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1789, 04, n. 14-17 (4, 11, 18, 25 avril)
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MERCURL
DE FRANCE .
( N°. 14. )
SAMEDI 4 Avril 1789.
AVRIL a 30 jours & la Lune 29 Darer, au 3 les
jours creiffent de 49 28 le matin ,
JOURS
du
MOT S.
NOMS DES SAINTS,
met Hugues , Evêque.
rud François de Paule.
ven . la Companion.
fam. Ambroife , Evêque.
Rameaux.
Jun Prudence , Evêque ,
Amard Higétipe.
8 mere Perpéruz , Evêque.
ljudi ste Made Egetitume .
Trend. Den tredi Saint
fara . Léon , Pape.
D. PASQUES.
Mun li feriaénégilde.
mard Tiburce.
merc . Paterne , Ev. d'Aysan.
jual Fractacyx.
Veud.Anicet, Page.
14 fam. Parfait , Prètre.
151 D. Que imosa.
Lo Lundi Ste Hildegonde.
21aard. Anfelme , Lecque,
22 mere . Iste Opportune.
Head Georges , Mattyr.
1 d . bonve.
irfan Marc , Evang, daftin
D.Cler , Pape & Martye.
Made Policarpe , Evêque.
18 mar . Vital , Martys.
19 merc. Robert , Abbé.
o jeudi 2utrope , Evêque .
& de 49 28 lefir.
J. PHASES
de de la
D LUNI.
6
Temps moyen
au Midi ori
H. Mi S.
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N. L.
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ih. 6 m.
4 du matin.
11
II
COURS DES EFFETS PUBLICS. 1789.
EFFETS ROYAUX. Lundi 23. Mardi 24. Merc. 25. Jeudi 26. Vend. 27 Samedi28.
Actions.
D. Les
.... 1830 ....
Fête.
1825.30.1830.
Eniprunt Oct.. 361.
M. Décembre 82.
144.15.14-
Lo. d'Avr .... 1680.
Lot. d'Osbre...
531.
Emprunt 125m. 101.
Id. 80 millions..8.
14.
CHANGESdu24.
Aut.
14
Lond. 18.
Mam. 192.
tad.. 1419.
Cadix 1418
Liv.. 101.
Lyon.
94
Bce.
CHANGESdu28.
Amit
.
$ 44
.
1830.
1145
361
361.
Ben
141.16.. 144.15
680 678..76.
S3R.
10.
$3
ΤΟ LL.II
8 ond. 28
144. 3
42
64.6264.
767.68 758.69 ... 770.
4153.50.415453 4153S4
772 775 ... 77878
Gên.. 944
Lyon. Bee,
15.15 Ham. 1922.
64. Mad... 1419.
Cadix 1418
Liv.. 101
BullSeatni.sn.
Bulictin ...
63..62264
Emprunt 120m. 770. 71. 769..66..
Borde. Ch ......
Caifle d'Efcompt
. 4150.60.4160.51
EauxdeP..
E. V. Bord.
Sér. non fort..
1775 775.
pPreanvteefrrisss,
m19la9eLi8v,.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
Loutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 4 AVRIL 1789 .
A
PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou
rue des Poitevins , No. 18,
Avec Approbation, & Privilége du Roi.
TABLE
Du mois de Mars 1789.
PIECES IÈCES FUGITIVES . Nouvel'c Initution .
Vers.
Conte,
Confidérations.
80
120
4 Relation des les Pelew. 163
61 Almanach Tachygraph 179
I
109 L'Impôt abonné. 172
173
Epture.
Vers.
Infcription.
111 Difcours .
Le bon Ménage.
Nécrolog e.
bid.
Variétés. 28 , 121, 175 •
112
Vers . 157 Académie Françoiſe. 54, 149.
Vers au Coufin Jacques, 158
Charades, Enigmes & Logog.
6,67 , 118 , 160
NOUVELLES LITTÉR.
SPECTACLES.
$
Comédie Franç. 90 , 150,182,
Comédie Italienne . 36 , 188,
Traité.
Efai.
Des EtatsG- énéraux,
Année Françoife .
/
Théatre de Monf. 100 , 191,
20
Annonces & Notices, 5.5
69
205, 154, 187.
WERK JOTEVA
TEGIA
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 4 AVRIL 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
´L'ARGUMENT IRRÉSISTIBLE .
Bonjour , mon cher...... hâte-toi de mourir.
-Tu ris. C'eft moi qui fais le Nécrologe.
— J'en fuis ravi ; mais... - Eh bien ! ton éloge
Etonnera les Siècles à venir .
L'article eft prêt. Heureufe deftinée ! ....
-Pefte , l'ami , le cas eft bien urgent !
Ne pourrois-tu retarder d'une année ?
-Non , fur ma foi , j'ai trop befoin d'argent.
(Par M. Grainville. )
A 2
#
12
MERCURE
VER S
Auteur de A M. COLLIN D'HARLEVILLE
trois Comédies , intitulées les Châteaux
en Espagne, l'Optimiſte, & l'Inconſtant.
Les Châteaux en Espagne , en ſtyle figuré,
Sont des rêves flatteurs , de riantes chimères
Dont chacun le berce à fon gré ,
; Pour charmer un peu fes misères
Certaines gens , fur-tout , s'y livrent volontiers
Je nommerai d'abord Mefdames les Coquettes
Puis ceux qui font épris des plus nobles lauriers ,
Les Héros , les Savans, & plus qu'eux , les Poëtes.
Mais toi , qui triomphas à tes premiers effais ,
Toi , Collin , que toujours la Victoire accompagne,
En espérant marcher de fuccès en fuccès ,
Ne crains point de bâtir des Châteaux en Eſpagner
Ton Optimiste , fi joyeux ,
Naguère au connoiffeur fit trouver tout au mieux
Que par toi notre Scène encor foit embellie ;
J'afe enfin te donner un confcil important :
Des plus aimables traits tu peignis l'Inconftant ,
Ne le fois point avec Thalie.
Par M. D*** T*****. )
Nota. Ces vers ont précédé la première repré-
Lentation des Châteaux en Espagne.
1
DE FRANCE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE not de la Charade eſt Précieux ; celui
de l'Enigme eft Tambour , celui du Logogriphe
eft Marge, où l'on trouve Mer, Mage,
Arme , Age , Ré ( Ifle de ) , Ame , Gare ,
Amer , Ré, Rame, Rage.
DEPUIS
CHARADE.
UIS long-temps mon tout croupit dans
l'esclavage ;
De mon dernier pourtant il fut toujours l'appui ;
Mais mon pied , dirigé par la tête d'un Sage ,
Va mettre en liberté mon entier aujourd'hui. ,
( Par M. Mouffeau de Maleffet . )
ENIGM E.
Avec les animaux, je n'entrai point dans l'Arche :
Un voleur avec moi ne peut cacher la marche ;
Sans vermillon & fans odeur ,
Au plus beau bouquet d'un parterre
A 3
MERCURE
Je difpute l'éclat , & fuis une couleur ;
Je fuis fille de l'Air , & demeure fur terre ;
J'ai très - ſouvent caufé de grands égaremens ;
Et la perte de bien des gens ;
Plus j'approche du feu , & moins bien je m'eſſuie
Je crains également le foleil & la pluic ;
Parmi les Ecoliers j'excite des combats
Qui fouvent , en n'y penfant pas ,
Finiffent par du fang ou par quelque bleffare ;
Au bout d'un certain temps , je change de figure
Et deviens comme du verjus ,
Après quoi je ne parois plus :
Quoique je fois des fleurs la mortelle ennemie ,
De mon nom cependant une s'eft alfortie ;
Sans mouvemens , fans voix , fans armes ni Sergens,
Je fais trembler les pauvres gens ;
Et la plus redoutable armée ,
Quand je parois , eft alarmée .
( Par M. le Doyen de .... )
LOGO GRIPHE.
Tour Auteur me défire &.me craint à la fois ,
Car il reçoit de nous des confeils & d.s loix ;·
DE FRANCE.
Je dis moi, je dis nous ; c'eſt tout un pour la choſe.
D'abord notre titre en impofe ;
Mais tous les jours ce titre appartient à des fots :
Nous nous multiplions par air ,› par ennui même ;
Qui ne nous compteroit que par les feuls Journaux,
Tenteçoit un calcul à dérouter Barême.
En me décompoſant , j'offre à l'oeil curieux
Un chemin très - public , où parfois on s'égare ;
Un impératif odieux ,
Que dis-je ? effroyable , barbare ;
Ce qui garde un tréfor avec fidélité ;
Le progrès d'un fleuve augmenté ;
Deux notes , trois pronoms , un emploi de l'Eglife ;
Ce qu'un Livre et par moi , quand il cft imprimé.
Lecteur , en est-ce aſſez ? que faut-il que je dife ?
Rien ; car je m'apperçois que je me fuis nommé.
( Par M. Thibaut Tanqueux de Lufanci.)
A 4
$ MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LA France fous les cing premiers Valois ,
ou Hiftoire de France , depuis l'avènement
de Philippe de Valois jufqu'à la mort
de Charles VH ; précédée d'une Introduction
dans laquelle on fuit les révolutions
& les progrès de la Monarchie ,
depuis le règne de Pépin jufqu'à la mort
de Charles le Bel ; par M. LEVESQUE .
4 Vol.-in - 12. A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , rue Serpente , N. 6 .
L'ÉPOQUE de notre Hiftoire , que M.
Lévefque a jugé à propos de choisir dans
l'Ouvrage qu'il publie , étoit une des plus
intéreifantes à faifir ; car , ainfi qu'il l'cbferve
fort bien , la peinture des temps les
plus malheureux pour les Peuples eft celle
qui offre le plus d'intérêt au Lecteur. Il
eft difficile , en effet , que ces fcènes terribles
& douloureuſes , après avoir échauffé
l'ame du Peintre , ne pénètrent pas profon
dément dans celle du fpectateur.
Ce genre convenoit peut-être fur- tout à
M. Lévefque , déjà connu par plufieurs.
DE FRANCE. ୭
Ouvrages eftimés . On a rendu juſtice à la
manière de cet Ecrivain , qui eft pure &
élégante , & qui ne manque cependant ni
de profondeur ni d'énergie ; forte de mérite
qui ne ſe rencontre pas toujours dans
un même Auteur.
De tous les Hiftoriens , celui qui feroit
le plus en état de garantir l'authenticité des
faits qu'il avance , feroit fans contredit le
meilleur , & celui qu'il faudroit préférer
aux au res . Nous n'en exceptons pas même
la partie du ftyle , quelque cas que l'on
doive pourtant en faire.
Aujourd'hui que l'on a le droit d'être
plus exigeant en fait de ftyle , on va fouvent
trop loin , en reprochant à ce genre
de n'être pas allez animé. On devroit cependant
concevoir qu'il n'en eft pas d'un
pareil Ecrit comme d'un Ouvrage de pure
imagination , où l'Aureur , toujours maître
de fa matière , peut aller auffi loin qu'il
lui plaît , & dans lequel il eſt toujours fûr
de faire affez bien, toutes les fois qu'il ne
bleffe ni les loix du goût ni celles de la
raifon . L'Hiftorien, au contraire, fans celle
dins la crainte de fubftituer fes idées particulières
aux faits & à la vérité ; obligé
de s'arrêter pour confulter perpétuellement
; refroidi par la néceffité de vérifier .
à grands frais chacune de fes affertions
voit renaître à chaque inftant les obftacles
qui ralentiffent fa courfe ; fa marche eſt
A s
10 MERCURE
néceffairement pénible & gênée , & for
effor forcément fufpendu .
Nous ne craignons pas de dire que M.
Lévefque a évité les inconvéniens que le
genre préfentoit , fans rien perdre de l'exactitude
qu'il exige ; il marche perpétuellement
appuyé fur des autorités nombreuſes ,
& qu'il puife dans les meilleures fources. >
Il ne s'eft épargné aucune des recherches
qui pouvoient tendre , au but qu'il fe propofoit
d'être exact . Loin de rien prendre
fur lui , il indique toujours le principe
d'où il part ; les citations , toujours renvoyées
au bas de chaque page , ne nuifent
ni à l'intérêt ni à ia rapidité de la narration
: il en réfulte , au contraire , une touche
franche & vigoureufe qu'on aime à
remarquer dans des tableaux que l'on défire
de retrouver fidèles , lors même que
l'on s'étoit d'abord cru en droit d'élever
quelque doute fur leur entière exactitude .
Nous engagerons ceux qui voudroient
avoir une idée de l'Ouvrage , & qui ne
connoîtroient pas le ftyle de l'Auteur , à
lire l'Introduction qui eft en tête du 1er
Volume , & qui l'occupe en grande partie ;
nous ofons leur promettre que ce te ef
quiffe rapide des révolutions de la Monarchie
, pendant près de fix fiècles , leur donnera
le défir de voir Ouvrage entier .
L'Hiftorien , après avoir peint rapidement
, dans la première partie de fun Introduction
, les principaux évènemens qui fe'
DE FRANCE. IT
و د
"
رد
font paffés fous la feconde race , tels que
l'incurfion & l'établiffement des Normands;
l'origine , la rigueur & les effets de la féodalité
; la forme des anciens jugemens , les
épreuves & les combats qui en étoient la
fuite ; trace d'une manière tout à la fois
touchante & énergique, le tableau des malheurs
auxquels le Peuple étoit alors dévoué.
On ne peut s'arrêter fans émotion fur la
peinture de ces temps , où les Cultivateurs
étoient divifés en trois claffes , qui
» ne différoient , entre elles , que par le
degré de misère : la plus nombreuſe &
» la plus infortunée étoit celle des Serfs
» que long- temps leurs Maîtres eurent le
pouvoir de faire mourir à leur gré , &
dont le meurtre ne fut puni , dans la ,
fuite , que d'une légère amende . A la
» moindre faute , au plus léger ſoupçon
» ils étoient appliqués à la torture ; leur
tete rafe étoit le figne diftinctif de leur
abjection ; ils ne pouvoient fe mentrer
» aux yeux même des inconnus , que comme
des victimes dévouées au mépris .
Un vêtement , une nourriture que l'in-
" térêt arrachoit à l'avarice , étoient tout
» le prix de leurs fouffrances ; s'ils avoient
» un pécule de leurs Maîtres , ils n'avoient
» pas la propriété de leurs épargnes , & .
" ils étoient vendus en même temps que .
la terre avec les beftiaux , moins miférables
qu'eux leurs enfans ne naiffoient
que pour hériter de tous les maux de
A
"
"
"
"
12 MERCURE
» leurs pères ; & avant de voir le jour ,
» ils étoient confacrés au malheur ". "
La feconde claffe étoit celle des Villains
atrachés à la glèbe , & fuivant comme les
Serfs le fort de la terre dont ils fembloient
faire partie. La Loi leur accordoit la propriété
des fruits que les Seigneurs , dit M.
Lévefque , favoient bien leur ravir.
On nommoit libie la claffe des Habitans.
de la campagne , qui pouvoient louer leurs
bras & poll der quelques morceaux de
terre. Ces trois claffes Lont clairement défignées
dans un Capitulaire de Charlemagne
, fous la dénomination de Servi , Coloni
, Fifcalini.
Mais l'alerviffement du Peuple étoit-
» il un droit des Seigneurs , & formoit il
» la Conftitution de Etat ? Ceft , répond
l'Hiftorien , demander fi le renverfement
» du premier de tous les droits peut de-
» venir un droit lui-même ".
99
Le commencement de la troisième race ,
jufqu'au règne de Philippe de Valois , occupe
la feconde pattie de l'Introduction.,
Un moment inéfeffant , à cette époque
de notre Hiftoire , eft celui de la formation
des Communes & de l'origine de la Bourgeoife
, ou, ce qui eft la même chofe , l'af
franchiffement de ceux qui avoient le privilége
d'habiter l'intérieur d'une ville fermée
de murs.
La Légiflation établie pour régler l'exiftence
civile de ces Bourgeois , tenoit encore
DE FRANCE. 13
29
90
"
de la barbarie. » Les degrés des crimes
étoient encore évalués en argent , & le
fcelerat pouvoit calculer d'avance quelle
portion de fes riche!fes il auroit à facri-
» hier pour payer le droit de fe rendre
» criminel...... Les moeurs étoient dures
" & féroces ; la Loi lailfoit aux maris le
» droit de battre lurs femmes , pourvu
" qu'ils ne les tuallent pas .... Il y
avoit même des pays où un mari pou-
" vot tuer fi femme avec affurance de
Timpunité. Suivant les établiff, mens ou
" Loix de Bordeaux l'époux meurtrier
" juroit fur le corps de Saint Séverin ,
» que ce n'étoit pas à deffein qu'il avot
» tué fa femme , & qu'il étoit faché de fa
» mort ; il étoit quitte de toute peine ,
» cenfure & excommunication . Joindre
le parjure à la feélé a effe , c'étoit un
» moyen affuré de braver les Loix « .
>>
>:
» fcélérateffe
Le mérite de M L ... eft d'avoir trouvé
le moyen , dans un efpace beaucoup plus
refferré qu'on ne l'avoit fait encore , de
préfenter non feulement les mêmes évènemens
, mais d'avoir encote , au moyen de
fes recherches multipliées , relevé quelques
erreurs , & fait connoître des faits qui
avoient échappé à fes prédéceffeurs. Il fuffiroit
, pour prouver ce que nous avançons ,
de citer ce qu'il dit au fujet de la fin tragique
de Cliffon , foupçonné d'intelligence
avec Edouard , arrêté fous les murs de
Vannes , & conduit à Paris , où il fur dé
14 MERCURE
}
capité. Nos Hiftoriens paroiffent douter
qu'il fût coupable.
M. L ...... nous femble avoir réuffi à
lever tous les doutes , en rapportant les
termes d'une lettre d'Edouard lui-même à°¨
fon propre fils , dans laquelle il lui apprend
que Cliffon & quelques Barons Bretons
s'étoient donnés à lui avec leurs villes
& fortereffes. Enfin , ce qui achève de
jeter le plus grand jour fur ce trait hiftorique
, & de laver en même temps Philippe
de l'injuftice qu'on lui imputoit , c'eft
la peine que caufa à Edouard le fupplice
de Cliffon & de fes complices .
C'est avec le même avantage , à ce qu'il
nous femble , que M. L... ofe combattre ,
comme on le verra dans le cours de l'Ou-“
vrage , l'opinion reçue au fujet du dévoue- `
ment des Bourgeois de Calais .
2
C
Le fecond Volume comprend le règne
du Roi Jean , celui de Charles V , & partie
de celui de Charles VI . Ainfi on doits'attendre
à voir au nombre des évène- ·
mens les plus intéreffans de ce Volume
la malheureufe bataille de Poitiers , la captivité
du Roi , qui en fut la fuite , & la
pofition critique du Dauphin , tant que
dura cette captivité ; la faction du Prévôt
des Marchands , Marcel. La mort de ce
féditieux eft racontée avec des circonftances '
nouvelles , & appuyée fur des preuves authentiques
qui ajoutent à l'intérêt de cette
lecture.
DE FRANCE. BS
Le règne de Charles VI occupe tout le
troisième Volume , & c'eſt affez dire qu'il
promet de l'intérêt au Lecteur . Un Roi
livré d'abord par fa grande jeunelle à des
impulfions étrangères , foible dans l'âge où'
l'on devroit naturellement ceffer de l'être ,
bientôt après dégradé même de la condition :
d'homme , par une aliénation prefque to- .
tale de fes facultés intellectuelles , & ne
confervant enfin , dans les dernières années
de fa vie , que l'ombre d'une fouveraineté
qui appartenoit plus réellement à l'Ufurpateur
de la France qu'à fon hef légitime,
offre feul à l'imagination un (pectacle fait
pour exciter un fentiment peu ordinaire.
de pitié , d'étonnement & de curiofité.
Quand on penfe à l'influence qu'un Prince.
auffi malheureuſement difgracié de la Nature
, peut cependant avoir fur tout fon
règne , c'est- à -dire , fur la foule d'hommes
condamnés à vivre fous fa loi , l'intérêt fe.
change en terreur , l'oeil frémit à chaque
page qu'il parcourt , & l'on craint autant,
que l'on défire de voir paffer fucceffivement
cette fuite effravante de tableaux.
qui font l'ouvrage involontaire , mais trop
réel , d'un feul homme ; d'un homme qui
n'a d'autre tort que celui d'occuper une
place d'où le repouffoient également la
Nature & la raifon.
Le quatrième & dernier Volume contient
le règne de Charles VII. Ce nom
feul rappelle des évènemens fort extraor
16 MERCURE
dinaires , & des noms que le fouvenir doit
à jamais perpétuer dans la mémoire des
hommes.
L'Hiftoire , non moins vraie qu'incroyable
, de la malheureufe Jeanne d'Arc , eft
racontée avec cet intérêt inféparablement
attaché à fon nom. On ne fe dalle point
de répéter combien étoit piquant & fingulier
le délire religieux qui enflammoit
cette femme à jamais refpectable pour les
François . Le bonheur inoui avec lequel on
vit fouvent fon enthoufiafme juftifié , fembleroit
n'offrir qu'une fuire de faits fabuleux
à ceux qui veulent que le vrai même
foit vraisemblable .
A peine Charles VII eur i vu pacifier
l'intérieur de fon Royaume ; & fur- il rentré
dans fes droits , qu'il porta fon activité
fur toutes les parties de l'Adminiftration .
Comment tant de force peut-elle fuccéder
à tant de foibleffe ? C'eft une réflexion
qui fe préfente naturellement à l'efprit ,
& que M. L.... fe fait à lui -même. Il y
a de la profondeur dans la folution qu'il
donne de cette efpèce de problême.
»
~
2
" On trouve , dit - il , dans le coeur humain
, la caufe de ce phénomène , furprenant
en apparence , naturel en effet.
La plupart des hommes , & fur tout
» ceux qui ont une ame douce , capables
du courage qui brave les dangers , n'en
» ont plus quand il faut braver l'afcendant
squ'ils ont laiffé prendre fur eux . Ils s'ex-
ןכ
DE FRANCE. 17.
» poferoient à la mort fans frémir ; mais
» un mot , un regard les fubjugue : avec une
» ame valeurenfe , ils ont un caractère ti-
» mide ; intrépides contre les ennemis , ils
" font lâches contre l'amitié . Tel étoit
» Charles VII ; ce Prince que nous avons
" vu devant Montereau affronter les phis
" grands périls , s'étoit laiffé foumettre en
" efclave par les Louvet , les Giac , les
Beaulieu , les La Trémouille ...
32
"
» Il n'auroit été qu'un Roi fans vertu ,.
fi Richemont l'eût abandonné à la do-
» mination de fes tyrans : il devint en Mo-
" narcue refpectable, quand, par une heureufe
violence , fon Connétable l'eut ren-
∞ du à lui même " .
· Ce Prince mourut à l'âge de cinquanteneuf
ans , après en avoir régné trente-fept.
L'opinion la plus commune eft qu'il refufa
pendant plufieurs jours la nourriture qu'on
lui préfentoit ; efpèce de fupplice qu'il
n'avoit certainement pas mérité , & qui le
conduifoit , par une autre route , au but
qu'il vouloit fuir. Il cut , comme Henri IV,
fon Royaume à conquérir ; il aima fon
Peuple comme lui ; il fit , comme lui
» chérir fa clémence , & mérita , comme
lui , le reproche de n'avoir pu vaincre
» dans l'une & l'autre fortune fon penchant
pour l'amour & le plaifir....
" I fentit que la gloire véritable & le
" devoir des Souverains cft de travailler
» au bonheur des Peuples , & non de por-
"3
93
22
18 .
MERCURE
T
» ter la terreur chez les autres Nations .
Cet Ouvrage fait honneur au talent &
aux connoillances de M. L ..... Il fe lit
avec intérêt ; aucun des objets qu'il eft
important au Lecteur de connoître , n'y eft
oublié ; & les changemens confidérables
apportés à notre Conſtitution , notamment
à l'époque de notre Hiftoire que l'Ecri
vain a choifie , offrent un tableau que les
circonftances actuelles peuvent rendre plus
piquant encore.
il feroit à défirer que chaque partie féparée
de l'Hiftoire d'une Nation pût être
traitée avec cette recherche fcrupuleuſe ,
& fur tout cette bonne foi . Cette partie
importante de la Littérature offriroit moins
d'erreurs , ou du moins on ne pourroit
imputer celles que l'on foupçonneroit de:
s'y être gliffées , ni à la partialité , ni à la
négligence de leurs Auteurs .
Le dernier Volume eft terminé par une
Table raifonnée des matières , faite avec
beaucoup de foin , & au moyen de laquelle
on peut vérifier ou confulter fur le champ'
& à volonté la multitude des faits épars
dans le cours de l'Ouvrage.
( Cet Article eft de M. A ….. )

DE FRANCE. NCE.
EUVRES complètes de M. PERRONET,
Chevalier de l'Ordre du Roi , fon Architecte
, & premier Ingénieur pour les
Ponts & Chauffées ; des Académies
Royales des Sciences de Paris , Stockholm
, de la Société Royale de Londres
, &c. Nouvelle édition , augmentée
des Ponts de Château- Thierri , de Brunoi
, de celui projeté pour Saint-Pétersbourg,
&c.; d'un Mémoire fur les Cin-
& d'un autre fur les Eboulemens
des terres , &c.; pour fervir de Complé
ment à l'Architecture Hydraulique. L
Vol. in-4° . de Difcours , 1 Vol. in-fol
de Planches ; avec le Supplément du
dernier format. De l'Imprimerie de F. A.
Didot. A Paris, chez Didot fils aîné , &
Jombert jeune , Libr. rue Dauphine .
1
ر
tres
APRÈS avoir rempli une longue & brillante
carrière ; après avoir laiffé à l'Art
qu'on a cultivé les plus riches monumens ,
il n'eft rien de plus glorieux , de plus urile
an Public que de le mettre dans la confidence
des procédés qu'on a fuivis , d'inftruire
par des préceptes ceux même qu'on
a enrichis de Chef d'oeuvres ; c'eft rendre
20 MERCURE
fon talent deux fois profitable à la Société.
C'est ce qu'a bien voulu exécuter M. Perroner.
Nous n'entreprendrons pas ici l'éloge
de ce célèbre Artifte. Ses nombreux fuccès
l'ont beaucoup mieux loué que nous ne
pourrions le faire nous-mêmes ; nous nous
bornerons à nous féliciter de ce qu'il a bien
voulu éclairer , par fes confeils , un Art
dont il a furpris tous les fecrets.
Comme l'a dit M. Perronet , de toures
les Productions de l'Architecture ancienne
, les Ponts font les ouvrages les moins
connus. Par le local , qu'ils occupent , ils
échappent à l'examen ; &z leur entière conftruction
cache les moyens qui ont ſervi
à les élever ; ils difparoiffent même aux
yeux des Gens du métier , pour qui la
théorie en ce genre eft abfolument infuf
fifante. D'après cela , on conçoit combien
doit être utile la publicité de cette précieufe
Collection . Outre les Ouvrages connus
de M. Perronet , il entretient fes Lecteurs
du Pont de pierre qu'on vient de
commencer vis- à-vis la Place de Louis XV ;
du projet d'une Arche en pierre de 150
pieds , en portion d'arc , dont le cinte
primitif doit avoir plus de 200 pieds de
rayon , & celui des têtes 300 pieds , qui
doit être conftruite fur un des deux bras
de la Seine , à Melun.
M. Perronet a joint à cette édition plufieurs
Mémoires très-inftructifs ; il a fait à
DE FRANCE. 21
beaucoup d'Articles des additions & des
corrections néceffaires , & le nombre des
Planches eft confidérablement augmenté ;
telle eft la fupériorité de certe édition fur
les précédentes : le mérite des ouvrages
qu'elle contient , eft depuis long - temps apprécié
( 1 ).
LA Logique adaptée à la Rhétorique ; par
le Père LE BRETON , Clerc-Régulier
Théatin. A Paris , chez J. L. Pichard ,
Libraire , quai des Théatins ; à Rennes,
chez Robiquet ; & à Tulle, chez Chirac.
Il est bien étrange que dans prefque
toutes les Ecoles publiques on cherche à
perfectionner l'Art de la parole avant celui
du raifonnement. Ce n'est qu'à la fin des
études qu'on met fous les yeux des jeunes
Elèves une Logique infuffifante , obſcure ,
& fouvent fauffe , qu'on oublie avec d'autant
plus de facilité , qu'on a plus de juftelle
dans l'efprit la Logique fondée ſur
la méthode , cet inftrument le plus fûr de
la raifon humaine , eft aufli néceffaire au
:
( 1 ) Le prix de la nouvelle édition de M. Perronet
eft de 92 liv. le Volume in - 4°. relié en
veau , & l'Atlas broché en carton ; celui du Supplément
à l'ancienne édition , 36 liv. broché en
carton .
22 MERCURE
Poëte & à l'Orateur qui excite & peint .
les paffions , qu'au Philofophe qui obferve
leurs caufes & leurs effets. Le génie des
Beaux- Arts a fa méthode fecrète ; elle n'en
eft pas moins fûre, quoiqu'elle foit plus rapide.
Le plus univerfel & le plus profond
des Ecrivains de l'Antiquité fut tracer , de
la même main , les règles de la Logique &
de la hétorique . C'ett une nouvelle raifon
de réconcilier ces deux Arts , & de les
réunir dans un même plan d'inftruction .
L'Ouvrage que nous annonçons fur ce
fujet a d'abord le mérite fot rare d'être
court , fimple , & clair ; & c'eft le genre
d'éloquence le plus propre aux enfans pour
lefquels il eft deftiné . Ceux même qui écrivent
aujourd hui oublient trop que les
Lecteurs de tout âge font plus ou moins
enfans à cet égard . On lira le Chapitre fur
la Méthode , & plufieurs autres, avec un
grand plaifir , même après . Condillac . Ecoutons
l'Auteur lui même .
و د
» La méthode eft l'art de ranger chaque
» chofe à la place qui lui convient le
» mieux . Dans les Ouvrages d'efprit , la
„ méthode n'eft que le goût elle n'eſt
» pas , à la vérité , le goût qui enfante &
qui apprécie les beautés d'ornement ;
mais elle eft le goût qui règle l'ordre
» dans lequel les différentes parties d'un
» Ouvrage , d'un Difcours , les raifons , les
» preuves & tous les moyens doivent fe
développer pour faire plus d'effet . Elle
"
DE FRANCE, 23
"
33
??
n'eft pas le goût qui colorie , mais elle
eft le goût qui detine , qui trace les
formes, qui élève les grandes mafles &
qui les appuie ; en un mot , le goût qui
" crée la beauté de raifon , la beauté d'en-
" femble : c'eft elle qui difpofe les refforts
» dont on veut faire ufage pour plaire , inf-
» truire & perfuader.
» Le talent de la méthode dans l'Ora-
» teur doit être un don de la Nature ; car
» ce feroit une erreur de ne la croire
qu'un Art de routine , qui confifte à pla-
» cer une partie avant l'autre . Il n'eft pas
" rare de trouver des Orateurs obferva-
» teurs fcrupuleux de ce que les règles
preferiyent à ce fujet , & qui font fè-
» chement méthodiques , & méthodique-
» ment ennuyeux «
"
93
Il ajoute plus bas :
"3 L'homme éloquent réfléchit fur fes
propres fenfations , pour apprendre à en
exciter dans les autres : il fait attention
» aux moyens par lefquels on les con-
» vainc , aux refforts qui les touchent , &
il s'y prend de la même minière pour
» convaincre & toucher les autres . Il ob-
» ferve autour de lui comment les hom-
‹ » ' nies s'émeuvent & fe calment ; & il ſuit
» les lecos de la Nature même , toujours
préférables à celles de l'Art , qui n'eft
parfait qu'autant qu'il la rend avec fidé-
> lité ".
رد
93
Dans tous les Chapitres , on trouvera des
24 MERCURE
"
·
morceaux écrits avec la même élégance &
la même netteté. Si la raifon de l'Auteur
s'eft perfectionnée dans les Ouvrages élémentaires
de Port Royal , dans ceux de
Locke & de Condillac, elle n'y a point acquis
de séchereffe. C'est avec fon imagination
qu'il juge les chef-d'oeuvres de l'imagination.
Il cite fouvent La Fontaine.
& l'on voit que fon ame a dû jouir des
beautés fimples & naïves de ce grand Peintre
de la Nature . Au refte , M. Le Breton
a le droit de donner des leçons : il a longtemps
profeffé la Rhétorique dans le Collége
de Tulle , qui eft remis aux foins de
MM. les Clercs - Réguliers Théatins : leur
exemple eft digne d'être fuivi . Remarquons
en paffant , que plufieurs des Ordres Religicux
qu'on a fi fouvent outragés , cherchent
, depuis quelques années , tous les
inoyens de fe confacrer à l'utilité publique,
Ils s'empreffent de fignaler leur patriotifme
& leur zèle , & femblent devancer , par
leurs voeux, celui que formera peut- être la-
Nation affemblée en examinant tous les
abus & tous les remèdes. Quoi qu'il en
foit , l'Auteur de cet Ouvrage peut ajouter
un nouvel éclat au Corps juftement eftimé
dont il eft Membre , & qui a produit plus
d'un homme célèbre.
LETTRES
DE FRANCE. 25
LETTRES d'un Vieillard à un jeune
Homme qui entre dans le monde ; in - 12'
Prix, 1 liv. 16 fous broché. A la Haye ;
& fe trouve à Paris , chez Belin , Libr.
rue S. Jacques.
St
L'AUTEUR de ces Lettres n'ayant voulu
écrire ni un Roman , qui auroit demandé
une intrigue fuivie , ni un Traité de Morale,
qui eût exigé un plan régulier , a pris
la forme épiftolaire pour communiquer des
fentimens honnêtes & des leçons utiles
à un jeune homme qui entre dans I
monde. Si le vieillard retrace fes propre .
foibleffes , c'eft pour indiquer à fon jeun
ami les moyens d'échapper aux même
dangers. Tantôt il l'éclaire fur l'amour
tantôt fur les illufions de la gloire. Il lug
donne des avis utiles fur le choix d'une
profeilion , ou des confeils fur la manière
de voyager. La politique & l'économie
trouvent leur place dans ces Lettres ; &
l'Auteur y développe fouvent des idées qui
annoncent un efprit qui fait méditer , &
un coeur qui aime le bien de l'humanité.
Quant au ftyle , il eft naturel , fage , &
correct. Voici un endroit , pris au hafard ,
qui peut en donner une idée. L'Auteur
parle des riches & des grands qui mépri-
Nº . 14. 4 Avril 1789. B
26. MERCURE
9)
» fent les talens & les Arts . C'eft à un
préjugé femblable qu'eft dû l'éloignement
» que nous voyons à tant de Nobles , pour
la profeffion que fuivoit Hippocrate, pour
» celle qu'exerçoit Cicéron , Hortenfius ,
qui tous deux ont été les chefs de cette
» famcufe République , la maîtreffe du
""
وز

"
» Monde ".
و ر
" Eh bien , mon ami , laiffez les hom-
" mes vains fe complaire dans leur orgueilleufe
nullités méprifez leur opinion , &
» ayez le courage de fervir l'humanité ,
foit par vos talens , foit par des vertus
» actives. Songez qu'il n'eft permis à nul
individu d'exifter dans la Société fans :
" concourir à fon bonheur , à fon har-.
monie ; que l'oifiveté eft un vol que l'on
fait à fes femblables ; que jouir tranquillement
de ce que nos ancêtres ont
créé , fans rien ajouter pour nos defcndans
, c'eft fe rendre coupable envers
la Poftérité , qui peut nous demandar
compte de notre féjour fur la terre .
ور
ور
""
ور
L'obfcur compagnon qui a défriché
» un champ , defféché un marais „ plantéj
un verger , a plus fait pour l'efpèce humaine
, que ces inutiles confommateurs ,
qui ne favent qu'humilier. l'indigence ,
» & diffiper les fruits de l'induſtrie «.
ور
33
Y
DE FRANCE.
27
LES Aventures comiques & plaifantes
d'Antoine Varrish , traduites de l'Anglois
, avec Figures. 4 Parties , petit
format. A Paris , chez Regnault , Libra
rue Saint-Jacques.
CET Ouvrage , pour le ton , eft dans le
genre du Roman comique de Scaron . L'Auteur
, dont le but est de peindre les moeurs
du Peuple Anglois , donne à fon Héros
une foule d'aventures dont il est toujour
la dupe,, parce qu'il juge tous les hommes
d'après fon coeur fimple & ingénu . Après
avoir traîné fa mifère dans les dernières
claffes de la Société , il entre au fervice
d'un riche Négociant retiré , il y devient
amoureux de la nièce , parvient à s'en faire
aimer , & l'épouſe après la mort de l'oncle
, dont elle eft l'unique héritière .
Ce dénouement eft trop brufqué pour
être vraisemblable. Dès que Varrish eft entré
chez fon Maître , il devient amoureux ;
il compofe une Romance où il déclare fon
amour , & bientôt il trouve à la fuite de
fes vers , qu'il a laiffés dans fa chambre ,
d'autres vers qui répondent très-favorablement
à fa paffion . Le Traducteur , ou l'Auteur,
avoue lui- même, dans une note , que ce
B 2
28 MERCURE
nouement eft très - romanefque ; mais il
ajoute qu'il eſt véritable , à quelques circonftances
près . Dans la vérité hiftorique , Varrisha
demeuré plufieurs années chez M.Walman
, & celui- ci , en reconnoiffance d'un
grand fervice , l'avoit placé chez un Négociant
long- temps avant la mort. Mais l'Auteur
auroit pu voir que l'Hiftoire , ainfi racontée
, avoit plus de vraisemblance que le
Roman . Au moins Varrish , avant d'être
heureux , avoit changé de fortune & d'état.
Dans le Roman comme dans l'Hiftoire ,
Varrish fauve la vie à fa maîtreffe ; mais
celle-ci a répondu auparavant à l'amour
du Valet de fon oncle , ce qui n'eft pas fort
délicat .
Au refte , par le cadre adopté dans ce
Roman , l'Auteur fait paffer fucceffivement
fous les yeux de fes Lecteurs , une foule
de perfonnages , dont plufieurs ont beaucoup
de vérité , avec une phyfionomie originale
; il y a de la variété dans les aventures,
& des fcènes réellement plaifantes .
I
t
DE FRANCE. 29
VARIETÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
COMME Votre Journal me paroît être depuis
quelque temps l'heureux dépofitaire des actions
qui ne peuvent faire qu'honneur au coeur humain
, voulez-vous bien me permettre d'y occuper
auffi une place ; & lirez-vous avec bonté le triſte
récit que j'ai à vous faire ?
Mais , hélas ! que ma plume eft foible pour
foulager mon coeur du poids qui l'oppreſſe ! Je
voudrois avoir le talent de pouvoir remuer toutes
les ames , de leur faire partager avec moi le plaifir
que je trouvé à me mettre au lit , quand je
puis me dire ..... Voilà encore un jour
mais il n'a pas été inutile ..... Tu peux dormir.
.....
Venons à mon récit .... O femme ! que vastu
dire ? & contre qui veux-tu efïayer tes forces ?
Crois -tu avoir l'honneur du combat prendsy
garde. Tes quatic luftres ne t'ont pas donné
affez d'expérience pour traiter un fi grand fujet.
La Fontaine pourroit bien avoir dit vrai La
raifon du plus fort fera toujours la meilleure .
N'importe ; c'eft mon caur , avant tout , qu'il
faut contenter. Commençons donc.
Allant à la campagne il y a quelques jours ,
B 3
30. MERCURE
2
& ayant été obligée de m'arrêter pour relayer ;
& faire relever les foupentes de ma Berline qui
en avoient befoin , je profitai du temps que cela
demandoit pour faire quelques pas à pied , & me
délaffer d'être allife . Je laiffai là mes Gens , &
leur dis qu'ils me rattraperoient fans beaucoup
de peine , quand tout feroit prêt . J'emmerai
mes deux Femmes avec moi , & nous voilà cheminant.
Il y avoit à peu près un quart- d'heure que fe
marchois , lorfque j'apperçus de loin un groupe
d'hommes ; mais comme j'ai la vue baffe , je ne
pouvois diftinguer les objets . Je me fentis féulement
tremblante , & il me fembloit que j'avois
le coeur frré. N'en pouvant deviner la caufe ,
je me hâtai d'avancer , en regardant de tous mes
yeux enfin , étant allez près , je vis clairement
que c'étoient des Gardes - Forêts , qui tenoient
entre eux un miférable attaché par les mains ; il
avoit le vifage inondé de larmes , & paroiffois
malheureux plutôt que criminel. Mon Dieu , que
j'en fus attendrie !
Ne pouvant voir ce fpectacle de fang froid , je
m'adreffai à l'un d'eux , & lui demandai ce qu'avoit
fait cet homme ? Pour toute réponſe , il le
fit retourner; & je vis qu'il portoit derrière lui
un lapin qui pouvoit valoir 18 f. A cette vue , je
reftai immobile : le rouge & la chaleur me moptèrent
au vifage ; mais ma vivacité ordinaire reprit
toute la force , & je réfolus de fauver encere ce
malheureux . Je dis encore , car il y avoit très - peu
de temps que , fur la même route , j'en avais
fauvé un d'un péril bien plus grand ; puifque fans
moi , peut - être , auroit- il péri fur un échafaud .
Mais revenons au préfent.
Je demandai au malheureux : Qui es- tu ?
DE FRANCE. 31
pourquoi t'expofer à un pareil traitement ? L'infortuné
me regarde , & me dir : Hélas ! Madame,
je fuis pauvre , & père . La faifon a été fi dure
depuis long-temps , que je n'ai pú treuve d'ouvrage
d'aucun genre . Je fuis Paveur de mon
métier , & vous favez , Madame , que les froids
ont été trop grands & les neiges trop fortes
pour que je puffe gagner ma miférable vie. Si
j'étois feul , hélas ! je ne paroîtrois pas devant
vous en criminel ....... O ma femme ! c'étoit
pour te fauver la vie .......... Vous avez une
femme Out. Madune , & qui vient d'accoucher
de deux e fans , & quarte autres que j'ai encore
qui font fans pain &ometrrent de froid ..... !!
Un profond foupir achera de m'apprendre le
refte..... A " ce trifte récit , mon car fe dechire
...... Mats , luf dis-je , vous n'avez donc
pas conté à ces Meffieurs vos peines ? ils font
hommes, & par con équent ont un cecer capable
de bienfa fance bienfaifince ? ... ..
Ah ! Mada h vous vous trompez ; .... je leur
di dit la même chose qu'à vous .
,
ils ont
été fans pitié , & me traînent , de village en vil
lage , comme un criminel. Rien n'a pu les dé
farmer , pas même le tableau effrait de ma
trifle famille ; car ils l'ont vu . Quoi ! leur disje
' , vous avez vu fa femme en plcers , les enfans
, vous avez vu leur misère , & vous l'avez
emmere ? Vous n'êtes donc pas des hommes
puifque rien n'a pu vous attendrir. Allez , atlez
dans la Capitale , d'où je fors ; c'eſt la où vous
Werrez tous les coeurs euverts aux malheureux.
Lifez les Papiers publics , & vous connoîtrez les
devoirs de l'homme cavers fon femblable , vou y
verrez les bienfaits de chaque individu : grans
on petits , tous a l'envi donnent le double morceau
de pain qu'ils auroient bien encore inarge.
Je peux vivre avec un , difoit un molncurcak
B 4
32 MERCURE
.....
.......
"
qui travailloit à relever les neiges dans ma cour ;
l'autre reprenoit vivement : Je peux me paffer de
déjeûner. On ne craint point de mourir de faim
quand on eft sûr d'un repas. La bonté de notre
Roi a voulu qu'on nous l'affurât , en nous procurant
de quoi occuper notre temps . Aucun de
nous n'a péri ni de faim ni de froid , parce que
le travail qu'on nous procure tient toujours notre
fang dans une égale chaleur ..... Voilà ce que
je viens d'entendre . & vous , barbares la
feule occafion que vous trouverez peut-être dans
votre vie de faire du bien à votre femblable
vous la laiffez échapper , quand de plus infortunés
que vous, vous provoquent à les imiter : qui
pourra jamais vous en dédommager ? Ils reftèrent
tous muets : leur filence étoit déjà la preuve
du remords qui les tourmentoit.... Je m'en
apperçus ....... Ah ! je crois que dans ce moment
j'avois de l'éloquence .
Un d'eux
rompit le filence , & me dit : Je vois , Madame ,
que nous vous paroiffons des êtres abominables ;
mais faites-inoi la grace de m'entendre avant de
nous juger. Cet homme , il est vrai , eſt à fa
première faute ; mais il a enfreint la Loi , & je
ne l'ai pas vu feul ...... A ce mot de feul , je
reculai un pas , & le regardai fixement ; il vit
que je l'avois compris. Eh bien ! lui dis-je, voyons
tous enfemble ce que nous pouvons faire pour
délivrer ce père infortuné . Il regarde fes camarades
d'un air de pitié , & leur dit : Mes amis ,
que penfez - vous ? ne voulez- vous pas partager
avec moi le plaifir de faire quelque chofe pour
Madame la Comteffe de **** ? j'avois dit mon
nom. Deux répondirent : Ce que vous ferez fera
bien. L'autre ne difoit mot , & fit un mouvement
de tête qui ne m'annonçoit pas qu'il y confen
tît.... Je vis bien qu'il falloit m'armer d'un
nouveau courage........ Monfieur , lui dis-je .
1
DE FRANCE. 33
puis- je interpréter votre filence en ma faveur ?
Madame , me répondit-il , fi ces Meffieurs veulent
fe faire punir , moi je ne veux pas l'être
pour eux , & j'en ferai mes plaintes : la Loi eft
formelle, & je ne l'enfreindrai pas ; d'ailleurs ,
mon métier eft mon gagne- pain , & je ne puis
perdre ce qui doit me revenir de ma prife...
Je me fentis embrafée de colère...
Quoi !
lui dis - je , monftre , tu veux que pour toi feul
cet infortuné feit traîné dans les prisons , qu'il
fubiffe un jugement honteux , & peut - être qu'il
perde fa liberté pour toujours ? ..... Tu ne vois
donc pas cet homme , dans le fond de fon cachot
, te reprochant fon malheur , & maudiffant
à la fois , toi , ta race , & tes Loix ? Crois - tu
aufli que tes camarades t'en eftimeront davantage,
quand ils auront à te reprocher de les avoir
privés de faire une action fi digne d'eux , puifqu'ils
font hommes ? . .. Ta Loi.... quelle
eft-elle , & qui t'a dit que Dieu l'a faite !...
1
Parle en peux - tu reconnoître une autre que la
fienne , qui défend de faire à autrui ce que tu
ne voudrois pas qu'on te fit ? ....... Ta Loi !
homme foible & vil ! tu crains de déplaire aux
hommes , & non à ton Dieu ..... Tà Loi ! ...
qui l'a faite des Tyrans, des hommes vains , des
Grands enfin , qui n'ayant pour toute occupation
que leurs plaifirs , ignorent qu'il y a des malheureux
qu'un fecours fi foible peut-être racheteroit
du trépas ..... Ta Loi , dis-moi , n'a donc
pas de diftinction ! le pauvre , le malheureux ,
l'infortuné , tous doivent donc fubir le même
fupplice ? Ton Prince , s'il en eft un , t'a-t-il dit
de traiter le véritable pauvre comme le criminel
? ..... Non , ... il ne te l'a pas dit ; & s'il
le favoit , c'est toi qui fubirois le châtiment.
Mais , dis - tu , on nous a vu l'arrêter ………….
Qui……… on t'a vu…………… je veux le croire ...
B
4
34. MERCURE
Mais , comme bien d'autres , ne peux - tu t'être
trompé ne t'eft il pas permis d'en avoir du
regret ? Regarde ces hommes d fenfeurs de la
vraie Loi , qui , s'étant laiffé abufer par de fauffes
préventions , font les premiers à le faire connoître
à la Nature entière ....... Craigner t- ils
le préjugé ? ont- ils peur d'être blâmés Non . Ils
font hommes , & par conféquent fujets à l'erreur.
Ah ! qu'ils font précieux ces êtres vraiment bons ;
mais au fi qu'ils font rares , & combien , en mon
particulier , je leur rends d'hommages ! Avec :
quels délices je dévore leurs Ecrits , leurs tra- -
vaux ! .. Oui…………. fi j'étois plus qu'une
femme , je ferois élever à chacun d'eux un Temple
; & c'eft à que j'enverrois le Juge fe recueillir
avant que de prononcer fur la vie de
fon femblable .
Mais je m'égare , & tour mon fang s'allume.....
Eh bien ! dis , que veux-tu faire de ce malheu
reux ? Allons , mon ami , aide-moi à le délivrer !
Sans toi je ne puis rien ... Tu baiffes la tête ....
ton coeur feroit-il rendu ? Ah ! fuis fon exemple;
ne balance pas ; viens lui ôter fes fers ! Regarde
comme il cft accablé fous le poids de fon repentir
, & comme il te fupplic par fon filence
même ..... Mon ami , car tu l'es devenu , puifque
tu es malheureux ... reprends courage
& tombe aux genoux de ces Meffieurs ; c'eſt à
eux fouls à qui tu dois ta liberté .....
.....
Lecteurs , partagez avec moi le bonheur
que
j'éprouve en ce moment. J'ai triomphé ; ils font
tous rendus , & font dignes de mà reconnoiffance
..... ils ont brifé fes fers ..... A ! ils
ont bien plus fait .... ils lui ont rendu, par leur
défaven , l'honneur qu'ils lui avoient ôté ; & moi
je me fuis trouvée heureufe de pouvoir jouir du
doux plaifir de lecher fes larmes , en partageant
DE FRANCE. 35
avec lui les faveurs dont la fortune a bien voulu
me douer ....
MONSIEUR , pardonnez - moi cette longue
Lettre ..... Mon coeur n'a pas encoré tout dit à
ce fujet ; ma's sit a pu vous intéreffer un moment
, il aura reçu le foul prix auquel il pulle
étre fenfible,
J.
( Par une Abonnée , de Genève. ):
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITU E L.
L y a long- temps que nous n'avons parlé
de ce Concert , qui n'a pas toujours befoin
de nouveautés pour être compofé de manière
à plaire au Public : mais ce font ces
nouveautés feules , quand elles . font piquantes
& qu'elles ont du fuccès , qui nous
paroiffent mériter que nous en rendions
compte Nous ne parlerons donc d'aucun des
talens qui fe font fait entendre dans le cons
de près d'une année, quoiqu'il y en ait plufieurs
qui foient dignes d'eftime & d'éloge ;
mais feulement de ceux qui ont brillé au
Concert du 25 de ce mois , & qui promettent
de grandes jouiffances aux Amateurs
B 6
36
MERCURE
pendant les trois femaines de vacance des
autres Spectacles.
que
Nous dirons d'abord un mot de Mefdemoifelles
Defcarfins , ces jeunes Virtuofes
le Public a vu avec intérêt s'élever fous
fes yeux , & dont il a pu juger les progrès
d'années en années. Un accident arrivé à la
harpe de l'une d'elles , les avoir empêchées ,
il y a quelques femaines , de terminer un
morceau qui faifoit déjà grand plaifir. Elles
ont pris leur revanche au dernier Concert ,
& ont exécuté ce même morceau un
Duo de Prati , dans lequel elles ont fait
connoître tout ce qu'elles ont acquis. On
a admiré dans l'aînée , la force , la netteté
, la précifion de fon jeu , & dans la
plus jeune , la grace & la douceur , qui
font plus analogues à fon âge.

On a vu reparoître avec intérêt , & l'on
applaudi avec tranfport M. Eck , premier
violon de l'Electeur Palatin , qui , trèsjeune
encore , a fait à Paris , il y a quelques
années , le premier effai de fes talens.
Il promettoit beaucoup alors , & l'on
peut
dire cependant qu'il a furpaffé les efpérances.
Un jeu fûr & intéreffant , une qualité
de fon fuperbe , une grande manière , avec
beaucoup d'exécution & de fenfibilité , forment
le mérite qui le diftingue. Il nous
a paru réunir fans conteftation le fuffrage
des Profeffeurs à celui des Amateurs.
DE FRANCE. 37

Mais ce qui avoit fur-tout attiré l'affluence
à ce Concert , étoit la célèbre Madame
Todi , cette virtuofe à qui nous devons
peut-être le goût , la connoiffance &
le premier modèle d'une bonne méthode
de chant. Ce n'eft pas qu'avant elle on
n'ait entendu ici des Cantatrices d'un grand
mérite ; mais foit qu'elles manquaffent de
te qui fait nous émouvoir , foit que nos
oreilles ne fuffent pas encore affez difpofées
, elles n'avoient fait qu'une impreffion
paffagère; elles ont préparé, fi l'on veut,
la révolution qui n'a été opérée que par
Madame Todi . Si les talens qui lui ont
fuccédé ont été plus goûtés qu'auparavant,
fi on en a mieux fenti tout le mérité , c'eft
peut- être à elle qu'ils en ont l'obligation .
On s'attendoit feulement à retrouver en
elle cette exécution brillante , ce même
charme d'expreffion qui avoient affuré fon
fuccès parmi nous pendant plufieurs années
; on n'en exigeoit pas davantage : on
a été bien furpris d'appercevoir des progrès
fenfibles dans fa manièere , plus d'art encore
dans fon exécution , & enfin tout ce que
l'exercice aidé de la réflexion & d'une bonne
école peuvent ajouter à un talent déjà fait .
Si celui de Madame Todi a fi bien réuffi
en France il y a quelques années , on juge
quel doit être fon fuccès lorfqu'elle l'y rapporte
ainfi perfectionné.
38
MERCURE
THEATRE DE M. ONSIEUR .
ONNa donné à ce Théatre , le 24 de ce
mois , la première repréfentation , d'un
Opéra bouffon , intitulé : J Filofofi Ja
ginari , mufique du célèbre Pailiello . Cet
Ouvrage , dont on a donné depuis quelques
mois une imitation en françois fur un petit
Théatre , & qui y réullit fort bien , ne
pouvoit manquer de plaire infiniment fur
celui de Monfieur , où fe trouvent réunis
le mérite des Chantears , celui de l'orcheftre
, & jufteffe des mouvemens indiqués
par le Compofiteur , dont on a confervé
la véritable tradition. Il a eu en effet un
très grand fuccès .
•pat
On a eu la plus grande attention à n'y
introduire aucun morceau étranger à la par
tition originale. Il eft donné ici tel qu'il a
été compofé en Ruffie , & d'après une co ,
pie revue par M. Paisiello lui - même.
Dans la Pièce Françoiſe , on a retranché
quelques morceaux , & l'on a ajouté un
Terzetto qui eft fort agréable , mais qui
eft del Signor Sarri. Dans la Pièce Italienne
on n'a rien voulu ajouter on a
feulement retranché du rôle de la première
DE FRANCE. 39
"
femme , une cavatine affez médiocre , qui
faifoit languir l'action fans offrir aucun dédommagement
; & un air de la deuxième
femme au commencement du fecond
Acte. Celui -là eft regrettable ; non qu'il
foit infiniment faillant , mais il étoit bien
en fituation , & far- tout il coupoit deux
dnos qui fe trouvent de fuite ; & il en
réfulte que llee ffeeccoonndd,, trop près du premier,
fait beaucoup moins d'effet.
Cette faute ne peut être excufée que par
la crainte que l'on a eue de trop charger
la jeune Débutante à qui l'on a confié ce
rôle. Déjà trop embarraffée par fon inexpérience
abfolue & par fon extrême timidité
, un nouvel air lui auroit fait courir
de nouveaux rifques dont il étoit prudent
de l'affranchir. Sa voix a paru intéreffante ,
elle a même des cordes fort belles ; mais
elle a befoin de travailler encore beaucoup.
pour s'affarer fur la mefure & fur l'intonation
. Elle manque auffi de maintien , ce
qui ne s'acquiert que par de l'habitude. On
l'invite à ne fe remontrer fur la Scène que
lorfque l'étude lui aura permis de développer
tous fes avantages naturels .
Les autres rôles ont été parfaitement
remplis. On a entendu avec autant de plaique
de furprife , Mademoiſelle Baletti
chanter tous les morceaux de la partitioni
fir
40. MERCURE
avec autant d'adreffe & de charme qu'elle
a coutume d'en mettre dans ceux qui font
faits exprès pour elle . Jufqu'à un duo tourà-
fait bouffon & qu'elle chante avec beaucoup
de chaleur & de gaîté ; elle a mis
par-tout la fineffe & l'efprit que comportoit
fon rôle.
Jufqu'ici on ne connoiffoit prefque M.
Rovedini que comme Chanteur férieux ,
ou au moins de demi-caractère . Il a , dans
cet Ouvrage , un role extrêmement bouffon
, & il en rend avec beaucoup de comique
& de gaîté les trois différens perfonnages.
Son air du premier Acte eft un
des plus jolis de la Pièce , & il le chante
parfaitement , ainfi que plufieurs folos &
duos dans les finals.
,
M. Rafanelli , fi fimple , fi naturel dans
Taddée , fi chaud & fi intéreffant dans la
Serva padrona , fi comique , en un mot
& fi vrai dans tous fes rôles , femble avoir
dans celui-ci un mérite particulier. On n'a
point d'idée de l'excellente bouffonnerie
avec laquelle il chante , fur- tout fon duo
avec fa fille , morceau qui a été applaudi
avec enthouſiaſme , & qu'on a fait répéter.
Nous ne nous lafferions pas de faire fon
éloge , fi le Public n'avoit pas déjà de lui
une opinion fupérieure encore à ce que
nous en pourrions dire.
DE FRANCE. 41
Le Poëme , écrit avec efprit & conçu
avec gaîté , a été arrangé d'une manière
plus raisonnable que ne le font la plupart
des Opéras Italiens'; en ajoutant ou retranchant
quelques vers , on a trouvé le
moyen de donner de la liaiſon aux Scèmes
, & de le rendre plus digne d'un
Théatre François . C'eft un fervice qu'il
fera bon de rendre , autant qu'il fera poffible
, à tous les Ouvrages en ce genre..
:
On trouve ce Poëme , avec la traduction
, au Théatre de Monfieur prix ,
une livre quatre fols. Elle eft faite fur
les mêmes principes & par le même
Traducteur que le Roi Théodore , dont l'édition
a été épuisée en fix repréfentations ;
ce qui n'étoit encore arrivé à aucun Opéra
Italien.
Dans le N°. prochain , nous donnerons
les autres Articles des Spectacles.
42 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
ONam Na mis en vente , chez Laporte , Imprimeur ,
rue des Noyers , N ° . 25 , le premier Volume du
Dictionnaire Encyclopédique de l Hiftoire Naturelle,
par MM . d'Aubenton, Mauduit , Olivier , Bruyère ,
& c. & c.
..... de la Théologie , par M. l'Abbé, Bergier ,
Confeffeur de MONSIEUR , Frere du Roi..
………… de la Grammaire & Littérature , par MM .
Marmontel , Beauzée , & c.
..... des Finances , par M. de Surgy , ancien
premier Commis du Contrôle général .
Les deux Volumes de l'Atlas Encyclopédique
compofés de 140 Cartes. -
La re. Livraiſon des Planches de l'Hiftoire
Naturelle , par M. l'Abbé Bonnaterre.
On les délivre foit en blanc, brochées on reliées.
Il paroîtra cette année au moins vingt - cinq
Volumes de ces Dictionnaires Encyclopédiques.
La Soufcription en eft ouverte chez ledit Sieur
Laporte , où le Profpectus fe diftribue gratis.
La Confolation du Chrétien , ou motif de confiance
en Dieu dans les diverfes circonftances
de la vie ; par M. l'Abbé Roiffard , Prédicateur
ordinaire du Roi . Nouvelle édition , confidérament
augmentée ; 2 vol . in 12 , ptix rel . 5 l .
Paris , chez Belin , Libr. rue Saint-Jacques.
1
1
DE FRANCE. 43
Bévues , Erreurs & Méprifes des différens Auteurs
célèbres en matières Mufcules ; par M. Lefebvre
, in- 12 . Prix , 1 liv . 16 f. franc de port par
la Pefte . A Paris , chez Knapen fils , Libraire , au
bas du Pont S. Michel.
Principes de Langue Françoife , rédigés d'après
les plus cél.bres Grammairiens , à l'ufage
des Demoiselles ; par M. Banchaint , Maître de
Mathématiques à Saint- Malo . Prix br. 2 liv. 10 L
Se vend chez l'Auteur ; & à Paris , chez Guillos ,
Lib. de Monfieur , rue St-Jacques ; à St- Malo , chez
L. H. Hovius fils , Lib. ; & à Rennes , chez E. G.
Blouct , rue Royale.
Ole fur l'immortalité de l'Ame, préfentée à l'Académie
Royale des Belles Lettres de la Ville
d'Arras ; par Ch. Ant . G. de Sandray , Major
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , &c. pour fa réception en qua→
lité de Membre honoraire , & le en fa Séance
du 9 Janvier 1789 , en préſence de M le Duc
de Guines , Gouverneur général de la Province
d'Artois , Protecteur de l'Académic à Arras. Et fe
trouve à Paris , chez tous les Marchands de Nouveautés.
"
Choix de petits Romans de différens genres ;
par M. L... M ... D ... P………………. , revus corrigés &
augmentés par l'Auteur. Volume in - 16 . A Londres
; & le trouve à Paris , chez Gattey , Libr . ,
au Palais-Royal.
Ces Romans agréables ont paru dans la Bibliothèque
des Romans , & ils reparoiffent aujourd'hui
fous une nouvelle farme , avec l'agrément
dur Propriétaire de cette Bibliothèque.
44 MERCURE
Nouvelles Obfervations fur les Etats- Généraux
de France , par M. Mounier , Secrétaire des Etats
de la Province du Dauphiné ; in- 8 ° . Prix , 3
Lr. Se trouve à Paris , rue & hôtel Serpente.
liv.
Favole Efopiane, in verfi , de Luigi Grillo . Vol.
in- 12 . A Paris , chez l'Auteur , ruc Neuve-Saint-
Euftache , No. 52 ; & chez Molini , Libr. rue
Mignon ; Bailli , rue St. Honoré .
Quoique la Littérature Italienne foit fort riche
en général , elle eft fort pauvre dans le genre de
la Fable. La Traduction que nous annonçons eft
une acquifition nouvelle pour les Italiers , & pour
ceux qui s'exercent dans leur idiome.
Rofière de Paffais , ou Piété filiale de Jeanne
Clofier , récompenfée par LL. AA. SS . MM . les
Ducs de Chartres , de Montper fier , & Mademoifelle
; pour fervir de fuite & de complément aux
Fêtes des bonnes Gens de Canon , des Rofières
de Bricquebec & de Saint- Sauveur-le-Vicomte . A
Paris , chez Jombert & Didot , Libr . rue Dauphine
; la veuve Elprit , au Palais-Royal ; & à
Caen , chez Poiffon , Impr -Libr . Brochure in- 8 ° .
de 102 pages.

Cet Ouvrage intéreffant ne peut être qu'utile
aux moeurs.
Effai fur la Topographie médicale de la Ville de
Die en Dauphiné, &c. , indiquan : des Remèdes
nouveaux , renfernant quelques Obfervations intéleffantes
, & c. & c . &c.; par M. Barety , ancien
Elève des Ecoles de Médecine de Paris , & c . &c.
Correfpondant de la Société Royale de la même
Ville , & Penfionnaire de Mgr . Comte d'Artois,
Brochure in-8 ° . de 22 pages. A Montpellier , de
FImprimerie de Jean- François Picot , Teul Impr.
du Roi & de l'Univerfité de Médecine.
DE FRANCE.
45
Elais , ou Recueil des Mémoires fur plufieurs
points de Minéralogie , avec la defcription des
Pièces déposées chez le Roi , la figure & l'analyfe
chimique de celles qui font les plus intéreffantes
; & la Topographie de Moſcow , après un
voyage fait au Nord par ordre du Gouvernement ;
par M. Macquart , Docteur- Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , Membre de la Société
Royale de Médecine , &c. &c. 1 Volume in- 8 ° .
Prix , 6 liv . br. , & 7 liv . rel . A Paris , chez Cuchet
, Libr. rue & hôtel Serpente.
Ce favant Ouvrage ne peut qu'intéreffer les
Amateurs de Chimie & d'Hiftoire Naturelle.
Cours de Langue Angloife , ou Méthode fondée
fur les moyens que la Nature emploie pour nous
faire parvenir à la connoiffance des Langues , à
l'ufage des Elèves de la Penfion Académique , établic
à Lyon par M. l'Abbé Prodon , Prêtre, Membre
de différentes Académies , tant Etrangères que
Nationales ; in- 12 . A Neufchâtel ; & fe trouve à
Lyon , chez l'Auteur , & les principaux Libraires
du Royaume.
Traité de Théorie & de la Curation des Ulcères ,
fuivi d'une Differtation fur les Tumeurs blanches
des articulations , & précédé d'un Eſſai fur
le Traitement chirurgical de l'Inflammation & de
fes fuites ; par M. Binjamin Bell , Membre du
College Royal de Chirurgie , & Chirurgien de
PHôpital d'Edimbourg. Ouvrage traduit de l'Anglois
fur la 3e . édition , par MM. Adel & Laniguan
, Médecins de la Faculté de Paris . 1 Volume
in-12. Prix , 2 liv . 10 f. broché, & 3 liv . relié . A
Paris , chez Cuchet , Lib. rue & hôtel Serpente.
46
MERCURE
Pians de régénération , ou Moyens de rendre à
la France toute fon énergie , de procurer à l'Etat
& au Trône une nouvelle fplendeur , & d'affurer
le bonheur individuel de chacun des Sujets ; par
MM. le Baron de Taintot , Officier de Dragons ,
& Guilon d'Affas , Avocat au Parlement ; in - 8 ° .
de 182 pages . A Paris , chez Samfon , Lib . quai
des Auguftins.
Le but de cet Ouvrage eft de préfenter à la
Nation un moyen fimple de liquider l'Etat ; &
il doit intéreffer par des vûes patriotiques , fpécialement
fur les grains , fur la création d'une
Compagnie nationale de Commerce & d'une Ma
rice Marchande militaire , fur l'établiſſement d'un
Hôtel Royal d Invalides , &c. & par le projet
d'une Banque nationale.
Epitre à M. le Marquis de *** , à l'occafion
de l'Affemblée des Etats - Généraux ; ou effufion de
coeur d'un vieux Citoyen François. A Paris ,
l'Imprimerie de MONSIEUR .
de
Cet Ouvrage patriotique, d'un Homme de Lettres
très-connu , a été lu avec un intérêt qui doit
augmenter encore cette nouvelle édition , revue
& corrigée.
Le Printemps d'une jolie Femme. 2 Parties in-
16. A Londres ; & fe trouve à Parts , chez les
Marchands de Nouveautés.
Cet Ouvrage , qui nous eft échappé dans fa
nouveauté , eft écrit avec efprit , & fe lit avec
intérêt . Ce Roman en promet un autre ; & l'on
doit engager l'Auteur à acquitter cette promeffe.
DE FRANCE. 47
Euvres complètes de J. J. Rouffeau , nouvelle
édition , mife par ordre de matières , enrichie de
grand nombre de Pièces & de Notes de l'Auteur ,
qui n'avoient pas encore été publiées , & ornée
de 90 Figures , ( fans y comprendre les 45 qui ferent
dans les Lettres élémentaires fur la Botanique)
deffinées & gravées par les plus habiles Artifles ,
ainfi que nous l'avons annoncé dans le Profpectus.
2e. Livraiſon . Nouvelle Héloïfe , Tomes IIIe . &
IVe. (fin de la Nouvelle Héloïfe ) , avec 9 Grav.
Le IVe. Volume eft terminé par l'extrait de tous
les différens écrits qui ont parù contre la Nouvelle
Héloïfe ces Extraits font faits par M. Mercier.
Cette feconde Livraiſon ne doit pas avoir moins
de fuccès que la première.
La Livraiſon prochaine , qu'on promet pour le
courant de Mai , fera compofée des Lettres élémentaires
fur la Botanique , 2 Volumes , avec 45
Gravures.
Le prix des 2 nouveaux Volumes en feuilles , eft ,
in- 8 ° . , papier ordinaire , 10 liv . ; in- 8 ° . , papier
vélin , 24 liv.; in- 4°. , papier ordinaire , 24 liv. ;
in-4° . , papier vélin , 48 liv .
- . N. B. Les Brochures fe payent féparément ; s f.
in- 8 ° . , 10 f. in- 4 ° .
Euvres complètes de Winkelman , en 7 Vol.
in-4° . de 6 à 700 pages chacun , contenant environ
250 Planches , & environ Ico Vignettes &
Fleurons relatifs à l'Ouvrage ; propofées par foulcription
, à raison de to liv. le Volume , qu'on ne
payera qu'en recevant les Livraifons . Le Profpectus
de cet Ouvrage fe trcne chez Barrois l'aîné ,
Lib. quai des Auguftins , qui reçoit les foufcriptions
.
48.
MERCURE DE FRANCE .
Un Concerto à Violon principal , deux Violons
Alto , Violoncelle & Hautbois obligé , les Cors
ad lib. compofé par J. C. Bluch, Cuv. 1er. Prix,
4 liv. 4 . A Paris , chez Céfar , Editeur & Md.
de Mufique , au Grand Gluck , au coin de la rue
Ceoffroy-l'Afnier , quai des Ormes , vis- à - vis la
Pompe.
2
2e. Recueil de Romances & Chansons avec
accompagnement de Clavecin ou Piano - Forté ,
contenant Chimène & le Cid , Romance traduite
de l'Espagnol , par M. le Chevalier de Florian ;
plufieurs Airs d'Eftelle , & c. par Mlle. Bazin. Prix ,
6 liv. A Paris , chez Guénin , premier Violon de
l'Opéra , rue S. Louis S. Honoré , Nº . 8 .
Six Duos pour Flûte & Violon , par M. Pujolas
; OEuv. ier. Prix , 7 liv. 4 f. Même adreffe.
LARGUMENT
TABL E.
' ARGUMENT irrésistible 3 ' Lettres.
Vers .
Charade , Enig. Logog. s Variétés.
La France.
uvres .
La Logique.
25
4 Les Aventures. 27
8 Concert Spirituel.
31
45
38
21 Annonces & Notices.
42
19 Theatre de Monfieur.
J'AI
APPROBATIO N.
Ai lu, par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 4
Avril 1789. Je n'y ai tion trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffion. A Paris , le 3 Avril
SÉLIS 1789.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI AVRIL 1789.

2060
PIÈCES FUGITIVES
i
EN VERS ET EN PROSE )
30 I
ÉPITRE SUR L'ENNUI ,
Dédiée à M. KNAPEN fils , de plufieurs
Académies & Sociétés Littéraires.
slo.
1
FLEAU de l'ame, anéantic,
Dont l'amertume flétrit tout ,
Jufque fur les Aeurs de la vie
Verfe le poifon du dégoût ;
A tout âge , en tout rang, par-tout ,
Qui de toi n'a pas à fe plaindre,
Dieu d'Ennui ? Traçons ton portrait;
Je fens trop qu'il feroit parfait ,
S'il fuffifoit pour te bien peindre ,
D'être pénéré du fujet.
Nº. 15. 14 Avril 1789 .
SIC
1: I
C
MERCURE
* ,
Mais du fentiment qui m'anime ;
A force d'épancher Taigreur ,
Craignons d'en rendre le Lecteur
Bien moins confident que victime .
O toi fi chéri de mon coeur
Efprit léger & raifonnable ,
Frivole amant , blide ami ,
Dans ma léthargie affermi ,
Que tu ne vois méconnoiffable !
Plus de gaîté le croiroit- on ?
Plus de Chanfons ni d'Epigrammes ;
Quel changement ! laides ou non ,
Je refpecte toutes les femmes ,
Et mon Ennui fait ma raifon S
TI
Enfin , dans l'enceinte agréable
De ce Château , vafte féjour, f
Ou brille la grandeur affable ,
Et qui s'embellit chaque jour
Par la Nymphe la plus aimable ,
Dis-moi donc pourquoi je ne peux
Echapper au fort qui m'accable , na
Puifqu'hélas ! pour me punir mieux ,
L'Ennui me furprend même à table ?
Non , il n'eft plus ce temps heureux
Où des Chapelles des Chaulicux ,
Toujours féparé par la gloire

Mais rapproché par les travers ,
Leur Ecolier dans l'Art des Vers ,
Je les paffois dans l'art de boire !
KIBLIOTERA
REGIA.
71
102
"
DE FRANCE.
ST
·
Qu'avec le temps nous différons !
Conçois-tu qu'aujourd'hui je fronde.
Ces repas fi brillans , fi longs ,
Où tout , quoiqu'en Gafcogne , abonde ;
Où Comus , trois fois de fes dons ,
Surchargeant une table ronde ,
Vainement, à mes goûts éteints ,
Prodigue , d'une main féconde ,
Le choix délicat de les vins
Raffemblés des deux bouts du Monde ?
Il n'eft plus pour moi de beaux jours ;
En eft-il pour un coeur malade ?
Ton amitié fe perfuade
Que , de l'Ennui trompant le cours ,
J'en triomphe à la promenade .
Quelle erreur ! Ignores- tu donc
Qu'il me faut , nouveau Robinſon ,
Au fein d'une Lande effrayante ,
Egarant mon trifte embarras ,
D'un pied tinide & bientôt las,
Fouler la furface mouvantelové
D'un fable
échappant Loys mes p
5 .
Et que vainement on efpere
Goûter en ces ficux tour à tour
S ·
pasa
L'ombre d'un bois , d'une chaumière ;
A moins d'affronter en un jour
Trente mille arpens de fougère
Inutile , même à l'amour!
C 2
52 MERCURE
Quelle folitude profonde !
Mais qui n'en conçoit les raiſons ?
On fait que des adroits Gafcons
La race heureufe & vagabonde ,
Eparpillant les rejetons ,
Vole , aux dépens de fes cantons >
Peupler les quatre coins du Monde :
Peuple lefte , & né voyageur ,
Moins chargé d'argent que de gloire ,
Mais quelquefois auffi menteur
Qu'une Epître dédicatoire,
Oui , du monde entier féparé ,
Vers le Ciel , d'un coeur épuré ,
Elevant les voeux , les offrandes ,
Pour vivre en Hermite ignoré ,
Quel défert vaut celui des Landes ?
Affreux pays , vafte tombeau,
Dont l'oeil épouvanté ne juge
Qu'en le comparant au tableau
Du monde , à peine en fon berceau
Enfeveli fous le Déluge.
19419 00
12
stoit an'a
O Paris ! féjour enchanteur ,
Temple des Arts & du bonheur
Cité vaſte , ame de la France !
Combien je regrette ces jours
Couiés dans ton enceinte immenfe
Ou 'Amitié près des Amours
Dabloit mon heureufe exiftence ;
DE FRANCE. 53
Ou tour à tour , loin des Ennuis ,
Embelliffant mes deſtinées ,
L'étude occupoit mes journées ,
Le plaifir abrégeoit mes nuits !
Mais des contraftes , des caprices ,
Affemblage étrange & confus ,
Se peut-il que tu réunies ,
Au fein de fes murs corrompus ,
Tant de politefle & de vices ,
Tant d'ignorance & de Docteurs ,
Tant d'Abbés , & fi peu de moeurs ,
Tant de misère & de délices ?
A l'intrigue , aux fots parvenus ,
Quel pays ouvre tant de routes ?
Enfin , cu voit-on tant d'abus ,
Tant de luxe , & moins de vertus ,
Tant d'efprit & de banqueroutes ?
Mais j'achève , Ami ; car je fens
Que déjà tes froids bâillemens
Me reprochent , à plus d'un tisre ,
De me venger trop bien fur toi
Du mal affreux à qui je doi
Cette plaintive & longue Epître.
( Par M. Damas , de la Société Anacréont.
des Rofati , & de celle de Bordeaux. )
C 3
54 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Tiers - Etat; celui
de l'Enigme eft Neige ; celui du Logogriphe
eft Lecteur , où l'on trouve Rue , Tue ,
Clé, Crue; Ré, Ut, Te, Tu, Leur, Cure, Lu.
CHARADE.
UNE Plante, Lecteur , occupe mon premier ;
Une feconde auffi fe trouve en mon dernier
1
Une troisième enfin compoſe mon entier.
(Par M. N. D. de Neuville aux
Loges , près Orléans. )
ENIGME
Propofée par
}
des Pêcheurs à Homère.
CE qui fut pris , auffi- tôt fur jeté ;
Ce qui ne fut pas pris , fut par neus emporté.
( Par M. P... >
1
B
DE FRANCE.
95
10 59101 AG-V
I LOGOGRIP HE wit
JE fuis d'abord utile , & je deviens fâcheux ;
Ai-je rendu ſervice ? on me trouve odieux ;
Celui qui m'a cherché voudroit me voir au diable ;
Et plus je fuis attentif & foigneux
Plus je parois infupportable.
Souvent j'éprouve des rebuts ;
SVI
Mais toutefois admirez ma conftance :
Les mépris , les affronts , les dégoûts , les refus ,
-Ne peuvent triompher de ma perfévérance! *
On me trouve par-tout , on ma voit en touslieux ,
Et fans cefle on m'évite ;
3
Et moi , toujours ennemi généreux ,
Pour cet objet ingrat que ma préfence irrite
Je forme les plus tendres voeux.
Dans mes neuf pieds , on voit ce que j'excite ;
De tout Cadet le défeſpoir ;
de
Ce qu'un menteur trouve facile
Ce qu'à fes dents l'on craint d'avoir ;
Ce qui fxe un vaiſſeau fur l'élément mobile ;
1
Ce qui n'eft pas commun ; un animal utile
"Dont le nom fert d'injure'; un poiffon ; douze mois ;
Une Ville de l'Italie ;
Ce qu'un vieux Financier offre à fille jolie ;
Un meuble ; un élément ; ce qui foulève un poids.;
C 4
196
MERCURE
7
L'arme ordinaire du Sauvage :
Je ne veux point en dire davantage.
Puiffes-tu , cher Lecteur , m'ignorer pourton bien !
Quepourrois-tu chez moi rencontrer de plus ? Rion.
( Par M. Gallays , de Marly- la-Ville, )
poldalb m. slov
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
natashand
25I
NOUVELLES - Obfervations fur les Etats-
· Généraux de France par M. MoUNIER,
Secrétaire des Etats de la Province de

Dauphiné; in-8 °. A Paris, chez Cuchet,
Libraire , rue & Hôtel Serpente.
adore cup no tiev no (abo'ptube
ONN a remarqué plus d'une fois , que
c'eft dans des grandes révolutions que les
hommes fe mettent à leur véritable place :
c'eft alors que les ames fortes , les grands
caractères , les efprits étendus forrent tout
à coup du repos dans lequel ils feroient
reftés , fans les circonftances extraordinaires
qui leur ont révélé le fecret de leurs
forces. Cette occafion de pouvoir déployer
fes talens en fervant fa Patrie' ; cet efpoir
....
DE FRANCE. 57
d'obtenir la confiance de fes Concitoyens,
& la gloire qui en eft le prix , eft un des
plus grands bienfaits de la fageffe & des
avantages d'un Gouvernement qui fe régénère
par l'efprit public.
Dans cette foule d'Ecrits , que l'intérêt
de la chofe publique a fait éclore, on en a
diftingué plufieurs dont les Auteurs avoient
été iufqu'alors peu connus , ou qui ne l'étoient
du moins que d'un petit nombre
d'appréciateurs. Celui de l'Ouvrage que
nous annonçons , avoit montré de bonne
heure des talens dans la carrière du Barreau
; mais il a fallu qu'une crife violente
ait agité fa Patrie , pour qu'elle en fentic
tout le prix , & que fa Patrie , à fon tour,
ait fixé les regards de la France , pour que
la ſphère de la renommée pût s'étendre.
M. Mounier a pleinement juftifié la confiance
dont le Dauphiné l'a honoré . On
fe rappelle encore la fenfation profonde
qu'excitoient dans la Capitale & dans tour
le Royaume , les fages réfolutions & les
Ecrits énergiques de cette Province , qui ,
dans la conjoncture la plus difficile , a fu
concilier le noble fentiment de fes droits
avec l'amour & le refpect pour le Souverain.
L'Ouvrage dont il s'agit eft digne de fixer
l'attention du Public , & de mériter fon
eftimme. M. Mounier interroge le paffé pour
C S
58
MERCURE
en tirer des inftructions utiles pour le préfent
& l'avenir c'eft à ce prix qu'il eft
permis de fouiller dans les Archives des
Peuples.
A l'époque où cet Ouvrage a été commencé
, la manière de compofer & de convoquer
les Etats - Généraux , ainfi que celle
d'y délibérer, agitoient fortement les efprits.
On vouloit foumettre la Nation & le Gouvernement
aux dernières formes. M. Mounier
auroit pu fe contenter de répondre que
ce n'eft pas feulement dans les faits & les
ufages qui varient, qu'il faut puifer les droits
des Peuples , mais dans les principes éternels
& invariables de la Juftice , de la Raifon , &
de la Nature. Sans renoncer à cette arme
victorieuſe , il a voulu oppofer l'Hiftoire à
ceux qui s'autorifent de l'Hiftoire.
Ce n'eft point dans les premiers fiècles
de notre Monarchie , dans les grandes Affemblées
des Champs de Mars que l'on
trouvera des traces de diftinctions hérédi
taires & de féparation de claffes en privilégiés
& non privilégiés . Ce fyftême eft né de cette
révolution , qui changea tout à coup les rapports
des hommes , fubftitua la force aux
droits de la Nature , frappa de fervitude
les perfonnes & les chofes , mit des mil
lions d'individus dans la dépendance arbitraire
de quelques Grands , & qui , après
plus de dix fiècles , malgré les lumières &
la raiſon , infecte encore l'Europe ; femDE
FRANCE. 59
blable à oes maladies qui ; ayant une fois
attaqué l'efpèce humaine , la corrompent
jufqu'aux dernières générations.
}
Les Communes ont été affranchies ; mais
J'efprit qui s'étoit formé dans ces temps
d'anarchie & d'oppreffion , a fubfifté : il
s'eſt mêlé à nos moeurs , à nos idées ,
nos Coutumes , à nos Loix , à notre Conftitution
, ou plutôt il a empêché que nous
n'ayons une Conftitution ; car là où la dignité
de l'homme eft méconnue , les droits
des Peuples ne font pas refpectés.
Cependant , depuis les premiers Etats-
Généraux convoqués par Philippe le Bel
en 1301 , jufqu'à ceux tenus à Orléans en
1560 , il paroît conftant , & M. Mounier
prouve par des témoignages hiftoriques non
équivoques , que les Ordres fe font toujours
réunis pour délibérer en commun
& prendre leurs réfolutions définitives.
qu'ils n'ont préfenté qu'un feul cahier
n'ont choir qu'un feul Préfident , & fe font
exprimés par la bouche d'un feul Orateur.
En 1960 , les Ordres ont commencé de
délibérer féparément , & ce fur le troifième
qui l'exigea ; mais cette forme parut
nouvelle , fi contraire à l'ancien ufage ,
qu'elle excita les réclamations , des deux
premiers Ordres , & principalement du
Clergé. Si depuis lors jufqu'aux derniers
Etats de 1614 , les Ordres ont continue
C 6
60 MERCURE
2
de fe féparer , il ne faut, l'attribuer qu'anx
querelles de Religion , au fanatifme &
à l'intolérance , qui avoient jeté la dé
fiance dans tous les coeurs , & armé le Citoyen
contre le Citoyen , & à l'ambition
de quelques Grands , qui faifoient fervit
la Religion de prétexte pour établir leur
pouvoir & s'élever juſqu'au Trône. Il faut
voir dans l'Ouvrage de M. Mounier les
détails de tout ce qui s'eſt paffé dans les
derniers Etats-Généraux , pour être effrayé
du danger de la féparation des Ordres , &
des troubles affreux qui en résultent. Aufli
l'Auteur ne balance- t-il pas à regarder ces
Affemblées moins comme les Etats de la
Nation , que comme des Comités de factieux
, dont les élections même étoient illégales
, puifqu'on avoit exclu tous ceux
qu'on foupçonnoit être de la Religion Ré
formée , & qu'on s'étoit oublié jufqu'au
point d'admettre des perfomnes qui n'étoient
point revêtues du caractère de Député.
Cependant , au milieu de cette aliénation
des efprits , les Lettres de convoca
tion rappeloient fans ceffe les Ordres à la
réunion elles portoient toujours que les
trots Etats s'affembleroient dans les Bail
hages , pour conférer & communiquer ENSEMBLEMENT
, & ce fait , élire , choifir &
hommer an d'entre eux de chaque Ordre.
52 .
Les Partifans de la divifion des Ordres
citent en vain l'Ordonnance de 13ss, &
DE FRANCE. 61
celle d'Orléans , où il eft dit , qu'en matière
d'Aides & d'octroi de deniers , les
deux premiers Ordres ne peuvent lier le
Tiers. M. Mounier prouve très - bien que
le motif de cette précaution vient de ce
que les deux premiers Ordres prétendant
Louvent qu'ils ne devoient pas contribuer
aux befoins de l'Etat , il auroit été trèsdangereux
de leur confier le droit de voter
fur cet objet , au préjudice du Tiers - Etat.
Cela veut dire feulement , que quand même
le voeu de la Nobleffe & du Clergé auroit
formé la majorité , cette majorité ne fuffifoit
pas pour obliger le Tiers ; mais cela
ne fuppoferoit pas qu'on délibérât ſéparément.
Quelque conjecture d'ailleurs qu'on
veuille tirer de ces Ordonnances , il eft
évidemment démontré que dans plufieurs
Etats - Généraux poſtérieurs à 1355 , on a
délibéré par tête , , même fur les fubfides.
Mais à quoi bon recourir aux éclaircif
femens hiftoriques , quand les principes
font fi clairs & fi évidens 2 Ici , M. Mounier
ajoute à l'autorité des anciens monumens
de notre Monarchie , Pautorité plus
décifive du raifonnement. On ne sçauroit
expofer avec plus de force la , néceflité de
la délibération par tête , & les inconvéniens
de la féparation des Ordres . » Si dans
les prochains Etats - Généraux , les fuffrages
font comptés par tête, nous avons
une Conftitution ; fi on délibère par OrMERCURE
» dres , nous devons attendre ou des troubles
funeftes, ou le defpotifme d'un feul ,
" ou le defpotifme ariftocratique ". M. Mou
nier emploie trois Chapitres au développement
de cette effrayante alternative . Nous
invitons ceux qui , quoique bien intentionnés
pour la chofe publique , n'ont pu
furmonter entièrement l'afcendant du préjugé
, à méditer les raifons qu'expofe l'Auteur
en faveur de la délibération en Ordres
réunis ; elles font portées à un tel degré
de force & de démonftration , qu'à moins
de renoncer à fa raifon & au fentiment de
Févidence , il eft impoffible de n'être pas
convaincu de cette néceffité .
Cette difcuffion conduit naturellement
M, Mounier à la queftion des Pouvoirs ;
& il faut avouer qu'après avoir fait fentir
d'une maière fi , preffante la néceflité de
délibérer par tête , on feroit prefque tenté
d'excufer le Dauphiné d'en avoit fait une
condition impérative dans le Mandat donné
à fes Députés , fi l'on n'étoit perfuade
qu'une pareille condition , contraire auk
vrais principes , donneroit lieu à de grands
inconvéniens , fi chaque Province , chaque
Bailliage fe croyoit en droit de faire de fes
Repréfentans de fimples porteurs de votes.
On ne peut peindre d'une manière plus
touchante que ne le fait M, Mounier , la
miffion des Députés de cette Province aux
Etats -Généraux .
DE FRANNCCEE
63
.
"
"
Si les Ordres commencent par délibérer
féparément , les Députés du Dauphiné
» ont un rôle bien honorable à remplir ;
» c'eſt de fe préfenter en Corps de dépu
tation dans chaque Chambre , de demander
la permillion de faire connoître
feurs principes de juftice & de modération
, d'y repréfenter les dangers de l'efprit
de Corps , la néceflité d'une Conftitution
, & l'impoffibilité de l'obtenir
» fi les trois Etats n'ont pas , fuivant l'ex-
" preffion de la Harangue du Clergé dans
les Etats d'Orléans , un coeur , une ame,
» & une feule volonté.... Iis doivent
principalement efpérer de réuflir par l'u-
» nion & la concorde dont ils offriront le
* modèle. On ne pourra voir fans atten
39
33
"
driffement les Repréfentans des trois
» Ordres d'une Province le montrer ENSEMBLE
par-tout où éclatera le feu de la
» difcorde , pour y porter des paroles de
» paix.
·
"J
" Au nom de la paix , ne devons - nous
" pas cfpérer que les Membres du Clergé,
qui fe font gloire d'en être les Miniftres
, s'emprefferont de feconder leurs
» efforts ? Ne devons - nous pas efpérer que
" des frères , laffés de fe hair ou de fe
foupçonner , finitont par écouter d'autres
frères qui les invitent à fe raffembler au
moins pour raifonner un moment , ' de.
fang froid , fur le fujet qui les divife «
"
"3
MERCURE :
Des intentions auffi fraternelles & auffi
patriotiques , font bien faites pour faire
excufer ce que le Mandat peut avoir de
trop rigoureux.
32
7 M. Mounier s'élève en même temps contre
ceux qui cherchent à effrayer le Monarque
fur les intentions & les droits du Peuple.
Ja Non , s'écrie-t- il , le Monarque n'a rien
à redouter des Repréfentans de la Nation,
fi les Ordres font réunis, & fi les
fuffrages font comptés par tête. Le Clergé
& la Nobleffe foutiendront l'autorité
Royale , & les Communes n'oublieront
jamais ce qu'elles doivent à la Couronne.
" Les Grands fe dévouent à l'autorité
" pour en obtenir des faveurs ; mais le
»
»
" Peuple , jufqu'à ce jour fi dédaigné , ne
» demande que de n'être pas opprimé. Le
" moindre témoignage d'affection qu'il reçoit
de fon Souverain , lui fait éprouver
» des tranfports de joie & de reconnoif-
" fance : fon bonheur fait la force du
» Trône .
» Les François ne font pas infenfibles
» aux bienfaits de Louis XVI ; la voix du
» Peuple s'élève vers le Trône de toutes
les parties de fon Empire , pour lui don-
> ner des preuves d'amour & de fidélité.
" Aucun de les Sujets n'ignore qu'il a le
» défir conftant de les rendre heureux'; ils
fauront concilier la liberté avec l'autorité
de Titus «.
DE FRANCE. 65
Après avoir fait fentir la néceffité d'une
Conftitution , M. Mounier n'en trace que
quelques linéamens ; il réferve fans doute
le développement de fes idées pour un Ouavrage
particulier qu'il avoit annoncé , &
dont nous l'invitons à ne pas priver le
Public. Il fe borne dans celui - ci à indiquer
les formes que doivent avoir les Affemblées
Nationales après l'établiſſement
de la Conftitution ; c'eft- à dire , après qu'on
aura détruit tous les priviléges pécuniaires ,
abrogé les exclufions prononcées contre
les Citoyens non privilégiés , & foumis tous
les fujets du Prince indiftinctement à l'autorité
des Loix .
li
2
.
Alors M. Mounier croit qu'il fera avantageux
d'établir deux Chambres ; l'une feroit
formée par les Repréſentans de la Nation,
& l'autre par uneMagiftrature fuprême
que la Nation elle - même auroit établie ;
les Loix & les fubfides feroient propofés
par la Chambre des Repréfentans ; la Chambre
Haute pourroit les confentir ou les rejeter
; elle auroit l'attribution & la connoiffance
des crimes d'Etat . En un mot ,
aucun décret légiflatif ne feroit reçu fans
le confentement du Roi & des deux Chambres.
i
M. Mounier compofe la Chambre- Haute
des Princes du Sang , du Chancelier , des
Pairs héréditaires , des Maréchaux de France
, d'un certain nombre de Membres du
· 86 MERCURE
Clergé & de la Nobleffe élus dans les diverfes
parties du Royaume , de quelques
Confeillers d'Etat, & des Députés des Cours
fupérieures de Juftice , qui auroient voix
inftructive , lorsqu'il faudroit examiner les
inconvéniens ou les avantages des Loix nou-
-velles,
L'on voit que l'Auteur a voulu fe rapprocher
du fyfteme de Conftitution de l'Angleterre.
Mais cette Conftitution s'eft formée
dans des circonftances bien différentes
de celles où nous nous trouvons. Elle n'a
point été fondue d'un feul jer par la volonté
générale ; elle s'eft compofée fucceffivement
de différentes pièces , & quand il
s'eft agi de les réunir , il s'eft trouvé que
le fyfteme de l'équilibre & des contre- forces
étoit , non la meilleure Conftitution , mais
la plus convenable dans l'état des chofes ,
pour empêcher qu'aucune des branches du
Corps légiflatif ne nuisît à l'autre. Nous ne
doutons point que fi les Anglois formoient
actuellement leur Conftitution voulons ils ne la
fiffent fur un autre plan. Nous ne voulons
d'autre preuve de fes vices , que l'impoflibilité
dans laquelle ils fe font mis de la
corriger. La Nation eft à la difcrétion du
Parlement , & fi elle ne lui oppofoit fans
ceffe la force de l'opinion , il y a long-temps
que fes entrepriſes auroient porté atteinte
à la liberté.
ST
Sachons donc nous garantir de cette adDE
FRANCE.
miration exclufive pour la Conſtitution Angloife
( 1 ) . Dans un Gouvernement repréfentatif,
on ne fçauroit fouffrir l'établiſſement
d'une Chambre compofée de Membres dont
le droit légiflatif feroit héréditaire , ou qui
le tiendroient de leurs dignités & de leurs
places , & non de la Nation qui peut feulé
nommer fes Représentans.
Plus vous multipliez les branches du
Corps légiflatif , plus vous l'affoibliffez ;
vous lui ôtez cette unité & cette activité
qui lui eft fi néceffaire. Par le pouvoir né
gatif que vous attribueriez à la Chambre-
Haute, vous mettriez bien obftacle à la précipitation
des Loix ; mais vous nous expoferiez
à en faire rejeter de néceffaires : &
n'eft-ce pas un pouvoir terrible, que celui
qui peut priver une Nation d'une bonne
Loi ?
D'ailleurs il y auroit trop craindre
que cette Chambre ne, devînt à la longue
une aristocratie féodale. Qu'on fonge
que le Souverain ayant le droit de créer
des pairies à fa volonté nommant aux
dignités & aux places qui ouvritoient les
portes de la Chambre- Haute , on mettroit
(1 ) Si l'on veut connoître tous les inconvéniens
de cette Conſtitution , on peut confulter l'excellent
Ouvrage intitulé : Examen de la Conftitution
d'Angleterre. Paris , chez Froulié , 1789.
68 MERCURE
dans fes mains un inftrument de corruption,
Sans doute il faut fe garantir des déci
Gons précipitées ; mais ne le peut- on qu'en
établillant une Chambre-Haute ? M. Mounier
ne dit-il pas lui -même, lui-même,
و د
""
"
qu'il fera facile
de prévenir le danger d'une trop
» grande célérité dans les réfolutions , en
» arrêtant que toutes les propofitions fe
» ront foumifes à l'examen des Commiffaires
, & à plufieurs lectures , dans des
" intervalles différens ; que lorfqu'un des
» Membres de l'Affemblée demandera le
" renvoi d'une délibération à huit jours
» on ne pourra le lui refufer , fi fa de-
» mande eft protégée par les fuffrages d'un
" tiers des Députés «<?
S'il eft dangereux qu'on puiffe changer
trop facilement la Conftitution , il ne le
feroit pas moins qu'on ne pût la corriger ,
quand on la jugeroit défectueule en quelque
partie. Pour fe ménager cette reffource
,

n'eft pas befoin de recourir à deux Chambres
; c'eft à la Conftitution même à y
pourvoir. Les Etats-Généraux qui vont s'en
occuper , n'oublieront pas fans doute que
les droits de la Nation font inaliénables. Ils
fongeront que dans la grande affaire qui leur
eft confiée , ils ne peuvent fe faire un intérêt
à part , fans nuire à l'intérêt géné
ral ; ils feront affez éclairés & affez juftes ,
pour prendre toutes les précautions que
peuvent dicter la prudence & la raifon pu
DE FRANCE. 69
blique , pour rendre à l'avenir la Conftitution
indépendante du pouvoir des Repréfentans
, & s'affurer en même temps
des moyens de la corriger.
Voilà le problême politique qu'il s'agit
de réfoudre ; il eft digne de fixer l'attention
des bons efprits & des bons citoyens. Mais
nous ne croyons pas que la folution s'en
trouve dans la création de deux Chambres ,
dont l'une ne feroit point repréſentative ,
qui feroit compofée de Membres dont les
uns feroient héréditaires , les autres appelés
par le Prince , tous permanens &
inamovibles , & qui , malgré toutes les précautions
, dégénéreroit en Sénat ariftocraque
, ou en Confeil du Prince,
En terminant fon Ouvrage , M. Mounier
ne fe diffimule pas les obftacles qui
s'opposent à l'établiffement d'une fage
Conftitution ; mais il n'en eft point effrayé.
» Combien d'obftacles " vont s'oppofer à ce
"
"
qu'elle foit établie ! Que d'efforts vont
» fe réunir pour l'étouffer dès fa naiſſance !
» Combien d'hommes déclarent qu'ils font
fatisfaits de la Conftitution préſente
" c'est-à- dire qu'ils font fatisfaits de n'en
» avoir point ! Combien d'hommes font
» intéreffés à la confervation de tous les
abus ; tant de Courtifans , & ceux qui
s'enrichiffent , dans les . Finances , & cette
» armée.fi nombreufe de gens de Loi, qui
» environnent l'affreux labyrinthe de notre
"

40.
MERCURE
Légiflation , & qui profitent de fon obf-
» curité !
و د
39
t

O mes Concitoyens ! efpérons encore ;
uniffons - nous pour affurer le bonheur
de nos enfans ; ne perdons pas en vaines
difputes le temps précieux qui nous
refte ; me foyons rivaux qu'en patriotifme;
foyons prêts à tous les facrifices ;
foyons juftes , modérés ; ne nous laiffons
plus aveugler par la défiance ; cédons tout
au bien général , & ne nous rappelons
» jamais les préjugés de nos profellions ,
" que pour dénoncer les abus qu'elles nous
» ont fait connoître.
"3
"
Ceux à qui le fort a réſervé l'éclat du
" rang & de la fortune , feroient- ils affez
» aveuglés par la profpérité, pour craindre
» de meilleures Loix ? Ne trouveroient-ils
aucun avantage dans une Conftitution
qui , en leur interdifant les moyens de
nuire à la liberté de leurs Concitoyens ,
» mertroit la leur propre à l'abri de toute
atteinte ? Ne favent ils donc pas que les
poftes les plus élevés ne peuvent garantir
ni l'existence , ni les propriétés ?
"
21
Mais je veux que vous comptiez affez
fur les faveurs du fort , pour ne pas redouter
fon inconftance ; oublierez vous
* l'intérêt de vos frères ou de vos enfans ?
Croyez - vous qu'il foit poffible de leur
afſurer pour toujours les places & l'opushon
v. tihnand
DE FRANCE. 71
" lence dont vous jouiffez aujourd'hui ;
» & voulez - vous , en vous oppofant à la
» félicité publique , devenir les artifans du
malheur de votre poftérité ?..
ور
و ر
ر
» Si vous êtes infenfibles à tous les maux
" des autres hommes , réfléchiffez für ' ce
» que vous êtes. L'éclat qur vous envitonne
les efclaves que vous faites
» trembler d'un regard , les vils protégés
» qui flattent vos paffions , peuvent - ils
donc vous rendre heureux ? Méprifant
l'opinion d'un peuple avili , vous croyant
au deffus de la cenfure , quel frein vous
garantit ? Quel que foit votre pouvoir ,
n'êtes-vous pas toujours obligés de ramper
devant des hommes plus puiffans que
vous ? & malgré les brillantes apparences
» qui en impofent à la multitude, qu'êtesvous
deplus que des efclaves décorés ;
» à qui leurs maîtres laiffent la liberté d'op-
» primer de plus foibles efclaves?
2
"?
و د
ور
3
Connoiffez le prix d'une Conftitution;
elle ne vous privera point des avantages
» que donnent la naiffance & les richeſſes ;
» mais le fimple citoyen fera moins humilié
, il craindra les Loix , & non les
hommes ; l'eftime de vos femblables de-
» viendra pour vous mille fois plus précieuſe
; vous tâcherez de mériter leug
» amour & leur refpect ; vous ferez ver-
» tueux ; vous ferez diftingués , & fur- tour
» vous ferez libres «.
39
TOICI
1
22
MERCURE
Nous connoiffons peu de morceaux qui
foient d'une éloquence plus noble & plus
fentie ; il n'y a que les grands intérêts du
patriotifme qui puiffent les inipirer. En général
, l'Ouvrage de M. Mounier le fait remarquer
par des vûes profondes , une érudition
éclairée , une difcuffion forte ,, un vif
amour du bien public , & un style fouvent
éloquent , toujours précis & énergique. Pour
nous qui avons été l'émule & le témoin de
fes premiers fuccès, c'eft avec une fatisfaction
bien douce que nous faififfons l'occafion
de rendre un hommage public au mérite
prématuré d'un compatriote qui n'eft pas
moins eftimable par fes qualités morales
que par fes talens.
(Cet Article nous a été envoyé par M. le Neir
de la Roche, Avocat au Parlement. )
36 2
sis iiiori
eucy oroll
Bust o 4c35
Lussel aucy promo a
The 2910if song) znov «
LOLOTE
DE FRANCE
7A
LOLOTE & FANFAN , ou les Aventures
de deux Enfans abandonnés dans une
Ifle déferte ; rédigées & publiées für des
Manufcrits anglois , par M. D .. M ...
2e. édition.
L'Etre fuprême veilloit fur ces deux inno
centes créatures , auffi précieufes à fes
yeux que les Rois & les Princes dy
Monde.
4 Vol. in- 12 , avec Figures. Prix , 4 l.
16 f. br. , s liv. 15f. francs de port par
la Pofle. A Paris, chez Maradan , Libr.
rue des Noyers.
Nous commencerons par des éloges qui
racheteront à coup fûr les deux reproches
que nous avons à faire à ce Roman. C'eft
que dans le grand nombre des perfonnages
qui y figurent , il n'en eft pas un qui foit
oifeux & inutile ; chacun elt véritablement
une pièce néceffaire , & fert à dénouer un
évènement, ou à éclaircir des énigmes. Ce
mérite , bien rare aujourd'hui parmi nes
Romanciers , prouve que l'Auteur peut
concevoir un plan étendu , & en affortir
toutes les parties. Il paroît avoir beaucoup
d'imagination , & fentir le befoin de créer
Nº 15, 11 avril 1789 .

74
MERCURE
des fituations ; mais fon Roman en réunit
une trop grande quantité peut-être . Les
tableaux les plus noirs , les images les plus
lugubres & les plus repouffantes , les convulfions
du crime , le défefpoir de l'amour
toujours malheureux , les rencontres les plus
inopinées, une fuite d'évènemens enchaînés
l'un à l'autre , les reconnoiffances les plus
défirées, ne produifent pas tout l'effet qu'il
étoit poffible d'en tirer. A ce premier reproche
, on en peut joindre un fecond ,
celui du ftyle qui nous a paru négligé,
,
Nous ferons maintenant une obfervation
qui tombe également fur la fiction du
Roman , puifqu'elle attaque les principaux
perfonnages ; c'eft que Lolote & Fanfan ,
jetés fi jeunes dans une iſle déferte , penfent
& parlent comme dans nos villes , & comme
fi une bonne éducation , réunie à l'expérience
, avoit multiplié leurs connoiffances.
Leur expreffion n'a jamais cette aimable
ignorance cette nuance de furpriſe qui
charme dans les enfans. Le premier Volume
of ces deux petits infortunés errent dans
un Monde nouveau , livrés à tous les befoins
, pleurant le feul ami qu'ils euffent
connu , & dont ils embraffent le cadavre
jeté fur un feuillage , eût été fi teuchant ,
il eût offert un tableau fi neuf ! L'arrivée
de Milord Velly ; fon départ de l'ifle ; le
nouvel abandon qu'éprouvent Lolote &
Fanfan ; la mort de George Blak , tout cela
DE FRANCE.
75
pouvoit , avec un peu de foin , fournir une
galerie de tableaux , qui auroit arraché des
larmes. Le Comte d'Oruty pouvoit être fi
noble , Adelina & Jenny fi dignes de pitié
, Harton fi odieux !
Nous nous arrêtons ; car nous nous trouverions
engagés à donner une analyſe étendue
de ce Roman , & le point de vue d'où
nous partirions nous entraîneroit , malgré
nous , à la critique d'un Ouvrage qui ,
comme nous l'avons dit en commençant
cet Extrait , n'eft pas fans mérite , & an-
Ronce dans l'Auteur des difpofitions pour
un genre qui plaît à tant de Lecteurs.
2
BIBLIOTHÈQUE Phyfico - Economique ;
Inftructive & Amufante , Année 1789
ou Se. Année ; contenant des Mémoires ,
Obfervations - pratiques fur l'Economie
Rurale , les nouvelles Découvertes les
plus intéreffantes dans les Arts utiles &
agréables , la defcription & la figure des
nouvelles Machines & Inftrumens qu'on
y doit employer , d'après les expériences ,
de leurs Auteurs ; des Recettes , Pratiques
, Procédés , Médicamens nouveaux ,
externes ou internes, qui font relatifs aux
Da
76 . MERCURE
hommes & aux animaux ; les moyens
d'arrêter les Incendies & autres évènemens
provenant des vices & de l'altération de
Pair ; des nouvelles Vues fur plufieurs
points d'Economie domestique , & en général
fur tous les objets d'utilité & d'agrément
dans la vie civile & privée , &c.,
On y a joint des Notes que l'on a cru
néceffaires à plufieurs Articles . 2 Volumes
in- 12 , avec des Planches en taille- douce,
Prix , 6 liv. reliés , & 5 liv . 4f. brochés,
francs de portpar la Pofle. A Paris , chez
Buiffon , Libraire , rue Haute - feuille
Hotel Coetlofquet , Nº . 20 ,
CET Ouvrage forme actuellement douze
volumes , ou huit années , qui fe vendent
enfemble ou féparément , favoir : l'Année
1782 , 1 vol .; 1783 , 1 vol. 1784 , I vol ;
1755 , 1 vol .; 1786 , 2 vol .; 1787 , 2 val .;
i
1788 , 2 vol.; 1789 , 2 vol . Le prix de chaque
volume eft de 2 liv. 12 f. broche ?
franc de port par la Pofte , dans tout le
Royaume , on affranchit l'argent & la lettre
d'avis,
Le mérite de cet Ouvrage eft bien connu ,
ne fçauroit être contefté, puifque fon fuc
sès n'a fait qu'augmenter depuis 1782 , où
il a été publié pour la première fois , ReDE
FRANCE. 57
cucillir & raffembler en peu d'efpace les
découvertes dans tous les genres, qui font
éparfes dans une multitude innombrable de
Feuilles Nationales ou Etrangères , eft déjà
d'une aſſez grande utilité ; mais ce qui rend
cette utilité encore plus réelle , ce qui donne
à ce Recueil une fupériorité infinie fur ceux
du même genre, c'eft le foin fcrupuleux des
Rédacteurs à s'affurer de la réalité des faits
annoncés par les Auteurs. S'ils fe contentoient
de les rejeter de leur Recueil , il
en réfulteroit cet inconvénient , que rencontrés
dans d'autres ouvrages , ils pour
roient féduire la confiance de quelques Lecteurs
; mais confignés & combattus dans la
Bibliothèque Phyfico- Economique , ils ne
peuvent plus tromper perfonne. Ce n'eft
pas affez de ne point favorifer l'erreur , il
eft plus avantageux encore de la démaf
quer. En conféquence les Editeurs ont l'attention
de revenir fur les procédés qu'ils
ont indiqués dans leurs précédens volumes .
Déjà , l'année dernière , ils ont pallé en revue
les articles de 1781 & 1782 ; Ils examinent
dans ceux de cette année les volumes
de 1783 , 1784 , &c. Ils divifent cet
examen en trois claffes , favoir : 1 °. Les
Annonces inexactes en elles - mêmes , our
pour les avantages qu'on y fuppofoit . 2° .
Les confeils que le Public n'a point adoptés .
3. Les Annonces & confeils qui ont eu
un heureux fuccès.
D3
78
MERCURE :
و ر
ود
yj
و د
و د
و د
On trouve dans la première claffe !
" Qu'il n'eft pas vrai que l'électricité na-
» turelle produife les pluies , givre , neiges
, grêles , foudres ; qu'on peut imiter
parfaitement ces météores par l'électricité
artificielle ... que la lune augmente
l'évaporation de l'eau , & qu'elle a quel-
» que action fur les malades & les gens
fains , les écréviffes , les efcargots , la
moëlle des os ..... Qu'il y ait des mêches
» ou des fruits économiques avec lesquels
" on n'a ni odeur ni fumée .. ... Que
» les bouquets , les verdures & les plantes:
» vertes, tenus à la quantité modérée qu'on
» en a dans les appartemens fermés en
» rendent l'air mal fain. Que l'atmoſphere
» des fruitiers , des ferres & orangeries ,
foit mal-fain en toute faifon dans le temps
" où le foleil n'y donne point , &c. &c. «
و ر
ر
Indépendamment de ce relevé des Vol.
anciens , les Auteurs ont répandu dans ceux
que nous annonçons , particulièrement dans
la quatrième partie qui contient les découvertes
particulières , des notes qui en déterminent
la valeur , lorfqu'ils ont été euxmêmes
à portée d'en juger.
DE FRANCE. 79
VARIÉTÉS
.
LETTRES de J. J. RouSSEAU à M.
PANCKOUCKE , Libraire de Paris ( 1 ).
PREMIERE LETTRE.
Montmorenci, le 15 Février 1761 .
J'AI reçu, le 12 de ce mois par la Pofte ,
ane Lettre anonyme fans date , timbrée de
Lille ( 2 ) ,' & franche de port. Faute d'y
pouvoir répondre par une autre voie , je
déclare publiquement à l'Auteur de cette
Lettre , que je l'ai lue & relue avec émotion
, avec attendriffement ; qu'elle m'infpire
pour lui la plus tendre eftime , le plus
grand défir de le connoître & de l'aimer ;
qu'en me parlant de fes larmes , il m'en
( 1 ) M. Panckoucke ayant trouvé dans fes papiers
ces Lettres qui n'ont jamais été imprimées
dans les Ouvrages de J. J. Rouffeau , on a cru ne
devoir pas en priver le Public . Tout ce qui fort
de la plume d'un grand Eerivain , l'intéreffe & luf
appartient.
(2 ) M. Panckoucke étoit alors Libraire à Lille.
D 4
80 MERCURE
a fait répandre ; qu'enfin , jufqu'aux éloges
outrés dont il me comble , tout me plaît
dans cette Lettre , excepté la modefte raiſon
qui le porte à fe cacher.
EXTRAITS D'AUTRES LETTRES.
A Motiers , 12 Février 1764.
Je vois avec plaifir , MONSIEUR , par
votre Lettre du 26 Janvier , que vous ne
m'avez point oublié , & je vous prie de
croire que , quant à moi , je me fouviendrai
de vous toute ma vie avec amitié ……………
t
Je regarde votre établiffement à Paris
comme un moyen prefque affuré de parvenir
promptement à votre bien - être du
côté de la fortune , vu le goût effréné de
Littérature qui règne en cette grande Ville,
& qu'étant vous-même Homme de Lettres,.
vous faurez bien choifir vos entrepriſes..
Je ne refufe point , Monfieur , le cadeau
que vous voulez me faire de ce que vous
avez imprimé ; il me fera précieux comme
un témoignage de votre amitié mais fi
vous exigez de moi de tout lire , ne m'envoyez
rien ; car , dans l'état où je fuis , jet
ne puis plus fupporter aucune lecture férieufe
, & tout Ouvrage de raifonnement
m'ennuie à la mort. Des Romans ou des
Voyages , voilà déformais tout ce que je
puis fouffrir , & je m'imagine qu'un homme
DE FRANCE. 81
grave comme vous n'imprime rien de tout
cela ...
A Motiers- Travers , 25 Mai 17640
Je lirai avec grand plaifir les Ecrits de
M. Beauricu , & , fur votre exhortation
j'ai déjà commencé par l'Elève de la Nature.
On ne peut pas , en effet , penfer avec plus
d'efprit , ni dire plus agréablement . Je lui
confeille toutefois de s'attacher toujours
plus aux fujets qu'on peut traiter en defcriptions
& en images , qu'à ceux de difcuffion
& d'analyfe , & qu'en général aux
matières de raifonnement. Un Traité d'Ar
griculture fera tout-à-fait de fon genre ; &
s'il choifit bien fes matériaux , il peut , à
un Livre très- utile , donner tout l'agrément
des Géorgiques...
Je me fais bien du fcrupule de toucher
aux Ouvrages de Richardfon , fur- tout pour
les abréger ; car je n'aimerois guère être
abrégé moi - même , bien que je fente le
befoin qu'en auroient plufieurs de mes
Ecrits ; ceux de Richardfon en ont befoin
incontestablement. Ses entretiens de cercle
font fur tout infupportables ; car comme
il n'avoit point vu le grand monde , il en
ignoroit entièrement le ton : foferois tenter
de faire ce que vous me propofer ; mais
n'exigez pas que je faffe vire ; car , malo
& pareffeux , occupé d'ailleurs à préparse
TEdition générale par laquelle je me pra
MERCURE
il me
pofe d'achever ma carrière littéraire , je
n'aurai de long temps , fi je vis , que trèspeu
de temps à donner à une compilation ;.
d'ailleurs, n'entendant pas l'Anglois ,
faudroit toutes les Traductions qui ont été
faites , pour les comparer & choifir , & tout
cela eft embarraffant pour vous , pour moi,
ou plutôt pour tous les deux. Si j'achève
jamais ma grande Edition ,. & que je lui
furvive , alors feulement . je pourrai m'oc
cuper uniquement de ces chofes là , & je
me ferai un plaifir d'entrer dans vos vûes
autant que ma fituation , ma fanté , & mon
efprit indolent me le permettront.
2
J'oubliois de vous dire que le Recueil
que vous avez vu ne s'eft point fait fous
mes yeux. C'el M. l'Abbé de la Porte qui
l'a fait ; je n'ai fu fes pièces qu'il contenoit
, qu'à la réception des exemplaires qui
m'ont été envoyés. J'en ai pourtant fourni
quelques - unes , mais non pas votre prédiction
, que je n'ai même jamais communiquée
à perfonne ; nen que je ne m'en
faffe honneur , mais parce que je n'en aurois
pas difpofé fans votre permiffion.....
Je vous fuis obligé de faire affez de cas de
nies Ecrits , pour leur donner dans votre cabinet
une place de prédilection. Je ferai fort
aife qu'ils vous faffent quelquefois fouvenir
de leur Auteur , qui vous aime depuis
long- temps , & qui défire être toujours aimé
de vous ...
DE FRANCE. 83
A Motiers, le 21 Décembre 1764 ,
& le 28 Avril 1705.
JE fuis fenfible aux bontés de M. de
Buffon à proportion du refpect . & de
L'eftime que j'ai pour lui ; fentimens que
j'ai toujours hautement profeffés , & dont
vous avez été témoin vous-même ; il y a
des amis dont la bienveillance mutuelle n'a
pas befoin d'une correfpondance expreffe
pour le nourrir , & j'ai ofé me placer avec
lui dans cette claffe-là. Si c'eft une illufion
de ma part , elle eft bien pardonnable à
La caufe qui la produit. Je ne le mets point
dans une diftribution d'exemplaires , fachant
bien qu'il me mettroit dans celle des fiens ,
& que, comme il n'y a point de proportion
dans ces chofes - là , je n'aime point
donner un oeuf pour avoir un boeuf.......
Le Quidam qui s'irrite fr fort que j'aye
mis ma devife à mon Livre , doit s'irriter
bien plus que je l'aye entourée d'une couronne
civique , & bien plus encore que
jaye dans ce même Livre juftifié la deviſe &
mérité la couronne ......
A Motiers-Travers, le 26 Mai 1762 .
VOTRE dernière Lettre , Monfieur , m'a
non feulement défabufé , mais attendri
Oublions réciproquement nos torts , fürs
que le coeur n'y a point de part , & loyons
D 6
84
MERCURE
amis comme auparavant , même plus , s'il
eft posible : c'eft l'effet que doit produire
un vrai retour entre honnêtes gens.....
31
Il est vrai que les Fanatiques de ce pays ,
excités , vous comprenez bien par qui , ont
fufcité contre moi un violent orage dont
tout l'effet eft retombé fur eux; parce qu'ils.
m'avoient trouvé doux , ils ont cru me trouver
foible ils fe font trompés . Tous leurs
efforts pour me nuire ou m'épouvanter ont
tourné à leur confufion , & leur ont attiré
les mortifications les plus cruelles . J'ai
fait plus que des Souverains n'ofent faire,
en triomphant d'eux. Battus dans toutes les
formes légitimes , ils prennent le parti d'anieuter
la canaille , & de fe faire Chefs de
bandits. Cette voie eft affez bonne avec les
peuples de ce vallon . Quoi qu'il en foit , je
les mets au pis. Dans le zèle qui les dévore
ils pourront me faire affafliner , mais trèssûrement
ils ne ne feront pas fuir. Il y a
cependant long- temps que j'ai réſolu d'alfer
m'établir dans le bas parmi les hommes
;; mais j'attendrai que les loups enragés,
dici aient achevé de hurler & de mordre.
Après cela , s'ils me laiffent vivre , je les
quitterai.. Qu'un autre Etranger y tienne ,
s'il peut , trois ans , comme j'ai fait , če
puis qu'il en dife des nouvelles..
3:
DE FRANCE.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOIS E
LA clôture de ce Théatre s'eft faite le
Samedi 28 Mars par une repréſentation de
Rodogune , Tragédie de Pierre Corneille ,
& du Legs , Comédie de Marivaux.
M. la Rochelle a fait le Compliment d'u
fage , en prononçant le Difcours fuivant..
MESSIEURS
» Me voici donc au nombre de ceux
dont la vie cft toute confacrée au foin de
vos plaifirs. Eier de partager avec eux cette
douce occupation , je m'applaudis d'être
chargé de vous apporter de leur part le tribut
d'hommages qu'ils aiment tant à vous
payer. Accoutumé à partager leur zèle , je
fens en ce moment leurs regrets.
""
Nous allons être privés bien long
temps de votre préfence. J'ofe vous promettre
, Meffieurs , qu'à votre retour , vous
nous retrouverez plus empreffés que jamais
de nous rendre dignes des Chef- d'oeuvres
immortels dont nous fommes dépofitaires ,
86 MERCURE
& des Ouvrages nouveaux qui nous font
confiés ; jaloux fur- tout de mériter vos applaudiemens
, votre indulgence..... & jufqu'à
votre févérité “.
Les nombreux applaudiffemens qu'on a
donnés à cette courte harangue , ſe réduifent
à un voeu qu'on peut expliquer par un
feul mot : Ainfi foit- il.
COMÉDIE ITALIENNE .
Le Jeudi 26 Mars , on a repréſenté pour
la premiere fois la Fauffe Paysanne , ou
l'heureufe Inconféquence , Comédie en trois
Actes & en vers , par M. de Fils , mufique
de M. de Propiac.
Le Marquis de Solanges devoit épouſer
Julie de Saint - Clair fa coufine. On la lui a
fait voir une fois dans un parloir fombre ,
où à peine a-t- il fait attention à elle . Jeune ,
étourdi , volige , il , n'enviſageoit alors les
noeuds de l'hymen que comme un eſclavage
, & il a promptement oublié tout projet
de mariage. Las enfin du tourbillon de
la ville , il veut goûter les plaifirs de la
campagne , & il fe rend dans une de fes
Terres. A cette époque , Madame de Vieuxbois
, tante de Julie & du Marquis , & qui
eft en procès avec celui- ci , vient auffi dans
DE FRANCE. 87
une de fes Terres pour y recueillir le prix
de fes fermages , & Julie l'accompagne.
On s'arrête d'abord à la Terre du Marquis .
Julie demande à fa tante la permiffion d'y
refter , fous le prétexte de paffer quelques
jours avec fes Nourriciers , mais en effer
parce qu'elle a aimé fon coufin dès qu'elle
la connu , parce qu'elle brûle du défir
d'en être aimée, enfin parce qu'elle fe pro
pole d'eflayer , fous l'habit d'une payfanne ,,
quel effet fes charmes peuvent produire fur
le coeur de fon parent . Le Marquis ne tarde
pas à la diftinguer , à en devenir amoureux ,
& à lui faire une déclaration . Il la prend
pour la fille de M. & de Madame Gervais ,
fes Fermiers , & il parle à peu près en
homme qui veut féduire . La réſerve de
Julie , qui a pris le nom de Rofe , fa fenfibilité
, fa pudeur , fon adreile, rendent le
Marquis à lui-même. Alors c'eft tout de
bon qu'il redoute des rivaux , qu'il éprouve
le fentiment du véritable amour , qu'il projette
un mariage Quand Madame de Vieuxbois
revient , elle n'apprend pas fans humeur
que fon neveu a le deffein d'époufer
une payfanne , elle veut l'en détourner ; c'eſt
en vain , il a pris fon parti , & il affure
fa tante que Rofe a tant de charmes , que ,
dès qu'elle l'aura vue , elle l'aimera. On
amène Julie ; Madame de Vieuxbois la reconnoît
, devine fon projet , celle de s'oppofer
à l'hymen du Marquis. Celui - ci fe
croit au comble du bonheur ; mais il eft
$3 MERCURE
bien étonné quand la prétendue Rofe lui dit
qu'elle ne veut pas époufer un trompeur ,
un infidèle , lui parle de Julie , lui reproche
fa légèreté avec elle , & l'engage à lui porter
l'hommage de fon coeur. Le Marquis
s'émeut , plaint Julie ; mais il déclare qu'il
ne fçauroit l'aimer, puifqu'elle ne reffemble
point à Rofe. Cette déclaration amène l'explication
du ftratagême , le dénouement &
Le mariage.
Il y a quelques longueurs dans cet Ourage.
Nous ne reprocherons pas à M. de
Piis celles qui fe trouvent dans l'expofition ,
parce qu'elles étoient toutes , ou à peu près ,
indifpenfables à la clarté de l'intrigue , mais
nous lui reprocherons d'avoir trop multiplié
les détails & les acceffoires , parce qu'ils
gênent la marche de l'action , la ralentiffent ,
& nuifent à l'effet comique de quelques
fituations. Pour répondre à ces reproches , il
ne faur faire autre chofe que des coupures.
Au refte , la Pièce a un intérêt de curiofité
affez piquant ; elle offre de jolis tableaux ,
des fcènes bien faires , des fituations attachantes
, pittorefques , & par-tour de la
gaîté.
Ce mérite eft aujourd'hui extrêmement
rare au Théatre , & il doit faire encourager
M. de Piis préférablement à ces larmoyeurs
éternels qui , après avoir épuifé
tous les refforts de leur fenfibilité factice ,
veulent nous réduire à voir remplacer
DE FRANCE.
Momus par les Furies . On ne peut réprocher
au ftyle que quelques jeux de mots
qui nous ont paru un peu recherchés ; cette
tache fort légère ne l'empêche point d'être
digne d'éloges : il eft facile , fpirituel , aimable
, & on y remarque fouvent de la grace.
La mufique annonce que M. de Propiac a
fait des progrès dans l'intelligence de la
Scène , il y a d'excellentes intentions dans
fes morceaux d'enfemble , fouvent des motifs
heureux . Son chant a de la mélodie
quelquefois une expreffion jufte & délicate ;
mais quelquefois auffi les accompagnemens
n'ont pas un rapport affez marqué avec le
chant principal. Nous l'invitons à prendre
garde à ce défaut , fur lequel il fera facile
ment éclairé par l'étude & par l'expérience.
Le Samedi fuivant , ce Spectacle a donné
pour fa clôture les Petits Savoyards , & la
feconde repréfentation de la Fauffe Payfanne.
M. Clairval ayant été tout à coup attaqué
d'une très- grave & très - douloureuſe
indifpofition , il auroit été impoffible de
jouer la feconde Pièce , fi le Public n'avoit
pas accordé la permiflion qu'on lui
a demandée , de faire lire le rôle par M.
Sollié. Cer Acteur qui , dans deux circonftances
femblables , a déjà joué les rôles de
Philippe dans Richard Coeur de Lion , & du
ود MERCURE
Père , dans Nina , s'eft acquitté de cette
périllcufe commiffion avec une intelligence
& un zèle qui lui ont concilié l'univerfa-"
lité des fuffrages . Après la Pièce , on l'a
demandé , & on lui a donné des marques
multipliées de fatisfaction. Les travaux &
les fervices de cet Acteur doivent déter
miner le Théatre Italien à fixer le fort d'un
fujet qui lui eft auffi utile qu'il a mérité
de devenir agréable au Public.
Le Compliment de clôture a confifté en
deux fcènes, où des Payfans s'affligent du
départ de leur Seigneur. Il fera bientôt temps
de renoncer à ce cadre , qui eft déjà un
peu ufé , & qui ne peut être rajeuni que
par les détails , On trouve dans ce compli
ment des couplets agréables : nous n'en citerons
qu'un entre plufieurs autres.
Air : Que faut-il encor ? laparole. (dans Sarginos. )
L'oifeau commence à bien chanter
Du moment qu'il quite fa mère ;
Dans l'air il peut feul le porter
D'une aile rapide & légère .
Nous , fans l'objet de notre amour
Notre foibleffe nous défole.
Muets & triftes tout le jour ,
Ce n'cft jamais qu'à fon retour
Que nous retrouvons ( bis ) la parole (bis ).
Ce Compliment , qui n'a pas été imDE
FRANCE.
primé féparément , & qui eft du Coufin
Jacques , le trouve dans le 9e. Numéro
du Courrier des Planètes , Ouvrage périodique
où la morale fe cache fous la gaîté , &
qui prouve l'inépuifable fécondité de fon
Auteur , M. Beffroy de Reigny. Les perfonnes
qui voudront fe procurer le cahier
qui renferme ce Compliment, le trouveront
au prix de 18 fous , au Bureau du Courrier
des Planètes , rue Phelypeaux , Nº . 36,
ANNONCES ET NOTICES.
F
DERNIÈRE Livraison des Etats - Généraux
autres Affemblées Nationales , formant les Tomes
XV , XVI , XVII & XVIII ; in- 89 . de plus de
520 pages chacun. A Paris , chez Buiffon , Libr.
ruc Haute-feuille , No. 20. Prix , 4 liv. 10 f. te
Volume broché, & 5 liv. franc de port par la Pofte .
Il refte à peine 20 Exemplaires complets de cette
Collection.
Cette dernière Livraiſon , plus intereffante que
les précédentes , parce que les pièces qui la compofent
fe rapprochent davantage de nous , comprend
la fin des Etats de 1588 ; l'Affemblée de
Rouen , de 1593 ; les Etats de la Ligue', dont les
détails font fi curieux ; les Etats complets de 16145
qui feuls forment 2 Vol . ; l'Affemblée de 1617 ;
celle de 1626 , & les détails fur la Convocation
de 1652 , fous Louis XIV , qui n'a pas eu lieu.
62 MERCURE
ETRENNES à l'Humanité, ou Recueil de préfervatifs
contre plufieurs Maladies qui affligent
l'homme , & peuvent lui caufer la mort. Recueil
très-curicux & três- utile pour les Curés , Chirurgiens
, pères de familles , Fermiers & gens qui
Vivent , tant dans les petites Villes que dans les
Campagnes , où on ne peut trouver réunis tous les
fecours qu'on trouve dans les Capitales . Suite de
la 2e. Partie ; in- 16 . A Paris , chez Sorin , Libr
tue & près le quai des Grands Auguftins.
La Loi de la Nature, développée & perfectionnée
par la Loi Evangélique ; par M. l'Abbé Ply ,
Chanoine de l'Eglife de Paris. A Montauban
chez Charles Crofilhes , Lib. Place de Horloge.
A Paris , chez Moutard , Impr - Libr . , Hôtel de
Cluni , rue des Mathurins Nyon l'aîné , Libr.
tue du Jardinet ; & veuve Defaint rue Saint-
Jacques.
و ا
Le but de cet Ouvrage eft de prouver que c'eft
dans l'Evangile qu'il faut chercher ce qu'on ap
pelle la Loi naturelle , & en même temps , que fa
morale eft d'un degré au deffus de la fagefle
humaine ; ce qui le divife naturellement en deux
Parties. Dans la première , Auteur , en expofant
les maximes de la Loi naturelle , en démontre la
conformité avec la Morale de Jéfus Chrift ; &
dans la feconde , il développe ce que le Légiflateur
facré y ajoute de nobleffe & de perfection.
Faits mémorables ou Narrations héroïques ,
fuivis d'Epitres , Odes , & Poéfics fugitives. Nouvelle
édition corrigée & augmentée par M.
Fourneaux , Chanoine de Laon . 2 Vol. in - 16%
Prix , 3 liv. A Paris , chez la veuve Duchefne &
fils , Lib . rue St. Jacques.
La première édition de ce Recueil avoit paru
en 1772 , & avoit eu du fuccès.
DE FRANCE. 93
Sainte Bible , traduite en François , avec l'explication
du fens littéral & du fens fpirituel , tirée
des Saints Pères & des Auteurs Eccléfiaftiques ;
nouvelle édition , m fe dans un meilleur ordre
pour la diftribution des Volumes , & augmentée
de plufieurs Pièces nouvelles , Notes & Sommaires
, & d'une Table générale des matières contenues
dans tout l'Ouvrage , en forme de Diction
naire . Tome V du Nouveau Teftament, A Nilmes,
de l'Imprimerie de Beaume.
Mappemonde , en deux feuilles du grand aigle ,
projetée fur le plan de l'horizon de Paris , avec
une Brochure pour l'explication des problêmes de
la Sphère. Cet Ouvrage , qui a mérité l'Approbation
de l'Académie Royale des Sciences de Paris
a été enrichi des nouvelles découvertes à mefure
qu'elles ont paru. L'Auteur, qui eft le Père Chryfologue
de Gy, Capucin , à Paris , rue S. Honoré,
vient d'y ajouter le 3e . Voyage de M. Cook ,
dans un grand détail , tiré du Journal même du
Voyage ; & , en particulier , les Illes Sandwich
où M. Cook fut tué une Carte féparée de la
Terre de Kerguelen , une des Ifles des Amis , &
une 3e . du Détroit de Bahring, qui fépare l'Afie de
l'Amérique , avec les côtes de ces deux Continens,
depuis le 60e. degré de latitude jufqu'au 70c. qui
eft le dernier terme , au Nord , ou les vaiffeaux
ont pu parvenir , à caufe des glaces . On trouve
cette Mappemonde chez Bazan , rue & hôtel Serpente
; chez Mondhard , rue St -Jean-de - Beauvais ;
chez Joubert, rue des Mathurins , aux deux Piliers
d'or ; & chez l'Auteur , rue St, Honoré. On trouve
dans les mêmes endroits des Planifphères céleftes
en deux feuilles du grand aigle , projetés fur le
plan de l'Equateur , avec un abrégé d'Aftronomic
pour leur ufage , par le même Auteur,
94
MERCURE
Effais à mon Ami , publiés par .... Brochure
in - 8 ° . de 104 pages. Prix , 24 f. A Londres ; &
fe trouve à Paris , chez les Marchands de Nouveautés
; & à Caen , chez Poiffon , Imp-Lib . rue
Froide -Rue on en trouve des exemplaires chez
Cailleau , Lib Imp . rue Galande ; & Lacroix , à
l'orme St- Gervais.
:
Ce petit Volume eft compofé de Poéfies fugitives
, & de petits Contes en profe fort courts.
Les vers en font fouvent foibles ; mais il y a
dans la poéfie & dans la profe en général de la
facilité & un but moral.
Procès -verbal des Etats de Dauphiné , affemblés
à Romans dans le mois de Décembre 1788. "
A Grenoble , de l'Imprimerie de J. M. Cuchet ,
Imp-Lib. de Mgr. le Duc d'Orléans , & de Noffeigneurs
des Etats de Dauphiné.
Caton d'Utique , Tragédie en trois Actes & en
vers , imités d'Addiffon , par M. Ch .... de la B....
Prix , 1 liv . 10 f. A Paris , chez Théophile Barrois
le jeune , Lib. quai des Auguftins , N. 18.
Les deux Petits Savoyards , Comédie en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; par M. Mars... des V....
mufique de M. d'Al.... , repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Mercredi 14 Janvier 1789 ; & à Verfailles
, devant Leurs Majeftés , le Vendredi fuivant
. Prix , 1 liv. 4 f. A Paris , chez Brunet , Lib .
tue de Marivaux , Place de la Comédie Italienne .
Cet Ouvrage, qui eft d'une originalité piquante,
jouit toujours d'un fuccès très-mérité,
DE
95
FRANCE.
Les Arts & l'Amitié , Comédie en un Acte & en
vers libres , repréfentée pour la première fois par
les Comédiens Italiens ordinaires du Roi , le s
Août 1788. Prix , 1 liv . 4 f. A Paris, chez Brunet ,
Lib. rue de Marivaux , Place de la Comédie Italienne,
Nous avons annoncé cette jolie Comédie avec
de juſtes éloges,
La fauffe Payfanne , ou l'heureufe Inconféquence
, Comédie en trois Actes & en vers , mêlée
d'Ariettes , repréſentée pour la première fois par
les Comédiens Italiens ordinaires du Roi , le 26
Mars 1789. Les paroles font de M. de Piis ,
Ecuyer , Secrétaire - Interprète de Mgr. Comte.
d'Artois ; la mufique eft de M. de Propiac . A
Paris , chez Brunet , Lib. rue de Marivaux , près
le Théatre Italien .
Cette Pièce , dramatiquement conçue & écrite
avec efprit , oft une nouvelle preuve du talent de
fon Auteur.
Le Bonheur primitifde l'Homme , ou les Rêveries
Patriotiques . Brochure in- 8 ° . de 126 pages.
A Amſterdam ; & fe trouve à Paris , chez Royez ,
Lib. quai des Auguftins ; & chez Bailly , rue St-
Honoré , Barrière des Sergens.
Lettre au Peuple , ou Projet d'une Caiffe
Patriotique , par une Citoyenne. A Vienne ; & à
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
Remarques Patriotiques , par la Citoyenne
Auteur de la Lettre au Peuple . Méme adreſſe .
Ces trois Brochures , d'une Dame , Auteur de
plufieurs Ouvrages d'un autre genre , offrent le
même efprit naturel , en y ajoutant des vûes patriotiques
auxquelles tout bon Citoyen doit applaudrir
, galanterie à part.
96 MERCURE DE FRANCE.
Figures de l'Hiftoire Romaine , accompagnées
d'un Précis hiftorique en 25 Cahiers de 12 Eftampes
chaque. 9e . Livraifon . Chague Livraiſon
coute 15 livres . On fe fait infcrire chez M. le
Baron de Myris , Secrétaire des Commandemens
de S. A, S. Mgr. le Duc de Montpenfier , près de
l'appartement de Leurs Alteffes Séréniffimes Meffeigneurs
les Ducs de Chartres & de Montpenfier,
Cet Ouvrage eft imprimé fur papier vélin.
Cette Livraiſon mérite au moins autant d'éloges
que les précédentes.
Sonate de Forté- Piano , avec accompagnement
d'un Violon ad lib,, par M. Hallmandel , uy,
11e. Prix 2 liv. 8 f. A Paris , chez M. Saunier ,
rue St-Honoré , Cour du Charrois , près la rue
de la Sourdière ; & aux adreffes ordinaires de
Mufique,
Huit petits Airs , mis en variations pour le
Galoubet , par M. de Chateauminois , Muficien de
Son Alt. Monicigneur le Duc d'Orléans ; OEuvre
3e. Prix , 3 liv . A Paris , chez l'Auteur , rue dụ
Mail , Hôtel des Indes.
EPITRE.
TABLE.
Charade, Enig. & Logog.
Nouvelles Obfervations .
Lobote & Fanfan.
Bibliothèque
AI
49 Variétés.
54 Comédie Françoiſe.
56
Comédie Italienne .
74
761 Annonces & Notices.
APPROBATIO N.
79
85
86
94
J'ai lu par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 1Į
Avril 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 10 Avril 1789,
SÉLIS,
SUPPLEMENT,
CONTENANT
LES PROSPECTUS ET AVIS
DE LA LIBRAIRIE.
VRAI MOYEN D'ÉTABLIR ET
PERPÉTUER LE BONHEUR DES
NATIONS , ou Plan nouveau d'une plus
parfaite Adminiſtration économique , rurale
, & politique , pour fervir de fuite
ou de quatrième Partie aux Adieux de
M. le DUC DE BOURGOGNE & de M. DE
FENELON , fon Précepteur. Un Volume
in - 4°. , avec un Plan & 48 Tableaux.
Ouvrage dédié aux Etats- Généraux , &
propofe par foufcription. Chez Prault ,
Imprimeur du Roi , quai des Auguftins ;
Moutard , Imprimeur de la Reine , rue
des Mathurins ; les frères Defeine , Libraires
au Palais- Royal ; Buiffon , Libraire
, rue Haute-feuille.
1789.
PROSPECTUS.
Si l'on fuppofe un homme qui fe demande
à lui même: » Quel plan faudroit il fuivre
» à la Campgne , pour y vivre heureux
*
( 2 )
.
L
» par les occupations & par fes fuccès ! ...
ور
ور
Quels feroient les moyens
d'ecces
fu-
» rement & néceffairenient , dans l'économie
rurale , le plus parfait emploi des
chofes , & le plus parfait emploi des
» hommes & du temps « Si l'on fuppofe
que cet homme , engagé par ces deux queftions
, dans les détails immenfes de toutes
les branches de l'économie rurale & du
commerce , confacre plufieurs années aux
recherches multipliées & aux calculs minutieux
& vaftes qui le préfentent à lui
à mesure qu'il avance dans cette carrière ,
on aura l'Hiftoire de l'Ouvrage que l'on
offre ici au Public .
Les deux queftions dont on vient de parler
, ont été pour l'Auteur deux problêmes
à réfoudie ; & il ofe fe flatter d'en avoir
non feulement découvert , mais prouvé la
folution , de manière à ne laiffer aucune
illue à l'incrédulité la plus opiniâtre.
Ce n'eft pas , il l'avoue , que l'on ne
doive naturellement être étonné des derniers
réfultats auxquels il eft parvenu : &
en effet , repréfentez vous des principes , à
l'aide defquels cet Auteur vous donne , au
bout d'un temps convenable 2 quarantedeux
millions d'ames , coinme néceffaires
pour maintenir une culture parfaite en
France , à l'aide defquels il vous procure
un tiers de productions au delà des befoins
de cette prodigieufe population , & ne vous
laiffe pas un pauvre , pas un homme abandonné,
& qu'au contraire il prépare à chaqueCitoyen
une fortune toujours croiffante ;
des principes à l'aide defquels il fournit à
l'État deux millions cinq cent mille hommes
difciplinés & arinés , qui ne couteront
rien au Roi , & feront toujours prêts à défendre
vos foyers contre l'ennemi qui forceroit
vos barrières ; outre fix cent mille
hommes de Troupes Royales, toujours fous
les armes aux frontières ; foixante mille
Officiers , & cent mille Soldats invalides
fans compter quinze mille Cavaliers de
Maréchauffée ; quinze mille Magiftrats ,
environ autant à peu près de Profeffeurs
des Sciences & Arts , & quarante mille ,
tant Curés que Vicaires , tous très - bien
entretenus par les Cantons où ils feront
fixés ajoutez , par exemple , deux cent
mille familles nobles , ou vivant noblement
à la Campagne , & très - avantageuſement
occupées à l'étude de tous les objets de
culture , & payées par la terre : repréfentez
vous un plan d'où réfulte le cadaftre
le plus complet , le plus parfait & le plus
fimple comprez fix mille lieues carrées
formant les frontières autour du Royaume ,
& ne payant aucun impôt : comptez encore
un milliard de contributions payées
au Roi , fans qu'il y ait ni gens de finances,
ni vexations , ni contraintes : comptez
l'inftruction la plus utile , les moeurs nationales
les plus convenables , le bonheur
public le plus affuré , tous les établiſſemens
* ij
( 4 )
défirables fagement formés : voyez toute la
Nation ne plus former qu'une feule maifon
de commerce où les banqueroutes
par conféquent font impoffibles , & à laquelle
, par une autre conféquence , il faut
que le monde entier accorde une confiance
particulière ; maifon de commerce qui , ga
rantie par toutes les propriétés foncières ,
employant toutes les facultés numéraires
animant tous les genres d'industrie , feroit
filtrer , par un heureux fyftême de filiation
graduée , les fruits de fes travaux juſque
parmi les dernières claffes de Citoyens , &
par une autre combinaiſon non moins admirable
, enchaîneroit à fes entrepriſes toutes
les Nations du monde ! ....
Sans doute , à la vue de ce Tableau , votre
furprife fera extrême ! Mais oppoſez des
objections , élevez des montagnes ! ... Vains
efforts ! le problême du plus parfait emploi
du temps , des hommes , & des chofes , n'a
pu être réfolu par l'Auteur , fans donner
pour réfultat néceffaire l'ordre le plus heureux.
Aulfi vous trouverez par - tout les principes
moraux & phyfiques réunis & toujours
en action pour opérer leplus grandbien.
Au furplus , le Lecteur le plus méfiant
verra dans cet Ouvrage , que fi le plan génécal
n'en eft pas adopté , il n'en préſente
pas moins un très-grand nombre de vues
de détail qui peuvent devenir infiniment
précieufes ; & que comme aux prochains
États Généraux il ne fera queſtion que des
( 5 )
moyens de profpérité publique & particulière
, il ne pourra leur être préfenté aucun
Ouvrage plus effentiel à examiner que celui-
ci , d'autant plus qu'il eft évident , par
le plan même , que la Nation qui l'adoptera
la première , aura une avance , une preeminence
néceſſaire de plufieurs fiècles fur
les Nations voisines.
Le prix de la foufcription fera de 24 liv.
On payera 12 liv . en foufcrivant , & ks
autres 12 liv. en recevant l'Ouvrage , qui
fera délivré en une fois. Ceux qui n'auront
pas foufcrit payeront l'Ouvrage 30 liv.
Si le nombre de Soufcripteurs ne fuffifoit
pas pour pouvoir efpérer de couvrir les
frais , l'argent feroit rendu aux Soufcripteurs
dans le courant du mois d'Août prochain.
LETTRE DE M. CHÉRIN , Confeiller de
la Cour des Aides , & Généalogifte des
Ordres du Roi , à M. *** , à l'occafion
d'une Brochure & d'un Profpectus , ayant
tous deux pour titre : Lettre à M. Chérin,
Généalogifte des Ordres du Roi , & c.
fur fon Abrégé chronologique d'Edits ,
&c. , concernant le fait de Nobleffe ; par
M. MAUGARD , Généalogifte.
J'ai reçu , comme vous , Monfieur , fous
l'enveloppe du Journal de Paris , le Profpectus
que vous venez de m'envoyer.
Voici la feconde fois que M. Maugard
* iij
26 ).
fe fert de la voie des Journaux.pour répandre
, avec plus de profufion , dans le
Public , fes Écrits fatiriques contre mon
Livre & ma perfonne.
Tout entier à mes occupations , je me
fuis abftenu , jufqu'à ce jour , de m'engager
dans une controverfe que le prix du temps
& la confidération de mes devoirs fembloient
m'interdire . Mais , comme vous me
paroiffez craindre que quelques perfonnes
n'inferent de mon filence , que je foufcris
à toutes les imputations qui me font faites
, ou que je fuis allez indifférent fur
l'opinion publique , pour dédaigner de les
repouffer , je crois devoir ne plus- différer
à me rendre la justice qui m'eſt due.
Voici donc , Monfieur , une fois pour
toutes , & le plus fommairement qu'il m'eft
poffible , ce que j'ai à dire pour les détromper.
J'ai eu principalement pour objet , dans
la rédaction de mon Ouvrage , ( comme
on l'a pu voir dans l'Avertiffement , ) de
publier la plus grande partie des Loix qui
fervent de bafe aux Commiffaires du Roi
dans la vérification des preuves de Noblef
fe , & de mettre ainfi les Gentilshommes à
portée de connoître les principes , d'en fuivre
l'application , de juger fi elle est faite
avec fidélité , & de fixer la véritable valeur
de leurs prétentions perfonnelles. Si , difois-
je encore en terminant mon Avertiffement
, l'Ordre de la Nobleffe , à qui j'ai
( 7)
dévoué, à l'exemple de mon père , l'emploi
de ma vie entière , daigne accueillir avec
bonté ce premier effai de mes travaux, peutêtre
parviendrai-je à lui offrir un jour quelque
Ouvrage plus digne d'elle.
Mon Recueil eft formé de 646 Extraits
d'Ordonnances , à commencer depuis 1118
jufqu'en 1786. Parmi ces Ordonnances , il
en eft de précieuſes , comme monumens
hiftoriques , & que , par cette raison , je
me fuis permis de recueillir à la tête de
mon Ouvrage , quoiqu'elles foient en quelque
forté étrangères à la confection des
preuves de Nobleffe. Dans le nombre de'
celles - ci , M. Maugard en cenfare 76 , &
l'on peut juger , à l'efrit qui dicte fa critique
, qu'il n'eût pas fait grace aux autres
Extraits , s'il eût cru pouvoir les attaquer
avec fuccès. Suppofons donc que M. Maugard
ait raison dans tous les points , ce dont
je fuis bien éloigné de convenir , mon
Ouvrage n'a rien perdu de fon utilité .
M. Maugard me reproche d'avoir donné
pour titre à mon Recueil celui d'Abrégé ,
parce que , felon lui , on ne peut abréger
les Loix,
Mille exemples fameux , fans parler des
Inftituts de Juftinien , prouvent qu'on peut
abréger les Loix. Le Lecteur inftruit me
difpenfera de les citer ; je n'ai point entendu
, d'ailleurs ; faire un in-folio.
M. Maugard dit que mon Recueil n'eft
point complet , & que beaucoup d'Ordonnances
y font omiles. iv
( 8 )
J'ai intitulé mon Ouvrage : Abrégé chronologique
d'Edits , Déclarations , &c., con..
cernant le fait de Nobleffe , & non Abrégé
chronologique des Edits , Déclarations , & c .,
J'ai , en outre , déclaré formellement , dans
mon Avertiffement , que je ne prétendois
pas donner un Code complet de Jurifpru
dence nobiliaire, & que je me bornois , pour
le moment , à publier une partie des maté
riaux d'un Ouvrage plus confidérable.
M. Maugard prétend que j'ai tronqué
les Loix , que je les ai interprétées à contre-
fens , que je les ai tranferites fans critique
, fans vérification , & c. &c.
M. Maugard imagine bien que les gens,
fenfés ne le croiront pas fur la parole , i
quant à la fidélité des Extraits, & qu'après ;
les preuves de paflion & d'acharnement
qu'il offre perpétuellement dans fes cenfures
, on ira confulter les fources , ou que,
tout au moins , on aura la précaution dej
fufpendre fon jugement. Pour ce qui conf)
cerne les erreurs dans les interprétations
de ces Ordonnances , M. Maugard a tort
de m'en fuppofer , puifque je ne les yak
point interprétées , & que je n'avois pointi
promis de les interpréter gong sila
M. Maugard veut que je fois tombér
dans plufieurs erreurs , foir de faits , foit
de chronologic ; il en cite trois remarqua
bles dans fon Profpectus . J'avoue une erreur
généalogique , que j'ai répétée , par inadvertence
, d'après le favant M. Secouffe , Contit
5327
و ا

nnateur de M. de Laurière ; & une erreur de
chronologie concernant Philippe de Valois.
Je ne fache pas que celle- ci ait éré commife
avant moi; mais comment ne pas fe confoler
d'une faute d'inattention , lorfqu'on voit le
célèbre Bayle ( première Edition de fer
Nouvelles , Avril 1685 ) , faire Solon Légiflateur
d'Athènes , Lég flatcur de Lacedémone
, ( après avoir lu la copie & corrigé
lui - même l'épreuve ) ; & les favans
Bénédictins , Auteurs de l'Art de vérifier
les Dates , Ouvrage fi généralement cftimé
, dire ( première Edition , page 696 ) ,
qu'Elifabeth , femme en fecondes, noces de
Philippe V, Roi d'Efpagne , étoit fille
d'Antoine Farnefe , Duc de Parme , tandis
qu'elle n'étoit que fa nièce , & c . & c. ?
M. Maugard croira d'autant plus à la facilité
de commettre ces méprifes en écrivant,
qu'il n'a pu s'en garantir lui même dans
une feuille de quatre pages d'impreffion ,
' où il m'attribue une Ordonnance de Charles
VI , faite 2 ans avant fa naiffance","
très - certainement elle n'existe point dans
mon Recueil. Un Auteur de bonne foi
qui fe trompe , peur efpérer de l'indulgence
; mais un Cenfeur mjufte , un Ecrivain
qui diffaine , a-t il droit d'en attendre?


M. Maugard prétend perfuader au Pablic
que je ne fuis pas l'Auteur de mon
Ouvrage mais alors pourquoi m'en reprocher
fi durement les imperfections ? Par
quelle libéralité ‹ fnattendue veut - il bien
*
V
( 10 )
1
me laiffer jouir du foible mérite de ma dernière
production , après tant d'efforts pour
me ravir la première ?
1
J'éviterai , par reſpect pour le Public , de
répondre aux perſonnalités , aux invectives,
aux injures , aux inculpations calomnieufes
dont la critique de M. Maugard eft remplie.
C'eft par-là qu'il s'eft trahi lui- même,
& qu'il a fait voir que l'intérêt de la vé
rité n'eft pas le feul motif qui lui a mis la
plume à la main. Quelque raifon que j'aye
de me plaindre , je ferois bien fâché de rendre
à cet homme tout le mal qu'il a eu deffein
de me faire. Je ne puis cependant m'empêcher
de détromper le Public fur la fauffe
infinuation qu'il a tenté de lui donner , en
déclarant que fa fortie du Cabinet des Ordres
du Roi n'avoit eu pour caufe q
l'injufte foupçon de feu M. Chérin , qu'il
travailloit fourdement pour être fon fucceffeur.
M. Maugard , fucceffeur de M. Chérin...
La vérité eft que feu mon père , ayant
cru reconnoître dans M. Maugard , qui avoit
exercé Pétat de Notaire en Lorraine , des
difpofitions à déchiffrer les titres anciens
& à rédiger des Généalogies , chercha à lui
rendre fervice, le recommanda même avec
chaleur à differentes perfonnes , & l'admit
enfin aux travaux du Cabinet dont il eft
ferti précipitamment , par l'effet d'un foulèvement
des Commis , au nombre defquels
il n'avoit point Phonneur d'être encore.
que
M. Maugard , pourvu , depuis cette épor
·( 11 )
que , de la Commiffion d'Examinateur
des
preuves de l'Ordre de St- Hubert de Bar , a été dans le cas de s'en démettre avec un peu
de précipitation
, & a eu le déplaifir de la
voir attribuer au Cabinet des Ordres du Roi.
Voilà , fans doute , s'il veut en convenir
, les véritables motifs des forties violentes
qu'il fe permet contre le Cabinet ,
contre la mémoire de mon père , & enfin
contre ´moi- même. Je doute qu'il ait rencontré
beaucoup d'approbateurs de fes productions
envenimées , à moins que ce ne
foit , peut- être , parmi les perfonnes à qui
j'ai eu le malheur de déplaire en ne rempliffant
que mes devoirs. L'amour - propre
dont on repouffe les prétentions exagérées,
ne pardonne jamais; il aime , dans fon injuſtice
, à voir outrager l'auteur des défagrémens
qu'il éprouve ; il l'outrageroit luimême
, s'il n'avoit plus rien à eſpérer ou
à craindre .
Je fuis , &c.
A Paris , ce s Mars 1789.
NOTICE des Ouvrages de GABRIEL
BROTIER, ancien Bibliothécaire du
College de Louis le Grand , & depuis
Affocié de l'Académie des Infcriptions
& Belles - Lettres; par A. C. BROTIER ,
fon neveu.
Je fuis forcé de donner cette Notice au Pu
blic , pour le prévenir contre toutes les im
* vj
( 12 )
putations auxquelles des combinaiſons mer,
cantilles , la cupidité , la mauvaiſe foi, &
peut -être la calomnie paroiffent difpofees a
donner lieu. Il fe débite dans ce moment une
Brochure in - 8°. , fans nom d'imprimeur , de
so pages d'impreffion . Elle eft intitulée E4
Réforme du Clergé à propofer aux États- Généraux
; par l'Abbé Brottier. Quoique mon nom
y foit prefque autant défiguré que les vrais
principes y font dénaturés , je déclare que ni
mon oncle ni moi n'avons jamais eu , ni directement
ni indirectement , aucune part à ce
pamphlet , qui eft autant le fruit du mauvais
goût que de la licence effrénée du moment ;
& je défie qui ce foit de produire auctine
preuve authentique qui attefte que nous ayons
écrit quelque chofe de femblable ou analogue
au ton impudent qui règne, dans cette Brochure
. Je l'ai dénoncée à M. le Lieutenant-
Général de Police , & j'ai pris les précautions
néceffaires pour que les premiers Magiftrats
fuffent inftruits , & puffent févir contre un
genre de forfait qui doit faire frémir tout Ci
toyen jaloux de fon repos & de fon honneur
Cette réclamation de ma part , fournira un
trait effentiel à recueillir par tous ceux qui
voudront comparer le dix huitième ſiècle avec
ce que nous appelons les fiècles d'ignorance
& de barbarie . Je fais que dans ces fiècles on
n'étoit pas en fûreté dans les grands chemins ,
& qu'il falloit fe barricader chez for : mais
au moins n'étoit - on nullement connu , & par
conféquent nullement expofé , comme aujour
d'hui , à mille traits d'autant plus difficiles à
parer , qu'on fe montre plus à découvert on
n'étoit pas en butte , comme aujourd'hui, à l'efprit
de parti , à la jalouffe , & fur-tout à la calomnie
qui atteint fa victime d'un bout du monde
( 13 )
l'autre , qui la pourfuit jufque dans fes reraites
les plus impénetrables , & qui ſouvent
la va chercher même dans l'obfcurité facrée du
tombeau . Tel eft cependant le erime que je
dénoncé au Public. It eft commis fous les
yeux de l'Adminiftration , au centre des lu
mieres , & fe trouve dans les Papiers po
blics , à côté de ces beaux traits d'humanité
dont nous aimons à nous entretenir.
Le nom de mon oncle m'eft trop cher , &
fa méinoire m'eft trop précienfe , pour que je
ne le défende pas contre toutes les atteintes
de l'ignorance qui lui attribueroit des Ouvrages
indignes de lar, de la médiocrité qui le travefiroit
& le dénatureroit , & de la mau
vaife foi qui , pour fe rehauffer , le repré
fenteroit au deffous de lui - même. Voici la note
bien exacte des Ouvrages qu'il a publiés .
Ses premiers effais furent en faveur de la
Religion. Il fit inférer dans le Journal de Trévoux
quelques Differtations où il fe montr
dès l'âge de 27 à 30 ans , fupérieur à certains
Savans , qui fe propofcient , pour attaquer Pau
thenticité du Texte hebren des Saintes Ecritures
par la chronologie , de démontrer la vérité de
quelques époques fixées dans les Hiftoires des
anciens Peuples.
En 1753 , il donna un Examen de l'Apologie
de M. l'Abbé de Prades .
En 1754 , il donna : Conclufiones ex universa
Theologia. Ces Conclufions font une vraie.
démonftration évangélique à la portée du
moins clairvoyant , & propres à convaincre
le Déifte le plus obftiné , pourvu qu'il foit de
bonne foi L'auteur y fait la marche des Ma
thématiciens , & déduit d'un principe connu
& avoué par l'impiété même , tout ce que la
Religion Chrétienne nous enfeigne.
Les Notes manufcrites qu'il m'a laiffées fur
( 14 )
ces Ouvrages & fur ceux qu'il a fait imprimer
depuis , ne font qu'un développement & des
applications de fes principes qui n'ont jamais
varié dans les différens genres de Littérature
ou d'érudition qu'il a cultivés , tant il avoit le
coup d'oeil sûr. Voilà pourquoi il n'a jamais
répondu à aucune critique faite contre lui,
En 1760 , il donna un petit Ouvrage fur les
Monnoies , intitulé : Traité des Monnoies Romaines,
Grecques & Hébraïques , comparées avec
les Monnoies de France , pour l'intelligence de
l'Ecriture Sainte & de tous les Auteurs Grecs
& Romains .
En 1761 , parut le Profpectus de fon Edition
de Tacite , avec ce titre C. Cornelii Taciti
Opera recognovit , emendavit , Notis & Differ
tationibus illuftravit , Supplementis explevit Gabriel
Brotier, Societatis Jefu Parifiis ,
Typographia H. L. Guerin & L. F. de la Tour,
ex
En 1763 , il donna l'Éloge hiftorique de M.
l'Abbé de La Caille , fous ce titre : Clariffimi
viri Nicolai Ludovici de La Caille Vita ad Cl.
V. Joannem Dominicum Maraldi ; Scriptore Ga
briele Brotier. Cet Ouvrage étoit fait pour être
mis à la tête du Coelum auftrale ftelliferum, de
M. l'Abbé de La Caille. Ib.
En 1771 , parut en 4 vol. in-4° . la fuperbe
Edition du Tacite , attendue depuis fi long.
temps. C. Cornelii Taciti Opera recognovit
emendavit , Supplementis explevit , Notis , Dif
fertationibus , Tabulis geographicis illuftravit
Gabriel Brotier. Ib. Pour fe faire une idée de
la variété des connoiffances , de l'érudition &
du goût qui a préfidé à l'exécution de la par
tie littéraire de ce chef- d'oeuvre de la Typographie
Françoife , il fuffira de jeter un coup
d'oeil fur les titres feuls des Differtations qui
fe trouvent dans cette Edition au nombre de
foixante & une. Elles ont toutes pour objet la
+
( 15 )
!
difcuffion de ce qui a trait à l'utilité publique
& à l'adminiftration de l'Empire Romain , en
Italie , dans les Gaules & dans la Grande- Bresagne
M. Merigot le jeune , Libraire , quai
des Auguftins , au coin de la rue Pavée , eft
Propriétaire des exemplaires qui restent à vendre
de cette première Edition de Tacite. C'eft
entre fes mains qu'a paffé le fonds de cet Ouvrage
, depuis la retraite en 1779 de M. de La
Tour , maintenant Secrétaire du Roi . On trouve
auffi chez le même Libraire la nouvelle Edit.
du Tacite. Elle parut en 1776 en fept volumes
in- 12 . Cette nouvelle Edition , outre qu'elle
eft enrichie de plufieurs Differtations qui ne
font pas dans la première , renferme encore
les maximes politiques de Tacite difpofées par
ordre de matières , le règne de Trajan , le Sup
plement au Dialogue des Orateurs , & un
fragment du xcie. Livre de Tite-Live , fupplée
& expliqué.
En 1779 , parut la petite Edition de Pline ,
en é vol . in- 12 , qui n'eft qu'un extrait d'un
grand Ouvrage que mon oncle vouloit faire
exécuter dans le goût du Tacite. Caii Plini
fecundi Hiftoria naturalis Libri XXXVII, quos.
recenfuit & notis illuftravit Gabriel Brotier. Pariftis
, typis J. Barhou , viâ Mathurinenfium.
En 1780 , parurent les Jardins de Rapin :
Renati Rapini Hortorum Libri IV , & cultura
Hortenfis. Hortorum Hiftoriam addidit Ga rial
Brotier Ib.
En 178;, parurent les Fables de Phédre,
Phadri Augufti Liberti Fabularum Libri V,
cum Notis & Supplementis Gabrielis Brotier
accefferunt parallela Joannis de La Fontaine
Fabula.
C'eſt à M. Brotier que nous devons encore
les premiers volumes de Plutarque d'Amyot
(Paris , Cuffac ), & le gout qui règne dans cette
( 16 )
Edition précieuse par la manière dont fon plan
a eté fuivi & exécuté .
Voilà très en détail la Notice des Ouvrages
publiés par mon oncle . Ceux qui défireront le
convaincre combien il étoit éloigné du ton indécent
qu'on lui prête dans la Brochure fur le
Clergé , peuvent confulter le N° . 21 de cette
année du Journal général de France , où M.
l'Abbé de Fontenay rend avec l'expreffion de
l'amitié les traits qui caractérifèrent M. Brotier ,
dont la modeftie étoit telle qu'il a laiffè ignoré
à M. l'Abbé de Fontenay même , qui le voyoit
fouvent , combien il étoit verfé dans les Sciences
exactes , jufqu'à quel point il en faifoit fes
occupations , fouvent fes délices , & en portoit
par- tout la précifion & la méthode.
Le Journal de Paris , dans fon Nº 55 de
cette année , à l'article Nécrologie , n'a fait que
copier inexacte nent une très - petite partie de
l'article inféré dans le Journal général de France
, fous le titre de Mort remarquable.
On conçoit bien que je n'af du faire entrer
dans cette notice , ni les titres des petites pieces
en H breu , en Grec & en François , que
mon oncle publia en 1751 & 1752 , au fujer de la
raiffance du Dauphin , ni ceux des Mémoires lús
à l'Académie des Infcriptions & Belles - Lettres ,
nides obfervations qu'il a données fur la Lettre
du Grand Condé au Père Talon , Jéfuite
( celles - ci fe trouvent à la tête de la nouvelle
Edition de la Vie de St. François Xavier , par
le P Bouhours . Paris , Quillot , rue St. Jacques ,
1787 , 2 vol. in - 12 . ) , ni les titres de quantité d'autres
pièces de de gente , publiées avant & depuis
la diffolution de la CELEBRE SOCIÉTÉ à
laquelle il devoit les talens diftingués qui te
font regretter de tous ceux qui font attachés
aux vrais principes . Toutes ces productions
font des momimens du bon gout qui le diri-
3
( 177)
geoit , de fon zêle pour le progrès des Lertres
, des voeux qu'il n'a ceffé de former pour
la profpérité de la France & la gloire des.
Bourbons , & de fon refpect fur-tout pour la
Religion & fes Miniftres.
Lu & approuvé. A Paris , 18 Mars, 1789.
CAUSSIN DE PERCEVAL.
Novembre
EXTREPRISE DE L'YVETTE , autorifée
par Arrêt du Confeil , du
1787 , & du 14 Février 1789.
COMPTE RENDU,
ET PROROGATION DE SOUSCRIPTION.
J'ai annoncé que je donnerois , au commencement
de chaque année , l'état de fituation
de l'Entrepriſe de l'Yvette. J'ai pensé
que ce moyen étoit le feul qui pût mériter
la confiance , parce qu'en effet il répond
à tout. Je vais remplir mes engagemens.
Ce compte fera court , mais il fuffira
aux Intérellés. .i5
Ils reconnoîtront , par ce compte , com-:
ment le dividende , qui fe paye à Bureau
ouvert depuis le feize du mois de Février
a été formé ; ils verront comment le dividende
perpétuel eft déjà établi ; ils auront
enfin la preuve évidente que les avantages,
qu'on leur promettoit n'étoient point exagérés.
Il eût été fans doute à défirer que les .
eaux que l'on avoit promifes pour le mois
de Juillet dernier , euffent été conduites à
cette époque au réfervoir de diftribution ;
( 18 ).
mais lorsque je prenois cet engagement ;
j'ignorois que je ferois affujetti , pour la
confection du Canal , à des formes judiciaires
auffi épineufes , auffi longues que
celles qu'il m'a fallu fuivre , & je ne répondrai
qu'un feul mot aux perſonnes qui infifteroient
fur le reproche qu'il femble qu'on
foit en droit de me faire à ce sujet ; c'eft
que je n'ai été réellement autorifé à entamer
les travaux que les de Novembre
dernier , & ces travaux font cependant tellement
avancés , qu'ils peuvent être perfectionnés
en moins de fix femaines.
1
DÉPENSE.
Les ouvrages en terraffes
ont coute , ck. .
.
Les ouvrages en maçonnerie
, y compris les approvifionnemens
actuellement
fur place , ci.
Les plantations , ci,..
Les acquifitions des terreins
actuellement foldées , ci.
Les frais de procès-verbaux
"d'eftimation & d'arpentage
, ci.
Les frais d'appointemens
d'Infpecteurs aux travaux,
1. f. &
-64,304
$9,124 14
6,200 0
68,616 17 4
2,300
ci .
3,273
Les frais de Bureau & faux
frais , ci ...
45,729
Nota. Dans ces frais font
compris les honoraires de
l'Adminiftrateur général
les appointemens des Commis
à la recette & à la te

( 19 )
nue des Livres , les frais
d'impreffion , les frais de
voyage , le loyer des Bureaux
, & généralement toutes
les dépenfes relatives
au régime intérieur de l'affaire.
Totalgénér des dépenfes, ci. 249,547
RECETTE.
Toutes les dépenfes ci - def
fus ont été acquittées fur
le produit de la vente des
A&tons , qui étoit, av 15
Décembre dernier , de ,
ci.....
Partant , il refte en caiffe
des fords de l'année dernière
, pour être employés
à ces mêmes travaux
, la fomme de , ci ..
461,200 l.
111,652 1.10 1.8 d.
-Nota. On n'a point compris dans cet état le
produit provenant du renouvellement des Ac,
tions , parce que ce produit fera partie du
compte qui fera rendu l'année prochaine .
Le produit de la vente de l'eau , produit
qui a été indiqué comme étant uniquement
deftine à former les dividendes , a été
tel , qu'il donne la faculté de diftribuer so
liv. par chaque Action , & ces dividendes
acquittés , il restera en caiffe une fomme
fufflante pour former , avec les rentes fon
cières & irrachetables qui feront acquifes à
la Compagnie , à mesure que l'eau fera diftribuée
aux Soufcripteurs , un dividende
perpétuel de plus de 6 p %.
( 20 )
+
Cependant je préviendrai toute objection
à ce fujet , par l'obſervation fuivante . ·
On fera peut- être étonné que l'on ait reftreint
le dividende de cette année à so liv. ,
lorfqu'il eft démontré qu'il pouvoit être plus
confidérable. Mais cet arrangement avoit
été expreffément arrêté par l'acte qui contient
les Réglemens relatifs à l'Entrepriſe ;
& avec un peu de réflexion on fentira ai
fément la jufteffe de cet arrangement , qui ,
loin de bleffer les intérêts des Actionnaires
actuels , confolide , au contraire tellement
leur propriété , que l'Action en acquiert
néceffairement une valeur pofitive , puifque
l'Action devient par ce moyen le titre d'une
propriété foncière dont le capital devra
s'évaluer , indépendamment de tout autre
droit , fur le taux du dividende perpétuel
dont on a jeté les bafes.
Nota. Quoique le dividende foit de so liv. par
chaque Action , cependant on prévient les Action
naires qu'ils ne recevront que 43 liv. 4 fals , parce
qu'il fera prélevé fur le montant de chaque divis
dende , au profit de M. de Fer de la Noxerre , la
Jomme de 6 liv. 16 fols ; favoir , 6 liv. pour le
droit de douze pour cent qui lui eft dú aux termes
du contrat de vente qu'il a fait de fa propriété
des eaux aux Intéréffes dins cette Entreprife, &
le furplus pour le droit deaurée & la fortie des
Fonds dans fa caiffe , droit qui lui est également
alloué par ledit contrat de vente.
Par le compte ci - deffus , on a mis chacun
à portée de connoître la fituation actuelle
de l'Entreprife. On rappellera naintenant le
prix des Actions , que l'on continuera de
( 21 )
mettre en diftribution au Bureau général ,
Actions dont on ne peut douter que le
dividende, qui fera diftribué l'année prochaine
, ne foit plus confidérable que celui
de cette année , fur-tout fi , comme on peut
l'annoncer , les eaux font conduites au réfervoir
de diftribution avant le mois de Mai
prochain..
Les Actions qui auront droit au divis
dende de l'année 1790 , en acquittant 100
liv . avant le 31 du mois de Décembre de
cette année , refteront à 200 liv. jufqu'au
vingt-cinq du mois d'Avril prochain , époque
où elles feront portées à 252 liv.: ces Actions
font les mêmes que les Actions de
oo liv. qui ont été diftribuées l'année der
nière ; mais elles ont dû être portées à 200
liv. , à caufe de la feconde époque de paiement
qui s'eft écoulée depuis le moment
de leur création.
En recevant ces Actions , on paiera 12
fols pour le droit d'échange .
Les Actions de 940 liv . refteront à 2,500
liv. jufqu'au premier de Juillet prochain ,
époque où elles feront portées à 4,000 liv ..
Cependant tout Propriétaire d'Action de 200.
liv . pourra exiger , jufqu'au 15 de Décembre
prochain , que lesdites Actions lui foient
délivrées à raifon de 1063 liv.
Nota. On vient de créer des quarts d'Action de la
valeur de 300 liv. , payables en un feul payement ,
ou par douzième à raifon de 25 liv . par année , afia
d'offrir un moyen de fortune aux Claffes de la So.
cité qui par état ne peuvent faire annuellement que
de légères économies. Les quarts d'Action auron?
( 22 )
les mêmes droits , proportion gardée , que les Actions
entières.
Les Actions des eaux , qui font aujourd'hui
à 2,000 liv. , refteront à ce prix
jufqu'au moment de l'arrivée de l'eau au
réfervoir de diftribution , époque où elles
feront portées à 2,400 liv.
Enfin , le prix du muid d'eau reftera fixé
jufqu'à ladite époque de l'arrivée de l'eau
à 288 liv.; cependant les perfonnes qui
foufcriront pour trois muids d'eau & au
deffus , ne paieront le muid qu'à raifon de
192 liv. , au lieu de 540 liv. , prix auquel
il a éte fixé par l'Arrêt du Confeil qui autorife
la préfente Entrepriſe .
Quant au prix du demi - muid d'eau , il
reftera à 108 liv. , afin de faciliter aux
petits ménages le moyen de participer aux
avantages de la préfente Soufcription .
On s'adreffera , comme ci- devant
Bureau général de l'Yvette , rue Guénégaud
, nº. 30.
! au
La Lettre qui a été adreffée aux Notaires ,
Banquiers, Agens de Change , & autres Gens d' Affaires
, ne pouvantfervir qu'à répandre de la clarté
fur l'affaire de l'Yvette , on a penfé qu'il convenoit
de l'inférer ici.
Je ne fais , Monfieur , fi vous avez eu connoiffance
de l'Entreprise de l'Yvette ; mais il eft probable que vous
aurez eu lieu d'être étonné du courage avec lequel j'ai
firivi cette affaire , & du fuccès , que j'ai obtenu : vous
verrez par le nouveau Profpectus que je viens de publier ,
quels font les avantages que peuvent efpérer les 4,800
Intéreffés a xquels j'ai cédé ma propriété . J'ai pensé que
je de ois aint fixer l'opinion par la plus grande publicité
poffible de la fituation de l'affaire générale , & que c'étoit
la feule réponse qu'il me convenoit de faire aux perfonnes
affez peu inftruites pour en parler défavantageufement ,
1
( 23 )
>
ou affez peu délicates pour la calomnier , en ofant même
avancer que le Gouvernement avoit ceffe de la protéger
parce qu'il m'avoit été imposible de réalier le dépôt de
400 mille liv. , auquel je m'étois obligé , tandis que ce
dépôt a été fait aux terines de l'Arêt du Confeil : je ne
fais , Monfieur , fi mes Actions fe négocient à la Bourſe ,
mais il m'étoit important de vous prevenir de leur valeur
réelle , afin que your puitliez les faire connoître à vos Correfpondans
, & fixet le prix de la hauffe qu'eties doivent
naturellement & gradue lement éprouver. Le réſultat de
leur valeur . eft , Monfieur , une propriété foncière de
15,000 liv. qui fera acquife , au bout de douze années ,
à chacune de ces Action , & un intérêt excellif , & trèscertainement
de plus de so pour cent , pour chaque
fomme de 100 liv . payée par chaque année pour compléter
la fomme de 12 :0 1.v. , prix de leur création. Quant aux
Actions de 648 liv . , dont j'ai augmenté le prix par échelle
jufqu'à la fomme de 1196 liv. , il vous fera facile de
calculer que cette augmentation de prix étoit fondée en
raifon , puifque chacune défdites Action repréfente une
valeur réelle & pofitive de 5,8 liv. Je dois inceffamment
affembler la Compagnie , dans laquelle , pour avoir entrée
& voix délibérative , il faudra être Propriétaire de 250
Actions de 100 liv . , & de 20 Actions de 648 liv.; c'eft
par erreur qu'il avoir été annoncé , dans le Journal de
Paris , qu'il ne falloit que 130 Actions de 100 liv. , &
10 Actions de 6481. ; je dois vous ajouter que j'ai converti
1500 Actions de 100 liv. , en Actions de 940 liv . , &
ce , d'après un raifonnement fort fimple : dans un pays
où les fortunes varient fans ceffe , il a paru qu'il convenoit
d'offrir aux perfonnes qui avo ent à craindre des
revers , un moyen de fe conferver ou d'obtenir une exiftence
honnête à très - peu de frais ; & c'est le but de ces
Actions , puifqu'il doit fuffire de s'en procurei douze pour
pouvoir taifonnablement efpérer , indépendamment de
Î'intérêt annuel qu'on n'aura ceffé de recevoir , de ſe
trouver , au bout de douze années , Propriétaire de 100
mille écus . D'après cet expoſé , Monfieur , vous voyez
que les Actions de 940 liv. conviennent aux perfonnes
qui jouillent d'une fortune qui peur leur échapper , tandis
que les Actions de 100 liv. offrent un gal avantage à
ceux qui ne peuvent faire annullement que de légères
économies. I feroit inutile d'ajouter que quiconque auroit
des fonds à placer , ne pourroit trouver un emploi
plus utile , & qui puiffe mieux convenir à toutes les circonftances
, puifquz les Actions que l'on reçoit en échange
des fonds que l'on place , étant des effets payables au por-
Teut on a la liberté de s'en défaire à volonté , & que
"
( 24 )
"
cependant elles ont pour hypothèque une propriété fon
cière d plus de 120 millions . Enfin la valeur des Actions
s' ccroît annuellement , tandis que dans tout autre
placement jamais le capital n'augmente , & fouvent diminne
, ainfi que la rente qu'il produit . Or ce nouvel
avantage eft d'une telle condération , que s'il étoit ou
plus connu , ou plus généralement fenti , il feroit par cela
feul généralement préféré.
Nota . On n'a rien changé à cette lettre , parce
qu'il a paru qu'elle fuffifoit pour donner une idée
générale de l'Entreprife , & defes avantages ; avantages
que le compte que l'on public aujourd'hui
juflifie pleinement , fans qu'il foit néceffaire d'en
parler plus longuement. Mais on annonce que l'on
trouvera , dans un Ouvrage actuellement fous preffe ,
& qui paroîtra inceffamment , tout ce qui a rapport
à l'Entreprise de l'Yvette , & notamment le Mér
moire qui lui eft relatif, lu à l'Académie des Sciences
le 10 du mois de Janvier 7189 , & l'Arrêt du
Confeil rendu le 14 Février fuivant en faveur de
Entreprise.
SUPPLÉMENT.
Plufieurs perfonnes ayant défiré placer des fonds dans
l'affaire de l'Yyette , fans en courir les chances on prévient
que l'on recevra dorénavant à la Caille tous les
fonds que l'on voudra y verfer , & que l'on en payera
l'intérêt , favoir , à raifon de 5 pour cent pour les termes
de tros & fix mois , des & demi pour cent pour les
terines de 9 mois & d'un an , & de fix & deini pour
cent pour le terme de 3 ans & au deffus. On prendra
pour comptant toutes Lettres de Change revêtues de trois
ignatures de Maifons de Commerce , & tous Effets Royaux.
On aura même la faculté de retirer fes fonds , en aver.
tiffan trois mois d'avance , & en bonifiant de l'escompte.
Nota. On continue de diftribuer au Bureau géné
ra! de l'Yvette, la Science des Canaux navigables ,
en trois vol in 8. , la Carte générale de la Navigation
du Royaume , & les Plans du Canal de
Yvette & de la nouvelle rivière de Londres.
Lu & approuvé. A Paris , ce 7 Avril 1789. CAILLEAU
Adjoint,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 AVRIL 1789.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
V. ER S
A M. D ... . Avocat.
>
THEMIS & l'Amour font tes Dieux ;
1
Vraiment j'admire ton ſyſtême.
Thémis t'apprendra l'art de faire des heureux ;
Et par l'Amour tu le feras toi-même .
Moi je t'en connois un troiſième ,
L'Amitié , qui les peut remplacer tous les deux.
( Par M. Lemenu. )
No. 16. 18 Avril 1789.
E
98
MERCURE
B ON HEUR, LE B
STANCES.
ON dit un homme heureux, alors qu'une Maîtreffe ,
De talens bien pourvue & brillante d'appas , '
Tient les fens & fon coeur dans la plus douce ivreffe,
Et fur-tout ne le trompe pas,
Celui-là que l'hymen engage
Ne fent point le lien dont il eft enchaîné ;
Ou plutôt il s'y plaît , il ſe croit fortuné,
Si fa femme , à la fois , eft belie , bonne , & fage,
Mais un autre mortel plus fatisfait encor ,
Et de qui le Bonbeur doit, fembler préférable ,
C'est celui qui , trouvant un ami véritable
Sait apprécier ce tréfor.
Quelle félicité doit donc remplir mon ame,
Quand je trouve à la fois & dans le même objet ,
Avec l'ami le plus parfait ,
Une Amante fidelle , & la plus digne femme!
( Par M. D*** T*****, 】
KIBLIOTHECA
REGIA
NACENSIS)
DE FRANCE.
99
LE SINGE BEL ESPRIT ,
FABLE,
CERTAIN Singe brilloit parmi les animaux,
Son babil effronté, fon adreffe , fa grace ,
Son air vif & rufé , fes
tours de paffe -pafſe ,
Et fes gambades & fes fauts ,
De fes pareils l'avoient rendu l'Idole.
Chez eux, comme chez nous , quel eft le grand talent ?
C'est celui d'amufer ; ce mérite frivole ,
D'un Singe , affez ſouvent , fit un être important.
J'en fais un autre cependant
Sans lequel on plaît rarement :
C'est celui de favoir fe tenir à fa place.
Enflé de fes fuccès , notre Singe eut l'audace
De croire que jamais il n'auroit ſon égal ;
Et pour mieux impofer à la foule ébahie
Un beau jour il lui prend envie
De quitter fon air fou pour un air doctoral ;
Et voilà mon original ,
Tantôt lâchant avec emphafe
Une enauyeufe & longue phraſe ;
Tantôt jugeant de tout , & d'un ton fuffifant ,
Louant , perfiflant , dénigrant.
Il eſt cru fur parole , & graces au preſtige ,
Telavoit jufqu'ici paffé pour un prodige ,
E 2
100 MERCURE
Qui n'eft qu'un fot d'un plein aceord ;
Et tel autre n'étoit qu'un lourdaud , un butor ,
Qui devient , à fon gré , la plus rare merveille.
Plus fier - encor de fes nouveaux fuccès ,
Bientôt rien n'échappe à fes traits :
Ce qu'il avoit vanté la veille ,
Mérite à peine fa pitié ;
Il prétend avoir feul tous les dons en partage ,
Et juſqu'à ſon ami , tout eſt ſacrifié.
On ne tint plus à cet excès d'outrage ;
Les yeux furent ouverts ; on s'enquit de fes droits
Et l'on convint tout d'une voix ,
Que celui qui jugeoit avec tant d'impudence ,
Impitoyablement devoit l'être à fon tour.
Pour y procéder , on prit jour ;
Il ne fallut qu'une féance .
D'abord on examine avec attention
Du maître Fat les airs & la conduite ;
Chacun de témoigner ſon indignation .
On l'interroge : adien tout fon mérite .
Juftice fut rendue à fes minces talens ;
Mais on conclut en même temps
Que l'Ane même avoit plus de bon ſens ,
Puifqu'il avoit celui de fe laiffer conduire ,
Et d'être utile au lieu de nuire.
(Par M. Nogent , à Avalon. )
DE FRANCE. 101
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot E mot de la Charade eft Guimauve ; celui
de l'Enigme eft Vermine ; celui du Logogriphe
eſt Créancier, où l'on trouve Ire, Aîné,
Nier, Carte, Ancre, Rare, Ane, Raie, An,
Nice, Ecrin, Ecran, Air, Cric, Arc , Rien. -
CHARA D E.
PARFOIS le Courtifan eft peint par mon premier ;
On trouve dans mon tout ce qui fait mon dernier.
( Par Mlle. H*** . G***. )
ÉNIGME.
MA mer n'eut jamais d'eau , mes champs font
infertiles ;
Je n'ai point de maifons , & j'ai de grandes villes ;
Je réduis en un point mille ouvrages divers ;
Je ne fuis prefque rien ', & je ſuis l'Univers.
( Par un Abonné. >
E 3
102 MERCURE
JE n
LOGO GRIPHE.
E ne fuis point Abbé , Robin , ni Gentilhomme ;
A Paris aujourd'hui , comme jadis à Rome ,
Je tiens un rang avec raiſon .
Cinq & quatre pieds font mon nom.
Si , pour me trouver à votre aife ,
Il faut vous les décompofer ,
Quoique cela change la thèfè ,
J'y confens , car mon but eft de vous amuſer.
Cherchez d'abord l'Oifeau gardien du Capitole ;
`Ce qu'un Renard fit jadis au Corbeau ;
Ce qu'on trouve dans le Pactole ;
Ce qu'on tâche à Paris de tirer au cordeau
Un intermédiaire entre ville & village }
Ce qui d'une Bergère annonce la pudeur ;
Ce qui fait plaifir à l'Acteur ;
Enfin ce qui l'hiver eft utile en ménage.
( Par M. Prevoft de Montigny. )
DE FRANCE 101
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Science de la Légiflation ; par M. le
Chevalier GAETANO FILANGIERI.
Ouvrage traduit de l'Italien , d'après
l'édition de Naples , de 1784. Tomes
III , IV, V. A Paris, chez Cuchet ,
Libr. rue & hôtel Serpente.
ENSEIGNER les
moyens
NSEIGNER
les moyens
de perfectionner
la Légiflation
, c'eft indiquer
aux Sociétés
les fources
où elles doivent
chercher
leur
bonheur
; c'eft faire des principes
invariables
& éternels
de la raifon & de l'équité ,
une jufte application
aux règles qui doivent
gouverner
les hommes
. Ces principes
qui devoient
, pour ainsi dire , faire l'inf
tinct commun
de tout être fociable
, ces
traits primitifs
gravés
par la Nature
dans
le coeur de l'homine
, avoient
été tellement
effacés
par la tyrannie
& la mifère
qui
l'accompagne
, qu'il a eu befoin
des efforts
& des méditations
des Philofophes
les plus
éclairés
, pour l'aider
à reconnoître
fes véritables
titres , & à fe retrouver
lui-même .
La lumière
qu'ils ont répandue
a été telle ,
que les Chefs des Nations
eux -mêmes
font
E 4
1041-
MERCUREA

à préfent convaincus que leur félicité eft
inféparable de la félicité des Peuples qu'ils
gouvernent. Cette heureuſe révolution , qui
permet enfin à la vérité trop long- temps
captive , d'élever librement la voix , eft .
fur-tout ce qui avoit déterminé le Chevalier
Filangieri à lui ouvrir un accès auprès
du trône d'un Roi ( 1 ) fait pour l'entendre.
Car cet Ecrivain penfoit que tout le trouvoit
favorablement difpofé pour la réforme
des Loix ; que le monftre de la féodalité ,
prefque abattu , & forcé de permettre
aux hommes de penfer ; que les peuples
affez éclairés pour ne plus croire à l'infaillibilité
d'une Légiflation , où les traits
de la fageffe fe trouvent trop fouvent mêlés
au délire du pouvoir , mais que le nom
Romain avoit rendu trop refpectable après
plufieurs fiècles ; que la politique , qui n'avoit
été pendant long- temps que l'art de
tromper les hommes , & qui comptoit pour
(1 ) Le Chevalier Filangieri naquit à Naples le
18. Août 1752 , de Célar Filangieri , Prince d'Arianello
, & de Marie-Anne Montalto , des Ducs
de Fragnito . Sa famille , d'origine Normande , eft
une des plus anciennes & des plus illuftres du
Royaume de Naples.
En 1786 , le Roi le fit entrer dans le Confeil
d'Etat des Finances .
Il eft mort l'année dernière dans la force de
l'âge , & fa mort a été regardée dans tout le
Royaume comme une calamité publique ..
DE FRANCE. IGS
tien le crime qui réuffit , ramenée à des
principes plus humains & plus vrais ; enfin'
que la fuperftition étouffée , & ne pouvant
plus rendre facrées l'erreur & l'injustice
n'oppofoient plus d'obſtacles à l'exiftence'
d'une Légiflation plus conforme à la nae
ture & aux droits de l'homme .
Le Chevalier Filangieri avoit pris le foin
de raffembler toutes les grandes vérités
morales qui fe trouvoient éparfes dans les
écrits des Philofophes , & qui pouvoient
fervir de bafe à cet important édifice. Il
les a liées pour en faire un fyftême complet
& raifonné , qui embraffe toutes les
branches de la Légiflation . On a déjà rendu
compte , dans ce Journal , du premier Livre
de fon Ouvrage , où il expofe les règles
générales de cette Science , ainfi que du
fecond , où il traite des Loix Politiques &
Economiques , c'eft - à - dire , de celles qui
ont pour objet la confervation des Citoyens .
Les Loix Criminelles , qui ont pour objet
leur tranquillité , forment la matière du
troifième Livre que nous annonçons.
>
Les Loix Criminelles affurent cette
tranquillité qu'on appelle liberté civile
& les refforts qu'elles emploient font les
deux affections les plus conftantes & les
plus profondes du coeur humain , l'amour
du bien & la crainte du mal. L'effet de ces
Loix doit être d'infpirer de l'effroi au méchant
, & de la fécurité à l'innocence . Les
vices de la procédure criminelle chez la
ES

106 MERCURE
t
plupart des Nations de l'Europe , ne leur
ont pas permis jufqu'à préfent de remplir
ce double objet. Quoique plufieurs Hommes
célèbres fe foient occupés avec fuccès
de la néceffité & des moyens de proportionner
les peines aux délits , la partie.
de la Légiflation criminelle qui regarde la
procédure , eft reftée dans fon ancienne
imperfection . Ce fut un motif puiffant
pour Filangieri de tâcher d'en développer
les principes. Pour mettre plus d'ordre &
de clarté dans fes idées , il a divifé la
procédure criminelle en fix Parties. La
première a pour objet l'accufation ; la
feconde , la notification à l'accufé , & la
sûreté de fa perfonne ; la troifième , les
preuves & les indices. du délit ; la quatrième
, la répartition des fonctions judiciaires
& le choix des Juges du fait ; la
cinquième , la défenfe de l'accufé ; la fixième
, le jugement.
Filangieri , après avoir examiné quel fut
le fyftême de l'accufation judiciaire chez
les Anciens , difcure profondément
celui
que les Modernes lui ont fubftitué. Il penfe
que tout Citoyen devroit avoir la faculté
d'en accufer un autre; il la regarde comme ,
faifant une partie effentielle des droits de
la Cité , & ce principe eft inconteſtable ..
La liberté de l'accufation entroit dans le
plan de la plupart des Légiflations anciennes
; elle fut admife par les Hébreux , les ,
Egyptiens , les Grecs & les Romains
DE FRANCE. 107.
Comme le droit d'accufer éinane néceffairement
de la nature du pacte focial , &
de l'intérêt qu'a chacun des contractans
d'en faire obferver les conditions , il n'eft
pas étonnant que les Anciens aient été
attachés à l'exercice de cette prérogative.
L'expérience démontre que dans l'enfance
des Sociétés , les hommes ont un fentiment
plus intime de leurs droits naturels ,
que dans les Sociétés avancées. Dans celles-"
ci , ce fentiment s'altère par les diftractions
que la tyrannie ne manque jamais
de lui offrir , par l'habitude de l'efclavage
( car on s'habitue à n'être rien ) , & finit
par fe perdre dans l'inanité des défirs fri-
· voles & de cette multitude de befoins
factices qu'amènent toujours les progrès de
la fociabilité.
Chez les Nations modernes , on a établi
une perfonne publique pour pourfuivre le
crime au nom de l'Etat . Les particuliers ne
peuvent demander que la réparation du
tort qu'ils ont fouffert. La partie publique
peut feule rechercher , faire arrêter l'auteur
du délit , & en requérir la punition .
Filangieri eft bien éloigné de confiriner
les éloges que plufieurs Ecrivains du premier
ordre ont donnés à cette inftitution .
Il combat fur tour Montefquieu , qui la
regarde comme une Loi admirable. Ce
Philofophe envifageoit la liberté des accufations
comme un attribut de la Républi
que , où chaque Citoyen , dit - il , dor
"
E 6
108 MERCURE
1
» avoir pour le bien public un zèle fans
» bornes , où chaque Citoyen eft cenfé
» tenir tous les droits de la Patrie dans fes
» mains ".
Quoique les droits naturels de l'homme
foient les mêmes dans tous les Gouvernemens
, puifque ces droits font inaliénables
& l'accompagnent par-tout , il n'en eſt pas
moins vrai que leur exercice fe trouve plus
afforci à l'efprit de la démocratie. Chaeunt
fait que la liberté des accufations devint
fous les Empereurs , un des plus terribles
fléaux dont la Société puiffe être frappée.
Les gens de bien ne purent plus compter
fur les Loix ni fur leur propre vertu ; les
délateurs , genre d'hommes affreux, inconnu
auparavant , femèrent par-tout l'épouvante
& la défiance . Filangieri dit qu'on peut
prévenir ce malheur par des bonnes Loix
contre la calomnie ; il y en avoit à Rome.
Ce n'eft pas affez qu'il y ait des Loix ,
il faut être sûr que perfonne ne pourra
les faire taire ; ce qui ne peut avoir lieu ,
quelques raifonnemens qu'on faffe fur
cet objet , que dans une conftitution
libre. Dans tout autre cas l'abus qu'on
fera du droit d'accufer , pouvant en rendre
l'exercice odieux , chacun le redoutera
& le crime reftera impuni. Aufli les Romains
fentirent -ils eux-mêmes la néceffité
d'une perfonne publique pour les cas où
il n'y auroit pas d'accufateur. Il n'eft pas
impoffible , fans doute , comme le prétend
,
DE FRANCE. FOO
Filangieri , que l'homme public , chargé
de pourfuivre le crime , trompe la confiance
dont il eft honoré ; mais la publicité de la
procédure fuffiroit pour arrêter les prévarications.
Outre que l'opinion publique
pourroit exercer alors toute fa force fur le
Magiftrat , & l'empêcheroit d'avilir fes
fonctions , il vaudroit encore mieux n'avoir
à craindre que la lâcheté d'un feul ,
que la lâcheté de mille délateurs obfcurs.
"
Ainfi Filangieri voudroit qu'on rétablit
la liberté d'accufer , en adoptant les difpofitions
des Loix Romaines contre le prévaricateur
& le calomniateur. Il rejette feulement
la marque du fer rouge fur le
front de ce dernier , la peine du Talion
& celle de l'infamie lui paroiffant fuffifantes
pour l'un & pour l'autre . Il voudroit
auffi qu'on mit au droit d'accuſer toutes
les exceptions établies par les Romains
qui peuvent s'appliquer à nos moeurs &
à nos ufages. Chez eux , les femmes , les
pupilles , les efclaves , les gens infames ,
ne pouvoient accufer que leurs agreffeurs
& les ennemis de la Patrie ; les Magif
trats , les Ambaffadeurs , & tous ceux qui
étoient abfens pour l'intérêt de la République
, ne pouvoient être accufés pour des
délits commis avant leur abfence . Des formules
claires & précifes devroient , felon
Filangieri , exprimer l'accufation. C'eft le
moyen le plus capable de garantir l'innocence
des faux - fuyans de la calomnie , &
110 MERCURE
d'empêcher la volonté du Juge de devenir
arbitraire. La prefcription des accufations
eft néceffaire. Chez les Romains elle étoit
de vingt ans pour certains délits. En Angleterre
elle eft de trois ; & c'eſt ce dernier
exemple que Filangieri vondroit qu'on
adoptât , parce qu'il eft plus difficile de
fe défendre d'une calomnie après vingt ans,
qu'après trois.
Si l'accufation doit être , felon Filangieri
, la bafe de la procédure ordinaire
l'information d'office doit être celle de la
procédure extraordinaire. La sûreté publique.
exige qu'au défaut d'accufateur particulier ,
on puifle avoir recours à celle - ci ; mais il
faut qu'elle foit purgée de tous les vices
qui la rendent dangereufe & même atroce
dans la plupart des Gouvernemens modernes
. Une partie de ces vices naiffent de la
nature même de l'information actuelle , &
l'autre du caractère des perfonnes auxquelles
on l'a confiée. La dénonciation fe
crète, ou la clameur publique , étant le fondement
de l'information , il n'eft point de
Citoyen qui ne doive trembler pour fa liberté
ou pour fon honneur. Quant aux
hommes qui font chargés de la plus grande
partie de la procédure , il femble qu'on
ait voulu que les plus fubalternes fuffent
prefque les maîtres du réſultat de l'information.
Filangieri a trouvé dans le fyftême
de la Jurifprudence Romaine , les moyens
de détruire un ordre de procédure fi fu
DE FRANCE. III
nefte à la sûreté civile. Il propofe d'établir ,
comme chez les Romains , des Magiftrats
accufateurs , choifis parmi les hommes vertueux
& éclairés , qui feroient diftribués
dans les provinces , pour y rechercher les
auteurs des délits pour lefquels il n'y auroit
point d'accufateur particulier. Ces Magiftrats
les appelleroient devant le Tribunal ,
& les accuferoient avec les formules & les
règles prefcrites pour les accufations particulières.
Ils ne pourroient point fe déſiſter de .
leur accufation jufqu'au jugement ; mais ils
devroient être affujettis aux mêmes peines
que les calomniateurs , ce qui n'avoit pas
lieu à l'égard des Magiftrats Komains . Le
Lecteur doit fentir que l'établiſſement que
propofe Filangieri , fuppofe la fuppreffion
des Jurifdictions féodales : auffi penfe- t-il
que ces portions de la fouveraineté , trop
long- temps égarées , devroient y être réunies
pour jamais.
L'affignation de l'accufé eft la feconde
opération de la procédure criminelle . A
Rome , fi l'accufé appelé devant le Préteur
refufoit de comparoître , & fi fon
délit étoit affez grave pour que la perte de
fes biens & de fa Patrie ne dût pas l'empêcher
de prendre la fuite , la Loi permettoit
au Magiftrat d'ordonner la prise de corps.
Mais ce cas étoit rare. Alors la Loi fembloit
oublier ce qu'elle devoit à la liberté
d'un feul , pour mieux défendre celle de
ous. C'étoit un facrifice fait à l'intérên
112- MERCURE
général. Mais dans ce moment même ,
dit Filangieri , le coupable »
s'appercevoit
» toujours que la main qui le pourſuivoit
» étoit la main d'un père , & non celle
» d'un tyran “.
: Cette rigueur cependant étoit tempérée
par une Loi bien favorable à la liberté de
l'homme , que les Romains puifèrent chez
les
Athéniens , & que les Anglois ont
adoptée . C'eſt celle qui défendoit au Magiftrat
de retenir en prifon l'accufé qui
trouvoit une caution de fa perfonne. Elle
n'exceptoit que celui qui étoit accufé des
plus grands attentats. Filangieri regarde
comme une chofe étonnante , & c'eſt avec
bien de la raiſon , que , malgré les progrès
des lumières , ce fyftême des cautionnemens
, qui fe trouve énoncé dans les Codes
mêmes des Barbares , n'existe parmi nous
que dans l'Habeas corpus des Anglois . Par-1
tout ailleurs , les formes abfurdes de l'In-!
quifition ont prévalu fur cette belle Loi
des Anciens. Cette partie de leur procédure
, qui concerne l'affignation de l'accufé
& la sûreté de fa perfonne , eft celle que
Filangieri voudroit qu'on fubftituất à nos
injuftes procédés. Si la nature du délit ne
permettoit pas la liberté de l'accufé fur la
parole d'une caution , la prifon où il feroit
détenu devroit n'être pas indigne d'un innocent.
La Société doit des égards à tout
Citoyen qui n'eft pas encore condamné ,
& cependant il porte une partie de la
DE FRANCE. Trzi
peine deftinée au crime , toutes les fois
qu'il eft confondu dans le même lieu , avec
les coupables convaincus. Il fuffiroit de
diftinguer la prifon des innocens de celledes
coupables , pour ôter à la première
cette forte de flétriffure que femble imprimer
toute eſpèce d'emprifonnement ; car
une malheureufe difpofition de notre ame
fait que nous donnons aux mots autant
de force qu'aux chofes mêmes , & nous
empêche trop fouvent de féparer le figne
de la réalité.
و
و
Pour l'accufé que la crainte détermine
à prendre la fuite , la Loi ne doit point
l'envisager comme coupable ; elle ne doit
punir que fa défobéillance. Autrefois
dit Filangieri , on puniffoit les contumax
comme contumax aujourd'hui on les
punit comme contumax ; & on les condamne
comme coupables. Chez les Romains
, la contumace n'étoit punie que par
la perte des biens. Quelques Jurifconfultes
qui fe croyoient plus fénfés , ont décidé
que tout accufé qui fuit eft convaincu
& c'eft cette étrange logique qu'on fuit
parmi nous.

La troisième partie de la Procédure cri- ›
minelle eft celle où les Jurifconfultes &
même la plupart des Législateurs ont le
plus déliré. C'eft celle qui a pour objet les
preuves & les indices des délits . C'eft un
mélange monftrueux de Loix Romaines
de principes du Droit Canonique , de dif-
"
1
114 MERCURE
pofitions des Codes Barbares , de décifions
des Interprètes , d'opinions des Docteurs ,
le tout bien embrouillé par une métaphyfique
auffi fubtile que confufe , bien hériffé
de contradictions propres à favoriler
le coupable & à expofer l'innocent , &
fur-tout à fournir aux Juges une arme avec
laquelle ils peuvent , dans l'obfcurité , frapper
également l'un & l'autre.
>
Filangieri , avant d'établir cette Partie de
la Procédure criminelle fur les principes.
inébranlables de la raifon , préfente un tableau
très - énergique des erreurs dont elle
eft enveloppée. Il avoit pris , dans les deux
premières Parties , la Jurifprudence Romaine
pour modèle. Il abandonne ici ce
guide. L'imbécille Juftinien, en confondant
fans choix les Loix de la République &
celles des Empereurs , qui varient comme
les caractères de ceux qui les ont faites ,
fit de cette Jurifprudence un chaos informe ,
& y mit une fluctuation qui ne permet
point d'y rien voir de fixe. Une des plus
frappantes contradictions des Loix Romaines
c'eft de rejeter le témoignage des
efclaves & des gens infames , & d'admettre
ce même témoignage , lorfqu'il eft arraché
par la torture comme fi la douleur avoit
la propriété de rendre les hommes véridiques.
و
,
L'ufage atroce de ce moyen de parvenir
à la vérité , ne nous vient point des Barbares
, comme quelques-uns l'ont prétendu .
DE FRANCE 115
Il avoit lieu à Rome , mais pour les feuls
efclaves ; le Citoyen étoit du moins refpecté.
Lorfque les Empereurs eurent ufurpé
les droits du Peuple, la terreur qui les pourfuivoit
par - tout , & leur faifoit voir fans
ceffe des mains armées contre leur tyrannie,
ils imaginèrent des Loix dites de Majefté ,
qui foumettoient à la torture jufqu'aux
Citoyens les plus diftingués par leur rang
& leur naiffance. La même crainte qui
avoit fait imaginer ces Loix , les fit multiplier
, & une grande partie des crimes.
& même des actions indifférentes fe trouvèrent
compriſes dans la claffe des crimes
de Majefté . La torture devint générale.
On employoit la torture pour connoître
les auteurs des délits , & on fuppofoit des
délits pour employer la torture. Cet ufage
ne fut fufpendu pendant quelque temps ,
par les Jugemens de Dieu , introduits par
les Barbares , que pour reparoître parmi
les formes de l'Inquifition , avec un caractère
facré , qui devoit étendre & affurer
l'Empire de cette abominable inftitution .
Une remarque bien judicieufe de Filangieri
, c'est que la torture n'a de rapport
qu'à la tyrannie & à fes caprices inhumains
; au lieu que les Jugemens de Dieu
étoient du moins conformes au tour d'ef
prit particulier des Barbares , à leurs idées
fur la Divinité , & à leur fituation politique.
Celle - ci leur rendoit néceffaires la
force , l'adreffe & le courage. Ils portèrent
116 MERCURE
l'eftime qu'ils en faifoient , au point de
les confondre avec la probité. Ils fe défendoient
donc dans les Jugemens avec les
mêmes armes que dans les combats. Ils
ne pouvoient fortir victorieux des uns &
des autres , fans ajouter un nouvel éclat
aux qualités qui les rendoieut utiles &
chers à la Patrie . Mais à quoi peut être
bon un homme dont la torture a flétri
T'honneur & difloqué les membres ( 1 )?
ود
1
C'eft un principe univerfellement reçu
, dit Filangieri , que pour condamner
» un Citoyen à une peine , il faut avoir
une certitude morale qu'il a violé la
Loi , qu'il a commis le délit contre lequel
la Loi a établi cette peine " . Mais
felon cet Ecrivain , la véritable idée de la
certitude morale n'a point été déterminée ,
& on n'en a point fait une application
précife à la théorie des preuves judiciaires.
Il penfe que la certitude morale eft dans
l'efprit de l'homme , & non dans la propofition
, parce qu'on peut être sûr de la
vérité d'un fait qui eft faux en lui -même ,
& douter de la vérité d'un fait certain.
Il voudroit que le Code criminel renferinât
quelques règles invariables , propres à
; ( 1 ) A la vérité , les Jurifconfultes prétendent
que la torture ne fétrit point , & qu'au contraire
elle purge , mais c'eft une étrange purgation dont
l'opinion publique empêchera toujours l'effet.
DE FRANCE. 117
fixer les preuves légales , fans lesquelles on
ne doit jamais regarder un délit comme
prouvé. Il devroit être établi , felon cet
Ecrivain , que l'accufation ne pourroit être
déclarée vraie , que lorfque la certitude
morale du Juge feroit unie à la certitude
légale. Ce moyen limiteroit dans le Juge
le pouvoir de condamner ou d'abfoudre
parce que la certitude morale ne fuffiroit
pas , & qu'il ne feroit point dans la cruelle
obligation de déclarer vraie , contre fa
confcience , une accufation fondée fur des
preuves juridiques qui ne produiroient
point en lui une certitude morale . Par
cette difpofition , la volonté du Juge ſe trouveroit
enchaînée d'un côté par la Loi , &
de l'autre par fa confcience ; l'une & l'autre
affez puiffantes pour protéger l'innocent ,
n'auroient jamais affez de force pour l'epprimer.
Après avoir donné les règles de Jurifprudence
qui doivent déterminer la certi→
tude légale , Filangieri expoſe les principes
qu'on doit fuivre dans la diftribution
des fonctions judiciaires , & le choix des
Juges du fait , ce qui eft l'objet de la quatrième
Partie de la procédure criminelle.
Il regarde comme un abus bien funefte à
la sûreté des Peuples , que l'adminiſtration
de la Juſtice , dans la plupart des Gouvernemens
, ait été abandonnée aux Seigneurs
& à des Corps permanens de Magiftrats.
Les Juftices féodales fur-tout lui paroiffent
718 MERCURE
un démembrement de la fouveraineté, qui ,
par fa nature , eft indivifible. Ces portions
de l'autorité publique , devenues un patrimoine
, une propriété tranfmiffible par la
naiffance , lui paroiffent rompre le lien
focial en mille endroits , & ôter au Corps
politique fon unité , & par conféquent la
force avec laquelle il doit protéger les
Membres qui le compofent. Les Magif
tratures permanentes n'ont pas le même
vice , mais elles en ont un autre dont les
effets ne font pas moins à craindre. L'homme
, par une fuite néceffaire de fon organifation
& de l'empire de l'habitude auquel
elle l'affujettit , n'envifage pas longtemps
du même il les mêmes objets ; ils
perdent bientôt pour lui l'intérêt qu'ils lui
avoient infpiré . Les Loix fuivent la même
marche que tous les autres objets des af
fections humaines ; elles parviennent bientôt
à leur décrépitude dans les mains qui
en ont l'adminiftration habituelle .
Filangieri voudroit donc que les Magiftratures
ne fuffent point perpétuelles , ou
plutôt la réforme qu'il propofe fur cette
partie de la Légiflation criminelle , eft une
combinaifon du fyftême judiciaire des Anglois
& de celui des Romains , qu'il a cru
devoir modifier , pour mieux les adapter à
fes principes & à l'état de chaque Nation .
Par exemple , il n'admet point la difpofition
de la Loi Angloife , qui d.fend aux
Juges de manger , de boire & de fe chaufDE
FRANCE. 119
fer avant d'avoir formé une décifion unanime.
En effet , c'elt faire lutter un eſtomac
contre un autre eftomac , plutôt que
juger , & fubordonner une opération intellectuelle
à une force phyfique.
Au fujet de la defenfe , c'eft-à - dire , de
la cinquième Partie de la Procédure criminelle
, Filangieri dit que , lorſque le Légiflateur
a fixé la valeur des preuves légales
, l'ordre & les formalités des jugemens ,
il a fourni à l'accufé les meilleurs moyens
de fe défendre. Il voudroit que la Lei lui
permît de plus de fe choisir un ou plufieurs
Avocats pour l'affifter dans tous les actes
de la procédure. Ce fecours eft néceffaire à
un malheureux accufé , pour le fauver du
défordre de les propres idées. Un homme
innocent , doué d'un efprit juſte & d'une
certaine facilité pour parler , peut fort bien
ne plus retrouver ces facultés lorfqu'il eft
dans les fers . Que fera - ce d'un homme
groffier , ignorant , & peu accoutumé à
mettre de la fuite dins fes idées ? Sa fituation
feroit encore bien plus embarraffante ,
fi le Juge , defcendant à un rôle indigne
de fon caractère , & transformant un interrogatoire
en un combat de rufe , d'artifice
& de menfonge , cherchoit à l'égarer
dans un labyrinthe de queftions captieufès.
Alors , comme malheureufement on fuppofe
le crime là où fe préfente la confufion,
hélas ! fans penter que l'innocence délicate
fe trouble aufli , l'accufé feroit perdu,
120 MERCURE
fi un défenfeur , maître de fes fens , prenant
fa place , ne venoit combattre le Juge avec
des armes égales .
Filangieri penfe que l'éloquence ne doit
point être une de ces armes ; elle eſt un
genre de féduction qu'il ne doit pas être
plus permis d'employer auprès d'un Juge ;
que tous les autres genres de féduction.
N'étant que l'organe paffif de la Loi , il n'a
pas le droit d'en changer la difpofition au gré
de fes affections. La modération & l'équité
font les vertus de fon état ; la pitié feroit un
piége qui pourroit le rendre injuſte.
Quant au jugement définitif , qui eft la
dernière opération de la procédure criminelle
, il en fuppofe trois précédens , prononcés
par les Juges du fait ; le premier ,
fur l'exiftence ou la non exiftence de la
preuve légale ; le fecond , fur la vérité , la
fauffeté ou l'incertitude de l'accufation ; le
troisième , fur la gravité du crime. La Sentence
ou le Jugement des Juges du droit
n'eft que l'application du fait conftaté à
la difpofition expreffe de la Loi . Si le Code
pénal , dit Filangieri , avoit toute la perfection
dont il eft fufceptible , le jugement
ne pourroit point être arbitraire . Lorfque
l'accufé eft abfous , il doit non feulement
recouvrer , avec fa liberté , fon honneur
& toutes les prérogatives de la cité , mais
encore recevoir la réparation des dommages
qu'il a foufferts ; la Loi ne peut point exiger
qu'un Citoyen foit la victime des précautions
DE FRANCE. 121
tions qu'elle a prifes pour la fûreté commune
. Si l'accufé eft condamné , il faut que
la peine que la Loi lui inflige foit la moins
dure pour lui , & la plus utile pour la Société
; & pour être telle , elle doit être modérée
& prompte. La punition d'un coupable
eft un acte de la raifon publique , qui cherche
moins à exercer une vengeance contre
un crime commis , qu'à prévenir les crimes
à commettre. Le caractère de la paffion doit
doit lui être étranger ; autrement elle corromproit
elle- même les notions primitives
de la morale , fi néceffaire à l'ordre qu'elle
tend à conferver. La punition doit être
prompte , pour que l'idée de la peine foit
inféparablement unie à celle du crime. La
Légiflation devant former les hommes auxquels
elle commande , il eft très- important
pour elle de choifir & de lier étroitement,
les élémens qui entrent dans la compofition
de leurs idées.
La feconde Partie de ce IIIe. Livre renferme
la théorie des délits & des peines.
Elle n'eft pas traitée avec moins d'étendue ,
de profondeur & de jufteffe, que celle qui
concerne la procédure crinnelle . Cette matière
étant devenue depuis quelque temps
l'objet des méditations des Philofophes ,
qui , révoltés fans doute de voir le fort de
l'humanité livré à la fauffe logique & la
pédanterie abfurde de ce qu'on appelle
Criminaliftes , ont réclamé les droits de la
N. 16. 18 Avril 1789. F
122
MERCURE
Nature & de la raifon. Ceux qui ont répandu
le plus de lumières fur cet objet ,
font Montefquieu & l'Auteur du célèbre
Traité des Délits & des Peines. Sans rien.
ôter au mérite qui eft propre à ce dernier
Ouvrage , on peut dire que Montefquiqu
en a fourni les principales idées , & peutêtre
même fuggéré le deffein ; il fuffit de
lire le Livre de l'Efprit des Loix , cù il
traite des Loix qui forment la liberté politique
dans fon rapport avec le Citoyen ,
pour être porté à le croire. Il n'y parle de
ces Loix qu'avec la brièveté qui convenoit
à fon plan , & fur- tout au caractère de
fon efprit ; mais la deftinée des idées de
Montefquieu eft d'en faire naître beaucoup
plus qu'il n'en paroît préſenter .
Filangieri , riche de toutes les connoiffances
que nous devons à la Philofophie
moderne fur la théorie des Délits & des
Peines , a l'avantage d'y avoir ajouté des
idées qui lui font propres. Il développe
celles qui étoient connues d'une manière
qui a quelquefois le mérite d'une nouvelle
création. Ses principes font puifés dans la
nature- des chofes , & préfentés avec l'exactitude
& la netteté d'une raifon lumineufe.
Tels font ceux-ci : » Si les Loix expriment
» les conventions fociales , toute tranf-
و د
greffion de la Loi eft une violation d'une
» convention fociale. Si ces conventions
ne font autre chofe que les devoirs contractés
par chaque Citoyen envers la Sa-
"
DE FRANCE. 423
ور
ciété, pour prix des droits qu'il acquiert, la
» violation d'une convention doit être fuivie
» de la perte d'un droit. Si les droits qu'acquiert
le Citoyen für la Société fe réduifent
tous à la confervation & à la tranquillité
, c'est - à - dire , à la jouillance de fon
honneur , de fa propriété réelle & perfonnelle
, & de toutes les autres préro-
2
و ر
و ر
ور
gatives de fa condition politique , cha-
» que délit doit donc produire ou la perte
» ou l'interruption d'un de ces avantages «.
Il eft aifé de fentir que des principes auffi
évidens doivent conduire naturellement &
fans effort à une jufte évaluation de chaque
délit , ainfi qu'à la mefure exacte de la
peine qui doit y être attachée . Comme tous
les droits que l'homme acquiert dans l'état
focial ne font point de la même importance
, il s'enfuit que l'atteinte qu'un délit
porte à quelqu'un de ces droits , réclame
une peine analogue à la nature du droit
qui a été violé. Non feulement ces droits
différent entre eux , mais encore la valeur
du même droit varie felon les rapports politiques
des Peuples & l'état civil des individus.
Il y a tel Gouvernement où l'exil
de la patrie feroit une peine très - rigou
reufe , tandis que dans tel autre elle feroit
la moindre de toutes. L'infamie, qui pèle fi
fort fur certaines claffes de Citoyens , n'a
aucun pouvoir fur d'autres , qui n'ont pas
affez d'honneur pour pouvoir devenir infames.
F 2
124 MERCURE
Un efprit aufli méthodique & auffi étendu
que celui de Filangieri ne pouvoit mans
quer de faire toutes les diftinctions qui naiffent
du fujet qu'il a traité ; ce qui l'a conduit
à réduire en claffes les délits , relativement
à leurs objets , pour mieux y adap
ter des peines proportionnéès à l'importance
du pacte focial qui fe trouve violé
par chacun de ces délits . Son Ouvrage eft
un des plus propres à rendre populaires les
connoillances & les lumières que la Philo
fophie de ce fiècle a répandues fur la merale
légiflative , parce qu'il y développe
avec un ftyle qui a toujours de l'élégance &
fouvent de la chaleur, des idées que la forme
abftraité , qu'elles ont dans d'autres écrits ,
rend inaccefl;bles au commun des Lecteurs.
H les a tirées de cer état d'abſtraction , &,
pour ainfi dire , de leurs germes , pour leur
donner une confiftance plus palpable . Filangieri
a ajouté un grand prix à fon travail ,
en y rapprochant fans ceffe les Légiflations
anciennes des Loix établies chez les Nations
modernes , & cette érudition , qui fouvent
rend un livre pénible à lire , fe trouve ,
par l'ufage que Filangieri en a fu faire
donner un nouvel intérêt au fien , indépendamment
de l'inftruction qui doit en
réfulter.
Après la gloire que Filangieri s'eft acquife
en faifant un livre utile qu'on lit
avec plaifir , ce qui pouvoit arriver de plus
DE FRANCE. 125
heureux pour lui & pour nous , c'eft qu'un
homme capable d'en fentir tout le mérite
c'eft-à-dire, qui en eût lui-même beaucoup, le
fit paffer dans notreLangue . Pour le faire avec
fuccès , il falloit à une parfaite connoiffance
de la Langue Iralienne , joindre l'art de bien
écrire dans la nôtre . Comme dans unc Science
on rend toujours mal les chofes qu'on entend
peu , il falloit auffi s'être déjà familiarifé
avec tous les grands objets de la Légiflation
, & les avoir médités profondé
ment. Mais ce qui rend le Traducteur de
Filangieri eſtimable & cher à ceux qui le
connoiffent , c'eft que les études & les recherches
fur les intérêts & le bonheur des
Sociétés , font moins dirigées par un vain
défir de gloire , que par un véritable amour
de l'humanité .
F3
126 MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné à ce Spectacle, pendant l'annéě
dramatique de 1788 à 1789 , les Opéras fuivans :
Arvire & Evelina , Tragédie en trois Actes ,
paroles de M. Guillard , mufique de Sacchini .
Cette Pièce , après trois ou quatre repréfentations,
a été interrompue par des raifons particu
Hères ; mais reprife enfuite , elle a eu un grand
fuccès. A l'une des premières repréſentations ,
la fanté de Madame Chéron në lui ayant pas
permis de jouer le rôle d'Evelina , elle a été
remplacée par la Dlle . Lillette , Elève des Ecoles
fondées par le Roi. Quoique cette jeune perfonne
ne s'attendît pas à être fi tôt chargée de
ce rôle , elle l'a rempli de manière à mériter
les encouragemens du Public .
Amphitryon , Opéra en trois Actes , paroles
de M. Sedaine , mufique de M. Grétry. Cer
Ouvrage n'a pas réuffi auffi complètement que
le faifoient efpérer le nom des Auteurs , & les
jolis Ballets de M. Gardel.
Démophoon , Tragédie - Opéra en trois Actes ,
paroles de M. Marinontel, mufique de M. Cherubini
. Cette Tragédie a eu du fuccès ; plufieurs
fcènes ont été applaudies avec vivacité , ainf
DE FRANCE. 127
que les deux Ballets qui entrent dans la compofition
de la Pièce ,
Afpafie , Opéra en trois Actes , paroles de
M. Morel , mufique de M. Grétry, Cet Ouvrage
a eu le fort de quelques autres des mêmes Auteurs
: fon fuccès a été conteſté à la première
repréſentation ; mais , dès la feconde , il s'eft
relevé d'une manière brillante ; & au moyen de
quelques coupures , il a été très - applaudi : les
Ballets font délicieux , & font beaucoup d'honneur
au talent fi connu de M. Gardel .
On a remis au Théatre, avec de grands changemens
, la Toifon d'or , ou Médée à - Col:hos ,
paroles de M Dériaux , mufique de M. Vogel.
jeune Compofiteur qui promettoit beaucoup ,
& qui eft mort à l'époque même de cette reprife.
L'Ouvrage a eu le même fuccès que l'année
précédente. Les Ballets & plufieurs Airs de
danfe ont fait le plus grand plaifir.
DEBUT.
Mlle . LATOUR , Elève de l'Ecole Royale du
Chant & de la Déclamation , a débuté, le 19
Mars dernier , par le Rôle d'Armide , dans l'Opéra
de Renaad : elle a réufi parfaitement. Sa
voix a paru fuperbe , fa prononciation claire fans
être affectée , & fon chant plein de nobleſſe &
de fenfibilité : elle a été applaudie avec tranſport.
F4
128 MERCURE
VARIÉTÉ S.
COUP-D'ALL für le travail fait aux Theatres
François & Italien , pendant le cours de la dernière
année Dramatique ( xer. Avril 1788 an
28 Mars 1789. ) Article de M. de Charnois.
L'ART Dramatique a un avantage très-remarquable
fur les autres Arts d'imitation ; celui de
parler enfemble à l'efprit , au coeur à la raifon
, & de pouvoir répandre l'inftruction fous
l'afpect attrayant du plaifir. Ce plifir eft de
deux efpèces ; l'une tient à la fenfibilité , l'autre
à la joic. Il eft des caractères qui ont befoin
du filence de '-
14 [CHEXIO !! , pour megiter für
leurs devoirs , pour en appercevoir l'importance
; mais ces caractères font rares , & le
nombre de ceux qui veulent en être avertis
par des fentimens & par des exemples , eft infiniment
plus confiderable. Le Théatre eft donc
-P'endroit où l'on peut donner & recevoir utilement
les leçons les plus effentielles . C'est l'école
de toutes les claffes de la Société ; & fi {
elle étoit maintenue dans ces bornes hors defquelles
la liberté devient licence , la gaîté de
la folie , & la vérité de l'audace , certe école
produircit plus d'avantages qu'il n'en réſulte
depuis long-temps.
Les Pièces de Molière ont détruit plus de
DE FRANCE. 129
ridicules , forcé plus de vices à fe cacher , que
les écrits des plus excellens Philofophes , tant
anciens que modernes. L'homme mis en action
eft bien autrement intéreffant que l'homme décompof
, analyfé dans un Ouvrage fouvent
froid , plus fouvent fyftematique , & toujours
hors de la portée d'une grande portion d'efprits.
La Comédie fans doute a un but d'utilité plus
général que la Tragédie , parce qu'ede parle
Flus au Citoyen , à l'homme ; mais la Tragé
die a auffi fon inftruction , & la faine Philofophie
peut s'en fervir adroitement pour répan
dre des lumières. Parmi les Tragiques François
qui ont été convaincus de cette vérité , il faut
diftinguer Voltaire . Sous fa plume , l'Art Tragique
, qui n'étois guère qu'un tiu de beautés
conventionnelles , a pris un nouvel effor ; il
s'eft agrandi aux yeux des perfonnes éclairées
, en rappelant fouvent à leurs obligations
les Pafteurs des Peuples , les Maîtres du Monde
; en plaidant devant leur Tribunal la caufe
de la Juſtice , de la tolérance & de l'humanité .
Ces courtes réflexions doivent fuffire pour
démontrer que l'Art Dramatique , dans un pays
fagement adminiftré , eft un de ceux qui méritent
le plus d'encouragemens. Il eft pourtant
certain qu'il dégénère beaucoup en France.
Pourquoi ? parce que la plus grande partie des
Amateurs du Théatre ne regarde le fpectacle
que comme un objet de délaffement , & y donne
fouvent la préférence à la folie qui la tire hors
d'elle-même, fur la gaité raifonnée qui ferviroit
à l'inftruire. Il en fulte que les Auteurs ofent
tout, parce qu'on admet tout , & que l'habitude
des excès nuit au fuccès de ce qui n'est que
fage . Mais à la longue les excès eux -mêmes finif-
Lent par devenir fatigans, & le dégoût des meil
FS
130 MERCURE
leures chofes étant une fuite indifpenfable de
la fatiété , il eft à craindre qu'il ne vienne un
temps où il foit réellement impoffible de revenir
vers le goût & vers la raiſon . Je crois donc
que pour l'intérêt de l'Art & pour celui des
moeurs , il feroit urgent de faire une attention
fcrupuleufe aux Ouvrages qui peuvent être repréfentés
fur la Scène , & d'en profcrire tout
ce qui eft indécent , audacieux & immoral.
Dans les beaux jours de la Grèce , le Théatre
étoit le livre où les Citoyens de tous les Ordres
alloient s'inftruire de leurs intérêts , tant civils
que politiques & religieux . Dans la décadence
de l'Empire Romain , les Defpotes , qui marchoient
tyranniquement fur les débris de la Ré--
publique qu'ils avoient écrasée , donnoient aux
efprits qu'ils vouloient détourner de l'examen
de leur pofition préfente , des fpectacles multipliés
& licencieux. La véritable caufe de la
protection fignalée qu'Augufte accorda aux fameux
Pantomimes Pylade & Bathylle , fut le
befoin d'occuper l'attention des Peuples par
les partis qui s'élevoient pour ou contre eux ,
afin de l'empêcher de fe fixer fur des objets
plus importans . Dans un Gouvernement équivoque
ou tumultueux , fous le règne d'un Tyran
, les moeurs font redoutables , parce que ,
comme elles rappellent à tout , elles peuvent
conduire à tout , & un Defpote doit craindre
d'avoir des fujets dont l'énergie puiffe être fans.
ceffe réveillée par le fentiment d'une confcienceirréprochable
; mais dans un pays où la Philofophie
a fait de grands progrès , où les lumiéres
s'étendent , fous le règne d'un Prince fage ,
bon & vertueux , en France , par exemple ,
les moeurs doivent être chéries , confidérées ,
remifes en vigueur fi elles ont été négligées :
or , te Théatre étant , comme je l'ai dit , le
DE FRANCE. 131
lieu d'où on en peut répandre plus efficacement
le goût , il me paroît effentiel qu'on le contraigne
à être raifonnable & moral.
J'entends déjà quelques perfonnes qui s'écrient
qu'on veut les condamner à ne plus
rire , à dévorer l'ennui des raiſɔnnemens , véritable
épouvantail de la raifon . Eh ! quoi ! ne
peut il exifter de gaité fans folie , de comique
fans indécence , & de plaifanterie fans grave-
Jure ? Le Mifanthrope , Tartuffe , les Femmes
Savantes , trois Chef-d'oeuvres dupremier de tous
les Coniques , n'ont - ils pas le double avantage de
parler le langage de la Philofophie & de faire fourire
la raifon ? Qu'on ne me cite pas , comme
des autorités , quelques Ouvrages de Molière ,
où il a ceffé d'être le contemplateur philofophe
, l'obfervateur le plus exact des bierféances
. Ce grand Homme connoiffoit fon Siècle ;
il favoit qu'il n'étoit pas encore mûr pour fon
génie , & les farces qu'il livroit de temps en
temps à cette portion de fpectateurs pour qui
la groffe gaité étoit néceffaire , fervoit , pour
ainfi dire , de marche-pied aux Ouvrages excellens
par lefquels il avoit le noble orgueil
de vouloir éclairer fa Nation. Que quelques
hommes qui font blafés , même avant l'age ,
parce qu'ils ont abufé de tout , aient befoin de
gravelure & d'indécence pour fentir réveiller
leur rire éteint , cela peut être ; mais j'ai trop
bonne opinion encore de mes Concitoyens
pour ne pas penfer qu'il en eft un grand nombre
auquel il fuffiroit de rappeler le goût du
bon & du beau , pour le lui faire aimer.
2
Ces réflexions m'ont conduit plus loin que
je ne voulois aller , & j'allois perdre de vue le
véritable objet de cet article , c'est- à - dire , l'examen
du travail fait aux deux Théatres dont
F 6
132.
MERCURE
je rédige les articles. J'y reviens d'une manière
allez brufque ; mais n'importe : m'y voilà.
THEATRE FRANÇOIS. Tant en Pièces nouvelles
qu'en Pièces remifes , ce fpectacle a mis
au courant de fon Répertoire vingt-un Ouvra
ges . » Orphanis , Tragédie de M. Blin de Saint-
More ; l'Inconfequent , Comédie en cinq A &tes ;
Alphée & Zarine , Tragédie en cinq Actes ; la
Jeune Epoufe , Comédie en trois Actes , par
M. le Chevalier de Cubières ; la Belle- Mère
Comédie en cinq Actes , par M. Vigée ; Bérénice
, Tragédie de Racine ; le Bourru Bienfaifant,
Comédie de M. Goldoni ; Lanval & Vi
vianne , Comédie de M. de Murville ; Manlius ,
Tragédie de la Foffe ; l'Ifle Diferte , Comédie
de feu M. Collet ; le Faux Noble , Comédie
en cinq Actes ; l'Amour exilé des Cieux , Comédie
en un A&te ; l'Entrevue , Comédie en un
Ade , par M. Vigée ; Mahomet II , Tragédie
de la Noue ; Marius , Tragédie de de Caux ;
Le Préfomptueux ou l'Heureux Imaginaire , Comédie
en cinq Actes ; Efope à la Cour , Comédie
de Bourfault ; la Fille Capitaine , Comédie
de Monfleury ; Alyanax , Tragédie ;
les Chateaux en Espagne , Comédie en cinq
Acte , par M. Collin d'Harleville ; & Augufle
& Théodore , Comédie en deux Actes « . Ce
travail montre beaucoup de zèle , & le zèle eft
toujours louable.
Avant de quitter ce Théatre , je parlerai
très rapidement de l'Ecole de Diclamation .
J'ai déjà dit que cette Irftitution étoit utilé , &
je le répète mais je dois obferver qu'il eft
peut être dangereux que les Profeffeurs en
foient , par exclufion , des Comédiens. L'Art
·
DE FRANCE. 133
de la Déclamation eft un don avant d'être un
art ; c'eft un talent avec le germe duquel il
faut être né , & le talent ne fe donne pas plus
que l'efprit : j'ajouterai qu'il eſt très - facile d'en
gater le germe. Un Comédien a ordinairement
une manière à laquelle il tient , fans laquelle ,
hors de laquelle il ne voit rien , ne ſent rien
n'approuve rien. Cette manière , qu'on appelle
du métier , le Comédien la communique à fes
Elèves , il en donne des leçons malgré luimême
, par la néceffité de l'habitude , par l'afcendant
de fa nature. Cette manière pouvoit
lui être perfonnellement très.- bonne , parce
qu'elle étoit d'accord avec fon organiſation tant
morale que phyfique ; mais peut - elle l'être
pour fes Difciples ? Les fentimens ne fe modifient-
ils pas en raifon des caractères qui les
éprouvent , & l'expreffion de ces fentinens ne
prend- elle pas une phyfionomie différente en
proportion de la différence des émotions intérieures
? Si cela eft , pourquoi donc une manière
? C'est un abus très-dangereux, qui commence
par altérer , & qui finit par détruire la
vérité. En matière de Déclamation , il faut des
Guides & non pas des Maîtres . L'habitude de la
Scène ne fe prend point fur les planches des
Ecoles , c'eft fur le Théatre , fous les yeux
du Public. L'ufage d'abord , enfuite l'expérience
; voilà les grands Maîtres : ce font eux
qui ont fait des Baron , des Le Kain , des Prévile.
Si un Comédien pouvoit montrer la
Comédie , en oubliant ce qu'il appelle métier ,
je le regarderois comme le meilleur Profeffeur
Dramatique ; mais comme cela n'eft guère poffible
, ( & ce que je vois tous les jours me le
prouve ) , je perfifte à croire qu'un Comédien ,
fauf quelques exceptions prefque miraculeufs ,
ne conduira guère au Théatre que des Singes
& des Fer.oquets.
834 MERCURE
-
>
THEATRE ITALIEN. Ce Spectacle , dont le
travail eft toujours étonnant , mais très médiocrement
heureux , a prouvé fon zèle par
vingt- trois Pièces , tant nouvelles que remifes :
La Supercherie par amour , Comédie en trois.
Actes ; Anaximandre , Comédie en un Afte
par M. Andrieux ; Sargines , Comédie lyrique
en quatre Actes , par MM. Monvel & d'Aley
ac ; Candide marié , Opéra Comique , par
MM. Radet & Barré ; le Rival confident (1 ) ,
Comedie lyrique , par MM . Forgeot & Grétry ;
le Siége de Méfères , Drame héroïque ; les
Trois Déeffes Rivales , par MM . de Piis & de
Propiac ; les Arts & l'Amitié , Comédie en un
Ace ; la Payfanne fuppofée , par MM, ... &
Blafius ; Anneau perdu & retrouvé , par MM .
Sedaine & Chardiny ; la Mère confidente , Comédie
de Marivaux ; la Coquettefixée , Comédie
de l'A..... de V ........ ; Fanchette ou l'Heureufe
Epreuve (2 ) , Comédie lyrique , par MM. Desfontaines
& d'Aleyrac Céfarine & Victor
( 1 ) Cet Ouvrage a été remis depuis fes premières
repréfentations , avec des changemens qui ont
fait plaifir.
&
(2) Cette Pièce , mal reçue à la première repréfentation
, a été prefque entièrement refondue , &
eft devenue un Ouvrage neuf : on l'a remife ,
elle a eu du fuccès . F'ai eu tort , dans le compte
que j'ai rendu de cet Ouvrage , d'avancer que les
derniers vers du Vaudeville contencient une Epigramme
contre les Périodiftes ; je les ai vus depuis,
& ils ne font pas exactement comme je les ai
imprimés. Je devois cet hommage à la vérité , je
le lui rends de grand coeur.
DE FRANCE. 135
Comédie en trois Actes ; le Souper de Famille ,
Comedie en un Ate ; l'Embarras du choix ,
Opéra Comique en un Acte ; Inès & Léonore ,
Comédie lyrique en trois Actes , par MM.
Gauthier & Bréval ; les Réveries renouvelées des
Grecs , Parodie très - burlefque d'Iphigénie en
Tauride ; les deux Petits Savoyards , Comédie
lyrique en un A&te , par MM. M... des V... &.
d'Aleyrac ; la Double Feinte , Comédie en trois
Actes ; Raoul Barbebleue , Tragédie en trois
Actes , per M. Sedaine , mufique de M. Grétry ;
l'Homme à Sentimens , Comédie en cinq Actes ;
& l'Heureufe Inconfequence , Comédie lyrique
en trois Actes , par MM . de Piis & de Propiac.
On peut ajouter à ce travail , Annette & Lubin,
Comédie remife à la Cour , avec la nouvelle
mufique de M. Martini , Ouvrage qu'on défire
de voir fur le Théatre de la Capitale , & qu'il
eft étonnant de n'y avoir pas encore vu.
J'ai déjà invité plufieurs fois Meffieurs les
Comédiens Italiens à être plus févères fur le
choix des Pièces nouvelles qu'ils repréfentent ;
je les y invite encore : cette annte leur a
donné fur leur extrême indulgenee une leçon
affez fatale à leurs recettes , pour qu'ils doivent
s'en fouvenir & en profiter .
Pour terminer cet Article , je ferai une obfervation
& une queftion . Les deux Parterres
des Theatres François & Italien font maintenant
afis. Celui de la Comédie Françoite n'a
jamais été fi turbulent , fi tumultueux , fi intolérant
; difons plus , fi fcandaleux . Celui de
la Comdie Italienne , dont on fe plaignoit
fi fouvent quand il étoit debout , eft devenit
decent , ranquille , & les jagemens qu'il porte
font , en général , très fains : pourquoi la mème
caufe a-t-elle produit des effets auth differens ?
Si perfonne ne répond à cette quftion , je tá
cherai de l'examiner un jour..
77136 MERCURE
RE
--- THEATRE DE
MONSIEUR.
"
CETTE récapitulation ne fçauroit être comparée
à celle des autres Théatres. Cer établiſſement
entiérement neuf n'a commencé qu'environ
deux mois, avant la clôture ; & dans ce court
espace de temps , les trois Troupes ont dû faire
de bien plus grands efforts & un travail bien
pus
plus confidérable qu'un Théatre monté depuis
long- temps.
En effet , on a donné dans cet intervalle
fept Comédies , favoir : le Bouquet du Sentiment ,
le Chevalier de Faublas, la Nuit de Grenade , l'Oncle
& le Neveu , les Poëtes ridicules, le Fabulifte ,
les Grands & les Petits.
Trois Opéras - Comiques François en trois Ac--
tes ; le Marquis de Tulipano , la Feinte Jardinière ,
& Antiquaire , indépendamment de la Rencontre
imprévue , Opéra qui a été appris & non joué.
, Et enfin quatre Opéras Italiens dont deux
grands , le Vicende Amorofe , & le Roi Théodore ;
& deux Intermèdes , la Serva Padrona , & les
Philofophes imaginaires.
Voilà donc is Ouvrages appris en deux mois :
ils n'ont pas tous réuli , & l'on ne devoit pas
s'y attendre. Des Auteurs en réputation ne pouvoient
guère rifquer leurs Pièces fur un Théatre
qu'ils ne connoifloient pas. Il falloit voir en
place les Sujets divers qui compofent les Troupes
Françoifes , pour favoir les taleas que l'on pouvoit
employer , & malheureufement les eflais
DE FRANCE. 137
- par lefquels on a été forcé de commencer ,
étoient peu propres à les monter avec avamage.
L'année que nous allons parcourir fera mieux
juger des reffources de ce Théatre , & des efpérances
que l'on en doit concevoir. Une Troupe
de Comédie plus completre , & des Pièces mieux
choifies fans doute , feront définitivement connoître
fi ce genre précieux peut prendre enfin
une confiftance fur ce Théatre . On doit s'ar
rendre que l'Adminiftration n'y épargnesa aucun
foin , ni les Sujets aucun effort.
Pour l'Opéra-Comique parodié , quoiqu'on ne
puiffe citer de fuccès que celui de Tulipano , il
eft tel qu'il ne peut refter aucun doute fur la
réuflite de ce genre d'Ouvrage , pourvu toutefois
que ce fuccès n'aveugle pas les Auteurs qui fe
propofent de traduire des Opéras Italiens . Il eft
à craindre qu'ils ne s'autorifent de la négligence
avec laquelle cette Pièce est écrite , & des invraifemblances
que comporte le fujet ; qu'ils ne s'ima
ginent que le foin , la correction , la régularité
font inutiles. Duifou'on veut réuffir fans tout sale
& qu'enfin une belle mutique fait tout paffer.
Lom uvidj
Nous croyons fermement que ceux qui penfent
ainfi fe trompent. L'As cur de Tulipano , jeune
homme de beaucoup de mérite & d'efprit , a mis
trop peu de prétentions à cette Pièce , pour que
nous craignions de l'offenfer en en pariant librement.
Oui fans doute , elle eft très- négligée , très-'
incorrecte ; mais on ne remarque pas allez que
le fujet en eft gai , que les fituations très-bouffonnes
fe fuccèdent affez rapidement ; que le dialogue
, fans ètre fort faillant , eft chaud & ferré ;
que la Pièce , qui eft fort bien jouée , prête aufſi
beaucoup au jeu des Acteurs ; qu'elle n'offre pas
un moment de langueur & d'ennui , & que ce
mérite feul , qui eft très grand , doit faire par138
MERCURE
donner tout le refte . Ajoutons que fi Tulipano
n'avoit pas été le premier Opéra donné à ce
Théatre , s'il avoit été précédé par d'autres faits
avec plus de foin , peut - être n'auroit-il pas autant
réuffi .
La Troupe d'Opéra Comique François va être
renforcée, à la rentrée , par les meilleurs Sujets de
la Province. Celle d'Opéra Italien ne fera pas
moins brillante . Une première femme de la plus
grande réputation & d'un talent confomnié , un
Ténore du premier mérite , & un Baffe , qui ,
dans un autre genre que M. Raffanelli , paroît
digne de lui être comparé , font les Sujets que
ce Théatre promet d'ajouter à ceux qu'il a déjà .
Si aucun évènement imprévu ne s'oppofe à leur
arrivée , la Compagnie Italienne ainfi compoféc ,
fera fans contredit la première de l'Europe .
Le Sieur Saint - Preux , Acteur François de ce
Théatre , aufli eftimable que confidéré du Public ,
a prononcé le Compliment de clôture. Il cft
court , fimple , noble , & digne des applaudiffemens
qu'il a reçus ; mais nous formes fâchés
que ce Théatre , qui n'étoit encore obligé à rien ,
puifqu'il commence , ne fe foit pas affranchi de
cet ufage devenu fi pénible , par lequel les Comédiens
s'engagent à débiter au Public des fadeurs
& des lieux communs périodiques. On a
craint fans doute de pareire vouloir le difpenfer
d'une marque de refpect ; mais il nous femble
que le refpect dont le Public eft le plus jaloux ,
eft le foin que l'on prend de le fervir avec zèle.
Quant aux Complimens , il doit être auffi las
de les entendre, que les Comédiens de les faire .
Peut-être les trois Théatres feroient- ils bien d'y
renoncer tous à la fois , en en prévenant dans les
Journaux , comme ils ont renoncé ( même fans
cette précaution ) aux annonces après le fpectacle.
DE FRANCE. 139
Quoi qu'il en foit , voici le Compliment de
M. de Saint-Preux.
MESSIEURS ,
» Si les efforts conftans que nous avons faits
pour vous plaire , fi le zèle le plus foutenu pour
mériter vos bontés , cuffent fuffi pour nous en
rendre dignes , en venant aujourd'hui réclamer
votre indulgence , nous oferions peut - être penfer
que nous l'avons en quelque forte méritée mais
( nous ne pouvons nous le diffimuler ) les encouragemens
dont vous avez daigné nous honorer
ne pourroient être que l'effet de cette protection
bienfaitante , qui a toujours fait éclore les talens.
Si ce Théatre peut un jour être vraiment digne
de vos plaifirs , vous pourrez dire , Meffieurs ,
que vous jouillez de votre ouvrage ; en foutenant
fon enfance , vous aurez droit d'exiger par la
fuite des travaux proportionnés à de plus grands
moyens , à des forces plus réelles . Nous ne tarderons
pas à vous préfenter un développement
plus étendu . Il nous arrive d'Italie plufieurs
Sujets , dont les fuccès dans les premières Villes
de l'Europe femblent garantir ceux qui les atrendent
ici . L'Opéra François fera également renforcé
de quelques Acteurs tenant les premiers
emplois dans les principales Villes de la Province.
Enfin la Comédie , qui n'a pu jufqu'à préfent
, par le peu de Sujets qui la compofent , être
digne de votre attention , fe trouve auffi complétée.
On pourra donc mettre , à la rentrée ,
fur le répertoire , des Ouvrages plus proportionnés
à votre goût & à votre délicateffe . Nous
vous fupplions donc , Meffieurs , de nous continuer
encore quelque temps cette indulgence dont
vous avez daigné nous donner déjà tant de preuves
, & nous ofons vous garantir que nous n'oublierons
rien pour la mériter «t.
140 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
PREMIERES Leçons du Fils aîné d'un Roi , par
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Démon de Socrate , le Comte de Gabalts , le
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Cette Collection formera 36 Volumes in - 8 °.
dont le prix eft de 3 liv. 12 . le Volume broché,
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Libraire, Editeur des OEuvres de Le Sage , is vol.
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39 vol. idem ; & du Cabinet des Fées , 37 vol.
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me & hôtel Serpente .
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; il contient l'Amphitryon & l'Avare , de Molière
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des Notables tenne le 22 Février 1787 ,
jufqu'à la fin de Décembre de la même année ;
fuivie de l'action de l'opinion fur les Gouvernemens.
1 Vol. in- 8 °. A Londres ; & a Paris, chez
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12 f.; franc de port par la Pofte , 4 liv , 2 ſ.
L'Ariftocratie enchaînée &furveillée par le Roi &
par le Peuple , contenant l'Ariftocratie des Provinces
& l'état actuel du Clergé en France , 2
Parties in - 8 . , 2e. édition . Prix , 39 f.; & franc
de port par la Pofte, 49 f. A Londres ; & le trouve
à Paris , même adreffe.
Plinii Epiflola & Panegyricus Trajano dictus ,
nova editio , accenfuit Lallemand ; in- 12 , format
des Auteurs latins . Prix , relié en veau , doré fur
tranche , 4 liv . 10 f.
On a imprimé un certain nombre d'Exemplaires
de Pline fur papier plus commun , à l'uſage des
Colléges.
Les quatre Livres de l'Imitation de Jésus - Chrift ;
traduits par M. Beauzée , de l'Académie Françoife,
avec Figures ; in 12 , format des Auteurs latins.
Relié en veau , doré fur tranche , 6 liv.
Etrennes du Chrétien , avec le Calendrier de
l'année ; in-32 . Relié en marroquin , 2 liv. ; en
veau , doré fur tranche , 1 liv. 4 f. A Paris , chez
Barbou , Imp-Lib. rue des Mathurins.
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l'Ancien & le Nouveau Teftament , ornée
de 300 Figures , deffinées par M. Marillier , &
gravées par les meilleurs Artiftes . 12 Volumes
- 8 °. , grand papier , imprimés par M. Didot
jeune. A Paris , chez Defer de Maisonneuve , Lib.
rue du Foin - Saint - Jacques , Hôtel de la Reine
Blanche..
On ne peut qu'applaudir au projet de cette
Edition. Quel Ouvrage, plus qu'un Ouvrage également
eftimé , & comme monument facré &
comme Production littéraire , mérita le luxe typegraphique
? Nous creyons comme l'Editeur ,
qu'une Bible imprimée fuperbement , & décorée à
grands frais , doit être le premier fondement d'une
Bibliothèque & fon plus bel ornement.
On diftribuera cette Edition par 25 Livraiſons
de 12 Estampes chaque , accompagnée du Texte
qui y fera relatif.
Chaque Livraiſon , compofée de 12 Eftampes ,
& du Texte qui y fera relatif , in- 8 ° . grand papier.
Prix broché , 12 liv . L'in- 4° , grand papier , dont
il n'y aura que 200 Exemplaires , 24 liv. L'in-4° ,
grard papier vélin , dont il n'y aura que 25 Ex.
36 liv. ( Le titre de chaque Planche fera gravé
en françois & en latin , afin qu'elles puiffent s'adapter
aux Editions faites dans les Langues Etrangères
. )
On ne demande point d'argent-d'avance , ni d'engagement
de piendre l'Ouvrage. A Paris , chez
Defer , Lib. rue du Foin St-Jacques , Hôtel de la
Reine Blanche , où l'on pourra voir un des Deffins
de la fuite de ce grand Ouvrage ; & chez le
Sr. Ponce , Graveur de Mgr. Comte d'Artois , rue
Saint-Hyacinthe , N°. 19.
On peut également fe faire inferire chez tous
les Libraires , tant des Provinces de la France que
de l'Etranger.
DE FRANCE. 143
Livres Grecs claffiques . Comme on vendoit les
Livres Grecs claffiques bien au deffous de leur
valeur , on avoit veulu re faire participer à
cet avantage que les Etudians de l'Univerfité de
Paris , pour lequels ces Livres ont été fur - tout
imprimés mais on a remarqué que la diverfité
des prix , & la néceffité de préfenter un certificat
de MM. les Principaux , mettoient des obftacles
à la vente . Or il eft effentiel de faciliter cette
vente, & pour acquitter ce qui refte à payer des
frais de l'impreflion , & pour être en état d'imprimer
de nouveaux Voluines. Ainfi chaque Livre
Grec fe vendra déformais 2 liv . 2 f. relié en parchemin
, & 2 liv . 8 f. relié en bafane , à tous ceux qui
fe présenteront.
On trouvera toujours chez M. Didot le jeune ,
Imprimeur de MONSIEUR , quai des Auguftins ,
les quatre Volumes fuivans :
Deux Volumes d'Orateurs Grees anciens , facrés
& profanes..
Un Volume de Traités de Morale de divers
Auteurs Grecs.
Et un Volume de ce qu'on appelle Poeta minores.
PETITE Bibliothèque des Théatres . A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Brunet ,
rue de Marivaux , place du Théatre Italien .
Ce Volume , le je. des Petits Théatres , comprend
Guerre ouverte , par M. Dumaniant ; l'Heureux
dépit , Comédie lyrique , par M. Roquil Lieutaud
, mufique de M. Chapelle ; l'Artifte infortu
né , par M. Deftival de Braban ; & le Marchand
d'Elprit & le Marchand de Mémoire , Comédie
épifodique , par M. Sedaine de Sarcy.
$44
MERCURE DE FRANCE,
Portrait de Mgr. le Duc d'Orléans , deffiné &
gravé en couleur , par de Bucourt , Peintre du
Roi. Prix , 3 liv . A Paris , chez l'Auteur , Cour du
Louvre, la se. porte à gauche par la colonnade ,
au premier.
Cette Gravure ne peut que plaire au Public par
la fermeté du burin , & l'accord des couleurs qui
joint l'effet pittorefque au mérite de la reffemblance
.
Mr. de Bucourt annonce auffi une Eftampe
Annette & Lubin , dans le même genre , & qui
paroîtra à la fin de ce mois. Elle coutera 3 liv. à
ceux qui fe feront fait infcrire ruparavant ; enfaite
elle fe vendra 4 liv.
On trouvera chez le Sieur Lefage , Pâtiffier de
MESDAMES , rue de la Harpe , en face du Collége
d'Harcourt , des Pâtés de jambons vrais
Baïonne , depuis 30 liv. jufqu'à 24 liv.; de veau
de Pontoife , piqués de jambons , & autres , Gâteaux
de Savoie , & aux amandes ; Timbales de
macaroni. Il fait des envois en Province , &
garantit de toute fracture .
ᏤERS.
Le Bonheur.
Le Singe.
TABLE.
97 La Science .
103
98 Académ. Roy. de Mufiq. 116
99 Variétés.
Charade, Enig. & Logog, 101 Annonces & Notices.
APPROBATION.
128
144
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE, pour le Samedi 18
Avril 1789. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
en empêcher l'impreffion. A Paris , le 17 Avril
1785. SÉLIS.
MERCURE
DE FRANCE.
·SAME DI¸25 AVRIL 1789.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLETS
Chantés à une Dame , en préfence de fes
deux Filles , le jour de fa Fête.
Air : Nous fommes Précepteurs d'amour.
QUE dirai-je pour vous fêter ?
Ma fɔi ! rien que de véritable.
Je me contente de citer
Un des menfonges de la Fable.
TROIS Beautés , difent nos Savans ,
De Cypris étoient fur les traces .
Quelle erreur ce font des Pédans ;
Jamais Cypris n'eut que deux Graces.
( Par M. Valahi. )
Nº. 17. 25 Avril 1785 G
146 MERCURE
- LA ROSE ET LA VIOLETTE
JE
FABLE .
"
E fuis Reine des Fleurs ,
Difoit un jour la Rofe à l'humble Violette ,
Qui fe trouvoit près d'elle fous l'herbette ,
J'en ai le rang , le nom & les honneurs ;
Regardez moi , lui difoit-elle ; -
Vous femble-t-il que je fois affez belle ?
Que dites-vous de ma fraîcheur
Et de l'éclat de ma couleur ?
Voyez , je m'élève ſuperbe ,
Tandis que vous rampez
La Violette répondit :
fous l'herbe.
Tout cet orgueilleux étalage
Vous a fait tort dans mon efprit ;
Croyez - moi , quittez ce langage ;
Rien ne fied mieux à la beauté,
Qu'une aimable fimplicité ;
A vos appas , joignez la modeftie ,
Elle gagne
les coeurs & fait taire l'envie .
La Violette avoit raifon :
Profitons tous de fa leçon .
( Par Mlle, de Granfond l'aînée . )
WFIJOTHECA
PLOTA
DE FRANCE.
147
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Verjus ; celui
de l'Enigme eft Carte géogr.; celui du Logogriphe
et Bourgeois , où l'on trouve Oie,
Rufe, Or, Rue, Bourg, Rouge, Bis, Bais.
• CHARA D E.
Au plaifir , comme à la doulçur ,
Mon premier doit fon existence ;
Mon fecond , de vile
apparence ,
Eft un infecte qui fait peur .
Mon tout , quand le goût y préfide
Ainfi la faine raifon , que
De l'efprit étend l'horizon ,
Et lui donne un fuccès folide.
( Par M. L*** , de Dieppe. )
ÉNIG ME
DANS l'Univers on m'adore ;
Les fleurs naiffent fous ma main ;
.
148 MERCURE
Mais fans culture à ton aurore ,
Lecteur , pour toi je demeure incertain,
Ton âge mûr me voit éclore ,
Mais je difparois foudain ;
Ta vieilleffe me cueille encore ?
Mais ce n'eft plus qu'un larcin.
( Par M. de St-D…,. Off, au Rég,
de Normandie. )
LOGO GRIPHE
FRANÇOIS , de toutes parts de l'Empire des Lis
Nous volens pour nous rendre aux ordres de Louis.
De votre amour pour lui , fidèles interprètes ,
Dans nos prétentions , fuppliantes , difcrètes ,
Nous demandons pour vous au plus fage des Rois,
Aux Etats affemblés , la réforme des Loix ;
?
Vous ferez tous heureux , & lui couvert de gloire.
Tu veux à me connoître employer ton loifir ?
Seit . Je t'offre, en neuf pieds , des fêtes ; un plaifir ,
Du lien le plus doux fuite affez ordinaire ;
Une Ville d'Afrique où l'on voit maint Corfaire ;
L'Ife qui renfermoit ce Paradis fameux
Ou nos premiers parens filoient des jours heureux ;
DE FRANCE. 149
Une autre très -célèbre , où reçurent naiffance
Phoebé , le Dieu des Vers ; quatre Villes de France ,
Dont une , dans l'Artois , vit , felon Pigagniol ,
Le Grand Condé jadis foudroyer l'Espagnol ;
D'avoir produit Turenne , une fe glorifie ;
Une autre efè en Bretagne ; une autre en Normandie;
Celui qui le premier la vigne cultiva' ,
Qui le premier auffi de fon jus s'enivra ;
Une grande rivière ; an oifeau domestique ;
Deux poiffons recherchés ; deux notes de mufique
Će que doit tout Auteur mettre en ce qu'il écrit 3
Ce qui des Gens de Loi doit diriger l'efprit ;
Ce Dieu qui fur les mers, par fa fougueufe Kaleiné ,
A nos flottes feuvent caufe une affreufe peine ;
Et l'endroit , après tout , où l'on peut to mener
Si tu n'es , cher Lecteur , prompt à me deviner.
Par M. Le Riche, Lieutenant -Partic
de Bar-fur-Seine. )
G }
150 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ENTREVUE , Comédie en un Acte & en
vérs ; par M. VIGÉE , Secrétaire du
Cabinet de MADAME. A Paris, chez
Prault , Imp. du Roi , quai des Auguftins
à l'Immortalité.
LEE compte détaillé qu'on rend dans ce
Journal , de l'intrigue & du plan des Pièces
nouvelles , à l'Article SPECTACLES , nous
difpenfe de revenir fur ces objets lorſqu'elles
font imprimées ; il ne nous refte guère
alors qu'à en faire connoître le ftyle. Nous ne
fommes pas toujours affez heureux pour en
pouvoir parler avantageufement ; trop d'Auteurs
aujourd'hui négligent cette partie effentielle.
Satisfaits d'avoir plu au Théatre ,
ils s'inquiètent peu de réuífir à la lecture.
Les fuccès de quelques uns de nos Poëtes
dramatiques , qui ont fu toute leur vie fe
paffer de ftyle , femblent autorifer cette négligence
mais on auroit beau vouloir l'ériger
en fyftême , elle ne peut aveir que
deux fources , l'impiffance ou la pareſſe .
Nous avons vu naître, de nos jours, une
nouvelle eſpèce de comique , où ce défaut
fur- tout feroit infupportable : on peut en
DE FRANCE. 151
faire remonter l'origine jufqu'au Méchant ,
qui réuffit principalement par le ftyle , les
portraits , & ce qu'on appelle des tirades.
La fineffe des idées & des expreflions y eft
pouffée jufqu'aux bornes qui féparent le
ftyle fin du ftyle précieux. Quelques Auteurs
ont depuis franchi ces bornes : ils
ont fouvent fait parler à Thalie un langage
qu'elle n'entendoit pas , quoiqu'une
partie du Public eût l'air de l'entendre.
Une intrigue galante , chargée de peu
d'évènemens ; quelques fcènes piquantes ;
le développement de quelques fentimens
raffinés , finon tout - à - fait naturels , au
moins ingénieux & délicats ; l'imitation du
ton , du langage , & des manières de ce
qu'on appelle bonne compagnie , c'eſt à
peu près ce qui conftitue ce nouveau genre .
On a beau dire que ce n'eft pas
celui de
la bonne Comédie. S'il eft vrai que
Tous les genres font bons , hors le genre ennuyeux ,
celui - là , lorfqu'il plaît , lorfqu'il arrache
, ou même feulement lorfqu'il amuſe ,
mérite d'être encouragé. Il ne faudroit pas
qu'il devint le genre dominant. Le comi
que de caractères doit toujours être le premier
; mais il demande une force de tête
& de talent qui n'a jamais été commune ,
& qui l'eft peut être aujourd'hui moins
que jamais. En attendant que nous puiffions
oir renaître ce que l'Art á de fųblime
, jouiffons du moins de ce qu'il a
d'aimable. G 4
152
MERCURE
On ne peut refufer ce titre aux Pièces
que M. Vigée a données au Théatre , &
moins peut - être encore à cette dernière ,
qu'à celles qui l'ont précédée. L'Entrevue
ne fait pas moins de plaifir à la lecture que
fur la Scène le ſtyle en eft pur , agréable ,
& quelquefois brillant , comune dans ce
portrait de nos jeunes gens à la mode :
C'eft un de ces Meffieurs , jeunes , vifs , fémillans ,.
Bien frivoles , bien vains , qu'on voit toujours
courans ;
Oubliant de penfer , parlant pour ne rien dire ;
Affectant l'air diftrait , & toujours prêts à riret
Du mot que bien fouvent ils n'ont pas entendu 3.
Petits Héros futurs fans vice ni vertu ,
Ivres de leurs chevaux plus que de leur Maîtreffe ,
Perdant toujours l'argent qu'ils empruntent fans
ceffe ;
Bien défauvrés chez eux , & traînant chez autrui
Le jargon , les grands airs , la fatigue, & l'ennui.
Plufieurs tirades prouvent également le
talent d'écrire avec aifance , & celui d'obferver
avec fineffe : celle - ci peut fervir
d'exemple.
Le monde eft , tôt ou tard , une école pour nous ;
Qui ne le connoît pas , eft charmé d'y paroître :
Mais far lui fon début attire tous les yeux ,
Et ce début fuffit pour le perdre peut-être.
Il n'y porte d'abord qu'un regard curieux ;
DE FRANCE. 1153
Plus prudent , micux inftruit , il cherche à le con
noître.
T
Obfervant les efprits , démêlant leurs travers
Bu bien comme du mal avec art il profite ;
Voit d'où vient le fuccès , à quoi tient le revers ;
Sur chaque évènement fait régler fa conduite ,
Ufe de fes moyens avec difcrétion ,
Rifque à propos un trait qui frappe & qui circule
Des cenfeurs , à fon gré , foumet l'opinion ;
Et toujours sûr de plaire en toute occafion ,
Echappe , en fe jouant , aux traits du ridicule.
Le dialogue eft tantôt vif & ferré , tan
tôt facile & naturel , quelquefois rempli
d'intérêt , & d'un fentiment qui , n'étant
point exagéré , n'en touche que plus sûrement..
Voyez la fcène 7. où le Marquis & la
Marquife , féparés depuis trois ans , fe revoient
pour la première fois , & font l'un
pour l'autre le fujet d'une furpriſe inté
reffante par le changement que le temps
& l'ufage du monde ont apporté dans tous
les deux..
Mais voyez fur-tout la 13e. où l'intérêt
augmente
, & qui refpire
, une ſenſibilité
douce , préférable
à cette fauffe
chaleun
qui deffèche
& qui refroidit
..
LE MARQUIS.
En fongeant à ma Nièce , à fon prompt mariage ,,
J'entrevoyois l'hymen fous un afpect charmant.
GI
it 54 MERCURE

Etre deux , me difois-je , & ne former qu'une ame
Avoir les mêmes goûts , les mêmes fentimens ,
D'un amour tendre & pur entretenir la flamme ,
Etre toujours enfemble ; & moins époux qu'amans,
Par les foins , les égards , l'attention fuivie ,
Répandre à chaque inftant un charme fur fa vie ;
Par différens défirs fi l'on eft entraîné ,
Se ménager un tort pour qu'il foit pardonné ,
Etouffer des débats la femence fatale ,.
S'accorder l'un à l'autre une indulgence égale ,
Toujours dans fes liens trouver nouveaux appas 55-
Voilà le vrai bonheur , s'il exifte ici -bas..
LA MARQUIS E
Un tel portrait, Monfieur, fans doute eft agréable ;;
L'original ſcroit difficile à trouver :
Qu'en dites-vous ?.
LE MARQUIS.
Pourpeu qu'on voulût m'éprouver,,
D'excellens procédés , moi je me fens capable ,
LA M. AR. QUI SE fouriant..
Vous!
LE MARQU I S ..
Moi. Vous en riez ! ' Ceci me paroît fort”,,
J'en conviens. Que le temps vous ait change
d'accord ;
Qu'il ait à votre efprit donné plus de fineffe ,
Que l'on remarque en vous plus de délicateſſe
DE FRANCE.
Que vous ayez enfin l'enjoûment , la gaîté ,
Ce qu'il faut pour briller dans la Société ,
Soit : mais vous avouerez , en fuivant votre idée ,
Que l'épreuve feroit au moins très -hafardée.
Le Marquis infifte , & devient plus tendre
; mais la Marquife , inftruite par fon ex-.
périence , ne fe rend pas d'abord à fes galanteries
.
LA MARQUIS E.
Oui , des hommes , voilà le langage ordinaire ;
Prodigues de fermens qu'ils n'ont jamais remplis !
Vous ne l'ignorez pas , en afpirant à plaire ,
Le moins diffimulé mafque fon caractère :
Soumis , refpectueux , tendre juſqu'à l'excès ,
Prévenant avec art nos défirs inquiets ,
Du fentiment en nous il éveille la flamme ,
Amufe notre efprit , intéreffe notre ame ,
De l'hymen, à nos yeux, ne peint que les douceurs,
Nous montre fon lien comme un tiffu de fleurs ,
Et jufqu'au mariage Amant doux & fenfible',
Devient ou froid époux , ou tyran inflexible .
(Finement. )
On en connoît plus d'un , convenez .....
Nouvelles inftances du Marquis , qui
propofe enfin d'offrir , pendant une femaine
entière , l'hommage & les voeux d'un
Amant,
G 6
156 MERCURE
LE MARQU I S.
Je ne fuis plus l'époux dont votre coeur s'irrite :
Même dès ce moment je vais changer de nom..
Je fuis , fi vous voulez , ou Valère , ou Cléon ;.'
Et voici dès ce foir ma première viſite.
Je m'attache à vos pas, je veux par-tout vous fuivre,
Ce n'est plus que pour vous que je confens à vivre ;
Je me conduis enfin de manière , entre nous ,
A vous faire à jamais oublier votre époux .
Avouez ; cette idée eft la ſageſſe même.
Pouvoir auprès de vous être tendre & preffant ,
Pouvoir , fans vous fâcher, dire que je vous aime,
Qu'en pensez-vous ? cela peut devenir charmant.
L -A MARQUIS E
Cléon pourroit fur vous avoir quelque avantage.
LE MARQU I S.
Qu'importe je m'engage à n'être point jaloux.
A cet arrangement vous refuferez-vous ?
Voyez trois ans peut-être ont de moi fait un Sage.
D'ailleurs, dans tout ceci je ne-fuis plus pour rien.
C'eſt Cléon qui vous parle ; il vous offre un moyen
De punir un époux que vous jugez coupable .
LA MARQUISE
( A part. )
*
Il faut en convenir , on n'eſt pas plus aimable.
( Haut. )
Des hommes
que par- tout on défire , entre nous ,
Il me femble qu'aucun në vaut autant que vous.
DE FRANCE.. BST
L. E MARQUIS.
Des femmes que l'on vante , & dont on exagère
Les graces , l'agrément , aucune ne doit plaire
Autant que vous..
LA MARQUISE
* Vraiment ?
LI MARQU I S¸.
Oh ! j'en jure ma foi..
LA MARQUIS
E.
Peut-être vous pensez beaucoup trop bien de moi ;;
Cléon peut s'amufer à faire mon éloge :
-Cléon à part, c'eſt vous, Monfieur, que j'interroge..
LE MARQUIS.
Ne m'interrogez pas ,,j'en dirois cent fois plus , &c..
*
En voilà bien affez pour juftifier nos
Hoges. Pour prouver qu'ils font fincères
nous finirons en remarquant deux petites
négligences faciles à corriger , & qu'on ne
peut attribuer qu'à la rapidité de la compofition
elles fe trouvent fort près l'une:
de l'autre , & font de la même eſpèce..
Lifette dit à Frontin :
Luifi je le tenois ..... ah ! il verroit beau jeu..
Il ne fe doute pas de tout ce que peut être.
Une femme en colère.
Et Frontin lui répond:
Oh ! il s'en doute un peu.
15.8
MERCURE
Ces deux hiatus ne prouvent rien contre
le talent de l'Auteur ; mais ils prouvent
quavec beaucoup de talent on peut encore
fe tromper quelquefois dans un Art auffi
difficile que l'eft , fur-tout dans notre Langue
, celui d'écrire purement en vers .
Nous avons auffi trouvé un vers de quatorze
fyllabes , page 31 .
-
Vous ! Mo , Vous en riez ? -Ceci me paroît un
peu fort.
Mais c'eft , fans doute , une faute d'im
preffion ; & nous en doutons fi peu , qu'en
le citant plus haut , nous l'avons rétabli tel
qu'il doit être forti de la main de l'Auteur.
* M. Vigée avoit dédié la Belle- Mère à fa
foeur Madame Le Brun ; il dédie l'Entrevue
à Madame Vigée fa femme. Il eſt à
défirer pour fon bonheur , pour fa gloire,
& pour les plaifirs du Public , que fa famille
foit nombreuſe , qu'elle foit compofée
d'êtres auffi intéreffans , & qu'il fe falfe
un devoir de payer à chacun d'eux un
pareil tribut.
DE FRANCE. 159
DES Etats- Généraux & autres Affemblées
Nationales . Tomes XV , XVI , XVII,
XVIII & dernier de cette Collection.
Prix , 4 liv. 1of. le Volume in 8 ° . br. »
& 5 liv. franc de port par la Pofte. A
Paris , chez Buiffon , Libr. , rue Hautefeuille
, Hôtel de Coëtlofquet; N° . 20.

CETTE Collection , dont nous annonçons:
La dernière Livraifon , eft, fous un nouveau
nom , & dans une claffification nouvelle
un Recueil du Droit public François , un
dépôt des Immunités Nationales , des Archives
dans lesquelles on puifera des exem--
ples frappans pour tous les points de dif- .
cuffion relatifs à l'intérêt public . Ces fources
font d'autant plus précieufes , qu'on les a
préfentées ici telles qu'elles font. La manie
de corriger des textes refpectables & d'autant
plus authentiques quand on n'y touche
point , n'a point gagné les Rédacteurs e
ils n'ont pas non plus ofé rejeter des pièces.
intéreffantes , quoiqu'elles fuffent à peu
près femblables à d'autres déjà inférées . Ils
ont voulu fournir des autorités , & ils y
font parvenus. Le rapprochement que les
Lecteurs font à même de faire maintenant
des différens procès - verbaux de tous les
Etats - Généraux , depuis le Roi Jean jufтво
. MERCURE
.
*
qu'en 1651 , fuffira pour leur donner une
connoiffance approfondie de notre Conf
titution , de nos libertés , des pouvoirs du
Souverain , des Parlemens , & de l'influence
des Etats-Généraux fur les réformes & fur
l'Adminiſtration . A ce rapprochement , s'ils
veulent fe donner la peine d'en joindre
un fecond , celui des différentes époques
confacrées par les Hiftoriens & les Mémoires
excellens que nous avons fur l'Hiftoire
de France , ils auront une connoiffance parfaite
des réfurats & des cauſes.
Le règne du Roi Jean & celui de Charles
VII font les deux époques les plus favorables
pour les réfultats de ces auguftes-
Affemblées. Quelles leçons à puifer dans
ees mêmes procès - verbaux ! Qu'on parcoure
ce Recueil avec attention , on y
verra la Nation & la Monarchie naître ;
l'une tracer des limites au pouvoir de l'autre,
toutes deux fe réunir pour la formation
des Loix. On y voit ces époques de
la naiffance de l'autorité , précédée de l'exiftence
& des libertés du Peuple ; époques
au delà defquelles il feroit trop conjectu--
ral de remonter : on y voit les inftans d'ufurpation
& de foibleffe ; ces momens qui
fuivirent la mort de Charlemagne , d'où
naquit le régime féodal qui changea entièrement
la Nation .
Quant à la forme , à la tenue & à tous
les détails d'Affemblées , d'opinion , de ſuffrage
, de matières , on les trouve préſenDE
FRANCE. 168
tés d'abord fous un feul point de vue
dans le 7e . Volume ; enfuite le Lecteur les
puife à mefure qu'il lit les procès- verbaux.
Cette nouvelle Livraifon contient la fuite
des Etats de Blois de 1588 ; les Etats de
Paris de 193. , dont il faut lire les détails
, quiqu'ils ne puiffent point , à pro
prement pailer , être regardés comme des
Etats-Généraux : mais il y fut agité une
matière fi délicate ; mais le fort de la Monarchie
y étoit fi bien uni , qu'il s'en fallut
de bien peu que le régime féodal ne
s'établit une feconde fois en France , ou
qu'une Election ne reproduisît celle du premier
des Carlovingiens , ou plutôt du chef
des Capétiens. La réfiftance, du Parlement
empêcha ce renversement.
L'Affemblée des . Notables de Rouen en
1596 préfente de plus douces images ;
quoiqu'elle ait été à peu près nulle pour
l'Adminiftration , qu'on fut obligé de remettre
de nouveau entre les mains de Sulli.
Le Chancelier de Henri IV gâta un
peu les intentions de fon Maître , & les
préventions déplacées , les hauteurs & la
morgue de Sulli firent avorter des projets.
utiles. Sulli ne refpectoit pas affez les lumières
d une Affemblée Nationale . Il femibloit
qu'il craignoit de placer le Roi devant
la Nation , & la Nation devant le
Roi. Le Miniftre des Finances de Louis XVI
a des principes bien plus équitables &
162 MERCURE
plus utiles . Un extrait de l'Ouvrage intitulé
Recherches fur les Finances de
France , par M. de Forbonnois termine
cette Affemblée des Notables , & c'eft un
choix dont on doit favoir gré aux Rédacteurs
de cette Collection , qui par- là ont
donné un tableau de l'état des Finances
avant & après cette Affemblée , & ont expofé
les caufes qui l'avoient néceffitée &
qui la rendirent inutile .
Les Etats de 1614 fuivent cette Affemblée
nous remarquerons qu'on les a un
peu trop calomniés , & qu'on s'eft trop
arrêté à des querelles privées , à des incidens
légers , & à des difcordes qui n'auroient
point empêché qu'il ne fût réfulté
un très grand bien de ces Etats . Il fuffit de
les lire , pour fe réconcilier avec eux ; &
il fuffit de voir de quelle manière arbitraire
l'autorité les a féparés , pour être
convaincu qu'il n'a point été en eux de
donner à leurs délibérations une fanction
recomínandable ; que l'organifation en fut
défectuenfe, que la repréſentation fût ou ne
fût pas illégale : mais ce procès-verbal n'en
eft pas moins intéreffant ; & il feroit difficile
de faire un arrêté plus raffusant pour
la . Nation , que celui qui fe trouve configné,
p. 233 du Tome XVII , fous le titre :
Des Loix fondamentales de l'Etat , que
dorénavant , de dix ans en dix ans , il
foit fait Affemblée générale de notre Royaume.
L'autorité en ordonna autrement ;
DE FRANCE. 163
mais ce n'eſt point la faute des Etats.
Les difcordes qui troublèrent l'accord des
trois Ordres , doivent être imputées au mauvais
choix des Députés. Si le Cardinal
du Perron , qui avoit offert à Henri III de
nier l'existence d'uh Dieu , aufli puiffamment
qu'il l'avoit prouvée , & qui , fervilement
vendu à l'intrigue & à la Cour ,
ofa foutenir les maximes Ultramontaines ;
fi ce Cardinal , mieux connu , cût été éloigné
des Etats à coup fûr une difcuffion
fcandaleufe ne fe fût point élevée , &
n'eût pas révoqué en doute l'indépendance.
de la Couronne. C'eft à ces Etats que le
Parlement de Paris déploya courage & fermeré
, refpe & pour nos immunités .
On ne vit pas fortir de ces Etats un bon
Règlement , parce qu'on ne voulut point
écouter des repréſentations que la défunion
des trois Ordres affoiblit & rendit fufpectės.
Le Roi promit , en recevant les cahiers
, d'y avoir tous les égards que la firuation
des affaires pourroit permettre.
Pour donner quelque fatisfaction , dit M.
de Forbonnois , fur l'article le plus défiré ,
il fupprima l'annuel : mais fix femaines
après on le rétablit . Les autres articles furent
fi peu obfervés , que prefque dans le
même temps , Concini fit créer trois charges
de Tréforiers de penfion , qui lui valurent
un million . Sans doute il manqua
du caractère aux Députés , & de la fermeté.
Puiffe cet exemple empêcher qu'on ne
164 MERCURE
tombe aujourd'hui dans les mêmes fautes ;
& l'harmonie entre, les trois Ordres puiffeelle
fi bien s'établir , qu'on ne foit occupé
qu'à faciliter au Roi les moyens d'opérer
des réformes utiles !
و د
و د
L'Affemblée des Notables de 1617 dura
huit jours , montra beaucoup de fagelle ;
mais fes efforts ne furent pas plus heureux,
Elle s'éleva contre les privilèges , & n'ob
tint rien : l'impôt fubfifta avec tous les vices
on ofa répondre que l'Etat tournoit
depuis tant de fiècles far le même pivot ,
qu'il feroit dangereux d'y apporter le
» moindre changement " . L'inexécution des
plans de réforme amena l'Affemblée des
Notables de 1626 , pour remédier à l'épui
fement total des Finances , & à la mifère
du Peuple , qui paroilloit interdire toute
augmentation de taille . Il fufit de lire le
Difcours du Marquis d'Effiat , page 240 ,
tome XVIII , pour avoir une idée de l'état
du Royaume , & de la fage adminiſtration
de Henri IV. Le feu Roi , dit le Mar
» quis d'Effiat , faifoit toujours la dépenſe
plus foible que fa recette , de trois à
» quatre millions de livres , pour avoir de
quoi fournir à roues fes dépenfes inopinées
, & en outre faifoit enfler fa
» recette du bon ménage qu'il pouvoir
faire durant l'année , par des moyens
extraordinaires , & ce qui fe trouvoit
refter de bon , charges acquittées , étoit
» mis en réferve
"
وو
"'.
"
37°
DE FRANCE. 166
On trouve , p. 313 du tome XVIII de .
cette Collection , les pièces relatives à l'Affemblée
projetée pour 1651 , Toutes les
convocations furent faites , la plupart des
Députés étoient élus , mais le Roi ne jugea
point à propos de les affembler.
Telles font les matières contenues dans
cette Collection , qui réunir les procès -verbaux
de tous les Etats nationaux , & les
notions relatives au Droit public.
Nous ignorons pourquoi les Rédacteurs
n'ont pas jugé à propos de faire entrer
dans leur Recueil les détails fur l'Affemblée
des Notables , projetée pour 1768 , &
que le Duc de Choifeul avoit à coeur. On
y devoit s'occuper fur-tout de l'économie
politique & de l'agriculture. Ils auroient
dû inférer également les procès- verbaux
ou les réfumés des Alfemblées des Notabies
de 1787 , 1788 , à moins qu'ils ne fe
Loient propofé de donner des procès verbaux
des Etats de 1789 , & de les faire
précéder par un précis des Affemblées de
1787 , 1788.
166 MERCURE
VOYAGE fur les Côtes de l'Arabie Heureufe
, fur la Mer Rouge & en Egypte ;
contenant le récit d'un combat des Anglois
avec M. de Suffren , & leur expé
dition contre le Cap de Bonne-Efpérance,
en 1781 ; par M. HENRI ROOKE ,
Ecuyer , Major d'Infanterie ; traduit de
l'Anglois , d'après la 2e. édition. In -8 ° .
de 150 pages . A Paris , chez Royez ,
Libr. Quai des Auguftins.
M. ROOKE , dans cette Relation , paroît
animé de l'efprit & des préjugés de fes
Compatriotes. Ses obfervations fur le commerce
& les moeurs font pleines de jufreffe
; fes réflexions fur le combat de la
flotte de Jonhfton , & le combat de M. de
Suffren , font remplies de partialité . Un mot
répond aux vaines réclamations de l'Anglois
: Qu'alloit - on faire dans l'Inde ? La
fauver en couvrant le Cap. Les Hollandois
ont rendu hautement juſtice à l'intrépide
François qui les a préſervés du joug de fer
qui pèfe fur prefque tout l'Indouftan . Sans
l'activité de M. de Suffren , le Cap étoit
forcé ; & une fois au pouvoir des Anglois ,
il eft probable qu'il ne fortiroit pas plus de
leurs mains que l'inexpugnable Gibraltar.
DE FRANCE. 167
Il n'y a rien de bien neuf dans le Voyage
de M. Rooke . Il tourne prefque toute
l'Afrique , & féjournant peu dans les lieux
qu'il décrit ; il ne parle que des objets les
plus frappans . Nous croyons néanmoins
que fon itinéraire doit fervir de fupplément
à celui de Makintoff. Tous deux ont pour
but de nous démontrer combien l'on peut
gagner de temps à envoyer les Courriers
par Suez , foit qu'ils defcendent à Moka ,
fort qu'ils aillent en Perfe par le défert ( 1 ) .
Les écueils font marqués , pour ainfi dire ;
& telle note qui excite peut-être le fourire
dédaigneux d'un oifif de la Capitale ,
fauve les biens ou la liberté au Voyageur
prévenu des dangers qui l'attendent , & des
moyens de s'en délivrer. Une réflexion
qu'on ne peut s'empêcher de faire en lifant
ces fortes de Livres , c'eft que l'avide Européen
juftifie en quelque forte tout le
mépris que lui prodiguent les orgueilleux
Sectateurs de l'Alcoran ; & ces Anglois fi
fiers , fi généreux, dévořent de bien flétriffantes
humiliations dans tous les Comptoirs.
Les Arabes font de bien vilaines gens , fi
le portrait qu'en fait M. Rooke eft fidèle :
mais quelle idée un Arabe fe formeroit- il
des Anglois , s'il jugeoit ce peuple par la
populace de Londres , ou même un François
( 1 ) Dans la dernière guerre , le premier Courrier
Anglois ne mit que 63 jours de Londres à
Bombay.
168 MERCURE

d'après les habitans de nos grandes villes !
Chaque pays a fes Lazaronis.
Le Traducteur de ce Voyage mérite des
éloges. Il devient le compagnon de l'Auteur
qu'il traduit , le redrelle ou l'éclaircit
fort à propos , & plaide plufieurs fois
avec éloquence la caufe des moeurs , de
la liberté, & de la Patrie ( 1 ) . Son Voyage
vient malheureuſement
après ceux des Savari
, des Volney , des Makintoff, & n'of
fre pas les mêmes détails , mais au moins
il ne laiffe pas au Lecteur le temps de
s'ennuyer , & maintenant c'est un grand
mérite dans un Auteur , que cette précion
; notre frivolité nous fait plus craindre
l'ennui que défirer l'inftruction.
( Cet Article eft de M. Bérenger. )
( 1 ) Les Notes du jeune Traducteur de Rooke
annoncent du courage , de la philofophie , & du
ftyle. Comme la plupart des Voyages Anglois font
infectés de déclamations centre nous , il faudroit
peut - être que des Traducteurs fages & éclairés
les va- réfutaflent avec briéve: é , & par des faits ,
gues affertions de nos Rivaux ; ce feroit fans
doute un moyen lent , mais sûr , couper
racines de cette malheureuſe antipathie qui divife
deux Peuples faits pour s'eftimer lors même qu'ils
Le combattent avec le plus d'acharnement.
de les
COLLECTION
DE FRANCE.
Úན
COLLECTION des Hommes illuftres
vivans ; II . Cahier in- folio d'une
cinquantaine de pages. A Paris , de
l'Imprimerie de MONSIEUR.
·
-CETTE nouvelle Livraifon d'un Ouvrage
qu'on ne peut annoncer avec trop d'éloges ,
renferme les Portraits de l'Empereur , de
M. d'Arenda , de Madame Macaulay (Angloife
, à qui nous devons une excellente
Hiftoire de fon pays ) , & enfin le portrait
de M. Wieland , le Voltaire , l'Algarotti ,
le Pope de l'Allemagne.
C'eft une grande & belle entreprife que
celle qui rapprochera de nous & fera refpirer
fous nos yeux nos plus illuftres contenporains
des quatre parties du Monde. Ils
vivent ; quel préjugé plus favorable pour
croire que leurs traits font auffi reffemblans
que l'hiftoire de leur efprit & de leur caractère
eft véridique ! Les Soufcripteurs ont
pu en juger par les notices & les portraits
des Buffon & des Malsherbes , des Wafington
& des Francklins . On a dû admiter
dans les gravures cet air de vie & d'action
que n'ont jamais les froides images
des perfonnages qu'on grave d'après des
tableaux ou des buftes ; & l'on a certaines
ment applaudi' dans les Notices cette fobriété
d'ornemens , cette pudeur d'élogessoratoi-
Nº 17. 25 Avril 1789
H
170
MERCURE
res ; caractère d'un Hiftorien qui , n'ofant
ni mentir à fon Siècle ni faire rougir
fon Héros , fait fortir fon panégyrique des
actions , & loue par les faits. C'eft ainfi
qu'on prépare les plus excellens matériaux
de l'Hiftoire ; c'est ainsi qu'on force peutêtre
un grand Homme vivant à juftifier par
de nouvelles vertus les applaudiffemens de
fes contemporains. Qui fait fi Pline n'enchaîna
pas Trajan à la vraie gloire ?
Cette. Livraiſon eft d'une beauté d'exé
cution qui ne le cède en rien aux deux précédentes.
Les coftumes y font auffi variés que
les perfonnages. La Notice de Wieland eft
remarquable par une préciſion fingulière ,
qui n'empêche pas l'Auteur ( M. Dubois ) de
jeter çà & là , parmi la longue nomenclature
de tous les Ouvrages de ce Poëte , des anecdotes
domestiques , ou des traits de caractère
qui font chérir & refpecter l'homme,
Ce morceau de biographie fera lu avec fruit
par ceux de nos Ecrivains qui , connoiffant .
la langue Allemande , ignorent peut-être la
foule d'Ouvrages utiles & piquans fortis
de la plume de M. Wieland. La Mufe du
Roman & celle du Théatre gagneroient à
ce commerce , & nous invitons nos Traducteurs
à butiner dans ce riche parterre ,
On s'adreſſe, pour la Souſcription , à Paris,
chez l'Auteur , rue des petites Ecuries du
Roi , au coin de celle Marfel ; chez Didot
jeune ; chez Royez , ou au Palais Royal , chez
DE FRANCE. 171
Hardouin. Prix , feize livres le cahier , compofé
de quatre portrais.
Par M. BER...
PETIT Dictionnaire de la Cour & de
la Ville. Deux Volumes in- 11. Prix
brochés , 2 liv. 8 fous. A Paris , chez
Briand , Libraire , Hôtel de Villiers , rue
Pavée St-André des Arts , No. 22.
CET Ouvrage eft une fatire jufte & hardie
de nos moeurs , & un perfiflage de nos
ridicules. Comme il fe refufe à toute efpèce
d'analyse , nous allons citer quelque
article pour donner une idée du flyle & de
la morale qu'il refpire. Voici comme cer
Ariflarque s'explique au mot Dictionnaire.
"
93
-
Suivant le Dictionnaire des Géns du
" Monde , la galanterie veut dire l'adul-
∞ tère ; faillite fignifie banqueroute ; la mal-
» tôte eft finance ; l'ufure eft un prêt ; le
vol un emprunt ; la débauche s'appelle
volupté ; & le chafte nom de fille fo
donne à des proftituées. Je viens d'en
» ouvrir un ( Dictionnaire ) où l'article Carte
Géographique ne tient qu'une page
» mais les cartes à jouer en occupent deux.
J'y ai trouvé bien peu de chole fur l'af-
» tronomie , l'anatomie , le commerce , & c.
99
ود
H 2
171 MERCURE
·
ور
و ر
و د
» Mais on y traite à fond les coiffures
les Almanachs , les calottes , les Cenfeurs
de livres , les Marionnettes , &c . &c . —
» Le mot amour ne fignifie plus rien ( dit
l'Auteur ) ; on lui a fubftitué celui de
» galanterie ; une femme galante rougiroit
» d'être amoureufe , fi elle pouvoit rougir
de quelque chofe . Les femmes , les jeu-
» nes filles même , pour fe garantir des
dangers de l'amour , fe livrent à des fantaifies
, à des goûts paffagers pour lefquels
» elles ont trouvé le beau nom de paffade.
ود
"
"
ور
» Un homme aujourd'hui qui voudroit
" ne chercher le plaifir que dans l'amour ,
» referoit chafte toute fa vie. Ne pouvant
» être amoureux , il devient libertin . L'a-
» mour, dit Montagne, cft une paflion entrepreneufe
de grandes chofes. Je crois
bien que les femmes ont fait de braves
» gens dans le temps de la Chevalerie &
སྐ ! des.Carroufels ; mais de nos jours , Montagne
ne pourroit s'empêcher de lever les
épaules , quand il verroit de petites mijorées
, abîmées de luxe , d'oifiveté , de
影molleffe & de vapeurs , fe perfuader
ridiculement ,, d'après la lecture de quel-
" ques mauvais contes , qu'il ne tient qu'à
elles de donner des grands Hommes à
l'Etat . Il y a toute apparence que l'amour
ne fe faifoit pas autrefois comme aujourd'hui
, où les bonnes fortunes . font
à fi bon marché que ce n'eft pas la peine
2.9
22

33
»
"
هرم
DE FRANCE. 77 3
» d'être un Héros pour rien «. Nous pouvons
encore renvoyer le Lecteur aux articles
Abbaye , Agioteur , Femme , Courtifan ,
Nouveauté , & à beaucoup d'autres .
VARIÉTÉ S.
SUR les Affemblées Nationales du temps des deux
premières Races de nos Rois. Faits & Réflexions
tirés de l'Hiftoire de Charlemagne , de M.
GAILLARD , en 4 Volumes in- 12 . Paris , chet
Moutard, Imprimeur-Libraire de la REINE ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni .
DANS toute Conftitution , dans toute forme
de Gouvernement , depuis la Démocratie la plus
libre jufqu'au defpotifme le plus abfolu , c'eft
effentiellement , & par la nature des chofes
' Ariftocratie ' qui délibère & la Monarchie qui
exécute ; la Démocratie n'eft que confufion
le defpotifme qu'excès & abus. Ί
L'Etat le plus populaire a des Magiftrats , des
Repréfentans , n Confeil national , & les
Sultans ont leur Divan , qui délibère de la paix
& de la guerre; voilà l'Ariftocrație qui délibère .
Si la guerre eſt réfolue , il faut un Gén♣
" H 3
174
MERCURE
ral , & ce Général eft un Monarque , tant que
durent fes fonctions ; voilà la Monarchie qui
exécute .
Le Peuple peut agréer ou rejeter une propofition
fur le rapport qu'on lui en fait ; mais
il est évident qu'il ne peut examiner , diſcuter ,
en un mot délibérer .
Il peut encore moins exécuter , à moins qu'il
ne foit conduit .
Tacite , dans fa Germanie , nous repréſente
ainfi les délibérations des Peuples Germains.
De minoribus rebus Principes confultant , de majoribus
omnes.
S'il s'agit d'une véritable délibération accompagnée
de difcuffion , cet omnes eft impoffible
, quelque petites & quelque peu nombreufes
qu'on fuppofe les diverfes peuplades
de la Germanie , dont parle Tacite ; auffi modifie
-t- il à l'inftant fa propofition d'une manière
qui la dénature entièrement , & qui ra
mène toujours à l'Ariftocratie pour délibérer :
Ità tamen ut ea quoque quorum penès plebem
arbitrium eft, apud Principes pertra&tentur.
M. l'Abbé de la Bletterie propofe de lire ,
prætractentur, au lieu de pertractentur. Son idée
eft qu'on préparoit dans le Confeil des Rois
ou des Princes , les objets de délibération qu'on
devoit propofer à l'Affemblée du Peuple ; mais
toutes les éditions de Tacite portent pertractentur
; & l'idée de Tacite , fans exclure celle
de M. l'Abbé de la Bletterie , eft peut-être plus
étendue ; il veut peut-être dire à la fois , &
qu'on difcutoit d'avance dans le Confeil de
Rois les matières qui devoient être propofées
au Peuple , & qu'après la décision du Peuple , on
DE FRANCE. 175
revoyoit cette décifion dans le Confeil , foit
pour la modifier , foit pour y donner une forme
convenable : Ità tamen ut ea quoque quorum pènes
plebem arbitrium eft , apud Principes pertractentur.
Si le Peuple en corps ne peut délibérer , il
peut & doit être convenablement repréſenté
dans les Affemblées Nationales , & par ce moyen
la Démocratie rentre dans l'Ariftocratie qui délibère
.
Dans la Préface du fecond volume du R
cueil des Hiftoriens de France , on expofe
ainfi ce qui concerne les Affemblées Nationales .
: Duo erant apud Francos conventuum genera.
Alter campus Martius vocabatur , quia in menfe
Martio agebatur. Sub Chiodovco ejufque decefforibus
, Franci omnes in campum Martium armati
convenire jubebantur ; fed poftquàm in Gallias
difperfi fuerunt , omnes ad hunc conventum venire
non potuere aderant tantùm pracipui & ii
Princeps vocabat. Alter conventus Mallus appel·
labatur.
quos
Voilà donc deux fortes d'Affemblées Nationales
, le Champ de Mars , & le Mallus on Placitum
, Plaid ou Parlement ; le premier ayant
pour objet les affaires générales de la Nation ;
le fecond l'administration de la Juftice. Cependant
, comme l'Hiftoire de ces prémiers temps
n'offre guère de notions bien précifes , la diftinction
du Champ de Mars , & du Mallus ou
Placite, n'eft pas tellement établie, que ces deux
fortes d'Affemblées Nationales ne foient trèsfouvent
confondues dans les monumens de
notre première Race .
Une Nation toute militaire comme l'étoit
d'abord la Nation des Francs , n'a point d'au
tres affaires que celles de la guerre ; elle s'af
H
4
176 MERCURE
femble au commencement d'une campagne ,
pour en concerter les opérations ; elle s'affemble
à la fin , pour partager le butin : elle s'af
fembloit alors toute entière , & n'étoit autre
chofe que l'armée mais dans la fuite , lorfque
les Francs , répandus dans toute l'étendue des
Gaules , formèrent un corps de Nation , lorf
qu'ils eurent un Gouvernement civil & d'au
tres affaires que celles de la guerre , plufieurs
fe difpeasèrent d'affifter aux Affemblées du
Champ de Mars ; elles ceffèrent d'être formées
de la Nation entière : infenfiblement il n'y affifta
plus que les principaux , que les Chefs ,
& ceux que le Roi vouloit bien y appeler :
Aderant tantùm pracipui , & ii quos Princeps
vocabat. Ce n'étoit plus que ce qu'on a depuis
appelé une Affemblée de Notables ; mais la Na
tion , pour avoir négligé fes droits , ne les avoit
pas perdus , & les reprenoit fans doute dans
les grandes occafions . Au refte , il eft difficile
de lever entièrement le voile qui couvre ces
origines.
On eff un peu plus inftruit de ce qui cõir.
cerne les Affemblées Nationales fous la feconde
Race. Adhélard , Abbé de Corbie , coufingermain
de Charlemagne , a décrit la forme des
Affemblées du Champ de Mai , ou Parlemens ,
convoqués par Pepin , Charlemagne & Louis le
Débonnaire , l'ordre qu'on y obfervoit , les
matières qu'on y traitoit . Ce monument nous
a été tranfmis par le célèbre Hincmar , de
Reims. On y
tenir chaque annoit que la coutume étoit
tenir chaque année deux Parlemens ou Placite
dans le dernier defquels on arrêtoit les comptes
& états ; qu'à ce dernier fur tout fe trouvoient
tous les Grand , tant Eccléfiaftiques que Laïques ,
les anciens pour délibérer , & peut - être préDE
FRANCE. $77
parer d'avance les objets de délibération , les
jeunes pour confentir à ce qui avoit été a
préparé ou réfalu. In quo placito generalizas uni
verforum Majorum , tam Clericorum quàm Lucorum
, conveniebat , feniores propter confilium or
dinandum , Minores propter idem confilium fufcipiendum
& interdùm pariter tractandum.
Mais ce n'étoient plus de fimples Aemblées
de Notables ; les termes dont fe fervent les
Auteurs du temps , particulièrement l'Auteur
anonyme de la Vie de Charlemagne , 1'Auteus
anonyme de la Vie de Louis le Débocnaire ,
Eginhard , Thegan , & c . ne permettent pas de
méconnoitre des Affemblees parfaitement Nationales
.
Rex Carolus publicam Synodum habuit ad Padebranen.
Ibi convenerunt OMNES FRANCI
omnes Saxones.
En 815 , Louis le Debonnaire , habuit magnum
conventum populorum.
E 817 , conventum publicum populi fui cele
bravit.
En 818 , in Theodonis villam convenire gene
raliter fuum populum præcepit,
1..
)
En 821 , conventus generalis magnâ populi Fran
corum frequentiâ celebratur.
A l'ouverture de chaque Parlement , on rendoit
compte de tout ce qui s'étoit paflé depuis
la tenue du dernier ; chacun rapportoit ce qui
pouvoit être venu à fa connoiffance , ou ce
qu'il croyoit avoir remarqué des difpofitions ,
Loit de l'intérieur du Royaume , foit des Nations
voines , tributaires ou ennemies . Si quelqu'un
avoit des plaintes à faire , des droits à réclamer
, des abus à dénoncer , des établiffemens
HS
178
MERCURE
"

ou des réformes à propofer , c'étoit à le moment
, la chofe étoit mife en délibération . Le
Roi venoit délibérer avec fes fujets , ou il les
envoyoit confulter , ou il leur faifoit donner
fes ordres après avoir reçu leurs avis.
S'il y avoit quelque oppofition ou diverfité
d'intérêt entre les divers Ordres , ils délibéroient
féparément , & on préparoit toujours ,
dans cette vue , des chambres féparées , foit
que l'Affemblée fe tint en pleine campagne ,
'comme il arrivoit fouvent dans la belle faifon
, foit qu'elle fe tînt dans quelque Château
Royal.
Adhélard repréfente les Evêques & les Grands
comme féparés de la multitude , qui affiftoit
auffi à ces Affemblées. Les termes , reliqua
multitudo cætera multitudo , fouvent répétés
dans fa defcription , prouvent que fa Nation
entière avoit été de nouveau admife à ces Affemblées
au commencement de la feconde Race,
& paroiffent répondre à ce que nous appelons
aujourd'hui Tiers-Etat. Rapportons le paffage entier
; on y voit affez clairement , à ce qu'il nous
femble , la diftinction des trois Ordres , & la
différente manière de délibérer tantôt féparément
& par ordres , tantôt raffemblés & en
commun..
Sed nec illud prætermittendum quomodòfi tempus
ferenum erat , extrà , fin autem , intrà diverfa loca
diftincta erant, ubi & hi abundanter fegregati femotim
& cætera multitudo feparatim refidere po
tuiffent , priùs tamen cæteræ inferiores perfona
intereffe minimè potuiffent. Quæ utraque tamen
feniorum fufceptacula fic in duobus divifa erant ,
ut primò omnes Epifcopi, Abbates, vel hujus modi
honorificentiores Clerici abfque ullâ Laïcorum comDE
FRANCE. 179
munione congregarentur : fimiliter Comites vel hujus
modi Principes fibimet honorificabiliter à cæterà
multitudine primo manè fegregarentur. Quò ufque
tempus five præfente, five abfente Rege, occurrerent,
& tumprædicti feniores , more folito, Clerici adfuam,
Laïciverò adfuam conftitutamcuriamfubfelliisfimiliter
honorificabiliter præparatis convocarentur. Qui
cùm feparati à cæteris effent, in eorum manebat poteftate
quandò fimul, vel quandò feparati refiderent,
prout eos trattande caufæ qualitas docebat , five de
fpiritalibus, five defæcularibus, feu etiam commixtis .
Nous ne devons pas diffimuler cependant
que , felon les Ecrivains peu favorables au
Tiers -Etat , il n'y avoit que la Nobleffe & le
Clergé qui fuffent admis dans ces Affemblées
Nationales de la feconde Race , & que ces mots,
reliqua multitudo , cætera multitudo , marquent
feulement la diftinction des anciens , foit du
Clergé , foit des Grands , qui délibéroient en
particulier & en fecret fur les affaires d'Etat ,
d'avec la foule des jeunes gens que leur rang
faifoit admettre à ces Affemblées , mais que
leur âge excluoit des délibérations fecrètes , &
ne laiffoit participer aux délibérations , même
publiques , qu'en leur ôtant le droit de fuffrage
& la voix délibérative .
C'eft une opinion ; & fur les u'ages de ces
temps anciens , on ne parvient guère qu'à
des opinions : mais celle qui trouve dans ce
paffage la diftinétion des trois Ordres , nous
paroît plus probable à mesure que nous l'examinons.
Adhélard , dans la defcription qu'il fait de la
manière dont les Rois fe communiquoient à leurs
S.jets dans ces Affemblées , paroît avoir eu par-
. H 6 ..
180 MERCURE
ticulièrement en vue l'affabilité de Charlemagne.
Ipfe Princeps....... in fufcipiendis muneribus
Jalutandis proceribus , confabulando rariùs vifis ,
compatiendofenioribus , congaudendo junioribus....
occupatus erat .
C'eft dans ces Affemblées Nationales que fe
firent ces Capitulaires , monument affez précieux
de la Legiflation Françoife fous la feconde
Race , & où on trouveroit plufieurs difpofitions
qu'on pourroit encore aujourd'hui adopter.
Charlemagne rendit ces Affemblées & plus
fréquentes & plus populaires. Les Maires du
Palais , dont elles auroient pu borner ou gêner
Tautorité , cherchoient à s'en paffer ; Charles
Martel confultcit peu même les Grands , qui
s'en vengèrent , en faifant avorter ſon projet
de parvenir à la Couronne par le choix de
la Nation. Pepin le Bref, par une politique
beaucoup plus habile & qui lui réuffit mieux ,
ne faifoit rien fans leur avis , & Charleinagne
ajouta beaucoup encore à cette popularité , toujours
utile aux Rois. Ce grand Prince ménagea
toujours fes fujets ; il eut toujours pour la liberté
, pour la propriété , les égards les plus
délicats. Il ne tenoit qu'à lui d'être defpote ;
les Conquérans font toujours defpotes quand
ils le veulent ; ils le veulent prefque toujours ,
& c'est ce qui les perd . , Charlemagne vit le
danger de l'être , & la fottife de le paroître ;
il le vit par fes propres lumières , fans être
aidé par les lumières de fon Siècle . Quoique
fes volontés fuffent véritablement à lui ,
& qu'il fût bien plus l'auteur de fes loix , que
tant de Monarques qui fe montrent fi jaloux
d'une autorité qu'ils abandonnent à leurs Miniftres
& à leurs Favoris , il vouloit que la
Loi ne fût autre chofe que la volonté de ta
DE FRAIN CIE. 181
Nation , publiée fous le nom du Prince . Pour
Lui jamais il ne commande , il propofe , il confeille
, il infinue ; il ne fait pas même grace
en vertu de fa prérogative royale : s'il veut
remettre au malheureux Taffillon , Duc de Bavière
, fon coufin , la peine de mort prononcée
contre lui par l'Affemblée de la Nation , il s'adreffe
à cette même Affemblée , il intercède
auprès d'elle pour Taffillon , il follicite fa
grace , & l'obtient. It fauvoit les apparences de
l'Autorité Nationale avec autant de foin qu'en
mettent les Politiques vulgaires à fauver les
apparences de l'Autorité Royale.
??
-
Charlemagne , bien convaincu des avantages
de tharmonie & de la concorde ; cherchoit à
anir les différens Ordres de l'Etat , comme les
Politiques vulgaires cherchent à les divifer.
En divifant tout , dit un Tyran , je me ren-
" drai tout puiffant. Divide & impera
Soyez unis , difoit Charlemagne à fes peuples ,
& nous ferons tous heureux. Regnum , fi boni
eritis, firmum ; 'fi malt, imbecillum. Nam concordia
es parva crefcunt , difcordia maximæ dilabuntur.
Les divers corps , les diverfes parties de l'Etat
traitoient enfemble , & fe rapprochoient par la
médiation de Charlemagne. La manière dont il
compofa, les Parlemens ou Affemblées Natio-
Parlemensole dans la fuitel ank
17
Affemblées des Erats - Généraux .
C
SP
krt !
:
T
132 MERCUREG
SPECTACLES.
i
Retraites & Réceptions.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
PLUS le talent eft rare , plus la retraite
ou la mort des Comédiens d'un vrai mérite
eft fenfible pour les Amateurs du Théatre.
La Tragédie a perdu cette année , par la
retraite de M. La Rive, un fujet d'autant plus
juftement aimé , qu'à un grand nombre des
qualités qui forment le bon Acteur , il
joignoit celles de l'honnête homme & de
de l'homme bienfaifant. Comme M. La
Rive vit encore pour la fatisfaction de fes
amis , il ne nous eft pas permis de révéler
plufieurs traits de bienfaiſance , faits pour
l'honorer beaucoup comme Citoyen ; mais
nous avons au moins le droit d'avancer
qu'il a fait des preuves fuffifantes pour mériter
l'éloge public que nous donnons à fon
amour pour l'humanité. Il faut pour tant que
nous obfervions , & cette obfervation eft à
fa place , qu'il eft des efprits méchans & jaloux
, auprès defquels l'ordre paffe pour de la
DE FRANCE. 183
parcimonie , & l'économie fagement entendue
pour de l'avarice ; de là vient que tant de
réputations faites par la malignité ou par
l'envie , fe trouvent , à l'examen , dans une
contradiction évidente avec la vérité.
"
Cet Acteur a débuté deux fois au Théatre
François. La première en 1771 ; la feconde
en 1775. Une figure noble & mâle , un
ail chaud , une taille élevée dans les belles
proportions de l'homme , un organe fonore
, flexible , de belles formes une
grande entente de la Scène , l'art de fe bien
coftumer , & un amour prefque enthoufiafte
pour fon talent ; telles étoient fes qua
lités comme Comédien . Il a fuccédé à la
réputation de le Kain , & il a confolé longtemps
de cette perte irréparable : voilà
peut -être le plus bel éloge qu'on puiffe lui
donner .
Dans le cours de la dernière année dra
matique , on a reçu deux fujets de ce
Théatre au nombre des Comédiens du Roi.
1º. Mlle. de Garcins. On fait combien
le début de cette Actrice a été long & brillant.
Nous faifirons l'occafion , puifqu'elie
fe préfente , de l'engager à répondre aux
belles efpérances qu'elle a données . Elle a
pu s'appercevoir que depuis quelques mois
l'opinion publique s'étoit beaucoup refroidie
fur fon compte ; il dépend d'elle qu'elle
ne fe refroidiffe pas davantage.
a344
MERACIU
RET
29 Monfieur Talma. Ce jeune homme ,
dont nous avons annoncé les débuts , a
fait , depuis un an , des progrès très- marqués.
On lui reprochoit de la gêne dans
la démarche , une gefticulation angulaire ,
& de l'apprêt dans le débit ; il a tellement
atténué ces défauts , en très peu de
temps , que l'on peut efpérer qu'il par
viendra bientôt à s'en corriger abfolu
ment. Il a d'ailleurs de l'intelligence &
de la fenfibilité . Cette dernière qualité ſera
plus généralement remarquée en lui , lofqu'il
ofera donner plus d'abandon à fon
jeu , & à fa manière de dire toute la franchife
dont le débit d'un Comédien a be--
foin pour être abfolument vrai .
COMÉDIE ITALIENNE.
Nous n'avons pas formé une vaine ef
pérance , lorfque nous avons préfumé que
4es travaux , le zèle & les fervices de M.
Sollié le feroient admettre au nombre des
Comédiens du Roi . Cet A&teur vient d'être
reçu , & nous ne doutons pas que le Public
jufte ne l'apprenne avec plaifir. M.
Sollié n'a pas eu d'abord tout le fuccès
dont fon talent eft digne ; il lui a fallu
vaincre des préventions , & fur- tout cette
opinion fatale qui , tour à tour , élève des
+
DE FRANCE. 185
Pygmées pour abaiffer des Géans , & refuſe
au mérite utile les encouragemens qu'il prodigue
à la nullité . C'est peut être aux obſtacles
qu'il a rencontrés , qu'il doit la bonne
réputation dont il commence à jouir ; il a
voulu les vaincre , fan courage & fon émulation
ont pris de l'énergie , & il y eft arrivé
. Nous aimons à croire que , loin de
laiffer affoiblir l'idée avantageuſe qu'on a
priſe de lui , il y ajoutera encore par de
nouveaux efforts , & par de nouvelles preu
ves de zèle .
་ ་ ་་་

**
Mlle. Rofe Renaud a été auffi reçue
Comédienne du Roi, Cette jeune Actrice
eft faite , au moins le croyons- nous , pour
devenir un excellent fujet : mais elle eft
dans un âge encore bien tendre , & déjà
elle nous a donné à craindre que fon jeu
ne s'accoutumât à l'exagération . Nous l'aon
the quelquefois dans les Petits Sa
voyards hors des bornes de la véritable
expreffion, qu'exigè la décence de la Scène.
Nous l'invitons à y prendre garde ; & hi
elle dédaignoit de faire attention à ce confeil
, nous lui prédifons qu'elle fe gâteroit.
Ce ne font pas là les difcours d'un homine
galant ; non ce font les réflexions
d'un Critique vrai , qui , dans les Actri
ces , quelque jolies qu'elles puiffent être
aiment infiniment moins la perfonne que
Je talent. -jord l'up buisq
T
Un évènement remarquable à ce Théa
186 MERCURE
>
tre, vers la fin de la dernière année dramatique
, c'eft le paffage que Mlle . Desbroffes
a fait de l'emploi des Amoureuſes à celui
des Duègnes. On ne peut que féliciter cette
Actrice d'avoir eu le bon efprit de fe rendre
un compte rigoureux de fes moyens ,
& d'avoir renoncé à un emploi féduifant
pour les femmes , avec un courage dont
toutes les Comédiennes ne font pas fufceptibles.
En s'exécutant ainfi , Mlle . Desbroffes
s'eft , pour ainfi dire , rajeunie , &
elle a acquis de nouveaux droits aux fuffrages
publics. Elle a de l'efprit , de l'inrelligence
, de la fenfibilité , un organe flatteur
; elle eft bonne Muficienne , elle a une
grande habitude du Théatre & nous
croyons très - fermement que plus elle fe
familiarifera avec les Rôles , les formes ,
le ton & les habitudes de fon nouvel emploi
, & plus elle y fera goûtée. Les effais
qu'elle a faits , quelques jours avant la
dernière clôture , de plufieurs Rôles de
Duègnes abandonnés depuis long - temps ,
lui ont fait beaucoup d'honneur ; elle y
a obtenu des applaudiffemens mérités ,
malgré l'extrême timidité qu'elle a laiffé paroître.
Les encouragemens des Amateurs
éclairés doivent engager Mlle . Desbroffes
ofer davantage , & à ne pas appauvrir
l'effet de fon talent , par une crainte d'au
tant plus déplacée , que depuis long- temps
le Public lui a prouvé qu'il étoit jufte avec
elle , & qu'il s'intéreffoit à fes fuccès. U
DE FRANCE. 187
LES Comédiens Italiens ont arrêté una
nimement qu'il feroit accordé aux deux,
Septuagénaires , que M. Favart a rendus
célèbres par la Comédie d'Annette & Lubin,
une Penfion de 300 liv . , réversible fur la
tête du dernier vivant.
Ils ont cru devoir préférer ce fecours à
une repréſentation donnée à leur profit ;
parce qu'en effer , c'eft en confidération des
calamités publiques feulement , qu'on deit
accorder le bénéfice de cette eſpèce de repréfentations
.
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en verte , Hôtel de Thou , Lund
prochain , 27 Avril , la 31e. Livraiſon de L'ENCYCLOPÉDIE,
Compofée de deux Volumes, au prix
de 6 liv. chacun pour les Soufcripteurs.
Cette Livraiſon eft compofée du Tome 4 ;
Hiftoire Naturelle , comprenant les Infectes ; du
Tome 2 , 2e. Partie , de la Logique , Métaphyfique
& Morale ; & du Tome 8 , Ire . Partie , de
la Jurifprudence .
488
MERCURE
L'Ami des Enfans , par M. Berquin ; nouvelle
Edition , ornée de 132 Eftampes ( 1).
Cette Edition , en 12 Volumes d'environ 350
pages chacun , comprend les 24 Vol . de l'Ami des
Enfans , & les 12 vol. de l'Ami de l'Adolefcence.
Chacun des 12 volumes eft orné d'un Frontispice
repréfentant des Jeux d'enfans ; & chaque Drame
ou Conte , d'une Eftampe qui en retrace le fujer.
Ces Eftampes , au nombre de 132 pour les 12 vol.
font gravées fur les jolis deffins de M. Borel , par
les meilleurs Artiftes de la Capitale , tels que
MM. Delaunay , de Longueil , Ponce , Guttemberg
, Delignon , &c . On ofe promettre aux Amateurs
de Gravures , qu'ils n'en auront pas encore
eu de fuite qui foit traitée avec plus de foin. Ces
12 volumes paroîtront en quatre Livraiſons , de
3 vol. chacune , à trois mois d'intervalle l'une de
l'autre ; favoir , les Tomes I , II & III , actuellement
; les Tomes IV , V & VI , le 1er. Acût pro
chain ; les Tomes VII , VIII & IX , le 1er. Novembre
fuivant ; & les Tomes X , XI & XII , le
1er. Février 1790. Chaque Livraifon , compofée
de 3 vol . & de 33 Eftampes , eft du prix de 15 l .
port franc par la Pofte dans tout le Royaume ,
pour les Particuliers feulement. Si cette Edition
paroît un peu coutcufe au premier coup d'oeil , il
fuffira de rappeler que les 36 vol, en papier fin ,
de l'Ami des Enfans & de l'Adolefcence , reve-
Hoient à 48 liv. 12 f. port franc par la Pofte , &
que les 12 vol . de la nouvelle Edition , renfermant
les 3.6 vol. de l'ancienne , imprimés fur du papier
plus fort , & ornés de 132 Eftampes , ne reviendront
qu'à 60 liv. également francs de port. Le
nouveau caractère d'agrément & d'utilité que car
(1 ) Sanford & Merton , 7 Vol . pap . fin , ornés de 14
jolies Estampes , Port franc par la Pofte , 9 liv.
DE FRANCE. 189
Ouvrage prendra pour les Enfans , au moyen des
gravures , qui renouvelleront continuellement dans
feur efprit l'inftruction qu'ils auront prife par la
lecture , fait efpérer à l'Editeur qu'une légère
augmentation dans le prix n'arrêtera point les
parens occupés de l'éducation de leur jeune famille
, & qu'ils préféreront , pour leurs enfans , un
préfent folide & d'une jouiffance agréable & journalière
, à des cadeaux frivoles , fouvent plus
couteux , dont le premier charme efl bientôt éva<
noui , & qui , pour la plupart , ne font propres qu'à
faire naître des idées dangereufes de vanité . D'ail
leurs , les quatre livraiſons pouvant toujours être
acquifes féparément , on n'aura qu'une fomme
me ique à débourfer à la fois : & chaque nouvelle
partic , après avoir été un doux objet d'attente &
d'efpérance pour les enfans , pourra leur être
donnée comme un prix de bonne conduite & d'application
. Les parens à qui leurs facultés ne permettroient
de fuivre leur défir fur ce point ,
pourront fe procurer à plus bas prix l'Ami des
Enfans & de l' Adolefcence , papier ordinaire & fans
gravures , ainfi que d'autres Ouvrages , du même
genre, fuivant la Note ci- deffous .
pas
L'Ami des Enfans , 24 vol . 16 liv . 4 fous.
1
L'Ami de Adolefcence , 12 vol . précédé , de
l'Introduction familière à la Connoiſſance de la
Nature , 3 vol. les 15 vol . to liv. 4 f
Sandfort & Merton , 7 vol. S
liv .
Le Petit Grandiffon , s vol . 3 liv . 12 f.
Lectures pour les Enfans , ou Choix de petits
Contes & Drames également propres à les amufer,
& à leur infpirer le goût de la Vertu , quatrième,
édition , vol . 6 liv.
Chacun de ces Ouvrages , qui forment enfemble,
56 vol. fe vend féparément , au prix marqué cideffus
, port franc par la Pofte . Ceux qui en prendront
la Collection entière , ne payeront les 56 vol
190
MERCURE
que 36 liv. au lieu de41 liv. auffi port franc
par la
Pofte. L'Editeur a cra devoir rendre ces Ouvrages
de l'acquifition la plus facile , pour prévenir l'effet
d'une contrefaçon qui fe répand dans la Province :
contrefaçon qui fourmille de fautes , & dans laquelle
on s'eft permis de tronquer au hafard , & de
retrancher même beaucoup de pièces , afin d'impofer
au Public , en lui offrant , à plus bas prix ,
l'Ouvrage ainfi défiguré , quoique fous le même
titre . On peut fe procurer ces Livres de tous les
endroits de la Province , en remettant le prix à la
Pofte , & en affranchiffant le port de l'argent & la
lettre d'avis, dans laquelle il eft néceffaire d'inférer
da Directeur de la Pofte.
le
reçu
S'adreffer à M. LE PRINCE , Dire&eur du Bureau
de l'Ami des Enfans , rue de l'Univerfité , N ° . 28,
à Paris.
Arabefques Antiques des Bains de Livie , & de
la Ville-Adrienne , avec les Plafonds de la Ville-
Madame, peints d'après les deffins de Raphaël , &
gravés par les foins de M. Ponce. A Paris , chez
M. Ponce , rue St-Hyacinthe , N° . 92 ; & chez
les principaux Libraires & Marchands d'Eſtampes
de l'Europe.
Mémoires d'Anne de Gonzague , Princeffe Palatine
, feconde édition , revue , corrigée & augmentée
. A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Prault , Imprimeur du Roi , Quai des Auguftins
I vol. in-8°.
2
Nous avons annoncé cet Ouvrage dans fa
nouveauté avec des éloges qui ont été juſtifiés
par le fuccès. Cette édition nouvelle contient
quelques additions qui doivent y ajouter un nou
veau prix , notamment fur le mariage & la vie
extraordinaire du Comte de Moret , fils natu
rel de Henri IV ; ce qu'a dit le Cardinal de
Retz fur les Etats - Généraux du Cardinal de
Retz , & c. & c.
-
DE FRANCE. 195
Bufte de M. Necker , en plâtre , de 9 pouces
6 lignes ; par M. Martin . Prix , 6 liv . & 9 liv.
pour la Province , franc de port, bien emballé ;
& fe trouve à Paris chez Mde. Lefclapart , Lis
braire , rue du Roule , n° . 11 ; & chez le fieur
Pommay, au Collège des Tréforiers , place Sorbonne.
Il faut s'adreffer au Sieur Pommay pour
la Province.
L'Accident imprévu, gravé , d'après Lavrince ;
par d'Arcis, Prix , 4 liv. 10 f. & 9 liv. colorié.
La Sentinelle en défaut , faifant pendant à la
précédente ; même Auteur, & même prix.
La Nymphe & l'Amour , gravée , d'après Cypriani
, par Trefca Prix , 3 liv. & 6 liv , coloriée.
La Nymphe au bain , faifant pendant ; même
Auteur, même prix .
Ces quatre Estampes agréables ſe trouvent
chez Trefca , rue des Mauvaifes- Paroles , no. 9.
Nouvelle Pommade attractive du fieur Chaumont
, Maître Perruquier , à Paris .
Cette Pommade fert à fixer folidement les
toupets poftiches fur la tête , fans aucun inconvénient
; & pour en faire ufage , il faut en prendre
une petite partie que l'on amollira , & que
l'on étendra légèrement fur le bord du toupet ,
de la largeur de 4 à 5 lignes , & le plus mince
poffible ; enfuite effuyer la poudre fur le front,
& adapter le toupet fuivant l'air du vifage ; s'il
y avoit quelque endroit qui fe détachât , on
pourroit introduire par-deffous une petite parcelle
de cette Pommade , avec la pointe d'un
192
couteau . Enſuite il faudra dilater les petits cheveux
naiffans , & les coucher horizontalement
fur le front , lefquels imitent la Nature , & cachent
entièrement la bordure . Ladite Pommade
fe vend 3 liv. le bâton de 2 onces. Le fieur
Chaumont fait auffi lefdits toupets , dont les
bordures font très-fines , étant faites toutes en
cheveux fur le bord du front & fi artiftement
parfemées , qu'ils reffemblent à la chevelure la
mieux plantée. Les perfonnes en Province , qui
voudront l'honorer de leur confiance, pourront
envoyer un modèle de leur front , qui fera
découpé en papier , avec la couleur des cheveux
. Elles font auffi priées d'affranchir leurs
lettres . Sa demeure , rue des Poulies, à gauche
par la rue Saint- Honoré , la première allée.
MERCURE DE FRANCE.
c . Faute à corriger dans le N°.précédent. ·
Page 144 , ligne 18 , 30 liv .; lifeg , 3 liv.
" D
TAB L E.
COUPLETS. Lb 143 Collections
16 Petit Dictionnaire,
Variétés.
Fable .
Charade, Enig, & Log. 147
L'Entrevues t
Des Etats Géné aux.
Vayage .
J
10 Comédie Françoise.
471
173
82
187
159 Comédie Italienne, 200184
166 Annonces & Notices.
APPROBATION.
11
Alu par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
Le MERCURE DE FRANC BE, Pour le Samedi 25
Avril 178 9. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe cu
' empêcher impreftion: A Paris , le 24 Avril 1789.
SELIS.
LIVRES NOUVEAUX.
COUTUME de Lille ,
a vol. in -fol. Moutard ,
rue des Mathurins.
Caton d'Utique , Tragédie
en trois Actes , in-
Effais hiftoriques fur
T'Art de la Guerre , 2 vol.
in- 8 . Bleuet fils, rue Dau
phine..
Etatgénéral de la Fran
8. Barrois jeune , quai desce , in-8. tome I ; par M,
Auguftins.
État de la Marine.
État des Colonies , in-
18. veuve d'Houry , rue
Haute -Feuille.
Difcours prononcés à
l'Académie Françoife à la
réception de M.le Duc de
Harcourt & de M. de Nicolaf
, in - 4. Demonville ,
rue Christine .
Hiftoire de l'Europe
Moderne , depuis l'irrup
tion des Peuples du Nord
dans l'Empire Romun,
jufqu'à la paix de 17835
par M. de Bonneville ,
2 vol. in 8. Durand , rue
Galande.
Lifvart de Grèce , ou
fuite de l'Amadis de Gaule
, vol. in 12. Cucher,
rue Serpente.
Hiftoire de la
dence & de la Chure
de l'Empire Romain , in-
8. tome V , Montard ,
fue des Mathurins .
||
le Comte de Waroquier,
rue Git-le Coeur.
Cours Élémentaire de
matière médicale , fuivi
d'un Précis de l'Art de
formuler , Ouvrage pofthume
de M. Desbois de
Rochefort , 2 vol. in- 8.
1 liv. rel. Méquignon
aîné , rue des Cordeliers.
Mémoires concernant
les Impofitions , in 4. t.
V ; Defaint , rue de la
Harpe,
Le nord du Globe , z
vol. in 8. fig. Barrois jeune
, qui des Auguftins.
Tal Lau hiftorique &
géographique de la France;
par M. Lecomte , in-
8. Froullé , quai des Auguflins,
Le Crime , ou Lettres
Déca- originales concernant les
Aventures de Célar de
Pertencourt; par l'Auteurde
l'Aventurier France is
& du Philofophe par
yenu , 4 vol. in- 12 , Defer
de Maifonneuve
, rue
du Foin St. Jacques .
La Dévotion au Coeur
de Marie ; par M. l'Évê
que de Glandève , in 12 .
Onfroy , rue St. Victor.
Lettre de M. le Comte
de Touftain à M. l'Abbé
Brifard , fur la confer
vation des trois Ordres ,
& deftruction de leur ri
valité , in 8. Defenne
au Palais - Royal.
Réfultat des Obfervations
fur les caufes des
maladies du Blé , in - 8.
Mufier , rue Pavée.
Méditations Eucharif
tiques,in 12.Planche, rue
de Richelieu- Sorbonne."
Bible de Carrières , in-
12. tomes V & VI; Prévoft
, rue de la Harpe.
Traité des Hernies &
des différens Bandages
propres à les contenir ;
par M. Sellée , iinn -- 12..
Méquignon aimé , rue des
Cordeliers.
GRAVURES.
NEUVIEME Cahier
d'Arabefques ; Guyot ,
rue St. Jacques .
Mémorial de la France
dixième Livraiſon
Janinet rue Haute-
Feuille.
Hiftoire de la Grèce ,
repréfentée par fig. qua
trième Livraiſon ; par M.
Maréchal , rue Chriftine.
La Noce au Château ;
par M. Bucourt , Cour
du Louvre.
Portrait de M. Guillətin
, Médecin , Joubert ,
rue des Mathurins.
Portrait de Madame
Dugazon ; Chéreau , rue
St. Jacques.
MUSIQUE.
RECUEIL de Romances
d'Eftelle , per M. Vidal ,
ruc de Richelieu.
ruc
Six Dao pour deux
violons ; par M. Mculliui
, Kolker, rue des Foffés
St. Germain- des-Prés
Le prix de l'abonnement eft de trente livres pout
Paris , trente deux liv, pour la Province . Il faut affran
chir le port de l'argent & de la lettre , & joindre à
cette dernière le reçu du Directeur des Poftes. Cafouf
crit hôtel de Thou , rue des Poitevins . On s'adrefera
au fieur GUTH , Directeur du Bureau du Meroure.
MERCURE
DE FRANCE .
( N°. 15. )
SAMEDI 11 Avril 1789.
AVRIL a 30 jours & la Lune 29. Du 1 , au 30 les
jourscroiffent de 49′ 28 ″ le matin , & de 49 ' 28 " le foir.
JOURS
NOMS DES SAINTS.
PHASES
de la
LUNE.
Temps moyert
au Midi vrai.
du
merc. Hugues , Evêque.
jeudi François de Paule.
vend. la Compaflion.
fam. Ambroife, Evêque.
5D. Rameaux.
lundi Prudence, Evêque.
mard . Hégéfipe.
8 merc. Perpétue , Evêque.
9jeudi Ste Marie Egyptienne.
10 vend. Vendredi Saint,
H. M.
47
P.Q.
10
lé3 ,
53
18
h . 39 1 .
dumatin,
12
13 45
14 OP. L
11fam. Léon , Pape.
Is leg, a
16
h. 52 12 D. PASQUES. 33 m.
du foir, 36
13 lundi Hermenegilde . 21 14 mard Tiburce.
19
15 merc, Paterne , Ev. d'Avran.
16jeudi Fructuoux,
zo
59 50
21
17 vend . Anicet, Pape .
18fam. Parfait , Prêtte.,
19 1 D. Quafimode.
20 lundi Ste Hildegonde.
21 mard. Anfelme , Evêque.
22 merc. Ste Opportune .
jeudi Georges , Martyr.
24 vend. Ste Beuve.
25 fam. Matc . Evang. Abflin .
16 2. D. Clet, Papé & Martyr.
17lundi Policarpe , Evèque.
18 mard. Vical , Martyr.
| 29) merc. Robert , Abbé.
30jeudi Eutrope , Evêque.
11 59 35
22
CD.Q. 1159 21
23 le 17,47
24 h. 19 m.
12
25 dumatin. II 58 41
26
27
28
29
7
1.58 54
11 -58 28
II 58 16
18 17 4
་ ་ 57 53
57 43 I N. L. 11
* 1e25, 1011 17 32
3h. 6 m. 11 57 23
4 du matin. 2x 57 13
Z.I
57
II 56.57
PEUCFBOFLUDEI1R7ETC8SSSS9.
ROEMYLFMauFAernEU33rddT01Xc1iiS.....
Actions ...... 1832.35 1840.37
Jeudi2. Vend.
3.
CHANGESdu1.
Amit. 144.
Lond. 18.
Samedi4.
Ham. 192.
Mad.. 141.
Cadix 14'18
1832.30.
D. IISO .... 1150..... Liv .. 101.
Empru3n6O.t2..
362 .... 362.. 362.. 365 365. Gên.. 944
Id. Décembre 82. 14. 154. 144.18.. 14. 14: 14 Lyon.
Lot. d'Avril .... 675. ...
16540 656.
Lot. d'Octobre.$ 31.30 ...
Empruat 115 m./ 10 .. SI
10
530.31.531
10.9.
533. 53 CHANGES
du
4.
37
Id. 80 millions ...
94.10..
8 ...
8
8. 8.
Amit. 14
Lond. 28.
Sans Bulletin .... IS.148
.......
Bulletin.. .... 65.65%
1
14 ...
65.66 .... 66.
au pair ...
.....
142.15.14
68.70 ....
Emprunt 140m. 770.72 770.69 71.778.73 ... 785.95.
Borde. Ch .......
...
805.800.. Cadix14' 18:
Liv.. 101.
Caifle d'Efcompt. 4155.60. 4155.49.. 4155.62. 4175.205.4210.35.. 4140.70. Gên.. 94.
EauxdeP .....
E.V. Bord.
Sér. non fort..
783.82. 782.80 ....78 773.
788.85 ... 79988 Lyon.I perte.
Payeurs, fix premiers
mois 1788, let.L
14
2.8
Ham. 191.
74. Mad.. 1419
......
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 5 mars 1789. 1
L'ACTE d'union et de sûreté , proposé.
par S. M. aux Etats , le 21 février , accepté
tout de suite avec empressement
par le Clergé , la Bourgeoisie et les
Paysans , pris en délibération par la
Noblesse , est maintenant signé et ratifié
par les quatre Ordres. Il est donc
aujourd'hui loi fondamentale. En ouvrant
la Séance du 21 , le Roi , ainsi
que son Frère le Duc de Sudermanie
harangua l'Assemblée : Sa Majesté rendit
le Bâton de Maréchal au Comte de
Levenhaupt , qui reprit ses fonctions ;
ensuite le Roi dit :
"
Lorfque je confirmai avec vous , il y a pre
de 17 ans , dans cette même Salle , les lois de
No. 14. 4 Avril 1789. a
поте
( 2 )
A
Gouvernement , qui jetèrent les fondemens de votre
1.berté & de mes droits , & qui ramenèrent la
franquillité dans le royaume , la Patrie étoit ébranléc
prefque par les mêmes circonſtances qui nous
ont affligés aujourd'hui . Les mêmes ennemis étrangers
, qui faifoient alors en fecret des repréſenta
tions faues & infidieufes contre pous , & qui les
font publiquement aujourd'hui , les mêmes vices
internes qui ruinoient alors le Corps politique de
l'Etat , paroiffent s'être ranimés encore à un plus
haut degré. Qu'est- ce donc qui peut caufer des
feconfles fi violentes , fi - tôt après que le repos a
été rétabli , & tandis que toutes les anciennes querelles
paroiffoient éteintes ? E les ne fauroient
avoir qu'une feule fource , la diverfité des intérêts ,
d'où naiffent la défiance & l'envie , les interprétations
injuftes de droits qui varient dans chaque
Ordre , pendant qu'on devroit s'accorder néceffairement
pour avancer , à forces égales , le bienêtre
général ; car un Peuple également libre , né
dans un feul & même pays , cultivant un feul &
même fol , foumis aux mêmes lois , reconnoiffant
un feul & même Roi , adorant un feul & même
Dieu , ne doit pas être partagé de fentimens fur
des droits auxquels tous les Concitoyens paroiffent
être également autorifés . Il eft vrai que des
Ordres particuliers , qui font diftincts en partie
par l'effet d'anciennes Ordonnances , & par une
longue fuite d'évènemens , en partie par la nature
des inftitutions du royaume , en partie par l'éclat
du mérite , doivent avoir néceffairement quelques
priviléges propres & inaliénables ; mais fi ces prérogatives
repofent fur des fondemens peu légitimes
, & fi elles ne font pas déterminées convenablement
, il doit en réfulter des divifions intertines
, des tempêtes , des fecouffes qui , fi elles ne
mettent pas la choſe publique dans le plus grand
( 3 )
F
ndanger, troublent du moins la tranquillité fi né-
-ceffaire , & écartent ordinairement du vrai but
squ'on devroit fe propofer, n
-
7
Si jamais un royaume a éprouvé les effets
de cette diverfité d'intérêts , c'eſt certainement
notre chère Patie , que l'ambition aristocratique a
ébranlée , qu'elle a jetée entre les mains du pouvoir
arbitraire;que la tyrannie démocratique a remplie
de difcorde. I eft temps d'anéantir ces défordres
que j'avois cru avoir extirpés au commencement
de mon règne , & que j'ai tâché d'écarter
fonder les lois de pour notre Gouvernement. Il
eft conforme à l'équité de confirmer les priviléges
que possèdent les deux premiers Ordres du
royaume ; mais comme ils ne font pas exprimés
clairement dans la forme de Gouvernement , il
en peut naître de nouvelles conteftations . Il eft jufte
de déterminer , pour l'Ordre non- noble , des prérogatives
que ceux des Citoyens égaux paroiffent
avoir reçu de la nature le droit d'efpérer : & à
quelle, époque auriez-vous, pu mieux mériter de
voir augmenter vos droits , de voir déterminer
vos propres prérogatives , celles de vos enfans , de
les voir affifes fur une bafe folide , qu'à l'époque
-préfente ; aujourd'hui que vous vous êtes confacrés
fi librement au fervice & à la défenſe de ma
Perfonne & de la Patrie , & que vous avez fait
éclater au grand jour les mêmes vertus par lef
quelles vos Co- Etats ont mérité des prérogatives
au-deffus de vous ? Il eft donc jufte que vous les
partagiez. Il cft temps d'éloigner , d'un commun
concert , toute difcorde , de nous réunir de manière
à prévenir toute ambition , & à maintenir
notre fûreté commune fur des fondemens invariables.
Si la forme de Gouvernement eft confervée
conformément à fes principes & à fes fins , fi elle
eft confirmée d'une manière fi claire qu'il ne puiffe
a ij
( 4 )
plus s'élever aucun doute à fon ſujet , l'union
commune fera folide. Que l'inftitution du Gouvernement
ſoit affurée par celui qui gouverne ; que
les Sujets vivent fous la protection des lois ; qu'ils
jouiffent du droit de s'impofer librement ; qu'ils
ayent la fûreté la plus complette pour la poffeffion
de ce fol , de cette terre qu'ils cultivent &
qu'ils défendent. »
Tels font les principes de l'Acte d'union & de
fûreté dont je vais ordonner qu'on vous faffe la
lecture ; ainfi , Citoyens Suédois , réuniſſons -nous
tous par les liens de cette concorde qui feule peut
infpirer la confiance , faire reſpecter les lois , raffermir
la liberté , & nous procurer à tous la fûreté
; & tandis que l'ennemi fe flatte d'avoir fi
bien femé la divifion parmi nous , qu'il puiffe aifément
nous opprimer , montrons-lui , réunis
au milieu du péril même , que nous fommestoujours
le même Peuple courageux que nous fûmes
autrefois. "
Voici la traduction littérale de cet
´´Acte d'union et de sûreté.
« Dans la vue d'éloigner , en tout temps, de Nous
& de notre chère Patrie , les violentes fecouffes , qui ,
en partie parla faute de perfonnes individuelles , remplies
d'ambition & du défir de dominer , en partie par
des trames fecrettes ourdies de la part de l'étranger,
& enfin par l'envie & la difcorde interne des Etats ,
onl fr fouvent mis en danger le royaume , fon existence
même & la fûreté générale , & qui ont occafionné des
fciffions , non-feulement entre les Sujets les uns envers
les autres , mais auffi entre le Roi & le Peuple ; ainfi ,
qu'afin de pouvoir fixer , une fois pour toutes , les
principes fondamentaux fur lefquels repofent les lois
conftitutionnelles , en écartant , pour l'avenir , toute
obfcurité & toutes additions partiales , il a plu'à
notre très-gracieu Roi , pour lui & pour fes Succef(
5 )
fears au trône de Suède , de convenir avec nous de
l'Acte fuivant, d'union & de fûreté. »
« ART. 1. Nous reconnoiffons que nous avons
un Roi héréditaire , qui a le pouvoir de gouverner
le royaume , de le mettre en fûreté , de le maintenir
en liberté & de le défendre , de commencer la
guerre , de faire lapaix , de conclure des alliances avec
des Puiffances étrangères , de diftribuer des graces ,
d'accorder la vie , de rendre l'honneur & les biens
de difpofer à fon bon plaifir de toutes les chargès
du royaume , qui doivent être remplies de Citoyens
natifs Suédois , de maintenir le droit & la juſtice ,
ainfi que les autres parties de l'Adminiſtration &
la gestion des affaires publiques du royaume , de
telle manière & ainfi que le Roi le jugera le plus
avantageux. »
« II. Nous nous conſidérons comme des Sujets
libres , obéiffant aux lois , & jouiffant de la fûreté
fous un Roi légitimement couronné , qui nous
gouverne fuivant les lois écrites de la Suède ; &
comme nous fommes tous également Sujets libres ,
nous devons auffi jouir , fous la protection des
·lois , de droits égaux à tous égards ; par conféquent
, le Tribunal fuprême du Roi , dans lequel
fe terminent toutes les affaires de justice & de
révifion , & où le Roi a deux voix , doit être
composé de Membres , tant Roturiers que Nobles;
& à l'avenir, le nombre des Sénateurs , qui auront
féance dans ce Tribunal , dépendra uniquement du
bon plaifir du Roi , tandis que S. M. veut protéger
tous & chacun contre toute injuftice , & ne
perdre perfonne , ni dans fon honneur , ni à l'é
gard de fon corps , de fes membres , ou de fes
biens , avant qu'il ait été légalement convaincu &
condamné par la Jurifdiction compétente à fon
égard. "
~ « III. Une nation également libre doit avoir
a iij
( 6 )
des droits égaux , & conféquemment tous les
Ordres doivent être autorifés à pofféder des terres
dans leur Patrie commune de façon néanmoins
que l'Ordre Equeftre & la Nobleffe reftent dans
fes anciens droits , fur le même pied quina étél
établi & sufité jufqu'à préfent , de poffeder des :
terres franches nobles fur les frontières ( raa och
rors ) , ainfi que d'avoir & de pofféder en Scanie ,
Hallande & dans la Bleckingie , les terres ou
biens-fonds dits infockne-hemman ; au refte , l'on
ne peut changer , à l'égard des propriétés foncières
, l'ancienne nature qu'elles ont eue de tout
temps , ni leur diftinction d'autres terres , leur
franchife de taille , impôt & taxe ; mais pour répa
rer le grief qui concerne l'obligations de fournir:
des chevaux de trait pour Filage public, cette
charge fera également réplerie fur tous les biensfonds
dans le royaume , les terres franches , les
terres frontières , les infockne hemiman & les fermes
qui en ont été exemptes jufqu'à -préfent.sy
"

« IV Les hautés dignités & les principales
charges du royaume , ainfi que les places à la Cour
du Roi , feront exclufivement remplies par des
Perfonnes de l'Ordre Equeftre & de la Nobleffe ;
quant aux autres , la capacité , le mérite , l'expérience
, les preuves qu'on aura données de vertu
çivilė , feront les uniques & légitimes titres pour
les avancemens à tous les emplois & poftes infériéurs
& fupérieurs du royaume , fans avoir au
cun égard à la naiffance , ni pour quelque Ordre'
en particulier. Dans le cas néanmoins que quelque
Roturier , revêtu d'une charge , fût élevé au rang
de Noble , il ne pourra pas , pour la fûrété de
BOrdre Roturier ; remplir plus long-temps une!
charge qu'il auroit obtenue précédemment , &
occupée à titre de Roturier. ""
* V. Attendu que la vraie liberté confiſte à don(
7 )
ner librement , pour le maintien du royaume , ce
qui eft trouvé néceffaire , la Nation Suédoife a
par conféquent le droit inconteftable de fe confulter
, à cet égard , avec le Roi , d'accorder , de
refufer & de convenit. »
« VI. Aux Diètes , il ne fera pris en confidération
, par les Etats du royaume , que les objets que
le Roi propofera de la manière qui a été ufitée
avant 1680 »
VII. L's priviléges de la Nobleffe & du
Clergé , de l'an 1723 , ainfi que les priviléges &
droits bien acquis , dont les villes ont joui jufqu'à
préfent , font confirmés dans tout ce qui n'eft pas
contraire. au préfent Acte de fûreté. »
« VIII. Tous les Rois de Suède , à leur avènement
à la Couronne , figneront , de leur propre
main , le préfent Ale d'union & defûreté , & ilne ,
fera point permis de faire aucune part une propofition
, ni tentative quelconque , pour apporter le
moindre changement dans fa teneur littérale , ou
pour lui donner une autre explication , ni tendance ;
& au cas que la Maiſon Royale vînt à s'éteindre ,
le Roi qui fera élu entrera dans tous fes droits ,
& s'obligera à leur obfervation fans le moindre
changement. "
" IX. La forme de Gouvernement ,. du 21 acût
1772 , reftera en fon entier dans tous les points
qui n'ont pas été altérés par le préfent Acte. »
Par une déclaration particulière , datée
du même jour , et qui aura la même
force que l'Acte d'union , il a été accordé
à l'Ordre des Paysans , de pouvoir
acheter et posséder en toute sûreté , des
fermes appartenantes à la Couronne
et soumises à l'impôt .
Le Comité secret est en pleine actia
iy
( 8 )
vité , et a déja tenu plusieurs Séances.
Il a reçu tous les documens et preuves
justificatives relatives aux Finances , dont
l'état florissant a été constaté . Quant
aux secours extraordinaires qu'exigera
la guerre , le Comité secret a autorisé
le Roi à emprunter de la banque une
somme très- considérable ; et l'on est tellement
déterminé à pousser les Russes
avec la dernière vigueur, que les subsides
nécessaires , déja pris en délibération ,
seront accordés aussi aisément que l'a
été l'emprunt.
Le Sénateur , Comte de Brahé , qui
a été relâché , ainsi que plusieurs autres
des prisonniers est d'un caractère
doux et foible . Il est fils du Comte
Eric de Brahé , qui , quoique l'un des
Chefs du parti des Bonnets , ou anti-
Royaliste , ayant vu le crédit de sa faction
renversé par les Chapeaux , tenta
de culbuter ceux-ci , en favorisant la
Couronne , presque entièrement dégradée
, et paya de sa tête , ainsi que le
Comte de Horn , le sacrifice de ses
principes à la vengeance et à l'esprit de
parti .
POLOGNE.
De Varsovie , le 9 mars.
L'on a vu dans le Journal précédent ,
que les Etats avoient passé en loi la
( 9 )
première partie du projet de M. Mala
chowski Staroste d'Opoczno , concernant
l'imposition sur les Starosties ,
taxées aujourd'hui à la moitié des revenus
de ces biens royaux qui sont le
patrimoine de l'Etat , et qui n'auroient
jamais dû être destinés à d'autre service
que le sien. Cette branche de revenu
public , qui s'élevera à 7 millions de florins
, a été établie presque sans récla
mation de la part des intéressés. Quoique
très-nombreux dans la Chambre des
Nonces , les Starostas actuels n'ont tenté
aucun essai de leur crédit pour détourner
cette imposition . Preuve remarquable
des progrès de l'esprit public ,
et de l'union ferme des volontés au grand
but d'affermir l'indépendance de la République.
Les biens et terres héréditaires nobles
payeront une taxe de dix pour cent ;
les biens ecclésiastiques une taxe de
20 pour cent d'où résultera un revenu
annuel de 12 à 13 millions de florins.
En ajoutant à cette somme , et à l'imposition
des Starosties , celle des biens
emphyteotiques , la République aura un
revenu assuré d'environ 24 millions de
florins. Nous avons indiqué antérieurement
le produit de la nouvelle taxe de la
Chambre , de celle sur les feux , etc. etc.
La Séance du vendredi 6 , a été consacrée
à l'examen des biens royaux possédés
à titre d'expectatives , d'emphy
a v
( 10 )
teoses , etc. etc. La plupart des concessions
de ce genre datant de la funeste
époque de 1775 , tout ce qui rappelle
le souvenir de la Diète de cette année ,
enflamme le ressentiment : aussi les Consessionnaires
, qui furent alors récompen
sés de leur adhésion autraité de partage et
de garantie , ont été traités avec la plus
grande vivacité. Ils seront probablement
imposés à rigueur ; mais l'on aura plus
de ménagemens pour ceux qui ont acheté
ces cessions emphyteotiques des premiers
propriétaires. Durant le débat ,
le Prince Sapieha , Maréchal de la Confédération
de Lithuanie , remit noblement
aux Etats assemblés , un privilége
emphythéotique , qui lui appartient ,d'une
valeur très- considèrable.
Dans la même Séance , on fit lecture
d'une Note présentée par le Ministre de
Suède , et dont la teneur porte :
97%.
NOTE.
Le Souffigné , Miniftre Réfident de Suède ,
ayant fait paffer à fa Cour les Notes qui lui ont
été communiquées le 17 novembre , fe trouve
autorifé à témoigner à Sa Majefté le Roi de Pologne
& aux illuftres Etats Confédérés , que le
Ri fon Maître a reçu cette marque de leur confi
ace avec beaucoup de gratitude. Le Roi ,
qui a toujours pris , & prend encore plus en ce
mment un intérêt fincère au bien & à l'indépendance
du Roi & de la Séréniffime République ,
voit avec fatisfaction un Prince , auffi puiffant que
-le Roi de Pruffe , prendre à coeur fon indépen-
-dance. »
--
( II ).
« Sa Majefté , qui , à l'exemple de fes Prédéceffeurs
, ne peut que s'intéreffer vivement au fort
d'une Nation noble & généreufe , qui fe trouve
liée avec Elle par des intérêts communs , faifira
avec empreffement toutes les occafions de lui témoigner
fes fentimens , & de fe réunir avec Elle
pour une défenſe commune . »
A Varfovie , ce 5 mars 1789.
LAURENT D'ENGESTROM .
Depuis la publication de cette Note ,,.
on annonce généralement le projet d'une
Alliance avec la Suède , comme avec la
Cour de Berlin .
Les rapports du Corps d'observation:
que nous avons en Ukraine , nous apprennent
que l'animosité se manifeste'
tous les jours davantage entre notre Cavalerie
nationale et les troupes Russes ,.
et que plusieurs Officiers de cette Nation
ont péri dans des querelles , au sujet
de leurs déserteurs .
Quelques lettres de Mohilof, en date
du 13 février , parlent même de six
Russes faits prisonniers dans une rencontre
entre un détachement de troupes des
deux Nations.
Voici la traduction de la lettre du
Maréchal de Romanzof, au Palatin de
Russie et Grand - Maître d'Artillerie ,
Comte Potocki.
A Jeffy, le 3 février 1789.
« Monfeigneur. Il eft inconteftable que depuis
la rupture de la paix entre la Ruflie & la Porte-
Ottomane , l'armée de S. M. I. a garanti les
poffeffions de la République , le long du Dniester,
a vj
( 12 )
de l'indifcipline & des violences accoutumées des
Turcs et des Tartares . Inftruit des intentions de
mon Augufte Souveraine , & fuivant mon propre
penchant , tous mes efforts tendoient dès - lors à
veiller à la fûreté des frontières de la République
, & au maintien du bon ordre parmi les
troupes qui paffoient ou s'arrêtoient fur fon
territoire . »
« Ici , j'en appelle au fuffrage de V. E....
C'est vous , Monfeigneur , qui êtes arbitre compétent
de la queſtion , fi j'ai rempli en effet le
but fufmentionné ; car c'est vous qui étiez à
portée d'obferver mes mefures , de juger de la
loyauté & de la bonne- foi de mes procédés. »
"
a S'il eft nctoire qu'aucune plainte n'eſt
parvenue à moi , fans que je l'euffe reçue &
vengée , & s'il eft univerfellement reconnu , que
le féjour de nos troupes fait circuler des fommes
immenfes , qui enrichiffent les provinces méridionales
de la Pologne , ne devois-je pas être furpris
d'apprendre que de petits inconvéniens , que
e féjour ut avoir entraînés , ma'gré les meilleures
précautions , font devenus , à la Diète , des
griefs ; & qu'au lieu d'en examiner le fondement
& la valeur , felon les règles de l'impartialité &
de la juitice , en mettant dans la balance , à côté
des torts , les avantages prépondérans fufdits ,
J'envie a réuffi à leur prêter des couleurs fauffes
& tranchantes , jufqu'à caractériſer de violences
les opérations mêmes octroyées par les Commiffions
que la République avoit établies dans différens
diftricts , afin de convenir des arrangemens
pour la difpofition des quartiers & des befoins
de l'armée ? n
" Cependan , je n'aurois jamais cru au nombre
des probabilités , un ordre tel que la Commiffor
de guerie nouvellement établie , a jugé à propos
envoyer à V. E. , & qu'elle vient de me con
( 13 )
muniquer ; savoir, de me demander que les déta
chemens de mes troupes , placés depuis les
frontières de la Valachie jufqu'à celles de la
Ruffie , fur le chemin de Kiow, puiffent être retirés.
Sans m'avifer à pourfuivre cet ordre jufque
dans la fource d'où il découle , je me bornerai
à obferver, Monfeigneur , avec la franchiſe d'un
vieillard blanchi dans les armées , qu'en éclairant
ladite réfolution de la Commiffion de guerre à
Varfovie , par la raiſon , les principes du droit
naturel , & ce qui eft appelé lois de convention
entre des Etats , on a de la peine à la
concilier avec l'amitié qui fubfifte entre la
Ruffie & la Pologne , & à laquelle j'aime à
croire que la République ne pense pas à renoncer.
Au refte , l'importance de cet ordre m'interdit
la faculté d'y répondre. En le portant fans délai
à la connoiffance de S. M. I. , je fuis perfuadé
que cette Souveraine , fage & magnanime , me
preferira une réponse auffi conforme à fa dignité,
qu'aux fentimens qu'Elle ne ceffe de manifefter
pour la République. »
« Celle que je puis , que je dois donner provifionnellement
, fera dans la bouche de tout le
monde. Chacun fera étonné comme moi , qu'une
Commiffion , compofée de Membres éclairés ,
ait pu fe décider à mettre à une preuve auffi
délicate qu'offenfante , celui qui , par fa longue
expérience & les rapports dans lefque's il s'eft
trouvé dans plufieurs époques mémorables de ce
fiècle , avoit quelque droit à fe croire au- deffus
de la fuppofition de faire confentir de bon gré
à une démarche qui renverfe des articles principaux
du métier de la guerre, & déférer honteufement
à une prétention qui répugne à fon
devoir envers fa Souveraine , & à l'honneur de
fes armées dont elle a daigré le conftiwer le
gardien. >>
( 14 )
a Préparé aux évènemens , Monfeigneur , le
plus heureux toutefois , le plus cher à mon coeur ,
fera celui où la République , qui ne peut pas
ignorer que j'ai conftamment exercé en Pologne
la règle de me reftreindre aux befoins de la plus
abfolue néceffité , n'envifagera dans mes démarches
rien qui puiffe troubler l'amitié , que tout invite
les deux Etats refpectifs à confolider , & à
rendre d'une durée irrévocable . »
1
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 14 mars .
L'Empereur a donné le régiment de
Cavalerie de Caramelli à l'Archiduc
François Joseph, fils aîné de l'Archiduc
Ferdinand , et nommé Chef de ce régiment
le Major - général d'Harnon
court.
On apprend de Temeswar , que le
Major- général Comte de Pallavicini ,
blessé à l'oeil dans l'invasion du Bannat ,
est mort le 3 de ce mois.
Letemps est aussi variable qu'extraor
dinaire . Depuis le 21 février, jusqu'à ce
moment , il est tombé de nouveau beaucoup
de neige , ce qui retarde tous les
transports et la marche des troupes.
On écrit des postes sur les frontières ,
que les Turcs travaillent avec ardeur à
ajouter de nouvelles fortifications à Gradiska
, dont la garnison actuelle est de
mille hommes. Presque tous les jours il
( 15 )
arrivé de nouvelles troupes Turques dans
les châteaux de Bihacz , Offrosacz , Sturlich
, Czettin et Kladusch , que l'on approvisionne
aussi de munitions de guerre
et de bouche.
S. M. I. a conféré , le 5 , au Prince de
Colloredo Mansfeld et au Prince-Evêque
de Freysingue , l'investiture des fiefs et
droits régaliens qui relèvent de l'Empire
.
FIN de l'Ordonnance de Sa Majesté ,
concernant la nouvelle répartition
des contributions .
II. Des Impôts Seigneuriaux.
Le but de l'Etat étant de rétablir l'égalité par
une répartition proportionnelle des impôts territoriaux
, d'empêcher la ruine des poffeffeurs de
fonds de terre , afin qu'ils puiffent porter fans.
difficulté leurs charges , & de les mettre en état ,
non- feulement de continuer leur induſtrie , mais
de les encourager de l'augmenter , on ne pour-,
roit jamais atteindre à ce but , fi on ne procuroit
pas en même temps des foulagemens aux Sujets .
opprimés par le poids des exigeances des Seigneurs
poffeffeurs des terres ou des dîmes .
So. Quoique nous foyons très- éloigné de
vouloir empiéter fur les droits de propriété des
Seigneurs, ou de faire des recherches fur les
raifons , ufages ou conventions d'où réfuitent les
droits de corvée , d'argent ou de fruits de la terre ,
ainfi que certains revenus feigneuriaux , d'ufage en
cas de mort ou de changement , notre devoir,
par lequel nous fommes obligé de veiller au bienêtre
general , nous oblige de mettre des bornes
juftes & précifes , là où les impôts feigneuriaux
( 16 )
furpaffent les moyens que le Sujet fire de fon
terrain ,
A ces fins ( le fimple rapport brut ayant été
pris en confidération par les arrangemens préliminaires
, fans compter les femences ni les frais
de culture , & outre cela le poffeffeur ayant à
entretenir fa famille , à fournir aux dépenfes de
la Communauté , à l'entretien du Curé & du
Maître-d'école ) nous ftatuons , pour règle générale
: Que le Sujet gardera au moins , pour faire
face à fes befoins , 70 fl. pour cent du revenu
brut déclaré & contrôlé ; les 30 fl . reftans feront
deſtinés au paiement de la contribution au Souverain
, fixée dans la première divifion de cette
patente , & à payer les prétentions du Seigneur ,
de forte que la première fera payée avec 12 fl.
13 kr. & un tiers de kr. , comme le paragraphe
5 la fixé , & les fecondes feront payées par 17 fl.
46 kr. & deux tiers de kr.; de forte que dans
ces 17 flor. 46 kr. deux tiers , fera compris tout
ce que le Seigneur territorial & le Poffeffeur
des dimes pourront exiger , foit en argent , ou
en grains , corvées perionnelles & de charrois
évalués en argent , ainfi que les taxes ufitées
dans quelques provinces en cas de mort ou de
changement; ces dernières ne pouvant être évaluées
qu'en tant qu'elles regardent des réalités ou
Pinduftrie par un milieu de vingt ans , & alors
changées en un impôt annuel à fixer d'après ce
milieu trouvė.
Dans le calcul des impôts feigneuriaux , on doit
obferver la même proportion relativement à la
différence des terrains , qui a été prefcrite au paragraphe
5 , en fixant la contribution territoriale
du Souverain , en les divifant en champs , prés &
bois , de forte que ces revenus montent tout au
plus, des champs & vignes , à 15 fl . 25 kr.; des
prés , jardins & étangs , à 25 fl. 2 kr. & demi ;
( 1717 ))
des pacages & bois , à 30 fl. 50 kr.; enfin , des lacs
& rivières , à 15 fl. 25 kr. pour cent ; ce qui rewient
à l'équilibre général de 17 fl. 46 kr. deux
tiers.
Il s'entend que là où le Sujet paie moins préfentement,
il continuera à payer cette fomme
moindre.
§. 11. D'après ces principes , l'argent fera dorénavant
l'unique règle d'après laquelle on fixera
les revenus feigneuriaux , & le Seigneur ne pourra
plus rien exiger du Sujet que de l'argent. Mais les
deux parties font libres de changer cette fomme
fixée , d'après un accord volontaire fait entre eux ,
en grains , corvées ou ouvrages de mains'; mais il
faut qu'un tel accord foit toujours fixé pour le
moins pour trois ans , & confirmé par le Tribunal
du Cercle .
Dans les cas où les Seigneurs & les Sujets ne
pourront pas s'accorder fur la valeur des corvées
& livraiſons en nature faites jufqu'à préfent , le
Tribunal du Cercle , fous la direction de la Commiffion
principale nommée pour régler le nouveau
pied de contribution , fixera la valeur des corvées
fuivant l'exemple du domaine de l'état fitué dans
le Cercle, & qui fe trouve dans les mêmes ciconftances
, où les corvées font déja changées en
un paiement équitable & proportionné ; pour ce
qui regarde les livraiſons en nature , on les fixera
fuivant le prix courant de l'endroit.
D'après cette règle , le Tribunal du Cercle doit,
fous la direction de la Commiffion principale
nommée pour régler la contribution dans les cas où
le Suje: pourra prouver que ces paiemens & fervitudes
qu'il doit à fon Se gneur, furpaffent la fomme
fixée au plus à 17 Al. 46 kr. deux tiers pour
cent , modifier les paiemens à faire au Seigneur
territorial & aux poffeffeurs des dimes , & les mettre
dans les bornes prefcrites.
( 18 )
the
On fixe aux Sujets un terme de deux ans cu
plus pour faire leurs plaintes & leurs preves
; après ce temps , aucune plainte ne fera
reçue .
§. 12. Si on trouve , par une de ces plaintes
faites contre les perceptions des droits Seigneuriaux
, que le cas d'une modification exifte d'après
les principes ftatués au paragraphe 10 , & que le
Sujet doit différentes rétributions à plufieurs Seigneurs
& Poffeffeurs de dîmes , il faut que chaque
Poffeffeur fe prête à une diminution , à proportion
de ce qu'il recevoit pourtant ces modifications
feront calculées par la Commiſſion principale , nom- '
mée pour régler les contributions , d'après les
rapports précédens & les proportions qui en réfultent.
§. 13. Ce qui eft preferit au paragraphe 10
eft feulement relatif aux biens ruraux , qui , de tout
temps , étoient donnés aux Habitans de la campagne
pour leur entretien , & qui ne pouvoient
plus , d'après les Patentes publiées , être pris , fous
punition , pour la jouiffance du Seigneur : auffi cela
ne fera point de différence fi ces biens font poffédés
par achat , par fucceffion , ou fans achat ;
mais dans des biens domaniaux , on ne fe mêlera
pas des arrangemens entre les Seigneurs territoriaux
& leurs Fermiers ou Emphytéotes .
Si dans quelques endroits il étoit queſtion de
favoir fi des biens font domaniaux ou ruraux , on
fe réglera , pour éviter toute prolixité , fur la poffeffion
actuelle. Les Sujets donc qui réclameront
des biens en mains des Seigneurs comme rufticaux
, & les Seigneurs qui réclameront les réalités
en poffeffion des Sujets comme biens domaniaux ,
auront à prouver que ces biens appartiennent à la
qualité qu'ils réclament depuis les années normales
qui ont été fixées dans chaque province , pour diftinguer
les réalités domaniales & rufticales. Par
( 19 )
exemple , fi un champ , dont un Sujet jouit actuellement
, dérive d'une ferme feigneuriale qui a
exifté dans les années normales , & que cette dé-,
rivation eft publiquement connue , ou au moins
que le champ en queftion a été indiqué pour la
contribution dans la dernière déclaration des do - ´¸
maines.
§. 14. Les fimples Poffeffeurs de maiſons , ainfi ,
que les Habitans , continueront à payer , pour le
droit de protection , ce qui a été ufité jufqu'à- ,
préfent , & ils pourront , du confentement de leur
Seigneur , s'acquitter de ces droits en argent ,
comptant. Pareillement là où il exifte des droits
payables en cas de mort on de changement , ils ,
feront changés en une rétribution annuelle , d'après
une évaluation faite enfuite d'un relevé des
revenus feigneuriaux pendant vingt ans.
Si des Poffeffeurs de maifons ou des Habitans
possèdent des biens fonds contribuables , ils feront
traités , felon la règle générale , tout comme les
autres Poffeffeurs de biens - fonds .
Par contre , nous ordonnons que les Meûniers ,
Braffeurs , Cabaretiers & autres Poffeffeurs d'une
réalité liée avec un droit d'induſtrie , en tant que
Poffeffeurs de biens ruraux , feront , eu égard à ces
biens , traités comme les autres Poffeffeurs de` ,
biens-fonds , fuivant la règle générale. Cependant
la contribution provenante des biens- fonds fera
déduite de l'impofition provenante de la réalité
entière , & le refte provenant de l'induſtrie , confiftant
en taxes changeantes en cas de mort ou de
changement , fera changé en une rétribution annuelle
, d'après une évaluation faite enfuite d'un
relevé des reverus feigneuriaux pendant un ef
pace de 20 à 25 années.
Sis . Pour fournir aux dépenfes publiques des :
Corps entiers de Communautés , il faut que chaque)
Poffeffeur de biens-fonds dans le circuit de la
( 20 )
Communauté , de quelque qualité qu'ils foìent
fans excep er les bois , contribue ſa quote-part
proportion de fes poffeffions , les Seigneurs auffi
bien que les Sujets.
S. 16. Tout ce qui regarde les Sujets poffeffeurs
de biens-fonds étant réglé ainfi d'une telle manière
qu'ils peuvent vaquer dorénavant à leurs
travaux fans aucune inquiétude , nous nous attendons
qu'ils reconnoîtront nos vues paternelles avec
reconnoiffance , & n'abuferont pas de nos ordonmances
, en les prenant pour prétextes pour s'oppefer
ou demander des éclairciffemens précipités ;
mais qu'ils attendront tranquillement le moment
fixé pour le commencement de ce nouvel arrangement,
& fe rendront dignes , en Sujets fidèles
& obéiffans , de notre protection , en fourniſſant
fidèlement ce qu'ils doivent jufqu'à ce temps . Si
nonobftant cela ils donnoient des fujets fondés de
plaintes , nous ferons agir envers eux avec toute
rigueur.
Donné en notre réſidence de Vienne , le 10 février
de l'an de grace mil fept cent quatre- vingtneuf,
& de nos règnes , favoir , de l'Empire Romain
, le vingt- troifième ; de Hongrie & de Bohême
, le neuvième.
JOSEPH. ·
Comte de Kollowrat,
De Francfort sur le Mein , le 24 mars.
Lasituation , toujours plus critique , où
se trouvent le Nord et le Levant de l'Europe
, préoccupe tous les esprits , et fait
attendre le printemps avec inquiétude.
On sait de Vienne , que la Porte s'est
positivement refusée aux ouvertures de
( 21 )
pacification . Les termes auxquels elle
consentiroit à mettre bas les armes , sont
très-éloignés de ceux que proposent ses
ennemis ; le sort d'une seconde campagne
décidera plus efficacement , peutêtre
, les Puissances Belligérantes à d'ultérieurs
sacrifices. On aperçoit d'ailleurs
un tel concert dans les vues de la Suède ,
de la Pologne , de la Prusse et de la Porte
Ottomane , qu'on peut considérer les
trois premières de ces Puissances comme
auxiliaires de la dernière . Tout semble
annoncer des projets d'alliance trèsprès
d'éclore . Le Prince Czartoryski
nouvel Ambassadeur de Pologne à
Berlin , travaille à hâter le Traité qui
doit unir plus étroitement les deux Nations
, et la Suède a manifesté les mêmes
intentions à la Pologne. Heureusement ,
jusqu'ici , l'Impératrice de Russie a cédé
aux circonstances ; sa prudence saura
peut-être détourner l'orage qui s'assemble
, et qu'elle ne voit pas avec indifférence.
La quantité de neige qui a couvert
de nouveau les campagnes , à la fin de
février , et qui continuoit à tomber la
semaine dernière , a ralenti la marche
des troupes Autrichiennes qui s'étoient
mises en mouvement. La campagne ne
s'ouvrira pas de si bonne heure. On ne
croit pas que l'Empereur et les Felds-
Maréchaux de Haddick et de Laudhon
se rendent à l'armée avant le milieu d'a(
22 )
vril . Le Général de Vins , qu'on disoit
reparti pour la Croatie , étoit encore , le
10 , à Vienne.
Le Roi de Prusse a conféré le grade
de Lieutenant-général au Prince Jean-
George d'Anhalt-Dessau. Un courrier
qui étoit arrivé de Londres à Berlin',
en est reparti , le 13 , avec des dépêches.
Pendant l'hiver , les Gazettes se sont
amusées à investir Bender , à le bloquer ,
à l'assiéger , à le prendre ; enfin , elles se
´réduisent , par grace , maintenant , ‘à en
prédire les futures approches. Ce ne serà
pas plus un siége de trois jours que celui
de Belgrade , dont la reddition ne coûtoit
à certains voyageurs , il y a deux
ans , que la peine de regarder cette place
au Télescope. Bender , forteresse la plus
importante de la Bessarabie , est située
sur la rive méridionale du Niester ; elle
' est grande et très-fortifiée . On fait
monter sa population à environ 60,000
ames. Les Russes emportèrent cette
place dans la dernière guerre , mais ils
perdirent prodigieusement de monde.
Le Général Panin en fit le siége le 26
juillet 1770. Les Turcsfirent plusieurs sor
ties vigoureuses. Le Général Russe ayant
ordonné l'assaut , les Grenadiers parvinrent
à pénétrer jusqu'au chemin cou
vert , lorsque le Général -Major d'Obel”,
qui étoit à leur tête , fut tué. Cet évènement
arrêta l'ardeur des Grenadiers ;
le Commandant de la place en profita,
-
( 23 )
1
et fit une nouvelle sortie ; les Gre
nadiers et les autres troupes Russes
commençoient à se replier , quand
l'intrépide Général Panin accourut
et remit l'ordre. Les Turcs , assaillis
alors de tous côtés , perdirent plus de
la moitié de leurs guerriers. Ce carnage ,
l'épuisement des munitions de guerre , et
l'impossibilité de recevoir aucun secours
, puisqu'il ne restoit plus de troupes
Ottomanes au delà du Danube , forcèrént
enfin le reste de la garnison à se
rendre prisonnière de guerre . — On sait
que cet évènement n'arriva point au
commencement de la guerre , mais dans
un temps où les Turcs avoient déja perdu
deux batailles , et qu'ils avoient été obli,
gés de repasser le Danube .
-
L'exportation dans l'étranger , des toiles , linons ,
bas , gands & draps de Silefie , a monté l'année
dernière à la valeur de 2,600,802 rixdalers ; favoir,
pour 1,264,571 rixd. de Landshut , pour 568,020
de Schweidniz , pour 28,210 de Reinerz & Neurode
, pour 32.290 de Pleffe , pour 142,591 de
Greifenberg, & pour 564, 120 de Schmicdeberg.
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 19 mars.
Des Bills privés en grand nombre
et les premières Résolutions sur les sub-
-sides de l'Armée , de la Marine et de
l'Artillerie , ont occupé les dernières
( 24
Séances du Parlement. Dans celle du
.17 , Lord Newhaven demanda l'exhibition
de différens papiers et états de finance
, propres à constater le montant
de la Dette publique fondée et non fondée.
Une partie de sa Motion fut rejetée,
et l'autre admise. On passa ensuite en
Comité général pour entendre le rapport
des subsides de la Marine ; ceux
de la guerre avoient été votés deux jours
auparavant. Comme le Gouvernement
a jugé nécessaire de porter à 20,000
les Matelots à employer cette année ,
nombre qui surpasse de deux mille
l'état de l'année dernière , M. Dempster
s'éleva contre cette augmentation , bientôt
justifieé par M. Pitt. Ce Ministre
prouva qu'elle dérivoit de l'envoi de
nouvelles forces navales dans l'Inde , et
de la nécessité d'augmenter la station de
la Méditerranée. « Je suis , ajouta-t-il ,
• l'Avocat zélé de tous les plans d'économie
, mais jamais je ne leur sacrifierai
les dépenses qu'exigent la poli-
« tique , et la sûreté de nos posses-
+
«
« sions. »
・Lorsqu'il fut question des subsides de
l'Armée , dont la force reste la même
qu'elle étoit en 1788 , le Général Burgoyne
entama un épisode sur la disgrace
du Marquis de Lothian : le
-Secrétaire de la guerre et le Colonel
Phipps repliquèrent à cette digression ,
zen faisant observer que ce n'étoit par
2. aucune
( 25 )
aucune faute militaire , ni en qualité de
Militaire , que le Marquis de Lothian
avoit perdu sa place ; mais que cette
place étant Civile autant que Militaire ,
place de confiance , dont le possesseur
approchoit chaque jour de la personne
du Roi, et devenoit un véritable Officier
de Sa Maison , S. M. ne devoit compte
à personne de l'éloignement du Marquis
de Lothian.
Quelques chicanes , plutôt que des
débats , sur les fortifications des isles Angloises
, et sur le retranchement commencé
à Plymouth , interrompirent un
instant , le 18, les Résolutions à prendre
sur les subsides de l'Artillerie , qui furent
votés sans ultérieure opposition . On
en fit le Rapport le 19 , et il amena les
mêmes pointilleries. Le Bill annuel de
discipline pour l'armée et pour la Marine,
fut aussi rapporté le même jour.
Les Lords de l'Amirauté ont donné
ordre d'équiper sans délai une escadre
d'observation qui croisera, l'été prochain,
dans la Baltique ; elle sera composée
d'une frégate de 38 can. , d'une autre
de 32 ; de deux corvettes , et au besoin
de quelques vaisseaux de ligne .
Le Contre-Amiral Charles Douglas
est mort, il y a quelques jours , d'une
attaque d'apoplexie en entrant dans la
Salle d'Assemblée à Edimbourg. Il étoit
à la veille de partir pour la station de
Halifax , au commandement de laquelle ,
Nº. 14. 4 Avril 1789 .
b
( 26 )
il avoit été nommé. Peu d'Officiers généraux
jouisst d'une meilleure réputation
que le Chevalier Douglas il
suffit de rappeler qu'à la bataille navale
du 5 avril 1782 , dans le canal de la
Dominique , il étoit Capitaine de pavillon
de Lord Rodney , et qu'il dirigea
tous les signaux. On le dit remplacé à
Halifax par le Chevalier Richard King.
Les ouvriers employés à la réparation de la
Chapelle de Saint - George à Windler , ayant remarqué
que le pavé s'enforçoit dans un endroit ,
ils ont retiré quelques- unes des pierres , & aperçu
une fracture dans une arcade. Cette découverte
a déterminé à fouiller, plus avant; be tât après
on a découvert un cercueil , qu'on a reconnu , d'après
les trophées gravés fur la fu : face , comme
étant celui d'Edouard IV , mort en 1483 ; On l'a
duvet , & on a trouvé les reftis d'une liqueur
dans laquelle ce cadavre pare ifloit avoir été baigné.
Le corps même eft à peu près en poullière ,
mais une fraife de dentelle reftoit intacte, Le Chevalier
Bancks a pris une phicle de cette liqueur.
1
Le 14 , le Vice-Roid'Irlande , Marquis
de Buckingham , se rendit en cérémonie
au Parlement. Après avoir annoncé
le rétablissement du Roi, il remorcia ,
au nomude S. M. , non le Parlement,
mais le Peuple d'Irlande de son loyal
et inviolable attachement à sa personne ;
it finit par exhorter les deux Chambres
à employer leur zèle à avancer la
prospérité de ce royaume . Tout de suite
on vota une Adresse de remerciemens
et de félicitations à Sa Maj . , dans les
t
T#
( 27 )
termes les plus expressifs : elle fut suivie
d'une Adresse , non moins flatteuse , au
Vice-Roi , à ce même Vice-Roi dont ce
même Parlement avoit censuré la conduite
il y a 15 jours. Voter les deux
Adresses , les rédiger , et les présenter
à S. E., ont été l'ouvrage de deux heures.
Il exilte près de Newtort- Stewart , dans le
Comté de Cumberland, un nommé Marshall ,
Chaudronnier ambulant , qui , dans fa 116° . année,
continue à fuivre fa profeffion . Il eft plus actif
encore que ne le font la plupart des hommes
à l'âge de 60 ans , ce qui lui fait efpérer de pouffer
fa carrière encore une vingtaine d'années.
ry 9 zob 2.49 of
FRANCE .
De Versailles , le 25 mars,
Le 15 , la Comteffe de Luxembourg a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale par la Princeffe de Tingry ,
& de prendre le tabouret chez la Reine.
Le Vicomte de la Luzerre , le Baron de Saint-
Chamans , le Prince de Sore , le Chevalier de
la Myre-Mory, le Marquis de Crenay, le Comte
Alexandre de Kercado , & le Comte de Belloy ,
qui avoient eu l'honneur d'êt e préfentés au Roi ,
ont eu , le 16 , celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté , & de la fuivre à la chaffe.
Le 22 , Leurs Majeftés & -la Famille Royale
ont figné le contrar de manage du Baron de
Montchenu , Coloriel artaché al régiment du
Colonel -général , Dragons , avec demo felle de
Maupeou -d'Ableiges.
M. de Sauvigny , Chevalier de S. Louis , Cenfeur
bij
( 28 )
royal , a eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
les 67., 68. & 69. cahiers de fes Effais fur
l'Hiftoire des Francs.
er
De Paris , lei , avril.
Ordonnance du Roi , du 25 janvier
dernier , concernant le Corps royal des
canonniers- matelots , et son service à
bord des vaisseaux de Sa Majesté.
Réglemens , du 25 janvier , 1º . concernant
les mestrances de canonnage ; 2°.
concernant les apprentis canonniers.
Autre , du 8 février , concernant les
avancemens des équipages des vaisseaux
du Roi. TO
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 16 février ,
qui ordonne que les Régiffeurs des poudres ne
pourront être choifis , à l'avenir , qué dans la
claffe des Employés fupérieurs de ladite Régie.
Autre , du 3 mars , qui ordonne que les toiles
de coton blanches , & les mouffelines fabriquées
dans la province d'Alface , pourront être introduites
dans les provinces des cinq groffes Fermes,
en payant , favoir , les toiles de coton blanches
27 liv. par quintal , & les 10 fous pour livre ;
& les mouffelines 4 livres , & les 10 fous pour
livre auffi par quintal.
Autre , de même date , qui prohibe les mouffelines
& toiles de coton blanches qui fe fabriquent
à Mulhaufen , & permet aux habitans de ladite
ville de continuer à faire entrer & circuler dans
le royaume , les toiles qu'ils auront peintes &
imprimées , ent payant 90 livres du quintal &
10 fous pour livre , quelle que foit l'origine des
toiles blanches fur lefquelles aura été faite la
peinture & impreffion ,
1
( 29 )
On trouve toutes ces pièces , forties de l'Imprimerie
royale , chez le fieur Prault , Cour de
la Tréforerie , au Palais .
DI
On a publié le cahier de plusieurs
Bailliages , entre autres ceux de la Noblesse
des Bailliages de Nemours et de
Beauvais. Celui de Nemours a divisé
son travail en cinq objets principaux ,
1º. ce qui intéresse, le royaume en général ;
dans cet article est compris tout ce qui
tient à la constitution générale , à la
législation , aux finances , etc. 2°. les
objets relatifs aux provinces . Dans cet article
, la Noblesse propose que la partie .
de l'impôt qui doit être consommée sur
les lieux , ne soit point versée au trésor
royal , et qu'il soit établi'des Assemblées
d'Administration dans toutes les provinces
, pour veiller à la distribution'
des impositions. C'est dans cet article
que se trouvent comprises les réformes
à faire dans la Milice, les Capitaineries ,
les Eaux et Forêts , les Banalités , les
Francs- Fiefs , etc. : 3° . les objets relatifs,
au Bailliage , tels que le rappel au ressort
des Parties qui en ont été distraites ,
l'adoucissement des aides , la multiplication
des maisons d'éducation , etc. :
4°. les objets relatifs à la Noblesse , tels
que la conservation des droits de propriété
utiles et honorifiques , la destruc-'
tion des obstacles qui écartoient de tous
les emplois le Tiers - Etat , l'abolition
des survivances , la suppression des charbiij
( 30 )
ges militaires , ainsi que la réforme de
Fabus par lequel les emplois militaires
et les places politiques se sont accumulés
héréditairement , en quelque
sorte sur certaines familles ou certaines
têtes : 59 . des objets relatifs au Clergé ,
tels que la résidence des gros bénéficiers,
l'emploi des Ecclésiastiques sans béné
fices dans les diocèses , la meilleure répartition
des fortunes ecclésiastiques ,
une augmentation de revenu aux Cures ,
la maintenue des baux du Clergé pour
les titulaires nouveaux ; la décision des
Etats- Généraux sur la dette du Clergé
, etc.
La Noblesse du Bailliage de Beauvais
a traité les mêmes objets sous une forme
différente , mais dans le même esprit.
Elle a établi , d'abord fous le titre de Conftitu
tion , cinq articles fondamentaux qui doivent fer-,
vir de guide à fon Député. Le fecond article eft
relatif à la forme & au pouvoir des Etats - Généraux
on y demande que leur retour périodique
foit fixée à trois ans , & que toutes les lois qui y
feront faites , conj intement avec 'e Rei , foient enregiftrées
& promulguées, fans difficulté , dans les
Cours . 3 °. L'établiflement d'Etats provinciaux fur
un plan uniforme dans tout le royaume . 4° . La
Nobleffe demande que le haut Clergé réfide , que
les bénéfices ne foient donnés qu'après un long,
excicice de ministère dans les paroiffes , que des
Canonicats foient affectés à des Prêtres qui ont
fervi pendant 25 ans , que le fort des Cutés &
Vicaires foit amélioré ; que , conformément à
l'Ordonnance d'Orléans , il ne fait p us envoyé
( (431 )
d'argent à Rome pour a nates , & que ces fommes
folent employées aux réparations des Prefbytères
actuellement à la harge des provinces , &é.
- Relativement à la Nob effe , on demande
qu'elle ne puiffe s'acquérir par charge & à prix
d'argent , mais fur la feule demande des Etats provinciaux
, ou des Commandeurs de terre & de
mer pour les Citoyens qui auront tendu des fervices
fignalés. La Nobleſſe requiert que les lettres
d'annobliffement , accordées aux Commerçans , ne
puiffent l'être que fous la condition qu'ils ne quit
feront po point leur
profeffions ; que là Croix de
St. Louis ne foit jamais que la récompenfe de fervices
réels dans les armées de terre & de mer, & c.
Le 6. article eft relatif à la Juſtice-police ; la Nob'effe
y demandé la réforme du Code civil &
criminel , que l'inftruction criminelle foit publique,
que les Accufes ayent un Confeil , que la plus
grande peine foit la privation de la vie , & que
les fupplices atroces feient abolis ; enfin , que la
confifcation, des biens des coupables foit abrogée :
elle demande auffi , que l'attribution ' des Préfdaux
de 1774 foit rétablie , que les frais de proceda
és biet diminués , que la liberté de la preffe
doit accordée les Capitaineries circonferites , les
Jettres de furfeance accordées , au befoin , par les
Juges , &c. *!!
Sur les finances , la Nobleffe de Beauvais demande
qu'il foit nommé aux Etats- Généraux trois
Comités , pour l'examen de tous les objets de
recette , de dépenfe & de graces, d'après le rapport
defquels la dette royale teroit conftatée & récol
nue nationale ; que les impôts ne foient jamais
perçus au-delà du terme pour lequel ils auront été
confentis ; que les Etats-Généraux devront voter
un emprunt de 80 milions à créer, en cas de guerre ,
avec la claufe que le page de cet emprunt feroit d'éterminé
parkes tars fullfequens ; que la dotte na
biv
( 32 )
tionale foit répartie fur chaque province ; qu'attendu
l'infuffifance des Domaines du Roi , il foit affigné
à S. M. , pour la durée de fon règne , un revenu
indépendant & libre , qui réponde à la Majefté
du trône & à la dignité de la Nation ; enfin , qu'il
puiffe remplacer les apanages des Princes. D'autres
Léglemens pareils terminent cet article , à la fin
duquel la Nobleffe propoſe d'employer les troupes
à la confection des chemins.
Voici la continuation de la liste connue
des Députés déja élus dans les Bailliages
.
Melun , le Curé de Mormant et
l'Abbé de Calonne , suppléant , pour le
Clergé M. Freteau , Conseiller au
Parlement , pour la Noblesse ; M. de
Courteille et l'Avocat du Roi du Bailliage
, pour le Tiers-Etat . »
« Crépy , le Curé d'Ormoy pour le
Clergé ; M. le Duc d'Orléans pour la
Noblesse ; en cas de refus de S. A. S. ,
M. le Pelletier , Capitaine d'Artillerie ;
et en cas d'empêchement de ce dernier ,
M. de Mazancour ; le Lieutenant -général
du Bailliage et M. Hanoteau , Fermier
, pour le Tiers . »

« Chaumont en Vexin , l'Abbé Pannat
, Grand- Vicaire , pour le Clergé ;
M. de Belleisle , ancien Chancelier de
M. le Duc d'Orléans , pour la Noblesse ;
M. d'Ailly et le Procureur du Roi de
l'Election de Chaumont , pour le Tiers. »
« Beauvais , M. David , Curé , pour
( 33 )
le Clergé ; le Comte de Crillon pour
la Noblesse ; M. Milion , Avocat , et
M. Oudaille , Laboureur, pour le Tiers.
Etampes , M. Périer , Curé de St.
Pierre , pour le Clergé ; M. Poilloüe ,
Marquis de St. Mars , pour la Noblesse ;
MM . de la Borde de Méréville et Gidouin
, pour le Tiers-Etat . »
« Meaux , le Curé d'Ille le Curé d'Ille pour le Clergé;
M. d'Aguesseau , le Comte de Clermont
Tonnerre le suppléant , pour la
Noblesse ; MM. Houdet , Lieutenant
Criminel , et Defecoutes , Négociant
pour le Tiers. »
«<
"
Chartres , l'Evêque de Chartres , et
M. Jumentier, Curé de St. Hilaire , suppléant
, pour le Clergé ; le Baron de
Montboissier , et M. Talon, suppléant,
pour la Noblesse ; M. Petion , Avocat ,
et M. Bouvet , Négociant , pour le
Tiers. »
<< Sézanne en Brie , le Curé de Broyes
pour le Clergé ; le Marquis de Pleurs
M. de la Borge , Conseiller au Parlement
, le suppléant , pour la Noblesse ;
M. Moutier, Lieutenant - général du Bailliage
, et le Maire de Dormans , pour le
Tiers. »
<< Senlis , le Curé de Sersy pour le
Clergé ; le Duc de Levis pour la Noblesse
; M. Leblanc , Maire de Senlis , et
M. de la Cour, Propriétaire à Ableiges ,
pour le Tiers. >>
bv
( 34 )
<< Montargis , le Doyen de Lory pour
le Clergé ; le Comte de la Touche pour
Ja Noblesse ; MM . le Bois -des-gais , Lieutenant-
particulier , et de la Jacquinerie,
pour le Tiers. »
« A Sens , pour le Clergé , M. Costel,
Curé de Foissy ; pour la Noblesse , le
Duc de Mortemart ; le Marquis de
bec , le suppléant ; pour le Tiers-
Etat , MM. Jaillant , Lieutenant - Criminel
au Bailliage de Sens , et Menu
de Chamorceau , Lieutenant-général
Honoraire au Bailliage de Villeneuvele-
Roi. »
Limoges , l'Evêque de Limoges , le
Curé de St. Pierre pour le Clergé ; le
Chevalier de Mirabeau , le Comte d'Escars
pour la Noblesse ; MM. Montaudon
, Avocat , Nourrissart , Directeur
de la Monnoie , pour le Tiers . »
Calais et Ardres , M. Bucaille, Curé
de Frethun , pour le Clergé ; le Vicomte
des Androuins pour la Noblesse ; MM.
Blanquart de Salines, ancien Procureur
du Roi des Eaux et Forêts , et Francoville
, Laboureur , pour le Tiers. »
Le famedi 14 février , les trois Ordres de la
Sénéchauffée de Lyon fe trouvèrent réunis .
M. de Caftellas , Doyen du Chapitre de l'Eglife
& Comte de Lyon , préfident l'Ordre du Clergé ,
& M. Terraffon , Deyen d'âge dans l'Ordre de la
Nebleffe , énoncèrent , chacun , les voeux de leur
Ordre , pour coopérer , par l'abandon de leur
( 33 )
priviléges , à la diftribution cale de l'impôt, fans
diftinétion de rangs ni de perionnes.
M. Rey , Lieutenant - général de police , déclara ,
de la part du Corps de MM. les Bourgeois de
cette ville , la renonciation qu'ils faifoient , dès
ce moment, en faveur des habitans des cam-.
pagnes , aux priviléges dont ils avoient joui de
toute antiquité.
-}
A l'appui de l'assurance donnée par la
Société Royale d'Agriculture , nous citerons
quelques fragmens d'une lettre de
M. Gossart , Secrétaire de l'Académie.
d'Amiens , qui confirme la préservation
des bleds pendant l'hiver , dans la Picardie
, l'Artois , le Cambresis. M. Gossart
rapporte , à ce sujet , le récit suivant d'un
Blatteur de Ham..
« Nous avons tous eu bien peur. Après le
dégel , nous ne voyions plus de plantes dans
« les champs. Les fannes étoient jaunes & brûléss
par la gelée. Les doucentes ( les coquilles )
même n'avoient plus de vert. Cette frayeur
« a fait fauter le Bé tout d'un coup , & j'en
ai profité comme un autre . Vous favez , Mon-
« fieur , que les pauvres gens ont la faim dans la
a tête un mois avant de l'avoir dans l'eftom.ic . Je
« viens de la Fère ; je me fais détourné diffé-
« rentes fois de mon chemin en fuivant mes
amulets , & avec mon couteau , j'ai déterré
« plufieurs plantes de Blé ; je les ai toutes trouuvées
en fortes en racines ; la gelée n'a fait
tort qu'aux fannes , aujourd'hui remplacées par
de nouvelles plus nombreuses , qui annoncent
& plufieurs tuyadx fur la même tige. J'ai traverſé
le Vermandois & le Santerrel , & continué mes .
a obfervation jufà vos portes. Fai trouvé pare
b vi
( 36 )
» tout la même chofe. L'hiver n'a nui qu'aux mau-
» vaifes herbes , & tant mieux ! & je puis vous
affurer que nous aurons cette année encore du
» froid , mais bonne garnifon & des fruits. »
"
C
Dans le Cambrefis , les grands Cultivateurs
avoient pris l'alarme , & étoient prêts à mettre
la charrue dans leurs Blés manqués , pour femer
du Blé de mars ; que la gelée étoit venue fort
à propos pour empêcher cette démarche défefpérée;
& que depuis , dans les endroits où le
foleil avoit fait fondre la neige , on avoit trouvé
du vert & des efpérances . Pour les Colfats , on
eſpère encore peu de chofe. Cependant on a
vu fouvent après les gelées , reparoître cette
plante , & la racine confervée produire trois ou
quatre tiges au lieu de celle que la gelée avoit
cuite.
\
On a recueilli dans une Feuille de province
, les dimensions d'un Tilleul remarquable
, exploité l'année dernière à la
Foucade près de Saint-Yrieix .
l'Arbre a rendu 5 charretées de Racinage , en
circonférence , fans y comprendre la Souche ,
qui eft encore en nature , & que les plus grands
connoiffeurs en Bois eftiment propre à faire dix
charretées de bois à brûler. Ce Tilleul étoit fitué
fur la pointe d'un rocher , recouverte d'environ
quatre pieds & demi de terre , & dans un grand
à-plomb. Le corps de l'Arbre n'étoit que de la
hauteur de 6 pieds 8 pouces , à partir de fes
racines , jufqu'à la naiffance de quatorze maîtreſſes
branches , vulgairement appelées Mares ; dans
ce nombre , il y en avoit cinq dont le diamètre
étoit d'environ 39 pouces d'une écorce à l'autre ;
leur longueur, de 55 à 56 pieds , & un peu plus
menues , jufqu'à 13 pouces de diamètre : les neuf
autres , depuis 13 jufqu'à 20 pouces.
( 37 )
Hauteur de l'Arbre , depuis les racines jufqu'à
l'extrémité des petites branches , 115 pieds , 10
pouces.
Il faut obferver qu'à la naiſſance des 14 marcs
il y avoit quatre groffes pierres qui les avoient
forcés à prendre une grande circonférence ; mais
à proportion qu'ils avoient crû , ils avoient toujours
monté perpendiculairement , & cet à-plomb
avoit donné à l'arbre la forme exacte d'un pain
de fucre.
Outre les racines & la fouche , il a produit
25 cordes de bois à brûler , de la longueur de
3 à 4 pieds ; la corde de 5 pieds de hauteur , &
de 8 de largeur,
1046 Planches de 8 , 14 jufqu'à 18 lignes
d'épaiffeur , réduites , les unes dans les autres
à 11 pouces de largeur , & 6 pieds de longueur.
58 Madriers , de 4 pouces & demi d'épaiffeur ,
dans les largeurs de 20 jufqu'à 30 pouces.
'
33 Planches de 14 lignes d'épaiffeur , de 14
jufqu'à 18 pouces de largeur , fur 6 & 8 pieds
de long.
Si l'on avoit réduit les Madriers & Planches
aux mêmes épaiffeurs & largeurs que les 1046
fus énoncés , l'arbre auroit produit en total
au moins 2000 planches de 6 pieds de long.
Outre les objets ci- deffus , il y a eu 15 charretées
, à deux boeufs , de copeaux , non compris
le fagotage , objet trop peu conféquent pour
en parler.
Il eft important d'obferver qu'en arrachant
l'Arbre , on a trouvé un terrain d'environ 15 pieds
de large , couvert d'une grande quantité de char
bon , bien confervé , de la groffeur d'un oeuf ,
fur la profondeur de deux pieds & demi. On
découvrit auffi un fourneau de Serrurier , dont
les pierres qui le compofoient étoient très- rouges ,
& paroiffoient avoir été ca'cinées par l'action da
( 38 )
feu, On a trouvé dans le charbon , des entraves
de cheval , des rênes , des mors & des éperons ,
mais muti és par la rouille , quoique confervés
dans leur forme naturelle . Auprès d'ime des racines
étoit une e pèce de coupe de réchaud qui
paroiffoit être de bronze aufii propre qu'au forut
de la main de l'ouvrier. Le fond de cette pièce
n'avoit qu'un trou de 10 lignes de diamètre : fa
circonférence étoit pe cée à jour de plufieurs fi
gures de croix de Malhe , croix ordinaires &
fleurs delis , & le bord fupérieur fait en fefton .
Elle a été achetée 24 liv . par un curieux du pays.
M. Gilbert , Professeur de l'Ecole
Vétérinaire d'Alfort , nous a adressé des
semarques sur un article du Gentleman
Magazine , inséré , il y a un mois , dans
ce Journal , au sujet de la maladie des
moutons , nommée en Anglais Fonthalt,
et en France , Fourchet ou Piétain.
Après avoir exposé une opinion différente
de celle de l'Auteur Anglais , sur
la cause de cette maladie , qui en ce mo
ment ravage les beaux et nombreux
troupeaux de la West- Frise , M. Gilbert
en indique le traitement en ces termes :
21
Dans fon princips , le Fourchet , s'annonce
par iflammation de la partie inférieure de l
jambe ; on le combat alors avec avantage par des
mouchétüres , des fearifications qu'on pracique fur
les couronnes ; on met enfuite toute la jambe dans
un bain d'eau faiche , on 'y laiffe pendant une
heure. On enveloppe le pied avec un cataplafme
de fuie tamifée & liée avec le vinaigre , qui fert
auffi à acidulér légèrement l'eau dont on abreuve
le mouton affecté , on continue ces bains & ces
2
( 39 )
cataplafmes jufqu'à ce que l'inflammation foit
diffipée. »
Si on la néglige , elle eft bientôt fuivie de
l'ulcération des parties qui environnent le canal ;
c'est le fecond temps. Dans ce cas , il faut néceffairement
procéder à l'extirpation & du conduit ,
& de la glande qui l'envelo, pe de toutes parts :
on panfera la plaie avec des plumaceaux imprégnés
d'eau-de-vie , qu'on fixera par un bandage . »
« Si l'on diffère certe extirpation , la fuppuration
gagne le pied , & opère la disjonction de
l'os du pied & de l'ongle ; c'eſt le troisième &
dernier période , qui eft bientôt fuivi de la chuté
du fabot , de la gangrène & de la mort de l'animal
. On peut encore cependant prévenir ces
accidens , en extirpant d'abord le finus & la
gande , comme je viens de le dire , & enfuite
en enlevant la partie du fabot que la fuppuration
a détachee de l'os du pief: on panfera cette
plaie comme cel e du fecond temps . »
« Une nourriture chofie & modérée , de l'eau
bien pure & un repos at folu , feconderont puiffamment
l'effet de ces moyens , qui ne font pas
auffi compliqués qu'ils le paroiffen : au premier coupd'oeil
; il n'eft pas poffible , au refte , d'en imaginer
de plus fimples . »
1
« M. Chabert , Directeur général des Ecoles
vétérinaires , qu'il fuffit de nommer , eft le premier
qui ait bien connu & be décrit celic - ' à..
C'eft à lui que je dois les co noiffances que je
viens d'expofer ; on les trouvera beaucoup plus
étendues , dans un mémoire ex pr. fiffo , lu dans
une des affemblées de la Société Roya'e d'Agriculture
de Paris , & imprimé dans le recueil de
fes mémoires , Trimeftre d'automne , année 1785 .
be confeille à tous ceux qui peuvent être inté
reffés à connoître à fond cette maladie & fort
traitement , de recourir à ce mémoire.. »
( 40 )
Ladifférence qui s'est trouvée pendant
les grands froids entre l'observation de
M. Messier , Astronome de la Marine ,
et celle de l'Observatoire royal , a donné
lieu à plusieurs explications , dont la
suivante , tirée des Affiches de Dijon ,
nous paroît mériter d'être répandue.
Quoique les deux thermomètres en queſtion
foient à mercure , celui de l'Obfervatoire eſt à
cylindre , & celui de M. Meffier eft en ſpirale.
Celui de l'Obfervatoire eft divifé en quatrevingts
dégrés de la glace à l'eau bouillante , ainfi
que l'exprime le Journal de Paris , du 10 janvier
1789 ; & celui de M. Meffier eft divifé en quatrevingt-
cinq dégrés dans le même efpace , ce qui
ne devroit pas être. Cette cauſe ſeule fait une telle
différence , que quard , par exemple , ce'ui de
l'Obfervatoire eft à vingt dégrés au-deffus comme
au-deffous.de zéro , celui de M. Meffier doit être
déja à vingt- un dégrés trois quarts par la même
température ; au lieu que s'il eût employé l'échelle
de quatre- vingts , il n'y auroit en que cinq dixièmes
de dégrés ou environ de différence . Déja fon
réſultat , en 1776 , n'étoit pas le même que celui
de l'Académie.
Les thermomètres à cylindre ou à boule , font
toujours juftes , parce qu'ils peuvent être faits
exactement ; mais ceux en fpirale ne le font pas
toujours , & ne peuvent même pas l'être , mais
ils font plus élégans .
Les thermomètres à cylindre font fufceptibles
d'être mieux faits , mieux bouillis & mieux purgés
d'air ; ceux à fpirale font plus difficiles à faire & à
perfectionner , j'ofe même dire qu'il eft impoffible
qu'ils le foient , j'en appelle aux connoiffeurs , à
ceux qui ont fait bouillir des baromètres , ou qui
lés ontvu paffer au feu . Comment feroit- il poffible
( 41 )
qu'on puiffe chaffer l'air d'un tube roulé fur luimême
, où les révolutions en fens contraire , con,
trarient fans ceffe une opération d'où dépend l'exactitude
?
Dans un cylindre , ou une boule , il y a peu de
verre , dans une fpirale il y en a beaucoup. Or ,
comme les variations du thermomètre en ſpirale
font en raifon compofée de la dilatation du mercure
& de celle du verre qui fe dilate auffi , la
condenſation doit être de même , alors ce thermomètre
a dû defcendre plus bas que celui de l'Obfervatoire
; ajoutons à cela que la fpirale remplie de
mercure , contient encore ( & ce , malgré toute
l'adreffe poffible ) des portions d'air répandues
dans la maſſe du mercure , quelquefois accumulées
au centre , petites , à la vérité , mais par cela même
incapables d'être expultées par le feu dans ces
fortes de thermomètres ; de plus , obfervons le
prodigieux reffort de cet air ainfi renfermé , qui eſt ,
comme on fait , infiniment plus dilatable que le
mereure , & nous verrons que ce thermomètre
á dû ſe tenir plus bas que celui de l'Obſervatoire.
Mais, quelque foin que l'on prenne pour
calibrer un tube , car je fuppofe que ces thermomètres
l'ont été , les extrémités des tubes de ther
momètres que l'on emploie , font presque toujours
intérieurement inégales & non calibrées , & cela
pour conferver une certaine longueur au tube , foit
pour en former le réfervoir ou boucle , foit pour
le fceller lorfqu'il eft fait ; delà il résulte des différences
ou inexactitudes dans les variations extrêmes
de ces inftrumens , différences que l'on attribue
quelquefois mal- à- propos à leur pofition , quoiqu'ils
puiffent s'accorder parfaitement dans les températures
ordinaires.
A l'égard des thermomètres qui font defcendus
à dix- huit dégrés & plus dans Paris , cette cauſe
( 42 )
n'eft peut- être due , ma gre l'intensité du froid ,
qu'au rétréciffement du tube en cet endroit , indé
pendamment d'une divifion inexacte ou d'un point
ma' pris , puifqu'ils auroient dû fe tenir moins bas
qu'à l'Obfervatoire , étant plus abrités.
L'obfervation de Newbriffac à vingt- quatre dé
grés fous zéro , eft peut être dans le même cas
attendu qu'elle a été faite avec un thermomètre à
fpirale, & c'elt peut-être le feul thermomètre : de
cette ville qui foit defcendu fi bas. C'est pourquoi
je crois l'obfervation trop forte au moins de deux
dégrés. La Gazette de France , du 16 janvier der
sier , indique le plus grand froid de Berlin à trente
dégrés fous zéro ; & la même Gazette du 6 février
fuivant , indique le plus grand froid de la même
ville à vingt- trois. Lorfqu'il y a une différence de
fept dégrés , quelle obfervation faut-il croire di
De toutes ces caufes , je conclus que l'on à
prefque toujours mal connu les extrémités du froid
& du chaud, parce que les quatre- vingt -dix- neuf
centièmes des thermomètres finiffent tous à-peuprès
vers le virgtième dégré au deffous de zéró , &
ne font prefque jamais calibrés dans cette partie ;
ainfi , il faut s'en tenir au dégré ind qué par le
thermomètre de l'Obfervatoire comme le plus
exact.
GOUBERT ,
It
Conftructeur d'Inftrumens de Physique & de Méi
téorologie de l'Académie de Djou .
LETTRE AU RÉDACTEUR.
Monfieur,
2
De Rochefort , le 3 mars 1789.
« Touché du fort malheureux d'un Cinonnier
de la Marine , qui , l'éré dernier , a eu les deux
mains emportez. & le bras fracaffé en chargeant
un canon viens réclamer ร je le fecours d'un Ar
( 43,
tifte qui , à l'exemple du bon père Sébastien &
du célèbre Laurent , voudroit concourir au foulagement
de l'humanité fouffrante. «
48
Le premier de ces deux habiles Mécaniciens
fit une main artificielle à M. Gunterfield ,
Gentilhomme Suédois , avec laquelle il ôtoit fon
chapeau , & le remettoit fur fa tête , à l'aidé feulement
d'un moignon coupé au- deſſus du coude.
M. Laurent , plus illuftre encore , profitant d'un
moignon de quatre à cinq pouces , qui étoit resté
à lépaule d'un foldat , en 1760 , le mit en état
d'écrire un placet en préſence du Roi , & de le
préfenter lui- même à Sa Majefté. »
« Le malheureux pour lequel j'implore , eft tout
aufli intéreffant , & plus facile à foulager ; il eft
âgé de vingt ans , & d'une conftitution vigoureufe
il lui refte une partie de l'avant-bras droit , & le
gauche prefque en entier. J'engage l'homme fenfible
qui voudra employer fes talens pour une
fi belle oeuvre , à faire connoître fes intentions
par la voie du Mercure. »
« Le Roi a accordé à ce pauvre Invalide une folde
de deux cens quarante livres , & on y joindra
des fecours fuffifans pour qu'il ne foit point à
charge à fon nouveau Bienfaiteur. » ( 1 )'
J'ai l'honneur d'être , & c.
Un de vos Abonnés.
Euvres complettes de Lucien , traduites du grec,
( 1 ) Nous ne connoiffons qu'un feul Mecanicien
capab'e de répondre aux vues de l'Auteur
de cette Lettre ; c'eft le célèbre Jaquet Droz , fi's ,
Neuchâtelois , de la plus haute habileté , dont les
Automates ont été admirés de toute l'Europe .
& qui a fabriqué , avec le plus grand fuccès , des
mains d'argent à un Particulier de Paris très- connu.
Genève eft la réfidence de M. Jaquet Droz. ·
( 44 )
d'après une copie véritée fur fix manufcrits de
la Bibliothèque du Roi , avec des notes , des obfervations
& des remarques littéraires , critiques
et favantes fur cet Auteur , fes ouvrages et fes
Traducteurs , grand in - 8 °. 6 vol . de 5 à 600
-pages environ chacun , avec fon Portrait , br. en
car. & étiq.
36 liv.
72 liv.
Cette traduction
des Ouvrages
de Lucien (1 ) eft la
première
qui ait été donnée jusqu'à
préfent exactement
conforme
au texte . Cet Auteur , dont les
Savans connoiffent
le mérite , jouiffoit
dans fon temps de la plus haute réputation
; libre dans fes paroles
comme
dans fes écrits , il s'eft égayé fur
toutes les matières
, enforte qu'il étoit très-diciffile à traduire
dans notre langue : il s'y trouve des
paffages
qui frappent
les oreilles
même les moins délicates
; pour re pas mutiler
cet Auteur ,
ont été traduits
en latin. Il ne faut donc pas
comparer
cette traduction
à celles qui ont déja
paru , qui font tronquées
, détériorées
, mutilées ou infidelles
.
In-4° . 6 vol. br. en car. & étiq .
ils
René-Ferdinand de la Chèse , Capitaine
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis , est
mort , le 14 mars , à Lagny en Brie ,
dans la 55° . année de son âge .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er avril
1789 , sont : 4 , 23 , 2 , 16 , 1 .
( 1 ) Cet Ouvrage fe trouve à Paris , chez
Bastien , Libraire , rue des Mathurins , nº. 7 .
( 45 )
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 20 mars 1789.
Les dispositions de l'Empereur suspendues
, et en quelque sorte révoquées
l'année dernière , s'exécutent à rigueur.
Le Gardien des Capucins de cette ville
est exilé ; il a été conduit jusqu'aux frontières
vers le pays de Liège . Cette exécution
et quelques autres sont l'effet du
refus des Chefs de certaines Maisons.
Religieuses , d'envoyer leurs Religieux
Novices achever leur Théologie à Lou
vain. L'Archevêque de Malines , avant
de se décider à obéir , en se rendant à
cette Université , avoit adressé une remontrance
à l'Empereur ; le Ministre
Plénipotentiaire de S. M. lui écrivit en
ces termes :
« Comme la confcience que V. E. allègue fans
ceffe depuis 1787 , lui donne affez de courage
pour défobéir , de la façon la plus foutenue & la
plus marquée , à fon Souverain , elle lui en donnera
également affez , fans doute , pour réfigner , entre
les mains de S. M. , des dignités qui la mettent
dans la cruelle alternative d'être infidelle à fon
Souverain , ou à cette conſcience qu'elle laiſſe ſi
aveuglément diriger. »
« C'eft cette dernière démarche qui prouvera
à l'Empereur & à tout le pays , qu'on inftruira
légalement de ce que vous ferez ou ne ferez pas
à cet égard , en combien votre conſcience a ume
( 46 )
part réelle à votre conduite , ou ne vous fert
que de prétexte. »
« C'est certe démarche auffi qui eft l'unique
moyen d'éviter le fcandale que V. E. va donner ,
fi elle m'oblige , en ne fe rendant pas de bonne
grace , & au jour marqué , à Louvain , d'exécuter
d'abord les ordres de S. M. , ordres terribles qui
effectueront la même chofe avec plus d'éclat , &
dont les circonftances font fans exemple , ainfi
que l'eft auffi la défobéiffance par laquelle V. E.
fe défigne elle-même comme victime qui doit
être immolée à la jufte vengeance de l'Empereur
, &c. »
Ce billet énergique fit plier S. E.
répondit sur-le-champ :
qui
En propofant fimplement , dans ma reprefentation
, ces moyens , les feuls efficaces pour
remplir les vues de S. M. à l'égard de la déclararation
qu'Elle défire , je ne crois pas avoir refulé
de me rendre à Louvain , comme effectivement
je m'y trouverai demain au foir , jour fixé . »
Arrivé à Louvain , le Prélat commença
son examen de la doctrine des
Professeurs par les deux questions que
Voici :
t
10. An Epifcopijure divino habeant, omni tempore,
per fe vel per alios , jus docendi & inftruendi , non
tantùm catechifando , prædicando , fed etiam facram
Theologiam tradendo , eis qui ad ftatum Ecclefiafticum
afpirant ?
2. Utrum illud jus poffit impediri vel reftringi
per poteftatem laïcam ?
«M. Dillen , ainfi que fes confrères , répondit
affirmativement à la première , & négativement
à la deuxième de ces questions , & il promit
( 47 )
même de donner fes répontes par écrit. Le Prélat
non-feulement accepta cette propofkion ; mais
afin de donner à Meffieurs les Profeffeurs le temps
d'y réfléchir & de ne rien hafarder , il leur laiffa
jufqu'au lendemain matin pour le faire. Dans
Fintervalle , le Gouvernement , inftruit de ce qui
fe paffoit , a cru devoir ne pas permettre que
MM. les Profeffeurs rempliffent leur obligation ,
regardant les queftions de Son Eminence comme
abfolument étrangères à l'objet de fa miffion.
Ces intentions ont été fignifiées au Cardinal par
la dépêche fuivante : ».
L'EMPEREUR ET Roi . Mon Couſin , ayant
« appris avec une ſurpriſe extrême les deux
a queftiors que vous avez propofées hier au
« Profeffeur de la paftorale Di len , je vous fais
« la préfente , pour vous dire que ces queſtions
« ne faifant pas partie de l'enfeignement , & ne
pouvant ni ne devant entrer dans l'objet de
« votre miffion , qui fe borne à examiner fi la
doctrine qu'on enſeigne à Louvain eft orthodoxe
" ou non , j'ai interdit , tant audit Profeffeur
qu'à la Faculté , de répondre à ces deux quef-
« tions , comme à toute autre étrangère à l'objet
« fufmentiorné , pour lequel vous avez été
"
*
""
«
"
envoyé à Louvain . A tant , &c .
"9
« De Bruxelles , le 11 mars 1789. "
Paraphé , Traut. Vt. Contrefigné , de Muller. »
Réponse de S. Em. le Cardinal- Archevêque de Malines
, à la Dépêche précédente.
46
« Les deux questions que j'avois proposées au
Profeffeur Dillen , de même qu'aux autres Profeffeurs
défignés pour enfeigner les élèves du
« Séminaire - général , tiennent évidemment au
« dogme , & par conféquent regardent inconteftau
blement l'enfeignement. La feconde eft une fuite.
( 48 )
1.
"
« néceffaire de la première. Il me feroit donc
tout-à-fait impoffible de pouvoir avouer la pureté
de la doctrine & leur orthodoxie ' perfon .
» nelle , s'il ne leur étoit pas permis de s'expliquer
« clairement & en toute liberté fur des points
auffi importans , par lefquels j'ai , cru devoir
« commencer , ces points ayant été jusqu'à cette
heure les principaux objets de toutes les repréu
fentations que j'ai pris la liberté de mettre ſous
« les
yeux de V. M. , relativement à cette matière ,
« & fur lefquels je devois,avant tout,être appaiſé.
Je fuis avec le plus profond refpect , »
Sire ,
De V. M.
Le très-humble & très- obéiſſant
ferviteur, J. H. Card. Arch.
de Malines. . :
Louvain , le 12 mars 1789.
?
11..
163 ( Eb
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie, le 19 mars 1789.
DANS la Séance de lundi dernier , on
fit lecture de deux Notes ; la première.
est uneréplique modérée à la Réponse de
l'Impératrice de Russie , au sujet de l'éva
cuation de ses troupes ; en voici la
teneur :
A la NOTE , en date du 6 février
dernier , de son Ex. M. le Comte de
Stackelberg , Ambassadeur Extraor
dinaire et Plénipotentiaire de Sa Maj
l'impératrice de toutes les Russies , les
Soussignés , par ordre exprès du Roi
et des Etats Confédérés de la Répu-.
blique , ont l'honneur de répondre ce
qui suit:
« Les repréfentations de Son Ex, M. l'Amb.
Nº. 15. 11 April 1989. C
1
( 50 )
1
6
fadeur , d'après les ordres de Sa Majesté Impériale
, relativement à la demande pour l'évacuation
des troupes Ruffes qui fe trouvent actuellement
en Pologne , po tent un caractère de difcuf
fion , & néceffirent une réponſe conforme aux
égards dus à Sa Majefté Impériale , & à l'importance
de l'objet. Il ne doit refter aucune incertitude
fur la juftice des demandes itératives de la
République , & fur leur accord avec les fentimens
qu'elle doit à Sa Maj . Imp. »
« Les inquiétudes de la République fur le féjour
des troupes Ruffes en Pologne , n'étant motivées
que par le défir de maintenir fcrupuleufement
une neutralité parfaite , conforme à la pofition
de fes domaines , Elle ne fauroit croire que
fa demande puiffe être enviſagée comme contraire
à l'amitié & au bon voifinage toujours inaltérables
, & qu'Elle a fort à coeur de conferver. Amie
& Alliée detoutes les Puiffances qui l'environnent ',
la Po'ogne , d'après les liens facrés des traités , ne
pouvant favorifer les armes de l'une au préjudice
de l'autre , s'eft vue obligée d'obferver cette neutralité
de la marre la plus exacte & la plus
inviolable. La Diète a été contrainte , en conféquence
, de redreffer les démarches peu régulières
du Confeil Permanent , abrogé , en demandant
l'évacuation des troupes Impériales. »
« Les devoirs de la neutralité étant compatibles
avec les relations d'amitié & de boa voiſinage , la
Pologne fe croira toujours tenue de les regarder
comme importans à fon existence , & la juftice de
S. Maj. Imp . diftinguera les obligations perma
nentes de Nation à Nation , d'avec celles qui engageroient
la Pologne à fournir des fecours direas
qui ferviroient aux befoins de la guerre préfente ,
& auxquels elle ne fauroit concourir , fans déroger
à-la-fois , & aux droits publics & à fa fûreté . »
( 51
-
Sa Maj. Imp . ayant témoigné fa déférence
pour les demandes que les Etats de la République
lui ont fait parvenir au fujet de l'évacuation des
troupes Impériales de Ruffie , femble encourager
Elle-même à lui préfenter les moyens qu'ils jugent
capables de réalifer leurs voeux , & de calmer leur
follicitude. Sans concourir aux plans , aux opérations
, aux befoins de la guerre préfente , la République
fe voit obligée de représenter à S. Maj.
Imp. que fi les provinces Polonoifes , dans lef
quelles les magafins Ruffes font établis , peuvent
fe flatter de l'efpoir de n'être pas expofées aux
dangers de la guerre qui embrâfe leurs frontières
, une pareille attente rend fuperflu le féjour des
troupes deſtinées à la garde de ces magafins . L'opinion
oppofée , qu'ils ont befoin de cette garde
ne pourroit qu'alarmer la République , à la vue
des dangers qui , dans ce cas , menaceroient nonfeulement
les magaſins , mais auffi les provinces
où ils fe trouvent établis. Toutefois , la République
, fans crainte de s'expofer à être taxée de
partialité , n'empêchera pas la vente des vivres ,
& perfonne ne pourra lui en faire le reproche
lorfque les magafins Ruffes actuels , feront transformés
en dépôtr d'Entrepreneurs de vivres , &
confiés , non à la furveillance de Soldats armés ;
mais à celle de Gardes- dépôts , fur le pied ufité
par les autres Puiffances voifines vis - à-vis de la
République. »>
Les Etats affemblés , en appuyant leur demande
fur ces motifs d'équité , ont encore l'avantage
de s'adreffer à une Souveraine dont la
magnanimité égale la juftice , & qui n'infpire ja
mais de confiance fans fuccès . »
« Varfóvie, le 10 ma´s 1789. »
La seconde Note est une Réponse de
c ij
( 52 )
l'Ambassadeur de Russie , aux plaintes
de la République sur le dépot d'armes
transporté dernièrement dans la terre
de Zmila , appartenante au Prince Potemkin.
NOTE.
Le Soussigné , Ambassadeur Extraordinaire
et Plénipotentiaire de Sa
Majesté Impératrice de toutes les
Russies , a l'honneur de répondre à la
Note qui lui a été remise dela part de
son Ex. M. le Comte Malachowski ,
Grand-Chancelier de la Couronne , en
qualité de Président de la Députation
des affaires étrangères .
« Il est vrai qu'un détachement du régiment de
Cherfon eft rentré à Zmila , fous les ordres du
Colonel Paron de Staak, chargé de furveiller les
terres de M. le Prince Potemkin Taurizesky. On
a eſpéré que ce petit cantonnement momentané ,
Li nécefaire pour remettre en état des chevaux
renduspar les fatigues & le manque de fourrages ,
ne feroit point une impreffion fâcheuſe , mais
qu'il feroit toléré comme un incident trop preffant
pour avoir pu être précédé de la réquifition d'ufage.
Le Souffigné , affurant qu'il ne manquera pas
de rendre compte à fa Cour , & de fe procurer
des ordres à ce fujet , n'en attend que de très-fatisfaifans
, fur-tout pour ce qui regarde l'indifcipline
dont eft accufé le petit Corps deftiné à garder les
magafins. Rien n'eft plus contraire aux fentimens
& aux intentions de l'Impératrice , que de fouffrir
que le féjour de fes troupes , néceffité par des
conftances invincibles , & auquel des principes
( 53 )
reçus entre Nations amies & voifines n'ont pas
mis obftacle , ait d'autres résultats que d'enrichit
les provinces méridionales de la Pologne , par
les achats de vivres & de fourrages. Il n'exifte pas
un Corps de Volontaires de Parmée Ruffe. Les
individus qui , à ce titre , fe dfperfent dans le
pays pour y commettre du défordre , n'appartien
nent pas aux troupes de Sa Maj. Imp. Livrés à la
rigueur des lois , ces vagabonds n'inquiéteront
plus l'Ukraine par des propos & des écrits qui ,
circulant dans la lie du Peuple , font faits pour
être abandonnés à la Police qui la furveille. Lorfqu'un
Sujer Ruffé fe trouvera convaincu d'avoir
fufcité des révoltes dont on parle depuis fi longs
temps , il ne manquera pas de recevoir la puni
tion de perturba: eur public .
22
« Signé, O. STACKELBERG .
Varsovie , te 9 maṛs #789'. »
Après la lecture de ces deux pièces ,
on lut un rapport du Commandant de
l'Ukraine , au sujet de la belle résistance
que dix Cavaliers des Corps , nationaux
ontopposée à soixante Cavaliers Russes,
qui poursuivoient des déserteurs , et qui
ont été repoussés hors des frontières. L'Of
ficier Russe et plusieurs Soldats ont été
blessés. La Diete ordonna que les dix
Cavaliers fussent avancés en grade , et
M. Rzewuski , Nonce de Podolie , offrit
, pour payer leur équipement , une
somme de 5,000 florins.
Les autres Séances de la semaine
ont été employées à traiter l'affaire des
nouvelles impositions.
c iij
( 54 )
Des Corps de troupes Prussiennes
s'étant rapprochés de nos frontières ,
on a fait au Marquis de Lucchesini
Ministre de S. M. P. , une demande concernant
la destination de ces, forces :
le Ministre a répondu qu'il avoit ordre
de déclarer , que les troupes du Roi son
Maître n'entreroient jamais en Pologne
sans le consentement des Etats Confédérés.
La Duchesse de Courlande est accouchée
à Mittaw d'une Princesse , qui
a été baptisée , le 17 février , sous le
nom de Charlotte-Frédérique.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 mars.
Le retour du froid au commence
ment de ce mois , et lés glaces qui ont
de nouveau embarrassé la navigation
des deux Belts , nous ont privés dix
jours des nouvelles de Danemarck et
de Suède . Nos dernières lettres de
Stockholm sont du 12 , et nous confirment
que l'Acte d'union et de sûreté,
proposé par le Roi de Suède , a reçu´sa
sanction complette .
Le Comité se-:
cret de la Diète ayant terminé son examende
la situation desfinances , a déclaré
que les Etats de Suède se chargoient
( 55 )
des emprunts faits ou à faire dans l'E
tranger , pourle compte de la Couronne ,
ainsi que de leur garantie. Ensuite le
Comité a autorisé les Députés de la
Banque à remettre à la disposition
du Roi , deux millions et demi de thalers
, comme subside provisoire , et ,
après Fouverture de la campagne , une
somme de 500,000 thalers par mois.
- Le Brigadier Hastefehr , son Adjudant
le Capitaine Fyandt , les Colonels
Montgommerie, Klinsparre , Hastesko
et d'Otter , les Lieutenans - Colonels
Lionstedt et Enchielm , arrêtés en
Finlande au commencement de l'hiver ,
sont arrivés à Stockholm sous bonne
escorte. On a enfermé ces prisonniers
d'Etat au château de Friédérichsdorf.
Le Général Baron d'Armfelt , dont on
s'étoit également assuré , est tombé malade
en chemin, — Les Députés de
P'Ordre des Paysans de la province de
Finlande , eurent , le 2 , une audience
du Roi , dans laquelle ils remirent à
Sa Majesté une adresse de remerciemens
de la part des Communes Finnoises
, pour la protection efficace qu'Elle
avoit accordée à cette province pendant
l'été dernier. Le Roi dit à la Députation
qu'il n'épargneroit pas même
sa vie , pour défendre les habitans de
Finlande , et pour maintenir l'union
qui subsiste entre la Suède et cette pro-
-
4
€ iv
( 56 )
vince depuis plus de 500 ans . — Une
partie du Corps des Volontaires Dalécarliens
est arrivée aux environs de
Stockholm, au nombre de 3,200 hommes,
dont 1,500 ont été mis en quartier au
château de Drottningholm. Le Roi a
nommé le Lieutenant-général de Wrangel,
son Envoyé Extraordinaire et Ministre
Plénipotentiaire auprès des Puissances
d'Italie .
Au milieu de toutes les versions courantes
et contradictoires sur l'existence
d'un complot formé contre les vaisseaux
Russes qui hivernent dans la rade de
Copenhague , on ne peut encore apercevoir
la vérité. L'autorité de la Gazette
de cette ville est neu-près le seul
garant des relations circonstanciées
traduites dans différens Papiers publics.
Choisissons dans ces divers exposés ceux
qui impliquent le moins d'invraisemblances.
Extrait d'une lettre ( réelle ou prétendue)
de Copenhague , du 7 mars.
« Un Lieutenant- Colonel Suédois , Baron de
Benzelstierna , féjournant depuis quelque temps à
Copenhague , acheta , pour 12,000 rixdalers , le
bâtiment du Capitaine Irlandois O'Bryn, à la
rade de ce port. Ce bâtiment , nommé la Comteffe
Reventlau , étoit arrivé , l'automne dernier , des
Indes orientales à Oftende , avec une cargaifon
de marchandifes pour le compte de particuliers.
(57 )
9
D'Oftende il vint à Copenhague , où il devoit
prendre en retour une cargaifon de fer ; ce chargement
étant fait , il furvint de forres gelées qui
l'empêchèrent de partir. Le Capitaine O'Bryn ,
féduit par M. de Benzelstierna , qui lui promit
2,000 liv. ft. s'engagea à prendre du rum à
bord de ce bâtiment , à le bien goudronner en
dedans & en dehors , ainfi que les cordages , à
profiter du vent de N. E. , & du moment où l'on
donneroit le calfat au vaiffeau Ruffe de 100 canons
, qui étoit dans le voisinage , pour y mettre
le feu. On efpéroit , fi le vent étoit favorable ,
détruire non feulement les vaiffeaux Ruffes , mais
aufi toute la flotte Danoife (1 ). »
Le Capitaine O'Bryn avoit ici un ami nommé
Teft , Anglois , employé dans une maifon de commerce
; il lui confia fon fecret , & l'engagement
qu'il avoit pris avec l'Officier Suédois. Ce Test ,
pouffé par fa confcience , ou plutôt parce qu'il
vit que les lettres-de-change que fon ami avoit reçues
, n'étoient que des fecondes , fans indication
de ce qu'étoient devenues les premières , & que
par conféquent leur acquittement étoit incertain
prit le parti de dénoncer la trame. L'Amirauté
donna fur-le-champ des ordres pour rechercher le
Capitaine O'Bryn : on le trouva , & on le conduifit
à l'Amirauté. Cet homme fe voyant trahi , devint
furieux ; mais enfia , rendu à la raifon , il
écouta tranquillement le procès-verbal , & le
figna. »
« Un inftant après , le Lieutenant de Police fe
préfenta , & déclara au Capitaine O'Bryn qu'il
(1) Il eſt peu aifé de comprendre comment
un auffi miférable brulôt auroit pu produire une
pareille deftruction .
C V
( 58 )
étoit priſonnier. Cette déclaration le mit hors de
lui- même ; il promit , fi l'on vouloit lui rendre la
liberté , de livrer le Suédois dans l'efpace de deux
heures ; mais fa propofition fut rejetée , & on le
conduifit à la prifon de l'Hôtel-de- ville. On envoya
fur-le champ des Commiffaires au bâtiment
la Comteffe Reventlau , que l'on trouva arrangé
comme je l'ai indiqué ci- deffus , & on en confia
la garde aux Ruffes. »
Extrait d'une autre lettre , même date.
« Vous êtes fans doute déja inftruit de l'horrible
projet de détruire , par le feu , les vaiffeaux
Ruffes & les nôtres. Je me bornerai donc feulement
à quelques, circonftances , que vous ignorez peutêtre
encore. Le Baro : Benzelstierna , Officier Suédois
, que l'on accufe d'être l'auteur de cette trame ,
fe réfugia à l'hôtel de M. le Baron d'Albedyl ,
Miniftre de Suède. La populace , & fur- tout les
Matelots Ruffes , qui apprirent fa retraite , vou,
lurent l'en retirer de force ; mais les Employés
de Police & des détachemens de la garnifon. de
cette capitale , parvinrent à maintenir la tracquillité
publique . Dans ces circonftances , le Baron
Albedyl jugea néceffaire d'éloigner de fon hôtel
le Baron de Benzelflierna ; il le fit paffer à l'hôtel
d'un autre Miniftre étranger ; mais quelque fecret
que l'on mit dans cette retraite , la Police
cependant en fut inftruite. Ce Miniſtre , ou ,
comme on le dit actuellement , fon Secrétaire
prêra au Baron Suédois la livrée d'un de fes gens ,
le fit monter dans ce déguiſement derrière une
cha fe-de-pofte , dans laquelle étoit le Secrétaire
lui- même , & tâcha de le faire échapper de cette
manière ; mais les Employés.de Police , qui n'a-
>
( 59 )
volent plus quitté les entours de cet hôtel , arrêtèrent
cette chaife près de l'hôtel ; le Baron
déguifé fauta de derrière la voiture , courut , &
regagna la porte de l'hôtel . Le Ministre jugeant
qu'il ne pouvoit plus garder le Baron Suédois
fans fe compromettre , le fit remettre à M. d'Albedyl
, dont l'hôtel fut invefi fur-le- champ , de
manière qu'il ne reftoit plus d'espérance d'en faire
fortir l'Accufé. Enfin , le Baron d'Albedyl confentit
que le Commandant & le Lieutenant-Général de
Police puffent le prendre chez lui , ce qui fut
exécuté hier au foir. On conduifit le prifonnier à
la citadelle , où il occupe la même chambre qui
renferma le malheureux Struenfée. »
Extrait d'une troisième lettre , du
14 mars .
« Le 6 de ce mois , le Comte de
« Bernstorf, Ministre d'Etat , eut une
« conférence avec le Corps Diplomatique
, à l'issue de laquelle le Com-
<<< mandant de cette capitale , accom-
«
pagné du Ministre chargé de la
« Police , et d'un Secrétaire du départe-
« ment des Affaires Etrangères , se
«<< rendirent à l'hôtel du Ministre Sué-
« dois , Baron d'Albedyl , prirent le
« Baron de Benzelstierna , Lieutenant-
Colonel au service de Suède , qui
<< avoit acheté le bâtiment Anglois des-
« tiné à mettre le feu aux vaisseaux
« Russes , et le firent conduire à la cita-
<< delle comme prisonnier d'Etat . - La
<< Commission, chargée d'examiner cêtte
c vi
( 60 )
affaire , a commencé ce travail le 9
<< de ce mois. -On a aussi arrêté deux
« Suédois à Helsingor. Le Ministre de
« Suède , Baron d'Albedyl , est parti
« d'ici , le 11 , pour se rendre à Stock-
« holm. Les deux régimens du Corps
« Danois et Norwégien et le régiment
< du Roi ont recu l'ordre de se tenir
prêts à marcher. Les Gardes- ducorps
ont reçu l'uniforme de campagne.
Onze vaisseaux de ligne et
« trois frégates sont prêts à aller en rade
<< aussi-tôt qu'on aura pu rassembler les
11,000 Matelots et Soldats nécessaires
« à leur équipement. »
«
-
-
D'autres avis du 14 , confirment que
Je Baron d'Albedyl a quitté Copenhague
sans prendre congé ; on n'est pas certain
sil se rend à Stockholm , ou s'il s'arrê◄
tera en Scanie , pour y attendre les ordres
de sa Cour.
I partira cette année 61 bâtimens de
TElbe et de Weser , pour la pêche de
la baleine et du chien marin au Groënland
, ainsi qu'au détroit de Davis ; savoir
, 32 de Hambourg , 9 d'Altona ,
de Glakstadt , 9 de Brème et 2 de Ve
gesak.
De Vienne , le 21 mars.
«
Il se tint 2 , une Conférence
( 61 )
:
des sept Médecins ordinaires de Sa
Majesté , qui furent unanimes à décider
qu'Elle avoit besoin d'un grand repos ,
et qu'il falloit renoncer , au moins
pour le moment , au voyage de Semlin
. Il y eut avant hier une nouvelle
consultation , dont le résultat n'a pas
encore percé ; mais l'opinion générale
est que l'Empereur ne quittera pas
Vienne cet été.
Les dernières lettres de Constantinople
, en date du 10 février , s'accordent
à nous apprendre que la prise d'Oczakof,
loin d'ébranler le Ministère Ottoman
l'a rendu plus opiniàtre à continuer
vigoureusement la guerre . Les prépa
ratifs de la campagne surpassent de
beaucoup ceux de l'année dernière . Les
armées seront considérablement augmentées
, et l'enthousiasme pour s'enrôler
tient de la frénésie . Les Volontaires
s'offrent en si grand nombre , que le
Pacha de Smyrne et celui d'Erzerum ,
ayant reçu l'ordre de fournir chacun
un Corps de 7 à 8000 hommes , ils en
ont offert 24,000. Jour et nuit on
travaille à l'Arsenal et aux chantiers.
Le Capitan-Pacha , qui jouit toujours
de la plus haute faveur , fait construire
200 chaloupes canonnières , sur le modèle
de celles employées par les Russes.
On les transportera sur les vaisseaux
de ligne à Feinbouchure du Nieper.
( 62 )
Il paroît que l'Amiral Ottoman projette
l'entreprise la plus périlleuse , et qu'il
n'a point abandonné l'espoir de reconquérir
la Crimée.
Les avis de la Gallicie s'accordent à
annoncer qu'on recrute à force en Pologne
, et qu'on a levé plus de mille recrues
aux environs de Cracovie . La
Diète a défendu l'importation des grains
pour les provinces Autrichiennes voisines.
Un Corps Russe est entré en
Ukraine , et le bruit s'est répandu que
le Prince de Cobourg , parti de Roman
avec 11,000 hommes , s'approchoit des
frontières de Pologne ; mais il n'est pas
trop croyable que des troupes puissent
se mouvoir au milieu des neiges , et dans
une saison dont l'âprêté s'est renouvelée ,
et se soutient encore .
PORTUGAL.
De Lisbonne , le 25 février.
Pendant l'année dernière , il est entré
dans notre port 15 vaisseaux de guerre
Portugais et 194 bâtimens marchands ,
sans compter IIIо navires étrangers ;
savoir, 32 Espagnols , 164 François , dont
trois de guerre ; 394 Anglois , dont 8 de
guerre , et 29 paquebots ; 100 Hoflandois
, dont 8 de guerre ; 67 Danois , 42
( 63 )
Suédois , 5 de Dantzick , 3 Impériaux ,
4 de Bremen , 6 de Raguse , 65 Américains
, 11 Vénitiens , 1 Prussien , 1 Russe ,
5 de Hambourg et 1 de Lubeck.
I
Éléonore, Comtesse de Dauhn , veuve
du Marquis de Pombal , est morte ici ,
le mois dernier , à l'âge de soixante- dix
ans . Cette dame illustre , de la famille
du Maréchal de ce nom , fut mariée au
Marquis de Pombal , dans le temps qu'il
se trouvoit à Vienne , chargé de la commission
secrette de rétablir la bonne
harmonie entre le Pape Benoît XIV et
l'Impératrice-Reine Marie-Thérèse. Ce
différend avoit été occasionné par l'extinction
du Patriarche d'Aquilée , et Sa
Maj . très-fidelle , Donna Marianne d'Au
triche, avoit été choisie comme Médiatrice
.
ITALIE.
De Venise , le 15 mars.
L'élection du nouveau Doge a été
consommée le 8 : comme cette opération
, les - formalités qui la précèdent ,
et celles qui la suivent , ne sont qu'imparfaitement
connues d'un grand nombre
de Lecteurs , il n'est pas inutile de
leur offrir le détail des formes usitées
en pareil cas.
. Le 3 , le Grand
-Confeil
procéda
à l'élection
des cinq
Correcteurs
chargés
de reviſer
les pro-
H
( 64 )
meffes du Doge , c'elt -à - dire , les ftatuts dont il
doit jurer folemnellement l'obfervation : le choix
tomba fur le Chevalier & Procurateur Fr. Pefaro,
le Chevalier Jér. Afcagne-Juftiniani , le Chevalier
Fr. Fofcari , & les Nobles Zacharie- Valareffo ,
Aug. Garzoni. On élut pareillement les trois inquifiteurs
, qui doivent rechercher la conduite du
Doge mort , écouter toutes les plaintes à fa
charge , & y faire juftice aux dépens de fa fuccesfion.
Le choix tomba fur les Nobles Paul- Bembo
Aug. Barbarigo & J. Zufto.
Les obfèques folemnelles du dernier Doge
furent célébrées , le 5 , dans l'église des Sts . Jean
& Paul , où étoit érigé un fuperbe catafalque ,
& dès le lendemain on commença à. s'occuper de
l'élection du nouveau Doge. Le Grand- Confeil
ayant été convoqué , on y approuva les changemens
propofés par les cinq Correcteurs ; puis tous
les Nobles au- deffus de 30 ans s'étant retirés ,
les autres tirèren : chacun une boule d'une urne
où il y en avoit trente dorées . Ces 30 Patriciens
nommés furent réduits à 9 par le fort. Ceux - ci
reftèrent exfermés jufqu'après- midi , & pour lors
ils en choifirent quarante , que le fort réduifit
à 12. Ces 12 en élurent , de la même manière ,
25 le lendemain matin , lefquels , réduits à 9 par
le fort , en choifirent à leur tour 45 , dont on en
retint pareillement 11 par le fort .
Enfin , le 8 au matin , les 11 élus de la veille
choifirent les 41 électeurs qui devoient nommer
le nouveau Doge. Ceux - ci ayant été approuvés
par le Grand - Confeil , s'enfermèrent dans le
Palais de St. Mare , y reftèrent le refte de cette
journée & la nuit fuivante , fe réunirent le lendemain
, & élurent pour Doge le Séréniffime Ludovico
Manin , Procurateur de St. Marc , ci-devant
Podefta de la République à Vicence & à Brescia ,
&c. Provéditeur-général , et âgé de 62 ans . Cette
( 65 )
election fut annoncée au Peuple au bruit du
canon , & au fon de toutes les cloches : il y eut
un grand diner au Palais Ducal , après lequel Sa
Sérénité fe rendit dans la Salle du College , dont
les Membres étoient affemblés , puis dans celle
du Grand-Confeil , où elle reçut les complimens
des Patriciens fur fon exaltation . Le foir , il y
out au Palais illumination , bal & diftribution
de rafraîchiffemens au Peuple ; & , à la place St.
Marc , un magnifique feu d'artifice.
Le 10 , fe fit la cérémonie du couronnement,
& elle fut précédée de la préfentation du nouveau
Doge au Peuple. Avant d'arriver à l'Eglife de
St. Marc , le Doge avoit traverfé la grande place ,
porté par 60 hommes de l'Arfenal , & ayant avec
lui S. Exc. Moïfe Priuli & deux autres de fes
neveux . A cette occafion , Sa Sérénité , felon
l'ufage établi depuis 1172 , jeta au Peuple une
quantité confidérable de monnoies d'or & d'argent.
Le lendemain , il y eut encore gala au Palais ,
après lequel on chanta le Te Deum en actions de
graces dans l'Eglife de St. Marc , & , comme les
Jours précédens , il fe fit des diftributions de vin ,
de pain , de viandes & d'argent au Peuple. La
nomination du nouveau Doge fait vaquer la
dignité de Procurateur de St. Marc dont il étoit
revêtu ci-devant, & que le Grand- Conſeil conférera
inceffamment.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 31 mars.
Les deux Bills annuels , qui mettent en
force la discipline militaire , soit dans
( 66 )
l'Armée , soit dans la Marine , celui qui
règle provisoirement le commerce avec
les Etats- Unis , et plusieurs autres Bills
privés , ayant été consentis dans les
- deux Chambres du Parlement , ils reçurent
, le 24 , la Sanction Royale par Commission
. La veille , M. Wilberforce fit ,
dans les Communes , la Motion que , le
23 avril prochain , la Chambre prît en
considération les Pétitions contre la
Traite des Nègres , ce qui fut agréé
unanimement après quelques réflexions
contraires à ce projet en luimême
, de la part de Lord Penryhn
l'un des Représentans de Liverpool , et
de M. Gascoigne.
Le 24 , M. Beaufoy demanda la permission
de présenter un Bill , qui institue
un jour solemnel d'actions de graces ,
chaque année , en mémoire du bienfait
de la Révolution de 1688 et du Bill des
Droits dans son discours , aussi noble
que judicieux , M. Beaufoy observa
que la Grande- Charte , les anciennes
libertés de la Nation , le droit de subsides
délégué au Parlement , n'avoient
pas prévenu la tyrannie d'Henri VIII,
ni le jugement par Jurés , les monstrueuses
iniquités de Jefferies et d'autres
Juges sous les règnes de Charles II et
de Jacques 11. Les principes seuls de
la Constitution sanctionnée sous Guillaume
111 , avoient solidement fondé
les bases de la liberté politique , sans
( 67 )
laquelle la liberté civile est nécessairement
précaire . Cette Motion fut agréée
avec un applaudissement unanime ; M.
Beaufoy et Lord Mulcaster furent
´chargés de rédiger le Bill.
Les jours suivans , il n'a été également
question dans les Communes que
de Motions préparatoires , et des premières
lectures des Bills annuels sur
l'imposition des terres et de la drèche.
Plusieurs de ces Motions méritent unè
attention particulière ; telles sont , par
exemple , celles qui ont pour objet la
réforme d'un Réglement passé l'année
dernière , touchant une nouvelle forme
d'enregistrer les Francs-Tenanciers , ca-
'pables de voter dans les Elections des
Comtés, et celle d'un Bill proposé par
le Chevalier Younge , Secrétaire de la
Guerre , pour corriger les abus de la
taxe des pauvres. La seconde lecture
´de ce dernier a été remise après Pâques :
nous y reviendrons , ainsi qu'aux autres
Motions importantes , lorsqu'elles seront
en pleine discussion .
La Reine , accompagnée des trois
Princesses , ses Filles aînées , a tenu
Cour à St. James , le 23. De mémoire.
d'homme , le concours de la Noblesse
et des personnes de distinction , n'a été
aussi nombreux et aussi brillant que ce
jour-là . Chacun s'étoit fait un devoir
d'aller présenter à la Reine ses hommages
et ses félicitations. Plusieurs cen(
68 )
*
taines de personnes n'ont pu entrer à
cause de l'affluence : S. M. n'a pas
caché la vive émotion qu'Elle ressentoit
. Le plus grand nombre des Dames
de la Cour et de la ville , avoient orné
leur coeture d'un bandeau sur lequel
étoient brodés en diamans les mots ,
God save the King ( dieu conserve le
Roi ). Dans la matinée , le Roi vint
seul et incognito au Palais de la Reine ,
qui avoit couché à Londres ; à l'instant
où Elle se rendit à James, il remontą
dans sa chaise , et retourna à Kew , ac
compagné de quelques Dragons légers.
Le futur voyage à Hanovre , que les
Papiers de l'Opposition et leurs Copistes
ont dicté au Roi pour le courant de
l'été, est la cent et unième fable de leur
fertile imagination depuis 3 mois . Nous
pouvons assurer que ce prétendu voyage
n'a pas le moindre fondement.
Dans la Séance du 25 , la Chambre
Haute a prorogé au 21 avril , la reprise
du procès de M. Hastings , qui attend
les bras croisés , ainsi que ses Conseils ,
qu'on veuille bien prononcer sur son
sort , sur son honneur , sur les horreurs
inouies auxquelles il a été en butte , après
30 ans de services , tels qu'aucun Citoyen
n'en rendit jamais à sa Patrie ,
Pendant ces éternels délais , les témoins
meurent ou s'éloignent , et la dissolution
naturelle du Parlement s'approche , Si
la procédure continue avec le fatras de
( 69 )
discours , et la verbeuse phraserie dont
on a fatigué , l'année dernière , le Corps
Législatif de la Grande-Bretagne , il deviendra
impossible d'obtenir une sentence
durant la Session actuelle . Trèsprobablement
le Parlement sera renou
velé avant la suivante , et il faudra alors
que les nouvelles Communes confirment
le décret d'impeachment, qu'elles en déterminent
de nouveau tous les articles ,
et que l'on recommence la procédure
ab ovo. Si malheureusement ces craintes
se vérifient , on pensera peut - être que
le despote oriental , sous le sabre duquel
la tête de M. Hastings auroit pu tomber
, sansformalités , eût été moins redoutable
pour lui , que les impitoyables lenteurs
de la Justice perfectionnée .
Le William Pitt , vaisseau de la
Compagnie des Indes , est arrivé , le 21 ,
à Douvres , après le voyage le plus
rapide dont on ait connoissance . Il
étoit parti des Dunes pour le Bengale ,
le 5 avril 1788. Il a fait voile du Bengale
le 18 novembre dernier ; ainsi son
trajet n'a pas duré quatre mois et demi.
Ce bâtiment a apporté la nouvelle
que Milord Cornwallis avoit pris possession
du Circar de Guntoor , cédé à
la Compagnie en 1765 par le Souba du
Décan , avec les quatre Circars du Nord.
Cette importante acquisition nous étoit
légalement dévolue en 1782 , par la
mort du frère du Souba , qui en avoit
( 70 )
Fusufruit ; quelques négociations avec le
Nizam , avoient suspendu la prise de
possession qui s'est faite à l'amiable et
de concert avec ce Prince Indien. On
évalue à 150,000 liv. sterl , le revenu de
ce Circar , très-précieux , d'ailleurs , par
sa position topographique,
Par la même voie , on a appris qu'en
septembre dernier , Gholam Kadar
Cawn , l'un des Chefs des brigands
connus sous le nom de Rohillas (1 ) ,
étant entré à Delhi , avoit passé un fer
chaud sur les yeux de l'infortuné Empereur
Mogol , et lui avoit ravi le
trône après l'avoir aveuglé . Heureuse
ment le Général Maratte , Madajee
Scindia , étoit accouru , avoit mis en
déroute les Rohillas , repris Delhi , tet
rendu la Couronne à l'Empereur.
Le William Pitt nous informe encore
que le Colonel Musgrave et le
76°. régiment de Montagnards Ecossois
sont débarqués à Calcutta en très - bon
état , n'ayant perdu qu'un seul homme
dans la traversée , et accidentellement.
Les deux vaisseauxde guerre le Sirius
et le Supply , avec les bâtimens qu'ils
escortoient aux ordres du Commodore
(1 ) Ce font ces mêmes Rohillas , que des Conteurs
empoulés & les Harangueurs de l'année der
nière à Weſtminſter , difoient tous exterminés ,
fans en excepter un feul , par M. Haftings , qui les
avoit chaffés au-delà du Gange,
( 71)
usen
Philips , sont arrivés heureusement à la
Baie Botanique . C'est le navire le Prince
de Galles , un de ceux employés au transport
des criminels , qui nous a apporté ,
cette nouvelle importante. Les dépêches
adressées au Gouvernement sont restées
sur le Borrowdale , qu'on attend d'un
moment à l'autre , ainsi qu'un troisième
navire . Voici les premières particula
rités qu'on rapporte dans le public.
» A l'arrivée de l'efcadre à la baie Botanique ,
on a reconnu que le lieu . deftiné à l'établiſſement
n'avoit pas une quantité d'eau fuffifante ; en conféquence
, on tint confeil de guerre , & les vaif
feaux firent route vers la baie de Jackſon , où
la nature fournit en abondance tout ce qu'on
peut defirer. Une végétation forte & riche ,
des fources d'eau excellente , & beaucoup de
bois. »
« Dés que le Commodore eut fait débarquer les
foldats de Marine , & formé quelques lignes , on
mit à terre les criminels : les ouvriers de cette
troupe s'étant réunis aux Charpentiers des vaif ..
feaux , coupèrent du bois pour conftruire leurs
habitations . »
« Cette tâche prit pluſieurs jours : le foir , les
ouvriers & autres retournoient coucher à bord ,
en laiffant feulement un détachement de Matelots
& les foldats de Marine , pour garder les conftructions
jufqu'à ce qu'elles fuffent achevées.
Quand les Naturels du pays virent les habitations
fur pied , & que probablement cette troupe
alloit fe fixer chez eux , ils témoignèrent tant
de mécontentement , qu'on fut forcé de pointer
quelques pièces d'artillerie pour les effrayer. Ils
Le font tenus depuis à distance refpectueuſe , &
( 72 )
*
quoiqu'ils n'aient pas provoqué notre feu , on
n'a jamais pu les amener à aucune communication.
>>
Depuis fon départ de Portſmouth , jufqu'au
moment où le Prince de Galles a quitté la baie
de Jackfon , il n'eſt mort que quarante perſonnes
de l'efcadre , tant criminels qu'autres. Pour
compenfer cette perte , il eſt né quarante-deux
enfans . »
-
Trois des malfaiteurs ont tenté de chercher
fortune parmi les Naturels ; cet effai leur a mal
réuffi , car deux ont été tués & dévorés ; le troifième
, après avoir vécu de racines dans les bois
pendant quelques jours , eft revenu à demi-mort
de fam , ce qui a dégoûté les autres de s'expoſer
à pareilles aventures. »
« On n'a pu réuffir à bien conſerver les beftiaux
: quelques vaches font mortes durant la traverfée
; & après le débarquement , il s'en eft
égaré d'autres fi avant dans les bois , qu'elles fontperdues
fans reffource . Les moutons n'ont pas
profité ; les herbages de la baie paroiffent ne
point leur convenir , ils ne les nourriffent pas
comme ceux auxquels ils font accoutumés , &
l'on craint qu'ils ne multiplient pas. Quant aux
cochons , ils étoient dans le meilleur état au
départ du vaiffeau , ainfi que la volaille , qui ,
en général , promet un très-bon rapport. »
" Quand le Prince de Galles a quitté la baie
de Jackfon , le r5 juillet , on avoit l'espérance
de la plus belle moiffon , mais feulement fur douze
acres de terrain , la faifon trop avancée n'ayant
pas permis une culture plus étendue. „
-
« Le Poiffon qu'on trouve fur la côte eſt affez
médiocre ; les Naturels tirent la principale parties
de leur nourriture de coquillages , & d'un petit
quadrupede décrit par Cook , dont les jambes an
térieures font beaucoup plus longues que celles
de
( 73 )
de derrière. On a empaillé plufieurs de ces animaux
pour les apporter en Angleterre ; on a même
ellayé , mais fans fuccès , d'en faire paſſer de
vivans. »
« On dit que le Prince de Galles , après avoir
quitté la Nouvelle- Hollande , a continué fa route
à travers la mer du Sud , & paffé le détroit de
Magellan. Ce vaiffeau fe fépara du Borrowdale
le 15 août dernier , mais il le retrouva à Rio
Janeiro. Ils firent voile enfemble de ce port , &
fe féparèrent de nouveau , le 25 décembre dernier.
Le Capitaine Mafon eft mort fur le Prince
de Galles ; M. Moore, fecond maître , lui a
fuccédé dans le commandement. Il est mort auffi
quatre Matelots. »
« Le Commodore Phillips , Gouverneur de
f'Etabliffement , & le Major Roff, Gouverneur
Député , jouiffoient de la meilleure fanté , ainfi
que le Capitaine Hunter, Lieutenant du Supply
& M. Long , Lieutenant des foldats de Marine. »
"
Les deux bâtimens restés en arrière
sont arrivés à Plymouth , et hier l'Amirauté
à reçu les Journaux et Dépêches
du Commodore Phillips , dont ils étoient
chargés. Dans huit jours , nous donnerons
le précis des détails intéressans , contenus
dans ces dépêches officielles , que M.
Maxwell , Lieutenant des Soldats de
Marine , vient de remettre à l'Amirauté.
A la fin de janvier 1788 , notre flottille
vit arriver à la Baie Botanique les
deux frégates Françoises sous les ordres
de M. de la Peyrouse , à qui le Commodore
Phillips donna le peu de munitions
et de rafraîchissemens dont il
pouvoit se dessaisir . Les François étoient
Nº. 15. 11 Avril 1789.
.༩
d
( 74 )
restés à la Baie Botanique cinq se
maines , durant lesquelles les deux escadres
furent en visites continuelles .
Suivant le rapport que nous citons ,
M. de la Peyrouse apprit aux Anglois
qu'il avoit perdu 14 hommes massacrés
à l'isle des Navigateurs , et que deux
de ses chaloupes avoient péri avec ceux
qui les montoient . Probablement il
est ici question de l'accident arrivé sur
les côtes de la Californie .
y
M. de Calonne, ci-devant Contrôleurgénéral
des Finances de France , a été
élu Membre de la Société pour l'encou
ragement des Arts , Manufactures et
Commerce.
Le très-honorable Thomas Osborne,
Duc de Leeds , Marquis de Carmar
then , Comte de Danby , Vicomte Latimer
(Vicomte Dumblain , en Ecosse
Baron Osborne de Kiveton , est mort, le
23 de ce mois , âgé de 76 ans, Son
titre passe à son fils , Marquis de Car
marthen , Secrétaire d'Etat des Affaires
extérieures.
« La première mention que l'on trouve dans
l'hiftoire , de l'importation par mer du charbon
de terre à Londres , remonte à l'année 1350 ,
& l'on voit , en 1400 , une pétition de la Nobleffe
& des Citoyens au Roi , pour lui demander
de prohiber déformais l'ufage d'un genre de
chauffage fi nuifible & fi mal-fain. » Voilà
comment nos ancêtres le jugeoient . »
« Depuis ce période jufqu'à nos jours , l'impor
tation s'eft accrue graduellement , fans beaucoup
}
( 75 )
de variation ; la Nobleffe & les Citoyens feroient
aujourd'hui dans une bien plus vive inquiétude
que leurs ancêtres , fi l'on manquoit de la quantité
fuffifante de ce chauffage nuifible & mal-
Jain. »
« Comme article de commerce , on peut juger
de fon importance par le tableau fuivant : »
« On emploie de 4 à 500 navires , plus ou
moins grands , à amener des charbons à Londres
& dans les différentes villes fituées fur les côtes ;
ces vaiffeaux font montés par plus de cinquante
mille Matelots & autres Employés. »
3
« L'importation , pour la feule ville de Londres
, dans le cours de l'année dernière 1788 ,
s'eft élevée à fept cent foixante-fix mille fept
cent quatre-vingt- quinze chaldrons , ( mefure de 4
minots ) venant de Newcaſtle , de Sunderland ,
de Blyth-nook , d'Ecoffe , de la principauté de
Galles & de Liverpool. »
« Les droits que la prodigieufe importation de
ce combustible , pour la feule Métropole , vaut à
l'échiquier, ne montent pas à moins de 306,7181 ,
& cela , fans qu'il en coûte l'entretien d'un
feul Officier des Douanes pour la vifite des na.
vires. L'importation de 1788 a furpaffé celle de
chaque année précédente , de cinq mille chaldrons ,
pour le moins. Cet excédent auroit pu s'élever
à vingt ou trente mille fans les vents contraires
de novembre , & les froids violens qui nous ont
pris dès le commencement de décembre. ››
M. Joseph Booth, Peintre de Portrait ,
vient de publier une brochure , où il
rend compte au Public d'une invention
très-singulière , à laquelle il donne le
nom d'Art Polygraphique. Cét Artiste
ingénieux prétend avoir trouvé des procédés
mécaniques et chimiques pour
dij
( 76 )
copier les Tableaux en couleurs à
l'huile , et les multiplier à volonté.
Il assure que , sans altérer en rien
l'original , son art en donne des copies
si fidelles et si exactes , qu'en les placant
dans leur vrai point de vue , et à la
distance convenable , il faut l'oeil d'un
connoisseur très- exercé pour les distinguer
du modèle. A
Ces copies seront à fort bon marché ;
elles ne coûteront jamais plus du dixième
du prix de l'original , et souvent moins.
Une expérience de douze années garantit
la durée de ces morceaux exécutés
en couleurs à l'huile : en un mot , cette
invention peut être regardée , à tous
égards , comme étant à la Peinture ce
que la Gravure est au Dessin , et l'art
d'imprimer à celui d'écrire.
Un Journaliste Anglois assure que les
propriétaires de cette invention , qui
ont fourni à M. Booth les fonds néces
saires pour la conduire à sa perfection ,
sont, par leur caractère et par leur fortune
, des gens dignes de toute confiance
.
FRANC E.
De Versailles , le 1er avril.
Le Comte Etienne de Ficquelmont , le Marquis
de la Garde de Saint - Angel , le Comte de
la Briffe & le Comte Hector de Monteynard ,
qui avoient eu l'honneur d'être préſentés au Roi ,
le 23 , celui de monter dans les voiont
eu ,
( 77.)

tures de Sa Majefté , & de la fuivre à la chaffe .
Le Comte de Châ'on , que le Roi a nommé
fon Ambaffadeur à la Cour de Portugal , & le
Marquis de Bombelles , nommé pour réfider
avec le mêine caractère , près la République de
Venife , ont eu , le 25 , l'honneur de faire leurs
remerciemens à Sa Majefté , à laquelle ils ont
été préfentés par le Comte de Montmorin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangères.
"
Le Vicomte de Touftaint -Richebourg , Chevalier
de S. Louis , Affocié de plufieurs Académies
a eu l'honneur de préfenter à Leurs
Majeftés , à Monfieur & à Monſeigneur Comte
d'Artois , un ouvrage de fa compofition , dédié
aux trois Ordres du royaume , & intitulé : Effai
fur l'Hiftoire de Neuftrie ou de Normandie
depuis Jules-Cefar jufqu'à Philippe- Augufte ; fuivi
d'une efquiffe hiftorique de la Province , de 1204 à
1788.
Le Chevalier Richard de Gauville , Capitaine
d'Artillerie , a eu , le 8 du mois dernier , l'honneur
d'être préfenté au Roi.
Le 22 , M. Vernier d'Audrecy , premier Avocat-
général du Grand- Confeil , & M. de Montillet
, Procureur - général en la même Cour , ont
eu l'honneur d'être préfentés au Roi & à la
Famille Royale par le Garde- des-Sceaux .
Le Marquis d'lfle , le Comte de Murat de
Vernines , le Marquis de Raffin - d'Hauterive , le
Vicomte de la Couldre- la -Bretonnière , le Comte
de Vaffelot , qui avoient eu l'honneur d'être préfentés
au Roi , ont eu , le 27 , celui de monter
dans les voitures de Sa Majefté , & de la fuivre
à la chaffe.
Le Marquis de Vergennes , Ambaffadeur du
Roi en Suiffe , ayant demandé & obtenu fon
rappel , le Roi a nommé , pour le remplacer ,
>
diij
( 78 )
le Marquis de Vérac , ci-devant fon Ambaſſadeur
près les Etats-Généraux des Provinces - Unies des
Pays- Bas , qui , le 28 , a eu l'honneur de faire
fes remerciemens à Sa Majefté , étant préſenté
par le Comte de Montmorin , Miniftre & Se-.
crétaire d'Etat , ayant le département des Affaires
Etra gères . Ce Miniftre a , en même-temps ,
préfenté au Roi le Duc de la Vauguyon , Ambaffadeur
de Sa Majesté près le Roi d'Eſpagne ,
qui eft de retour ici par congé.
Le 29 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
ont figné le contrat de mariage du Vicomte de
la Porte de Ryantz , Colonel , attaché au régiment
Meftre-de-camp des Dragons , avec demcifelle
le Peletier de Saint- Fargeau ; & celui du
Come de Ba'delli , Officier au ég mert Royal-
Allemand , Cavalerie , avec de moifelle de Georgesd'Olières
de Luniny.
:
Le même jour , la Comteffe de Raftignac a
eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale par la Vicomteffe de Rastignac.
De Paris , le 8 avril.
RÉGLEMENT FAIT PAR LE Roi , pour
l'exécution de ses lettres de Convocation
aux Etats-Généraux , dans sa bonne
ville de Paris , et dans la Prévôté et
Vicomté de Paris , du 28 mars 1789.
Par ce Réglement , le Prévôt de Paris.
convoquera les trois Ordres de l'extérieur
, et seulement le Clergé et la Noblesse
de l'intérieur. Le Tiers- Etat de
Paris le sera par le Prévôt des Marchands
; il fournira 300 Electeurs à
l'Assemblée de la Prévôté , pour rédiger
( 79 )
les cahiers , et y nommer 20 Députés
de leur Ordre aux Etats-Généraux . La
Noblesse et le Clergé nommeront chacun
150 Electeurs , qui iront dans cette
même Assemblée choisir dix Députés .
Ainsi , Paris seul fournira 40 Députés ,
lesquels seront invités par la Ville à
venir dresser le cahier particulier de
la capitale, avec quelques Notables que
choisira le Corps- de-ville.
Il y a tant de Bailliages , tant d'Assemblées
, de Discours , de Délibérations ,
d'Arrêtés et de Cahiers , que nous ne
pourrions , sans témérité , entreprendre
des extraits d'une aussi vaste collection .
Dans l'universalité des Bailliages , dont les
résolutions sont jusqu'ici connues , le Cler
gé et la Noblesse se sont réunis au voeu
d'une égalité d'impositions , et du désistement
des exemptions pécuniaires . De
cette multitude de Délibérations , nous
nous bornerons à faire connoître celle
de la Sénéchaussée d'Auvergne ; elle
est exprimée avec simplicité .
Le Tiers- Etat de la Sénéchaudée d'Auvergne
s'étant affemblé en conféquence de la Lettre de
Convocation du Roi , un des Membres propofa
que toutes les perfonnes privilégiées renonçaffent
aux priviléges qu'elles pouvoient avoir , & fe fisfent
connoître avant l'Election des Députés ;
toute l'Aſſemblée déclara unanimement qu'elle
renonçoit à tous les priviléges pécuniaires . On
annonça MM. de l'Ordre de la Nobleſſe qui ,
ayant M. le Sénéchal à leur tête , vinrent déclarer
div
( 80 )
que leur Ordre renonçoit de même à tous priviléges
pécuniaires , à l'exception du vol du chapon
, qui eft de quarante toifes carrées de terrain
autour du principal manoir ; ce qui fut agréé avec
acclamation par toute l'Affemblée.
MM . du Clergé fe renditent hier en la Chambre´
du Tiers , pour annoncer qu'ils rer.onçoient au
privilége entier de leur Ordie , ce qui fut reçu
avec les applaudiffemens les plus vifs .
Ces déclarations donnèrent lieu aux deux Arrêtés
fuivans :
Fremier Arrêté. L'Affemblée des Communes de
la Sénéchauffée d'Auvergne , en rentrant aujour
d'hui dans fa Chambre , éprouve la plus vive.
impatience de fe préfenter en corps dans celle
de la Nobleffe , & de témoigner à cet Ordre
illuftre les fentimens dont elle eft pénétrée pour
tous fes Membres.
Les faftes de notre Hiftoire ne préfentent pas
de plus beau mouvement de patriotifme que
celui qui a conduit hier la Nobleffe d'Auvergne
dans l'Affemblée du Tiers- Etat , & qui , en confondant
tous les coeurs , y a gravé ineffaçablement
tous les droits.
L'abandon généreux des priviléges pécuniaires
eft d'autant mieux fenti par les Communes , qu'elles
ne fe diffimulent pas que la richeffe n'eft pas ,
comme la générofité , l'apanage de l'ancienne
Nobleffe d'Auvergne ; mais elle retrouvera toujours
, dans l'affection & la reconnoiffance du
peuple, l'honorable compenfation . de fes facrifices.
C'est pour en perpétuer le fouvenir que l'Affemblée
a réfolu que le préfent Arrêté , infcrit
fur fes regiſtres , & préfenté à MM . de la Nobleffe
par fon Préfident , feroit imprimé & publié dans
toutes les Paroiffes du reffort , afin que les gens
des campagnes apprennent qu'ils n'ont au - deſſus
( 81 )
d'eux , dans l'Ordre illuftre de la Nobleife , que
des protecteurs & des amis.
Second Arrêté. L'Affemblée du Tiers - Etat ne
peut voir qu'avec la plus grande joie l'O.dre le
plus digne de fa vénération s'unir à tous les fentimens
patriotiques , & aux principes de juftice &
de générofité dont la N bleffe a donné des preuves
li touchantes. L'Affemblée n'ignore pas qu'il
étoit dans l'intention de MM. du Clergé de manifefter
plus-tôt fes louables difpofitions , & que
l'honneur françois , les devoirs de citoyen , qui
ne contrarieront jamais les devoirs religieux ,
confonderont toujours les inté ê:s temporels des
Miniftres des autels avec ceux des autres Citoyens
; mais l'Affemblée n'en eft pas moins
touchée de la démarche affectueuse & de la noble
expreffion des fentimens de l'Ordre du Clergé :
elle a arrêté , en conféquence , qu'il en feroit
dreffé procès - verbal , & que le préfent Arrêté ,
inferit fur fes regiftres , feroit publié , imprimé
& envoyé dans toutes les Paroifes du reffort ,
pour que les habitans des campagnes connoiffent
tout ce qu'ils doivent , dans cette circonftance , à
l'Ordre vénérable du Clergé.
24 Commissaires ont rédigé , le 17
mars , le cahier des plaintes et doléances
du Tiers-Etat de la ville et banlieue de
Toulouse. Voici quelques- uns des articles
les plus dignes de curiosité .
» Supplier les Etats - Généraux d'arrêter , conformément
à la décifion de Sa Maj . , que les Députés
du Tiers - Etat aux Affemblées nationales &
provinciales , feront toujours au moins en nombre
égal à celui des deux autres Oid es réunis , & qu'on
-y délibérera par tête , & non par ordre. »
Supplier le Roi de déterminer les fommes
néceffaires pour foutenir dignement la fplendeur
d v
( 82 )
du trône , & dont le Miniftre des Finances ne
fera refponfable qu'envers Sa Majeſté. »
« Les Etats- Généraux font également fuppliés
de fixer la dépenfe de chacun des Départe
mens. »
« D'affujettir le Miniftre des Finances à rendre
comp:e du produit des impôts & tous autres
revenus à l'Affemblée des Etats- Généraux , & à
tel autre Tribunal qu'ilsjugeront à propos d'établir,
pour le temps intermédiaire , auquel compte , rendu
public dans l'année , fera jointe la lifte des perfions
, avec l'énonciation des motifs qui les auront
fait accorder. »
« Déclarer les Miniftres du Roi refponfables
envers la Nation , des malverfations dans les Finances
, ainfi que des atteintes portées aux droits ,
tant nationaux que particuliers , pour le tout être
jugé par tel Tribunal qu'ilplaira aux Etats- Généraux.
d'établir. »
« D'arrêter que les Edits burfaux & Lois
quelconques , autres que celles relatives à la juſtice
diftributive , feront confentis par les Etats-
Gér éraux , & envoyés aux Parlemens & autres
Jurifdictions , pour les enregiſtrer , garder & faire
exécuter , fans qu'ils puiffent dans aucun cas y
faire aucune modification , ni changement. »
« Supprimer les Milices , comme nuifibles à
l'agriculture & à l'induftrie. »
"
r
Supprimer toutes leudes & péages , en dédommageant
les Seigneurs & aut es propriétaires. »>
Supprimer toute eſpèce de privilége exclufif,
afin de donner un libre cours & au commerce &
à l'induftrie , fans entendre néanmoins porter atteinte
aux Maîtrifes , Corps & Jurandes légalement
établis , ni aux priviléges accordés aux Imprimeurs
, pour la première édition des ouvrages
par eux acquis des Auteurs ou de leurs hé(
83 )
ritiers , ni à l'exécution des lois du royaume ,
portant fuppreffion du compagnonage . »
" Soumettre à un Comité national l'examen
approfondi du traité de commerce avec l'Angleterre
Four être ftatué ce qu'il appartiendra fur fon rap- port. »
T
« Autorifer les diverfes villes du royaume à
établir des Caiffes d'Efcompte & des Mont- de-
Piété. »
« Abolir dans la difcipline militaire la peine
des coups de plat de fabre , plus propre à avilir
le Soldat qu'à le ramener aux principes de délicateffe
& d'honneur , qui ont toujours formé le
caractère des François , & dans lesquels il eft
important d'entretenir le génie de la Nation . »
« Dans l'Assemblée générale du Bailliage
de Caen , l'Evêque de Bayeux présida
d'abord le Clergé , et se retira ensuite
en se joignant aux protestations , qui
furent faites par son Chapitre de l'Eglise
Cathédrale de Bayeux , par celui
de l'Eglise Cathédrale de Séez , et les
autres Chapitres des Collégiales . Ils pro--
teştèrent contre le Réglement , en le
regardant comme illégal et inconstitutionnel
. Le Clergé fut présidé par l'Abbé-
Régulier de l'Abbaye de Barbery , après
avoir arrêté de n'avoir aucun égard aux
protestations des Chapitres des Eglises
Cathédrales et Collégiales. »
Dans cette Affemblée , le Duc de Coigny
préfidé la Nobleffe comme Grand- Failli .
M. du Perray de l'Ifte comme Lieutenant-
Général du Bailliage de Caen , a préfidé le Tiers-
Elat.
+
Le Clergé a exprimé dans fon Arrêté fon cond
vi
( 84 )

fentement à ce que l'impôt , fous quelque dénomination
qu'il puiffe être établi , quel qu'en foit l'objet ,
pèfe déformais fur toutes les propriétés.
L'Ordre de la Nob'effe a arrêté de fupporter les
impôts dans une parfaite égalité , & chacun dans la
proportion de fa fortune , ne prétendant fe réſerver
que les droits facrés de la propriété , & les diftinctions
néceffaires dans une Monarche , s'en rappor
tant abfolument aux Etats- Généraux pour régler
LES IMMUNITÉS ET PRIVILÉGES à conferver INDISPENSABLEMENT
à la Nobleſſe.
L'Arrêté du Tiers- Etat porte qu'il fe fera toujours
un devoir de respecter les diftinctions qui appartiennent
à la Noblesse dans une Monarchie ; bien
perfuadé que les IMMUNITÉS ET FRIVILÉGES
qu'elle fe réferve de faire régler par les Etats- Généraux
, ne feront point contraires aux droits & à la
liberté du Tiers Etat , ni au bonheur de la Nation .
*
Les listes courantes des Députés aux
Etats - Généraux , nommés jusqu'à ce
jour , sont plus ou moins fautives , et
nous ne répondons pas de l'exactituds
absolue de toutes celles que nous présentons.
Nous publierons avec empressement
les rectifications qu'on voudra
bien nous indiquer , et la plupart des
Notes suivantes nous ont été envoyées
des Bailliages même . Nous sollicitons , et
nous recevrons avec reconnoissance les
indications attestées qu'on voudra bien
nous faire parvenir.
Suite de la liste des Députés.
Saint- Quentin. Clergé. M. l'Abbé
Marolle , Curé de la paroisse de St.
( 85
Jean-Baptiste de la ville de St. Quentin.
Noblesse. Le Comte de Pardieu ; suppléant
, le Comte de Flavigny. Tiers .
M. Fouquier , Seigneur en partie , et
Cultivateur d'Hérouël ; suppléant , M.
l'Abbé du Plagnet. »
« Château-Thierry. Clergé. M. Thirial,
Curé de la paroisse de St. Crépin
de Château- Thierry ; suppléant , M.
Remard , Curé de la paroisse de Seringes
. Noblesse. M. de Graimberg de
Belleau , Syndic.de l'Assemblée d'élection
de Château - Thierry , pour les
Ordres du Clergé et de la Noblesse ;
suppléant , M. de Boisrouveage , Capitaine
de Dragons. Tiers. M. Pinterel
de Couverny , Lieutenant -général du
Bailliage de Château-Thierry ; M. Harmaud
, Avocat à Château - Thierry ;
suppléans , Suthil , Avocat et Syndic de
l'Assemblée d'élection de Château-Thierry
pour l'Ordre du Tiers-Etat , et Potel,
fils , Laboureur à Sommelon. »
<< Bar- sur- Seine . Clergé. M. Bluget ,
Curé des Ricey , Noblesse . Le Baron
de Crussol. Tiers. MM. Bouchotte
Procureur du Roi du Comté de Bar , et
Parisot, Avocat en Parlement. »
« Caën . Clergé. MM. Francois, Curé
de Mutrécy ; l'Evêque, Curé de Tracy ,
et le Tellier, Curé de Bonoeil. Noblesse.
Le Duc de Coigny , le Comte Louis
de Vassy , le Baron de Wimpfen.
86 )
Tiers. MM. de Cussy , Directeur-général
des Monnoies ; de Launey, Avocat à
Bayeux ; Poullain de Beauchesne, de
Falaise ; Lamy l'aîné , Négociant ;
Flaust , Lieutenant - général du Bailliage
de Vire , et Pain , Conseiller au
Bailliage de Thorigny. »
« Castres. Clergé. M. l'Evêque de
Castres . Noblesse . Le Comte de Toulouse-
Lautrec. Tiers . MM. Ricard
Conseiller au Sénéchal , et Cavaliez. »
« Dourdan. Clergé. M. Milet , Curé
de St. Pierre . Noblesse. Le Baron de
Gauville. Tiers. MM. Buffy , Notaire ,
et Lebrun. »
« Laon. Clergé. M. l'Evêque de Laon
et le Curé de l'Echelle. Noblesse. Le
Vicomte des Fossez , Lieutenant des
Maréchaux de France , à Coucy ; de Quemy,
Chevalier de St. Louis , et le Comte
de Miremont , Capitaine de Dragons.
Tiers. MM. de Veines , Avocat , le Car
lier, le Carlier de Coucy , et Vieville
Fermier. »
<< Mantes. Clergé. M. Lechopier, Curé
de Flins. Tiers . MM. Meusnier Dubreuil,
Lieutenant-général du Bailliage ,
et Germiot , Membre de la Société d'Agriculture.
»
« Montfort-l'Amaury . Clergé. Le Curé
de Garencières , le Curé de Montigny,
Noblesse . Le Comte Mathieu de Montmorency
et le Chevalier de Maulette.
( 87 )
Tiers . MM. de Linières , Hautducourt,
Laboureur à Neauphle , Lallier , Marchand
de bois à Rambouillet , et Auvry,
Avocat à Dreux. »
« Riom. Clergé. M. l'Evêque de Clermont
, le Curé d'Aché , le Curé de Boliagué,
l'Abbé de Bonnefons . Noblesse.
Le Marquis de la Rousière , le Marquis
de la Qeuille. Tiers. MM. Redon ,
Avocat , Giraud de Pourrolle , Dufresse,
Branche, Grenier, de Riberollc-
Martenonche, Vimal de Flouva '; Andrieux.
»
« Cahors. Clergé. M. l'Evêque de
Cahors et deux Curés . Noblesse. Le
Duc de Biron , le Marquis de la Valette
, le Marquis de Plas de Tanne. »
le
« Caudebec. Clergé. L'Abbé de Prades
, Grand-Vicaire de Rouen , le Curé
d'Angerville , le Curé d'Emalleville.
Noblesse. Le Marquis de Cairon ,
Marquis de Bouville , le Marquis de
Thiboutot. Tiers . MM. Begouen de
Meaux, Négociant du Havre ; Bourdon,
Bailli à Dieppe ; Fleury , Procureur du
Roi à Montivilliers ; Lanon , Laboureur
; Simon , Laboureur , et Cherfils
Procureur du Roi à Cany.
« Vendôme. Clergé. Le Curé de St.
Martin de Surgy , ( suppléant , le Curé
de St. Borohomée) Noblesse . Le Comte
de Sarrasin.Tiers.MM.Polhez,Echevin
( 88 )
de Montloire , et Crenier , Marchand de
fer.
« Evreux. Clergé. Le Curé d'Iliers et
te Curé de Sainte - Croix de Bernay.
Noblesse. Le Comte de Bonneville et le
Marquis de Chambray. Tiers. MM.
Buschez des Noës , Conseiller au Bailliage
de Bernay ; le Maréchal , Négociant
; Beauperrez , Propriétaire, et Bu
rot, Avocat à Evreux. »
« Libourne. Clergé. Le Curé de Se- .
nectère. Noblesse . M.du Puch de Montbreton.
Tiers. MM. Dumas et Meslte,
Avocat..
<<
Bourges. Clerge. M. l'Archevêque
de Bourges ; de Villebanois , Curé de
St. Jean de Bourges ; Ivernault , Chanoine
de St. Ursin , et Poupard, Curé
de Sancerre . Noblesse . Le Comte de la
Chatre , le Marquis de Bouthilliers , le
Vicomte de Lamerville, de Bengy de
Puyvalle. Tiers . MM. Boëry , Poya ,
le Grand, Thoret , Sallé de Choux ,
Baucheton , Grangier , Auclerc des
Costes. »
k
« Langres. Clergé. M. l'Evêque-Duc
de Langres. Noblesse. M. de Froment.
Tiers. MM. Thevenot de Maroise , Avccat
, et Henriot de Montigny. »
« Lyon. Clergé. L'Abbé de Castellas ,
Doyen du Chapitre et Comte de Lyon ;
Abbé Charrier de la Roche , Prévôt ,
Curé d'Enay ; l'Abbé Flachat , Curé de
( 89 )
St. Chamond , et l'Abbé Mayet , Curé
de Rochetaillé. Noblesse. Le Marquis de
Montdor, Boesse de Tenury , le Marquis
de Loras , Deschamps , fils , Avocat.
Tiers pour la Ville ; MM . Milanois
, Périsse du Luc , Couderc , Goulard
l'aîné. Tiers pour le plat Pays . MM .
Basset, Lieutenant-général de la Sénéchaussée
; Girard , Médecin à Taras ;
Bouchardier , Négociant à Saint-Cha-.
mond , et Treuillet, Propriétaire à Charlieu
. >>
« Le Mans. Clergé. MM . Bourdet ,
Curé de Boire ; Bertherault , Curé de
Teillé ; Grandin , Curé d'Ernée ; Femusson
, Curé de Domfront , Chanoine
Régulier , et l'Evêque du Mans . Noblesse.
Le Marquis de Montesson , le
Chevalier de Hercé , le Vidame, de
Vasse , le Comte de Tessé , le Marquis
de Bailly de Frenay. Tiers . MM.
Anjubault de la Roche , Lieutenant -général
de Laval ; Heliand , Trésorier du
bureau de charité , au Mans ; de Jouye
des Roches , Lieutenant -général du Présidial
du Mans ; Maupetit , Avocat du
Roi , à Mayenne ; Lasnier , Négociant
à Laval ; Guerin , Maître de forges de
la Gaudinière ; Menard de la Groye ,
Conseiller au Présidial du Mans ; Delalande
, Lieutenant de Maire d'Ernée ;
Gournay , Avocat à Mayenne , et de
Beaumont , Conseiller à l'Election du
Mans. »
( 90 )
Blois. Clergé. MM. Chabot , Curé
de la Chaussée , et de la Roche Negly ,
Prieur de Saint - Honoré . Noblesse. Le
Vicomte de Beauharnois , Major en
second du régiment de la Sarre , et le
Chevalier de Phelinnes , Capitaine au
Corps Royal du Génie. Tiers. MM.
Drouillon , Lieutenant- général au Bailliage
de Blois ; Turpin , Lieutenant Criminel
; de la Forge , Avocat au Bailliage
de Blois , et Dinocheau , Avocat . »
<< La Rochelle . Clergé. M. Pinnelière,
Curé de St. Martin, isle de Rhé. Noblesse.
Le Comte de Malartic. Tiers . MM.
Griffon de Romagné, Maître des Comptes
et Lieutenant-général de la Séné
chaussée , et Alquier , Avocat du Roi
et Maire . »
<< Rhodez . Clergé. M. l'Evêque de
Rhodez. Noblesse . Le Vicomte de
Panat, Tiers , MM. Pons Delong et
Rodat Dolems , Propriétaires . »
« Nevers. Clergé. M. l'Evêque de Nevers.
Noblesse. Le Comte de Damas
d'Anlezy. Tiers , MM. Girard de Bous
son et · »
<< Provins. Clergé. L'Abbé de la Rochefoucault.
Noblesse. Le Comte de
Parroy. Tiers. MM. Rousselet, Avocat,
et Davaux , Propriétaire. »
«Alençon . Clergé. MM. l'Abbé Leclere
d'Argentan , et Dufresne , Curé du Menil
- Durand. Noblesse. Le Marquis de
( 91 )
Vrigny et M. de Châlons , Conseiller au
Parlement de Normandie ; suppléant
le Vicomte de Chambroz. Tiers . MM .
Goupil de Prefelne. , Belzais de Courmenil
, Procureur du Roi en l'Election ;
Colombel de Boisaulard , Négociant
de Laigle , et Bigot de Beauregard ,
Maire de Domfront »
<< Saintes. Clergé. M. l'Evêque de
Saintes. Noblesse. Le Comte de la
Tour-du-Pin. Tiers . MM. Garesché
Propriétaire , le Mercier , Augier , Négociant
, Rauer, Avocat. »
La Société Royale de Médecine a
tenu , le 3 mars 1789 , son Assemblée
publique au Louvre , dans l'ordre sui- .
vant. Au commencement de la Séance
le Secrétaire perpétuel a dit :
La Société de Médecine avoit proposé dans
fa Séance publique du 27 février 1987 , pour
fujet d'un Prix de la valeur de 600 livres , dû
à la bienfaifance d'une perfonne qui n'a pas voulu
fe faire connoître , la queftion fuivante :
Déterminer par l'obfervation quelles font les maladies
qui résultent des émanations des eaux flagnantes
, & des pays marécageux , foit pour ceux
qui habitent dans les environs , foit pour ceux qui
travaillent à leur defsèchement , & quels font les
moyens de les prévenir & d'y remédier
Parmi les Mémoires envoyés au Concours ,
trois ont paru mériter de partager le Prix , & la
Compagnie a décerné à chacun des Auteurs une
Médaille d'or de la valeur de 200 livres , dans
l'ordre fuivant :
( 92 )
2
La première Médaille a été adjugée à M. Bicher ,
Docteur en Médecine , à Rotterdam .
La feconde Médaille a été adjugée à M. Ramel ,
Docteur en Médecine , à Aubagne , en Provence.
La troifième Médaille a été décernée à M.
Baumes , Docteur en Médecine , à Nifmes .
PRIX REMIS.
I. La Société Royale avoit propofé dans fa
Séance publique du 28 août 1787 , pour fujet
d'un prix de la valeur de 600 livres , fondé par
un Citoyen qui ne s'eft pas fait connoître , la
queftion fuivante :
Rechercher quelles font les caufes de l'endurcifement
du tiffu cellulaire auquel plufieurs enfans nouveau-
nés font fujets , & quel doit en être le traitement
, foit préfervatif, foit curatif?
Parmi les Mémoires envoyés à ce Concours ,
dont aucun n'a mérité le prix , la Société en a
diftingué deux dont elle a cru devoir faire une
mention honorable.
La Société propofe donc de nouveau , pour
fujet d'un prix de la valeur de 600 livres , le même
Programme.
Ce prix fera diftribué dans la Séance publique
du mois d'a ût 1790. Les Mémoires doivent être
envoyés avant le premier mai de la même année.
Ce terme eft de rigueur.
II. La Société avoit propofé dans la Séance
publique du 3 mars 1786 , pour fujet d'un prix
de la valeur de 600 liv. , fondé par le Roi , la
queftion fuivante : Déterminer quelles font les maladies
dont le fyftême des vaiffeaux lymphatiques eft
le fiége , c'est-à- dire , dans lesquelles les glandes , les
vaiffeaux lymphatiques & lefluide qu'ils contiennent
font effentiellement affectés ; quels font les fymptômes
( 93 )
qui les caractérisent , & les indications qu'elles offrent
à remplir?
Parmi les Mémoires envoyés à ce Concours ,
dont aucun n'a mérité le prix , la Compagnie
a remarqué celui qui a été envoyé avec cette
épigraphe .
Si quid nofti rectius iftis.
Candidus imperti....
Horat .
La Société a été fatisfaite de la partie anatomique
de ce Mémoire ; mais l'Auteur n'ayant
pas appliqué fes connoiffances à la pratique de
la Médecine , le prix n'a pu lui être adjugé.
La Compagnie propofe donc le même Programme
pour fujet d'un prix de la valeur de 600 ) .
On trouvera dans le Programme que la Société
a publié le 7 mars 1786 , la lifte des ouvrages
les plus modernes qui ont été publiés fur la ftructure
des vaiffeaux lymphatiques .
Ce prix fera diftribué dans la Séance publique
du mois d'août 1790. Les Mémoires feront envoyés
avant le premier mai de la même année ;
ce terme eft de rigueur.
III. La Société Royale de Médecine avoit propofé
, dans fon Affemblée publique du 7 mars
1786 , pour fujet d'un prix de la valeur de 400
livres , dû à la bienfaifance d'un Militaire diftingué,
& dont la diftribution a été différée dans
la Séance du 28 août 1787 , la queſtion fuivante :
Déterminer quelles font , relativement à la température
de la faifon & à la nature du climat , les
Précautions à prendre pour conferver la fanté d'une
Armée vers la fin de l'hiver , & dans les premiers
mois de la Campagne ; à quelles maladies les Troupes
font le plus expofées à cette époque , & quels font
( 94 )
:
les meilleurs moyens de trauter ou de prévenir ces
maladies ?
La Société propoſe de nouveau le même Programme
, fans indiquer l'époque fixe pour l'envoi
des noires.
PRIX PROPOSÉ S.
I. La Société Royale propofe pour fujet d'un
prix de la valeur de 1600 livres , la queſtion
fuivante :
Déterminer , par des obfervations & des expériences ,
quelle eft la nature du vice qui attaque & ramollit
les os dans le RACHITIS ou la noueure , & rechercher
, d'après cette connoiffance acquife , fi le traitement
de cette maladie ne pourroit pas être perfec-
·tionné?
Ce prix fera diftribué dans la Séance publique
de Carême 1790. Les Mémoires feront envoyés
avant le premier février de la même année ; ce
terme eft de rigueur. Ils feront adreffés francs
de port à M. Vicq- d'Azur , Secrétaire perpétuel
de la Société , rue de Tournon , no . 13.
Les Médecins , les Chirurgiens , & tous ceux
qui ont recueilli des obfervations intéreffantes
fur le traitement du Rachitis ou de la maladie
vertébrale , & qui ne font pas dans l'intention
de concourir , font inſtamment priés de nous les
envoyer au plus tôt , fous l'enveloppe de M. le
Directeur Général des Finances. Il en fera fait
une mention honorable dans nos Séances publiques.
La Société Royale a propofé dans fa Séance
publique du 12 février 1788 , nn Programme
fur l'alaitement artificiel des enfans nouveaunés
: elle a annoncé que M. de Crofne , Lieutenant-
Général de Police , lui a remis une fomme
de 2000 liv , pour être diftribuée dans la pro(
95 )
chaine Séance publique , fous la forme de mé
dailles d'or de différente valeur , aux Auteurs des
meilleurs Mémoires envoyés dans ce Concours.
On pourra différer l'envoi des obfervations
ou Mémoires , juſqu'au 15 juin de la préſente
année 1789.
Lectures faites dans la Séance publique de la
Société Royale de Médecine , le 3 mars 1789.
Après la lecture de la diftribution & annonce
des prix faite par le Secrétaire perpétuel , M. de
Juffiu a lu une notice fur les Mémoires envoyés
à la Société Royale de Médecine , depuis 1778
jufqu'en 1788 , & qui font au nombre de 228 ,
relativement à la Topographie médicale du
Royaume , & fur les travaux qui restent à faire
concernant cette branche de la Médecine
M. Thouret a lu un Mémoire fur l'exhumation
qui a eu lieu dans le cimetière des Saints-Innocens
, & fur les précautions des différens
genres qui ont été prises dans cette opération ,
dont la partie médicale a été confiée aux Commiffaires
de la Société Royale.
M. Vicq-d'Azyr a lu l'éloge de M. Raymond ,
Affocié Regnicole de la Société de Médecine
célèbre à Marſeille .
M. de la Guerenne a lu un Mémoire fur la
doctrine des anciens dans le traitement des fièvres
intermittentes .
M. de Fourcroy en a lu un fur l'analyse des
matières animales altérées par la putréfaction.
La Séance a été terminée par la lecture qu'a
faite M. Vicq-d'Azyr , de l'éloge de M. Stoll,
Profeffeur de Médecine-pratique , & Correfpondant
de la Société à Vienne,
( 96 )
Dans le nombre des personnes décé
dées depuis quinze jours , on a distingué
le Baron de Wurmser , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , M. Bouvard
de Fourqueur , Ministre d'Etat ,
et M. l'Evêque de Nevers , mort peu
de jours après sa nomination aux Etats-
Généraux .
i
*
Errata. Page 137 du N° . 12 de ce
Journal. Au lieu de PAYER avec le
Tiers le fardeau des impositions , lisez
PARTAGER.
Errata pour le N° . 13. Arts des Députés
de la Noblesse de l'Assemblée de
Soissons . Au lieu de M. le Chevalier de
la Noue , lisez M. Du Jay , suppléant.-
a.b d. r. H

JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 20 mars 1789.
و
L'ACTE d'union et de sûreté a été ratifié,
comme nous l'avons dit , par les
trois Ordres du Clergé , des Bourgeois
et des Paysans ; triple accession qui lui
donne force de Loi : la négative d'un
seul Ordre ne prévalant jamais , par la
Constitution fondamentale sur l'ap
probation des trois autres. Vainement
le Roi et la Nation ont cherché à amener
la Noblesse aux mêmes sentimens :
jusqu'ici , elle a invariable.nent persisté
dans son premier refus ; l'accès aux
places civiles , ouvert aux Membres des
Communes , soulève principalement des
esprits accoutumés si long-temps à la
possession exclusive des emplois ils regardent
comme une injustice l'abolition
No. 16. 18 Avril 1789,
( 98 )
«
d'une distinction injuste , et le partage
d'une de leurs prérogatives , comme
Fanéantissement de cette prérogative
même. D'après ces dispositions , l'Ordre
Equestre et la Noblesse ont tenu , le 16 ,
une Assemblée qui a duré depuis dix
heures et demie du matin , jusqu'à huit
heures du soir . Le Vice- Maréchal de la
Diète , après avoir communiqué à la Noblesse
que le Comité secret avoit accordé
au Roi la somme provisionnelle de 72
tonnes d'or , ou 1,200,000 rixdalers ( le rixdaler
vaut 6 liv. en Suède ) , lut une lettre
de S. M. qui portoit en substance :
Que trois semaines ayant été laissées
« àla Noblesse pour délibérer sur l'Acte
« de sûreté , la volonté de S. M. étoit
qu'Elle fit sur - le-champ sa déclaration
« finale , vu que les trois autres Ordres
« avoient consenti à l'Acte , à trois dif-
« férentes reprises , en présence de Sa
« Majesté , et l'avoient aussi fait signer
<< par leurs orateurs. » On fit de nouveau -
lecture de cet acte , et le Vice- Maréchal
recommanda à la Noblesse de procéder,
avec ordre et tranquillité , à la délibération
d'une affaire aussi importante aux
prérogatives du Roi , aux droits de la
Nation et au bonheur de la postérité.
Plus de 20 Membres de l'Ordre
<<
lèrent successivement jusques vers les 8
heures du soir. Enfin , le Vice - Maréchal
demanda à haute voix : Si la Noblesse
accédoit à l'Acte d'union et de sûreté?
( 99 )
On répondit négativement. Le Vice-
Maréchal reprit la parole , et demanda
' de nouveau : Si la Noblesse rejetoit
eet Acle entièrement , et dans toutes
ses parties? Ici , les voix se partagèrent ,
mais la pluralité persista dans la résclution
de rédiger des remontrances au
Roi , où la Noblesse motiveroit les raisons
de son refus. Nonobstant cette
opposition , on s'attend qu'en très-peu
de jours , l'Acte d'union et de sûreté
sera sanctionné par la Diète , et publié
comme Loi de l'Etat.
L'harmonie entre le Roi et la Nation
se manifeste chaque jour , par le zèle
´sans exemple avec lequel les provinces
concourent à l'envi à la défense de
la Patrie. Au nord du royaume , du
côté de la Norwège , la jeunesse des
villes et des campagnes s'est fait inscrire
sur la liste des Volontaires ; les Corps
francs se forment par-tout , et s'exercent
au maniement des armes. Les mêmes
mesures avoient déja été prises l'année
dernière dans les provinces plus méridionales;
mais aucune partie du royaume
´n'a témoigné plus de fidélité , d'ardeur
et d'attachement que la Finlande. La
Bourgeoisie et les Paysans des divers
districts s'y réunissent aussi en Corps
de Volontaires. Dans la Garélie - Suédoise
, les Paysans , les Officiers , Bas-
Officiers et Caporaux Vétérans , ont
unanimement offert de prendre les
´e ij
( 100 )
armes pour la défense des frontières.
Vainement M. de Thiesenhausen
Conseiller de Cour Russe , aidé de
quelques Nobles Suédois mécontens ,
ont tâché de porter cette contrée à la
révolte , et à l'inciter à se donner à la
Russie. Argent , intrigues , promesses ,
offres magnifiques , tout a été employé ,
et inutilement . Les habitans ont répondu
que , jusqu'au dernier qu'on laisseroit
sur le champ de bataille , ils resteroient
inviolablement attachés à la Couronne
de Suède. Cette horreur pour la domination
Russe se manifeste singulièrement
dans la lettre énergique et simple , remise
au Roi par les Députés de l'Ordre
des Paysans Finois ; en voici la traduction
:
« Sire , les Députés de l'Ordre des Payfans
du Grand-Duché de Finlande ofent mettre aux
pieds de V. M. les fentimens de la plus profonde
vénération dont eux & tous leurs concitoyens font
pénétrés pour V. M. , ainfi que leurs très - humbles
actions de graces pour la puiffante protection
qu'Elle a bien voulu accorder aux habitans de
la Finlande , en les mettant à couvert contre les
attaques d'un puiffant ennemi . »
"(
C'est par notre organe que tout le Peuple
Finlandois , animé du zèle le plus pur & de la
gratitude la mieux fentie pour les bienfaits dont
V. M. vient de le combler , fait parvenir au trône
les très-humbles affurances de fon attachement ,
de fa fidélité & de fon obéiffance inviolables
dont il eft pénétré pour la Perfonne facrée de
V. M. Ces francs & loyaux Sujets ont en jufte
horreur les rufes & les fupercheries dont quelques
( 101 )
h : mmes féduits & perfides fe font fervi pour
rompre les liens qui at :acheront à jamais ce Peuple
conftamment Toumis aux lois , & fidèle à fon obéisfance
à fon légitime Souverain . Ce Peuple n'oubliera
jamais fes devoirs & fes propres intérêts
au point de prêter l'oreille à des infinuations illufoires
& trompeufes ; il déteftera d'autant plus
tout joug, foit indigène , foit étranger , qu'il fait
apprécier la douceur , la clémerce & la fageffe
du glorieux règne de Gustave III ; & la postérité
abhorreroit à jufte titre la mémoire de ce Peuple ,
s'il penfoit , s'il agiffoit autrement. »
« Daignez donc , Sire , agréer les affurances.
franches & fincères de votre fidèle Peuple de la
Finlande , que rien au monde ne fera jamais capable
d'ébranler fon attachement & fa fidélité
envers V. M.; qu'il n'oubliera jamais les devoirs
qu'il doit à fon Roi & à la Patrie ; qu'il est prêt
à facrifier tout ce qui eft en fon pouvoir pour
défendre l'honneur & la dignité de fon Souverain ;
& qu'enfin il n'exifte dans toute la Finlande aucun
Payfan mal-intentionné pour V. M. , ou traitre
à la Patrie. »
" Afliftez-nous donc , Sire , nous vous eff
fupplions , contre tonos cremis , foit clandes
, toit déclarés , & nous ferons tous nos
efforts pour défendre V. M. & l'Etat , dans la
pleine conviction que V. M. , comb'ée des béné
dictions du Tout-Puiffant , parviendra à rétablir
l'ordre & le repos dans notre province , &
qu'Elle forcera nos ennemis à s'éloigner de nos
frontières , en nous donnant une paix folide &
honorable. »
" Nous fommes , & c. "
Le Roi répondit en ces termes , et
de vive voix , aux Députés :
« J'accepte avec la plus grande fatisfaction
e iij
( 102 )
les affurances réitérées de fidélité & du zèle franc
& loyal de mon Peuple de la Finlande . Ma'gré
toutes les illufions & les vaines appréhenſions
qu'on s'eft efforcé de répandre , i ne m'eft jamais
venu en idée de fufpecter les fentimens qui vous
animent , ainfi que tous vos concitoyens , pour
ma Perfonne. Je m'en fuis aperçu avec joie , lorfque
, environné d'ennemis clandeftins & publics ,
je féjournai parmi vous , & les rapports qui m'ont
été fa ts par mon Frère ont achevé de m'en convaincre.
L'amour pur que je porte à mon Peuple ,
trouve le plus noble encouragement dans l'affection
& la confiance qu'on me témoigne ; & comme
les habitans de la Finlande continuent à s'apprêter
avec courage pour repouffer les attaques & les
artifices de leurs ennemis , ils m'impofert par- là
une nouvelle obligation de n'épargner ni peines ,
foins pour maintenir , aux dépens même de
mon fang & de ma vie , leur honneur , leur
fûreté & leur réunion à la Suède , laquelle réunion
, fubfiftant heureufement depuis plus de 5
fècles , a fait la force , la fûreté & le bien être
réciproque des deux Etats ; réunion enfin à laquelle
la Fde doit fa religion , fes lois , fon agricul
ture , fon commerce & ef fortune , &c.
Les Prisonniers Confédérés de la Noblesse
et de l'Etat militaire de Finlande
sont arrivés ici successivement . Celui
contre lequel la Nation se montre le
plus animée , est le Brigadier Baron
de Hasifehr. L'année dernière , le Roi
lui confia le poste le plus important
de la Finlande ; il l'accepta , au lieu de
le résigner , comme ses principes pou
voient peut-être l'y obliger. Chargé ensuite
de l'attaque de la forteresse Russe
( 103 )
de Nyslot , il feignit de bloquer cette
place ; mais il en abandonna bientôt
le siége à la suite d'une correspondance
secrette qu'il entretenoit avec le Commandant
Russe . On a saisi huit lettres
de sa correspondance , qui vont servir
de fondement à une accusation de haute
trahison. Il est renfermé , ainsi que les
autres Prisonniers , au château de Fricdéricshoff
: dans le nombre de ces détenus
se trouvent deux Popes Russes qui
servoient d'espions à l'ennemi .
L'examen de l'état des Finances et
des affaires du royaume , traité dans le
Comité secret de la Diète , a constaté
un fait qui ne peut échapper qu'aux
esprits prévenus . Lorsque le Roi monta
sur le trône , les Finances étoient dans
le plus grand désordre , tous les revenus
embarrassés , l'armée , la marine , les
chantiers , les arsenaux , les grands chemins
, tous les établissemens publics
participoient à la décadence universelle
de l'Etat . Depuis le règne actuel , deux
flottes ont été construites à neuf, six
forteresses capitales rétablies , les routes
réparées et augmentées ; le numéraire
en circulation a presque doublé , ainsi
que les appointemens de la plupart
des Officiers civils.
Le Major Morian , qui avoit été envoyé
comme courrier en Finlande , en
est revenu le 7 de ce mois. On assure --
e iv
( 104 )
qu'il a apporté la nouvelle que l'armée ,
dans cette province , a accepté l'Acte
d'union et de sûreté , agréé par les
Ordres du Clergé , de la Bourgeoisie ,
des Paysans , et par une partie de la
Noblesse.
POLOG NE.
De Varsovie , le 22 mars .
Dans la 75 ° . Séance de la Diète , il
fat arrêté d'écrire au Prince Potemkin,
qu'en qualité de Vassal de la République,
il ne lui convenoit pas de recevoir des
troupes Russes dans sa terre de Szmila
en Ukraine , et qu'il eût à les en faire
sortir. Le Prince Sapieha se distingua à
cette occasion par le courage de ses
opinions. D'ailleurs , presque tout le
travail de la semaine dernière a roulé
sur l'imposition des biens ecclésiastiques.
Après beaucoup de débats , ces taxes
ont été décidément fixées à 20 pour
cent , comme sur les Starosties , non
compris le Don Gratuit ordinaire que
paye le Clergé. Les seuls Prieurés de
2,000 florins de revenu , sont exempts de
la nouvelle contribution.
Dans la Séance du lundi , la Dépu
tation des Affaires Etrangères rendit
compte à la Diète de son travail par
ticulier , et les portes furent closes.
( 105 )
On y fit lecture de la première Note
remise à la Cour de Berlin_par le
Prince Czartoryski , Ministre Extraor
dinaire de la République , et de la
Réponse qu'il a reçue . Ces deux pièces ,
si importantes dans les circonstances
actuelles , sont de la teneur suivante :
NOTE.
« LE SOUSSIGNÉ , Envoyé Extraordinaire de
S. M. le Roi & la Séréniffime République de
Pologne , empreffé de s'acquitter de fes ordres , a
'honneur de préfenter cette Note à Son Excellence
M. le Comte de Hertzberg; & comme il lui eft
enjoint de commencer fa miffion par manifefter
les fentimens de fa Nation envers S. M,, il a déja
tâché de s'acquitter , dans fa première audience ,
d'une Commiffion fi agréab'e & fi flatteufe , en
faifant connoître à S. M. comb en les Séréniffimes
Etats font pénétrés de reconnoiffance pour l'intérêt
qu'Elle a bien voulu prendre à eux , & il a l'honneur
de renouveler ici les mêmes fentimens qui
font ceux de toute la Nation. »
« L'offre contenue dans la fconde Note , préfentée
aux Eta's par le Ministre de S. M. , de
remplir envers la Sérénifime République , fes engagemens
d'alliance & de garantie générale , pour lui
affurerfon indépendance , fans vouloir d'ailleurs s'immifcer
dans fes affaires intérieures , ni gêner Li liberté
de fes délibérations & de fes réfolutions , a fait nonfeulement
la plus vive fentation , mais a même
beaucoup rehauffé les efpérances de la Nation ,
& raaimé le zèle de tous les bons Citoyens . »
« La République croit donc pouvoir efpérer de
voir renouveler une telle garantie , qui , ne gênant
en rien fon pouvoir législatif , ni la liberté de faire
les améliorations qu'Elle jugeroit être néceſſaires
e y
( 106 )
à fon Gouvernement , lui affure fes poffeffions &
fes libertés , fous telle forme de Gouvernement
qu'il lui plairoit d'avoir. "
« Elle défireroit encore que S. M. voulût employer
fes bons offices auprès de fes Co- Alliés ,
pour les engager à affurer auffi , par une femblable
garantie , les poffeffions de la République ; S. M.
acquéreroit par là un nouveau droit à la reconnoif.
fance de la Nation. »
« Du refte , la République , trop cccupée jufqu'ici
de fon Gouvernement intérieur , n'a pas
encore eu le temps d'entrer dans de plus grands
détails fur les affaires politiques ; mais comptant
fur l'intérêt que le Roi a bien voulu lui marquer ,
elle fe repoſe fur fes bonnes intentions , & défireroit
les connoître pour régler là- deffus fes démarches.
>>
« La République fe flatte que , fi quelque Puiffance
étrangère vouloit agir hoftilement , le Roi
ne la laifferoit pas opprimer , & qu'il voudra bien
s'employer auffi à ce qu'elle puiffe envoyer fon
Repréfentant au futur Congrès , en cas qu'il y en
ait un ; car , comme c'eft fous fes aufpices qu'elle
a recouvré fon indépendance , il eft de l'honneur
du Roi de mantenir ce qui eft en partie fon
Ouvrage. »
« Comme pour rendre indiffoluble la bonne
harmonie & les liaiſons qui exiſtent entre les deux
Etats , il eft effentiel de s'entendre fur tout ce
qui peut concerner & confolider le bon voifinage ,
la République fouhaiteroit que , pour préven r
tout ce qui pourroit y donner atteinte , on formât
fur les confins une Cour de Juftice , compofée
mi-partie de Commiffaires Pruffiens & Polonois
nommés à cet effet , & qui décidaffent en dernier
reffort , de tout ce qui pourroit altérer ce bon
voifinage , fans s'immifcer toutefois dans les affaires
pécuniaires & civiles , qui ne doivent re(
107 )
garder que les Cours de Juftice ordinaire , étab'ies
dans chaque Etat. Ces jugemens mixtes de confins
fubfiftent déja entre la Porte & la République , &
tous deux s'en trouvent bien . »
« Les deux Etats font auffi également intéreſfés
à étendre leur commerce , d'autant plus qu'il
pate pour conftant que celui qui exifte , peut être
de beaucoup augmenté , & devenir plus lucratif
pour les deux Etats . La République défireroit en
conféquence que le Roi eût la bonté de donner
pouvoir à quelqu'un pour entrer en conférences
fur ces objets avec la Commiffion du tréfor , &
pour voir s'il n'y auroit pas moyen de faire un
traité de commerce avantageux aux deux Etats . »
« Le traité de 1775 y met beaucoup d'entra
-ves , & nos Experts en cette partie , prétendent
prouver que dans bien des points il eft prejudiciable
même aux intérêts de S. M.; mais comme
tout traité , fur-tout à l'égard d'une Puiffance qui
vient d'acquérir tant de droits à notre reconnoiffance
, eft une chofe facrée pour la République ,
elle ne veut donc y faire d'autres changemens que
ceux que Sa Maj. , convaincue de leur néceffité ,
jugera Elle-même être convenables . »
"
« Il s'eft gliffé aufli quelques inobfervations
dans ce traité qui nous font défavorables , & quifûrement
ne doivent être attribuées qu'aux Régiffeurs
des douanes , & ne font certainement pas parvenues
à la connoiffance,, ni du Roi , ni de fon Excellence.
Le Souffigné aura donc l'honneur de lui
préfenter là - deffus un Mémoire , & fe flatte , fondé
fur la juftice de ſes demandes , qu'elles feront
agréées. »
« Berlin , ce 28 février 1789. »
« JOSEPH , PRINCE CZARTORYSKI »
RÉPONSE des Miniftres du Cabinet.
Nous n'avons pas manqué de mettre fous les
c vi
( 108 )
yeux du Roi le Mémoire que M. le Prince Czartorisky
, Envoyé extraordinaire & Miniftre plénipotent
aire de S. Maj . le Roi & de la Séréniffime
République de Pologne , nous a remis , en
date du 28 février , roulant fur plufieurs points
importans. Sa Maj . nous a chargé de faire connoître
à M. l'Envoyé extraordinaire, en réponſe
à fon Mémoire fufdit , qu'Elle eft auffi touchée
que flattée des fentimens de reconnoiffance que
la Séréniffime République lui témoigne par la
miffion d'un Miniftre auffi diftingué par fes qualités
perfonnelles que par fa naiffance , & qu'Elle
eft également fenfible aux termes dans lesquels
cette reconnoiffance a été exprimés . Le Roi ,
mettant le plus grand prix à l'amitié de l'illuftre
Nation Polonoife , & connoiffant toute l'importance
des liaiſons qui ont fubfifté , depuis plufieurs
fiècles , entre fes Prédéceffeurs & la Séréniffime
République de Pologne , emploiera toujours
un des premiers foins de fon règne à perpétuer
& à refferrer de plus en plus des liaifons auffi
utiles que réciproquement néceffaires pour les
deux Etats , & fondées fur les intérêts communs
les plus effentiels. Dans ces dispofitions , & fous
ce point de vue , Sa Maj . fe fera un plaifir des plus
empreffés de renouveler , avec la Sérénifhme Ré--
publique de Pologne , les traités d'alliance & de
garantie qui fubfiftent déja entre les deux Etats ,
auffi-tô: qne les circonftar ces rendront un pareil
renouvellement convenable , & Elle s'emploiera
auffi volontiers à engager fes Co-Alliés d'accéder
aux fufdites garanties. Comme les traités fubáſtans
déja entre les deux Puiffances , les obligent à s'af
fifter mutuellement contre toute attaque hoftile &
injufte, Sa Maj . ne manquera à cet engagement
dans arcune occafion , & elle fera auffi ce qui
dépendra d'Elle peur que la Séréniffime République
de Folegne puiffe envoyer au furur Con(
109 )
A
grès de paix , s'il en exifte un , fon Repréfentant ,
& y faire reconnoître & conftater fon indépendance.
Quant aux points particuliers , dont M. le
Prince Czartoryski a fait mention dans fon Mémoire
, le Roi eſt très- difpofé à s'entendre avec
Ja Séréniffime République de Pologne , fur l'établiffement
des jugemens mixtes , pour juger & décider
les procès entre les Sujets refpectifs fur les
frontières , anfi que fur une Commiſſion à établir ,
Four revoir , pour renouveler & pour faire mieux
exécuter le traité de commerce qui fubfifte déja
entre les deux Etats . Le Roi ne manquera pas de
faire parvenir , auffi-tôt que le temps & les circonftances
le permettront , à fon Miniftre à Varſovie ,
les inftructions néceffaires pour les fufdits objets
très-étendus. Nous pouvons affurer que Sa Majesté
fera toujours très-empreffée à contribuer , de fon
côté , pour bénéficier & pour favorifer le commerce
entre les Etats & Sujets réciproques , qui
eft fondé fur les intérêts les plus naturels & communs
aux deux Parties ; mais Sa Maj . fe flatte
affi que la Séréniffime République de Pologne
prendra des mesures efficaces & promptes pour
le même but , & qu'elle fera fur-tout arrêter les
innovations qui fe font à- préfent , principalement
en Lithuanie , fur les frontières de la Pruffe oriertale
, que le fieur de Bucholtz eft chargé d'expofer
plus en détail à Varfovie , & qui peuvent devenir
extrêmement préjudiciables au commerce libre
des deux Etats , pendant que le Roi prend de fon
côté les mefures les plus avantageufes dans la
Pruffe orientale , pour rendre le commerce des
Lithuaniens beaucoup plus libre & plus favorifé
que par le paffé , & pour ôter même à leurs productions
, qu'i's amènent aux ports de la Pruffe ,
la plus grande partie des droits ordinaires dont
ils ont été chargés depuis long- temps . Comme nous
avons heu de croire que M. le Prince Czartoryski
"
( 110 )
fera fatisfait des explications que nous venons de
lui donner fur fon Mémoire , nous le pions de
faire paffer cette Réponse à fa Cour & aux Etats
de la Séréniffime République. »
Berlin , le 7 mars 1789.
La Commission de guerre a fait partir
des troupes et de l'artillerie pour l'Ukraine.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 30 mars.

Quoique S. M. I. ait été de nouveau
attaquée de la fièvre et de la toux , il y a
peu de jours , Elle n'en persistoit pas
moins , malgré ces rechutes et l'avis
des Médecins , à se rendre en Hongrie
, et à partager toutes les fatigues de
la guerre . Les valets - de - pied et le reste
des équipages de S. M. sont partis pour
Pest ; mais il est douteux que cette résolution
s'exécute. Les équipages des Maréchaux
Haddick et Laudhon ne sont en
route que depuis trois jours ; le premier
de ces Généraux ne quittera pas Vienne
avant le 10. Le moment du départ de M.
de Landhon est encore incertain . Quant
au Général de Vins , il est retombé malade
, et garde ici la Chambre , quoique
les Gazettes l'ayent envoyé en Croatie ,
il y a 15 jours .
Les chemins sont affreux dans cette
( 111)
dernière province , où il règne beaucoup
de maladies. Les transports se font avec
de grandes dépenses et très - lentement.
L'armée de Croatie sera augmentée de
10 bataillons d'Infanterie et de quelques
escadrons de Hussards . Ce renfort est
devenu nécessaire , par le grand nombre
d'ennemis qui se rassemblent en Bosnie ,
et qui mettent cette province dans le
meilleur état de défense. La Transylvanie
est désolée à la fois de deux fléaux ,
de la cherté et rareté des vivres , et
de maladies épidémiques. On assure que
le régiment de Belgiojoso , qui est à
Saswarosch et Deva , est fondu à 500
hommes .
Un décret de la Cour, du 3 fevrier , défend ,
fous peine de confifcation , l'importation dans les
Etats héréditaires des marchandifes fuivantes de
l'Etranger; favoir , batiftes , marchandiſes de coton
tricoté , toiles de coton blanches & teintes , linon
uni , rayé & à fleurs , mouffelines rayées & à
fleurs. Les particuliers qui voudroient faire venir.
de ces marchand fes pour leur ufage , feront obligés
de le déclarer , & paieront de droits , 12 florins
par livre pefant de batifte ; 1 florin & 12 creuzers
par livre de marchandifes de coton ; 12 florins par
livre de linon , & autant par livre de mouſſeline.

Par ordre de l'Empereur , on a proposé
la question suivante : Qu'est- ce que
P'usure , et par quels moyens peut- on
Parrêter le plus efficacement , sans recourir
aux lois pénales ? L'Ecrivain
qui aura le mieux traité ce sujet dans
( 112 )
son rapport à l'Ordre politique et judiciaire,
sera gratifié de 500 ducats. On
adressera les mémoires à la Chancellerie
de la Cour, où on les recevra jusqu'au
1er. mai 1790 .
De Francfort sur le Mein , le 5 avril.
Nos dernières lettres de Constantinople
, en date du 15 février , s'accordent
toutes à confirmer l'irrévocable détermination
de la Porte Ottomane , à rejeter
toutes propositions de paix qui
ne porteroient pas sur la rétrocession
de la Crimée , et à continuer la guerre
avec tous les efforts et toutes les ressources
de l'Empire . Le Capitan- Pacha
passe la moitié de ses journées à l'Arsenal
et aux chantiers , encourageant de
sa bourse les ouvriers , intimidant les
paresseux , et employant tour - à - tour
la munificence et la sévérité . Cet Amiral
porte la même vigilance sur la Police
de la capitale, pour prévenir les désordres
et maintenir la sûreté. Les troupes Asiatiques
défiloient successivement , et en
grand nombre, vers l'armée : les transports
de munitions partoient chaque
jour; et sur la demande du Grand- Visir ,
on préparoit un train considérable d'Artillerie
de fonte , qui devoit se mettre
en route à la fin du mois. Le Capitan-
Pacha persiste dans le projet de tenter ,
un débarquement en Crimée , et il a
( 113 )
demandé 24 mille hommes , qui s'embarqueront
à bord de la flottille de
chaloupes et de la grande flotte.
On aperçoit que cette entreprise retiendra
en Crimée , non-seulement les
débris de l'armée du Prince Potemkin,
mais qu'elle rendra nécessaires de grands
renforts à ce Général , qui jouit en ce
moment de sa gloire à Pétersbourg .
Une armée de 100 mille hommes , sous
les ordres d'un Séraskier , fera face à
celle du Maréchal Romanzof , réuni
aux Autrichiens auxiliaires. Enfin , l'armée
principale , conduite par le Grand-
Visir , s'opposera aux Autrichiens sur
le Danube . Indépendamment de ces
trois points généraux , il y en a aura un
quatrième en Bosnie , où 50 mille Turcs,'
Albanois et Bosniaques seront en présence
de l'armée du Maréchal de Lau
dhon. Si l'on ajoute à ces terribles
dispositions , celles qui se préparent
dans le Nord , deux flottes belligérantes
dans la Baltique , sans compter les escadres
légères , deux armées en Finlande,
les mouvemens des Danois , l'incendie
qu'une étincelle peut allumer en Pologne
, et les desseins assez manifestes
d'autres Cours puissantes , on se convaincra
de l'importance comme des effets de
la crise actuelle .
On a publié à Berlin , l'ordre qui fixe
les revues dans la Prusse . Le Roi les
fera en personne. Il arrivera le 5 juin
( 114 ).
Konigsberg ; de là , il retournera à
Elbingue , et se rendra ensuite à Heiligenbeil
, où il passera en revue le Corps
rassemblé dans la Prusse orientale , et
composé d'environ 25,000 hommes. Sa
Maj. ira ensuite à Graudenz , et fera
la revue du Corps dans la Prusse orientale
, qui monte à 12,000 hommes ; mais
ce n'est-là qu'un Ordre provisoire , qui ,
selon les circonstances , pourra être to-
, talement changé .
Le Roi de Prusse a élevé le Baron .
de Goltz , Major du régiment des Gensd'armes
, au grade de Coloncl , et l'a
nommé en même temps son Envoyé
Extraordinaire à la Cour de Pétersbourg
, à la place du Marquis de Lucchesini
, qui reste à Varsovie.
-- II
est décidé , écrit-on encore de Berlin ,
que les carabines et les pistolets des
Dragons et des Hussards seront changés
, et que ces armes seront raccourcies.
Il est aussi question de changer l'emplacement
des baguettes des pistolets ,
et de les attacher avec une petite chaîne
à l'uniforme .
Les besoins de la guerre ont forcé
l'Impératrice de Russie à faire , par un
Ukase du 11 février , une nouvelle
émission de papier-monnoie , ou billets
d'état , pour la somme de 25 millions
de roubles ( 125 millions tournois ) . On
les rachetera quand on pourra.
( 115 )
ESPAGNE..
De Barcelone , le 10 mars .
« L'augmentation du prix des bleds
a occasionné , ces jours derniers , des
soulèvemens dans différens endroits de
la Catalogne , et particulièrement dans
cette capitale. La nuit du samedi 28 février
au dimanche 1er. mars , les séditieux
commencèrent par mettre le feu au
grand Edifice qui sert de Boulangerie
aux Pourvoyeurs de la ville ensuite
toutes les cabanes de bois , destinées à
vendre le Pain dans les rues et places
publiques , furent de même réduites en
cendres ou jetées par débris dans la
rivière. Les maisons de deux Particuliers
, chargés d'approvisionner la ville ,
furent également saccagées ; et celles de
tous les Négocians qui font le commerce
des grains , furent menacées du
même sort. Les mutins n'étoient qu'un
ramas de bandits , auxquels la populace
de la ville ne s'étoit pas même jointe .
La journée du 1er. mars ne fut pas plus
tranquillé : le tumulte continua , et les
mutins se présentèrent en grand nombre
devant l'hôtel du Gouverneur , qu'ils
obligèrent à relâcher plusieurs de leurs
compagnons qui avoient été arrêtés :
ils n'abandonnèrent point le palais du
Capitaine-générak, quoique protégé par
( 116 )
deux bataillons des Gardes Espagnoles et
deux escadrons de Cavalerie , qui se tinrent
constamment tranquilles , malgré
les pierres qui pleuvoient sur eux de
toutes parts. Au lieu de faire agir ces
Militaires , l'on crut devoir entrer en
composition , et capituler avec les sédi,
tieux il leur fut remis un écrit sous signature
du Capitaine -général , du Gour
verneur de la ville , de l'Evêque et du
Magistrat , portant promesse que le prix
du Pain seroit remis au même taux que
l'année dernière . Enhardis par cette con
descendance , ils demandèrent une diminution
sur le prix du Vin , ensuite sur
l'Huile . On leur accorda successivement
toutes ces demandes : plus on mollissoit
devant eux , plus ils devinrent audacieux .
Enfin , dans l'après-midi ils s'avisèrent
d'escalader le palais du Capitaine-géné
ral par les balcons ; et ce ne fut qu'alors
qu'on vit faire quelques mouvemens
à la Cavalerie qui y étoit postée . La
foule , repoussée par les Militaires , se
retira dans la Cathédrale , et y sonna le
tocsin . Par ce moyen , elle attira encore
un plus grand nombre de mauvais sujets
de la campagne. Dans cette extrémité ,
l'on se détermina aux mesures efficaces .
L'on fit agir les Militaires , tant Infanterie
que Cavalerie , la Bourgeoisie , et
même les Artisans qui concoururent à
chasser les séditieux. Dès - lors l'émeute
cessa , et la tranquillité nous fut rendue. "
( 117 )
La Cour , mécontente de la conduite.
du Comte del Assalto , J'a rappelé, et
remplacé par le Comte de Lascy.
Il est question à Carthagène et au
Ferrol , d'équiper quelques vaisseaux de
guerre , pour former une escadre d'évolution
, sous les ordres du Lieutenantgénéral
Dom Félix Texada.
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 19 avril.
Le nombre d'actés privés de Législar
tion dont le Parlement s'est occupé
depuis l'ouverture , et l'approche des vacances
de Pâques , qui oblige l'Assemblée
-à renvoyer les affaires de grande discussion
privent d'intérêt le Journal
des dernières Séances du Corps Législatif.
Le 2 , M. Fox renouvela sa Motion
annuelle contre la taxe des boutiques,
qui a été révoquée sans débats ni divisions
, M. Pitt ayant eu lui-même l'intention
de proposer cette mesure. On
ignore encore l'imposition qui sera substituée
à celle qu'on vient d'abandonner ,
et dont le vice principal étoit de porter
sur un état particulier , et non sur la
énéralité des Citoyens.
Le 1er de ce mois , les Papiers de
l'Opposition décidèrent que la fête préparée
à Windsor pour le rétablissement
( 118 )
du Roi , étoit contremandée ; le cómmentaire
de cette assertion se présentoit
de lui-même . Le lendemain , la fête
fut célébrée en grand appareil , et le
surlendemain , les mêmes Papiers promirent
au public que le Roi n'iroit
point à St. Paul. Le jour même , et
les suivans , on redoubloit de diligence
pour préparer la réception du Roi dans
cette Cathédrale , où S. M. se rendra
le jour de St. George , 23 de ce mois.
La semaine dernière , il se tint deux
Assemblées extraordinaires des Lords
de l'Amirauté. Plusieurs Capitaines de
marine ont reçu des Commissions ;
d'autres ont eu'ordre de ne pas s'éloigner
, et le bruit général est qu'on
va armer dix vaisseaux de ligne et un
nombre de frégates , qui feront voile
pour la Baltique .
Le Vice-Amiral Milbank est nommé
au Commandement de Terre -Neuve ,
où il se rendra à bord du Salisbury
de 50 can . qu'on équipe actuellement.
C'est le Chevalier Richard Hughes qui
passe à Halifax en qualité de Commandant
en Chef.
Les premières dépêches apportées de
la Baie Botanique au Gouvernement ',
seront suivies d'un rapport plus étendu ,
resté sur l'Alexandre , l'un des transports
attendu incessamment. Les particularités
de cette première relation sont
doublement intéressantes ; d'abord, parce
( 119 ).
1
qu'elles concernent le sort de l'établis
sement le plus hardi et le plus lointain
qu'aient encore formé les Européens ;
ensuite , parce que le Capitaine Cook
nous a transmis fort peu de détails sur
le lieu de cette colonie , où il ne fit que
passer. On se rappellera , en lisant le
récit qui va suivre , que la Baie Botanique
est située dans la Nouvelle Hol
lande , dont la partie méridionale fut
reconnue , et nommée Nouvelle Galles
méridionale par le Capitaine Cook.
Cet immortel Navigateur constata que
la Nouvelle Hollande est une isle séparée
de la Nouvelle Guinée par le
détroit de l'Endeavour , que découvrit
M. Cook.
" Le Commodore Philips ayant touché au Cap
de Bonne- Espérance , avec les vaiffeaux de guerre ,
de transport & vivriers fous fes ordres , mit le
plus grand foin à fournir fon efcadre de provions
& d'eau , & à fe procurer de la viande
fraîche pour l'ufage de fes équipages , ainſi que
des beftiaux , des brebis & des porcs , pour le foutien
de la Colonie projetée ; il ajouta même une
grande quantité de volailles à celle qu'on avoit
emportée d'Angleterre . »
?
Le 16 novembre 1787 on donna le ſignal ;
l'efcadre reprit fa route & continua pendant
quelques temps à porter , avec des vents favorables
, vers la Nouvelle Hollande. Quelques grains
interrompant la courfe , le Commodo e paffa fur
le Supply , dans le deffein d'aller en avant pour
préparer la réception du refte de la flote au lieu
de fa dettination . Trois vaiffeaux de tranfport , le
Friendship , l'Alexandre & le Scarborough , mat(
120 )
chèrent de conferve avec le Commodore ; mais
ils le retardèrent au point qu'il n'arriva à vue de
terre que le 14 janvier 1788. Trois jours après il
reconnut la Baie Botanique , & y defcendit , le 18 ,
avec le Lieutenant Shortland , Agent pour les tranfports
, & le Lieutenant King. Les Nature's qui ,
réunis en petites troupes , avoient été témoins de
leur approche , parurent dans une grande confternation
en voyant ces Officiers defcendre fur leur
territoire , & s'enfuirent dans les bois après avoir
jeté un grand cri . Ils ne tardèrent pas à revenir
beaucoup plus tranquilles , & les fignes d'amitié
du Capitaine Philips les déterminèrent à recevoir
en préfent des grains de verroterie , des colliers &
d'autres bagatelles ; mais il fallut que ces dons
fuffent mis à terre , & que le Capitaine fe retirât
à quelque diftance , avant que les Sauvages s'aventuraffent
à les ramaffer. Après cela , ils fe condui
firent fi amicalement, qu'ils indiquèrent, par fignes,
aux Officiers un petit ruiffeau où ils trouvèrent
de l'eau d'une excellente qualité ; malheureuſement
il y en avoit fort peu . Le soir , le Commodore
retourna à bord avec fon parti : le lendemain ,
les
trois vaiffeaux de tranfport qu'il avoit devancés
arrivèrent , & vinrent jeter l'ancre. Le Commodore
redefcendit fur le rivage , principalement
pour couper de l'herbe aux beftiaux , le foin qu'on
avoit à bord étant prefque épuifé. Le furlendemain
, à la pointe du jour , on découvrit le Sirius ,
monté par le Capitaine Hunter , avec le refte des
tranfports fous for convoi , & trois heures après
tous les vaiſſeaux mouilloient dans la Baie »
« Le Capitaine Hunter alla far- le- champ rendre
vifite au Commodore , & ces Meffieurs , accompagnés
d'une petite troupe d'Officiers & de Soldais
, mirent pied à terre fur la côte méridionale
de la Baie Botanique : les premières defcentes ayant
été faites fur la côte Nord- Iey , comme dans la
plupart
( 121 )
plupart des précédentes entrevues avec les Naturels
, le Commodore laiffa fon fuil à terre , &
s'avança vers eux avec des préfens. Ils donnèrent
également , de leur côté , des signes d'amitié ,
foit en élevant une branche verte , foit en portaat
feurs lançes la pointe en bas . C'étoit l'ufage des
Matelots , dans ces entrevues , d'habiller les Naturels
de coupons d'étoffes ou de morceaux de
papier de couleur , & ces pauvres gens , fe regardant
les uns les autres , fe mettoient à rire aux
éclats , & s'enfuyoient dans les bois en pouffant
des cris de joie. Les Soldats de Marine firent un
jour la parade devant eux ; ils parurent entend e
avec plaifir le fon du fifre , mais ils s'enfuirent
au bruit du tambour , & on ne put jamais les y
accoutumer. »
« A l'examen , cette partie du pays ne répondit
pas aux efpérances qu'on en avoit conçues :
en conféquence , le Commodore ayant diftribué'
une petite troupe fur deux canots , cotoya la Baie
dans un espace de 12 à 14 milles ; & étant defcendu
dans la erique de Sydney , enfermée entre
les deux pointes du Port-Jackfon , il y trouva un
afpect fi engageant , qu'après avoir tenu un confeil
avec fes Officiers , il fixa en cet endroit le
lieu de l'établiffement. Le 23 décembre , toute
l'efcadre leva l'ancre , & chercha de bons amarrages
à l'entrée de la crique . Le terrain étant
tracé , comme nous l'avons déja dit dans notre
première relation , on dreffa une maifon portative
pour le Commodore , ainfi qu'un hôpital du
même gente , conftruits en Angleterre. On monta
auff d'abord les logemens des Officiers , & les
tentes pour les ouvriers ; enfuite on éleva les
magafins & les habitations . »
Les Criminels débarqués , M. Phillips entra
dans fes for&tions de Gouvirneur. Il fit lire
la commiffion du Roi , qui lui en conféroit l'astor
Nº. 16. 18 Avril 1739 . f
C
122
-
rité , ainfi que l'abrégé du code de lois d'après
lequel il devoit régir la Colonie. Par ce régle
ment , les Coloss apprirent qu'on tiendroit occafionnellement
quatre Cours de juftice , felon que
les crimes le requéreroient ; nommément une Cour
Civile , une Cour Criminelle , une Militaire &
une d'Amirauté. »
« Cn déclara aux Colons que rien ne les expoferoit
aux peises portées par ces lois , excepté de
nouveaux délits , & que , comme ils étoient à
même d'appaifer leur patrie en expiant les crimes
qu'ils y avoient commis on efpéroit qu'il ne
leur faudroit pas d'autres avertiffemens que ceux
de leur propre confcience , pour effectuer leur
bonheur fur la nouvelle terre qu'on leur faifoit'
adopter. »
2
Mais telle eft la perverfité du vice invétéré ,
que ni la douceur , ni même le foust ne purent prévenir
le vol ; il fallut done avoir recours à l'extrême
rigueur, & on tint , dans les formes , une
Cour Criminelle , où l'on fit le procès à deux
hommes , qui furent condamnés à être pendus dans,
la même journée ; peu de jours après , deux autres
encoururent la même peine. »
" Indépendammert de l'établiffement dont nous
venons de parler , le Gouverneur a formé une
Colonie à l'ifle Aorfolck ( 1 ) , Colonie compofée
du Lieutenant King, de deux Bas- Officiers , de
neuf hommes & de fix femmes , avec des provifions
pour fix mois. Dans fon paffage à cette ifle ,
le Lieutenant Ball du Supply en découvrir une
nouvelle , à laquelle il donna, le nom de Lord
Howe. »
,
(1) Cette is'e , peu éloignée de la Nouvelle
Hollande , eft fituée entre la Nouvelle Zélande &
la Nouvelle Calédonie.
( 123 )
:
« Tandis que l'efcadre al oit de la Baie Botanique
au Post-Jackson , on découvrit deux voiles
étrangères à peine le Commodore étoit débarqué
au havte de Sydney , qu'il fut vifité par un détachement
portant pavillon François . Ces deux
vaiffeaux fe trouvèrent être les frégates , parties
d'Eurepe au mois d'août 1785 , fous le commandement
de M. de la Peyroufe , pour aller faire des
découvertes dans la mer du Sud. Ces navires reffentoient
que'que difette d'agrès & de provisions :
notre Gouverneur ne put leur donner de grands
fecours ; cependant ils font reftés cinq femaines à
la Paie Botanique , & pendant ce temps on s'eft
fait continuellement
des vifites réciproques , l'endroit
où les François avoient débarqué , n'étant
qu'à dix milles , à travers le pays , du havre de
Sydney. »
Durant cet intervalle , les Criminels furent
occupés à couper du bois pour faire des paliffades ,
& à recueillir les provifiors du vaiffeau pour le
bétail & les moutons , le fol ne donnant qu'un
pâturage très-médiocre , & en petite quantité , quoiqu'on
fût au milieu de la Nouvelle Hollande. L'averon
pour le travail engagea quelques- uns des
nouveaux Colons à effayer de s'enfuir en Europe
, à bord des vaiffeaux François ; mais ces
efforts furent inutiles : les Officiers François ne
voulurent entendre à aucunes propofitions qu'à
celles qui leur furent faites par le beau fexe ; car
on a découvert , deux jours après que M. de la
Peyroufe eut mis à la voile , qu'il nous manquoit
deux femmes. Nous apprimes que cet Officier
François, avoit perdu deux canots chargés , dans
une tempête , & quatorze hommes tués à l'is'e des
Navigateurs, »
& Lafuite au Journalprochain. )
fij
( 124 )
1
FRANCE.
De Versailles , le 8 avril.
Le 29 du mois dernier , le Roi & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du Comte
de Boifclaireau , Major en fecond au Régiment
de Lyonnois , avec demoiſelle de Bayard.
Les , Dimanche des Rameaux , Leurs Majeftés
& la Famille Royale , après avoir affifté , dans
la Chapelle du château , à la bénédiction des
Palmes & à la Proceffion , y ont entendu la grand'-
Meffe , chantée par la Mufique du Roi , & célébrée
par l'Abbé de Ganderatz , Chapelain de
la gra de-Chapelle . La Vicomteffe du Roure ,
dame pour accompagner Madame , a fait la
quête.
Le même jour , la Marquife de David de
Laftours a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Vicomteſſe .
de Tourdonnet.
Le 6 , la Reine s'eft rendue , en cérémonie , à
l'Eglife de la paroiffe Notre- Dame , où elle a
communié des mains de l'Evêque-Duc de Laon ,
fon Grand -Aumônier , la Ducheffe de Luynes ,
& la Ducheffe de Luxembourg , Dames du Palais
de S. M. , tenant la rappe .
Le même jour , Madame Elifabeth de France
s'eft également rendue à cette Paroiffe , où elle a
communié des mains de l'Abbé Pourret , Chapelain
du Roi , la Comteffe Diane de Polignac , fa
Dame d'honneur , & la Marquife de Sérent , fa
Dame d'atours , tenant la nappe. 1
Madame Adélaïde & Madame Victoire de
France s'y font auffi rendues le même jour. Madame
Adélaïde a communié des mains de l'Evê(
125 )
que de Pergame , fon premier Aumônier , la Ducheffe
de Narbonne , fa Dame d'honneur , & la
Ducheffe de Laval , fa Dame d'atours , tenant la
nappe.
Madame Victoire a communié des mains de
l'Evêque d'Evreux , fon premier Aumonier , la
Princeffe de Chimay , douaisière , & la Princeſſe
de Ghiſtel , Dames pour l'accompagner , tenant la
nappe.
་་
Les Officiers Municipaux de Ver-
« sailles , ayant reçu l'ordre du Roi
d'assurer les logemens de MM. les
Députés aux Etats Généraux , se sont
« occupés de ce soin ; ils ont fait réunir ,
« en un seul état , les soumissions des
<< habitans ; ils ont même , d'après le
« désir du Ministre , arrêté le prix des
<< locations , afin de donner à MM. Jes
Députés , à leur arrivée , le moyen de
choisir les logemens qui leur paroîtront
les plus convenables. »
«<
<«< MM. les Députés sont prévenus
« de s'adresser à M. EMARD , Greffier
« de la ville , rue de la Paroisse , près
« la grille du Dragon , n°. 30. »
"
« MM. les Députés , qui auroient
pris des engagemens particuliers pour
<«< leurs logemens , sont priés d'en avertir
le plus tôt possible le Greffier de la
<< ville . >>
De Paris , le 15 avril.
Réglement , fait par le Roi , le 22
mars , pour l'exécution , dans son isle
fiij
( 126 )
de Corse , de ses Lettres de convocation
aux Etats-Généraux.
Autre , du 28 mars , pour l'exécution
de ces mêmes Lettres dans le ressort du
Bailliage d'Usteritz , pays des Basques..
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du
28 février 1789.
par
« Le Roi étant informé que les Officiers de
fon Parlement de Dijon auroient inféré dans des
proteftations par eux faites le 4 juin 1788 , des
exprethons & des déclarations qui tendent à attaquer
dans leur honneur les Officiers qui s'étoient
montrés foumis aux volontés de Sa Majefté , relativement
à l'exécution des lois enregifirées audit
Parlement , les 10 & 11 mai précédent ; que ledit
Parlement auroit perfifté poftérieurement dans lefdites
proteftations ; & que fur une dénonciation
faite audit Parlement , d'un Arrêté pris par les
Officiers du grand Bailliage de Bourg , le 9 juin
1788 , dans laquelle dénonciation lefdits Officiers,
font préfentés comme des hommes condamnés
l'opinion publique , & leur Arrêté et qualifié de
libelle & d'ouvrage d'iniquité , tandis qu'il ne contient
que l'expreffion de leur foumiffion aux ordres
de Sa Majefté , il a été rendu , le 18 octobre dernier,
un Arrêt qui a ordonné que l'imprimé dudit
Arrêté feroit lacéré & brûlé au pied du grand
efcalier du Palais , par l'Exécuteur de la hautejuftice
, & a ordonné qu'à la diligence du Procureur,
général de Sa Majefté , il feroit informé , pardevant
le Confeiller - commiffaire à ce député , de la
compoſition & diſtribution dudit libelle , pour les
informations faites , rapportées & communiquées
au Procureur-général de Sa Majefté , être par lui
requis , & par ladite Cour ordonné ce qu'il appartiendroit
Sa Majesté a jugé qu'il étoit de fa
justice de ne laiffer fubfifter aucunes traces defdits
:
( 127 )
actes , comme rendant à enlever aux Officiers des
Siéges contre lefquels ils ont été dirigés , la confiance
deleurs Jufticiables , & la conſidération que
Leur a féritée leut attachement au fervice public.
A quoi voulant pourvoir : Oaï le rapport ; LE
ROI ETANT IN SON CONSEIL , a annullé & annialle
, tant lefantes proteftations faites par les Of
ficiers du Parlement de Dijon , le 4 juin 1788 , que
toutes difpofitions d'Atres ou Arrêtés , par lefquelles
ils auroient perfifté dans lefdites proteftations.
A pareillement Sa Majefté café & annullé ,
caffe & ahnule ledis Arrêt du Parlement de Dijon ,
du 18 octobre 1789 , diafi que tout ce qui s'en
eft enfuivi ou auroit pu s'enfuivre , & c. &c. »
Dans l'Assemblée de l'Ordre de la Noblesse
des deux districts réunis de Colmar
et de Selestat , il a été arrêté , le
27 mars dernier , « de déclarer , de là manière
la plus formelle , que l'Ordre
s'engage à contribuer , en proportion
«< de ses facultés , aux charges de l'Etat
« et à toute contribution , tant générale
« que provinciale , qui seront déter-
« minées par la Nation assemblée ou
par les Etats provinciaux . » Cette
Déclaration , adoptée , à l'unanimité ,
par l'Ordre du Clergé des mêmes dis
tricts , a été communiquée au Tiers ,
et rendue publique. -Les Nobles de
Provence possédans fiefs , ont également
souscrit à la répartition égale de l'impôt
, et renoncé à toute exemption pécuniaire.
Cette question a occasionné de
grands débats dans la Chambre de la Noblesse
, à l'Assemblée d'Alençon . Le 26 ,
f tv
( 128 )
elle y fut même négativée à la pluralité
de trois voix seulement ; mais dans la
Séance du 27 , une partie de la Noblesse
qualifiée ayant paru disposée à
protester contre l'arrêté de la veille , on
revint sur cet objet ; et après beaucoup
de contestations , qui durèrent toute la
journée , il fut arrêté de nouveau qu'on
s'en remettoit à la sagesse des Etats-
Généraux, demandant au surplus le
maintien de tous les priviléges attachés
au Corps de la Noblesse , l'exécution
des lois fondamentales , et la réforme
des autres qui en auroient besoin.
Le cahier du Tiers Etat de Rouen intéresse
particulièrement le Commerce ;
par exemple , on y demande qu'à l'exemple
de l'acte de navigation passé
en Angleterre sous le Protectorat de
Cromwel , les marchandises étrangères
ne puissent être apportées en France
que par des vaisseaux Francois . On s'élève
contre les priviléges exclusifs , entre
autres , contre la Compagnie des Indes et
celle du Sénégal . On veut que le prêt de
l'argent à intérêt au taux du Roi , soit
formellement autorisé et rendu légal . Le
Traité de Commerce avec l'Angleterre ,
est relevé dans ce cahier avec moins
d'amertume que dans d'autres cahiers de
la même province . A Rouen , l'on s'est
contenté d'arrêter que « le Roi seroit
supplié de ne conclure aucun Traité
de Commerce avec les Puissances
( 129 )
« Etrangères , sans que le projet en ait été
<< communiqué aux Chambres de Com-
<< merce du royaume , et qu'elles ayent
<< eu le temps de faire à S. M. leurs re-
<< montrances et observations. »
On est surpris de trouver dans ce cahier
un article , par lequel on demande
que les Etats-généraux prennent en
<< considération s'il est nécessaire d'auto-
<< riser ou de défendre l'usage des Ma-
<< chines Angloises dans le royaume. »
Suite de la liste des Députés.
MOULINS. Clergé. MM. Tridon , Curé
de Rongère ; Aury , Curé d'Hérisson ;
Laurent , Curé d'Heuilhaud . Noblesse.
MM. Dubuisson , Comte de Douzon
Brigadier des armées du Roi ; Destut de
Tracy , Colonel du régiment de Penthièvre
, Infanterie ; Henri Coiffier, Baron
du Breuil , ancien Lieutenant des
vaisseaux du Roi : suppléant , M. Frédéric
de Chabannes , Marquis de la
Palice , Colonel attaché au régiment
'des Chasseurs de la Normandie. Tiers.
MM. Michelon , Procureur du Roi en
la Châtellenie de Montmaraut ; Berthomier
de la Villette Procureur du
Roi en la Châtellenie de la Bruière-l'Aubepin
; Lomet , Avocat en Parlement ;
Goyard, Avocat en Parlement ; Vernin,
Assesseur civil et criminel de la Sénéchaussée
et Siége Présidial de Moulins ;
fy
( 130 )
Lebrun , Bourgeois- Propriétaire à Sullet
: suppléans , Regnard , Procureur
dus Roi en la Châtellenie de Montluçon ;
Lucas , Procureur du Roi à Gannat ;
Ruet de la Motte , Avocat en Parleinent.
»
* ORLÉANS. Noblesse, MM. le Mars
quis d'Avaray , Grand Bailli d'Orléans ;
Seurat de la Boullave , Conseiller au
Châtelet d'Orléans ; de Barville , Lieu.
tenant aux Gardes Françoises. Tiers.
MM. Salomon de la Sangerie , Pellerin
de la Bussière , Henry , Avocat du
Roi , de la Haye , de Fay Boutheroue,
le Fer de Geffrict, Commerçant. »
BAROIS. Clergé. MM. Colernet ,
Curé de Ville- sur- Illon ; Simon , Curé
de Voels; Aubry , Curé de Veels. Noblesse,
MM. le Duc du Chatelet , le
Comte du Hautoy, de Bousmard.Tiers .
MM. Marquis , Avocat à St. Miniel ;
Viard , Lieutenant de Police à Pont- à-
Mousson ; Duquesnoy , Avocat ; Lobry,
Avocat du Roi au Bailliage de Bar- le -Duc ;
Bazoches , Avocat du Roi à St. Mihiel ;
Gossin, Lieutenant-général au Bailliage
de Bar-le-Duc. »
← BELLEY EN BUGEY, Clergé. M. le
Curé d'Ottonne en Valromey . Noblesse
M. le Marquis de Clermont de Mont-
Saint-Jean. Tiers. MM. Brillat de
Savarin , Avocat ; de Lilias des Rozes ,
près Nantua, »
( 131 )
« MONTBRISSON EN FOREZ . Clergé.
MM. Goulard , Curé de Roanne , et
Gagnière , Curé de St. Cyr- les -Vignes.
Noblesse. MM. le Comte de Grézolles ,
Lieutenant- Colonel du régiment de
Royal Piémont ; de Nompere de Pierrefitte
, Lieutenant des vaisseaux du Roi.
Tiers. MM. le Marquis de Rostaing,
Grand Bailli de Forez ; Jamier , de
Montbrison ; Richard, oncle , de Bourg-
Argental ; de Landine , Avocat , de l'Académie
de Lyon. »

« TOURS. Clergé. MM. l'Archevêque
de Tours , Guepin , Caré de St. Pierredes-
Corps ; Cartier , Curé de la Villeaux-
Dames ; Dom Estin , Prieur de l'Abbaye
de Marmoutiers . Noblesse. MM.
le Baron d'Harembure , le Duc de
Laynes , le Marquis de Lancôme , le
Baron de Menou . Tiers. MM. Gautier,
Avocat du Roi ; Vallette , Négociant
Morean , Avocat ; Nioche , Avocat à
Loches Bouchet , Avocat à Chinon ;
Beaulieu , Propriétaire à Joué , près
Tours ; Chesnon de Baigneux , Lieutenant
- Criminel à Chinon ; Payen de
Boisneuf, Propriétaire à Joué. »
«
VILLEFRANCHE EN BEAUJOLOIS .
Clergé. M. Desvernay , Curé de Villefranche.
Noblesse. M. le Marquis de
Monspey. Tiers . MM. Chasset, Avocat;
Humblot, Négociant . »
« ANGERS , Clergé. MM. Chalisel ,
f vi
( 132 )
Curé de Soulanie ; Beaugeard , Curé de
Daudard ; Rabbin , Curé de Cholet ;
Mastinez , Chanoine Régulier de Daon.
Tiers. MM. Milscent, Lieutenant Particulier
à Angers ; Brevet de Vaugour ,
- Avocat du Roi à Angers ; de Mazières ,
Conseiller au Présidial d'Angers ; Lemeignon
, ancien Lieutenant Criminel à
Baugé ; de Volney , à Craon , indiqué le
28 mars ; Allard, Médecin à Château-
Gontier ; le Riche , Bourgeois à Angers ; le
Pan de la Mervilliere , Propriétaire, » ,
« CLERMONT-FERRAND . Clergé. M.
P'Evêque de Clermont. Noblesse . M. lę
Comte de Montboissier. Tiers . MM,
Gautier de Biauzat , Avocat ; Monestier,
Médecin. » .
« SAINT-FLOUR . Clergé. MM. l'’Evêque
de St. Flour , le Curé de St.
Flour , Lolier , Curé d'Aurillac . Noblesse.
MM. le Duc de Caylus , le Comte
de Conros , de Rochebrune. Tiers.
MM. Daude, Avocat du Roi à St. Flour;
Bertrand, Avocat à St. Flour ; Lescurie,
Lieutenant-général à Salers ; Armand ,
Avocat à Aurillac ; Vialas, Avocat et
Juge de Pierrefort ; Hebrard, Avocat à
Aurillac. »
SARGUEMINES . Clergé. MM. Verdet,
Curé de Wintrange ; Colson , Curé de .
Nitting. Noblesse. MM. d'Helmstatt ,
Seigneur de Morhange ; le Comte de
Gomer , Maréchal - de - camp . Tiers.
( 133 )
MM. Schmitt, Avocat à Château- Salins;
Antoine, Lieutenant - général de Boulla ;
Mayer, Propriétaire de la Verrerie de
Creutzwale ; Voidel, Avocat à Morhange.
»
* VILLEFRANCHE DEDE ROUERGUE
Clergé. MM . l'Abbé de Villaret, Vicairegénéral
de Rhodes ; Malrlieu , Curé de
Loubens. Noblesse. MM. le Comte de
Bournazel, le Comte de Vezins . Tiers.
MM. Minhaval, Propriétaire- Cultiva-, '
teur ; Andurand , Avocat de Villefranche
; Lambel, Propriétaire-Cultivateur
du Mur de Barrès ; Perrin, Propriétaire-
Cultivateur de Viviers . »
« Colmar et SELESTAT. Clergé.MM.
le Prince Abbé de Murbach, et Pinel ,
Curé. Noblesse. MM. le Prince de Bro
glie et le Baron de Flachslanden . Tiers.
MM. Herman , Procureur général au
Conseil Souverain d'Alsace ; de Reubell,
Avocat au même Conseil , et Kauffman,
Maire de Matzenhein : suppléant , M.
Albert , Avocat au Conseil Souverain
d'Alsace. »
« ST . JEAN D'ANGELY . Clergé.M. le
Pricur-Curé de Morteigne . Noblesse.M.
de Beauchamps . Tiers. MM . de Bonnegens
des Hermitans , Lieutenant-général
de la Sénéchaussée , et Régnault ,
Avocat. »
<< MARCHES COMMUNES DE POITOU.
Clergé, M. Richard, Curé de la Trinité
( 134 )
de Clisson. Noblesse . M. le Marquis de
Juigné. Tiers. MM. Francheteau de
Légé ; Richard , Médecin à Clisson .
P
« PERCHE. Clergé. M. le François , Curé du
Mag : fuppléant , M. le Curé de St. More de
Reno. Noble. M. le Comte de Puisaye , Frère
du Grand Bailli ( 1 ) : fuppléant , M. le Comte de
Blainville. Tiers. MM. Baille 1 , Piéfident de l'Election
du Perche , & de Margonne , Négociant :
fuppléans , MM. Bordeaux , Negociant à Nogent,
& Themin , Avocat à Bellême. »
" BOURG EN BRESSE . Clergé. MM. Gueidan ,
Curé de St. Trivier ; Bottex , Curé de Neuvillefur-
Airs. Noble. MM. de la Beviere , de Sandrans.
Tiers. MM. Populus , Avocat à Bourg , Bouveyron,
Curial de Treffort ; Gauthier des Orcieres , Avocat ;
Picquet , Avocat à Bourg. »
« BOULOGNE- SUR-MER . Clergé . M. de Meric
de Montgefin , Vicaire Général de Foulogne . Nobleffe.
M. le Duc de Villequier. Tiers . MM Latteux
& Gros , Avocats. "
« CHAUMONT EN BASSIGNY. Ciergé. MM.
Aubert , Cu é de Couvignon ; Mionnel ,” Curé de
Vaudelancourt. Nobleſſe. MM. le Comte de Choifeul
d'Aillecourt , le Comte de Cirmont d'Avranville.
Tiers. MM. Mongcotte de Vigne , Procureur
(r) La maifon de Puifaye , uze des plus anciennes
de la province du Perché , rappelle que dès
l'an 900, la dignité de Grand Sénéchal des Comtes
du Perche étoit inféodée à la terre de fon nom.
M. le Comte de Puifaye , nommé Député , a
produit dernièrement fes titres de Nobleffe devant
M. Cherin , qui a donné fon certificat pour les
honneurs de la Cour.
( 135 )
du Roi au Bailliage de Chaumont ; Lalci , Mé
decin ; Jeanny , Avocat à Brienne ; Morel , Propriétaire-
Cultivateur à Vefa gne fous la Faulche. a
« TROYES . Clergé. MM. Dubois Curé de la
Magdeleine; le Doyen de Maligny. N. bleſſe . MM .
be Marquis de Miefcrigny , le Marquis de Crillon.
Tiers. MM. Camufat de Bellecombre , Négociant;
Baillor, Avocat & Ervy; Jeannet , Procureur du
Roi de l'Election de St. Florentin ; Jeannet, Négociant
à Arcys 'fur Aube. »
L'attention du Ministère s'étant portée
, depuis les premiers momens du renchérissement
des grains , vers les approvisionnemens
venus de l'Etranger, quaire
bâtimens Américains sont arrivés au
Havre , où l'on en attend de jour en jour
plusieurs autres , avec des cargaisons de
bleds ou de farines.
« L'Adminiſtration de la Caiffe d'Efcompte ,
« conformément au vou des Actionnaires , ayant
« ouvert un Concours , & propofé des prix pour
« les meilleurs plans d'un hôtel à fon ufage
u foixante-onze projets lui ont été envoyés ; &
« au jugement de MM . le Roy, Moreau , Paris &
u Raimond , Architectes du Roi , & Membres de
« fon Académie d'Architecture , le premier prix
« a été décerné à M. Jallier de Savau't, Architecte
« & Penfionnaire du Roi ; & le fecond , à M.
" Aubert le jeune ; le premier accefit a été ad-
« jugé à M. le Comte ; le fecond , à M. Gifors ,
" Penfionnaire du Roi ; le troisième , à M. Souflot,
u & le quatrième , à M. Bourjot. » 1.
Le trois de mars , S. E. le Cardinal
de Bernis demanda au Pape l'extraction
pour la Provence , de 35 mille rubbio de
grains. ( Le rubbio est une mesure du
( 136 )
poids environ de 500 livres. ) Dès le lendemain
, le Chirographe de S. S. le fit expédier
, et on attend incessamment ce
convoi à Marseille.
Le Roi a aussi obtenu la sortie d'une
grande quantité de grains de Sardaigne ,
pour être transportée en France.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 17 avril 1789.
Le récit que nous donnâmes des évènemens
survenus en Suède à la fin de
février , étoit tiré des meilleures sources ,
et conforme , en tout point , à la plus
exacte vérité . On jugera de la fidélité
de cette première relation , par celle
que vient de nous adresser une personne
infiniment respectable , présente à la
plupart des incidens qu'elle rapporte ..
Cette relation est aussi instructive qu'intéressante
, et on peut l'opposer à toutes
les versions fabuleuses répandues par
quelques Gazettes partiales. Nous nous
faisons un devoir de publier ce récit :..
« Les Délibérations de la Nobleffe , & les
efforts du Parti Ruffe , principalement compofé
des anciens Ariftocrates , qui s'étoient réunis fous
les étendards du Comte de Ferfen , avoient excité
une chaleur & une effervefcence dans les
efprits de ce premier Ordre de l'Etat , que la
tranquillité & l'unanimité des trois autres Ordres
ne purent ni modérer, ni çalmer. Le premier
( 137 )
:
objet que ce Parti paroifloit avoir en vue , étoit
de trainer les chofes en longueur , en mettant
fur le tapis des queſtions oifeufes , qui , en exigeant
les Délibérations & les Réfolutions des
autres Ordres , auroient retardé la tenue des
Comités. Telle fut la queftion que propofa le
Directeur Fritzki , au plenum de la Nobleffe , du
vendredi 6 février . Le Roi avoit exigé un Comité
fecret en vertu du § 47° . de la forme de
Gouvernement , lequel donne aux Députés de
ce Comité , le même pouvoir qu'ont les Etats
eux -mêmes M. Fritzky propofa de donner
une inftruction à ce Comité, pour l'affervir au
pouvoir des plenum . Cette propofition , qui tendoit
directement à dénaturer l'effence de ce Comité ,
fut admife par la Nobleffe , qui remit à en délibérer
au lendemain 7. Ce jour là , au moment
que la délibération fur cette matière alloit commencer
, il entra un Gentilhomme de la chambre
du Roi , qui remit au Maréchal de la Diète une
lettre écrite de la propre main de S. M. , par
laquelle elle mandoit au Maréchal , qu'ayant
appris qu'il avoit été fait à la Nobleffe une propofition
contraire à la teneur du § 47 , S. M.
avertiffoit ledit Maréchal , qu'il ne pouvoit , ni
ne devoit , en vertu de fon ferment , permettre
qu'on délibérât fur une motion pareille , qui
tendoit à renverfer la forme de Gouvernement
établie ; qu'au refte , le Roi , informé que les autres
Ordres avoient élu leurs Députés , prioit la Nobleffe
de fuivre leur exemple , fans s'arrêter des
queftions étrangères aux objets de la convocation
des Etats ; S. M. ajoutant qu'Elle défiroit que
le Comité fût en activité le mardi 10 fuivant.
Cette lettre, appuyée fur les principes inconteſtables
du droit public du Royaume , fut mal accueillie .
Les Comtes de Ferfen & de Horn , M. Fritzki , le
Colonel Armfeld, MM. Lilieſtræle , Gerten & En(
138
reftrem , s'avisèrent de vouloir forcer le Marechal
, par des difcours très-véhémens , & qui
infaltoient même à la dignité Roya'c , de per
me.tre qu'on delibérât malgré lui . Un bruit ,
mê é de cris & de frappemens de pieds entre
les factieux & le Parti Royalifte , excita la plus
vive effervefcence dans les efprits. Le Comte
de Terfen profita de l'embarras où fe trouvoit le
Maréchal , pour le porter à faire une propofitiɔn
équivoque , qui fut reçue comme une adhéſion
aux prétentions du Lati. Enfin , après une délibération
tumalueufe , le Maréchal parvint à
féparer la Chambre , qui le chargea de préfenter
au Roi les refpets de la Nobleffe , en affurant
S. M. de- fon zèle & de fa fidélité , thais fans
ien a ticuler fur le fond & le véritable fajet de
la queftion . On fe flattoir que la furféance du
dimanche calineroit les efprits ; mais bien au
contraire , car l'affemblée du lundi 9 fut encore
plus orageufe . On voulut d'abord reprendre la
délibération du famedi , & décider les points de
l'inftruction pour le Comité ; mais le Maréchal
déclara qu'il n'avoit point entendu faire ce jourlà
une pareille propofition , contraire à fon ferment
, aux orde. précis du Roi , & aux loix du
Royaume ; ajoutant qu'en conféquence H protefteit
hautement contre tout ce qu'on pourroit alléguer.
A ces mots la chaleur des efprits ſe changea
en fureur. Le Comte de Ferfen , montant avec
vivacité fur fon banc , menaga le Maréchal de
geftes & de paroles , en excitant tous les jeunes
Seigneus de la première claffe ( les: Com.es &
les Barons) qui l'entouroient. Le bruit& le tumulte
furent portés à un tel excès , que les temps niême
de l'anarchie paffée , n'en offrent pas d'exemp es
plufieurs efcaladerent la balusade qui entouré,
le fauteuil du Maréchal , d'autres lè menacè ent
de la main , tel' que le Baron de Geer ; & on
( 139 )
prétend même que quelques - uns osèrent pomer
le poing au vifage de ce vieillard , qui retta cependant
ferme & tranquile , tandis que d'autres
Nobles vinre du fond de la falle à fon fecours.
Pendant le tumulte , le Secrétaire de la Nobleffe
remit à un des Comtes l'ex rait de la propof
tion fur laquelle on difputoit , pour être communiqué
aux autres Ordres . Le Comte , fuivi de
plufieurs Membres , fortit de la falle à l'infça
& fans la permiffion du Maréchal , qui, environé
de tous les Membres de la première claffe , étoit
affez embariaffé de fe tirer de leurs mains. Eafia .
le Comte de Ferfen , craignant des excrémités ,
encore plus violentes , tâcha de calmer ua pou:
les cfprits , fur quoi l'affemblée fe fepara,
Le lendemain il y eut un furfis pour P'Ordre
de la Nobleffe ; mais néanmoins les trois autres
Ordres s'affemblèrent , & rejetèrent d'une voix
unanime le projet d'inftruction , comme contraire
à la lettre & à l'efprit de la loi . L'indécence
des procédés de la Nobleffe , qui venoit d'inſulter
fi grièvement le Maréchal de la Diète, ( qui
eft en même temps Député du Roi ) excita .
beaucoup de fermentation parmi ces trois Ordres ,
très-attachés à S. M. , & déja indifpofés contre
le premier Ordre de l'Etat . Le 10 février , l'affemblée
des Nobles fut préfidée par le Comte:
de Brahe , le Maréchal fe difant incommodé. L'aigreur
des efprits perçoit toujours à travers un :
calme apparent ; mais l'attente du parti que le
Roi prendroit pour fon Député , donnoit quelque
inquiétude , ainfi que les difpofitions où étoient
les trois autres Ordres. Le vendredi , le Maréchals'étant
de même abfenté , & ces derniers Ordres
ayant déclaré leur réfolution à la Nobleffe , celc- :
ci parut céder , en abandonnant fon inftruction
projetée. Cependant les menaces de plufieurs !
Membres de la Nobleffe , faites au Tiers - Etat
3
( 140 )
aux Payfans , ne fervirent pas peu à augmenter
l'animofité de ces deux Ordres , qui accufoient
hautement les Nobles de vouloir empêcher les
délibérations du Comité , afin de rendre inutiles
les préparatifs de la campagne prochaine. Ces
fentimens réunis portèrent l'ordre des Payfans à
prendre un parti qu'il exécuta fur- le - champ , celuide
venir vers le Roi en nombreuſe députation ,
pour fupplier S. M. de vouloir ordonner la venue
du corps franc Dalicarlien , afin de renforcer la
garnifon de Stockho'm , qui n'eft compofée que
de la milice bourgeoife. Le Roi répondit à cette
députation avec bonté , mais fans s'expliquer. On
fut le lendemain que le Baron d'Armfeld , Chef
de Brigade , étoit parti pour la Dalécarlie , muni
do dres fecrets . En attendant , les trois Ordres
inférieurs , toujours fermement attachés au Roi ,
témoignèrent à la bourgeoifie leur fatisfaction de
fon zèle pour la caufe du Roi & du Royaume. »
Le lundi 16 , la Nobleffe fut encore préfidée
par le Comte de Brahe ; mais vers la fin de
la féance , le jeune Comte de Lovenhaupt , fils du
Maréchal de la Diète , préfenta à la Nobleffe ,
au nom de fon père , une proteſtation détaillée
contre tout ce qui s'étoit paffé , en ajoutant un
détail circonftancié de l'affront qu'on lui avoit
fait . Cet acte fut reçu par le Parti oppofé avec
une fureur mêlée d'étonnement & de crainte ;
mais on réfolut de fufpendre la Délibération jufqu'au
lendemain. L'après- dînée , le Maréchal de
la Diète , en préfence de l'Archevêque & , des
Orateurs , préfenta au Roi le double de l'acte
remis à la Nobleffe , muni de plus de 200 fignatures
de Gentilshommes , atteftant la vérité de
fon contenu . Le Public fut ce jour là dans l'attente
de quelque grand évènement ; le Roi ne
pouvant , fans manquer à fa dignité , abandonner
celui qui le repréfente , ni fouffrir une infulte
9
( 141 )
dans fa perfonne . Enfi. le lendemain , on vit
affiché , dans la forme afitée , l'ordre du Roi
aux Etats , de s'affembler dans la grande falle
du Palais en plenum plenorum. A 11 heures le
Roi s'y rendit , précédé du Sénat , des Ducs ,
fes fières , & accompagné du cortége ordinaire .
Les Ordres étoient préfidés par leurs Orateurs ,
mais le Maréchal de la Diète étoit abſent. La
féance s'ouvrit par un difcours du Roi adreffé
aux quatre Ordres S. M. le termina, par ordonner
à la. Nob effe de fe rendre inceffamment
à la falle de fes affemblées ordinaires , d'y former
une députation , compofée des principaux Membres
qui avoient manqué au Maréchal , pour
aller le trouver , lui marquer leurs regrets de ce
qui s'étoit paffé , & le reconduire à fa place. Le
Comte de Ferfen fe leva alors , & voulut proférer
quelques mots d'excufe & même de récrimination
; les Barons Dewall & de Geer , les
Comtes de Brahe & de Horn joignirent leurs
voix à la fienne ; mais le Roi , les interrompant
d'un ton févère , leur dit d'obéir. Ce ton , joint
au murmure qui s'éleva fubitement parmi les
au res Ordres , furtout parmi ceux des Bourgeois
& des Payfans , en impofa à la Nobleffe , qui
fortit en Corps de la falle , laiffant le Roi &
les trois Ordres affemblés . S. M. alors fe tourna
vers ceux-ci ; & après avoir demandé , par un
difco rs pathétique , leur appui & leur affiſtance ,
qu'ils promirent fans balancer , avec de grandes
acclamations , Elle défira deux Députés de chaque
Ordre , afin de travailler avec eux à un plan
pour leur affurer des droits & des immunités ,
auxquels , comme Citoyens d'un même pays ,
ils avoient droit de prétendre , mais dont ils
avoient été privés jufqu'alors . C'eft ainfi que le
Roi termina cette féance mémorable. En attendant
, la Nobleffe , rendue à fa Chambre , ne tint
".
( +42 )
qu'une Dlibération tumultueufe , fars rien décider,
ni obéir aux ordres du Roi . Le Parti attaché
à la Couronne , ze voulut prendre aucune part
à la libération , regardant le tout comme
contraire aux ordres du Souverain , réuni avec
les trois autres Ordres du Royaume , qui , felon
la Conftituzion , font loi par la pluralité . Les mencredi
& jeudi fe pafsèrent dans des attentes &
des inquiétudes , la Dière étant devenue inactive ,
attenchi que le Maréchal , feul en droit de convoquer
l'affemblée des Nobles , n'étoit pas réintégré ;
& , s'y refutant , par conféquent le Comité ne
Fouvoit avoir lieu con plus . On étoit furpris
qu'après un acte auffi vigoureux , le Roi reflât dans
dination . Cependant , les Députés des trois Ordres
travaillèrent avec S. M. & le Duc de Sudermarie,
deux fois par jour. Les Délibérations furent fecnettes
, mais il tranſpiroir cependant qu'il s'agifloit
d'arrangemers importans pour la sûreté
des droits de la Royauté & des franchifes du
Tiers. Etat. Erfin , vendredi 20 , les trois Ordres
safer bièrent dans leurs Chambres , prirent la
réfolution de fupplier le Roi d'ufer de fon autoring
& de la puiffarce qui étoit entre fes mains ,
pour veiller à l'indépendance du Royaume , &
remettre la Dète en activité. Cette réſolution fut
portée au Roi par une députation des trois Ordres ,
compofée de plus de rco perfonnes , & conduite
par l'Evêquede Linkoping. Le Roi répondit qu'il
alloit fe prêter aux defirs des Ordres , & qu'au
sorisé par eux , il prendroit les mefures néceflaires
pour arrêter les progrès du défordre & de l'anarchie.
A peine la députation fut-elle fortie ,
que le Roi envoya le Capitaine de fes Gardesdu-
Corps , le Comte Adam Lovenhaupt , fuivi
d'un Lieutenant & d'un Exempt , arrêter le Feld-
Maréchal Comte de Ferfen , tandis que d'autres
Officiers de la Maifon du Roi & la garde bour(
143 )
geoife , arrêtèrent les principaux Seigneurs &
autres chefs de la faction Ruife. La bourgeoifie
monta à cheval pour efconter les prifonniers ,
que l'on conduifit au Friderichshoff. Tout fe palla
avec ordre , & dans la plus grande tranquillité. Le
peuple ne parut y prendre part qu'en faveur de
la caufe Royale. Effectivement , comme il n'y
a pas eu un feul roturier d'arrê é , & que l'ordre
ne fut donné qu'après la démarche des trois Ordres
réunis , c'éto t la pu fance législative qui écartoit
des factieux d'une Affemb és dont ils vencient
de troubler la tranquillité. Le Roi donna enfuite
le commandement fuprême de la Capitale à fon
frère le Duc de Sudermanie. »
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Le nouveau Cardical , Etienne-Charles de Lor
méte de Brienne , Archevêque de Sens , eft arrivé
à Gènes , accompagné de Mon'eigr eur Tefta Piccolomini
& d'un rombreux cortège . Son Eminence
s'arrêtera ici peu de temps , devant ferendre
à Rome pour y recevoir le chapeau de Cardinal.
(Gazette des Pays-Bas. )
Une circulaire , datée du 12 mars , relative à la
collation des Cures , & adreffée par ordre du
grand Duc de Tofcane à toutes les Chancelleries ,
fait une certaine fenfation . On y lit : « Que
» S. A. R. vivement affectée des abus confidé-
» rables , & du fcandale même qui naît de ' a
» collation des Cures , que confèrent , fo't les
» Communautés , foit même tout le Peuple
» dans quelques endroits , ce qui expoſe ſouvent
» les concurrens à mend er les fuffrages par toutes
» fortes de moyens , & à avilir leur facré carac(
144 )
» tère , par la néceffité de recourir à de baffes
intrigues , peut - être même à de criminelles
» fimonies , a décidé que , dorénavant , lefdites
» Cures feront regardées comme étant de Pa-
» tronat Royal ; & qu'ainfi on ne pourra les
» obtenir qu'après les avoir méritées à un concours
» qui fera tenu dans les formes prefcrites , &
après toutes les informations préalablement faites
» fur le mérite des Concurrens. ( Idem. ) »
"
On s'étoit flatté que la République de Venife
renonceroit à la neutralité qu'elle a gardée jufqu'ici
, & qu'elle ferait une diverfion en faveur
des deux Cours Impériales par une defcente dans
l'Albanie ; mais les dernières lettres de. Venife
affurent le contraire , la République é ant réfolue
de perfifter dans la neutralité la plus exacte.
(Gazette d'Amfterdam. )
( N. B. Nous ne garantiffons la vérité ni l'exaltitudedeces
Paragraphes extraits des Papiers étrangers.)
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 5 avril...
SUIVANT nos dernières lettres de
Stockholm , en date du 26 mars , l'Ordre
de la Noblesse n'avoit point encore adhéré
à l'Acte d'union et de sûreté, nine
paroissoit aucunement disposé à le faire.
Cependant , il a consenti à l'Adresse de
remerciemens au Roi , proposée par les
trois autres Ordres ; Adresse qui a été
remise en grande députation à Sa Maj .
-
>
On présumoit que le Comité secret
finiroit ses opérations à la fin de mars
et qu'il remettroit , le 27 , son rapport à
la Diète. ཚ་
Le Colonel Ankarsward est arrivé ,
comme prisonnier d'Etat , à Stockholm ,
et a été conduit au château de Fridericshof.
Cet Officier avoit commande l'escadre
des chebecs stationnée à Sweabourg.
Nº. 17. 25 Avril 1789 . g
( 146 ).
La Commission établie pour instruire
ǎ Copenhague , le procès du Suédois
Benzelstierna , s'assemble tous lesjours :
un grand nombre de témoins ont déja été
entendus ; mais rien ne transpire de cette
instruction dans le public .
On apprend de Sleswick , que le Feld-
Maréchal Prince Charles de Hesse se
rendra incessamment à Copenhague ,
accompagné de M. Elliot , Ministre
Britannique auprès du Roi de Danemarck.
Le 11 mars , ce Monarque rendit une
Ordonnance concernant la levée d'un
nouvel impôt subsidiaire ; en voici le
preambule et la substance :
dans une
« Nous Chriftian VII , par la grace de D'eu ,
Roi de Danemarck & de Norwége , &c. &c. & c.
Faifons favoir , par la préfente , que , pour accomplir
les traités de défenſe qui fubfiftent entre
Nous & la Cour de Ruffie , & mettre en même
temps en fûreté nos royaumes & pays ,
époque où la paix dans le Nord a été interrompue ,
nous nous fommes vu dans la néceffité indiſpenfable
d'armer & de mettre en mouvement une
partie de nos forces de terre & de mer ; mais
comme ces armemens étoient accompagnés de
frais fi confidérables qu'ils ne pouvoient être faits
avec les revenus ordinaires de l'Etat , nous fommes
obligés , pour retrouver , en quelque manière , ces
dépenses extraordinaires , de recourir à un fubfide
extraordinaire ; mais afin que ce fubfide foit auffi
fupportable qu'il puiffe l'être , nous avons jugé à
propes très-gratieufement qu'il doit porter , au(
147 )
tant qu'il fera poffible , fur la fortune effective de
chacun de nos Sujets . A ces cauſes , nous ordonnons
qu'il fera affis dans notre royaume de Danemarck
un impôt fur les facultés , revenus &
induſtrie de nos Sujets , payable dans le cours de
la préfente année 1789. "
birt
Les biens-fonds dans les Duchés de Holſtein &
de Slefwick paieront une taxe additionnelle d'un
demi pour cent ; quatre pour cent , les rentes ; cinq
pour cent , les revenus d'emplois dans l'Etat Eccléfiaftique
, Civil & Militaire ; autant les bénéfices,
& autant les employés , hommes ou femmes ,
dans les maifons de particuliers , fi les gages annuels
des hommes montent à 20 rixdalers &
au- deffus , & à 15 rixdalers & au- deffus les gages
des femmes,
De Berlin, le 5 avril.
Le Roi est parti de cette capitale le
25 mars , pour Potsdam , où s'étoient
rendus précédemment les Ministres du
Cabinet . Le même jour , la Comtesse
d'Ingenheim , ci -devant Mademoiselle
de Voss , est morte d'une fluxion de poitrine
, dans la 23° . année de son âge.
On a envoyé à la manufacture d'armes
de Potsdam , l'ordre de fabriquer , le plus
tôt possible , 14,000 armes blanches ,
dont les lames seront faites à- peu- près
comme celles des couteaux de chasse.
Ces nouvelles armes sont destinées aux
bataillons légers . libt on
Dans la nuit dú 26 au 27 mars ,
incendie a consumé les édifices et fabri(
148 )
ques de la maison de force de Konigsberg
personne n'a péri , et les prisonniers
ont été transférés ailleurs .
Le Roi a fait l'acquisition d'un grand
jardin qui avoit appartenu autrefois au
Comte de Reuss . On y établira une
Ecole Vétérinaire , à l'instar de celles de
Paris , Vienne et Dresde .
De Vienne , le 3 avril.
Une nouvelle rechute de l'Empereur ,
accompagnée d'un crachement de sang ,
força ce Monarque , la semaine der
nière , à garder le lit , et occasionna une
vive alarme . Deux estafettes furent successivement
envoyées au Grand Duc de
Toscane, qu'on présume devoir bientôt
se rendre en cette capitale . Sa Maj . Imp ,
est un peu soulagée depuis quelques
jours ; mais , quoiqu'Elle confère avec
quelques Généraux , Elle n'a point encore
reparu en public , et dimanche
dernier il n'y eut pas de cercle à la
Cour. "
{ १
*
La santé du Maréchal de Laudhon
est également toujours chancelante. Le
26 , on eut même quelques craintes pour
ses jours. Un catharre opiniâtre, s'est
joint aux douleurs d'entrailles ; d'aussi fré
quentes incommodités , que la vieillesse
de , ce grand Capitaine rend plus dange
reuses font douter qu'il puisse com
( 149 ).
mander la prochaine campagne , et déja
le Public désigne , pour son successeur
en Croatie , le Baron de Rouvroy.
Depuis le 26 mars , le temps est redevenu
très-froid. If a beaucoup neigé du
27 au 31. Les 28 et 29 , à 6 heures du
matin , le thermomètre de Réaumur étoit
descendu à3 degrés au -dessous de la glace .
Le 27 , on observa , entre 10 et 11 heures
de la nuit , une aurore boréale trèsconsidérable
.

Des lettres du défilé de Terzbourg , du
9 mars, apprennent qu'un détachement
de 60 Turcs se fit voir près du village
de Rukur , et qu'après avoir tiré plusieurs
coups sur nos postes avancés , il
retourna à Keinpolung, Le lendemain ,
Je Général Prince de Hohenlohe arriva
dans ces environs. Les montagnes de
la Transylvanie sont encore remplies de
neige , ce qui fait croire assez généralement
que l'on ne pourra entrer en
campagne que vers la fin du mois d'avril.'
Le 8 mars , deux divisions de Hussards.
de Toscane sont parties pour occuper le
défilé de Rothenthurn ; un escadron du
même régiment est allé à Talmatsch.
On apprend de la frontière , que les
Turcs arrivent en grand nombre dans
la Valachie , et qu'ils y établissent des .
magasins considérables. Quant aux
troupes du Bannat , elles. ne se mettront
pas en mouvement avant le 15 de ce
mois : ce Corps restera composé de 48
g lij
( 150 )
bataillons d'Infanterie et d'autant d'escadrons
de Cavalerie. De ce côté-là , la
campagne ne s'ouvrira probablement
qu'au mois de mai.
Le nombre des Soldats malades dans
les hôpitaux d'Esclavonie , pendant le
mois de février , montoit à 6,788 , dont
1,169 sont morts ; les autres ne sont pas
encore convalescens. Tout le Corps
d'Esclavonie n'est composé que de 35,221
hommes. -Les Turcs travaillent sans
relâche aux fortifications de Zwornick .
Un grand nombre de Bosniaques défilent
vers Traunick et Banialucca .
De Francfort sur le Mein , le 10 avril.
On apprend de Vienne , qu'il en est
parti , le 20 mars , un courrier pour
Constantinople , avec la réponse aux de
mandes faites par le Reis Effendi. On
prétend que l'Empereur a fait répondre ,
qu'attendu que la Porte ne vouloit se
prêter à aucune cession , il étoit inutile
de continuer les négociations , et qu'en
conséquence il avoit donné ordre à ses
Commissaires de quitter Constantinople.
Le Prince Charles , Prince-Palatin de
Birckenfeld , Duc de Bavière , Majorgénéral
au service de l'Empereur , est
mort à Manheim , le 31 mars , dans sa
44. année , à la suite d'une fluxion de
poitrine.
( 151 )
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 17 avril.
Les deux Chambres du Parlement , qui
se sont ajournées au 20 la semaine dernière,
recurent , le 8 , une notification
du Roi , qui leur fit communiquer son
dessein de solemniser , le 23 courant , à la
Cathédrale de St. Paul , son heureux rétablissement.
Ce jour-là en sera un d'actions
de graces générales dans tout le
royaume. Les Pairs et les Communes se
rendront à St. Paul à la suite du Roi , qui
sera reçu à Temple- Bar ( porte de la Cité
) par le Lord- Maire . Cette procession
pompeuse occupera , dit-on , cinq milles
d'étendue. On n'a pas revu cette éclatante
cérémonie depuis le règne de la
Reine Anne : les rues et les maisons
seront magnifiquement décorées ; une
foule de curieux arrive des provinces ,
et les fenêtres en quelques endroits se
louent jusqu'à 20 guinées.
Milord Malmesbury perd l'Ambassade
de la Haye ; on lui a donné pour
successeur M. Fitz-Herbert , ci-devant
Ministre du Roi à Pétersbourg , et aujourd'hui
Secrétaire d'Etat du Vice-
Roi d'Irlande .
L'escadre de Terre-Neuve , sera composée
du Salisbury de 50 canons , monté
par l'Amiral Milbank, dụ Pégase et de
giv
( 152 )
la Rose de 28 , du Nautilus et de l'Echo
de. 16.
L'Amiral Affleck emmènera avec lui ,
à la Jamaïque , le Centurion de 50 can . ,
la Blanche et la Blonde de 32 , et le
Thorn de 16. L'Europa de 50 , actuel
lement dans cette station , reviendra en
Angleterre avec le Commodore Garner,
ainsi que les frégates l'Expédition
de 44 , et l'Amphion de 32.
Voici l'état exact des vaisseaux actuellement
en construction dans les
chantiers royaux :
A Deptford. APortsmouth.
Windſor Caſtle ... 98. Prince de Galles ... 98.
74. Dreadnought .... 98. Brunswick .
'Mars ...
74. Fury .... .16.
A Woolwich, A Plimouth.
Boyne . 98. Céfar ... ..80.
Centaure
74. Foudroyant .
.80.
Minotaure ..
74. Porcupine .
..16 .
Merlin . 16. Serpent . 16.
ASheerne Dans un chantier parti
Léopard . 50.
A Chatham.
Queen -Charlotte , 100.
culier.
Ily afixformes vacanies ,
Savoir,
Ville de Paris ... 110. A Sheerneſſ . . . . . .
Illuftrious . .74 .
Leviathán ·
Honud .
Rattle-Snake .
74. A Portſmouth .
16. A Plimouth ..
16. A Chatham .
I.
2.
2 .
( 153 )
C'est le 21 que doit recommencer définitivement
le procès de M. Hastings .
En vain ses Accusateurs déconcertés ,
ont-ils essayé auprès de lui , pendant la
trise de la Régence , l'offre d'abandonner
leur poursuite , si lui-même consentoit
a se priver d'un jugement. M. Hastings
eût mérité l'opprobre des calomnies sous
lesquelles ila gémi , s'il n'avoit rejeté avec
mépris une aussi vile proposition . Elle
étoit mal-à-droite ; car ce n'est pas d'un
caractère tel que celui de l'Accusé qu'on
pouvoit espérer un pareil acquiescement.
Sa requête à la Chambre Haute , par la
quelle il a demandé la reprise des procé
dures , a été sa seule réponse. L'affaire
sera probablement terminée dans la Session
actuelle , et l'on ne sera pas médiocrement
étonné du recueil de témoi
gnages rendus dans l'Inde par les Intéressés.
On en pressentira la nature , en
lisant la lettre suivante , écrite par un
Officier de rang , dont l'intégrité n'a
jamais reçu d'atteinte. On y trouvera
quelques particularités de la dernière
révolution de Delhi ; et en nous la
communiquant , on nous a autorisé à
en garantir l'authenticité . Elle a été
apportée par le vaisseau le William
Pitt.
« Cawnpore dans le Bengale , 24 ottobre 1788 .
« Je n'ai reçu de vous , pendant la dernière
faifo , que quatre lettres affez courtes ; mais le
paquet de papiers qu'elles contenoient , m'a donge
G V
( 154 )
tous les renfeignemens que je pouvois défirer fur
les procédés étranges de mes Concitoyens. »
« Je vous envoie à mon tour deux gros paquets
de Gazettes Per annes , où vous trouverez
le récit fidèle de tous les crimes commis à Delhi
par les Rohillas. Ces atrocités vous feront frémir;
c'eft à préfent que M. Bur e aura un fujet réel
d'occupation pour fa fenfibilité ; mais je crains
bien qu'il ne l'épuife fur des fictions. »
« Mon devoir m'appeloit à Lucknow dans les
mois d'août & de feptembre , précifém nt à l'époque
où ces honteufes trahisons fe paffoient à
Delhi. Le Vifir Nabab d'Oude , vouloit entrer
en campagne, & foutenir la famille de Timur
mais notre Gouvernement rejeta cette politique :
peut-être mes propres fentimens me lendent-ils
ir.capable de juger notre conduite en cette occafion
, peut- être même , dirai-je qu'en a eu tort
de ne pas feconder le Vifir ; mais quand ce feroit
là mon avis fur le point de droit , il n'en refteroit
pas moirs vrai , quant à celui de fait , que
dans ces conjon &tures Lord Cornwall's s'eft attaché
fcrupuleufement à tout ce que l'on a proclamé
dans toute l'Inde , comme la politique
adoptée par la Grande- Bretagne . Bien plus ,
fi je puis préfumer de trouver ici une faute , à
plus forte raifon puis - je démontrer une étrange
inconféquence dans votre conduite à Londres. Les
Membres de la Compagnie des Indes ont été traduits
en juftice pour leurs premiers procédés à
l'égard du vieil & malheureux Schawallum : le
fair eft que la Compagnie n'a jamais reçu cu
Mogol aucune faveur , tandis qu'elle lui en a fait
d'importantes. Ce que la Compagnie avoit gagné
par la valeur de fes armes , ou par la prudence
de fes hommes d'Etat , Clive voulut le tenir de
l'Empereur , en vertu d'un titre qui ne valoit
pas un féru , à moins qu'on ne le fcutint par
-
( 155 )
la force. En retonr , il rendit ce Prince indépen
dant pour la vie ; il lui affurà un revenu annuel
de cinq cent mille livres fterlings , tandis que le
moment d'auparavant , l'infortucé Monarque difoit
lui-même qu'il n'ayoit pas où repofer fa tête. »
« En 1778 , le vieux Prince préféra , ma'gré
nos vives remontrances , de renoncer à tous ces
avantages , pour retourner chercher fortune à
Delhi. A partir de cette époque , nous aurions
été des infenfés de lui faire paffer annuellement
du Bengale vingt- fix lacs de roupies dont il n'en
auroit pas touché une feule ; il y auroit eu autant
de folie à lui laiffer rer aux Marattes Corah
& Alla Habad, Depuis le jour qu'il a quitté notre
protection , quelle vie errante n'a- t-il pas menée ?
précisément la même qu'il avoit menée depuis fa
jeuneffe , jufqu'au moment où il rechercha notre
appui , tantôt au pouvoir des Marattes , tantôt
en celui des Yants , des Mogols , des Rohillas .
En 1784 , il s'offrit l'occafion la plus favorable
de lui faire un traitement digne de fon rang.
M. Haflings & le Vifir la faifirent avec empelfement
, mais le Confeil de Calcutta la rejeta ,
fous prétexte que la Compagnie ne vouloit pas
qu'on intervînt dans les différends des Souverains
de l'Inde ; & pourtant il exifte une réſolution de
la Chambre de Communes , qui condamne notre
conduite à l'égard de PEmpereur ; & pourtant
M. Burke affirme dans fes charges , que nous
avons encouru la perte de notre titre de poffeffion
au Bengale parforfa te. Certes , de parei les
abfurdités affibl flent beaucoup notre foi en la
fageffe du Parlement , foi qui devroit être fans
bornes , comme celle que nous portons રે nos
dogmes facrés, »
Les Acteurs de la dernière Tragédie font
les Rohillas , cette horde barbare & perfide dont
on a déploré en plein Pa.lement , avec tant de
g vj
( 156 )
fenfibilité , l'expulfion de la côte orientale du
Gange ; action préfentée comme le plus énorme
de tous les crimes de M. Haftings ; mais il n'y
a pas aujourd'hui , dans l'Inde entière , un feul
homme qui ne fe joigne à nous pour approuver
la fageffe & la juftice de cette guerre. Nous ne
devons jamais permettre aux Afghans , ni à aucun
autre peuple des provinces feptentrionales ,
de paffer le Gange ; fi nous abandonnons cette
maxime , bien ôt ils franchiront Oude , & nous
difputeront l'Empire du Bengale.
""
Je fuis charmé d'apprendre par le interton ,
vaiffeau parti en mai , e M. Haflings regagne
fa caufe dans l'opinion . Les détails que Lord
Cornwallis y a fait paffer l'année dernière , fur
l'état où il a trouvé le pays & l'armée , doivent
redrefer les préjugés . Les adreffes envoyées cette
année de Lucknow , de Furruckabad & de Benarès
, ferviront auffi infiniment à l'Ex- Gouverneur
, & placeront fes ennemis dans le vrai point
de vue. Ils apprendront , par une expérience un
peu chère , à eftimer un mérite qui s'établit p`us
folidement de jour en jour dans ce pays , tant
parmi les Européens , que parmi les Naturels ;
enfin le temps , dont les témoignages font irréfragables
, éclairera encore mieux fa conduite. »
Peu d'Officiers ont vu plus de parties de
l'Inde que moi ; durant la dernière guerre de
1781 à 1784 , j'étois dans le Carnate : mon
bataillon marcha à Madras , & je retournaj
enfuite à Calcutta . Je puis dire , avec autant de
confiance que de vérité , qu'il ne fe trouvoit pas
un feul homme qui eût fervi fous notre vieux
Général Coote , qui ne reconnût qu'on ne devoit
le falut de l'Inde qu'aux vigoureufes mesures de
M. Haflings , & je ne crois pas qu'on pûr trouver
à Madras un feul Officier d'un autre avis . «
« J'ai depuis traversé le Benga'e juſqu'à Bahar ;
( 157 )
:
fans
J'ai été ftationné cinq ans à Benarès , & reviens
de Lucknow , où, men devoir m'appeloit ; j'ai
donc parcouru le théâtre des a rocités prétendues
de M. Haftings. Eh bien ! je n'ai entendu p cnoncer
fon nom qu'avec refpect , affection &
confiance heureufement je re demande pas à
en être cru fur ma fimple parole ; des gens
liaifon avec M. Haflings , qui partent d'ici cette
année , vous affureront que cette opinion eft
générale ; & quelque défagréable qu'ait pu être
la fituation dans laquelle M. Haflings s'eft trouvé ,
je fuis charmé que l'impeachment ait été admis ;
il lavera le nom Anglois de l'infamie qu'ont tâché
de répandre fur lui des gens coalifés pour faire
le mal , & cela par des calomnies fi bêtes , que
je fuis étonné qu'on ait pu les croire un feul
moment. »
-
« C'eſt avec une vive impatience que j'attends
la copie complette des dépofitions que vous devez
m'envoyer. Tout ce que j'ai pu me procurer jufqu'ici
, je ne l'ai tiré que des Papiers - Nouvelles ;
j'y trouve des difcours de M. Burke , de M. Fox
& de M. Grey; leur langage me paroît étrange.
Je n'aurois jamais cru que des hommes policés
puffent faire ufage devant une audience
également compofée d'hommes civilifés , des épithètes
qu'ils fe permettent d'appliquer à M. Haftings
il s'y trouve auffi des méprifes fi groffières
, que je crains que les papiers publics n'aient
ces Orateurs , en préfentant leurs difcours
d'une manière infidelle. 19
:
fait tort
« Eft- il poffible , par exemple , que M. Burke
ait dit qu'au départ de M. Haflings , toate l'inde
fe trouva foulagée du joug accablant fous lequel
elle avoit long-temps gémi ? Cette affertion eft
celle d'un enragé ou d'un fou , elle répug e autant
au fens commun qu'à la vérité . Je rencontre
auffi ces mots : « Capitaine général en iniquité. »
( 158 )
Coeur pourri jufqu'au trognon ( 1 ) ; » & une
foule d'autres expreflions , qui , fi elles ont été
réellement prononcées , prouvent ce déteftable efprit
de Parti , également deftructif de la raifon , de
la juftice & du goût. Un de mes Officiers a
apporté avec lui , à Lucknow , une copie des
articles d'impéachment ; il y a long- temps qu'on
les a fait connoître en détail au Vifir , à fes
Miniftres , aux Begums , & aux principales perfonnes
de la Cour. Bien loin de reconnoître la
juftice de ces imputations , ils ont demandé que le
Comte de Cornwallis tranfmit à la Compagnie
des indés leurs fentimens fur la conduite de
M. Haftings. Mais ce n'eft pas M. Haftings lui
feul , qu'attaquent les articles re atifs à Oude ,
ils inculpent auffi tous les Officiers qui ont fervi
dans cere ville. Je ne fuis point impliqué
dans l'affaire ; mais ce que je fa's , c'eft que fi
le Nabab n'avoit été fecuru par les Officiers Anglois
, en 1770 & en 1777 , il aurcit : ûrement
été dépofé & mis à mort. Ils rifquèrent leurs
vies , ils le fauvèrent , & plufeurs d'entre eux
firent certainement leur fortune ; mais le montant
de toute leur fortune n'eft rien , comparé au
tréfor que la Compagnie tira d'Oude , & voilà
la faignée qui a fi fort appauvri le pays. »
"
L'affidavit du Colonel Hannay fur les Begums
, eft aufli connu ici qu'à Londres ; & de
tous ceux qui font en état de juger jufqu'à quel
poirt il eft vrai ou faux , il n'en exifle pas un
feul qui en ait nié ou même con: efté une fcule
phrafe. "
« Scindia eft parvenu à ſe rétablr , mais trop
tard pour fauver le vieil Empereur ; le pillage de
(1 ) Elles s'y trouvent en effet , & bien d'autres
équivalentes.
( 159 )
fon enana a valu aux Rohillas près de vingt
lacs de roupies ; il eft incroyable qu'il ait pur
fauver tant de richeffes , fes affaires ayant été fr
complettement ruinées. »
Si l'on en excepte le défaftre de l'Empereur
l'Inde eft précisément dans le même état où elle
étoit l'année dernière. Hyder-Begkhan eft en
effet Souverain d'Oude ; le Vifir fe mêle très-peu
des affaires. Lord Cornwallis protège & favorife
encore plus Hyder , que ne le faifoit M. Haftings .
Je ne faurois m'expliquer à moi- même pourquoi
la Chambre des Communes appelle Hyder-Beg
ua implacable tyran , décrète M. Hastings pour lui
avoir donné l'autorité dont il jouit , & acquiefce
pourtant à l'augmentation de puiffance qu'il exerce
aujourd'hui fous l'influence de la Grande- Bretagne.
-
Et ce n'eft pas à lui que fe borne mon obfervation.
Les mêmes homines que M. Haftings
a placés & foutenus , Lord Co nwallis les emploie
aujourd'hui dans les poftes les plus importans ; les
mêmes plans que le premier avoit adoptés , l'autre
des fuit dans toutes leurs parties ; & cependant
j'entends dire que Lord Cornwallis cft généralemert
admiré & refpecté en Angleterre , comme
il mérite en effet de l'être. »
« Il faut avouer que nous fommes en ce moment
les a bitres de l'Inde : la prépondérance de
la Grande-Bretagne en Europe , les embarras actuels
de la France , l'heureufe révolution de la
Hollande , tout cela s'y fait fentir de la manière
Ja plus favorable. Combien étoit diffé ent le théâtre
fur lequel M. Haftings a joué fon rôle ? Il avoit
à diffoudre une confédération formée contre nous
par toutes les grandes puiffances de l'Inde , aidées
de la France & de la Hollande ; il avoit à payer
& à nourrir , fur les feu es reffources que lui offro
ent le Bengale & Oude , une armée de près
de cent mille hommes ; & , croyez-moi , monfieur,
( 160 )
nous fommes auffi étonnés des
difficiles dont il nous a tirés ,
dangers & des pas
que de ce que l'on
Mais je ne veux
--
fait contre lui en Angleterre.
pas en dire davantage fur cet article. »
FIN de la Relation sur la Baie
Botanique.
HABITAN S.
« Les hommes & les femmes ne portent aucun
vêtement ; les hommes font d'une taille élevée ,
mais fans graces ; quant aux femmes , elles ont
uae gaucherie particulière dans leur port cela
vient, dans les hommes & les femmes , de l'ufage
de fe tenir long- temps fur une feule jambe , le
pied de l'autre appuyé fur la jointure du genou.
Après être rafté long-temps dans cette poſture ,
ils changent de jambe comme pour fe délaffer.
Leur teint eft couleur de cuivre , leurs traits font
gros & mal formés ; ils ont le nez ouvert &
épaté , les lèvres grandes & épaiffes , les yeux
ronds & gros ; habitués à fe frotter d'huile de
poiffon , ils exhalent une odeur fi défagréable qu'i's
font lever le coeur quand on les approche. Les
hommes portent des barbes touffues , & leurs cheyeux
crépus font chargés de dents de poiffons &
de morceaux de coquilles attachés avec de la
gomme. Voilà leur feule parure , excepté une
peut- être encore plus hideufe : c'eſt un os attaché
au cartilage du nez ; mais il n'y a que les plus
diftingués qui portent cet ornement : on les fit
remarquer à M. Phillips ; il n'en vit qu'un petit
nombre ainfi décorés. Quelques-uns avoient le
tour du corps enduit d'une poudre colorée ; on
remarqua également quelques femmes avec deux
phalanges du petit doigt coupées , foit en figne
d'honneur , foit comme une marque infarmante .
Cependant , il paroît qu'ils n'ont entre eux que
( 161 )
très-peu d'idées d'ordre & de juftice. Quant à
leurs notions religieufes , c'eft fur quoi nous ne
faurions prononcer : on les voit néanmoins regarder
un oiſeau noir de l'eſpèce du Corbeau , avec
une vénération particulière ; elle va au point ,
qu'un des Officiers ayant effayé d'en tirer ,
des Naturels courut fe jeter entre l'oifeau & le
coup , quoiqu'il fût fort bien que fi le fufil étoit
parti , il l'auroit tué . »
un
« Leurs huttes font faites de branchages couverts
de brouffailles. C'eft d'écorce qu'ils fe fervent
pour leurs canots ; leurs armes confiftent en une
longue lance d'un bois dur , qu'ils dardent avec
affez d'adreſſe pour tuer quelquefois des oifeaux ;
ils portent un bouclier d'une écorce difficile à
percer; ils ont auffi une autre efpèce de javeline
avec laquelle ils p'quent le poiffon , & il eſt rare
qu'ils manquent leurs coups. Leurs lignes font
compofées d'un hameçon fait de coquille & d'une
ficelle d'écorce. Comme leurs befoins font trèsbornés
, voilà tous leurs outils , excepté une hache
de pierre avec laquelle ils coupent du bois . Le
poiffon eft leur principale nourriture : ils le mangent
prefque cru , ainfi que la chair , quoiqu'ils
allument toujours du feu , autour duquel ils s'asfeient
en prenant leurs repas . Ils ne paroiffent avoir
aucun penchant à dérober , mais on vit que notre
féjour leur déplaifoit . Il eft vrai qu'ils ont tué
dans les bois trois de nos gens , dont deux étoient
occupés à coup r de la bruyère pour couvrir nos
toits ; cependant ils ne font point antropophages ,
puifque les corps nous ont été rendus pour les enfevelit.
A la fuite de cette hoftilité , ils ont paru
très -froids , & ont été quelque temps fans ofer
approcher de la Colonie. »
« On a déja fait obferver que quelques- unes
des femmes avoient deux jointures coupées au
doigt du milieu on peut ajouter à cette fingula(
162 )
Até , qu'on a fouvent remarqué de grandes troupes
d'hommes réunis , à chacun defquels il manquoit
une dent de devant ; nos gens en concluoient que
ces marques fervoient à diftinguer les claffes particulières
auxquelles ces groupes appartenoient ;
mais cela eft fort douteux. Quoique les femmes
aient toujours paru fans vêtemens , les hommes
femblent avoir quelques idées de jaloufie ; car ,
malgré qu'ils permiffent à nos Matelots de décorer
leurs femmes de morceaux de papier doré &
peint , ils ne manquoient jamais de les emmener
en s'en allant. Dans les premières entrevues des
Naturels & des Colons , les femmes marchoient
toujours défendues par des troupes d'hommes
armés de lances , qui couvroient ce corps de réferve,
"
« Le Capitaine Cook rapporte qu'il ne fe préfenta
à lui qu'un petit nombre de ces Sauvages :
en conféquence , il en a conclu que le pays n'etoit,
guère peuplé ; mais il s'eft trompé fur ce point ,
car nous avons fouvent vu defcendre enfemble
au rivage , des troupes de 3 & 400 hommes. »
« Vers le foir , ils ont fouvent paru au nombre
de 70 à 8o , affis autour d'un grand feu , en
plein air; & à la première arrivée du Commodore
, on voyoit la nuit , fur la côte , un trèsgrand
nombre de ces feux. Depuis le débarque-,
ment , les Sauvages n'ont pas tardé à les allumer à
une plus grande diſtance. »
« Ils ont quelques huttes faites de branchages.
En avançant dans l'intérieur du pays , on a auffi
remarqué de petites troupes de Sauvages abrités
fous des bancs creux , ou dans des cavernes en
général , ils prenoient la fuite à l'approche des
partis Anglois. On a trouvé dans leurs afyles des
monceaux de bruyères & de longues herbes fèches,
qui leur fervoient de lit. Les rochers du rivage
offrent de pareilles retraites à un grand nombre,
( 163 )
d'entre eux ; mais ces cavernes font à quelque
diftance de la crique de Sydney. »
« Les femmes qui avoient des enfans , les
portoient ordinairement fur leurs épaules ; mais
il n'en approcha que très- peu des limites de l'habitation
Ang'oife. Voilà du moins fur quel pied .
on étoit avec les Sauvages , quand le Borowitate.
quitta la côte. »
« Le poiffon fait leur principale nourriture ,
& les femmes font auffi habiles que les hommes
à le prendre. Elles ne réuffiffent pas moins bien
qu'eux à gouverner les canots . Elles plongent
habilement ; les hommes y excellent : ils defcendent
fouvent à une profondeur de 70 & même
100 pieds , pour rapporter des coquillages ou du
poiffon qu'ils ont percé de leurs lances. Dans
l'hiver , le poiffon quitte ces mers , & fe porte,
vers le Nord , pour aller y chercher de la chaleur.
Comment des hommes fi imprévoyans peuventils
fubfifter en l'abfence de ce qui fait la bafe de
leur nourriture ? C'eft ce qui excite juftement notre
furpriſe. »
Les colliers , les pièces d'étoffes & les mouchoirs
que le Commodore & fes Officiers leur .
préfentèrent , furent bien reçus ; mais le plaifir
de les pofféder ne les occupa pas long- temps. ,
A peine gardèrent - ils ces préfens un jour entier ;
on les retrouva épars çà & là dans les bois . Un
Sauvage fe foumit pourtant à être rafé & frifé.
Ils s'avançoient fouvent en bataillon formidable ;
mais , à mesure qu'ils approchoient , ils perdoient
courage ce qui les effrayoit le plus , c'étoit nos
canons , qui ne manquoient jamais de tuer ce qu'ils
vifoient. Des trois hommes maffacrés dans les bois ,
on en trouva un criblé de petites fléches ; is,
dardèrent une fois une javeline contre un parti de
Matelots ; mais voyant le coup manqué , ils parurent
vouloir nous convaincre qu'ils n'avoient
( 164 )
eu aucune intention hoftile , en déſavouant & en
frappant celui qui avoit décoché le trait . »
ANIMA U X.
Le Kanguroo eft l'animal dont nous avons
parlé dans notre première notice fur la Baie Botanique
: il eft à peu- près gros comme un mouton ;
la tête , le cou & les épaules font beaucoup plus
petits , proportion gardée , que les autres parties
de fon corps . Il a une queue longue , mais épaiffe
à fa naiffance , & qui s'effile vers l'extrémité .
Les jambes antérieures n'ont guère que 8 pouces
de longueur , tandis que celles de derrière en ont
22 ; auffi ne marche-t-il que par faurs & par
bonds : il franchit à chaque pas un espace confidérable
, & fon attitude eft prefque toujours
droite. Ses jambes de devant font ferrées contre
fa poitrine , & femblent ne lui fervir qu'à fouiller
la terre ; fa peau eft couverte d'un poil court ,
d'un gris de fouris foncé , excepté la tête & les
oreilles , qui ont quelque reffemblance avec celles
du lièvre. On a embarqué fur le Prince de Galles
un de ces animaux , au - deffus de la taille ordinaire.
On y a joint un chien vivant de la Nou
velle Hollande. Les feuls autres animaux remarquables
font l'Opoffum & le Polecat. »
O IS EA U X.
« On voit de temps à autre dans ce pays ,
quelques grands oifeaux , mais les plus nombreux ,
quoique très-fauvages , font l'Epervier , la Tourterelle
, le Pigeon , le Pluvier , la Caille , le Duc
& la Cercelle , indépendamment d'un petit nombre
d'oiseaux d'un plumage éclatant & de quelques
Corneilles. "
POISSONS.
« La Brême & le Maquereau fe trouvent ici
( 165 )
en abondance : quant aux autres poiffons , ils
font inférieurs à ceux qu'on pêche dans les mers
d'Europe. On y voit auffi un coquillage pyrami
dal qui paroît être fort du goût des habitans. Pour
les Chiens-de-mer & les Baleines , on n'y en rencontre
que très- peu . »
SOL E T CLIMAT.
« Les variations du climat , dans le cours de
24 heures , occafionrent quelquefois 30 degrés
de différence au baromètre. Les orages , les éclairs
& les rafalles y font fréquens, Le fol eft léger ;
mais aucune des plantes d'Europe , achetées à
Rio-Janeiro , ou au Cap de Bonne - Efpérance , n'a
pu venir à maturité. Les femences ont encore
plus mal réuffi , quelque foin qu'on ait pris d'un
plant de pois. On a femé un peu de riz , de froment
& d'orge , dans le terrain nettoyé par les
Colons , & nous avons déja dit que cette récolte
promettoit beaucoup. »
On n'a pas encore découvert de rivières ;
mais on a trouvé , en différentes parties du pays ,
près de la crique , de petits ruiffeaux & des filets
d'eau peu profonds, »
« Voici la liste des animaux vivans débarqués
fur le territoire de la Colonie . »
Un étalon , trois jumens , trois poulains.
Un taureau , trois vaches , un veau , tous égarés
dans les bois , & perdus , à l'exception d'une vache.
Quatre béliers , quarante brebis , tous morts , à
fix près.
Denx verrats , vingt-fix truies ; cinq tuées par
un coup de foudre.
Les chevaux font en bon état , parce qu'on
les fait travailler le jour , qu'on les panfe &
qu'on les garde foigneufement la nuit. La vache
qui refte n'a été fauvée que parce qu'elle étoit
( 166 )
-
pleine & gardée : elle a vêlé depuis. Les
cochons profitent & multiplient. »
« Le même coup de tonnerre qui a tué cinq
cochons, a fait périr auffi des moutons appartenans
au troupeau particulier du Gouverneur. Ce qui
a entraîné la mort des autres , eft le manque
de nourriture convenable. La bonne herbe s'eft
trouvée rare & clair- femée , & dans les endroits
où elle abonde , elle eft groffière & âcre. »
« En défrichant , on a préparé plus de terrain
pour des potagers que pour le labour . Les groffes
raves & les turneps promettoient plus que les
autres végétaux. Les féves & les pois réuffiffoient
peu. On a trouvé le perfil , le baume , une forte
de fauge & quelques autres plantes d'Europe ,
indigènes dans ce pays. Indépendamment
du Chou- Palmifte , qui fournit uné très - bonne fubfiftance
, il y a ici un bel arbre à gomme , mais
qui n'eft pas commun , & un autre a bre dont
le tronc coupé diftille , pendant quelque temps ,
une sève qui durcit comme du ciment , & qui enfuite
tombe en pouffière. Cette fubftance jetée
au feu ne flambe ni ne brûle , & n'a rien de
bitumineux. En général , il y a peu de variétés
dans les arbres , dont les plus élevés ne paffent
pas 55 pieds Anglois. »
a Il est très- aifé de s'apercevoir fur les collines
des effets de la foudre : moitié des arbres
en eft fillonnée. Depuis les fix premiers mois
de fon établiſſement , la Colonie a déja reffenti
trois tremblemens de terre . En fouillant, pourjuger
de la nature du fol , on a trouvé une terre quf
donne d'excellente brique, dont il y a déjaplufieurs
maiſons de bâties : il s'eft également rencontré une
marne sèche ou craie , dont on a fait de fort bonne
chaux. »
251 2
« Quelques-uns des Chefs d'ateliers , prépofés
aux autres par le Gouverneur , fe conduifoient
parfaitement bien. UUnn ddeess quatre malheureux
condamnés à la potence s'enfuit dans les bois :
il y refta plufieurs jours ; mais enfia il fe determina
à revenir, prefque mort de faim , & à fe foumettre
à fa deſtinée. Le Gouverneur le fit exécuter
fur-le-champ. »
« On a élevé une eſpèce de Baftille fur un
rocher , à quelque diſtance du rivage ; on y envoie
certains coupables , que l'on expole aux injures de
l'air , en ne leur donnant d'autre nourriture que
du pain. Ce moyen réuffit quelquefois à les corriger.
"
« Tel étoit l'état des chofes quand le Borowdale
a quitté le Port-Jackson. - Le Fishbourne & le
Goldengrove , vaiffeaux d'approvifionnemens , partoient
pour le Cap de Bonne- Efpérance , afin de
ravitailler la Colonie. Le Scarborough & la Charlotte
alloient charger du thé à la Chine pour la
Compagnie des Indes . Le Lady Penryn fe rendoit
à la côte N. O. d'Amérique pour y faire un commerce
de fourrures ; &, comme nous l'avons déja
dit , le Prince de Galles , le Borowdale , l'Alexander
& le Friendship font ou arrivés , ou attendus d'un
moment à l'autre ; ils doublent tous le Cap de
Horne ; & le feul qui doive encore paffer le détroit
de Magellan , eft le Lady Penryn. »
La relation ajoute que rien n'effraya
autant les Naturels de la Nouvelle Hollande
, que la vue de M. Hunter , Capitaine
du Sirius , monté sur un cheval.
Ce quadrupède leur a causé la même
surprise qu'aux Américains , au temps
de l'invasion des Espagnols : ils prirent
le Cavalier et le cheval pour la même
bête . Les cris aigus des sauvages redoublèrent
, lorsqu'ils virent M, Hunter
mettre pied à terre.
( 168 )
FRANCE.
De Versailles , le 15 avril.
Le 9 , jour du Jeudi- Saint , l'Evêque
de Metz , Grand-Aumônier de France ,
qui a eu la nomination du Roi au Cardinalat
, a reçu , des mains du Roi , dans
le Cabinet de S. Maj . , la calotte rouge
que Sa Sainteté lui avoit envoyée par
un courrier extraordinaire arrivé le 8.
L'Evêque de Metz a pris en conséquence
le nom de Cardinal de Montmorency.
Le Roi a nommé à l'Abbaye régulière
de Pairis , Ordre de Cîteaux , diocèse de
Basle , D. Delor , Religieux-profes de la
même Abbaye ; et à celle de Bondeville ,
même Ordre , diocèse de Rouen , là
Dame d'Epinay , Religieuse- professe de
l'Ordre de S. Augustin , à Bernay , diocèse
de Lizieux .
Le 29 du mois dernier , M. Dupuy ,
Conseiller honoraire au Châtelet de Paris ,
nommé Intendant des Isles de France et
de Bourbon , a eu , en cette qualité ,
l'honneur d'être présenté au Roi par le
Comte de la Luzerne , Ministre et Secretaire
d'Etat , ayant le département de
la Marine , et de prendre congé de
Leurs Majestés et de la Famille Royale.
Le 11 , la Cour a entendu , dans la Chapelle
du château , l'O filii , mis en Mufique par le fieur
Girouft ,
"
( 169 )
Girouft, Maître de la Chapelle du Roi , & exécuté
par la Mufique de Sa Majesté.
Le lendemain , jour de Pâque , Leurs Majeftés ,
accompagnées de Monfieur de
Monfeigneur
Comte d'Artois , de Madame Elifabeth de France
& de Monfeigneur le Duc d'Angoulême , ſe font
rendues à la Chapelle du château , où Elles ont
entendu la Meffe , chantée par la Mufique du
Roi , & célébrée par l'Evêque de Sarlat. La Comteffe
de Kergolay a fait la quête .
L'après-midi , la Cour a affifté aux Vêpres ,
après avoir entendu le Sermon , prononcé parl'Abbé
Beauregard , Prédicateur ordinaire du Roi ,
qui a prêché devant Leurs Majeftés & la Famille
Royale la ſtation du Carême.
Madame Comteffe d'Artois , Mesdames Adélaïde
& Victoire de France ont auffi affifté , -
dans la Chapelle du château , aux Offices de ce
jour.
Leurs Majeftés ont foupé à leur grand couvert.
Pendant le repas , la Muſique du Roi a exécuté
différens morceaux fous la conduite du fieur .
Girouft , Surintendant de la Mufique de Sa Majesté.
Le
13
"
le Roi s'eft rendu en cérémonie à
l'Eglife de la paroiffe Notre- Dame , où il a com-,
munié des mains du Cardinal de
Montinorency
Grand-Aumônier de France. Le Duc de Briffac ,
Capitaine- Colonel des Cent- Suiffes , le Duc de
Fronfac , premier Gentilhomme en furvivance de
la Chambre de Sa Majefté , tenant la nappe du
côté du Roi , & l'Evêque de Senlis , premier
Aumônier , l'Abbé de Fénélon , Aumônier de
quartier de Sa Majefté , la tenant du côté de
l'autel.
Le fieur Blin a eu l'honneur de présenter
à Sa Majesté la 23°. Livraison
Nº. 17. 25 Avril 1789. h
170 )
des Portraits des grands Hommes
Femmes illustres et sujets mémorables
de France , gravés et imprimés en
couleur , dont Sa Majesté a bien voulu
agréer la dédicace ( 1 ). .
De Paris , le 22 avril.
Réglement fait par le Roi , le 13 avril
1789 , en interprétation et exécution de
celui du 28 mars dernier , concernant
la convocation des trois Etats de la
ville de Paris.
Les Assemblées , pour l'Election des
Députés des trois Ordres , dont ce Réglement
détermine la forme , devant
avoir consommé leurs opérations à
l'instant où ce Journal sera publié , il
deviendroit inutile de détailler ici ces
formalités. Nous nous bornerons donc
à l'énoncé des articles généraux .
Le Réglement du 24 janvier dernier , fera
exécuté ſuivant fa forme & teneur , pour la con-
Wocation de l'Ordre du Clergé dans l'intérieur des
murs de la ville de Paris : en conféquence , tous
les Curés de Paris tiendront , dans le lieu qu'i's
(1 ) Cette Livraifon , qui offre les portraits de
Pepin , dit le Bref, & de Charlemagne , le trouve
à Paris , chez l'Auteur , p'ace Maubert , nº. 17 .
Elle nous paroît traitée avec encore plus de foin
que les précédentes. Les portraits , & les deux
actions qui les accompagnent , font faits avec vigueur
& intelligence.
( 171 )

croiront le plus convenable , le Mardi 21 avril ,
l'Affemblée de tous les Eccléfiaftiques engagés dans
les O.dres , nés François ou naturalifés , âgés
de vingt-cinq ans , & domiciliés fur leurs paroiffes,
qui ne poffèdent point de bénéfices dans l'erceinte
des murs. Les Chapitres féculiers d'hommes
tiendront , au plus tard le même jour 21
avril , l'Affemblée ordonnée par l'article X du
Réglement du 24 janvier , & procéderont au choix
de leurs Repréſentans , dans le nombre déterminé
audit article. Tous les autres Corps & Communautés
eccléfiaftiques mentionnés en l'article XI
dudit Réglement , feront choix au plus tard le
même jour , de leurs fondés de pouvoirs.
femblée générale de l'Ordre de la Nobleffe fe
tiendra le lundi 20 avril ; elle fera divifée en
vingtparties , fuivant les quartiers dont les limites,
ainfi que le lieu de l'Aſſemblée , feront déterminés
par l'état qui fera annexé à l'Ordonnance du
Prévôt de Paris ou Lieutenant- Civil. Tous les
- L'As-
Nobles poffédant fiefs dans l'enceinte des murs
feront affignés pour comparoître ou en perfonne ,
ou par leurs fondés de pouvoirs , à celle des Asfemblées
partielles que préfidera le Prévôt de
Paris , affifté du Lieutenant Civil & du Procureur
du Roi.-Tous les Nobles ayant la nobleffe acquife
& tranfmiffib'e , nés François ou naturalifés , âgés
de vingt- cinq ans , juftifiant de leur domicile à
Paris ( s'ils font requis de le faire ) , par la quit
tance ou l'avertiffement de leur capitation , auront
le droit d'être admis dans l'Affemblée déterminée
pour le quartier dans lequel ils réfident actuellement,
& nul ne pourra s'y faire repréſenter par
Procureur. -L'Affemblée du Tiers-Etat de la ville
de Paris fe tiendra le mardi 21 avril ; elle fera
divifée en foixante arrondiffemens ou quar-
Les Habitans compofant le Tiers- tiers.
*
Etat , nés François ou naturalifés , âgés de vingthij
( 172 )
-
cinq ans & domiciliés , auront droit d'affiſter à
l'Affemblée déterminée pour le quartier dans lequel
ils réfident actuellement , en rempliffant les conditions
fuivantes , & nul ne pourra s'y faire repréfenter
par Procureur. L'Affemblée des trois
Etats de la ville de Paris fe tiendra le jeudi 23
avril , à huit heures du matin , dans la forme
portée au Réglement du 24 janvier dernier , &
il y fera procédé aux différentes opérations prefcrites
par ledit Réglement. - L'Univerfité de Paris
ayant joui long - temps de la prérogative d'envoyer
des Députés aux Etats- Généraux , aura le
droit de nommer des Repréfentans qui iront directement
à l'Affemblée des trois Etats de la ville
de Paris ; permet en conféquence Sa Majesté aux
quatre Facultés qui compofent ladite Univerfité ,
de s'affembler dans la forme accoutumée , & de
choifir quatre de fes Membres , un du Clergé
un de la Nobleffe & deux du Tiers- Etat , qui fe
rangeront à l'Affemblée générale dans leur Ordre
refpectif, & concourront à la rédaction des cahiers
& à l'élection des Députés aux Etats - Généraux ,
fans préjudice du droit individuel des Membres
de ladite Univerfité , d'affifter à la première A!-
femblée de leur Ordre.
9
Réglement fait par le Roi , le 4 avril
1789 , pour l'exécution de ses lettres de
convocation aux Etats- Généraux , dafs
la ville d'Arles .
Idem , du 6 avril 1789 , pour l'exécution
des lettres de convocation aux Etats-
Généraux , dans la ville de Metz.
Les deux villes d'Arles et de Metz , en
qualité d'anciennes villes Impériales ,
ont réclamé une Députation particulière
qui leur est accordée par ces Ré(
173 )
glemens , ainsi qu'elle l'avoit été aux
villes de Strasbourg et de Valenciennes .
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du
2 mars 1789 , concernant les Etats de
Flandre .
Idem , du 28 mars 1789 , qui casse
et annulle une Ordonnance du Sénéchal
de la Rochelle , portant que le
sieur Orceau sera tenu , attendu sa qualité
de Subdélégué , de s'abstenir de
l'Assemblée de la Sénéchaussée .
( L'Assemblée générale de la Sénéchaussée
de la Rochelle avoit exclu le
sieur d'Orceau , l'un des Députés du
Bailliage secondaire de Rochefort , et
subdélégué de l'Intendant l'Arrêt cidessus
maintient ce particulier dans
son droit naturel , qui ne peut être infirmé
par des exclusions arbitraires ).
Idem , du 28 février 1789.
Le Roi s'eft fait mettre fous les yeux l'Arrêt
que fa Cour de Parlement de Befançon a rendu
le 20 octobre dernier. Sa Majefté a remarqué que
le préambule de cet Arrêt contient des expreffions
offenfantes pour les Officiers des Grands Bailliages
qu'Elle avoit jugé à propos de créer par une Lci
dont Elle a depuis cru devoir fufpendre l'effet ;
& que d'ailleurs il porte que ladite Cour perfifte
dans des proteftations par elle faites le 26 mai
précédent , proteftations dans lefquelles les Officiers
des mêmes Siéges ne font pas plus ménagés.
Sa Majefté a reconnu qu'Elle ne pouvoit permettre
qu'ils fuffent flétris par des qualifications
injurieufes , uniquement pour avoir obéi à leur
Souverain . D'un autre côté , Elle a confidéré que
h iij
( 174 )
le même Arrêt du Parlement de Besançon , déclare
nuls des enregiſtremens faits de fon exprès
commandement & en préfence de perfonnes chargées
de fes ordres ; comme fi un Tribunal qui ne
tient fon pouvoir que d'Elle , pouvoit en ufer
pour anéantir des Actes emmanés de l'autorité
royale. Elle croit donc devoir caffer cet Arrêt,
A quoi voulant pourvoir : Ouï le rapport ; Sa
Majefté étant en fon Confeil , a caffé & annullé ,
caffe & annulle ledit Arrêt de fa Cour de Parlement
de Besançon , du 20 octobre dernier ,
enfemble tout ce qui s'en eft enfuivi ou pourroit
s'en enfuivre ; lui défend d'en rendre de femblables
à l'avenir.
Dans la généralité des Bailliages , la
Noblesse et le Clergé ont chargé leurs
Députés de demander la Délibération
par Ordres , sauf à référer cette question
aux Etats- Généraux eux-mêmes , assemblés
par Ordres . La Noblesse de Berry ,
a , entre autres , exprimé son voeu à ce
sujet , dans une Addition à son Cahier ,
sous le titre d'Extrait des Instructions
particulières remises aux Députés de
la Noblesse.
« La Chambre ayant entendu le rapport des
Commiffaires fur la queftion importante de favoir
fi les voix feroient comptées aux Etats - Généraux
par têtes dans chaque Ordre féparé , ou par têtes
les trois Ordres étant réunis , après avoir peſé ,
avec la plus fcrupu'eufe attention , les raifons pour
& contre détaillées dans ce rapport , »
" A arrêté : »
« 1 ° . Que les Députés infifterent pour voter
aux Etats - Généraux par Ordres féparés , & non
par têtes des trois Ordres réunis , »
( 175 )
u 2°. Que le prétent Arrêté ne fera pas pour
eux un pouvoir limité , & qu'étant feulement
l'expreffion du défir de la Nobleffe de la province
du Bery , ils pourront s'en écarter felon leur
prudence , pour fe pêter au voeu général qui
fera formé à ce fujet dans l'Ordre feul de la
Nobleffe raffemblée aux Etats- Généraux . »
« Nota. » Au moment où l'Affemblée étoit
pès de terminer fes Séances , le Lord Duc de
Richmond , Par d'Angleterre , Seigneur d'Aubigny
( 1 ) , & affigné en cette qualité , a fait paffer
fa procuration , en demandant fpécialement qu'elle
ne fût remife qu'à un Membre de l'Ordre de la
Nobleffe qui feroit dans l'opinion de voter par
Ordres ; principe , qu'en qualité de Pair d'Angleterre
, il regardoit par expérience comme le feui
bon, & le feul vraiment conftitutionnel. »
Il paroîtroit que Milord Richmond
applique aux Ordres de la France , la
distinction politique des deux Chambres
du Parlement d'Angleterre ; analogie
qui ne sera pas généralement saisie . La
division des deux Chambres en Angleterre
fut dans l'origine l'effet d'une distinction
d'Ordres ; aujourd'hui elle résulte de
la nécessité de partager le pouvoir légis
latif. Si ce pouvoir étoit réuni dans une
seule Assemblée , s'il n'existoit pas entre
les deux Chambre , une opposition d'intérêts
, qui prévient leurs usurpations mu-
(1 ) La Seigneurie d'Aubigny fut donnée par
Louis XIV au Duc de Richmond , fils naturel de
Charles II & de la Ducheffe de Portsmouth ,
maîtreffe de ce Prince . Il étoit bifaïeul du Duc
de Richmond d'aujourd'hui. »
h iv
( 176 )
tuelles, le Corps législatifse mettroit bientôt
au-dessus des lois ; il attaqueroit à- lafois
la Couronne et la Nation , et envahiroit
les droits de l'une et de l'autre avec
la plusgrande facilité.Détruisez la balance
des deux Chambres , et n'en faites qu'une,
"vous aurez bientôt une Aristocratie absolue
, qui , restant sans contre - poids ,
emploiera sa force législative à détruire
la Législation . Rien ne l'empêchera , par
exemple , de casser la loi fondamentale
qui assure au peuple le droit d'élire ses
Représentans ; et , privée de toute ressource
légale , la Nation n'en aura plus
d'autre que celle d'un soulèvement. II
n'est pas inutile de remarquer que le Duc
de Richmond est celui de tous les Pairs
Britanniques , qui a manifesté dans sa
Patrie les principes les plus favorables
à la Démocratie .
La Noblesse de Bourgogne , celle du
Périgord et de diverses autres Provinces ,
´ont intimé à leurs Députés , par un Mandat
spécial, la Délibération par Ordres.
Les nombreux cahiers qui ont été
rendus publics s'accordent , jusqu'à un
certain point , dans les articles de Législation
fondamentale. Droit de consentir
les lois , les impôts et les emprunts
, attribué aux Etats-Généraux ;
retour périodique de cette Assemblée ;
responsabilité des Ministres ; établissement
général d'Etats Provinciaux ; liberté
individuelle assurée , etc. etc .; mais on
( 177 )
ne trouve pas la même uniformité dans
les avis sur la manière d'établir ces bases ;
ils varient sur le terme du retour des
Etats Généraux , et sur leur dissolution :
les uns partagent en deux l'exercice de
la Législation , et distinguent des lois
provisoires et des lois permanentes ;
d'autres réservent la Législation entière
aux Etats-Généraux , ce qui en
exige la convocation annuelle , au
moins pour 6 mois. Les prérogatives
à laisser aux Tribunaux sont envisagées
sous des faces mutuellement opposées .
Ici , l'on demande la suppression de
toutes les taxes et un impôt unique ; là ,
on prêche l'impôt territorial ; plus loin ,
l'impôt sur les consommations. L'article
de la responsabilité des Ministres offre
les mêmes disparités ; dans un cahier ,
on les soumet au jugement de l'Assemblée
nationale elle -même ; dans un second
, à un Tribunal nommé par cette
Assemblée , qui , dès - lors , seroit en quelque
sorte Juge et Partie ; dans un 3º. , à la
Cour des Pairs. Quelques Bailliages ,
entre autres le Tiers- Etat de Lille , ne
proposent aucun changement dans le
pouvoir législatif. Quant aux réformes
et propositions locales , quelques - unes
sont en opposition mutuelle de province
à province. On a sans doute remarqué
que le Tiers -Etat des villes commercantes
ou manufacturières , ont demandé
formellement la révocation du Traité
hv
( 178 )
de commerce avec l'Angleterre . Lille
s'est jointe à ce voeu de plusieurs Bailliages
de la Normandie , de la ville de
Toulouse et d'autres.
Pendant l'Affemblée des Députés des Bailliages
fecondaires , Montcenis , Semur en Brionnois , &
Bourbon-Lancy avec ceux d'Autun , Bailliage prircipal
, le Tiers-Etat , fur le rapport de M. Chaillet ,
Bourgeois à Blanzy , qu'il fe trouvoit depuis
long- temps , dans les prifons d'Autun , deux
miférables détenus pour dettes , décida fur - lechamp
, & à l'unanimité , que chacun contribueroit
fuivant fes facultés à leur délivrance . La fomme
fut bientôt complette , & au- delà . Ces deux infortunés
ont encore eu une fomme de trente-5x
livres. Ils font fortis de prifon aux cris redoublés
de vive le Roi- ! vive M. Necker , & le Tiers-
Etat !
La cause des Serfs du Mont- Jura , et
la célébrité des talens qui l'ont plaidée
avec autant d'esprit que d'énergie , vient
d'avoir un Défenseur respectable dans
M. l'Evêque de S. Claude . Ce Prélat a
parlé en ces termes , le 6 de ce mois ,
dans l'Assemblée générale des trois
Ordres du Bailliage d'Aval en Franche-
Comté.
Meffieurs ,
« Le Roi voulant réparer les maux de l'Etat ,
affemble fes Sujets pour s'entourer de leurs lumières
; profcrire 1's abus & en prévenir le retcur ;
rappeler les bonnes moeurs avec l'amour de la
Patrie ; rétablir l'ordre dans les finances & l'économie
dans tous les départemens ; alléger le fardeau
des charges publiques , par une répartition
égale de l'impôt fur les Citoyens de tous les or(
179 )
dres , de tous les rangs , de toutes les claffes ; perfectionner
la conftitution de l'Etat ; en fixer , avec
exactitude & clarté , les lois fondamentales ; adoucir
les lois criminelles , fans porter atteinte à la
sûreté publique ; tarir la fource des ha nes & de
la ruine des familles , en détruifant , par de meilleures
lois civiles , les caufes ou les prétextes des
procès : tels font , Meffieurs , les bienfaits que la
fageffe du Roi & fon amour pour fes Peuples
nous préparent , & qui doivent s'opérer dans la
prochaine Diète. »
« Confidérons la haute importance de ces objets
. N'écoutons plus d'autre voix que celle de la
Patrie . Banniffons la d fcorde du milieu de nous.
Ecartons tout intérêt particulier. Regardons- nous,
ron comme appartenans à tel ou tel Ordre ,
mais comme étant tous Citoyens du même Empire
, comme ayant tous le même intérêt à ſa
profpérité. Faifons , pour le bien de la paix ,
des facrifices mutuels . Que le réſultat du Confeil ,
du 27 décembre dernier , foit notre guide , & que
les principes de juftice qu'il confacre , ne s'effacert
jamais de nos coeurs, Puiffions-nous , tous
pénétrés de ces fentimens & de cet efprit public ,
donner à la province l'exemple de la concordé
& de l'union entre les trois Ordres ! C'eſt-là ,
Meffieurs , l'hommage qui feroit le plus agréable
à Sa Majefté ; c'eft la meilleure preuve que nous
puiffions lui donner de notre amour pour fa Perfonne
facrée , & de notre gratitude pour fes inten
tions bienfaifantes. »
« La main-more eft mife , ave : raifon , au
nombre des abus qui pèfent le plus fur les utiles &
eftimables Habitans des campagnes. Les terres de
mon Evêché , encore indivifes avec mon Chapitre,
font affligées de ce fléau . J'ai fouvent regretté de
ne pouvoir le détruire ; mais j'unis , de bon coeur,
mes fupplications à celles que mes Vaſſaux adreſh
vi
( 180 )
fent à Sa Majefté , pour qu'il lui p'aife affranchir
gratuitement leurs perfonnes & leurs biens , eípérant
de la juftice & de la bonté du meilleur des
Rois , qu'il daignera dédommager mon Siége &
mon Chapitre , par l'union de quelque bénéfice . »
«Je prie M. le Bailli d'inférer cette déclaration dans
fon procès- verbal, »
9
« Quant à l'élection des Députés , rappelonsnous
, Meffieurs l'exhortation paternelle de Sa
Maj .fté : « Les hommes d'un efprit fage méritent
la préférence. Par un heureux accord de la morale
& de la politique , il eft rare que , dans les
affaires publiques & nationales , les plus honnêtes
gens re foient auffi les plus habiles. » S'il eft ,
Meffieurs , comme vous le comprenez tous ,
notre plus grand intérêt d'être bien repréſentés ,
que notre choix ne tombe que fur les plus dignes. »
Suite de la liste des Députés.
de
« SRASBOURG . MM. de Turkheim
Ammeister ( Luthérien ) , et Schwendt,
Syndic de la Noblesse ; tous deux
Membres de la Commission intermédiaire
de l'Assemblée Provinciale d'Alsace.
»
و
<< BELFORT ET HUNINGUE . Clergé.
MM . l'Evêque de Lidda , suffragant de
l'Evêché de Bâle et Rosé , Curé
d'Obersteinbronn . Noblesse. Le Comte
de Montjoye- Vaufrey , le Baron d'An
dlau , Bailli d'Epée des districts de Haguenau
et de Vissembourg : suppléant ,
le Baron de Landemberg-Wagenbourg;
le Baron de Schauenbourg ayant refusé.
Tiers. MM. Pfluger, Habitant d'Aet(
181 )
kirch; Guittard , Habitant de Bellemagny
, et Lauis , Habitant de Belfort . »
« DIJON. Clergé, MM. l'Evêque de
Dijon , Merceret , Curé de Fontaine-les-
Dijon. Noblesse . MM. Lemulier de
Bressey, le Comte de Levis : suppléans,
MM. le Comte de Bataille de Mandelot
, le Marquis de Courtivron . Tiers.
MM. Volfius , Avocat à Dijon ; Arnoult
, Avocat à Dijon ; Hernoux ,
Négociant à St. Jean- de-Lône ; Gautrey,
de Bourguignon . »
HAGUENAU ET WEISSEMBOURG .
Clergé. Par acclamation d'abord , M.
le Cardinal de Rohan , ensuite le même,
au scrutin , à la pluralité de 238 voix sur
15. S. E. ayant refusé à cause du délabrement
de sa santé , on lui a substitué
M. l'Abbé d'Eymar, Vicaire- Général du
Diocèse de Strasbourg ; le second Député
du Clergé est M. l'Abbé Louis , Chancelier
de l'Université , et Chanoine de
la Cathédrale de Strasbourg. Noblesse.
MM . le Comte d'Andlaw et le Baron
de Rathsamhausen . Tiers . M. le Bailli
de Flachslanden, Président de l'Assemblée
Provinciale d'Alsace , et M. Hell,
Bailli de Lanser , et Procureur- Syndic
de l'Assemblée Provinciale. »
« PRÉFECTURES D'ALSACE . MM. Ber
nard, Syndic du Chapitre de Weissembourg
, et Meyer , Médecin de Kaysersberg.
>>
( 182 )
<< LILLE. Clergé. M. l'Evêque de
Tournay, et le Curé de Tourcoing.
Noblesse. MM. le Comte de Lannoy
de Wattignies , et du Chambge Baron
de Noyelles : suppléans , M. du
Chambge, Baron d'Elbhecq , Maréchalde-
camp , et M. d'Hespel d'Hocron.
Tiers. MM. Chombart , Fermier à
Herlies ; Wartel, Avocat ; Lepoutre
Fermier à l'Inselles , et Scheppers, Directeur
de la Chambre du Commerce . »
« AUTUN. Clergé, M. l'Evêque d'Autun.
Noblesse. M. le Marquis de Digoine.
Tiers. MM. Repoux, Avocat à
Autun , et Verchère de Refy , Avocat à
Marcigny.
« PUY EN VELAY . Clergé. M. l'Evêque
du Puy : suppléans , M. Privat, Curé
de Craponne. Noblesse . M le Marquis
de la Tour-Maubourg , Colonel - Commandant
du régiment de Soissonnois :
suppléant , M. le Comte de Charbonnel-
Jussac , Capitaine au Corps royal
de l'Artillerie . Tiers. MM. Richon ,
Avocat , et Bonnet de Treyches , Juge
Mage en la Sénéchaussée . »
<< COUTANCES . Clergé, MM. Le Lubois
, Curé de Fontenay ; Becherel
Curé de St. Loup ; Rouvillois , Curé
de Carantilly ; M. l'Evêque de Coutances.
Noblesse.MM. de Bon Vouloir,
de Beaudrap, de Villarnois , le Baron
( 183 )
·
de Juigné. Tiers . MM. le Şacher de la
Pallière, Avocat à Mortain ; Burdelot,
Vicomte de Pontorson ; Vieillard, fils ,
Avocat à St. Lo ; Besnard Duchesne,
Lieutenant particulier à Vallognes ;
Perrée Duhamel , Négociant à Granville
; Poret , Procureur du Roi à Périers
; Desplanques Dumesnil , Maire
Carentan ; Angot, Bailly à S. Sauveurle-
Vicomte . »
<«< CHATELLERAULT. Clergé, M. Joyeux,
Curé de St. Jean de ladite ville. Noblesse.
M. le Comte de Pérusse. Tiers . MM .
Creuze de la Touche , Lieutenant-général
à Châtellerault ; Dubois , Procureur
du Roi au même Siége. »
« LOUDUN. Clergé. M. de Marçay
Curé de Nieuil sur Dive . Noblesse. M.
Darsac , Marquis de Ternay . Tiers.
MM. Dumoustiers de Lafont , Avocat
du Roi , et Bion , Avocat . <<
« PÉRONNE , MONTDIDIER ET ROYE.
Clergé. MM. l'Abbé Maury , Prieur de
Lihons ; Delaplace , Curé de Landevoisin
. Noblesse. MM. le Duc de Mailly ,
le Chevalier Alexandre de Lameth.
Tiers. MM. Prevôt , Avocat du Roi à
Roye ; Pincepré , Seigneur de Buire ;
Bouteville Dumetz , Avocat à Péronne ;
Bussi , Cultivateur à Rouvrel. »
POITIERS. Clergé. MM. l'Evêque de Poitiers ,
l'Evêque de Luçon ; Lecefve , Curé de Ste - Tria ze
de Poitiers ; Dilon , Curé du vieux Pouzauges
( 184 )
Ballard , Curé du Poiré fur Veluire ; de Surade,
Prieur-Curé de Plaifance ; Jallet , Curé de Chérigné.
Nobleffe. MM. le Duc de Luxembourg , le
Marquis de Cruffol d'Amboife , le Vicomte de la
Châtre , le Chevalier de la Coudraie , le Comte de
Jouflard diverfay , le Marquis de Villemort , le
Comte de Lambertie . Tiers. MM. Bouron , Avocat
du Roi à Fontenay ; de Bornieres , Confeiller à
Montmorillon ; Biroteau des Burondières ; d'Abbaie ,
Préfident du Siége de Melle ; Lofficial , Lieutenant-
Général de la Châteigneraye ; Agier , Lieutenant-
Criminel à Saint-Maixent ; Filleau , Confeiller à
' Niort ; Thibaudeau , Avocat à Poitiers ; Biaille de
Germont , Procureur du Roi aux Eaux & Forêts
de Fontenay ; Briaut , Avocat à la Mothe-Sainte-
Héraye; Gallot , Médecin à Saint - Maurice bas
Poitou ; Goupilleau , de Montaigu ; Laurence ,
Négociant à Poitiers ; Pervinquière , Avocat à Fonter
ay .
« AUXERRE . Clergé. MM. l'Evêque
Auxerre , l'Abbé de Robien , Doyen
de la Cathédrale . Noblesse . MM. de
Moncorps , le Comte d'Arcy. Tiers.
MM. de la Forge , Conseiller au Bailliage
; Pautre de l'Epinette , Propriétaire
à St. Sauveur ; Maujot, Remond,
Procureur du Roi. »
« CARCASSONNE . Clergé, MM. de
Bernis , Coadiuteur de l'Archevêché d'Alby
; Samary , Curé de la Cathédrale de
Carcassonne . Noblesse. MM. le Comte
de Montcal, Maréchal-de-camp ; le Marquis
de Baden. Tiers . MM. Ramel Nogaret
, Avocat du Roi de Carcassonne ;
Dupré, Négociant de Carcassonne ; Mo(
185 )
rin , Avocat de St. Nazaire ; Benazet ,
Bourgeois de Saissac . »
<< CHATILLON SUR SEINE . Clergé. M.
Couturier, Curé de Salives . Noblesse.
M. le Comte de Chatenay- Lanty. Tiers.
MM. Frochot , Prévôt d'Aignai- le-Duc ;
Benoist , Notaire royal à Frolois. »
« MENDE . Clergé. M. Brun , Curé de
St. Choly. Noblesse. M. le Marquis
d'Apchier, Tiers . M. Rivière , Lieutenant-
général du Bailliage . »
« NISMES . Clergé. MM. l'Evêque de
Nismes , l'Evêque d'Uzès . Noblesse .
MM. le Marquis de Fournaise , le Baron
de Marguerit , le Comte de Linières
le Baron d'Escalier. »
« TOULON. Clergé. MM. le Curé de
Brignoles, le Curé de Barjol. Noblesse.
MM . le Comte de la Poype Vertrieux,
ancien Chef d'escadre ; de Vialis , Maréchal-
de-Camp du Génie. Tiers . MM.
Ferau, Négociant à Brignoles ; Meifran ,
second Consul à Toulon ; Turc , ancien
Juge ; Jeaume , Négociant à Hières. »
TRÉVOUX. Clergé. M. du Pont ,
Curé de St. Didier de Chalaronne. Noblesse.
M. de Pannette. Tiers. MM.
Jourdan , Avocat , Arriveur. »
« VILLENEUVE DE BERG . Clergé, MM·
l'Evêque de Viviers , le Curé de Chomere.
Noblesse . MM. le Comte de
Vogue, le Comte d'Antraigues . Tiers.
( 186 )
MM. Espie, Avocat d'Aubenas ; Madier
de Montjoux, premier Consul - Maire
du Bourg- Saint-Andeol ; Dubois Maurin,
Doyen des Conseillers au Bailliage
de Villeneuve . »
L'Election du Bailliage de Laon, qui
a obtenu trois Députations , ou 12 Députés
, a été rapportée inexactement,
d'après d'autres Feuilles publiques , dans
notre Journal du 11 avril ; la voici ,
exactement rectifiée :
« LAON . Clergé. MM . l'Evêque de Laon , le Curé
de St. Martin de Noyon , le Curé de St. Pier- Mont :
fuppléant , le Curé de l'Echelle. Nobleffe . MM. des
Foffes, Lieutenant des Maréchaux de France , à
Coucy; Maquerelde Quemy, Chevalier de St. Louis;
le Comte de Miremont : fuppléans , MM. le Chevalier
de Novion , du Royer , l'Amirault de Noircourt.
Tiers. MM. le Carlier , Maire de la ville de
Laon ; de Viefville des Effars , Avocat , & Subdélégué
à Guife ; de Vifmes , Avocat à Laon ;
Bailly , Laboureur à Crecy-Aumont , Bailliage
de Coucy ; l'Eleu de la Ville- aux - Bois , Avocat
& Subdélégué à Laon ; le Clerc , Laboureur &
propriétaire de Lannoy , paroiffe de Réchie,Bailliage
de Chaulny. »
« DOUAY. Clergé. M. Breuvard, Curé
de St. Pierre de Douay. Noblesse. M.
le Marquis d'Aoust : suppléant , M.
le Marquis de Beaumé , Procureur-général
du Parlement de Flandre . Tiers.
MM. Simon et Merlin , Avocats au
Parlement de Flandre.
« MACON. Clergé. M. Ducreft , Curé de St. Andcé
de Tournus. Nobleffe , M. de la Beaume, Comte de
( 187 )
Montrevel : fuppléant , M. Desbois , Grand- Bailli
du Mâcornois. Tiers. MM. dela Metherie , Avocat
à la Clayette, & Merle, Mairé de Mâcon »
« PÉRIGUEUX . Clergé. Deux Curés. Nobleffe .
MM. le Comte de Laroque de Mons , le Marquis
de Foucauld-Lardimalie , Capitaine de remplacement
au régiment des Chaffeurs à cheval de
Hainault , & Chevalier d'honneur de l'Ordre de
Malthe fuppléant , M. le Marquis de Verteillac.
Tiers. MM. Fournier de la Charme , Lieutenantgénéral
de Périgueux ; Gontier de Biran , Lieutenant-
général de Bergerac ; Loys , premier Conful
de Sarlat ; Paulhac de la Sauvetat , Avocat. »
« AGEN. Clergé, MM. L'Evêque d'Agen , Ma-
Latefte de Beaufort , Curé de Montaftrac ; Fournet,
Curé de Puymiclan , N. bleffe. MM. le Duc d'Aiguillon
, le Marquis de Bouzzan , le Marquis de
Fumel - Monfegur , Commandant de l'Agénois.
Tiers. MM. Lefcourre de Pelufac , Avocat à Libos ;
Auber , Juge de Villeneuve d'Agen ; Renaud
Avocat d'Agen ; Bellille , Avocat de Miramont ;
François , Bourgeois à Clairac; Termes , Cultivateur
à Marmande, "
« ANGOULÊME . Clergé. MM. l'Evêque d'An
goulême , l'Abbé Joubert , Curé de St. Martin
d'Angoulême. Nobleſſe. MM. le Marquis de Saint-
Simon , le Comte de Culant. Tiers. MM. Roi ,
Avocat à Angoulême ; Augier , Négociant à Cognac;
Marchais , Avocat à la Rochefoucault ; du
Limbert , Avocat à Confolens. »
" BORDEAUX . Ciergé. L'Archevêque de Bordeaux
, l'Abbé d'Airal , MM. Piffon , Curé de
Medoc ; de Laage , Curé du Blayois . Nobleffe.
MM. le Berthon , Premier Préfident da Parlement,
le Vicomte de Ségur , le Chevalier de Verthumon
d'Amblai , le Préſident de Lavie. Tiers
pour la Ville. MM. Lafargue, ancien Conful ,
Nairac , aîné , Négociant ; de Seze , Médecin
;
( 188 )
Gafchet de l'Ifle , Négociant. Fiers pour la Sénéchauffée.
MM . Fiffon , Méd.cin ; de Luze de
l'Etang , Notaire à Coutras ; Boiffonneau , N.-
taire à St. Paul en Blayois ; Bernard , Bourgeois à
Bourg. »
« DAX. Clergé. M. Goze , Curé de Gaas . No
bleffe . M. le Comte de Barbotan. Tiers . M. de
Bafquiat , Lieutenant- général de St. Saver ; iamarque
, Procureur du Roi au même Siége .
>>
« NERAC. Clergé. M. l'Evêque de Condom . Nobleffe
. M. le Baron de Sainte- Croix , Sénéchal d'E-
-pée. Tiers. MM. de Latuq e , Broſtaret. »
« REIMS . Clergé. MM. de Tayllerand Périgord ,
Archevêque Duc de Reims , Lagoille de Rochefontaine,
Chanoine & Sénéchal de l'Eglife de Reims .
Nobleffe . MM. le Marquis d'Ambly , le Marquis
de Sillery. Tiers. MM, Raux , Vieillard , la Beſte ,
Baron. »
« TOULOUSE. Clergé. MM. l'Archevêque de
Touloufe , Chabanettes , Curé de St. Michel ;
Gaufferan , Curé de l'Ile d'Alby ; Pouch , Curé
de viazamet. Nobleffe . MM. Je Marquis de Panat ,
le Préfident de Maurens , le Marquis d'Aveffens ,
le Marquis d'Efcouloubre. Tiers, MM. Raby , de
Voifins , Monfinat , Foffe de Laborde , Campmás ,
de Lartigue , Jage- Mage ; Viguier , Avocat au Parlement
; Rouillon , Négociant. » -
L'Académie royale des Inscriptions et
Belles-Lettres , dans son Assemblée du 6
mars , a élu Académicien-honoraire M.
de Villedeuil, Secrétaire d'Etat , à la
place de feu M. d'Ormesson , Premier
Président du Parlement de Paris .
Dans la Séance du 13' du même mois ,
M. Michaëlis, Professeur à Gottingen ,
a été élu en qualité d'Associé - libreétranger
, pour remplacer M. Bartoli.
( 189
Dans celle du 24 , l'Académie a élu
M. Lévesque pour remplir la place
d'Associé ordinaire , vacante par la mort
de l'Abbé Brotier.
LETTRE AU RÉDACTEUR.
Monfieur ,
Il y a des vols qui fe commettent & fe perpétuent
tous les jours , tous les ans , tous les
fiècles , volontiers , je dirois éternellement de cette
nature , fur toutes les routes , qui étant plus
longues qu'elles ne devroient être , font perdre
aux voyageurs une demi-journée , un tiers ou
un quart de jour. Je donne pour exemple une
route qui eft fous mes yeux . J'évalue par la proximité
, la perte du temps , la perte d'argent ; j'ai
calculé ni trop haut , ni trop bas ; j'ai pris , à ce
que je crois , le terme moyen . D'ailleurs je déclare
que je n'ai en vue que le bien public , &
que toutes les routes qui font faites par faveur
au détriment du bien public , occafionnent une
perte d'argent & de temps fi confidérable , que
les Administrateurs de cette partie ne doivent
jamais fe prêter à un vol odieux en lui-même ,
& très funefte dans ſes effets .
Vous allez , Monfieur , juger par vous-même.
Il y a foixante & dix ans que la route de
Bretagne & d'une partie de la Normandie paſſoit
par Villepreun , Saint- Cloud , pour arriver
Paris ; aujourd'hui elle paffe par Trappes , Saint-
Cyr , Verfailles , & fe rend de même à Paris.
Il est démontré qu'en parlant des Bordes de
Nauphle- le Château , point commun aux deux
routes , un Roulier perd trois heures par la dernière.
Pour être court & clair , j'ai fixé la perte de
temps & d'argent à cent vingt Rouliers par jour,
compris généralement tous les voyageurs , de quel
( 190 )
que genre qu'ils puiflent être , d'après ce principo ,
voici en deux traits de plume la perte du temps
& d'argent.
Cent vingt Rouliers , à 3 heures de perte par
jour chacun, 360 heures , chaque année 131,400 k.
quinze années. - Quinze années de perte à
12 liv. par jour…... .
Intérêt à cinq pour cent..
Total de la perte pour un an.....
65,700 liv.
3.285
68,985 liv.
Jugez , Monfieur, combien la perte du temps
& d'argent doit être énorme dans tout le Royaume
pendant un fiècle , & je n'ai pas tout dit.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Pierre Mourot , de la Paroiſſe de Maur , Evêché
de Saint Malo , âgé d'environ vingt-deux ans ,
defcendit dans un puits , le 6 mars , pour en titer
un feau. Arrivé à la hauteur de l'eau , il crie qu'on
lui faffe paffer un croc pour chercher le feau
qui étoit au fond du puits. L'outil s'accroche à
quelques pierres de maçonnail , en dérange une ,
& dès l'inftant tout le cô é où il fe trouvoit placé ,
s'écroule fucceffivement , & entraîne avec lui les
terres qui l'avoifinent . Mourot , averti par le
fracas des pierres qui tomboient les unes fur les
autres , gagne l'autre côté du puits , qui pouvoit
avoir trois ou quatre pieds de largeur de dedans
en dedans. Vaine précaution ; en moins d'un demi
quart- d'heure , le puits fe trouve comblé , & le
jeune homme enfeveli fous les ruines à quarante
pieds de profondeur. Le bruit s'en répand
auffi-tôt dans les villages voifins & dans la ville ;
on s'y rend en foule pour retirer le jeune homme.
Les travailleurs étoient à peine parvenus à
dix pieds de profondeur , qu'effrayés de la difficulté
de l'entrepriſe , ils alloient fe retirer , lorfqu'ils
entendirent une voix plaintive ſortir du
( 191 )
fond de l'abime . L'ardeur redouble : le fils aîné
du Seigneur anime les ouvriers par fon exemple.
Le jour finit , & pendant la nuit qui lui fuccède ,
les travailleurs ne fe relayent que pour prendre
quelques rafraîchiffemens . Le lendemain , la
voix du jeune homme englouti ſe fait entendre
plus diftinctement ; il entend même celle de fes
libérateurs , & on juge par cette communication
réciproque de voix , qu'on ne devoit pas être
éloigné de l'endroit où fe trouvoit cet infortuné.
Midi fonne ; on continue le travail , & ce ne
fut qu'à quatre heures & demie du foir , c'eftà-
dire , près de 27 heures depuis qu'il étoit dans
ce gouffre , qu'on réuffit à l'en tirer. Il étoit
debout , une jambe dans l'eau , l'autre à moitié
pliée ; l'un de fes bras étoit étendu , l'autre ferré
contre fon eftomac. Sa tête étoit penchée fur une
épaule , chargée d'une groffe pierre qu'il avoit
fur le cou ; fous le bras étendu fe trouvoit une
autre pierre qui l'avoit empêché de tomber , mais
qui , par fa configuration avec celle qu'il avoit
fur le cou , le faifoit étrangement ſouffrir . Au refte
il étoit pris de toutes parts , & avoit autour de
lui & fur fa tête plus de cent charretées de pierres
de toutes groffeurs. Après l'avoir mis dans
un panier , enveloppé d'une couverture chaude ,
on le retire de l'abîme. La vifite faite , on dui
trouve quelques meurtriffures aux mains & au
cou , la tête faine , le doigt d'une main & la
jambe fubmergée fans fentiment ; une grande foibleffe
dans toutes les parties de fon corps. Il
donne les plus grandes efpérances de guérifon.
André - Maximilien - Guiflain de Béthune , Chevalier
, Baron de Béthune , Hefdigneul , des anciens
Comtes Souverains d'Artois , Colonel de Cavalerie
, & ancien Officier Supérieur des Gendarmes
de la Garde ordinaire du Roi , eft mort ,
Paris , le 8 de ce mois.
à
( 192 )
I
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 avril .
1789 , sont : 11 , 13 , 70 , 53 , 90.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
« M. Linguet , qui étoit arrivé à Vienne dernièrement
, ny a fait qu'un très - court féjour , &
il est reparti pour Bruxelles , jeudi dernier. On
croit que l'objet unique de fon voyage étoit d'obtenir
quelques conditions avantageufes , relativement
au contrat d'achat d'une terre , qu'il fouhaitoit
d'acquérir aux Pays-Bas. Le Gouverno
ment n'a pu , dit - on , lui accorder ſa demande. »
( Courrier du Bas-Rhin.)
( N. B. Nous ne garantiſſons la vérité ni l'exacti–
tude de ces Paragraphes extraits des Papiers étrangers . )
Errata. Députation du Bailliage d'Alençon
, nº. 15. Au lieu de M. de Chálon's
, lisez M. le Carpentier de Chailloue
, Conseiller au Parlement de Normandie
; suppléant , M. le Vicomte de
Chambray.
Errata pour l'élection de Château-
Thierry. Au lieu de M. de Boisrouveage,
suppléant dans l'Ordre de la Noblesse ;
lisez M. de Boisrouvraye , Aide-de-Camp
de M. le Maréchal de Broglie.
No. 16. CLERMONT- FERRAND . Tiers .
Au lieu de M. Monestier, Médecin , lisez
M. Huguet , Maire de Billom .
LIVRES NOUVEAUX.
Difcours à la Nation
fur les principaux objets
dont elle doit s'occuper
à la prochaine Affemblée
des États- Généraux , in-
8, Onfroy , rue St. Victor,
Bible de Sacy , en latin
& en franços , in - 8,
tome VI ; Defprez , rue
St. Jacques.
Art de la Marine ; par
M. Romme , in-4.
Sujets importans de
délibérations pour les
Etats- Généraux de 1789,
in 8. Royez , quai des
Augalins.
franc de port par la
Pofte ; Buiffon , rue Haua
te feuille , nº . 20.
GRAVURES.
Plan de la Salle de
Bourbon , au Louvre , on
fe tint l'Affemblée géné
rale des États-Généraux
en 1614 ; Nyon aîné &
fils , rue du Jardinet.
Combat de Gozone
contre le Serpent de l'Ifle
de Khodes ; Picquenot
rue des Carmes.
Monumens de Flo
rence , 11e. Livraifon ;
Simon , rue du Plâtre
Saint Jacques.
MUSIQUE,
Préludes dans tous les
tons pour la guitare ;
Portro , rue Tiquetone,
Les 2e. & 3e. cahiers
du Journal de guitare ;
même .
Revue générale des
Ecrits de Linné, Cuvrage
dans lequel on trouve
les Anecdotes les plus
intéretfantes de fa vie
privée , un Abrégé de
Les fyftêmes & de fes
Ouvrages; un Extrait de
fes aménités académi - le
ques , & c. par Richard
Pulteney, traduit de l'An
glois , par L. A. Millin
de Grandmifon , avec
des Notes & Additions
du Traducteur , 2 vol .
in 8. br. 8 liv. & 9 liv. Il quetone.
IVe . année des Délaffemens
de Polymnie
ze. & 3e, Recueils ; le
même,
Journal de violon , nº.
4 ; Bornet aîné , rue TiLe
prix de l'abonnement eft de trente livres
Paris; trente-deux liv.pour la Province . Il faut affran
chic le port de l'argent & de la lettre , & joindre
cette dernière le reçu du Directeur des Poftes . On fouf
erit hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'adreffera
au fieur Gurn , Directeur du Bureau du Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le