé , qui décida de déférer
à cette invitation de S. Majesté , et de se
rendre sur-le -champ à la Salle générale .
L'Ordre de la Noblesse prit la même résolution.
M
Elle fut exécutée vers les quatre heures
de l'après-midi : la Minorité du Clergé
et l'Ordre de la Noblesse se rendirent
conjointement à l'Assemblée Nationale ,
dont le plus grand nombre étoient encore
absenst
11M.de Cardinal de la Rochefoucault ,
Président de la Minorité du Clergé , prit
la parole , et dit :
» Nous sommes conduits ici par notre amou
& notre reſpect pour le Roi ,par nos voeux pour
la paix & notre zèle pour le bien public. "
M. le Duc de Luxembourg , Prési
dentde la Noblesse , parla en ces termes :
" L'Ordre de la Nobleſſe a arrêté ce matin de
ſe rendre dans cette Salle Nationale pour donner
au Roi des témoignages de fon reſpect , & à la
Nation des preuves de fon patriotiſme. »
M. Bailly répondit , en disant :
>> Le bonheur de ce jour qui raſſemble les trois
Ordres eſt tel , que l'agitation qui accompagne une
joie vive ne me laiſſe pas la liberté d'idees néceſſaire
pour vous répondre dignement ; mais cette
joie même eſt une réponſe. »
Nous poffédions l'Ordre du C'ergé ; l'Ordre
de la Nob'eff aujourd'hui ſe joint à nous. Cejour
ſera célébré dans nos faſtes; il rend la famille
complète, il finit à jamais des divifions qui nous
ont tous mutuellement affl gés, il ya remplir le
(
(52 )
defir du Roi , & l'Aſſemblee Nationale , ou plutôt
les Etats Généraux , vont s'occuper fans diftraetion
&fans relâche de la régénération du royaume
dubonheur public. &
Il termina la Séance par une prorogation
de l'Assemblée à mardi prochain ,
afin de laisser deux jours à l'alégresse
qu'excitoit la réunion complète des trois
Ordres .
L'arrivée de la Minorité du Clergé et
de la Noblesse avoit été précédée dans
l'Assembléenationale, d'unedélibération
sur le rapport du ComitéVérificateur ,
au sujet de la Députation de Saint-Domingue
.
Trois queſtions étoient ſoumiſes au jugement
de l'Aſſemblée.
Faut-il y admettre les Repréſentans de la Co-
Tonie ?
Lear élection est- elle validé, & leurs pouvoirs
font-ils enbonne forme ?
Quel nombre de Députés doit être admis ?
L'avisdu Comité a été uuanime pour l'admiffion
des Repréſentans , pour la validité de l'élection
&des pouvoirs. Il ý a eu partage fur le nombre
desDéputés :: dix-huit voix pour admettre vingt
Députés , dix-huit voix pour n'en admettre que
douze, mais feulement pour la tenue actuelle des
Etats-Généraux, fauf à traiter le fonds de la queftion
ſous tous les rapports , dans le cours de la
feffion.
Lesdeux premièresquestions ont passé
à l'affirmative ; la troisième , sur le nombre
des Députés à admettre , a été renvoyée
à la Séance de mardi prochain .
:
ןיל
;
(53)
Ces décisions ont été suivies d'une
conversation occasionnelle sur l'abolition
de la Traite des Noirs , que la plu
part des Orateursont confondue avecl'af
franchissement des Negres achetés , et
travaillant dans les Colonies .
Dans la soirée, le Peuple, instruit de la
réunion des trois Ordres , s'est porté en
foule au Château , en a rempli les cours
et les avenues , et a fait retentir l'air de
ses acclamations. Le Roi et la Reine , s'étant
présentés sur le balcon , ont reçu les
applaudissemens de la multitude. Versailles
a été généralement illuminé .
DeParis,le 2juillet.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 13
juin 1789 , concernant la Caisse
d'Escompte.
Le Roi avoit prolongé juſqu'au 30 de ce mois
les diſpoſitions ordonées par l'arrêt du Conſeil
du 18 a û dernier, relatives aux billets de la
Caiffe d'Eſcompte. Sa Majesté comptoit qu'à
cette époque les Etats-Généraux auroient examiné
l'état des finances , & adopté des arrangemens
propres à fonder la confiance publique ſur des
baſes ſolides. L'attente de Sa Majesté n'étant pas
encore réaliſée , Elle a cru qquuee dans les circonftances
préſentes , la prudence exigeoit encore le
maintien des diſpoſitions déterminéespar les der→
niers arrêts , lesquelles devront ceſſer au moment
où les Etats- Généraux auront pris les informations
néceſſaires pour avoir un avis éclairé ſur
les principales affaires de crédit & de finance; &
en attendant , Sa Majeſté a vu avec ſatisfaction
conj
(54)
que les affaires de la Caifle d'Efcompte étoient
⚫ dans le meilleur ordre , & que la confiance publique
dans ſes billets étoit parfaitement juſte &
bien fondée. Aquoi voulant pourvoirsoui le rapport;
le Roi étanten fon Conſeil , a ordonné&
ordonne que les diſpoſitions portées dans les arrêts
dù 18 août & du 29 décembre , relatives auxbillets
de la Caiſſe d'Eſcompte , feront prorogées
juſqu'au 31 décembre de cette année , ſe réſervant
Sa Majeſté d'abréger ce terme , felon le moment
où les Etats-Généraux auront pris en conſidération
les affaires générales de la finance......
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1. juillet
1789 , sont : 45 , 3, 80, 47, 13 .
م
7
PAYS -BAS .
De Bruxelles , le 4 juillet 1789 .
Les Etats de Brabant , convoqués extraordinairement
par ordre de l'Empereur
, se sont assemblés le 19 juin dernier.
Il a été proposé à leur délibération
quatre points arrêtés par S. M. , sur la
soumission des deux premiers Ordres ,
en date du 26 janvier dernier
« Il s'agifloit, 1º, d'un ſubſide fixe comme en
Flandre , c'est-à-dire , de la continuation permanante
des impoſitions ordinaires actuelles , pour
faire face aux charges de l'adminiſtration & aux
eugagemens contractés anciennement par la province
, ſans préjudice aux aſſemblées générales
des Eta's , qui auroient lieu tous les ans comme
du paflé.
2°. Du rétabliſſement du Tiers-Etat ſur l'ancienpled,
donnant voix & féance à quinze villes
( 55)
de la province , au lieu des trois chef-villes ſeules.
3°. Que dans les délibérations ſur les affaires
quelconques de la généralité , chaque Ordre prendroit
une réſolution pure & fimple , & qu'en
conféquence le voeu de deux Ordres , formant
la majorité , entraîneroit le confentement du troiſième.
» 1
"4°. Que pour prévenir que le Conſeil de
Brabant n'abusât dorénavant , au préjudice de l'autorité
ſouveraine , du ſerment qu'il avoit prêté
fur la Joyeuſe-Entrée , il feroit tenu de ſceller
& publier en la forme uſitée , tout Edit , Réglement,
Ordonnance,Diſpoſition ouActe quelconque
émanédel'autorité deSa Majesté, qui neporteroient
point par eux-mêmes des preuves évidentes de
furpriſe faite à la religion du Souverain , par des
diſpoſitions qui feroient poſitivement contraires à
quelques articles exprès de la Joyeuſe-Entrée ,
ou à quelque autre privilége reconnu ¬oirement
en obſervance ; & qu'au cas que ceux dudit
Confeil trouvaſſent qu'il feroit douteux que les
Edits , Réglemens , Ordonnances , Diſpoſitions ou
A tes quelconques à émaner par leur miniſtère ,
feroient contraires à la Joyeuse-Entrée , ou à
quelque autre privilége reconnu & en obſervance ,
ils feroient tenus de porter ce doute à la connoiffance
des Gouverneurs généraux , leſquels ,
ouis les Députés des Etats de la province , porteroient
le cas à la connoiſſance & déciſion de
Sa Majefté , à laquele ceux dudit Conſeil ſeroient
tenus de ſe conformer ſans ultérieur délai . >>>
را
A l'accomplissement de ces intentions
finales , S. M. avoit attaché le maintien
de l'ancienne constitution de cette province.
Les Etats ayant refusé leur accession
à ces arrangemens , sous prétexte, que
( 56 )
leur serment y étoit obstatif, leGouvernement
général s'est vu forcé , par les
ordres éventuels de l'Empereur , de rendre
une ordonnance par laquelle la
députation des Etats est supprimée , le
Conseil de Brabant cassé , et la Joyeuse-
Entrée révoquée.
Vers six heures du soir, les Etats ont
été séparés , et le Conseil de Brabant, assemblé
depuis le matin , a reçu l'intimationdu
diplome qui lesupprime. Lescellé
fut mis aussi-tôt sur les archives des Etats
et sur leurs différentes caisses ; et il a
été nommé un Comité à la Chambre des
Comptes pour l'administration des deniers
de la provinee.
:
1
Le 20, ont paru deux déclarations
de l'Empereur . Par la première , il est
pourvu à l'adıministration de la justice;
et par la seconde , à la perception des
charges publiques , en supprimant , pour
le Plat-Pays , les droits de tuage et moulage
, dont la perception étoit très-onéreuse
aux habitans.
Ces dispositions souveraines ont été
suivies de quelques autres relatives à la
perception des Revenus Provinciaux , et
de la Déclaration suivante de S. M.
L'EMPEREUR ET RO
«Depuis mon avènement au trône , je n'ai
épargné ni peines ni foins pour me procurer la
connoiſſance des beſoins de mes fidèles ſujets ,
&des différens abus introduits par le temps dans
pluſieurs branches de la législatien&de l'adminif(
57 )
tration publiques ; je n'ai eu d'autre défir que celui
de foulager mes peuples ; & à chaque abus dont
je me ſuis promis l'extirpation , j'ai cru que j'ajouterois
quelque choſe à leur félicité. Ces motifs
ſeulsm'ontconſtamment animé , &me dirigeront
toujours , quels que foient les préjugés & les infeigations
par leſquelles on chercheroit à répandre
dulouche ſur mes véritables intentions ;je croirai
ne m'acquitter en cela que du premier de mes
devoirs , du premier de mes fermens , de l'obligation
la plus eſſentielle que j'aie à remplir , &
du ſeul engagement véritable qu'il ait été en moi
decontracter envers mes ſujets. »
« C'eſt dans cette vue , & d'après ces principes ,
que ne pouvant plus tolérer les défordres qui affligent
, depuis deux ans , une partie des Provinces
belgiques de ma domination , fur-tout mon Duché
de Brabant , je me suis enfin déterminé à faire
connoître aux Etats de cette Province mes intentions
ſouveraines , afin de faire ceſſer tous les faux
bruits & menfonges , dont des eſprits mal intentionnés
abuſeroient pour inquiéter mon peuple.>>
« Si je n'avois écouté que le juſte reſſentiment
des outrages faits depuis deux ans à ma dignité ,
& même à ma, perſonne , j'aurois pu exiger des
réparations proportionnées aux attentats par lefquelsmonautorité
ſveraine a été fi cruellement
bleſſée; mais j'ai préféré ramener les eſprits égarés
par un généreux oubli du paſſé , & me fuis borné
auxmefures propres à aſſurer pour toujours à mes
fidèles ſujets la tranquillité , ainſi que la ſûreté à
laquelle ils ont droit , & qu'il eſt de mon devoir
de leur 'procurer . 3
« J'eſpérois que les Etats de Brabant ſaiſiroient
avec empreſſement cette occafion pour ramener ,
par leur concours , le calme & la confiance que je
mérite de la part de mes ſujets , & qu'ils n'auroient
ceffe d'avoir en moi, s'ils avoient rendu plus de
( 58 )
A
juſtice à mes véritables intentions ; mais ces Etats
ayant enviſagé leurs intérêts ou leur ob'igation
ſous un autre point de vue , ont préféré de renoncer
à leur conſtitution,dont je ne les ai privés
qu'avec peine , & que j'étois très-réfolu de maintenir
, moyennant quelques légers changemens,
qui n'avoient d'autre but que d'établir & affurer à
la fois& àjamais l'ordre &la tranquillité publi
1٤٠
que.
-<< Je me ſuis donc vu forcé de reprendre dans
toute ſa plénitude mon autorité ſouveraine; mais
jamais je ne toucherai aux droits de propriété &
de liberté individuelle de mes fidèles ſujets , ainſi
qu'à celui de ne pouvoir être traités qu'en juſtice
réglée , par droit&fentence, comme le leur aſſure
l'article VII de l'Ordonnance émanée à ce ſujet le
dix-huit de ce mois. »
!
Mon véritable amour paternel pour une na
tion qui avoit ci - devant donné tant de preuves
d'attachement & de fidélité à ſes Souverains; cet
amour , que tous les cruels événemens de deux
années confécutives n'ont pu éteindre en moi , ne
me permet point demebonner à cette affurance,
&m'engage à déclarer encore , 29,
}
«Que je tendrai avec plaiſir la main à ceux de
mes ſujets qui , entraînés par le torrent d'un malheureuxdélire,
ont méconnuirdevoirenvers moi,
&viendront recourir aujourd'hui avec confiance&
fincérité à ma clémence & Bontea 744
Que c'est avec p'aiſir que je vois arriver le
moment où je pourrai ſuivrede vrai fentiment de
mon coeur, déchiré de la rigueur & févérité qué
j'ai été forcé de déployer depuis ft long - temps ,
pour réprimer l'inſolence des uns , & l'aveugle
réſiſtance des autres. »
Que cerne fera que pour donner un libre
effor à mes foins & à ma ſollicitude pour le bon
heur de mon peuple , &nullement pour augmen
( 59 )
ter ma puiſſance , que j'uferai de mon pouvoir
fouverain , dégagé des entraves &de la gêne d'une
conſtitution , organiſée en d'autres temps , en d'autres
circonstances , &dont on a malheureuſement
cherché à embrouiller l'eſprit & les principes par
de fauſſes interprétations , qui ont été la ſource
detous les malheurs publics qu'ont éprouvé mes
Provinces belgiques depuis plus de deux ans. >>
« J'aime à me flatter que ne ſe laiſſant plus induire
par ceux qui cherchent à entretenir les troubles
,je rencontrerai de la part de mes ſujets des
diſpoſitions qui me permettront de préférer la voie
de douceur & de bonté , & qu'ils ne me mettront
jamais dans le cas d'employer les meſures ſévères
que j'ai été forcé d'annoncer dans ma déclaration
du 3 de ce mois , lorſque l'on recommençoit à ſe
permettre des démarches qui m'ob igeoient de protéger
mes bons & fidèles ſujets contre les efforts
des mal-intentionnés qui voudroient troubler leur
tranquillité & leur repos. Fait à Bruxelles , ſous le
cachet ſecret de SA MAJESTÉ , le 20 Juin 1789.
Etoit paraphe. Tr . vt. & plus bas , par ordon
nance de SA MAJESTÉ , ſigné Wildt. »
Extrait d'une Lettre authentique de
Constantinople , du 9 mai 1789.
« Je vous ai mandé que, le 20 du mois dernier
, le fameux Haffan Pacha ayant réſigné ſa
charge de Grand-Amiral , étoit nommé Séraskier
de l'armée de terre deſtinée à combattre les
Rufles & à marcher vers Oczakof. Le Grand-
Seigneur lui a donné le titre de Béglierbey de
Romélie , & pour apanage , le riche gouvernement
de Kutahié. Sa Hauteſſe , en donnant cette
importante commiſſion à Haffan Pacha , a voulu
lui marquer plus particulièrement fa bonté , &
l'a honoré d'une lettre conçue dans les termes les
plus flatteurs. »
(60 )
« Ce Viſur ſe diſpeſe à partir inceſſamment
pour la Beſſarabie , & il fait perſonnellement des
dépenſes immenfes pour augmenter les forces
deftinées à ſeconder fon courage. Sa feule maifon
ſera compoſée de 4000 hommes ; ſavoir , 1000
Itch-Agas, ou Gardes- du- Corps , 1000 Délibachis
, ou cavaliers armés à la légère , & 2000
fufiliers. Ces différentes troupes font montées&
armées avec la plus grande magnificence. »
« Le Vice-Amiral Huſſein Bey a été , lemême
jour , nomméGrand-Amiral , & il a reçu depuis
la troiſième queue. La première diviſion de l'armée
navale , déja entrée dans la mer Noire , eſt
compoſée de trois vaiſſeaux de ligne & de 12
grandes frégates ; la ſeconde diviſion a mis hier
en rade, &partira au premier vent de ful : elle
eft forte de 12 vaiſſeaux de ligne; 22 frégates. ,
15 chebecs , 35 chaloupes canonnières , unegroſſe
prame , cinq bombardes & troie galères. »
Huffein Pacha , né à Candie , eſt le plus
ancien Capitaine de la marine Ottomane , &
jouit de l'eſtime de ſon corps. »
" Hafif- Effendi , gendre du Sultan défunt ,&
dont la grande faveur, avoit excité de fréquentes
réclamations , vient de perdre la place de Viſir-
Kiahaſſi qu'il exerçoit au camp , &il eſt mandé
dans la capitale ; il eſt remplacé par Haffan-
Effendi , qui avoit occupé autrefois cette place
avec distinction.
Heb ért el
ERRATAdu No. 26. Faute essentielle.
Pag. 183. Un Correspondantnous mande,
sans sa signature ; lisez un Correspondant
nous mande , sous sa signature.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 JUILLET 1789 .
✓ PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SONNET
Sur feu M. SIGAULT , Médecin de la
Facultéde Paris, Membre de l'Académie
de Dijon , Penſionné du Roi , &' c . & c,
Auteur de la découverte de la Section de
la Symphise.
HOMME ſenſible & vrai , bon ami , tendre père,
Indulgent ſans foibleſſe , & ſavant ſans fierté ,
No. 29. 18 Juillet 1789. E
98 MERCURE
Chéri de Populence , affable à la misère
Sigault rendit fon nom cher à l'humanité.
,
Déplorant des Anciens l'aveugle cruauté ( 1 ) ,
Il trouva le premier un moyen ſalutaire ( 2)
De conferver l'enfant à la Société,
Sans lui ravir l'eſpoir de connoître ſa mète.
(Par M. F... Ngt. )
(1) L'Opération Céfarienne.
(2) La Section de la Symphiſe.
Notes de l'Auteur. )
3
DEFRANCE. 66
TRADUCTION de la ze. Ode d'Horace ,
Sic te ,Diva potens Cypri ,&c. &c.
301
PUISSENT te protéger ſur la liquide plaine ,
Et la Reine deChypre & les brillansGémeaux !
Que du ſeul Yapiz , le Souverain des Eaux
Laife régner pour toi la favorable halcine
Ovaiſſeau précieux , à qui fut confié
Virgile , digne objet de toute ma tendreſſe !
Avec lui , fans péril, vois les bords de laGrèce ,
Et conſerve de moi la plus chère moitié.
210
7
Un triple airain arma ſans doute ,
Il cuiraffa le coeur du Mortel inſenſé ,
Qui , bravant , le premier , l'Océan conrrousé,
Oſa , dans un eſquif, y chercher ane route ;
Que n'épouvanta point le Nord impétueux ,
Ni des fiers Aquilons l'effort tumultueux
Qui porre le ravage aux rives de l'Afrique ;
Ni le Sud , tyran abhorré ,
Qui fur laMerAdriatique
-
On foulève les flots , ou les calme à ſon gré.
Rien put-il glacer ſon courage ,
T
છે >
S'il vit d'un oeil ferein & les flots écumans
Et fur ledosdes mers cent monftres menaçans ,
Et ces rochers affreux préſageant le naufrage ? ....
E 2
100 MERCURE
En vain par l'Océan le Monde eſt limité,
Puiſque des voiles téméraires
Franchiſſent par-tout les barrières
Que du Ciel oppaſait la prudente bonté.....
Tout ce qui nairà l'homme & qu'on veut lui dé
fendre,
Son audace fans frein brûle de l'entreprendre,
1
De Japhet , quand le fils pervers
Eut, pour notre malheur , ravi le feu céleste
Soudain de tous les maux on vit l'eſſaim funeſte
Remplir , déſoler l'Univers ,
Et la fièvre brûlante & la maigreur livide ,
Et tout leur cortége homicide.....
La mort enfin , la mort inévitable , hélas !
Jadis étoit tardive ..... elle adoublé le pas.
:
D'une aile ambitieuſe , à l'homme refufée ,
Dédale n'a pas craint de parcourir les airs;
Alcide ofe bien plus , il pénètre aux enfers :
Du ténébreux ſéjour la barrière eſt brifée ;
Rien n'eſt donc impoſſible àde foibles Mortels !
Rien ne peut arrêter leurs excès criminels.
Nous pſons , inſenſés , attaquer le Ciel même ;
Etdes forfaits toujours nouveaux ,
Laſſant de Jupiter la clémence ſuprême ,
Me lui permettent pas de poſer ſes carreaur,
(ParM. des Tournelles. )
4
DEFRANCE. 101
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eſt Verdure ; celui
de l'Enigme eſt Demain ; celui du Logogriphe
eſt Marmite , où l'on trouve Ré , Mi,
Ami , Mari, Mitre , Maître.
CHARADE.
SANS ceffe, ami Lecteur, vous portez mon premier
Droit & ferme dans la jeuneffe ,
Mais languiſſant , ployé dans la vicilleſſe.
Rien n'eſt plus doux que mon dernier ,
Lorſqu'amoureurde la jeune Sylvie ,
Il efficure ſon ſein ; Lucas lui porte envie,
Sa main brû'e de l'imiter ;
Mais lorſqu'il cède à ſa furie ,
Combien alors Il eſt à redouter !
Enfin mon tour, s'il fautque je m'explique ,
Ne voit que trop de malheureux
:
Victimes des arrêts d'un pouvoir tyrannique ,
Et maudiſſant le jour qui ſe lève ſur eux.
(Par M. Lebrun Toffa. )
E3
102 MERCURE
J'AL
1
ENIGME.
'AI deux pieds , cher Lecteur mais je n'ai point
debras;
LobnomB
Lorſqu'une habile main me guide & me feconde ,
Je puis enuninſtant faire lleetour duMonde;
97
Seuljene fçaurois faire uunn pas.
<
L'Art, fi prodigue en tout, fut pour moi bien avare
Je ne te dirai pas pourquoi çe Maître fou ,
Pour me rendre encor plus bizarre ,
Me mit lesjambes à mon cou
>
Je ne sçaurois porter ma tête lourde &dure د
Et pour me foutenir il me faut un appui ;
Ce qui fait que ſouvent , de crainte d'aventure,
L'an metrouve au fond d'un é
C'eſt affez ... Il estbon pourtant que je te dife
Que j'ai beau parcourir des cercles différens
21.16 cid
Je meus tout au niveau fans confondre leess rangs;
L'égalité , Lecteur delama ſeule deviſor : .1
Par M. de Beauchefne.)
DEFRANCE.
103
LOGOGRIPΗ Ε.
VEUX-TU, Lecteur , connoître
Va vifiter Damis dans ſa maifon ;
ma figure
Sa femmes, tant que le jour dure ,
Fair naître mes fept pieds fans rime ni raifou.
Je ferois avec toi , qui plus eſt , la gageure
Qu'il ne m'eût pas connu s'il cût reſté garçon.
En détaillant mes traits , comine le veut l'ulage ,
Je ſuisencor chez lui , quelquefois dans ſen coeur,
Quelquefois àſes doigts , &, ce dont il enrage ,
Je fais changer ſes cheveux de couleur ;
Il a, par mon fecours , un valet d'écurie,
Et le matin il l'habille avec moi ;
Afon fils j'ai donné ma foi :
Te voilà quitte enfin de ma bavarderie.
(ParM. Prevost de Montigny )
E
104 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Fastes d'Ovide , avec
des Notes & des Recherches de critique,
d'Histoire & de Philofophie , tant sur les
différens objets du Syſtème allégorique de
la Religion Romaine, que fur les détails
de fon Culte & des Monumens qui y ont
rapport ; avec Figures ,deſſinées parM.
le Barbier aîné , & gravées par J. J. le
Veau ; par M. BAYEUX , Avocat au
Parlement deRouen , Secrétaire Provincial
de l'Administration de la Haute-
Normandie, de l'Académie Royaledes
Sciences , Belles - Lettres & Arts de
Rouen , Correspondant de celle des
Infcriptions & Belles- Lettres de Paris,
Membre du Musée de Bordeaux , des
Arcades deRome, &c. Tomes III & IV,
grand in-8° . A Rouen , chez le Boucher
jeune , rue Ganterie ; & à Paris, chez
M. le Barbier aîné , Peintre du Roi , rue
Bergère ; M. Gaucher , Graveur, rue St.
Jacques; & chez Barrois l'aîné , Libraire,
quai des Augustins.
VIDE , dans ſes Faſtes , a mis en vers
le Calendrier des Romains. Il ſemble que
ce ſujet foit fort ſec. Mais le Poëte , doué
DE FRANCE. JOS
d'une belle imagination , a ſu répandre fur
la route annuelle qu'il avoit à parcourir , les
fleurs les plus riantes. Il préſente le vaſte tableau
de la Religion Romaine, les attributs
de ſes Dieux, les fonctions de ſes Prêtres, le
rit de ſes ſacrifices ,& l'ordre de ſes fêtes. Il
en rapporte les cauſes hiſtoriques ou fabuleuſes;
ce n'eſt pas tout , il célèbre les événemens
qui ont fait époque dans les Annales
de l'Empire ;&comme la marche des
conſtellations dirigeoit en quelque forte
celle de ſon Poëme , il a chanté les différens
points de leur lever &de leur coucher,
enfin il a brodé ſur ce canevas les
fictions aſtronomiques dont le génie des
Poëtes avoit orné le ſyſtême céleste. Ce
Poëme eſt devenu pour nous un monument
précieux , comme Ouvrage d'érudition
; mais quand on le lit , on n'y voit
phus qu'un Ouvrage d'agrément; tant Ovide
a fu l'embellir des charmes de la poéfie.
Là , il avoit à couvrir la ſéchereſſe des détails;
&de riches deſcriptions font venues
à ſon ſecours. Ici , il avoit à interrompre
l'uniformité de l'ordre , & des épiſodes
charmans ont fait naître la variété. Enfin
il avoit à égayer l'impoſante majefté du
culte , & des digreſſions riantes ont tempéré
la ſévérité religieuſe.
Le ſtyle répond à la matière. On ne fait
pas difficulté de regarder les Faſtes comme
l'Ouvrage du meilleur goût , & le plus
Es
106 MERCURE
achevé de tous ceux qui font fortis de la
plume de ce Pocre. Son génie avoit acquis
cettematurité&cette juſteſſe qui confiftent
à ne dire que ce qui eft néceflaire & convenable.
Une traduction de ce Poëme ne
peat donc être que bien accueillie. Et qui
pouvoit micux y réuffir qu'un homme de
Lettres tel que M. Bayeux , qui joint à un
ftyle élegant & noble , une érudition trèsérendue
, une cornoiffance approfondie de
la Topographie de Rome , de ſes monumens,
de fes ufages religieux,&de fa chronologie?
C'eſt à un Ecrivain de ce mérite(1 )
qu'il appartient de faire connoître les richefſes
de l'Antiquité, & non à des efprits
fecs& lourds , qui défigurent tout ce qu'ils
touchent. Nousavons annonce dansle temps.
les deux premiers volumes de cette Traduction
enrichiede notes ſavantes. Quelques
citations vont prouver que les deux
derniers font peut être encore mieux travaillés.
On avoit reproché au Traducteur
d'être quelquefois un peu trop prolixe ; ces
obfervations dictées par l'eftime lui avoient
été foumiſes avec politeffe, afin qu'elles puffent
lui être utiles , fi elles lui paroiffoient
juſtes, & il en a profité.
Dans un Poëme où , d'un bout à l'aure ,
tout est également agréable , il n'y a pas de
choix à faire. Voici donc l'exorde du quatrième
Livre. Ovide y chante le mois d'Avril,
mois conſacré à Venus.
DE FRANCE. Гол
:
Alma, fave vasi, geminorum materAmorum.
Advasem vultus rettulit illa fuos.
Quidtibi , ait , mecum ? Certè majora canebas.
Num vetus in molli pettore vulnus habes?
>> Daignez ſourire à mes chants , féconde
>>mère des Amours. La Déeſſe entend ma
voix. Aurois tu quelque choſe à démêler
» avec moi , me dit elle ? Certes un objet
plus fublime occupoit tes chants. Quelque:
>> ancienne bleſſure vient elle de ſe rouvrir
dans ton coeur fenfible ?
! :
Scin, Dea, respondi,de vulnere ? Rifit, & ather
Protinus ex illaparteferénus erat.
Sausius anfanus numquid tuafigna reliqui?
Tu mihi propofitum , tu mihi femperopuss
>>Unebleffure ! Ehtne le favez vous:
» pas , Déeffe , lui réponis jea Elle fourit,
ود &fon fourire répand tout à coup la
>> férénité dans cette partie des cieux. Ou
» fain ou bleffe, me vit- on jamais aban-
>>donner vos enſeignes ? ne fûtes-vous pas
» toujours & le but & le faped de mes
>> chants ?
1
Qua decuit , primis fine criminė infimus annis
Nuncteritur noftris arca major equis.
E. 6
108 MERCURE
Tempora sum caufis annalibus erutaprifcis ,
Lapſaque fub terras ortaquefigna cano.
Venimus ad quartum , quo tu celeberrima , menfem .
Etvatem & menfemſcis , Venus , eſſe tuos .
"Dansmes premières années , je folâtrai
>> innocemment ſur le ton de cet âge.
» Maintenant mon char parcourt une plus
>> vafte carrière. Je chante l'ordre des temps
» avec ſes cauſes diverſes , tirées des an-
>> tiques annales. Je chante auſſi la marche
des conftellations , ſoit qu'elles ſe
lèvent , ſoit qu'elles deſcendent ſous
l'horizon. Je ſuis parvenu au quatrième
» mois où vous êtes le plus folennelle-
» ment célébrée. Vous le ſavez , ô Vénus !
ود
ود
" & le mois & le Poëte qui le chante
>> font à vous.
Mota Cytheriacâ leviter mea tempora myrto
Contigit; & captum perfice , dixit, opus.
Senfimus , &fubito caufa patuêre dierum .
Dum licet,&fpirant flamina navis eat.
La Déeſſe, ſenſible àmes paroles, toucha
>> légérement mon front du myrte qui croît
ود à Cythère. Achève ton Ouvrage , me dit-
> elle; je fens l'influence de la Déeffe , &
>> tout àcoup les cauſes des fêtes du mois
- s'ouvrent à mes yeux. Ainſi donc , tandis
DE
109
FRANCE.
>> qu'un vent favorable enfle nos voiles,
voguons".
Ya-t il rien &dans les Anciens & dans
les Modernes , qui ſoit compoſé avec plus
d'eſprit , de charme , & de volupté ? Ces
exordes vantes & fiingénieux en effetd'un
Poëme , où l'illuſtre Auteur de la Henriade
s'eſt amuſé à rivaliſer l'Arioſte , ont-ils plus
d'agrément ? Je paſſe une centaine de vers
juſqu'à la page 12. , & j'y retrouve la
même grace , toujours piquante , toujours
naturelle . Ovide, qui veut que lemotApri
lis , Avril , vienne d'un ſurnom deVénus,
dugrecAppos, écume , réfure ceux qui prétendent
que ſa véritable étymologie eſt le mot
latin aperire , ouvrir ; étymologie qui néanmoins
paroît très- fondée , puiſqu'au printemps
la terre ouvre ſon ſein long-temps
refferré par l'hiver ; mais voyez quelle poé
fie ila ſu répandre ſur cette diſcuſſion !
Quò non Livor abit ?funt qui tibi menfis honorem
Eripuiſſe velint , individeantque , Venus.
Namquia ver aperit tunc omnia , denfaque cedis
Frigoris afperitas , fetaque terra pater ;
'Aprilem memorant ab aperto tempore dictum :
Quem Venus injectavindicat alma manu.
Nia quidem torum digniſſima temperat orbem;
Illa tenet nullo regna minoraDeo;
८
MERCURE
2
Σ
Juraque dat calo , serra , natalibus undis;
Perquefuos initus continet omnegenus ..
lla Deas omnes ,longum enumerare , creavit;
Illafatis caufas arboribuſque dedit.
Illa rudes animos hominum contraxis in unam ;
Et docuit jungi cum pare quemque ſuê.
1
1
» Juſqu'où ne s'étend pas l'envie ? Il eſt
>>des ennemis de votre gloire , ô Vénus
» qui voudroient vous difputer T'honneur
" de ce mois ! Parce que le printemps développe
la Narure entière , que la ri-
" gueur du froid ceffe &que la terre
» fertilifée ouvre fon fein; seulent
ود
»
3
qu'Avril tire fon nom de cetre faifon ,.
» où tout s'ouvre à la fécondité. Mais
» Vénus s'en faifit & le revendique. La
première , la plus digne des Déetlés , elle
> foutient en effet la grande harmonie de
l'Univers , & fon pouvoir ne le cède à
>> celui d'aucune Divinité. Elle donne des
loix au ciel , a la terre , aux ondes fon
berceau , & par ſes fécondos infinuations
» en revient toutes les eſpèces. Tous les
Dilux , il feroit trop long de les nombrer
, lui doivent lapaiſſance. C'est ellequi.
>> fournit le germe des ſemences & des ar-
>>bres; c'eſt elle qui a raſſemblé dans les
رد
ود
دم
hens de la Société , es premiers hommes,
> eſprits féroces &babores yc'eſt elle qui
> aperit à chaque être à s'unir à une com-
> pagne.
DE FRANCE. LLE
Quid genus omne creat volucrum , nifi blanda'voluptas?
Nec coëant pecudes , fi levis abfit amor..
Cum mare trux aries cornu decertat : at idem
Frontem dilecta ladere parcit ovis.
Depofitâ taurus fequitur feritate juvencam
"
Quemtati faltus , quem nemus omne treinunt...
Vis eadem lato quodcumquefub aquorévivity
Servat & innumeras piſoibus impiet aquas.
ور
دو
১০
८
4
A qui doit-on les nombreuſes eſpèces
des oiſeaux, fi ce n'eſt à la douce volupté
Que le rendre amour s'éloigne, & les trou-
>> peauxne ſe reproduiront plus. Le belier
furieux lutte de la corne avec le belier,
mais il craint de bleſſer la brebis ciréries
Le taureau,dont les mugilſemens fifolent
retentir tous les vallons , tous, les bois ,
>>dépoſe fa férocité pour ſuivre la geniffe.
>>Lamême puiifance entretient tout ce qui
vit ſous les vaſtes mers , & peuple les
>> eaux de poiffons fans nombre..
و و
Primaferos habitus homini detraxit : ab illâ
Venerunt cultus, mundoque cura fui
Primus amans carmen vigilatum nocte negara
Dicitur ad claufas concinuiffe føres...
Eloquiumque fuit duram exorare puellamet
Proque fica caufâ quifque difertus erat.
Milleper hanc artes mota; ftudioque placendi
Qua latrere prius , multa reperta ferunt .
412 MERCURE
>> Lapremière elle dépouilla les hommes
>>de leur féroce aſpect. C'eſt d'elle que font
>> venus & la parure & le ſoin de foi-
» même. Ce fut , dit- on , un Amant qui ,
> dans ſes veilles amoureuſes , chanta le
>> premier des vers en ſe plaignant , à la
ود porte de ſa Maîtreſſe, de la nuit refufée.
» L'éloquence confifta à fléchir une belle
>> trop ſévère , & chacun étoit difert pour
>> ſa propre cauſe. Nous devons mille arts
» à cette tendre inſpiration. Le défir de
>>plaire fit naître mille découvertes ignorées
> juſqu'alors.
i
Hanc quifquam titulo menfis ſpoliare fecundi
Audeat? ànobisfit procul ifte furor.
Quid, quod ubique potens , templiſque frequentibus
aucta ,
Urbe tamen noftrâjus Dea majushabet.
ProTroja , Romane, tuâ Venus arma ferebat ,
Cum gemuit teneram cufpide laſa manum.
Cæleftesque duas Trojanojudice vicit.
Ah! nolim viſtas hoc meminiſſe Deas.
'Affaracique nurus difla eft; ut fcilicet olim
Magnus Iuleos Cefarhaberet avos.
८
९८
८१
1
» Et il ſe trouveroit quelqu'un aſſez té-
- méraire pour ofer dépouiller la Déeffe
ود de l'honneur du ſecond meis ? Ah ! loin
>> de moi cette fureur ! Quoique puiffante
» en tous lieux , célébrée de tous côtés dans
DE FRANCE. 113
1
»des temples ſans nombre , n'est- ce pas
>> au milicu de nos murs que Vénus a les
>>droits les plus étendus ? Romains , c'eſt
>> pour votre Troie que Vénus portoit les
>> armes , lorſqu'une lance ſacrilege bleſla
» ſa belle main. C'eſt au jugement d'un
>> Troyen qu'elle vainquit les deux Déeſſes
>> rivales . Pardon , hélas ! ô Déeſſes , fi je
>>rappelle votre défaite ! elle voulut aufli
>> devenir la fille d'Affaracus , pour qu'un
» jour le grand Céfar eût des Jules pour
aïeux«.
Souvent le Poëte interrompt agréablement
le filde ſes narrations , en s'y mêlant
lui - même en quelque forte avec autant
d'eſprit que de grace. Par exemple , dans
l'exorde du se. Livre , il ne fait quelle
origine donner au nom du mois de Mai.
On en rapporte diverſes chuſes; il ignore
laquelle il doit adopter ; il ſe compare à
un Voyageur qui voit devant lui divers
chemins , & qui ne fait lequel,prendre. Il
invoque les Muſes. Leurs avis diffèrent ;
chacune fait un récit également agréable.
Lorſque la dernière a parlé , le Poëte
ajoute :
1
1.
1
Hacquoque defierat; laudataque voce Sororum eft.
Quidfaciam ? Turbæ pars habet omnis idem.
GratiaPieridum nobis aqualiter adfit ;
Nullaque laudetur pluſve miniſve mihi. ま
114 MERCURE
" LaMuſe ſe tut , & ſes Scoeurs applaudirent.
Quel parti prendre maintenant ?
>> Chacune d'elles a fur moi les mêmes
droits. Puiffe donc chacune d'ellesm'infpiret
également ! L'une n'obtiendra pas
>>> de moi plus d'éloges que l'autre .
Il eſt inutile de faire ſentir le mérite du
Traducteur , il ſe recommande affez de luimême.
Mais je dois prévenir les Amateurs
de la Littérature & de l'Antiquité , que la
Verfion de M. Bayeux , fi eftimable à tous
égards , n'eſt que la moindre partie du travail
qu'il a entrepris pour leur plaire. On
croit qu'Ovide avoit achevé les douze Livres
des Faſtes . Mais il ne nous en refte
que les fix premiers . M. Bayeux a eflayé de
fuppléer à ce qui nous manque. Il ne lai
reſtoit que les Calendriers pour réparer
gerte perte. Les'agiffoit de revêtir de détails
poétiques les ſtériles indications qu'ils
préfentent. Il a également eſſayé de le
Ifaire , & l'on va voir qu'il étoit capable
d'y réuilir. On peut en juger par le début
du 8e. Livre , ou du mois d'Augufte , que
des Welches ont prononcé Aount , & qui ,
malgré Voltaire , conferve encore cette dénomination
qui bleſſe Foreille la moinsdéliçare
, & qui donne à notre Langue un
air de barbanie
>», Le ſixième mois commence ,&la re-
>> connoiffance de Rome le conſacre en-
22 coredu nom d'un des demi-Dieux auxDE
FRANCE. IIS
1
equels elle dut, fon bonheur. Le Sénat a
>>prononcé juftement cette Loi à jamais
>> mémorable. C'eſt dans le mois juſqu'à
ود
préfentnommé Sextilis , que l'Empereur
Céfar Augufte a pris poffeflion de fon
>> premier Confulat , qu'il a triomphe trois
› fois , qu'il a reçu le ferment de fidélité
>> des Légions qui occupoient le Janicule,
» qu'il a ſubjugué l'Egypte & mis fin à tou-
>> tes les guerres civiles : il paroît donc que
>> ce mois a toujours été très-heureux pour
l'Empire. C'est pourquoi le Sénat ordonne
qu'il foit dorénavant nommé Augufle.
"Bienfaifante Cérès , toi dont la divi-
> nité veille particulièrement fur ce mois,
viens m'inſpirer, pour que je chante dignement
ces beaux jours de ton règne !
Ecarte ces dragons furieux qui emporroient
ton char à travers les airs , & ces
> torches funèbres qui éclairoient ta courſe
vagabonde , lorſque tu cherchois le tendre
fruit de tes amours , qu'un Dieu
raviffeur avoit caché dans le fombre Empire.
Maisviens telle qu'on te vit, lorf-
» que , paifible , tu donnois des
leçons au jeune Triptoleme , l'air ferein ,
le front ceint d'épis qu'enlacent le bluet ,
le voluble ,& le pavot des champs , mê
lant à l'or de ta couronne leurs nuances
dazura albatte & de vermillon ; ou
telle qu'unie à l'amoureux lacchus , tu
te manifeſtes aux initiés dans le Sanctuaire
d'Elenfis, lorſque le voile des myf
ور
"
1
calme &
116 MERCURE
:
" tères s'eſt levé pour eux ! C'eſt ainſi que
>> tu dois affiſter aux travaux de ce mois
On fent affez que ce ſtyle poétique étoit
néceſſaire , pour ne pas offrir tout à coup
une ſuite trop diſparate à ce qui précède.
Le ſeptième Livre , &la moitié du huitième
font traités de cette manière. Quel dommage
que tous les ſupplémens ne foient
pas traités de même ! L'Auteur allègue que
ces deux mois ſembloient ſe prêter plus
volontiers à cet eſſai ; mais que les Livres
qui ſuivent , fourniſſant à des recherches
très- érendues , il s'eſt vu forcé de changer
de manière. Il s'eſt done contenté de développer
avec le ſecours de l'Hiſtoire &
des monumens , Ics objets indiqués par
les,Calendriers , & de recueillir ce qui
nous reſte ſur les fêtes & les cérémonies
des derniers mois de l'année romaine. Mais
il avoue que les difficultés de ſon premier
plan le lui ont fait abandonner à regret ;
il ſe réſerve de le remplir un jour tout
entier, &de raſſembler , s'il eſt poſſible,
les membres épars du Poëte de Sulmone.
Disječti membra Poeta. Tel qu'il eſt , ce
fupplément forme avec le Poëme d'Ovide
un vaſte tableau , à qui l'injure du temps
a fait perdre en partie fon coloris& ſes acceſſoires,
mais qui conſerve encore ſes maſſes
& fes grands traits.
Il reſte à parler des notes qui forment
les deux tiers de chaque volume . L'Auteur
DE FRANCE.
117
s'y livre aux recherches les plus favantes ;
il paroît avoir adopté particulièrement les
principes de l'Histoire du Ciel de Pluche ,
rectifiés & perfectionnés par ceux de l'Antiquité
dévoilée , & du Monde primitif , &
fur-tout par les explications aſtronomiques
de M. Dupuis.
Quelques Savans,& en particulier l'Abbé
Bannier , ont voulu expliquer les Fablesde
la Mythologie par l'Hiftoire des premiers
temps. Ils avouent néanmoins qu'il y a
beaucoup de fictions dans leſquelles on chercheroit
vainement des veſtiges de l'Hiſtoire.
Ces Savans ont pouffé leur opinion
beaucoup trop loin; cela eſt reconnu depuis
long-temps. Il eſt inconteſtable que fi
les Auteurs des Fables antiques ne ſe ſont
pas propoſé l'allégorie , ils n'ont eu aucun
but certain. Il faut donc croire que tel a
été leur deffein. Ils ont ſouvent expliqué
par une Hiſtoire fabuleuſe,des effets purementnaturels.
Cette manière de philoſopher
eſt très- naturelle aux Poëtes ; elle flatte l'imagination.
La morale a été quelquefois
déguiſée ſous l'allégorie. L'Hiſtoire ellemême
eſt devenue fabuleuſe. Voilà la vérité.
Le génie des Poëtes les a portés à
mêler à des perſonnages réels , des perſonnages
imaginaires. Les premiers Poëtes ont
été les premiers Hiſtoriens. Mais comment
démêler Hiſtoire de la Fable ? Voilà le
difficile pour ne pas dire l'impoſſible.
>>Qui pourroit voir ſans rire , dit le Phi-
د
-
FIS MERCURE
lofophe Genevois,toutes les peines que
>> ſe donnent aujourd'hui nos Savans , pour
- éclaircir les rêves de la Mythologie
Quoi qu'il en foit , ce n'eſt plus par Hif
toire , c'eſt par l'Astronomie que l'on explique
à préſent les Fables des Grecs &
des Romains. Mais ces explications ,tirées
de très loin, s'entremêlent , s'embarraſſent ,
&ne préfentent rien de diſtinct & de clair . )
Le Soleil n'eſt plus Apollon, ſelon l'opinión
reçue ; c'eſt ici Bacchus , là Hercule ,
ailleurs Ofiris , ailleurs encore Janus , &c.
On doit convenir qu'il a fallu des recher
ches immenfes , & un tréſor d'érudition
amallé à grands frais,pour établir ce ſyſtéme.
On doit admiter les efforts qu'il a fallu faire
poury ramener les explications mythologiques.
Mais ne peut pas on douter que ce fyf
tême nefoit pas ſouventtrès-chimérique, s'il
elt vrai qu'avec les développemens de ſes
principes , il eſt tout aufli facile d'expliquer
T'Apocalypſe que les Fables d'Ovide ?
N. B. Le 4. tome de l'Ouvrage que nous
annonçons , eft extichi d'une favante differtation
fur l'exil d'Ovide , dans laquelle
M. Bayeux paroît en avoir afligné les véritables
cauſes. Cette difcuflion de près de
ſeixante pages eſt écrite avec beaucoup
d'intérêt& de clarté. 1
2
(CetArticle est deM. de Saint-Ange.)
<
DE FRANCE. 119
De la Rédaction des Loix dans les Mo
narchies Ouvrage adreſſé aux Etats-
Généraux qui s'aſſembleront dans une
Monarchie quelconque. A Amsterdam ;
&se trouve à Paris, chez Laporte, Imp-
Lib. rue des Noyers. 1 Vol. in- 8° .
1
19:05
L'AUTEUR de cet Ouvrage, après avoir
d'abord expoſé des principes généraux qui ,
ſelon lui ,doivent déterminer la Rédaction
des Loix dans les Monarchies , trace les
règles principales qu'il croit utile de ſuivre
pour obtenir des réſultats conformes à la
raiſon & à l'intérêt commun. Il établit
comme une maxime fondamentale & inconteſtable
, que la Législation doit être ré
digée d'une manière ſimple, claire, préciſe,
&à la porrée de tous les hommes , parce
que la multiplicité des Loix & la complicationdes
formes ne fervent qu'à égarer
la Juſtice , & à tenir les Citoyens dans une
ignorance conſtante de leurs droits & de
leurs devoirs. Ce que tous les bons eſprits ,
ce que tous les amis de l'humanité diſoient
depuis la long temps, la Nation entière le
répète aujourd'hui , & fur ce point , comme
fur beaucoup d'autres , le voeu de la raiſon ,
long - temps embattu par d'anciennes habitudes
, et enfin devenu le voeu de l'opimion
publique.stone, & lai
7
120 MERCUREFaut
- il ſe borner à réformer la Légifla
tion civile & criminelle , c'est-à-dire , à
détruire dans ſes différentes parties les
Loix évidemment mauvaiſes , celles qui
renferment une violation ouverte des
droits d'autrui ? On bien doit-on refondre
tout d'un coup la Légiſlation entière
&la récréer ſur de nouveaux principes !
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
croit que cette dernière opération
ſeroit la plus utile & même la plus facile.
,
Sans doute,un ſyſtême de Légiſlation dout
toutes les parties ſeroient enchaînées l'une
à l'autre , & fe trouveroient dans une dépendance
telle que les Loix les plus éloignées
en apparence par leur objet , de la
Loi primitive, n'en fuſſent que des conféquences
rigoureuſement immédiates , un tel
ſyſteme de Législation devroit être regardé
comme le chef - d'oeuvre de l'intelligence
humaine. Il en ſeroit la plus utile & la plus
grande création. Mais quelque progrès que
l'eſprit humain ait fait dans cette patrie ,
fur- tout de nos jours , la ſcience de la
Législation eſt bien loin d'avoir acquis ce
degré de perfection. C'eſt là principalement
que l'on voit la raiſon de l'homme s'avançant
toujours vers le terme, ſans l'atteindre
jamais.
Il et d'ailleurs , outre les obſtacles
qui réſultent de la mature même des objets
, des difficultés attachées à l'ordre de
choſes
DE FRANCE . 121
choſes où se trouvent quelquefois les Sociétés.
Lorſqu'un ſyſteme politique a depuis
long-temps introduit au milieu d'une
Nation, des moeuts, des uſages, des préjugés ,
des intérêts particuliers,est-il poflible d'y etablir
tout d'un coup &d'une manière durable
un ſyſtême de Légiflation qui , ayant pour
baſe l'égalité des droits dans toute fon
étendue , doit , pour affurer cette égalité ,
détruire à la fois & dans tous les ſens ces
moeurs , ces uſages , ces préjugés , ces intérêts
? Un plan général de Légiflation conforme
, dans tous les points , & ce que la
raiſon prefcrit & à ce que la juftive exige ,
ne peut donc être que l'ouvrage du temps,
des lumières , & des circonstances.
L'Auteur parcourt les différens objets
de la Légifſlation fur lesquels il eſt néceffairé
de porter la réforme , & il développe
à cet égard toutes les idées qu'il doit
à de longs travaux. fur cette matière
& dont il avoit déjà expoſé une grande
partie , il y a quelques années , dans un
Ouvrage fur la réforme des Loix civiles ,
&dans un Effai fur la conciliation des
Coutumes Françoises , où l'on trouve , com
me dans celui - ci , des cornoiffances étendues
ſur les détails de la Législation , un
zèle très - actif pour les intérêts de l'humanité
, & fur-tout le talent de claffer &
de ſimplifier les objets.
Nº. 29. 18 Juillet 1780 F
1
122 MERCURE
En rendant aux travaux & aux intentions
del'Auteur lajuttice qui leur eſt due , nous
ſommes bien éloignés d'adopter toutes les
opinions qu'il a établies dans ce dernier
Ouvrage. Pluſieurs de ces opinions font
contraires à des principes dont l'évidence
eſt aujourdhui généralement reconnue.
Quelquefois des idées très - vraies en
elles-mêmes ne ſont pas développées dans
toute leur étendue , ou offrent des développemens
qui ne leur font pas propres. D'autres
fois aufli des développemens juſtes &
naturels viennent à la ſuite d'une idée
importante , pour lui donner plus de force
& la rendre plus ſenſible. Nous n'en citerons
pour exemple que le morceau fuivant,
où l'Auteur a voulu prouver que ce
font les mauvaiſes Loix qui créent les mau-..
vaiſes moeurs.
.......
» Ne nuiſez jamais à autrui , dit gravement
le Législateur ..... & le ſyſtême
politique fomente continuellement le préjudice
du tiers en faveur d'autrui. - Que
-ditons nous du Code civil & du ſyſtême
judiciaire ? La Science civile nourritune
clatſe nombreuſe dhommes dont on diroit
que la plupart font nés pour vexer leurs fome
bibles. Il faut ſe ruiner pour obtenir juftice
, incertain ſi on l'obtiendra. Ici la Loi
enrichit l'aîné de chaque famille , met les.
puînés ſur le grabat , ne compte preſque
pour rien les filles , & on prétend que les
DE FRANCE.
123
paînés,que les filles aient autant d'amour
pour leurs parens , pour leur patrie , autant
de morale que les aînés. Là , le pouvoir
paternel eft nul , & on exige que ce défaut
de déférence pour les pères dont la Loi
donne un perfide exemple , n'influe en rien
fut la conduire des enfans. Là, le pouvoir
paternel eſt une eſpèce de tyrannie , & on
s'étonne que les enfans fentent une révolte
intérieure contre une gêne exceſſive. Ici
la liberté extrême des teftamens engendre
les batfelles dont un Teſtateur eft accablés
on capte les difpolitions dans les derniers
inftans de fa vie , dans ces inftans où il
n'eſt plus capable de penſer ſagement , &
on fruftre de fon héritage ſes héritiers
légitiraes ou ceux que l'équité lui deſtinoit.
Là , nulle eſpèce de diſpoſitions en
tre vifs ou à cauſe de mort n'eſt permife ,
& les actes de ſoins , de bienveillance , ne
pouvant être payés par aucun témoignage
de reconnoiffance , font négligés. On peut
inquiéter , infulter même celui dont on recueillera
le bien , pourvs qu'on ne s'expoſe
pas trop mal-adroitement à l'animadverfion
des Tribunaux. Ailleurs ,le Propriétaire
n'eſt qu'à demi Propriétaire. Dans certains
pays, les femmes obtiennent facilement
d'être séparées de leurs maris ; elles
l'obtiennent d'autant plus facilement,qu'elles
font d'un état plus relevé , d'une naiſſance
plus illuftre ; c'eſt la Jurisprudence qui le
veut ainfi, Jurifprudence immorale , qui ne
F2
124 MERCURE
1
pèſe pas les conféquences de ces funeftes
exemples. Par-tout les liens les plus facrés
qui doivent unir les homines , font brifés.
Un combat de vices moraux eft quelquefois
ameuté par la Juifprudence même :
rien ne pourvoit à l'extinction des vices ;
&puifque ces vices font favorifés , les crimes
qui n'en font qu'une conféquence, devroient
être traités avec la plus grande
douceur ",
Un Poëte Latin a dit , que font les Loix
Sans les Moeurs ? & depuis plus de dixhuit
fiècles on répète cette maxime en vers
&en profe. Quelques Philoſophes moderne
ont dit que la propofition contraire étoit
la ſeule raifonnable ; ce feroit un Ouvrage
très- curieux & très- utile , que celui où l'on
prouveroit cette vérité par les faits,
i
HISTOIRE d'Eléonore de Guienne;
Duchefſfe d'Aquitaine ; contenant ce qui
s'est passé de plus mémorable ſous les
règnes de Louis VII, dit le Jeune , Rot
de France, de Henri II, & de Richard
fon Fils , furnommé Coeur de Lion , Roi
d'Angleterre.- Edition augmentée d'un
Supplément, de Notes & d'Obfervations.
AParis , chez Cuſſac , Libraire , au
Palais - Royal , Nos. 7 & 8. In-88 . de
DE FRANCE. 125
3??? ???? ????? ?
près de soo pages, orné de 3 Gravures
très -foignées
CETTE Hiſtoire , auſſi inſtructive qu'at
tachante , fut écrite vers la fin du dernier
ſiècle , par Larrey , Avocat du pays deCaux ,
réfugié en Hollande. Elle commençoit à devenir
aufli rave que l'Histoire d'Augufte
& celle des Triumvirats, par le même Au
teur. On fait que le ſtyle de cet Ecrivain eft
tour à tour ferme & vif, grave & brillant ,
& que fon Histoire d'Angleterre n'a pu être
écliplie que par celle de Hume. Voltaire luimême
a tiré de grands fecours de Larrey,
lorſqu'il compofor fun'Sibele de Louis XIV.
On retrouve dans Histoire d'Elenore le ton
romanesque & entraînant qui caractérife
les écrits de Vertor & de l'Abbé Prévolt.
Mais c'eſt les aventures de l'Héroïne que
Latrey dépeintu& qu'il juftifie , c'eſt le bizarre
tiffu des évènemens de cette époque
fingulière de notre Hiftoire , c'eſt enfin cette
Hurts facrée & chevalereſque de l'Europe
contre l'Afie , qui rend ce morceau d'Hiffore
aufli caricux qu'amusant , en prêtant
aux furs réels les plus vives couleurs de l'imagination
. Lucas :
Ce volume tient effentiellement à trois
corps d'ouvrages utiles , à l'Hiſtoire dé
France , à celle d'Angleterre , & à celle de
la longue &déplorable rivalité de ces deux
Nations. Il tient auffi à nos Romans de
F3
126 MERCURE
Chevalerie , non par le mélange de la fietion
à la vérité , mais par la connoiffance
approfondie & vraie qu'il nous donne de
ces Preux tant célébrés par les Ecrivains de
nos fiècles héroïques. Nos jeunes Ecrivains
Dramatiques ne liront pas cet Ouvrage fans
fruit. Les moeursde ces temps d'orages étoient
très poétiques , &cette époque ſemble, être
celle de laMythologie Françoife. L'Auteur a
diviſé fon Ouvrage en neufLivres; lestrois
premiers contiennent les deux mariages de
la Reine Eléonore avec Louis VII , Roi de
France , & enfuite avec Henri II , Roi
d'Angleterre juſqu'aux diviſions qui ſurvinrent
entre elle & ſon ſecond mari. Ce période
de temps , qui dure trente années , renferme
ce qui s'eſt paſſé de plus agréable
&de plus heureux dans la vie d'Eléonore.
-Les IV, V & VI Livres contiennent
les brouilleries que les galanteries de Henri
&la jaloufied'Eléonore excitèrent dans leur
famille & dans leurs Etats.2
Cet eſpace eſt de vingt trois ans. Les VII ,
VIII & IXe. Livres contiennent la délivrance
d'Eléonore par ſon fils Richard , & le glorieux
règne de ce Prince. Ces derniers Livres
renferment une période de treize années
, où l'on voit les grandes actions de
RichardCoeur de Lion ; ſa croifade avec Philippe
, Roi de France ; ſes exploits en Sicile
, & les victoires en Orient contre Saladin,
qui ſe terminèrent par une triſte révo
2011 AS 2 .
DE FRANCE . 127
lution. On continue en racontant fon retour
précipité en Europe , ſa captivité en Allemagne,
ſa liberté , & fa mort. Ces événemens
ſe paſſèrent en moins d'onze années .
i
Les ſommaires qui précèdent chaque Livre
de cette Hiſtoire , les notes qui font
au bas des pages , une Table des matières
très- exacte , annoncent un Editeur inſtruit ,
intelligent , & défireux d'être utile ( 1 ) .
LE Fils naturel. 2 Vol. in- 1S . A Paris ,
chez Buiffon , Libraire , Hôtel de Cuëtlofquet
, rue Haute-feuille , N. 20.
RIEN de plus aiſe à faire qu'un Roman ,
où l'Auteur , fans aucune connoiffance &
du coeur humain & de l'art du ſtyle , ne
veut qu'attacher par une grande variété
d'incidens & d'aventures fingulières , inat
( 1 ) Le Sr. Cuſſac , Libraire , n'a rien épargné
pour rendre cet Ouvrage digne de tous ceux qu'il
a publiés juſqu'à préſent, tels que les OEuvres de
Plutarque , 24 Volumes in-8°. avec Figures ; le
Théatre des Grecs , 13 Vol. in- 8 °. avec Fig. &
Ics OEuvres de Belloy , qu'il a enrichies de Grav.
Il ſe propoſe de publier inceflamment une belle
édition des OEuvres complètes de J. B. Rouffear.
!
F4
113 MERCURE
tendues , ſouvent même bizarres. Cette er
ceffive facilité eſt ce qui multiplie chaque
jour juſqu'à l'ennui & au dégoût ce genre
de production ; & de là ce diſcrédit où les
Romans, font tombés dans l'opinion des
hommes qui n'ont ni aſſez de lumière , ni
allez d'équité pour diftinguer entre le bien
&le mal.
1.
L'Ouvrage que nous annonçons eſt digne ,
à bien des titres , d'une diftinction honorable;
le premier volume fur-tout , que le
commun des Lecteurs lira peut- être avec
moins d'avidité & d'intérêt que le ſecond ,
nous femble annoncer un talent aimable
& fait pour plaire à tous les coeurs ſenibles.
Ou nous nous trompons étrangement ,
oa bien le ton doux & naturel qui anime
le ſtyle & répand tout le charine de l'attendriiſement,
décèle dans l'Auteur de ce
Romchce je ne fais quoi de mélancolique
dont on aime à ſe pénétrer dans les
heures de la folitude. Ce mérite, qui devient
de jour en jour plus rare dans notre Littérature
, doit ranger le Fils naturel dans
la claſſe des Romans qu'on ſeplaît à relire.
Quelques citations priſes comme au hafard
fuffivont pour le prouver , forſque nous aurons
donné un léger apperçu du plan & de
la marche de l'Ouvrage.
17
Né d'une erreur de l'amour , élevé chez
d'honnêtes Villageois qu'il croit ſes parens ,
déſabufé , vers ſa quinzième année , par un
DE FRANCE. 129
ami de fon père , inftruit enfin qu'il n'a
plus de père , mais qu'il lui reſte ſa mère
&une foeur , le Fils naturel ne voit rien
de plus délicieux que de ſe réunir à ces
deux objets chers à fon coeur aimant. Mais
it ignore leurs noms , leur demeure , & jufqu'à
leur figure. Cependant toujours maîtrifé
par fon itnagination enflammée , il voit
en fonge deux femmes , & ſe perfuade , à
fon réveil , à force de raiſonnemens , que
ſon rêve n'est point une chimère , & qu'il
a vu réellement l'image de la mère & de
fa fent! Sur cet-efpoir , il s'abandonne à la
recherche de la réalité, multiplie les voyages,
& parvient à lun château , où une action
de bienfaiſance l'a conduir. Li l'Auteur
(pag. 20431Tome 1) aplacé entre la mère
&te fils une ſcène de reconnoiffance qui ,
tranſportée: fur le théatre , produiroit un
effet pathétique & dichaant, Feré bientôt
de s'arracher à ſa mè e le jeune in-'
forruné paſſe en Eſpagne , & va cacher
fon incurable douleur dans une Chartreufe.
Nous ne le ſuivrons pas dans la fuire de
ſes malheurs ; mais nous dirons que devenu
l'Aruan de la fooeur qu'il ne connoisloit
pas, échappé aux rigueurs de l'Inquifiion ,
ils ſe réuniffene l'on & l'autre à leur mère ,
au ſein de laquelle ils retrouvent la paix.
ayeć la vertu, 1 1
د
Le premier volume de cet Ouvrage contient
peu de faits , & cependant nous le
r
Fs
430 MERCUREJ
croyons ſupérieur en mérite au deuxième ;
où les événemens ſe preffent un peu trop.
Celui - ci manque peut-être de ces développemens
que la peinture des grandes paffions
commande ; nous ofons donner à
l'Auteur le conſeil de revoir , lors d'une
ſeconde édition , cette partie de ſon Ouvrage,
dont il lui est très-facile d'augmenter
le mérite , en donnant à chaque choſe,
l'étendue qu'elle doit avoir. Il a craint fans
doute d'être long ; mais il devoit ſe dite
que ſouvent le moyen de ne pas l'être ,
c'eſt de préſenter chaque événement dans
ſes juſtes proportions.
Nous avons donné des éloges au ſtyle
de ce Roman, & il faut prouver que ces
éloges fontmérités.Deux citations que nous
ne choififfons pas , appuieront notic jugement
, en même temps qu'elles termineront
cet extrait d'une manière agréable pour
le Lecteur.
Le Fils naturel eſt défolé de ne pas trou
ver ſa mère.
>>Erranger dans le monde , étranger dans
la Nature , je ſuis la plus malheureuſe des
créatures. Tous les hommes peuvent s'unir
&s'aimer ; tous connoiffent des frères ,
des foeurs , des parens. Il n'est perfonne
dont je puiſſe attendre les plus foibles foins ,
&la pitié eft tout ce que l'on me doit ".
» Que cette idée ne te révolte pas ; elle
T
DE FRANCE.
131
;
eft vraie. L'amitié même dont tu cherches
à me conſoler , n'eſt qu'une pitié plus zendre
que celle des autres. Puis -je en effet
jouir de tous les ſentimens de ton coeur ?
Ne les dois- tu pas à ta famille Cette préférence
est bien naturelle : je n'en murmure
pas. C'eſt mon fort de vivre dans la
folitude & dans les larmes " .
>>Tout ce que je vois alimente ma douleur;
tout me fait ſentir de plus en plus
la triſteſſe de ma ſituation. Depuis l'infecte
le plus impalpable juſqu'à l éléphant ,
depuis la douce & paiſible brebis juſqu'au
tigre cruel , depuis le Berger juſqu'au Monarque;
enfin , tout ce qui reſpire peut ſe
confoler de ſes peines dans le ſein d'une
famille chéric ; excepté moi ſeul . Fugitif ,
éloigné pour jamais de celle qui me donne
le jour , je ne fuis qu'un proſcrit que la
Nature ne connoît plus ".."
>> Hélas ! j'envie le fort du malheureux
que la vanité regarde comme le dernier des
hommes , de ce malheureux qui follicité
d'une manière fi touchanre une légère aumône
de mon humanité " ..
" L'enfance et de tous les âges le plús
digne de nos obſervations. Lui ſeul nous
offre l'homme dans ſa parfaite innocence.
La vertu eſt un fruit qui parvient raremen
à ſa marurité : rant de vents contraires
font mourir en fleurs "........... <
F6
132 MERCURE
Le Fils naturel avoit apperçu de loin
une jeune perfonne , &, fur la grave & la
nobleffe de fon maintien, il s'étoit perfuadé
que fa figure étoit belle , quoiqu'il ne l'eût
pas vue a cauſe d'un voile qui la cacheit.
ود Cette idée pouvoit - elle être une erreur
? étoit il vraiſemblable qu'il y cût quelque
choſe de commun avec tant de perfections
: Cette difcordance a lieu quelquefois ,
mais elle eft infiniment rare ; les loix des
convenances & de l'harmonie font fi bien
obſervées dans tous les ouvrages de la Nature
, fur- tout chez les femmes , où tous
les genres de beauté & de laideur font
claffés de la manière la plus diſtincte . fl
ſemble qu'il y ait une manière d'être particulière
pour chaque figure . Aufli , en général
, une belle perfonne ne ſe pare ,
n'agit , ne s'exprime , ne fait pas un mouvement,
ne met pas une épingle ou un
ruban comme les aurres, L'habitude d'être
belle, comine celle de ne l'être pas , influe
fur tous les inftans de la vie ".
REMARQUES hiſtoriques & politiques fur
le Tarif du Traité de Commerce conclu
entre la France & l'Angleterre ; avec des
Obfervations préliminaires ; traduit de
P'Anglois , par M. D... S... D...........
DE FRANCE.
133
in-8 °. Prix , 36 f. br. & 2 liv. 2 f. franc
de port par la Pofte. A Paris , chez
Buitfon , Libr. Hôtel de Coëtlofquet , rue
Haute-feuille.
:
CETTE Traduction n'eſt point fufceptible
d'une analyſe approfondie. Le bür de
L'Aureur , qui eſt Anglois , eſt de faire con-
Hoître les avantages qu'il en rétulte pour fa
Nation , du traité de commierce fait entre la
France& laGrande Bretagne. L'Ouvragenous
paroît écrit par un homme verſé dans les
calculs mercantilles , & connorff.nt à fond
les différentes époques des variations dans
les tarifs des objets exportés par les diffé
renres Nations , à des temps différens . Il
préfente d'une manière claire , & calle
avec ſoin les productions de chaque Peuple,
qui confituent , ſoit le commerce,
éventuel dépendant de la mode , d'un
traité avantageux , du monopole , ou des
vexations des douanes , ſoit le commerce
effentiel , qui , en général , a peu varié ,
& fur lequel il faut établir tous les calculs
qui doivent marquer la prépond rance
que l'érendue , le fol , le climat & l induftrie
affurent à une Nation for une autre.
L'Anieur est parti d'un point lumineux,
pour parcourir les différentes gradations di
commerce ; ce point eſt le traité de Munf
ter. Ce traité , di -il , indépendaminent
>> de pluſieurs autres effets viſibles fur les
134 MERCURE
>> Loix des Nations , a produit une révolu-
» tion conſidérable dans le ſyſtême du com-
> merce de l'Europe : au moment où , par
» ce Traité , les Etats- Unis de Hollande
➡ furent reconnus Souverains , ils s'appli-
> quèrent vigoureuſement aux Arts , qui
>>ſeuls les avoient rendus capables de
>>foutenir la querelle & d'aſſurer leur in-
» dépendance. Quinze ans s'étoient à peine
>>écoulés , que les Hollandois avoient formé
avec toutes les Puiſſances une al-
>» liance avantageuſe , dans la vûe ſeule-
>> ment d'obtenir des privilèges commer-
>> ciaux. Notre ſyſtême actuel naval doit
>>être rapporté à ce Traité , ainſi que notre
>>politique mercantille ".
L'Auteur fait ſentir comment des cante,s
paſſagères peuvent nuire à un pays. -Au
" d'Utrecht, dans l'inter-
ود
fujer duTraité
» valle de 1664 à 1713 , notre commerce
⚫ étoit devenu vingt fois plus confidérable.
Plafieurs caufes contribuèrent à faire
decliner celui de la France ; l'oppreffion
» & l'irrégularité de ſes douanes , l'in-
>>juſte monopole , l'ambition militaire de
>>Louis XIV , & enfin la révocation de
ود
ود
ود
l'Edit de Nantes , par laquelle cinq cents
>> mille François portèrent leur induſtrie à
> Londres , en Hollande , dans le Bran-
>>debourg en Suiffe. --Le Traité de
”
20
,
Riſwick nuifit à l'Angleterre par l'af-
Quence de ſes denrées «
1-
DE FRANCE. 135
Le fameux acte de navigation qui a
élevé fi haut le commerce des Anglois ,
paroît à l'Auteur avoir fourni à la France
une occafion de monter la marine nationale
, & avoir convaincu cette Puiſſance
de la néceſſité d'entretenir des forces navales.
Perſonne n'avoit fait juſques aujourd'hui
cette remarque importante. Quant
au Traité de Commerce de 1786 , l'Auteur
a découvert , qu'analogue à celui d'Utrecht
, ce dernier Traité avec les Anglois
tiroit ſa ſource d'un Traité antérieur entre
la France & l'Angleterre , en 1677. Nous
terminerons cette analyſe par une réflexion
bien vraie. » Les principes d'équité natu-
>> relle , dit l'Auteur , qui conſtituent le
droit des gens , n'ont jamais été mieux
définis dans aucune branche diplomatique
, ni plus heureuſement mis en pra-
>> tique, que dans les Réglemens de com-
> merce. Nous ne devons donc pas être
>> furpris fi , dans les détails de pareilles
» négociations , il ſe trouve des vides ,
puiſqu'elles demandent dans le Négo-
>>ciateur la prévoyance des conféquences
>> éloignées , qui ne peut être que le fruit
>>d'une longue expérience pratique dans
les affaires mercantilles ; ce qui eft rarement
le cas d'un homme d'Etat.
L'Auteur auroit défiré qu'un Comité de
Négocians fit chargé de la rédaction de ces
Traités , & peut-être a-t-il raifon.
ود
-"
136 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE,
ON vient de remettre à ce Theatre les Fils
ingrats,Comédie de Pifon , ens Actes & en vers.
い
b
Le premier titre de cet Ouvrage étoit l'Ecole
des Pères; les Comédiens, avant la première
repréſentation , prièrent l'Auteur de le changer
, parce que , depuis quelque temps , plufieurs
Pièces auxquelles on avoit donné ce titre
affez fatueux d'Ecole, avoient éé mal accueillies.
Piron y confentit , & la Comédie cut du ſuccès,
- L'intrigue en eft fimple. Un père a donné
tous fes biens à ſes trois fils . Il devot fa fore
tune aux foirs d'un ami , qui depuis a été rminé
par des revers . & qui a lajflé une fille orphe
line, Il veut faire ép fer cette fille par Tun
d'eux ; ma's i's refufent rous trois cet hymen..
Leur oncle, indigné de leur impratitude, ſe fert
de deux ftratagen's. Par le premier , il donne à
croire que le père aretrouvé beaucoup de bien ;
par le ſecond , que Forrhelge eft devenue; riche
par l'arrivée d'un va fleau que l'on croyoit rerda
depuis long- temps. Les trois Ingrats prodiguent
l'or entre les maios de leur père , qu'ils avoient
aba donné juſqu'alors ; ils ſe difpuert la main
de la jeune perfonne. C'est le moment où on les
démaſque & or les livre à leur honte.. L'orpheline
, qui fe croit riche , devient , de fon choix ,
P'épouſe du vicillard.
DE FRANCE.
137
:
Depuis ſes premières représentations , cette
Pièce n'a point produit d'effet , & la remifo dont
nous rendons compte , a été froidement reçue.
Ce n'est pas qu'il n'y ait des ſcènes comiques ,
d'excellens traits dans cet Ouvrages mais les dé
veloppemens en font toujours longs , ſouvent
triftes : le caractère des trois Fils révolte , & le
dénouement fatigue l'ame.
Piron s'eſt amèrement reproché d'avoit fait les
Fils ingrats,Comédie qui , ſelon lui, a été l'époque
du mauvais genre de comique , devenu en vogue
depuis ce temps. Mais Piron n'a-t-il pas fait cet
avou un peu tard ? & la veſpérie qu'il s'eſt donnée
vingt ans après fon fuccès, n'avoit-elle pas
pas pour but de lui affurer le droit de multiplier
les Epigrammes contre- La Chanfilée , dont il
n'aimoit pas les Ouvrages ? Si cela étoir , il y
auroit eu plus que de l'orgueildans ſen procédé.
Le St. Laval-l'Eruyer a traduit , le 4 Décembre
dernier, les Sieurs Marfy, Coqueau & Dubois à
la Chambre Crinnelle du Châtelet de Paris ,
pour s'y voir condamner , tant à rétracter ics
prétendues calomnies inférées dans un Profpectus
imprimé contre ledit Sr. Laval , qu'à payer une
fomme de 200 liv. pour dommages & intérêts ,
avec affiches & dépens.
:
Par Sentence sendue en da Chambre Criminelle
du Châtelet de Paris , dus Juin 1789 , le Sr.
Laval- l'Ecuyer a été déclaré non-recevable dans
fa denaande , & condamé aux dépens,
Le Bureau de Correſpondance dramatique des
Sieurs Marfy, Coqueau & Dubois , eſt toujours
fitué rue des Cordeliers , vis-à-vis la rue de l'ancienne
Comédie Françoife.
138 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 30 Juin , on a repréſenté pour la
première fois l'Ecole de l'Adolescence , Comédie
en 2 Actes & en profe.
1
Le Chevalier & le Vicemte , le premier prodigue
& le ſecond avare , ont été laillés par leurs
père à la furveillance d'une ſage Gouvernante qui
a étudié leurs caractères. Ce pere, de retour après
une très-longue abſence , apprend avec chagrin
ce qu'on lui rapporte de ſes enfans ; cependant ,
au travers de ee qu'on lui dit du Chevalier , il creit
appercevoir de la ſenſibilité , de la générofité.
Pour éprouver lui-même ſes enfans , il leur donne
à chacun une bourſe , dont il leur permet de
diſpoſer ſuivant leur inclination. Le Vicomte ca
che la fienne dans un fecrétaire , où il a déjà
ferré quelques reuleaux. Le père ordonne à un
Valet de prendre ce qu'il trouvera d'or dans le
fecrétaire. Le Valet prend les rouleaux & la
bourſe. A l'instant où il fait, le Chevalier entre ,
&pour le ſauver du châtiment qu'il peut mériter
fi on le découvre , if met la bourſe qu'il
a reçue de ſon père à la place de celle qu'il
croit volée , car il ne ſoupçonne pas tout de
vol. Le Vicomte devient furieux à l'aſpect de
fon fecrétaire qu'il trouve vide , il éclate ; le
père ſe préſente , découvre ſes projets & fon
épreuve. Le Vicomte demeure confondu ; il rougit
, ouvre les yeux ; & pour faire un premier
acte de retour ſur ſon erreur , il diftribue fon
or fous les yeux de fon père.
DE FRANCE . ¥39,
Cette Pièce eft intéreſſante , agréable ,, pleine
de morale , de délicateife & de graces ; mais ke
dénouement nous en a paru trop bruſque. Le
retour du Vicomte eſt au moins équivoque ; il
eft trop prompt pour être profondément fenti , &
pour laffer an Spectateur une juſte eſpérance. Il
y a en morale une meſure dont il ne faut pas
fortir pour être vrai.
Le Samedi , 4 Juillet , on a remis Roſe d'amour
& Carloman , Comédie lyrique en 3 Actes & en
vers; par M. D. B ..., muſique de M. Cambiny.
Cet Ouvrage fut donné pour la première fois
en 1779. L'intrigue en étoit priſe totalement
dans un Fabliau intitulé Force d'amour, que M.
d'Arnaud a inféré dans la Nouvelle de Sargines.
Rofe d'amour y étoit aimée d'un Chevalier, que le
père de la jeune perſonne mettoit aux plus cruelles
épreuves avant de lui accorder fa main. A cette
remife , l'Auteur , pour donner plus d'intérêt à
ſon ſujet , a pris quelque choſe dans la Nouvelle
de Sargines. Carloman ne peut épouſer Roſe
qu'en reſtant vainqueurde tous ſes Rivaux. Il l'a
toujours éré jusqu'au moment où ſe préſente un
Chevalier inconnu. Les deux champions montrent
une égale force , une égale adreſſe , un courage
égal. On les fépare. Dans le Chevalier inconnu ,
on retrouve Raymond, frère de Rofe , qui avoit
été chaffé de la maifon paternelle , dont ſa lacheté
le rendoit indigne , que l'amour a rendu à
la gloire , & qui est devenu un des plus valeureux
Chevaliers du monde. :
1
Cet Ouvrage a paru long & plus triſte qu'intéreffant.
L'Auteur n'a pas tiré de ſes firuations
tout le parti qu'elles ſemblent préſenter ; d'ail140
MERCURE
leurs il avoit à combattre l'opinion établie pour
le Sargines de M. Monvel , & c'eſt une terrible
choſe que l'opinion. La muſique eft mieux faite
qu'elle n'eſt ſentic ; on y a trouvé de l'uriformité ,
&quelque choſe de trop vague dans l'expreffion.
1
ANNONCES ET NOTICES.
?
LES Métamorphoses d'Ovide , en vers françois ,
avec des Notes , Livre Vie ; par M. de St-Ange.
Prix , 30 f. A Paris , chez Moutard , Impr-Libr.
de la Reine , Hôtel de Ciuni rue des Mathurins.
Quoique les affaires d'Etat abſorbent entièrement
l'attention publique , & que l'on s'embarraſſe
fort peu de la Littérature , & encore moins de la
Poéfie , M. de Saint-Ange s'eft,hafa dé à publier
un nouveau Livre..LL''aammoouurr du talent ſe ſoutient ,
s'alimente da lui même ſans ſecours étranger. En
attendant, le, compte plus étendu que nous en
rendrons ,quelques vers, détachés prouveront d'avance
à quel point le Traducteur, fait être à la
fois original & fidèle .
e
Tum fecum, laudare parum est , laudemur & ipfa
Louer eſt bon , dit-elle , être loué vaut mieuxy
Et quantum ira finit,formosa st اوا
Belleà travers les traits d'un orgueil irrité.
Divitior forma.
Magno dives Philomela parata ,
Ses ornemens font beaux , mais fa grace eft plus belle.
Chaque Livre féparément ſe vend 30 f.; les S
DE FRANCE. 140
IVe. , Ve. & Vie, enſemble , 3 liv . On trouve au
même prix les trois premiers Livres en un Volume ,
chez Valéyre aîné , Impr Libr. , rue de la Vieille-
Boucleric.
On vient de mettre en vente chez Mourard ,
Libraire-Imprimeur de la Reine , rue des Ma
thurins , Hôtel de Cluni.
La Connoissance des Temps , 1791 ; in -80.
Prix , 4 liv.
La même , abrégée pour les Marins, in - 8 °.
Prix, 3 liv .
Difcoursfur l'Histoire de France , par M. Mezean.
Tome XXI ; in-89. Prix , 3 liv. 12 f. br.
Hiftoire de la Décadence & de la Chûte de
l'Empire Romain , Traduction de l'Anglois de
Gibbon. Tome VII ; in-8 °. Prix , s liv. br. &
liv. rel,
Ce Volume commence à la mort de Jovien ,
cn 364 ; & finit à la mort de Théodoſe, en 395 .
Le Tome VIII paroîtra an mois d'Août. La foufcription
pour cet Ouvrage eft toujours ouverte.
Dictionnaire Univerſel de Police , par M. Des
Effarts. Tome VII , ic-4°. Prix , 10 liv. 10 f. br.
& 12 liv. 10 f. rel .
Le Tome VIII eſt ſous preſſe.
On foufcrit encore pour cet Ouvrage.
L
Portrait de M. Bailly , Préſident de l'Affemblée
Nationale , conftituée à Verſailles en Juin
1789 ; deſſiné par Quenedey au phyſionotrace de
Chrétien, Prix , AParis , chez l'Auteur, rue
Croix-des-Petits-Champs , Hôtel de Luffan , No.
10 ; au Palais-Royal , No. 180 ; & à Vermilles ,
chez Blaizor.
24Γ.
142
MERCURE
Le ſuccès de cette ingénieuſe invention eſt
connu depuis long-temps. Le Portrait que nous
annonçons est très reffemblant ; & ne peut que
plaire au Public.
Journal de Guitare , No. 1 , 4e. Année 1789 ,
par M. Vidal , Profeſſeur de Muſique & Maître de
Guitare. Il paroît un Cahier tous les mois. Prix ,
3 liv. Le prix de l'Abonnement eſt de 24 liv. pour
les 12 Numéros , francs de port. A Paris , chez
l'Auteur , aux Soirées Eſpagnoles , rue de Richelieu
, No. 99 .
Duo concertant pour deux Violons , par Ignace
Pleyel ; OEuv. 17e. Prix , 7 liv . 4 f. Quatuor
concertant , pour Piano-Forté , Violon , Alto &
Violoncelle ; par l'Abbé Vogler. Prix , 31. 12 f..
Premier Concerto pour le Violon ,compoſe
par Ignace Pleyel , arrangé pour le Forté-Piano ,
avec accompagnement de deux Violons & Baffe;
par C. Fodor. Prix , 6 liv. AParis , chez Boyer ,
rue de Richelieu , à la Clef d'or , paſſage du Café
de Foy; & chez Mme. Lemenu , rue du Roule ,
à la Clefd'or.
Romances & Chansons de différens caractères
avec accompagnement de Clavecin , ou Forté-
Piano ; par J. Haydn. Prix , 7 liv. 4. f. franches
de port par la Poſte dans tout le Royaume . =
Les Délaſſemens de Polymnie , ou les petits Concerts
de Paris , 4e. Année. 1, 2, 3 &46. Recueil,s
contenant des Airs nouveaux de tous les gentes ,
avec accompagnement de Clavecin , & d'un Violen
ou Flite . Le prix de l'Abonnement pour 12
Recueils par an , eſt de 18 liv. port franc. Séparément
, 2 liv. & f. Cette Année 1789 contiendra
un répertoire de tous les agrémens de la Mufique.
:
DE FRANCE.
143
,
Les 4 Années de cet Ouvrage ſe vendent 66 liv.
=Journal de Guitare , ze. Année. 1 , 2, 3 & 46.
Cahiers contenant des Airs nouveaux de tous les
caractères &c. pincé & doigté marqués pour
l'inftruction. Abonnement pour 12 Cahiers & les
Etrennés de Guitare , 18 liv . port franç ; ſéparément
, 2 liv. Nouvelles Etrennes de Guitare ,
contenant un Recueil de jolies Romances & Couplets,
avec préludes && caprices dans tous les
tons pour l'étude de la Guitare ; Guv. ge. Prix ,
7 liv. 4 f. port frane. APavis , chez M. Porro ,Tue
Tiquetone , No. 10 .
Journald'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine.
Numéros 241 , 242 , contenant unAir del Signor
Marcello; & un Airdel Signor Cimacofa. Le premier
, 3 liv. 12 f.; & le ſecond , 2 liv. 8 fous. A
Paris , chez Bailleux , Md. de Muſique ordinaire
du Roi , à la Règle d'or , rue St - Honoré , près
celle de la Lingerie .
Numéros 33 à 35 , ou se. Année des Feuilles
de Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin.
Prix, chaque No. , I liv. 4 f. Abonnement pour
chaque Journal , 30 liv. franc de port. A Paris ,
chez Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine ,
tue des Poulics.
Six Duos concertans, pour deuxVielons, dédiés
à M. le Comte de la Blanche , compoſes par A.
Chapelle , ordinaire du Concert Spirituel & de
laComédie Italienne . Prix 7 liv . 4 f. , oeuvre II ,
A Paris , chez M. Vival , Profeffeur de Muſiquer
& Maître de Guittare , rue de Richelieu , près
les Italiens , No. ११० , franc de port dans toutes
les Provinces.
2
44 MERCURE DE FRANCE.
Nos. 1 às du Journal de Clavecin, par les meilleurs
Maîtres. Séparément , 3 liv. Abonnement ,
15 liv. pour 12 Numéros.
=Numéros 4 à 26 du Journal de Harpe , par
les meilleurs Maîtres.
=Nos. 13 à 35 du Journal Hebdomadaire, compoſés
de différens Airs, avec accompagnement de
Clavecin, par les meilleurs.Maîtres. Il paroît un
Numéro de chacun de ces deux Journaux tous les
Dimanches. Prix ſéparément , 12 f. Abonn. 151.
AParis, chez LeDuc , au Magaſin de Muſique &
d'Inftrumens , rue du Roule , Nº. 6 .
SONNET.
Traduction.
TABLE.
Charade, Enig. & Log.
Traduction.
De la Rédaction .
Hiftoire.
97 Le Fils naturel
93 Remarques.
101 Comédie Françoife.
104 Comédie Italienne.
119 Annonces & Notices.
114
127
13:
138
140
APPROBATIΟΝ.
f
J'ai lu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE, pour le Samedi 18
Juillet 1789. Je n'y ai tien trouvé qui puiſſe cu
empêcher l'impreffion. AParis, le 17 Juillet 1989.
SELIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 15juin 1789.
Le Prince Poterskin a , de nouveau ,
: manifesté les intentions de sa Cour dans
une nouvelle lettre adressée au Général
d'Artillerie , Comte Potocki , et dont
voici la teneur : 1
<<Monsieur , me trouvant près des confins de
Ja Pologne , je m'empresse de satisfaire au devoir
que m'impose la considération que je
porte à Votre Excellence , et les sentimens
qu'elle m'inspire. J'ai en conséquence l'honneur
de lui annoncer , que l'armée que je
commande va asseoir son camp entre Olviepol
et Bender. La proximité où je me trouve de
sa résidence , me donne l'espoir flatteur de
la voir bientôt , ce qui me procurera l'occacasion
de lui renouveler les sentimens amicals
de Sa Majesté l'Impératrice envers la République.
En attendant , j'ai l'honneur de l'in-
No. 29. 18 Juillet 1789.
( 98 )
former quej'ai reçu les ordres les plus précis.
1ant à l'égard de la sortie des troupes Russes
des Domaines de la République , que du transport
des magasins qui s'y trouvent ; ce que ,
comme j'endonne ici ma parole , j'effectuerai
dès mon arrivée à la frontière. Je prie donc
Votre Excellence de croire que je n'épargnerai
aucun soin pour convaincre la Sérénissime
République du désir qu'a Sa Majesté l'Impératrice
, ma très - gracieuse Souveraine , de
faire tout ce qui dépendra d'elle pour rendre
inaltérable cette amitié , qui doit subsister
entre de bons voisins. Je saisirai de mon côté ,
avec empressement , toutes les occasions où je
pourrai prouver mon zèle et mon respect à la
Sérénissime République , et vous convaincre
de la considération avec laquelle j'ai l'honneur
d'être . »
Krementsehuck, le 24 mai 1789.
Dans la Séance du lundi 5 , l'on a
tiré au sort les Juges de la Diète , au
Tribunal desquels sera porté le procès
du Prince Poninski. Ils sont au nombre
de38, dont 14 Sénateurs et Ministres d'Etat,
et 24Nonces. Lemardi, on fit le rapport
de la lettre du Prince Potemkin au
Grand-Maître d'Artillerie Potocki, lettre
qu'on vient de lire. Le jeudi , l'onnomma
M. Swieykowski, Castellan de Kaminiec,
Commissaire pour assister à l'évacuationdes
magasinsRusses. Cette grande affaire
ainsi terminée,l'on en finit uneautre
non moins importante , qui est celle de
l'impôt territorial. Celui pro-tunc étant
déja entré dans le Trésor de la Répu(
99)
blique , on a vu avec satisfaction , par
les rapports de la Commission de guerre,
que
le nombre des hommes effectifs
passe déja quarante-huit mille ; et que
l'augmentation des compagnies , résolue
cette semaine, doit bientôt les rapprocher
de soixante mille.
Nous observerons au sujet des impôts ,
que l'on avoit proposé d'étendre jusque
aux Ministres protestans , celui que les
Curés Catholiques payent sous le nom
de donum charitativum. Mais cette
Motion fut vivement combattue par
M. Butyrmowicz, Nonce de Pinsk ,
qui représenta que le seul nom de donum,
prouvoit que cet impôt ne pouvoit
qu'être offert et non exigé; et que
si le Clergé Catholique le donnoit en
échange des grands priviléges dont il
jouit , ce n'étoit pas une raison pour
l'étendre jusqu'aux Ecclésiastiques Protestans
, qui ne jouissent pas des mêmes
priviléges .
Presque tous les Membres des Etats
désiroient suspendre leurs travaux , tant
à cause de la prochaine échéance des
paiemens de la St. Jean , qui entraînent
un grand nombre d'affaires particulières
, que pour reprendre leurs forces
épuisées par neuf mois d'occupations
pénibles.
Mais une pareille suspension est un
de ces points qui , dans l'esprit de
notre Constitution, ne peut passer qu'
1
(100 )
l'unanimité , et cela par la crainte de
laisser dans de pareilles lacunes , le
pouvoir d'ôter à la Diète toute espèce
d'activité. Le Maréchal proposa samedi
d'ajourner les Etats au treize du mois
de juillet ; et trois Nonces seulement
y mettant opposition , le Maréchal
les prioit d'y renoncer , lorsque Sa Maj .
croyant , sans doute , que l'unanimité
étoit déja constatée , appela son Ministère
, ajourna la Séance au treize , et
: quitta la salle des Etats .
S'il n'y avoit pas eu erreur , la vio-.
lation étoit manifeste ; aussi tous les
Nonces restèrent à leur place , et déclarèrent
positivement qu'ils ne regardoient
point la Séance comme finie.
Les Maréchaux se rendirent chez Sa
Majesté , qui envoya aussi - tôt son Ministère
, pour donner des explications
très-propres à la satisfaire. Le Maréchal
de la Diète ayant alors demandé si
l'on consentoit à l'ajournement jusqu'au
treize , l'unanimité s'établit sans peine ,
et alors le Vice- Chancelier Garnysz
prenant la parole au nom du Roi , mit
fin à la Séance. Le reessppeecctt pour les
formes , fut l'ame et le motif de
résistance , pleine de soumission et de
respect pour les droits du Trône.
cette
( 101 )
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 30 Juin.
Avant son départ pour la Finlande ,
le Roi de Suède a fait publier , par la
voie de l'impression , une lettre de
congé et d'admonition , adressée à ses Sujets
, et signée au château de Stockholm ,
le 5 mai 1789 , dans laquelle , en leur
communiquant les motifs qui l'ont mis
dans la nécessité de s'absenter de sa résidence
, il les exhorte à persister dans
la fidélité qu'ils doivent à leur Souverain
, ainsi que dans l'observance des
lois et l'obéissance due aux Magistrats
et auxnouveaux Tribunaux établis conformément
aux décrets de la dernière Assemblée
générale des Etats du royaume .
« Si cette Diete générale , dit S. M. dans
un, endroit de sa Lettre , doit être à jamais
mémorable par l'importance des affaires dont
elle s'est occupée , par la division des esprits
qui s'est manifestée parmi quelques- uns de
ses Membres , et par les événemens extraordinaires
qui'en ont été les suites , notre propre
conviction nous est garante que nos Contem- /
porains , ainsi que la postérité , ne méconnoîtront
pas les soins que nous avons employés
pour extirper toute faction qui n'avoit pas
pour but notre bien-être commun et celui de
laPatrie , pour ramener ceux qui s'arrogeoient
l'autorité dans l'administration publique , sous
l'obéiſſance des lois de l'Empire , pour assurer
enj
(102)
et consolider les propriétés de chaque Citoyen,
suivant les principes fondamentaux du droit
naturel , et pour accorder à quelques Membres
de l'Etat , des prérogatives et avantages que
le mérite et les vertus civiles exigent de l'équité
et de la justice du Souverain. Enfin ,
nous avons pensé qu'il étoit indigne de Nous
et de notre dignité , de vouloir nous servir
pour notre propre personne , contre quelques
individus , de la puissance et autorité royale
qui se trouve entre nos mains , et nous ne
l'avons jamais employée autrement que pour
le maintien du bien général . »
Le Roi s'adresse ensuite à chacun deş
quatre Ordres du royaume en particu
lier , en les exhortant à entretenir entre
eux cette sage et parfaite concorde qui
seule est capable,par la réunion detoutes
les forces de l'Etat , d'effectuer le bien
public, et celui de mettre le royaume
à l'abri des attaques de ses ennemis.
De Vienne , le 30 juin.
Depuis dix à douze jours , les nouvelles
de l'Empereur ont été successivementplus
favorables. Le 20 , on publia
le bulletin suivant de l'état de S. M.:
« L'Empereur n'a pas eu d'accès de fièvre
pendant douze jours. Le rétablissement de Sa
Maj . fait de tels progrès , que non- seulement
Elle a pu , pendant ces jours derniers , se promener
dans le jardin de Laxembourg , mais
aussi commencer à prendre l'eau de Spa.>>>
<< On a requ, par la voie de Carlstadt ,
(103 )
/
)
la nouvelle de l'accident funeste arrivé
au Lieutenant-Colonel Wukassowich,
qui a manqué de périr par la main
d'un de ses propres Soldats , du nombre
de ceux qui sont venus au mois de
mars du Monténégro , pour servir dans
sa légion : voici les circonstances de
cette horrible affaire , d'après les lettres
venues de la Croatie. L'infortuné Wukassowich
ayant fait halte à Cespitsch ,
pour faire prendre du repos à quelques
compagnies à la tête desquelles il marchoit
vers Dobroszello , un Soldat Monténégrin
témoigna qu'il désiroit de lui
parler : après quelques propos vagues ,
il lui demanda de l'argent , et , selon
d'autres , la permission de quitter le
Corps. Sur le refus qui lui fut fait , if
tīra un coup de pistolet à la tête du
Lieutenant-Colonel, et l'ayant manqué,
il se jeta sur lui le sabre à la main. Si
la garde n'étoit heureusement accourue
au bruit , il est certain que ce scélérat
auroit achevé son Commandant. La
blessure la plus considérable qu'il a reçue
est un coup de sabre au bras , assez
profond , qui l'obligera de garder la
Chambre pendant quelques semaines. »
Une partie de l'armée de Croatie s'étoit
mise en marche , le 11 de ce mois ,
pour l'Esclavonie , laissant en Croatfe
les troupes de frontière , les Volontaires
Seressans , les troisièmes bataillons de
Durlach,Latterman, Teutschmeister,
1
e iy
( 104 )
Archiduc Ferdinand et Preiss ,et quelques
divisions de Cavalerie de Kinski
et de Graven. On disoit l'armée en marche
vers Gradiska ; mais , deux jours
après , elle a reçu ordre de faire halte.
On ignore encore le but de ce nouveau
changement d'opérations .
Il se confirme que , le 3 de ce mois ,
le feu s'est manifesté au Vieux-Gradiska
( Autrichien ) ; l'hôtel du Commandant ,
les bâtimens de Douane , un Hôpital ,
le quartier des Officiers des vivres , plusieurs
maisons de Négocians et tous
les bois à l'usage de l'Artillerie , ont été
consumés.
Voici l'état des Officiers-généraux et des
troupes qui sont au camp près de Weiskirchen .
Le Maréchal de Haddik , le Général de Cavalerie
Comte de Kinsky ; les Lieutenans-généraux
de Tiege , de aldek , de Browne et
d'Alvinzy ; les Majors-généraux de Lilien ,
de Kavanagk , de Koloniz , de Wenkeim , de
Sytaray et Duc d'Ursel. La division sous les
ordres du Lieutenant-général de Tiege est
composée de trois divisions de Dragons de
Joseph de Toscane , de trois divisions de Cuirassiers
de Zeschwiz , de trois divisions de
Dragons de Léopold de Toscane , et de trois
divisionsde Cuirassiers de Jaquemin. Le Prince
de Waldeck commande trois divisions de Cuirassiers
de Nassau , et quatre divisions de Hussards
de Wurmser. Le Comte de Brown commande
les bataillons de Grenadiers de Rottenberg,
Saint-Julien , Scbotendorf, Stein , Honbourg,
Pichler, Nicoletti , Furstenberg , Kempf
et Alvinzi. Le Lieutenant-général d'Alvinzy
( 105 )
commande huit bataillons d'Antoine Ezterhazy
, de Karoli , de Pellegrini et de Ferdinand
de Toscane. — Il se trouve encore au quartier-
général, le Général d'Artillerie Comte Joseph
de Colloredo , Directeur de l'Artillerie ,
le Général Zohentner avec l'Etat- Major , le
Général Mirowiny avec le Corps du Génie ,
et le Général de Thurn avec l'Artillerie.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 10 juillet .
Le dernier Budget , développé le
10 juin par M. Pitt, devant la Chambre
des Communes , exigeroit nombre d'éclaircissemens
et d'observations , auxquels
nous reviendrons par la suite. Aujourd'hui
, nous commencerons par exposer
sommairement les bases de ce
tableau de Finances , en faisant suivre
ce précis d'une récapitulation comparative
et exacte des dépenses générales
et subsides pour l'année courante .
M. Pitt commença par développer avec
clarté l'état du revenu et des dépenses nationales
. Il étoit d'abord nécessaire de montrer ,
1º. pourquoi les dépenses publiques s'étoient
élevées au-dessus du niveau ordinaire en temps
de paix . 2 °. Quels secours additionnels cet excédent
exigeroit. 3º. Par quels moyens on
pourroit se les procurer.
Les dépenses de la marine
montoient à .. 2,328, ccol. st.
L'ordinaire de l'armée à .. 1,517,871
ev
( тоб )
L'extraordinaire à ........ 398,000
2000 matelots de plus , votés cette année,
avoient produit un excédent dans les dépenses
de la marine.
Celles de la guerre étoient si considérables
, par laraison que le Gouvernement avoit
avancé à la Compagnie des Indes quatre-vingt
mille livres sterlings , destinées à payer les
troupes envoyées d'Angleterre aux Indes
Orientales ; mais , d'après les dispositions d'un
acte du Parlement , la Compagnie étoit obligée
de rembourser cette somme au Public.
Le montant de l'extraordinaire de laguerre
n'exigeroit pas de nouveaux subsides , parce
que cet extraordinaire devoit être acquitté sur
les fonds votés pour le service ordinaire de
l'armée , et qui , n'y ayant jamais été employés
entièrement ,s'étoient graduellement
accumulés.
L'emploi de ces surplus
croissant , réduiroit donc la
somme totale des dépenses de
T'armée à . ....
La dépense de l'entretien
et du transport des malfaiteurs
à Botany-Bay , coûtoit . ....
1
1,517,0001. st.
56,000
Les dédommagemens dus
aux loyalistes ............. 313,000
Les secours momentanés
qu'on leur accorde .........
Le déficit sur la taxe des
terres et de la dreche .......
Le déficit sur d'autres branches
de subsides .
40,000
350,000
331,913
On avoit regardé comme une mesure commandée
par l'utilité et la politique , d'assister
JaHollande d'une somme de 191,000 liv. sterk.
pour fortifier les alliances de l'Angleterre , et
( 107 )
pourdéconcerter les desseins de ses ennemis ,
mais cette somme devoit être rendue par obligations
portant intérêt , et placées dans les
comptes de la liste civile ; ces paiemens successifs
seroient soumis régulièrement à l'inspection
du Parlement.
Le produit croissant du fonds consolidé ,
donnoit , au - delà des sommes affectées au
paiement annuel des intérêts de la dette publique
, un surplus de 1,530,000 liv. sterl. Cet
accroissement résultoit des réglemens salutaires
sur l'accise des vins et des liqueurs
spiritueuses , et des heureux résultats du Traité
de commerce avec la France.
1
Quant au déficit dans les taxes de l'année,
il falloit l'attribuer à divers délais dans le
paiement des arrérages ; mais on a pris des
mesures si efficaces pour faire rentrer ces fonds,
que les Collecteurs des taxes ont déja entre
leurs mains cent cinquante mille liv. sterl. I
y a aussi près de cent inille liv. sterk, sorties
de différentes caisses publiques , par voies de
prêt aux Contrôleurs des comptes , et dontt
ces derniers sont obligés de faire bon, quoiqu'on
ne les ait pas portées ici en ligne de
compte.
Sur la dette de 500,000 liv. sterl. contractée
par la Compagnie des Indes Orientales avec
la Nation , relativement aux fonds qu'elle lii
a avancés pour les troupes , on en a déja reçu
300,000 liv. sterl. et l'on payera dans le cous
de l'année présente les 200,000 liv. sterk. quu
restent; il est vrai que la Compagnie a quet
que chose à réclamer pour l'approvisionne
ment de la flotte dans l'Inde ; mais ces prétentions
ne sont point encore vérifiées..
L'article du tabac présentoit une ressource
additionnelle pour le revenu dont ill étoit
evj
( 108 )
permis de concevoir les plus flatteuses espérances
: on ne pouvoit pas encore assigner le
résultat des réglemens qu'on se proposoit de
mettre en vigueur; ce qu'il y avoit de sûr ,
c'est que les fraudes excessives , les abus crians
qui existoient dans cette branche de revenu ,
obligeoient la Législation à les réprimer.
Le Ministre passe ensuite en revue l'état
des finances consacré en 1786 , en s'appuyant
du rapport du Comité nommé pour s'occuper
de cet objet; depuis ce temps , ces évènemens
imprévus avoient exigé des dépenses
qu'il étoit impossible d'estimer à l'avance. Par
exemple ,
Pour le Palais de Carlton ... 216,000 1. st.
Pour la Liste civile ( paiement !
des dettes du Prince de Galles ). 210,000
Pour armement en faveur de
la Hollande ......
Pour service secret .
253,000
53,000,
M. Pitt ajouta que , par les papiers qu'il
laissoit sur le Bureau , on verroit clairement
que la Nation s'étoit trouvée forcée , depuis
le rapport de 1786 , à plus d'un million et
demi de dépenses imprévues .
La réduction de la dette nationale n'en
avoit pourtant pas souffert , puisque depuis
cette époque jusqu'à l'année présente , on
"avoit employé à la diminuer , trois millions
sept cent cinquante mille liv. sterl. Il ne pouvoit
faire cette remarque sans se féliciter luimême
, le Comité et la Nation , de ce que
les espérances qu'il avoit conçues et exprimées
, se trouvoient complètement réalisées .
Cependant , l'accroissement des troupes de
terre , l'armement en faveur de la Hollande ,
le déficit dans les revenus , occasionné par la
suppression de la taxe des boutiques , et les
( 109 )
autres circonstances ci-dessus énoncées , rendoient
indispensable de demander un million
sterl. pour cette année , afin que l'on pat
assurer et maintenir le crédit du fonds d'amortissement.
Il ne proposoit point , en empruntant
cet argent , de grossir le capital de la
dette nationale; mais sachant que la Place
regorgeoit de numéraire , il s'étoit déterminé
à lever cette somme par voie de tontine :
après avoir examiné des tables Françoises et
Hollandoises à ce sujet , il croyoit avoir
adopté un taux avantageux pour le Gouvernement
, et correspondant à l'état actuel des
annuités sur la Place : son emprunt étoit aux
conditions suivantes :
Depuis I jusqu'à 20 ans , 41. st. 3 s. « d. p..
20 30
4
56
30 40 4
86
40 50 4
13 6
50 60 5 I 6
60 et au-dessus 5 12 6.
Et pour fournir aux intérêts de cet emprunt
, il ne pourroit y avoir d'accroissement
de 100 liv. sterl . par survivance , qu'autant
que l'on auroit placé 1000 liv. sterl .
Pour payer l'intérêt de ce million sterling ,
⚫ et pour suppléer au produit de la taxe sur
les boutiques , il proposa d'abord comme
Voies et moyens .
Un droit additionnel sur les Papiers-nonvelles
. M. Pitt fit remarquer en même temps
que le nombre de ces sortes d'écrits s'augmentoit
de jour en jour ; il vouloit cependant
les traiter avec ménagement , mais il étoit
convaincu que la Chambre les traiteroit avec
impartialité ; quelques personnes pourroient
les regarder comme un objet de luxe , d'auS
но )
tres trouveroient du danger dans leur multiplication.
- Le droit additionnel qu'il
proposoit étoit d'un demi-sou ou (halfpenny)
pour chaque Papier ; ce qui , d'après un calcul
modéré, augmenteroit annuellement le revenu
de 28 mille liv. Les avertissemens pour lesquels
ont paie aujourd'hui deux
deniers , paieroient à l'avenir trois sous , ce
qui donneroit neuf mille liv. par an.
Cartes et Dez.
SOLIS six
M. Pitt dit , que ces objets marchant ordinairement
ensemble , il les soumettroit à
un droit additionnel de six deniers sur chacun
de ces articles , au moyen de quoi on feroit
payer au luxe neuf mille liv. par an. 盖
Légalisation des testamens et des legs.
M. Pitt proposa un droit additionnelen proportion
des sommes léguées , ou confiées ;
et par différens calculs il établit que ce droit
rendroit annuellement 9900 liv.
Voitures à quatre roues.
H ne craignoit pas que la taxe additionnelle
qu'il avoit à proposer fût rejetée , puisqu'elle
ne portoit que sur des personnes qui , par
leur état , pouvoient assurément la supporter ,
et qu'elle n'avoit pas la moindre tendance à
opprimer la classe pauvre du Peuple.
Droit additionnel d'une livre pour une voiture
qui paie maintenant 7 liv.
Ditto............. 2 liv. pour 2 ditto.
Ditto ............. 3 liv. pour 3 ditto.
Etpareille somme pour chaque voiture excédent
ce nombre.
(111
Droit additionnel sur les chevaux.
On ne l'augmentera pas pour un cheval;
mais ceux qui en ont deux payeront de
plus , 2 s. 6 d. par an.
Ditto ... trois .... 15 0 pourdeux.
Ceux qui en tiennent
entre trois et six.. 7 6 pour chaque
cheval au-delàd'un
seul.
Ceux qui en ont six
et au-delà ...... 10 pour chaque
cheval au-delàd'un
seul.
Ce qui augmentera le revenu annuel , pour
ce seul article , de 20,000 liv.
(La fin dans huit jours ).
M. Arthur Young vient d'insérer ,
dans ses Annales d'Agriculture , un
relevé des bleds et autres grains qui
ont été exportés et importés en Angleterre
et enEcosse, pendant l'année 1788 ,
avec les primes payées et les droits
perçus.
Exportations d'Angleterre.
Froment.
Farine de froment .
Seigle.........
Orge.
Drèche,
Avoine.
....
..
Gruau d'Avoine....
Fèves .........
I
Quarters. Boisseau.x.
58,010 5
.... 24,576
30,929 I
7
....
.. *
"
62,358
146,280
12,350
619 3
9,930 4
(112)
... 4,583
121
I
3
I "
Pois............
Bled noir ou sarrasin ...
Mais ou bled de Turquie.
44,206 liv. st . I sh. 11 de
3 gratifications.
d'Ecosse .
Quarters. Boisseaux.
Farinede froment ....... 383 7
Seigle.. 290
6
Orge. 851 «
Orge mondé ... 33 5
Grain appelé bear . 2,198
6
: Gruau du même grain .... 51 5
Avoine . 1,080 5
Gruau d'avoine.. 367 7
Pois et fèves . 621 6
Drèche. : 8,287 2
976 liv. sterl 10 s. 4 d. de gratifications .
Nota. Les grains étrangers sont compris
avec les grains du pays , et le droit d'importation
est alors remboursé lorsque ce même
grain étranger vient à être exporté.
Importations d'Angleterre.
'Quarters. Boisseaux.
Froment.
Farine .
Orge..
Avoine.
116,936
6,301
4
7
..
10,685
331,053
2-
3
Gruau d'Avoine . 2,086 3
Fèves..
.. 9,189 7
Pois .. 1,091
BleddeTurquie. 16 ..
3,544 1. st . 3 s. 4d. de droits à l'importation,
( 113 )
Froment .....
D'Ecosse.
Farine de froment ......
Orge....
Avoine .
Gruau d'avoine .
Pois et fèves .
Quarters. Boisseate
... 25,110 7
361 4
794
48,804 I
31,883 2
619 4
1,321 liv. st. 11 8. 6 d. de droits à l'importation ,
FRANCE.
De Versailles , le 12juillet.
La Noblesse de la Prévôté de Paris ayant
fait frapper une médaille en l'honneur de Sa
Majesté , à l'occasion des Etats - Généraux ,
elle a été présentée au Roi par le Marquis
de Boulainvillers , Prévôt de Paris , son Président,
et ses Députés , qu'elle en avoitchargé,
accompagné de beaucoup de Membres de la
Noblesse , qui s'y étoient rendus en grand
nombre.
:
ÉTATS - GÉNÉRAUX.
Avant de suivre le cours des opéra
tions de la semaine dernière , nous re
prendrons , par forme de supplément,
deux articles dont l'un a été omis , et
l'autre exposé sommairement dans le
Journal précédent. Le premier est une
Déclaration d'une partie de la Noblesse ;
(114)
Fautre concerne la Députation de Saint-
Domingue.
Du 3 Juillet. Dans la soirée , sur une invitation
par billets imprimés , clos et non signés
, environ 138 Membres de la Noblesse
se réunirent dans leur salle particulière ; et
après quelques discussions , on y arrêta la
Déclaration suivante , adoptée seulement par
89Membres présens..
« L'Ordre de la Noblesse aux États-Géné
raux , dont tous les Membres sont comptables
à leurs Commettans , à la Nation entière et
à la postérité , de l'usage qu'ils ont fait des
Pouvoirs qui leur ont été confiés , et du dépot
des principes transmis d'âge en âge dans la
Monarchie Françoise , כנ
Déclare qu'il n'a point cessé de regarder
comme des maximes invariables et constitutionnelles
,
La distinction des Ordres ,
L'indépendance des Ordres ,
La forme de voter par Ordre ,
La nécessité de la sanction royale pour
l'établissement des Lois .
» Que ces principes , aussi anciens que la
Monarchie , constamment suivis dans les Assemblées
, expressément établis dans les lois
solemnelles proposées par les Etats-Généraux
et sanctionnées par le Roi , telles que celles
de 1355 , 1357 et 1561 , sont des points
fondamentaux de la Constitution , qui ne
peuvent recevoir d'atteinte , à moins que ces
mêmes pouvoirs , qui leur ont donné force
de loi , ne se réunissent librement pour les
anéantir : >»
>>Annonce que son intention n'a jamais
été de se départir de ces principes , lorsqu'il
f
(115 )
aadopté pour la présente tenue des Etats-
Généraux seulement , et sans tirer à conséquence
pour l'avenir , la Déclaration du Roi ,
du 23 Juin dernier , puisque l'article I de
cette Déclaration énonce et conserve les principes
essentiels de la distinction des Ordres ,
de l'indépendance et du vote séparé des Ordres
. »
Que , rassuré par cette connoissance formelle
entraîné par l'amour de la paix et
par le desir de rendre aux Etats -Généraux
leur autorité suspendue , empressé de couvrir
l'erreur d'une des parties intégrantes des Etats-
Généraux , qui s'étoit attribué un nom et
des pouvoirs qui ne peuvent appartenir qu'à
la réunion des trois Ordres ; voulant donner
au Roi des preuves d'une déférence respectueuse
aux invitations reitérées par la Lettre
du 27 Juin dernier , il s'est cru permis d'accéder
aux dérogations partielles et momentanées
que ladite Déclaration apportoit aux
principes constitutifs : >>
« Qu'il a cru pouvoir , sous le bon plaisir
de la Noblesse des Bailliages , et en attendant
ses ordres ultérieurs , regarder cette exception
comme une confirmation des principes
qu'il est plus que jamais résolu de maintenir
pour l'avenir :
« Qu'il s'y est cru d'autant plus autorisé ,
que les trois Ordres peuvent , lorsqu'ils le jugent
à propos , prendre séparément la délibération
de se réunir à une seule et même
assemblée . »
<< Par ces motifs , l'Ordre de la Noblesse ,
sans être arrêté par la forme de la Déclaration
lue à la Séance royale du 23 Juin dernier,
l'a acceptée purement et simplement : conduit
par des circonstances inupérieuses pour
(116 )
1
tout fidèle serviteur du Roi , il s'est rendu,
te 27 Juin dernier , dans la Salle commune
des Etats-Généraux , en invitant de nouveau
les autres Ordres à accepter la Déclaration du
Roi. »
« L'Ordre de la Noblesse fait au surplus la
présente déclaration des principes de la Monarchie
et des droits des Ordres , pour les conserver
dans leur plenitude , et sous toutes les réserves
qui peuvent les garantir et les épurer. »
« Le tout arrêté sous la réserve des pouvoirs
ultérieurs des Commettans et des pro
testations précédentes. »
Saint-Domingue est la seule des Colonies
Françoises qui ait réclamé et nommé une
Députation. L'examen et le jugement de sa
demande ont occupé trois Séances de l'Assem
blée Nationale. Antérieurement , le 8 Juin
les Députés de Saint-Domingue présentèrent
leur Requête à la Chambre des Communes ,
où ils furent admis sans voix délibérative.
Cette Requête fut suivie , le 20 Juin , d'un
Mémoire intitulé : Précis sur la position actuelle
de la Députation de Saint-Domingue ;
il est imprimé.
Le 27 Juin , M. Prieur , l'un des Commissaires
du Rapport concernant cette Députation,
exposa les opérations du Comité à
ce sujet , et , en résultat , énonça les trois
questions qu'on a lues au 27°. n°. de ce Journal.
Nous en avons rapporté la décision , ainsi
que l'extrait rapide des discours qu'elle firent
naître.
La dernière de ces questions , relative au
nombre admissible de Députés , fut traitée
le 3 de cé mois. "
Llun des Députés soutint que la Colonie ne
( 117 )
pouvoit réclamer d'autres principes pour graduer
sa représentation , que celui qui a servi
aux Provinces Françoises . Que si l'on calcu-
Joit pour la représentation', les richesses coloniales
et les rapports de commerce , nous
calculerions aussi la grande fortune que le
labourage met dans la balance du commerce.
Les villes maritimes et les grands négocians
seroient aussi fondés à réclamer une plus
grande représentation , par les millions qu'ils
versent dans le commerce. La Colonie n'est
peuplée que de vingt-cinq mille Blancs ; elle
ne peut se prévaloir de la population des
Noirs , tant qu'elle les regardera comine des
bêtes de somme ; qu'elle les affranchisse , et
nous compterons alors toute sa population
pour établir le nombre de ses Représentans.
M. de Turckheim , Député de Strasbourg ,
opina pour ne donner que deux Députés sur
trente mille hommes libres ; 375 mille Noirs ,
qui ne sont ni libres , ni François , ne pouvant
être représentés par leurs maîtres
Un autre Membre fut d'avis de renvoyer
cette affaire aux Bureaux , pour y être discutée
à fond.
Un Député Noble opina pour l'admission
de vingt Députés .
M. Bouche pensa que 23,533 Blancs devoient
avoir six Députés , dont quatre avec
voix délibératives , et pris parmi les Coions
exclusivement .
Après nombre de discours et d'avis differens,
on adopta celui de M. le Duc de la Rochefoucault,
pour renvoyer l'examen de la question
dans les Bureaux. (1)
(1) Malgré la fréquence des Supplémens
que nous joignons aux deux Feuilles de ce
(118 )
Le5, on reprit la discussion.
M. le Marquis de Gouy d'Arsy répondit
aux objections que plusieurs Membres de
l'Assemblée avoient faites contre l'admission
de douze Députés.
*
<<Jamais , dit-il , plus grande cause n'a été
soumise à un Tribunal plus auguste. La
« question qui vous occupe , plaidée en An-
«gleterre par la force , va l'être en France
« par la justice , et les résultats en seront dif
« férens pour la métropole. "
Discutant ensuite les principales objections,
il annonça que Saint-Domingue n'avoit envoyéun
grand nombre de Députés , que parce
qu'elle l'avoit cru indispensable pour combattre
avec avantage des abus enracinés , sous
lesquels gémit cette Colonie ; que la population
ne pouvoit être le seul thermomètre de
la proportion à établir entre les Députations ;
mais que la fixation du nombre des Députés
devoit être en raison composée du nombre
des habitans , des richesses du pays , de son
étendue et des contributions qu'il paie ; que ,
sous ce rapport , Saint - Domingue payant
douze millions d'impôts directs , et soixante
d'impôts indirects , avoit droit à une grande
Députation.
Journal , il nous est impossible de rapporter
une multitude de discours , qui ne different
très-souvent les uns des autres que par l'expression
: encore moins nous est- il permis
de sacrifier le détail des débats et la marche
des opérations , à des harangues d'étiquette.
Plusieurs autres Feuilles se chargent du registre
de ces morceaux.
( 119 )
Quant à l'esclavage des Négres et à l'abolition
de la Traite , M. de Gouy d'Arsy assura
que , si l'Assemblée trouvoit dans sa sagesse
les moyens d'allier la conservation des
Colonies , les propriétés des Colons , et l'entretien
de leurs ateliers , avec l'abolition de
l'esclavage et de la traite , il n'est pas de Colon
qui ne donnât avec empressement des preuves
de son humanité et de son patriotisme. Il insista
pour obtenir 18 Députés , ou au moins
12 Délibérans et 6 Consultans.
M. Nérac , Négociant de Bordeaux , combattit
ce système.
M. le Duc de Choiseul- Praslin opina pour
12 Députéss .
M. le Président de Saint - Fargeau rendit
compte du sentiment du seizième Bureau qui
avoit votéunanimement pour 6 Députés .
Au moment où l'on se disposoit à aller
aux voix , l'un des Secrétaires a fait la lecture
d'un acte d'opposition , formée par plusieurs
Colons , à l'élection des Députés de
Saint-Domingue .
M. de Gouy d'Arsy observa que plusieurs
des Réclamans avoient signé les Procès-verbaux
d'élection , et que l'Assemblée ne devoit
donc avoir aucun égard à cet acte .
M. Pison du Galand objecta qu'on ne pouvoit
pas admettre les Députés de Saint-Domingue
, puisqu'on n'avoit pas entendu les
contradicteurs .
On passa aux suffrages , dont 523 admirent
6 Députés seulement.
Cette délibération ayant été annoncée , on
demanda la voix consultative pour tous les
autres Députés. Cette demande fut refusée ,
d'après l'observation que cette concession dangereuse
tendoit à rendre les délibérations plus
(120 )
difficiles ; et que si on l'accordoit , on ne pourroit
la refuser à tous les Suppléans .
Les autres Députés n'obtinrent que la présence.
Les Députés de Saint-Domingue ont done
été obligés de se réduire au nombre de six;
ils l'ont fait de manière qu'il y en ait deux
par chacune des trois provinces de l'ile. Ils
ont observé aussi l'ordre de leur nomination
dans la Colonie. Les Députés ayant voix délibératives
aux Etats - Généraux sont , pour
la province de l'Ouest , MM. le Marquis de
Gouy d'Arsy et M. le Chevalier de Cocherel;
pour la province du Nord , M. de Thibaudières
, et M. l'Archevêque Thibaud ; et pour
la province du Sud, M. le Marquis de Perrigny
et M. Gérard.
4
Voici la liste des autres Députés qui auront
droit de Séance : MM. le Comte de
Reynaud, le Marquis de Roveray , le Comte
de Ville-Branche , le Comte de Noé , le
Comte de Magallon , le Chevalier Dougé ,
le Comte O. Gorman , le Chevalier de Courrejolles
, le Gardeur de Tilly , Bodkin- Fits-
Gérald , le Chevalier de Marmi , et Duval
de Monville.
Dixième Semaine de la Session .
Du 6 Juillet. A huit heures du matin , on
s'est rassemblé dans les Bureaux pour y debattre
les six Propositions suivantes , présentées
par le Comité des Subsistances .
1º. Ouvrir une souscription volontaire de
secours pour la subsistance et le soulagement
des peuples dans le sein de cette Assemblée ,
àParis et dans les provinces ; remettre aux
Etats
(121 )
Etats provinciaux , aux Assemblées provinciales
et de département , et aux municipalités
, sous l'inspection de l'Assemblée nationale
, l'emploi des fonds qui en proviendront
.
2º. Autoriser le Gouvernement , les Etats
provinciaux , les Assemblées provinciales , les
Assemblées de département et les Municipalités
, à faire les avances et les dépenses
que la subsistance et le soulagement du peuple
pourroient nécessiter , sous la garantie de
la Nation et l'inspection de l'Assemblée nationale.
3º. Autoriser dans les provinces où la récolte
n'est pas faite , et ne seroit pas au
moment de se faire , une contribution de
vingt ou de dix sous par tête , ou de telle
autre somme qui seroit localement jugée
suffisante , de laquelle l'avance seroit faite
dans chaque Municipalité par les huit ou dix
Citoyens les plus riches et les plus hauts
imposés des trois Ordres , et partager en
autant de paiemens qu'il y auroit de semaines
à s'écouler jusqu'à la récolte , à l'effet d'être
employée , selon la sagesse des assemblées
municipales , en achats ou transports des subsistances
, et au plus grand soulagement de
la pauvreté , sous la condition qu'il sera rendu
compte du tout aux assemblées supérieures
d'administration , et par celles-ci à l'Assemblée
nationale .
4°. Prendre le temps nécessaire pour rédiger
, avec le plus grand soin , l'exposition
des principes qui doivent assurer à tous les
François la libre et mutuelle communication
des subsistances , et la plus grande égalisation
possible des approvisionnemens et des
prix, afin que le Roi y ayant ensuite donné sa
Nº. 29. 18 Juillet 1789. f
( 122 )
sanction, cette équitable et utile répartition
des subsistances , ne puisse plus être interrompue
par aucune autorité , et qu'elle devienne
une loi fondamentale et constitutionnelle
de l'Etat. ,
5°. Remettre à s'occuper des autres questions
que pourroit faire naître le commerce
des grains et des farines , au temps où il
deviendra nécessaire de prendre un parti a
ce sujet.
6°. Sans attendre aucun éclaircissement
ultérieur , prononcer , dès aujourd'hui , la
prohibition de l'exportation des grains et
des farines jusques en octobre 1790.
M. Hebrard a fait le rapport du Comité
de la vérification des pouvoirs , concernant
Tadéputation particulière de la ville d'Arles .
L'Assemblée a admis M. l'Abbé Royer , Député
du Clergé de cette ville.
On a fait la lecture du procès - verbal de
samedi. Il y a eu une altercation entre l'Evêque
d'Angoulême , et le Curé , son co-
Deputé, relative aux pouvoirs impératifs .
On'a remis sur le bureau ,,un paquet adressé
par des Boulangers de Paris , au Comité des
subsistances.
M. le Président en a renvoyé l'ouverture au
Comité.
'L'attention reportée sur le chapitre des Subsistances
, un Curé de l'Orléanois a déploré
la misère des provinces intérieures : il a été
suivi de M. de Lally- Tolendal, qui , après un
discours préparatoire , a proposé , en ces termes
, la forme d'une résolution à prendre.
" 1. Que le Roi sera remercié de ses soins
paternels au nom de la Nation , et avec l'effusion
de tous les sentimens qu'il a mérités
Pelle en cette occasion. »
:
!
7
( 123 )
« 2. Que Sa Majesté , qui seule peut embrasser
d'un coup-d'oeil tous les besoins de
son vaste empire , sera priée de faire savoir
par le Ministre qui a concouru si dignement
à ses vues , si un secours extraordinaire est
nécessaire dans la circonstance , et quelle en
seroit la mesure précise ; et l'Assemblée promet
solemnellement , qu'atussitôt que l'établissement
et la promulgation des lois constitutionnelles
lui permettront de s'occuper
des subsides , elle en votera un particulier
avant tous les autres , pour réaliser ce secours
extraordinaire. »
« 3°. Que dès aujourd'hui l'exportation
des grains et farines à l'étranger , sera et
demeurera prohibée jusqu'au mois d'octobre
1790 , sauf à prolonger ou abréger le temps
de cette prohibition , si les circonstances
l'exigent..>>
« 4°. Que dès aujourd'hui pareillement la
circulation des grains et farines sera et demenrera
libre dans tout l'intérieur du Royaume ,
sans qu'il puisse y être apporté aucun obstacle
par aucune autorité , même par les Arrêts
ou Sentences des Cours de Justice , lesquels
Arrêts ou Sentences des Cours de Justice
l'Assemblée nationale annulle pour le passé
et interdit pour l'avenir. »
41
?
5°. Enfin , que le présent Arrêté sera
porté au Roi , qui sera prié , très- respectueusement
, de le revêtir de sa sanction
royale , et de le faire proclamer dans toute
l'étendue de son Royaume. »
" Se réservant , l'Assemblée nationale , de
pourvoir parrla suite aux lois fondamentales
qui devront être portées sur les grains , approvisionnemens
, subsistances , & qui , sanctionnées
de même par le Roi , deviendront
fij
( 124 )
la règle , et assureront la tranquillité de tous
ses sujets ; et en attendant , le Comité des
subsistances ne cessera de s'occuper des
moyens de procurer l'abondance , de rétablir
l'ordre , et de rechercher et réprimer les abus ,
en invoquant , toutes les fois qu'il sera nécessaire
, la décision et l'autorité de l'Assemblée
nationale .
Un Membre de la Noblesse a opiné de faire
d'abord des remerciemens au Roi ; il a démontré
que les six moyens proposés par le
Comité étoient longs et dangereux. Il a communiqué
que son Bureau l'avoit chargé de
faire une loi relative à la circulationdes grains ,
mais il a ajouté que cette loi n'étoit pas pressante.
Il a fini par proposer un Arrêté.
M. l'Archevêque de Bordeaux a fait le rapport
du résultat de son Bureau , et a présenté
le projet d'une nouvelle résolution .
M. de Mirabeau a demandé si le Gouvernement
avoit communiqué au Comité des subsistances
, les propositions qui lui avoient été
faites par M. Jefferson , Ministre des Etats-
Unis , et par quelques Maisons Angloises ,
pour la fourniture de plusieurs cargaisons de
grains , il a ajouté que dans le cas où l'on
ne l'auroit pas fait , il proposoit d'en donner
connoissance. Sur la réponse négative , il a
demandé un sursis de 24 heures pour rédiger
les notes qui lui avoient été fournies à ce
sujet.
M. le Duc de Liancourt a fait le rapport
du quatorzième Bureau , qui a improuvé les
moyens du Comité.
On a lu successivement les rapports de plusieurs
Bureaux. M. Péthion , l'un des Rapporteurs
, a voté pour un emprunt de six
inillions , et a réfuté la proposition de M. de
( 125 )
Lalli - Tolendal. Il a insisté pour qu'on ne
votât point de remerciemens . Selon lui ,le
Gouvernement ne devoit point faire le commerce
des bleds , puisqu'il détruiroit les spéculations
des Commerçans , et qu'il n'y auroit
plus alors de concurrence ; on ne devoit point
défendre l'exportation des grains hors du
Royaume ; et l'on devoit faire un décret qui
pût se passer de la sanction Royale .
M. Camus , Membre du cinquième Bureau ,
a observé que , suivant le Réglement , les Bureaux
ne pouvoient pas faire d'arrêtés , puisqu'ils
n'étoient que la réunion d'un certain.
nombre de Députés pour discuter les objets ;
qu'il étoit donc fort étonné d'entendre lire
des Arrêtés ; et que l'Assemblée ne devoit
ni ne pouvoit se diviser en trente parties. Il
a fini par demander le maintien de la police
des Bureaux.
M. le Président lui a répondu que les Arrêtés
proposés n'étoient que de simples motions
, soumises à l'Assemblée. Cet avis a été
adopté prèsque unanimement .
M. Dupont a demandé la jonction d'une
partie de la motion de M. l'Archevêque de
Bordeaux à celle de M. de Tolendal.
M. Bouche a opiné à ce que le Comité des
subsistances s'assemblat solemnellement à la
fin du jour , et qu'il s'occupât , avant la délibération
, de chercher , d'après les avis proposés
et les renseignemens qui lui seroient
donnés par les Boulangers , de nouveaux
moyens plus direets , plus praticables et plus
prompts que ceux qui avoient déja été mis
en avant.
M. le Président a répondu qu'il falloit continuer
la lecture des rapports , afin d'être en
état de pouvoir délibérer le lendemain .
i
f iij
( 126)
M. Mounier a observé qu'on ne pouvoit
point faire de loi , et a réfuté M. de Tolendal.
Ha maintenu qu'on ne pouvoit présenter
aucune loi à la sanction Royale avant l'établissementde
laConstitution , qui devoit également
statuer le moyen d'obtenir la sanction
Royale. Il a insisté fortement pour qu'on n'admit
plus de propositions étrangères à la
Constitution; il a fini par demander que l'on
passât à la motion de M. l'Evêque d'Autunet
àla vérification des pouvoirs.
M. de Lalli- Tolendat a obtenula parole, et
a réfuté M Mounier , qui a été appuyé par
M.Target.
M. le Président a renvoyé les résolutions
au Comité des subsistances.
Il a ensuite annoncé une Députation de
MM. les Electeurs de Paris, que l'on a fait
entrar. M. l'Abbé Bertholio , portantlaparole,
aannoncéle retour du calme dans la capitale.
Ce discours oui , ainsi que la réponse de
M. le Président, on a proposé l'érablissement
d'un Bureau de correspondance or Comitécen
tral, qui seroit chargé d'indiquer Fordre du
travail.
Un Membre a opiné pour que l'un des
Membres de chaque Bureau se rassemblassent
anssi- tot pour convenir entre eux des travaux
dont on devoit s'occuper dans la soirée.
M. Rabaud de Saint-Etienne a tu le travail
du Comité de Réglement qui tendoit au même
objet , mais en proposant que le Bureau ne fût
composé que de seize Membres élus par l'Assemblée.
Cette proposition a été rejetée.
M. le Président a proposé de nommer trente
Membres pour ce Comité , un par Bureau.
Cet avis a été adopté. L'Assemblée s'est divisée
( 127 )
aussi- tot en Bureaux à trois heures , et a pro
cédé à cette élection , dont voici le résultat
CLERGE .
NOBLESSE.MM. Freteau , Comte de Virieu
Comte de Clermont - Tonnerre , d'André de
Lally-Tolendal, Alexandre de Lameth.
COMMUNES . MM. Démeunier , Pethion de
Villeneuve , Anson , Rabaud de St. Etienne ,
Mounier, Turckeim , Regnier , Périsse du Luc,
Ricard de Soult , Emmery , Ulry , Bergusse ,
Bouche, Bailly , Volney , Lépaux , Vernier
Brassart , Vaillant , Gleizen , Lanjuinais ,
Legrand, Treillard , Brocheton.
Du 7 Juillet. M. le Préſident a dit que M. d'Ogny,
Intendant des Poſtes , venoit de lui adreffer,
par ordre duRoi , de gros paquets adreſſés à l'Af
ſembléeNationale& aux trois Ordres ſéparés. Il a
remis les paquets aux Secrétaires .
M. le Préſident adit qu'il convenoit à la dignité
de l'Aſſemblée d'avoir dix Huiffiers , auxquels
ondonneroit un habit uniforme & une médaille.
Cet avisa paffé,
On a fait la lecture du Procès- verbal de la
veille.
M. le Préſident a fait part à l'Aſſemblée , que le
Comitéde Correſpondance rendroit compte incefſamment
de ſon travail, mais qu'il prioit l'Affemblée
de ne plus recevoir aucune Motion étrangère.
Il a ajouté qu'il avoit aſſiſté au Bureau des ſubittences
,&qu'il le confirmoit de plus en plus dans
l'idée de finir & de s'occuper de cet objer.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a lu le rapport
du Comité des ſubſiſtances , ſuivant lequel le
Comité avoit entendu lesBoulangers de Paris ,& le
fiv
(128 )
:
Chevalier Rudlège , leur Defenseur ; mais leurs
plaintes& obfervations n'étant fondées ſur aucune
preuve , le Comité les avoit renvoyés à M. leDirecteur-
général des Finances.
L'un des Secrétaires a fait part de la réception
de pluſieurs lettres de félicitations , adreſſées à
l'Affemblée , par les villes de Vitré , Saint-Jeande-
Lône , &c.
Le Député de Saint-Jean-de- Lône a demandé la
conſervation des Priviléges de cette ville, maintenus
depuis fix fiècles ; mais il a ajouté qu'il n'y
comprenoitpas les Priviléges pécuniaires dont cette
ville jouit ; qu'il étoit chargé par ſes Commettans
de remettre l'Acte de renonciation à ces mêmes
Priviléges , qu'il le remettroit ſur le Bureau après
l'avoir lu ; qu'il exigeoit que cette renonciation fût
inférée dans le Procès-verbal , & qu'il lui en fût
donné acte.
On a lu la liſtedes Membres qui compoſent le
Comité de Correſpondance.
M. le Comte de Clermont-Tonnerre a lu une déclaration
de M. le Comte du Châtelet , Député de
la Nobleſſe du Bailliage de la Montagne ; elle
porte qu'il lui a été enjoint de voter par ordre , &
ordonné de proteſter avec force dans le cas où l'on
opiceroit par tête , & de reſter. Il a demandé acte
de cette déclaration ; acte lui a été refuſé : néanmoins
il a continué à prendre ſéance.
M de Lally-Tolendal a fait la lecture d'une
déclaration du Député de la Nobleſſe de Clermont
enBeauvoiſis , relative à l'opinion par ordre;
il en a demandé acte.
M. le Préfident a dit que l'Ordre du Clergé
réclamoit contre la nomination faite pour la formation
du Comité de Correſpondance , parce qu'il
Re s'y trouvoit aucun Membre de fon Corps. Il
a ajouté , que ne pouvant en exclure aucune des
(129 )
perſonnes élues , il demandoit l'agrément d'y
ajouter fix Eccléſiaſtiques .
Un Membre du Clergé a dit qu'il ne fal'oit rien
innover pour cette fois , mais prendre pour l'avenir
des arrangemens , afin que les nominations
faſſent communes aux trois Ordres. Cet avis a été
foutenu par un Curé de Lorraine.
Μ. lePréſideat a ajouté que , voyant pluſieurs
Eccléſiaſtiques s'oppoſer à la nomination qu'ilavoit
réclamée en faveur du C'ergé , il ne pouvoit les
nommer , & il a prié l'Aſſemblée de prononcer à
ceſujet. La renonciation volontaire de la plupart
des Membres du Clergé a mis fin à cette difcuffion.
M. l'Evêque d'Autun ayant obtenu la parole ,
a reproduit , développé & foutenu ſa Motion
du 3 juillet , relative aux mandats impératifs &
limités. Il a traité cette queſtion par une analyſe
étudiée du droit de chaque Bailliage individue'
, comparé avec celui de la Nation entière
de la fubordination du premier au ſecond , de
la nature & de la différence des divers mandats.
Cette argumentarion a été terminée par un Arrêté
que l'Orateur a propoſé dans le ſens ſuivant :
« L'aſſemblée nationale conſidérant qu'un Bailliage
ou une partie d'un Bailliage n'a que le
droit de former la volonté générale , 82 non
de s'y ſouſtraire , & ne peut fufpendre , par des
mandats impératifs qui ne contiennent que la
volonté particulière , l'activité des Etats-Généraux
, décare que tous les mandats impératifs ſont
radicalement nuls ; que l'eſpèce d'engagement qui
en réſultercit doit être promptement levé par
les Bailliages , une telle clauſe n'ayant pu être
impoſée , & toutes proteftations contraires étant
inadmiffibles , et que , par une fuire néceſſaire ,
tout décret de l'aſſemblée ſera rendu obligatoire
fy
( 130)
envers tous les Bailliages , quand il aura été
rendu par tous ſans exception.
«J'ajouterai ces mots , nul radicalement , par
rapport à l'assemblée , car cette nullité n'est vraiment
que relative : elle exiſte pour les mandataires
, elle n'existe pas pour l'Aſſemblée. »
UuDépuré desCommunes d'Auverge a foutenu
cet Arrêté ,& parlé avec force contre l'Arrêt du
Conſeil du 27 juin , envoyé dans les provinces ,
pour une nouvelle convocation de la Nobleſſe. Ila
prétendu que les mandats impératifs ne ſeroient
pas caflés ; que , d'ailleurs , on ne devoit pas recourir
aux Commet:ans , qui n'avoient pas le
pouvoir de confirmer des mandats de ce genre.
Il a foutenu que l'Aſſemblée nationale devoit les
caffer , & que fi elle ne prenoit pas ce parti , on
feroit forcé de faire une nouvelle convocation générale.
Il a propoſé un changement à la Mot on
de M. l'Evêque d'Autun; changement dost voici
le réfumé :
« L'Affemblée ordonne & enjoint à tous les
* Députés , felon leur confcience , dans tous les
▸ cas qui intéreſſentle royaume,& ſuivant leurs
>> mandats , dans ceux quiles intéreſſferoient particulièrement.
»
Pour appuyer fon avis , il a rapporté l'ancience
formule de preſtation de ferment aux E at -Généraux.
Su vant lui , l'opinion par tête étoit le ſeul
moyen d'affu er la Monarchie ſur des bafes inébranlables.-
L'Aſſemblée devoit communiquer
au Roi toutes ſes vees. L'Orateur s'eſt aufi récrié
contre l'approchedes roupes étrangères , ajoutant
que le Monarque n'avoit pas beſoin d'armée auprès
de lui , puiſqu'il étoit l''eenfant delaNation.
M. le Préfident a fait pas que quatre Députés
'de'a ville de Nantes venoient d'arriver , & demandoient
la permiffion de lire une Adreſſe des
Habitans de cette Cité.
(131 )
:
Onles a admis ; l'Adreſſe aété lue,&l'Affem
b'ée en a ordonné l'infertion dans le Procès-verbal.
Os a fait prendre féance aux Députés.
La Délibération ſur les pouvoirs 'mpératifs étant
repriſe , un Député du Tiers-Etat a dit : que les
Electeurs n'avoient pas d'autres pouvoirs que celui
d'élire leurs Députés , artendu que la Légiflation
réſidoit dans l'Aflemblée ſeule , & que les Electeurs
n'étoient pas Législateurs. Il a foutenu que
P'Aſſemblée devoit être entièrement libre dans
toutes les Délibérations , & qu'au un Bailliage , ou
Ordre , ne pouvoit avoir le droit de s'y oppoſer ,
artendu que ce feroit accorder le Veto aux 177
Balliages du royaume. Il a foutenu en partie la
Motion de M. l'Evêque d'Autun. Il s'est récrié
contre le renvoi aux Commettans . L'Affemb'ée
devoit annuller tous les articles qui ordonnoient
auxDéputés de ſe retirer. Si un Bailliage étoit en
droit de donner un artic'e impératif , il auroit le
doit de s'oppoſer aux Délibérations de l'Affemblée.
Aucun Diſtrict we peut s'arroger une partie
de la priſſance législative. Le ferment prêté contre
l'avantage général eſt nul , & l'Aſſemblée a le
pouvo'r d'en relever. Il a fini fon d'cours par
foutenir que l'Aſſemblée étoit le feal Juge compérent
des articles impératifs , & a lu enfuite une
Motion.
M. le Comte de Lally- Tolendal a foutenu la
fienne& celle de M. l'Evêque d'Autun. Il apensé
que la Souveraineré ne réſide que dans le tout
réuni. La volonté généra'e ne peut être manifeftée
que par une Délibération commise. Un
Député qui ſe retire , n'est qu'un ſujet qui prétend
lier le Souverain; il n'est qu'une partie qui ſe
croit plus forte que le tout. Il ne peut y avoir
de Gouvernement, par-tout où un feul Bailliage
voudroit s'oppoſer à la volonté générale. L'engagement
de la prestation du ferment eſt nu'le à
fvj
( 132)
l'égard de l'Aſſemblée , ma's ne l'eſt pas à l'égard
des Commettans. Aucun Député ne pouvoit
refufer d'opiner dans la Dé'ibé ation actuelle , ni
l'Aſſembée de donner acte des Déclarations .
L'opinion , a-t-il dit , ne peut avoir de priſe
fur la confcience; el'e eſt ſeule ſon Juge. C'eſt
à l'Aſſemblée à poſer les baſces .
Il a proposé un léger amendement à la Motion
de M. l'Evêque d'Autun , pour accorder
✓ un délai court à la révocation des mandats impéatifs
; il a inſiſté à ce que l'Aſſemblée ne
prononçât pas définitivement la conſtitution &
l'impôt , de peur des réclamations. Enfin , il a
invité les Membres qui avoient préſenté des
proteſtations , à les reprendre pour les remplacer
par des Déclarations, afin que tous les Membres
puſſent voter ...
Un autre Membre de la Nobleſſe a foutenu l'avis
de M. l'Evêque d'Autun. Il a prétendu que les
Bailliages n'avoient pu dire à leurs Députés : nous
vous défendons de nous rendre libres , dans le cas
où l'on n'opineroit pas de telle manière. Ila déclaré
que l'Affemb'ée ne pouvant relever du ferment ,
il falloit abſolument que les articles impératifs
fuſſent caffés par les Bailliages. Il a obfervé que
l'Aſſemblée ne pouvoit être arrêtée par l'abſence
de pluſieurs Députés , ni par des proteſtations.
Il s'eſt opposé àl'amendement de M. de Tolendal ,
attendu que l'Aſſemblée ne pouvoit nuire à ellemême.
Il a penſé que l'Aſſemblée feroit bien d'attendre
le retour des Députés & la caſſation des
mandats , pour ftatuer définitivement ſur la Conftitution.
Un Membre des Communes a défendu l'Arrêté
de M. l'Evêque d'Autun. Il a conclu à ce que
l'Afiemblée cassat les pouvoirs impératifs.
Un Membre des Communes a dit que l'Arrêté
étoit ſi ſage & ſi ſimple, qu'il auroit pu n'être
( 133)
pas propoſé , puiſque la Majorité devoit emporter
la Minorité. Il a déclaré que le voeu général de
l'Affemblée faifoit la loi , & qu'on ne pouvoits'y
ſouſtraire. Il a prouvé que l'Aſſemblée ne pouvoit
caſſer les mandats impératifs , attendu que
les Députés ne devoient ni ne pouvoient y renoncer.
Un Député du Dauphiné , prenant la parole , a
pofé les maximes ſuivantes :
" Nul Repréſentant ne peut vouloir que ce
qui lui a été enjoint par ſes Commettans. »
"UneNation qui fait ſa Conftitution , n'a pas
le droit de faire des Arrêtés impératifs . »
* Les pouvoirs ne peuvent changer ni modifier
les lois conftitutives. "
« Nul ne peut avoir de pouvoirs que ceux
de la Nation. »
" Les Commettans ont pu & dû donner des
mandats , puiſque , ſans cela , les Députés n'auroient
aucun pouvoir. »
« La Majorité l'emporte & fait loi pour tous ;
fans cela, il n'y aurcit point d'aſſociation , & l'Empire
François ſe diffoudroit. >>
« Tout Député à pouvoir impératif , devroit
refter dans l'Aſſemblée & y délibérer , lorſqu'il
ne lui eſt pas erjoint de ſe retirer. »
« On ne peut déc'arer nuls les mandats de
ceux qui ordonnent de ſe retirer ; c'eſt un refus
d'être repréſenté , & l'Aſſemblée doit aller en
avant. "
« Elle ne peut rien changer aux droits naturels,
ni recevoir les proteftations .>>
:
Suivant un autre Député , les neuf dixièmes
des pouvoirs étoient , relativement à la manière
de voter , plutôt indicatifs qu'impératifs. Il a lu
le projet d'un Arrêté.
M. l'Abbé Syeyes a obſervé qu'on devoit diftinguer
deux forts de pouvoirs impératifs , les
( 134 )
1
mandats contre la formation de l'Aſſemblée , &
les mandats des objets à diſcurer : il n'étoit queftionquedes
premiers. L'état actuel étoit le même
que s'il n'y avoit pas de pouvoirs impératifs ;
ainſi on ne devoit pas les caffer.
Quant aux mandats qui ordonnent de ſe retirer ,
l'Aſtemblée ne pouvoir s'en occuper ; il falloit
laiſſer cet objet aux Bailliages , puiſque leur plus
grand intérêt étoit d'être repréſentés. Définitivement
, il n'y avoit lieu à délibérer.
Un Prélat a dit : qu'on ne pouvoit annul'er
les mandats , ni anéantir l'acte entier. Ainfi , annuller
les articles impératifs , ce feroit annuller
les élections. Les moyens proposés pour mettre
l'Aſſemblée en activité , ſeroient les moyens de
l'en empêcher. Il a conclu à ce que l'Aſſemblée
déclarât qu'aucun mandat ne peut empêcher ſon
activité.
Un autre Prélat a fait de longues obſervations
ſur la motion de M. l'Evêque d'Autun , & a
adhéré aux proteſtations.
Un Membre de la Nobleſſe a érab'i que l'intention
de l'Aſſemblée n'étoit certainement pas de
détruire la religion du ferment. Quelque maitreſſe
qu'elle fût de faire uſage de fon pouvoir ,
elle ne devoit pas en uſer avant que tous les
Membres puſſent voter ; que ce ſeroit une injuftice
de ne pas les atte de. Il a opiné pour ne plus
s'aſſemb'er qu'en Bureaux , juſqu'à la révocation
des pouvoirs , & il a prié l'Affemblée de fixer
un terme pour cette révocation . Enfuite il a lu
une forme d'Arrêté qui ſe rapproche de celui
deM. de Lally- Tolendal.
Un Curé des provinces méridionales a parlé
long-temps au ſujet des pouvoirs & de la preftation
de ferment; mais on n'a pu l'entendre à
cauſe du bruit de l'Aſſemblée.
Un autre Membre a dit : que le pouvoir lé(
135)
giſlatif appartenoit à la Nation , & l'exécution
à l'Aſſemblée nationale ; que l'Aſſemb'ée ne
pouvoit ôter à la Nation ſes droits , & qu'ainſi
elle ne pouvoit annuller les pouvoirs impératifs .
Il a foutenu que la Motion de l'Evêque d'Autun
ne pouvoit être admiſe , & il a fini par propoſer
unArrêté.
Un Membre de la Nobleſſe a inſiſté pour que
l'Aſſemblée nationale n'annullât pas les pouvoirs ,
à cauſe du ferment & de la fidélité due aux
mandass , aucune loi humaire ne pouvant rendre
parjure un Gentilhomme François.
M. Pifon du Galand a propoſé un amendement
à la Motion de M. l'Evêque d'Autun ; mais
comme l'Afferblée ſe refuſoit à l'écouter , il a
infifté pour être entendu. Il a déclaré que tous les
mandats étoient impératifs , puiſqu'il étoit ordonné
aux. Députés de les foutener ; que l'Aſſemblée ne
pouvoit s'arroger le droit d'annuller les pouvoirs ,
puiſqu'elle n'avoit pas d'autres pouvoirs que ceux
qui lui ont été donnés par les Comme tans. Il a
conclu à ce qu'on n'admit aucune proteſtation
ni déc'ararion.
Un Député Noble a foutenu que l'Affemblée
ne pouvoit délier du ferment. Il s'eſt fort récrié
contre ure Chambre nationae. Il a prétendu que
le coofnt ment des tro's Ordres ſéparés étois
abfolument neceffeire , qu'on devoir attendre
le confentement général de la Nation , qu'on ne
devoit pas travailler à faire une Conflitution ,
mais à la réformer.
Pluſieurs Perſonnes demandoient encore laparole;
mais la long eur du débat a fait couper court
à ſa continuatior . La déciſion a été renvoyée au
lendemain.
Du 8 Juillet. On a fait la lecture du procèsverbal
de la veille.
(136)
1
M. Chapelier a demandé la permiffion de lire
une adreſſe de la ville de Rennes, dont il eſt député ;
mais on le lui a refuſé.
Un Noble a propoſé de délibérer s'il falloit
permettre de lire les adreſſes préſentées avant de
connoître les perſonnes qui les avoient envoyées .
Il a été réfuté par M. Chapelier.
On a fait part d'un grand nombre d'adreſſes ,
dont pluſieurs de Bretagne. On s'eſt contenté de
prendre les noms des Viles qui envoyoient des
adreſſes , & de les inférer dans le regiſtre.
M. le Préſident a dit qu'il étoit de la plus grande
importance de s'occuper tout de ſuite des travaux
eſſentiels ,& qu'il engageoit les Membres qui pourroient
ſe retirer à prendre féance ; que l'Aſſemblée
ne devoit s'occuper de la nature des pouvoirs ,
qu'à l'époque où l'on traiteroit de l'organiſation
des Etats -Généraux. Il a propoſé un arrê é en
co:féquence.
M. l'Evêque d'Autun a fait part qu'il avoit
changé pluſieurs expreffions de fon arrêté , & il a
lu les deux rédactions.
M. le Préſident a propoſé de délibérer ſur la
motion de M. l'Evêque d'Autun , après l'avoir fait
lire de nouveau par M. le Comte de Clermont-
Tonnerre.
UnMembre de la Nobleſſe a dit que cette motion
étoit mal propoſée. Il a foutenu le droit des
Baillages , de donner des pouvoirs impératifs. Il a
voulu prouver que l'arrêté de M. l'Evêque d'Autun
détruiſoit la distinction des ordres , & changeoit
la conſtitution de l'Etat.
Il a été réfuté par M. de Clermont-Tonnerre.
Un autreDéputé noble a déclaré qu'il n'y avoit
point à délibérer , & que fon avis étoit celui de
beaucoup de Membres de l'Aſſemblée. Il a réfuté
la motion de M. d'Autun , & fait valoir la force
( 137 )
du ferment & des articles impératifs. Il a déclaré
que la majorité desBaillinges avoit fait des pouvoirs
ſemblables. Ila voulu prouver leur avantage
&le danger de l'opinion par tête , lorſqu'il n'y a
pas une grande majorité.
Les Pays d'Etats , a- t-il dit en firiſſant , ne ſe
font pas donnés à la Nation , mais au Monarque.
Un Membre a dit qu'il falloit commencer par
ſavoir s'il y avoit lieu à délibérer ou non .
Cet avis a été adopté , & on est allé aux voix.
700 voix pour arrêter qu'il n'y avoit à lieu délibérer.
28 voix pour la délibération .
Un Prélat a prétendu qu'il y avoit lieu à délibérer
relativement aux proteſtations.
L'Aſſemblée a déclaré le contraire .
M. de Mirabeau a dit : que M. Jefferson n'avoit
pas fait de propofition au Gouvernement. Il a
remis ſur le Bureau la lettre de ce Miniſtre à M.
le Marquis de la Fayette. Comme elle étoit écrite
en anglois , M. de la Fayette a fait part de fon
contenu , que voici littéralement traduit:
Monfieur le Marquis DE LA FAYETTE .
Paris , le 12juillet 1789 .
Mon cher Monfieur ,
Votre lettre d'hier m'a appris que M. de Mirabeau
avoit avancé à l'honorable Aſſemblée de
la Nation , que j'avois fait à M. Necker l'offre
d'obtenir d'Amérique une quantité de bled ou de
farine , qui avoit été refuſée. Je ne fais pas comment
M. de Mirabeau a été conduit à cette erreur.
Jen'ai de ma viefait aucune propofition à M. Necker
fur cet objet ; je n'aijamais dit quej'euſſe fait une
telle propofition . Dans le courant de l'automne
dernier , M. Necker me fit l'honneur de me témoigner
le déſir que je fiſſe connoître dans les
( 138 )
Etats-Unis , que le b'ed & la farine trouveroient
un bon débit en France. Je fis paſſer cet avis
dans une Lettre à M. Jay , Secretaire pour les
Affaires étrangères , comme vous le verrez par
l'extrait de ma lettre , publiée par M. Jay , dans
une Gazette Américaine que j'ai l'honneur de
vous envoyer. Permettez-moi de réclamer votre
amitié&votre pofition , pour donner communication
de ces faits à l'honorable Aſſemblée de la Nation
dont vous êtes Membre , & de vous renouveler
les ſentimens de reſpect & d'attachement
avec lesquels j'ai 1 honneur d'être , mon cher Monſieur,
votre très-humble&très -obéiflant ferviteur ,
Signé , T. H. JEFFERSON.
M. de Mirabeau a prononcé un diſcours trèsénergique
au ſujet du danger extrême auquel F'Af-
Combléepourroit être expofée pour la Ebertéde fes
délibérations ,par l'arrivée des troupes& le voifinage
des campemens. Il a fini par lire leprojet d'un
arrêté dont voici la fubſtance:
«Il ſera rédigéune très-humble adreſſe , pour
repréſenter à Sa Majefté les vives alarmes qu'infpire
l'abusquiſe fair,depuis quelque temps , au
nom d'un bon Roi , pour faire approcher un
train d'artillerie conſidérable ; le ſupplier de
faire retirer toutes les troupes , dont pluſieurs
font déja cantonnées dans les villages voifins de
Paris & de Verfailles , & que l'on attend encore
pour la formation de divers camps aux environs de
ces deux villes. »
aQue la retraite de ces troupes est néceffaire
pour le foulagement de fes peuples dans les
temps de difette des grains&de cherté des vivres.>>>
«Que l'appareil militaire dont on environna
le Trône, détruit cette précieuſe confiance qui
fait la sûreté du Monarque »
« Que Sa Majefté fera ſuppliée très-refpectueu
(139 )
fement de raffurer ſes fidèles ſujets, endonnant.
les ordres néceffaires pour faire ceffer tous ces
mouvemens dangereux & alarmans , & pour le
prompt renvoi des troupes aux lieux dont on
les a tirées. »
« Enfin , pour rappeler le repos & la tranquillité
publique , Sa Majefté fera encore également
fuppliée d'ordonner que, dans ſes deux willes de
Paris & de Versailles , il ſera levé des troupes
pour établir une garde bourgeoife.>>>>>
M. le Preſident a. propofé de renvoyer cette
motion au Bureau de rédaction pour en faire le
rapport le lendemain ; mais l'Affemblée s'y eſt
refulée.
Il a fait part que le Roi lui avoit ordonné
de ſe rendre au Château à fix heures du foir..
On aproposé le rapport du procès de laNobleſſe
du Bailhage d'Amont.
M. le Préſident a déclaré que M. de Mirabeau
avoit demandé le renvoide fon Arrêté au bureau.
M. de Mirabeau a répondu qu'il confentoit à
ce qu'or délibérât tour de fuite fur cet Arrêté ,
ſi l'Aſſemblée le jugeoit à propos.
Un Membre des Communes a fait le réfumé
d'une lettre de Metz , par laquelle on annonçoit
ledépart de fix régimers.
M. de la Fayette a dit que la motion de M. de
Mirabeau étoit ſo importante , qu'elle ne pouvait
être renvoyée au bureau ,& il a opiné pour ba
difcuffion..
M. Goupil de Préfeln a obſervé qu'on ne devoit
point enviſager cette motion du côté des dangers
pour les Députés , mais relativement à la gêne
pour l'opinion. Il a propoſé d'engager le Préſident
à préſenter au Roi cette confidération importante.
M. l'Abbé Syeyes a cité l'exemple des Etats
( 140 )
de Bretagne , qui ſuſpendent leur ſeſſion auffitôt
qu'il entre des troupes dans la ville de Rennes . Il
a opiné pour demander au Roi de faire retirer
lestr oupes à fix lienes.
M. Chapellier a foutenu l'Arrêté. Il a cbſervé
que la Nobleffe de Bretagne avoit refuſé de délibérer
pendant le temps où les Eta s étoient
entourés de gardes.'
M. Bouchotte a demandé avec force le renvo
des troupes à leurs garnisons , au nom de ſes
Commettans.
M. Biauzat a propoſé un amendement à la
motion , pour retrancher l'article de l'établiſſement
des gardes bourgeoiſes à Paris & à Verſailles
M. Target a lu l'article du cahier de la Prévôté
de Paris , qui défend aux Députés de laiſſer approcher
des troupes fans le confentement des Etats-
Généraux.
On a fait une ſeconde lecture de l'Arrêté.
M. le Chevalier de Boufflers a propoſé d'en
référer au Roi dans la foirée.
Pluſieurs Membres ont demandé l'amendement
deM. Biauzat.
M. de Boufmard a opiné pour attendre le retour
du Préſident de chez le Roi , avant de délibérer.
M. Grégoire , Curé d'Imbermenil , a obſervé
que l'on couroit le plus grand danger à ne pas
délibérer , & qu'il n'y en avoit aucun à le faire .
M. lePréſide nt a ordonné l'appel .
Le réſultat de la délibération a été de 366 voix
pour la motion avec amendement , 314 ſans
amendement , & 5 oppofitions .
M. de Mirabeau a remis ſa motion au Comité
de rédaction , pour la rédiger de concert dans la
(141)
ſoirée. La ſéance a été levée à quatre heures &
demie,
Du 9 Juillet 1789 .
M. le Préſident a fait le rapport de l'audience
que le Roi lui avoit accordée ; S. M. lui a fait
part, qu'Ellen'avoit fait venir des troupes que pour
en impoſer à la licence du peuple de Paris , qui
s'étoit porté à des excès ſcandaleux , & qu'il les
renverroit auffi-tôt que les Magiſtrats chargés de
la Police ne jugeroient plus leur préſence néceffaire.
Il accepté la députation .
M. Tronchet a fait le rapport de la conteſtation
de la double repréſentation du baillage d'Amont.
Ce rapport a été très-long.
M. de S. Fargeau a fait fentir le danger d'admettre
l'une des deux repréſentations , par la
crainte de la diſcorde& de la haine que cela pourroit
occafionner entre les deux partis. Il a opiné
pour les annuléer , ou les admettre toutes deux.
M, le Vicomte de Toulongeon a réfuté M. de
S. Fa geau , & a parlé en faveur de la première,
ainſi que M. Muguet.
Les fecrétaires ont fait partde la réception d'une
adreſſe de la ville de Poitiers .
On est allé aux voix relativement aux députations
d'Amont.
Il y a eu 597 voix pour admettre la première
députation , & 84 pour les admettre toutes deux.
L'un des ſecrétaires a fait la lecture d'une lertre
de la Nobleſſe de la Sénéchauffée d'Agen , à
ſes députés , pour les remercier de leur conduite
ſage & prudente , modifier leurs pouvoirs , &
leur laiſſer toute la liberté poſſible pour voter ,
fans compromettre les privilèges de la Nobleſſe.
Un Membre du Clergé a rapporté que M. de
Mirabeau avoit bien voulu faire des changemens
-
(142 )
àfon projet d'adreſſe , d'après les obſervations
faites par le Comité de rédaction .
L'auteur en a fait la lecture à deux repriſes ;
il a été généralement applaudi à trois repriſes.
Ila été réſolu unanimement qu'elle eroit pré
ſentée au Roi.
M. le Préſident a nommé les 24 membres qui
doivent compoſer cene députation.
Un Membre de la Nobleffe s'eſt oppofé à cette
adreſſe.
M. Mounier , l'un des Membres du Comité
Central , a rendu compte des travaux de ce Comité
; il a lu un difceurs fur l'utilité d'une bonne
conftitution ,& enfuite le tableau des articles de
la Conftitution qui doivent être traités & difcutés
dans les bureaux.
M. le Préfident a annoncé qu'à commencer de
Jaſemaine prochaine , on s'aſſembleroit en Bureaux
pour travailler à la conſtitution , & qu'il
n'y auroit quetrois aſſemblées par ſemaines pour
y difcuter. Il a ajouté qu'il ne reſtoit plus que
très-peu de conteſtations relativement à la vérification
des pouvoirs , dont on alloit rendre
compte demain & après. Il a levé la Séance à
trois heures.
ORDRE du travail proposé à l'examen
des Bureaux, par le COMITÉ
CENTRAL , ou Bureau de Correspondance.
ARTICLE PREMIER.
Tout Gouvernement doit avoir pour unique
but le maintien du droit des hommes ; doù il
fuit que pour rappeler conftamment le Convernement
au but propofé , la Conſtitution deit
commencer par la déclasation des droits naturels
en impreſcriptibles de l'homme.
:
( 143 )
H. LeGouvernement monarchique étant propre
à maintenir ces droits , a été choſi par la Nation
Frarcoife. Il convient fur-tout à une grande fociété.
Il est néceſſaire au bonheur de la France. La
déclaration des principes de ce Gouvernement
doit donc fuivre immédiatement la déclaration
des droits de l'homme.
III . Il réfulte des principes de la Monarchie ,
que la Nation, pour aſſurer ſes droits , a concédé
au Monarque des droits particuliers. LaCoſtitution
doit donc déclarer d'une manière précife
les droits de l'un & de l'autre.
IV. Il faut commencer par déclarer les droits
de la Nation Françoife. Il faut enfuite déclarer
les droits du Roi .
V. Les droits du Roi & de la Nation n'exiſtant
que pour le bonheur des individus qui la compofent
, ils conduifent à l'examen des droits des
Citoyens.
VI. La Nation Françoive re pouvant être indi.
viduellement réunie pour exercer tous fes droits ,
elle doit être repréſetée ; il faut donc énoncer
le mode de ſa repréſentation& les droits de les
Repréſentans.
VII. Du concours des pouvoirs delaNation&
du Roi, doivent réſulter l'établiſſement & l'exécution
des lois ; anſi il faut d'abord déterminer
comme les lois feront établies .
Enfuite on examinera comment les lo's feront
exécutées.
VIII. Les lois ont pour objet l'adminiſtration
générale du royaume , les actions des Citoye.:s&
les propriétés.
L'exécution des lois qui concernent l'adminiſtration
générale , exige des Affemblées Provinciales
( 144 )
:
&des Affemblées Municipales. Il faut donc examiner
quelle doit être l'organiſation des Affem -
blées Provinciales , & quelle doit être l'organiſation
des Aſſemblées Municipales.
IX. L'exécution des lois qui concernent les propriétés
& les actions des Citoyens , néceſſite le
pouvoir judiciaire ; il faut déterminer comment
il doit être confié. Il faut déterminer enſuite fes
obligations & ſes limites .
X. Pour l'exécution des lois & la défenſe du
royaume , il faut une force publique. Il s'agit
donc de déterminer les principes qui doivent la
diriger.
Récapitulation .
Déclaration des droits de l'homme.
Principe de la Monarchie.
Droits de la Nation .
Droits du Roi.
Droits des Citoyens ſous le Gouvernement
François.
Organiſation des fonctions de l'Aſſemb'ée
Nationale.
Formes néceſſaires pour l'établiſſement des 1 is .
Organiſationet fonctions des Affemblées Provinciales
& Municipales.
Obligarions &limites du pouvoir judiciaire.
Fonctions & devoirs du pouvoir militaire.
ADRESSE AU ROI ,
SIRE,
Vous avez invité l'Assemblée Nationale à
vous témoigner sa confiance : c'étoit aller audevant
du plus cher de ses voeux.
Nous venons déposer dans le sein de Votre
Majesté
( 1 )
Majesté les plus vives alarmes. Si nous en
étions l'objet , si nous avions la foiblesse de
craindre pour nous-mêmes , votre bonté daigneroit
encore nous rassurer , et , même , en
nous blamant d'avoir douté de vos intentions ,
vous accueilleriez nos inquiétudes ; vous en
dissiperiez la cause ; vous ne laisseriez point
d'incertitude sur la position de l'Assemblée
Nationale.
Mais , Sire , nous n'implorons point votre
protection'; ce seroit offenser votre justice :
nous avons conçu des craintes ; et , nous l'osons
dire , elles tiennent au patriotisme le plus
pur, à l'intérêt de nos Commettans , à la tranquillité
publique , au bonheur du Monarque
chéri , qui , en nous applanissant la route de
la félicité , mérite bien d'y marcher lui-même
sans obstacle.
,
avec
Les mouvemens de votre coeur , Sire , voilà
le vrai salut des François. Lorsque des troupes
s'avancent de toutes parts , que des canips se
forment autour de nous , que la Capitale
est investie nous nous demandons
étonnement : le Rois'est- il méfié de la fidélité
de ses Peuples ? S'il avoit pu en douter
n'auroit-il pas versé dans notre coeur ses chagrins
paternels ? Que veut dire cet appareil
menaçant ? Où sont les ennemis de l'Etat et
du Roi qu'il faut subjuguer ? Où sont les
rebelles , les Ligueurs qu'il faut réduire ? Une
voix unanime répond dans la Capitale et dans
l'étendue du royaume : Nous chérissons notre
Roi , nous bénissons le Ciet du don qu'il nous
afait dans son amour.
SIRE , la religion de Votre Majesté ne peut
être surprise , que sous le prétexte du bien
public.
Si ceux qui ont donné ces conseils à notre
Supplément au No. 29. e
(2)
Roi , avoient assez de confiance dans leurs
principes pour les exposer devant nous , ce
moment atnéneroit le plus beau triomphe de
la vérité.
L'Etat n'a rien à redouter que des mauvais
principes qui osent assiéger le Trône même ,
et ne respectent pas la conscience du plus
pur , du plus vertueux des Princes. Et comment
s'y prend- t-on , Sire , pour vous faire
douter de l'attachement et de l'amour de vos
Sujets ? Avez-vous prodigué leur sang ? Etesvous
cruel , implacable ? Avez-vous abusé de
la justice ? Le Peuple vous impute-til ses
malheurs ? vous nomme-t-il ses calamités ?
Ont-ils pu vous dire que le Peuple est impatient
de votrejoug; qu'il est las du sceptre
des Bourbons ? Non, non , ils ne l'ont pas
fait : la calomnie du moins n'est pas absurde;
elle cherche un peu de vraisemblance pour
colorer ses noirceurs .
Votre Majesté a vu récemment tout ce
qu'Elle peut pour son Peuple; la subordination
s'est rétablie dans da Capitale agitée ; les
prisonniers mis en liberté par la multitude ,
d'eux- mêmes ont repris leurs fers ; et l'ordre
public, peut- être, auroit coûté des torrens de
sang si l'on eût employé la force , un seul
mot de votre bouche l'a rétabli. Mais ce mot
étoit un mot de paix , il étoit l'expression de
votre coeur , & vos sujets se font gloire de
n'y résister jamais . Qu'il est beau d'exercer
cet empire ! 6'est celui de Louis IX , de
Louis XII , d'Henri IV; c'est le seul qui soit
digne de vous .
Nous vous tromperions , Sire, si nous n'a
joutions pas , forcés par les circonstances :
cet empire est le seul qu'iksoit aujourd'hui
possible en France d'exercer. La France the
1
( 3)
souffrira pas qu'on abuse le meilleur des Rois,
et qu'on l'écarte , par des vues sinistres , du
noble plan qu'il a lui-même tracé. Vous nous
avez appelés pour fixer , de concert avec vous ,
Ja Constitution, pour opérer la régénération
du Royaume : l'Assemblée Nationale,vient
vous déclarer solemnellement que vos voeux
seront accomplis , que vos promesses ne seront
point vaines , que les pièges, les difficultés ,
les terreurs ne retarderont point sa marche ,
n'intimideront point son courage .
Où donc est le danger des troupes , affecteront
de dire nos ennemis ? ... Que veulent
leurs plaintes , puisqu'ils sont inaccessibles au
découragement ?
Le danger , Sre , est pressant , est universel
, est au-delà de tous les calculs de la prudence
humaine.
Le danger est pour le Peuple des Provinces .
Une fois alarmés sur notre liberté , nous ne
connoissons plus de frein qui puisse le retenir.
La distance seule grossit tout , exagere tout,
double les inquietudes , les aigrit , les envenime.
Le danger est pour la Capitale. De quel
reil le Peuple, au sein de Pindigence , et tourmentédes
angoisses les plus cruelles , se verrat-
il disputer les restes de sa subsistance par
une foule de soldats menaçans? La présence
des troupes échauffera , anteutera , produira
une fermentation universelle ; et le premier
acte de violence exercé sous prétexte de por
lice, peut commencer une suite horrible de
malheurs.
Le danger est pour les troupes . Des soldats
François , approchés du centre des discussions ,
participant aux passions comme aux intérêts
du Peuple , peuvent oublier qu'un engage
aj
( 4)
ment les a faits soldats , pour se souvenir que
la nature les fit hommes.
Le danger , Sire , inenace les travaux qui
sont notre premier devoir , et qui n'auront
un plein succès , une véritable permanence ,
qu'autant que les Peuples les regarderont
comme entièrement libres. Il est d'ailleurs
une contagion dans les mouvemens passionnés.
Nous ne sommes que des hommes : la
defiance de nous-mêmes , la crainte de paroître
foibles , peuvent entraîner au - delà du
but; nous serons obsédés d'ailleurs de conseils
violens et démesurés ; et la raison calme ,
la tranquille sagesse , ne rendent pas leurs
oracles au milieu du tumulte , des désordres ,
et des scènes factieuses .
Le danger , Sire , est plus terrible encore;
et jugez de son étendue par les alarmes qui
nous amènent devant vous. De grandes révolutions
ont eu des causes bien moins éclatantes;
plus d'une entreprise fatale aux Nations
s'est annoncée d'une manière moins
sinistre et moins formidable.
Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement
de la Nation , et qui ne savent que
vous la représenter , selon leurs vues , tantôt
insolente , rebelle , séditieuse , tantôt soumise
, docile au jong , prompte à courber la
tête pour le recevoir. Ces deux tableaux sont
également infidèles .
Toujours prêts à vous obéir , Sire , parce
que vous commandez au nom des Lois , notre
fidélité est sans bornes comme sans atteintes.
Prêts à résister à tous les commandemens
arbitraires de ceux qui abusent de votre nom ,
parce qu'ils sont ennemis des Lois ; notre
fidélité même nous ordonne cette résistance ,
et nous nous honorerons toujours de mériter
( 5 )
les reproches que notre fermeté nous attire.
Sire , nous vous en conjurons au nom de
la Patrie , au nom de votre bonheur et de
votre gloire ; renvoyez vos soldats aux postes
d'où vos Conseillers les ont tirés ; renvoyez
cette artillerie destinée à couvrir vos frontières
; renvoyez , sur-tout, les troupes étrangères
, ces Allies de llaa NNaation , que nous
payons pour défendre et non pour troubler
nos foyers : Votre majesté n'en a pas besoin.
Eh! pourquoi un Roi adoré de vingt - cinq
millions de François , feroit-il accourir à
grands frais autour du Trône quelques milliers
d'étrangers ? Sire , au milieu de vos enfans
, soyez gardé par leur amour : les Députés
de la Nation sont appelés à consacrer
avec vous les droits éminens de la Royanté
sur la base immuable de la liberté du Peuple.
Mais lorsqu'ils remplissent leur devoir, lorsqu'il
cèdent à leur raison , à leurs sentimens ,
les exposeriez-vous au soupçon de n'avoir
cédé qu'à la crainte ? Ah ! l'autorité que tous
les coeurs vous défèrent est la seule pure , la
seule inébranlable , elle est le juste retour de
vos bienfaits , et l'immortel apanage des
Princes dont vous serez le modèle.
Cette Adresse a été remise à S. M. par la
Députation suivante :
CLERGÉ.
M. l'Archevêque de Vienne.
M. l'Evêque de Chartres.
M. l'Abbé Joubert.
M. Chatizel,
a
(6
M. Grégoire.
M. Yvernault ...
NOBLESSE.
M. le Duc de la Rochefoucault.
M. le Comte de Cressy.
M. le Vicomte de Toulongeon .
M. le Vicomte de Macaye.
M. le Marquis de Blacons.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre.
COMMUNES.
M. le Comte de Mirabeau.
M. Coroller.
M. Regnaud de Saintes .
M. Roberspierre..
M. Marquis.
M. Barrère de Vieuzac .
M. de Sèze.
M. de Launay.
M. Péthion de Villeneuve
M. Buzot.
M. de Kervelegan.
M. Tronchet .
:
RÉPONSE DU ROI à la Députation
des Etats- Généraux , du to
Juillet 1789.
Personne n'ignore les désordres et les scènes
scandaleuses qui se sont passéset renouvelés
( 7 )
à Paris et à Versailles , sous mes yeux et
sous ceux des Etats-Généraux. Il est nécessaire
que je fasse usage des moyens qui sont
en ma puissance , pour remettre et maintenir
P'ordre dans la Capitale et dans, les environs;
c'est un de mes devoirs principaux de veiller
à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui
m'ont engagé à faire un rassemblement de
troupes autour de Paris : Vous pouvez assurer
l'Assemblée des Etats-Généraux qu'elles né
sont destinées qu'à réprimer ou plutôt àprévenir
de nouveaux désordres , à maintenir le
bon ordre et l'exercice des Lois; à assurer
et à protéger même la liberté qui doit régner
dans vos délibérations ; toute espèce de contrainte
doit en être bannie , de même que
toute appréhension du tumulte et de violence
doivent en être écartés. Ce ne pourroit être
que des gens mal-intentionnés qui pourroient
égarer mes Peuples sur les vrais motifs des
mesures de précaution que je prend. J'ai constamment
cherché à faire tout ce qui pouvoit
tendre à leur bonheur , et j'ai toujours eu
lieu d'être assuré de leur amour et de leurfidélité.
Si pourtant la présence nécessaire des
troupes dans les environs de Paris , causoit
encore de l'ombrage , je me porterois , sur
la demande de l'Assemblée , à transférer les
Etats-Généraux à Noyon ou à Soissons , et
alors je me rendrois à Compiegne pour maintenir
la communication qui doit avoir lieu,
entre l'Assemblée et moi.
1
t
>
(8 )
PAYS -BAS.
De Bruxelles , le 17 juillet 1789.
Les dernières opérations duGouvernement
Impérial, n'ont été suivies ici et
ailleurs d'aucun évènement , d'aucune
resistance. Plusieurs villes, entre autres
celle d'Ath , et des provinces même ont
applaudi à cet acte décisifde l'autorité
souveraine.
Entre autres , les Etats de la province
de Luxembourg et ceux de Limbourg ,
assemblés en la manière usitée , pour la
pétition du subside extraordinaire de
cette année , ont pris de leur propre
mouvement , et sans qu'il leur en ait été
fait la moindre proposition , la résolution
unanime d'offrir à Sa Majesté leur
consentement perpétuel au subside ordinaire
et extraordinaire qu'ils étoient
accoutumés de donner tous les ans .
Nicolas Goffin , natif de Chevetonn , pro
vince de Luxembourg , est décédé en cette
ville le 30 du mois de juin dernier , âgé de
107 ans et 8 mois , étant né l'an 1682. Il se
maria au pays de Liège en 1709 , ettent deux
ils qui périrent dans une fosse à houille. Tant
que ses forces le lui permirent , il travailla ,
en qualité de domestique , dans plusieurs fermes
, et suivit les armées en conduisant des
chariots, tant en ce pays qu'en France. S'étant
fixé à Bruxelles , l'année 1783 , il y a con
( 9 )
servé jusqu'à son dernier soupir une gaieté
étonnante et une mémoire si heureuse , qu'il
racontoit , avec une facilité et une précision
qui ne se sont jamais démenties , les évènemens
quelconques qu'il avoit eus et vus. Depuis
2 ans , il avoit presqu'entièrement perdu
la vue. Une oppression assez subite mit fin
à sa carrière , qu'il termina sans agonie et de
sang-froid.
On a requis de nous la publication de
Particle suivant :
« Il s'est répandu depuis peu , dans les pays
■ étrangers , un bruit faux , comme quoi la
<<valeurintrinsèque de nos roubles avoit été
• diminuée. Quoiqu'on n'ait pas besoin de le
<< réfuter formellement , attendu que la fausseté
en est démontrée par le fait même
- et par l'épreuve qu'on peut facilement faire
subir à notre ronnoie , cependant , ayant
« plusieurs exemples pardevant nous , que le
<<Public crédule a été induit en erreur par
de pareilles inventions préméditées , nous
• avons jugé qu'il ne seroit par superflu de
« prévenir les suites de ces impostures , en
faisant connoître publiquement , par la pré-
< senţe déclaration , que nous attribuons son
origine uniquement aux vues odieuses de
<< gens mal- intentionnés , qui ont pour but
* de sapper par de pareilles illusions le crédit
de la Russie , et de causer par là , à celle-
* ci , un dommage et préjudice sensibles. »
«
*
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
CONSEIL PROVINCIAL D'ARTOIS,
Père inceſtueux puni de mort.
Quand on contemple d'un oeil vraiment phile(
10)
fophique , tous les genres de crimes auxquels ſe
livre fans ceffe la fragile humanité , on ferait prefque
tenté de croire qu'il doi: exiſter ſur le glebe
une eſpèce moins défectueuſe que la nôtre . Mais
comme tout réſiſte à cette idée , faiſons au moins
cet aven bien humiliant , ma's qui peut ſervir à
nous corriger , que p'us uns paffion eſt honteuſe,
plus nous sommes afſurés qu'elle nous conduit à
notre perte , moins nous faiſons d'efforts pour la
furmonter, Expliquer lescauſes d'un pareil aveuglement
, nous meneroit au-delà des bornes prefcrites
: entrons en matière. Jacques-Joseph Warin,
(dit Germain ) Marchand d'étoupes , demeurantdans
le reffort du Bailliage d'Ai e, en Artois ,
déja repris de Juſtice, flétri par la main duBourreau
, en 1770 , condamné au fouet , à lamarque,
&au banniffement pendant neuf ans , pour vol ;
condamné en 1775 , à trois ans de galères pour
infraction de ban , eſt celui dont il s'agit au procès.
Il eſt revenu des galè es plus corrompu qu'il
n'y étoit allé.- Il avoit trois Filles en bas-âge ,
avant les deux Arrêts de condamnatio de 1773
&1775; il les a ret ouvées grades & dans la
fleur de la jeuneſſe. Elles ſe nomment Marie MélanieWarin
, Marie Ruffine Warin , &Marie-Méguerte
Warn , qui eſt la plus jeane. Leur malheureux
Père co cut l'idée abominable d'abufer
deſe trois Fles, & emp'oya tour-à-tour , pour
les réduire , les menaces& les violences. Les premières
te tatives firent frémi les victimes de ce
père dénaturé ; mais enfin pa venu , avec les deux
premières .à ce qu'ildéfiroit , i' a continue de vivre
inceftueuſement avec elles .
Le bruit d'un commerce auffi infâ ne étant parvenu
aux oreil'es de la Juſtice , le Procureur du
Roi au Bailliage d'Aire , rendit plainte contre W1-
rin , contre Marie-Noel Barth , Journalière
ז...
2-
la
( 1)
complice de ſes détordres , & contre les trois
Filles.
Une information concluante fut ſuivie de déerets
de priſe-de-corps contrels Accuſés ; ils ont
fubi interrogatoire le 3 Juillet 1780 , & alloient
êtrejugés , torkqu'un -rrêt du Conſeil ſupérieur d'Artois,
reindu fur les conclufions du Miniſtère public ,
le 29 du même mois , évoqua toure la procédure
en certe Cour. Elle y a été inſtruite , & le Conſeil
arendu, le 23 Janvier 1787 , l'Arrêt que voici.
Il déclare Jacques Jofeph #arin duement atteint
&convaincu d'avoir commis inceſte avec Marie-
Mélanie Warin , & Marie- Ruffine Warin , ſes
Filles , comme auffi d'avoir tente , à pluſieurs repriſes
, de connoître inceſtusuſement Marie-Marguerite
Warin , fa troisième Fille , & préſomptivement
arteist & convaincu d'avoir continué de
vivre inceftuentement avec leſdites Marie-Mélanie
Narin & Marie- Ruffi e Warin ; pour réparation
de quoi condamne ledit Jacques-Joseph Warin , à
faire amende honorable devant la principale porte
de l'Egliſe dela Madelaine de la ville d'Arras ,
ayant la corde au col , & écriteau devant & derrière
, fur lequ ! feront écris ces mots .... Père inceftueux
, & enfuite pends & étranglé , & fon
corps jeté au feu.... Tous ſos biens acquis & confiíqués
au profit de qui il appartiendra , ſur iceux
péalablement pris la ſomme..... Sur l'accufatin
intentée contre Marie- Mélanie Warin , ordonne
qu'il en ſera plus amplement informé indéfiniment
, & qu'elle tiendra priſon pendant un an ;
met Marie-Ruffine & Marie-Marg erite Warin
hors de Cour , fur l'accufation contre elles intentés.
En ce qui concerne Marie-Noël Barth, la déc'are
atteinte & convaincue d'avoir , au mépris du
jugement du Baillage d'Aire , à elle ſignifié , de
ne pas ſéjourner dans la ma ſon dudit Warin ,
:
( 12 )
continué d'y demeurer; pour réparation de quoi
la bannit pou un an de la province , reffort& enceinte
du Bailliage de la ville d'Aire , lui enjoint
de garder ſon ban , ſous les peines portées par la
Déclaration du Roi , de 1682 , dont lecture lui
ſera faite; condamne Marie-Ruffin &Marie-Margueritearin
, ſolidairement aux frais , miſe de
juſtice & dépen du procès; condamne de même
Marie Noël Barth; ordonne l'impreſſion & l'affiche
de l'Arrêt en la ville d'Arras , en celle d'Aire , &
partout où beſoin ſera.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 JUILLET 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'ENFANT - TROUVÉ ,
Idylle.
LE Soleil ſe cachoit dans fonde ,
Chacun fufpendoit ſes travaux ;
La Nuit déjà couvroit le monde ,
Tout invitoit au doux repos :
D'un ruifleau je ſuivois la rive ,
Quand j'entends un cri gémiſſant ......
J'écoute cette voix plaintive ...……
Ah! c'eſt celle d'un jeune Enfant !
J'approche, & trouve au pied d'un hêtre
L'innocent noyé dans les pleurs ;
No.30. 25 Juillet 1789 G
146 MERCURE
Hélas ! à peine il vient de naître ,
Et déjà refient des douleurs ! ......
A mon aſpect , un doux fourire
Suſpend un moment ſes ſanglots ;
Pauvre Enfant , ton ame defire
Un être qui calme res maux !
Eſt-ce une mère criminelle
Qui t'a repouffé de ſon ſein
Ou plutôt un père infidèle
A-t-il été ton aflaflin?
Es-tu le fruit de l'indigence ,
Ou fruit d'un malheureux amour ;
Fils du crime ... ou de l'imprudence
A qui des deux dois-tu le jour ?
Si d'un préjugé trop ſévère
Tu fus la victime en naiſſant ,
Oh ! quelle dut gémir , ta mère ,
Quand on lui ravit ſon Enfant !
A-t-elle au moins , dans ſa détreſſe ,
Embraſſé ce bien précieux ? ....
As - tu reçu de ſa tendreſſe
Des pleurs & d'éternels adieux ?
Hélas ! ft , cruelle , inſenſée ,
Tu ne devois qu'à ſa fureur
L'état ..... Arrêté , ô ma penſée !
Détourne-toi de cette horreur ! .....
Elle a pu , ſans être attendrie ,
Te réduire à ce trifte fort !
L'être à qui l'on donne la vie ,
Peut-on le livrer à la mort !
DEFRANCE 147
As- tu demandé la naiſſance
Aceux qui t'ont abandonné ?
Est-ce un bienfait que l'existence ,
Pour qui doit vivre infortune ! ...
Etre iſolé dans la Nature ,
Perſonne pour te ſecourir !
Pauvre petite créature ,
Devois-tu naître pour ſouffrir!
>
Que feras-tu , trifte victime ,
Quand le mépris t'accablera ?
Ta naiſſance n'eſt point ton crime ,
Et pourtant l'on t'en punira !
Pour ton coeur rien n'aura des charmes :
Heureux ſi tu vis oublié ,
Et fi , pour effuyer tes larmes ,
Tu trouves la tendre amitié ! ....
Viens partager ma douce aiſance ,
Viens .... que le fruit de mes travaux
Elève ta débile enfance
Et te conſole de tes maux !
Conſerve bien ton innocence";
!
Suis toujours la voix de l'honneur .....
Voilà la ſeule récompenſe
Que j'oſe exiger de ton coeur !
(Par M. Ducray du Minil , de l'Acad.
des Arcades de Rome. )
N. B. La muſique de cette Idylle ſe trouve dans
Je Recueil du même Auteur, qui ſe trouve chez les
Mds. de Muſique.
G2
*48 MERCURE
VERS
A Mademoiselle B **
SI
11
*
I mes crayons , à la Vertu ,
Pouvoient préſenter un modèle ,
Je choiſirois une Mortelle
A qui l'hommage feroit dû :
Je lui donnerois la décence
Qui fait le charme de fon coeur 3
Ses yeux , miroirs de fa pudeur ,
Auroient l'attrait de l'innocence ,
Et peindroient celui du bonheur :
De fa voix , l'accent pur & tendre .
Infpireroit le ſentiment :
Chacun deviendroit fon Amant
Par le ſeul plaifir de l'entendre , ....
Aux pieds de ce Chef-d'oeuvre heureux,
L'Amour enchaîneroit l'Envie .....
La Vérité , d'accord avec mes voeux ,
Y mettroit le nom d'Emilie.
(Par M. L... de Rochemont. )
DEFRANCE. $49
ÉDUCATION.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
PERMETTEZ- Mor d'entretenir un moment veš
Lecteurs d'un Etabliſſement bien intéreſfant que
M. l'Abbé Gaultier a formé , rue Neuve Sainte
Auguſtin. C'est un petit Lycée , où des Enfans des
deux sexes ( 1 ) viennent , deux fois la ſemaine
faire leur partie àdes Jeux dont le double objet
eſt de les inſtruire & de les amufer. Le grand
mérite de ces Jeux eſt de faire ſervir l'amourpropre
& la vivacité de l'enfance au développement
de ſes facultés naiſſantes .
Ces Jeux ſont de différentes fortes ; il y en å
pour la Grammaire , la Géographie & l'Histoire ;
& la méthode de M. l'Abbé Gaultier eft applicable
à toutes les Inſtructions que l'on peut
donner à l'enfance. Je ne parlerai'ici que du Jen
relatifà la Grammaire. Voici ce que j'en ai conçu.
• Sur une table ſont pluſieurs tableaux , oti ſe
trouvent infcrites , dans un ordre convenable ,
les différentes parties du Diſcours , le Nom , le
(1) Ce ſont profque tous des enfans diftingués .
Les deux fils de M. l'Ambaſſadeur d'E.... font
du nombre ; & quoiqu'Etrangers , leurs fuccès
font les plus remarquables.
G3
150 CERCURE 1
Pronom , le Verbe, &c. & leurs fubdivifions &
modifications principales : des boules fufcrites de
même, & affez ſemblables à celles du Lotho , font
raſſemblées dans un fac , & l'on en tire une pour
chacun des Joueurs tour à tour , juſqu'à ce que
toutes foient tirées.
Cetteboule eſt, par le Joueur , placée ſur le tableau
à ſon endroit , & elle détermine la queftion
à laquelle il doit répondre : s'il répond bien
&promptement , il reçoit des jetons ; & s'il répond
mal, ou s'il tarde à répondre , un autre peut
répondre pour lui & gagner les jetons. :
Le Maître lui-même ſe met de la partie, fubit
des queſtions & y répond , tantôt bien , tantôt
mal , pour éprouver ſes Elèves & leur donner
lieu de le reprendre , ce qu'ils font avec une ardeur
fingulière.
Quand les Enfans ſont plus avancés , on leur
donne, relativement à chaque boule , des phrafes
dans lesquelles ils diftinguent le Substantif, l'Adjectif
ou le Verbe ; le Singulier ou le Pluriel , le
Mode, le Temps , la Perfonne , &c. ; & l'on y
joint des queſtions de Syntaxe.
L
L'habileté du Maître ( & la plupart de ceux
de ce Lycée y excellent , ) eſt de proportionner
les dificultés de ces phrases & de ces queſtions
au degré d'intelligence & d'acquit de l'Enfant ,
d'en aflortir le ſens à ſes inclinations , à fon caractère.
Quelquefois c'eſt une explication grammaticale
, dont il avoit beſoin , que la phrafe
préſente ; quelquefois une maxime de morale ,
ou une vérité de ſentimenatt,, fuivant l'impreffion
qu'il eſt le plus à propos de donner à
On peut juger par-là de quelle utilité peut être
ce Jeu pour enfeigner aux Enfans toute aure
2
l'Enfant.
DE FRANCE. 151
choſe que la Grammaire , & de quelle variété
il eft fufceptible. Cette variété eſt bien précieuſe
dans des leçons deſtinées à un âge où l'eſprit
ne pourroit ſupporter de longues contentions fur
le même objet. Il faut quelquefois qu'une penſée
plus gaie , un léger badinage , délaſſent l'Enfant
d'un raiſonnement ſérieux , & qu'enfuite un motif
d'émulation ranime ſon attention un peu interrompue.
Enfin , quand les Enfans connoiſſent affez bien
les principales règles de la Grammaire , pour les
appliquer à propos & paffer de la théorie à la
pratique , on leur demande des phrafes toujours
relatives à la boule que le haſard a fait paroître.
Alors chaque Enfant ayant toujours le droit de répondre
pour fon voiſin , chacun travaille d'eſprit
àarranger ſa petite phrafe , & ſouvent ils en produiſent
trois ou quatre à la fois .
Comme le ſujet eſt à leur choix , c'eſt dans ces
conceptions que commencent à ſe montrer le
caractère , les difpofitions , les inclinations & les
goûts différens de chaque Enfant. Sa phrafe ,
conçue avec vivacité , porte naturellement fur
l'objet qui occupe , qui intéreſſe le plus fon
coeur ou fon eſprit. Ce ſeroit , je crois , un des
momens les plus favorables pour obſerver &
étudier l'enfance. Avec quel plaifir j'ai entendu
l'un de ces Enfans y exprimer ingénument fon
affection pour ſa mère , qui , préſente à ces Jeux ,
recevoit ainſi la plus précieuſe récompenſe de ſa
tendreffe & de ſes ſoins !!
Mais avec quel intérêt inexprimable j'ai vu
cette jeune mère, dont le nom mériteroit d'être
cité enexemple à toutes les femmes de ſa naiffance,
avecquel intérêt l'ai-je vue ſe mêler ellemême
à ses jeux , tirer ſa boule , répondre aux
G4
152 MERCURE
-
questions , ſe montrer la plus attentive , &,
dirai-je ? la plus docile des Elèves ! car elle avoit
l'excellent eſprit de re ſe pas croire , malgré fon
rang& ladifférence d'âge , humiliée d'être quelquefois
repriſe.
1
en-
Combien ne feroit-il pas à déſirer qu'une méthode
auſſi ingénieuſe , & des Jeux auffi profitables
fuſſent généralement adoptés ! Pourquoi ,
dans les Sociétés , n'en feroit-on pasun fujetde
réunion ? Au lieu de tenir les Enfans ifolés
fermés avec une Bonne ou un Précepteur , livrés
à l'ennui & au dégoût , ne pourroit - on pas les
raffembler , tantôt chez les parens de l'un , tantôt
chez les parens de l'autre ? On y inviteroit
un des Maîtres du Lycée , & la petite Jeuneſſe
feroit, au milieu même de l'Aſſemblée des grandes
perſonnes , ſa partie de Grammaire , de Géographie,
d'Histoire. L'émulation qui y régnerois ,
l'ardeur de gagner quelques jetons d'honneur ou
une marque de distinction, ne ſeroient-elles pas
plus intéreſſantes pour la galerie, que l'avidité qui,
pour quelques pièces de monnoie , feroit à côté
remuer des cartes & des dés ?
En exerçant ſouvent les Enfans à ce Jeu , ils
apprendroient imperturbablement tous les principes
de la Langue ; ils acquerroient naturellement
une prononciation mieux articulée & plus
correcte , plus de kardieffe & d'aiſance à s'énoncer
en public , plus de preſteſſe & d'agilité dans
l'efprit;ils auroient moins de puérilité & de vague
dans les idées , & formeroient un jour une génération
remarquable par la pureté & la facilité
de fon élocution.
Hâtons-nous donc d'adopter une méthode qui
peut préparer à la France des Orateurs dignes
de difcuter ſes intérêts dans ces ASSEMBLEES
DE FRANCE.
153
NATIONALES que LOUIS LE PATRIOTE nous
rend aujourd'hui. Hâtons-nous de donner à l'enfance
des Jeux qui convertiffent en amusements,
en plaifir , la répugnance ordinaire pour les autres
méthodes . Quand celle - ci n'auroit fur elle
que ce ſeul avantage , ne mériteroit-elle pas d'etre
préférée? Quoi! lorſque tant de foins n'ont
pour objet que d'affurer le bonheur futur de l'En
fant , pourroit- on négliger de rendre d'abord
heureuſes ces premières années de la vie , les
ſeules peut-être dont il jouira ?
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEURAA
Votre très-humble & tres obéifſſant
ſerviteur , DU MORIER.
Ikmen 51 10000 માં
G
154 MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eſt Couvent ; celui
de l'Enigme eſt Compas ; celui du Logogriphe
eſt Grabuge , où l'on trouve Rage ,
Bague , Age , Gage , Bure , Bru .
CHARADE.
UNE ſeule voyelle
Exprimé mon premier ;
20
Pour marquer un refus , on répond mon dernier ;
Crains qu'une critique cruelle
Ne t'applique , Lecteur , le nom de mon entier.
(Par M. B... Curé en Franche- Comté.)
ÉNIGME.
Un petit nombre me poſsède s
On me prend pour frivolité;
J'ai pluſieurs noms , dans ce ſiècle où tout cède
Aux attraits de la mode , à la fatuité.
Si tu n'as pas quelque parcelle
De moi dans ta pauvre cervelle ,
>
DEE
ISS
FRANCE .
Tu voudrois en vain me chercher.
Adicu , Lecteur , tâche de m'att aper.
( Par A. J. Grétry, âgé de 14 ans.
LOGOGRIPH Ε .
LISE avoit vu ſeize fois le printemps ,
Et Life avoit déjà pluſieurs Amans.
Parmi leur nombre , cette Belle
N'en aime qu'un ; il fut choiſi
Pour prendre bientôt auprès d'elle
T
1
Le titre qui le fit alors ce que je ſuis.
Si ce début obfcur ne peut te fatisfaire ,
Sous d'autres traits , Lecteur , je vais me préſenter :
En moi je réunis ce temps de volupté
Qui reverdit nos bois & rajeunit la terre ;
Une note ; un pronom ; ce tréſor précieux
Dont tu fais le ſecret confidentde tes peines ;
C'eſt trop long-temps laiſſer ton eſprit à la gêne ;
:
Je me retire donc. Adieu .
( Par M. Dubois , Et. à Brive. )
G6
*
156 MERCUREI
:
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'influence des Paſſions fur les Maladies
du corps humain ; par M. WILLIAM
FALCONER , Docteur en Médecine , Membre
de la Société de Londres , & Correfpondant
de la Sociétéde Médecine de la
même Ville. Differtation qui a obtenu ,
en 1787, la première Médaille ,fondée
en l'honneur du Docteur Fothergill, dans
la Société de Médecine de Londres; traduit
de l'Anglois par M. DE LA MONTAGNE
, Docteur en Médecine , avec
beaucoup de Notes du Traducteur. A
Paris , chez Knapen fils , Libr- Impr. ,
rue St-André , en face du Pont Saint-
Michel. Prix , 1 liv. 16f. port franc.
Tour le monde fait que les Ouvrages
qui ont eu le plus de ſuccès dans la
Langue naturelle de leur Auteur , perdent
la meilleure partie de leur mérite , quand
ils font en quelque forte traveftisdans une
Traduction très - ſouvent infidèle & pref-
:
DE FRANCE. 157
-
que toujours inférieure à l'original . La favante
Differtation de M. William Falconer,
Docteur en Médecine , & Membre de la
Société Royale de Londres , n'aura pas fans
doute cet inconvénient ſi fatal aux progrès
des Sciences & des Lettres. La manière
dont M. de la Montagne a traduit cet excellent
Ouvrage, nous fait eſpérer qu'il ne
ſera pas vu en France moins favorablement
qu'il ne l'a été en Angleterre , où il amé
rité la première Médaille, fondée en l'honneur
du Docteur Fothergill , dans la Société
Royale de Londres.
"
» Quelles ſont les Maladies qui peuvent
être ſoulagées ou guéries , en excitant
➡ dans l'ame des affections & des paflions
>> particulières " ?
Dans cette Differtation , l'Auteur , après
avoir établi quelques- unes des Loix auxquelles
le ſyſtême moral & phyſique de
Phomme eft aſſujetti dans ce qui a rapport
aux paffions , paffe à la deſcription
des effets qu'elles produiſent fur notre
Conftitution . Ces deux Parties ſont traitées
avec toute l'érudition , la clarté & la préciſion
qu'exige une matière auſli importante
pour l'humanité. L'Auteur, dans tous
les principes qu'il établit , s'appuie toujours
de l'autorité des plus grands Maîtres,
tant Anciens que Modernes ; & dans ſes
deſcriptions , il eſt également d'accord avec
la Nature & l'expérience , qui font des
guides beaucoup plus ſurs encore.
158 MERCURE
Il parcourt enſuite les différentes eſpèces
de Maladies qui offrent des marques de
l'influence de l'imagination & des paffions ;
il indique pour chacune de ces Maladies ,
des remèdes dont la raiſon & l'expérience
démontrent l'efficacité , trop ſouvent négligés
par nos Eſculapes modernes , qui
vontdemander à la Pharmacie une guérifon
qu'ils trouveroient plus fûrement en eux-
-mêmes & dans leurs malades , s'ils connoiffoient
auffi bien l'anatomie de l'ame ,
qu'ils connoiffent celle du corps.
L'Auteur , pour appuyer ſon ſyſtême ,
entre autres faits , en rapporte un à l'Article
du Scorbut , que nous croyons devoir
extraire ici .
>> Dans le ſiége de Breda en 1625 , la
garniſon fut attaquée du ſcorbut. Le Prince
d'Orange, qui vouloit conferver cette place,
ne pouvant la ſecourir , y fit paffer des lettres
par leſquelles il promettoit aux Habirans
un prompt ſecours. Avec ses lettres ,
il envoya des remèdes , qu'il diſoit avoir
achetés un très- grand prix , & qu'il afluroit
être d'une efficacité merveilleuſe contre
le ſcorbut. On publia que trois ou quatre
gouttes de la liqueur ſuffiſoient pour
communiquer ſa vertu à quatre pintes d'eau.
Tous les ſoldats acooururent auſſi - tôt en
foule , & chacun demandoit qu'on lui réfervât
une part du remède pour fon uſage.
Cette tromperie produifit des effets ſurprenans.
Un grand nombre de malades fut
DE FRANCE 159
bientôt rétabli. Pluſieurs de ces ſcorbutiques
, qui , depuis un mois , ne pouvoient
'pas remuer leurs membres , ſe promenoient
dans les rues , paroiffant avoir recouvré
leurs forces d'autres , dont la maladie n'avõit
fait qu'empirer après tous les remèdes
qu'on leur avoit fait prendre , furent entièrement
guéris dans peu de jours , après
avoir fait uſage de ce qu'ils appeloient le
remède du Prince ",
» Ce récit , comme le remarque le Docteur
Falconer , eſt fait par un témoin oculaire,
par un Auteur dont on ne peut révoquer
en doute la candeur & la véracité ,
& qui , comme il nous l'apprend , tenoit
un journal exact des malades " .
Cette Differtation eft terminée par quelques
conſeils généraux que l'Auteur donne
aux Médecins. Il leur recommande fur- tout
la compaffion envers leurs malades , mais
une compaffion ſage & prudente , qui ne
dégénère point en foibleſſe , & qui ne lear
faffe pas perdre l'autorité qu'ils doivent
conferver. En conséquence, il leur défend
la rudeſſe dans les manières & même dans
le langage , comme auſſi des affiduités &
des attentions exceſſives.
Cette Traduction a un avantage affez
rare , c'eſt qu'elle eſt faite par un homme
de l'Art . Le Traducteur eſt M. de la Montagne
Docteur en Médecine. En cette
qualité , il a enrichi cette Differtation de
pluſieurs Notes curieuſes & ſavantes. Ainfi
$
1
160 MERCURE
1
nous penfons que la lecture d'un tel Ouvrage
ſera également inftructive & pour les
Médecins , auxquels elle rappellera les principes
les plus eſſentiels de leur Art , & pour
les autres Citoyens , auxquels elle appren
dra à ne pas être les triſtes victimes d'une
ignorance & d'une inexpérience trop fouvent
funeſtes à l'humanité.
1
LA Marquise deBen***. 3 2 Vol. in-12.
Prix 3 3 liv. broché , 3 liv. 10S. franc
de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiſſon , Libraire , Hôtel de Coëtloſquet,
rue Haute feuille , No. 20.
1
CE Roman doit être diftingué dans la
foule des Livres du même genre ; il n'a
pas pour but de peindre les moeurs , ni de
mettre ſur la ſcène des attitudes étranges :
rien n'eft forcé ; & quoique l'intrigue ne
ſoit point établie ſur des évènemens communs
, elle n'eſt point invraiſemblable. On
eft intéreffé depuis le commencement jufqu'à
la fin , & on ne peut que s'attendrir
à la cataftrophe qui termine le Roman par
un coup de fenfibilité qui fait verfer des
larmes. L'intérêt que produit un Chevalier
de Saint-George, contre lequel toutes les
apparences s'étoient réunies ,& qui eſt un
DE FRANCE. 161
perſonnage autrement vertueux que Grandiffon
, & plus délicat encore, la conduite,
les ſentimens de la Marquiſe de Ben*** ,
ſa vie & fa mort font marqués à des traits
de décence , de vertu , de franchiſe ſingulières
& qu'on aime à retrouver réunis ſur
les mêmes têtes. L'épiſode de la petite Germance
attache à ſes malheurs , & ſes aventures
ont une teinte neuve & délicate . On
aime à la voir conſerver toute fa fierté jufque
dans les cachots. Nous tranfcrirons ſa
réponſe à celui qui lui offroit la liberté ,
pourvu qu'elle s'abaiſlat au menfonge. » Je
doute , dit- elle , que l'innocence ait beſoin
que l'on concerte des moyens pour la ſauver
; celui dont la miféricorde promet au
coupable le pardon de ſes crimes , eft le
même dont la justice veille ſur l'innocent ;
& quand tous les hommes m'abandonneroient
, celui-là ſeul ne m'abandonnera
point. Voilà d'abord la confiance que je lui
dois , & voici ce que je me dois à moimême
: Comme femme de qualité injuftement
opprimée , c'eſt de reſpecter affez
ma mifère , dont le principe m'honore ,
pour ne recevoir de bienfaits de perſonne ;
gardez vos mille louis : ſi l'on me rend ma
liberté , comme l'équité l'ordonne , on me
rendra fans doute cinquante louis que j'avois
ſur moi ; ils me fuffiront pour retourner
dans ma patrie; mais j'imagine que la
perfonne qui fait , ou qui vouloit faire un
fi grand facrifice en ma faveur, avoit quel
162 MERCURE
que intérêt. L'humanité ſans doute eſtz .
néreuſe , mais n'eſt jamais prodigue ; &
lorſque les bienfaits paffent en valeur les
beſoins de la néceflité , c'eſt un achat que
l'on veut faire , & non un ſecours que l'on
accorde.... Dites à celui qui vous envoie ,
qu'il n'eſt pas dans l'homme de calculer
lescirconstances qui peuvent lemontrer coupable
aux yeux de toute la terre, quoiqu'il
foit innocent ; mais qu'il eſt toujours le
maître de ſe refuſer au crime qu'on lui
propoſe. Les Loix , foibles comme les humains
qui les ont dictées , ne jugent que
fur les apparences , & voilà pourquoi leur
ombre n'eſt pas toujours tutelaire pour
l'innocence ; mais la Loi ſuprême eſtdans
le coeur , & voilà l'unique tribunal où
l'innocence & le crime ſoient jugés ſans
partialité . Cette citation ſuffit pour donner
une idée du ſtyle de l'Ouvrage , &
des ſentimens eftimables qui y ſont répandus.
Nous aurions dû commencer par
montrer le fil de l'intrigue à nos Lecteurs ;
nous lui dirons donc en peu de mets que
l'intérêt va toujours croiffant , qu'on com
mence par méteſtimer ceux qu'on admire
enſuite; que le Marquis de Ben*** , qui ,
par délicateſſe , épcuſe une Demoiselle
qu'on croit fortir des bras d'un amant furpris,
pour ainſi dire , avec elle , eſt le phénix
des époux & des amis ; que le Chevalier
de Saint-George , qui a fair paffer ſon valet
pour cet amant, dans l'intention de déroDEFRANCE.
463
ber cette Demoiſelle à la pourſuite obſtinée
d'un Landgrave , le plus odieux des hommes,
eſt chargé de toute l'exécration des
perſonnages ; &cependant il ne ceffe de veil-
Ier au bonheur de la Marquiſe , qu'il aime
en ſecret & qu'il oblige de toutes les manières.
Ses fréquentes diſpoſitions , ſes peines
, ſes métamorphofes produiſent un intérêt
toujours foutenu. Enfin la Marquiſe
- devenue veuve , ſoupçonnant Saint-George
de tous les crimes dont on l'accuſe , donne
la main à un neven de ſon premier mari ,
dont les vertus & le déſintéreſſement l'ont
touchée. C'eſt au moment où elle vient dé
s'engager, qu'elle apprend queSaint-George
étoit l'amant le plus délicat qui ait jamais
exiſté. Elle reçoit ſes derniers ſoupirs , &
meurt auprès de lui. La dernière Lettre
du ſecond Volume , qui dénoue tout &&
qui éclaircit tout , eſt en effet déchirante.
Nous pouvons affurer que cette lecture
convient à toutes les claſſes de Lecteurs ,
qu'elle exerce la ſenſibilité ſans la fatiguer ,
& qu'on y voit la vertu pouffée d'écueils
en écueils , ſans ces fortes ſecouffes qui
font éprouver une horreur dégoûtante à la
place d'un attendriſſement véritable , digne
des honnêtes gens.
L
164
MERCURE
La vie de l'Homme respectée & défendue
:
:
dans ses derniers momens , où Instructionfur
les foins qu'on doit aux morts ,
& à ceux qui paroiffent l'être , fur les
funérailles & les sépultures ; Ouvrage
dédié au Roi. A Paris, chez Debure aîné,
Libraire, rue Serpente, Hotel Ferrand.
Si l'on jugeoit par la précipitation avec
laquelle on abandonne les mourans & les
morts , des égards que nous avons eus pour
eux pendant leur vie , il y auroit à craindre
qu'on n'eût pas une idée bien honorable
de notre ſenſibilité & de nos moeurs. Les
plus légères apparences de lamort éloignent
du lit d'un malade les perſonnes qui l'ont ,
ou qui diſent l'avoir le plus aimé. Mais
que cette fauffe délicateffe reſſemble peu
àla Nature, qui nous attache juſqu'aux derniers
veſtiges de ce que nous avons véritablement
chéri ! Ceux qui par état fontdeftinés
à ſecourir les malades, partagent cette
indifférence ou cette légèreté. M. Thiery ,
pénétré des devoirs de fon état , & de la
dignité de l'homme , a le courage de ne
point l'abandonner dans ces triſtes momens
où l'aſpect de la mort, glaçant tous les coeurs
&rompant tous les liens, fait fuir juſqu'a
DE FRANCE 165
l'amitié. C'eſt dans cette effrayante ſolitude
d'un homme livré aux premières atteintes
de la mort , c'eſt dans cette circonstance
critique , où le Médecin a fi peu de ſuccès
& de gloire à attendre de ſes ſoins , que
M. Thiéry redouble fes efforts pour retenir
encore quelques inſtans T'homme mourant
fur les bornes de la vie.
Il penſe que la ceſſation de tout mouvement
extérieur dans un homme , peut
n'être qu'une mort apparente , & qu'on
s'expoſe à des fautes graves , en la prenant
pour une mort réelle. Cet état , felon M.
Thiéry , comprend trois eſpèces qui paroifſent
ſemblables , bien qu'elles foient fort
différentes : la première eſt la mort réelle ,
qui peut exiſter , mais dont on n'a pas
encore de certitude ; la ſeconde eſt la mort
apparente , dont on peut revenir ; la troifième
est un fond de vie dégradée au point
d'être infenfible , qui fubfifte depuis la fin
de l'agonie , & qui s'éteint peu à peu jufqu'à
ce qu'elle ait fait place à une mort
irrévocable . M Thiéry , peu fatisfait des
ſignes dont on s'eſt ſervi juſqu'à préſent
pour déterminer l'état de mort réelle , propoſe
à ce ſujet des conſidérations qui font
très - dignes d'attention ; il s'élève avec
raifon contre nos uſages & notre conduite
à l'égard des morts , & fait voir combien
ils contraſtent avec notre philofophie &
l'apparente douceur de nos moeurs.
166 MERCURE
Il preſcrit des précautions & des ſoins
très- ſages à prendre pour les perſonnes qui
viennent d'expirer , & fur-tout de ne les
enterrer qu'après un eſpace de temps proportionné
à la longueur & à la nature de
la maladie ; de forte que fi une maladie a
été longue , on conſervera les corps moins
long-temps que lorſque la maladie a été
courte, &que fi la maladie a été du genre
des convulfives ou des ſoporeuſes, il faudra,
malgré la longueur , les garder plus longtemps.
M. Thiéry propoſe des règlemens
qui ne pourroient qu'être utiles; il paroît
avoir embraflé dans toute ſon étendue ,
l'objet important qu'il traite ; mais en admirant
ſes connoiffances on applaudira
fur-tout à fon humanité.
2
INSTITUTIONES Juris Canonici , ad
ufum Scholarum accommodate à confultiffimo
anteceffore D. Martin.
M.Martin , dans ſa Préface, nous annonce
que les Inſtitutions de Juſtinien au Droit
Civil , lui ont fait concevoir le projet d'en
compoſer de ſemblables pour le Droit Canon
; & comme l'utilité des premières a été
reconnue dans tous les ſiècles , il a ſuivi
le même plan & la même diviſion que
les Rédacteurs des Inſtitutions de Juſtinien.
DE FRANCE.
167
Son Ouvrage eſt diviſé en quatre Livres ;
hous ne donnerons pas l'énumération de
toutes les matières des Droits Canoniques
que renferme ce. Livre élémentaire & vraiment
inſtructif. Chaque objet forme un
traité ſuffifamunent étendu , dans lequel on
trouve l'origine de l'ancienne diſcipline ,
& ſes progrès ; & les changemens ſurvenus ,
foit par les diſpoſitions des Canons & l'autorité
des Papes, foit par l'uſage & les Ordonnances
de nos Rois. Il eſt difficile de
trouver ſur le Droit Canonique un Ouvrage
plus méthodique , plus ſagement diftribué
plus conforme aux vrais principes. C'eſt
Je réſultat d'une étude profonde des anciens
Canons & de la difcipline moderne ;
c'eſt le fruit d'une expérience conſommée,
& d'une profeſſion du Droit Canonique ,
exercée publiquement pendant plus de vingt
ans avec ſuccès,
Nous croyons qu'on peut en toute fûreté
ſe fervir , dans les Ecoles , de ce Livre
élémentaire , comme d'un texte capable de
former la baſe d'un enſeignement public.
Il épargnera aux Etudians la lecture faftidieufe
des immenfes Décrérales de Grégroire
IX, Noyées dans l'expoſition des faits
& des circonstances , elles ne préfentent a
leur eſprit que des notions imparfaites ,
incohérentes, ſouvent fauſſes , dangereuſes ,
&contraires non ſeulement à nos uſages ,
mais encore à l'autorité des Rois. C'eſt par
168 MERCURE
cette raiſon qu'il n'a pas été poſſible d'adopter
les Inſtitutions compoſées par Lancelot ;
elles ne ſont que l'abrégé des Décrétales ,
& l'affemblage de toutes les maximes dangereuſes
qui peuvent favoriſer les prétentions
des Papes. Les Inſtitutions de Fleury ,
qu'on peut d'ailleurs regarder comme un
excellent Ouvrage , n'ont pas eu plus de
ſuccès dans les écoles , parce qu'elles ont
le défaut d'être trop hiſtoriques , de préſenter
peu de principes du Droit , peu d'a-
- xiomes & peu de définitions , ce qui les
rend infructueuſes pour les Etudians.
Une juſticeque nous devons rendre à M.
Martin , c'eſt qu'il a déterminé de la manière
la plus préciſe les, bornes du pouvoir
eccléſiaſtique , toujours exact à mettre à
couvert les droits des Princes , nos uſages
& nos libertés , dont il s'eſt ſervi comme
d'une égide contre les ufurpations de la
Cour de Rome ; c'eſt qu'il a trairé pluſieurs
matières importantes , dont on ne trouve
aucune trace dans les Décrétales.
VICTORINE;
DE FRANCE. 169
VICTORINE , par l'Auteur de Blançay ,
&c. Dédié à Madame Comteſſe d'Artois.
2. Parties. A Paris , chez Guillot , Lib.
de Monfieur , rue des Barnardins , la
- première porte cochère en face de Saint-
Nicolas du Cardonnet.
2
* :
AMES douces & honnêtes , liſez l'Hiftoire
de Victorine ; elle vous intéreſſera ;
elle eſt écrite par la plume aimable & facile
qui vous a tracé l'année derniere les
avantures de Blançay : cela ſuffit pour vous
yfaireprendre goût. Tant mieux. Lifez donc
vous y trouverez des événemens nonmoins
furprenans&aufli vraiſemblables, un ſtyle
naturel , aifé à lire , qualité qui n'eſt pas
très-commune aujourd'hui ; peu de coloris
&d'imagination dans les détails : mais je
ne fais ſi cette expreffion toute ſimple , certe
vérité naïve , ne ſied pas mieux àune hiſtoriette
de ce genre , que tout l'appareildu
ſtyle le p'us figuré & le plus riche en images
en idées & en obſervations. Vous ne lui re
procherez pas de ſe mêler à ſes perſonna
ges ou de ſe mettre à leur place , ni de vouarrêter
au milieu d'un récit ou d'un évènes
ment, pour vous dire : Attendez que je soufaſſe
une belle réflexion. Il ne donne poins
dans les deſcriptions puérilement pompeu-t
fes; il n'est jamais Rhéteur :
Nº 30. 25 Juillet 1739 . 1
H
170 MERCURE
Cartout Rhéreur, en diſant ce qu'il faut
Ne croit jamais s'élever aſſez haut-;
C'eſt endiſant ce qu'il ne faut pas dire ,
Qu'il s'éblouit , fe délecte , & s'admire.
Rouffear.
Voici une eſquiſſe un peu ſeche de ce
nouveau Roman, mais qui peut vous en
donner une première idée ; ce ſera à vous
a le lire en entier , ſi vous voulez avoir
un plaifir complet.
Victorine avoit à peine dotize ans, lorſque
prête à perir dans un incendie , elle eſt
ſauvée par un jeune Officier. Sa gouvernante
a été la proie des flammes. Son père
eſt un Marin toujours abſent. Elle ne peut
indiquer à l'Officier qu'une certaine Marianne,
chez laquelle celui-ci la conduit &
la laiffe après avoir donné de quoi pourvoir
à ſes premiers beſoins. Quelque temps
aprés, il envoie de nouveaux ſecours ; mais
Victorine n'en eſt pas plus heureuſe. Cette
Marianne eſt une femme méchante & vicieuſe
, qui s'approprie les bienfaits de
P'Officier , traite ſa pupille avec une dureté
révoltante , & annonce pour la fuite des
vues de corruption. La pauvre enfant fouffre
& languit dans l'abjection la plus douloureufe
, jusqu'au moment où Marianne
la livre à un oncle prétendu, dont le début
promet à Victorine un avenir équivoque.
DE FRANCE. 171
Elle trouve des confolations dans l'épouſe
de Verval ( c'eſt le nom de cet oncle ) , &
durant l'abſence longue & fubire à laquelle
ſes affaires le condamnent, Victorine trouve
en elle une feconde mère.
Le retour de M. de Verval eſt immé
diatement précédé par celui de fon fils.
Celui-ci ſe trouve être l'Officier qui a ſauvé
Victorine. Ses excellentes qualités contraftent
avec les manières de ſon père , qui ne
laiſſe que trop deviner ſes projets ſur Victorine.
Heureuſement il est bientôt obligé
de repartir. Les deux jeunes gens, devenus
amoureux l'un de l'autre , peuvent ſe livrer
à des ſentimens que Mde. de Verval protége
, dans l'eſpérance qu'ils ne feront pas
deſavoués de fon mari.
On va à la campagne. La ſe trouve une
Soeur Grife, aurrefois Vivandière, qui , ſous
desapparences groſlières, cache un coeur ex
cellent. Ce caractère offre un mélange de
gaîté & d'intérêt. Là ſe trouve auffi une
femme Sauvage qui a fait naufrage ſur la
côte. Azakia , c'eſt ſon nom , a autrefois
aimé en Amérique un François que ſes compatriotes
avoient fait prifonnier. Elle en
avoit eu une fille , & venoit avec eux en
Europe, lorſqu'un naufrage lui enleva l'un
& l'autre. Des fonges que ſes Dieux lui
ont envoyés , lui font eſpérer que Nofron ,
c'eſt ainſi qu'elle apelle ſon armant
fauvé comme elle , & l'ont déterminée à le
venir chercher en France.
s'eft
H2
174 MERCURE
Le jeune Verval part pour ſon régiment.
Le père revient , éloigne Mde. de Verval ,
& déclare à Victorine ſes intentions crimainelles.
Elle eur pu en être la victime ſans
la bonne Scoeur Griſe , qui facilite fon évafion,
& l'adreſſe à une Mde. d'Aligane , qui
lui fait l'accueil le plus rendre & le plus
honorable,
M. de Verval la pourſuit juſque dans
get afile, Mais elle y a trouvé un protecteur
aufſi ardent que ferme dans M. Vaiffy 1) ,
que ſes principes rendent naturellement le
défenſeur de l'innocence opprimée , & qui
éprouve de plus l'impreſſion d'un ſentiment
particulier pour Victorine , qui elle-même
éprouve un intérêt très vif pour lui , fans
que fon amour pour Verval en ſouffre. Ce
dernier , inftruit par la Soeur Griſe de la retraite
de Victorine accourt & arrive au
moment ou des gens apoſtés par ſon père
alloient l'enlever.
:
,
Mde. d'Allgane, trop convaincue qu'il ſeroit
difficile d'échapper toujours à M. de
Verval , leur conſeille de s'expatrier , & les
conduit elle-même en Hollande, où ils ſe
(1) L'Auteur a tracé le caractère de M. de Vaſſy
fur le modèle d'un Patron chéri , qui joint les lumières
& les talens de l'eſprit aux vertus & qualités
du coeur les plus rares. Ceux qui ont l'avantage
de connoître M. de la Villeurnoy , favent
qu'ici la reconnoiffance n'a parlé que le langage
de la vérité !
1
1
DE FRANCE. 173
marient. C'eſt là qu'un concours de circonf
tances , que les bornes d'un extrait ne permextent
pas de développer ici , amènent
l'enrier dénouement. M. de Vaiſſy eſt cet
amant qu'Azakia cherchoit ſous le nom de
Noftrou . Victorine eſt leur fille . M. de Ver
val n'étoit point ſon oncle. Ce perſonnage,
devenude plus en plus odieux , meurt , &
trouve le chatiment de ſes crimes , en vous
lant y mettre le comble.
C'étoir, ſuivant l'expreſſion d'Azakia , le
dernier feuillet noir du Livre du Deftin ; &
tous les acteurs auxquels on s'eſt intéreſfé ,
non ſeulement font à la fin de leurs tra
verſes , mais encore voient leurs derniers
voeux comblés par la bonté d'une Princefle
Auguste ( 1 ) ; on la reconnoîtra fans peino
fur l'eſquiffe légère tracée par l'Ameur luimême.
» Heureuſe du bonheur qu'elle fait ,
aimant à ſe dérober à l'éclat de ſon rang,
>>uniquement occupée d'oeuvres charitables
, elle ſe dévoue à des travaux qui
>> n'ont que le pauvre pour objet. La vue
>> de l'infortuné dont ſes bienfaits ont
25
ود
ود
ود
tari les larmes , eſt le ſpectacle le plus
>> doux pour elle. Tout ce qui l'approche
>> eſt heureux & la chérit. C'est une mère
entourée d'enfans dont la confiance égale
la tendreſſe & le reſpect. Auprès d'elle
>> la ſollicitation n'eſt pas craintive , & n'a
"
:
(1) Madame Comteſſe d'Artois.
H3
474 MERCURE
ود
33
১১
fa
>> pas beſoin de choiſir les momens. Sans
celſe on peut avec aſſurance implorer
ſa bonté pour l'être vertueux qui gérnis
ſous le poids du malheureux. On eft für
>> au contraire d'acquérir des droits en
>> faveur , en préſentant des occaſions à ſa
> bienfaiſance; & c'eſt par le zèle avec le-
>> quel on ſert ce penchant de ſon coeur ,
» qu'elle apprécie les perſonnes qui ſe con-
ود facrent à ſon ſervice " .
C'eſt à cette auguſte Protectrice que ce
joli Roman eft dédié ; il en étoit digne par
tous les ſentimens d'honnêteté & de bienfaitance
qu'il reſpire & qu'il inſpire. La
Princeffe y trouvera une lecture analogue
à fon ame & à fon caractère. L'Auteur
(M. Gorjy ) , qui joint au goût de la Littérature
bear.coup d'autres talens agréables ,
a deffiné & gravé lui-même les eftampes qui
ſervent de frontiſpice au premier & au ſecond
Tome , ainſi que les petites vignettes .
Voudra til bien me permettre de lui faire
une obfervation critique , que Deſpréaux
fit dans ſon temps à fon ami Molière ? II
ne pouvoit lui pardonner d'eſtropier la
Langue , en prêtant à ſes payſans le patois
groffier qui eft réellement à leur ufage :
» Il faut, difoit- il , leur faire tenir des difcours
proportionnés à leur état , fans qu'il
>> en coure rien à la pureté du langage. Le
» Poëte des moeurs doit préſenter une Na-
>*>ture choifie, &embellir un peu ce qui eft
DE FRANCE. 17
>> trop groffier " . M. l'Abbé de Cournant a
ditdepuis dans ſon Poëme des Styles .
Ne venez pas non plus , bravant l'uſage ,
Me bégayer le jargon du village.
Je ne poufferai pas la ſévérité au point
de ne permettre jamais de faire parler à des
perſonnages groſfiers leur véritable jargon ;
mais il me ſemble qu'on ne doit ufer que
très - fobrement de cette permiffion . Or ,
dans le Roinan dont il s'agic dans cet article
Marianne , la Soeur Grife , & Va de-boncoeur
, parlent tous chacun dans leur genre
un langage un peu groflier& fort incorrest.
On le pafferoit plus volontiers à la Payfanne
& au Soldat , qu'à la Soeur Grife ,
dont lesDifcours &les Lettres occupent plus
d'un tiers du Livre , & que l'on pouvoit
fuppofer fans inconvénient avoir reçu une
éducation plus rélevée. Je fais bien que ce
langage n'est pas fans agrément pour certaines
gens. Il peint la Nature baffe à la
vérité ; mais enfin c'eſt la Nature. C'est
Teniers qui repréſente avec vérité une
guinguette , des gens da peuple danfant ,
des foldats buvant & fumant leur pipe.
Je fais que beaucoup d'Amateurs ont la
fureur des Tableaux Flamands. Mais je fais
auſſi que Louis XIV, la première fois qu'il
vit des Teniers , détourna la tête avec un air
de defapprobation & de dégoût , & les fir
ôter de ſes appartemens où on les avoir
H 4
176 MERCURE
placés à ſon inſçu. Et qui oſeroit blamer
la pureté & la nobleſſe de ſon goût ?
P. S. Victorine eſt dans le même format
que Blançay , qui ſe vend chez le même
Libraire.
VARIÉTÉS.
LETTRE écrite à l'occaſion de l'Ouvrage
intitulé Examen du Gouvernement d'Angleterre.
MONSIEUR LE M ***.
JE n'ai reçu qu'hier le billet que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire , & je m'emproffe d'y
répondre. Madame la P. de P. me fait beaucoup
d'homreur en the demandant mon jugement ſur
Pouvrage qu'elle eft tentée de lire , & je com
mence par I aſſurer qu'il mérité d'être lu , tant
par l'intérêt des ſujets qu'on y traite , que par la
nouveauté de quelques-unes des opinions qu'on
y défend. Savoir fi ces opinions font bien juſtes ,
c'eſt une autre queſtion & qui demanderoit une
difcuffionplus longue que celle qu'on peut ſe permettre
dans une Lertre. Cependant , pour ne pas
tromper entièrement votre attente,je vous dirai ,
M. le M. , l'impreſſion générale qui m'eft reftée
de la lecture de l'Examen de la Constitution d'Angleterre.
!
DE FRANCE. 177
Cet Ouvrage eft formé de deux parties , l'Examen
, qui eſt l'Ouvrage de M. Levington , Américain
, ancien Gouverneur de l'Etat de New-
Jerſey , & de notes de pluſieurs François , cinq &
fix fois plus étendues que l'Ouvrage , & qui , à
l'exception des dernières , qui regardent la Conftitution
fédérative des Américains , font toutes
relatives au Gouvernement d'Angleterre .
L'Auteur de l'Examen, fait une cenſure trèsſévère
du Gouvernement Anglois , & attaque ſans
ménagement ſon Compatriote , M. Adams , &
l'Ouvrage de M. de l'Olme ; mais les Auteurs des
notes paſſent de beaucoup M. Levington en ſévérité
, & me ſemblent aller juſqu'à l'exagération
& par conféquent à l'injustice , dans la manière
dont ils jugent la Conftitution Angloiſe ; par cette
raiſon , je ne vous parlerai que des notes.
Dans la ſeconde , on contefte aux Anglois la
liberté de penser , parce que la Religion Catholique
n'eſt pas tolérée en Angleterre ; la libertédu
Commerce , parce qu'il y a des Douanes & des
corporations; la liberté des perſonnes , parce que
les Loix qui permettent d'arrêter pour dertes fervent
quelquefois à exercer une violence paſſagère
envers un particulier qui ne doit rien , & parce
que la preſſe des Matelots y eſt encore foufferte ;
& enfin la liberté d'écrire & d'imprimer , parce
qu'elle n'eſt , dit-on , en Angleterre , qu'une tolérance
fondée ſur les uſages , & non une Loi
expreffe comme en Amérique.
Je crois que ces reproches ſont tous plus ou
moins injuftes.
:
D'abord , la Loi à laquelle les Auteurs des
notes font alluſion , ne porte pas la peine de
mort , mais l'emprisonnement pour la vie ; &
H
178 MERCURE
quoique cette dernière ſoit encore atroce , elle
l'eſt moins que celle qu'on ſuppoſe ; & dans des
imputations de ce genre , on conviendra bien qu'il
ne faut pas altérer les faits.
En ſecond lieu , les Auteurs des notes ſur l'Examen
du Gouvernement d'Angleterre , ont ignoré
que les Loix dont ils parlent font révoquées depuis
plus de dix ans . Les Loix pénales contre les
Papiſtes étoient de la re. & 12e. année de
Guillaume III , au fort'r de la guerre terminée
en 1697 par le Traité de Riſvick , c'est-à-dire ,
onze ans ſeulement après l'expulfioir du Roi Jacques
II , tandis que la famille des Stuarts confervoit
encore toutes ſes intelligences parmi les
Catholiques du Royaume , & que ceux-ci étoient
regardés par la Nation comme cherchant tous les
moyens de renverſer le nouveau Gouvernement.
Elles ont été révoquéesdans la 18e année deGeorge
ΙΙΙ , 1778 , & tout le monde ſe ſouvient des mouvemens
populaires dont cette révocation fut ac
compagnée , & qui furent excités par le fanatiſme
du Lord Gordon. On voit que cet adoucifſement
des Loix laiſſe moins de matière à l'imputation
d'intolérance qu'on intente au Gouvernement
Anglois.
Pafſons à la liberté du Commerce. Les exemples
des corporations & des Douanes prouvent
ſeulement qu'elle n'est pas auffi grande & auſſi
étendue en Angleterre qu'elle pourroit & devroit
l'être; mais la plupart des grandes Villes on le
Commerce & les Fabriques font dans la plus
grande activité, n'ont pas de corporations. Telles
font les villes de Manchester , Leeds , Sheffield ,
Birmingham , &dans la Capitale elle-même , toute
la Ville de Westminster , qui en fait la moitié ,
& le grand Fauxbourg de Soutwark. Il n'y en
apoint, commechez nous , ou la Loi ait concentré
DEFRANCE. 179
les Fabriques , comme nous avons fait à Lyon ,
à Tours ; il est loiſible à tous Citoyens de fabriquer
toute eſpèce d'ouvrages hors de l'enceinte ,
&, s'il le veut , a la porte des villes à corporations.
Aureſte,il y abeaucoup de vilies qui ont des corporations
, c'est-à-dire, des aſſociations de tous les Citoyens
par le moyen d'une Chartre qui les autoriſe
às'adminiftrer eux - merses , & ce que nous appelons
en France des Municipalités ; mais la plupartn'ont
point de corporations excluſives de Manufacturiers
& de Marchands .
Les Douanes n'y font qu'à l'entrée du Royaume,
& cette différence eft énorme pour la liberté du
Commerce , qui , après avoir une fois franchi la
barrière, fe porre fans obſtacle par-tout ou il veur.
Mais fur cet article j'obſerverai en général ,
qu'il faut éviter d'attribuer à ces Loix d'uneAdminiſtration
encore imparfaite en Ang terre , les
mêmes vices , la même force d'oppreſſion qu'elles
ont parmi nous , parce que d'autres , Loix & les
moeurs &l'opinion, & fur- toutle refpect pour
la liberté civile , combattent & affoibliffent les
inconvéniens que nous en reflentons ici .
Il eſt étrange qu'on refuse aux Anglois de jouir
de la liberté perſonnelle , fur un aufli léger prétexte
que les violences qui peuvent s'exercer
par la corruption d'un Offisier de Juſtice for Faffirmation
d'un homme qui , à ſes périls & rifques
, réclame une fauffe,dette. Richardfon fait
arrêter ainſi Clariffe par ordre d'un Sherif ; mais
d'après un évènement de Roman , on ne peut pas
juger une Constitution nationale ; & quand l'Auteur
des notes auroit conftaté qu'il le fait dix
violences de cette eſpèce par dans une ville
de 800,000 ames , je ne croirois pas que la Loi
Habeas corpus en Angleterre foit comme l'écu
an
H6
180 MERCURE
de ce Guerrier, qui ne lui couvroit que la moitié du
corps.
La preſſe des Matelots eſt ſans doute une at
teinte cruelle à la liberté. Je ne dirai pas que
nous avons la Milice forcée , fléau des familles
& des campagnes , & nos claſſes pour nos gens
de mer , & les Souverains de l'Allemagne des
tyrannies équivalentes à celles-là , exemples qui ,
fans justifier les Anglois , doivent pourtant les
faire juger avec moins de durcié.
Mais je dirai qu'il eſt injuſte de juger du degré
de liberté civile d'une Nation d'après l'erat
de guerre , dans lequel une malheureuſe néceſſité
force trop ſouvent de fouler aux pieds tous les
droits. C'eſt un problême difficile dans l'état actuel
de l'Europe , que de concilier une entière
& parfaite liberté des peuples avec la néceſſité
d'une grande force militaire. Je ne crains pas
d'affurer que fi quelque Nation en trouve la ſolution
en Europe, les Anglois en auront les premiers
la gloire , pouffés vers ce but par leur
attachement à la liberté civile , dont ils connoiffent
fort bien les droits , & aidés par leur fituation
d'Infulaires & par leur Conſtitution même
qui leur rend poffibles toutes les meſures qui peuvent
ſervir une ſi jufte cauſe.
C'eſt ce qu'ils ont déjà tenté pluſieurs fois , ſans
avoir pu trouver encore un moyen de fournir
leurs flottes en temps de guerre , qui pût ſuppléer
àla preſſe.
Vers le milieu du règne de Guillaume III , il
fut établi des claſſes pour avoir toujours ſur pied
30,000 Matelots , auxquels on accorda de
grands priviléges , en même temps qu'on établit
des peines graves contre ceux qui, après avoir
DE FRANCE. I
été claſſés , ne ſe rendroient pas à leur deſtination
dès qu'ils en feroient fommés ; mais cet acte ,
à peu près ſemblable dans ſes difpofitions au
régime de nos claſſes , fut révoqué dans la 96.
de la Reine Anne , comme contraire à la liberté
nationale.
3
Un projet à peu près ſemblable , préſenté au
Parlement en 1740 , y fut vivement combattu
& rejeté. On trouve au London magazine de la
même année , diverſes obſervations , contenant les
raiſons de cette oppofition , & dans lesquelles ſe
montre ſans équivoque ce reſpect pour la liberté
civile , que les Auteurs de l'Examen méconnoifſent
dans la Nation Angloiſe , le peuple de la
terre qui , les Américains Anglois exceptés , en a le
mieux ſenti l'importance & le mieux défendu tous
les droits.
Il n'eſt pas vrai que la liberté d'écrire & d'im
primer , ou la liberté de la preſſe , ne ſoit pas éta
blie en Angleterre par la Loi ; ſeulement elle ne
l'eſt pas directement , parce qu'on n'a pas dit , La
preffefera libre ; mais elle l'eſt indirectement par
la Loi générale , qui aſſure à chaque citoyen ſa
liberté & ſa propriété.
on
Onne peut pas venir viſiter chez lui en vertu d'un
ordre vague & général , Général warrant
ne peut pas enlever ni arrêter ſes preſſes , on
ne peut pas lui en interdire l'uſage , on ne peut
pas lui prendre une feuille de papier imprimée ,
on ne peut pas lui faire payer une amende d'un
ſchelling , &c. , fans une action judiciaire & un
jugement par Jurés , parce que ſa preſſe , ſes
papiers , &c. font ſa propriété. N'est-ce pas là
une liberté de la preſſe établie par la Loi , quoiqu'elle
ne le ſoit pas par une Loi expreſſe & di
rectement ?
132 MERCURE
-: Cette liberté eſt ſur-tout utile aux Sociétés pour
tout ce qui touche à l'Adminiſtration , aux intérêts
publics de tout genre ; elle n'eſt ſurement
néceflaire que fur les chofes & non far les per-
Lonnes. Or je prie qu'on me diſe une matière
d'adminiſtration , une queſtion de morale publique
on de Gouvernement , une difcuflion la plus
hardie de la Conftitution elle-même , qui ne foit
en Angleterre parfaitement libre.
Si l'Auteur des notes prétend qu'il n'y a pas
de liberté de la preffe en Angleterre , parce qu'on
n'y peut pas attaquer la Religion, la morale publique
, la perſonne du Roi, ni celle d'un particulier
, fans que l'Ecrivain , ou , à fon défaut ,
' Imprimeur, foient expofés àune actionjudiciaire,
je ne sçaurois étre en cela de ſon avis.
Lorſque la Loi qui défend d'écrire contre la
Religion établic ou contre la Morale , exiſte ,
& que le délit réel ou ſuppoſé qu'elle profcrit
n'eſt pourfalvi que par les formes judiciaires ,
régulières & publiques,& fur- tout lorſque cette
pourfuite n'eft jamais que poſtérieure à l'impreffion
restée parfaitement libre , on ne peur pas
ave qu'en un tel pays on ſoit priyé de la liberté
de la preffe. Il faut dire ſeulement qu'on n'en peut
pas abufer avec impunité comme on a bien la
Jiberté de courir à bride abattue dans les rues de
Paris en cabriolet , quoiqu'on n'ait pas celle de
rouer un homine de pied en courant ainfi .
Or ceux qui connoiffent un peu l'Hiſtoire
politique & littéraire de l'Angleterre , favent que
des exemples très-rares qu'on peut citer d'atreintes
vraies ou prétendues données à la liberté de la
preſſe , n'ont jamais porté que fur des Ouvrages
très-violens contre la Religion, ou fur des infultes
faites au Roi , ou ſur des fatires perfonnelles ,
DE FRANCE 183
,
témoin Pierre Anet , Is Dr. Shebbear , le Nort-
Briton &c. , & qu'aucun de ces Ecrivains n'a
été pourſuivi qu'en vertu de la Loi, ni condamné
que par un Jugement de Jurés , après l'impreffion
& même la publication de fon Ouvrage.
Les Ecrits de Pierre Anet étoient un Ouvrage
périodique , où l'on trouvoir toutes les ſemaines
une attaque violente contre la Religion établie.
On m'avouera qu'on ne peut pas dire qu'un
pays encore Chrétien , où l'on regarderoit un
pareil Ouvrage imprimé comme un délit , & où
ce délit ne feroit jugé que par un Tribunal bien
impartial, un Juré, feroit ſans liberté de la preſſe .
L'exemple de M. Wilkes , cité par l'Auteur des
notes , eft entièrement contre lui. On avoit ſaiſi
chez M. Wilkes , en vertu d'un Général Wariant ,
un Livre obſcène , intitulé Effy on Woman ,
Efdai fur la Femme , qui lui étoit attribué. Les
Miniſtres , qui en vouloient moins à la liberté de
la preſſe qu'à l'Ecrivain qui les attaquoit avec
violence , & à qui ils vouloient faire perdre fa ropularizé
, ſe ſervirent de ce moyen ; mais Lord
Halifax & Lord Egremont furent condamnés à
quatre mille louis de dommages & intérêts , pour
avoir violé the liberty and the property de M.
Wikes , en lui prenant fon Livre. J'avoue que
je ſuis tout réfigné à n'avoir pas en France une
plus grande liberté de la proffe , quoique je fois
aufli diſpoſé qu'un autre
nous donnera.
à uferde celle qu'on
Enfin expliquons ce que nous devons entendre
par l'état de liberté d'une Nation. J'appelle ainfi
un état de choſes où la liberté , ſans étre abfolue
, entière , portée ſans exception à tous les
cas qu'elle peut & doit embraffer , ne ſe trouve
184 MERCURE
malàpropos reftreinte qu'en untrès-petit nombre
de cas.
J'appelle tolérance l'admiſſion de la plupart des
fectes Chrétiennes dans un pays. J'appelle libre
le Commerce d'un pays , lorſqu'il n'y eſt pas
foumis à la dixième partie des gênes qui l'oppriment
dans tous les autres pays de l'Europe.
Je dis que la liberté perfonnelle exiſte là où la
Loi oblige de faire le procès à tout homme emprifonné,
& lui affure des indemnités dans tous
les cas d'une arrestation ſans motif; & une viclence
de ce genre & la preſſe des Matelots dans
les beſoins de la guerre ne me ſemblent que
des exceptions qu'il faut sans doute faire ceffer
auſſi , mais qui ne font que des exceptions.
En un mot & en général , la queſtion entre
les Auteurs des notes & moi , n'est pas de ſavoir
fi la Conſtitution Angloiſe eſt abfolument ſans
défaut, puiſque perſonne n'a le ridicule de la croire
telle , & que parmi les Anglois eux-mêmes elle
eſt l'objet de beaucoup de réclamations.
Quelle est donc la queſtion? Il me ſemble que
la voici . La Conſtitution Angloiſe eſt-elle bonne ,
reſpecte-t-elle les droits de l'homme & du citoyen
, & fi elle n'a pas encore perfectionné la
liberté civile autant qu'elle doit l'être , cette liberté
eft-elle plus grande en Angleterre qu'en aucun autre
Etatpolicé,foit ancien,foit moderne , l'Amérique
Angloiſe exceptée ? Si l'on peut répondre affirmativement
à ces queſtions ſans héſiter & fans bleffer
les notions ſaines des droits dès honomes &de la nature
des Gouvernemens , l'Auteur des Lettres a tort.
Mais dans cette critique , & je pourrois dire
cette fatire du Gouvernement Anglois , je trouve
un autre paralogiſme qu'il eſt important de démêler.
DE FRANCE. 185
Le Cultivateur de New-Jerſey & l'Auteur des
notes , veulent prouver que la Conſtitution Angloiſe
eſt mauvaiſe , vicicuſe , infuffifante pour
affurer la liberté & le bonheur de la Nation.
Pour obtenir ce réſultat , il ne ſuffit pas de
montrer que, fous ette Conftitution , la tolérance,
la liberté du Commerce , la liberté perſonnelle
n'ont pas actuellement toute l'étendue qu'elles
pourroient & devroient avoir ; il faudroit prouver
que cette Conſtitution , telle qu'elle est , ne
peut pas leur donner cette étendue & que e n'eſt
pas à une cauſe étrangère àla Conftiturion &
qu. la Conftitut on cl'enês n'a pas pu domirer
que ces roftrations injuftes font dues.
Or il y a une caafe de ce genre qui contrarie
jalqua un certain point la Conftiu ion , & don't
ne tiendent compte , ni l'Auteur de l'Examen , ni
fon Conmentateur.
encore
:
Certe cauſe eſt l'état de l'opinion publique &
des humièresde la Nation , qui ont empêché jufqu'à
préfent , & empêchent encore les Anglois
d'atteindre au degré de liberté qu'ils doivent
défirer , & que leur Conſtitution actuelle pourroit
leur donner.
On trouve que la tolérance n'eſt pas aſſez entière.
Les Repréſentans de la Nation portent ,
après tout , dans le Parlement l'eſprit national;
ils n'ont pas encore dans la tête les vrais
principes de la tolérance. De ce que la tolérance
n'eſt pas entière en Angleterre , on n'en peut
donc rien conclure contre la Conſtitution .
Le fait que j'ai indiqué ci-deſſus de l'infurrection
de Lord Gordon , lers de l'acte du Parlement
,portant révocation des Loix pénales contre
les Catholiques , juftific parfaitement cette obe
786 MERCURE
ſervation. On vit alors 20,000 hommes affemblés
dans la ville de Londres , criant que le Parlement
trahiffoit la cauſe de la Religion Proteftante
&de la Nation , & joignant à ces cris des violences
qui faifoient tout craindre pour la tranquillité
publique. Ce fanatiſme fut réprimé par
P'autorité; mais je vois dans ſon activité même
la preuve que l'opinion nationale étoit à peine
établie en faveur de la tolérance; de forte que
fi la révocation de l'acte de Guillaume III eût
été tentée 20 ans auparavant , elle n'eût pas pu
avoir lieu. Le Parlement , qui ne peut pas devancer
l'opinion , a donc au moins marché d'un
pas égal avec elle, & cela feul eſt l'apologiede
la Constitution , à qui il ne faut rien demander
de plus.
Je dirai la même choſe de la liberté du Commerce.
Qucl crime peut-on faire à la Conſtitution,
des gênes auxquelles il eſt encore foumis ? Perfuadez
aux Membres des Communes , Députés de
Londres , de Mancheſter , de Liverpool , &c. , ου
plutôt à laNation , cette grande vérité 3 que la liberté
du Commerce eſt une partie de la liberté
de la propriété du Citoyen ; qu'elle est un droit
auffi facré que tous ceux que le Bill des droits
aprétendu affurer aux Anglois , &c. Perfuadezles
d'une autre vérité non moins certaine , que
la véritable manière de donner au Commerce fa
plus grande activité & fes plus grands effets fur
la profpérité d'une Nation , c'eſt de le dégager
de rous les liens que les Règlemens , les corporations,
les priviléges , les primes , les actes de
navigation ont multipliés autour de lui , & vous
verrez alors cette même Conftitution , guidée par
T'eſpritnational dans une nouvelle route , rendre
au Commerce toute la liberté : preuve évidente
que ce n'est pas la Conſtitution qui s'oppoſe à
DE FRANCE. 137
la liberté du Commerce
,
,
ma's l'efprit encore
mercantille de la Nation qui agit malgré la
Conftitution , ou du moins indépendamment de la
Conſtitution.
Il n'eſt pas douteux que , fauf quelques vices
dans la repréſentation , qui peuvent être corrigés
, on peut dire que la Nation agit par fon
Parlement , & felon l'expreffion Angloiſe , qui a
beaucoup de forze , à travers through the Parliament.
E'le agit tantôt bien & tantôt mal , d'après
l'eſprit national , & d'après le degré de lumières
& d'après les mouvemens paſſionnés de
la Nation. Lorſqu'elle est ainſi pouflée dans la
mauvaiſe route , il ne faut pas s'en prendre à
la Conftitution , mais à l'opinion égarée du peu
ple. Dès que cette opinion rentre dans le bon
chemin , vous voyez le Parlement y rentrer à
fa fuite.
Tant que la guerre d'Amérique a été foutenue
par l'opinion populaire , on a fait la guerre &Amérique
, & lorſqu'on a ceffé de faire la guerre ,
c'eſt que l'opinion des Anglois avoit changé.
On dira , fans doute , qquuee c'eſt la corruption
miniſtérielle & non l'eſprit național qui meut
le Parlement.
J'aurois beaucoup à dire fur cette allégation.
Je me contenterai d'obſerver que ceux qui attribuent
une grande force à la corruption miniftérielle
en Angleterre , ne font pas attention à
un grand fait qui combat bien cette idée ; c'eſt
le changenient dans le Ministère , néceſſité ſi
fréquemment par la perte de la majorité dans
la Chambre des Communes. Dès que le Miniftre
en eſt là, il faut qu'il ſe retire,& on l'y poufle fouvent.
Si l'influence du Miniſtre étoit ſi puiſſante .
188 MERCURE
aucun Miniſtre ne ſeroit force de fortir du Miniftères
il ne perdroit jamais la majorité. Mais
tantque fes meſures ſont populaires & nationales ,
il la conferve ; lorſqu'elles perdent ce caractère ,
la majorité lui échappe , & c'eſt ce qui arrive
fouvent. Il n'eſt donc pas ſi puiſſant.
On ne peut pas dire qu'un Gouvernement eſt
vicieux par cela feul que le Miniſtre actuel a
quelque influence ſur le corps législatif; il faut ,
pourjustifier un pareil reproche, que cette influence
ſoit très- forte , & de plus , qu'en uſant de cetre
force , il puiſſe braver impunément & l'intérêt
national & l'opinion publique. Or je ne penſe
pas qu'il y ait d'exemple d'un Ministère Anglois
qui ſe ſoit foutenu ainſi.
( La fuite au Mercure prochain. )
DE FRANCE. 189
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diftinguent & recommandent cet Ouvrage.
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obligé, par M. Vidal. Prix, 2 l. 8 f. A Paris , chez
l'Auteur , Profeffeur du Muſique & Maître de Guitare,
aux Soirées Eſpagnoles, Magafin de Muſique,-
rue de Richelien , près la Comédie Italienne
No. 99 .
TABLE.
L'ENFANT- TROUVÉ.145 La vie de l'Homme.
Vers.
Education .
148 Inftitutiones ..
149 V.torine.
Charade, Enig. & Logog. 154 Variétés.
Del'influencedespaffions. 156 Annonces &Notices.
LaMarMaqruqiuisseedeBen... 1601
164
366
169
176
189
APPROBATIΟΝ.
J'aAiI lu, par ordrede Mgr. ic Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 25
Juillet 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'umpreffion. A Paris , le 24 Juillet
1789 €
SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
2
10
t
DE
1
1
BRUXELLES.
SUÈDE.
DeStockholm , le 30 juin 1789..
La Régence a publié la relation d'une
attaque des Russes dans la province de
Savolax en Finlande , attaque repoussée
par nos troupes , sous les ordres du
Brigadier de Steding.
« L'Ennemi , ayant fait une invasion , le
11de Juin, daannss llaa Paroisse de Christina ,
attaqua et força un poste Suédois prés
de Kyro , commandé par les Majors de Knorring
et de Schlicht. Il s'avança ensuite vers
Saint-Michel , pour en déloger également
nos troupes , et s'emparer du magasin qui
s'y trouve. Il y arriva le 12 à minuit , et
commença par l'attaque de Porosalmi , où le
Brigadier Steding se trouvoit lui-même. L'attaque
commença par un feu très-vifde mousqueterie
et d'obus , dont le dernier incommoda
beaucoup nos troupes. M. de Steding
N°. 39. 25 Juillet 1789.
( 146)
yrépondit avec une égale vivacité , quoiqu'il
n'eût que deux petits canons dont il pût faire
usage. L'affaire dura , sans discontinuer , 19
heures , lorsqu'enfin l'ennemi fut force de
se retirer vers Christina. Il a laissé 250 norts
sur le champ de bataille. Un nombre beaucoup
plus considérable a été blessé , et beaucoup
de Soldats et plusieurs Officiers sont
pris. L'ennemi a laissé ses postes avancés à
Pundula à un mille de Suede du champ de
bataille. »
«Lesprisonniers déposent unanimementque
l'ennemi étoitfortde 5000hommes , commandés
par les Généraux Michelson, Rantenfeldt et
un troisième qu'on dit grievement blesse. On
assure que le Général-Major Sprengporten se
trouvoit aussi à cette affaire. Durantl'action ,
nostroupes ont combattu avec une valeur extraordinaire
, et les Officiers se sont particulièrement
distingués. Le régiment d'Oster-
Bothnie , appelé au secours , n'arriva qu'à
la fin de l'affaire ; inais les canons de 6 livres
qu'il amena , contribuerent principalement à
sa décision. Le régiment a marche 6 milles
de Suède , ( 13 lieues de France de 3 mille
toises) dans les 24 heures ; et pour arriver
plus vite , les Soldats ont couru la plus grande
partie du dernier mille. Le Colonel Gripenberg
est blessé , et le Capitaine Doebeln a
une forte contusion à la tête. Notre perte
consiste en 3 Officiers et 32 Soldats tués , et
10 Officiers et environ 100 Sóldats blessés.
Les derniers prisonniers portent la perte de
l'ennemi à 700 morts et blessés. Nous avons
pris et recueilli sur le champ debataille 2 chariots
de munitions , remplis de cartouches,
258 mousquets , 108 sabres , 146 bandoulie,
res , etc. etc. Nous n'avons pas encore les
(147)
détails de la première,attaqiie ,oouù le poste
de Kyro a été forcé ; mais on sait que plusieurs
de nos Officiers y ont été blessés on
pris. Il en est revenu un blessé à Saint-
Michel , et à toute heure il en revient des
Soldats . Ainsi nous espérons que le rapport
des prisonniers , qui disent qu'il n'y a que 43
homines de tombés au pouvoir de l'ennemi ,
sera exact ; mais les tentes de ce détachement
et les munitions ont été perdues. »
« Le corps ennemi à Christina consiste
encore en prés de 4000 Fantassins et 1000
Cosaques ; mais on espère que le Brigadier
Steding trouvera moyen de les repousser ;
carc'est principalement à ses habiles manoeu
vres , exécutées en présence de l'ennemi ,
qu'on doit l'avantage d'avoir fait reculer jusqu'à
Porosalmi une force aussi supérieure.
On doit faire remarquer que parmi l'Infanterie
Russe , il y avoit 2000 Grenadiers
du Corps de l'Impératrice , dont 140 sont
restés sur la place , et ont été enterrés par
nos troupes . »
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 6 juillet.
1
L'état de l'Empereur varie deux fois
par semaine , ce qui ne permet guère
d'en parler, sans s'exposer àdevoir contredire
le lendemain ce qu'on auroit dit
la veille. Le 20 , S. M. se trouvoit mieux;
le 21 , la fièvre reparut avec des douleurs
de reins; depuis trois jours , les nouvelles
sontun peumoins défavorables. Sa Maj.
gij
( 148 )
Imp. ne reçoit qu'un très-petit nombre
depersonnes.
L'on sait que le Feld- Maréchal Prince
de Lichtenstein et le Géneral de Fabris
ont déja été les victimes de l'intempérie
du climat funeste où nos armées font la
guerre; que la plupart des autres Généraux
ont été tour-à-tour dangereusement
malades ; que les Généraux Comte de
Wartensleben et de Vins le sont encore
, et dans un état ssii delabré , quơn
craint qu'ils ne puissent retourner àl'armée
; que le Monarque lui - même y a
contracté la funeste maladie qui menace
sesjours ; enfin ,le Feld- Maréchal Comte
de Haddick , quelque vigoureuse que
parût être sa vieillesse , n'a pu résister à
influence de l'air qu'on respire dans les
campagnes du Bannat et de la Syrmie.
Il est tombé malade, au point qu'il a dû
quitter pour un temps le commandement
de l'armée , en le remettant par
interim au Comte de Collorédo, comme
le Général le plus ancien après lui. L'on
avoit annoncé son rétablissement; mais
suivant les derniers avis de Weiskirchen ,
où le quartier-général de cette armée est
établi , la fièvre ne l'avoit pas encore
quitte; et c'est peut-être plus à cette circonstance
qu'il faut attribuer l'inactivité
de nos forces dans ces provinces , qu'à
armistice qu'on dit y avoir encore
tre les troupes Autrichiennes et
depuis Rafska jusqu'à Orsolieu
e...
Ottomanes,
(149 ) J
1
va . Comme les maladies y ont fait , et font encore d'affreux ravages , d'où il est
résulté un très grand vide dans tous les
Corps , le Feld-Maréchal de Haddick a
demandé du renfort . Plusieurs régimens
sont déja en route pour s'y rendre , et
l'on y envoie successivement de très-gros
transports de recrues .-Le Feld-Maréchal
Baron de Laudhon ayant abandonné
le projet d'attaquer Czettin et les
autres petites places de la Croatie, dont
la conquête , moins importante que difficile
, lui auroit coûté un monde infini ,
s'est porté dans l'Esclavonie , et a fait
entreprendre par le Général de Rouvroi
le siége de Berbir ou Gradisca Turc .
Deux Bulletins officiels , du 27 juin et du
1er, juillet , ont confirmé cette nouvelle.
,
GRANDE- BRETAGNE,
De Londres , le 14 juillet.
Le vide auquel nous avons été forcés
depuis trois semaines , dans le rapport
des affaires de cette isle , est peu à regretter.
Le petit nombre d'évènemens
que nous aurions pu narrer n'ont qu'un
interêt local : nous reprendrons seulement
ceux qui doivent être conservés ,
et les objets généraux dont nous avons
suspendu le détail .
Depuis leur départ de Londres , le
f g
( 150 )
Roi, laReine, et une partie de la Famille
Royale, ont séjournéd'abord àLindhurst,
chez le Duc de Gloucester , d'où ils se
sont rendus à Weymouth. La santé da
Roi est entièrement raffermie , et ce
voyage n'est marqué que par des amusemens
, des fêtes , des témoignages d'affection
du Peuple pour le Souverain. Ce
Monarque , qui passera quelques semai
nes à Weymouth , se promène sur la
mer presque chaque jour que le temps
le permet. Il s'est rendu à la rade de ce
port une escadre dont Sa Maj . fera la
revue , et composée des vaisseaux suivans,
sous les ordres de Lord Hood.
L'Orion , vaisseau Amiral ... 74 canons.
Le Magnificent 74
Le Bedford . ...74
La Bellona... 74
1
Le Goliah .. ..74
Le Cumberland . ..74
Le Culloden . 74
Le Director .64
Outre plusieurs frégates.
Le pavillon Royal est hissé sur le Son
thampton de 32 canons , à bord duquel
LL.MM. ontfaitune promenade en rade.
Le Chevalier Archibald Campbell ,
Gouverneurde Madras , étant revenu
en Angleterre , la Cour des Directeurs
de la Compagnie lui a donné pour successeur
le Général Meadows , Gouver
۱
( 151 )
neur actuel de Bombay. Ce choix doit
étre confirmé par le Bureau de Contrôle .
Dans le nombre des délibérations
-Parlementaires sur une infinité d'objets
'Administration intérieure , il faut distinguer
une Motion de M. Pulteney ,
relative à une demande de grains faite
a M. Pift par le Gouvernement Franeos.
Le prix des grains s'étant élevé
danstros marchés à 45 schellings le quar-
Ter', taux arquel l'exportation est défendue
par la loi , le Parlement seul
pouvoit autoriser la sortie des 20,000
sacs demandés par la France. M. Pulteney
sollicita , au nom de l'humanité
et du voisinage , l'octroi de ce secours :
MM. Wilberforce, Watson, le Major
Scott et plusieurs autres adhérèrent aux
memes sentimens . M. Pitt en différa ,
en all guant qu'information prise'des
courtiers de grains , cette exportation
ne pouvoit se faire sans inconvénient.
On décida de renvoyer au Conseil privé
cet examen , ďou est résulté la formation
d'un Comité Parlementaire , qui
a opkié à ne point permettre l'exportation
des 20,000 sucs , vu le prix actuel
dos grains en Angleterre. Depuis , les
deux Chambres se sont occupées d'un
Reglement pour prévenir toute contrebande
dans l'exportation actuelle.
audition Pun grand nombre de téanons
à la Bitrre des Communes a fait
sensiblementbaisserTenthousiasme en fagiv
(152)
weur de l'abolition de la Traite des
Noirs : il n'est pas douteux que cette
question ne fût perdue de haute lutte ,
si onla mettoit en décision cette année.
Il est résulté de ces témoignages nombreux
, détaillés , rendus par gens à qui
une longue résidence a permis des informations
moins superficielles que celles
des voyageurs , il est résulté , disonsnous
, à l'unanimité de leurs rapports :
1 °. Que l'esclavage existe en Afrique
de temps immémorial.
2°. Qu'il est la peine de la plupart
des délits, capitaux , et que l'alternative
pour les coupables est d'être esclaves
ou mis à mort , même brûlés vifs dans
un grand nombre de cas .
3. Que l'Afrique est divisée en une
infinité de petits Etats , dont la moindre
partie est soumise au Gouvernement
despotique. Le plus grand nombre est
formé en Républiques ou Constitutions
mixtes.
4°. Que les jugemens s'y préparent et
s'y rendent en public par des Tribunaux
de l'instant , semblables à ceux des Jurés ,
et composés des anciens du lieu.
5°. Qu'on n'y fait jamais la guerre
dans le but de faire des esclaves , et de
les vendre aux Européens , quoique les
prisonniers , en cas de guerre , soient
mis à mort , ou réduits en servitude.
6°. Que la trèsgrande partie des Noirs
embarqués par les Européens , viennent
( 153 )
des parties intérieures et très-éloignées
souvent des côtes de l'Afrique. ::
7°. Que cette contrée ne peut fournir
aucun autre objet d'échange aux
marchandises d'Europe , au -delà des
petites quantités d'ivoire , de gomme ,
de poudre d'or , de bois de teinture
que nous en tirons , et qui suffisent à
notre consommation.
Voilà ce que les dépositions s'accordent
toutes à attester ; mais d'autres
témoignages peuvent les contredire ,
et nous en rendrons compte , si l'on
en produit de tels. En attendant , nous
placerons ici les principaux articles du
rapport fait à la Barre , par Richard
Miles , Ecuyer,
* Les prisonniers faits à la guerre sont-ils
vendus comme esclaves ?- Je ne crois pas les
guetes fréquentes en Afrique , mais je crois
qu'il est certains endroits où , quand il en
survient , les prisonniers sont vendus : cependant
je dois ajouter que dans la partie du
pays où je me suis trouvé à portée de faire
des observations , en général les escarmouches
entre deux villages ou villes cessent par l'in- .
tervention d'un tiers . Alors on échange la
plupart des prisonniers , à moins qu'il ne soit
prouvé que tel homme ou telle famille a
donné lieu à la querelle ; ce qui est puni par
la vente de cet individu ou de cette fansille.»
<<Ces escarmouches ont- elles été frequentes
durant Jes dix-huit ans que vous avez passés
ala. côte ?-Dans un pays comme celui-là,
où il y a tant de petits états , il est difficile
qu'il ne survienne souvent des disputes et des
gv
:
( 154 )
divisions entre eux: mais cela va rarement
jusqu'à mériter le nom de guerre. »
Les naturels sont - ils dans l'usage de
posséder eux-mêmes un grand nombre d'esclaves?
Les esclaves sont en Afrique une
propriété comme ici les terres ou l'argent
placédans les fonds publics. Les naturels ont
de l'or , et même quelques - uns en grande
quantité; mais quand un homme parle de sa
propriété , c'est toujours ses esclaves qu'il veut
dire; l'or et les autres choses ne sont regar
dées que conime des accessoires . »
.. L'enlèvement des enfans a- t-il lieu dans
le pays que vous avez habité ? - Je ne crois
pas avoir entendu prononcer ce mot ail'eurs
qu'en Angleterre. Il me semble qu'il seroit
impossible que ce crime eût, lieu à la côte
d'or sans être découvert , les naturels parlant
tous la même langue , et les courtiers qui
vendent les esclaves ayant tous les jours des
entrevues avec l'équipage : si done quelque
esclave à bord du navire se trouvoit du nombre
des enfans que l'on prétend enlevés , il ne
manqueroit pas de le révéler aux courtiers
d'esclaves , qui, par motifs d'intérêt , ou par
respect pour les lois de leur pays , vérifieroient
la chose et feroient trouver les coupables
. »
Vous avez avancé qu'un quart des esclaves
exportés de la côte d'Or, sont ce que
vous appelez des Negres du côté de l'eau
(Water side ), d'où viennent donc les autres
trois quarts ?- Ordinairement, de l'intérieur
du pays. »
«Pouvez-vous donner quelques renseignemens
sur la manière dont ces derniers deviennent
esclaves ?-Non. Je n'ai jamais visité
l'intérieur du pays. Je l'ai déja dit. Je
( 156 )
ne puis en jager que après ce que j'ai vu
relativement à ceux du côté de l'eau, >>>
:
L'affreuse pratique des sacrifices humains
a- toelle lieu dans ce pays ? Il est pénible
pour moi de répondre à cette question. Je
ne doutepas que ce ne soit un usage général.Je
ne l'ai, que trop vu de mes propres yeux.
« Avez-vous eu occasion de savoir ce que
devenoient les esclaves que les Européens
refusoient d'acheter ? - On en sacrifie un
grand nombre aux funérailles des principaux
personnages . Tous ceux qui entendent la
Langue du pays , doiyent savoir que c'est un
usage universel , lors même qu'ils ne l'auroient
Votre expérience , ce que vous connoissez
de ce pays , youuss mettent-ils à même de dire
si l'acquisition de quelques-uns de ces esclaves ,
faite par des Européens , les a sauvés du
malheur d'être sacrifiés ? -J'ai moi - même
donué, dans quelques circonstances,trois ou
quatre, guinées par tête d'esclave pour leur
sauverla vie. » ارد
"Avez-vous quelquefois entendu les na-
Aurels s'entretenir entre eux de ce que seroient
devenus quelques prisonniers particuliers , s'ils
n'eussent été achetés par les Européens?-J'ai
deja dit que toute personne familière aves
leur langue,ne doit pas ignorer que l'usage
amiversel est de les sacrifier.
« D'après vos observations , durant un sé
jour de dix-huit années , pouvez-vous dire
s'il ya eu des esclaves de faits à la côte par
violence , par, fraude , ou par oppression ,
soit des Princes du pays , soit des Européens
qui y trafiquent ? Quant à la première
partie de la question , relative aux actes d'oppression
faits par des Rois ou Princes , je
gvj
( 156 )
1
n'en connois pas , excepté à Apollonie , où
j'ai déja dit que le Gouvernement est despotique
, au point que les sujets n'ont pas de
volonté ; quant à la seconde partie de la
question , je ne connois qu'un ou deux
exemples de conduite répréhensible de la part
des Européens : je crois que les coupables
ont été mis en justice et punis dans le pays
même. Quant à d'autres faits de ce genre ,
je ne les connois que par des rapports ou
des ouis-dire. »
" Avez - vous jamais eu connoissance que
laTraite des Negres sur cette côte occasionnat
des guerres entre les naturels ? -J'ai déja répondu
à cette question en disant que je ne
croyois pas que les guerres fussent générales;
etque dans les escarmouches , bien loin d'engager
ces petits combats pour augmenter les
esclaves , on échangeoit les prisonniers de
chaque côté. »
« Quels sont les objets particuliers de nos
manufactures , au moyen desquels les Européens
achètent les esclaves sur cette côte ?
-Je ne puis en faire l'énumération; ils sont
engrandnombre. Je crois que les registres des
Douanes les feront connoître en grande partie. »
"Achète-t- on les esclaves avec des articles
sortant directement des manufactures d'Angleterre?
-Il en est ordinairement ainsi ;
mais je viens de dire que les registres des
Douanes feroient connoître les articles que
nous exportons. »
« Ce pays produit- il quelques objets de
commerce qui puissent y donner lieu à un
négoce étendu et considérable , sans y comprendre
la traite des Negres ? -J'ai fait remarquer
plus haut que je n'avois jamais pénétré
au-delà de vingt milles dans l'intérieur
( 157 )
des terres. J'ajouterai que d'après mes observations
, je regarde la Côte d'or comme le
pays de l'Afrique le moins favorable à la
culture : j'en excepte cependant une trèspetite
partie de cette côte entre Accra et la
rivière de Voltal >>>>
1
Les dernières Séances du procès inoui
de M. Hastings , n'ont offert qu'une
suite de proscriptions , décrétées par la
Cour des Pairs , contre les misérables
et inadmissibles documens dont les Accusateurs
vouloient étayer leur poursuite
sur la charge des Présens. Depuis
deux mois et demi , à peine ont - ils
traité la dixième partie de ce Chef
d'Accusation . Ils alloient poursuivre
de la même manière , lorsqu'enfin le
Tribunal auguste , dont ils se jouent
avec une persévérance si étrange , a
décidé de mettre fin à cet abus scandaleux.
Le 7 , à l'instant où M. Anstruther,
l'un des Accusateurs , annonça ,
sur l'interrogation du Chancelier , qu'il
en auroit pour long-temps à entretenir
la Cour sur ce chapitre des Présens ,
M. Hastings se leva, et dit avec dignité :
"
MILORDS ,
,
:
Me sera-t-il permis d'adresser quelques
mots à Vos Seigneuries ? J'y suis entraîné par
l'ordre impérieux des circonstances qui
m'appelle si subitement devant vous , pour
y exposer les angoisses que me fait éprouver
ce procès sans exemple. J'avoue que
je me trouve hors d'état de remplir cette
( 158 )
tache ; je suis venu ici sans être préparé à
l'évènement , dont je ne me vois que trop
menacé; je crois donc pouvoir réclamer l'indulgence
de Vos Seigneuries , et demander
quelques momens pour me recueillir. »
« Je vous pried'abord de considérer la
situation dans laquelle je me trouve , et la
terreur imposante qu'il n'est impossible de
nepas éprouverenm'adressant àcette auguste
Assemblée. J'ai déja représenté , dans une Pé.
tition faite à Vos Seigneuries , au commencement
de cette année , les fatigues et les dommages
que je croyois avoir soufferts durant
le cours de cet impeachment , quoiqu'il ne se
fût encore écoulé qu'un an depuis son ouverture.
Ces fatigues , ces donimages se sont
accumulés. Leur durée a sans doute ajouté
à leur poids accablant. - Mais ce qui a infi
niment aggravé le sentiment de mes maux ,
c'est de voir tant de temps perdu et si pet
de choses faites; tant de mois consumés , sans
que la dixième partie d'un seul des vingt articles
qui composent la charge, aitété appúrée ,
seulement de la part de ceux qui me poursuivent.
S'il a fallu employer ainsi cinq mois
entiers , quel temps faudra-t-il donc, Milords ,
pour le restede l'impeachmeнь ? »
avie , quelque longue que l'on en estime
ladurée , n'y pourra suffire. Il est impossible
que je survive à la décision de ce Procès , si
Pon n'en accélère pas la marche ; et tout
en ignorant ce que je dois demander le plus
instamment dans ma Pétition à Vos Seigneu
ries , je les conjure de prendre en considération
, quels dangers courent nécessairement
ma vie et ma fortune , si vous décidez que
je doive attendre qu'il plaise à la justice on
à la candeur de l'honorable Chambre des
( 159 )
Communes , par laquelle je suis ajourné devant
vous , de clorre enfin sa poursuite. »
"Je ne crois pas , Milords , m'écarter du
respect que je dois à cette haute Cour , res
pect dont mon coeur est pénétré autant que
celui de tout autre citoyen , en disant que
s'il avoit existé en Angleterre un exemple
d'un homme accusé et décrété , comme je
V'ai été , et dont le Procès eût traîné en lon
gueurs si insupportables , on si j'avois cru
possible que le mien traînât à ce point , je
n'aurois pas hésité , et j'espère que Vos Sei-.
gneuries me pardonneront de le dire , à me
reconnoître coupable , dès le premier mo-
-ment; certes , je me serois épargné ce Procès ,
j'aurois confié ma cause et ma réputation plus
chère que ma vie , à cette lente , mais infaillible
vérité , qui se dévoilera tôt ou tard. Oui ,
Milords , voilà ce que j'aurois fait , plutôt
que de me soumettre à une procédure , qui a
été elle- même un supplice mille fois plus
affreux , qu'aucun châtiment que Vos Seigneuries
eussent pu m'infliger , si je m'étois avoué
coupable. Que ne me reste-t-il pas à souffrir
dans une vie soumise éternellement à une
poursuite crin inelle ?!»
<<Maintenant , Milords , permettez - moi
d'exposer à Vos Seigneuries l'état où je me
trouve ; persuadé , comme je le suis , que s'il
est en votre pouvoir de remédier aux épreuves
que j'ai déja endurées, et à celles qui me restent
probablement à souffrir , vous ne manquerez
pas de le faire. En voyant l'annéesi avancée , et
approcher l'époque où, suivant l'usage du Parlement
, Vos Seigneuries se reposentdes affaires,
je ne suis pas assez déraisonnable pour me
flatter que vous perdiez davantage de votre
temps à la continuation de ce Procés . En
(160)
conséquence , je me soumets humblement à
la justice et à la bonté de Vos Seigneuries.
Cependant , si les honorables Commissaires ,
à la poursuite de l'impéachment , pouvoient
proposer un temps court , et tel que Vos
Seigneuries pussent elles - mêmes l'octroyer
pour clorre cet impeachment , que l'on m'a
dit (peut- être faussement) devoir finir avec
le présent article , je prendrai volontiers dans
ce cas le parti de faire ma défense , même
àla hate , plutôt que de reporter la décision de
cette affaire à une autre année , ou peut-être
même à une longue suite d'années ; je prierois
alors Vos seules Seigneuries de procéder au jugement
sur les témoignages que mes accusateurs
ont produits pour me convaincre. »
« J'espère , Milords , ne m'être écarté en
rien , dans ce que je viens de dire , du respect
que je porte à Vos Seigneuries ; je suis sûr
du moins de n'avoir été animé par d'autres
sentimens que ceux du respect pour cette grande
Assemblée.
Ce Discours fit la plus grande impression
sur le Tribunal ; l'indignation fut
universelle contre les Persécuteurs de
l'Accusé , et le Chancelier l'assura que
la Cour des Pairs prendroit ses justes
griefs en très-haute considération .
Il n'est assurément pas un homme
de sens , que la conduite de ce procès
n'éclaire sur sa nature et sur ses motifs .
-Depuis deux ans , une cabale acharnée
cherche tous les moyens de retarder le
jugement. Sespreuves, disoit-elle, étoient
Pévidence même , elle ne lafsseroit
pas un doute dans les esprits. Après
:
( 161 )
avoir eu la basse et cruelle indignité
d'accabler d'horreurs M. Hastings , des
Porigine de la procédure , il n'a pas
même été possible à ces Accusateurs
tranchans , de traiter trois charges en
trois années, de produire un seul témoin
peremptoire , de rendre vraisemblable
-un seul fait, de s'appuyer d'un seul
-document qui ne fût suspect , tronqué ,
-ou extrajudiciaire. Il n'y a pas d'exemple
chez aucune Nation d'une tyrannie de
cette espèce , exercée sur la liberté , sur
Thonneur , sur la fortune d'un Citoyen .
C'est un genre d'oppression qui ne peut
appartenir qu'à des factions habiles à
écraser l'innocence sous le despotisme
des formes .
:
FRANCE.
De Versailles , le 16juillet.
ETATS - GÉNÉRAUX.
Supplément à la dixième semaine.
:
Du 10juillet. Plusieurs Règlemens de policeintérieure
ont été proposés. On a reçu ensuite
six Huissiers pour le service de l'Assemblée.
M. le Président a prié les Membres des
Communes de ne pas s'asseoir sur les banes
du Clergé et de la Noblesse. Il est important,
a-t- il ajouté , de ne pas témoigner , par des
acclamations , sa manière de penser sur les
opinions proposées, parce que cette forme
est aussi désobligeante pour les personnes
( 162 )
qui les donnent , que contraire à la liberté
des suffrages et à la dignité de l'Assemblée.
Les rapports des Adresses des villes de
Colmar , Sarlouis et Mortaigne , ont occasiónné
une discussion sur la nécessité de les
Hire à l'Assemblée , ou de les imprimer. M.
Target a proposé l'établissement d'un Comité
dehuit personnes pour rendre compte de ces
pièces avant de les annexer aux Procès- verbaux.
MM. le Chapelier et Fréteau ont appayé
cette motion. M. le Comte de Clermont-
Tonnerre a observé que cette forme établissoit
une espèce de censure. M. de Marguerites
a proposé de lire des Adresses à l'ouverture
des Séances et pendant la formation de l'Assemblée.
1
M. Bouche a comparé l'Assemblée Nationale
de 1789 avec les Etats -Généraux de
1783 , où tous les Ordres de l'Etat furent
réunis. Il a proposé ensuite l'établissement
d'un Comité des finances , pour examiner
d'avance cette branche essentielle de l'Administration.
M. le Comte de Virieux a observé qu'il
étoitfort dangereux de délibérer sur les Motions
aussi-tôt qu'elles étoient proposées ; il
a demande le renvoi de la Motion de M.
Bouche dans les Bureaux, pour y être dis-
-cutée.sh 2००५
M. Turgat a proposé la Motion suivante:
Formerfun Comité de 60personnas , ce qui
faitdeuxpar chaque Bureau, avec facuhé de
a subdiviser, pour s'occuper de Vexamendes fi-
" nances,etpour préparer letravail, de manière
Aquaprès avoir fixé la Constitution , l'Assemblée
Nationale puisse se livrersans délais à la
discussion des finances duRoyaume,instruite
ada Roiqde la formation del ces Comité , et
( 163 )
"
le supplier de donner des ordres pour que
les mémoires , instructions , états , pièces
et renseignemens soient incessamnient fournis
au Comité. Il ne pourra être fait aucun
rapport par ce Comité à aucuns Bureaux,
ni à l'Assemblee Nationale , qu'apres que
la Constitution aura été sanctionnée. »
M. Roussillon a demandé la formation de
deux Comités pour le commerce et l'agricul
ture, qui ont de si grands rapports avec l'Administration
des finances . i 12
M. Fréteau a dit que l'Administration se
permettoit d'augmenter , dans ce moment
même ,les vingtièmes d'un tiers. Il a observé
que les ravages des bêtes fauves dans les campagnes
exigeoient que l'on s'occupat des Capitaineries.
On a renvoyé toutes ces propositions aux
Bureaux. t
:
M. Salomon a fait le rapport des contestations
survenues entre les deux Députations :
dela Noblesse de Metz , des Trois - Evêchés
et du Clermontois. 180 Gentilshommes du
Bailliage de Metz prétendoient que MMI le
Comte de Custine,de Guermangeset Volterde
Neurbourg, Deputés de la Noblesse des Trois-
Evêchés , ne pourroient se qualifier que du
titre de Députés des Bailliages de Thionville ,
Sarlouis , Longwi, et des Prévôtés , Bailliages
de Phalsbourget Sarrebourg ; et qu'ainsi ils
ne ponvoient pas être privés du droit de re
présentation ,en vertu duquel ils avoientnom
më M. le Baron de Poutet . Les Députés de
la Noblesse des Bailliages répondoient à
celle de Metz , qu'elle s'étoit privée volontai
rement de son droit de représentation , en
se séparant des autres Bailliages , et en vion
Jant les Reglemens faits pour les élections.
( 164 )
t
MM. les Commissaires avoient jugé bonne
Pélection de MM. de Custine et de Neurbourg ,
et pensé que celle de Metz ne pouvoit pas
être reçue. M. de Poutet , après le rapport,
aexposé ses moyens et plaidé sa cause. On
est allé ensuite aux voix. Il y a eu 437 voix
pour admettre seulement MM. de Custine et
de Neurbourg , et 137 en faveur de M. de
Poutet. A
Le même Rapporteur a soumis au jugement
de l'Assemblée , le Procès de la double
Députation de la Noblesse de Guienne. La
première a paru régulière ; la seconde , qui
avoit été faite par la Minorité, a été rejetée.
On a fait ensuite le rapport de la vérification
des pouvoirs du Député de Corse.
M. de Goupille de Préfeln a fait un long
rapport des pouvoirs de M. Malouet , premier
Député des Communes de Riom , qui avoit
été élu par une double acclamation. Ce rapport
étoit contre M. Malouet, quoique ce
Député eût refusé son élection dans cette
forme , et demandé le scrutin.
Le fapport fini , M. le Curé de Soupes a
dit: J'ai examiné dans le silence de ma
conscience la nomination de M. Malouet , et
je la trouve régulière ; mon motif est pur :
l'acclamation m'a toujours paru la voie la
plus honorable , quoiqu'elle ne soit pas la
plus régulière ; mais n'a-t-on pas dérogé au
Réglement pour le serment , pour les Curés
éloignés , pour la réduction ? Il n'y a point
d'ailleurs de réclamation contre ce Député.
« Le Réglement n'est pas impératif pour
le scrutin , a dit M. Dufraine du Chey , premier
co-Député de Riom ; par quelle fatalité
le seroit-il pour M. Malouet , n'y ayant pas
de réclamation ? Il faut juger d'après l'ancien
( 165 )
état des choses; l'acclamation étoit permise ;
elle la fut même chez les Romains. >>>
M. Malouet , qui a demandé la parole ,
s'est exprimé dans les termes suivans :
« Je crois devoir à mon serment , à mon
pays , à vos principes , à justifier la nomination
qui m'a donné une place honorable
parmi votis ; et d'abord il n'y a pas d'exemple
d'une Députation attaquée sans dénomination
on corruption présumée. Le Réglement
prescrit la voie du scrutin , mais il ne prononce
pas de nullité , et vous avez jugé sou
vent que le Réglement n'est pas une loi. J'ai
résisté à l'élection la première fois ; je ne
croyois pas avoir mérité de ma patrie le témoignage
public. Quand j'ai été nommé depuis
, sur 580 Electeurs qui votèrent , 156
signérent ; mais qu'on observe que c'étoient
des Députés des campagnes , qui tous ne
savoient pas signer ; ils demandoient à être
renvoyés , dans ce temps précieux , à l'agriculture
; ils vouloient accélérer la marche des
élections : il falloit un jour pour chaque
serutin. J'attends avec respect le jugement
que vous allez prononcer , et , quel qu'il soit,
je ne cesserai de vanter la justice de cette
Assemblée. »
M. de Lally- Tolendal a rappelé les principes
qui tiennent à l'inviolabilité des pouvoirs
constituans. Après avoir établi les divers
cas où il peut y avoir contestation sur les
Députations , il a dit : « Si le Roi , qui corvoque
, se tait, si les Constituans ne se plaignent
pas , s'il n'existe, qu'une Députation ,
s'il y a un assentiment parfait , alors point
de Procès , il n'yarien à instruire ; tout ce qui
s'est passé dans llee sein d'une Assemblée légitime
l'est aussi. :
( 166)
Plusieurs co-Députés de M. Malouet ont
parlé avec force en sa faveur, et rendu hom
mage à la vérité des faits .
IM . Garat l'aîné a soutenu que l'acclamation
qui n'étoit pas contestée , prouvoit le voeu
général ; et que si l'on exigeoit l'unanimité
parfaite , aucune délibération ne seroit valide:
quand les Electeurs insistent après l'acclamation
pour réclamer le scrutin , il seroit absurde
de s'en autoriser; et lorsque personne
ne la conteste ni la réclame , elle doit expri
mer le voeu général.
M. le Marquis deMontesquiou a faitsentir
les inconvéniens de la forme d'élection par
acclamation ; mais il a ajouté qu'il ne falloit
pas en conclure que tous les mouvemens de
l'enthousiasme ne sont pas vrais , et qu'ils ne
peuvent constater la volonté générale. Si l'élection
deM. Malouet étoit la seule, on pourroit
former quelque doute; mais des opérations
subsequentes ont laissé la réflexion. La voix
des Electeurs auroit pu s'élever contre cette
élection ; il ne peut donc y avoir une preuve
plus forte de la confiance des Electeurs , s'ils
ont fait de nouveaux choix sans réclamation
contre la première. Je crois donc qu'il n'y a
lieu à délibérer.
M. Loys a démontré que le Réglement
n'avoit pas force de loi , et ne prononçoit pas
de nullité.
On demanda avec instance d'aller aux voix.
« Je réclame avec force la liberté des suffrages
, a dit M. Mounier , et je dois faire
connoître mon opinion. Je soutiens d'abord
que l'Assemblée a le droit d'examiner si le
Député a une procuration ; si les Commettans
ne ledésavouent pas , l'Assemblée ne peut pas
priver un Bailliage de sa représentation ; je
(167)
poserai encore en principe que la loi ne peut
être suppléée. L'acclamation est sans doute
sujette à des inconvéniens , mais faites une
loi pour la proscrire , jusqu'alors vous ne
pouvez pas obliger les Electeurs à nommer
autrement qu'ils ne veulent , et d'ailleurs personne
ne réclame. "
M. le Président a prié ceux qui s'opposoient
à l'élection de M. Malouet de se lever ,
et près de 40 Députés se sont levés. I a
ajouté ensuite que ceux qui l'admettent se
levent , le reste de l'Assemblée s'est levé.
Ceux de l'opposition ont demande à M. le
Président de faire l'appel des voix
$439 voix contre 33 ont confirmé l'élection.
Du II Juillet. M. le Préſident ayant lu la
réponſe du Roi à l'adreſſe ſur le renvoi des troupes,
il s'eſt élevé une converſation intéreſſante fur
objer ſi alarmant ; elle a été interrompue par
la repriſe de laMotion de la veille , relative à
la formation d'un, Comité des Finances.
;
M. Target opinoit à le compoſer de 60 perfonnes
qui ne préſenteroient aucun réſultat qu'après
la Conſtitution faite , & auquel S. M. feroit
remettre toutes les pièces & mémoires relatifs à
l'adminiſtration des finances.
M. Fréteau&M. Camus déſiroient que le Comité
fût compoſé de 30 Membres ſeulement ,
en appelant des perſonnes du dehors qui don
meroient des lumières ſur cette partie.
M. Pifon du Galland apropofé deux Comités
, dont l'un s'occuperoit des impoſitions directes
ou indirectes; le ſecond Comité traiteroit de
la dépenſe de chaque Département , avec des
tableaux ſéparés ddeellaadette del'Etat, fuivant les
différentes époques.
MM. l'Archevêque de Bordeaux& Demeunier
:
V
(168 )
vouloient une fubdivifion aux Bureaux , pour
embraſſer pluſieurs objets à la fois dans les travaux
proviſoires. M. Senter a propoſé qu'il y
eût dans le Comité un des Députés de l'ile de
Corſe & un autre de Saint-Domingue.
MM. Biauzat & Populusont foutenu que toute.
Motion tendante à éloigner les travaux de laConftitution
, étoit prématurée...
MM. le Chapelier & Barnave ont propofé des
vues ſur la manière de nommer les Membres
du Comité ; le dernier vouloit qu'on en nommât
32 par Généralités , & 28 ſur la totalité de
l'Aſſemblée.
راد 3
« Je crois que nous nous écartons de notre but,
a obſervé M. le Marquis de Montesquiou; il ne
s'agit pas de régler les provinces pour l'impôt ;
il s'agit de connoître la recette , la dépenſe & la
dette: il eſt indifférent que l'on ſoitd'une province
on d'une autre ; il ſuffit d'avoir un bon eſprit ,
& il y en a tant dans l'Aſſemblée , que la nomination
parBureaux ne peut que remplir le voeux
de tous. »
De cette longue diſcuſſion ſur un ſimple Comité
préparatoire,, ſont ſorties quatre opinions ,
fur leſquelles M. le Préſident a propoſé de délibérer
, 1º. de choiſir par Bureaux; 2°. par Généralités;
3°. moitié par les uns , moitié par les
autres; 4°. un Comité nommé parBureaux. Celui
de la réviſion nommé par Généralités.
La troiſième propoſition a été adoptée ; ainſi le
Comité des finances devoit être compofé de 64
Membres ; les Bureaux en choiſiront 32, & les
Généralités un pareil nombre.
M. leMarquis de la Fayette a propoſé le projet
d'unedéclaration des droits naturels de l'homme ,
&de l'homme vivant en ſociété , pour en former
lepremier chapitre de la Conſtitution. Voici ce
projet
( 169)
projet préſenté par fon Auteur , avec autant de
Amplicité que de modeftie.
Déclaration des droits.
«La nature a fait les hommes libres & égaux.
Les distinctions , néceſſaires à l'ordre ſocial , ne
font fondées que ſur l'utilité générale. »
• Tout homme naît avec des droits inaliénables
&impreſcriptbles; telle eſt la liberté de toutes
ſes opinions , le ſoin de ſon honneur & de fa
vie. Le droit de propriété, la diſpoſition entière
de ſa perſonne, de ſon induſtrie , de toutes ſes
facultés , la communication de toutes ſes penſées
par tous les moyens poffib'es , la recherche du
bien-être , & la réſiſtance à l'oppreffion . »
« L'exercice des droits naturels n'a de bornes
que celles qui en aſſurent la jouiſſance aux autres
Membres de la ſociété. »
« Nul homme ne peut être ſoumis qu'à des
Lois conſenties par lui ou ſes Repréſentans
antérieurement promulguées , & également appliquées.
»
« Le principe de toute ſouveraineté réſide impreſcriptiblement
dans la Nation ; nul corps , nul
individu ne peut avoir une autorité qui n'en émane
expreſſément. >>
«Tout homme a pour unique but le bien commun.
Cet intérêt exige que les pouvoirs légiſlatifs
, exécutifs &judiciaires ſoient diftincts & définis
, & que leur organiſation aſſure la repréſen.
tation libre des Citoyens , la reſponſabilité des
Agens , l'impartialité des Juges. »
«Les lois doivent être claires , préciſes , uniformes
pour tous les Citoyens.
« Les ſubſides doivent être librement conſentis
&proportionnellement répartis; & comme l'introduction
des abus & le droit des générations
qui ſe ſuccèdent , néceffitent la réviſion de tout
N°. 30. 25 Juillet 1789. h
1
( 170 )
établiſſement humain , il doitêtre poſſible à laNation
de s'affurer dans certains ca ,, pardes moyens
paiſibes , ureconvocation extraordinaire de Députés,
dout le ſeal objet ſoit d'examiner& corriger ,
s'il est néceſſaire , les vices de la Conſtitution. »
M. de Lally-Tolendal a rendu hommage à ces
principes du droit naturel,en obſervant ingémeuſement
que M. le Marquis de la Fayette
parloit de la Eberté comme il l'avoit défendus.
Enfuire M. de Lally a inſiſté ſur la différence
énorme d'un Peuple naiſſant qui fait choix d'un
Gouvernement , ou qui en veut changer la forme,
à un Peuple antique qui ſe raſſemble pour perpétuer
une Monarchie ſubſiſtante depuis qua-
.forze cent ans , & foumiſe depuis huit fècles à
cette même dynastie qui occupe le Trône.
: « Le Peuple ſouffre , a-t-il dit; il nous demande
des fecours reels bien plus que des définations
abſtraites ; adoptops pour l'avenir- le projet
précieux qui vient de nous être offert. R.motons
fans doute au droit naturel , puiſqu'il eſt
le premier de tous ; mais parcourors rapidement
la chaîne des intermédiaires , & hatonsnous
de redeſcendre au droit poſitif qui nous
artache anGouvernement Monarchique; que la
déclaration de nos droits ſoit la déclaration des.
droits de tous ; que l'homme & le Citoyen , le
Sujet & le Monarque , y trouvent chacun ce qui
doit lui appartenir , & que ce foit , pour airfi
dire , un pacte focial , un contrat univerf 1, qai,
en diftribuat la juſtice à toutes les parties , force
toutes les parties d'être jaſtes , & qui , en leur
procurant le bonheur , les ramène à l'union. "
Les deux avis de MM. de la Fayette &de Lally
ont été renvoyés à la difcufiion des Burtaux.
Onzième semaine de la Session.
Du 13 Juillet. La Séance avoit commencé par
( 171 )
la lecture de quelques adr fles des Bailliages , lorfque
'Aſſemble , inſtrute da envoi de M. Nesker,
&de quelques autres Minidres dans la ſoirée de
famedi dercier , a porté toute fon attention fur
cet évènement.
M. Mounier a pronorcé un difcours à ce ſujet ,
en propofant une adreſſe au Roi par députation
afia de lui demander le rappel des Miniſtres que
la Na ion venoit de perdre.
En reconnoillant le pouvoir qu'a le Roi de
charger fes Miniſtres , j'obſerve, a dit M. Mounier,
» que dans les momers de cife,les Repréſentans
>> de la Nation devoient àleur devoir d'éclairer la
>> confcience du Morarque: que le crédit public
» & le falut du peuple étant en danger , l'Aff.mblée
devoit au Souverain des vérités courageu-
> ſes ſur les Miniſtres qui partago ent fon pouvoir.
>> Les eenemis du bien public ne craignent pas de
>> flétrir le caractère national ; ils veulent braver
> le défeſpoir du peuple ; i's le provoquent par
>> un appareil menaçant ; ils l'environnent de trou-
» pes armées ; ils attentent à la liberté pub ime
& individuelle ; ils interceptent le pallage fur
>> les grandes routes . Ainsi , ils ont appris au Roi
» à redouter un peuple qui le chént , & à pren-
> dre co tre lui les mêmes précautions que contre
» les ennemis de la Patrie. Nous devors clairer
>>> le Roi , & lui préſenter tous les dangers qui
>> menacentfonRoyaume. Je propoſecet eadreffe
» au Roi , pour le ſupplier de rappeler les Mi-
>>sifires , & pour lui repréſenter que la Patrie
» ne peut avoir aucune confiance dans ceux qui
>> leur ont fuccédé , ou qui , en reſtant explace ,
» ont manifeſte des projets contraires an bien
>> public; pour lui ex,ofer les dangers que pen-
>> vent produire ces changemens dansle Manif
" tèr , & Ls nefures violentes dont i's foot ac,
» compagnés , & pour lui déclarer que l'Affen
-
hij
(172 )
blée ne confentira jamais à une infame banqueroute,
"
M. Target a témoigné ſes regrets fur cette difgrace;
il a ajouté qu'on ne pouvoit demander ce
rappel, parce que le pouvoir exécutif a le droit
de choiſir ſes Miniſtres.
M. le Comte de Lally-Tolendal a prononcé un
discours éloquent , & a peint le tableau de
l'admi iſtration de l'Archevêque de Sens , comparée
à celle de M. Necker Il a arraché les larmes
de l'Aſſemblée & des Spectateurs.
M. le Comte de Virien a dit : La fageſſe peut
>> ſeule fauver la Nation : je ne me méfie pas du
➤ courage de l'Aſſemb'ée ; ce n'eſt pas l'appa-
> reil militaire qui affoiblira nos actions. Je fais
» que nous marchons parmi les écueils , la fureur
>> de nos ennemis&la fougue du peuple , &nous
>> devons ſeulement nous conformer à nos prin-
» cipes. De tous côtés , les liens de la confiance
>> ſe rompent ; l'anarchie lève ſes mains mena-
» çantes, le ſang coule ;nos Concitoyens ont péri
>>cette nuit ; garderons-nous un cou,able filence ?
>> Nous leur devo: s à tous des focours ,&nous de
>> vonsnous rallier par un ferment nouveau. Je cros
>> donc que nous devons exprimer nos regrets
>> dans une adreſſe au Roi pour des Miniſtres qu'il
n a éloignés. Nous reconnoîtrons le droit qu'il a
>> de nommer ſes Miniſtres , en lui témoignant
>> que les nouveaux n'auront jamais notre con-
» fiace; & hâtons-nous de travailler à la Confti-
" tution pour le Monarque &pour le peuple ,
» & raffurons auſſi le crédit public. » Il a fini
par prononcer le ferment dans les termes les plus
énergiques.
M. le Duc de la Rochefoucault a déclaré qu'on
devoit marcher à la conſtitution , dont le plan
avoit été développé par un Publiciſte éloquent ,
( 173 )
&qu'il falloit commencer par la déclaration des
droits.
M. le Comte de Clermont-Tonnerre a parlé avec
force pour qu'on ne renouvelât pas le ferment ,
en demandant que l'Aſſemblée fit des remercimens
aux Miniſtres diſgraciés. « Dans les temps
decalamité publique , s'eſt-il écrié , il faut s'attacher
au principe. Le Roi eſt le maître de compofer ou de
décompoſer ſon conſeil ; mais ſi la Nation ne doit
pas nommer ſes Miniſtres , elle peut du moins les
indiquer par le témoignage de ſa confiance ou de
fon improbation. Quant au ferment , MM. , il eft
inutile de le renouveler : la Conſtitution ſera faite ,
ou nous ne ferons plus. Mais il eſt des maux plus
preſſans. Paris eſt dans une fermentation affreuſe ;
on s'y égorge , & les troupes y préſentent deux
ſpectacles bien différens. Des François indifciplinés
qui ne font dans la main de perſonne ,& des
François diſciplinés qui font ſous la main du defpotifme.
On a voulu nous raſſurer ; on nous a répondu
par la bouche du Roi ; mais les troupes
font alternativement cauſes & effets. Rapelors
l'époque du mois d'août dernier , que M. de Lally
vous a tracée avec tant d'éloquence ; alors il n'y
avoit plus de tribunaux , plus de juſtice , & lestroupes
rentrèrent dans leurs fonctions.
M. le Comte de Cuftines a obſervé que la fûreté
publique dépendoit de la ſageſſe &des démarches
de l'Aſſemblée , & qu'elle la troubleroit ſi elle ne
travailloit auffitôt à la Conſtitution.
M. Biauzat a dit qu'une adreſſe au Roi feroit
inutile&dangereuſe,& toute démarche pour le
rappel des Miniftres illuſoire. Il s'eſt fort récrié fur ce
que l'Aſſemblée n'avoit pas communication directe
avec le Roi Lecanal , a-t - il ajouté , par où l'Af-
Semblée parvient au Roi , eſtpeſtiféré. » Il a fait ſentir
la néceffitéd'inférer dans la Conſtitution un article,
Pour que l'Aſſemblée Nationale ait à l'avenir com,
hiij
( 174)
munication directe avec le Ro . Il a fini par dire
qu'on ne devoit préſenter aucune adreffe au Roi ;
qu'il falloit inférer dans lep ocès-verbal les regrets
de l'Affemblée ſurle renvoi des & iniſtres , & que ,
fans défemparer , il falloit travai ler à l'inftant
même à la Conſtitution. Il aparlé avec beaucoup
de chaleur.
M. Grégoire, Curé d'Imbermefnil , a foutenn
que la Nation aſſemblée avoit la plénitude das
pouvoirs. Il a demandé la formation d'un Comité
, afin de dénoncer à la Nation la perfidie des
Miniftres , &c. Quelques expreffions de ce difcours
ont obligé M. le Préſidentddeel'interrompre,
pour dire qu'il voyoit avec douleur un Ecclefiaftique
se fervir d'expreffions que MM. de la Nebleffe
& des Communes ne s'étoientjamais permifes,
M. le Marquis de Gouy-d'Arcy a prononcé un
difcours qui a renouvelé l'attendriſſement de l'affemblée.
Dans une époque mémorable de notre hiftoire
, a t-il dit , deux armées étant en préſence ,
&la poſition critique de celle des François ne
lui laiſſant d'eſpoir que dans le génie de fon Général
, un coup affreux vint trancher ſes jours &
l'enlever à la victoire..A cette nouvelle déchirante
l'armée gémit , nos enremis nous plaignrent
, la France prit le deuil ; & un Orateur facré
montant dans la chaire de vérité , s'écria avec éloquence
:
La mort d'un seul homme est une calamité publique.
Aquelle ſituation, Meffients , peut-on appliquer
plus juſtement ceste expreffion magnifique ! ...
« Je vous citerois aujourd'hui ce qui ſe paſſa il
y a près d'un an , lorſque le Souverain , trompé
par des Miniſtres prévaricateurs , appela auprès
de lui cet Adminiſtrateur habile , auquel une étoile
hemeuſe avoit ménagé entre deux miniſtères quel-.
( 175 )
ques jours de retraite, pour méditer fur ce qu'il
avoit vu , & exécuter enfuite ce qu'il avoit promis.
Je remettrois fous vos yeux la joie des peuples
, le crédi: ranimé , la confiance rétab'ie , fi
des voix plus éloquestes n'avoient rempli ce miniſtère
de juſtice ; mais je ne puis m'empêcher de
vous dire que ſi tous les maux nous menaço ent
alors , ils nous accablent aujourd'hui.
" La. France , preſſée entre la misère & la famine,
voit fon ſein déchiré par des hoftilités civiles.
Hier , & cette nuit ,j'ai vu dans Paris vingt
mille ſo dats armés ; j'ai entendu le canon tonner ;
j'ai vu le ſang couler ; j'ai vu les troupes Françoiſes&
Etrangères s'entre-tuer ; j'ai vu lesCitoyens
pleurer ;je les ai vu s'armer ; je les ai vu courir
en foule aux portes des ſpectacles , & , comme
dans un jour de triſteſſe publique & de deuil , les
fermer au nom de la Nation. .. J'ai vu tout
cela , &j'ai dit : La Nation ſe trompoit- elle donc
dans ſes réjouiſſances , il y a un an ? ſe trompet-
elle dans ſon deuil aujourd'hui ? eſt-elle toujours
dans l'aveuglement , & n'y a-t-il d'exemple d'erreur
que quelques Confeillers éphémères qui entourent
notre vertueux Souverain ?...
. Hélas , Meſſieurs ! nous le ſavons
tous, le principe eſt ſacré , le Roi ſeul eſt le maître
de choiſir fon confeil. Mais quand le voeu
unanime de la Nation réclame la reſponſabilité
des Miniſtres , n'aturns-nous jamais que le droit
de les accufer auprès du Souverain ,& nous refufera-
t-on celui de les pleurer dans ſon ſein ?>>>
« Portons -lui donc folemnellement, Meſſieurs ,
l'expreffion de notre eſtime pour les Miniſtres
'éloignés ,&que leurs ſucceſſeurs téméraires foient
les témoins de nos joſtes regrets. Ils apprendront
ainti ce qu'ils ont à faire pour mériter auprès de
la Nation , & ce qu'ils ont à craindre s'ils déméritent
de la Patrie. >>
hiv
(176)
«Voilà mon avis , &je me félicite de voir
qu'il eſt déja celui de cette auguſte Aſſemblée.>>
Je n'ai plus qu'un mot à ajouter , Meſſieurs ,
&ce mot eft bien important.
«
« De grands malheurs font ſuſpendus ſur nes
têtes. "
« Puiſſe la Providence en détourner l'influence
maligne! mais ſi le deſporiſme , dans ſes écarts ,
ofoit porter ſa mainprofane ſur l'existence ſacrée
de l'Aſſemblée nationale , ſouvenons-nous qu'appelés
par le Roi pour former une Conſtitution ,
envoyés par nos Commettans pour former une
Cor ftitution , notre miffion , quelques ordres qui
rous arrivent , ne fera remplie que lorſque la
Conſtitution (era formée. Réunis pour cet objet
important par les puiſſances légales , un ferment
folemnel a ferré. nos noeuds le 20 juin. Ce moment
attendriſſant& héroïque , fans ceſſe préſent
à notre ſouvenir , rend nos liens irréfragables
comme nos droits . "
M. Guillotin a dit : Que l'Aſſemblée des Electeurs
de Paris l'avoit chargé de ſupplier l'AſſembléeNationaledefaire
lever les gardes bourgeoiſes
de Paris , & il a fait la lecture de l'Arrêté que
les Electeurs avoient pris à co ſujet. Il a conjuré
l'Aſſemblée de prendre cet Arrêté en eonfidération.
Il a fini par demander acte de ſa déclaration.
M. de Saint-Fargeau a prié l'Aſſemblée de faire
connoître elle-même ſes ſentimens au Roi. Il a
démontré que c'étoit le ſeul moyen de calmer
lepeuple. Il a déclaré que l'adreſſe au Roi devoit
être précédée de la déclaration du pouvoir légiflatif,
& que cette adreſſe ne devoit exprimer
que ! profonde douleur de l'Aſſemblée. Il a
prouvé avec énergie le bienfait de la Milice
bourgeoife.
M. de Menonville a dit qu'il ne convenoit , dans
( 177 )
aucune circonſtance , à l'Assemblée de s'occuper
du choix des Miniſtres , ni de prier le Roi de
les reprendre. Il a penſé que l'adreſſe de remerciment
aux Miniftres diſgraciés n'étoit point
convenab'e. Il a déclaré qu'il s'oppoſoit à l'adreſſe
au Roi , dans le cas où l'Aſſemblée en
adreſſeroit une aux Miniſtres . L'Aſſemblée ne
peut demander le renvoi d'un Miriſtre , mais fon
jugement. Il a dernandé la création d'un Tribunal
compétent pour juger les Miniftres. Il a fini par
conclure à ce que l'Aſſemblée s'occupe fans
relâche du travail de la conſtitution ,& le renvoi
de l'adreſſe des Electeurs de Paris , dans un
Comité qui fe formeroit fur-le-champ.
M. le Chapelier a parlé avec force pour que
l'Aſſemblée inſiſtât ſur le renvoi des troupes . Le
premier objet de ſes délibérations doit être la
création de la Milice bourgeoiſe. Le peuple , a- t-il
ajouté , doit garder le peuple. Il a demandé que
l'adreſſe au Roi ne contint que le renvoi des
troupes & l'établiſſement des Milices. Le ſecond
objet des délibérations doit être la retraite des
Miniſtres , & la rédaction d'une adreſſe de remercîment
; il a ajouré qu'il falloit dans ce moment
établir la loi de la reſponſabilité des Miniſtres .
M. le Chapelier a déclaré que te Roi n'avoit
pas le droit de renvoyer M. Necker dans ſa
patrie , puiſqu'il étoitdevenu François , & refponfable
envers la Nation. Il a fini par demander
que le ferment de MM. les Genti ishommes fût
confacré folemnellement dans le pr ocès- verbal ;
il a terminé ſon difcours par ces mots : Si quelques-
uns de MM. les Gentilshommes s'y oppoſent ,
qu'ils se lèvent auffi-tôt
M. Barnaye s'est écrié qu'il voyoit dans la
Nation deux partis oppoſés ; celui des perſonnes
qui vouloient augmenter le Tréfor Royal pour
le piller , & des partiſans du defpotifme ;& de
: hv
( 178 )
Fantre, la Nation aſſemblee, dont les Députés font
les vrais Confeillers du Roi , appelés par lui. Il a
déclaré que ſi le Roi avoit le droit de nommer
fes Miniſtres , la Nation avoit celui de ne pas
les reconnoître , & que par conféquent elle pouvoit
refuer de traiter avec ceux qu'elle n'aimoit zi
n'eftimcir. Il a infiſté pour l'étab'iſſement des
M lices bourgeoiſes & le renvoi des troupes. Il
a propoſe quatre Arrêtés
Le premier , pour faire part aux Miniſtres difgraciés
, de l'eftime que l'Aſſemblée Nationale a
pour eux.
Le ſecond , pour déclarer au Roi que tous
les Miniſtres actuels n'auront jamais l'eſtime de
la Nation.
Le troiſième , pour le prompt renvoi des
troupes & l'établiſſement des Milices bourgeoifes .
Le quatrième , pour déclarer que l'Ailemblée
Nationale rendra les Miniftres & les Confeillers
perfiles reſponſables des événemens.
Un Membre de la Nobleſſe a dit qu'on avoit
enlevé à la Nation les feuls Miniſtres qu'elle
eftimoit , mais qu'on n'avoit pu rompre les liens
qui exiſtoient entre l'Affemblée Nationale &le
Trône. Il a penſé qu'on ne devoit pas faire d'adreſſe
de remerciment à M. Necker & aux autres
Miniftres , mais inférer les ſentimens de l'Affeinblée
dans le procès-verbal . Il a ajouté qu'on ne
pouvoit pas faire d'adreſſe au Rei pour le renvoi
des Miniftres actuels , mais les couvrir d'epprobres.
Il a prouvé que le ſeul moyen de ré ablir
le calme & la tranquillité publique, étoit l'établiſſement
des Milices bourgeoifes. Il a ajouté
que la Nation devoit avoir le commandement
des troupes.
M. le Comte de Lally- Tolendal a dit que M. le
Préſident lui avoit ordonné d'interrompre la difcusion,
pour annoncer les ravages dont Paris
( 179 )
éto't affligé. Il a lu deux lettres qui ont p'ongè
l'Ailemblée dans le déſeſpoir.
Un Membre a proposé à l'Affemb'ée de ſe
tranſporter en corps à Paris pour ca'mer le peuple .
M. le Comte de Foucault l'Ardimais a pro
poſé de nommer auflitor un Comité , qui s'occuperoit
fur- le-champ de la conduite à tenir dans
ces circonstances critiques.
M. le Ducd'Aiguillon apropoſé de faire partir
fur-le-champ les deux députations .
M. Fréteau a obſervé que la Monarchie étant
en danger , il faloit envoyer auflitôt la députation
au Roi , fans adreſſe , pour folliciter la
permiffion de dire au peuple que le renvoi de
M. Necker & des autres Ministres n'étoit pas
encore définitif.
M. le Marquis de Montesquiou a opiné pour
que la députation à envoyer à Paris , cûr le
pouvoir de faire retirer les troupes , & qu'il falloit
donc le demander au Roi auffitôr.
M. Rabaud de Saint-Etienne a lu le projet d'une
adreſſe au Roi ; mais comme elle étoit for congue,
l'Affemblée n'a pu en entendre la lecture entière .
M. le Préfident a nommé 48 Députés pour
ſe rendre chezle Roi ; & les Députés de Pa is ,
ainſi que des D'putés de chaque Ordie , pris
dans toutes les Généra'ités , pour compoſer la
dépuration à Paris, Ces deux députations , ayant
à leur tête M. l'Archevêque de Vienne , ſe font
rendus chez le Roi , qui leur a fait la réponde
fuivante :
« Je vous ai déja fait connoître mes intentions
fur les mesures que les déſordres de Paris m'ont
forcé de prendre ; c'eſt à moi ſeul à juger de
leur néceflité , &je ne puis à cet égard apporter
aucun changement : quelques villes ſe gardent
elles-mêmes ; mais l'étendue de la capitale ne
permet pas une ſurveillance de ce genre. Je ne
hvj
( 180 )
1
doute pas de la pureté des morifs qui vous portent
à m'offrir ves ſoins dans cette affl geante cir
conſtance ; mais votre préſence à Paris ne feroit
aucun bien: elle est néceſſaire ici pout l'accélération
des importans travaux dont je ne ceffe
de vous recommander la fuite,
La députation à Paris n'ayant pas eu lieu ,
l'Aſſemblée n'a point levé la ſéance.
M. l'Evêque d'Autun a lu la réponſe du Roi.
M. le Marquis de la Fayette a demandé qu'on
déclarât la reſponſabilité des Miniſtres fur les
affaires actuelles ,& ſur les évènemens qui peuvent
en être la ſuite.
M. Target a appuyé cette demande avec force.
M. Gleizen a prouvé avec quelle facilité on pourroit
ſouſtraire un Miniſtre infidele à la recherche
de la Nation: il a foutenu qu'il étoit indiſpenſab'e
de demander le rappel du Miniſtre pour
rendre compte à l'Affemblée de l'état des Finances.
L'Aſſemblé a pris l'Arrêté ſuivant à l'unanimité
des fuffrages.
«Il a été rendu compre par les Députés envoyés
au Roi , de la réponſe de Sa Majeſté.*»
« Sur quoi l'Aſſembée Nationale , interprête
des ſentimens de la Narion , déclare que M.
Necker, ainſi que les autres Miniſtres qui viennent
d'être éloignés , emportent avec eux ſon
eſtime & fes regrets. »
«Déclare qu'effrayée des ſuires funeſtes que
peut entraîner la réponſe du Roi , elle ne ceſſera
d'infifter ſur l'éloignement des troupes extraordinairement
afſſemblées près de Paris & de Verfailles
, & fur l'établiſſement des Gardes Bourgeoiſes.
»
« Déclare de nouveau qu'il ne peut exiſter
d'intermédiaire entre le Roi & l'Aſſemblée Nationale.
>>
(181 )
«Déclare que les Miniſtres &les Agens civils&
militaires de l'autorité , ſont reſponſables
detoute entrepriſe contraire aux droits de laNation
&aux décrets de l'Aſſemblée. »
«Déclare que les Miniſtres actuels &les confei's
de Sa Majesté , quelque état , quelque rang
qu'i's puiſſent avoir , font perfonnellement ref
ponſables des malheurs préfens & de tous ceux
qui peuvent ſuivre. »
« Déclare que la dette publique ayant été miſe
fous lagardede l'honneur&de la loyauté françoiſe,
quelaNation ne refuſant pas d'en payerles intérêts,
nul pouvoir n'a le droit de prononcer l'infâme
mot de banqueroute , ſous quelque forme & dénomination
que ce puiſſe être. »
« Enfin , l'Affemblée Nationale déc'are qu'elle
perſiſtedans ſes précédens arrêtés , ¬amment
dans ceux des 17 , 20 & 23 juin dernier ; & la
préſente délibération ſera remiſe au Roi par le
Préſident , publiée par la voie de l'impreffion; &
adreſſée , par ordre de 'Aſſemblée , à M. Necker
&auxMiniſtres quelaNation viert de perdre.
L'Aſſemblée a témoigné ſa joie par une acclamation
& des applaudiffemens univerſels .
M. l'Archevêque de Bordeaux a opiné pour
que M. le Préſident fit part à M. Neoker & aux
autres Miniſtres , des ſemimens d'eſtime dont
elle étoit pénétrée .
On a fait une ſeconde lecture de la répo ſe
du Roi & de la déclaration de l'Aſſemblée.
Un Membre de la Nobeſſe a réclamé contre
l'article de la dette nationale; il a propoſé d'y.
inférer ces mots : L'Assemblée déclare conjointement
avec le Roi.
L'Arrêté a paffé de nouveau unanimement.
M. le Duc de Praslin a témoigné fes regrets
ne pouvoir acquiefcer à cet Arrêté , &a
réclamé contre l'adhéſion à l'Arrêté du 17 , à
de
( 182)
cauſe de ſa preſtation de ferment; il a ajouté
que ſans cet engagement ſacré, il auroit ſigné
cetArrêté de fon fang....
M. de Lally-Tolendal a répondu que l'Aſſemblée
étoit formée avant la réunion , & qu'aini
aucun Membre ne pouvoit s'y oppoſer , mais
proteſter.
Il y a eu grand bruit à ce ſujet.
Un Membre de la Nobleſſe a déclaré n'avoir
pu prendre part à aucun des Arrêtés précédens ,
mais qu'il adhéroit de bon coeur à celui- ci.
M. de Puzi , l'un des Députés de la Nobleſſe
d'Amont , s'eſt empreffe d'adhérer à tous les
Arrêtés, en invitant tous les autres Membres de
la Nob'eſſe à ſuivre fon exemple , qui a été fuivi
par les Députés d'Agen & autre .
M. le Comte de Montmorenci , Député de
Montfort, a dit qu'il s'engag -o't pour lui & pour
fon collègue, fans crainte d'être déſavoné; il
s'eft uri irrévocablement au ferment général.
L'Aſſemblée lui a témoigné ſa reconnoiſſance
par une acclama ion univerſelle.
a Il me femble, a-t-il ajouté , que ceux qui
font dans cette Aſſemblée , prouvent , par leurs
applaudafemens , qu'ils adherent tous.
M. le Duc de Praslin a dit : « C'eſt la fidélité
à mes Commettans qui m'a fait parler comine
je lai rait; quant à moi perſonnellement ,je penſe
comme l'Afiemblée. »
Ceste adhéſion a été vivement applaudie.
M. le Comte de Lally ayant pis la parole ,
a dit : « Cette affaire étant auffi roblement qu'heureuſement
confommée, M. lePréſideat me cha ge
de vous dire ſi vous voulez nommer un.Vice-
Préfident&les Membres du Comité des finances. »
Cette propofition a été admiſe.
M. le Marquis de Montesquiou a penſé qu'il
étoit convenable que l'Aſſemblée réío û: de ne
( 183 )
pas fe féparer , & de continuer la ſéance jufqu'à
miauit.
M le Comte de Virieux a opiné pour que l'on
procédât auſſitôt à la nomination d'un Vice-
Préſident , afin. que l'Affemb'ée pût continuer
fa féance juſqu'à fix heures du matin.
M. Target a demandé la formation des bureaux
pour la nomination du Comité des finonces
, & la réunion dans l'Aſſemblée auffinôt
après
Un Député de la Nobleſſe a témoigné les regrets
de la Ncb'effe de la Sénéchauſſée de Niſme ,
de ne s'être pas trouvé au moment de la lecture
de l'Arrêté ; il a déclaré qu'il y adhéroit for
mellement en fon nom & à celui de fes co-Députés
, ainſi qu'à tous ceux qui ſeroient pris dans
la fuite. Il a demandé acte de ſa déclaration .
M. le Préfident a demandé la formavim en
bureaux , pour la nomination du Vire- Préſident.
M. l'Abbé Syeyes a lu une déclaration de la
Nobleffe de Nemours , qui ordonne à M. le
Vicomte de Noailles , fon Député , c'opiner par
tête dans la Conftitution , & dans tous les articles
qui intéreſſent généralement l'Etat. Elle approuve
ſa conduite & l'en félicite ; & e le s'en rapporte
à ſa ſageſſe dens tous les cas.
M. Babey a demandé que l'Arrêté fût porté
au Roi dans la ſoirée , par M. le Préident.
M. l'Archevêque de Vienne a dit : que l'Afſemblée
avoit arrêté de nommer 32 perſonnes
dans les Généralités , & 32 dans les bureaux ;
qu'il demandoit que celles nommées dans les
bureaux fuffent priſes dans le Clergé par nombre
impair , & dans la Nobleffe par nombre pair.
Un Membre a demandé que l'Affemblée envoyât
aux Electeurs de Paris , la copie de fon
Arrêté. Cette demande a été admiſe.
L'Aſſemblée s'eſt formée en bureaux. M. le
( 184 )
Marquis de la Fayette a été nommé Vice Préſident.
Il a préſidé pendant toute la nuit.
Du 14 juillet au matin. La Séance a commencé
à neuf heures , par la lecture des
Adresses de plusieurs villes du Royaume , qui
expriment les mêmes sentimens de reconnoissance
que les précédentes envers l'Assemblée.
On a distingué l'acte de charité par
lequel la ville de Joigny a témoigné sa joie ,
en faisant distribuer trois mille livres de pain
aux pauvres .
M. Péthion de Villeneuve a observé qu'il
étoit intéressant de hâter le travail de la
Constitution , et que la discussion à faire sur
le plan donné par le Comité central , ne prépareroit
que lentement le travail. Il a proposé
en conséquence de nommer un Comité
de huit personnes , pour faire un plan de
Constitution qui pût être discuté dans les
Bureaux , rapporté ensuite à l'Assemblée ,
pouryêtre adopté définitivement. Il a proposé
de nominer au scrutin dans les Bureaux , les
huitMembres . :
Un Député des Communes a appuyé cette
Motion , et insisté fortement sur son importance.
M. Malouet a demandé la permission de
kire un plan de Constitution , ou du moins
de déclaration de droits , qui a été écouté
avec intérêt , mais dont on n'a pu saisir à
une simple lecture , les bases et les principes ,
les conséquences et les suites , de sorte que
ladiscussion n'a pas été interrompue.
Male Président a représenté que M. Péthion
avoit proposé de nommer un Comité pour
rédiger la Constitution , qu'en conséquence
( 185)
prioit les Membres qui avoient demandé la
parole , de ne pas sortir de ce sujet.
M. Garat a insisté pour que l'on s'occupât
d'abord de la Déclaration des droits de
Phomme; il a ajouté que l'Assemblée avoit
accepté avec empressement le plan qui lui avoit
été proposé.
M.le Comte de Custines a exposé plusieurs
réflexions sur cette Déclaration, en concluant
àne pas s'en occuper avant la promulgationi
de la Constitution , et des Lois civiles et criminelles.
Un Membre des Communes a prétendu que
le Comité avoit eu tort de commencer par
la Déclaration des droits de l'homme , et qu'on
auroit dû parler de la Religion. Il s'est opposé
à la formation d'un nouveau Comité.
M. le Comte de Crillon a observé que le
plan proposé ne pouvoit conduire à aucun
résultat; qu'il falloit nommer un Comité de
huit personnes , prises proportionnellement
dans les trois Ordres ; que ce Comité feroit
imprimer son plan ; qu'on nommeroit en
même temps un Bureau de vérification pour
discuter et revoir ce même plan , et que ce
Bureau seroit le centre de toutes les lumières;
que ce plan seroit ensuite discuté dans quatre
Bureaux ; puis réimprimé pour être discuté
dans tous les Bureaux ; discuté enfin dans
P'Assemblée , et publié. ,
M. Barrère de Vieuzac a observé que les
troubles pouvoient s'accroître d'un moment
à l'autre , de manière à jeter l'Assemblée dans
desdiscussionsétrangères àlaConstitution; que
le temps pressoit d'en arrêter provisoirement
les articles principaux , en laissant de côté
ceux qui demandoient des discussions , qu'on
ne peut se permettre au sein des orages . « La
:
( 186 )
• Constitution, a-t-il dit, est déja faite dans
tous les esprits. Ce ne peut être ici un er
fantement laborieux ; c'est peut-être l'ou-
- vragesd'un jour , parce qu'il est le résultat
des lumieres d'un siècle. Hatez - vous donc
d'en fajresau moins une ébauche concise
« et provisoire , sauf à lui donner , dans un
« temps de calme et de sécurité , les dévelop-
«pemens convenables. » M. de Vieuzac alloit
proposer un plan , on l'a prié de le remettre
Sur le Bureau .
Suivant un Membre du Clergé , la Décla
ration des droits de l'homme ne pouvoit
qu'augmenter et perpétuer l'insubordination.
L'égalité des hommes dans la Société étoit
un paradoxe. Ce Discours ayant été interrompu
, le Député qui le tenoit a repris la
parole pour prouver qu'il ne falloit pas faire
marcher les droits de l'homme sans le contrepoids
de ses devoirs; il a lulune Motion , tendante
à ce que la Constitution commençat
par la Déclaration des droits de la Monarchie.
:
a
M. de Clermont-Tonnerre a pris la parole :
Plusieurs projets , a-t- il dit , sont soumis à
votre délibération ; le premier , relatif à la
Constitution à faire dans le Comité de la
distribution des matières , est inutile. Ce Comité
a fini ses travaux en vous donnant un
ordre de travail. Nommer un premier Co.
mité me paroît dangereux ; c'est concentrer
sur un petit nombre de grands travaux , qui
doivent être connus de tous les Membres.
L'Assemblée doit donner les idées et les vues
de_la Constitution. Un Comité pourrà ensiúire
les rassembler , les rédiger et les présenter
aux débats de l'Assemblée générale.
Ce seroit autrement établir une aristocratie
( 187 )
d'opinions. Il a proposé à l'Assemblée de se
former sur-le- champ en Bureaux pour nommer
seize personnes qui seroient chargées
d'examiner les plans proposés , et nommer
un Bureau de correspondance , pour y porter
les rapports de chaque Bureau. Il a fini par
dire qu'il falloit abandonner la Déclaration
des droits de Phomine , finir la vérification des
pouvoirs , et aller en avant.
<<Vous aveznommé un Comité pour l'ordre
du travail , a dit M. Mounier , le Comité s'est
acquitté envers l'Assemblée , et ne pouvoit
aller plus loin; il s'attendoit que son plau
seroit examiné dans tous les Bureaux . Etablira-
t-on un Comité de Constitution ? Mais
les autres Membres seront sans activité , on
ne profitera pas de leurs lumières. »
Il seroit plus facile de traiter chaque article
dans les divers Bureaux , dont les opinions
seroient rapportées à un Bureau de
correspondance qui les réuniroit pour les
faire juger par l'Assemblée. Quant à la Déclaration
des droits , elle ne doit pas être métaphysique
, mais claire et simple. Dans ce
moment, il faut s'occuper des pouvoirs et du
réglement sur la forme de délibérer .
CC Les données sur la Constitution sont
dans nos cahiers , a dit M. le Chapelier. Les
pensées et les voeux de nos Commettans y
sont déposés ; un Comité peut les rédiger ,
et nous verrons si le plan propostemplit
ou contrarie nos pensées ou nos mandats.in .
faut un Comité de huit personnes ; un petit
nombre facilite le travail : les Bureaux- examineront,
& l'Assemblée prononcera. »
M. Pison du Galland a opiné pour que
chaque Bureau fit un plan de Constitution ,
et nommât un Membre pour former un Bu(
188 )
•
reau de correspondance. Ce Bureau réuniroit
les trente plans en un seul , et rapporteroit
à l'Assemblée les différences qui existeront
entre ces plans.
M. le Président a observé qu'il falloit opter
entre le plan de M. Péthion de Villeneuve ,
et celui de M. Mounier.
M. de Clermont- Tonnerre a réduit ainsi la
Motion de M. Péthion de Villeneuve : » Nom-
» mer au scrutin un Comité de la Constitu
» tion , composé de huit Membres seulement,
>> suivantlaproportion établie dans les Ordres,
>> lesquels Membres seront chargés de pré-
>>senter un projet de Constitution , qui sera
->discuté dans les Bureaux , et porté à l'As-
>> semblée géndrale pour y être ensuite déli-
» béré. »
Cette Motion a été adoptée presque unanimement
; on n'a pas compté dix opposans.
L'Assemblée s'est formée aussitôt en Bureaux.
Vers une heure, s'étant de nouveau réunie ,
M. le Président lui a fait part qu'il s'étoit
rendu chez le Roi à dix heures du soir ; que
SaMajesté, étant à souper avec la Reine , lui
avoit fait dire de revenir le lendemain au
matin. M. le Président a ajouté qu'il venoit
de présenter au Roi l'Arrêté de la veille , et
que Sa Majesté lui avoit répondu qu'Elle
l'examineroit et lui feroit savoir sa réponse.
Le it personnes élues au scrutin pour
former le Comité de rédaction , sont MM. l'Archevêque
de Bordeaux , l'Evêque d'Autun , le
Comte de Clermont- Tonnerre , le Comte de
Lalty-Tolendal , Mounier, l'Abbé Syeyes , le
Chapelier et Bergasse..
Les huit Députés qui ont eu le plus de voix
après les Commissaires ci-dessus nommés ,
( 189 )
sont MM. l'Evêque de Chartres , l'Archevêque
d'Arles , Marquis de la Fayette , Fréteau ,
Comte de Mirabeau , Bailly , Rabaud do
Saint-Etienne et Péthion de Villeneuve.
L'Assemblée s'est ajournée à cinq heures
du soir.
Le Comité des finances , nommé le même
jour , est formé des Députés suivans :
CLERGÉ. MM. l'Archevêque d'Arles , l'Abbé
Gouttes , de Châtisai , Gennetai , l'Archevêque
de Bordeaux , Surade , Longpré , l'Abbé
Godefroi , l'Abbé Jallet , Bonnefoi , l'Abbé
de la Salcette , Gilbert , l'Abbé Villaret ,
Forêt de Marmoussi.
NOBLESSE . MM. le Comte de Castellane ,
le Duc de Liancourt , le Duc d'Aiguillon , le .
Baron d'Harembure , le Marquis de Blacons ,
le Comte de la Tour- du-Pin , le Marquis de
la Cotte , le Comte de Croix , le Baron de
Cernon , le Vicomte de Noailles , le Comte
de Puisaye , le Marquis de Montesquiou , le
Duc de Biron , le Comte de la Blache , de
Ruillet.
COMMUNES. MM. Anson, Gautier,de Grandpré,
Lebrun , Dupont , Goyard, Perier , Roque,
Aubri du Broschet , Volfius , Kits Patter ,
Coudere , Bardelot , Jarri , de la Terade ,
Lavade , Gouges , Sahetrende , Gouy d'Arcy ,
Nourissart , Gresché , de Hermone , Grenier,
la Fayne , Cramé , Nicodeme , Vernier , le
Coulteux , Rocal , le Jeans , Marquis , Poya ,
Domboueuх .
Séance du 14 , au soir. L'Assemblée , formée
de nouveau vers les cinq heures , étoit
plongée dans une tristesse profonde qu'excitoient
les troupes retenues autour de Paris
*et dans Versailles , et l'image des événemens
(190 )
désastreux qui sembloient se préparer. M.
de Mirabeau prononça , dans cette circonstance,
un Discours vehement sur la néces
site d'eloigner les troupes promptement , et
sur celle de s'occuper des circonstances actuelles
, au lieu de travailler à la Constitution.
Un Membre a opiné pour solliciter le départ
des troupes , par une Députation an Roi.
Il a fini par demander la formation des Bureaux
, pour travailler aussitót à la Constitution.
Un Préopinant a déclaré qu'on ne pouvoit
se dispenser de réclamer le renvoi des troupes
, avant de travailler , puisqu'on les avoit
fait venir pour agir hostilement contre l'Assemblée.
Un Membre de la Noblesse a dit , qu'on ne
ponvoit faire de réponse au dilemme de M.
de Mirabeau. Il a ajouté que les Ministres
avoient envie de suivre l'impulsion donnée
par l'Assemblee , on de la contrarier ; que
Pon faisoit encore marcher trente mille hommes
vers Versailles , pour renforcer Farmée ,
et que par consequent on devoit prévenir les
coups d'autorité.
Un Membre du Clergé a déclaré que , remplaçant
M. le Cure d'Argenteuil, Députë de
la Prévoté de Paris , il adheroit à tous les arrêtés
pris par l'Assemblee : son atis a eté
qu'il n'y avoit lieu à délibérer sur le renvoi
des troupes , puisque son arrêté d'hier portoit
qu'elle ne cessera d'insister sur leur eloignement
, et qu'ainsi il falloit délibérer pour persister
dans cet arrêté , sans aller aux voix .
Un Preopinant a voté pour qu'on ne laissât
point la garde de Paris en présence des
troupes : il ademandé un nouvel arrêté pour
:
1
(191 )
rendre les Ministres responsables de tous les
événemens ..
M. Termès , Cultivateur et Député, des
Communes d'Agen , a fait la Motion suivante:
CC MM. Vous venez donc d'en faire une seconde
fois la triste expérience ; vos avis salutaires
pour arrêter le cours des malheurs
auxquels la Patrie est en proie , sont done
inutiles , comme ceux que vous aviez donnés
afin de les prévenir. Le sang des Citoyens est
versé , et ce sont les troupes destinées pour
La défense de la Nation contre les ennemis
de l'Etat , qui le versent au nom du Roi. C'est
de votre énergie , c'est de votre seul courage
que l'Etat peut recevoir aujourd'hui son salut.
Ne craignez point de déployer toute la force et
toute l'antorité qui peuvent résider dans votre
Assemblée. Ce n'est plus le cas d'apprehender
de porter atteinte aux principes qui reglent
les divers pouvoirs du Gouvernement , lorsque
le Gouvernement les viole le premier. Il ne
reste plus qu'un parti à prendre ; rappelez le.
Soldat à son devoir , au service pour lequel il
s'est engagé ; ordonnez aux troupes , de l'o
béissance desquelles les ennemis de l'Etat ne
peuvent abuser , ordonnez-leur de se rendre
aux divers postes qu'elles occupoient précédemment
; déctarez coupable de crime de
Lèze-Nation , pour être puni comme tel , tout
Officier, tout Soldat qui tournera ou proposera,
de tourner ses armes contre des Citoyens
, contre un François. Afin de maintenir
le bon ordre dans les villes , autorisez les
Habitans à se réunir et à s'arnier ; que vos
décrets éloignent , à felle distance que votre
sagesse jugera convenable , soit de la capitale
, soit de cette enceinte , toutes les troupes
(192 )
qui ne sont pas destinées à la garde du Roi
et au service ordinaire de sa maison . »
« Dans ce même temps , Messieurs , puisque
des Ministres , si dignes de la confiance et du
Roi et de la Nation , sont éloignés du Trône
et de l'administration , que la crainte de nouvelles
déprédations vous fasse prendre des précautions
nouvelles , afin qu'en attendant qu'un
temps plusheureux ait ramené l'ordre , le produit
des subsides ne soit point détourné de
leur destination. Si c'est de votre consentement
que les impôts sont levés , vous avez
droit de vous assurer de l'emploi. Choisissez
un Receveur en qui vous ayez confiance , qui
soit chargé de distribuer les fonds publics d'après
les règlemens que vous estimerez propres
dans votre sagesse, »
«Ayant enfin pourvu à la conservation de
l'Etat , qui est menacé de sa ruine , de la manière
que votre devoir et les circonstances
l'exigeront , reprenez sans relâche , ou plutôt
avec une vigueur nouvelle , l'ouvrage de la
régénération de la France , pour laquelle vous
avez été envoyés. »
Un Préopinant a dit , que le Peuple n'auroit
aucune crainte , s'il voyoit l'Assemblée
travailler à la Constitution , et qu'il étoit done
indifférent d'insister , ou non , sur le renvoi
des troupes.
Un second a déclaré , qu'il étoit de la dignité
de l'Assemblée nationale de ne pas
souffrir qu'elle fût entourée de l'appareil de
la guerre.
Un troisième s'est opposé à la Motion de
M. de Mirabeau ; il a proposé de s'en tenir
à l'arrêté de la veille , attendu que les décrets
de l'Assemblée Nationale devoient être
Irrévocables .
Cette
(1)
Cette discussion a éte interrompue par M.
le Vicomte de Noailles qui arrivoit de Paris ,
et avoit été le témoin des malheurs qui affligeoient
cette ville . « J'ai vu , dit- il , la Bourgeoisie
de Paris en armes , dirigée dans sa
discipline par les Gardes-Françoises , l'Hôtel
des Invalides investi , ses canons et dépôt
d'armes enlevés : toutes les familles nobles
sont obligées de se renfermer dans leurs maisons
; on dit la Bastille prise d'assaut , et son
Gouverneur, M. de Launay, qui avoit fait tirer
le canon sur les Citoyens , égorgé. »
Ce cruel récit produisit la plus terrible im
pression sur l'Assemblée.
M. de Mirabeau proposa de rédiger sur-lechamp
un arrêté ou une adresse au Roi , pour
lui être présenté dans la soirée. Les démarches
, ajouta- t-il , ne pouvoient être que
très-etlicaces; il falloitdonc envoyer une Députation
très-nombreuse à Paris , afin de sauver
les Citoyens honnêtes qui pouvoient être
compromis.
M. Barnave dit , que les braves Citoyens
de Paris avoient pensé que l'établissement de
la Milice Bourgeoise étoit le seul moyen de
calmer le Peuple ; que ces mêmes Citoyens
s'étoient portés aux Invalides pour avoir des
armes , et que par conséquent on ne devoit
craindre aucun mouvement incendiaire ; et
quecequivenoit de se passer, étoitune preuve
que les troupes étoient inutiles. On voyoit en
ce moment deux forces en présence l'une de
l'autre , les Citoyens de Paris et l'armée. Une
pareille situation ne pouvoit se prolonger : if
falloit donc insister sur le renvoi précipité des
troupes;et l'Assemblée en corps devoitse transporter
chez le Roi, ou du moins y renvoyer une
Supplément au N°. 30. :
a
(2)
Députation fort nombreuse , pour solliciter
ce renvoi.
Un Préopinant Noble a déclaré qu'on devoit
considérer deux objets : 1 °. le grand
ordre à mettre dans les délibérations et declarations
de l'Assemblée. 2°. De prouver au
Roi le patriotisme et la fidélité des Citoyens.
11. a voté pour que l'Assemblée envoyât une
Députation ordinaire au Roi , accompagnée
deM. le Vicomte de Noailles , pour lui rendre
compte des scènes effrayantes dont il avoit
été le témoin.
Un Membre du Clergé a observé qu'ilfalloit
dire au Roi , que Paris étoit sous les armes;
quetoutes les provinces pourroient dans lepremier
moment de la consternation , prendre
la résolution de venir au secours des Députés ,
et que malheureusement , il y auroit beaucoup
de sang répandu. Il a fini par pronver
que la présence des troupes étoit aussi funeste
pour les provinces que pour Paris .
M. Target déclara qu'il falloit envoyer
sur-le-champ une Députation chez le Roi ,
et charger M. le Président de demander à Sa
Majesté le renvoi des troupes , conformément
à l'Arrêté de la yeille .
M. le Président demanda que la Députation,
qui devoit aller à Paris la veille , se ren
dit aussi-tôt chez le Roi .
Cette proposition fut acceptée. Je
M. L'Evêque d'Autun proposa un Arrêté,
pour approuver la conduite des Citoyens de
Paris , rétablir le calme , demander le renvoi
des troupes , etc.
Plusieurs expressions ont occasionné une
grande rumeur.
M. L'Evêque d'Autun lut de nouveau sa
( 3 )
Motion après y avoir fait des changemens .
Elle fut applaudie et acceptée . La voici :
«L'Assemblée nationale désirant par-dessus
tout la tranquillité publique , et considérant
qu'elle doit être rétablie par la formation
de la Milice Bourgeoise', qui existe dans .
la Capitale , a Arrêté que le Roi seroit de
nouveau conjuré d'éloigner les troupes dont
la présence est la cause principale du désordre
, et qui , présentant le contraste d'une
force Militaire qui effraye le Peuple , et d'une
force civique qui le rassure , semble mettre
en opposition les droits de l'autorité et ceux
des Citoyens. En conséquence , la méme
Députation retournera vers le Roi , et emploiera
les moyens les plus pressans pour
le renvoi des troupes. »
M. L'Archevêque de Vienne s'étant rendu
au Château , à la tête d'une nombreuse Députation
, entra chez le Roi à neuf heures
du soir. Cette Audience fut longue , et l'attente
cruelle. L'incertitude du sort de la
France répandoit les plus vives alarmes. Enfin
à dix heures , M. l'Archevêque apporta la
Réponse du Roi conçue en ces termes :
<<Je me suis sans cesse occupé de toutes
les mesures propres à rétablir la tranquillité
dans Paris. J'avois , en conséquence , donné
ordre au Prévôt-des - Marchands de se rendre
ici , pour prendre les dispositions nécessaires .
Instruit depuis de la forination de la Garde
Bourgeoise , j'ai donné ordre à des Officiers
Généraux de se mettre à la tête de cette
Garde , afin de l'aider de leur expérience , et
de seconder le zèle des bons Citoyens . J'ai
également ordonné que les troupes qui sont
au Champ de Mars , s'écartent de Paris. Les
inquiétudes que vous me témoignez sur les
aij
(4)
désordres de cette ville , doivent être dans
tous les coeurs , et affecient vivement le
mien. >>>
Tandis que la Députation étoit chez le
Roi , l'Assemblée nationale gémissoit des
malheurs dont une Députation des Electeurs
de Paris venoit de lui faire part ; elle lui
confirma que la Bastille venoit d'être prise
d'assaut. Elle présenta à l'Assemblée l'Arrêté
suivant :
« Le Comité-Permanent de la sûreté publique
, assemblé à l'Hôtel-de-Ville , a arrêté
qu'il seroit en correspondance journalière avec
P'Assemblée nationale , et de députer M.
Ganilh, Avocat au Parlement, etM. BancalDesissarts
, ancien Notaire à Paris , tous deux
Electeurs de la Ville , et Membres du Comité :
< A l'effet de peindre à l'Assemblée nationale
l'état affreux où est la ville de Paris , les
malheurs arrivés aux environs de la Bastille ,
l'inutilité des Députations qui ont été envoyées
par le Comité au Gouverneur de la
Bastille , avec un tambour et un drapeau pour
y porter des paroles de paix , et demander
que le canon ne soit point dirigé contre les
Citoyens; la mort de plusieurs Citoyens tués
par le feu de la Bastille , la demande faite
parune multitude de Citoyens assemblés , d'en
faire le siège. »
« Les massacres qui peuvent en être la
suite; et de supplier l'Assemblée nationale de
vouloir bien peser dans sa sagesse , le plus
promptement possible , le moyen d'éviter à
la ville de Paris les horreurs de la guerre
civile. >>
<<Enfin , d'exposer à l'Assemblée nationale
que l'établissement de la Milice Bourgeoise ,
et les mesures prises hier , tant par l'Assem
1 ( 5 )
blée des Electeurs que par le Comité , ont
procuré à la ville une nuit plus tranquille
qu'elle n'avoit lieu de l'espérer , d'après le
nombre considérable de particuliers qui s'étoient
armés le dimanche et le lundi , avant
Pétablissement de ladite Milice ; que par le
compte rendu par différens districts , il est
constant que le nombre de ces particuliers
ont été désarmés et ramenés à l'ordre par la
Milice Bourgeoise. » 1
Fait au Comité, le 14 Juillet 1789 .
La consternation fut encore augmentée par
le récit de M. le Baron de Vens , qui arrivoit
de Paris. Ce Député fit le tableau le plus
touchant du spectacle affreux dont il avoit été
le témoin , et rendit compte du danger qu'il
avoit couru. Le Peuple , en le conduisant à
l'Hôtel-de-Ville , lui fit voir les corps sanglans
de MM. de Flesselles et de Launay ,
en le menaçant de l'immoler à l'instant même.
L'Assemblée résolut aussitôt d'envoyer
une seconde Députation au Rei , présidée par
M. l'Archevêque de Paris. Elle se rendit vers
onze heures chez le Roi , pour insister derechef
sur le renvoi des troupes .
Une demi - heure après , M. l'Archevêque
de Paris rapporta à l'Assemblée que la Députation
étoit entrée chez le Roi , qui se trouvoit
avec MONSIEUR et M. Comte d'ARTOIS ;
que le Roi avoit paru fort touché des malheurs
que l'Assemblée des Electeurs de Paris
avoit peint dans leur Procès-verbal ; et que Sa
Majesté lui avoit fait la réponse suivante :-
" Vous déchirez de plus en plus mon coeur;
par le récit que vous me faites des malheurs
de Paris. Il n'est pas possible de croire que
les ordres que j'ai donnés aux troupes en
aj
(6 )
soient la cause. Je n'ai rien à changer à la
réponse que je vous ai déja faite. »
L'Assemblée , plongée dans la plus vive
amertume , ne savoit que répondre à l'Assemblée
des Electeurs ; elle résolut enfin de
leur, envoyer les réponses du Roi , qui ne
pouvoient rassurer la ville de Paris . C'est dans
cet état d'incertitude et de douleur que l'Assemblée
a passé la nuit , sous la Vice-Présidence
de M. le Marquis de la Fayette , qui
avoit déja siégé la nuit précédente .
A deux heures et demie du matin Μ..
Lecointre , Négociant de Versailles , et Electeur
de cette ville , est venu annoncer que
les troupes du Champ-de-Mars avoient évacué
le camp , et étoient à Sèvres ; qu'il avoit
eru devoir partir de ce bourg , où il étoit ,
pour en apporter la nouvelle à l'Assemblée .
Il a été remercié de son zèle , et l'Asseinblée
a vu avec plaisir cette exécution des
ordres annoncés par le Roi dans sa première
réponse.
ASSEMBLÉE NATIONALE .
( Le Roi ayant sanctionné cette dénomination
dans la Séance dont on va
lire le rapport , nous supprimons dès ce
moment le terme d'ÉTATS -GÉNÉRAUX.)
Du 15 Juillet. M. le Comte de Custines
ademandé la parole le premier , et a proposé
une Adresse au Roi , pour détromper Sa
Majesté , l'instruire de tout , et la supplier
'éloign er d'elle tous conseils dangereux.
( 7 )
M. le Marquis de Sillery en a proposé une
seconde , qui a paru remplir le voeu d'une
partie de l'Assemblée. On y a remarqué cette
phrase : Les François adorent leur Roi , mais
ils ne veulent pas avoir à le redouter.
M. Pison du Galland a proposé de joindreà
l'adresse de M. de Sillerý plusieurs phrases
de celle de M. de Custines .
M. Dandré a dit qu'il falloit agir , et non.
discourir ; qu'on devoit aller sans délai vers
le Roi.
1
M. de Marguerites a déclaré qu'il convenoit
de faire au Roi une députation nombreuse,
pour l'engager à se rendre lui -même à l'Assemblée
: Là , nous toucherons le coeur du Roi ,
et le salut public est assuré.
Plusieurs Membres ont proposé de ne demander
que l'éloignement des troupes , le renvoi
des Ministres , et la libre communication
entre le Roi et l'Assemblée nationale.
M. le Président a nommé une députation
pour se rendre chez le Roi. Cette Députation
sortoit de la salle , quand M. le Duc de Liancourt
l'a arrêtée , en annonçant que le Roi
venoit siéger , et apporter les meilleures dispositions.
Cette nouvelle a causé , dans l'Assemblée
, un transport de joie inexprimable.
Un MembredelaNoblesse a dit : La Nation
est dans un deuil légitime ; nous attendons
notre Souverain, nous lui devons toujours
tous nos respects ; mais je vous supplie MM. ,
de vous interdire tout signe de reconnois-
C'estdans le silence que
nous dévons recevoir le Roi ; nous devons
croire qu'il nous apporté des paroles de
paix
sance ....
Un autre s'est écrié : Nous sommes Fran-
1
(8 )
sois; ne consultons que nos coeurs pour rece
voir notre Roi .
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a prononcé
ces mots: LAssemblée législative n'applaudit
pas , et les Membres qui la composent
doivent suivre l'impulsion de leurs coeurs.
L'Assemblée doit être dans le calme le plus
grand , et le silence le plus profond.
" Attendons , a dit un Préopinant , attendons
que le Roi nous fasse connoître les
bonnes dispositions qu'on nous annonce de
sa part. Le sang de nos frères coule à Paris.
- Cette bonne ville est dans les horreurs
des convulsions , pour défendre sa liberté,
pour défendre la nôtre; et nous pourrions
nous abandonner à quelque alégresse avant
de savoir qu'on va rétablir dans cette Capitale
, le calme , la paix et le bonheur ! "
« Les circonstances où le Roi se rend ici,
a répondu M. Mounier , ne nous font pas
craindre une Séance Royale ; livrons - nous
donc à la joie , et an sentimens de nos
coeurs . »
Un Préopinant s'est écrié : Le calme senl
doit marquer la dignité de cette Assemblée.
M. Pison du Galland a demandé avec force
la fin de cette discussion , qui étoit indigne
de l'Assemblée.
M. Le Marquis de Brézé est entré , et a
annoncé que le Roi alloit se rendre dans la
salle.
M. le Comte de Clermont- Tonnerre a la
le Procès-verbal de l'Assemblée de la Noblesse
de Villers-Coterets , qui annulle les
pouvoirs impératifs de son cahier , et donne
toute liberté à M. le Comte de Barbançon,
son Député.
( 9 )
On a fait la lecture des Adresses de Nîmes ,
et de Seunes en Bourgogne.
M. Barnave a proposé à l'Assemblée de
permettre à M. le Président et à MM. les
Secrétaires , de parler au Roi , pour lui faire
connoître la vérité. L'Assemblé a acquiescé à
cette demande.
Une nombreuse Députation accompagnée
du Président , s'est rendue à la grille des
Menus- Plaisirs , pour y attendre le Roi. Elle
est entrée vers 11 heures . Le Roi a paru dans
la Salle , avec MONSIEUR et Monseigneur
Comte d'ARTOIS , sans garde , sans cortège ,
et sans Ministres. Il s'est arrêté à quelques
pas de la porte , ayant devant lui toute l'Assemblée;
debout et découvert , il a prononcé
avec une dignité paternelle , le Discours suivant
, aussitôt aprés que les cris de Vive le
Roi ont cessé.
MESSIEURS ,
« Je vous ai assemblés pour vous consulter
sur les affaires les plus importantes de l'Etat;
il n'en est pas de plus instantes , et qui affectent
plus sensiblement mon coeur , que les
désordres affreux qui regnent dans la capitale.
Le Chef de la Nation vient avec confiance
au milieu de ses Représentans leur témoigner
sa peine , et les inviter à trouver les moyens
de ramener l'ordre et le calme . »
"Je sais qu'on adonné d'injustes préventions;
je sais qu'on a osé publier que vos personnes
n'étoient point en sûreté . Seroit-il donc nécessaire
de rassurer sur des bruits aussi con
pables , démentis d'avance par mon caractèfe
connu ? »
<<Eh bien ! c'est moi qui ne suis qu'un avec
ma Nation ; c'eſt moi qui me fie à vous
وک
av
(10 )
Aidez-moi dans cette circonstance à assurer
le salut de l'Etat. Je l'attends de l'Assemblée
Nationale. Le zèle des Représentans de mon
Peuple , réunis pour le salut commun , m'en
est un sûr garant ; et comptant sur l'amour
et la fidélité de mes Sujets , j'ai donné ordre
aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles
. Je vous autorise et vous invite même
à faire connoître mes dispositions à la
capitale.>>
Le Roi , en prononçant ce Discours , a été
interrompu trois fois par les plus fortes acclamations.
M. le Président lui a réponde. Ce Prélat a
d'abordjustifié, par l'extrême amour des François
pour leur Roi , ce que l'éclat et l'ardeur
des applaudissemens pouvoit avoir de contraire
au respect dû à la Majesté Royale. It
a remercié le Roi , au nom de l'Assemblée, des
paroles de paix qu'elle venoit d'entendre ;
lui a témoigné sa vive satisfaction de l'assurance
que Sa Majesté venoit de donner du
prompt éloignement des troupes , et l'a assuré
de, l'empressement avec lequel une Députation
se porteroit à rassurer les Habitans
de cette ville , en leur annonçant le témoignage
consolant de ses bontés. Il a ajouté
que quoique l'Assemblée ne se croie pas permis
d'attenter aux droits du Monarque , pour
la composition de ses Conseils , il ne pouvoit
lui dissimuler que le renvoi de quelques
Ministres chers à la Nation , étoit la 'principale
cause des troubles , et il a fini par demander
au Roi une communication toujours
libre,toujours immédiate avec sa personne .
Sa Majesté a répondu à ce Discours : « La
communication entre l'Assemblée et moi
V
(и )
1
sera toujours libre .
«jamais de vous entendre. »
Je ne refuserai
Aussitôt Sa Majesté s'est retirée : l'Assemblée
entière s'est précipitée à sa suite ;
et sans avoir eu le moment de se concerter ,
tous les Membres ont eu chacun en mêmetemps
l'idée de composer son cortège depuis
la Salle,jusqu'au Château. Le Roi a fait ce
trajet à pied , entouré des trois Ordres confonduset
au travers d'une multitude immense
qui , par ses cris de vive le Roi , exprimoit
son alégresse ."
Après sa rentrée au Château , Sa Majesté
a paru sur le balcon , avec la Reine tenant
M. le Dauphin , Pet les rinces et Princesses
de sa Maison; les acclamations et les transports
du Public ont recommencé.
Le Roi s'est rendu peu après dans la Chapelle
, pour rendre graces à Dieu , et entendre
le Te Deum. Il y a reçu un nouveau témoignage
de l'amour de son Peuple , par des cris
de joie et une acclamation universelle.
L'Assemblée s'est formée de nouveau vers
les deux heures. MM. les Gardes - du - Corps
ont prie l'Assemblée nationale de leur permettre
de servir à la Députation de Garde
d'Honneur. Mais d'après les observations de
plusieurs Membres , il a été arrêté que MM.
les Gardes du Roi , seroient solemnellement
remerciés , et qu'il seroit fait mention de
leur offre patriotique dans le Procès -verbal
de l'Assemblée.
L'Assemblée Nationale a arrêté sur-lechamp
une grande Députation à l'Assemblée
générale des Electeurs réunis à l'Hôtel -de-
Ville , pour y aller porter cette nouvelle si
heureuse à-la-fois , et si glorieuse pour laNation
Françoise,
く
a vj
( 12 )
MM. les Députés , nommés pour cette Dé
putation, au nombre de plus de 80 Membres ,
sont partis aussitôt , et sont descendus aux
Tuileries à quatre heures un quart; de-lå ils
ont traversé la ville à pied , entre deux haies
de Soldats et Gardes Bourgeoises , aux acclamations
continues d'un peuple immense
criant : Vive la Nation ! Vive le Roi! Ils sont
entrés dans la grand'Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Lorsqu'ils ont été placés , M. le Marquis de
la Payette, présidant la Députation , a pris
la parole , et a prononcé un discours pour
annoncer celui du Roi à l'Assemblée Nationale
, dont il a fait la lecture. Le Roi a été
trompé , a- t- il dit, mais il ne l'est plus ; il
connoît nos malheurs , Messieurs , et il les
connoît pour empêcher qu'ils ne se reproduisent
jamais. En venant porter de sa part , à
son peuple , des paroles de paix , j'espère ,
Messieurs , lui rapporter aussi la paix dont
son coeur a besoin.
M. l'Archevêque de Paris a fait ensuite un
Discours succinct , qu'il a terminé par inviter
l'Assemblée à un Te Deum , qui alloit être
chanté en actions de graces .
M. de Lally- Tolendal a parlé avec beaucoup
d'étendue et de chaleur; il a dit entre
autres : «Vos réclamations étoient justes :
-votre Monarque avoit méconnt-run moment
« les sentimens de la Nation qu'il a l'honneur
et le bonheur de commander ; et il a fini
par ces mots , qui ont été applaudis avec
transport : Vive la Nation ! vive le Roi!
vive la Liberté! »
M. le Comte de Clermont - Tonnerre s'est
étendu ensuite sur le même sujet: il a dit àpeu-
près : On a vu des soldats égarés peut-être
unmomentsous les drapeaux du patriotisme...
( 13)
Tout doit-être oublié ; il n'y a pas de pardon
àdemander où il n'y a pas en de coupables ....
Les Soldats de la liberté ne peuvent pas être
des déserteurs Il apeint la fidélité du Peuple
François , haïssant les agens du despotisme ,
mais adorant son Roi ; et il a fini par faire
un tableau touchant de la scène dont Versailles
a été témoin ce matin. Nous l'avons
porté dans nos bras , a-t-il dit , en parlant
du Roi , de notre Salle jusqu'à son Palais ;
et ces deux édifices, séparés par un assez grand
intervalle , étoient réunis par un Peuple immense
, remplissant l'air de ses cris d'alégresse
et de bénédictions .
M. Moreau de S. Mery , présidant l'Assemblée
générale des Electeurs , a prononcé
aussi un discours dans lequel on a remarqué
particulièrement une invitation aux Citoyens
de Paris d'oublier les fautes de ceux qui ont
pu manquer aux devoirs que leur imposoit
la Patrie , de pardonner même à ceux qui
ont eu le malheur de verser le sang de leurs
Concitoyens : C'est au moment , a-t-il ajouté ,
du triomphe de la liberté , qu'il convient
d'être généreux; les coupables seront assez
punis , en nous voyant jouir du bien dont
'ils vouloient nous priver.
M. le Marquis de la Fayette, qui avoit
été le matin nommé à l'unanimité Commandant-
Général de la Milice Parisienne , a été
alors proclamé par un cri général : il a voulu
parler; mais ne pouvant se faire entendre ,
il a tiré son épée qu'il a baissée devant
l'Assemblée , en signe de remerciment.
Un cri général a aussi proclamé M. Bailly,
Prévôt des Marchands,
Le tempset l'espace nous manquent
4
(14)
pour donner le Journal des Séances
suivantes : celles qui précèdentauroient
peut-être exigé encore de plus grands
développemens. Nousjoindrons au rapport
de la semaine prochaine , celui des
Séances de jeudi , vendredi et samedi.
Elles ontpourobjet principal lademande
du renvoi des Ministres nommés dimanche
dernier, et le rappel de M.
Necker.
Dans la Séance du Jeudi , la Majorité de la
Nobleffe & la Minorité du Clergé ont levé leurs
proteſtations & réſerves contre la réunion commune,
maintenant abſolument conſolidée. Le temps
de la Préſidence de M. l'Archevêque de Vienne
étant expiré , l'Aſſemblée lui a donné pour fucceffeur,
dans cette auguſte fonction , M. le Duc de
Liancourt , élu àla pluralité de 600 voix fur 800.-
Pour la suite des évènemens , voyez
l'article de Paris .
DeParis, le 23 juillet.
:
Samedi 11 , à deux heures et demi ,-
M. Necker reçut , par M. de la Luzerne,
l'ordre du Roi de s'éloigner sans délai de
la Cour et du royaume. Ce Ministre, dans
lasoirée, monta en voiture, et pritlaroute
de Paris ; de Sèvre il se fit conduire à sa
campagne de Saint-Ouen , d'où il partit
le dimanche matin pour Bruxelles. L'on
apprit le même jour , que M. le Comte
deMontmorin, MM. de Puységur, de
la Luzerne et de St. Priest avoient éga-
190.
(15)
lement quitté le Ministère et le Conseil :
cette révolution porta aux places vacantes
, M. le Baron de Breteuil , en
qualité de Président du Conseil des Finances
; M. le Duc de la Vauguyon ,
au Ministère des Affaires Etrangères ;
M. le Maréchal de Broglie , à celui de
la Guerre , M. Foulon lui étant adjoint
pour l'administration : quelques autres
nominations moins importantes parvinrent
au même instant à la connoissance
du Public.
A peine cette nouvelle fut-elle sue à
Versailles et à Paris , que la fermentation
devint extrême dans tous les esprits : on
la rapprocha de l'arrivée des troupes qui
circonscrivoient Paris et Versailles , des
préparatifs menaçans qui se faisoient autour
de nous , et au nombre desquels se
trouvoit , snivant le bruit public , celui
de trains considérables d'artillerie arrivés
de Douay. Un placard affiché
ici le dimanche matin , avoit annoncé
que les précautions militaires n'avoient
pour objet que la tranquillité
publique. Cependant , le régiment de
RoyalAllemand et un Corps de Suisses
arrivèrent le soir même à la place de
Louis XVet aux Champs-Elysées . Les
Cavaliers du premier de ces Corps se
fusillèrent , sur le boulevard , avec les
Gardes-Françoises ; ils forcèrent le jardin
des Tuileries , le sabre à la main. La
nuit du dimanche au lundi faisoitcraindre
1
( 16)
les plus sinistres évènemens : Paris se
trouvoit entre une armée à ses portes ,
et la foule de gens sans aveu , qui pouvoient
profiter de cette crise terrible ,
pour se livrer à toute espèce de désordres.
On fut instruit le lundi de l'inutilité du
zèle, des efforts patriotiques, desinstances
redoublées de l'Assembléenationale,pour
obtenir l'éloignement des troupes. Les
Citoyens , universellement pénétrés du
danger public , et des devoirs qu'il leur
imposoit , s'assemblèrent dans tous les
Districts. Par- tout on sonna le tocsin ;
par - tout on prit les seules armes qui
fussent dans la ville: les Patrouilles Bourgeoises
se répandirent dans les divers
quartiers , saisirent les armes du Garde-
Meuble , visitèrent les différens lieux où
l'on espéroit d'en trouver.
Ces premiers mouvemens , nécessairement
irréguliers , furent bientôt suivis
d'une Police intérieure , bien organisée ,
et qui sauva la Capitale des horreurs de
tout genre dont elle étoit menacée. Un
même zèle embrasoit tous les coeurs ,
sansnuire à la vigilance et à l'ordre nécessaires
. Les Electeurs formèrent une
Assemblée générale à l'Hôtel-de -Ville.
en se réunissant au Corps Municipal ; ils
formerent sur-le-champ la Milice Parisienne
; 48000 Citoyens s'enregistrèrent
le même jour; les 60 Assemblées de Dis-
,
( 17 )
tricts l'incorporèrent en bataillons et en
Compagnies régulières. L'Assemblée de
l'Hôtel-de- Ville établit , de son côté , un
Etat-Majoret un Comité de sûrete permanent.
La réponſe dela Cour , du 13 , avoit augmenté
la fermentation populaire & les alarmes, a plupartdes
courriers de dépêches furent arrêtés le 14,
&'eurs lettres ſaiſies.On crut y entrevoir de nouveaux
ſujetsdedéfiance générale ; alors une foule de
Citoyens ſe rendit aux Invalides , &fomma le Gouverneur
de lui donner des armes. Sur ſon refus ,
on les enleva , ainſi que des canens , qui furent
conduits en ville. La veille on s'étoit emparé
de toutes les armes qui s'étoient trouvées chez les
Armuriers , ainſi que d'un bateau chargé de
poudre fur la rivière; dans pluſieurs Eglifes , lieux
d'Afſemblée pour les Districts , des ouvriers furent
employés à faire des balles.
Il reſtoit encore des hommes à armer : le bruit
s'accrédita que la Baſtille renfermoit des armes &
des poudres; le peuple s'y porta avec une Lettre
du Prévôt-des- Marchands . La porte de ce châ
teau fut ouverte à environ 40 Citoyens , qui y
entrèrent. Apeine y furent- ils , que le pont-levis
fut levé,& on entendit une fufillade en- dedans.
La fureur du peuple ne ſe poſſéda plus ; it enfonça
les portes , faiſit leGouverneur &le Major ,
les traîna l'un & l'autre , au milieu des traitemens
les p'us ſévères , ſur la place de Grève , où ils
furent maſſacrés. Leurs têtes furent couples &
miſes au bout de deux piques:elles furent portées
avecdes écriteaux dans toutes les rues de Paris . La
Baſtille fut confiée à la Garde Bourgeoiſe , qui
ſehâța de délivrer les prisonniers , en petit nombre.
Cependant le Comité-Permanent étoit toujours
aſſemblé à l'Hôtel - de-Ville : on n'avoit appris
A
(18 )
:
aucun changement dans les difpofirions du Miniſtère
, & les soupçons s'accroiffoient contre la
lenteur de la correſpondance du Prévôt-des-Marchands
avec la Cour. Ce Magiftrat fortit le 14 au
foir de l'Hôtel- de-Ville. En paſſant ſur laplace de
Grève, un homme lui, caſſa la têre d'un coup de
piſtolet ,& au même inſtant, il fut poignardé par la
multitude. Ces évènemens rapides& épouvantab'es
furent bientôt mandés à la Cour; & comme on
igroroit encore le parti qu'elle prendroit , la Garde
bourgeoiſe redoubla de précautions pour furveiller
les vagabonds qui ſe mêlent toujours dans
les tumultes , & pour fortifier ſes poſtes. La nuit
du 14 au 15 fut aſſez tranquille : les ſoldats de
cinq bataillons des Gardes-Françoiſes , beaucoup
de Suiſſes , & un affez grand nombre de ſoldats ,
Cavaliers , Dragons qui entouroient la Capitale,
avoient joint la Milice Bourgeoiſe..
Le mercredi , immédiatement après
la déclaration du Roi à l'Assemblée Nationale
, un grand nombre de Députés
partirent pour Paris , et se rendirent à
'Hôtel- de-Ville , où ils informèrent le
Comité- Permanent des intentions de
Sa Majesté ; ils annoncèrent qu'Elle
avoit nommé , en qualité de Maire de
la Ville de Paris , M. Bailly , ci-devant
Président de l'Assemblée Nationale
; que M. le Marquis de la Fayette
étoit désigné Commandant -général de
la Milice Bourgeoise , et M. le Vicomte
deNoailles , Major-général de l'Hôtelde-
Ville. Les Députés se rendirent à
Notre-Dame où il fut chanté un Tę
Deum en action de graces.
(19)
Le jeudi 16 , à 9 heures du soir , l'Assemblée
générale des Electeurs de Paris
reçut une Lettre adressée à M. le Marquis
de la Fayette , ou au Comité-Permanent
de la Ville , par M. le Comte
de Clermont- Tonnerre , l'un des Secrétaires
de l'Assemblée Nationale. Cette
Lettre renfermoit l'extrait de la Lettre
suivante de M. le Maréchal de Broglio
à l'Assemblée Nationale .
A Versailles , ce 16 Juillet 1789.
«J'ai l'honneur de vous prévenir que Sa Majeſté
, qui m'avoit appelé auprès de ſa perſonne ,
pour me charger du commandement des troupes
qu'Elle avoit fait approcher de fa Capitale, m'al
donné ordre de les faire partir pour retourner
dans leurs garniſons reſpectives ; et qu'en conféquence,
le Roi a fait expédier des ordres , pour
que les régimens qui font ici , à Sèvres & à Saint-
Cloud,en partent demain 17 pour ſe rendre à
Saint - Denis , & y remplacer ceux qui y font
réunis , leſquels reprendront auſſi demain 17 , les
routes qu'ils avoient tenues pour venir de différentes
frontières. Les troupes qui arriveront demain
17 à Saint-Denis , en partiront le 18 pour
retourner de même dans leurs garnisons. »
Le soir du même jour, on apprit que
les nouveaux Ministres , ainsi que MM.
de Barentin et de Villedeuil avoient
donné leurs démissions , que le rappel de.
M. Necker étoit décidé , et que Sa Maj.
lui avoit écrit à ce sujet.
Le vendredi 17 , le Roi , déterminé à ſe rendre
aux défirs, des Habitans de Paris partit de
,
م
(20 )
Verſailles entre dix & onze heures du matin ,
ayant dans ſa voiture MM. le Duc de Villeroy ,
le Maréchal de Beauvau , le Duc de Villequier ,
& le Come d'Estaing. Douze Gardes-du-Corps
le précédoient : mais il eut pour eſcote ſept
àhuit cents Habitans de la Garde Bourgeoiſe
de Versailles , qui le conduifurent juſqu'au Pointdu-
Jour , à une demi-lieue environ au-delà de
Sèvre. Là , Sa Majesté trouva la Garde Bourgeoiſe
de Paris , qui l'accompagna jusqu'à l'entrée
de la Capitale. Il étoit alors trois heures ;
la marche avoit été lente , parce que le Roi ,
pour ne pas fatiguer ſon eſcorte , avoit donné
ordre qu'on allât au pas. Il fut reçu par le
Corps Municipal; & M. Bailly , en fa qualité
de nouveau Prévôt-des-Marchands lui adreſſa le
Difcours fuivant :
SIRE,
«J'apporte à Votre Majesté les clefs de fa
«benne ville de Paris : ce ſont le mêmes qui
«ontéré préſentées à Henri IV; il avoit reconquis
« fon Pouple; ici c'eſt le Peuple qui a reconqu's
« fonRoi. »
«Votre Majeſté vient jouir de la paix qu'Elle
a a rétablie dans ſa Capitale ; Elle vient jouir
«de l'amour de ſes fidèles Sujets. C'eſt pour leur
«bonheur que Votre Majesté a raſſemblé près
d'E'le les Repréſentans de la Nation, & qu'Elle
« va s'occuper avec eux à pofer les baſes de la
«liberté&de la proſpérité publiques. Quel jour
<<mémorable que celui où Votre Majesté eſt ve-
« nue fiéger en père au milieu de cette famille
« réunie , où Elle a été reconduite à fon palais
«par l'Aſſemblée nationale entière , gardée par
«les Repréſentans de la Nation , preffée par un
<<Peuple immenſe ! Elle portoit dans ſes traits au(
21 )
« guſtes l'expreſſion de la ſenſibilité &du bon-
« heur , tandis qu'autour d'Elle on n'entendoit
«' que des ac lamaticus de joie , on ne voyoit que
« des larmes d'attendriſſement & d'amour. Sire ,
" ni votre Peuple , ni Votre Majesté n'oublieront
<<<jamais ce grand jour : c'eſt le plus beau de la
<<Monarchie; c'eſt l'époque d'une alliance auguſte
«& éternelle entre le Monarque & le Peuple.
« Ce trait eſtunique , il immortaliſe Votre Ma-
«jeſté. J'ai vu ce beau jour; & comme fi tous
«les bonheurs étoient faits pour moi , la pre-
« mière fonction de la place où m'a conduit le
<< voeu de mes Concitoyens , eſt de vous porter
« l'expreſſion de leur reſpect& de leur amour. »
SaMajesté a continué la marche juſqu'à l'Hôteldc-
Ville , entre deux haies de la Milice Pariſienne,
précédée& ſuivie d'un détachement , tant
à pied qu'à cheval , de cette Milice. La Députation
de l'Aſſemblée nationale , compoſée des Députés
des trois Ordres , entouroit ſa voiture. Le
Roi eſt arrivé , au bruit des canons , à l'Hôtel-de-
Ville , vers les quatre heures & demie , & eſt
entré dans la grande Salle , où il s'eſt placé ſur
fon Trône. M. Bailly lui a préſenté une cocarde
ſemblable à celles que portent tous les Citoyens ,
&Sa Majesté a bien voulu la recevoir.
Nous attendrons d'avoir ſous les yeux le Procèsverbal
de cette Séance mémorable , pour la faire
connoîtreplus en détail à nos Lecteurs , ainſi que
les Difcours qui ont été prononcés. Tout ce que
nous rapporterons aujourd'hui , ce ſont les paroles
de Sa Majesté : Mon Peuple peut toujours compter
furmon amour. Elle s'eſt montrée, par une ferêtre,
à une foule immenſe qui rempliſſoit la place de
Grève Les cris de Vive leRoi ont retenti de toutes
parts,& ont été répétés de même ſur ſon paflage,
pendant ſon retour à Verſailles .
( 22 )
Depuis ce moment , le calme et l'alégresse
ont régné dans tous les coeurs.
Depuis la prise de la Bastille , on travaille
sans relâche à la démolition de ce
château , si long-temps l'objet de l'effroi
public. La circulation est rétablie , les
portes sont ouvertes , les voitures ont le
passage libre , et les travaux reprennent
leur cours ordinaire. On ne sauroit trop
célébrer les sages dispositions , l'activité
et le zèle du Comité de sûreté , non plus
que l'enthousiasme général avec lequel
tous les Citoyens se sont empressés de
concourir aux mesures nécessaires , et
la régularité qui a régné au milieu de
ces momens horribles qui menaçoient la
Capitale de sa subversion .
Lettre au Rédacteur.
«Monfieur ,
Paris,le 19Juillet 1789 .
上
«En ouvrant le Mercure de France du ſamedi
11 Juillet , No. 28 , pag. 67 , je lis ce mots :
« MM. le Comte de Toustain , de Viré & de
« Menonville, Députés de Mirecourt , ont déc'aré
«ne pouvoir délibérer par tête , ainſi que MM.
« le Marquis de Montdor , le Chevalier de Boiffe ,
« le Marquis de Loras & Deschamps , Députés
« de Lyon. >>
Π
(23 )
<<Ce fait eſt abſolument inexact , en ce qui me
concerne; le 27 Juin , avant que la Lettre du Roi ,
qui engagea les Ordres à ſe réunir , fût connue
de la Chambre de la Nobeſſe , je fis une trèslongue
Motion dont l'objet étoit de déterminer
l'Ordre à paſſer en corps dans la Salle de l'Afſemblée
nationale; après avoir invité la Minorité
du Clergé à faire la même démarche , je déclarai
précisément que je ne regardois point mon
mandatcomme impératif,& que j'allois me réunir
à l'Aſſemblée nationale , & voter par tête ; j'ai
fait imprimer cette Motion , & j'ai l'honneur de
vous en adreſſer un exemplaire. »
« MM. mes Collègues ont , à la vérité , déclaré
, le 30 , qu'ils s'abſtiendroient d'opiner , juſqu'à
ce qu'ils euſſent reçu de nouveaux pouvoirs,
&ils ont ſigné cette Déclaration ; mais bientôt
après , interprétant leur mandat , commeje l'avois
fait dès le 27 Juin, ils ont voté ,& nous avons
réuni nos fuffrages. »
« Je vous prie , Monfieur , d'inférer cette Lettre
dans le prochain Numéro du Mercure. >>
DESCHAMPS , Député de la Nobleſſe du
Lyonnois.
Cette réclamation est parfaitement légitime
, et conforme à celle qui nous
a été adressée par la Noblesse de la Sénéchaussée
de Lyon , ainsi qu'à son
cahier , qui laissoit aux Députés la liberté
de consentir la délibération par
tête , si des circonstances impérieuses
les y obligoient.
(24)
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 juillet
1789 , sont : 11 , 12 , 48, 72, 82.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères