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1789, 06, n. 26 (27 juin)
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MERCURE
840.6
M558
1789
June
20126
DE FRANCE .
0
( N°. 26. )
SAMEDI 27 Juin 1789.
JUIN a to jours & la Lune 29. Du premier au 21 les jours
croiffent de 8' 26' le matin , & de 7' 53 " le foir. Du 21 au yo
les jours décroiffent de x' 43 ' le matin , & de 2" 3" le foir.
JOURS
du NOMS DES SAINTS.
M013.
J. PHASES
de de la
DLUKE.
Temps moven
au Midi vrai.
K.M. 6.
lundi Pamphile,
mardi Pothin , Évêque.
zmetc Quatre-Temps.
4jeudi Optar , Évêque .
vend. Bonitace , Evêque.
6 am Norbert , Évêque.
1LA TRINITÉ.
8 und Médard , Évêque.
9mard Prime.
rojmerc Lanity , Évêque.
jeudi FATE-DIEU.
salvend Barna vé , Apôtre.
12 fam Antoine de Pade.
42.Rufin , Martyr.
lundi Guy , Martyr.
τς με 7,88
17 de foir.
57
27
11 57 36
10 11 17 46
57 16
12 8 6
21 58 6
P. L.
11 18 27
II 58 38
1626 m.
11 1850
11 19
11 5913
19 1 59 15
10 17 59 38
CD.Q. 19 10
0
3
ma S. Fargeau & S. Fergeon.
mercaAvit , Abbé.
22 0 16
h4m
jeudi Octave Fête-Dieu.
24du foir. 19
25 42
19.vend. S. Gervais&S. Protais 26 ٢٢
10 fam. Si vere , Pape. 27 8
D. Leutroy . Abbé. ÉTÉ. 18 N. L
121
22 Jun Pau in , Évêque.
3nard. I anfranc d. Pav Vig J.
19 le23.48 2 34
4merc.Nat v. S. Jer Baptiste.
14
dumatin
47
2 。
jeudi Profpere , Docteur. 3 212
vend Babolein , Abbé. 4 2 2
fam de jae. PQ 2 38
94 D. remée , Év & Mart 2 10
ylundi S. Pierre& 8. Paul , Ap. h
omard. Comuném de S. Paul .
m.
3 2
8 marin
14
PUECBFOLFUD1IE7RECT8SSSS9.. CHANGESdU17
Ar5t3.
Lon1d8. ROSEMTaFLVMJ1aHmFAueee9reEna11u1U21nr3d1dTd79d508mX.dc4i6iSi..i....,.
Adions
...
1797
D.
Erepraat Oct. 363.
Décembr3Ie1d..
d'A.v.Lr.oi.tl.
bre.d.'5Lo1oa7t.
Emp1r1u5nmt8..
Id. 20 milicas..
Sans Bulletin .... 147.
Balle.t.i.n
179795.1795
363
IS
15165..11.44..
18.
S
1
1
13
3
74
....69 ...... 6969....
Emprunt 110m². 793.950 795 795.96..
Borde. Ca ...
4205.200d.'4E1i9Cr5aoi.ml8pl5te..
110011189R0...ed1111..Cl.ee9788.,.a..
75.E5..7a7....5u5d55...P02xe02...
BorVM.d...
Fête.
M1a16d.5.
1800.12.182227 Cadix15 f
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Liv... 102 3
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642
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171.7.7.6
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2.6..8108.0250.
1210.35.25095
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7557.5670000.
LyBocne.
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M1a61dt5.
Cad1i51x.
L1i0v1e
G9ê5.n7..
Lyon.porte. 3
fdns
testine
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 JUIN 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
Pour la Statue du Maréchal DE CATINAT
COMME aux champs de l'honneur , dans le ſein
du repos ,
D'un Siècle plein de gloire , il mérita l'hommage,
Et peut-être en lui ſeul on admire unHéros ,
On reſpecte , on chérit un Sage.
(Par M. D*** T*****. )
No.26. 27 Juin 1789. G
146 MERCURE
DESCRIPTION
De Rheinsberg , Château de Son Alteſſe
Royale Mgr. le Prince. HENRI DE
PRUSSE , oncle du Roi (1 ) G
JE
1
vous quitte à regret , vaſte & riant aſile ,
Ofortuné Rheinsberg , ſéjour délicieux !
Ici , tout enchantoit & mon coeur & mes yeux;
Je coulois tous mes jours dans un loifar utile ;
J'étois content , j'étois heureux ;
Mais l'on voit les plaiſirs s'enfuir d'une aile agile ,
Et la peine vient après eux.
Lorſqu'Apollon , chaffé par le Maître des Dieux ,
Vint chercher fur laTerre un deftin plus tranquille,
Il ne s'enferma point dans le ſein d'une ville ;
Unchamp le confola de la perte des Cieux .
(1 ) Dans mon voyage de Pruffe , en 1786 , Sơn
A. R. , à qui j'avois eu l'honneur d'être préſenté
deux ans auparavant , lorſque j'allai a Rheinsberg
pour lui faire ma cour , me fit la grace de me retenir
auprès d'Elle une partie du printemps & de
l'été. J'eus l'honneur , à mon départ , de lui remettre
ces vers comme une marque de ma reconnoiffance.
DE FRANCE.
47
Solitude chéric ! Ô retraite du Sage !
Pourquoi ne puis-je point,dans les plus doux plaifirs ,
Paffer ici ma vie au gré de mes défirs ,
Comme au milieu d'un port éloigné de l'orage ?
Vous vivrez dans mon ſouvenir ,
L
Vous, profonde forêt , dont l'ombre pacifique
Me vit ſouvent entretenir
Ma parefie philoſophique ;
Lorſqu'écarté de tout chemin ,
L'ame libre & débarraffée ,
J'allois , un Horace à la main
Egayermon eſprit , éclairer ma penſée.
Et toi , Lac enchanté , dont le miroir uni
Brille environné de verdure;
1
De mille arbres divers dont ton bord eft garni ,
Ton onde réfléchit la flottante parure ,
Etdouble les tréſors que produit la Nature.
Par ta fraîcheur attiré ,
Lorſque l'Aſtre du jour , terminant ſa carriète ,
Verſoit ſa paiſible lumière
Sur ton criſtal azuré ;
Le coeur gai , l'efprit fans nuage ,
J'allois ſouvent fous ton ombrage
Reſpirer un air pur, goûter un doux repos ;
Et je voyois de ton rivage
Les poiſſons à l'envi ſe jouer dans tes flots ;
Je voyois les Zéphyrs, l'un de l'autre rivaux ,
Balancer , agiter ta mobile ſurface,
H2
T
148 MERCURE
Et le Cygne orgneilleux , inais pourtant plein de
grace ,
Comme un vailleau vivant, ſe mouvoir ſur tes eaux.
Oui , par me heureuſe impoſture ,
Je les verrai toujours ces tableaux gracieux !
Mon eſprit me peindra cette belle Naturg,
Ces erangers fleuris , cette douce verdure ,
Et ces boſquets où l'Art , Protée ingénieux ,
Se montre tour à tour & ſe dérobe aux yeux ;
Ces antiques tonbeaux , cette vieille mafure
Elevant dans les airs ſa triſte architecture ;
Ces chênes , fiers géans que la Terre a produits ,
Mais dont la robuſte vieilleſſe
N'a pu vaincre le temps & rajeunir fans ceſſe ,
Et dont les honneurs font détruits ;
De nos foibles deſtins , image trop fidelle ,
Qui nousdit entouttemps : Le tombeau vous appelle.
Vous tous , objets touchans, ou gais, ou férieux ,
Immenſe labyrinthe , admirable retraite ,
Recevez ines triſtes adieux :
Et vous Prince , l'ami des Dieux ,
Vous que plus que tout je regrette ,
Cen'eſt point fans pleurer que je quitte ces lieux.
Eh ! quelle feroit l'ame dure
Qui pourroit voir fans s'attendrir
Tous les infortunés que vous daignez nourrir ?
Leur coeur vous paye avec uſure ,
Etleur bouche ſait vous bénir .
:
DE FRANCE. 149
Quand on fait des heureux , qu'importe une couronne
?
Prince , la vertu vous la donne.
Oui , vous êtes plus grand au ſéjour de Rheinsberg,
Qu'au milieu des combats , aux plaines de Freiberg
( 1 ) ;
Armé par le Dieu de la Guerre ,
De vos fiers ennemis , toujours victorieux ,
Vous étiez l'effroi de la Terre 3
Vous en êtes l'amour , ce deſtin vaut bien mieux.
( Par M.le Chevalier de Rivarol , Capit.
au ze. Reg. d'Etat - Major. )
(1 ) Le Prince y gagna une fameuſe bataille contre
les Autrichiens.
1
G ;
150 MERCURE
LA PIÉTÉ MATERNELLE ,
CONTE CHINOIS.
Le déſir de m'inſtruire m'avoit arraché
debonne heure à ma terre natale ; &, ſeul ,
un bâton à la main , & quelques pièces
d'or coufues dans ma ceinture , j'étois venu
juſqu'au pied de cette muraille que le patient
& induſtrieux Chinois donna pour
limite à ſa patrie. A la vue de ce mur inébranlable
aux attaques des hommes & des
ſiècles , mon eſprit demeure frappé d'étonnement.
Cette porte , immenfe en toutes
fes proportions , ferme , du côté du Nord ,
une voie de plus de quatre cents lieues.
Du haut de cette maſſe impoſante , l'homme
femble dire à l'homme ſon ſemblable ces
mots que l'Eternel adreſſa aux flots irrités :
دد
Vous ne patferez point la borne que j'ai
>>>poſéc ; vous irez juſque là , & votre fureur
mourra ici " .
ود
Je dirigeai ma route vers Peking ; déjà
je découvrois les haures tours revêtues de
porcelaine & les pavillons dorés de cette
grande ville , quand un torrent , caché dans
le creux du vallon , me ferme le chemin.
Chargé de ces morceaux de neige que les
flèches du ſoleil précipitent dans les vallées ,
!
DEFRANCE. "
cer impétueux torrent bondit & bouillonne
fur les rocs qui le diviſent ; l'onde écumeuſe
s'épand avec bruit ; fon murmure
effrayant le prolonge , répété par l'écho,
Je regarde , j'écoute , & je demeure attrifté.
Quelle route tenir ? Comment gagner
l'autre bord ? La nuit s'approchoit ; j'avois
beſoin d'un gîte. Des cabanes étoient ſemées
çà & là au milieu des rizières : j'en
découvrois d'autres ſous de larges figuiers
qui ſemblent croître ſur les montagnes pour
fervir de parafols à leurs fauvages habitans...
J'entre ſous la chaumière la plus voiſine :
J'ytrouve une vieille femmeoccupéedes ſoins
du repas. Une autre femme étoit près d'elle ;
j'appris bientôt que c'étoit ſa fille , & qu'elle
s'appeloit Thékintſé. Je la prends d'abord
pour une de ces célestes Intelligences qui ,
dans les premiers jours du monde , ſe montroient
familièrement aux hommes : elle
en a l'éclat , la douceur & la férénisé Un
voile , roulé autour de ſa tête , ne s'abaiffe
que lentement for fon charmant viſage. Elle
a deviné ma penſée ; mes yeux l'accuſoient
de cruauté. Sa mère me parle , & je ne
l'écoute pas. » Qui vous amène en ce lieu
» ſauvage ? Que cherchez- vous ? D'où ve-
>> nez - vous ? Telles étoient ſes paroles.
Honteux d'une fi longue diſtraction , je répondis
: Oma mère ! j'ai fait bien du
chemin ! Je ſuis parti des bords que l'Irbich
arroſe à ſa ſourse , & j'ai traverſé
ود
G4
2 MERCUREC
ود Ô
-"
>> dixfleuves différens. Jaloux de m'inſtruire,
• je venois obſerver un peuple dont j'ad-
>>mire la ſcience & la ſageffe. Je m'avan-
* çois avec impatience vers Peking ; mais
" un torrent , impoffible à franchir fans
doute , m'arrête ici . Veuillez me dire ,
ma vénérable mère , s'il eſt d'autres
>> chemins ". J'en fais pluſieurs , tous
- difficiles , peu pratiqués , d'une longueur
>> rebutante : il faudra retourner ſur vos
» pas.... Ah ! plût au Ciel qu'alongeant ſa
>> route, mon fils eût préféré .... "! Elle ſe
troubla , & n'acheva point. Quelques momens
après , elle me dit: „ Jeune homme ,
>> vous pouvez reſter ici cette nuit : réparez
» vos forces , & demain vous choifirez
- votre route ". Je m'aſſieds auprès d'elle :
j'étois aufli à côté de ſa fille. Mes vêtemens
touchèrent les fiens , & j'éprouvai une
grande émotion. Une flamme fubtile coule
dans mes veines , allume mes ſens étonnés
; de confufes penſées m'agitent. Heureux
, tourmenté , je fens , pour la première
fois de ma vie , un trouble délicieux.....
Mais l'embarras , la ſurpriſe m'empêchoit
de parler. La mère de Thékintfé
m'obſervoit ; elle m'adreſſe ces mots : » Le
- torrent qui vous effraie n'arrête que les
>> vieillards : nos jeunes hommes favent
> preſque tous le paffer à la nage ; quel
ques-uns même traînent après eux , dans
> des outres , leurs aftenfiles & leurs provifions.
Ils lustent fans crainte contre ſes
DE FRANCE. Isi
ondes rapides; ils en triomphent toujours.
» Cependant je ſerois coupable de vous
ود
ود
ود
cacher ce que j'ai tantôt éprouvé de
>> craintes. Etranger, écoutez mor. Lorſque
>> j'ai vu mon fils plongé dans l'onde écu-
> meuſe , les mouvemens de mon coeur ,
d'abord preſſes & fufioquans , ſe font
artêtés tout à coup ; mes genoux trem
>> bloient je ſuis tombée dans les bras de
> ma fille. Ses ſoins m'ont rappelée à la
>> vie : j'ai pu revoir Loutſeun nageant avec
>> adreſſe; mais je n'ai véritablement recom-
» mencé à vivre , que lorſqu'il s'eſt montré
>> ſur le bord oppoſé au nôtre : alors il
m'a tendu ſes mains , & j'ai reſpiré. Je
» n'imaginois , pour l'habitant de nos campagnes
, nul danger à paſſer ce torrent';
→& tout à coup j'en ai vu mille : ils me
>> ſembloient impoſſibles pour mes voiſins;
> & pour mon fils ils m'ont paru inévita-
(d'autres coeurs ont- ود
ود
יכ
bles. Mon coeur
ils cette coupable indifférence ? ) reftoir
infentible à des périls qui n'étoient pas
les niens « .
Je me preſlai de répondre : » L'Etranger
que tu vois , ce Stani , orphelin dès
>> fon bas âge , & maintenant à quatre
cents lieues de ſa patrie , ne doit pas
-> redouter un torrent que ton fils n'a pas
craint de paſſer. Aimé de toi & de ſa
foeur , que la vie cependant doit lui paroître
douce ! ſi , comme lui .... Mais fatisfais
ma curiofité : comment a t- il pu ſe
ود
1"
G
154 MERCURE
› réfoudre à quitter une ſoeur ...... une
>> mère ....... ? - C'eſt la première fois .
>> Lourſeun , actif & pieux , sème les grains
>> qui nous font ſubſiſter. Le Ciel a béni
ود ſesmoiffons. J'ai pu livrer aux Marchands
>> de Peking , qui tous les ans viſitent nos
>> campagnes , juſqu'à deux mille poches
>> de riz. Mais , avides ou négligens , ils
>> ne m'ont point apporté cette année le
>> prix qu'ils m'en avoient promis . Cet or ,
ود la dot de mon fils; cet or , attendu de
>> la jeune fille qu'il a choiſie pour épouſe ,
il eſt allé le demander à ces Marchands
>> infidèles ; & avant que l'Aſtre des nuits
» maintenantinviſible,ſe montre reſplendif
>> ſant à l'horizon , je preſſerai ſur mon ſein
l'enfant que je chéris.- Puiffe - t - il ,
» m'écriai je , te donner cette joie ! Puiffe
>> une ſeconde fille l'accroître encore ! ....
Mais fouffre une curioſité que chaque
> inſtant augmente. Heureux d'aſſurer ton
>> bonheur , un gendre peut- être ...... Ce
choix feroit- il déjà fait " ? La jeune fille
porta la main ſur ſes beaux yeux , trop bien
cachés par ſon voile. Ah ! que n'aurois-je
pas donné pour pouvoir un moment contempler
fon trouble & ſes charmes ! Sa
mère me répondit , & fon regard devint
ſévère : La tâche que lui impoſe la Na-
>> ture eſt à peine commencée ; à peine
>> Thékintſé a- t-elle vu quinze fois l'arbre
>> conſacré à Foé , perdre & reprendie ſon
>> feuillage. Elle a des devoirs , des ſervices
DE FRANCE. ISS
> à me rendre : il faut qu'elle s'acquitte en-
>> vers ſa mère , avant d'afpirer à la gloire
" de le devenir ". Cette fage réponte me
rendit plus tranquille. Elle ajouta quelques
minutes après : Stani , nous allons pren-
ود dre enſemble le repas du foir. Vous êtes
>> maintenant l'hôte de ceste maiſon , un
>> objet lacré pour Nactheu & Thékintfé,
>> comme elles doivent létne pour vous.
» Ma fille , relevez votre voile ; ne crai-
" gnez rien , vous êtes en préſence de votre
» mère. Apportez les gâteaux & le thé ;
>> ſervez-nous les fruits de la ſaiſon of
"
"
аџ
frons libéralement les biens que la Na-
» ture nous donne avec prodigalité " . A
ces mots , je tombe à ſes genoux , & la
reconnoiffance m'y retient. En m'accordant
une ſi chère vue, elle faiſoit pour mon
bonheur plus que n'auroit pu faire
milieu de ſa Cour , le puiſſant Empereur
de la Chine. Peignez-vous le Soleil à fon
lever , débarraſſant ſon front d'un épais
nuage ; telle parut à mes yeux enchantés
la fille de Nactheu. Il me ſembla qu'elle
éclairoit la chaumière : ſous quels lambris
vit- on paroître tant de charmes ! Quels palais
reçurent jamais un mortel plus heureux
que Stani dans ce fortuné moment !
Affis vis-à-vis d'elle au ſouper , je ne ſais
point ſi je mangeai des mets apprêtés de
ſes belles mains. Je ne fais plus ce que je
lui dis dans ma folle joie : ſes paroles ingénues,
ce qui cauſa mon ivreſſe , tout ce
:
G6
156 MERCURE
1
qui entretint mon enchantement , je ne
le dirai point , je ne le pourrois pas; mais
je jouis quelques heures d'une indicible
félicité Je leur appris ma naillance , mon
peu de fortune , mon deffein de viſiter la
Chine, de m'y inſtruire dans les Arts, &
de les porter dans ma patrie. Que ces
deffeins étoient changés ! Oh ! combien je
ſouhaitois de ne plus quitter celle que je
devois aimer le reſte de ma vie ! Nacthen
devina ma penſée , & ſa ſageile la combattit
: elle voulut que je fuiville mes premiers
projets , & mon départ fut fixé par
elle au lendemain matin .
J'allai me jeter fur des nattes , dans un
réduit ſéparé de celui qu'occupoit Thekintſé
& la mère; Lonfeun l'avoit conftruit
pour lui . Je dorinis peu : je me levai
plus tôt que le Soleil; & lorſqu'au moment
dequitter la cabane , j'appelois fur elle la
bénédiction des Dieux , j'apperçus la femine
bienfaiſante qui m'en avoit ouvert la porte :
fes mains tenoient un vafe rempli d'une
liqueur vermeille ; elle me sourit , & je
compris qu'elle avoit entendu mes voeux.
ود
>> Prenez ce confortatif , me dit - elle ;
où ſont les forces , ſe trouve le courage ".
Je bus , le coeur plein d'eſpoir & de reconnoiffance.
Allez , mon fils , ( que
ce nom Hatta mon oreille ! ) » poursuivez
>> votre route : que le Ciel accompliſſe vos
ſouhaits & conduiſe vos pas ! Je ne ود
DEFRANCE. 157
>> verrai point votre retour avec indiffé-
>> rence " . :
Je partis . Je traverſai le torrent, emportant
avec moi l'image de Thékintſé , &
un tendre ſouvenir des bontés, de ſa mère.
J'ai parcouru la Chine. J'ai obſervé le
peuple innombrable qu'elle porte en fon
ſein; peuple antique, célèbre par ſa ſcience,
fon application au travail, & fa piété envers
ſes ancêtres. En vivant avec ſes Lettrés
, j'ai pris des leçons de cette ſageſſe
pratique qui donne du prix à l'homme &
le rend plus heureux. Les connoiflances
qui augmentent ſa force, ſa puiſſance, ſes
plaifirs , & qui , allumant ou fomentant fes
paffions , augmentent auſſi ſes inquiétudes
& ſes peines , j'ai voulu les acquérir. Je
m'y ſuis rendu habile ; & je ſaurai ne les
faire ſervir qu'à mon bonheur , en ne les
employant qu'à me rendre plus cher à .
Thekintſé , plus recommandable aux yeux
de ſa vertueuſe mère , &plus utile à toutes
deux. Je me suis dit , pour m'encourager
dans les momens de l'ennui : Si , à mon
retour , elles confentent à me recevoir , je
rendrai leur cabane plus ſolide & plus
commode. Je l'embellirai ; l'argile inutile
deviendra , par mon induſtrie , des carreaux
polis , fur lesquels la Beauré que j'aime
poſera un pied étroit arrondi avec grace.
Sur des vaſes d'une éclatante blancheur ,
je ſçaurai fixer par le vernis les couleurs
les plus belles ; des pavots , frais & ver118
MERCURE
meils comme ſes lèvres , ſembleront fleurir
fur ces coupes raviffantes.
Toujours occupé d'elle , j'ai recueilli des
graines réſervées pour les jardins de l'Empereur.
Je les ſemerai , me ditois - je , fur
les bords des rizières : elle y trouvera une
ombre ſalutaire , des fleurs pour ſe parer ,
des fruits délicieux.
P
Telles furent mes pensées tout le temps
que dura mon exil. Je charmois , par ces
rêveries , les longs jours de l'abfence : mais
ils paffent comme les jours fortunés ; ils
ſe perdent , hélas ! & ſont comptés pour
l'existence qu'ils ont rendue pénible .
Je me vis au terme que , de concert
avec Nactheu , je m'étois preſcrit. Inftruit
de ce qu'il m'importoit de ſavoir , ne défirant
d'apprendre rien au dela , je quittai
la Chine après un an de ſéjour ; & , prefle
d'arriver , je repris mon premier chemin.
A meſure que j'approchois d'une demeure
chérie , je me ſentis plus ému & moins
confiant. La joie qui m'avoit ſaiſi à mon
départ, ſe diffipoit à chaque pas. Si ce bonheur
, que je me crois près d'atteindre , alloit
m'échapper ...... puiſſante cauſe d'émulation
& de courage , vous deviendrez
peut - être une ſource d'abattement & de
déſeſpoir ! Rien de ce qui exiſte reſte-t-il
le même à la même place un ſeul moment
? Semblables aux flots de l'Océan , le
Ciel & ſes ſphères roulantes , la Terre &
cette foule d'êtres qui reçoivent fur fon
DE FRANCE. 159
fein & la vie & la mort , ne ſont jamais
en repos, Que ne doisje pas appréhender
du temps deſtructeur & de l'inconſtance du
fort ! Ces penſées , le reſſouvenir de mes
entretiens avec les Lettres & les Bonzes ,
occupoient & troubloient mon ame . Parce
que j'aimois & que j'avois des craintes , je
croyois aux preſſentimens. Il me ſembloit
que cette Thekintſé ſi belle , & dans l'âge
où l'on embellit encore s'étoit déjà vu
enlever tous ſes charmes. Les chagrins ,
me diſois - je , une maladie ont flétri tant
d'appas ...... la mort peut- être les a détruits
fans retour ...... peut être que fon
frère , devenu la proie du torrent .......
N'est-ce point la perte de leur mère que
mon coeur m'annonce ! .......
J'avançois cependant. Après quinze journées
d'une route pénible , je découvre une
ſeconde fois Peking. Je force mamarche ;
je traverſe des champs , des bois ; je monte
la colline ; je découvre la demeure de ce
que j'aime ; & à cette vue , je ſens s'évanouir
mes noirs preſſentimens : tel l'Aftre
des jours diffipe à ſon lever les vapeurs de
la nuit. J'approche du torrent redoutable....
Quelle ſurpriſe ! Une arche unique , mais
ſolide , s'étend de l'un à l'autre bord. J'admire
& je remercie l'auteur de ce bienfait.
Je ne ſonge point aux périls qu'il me ſauve ;
je ne penſe qu'à Thékintſé : ce pont officieux
me rapproche d'elle ; je ſerai plus
tôtà ſes côtés. Reçois mes actions de graces,
165 MERCURE
homme bienfaiteur des hommes , qui élevas
ce monument ! que ta vie , toujours heureuſe
, s'étende jaſque dans les ſiècles à
venir ! J'exhale ainfi ma reconnoillance ,
& déjà j'ai gagné l'autre berd ...... Déja
je crois entendre la douce voix de ma bienaimée.
Je la vois : elle ſe trouble , rougit ,
&n'en eftque plus belle. Palpitant d'amour
& de joie , je ne marche pas , je cours , je
vole ; j'arrive : je me précipite fous la cabane
........ Jai reconnu Nactheu aſſiſe
furdes nattes , un mouchoir à la main , la
tête penchée ſur ſon bras , dans l'attitude
de la douleur ...... Ma mère , vous êtes
>> ſeule ! Thékintſé ! Elle n'effuie
ود
point vos larmes !
....
..... Dieux , Dieux,
les feroit-elle couler ? ....... « Je dis ;
&, glacé de crainte , j'embratſe ſes genoux.
Elle ſe tait , & fes larmes redoublent ; mais
fon filence terrible m'a tout dit ; il m'a
révélé mon malheur. Je m'écrie : Elle
» n'eſt plus ! je ne la verrai pas ! ..... "
& je tombe le viſage contre terre , асса-
blé de douleur ......
ود
Bonne Nactheu , mes périls t'ont fait
oublier tes chagrins ! Ta voix altérée appelle
ta fille. A ce nom chéri , je reſpire .....
Heureuſe mère , quoi ! Thékintſe .....
>> Elle eſt près de toi , & tu pleures ! .....
ود
ود-Homme paffionné , que dis-tu ? Ma
>> fille eut-elle feule ma tendreſſe ! N'ai je
>> donc été mère qu'une fois ! ....- Quoi,
>> Lou feun ! ......... - Oui , l'horrible
DE FRANCE. 161
I
>>>torrent roule avec ſes ondes & eache
dans ſon ſein le corps de mon fils. Doublement
malheureuſe , je n'ai pu lui don-
» ner le repos des tombeaux.ma
>>mère ! que de vains regrets n'accroiffent
>> point encore tes douleurs. Un tombeau
>> reſte toujours à l'homme ; il y marche
de fa chaumière ; il s'y rend de fon
>> palais au jour affigné par les Dieux.
" Qu'importe à l'ame immortelle que fon
>> enveloppe fragile , qu'une inſenſible
>> pouffière foit diſſipée dans les champs de
>> l'air , expoſée ſur la cime des rochers ,
> recueillie au fond des eaux , ou cachée
> dans les entrailles de la terre ! Pieux
>>>envers les Dieux & ſes parens , ſenſible
>>& bon , quelque part que foit ton fils ,
>>la paix l'environne ; il eſt plus heureux
>> que la mère qui le pleure ". Je dis , &
mes larines couloient , & j'effuyois les
fiennes ..... Thékintſé parut. Un trouble
inexprimable s'empara de mes ſens ; mon
coeur battoit dans mon ſein. Je fus longtemps
fans parler. Je pris la corbeille_chargée
des fruits que fa main venoit de cucillir,
& j'ofai preffer doucement cone jolie
main. Je demandai qu'il me fût permis de
partager avec Thékintſé les foins du repas ,
Sa mère y confentit. Je remarquai que fes
regards ſe repoſoient fur nous aves complaiſance
, & qu'elle s'efforçoit de cacher
Tes douleurs : mais , après le diner, loif
que ſa fille nous eut quittés , elle ne fe
contraignit plus.
162 MERCURE
>> Jeune Stani , me dit - elle, les Mara
>> chands de Peking , rappelés à leurs engagemens
, ſe ſont acquittés envers moi ,
» & de l'or qu'ils m'ont renais , j'ai bâti
une tombe immenfe & fuperbe , utile
fur-tout & fecourable : la tombe de mon
>> fils couvre l'hormble précipice qui l'en
gloutit à mes yeux. Tu l'as vu ce pont ,
ouvrage de ma tendreſſe, tombeau hono-
> rable élevé à ſes manes , & qui doit les
>> conſoler ( 1 ) . - Quoi ! ma mère , c'eſt
> ta bienfaiſante main qui a jeté devant
>> les pas du voyageur cette voie propice !
>> Je l'ai paffée avec alegreſſe, &je t'ai bénie
» mille fois. Ce monument précieux aux
hommes atteſtera , d'âge en âge, ta piété
» envers enx , ta généreuſe ſenſibilité.-
Bon jeune homme , j'ai déja reçu ma
>>récompenſe. Rien ne me conſoloit. Je
dis , dans madouleur cuifante : Ne fouf-
>> frons pas que le trait qui déchire mon
coeur, bleſſe jamais un autre coeur ; em-
>>pêchons qu'un fils cher à ſa mère , ne
>> péritle comme a péri le mien ; fermons
l'abîme où il eſt tombé. J'ai donné ce
que je poſſédois , mes récoltes entières,
( 1 ) J'ai lu , je ne fais où, qu'une femme bâtit
un pont ſur le précipice dans lequel étoit tombé
fon fils. Ce trait iſolé dema doit un cadre qui le
confervât; & j'ai tenté , ſi je peux parler ainfi , de
placer ſous verre cet intéreſſant tableau. Cet ouvrage
convenoit ſi bien à une femme ! ( Note de
l'Auteur).
DE FRANCE, 163.
» & juſqu'aux anneaux d'or , parure de
>> ma fille , qui n'a pas beſoin d'ornemens.
Ma main a poſé la première pierre ; mes
>>yeux ont vu placer la dernière : un peu
>> de joie pénétra dans mon coeur.
>>Je vais ſouvent pleurer ſur cette tombe.
>> Mes larmes d'abord ſe mêlent aux ondes
" du torrent ; peu à peu elles deviennent
» plus rares ; & la vue du bien que j'ai
>> fait , plus puiſſante que les conſeils de,
laraiſon, que les careſſes même de ma
fille , m'a quelquefois conſolé de celui
» que j'ai perdu ".
"
A ces touchantes paroles , elle en ajouta
pluſieurs encore que je ne redirai point
ici : de tels entretiens paroîtroient longs aux
gens heureux ou frivoles , avides d'amuſemens
; tandis qu'ils affligeroient ceux qui ,
ſenſibles comme Nactheu , ont à pleurer ,
comme elle , un objet tendrement aimé ...
Eh , dans combien de coeurs j'éveillerois des
regrets ! Qui , fur cette terre nourrie de
débris , n'a pas vu tomber , frappé de la
mort , un père , un amant , une épouse !
Celui qui n'a pas ſenti s'échapper de fes
mains la mourante main d'une amie , qui
n'a point refpiré le dernier, ſouffle de la
vie ſur ſes lèvres glacées , celui-là peut ſe
croireheureux : il n'a pas connu encore une
véritable afliction .
J'oſai dire à Nactheu : Le Ciel ne veut
>> pas que vous reſtiez inconfolable ; il vous
>> envoie un autre fils ......Ne rejetez pas
164 MERCURE
>>l'Etranger qui vous cherche , le coeur qui
>> vous chérit. Séchez vos larmes : la Na-
>> ture & les Dieux s'oppoſent à ce que
>>nous pleurions éternellement.... J'attendis
avec inquiétude ſa réponſe . Ses regards
s'attachèrent fur moi; elle voudroit
lire juſqu'au fond de mon coeur. Vous avez
vu les fleurs en proie au fouffle des vents ;
leurs tiges s'abaffent , ſe relèvent , ſe penchent
tour à tour de l'un & de l'autre côté ;
c'eſt l'image des penſées de certe tendre
mère. Je cherche à la raffurer. » Eloignez-
>> moi , lui dis-je , de votre charmante fille
» &je jure par Foé, par vous, qui m'êtesauffi
> ſacrée que Foé lui même , de ne paroitre
>> devant elle que lorſque vous me l'ordonnerez
. Cependant guidez mes pas dans
>>les champs cultivés par ſon frère , je veux
» qu'ils ſe couvrent de moiffons , & que
vous diſiez en vous promenant au mi-
» lieu de l'abondance : Il me reſte un fils ".
Une lueur de joie éclaira fon front abattu:
j'entendis ces flatteuſes paroles : » Stani
ود
ود
la douceur de res traits m'a d'abord prévenue
pour toi ; ta conduire , & main-
>>tenant la ſageſſe de tes diſcours , excitent
> mon etime. Je fais croire à la vertu : refte
» parini nous. Ma fille , ſimple comme l'enfant
qui n'a point encore quitté les
ود brasde fa nourrice , ne fait pas quel fen-
>> timent la porte vers toi : ne te preffe
>> point de l'en inſtruire ; il n'est pas temps.
» Sache différer ; ſache attendre ton bon-
:
DEFRANCE.
165
"
"
ود
ود
heur : il n'en ſera que plus doux. Si je
>>>te conficis , fans te mieux connoître , celui
de cet enfant , je manquerois de prudence.
Tu n'as pas encore de richeſſes :
>> ne t'offre point à une épouſe , ſans
lui préſenter une dot , gage de ton
amour. Une dot flatte d'ordinaire notre
>> orgueil : ma fille , fans orgueil aujour-
>>d'hui , pourroit , corrompue par l'âge ....
" (l'en préſerve le Ciel ! ) Mais garde toi
» qu'elle puiſſe jamais dire , fût ce daus
>>le ſecret de ſon coeur : Je n'ai rien reçu
ود d'un époux. Fais-toi , dans ce vallon , une
>>propriété. Nos colines ſont couvertes d'arbres;
qu'abattus ſous tes coups ils roulent
dans les vallées . Conſtruits ta, cabane
à côté de la nôtre ; tranſporte ſous ton
>>toît la ſcie , la hache , & les inftrumens
رد
ود
ود
ود du labourage. Lourſeun en fit un noble
>> emploi : je les remets en tes mains . La
terre , naturellement féconde , t'offre ſes
>>tréſors ; & bientôt ........ ". La vue
de ſa fille l'empêcha de pourſuivre. Thekintſé
tenoit ſur ſon bras l'agneau ravi à ſa
jeune brebis. Un ſouris ingénu embelliffoit
ſa bouche , ſemblable au bouton
de roſe qui s'entrouvre au matin. » Voyez ,
>>dit- elle , la jolie petite créature ! Elle ne
وو fait que de naître , & je l'aime déjà.
» Comme elle eſt douce ! .... Ah ! fi je
>> la préférois à la brebis qui connoît ma
>> voix , qui me ſuit par-tout .... ! Non ,
non .... je ne veux pas .... je cours la
366 MERCURE
> rendre à la mère, dont les bélemens me
» poursuivent ". Elle fuit , & fes pieds légers
font à peine fléchir la natte , tapis ruftique
de la ruſtique cabane .... » Heureux
» âge , dit Nactheu , en laillant échapper
ود un ſoupir , heureux âge , que la naiflance
" d'un agneau occupe & enchante ! Que
>> fajoie eſt facile ! Stani , mon coeur eſt
>> fermé à la joie «.
Pour l'arracher à ces douloureuſes penfées
, je l'entraîne ſur les pas de ſa fille ,
&nous defcendons enſemble le vallon. Là
une peloufe d'un vert éclatant croît au pied
des oliviers fauvages , & contraſte agréablement
avec la couleur ſombre de leurs
feuilles. L'ombre& la folitude de cet agreſte
lieu diſpoſe à l'attendriſſement.
Je dis , en regardant Thékintſé qui me
regardoit : » Alleyons - nous ici ; jouiſſons
» des derniers rayons du ſoleil «. J'eus
*ſoin de placer Nactheu entre ſa fille & moi ,
bien réfolu de mériter ſa confiance. Je pris
ſa main , celle de ma bien aimée ; & , les
joignant dans les miennes , je lui parle en
ces termes.
>> Vous m'avez adopté pour fils ; vous
» êtes à préſent ma mère , votre fille eſt
» devenue ma ſoeur ... : oui , Thékintfé ,
» je ne vous appellerai plus que de ce nom
ود facré..... Commandez-lui de me nom-
> mer fon frere...... Ma mère , béniflez
>> vos cufans « ! Ses yeux me ſourirent, ils
m'approuvoient ; tandis que ceux de ma
DE FRANCE. 167
jeune amie n'exprimoient que ſa ſurpriſe. Je
m'écriai : » Thékintſé ne veut pas me ré-
>> pondre ! Thékintſe ne peut pas fans
>>> doute aimer un ſecond frère ! Elle ſe
taifoit ; elle regardoit ſa mère, & fembloit ,
pour m'aimer , attendre reſpectueuſement
fes ordres. Bonne Nactheu , vous le lui donnâtes
cet ordre , le garant , le ſceau de ma
félicité. Vous preflares nos mains , vous
nous bénîtes ; vous appelates le bonheur ſur
nos têtes ; vous fites pour nous mille voeux.
Que me reſte-t-il à raconter ! Vous favez
que j'aime , que je ſuis aimé : vous favez
tout. Ma belle compagne a juré d'obéir; &
fon céleste regard m'a dit qu'elle n'éprouvoit
pointdecontrainte : ainſimon fort eſt rempli
; il eſt fixé : mes aventures ſont finies,
Deſtiné à devenir ſon époux , je vais lamériter
. J'embellirai ſa demeure ; je l'entourerai
de fleurs ; je chargerai ſa table des
plus beaux fruits. Mes ſoins ſauront adoucir
les regrets de ſa mère. Je les défendrai
; je les nourrirai toutes deux. Elles ſeront
heureuſes , & je ferai heureux.
Je jouis déjà du bonheur qui m'attend.
L'eſpérance eſt le bonheur.
(Par l'Auteur des Lettres de
Jenny Bleinmore ( 1 ) .
(1) On trouve ce dernier Quvrage de Madame
Monnet , à Paris , chez Regnault , Lib. rue Saint-
Jacques , vis-à-vis la rue du Plâtre. 2Vol. in-12.
Prix, 3 liv. Les Contes Orientaux , du même Aureur,
2Vol. in-12 . Prix , 3 liv .
MERCURE
var
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEEmot de la Charade eft Lapin ; celui
de l'Enigme eft Cure ; celui du Logogriphe
eſt Vierge , où l'on trouve Verge , Grêve ,
Ire, Grive, Ivre , Vire, Rêve, Rive, Ver,
Vergé.
2.
CHARADE
POINT de ruiffean fans mon premier ;
Point de plaine avec mon dernier ;
Et tout bon Chrétien ſolennife
Mon entier , jour cher à l'Eglife .
( Par M. Ferran de Fronton. )
ÉNIGMES
QUOQUIOQIQUUEE je fois peu dangereuſe ,
Je n'en ſuis pas moins douloureuſe ;
Car eſt-on par moi tiraillé ,
Il ſemble qu'on ſoit tenaillé.
Goutte , colique , ou profonde bleſſure ,
Ne cauſent pas plus ſenſible torture :
Mais , Lecteur , ce cruel tourment
Peut ſe calmer en un moment ,
i
1
Sans
DE FRANCE. 169
Sans qu'il foit beſoin d'aucune aide ,
Sans appliquer aucun remède.
Qui de moi ſe trouveroit pris ,
Jetteroît en vain les hauts cris ;
Qu'il s'alonge , à l'inſtant je cède ,
Et voilà tous ſes maux guéris.
(ParM. N. D. de Neuville aux
Loges , près Orléans. )
LOGOGRIPHE.
LECTEUR , je fuis femelle ,&tel qui ne l'eſt pas
Me trouve quelquefois au inilieu des combats ;
J'ai toujours des Héros été la récompenfe :
Il eſt vrai que le Sage en gémit ; mais enfin
Je la fus de rout temps , & tel eſt mon deſtin.
Maintenant je ſourmets àton intelligence
Les êtres variés que produit ma fubſtance :
Il en eſt un qu'on aime & qu'on chérit par tout;
Qui ne l'aimeroit pas ? il eſt l'ame de tout ;
Sur d'arides chardons il fait croître des roſes ,
Il eſt unique enfin pour les métamorphofes ;
Mais ne te borne pas à ſa poſſeſſion ,
Ne l'idolâtre point , c'eſt une obſeſſion.
L'utile protecteur de la foible innocence
Eſt un ſecond enfant qui me doit la naiſſance ;
Etcomme l'agrément cède à l'utilité ,
Sur mon troiſième fils qu'il ait la préférence ,
№ 26. 27 Juin 1789. H
1
170 MERCURE
Il n'en ſera pas moins & célèbre & vanté,
Et l'un des attributs d'une Divinité.
Si la félicité tenoit à la puiſſance ,
Un être heureux encor me devroit l'exiſtence.
Enfin je fus toujours l'idole des François :
?
Mais c'eſt en dire affez , Lecteur , & je me tais .
: ( Par M. de B***, de Fromenteault. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
De la Foi publique envers les Créanciers
de l'Etat. Lettres à M. LINGUET , fur
le N. 116 de ſes Annales , & c . par M.
* * *. In- 8 ° . A Londres ; & se trouve à
Paris , chez le Tellier , Libraire
des Augustins.
د quai
LeEsS perſonnes qui ont lu le Nº. 116 des
Annales de M. Linguer, demanderont peutêtre
pourquoi M, *** a pris la peine d'y
répondre ; & cette demande feroit trèsraifonnable,
s'il ne falloit, en traitant ce fujet
, faire autre choſe que répondre à M.
Linguer , s'il ne s'agiſſoit que de réfuter une
erreur de cet Ecrivain. Mais M. *** s'eſt
propoſé un but beaucoup plus utile. Il a
voulu répondre à tous ceux qui , par ignoDE
FRANCE. 171
rance , ou par inconſidération , pourroient
foutenir & répandre une opinion dont le
plus léger examen fuffit pour démontrer
Tabſurdité & le danger. Il a voulu rafſurer
ceux qui n'ayant pas des idées exactes fur
l'économie politique , & ayant peu réfléchi
fur les vrais principes des intérêts des Nations
, & principalement ſur l'état actuel du
revenu de la France , pourroient être effrayés
de la hardieſſe d'une telle affertion. Ce Livre,
qui, ſous ce ſeul point de vue, mériteroit
des éloges , inſpirera de plus une trèsgrande
confiance , lorſqu'on ſaura qu'il eſt
l'Ouvrage d'un des plus habiles Calculateurs
de l'Europe , d'un homme que la méditation
& l'expérience ont familiarifé avec
tous les objets qui intéreſſent la richeſſe
des Nations .
Dans les huit premières Lettres M. *** ,
répond particulièrement aux objections de
M. Linguet , c'est - à - dire , aux objections
qu'on pourroit faire fur ce ſujet. Il montre
combien on eſt dans l'erreur , lorſque l'on
confond trois cent mille Créanciers de
l'Etat avec une centaine d'Agioteurs enrichis
des dépouilles d'autres Agioteurs moins habiles
ou moins heureux. Il prouve qu'on
attribue à la violation de la foi publique,
des effers falutaires qui font impoffibles ;
que la différence qu'on voudroit établir fur
cette matière entre l'Angleterre & la France,
eſt abſurde , parce que la même opération
ne peut être honteuſe & criminelle dans
1
(
H2
172 MERCURE
un pays , juſte & raiſonn ble dans l'autre ;
que le principe des ſubſtitutions , appliqué à
laComonne de France , ne peut point faire
dépouiller de leurs droits les Créanciers de
l'Erat ; qu'il faut toujours conſidérer la Société
politique& fon Chefhors des maximes
du deſporiſme & de la tyrannie. » La Société
eſt un individu qui n'a qu'une naiffance&
une mort. Sa vie eſt compoſée d'une
multitude de vies, qui, cominençant & finiffant
à des momens différens , ne laiffent appercevoir
aucune folution de continuité.
Lorſqu'elle a un Chef unique , il doit être
conſidéré de lamême manière. Il en eſt le
principe moteur ; il eſt immortel comme
elle. Le ſceptre ne tombe pas un ſeul inftant.
Si le corps de tel Prince diſparoît , la
volonté néceſſaire à tout Gouvernement ,
&dont il étoit l'organe , ſe retrouve chez fon
fucceffleur , fi je puis m'exprimer ainfi
comme une ſérie non interrompue d'idées ,
&non comme l'effet d'un pacte nouveau.
Le prédécefleur n'ayant pas gouverné pour
fon propre avantage , mais pour celui de
ſes ſujets , les engagemens n'étoient pas
les fiens, ils étoient ceux de ſes délégataires ;
&la vie politique de ceux - ci ne ceſſant
jamais , leur rapport avec leur Chef reſtant
toujours le même , leurs engagemens ne
peuvent s'éteindre que par leur exécution
".
,
La Nation devant acquitter ſa dette par
ſon revenu , M. *** examine quel eſt le re
DE FRANCE. 173
venu général de la France. Cette partie de
fon Ouvrage renferme desdétails intéreſlans,
dont voici quelques réſultats .
Un des plus célèbres Arithmériciens po
litiques d'Angleterre , Davenant, évaluoit en
1698 le revenu général de la France à deux
milliards cinquante - huit millions de livres
tournois ,& le revenu général del'Angleterre
àun milliard foixante dix huit millions de livres
tournois. Il avoit pris pour baſe de ſon
évaluation les beſoins rels que les ſuppoſoient
alors la population , les moeurs & les habitudes.
Les dépenſes publiques de la France
s'élevoient , à la même époque, à trois cent
trente-un millions. Celles de l'Angleterre à
quatre-vingt- deux. Celles - ci s'élèvent aujourd'hui
à trois cent quatre-vingts ; elles ont
preſque quintuplé depuis 1698 , tandis que
le revenu général ne s'eft accru que dans la
proportion de cinq à deux. Les dépenſes de
la France vont aujourd'hui à peine au double
de ce qu'elles étoient en 1698 , & font
à peine la cinquième partie du revenu actuel.
En eftimant le revenu actuel de la France
à trois milliards , & la population à vingtcinq
millions , il en réſulte que chaque individu
, l'un portant l'autre , a quarante écus
à dépenſer par an , c'est-à-dire , environ fix
ſols ſept deniers par jour. Suivant le calcul
de M. Young , le revenu général de l'Angleterre
& de l'Ecoſſe eſt de deux milliards
fix cent quatre vingt-quinze millions. Le
H3
174- MERCURET
nombre des habitans de ces deux Royaumes,
eftimé à huit millions, chaque individu, l'un
portant l'autre, doit avoir dix- huit ſols cinq
deniers pour ſa dépenſe journalière , ſur
leſquels il paye dix deniers par jour pour
les dépenſes publiques , y compris la taxe
des pauvres , qui font à peu près de quatre
centhuit millions tournois. En portant les
dépenſes de la France à fix cents millions ,
&les habitans à vingt- cinq millions , les
dépenſes publiques coutent à chaque individu
un peu moins de ſeize deniers par
jour.
: Entre les vingt- cinq millions d'individus
que renferme la France , on peut en compter
huit millions qui , l'un portant l'autre ,
n'ont à dépenſer par jour que deux ſols
deux deniers ; cette portion de Citoyens ,
placée dans l'état d'indigence , ne doit pas
être chargée du poids de la dette publique,
qu'on évalue , ſans erreur confidérable , à 4
milliards & demi. Dans le plan de M. *** ,
il faut referver pour cette claſſe cinq cent
onze millions , avant de conſidérer le re
venu général dans ſon rapport avec la dette
publique ; & ce revenu ſe réduit alors à
deuxmilliards quatre cent vingt-neuf millions,
qui doivent être partagés entre dix
ſept millions d'individus , parmi lesquels fo
trouvent les Propriétaires du fol entier du
Royaume. La part de ces dix ſept millions
d'hommes est chaque jour de huit ſols ſept
deniers par tête , & c'eſt ſur cette ſomme
DEAFRANCE. 175
que doit être rejeté , ſuivant M. *** , le
poids entier des dépenſes publiques.
L'évaluation du revenu de la France à
trois milliards , doit être au deſſous de la
vérité. En effet , 1º. l'accroiſſement du revenu
de l'Angleterre , depuis 1698, donneroit
pour la France cinq milliards cent quarante-
cinq millions. 2. L'accroiſſement du
produit des fermes générales , depuis la
même époque , donneroit quatre milliards
cinq cent cinquante-huit millions. 3 °. M.
le Trône , l'un des Ecrivains Politiques
François qui ont fait le plus de recherches ,
évaluoit , en 1779 , la reproduction annuelle
de l'agriculture à trois milliards cent
trente-quatre millions , & un calcul nouvellement
fait des produits de l'agriculture ,
en y comprenant la pêche , porte cette reproduction
à trois milliards deux cents millions.
M. ***. propoſa enſuite deux moyens
proviſoires de ſecourir le Tréſor Royal
lans faire de nouvelles levées d'argent ,
moyens , felon lui , ſimples, faciles , & avantageux.
Le premier feroit que les Créanciers
actuels qui peuvent ſe diſpenſer de recevoir
en argent effectif une grande partie des 220
millions de rentes annuelles dont le Tréſor
Royal eſt ſurchargé , offriffent eux-mêmes
de recevoir une partie de leurs arrérages
enbillets portant intérêts, & payable à l'expiration
d'un certain terme. Le ſecond
moyen confifteroit à porter au Tréfor pu-
H 4
176 MERCURE
1
blic la portion de Vaiſſelle dont chacun
peut diſpoſer ſans paivation , & que l'on
y échangeroit pour des billets au Porteur.
M. *** parle des recherches faites en
Angleterre il y a quelques années , pour
manifeſter l'état des revenus publics &des
dépenfes , & exécuter toutes les réformes
néceſſaires : les Anglois ont donné à cet
égard un exemple de ſageſſe , qui ſera fans
doute ſuivi par d'autres Nations. » La circonſtance
actuelle , dit M. ***, peut rendre
utiles des renſeignemens ſuffisamment
exacts fur cet intéreſſant objet ".
En 1780, on commença à avoir des craintes
ſur la ſolvabilité de l'Angleterre. Le verfement
des deniers publics dans le tréfor
'n'étoit pas proportionné à l'accroiffement
des dépenſes , & s'opéroit de plus avec
beaucoup de lenteur. Le Lord North propoſa
au Parlement de nommer des Commiffaires
pour examiner & fixer l'état des
comptes publics du Royaume. Sa motion
fut agréée , & la Commiſſion des comptes
fut compoſée de fix perſonnes indépendantes
, & d'une réputation intacte. Le travail
de ces Commiſſaires a duré près de
cinq ans , a excité la plus grande artention ,
& a mérité l'approbation générale. Leurs
rapports font au nombre de dix-ſept , chacun
ſur un genre de revenu & de dépense.
C'eſt par ce moyen que le Parlement eſt
venu à bout de connoître d'une manière
DE FRANGE.
177
exacte l'état de la Nation. Il n'y a pas
d'exemple d'un travail ſi complet. Quinze
deces rapports forment trois volumes in 4º° .
de ſept cents pages. Le reſte n'eft pas encorepublié.
» C'eſt de ce travail, dit M. *** , qu'eſt
réſulté l'emploi de l'excédant annuel du revenu
ſur les dépenses , à l'extinction de la
dette nationale. Depuis que cette meſure a
été adoptée & ordonnée , l'extinction annuelle
a monté à plus de trente millions
tournois " .
M. *** donne , dans ſa dix ſeptième Lettre
, un abrégé de cet Ouvrage intéreſſant.
On y verra que tous les comptables ont été
foumis à l'examen le plus exact , que tous
ont été obligés de répondre aux queſtions
des Commiffaires ; qu'on a donné à la Nation
Angloiſe la connoiffance la plus complette
de tout ce qui concerne ſes revenus
& ſes dépenses ; & que par la difcuffion
de toutes ces formes de régies , on eſt
parvenu à découvrir que la ſeule perception
des revenus préſentoit un déficit de plus de
dix-neufmillions employés continuellement
aux affaires particulières des différens Receveurs
.
Les Commiffaires obſervent que la perception
de l'Acciſe , ou impôt fur les conſominations
, ſe fait annuellement en huit
tournées par cinquante - trois Collecteurs
pour l'Angleterre & la Principauré de Galles.
Η
78 MERCURE
Le ſalaire de chacun d'eux eſt de deux mille
fix cent quatre-vingt- dix livres tournois par
an , moins la retenue d'un fol neuf deniers
par livre. Ses frais montent à deux mille
quatre cent cinquante livres. Il fournit une
caution de douze mille livres. La recette
de l'Accife, en 1779, alloit au delà de quatrevingt-
onze millions ( 1 ) . Les frais des Collecteurs
étoient de deux cent ſoixante douze
mille cinq cent vingt- cinq livres, c'eſt-à- dire,
fixfols pour cent livres. Les Receveurs généraux
de la taxe des terres font au nombre
de cinquante-un, compris ceux de l'Ecoffe :
ils ont deux deniers par livre , & par conféquent
feize fols huit deniers pour cent
livres .
Les Collecteurs de l'Acciſe ne peuvent
garder les deniers perçus plus de fix jours
au delà de celui où ils ont terminé leur
tournée. Le Bureau reçoit de leurs mains
le produit de l'Acciſe, & les fait paffer chaque
ſemaine au tréfor. Leurs comptes font
réglés une fois l'an .
Les Bureaux de la Douane, du Timbre,
du Sel , des Colporteurs & Merciers , verſent
également chaque femaine au Tréfor
les produits de leurs perceptions.
Les Commiſſaires obfervent qu'on doit
aſſujettir à la même règle le revenu des pof-
(1) Le produit de l'Acciſe a été augmenté depuis
de près de cinquante millions..
DE FRANCE. 179
tes, les produits du droit fur les penfions ,
les produits des premiers fruits , & du dixième
( impôts établis ſur leClergé riche pour
l'augmentation de l'entretien du Clergé
pauvre ). Ces branches de revenu , à cette
époque , reſtoient toute l'année dans les
mains des Receveurs : ils diſent la même
choſede la taxe des terres que les Receveurs
généraux ont l'habitude de garder dans leurs
mains , & dont le chomage ſeul , outre les
pertes qu'il en réſulte pour le tréſor , coute
au Public , chaque année , trois cent vingtfept
mille trois cent ſoixante-dix livres , ſur
le pied de quatre pour cent d'intérêt.
ود Cette méthode , dommageable pour
le Public, diſent-ils, doit être diſcontinuée.
Le revenu doit venir ,fans délai , du Contribuable
au Trésor. En permettant aux Receveurs
de le retenir dans leurs mains, pour
en tirer un avantage , on leur donne les
plus forts motifs d'en conſerver le plus &
le plus long-temps qu'ils peuvent. On crée
un intérêt privé , en oppofition avec l'intérêt
public, le Gouvernement eſt forcé de
recourir à des emprunts couteux, & le revenu
public eſt dans un danger continuel...
Il n'y a aucune raiſon pour que l'Etat ne
doive pas plutôt qu'un individu avoir la
garde & l'usage de ſes deniers , à meſure
qu'ils font reçus. Les coffres de l'Etat en
font le dépôt le plus fûr".
Le travail de ces Commiſſaires fini , M.
H6
130 MERCURE
Pitt propoſa une nouvelle commiſſion réformatrice
, & elle fut autoriſée par trois
Bills à prendre connoiffance des abus qui
s'étoient gliffés dans divers Bureaux , à faire
des recherches pour mieux régler le Bureau
duTréſorier de la Marine, à examiner & contrôler
de nouveau les comptes du Royaume.
Dans le nombre des fuppreffions auxquelles
ces recherches ont donné lieu , on
remarque celle d'un Bureau dont quelques
pauvres Clercs rempliffoient les fonctions ,
&dont quelques grands Seigneurs retiroient
les prodigieux émolumens. Ce Bureau coutoit
annuellement à la Nation au delà de
800,000 livres ; & ſon unique occupation
étoit de vérifier des chiffres , d'examiner s'il
n'y avoit point d'erreurs d'arithmérique
dans les comptes de recette &de dépenſe ,
travail qu'on pouvoit faire exécuter pour
12000 liv. Le Bureau a été fupprimé ; &on
a remercié les Commiſſaires , en leur donnant
foixante mille livres de penfion.
(CetArticle est de M. G ....
DE FRANCE. 181
MISS Lucinde Osburn , Roman traduit de
l'Anglois par Mile. ***. 2 Parties in-
12. Prix , liv . A Londres ; & fe trouve
à Paris , chez Onfroi , Libr. , quai des
Augustins.
CE Roman , fait par une femme , & traduit
par une femme , ſera lu par les deux
fexes avec beaucoup d'intérêt. Il n'a pas
été fait , comme on le dit dans un court
Avertiſſement, pour l'amusement d'un Lccteur
qui aime de grands coups d'épée donnés
à travers le corps de gens qui ne meurent
pas , & qui reviennent pour le dénouement
, &c. L'action qui le compoſe eſt
fort ſimple , & les incidens ne fortent point
de la ſphère de la vraiſemblance.
Lucinde Osburn eſt une orpheline qui
a été recueillie & élevée par une jeune
perfonne , Miff Selwyn , qui est devenue
non pas ſa protectrice , mais fon amie. Lucinde
n'a pas eu ſeulement à lutter contre
la fortune , elle a eu à combattre fon propre
coeur. L'Amour lui a fait fentir fa
puiſſance ; mais il l'a toujours trouvée inébranlable
dans ſes devoirs. La voix de
l'honneur dans ſon ame y fait taire celle
des patſions. Son coeur est déchiré dans ſes
combats ; mais il triomphe. Nous ne ſuivrons
point cette tendre & vertueuſe
182 MERCURE
Héroïne dans les divers évènemens de ſa
vie intéreſſante ; nous nous bornerons à
dire , qu'après avoir échappé aux ruſes
d'un ſéducteur aimable , après avoir immolé
ſes propres déſirs qui le portoient
vers un objet digne de ſa tendreſſe , elle
trouve enfin le bonheur. Le temps & le
haſard déchirent le voile qui couvroit ſa
naillance ; & elle ſe retrouve riche & conſidérée
dans les bras de l'amour & de l'amitié.
:
२. Cet Ouvrage eſt véritablement intéreſfant;
& les leçons de morale qu'il préſente
, donnent à ſa lecture un motif d'utilité.
:
ON
VARIETES.
N rendra compte, dans leMercure prochain ,
de l'expofition des Tableaux des Elèves de la
Peinture, qui ſe faisoit ci-devant, le jour de la
Fête-Dieu , dans la Place Dauphine , & qui s'eſt
faire les 18 & 19 de ce mois dans la Galerię de
M. Le Brun, rue de Cléry.
DE FRANCE. 183
SPECTACLES.
THEATRE ATRE DE MONSIEUR.
1
L'ESPÉRANCE que nous avions conçue &
que nous avons donnée de ce Théatre à fa
naiſſance , étoit fondée ſur deux motifs ; fur
les efforts promis par l'Adminiſtration de ne
rien négliger de ce qui peut plaire au Public ,
& fur les progrès que devoit faire dans ce
même Public le goût du Chant & de la Mufique
italienne. Elle s'eſt réaliſée dans ces denx
points. De jour en jour le nombre des Amateurs
s'accroît , & on devient plus ſenſible aux
charmes d'une muſique qui , en parlant ſouvent
à l'eſprit , en touchant le coeur toutes les fois
qu'elle peut y prétendre , ſait toujours charmer
Foreille & les ſens . On s'accoutume de plus
en plus à une manière de chanter brillante ,
ornée , mais pourtant facile & naturelle , qui
prouve de la part du Chanteur beaucoup d'art
& d'exercice , mais qui ſemble ne lui couter
aucun effort : on paroît enfin perfuadé que cette
méthode eſt la meilleure.
D'un autre côté , l'Adminiſtration n'a épargné
aucune peine ni aucun ſacrifice pour donner
à ce Theatre le plus haut degré de ſplendeur
, & elle y eſt parvenue au moins pour
la Troupe Italienne , qui nous occupe dans ce
moment , puiſque de l'aveu de tous les Amateurs
qui ont voyagé , on ne trouve pas un
134 MERCURE
:
ſeul Theatre Italien en Europe qui offre une
réunion auſſi complète de talens diftingués;
puiſqu'aucun orchestre ne l'emporte fur le fien ;
puiſque tous les Ouvrages qu'elle a donnés ,
àla réſervedu premier , ont parfaitement réufli ,
&qu'elle compte aujourd'hui cinq grands ſuccès
de ſuite , choſe par-tout affez rare . Si l'on nous
accuſoit de traiter avec trop d'indulgence се
Théatre qui en avoit beſoin , ( quoique nous
foyons en cela d'accord avec les autres Journaux
qui en ont parlé , & que nous l'ayons
plus qu'eux-mêmes critiqué quand il nous aparu
le mériter ) , nous ferions fuffisamment juftifiés
par ce que nous venons de dire. Devons- nous
déſapprouver ceque le Public approuve?Avonsnous
le droit d'être plus ſévères que lui ?
La Villarella Rapita , ou la Villageoiſe enlevée ,
repréſentée le 15 de ce mois , a fait un trèsgrand
plaifir , tant pour le choix de la musique ,
que pour le mérite des nouveaux Débutans.
Čette Pièce a été écrite par il Signor Franceſco
Bianchi ; elle a eu du ſuccès en Italie , parce
que le chant en eſt agréable & gai , les morceaux
d'enſemble d'un bon effet , & fur-tout
que le Poëme en eſt plus intéreſſant que ne
le font ordinairement les ſujets italiens , quoiqu'on
n'y trouve pas encore cette liaiſon de
Scènes à laquelle les François artachent tant de
mérite , & dont les Italiens ont de bonnes ra:-
fons de ne pas s'embarraſſer. Nous doutons
cependant que la muſique un peu commune
de la partition originale , fi elle eût été confervée
, ent plu beaucoup à des oreilles accou
tumées aux idées originales & brillantes des
Paifiello & des Cimarofa. Mais comme il étoit
naturel de lsiffer a des Débitans le choix des
morceaux dans lesquels ils devoient ſe faire
DE FRANCE. 185
entendre , & que ce choix a été bien concerté,
il en eſt réſulté un Ouvrage plein de force &
de chaleur , & digne du ſuccès qu'il a obtenu.
Les morceaux conſervés du Compofiteur ,
font l'introduction & le premier final , & c'eſt
ce qu'il y a de mieux dans l'Ouvrage. Les
morceaux d'enſemble ſubſtitués font un terzetto
charmantdel Signor Mozzart , un duo del Signor
Martini , Compofiteur Eſpagnol , & deux
quartetti del Signor Guglielmi , l'un tiré d'un
Opéra férieux, &l'autre qui fert de ſecond
final , tiré d'un Opéra-Bouffon , tous deux du
plus grand effer. Presque tous les airs fontfubftitués.
Ceux qu'on a le plus diftingués , ſont
un air de Paiſiello , chanté par M. Viganoni ,
Mi perdo fi mi perdo , & un autre de M. Mandini.
Plufieurs autres ont paru infiniment agréables;
tels que l'air que chante M. Bianchi au
premier Acte , & qui eſt de fa compofition; (ce
M. Bianchi n'eſt pas le même que le Compofiteur
de l'Opéra ; un rondean gracieux & populaire
, chanté par la Signora Mandini ; un
air&une cavatine de M. Viganoni , & un petit
air chanté au ſecond Acte par Mlle. Nébel , &
qui, ainſi que l'ouverture, eſt de la compofition
del Signor Ferrari , Maître au Clavecin.
Parlons maintenant des Débutans. M. Viganoni
, qui avoit déjà chanté en France la dernière
fois qu'on a tenté d'y établir un Opéra-
Bouffon , & qui dès-lors donnoit de grandes
eſpérances, vient de s'y remontrer avec le plus
grand éclat. Il eſt le premier Tenore parmi tous
ceux que nous avons entendus à Paris , dont
le chant ait fait un plaifir ſans mélange , & ait
obtenu l'approbation générale. Ce n'eſt pas cependant
qu'on n'y retrouve toutes les broderies
, tous les agrémens que l'on avoit repro
186 MERCURLO
chés aux autres ; mais , foit qu'on commence
à fe perfuader , en France , que le chant eft
fait pour être orné , comme la Poéfie doit être
diftinguée de la proſe par des expreffions plus
fleuries , foit qu'il place ces ornemens plus à
propos , & qu'il fache les employer fans nuire
a l'expreffion dramatique , il a eu l'art de faire
adopter avec tranſport une manière qui avoit
été rejetée juſqu'a lui. Il adans ſon jeu beaucoup
de chaleur & d'intérêt, & une aifance de
maintien qu'il doit peut-être à fon ſéjour parmi
nous .
M. Mandini a une voix de baſſe très-belle ,
très-facile , très- étendue ,& fufceptible de chan
ter même le Ténore , auquel ſa méthode excel
lente paroit convenir également. Son jeu eft
plein d'eſprit , de fineſſe , d'intentions comiques
,& pourrant toujours naturel. Avec une
taille , une figure & un maintien fort nobles , il
fait mettre dans fon rôle de payſan la gaucherie
niaiſe qui convient à ce caractère. Au ſecond
Acte, il paroît fous le nom & l'habit d'un Seis
gneur ridicule. Peut- être ce ridicule eft il un
peu trop exagéré , mais c'eſt moins fa faure
que celle de l'Auteur du Poëme , qui a porté
trop loin la bouffonnerie de cette ſcène ; ou
plutôt c'eſt la faute d'un Peuple toujours paffionné
pour ces eſpèces de caricatures , & que
M. Mandini eſt accoutumé à ſervir ſelon fon
goût. Il a fuffi à cet excellent,Acteur de connoître
le nôtre ; fon talent fouple a ſu s'y plien
dès la ſeconde reprefentation . Il a vu de luig
même que ce qui eft vrai , naturel & dicent ,
avoit feul le droit de nous plaire, & il en a profité.
Auffi a-t-il fait le plus grand pla fir d'un
bout à l'autre de fon rôle , lorſqu'au lieu de
chercher ſeulement à faire rire dans cette ſcène .
DE FRANCE. 187
il y a mis l'eſpèce de confufion & de timiadité
naturelles à un Payſan qui ſe trouve de
vant un Seigneur.
La Signora Mandini, dont un enrouement ſubit
avoit empêché de juger les moyens à la ire.
repréſentation , a complètement réuſſi aux fuivantes.
Sa voix n'eſt ni très forte , ni fi l'on
veut, très belle ; mais fa manière de chanter ,
fimple&proportionnée à ſes facultés , eſt de
très-bon goût& remplie d'expreffion ; & puis
elle joue avec tant de grace , de mignardiſe ,
de gaîté , de fineffe , qu'on oublie bientôt , ce
qui peut lui manquer du côté de la voix. Il
eft impoffible de rendre avec plus de charme
la ſcène du raccommodement , vers la fin du
premier Acte , le monologue du réveil lorfqu'elle
ſe voir parée de beaux habits , & de
chanter plus voluptueuſement le duo qui précèle
de dernier final . A la ſeconde repréſentationde
cetOpéra, tout l'auditoire paroiſſoit dans
Tivreſſe.
1
ANNONCES ET NOTICES. 1
HISTOIRE du Marquis de Séligni & de Ma
dame de Luzal , ou Lettres authentiques & originales
, trouvées dans un porte-feuille à la mort
de M. le Maréchal de ***; par M. L. C. D....
2Volumes in- 12, Brochés , 4 liv. A Paris , chez
Regnault , Libr. rue St. Jacques , vis-à-vis celle
du Plâtre.
188 MERCURE
Alphonfine , ou les Dangers du grandMonde;
par l'Auteur de la Quinzaine Angloiſe: 2 Partics
in-12. Brochées , 3 livres. Chez le même que ci
deflus.
Le Point de ralliement des Citoyens Françoisfur
tes bases d'une Conflitution Nationale , fur les pouvoirs
des Députés , & fur la forme des délibérations.
In-8°. de 144 pages , orné d'une Gravure.
Setrouve à Paris , chez Prudomme, rue Jacob ; &
au Palais - Royal , chez Defenne. Prix , 36 f.; &
franc de port par la Poſte, 2 liv.
Cet Ouvrage renferme des vûes utiles ,& mérite
d'être diftinguć.
Situation actuelle des Finances de la France &
de l'Angleterre ; in-4°. Prix, 2 liv. 8 f. br. A
Paris, chez Briand , Lib. Hôtel de Villiers , rue
Pavée St. André-des-Arts , No. د . 22
Cet Ouvrage et plein de calculs & de réfultats
intéreſſans , que nous regrettons de ne pouvoir
mettre ſous les yeux de nos Lecteurs. Il eſt
intéreſſant pour ceux qui s'occupent des grands
objets de l'Administration , & peut être utile en
particulier aux Membres des Etats-Généraux.
Bibliothèque Univerſelle des Romans, Ouvrage
périodique ; ser. & 2e. Volumes , Avril , Mai &
Juin . A Paris , chez J. F. Baſtien , Libr. rue des
Mathurins , N° . 7.
Il paroît qu'on fait d'heureux efforts pour relever
cet Ouvrage intéreſſant.
Réflexions fur la Constitution de l'Angleterre ,
traduites de l'Anglois . Brochure in-8 °. de 82 p.
A Londres ; & ſe trouve à Paris , chez Gueffier
jeune , Lib. rue du Hurepoix.
DE FRANCE.
189
Histoire de la Décadence & de la Chute de
Empire Romain , traduite de l'Anglois de M.
Gibbon ; par M. de Cantwel de Mokarky. Tom,
V & VI. Prix , s liv. br. & 6 liv. rel,
Paris,
chez Moutard , Libr-Impr. de la Reine , rue des
Mathurins.
A
Ces deux Volumes préſentent un eſpace de
quatre-vingt troi, ans depuis 312 , règne de Conftantin
, juſqu'à la mort de Thépdoſe en 395.
Les Tomes VII & VIII paroîtront le Is Juillet
1789 ; les Tomes IX & X font ſous preſſe.
Cet intéreſſant Quvrage aura en tout dix-huit
Volumes. Les perſonnes qui ont les trois premiers
Volumes, font difpenfées de les acheter de nouveau
, & peuvent acquérir les Volumes ſuivans,
Le premier Livre des Inſtituts de Juftinien , traduit
& expliqué ; par M. Cahuac , Docteur-Régent
dans la Faculté de Droit , de l'Univerſité de
Дона . A Douai , chez Simon, Lib. fur la Place ;
& ſe trouve à Paris , chez Defray , Lib. quai des
Auguſtins,
L'Auteur annonce que la ſeconde Partie de
cet Ouvrage paroîtra bientôt. Il ne promet pas
encore le reſte des Inſtituts , traduit & expliqué ,
voulant preſſentir auparavant le goût du Public,
Rudiment de la Langue Latine , à l'uſage du
Collége Royal de Châlons-fur-Marne , in-8 °. A
Châlons , chez Paindavoine , Libr. grande Rue ,
proche la Place de la Ville ; & à Paris , chez
Durand neveu , Lib. rue Galande.
Ce Rudiment nous a paru digne d'être adopté
pour l'inftruction publique.
190
MERCURE
Tableau du nombre des Députés de chaque Province
de France aux Etats- Généraux de 1789 ,
avec l'état de leur étendue , de leur population ,
des impôts qu'elles payent , & de leurs Bailliages
ou Sénechautlées, tant principaux que ſecondaires ;
ſuivis de la lifte des Députés par ordre alphabé
tique. Brochure in-8 °. de 40 pages. A Paris , chez
Didot , Imp. de Monfieur , quai des Auguſtins.
Prospectus d'un Etabliſſement National relatif
aux circonstances ; Ouvrage in-8 ° . A Paris, chez
Prault , Imp. du Roi , quai des Auguſtins.
Ce titre nous a paru ne pas affez expliquer le
fujet de l'Ouvrage. L'Auteur y propoſe de rendre
la Caifled'Eſcompte Caiſſe Nationale , d'en faire
ſervir les bénéfices , vus d'ailleurs , ſeton lui ,
avec trop d'inſouciance , à l'acquit de la Dette
publique , quelle qu'en ſoit la quotité ; & en outre
de donner à tous les Sujets en général ſes ſecours
à raiſon de 4 &demi pour cent par année ,
foit par la voie de l'eſcompte, ſoit autrement.
Poésies Françoises d'un Prince Etranger ( M.
de Beloſelski ) . A Paris , de l'Imprimerie de M.
Didot l'aîné ; & ſe trouve chez Née de la Rochelle
, Lib . rue du Hurepoix , près du Pont St-
Michel , Nº. 13. Volume grand in-8 °. Prix , 2 1,
8 f. broché.
Il n'a été tiré qu'un fort petit nombre d'Exemplaires
de cet Ouvrage.
Avis au Peuple ſur les ſoins néceſſaires pour
la propreté de la bouche & la conſervation des
dents ; par M. Botal, Brochure in-12 de 259 p.
Prix br. 1 liv. 4 f. A Paris , chez l'Auteur , Cloître
St - Jacques - l'Hôpital , rue Mauconſeil ; & chez
Méquignon aîné , Lib. rue des Cordeliers.
DEFRANCE
191
L'Amour défariné, gravé d'après le Corrège ,
par C. Guérin. Prix, 16 liv. A Paris , chez l'Au
teur , rue Git- le-coeur , maiſon de M. Ducaſtel ,
n° . 18 , & à Strasbourg , Hôtel des Monnoies.
Cette Eſtampe nous a paru d'un bel effet , &
faite pour être bien accueillie du Public.
L'Accompliſſement du voeu de la Nation. Vue
de la Proceffion de l'ouverture des Etats-Généraux
, fortant de Notre-Dame pour aller à St.
Louis , priſe de la place Dauphine , à Verſailles ,
le 4 Mai 1789. A Paris , chez Fardieu , rue
Galande , place Maubert , No. 34.
Deux Sonates , à quatre mains , pourle Clavecin,
compoſées par M. le Baron de Munchhauſen,
Chambellan de S. M. le Roi de Pruſſe ; OEην. 22.
Prix , 6 liv. A Paris , chez Céſar , Editeur & Md.
de Muſique , au coin de la rue Geoffroi-l'Afnier
quai des Ornes . Une Sonate , à quatre mains,
pour le Clavecin ; par le mème , OEuv. ze. Prix ,
3 liv. Méme adreſſe.
Ces Sonates ont une grace & un piquant qu'il
eft rare de trouver dans la muſique des Amateurs,
:
Recueil d'Airs des Opéras - Bouffons Italiens
des célèbres Auteurs Paiſiello , Cimarofa , Sarti ,
Anfoſſi & autres , arrangés en Quatuors concertans
pour deux Violons , Alto & Violoncelle ob.
par M. Gaffeau , Muſicien de la Garde-Suiffe du
Roi ; ze. fuite. Prix , 4 liv. 16 f. A Paris , chez
Sieber , Md. de Muſique , rue St-Honoré , vis-àvis
l'Hôtel d'Aligre , No. 91 ; Baillon , rue du
Petit Repofoir ; Leduc , rue du Roule , No. 6 ;
Debray , Libraire , au Palais-Royal , Nº . 235 ; à
Verſailles, chez l'Auteur , au coin de la rue St-
Pierre , avenue de St-Cloud , maiſon de Madame
Montigny.
192 MERCURE DE FRANCE.
Trois Airs variés , & deux Sonates , avec accompagnement
de Violon ad libit. pour la Harpe ;
le premier Air varié par Madame la Marquiſe de
Sillery , par Henri Petrini , OEuv. 10e. Prix, 9 1.
A Paris , chez l'Auteur , rue Montmartre , vis-àvis
celle du Joer , No. 272 ; Couſineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies.
Recueilde jolis Airs nouveaux , tirés des Opéras
, &c. arrangés en Duo pour deux Violons.
Prix , 3 liv. 121. A Paris , chez Mercier , à la
Muſique Royale , rue des Prouvaires , N°. 33 .
Le Sr. DUBUISSON , & la Dile. LANGLET ,
Marchands de Rouge de la Reine , rue des Ciſeaux
, Fauxbourg St. Germain , ont tranſporté
leur Magasin aux Arcades du Palais-Royal , chez
le Sr. Dubief , N°. 47.
TABLE.
LNSCRIPTION .
Description.
La Pière Maternelle.
Chorale, Enig .& Logog.
De la Foi publique.
145 Miff Lucinde. 180
146 Pariézés. 182
150 Theatre de Monfieur.
168 Annonces &Notices.
183
187
170
APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Gardedes Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour ic Samedi 27
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'umprettion. A Paris , le 26 Juin
1789. SÉLIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
:
De Varsovie, le31 mai 1789.
L'ÉVÊQUE Grec de Sluck , soupçonné
d'avoir tenté le soulèvement des paysans
de l'Ukraine , a été conduit dans cette capitale
, où il est détenu et gardé avec
les plus grandes précautions. L'Ambassadeur
de Russie a fait quelques démarches
tendantes à le réclamer , comme
suffragant de l'Archevêché de Kiof ;
mais jusqu'à présent ces réclamations
n'ont eu aucune suite. Les Etats se sont
occupés ultérieurement de l'impôt territorial
, et les Commissaires du Cadastre
des terres ont été nommés par les Palatinats.
Ce projet a donné lieu à d'assez
longues discussions.
On se rappelle que les Maréchaux de
la Diète Confédérée se plaignirent au
N°. 26. 27 Juin 1789. ४
( 146 )
Prince Potemkin d'un dépôt d'armes
déposé dans sa terre de Szmila , située
sur le territoire de l'Etat. lls lui écri
virent une lettre à laquelle il vient de
répondre en ces termes plus qu'affectueux.
Voici cette réponse :
« J'ai reçu la lettre françoiſe que vos Excellences
m'ont écrite d'après l'ordre des Etats . Il
m'eſt doux d'être interrogé comme Citoyen & Compatriore
, & c'eſt à ce titre que je n'héſite point à
entrer dans l'explication ſuivante , auſſi claire que
dictée par une entière condeſcendance , & une
ſincérité non ſuſpecte. »
« Ce n'eſt point comme Particulier & Seigneur
des terres de Szmila , que j'y ai envoyé en quartier
une partie du régiment de Chevaux - Légers de
Cherfon; c'eſt plutôt comme Feld-Maréchal commandant
les armées de Sa Majefté l'Impératrice
de Ruffie, d'après le libre ſéjour d'un bien plus
grand nombre des mêmes troupes en Pologne ,
durant tout le cours de l'année dernière : dans la
pleine confiance que ces deux Nations diftinguées
reſteront indiffolublement unies , & dans laconviction
des voeux ſincères & durables de ma Souveraine
pour la Pologne , j'ai placé ainſi cette
petite partie de l'armée , & je l'ai placée dans
ma terre , afin qu'elle ne pût cauſer ni oppreffion ,
ni ſujet de plaintes à perſonne ; malgré cela ,
cependant , du moment que l'autorité ſuprême fut
informéeque cela ne plaiſoit point à la République
, je reçus l'ordre de faire évacuer ce petitdétachement
de troupes , & de prendre des arrangemens
pour l'évacuation de tout le refte. »
« J'oſe aſſurer ici , de la manière la plus ſolemnelle
, que je ne me laiſſerai furpaſſer par qui que
ce foit , en zèle pour le bien de la Séréniſſime République
; les preuves en font claires& incontestables .
(147 )
(
Qui eft-ce qui peut dire avoir tranſporté en entier
& de fon plein gré , une fortune auffi conſidérable
en Pologne ainſi que je l'ai fait ? Auroisje
pu me réſoudre à une pareille démarche , ſi
je n'avois aimé la Nation Polonoiſe , à laquelle ,
d'un autre côté, jene ſuis point étranger ?&auroisje
pu l'exécuter fans le confentement & les ſecours
bienfaiſans de ma Souveraine , ou ſans être
aſſuré de ſa volonté immuable , d'entretenir inviolablement
l'amitié d'une République reſpec
table ? »
« La méchanceté avoit inventé & fait courir
des bruits injurieux à mon honneur , comme fi
j'euſſe tranſporté à Szmila un amas d'armes confidérable.
Le Comte Stanislas Potocki , Nonce de
Lublin , a dit juſtement pour ma défenſe , que
ſi ces armes étoient à moi en propre , elles ne
ſeroient certainement employées qu'au bien de
la Patrie : il a dit ce que j'aurois dit moi-même ,
& a acquis par là des droits à mon éternelle reconnoiffance.
»
«Pour preuve de mon zélé attachement à la
Séréniſſime République , j'ai l'honneur d'offrir
douze canons de fonte&cinq cens fufils que ma
Souveraine a permis de faire faire dans ſes fabriques.
"
«J'ai l'honneur d'être , avec la plus parfaite
conſidération , de Vos Excellences , leplus humble
Serviteur , Prince GRÉGOIRE POTEMKIN TAURYCZEWSKI.
"
T
Le Reis-Effendi a informé notre Agent
àConstantinople, qu'on feroit notifier à
laRépublique, par un AmbassadeurOttoman,
l'avènement de Selim III. Notre
Ministre à la Porte , nommé dernièrement,
se dispose à partir, aveclesprésens
gij
( 148 )
de la République à S. H.: présens évalués
8 mille ducats.
9n ALLEMAGNE.
De Berlin , le 6 juin.
:
Le 1. de ce mois , de grand matin ,
le Roi est parti de Charlottenbourg
pour Custrin , oùil doit passer les troupes
en revue. S. M. se rendra ensuite à
Stargardt.
,
On apprendde Neufahrwasser , endate
du 22 mai , qu'il y est arrivé de Graudentz
26 pièces de canon beaucoup de
poudre , et environ 2,000 boulets. Ces
munitions étoient escortées par quelques
compagnies d'Artilleurs. Il est aussi entré
à Graudentz un bataillon d'Infanterie
venant de la Pomeranie, et on y attend
encore 3régimens pour couvrir la Prusse
occidentale.
Suivant les lettres de Stockholm , de
la fin du mois , on continue toujours
Finstruction du procès contre les Officiers
, ci-devant employés à l'armée de
Finlande , et détenus à Frédéricshof. Le
Brigadier Baron de Hastfehr paroît
être très-coupable ; il a entretenu une
Correspondance suivie avec les GénérauxRusses
de Sprengporten , de Schulz
et de Ganzel. Les Accusés ont aussi
avoue l'Acte de Confédération fait à
2
(149)
Anjala , la mission à Pétersbourg , etc.
Le Roi de Suède devoit se rendre
incessamment en Finlande , et le Duc
de Sudermanie à Carlscron , où il prendra
le commandement de la grande
flotte.
De Vienne , le 6 juin.
Les nouvelles de Laxembourg ont
beaucoup varié depuis huit jours. Un
jour l'Empereur se trouve mieux ; le
lendemain , il éprouve une rechute. Le
crachement de sang , la fièvre , la difficulté
de respirer ont reparu au comcement
du mois ; S. M. I. demanda
même son Confesseur, et reçut les Sacremens
. Depuis quelques jours , son état
est moins alarmant ; mais la foiblesse
est toujours très-grande.
Ason arrivée , leMaréchal deLaudhon,
instruit de la force des ennemis , n'a
jugé son armée ni assez forte , ni assez
bien approvisionnée pour tenter encore
aucune entreprise. Il s'est donc réduit
à la défensive , comme nous l'avons été
toute la campagne précédente ; et , en
attendant les renforts demandés , il n'a
pu mêmeparvenir àgarantir entièrement
nos frontières. Le 22 mai , 16000Bosniaques
s'avancèrent vers Unack et Grahovo,
probablement avec le dessein de
tenter une irruption dans la Licanie.
Ils ont emporté plusieurs de nos postes.
gij
( 150 )
Le Maréchal de Laudhon a instruit la
Cour de cet échec par une lettre de
Sluin , en date du 27 mai.
«Selon un rapport du Colonel Kulneck , endate
du 23, mande le Maréchal , une des trois colonnes
ennemies , de la force de 6000 hommes , avec
deux conous , a at aqué avec furie nos poſtes avancés
d'Ober , Grahovo , Kamen , Niefca& Bobera ,
les a cb'igés de céder , après une réſiſtance vigoureuſe
à une force fuperieure , a mis le feu au
village d'Unacz, a tout ravagé dans les environs ,
&apouffé juſqu'à Toubar. »
"Pendant que cette co'onne exécutoit cette
action , les deux autres colonnes pénérèrent vers
nos poftes d'Ochignie & Dabina Sztrana avec
tant d'impétuofité , que ceux-ci furent obligés de
ſe replier , pour éviter d'être coupés , vers Dobrozelo
, où ils prirent une poſition ſi avantag'uſe
, que l'ennemi fut empêché de percer plus
avant.
)
«On ne peut pas encore déterminer avec certitude
la perte des deux côtés , parce qu'on en
vint aux mains à diverſes repriſes. Le Feld-Maréchal-
lieutenant Baron de Wallisch , porte notre
perte entre deux & trois cens hommes. Parmi les
morts fe trouvent le Capitaine Tomlianovich &
l'Enseigne Sekendorf. Le Capitaine Siegenfeld , le
Lieutenant Philippovich & l'Enseigne Radoſſevich
ont été faits prifonniers. »
« Le matin du 25 , entre 8 & 9 heures , l'ennemi
ſe remit en mouvement de Purzina Kula ,
près de Szerb , fur trois colonnes , dont l'Infanterie
marcha au-defſous de la Chemerniza , près
de la ſource de l'Unna , la Cavalerie par Zarevbrod,
& la troiſième partie , compoſée de Cavalene
& d'Infanterie , par les hauteurs d'Ochignie ,
vers Dobrozello , & campa vis - à-vis de nos
+
( 151 )
:
troupes, Depuis 9 heures du matin juſque vers
une heure après- midi , les Turcs , au nombre de
paffa 1000 hommes , tant Cavaliers que Fantaffins
, vinrent reconnoître le long de notre pofition
,& furent vivament fuſillés par nos poſtes
avances. »
D'après des avis reçus le 26, un Pacha eft
en marche de Livna avec quelques mille hommes
pour ſe camper entre le triplex confiniam &Gra
hovo, & faire ea Sirmie une irruption qui favorite
celle que les Boſniaques , campés près de
Dobrazebo , ſe propoſent de faire , & dont nous
attendons des nouvelles ultérieures. >>
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 18 juin.
Il s'est tenu dernièrement à Kew un
Conseil en présence de S. M. , auquel
a assistéM. W.W.Grenville, en qualité
de Secrétaire d'Etat au département de
l'intérieur , dont étoit chargé Lord Sidney.
Par cette nomination de M. Grenvilleà
la place de Lord Sidney , qui a
obtenu la place lucrative de Grand-
Maître des eaux et forêts , il y aura trois
Ministres dans la Chambre des Communes
; savoir , le Chancelier de l'Echiquier
, le Secrétaire au département de
l'intérieur et le Secrétaire de la guerre .
-Les résignationsannoncées du Duc de
Leeds et du Comte de Cambden , étoient
au moins prématurées .
giv
( 152)
M. Addington, fils du Médecin de
će nom , célèbre par son intimité avec
le feu Lord Chatham , a été installé
Orateur des Communes , par S. M.
siégeante en personne, le 9, à la Chambre
Haute. Lemême jour , Milord Sidney,
qui vient de quitter le Ministère , a été
déclaré Vicomte de la Grande-Bretagne .
Le Parlement est peu animé , c'està-
dire qu'il ne s'y traite que d'objets
d'Administration trop évidemment utiles
pour prêter à l'éloquence. La Séance
du 10 dans les Communes , a été néanmoins
très-intéressante par l'ouverture
du Budget , que M. Pitt a développé.
Cet état de finances mérite une grande
attention ; mais il exige des informations
moins embrouillées que celles des Papiers
publics : ce qui nous force à différer
l'exposition de ce tableau.
Le 15, la Chambre reçut de la Com
pagnie des Indes , copie des adresses
et témoignages transmis par Lord Corn
wallis et son Conseil à la Cour des
Directeurs , et relatives à la conduite
de M. Hastings. Le Major Scott requit
l'impression de ces Papiers ; elle fut
ordonnée.
Le Kent et le Boddam , navires de
-la Compagnie des Indes , sont arrivés la
semaine dernière. Les dernières lettres
du Bengale annoncent que l'usurpateur
Rohilla, qui creva les yeux del'Empereur
du Mogol , a été défait par Rana-Bie ,
( 153)
l'un des Chefs Marattes. Après avoir
perdu 80 pièces de canon , ses éléphans ,
ses chameaux , ses bagages , le vaincu
a été saisi dans sa fuite , et mené à
Madajée Scindia pour recevoir le
châtiment de ses attentats.
,
Il n'est pas probable que , vu le
nombre des importantes affaires nationales
qui restent encore à discuter , le
Parlement puisse se séparer avant la
mi-juillet. Il aura siégé près de huit
mois.
Plusieurs des vaisseaux arrivés depuis
peu du Bengale , ont apporté en Angleterre
des échantillons de sucre et d'indigo
, provenans de la première récolte
de chaque espèce de ces denrées qui
aient encore été importées du Bengale
Le sucre-est passablement bon , et sus
ceptibled'être amélioré ; l'indigo est d'une
qualité supérieure .
Il ne fera plus freté à l'avenir de paquebots
par la Compagnie des Indes , excepté dans des
cas particuliers , attendu que la promptitude avec
laquelle les vaiſſeaux de la Compagnie font actuellement
leurs traverſées , rend cettedépenseah
folument inutile. Cet arrangement est l'ouvrage
de Lord Cornwallis. La Compagnie expédiera cene
année 32 navires.
L'exportation des montres & des pendules pour
l'Inde , faite par les derniers vaiſſeaux , sit moutée
à la forme de 500,000 liv. tit. Quoique les
Genevois vendent leurs montres d'or de moitié
moins cher que celles d'Angleterre , celles-ci foutiennent
avantageuſement la concurrence. L'exgy
( 154 )
portation des glaces pour l'Inde a été d'environ
30,000 liv. ft.
Les dernières relations deBotany-Bay
ont confirmé la mort du Père Receveur,
Aumônier de l'Astrolabe , frégate Françoise
, dont nous avons rapporté la disgrace
à l'une des isles des Navigateurs .
Le P. Receveur est mort des blessures
qu'il recut dans cette circonstance. M.
de la Peyrouse lui avoit dressé àBotany-
Bay , un tombeau avec une inscription ;
les Sauvages détruisirent le monument.
Le Commodore Philips l'a rétabli , ainsi
que l'inscription , qu'il a fait graver sur
une planche de cuivre , et attacher à
arbre; la voici :
Hếc jacet L. Receveur,
นท
E. F. F. Minimus Galliæ , Sacerdos
Physicus , in circumnavigatione
Mundi , Duce DE LA PEYROUSE.
Ob. 17 fev . 1788 .
M. de la Peyrouse avoit payé le
même tribut à la cendre du Capitaine
Clerke, enseveli au Kamtschatka après
la mort du Capitaine Cook.
L'un de nos Papiers observe qu'aucun
Magistrat n'est plus sévère que Lord
Kenyon, Chef du Banc-du-Roi , contre
l'adultère. Dernièrement , il a condamné
un Séducteur à 3 mille cing cent liv. st.
de dommages , adjugés aumariplaignant.
Y
1
(155 )
L'interrogatoire des Déposans sur le
commerce des Negres continue à la
Barre des Communes ; il est trop instructif
pour être omis , et trop long
pour être rapporté en entier. Voici le
sommaire de l'examen d'un témoin principal,
M. Jhon Barnes.
« Combien de temps avez-vous demeuré fur
la côte d'Afrique , & en quelle qualité ?-J'ai
demeuré ſurla côte d'Afrique , en différens temps
&en différentes qualités , l'eſpace de treize ans. »
« Pouvez-vous nous donner quelques notions
de la Police & du Gouvernement de ce pays ,
durant le ſéjour que vous y avez fait ? -Je
crois le pouvoir , autant que cela eſt poſſible à
un étranger.>>
«De quelle nature étoient les différens Gouvernemens
voiſins du lieu de votre réſidence ,
étcient- ils libres ou arbitraires ? -Dans les fociétés
de Noirs dont j'ai eu connoiffance , le Gou
vernement étoit en général monarchique ; mais ,
à quelques égards , mixte & non abfolu, "
61
antant
Ya-t- il des eſclaves dans ce pays ? & de
quelle manière le deviennent- ils ? -Très-certainement.
Je ne connois point de partie de
l'Afrique où il n'y ait d'esclaves ; &
que j'ai pu l'apprendre , ils le deviennent par divers
moyens : les plus ordinaires font le jugement
d'une Commiffion qui les y condamne pour
crimes , ou d'être faits prifonniers de guerre. »
<<Y a - t - il eu , autant que vous puiffiez le
ſavoir par l'Hiftoire de ce pays , quelque période
où l'eſclavage n'eut pas lieu ? -Je ne connois
point d'époque où il n'y ait point eu d'eſclaves
du moins que je ſache , d'après l'Hiſtoire de ce
pays. "
«Vous venez de dire qu'il y avoit des indi
gvj
( 156 )
vidus condamnés à l'eſclavage pour crimes , par
des Commiffions chargées de les juger. Quels
font les délirs dont la conviction entraîne l'eſclavage?-
Le vol , le meurtre , l'adultère , la magie,
Je ferai obſerver à la Cour qu'il eft encore une
cauſe que j'ai oubliée: les Nègres font éga'ement
réduits à l'esclavage pour l'acquit de leurs dettes ,
&j'ai entendu dire qu'un grand nombre ont été
punis, par cette peine, de leurs filouteries.
« La polygamie eſt-erie permiſe dans ce pays ?
-Elle l'eſt univerſellement. »
--
« Ya-t- il quelque choſede particulier dans le
châtiment pour forti'ège ? J'ai entendu dire
qu'on metroit ordinairement à mort les Chefs de
famille. »
« Le châtiment enveloppe- t- il le reſte de la
famille , auffi-bien que les Chefs ?-Le reſte de
la famille eft condamné à l'eſclavage. >>>
« La magie eſt-elle un crime commun dans
ce pays?? -C'eft du moins un crime dont les
Nègres s'accufent ſouvent entre eux. »
«
Devant qui faifoit-on le procès des criminels
? -Devan: les anciens du village ou de la
ville. »
« L'inſtruction fe fait-elle alors d'une manière
pleine & légale ? - Toujours , à ce que j'ai entendu
dire.»
« Savez-vous par vous-même ſi l'on ajamais
imputé des crimes dans l'intention de faire des
eſclaves ? Je n'en fais rien , & je ne crois pas
que cela foit poffible. »
« Au bénéfice de qui les perfonnes ainſi convaincues
font-elles vendues ? - Généralement an
profit de la partie léſée ; du moins , je le crois
ainfi.».
Par quelle raiſon ne regardez - vous pas
comme poffible qu'on impute des crimes dans la
feule intention de faire des eſclaves ? -A caufe
( 157 )
de la franchiſe& de la légalité de la procédure:
L'examen eſt ordinairement fait par un nombre
d'anciens du diſtrict. L'inſtruction eſt publique ;
elle fe fait au vu & au ſu de tout le monde ,
&la fentence eſt non- feulement à la fatisfaction
des Juges , mais même de tous les affiftans. "
a Avez-vousjamais entendu dire que les Princes
allaſſent à la guerre pour y faire des eſclaves ?
Je n'ai connoiſſance de rien de pareil. » -
* Savez-vous ſi les Princes font quelquefois
des irruptions dans les villages pour ſe procurer
des eſclaves ? -Je n'ai jamais rien entendu dire
de ſemblable en Afrique. »
« Avez-vous oui parler d'irruptions dans les
villages dans d'autres intentions , & quelles fontelles?
-Je n'ai jamais entendu prononcer ce
mot que dernièrement , depuis que la traite des
Nègres eſt devenue le ſujet des converſations. Les
Princes vont à la guerre dans ce pays comme
cela ſe pratique dans les autres; ils prennent des
villages , ils les pillent, ils font les habitans prifonniers;
&fi ces malheureux ne peuvent payer
leur rançon, ils font vendus comme eſclaves :
voilà tout ce que je fais là-deſſus. Mais je n'ai
jamais entendu dire que les Princes allaſſent à la
guerre précisément dans l'intention de faire des
priſonniers.>>>
« Avez-vous entendu dire que les fourniſſeurs
de Negres ayent enlevé des enfans pour les faire
efclaves ? -Non , je ne fais pas un mot de
cela. »
«Dans quelle autre partie de l'Afrique , fans
compter le Sénégal , avez- vous séfidé ?-Sur les
bords de la rivière de Gambie , dans l'Iſle de Los ,
à Sierra-Leone & à Bonny. "
« Avez - vous connoiance qu'on ait pratiqué
cet enlèvement d'enfans dans quelques-uns de ces
endroits ?-Non , je l'ignore. »
(158 )
Croyez-vous que ſi pareillechoſe ſe faifoir,
&qu'elle fût connue, les coupables échappaffent
au châtiment ? Je fuis perfuadé que ce a ne
refteroit pas plus impuni que les vols en Angleterre.
»
( Lafuite au Journal prochain. )
FRANCE.
De Versailles , le 17 juin .
Le lendemain de la mort de Monſeigneur le
Dauphin , au château de Meudon , ce Prince a
été expoſé , à viſage découvert , fur un lit de parade
, aſſiſté des Feuilants , des Prêtres de la
Paroiſſe de Meudon , & des Capucins du même
Alieu .
Dans la matinée du 6 , il a été placé dans un
cercueil fur un lit de parade , couvert du poële
de la Couronne,
Les journées du 6 & du 7 ont éré employées
à préparer la Chapelle ardente , deſtinée à rendre
:àMonſeigneur le Dauphin les honneurs funèbres.
Le 8 , Monfieur s'eſt rendu au château de
Meudon , à dix heures du matin , pourjeter de
l'eau-bénite à Monſeigneur le Dauphin . Monſeigneur
Comte d'Artois s'y eſt rendu vers onze
heures . Ces Princes ont été conduits , ſéparément ,
à la Chapelle ardente par le Marquis de Brezé ,
Grand-Maître, le Comte de Nantouillet , Maître ,
&le ſieur de Warronville , Aide des cérémonies
de France, précédés du Roi-d'armes & des Hérauts.
Vers midi , Monseigneur le Duc d'Angoulême
&Monfe gaeur le Ducde Berry font arrivés
cenſemble , & ont été reçus & conduits à la
Chapelle ardente parle Grand- Maitre , le Maître
८
:
:
( 159 )
&l'Aide des cérémonies ,précédés du Roi-d'armes
& des Hérauts , depuis la ſalle des Cent-
Suiffes . Les Princes du Sang ſe ſont enfuite raffemblés
,& ont été reçus & conduits à la Chapelle
ardente par les Officiers des cérémonies , précédés
du Roi-d'armes & des Héraurs depuis l'antichambre.
Les Députations des trois Ordres ſe ſont préſentées
le même jour ; celle du Clergé étoit compoſée
de douze Archevêques ou Evêques , &
d'un nombre égal d'Eccléſiaſtiques du ſecond Ordre;
celle de la Nobleſſe , de douze Gentilshommes
; & celle du Tiers-Etat, de vingt-huit Députés
de cet Ordre. Ces Députations ont été conduites
fucceſſivement à la Chapelle ardente par le Grand-
Maître , le Maître & l'Aide des cérémonies ,
précédés du Roi-d'armes de France & des Hérauts.
Le Parlement , la Chambre des Comptes , la
Cour des Aides , le Grand - Confeil , la Cour
des Monnoies , le Châtelet , le Corps-de-Ville de
Paris , font verus rendre les derniers devoirs à
Monſeigneur le Dauphin dans les journées du 9 &
du 10.
Le 12 , le Coeur de ce Prince a été tranſporté,
fans cérémonie , à l'Abbaye royale du Val-de-
Grace;le Cardinal de Montmorency , Grand-
Aumônier de France, l'a préſenté à l'Abbeſſe.
Le Duc de Chartres , accompagné du Duc de
Fitzjames , a affifté , avec le Duc de Harcour ,
Gouverneur des Enfans de France , à cette cẻ-
rémonie , à laquelle ſe font trouvés le Marquis
de Brezé , le Comte de Nantouillet & le fieur de
Watrorville.
Le 13 , le Cardinal de Montmorency a fait
la levée du corps de Monſeigneur le Dauphin ,
qui a été tranſporté , fans cérémonie , à l'Abbaye
royale de Saint-Denis accompagné du
( 160 )
Duc de Harcour , & de toute la Maiſon du
Prince. Il a été inhumé le même jour , en préfence
du Prince de Condé & du Duc de Laval
, dans le caveau des Princes de la Maiſon
Royale.
1
Le 14, Leurs Majeſtés & la Famille Roya'e
ont ſignélecontrat de mariage du ſieur de Trudaine
de Montigny avec demoiselle Micault deCourbeton
; & celui du Comte Pierre - Hippolyte
d'Aftorg , Lieutenant des vaiſſeaux du Roi
avec demoiselle Elifabeth -Marie de Graffin .
Le même jour , la Cour eſt parti pour
Marly.
ETATS - GÉNÉRAUX .
,
au
La gravité des Délibérations prises la
Semaine dernière , et celle des évènemens
qu'elles ont amenés , nécessiteroient
des détails très-étendus ; mais
séparant les faits généraux des particularités
minutieuses , et fidèles
plan rigoureux d'impartialité que les
conjonctures nous prescriroient , si , dès
l'origine , nous ne nous en étions pas
imposé le devoir inviolable , nous tâcherons
de concilier l'attente des Lecteurs ,
avec le respect de la vérité. Assez d'autres
écrits se chargent de ces annonces précipitées
, recueillies au milieu du tumulte
de l'opinion , crnées de jugemens
et de commentaires qu'il faudroit
laisser à la postérité. Nous
l'avantage de voir mûrir quelques
jours les relations , d'avoir le temps de
avons
(161 )
les comparer, et en cas de doute , de recourir
aux informations. D'après cela ,
nous espérons que nos Souscripteurs
regretteront peu la très-suspecte précocité
d'annonces , que nous rassemblons ,
purgées et développées , au commencementde
chaque semaine subsequente .
CLERGÉ. Des 15 , 16 & 17 Juin. Pendant ces
trois jours , l'Aſſemblée a continué, fans l'achever,
ſa Délibération entamée le 12 & le 12 , für
l'invitation du Tiers-Etat aux deux autres Ordres,
de ſe rendre dans la Salle générale pour la vérification
commune des pouvoirs. Pluſieurs Curés
s'y font rendus ſucceſſivement , rentrant enſuite
dans leur Chambre , afin d'y participer à laDélibération.
Sadurée annonce les débats qui l'ont
accompagnée.
Du 18. Jour de l'Octave de la Fête-Dieu ,&
vacances de la Chambre.
Du 19 Juin. Après fix jours de Délibérations
contradictoires & orageuſes , les epinions fe font
partagées en deux avis principaux.
Le premier , de vérifier les pouvoirs dans la
Chambre du Clergé , & fur- le-champ ſe conſtituer
en Chambre active.
-De perſévérer dans l'adhéſion pure & fimple
au plan conciliatoire propoſé par les Commiſſaires
du Roi .
De communiquerla préſente Délibération aux
Ordres de la Nobieffe & du Tiers-Etat. 4
D'envoyer une Députation au Roi , pour le
ſupplier de prendre dans ſa ſageſſe les moyens.
qu'elle lui fuggérera , pour établir dans les trois
( 162 )
Ordres une correſpondance néceſſaire à l'expédition
des affaires publiques.
Second avis. Se rendre dans la Chambre du
-Tiers Erat , & y procéder àla vérification des
pouvoirs en commun. )
สรว
Le premier avisa eu en ſa faveur 136voix
Le ſecond 1285 11setuped
Des a is partagés & mitoyens ont emporté
26 voix , dansle nombre deſqueltes , 9 des Députations
de Bretagne , qui propoſo ent de paffer
à la Chambre du Tiers ; mais àcondition , &
non-autrement, que cet Ordre donneroir une déclaration
préalable de reconnoître d'indépendance
des Ordres , & la liberté de rentrer dans leur
Chambre particų ière auffi ſouvent qu'ils,le juge-
-roient à propos.net lamb
Les 128 Opinans formant da Minorité , alloient
ſe ranger à cet avis , lorſqu'on a objecté que les
19 Curés , qui , précédemment , s'étoient réunis au
Tiers-Etat , ne pouvoient accéder ni concourir à
la délibération , puiſqu'ils n'étoient plus en leur
pouvoir de profiter de la déclaration préalable.
MM. l'Archevêque de Bordeaux & l'Evêque
de Chartres ont étéjuſqu'ici les ſeulsPrélats de l'avis
dela Mirorité .
M. l'Archevêque de Vienne a opiné pour ,
préalablement àtout , recourir à S. М.
M. le Cardinal de la Rochefoucault ayant levé
la Séance à 6 heures du foir , après la délibération
ci-deſſus , la Minorité eſt reſtée dans la
Salle. La fortie du reſte de l'Aſſemblée a été troublée
par quelques déſordres. La Minorité a continué
ſes Séances pendant la nuit , & a formé une
Majorité , à l'aidede la plupart des voix ci -devant
équivoques ou mi-parties.
2 La première Majorité s'eſt réunie de ſon côté
chez M. le Cardinal de la Rochefoucault , & a
( 163)
chargé Son Eminence , ainſi que M. l'Archevêque
de Paris , de ſe rendre à d'inſtant à Marly , auprèsde
S. M. , pourlI'informer de ce nouvel incident
, & la prier de pourvoir au plus tôt à la
fûreté individuelle & générale de la Chambre du
Clergé.
NOBLESSE. Du 15 juin. La Chambre a délibéré
ſur l'envoi à S. M. de ſon Arrêté du 13
(voyez le dernier Journal à cette dare ) , par
uneDéputation qui rendroit compte au Roi de
la conduite de a Chambre , & de ſes réſolutions
depuis l'ouverture. Cet avis a été converti en
déciſion à la Majorité de 184 voix contre 51.
4 opimans n'ont pas donné leurs voix.
Enſuite il a été décidé de communiquer au
Clergé & au Tiers-Etat l'Arrêté du 13 , pure
ment & fimplement, c'est-à- dire, fans préambule,
M. de la Galliſſonnière a été chargé de la
parole en préſentant l'Arrêté au Clergé , & M.
le Mulierde Breſſey de la même fonction auprès
duTiers-Etat.
Du 16juin. Le ſcrutin pour l'élection d'un
Vice-Préfident terminé, la pluralité des voix s'eſt
déclarée pour M. le Duc de Croï. La Chambre
aauffi élu cinq Secrétaires , qui font : MM. le
Marquis de Bouthillier , le Préſident d'Ormeſſon ,
de Chailloué ,le Comte de Sérent , & de Digoine ,
Marquis du Palais.
Ce même jour , la Chambre prenant en conſidération
la Pétition du Clergé , relative à la
cherté des grains & à la misère du Peuple , a
délibéré de nommer des Commiſſaires pour s'occuper
de cet objet avec les autres Ordres : une
Députation leur a été envoyée avec communica
tion de cette réſolution .
M. 'Evêque de Rennes &M. le Marquis de
( 164 )
Boiſgelir ,le premier , Préfident du Clergé des
Etats de Bretagne , & le ſecond . Préſident de la
Nobeſſe des mêmes Etats , ont préſenté, au nom
de leurs Ordres reſpectifs , u e Requête à la
Chambre , relative à la repréſentation de leur
Province aux Etats-Généraux.
Du 17juin. La Chambre s'eſt partagée en plufieurs
Bureaux pour s'occuper de l'examen de la
Conftitution duRoyaume. En vertu de ſes derniers
Arrêtés, elle a renvoyéàdes Commiſſaires, chargés
d'en conférer avec ceux des deux autres Ordres , les
conteſtations ſur les Députations communes , ου
faites par les trois Ordres réunis , telle que celle
du Dauphiné , &c. -Enfin , il a été fait lecture
de la Réponſe de S. M. à la communication
qu'Elle a reçue des Arrêtés de la Nobleffe.
4
RÉPONSE DU ROI.
« J'ai examiné l'Arrêté de l'Ordre de la
Noblesse que vous m'avez remis. J'ai
⚫ vù , avec peine , qu'il persistoit dans
* les réserves et les modifications qu'il
• avoit mises auplan de conciliationpro-
« posé par mes Commissaires.Plus dedé
férence de la part de l'Ordre de la Noblesse
, auroit peut-être amené la con-
• ciliation que j'ai désirée, »
Du 19juin. Ala plus grande plura'ité des voix ,
la Chambre , après en avoir mûrement délibéré , s
adopté le diſcours ſuivant à adreſſer à S. M. &
propoſé par M. le Duc de Croï.
" SIRE , l'Ordre de la Nobieſſe peut enfin
porter aux pieds du Trône l'hommage folemnel
de fon respect& de fon amour; la bonté & la
juſtice de Votre Majesté ont reſtitué à la Nation
( 165 )
des droits trop long-temps méconnus. Qu'il eſt
doux pour nous d'avoir à pré enter au pus juſte
&au meilleur des Rois, le témoignage éclatant
des fentimens dont nous ſommes pénétrés ! ,,
" Interprètes en ce moment de la Nobleſſe
françoiſe , c'eſt en fon nom que nous jurons à
Votre Majeſté une reconnoiſſance , un amour ſans
bornes, un reſpect & une fidélité inviolables pour
ſa perſonne facrée, pour fon autorité légitime &
pour ſon auguſte Maiſon Royale. ,,
" Ces ſentimens font & feront éternellement
ceux de l'Ordre de la Nobleffs. Pourquoi faut-il
que la douleur vienne fe mêler aux fentimens dont
elle eſt pénétrée ? ,,
" L'eſprit d'innovation menace les lois conftitutionnelles
; ¡'Ordre de la Nobleſſe réclame les
principes : il a ſuivi la loi & les uſages. ,,
" Les Miniſtres de Votre Majefté ont porté
de fa part aux Conférences , un plan de conciliation
; Votre Majesté a demandé que ce plan fût
adopté , ou un autre ,& a permis de prendre les
précautions convenables. L'Ordre de la Nobleſſe
les a priſes & ſuivies , conformément aux vrais
principes dont il étoit pénétré ; il a préſenté ſon
Arrêté à ce ſujet à Votre Majesté , & même il l'a
déposé entre ſes mains : Elle auroit déſiré y voir
plus de déférence.
" Ah! Sire , c'eſt à votre coeur ſeul que l'Ordre
de la Nobleſſe en appelle. Senſiblement affectés ,
mais conftamment fidèles , la pureté de nos motifs
, la vérité de nos principes , nous donneront
toujours des droi's à vos bontés : vos vertus perfonnelles
fondèrent toujours nos eſpérances. ,,
" Les Députés de l'Ordre du Tiers-Erat ont
cru pouvoir concentrer en eux ſeuls l'autorité
desEtats-Généraux , fans attendre le concours des
troisOrdres & la fanction de Votre Majesté, ils
ont cru pouvoir convertir leurs décretsen dois,
( 166 )
:
ils en ont ordonné l'impreſſion , la publicité &
l'envoi dans les Provinces; ils ont détruit les impôts
; ils les ont recréés ; ils ont penſé ſans doute
pouvoir s'attribuer les droits réunis du Roi &
des trois Ordres. C'eſt entre les mains de Votre
Majesté même que nous dépoſerons nos proteftations
, & nous n'aurons jamais de déſir plus ardent
que de concourir au bien d'un peuple dont
Votre Majesté fait ſon bonheur d'être aimée. ,,
" Si les droits que nous défendons nous étoient
purement perſonnels , s'ils n'intéreſſoient que
l'Ordre de la Nobleſſe , notre zèle à les réclamer ,
notre conſtance à les foutenir auroient moins
d'énergie. Ce ne ſont pas nos intérêts ſeuls que
nous défendons , Sire , ce font les vôtres , ce ſont
ceux de l'Etat , ce ſont ceux enfin du Peup'e
François. Sire , le patriotiſme & l'amour de leur
Roi forment le caractère distinctif des Gentilshommes
de votre Royaume ; les mandars qu'ils
nous ont donnés , prouveront à Votre Majesté
qu'ils font les dignes héritiers des vertus de leurs
pères : notre zèle & notre fidélité à les exécuter ,
leur prouveront auſſi que nous étions dignes de
leur confiance; & pour la mériter de plus en
plus , nous nous occuperons ſans relâche des
grands objets pour lesquels Votre Majesté nous a
convoqués. „
:
Du 21juin. Ce diſcours a été préſenté aujourd'hui
au Roi , à fix heures du ſoir , par une Députation
folemnelle d'environ quarante Membres
de la Chambre : M. le Duc de Luxembourg, Préſident
, portant la parole.
T Sa Majesté a répondu en ces termes :
" Le parriotifme & l'amour pour ſes Rois ont
toujours diſtingué laNobleſſe Françoiſe. Je re(
167 )
1
çoist avec ſenſibihté les nouvelles aſſurances
,, qu'elle m'en done. ,, on on ch
" Je connois les droits attachés à ſa naiſſance ,
,,& je ſaurai toujours les protéger & les défen-
" dre. Je ſaurai également maintenir , pour l'in-
,, térêt de tous mes Sujets , l'autorité qui m'eſt
confiée , & je ne permettrai jamais qu'on l'altère.
"
"
وو
" Je compte ſur votre zèle pour votre Patrie,
fur votre attachement pour ma Perſonne. J'attends
avec confiance de votre fidélité que vous
,, adopterez les vues de conciliation dont je ſuis
ود
" occupé pour le bonheur de mes Peuples, Vous
,, ajouterez ainſi aux titres que vous avez déja à
,, leur attachement & à leur conſidération . ,,
4072
TIERS-ETAT. Du 14juin. Les Bureaux firent
à l'Aſſemblée leur rapport de la vérification des
pouvoirs. Dans le petit nombre de ceux dont la
validité paroît être conteſtée , ſe trouvent ceux
de M. Meaujean , Echevin de Metz. Cette ville
ayant obtenu une Députation particulière , diftincte
de celle du Bailliage , les Corporations ont
proteſté contre la forme d'élection qui s'est faite
par quartiers , & ont envoyé leurs réclamations
aux Etats - Généraux. On a auſſi élevé quelques
doutes fur la régularité de l'élection de M. Malouet ,
Député de Riom , & nommé , par distinction , à
trois acclamations réitérées , non au fcrutin.
MM. Dillon , Curé du vienx Pour anges , en
Poitou ; Quingan , Recteur de Ponthivy , Diocèse
de Vannes ; Loaifen , Recteur de Rhedon ; Bodineau
, Curé de Saint Bienheuré de Vendôme ;
Grégoire , Curé d'Imbermenil , Diocère de Nacy;
Beffe, CurédeSain-tAubin, Bailliaged'Avènes
ſe ſontpréſentés dans l'Aſſemblée , & M. Dillon
portant la parole a dit !
102
1
(168 )
La Nation nous reprocheroit, fans doute,
de ne nous être pas rendus hier dans ta Chambre
de l'Aſſemblée générale , pour vérifier en
commun nos pouvoirs. Nous ne pouvons que
louer le zèle & le patriotifme,des Confrères qui
nous ont précédés; mais leurs intentions nous
étoient inconnues. » 1
« Animés du déſir de nous réunir à vous
nous avons voulu épuiſer tous les moyens de
douceur & de patience que la prudence & l'amour
de la paix pouvoient nous inſpirer.
٢٠
:
Un motif con moins puifiant nous arrê
toit. Nous reſpectons , nous chériſſons le Mo--
narque bienfaifant que le Ciel nous a donné
dans ſa miféricorde. Ses intentions ſont pures ;
ſes vues pour le bonheur de fon Peuple nous
font connues; chacun de nous craignoit de n'y
pas conformer ſa conduite ; mais étant convaincus
quenos pouvoirs devoient étre connus de tous les
Repréſentans de la Nation, nous nous rendons ici ,
Meſſieurs , dans l'eſpérance de voir enfin ceſſer
notre malheureuſe ſituation . Nous venons avec
confiance reprendre dans ce moment , au milieu
de vous, les places que notre Monarque bienfaiſant
nous avoit aſſignées pour travailler au
grand oeuvre de la félicité publique. C'eſt du
fond de cet édifice , élevé par ſes ordres , qu'il
nous faiſoit entendre les expreffions touchantes
de fon amour pour fon Peuple , & qu'il nous
invitoit à réunir nos travaux,
« Perſuadés que le concert des trois Ordres
peut ſeulopérer les heureux effets que la Nation
paroît attendre avec la plus vive impatience , nous
vous le déciarons , Meſſieurs , c'eſt le déſir le
plus ardent d'établir cette union , qui nous conduit
ici. Nous respecterons , ainſi que ceux qui
nous font l'honneur de nous entendre , les droits
du Souverain , les loix conftitutionnelles de l'Etat ,
la
(169 )
lapropriété des individus quile compofent. Nous
vous prions , meſſieurs , de vouloir bien infcrire
fur vos regidres & de nous délivrer copie des
motifs & des principes que nous venons de vous
expofer. Il eſt intéreſſant pour nous que la France
& le monde entier connoiſſent la pureté de nos
intentions. »
Du 15 juin . Cette Séance mémorable a commencé
par la continuation de la légitimation des
pouvoirs. UnMembre de l'Aſſemblée a fait obſerver
quelesCahiersde pluſieurs Députés leur interdiſent
de reconnoître la ſouveraineté des Etats-Généraux
ſur la Bretagne. L'examen de cette queſtion délicate
a été renvoyée à des Com.miffaires.
Trois. Curés font venus foumettre leurs pouvoirs
à la Chambre , & ont éte accueillis comme
l'avoient été leurs confrères .
L'inſtant d'après , M. 'Abbé Syeyes , qui , le
mercredi précédent , avoit décidé a Chambre à
la vérification des pouvoirs , a préſenté une nouvelte
propoſition , qui dérive de celle du mercredi.
Un difcours de l'Auteur a précédé la lecture
de cet avis , conçu en ces termes :
4 Il est conftant , par le réfultat de la vérifi-
>> cation des pouvoirs , que cette Aff mblée eſt
» dé a compoſée des Repréſentans envoyés di-
>> rectement par les 96 centièmes au moins de
» la Nation.
>> Une telle maſſe de Députations ne fauroit
>> reſter inactive par l'abfenced Députés de
» quelques Bailliages ou de quelques claſſes de
>>>Citoyens ; car les abfens qui ont éré appelés ,
>> ne peuvent point empêcher les péfes d'exer-
>> cer la plénitude de eurs droits , fur tout of-
» que l'exercice de ces droits eſt un devoir im-
» périeux & peffant.
>> De plus , puiſqu'il appartient qu'aux Re-
N°. 26. 27 Juin 1789. h
( 170 )
» préſentans vérifiés de concourir à former le
» voeu national , & que tous les Repréſentans
>> vérifiés ſont dans cette Aſſemblée , il est en-
>> core indiſpenſable de conclure qu'il n'appar-
>> tient qu'à elle d'interpréter & de préſenter la
>> volonté générale de la Nation. Nulle autre
>> Chambre de Députés ſimplement préſumés ,
>> ne peut rien ôter à la force de ſes délibéra-
» tions.
>> Enfin , il ne peut exiſter entre le Trône &
» cette Affemblée aucun pouvoir négatif.
» L'Aſſemblée juge donc que l'oeuvre com-
>> mune de la reſtauration peut & doit être com-
>>>mencée fans retard par les Députés préfens , &
>> qu'ils doivent la ſuivre ſans interruption comme
>> fans obstacle.
>> La dénomination des Repréſentans connus
» & vérifiés de la Nation françoiſe , eſt la ſeule
>> dénomination qui convienne à l'Aſſemblée dans
>> l'état actuel des choſes , la ſeule qu'elle veuille
>> adopter tant qu'elle ne perdra pas l'eſpoir de
>> réunir dans ſon ſein tous les Députés aujour-
>> d'hui abſens ; elle ne ceffera de les appeler ,
>> tantindividuellement que collectivement , à rem
>> plir l'obligation qui leur est impoſée de con-
>> courir à la tenue des Etats-Généraux ; à quel-
-> que moment que les Députés abſens ſe pré-
>> fententdans le cours de la ſeſſion qui vas'ouvrir ,
>> elle déclare d'avance qu'elle les recevra avec
>> joie ,& qu'elle s'empreſſera , après la vérifca-
» tion de leurs pouvoirs , de partager avec eux
!" les grands ttrraavvaauux qui doivent procurer la ré-
>>génération de la France. »
Al'instar de celle du mercredi 10 , cette pro-
-poſition a été immédiatement appuyée ,&, comme
par inftinct , adoptée de pluſieurs Membres . Le
*premier Député qui l'a combattue , a ſollicité
( 171 )
l'indulgence de l'Aſſemblée , attendu qu'il étoit
actuellement atteint de fièvre ; mais, a-t-il ajouté ,
a fi mon ame parle à votre ame , vous m'en-
>>> tendrez affez . " Il a terminé fon diſcours de
paſſé demi - heure , par un résumé contenant huit
réſolutions à prendre. Les principales , pour ſe
conftituer en Représentans du Peuple François ,
pour ſupprimer concurremment les impôts exiftans
, & les proroger néanmoins proviſoirement ,
juſqu'après la tenue des Erats-Généraux ; enfia ,
pour adopter& conſolider la dette publique.
Un ſecond Député a appuyé la dénomination
conftitutive propoſée par le Préopinant ,
en demandant ſeulement que la qualification
de Peuple François , fût remplacée par celle
de Peuple de France. Il a également demandé la.
conſolidationde la detre nationale, & proposé un
emprunt qui feroit aſſuré par les Etats , pour
venir au ſecours des beſoins les plus preſſans du
Gouvernement.
Un troiſième ayant enſuite pris la parole , a
énoncé un troiſième projet d'Arrêté.
« Sur le rapport fait par les différens Bureaux ,
» l'Aſſemblée a reconnu légitimes les pouvoirs
» des Membres qui la compoſent actuellement ,
>>ſous la réſerve du jugement de quelques cor-
>> teſtations dont l'examen a été renvoyé à des
>>Commiſſions; en conféquence , eile s'eſt dé-
>> clarée valablement conſtituée. Enſuite il a été
>> arrêté que les Repréſentans de la plus grande
>> partie de la Nation , par la Majorité de tous
>> les Députés envoyés aux Etats-Généraux , dé-
» libéreront , en l'abſence de ceux de la Minorité
>> duement invités , ſur les mo , ens d'établir la feli-
» cité publique; que les fuffrages feront comptés
" par tête &non par Ordre , & qu'elle re recon-
>> noîtra jamais aux Députés du Clergé & de la
» Nobleſſe le prétendu droit de délibérer ſéparéhij
( 172)
» ment , ni de s'oppofer à tes délibérations ; ne
>> pouvant néanmoins renoncer à l'eſpoir de la
>> réunion de tous les Députés , qu'elle ne ceffera
>> de défirer. >>
» Il a été de plus arrêté que l'expoſé des
» motifs &des principes qui dirigent cette Affem-
» blée , ſera mis ſous les yeux du Roi & de la
>> Nation. "
Cet avis , ſucceſſivement combattu par diverſes
opinions , a été puffamment rétabli , & foutenu
par l'un des Délibérans. Ce Député a réfuté la
qualificationde Peuple , propoſée antérieurement ,
en expoſant l'équivoque des fignifications diverſes
du mot Peuple , qui , s'il déſigne Populus , eſt exagéré
,& s'il déſigne le mot Plebs , eſt inſuffifant.
Le même Député a difcuté contradictoirement ,
non les principes , mais le mode de la propofition
de M. l'Abbé Syeyes, en adoptant celle de
la page précédente.
Un dernier Opinant a terminé la Séance par une
nouvelle argumentation contre la dénomination de
Peuple , & par une apostrophe aux principes , fuivant
lui , variables , du premier Député qui avoit
propoſé la déſignation de Peuple Francois : » Je
>> ne regrette pas , a-t-il ajouté , cette éloquence ,
>> qui , tour-à-tour , imprimant la terreur et l'in-
>>dignation , n'eſt propre qu'à égarer dans le vague
>> des conjectures . »
La journée entière s'étoit écoulée ſans mettre
fin aux débats ; on s'eſt ajourné au lendemain .
Du 16 juin . M. l'Abbé Syeyes a rétabli & défendu
ſa propoſition , en laiſſant entrevoir que la
Co ſtitution qu'elle renferm , n'étoit que le préliminaire
d'une conduite graduelle vers un parti
plus décisif. Aufſi-tôt qu'il a été aſſis , pluſieurs
( 173 )
Membres ont vivement inſiſté pour aller aux
opinions , fans fouffrir de plus longs débats.
«
Un Député de Vendome s'eſt élevé contre cette
précipitation. Qnd j'entends des choſes
>> abfurdes , s'eſt-il écrié , ou propager des opi-
>> nions dangereuſes , mon devoir eſt de vous
» le dire , & le vôtre , Meffreurs , eſt de m'en-
" tendre . Je m'éleverai ſans ceſſe contre l'incon-
>> vénient de voter,fur-le champ fur les motions
>> importantes ; uſage ſi commode à ceux qui
>> parlent , fi funeſte à ceux qui penſent , fi favo-
>> rable à ceux à qui les Motions ont été com-
>> muniquées d'avance , fi cruel à ceux qui , étran-
>> gers à tous les partis , à toutes les coalitions ,
>> ne connoiſſent de projets que ceux qui ſe for-
>> ment dans cette Aſſemblée. »
Il a fini pa demander, fans ſuccès , que l'on
ſe conſtituât Représentans de fes Commettans .
Aux divers avis diſcutés , foutenus , contredits ,
a fuccédé celui d'un Député de Berry , qui a
propoſé la formule ſuivante :
« L'Aſſemblée a arrêté de ſe conſtituer en
» Aſſembée nationale; arrêté enſuite que les
<< autres Deputés , de quelque Ordre qu'ils foient ,
>> qui n'auroient pas encore fait vérifier leurs
>> pouvoirs dans la falle commune , feront tou-
✓ jours admis à le faire , & enfuite à prendre
>> part à leurs Délibérations . Elle a arrêté qu'elle
>> ne reconnoîroit dans les autres Députés , ni
>> droit , ni qualité même partiel e de repréſemer
>> la Nation ; enfin elle a déclaré qu'elle ne pour-
>> roit être arrêtée dans aucune de ſes Délibéra-
>> tions , par un prétendu droit de veto , deſtructif
>> de l'indiviſibilité de l'Aſſemblée nationale. >>
L'Auteur de l'intitulat on de Peuple François a
hiij
( 174 )
défendu fon avis de la veille; il acité en ſa faveur
l'exemple du Peuple Anglois&du PeupleAméricain :
«Si un fentiment d'orgueil , a-t-il ajouté , faiſoit
"
"
ود
rejeter la dénomination de Peuple , il prouveroit
des oreilles peu accoutumées à la philoſophie de
ce mot.,,Venant enfuite au reproche de variatien
qui avoit été hafardé la veille contre lui , il remarque
que , depuis vingtans , ilprofeſſoit les
mêmes principes , &qu'alors le jeune Orateur
,, qui l'avoit inculpé étoit encore au berceau.
ود
وو
"
"
Pluſieurs Membres adhérèrent à l'opinion de
ce Député : un autre propoſa de ſubſtituer à
l'expreffion de Peuple François , celle de majeure
partie du Peuple ; un troiſième Opinant vouloit
qu'on ſe qualifiât la presque totalité du Peuple François.
Enfin , M. l'Abbé Syeyes adopta la formule du
Dépu é de Berry, comme préſentant la ſeulequalification
qui convint à l'Aſſemblée , & il donna
lecture d'une ſeconde propofition , qui renferme
le même fens , & qui est fondée ſur les mêmes
principes.
Seconde Propofition de M. l'Abbé Syeyes.
« L'Aſſemblée délibérant après le réſultat de
>> la vérification des pouvoirs , reconnoît que cette
>> Affemb'ée est déja compoſée de Repréſentans
>> envoyés directement par les 96 centièmes de
>>la Nation. Une telle maſſe de Députation , ne
>> fauroit être inactive par l'absence des Députés
>> de quelques Bailliages ou de quelque claſſe de
>> Citoyens ; car les abfens qui ont été appelés,
>> ne pourroientpoint empêcher les préſens d'exer-
>> cer la plénitude de leurs droits , fur-tout lorſque
>> l'exercice de ces droits eſt un devoir impé-
> rieux& preſſant; de plus , puiſqu'il n'apparient
( 175 )
» qu'aux Repréſentans vérifiés , de concourir à
>> former le voeu national , & que tous les Re-
>> préſentans vérifiés doivent être dans cetteAffem-
>> blée , il eſt encore indiſpenſable de conclure
» qu'il lui appartient , & qu'il n'appartient qu'à
>> elle d'interpréter & de préſenter la volonté
>> générale de la Nation : nulle autre Chambre
» de Députés ſimplement préſumés , ne peut
>> rien ôter à la force de ſes Délibérations ; enfin ,
>> il ne peut exiſter entre le Trône & cette Aflem-
» bée aucun veto , aucun pouvoir négatif. »
« L'Aſſemblée déc'are donc que l'oeuvre com-
,, mune de la reſtauration nationale peut & doit
>> être commencée ſans retard par les Députés
>> préſens , & qu'ils doivent la ſuivre ſans in-
>> terruption comme ſans obstacle. »
» Ladénomination d'Aſſemblée nationale , eſt
» la ſeule qui convienne à l'Aſſemblée , dans
» l'état actuel des chofes , ſoit parce que les
» Membres qui la compoſent ſont les ſeuls Re-
" préſentans publiquement&légitimementconnus
» &vérifiés ; ſoit parce qu'ils font envoyés direc-
>> tement par la preſque totalité de la Nation ;
>>ſoit enfin parce que la repréſentation nationale
>> étant indiviſible , aucuns Députés , dans quel-
>>que Ordre ou claſſe qu'ils foient choiſis , n'ont
le droit d'exercer leurs fonctions ſéparément
>> de la préſente Aſſemblée.>>
«
« L'Aſſemblée ne perdra jamais l'eſpoir de
>> réunir dans ſon ſein tous les Députés aujour-
» d'hui abſens ; elle ne ceſſera de les appeler
>> à remplir l'obligation qui leur a été imporés ,
>> de concourir à la tenue des Etats-Généraux,
» A quelque moment que les Députés abſens ſe
>> préſentent dans le cours de la ſeſſion qui va
» s'ouvrir , elle déclare d'avance qu'elle s'empref.
>> fera de les recevoir ,&de partager avec eux ,
hiv
( 176 )
"
» après la vérification de leurs pouvoirs , la fuite
des grands travaux qui doivent procurer la.
régénération de la France. L'Aſſemblée nationale
arrête que les motifs de la préſente Délibération
feront inceſſamment rédigés pour
êt e préſentés au Roi & à la Nation. ,,
ود
ود
ود
"
Après la lecture de ce Délibéré , une nombreuſe
partie de l'Aſſemblée demanda très-vivement
les fuffrages par oui & par non , fans foumettre
la propofition à de nouveaux débars .
D'autres Membres s'y opposèrent avec la même
chaleur , objectant que le ſecond avis de M. l'Abbé
Syeyes ex geoit une ſeconde diſcuſſion Il fallut
recueilir les voix par l'appel de tous les Députés ,
pour décider ſi l'on fouffriroit de nouveaux débats.
La très- grande majorité des ſuffrages ſe réunit à
opiner fur-le-champ, fans défemparer. Malgré cette
déciſion, il fut inipoſſible de concilier les eſprits
&de calmer la rumeur de l'Aſſemblée. On refta
juſqu'à minuit ſans rien conclure. L'appel fur commencé
pluſieurs fois ,& toujours inte rompu par
les Réclamans . Enfin on ſe ſépara , en couvenart
que le lendemain la dernière opinion de M.
l'Abbé Syeyes feroit miſe aux voix fans difcuffion
nouvelle , qu'elle feroit adoptée ou rejetée
par oui ou par non , & que chacun figneroit fon
avis.
Le même jour , cinq Curés ſe réunirent aux
Communes.
/
Du 17 Juin. Il a évé arrêté que le ſecond Arrêté
de M. l'Abbé Syeyes feroit mis aux opinions
par oui ou par non. Pendant que l'on recueilloit
les voix , MM. de la Nobleſſe ont fait propoſer
de recevoir une Députation de leur part. M. le
Doyen á répondu , au nom de l'Affemb'ée , qu'il
étoit impoffible d'interrompre la Délibération , &
( 177 )
que quand elle feroit finie, on recevroit avec
pafir la Députation. L'Arrêté de M. l'Abbé
Syeyes est devenu celui de la Chambre , à la
Majorité de 491 voix , contre 90 , & deux voix
perdues.
:
M. le Doyen a obfervé que la convention de
figner les opinions , faite la veille , devoit gêner
la liberté des fuffrages , qu'elle pouvoit donner
lieu à des diviſions , & même avoir des ſuites
encore p'us funefes. Il a propoſé que la détermination
à prendre fût ſeulement ſignée par lui ,
& par les deux Secrétaires nommés provifoirement.
Cette obſervation a été généralement
adoptée.
La Commiffion du Doyen & des deux Secrétaires
étant expirée , M. Bailly , Doyen , a été
nommé Préfident de l'Aſſemblée Natiorale , provifoirement
, & pour quatre jours ; les deux Secrétaires
, MM. Pifon du Galand , de la Dépuration
du Dauphiné , & Camus , de la Députation de
Paris , ont été nommés Secrétaires aux mêmes
conditions .
Il a été enſuite agité de prêter le ferment.
M. Bailly a dit : « Jejure au nom de Dieu ,
>> du Roi , de la Patrie&de vous , Meffieurs , de
>> remplir fidèlement le poſte que vous m'avez
>> confié pour quatre jours . "
Les Membres ont répeté : « Nous jurons au
>> nom de Dieu , da Roi & de la Patrie , de
>> remplir fidèlement la miſſion qui nous a été con-
» fiée. >>
La Députation de la Nobleſſe a en pour objet
de foumettre au jugement des Commiffaires rommés
dans les trois Chambres , les Députations
qu'elle regardoit comme vicieuſes & contraires au
églement.
;
1
hv
(178 )
م
Item, d'engager le Tiers-Erat à nommer des
Commiſſaires, qui , réunis à ceux du Clergé &
de la Nobeſſe , s'occuperoient des cauſes de la
cherté du pain ,& des moyens d'y remédier.
AM . le Doyen a répondu :
ee MM. Je ſuis chargé de vous répondre au
" nom de l'Aſſemblée natiorale qui ſiége dans
» cette Salle Commune , que tous les Députés
>> de la Nobleſſe ont été appelés & invités à
» venir faire vérifier leurs pouvoirs ,& à ſe réunir
» à l'Aſſemblée nationale :elle ne ceſſerajamais de
» déſirer qu'ils viennent s'y préſenter , & elle
» le défire particulièrement pour délibérer en
>> commun ſur les moyens de foulager la misère
» du Peuple. »
MM. Target & Chapelier ont fait ſucceſſivement
deux propoſitions conformes , leur but ne
différent que par les expreſſions. Ils ont été invités
à les refondre l'une dans l'autre , pour les
propofer enfuire à l'Aſſemblée , qui , unanimement
, a adhéré à cet Arrêté commun , que
voici :
199
ود
"
१५
39
« L'Aſſemblée nationale confidérant que le
premier uſage qu'elle doit faire du pouvoir dont
la Nation recouvre l'exercice ſous les auſpices
d'un Monarque qui ,jugeant la véritable gloire
des Rois, a mis la ſienne à reconnoître les
droits du Peuple François , c'eſt d'aſſurer pendant
la durée de la préſente feffion , la force
de 'admmiſtration publique.
" Voulant prévenir les difficultés qui pour-
: roient traverſer la perception & l'acquit des .
contributiors , difficultés d'autant plus dignes
d'ure attention freuſe , qu'elles auroient pour
Faſe un principe conftitutionnel & à jama's
lucre,aumhentiquement reconnu par le Roi &
:
(179 )
ود
ود
, folemnellement proclamé par toutes les Afſemblées
de la Nation ; principe qui interdit
toute levée de deniers & de contributions dans
le Royaume , ſans conſentement formel des
Repréſentans de la Nation .
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
"
و د
ود
وو
" و
Conſidérant qu'en effet les contributions ,
telles qu'elles fe perçoivent actuellement dans
le Royaume , n'ayant point été conſenties par
la Nation , font illégales , & par conféquent
nulles dans leur création , extenſion & proro-
,, gation ; elle déclare , à l'unanimité des voix ,
conſentir proviſoirement pour la Nation , que
les impôts & contributions , quoiqu'illégalement
établis & perçus , continuent d'être levés
de la même manière qu'ils l'ont été précédemment,
& ce juſqu'au jour ſeulement de la première
ſéparation de cette Aſſemblée , de que!-
,, que cauſe qu'elle puiſſe provenir , paſſé lequel
,, jour , l'Aſſemblée nationale entend & décrète
,, que toute levée d'impôs & contributions de
,, toute rature qui n'auront pas été nommément ,
formellement & librement accordés par l'Afſemblée
, ceſſera entièrement dans toutes les
Provinces du Royaume , quelle que foit la
forme de leur adminiſtration. L'Aſſemblée s'em-
,, preſſe auffi de déclarer qu'auſſitôt qu'elle aura ,
de concert avec Sa Majesté , fixé les principes.
de la régénération nationale , elle s'occupera de
l'examen &de la conſolidation de la dette pu-
, blique , mettant dès-à-préſent les créanciers de
l'Etat ſous la ſauve-garde de l'honneur & de la
, loyauté de la Nation françoiſe.
وو
ود
ود
ود
"
ود
ود Enfin , l'Aſſemb'ée devenue active , recon-
,, noît auſſi qu'elle doit ſes premiers memens
l'examen des cauſes qui produiſent dans les
Provinces du Royaume la difette qui les af-
,, flige , & à la recherche des moyens qui peu
25vent y remédier de la manière la plus efficace
ود
hvj
( 180 )
,, & la plus prompte en conféquence , elle a ود
وو
2
"
"
"
ود
arrêté de nommer un Comité pour s'occuper
de cet important objet , & que Sa Majesté
ſera ſup liée de faire remettre audit Comité
les renſeignemens dont il pourroit avoir befoin.
” L'Aſſemblée nationale ordonne que la préſente
Délibération ſera imprimée & envoyée
dans toutes les Provinces. ,,
Dans la ſoirée , le Préſident a lu la Réponſe du
Roi au dernier Mémoire de l'Aſſemblée ; Réponſe
écrite de la main de Sa Majefté , &remiſe au Préfident
par M. le Garde- des-Sceaux.
وو
”
دو
ود
"
ود
" Je ne refuſerai jama's , Monfieur , de re-
>> cevoir aucun des Préſidens des trois Ordres ,
lorſqu'ils feront chargés d'une Miſſion auprès
de moi , & qu'ils m'auront demandé , par l'or-
,, gane uſité de mon Garde-des-Sceaux , le mc-
.ment que je puis leur indiquer. Je déſapprouve
l'expreffion répétée de Claſſes privilégiées , que
le Tiers- Etat emploie pour déſigner les deux
premiers Ordres. Ces expreffions inufitées ne
font propres qu'à entretenir un eſprit de divifion
abfolument contraire à l'avancement du bien
de l'Etat , puiſque ce bien ne peut être effectué
,, que par le concours des trois Ordres qui com
poſent les Etats-Générax , ſoit qu'ils délibèrent
ſéparément, foit qu'ils le faſſent en coirmun.
La réſerve que l'Ordre de la Nobleſſe
avoit miſe dans fon acquiefcement à l'ouverture
de conciliation faite de ma part , ne devoit pas
empêcher l'Ordre du Tiers de me donner un
,, témoignage de déférence.
"
”
و و
"
ود
وو
१०
११
۶۶
ود L'exemple du Clergé, ſuivi par celui du
Tiers , auroit déterminé fans doute l'Ordre de
la Nobleſſe à fe déſiſter de fa modification. Je
( 181 )
ود
"
,, fuis perfuadé que p'us les Députés du Tiers-
Etat me donneront des marques de confiance
& d'attachement , & mieux leurs démarches
epréſenteront les ſentimens d'un Peuple que
.,, 'aime , & dont je ferai mon bonheur d'être
ود
ود
ود
aimé.
Marly, le 16 Juin . Signé , LOUIS.
MM. Chapelier , Barnave & Bergafſe ont donné
ſucceſſivement lecture du projet d'Adreſſe à faire
au Roi , en lui remettant les Arrêtés pris dans la
Séance de ce jour. Celle de M. Bergaffe a été
adoptée.
Du 19 juin. Aujourd'hui , on a délibéré fur un
changement à faire dans la Motion de M. l'Abbé
Syeyes : " Nulle autre Chambre de Députés fimple
ment présumés. » Ces mots ont été fupprimés après
quelques débats.
On a maintenu encore provifoirement le Préfident&
les Secrétaires .
UnDéputé de Paris a opiné de former divers Comités
, chargés de vérifier la dette de l'Etat , & de
s'occuper d'autres objets d'utilité publique.
UnDéputé de Bordeaux a propoſé un emprunt
de trois millions , pour venir au ſecours des malheureux
dans les provinces.
Il a été inſtitué quatre Comités.
Le premier , de 32 perſonnes , pour rechercher
les moyens de pourvoir à la ſubſiſtance du
Peuple.
Le deuxième , auſſi de 32 perſonnes , pour examiner
les pouvoirs conteſtés , & en faire rapport
à l'Afſemblée.
Le troisième , de 20 perſonnes chargées de rédigerles
Difcours , Adreſſes , &c .
Le quatrième , chargé d'examiner le projet de
réglement , auſſi de 20 perſonnes
1
(182)
Dans la matinée du ſamedi 20 juin. La Séance
des trois Ordres dans leurs Chambres ordinaires ,...
a été renvoyée au lundi ſuivant. Les Héraults
d'armes avoient fait la Proclamation qui fuit :
DE PAR LE ROI.
" Le Roi ayant réſolu de tenir une Séance
,, royale aux Etats-Généraux , lundi 22 juin , les
,, préparatifs à faire dans les trois Salles qui
وو fervent aux Affemblées des Ordres , exigent
;, que ces Aſſemblées ſoient ſuſpendues juſqu'après
ود
la tenue de ladite Séance. S. M. fera connoître
,, par une nouvelle proclamation l'heure à la-
,, quelle elle ſe rendra lundi à l'Aſſemblée des
Etats.
ود
De Paris, le 17 jain.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du
22 mai 1789, qui ordonne que la réduction
des droits des Changeurs , qui avoit
étéordonnée par l'Arrêt du 10 novembre
1785 , n'aura plus lieu , à compter du
. juillet .
er
Idem, du 23 mai 1789, qui ordonne
la réunion de l'Imprimerie du Cabinet
à l'Imprimerie royale du Louvre , et
Pétablissement d'un détachement de ladite
Imprimerie royale à Versailles .
On assure qu'aux environs de la capitale
et en d'autres lieux , une bande de
scélérats , dont il est difficile de pénétrer
les vrais motifs , ont coupé des bleds
( 183 )
en herbe , et qu'on en a arrêté trois à
St. Quentin.
« Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel
fe font aſſemblés , le 8 du mois de mai , au Couvent
des Cordeliers de cette ville , & ont tenu
un Chapitre , auquet a préſidé pour ſa Majesté , le
Duc de Villequier , Chevalier , Commandeur des
Ordres de Saint-Michel & du Saint-Eſprit. Après
undifcours prononcé par le ſieur Pourfin de Grandchamp
, Secrétaire du Roi , Chevalier & Secrétaire
dudit Ordre , Membre de l'Académie royale
de Caen , & afſocié honoraire de la Société d'Emulation
de Liège , le Duc de Villequier a nommé
Chevalier , au nom du Roi , les ſieurs Pons , Matrade,
Guyot & Raffin; enfuite tous les Chevaliers
, le Duc de Villequier à leur tête , ſe ſont
rendus proceffionellement en l'Eglife dudit Couvent
, & ont aſſiſté à la Meſſe ſolemnelle qui
fe célèbre tous les ans , le jour de l'Apparition
de Saint-Michel , pour la conſervation des jours
précieux de Sa Majefté. »
POURSIN DE GRANDCHAMP.
Un Correspondant nous mande , sans
sa signature , qu'il existe un Soldat Invalide
, qui , au mois d'août prochain ,
entrera dans sa centième année . Depuis
85 ans il reçoit la paie du Roi : il est
le Doyen de l'Hôtel. Il a fait cinq campagnes
sous Louis XIV , et est peutêtre
le seul homme vivant qui se soit
trouvé à la bataille d'Hochstet . Ce Vétéran
respectable languit abandonné dans
l'indigence. Il a une femme presque
aveugle et deux petits enfans qui de
( 184 )
meurent avec eux : il a eu vingt - sept
enfans ; six ont été tués au service du
Roi , et il a encore un fils en garnison
à Douay. Mais de toute sa postérité
vivante , personne n'est en état de le
soulager , puisqu'il est forcé , au contraire
, de nourrir deux de ses petits
enfans. Il reçoit quelques secours , mais
bien foibles. Lui et sa femme ont été
obligés de quitter le Gros-Caillou , où
ils n'avoient rien de la Paroisse , pour
venir demeurer rue de la Mortel'erie ,
près la Grève , maison de M. Ruthery ,
Commissaire de Ville , où ils paient
un loyer qui , quoique modique , est
fort au -dessus de leurs facultés. Pour
nourrir sa famille , à qui le pain de la
Paroisse quereçoit sa femme , ne suffiroit
pas , le pauvre vieillard est obligé tous les
jours de faire près de deux lieues pour aller
à l'Hôtel Royal des Invalides chercher
sa portion , et la rapporter à sa famille .
Usé par les ans , par ses travaux militaires
et les maladies , à peine peut- il
se traîner , appuyé sur un bâton , et
il met deux heures pour aller , deux
heures pour revenir : sa femme , infirme
et très-âgée , craint de lui survivre ,
parce qu'alors elle n'auroit plus aucune
ressource . Ces vieillards ont passé trois
jours l'hiver dernier, dans le plus affreux
dénuement , parce que la saison ne permettoit
à aucun d'eux de sortir. Il est
affreux , sans doute , de voir dans une
( 185 )
situation pareille un vieillard qui, depuis
85 années , est, au service du Roi et
de la Patrie. Cen est assez , nous l'espérons
, pour avertir les coeurs humains
et reconnoissans.
Lettre au Rédacteur.
L'Auteur de l'ouvrage intitulé : Situation actuelle
des Finances de France& d'Angleterre , s'ett trompé
dans l'examen des dépenſes de Marine des deux
Nations , & fur-tout dans ſes réflexions ( p. 33 ) .
Il dit : il est toujours ſurprenant que l'Angleterre
ne dépense pas beaucoup plus que la France pour fa
Marine
Ceci eſt une queſtion de fa't : l'Angleterre dépenfe-
t-elle beaucoup plus que la France pour fa
Marine , ou ne dépenſe-t- elle pas beaucoup plus ?
Comment l'Auteur s'y est- il pris pour donner
une idée de la dépenſe de l'Angleterre ?
Il reconnoît , pag. 93 & 94 , quel'état des d
penſes en projet par M. Pitt en 1786 , étoit un
état fitif & inférieur aux dépenfes réelles . Cependant
c'eſt ſur cet état , reconnu par lui inexact ,
qu'il établit ſes comparaiſons. Siyonsles dépeaſes
ſur les documens les plus authentiques .
En 1785. Dépenſe de la Marine
Angloife ........ 2,551,303 1. ft.
En 1786. Année du plan de M.
Pitt; il évalue les dépenfes
ordinaires de
laMarneà 1800,000
1.ft . On demande .. 2,428,326
( 186 )
En 1787. ( Nota. Les dépenſes
pour les affaires de
Hollande non compriſes).
..........
En 1788 . ........
2,286,000
2,286,000
Total ..... 9,551,629 1. ft.
L'Auteur ſuppoſe 1800,000l.ft..
pour les dépenfes ordinaires de la
Marine , qui , en quatre ans , feroïent
...... ......
7,200,000 1. ft.
Ainſi les dépenſes réelles , fans
extraordinaires , ont excédé les
dépenſes annoncées de ........ 2,351,629 1. ft.
Cen'eſt doncpasavec une ſommede 41,500,000
liv. tournois , ou 1,800,000 liv. ſterl. qu'il faut
comparer les dépenſes ordinaires de la Marine de
France,mais avecune ſommed'environ55,000,000.
Je dois répéter qu'il ne s'agit que des dépenſes
ordinaires , & que celles relatives aux affaires de
Hollande en 1787 n'y ſont pas compriſes. Ainſi
on doit n'en faire aucune mention d'aucun côté,
Quelle erreur que celle de comparer d'un côté
un projet de dépenſes , avec les dépenfes effectives
deKautre !
Je conviens , Monfieur , qu'il faut non-feulement
comparer la ſomme des dépenſes , mais
encore les articles qui , dans les états de ces deux
Couronnes , font claſſés dans les dépenſes de Marine.
Il faut donc ſavoir ce qui eft compris ſous
ce nom en France & en Angleterre.
1º . En France , elles renferment les conftructions
, armemens , radoubs , approviſionnemens ,
1
( 187 )
troupes de Marine, dépenſes d'artillerie, Colonies ,
dépeníes de l'Inde , même les Galériens , &c.
2º . En Angleterre , elles renferment les conftructions
, armemens , radoubs , troupes de Marine
, une partie des dépenſes d'Artillerie , mais
pas toutes.
Ainfi en France les dépenses des Colonies de
l'Inde , une partie de l'Artillerie , même les fonds
des Galériers ſe prennent ſur les fonds
de la Marine , &&font payées en Angleterre fur
d'autres fonds. Cependant pluſieurs de ces objets ,
tels que les Colonies, ſont conſidérables. Pouvoit
il , d'après ces faits , y avoir le moindre doute fur
l'inexactitude des aſſertions de l'Auteur ?
Ua homme fort inſtruit , à qui j'ai communiqué
ces remarques , en le priant de les inférer
dans un papier public , a fait deux obſervations
auxquelles il eſt aifé de répondre.
La première, c'eſt que l'on a conſtruit depuis
la paix plus de quarante vaiſſeaux de ligne , dont
deux de 110 canons avec des frégates ,&c.
La réponſe eſt aſſez fimple. Croit- on que l'on
n'a conſtruit aucun vaiſſeau en France ? Que l'on
ſuppoſe les conftructions proportionnelles , l'objection
n'eſt plus rien. Mais cet objet lui - même
ne feroit pas égal à la dépenſe des Colonies pendant
la paix. Enfin , cette conſtruction n'eſt guère
que ce qu'exige l'entretien de la Marine d'Angleterre.
La deuxième objection , c'eſt que l'on joint les
dépenſes de Cherbourg comme dépenſes de Marine.
La réponſe , c'eſt que ces genres de dépenſes
dans aucun pays , ne font ainſi claſſées . Quoi ! les
forts à Cherbourg ſont auſſi dépenſes de Marine ;
les fortifications propoſées en Angleterre par le
Duc de Richmond, pourPlymouth , Portsmouth ,
( 188 )
n'étoient pas compriſes ſous le nom de dépenſes
de Marine ! par-tout ce font des fonds diſtincts.
Pour réfumer , l'auteur a établi les réflexions -
de la page 33 , ſur l'etat de dépenſe . en Argleterre
, de 41,500,000 liv. par an; alles vont à
55,000,000. Il croyoit fans doute que les dépenſes
de la Marine en Angleterre , étoient applicables
à autant d'objets que celles du Département
de la Marine en France , ſans cela fon
erreur ne pouvoit ſe juſtifier .
Il eſt ſurprenant qu'il ſoit ſi difficile de rendre
juſtice à des Miniftres , & de faire paroître des
éclairciſſemens ſur des imputations inexactes &
peu réfléchies , qui produiroient des préventions
fâcheuſes ſur un des genres de ſervice néceſſaires
à l'Etat .
Paris , le 10 juin 1789 .
Signé , Le Comte DUMAITZ DE GOIMPY ,
Chefd'Efcadre , &c.
•Un Cabinet de Phyſique, dont les différens
>>> inſtrumens ont été faits & conſtruits à neuf en
>> cuivre par un des plus habites mécaniciens de ce
>> temps , ſe trouve en dépôt à Strasbourg , pour
» êre vendu , s'il ſe preſente des acheteurs. Entre
>> autres pièces il y a une machine Pneumatique ,
>> fai e ſuivant la dernière méthode rect fiée , une
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> coûré paffé 25,000 livres , ſera donné en bloc
» à un prx très-honnête. C'eſt une col'ection
» qui conviendroit à un grand Seigneur ou à un
» Corps ou Collége. S'il ſe rencontre pour ces
>>articles quelque amateur , il lui en ſera envoyé
(189 )
1
>> un inventaire exact & détaillé , en s'adreſſant à
» ML QUIANTE , Notaire Royal à Strasbourg ,
rue des Echaffes. >>>
Ön écrit de Saint-Omer , le 28 mai ,
que , pendant la nuit du 26 au 27 , des
Contrebandiers conduisoient plusieurs
voitures chargées d'eau-de -vie , dont ils
se proposoient de frauder les droitsimposés
par les Etats d'Artois. Les Commis
de la Régie , assistés d'une brigade de la
Maréchaussée , voulurent arrêter ces
fraudeurs ; le combat a été si terrible
de part et d'autre , et la rébellion a été
poussée àun tel point , quele Contrôleur
de la Régie est mort de ses blessures
dans la journée du 27; 12 h. après un
Cavalier de la Maréchaussée , qui avoit
reçu un coup de feu à la tête , a également
succombé. Les autres Commis ,
qui ont tous été cruellement maltraités ,
sont heureusement hors de danger . Aucun
Contrebandier n'a été arrêté jusqu'à
présent.
On a arrêté à Marseille , il y a quelque
temps , le redoutable Cudous ou Camalet,
assassin du sieur Benoit, Horloger
de Bordeaux. Ce scélérat , dont la force
prodigieuse et les brigandages avoient
répandu l'épouvante , s'étoit réfugié dans
le Comtat d'Avignon ; les troubles qui
ont dernièrement agité la Provence ,
(190)
l'ayant attiré à Marseille , ville qui lui
paroissoit propre à faire ses affaires
dans ces crises orageuses , il y a été
reconnu par unjeunehomme de Saintes ,
Soldat dans le régiment de Vexin , qui
l'a dénoncé à la Maréchaussée ; on n'a
pu s'en rendre maître qu'avec beaucoup
de peine : un des Cavaliers a même été
fort maltraité dans cette capture. (Journal
de Saintonge).
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 26juin 1789.
C'est le 13 avril que le nouveauGrand-
Seigneur Selim III alla ceindre le sabre
Impérial , selon l'usage , dans la Mosquée
d'Eyoub .-Le Capitan-Pachan'est point
disgracié , comme on l'a faussement
annoncé dans toutes les Gazettes ; mais
S. H. a jugé que l'expérience de ce
Vétéran lui seroit plus utile à la tête
d'une armée . Il a été nommé Séraskier
d'Ismail , et commandera cent mille
hommes dans la Bessarabie , avec lesquels
on suppose qu'il entreprendra le siége
d'Oczakof. La flotte concourra à cette
opération sous les ordres de l'ancien
Lieutenant du Capitan-Pacha.
Dans un ouvrage récemment publié
( 191 )
à Luxembourg , il se trouve une lettre
dont l'originalité couvre de la philosophie.
Quelques-uns de nos Lecteurs
ne regretteront pas que nous leur en
donnions connoissance , par forme de
de digression .
Monfieur , j'ai quatre-vingts ans. Il eſt bien
temps de finir. Je vais donc pofer la plume &
vous aurez mon dernier morceau. J'ai beaucoup
voyagé ; j'ai marché ſur les ruines de l'ancien
monde ; j'ai contemplé les monumens de l'orgueil
moderne , & jai pleuré ſur les uns & les autres ,
en voyant le temps qui dévore tout. J'ai ſouvent
trouvé beaucoup d'extravagance parmi les Nations
qui paſſent pour les plus policées , & quelquefois
beaucoup de raiſon parmi celles qui paſſent
pour les p'us fauvages ; j'ai vu la vertu affermir
de petits Etats , & le vice & le luxe ébranler de
grands Empires , tandis qu'une politique imprudente
s'attachoit à enrichir les peuples , fans s'occuper
à les rendre vertueux. J'ai vu bien des
choſes.... J'ai vécu aſſez pour voir Frédéric s'ennuyer
; Voltaire finir la plus belle carrière par de
pareilles extravagances ; J. J. Rouffeau verſer des
larmes à la moindre émotion ; des Ecrivains forcenés
diſtiller le patois , & pourtant ſe faire des
admirateurs;L. H. brocher de mauvaiſes Tragédies
, & refufer de l'ame à J. B. Rouffau ;
Maupertuis calculer à Berlin toutes les occaſions de
jouer un rôle , avec bien plus d'exactitude encore
queles degrés de l'Equateur.
Je viens de revoir les Mémoires que j'avois dreſſés
ſur les différens peuples , leurs préjugés , leur politique
, leurs lois , leurs diètes , leurs rites , leur
hiſtoire , leur code , leur religion; je les ai jetés au
( 192)
feu. C'eſt bien la peine, al-je dit , de tenir regiftre
de ces mélanges monstrueux d'humanité &
de barbarie , de grandeur&de baſſeſſe , de raifon
& de folie . Adieu , Monfieur , le tombeau s'ouvre
&je vais y entrer.
e Un inconnu.
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Procès-verbal des Citoyens
Nobles de Paris.
Procès-verbal de l'Af
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le port de 1 argent & de la le tre , & jorde à
cettedermèrele reçu du Directeur desPoftes Onfouforit
hôtel de Theu, rue des Poitevins. On s'adrellera.
au lieur Gurn , Directeur du Bureau du Mercure.
840.6
M558
1789
June
20126
DE FRANCE .
0
( N°. 26. )
SAMEDI 27 Juin 1789.
JUIN a to jours & la Lune 29. Du premier au 21 les jours
croiffent de 8' 26' le matin , & de 7' 53 " le foir. Du 21 au yo
les jours décroiffent de x' 43 ' le matin , & de 2" 3" le foir.
JOURS
du NOMS DES SAINTS.
M013.
J. PHASES
de de la
DLUKE.
Temps moven
au Midi vrai.
K.M. 6.
lundi Pamphile,
mardi Pothin , Évêque.
zmetc Quatre-Temps.
4jeudi Optar , Évêque .
vend. Bonitace , Evêque.
6 am Norbert , Évêque.
1LA TRINITÉ.
8 und Médard , Évêque.
9mard Prime.
rojmerc Lanity , Évêque.
jeudi FATE-DIEU.
salvend Barna vé , Apôtre.
12 fam Antoine de Pade.
42.Rufin , Martyr.
lundi Guy , Martyr.
τς με 7,88
17 de foir.
57
27
11 57 36
10 11 17 46
57 16
12 8 6
21 58 6
P. L.
11 18 27
II 58 38
1626 m.
11 1850
11 19
11 5913
19 1 59 15
10 17 59 38
CD.Q. 19 10
0
3
ma S. Fargeau & S. Fergeon.
mercaAvit , Abbé.
22 0 16
h4m
jeudi Octave Fête-Dieu.
24du foir. 19
25 42
19.vend. S. Gervais&S. Protais 26 ٢٢
10 fam. Si vere , Pape. 27 8
D. Leutroy . Abbé. ÉTÉ. 18 N. L
121
22 Jun Pau in , Évêque.
3nard. I anfranc d. Pav Vig J.
19 le23.48 2 34
4merc.Nat v. S. Jer Baptiste.
14
dumatin
47
2 。
jeudi Profpere , Docteur. 3 212
vend Babolein , Abbé. 4 2 2
fam de jae. PQ 2 38
94 D. remée , Év & Mart 2 10
ylundi S. Pierre& 8. Paul , Ap. h
omard. Comuném de S. Paul .
m.
3 2
8 marin
14
PUECBFOLFUD1IE7RECT8SSSS9.. CHANGESdU17
Ar5t3.
Lon1d8. ROSEMTaFLVMJ1aHmFAueee9reEna11u1U21nr3d1dTd79d508mX.dc4i6iSi..i....,.
Adions
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1797
D.
Erepraat Oct. 363.
Décembr3Ie1d..
d'A.v.Lr.oi.tl.
bre.d.'5Lo1oa7t.
Emp1r1u5nmt8..
Id. 20 milicas..
Sans Bulletin .... 147.
Balle.t.i.n
179795.1795
363
IS
15165..11.44..
18.
S
1
1
13
3
74
....69 ...... 6969....
Emprunt 110m². 793.950 795 795.96..
Borde. Ca ...
4205.200d.'4E1i9Cr5aoi.ml8pl5te..
110011189R0...ed1111..Cl.ee9788.,.a..
75.E5..7a7....5u5d55...P02xe02...
BorVM.d...
Fête.
M1a16d.5.
1800.12.182227 Cadix15 f
I
Liv... 102 3
oGsêt.n..
642
514.
13
116.17..
171.7.7.6
12
1124.411134
72..
2.6..8108.0250.
1210.35.25095
101824100..29
7557.5670000.
LyBocne.
CHANGESdU20.
Am5f3t8.
Lon2d8
H19a3m4.
M1a61dt5.
Cad1i51x.
L1i0v1e
G9ê5.n7..
Lyon.porte. 3
fdns
testine
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 JUIN 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
Pour la Statue du Maréchal DE CATINAT
COMME aux champs de l'honneur , dans le ſein
du repos ,
D'un Siècle plein de gloire , il mérita l'hommage,
Et peut-être en lui ſeul on admire unHéros ,
On reſpecte , on chérit un Sage.
(Par M. D*** T*****. )
No.26. 27 Juin 1789. G
146 MERCURE
DESCRIPTION
De Rheinsberg , Château de Son Alteſſe
Royale Mgr. le Prince. HENRI DE
PRUSSE , oncle du Roi (1 ) G
JE
1
vous quitte à regret , vaſte & riant aſile ,
Ofortuné Rheinsberg , ſéjour délicieux !
Ici , tout enchantoit & mon coeur & mes yeux;
Je coulois tous mes jours dans un loifar utile ;
J'étois content , j'étois heureux ;
Mais l'on voit les plaiſirs s'enfuir d'une aile agile ,
Et la peine vient après eux.
Lorſqu'Apollon , chaffé par le Maître des Dieux ,
Vint chercher fur laTerre un deftin plus tranquille,
Il ne s'enferma point dans le ſein d'une ville ;
Unchamp le confola de la perte des Cieux .
(1 ) Dans mon voyage de Pruffe , en 1786 , Sơn
A. R. , à qui j'avois eu l'honneur d'être préſenté
deux ans auparavant , lorſque j'allai a Rheinsberg
pour lui faire ma cour , me fit la grace de me retenir
auprès d'Elle une partie du printemps & de
l'été. J'eus l'honneur , à mon départ , de lui remettre
ces vers comme une marque de ma reconnoiffance.
DE FRANCE.
47
Solitude chéric ! Ô retraite du Sage !
Pourquoi ne puis-je point,dans les plus doux plaifirs ,
Paffer ici ma vie au gré de mes défirs ,
Comme au milieu d'un port éloigné de l'orage ?
Vous vivrez dans mon ſouvenir ,
L
Vous, profonde forêt , dont l'ombre pacifique
Me vit ſouvent entretenir
Ma parefie philoſophique ;
Lorſqu'écarté de tout chemin ,
L'ame libre & débarraffée ,
J'allois , un Horace à la main
Egayermon eſprit , éclairer ma penſée.
Et toi , Lac enchanté , dont le miroir uni
Brille environné de verdure;
1
De mille arbres divers dont ton bord eft garni ,
Ton onde réfléchit la flottante parure ,
Etdouble les tréſors que produit la Nature.
Par ta fraîcheur attiré ,
Lorſque l'Aſtre du jour , terminant ſa carriète ,
Verſoit ſa paiſible lumière
Sur ton criſtal azuré ;
Le coeur gai , l'efprit fans nuage ,
J'allois ſouvent fous ton ombrage
Reſpirer un air pur, goûter un doux repos ;
Et je voyois de ton rivage
Les poiſſons à l'envi ſe jouer dans tes flots ;
Je voyois les Zéphyrs, l'un de l'autre rivaux ,
Balancer , agiter ta mobile ſurface,
H2
T
148 MERCURE
Et le Cygne orgneilleux , inais pourtant plein de
grace ,
Comme un vailleau vivant, ſe mouvoir ſur tes eaux.
Oui , par me heureuſe impoſture ,
Je les verrai toujours ces tableaux gracieux !
Mon eſprit me peindra cette belle Naturg,
Ces erangers fleuris , cette douce verdure ,
Et ces boſquets où l'Art , Protée ingénieux ,
Se montre tour à tour & ſe dérobe aux yeux ;
Ces antiques tonbeaux , cette vieille mafure
Elevant dans les airs ſa triſte architecture ;
Ces chênes , fiers géans que la Terre a produits ,
Mais dont la robuſte vieilleſſe
N'a pu vaincre le temps & rajeunir fans ceſſe ,
Et dont les honneurs font détruits ;
De nos foibles deſtins , image trop fidelle ,
Qui nousdit entouttemps : Le tombeau vous appelle.
Vous tous , objets touchans, ou gais, ou férieux ,
Immenſe labyrinthe , admirable retraite ,
Recevez ines triſtes adieux :
Et vous Prince , l'ami des Dieux ,
Vous que plus que tout je regrette ,
Cen'eſt point fans pleurer que je quitte ces lieux.
Eh ! quelle feroit l'ame dure
Qui pourroit voir fans s'attendrir
Tous les infortunés que vous daignez nourrir ?
Leur coeur vous paye avec uſure ,
Etleur bouche ſait vous bénir .
:
DE FRANCE. 149
Quand on fait des heureux , qu'importe une couronne
?
Prince , la vertu vous la donne.
Oui , vous êtes plus grand au ſéjour de Rheinsberg,
Qu'au milieu des combats , aux plaines de Freiberg
( 1 ) ;
Armé par le Dieu de la Guerre ,
De vos fiers ennemis , toujours victorieux ,
Vous étiez l'effroi de la Terre 3
Vous en êtes l'amour , ce deſtin vaut bien mieux.
( Par M.le Chevalier de Rivarol , Capit.
au ze. Reg. d'Etat - Major. )
(1 ) Le Prince y gagna une fameuſe bataille contre
les Autrichiens.
1
G ;
150 MERCURE
LA PIÉTÉ MATERNELLE ,
CONTE CHINOIS.
Le déſir de m'inſtruire m'avoit arraché
debonne heure à ma terre natale ; &, ſeul ,
un bâton à la main , & quelques pièces
d'or coufues dans ma ceinture , j'étois venu
juſqu'au pied de cette muraille que le patient
& induſtrieux Chinois donna pour
limite à ſa patrie. A la vue de ce mur inébranlable
aux attaques des hommes & des
ſiècles , mon eſprit demeure frappé d'étonnement.
Cette porte , immenfe en toutes
fes proportions , ferme , du côté du Nord ,
une voie de plus de quatre cents lieues.
Du haut de cette maſſe impoſante , l'homme
femble dire à l'homme ſon ſemblable ces
mots que l'Eternel adreſſa aux flots irrités :
دد
Vous ne patferez point la borne que j'ai
>>>poſéc ; vous irez juſque là , & votre fureur
mourra ici " .
ود
Je dirigeai ma route vers Peking ; déjà
je découvrois les haures tours revêtues de
porcelaine & les pavillons dorés de cette
grande ville , quand un torrent , caché dans
le creux du vallon , me ferme le chemin.
Chargé de ces morceaux de neige que les
flèches du ſoleil précipitent dans les vallées ,
!
DEFRANCE. "
cer impétueux torrent bondit & bouillonne
fur les rocs qui le diviſent ; l'onde écumeuſe
s'épand avec bruit ; fon murmure
effrayant le prolonge , répété par l'écho,
Je regarde , j'écoute , & je demeure attrifté.
Quelle route tenir ? Comment gagner
l'autre bord ? La nuit s'approchoit ; j'avois
beſoin d'un gîte. Des cabanes étoient ſemées
çà & là au milieu des rizières : j'en
découvrois d'autres ſous de larges figuiers
qui ſemblent croître ſur les montagnes pour
fervir de parafols à leurs fauvages habitans...
J'entre ſous la chaumière la plus voiſine :
J'ytrouve une vieille femmeoccupéedes ſoins
du repas. Une autre femme étoit près d'elle ;
j'appris bientôt que c'étoit ſa fille , & qu'elle
s'appeloit Thékintſé. Je la prends d'abord
pour une de ces célestes Intelligences qui ,
dans les premiers jours du monde , ſe montroient
familièrement aux hommes : elle
en a l'éclat , la douceur & la férénisé Un
voile , roulé autour de ſa tête , ne s'abaiffe
que lentement for fon charmant viſage. Elle
a deviné ma penſée ; mes yeux l'accuſoient
de cruauté. Sa mère me parle , & je ne
l'écoute pas. » Qui vous amène en ce lieu
» ſauvage ? Que cherchez- vous ? D'où ve-
>> nez - vous ? Telles étoient ſes paroles.
Honteux d'une fi longue diſtraction , je répondis
: Oma mère ! j'ai fait bien du
chemin ! Je ſuis parti des bords que l'Irbich
arroſe à ſa ſourse , & j'ai traverſé
ود
G4
2 MERCUREC
ود Ô
-"
>> dixfleuves différens. Jaloux de m'inſtruire,
• je venois obſerver un peuple dont j'ad-
>>mire la ſcience & la ſageffe. Je m'avan-
* çois avec impatience vers Peking ; mais
" un torrent , impoffible à franchir fans
doute , m'arrête ici . Veuillez me dire ,
ma vénérable mère , s'il eſt d'autres
>> chemins ". J'en fais pluſieurs , tous
- difficiles , peu pratiqués , d'une longueur
>> rebutante : il faudra retourner ſur vos
» pas.... Ah ! plût au Ciel qu'alongeant ſa
>> route, mon fils eût préféré .... "! Elle ſe
troubla , & n'acheva point. Quelques momens
après , elle me dit: „ Jeune homme ,
>> vous pouvez reſter ici cette nuit : réparez
» vos forces , & demain vous choifirez
- votre route ". Je m'aſſieds auprès d'elle :
j'étois aufli à côté de ſa fille. Mes vêtemens
touchèrent les fiens , & j'éprouvai une
grande émotion. Une flamme fubtile coule
dans mes veines , allume mes ſens étonnés
; de confufes penſées m'agitent. Heureux
, tourmenté , je fens , pour la première
fois de ma vie , un trouble délicieux.....
Mais l'embarras , la ſurpriſe m'empêchoit
de parler. La mère de Thékintfé
m'obſervoit ; elle m'adreſſe ces mots : » Le
- torrent qui vous effraie n'arrête que les
>> vieillards : nos jeunes hommes favent
> preſque tous le paffer à la nage ; quel
ques-uns même traînent après eux , dans
> des outres , leurs aftenfiles & leurs provifions.
Ils lustent fans crainte contre ſes
DE FRANCE. Isi
ondes rapides; ils en triomphent toujours.
» Cependant je ſerois coupable de vous
ود
ود
ود
cacher ce que j'ai tantôt éprouvé de
>> craintes. Etranger, écoutez mor. Lorſque
>> j'ai vu mon fils plongé dans l'onde écu-
> meuſe , les mouvemens de mon coeur ,
d'abord preſſes & fufioquans , ſe font
artêtés tout à coup ; mes genoux trem
>> bloient je ſuis tombée dans les bras de
> ma fille. Ses ſoins m'ont rappelée à la
>> vie : j'ai pu revoir Loutſeun nageant avec
>> adreſſe; mais je n'ai véritablement recom-
» mencé à vivre , que lorſqu'il s'eſt montré
>> ſur le bord oppoſé au nôtre : alors il
m'a tendu ſes mains , & j'ai reſpiré. Je
» n'imaginois , pour l'habitant de nos campagnes
, nul danger à paſſer ce torrent';
→& tout à coup j'en ai vu mille : ils me
>> ſembloient impoſſibles pour mes voiſins;
> & pour mon fils ils m'ont paru inévita-
(d'autres coeurs ont- ود
ود
יכ
bles. Mon coeur
ils cette coupable indifférence ? ) reftoir
infentible à des périls qui n'étoient pas
les niens « .
Je me preſlai de répondre : » L'Etranger
que tu vois , ce Stani , orphelin dès
>> fon bas âge , & maintenant à quatre
cents lieues de ſa patrie , ne doit pas
-> redouter un torrent que ton fils n'a pas
craint de paſſer. Aimé de toi & de ſa
foeur , que la vie cependant doit lui paroître
douce ! ſi , comme lui .... Mais fatisfais
ma curiofité : comment a t- il pu ſe
ود
1"
G
154 MERCURE
› réfoudre à quitter une ſoeur ...... une
>> mère ....... ? - C'eſt la première fois .
>> Lourſeun , actif & pieux , sème les grains
>> qui nous font ſubſiſter. Le Ciel a béni
ود ſesmoiffons. J'ai pu livrer aux Marchands
>> de Peking , qui tous les ans viſitent nos
>> campagnes , juſqu'à deux mille poches
>> de riz. Mais , avides ou négligens , ils
>> ne m'ont point apporté cette année le
>> prix qu'ils m'en avoient promis . Cet or ,
ود la dot de mon fils; cet or , attendu de
>> la jeune fille qu'il a choiſie pour épouſe ,
il eſt allé le demander à ces Marchands
>> infidèles ; & avant que l'Aſtre des nuits
» maintenantinviſible,ſe montre reſplendif
>> ſant à l'horizon , je preſſerai ſur mon ſein
l'enfant que je chéris.- Puiffe - t - il ,
» m'écriai je , te donner cette joie ! Puiffe
>> une ſeconde fille l'accroître encore ! ....
Mais fouffre une curioſité que chaque
> inſtant augmente. Heureux d'aſſurer ton
>> bonheur , un gendre peut- être ...... Ce
choix feroit- il déjà fait " ? La jeune fille
porta la main ſur ſes beaux yeux , trop bien
cachés par ſon voile. Ah ! que n'aurois-je
pas donné pour pouvoir un moment contempler
fon trouble & ſes charmes ! Sa
mère me répondit , & fon regard devint
ſévère : La tâche que lui impoſe la Na-
>> ture eſt à peine commencée ; à peine
>> Thékintſé a- t-elle vu quinze fois l'arbre
>> conſacré à Foé , perdre & reprendie ſon
>> feuillage. Elle a des devoirs , des ſervices
DE FRANCE. ISS
> à me rendre : il faut qu'elle s'acquitte en-
>> vers ſa mère , avant d'afpirer à la gloire
" de le devenir ". Cette fage réponte me
rendit plus tranquille. Elle ajouta quelques
minutes après : Stani , nous allons pren-
ود dre enſemble le repas du foir. Vous êtes
>> maintenant l'hôte de ceste maiſon , un
>> objet lacré pour Nactheu & Thékintfé,
>> comme elles doivent létne pour vous.
» Ma fille , relevez votre voile ; ne crai-
" gnez rien , vous êtes en préſence de votre
» mère. Apportez les gâteaux & le thé ;
>> ſervez-nous les fruits de la ſaiſon of
"
"
аџ
frons libéralement les biens que la Na-
» ture nous donne avec prodigalité " . A
ces mots , je tombe à ſes genoux , & la
reconnoiffance m'y retient. En m'accordant
une ſi chère vue, elle faiſoit pour mon
bonheur plus que n'auroit pu faire
milieu de ſa Cour , le puiſſant Empereur
de la Chine. Peignez-vous le Soleil à fon
lever , débarraſſant ſon front d'un épais
nuage ; telle parut à mes yeux enchantés
la fille de Nactheu. Il me ſembla qu'elle
éclairoit la chaumière : ſous quels lambris
vit- on paroître tant de charmes ! Quels palais
reçurent jamais un mortel plus heureux
que Stani dans ce fortuné moment !
Affis vis-à-vis d'elle au ſouper , je ne ſais
point ſi je mangeai des mets apprêtés de
ſes belles mains. Je ne fais plus ce que je
lui dis dans ma folle joie : ſes paroles ingénues,
ce qui cauſa mon ivreſſe , tout ce
:
G6
156 MERCURE
1
qui entretint mon enchantement , je ne
le dirai point , je ne le pourrois pas; mais
je jouis quelques heures d'une indicible
félicité Je leur appris ma naillance , mon
peu de fortune , mon deffein de viſiter la
Chine, de m'y inſtruire dans les Arts, &
de les porter dans ma patrie. Que ces
deffeins étoient changés ! Oh ! combien je
ſouhaitois de ne plus quitter celle que je
devois aimer le reſte de ma vie ! Nacthen
devina ma penſée , & ſa ſageile la combattit
: elle voulut que je fuiville mes premiers
projets , & mon départ fut fixé par
elle au lendemain matin .
J'allai me jeter fur des nattes , dans un
réduit ſéparé de celui qu'occupoit Thekintſé
& la mère; Lonfeun l'avoit conftruit
pour lui . Je dorinis peu : je me levai
plus tôt que le Soleil; & lorſqu'au moment
dequitter la cabane , j'appelois fur elle la
bénédiction des Dieux , j'apperçus la femine
bienfaiſante qui m'en avoit ouvert la porte :
fes mains tenoient un vafe rempli d'une
liqueur vermeille ; elle me sourit , & je
compris qu'elle avoit entendu mes voeux.
ود
>> Prenez ce confortatif , me dit - elle ;
où ſont les forces , ſe trouve le courage ".
Je bus , le coeur plein d'eſpoir & de reconnoiffance.
Allez , mon fils , ( que
ce nom Hatta mon oreille ! ) » poursuivez
>> votre route : que le Ciel accompliſſe vos
ſouhaits & conduiſe vos pas ! Je ne ود
DEFRANCE. 157
>> verrai point votre retour avec indiffé-
>> rence " . :
Je partis . Je traverſai le torrent, emportant
avec moi l'image de Thékintſé , &
un tendre ſouvenir des bontés, de ſa mère.
J'ai parcouru la Chine. J'ai obſervé le
peuple innombrable qu'elle porte en fon
ſein; peuple antique, célèbre par ſa ſcience,
fon application au travail, & fa piété envers
ſes ancêtres. En vivant avec ſes Lettrés
, j'ai pris des leçons de cette ſageſſe
pratique qui donne du prix à l'homme &
le rend plus heureux. Les connoiflances
qui augmentent ſa force, ſa puiſſance, ſes
plaifirs , & qui , allumant ou fomentant fes
paffions , augmentent auſſi ſes inquiétudes
& ſes peines , j'ai voulu les acquérir. Je
m'y ſuis rendu habile ; & je ſaurai ne les
faire ſervir qu'à mon bonheur , en ne les
employant qu'à me rendre plus cher à .
Thekintſé , plus recommandable aux yeux
de ſa vertueuſe mère , &plus utile à toutes
deux. Je me suis dit , pour m'encourager
dans les momens de l'ennui : Si , à mon
retour , elles confentent à me recevoir , je
rendrai leur cabane plus ſolide & plus
commode. Je l'embellirai ; l'argile inutile
deviendra , par mon induſtrie , des carreaux
polis , fur lesquels la Beauré que j'aime
poſera un pied étroit arrondi avec grace.
Sur des vaſes d'une éclatante blancheur ,
je ſçaurai fixer par le vernis les couleurs
les plus belles ; des pavots , frais & ver118
MERCURE
meils comme ſes lèvres , ſembleront fleurir
fur ces coupes raviffantes.
Toujours occupé d'elle , j'ai recueilli des
graines réſervées pour les jardins de l'Empereur.
Je les ſemerai , me ditois - je , fur
les bords des rizières : elle y trouvera une
ombre ſalutaire , des fleurs pour ſe parer ,
des fruits délicieux.
P
Telles furent mes pensées tout le temps
que dura mon exil. Je charmois , par ces
rêveries , les longs jours de l'abfence : mais
ils paffent comme les jours fortunés ; ils
ſe perdent , hélas ! & ſont comptés pour
l'existence qu'ils ont rendue pénible .
Je me vis au terme que , de concert
avec Nactheu , je m'étois preſcrit. Inftruit
de ce qu'il m'importoit de ſavoir , ne défirant
d'apprendre rien au dela , je quittai
la Chine après un an de ſéjour ; & , prefle
d'arriver , je repris mon premier chemin.
A meſure que j'approchois d'une demeure
chérie , je me ſentis plus ému & moins
confiant. La joie qui m'avoit ſaiſi à mon
départ, ſe diffipoit à chaque pas. Si ce bonheur
, que je me crois près d'atteindre , alloit
m'échapper ...... puiſſante cauſe d'émulation
& de courage , vous deviendrez
peut - être une ſource d'abattement & de
déſeſpoir ! Rien de ce qui exiſte reſte-t-il
le même à la même place un ſeul moment
? Semblables aux flots de l'Océan , le
Ciel & ſes ſphères roulantes , la Terre &
cette foule d'êtres qui reçoivent fur fon
DE FRANCE. 159
fein & la vie & la mort , ne ſont jamais
en repos, Que ne doisje pas appréhender
du temps deſtructeur & de l'inconſtance du
fort ! Ces penſées , le reſſouvenir de mes
entretiens avec les Lettres & les Bonzes ,
occupoient & troubloient mon ame . Parce
que j'aimois & que j'avois des craintes , je
croyois aux preſſentimens. Il me ſembloit
que cette Thekintſé ſi belle , & dans l'âge
où l'on embellit encore s'étoit déjà vu
enlever tous ſes charmes. Les chagrins ,
me diſois - je , une maladie ont flétri tant
d'appas ...... la mort peut- être les a détruits
fans retour ...... peut être que fon
frère , devenu la proie du torrent .......
N'est-ce point la perte de leur mère que
mon coeur m'annonce ! .......
J'avançois cependant. Après quinze journées
d'une route pénible , je découvre une
ſeconde fois Peking. Je force mamarche ;
je traverſe des champs , des bois ; je monte
la colline ; je découvre la demeure de ce
que j'aime ; & à cette vue , je ſens s'évanouir
mes noirs preſſentimens : tel l'Aftre
des jours diffipe à ſon lever les vapeurs de
la nuit. J'approche du torrent redoutable....
Quelle ſurpriſe ! Une arche unique , mais
ſolide , s'étend de l'un à l'autre bord. J'admire
& je remercie l'auteur de ce bienfait.
Je ne ſonge point aux périls qu'il me ſauve ;
je ne penſe qu'à Thékintſé : ce pont officieux
me rapproche d'elle ; je ſerai plus
tôtà ſes côtés. Reçois mes actions de graces,
165 MERCURE
homme bienfaiteur des hommes , qui élevas
ce monument ! que ta vie , toujours heureuſe
, s'étende jaſque dans les ſiècles à
venir ! J'exhale ainfi ma reconnoillance ,
& déjà j'ai gagné l'autre berd ...... Déja
je crois entendre la douce voix de ma bienaimée.
Je la vois : elle ſe trouble , rougit ,
&n'en eftque plus belle. Palpitant d'amour
& de joie , je ne marche pas , je cours , je
vole ; j'arrive : je me précipite fous la cabane
........ Jai reconnu Nactheu aſſiſe
furdes nattes , un mouchoir à la main , la
tête penchée ſur ſon bras , dans l'attitude
de la douleur ...... Ma mère , vous êtes
>> ſeule ! Thékintſé ! Elle n'effuie
ود
point vos larmes !
....
..... Dieux , Dieux,
les feroit-elle couler ? ....... « Je dis ;
&, glacé de crainte , j'embratſe ſes genoux.
Elle ſe tait , & fes larmes redoublent ; mais
fon filence terrible m'a tout dit ; il m'a
révélé mon malheur. Je m'écrie : Elle
» n'eſt plus ! je ne la verrai pas ! ..... "
& je tombe le viſage contre terre , асса-
blé de douleur ......
ود
Bonne Nactheu , mes périls t'ont fait
oublier tes chagrins ! Ta voix altérée appelle
ta fille. A ce nom chéri , je reſpire .....
Heureuſe mère , quoi ! Thékintſe .....
>> Elle eſt près de toi , & tu pleures ! .....
ود
ود-Homme paffionné , que dis-tu ? Ma
>> fille eut-elle feule ma tendreſſe ! N'ai je
>> donc été mère qu'une fois ! ....- Quoi,
>> Lou feun ! ......... - Oui , l'horrible
DE FRANCE. 161
I
>>>torrent roule avec ſes ondes & eache
dans ſon ſein le corps de mon fils. Doublement
malheureuſe , je n'ai pu lui don-
» ner le repos des tombeaux.ma
>>mère ! que de vains regrets n'accroiffent
>> point encore tes douleurs. Un tombeau
>> reſte toujours à l'homme ; il y marche
de fa chaumière ; il s'y rend de fon
>> palais au jour affigné par les Dieux.
" Qu'importe à l'ame immortelle que fon
>> enveloppe fragile , qu'une inſenſible
>> pouffière foit diſſipée dans les champs de
>> l'air , expoſée ſur la cime des rochers ,
> recueillie au fond des eaux , ou cachée
> dans les entrailles de la terre ! Pieux
>>>envers les Dieux & ſes parens , ſenſible
>>& bon , quelque part que foit ton fils ,
>>la paix l'environne ; il eſt plus heureux
>> que la mère qui le pleure ". Je dis , &
mes larines couloient , & j'effuyois les
fiennes ..... Thékintſé parut. Un trouble
inexprimable s'empara de mes ſens ; mon
coeur battoit dans mon ſein. Je fus longtemps
fans parler. Je pris la corbeille_chargée
des fruits que fa main venoit de cucillir,
& j'ofai preffer doucement cone jolie
main. Je demandai qu'il me fût permis de
partager avec Thékintſé les foins du repas ,
Sa mère y confentit. Je remarquai que fes
regards ſe repoſoient fur nous aves complaiſance
, & qu'elle s'efforçoit de cacher
Tes douleurs : mais , après le diner, loif
que ſa fille nous eut quittés , elle ne fe
contraignit plus.
162 MERCURE
>> Jeune Stani , me dit - elle, les Mara
>> chands de Peking , rappelés à leurs engagemens
, ſe ſont acquittés envers moi ,
» & de l'or qu'ils m'ont renais , j'ai bâti
une tombe immenfe & fuperbe , utile
fur-tout & fecourable : la tombe de mon
>> fils couvre l'hormble précipice qui l'en
gloutit à mes yeux. Tu l'as vu ce pont ,
ouvrage de ma tendreſſe, tombeau hono-
> rable élevé à ſes manes , & qui doit les
>> conſoler ( 1 ) . - Quoi ! ma mère , c'eſt
> ta bienfaiſante main qui a jeté devant
>> les pas du voyageur cette voie propice !
>> Je l'ai paffée avec alegreſſe, &je t'ai bénie
» mille fois. Ce monument précieux aux
hommes atteſtera , d'âge en âge, ta piété
» envers enx , ta généreuſe ſenſibilité.-
Bon jeune homme , j'ai déja reçu ma
>>récompenſe. Rien ne me conſoloit. Je
dis , dans madouleur cuifante : Ne fouf-
>> frons pas que le trait qui déchire mon
coeur, bleſſe jamais un autre coeur ; em-
>>pêchons qu'un fils cher à ſa mère , ne
>> péritle comme a péri le mien ; fermons
l'abîme où il eſt tombé. J'ai donné ce
que je poſſédois , mes récoltes entières,
( 1 ) J'ai lu , je ne fais où, qu'une femme bâtit
un pont ſur le précipice dans lequel étoit tombé
fon fils. Ce trait iſolé dema doit un cadre qui le
confervât; & j'ai tenté , ſi je peux parler ainfi , de
placer ſous verre cet intéreſſant tableau. Cet ouvrage
convenoit ſi bien à une femme ! ( Note de
l'Auteur).
DE FRANCE, 163.
» & juſqu'aux anneaux d'or , parure de
>> ma fille , qui n'a pas beſoin d'ornemens.
Ma main a poſé la première pierre ; mes
>>yeux ont vu placer la dernière : un peu
>> de joie pénétra dans mon coeur.
>>Je vais ſouvent pleurer ſur cette tombe.
>> Mes larmes d'abord ſe mêlent aux ondes
" du torrent ; peu à peu elles deviennent
» plus rares ; & la vue du bien que j'ai
>> fait , plus puiſſante que les conſeils de,
laraiſon, que les careſſes même de ma
fille , m'a quelquefois conſolé de celui
» que j'ai perdu ".
"
A ces touchantes paroles , elle en ajouta
pluſieurs encore que je ne redirai point
ici : de tels entretiens paroîtroient longs aux
gens heureux ou frivoles , avides d'amuſemens
; tandis qu'ils affligeroient ceux qui ,
ſenſibles comme Nactheu , ont à pleurer ,
comme elle , un objet tendrement aimé ...
Eh , dans combien de coeurs j'éveillerois des
regrets ! Qui , fur cette terre nourrie de
débris , n'a pas vu tomber , frappé de la
mort , un père , un amant , une épouse !
Celui qui n'a pas ſenti s'échapper de fes
mains la mourante main d'une amie , qui
n'a point refpiré le dernier, ſouffle de la
vie ſur ſes lèvres glacées , celui-là peut ſe
croireheureux : il n'a pas connu encore une
véritable afliction .
J'oſai dire à Nactheu : Le Ciel ne veut
>> pas que vous reſtiez inconfolable ; il vous
>> envoie un autre fils ......Ne rejetez pas
164 MERCURE
>>l'Etranger qui vous cherche , le coeur qui
>> vous chérit. Séchez vos larmes : la Na-
>> ture & les Dieux s'oppoſent à ce que
>>nous pleurions éternellement.... J'attendis
avec inquiétude ſa réponſe . Ses regards
s'attachèrent fur moi; elle voudroit
lire juſqu'au fond de mon coeur. Vous avez
vu les fleurs en proie au fouffle des vents ;
leurs tiges s'abaffent , ſe relèvent , ſe penchent
tour à tour de l'un & de l'autre côté ;
c'eſt l'image des penſées de certe tendre
mère. Je cherche à la raffurer. » Eloignez-
>> moi , lui dis-je , de votre charmante fille
» &je jure par Foé, par vous, qui m'êtesauffi
> ſacrée que Foé lui même , de ne paroitre
>> devant elle que lorſque vous me l'ordonnerez
. Cependant guidez mes pas dans
>>les champs cultivés par ſon frère , je veux
» qu'ils ſe couvrent de moiffons , & que
vous diſiez en vous promenant au mi-
» lieu de l'abondance : Il me reſte un fils ".
Une lueur de joie éclaira fon front abattu:
j'entendis ces flatteuſes paroles : » Stani
ود
ود
la douceur de res traits m'a d'abord prévenue
pour toi ; ta conduire , & main-
>>tenant la ſageſſe de tes diſcours , excitent
> mon etime. Je fais croire à la vertu : refte
» parini nous. Ma fille , ſimple comme l'enfant
qui n'a point encore quitté les
ود brasde fa nourrice , ne fait pas quel fen-
>> timent la porte vers toi : ne te preffe
>> point de l'en inſtruire ; il n'est pas temps.
» Sache différer ; ſache attendre ton bon-
:
DEFRANCE.
165
"
"
ود
ود
heur : il n'en ſera que plus doux. Si je
>>>te conficis , fans te mieux connoître , celui
de cet enfant , je manquerois de prudence.
Tu n'as pas encore de richeſſes :
>> ne t'offre point à une épouſe , ſans
lui préſenter une dot , gage de ton
amour. Une dot flatte d'ordinaire notre
>> orgueil : ma fille , fans orgueil aujour-
>>d'hui , pourroit , corrompue par l'âge ....
" (l'en préſerve le Ciel ! ) Mais garde toi
» qu'elle puiſſe jamais dire , fût ce daus
>>le ſecret de ſon coeur : Je n'ai rien reçu
ود d'un époux. Fais-toi , dans ce vallon , une
>>propriété. Nos colines ſont couvertes d'arbres;
qu'abattus ſous tes coups ils roulent
dans les vallées . Conſtruits ta, cabane
à côté de la nôtre ; tranſporte ſous ton
>>toît la ſcie , la hache , & les inftrumens
رد
ود
ود
ود du labourage. Lourſeun en fit un noble
>> emploi : je les remets en tes mains . La
terre , naturellement féconde , t'offre ſes
>>tréſors ; & bientôt ........ ". La vue
de ſa fille l'empêcha de pourſuivre. Thekintſé
tenoit ſur ſon bras l'agneau ravi à ſa
jeune brebis. Un ſouris ingénu embelliffoit
ſa bouche , ſemblable au bouton
de roſe qui s'entrouvre au matin. » Voyez ,
>>dit- elle , la jolie petite créature ! Elle ne
وو fait que de naître , & je l'aime déjà.
» Comme elle eſt douce ! .... Ah ! fi je
>> la préférois à la brebis qui connoît ma
>> voix , qui me ſuit par-tout .... ! Non ,
non .... je ne veux pas .... je cours la
366 MERCURE
> rendre à la mère, dont les bélemens me
» poursuivent ". Elle fuit , & fes pieds légers
font à peine fléchir la natte , tapis ruftique
de la ruſtique cabane .... » Heureux
» âge , dit Nactheu , en laillant échapper
ود un ſoupir , heureux âge , que la naiflance
" d'un agneau occupe & enchante ! Que
>> fajoie eſt facile ! Stani , mon coeur eſt
>> fermé à la joie «.
Pour l'arracher à ces douloureuſes penfées
, je l'entraîne ſur les pas de ſa fille ,
&nous defcendons enſemble le vallon. Là
une peloufe d'un vert éclatant croît au pied
des oliviers fauvages , & contraſte agréablement
avec la couleur ſombre de leurs
feuilles. L'ombre& la folitude de cet agreſte
lieu diſpoſe à l'attendriſſement.
Je dis , en regardant Thékintſé qui me
regardoit : » Alleyons - nous ici ; jouiſſons
» des derniers rayons du ſoleil «. J'eus
*ſoin de placer Nactheu entre ſa fille & moi ,
bien réfolu de mériter ſa confiance. Je pris
ſa main , celle de ma bien aimée ; & , les
joignant dans les miennes , je lui parle en
ces termes.
>> Vous m'avez adopté pour fils ; vous
» êtes à préſent ma mère , votre fille eſt
» devenue ma ſoeur ... : oui , Thékintfé ,
» je ne vous appellerai plus que de ce nom
ود facré..... Commandez-lui de me nom-
> mer fon frere...... Ma mère , béniflez
>> vos cufans « ! Ses yeux me ſourirent, ils
m'approuvoient ; tandis que ceux de ma
DE FRANCE. 167
jeune amie n'exprimoient que ſa ſurpriſe. Je
m'écriai : » Thékintſé ne veut pas me ré-
>> pondre ! Thékintſe ne peut pas fans
>>> doute aimer un ſecond frère ! Elle ſe
taifoit ; elle regardoit ſa mère, & fembloit ,
pour m'aimer , attendre reſpectueuſement
fes ordres. Bonne Nactheu , vous le lui donnâtes
cet ordre , le garant , le ſceau de ma
félicité. Vous preflares nos mains , vous
nous bénîtes ; vous appelates le bonheur ſur
nos têtes ; vous fites pour nous mille voeux.
Que me reſte-t-il à raconter ! Vous favez
que j'aime , que je ſuis aimé : vous favez
tout. Ma belle compagne a juré d'obéir; &
fon céleste regard m'a dit qu'elle n'éprouvoit
pointdecontrainte : ainſimon fort eſt rempli
; il eſt fixé : mes aventures ſont finies,
Deſtiné à devenir ſon époux , je vais lamériter
. J'embellirai ſa demeure ; je l'entourerai
de fleurs ; je chargerai ſa table des
plus beaux fruits. Mes ſoins ſauront adoucir
les regrets de ſa mère. Je les défendrai
; je les nourrirai toutes deux. Elles ſeront
heureuſes , & je ferai heureux.
Je jouis déjà du bonheur qui m'attend.
L'eſpérance eſt le bonheur.
(Par l'Auteur des Lettres de
Jenny Bleinmore ( 1 ) .
(1) On trouve ce dernier Quvrage de Madame
Monnet , à Paris , chez Regnault , Lib. rue Saint-
Jacques , vis-à-vis la rue du Plâtre. 2Vol. in-12.
Prix, 3 liv. Les Contes Orientaux , du même Aureur,
2Vol. in-12 . Prix , 3 liv .
MERCURE
var
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEEmot de la Charade eft Lapin ; celui
de l'Enigme eft Cure ; celui du Logogriphe
eſt Vierge , où l'on trouve Verge , Grêve ,
Ire, Grive, Ivre , Vire, Rêve, Rive, Ver,
Vergé.
2.
CHARADE
POINT de ruiffean fans mon premier ;
Point de plaine avec mon dernier ;
Et tout bon Chrétien ſolennife
Mon entier , jour cher à l'Eglife .
( Par M. Ferran de Fronton. )
ÉNIGMES
QUOQUIOQIQUUEE je fois peu dangereuſe ,
Je n'en ſuis pas moins douloureuſe ;
Car eſt-on par moi tiraillé ,
Il ſemble qu'on ſoit tenaillé.
Goutte , colique , ou profonde bleſſure ,
Ne cauſent pas plus ſenſible torture :
Mais , Lecteur , ce cruel tourment
Peut ſe calmer en un moment ,
i
1
Sans
DE FRANCE. 169
Sans qu'il foit beſoin d'aucune aide ,
Sans appliquer aucun remède.
Qui de moi ſe trouveroit pris ,
Jetteroît en vain les hauts cris ;
Qu'il s'alonge , à l'inſtant je cède ,
Et voilà tous ſes maux guéris.
(ParM. N. D. de Neuville aux
Loges , près Orléans. )
LOGOGRIPHE.
LECTEUR , je fuis femelle ,&tel qui ne l'eſt pas
Me trouve quelquefois au inilieu des combats ;
J'ai toujours des Héros été la récompenfe :
Il eſt vrai que le Sage en gémit ; mais enfin
Je la fus de rout temps , & tel eſt mon deſtin.
Maintenant je ſourmets àton intelligence
Les êtres variés que produit ma fubſtance :
Il en eſt un qu'on aime & qu'on chérit par tout;
Qui ne l'aimeroit pas ? il eſt l'ame de tout ;
Sur d'arides chardons il fait croître des roſes ,
Il eſt unique enfin pour les métamorphofes ;
Mais ne te borne pas à ſa poſſeſſion ,
Ne l'idolâtre point , c'eſt une obſeſſion.
L'utile protecteur de la foible innocence
Eſt un ſecond enfant qui me doit la naiſſance ;
Etcomme l'agrément cède à l'utilité ,
Sur mon troiſième fils qu'il ait la préférence ,
№ 26. 27 Juin 1789. H
1
170 MERCURE
Il n'en ſera pas moins & célèbre & vanté,
Et l'un des attributs d'une Divinité.
Si la félicité tenoit à la puiſſance ,
Un être heureux encor me devroit l'exiſtence.
Enfin je fus toujours l'idole des François :
?
Mais c'eſt en dire affez , Lecteur , & je me tais .
: ( Par M. de B***, de Fromenteault. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
De la Foi publique envers les Créanciers
de l'Etat. Lettres à M. LINGUET , fur
le N. 116 de ſes Annales , & c . par M.
* * *. In- 8 ° . A Londres ; & se trouve à
Paris , chez le Tellier , Libraire
des Augustins.
د quai
LeEsS perſonnes qui ont lu le Nº. 116 des
Annales de M. Linguer, demanderont peutêtre
pourquoi M, *** a pris la peine d'y
répondre ; & cette demande feroit trèsraifonnable,
s'il ne falloit, en traitant ce fujet
, faire autre choſe que répondre à M.
Linguer , s'il ne s'agiſſoit que de réfuter une
erreur de cet Ecrivain. Mais M. *** s'eſt
propoſé un but beaucoup plus utile. Il a
voulu répondre à tous ceux qui , par ignoDE
FRANCE. 171
rance , ou par inconſidération , pourroient
foutenir & répandre une opinion dont le
plus léger examen fuffit pour démontrer
Tabſurdité & le danger. Il a voulu rafſurer
ceux qui n'ayant pas des idées exactes fur
l'économie politique , & ayant peu réfléchi
fur les vrais principes des intérêts des Nations
, & principalement ſur l'état actuel du
revenu de la France , pourroient être effrayés
de la hardieſſe d'une telle affertion. Ce Livre,
qui, ſous ce ſeul point de vue, mériteroit
des éloges , inſpirera de plus une trèsgrande
confiance , lorſqu'on ſaura qu'il eſt
l'Ouvrage d'un des plus habiles Calculateurs
de l'Europe , d'un homme que la méditation
& l'expérience ont familiarifé avec
tous les objets qui intéreſſent la richeſſe
des Nations .
Dans les huit premières Lettres M. *** ,
répond particulièrement aux objections de
M. Linguet , c'est - à - dire , aux objections
qu'on pourroit faire fur ce ſujet. Il montre
combien on eſt dans l'erreur , lorſque l'on
confond trois cent mille Créanciers de
l'Etat avec une centaine d'Agioteurs enrichis
des dépouilles d'autres Agioteurs moins habiles
ou moins heureux. Il prouve qu'on
attribue à la violation de la foi publique,
des effers falutaires qui font impoffibles ;
que la différence qu'on voudroit établir fur
cette matière entre l'Angleterre & la France,
eſt abſurde , parce que la même opération
ne peut être honteuſe & criminelle dans
1
(
H2
172 MERCURE
un pays , juſte & raiſonn ble dans l'autre ;
que le principe des ſubſtitutions , appliqué à
laComonne de France , ne peut point faire
dépouiller de leurs droits les Créanciers de
l'Erat ; qu'il faut toujours conſidérer la Société
politique& fon Chefhors des maximes
du deſporiſme & de la tyrannie. » La Société
eſt un individu qui n'a qu'une naiffance&
une mort. Sa vie eſt compoſée d'une
multitude de vies, qui, cominençant & finiffant
à des momens différens , ne laiffent appercevoir
aucune folution de continuité.
Lorſqu'elle a un Chef unique , il doit être
conſidéré de lamême manière. Il en eſt le
principe moteur ; il eſt immortel comme
elle. Le ſceptre ne tombe pas un ſeul inftant.
Si le corps de tel Prince diſparoît , la
volonté néceſſaire à tout Gouvernement ,
&dont il étoit l'organe , ſe retrouve chez fon
fucceffleur , fi je puis m'exprimer ainfi
comme une ſérie non interrompue d'idées ,
&non comme l'effet d'un pacte nouveau.
Le prédécefleur n'ayant pas gouverné pour
fon propre avantage , mais pour celui de
ſes ſujets , les engagemens n'étoient pas
les fiens, ils étoient ceux de ſes délégataires ;
&la vie politique de ceux - ci ne ceſſant
jamais , leur rapport avec leur Chef reſtant
toujours le même , leurs engagemens ne
peuvent s'éteindre que par leur exécution
".
,
La Nation devant acquitter ſa dette par
ſon revenu , M. *** examine quel eſt le re
DE FRANCE. 173
venu général de la France. Cette partie de
fon Ouvrage renferme desdétails intéreſlans,
dont voici quelques réſultats .
Un des plus célèbres Arithmériciens po
litiques d'Angleterre , Davenant, évaluoit en
1698 le revenu général de la France à deux
milliards cinquante - huit millions de livres
tournois ,& le revenu général del'Angleterre
àun milliard foixante dix huit millions de livres
tournois. Il avoit pris pour baſe de ſon
évaluation les beſoins rels que les ſuppoſoient
alors la population , les moeurs & les habitudes.
Les dépenſes publiques de la France
s'élevoient , à la même époque, à trois cent
trente-un millions. Celles de l'Angleterre à
quatre-vingt- deux. Celles - ci s'élèvent aujourd'hui
à trois cent quatre-vingts ; elles ont
preſque quintuplé depuis 1698 , tandis que
le revenu général ne s'eft accru que dans la
proportion de cinq à deux. Les dépenſes de
la France vont aujourd'hui à peine au double
de ce qu'elles étoient en 1698 , & font
à peine la cinquième partie du revenu actuel.
En eftimant le revenu actuel de la France
à trois milliards , & la population à vingtcinq
millions , il en réſulte que chaque individu
, l'un portant l'autre , a quarante écus
à dépenſer par an , c'est-à-dire , environ fix
ſols ſept deniers par jour. Suivant le calcul
de M. Young , le revenu général de l'Angleterre
& de l'Ecoſſe eſt de deux milliards
fix cent quatre vingt-quinze millions. Le
H3
174- MERCURET
nombre des habitans de ces deux Royaumes,
eftimé à huit millions, chaque individu, l'un
portant l'autre, doit avoir dix- huit ſols cinq
deniers pour ſa dépenſe journalière , ſur
leſquels il paye dix deniers par jour pour
les dépenſes publiques , y compris la taxe
des pauvres , qui font à peu près de quatre
centhuit millions tournois. En portant les
dépenſes de la France à fix cents millions ,
&les habitans à vingt- cinq millions , les
dépenſes publiques coutent à chaque individu
un peu moins de ſeize deniers par
jour.
: Entre les vingt- cinq millions d'individus
que renferme la France , on peut en compter
huit millions qui , l'un portant l'autre ,
n'ont à dépenſer par jour que deux ſols
deux deniers ; cette portion de Citoyens ,
placée dans l'état d'indigence , ne doit pas
être chargée du poids de la dette publique,
qu'on évalue , ſans erreur confidérable , à 4
milliards & demi. Dans le plan de M. *** ,
il faut referver pour cette claſſe cinq cent
onze millions , avant de conſidérer le re
venu général dans ſon rapport avec la dette
publique ; & ce revenu ſe réduit alors à
deuxmilliards quatre cent vingt-neuf millions,
qui doivent être partagés entre dix
ſept millions d'individus , parmi lesquels fo
trouvent les Propriétaires du fol entier du
Royaume. La part de ces dix ſept millions
d'hommes est chaque jour de huit ſols ſept
deniers par tête , & c'eſt ſur cette ſomme
DEAFRANCE. 175
que doit être rejeté , ſuivant M. *** , le
poids entier des dépenſes publiques.
L'évaluation du revenu de la France à
trois milliards , doit être au deſſous de la
vérité. En effet , 1º. l'accroiſſement du revenu
de l'Angleterre , depuis 1698, donneroit
pour la France cinq milliards cent quarante-
cinq millions. 2. L'accroiſſement du
produit des fermes générales , depuis la
même époque , donneroit quatre milliards
cinq cent cinquante-huit millions. 3 °. M.
le Trône , l'un des Ecrivains Politiques
François qui ont fait le plus de recherches ,
évaluoit , en 1779 , la reproduction annuelle
de l'agriculture à trois milliards cent
trente-quatre millions , & un calcul nouvellement
fait des produits de l'agriculture ,
en y comprenant la pêche , porte cette reproduction
à trois milliards deux cents millions.
M. ***. propoſa enſuite deux moyens
proviſoires de ſecourir le Tréſor Royal
lans faire de nouvelles levées d'argent ,
moyens , felon lui , ſimples, faciles , & avantageux.
Le premier feroit que les Créanciers
actuels qui peuvent ſe diſpenſer de recevoir
en argent effectif une grande partie des 220
millions de rentes annuelles dont le Tréſor
Royal eſt ſurchargé , offriffent eux-mêmes
de recevoir une partie de leurs arrérages
enbillets portant intérêts, & payable à l'expiration
d'un certain terme. Le ſecond
moyen confifteroit à porter au Tréfor pu-
H 4
176 MERCURE
1
blic la portion de Vaiſſelle dont chacun
peut diſpoſer ſans paivation , & que l'on
y échangeroit pour des billets au Porteur.
M. *** parle des recherches faites en
Angleterre il y a quelques années , pour
manifeſter l'état des revenus publics &des
dépenfes , & exécuter toutes les réformes
néceſſaires : les Anglois ont donné à cet
égard un exemple de ſageſſe , qui ſera fans
doute ſuivi par d'autres Nations. » La circonſtance
actuelle , dit M. ***, peut rendre
utiles des renſeignemens ſuffisamment
exacts fur cet intéreſſant objet ".
En 1780, on commença à avoir des craintes
ſur la ſolvabilité de l'Angleterre. Le verfement
des deniers publics dans le tréfor
'n'étoit pas proportionné à l'accroiffement
des dépenſes , & s'opéroit de plus avec
beaucoup de lenteur. Le Lord North propoſa
au Parlement de nommer des Commiffaires
pour examiner & fixer l'état des
comptes publics du Royaume. Sa motion
fut agréée , & la Commiſſion des comptes
fut compoſée de fix perſonnes indépendantes
, & d'une réputation intacte. Le travail
de ces Commiſſaires a duré près de
cinq ans , a excité la plus grande artention ,
& a mérité l'approbation générale. Leurs
rapports font au nombre de dix-ſept , chacun
ſur un genre de revenu & de dépense.
C'eſt par ce moyen que le Parlement eſt
venu à bout de connoître d'une manière
DE FRANGE.
177
exacte l'état de la Nation. Il n'y a pas
d'exemple d'un travail ſi complet. Quinze
deces rapports forment trois volumes in 4º° .
de ſept cents pages. Le reſte n'eft pas encorepublié.
» C'eſt de ce travail, dit M. *** , qu'eſt
réſulté l'emploi de l'excédant annuel du revenu
ſur les dépenses , à l'extinction de la
dette nationale. Depuis que cette meſure a
été adoptée & ordonnée , l'extinction annuelle
a monté à plus de trente millions
tournois " .
M. *** donne , dans ſa dix ſeptième Lettre
, un abrégé de cet Ouvrage intéreſſant.
On y verra que tous les comptables ont été
foumis à l'examen le plus exact , que tous
ont été obligés de répondre aux queſtions
des Commiffaires ; qu'on a donné à la Nation
Angloiſe la connoiffance la plus complette
de tout ce qui concerne ſes revenus
& ſes dépenses ; & que par la difcuffion
de toutes ces formes de régies , on eſt
parvenu à découvrir que la ſeule perception
des revenus préſentoit un déficit de plus de
dix-neufmillions employés continuellement
aux affaires particulières des différens Receveurs
.
Les Commiffaires obſervent que la perception
de l'Acciſe , ou impôt fur les conſominations
, ſe fait annuellement en huit
tournées par cinquante - trois Collecteurs
pour l'Angleterre & la Principauré de Galles.
Η
78 MERCURE
Le ſalaire de chacun d'eux eſt de deux mille
fix cent quatre-vingt- dix livres tournois par
an , moins la retenue d'un fol neuf deniers
par livre. Ses frais montent à deux mille
quatre cent cinquante livres. Il fournit une
caution de douze mille livres. La recette
de l'Accife, en 1779, alloit au delà de quatrevingt-
onze millions ( 1 ) . Les frais des Collecteurs
étoient de deux cent ſoixante douze
mille cinq cent vingt- cinq livres, c'eſt-à- dire,
fixfols pour cent livres. Les Receveurs généraux
de la taxe des terres font au nombre
de cinquante-un, compris ceux de l'Ecoffe :
ils ont deux deniers par livre , & par conféquent
feize fols huit deniers pour cent
livres .
Les Collecteurs de l'Acciſe ne peuvent
garder les deniers perçus plus de fix jours
au delà de celui où ils ont terminé leur
tournée. Le Bureau reçoit de leurs mains
le produit de l'Acciſe, & les fait paffer chaque
ſemaine au tréfor. Leurs comptes font
réglés une fois l'an .
Les Bureaux de la Douane, du Timbre,
du Sel , des Colporteurs & Merciers , verſent
également chaque femaine au Tréfor
les produits de leurs perceptions.
Les Commiſſaires obfervent qu'on doit
aſſujettir à la même règle le revenu des pof-
(1) Le produit de l'Acciſe a été augmenté depuis
de près de cinquante millions..
DE FRANCE. 179
tes, les produits du droit fur les penfions ,
les produits des premiers fruits , & du dixième
( impôts établis ſur leClergé riche pour
l'augmentation de l'entretien du Clergé
pauvre ). Ces branches de revenu , à cette
époque , reſtoient toute l'année dans les
mains des Receveurs : ils diſent la même
choſede la taxe des terres que les Receveurs
généraux ont l'habitude de garder dans leurs
mains , & dont le chomage ſeul , outre les
pertes qu'il en réſulte pour le tréſor , coute
au Public , chaque année , trois cent vingtfept
mille trois cent ſoixante-dix livres , ſur
le pied de quatre pour cent d'intérêt.
ود Cette méthode , dommageable pour
le Public, diſent-ils, doit être diſcontinuée.
Le revenu doit venir ,fans délai , du Contribuable
au Trésor. En permettant aux Receveurs
de le retenir dans leurs mains, pour
en tirer un avantage , on leur donne les
plus forts motifs d'en conſerver le plus &
le plus long-temps qu'ils peuvent. On crée
un intérêt privé , en oppofition avec l'intérêt
public, le Gouvernement eſt forcé de
recourir à des emprunts couteux, & le revenu
public eſt dans un danger continuel...
Il n'y a aucune raiſon pour que l'Etat ne
doive pas plutôt qu'un individu avoir la
garde & l'usage de ſes deniers , à meſure
qu'ils font reçus. Les coffres de l'Etat en
font le dépôt le plus fûr".
Le travail de ces Commiſſaires fini , M.
H6
130 MERCURE
Pitt propoſa une nouvelle commiſſion réformatrice
, & elle fut autoriſée par trois
Bills à prendre connoiffance des abus qui
s'étoient gliffés dans divers Bureaux , à faire
des recherches pour mieux régler le Bureau
duTréſorier de la Marine, à examiner & contrôler
de nouveau les comptes du Royaume.
Dans le nombre des fuppreffions auxquelles
ces recherches ont donné lieu , on
remarque celle d'un Bureau dont quelques
pauvres Clercs rempliffoient les fonctions ,
&dont quelques grands Seigneurs retiroient
les prodigieux émolumens. Ce Bureau coutoit
annuellement à la Nation au delà de
800,000 livres ; & ſon unique occupation
étoit de vérifier des chiffres , d'examiner s'il
n'y avoit point d'erreurs d'arithmérique
dans les comptes de recette &de dépenſe ,
travail qu'on pouvoit faire exécuter pour
12000 liv. Le Bureau a été fupprimé ; &on
a remercié les Commiſſaires , en leur donnant
foixante mille livres de penfion.
(CetArticle est de M. G ....
DE FRANCE. 181
MISS Lucinde Osburn , Roman traduit de
l'Anglois par Mile. ***. 2 Parties in-
12. Prix , liv . A Londres ; & fe trouve
à Paris , chez Onfroi , Libr. , quai des
Augustins.
CE Roman , fait par une femme , & traduit
par une femme , ſera lu par les deux
fexes avec beaucoup d'intérêt. Il n'a pas
été fait , comme on le dit dans un court
Avertiſſement, pour l'amusement d'un Lccteur
qui aime de grands coups d'épée donnés
à travers le corps de gens qui ne meurent
pas , & qui reviennent pour le dénouement
, &c. L'action qui le compoſe eſt
fort ſimple , & les incidens ne fortent point
de la ſphère de la vraiſemblance.
Lucinde Osburn eſt une orpheline qui
a été recueillie & élevée par une jeune
perfonne , Miff Selwyn , qui est devenue
non pas ſa protectrice , mais fon amie. Lucinde
n'a pas eu ſeulement à lutter contre
la fortune , elle a eu à combattre fon propre
coeur. L'Amour lui a fait fentir fa
puiſſance ; mais il l'a toujours trouvée inébranlable
dans ſes devoirs. La voix de
l'honneur dans ſon ame y fait taire celle
des patſions. Son coeur est déchiré dans ſes
combats ; mais il triomphe. Nous ne ſuivrons
point cette tendre & vertueuſe
182 MERCURE
Héroïne dans les divers évènemens de ſa
vie intéreſſante ; nous nous bornerons à
dire , qu'après avoir échappé aux ruſes
d'un ſéducteur aimable , après avoir immolé
ſes propres déſirs qui le portoient
vers un objet digne de ſa tendreſſe , elle
trouve enfin le bonheur. Le temps & le
haſard déchirent le voile qui couvroit ſa
naillance ; & elle ſe retrouve riche & conſidérée
dans les bras de l'amour & de l'amitié.
:
२. Cet Ouvrage eſt véritablement intéreſfant;
& les leçons de morale qu'il préſente
, donnent à ſa lecture un motif d'utilité.
:
ON
VARIETES.
N rendra compte, dans leMercure prochain ,
de l'expofition des Tableaux des Elèves de la
Peinture, qui ſe faisoit ci-devant, le jour de la
Fête-Dieu , dans la Place Dauphine , & qui s'eſt
faire les 18 & 19 de ce mois dans la Galerię de
M. Le Brun, rue de Cléry.
DE FRANCE. 183
SPECTACLES.
THEATRE ATRE DE MONSIEUR.
1
L'ESPÉRANCE que nous avions conçue &
que nous avons donnée de ce Théatre à fa
naiſſance , étoit fondée ſur deux motifs ; fur
les efforts promis par l'Adminiſtration de ne
rien négliger de ce qui peut plaire au Public ,
& fur les progrès que devoit faire dans ce
même Public le goût du Chant & de la Mufique
italienne. Elle s'eſt réaliſée dans ces denx
points. De jour en jour le nombre des Amateurs
s'accroît , & on devient plus ſenſible aux
charmes d'une muſique qui , en parlant ſouvent
à l'eſprit , en touchant le coeur toutes les fois
qu'elle peut y prétendre , ſait toujours charmer
Foreille & les ſens . On s'accoutume de plus
en plus à une manière de chanter brillante ,
ornée , mais pourtant facile & naturelle , qui
prouve de la part du Chanteur beaucoup d'art
& d'exercice , mais qui ſemble ne lui couter
aucun effort : on paroît enfin perfuadé que cette
méthode eſt la meilleure.
D'un autre côté , l'Adminiſtration n'a épargné
aucune peine ni aucun ſacrifice pour donner
à ce Theatre le plus haut degré de ſplendeur
, & elle y eſt parvenue au moins pour
la Troupe Italienne , qui nous occupe dans ce
moment , puiſque de l'aveu de tous les Amateurs
qui ont voyagé , on ne trouve pas un
134 MERCURE
:
ſeul Theatre Italien en Europe qui offre une
réunion auſſi complète de talens diftingués;
puiſqu'aucun orchestre ne l'emporte fur le fien ;
puiſque tous les Ouvrages qu'elle a donnés ,
àla réſervedu premier , ont parfaitement réufli ,
&qu'elle compte aujourd'hui cinq grands ſuccès
de ſuite , choſe par-tout affez rare . Si l'on nous
accuſoit de traiter avec trop d'indulgence се
Théatre qui en avoit beſoin , ( quoique nous
foyons en cela d'accord avec les autres Journaux
qui en ont parlé , & que nous l'ayons
plus qu'eux-mêmes critiqué quand il nous aparu
le mériter ) , nous ferions fuffisamment juftifiés
par ce que nous venons de dire. Devons- nous
déſapprouver ceque le Public approuve?Avonsnous
le droit d'être plus ſévères que lui ?
La Villarella Rapita , ou la Villageoiſe enlevée ,
repréſentée le 15 de ce mois , a fait un trèsgrand
plaifir , tant pour le choix de la musique ,
que pour le mérite des nouveaux Débutans.
Čette Pièce a été écrite par il Signor Franceſco
Bianchi ; elle a eu du ſuccès en Italie , parce
que le chant en eſt agréable & gai , les morceaux
d'enſemble d'un bon effet , & fur-tout
que le Poëme en eſt plus intéreſſant que ne
le font ordinairement les ſujets italiens , quoiqu'on
n'y trouve pas encore cette liaiſon de
Scènes à laquelle les François artachent tant de
mérite , & dont les Italiens ont de bonnes ra:-
fons de ne pas s'embarraſſer. Nous doutons
cependant que la muſique un peu commune
de la partition originale , fi elle eût été confervée
, ent plu beaucoup à des oreilles accou
tumées aux idées originales & brillantes des
Paifiello & des Cimarofa. Mais comme il étoit
naturel de lsiffer a des Débitans le choix des
morceaux dans lesquels ils devoient ſe faire
DE FRANCE. 185
entendre , & que ce choix a été bien concerté,
il en eſt réſulté un Ouvrage plein de force &
de chaleur , & digne du ſuccès qu'il a obtenu.
Les morceaux conſervés du Compofiteur ,
font l'introduction & le premier final , & c'eſt
ce qu'il y a de mieux dans l'Ouvrage. Les
morceaux d'enſemble ſubſtitués font un terzetto
charmantdel Signor Mozzart , un duo del Signor
Martini , Compofiteur Eſpagnol , & deux
quartetti del Signor Guglielmi , l'un tiré d'un
Opéra férieux, &l'autre qui fert de ſecond
final , tiré d'un Opéra-Bouffon , tous deux du
plus grand effer. Presque tous les airs fontfubftitués.
Ceux qu'on a le plus diftingués , ſont
un air de Paiſiello , chanté par M. Viganoni ,
Mi perdo fi mi perdo , & un autre de M. Mandini.
Plufieurs autres ont paru infiniment agréables;
tels que l'air que chante M. Bianchi au
premier Acte , & qui eſt de fa compofition; (ce
M. Bianchi n'eſt pas le même que le Compofiteur
de l'Opéra ; un rondean gracieux & populaire
, chanté par la Signora Mandini ; un
air&une cavatine de M. Viganoni , & un petit
air chanté au ſecond Acte par Mlle. Nébel , &
qui, ainſi que l'ouverture, eſt de la compofition
del Signor Ferrari , Maître au Clavecin.
Parlons maintenant des Débutans. M. Viganoni
, qui avoit déjà chanté en France la dernière
fois qu'on a tenté d'y établir un Opéra-
Bouffon , & qui dès-lors donnoit de grandes
eſpérances, vient de s'y remontrer avec le plus
grand éclat. Il eſt le premier Tenore parmi tous
ceux que nous avons entendus à Paris , dont
le chant ait fait un plaifir ſans mélange , & ait
obtenu l'approbation générale. Ce n'eſt pas cependant
qu'on n'y retrouve toutes les broderies
, tous les agrémens que l'on avoit repro
186 MERCURLO
chés aux autres ; mais , foit qu'on commence
à fe perfuader , en France , que le chant eft
fait pour être orné , comme la Poéfie doit être
diftinguée de la proſe par des expreffions plus
fleuries , foit qu'il place ces ornemens plus à
propos , & qu'il fache les employer fans nuire
a l'expreffion dramatique , il a eu l'art de faire
adopter avec tranſport une manière qui avoit
été rejetée juſqu'a lui. Il adans ſon jeu beaucoup
de chaleur & d'intérêt, & une aifance de
maintien qu'il doit peut-être à fon ſéjour parmi
nous .
M. Mandini a une voix de baſſe très-belle ,
très-facile , très- étendue ,& fufceptible de chan
ter même le Ténore , auquel ſa méthode excel
lente paroit convenir également. Son jeu eft
plein d'eſprit , de fineſſe , d'intentions comiques
,& pourrant toujours naturel. Avec une
taille , une figure & un maintien fort nobles , il
fait mettre dans fon rôle de payſan la gaucherie
niaiſe qui convient à ce caractère. Au ſecond
Acte, il paroît fous le nom & l'habit d'un Seis
gneur ridicule. Peut- être ce ridicule eft il un
peu trop exagéré , mais c'eſt moins fa faure
que celle de l'Auteur du Poëme , qui a porté
trop loin la bouffonnerie de cette ſcène ; ou
plutôt c'eſt la faute d'un Peuple toujours paffionné
pour ces eſpèces de caricatures , & que
M. Mandini eſt accoutumé à ſervir ſelon fon
goût. Il a fuffi à cet excellent,Acteur de connoître
le nôtre ; fon talent fouple a ſu s'y plien
dès la ſeconde reprefentation . Il a vu de luig
même que ce qui eft vrai , naturel & dicent ,
avoit feul le droit de nous plaire, & il en a profité.
Auffi a-t-il fait le plus grand pla fir d'un
bout à l'autre de fon rôle , lorſqu'au lieu de
chercher ſeulement à faire rire dans cette ſcène .
DE FRANCE. 187
il y a mis l'eſpèce de confufion & de timiadité
naturelles à un Payſan qui ſe trouve de
vant un Seigneur.
La Signora Mandini, dont un enrouement ſubit
avoit empêché de juger les moyens à la ire.
repréſentation , a complètement réuſſi aux fuivantes.
Sa voix n'eſt ni très forte , ni fi l'on
veut, très belle ; mais fa manière de chanter ,
fimple&proportionnée à ſes facultés , eſt de
très-bon goût& remplie d'expreffion ; & puis
elle joue avec tant de grace , de mignardiſe ,
de gaîté , de fineffe , qu'on oublie bientôt , ce
qui peut lui manquer du côté de la voix. Il
eft impoffible de rendre avec plus de charme
la ſcène du raccommodement , vers la fin du
premier Acte , le monologue du réveil lorfqu'elle
ſe voir parée de beaux habits , & de
chanter plus voluptueuſement le duo qui précèle
de dernier final . A la ſeconde repréſentationde
cetOpéra, tout l'auditoire paroiſſoit dans
Tivreſſe.
1
ANNONCES ET NOTICES. 1
HISTOIRE du Marquis de Séligni & de Ma
dame de Luzal , ou Lettres authentiques & originales
, trouvées dans un porte-feuille à la mort
de M. le Maréchal de ***; par M. L. C. D....
2Volumes in- 12, Brochés , 4 liv. A Paris , chez
Regnault , Libr. rue St. Jacques , vis-à-vis celle
du Plâtre.
188 MERCURE
Alphonfine , ou les Dangers du grandMonde;
par l'Auteur de la Quinzaine Angloiſe: 2 Partics
in-12. Brochées , 3 livres. Chez le même que ci
deflus.
Le Point de ralliement des Citoyens Françoisfur
tes bases d'une Conflitution Nationale , fur les pouvoirs
des Députés , & fur la forme des délibérations.
In-8°. de 144 pages , orné d'une Gravure.
Setrouve à Paris , chez Prudomme, rue Jacob ; &
au Palais - Royal , chez Defenne. Prix , 36 f.; &
franc de port par la Poſte, 2 liv.
Cet Ouvrage renferme des vûes utiles ,& mérite
d'être diftinguć.
Situation actuelle des Finances de la France &
de l'Angleterre ; in-4°. Prix, 2 liv. 8 f. br. A
Paris, chez Briand , Lib. Hôtel de Villiers , rue
Pavée St. André-des-Arts , No. د . 22
Cet Ouvrage et plein de calculs & de réfultats
intéreſſans , que nous regrettons de ne pouvoir
mettre ſous les yeux de nos Lecteurs. Il eſt
intéreſſant pour ceux qui s'occupent des grands
objets de l'Administration , & peut être utile en
particulier aux Membres des Etats-Généraux.
Bibliothèque Univerſelle des Romans, Ouvrage
périodique ; ser. & 2e. Volumes , Avril , Mai &
Juin . A Paris , chez J. F. Baſtien , Libr. rue des
Mathurins , N° . 7.
Il paroît qu'on fait d'heureux efforts pour relever
cet Ouvrage intéreſſant.
Réflexions fur la Constitution de l'Angleterre ,
traduites de l'Anglois . Brochure in-8 °. de 82 p.
A Londres ; & ſe trouve à Paris , chez Gueffier
jeune , Lib. rue du Hurepoix.
DE FRANCE.
189
Histoire de la Décadence & de la Chute de
Empire Romain , traduite de l'Anglois de M.
Gibbon ; par M. de Cantwel de Mokarky. Tom,
V & VI. Prix , s liv. br. & 6 liv. rel,
Paris,
chez Moutard , Libr-Impr. de la Reine , rue des
Mathurins.
A
Ces deux Volumes préſentent un eſpace de
quatre-vingt troi, ans depuis 312 , règne de Conftantin
, juſqu'à la mort de Thépdoſe en 395.
Les Tomes VII & VIII paroîtront le Is Juillet
1789 ; les Tomes IX & X font ſous preſſe.
Cet intéreſſant Quvrage aura en tout dix-huit
Volumes. Les perſonnes qui ont les trois premiers
Volumes, font difpenfées de les acheter de nouveau
, & peuvent acquérir les Volumes ſuivans,
Le premier Livre des Inſtituts de Juftinien , traduit
& expliqué ; par M. Cahuac , Docteur-Régent
dans la Faculté de Droit , de l'Univerſité de
Дона . A Douai , chez Simon, Lib. fur la Place ;
& ſe trouve à Paris , chez Defray , Lib. quai des
Auguſtins,
L'Auteur annonce que la ſeconde Partie de
cet Ouvrage paroîtra bientôt. Il ne promet pas
encore le reſte des Inſtituts , traduit & expliqué ,
voulant preſſentir auparavant le goût du Public,
Rudiment de la Langue Latine , à l'uſage du
Collége Royal de Châlons-fur-Marne , in-8 °. A
Châlons , chez Paindavoine , Libr. grande Rue ,
proche la Place de la Ville ; & à Paris , chez
Durand neveu , Lib. rue Galande.
Ce Rudiment nous a paru digne d'être adopté
pour l'inftruction publique.
190
MERCURE
Tableau du nombre des Députés de chaque Province
de France aux Etats- Généraux de 1789 ,
avec l'état de leur étendue , de leur population ,
des impôts qu'elles payent , & de leurs Bailliages
ou Sénechautlées, tant principaux que ſecondaires ;
ſuivis de la lifte des Députés par ordre alphabé
tique. Brochure in-8 °. de 40 pages. A Paris , chez
Didot , Imp. de Monfieur , quai des Auguſtins.
Prospectus d'un Etabliſſement National relatif
aux circonstances ; Ouvrage in-8 ° . A Paris, chez
Prault , Imp. du Roi , quai des Auguſtins.
Ce titre nous a paru ne pas affez expliquer le
fujet de l'Ouvrage. L'Auteur y propoſe de rendre
la Caifled'Eſcompte Caiſſe Nationale , d'en faire
ſervir les bénéfices , vus d'ailleurs , ſeton lui ,
avec trop d'inſouciance , à l'acquit de la Dette
publique , quelle qu'en ſoit la quotité ; & en outre
de donner à tous les Sujets en général ſes ſecours
à raiſon de 4 &demi pour cent par année ,
foit par la voie de l'eſcompte, ſoit autrement.
Poésies Françoises d'un Prince Etranger ( M.
de Beloſelski ) . A Paris , de l'Imprimerie de M.
Didot l'aîné ; & ſe trouve chez Née de la Rochelle
, Lib . rue du Hurepoix , près du Pont St-
Michel , Nº. 13. Volume grand in-8 °. Prix , 2 1,
8 f. broché.
Il n'a été tiré qu'un fort petit nombre d'Exemplaires
de cet Ouvrage.
Avis au Peuple ſur les ſoins néceſſaires pour
la propreté de la bouche & la conſervation des
dents ; par M. Botal, Brochure in-12 de 259 p.
Prix br. 1 liv. 4 f. A Paris , chez l'Auteur , Cloître
St - Jacques - l'Hôpital , rue Mauconſeil ; & chez
Méquignon aîné , Lib. rue des Cordeliers.
DEFRANCE
191
L'Amour défariné, gravé d'après le Corrège ,
par C. Guérin. Prix, 16 liv. A Paris , chez l'Au
teur , rue Git- le-coeur , maiſon de M. Ducaſtel ,
n° . 18 , & à Strasbourg , Hôtel des Monnoies.
Cette Eſtampe nous a paru d'un bel effet , &
faite pour être bien accueillie du Public.
L'Accompliſſement du voeu de la Nation. Vue
de la Proceffion de l'ouverture des Etats-Généraux
, fortant de Notre-Dame pour aller à St.
Louis , priſe de la place Dauphine , à Verſailles ,
le 4 Mai 1789. A Paris , chez Fardieu , rue
Galande , place Maubert , No. 34.
Deux Sonates , à quatre mains , pourle Clavecin,
compoſées par M. le Baron de Munchhauſen,
Chambellan de S. M. le Roi de Pruſſe ; OEην. 22.
Prix , 6 liv. A Paris , chez Céſar , Editeur & Md.
de Muſique , au coin de la rue Geoffroi-l'Afnier
quai des Ornes . Une Sonate , à quatre mains,
pour le Clavecin ; par le mème , OEuv. ze. Prix ,
3 liv. Méme adreſſe.
Ces Sonates ont une grace & un piquant qu'il
eft rare de trouver dans la muſique des Amateurs,
:
Recueil d'Airs des Opéras - Bouffons Italiens
des célèbres Auteurs Paiſiello , Cimarofa , Sarti ,
Anfoſſi & autres , arrangés en Quatuors concertans
pour deux Violons , Alto & Violoncelle ob.
par M. Gaffeau , Muſicien de la Garde-Suiffe du
Roi ; ze. fuite. Prix , 4 liv. 16 f. A Paris , chez
Sieber , Md. de Muſique , rue St-Honoré , vis-àvis
l'Hôtel d'Aligre , No. 91 ; Baillon , rue du
Petit Repofoir ; Leduc , rue du Roule , No. 6 ;
Debray , Libraire , au Palais-Royal , Nº . 235 ; à
Verſailles, chez l'Auteur , au coin de la rue St-
Pierre , avenue de St-Cloud , maiſon de Madame
Montigny.
192 MERCURE DE FRANCE.
Trois Airs variés , & deux Sonates , avec accompagnement
de Violon ad libit. pour la Harpe ;
le premier Air varié par Madame la Marquiſe de
Sillery , par Henri Petrini , OEuv. 10e. Prix, 9 1.
A Paris , chez l'Auteur , rue Montmartre , vis-àvis
celle du Joer , No. 272 ; Couſineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies.
Recueilde jolis Airs nouveaux , tirés des Opéras
, &c. arrangés en Duo pour deux Violons.
Prix , 3 liv. 121. A Paris , chez Mercier , à la
Muſique Royale , rue des Prouvaires , N°. 33 .
Le Sr. DUBUISSON , & la Dile. LANGLET ,
Marchands de Rouge de la Reine , rue des Ciſeaux
, Fauxbourg St. Germain , ont tranſporté
leur Magasin aux Arcades du Palais-Royal , chez
le Sr. Dubief , N°. 47.
TABLE.
LNSCRIPTION .
Description.
La Pière Maternelle.
Chorale, Enig .& Logog.
De la Foi publique.
145 Miff Lucinde. 180
146 Pariézés. 182
150 Theatre de Monfieur.
168 Annonces &Notices.
183
187
170
APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Gardedes Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour ic Samedi 27
Juin 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'umprettion. A Paris , le 26 Juin
1789. SÉLIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
:
De Varsovie, le31 mai 1789.
L'ÉVÊQUE Grec de Sluck , soupçonné
d'avoir tenté le soulèvement des paysans
de l'Ukraine , a été conduit dans cette capitale
, où il est détenu et gardé avec
les plus grandes précautions. L'Ambassadeur
de Russie a fait quelques démarches
tendantes à le réclamer , comme
suffragant de l'Archevêché de Kiof ;
mais jusqu'à présent ces réclamations
n'ont eu aucune suite. Les Etats se sont
occupés ultérieurement de l'impôt territorial
, et les Commissaires du Cadastre
des terres ont été nommés par les Palatinats.
Ce projet a donné lieu à d'assez
longues discussions.
On se rappelle que les Maréchaux de
la Diète Confédérée se plaignirent au
N°. 26. 27 Juin 1789. ४
( 146 )
Prince Potemkin d'un dépôt d'armes
déposé dans sa terre de Szmila , située
sur le territoire de l'Etat. lls lui écri
virent une lettre à laquelle il vient de
répondre en ces termes plus qu'affectueux.
Voici cette réponse :
« J'ai reçu la lettre françoiſe que vos Excellences
m'ont écrite d'après l'ordre des Etats . Il
m'eſt doux d'être interrogé comme Citoyen & Compatriore
, & c'eſt à ce titre que je n'héſite point à
entrer dans l'explication ſuivante , auſſi claire que
dictée par une entière condeſcendance , & une
ſincérité non ſuſpecte. »
« Ce n'eſt point comme Particulier & Seigneur
des terres de Szmila , que j'y ai envoyé en quartier
une partie du régiment de Chevaux - Légers de
Cherfon; c'eſt plutôt comme Feld-Maréchal commandant
les armées de Sa Majefté l'Impératrice
de Ruffie, d'après le libre ſéjour d'un bien plus
grand nombre des mêmes troupes en Pologne ,
durant tout le cours de l'année dernière : dans la
pleine confiance que ces deux Nations diftinguées
reſteront indiffolublement unies , & dans laconviction
des voeux ſincères & durables de ma Souveraine
pour la Pologne , j'ai placé ainſi cette
petite partie de l'armée , & je l'ai placée dans
ma terre , afin qu'elle ne pût cauſer ni oppreffion ,
ni ſujet de plaintes à perſonne ; malgré cela ,
cependant , du moment que l'autorité ſuprême fut
informéeque cela ne plaiſoit point à la République
, je reçus l'ordre de faire évacuer ce petitdétachement
de troupes , & de prendre des arrangemens
pour l'évacuation de tout le refte. »
« J'oſe aſſurer ici , de la manière la plus ſolemnelle
, que je ne me laiſſerai furpaſſer par qui que
ce foit , en zèle pour le bien de la Séréniſſime République
; les preuves en font claires& incontestables .
(147 )
(
Qui eft-ce qui peut dire avoir tranſporté en entier
& de fon plein gré , une fortune auffi conſidérable
en Pologne ainſi que je l'ai fait ? Auroisje
pu me réſoudre à une pareille démarche , ſi
je n'avois aimé la Nation Polonoiſe , à laquelle ,
d'un autre côté, jene ſuis point étranger ?&auroisje
pu l'exécuter fans le confentement & les ſecours
bienfaiſans de ma Souveraine , ou ſans être
aſſuré de ſa volonté immuable , d'entretenir inviolablement
l'amitié d'une République reſpec
table ? »
« La méchanceté avoit inventé & fait courir
des bruits injurieux à mon honneur , comme fi
j'euſſe tranſporté à Szmila un amas d'armes confidérable.
Le Comte Stanislas Potocki , Nonce de
Lublin , a dit juſtement pour ma défenſe , que
ſi ces armes étoient à moi en propre , elles ne
ſeroient certainement employées qu'au bien de
la Patrie : il a dit ce que j'aurois dit moi-même ,
& a acquis par là des droits à mon éternelle reconnoiffance.
»
«Pour preuve de mon zélé attachement à la
Séréniſſime République , j'ai l'honneur d'offrir
douze canons de fonte&cinq cens fufils que ma
Souveraine a permis de faire faire dans ſes fabriques.
"
«J'ai l'honneur d'être , avec la plus parfaite
conſidération , de Vos Excellences , leplus humble
Serviteur , Prince GRÉGOIRE POTEMKIN TAURYCZEWSKI.
"
T
Le Reis-Effendi a informé notre Agent
àConstantinople, qu'on feroit notifier à
laRépublique, par un AmbassadeurOttoman,
l'avènement de Selim III. Notre
Ministre à la Porte , nommé dernièrement,
se dispose à partir, aveclesprésens
gij
( 148 )
de la République à S. H.: présens évalués
8 mille ducats.
9n ALLEMAGNE.
De Berlin , le 6 juin.
:
Le 1. de ce mois , de grand matin ,
le Roi est parti de Charlottenbourg
pour Custrin , oùil doit passer les troupes
en revue. S. M. se rendra ensuite à
Stargardt.
,
On apprendde Neufahrwasser , endate
du 22 mai , qu'il y est arrivé de Graudentz
26 pièces de canon beaucoup de
poudre , et environ 2,000 boulets. Ces
munitions étoient escortées par quelques
compagnies d'Artilleurs. Il est aussi entré
à Graudentz un bataillon d'Infanterie
venant de la Pomeranie, et on y attend
encore 3régimens pour couvrir la Prusse
occidentale.
Suivant les lettres de Stockholm , de
la fin du mois , on continue toujours
Finstruction du procès contre les Officiers
, ci-devant employés à l'armée de
Finlande , et détenus à Frédéricshof. Le
Brigadier Baron de Hastfehr paroît
être très-coupable ; il a entretenu une
Correspondance suivie avec les GénérauxRusses
de Sprengporten , de Schulz
et de Ganzel. Les Accusés ont aussi
avoue l'Acte de Confédération fait à
2
(149)
Anjala , la mission à Pétersbourg , etc.
Le Roi de Suède devoit se rendre
incessamment en Finlande , et le Duc
de Sudermanie à Carlscron , où il prendra
le commandement de la grande
flotte.
De Vienne , le 6 juin.
Les nouvelles de Laxembourg ont
beaucoup varié depuis huit jours. Un
jour l'Empereur se trouve mieux ; le
lendemain , il éprouve une rechute. Le
crachement de sang , la fièvre , la difficulté
de respirer ont reparu au comcement
du mois ; S. M. I. demanda
même son Confesseur, et reçut les Sacremens
. Depuis quelques jours , son état
est moins alarmant ; mais la foiblesse
est toujours très-grande.
Ason arrivée , leMaréchal deLaudhon,
instruit de la force des ennemis , n'a
jugé son armée ni assez forte , ni assez
bien approvisionnée pour tenter encore
aucune entreprise. Il s'est donc réduit
à la défensive , comme nous l'avons été
toute la campagne précédente ; et , en
attendant les renforts demandés , il n'a
pu mêmeparvenir àgarantir entièrement
nos frontières. Le 22 mai , 16000Bosniaques
s'avancèrent vers Unack et Grahovo,
probablement avec le dessein de
tenter une irruption dans la Licanie.
Ils ont emporté plusieurs de nos postes.
gij
( 150 )
Le Maréchal de Laudhon a instruit la
Cour de cet échec par une lettre de
Sluin , en date du 27 mai.
«Selon un rapport du Colonel Kulneck , endate
du 23, mande le Maréchal , une des trois colonnes
ennemies , de la force de 6000 hommes , avec
deux conous , a at aqué avec furie nos poſtes avancés
d'Ober , Grahovo , Kamen , Niefca& Bobera ,
les a cb'igés de céder , après une réſiſtance vigoureuſe
à une force fuperieure , a mis le feu au
village d'Unacz, a tout ravagé dans les environs ,
&apouffé juſqu'à Toubar. »
"Pendant que cette co'onne exécutoit cette
action , les deux autres colonnes pénérèrent vers
nos poftes d'Ochignie & Dabina Sztrana avec
tant d'impétuofité , que ceux-ci furent obligés de
ſe replier , pour éviter d'être coupés , vers Dobrozelo
, où ils prirent une poſition ſi avantag'uſe
, que l'ennemi fut empêché de percer plus
avant.
)
«On ne peut pas encore déterminer avec certitude
la perte des deux côtés , parce qu'on en
vint aux mains à diverſes repriſes. Le Feld-Maréchal-
lieutenant Baron de Wallisch , porte notre
perte entre deux & trois cens hommes. Parmi les
morts fe trouvent le Capitaine Tomlianovich &
l'Enseigne Sekendorf. Le Capitaine Siegenfeld , le
Lieutenant Philippovich & l'Enseigne Radoſſevich
ont été faits prifonniers. »
« Le matin du 25 , entre 8 & 9 heures , l'ennemi
ſe remit en mouvement de Purzina Kula ,
près de Szerb , fur trois colonnes , dont l'Infanterie
marcha au-defſous de la Chemerniza , près
de la ſource de l'Unna , la Cavalerie par Zarevbrod,
& la troiſième partie , compoſée de Cavalene
& d'Infanterie , par les hauteurs d'Ochignie ,
vers Dobrozello , & campa vis - à-vis de nos
+
( 151 )
:
troupes, Depuis 9 heures du matin juſque vers
une heure après- midi , les Turcs , au nombre de
paffa 1000 hommes , tant Cavaliers que Fantaffins
, vinrent reconnoître le long de notre pofition
,& furent vivament fuſillés par nos poſtes
avances. »
D'après des avis reçus le 26, un Pacha eft
en marche de Livna avec quelques mille hommes
pour ſe camper entre le triplex confiniam &Gra
hovo, & faire ea Sirmie une irruption qui favorite
celle que les Boſniaques , campés près de
Dobrazebo , ſe propoſent de faire , & dont nous
attendons des nouvelles ultérieures. >>
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 18 juin.
Il s'est tenu dernièrement à Kew un
Conseil en présence de S. M. , auquel
a assistéM. W.W.Grenville, en qualité
de Secrétaire d'Etat au département de
l'intérieur , dont étoit chargé Lord Sidney.
Par cette nomination de M. Grenvilleà
la place de Lord Sidney , qui a
obtenu la place lucrative de Grand-
Maître des eaux et forêts , il y aura trois
Ministres dans la Chambre des Communes
; savoir , le Chancelier de l'Echiquier
, le Secrétaire au département de
l'intérieur et le Secrétaire de la guerre .
-Les résignationsannoncées du Duc de
Leeds et du Comte de Cambden , étoient
au moins prématurées .
giv
( 152)
M. Addington, fils du Médecin de
će nom , célèbre par son intimité avec
le feu Lord Chatham , a été installé
Orateur des Communes , par S. M.
siégeante en personne, le 9, à la Chambre
Haute. Lemême jour , Milord Sidney,
qui vient de quitter le Ministère , a été
déclaré Vicomte de la Grande-Bretagne .
Le Parlement est peu animé , c'està-
dire qu'il ne s'y traite que d'objets
d'Administration trop évidemment utiles
pour prêter à l'éloquence. La Séance
du 10 dans les Communes , a été néanmoins
très-intéressante par l'ouverture
du Budget , que M. Pitt a développé.
Cet état de finances mérite une grande
attention ; mais il exige des informations
moins embrouillées que celles des Papiers
publics : ce qui nous force à différer
l'exposition de ce tableau.
Le 15, la Chambre reçut de la Com
pagnie des Indes , copie des adresses
et témoignages transmis par Lord Corn
wallis et son Conseil à la Cour des
Directeurs , et relatives à la conduite
de M. Hastings. Le Major Scott requit
l'impression de ces Papiers ; elle fut
ordonnée.
Le Kent et le Boddam , navires de
-la Compagnie des Indes , sont arrivés la
semaine dernière. Les dernières lettres
du Bengale annoncent que l'usurpateur
Rohilla, qui creva les yeux del'Empereur
du Mogol , a été défait par Rana-Bie ,
( 153)
l'un des Chefs Marattes. Après avoir
perdu 80 pièces de canon , ses éléphans ,
ses chameaux , ses bagages , le vaincu
a été saisi dans sa fuite , et mené à
Madajée Scindia pour recevoir le
châtiment de ses attentats.
,
Il n'est pas probable que , vu le
nombre des importantes affaires nationales
qui restent encore à discuter , le
Parlement puisse se séparer avant la
mi-juillet. Il aura siégé près de huit
mois.
Plusieurs des vaisseaux arrivés depuis
peu du Bengale , ont apporté en Angleterre
des échantillons de sucre et d'indigo
, provenans de la première récolte
de chaque espèce de ces denrées qui
aient encore été importées du Bengale
Le sucre-est passablement bon , et sus
ceptibled'être amélioré ; l'indigo est d'une
qualité supérieure .
Il ne fera plus freté à l'avenir de paquebots
par la Compagnie des Indes , excepté dans des
cas particuliers , attendu que la promptitude avec
laquelle les vaiſſeaux de la Compagnie font actuellement
leurs traverſées , rend cettedépenseah
folument inutile. Cet arrangement est l'ouvrage
de Lord Cornwallis. La Compagnie expédiera cene
année 32 navires.
L'exportation des montres & des pendules pour
l'Inde , faite par les derniers vaiſſeaux , sit moutée
à la forme de 500,000 liv. tit. Quoique les
Genevois vendent leurs montres d'or de moitié
moins cher que celles d'Angleterre , celles-ci foutiennent
avantageuſement la concurrence. L'exgy
( 154 )
portation des glaces pour l'Inde a été d'environ
30,000 liv. ft.
Les dernières relations deBotany-Bay
ont confirmé la mort du Père Receveur,
Aumônier de l'Astrolabe , frégate Françoise
, dont nous avons rapporté la disgrace
à l'une des isles des Navigateurs .
Le P. Receveur est mort des blessures
qu'il recut dans cette circonstance. M.
de la Peyrouse lui avoit dressé àBotany-
Bay , un tombeau avec une inscription ;
les Sauvages détruisirent le monument.
Le Commodore Philips l'a rétabli , ainsi
que l'inscription , qu'il a fait graver sur
une planche de cuivre , et attacher à
arbre; la voici :
Hếc jacet L. Receveur,
นท
E. F. F. Minimus Galliæ , Sacerdos
Physicus , in circumnavigatione
Mundi , Duce DE LA PEYROUSE.
Ob. 17 fev . 1788 .
M. de la Peyrouse avoit payé le
même tribut à la cendre du Capitaine
Clerke, enseveli au Kamtschatka après
la mort du Capitaine Cook.
L'un de nos Papiers observe qu'aucun
Magistrat n'est plus sévère que Lord
Kenyon, Chef du Banc-du-Roi , contre
l'adultère. Dernièrement , il a condamné
un Séducteur à 3 mille cing cent liv. st.
de dommages , adjugés aumariplaignant.
Y
1
(155 )
L'interrogatoire des Déposans sur le
commerce des Negres continue à la
Barre des Communes ; il est trop instructif
pour être omis , et trop long
pour être rapporté en entier. Voici le
sommaire de l'examen d'un témoin principal,
M. Jhon Barnes.
« Combien de temps avez-vous demeuré fur
la côte d'Afrique , & en quelle qualité ?-J'ai
demeuré ſurla côte d'Afrique , en différens temps
&en différentes qualités , l'eſpace de treize ans. »
« Pouvez-vous nous donner quelques notions
de la Police & du Gouvernement de ce pays ,
durant le ſéjour que vous y avez fait ? -Je
crois le pouvoir , autant que cela eſt poſſible à
un étranger.>>
«De quelle nature étoient les différens Gouvernemens
voiſins du lieu de votre réſidence ,
étcient- ils libres ou arbitraires ? -Dans les fociétés
de Noirs dont j'ai eu connoiffance , le Gou
vernement étoit en général monarchique ; mais ,
à quelques égards , mixte & non abfolu, "
61
antant
Ya-t- il des eſclaves dans ce pays ? & de
quelle manière le deviennent- ils ? -Très-certainement.
Je ne connois point de partie de
l'Afrique où il n'y ait d'esclaves ; &
que j'ai pu l'apprendre , ils le deviennent par divers
moyens : les plus ordinaires font le jugement
d'une Commiffion qui les y condamne pour
crimes , ou d'être faits prifonniers de guerre. »
<<Y a - t - il eu , autant que vous puiffiez le
ſavoir par l'Hiftoire de ce pays , quelque période
où l'eſclavage n'eut pas lieu ? -Je ne connois
point d'époque où il n'y ait point eu d'eſclaves
du moins que je ſache , d'après l'Hiſtoire de ce
pays. "
«Vous venez de dire qu'il y avoit des indi
gvj
( 156 )
vidus condamnés à l'eſclavage pour crimes , par
des Commiffions chargées de les juger. Quels
font les délirs dont la conviction entraîne l'eſclavage?-
Le vol , le meurtre , l'adultère , la magie,
Je ferai obſerver à la Cour qu'il eft encore une
cauſe que j'ai oubliée: les Nègres font éga'ement
réduits à l'esclavage pour l'acquit de leurs dettes ,
&j'ai entendu dire qu'un grand nombre ont été
punis, par cette peine, de leurs filouteries.
« La polygamie eſt-erie permiſe dans ce pays ?
-Elle l'eſt univerſellement. »
--
« Ya-t- il quelque choſede particulier dans le
châtiment pour forti'ège ? J'ai entendu dire
qu'on metroit ordinairement à mort les Chefs de
famille. »
« Le châtiment enveloppe- t- il le reſte de la
famille , auffi-bien que les Chefs ?-Le reſte de
la famille eft condamné à l'eſclavage. >>>
« La magie eſt-elle un crime commun dans
ce pays?? -C'eft du moins un crime dont les
Nègres s'accufent ſouvent entre eux. »
«
Devant qui faifoit-on le procès des criminels
? -Devan: les anciens du village ou de la
ville. »
« L'inſtruction fe fait-elle alors d'une manière
pleine & légale ? - Toujours , à ce que j'ai entendu
dire.»
« Savez-vous par vous-même ſi l'on ajamais
imputé des crimes dans l'intention de faire des
eſclaves ? Je n'en fais rien , & je ne crois pas
que cela foit poffible. »
« Au bénéfice de qui les perfonnes ainſi convaincues
font-elles vendues ? - Généralement an
profit de la partie léſée ; du moins , je le crois
ainfi.».
Par quelle raiſon ne regardez - vous pas
comme poffible qu'on impute des crimes dans la
feule intention de faire des eſclaves ? -A caufe
( 157 )
de la franchiſe& de la légalité de la procédure:
L'examen eſt ordinairement fait par un nombre
d'anciens du diſtrict. L'inſtruction eſt publique ;
elle fe fait au vu & au ſu de tout le monde ,
&la fentence eſt non- feulement à la fatisfaction
des Juges , mais même de tous les affiftans. "
a Avez-vousjamais entendu dire que les Princes
allaſſent à la guerre pour y faire des eſclaves ?
Je n'ai connoiſſance de rien de pareil. » -
* Savez-vous ſi les Princes font quelquefois
des irruptions dans les villages pour ſe procurer
des eſclaves ? -Je n'ai jamais rien entendu dire
de ſemblable en Afrique. »
« Avez-vous oui parler d'irruptions dans les
villages dans d'autres intentions , & quelles fontelles?
-Je n'ai jamais entendu prononcer ce
mot que dernièrement , depuis que la traite des
Nègres eſt devenue le ſujet des converſations. Les
Princes vont à la guerre dans ce pays comme
cela ſe pratique dans les autres; ils prennent des
villages , ils les pillent, ils font les habitans prifonniers;
&fi ces malheureux ne peuvent payer
leur rançon, ils font vendus comme eſclaves :
voilà tout ce que je fais là-deſſus. Mais je n'ai
jamais entendu dire que les Princes allaſſent à la
guerre précisément dans l'intention de faire des
priſonniers.>>>
« Avez-vous entendu dire que les fourniſſeurs
de Negres ayent enlevé des enfans pour les faire
efclaves ? -Non , je ne fais pas un mot de
cela. »
«Dans quelle autre partie de l'Afrique , fans
compter le Sénégal , avez- vous séfidé ?-Sur les
bords de la rivière de Gambie , dans l'Iſle de Los ,
à Sierra-Leone & à Bonny. "
« Avez - vous connoiance qu'on ait pratiqué
cet enlèvement d'enfans dans quelques-uns de ces
endroits ?-Non , je l'ignore. »
(158 )
Croyez-vous que ſi pareillechoſe ſe faifoir,
&qu'elle fût connue, les coupables échappaffent
au châtiment ? Je fuis perfuadé que ce a ne
refteroit pas plus impuni que les vols en Angleterre.
»
( Lafuite au Journal prochain. )
FRANCE.
De Versailles , le 17 juin .
Le lendemain de la mort de Monſeigneur le
Dauphin , au château de Meudon , ce Prince a
été expoſé , à viſage découvert , fur un lit de parade
, aſſiſté des Feuilants , des Prêtres de la
Paroiſſe de Meudon , & des Capucins du même
Alieu .
Dans la matinée du 6 , il a été placé dans un
cercueil fur un lit de parade , couvert du poële
de la Couronne,
Les journées du 6 & du 7 ont éré employées
à préparer la Chapelle ardente , deſtinée à rendre
:àMonſeigneur le Dauphin les honneurs funèbres.
Le 8 , Monfieur s'eſt rendu au château de
Meudon , à dix heures du matin , pourjeter de
l'eau-bénite à Monſeigneur le Dauphin . Monſeigneur
Comte d'Artois s'y eſt rendu vers onze
heures . Ces Princes ont été conduits , ſéparément ,
à la Chapelle ardente par le Marquis de Brezé ,
Grand-Maître, le Comte de Nantouillet , Maître ,
&le ſieur de Warronville , Aide des cérémonies
de France, précédés du Roi-d'armes & des Hérauts.
Vers midi , Monseigneur le Duc d'Angoulême
&Monfe gaeur le Ducde Berry font arrivés
cenſemble , & ont été reçus & conduits à la
Chapelle ardente parle Grand- Maitre , le Maître
८
:
:
( 159 )
&l'Aide des cérémonies ,précédés du Roi-d'armes
& des Hérauts , depuis la ſalle des Cent-
Suiffes . Les Princes du Sang ſe ſont enfuite raffemblés
,& ont été reçus & conduits à la Chapelle
ardente par les Officiers des cérémonies , précédés
du Roi-d'armes & des Héraurs depuis l'antichambre.
Les Députations des trois Ordres ſe ſont préſentées
le même jour ; celle du Clergé étoit compoſée
de douze Archevêques ou Evêques , &
d'un nombre égal d'Eccléſiaſtiques du ſecond Ordre;
celle de la Nobleſſe , de douze Gentilshommes
; & celle du Tiers-Etat, de vingt-huit Députés
de cet Ordre. Ces Députations ont été conduites
fucceſſivement à la Chapelle ardente par le Grand-
Maître , le Maître & l'Aide des cérémonies ,
précédés du Roi-d'armes de France & des Hérauts.
Le Parlement , la Chambre des Comptes , la
Cour des Aides , le Grand - Confeil , la Cour
des Monnoies , le Châtelet , le Corps-de-Ville de
Paris , font verus rendre les derniers devoirs à
Monſeigneur le Dauphin dans les journées du 9 &
du 10.
Le 12 , le Coeur de ce Prince a été tranſporté,
fans cérémonie , à l'Abbaye royale du Val-de-
Grace;le Cardinal de Montmorency , Grand-
Aumônier de France, l'a préſenté à l'Abbeſſe.
Le Duc de Chartres , accompagné du Duc de
Fitzjames , a affifté , avec le Duc de Harcour ,
Gouverneur des Enfans de France , à cette cẻ-
rémonie , à laquelle ſe font trouvés le Marquis
de Brezé , le Comte de Nantouillet & le fieur de
Watrorville.
Le 13 , le Cardinal de Montmorency a fait
la levée du corps de Monſeigneur le Dauphin ,
qui a été tranſporté , fans cérémonie , à l'Abbaye
royale de Saint-Denis accompagné du
( 160 )
Duc de Harcour , & de toute la Maiſon du
Prince. Il a été inhumé le même jour , en préfence
du Prince de Condé & du Duc de Laval
, dans le caveau des Princes de la Maiſon
Royale.
1
Le 14, Leurs Majeſtés & la Famille Roya'e
ont ſignélecontrat de mariage du ſieur de Trudaine
de Montigny avec demoiselle Micault deCourbeton
; & celui du Comte Pierre - Hippolyte
d'Aftorg , Lieutenant des vaiſſeaux du Roi
avec demoiselle Elifabeth -Marie de Graffin .
Le même jour , la Cour eſt parti pour
Marly.
ETATS - GÉNÉRAUX .
,
au
La gravité des Délibérations prises la
Semaine dernière , et celle des évènemens
qu'elles ont amenés , nécessiteroient
des détails très-étendus ; mais
séparant les faits généraux des particularités
minutieuses , et fidèles
plan rigoureux d'impartialité que les
conjonctures nous prescriroient , si , dès
l'origine , nous ne nous en étions pas
imposé le devoir inviolable , nous tâcherons
de concilier l'attente des Lecteurs ,
avec le respect de la vérité. Assez d'autres
écrits se chargent de ces annonces précipitées
, recueillies au milieu du tumulte
de l'opinion , crnées de jugemens
et de commentaires qu'il faudroit
laisser à la postérité. Nous
l'avantage de voir mûrir quelques
jours les relations , d'avoir le temps de
avons
(161 )
les comparer, et en cas de doute , de recourir
aux informations. D'après cela ,
nous espérons que nos Souscripteurs
regretteront peu la très-suspecte précocité
d'annonces , que nous rassemblons ,
purgées et développées , au commencementde
chaque semaine subsequente .
CLERGÉ. Des 15 , 16 & 17 Juin. Pendant ces
trois jours , l'Aſſemblée a continué, fans l'achever,
ſa Délibération entamée le 12 & le 12 , für
l'invitation du Tiers-Etat aux deux autres Ordres,
de ſe rendre dans la Salle générale pour la vérification
commune des pouvoirs. Pluſieurs Curés
s'y font rendus ſucceſſivement , rentrant enſuite
dans leur Chambre , afin d'y participer à laDélibération.
Sadurée annonce les débats qui l'ont
accompagnée.
Du 18. Jour de l'Octave de la Fête-Dieu ,&
vacances de la Chambre.
Du 19 Juin. Après fix jours de Délibérations
contradictoires & orageuſes , les epinions fe font
partagées en deux avis principaux.
Le premier , de vérifier les pouvoirs dans la
Chambre du Clergé , & fur- le-champ ſe conſtituer
en Chambre active.
-De perſévérer dans l'adhéſion pure & fimple
au plan conciliatoire propoſé par les Commiſſaires
du Roi .
De communiquerla préſente Délibération aux
Ordres de la Nobieffe & du Tiers-Etat. 4
D'envoyer une Députation au Roi , pour le
ſupplier de prendre dans ſa ſageſſe les moyens.
qu'elle lui fuggérera , pour établir dans les trois
( 162 )
Ordres une correſpondance néceſſaire à l'expédition
des affaires publiques.
Second avis. Se rendre dans la Chambre du
-Tiers Erat , & y procéder àla vérification des
pouvoirs en commun. )
สรว
Le premier avisa eu en ſa faveur 136voix
Le ſecond 1285 11setuped
Des a is partagés & mitoyens ont emporté
26 voix , dansle nombre deſqueltes , 9 des Députations
de Bretagne , qui propoſo ent de paffer
à la Chambre du Tiers ; mais àcondition , &
non-autrement, que cet Ordre donneroir une déclaration
préalable de reconnoître d'indépendance
des Ordres , & la liberté de rentrer dans leur
Chambre particų ière auffi ſouvent qu'ils,le juge-
-roient à propos.net lamb
Les 128 Opinans formant da Minorité , alloient
ſe ranger à cet avis , lorſqu'on a objecté que les
19 Curés , qui , précédemment , s'étoient réunis au
Tiers-Etat , ne pouvoient accéder ni concourir à
la délibération , puiſqu'ils n'étoient plus en leur
pouvoir de profiter de la déclaration préalable.
MM. l'Archevêque de Bordeaux & l'Evêque
de Chartres ont étéjuſqu'ici les ſeulsPrélats de l'avis
dela Mirorité .
M. l'Archevêque de Vienne a opiné pour ,
préalablement àtout , recourir à S. М.
M. le Cardinal de la Rochefoucault ayant levé
la Séance à 6 heures du foir , après la délibération
ci-deſſus , la Minorité eſt reſtée dans la
Salle. La fortie du reſte de l'Aſſemblée a été troublée
par quelques déſordres. La Minorité a continué
ſes Séances pendant la nuit , & a formé une
Majorité , à l'aidede la plupart des voix ci -devant
équivoques ou mi-parties.
2 La première Majorité s'eſt réunie de ſon côté
chez M. le Cardinal de la Rochefoucault , & a
( 163)
chargé Son Eminence , ainſi que M. l'Archevêque
de Paris , de ſe rendre à d'inſtant à Marly , auprèsde
S. M. , pourlI'informer de ce nouvel incident
, & la prier de pourvoir au plus tôt à la
fûreté individuelle & générale de la Chambre du
Clergé.
NOBLESSE. Du 15 juin. La Chambre a délibéré
ſur l'envoi à S. M. de ſon Arrêté du 13
(voyez le dernier Journal à cette dare ) , par
uneDéputation qui rendroit compte au Roi de
la conduite de a Chambre , & de ſes réſolutions
depuis l'ouverture. Cet avis a été converti en
déciſion à la Majorité de 184 voix contre 51.
4 opimans n'ont pas donné leurs voix.
Enſuite il a été décidé de communiquer au
Clergé & au Tiers-Etat l'Arrêté du 13 , pure
ment & fimplement, c'est-à- dire, fans préambule,
M. de la Galliſſonnière a été chargé de la
parole en préſentant l'Arrêté au Clergé , & M.
le Mulierde Breſſey de la même fonction auprès
duTiers-Etat.
Du 16juin. Le ſcrutin pour l'élection d'un
Vice-Préfident terminé, la pluralité des voix s'eſt
déclarée pour M. le Duc de Croï. La Chambre
aauffi élu cinq Secrétaires , qui font : MM. le
Marquis de Bouthillier , le Préſident d'Ormeſſon ,
de Chailloué ,le Comte de Sérent , & de Digoine ,
Marquis du Palais.
Ce même jour , la Chambre prenant en conſidération
la Pétition du Clergé , relative à la
cherté des grains & à la misère du Peuple , a
délibéré de nommer des Commiſſaires pour s'occuper
de cet objet avec les autres Ordres : une
Députation leur a été envoyée avec communica
tion de cette réſolution .
M. 'Evêque de Rennes &M. le Marquis de
( 164 )
Boiſgelir ,le premier , Préfident du Clergé des
Etats de Bretagne , & le ſecond . Préſident de la
Nobeſſe des mêmes Etats , ont préſenté, au nom
de leurs Ordres reſpectifs , u e Requête à la
Chambre , relative à la repréſentation de leur
Province aux Etats-Généraux.
Du 17juin. La Chambre s'eſt partagée en plufieurs
Bureaux pour s'occuper de l'examen de la
Conftitution duRoyaume. En vertu de ſes derniers
Arrêtés, elle a renvoyéàdes Commiſſaires, chargés
d'en conférer avec ceux des deux autres Ordres , les
conteſtations ſur les Députations communes , ου
faites par les trois Ordres réunis , telle que celle
du Dauphiné , &c. -Enfin , il a été fait lecture
de la Réponſe de S. M. à la communication
qu'Elle a reçue des Arrêtés de la Nobleffe.
4
RÉPONSE DU ROI.
« J'ai examiné l'Arrêté de l'Ordre de la
Noblesse que vous m'avez remis. J'ai
⚫ vù , avec peine , qu'il persistoit dans
* les réserves et les modifications qu'il
• avoit mises auplan de conciliationpro-
« posé par mes Commissaires.Plus dedé
férence de la part de l'Ordre de la Noblesse
, auroit peut-être amené la con-
• ciliation que j'ai désirée, »
Du 19juin. Ala plus grande plura'ité des voix ,
la Chambre , après en avoir mûrement délibéré , s
adopté le diſcours ſuivant à adreſſer à S. M. &
propoſé par M. le Duc de Croï.
" SIRE , l'Ordre de la Nobieſſe peut enfin
porter aux pieds du Trône l'hommage folemnel
de fon respect& de fon amour; la bonté & la
juſtice de Votre Majesté ont reſtitué à la Nation
( 165 )
des droits trop long-temps méconnus. Qu'il eſt
doux pour nous d'avoir à pré enter au pus juſte
&au meilleur des Rois, le témoignage éclatant
des fentimens dont nous ſommes pénétrés ! ,,
" Interprètes en ce moment de la Nobleſſe
françoiſe , c'eſt en fon nom que nous jurons à
Votre Majeſté une reconnoiſſance , un amour ſans
bornes, un reſpect & une fidélité inviolables pour
ſa perſonne facrée, pour fon autorité légitime &
pour ſon auguſte Maiſon Royale. ,,
" Ces ſentimens font & feront éternellement
ceux de l'Ordre de la Nobleffs. Pourquoi faut-il
que la douleur vienne fe mêler aux fentimens dont
elle eſt pénétrée ? ,,
" L'eſprit d'innovation menace les lois conftitutionnelles
; ¡'Ordre de la Nobleſſe réclame les
principes : il a ſuivi la loi & les uſages. ,,
" Les Miniſtres de Votre Majefté ont porté
de fa part aux Conférences , un plan de conciliation
; Votre Majesté a demandé que ce plan fût
adopté , ou un autre ,& a permis de prendre les
précautions convenables. L'Ordre de la Nobleſſe
les a priſes & ſuivies , conformément aux vrais
principes dont il étoit pénétré ; il a préſenté ſon
Arrêté à ce ſujet à Votre Majesté , & même il l'a
déposé entre ſes mains : Elle auroit déſiré y voir
plus de déférence.
" Ah! Sire , c'eſt à votre coeur ſeul que l'Ordre
de la Nobleſſe en appelle. Senſiblement affectés ,
mais conftamment fidèles , la pureté de nos motifs
, la vérité de nos principes , nous donneront
toujours des droi's à vos bontés : vos vertus perfonnelles
fondèrent toujours nos eſpérances. ,,
" Les Députés de l'Ordre du Tiers-Erat ont
cru pouvoir concentrer en eux ſeuls l'autorité
desEtats-Généraux , fans attendre le concours des
troisOrdres & la fanction de Votre Majesté, ils
ont cru pouvoir convertir leurs décretsen dois,
( 166 )
:
ils en ont ordonné l'impreſſion , la publicité &
l'envoi dans les Provinces; ils ont détruit les impôts
; ils les ont recréés ; ils ont penſé ſans doute
pouvoir s'attribuer les droits réunis du Roi &
des trois Ordres. C'eſt entre les mains de Votre
Majesté même que nous dépoſerons nos proteftations
, & nous n'aurons jamais de déſir plus ardent
que de concourir au bien d'un peuple dont
Votre Majesté fait ſon bonheur d'être aimée. ,,
" Si les droits que nous défendons nous étoient
purement perſonnels , s'ils n'intéreſſoient que
l'Ordre de la Nobleſſe , notre zèle à les réclamer ,
notre conſtance à les foutenir auroient moins
d'énergie. Ce ne ſont pas nos intérêts ſeuls que
nous défendons , Sire , ce font les vôtres , ce ſont
ceux de l'Etat , ce ſont ceux enfin du Peup'e
François. Sire , le patriotiſme & l'amour de leur
Roi forment le caractère distinctif des Gentilshommes
de votre Royaume ; les mandars qu'ils
nous ont donnés , prouveront à Votre Majesté
qu'ils font les dignes héritiers des vertus de leurs
pères : notre zèle & notre fidélité à les exécuter ,
leur prouveront auſſi que nous étions dignes de
leur confiance; & pour la mériter de plus en
plus , nous nous occuperons ſans relâche des
grands objets pour lesquels Votre Majesté nous a
convoqués. „
:
Du 21juin. Ce diſcours a été préſenté aujourd'hui
au Roi , à fix heures du ſoir , par une Députation
folemnelle d'environ quarante Membres
de la Chambre : M. le Duc de Luxembourg, Préſident
, portant la parole.
T Sa Majesté a répondu en ces termes :
" Le parriotifme & l'amour pour ſes Rois ont
toujours diſtingué laNobleſſe Françoiſe. Je re(
167 )
1
çoist avec ſenſibihté les nouvelles aſſurances
,, qu'elle m'en done. ,, on on ch
" Je connois les droits attachés à ſa naiſſance ,
,,& je ſaurai toujours les protéger & les défen-
" dre. Je ſaurai également maintenir , pour l'in-
,, térêt de tous mes Sujets , l'autorité qui m'eſt
confiée , & je ne permettrai jamais qu'on l'altère.
"
"
وو
" Je compte ſur votre zèle pour votre Patrie,
fur votre attachement pour ma Perſonne. J'attends
avec confiance de votre fidélité que vous
,, adopterez les vues de conciliation dont je ſuis
ود
" occupé pour le bonheur de mes Peuples, Vous
,, ajouterez ainſi aux titres que vous avez déja à
,, leur attachement & à leur conſidération . ,,
4072
TIERS-ETAT. Du 14juin. Les Bureaux firent
à l'Aſſemblée leur rapport de la vérification des
pouvoirs. Dans le petit nombre de ceux dont la
validité paroît être conteſtée , ſe trouvent ceux
de M. Meaujean , Echevin de Metz. Cette ville
ayant obtenu une Députation particulière , diftincte
de celle du Bailliage , les Corporations ont
proteſté contre la forme d'élection qui s'est faite
par quartiers , & ont envoyé leurs réclamations
aux Etats - Généraux. On a auſſi élevé quelques
doutes fur la régularité de l'élection de M. Malouet ,
Député de Riom , & nommé , par distinction , à
trois acclamations réitérées , non au fcrutin.
MM. Dillon , Curé du vienx Pour anges , en
Poitou ; Quingan , Recteur de Ponthivy , Diocèse
de Vannes ; Loaifen , Recteur de Rhedon ; Bodineau
, Curé de Saint Bienheuré de Vendôme ;
Grégoire , Curé d'Imbermenil , Diocère de Nacy;
Beffe, CurédeSain-tAubin, Bailliaged'Avènes
ſe ſontpréſentés dans l'Aſſemblée , & M. Dillon
portant la parole a dit !
102
1
(168 )
La Nation nous reprocheroit, fans doute,
de ne nous être pas rendus hier dans ta Chambre
de l'Aſſemblée générale , pour vérifier en
commun nos pouvoirs. Nous ne pouvons que
louer le zèle & le patriotifme,des Confrères qui
nous ont précédés; mais leurs intentions nous
étoient inconnues. » 1
« Animés du déſir de nous réunir à vous
nous avons voulu épuiſer tous les moyens de
douceur & de patience que la prudence & l'amour
de la paix pouvoient nous inſpirer.
٢٠
:
Un motif con moins puifiant nous arrê
toit. Nous reſpectons , nous chériſſons le Mo--
narque bienfaifant que le Ciel nous a donné
dans ſa miféricorde. Ses intentions ſont pures ;
ſes vues pour le bonheur de fon Peuple nous
font connues; chacun de nous craignoit de n'y
pas conformer ſa conduite ; mais étant convaincus
quenos pouvoirs devoient étre connus de tous les
Repréſentans de la Nation, nous nous rendons ici ,
Meſſieurs , dans l'eſpérance de voir enfin ceſſer
notre malheureuſe ſituation . Nous venons avec
confiance reprendre dans ce moment , au milieu
de vous, les places que notre Monarque bienfaiſant
nous avoit aſſignées pour travailler au
grand oeuvre de la félicité publique. C'eſt du
fond de cet édifice , élevé par ſes ordres , qu'il
nous faiſoit entendre les expreffions touchantes
de fon amour pour fon Peuple , & qu'il nous
invitoit à réunir nos travaux,
« Perſuadés que le concert des trois Ordres
peut ſeulopérer les heureux effets que la Nation
paroît attendre avec la plus vive impatience , nous
vous le déciarons , Meſſieurs , c'eſt le déſir le
plus ardent d'établir cette union , qui nous conduit
ici. Nous respecterons , ainſi que ceux qui
nous font l'honneur de nous entendre , les droits
du Souverain , les loix conftitutionnelles de l'Etat ,
la
(169 )
lapropriété des individus quile compofent. Nous
vous prions , meſſieurs , de vouloir bien infcrire
fur vos regidres & de nous délivrer copie des
motifs & des principes que nous venons de vous
expofer. Il eſt intéreſſant pour nous que la France
& le monde entier connoiſſent la pureté de nos
intentions. »
Du 15 juin . Cette Séance mémorable a commencé
par la continuation de la légitimation des
pouvoirs. UnMembre de l'Aſſemblée a fait obſerver
quelesCahiersde pluſieurs Députés leur interdiſent
de reconnoître la ſouveraineté des Etats-Généraux
ſur la Bretagne. L'examen de cette queſtion délicate
a été renvoyée à des Com.miffaires.
Trois. Curés font venus foumettre leurs pouvoirs
à la Chambre , & ont éte accueillis comme
l'avoient été leurs confrères .
L'inſtant d'après , M. 'Abbé Syeyes , qui , le
mercredi précédent , avoit décidé a Chambre à
la vérification des pouvoirs , a préſenté une nouvelte
propoſition , qui dérive de celle du mercredi.
Un difcours de l'Auteur a précédé la lecture
de cet avis , conçu en ces termes :
4 Il est conftant , par le réfultat de la vérifi-
>> cation des pouvoirs , que cette Aff mblée eſt
» dé a compoſée des Repréſentans envoyés di-
>> rectement par les 96 centièmes au moins de
» la Nation.
>> Une telle maſſe de Députations ne fauroit
>> reſter inactive par l'abfenced Députés de
» quelques Bailliages ou de quelques claſſes de
>>>Citoyens ; car les abfens qui ont éré appelés ,
>> ne peuvent point empêcher les péfes d'exer-
>> cer la plénitude de eurs droits , fur tout of-
» que l'exercice de ces droits eſt un devoir im-
» périeux & peffant.
>> De plus , puiſqu'il appartient qu'aux Re-
N°. 26. 27 Juin 1789. h
( 170 )
» préſentans vérifiés de concourir à former le
» voeu national , & que tous les Repréſentans
>> vérifiés ſont dans cette Aſſemblée , il est en-
>> core indiſpenſable de conclure qu'il n'appar-
>> tient qu'à elle d'interpréter & de préſenter la
>> volonté générale de la Nation. Nulle autre
>> Chambre de Députés ſimplement préſumés ,
>> ne peut rien ôter à la force de ſes délibéra-
» tions.
>> Enfin , il ne peut exiſter entre le Trône &
» cette Affemblée aucun pouvoir négatif.
» L'Aſſemblée juge donc que l'oeuvre com-
>> mune de la reſtauration peut & doit être com-
>>>mencée fans retard par les Députés préfens , &
>> qu'ils doivent la ſuivre ſans interruption comme
>> fans obstacle.
>> La dénomination des Repréſentans connus
» & vérifiés de la Nation françoiſe , eſt la ſeule
>> dénomination qui convienne à l'Aſſemblée dans
>> l'état actuel des choſes , la ſeule qu'elle veuille
>> adopter tant qu'elle ne perdra pas l'eſpoir de
>> réunir dans ſon ſein tous les Députés aujour-
>> d'hui abſens ; elle ne ceffera de les appeler ,
>> tantindividuellement que collectivement , à rem
>> plir l'obligation qui leur est impoſée de con-
>> courir à la tenue des Etats-Généraux ; à quel-
-> que moment que les Députés abſens ſe pré-
>> fententdans le cours de la ſeſſion qui vas'ouvrir ,
>> elle déclare d'avance qu'elle les recevra avec
>> joie ,& qu'elle s'empreſſera , après la vérifca-
» tion de leurs pouvoirs , de partager avec eux
!" les grands ttrraavvaauux qui doivent procurer la ré-
>>génération de la France. »
Al'instar de celle du mercredi 10 , cette pro-
-poſition a été immédiatement appuyée ,&, comme
par inftinct , adoptée de pluſieurs Membres . Le
*premier Député qui l'a combattue , a ſollicité
( 171 )
l'indulgence de l'Aſſemblée , attendu qu'il étoit
actuellement atteint de fièvre ; mais, a-t-il ajouté ,
a fi mon ame parle à votre ame , vous m'en-
>>> tendrez affez . " Il a terminé fon diſcours de
paſſé demi - heure , par un résumé contenant huit
réſolutions à prendre. Les principales , pour ſe
conftituer en Représentans du Peuple François ,
pour ſupprimer concurremment les impôts exiftans
, & les proroger néanmoins proviſoirement ,
juſqu'après la tenue des Erats-Généraux ; enfia ,
pour adopter& conſolider la dette publique.
Un ſecond Député a appuyé la dénomination
conftitutive propoſée par le Préopinant ,
en demandant ſeulement que la qualification
de Peuple François , fût remplacée par celle
de Peuple de France. Il a également demandé la.
conſolidationde la detre nationale, & proposé un
emprunt qui feroit aſſuré par les Etats , pour
venir au ſecours des beſoins les plus preſſans du
Gouvernement.
Un troiſième ayant enſuite pris la parole , a
énoncé un troiſième projet d'Arrêté.
« Sur le rapport fait par les différens Bureaux ,
» l'Aſſemblée a reconnu légitimes les pouvoirs
» des Membres qui la compoſent actuellement ,
>>ſous la réſerve du jugement de quelques cor-
>> teſtations dont l'examen a été renvoyé à des
>>Commiſſions; en conféquence , eile s'eſt dé-
>> clarée valablement conſtituée. Enſuite il a été
>> arrêté que les Repréſentans de la plus grande
>> partie de la Nation , par la Majorité de tous
>> les Députés envoyés aux Etats-Généraux , dé-
» libéreront , en l'abſence de ceux de la Minorité
>> duement invités , ſur les mo , ens d'établir la feli-
» cité publique; que les fuffrages feront comptés
" par tête &non par Ordre , & qu'elle re recon-
>> noîtra jamais aux Députés du Clergé & de la
» Nobleſſe le prétendu droit de délibérer ſéparéhij
( 172)
» ment , ni de s'oppofer à tes délibérations ; ne
>> pouvant néanmoins renoncer à l'eſpoir de la
>> réunion de tous les Députés , qu'elle ne ceffera
>> de défirer. >>
» Il a été de plus arrêté que l'expoſé des
» motifs &des principes qui dirigent cette Affem-
» blée , ſera mis ſous les yeux du Roi & de la
>> Nation. "
Cet avis , ſucceſſivement combattu par diverſes
opinions , a été puffamment rétabli , & foutenu
par l'un des Délibérans. Ce Député a réfuté la
qualificationde Peuple , propoſée antérieurement ,
en expoſant l'équivoque des fignifications diverſes
du mot Peuple , qui , s'il déſigne Populus , eſt exagéré
,& s'il déſigne le mot Plebs , eſt inſuffifant.
Le même Député a difcuté contradictoirement ,
non les principes , mais le mode de la propofition
de M. l'Abbé Syeyes, en adoptant celle de
la page précédente.
Un dernier Opinant a terminé la Séance par une
nouvelle argumentation contre la dénomination de
Peuple , & par une apostrophe aux principes , fuivant
lui , variables , du premier Député qui avoit
propoſé la déſignation de Peuple Francois : » Je
>> ne regrette pas , a-t-il ajouté , cette éloquence ,
>> qui , tour-à-tour , imprimant la terreur et l'in-
>>dignation , n'eſt propre qu'à égarer dans le vague
>> des conjectures . »
La journée entière s'étoit écoulée ſans mettre
fin aux débats ; on s'eſt ajourné au lendemain .
Du 16 juin . M. l'Abbé Syeyes a rétabli & défendu
ſa propoſition , en laiſſant entrevoir que la
Co ſtitution qu'elle renferm , n'étoit que le préliminaire
d'une conduite graduelle vers un parti
plus décisif. Aufſi-tôt qu'il a été aſſis , pluſieurs
( 173 )
Membres ont vivement inſiſté pour aller aux
opinions , fans fouffrir de plus longs débats.
«
Un Député de Vendome s'eſt élevé contre cette
précipitation. Qnd j'entends des choſes
>> abfurdes , s'eſt-il écrié , ou propager des opi-
>> nions dangereuſes , mon devoir eſt de vous
» le dire , & le vôtre , Meffreurs , eſt de m'en-
" tendre . Je m'éleverai ſans ceſſe contre l'incon-
>> vénient de voter,fur-le champ fur les motions
>> importantes ; uſage ſi commode à ceux qui
>> parlent , fi funeſte à ceux qui penſent , fi favo-
>> rable à ceux à qui les Motions ont été com-
>> muniquées d'avance , fi cruel à ceux qui , étran-
>> gers à tous les partis , à toutes les coalitions ,
>> ne connoiſſent de projets que ceux qui ſe for-
>> ment dans cette Aſſemblée. »
Il a fini pa demander, fans ſuccès , que l'on
ſe conſtituât Représentans de fes Commettans .
Aux divers avis diſcutés , foutenus , contredits ,
a fuccédé celui d'un Député de Berry , qui a
propoſé la formule ſuivante :
« L'Aſſemblée a arrêté de ſe conſtituer en
» Aſſembée nationale; arrêté enſuite que les
<< autres Deputés , de quelque Ordre qu'ils foient ,
>> qui n'auroient pas encore fait vérifier leurs
>> pouvoirs dans la falle commune , feront tou-
✓ jours admis à le faire , & enfuite à prendre
>> part à leurs Délibérations . Elle a arrêté qu'elle
>> ne reconnoîroit dans les autres Députés , ni
>> droit , ni qualité même partiel e de repréſemer
>> la Nation ; enfin elle a déclaré qu'elle ne pour-
>> roit être arrêtée dans aucune de ſes Délibéra-
>> tions , par un prétendu droit de veto , deſtructif
>> de l'indiviſibilité de l'Aſſemblée nationale. >>
L'Auteur de l'intitulat on de Peuple François a
hiij
( 174 )
défendu fon avis de la veille; il acité en ſa faveur
l'exemple du Peuple Anglois&du PeupleAméricain :
«Si un fentiment d'orgueil , a-t-il ajouté , faiſoit
"
"
ود
rejeter la dénomination de Peuple , il prouveroit
des oreilles peu accoutumées à la philoſophie de
ce mot.,,Venant enfuite au reproche de variatien
qui avoit été hafardé la veille contre lui , il remarque
que , depuis vingtans , ilprofeſſoit les
mêmes principes , &qu'alors le jeune Orateur
,, qui l'avoit inculpé étoit encore au berceau.
ود
وو
"
"
Pluſieurs Membres adhérèrent à l'opinion de
ce Député : un autre propoſa de ſubſtituer à
l'expreffion de Peuple François , celle de majeure
partie du Peuple ; un troiſième Opinant vouloit
qu'on ſe qualifiât la presque totalité du Peuple François.
Enfin , M. l'Abbé Syeyes adopta la formule du
Dépu é de Berry, comme préſentant la ſeulequalification
qui convint à l'Aſſemblée , & il donna
lecture d'une ſeconde propofition , qui renferme
le même fens , & qui est fondée ſur les mêmes
principes.
Seconde Propofition de M. l'Abbé Syeyes.
« L'Aſſemblée délibérant après le réſultat de
>> la vérification des pouvoirs , reconnoît que cette
>> Affemb'ée est déja compoſée de Repréſentans
>> envoyés directement par les 96 centièmes de
>>la Nation. Une telle maſſe de Députation , ne
>> fauroit être inactive par l'absence des Députés
>> de quelques Bailliages ou de quelque claſſe de
>> Citoyens ; car les abfens qui ont été appelés,
>> ne pourroientpoint empêcher les préſens d'exer-
>> cer la plénitude de leurs droits , fur-tout lorſque
>> l'exercice de ces droits eſt un devoir impé-
> rieux& preſſant; de plus , puiſqu'il n'apparient
( 175 )
» qu'aux Repréſentans vérifiés , de concourir à
>> former le voeu national , & que tous les Re-
>> préſentans vérifiés doivent être dans cetteAffem-
>> blée , il eſt encore indiſpenſable de conclure
» qu'il lui appartient , & qu'il n'appartient qu'à
>> elle d'interpréter & de préſenter la volonté
>> générale de la Nation : nulle autre Chambre
» de Députés ſimplement préſumés , ne peut
>> rien ôter à la force de ſes Délibérations ; enfin ,
>> il ne peut exiſter entre le Trône & cette Aflem-
» bée aucun veto , aucun pouvoir négatif. »
« L'Aſſemblée déc'are donc que l'oeuvre com-
,, mune de la reſtauration nationale peut & doit
>> être commencée ſans retard par les Députés
>> préſens , & qu'ils doivent la ſuivre ſans in-
>> terruption comme ſans obstacle. »
» Ladénomination d'Aſſemblée nationale , eſt
» la ſeule qui convienne à l'Aſſemblée , dans
» l'état actuel des chofes , ſoit parce que les
» Membres qui la compoſent ſont les ſeuls Re-
" préſentans publiquement&légitimementconnus
» &vérifiés ; ſoit parce qu'ils font envoyés direc-
>> tement par la preſque totalité de la Nation ;
>>ſoit enfin parce que la repréſentation nationale
>> étant indiviſible , aucuns Députés , dans quel-
>>que Ordre ou claſſe qu'ils foient choiſis , n'ont
le droit d'exercer leurs fonctions ſéparément
>> de la préſente Aſſemblée.>>
«
« L'Aſſemblée ne perdra jamais l'eſpoir de
>> réunir dans ſon ſein tous les Députés aujour-
» d'hui abſens ; elle ne ceſſera de les appeler
>> à remplir l'obligation qui leur a été imporés ,
>> de concourir à la tenue des Etats-Généraux,
» A quelque moment que les Députés abſens ſe
>> préſentent dans le cours de la ſeſſion qui va
» s'ouvrir , elle déclare d'avance qu'elle s'empref.
>> fera de les recevoir ,&de partager avec eux ,
hiv
( 176 )
"
» après la vérification de leurs pouvoirs , la fuite
des grands travaux qui doivent procurer la.
régénération de la France. L'Aſſemblée nationale
arrête que les motifs de la préſente Délibération
feront inceſſamment rédigés pour
êt e préſentés au Roi & à la Nation. ,,
ود
ود
ود
"
Après la lecture de ce Délibéré , une nombreuſe
partie de l'Aſſemblée demanda très-vivement
les fuffrages par oui & par non , fans foumettre
la propofition à de nouveaux débars .
D'autres Membres s'y opposèrent avec la même
chaleur , objectant que le ſecond avis de M. l'Abbé
Syeyes ex geoit une ſeconde diſcuſſion Il fallut
recueilir les voix par l'appel de tous les Députés ,
pour décider ſi l'on fouffriroit de nouveaux débats.
La très- grande majorité des ſuffrages ſe réunit à
opiner fur-le-champ, fans défemparer. Malgré cette
déciſion, il fut inipoſſible de concilier les eſprits
&de calmer la rumeur de l'Aſſemblée. On refta
juſqu'à minuit ſans rien conclure. L'appel fur commencé
pluſieurs fois ,& toujours inte rompu par
les Réclamans . Enfin on ſe ſépara , en couvenart
que le lendemain la dernière opinion de M.
l'Abbé Syeyes feroit miſe aux voix fans difcuffion
nouvelle , qu'elle feroit adoptée ou rejetée
par oui ou par non , & que chacun figneroit fon
avis.
Le même jour , cinq Curés ſe réunirent aux
Communes.
/
Du 17 Juin. Il a évé arrêté que le ſecond Arrêté
de M. l'Abbé Syeyes feroit mis aux opinions
par oui ou par non. Pendant que l'on recueilloit
les voix , MM. de la Nobleſſe ont fait propoſer
de recevoir une Députation de leur part. M. le
Doyen á répondu , au nom de l'Affemb'ée , qu'il
étoit impoffible d'interrompre la Délibération , &
( 177 )
que quand elle feroit finie, on recevroit avec
pafir la Députation. L'Arrêté de M. l'Abbé
Syeyes est devenu celui de la Chambre , à la
Majorité de 491 voix , contre 90 , & deux voix
perdues.
:
M. le Doyen a obfervé que la convention de
figner les opinions , faite la veille , devoit gêner
la liberté des fuffrages , qu'elle pouvoit donner
lieu à des diviſions , & même avoir des ſuites
encore p'us funefes. Il a propoſé que la détermination
à prendre fût ſeulement ſignée par lui ,
& par les deux Secrétaires nommés provifoirement.
Cette obſervation a été généralement
adoptée.
La Commiffion du Doyen & des deux Secrétaires
étant expirée , M. Bailly , Doyen , a été
nommé Préfident de l'Aſſemblée Natiorale , provifoirement
, & pour quatre jours ; les deux Secrétaires
, MM. Pifon du Galand , de la Dépuration
du Dauphiné , & Camus , de la Députation de
Paris , ont été nommés Secrétaires aux mêmes
conditions .
Il a été enſuite agité de prêter le ferment.
M. Bailly a dit : « Jejure au nom de Dieu ,
>> du Roi , de la Patrie&de vous , Meffieurs , de
>> remplir fidèlement le poſte que vous m'avez
>> confié pour quatre jours . "
Les Membres ont répeté : « Nous jurons au
>> nom de Dieu , da Roi & de la Patrie , de
>> remplir fidèlement la miſſion qui nous a été con-
» fiée. >>
La Députation de la Nobleſſe a en pour objet
de foumettre au jugement des Commiffaires rommés
dans les trois Chambres , les Députations
qu'elle regardoit comme vicieuſes & contraires au
églement.
;
1
hv
(178 )
م
Item, d'engager le Tiers-Erat à nommer des
Commiſſaires, qui , réunis à ceux du Clergé &
de la Nobeſſe , s'occuperoient des cauſes de la
cherté du pain ,& des moyens d'y remédier.
AM . le Doyen a répondu :
ee MM. Je ſuis chargé de vous répondre au
" nom de l'Aſſemblée natiorale qui ſiége dans
» cette Salle Commune , que tous les Députés
>> de la Nobleſſe ont été appelés & invités à
» venir faire vérifier leurs pouvoirs ,& à ſe réunir
» à l'Aſſemblée nationale :elle ne ceſſerajamais de
» déſirer qu'ils viennent s'y préſenter , & elle
» le défire particulièrement pour délibérer en
>> commun ſur les moyens de foulager la misère
» du Peuple. »
MM. Target & Chapelier ont fait ſucceſſivement
deux propoſitions conformes , leur but ne
différent que par les expreſſions. Ils ont été invités
à les refondre l'une dans l'autre , pour les
propofer enfuire à l'Aſſemblée , qui , unanimement
, a adhéré à cet Arrêté commun , que
voici :
199
ود
"
१५
39
« L'Aſſemblée nationale confidérant que le
premier uſage qu'elle doit faire du pouvoir dont
la Nation recouvre l'exercice ſous les auſpices
d'un Monarque qui ,jugeant la véritable gloire
des Rois, a mis la ſienne à reconnoître les
droits du Peuple François , c'eſt d'aſſurer pendant
la durée de la préſente feffion , la force
de 'admmiſtration publique.
" Voulant prévenir les difficultés qui pour-
: roient traverſer la perception & l'acquit des .
contributiors , difficultés d'autant plus dignes
d'ure attention freuſe , qu'elles auroient pour
Faſe un principe conftitutionnel & à jama's
lucre,aumhentiquement reconnu par le Roi &
:
(179 )
ود
ود
, folemnellement proclamé par toutes les Afſemblées
de la Nation ; principe qui interdit
toute levée de deniers & de contributions dans
le Royaume , ſans conſentement formel des
Repréſentans de la Nation .
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
"
و د
ود
وو
" و
Conſidérant qu'en effet les contributions ,
telles qu'elles fe perçoivent actuellement dans
le Royaume , n'ayant point été conſenties par
la Nation , font illégales , & par conféquent
nulles dans leur création , extenſion & proro-
,, gation ; elle déclare , à l'unanimité des voix ,
conſentir proviſoirement pour la Nation , que
les impôts & contributions , quoiqu'illégalement
établis & perçus , continuent d'être levés
de la même manière qu'ils l'ont été précédemment,
& ce juſqu'au jour ſeulement de la première
ſéparation de cette Aſſemblée , de que!-
,, que cauſe qu'elle puiſſe provenir , paſſé lequel
,, jour , l'Aſſemblée nationale entend & décrète
,, que toute levée d'impôs & contributions de
,, toute rature qui n'auront pas été nommément ,
formellement & librement accordés par l'Afſemblée
, ceſſera entièrement dans toutes les
Provinces du Royaume , quelle que foit la
forme de leur adminiſtration. L'Aſſemblée s'em-
,, preſſe auffi de déclarer qu'auſſitôt qu'elle aura ,
de concert avec Sa Majesté , fixé les principes.
de la régénération nationale , elle s'occupera de
l'examen &de la conſolidation de la dette pu-
, blique , mettant dès-à-préſent les créanciers de
l'Etat ſous la ſauve-garde de l'honneur & de la
, loyauté de la Nation françoiſe.
وو
ود
ود
ود
"
ود
ود Enfin , l'Aſſemb'ée devenue active , recon-
,, noît auſſi qu'elle doit ſes premiers memens
l'examen des cauſes qui produiſent dans les
Provinces du Royaume la difette qui les af-
,, flige , & à la recherche des moyens qui peu
25vent y remédier de la manière la plus efficace
ود
hvj
( 180 )
,, & la plus prompte en conféquence , elle a ود
وو
2
"
"
"
ود
arrêté de nommer un Comité pour s'occuper
de cet important objet , & que Sa Majesté
ſera ſup liée de faire remettre audit Comité
les renſeignemens dont il pourroit avoir befoin.
” L'Aſſemblée nationale ordonne que la préſente
Délibération ſera imprimée & envoyée
dans toutes les Provinces. ,,
Dans la ſoirée , le Préſident a lu la Réponſe du
Roi au dernier Mémoire de l'Aſſemblée ; Réponſe
écrite de la main de Sa Majefté , &remiſe au Préfident
par M. le Garde- des-Sceaux.
وو
”
دو
ود
"
ود
" Je ne refuſerai jama's , Monfieur , de re-
>> cevoir aucun des Préſidens des trois Ordres ,
lorſqu'ils feront chargés d'une Miſſion auprès
de moi , & qu'ils m'auront demandé , par l'or-
,, gane uſité de mon Garde-des-Sceaux , le mc-
.ment que je puis leur indiquer. Je déſapprouve
l'expreffion répétée de Claſſes privilégiées , que
le Tiers- Etat emploie pour déſigner les deux
premiers Ordres. Ces expreffions inufitées ne
font propres qu'à entretenir un eſprit de divifion
abfolument contraire à l'avancement du bien
de l'Etat , puiſque ce bien ne peut être effectué
,, que par le concours des trois Ordres qui com
poſent les Etats-Générax , ſoit qu'ils délibèrent
ſéparément, foit qu'ils le faſſent en coirmun.
La réſerve que l'Ordre de la Nobleſſe
avoit miſe dans fon acquiefcement à l'ouverture
de conciliation faite de ma part , ne devoit pas
empêcher l'Ordre du Tiers de me donner un
,, témoignage de déférence.
"
”
و و
"
ود
وو
१०
११
۶۶
ود L'exemple du Clergé, ſuivi par celui du
Tiers , auroit déterminé fans doute l'Ordre de
la Nobleſſe à fe déſiſter de fa modification. Je
( 181 )
ود
"
,, fuis perfuadé que p'us les Députés du Tiers-
Etat me donneront des marques de confiance
& d'attachement , & mieux leurs démarches
epréſenteront les ſentimens d'un Peuple que
.,, 'aime , & dont je ferai mon bonheur d'être
ود
ود
ود
aimé.
Marly, le 16 Juin . Signé , LOUIS.
MM. Chapelier , Barnave & Bergafſe ont donné
ſucceſſivement lecture du projet d'Adreſſe à faire
au Roi , en lui remettant les Arrêtés pris dans la
Séance de ce jour. Celle de M. Bergaffe a été
adoptée.
Du 19 juin. Aujourd'hui , on a délibéré fur un
changement à faire dans la Motion de M. l'Abbé
Syeyes : " Nulle autre Chambre de Députés fimple
ment présumés. » Ces mots ont été fupprimés après
quelques débats.
On a maintenu encore provifoirement le Préfident&
les Secrétaires .
UnDéputé de Paris a opiné de former divers Comités
, chargés de vérifier la dette de l'Etat , & de
s'occuper d'autres objets d'utilité publique.
UnDéputé de Bordeaux a propoſé un emprunt
de trois millions , pour venir au ſecours des malheureux
dans les provinces.
Il a été inſtitué quatre Comités.
Le premier , de 32 perſonnes , pour rechercher
les moyens de pourvoir à la ſubſiſtance du
Peuple.
Le deuxième , auſſi de 32 perſonnes , pour examiner
les pouvoirs conteſtés , & en faire rapport
à l'Afſemblée.
Le troisième , de 20 perſonnes chargées de rédigerles
Difcours , Adreſſes , &c .
Le quatrième , chargé d'examiner le projet de
réglement , auſſi de 20 perſonnes
1
(182)
Dans la matinée du ſamedi 20 juin. La Séance
des trois Ordres dans leurs Chambres ordinaires ,...
a été renvoyée au lundi ſuivant. Les Héraults
d'armes avoient fait la Proclamation qui fuit :
DE PAR LE ROI.
" Le Roi ayant réſolu de tenir une Séance
,, royale aux Etats-Généraux , lundi 22 juin , les
,, préparatifs à faire dans les trois Salles qui
وو fervent aux Affemblées des Ordres , exigent
;, que ces Aſſemblées ſoient ſuſpendues juſqu'après
ود
la tenue de ladite Séance. S. M. fera connoître
,, par une nouvelle proclamation l'heure à la-
,, quelle elle ſe rendra lundi à l'Aſſemblée des
Etats.
ود
De Paris, le 17 jain.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du
22 mai 1789, qui ordonne que la réduction
des droits des Changeurs , qui avoit
étéordonnée par l'Arrêt du 10 novembre
1785 , n'aura plus lieu , à compter du
. juillet .
er
Idem, du 23 mai 1789, qui ordonne
la réunion de l'Imprimerie du Cabinet
à l'Imprimerie royale du Louvre , et
Pétablissement d'un détachement de ladite
Imprimerie royale à Versailles .
On assure qu'aux environs de la capitale
et en d'autres lieux , une bande de
scélérats , dont il est difficile de pénétrer
les vrais motifs , ont coupé des bleds
( 183 )
en herbe , et qu'on en a arrêté trois à
St. Quentin.
« Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel
fe font aſſemblés , le 8 du mois de mai , au Couvent
des Cordeliers de cette ville , & ont tenu
un Chapitre , auquet a préſidé pour ſa Majesté , le
Duc de Villequier , Chevalier , Commandeur des
Ordres de Saint-Michel & du Saint-Eſprit. Après
undifcours prononcé par le ſieur Pourfin de Grandchamp
, Secrétaire du Roi , Chevalier & Secrétaire
dudit Ordre , Membre de l'Académie royale
de Caen , & afſocié honoraire de la Société d'Emulation
de Liège , le Duc de Villequier a nommé
Chevalier , au nom du Roi , les ſieurs Pons , Matrade,
Guyot & Raffin; enfuite tous les Chevaliers
, le Duc de Villequier à leur tête , ſe ſont
rendus proceffionellement en l'Eglife dudit Couvent
, & ont aſſiſté à la Meſſe ſolemnelle qui
fe célèbre tous les ans , le jour de l'Apparition
de Saint-Michel , pour la conſervation des jours
précieux de Sa Majefté. »
POURSIN DE GRANDCHAMP.
Un Correspondant nous mande , sans
sa signature , qu'il existe un Soldat Invalide
, qui , au mois d'août prochain ,
entrera dans sa centième année . Depuis
85 ans il reçoit la paie du Roi : il est
le Doyen de l'Hôtel. Il a fait cinq campagnes
sous Louis XIV , et est peutêtre
le seul homme vivant qui se soit
trouvé à la bataille d'Hochstet . Ce Vétéran
respectable languit abandonné dans
l'indigence. Il a une femme presque
aveugle et deux petits enfans qui de
( 184 )
meurent avec eux : il a eu vingt - sept
enfans ; six ont été tués au service du
Roi , et il a encore un fils en garnison
à Douay. Mais de toute sa postérité
vivante , personne n'est en état de le
soulager , puisqu'il est forcé , au contraire
, de nourrir deux de ses petits
enfans. Il reçoit quelques secours , mais
bien foibles. Lui et sa femme ont été
obligés de quitter le Gros-Caillou , où
ils n'avoient rien de la Paroisse , pour
venir demeurer rue de la Mortel'erie ,
près la Grève , maison de M. Ruthery ,
Commissaire de Ville , où ils paient
un loyer qui , quoique modique , est
fort au -dessus de leurs facultés. Pour
nourrir sa famille , à qui le pain de la
Paroisse quereçoit sa femme , ne suffiroit
pas , le pauvre vieillard est obligé tous les
jours de faire près de deux lieues pour aller
à l'Hôtel Royal des Invalides chercher
sa portion , et la rapporter à sa famille .
Usé par les ans , par ses travaux militaires
et les maladies , à peine peut- il
se traîner , appuyé sur un bâton , et
il met deux heures pour aller , deux
heures pour revenir : sa femme , infirme
et très-âgée , craint de lui survivre ,
parce qu'alors elle n'auroit plus aucune
ressource . Ces vieillards ont passé trois
jours l'hiver dernier, dans le plus affreux
dénuement , parce que la saison ne permettoit
à aucun d'eux de sortir. Il est
affreux , sans doute , de voir dans une
( 185 )
situation pareille un vieillard qui, depuis
85 années , est, au service du Roi et
de la Patrie. Cen est assez , nous l'espérons
, pour avertir les coeurs humains
et reconnoissans.
Lettre au Rédacteur.
L'Auteur de l'ouvrage intitulé : Situation actuelle
des Finances de France& d'Angleterre , s'ett trompé
dans l'examen des dépenſes de Marine des deux
Nations , & fur-tout dans ſes réflexions ( p. 33 ) .
Il dit : il est toujours ſurprenant que l'Angleterre
ne dépense pas beaucoup plus que la France pour fa
Marine
Ceci eſt une queſtion de fa't : l'Angleterre dépenfe-
t-elle beaucoup plus que la France pour fa
Marine , ou ne dépenſe-t- elle pas beaucoup plus ?
Comment l'Auteur s'y est- il pris pour donner
une idée de la dépenſe de l'Angleterre ?
Il reconnoît , pag. 93 & 94 , quel'état des d
penſes en projet par M. Pitt en 1786 , étoit un
état fitif & inférieur aux dépenfes réelles . Cependant
c'eſt ſur cet état , reconnu par lui inexact ,
qu'il établit ſes comparaiſons. Siyonsles dépeaſes
ſur les documens les plus authentiques .
En 1785. Dépenſe de la Marine
Angloife ........ 2,551,303 1. ft.
En 1786. Année du plan de M.
Pitt; il évalue les dépenfes
ordinaires de
laMarneà 1800,000
1.ft . On demande .. 2,428,326
( 186 )
En 1787. ( Nota. Les dépenſes
pour les affaires de
Hollande non compriſes).
..........
En 1788 . ........
2,286,000
2,286,000
Total ..... 9,551,629 1. ft.
L'Auteur ſuppoſe 1800,000l.ft..
pour les dépenfes ordinaires de la
Marine , qui , en quatre ans , feroïent
...... ......
7,200,000 1. ft.
Ainſi les dépenſes réelles , fans
extraordinaires , ont excédé les
dépenſes annoncées de ........ 2,351,629 1. ft.
Cen'eſt doncpasavec une ſommede 41,500,000
liv. tournois , ou 1,800,000 liv. ſterl. qu'il faut
comparer les dépenſes ordinaires de la Marine de
France,mais avecune ſommed'environ55,000,000.
Je dois répéter qu'il ne s'agit que des dépenſes
ordinaires , & que celles relatives aux affaires de
Hollande en 1787 n'y ſont pas compriſes. Ainſi
on doit n'en faire aucune mention d'aucun côté,
Quelle erreur que celle de comparer d'un côté
un projet de dépenſes , avec les dépenfes effectives
deKautre !
Je conviens , Monfieur , qu'il faut non-feulement
comparer la ſomme des dépenſes , mais
encore les articles qui , dans les états de ces deux
Couronnes , font claſſés dans les dépenſes de Marine.
Il faut donc ſavoir ce qui eft compris ſous
ce nom en France & en Angleterre.
1º . En France , elles renferment les conftructions
, armemens , radoubs , approviſionnemens ,
1
( 187 )
troupes de Marine, dépenſes d'artillerie, Colonies ,
dépeníes de l'Inde , même les Galériens , &c.
2º . En Angleterre , elles renferment les conftructions
, armemens , radoubs , troupes de Marine
, une partie des dépenſes d'Artillerie , mais
pas toutes.
Ainfi en France les dépenses des Colonies de
l'Inde , une partie de l'Artillerie , même les fonds
des Galériers ſe prennent ſur les fonds
de la Marine , &&font payées en Angleterre fur
d'autres fonds. Cependant pluſieurs de ces objets ,
tels que les Colonies, ſont conſidérables. Pouvoit
il , d'après ces faits , y avoir le moindre doute fur
l'inexactitude des aſſertions de l'Auteur ?
Ua homme fort inſtruit , à qui j'ai communiqué
ces remarques , en le priant de les inférer
dans un papier public , a fait deux obſervations
auxquelles il eſt aifé de répondre.
La première, c'eſt que l'on a conſtruit depuis
la paix plus de quarante vaiſſeaux de ligne , dont
deux de 110 canons avec des frégates ,&c.
La réponſe eſt aſſez fimple. Croit- on que l'on
n'a conſtruit aucun vaiſſeau en France ? Que l'on
ſuppoſe les conftructions proportionnelles , l'objection
n'eſt plus rien. Mais cet objet lui - même
ne feroit pas égal à la dépenſe des Colonies pendant
la paix. Enfin , cette conſtruction n'eſt guère
que ce qu'exige l'entretien de la Marine d'Angleterre.
La deuxième objection , c'eſt que l'on joint les
dépenſes de Cherbourg comme dépenſes de Marine.
La réponſe , c'eſt que ces genres de dépenſes
dans aucun pays , ne font ainſi claſſées . Quoi ! les
forts à Cherbourg ſont auſſi dépenſes de Marine ;
les fortifications propoſées en Angleterre par le
Duc de Richmond, pourPlymouth , Portsmouth ,
( 188 )
n'étoient pas compriſes ſous le nom de dépenſes
de Marine ! par-tout ce font des fonds diſtincts.
Pour réfumer , l'auteur a établi les réflexions -
de la page 33 , ſur l'etat de dépenſe . en Argleterre
, de 41,500,000 liv. par an; alles vont à
55,000,000. Il croyoit fans doute que les dépenſes
de la Marine en Angleterre , étoient applicables
à autant d'objets que celles du Département
de la Marine en France , ſans cela fon
erreur ne pouvoit ſe juſtifier .
Il eſt ſurprenant qu'il ſoit ſi difficile de rendre
juſtice à des Miniftres , & de faire paroître des
éclairciſſemens ſur des imputations inexactes &
peu réfléchies , qui produiroient des préventions
fâcheuſes ſur un des genres de ſervice néceſſaires
à l'Etat .
Paris , le 10 juin 1789 .
Signé , Le Comte DUMAITZ DE GOIMPY ,
Chefd'Efcadre , &c.
•Un Cabinet de Phyſique, dont les différens
>>> inſtrumens ont été faits & conſtruits à neuf en
>> cuivre par un des plus habites mécaniciens de ce
>> temps , ſe trouve en dépôt à Strasbourg , pour
» êre vendu , s'il ſe preſente des acheteurs. Entre
>> autres pièces il y a une machine Pneumatique ,
>> fai e ſuivant la dernière méthode rect fiée , une
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> coûré paffé 25,000 livres , ſera donné en bloc
» à un prx très-honnête. C'eſt une col'ection
» qui conviendroit à un grand Seigneur ou à un
» Corps ou Collége. S'il ſe rencontre pour ces
>>articles quelque amateur , il lui en ſera envoyé
(189 )
1
>> un inventaire exact & détaillé , en s'adreſſant à
» ML QUIANTE , Notaire Royal à Strasbourg ,
rue des Echaffes. >>>
Ön écrit de Saint-Omer , le 28 mai ,
que , pendant la nuit du 26 au 27 , des
Contrebandiers conduisoient plusieurs
voitures chargées d'eau-de -vie , dont ils
se proposoient de frauder les droitsimposés
par les Etats d'Artois. Les Commis
de la Régie , assistés d'une brigade de la
Maréchaussée , voulurent arrêter ces
fraudeurs ; le combat a été si terrible
de part et d'autre , et la rébellion a été
poussée àun tel point , quele Contrôleur
de la Régie est mort de ses blessures
dans la journée du 27; 12 h. après un
Cavalier de la Maréchaussée , qui avoit
reçu un coup de feu à la tête , a également
succombé. Les autres Commis ,
qui ont tous été cruellement maltraités ,
sont heureusement hors de danger . Aucun
Contrebandier n'a été arrêté jusqu'à
présent.
On a arrêté à Marseille , il y a quelque
temps , le redoutable Cudous ou Camalet,
assassin du sieur Benoit, Horloger
de Bordeaux. Ce scélérat , dont la force
prodigieuse et les brigandages avoient
répandu l'épouvante , s'étoit réfugié dans
le Comtat d'Avignon ; les troubles qui
ont dernièrement agité la Provence ,
(190)
l'ayant attiré à Marseille , ville qui lui
paroissoit propre à faire ses affaires
dans ces crises orageuses , il y a été
reconnu par unjeunehomme de Saintes ,
Soldat dans le régiment de Vexin , qui
l'a dénoncé à la Maréchaussée ; on n'a
pu s'en rendre maître qu'avec beaucoup
de peine : un des Cavaliers a même été
fort maltraité dans cette capture. (Journal
de Saintonge).
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 26juin 1789.
C'est le 13 avril que le nouveauGrand-
Seigneur Selim III alla ceindre le sabre
Impérial , selon l'usage , dans la Mosquée
d'Eyoub .-Le Capitan-Pachan'est point
disgracié , comme on l'a faussement
annoncé dans toutes les Gazettes ; mais
S. H. a jugé que l'expérience de ce
Vétéran lui seroit plus utile à la tête
d'une armée . Il a été nommé Séraskier
d'Ismail , et commandera cent mille
hommes dans la Bessarabie , avec lesquels
on suppose qu'il entreprendra le siége
d'Oczakof. La flotte concourra à cette
opération sous les ordres de l'ancien
Lieutenant du Capitan-Pacha.
Dans un ouvrage récemment publié
( 191 )
à Luxembourg , il se trouve une lettre
dont l'originalité couvre de la philosophie.
Quelques-uns de nos Lecteurs
ne regretteront pas que nous leur en
donnions connoissance , par forme de
de digression .
Monfieur , j'ai quatre-vingts ans. Il eſt bien
temps de finir. Je vais donc pofer la plume &
vous aurez mon dernier morceau. J'ai beaucoup
voyagé ; j'ai marché ſur les ruines de l'ancien
monde ; j'ai contemplé les monumens de l'orgueil
moderne , & jai pleuré ſur les uns & les autres ,
en voyant le temps qui dévore tout. J'ai ſouvent
trouvé beaucoup d'extravagance parmi les Nations
qui paſſent pour les plus policées , & quelquefois
beaucoup de raiſon parmi celles qui paſſent
pour les p'us fauvages ; j'ai vu la vertu affermir
de petits Etats , & le vice & le luxe ébranler de
grands Empires , tandis qu'une politique imprudente
s'attachoit à enrichir les peuples , fans s'occuper
à les rendre vertueux. J'ai vu bien des
choſes.... J'ai vécu aſſez pour voir Frédéric s'ennuyer
; Voltaire finir la plus belle carrière par de
pareilles extravagances ; J. J. Rouffeau verſer des
larmes à la moindre émotion ; des Ecrivains forcenés
diſtiller le patois , & pourtant ſe faire des
admirateurs;L. H. brocher de mauvaiſes Tragédies
, & refufer de l'ame à J. B. Rouffau ;
Maupertuis calculer à Berlin toutes les occaſions de
jouer un rôle , avec bien plus d'exactitude encore
queles degrés de l'Equateur.
Je viens de revoir les Mémoires que j'avois dreſſés
ſur les différens peuples , leurs préjugés , leur politique
, leurs lois , leurs diètes , leurs rites , leur
hiſtoire , leur code , leur religion; je les ai jetés au
( 192)
feu. C'eſt bien la peine, al-je dit , de tenir regiftre
de ces mélanges monstrueux d'humanité &
de barbarie , de grandeur&de baſſeſſe , de raifon
& de folie . Adieu , Monfieur , le tombeau s'ouvre
&je vais y entrer.
e Un inconnu.
LIVRES NOUVEAUX.
DISSERTATIONS féo- || nances , in- 4. Gaſtellier,
dales; par M. Henrion rue Neuve- Notre-Dame.
de Panfey , 2 vol . in-4 . Le Berger fidèle; Viſſe,
Barrois jeune , quai des rue de la Harpe.
Auguſtins.
De l'importance des
Opinions religieuſes; par
M. Necker , in 12 , ruc
des Poitevins , nº. 18.
OEuvres du Comte de
Treffan , tomes IX & X,
in- 8 . Cucher , rue Serpente.
Journal d'Education ,
Enéide de Virgile, livres
V & VI ; Luneau des
Bois- Jermain , Editeur ,
rue de Condé.
Les meilleures Errennes
, in - 24 ; Froullé ,
quai des Auguſtins.,
Recherches fur les Finances
de France , 2 vol .
in-8. Defray , quai des
Auguſtins.
Des Loteries; par M.
l'Evêque d'Autun , in 8 .
Barrois aîné , quai des
Auguftins.
Les nouveaux Patrons
de l'Ufure réfutés , in-
12 ; veuve Hériflant , rue
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blêmes de Géographie , & Politiques tur l'Hifd'Aſtronomie
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Principes de l'Art Ora- || qu à nos jours , traduites
toire , in- 12 ; le même. de l'Anglois ,& enrichies
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terie Françoiſe , in- 8 . par M. Briffor de War-
Debure aîné , rue Serville , 2e. Edition , 2 vol.
pente.
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Anglois, toe . Livraiſon;
Gibbon , in - 8 . tome X;
Piffor , quai des Auguft.
Simplification des Fi-||
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Procès-verbal des Citoyens
Nobles de Paris.
Procès-verbal de l'Af
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Province de Bretagne ,
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d'Orléans , de M. Necket,
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Palais-Royal.
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le Clerc , rue duHalay.
Hiſtoire de France, en
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David , rue des Corde-
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en couleur ; par
M. de Bucour , cour da
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GUERRE Ouverte , ou
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M. Jardin fils ; Lawal-
Lecuyer , cour du Commerce.
La même Comédie ,
fans ariettes ; Canteau ,
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Chaplal , in 8. Geffier,trompeur; par Vidal ,
quai des Auguſtins. rue de Richelieu.
Le prix de l'abonnement eſt de trente livres pour
Paris; trente deux liv. pour laProvince. Il faut affranchir
le port de 1 argent & de la le tre , & jorde à
cettedermèrele reçu du Directeur desPoftes Onfouforit
hôtel de Theu, rue des Poitevins. On s'adrellera.
au lieur Gurn , Directeur du Bureau du Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères