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1788, 11, n. 44-48 (1, 8, 15, 22, 29 novembre)
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25.40 Mo
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575
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Texte
TABLE
Du mois d'Octobre 1788 .
PIECES IÈCES FUGITIVES. Etudes de la Nature.
Envoi.
Romance.
Couplers.
Epli e.
31
La Jeune Epouse
56
ει
Hiftoire du P. Nicolos. 104
49
51 Frogmens de Leures. 1:4
Recherches.
27
133
Vers à M.de Pommereul.145 Nouvelles. 136
-A Minc. la Marq. de Sil
Clara:
137
leri.
Lettre àla Chambre du Com-
14
Sur une maison.
merce.
148
152
L'Absence.
Un peu de tour . 169
149
Ecole historique. 171
Charades, Enigmes & Logog.
Variétés. 84
4,52 , 101, 150
NOUVELLES LITTÉR.
SPECTACLES.
Vie de Frédéric II. 6
Comédie Françoise . 177
La Germination .
Comédie Italienne .
24 +84
Recueil de Pièces.
3 Annonces & Notices, 45, 94,
Cavres de J. J. Rouffeau . 42 い
1.40 , 187.
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD , rues
des Mathurins, Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I NOVEMBRE 1788.
4
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES DEUX AMIS ,
ANECDOTE,
J'ose de l'Amitić me déclarer l'Apôtre ;
Et fans aller chercher le Monopotapa ,
Aux Amis de ce pays-là ,
Je veux comparer ceux du nôtre.
Deux Amis donc vivoient (on ſera bien ſurpris
D'apprendre que ce couple exiſtoit à Paris ) .
L'un des deux avoit ſu courtiſer la Fortune ,
Et, pourvu de ſes dons , il s'en faiſoit honneur ;
376919
A2
4
MERCURE
L'autre avoit fui toujours une gêne importune ,
Et pour lui le rien faire étoit le vrai bonheur.
Un parent lui donnoit afile ,
Le défrayoit de tout : là , notre homme ſans ſoin
Pour qui c'étoit affez d'ignorer le beſoin
Vivoit, finon heureux, tout au moins fort tranquille,
Le bon parent meurt inteftat ,
Et voilà notre Sage en un fâcheux état :
2
Mais fon Ami l'apprend; chez lui ſoudain il vole
(Maint Ami , dans ce cas , remet au lendemain )
Celui- ci, plus ardent, trouve l'autre en chemin.
Point de pleurs ni foupirs , aucun diſcours frivole ,
Et pour unique compliment ,
Acelui que déjà ſa préſence conſole ,
Et que de ſes deux bras il ſerre tendrement :
>>Je fais , dit- il , quel coup funeſte
>> Vient de frapper ton coeur ; je le ſens comme toi ;
>> Mais tout n'eſt pas perdu puiſqu'enfin je te reſte ;
>> Ce qu'ailleurs tu trouvois,je te l'offre chez moi ,
>> Et toute ma fortune , en un mot. , t'eſt acquiſe :
>> Viens donc en mon logis t'inſtaller pour jamais ,
>> Chez toi ! dit l'autre avec franchiſe,
» Ah ! digne Ami , c'eſt où j'allois ».
Lecteur, qui que tu fois, ſenſible, inftruit , ou fage,
Je ne demande point lequel aimoit le mieux :
Sans doute ils aimoient bien tous deux ;
Mais le ſecond , je crois , le prouva davantage.
( Par M. D***. T******, )
DE FRANCE. 5
номMAGE
De l'Anecdote précédente, à LA FONTAINE.
PHILOSOPHE enchanteur & Poëte chéri ,
Toi qui desdoctes Scoeurs, de Minerve, des Graces ,
Fus l'Amant & le Favori ;
Toi , de qui vainement on veut ſuivre les traces ,
Copie tant de fois & jamais imité :
Si j'oſe retracer en de fi foibles rimes
Un fujet conſacré par tes pinceaux fublimes ,
Bonhomme Jean , pardonne à ma témérité ;
Ne vois point le Rimeur , mais veis l'ame ſenſible :
Ah ! je n'ai point l'orgueil riſible
D'imaginer t'avoir atteint ;
Mais tes amis parfaits font , hélas! une fable ;
Pour moi, dans les deux miens , j'offre un fait véritable,
Et je dois plaire auſſi , quand c'eſt toi que j'ai peint.
( Par le même. )
A 3
6 MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
duLogogriphe du Mercureprécédent.
LEmotde la Charade eft Chèvre-feuille,
celui de l'énigme eſt le Ruiffeau ; celui du
Logogriphe eſt Soulier, cù l'on trouveRofe,
Lis , Or , Louis , Eloi , Loire , Gil , Ouie
Sol, Si , Ré , Ours , Sole , Oie , Lie , Sou.
CHARADE
AMarseille on voit mon premier ;
Donne, pour avoir mon fecond,
Un fynonyme à guérison :
Je me tais ; tu tiens mon entier .
(Par M. Mausler ,de Châlons . )
ÉNIGME.
Je ſuis de l'eſpèce femelle,
Et pourtant je ne parle pas .
A tout venant j'ouvre les bras
Sans ceſſer d'être demoiselle ,
Je vais, les poings ſur les côtés ,
Battant tous les chemins de France ,
2
DEFRANCE 7
Promener de tous les côtés
Le grand goût que j'ai pour la danſe ;
Mais , à ce métier , j'ai trouvé
Qu'hélas ! on ne s'enrichit guère:
Aufſi, durant ma vie entière ,
Suis-je toujours fur le pavé.
Par M. A**. Sec. du Cab. de Madame.)
LOGOGRIPHE
Nous sommes grand nombre de foeurs
Qu'on aime fur-tout dans la France.
On a tort ; nous faiſons ſouvent verſer des pleurs ;
Et tel en ce moment eſt rempli d'eſpérance ,
Que l'on verra dans peu ſe livrer aux regrers .
Notre inconſtance expoſe à des pertes cruelles ;
Et quoique nous ſoyons femelles ,
Onvoit pourtant chez nous des Rois &des Valets ;
Le nom de ce Romain qui paya de ſa vie
Ledéſir de monter au trône d'Italie ;
Ce dont ſouvent un Fat oſe ſe prévaloir ;
Ce que le ſoleil nous fait voir
Lorſqu'un nuage épais réfléchit ſa lumière ;
Cette cérémonie à nos Rois néceſſaire ;
Une carte au Piquet qui fait toujours plaifir ...
Reſtons-en là..... je vais me découvrir .
( Par M. de Bourrienne, )
A4
8 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur l'Italie , en 1785. 2 Vol.
in -8°. A Paris, chez Deſenne , Libr. ,
au Palais-Royal.
CECI BCI n'est pas un Voyage d'Italie
mais un Voyage fentimental en Italie....
D'autres rapporteront de Rome , des ta-
>> bleaux , des marbres , des médailles , des
>> productions d'Hiſtoire Naturelle; moi
» ( dit le célèbre Aureur de ces Lettres ) ,
>> j'en rapporterai desfenfations , des fen-
رد timens & des idées ; & fur tout les
>> idées , les ſentimens & les ſenſations
» qui naiſſent au pied des colonnes anti-
" ques, for le haut des arcs de triomphe ,
>> dans le fond des tombeaux en ruine ,
>> fur les bords mouſſeux des fontaines " ...
L'Auteur tient parole : il a voyagé en
Poëte , en homme ſenſible aux chef-d'oeivres
des Arts & aux beautés de la Nature.
Son Livre , ſouvent animé par tout ce que
l'eſprit & l'ame peuvent répandre d'intérêt
&de graces dans le récit de ſes jouiſſances,
fait paffer dans le Lecteur les affections &
les plaiſirs de l'Ecrivain ...
L'analyſe d'un Ouvrage qui a autant de
:
DEFRANCE
traits faillons & de tableaux enchanteurs ,
doit être & fera bien ſimple :beaucoup de
citations & quelques liaiſons ſeulement de
la part de l'Analyſte , parce qu'on n'a pas
beſoin d'efforts pour les faire valoir..
-
Nous critiquerons auili , puiſqu'il le faur ,
&parce que l'Auteur a des défauts féduifans
qui pourroient faire école& gâter ſes imitateurs.
Gênes, comme Turin, fert d'entrée à
I'Italie , & les marbres éloquens , les façades
pittoreſques , les tableaux du plus grand
prix annoncent la patrie ... & le tombeau
des Arts. Il faut voir dans ces Lettres
les palais Brignolet , Sera & Durazzo ...
L'Auteur peint vivement tous les chefdæivres
des Arts , & ſon choix eſt tou
jours bien fait , parce qu'il fait choiſir ca
qui plaît à l'amé & ce qui produit des contraſtes
heureux . Voyez la touche de ce mor-.
ceau: » Quelle eff certe femme étendue fur
un lit ? elle n'eſt voilée que de la mort :
la mort et déjà dans les pieds , dans les
jambes; elle gagne le long des bras ; un
refte de beauté , d'amour & de douleur s'évanouit
fur ce front pâle. C'eſt Cléopatre.
Ainfi ces charmes célèbres qui avoient fi
long- temps captivé Antoine & féduit un
moment Célar , qui avoient fait preſque
autant de bruit & de ravage dans l'Univers
que les armes Romaines en avoient
fait , les voilà morts ! & tout à l'heure
on ne les appellera plus Cléopatre , mais
un cadavre .
As
?
10 MERCURE
20 Si l'on veut voir la plus belle rue qui
foit dans le Monde entier , il faut voir à
Gênes la rue neuve. Sur deux lignes trèsprolongées
, & fur un pavé de laves , une
foule de palais difputant enſemble de richeſſe
, d'elevation & de maſſe , étalent à
l'envi leurs portiques , leurs façades , leurs
périſtiles brillans d'un ſtuc blanc , noir , de
mille couleurs. Ces palais en dehors font
des tableaux ".
> En ſortant du palais du Doge , je ſuis
entré dans un ſuperbe palais ; j'ai traverſé
une longue colonnade ; j'ai foulé desmarbres
de toutes les couleurs ; une porte immenfe
s'eſt ouverte , j'étois dans un hôpital «.
Il contient douze cents malades , dif
tribués par falles ; là les hommes , ici les
femmes ; là les blessés , ici les fièvres...
J'ai cru voir la mort errante au milieu de
ces douze cents malades , & frappant de
tous côtés au hafard avec ſa faux inviſible ;
un malheureux a expiré devant moi. Les
lits des malades ſont environnés de leurs
parens attendris qui les conſolent , qui les
foulagent; c'eſt une mère auprès de ſa fille ,
c'eſt un mari auprès de ſa femme. Du moins
dans cet hopital , des mains fenfibles &
chères peuvent fermer les yeux des mourans
! Il y règne un ordre admirable , une
propreté parfaite , un ſoin extrême ; on y
guérit".
>> En fortantde Port-Franc , j'ai été vì
fiter la Banque de Saint-George. C'est là
DEFRANCE. "

qu'eft renfermé fous cent clefs le mot de
cette grande & terrible énigme : Si la
Banque a des milliards , ou fi elle doit des
milliards. Cette énigme eſt le ſalut de l'Erat,&
en parrie ſa richeſſe «.
La peinture des galères de Gênes eſt d'un
Philofophe ſenſible , & finit par ce trait:
رد J'y ai vu vendre de banc en banc,
convoiter , diſputer , dérober même des
reftes d'alimens que les chiens avoient abandonnés
dans les rues au coin des bornes".
>>Gênes , tes palais ne font pas encore ni
affez élevés , ni affez nombreux , ni affez
brillans; on apperçoit tes galères ".
Le portrait de l'Ex - Doge Lomellini , qui
occupe la XIIIe Lettre , forme , au milieude
rant de tableaux , un épiſode animé , qui
rappelle à l'imagination le bon vieillard de
Virgile.
Homme égalant les Rois, homme approchant des
Dieux,
Et comme ces derniers , fatisfait & tranquille.
La force militaire de Gênes n'a pas deux
mille bras. La force pécuniaire ne paffe
pas 2,800,000 livres. Les Loix y font faites
par les Nobles, Juges du bonheur des Peuples
........... Les jugemens criminels font
motivés. ( Lettre XVIIIe. ) Le Sénar a le droit
de faire grace , & il ne manque pas de
l'accorder pour plaire au Peuple , qui appelle
liberté,l'impunité ; comme les Nobles apr
A6
12 MERCURE
pellent liberté, l'oppreffion. >> La plupart des
alfaffinats ne font pas des crimes , mais une
juſtice ; il faut bien qu'elle ſe faffe de ma
nière ou d'autre ..... Toutes les Nations
ont commencé par cette juſtice criminelle.
Le duel en est un débris & une preuve " .
-Le développement de cette idée influe
roit plus ſur l'opinion relativement aux
duels, que tous les Edits de Louis XIV. La
patiente philoſophie peut déraciner les préjugés,
mais l'autorité n'en arrache aucun-.
L'Auteur s'arrête à Luques , dans ſa
XXIII:. Letare. >> Tout l'Empire de Luques
a hait lieues carrées : une population de
120,000 habitans s'efforce tous les ans , en
ne mangeant pas la moitié de l'année , de
vivre pendant toute l'année. Cet arbre planté
dans un fol fertile , mais peu érendu , a encore
le malheur d'avoir 200 branches gourmandes
, ou deux cents funilles nobles ".
›› D'un côté le privilége d'opprimer ,
de l'aurre la néceſſité de ſouffrir l'oppreffion;
voilà ce qui s'appelle ici , comme dans
toutes les ariſtocraties ou tyrannies à cent
têtes , la liberté " .
Lettre XXIV . à Piſe -. Piſe eſt bâti
fur les deux bords de l'Arno ; il eſt défert :
une population de 120,000 Citoyens ſous
les Confuls & les premiers Médicis , s'eſt
réduite infenfiblement à 15,000 habitans
fous les Rois. Il est vrai que le commerce
de l'Inde ne paſſe plus par l'Italie .
La gloire des Pilans gît dans le Campo Sinto.
DE FRANCE 13
La Lettre XXVe . , adreſſée à M. le Marquis
de Marnefia , a été inférée dans fon
intéreſfant Poëme ſur la Nature champêtre
.... » Léopold a vu une lumière neuvelle
dans quelques Livres de la France ;.
il ſe hâte de la faire paſſer dans les Loix
de Florence. Il a commencé par ſimplifier
les Loix civiles , & par adoucir les Loix
criminelles. Il y a deux ans que le fang
n'a coulé en Toscane fur un échafaud. La
liberré ſeule eſt bannie des prifons. Le
Grand-Duc les a remplies de juftice & d'humanité
.
ود Cet adouciſſement des Loix a adoucí
les moeurs publiques; les crimes graves deviennent
rares depuis que les peines atroces
font abolies. Les prifons de la Toſcane ont
été vides pendant trois mois
ود Ses enfans ne font pas élevés dans
un palais , mais dans une maifon; il cherche
à en faire des hommes , non pas des
Princes , car ils le font. L'éducarion qu'on
leur donne les rapproche fans ceffe des
malheurs dont leur condition les éloigne:
On expoſe leurs coeurs à tout ce qui peut
les ouvrir à la pitié & à la bienfaiſance.
-J'ai vu dans leurs mains les Ouvrages
de Locke".
On ne peut rien extraire de la Lettre
XXVIe. , qui renferme une converſation
de l'Auteur avec le Grand- Duc. C'eſt un
tout qui perdroit trop àêtre morcelé. Leſujet
y eſt digne des Interlocuteurs.
4 MERCURE
La Lettre XXVIIe. entretient le Lecteur
de la célèbre galerie.
On y compte 58 ſtatues antiques , 89
buſtes antiques , & trois groupes qui le
font également , une foule d'ailleurs de
grands tableaux. Je vous parlerai d'abord
des ftatues , dit l'Auteur ; la première qui
m'a frappé , c'eſt un fuperbe cheval qui
s'élance , impatient du marbre , & qui du
pied , des narines , de la crinière & de l'oeil ,
femble , ſe ſentant enfin créé , demander
la terre & dévorer l'étendue .... a.
>> Cer Apollon eſt admirable ! quelles
belles formes ! cette ligne qui le deffine en
entier comme elle coule ! comme elle
fult ! comme elle revient ! comine elle lie
inviſiblement tous les membres les uns aux
autres ! Le fouffle le plus doux & le plus
pur de la vie enfle & ſoutient & anime
tous ces beaux membres. Cette tête est bien
inſpirée ; il y a de l'avenir dans ce regard ... "..
>>Voilà la quatrième fois que je viens
la voir , & je ne l'ai pas encore vue. ( Lettre
XXXe. ) Il y a deux heures que je la
regarde , & que je ne puis me laſſer de la regarder.
Je voudrois pouvoir la peindre , &
je ne peux ſeulement pas la décrire. Elle
échappera toujours au pinceau , au ciſeau
& à la parole : il n'exiſte aucune langue
au monde qui puiſſe modeler tant de charmes
... Vous voyez que je parle de la
Vénus de Médicis ".
Nous pafferons , bien malgré nous , les
DE FRANCE و
détails infiniment curieux des so chambres
qui compofent le Cabinet d'Hiftoire Naturelle
, auquel M. Fontana préſide depuis
dix ans; mais les Lecteurs verront avec intérêt
l'obſervation ſuivante..
" Je voudrois étudier auſſi ces érres finguliers
que l'on trouve dans l'ergot du blé ,
qui , réduits au dernier degré de deſfication ,
offrant tous les ſignes apparens de la matière
morte , cependant font organiſés , viou
plutôt ſont aptes à recevoir la
vent,
vie ".
> M. Fontana a propoſe de faire devant
moi cette expérience ; il ne lui faut qu'une,
goutre d'eau ; il ſe donne bien de garde de
lalaifler tomber fur ces animaux pouffière ;
elle les briſeroit en tombant ; il approche
peu à peu la goutte d'eau au bout d'une
aiguille , & peu à peu le petit animal fe
pénètre de fraîcheur ; tous les aromes qui
le compofent , ſe rapprochent , fe lient ,
font un tout : déjà le mouvement exifte
il gagne , il s'avance , il circule , & l'animal
a la vie «.
- Les confequences qui réfultent de
cette expérience , font de la dernière importance
; elles jettent un grand jour fur,
La vie& la mort de la matière-.
M. Fontana , poursuit le Voyageur
ne jouit d'aucune conſidération à Florence..
C'eſt de la part de la Nobleffe , mépris
pour les Philoſophes. Elle n'est pas assez
éclairée pour les hair ".
1
1
16 MERCURE
Ce dernier mot ne dépareroit pas la
meilleure des Lettres Perfannes ....
Mais comment le Grand-Duca - t- il
rendu ſes ſujets heureux ? Avec du pain ,
des ſpectacles & de la juftice ; en établiffant
des manufactures où le Peuple emploie
le temps; des théatres où il l'oublie ;
des Tribunaux qui paroiffent juſtes ".
Armé du bonheur public , le Grand-
Duc a attaqué tous les priviléges ; il les a
vaincus', il a détruit les dernières racines
de la démocrație , en fupprimant les confréries
; les dernières racines de l'Ariftocratie
, en laiſſant mourir l'Ordre des Sénateurs.
» Le Grand - Duc eft contraint de bien
gouverner ; il ne peut pas faire une feule
faute ; car ayant réuni en fa main tout le .
pouvoir polirique , la République est toute
prête : il ne manque plus au Peuple de.
Tofcane , pour ê te libre , qu'un Tyran ; il
a déjà un Deípote ".
Franchiſſons avce M. le Préſident du P...
ces monts , ces déferts , ces marais , ......
& ces hordes de Pélerins & de mendians
qui traverſent ces ruines ; Rome eſt dans
ce foinrain.
>>Quoi ! s'écrie- t- il douloureuſement ,
quoi ! c'eſt-là Rome ! Rome qu'on preſſen.
toit autrefois des extrémités de l'Afie , c'eſt
aujourd'hui le défeit ! c'eſt le tombeau de
Néron qui l'anncoce ! ... Non , cette ville,
ce n'est pas Rome , c'eſt ſen cadavre :
DE FRANCE. 17
cette campagne où elle gît eſt ſon tombeau;
& cette populace qui fourmille au milieu
d'elle , des vers qui la dévorent ..... Le
voilà cependant ce theatre où la Nature
humaine a été tour ce qu'elle pourra être ,
a fait tout ce qu'elle pourra faire , a déployé
toutes les vertus , a écalé tous les
vices , a enfanté les Héros les plus fublimes
, & les monftres les plus exécrables ,
s'eſt élevée jusqu'à Brutus , a deſcendu
juſqu'à Néron , eſt remontée juſqu'à Marc-
Aurele ".
ود Cherchons dans Rome moderne ,
( Lettre XXXXVIe. ) les débris les plus intéreffans
de Rome antique , ceux que la
faux du temps , ou la hache de la barbarie
, ou le flambeau du fanatiſme ont ménagés
, car ils n'en ont reſpecté aucun ...".
>> Le Panthéon & le Coliſée en font
les deux principaux reſtes , mutilés toutefois
& dégradés; mais dans cet état même
confervant quelque choſe de ſi vivant &
de ſi romain , que la renommée de Rome
n'étonne plus , & que Rome étonne en-..
core ".
>> Que l'Architecture , quand elle crée de
pareils monumens , mérite bien une place
parmi les Beaux-Arts ! C'est comme un
harmonieux concert que l'Architecte donne
àl'oeil ".
...
-Les jeunes Artiſtes ne ſcauroient trop
lire certe Lenre , à la fois fublime& charmante
, fur le beau dans les Arts. Des.
:
IS MERCURE
idées neuves , des rapprochemens piquans ,
un ſtyle poétique , & cependant très fage ,
caractériſent ce fragment ... " Les Beaux-
Arts , dit l'Auteur , n'étoient pour les Grecs
que les différentes dialectes d'une même
langue , de la langue ſacrée du beau. Ils
favoient exprimer le beau , même avec du
bronze , comme Gefner & Haller l'ont ſu
faire avec l'Allemand « .
.......
Nous ne croyons pas que cela ait été dit.
» Je ne regrette point les marbres qui
revêtiffoient autrefois le Panthéon ..
Il faut pardenner au temps, qui enleve inſenſiblement
à ces colonnes quelque chofe
deleur furface. Il met des années à la place:
C'est une grande magnificence que la durée... "
Voilà donc , oui, le voilà ce Panthéon
qui étonna l'imagination Romaine , & n'étonna
pas celle de Michel-Ange ! ce Panthéon
qui avoit été une penſée du ſiècle
d'Auguſte , & ne fut dans la fuite qu'une
des idées de Michel- Ange , le dôme de
fon égliſede Saint-Pierre. Vous admirez , ditil
aux Nations , la maſſe du Panthéon , &
vous êtes étonnées que la terre la porte : Je
la mettrai dans les airs .
Laiffons les ouvrages de l'homme &de
PArt, ils finiffent par fatiguer l'admiration.
» Je préfère ces cafcatelles à la grotte
de Neptune , à toutes les eaux dont j'ai
confervé la mémoire. Ces monts couronnent
bien cette ville ! cette ville à fon
tour couronne bien ce côteau ! Comme ce
DEFRANCE. 19
côteau deſcend doucement chargé de moifſons
de toute eſpèce ! Là un champ de
blé, plus loin un verger , plus loin des
treilles couvertes de vignes. Tout d'un
coup , du milieu de ces riantes verdures ,
un fleuve impétueux s'élance & ſe diviſe
en cinq fleuves, qui par cinq routes différentes
, ou jailliffent , ou coulent , ou le
précipitent : ils rencontrent en bas d'autres
Hots , qui de tous les côtés accourent &
viennent ſe réunir avec eux fur un tapis
d'émeraudes. C'eſt ſans doute ici que Properce
venoit rêver , venoit compoſer fes
vers; qu'il conduifoir , vers le foir , fabelle
Cynthie ! Sans doute tandis que la jeune
Cynthie ſuſpendoit ſur ſon épaule un bras
languiſſant & vaincu , Properce aimoit à
lui montrer & à lui dérailler cette ſcène ;
à guider ſes regards diſtraits ſur ces ondes
qui s'élancent en gerbes , ſur ces flots qui
coulent en filets d'argent, ſur cet arc- enciel
éternel , fur ces moufles nourries d'une
pouffière humide , ſur ce peuple d'arbuſtes
qui tremble fans ceffe du mouvement des
flots qui ſe précipitent à l'entour.
Horace , n'est- ce pas devant ces mértes
cafcades , & enchanté de cette même ſcène ,
que ta Muſe a célébré en de fi beaux vers ,
les délices de Tivoli ! .....
Quelle fraîcheur , quel calme , quelle
folitude, &en même temps quel beau jour !
un beau jour est vraiment une fête que le
ciel donne à la terre .....
10 MERCURE
>>Ma femme , mes enfans! .. tout cé qué
j'aime , que n'êtes - vous ici dans ce moment
! ils ſeroient heureux ,j'en ſuis fûr ...
› Adieu vallon , adieu caſcade , adieu rochers
pendans , adieu fleurs sauvages ,
adieu arbutes , adicu mouſſe. En vain vous
voulez me retenir , je fuis un Etranger ;
je n'habite point votre belle Italie ; Je ne
vous reverrai jamais : mais peut-être mes
enfans , quelques-uns de mes enfans , viendrønt
vous viſiter un jour ; foyez -leur auffi
charmans que vous l'avez été à leur père ".
Quel ſtyle muſical & pittoreſque ! Cependant
on y fent plus l'eſprit de Properce
que l'ame de Tibule , comme dans ſa profe
on retrouve plus ſouvent Pline que Sterne.
-Au fortir de ces prairies émaillées de
leurs , le Poëte nous tranſporte auprès des
volcans & des plus terribles incendies.
Lifez la Lettre LVIIC. , & voyez s'il étoit
poffible d'être plus étincelant & plus pathérique
..... On jouit de l'affreux ſpectacle
que le Peintre fait offrir à l'imagination
avec de ſi vives couleurs. On voit flotter
fur les yeux de cette belle fille évanouie ,
ls clarté fombre & mobile de l'incendie.
On voit ce Pontife vénérable les you ad
Ciel.... il prie; le Peuple proſterné prie
aufli ... & je me figure avec terreur , mur
murans comme de concert dans ce profond
& religieux filence , l'ouragan , l'incendis ,
& la prière ! Ah ! Lecteur , que ce tableau
de Raphaël, que l'on voit au Vatican , eft
admirable !
DE FRANCE. 21
C'eſt avec ces formes inattendues , c'eſt
avec ce ſtyle créé , ( mais quelquefois pénible
) , que le fenfible Voyageur décrit &
l'Apollon du Belvedere & l'Hercule Farnèſe
, miracles immortels du ciſeau grec.
Chacun de ces morceaux reſpire l'enthoufiafime
du beau , & l'idolatrie la plus fentie
des chef-d'oeuvres antiques ; mais revenons
à la Nature , pour nous repoſer encore une
fois des fatigues de l'admiration. Parlons
des femmes. » La Nature n'atteint guère
içi la beauté, que dans le deſſin du viſage ,
& que dans celui de la main ....... les
épaules font parfaites ..... quel incarnat
on croit toujours que cette belle rougit un
peu, -Une belle tête Romaine étonne
toujours ,& toute entière vient frapper le
coeur; le premier regard la ſaifit ; le moindre
fouvenir la rappelle : mais comme tout
eft compenfé dans ce monde ,fi une Romaine
reçoit de la Nature cetic beauté qui
éronne & qu'on admire , elle n'en obtient
point cette grace qui attendrit & qu'en
aime ....... Vous aurez beau contempler
ce viſage un jour entier , ces beaux yeux
n'auront qu'un regard , cete belle bouche
n'aura qu'un ſourire ; vous ne verrez jamais
fur ce front fi pur, paffer un plaifir ni une
peine; jamais ces traits ſi accomplis légè
rement onduler, comme une eau vive , du
mouvement infenfible d'un ſentiment tendre
ou d'une penſée délicate ",
و د
Un des myſtères de l'amour devroit
22 MERCURE
être de parler d'amour ; l'amour est ici
un lieu commun de converſation , ajouté
à ceux de la pluie & du beau temps , de
Parrivée d'un Etranger , de la promotion
du matin , & de la proceflion du foir.
On en parle aux filles devant les mères ;
les mères même en parlentdevant leurs filles.
Une mère dit tout naturellement : Ma fille'
ne mange point , ne dort point , elle a
L'amour , comme ſi elle diſoit : elle a la
fièvre.
Vous lirez dans la Lettre LXXIIe. , une
converſation de l'Auteur avec un jeune
Deffinateur , fur l'admirable groupe du
Laocoon. Le Philoſophe démontre à l'Artilte
que le Sculpteur a vaincu Virgile ,
& qu'il a compoſé un véritable Poëme .
L'analyſe des diverſes expreſſions de ce
Vieillard eft faite avec la plus rare ſagacité
, & ſe termine par ces réfléxions :
ود Jeune Artiſte , commencez par cultiver
votre coeur & votre eſprit : fentez. Ce qui
a perdu les Arts , c'eſt de les avoir traités
comme des métiers , de les avoir fait apprendre
aux jeunes gens comme des profeſſions
mécaniques.
Les Artiſtes s'étonnent du peu de goût
des hommes éclairés pour les productions
des Beaux-Arts. Mais pourquoi , Artiſtes ,
n'imitez- vous que des objets qui ſont de
trop dans la Nature ? Offrez-nous une Nature
qui ſoit nouvelle , & fur-tout qui ſoit
choifie. Montrez- nous les trois fils du vieil
DE FRANCE. 23
1
!
Horace , jurant à l'envi , à la voix de leur
père , la ruine d'Albe & le ſalut de Rome.
Montrez - nous Socrate enchaîné dans ſa
prifon, &, la coupe fatale à la main , converfant
avec ſes diſciples comme alis à
un banquet , & le front couronné de fleurs ;
ou bien, rival heureux du Corrège, faitesnous
voir encore l'Amour qui éternellement
plaira, fur-tout ſi vous le repreſentez ſous
les traits du jeune Lubormiski , armé , non
de fon flambeau ni de fon are , mais ſeulement
de fa nudité , & offrant une couronne
de laurier & de myrte ...... fans
doute à l'Artiſte dont le pinceau l'a fait
naître ".
Tout ce Paragraphe a été ajouté ,
comme on le voit , depuis le retour de
F'Auteur. Ce tableau de l'Amour, par Madame
le Brun , dans lequel elle s'eft furpaflée
elle-même , l'approche du Titien
pour la vérité , & du Corrège pour la
grace-.
Terminons enfin par quelques remarques
de l'Auteur ſur l'Etat Eccléſiaſtique & les
habitans de Rome , avant de paffer aux
critiques de détail.
ود Sur trente-fix mille maiſons que l'on
compte à Rome , la main- morte en poffède
vingt mille en effet ; depuis un grand
nombre de ſiècles , elle hérite fans ceſſe
&elle n'a point d'héritiers : elle doit à
Ia longue poſſéder tout , c'est --à dire , tout
envahir. La richeſſe territoriale eſt peu de
24 MERCURE
choſe dans l'Etat Eccleſiaſtique; elle ne ſuffiroit
fûrement pas pour nourrir ſes habitans.
Mais Rome a ſes Bulles , ſes cérémonies
, ſes ruines ; elle a ſon nom , qui
eft la plus riche de toutes ſes ruines.... "
Voici un échantillon de la manière dont
on cultive , dans les environs de Rome ,
le peu de terrein ſoumis à la culture.
» Aux époques du labour &des récoltes ,
des particuliers ſe rendent dans une place
publique auprès de Rome , avec cent , deux
cents , trois cents boeufs : arrivent enſuite
les propriétaires , qui en louent un certain
nombre , & les conduiſent ſur leurs poffeffions
, ſouvent à huit ou dix milles ;
alors , dans l'eſpace d'une ſeule journée , on
exécute toute l'opération de la ſaiſon; en
un jour on laboure ; en un jour on ſeme ;
on moiffonne & on recolte en un jour.
Ces travaux de l'Agriculture reſſemblent
à des coups de main qu'on va faire dans
les campagnes ".
-
On évaluc la population de Rome à cent
foixante mille ames. On compte plus de
dix mille mendians. - La domeſticité eſt
plus nombreuſe encore. Le Clergé ſéculier
ou régulier peuts'évaluer à un fixième.
-On eftime que le célibat de profeflion
eſt tel , qu'il y a plus de cing femmes
pour un homme : voilà une des meſures
du libertinage à Rome.
Les trois ou quatre Lettres fur Rome
font un riflu d'obſervations & d'épigrammes
DE FRANCE. 25
mes recherchées ..... " Le plus grand
tort que les Pápes puiffent avoir avec les
Romains , c'eſt de vivre trop long-temps ,
de retarder le tirage d'une Loterie où tout
le monde a des billets , & qui a des lots
pour tout le monde. Les Cardinaux y ont
des billets de Pape ; les Prélats , des billets
de Cardinaux ; les Abbés , des billets de
Prélats ; la Nobleſſe, des billets de crédit ;
certaines perſonnes , des billets d'emplois ;
les Marchands , des billets de vente ; les
Artifans , des billets d'ouvrage, les mendians
, des billets d'aumônes ; tous , des
billets deChangemens , de ſpectacles & de
fères ... " ( Tout cela nous paroît forcé).
>>Pourquoi donc cette joie , cette folie ,
cette ivreſſe d'un bout de Rome à l'autre?
Rome a- t- elle remporté quelque victoire ?
Oui, un Pape est mort ". ( Lettre LXXX ) .
-Achevons d'expliquer le bonheur des
Romains, fondé fur un esclavage politique,
apparent , & fur une liberté très réelle.-
» Aucun de leurs beſoins phyfiques n'a
le ſuperflu ; mais ils ont tous le néceffaire ,
&peu eft le néceffaire.-La faim eft fans
énergie. Un repas fuffit par jour , & des
fruits , des légumes , du petit poiffon , peu
de viande, fuffiſent à ce repas unique "."
>>La foif demande & confomme très peu
de vin , mais beaucoup de citrons & de
glace " .
1
>>Quant à l'habillement , le climat & le
coftume le réduiſent auvêtement; toute por-
No. 44. I Novemb. 1788. B
-
26 MERCURE ,
ſonne qui n'eſt pas nue , eſt vêruc.- Le hefoin
des sèxes trouve dans le ſygisbeilne
aliment; dans les moeurs , facilité ; dans la
Religion , indulgence " .
ود On ne trouve ici dans les moeurs, ni
deshommes privés , ni des hommes publics ,
cette moralité , cette bienfeance dont les
moeurs françoiſes ſont pleines ".- En général
, les jugemens fur Rome & fur les
Romains ont paru d'une extrême lévérité.
-Le prodigieux édifice de Saint-Pierre
fait naître à l'Auteur des pensées à la Michel-
Ange. » Quel tableau pour l'éloquence
de la Religion . ! Je voudrois un jour ,
au milieu de l'appareil le plus pompeux ,
tonnant tout d'un coup , dans la profondeur
de ce filence , roulant de tombeaux en tombeaux
, & répétée par toutes ces voûtes , la
voix d'un Boffuet éclatât , qu'elle fit tomber
alors fur un auditoire de Rois, la parole
ſouveraine du Roi des Rois , qui deman
deroit compte aux confciences réveillées de
ces Monarques pâles , tremblans , de tout
le fang& de toutes les larmes qui coulent
en ce moment , par eux , fur la furface de
la Terre ",
Preſſes par les bornes de ce Journal ,
que nous avons déjà excédées , nous voudrions
cependant faire connoître au Lecteur
les vues de l'Auteur fur Naples : Naples
, diſent les Italiens , où il n'y a rien à
faire , fi ce n'est de jouir & de vivre. Nous
irions d'abord en pélerinage fur la monta
DE FRANCE. 27.
gne du Paufilippe , au tombeau de Virgile
nous dirions aux cours mélancoliques sc
tendres : » Ne manquez pas d'aller vous of
feoir fur les bords du lac Agnano «. Allez
voir Portici pour ſa ſituation pittorefque .
Portici aflis fur Herculanum entre le Vés
ſuve qui faune & la mer qui bouillonne.
Nous accompagnerions le Lecteur au cratère
de ce volcan formidable qui brûle de-.
puis tant de fideles , qui a fubmergé tant
de cités , qui menace à toute heure cette
vaſte contrée , cette Naples où .... l'on ne
penſe ſeulement pas à lui ....
--
-On reprochera peut - être à l'Auteur
d'avoir écrit pluſieurs endroits avec un certain
enthouſiaſme ; mais ſouvent il a écrit
en préſence même des objets , & il a le.
malheur de ſentir . Ses épigrammes paroîtront
trop multipliées ; - c'eſt le tour
de fon eſprit , c'eſt la manière du Peintre :
&l'Auteur répond d'avance aux perfonnes
qui condamneront les orneniens trop ambitieux
de ces Lettres épiques, que ceux, pour
qui les Arts ne fait rien , qui n'ont nulle
idée ou nul fentiment dubeau , font bien,
à leur aiſe pour critiquer ceux qui en parlent
avec ſenſibilité .
Cet Ecrivain Philoſophe nous promettoit
des Lettres fur Venise ; on défiterois qu'il
eût moins prodigué l'eſprit , qu'il eût moins
forcé ſes attitudes , qu'il eût moins cherché
cette originalité de formes & de tournures
qui touche à la bizarrerie & à l'af
B2
28 MERCURE
fectation . On peut louer beaucoup dans cet
Ouvrage , on peut critiquer davantage....
C'eſt la tâche défagréable que nous commencions
à remplir en terminant cette Notice
, lorſque, la mort a enlevé aux Lettres
& à l'humanité deſolées M. le Préſident du
Pati . Auteur de ce Voyage , & de pluſieurs
belles actions connues de l'Europe entière.
Le coeur ſe ſerre , la plume s'arrête ,
les yeux ſe rempliffent de larmes en voyant
defcendre dans le tombeau & s'anéantir à
jamais tant de courage , d'eſprit & de talens
...... Sans doute l'amitié s'occupera
bientôt du lugubre plaiſir de le célébrer ;
laiffons- la remplir ce devoir ſacré , & qu'elle
nous pardonne d'avoir jeté les premières
fleurs ſur ſa tombe : la perte d'un homme
de bien eſt un malheur public , & un ſujet
de deuil & de regrets pour tous les honnêtes
gens.
:
( Cet Article eft de M. Bérenger. ) ( 1 )
N. B. Il paroît à Londres une Traduction
Angloiſe de cet Ouvrage , par M. Povoléri ,
Profeffeur des Langues Angloife & Italienne
à Paris . On nous affure que cette Verſion
eſt très - fidelle, & qu'elle doit réuflir beaucoup
chez un Peuple dont les Voyageurs ont
ſouvent jugé l'Italie & les Arts comme les
a vus M. du Pari .
( 1 ) Auteur de ceux on Fon rendoit compte des
Ouvrages de MM. les Abbés Gaudin & Genti.
DE FRANCE. 29
ÉLOGE de LOUIS XII , Roi de France,
furnommé le Père du Peuple. Difcours
qui a remporté le Prix d'Eloquence , au
jugement del' Académie Françoise, 1788 ;
par M. l'Abbé NOEL , Profeffeur en
l'Univerſité de Paris , au Collège de
Louis le Grand.
Remittuntur ei multa, quia dilexit multum.
EVANG . S. LUC , CH. 7. V. 47.
AParis , chez Demonville , Impr- Libr.
de l'Académie Françoise , rue Chriftine,
On doit accorder d'abord à M. l'Abbé
Noël un mérite eſſentiel , celui d'avoir , en
Orateur Philofophe, envisagé ſon ſujet ſou's
ſon véritable alpest. Ce n'eſt ni comme
un grand Héros , ni comme un grand Politique
, qu'il confidère Louis XII : ce Prince
n'eut point ces qualités impoſantes ; mais
il eut la gloire plus douce & plus précieuſe
d'être un bon Roi : il fut huntain écoanome
, équitable; ce font fes vertus , c'eſt
ſa bonté que célèbre fur-tout ſon Panégyvifte.
Il ne rappelle ni ſes entrepriſes guerrières
, ni ſes conquêtes infructueuses , ni
ſes démélés avec les Papes & les Nation's
voiſines. Ce n'eſt point au dehors de fon
Royaume , c'eſt au dedans qu'il l'admire .
Si ce qui domine le plus dans ſon Difcours
n'eſt ni beaucoup de force dans le ſtyle ,
B 3
30
MERCURE:
ni beaucoup d'élévation dans les penſées ,
ni une grande vivacité d'imagination , on
y trouve néanmoins des endroits frappans
qui ne feroient pas défavoués par les Orateurs
les plus connus & les plus exercés ,
& qui étoient, plus que fumifans pour faire
obtenir à M. l'Abbé Noël le Prix de l'Eloquence
.
L'exorde eft un de ces endroits brillans ;
il eſt heureux , & tiré du fond du ſujer.
/ Le Panegyriſte commence par un de ces
contraſtes oratoires , qui mettent l'efprit de
l'Auditeur en mouvement , le tiennent en
fufpens , qui fervent d'ombres au tableau
qu'on prépare , & plaiſent extrêmement par
la variété des images qu'ils préſentent.
ود
ود Il eſt des Rois dont le règne offre un
vaſte champ à l'éloquence , qui ontjoint
la gloire des armes à celle de la politique
, qui , dans toutes les parties de
>> leur adminiftration , ſemblent appeler la
>> louange , dont les fautes tiennent à la
>> grandeur de leur caractère , & dont la
>> renommée en impoſe à la Philofophie
ور même qui les apprécie. Il en eſt d'autres
>> dont la valeur impétueuſe ſut conqué-
» rir; mais dont la politique, incertaine &
" flottante , ignoroit l'art d'aſſurer les fuc-
>> cès , qui , nés avec plus de vertus que
>> de talens , quelquefois blámés par leur
>> Cour , mais toujours bénis par le Peuple ,
>> ont laiffé après eux un ſouvenir doux
> & touchant , un nom qui ſe place dans
DE FRANCE.
31
>>toutes les bouches , & qui vit dans tous
ود les coeurs. Tel fut le Prince à qui les
» Lettres viennent aujourd'hui payer leur
>> dette& celle de la Nation ; tel fut Louis
» Xil , le père du Peuple , & le plus ver-
» tueux peut être de nos Rois " .
L'Orateur ne diſſimule point les fautes
& les mauvais ſuccès de ſon Héros. Louis
XII fut tour à tour la dupe de ſes amis&
de ſes ennemis ; mais fon Panégyriſte répond
à toutes les objections qu'on pourroit
lui faire à cet égard par une répétition
pleine d' .ne, de mouvement, & qui prouve
le vrai talent de l'éloquence.
رد Si l'Hiſtoire , qui doit une juſtice ri-
>> goureuſe aux Souverains qui ne font plus,
pour l'inſtruction de ceux qui vivent en-
> core , dit avec ſa ſévérité inflexible :
ود
ود
ود
Louis XII , trompé par les préjugés & les
>>erreurs de ſon ſiècle , engagea la France
>> dans une guerre ruineuſe , & prodigua
>>l'or& le ſang pour de vaines conquêtes ;
» je répondrai: Il aimafon Peuple,&fit ré-
>> gner les Loix. Lorſqu'elledira : Louis, indi-
» gnéde voir les attentats qui fouilloient le
» S. Siége , en voulant mettre la tiare fur la
tête de ſon premier Miniſtre , hafarda &
>> perdit en un moment le fruit de ſes vic-
>> toires ; je répondrai : Il aima ſon Peuple ,
&protégea les foibles contre l'oppreflion
des Grands . Lorſqu'elle dira : Louis, pour
» céder aux importunités d'une épouſe im-
>> périeuſe , ſigna le démembrement de la
ور
"
B 4
32 MERCURE
>> Monarchie ; pour fatisfaire un reſſenti-
>>. ment perſonnel , & pour abaiffer la hau-
ور teur Vénitienne ,
ود
il ſe ligua contre fes
Alliés naturels , avec ſes plus cruels en-
>> remis ; je répondrai encore : Il aima fon
>>Peuple , il le défendit de la tyrannie des
>> gens de guerre , des exactions du Fifc ,
ود
de l'avidité de la chicane ; il ne refpira
que pour lui , & fon nom est arrivé juf-
» qu'à nous , chargé des bénédictions de
>> tous les âges, comme pour apprendre aux
د 2 Princes que l'amour pour le Peuple eſt la
>> grande& la première vertu des Pois ".
Chacun ſent tout l'effet de cette répétition
: on voit combien cette figure a de
force pour infifter ſur quelque preuve ou
fur quelque vérité. On ſe rappelle le bal
uſage qu'en fut faire M. l'Abbé Maury dans
fon Panégyrique de S. Louis , Ouvrage qui
plaça d'abord l'Orateur à ſon véritable rang ,
& qui lui fit dès-lors un tel honneur , que
tant de nouveaux titres à la gloire de l'éloquence,
acquis depuis cette époque , n'ont
pu, en quelque forte, rien ajouter à la rés
putation. Voici l'endroit dont je parle ; il
s'agit des Ordonnances ou Etabliſſemens de
S. Louis.
>>Lorſque nos pères étoient malheureux
fous les règnes ſuivans , lorſqu'ils reprochoient
publiquement à Philippe le Bel l'altération
des monncies , que demandoientils?
les Erabliſſemens de S. Louis, Lorſqu'ils
murmuroient contre,Louis X, vendant à
DE FRANCE.
33
l'enchère les offices de Judicature , que dcmandoient-
ils ? les Etabliſſemens de Saint
Louis . Lorſqu'ils accuſoient Charles IV d'a+
voir accablé l'Etat par des dettes immenfes,
que demandoient-ils ? les Etabliſſemens de
Saint Louis. Lorſqu'ils ſe plaignoient , fous
Philippe deValois, des nouvellesimpotitions
dont ils étoient furchargés , que deman
doient-ils ? les Etabliſſemens de S. Louis ,
les Etabliſſemens de S. Louis ".
Je me ſuis permis cette petite digreffion
d'autant plus volontiers , que ces fortes de
rapprochemens font très-propres à former
le goût ; & d'ailleurs M. l'Abbé Noël ne
peut être que flatré d'être comparé à un
Orateur célèbre , dont on fait que l'amitié,
les préceptes & les exemples lui font éga
lement précieux .
Après un précis oratoire des moeurs de
P'Europe & de l'état de ſes divers Gouvernemens
, à l'époque où Louis XII prit poffeffion
d'un Trône auquel l'appeloient le
droit de la naiſſance & le voeu de la Nation
, M. l'Abbé Noël rappelle la généroſité
de ce bon Princs , qui facrifia les ref
ſentimens contre les Seigneurs de la Cour ,
qui lui avoient été le plus contraires fous
la régence de la Dame de Beaujen. S'il en
eûr cru fes Flatteurs , la victoire de la Tri
mouille , le ſouvenir de la bataille de Se
Aubin, une longue 84 dure captivité auroient
dû aigrir fon coeur , & le moment
de la vengeance étoit venu. On fait quells
BS
34 MERCURE
fut ſa réponſe à leurs indignes ſuggeſtions :
on va voir le parti que le Panégytiſte en a
fu tirer.
La
>>Déjà une liſte fatale dévoue fes perfécuteurs
à la profcription. Damede
> Beaujeu tremble & demande ſa retraite..
>> La Trimouille craint d'expier ſa victoire ,
» & les Courtiſans partagent déjà ſa dé-
>>pouille. Frivoles alarmes ! ſoupçons in-
>>jurieux ! la Cour va apprendre à connoî-
» tre celui qu'elle a calomnié. Elle ignore
>> que les meilleurs Rois ſont ceux qui ont
» connu le malheur avant de régner. En
"
23
vain cherche-t-elle à irriter les reſſentimens
du nouveau Monarque. Cette Ré-
>> gente hautaine , dont la concurrence as
forcé l'Héritier de la Couronne à cher-
ود cher un afile dans les Cours Etrangères ,
>>ne reçoit de Louis que des témoignages
>>d'indulgence & de bonté. Vous êtes
» ſauvé la Trimouille ! votre ennemi rè-
» gne ; il juge lui- même que vous n'avez
>>fait que votre devoir, & que ce n'est pas
>>au Roi de France à venger les injures
>>>du Duc d'Orléans ".
Quelques lignes plus loin , l'Orateur, en
rappelant la priſon de Louis XII , fait fur
notre ſiècle un retour plein d'intérêt & de
ſenhbilité , & s'abandonne à un beau mouvement
oratoire.
» Ils tomberont peut-être un jour, s'é-
> crie- t- il , à la voix de la Philoſophie &
>> de l'humanité , ces donjons menaçans ,
DE FRANCE. 35
» ces murs inacceſſibles qui ont vu, tant
>> de victimes innocentes ſe conſumer len-
>> tement dans les angoiſſes du déſeſpoir ,
» ou n'être rendues au monde que pour
>>s'y trouver iſolées comme dans un défert,
» & forcées d'implorer , à titre de grace ,
ود l'honneur mêmedesleur priſon. Ils tom-
>> beront; & déjà du milieu de leurs rui-
>>nes , je vois s'élever la ſtatue d'un Roi
>> bienfaiſant & libérateur ; déjà quelques-
» uns de ces gouffres profonds ont rendu
» leur proie. Mais à Louis XII appartien-
>> dra toujours la gloire d'avoir devancé ,
رم par ſa ſenſibilité , les lumières de tous
>> les ſiècles à venir " .
Je m'arrrête aux endroits les plus frappans
de ceDifcours ; & ne pouvant les citer
tous , je vais me borner à indiquer ce que
je ne puis extraire. Indépendamment de pluſieurs
détails dignes d'éloge, épars çà& là
dans cette Harangue , on doit diftinguer en
particulier la manière adroite dont le Panégyrifte
juſtifie ſon Héros du reproche d'avoir
manqué de reconnoifice pour ce Phi
lippe de Comines dont nous admirons encore
les Ecrits & les talens , & qui , felon
l'expreffion'e M. Thomas , eut le double
malheur d'être aimé de Louis XI , & d'effuyer
l'ingratitude de Louis XII ; le portrait
du Cardinal d'Amboiſe ,
Qui ſeul aima la France , & fat ſeul afméd'elle.
Ministrefans orgueil&fans avarice, ditMé
B6
36 MERCURET
zerai; & Cardinal avec unfeul bénéfice. Enfur
le morceau fur les Etats -Généraux , où M.
l'Abbé Noël peint l'Orateur de la Nation
à genoux , au milieu d'un Peuple à genoux,
& les bras levés vers le Trône , d'une voix
entrecoupée de ſanglots , & ſouvent inter
rompue par ceux de toute l'Allembiće , préfentant
au Souverain le tableau de fes propres
bienfaits , lui faiſant'verfer des lames
d'attendriffement, & lui décernant, aunom
de toute la France , le nom de Père du
Peuple ; mais je dois mettre encore fous
les yeux des Lecteurs la defcription ora
toire où M. P'Abbé Noël peint les ſoins
particuliers que prit Louis XII, de perfec
rionner l'adminiſtration de la Justice , &
d'abréger les procédures ...
دد
Oh ! qui ne fefoit attendri en voyant
>> un Prince d'une ſanté chancelante, porté
modeſtement ſur ſa mule, & rappelant
>> la ſimplicité des moeurs patriarcales , fe
rendre au Temple de la Juftice pour
>> donner aux Loix le fecours , & aux Ma
> gifttats l'encenagement de fa préſence !
Eft- il moins grand dans de fimple appail
reil, que lorſqu'il traverſe l'Italkeen
>> Conquerant; que lorſqu'aux amps d'A-
>>gnadel , il s'écrie dans un accès de gaïté
> chevalereſque : Que ceux qui ont peur
» se mettent derrière moi ; que lorſqu'il en
>> tre en triomphe dans Milan , ou même
ود que parun emblême aufli touchant qu'in-
>> génieux , de Roi des abeilles brodé fur la
DEFRANCE. 37
cotte d'armes; annonce la clémence aux
» Génois ingrats & révoltés « ? "
Cette peinture touchante ſemble imitée
de celle où Fléchier repréſente M. de Lar
moignon accommodant les différens que la
difcorde, la jalousie , ou le mauvais confeil
font naitre parmi les Habitans de la
campagne : » Plus content en lui-même , &
>>>peut-être plus grand aux yeux de Dieu ,
>>lorſque dans le fond d'une allée ſombre
> & fur un tribunal de gazon , il avoit af
ود
ود
furé le repos d'une pauvre famille , que
>>lorſqu'il décidoit des fortunes les plus
>>éclatantes fur le premier Trône de la
» Juftice ". Le parallèle où le même Orateur
repréſente la Reine d'un côté , ſervant
les pauvres à l'Hôpital , de l'autre premant
part à la gloire & au triomphe du
Roi , eft encore,du même genre : „ Com-
ود
,
pagnes fidelles de ſa piété, qui la pleu-
>> rez aujourd'hui , vous la fuiviez quand
>> elle marchait dans cette pompe chrétienne
, plus grande dans ce dépouille-
* ment de fa grandeur , & plus glorieute
>>lorſqu'entre deux rangs de pauvres , de
>> maladestou de mourans , elle participoit
رد à l'humilinés à la patience de Jéfus
>>Chrift que lorſqu'entre deux haies de
troupes vnqoricales ? dans un char bril-
» daneroux, elle prenoit part à la
* gloire locaux romphes de fon époux ?
25 xot apves MuilAbba Noel fait mettre
à phòng Tedd denos grands Ofateurs ; i
38 MERCURE
les imite ici en Ecrivain digne de les égaler.
On ne peut trop le féliciter de s'être
élevé en peu de temps à ce ton de véritable
éloquence que rien n'annonçoit dans
ſes premiers eſſais. Ses progrès ont été rapides;
& après les preuves de talent qu'il
vient de donner , on doit attendre de lui
bienplus encore.
OEUVRES du Marquis de Villette; in - 8°•.
A Edimbourg ; &ſe trouve à Paris, chez
Cloufier , Impr- Libr. , rue de Sorbonne ; -
Pichart , Libr. quai & près des Théatins ;
Bailly, Barrière des Sergens ; & Deſenne,
au Palais-Royal.
C'EST avec de juſtes éloges que nous
avons annoncé , dans ſa nouveauté , le Recueil
des OEuvres de M. le Marquis de Villette.
Cette nouvelle édition , revue & fort
augmentée , en prouve le ſuccès , & doit y
ajouter encore.
On y voit par - tout un talent que l'étude
a perfectionné ſans doute , mais fans
lui rien faire perdre de ſa grace naturelle ;
un eſprit aimable , qui fait penſer en ſe
jouant , qui joint l'urbanité à la raiſon ;
qui , dans un court eſpace ,& lorſqu'on s'y
attend le moins , fait traiter avec fuccès les
objets les plus ſérieux, & qui ſachant paffer,
DE FRANCE . 39
à ſon gré , du grave au doux, du plaiſant au
févère , répand ſur ſes Ecrits cette piquante
variété qui prête un charme à leur lecture.
Dans ce Recueil , les Lettres de l'Auteur
ſe trouvent ſouvent à côté de Lettres de
Voltaire ; on ſait qu'il n'y avoit rien de plus
dangereux qu'une pareille aſſociation ; mais
on fait auſſi qu'en le liſant , on n'apperçoit,
pour ainſi dire , le danger que lorſqu'il eſt
paffé , & que l'illufion n'y eſt jamais interrompue.
Ce Recueil étant fort connu , nous ne citerons
qu'un morceau ou deux parmi ceux
qui paroiſſent pour la première fois. Voici
une partie de la Lettre que M. de Villette
avoit adreſſée au feu Roi de Pruſſe , en lui
envoyant ſon Eloge de Charles XII.
>>Si j'avois fait un Ouvrage ſur la Tactique
, il me fiéroit alors de le préſenter à
Votre Majefté, & de la propoſer pour modèle
, elle offre à la fois les qualités du Capitaine
& le génie du Conquérant. Je ne
ſerois pas embarraſſé de rerracer ſes marches
ſavantes & hardies , ſes victoires , ſes
retraites mémorables ; chacune en particulier
feroit la réputation des plus grands Généraux.
Au milieu de ces trophées de défolarion
, le Poëte & l'Hiſtorien feroient
confolés en voyant le Prince le plus clément
que la politique ait jamais forcé de
prendre les armes , eſſuyer plus d'une fois
les pleurs qu'il avoit fait répandre ; & parmi
les horreurs d'un champ de bataille , étein
40
MERCURE
dre, dans les triftes hameaux, l'incendie que
le Démon de la guerre y avoit allumé "..
" Ah ! Sire , qu'il me feroit facile alors
de faire admirer mon Héros ! il a tant de
titres à la renommée , tant d'empire fur les
coeurs , que dans ſes brilians ſuccès , je dirai
même dans ſes revers , il comptoit peut- être
autant de partiſans intimes à Veniſe , à
Verſailles , qu'à Berlin. Le front ceint de
l'olive de la guerre , il a quitté les champs
de Mars pour les champs de Cérès ; & le
clairon des combats pour la flûte d'Apollons.
Frédéric , qui , vingt ans l'effroi des Potentats ,
Du char de la Victoire a lancé le tonnerre ,
Enſanglanté la Terre , ébranlé les Etats ,
Par ſes douces vertus, vient confoler la Terre.
Les Arts, près de fon trône , accourus à ſa voix ,
Le couvrent d'une gloire & plus pure &plus belle.
Pour le bonheur du Monde & l'exemple des Rois,
Alexandre aujourd'hui fait place a Marc-Aurèle.
Oppoſons à cet éloge un autre morceau
très-intéreſfant , qui eſt l'éloge auili d'un
grand homme dans un autre genre. C'eſt
un fragment d'une Lettre écrire de Ferney,
& ily est question de Voltaire.
» Je vous dirai qu'il a donné un fuperbe
repas , & qu'il a fait affeoir à ſa table 200
de ſes Vallaux ; puis les illuminations , les
chanfons , les danſes. Le matin, c'étoit l'exs
preffion d'un ſentiment doux & filial; let
foir, c'étoit l'enivrement de la joie. Vous
auriez vu celui qui veut être toujours aveu- l
gle & malade , oublier fon grand age; &
DE FRANCE 41
dans un élan de gaîté qui tenoit encore à
fon jeune temps , jeter ſon chapeau en l'air
parmi les acclamations , les tranſports , les
voeux que l'on faifoit pour des jours fi
chéris *.
رد
C'eſt par l'admiration , l'enthousiasme ,
que M. de Voltaire eſt connu dans le
Monde ; c'eſt par l'amour , le reſpect qu'il
eft connu chez lui. Vous ſavez qu'il eſt
très-riche ; mais certainement il n'a jamais
eu le tourment de la poſſeſſion. Il ſemble
qu'il craigne plus les importuns que les vo
leurs . J'ai remarqué que ſa chambre ferme
a clef du côté da fillon , & qu'elle n'a jamais
eu de ferrare du côté de ſes gens : ce
qui prouve évidemment qu'il n'eſt ni défiant
ni avare " .
>>M. de Voltaire est bon voifin . J'ai vu
un écrit fait double entre lui & fon Curé ,
une promeſſe réciproque de n'avoir jamais de
procès l'un contre l'autre ; & M. de Voltaire
en fignant , a ajouté : Notre parole
vaut mieux que tous les actes de Notaire ".
د
» Il a fait beaucoup bâtir. Chaque jour
voir s'élever de nouveaux édifices dans ſa
petite ville. Il justifie pleinement ſes versà
la Ducheſſe de Choiseul ".
Madame ,un Héros deſtructeur
N'eft , à mes yeux , qu'un grand coupable ;
J'aime bien mieux un Fondateur :
L'un eſt un Dicu , l'autre eſt un Diable.
Il a de belles & vaſtes forêts ; mais il
1
42 MERCURE
fouffriroit d'y voir porter la coignée. On diroit
que ſa ſenſibilité s'étend juſqu'aux végétaux.
Vous connoiffez les deux immenfes
fapins qui bordent ſon potager , & qu'il
a nommés Caftor & Pollux , parce qu'ils
font jumeaux. L'un , frappé de la foudre ,
accablé par les ans , laiffoit tomber juſqu'à
terre les rameaux affaiblis. M. de Voltaire
les a fait relever par un fil d'archal , & fe
complaît à foutenir ſa vieilleſſe".
On fent combien il nous feroit facile
de varier nos citations , en puifant dans un
Recueil aufli varié par les objets qui y font
traités : M. le Marquis de Villette plaifante
&raiſonne prefque en même temps, &fans
diſparate ; il manie même ſouvent la verge
de la critique , & c'eſt avec autant de légéreté
que de jugement ; on peut cirer en
preuve ce qu'il dit du talent de l'Abbé de
Voifenon.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
L'INDULGENCE , même la plus motivée .
a ſes bornes ; il en est une ſurtout où
elle doit cefler d'agir , ſous peine de n'être
plus qu'une foibleffe nuitible & condann
DE FRANCE.
43
nable. Lorſque nous nous ſommes propofé
de ne point parler , dans ce Journal ,
desdébuts malheureux de quelques Acteurs
de la Province fur les Théatres de la Capitale
, nous avons cru obéir à la raiſon &
à notre délicateſſe; à la raiſon , parce qu'il
eſt fort poſſible qu'un Débutant foit embarraffé
par une manière nouvelle pour
lui , inquiété par l'aſpect des nouveaux
Juges qu'il redoute , & que la timidité
non ſeulement arrête , mais encore renferme
totalement l'effor de ſon talent & de
ſes moyens ; à notre délicatefle , parce
que nous avions appris que le Mercure ,
ſouvent confulté par les Directeurs dés
Spectacles de la Province , pouvoit quelquefois
ôter à un Goniédien fön état , ou le
lui rendre chagrinant & difficile. Mais en
prenant ce parti , nous n'avons pas cru
ouvrir la barrière aux abus , & faciliter à
des Acteurs plus que médiocres , des eſſais
auſſi inutiles à leur avancement, que fatigans
pour les Comédiens de Paris , &
dégoûrans pour le Public. Depuis environ
quinze mois , nous avons vu paroître , fur
le Théatre Italien , quelques Débutans bien
indignes de la faveur qu'on leur a accordée
en leur donnant un ordre de début , &
nous avons gardé le filence. Celui qui a
paru , il y a trois ſemaines , dans un de
nos Opéra - Comiques les plus en vogue ,
les a tous paffés en médiocrité . Point de
moyens , une voix foible & ufée , une af
44
MERCURE
festation ridicule dans les manières , une
prétention nisife à la naïveté , une figure
immobile & glacée ; c'eſt avec de telles
refſources qu'il s'eſt flatté de plaire aux
Parifiens. Nous devrions peut - étre renoncer
pour lui à notre ſyſteme d'indulgence ;
mais nous voulons bien nous y tenir en
core , & ce fera pour la dernière fois. On
peut ménager la foibleſſe ; mais en toutes
chofes , tout être qui joint l'orgueil ou la
préſomption à une nullité abſolue , eſt indigne
d'aucune grace. Voilà bien du train ,
diront quelques perſonnes , pour un mauvais
Chanteur ! A cela nous répondrons
que c'eſt principalement à nos ſuccès dans
l'Art Dramatique , que la Langue Françoiſe
eſt devenue celle du Monde entier ; il n'eſt
donc pas fi indifférent qu'on pourroit affecter
de le croire , de laiſſer , par le fait
des Comédiens , dégrader un Art qui nous
a donné une partie de l'illuſtration que
nous avons acquiſe par le génie , par le
goût & par la raifon .
Le Mardi , 21 Octobre , on a donné la
première repréſentation de Cæfarine & Vicsor,
ou les Epoux au Berceau, Comédie en
3 Actes & en Vers libres.
M. Durville & M. de Rubière étoient
amis ; leurs femmes ſont accouchées le
même jour , l'une d'un garçon qu'on a
DE FRANCE.
45
-
nommé Eugène , l'autre d'une fille qu'on a
nommée Cæfarine. Ils ſe ſont promis d'unir
par la ſuire leurs enfans , &ils s'y font
engagés par un écrit double. Ils font reſtés
veufs. Une affaire malheureuſe a forcé M.
de Rubière à s'expatrier. Son fils Eugène ,
abandonné par tout le monde , a été rencontré
par Cæfarine , qui l'a reconnu pour
l'époux qu'on lui deſtinoit , l'a placé chez
une femme qui tenoit un Hôtel garni, &
y a fait achever ſon éducation. Tout ce
qu'elle a exigé de lui , c'eſt de porter le
nom de Victor au lieu de celui d'Eugène.
Victor eſt paffé de la reconnoiffance à
l'amour & comme il ignore par quels
liens il eſt déjà attaché à Cæfarine , il ſe
reproche la tendreſſe qu'il a conçue pour
ſa bienfaitrice. Cæfarine & l'Hotelſe lui
donnent néanmoins tous les encouragemens
pofbles ; mais la timidité l'empêche
de rien entendre.
Les chofes en font là , quand M. Dur
ville ayant beſoin d'un Commis , Cæfarine
lui propoſe Victor , qu'il accepre ; quand
M. de Rubière , qui a pris le nom de M.
de la Roche , revient à Paris , ſe fait reconnoître
de ſon ami Durville , gemit de
la perte de ſon fils , & reçoit de M. Durville
la propofition de prendre la place de
ſon fils Eugène , en époufant Cæfarine. La
jeune perſonne ne refuſe point de prendre
cet époux ; mais elle ne promet de lui donner
la main qu'alors que fon père lui aura remis
:
1
46 MERCURE
un écrit par lequel il l'a mariée dès ſon enfance.
On cherche cet écrit ; mais on ne peur
pas le trouver , puiſque Cæfarine le tient
dans ſon porte-feuille depuis l'âge de quatorze
ans. Cependant Victor , qui a entendu
parler du prochain mariage de Cæfarine
, veut s'éloigner ; il vient trouver M.
de Rubière , lui avoue ſon amour , fe le
reproche , & lui demande , pour toute faveur
, de le faire paffer à l'inſtant fur un
vaiſſeau dont il eſt le Capitaine , en qualité
d'Ecrivain . M. de Rubière ſe fait preffer;
à la fin il cède : le jeune homme part;
mais avant de partir , il écrit à Cæfarine
une lettre qu'il figne Eugène de Rubière , &
le myſtère de ſa naiffance eſt dévoilé. On le
cherche , on le ramène ; il tombe aux genoux
de fon père , qui le relève pour le
preffer fur fon coeur , & il devient réelle- --
ment l'époux de Coafarine.
L'Auteur a tout employé pour teleireir
cette intrigue très- romanesque , & il n'eſt
pas toujours parvenu à en bannir l'obſcurité.
On ne conçoit pas comment une fille
d'un âge auffi tendre que celui de Coffarine
, a pu placer , entretenir , faire élever
un jeune garçon à l'inſçu de fon père ; comment
celui- ci lui a donné dans ſa maiſon
une autorité ſi entière , qu'elle en devient
équivoque ; comment il reçoit de ſa main
un Commis auſſi jeune, fans prendre d'information,
fans s'inquiéter de la cauſe pour
laquelle elle s'y intéreſſe. Tout cela en
effet est difficile à concevoir. La manière
DE FRANCE.
17
dont Corſarine devient maîtreſſe de l'écrit
qui promet la main à Victor , n'eſt pas
plus claire. Aufli le Publie a-t- il ſouvent
rémoigné , par des murmures , combicu
cette obſcurité lui déplaiſoit. Il y a cependant
des détails heureux , des ſituations
neuves , des ſcenes piquantes dans cet Ouvrage.
Si on a condamné le caractère de
M. Durville , qui eſt abſolument pailif ,
pour ne rien dire de plus , on a diftingué
ceux de Cæfarine & de Victor, Le caractère
de Cæfarine eſt un mélange original
de raiſon , de gaîté , de ſenſibilité , d'efpiéglerie;
il amuſe & il intéreſſe. Celui de
Victor eſt timide , touchant , délicat , ref
pectueux, & il contratte bien avec celui de la
jeune perfonne. Aux autres défauts qu'on
peut lui reprocher , cette Comédie joint
-celui d'être prolongée par des développemens
que l'Auteur auroit pu reilerrer : & f
la marche en avoit été plus rapide , il n'é
toit pa impoffible qu'elle fit quelque plaifir.
ANNONCES ET NOTICES,
Réflexions fur l'état actuel de la Crande-Breta
gne , comparativement avec fon érat paflé , tant
politique que civil , & fur fon commerce ; accompagnées
de quelques Pensées touchant l'émigration
; par Richard Champion , Ecuyor , cit
devant Vice-Tréſorier des Troupes de Sa Majesté
C
48 MERCURE DE FRANCE .
Britannique , & Auteur des Confidérations fur la
fituation de la Grande-Bretagne, par rapport aux
Etats-Unis ; traduites de l'Anglois par M. Soulès,
A Londres , chez Jean de Bret; & à Paris , chez
Lagrange , Libr. rue Saint Honoré , vis-à-vis le
Licée, No. 100.
Qu'en dit l'Abbé ? Eſtampe de 14 pouces &
demi de haut fur 11 pouces & demi , d'après le
tableau de M. N... Lavreince , Peintre du Roi de
Suède , gravée par N... Delaunai l'aîné , Graveur
des Rois de France & de Danemarck. A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Bucherie , No. 26. Prix,
6liv.
Cette Eftampe , agréable de gravure & de
compoſition , fait pendant à celle déjà connue des
mêmes Artiſtes , intitulée Le Billet doux.
Une Eſtammpe allégorique repréſentant le Portrait
de M. Necker, intitulée L'Hommage fincère ;
dédiée à la Nation. Se vend à Paris , chez Mme .
Bergny, Marchande d'Eſtampes , rue du Coq St.
Henere. Prix , liv
TABLE.
Les deus: Amis.
Hommage.
Charade, Enigme& Log.
Lettres fur l'Italie .
Elogede Louis XII.
3' Cuvres du Marq. de Villette.
t
5 38
Comédie Italienne. 42
8
Annonces & Notices.
29
47
: APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi I
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui pu'fle
en campécher l'impreſſion . A Paris , le 31 Octobre
1788. SÉLIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 8 Octobre 1788 .
LUNDI , 6 de ce mois , on a fait l'ouverture
de la Diète. Le Comte Malachowsky ,
Référendaire de la Couronne , a été élu
Maréchal de la Diète qui ſera tenue ſous
Confédération ; point important qu'on a
décidé hier. Après l'élection d'un Maréchal
pour le Duché de Lithuanie , en
faveur du Prince Sapieha , les Nonces ſe
rendirent dans la ſalle des Sénateurs , où
le Maréchal Malachowsky lut l'acte de
confédération , dont voici les principaux
articles : 1 ° . Conſervation de tous les
Employés d'Etat ſur le pied aquel ; 2°.
maintien de la Conſtitution préſente que
l'on purgera cependant dequelques abus ;
3°. augmentation des troupes.
No. 44. 1er. Novembre 1788. a
( 2 )
-
LaDiète ſe tenant fous confédération , la
pluralitédes voix décide , & le liberum veto
n'a plus de force. Le parti Prufſien ,
dit-on , augmente de jour en jour. Le
Prince Antoine Sulkouski paſſe pour le
principal Chef des partiſans de cette Couronne
, dont la dernière démarche a fait
évanouir , du moins pour le moment ,
le projet de nous lier plus étroitement à
la Ruffie. Le Lieutenant-Colonel Seib ,
revenu de Pétersbourg ici la ſemaine
dernière , en a rapporté , ſelon l'opinion
générale , le déſiſtement de l'Impératrice
au plan d'une Alliance plus étroite à
conclure avec la République.
Cette capitale ſert de foyer ou de
dépôt à toutes les fables journalières qui
circulent fur les opérations de la Beſſarabie,
ſur le fiége d'Oczakof, ſur les flottes
de la mer Noire , &c. Les hommes ſages
n'ajoutent aucune foi à toutes ces hiftoires
, ni aux lettres prétendues authentiques
, & toutes contradi&oires , qui
arrivent en poſte de l'embouchure du
Niéper. Le dernier bruit courant, eſt que
les Ruffes ont tenté infru&ueuſement un
nouvel aſſaut contre Oczakof : on ne
tardera pas à ſavoir ſi cette rumeur mérite
plus deconfiance que celles qui , tous les
huit jours , depuis trois mois ,incendient
( 3
Oczakof, renverſent ſes batteries , && annoncent
la fortereſſe comme près de ſe
rendre le lendemain.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 10 Octobre..
Malgré le début d'une négociation pacifi
que,&malgré toutes les circonstances qui
faifoient préfumer un éloignement fincère
des hoftilités , nous les avons commencées.
Quelques diſtrias de la province
Suédoiſe de Bahus-Lehn font envahis :
nous avons pris un détachement entier ;
mais en entrant ſur le territoire de nos
voiſins , le Prince Charles de Heffe , Commandant
en Chef de nos forces , a fait
précéder les voiés de fait du Manifefte
que voici :
Nous, Charles Landgrave&Prince deHeffe,&c.
« Faiſons ſavoir que Sa Majesté le Roi de Danemarck
& de Norwége , pour remplir , à la
réquisition de la Cour de Pétersbourg , les engagemens
renfermés dans les traités qui fubfiftent
entre Elle & cette Cour , s'étant vu dans une
néceſſité d'abandonner à l'Impératrice de Ruffie
une partie de ſes forces de terre & de mer ,
comme auxiliaires pour agir contre la Suede
ſa volonté eſt que ſes troupes auxiliaires obſervent
très-exactement l'ordre & la difcipline , qu'elles
ne faſſent aucun tort à ceux qui ne ſe mettront
ay
و
( 4 )
point en défenſe; qu'au contraire , la propriété de
chaque ſujet ſuédois ſoit défendue & afſurée de
toutes les manières ; & que ſi , contre toute attente
, quelqu'un s'aviſoit de piller ou de commettre
d'autres violences , il foit puni irrémiſſiblement
dans toute la rigueur des loix , attendu
que Sa Majesté ne déſire rien plus fortement que
d'alléger , autant que les circonstances le permettront
, le fardeau de la guerre , & de pouvoir
contribuer par-là à ce que la paix ſoit rétablie
ſur un pied folide. Sa Majesté eft perfuadée, d'un autre côté , que ſes troupes , en conſidérationde
leurbonne conduite , ſeront bien traitées en Şuède ,
& que les ſujets , bourgeois ou payfans , ne s'oppoferont point à eux à main armée , ne les
attaqueront pas hoftilement , attendu que ceux qui , contre l'uſage de la guerre , feroient trouvés
ſous les armes , n'auroient qu'à s'imputer à euxmêmes
letraitement rigoureux qu'ils éprouveront ,
&toutes les ſuites funeſtes de la guerre . » :
Le Prince de Heffe a rendu au Roi un
compte détaillé de ſes premières opérations,
dans le rapport ſuivant , daté du
quartier général de Tanum, le 27 feptembre
1788.
« Le corps des troupes auxiliaires aſſemblées
entre Fridéricſtadt & Fridéricshald , ſe partagea
en deux colonnes à fon approche des frontières
de Suède. La première colonne étoit compoſée
de quatre efcadrons de dragons , de neuf bataillons
d'infanterie& d'une compagnie de chaſſeurs , ſous
les ordres des Généraux During , Mansbach , Heffelberg & du Colonel Anker. La ſeconde
colonne étoit formée du corps des chaſſeurs , de
quatre eſcadrons de dragons & de fix bataillons
( 5 )
d'infanterie. Je confiai au Comte de Schmettau
le commandement de cette colonne , qui devoit
ſe mettre en marché par Suinefund . & je me
mis à la tête de l'autre. Je partis de Fridericſtadt
le 23 , dans l'après-midi , avec S. A. R. le
Prince Royal , & nous nous rendîmes à Ide.
Les troupes y arrivèrent dans la nuit , &fe mirent
en marche vers Ocre-Bakke , vis-à vis de Krogſtrand.
J'avois chargé le Général Mansbach de
ſe mettre en poſſeſſion de ce poſte dès le point
du jour ; il s'embarqua avec ſes troupes , vers
minuit , ſur ving-neuf bâtimens plats , ne put
prendre terre à Krogſtrand , à cauſe du vent contraire
, qu'à fix heures du matin , & occupa furle-
champ les hauteurs fans la moindre, réſiſtance .
Le lendemain matin je marchai à Skec avec
quatre bataillons d'infanterie , les dragons & une
compagnie de chaſſeurs ; je fis ſuivre deux bataillons
, & laiſſai près de Krogſtrand le Colonel
Strieker avec trois bataillons. J'appris dans cet
endroit que le Colonel Tranefeld étoit en marche
avec 400 hommes & 4 pièces de canon ; qu'il
avoit paffé , le 22 , Stroenſtadt , & qu'il devoit
arriver le lendemain à Suinefund. En exécutant
àKrogſtrand le débarquement auquel les Suédois
ne s'atendoient pas , aucune troupe , encore moins
un corps d'armée n'ayant traversé les horribles
chemins de ce diſtrict , & après m'être porté à
Skec , mon deſſein étoit d'attaquer en dos les
poſtes dans les défilés entre Suinefund & Stroemſtatdt
, pendantque l'autre colonne y arriveroit en
front. Mais comme le Colonel Tranefeld fut informé
de notre débarqueinent , la pluie & les
mauvais chemins qui nous retardèrent , lui laifferent
le temps néceſſaike pour ſe replier fur
Stromſtadt , pour faire des taillis , &pour rompre
a 11
( 6 )
les ponts dans ſa retraite. Je reçus avis qu'il s'étoit
poſté au-delà de Stromſtadt, près du pont appelé
Watlands. Broe , derrière une petite rivière. Je
marchai fur- le- champ , & je découvris les Suédois
rangés en front , avec du canon & un grand
nombre de chariots : la rivière étoit très-profonde
& le pont rompu. On travailloit à le rétablir ,
lorſqu'un officier , accompagné d'un tambour , fe
preſenta , &me demanda, de la part du Colonel
Tranefeld , l'intention de mon corps de troupes.
Je lui répondis que mon manifefte contenoit tout
de queje pouvois lui dires Le pont étant achevé,
je le paſſai , & me plaçai à la diftance de 14 à
1500 pas du corps Suédois , de manière cependant
que les troupes qui devoient l'attaquer étoient
couvertes par des rochers. Je montai une batterie
ſur un rocher plus avant ; alors le Colonel
Tranefeld me fit complimenter par un Capitaine
d'artillerie , & demander en même temps une
explication du manifeſte que j'avois publié. «Je
>> répondis que Sa Majefté Danoiſe n'étoit point
>> en guerre avec Sa Majesté Suédoiſe ; mais
» comme , en vertu de ſon alliance avec l'Im-
>> pératrice de Ruffie , elle s'étoit vue obligée de
>> lui fournir un corps de troupes auxiliaires ,
>> je me voyois forcé , à mon grand regret , de
>> combattre les troupes Suédoiſes par-tout où je
در les rencontrerois ; qu'il dépendoit encore de lui
>> de ſe retirer , finonje marcherois fur- le-champ
>> contre fon corps ». Je crus qu'il étoit convenable
de faire parvenir cette déclaration au Colonel
Tranefeld, par un officier de mon corps ; je
lui dépêchai en conféquence l'Adjudant-Général
Haxthaufen. J'ordonnai enfuite aux Chaffeurs
d'occuper le rocher ; je fis avancer deux bataillons
d'Infanterie& un eſcadron de Cavalerie , &
( 7 )
placer en même-temps quelques canons de manière
à pouvoir atteindre en flanc le corps Suédois.
Mais dans le moment où l'attaque devoit
ſe faire , une tempête , accompagnée de grêle &
d'une groffe pluie , en empêcha l'exécution . Les
armes étoient mouillées , & il fallut laiſſer le temps
auxtroupes de recharger. Je profitai de cet inſtant
pour reconnoître le rivage de la rivière où étoit
poſtée l'aîledroite des Suédois ; j'aperçus un détachement
de Chaſſeurs au rivage oppoſé : un
Officier s'approcha & me héla ; je lui dis qu'il
pouvoit s'approcher davantage , & lui demandai
où étoit le Colonel Tranefeld , ajoutant que je
ſerois très-aiſe de lui parler avant l'attaque. Ce
Colonel vint , deſcendit de fon cheval , & me
pria de la ſuſpendre juſqu'à ce qu'il eût reçu de
nouveaux ordres. L'ayant refuſé , il ſe retira vers
minuit ſur la grande route qui conduit à Quiſtrum
& Undewalla. J'ordonnai fur-le-champ à mes
troupes de ſe mettre en marche , & je détachai
deux bataillons à l'Eſt , afin de foutenir le paſſage
du Comte de Schmettau , & de rétablir les ponts
rompus. Je fis occuper enſuite la ville de Stroemſtadt
par un bataillon de Sydenfield : on trouva
au magaſin royal 1700 tonneaux de blé , & 1500
pots d'eau - de- vie. J'établis dans cette ville le
commiſſariat , la boulangerie & l'hôpital : nous
ne nousy rendimes pas le Prince Royal & moi ;
j'avancai vers Wick , &je rencontrai fur le chemin
des défilés très difficiles . Je me propoſe
d'avancer demain matin à Swarlebourg , & je
ſuivrai après-demain vers Quiſtrum , oùj'apprends
que les Suédois ont pris poſte. Malgré la pluie
continuelle&la fatigue des marches , les troupes
ne ſe rebutent pas , & montrent la meilleure volonté
du monde. »
a iv
( 8 )
« S. A. R. le Prince Royal ſe porte parfaitement
bien ; il a été , comme moi , pendant trois
jours fans ſes équipages , que l'on avoit laiſſés à
Ide. Je ſuis avec l'avant - garde à 3 milles de
Stroemſtadt ; j'eſpère de pouvoir concentrer la
majeure partie de mon corps d'armée du côté du
pont de Quiftum. Hier , le Comte de Schmettau
eſt arrivé à Walands - Broe où il s'eſt arrêté.
Le Colonel Stricker eſt à Skee. «
Cette première relation a été bientôt
fuivie de l'avis apporté , le 6 , par un
Courrier du Prince de Heffe , qu'il y a
eu , le2, une action, près du pont de
Quiferum , entre les Suédois & les troupes
de Norwége, dans laquelle près de 700
Suédois ont été faits priſonniers. Une
lettre du quartier général d'Uddewalla ,
datée du 2 novembre, parle en ces termes
de cet évènement :
« Nous sommes entrés hier dans cette
>> place . Le pofte de Quiſtrum-Broe ( pont
>> de Quiflrum ) a été forcé , le 29 ſep-
» tembre , par le Général de Mansbach ,
>> qui avoit ſous ſes ordres trois bataillons
>>d'Infanterie , quatre eſcadrons de Cava-
>> lerie & une compagnie de Chaffeurs .
>>> Le détachement Suédois étoit com-
>> pofé d'environ 800 hommes : il ſe dé-
>> fendit avec courage ; mais à la fin il
>> fut obligé de ſe rendre à diſcrétion . Au
>> nombre des Officiers Suédois prifon
) و (
>> niers , ſe trouvent le Lieutenant-géné-
» ral Hierta , les Colonels de Tranefeld
» & de Frifendorf. Nous avons eu 20
>> hommes tués , & les Suédois 70. >>
L'Ambaſſadeur de Suède ayant reçu de
Stockholm une eſtafette , le 4 au foir ,
remit , le lendemain , au Comte de Bernstorf
, la note ſuivante : « Le Roi n'a
>> pu voir qu'avec ſurpriſe les principes
>>>que le Comte de Bernstorf a allégués
>> dans la note qu'il a remiſe l'Ambaf-
>> fadeur du Roi , par ordre de Sa Ma-
> jeſté Danoiſe , he 13 ſeptembre dernier-
» & qui porte : Que le Roi de Suède n'ae
» voit aucun motif deſe plaindre, tant que
> les troupes & les vaiſſeaux auxiliaires
» qui agiront contre la Suède , ne furpaf-
» feront pas le nombre déterminé , & que
» le reste des forces Danoises n'exercera
» aucune hoftilité; principe que Sa Ma-
>> jeſté ne peut reconnoître comme con-
>> forme au droit des nations , & contre
>> lequel le Roi a ordonné au Soufſigné
>> de proteſter efficacement. Cependant ,
>> par amour de la paix , & pour ar-
>> rêter l'effuſion de ſang des Sujets des
» deux royaumes , dans un moment où
>> les négociations pour le rétabliſſement
» de la paix dans le Nord, font commen-
>> cées,& font eſpérerune heureuſe iſſue,
av
(10)
>> le Roi veut écarter tout examen quel-
>> conque de ces principes , & s'en tenir
>> uniquement à l'affurance renfermée
>> dans ladite note ; ſavoir , que Sa Ma-
>> jeſté Danoiſe n'a point en vue de pro-
>> jets d'hoftilité & d'agrandiſſement. Du
>> refte , comme le Roi ſe confie entiè-
>> remet à ce que M. Elliot , Envoyé
>>> extraordinaire & Miniſtre plénipotentiaire
de la Courde Londres , vous aura
repréſe té à ce ſujet , & que Sa Ma-
» jeſte veut mettre , autant qu'il feroit
> dans ſon pouvoir , des bornes aux mal-
>> heurs qu'entraîneroit néceſſairement ,
>> pour les deux royaumes , l'extenfion de
ود la guerre , Elle confent de regarder la
» paix comme non interrompue , juf-
>> qu'à ce qu'Elle apprenne le ſuccès des
>>>négociations entamées pour le retour
>> de l'harmonie , qui, ſelon la nouvelle
>> déclaration de Sa Majesté Danoife ,
>> fait l'objet de ſes voeux. Le Roi , par
>> conféquent , ſe bornera actuellement à
>> repouffer de force les troupes auxi-
>>> liaires qui font entrées dans ſes Etats.
>>>A Copenhague , le 5 octobre 1788. »
SPRENGTPORTFN.
Le 3 de ce mois , le Baron de Borck
eſt arrivé ici de Berlin ; il a été , le 6 , en
conférence avec le Comte de Bernstorf.
(1)
On dit qu'il ſe rendra inceſſamment en
Suède.
« Des lettres du quartier général du Prince
Charles de Heffe , détaillent l'entretien qui a eu
lieu entre ce Général & le Colonel Suédois de
Trancfeld. Ce dernier étant arrivé, le 24 ſeptembre
, à laconférence , près de Wetlands-Broe ,
apprit que le Prince royal de Danemark ſe
trouvoit auffi de l'autre côté de la rivière. Il
demanda la permiſſion de la traverſer pour faire
fa cour à S. A. R. Cette permiſſion lui ayant
été accordée , il s'entretint avec les deux Princes
pendant quelques momens. Le Colonel ayant
allégué , qu'en homme d'honneur & en brave
foldat , il ne pouvoit abandonner ſon poſte , le
Prince de Heſſe lui répondit : Qu'il étoit faché
que les circonstances le forçaſſent d'attaquer de fi
braves gens. Un moment après, le Prince , d'un
air touché , dit au Colonel , qui , en s'en allant ,
avoit exprimé ſon déſir de voir les deux Etats
reſter toujours amis : Eh bien , nous le ferons encore
pour ce foir;; le Colonel répartit , feroit-ilpas
poſſible de l'être encore une femaine ? Non , répondit
le Prince à demain matin. »
ne
Le 2 , l'eſcadre d'Archangel, composée
de 4 vaiſſeaux de ligne & de 2 frégates ,
eſt partie pour la Baltique , où s'eſt auffi
rendue l'eſcadre combinée Ruffe & Danoiſe.
Cette eſcadre eſt deſtinée à croiſer
devant Carlſcrone. Trois autres vaifſeaux
de guerre font dans la mer du
Nord , & croiſent du côté de Gothenbourg.
Le ſénau l'Aero a fait voile pour la
mer du Nord. - On équipe encore les
--
avj
(12)
vaiſſeaux de ligne le Mars & la Fionte , &
les frégates la Cronenbourg & la Frideriefwarn.
Le Magiſtrat a fait publier un ordre
du Roi , qui permet aux Juifs de cette capitale
d'apprendre & d'exercer des méwers.
ALLEMAGNE.
De Hambourg le 16 Octobre.
,
- Les
M. Elliot , Miniſtre Britannique près
de la Courde Copenhague , a eu une
conférence avec le Roi de Suède à Wennenborg
, dans la Weſtgothie.
troupes raffemblées dans la Scanie montent
à environ 6 ou 7,000 hommes . - Le
régiment des Gardes à pied, qui devoit
être tranſporté ſur des chariots à Chrifrianſtadt,
a reçu ordre , en route , de ſe
rendre ſur les frontières de la Norwége.
- On travaille à la paix; mais juſqu'à
ce moment , l'armiſtice n'eſt pas conclu.
On écrit de Courlande , qu'il y règne
beaucoup de fermentation , & que la
Nobleſſe eſt mécontente de la défenſe
d'exporter du bled pour la Suède , des
ports de Windau & de Libau , où le prix
de cette denrée eſt aquellement trèsbas.
On fait que, d'après la conventionde
( 13 )
1783 avec la Ruſſie , la grande partie
de ce Duché eft obligée de porter toutes
ſes productions à Riga.
Le Sénat de Pérerſbourg a fait publier
un ordre de l'Impératrice , concernant une
nouvelle levée de recrues. On prendra
le centième homme. Les recrues doivent
être fournies à la fin de l'année.
De Berlin , le 15 Octobre .
C'eſt une opinion univerſelle , qu'au
premier jour un Corps des troupes du Roi,
de 8,000 hommes , ſe rendra dans le
Holflein , fous le commandement du Général
de Knobelsdorf ; un ſecond Corps ,
aux ordres du Prince Frédéric de Brunfwick
, doit marcher dans la Pomeranie
Suedoiſe , pour couvrir cette province ;
&une armée , ayant à ſa tête le Général
de Mollendorf , tirera un cordon fur les
frontières de Pologne .
Le Roi a nommé le Major-général de
Groeben à la place de Chef du département
militaire , vacante par la mort du
Lieutenant- général de Schutenbourg.
Le Marquis de Luchefini , nommé
Miniſtre Plénipotentiaire de S. M. à la
Cour de Pétersbourg, eſt parti , le 3 ,
pour ſa deſtination , & doit s'arrêter
quelque temps à Varſovie , où reftesa
:
( 14 )
également juſqu'à la fin de la Diète , M.
Whitworth , Miniſtre d'Angleterre , qui
paſſera enſuite à Pétersbourg.
1
De Vienne , le 13 Octobre.
Les Généraux de Gemmingen & deBréchainvilleayant
concentré leurs forces , on
eſpèrequ'ils pourront ſuſpendre les progrès
de l'ennemi vers la Syrmie. On fonde encore
une grande attente ſur la prochaine
réunion du Corps du Général Spleny,&
probablement encorede celui du Prince de
Cobourg , à la petite armée de Tranſyl.
vanie . Si les Ruffes , de leur côté , tentent
unediverſion en Valachie , il feroit poſſi .
ble , non ſeulement de mettre la Tranſylvanie
à l'abri de toute invaſion , mais de
forcer de plus le Grand- Vifir à une divifion
de ſon armée, avant la fin de la campagne.
Comme les Ottomans , ainſi que nous
Vavons remarqué plus d'une fois , ne font
circuler en Europe aucuns bulletins , on
n'eſt jamais inftruit qu'à moitié de leurs
deffeins& de leurs opérations. On ignore
juſqu'à lapoſition réelle du Grand-Vifir ,
le lien actuel de ſon quartier général , ſes
véritables forces , la combinaiſon des différens
Corps dans leſquels il peut les avoir
diviſées , &l'on ne connoît ici leur marche
que lorſqu'ils font arrivés. Il paroît qu'outre
(15 )
la partie de ſes troupes qui cherchent à
pénétrer en Tranſyivanie , & fon Corps
d'arinée principal , le Grand-Vifir a rafſemblé
, depuis peu , à Belgrade & aux
environs , des troupes affez nombreuſes
pour coopérer efficacement avec le Séraskier
, établi maintenant ſur la rive
gauche du Danube. En conséquence , on
attend avec anxiété des nouvelles ultérieures
, foit du Bannat , ſoit de Semlin ;
mais , nous l'avons dit dans le Journal
précédent , le Supplément officiel du 8,
auquel nous devons revenir , n'a pas
rempli cette attente. Voici l'extrait de ce
Bulletin :
Du camp général du Corps de Transylvanie , à
Muhlenbach , le 29 Septembre.
Le Général Fabris a jugé à propos de tranfporter
le camp général de Tallmatch ici , pour
être plus à portée de s'oppoſer aux opérations des
ennemis , ſi elles deviennent plus férieuſes au
défilé de Vulkan & à la porte de Fer. Pour
mieux obferver ces deux points , le Général-
Major Stader s'eſt avancé , le 27 , de Pisky , dans
la vallée de Katzegg , & a pris poſte près du
bourg de ce nom ; le lendemain , il a été attaqué
par 6000 Turcs qu'il a repouſſés .
Du camp combiné des Autrichiens & des Ruffes ,
près de Choczim , le 29 Septembre.
Conformément à la capitulation du 19 , la
garniſon de Choczim eſt ſortie aujourd'hui avec
Jes honneurs militaires , avec ſes armes , ſescchhee--
vaux , & les habitans avec les meubles & effers
( 16 )
qui leur appartiennent. Il a été donné 2700 chariots
attelés , du pain pour quatre jours , & de
la farine pour autant de temps , pour 16,857
perſonnes , & 3462 korez d'avoine : ils ſe rendent
le long du rivage gauche du Pruth , juſqu'au
premier endroit où ils feront en fûreté , & on
leur a donné une eſcorte pour laquelle ils ont
laiſſé 10 ôtages , qui ne feront mis en liberté
qu'à fon retour. Deux jours avant la fortie de la
garniſon , elle nous a remis les effets appartenans
à la Porte , & qui conſiſtent en 178 pièces de
canon de divers calibres 14 mortiers , 2000
quintaux de poudre , & 80 à 90,000 boulets ou
bombes , &c . A l'égard des vivres , il n'y en
avoit plus ; 10,000 ckas de tabac , & des munitions
de bouche pour deux ans , avoient été
détruits par le feu de nos batteries , qui avoient
renverſé toute la partie ſupérieure de la fortereſſe.
Nous en avons pris poſſeffion , & on y a mis
'un bataillon du premier Régiment de garniſon.
Le Lieutenant - Colonel Planck en a été nommé
Commandant juſqu'à diſpoſition ultérieure.
و
Le Général Splény eſt aux environs de Baken .
Le Baron d'Elmpt eſt encore à Jaſſy ; le Comte
de Soltikow & le Prince de Cobourg attendent
leur deſtination. Le Maréchal de Romanzof defcend
par la tive gauche du Pruth , où se trouve
le Khan des Tartares. Tous les avis confirment
que l'ennemi ſe raſſemble en force près de Foſcan
Du Corps d'armée de Croatie , à Dwor , près de
Novi-Turc , le 30 Septembre.
Les Turcs , raffemblés à Blagoy pour ſecourir
la fortereſſe , ont abandonné leur premier plan ,
à la vue de nos préparatifs pour les bien recevoir.
On apprend', par des avis très -ſûrs , qu'ils
ſe font tournés vers Ruchka & Cruppa , &, d'après
ces diſpoſitions , on préfume qu'ils méditent une
( 17 )
diverſion par notre frontière ſeche: cela a déterminé
le Maréchal de Laudhon a rappeler du camp
de Dubicza les trois bataillons d'Esterhazy ,
Langlois & Tillier , qui font arrivés le 25 ; on
a envoyé deux bataillons au Major Schlaun pour
aſſurer davantage notre flanc droit. Depuis le 24 ,
on a pouffé avec autant d'activité qu'on l'a pu ,
malgré les pluies qui ont régné , les opérations
duſiège; unede nos mines , éventée par l'ennemi ,
&qu'on a été forcé de faire crever , n'a pas produit
l'effet qu'on en attendoit ; cependant on
avoit fait toutes les difpofitions pour donner un
ſecond affaut aujourd'hui ; mais la pluie , qui
commença hier à dix heures du foir , &qui
continue encore ce matin , a forcé de le différer.
Ily a eu une petite action près du fort Ratſchka ,
dans laquelle les Turcs ont été repouſſés.
Le Lieutenant Civich , qui avoit été envoyé ,
le 22 , pour reconnoître le camp ennemi près de
Prédor, rapporte que ce camp eſt de 2000 hommes
, & la garniſon de la fortereſſe de 500.
ITALI Ε.
De Florence , le 6 Octobre .
Al'exempledu Roi de Naples , S. A. R.
notre Souverain , vient de déclarer tous
les Couvens & Monastères du Grand-
Duché , indépendans ,&difpenfés de reconnoître
l'autorité de quelque Supérieur
que ce ſoit , Généraux , ou Procureursgénéraux
, & c. , de tout Chapitre , ſoit
général , foit définitoire ; enfin , de toute
Aſſemblée qui ſe tiendra hors des Etats
( 18 )
du Grand-Duché. S. A. ordonne qu'à
l'avenir , les Ordres religieux dépendront ,
quant au ſpirituel , des Archevêques &
Evêques refpe&ifs de laToſcane ; &quant
au temporel , des Tribunaux laïcs. Cette
nouvelle loi a été publiée le 2 .
Ce n'eſt pas fans une grande ſurpriſe
qu'on a appris de Rome , par les lettres
du 3 , que durant toute la ſemaine précédente
, on avoit exercé ſur la place
d'armes du Château S. Ange , les Soldats
de la garnifon , foit à l'exercice à feu ,
foit à d'autres manoeuvres fur le pied Autrichien.
C'eſt le Lieutenant Schnict qui
a été chargé , par ordre ſpécial de Monfignor
Ruffo , Commandant de la Fortereffe
, de difcipliner cette troupe , & de
la mettre en état de ſervice.
GRANDEBRETAGNE.
De Londres , le 21 Octobre.
Vendredi dernier, le Roi, qui ſe trouvoit
àKew, fut aſſez indiſpofé pour ne pouvoir
pas retourner à Windfor. Le Chevalier
Baker, Médecin de S. M. , fut appelé ,
& le lever du lendemain contremandé.
Heureuſement cette rechute n'a pas eu
de ſuites , & a été occafionnée par un
accès de goutte qu'on craignoit de voir
( 19 )
fixée à l'eſtomac. Ce Monarque , fi tendrement
aimé de fa famille & de fon
peuple , n'a pas été un inſtant dans le
moindre danger. On aſſure qu'il eſt
maintenant affezbien rétabli , pour pouvoir
fortir & prendre de l'exercice. Le Prince
de Galles & le Duc d'Yorck ſe rendirent
tout de fuite à Kew , en apprenant l'indifpoſition
de S. М.
On lui fit paſſer , ſamedi , des dépêches
qu'on dit importantes , & venues deBerlin
par un Meſſager d'Etat. On les croit relatives
à la Médiation entamée pour la paix
du Nord , & aux diſpoſitions militaires
qu'a cru devoir faire le Roide Prufſe, afin
d'appuyer ces négociations. Ces dépêches
ont occafionné hier une Aſſemblée du
Cabinet.
Dans une Aſſemblée tenue le 15 , au
Bureau de l'Amirauté , il a été arrêté de
mettre en commiſſion encore quatre frégates
& plufieurs cutters. Il paroît certain
qu'en effet le Capitaine W. Cornwallis
paffera dans l'Inde , en qualité de Commodore
d'une eſcadre compoſée du
Crown de 64 canons , & 500 hommes d'équipage
; du Phénix de 36 can. , Capit.
A.Byron; dela Persévérance de 36, Capit.
J. Smith , & de l'Atalanta de 14 , Capit.
Delgarno. Le Commodore montera le
Crown, avec lequel partiront de conſerve
( 20 )
tous les vaiſſeaux de la compagnie des
Indes qui feront prêts.
L'Action de 44 canons , équipé comme
vaiſſeaumunitionnaire , a defcendu , le 15 ,
laTamiſe , pour ſe rendre à la Barbade , où
il tranſporte des troupes .
Les compagnies d'ouvriers de la Marine
, qui travaillent à Chatham , font employées
ſur le Queen- Charlotte , beau vaifſeau
neuf de rio canons , actuellement en
conftruction fur ce chantier. Ce vaiſſeau
eſt très-avancé , & on compte qu'il fera
en état d'être lancé l'été prochain.-Le
Roëbuck de 44 , qu'on équipe dans le
même port , pour fervir de vaiffeau hôpital
, eft forti , le 15 , du baffir. Il y a ordre
de ſe tenir prêt , dans le cas où l'on en
auroit beſoin pour le ſervice extérieur.
Selon'le Public Advertiser, il ſe trouve
actuellement DEUX MILLE CINQ CENTS
bâtimens à l'ancre dans la Tamiſe , nombre
beaucoup plus conſidérable qu'aucun
de ceux qu'on ſe rappelle y avoir vu.
On ne peut pas ſe faire , dit le même
Papier, une idée de la confufion qui règne
au milieu de cette immenſe forêt de navires
, for- tout vis-à- vis de Shadwell , faute
d'un Officier pour leur preſcrire leurs
amarres : pluſieurs d'entre eux ont fait ,
( 21 )
pendant quelques jours , d'inutiles efforts :
pour deſcendre la rivière:
Un Capitaine de vaiſſeau , employé à
la traite des Nègres ſur la côte de Guinée
, eſt actuellement détenu en prifon ,
& pourſuivi aux dépens de la Société établie
à Londres pour l'abolition du commercé
des eſclaves. Il eſt accusé d'avoir
traité inhumainement & mutilé un certain
nombre de Matelots Anglois qui ſervoient
à fon bord. Ce même Capitaine s'eſt
porté à de tels excès de barbarie envers
les Habitans d'Afrique , qu'on ne peut
même en répéter le détail. On lui attribue
, entre autres , le trait ſuivant , dont
la preuve a déja été produite par la Société
de Londres , devant le Conſeil-privé,
& fera préſentée à la Chambre des Communes.
Une jeune femme Nègre , avec
fon enfant à la mamelle , fut enlevée à
fon mari & à ſes parens , & offerte , par
les Marchands d'eſclaves , au Capitaine
dénoncé. Il confentit bien à acheter la
jeune femme , mais il ne voulut rien donner
de l'enfant , prétendant qu'iln'en pouvoit
tireraucun parti : néanmoins , comme
on ne voulut point vendre l'unſans l'autre
, il fe détermina à les acheter tousdeux,
dans le même momentil fit ſauter, de
ſang-froid, la cervelle de l'enfant ſur le
pont , & le jeta à l'eau en préſence de ſa
( 22 )
mère. Comme la jeune femme étoitd'une
grande beauté , elle fut traînée uneheure
après dans la chambre de ce même Capitaine
, & forcée d'endurer les embraffemens
de ce ſcélérat. Si ce fait eſt auſſi certain
qu'on le dit , il n'eſt pas douteux que
le Capitaine n'expie juridiquement l'atrocitéde
ſa conduite.
On pourroit établir, ſelon l'opinion des
gens inftruits , un commerce de fourrures
ſur la côte occidentale d'Amérique , qui
fourniroit les moyens d'élever une nouvelle
manufacture dans ce royaume. Les
fourrures de cette côte ſont très-ſupérieures
à celles de la baie d'Hudſon. Pluſieurs
vaiſſeaux ont déja appareillé d'Angleterre
pour cet effet , & l'on parle d'augmenter
encore le nombre de ces expéditions.
Les mémoires de la vie de feu la Ducheſſe
de Kingston, dont nous avons parlé,
ne font nullement authentiques. Ils font
mêlés de fables , d'inexactitudes , & de
particularités très-libres. Cependant , au
milieu de ce Recueil ſuſpet, on a raffemblé
les faits & les anecdotes appuyés fur
des preuves certaines. Nous ne préſenterons
ici que ceux qui nous paroiffent
avoir ce caractère , après avoir vérifié
nous-mêmes une partie de ceux qui ont
fondé le fameux procès de la Ducheſſe ,
fur les pièces mêmes de ce procès, réunies
i
( 23 )
au volume ſeptième des State-Trials ,
édit. de 1731.
«Miss Elifabeth Chudleigh , connue ſous le nom
de Duchefſe de Kingston , étoit fille du Colonel
Thomas Chudleigh , le plus jeune fils de Sir Georges
Chudleigh d'Ashton , dans le Comté de Devon ,
où cette famille jouiſſoit d'une conſidération méritée.
Le Colonel poſſédoit une petite terre dans
laParoiſſe d'Harlford, à douze milles de Plymouth.
Miss Chudleigh perdit ſon père étant encore fort
jeune, & vint faire ſon apparition ſur la ſcène du
grand monde en 1743 , fous les aufpices de M.
Pultency, depuis Comte de Bath , un des chefs
de l'oppofition , & lié avec le Prince de Galles ,
à l'épouſe duquel il recommanda ſa jeune & belle
amie. La Princeſſe la prit au nombre de ſes filles
d'honneur : Miss Chudleigh avoit alors dix - neuf
ans. En vain M. Pulteney s'attacha-t-il à cultiver
ſon eſprit ; elle haïſſoit les livres , & fa converfation
étoit auſſi ſuperficielle que brillante. Sur ces
entrefaites , le feu Ducd'Hamilton ſe propoſa pour
époux ; Miss Chudleigh l'agréa ; mais l'union fut
différée, parce que le jeune Duc devoit faire fon
tour d'Europe. M. Hervey , fils du Comte de
Bristol,&quibrûloit depuis long-temps pour la belle
fille d'honneeuurr ,, ſut mettre adroitement dans ſes
intérêts Miſtriſs Hanmer , ſa tante. Cette Dame
intercepta les lettres du Duc, que notre héroïne ,
ſe croyant dédaignée , crut ne pouvoir mieux faire
que d'oublier. Elle épouſa ſecrettement M. Hervey.
Apeine quelques jours s'étoient écoulés,qu'il
fallut ſe ſéparer ;M. Hervey, Lieutenant de vaifſeau
, partit pour les Indes occidentales , & Miſs
Chudleigh retourna à ſon ſervice , qu'elle n'avoir
quitté que ſous prétexte d'aller voir les courſes à
Winchester. Miſs garda d'autant plus fcrupuleuſement
le falence ſur ſon mariage , qu'elle étoit
( 24 )
mécontente du Lieutenant ; il ſéjourna un mois
à Londres , & repartit. Ce fut pendant ce temps
qu'elle prit la ferme réſolution de ne plus habiter
avec lui. »
« Elle vouloit anéantir les traces de fon mariage,
ce qu'elle fit en déchirant le regître que le
Miniſtre , gagné , lui confia : tandis qu'elle étoit en
pour-parler avec ſon mari pour une séparation.
il y eut une entrevue , dont le réſultat fut un
enfant.>>
Miss Chudleigh , qui avoit toujours gardé fon
nom de fille , ne tarda pas à reprendre ſes fonctions
auprès de la Princeſſe de Galles ; ce qui lui
fut d'autant plus facile , qu'elle perdit le fils dont
M. Hawkins l'avoit accouchée ſecrettement à
Chelſea. Quelque temps après , ſon mari la menaçant
de découvrir leur union, elle en fit confidence
elle - même à fon auguſte maîtreſſe , ſans
pourtant encourir ſa diſgrace. »
«Miss Chudleigh partit pour l'Allemagne ; elle
s'y lia avec le Roi de Pruſſe & l'Electrice de Saxe ,
qui la comblèrent de préfens , & l'honorèrent d'une
correfpondance très-flatteuſe.>>
«De retour du Continent , elle ſe jeta dans le
grand monde : intime de Lady Harrington & de
Miſs Ash , elle étoit auſſi le bel-eſprit du jour &
la femme à la mode. Très-libre dans ſa conduite,
mais charmante par la figure & l'eſprit , elle captiva
plus d'un coeur. Le Duc d'Ancaster lui offrit
ſa main , ainſi que beaucoup d'autres ; elle rejera
tous ces amans , ce qui fit croire qu'elle étoit mariée
à Lord Howe ; interprétation la plusfavorable
qu'on pût donner à ſon intimité avec ce Seigneur. »
« Ce qui accréditoit encore ce bruit , c'eſt qu'à
cette époque ſes dépenſes devinrent conſidérables ;
elle ne tiroit de ſon ſervice à la Cour que 600
livres ſterlings , & pourtant elle faiſoit une figure
prodigieufe. :
( 25 )
prodigieufe. La malignité publique a voulu qu'un
amant augufte y fournit auffi ; on n'en a pas de
preuves , ce qu'il y a de fûr , c'est qu'elle garda
pendant douze ans , ſous le nom de Miſs Chudleigh,
&malgré toute cette dépenſe , la faveur de la
Princefle de Galles. "
« Le Lieutenant Hervey devint enfin Comtede
Bristol: une maladiedangereuſe l'attaqua en1759.
A cette époque ,l'ambition ddee fa femme ſe ré
veilla , & elle mit autant de foins à conftater ſon
mariage , qu'elle en avoit pris pour en effacer les
traces. Le Miniftre qui s'étoit prêté à ſes vues
dans le premier cas , ne fut pas moins complaifant
cette fois-ci . »
« Tranſportée de joie , & déjà riche douairière
en imagination , elle avoua à l'épouſe d'un Eccléſiaſtique
qu'elle avoit déjà donannéé un enfant au
Comte de Bristol, quand il n'éroit encore queM.
Hervey, &que les papiers qu'elle avoit recouvrés
pourroient lui valoir cent mil e livres ſterlings.>>>
«Cependant le Comte fe rétab'it ; c'étoit ſa
fortune&non fa perſonne qui tentoit laComteſſe,
&elle lâcha priſe dès qu'elle vit le Duc de Kingston
à ſes pieds. On croit qu'elle l'enlaça par des
faveurs ; mais comme il s'agiſſoit de devenir Ducheſſe
, elle y mit du myſtère , &ſauva les apparences.
»
Malgré toute fon impatience, il fallut attendre
juſqu'en 1778. L'ancien mari , Lord Comte
de Bristol , s'étant épris d'une Dame de condition ,
fit dire à ſa femme qu'il vouloit un divorce , &
qu'elle eût à ſe ſoumettre à la preuve d'adultère. »
Miſs Chudleigh fit des difficultés ſur la ſeconde
partie
partie de cette demande : fournir des preuves d'adultère
, auroit pu l'empêcher de devenirDucheffe.
En conféquence , d'après l'avis de ſes gens d'affaires
, elle attaqua devant les Dottors Commons , ou
N°. 44. 1er Novembre 1788 . b
( 26 )
Cour Eccléſiaſtique , le Comte , qui , ne produiſant
point de défenſe , laiſſa porter unjugement
définitif , par lequel Miſs Chudleigh ſe vit dégagée
des chaînes du mariage , & libre d'épouſer qui elle
voudroit. » 1
Elle en profita; un mois&deux jours après la
ſentencedu Tribunal Confiftorial , elledevint Ducheſſe
de Kingston ; elle jouit pendant cinq années
des honneurs attachés à ce titre. Enfin leDuc mourut
d'une attaque de paralyfie , amenée , dit-on ,
par le chagrin d'avoir épousé une femme dont le
caractère impérieux& bizarre s'accordoit mal avec
ſadouceur ; cependant il lui laiſſa toute ſa fortune
par teſtament pendant ſa vie , à la ſeule condition
qu'elle ne ſe remarieroit pas.Cette clauſe déplut
tellement à la Ducheſſe , qu'elle fit tout fonpoffible
auprès de M. Field pour qu'il obtint du Duc
mourant de la rayer , mais cet honnête Procureur
s'y refuſa. Afon inftigation , ce premier teftament
éloignoit M. Evelyn Meadows , l'aîné des neveux
du Duc , & tranſmettoit toute la fortune , après
la mort de la Ducheſſe , au frère cadet de l'héritier
légitime.»
<< La Ducheſſe douairière partit pour Rome ,
où le Pape Ganganelli la reçut en Princeffe ; elle
donna par reconnoiſſance au peuple un ſpectacle
public: fon yacht remonta le Tibre à la vue d'une
multitude auſſi étonnée que quand ſes ancêtres
virent des vaiſſeaux Carthaginois échoués ſur les
côtes de l'Italie. »
«Cependant M. Evelyn Meadows fongeant à
rentrer dans ſon héritage, ſon conſeil lui fit ſentir
que le meilleur moyen étoit de faire caſſer lemariage
de fon oncle ; il attaqua la Duchefſe comme
coupable de bigamie , eſpérant qu'elle ne paroîtroit
pas , & feroit condannée par contumace. »
«A cette nouvelle , la Ducheſſe penſa perdre
( 27 )
la tête ; elle courut chez M. Jenkins , Banquier à
Rome. Comme il ſe faiſoit celer , elle le crut de
complet avec ſes ennemis : elle s'arma de piſtolets,
courut chez lui , força laporte ,&lui , appliquant
le piſtolet ſur la poitrine , le contraignit &
lui rendre les ſuretés qu'elle avoit dépoſées entre
ſes mains. Cette expédition lui avoit échauffé le
ſang , elle fut attaquée d'une violente fièvre
pendant ſon retour en Angleterre , & au milieu
desAlpes."
«Arrivée à Calais , les plus noires idées vinrent
s'offrir à ſon imagination ; elle ſe voyoit déjà
dans les horreurs d'un cachot ; ſon crime , à ce
qu'elle croyoit, n'étant pas de nature à l'admettre à
donner caution. Lord Mansfield la vit &la raſſura ;
elle fit fon paſſage un peu plus tranquillement ,&
fut en effet admiſe àcaution; ſes garants furent le
Duc de Newcastle , Milord Mont-Stuard, &M.
Glover.»
( La Suite au Journalprochain.
FRANCE.
:
De Versailles , le 26 Octobre.
:
"
Le 16 , l'Archevêque de Toulouſe ,
l'Archevêque de Bourges & l'Evêque de
Valence ont , pendant la Meſſe du Roi,
prêté ſerment de fidélité entre les mains
de Sa Majeſté.
M. Hailes , Miniſtre plénipotentiaire de
la Cour de Londres, eut , le 14 , une audience
particulière du Roi , pendant laquelle
, après avoir remis ſa lettre de rap
bij
( 28 )
pel, il prit congé de Sa Majesté. Il fut
conduit enfuite àl'audience de la Reine ,
& à celle de la Famille Royale , par le fieur
de la Garenne , Introducteur des Ambafſadeurs.
Le fieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs
, précédoit.
Le 25 de ce mois , la Cour a pris le
deuil , pour quinze jours , à l'occaſion de
la mort du Prince du Bréfil.
M. Lefevre d'Ormeſſon de Noyſeau ,
Premier Préſident du Parlement de Paris ,
a, le 19 de ce mois , prêté ferment, en
cette qualité , entre les mains du Roi.
Le même jour , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont ſigné le contrat de
mariage du Marquis d'Andigné avec demoiſelle
de Rafélis .
Le Baron de Montalembert a eu l'honneur
de préſenter au Roi , à Monfieur
& à Monfeigneur Comte d'Artois , la
Réponse aux Officiers du Corps royal du
Génie , Auteurs d'un Mémoire ſur la fortification
perpendiculaire , par le Marquis
de Montalembert , Maréchal des camps
& armées du Roi , & Membre de l'Académie
royale des Sciences.
Le fieur de Leffeps , Vice- Conful de
Cronflade, qui étoit employé dans l'expédition
du Comte de la Pérouse, en qualité
d'Interprète du Roi en langueRuffe,eftar(
29 )
rivé à Versailles,le 17 de ce mois , & a cu
l'honneur , le même jour , d'être préſenté
à Sa Majesté par le Comte de la Luzerne,
Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
de laMarine. Il avoit été chargéd'apporter
en France les dépêches , les journaux&
les cartes qui lui avoient été remis ,
le 30 septembre 1787,par le Comte de la
Péroufe, au portd'Avatska , ou Saint Pierre
& Saint-Paul ,fitué à l'extrémité méridionalede
la preſqu'ifle du Kamschatka, Lenavire
que la Ruffie expédie ,chaque année ,
d'Okotskoï à Avatska , ayant manqué fon
voyage l'annéedernière ,le ſieur de Leffeps
ſe décida à contourner , par terre , toute la
mer d'Okots ou Pengina , pour gagner le
grand continent d'Afie ; mais les mauvais
tems & les fréquens ouragans le retinrent
ſur lapreſqu'ifle juſqu'au 27janvierſuivant.
Ce ne fut qu'à cette époque qu'il put entreprendre
ſa route le long des côtes du
Kamſchatka . Arrivé à l'iſthme qui joint
cette terre au continent, il ſuivit la côte
orientale de la mer de Pengina, paffa par
Ingiga; & , après beaucoupde difficultés&
dedangers , il parvint, le 5 mai, àOkorskoï.
Cette partie de son voyage a été faite fur
des traîneaux , tirés par des chiens Kamichadales
, c. pardes rennes , ſuivant l'uſage
de chaque pays qu'il a traverſé .
Ledébordementdes rivières, a cetteépo
biij
( 30 )
quedudégel, l'a forcé de ſéjourner àOkotskoï
, juſqu'au 8 de juin. Auſfi-tôt que la
Lenaa été navigable, il s'y eſtembarqué,&
aremonté juſqu'à Irskoutsk, où il eſt arrivé
dans les premiers jours d'août. Il en eſt reparti
le 11. Ila paffé parTomsk, Tobolsk ,
Catherinebourg, Kalan , Nyneï-Novogorod,
Moſcou , Tuer , Novogorod-Veliko ,
&atraverſé toutes lesgrandes rivières de fa
Sibérie. Il a fait ce voyage en kibitk , ou
voiture rufſe non-ſuſpendue; & il a été
rendu , le 21 ſeptembre , à Saint-Péterfbourg
, d'où il eft reparti , le 26, à2 heures
du matin, chargé des dépêches du Comte
de Ségur , Miniftre plénipotentiaire duRoi
près l'Impératrice de Ruffie. Lajeuneſſe&
Je zéle du fieur de Leffeps l'ont foutenu
juſqu'au terme , contre les fatigues & les
dangers inféparables d'un voyage de 4000
lieues , à travers des pays peu habités &
peu fréquentés ; & il eft arrivé heureuſement
à Verſailles , le 17 octobre , à trois
heures après midi. Il ſe loueinfiniment de
toutes les facilités & de tous les ſecours
qu'il a reçus des Commandans Ruffes , dans
les lieux où il a été à portée de lesréclamer .
Extraitdes dépêches du Comtede la Pérouſe,
apportées par lefieur de Leſſeps.
Les frégates du Roi , la Boufſole &l'Aftrolabe
; la première , commandée par le
Comte de la Pérouse , Capitaine de vaif(
31 )
ſeau , commandant en chef l'expédition ;
la ſeconde , par le Vicomte de Langle .
Capitaine de vaiſſeau , avoient appareillé
de la rade de Brest , le 1. août 1785 , pour
unvoyagededécouvertes . Après avoirtouché
aux ifles de Madere & de Ténériffe ,
pour s'y pourvoir d'un ſupplément de vin;
àcellesdeMartin-Vas &de la Trinité , pour
enfixer la poſition géographique ; à celle
de Sainte-Catherine du Bréfil , pour ſe procurer
des rafraîchiſſemens ; le Comte de la
Pérouſe fit quelques recherches dans l'Océan
méridional , paſſa le Détroit de le
Maire le25janvier 1786 , 69 jours après
fon départ de la dernière iſle ; & , le 9 février,
il n'aviguoit dans le grand Océan
appelécommunément Mer du ſud, ouMer
pacifique. Le 24 du même mois , il relâcha
à la baie de la Conception du Chili ,& en
repartit le 19 mars . Le 8 avril , il eut connoiffance
de l'Iſle de Pâques , où il aborda.
Le 28 mai , il étoit à vue de l'ifle d'Owhyhée
,une des Sandwich , où le Capitaine
Cook, après avoir agrandi lemonde , termina
fi malheureuſement la plus glorieufe
carrière. Le Comte de la Pérouſe s'eſt particulièrement
attaché à reconnoître celles
de ces ifles que le célèbre Navigateur Anglois
n'avoit pu viſiter. Il les quitta le 1º
juin, prit laroute ſur l'Amérique ſeptentrionale
, &y atterit, le 23 du même mois ,
,
biv
( 32)
àlahauteurdu Mont-Saint-Elie , à 60 degrés
de latitude. Il a reconnu & relevé la
partie de côte comprife entre ſon point
d'attérage & le port de Monterey , à 36
degrés de latitude. Le Capitaine Cook ,
contrarié par les vents , n'avoit pu en reconnoître
que quelques portions , de distance
en diſtance ; & il n'étoit defcendu
que juſqu'au 43.e degré. Le Comte de la
Pérouſe a lié fes découvertes à celles du
NavigateurAnglois ,& aux reconnoiffances
qui ont été faites par terre & par mer , par
les Eſpagnols de la Californie . Il partit du
port de Monterey , le 24 septembre , tra-
Verſa le grand Océan , pour le rendre au
continentd'Alle ,& découvrir , dans cette
traverſée , quelques ifles inhabitées. Le 15
décembre , il eut connoiffance de l'Affonfong,
une des ifles Mariannes ; & il mouilla ,
le 3 janvier 1787 , à Macao. Il en partit le
6février ,& relâcha , le 28 , à Cavitan,
dans la baie de Manille , où il ſe pouryut
de rafraîchiffemens &de vivres pour ſana
vigation ultérieure. Il quitta Manille le 9
d'avril ; & , après avoir paſſé à l'Eſt deFor
moſe , il a dirigé la route entre les ifles du
Japon & la Corée , a reconnu & vifité les
côtes orientales de cette preſqu'ifle, &
s'eſt élevé juſqu'au 52°. degré de latitude ,
parun canal affez étroit, inconnuaux Navigateurs
Européens ,&formé par les côtes
1
J
( 33 )
de la Tartarie orientale , d'une part,&de
l'autre , par deux grandes lilés , qu'il a relevées
& vifirées en partie. L'extrémité
ſeptentrionale de ce canal ſe trouvant obftruée
pardes bancs qui enrendent le paſſage
impraticable , il a repris ſa route au Sud ;
&, en continuant ſes recherches , il a découvert
, à 46 degrés de latitude , un détroit
qui l'a conduit dans la mer ſituée à
l'ouest des ifles Kurilles , à travers lefquelles
il a trouvé un paſſage , d'où il s'eft
rendu au port d'Avatska , à la partie méridionale
de la preſqu'iſle du Kamſchatka :
il y a mouillé le 6 de ſeptembre. Cette
navigation , de cing mois , dans une mer
inconnue , au milieu des brumes preſque
continuelles , a été auſſi pénible que périlleuſe
; mais elle ſervira à éclaircir un
point intéreſſant de géographie ;elle nous
donnera une connoiffance exacte d'une
grande terre , dont l'exiftence même étoit
conteſtée; & ces découvertes ſe lieront à
celles que les Ruſſes ont faites dans cette
partie ſeptentrionale du globe. Les peuples
qui habitent les ifles que le Comte
de la Pérouſe a viſitées , n'avoient aucune
idée des Europeens , non plus que des
autres habitans du grand continent
font humains & hospitalier,
terre de préfente aucune produttion qui
2
ils
mais Jeut
bv
(34)
puiffe y appeler les Nations commerçantes.
:
Au départ du ſieur de Leffeps , le 30
ſeptembre 1787, les Officiers & les équipages
des frégatesla Bouffole & Aftrolabe
*jouiffoient de la meilleure ſanté; & , quoique
ces bâtimens tinſſent la mer depuis
plus de deux ans, le ſcorbut ne s'y étoit
point manifeſté . Les foins conftans & paternels
du Comte de la Pérouse & du
Vicomte de Langle, pour la confervation
descompagnons de leurs travaux , doivent
faire eſpérer qu'ils les préſerveront , jufqu'au
terme de leur voyage , des maladies
qui ajoutent un danger de plus aux
longues navigations.
Le Comte de la Pérouse , après avoir
fait quelques provifionsà Avatska, fe pro
pofoit de reprendre la mer le premier
odobre , pour ſe livrer aux recherches qui
lui reſtent à faire dans l'hémisphère auftral ;
onpréſume qu'il pourra être de retour en
France dans le mois de juillet ou d'août
1789.
e
De Paris , le 29 Odobre.
f
Un Courrier extraordinaire , arrivé de
Rochefort à Versailles , la ſemaine derhière
, a apporté la nouvelle que la frégate
qui conduifoit le Marquis du Chillzau
(35 )
à St. Domingue , a peri en fortant du
port, par la faute du Pilote- Cotier. Tout
l'équipage a été ſauvé; mais le bâtiment&
ſa cargaiſon ſont perdus .
On s'occupe beaucoup ici de l'Affemblée
des Notables , dont l'époque eft fi
prochaine. S'il faut en croire de,bruit
public , l'Adminiſtration mettra ſous leurs
yeux,&preſentera à leur diſcuſſion quinze
à ſeize queſtions relatives à la forme la
plus conſtitutionnelle & la plus juſte des
élections pour la repréſentation nationale
aux Etats -Généraux. Les Notables ne
feront point formés en bureaux , comme
à la précédente Affemblée , afin , dit-on ,
qu'ls puiffent tous s'entr'aider de leurs lumières,&
que les diſcuſſions propres à faire
éclore la vérité , ſoient communes à tous.
On écrit de Bretagne , qu'il y a eu
quelque mouvement dans les campagnes
au ſujet des bleds , dont le peuple craignoit
l'exportation dans ce temps de
cherté. Ce tumulte a été aifément appailé ;
P'Arrêt du Conſeil qui a fagement ſuſpendu
l'exportation des grains , à l'étranger ſeulement
, auroit dû le prévenir. Cette diſpofision
du Gouvernement paroîtra d'autant
plus prudente , que la guerre actuelle
du Nord & celle du Levant de l'Europe ,
en néceffitant des approviſionnemens immenfes
, excitent à la fois l'exportation
bj
(( 36)
des autres pays , & priventacelixi quá
auroient beſoin de grains , des fecours
des contrées d'où l'on a coutume d'en
tirer. १
Onn'apas encore de relation générale
&authentique de l'ouragan qui s'est fait
fentir , le 16 août dernier, à Saint-Domingue
, & à quelques autres Antilles,
Une lettre du Port- au- Prince en parle
dans ces termes:
Le r16 août , un ouragan affreux , qui a commencé
à ſept heures & demie du matin , & fini
à midi , a découvert preſque toutes les maiſons
de la ville , & en a culbuté pluſieurs. On eſtime
la perte de la ville à 400,000 livres ; mais elle
n'eſt rien en comparaiſon de celle de la rade.
Preſque tous les navires ont reçu des avaries confidérables.
Les navires de Bordeaux , le Robuftë,
Capitaine Cauvi, le Comte de Toulouse , Capitaine
Gourrege , & le Blouin , Capitaine Amiaud ,
ont été jetés ſurla vaſe; mais ils ont été relevés
&n'auront beſoin que de quelques légères réparations.
Il n'en eft pas de même des navires
Nantais qui ont échoué contre le Fort;ton n'en
connoît pas encore le dommage , mais on le
préſume conſidérable. Pluſieurs bâtimens ont été
jetés au large ; de ce nombre est le Fourin , prêt.
à partir , qui a déſemparé avec un Officier & trois
Matelots ,& qu'un Anglois , entré peu de temps
après , a vu coulant bas d'eau. Le navire négrier
les Trois-Frères , à MM. Rafteau frères ,a chaviré
ayant à bord que ques barriques de fiore . LeBon
Fère, à l'adreſſe de MM. Camfranc & Thezan
avec cinq autres Américains , font démâtés ,
la côte. »
&a
1
( 37 )
Depuis quatre jours on ne ceſſe de faire des
levées de cadavres , & depuis deux jours il y
en a eu plus de deux cents d'enterrés. Les ri
vières ſe ſont étendues à plus d'use lieue de leur
lit,& toutes les ſupe bes habitations de la plaine
du Cul-de-fac ont été ravagées. Dans la plupart
des fucreries, il ne paroît pas de veſtigesde cannes
&tous les bâtimens ont été enlevés dans la mon
tagne. Il n'y a plus de vivres ; les cafiers fon,
tous arrachés ,&ceux qui reſtent n'ont pas même
de feuilles. Un nombre conſidérable de nègres
font morts de froid , parce qu'il ne reſtoit pas
une cabane pour les mettre àl'abri d'une groffe
pluie qui a duré douze heures. »
« A Léogane , pas une maiſon n'eſt reſtée ſur
pied; de huit navires qu'il y avoit dans la rade
ſept ont difparu : il y avoit dans le nombre un
négrier de 500 noirs , arrivé depuis peu. »
1.7
« Le 19 de ſeptembre , écrit- ond'Honfleur
, nos pêcheurs aperçurent au loin
deux poiffons de même eſpèce , ſe de
battant ſur la grève , dont l'un parut d'une,
grandeur extraordinaire pouurrnnoossppaaragef
ils s'en approcherreenntt,,& trouvèrent llee petit
échoué ,& le gros cherchant à le débar
raffer pour le remettre en flottaiſon; mais
cet énorme animal , tirant trop d'eau ,
s'échoua bientôt lui-même par la tête ,
plus pefante en proportion que lle refte
duu
corps. »
93
« Alors partie des pêcheurs s'emparèrent
du petit poiffon , l'amarrevent avec
des cordes & , à force de bras , aidés
d'un cheval , & favorisés par le flux qui
( 38 )
montoit encore , ils le hâlèrent au- delà
du plein , où la mer devoit ſe porter ce
jour-là. Les autres s'attachèrent au gros ,
&ſe mettant à l'eau jusqu'à mi- corps ,
ils lui donnèrent plus de cinquante coups
de couteau aux environs de la tête &
fur le dos , & lui firent une large ouverture
au ventre. L'animal donna des
fignes de douleur en pouffant pluſieurs
cris ſemblables au grognement d'un pore ,
& remuant avec une force prodigieufe
ſa queue , qui faifoit jaillir l'eau fort haut ,
& de laquelle il auroit été dangereux d'approcher.
Quelques autres pêcheurs étant
venus chercher un petite ancre avec des
cordages , ils introduifirent l'une des pattes
de l'ancre dans l'évent placé fur la tête
de l'animal ,& profitant des mouvemens
de ſa queue , paffèrent autour du basventre
un noeud coulant , à deffein de le
retourner & de Péchouer entièrement ;
mais le poiffon ſe ſentant bleffé da
fon event ,& gêné par la queue , fitdes
mouvemens fi violens , qu'il caffa la corde
quoique très forte, ſe débarraſſa de la patte
del'ancre , &profitant de la mer qui miontoit
toujours ,s'échappa & s'enfuit , enlançant
, par fon évent , un jet d'eau & de
fang à plus de douze pieds de hauteur.
Le lendemain, des pêcheurs de Tourville
bourgade à trois lieues d'Honfleur , th
S
C
P
dans
ةي
3
, trou-
1
( 39 )
vèrent , près d'un blanc caillou , nommé
le Rettier , ce poiffon mort& flottant entre
deux eaux. Ils l'amarrèrent ,& avec
lefecours de cinq chaloupes , l'amenèreht
&l'échouèrent fur notre grève.Ala baſſe
mer , on en a vendu , par adjudication , la
graiffe au prix de 120 liv. Sa longueur
étoit de 25 pieds , &la plus grande circonférence
de 14. >>>
« La précieuſe utilité de la poudre anti-hemorragique
du ſieur Jacques Faynard , &dont
il eft l'inventeur , eſt aujourd'hui univerſellement
reconnue. »
» Les ſuccès multipliés de cette poudre , tant
en Angleterre qu'en France , fa patrie , lui ont
fait mértter de S. M. bienfaiſante un privilége
excluſif de 30 années. »
« Rien n'atteſte mieux la propriété de cette
poudre , que les fournitures qu'il continue d'en
faire dans tous les hôpitaux du Royaume , le
Roi voulant fairejouir ſes ſujets d'un ſecours auffi
précieux pour le biende l'humanité. Cette poudre
eſt ſupérieure à tout ce qui a para juſqu'à préſentdans
ce genre ; elle a la vertu d'arrêter toutes
hémorrhagies, tant internes qu'externes , vomiffemens&
crachemens de ſang ; elle arrête& guérit les
pertesdes femmes ,les faignemensde nez , &c . &c,
Dans les amputations il ne faut pas de ligatures ,
&fur toutes coupures quelconques , la plaie ſe
guérit fans autre application que ladite poudre :
elle ne cauſe aucune inflammation ri irritation . »
*** Cette poudre ſe vend chez le ſieur Faynard ,
qui en eſt l'inventeur , rue Beaubourg , n . 75 ,
à Paris. "
Nota. Les perſonnes qui lui feront l'honneur
de lui écrire , font priées d'affranchir leurs lettres ,
fus quoi on ne les recevra pas.
( 40 )
Il y a des boîtes de deux prix , de 12 livres
&de 24 livres.
« M. d'Arcourt , Notaire à Clermont
>> en Beauvoiſis , ayant les choſes les plus
>> importantes à communiquer aux héri-
>> tiers de M. Chardon du Havet , Secré-
>> taire du Roi , il les prie de ſe faire
>> connoître le plus tôt poffible. » 2
LaSociété académique&patriotique de Valence
en Dauphiné , a tenu , le 20 août 1788 , une
Séance publique en l'absence de Dom Pernety ,
Secrétaire perpétuel ; M. de Rozieres fils , Capitaine
au Corps Royal du Génie , en a fait l'ouverture,
en annonçant que le prix de 300 liv.
propoſé par cetteSociété , ſur les moyens d'extirper
la mendicité à Valence , a été décerné au mémoire
de M. Achard de Germane , Avocat au
Parlement de Dauphiné.
La Société Patriotique propoſe , pour ſujet du
prix de 300 liv, qu'elle eſpère donner le 26 août
1789 , l'éloge hiſtorique de M. de Vaucanson ,
célèbre mécanicien , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , né à Grenoble en 1709 , mort
en 1782.
Lefdits ouvrages doivent être adreſſés , francs
de port, à Dom Pernety, Secrétaire perpétuel de
ladite Société , avant le premier juin 1789 ; ce
terme eſt de rigueur.

Après cette annonce , & la lecture faite de
l'analyſe raiſonnée & abrégée du Mémoire couronné
, & de ceux qui ont mérité des éloges ,
M. de Rozières , vice - Secrétaire , a lu un mémoirefur
l'évaroration des fluides , &c. Top
Enfuire M. l'Abbé de S. Pierre , Membre ordinaire
, a fini la lecture de l'éloge hiſtorique de
M. de Graffe, Evêque & Comte de Valence ,. 1
( 41)
&Membre honoraire de la Société patriotique.
Après quoi , M. du Moutier de la Fond, Membre
aſſocié , a lu des obfervations particulières fur
le danger de fonner les cloches pendant les temps
d'orage. La Séance a été terminée par la lecture
qu'a fait M. Boniface , Maire en Pharmacie à
Valence,& afſocié , d'une diſſertation analytique
fur les eaux minérales en général , &fur celles de
Saint-George en particulier.
21
Depuis le retour de M. Necker à l'Adminiftration
des Finances , la gravure s'eft
empreffée à multiplier les portraits de ce
Miniſtre. La plus récente de ces eftampes,
& l'une des plus dignes d'éloges, eſt dédiée
à la Patrie. Elle porte onze pouces de
hauteur environ , fur huit pouces de
largeur,deffinée &gravée par P. Audouin.
elle ſe trouve, à Paris, chez Beauvarlet,
Graveur du Roi , rue de Tournon , près
le Luxembourg. On avertit le public
qu'il y en a un petit nombre avec une
remarque ; ce ſont les premières épreuves,
& par conféquent les mieux foignées .
Elles ſe vendent 3 div.; les autres nefont
que de 1 liv. 4 fols. Ce portrait a nons
feulement le mérite de la reffemblance,
mais encore celui d'une exécution moëlleuſe
& très-foignée. Il ſuffit , pour en
apprécier le mérite de ſavoir que
Audouin eſt élève de M. Beauvarler : de
M
récole d'un fi grandmaîtrree , il ne fortira
jamais d'ouvrages médiocres,
3
( 42 )
PAYS - BAS.
DeBruxelles , le 25 Octobre 1788 .
Les mécontentemens qu'a dû laiſſer la
dernière révolution de Hollande , ont pris
un caractère dont on jugera facilement à
la lecture d'un nouveau Placard émane
le 3 , des Etats de Hollande & de Weftfrile .
Après avoir rappelé les Amniſties publiés ,
les exceptions à ces Amniſties ,& les efforts
qu'on attribue , dans ce Placard , aux
Mécontens qui cherchent à rallumer la
diſcorde , L. N. P. déclarent :
«Que tous ceux qui , bien loin de ſe ſoumettre
> à la conſtitution & forme de Gouvernement
>>actuelles , établies de nouveau par notre réſo-
>> lution du 13 février de cette année, montrent au
>> contraire , par des paroles &des actions , d'avoir
» un deſſein de s'y oppoſer , ſeront punis de
> banniſſement , ou autrement, ſuivant l'exigence
» du cas , comme indignes de jouir des préro-
» gatives d'une Société dont ils tâchent de ſapper
>> les fondemens. Nous défendons auſſi ſpéciale-
» ment de répandre des bruits alarmans & faux ,
> comme fi quelque Puiſſance , même celles avec
» qui l'Etat a l'honneur d'être en alliance &
>> amitié , auroit le deſſein de favorifer leurs vues
>>pernicieuſes ; & feront punis de la manière la
-plus rigoureuſe & même de mort , les au-
>teurs & difféminateurs malicieux de tels bruits,
> ſoit qu'ils soient répandus dans le public , de
( 43 )
» bouche , par écrit , par l'impreſſion , ou dans
>> les papiers publics , pour lesquels feront ref-
>> ponſables les Rédacteurs & Imprimeurs deſdits
>> papiers publics. »
« Et quoique perſonne de nos habitans ne
>puiffe ignorer que c'eſt un crime hautement
>> puniſſabled'enrôler des hommes , ou de ſe faire
>> enrôler pour quelque ſervice , hors celui de la
» République ou des Colléges qui y ſont établis
» légitimement , ou pour quelques expéditions
>> qui n'ont pas été ordonnées par le Gouver-
>> nement Souverain du pays , nous avons ce-
>> pendant trouvé bon de ſtatuer&de reſſouvenir
» de nouveau , que tous ceux qui s'enhardiront
>> à lever fans notre permiffion , ou de celle des
» Régences légitimes des villes & lieux , des
>> gens pour quelques expéditions ou entrepriſes ,
>> pour le préſent ou à l'avenir , ou qui fourni-
» ront de l'argent à cet effet ; comme auſſi ceux
>> qui ſe feront enrôler dans ce corps , qui y
>>perſiſteront après y avoir été enrôlés , ou qui
» pour cela ont reçu quelque argent , feront punis
>> de la manière la plus rigoureuſe , & même de
>> mort , ſuivant l'exigence du cas ;&comme nous
» voulons écarter , autant qu'il eſt en nous , toutes
les occafions qui pourroient troubler le repos
»& la sûreté de nos bons habitans , nous dé-
> fendons expreſſément tout armement illégitime ,
» & ſpécialement de garder & de raſſembler dans
>> les maiſons , magaſins , greniers ou caves , des
** fufils & des armes , de la poudre à canon ,
>> des balles & choſes ſemblables , au-delà de ce
>>> qu'un habitant particulier peut être jugé avoir
>> beſoin , ſuivant fon état , pour fon ufage inno-
>> cent; autoriſons tous les Officiers de lajuſtice
» à viſiter tous les endroits ſuſpects , à procéder
» de la manière la plus rigoureuſe contre les

7
(44)
>> tranfgrefleurs de notre préſente défenſe , & à
>> les paurnvre comme perturbateurs du repos
npublic ; comme nous ftatuons pareillement , que
>> toutes les affemblées de perſonnes armées , hors
> la misice de l'Etat , ou d. la ville , les four-
>> gecifies armées , nommées ailleurs Compagnies
>> bourgeoiſes ,& les fuppôts de la justice , feront
>> regardées par-tout où elles peuvent ſe trouver ,
>> ſoit ſous les a mes , ou fans en faire un uſage
>> actuel , comme étant compoſées d'ennemis du

repos public ; & fera permis à la Milice , aux
>>Bourgeoifies légitimement armées , ou aux
-> fuppôts de la justice , de s'oppoſer à eux de
>> force& de les défarmer , fans quepour cela
>> ils ſe rendent coupables envers le Souverain ,
4
fi en pareille occafion ils venoient à bleffer
>> ou à tuer quelques-unes des perſonnes affem-
" blées & armées d'une manière illégitime. Enfin
>> nous déclarons être notre intentionde maintenir
>>& de protéger de tout notre pouvoir , le repos
»& la sureté de la perſonne & des biens de
>> chacun , & que tous ceux qui fe rendront
>> coupables d'offenſes violentes envers leurs con-
>> citoyens , de pillage , ou de vol de biens &
>> effets , à quelque fujet ou fous quelque prétexte
>>que ce foit , feront punis de mort ſans la forme
>> de procès ordinaire , s'ils font pris fur le fait ;
>>tandis que d'autres que l'on n'aura pu prendre
>> fur le fait, feront recherchés exactement &
>> punis ſuivant l'exigence du crime. Chargeons
> très-expreffément notre Procureur-Général &
>>>tous autres Officiers de notre Province , da
procéder avec la dernière rigueur contre tous
>>> ceux qui pourroient ſe rendre coupables de
-> l'une ou de l'autre des malverſations ſuſdites ,
»& d'exécuter ponctuellement nos publications
20
>> précédentes, particulièrement ce'les du 12 dé
(45 )
>> cembre 1787 & du 21 février 1788 , ſous
>>peine que les Officiers & Jufticiers qui demeureront
en fante en la préſente , feront non-
>>ſeulement démis de leurs poſtes , mais feront
>>punis en outre ſuivant l'exigence du cas; char-
>>geant notre Procureur-Général de veiller foru-
>> puleuſement à la conduite des Officiers ref-
>> pectifs , &c.
Leſupplémentde laGazette deVienne,
du 11 , annonce enfin la priſe de Novi ,
qui s'eſt rendu le 3 de ce mois. La garniſon
, qui étoit encore de 600 hommes,
eft priſonnière de guerre. On a trouvé
dans cette place enviton 40 pièces de
canon de divers calibres , beaucoup de
munitions de guerre , mais peu debouche.
Telle est la ſubſtance du rapport préliminaire
du Maréchal de Laudhon , qui , pendant
fon entrepriſe contre ce château , a
fait inquieterpar des détachemens ſéparés,
plufieurs autres châteaux dans la Boſnie.
Ces petits Corps ont amené 270 bêtes à
corne ,& mis le feu à Allopich , où ils'eſt
trouvé beaucoup de fourrages & de bled.
3
On apprend de Zengg , que ,le 28
ſeptembre au foir , le cutter le Ferme y eſt
entré , ayant à bord le brave Major Vukaffowich:
le cutter le Jufte , & 2 autres bâtimens
qui l'ont fuivi le lendemain , venant
auſſi de Monténégro , avoient à bord la
caiffe , des munitions & beaucoup de
VolontairesDalmatiens , Italiens &Monténégrins.
( 46 )
L'Empereur a élevé le Prince Charles
de Lichtenstein au grade de Feld-Maréchal.
Le Baron Maximilien de Tillier, Feld-
Maréchal- Lieutenant & Chef d'un régiment
d'Infanterie , eſt mort , à Vienne ,
le 7 de ce mois , dans ſa ſoixantième
année.
-
Le filence de la Gazette officielle fur
les affaires du Bannat , laiſſe le champ
libre aux rapports particuliers , & la
plupart contradictoires . Suivant une
lettre du Bannat , du 29 ſeptembre :
L'Empereur eſt logé à Lugos, dans la
maiſon du Comitat ,& fe trouvoit indiſpoſé
depuis quelques jours. L'armée ,
diſoit - on , reculeroit encore faute de
fourrages.- L'ennemi , tous les jours en
mouvement,,ne ſe retiroit point par les
montagnes de Carenfèbes , comme on l'avoit
ſuppoſé ; mais , le 28 , il s'avança
juſqu'à une lieue de diſtance de notre
camp , ne garda pas cette poſition , & fe
repliade nouveau. Une partie des troupes
Aſiatiques file vers la Tranſylvanie , où
l'Hoſpodar Maurojeni pénètre du côté de
Vulkan. Le Corps de Bréchainville a
joint le Corps d'armée commandé par le
Général de Fabris.
D'autres lettres , de la même date , annoncent
que le Grand-Viſir eſt poſté
( 47)
près de Weiskirchen , &le Séraskier près
de Carenfèbes . Notre armée eſt entre
cette ville & Lugos. Le Général de Lilien
apris ſa poſition à Deſpotovacz , près de
Bekskerek. - LePrince de Wirtemberg &
le Prince Philippe de Lichtenstein ſont malades
; le premier a reçu une contufion à
la poitrine. Enfin , des avis de Bude , en
datedu 4, parlent de la retraite des Turcs,
le 2 de ce mois , juſqu'à Szlatina , & du
rapprochement de notre armée vers Carenfèbes.
Inceſſamment , ces divers problêmes
feront éclaircis .
Il faut également claſſer parmi les
annonces précipitées , celle de la marche
de einq régimens d'Infanterie Pruſſienne ,
de trois régimens de Cavalerie , & du
fecond bataillon des Huſſards d'Eben ,
pour ſe rendre dans le Holſtein Danois.
Les dernièresdépêches du Prince Charles
de Heffe, à ce qu'on écrit , le 11 , de
Copenhague , ſont du 4de ce mois. Ce
jour, le quartier général avoit été transféré
à Stroem , près de Gotha-Elv. On a laiffé
deux bataillons d'Infanterie dans la ville
de Wenerſborg; le Général During marchoit
contre Bahus .
Suivant des lettres particulières de
Gothenbourgdu 8, le Corps auxiliaire
de Danois eſt arrivé dans les environs de
( 48 )
cette ville. Il eſt poſté au-delà de la
rivière de Gotha , à un mille &demi de
la place. On a rompu le grand pont , &
Pennemi aura de la peine à paſſer la
rivière ; un Corps de 4,000 hommes
eſt prêt à lui en difputer le paſſage.- Le
Roi étoit àGothenbourg , depuis le 3 .
avec M. Elliot, Miniftre d'Angleterre. 4
CS
1
3
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 8 NOVEMBRE 1788.
PIÈGES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION
Pour lepetit Lévrierde Mme.R... M... H...
MAMattreſſe a raiſon de compter sur mon zèle ;
Pour l'affoiblir , tes efforts ſeroient vains.
Ah ! fi jamais tu tombes dans ſes mains ,
Tu verras fa l'on peutdevenir infidèle.
.. ( Par un Abonné. )
Nº. 45. 8 Nov. 1788. C
MERCURE
BOUTS- RIMÉS qu'on avoit proposés,
I,
APRÈS l'orage un Nautonnier qui mouille د
Eft moins heureux qu'un Moine au faint cordon.
Celui-là craint les vents & la mer qu'il patrouille ;
Celui- ci rit de tous , muni de fon ... bourdon .
Lequel des deux vous paroît le moins bufe ?
Le Cénobite , ou le porteur de .... frac?
Fendre les flots , manier I' ....... arquebuse .
Eft glorieux ; mais vive le ....... biſſfac !
(Par M. Caze, Com. de la M. à Rochef. )
I I.
Le pauvre Laboureur qui très- ſouvent ſe mouille,
Le Moine pénitent , ceint d'un étroit ... cordon ,
Le Soldat qui maugrée en faifant la .. patrouille ,
Le Pélerin qui n'a que fon ........ bourdon ,
Par la mort fonthappés : cette vilaine bufe
N'épargne pas le Marquis au beau frac ,
Ni de Chaſſeur armé de l' ....... arquebuse ;
Elle nous mettra tous dans le même bisfac.
( Par un Abonné. )
III .
L'été je me rôtis , en hiver je me mouille ,
Car toujours pauvreté me tint par ſon cordon ,
DEFRANCE:
sr
:
Trop heureux, d'éviter le Guet, faiſant patrouille,
Qui pourroit m'enlever comme un porte-bourdon.
Je le méritcrois ; auſi ſot qu'une .... bufe ,
Je ne dois, ni ne joue ; à grand peine ai-je un frac.
Eh bien ! je m'en confole avec mon .. arquebuse ,
Si de quelques perdreaux je remplis mon biſſac.
: (Par un Chaffcur. )
I V.
QUOIQUE ſouventà l'air, rarement je me mouilles
Chacun m'offre un abri dès qu'on voit mon cordon ;
Tandis que dans la boue un Faquin qui patrouille ,
D'un regard dédaigneux, infulte à mon bourdon ;
Il rit demon coſtume , & croit que je m'abuse :
Mais ſouvent à mon froc, tel préférant ſon frac ,
Marche auffi fièrement qu'un Héros d'arquebuse ,
Qui vivroit trop heureux du fond de mon biſſas.
(Par un Pélerin de Pau. )
V.
ETAT DU CHASSEUR.
Un Chaſſeur tour à tour ſe reſſuie & ſe mouille :
Dumoment qu'à ſes chiens il lâche le .. cordon ,
Malgré le mauvais temps, juſqu'au foir il patrouille,
Soupe amplement , ſe couche , & ronfle
en faux... bourdon.
Mais de ſommeiller trop , ce feroit être bufe.
Au retour de l'aurore , il endofſe ſon .... frac
C2
52 MERCURE
Etne laiffe en repos ſa fatale ......... arquebuse.
Qu'il n'ait rempli de morts ſon immense bffac
( Par R. C. D. A. A. B. enP. )
VI.
QU'UNE pluie, à grands flots, juſqu'à minuit
me .. mouille
Que tout en ſoit percé, manteau, robe , cordon ;
Qu'en un marais fangeux, au hafard je patrouille ,
Appuyé triſtement ſur mon frêle ...... bourdon;
Qu'un jeune Fat me raille, & me traite de bufe ,
En comparant ma haire à ſon élégant .. frac ;
Qu'un autre me menace avec ſon..... arquebuses
Hélas ! j'oublirai tout, fi j'emplis mon.. biſſac.
(Par un F. Capucin. )
VII.
Ama table , où je vis de riz& de ſe-mouille,
J'admets également tout rang & tout ... cordon;
Un Marchand des fix Corps, un Soldatde patrouille,
Un Pélerin qui n'a pour lui que fon .... bourdon.
Peu m'importe qu'on ſoit ou bel-eſprit, on buses
Couvert d'un riche habít, vêtu d'un ſimple frac
Officier de Dragons , Officier d' ... arquebuse
Qu'on ſoit fourré d'hermine , ou porteur
d'un . ...... biffac
( Par M. Lafontaine de Cire-les-Mello. )
DE FRANCE.
55
BOUTS - RIMÉS à remplir.
FRAISE,
TROU ,
FREIZE
Θυ ,
QUADRILLE ,
BEC ,
PECCADILLE ,
SEC
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent,
LEE mot de la Charade eſt Mercure; celui
de l'énigme eſt Demoiselle , inſtrument de
Paveur; celui du Logogriphe eit Cartes ,
où l'on trouve César, Race, Arc (en ciel) ,
Sacre, As.
CHARADE.
UN fils de Roi , connu par ſon courage ,
Fut attaché jadis à mon premier;
€ 3
54
MERCURE
Un oifeau très-familier , ..
Que l'on connoît à ſon plumage ,
Occupe mon dernier ;
Etde filets un affemblage
Qui vous guérit ou vous foulage ,
Compoſe mon entier.
(ParM. N. D. de Neuville aux Loges ,
près Orléans . )
ÉNIGME.
COMME tout vient à décadence !
Autrefois , dans ma nouveauté ,
Quand j'avois de la conſiſtance 2
Souyent on louoit ma beauté ,
Ma fineffe , ma propreté.
Uile aux Grands dans l'opulence ,
Aux petits dans la pauvreté ,
Ici , je couvrois l'indigence ,
Là , je tattois la vanité ,
Frocurant à tous de l'aiſance ,
Je pourrois dire , la ſanté :
Mais à quoi bon cette jactance ?
Par un effet de vétuſté ,
Lecteur , ma chétive ſubſtance
Ne ſert plus aujourd'hui que dans les Hôpitaux ,
Et dans tous les endroits où l'on panſe des maux.
(Par le même.
DE FRANCE.
55
LOGOGRIPHE.
SOOUUVVEENNTT avec éclatjetiredela poudre
Des mortels queje place au rang des demi-Dieux ;
Amon gré, dans leurs mains, je balance la foudre ,
Je leur prére des faits , ainſi que des aïeux .
J'aſſemblai les lauriers que cueillit Henri Quatre 3
De l'immortalité je ſus les entourer ; "
Dans la P..... enſuite on me vit folâtrer ;
Sous l'aile des Amours je me plais à m'ébattre .
De mon antique tronc , fix raineaux différens ,
(Si j'échappe au Lecteur , ce que j'ai peine à croire)
Vont répartir leur sève entre pluſieurs enfans ,
Qui , de me deviner , lui fourniront la gloire.
Le premier de mes fils , à la rapine enclin
Eit un oiſeau bavard , dont la mixte parure ,
De l'habit d'un Hermite , appelé Jacobin ,
Répète exactement la fainte bigarrure..
Un autre lui ſuccède ; à qui veut le preſſer ,
Il fournit fans effort une douce fubftance ,
Un aliment falubre , & propice à l'enfance ,
Et dont à cette époque on ne peut ſe paſſer.
Mon troiſième appartient au langage miftique ,
S'adapte à certaine oeuvre , & lui ſert d'adjectif.
Mon quatriène , enfin , eſt biaède aquatique ,
Volatile peſant , au cri rauque & plaintif:
Je ferois peu de cas de fa lourde perfonne ,
د
€ 4
56 MERCURE
S'il n'étoit le porteur de ce léger duvet ,
Sur lequel un beau jour , Lifette , ſans corſet ....
Chut ? ( toujours d'en cauſer le défir me talonne. )
Je revole àmon but , je n'ai pas tout conté,
De mon tronc créateur une cité s'élève ,
Et , fi je n'en parlois , le Teſcan irrité
Ne voudroit m'accorder ni relâche ni trève.
J'en vois fortir autfi ce produit délicat ,
Qui d'un reptile abject eſt le ſavant ouvrage ,
Et qui d'une Beauté peut relever l'éclat ,
Seit qu'il couvre ſa jambe , ou ceigne ſon corſage.
J'en vois naître un mortel tout couvert de lauriers
Qu'il cueillit comme Auteur de notre Allégorie ;
Ce qu'à Brifaut , Cerbère arrache avee furies
Ce qui produit aux champs des grains nourriciers.
Pour finir en deux mors, pour ceiler tout myſtère ,
Lecteur, as-tu jamais monté ſur l'Hélicon
Çà, réponds franchement, fanstrancher du Gaſcon,
Unoui bien prononcé , je deviendrai ta mère.
(ParM. Regnault , Commiff. des Claſſes.)
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
OEUVRES morales de Plutarque , traduites
en François par M. l'Abbé RICARD ,
de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Toulouſe. A Paris , chez la
yeuve Deſaint , Libraire , rue du Foin-
St-Jacques. Tomes VII, VIII & IX.

Nououss avons tant de fois entretenu nos
Lecteurs de cette Traduction , & la multirude
des Livres nous laiſſe ſi peu d'eſpace
pour l'examen de chacun , que nous nous
bornerons preſque à une liſte ſeche des
différens Diſcours qui rempliffent les trois
nouveaux Volumes que nous réuniſſons
ici , quoiqu'ils aient paru ſéparément.
Tome VII.
Nous avons eu déjà occaſion d'obſerver
un rapport fenible entre ces Diſcours moraux
de Plutarque , & les différentes moralités
répandues dans les Poéfies d'Horace ;
cerapport eſt fur tout fenfible dans le Traité
de l'Amour des Richeſſes ; on y retrouve
pour ainſi dire , Horace à chaque pas; il
S MERCURE
eſt vrai que l'avarice eſt de tous les vices
& de tous les ridicules celui qu'Horace
laiſſe le moins en paix. Plutarque obſerve
que les richeffes , au lieu d'appaiſer la foif
de l'or , ne font que l'irriter ; que les défirs
d'un Avare ne font jamais remplis ; que
l'Avare ne connoît point ſa maladie , &c .;
&dans ces propoſitions &dans leurs développemens
, on croit entendre Horace.
Interca pleno cùm turget facculus ore
Crefcit amor nummi , quantum ipfa pecunia crefcit ,
Et minùs hanc optat qui non habet.
Crefcit indulgens fibi dirus Hidrops ,
Nec fitim pellit, nifi caufa morbi
Fugerit venis & aquofus albo
Corpore languor.
Si tibi nulla fitim finiret copia lympha ,
Narrares Medicis , quòd quantò plura parafli ,
Tantò plura cupis nulline faterier audes ?
Si vulans tibi monftratâ radice vel herbâ ,
Nonfieret levius , fugeres radice vel herbá ,
Proficiente nihil curarier , audieras cui
Rem Di donarent illi decedere pravam ,
Stultitiam, & cum fis nihilo fapientior ex quo
Pleniores , tamen uteris monitoribus iifdem ....
Denique fit finis quærendi , quoque habeas plus
Pauperiem metuas minus & frire laborem
Incipias , parto quod avebas , &c .
Il faudroit citer tout Horace, fion le citoiz
1
DEFRANCE.
59
routes les fois que Plutarque en fait fouvenir.
Les Traités de la Fauffe Honte , de l'Envie
& de la Haine ; de la Manière de se
lover foi-même fans exciter l'envie , méritent
toute l'attention du Lecteur , mais ne
nous fourniront ici aucune réflexion .
Le Traité des Délais de la Justice Divine
rappelle encore le
Rarò antecedentem cæleftum , ..
Deferuit pede poena claudo.:
:
Et fi l'on veut auſſi ces vers impoſans de
l'Encïde :
Caftigatque auditque dolos , fubigitque fateri
Quæ quis apudfuperos , furto lætatus inani ,
Diftulit in feram commiſſa pincula mortem.
Continuò fontes ultrix accincta flagello,
Tifiphone quatit infultans , torvoſque finiftra
Intentans angues , vocat agmina fæva fororum.
Le Fragment ſur l'Immortalité de l'Ame
eſt ſi court, que nous n'en pouvons rien dire
Le Traité du Destin est très métaphyfique,
& affez dans la manière d'Ariftote...
Le Dialogue qui a pour titre : Du Démon
de Socrate , termine ce 7e. Volume.
Tome VIII.
Quand un ami eſt dans la peine , dic
C6
60 MERCURE
mais
Plutarque dans ſon Traité de l'Exil , il
faut adoucir ſon chagrin &non l'entretenir.
C'eſt une propofition incontestable ; m
il ajoute : >>Dans nos malheurs nous n'a-
>> vons pas beſoin de gens qui s'affligent
» & pleurent avec nous comme on fait
ود dans les choeurs des Tragédies , mais d'a-
>> mis qui nous avertiſſent de ne pas nous
>> abandonner à la douleur ".
Mais ces gens qui s'affligent avec nous,
ne font - ils pas nos confolateurs les plus
agréables , & par- là même les plus utiles ?
En prenant part à notre douleur , en nous
en entretenant , en nous forçant de l'exhaler
, ne foulagent- ils pas notre coeur du
poids qui l'oppreffe ? Et peut- être n'a-t- on
donné cette fonction aux choeurs des Tragédies
qui repréſentent communément un
perſonnage jüfte & bon , que parce que
c'eſt en pareil cas la fonction la plus con
venable & la plus naturelle..
Actoris partes chorus officiumque virile
Defendat , neu quid medios intercinat actus
Quod nonpropofito conducat & hæreat aptè..
Plutarque obſerve , avec raifon , que Fi
magination ne groſſit que trop fouvent
l'idée de nos maux; qu'il faut au contraire
en adoucir en nous le ſentiment , & ne
pas nous livrer , comme nous faifons , aux
indées triftes & affligeantes.
>>> Ce n'eſt pas Jupiter , dit-il , qui, allis
3
DE FRANCE. 60
>>auprès des deux tonneaux qu'Homère
>>place dans le Ciel , & qu'il fuppoſe
>> remplis l'un de biens & l'autre de maux ,
>> verſe fur les uns des événemens favo
>> rables , & fur les autres des malheurs
>> continuels. Ce font les hommes ſenſés
» & raifonnables qui puiſent eux , mêmes
>> dans les biens de quoi tempérer les maux ,
" afin de rendre leur vie plus douce &
*" plus fupportable ; tandis que le valgaire ,
> femblable à des tamis , laiſfe écouler les
» événemens favorables " .
Il faut voir fes reſſources , ſavoir les
ménager & les augmenter. En appliquant
cette doctrine au malheur de l'exil , l'Auteur
obſerve que la Nature n'a atfigné à
perfonne aucun pays , & ici Horace revient
encore.
Nampropriæ telluris herum Natura , neque illum
Nec me, nec quemquam flatuit , nos expulit ille ,
Hlum aut nequities , aut vafri infcitia juris,
Poftremò expellet certè vivacior harea.
Nuncager umbrenifub nomine , nuper ofelli
Diétus, erit nulli proprius ; fed cedet in ufum
Nunc mihi, nunc alii , quo circà vivite fortes ,
Fortiaque adverfis opponitepectora rebus.
>>L>a terre entière eſt notre Patrie,com
>> tinue Plutarque ; nous nous moquons de
» cet Athénien , qui diſoit que la lune
>> d'Athènes valoit mieux que celle de
62 MERCURE
>>Corinthe; & nouslui reſſemblons, quand,
éloignés de notre Patrie , nous croyons
>> voir une autre terre, une autre mer
ود
ود
"
,
د
pour
un air & un ciel différens. La Nature
>> nous met tous au large & en pleine li-
>> berté ; c'eſt nous mêmes qui nous met-
>> tons à l'étroit , qui nous chargeons de
chaînes & nous emprifonnons
» ainſi dire , dans le petit eſpace que nous
» avons choiſi pour notre demeure. Nous
> trouvons ridicules les Rois de Perſe , qui ,
>> ne voulant boire que de l'eau du Choaf
pe , deffèchent en quelque forte pour
32 cux le reſte de la terre ; & nous , en
> changeant de pays , nous regrettons le
» Céphiſe , l'Eurotas , le mont Taygète ou
» le Parnaffe , & nous rendons le reſte de
> l'Univers inhabitable pour nous " .
Si ce ne font pas là des raiſons abfolument
convaincantes , ce font du moins des
choſes ingénieuſement penſées , éloquemment
exprimées .
La Confolation àſafemme,ſur la mort
de fa fille , fourniſſoit à l'Auteur une occaſion
naturelle de faire l'application de ſes
principes. Il fait en père , & véritablement
en père , l'éloge de la fille , morte à deux
ans ; il loue en elle un caractère plein de
bonté & d'ingénuité , ſans aucun levain de
colère ni d'aigreur, une douceur admirable ,
une amabilité rare. >> Elle vouloit , dit- il,
>> que ſa Nourrice donnât la mamelle
>> non ſeulement aux enfans qu'elle aimoit,
DE FRANCE. 63
>>mais encore aux jouets dont elle s'amu-
ود foit. Elle appeloit ainfi , par un fenti-
>> ment d'humanité , à ſa table particulière ,
>>toutes les choſes qui lui donnent du plai-
>>fir , & vouloit leur faire part de ce qu'elle
>> avoit de meilleur " .
Le Traducteur rappelle fort à propos ,
à ce ſujet , le mot d'Agéſilas à un de ſes
amis qui le ſurprit allant à cheval ſur un
bâton avec ſes enfans : Attendez , pour me
condamner , que vous soyez devenu père.
Ce rapprochement répand, par réflexion ,
un grand intérêt fur ce que l'obſervation
de Plutarque paroît d'abord offrir de pué->
ril . On ne demandera pas ſi Agéfilas & Plurarque
étoient bons pères. :
Les Sympofiaques , ou les Propos de
table , non ſeulement terminent ce huitième
volume , mais rempliſſent encore tout
le neuvième. La première queſtion que les
convives agitent , eſt celle - ci : S'il faut
traiter à table des matières philofophiques ?
Horace décide que non.
Difcite non inter lances menſaſque nitentes
Cum ftupet infanis aciesfulgoribus , & cùm
Acclinis falfis animus meliora recufat ;
Verum hic impranfi mecum diſquirite .
*
Mais voici une autre queſtion mieux
affortie aux propos de table : Pourquoi les
femmes s'enivrent - elles difficilement", & les
vieillards très - facilement ? Ariftote avoit
64 MERCURE
dit le fait , & n'en avoit pas rapporté la
raiſon ; en quoi il avoit eu peut - être un
tort de moins que Plutarque .
Finiſſons par une réflexion fur les vers
qui ſe rencontrent affez ſouvent dans la
proſe de Plutarque ; ces vers font ordinairement
des citations de Poëtes connus. Le
Traducteur s'eſt cru obligé de les rendre
en vers françois , à la bonne heure , nous
fommes bien éloignés de l'en blâmer, mais
par-là il s'impoſoit l'obligation de foigner
d'autant plus cette partie de ſon Ouvrage ,
que les vers exigent toujours plus de foir
que la profesor il conviendroit luimême
qu'il la ſenſiblement négligée ; prefque
toutes les rimes font d'une foibleſſe
remarquable ; éloignées rime avec ballottées
, pensée avec élevée,&c.; ſouvent,
quand il n'y a que deux vers , ils ne riment
point enſemble ; l'un eſt mafculin &l'autre
féminin , de forte que ce ſont deux pierres
d'attente , ou qu'on les prend pour des
vers blancs. Le Traducteur n'auroit peutêtre
pas mal fait de s'en tenir à des vers
blancs ; un peu de négligence eût éré alors
un bien moindre défaut. Nous ne relevons
eclui-ci , que parce que le ſtyle du Traducteur
érant très -bon &très -propre à faire
goûter Plutarque , nous voudrions en faire
diſparoître juſqu'à la moindre imperfection .
Nous nous fommes pluſieurs fois expli
qués ſur le mérite des Somunaires & des
Notes.
DE FRANCE 65
BLANÇAY , Roman en II Parties ; par
M. GORJY , Auteur du nouveau Voyage
Sentimental. A Paris , chez Guillot ,
Libraire de Monfieur , rue St. Jacques
vis-à-vis celle des Mathurins.
QU'EST - CE qui nous intéreſſe le plus
à la lecture de preſque tous nos bons
Romans ? c'eſt la variété des événemens,
l'éloquence du ſtyle& des paſſions , l'analyſe
approfondie de nos fentimens , les
peintures brillantes de nos moeurs , enfin
ces ſitutions touchantes ou terribles qui ,
heureuſement ménagées , amènent de ees
momens où la Nature frémit d'attendriffement
ou d'horreur. On n'apperçoit dans
celui- ci preſque rien de toutes ces choſes
là , où du moins elles ſont préſentées avec
une ſimplicité fi naturelle , qu'on n'y ſoupçonne
point l'art ; mais on le lit avec un
plaifir continu. Cette lecture a l'air d'une
Hiſtoire véritable plutôt que d'un Roman..
On y rencontre des aventures que tout le
monde peut rencontrer également. Elle
attache & intéreſſe par ce goût inné , par
cette eſtime-naturelle que nous avons pour
la vertu. Et qu'y a- t-il de plus fatisfaiſant
que la peinture de l'eſpèce de bonheur
qu'elle procure ? L'Auteur qui avoit déjà
heureuſement imité le Voyage Sentimentak
66 MERCURE
de Stern , paroît avoir appris à l'étude de
cet Ecrivain original , combien les plus
légères circonstances , une attitude , un
gefte , un trait de phyſionomie , peuvent
animer un ſujet. Je ne dis pas qu'il ait au
même degré de mérite que le Philofophe
Anglois , ce ſtyle qui ſemble découſu parce
qu'il eſt ſans apprêt , mais qui , ſublime
quelquefois , part toujours de l'ame , qui
d'un ſeulmot pénètre , & qui confiſte à découvrir
dans les plus fimples objets les
rapports les plus nouveaux & les plus frappans.
Quelques Gens de Lettres ont reproché
au Voyage Sentimental un défaut
de liaiſon trop marqué : felon eux , ce font
des Fragmens ſouvent trop minces pour
attacher , ou des Hiſtoriettes qui finiſſent
au moment même où l'intérêt commence.
On ne fera pas ce reproche à M. Gorjy ;
il réunit beaucoup de juſteffe dans le plan ,
& un enchaînement néceſſaire dans les
événemens , à la délicateſſe des ſentimens
& à la vérité des caractères. Ce vers f
connu de Térence :
Homo fum , humani nihil à me alienum puto.
» Je Suis homme , rien de ce qui eft de
l'homme ne m'eſt étranger " , pourroit fervir
de deviſe à l'Ouvrage .
Le Héros de ce Roman eſt un enfant
de quinze ans , renvoyé de ſon Collége ,
parce que fon père ayant péri en revenant
DE FRANCE . 67
de l'Inde, il ne ſe préſenteplus perſonne pour
payer la penfion. Le chagrin que lui cauſe
ladureté de ſes Préfets , eſt un peu adouci
par le bon coeur & la compaflion de ſes
jeunes camarades , qui mêlent leurs larmes
aux fiennes , & lui donnent tout l'argent
qu'ils peuvent ramaffer entre eux. Un feul
ſe tenoit à écart. » C'étoit , dit Blançay, un
>> pauvre Bourfier , qui de ſa vie n'avoit
>> eu un fou à ſa diſpoſition : il n'avoit
pas proféré une ſeule parole , mais fon
filence n'en étoit que plus touchant
>>- parce qu'à l'expreffion des mêmes ſentimens
que les autres me témoignoient,
ſe joignoit celle du regret de ne pouvoir
>>me les prouver de même , & cette timidité
honteuſe que le pauvre contracte
>>par l'habitude de ſe voir toujours rebuté".
ود
درد
ود
ود
ود
ور
>
Il s'approcha pourtant , & préſenta auſſi
ſa perite offrande; c'étoit ſa part de collation,
&c. Il remplifſoit la poche de Blançay,
&fon air fembloit lui dire : Ne me
refuſez pas , vous me chagrineriez trop.
Cependant d'Arfeil , avec qui Blançay avoit
eu une querelle aflez vive ,mais qui oublia
fon reffentiment dès qu'il le vit malheureux
, avoit réuni tous les préſens de fes
autres camarades , & les lui avoit remis .
Hélas ! ajoute Blançay , de ces mêmes
camarades mon fort , j'en
> ai depuis rencontré dans le monde plu-
ود
ود fi ſenſiblesà
69 MERCURE :
fieurs qui m'ont méconnu. Le titre de
>>> malheureux , qui avoit été & puiffant
>> auprès d'eux au Collége , leur faifoit dé-
>> tourner de moi leurs regards. Au Col-
>>lége , ils étoient encore les hommes de
ود la Nature; dans le monde , ils étoient
>>> les hommes de la Société .
Cette réflexion , fi cruellement vraie , në
regarde pas le bon Bernard , c'eſt le nom
du pauvre Bourſier . Outre une part entière ,
il avoit gliffe dans la poche de fon camarade
, une montre d'argent. C'étoit le ſeul ,
Punique bien que ce pauvre jeune homme
eût au monde : elle lui avoit été donnée
parun Penſionnaire qu'il avoit ſoigné dans
une longue maladie. Elle joue un rôle bien
intéreſſant dans le Roman , & amène plufieurs
incidens& pluſieurs réflexions dignes
de remarque. Tel eſt ce trait du Ch. XII.
Un mendiant implore de la manière la
plus preffante, la charité d'un riche Marchand
qui écoutoir , dans ſa boutique , la
lecture d'un Livre ſur la bienfaiſance , &
en étoit ému juſqu'aux larmes. Celui - ci
pouſſe dehors le mendiant par les épaules :
Laitſez- nous , lui dit- il très-durement; eſt .
ce là l'heure de venir nous importuner ?
Ta montre , dit Blançay en lui - même ,
» n'eſt pas d'accord avec celle de Bernard :
• la ſienne marque toujours le moment
ود de la bienfaiſance. Oh ! bon Bernard,
* mon coeur ne ceffera jamais d'être d'ac
DE FRANCE. 69
» cord avec elle ; & quelque peu qui me
>> refte , ce pauvre homme n'aura pas en
vain ſollicité ma pitié «.
Blançay forti du College , ne fachant
que devenir , entre dans une églife , y entend
un Sermon ſur la charité. Le Prédicateur
est un Abbé qu'il connoît , qui eft
en même temps riche & en crédit. » A fa
vue , un rayon d'efpoir pénétra dans mon
ame; cet eſpoir augmenta encore , & alla
toujours en croiffant pendant ſon Sermon ,
qui étoit écrit avec toute l'énergie imaginable.
Lorſqu'il eut fini , je courus vite
à la Sacriftie , pour inſtruire M. l'Abbé de
mes malheurs ; mais hélas ! le Prédicateur
&l'Abbé étoient dans le même homme
deux êtres différens. L'eſprit avoit fait le
Sermons le coeur n'entendit pas mes plaintes.
L'Orateur qui venoit d y déployer toute
la chaleur du fentiment, m'écouta avec
tour le froid de l'inſenſibilité ; & le ton
d'onction apoftolique qu'il avoit eu dans
la Chaire, fit place au ton dédaigneux d'un
prosecteur qui refuſe.".
Rebuté par tout le monde ,il eſt accueilli
par une pauvre vieille , qui l'emmène dans
fon galeras , le conſole , & lui fait prendre
le ſeul bouillon qu'elle air. Elle eſt ſecondée
par fa filleule dans les ſoins qu'elle rend
à ce pauvre jeune homme , qui paſſa les
premiers jours retenu au lit par la fièvre ;
& alors elle avoit une expreſſion de bonté
70 MERCURE
ſi touchante ! Il n'y a que les infortunés
qui aient cette expreflion - là La première
fois que Blançay s'habille , il trouve dans
ſa poche , avec la collation que Bernard
y avoit mife , la montre d'argent en quef-
ود tion. Cette filleule , Juftine , étoit une
>> perſonne d'une trentaine d'années , d'une
>> maigreur , d'une pâleur effrayante. Elle
>> paroiffoit avoir été jolie ; mais il ne lui
ود reſtoit que cet air intéreſlant que don-
» nent de longues fouffrances . Un grand
» oeil bleu que la Nature avoit deſtiné à
» exprimer la volupté , n'exprimoit plus
" que la douleur , ſa voix étoit preſque
» éteinte , ſa bouche décolorée. De longs
cheveux bruns que je voyois ſe boucler
fur les épaules lorſqu'ils s'échappoient
dedeſſous ſon bonnet , y étoient ramaf-
>> ſés fans ordre. Ses habillemons avoient
ود
ود
"
"
2
de même l'air du plus grand abandon.
Enfin tout annonçoit en elle une infor-
>> tunée qui reſpire encore , mais qui ne
> tient plus à la vie ".
Dès que Blançay fur en état de s'occuper
, la bonne vieille Simplet le conduific
chez un Auteur d'Ecrits fur l'Humanité ,
la Philofophie & la Bienfaiſance ; mais M.
Agatographe eſt comme le Prédicateur. Cependant
il ſe décide à donner au jeune
homme des Manufcrits à copier pour le
plus mince ſalaire. Il en vécut quelque
temps ; mais la mère Simplet tombe malade ,
DE FRANCE. 71
& les voilà dans la plus grande détreffe.
Il retrouve Bernard.>> Elles font bien vives,
رد bien délicieuſes , les ſenſations que l'on
» éprouve en retrouvant l'homme géné-
>> reux dont on connoît par expérience la
د délicate bonté; mais dans la poſition où
>> je me trouvois , au comble de la détreſſe ,
>>le coeur froiffé d'une humiliation toute
>> récente , ſe trouver tout à coup dans
20
ود
les bras d'un être bienfaiſant ... Non ,
il n'y a point de mots pour rendre une
>>fituation pareille. Je preſſois Bernard
>> contre mon ſein ; je l'étreignois dans
ود
ود
"
"
-
mes bras ; je voulois parler , point d'ex-
>> preffions ; je voulois le regarder , des
larmes abondantes ne le permettoient
pas. Je pris ſa montre , je la plaçai fur
mon coeur , & après un long filence :
>> Depuis trois jours , je manque de tout ,
>>abſolument de tout , & je ne m'en fuis
pas défait ; je l'ai conſervée. J'eſpère
que ce n'eſt pas pour me la rendre ,
>>reprit vivement Bernard. -Je n'y pen-
>>fois pas , ļui répondis-je ", Ce mot p'ein
* de fentiment & de naïveté , rappelle cette
réponſe de La Fontaine à M. Hervart ,
lorſqu'il le rencontra après la mort de Madame
de la Sabliere. J'allois vous prier de
venir loger chez moi , lui dit M. Hervart.
Py allois , dit La Fontaine.
Bernard étoit accompagné d'un de ſes camarades
, ( un Soldat , nommé Sans-regret ) .
72 MERCURE
Cet homme , le plus ſouvent entre deux
vins , d'une gaîté grivoiſe , toujours prêt
à ſe battre , mais d'un naturel excellent ,
tout en reſpectant les vertus de Bernard ,
ſe mettoit de temps en temps dans le cas
d'en recevoir de petites leçons militaires ;
mais c'est égal , c'eſt ſon mot favori , il
n'en étoit pas plus raifonnable.
Il ſe trouve que la vieille Simplet eſt la
grand'mère de Bernard. Elle avoit pour voi
fine unejeure perfonne nommée Julie, qui
partageoitla fortune du Commandeur deSermeuil.
Maisſes torts n'étoient que ceux des
>> circonstances , fur - tout de ces Ouvrages
>> prétendus philoſophiques , qui en vou-
" lant extirper les préjugés utiles , ne met-
>> tent à leur place que des erreurs dan-
» gereuses , & qui , en décidant à braver
>>l'opinion , égarent tous les jours une in-
>> finité d'êtres que les qualités de leur
» coeur deftinoient à la pratique des ver-
" tus". Julie devient vertueuſe auſſi - tôt
qu'un véritable ſentiment lui eut appris ce
qu'étoit la vertu. Celui qui le lui inſpire ,
eſt un jeune homme nommé d'Arleville ,
qu'elle intéreſſe en faveur de Blançay , &
qui place celui-ci chez ſon père , en qualité
de Secrétaire. M. d'Arleville père a
'une fille charmante : Adèle eſt ſon nom.
Les deux jeunes gens prennent de l'amour
l'un pour l'autre , mais fans ſe l'avouer .
Il ſe trouve que M. d'Arleville s'eſt
remarié
DE FRANCE. 73
remarié à une dévote que Blançay a eu
occafion de connoître , & qui ne gagnoit .
pas à être connue ; que cette Dévote a
pour Directeur un certain Abbé Fallacio ,
qui eſt auſſi amoureux d'Adèle , & qui
trouvant dans Blançay un adverſaire qu'il
redoute , le force , à l'aide d'une fauſſe
lettre de cacher , de ſe réfugier en. Hollande
Il y eft accueilli par un M. Peters ,
Commerçant refpectable , chez lequel il
trouve réunies »& les richeſſes ordinaire-
>>"nent ii corruptrices , & cette antique
» fimplicité, qui caractériſoit le fiècle des
moeurs ; une jeune femme mettant tout
fon bonheur à gouverner ſa maiſon , à
>> élever fon enfant , à avoir pour ſon mari
>> ces prévenances douces & continuelles
" qui attachent bien plus que l'ivreſſe paf-
ود
ود
ſagère de l'amour ; un enfant refpectueux
, mais fans cet air humilié que
donne la crainte , parce qu'on lui offroit
des exemples , fans jamais lui infliger de
> châtiment ; un vieux père que tout le
>>monde ſervoit avec empreſſement , &
>>dont le radotage n'excitoit ni humeur ni
railleries ; des Domeſtiques que jamais
>> on we grondoit, parce qu'ils faifoient
toujours leur devoir , & qui faifoient
>> toujours leur devoir , parce que jamais
on ne les grondoit ; M. Peters enfin, dont
>>l'unique ſoin étoit de rendre heureux
>> tout ce qui l'approchoit ",
ود
** Ν°. 45. 8 Νον. 1788 . D
74
MERCURE
Le jeune François lui dut auſſi ſon bonheur.
C'eſt ſur un vaiſſean de M. Peters
que ſon père apéri. Ce reſpectable Commerçant
a confervé ſa fortune, l'a miſe
dans fon commerce pour la faire valoir
au profit du fils , que cependant il défefpéroit
de rencontrer .
Tandis que Blançay ſéjourne en Hollande
, M. d'Arleville el ruiné , & devient
veuf. L'Abbé Fallacio périt miférablement :
Julie acquiert de nouveaux droits à l'eſtime ;
le ſecret des malheurs de la pauvre Juftine
eſt connu ; ſes peines ſont finies. Blan
cay eſt inſtruit de tout cela par le bon Bernarda
il revient en France, & fa nouvelle
fortune le met à portée de relever celle de
M. d'Arleville , d'épouser Adèle , & de
rendre heureux tous coux qu'il a connus ,
& auxquelles on s'intéreſſe dans le récit
de ſes aventures.
Je n'ai pu , dans cette analyſe , donner
une idée exacte des divers perfonnages qui
agiffent dans les ſcènes variées & attachantesde
ce Roman. Je n'ai pu , comme l'Auteur
, montrer dans la bonne vieille l'extrême
pauvreté qui trouve le moyen d'être
charitable , & qui , par ſes bienfaits , jouit
du bonheur au ſoin de la misère. Je n'ai
pu attendrir le Lecteur ſur ſa filleule Juftine.
Mais qui ne feroit touché de ce çaractèrel
G'eſt une fille honnête & infortunée,
qui, ſéparée, par des circonstances particalières
, de l'amant qui vouloit être fon
DE FRANCE. 75
époux , ſe retire ſous le toit de la pauvreté
hoſpitalière , y nourrit pendant une
longue ſuite d'années la paſſion qui la tue ,
&qui pourtant la fait vivre. Qui ne feroit
attendri de la voir épier, durant le cours
de chaque journée , l'aſpect de l'amant
qu'elle regrette, mais qui, trompé lui même,
ne croit plus ni à ſon amour ni à fon
exiftence ? Dans un autre genre , le caractère
de Julie n'eſt pas moins neuf ni moins intéreffant
, & contraſte parfaiteinent avec
celui de la fauſſe Dévote. Peu de lectures
font aufli agréables que celle- ci. Ce Livre
, où l'inſtruction ſe trouve mêlée à la
naïveté du récit , eſt piquant par ſa ſumplicité
même. On ſera étonné d'y trouver
autant & même plus de ce qu'on appelle
fineſſe d'eſprit , que dans les écrits dont
le bel efprit paroît être le caractère dominant.
Je terminerai cet Article par quelques
réflexions qui peuvent ſe détacher
fans rien perdre; c'eſt le Chapitre intitulé :
Les Artistes.
» S'il y a au monde une claſſe grie ,
c'eſt celle- là. Eſpiègles comme des Ecoliers
, parce qu'ils font encore affezjeunes;
plus ingénieux dans leurs eſpi gleries ,
parce qu'à l'avantage de pouvoir de mense
réunir la malice de pluſieurs , ils joignent
celui d'être un peu plus âgés , & de s'oc
cuper d'un genre de travail qui , exigeant
de l'imagination , rend leur cerveau plus
capable de fermenter. On les voit aller avec
D1
76 MERCURE
empreſſement à leurs ateliers , parce qu'ils
eſpèrent y trouver le plaifir à côté de l'étude;
y travailler gaîment , parce qu'ils ne
font pas comme ces pauvres Ecoliers , ſous
la ridicule & barbare férule du pédantiſme ;
en revenir plus gaîment encore , parce que
les diſpoſitions joyeufes de chacun ſe ſont
accrues par celles de tous les autres , &
que de ce concours il s'eſt formé le tout
le plus gai , dont chacun emporte encore
ſa part quand on ſe quite. Concurrens
fans être rivaux , de l'émulation fans envie ,
des efforts pour ſe furpaffer réciproquement
, mais point de cabales pour ſe nuire,
des critiques folles , des caricatures qui
amufent, au lien de ces fatires amères qui
déchirent celui qui en eſt l'objet , & namuſent
que les méchans ",
( Cet Article eft de M. de SaintAnge.)
LES Elémens de la Langue Françoise , par
M. DELANNOY , Avocat en Parlement,
& Profeffeur des Langues Françoise &
Italienne. A Paris , chez Memoro, Libr,
rue de la Harpe , No. 160.
CET Ouvrage , écrit en Anglois , eſt une
méthode facile & nouvelle pour apprendre
la Langue Françoife & bien traduire la Langue
Angloiſe. L'Auteur y donne des principes
tour-à-fait nouveaux fur preſque toutes
les parties du difcours , & entre autres
'établit qu'il n'y a , dans la Langue Frankoiſe
, que fix verbes abſolument irréguDE
FRANCE. 77.
liers. Malgré la clarté & la préciſion qui
règnent dans ce petit Ouvrage , l'Auteur a
l'attention de dire dans une courte Préface :
» Qu'il ne prétend pas entrer en concur-
>>rence avec ces Profefſfeurs diftingués qui
>>promettent aux Etrangers de les mertre
>> en état d'écrire & de parler François en
ود
ود
peu de ſemaines , & même de compofer
des vers : depuis douze ans qu'il enſeigne
» à Paris , à preſque tous les Etrangers de
>> la première diftinction , il a trop bien
>> reconnu Tétendue & la délicateſſe de ſa
>> Langue naturelle ; combien de temps ,
ود d'étude&d'obſervations exactes les Fran-
>> çois manes ſont obligés d'y donner , &
» qu'ils doivent joindre à ce travail la fré-
› quentation de la meilleure ſociété , s'ils
veulent parler & écrite avec pureté. Il
>> ne ſe flatre donc pas de procurer aux
>>organes une aufli grande flexibilité , non
>> plus que de faire faire des progrès fi
>> conféquens & fi rapides à une des Na-
» tions les plus inſtruites & les plus poli-
» cées du monde ; mais ſi ſon travail peut
>> faciliter l'étude,de la Langue Françoiſe ,
& donner une connoiſſance ſolide de ود
ود ſes principes , il trouvera ſa réputation
> érablie fur la ſeule baſe qu'il défire lui
» donmer (1 ) ".
( 1 ) On trouve chez le même Libraire , les
Elimens de la Grammaire Italienne , par le mêine
Auteur. Il n'en refte qu'un très-perit nombre.
D ;
78 MERCURE
2.
VARIÉTÉS.
IDÉES SUR GOLDSMITH.
LEESS Auteurs qui n'ont pas atteint un certain
degré de fupériorité , perdent preſque tout leur
mérite lorſqu'ils paffent d'une Langue dans une
autre , &qu'ils tombent entre les mains de foibles
Traducteurs. Leurs idées ingénieuſes & fines , qui
ont plus beſoin des reſſources du ſtyle , que les
idées grandes & fubiimes des Home, des Milton,
&c. , privées de ce ſecours, laifient à peine
entrevoir des intentions. Il n'appartient alors qu'à
quelques perſonnes d'un goût sûr , d'un tact fin ,
de reconnoîtrree ,. à travers la métamorphoſe que
leur font ſubir les Traducteurs , les beautés de
J'original, & de les apprécier à leur juſte valeur :
c'eſt le fort qu'a éprouvé Goldſmith. Plufieurs de
fes Ouvrages font traduits en françois ( 1 ) , &
peu de Gens de Lettres en France le connoiffent.
Sans être an rang des Auteurs clafliques Anglois,
il jouit cependant , dans fon pays , d'une répuration
qui le met infiniment au deſſus de la foule
(1) Savoir ; le Ministre de Wakefield , que l'on direir
parodié plutôt que traduit ; le Villege abandonné, Poëme
traduit en vers en 1770 , & en proſe quelques années
après ; ainſi que le Voyageur , Peme. Les Traductions
de ces deux derniers Ouvrages ont paru chez Didot ,
en 1785 , dans un petit Volume qui a pour titre : Divers
Poëmés imités de l'Anglois. :
DE FRANCE. 79
des Ecrivains ordinaires ; il peut être placé parmi
les premiers du ſecond ordre. Le caractère propre
de ſon ſtyle eſt une certaine naïveté , une
bonhomie qui rend la lecture de ſes Ouvrages
très- attachente. Perfonne ne narre avec plus de
naturel & de gaſté, ne ſaiſit avec plus de vérité
le ton & les expreſſions du peuple , fans tomber
dans le trivial: il lui prête ſouvent des expreffrons
ingénieuſes ; mais il a l'art de les tourner
de manière qu'elles ne paroiſſent point au deſſus
de la portée de cette claſſe de gens.
Goldſmith a vécu dans la misère , & a , toute
fa vie , été aux gages des Libraires : auffi a-t-il
travaillé beaucoup & dans plus d'un genre ( 1 )
11 a écrit fur la Botanique , fur l'Hiſtoire ; ila
publié ſes Voyages en différentes parties de l'Europe.
Mais ceux de ſes Ouvrages qui portent le
plus l'empreinte de ſon génie, ſont ſes Effais ,
fon Citoyen du Monde , fa Comédie du Borhomme
fon Village abandonné , ſon Voyageur ,
Poëmes ; & fon Curé de Wakefield , qui l'a
placé, comme Romancier , immédiatement après
Richardfon & Fielding. Le parti qu'il a ſu tirer
d'un ſujet auſſi mince , les caractères neufs qu'il
y a introduits , l'intérêt ſuivi qui règne dans
P'Ouvrage, donnent l'idée la plus avantageuſe de
fon imagination. Le premier Volume eſt un chefd'oeuvre.
Peur - on rien voir de plus intéreſſant
que ce Curé au milieu de fa famille ? A-t-on jamais
reint un Philofophe avec des couleurs plus
vraies Quelle égalité dans la proſpérité ! quelle
(1) Outre les Ouvrages que je cite, il a fait une Histoire
d'Angleterre , une Htoire de la Grèce , & quelques
Pièces fugitives en vers , qui font affez médiocres,
fi l'on en excepte la Romance d'Edwin &Angelina ,
ſouvent traduite en françois.
D4
80 MERCURE
réſignation dans l'infortune ! L'une ne peut l'élever
, comme l'autre ne peut l'abattre : il eſt
toujours le même , && toujours ſupérieur aux évenemens.
Cependant l'Auteur n'a point cherché à
en faire un être parfait , un être chimérique :
fon Curé a sûrement plus d'un modèle dans le
monde ; ſes vertus ſont ſimples , & compatibles
avec les imperfections attachées à l'humanité. On
ne rencontre jamais en lui , dans le commerce
ordinaire de la vie , que l'homme uni , le bon
père de famille ; & ce n'eft que lorſqu'il s'agit de
montrer de la fermeté , du courage , qu'on reconnoît
le Philoſophe.
Ce Roman , trop peu connu en France , fera
analyſé plus en détail dans une Notice fur la Vie
& les Ouvrages de Goldsmith , à laquelle l'Auteur
de ces Idées travaille dans ce moment (1) .
Les morceaux qui paroiſſent aujourd'hui (2) font
tirés des Effais de Goldsmith , le moins ſoigné , &
pourtant le plus attachant de ſes Ouvrages. C'eſt
un Recueil de petits Traités philoſophiques , où
la morale eſt préſentée ſous les formes les plus
riantes : tantôt c'eſt un Conte, tantôt une Hiftoire
Orientale , quelquefois même une ſimple
plaifanterie philofophique. Mais autant ces cadres
ſemblent être légers , autant les ſujets font importans
; car ils ont tous pour objet de corriger
les vices& de rendre la vertu aimable. Goldſmith
ſavoit combien les leçons & la morale font in-
(1 ) Cette Notice fera imprimée à la tête d'une Traduction
complette des Effais de Goldsmith,
(2) Le morceau que l'on trouvera à la ſuite de ces Idées ,
fera tuivi de deux autres ; Pun intitulé de la Générosité
mal entendne ; & Paarre : Tableau du came d'une ville
pendant la nuit.
DE FRANCE. 81
fructueuſes , ſi l'on n'a l'art d'en écarter cet abord
auſtère qui en eſt preſque inféparable. Peu jaloux
de préſenter au Public un ſyſteme de philofophie ,
dont la réalité s'évanouit d'ordinaire hors du cabinet
, & qui n'eût ſervi peut-être qu'à ajouter un
rêve de plus à ceux qu'ont déjà faits lesPhilofophes,
iln'a voulu traiter que ces vérités dont la connoiffance
eft effentielle aux hommes dans le cours de
leur vie : & c'eſt après les avoir étudiés , après les
avoir conſidérés fous différens rapports, après avoir
fur - tout approfondi , à ſes dépens ( 1 ) , cette
étude que le Temps apporte fi lentement ſur ſes
ailes , l'expérience , qu'il a pris la plume & qu'il a
fait fon Ouvrage. Philoſophe équitable , il a vu les
hommes fans prévention comme fans indulgence ;
il ne s'eſt point diffimulé leurs vices , mais il leur
a auffi reconnu des vertus. Belle & rare impartialité
dans celui qui aplus éprouvé le's maux que
les biens de ce inonde ! Mais convaincu que rien
n'eſt plus dangereux à la Jeuneffe que de lui donner
de fauffes idées fur ceux avec qui elle doit
vivre , il a dédaigné cette ridicule vengeance que
certains prétendus Moraliſtes exercent ſur le
genre humain , & ila toujours montré les hommes
tels qu'ils font. La Jeuneſſe ſur-tout eſt l'obon
(1) Lorſqu'on connoît un peu la vie de Go'dſmith ,
s'apperçoit aifément que , dans ſes Effais , il en eft fou.
vent lui-même le ſujet. Plus timide que Montagne , il a
craint de ſe nommer , & je crois qu'il a eu tort. 11 me
ſemble qu'il y a quelque choſe de touchant à entendre
parler, fur fon propre compte , un homme qui a acquis
des droits à la confiance de ſes ſemblables par fon eſprit ,
par ſes talens , & par fon age ; & cet honnête Montagne ,
tout enparlant de lui-même , avfait dix Volumes qui font
bons pour tout le monde , & qui n'ont sûrement ennuyé
perfonne. D
82 MERCURE
jet de ſa ſollicitude ; c'eſt pour elle qu'il écrit
prefque toujours ; c'eſt elle qu'il veut enrichir
de fon expérience. Dans cette ſaiſon de la vie ,
la mobilité des idées , la vivacité de limagination
, nous font ſaiſir avec feu les premières impreſſions
qui s'emparent de notre eſprit; nous leur
communiquons ce caractère de force qui eſt le
partage de la jeuneſſe : mais, déterminés dans nos
choix par l'attrait des plaiſirs ſeuls, notre foiblefſe
naît de cette force même ; car , peu en état de
la diriger , elle tourne à notre défavantage , au
licu de nous fervir à nous garantir des dangers
I dont nous ſommes environnés. C'eſt donc au Philoſophe
à nous guider dans le commencement
orageux de notre carrière ; c'eſt à lui à nous
montrer les écueils vers leſquels mènent preſque
toujours des ſentiers de ficurs; à nous découvrir
les abîmes profonds que l'illufion couvre de fon
voile impénétrable. Mais le grand art alors eſt
de ne placer à côté de la vérité que des objets qui
puiſſent la rendre plus belle , afin d'étouffer les
regrets qu'une douce erreur doit laiſſer lorſque la
réalité qui la remplace n'eſt faite que pour attrifter
; & cet art eft celui de Goldſmith : il fait attirer
l'attention par l'eſpoir du plaifir , la fixer
par l'intérêt , & glifier , à la faveur de ces deux
grands mobiles , l'inftruction ſouvent impuiſſante
fans leur ſecours. Goldſmith avoit d'autant plus
beſoinde toutes les reſſources de ſon eſprit , qu'il
parle plus fouvent des chagrins que des plaiſirs
que l'on éprouve dans ce monde. Il a penſe que ,
pour être en état d'entreprendre , ſelon foonn expreffion,
le voyage de la vie , il falloit être préparé
aux dégoûts attachés à notre exiſtence , &
aux imperfections inſéparables de notre être ; &
il s'eſt repoſé ſur l'amour naturel que nous avons
rous pour la vie , du ſoin de contre-balancer les
idées ſombres que ſes réflexions pourroient avoir
fait naître:
DE FRANCE. 83
L'on doit donc regarder ces Effis autant
comme l'ouvrage du temps & de l'obſervation ,
que comme celui de l'esprit de l'Auteur : il eft
le dépôt de ſa philofophie pratique ; fon véritable
titre devroit être , la Théorie de l'expérience .
En l'écrivant , il réaliſoit ce voeu qu'il a exprimé
dans ces quatre vens de fon Poëme du Village
aandonné :
Istill had hopes, for pride attends us ftili ,
Amidst the Swains to Shew my
:
book-learm'd skill,
Around my fire an evening group to draw
Andtell ofall I felt , and all I Saw , &c.
,

Le genre de ce Livre, l'eſprit dans lequel il a
éré composé , déterminent auſſi le jugement que
nous en devons porter. Combien autoit - on peu
entendu Goldſmith , ſi l'on vouloit regarder ſon
Ouvrage comine un Ouvrage Ettéraire ! Qu'iınportent
les négligences , les métaphores accumulées
, les répétitions de la même idée qui peuvent
s'y trouver ? Goldſeith a des vûes trop étendues ,
pour appercevoir des taches légères ; en les faifant
difparoître , il eût fans doute été plus brilant;
en cût - il été plus utile ? Etre utile , voilà
fon but ; & , s'il l'a atteint , ſon éloge eft fait.
Conſtant dans ſa manière , il facrifie par- tout
l'efprit, pour ajouter un degré d'évidence aux vérités
morales; quli, en avançant un principe , re
w'eſt point par des raiſonnemens ingénieux qu'il
cherche à le prouver , il eſt preffé de convaincre
, & c'eſt pourquoi il a recours àdes exemples
tirés de l'Hiftoire ou de la vie privée des particu
liers. Cet homine, qui avoit fucceſſivement parcouru
les divers points de la roue de fortune , n'igno
roit point que les exemples agiſſent bien plus ſu
fes femblables que les meilleures leçons , toujour
D6
84 MERCURE
fufceptibles d'une interprétation arbitraire; tandis
que rien ne peut être oppofé à des faits qui font les
réſultats de l'expérience. Le ſeal reproche fondé
qu'on foit en droit de faire à Goldſmith , c'eſt de
ne pas donner afiez de développement à ſes idées.
Ses Effuis ne peuvent être_regardés que comme
des eſpèces d'apperçus , qui , pour l'ordinaire, laifſent
à deviner plus qu'ils n'en diſent : ce font quelques
rayons de lumière lancés dans un dédale
obfcur , qui fuffiſent ſeulement pour diriger les
pas de celui qui voudroit y pénétrer davantage.
Au refte , ce reproche tombe moins fur l'Auteur
perſonnellement, que ſur l'état d'indigence dans
lequel il a véru, & qui l'obligcoic d'écrire avec la
plus grande précipitation.
J'ai cherché , autant qu'il m'a été poffible , à
me rapprocher , dans ma Traduction , du ton de
Poriginal , à donner le plus ſouvent l'anglois mot
à mot; ma's fur- tout à conferver toujours le
mouvement de la phrafe de mon Auteur. J'ai pensé
que , pour prétendre au reérite de la fidélité , il
ne fuffifoit pas de rendre les idées , qu'il falloit
encore traduire le ſtyle , s'il m'eſt permis de m'exprimer
ainfi.
De l'amour des Vieillards pour la vie.
L'AGE , qui diminue les jouiſſances de la vie ,
augmente en nous le défir de vivre. Ces dangers
⚫ que , dans la vigneur de lajounette , nous avions
appris à mépriſer , ſe montrent à nous plus affreux
àmesure qué nous,vicilliſions : nos précautions ſe
multiplient avec le nombre de nos années ; la peur
devient à la fin l'idée dominante de l'esprit, &
ce court eſpace de temps qu'il nous refte encore
DE FRANCE . 85
àparcourir , eſt employé en vains efforts pour
reculer le terme de notre carrière .
Etrange contradiction , inféparable de notre
nature , & à laquelle le ſage même n'a point
échappé ! Si je juge de cette partie de la vie qui
eſt devant moi par celle que j'ai déjà parcourue ,
la perſpective eft affreuſe : l'expérience me prouve
quemesjouiſſances paffées ne m'ont point procuré
lebonheur réel ; la ſenſation me dit que celles que
j'ai déjà éprouvées ſont plus fortes que celles que
je pourrai éprouver par la ſuite. Cependant c'eſt
en vain que la fenfation & l'expérience parlent :
T'eſpérance , plus puiſſante qu'elles deux , m'embellit
le lointain avenir d'une félicité chimérique ;
je crois voir encore , à la lusur de la trompeuſe
lumière , le bonheur qui , dans Féloignement,
m'invite à le poursuivre; & ſemblable à un joueur
malheureux , Iardeur de ma pourfuite ne fait que
s'accroître de ſon, peu de, ſuccès .
t
D'où vient donc cet amour de la vie qui aug
mente en nous avec les années ? Don vient que
nous faifons de fi grands efforts pour affurer
notre exiſtence à une époque où elle ne vaut
profque plus la peine d'étre confervée ? Seroit ce
que la Nature , attentive à la conſervation du
geare humain , augmenteroit notre défir de vivre
a meſure qu'elle diminue nos jouiffances , &
qu'en privant les ſens du ſentiment de tous les
plaifirs , elle enrichiſſe l'imagination de fes dépouilles
? En effet , la vie paroîtroit infupportable
à un vieillard , qui , chargé d'infirmités , ne craindroit
pas plus la mort que dans la fleur de fon
âge. Les fouffrances fans nombre de la Nature
dans fa décadence , & la confcience intime de
furvivre à tous les plaifirs, forcerbient bientôt
1'homme à terminer de la propre main une vie
-qui ne feroit plus qu'un enchaînement de calami-
4
86 MERCURE
tés ; mais heureuſement le mépris de fon exiſtence
l'abandonne alors qu'il pourroit lui être dangereux
, & la vie acquiert une valeur imaginaire
en proportion que la valeur réelle diminue.
Notre attachement pour les objets qui nous
environnent, augmente ordinairement en raiſondu
temps que nous les connoillons. >>Je ſerois faché ,
>> dit un Philoſophe François , que l'on abatût un
>> vieux poteau que j'aurois vu fubfifter depuis
>> long temps . Un eſprit accoutumé à un certainordre
de choſes , devient infenfiblement charméde
les avoir toujours préſentes ; il les voit par
habitude & s'en ſépare avec regret: de là cette
avarice des vieillards pour toute eſpèce de poffeffion
; ils aimentle monde & tout ce qu'il produits
ils font attachés à la vie & à tous fes avantages ,
nonpas parcequ'elle leur procure des plaiſirs , mais
parce qu'ils la connoiſſent depuis long- temps.
Chinvang le Chaſte , en montant ſur le trône de
Chine , ordonna que tous ceux qui avoient été
injuſtement renfermés dans les priſons pendant
les règnes précédens , fuſlent mis en liberté. Dans
le nombre de ceux qui vinrent à cette occafion ,
remercier leur libérateur , parut un vieillard vénérole
, qui , tombant aux pieds de l'Empereur ,
lui adreſla le diſcours ſuivant : >> Puiſſant père de
>> la Chine , vois un malheureux , charge main-
>> tenant de 85 hivers , que l'on jeta dans un ca-
>> chot à l'âge de 22 ans : je fus empriſonné , quoi-
>> qu'étranger au crime , & même ſans avoir été
>> confronté à mes accuſateurs. Depuis plus de so
>> ans, j'ai toujours vécu dans la folitude &lobf-
>> curité; je ſuis familiariſé avec le malheur : en-
>> core tout ébloui de l'éclat de ce ſoleil , à la
>> Inmière duquel tu m'as rendu , j'ai parcouru la
> ville pour retrouver quelque ami qui voulût
>> m'aſſiſter , m'aider ou fe rappeler de moi ; mais
>> mes amis , mes parens font tous morts , & je
CC
17
"
ma
>>>
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L'am
femblak
vie :
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1'amou
que
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attachent à
grin
lorſqu
pour
ainſi
di
lance
nouvel
n'a
point
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fois
instructif
malgré
cela,
lui.
Pour
nous a
l'âge, la
vie ef
gaité
s'eft
monta
miers
entretiens ;
les à
nous
conte
nouvelles
lumières
cependant
nous l'a
ſes
agrémens,
nous
nous
comine un
tréf
débris avec une
frug
fant,&
nous
fento
DE FRANCE. 87
د
>>fuisoublié. Permets - moi donc, ô Chinvang !
d'ufer les malheureux reſtes de ma vie dans
>> mon ancienne priſon: les murs de mon dongcon
> ont pour moi plus d'attraits que les palais les
>> plus magnifiques. Je n'ai plus long-temps à
» vivre , & je ſerai malheureux ſi je ne finis
>> mes jours dans le même endroit où je palai
>> ma jeuneſſe , dans cette même priſon d'où ta
>> bonté daigne me faire fortir «.
L'amour de cet homme pour l'eſclavage eſt
femblable à celui que nous avons tous pour la
vie : nous ſommes habitués à la priſon; nous regardous
autour de nous avec chagrin ; nous ſommes
mécontens de notre demeure ; & cependant
la longueur de notre captivité ne fait qu'augmenter
l'amour que nous avons pour elle. Les arbres
que nous avons plantés , les maiſons que nous
avons bâties , les enfans que nous avons engendrés,
tout fert à refferrer les neeads qui nous
attachent à la terre , & à augmenter notre chagrin
lorſque nous la quittons. La vie recherche ,
pour ainſi dire , la jeunette comme une connoif
fance nouvelle : ce compagnon dont Ihomme
n'a point encore épuiſé les refſources , eft à la
fois inſtructif & amuſant; ſa ſociété plaît , &
malgré cela , on n'a point de ménagement pour
lui. Pour nous autres , qui ſommes au déclin de,
l'âge , la vie eſt comme un vieil ami : jadisfa
gaîté s'eſt montrée toute entière dans nos premiers
entretiens ; il n'a plus d'hiſtoriettes nouvelles
à nous conter pour nous égayer , plus de
nouvelles lumières qui puiffent nous furprendre :
cependant nous l'aimons toujours ; privé de tous
ſes agrémens , nous l'aimons encore : il eſt pour
nous comine un tréfor dont nous économifons les
débris avec une frugalité qui va toujours en croiffant
, & nous ſentons tous les tourmens de l'an88
MERCURE
*
goiffe en voyant approcher le moment de la
ſéparation.
Sir Philippe Mordaunt étoit jeune , beau ,
loyal , brave , un Anglois en un mot ; il jouiſſoit
'd'une fortune très-confidérable & de l'amitié de
fon Roi , qui équivaut à des richeſſes. La vie
'avoit étalé devant lui tous fes charines , & fembloit
lui promettre une longue ſuite dejours fortunés
: il fut d'abord ſéduit par ſes attraits; mais
il s'en dégoûta bientôt ; enfin il conçut pour elle
ine averfion infurmontable. Las de tourner toujours
autour du même cercle d'objets , il eſſaya
de tous les plaiſirs , & trouva que la vivacité de
leur jouiſſance diminuoit à chaque fois qu'il y
revenoit. >> Si la vie , dans la jeuneſſe , eſt aufli
à charge , ſe dit-il à lui-même , que doit-elle
> être lorſqu'on a atteint un âge avancé ? & fi
>> maintenant elle eſt indifférente, fürement alors
>> elle paroît exécrable <<. Cette réflexion remplit
d'amertume toutes les pensées ; & enfin , avec tout
Je fang froid d'une raiſon pervertie , ce fut avec
un pistolet qu'il termina le débat. Si cet homme ,
qui s'étoit égaré lui-même , eût ſu que le temps
ne fait qu'accroître notre amour pour la vie , il
eût alors contemplé ſans effroi l'approche de la
vieilleſſe ; il eût hardiment ofé vivre , & eûr fervi,
en rempliffant ſes devoirs , la Société qu'il a
Jachement injuriée par ſa défertion .
Par M. le Prince Baris de Galiızin .
DE FRANCE. 89
1
ANNONCES ET NOTICES.
1
ONN
a mis en vente , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , No. 18 , le XXXe. & dernier Cahier
des Quadrupèdes enluminés , contenant 14 Pl.
--Prix, 8 liv. 8 f. Cette Collection eſt complette actuellement
, & comprend 362 Planches, dont le
prix eſt de 217 liv. 4 f.
: Le Tome VII & dernier des Animaux quadrupèdes
, formant le XIIIe. Volume des OEuvres
complettes de M. le Comte de Buffon , in-4 ° . Prix.
21 liv. blanc , 21 liv. 10 f. broché , 24 liv. relié,
1
Hiftoire Naturelle des Quadrupèdes ovipares &
des Serpens , &c. par M. le Comte de la Cépède ,
in-12. Tomes I , II. Prix , 6 liv . blanc ou broché,
7 liv. 4 f. relié.
Cet Ouvrage eft la continuation de l'Hiſtoire
Naturelle, publiée par M. de Buffon. Les Volumes
que l'on donne aujourd'hui au Public , contiennent
l'Histoire de tous les Quadrupedes ovipares ;
& les deux Volumes ſuivans , qui paroîtront inceffamment
, renfermeront celle de toutes les eſpèces
de Serpens : ils termineront par conféquent des
branches importantes de l'Hiſtoire Naturelle , générale
&particulière,
Le choix que feu M. de Buffon a fait de M. de
la Cépède pour exécuter les parriés de Hiftoire
Naturelle , oft une des meilleures preuves de la
boaté de l'Ouvrage que nous annonçons . L'Auteur
a fait connoitre depias long- temps , par des Pro
90
MERCURE
ductions conſidérables , l'étendue de ſes connoiffances
: & d'ailleurs les Volumes qu'il vient de
publier paroiſlent avec l'approbation de l'Académie
, donnée d'après un rapport très-étendu , &
imprimé à la tête du premier Volume , dans lequel
MM. d'Aubenton, Fougeroux & Brouflonnet rendent
compre de la manière la plus favorable , non
ſeulement du plan de l'Ouvrage , de l'ordre méthodique
ſuivant lequel M. de la Cépède a préſenté
les différentes eſpèces d'Animaux dont il traite , dù
foin avec lequelles defcriptions ont été faires d'après
les divers individus du Cabinet du Roi , de
l'étendue des recherches , de l'expoſition des habitudes
naturelles , de la confidération des rapports
des divers Animaux , des vues , & de toutes les
choſes nouvelles que les Naturaliftes trouveront
dans cette Production ; mais encore de la forme de
l'Ouvrage , & de la manière dont M. de la Cépède
l'a rendu agréable à toutes les claſſes de Lecteurs.
Hiſtoire Militaire de la Suiffe , & celle des
Suiſſes dans les différens Services de l'Europe,
compoféc & rédigée fur des Ouvrages & des
Pièces authentiques , par M. May , de Romainmotier
; 8 gros Vol. in-8º. Prix des 8 Volumes
brochés, 36 liv. Se trouve à Paris , chez Poinçot
, Lib. rue de la Harpe.
MEMORIAL pittoresque de la France, ou Recueil
de toutes les belles actions , traits de courage,
de bienfaiſance , de patriotifme & d'humanité,
depuis le règne de Henri IV juſqu'à nos
jours , avec des Planches gravées en couleur ; par
M. Janinet , d'après les deſſins des plus célèbres
Artiſtes. 7e. Livraiſon.
Cet Ouvrage a été commencé par M. de Machy
, qui en a cédé le privilége à M. Janinet. Il
fera deformais rédigé par M. de Charneis. Cet
DE FRANCE. وا
Ecrivain en a commencé la rédaction à la 7c.
Livraifon , qui vient de paroître. Comme , malgré
les recherches dont il s'occupe pour rendre
cette Collection intéreſlante , il doit lui échapper
beaucoup de traits dignes d'être tirés de l'obſcurité,
il prie les perſonnes qui auroient connoiffance
de quelques Anecdotes fafceptibles d'honorer
un Citoyen quel qu'il foit , de les lui faire
parvenir , avec les cert ficats authentiques & juftificatifs
du fait ( le tout franc de port ) , en ſa
demeure, Hôtel des Arts , grande rue du F. B.
S. Martin. Il les recevra avec reconnoiffance , &
en fera le plus prompt uſage qu'il fera poſſible.
Le format de cet Ouvrage eſt grand in-4°. fur
papier vélin , caractère de l'édition du Télémaque,
de M. Didot le jeune.
Chaque Cahier paroîtra de 6 ſemaines en 6 femaines
, & de mois en mois , toutes les fois que
Ics Gravures n'exigeront pas de trop grands détails.
On ſouſcrira en tout temps , pourvu qu'on
prenne l'Ouvrage entier. On ne demande aux
Souſcripteurs aucune avance , mais ſeulement leur
promeffe par écrit de prendre, de payer chaque
Cahier à meſure qu'on le leur livrera. Le prix de
chaque Livraiſon ,contenant une Eftampe gravée
en couleur, & quatre pages d'impreffion, fera de
4 liv. On ſouſcrit à Paris, chez M. Janinet , rue
Haute-feuille , Nº. s , où l'on ſouſcrit auſſi pour
les Costumes & Annales des grands Théatres de
Paris; & chez Didot le jeune , Imp. de Monfieur,
quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage acquiert de nouveaux titres au
fuccès. Les actions qui fourniſſcient les ſujets ,
étoient préſentées ſans aucun développement. Le
nouveau Rédacteur ſe propoſe de leur donner
plus d'extenfion , & par-là d'ajouter à l'intérêt de
ſes Lecteurs. L'exécution nous en a paru trèsfoignéc.
92 MERCURE'
Jeu de Cartomancie , pour l'amusement des Dames.
C'est un Jeu d'un nouveau genre , compofé
de 66 Figures ou Tableaux , qui représentent les
différens caractères des hommes , & les choſes qui
ont le plús de rapport aux évènemens de la vie
& dont l'enſemble: combiné amuse & intérefle .
Prix, 14 liv. , avec le Livret qui en donne l'explication.
Pour le mettre à la portée des facultés de
chacun , on en diftribue un, compoſé de 42 Figures
, qu'on nomine le petit Jeu. Prix , 7 liv. 4 f.
avec le Livret. Celui- ci n'eſt ni moins curieux ni
-moins amuſant que le grand , dont il fait partie.
On croit ne pouvoir mieux faire connoître l'intérêt
& l'agrément de ce Jeu , qu'en rapportant ce
qu'en dit le Cenſeur du Livret, qui ſert d'explication
, dans l'Approbation qui précède le Privilége
que Sa Majefté a accordé à l'Auteur, M. le Comte
de P***.
>> Cette récréation , d'un nouveau genre , eſt
>con.polec d'Emblêmes alternativement gais &
> ſérieux des différentes ſituations de la vie hu-
>> maine. Ce Jeu ſemble propre à fubftituer quel-
>> ques idées raisonnables & quelques réflexions
utiles à la ſuperſtitieuſe & puerile manie qu'ont
encore certaines perſonnes de chercher leur
deſtinée dans les Cartes ec.
On pourroit ajouter que le Jeu qu'on a défigné
fous le nomde Jeu de Cartomancie, ſans être abſtrait
'comme l'eft ordinairement cette Science , ſupplée ,
par une combinaiſon facile & par des Tableaux
aufi agréables que variés , à la forte de puérilité
das Jeux de Cartes ordinaires , & qu'il paroît farisfaire
pleineinent la curiofité qui porte ordinairement
toutes les clafies de la Société à ce genre de
diffiption .
DE FRANCE.
93
Ce Jeu ſe trouve à Paris , chez le Sr. Bertin ,
Md. Papetier , Hôtel du Déûr , rue du Fauxbourg
S. Denis; & chez le Sr. Thiéblemont , auſſiMd.
Papetier , rue & forte S. Antoine.
1
Les perſonnes de Provinces qui défireront trai-.
ter directement avec l'Auteur , ſoit pour la diftribution
de ce Jeu , ſoit pour des objets relatifs
à ſa compoſition , ſont priées de s'adreſſer à M.
Desforges , rue de Bourbon-Villeneuve , à Paris ,
maiſon de M. de Chezelle , Sellier ; & d'affranchir
leurs lettres , fi elles défirent qu'elles lui parviennent.
NOUVELLES P.:ſtilles de Limonade, chez le Sr.
Duthu , Md. Epicier , rue St. Denis , No. 272 ,
entre la rue des Lombards & celle de la Heaumerie
, vis-à-vis Sainte-Opporrune , à Paris .
Ces Paſtilles font rafraîchiſſantes & agréables ;
c'eſt uue vraie Limonade qu'on a dans ſa bonbonnière
, & dont on fait uſage quand on veut
& où l'on veut.
On met tout fimplement cinq à fix de ces Paftilles
à fondre dans la bouche : on réitère cela de
temps en temps pendant le cours de la journée.
On peut en prendre ainſi juſqu'à la valeur d'une
once & demie à deux onces par jour ; mais quand
on veut en obtenir un effet plus rafraîchiffant.en-i
core, il faut boire par-deſſus , toutes les trois ou
quatre heures, un verre d'eau froide. Cette boiffon
eſt très-commode pour beaucoup de monde ,
& fur-tout pour les voyageurs . 1
Nota. Lorſque nous avons rendu juftice à l'excellent
Chocolat gommeux de M. Duthu , ainſi
qu'à ſes Chocolats de ſanté avec ou fans Vanille,
nous avions pour garans ſon exactitude &
94
MERCURE
foins , fa Pratique éclairée & peu myſtérieure , le
témoignage de beaucoup de Conceiffeurs & de
Médecins, célèbres de cette Capitale. Le temps &
l'expérience ont juftifié nos éloges ,& la réputation
dont M. Duthu jouit pour cette branche de
commerce , eſt d'un bon augure pour tous les
objets qui peuvent fortir de les mains.
La Déclaration,-l'Amant preſſant, deux Eftampes
en couleur, deſſinées par J. B. Huet, gravées
par A. Legrand. A Paris , chez Bourrel , rue St.
Jacques , au coin de celle de la Parcheminerie.
Ces deux eſtampes font pendant.
Une Eſtampe allégorique , en médaillon , ſur la
rentrée du Parlement , intitulée le Préfage de la
Félicité , faifant perdant à FEspoir du Franço s.
Se trouve à Paris , chez Mad. Bergny , Marchande
d'Estampes , rue du Coq- Saint- Honoré ; & à
Verſailles , chez Blaizot , Libraire & Marchand
d'Estampes , rue Satory . Prix , 1. 1. 4 C.
}
Nouvelle édition du Théatre Itinéraire de la
guerre actuelle entre les Turcs d'une part , les
Ruffes & les Impériaux d'autre part; par M. Brion
de la Tour , Ingénieur-Géographe du Roi.
1
De toutes les Cartes de ce genre , celle-ci eft
la ſeule où les Places fortes foient caractériſées ,
& les Roures principales tracées. En outre il
n'en eft point qui renferme la même étendue de
pays.
Prix de la Carte lavée & enluminée , 48 f. chez
l'Auteur , rac du Plâtre St. Jacques , no. 29 ;
Defnes, Efnauts & Rapilly , rue St. Jacques
&Cuflac , Libraire , Galerie de Richelieu , au
Palais-Royal , nos, 7 & 8
DE FRANCE..
१५
Nouveau Cahier de Wouskis , Tappe-culs &
Berlines Angloiſes. Prix 36 f. A Paris , chez le
Campion , fils , rue Jacob , fauxbourg St. Germain,
en face de celle St. Benoît , nº. 24.
Huit Cahiers d'Arabesques & de Décorations
propres aux Artiſtes de ce genre , deſſinés par
M. J. M. Moreau , & à Rome par M. Lavallé
Pouin , & c . Prix , 1 1. 4 f. chaque cahter .AParis ,
Guyot, Graveur , rue St. Jacques , nº . 9.
La Renommée-la vérité, deux petites Eſtampes
dans la manière Angloiſe , faiſant pendant ,
gravées d'après Stephanoff , par Wils. Prix , 1 1.
10 f. pièce. A Paris , chez M. Clement,
veur , Montagne Ste. Geneviève , maiſon du
Sr. Maru , Perruquier, au zme.
Gra-
On trouve chez le même une Eftampe d'un
plus grand format , gravée avec effet , intitulée :
la Frayeur maternelle.
Symphonie pour le Clavecin , avec Violon &
Bafle , par M. P. A. Cefar. Prix , 3 liv. Ou
verture d'Iphigénie en Aulide , par le Chevalier
Gluck , arrangée pour le Clavecin d'une inanière
très-intelligible pour en faciliter l'exécution , avec
la Marche des Mariages Samrites , variće ; par
le même. Prix , 2 liv. 8. A Paris , chez l'Auteur
, quai des Ormes , au coin de la rue Geoffroi-
l'Alnier , vis - à - vis la pompe , maiſon du
Billard.
3Sonates pour Clavecin, Violon ad lib . , pac
M. Hullmandei ; OEuv. 102. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez M. Saunier , rue S. Honoré , coar du Grand-
Charroi , au coin de la rue de la Sourdière.
1"
A
96 MERCURE DE FRANCE.
ze. Concerto pour le Clavecin , deux Violons ,
Alto & Baffe , Cors & Hautbois , ad lib . , dédié
à la Reine , par M. Hermann , Maître de Piano
de Sa Majefte. Prix , 7 liv. 4 fous. OEuv. se. A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Anjou , F. B. Saint-
Honoré , N8. 133 . ٠١٠
Recueil d'Airs des Opéras bouffons Italiens des
plus célèbres Auteurs , arrangés en Quatuor concertans
, pour deux Violons , Alto & Violoncelle
obligés ; par M. Gaſſeau , Muficien de la Garde
Suifle du Roi. Prix , 6 lv. A Paris , chez Sieber ,
rue Saint - Honoré , vis-à-vis l'Hôtel d'Aligre
Nº. 91 ; Baillon , rue du Petit- Repoſoir ; De
Bray , Libr. , au Palais - Royal , galerie de bois
Nº. 235 ; & à Verſailles , chez l'Auteur , maiſon
de Madame Montigny , avenue de S. Cloud , au
coin de la ruc S, Pierre.
,
Ces Suites , compofées chacune de 6 Airs , ſeront
continuées au nombre de 12 .
TABLE,
INSCRIPT NSCRIPTION.
Bouts Rimés,
Charade. Enig . & Logog.
Cuvies de Plutarque.
49 Blançay. 65
Les. Elémens. 77
13 Variétés. 78
57 Annonces & Notices . 89
APPROBATION.
t
J'ai le, pat ofere de Mgr . le Garde des Sceaux,
le MERCURE DE FRANCE , peur le Samedi 8
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreſſion. AParis, le 7 Novembre
1788 . SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 12 Octobre 1788 .
La Diète , compoſée de 343 Membres ,
dont 178 Nonces & 165 Palatins , Miniftres
, Caftellans & Sénateurs , a remis ſa
feconde Séance à demain 13. Ce jour
même , M. Bucholtz, Miniſtre du Roi de
Pruſſe , portera à l'Aſſemblée une Déclaration
de ſa Cour , dont la nature n'eſt
encore qu'imparfaitement connue. L'opinion
de quelques Nonces étoit d'augmenter
juſqu'à 100,000 hommes l'arméeNationale
, qu'on n'élevera ſeulement
qu'à60,000: les moyens de l'entretenir ne
ſont pas encoredéterminés ; il eft queſtion
d'unetaxe ſur les bénéfices Eccléſiaſtiques .
C'eſt le parti de la Couronne, ſoit celui
de la Ruffie , qui a propoſé de tenir la
Diète ſous Confédération : affez généra-
Nº. 45. 8 Novembre 1788 . C
( 50 )
lement on s'eſt réuni à cet avis ; mais il
eſt douteux encore que cette harmonie
règne dans les délibérations ſuivantes .
Le Marquis de Lachesini , Miniſtre de
Prufle à la Cour de Pétersbourg , eft arrivé
, le 8 , en cette réſidence , où l'on attend
d'un jour à l'autre M. Hailes , nouveau
Miniftre Britannique , qu'on dit
chargé de commiſſions de la plus grande
importance.- Les troupes Pruſſiennes qui
ſe trouvoient dans le voiſinage de Thorn',
ont reçu l'ordre de ſe tenir prêtes àmarcher,
celles du diſtria de la Netze ſe ſont avancées
, en partie , ſur les frontières de la
République.
Tout est en mouvement dans la nouvelle
Ruffie , les Turcs de Bender s'étant
mis en marche. On dit même qu'ils ont
pénétré ſur le territoire Ruſſe par Balta :
circonftance qui pourroit changerde nouveau
le plan d'opérations du Maréchal de
Romanzof.
RUSSI Ε.
De Pétersbourg , le 6 Octobre 1788 .
Lagazette du 30 ſeptembre a publié det
dépêches du Maréchal de Romanzof, du
Prince Potemkin , & du Général Comte
Muschin Puschkin. La première rend
(51 )
compte des opérations des Généraux
d'Elmpt & Kamensky , du côté de Choczim
& de Jaffy. ( On connoît ces opérations
par les bulletins de Vienne. ) Dans
la ſecondé , le Prince Potemkin tranſmet
tout ce qui s'eſt paflé du côté du Caucafe,
près de Sudſchukkale. Il dit que le
Lieutenant-général Talyfin étant arrivé ,
le 22 août , au-delà de Savy , établit fon
camp pour y attendre la jonction du Gé
néral Tekelly. Il apprit, le même jour, que
les Abafins & les Tſcherkis s'affembloient
enCorps; il détacha , en conféquence , le
Brigad.Bergman avec 3 bataillons deChaffeurs&
300 Cofaques , & lui ordonna de
paſſer leCuban ſur la gauche.Le lendemain,
ce détachement rencontra environ 4000
hommes d'Atutayes & d'Abaſins , qui fondirent
ſur nos troupes en déſeſpérés ; mais
le feu bien foutenu de l'artillerie & de la
mouſqueterie , les força à ſe retirer , & à
prendre la fuite. La perte de l'ennemi
monte à près de 800 tués ; on fit fix prifonniers
, & on brûla environ 2,000 cabanes
. Nous avons eu , de notre côté ,
deux tués & vingt-unbleſſés ;&, fuivant
l'uſage , la Gazette conclut que les ennemis
ont été complettement battus . Le
Général Muschin Puſchkin mande dans ſa
dépêche , datée du 26 ſeptembre , que les
-
Suédois ont quitté Hogfors & Kymene
cij
( 52 )
gorod, & évacué entièrement la Finlande
Kuſſe , après quoi leGénéral-Major Bauer
a fait occuper tous les poftes ſur la frontière.
Depuis cette évacuation de la Finlande
Ruſſe , le Grand-Duc a quitté le camp ,
& eſt revenu , le 25 , en cette capitale.
Nos troupes ne ſont point entrées , ni
n'entreront ſur le territoire Suédois , &
l'on regarde la campagne comme entièrement
finie.
Le ſieur Herman a conſigné dans ſes
mémoires de Phyſique ,d'Economie , &c.
des provinces qui compoſent l'empire de
Ruſſie , une obſervation qui mériteroit
d'être conſtatée en d'autres pays ; il obſerve
dans ſes notes fur les relevés des
naiſſances & des morts de pluſieurs provinces
Ruſſes , que le nombre des garçons
eft toujours plus petit dans les provinces
froides ,&dans celles où ilrègnebeaucoup
deluxe.
)
DANEMARCK.
De Copenhague , le 17 Octobre.
Le Prince de Heſſe ayant établi , le rt,
fon quartier général à Kongelf, près deGothenbourg
, il inveſtit cette dernière place ,
oùſe trouvoit une forte garniſon &le Roi
( 53 )
de Suède même , accompagné de M.
Elliot , Miniftre d'Angleterre auprès de
notre Cour. Le Baron de Borck , Miniftre
du Roi de Pruſſe , arrivé ici depuis quelques
jours , ſe rendit auſſi à Gothenbourg.
Il eſt certain que les Cours de Londres
&de Berlin n'ont pas vu tranquillement
nos troupes attaquer celles de Suède ,
preſqu'à l'improviſte , à l'inſtant où les
Ruſſes même , contens d'avoir regagné
leurs frontières , ſe tenoient en Finlande
dans l'ination : auffi s'est-il enſuivi , de la
vivacité de nos démarches , une déclaration
des deux Cours ſuſnommées , & des
difpofitions de leur part , qui ont ramené
notre Ministère à des procédés plus paci
fiques. Peu après l'arrivée d'un Courrier
expédié par M. Elliot au Comte de
Bernstorf , notre Principal Miniſtre , on
a appris que le ſiège de Gothenbourg ſe
terminoit par un armiſtice que nous fixions
d'abord à huit jours , & qui ſe trouve aujourd'hui
de deux mois .
SUÈDE.
De Stockholm , le 14 Octobre.
L'invaſion de nos frontières & de plufieurs
diſtrias par les Danois , qui , quoque
fimples auxiliaires de la Ruffie , nous font ,
ciij
( 54 )
dans la réalité, par cette diverſion , une
guerre à eux particulière , n'a ralenti
ni l'activité du Roi , ni les négociations .
Dans fon voyage en Dalécarlie & en
Warmie , S. M. a non ſeulement donné
aix meſures de défenſe l'attention nécef
faire , il a de plus intéreſſé tous les citoyens
ày concourir avec ardeur , & à rejeter les
infinuations des ennemis de l'Etat , pour
étendre les progrès de la diſcorde. C'eft
dans ce but , & fous ce titre , que le Roi ,
durant ſon ſéjour à Carlſtadt en Warmie ,
a publié un Monitoire , dont on a fair
lecture , le 5 , dans toutes les égliſes de
cette capitale , & qu'on peut regarder
comme une pièce hiſtorique. En voici la
traduction :
Nous , GUSTAVE , &c. à vous nos fidèles Sujets
de tout rang , falut , la garde du Tout-Puiſſant ,
notre grace& bienveillance particulière : Artendu
que nous nous voyons attaqués aujourd'hui , encore
d'un autre côté du royaume , par des forces
ennemies , & obligés à nous armer pour défendre
nos Etats & l'indépendance de la chère Patrie ,
non moins que votre vie , vos propriétés , votre
liberté & votre bien-être , nous ne doutons nullement
, nos chers Sujets , que vous ne preniez ,
comme vos braves ancêtres, les armes avec courage,
fermeté & unanimité , pour repouſſer les entrepriſes
de l'ennemi , d'autant plus que nous voulons
nous-mêmes vous ſervir d'exemple , comme
l'ont fait nos illuſtres ayeux , pour défendre , jufqu'au
dernierhomme ,l'indépendance de ce royau
( 55 )
me , d'une antiquité reculée. Cependant nous ne
devons point vous cacher tous les moyens dont
votre & notre ennemi veut ſe ſervir , pour opprimer
un peuple dont il a ſi ſouvent éprouvé
lavaleur à ſon détriment ; & comme il ne s'affure
point de pouvoir effectuer notre commune
ruine par la ſeule force ouverte, il cherche à exci
ter, par des querelles & des inſpirations ſecrettes ,
ladifcorde , tant entre vous- mêmes , qu'entre vous
&Nous ; convaincu qu'un Roi Suédois , uni avec
la Nation Suédoiſe , ne fauroit pas facilement être
réduit ſous le joug. Nous vous exhortons au nom
du Dieu Très-Haut, comme l'unique & vrai Défenfeur
des Rois& des Etats , que vous ne prêtiez
point l'oreille à de pareilles infinuations , mais que
vous perſévériez conftamment dans la fidélité que
nous ſommes en droit d'exiger de votre part , &
que , durant ſeize années de règne , nous n'avons
pas moins éprouvée , que nous ne l'avons méritéede
vous. Nous pouvons auffi vous donner l'heureuſe
nouvelle , qu'entre les principales Puiſſances
de l'Europe , qui ſe réuniſſent aujourd'hui , & qui
s'intéreſſent de près à l'indépendance du royaume
Suédois , l'on travaille à toute force à remplir notre
voeu de voir la paix bientôt rétablie , & qu'à l'aide
du Tout-puiflantnous eſpérons queleurs communs
efforts , réunis aux nôtres , atteindront bientôt ce
but falutaire , afin de nous réjouir alors , après
que la Paix aura été rétablie , qu'avec des Sujets
unis par la concorde , dans une Diète générale des
Etats du royaume , nous puiſſions offrir nos actions
de graces à l'Etre-Suprême , pour la protection
qu'il nous a accordée & à notre royaume.
Nous vous recommandons au reſte à fa main
toute-puiſtante ; & nous vous reſtons affectionnés
à vous tous , de quelque rang que vous
civ
( 56 )
foyez , de toute notre grace & bienveillance
royale.
Fait à Carlſtadt , le 29 ſeptembre 1783 .
(L.S. ) Signé, GUSTAVE.
Etplus bas, HERM. VON LAASTROM.
Pendant ſon ſéjour en Dalécarlie , Sa
Majefté eſt deſcendue , le 20 ſeptembre ,
dans les fameuſes mines de cuivre de
Fahlun ,&écrivit ces mots , de la main, ſur
le regiſtre des mineurs :
« A l'âge de 9 ans , c'est-à-dire , en 1755 , je
>> defcendis , pour la première fois, dans ce fou-
>> terrain; comme Prince Royal de Suède , je m'y
>> tranſportai pour la ſeconde fois , il ya aujour-
>> d'hui précisément vingt ans , c'est-à-dire , le 20
> ſeptembre 1768 ; aujourd'hui , comme Roi de
» Suède , j'ai vifité , pour la troiſième fois , ce tré-
>> for important du royaume , &y fuis defcendu
>> juſqu'à la profondeur de cent dix-huit toiſes.
>> Ecritdans laSalle de Confeil de la grande mine ,
>> le 20 ſeptembre 1788. »
Signé , GUSTAVE.
La Bourgeoifie de cette capitale adéja
armé 3000 hommes pour ſa défenſe , &
elle a décidé , le 8 , d'en armer encore
10,000.
Le camp qui ſe forme près de Lund ,
dans la Scanie , ſera ſous les ordres du
Maréchal Baron de Scheffer. Les troupes
que l'ona tirées de Stralsund , s'y rendent
d'iſtadt.
« Les troupes auxiliaires de Danemarck
ss font enpoffeſſion de cette ville, écrit- on
» d'Uddewalla , en date du 7. On agit
( 57 )
> avec nous on ne peut pas mieux; nous
>> ne ceſſons pas d'être des Sujets Sué-
>> dois , mais ON NOUS A MIS SOUS LA
» PROTECTION DE LA RUSSIE, Tout
>> eſt payé comptant. Le Prince Royal de
>> Danemarck & le Feld- Maréchal Prince
» deHeffe ont ordonné de nous laiffer nos
>> bâtimens , de forte que nous pouvons
>> continuer librement notre commerce
>> &la pêche duhareng. On nous a même
>> donné des paffe-poits pour nos bâti-
>> mens dans la Baltique , afin qu'ils n'aient
>> rien à craindre des Croiſeurs Ruſſes &
>> Danols. >>
Quoique ſenſibles à cette grande amitié
des Danois, à qui , d'ailleurs , nous n'avions
donné aucun ſujetde plainte , ce n'eft pas
fans furprife que nous voyons ces voiſins
prendre nos villes pour les mettre fous la
protection des Ruffes. Contre qui ſera donc
dirigée cette protection ? Eft- ce contre les
Danois eux-mêmes , ou contre le Gouvernement
Suédois ? On ne voit guère
d'autre alternative.
ALLEMAGNE.
DeVienne , le 18 Octobre.
Quoique la fituation de notre armée
dans le Bannat ait peu changé , quoique
CV
( 58 )
les avis de Semlin & de la Tranſylvanie
n'annoncent encore aucune amélioration
ſenſible dans nos affaires , cependant on
commence à revenir des terreurs exagérées
que l'on avoit conçues. Soit que la fatigue
des troupes Ottomanes , les maladies
dont elles n'auront pas été plus exemptes
quenotre armée, les pluies abondantes de
lafinde ſeptembre,la priſe de Choczim qui
laiſſeles alliés maîtres de la Moldavie, aient
fufpendu les entrepriſes ; foit que fidèle à
fon plan de prudence , le Général Ottoman
ait préféré ſa fûreté aux nouveaux
avantages qui ſembloient l'attendre , &
qui l'euffent exposé au hafard d'une bataille
, il eft certain que depuis le 26 feptembre
juſqu'au 7 de ce mois , le Grand-
Vifir n'a pas fait de progrès ultérieurs .
On prétend même , ce qui n'eſt pas encore
avéré , que fi notre grande armée
eſt toujours à Lugofch , le Corps de
Wartenfleben s'eſt avancé juſqu'à Sakul ,
que le Général Bréchainville a reçu ordre
de reprendre ſon poſte à Werſchez , &
Ic Général Lilien celui d'Oppowa. Cependant
on travaille avec ardeur aux fortifications
de Temeſwar , dont la garnifon
confite en neuf bataillons. Tous les Offciers
de Juſtice & de Police , les Employés
du Gouvernement , & une grande
partie des femmes &des enfans ont quitté
(
( 59 )
la ville , où le Feld-Maréchal Pellegrini eſt
arrivé depuis la fin de ſeptembre , pour
en prendre le commandement.
Le Bulletin officiel du 15 , eſt reſté
à-peu-près muet fur le Bannat ; il s'appéfantit
fur des eſcarmouches de Huſſards ,
&ne contient en ſubſtance que les avis
fuivans.
Corps d'armée près de Semlin , le 8 Octobre.
•Les divers détachemens des Volontaires font
ſouvent aux priſes avec des Turcs déſerteurs ; ils
en ont fait pluſieurs priſonniers , qui dife at unanimement
que la déſertion gagne de plus en plus
dans l'armée Turque.
Le 2 de ce mois , on vit arriver ſur le Danube ,
près de Belgrade , 8 grands bâtimens & 43 tſchaïques
; leur arrivée fut annoncée àBelgrade par
une décharge de canons.
Corps d'armée près de Lugosch , le 10 Octobre.
L'Empereur a élevé au grade de Général-Major
les Colonels Filo Sztarray & Quasdanowich , & à
celui de Général Feld-Maréchal le Comte de Soro.
Il fe pafſe ſouvent de petites eſcarmouches entre
nos poſtes avancés & des détachemens ennemis.
La dernière eut lieu entre Orlawath & Fakasdin ,
où l'ennemi fut repouffé avec perte.
Corps d'armée près de Muhlenbach, en Tranfylvanie ,
le 6 Octobre.
Le Général de Spleny a mandé au Général de
Fabris , le premier de ce meis , qu'il s'eſt mis en
marche vers Adſchud , d'où il dirigera ſes mouvemens
ſelon les circonstances .
Le 7 au matin , les Turcs , au nombre d'environ
5,000, attaquèrent leGénéral Stader, poſte davant
cvj
( 60 )
1
i
1
Haczegg , mais ils furent repcuſſés avec perte.
L'action aduré juſqu'à deux heures de l'après-midi.
Nous avons eu en cette occafion 21 tués , dont
un Officier ; & 28 bleſſés , dont deux Officiers.
L'ennemi a emporté ſes bleſſés , & le plus grand
nombre des tués ; dans fa retraite , il a mis le feu
à pluſieurs villages.
Corps d'armée de Croatie à Dwor , le 9 Octobre.
La dépêche du Maréchal de Laudhon, de ce jour,
entre dans tous les détails relatifs à la priſe de
Novi . La garniſon de cette place étoit encore compofée
de 591 hommes , au nombre deſquels ſe
trouva le Pacha de Dubno , le Begh de Novi , &c .
Le 5 , dans l'après- midi , on apporta au Maréchal
le dénombrement des femmes & enfans qui y
étoient , & qui montoit à 1,490 ames ; le Lieutenant
Kienmayer fut chargé de les escorter ay.c
leurs effets juſqu'à Predor. Des 40 canons que
lePacha avoit déclarés , on n'en n'avoit déterré juf
qu'au 7 , que 29 ; la plupart font d'une longueur
prodigieuſe , mais de bon métal. D'après la décia-
⚫ration du Pacha , il yavoit encore au magafin 200
quintaux de poudre , & une grande quantité de
boulets. On a trouvé dans la place 4,000 boifſeaux
de millet , 3,132 de froment, & un peu
d'avoine , d'orge & de maïs ; en outre , 84 chevaux
, 16 váches , & veaux. Le fiége de ce
château a ceûté la vie à 3 Officiers & à 154 foldats
:lesbleſſés ſont au nombre de 366 , dont 14
Officiers .-Le Maréchal de Laudhon fait réparer
cette bicoque autant qu'il eſt poſſible ; il a détaché,
les , le Général - Major de Bubenhofen , avec les
Dragons de Waldek dans l'Eſclavonie ; le lendemain
, le Général-Major de Schmakers a pris le
même chemin avec 4 bataillons d'Archiduc Ferdinand
, de Charles de Tofane, de Tellier & de
Puits ; le Maréchal lui-même ſe propoſe de les
(61 )
fuivre inceffamment avec quatre autres bataillors ;
le ſurplus de ce corps d'armée reſte dans la Croatie
, ſous les ordres du Général - Baron de Vins.
On appréciera la vigoureuſe réſiſtance
qu'ont fait les Turcs dans ce château , par
le paſſage que voici de la relation duMaréchal
de Laudhon .
« La plupart des maiſons & la fortification
de Novi étant changées en monceaux
de pierres , on ne put parvenir auffitôt
à l'artillerie & aux magaſins , à cauſe
des décembres entaſſes & du bois précipité.
On ne tira qu'avec peine le butin
de quelques vaches & chevaux encore en
vie,de l'entaſſementdesmaiſons écroulées .
Le Feld-Maréchal de Laudhon , en faiſant
l'inſpection de la place, ne put comprendre
comment une telle foule d'hommes & leurs
beftiaux avoient pu ſubſiſter preſque enterrée
ſous les ruines , toutes les rues étant
remplies de morts, de corps bleſſes &de
cadavres d'animaux. >>
On parle beaucoup, dans ce moment ,
de négociations de paix avec la Porte Ottomane.
- Les Généraux Pallavicini &
d'Afpremont font renvoyés & mis à la penfion
de 1500 florins. On croit que leGén.
Comte d'Alton remplacera dans le commandement
le Gén. de Bréchainvillequi fe
retire .-Le Prince de Cobourg eft encore
près de Choczim : il reſtera , dit on , dans
ces environs , pour couvrir la Buckowine .
:
(62 )
La nouvelle , répandue en cette capitale , d'ure
fortie très heureuſe , que la garnison d'Oczakof
avoit faite contre les ouvrages avancés des alliégeans
, & dans laquelle les Turcs avoient ruiné
pluſieurs batteries , & taillé en pièces plus de 900
Ruſſes , étoit pleinement controuvée. Nos lettres
du camp près d'Oczakof font du 23 ſeptembre ;
elles marquent, aucontraire, que depuis long-temps
lesTurcs n'incommodoient plus les affiégeans ,&
n'interrompoient point leurs travaux : ces derniers
avoient même pouffé plus en avant leurs batteries ,
dont l'une étoit à 300 pas des remparts d'Oczakof.
Le mauvais temps avoit eu part à la lenteur apparente
de ce fiége , qui fera époque , d'une manière
ou d'autre , dans les annales des deux Empires.
Les Ruffes , du côté de terre , n'avoient été
troublés en rien , aucun corps ennemi ne s'étant
jamais fait voir au-delà du Nieſter en Beſſarabie.
Quant au Capitan-Pacha , il s'étoit retiré pour
quelques jours ; mais , le 21, il avoit reparu devant
la petite ifle de Berezan, ſituée preſque vis-àvis
de l'embouchure de la rivière du même nom,
dans laquelle les Turcs confervent encore un petit
fort. Son intention paroiſſoit être d'attaquer la
flottille & l'eſcadre Ruſſe , qui empêchent qu'il ne
puiſſe avoir communication avec la place. Des
eſpions avoient rapporté que le Capitan-Pacha :
reçut, vers le milieu de ſeptembre, l'ordre itératifdu
Divan , de retourner à Conftantinople , pour ne
pas expoſer la flotte aux ouragans de l'automne ,
& qu'il avoit refufé de s'y conformer , ſous prétexte
qu'il eſpéroit de jeter bientôt un ſecours
puiſſant dans la place, après quoi il ſe retireroit.
Voilà fans doute des eſpions bien inſtruitsdu contenu
des dépêches que le Grand-Amiral reçoit
de fa Cour. Quoi qu'il en ſoit , les approches de
la mauvaiſe ſaiſon doivent fans doute engager les
( 63 )
Ruſſes à preſſer le fiége, fans quoi ils pourroient
être forcés de le lever , après avoir perdu du
monde, des munitions &une campagne entière.
DeFrancfortfurle Mein , le 25 Octobre.
On apprendde Manheim, que l'Electeur-
Palatin y eſt arrivé de Munich le 12
de ce mois , & qu'il ſe propoſe d'y faire
un affez long ſéjour.
, ,
Les régimens , dans la Pruſſe orientale
&occidentale , ont reçu avis de ſe tenir
prêts àmarcher; mais ils ne ſe mettront en
mouvement que furde nouveaux ordres .
Onattend pour cet effet à Berlin ,
un Courrier de Varſovie. -On affure poſitivement
que le Département de la
guerre a envoyé des ordres aux régimens
qui devoient ſe rendre dans le Holſtein ,
de fufpendre leur marche , attendu que le
Roi de Danemarck avoit déclaré qu'il retireroit
fes troupes de la Suède , & qu'il
ſe borneroit à travailler au rétabliſſement
de la paix entre la Suède& la Ruſſie .
Onmande deCaſiel, que le Landgrave de
Heffe ayant paffé en revue ſes troupes près
de Wabern, &leurayant faitexécuter plufieurs
manoeuvres , les régimens ont
quitté le camp le 6 au matin , & font
retournés dans leurs garniſons reſpectives .
Le même jour, le Landgrave s'eſt rendu
à fon château de Weiſſenſtein.
60 MERCURE
Plutarque dans ſon Traité de l'Exil , il
faut adoucir ſon chagrin & non l'entretenir.
C'eſt une propofition incontestable ; mais
il ajoute : >> Dans nos malheurs nous n'a-
>> vons pas beſoin de gens qui s'affligent
>> & pleurent avec nous comme on fait
>> dans les choeurs des Tragédies , mais d'a-
>> mis qui nous avertiſſent de ne pas nous
>> abandonner à la douleur ",
Mais ces gens qui s'affligent avec nous,
ne font- ils pas nos confolateurs les plus
agréables , & par-là même les plus utiles ?
En prenant part à notre douleur , en nous
en entretenant, en nous forçant de l'exhaler
, ne foulagent- ils pas notre coeur du
poids qui l'oppreffe ? Et peut - être n'a-t-on
donné cette fonction aux choeurs des Tragédies
qui repréſentent communément un
perſonnage jüfte & bon , que parce que
c'eſt en pareil cas la fonction la plus con
venable & la plus naturelle..
Actorispartes chorus officiumque virile
Defendat , neu quid medios intercinat actus
Quod nonpropofito conducat & hæreat aptè.
Plutarque obſerve , avec raifon , que Fi
magination ne groſſit que trop fouvent
l'idée de nos maux; qu'il faut au contraire
en adoucir en nous le ſentiment , & ne
pas nous livrer , comme nous faifons , aux
indées triftes & affligeantes.
>>> Ce n'eſt pas Jupiter , dit-il , qui, allis
3
DE FRANCE. 60
>> auprès des deux tonneaux qu'Homère
>>place dans le Ciel , & qu'il fuppofe
>> remplis l'un de biens & l'autre de maux ,
>> verſe fur les uns des événemens favo-
>>rables , & fur les autres des malheurs
>> continuels. Ce font les honumes ſenſés
> & raifonnables qui puiſent eux , mêmes
> dans les biens de quoi tempérer les maux ,
" afin de rendre leur vie plus douce &
" plus fupportable ; tandis que le valgaire ,
> femblable à des tamis , laiſfe écouler les
» événemens favorables " .
Il faut voir fes reſſources , ſavoir les
ménager & les augmenter. En appliquant
cette doctrine au malheur de l'exil , l'Auteur
obſerve que la Nature n'a atfigné à
perfonne aucun pays , & ici Horace revient
encore.
Nam propriæ telluris herum Natura , neque illum
Nec me , nec quemquam ftatuit , nos expulit ille ,
Hlum aut nequities , aut vafri inſcinia juris,
Poftremò expellet certè vivacior harea.
Nunc ager umbreni fub nomine , nuper ofelli
Diétus, erit nulli proprius ;fed cedet in ufum
Nunc mihi, nunc alii , quo circà vivite fortes ,
Fortiaque adverfis opponite pectora rebus.
>> La terre entière eſt notre Patrie , con
>> tinue Plutarque ; nous nous moquons de
>> cet Athénien , qui diſoit que la lune
>> d'Athènes valoit mieux que celle de
62 MERCURE
>>Corinthe; & nous lui reſſemblons, quand,
>>éloignés de notre Patrie , nous croyons
"
ور
voir une autre terre , une autre mer ,
un air & un ciel différens. La Nature
>> nous met tous au large & en pleine li-
>> berté ; c'eſt nous mêmes qui nous met-
>> tons à l'étroit , qui nous chargeons de
" chaînes & nous emprifonnons , pour
>>ainſi dire , dans le petit eſpace que nous
» avons choiſi pour notre demeure. Nous
> trouvons ridicules les Rois de Perſe , qui ,
>> ne voulant boire que de l'eau du Choaf
ود pe , deffèchent en quelque forte pour
>> cux le reſte de la terre ; & nous , en
> changeant de pays , nous regrettons le
» Céphiſe , l'Eurotas , le mont Taygete ou
» le Parnaffe , & nous rendons le reſte de
> l'Univers inhabitable pour nous " .
Si ce ne font pas là des raiſons abfolument
convaincantes , ce ſont du moins des
choſes ingénieuſement penſées , éloquemment
exprimées .
يف
La Confolation àſafemme,fur la mort
de sa fille , fourniſſoit à l'Auteur une occaſion
naturelle de faire l'application de ſes
principes. Il fait en père , & véritablement
,en père , l'éloge de la fille , morte à deux
ans ; il loue en elle un caractère plein de
bonté & d'ingénuité , ſans aucun levain de
colère ni d'aigreur, une douceur admirable ,
une amabilité rare. » Elle vouloit , dit- il,
>> que ſa Nourrice donnât la mamelle ,
>> non ſeulement aux enfans qu'elle aimoit,
DE FRANCE. 63
>> mais encore aux jouets dont elle s'amu-
ود foit. Elle appeloit ainfi , par un fenti-
>> ment d'humanité , à ſa table particulière ,
>>toutes les choſes qui lui donnent du plai-
>>fir , & vouloit leur faire part de ce qu'elle
>> avoit de meilleur ".
Le Traducteur rappelle fort à propos ,
à ce ſujet , le mot d'Agéſilas à un de ſes
amis qui le ſurprit allant à cheval ſur un
bâton avec ſes enfans : Attendez , pour me
condamner , que vous soyez devenu père.
Ce rapprochement répand, par réflexion ,
un grand intérêt fur ce que l'obſervation
de Plutarque paroît d'abord offrir de pué->
ril. On ne demandera pas ſi Agéfilas & Plutarque
étoient bons pères. :
Les Sympofiaques , ou les Propos.de
table , non ſeulement terminent ce huitième
volume , mais rempliffent encore tout
le neuvième. La première queſtion que les
convives agitent , eſt celle - ci: S'il faut
traiter à table des matières philoſophiques ?
Horace décide que non.
Difcite non inter lances menſaſque nitentes
Cum ftupet infanis acies fulgoribus , & cum
Acclinis falfis animus meliora recufat ;
Verùm hic impranfi mecum diſquirite .
Mais voici une autre queſtion mieux
aſſortie aux propos de table : Pourquoi les
femmes s'enivrent - elles difficilement, & les
vieillards très facilement ? Ariftote avoit
>
64 MERCURE
dit le fait , & n'en avoit pas rapporté la
raiſon ; en quoi il avoit eu peut - être un
tort de moins que Plutarque.
Finiffons par une réflexion fur les vers
qui ſe rencontrent affez ſouvent dans la
proſe de Plutarque; ces vers font ordinairement
des citations de Poëtes connus. Le
Traducteur s'eſt cru obligé de les rendre
en vers françois , à la bonne heure , nous
fommes bien éloignésde l'en blâmer , mais
par-là il s'impoſoit l'obligation de ſoigner
d'autant plus cette partie de ſon Ouvrage ,
que les vers exigent toujours plus de ſoir
que la profesor il conviendroit luimême
qu'il la ſenſiblement négligée ; prefque
toutes les rimes font d'une foibleſſe
remarquable ; éloignées rime avec ballottées
, pensée avec elevée &c.; ſouvent
quand il n'yaque deux vers , ils ne riment
arque
point enſemble;l'un est mafculin & l'autre
féminin , de forte que ce ſont deux pierres
d'attente , ou qu'on les prend pour des
vers blancs. Le Traducteur n'auroit peutêtre
pas mal fait de s'en tenir à des vers
blancs ; un peu de négligence eût éré alors
un bien moindre défaut. Nous ne relevons
celui-ci , que parce que le ſtyle du Traducteur
érant très -bon & très -propre à faire
goûter Plutarque , nous voudrions en faire
diſparoître juſqu'à la moindre imperfection.
Nous nous fommes pluſieurs fois expli
qués fur le mérite des Somunaires & des
Notes.
DE FRANCE 65
BLANÇAY , Roman en II Parties ; par
M. GORJY, Auteur du nouveau Voyage
Sentimental. A Paris , chez Guillot ,
Libraire de Monfieur , rue St. Jacques
vis-à-vis celle des Mathurins.
QU'EST - CE qui nous intéreſſe le plus
à la lecture de preſque tous nos bons
Romans ? c'eſt la variété des événemens ,
l'éloquence du ſtyle&des paffions , l'ana
lyſe approfondie de nos ſentimens , les
peintures brillantes de nos moeurs , enfin
ces fitutions touchantes ou terribles qui ,
heureuſement ménagées , amènent de ces
momens où la Nature frémit d'attendriffement
ou d'horreur. On n'apperçoit dans
celui -ci preſque rien de toutes ces choſes
là , où du moins elles ſont préſentées avec
une ſimplicité ſi naturelle , qu'on n'y ſoupçonne
point l'art ; mais on le lit avec un
plaifir continu. Cette lecture a l'air d'une
Hiſtoire véritable plutôt que d'un Roman.
On y rencontre des aventures que tout le
monde peut rencontrer également. Elle
attache & intéreſſe par ce goût inné, par
cette eſtime naturelle que nous avons pour
la vertu. Et qu'y a-t-il de plus fatisfaifant
que la peinture de l'eſpèce de bonheur
qu'elle procure ? L'Auteur qui avoit déjà
heureuſement imité le Voyage Sentimental
66 MERCURE
د د
de Stern , paroît avoir appris à l'étude de
cet Ecrivain original , combien les plus
légères circonftances une attitude un
gefte , un trait de phyſionomie , peuvent
animer un ſujet. Je ne dis pas qu'il ait au
même degré de mérite que le Philofophe
Anglois , ce ſtyle qui ſemble découſu parce
qu'il eſt ſans apprêt , mais qui , ſublime
quelquefois , part toujours de l'ame , qui
d'un ſeul mot pénètre ,& qui confiſte à découvrir
dans les plus ſimples objets les
rapports les plus nouveaux & les plus frappans.
Quelques Gens de Lettres ont reproché
au Voyage Sentimental un défaut
de liaiſon trop marqué : ſelon eux , ce font
des Fragmens ſouvent trop minces pour
attacher , ou des Hiſtoriettes qui finiſſent
au moment même où l'intérêt commence.
On ne fera pas ce reproche à M. Gorjy ;
il réunit beaucoup de juſteſſe dans le plan,
& un enchaînement néceſſaire dans les
événemens , à la délicateſſe des ſentimens
& à la vérité des caractères. Ce vers fi
connu de Térence :
Homo fum , humani nihil à me alienum puto.
» Je fais homme , rien de ce qui eft de
l'homme ne m'eſt étranger " , pourroit fervir
de deviſe à l'Ouvrage .
Le Héros de ce Roman eſt un enfant
• de quinze ans , renvoyé de ſon College ,
parce que fon père ayant péri en revenant
DE FRANCE. 67
del'Inde, il ne ſe préſenteplus perſonne pour
payer la penfion. Le chagrin que lui cauſe
la dureté de ſes Préfets , eſt un peu adouci
par le bon coeur & la compaflion de ſes
jeunes camarades , qui mêlent leurs larmes
aux fiennes , & lui donnent tout l'argent
qu'ils peuvent ramaffer entre eux. Un feul
ſetenoit à l'écart. »C'étoit , dit Blançay , un
>> pauvre Bourfier , qui de ſa vie n'avoit
» eu un fou à ſa diſpoſition : il n'avoit
>> pas proféré une ſeule parole , mais fon
filence n'en étoit que plus touchant
parce qu'à l'expreſſion des mêmes ſentimens
que les autres me témoignoient ,
ſe joignoit celle du regret de ne pouvoir
>>me les prouver de même , & cette ti-
یرد
و د
ود
ود
ود midité honteuſe que le pauvre contracte
>> par l'habitude de ſe voir toujours rebuté٢٠٠
ود
Il s'approcha pourtant , & préſenta auſſi
ſa perite offrande; c'étoit ſa part de collation
, &c. Il remplifſoit la poche de Blançay,
& fon air ſembloit lui dire : Ne me
refuſez pas , vous me chagrineriez trop.
Cependant d'Arfeil , avec qui Blançay avoit
eu une querelle allez vive ,mais qui oublia
fon reffentiment dès qu'il le vit malheureux
, avoit réuni tous les préſens de fes
autres camarades , & les lui avoit remis .
Hélas ! ajoute Blançay , de ces mêmes
camarades fi ſenſibles à mon fort, j'en
ai depuis rencontré dans le monde plu-
ود
ود
0
69 MERCURE
ود ſieurs qui m'ont méconnu. Le titre de
>> malheureux , qui avoit été & puitlant
>> auprès d'eux au Collége , leur faifoit dé-
>> tourner de moi leurs regards. An Col-
>>lége , ils étoient encore les hommes de
ود la Nature; dans le monde , ils étoient
>> les hommes de la Société .
Cette réflexion , fi cruellement vraie , në
regarde pas le bon Bernard , c'eſt le nom
du pauvre Boursier. Outre une part entière ,
il avoit gliffe dans la poche de fon camarade
, une montre d'argent. C'étoit le ſeul ,
Punique bien que ce pauvre jeune homme
eût au monde : elle lui avoit été donnée
parun Penfionnaire qu'il avoit ſoigné dans
une longue maladie. Elle joue un rôle bien
intéreſſant dans le Roman , & amène pluſieurs
incidens & pluſieurs réflexions dignes
de remarque. Tel eſt ce trait du Ch. XII.
Un mendiant implore de la manière la
plus preffante, la charité d'un riche Marchand
qui écoutoit , dans ſa boutique , la
lecture d'un Livre ſur la bienfaiſance , &
en étoit ému juſqu'aux larmes . Celui - ci
pouſſe dehors le mendiant par les épaules :
Laitſez - nous , lui dit- il très-durement; eſt .
ce là l'heure de venir nous importuner ?
Ta montre , dit Blançay en lui - même ,
» n'eſt pas d'accord avec celle de Bernard :
la ſienne marque toujours le moment
de la bienfaiſance. Oh ! bon Bernard,
* mon coeur ne ceffera jamais d'être d'ac
ود
DE FRANCE. 69
› cord avec elle; & quelque peu qui me
>> refte , ce pauvre homme n'aura pas en
مد vain ſollicité ma pitié ».
Blançay forti du College , ne fachant
que devenir , entre dans une égliſe , y entend
un Sermon ſur la charité. Le Prédicateur
est un Abbé qu'il connoît , qui eft
en même temps riche & en crédit. » A fa
vue, un rayon d'efpoir pénétra dans mon
ame; cet eſpoir augmenta encore , & alla
toujours en croiffant pendant ſon Sermon ,
qui étoit écrit avec toute l'énergie imaginable.
Lorſqu'il eut fini , je courus vite
à la Sacriftie , pour inſtruire M. l'Abbé de
mes malheurs ; mais hélas ! le Prédicateur
&l'Abbé étoient dans le même homme
deux êtres différens. L'eſprit avoit fait le
Sermon; le coeur n'entendit pas mes plaintes.
L'Orateur qui venoit d'y déployer toute
la chaleur du ſentiment, m'écouta avec
tout le froid de l'inſenſibilité ; & le ton
d'onction apoftolique qu'il avoit eu dans
la Chaire , fit place au ton dédaigneux d'un
prosecteur qui refuſe.".
Rebuté par tout le monde,il eſt accueilli
par une pauvre vieille , qui l'emmène dans
fon galeras , le conſole , & lui fait prendre
le feul bouillon qu'elle air. Elle eſt ſecondée
par fa filleule dans les ſoins qu'elle rend
à ce pauvre jeune homme , qui paſſa les
premiers jours retenu au lit par la fièvre ;
&alors elle avoit une expreffion de bonté
70 MERCURE
i
ſi touchante ! Il n'y a que les infortunés
qui aient cette expreſſion - là La première
fois que Blançay s'habille , il trouve dans
ſa poche , avec la collation que Bernard
y avoit mife , la montre d'argent en quef-
ود tion. Cette filleule , Juſtine , étoit une
>> perſonne d'une trentaine d'années , d'une
>> maigreur , d'une pâleur effrayante. Elle
>> paroiffoit avoir été jolie ; mais il ne lui
ود reſtoit que cet air intéreſlant que don-
» nent de longues fouffrances. Un grand
» oeil bleu que la Nature avoit deſtiné à
» exprimer la volupté , n'exprimoit plus
ود
ود que la douleur , la voix étoit preſque
» éteinte , fa bouche décolorée. De longs
cheveux bruns que je voyois ſe boucler
fur les épaules lorſqu'ils s'échappoient
dedeſſous ſon bonnet , y étoient ramaf-
>> ſés fans ordre. Ses habillemes avoient
ود
ود
ود
ود
2
de même l'air du plus grand abandon .
Enfin tout annonçoit en elle une infor-
>> tunée qui reſpire encore , mais qui ne
>> tient plus à la vie " .
Dès que Blançay fut en état de s'occuper
, la bonne vieille Simplet le conduific
chez un Auteur d'Ecrits fur l'Humanité ,
la Philofophie & la Bienfaiſance ; mais M.
Agatographe eft comme le Prédicateur. Cependant
il ſe décide à donner au jeune
homme des Manufcrits à copier pour le
plus mince ſalaire. Il en vécut quelque
temps ; mais la mère Simplet tombe malade ,
-
DE FRANCE. 71
& les voilà dans la plus grande détreffe.
Il retrouve Bernard. >> Elles font bien vives ,
رد bien délicieuſes , les ſenſations que l'on
» éprouve en retrouvant l'homme géné-
>> reux dont on connoît par expérience la
ود délicate bonté; mais dans la poſition où
>> je me trouvois , au comble de la détreſſe ,
>> le coeur froiffé d'une humiliation toute
>> récente , ſe trouver tout à coup dans
les bras d'un être bienfaiſant ... Non
il n'y a point de mots pour rendre une
>>fituation pareille. Je preffois Bernard
>> contre mon ſein ; je l'étreignois dans
10
ود
33
,
mes bras ; je voulois parler, point d'ex-
>> preffions ; je voulois le regarder , des
ود larmes abondantes ne le permettoient
» pas. Je pris ſa montre , je la plaçai fur
>>mon coeur , & après un long filence :
ود
Depuis trois jours , je manque de tout ,
>> abfolument de tout , & je ne m'en fuis
» pas défait; je l'ai confervée.-J'eſpère
que ce n'eſt pas pour me la rendre ,
>> reprit vivement Bernard, Je n'y pen-
» fois pas , ļui répondis-je " , Ce mot p'ein
* de fentiment & de naïveté , rappelle cette
réponſe de La Fontaine à M. Hervart ,
lorſqu'il le rencontra après la mort de Madame
de la Sabliere. J'allois vous prier de
venir loger chez moi , lui dit M. Hervart.
Jy allois , dit La Fontaine,
:
Bernard étoit accompagné d'un de ſes camarades
, ( un Soldat , nommé Sans-regret ).
72 MERCURE
Cet homme , le plus ſouvent entre deux
vins , d'une gaîté grivaiſe , toujours prêt
à ſe battre , mais d'un naturel excellent ,
tout en reſpectant les vertus de Bernard ,
ſe mettoit de temps en temps dans le cas
d'en recevoir de petites leçons militaires ;
mais c'efl égal , c'eſt ſon mot favori , il
n'en étoit pas plus raifonnable.
Il ſe trouve que la vieille Simplet eſt la
grand'mère de Bernard. Elle avoit pour voi
fine une jeune perſonne nommée Julie, qui
partageoit la fortune du Commandeur deSermeuil.
Mais ſes torts n'étoient que ceux des
>> circonſtances , fur- tout de ces Ouvrages
>> prétendus philofophiques , qui en vou-
" lant extirper les préjugés utiles , ne met-
>> tent à leur place que des erreurs dan-
>> gereuſes , & qui , en décidant à braver
>>l'opinion , égarent tous les jours une in-
*>> finité d'êtres que les qualités de leur
» coeur deſtinoient à la pratique des ver-
" tus ". Julie devient vertueule aufli - tốt
qu'un véritable ſentiment lui eut appris ce
qu'étoit la vertu. Celui qui le lui inſpire ,
eſt un jeune homme nommé d'Arleville ,
qu'elle intéreſſe en faveur de Blançay , &
qui place celui-ci chez fon père , en qualité
de Secrétaire. M. d'Arleville père a
'une fille charmante : Adèle eſt ſon nom.
Les deux jeunes gens prennent de l'amour
l'un pour l'autre , mais fans ſe l'avouer.
Il ſe trouve que M. d'Arleville s'eſt
remarié
DE FRANCE. 73
remarié à une dévote que Blançay a eu
occafion de connoître , & qui ne gagnoit .
pas à être connue ; que cette Dévote a
pour Directeur un certain Abbé Fallacio ,
qui eſt auſſi amoureux d'Adèle , & qui
trouvant dans Blançay un adverſaire qu'il
redoute , le force , à l'aide d'une fauſſe
lettre de cacher , de ſe réfugier en. Hollande
Il y eft accueilli par un M. Peters ,
Commerçant refpectable , chez lequel il
trouve réunies & les richeſſes ordinaire-
>>"nent fi corruptrices , & cette antique
» fimplicité, qui caractériſoit le ſiècle des
* moeurs ; une jeune femme mettant tout
fon bonheur à gouverner ſa maiſon , à
>> élever fon enfant , à avoir pour ſon mari
>> ces prévenances douces & continuelles
>> qui attachent bien plus que l'ivreſſe paſfagère
de l'amour ; un enfant refpectueux
, mais fans cet air humilié que
donne la crainte , parce qu'on lui offroit
des exemples , ſans jamais lui infliger de
>> châtiment ; un vieux père que tout le
monde ſervoit avec empreſſement , &
>>dont le radotage n'excitoit ni humeur ni
railleries ; des Domeſtiques que jamais
>> on we grondoit, parce qu'ils faifoient
toujours leur devoir , & qui faifoient,
>> toujours leur devoir , parce que jamais
>> on ne les grondoit ; M. Peters enfin, dont
>>l'unique ſoin étoit de rendre heureux
ود
>>tout ce qui l'approchoit ",
i
N°: 45. 8 Νον. 1788 . D
74
MERCURE
Le jeune François lui dut auſſi ſon bonheur.
C'eſt ſur un vaiſſean de M. Peters
que fon père a péri. Ce reſpectable Commerçant
a confervé ſa fortune , l'a miſe
dans fon commerce pour la faire valoir
au profit du fils , que cependant il défefpéroit
de rencontrer.
Tandis que Blançay ſéjourne en Hollande
, M. d'Arleville el ruiné , & devient
veuf. L'Abbé Fallacio périt miférablement :
Julie acquiert de nouveaux droits à l'eſtime ;
le ſecret des malheurs de la pauvre Juftine
eſt connu ; ſes peines ſont finies. Blan
cay eſt inſtruit de tout cela par le bon Bernarda
il revient en France , & fa nouvelle
fortune le met à portée de relever celle de
M. d'Arleville , d'épouser Adèle , & de
rendre heureux tous coux qu'il a connus ,
& auxquelles on s'intéreſſe dans le récit
de ſes aventures.
Je n'ai pu , dans cette analyſe , donner
une idée exacte des divers perſonnages qui
agiffent dans les ſcènes variées &attachantesde
ce Roman. Je n'ai pu , comme l'Auteur
, montrer dans la bonne vieille l'extrême
pauvreté qui trouve le moyen d'être
charitable , & qui , par ſes bienfaits , jouit
du bonheur au ſoin de la misère. Je n'ai
pu attendrir le Lecteur ſur ſa filleule Juftine.
Mais qui ne feroit touché de ce caractère
, G'eſt une fille honnête & infortunée,
qui, ſéparée, par des circonstances particalières
, de l'amant qui vouloit être fon
DE FRANCE. 75
époux , ſe retire ſous le toit de la pauvreté
hoſpitalière , y nourrit pendant une
longue ſuite d'années la paſſion qui la tue ,
&qui pourtant la fait vivre. Qui ne feroit
attendri de la voir épier , durant le cours
de chaque journée , l'aſpect de l'amant
qu'elle regrette, mais qui, trompé lui-même,
ne croit plus ni à ſon amour ni à fon
exiftence ? Dans un autre genre , le caractère
de Julie n'eſt pas moins neuf ni moins intérefant
, & contraſte parfaiteinent avec
celui de la fauffe Dévote. Peu de lectures
font aufli agréables que celle- ci. Ce Livre
, où l'inſtruction ſe trouve mêlée à la
naïveté du récit , eſt piquant par la ſumplicité
même. On ſera étonné d'y trouver
autant & même plus de ce qu'on appelle
fineſſe d'eſprit , que dans les écrits dont
le bel efprit paroît être le caractère dominant.
Je terminerai cet Ariele par quelques
réflexions qui peuvent ſe détacher
Cans rien perdre; c'eſt le Chapitre intitulé :
Les Artistes.
S'il y a au monde une claſſe grie ,
c'eſt celle- là. Eſpiègles comme des Ecoliers
, parce qu'ils font encore affez jeunes ;
plus ingénieux dans leurs eſpi gleries
parce qu'à l'avantage de pouvoir de mense
réunir la malice de pluſieurs , ils joignent
celui d'être un peu plus âgés , & de s'oc
cuper d'un genre de travail qui , exigeant
de l'imagination , rend leur cerveau plus
capable de fermenter. On les voit aller avec
D2
76 MERC JRE
!
empreſſement à leurs ateliers , parce qu'ils
eſpèrent y trouver le plaiſir à côté de l'étude;
y travailler gaîment , parce qu'ils ne
font pas comme ces pauvres Ecoliers , ſous
la ridicule & barbare férule du pédantiſme;
en revenir plus gaîment encore , parce que
les diſpoſitions joyeufes de chacun ſe ſont
accrues par celles de tous les autres , &
que de ce concours il s'eſt formé le tout
le plus gai , dont chacun emporte encore
ſa part quand on ſe quite. Concurrens
fans être rivaux , de l'émulation fans envie ,
des efforts pour ſe furpaffer réciproquement
, mais point de cabales pour ſe nuire ,
des critiques folles , des caricatures qui
amufent , au lien de ces fatires amères qui
déchirent celui qui en eſt l'objet , & namuſent
que les méchans ",
(Cet Article eft de M. de SaintAnge.)
LES Elémens de la Langue Françoise , par
M. DELANNOY , Avocat en Parlement,
& Profeffeur des Langues Françoise &
Italienne. A Paris, chez Memoro, Libr,
rue de la Harpe, No. 160.
CET Ouvrage , écrit en Anglois , eſt une
méthode facile & nouvelle pour apprendre
la Langue Françoife & bien traduire la Langue
Angloiſe. L'Auteur y donne des principes
tout-à-fait nouveaux fur preſque toutes
les parties du difcours , & entre autres
'établit qu'il n'y a , dans la Langue Frangoiſe
, que fix verbes abſolument irrégu
DE FRANCE. 77
liers. Malgré la clarté & la préciſion qui
règnent dans ce petit Ouvrage , l'Auteur a
l'attention de dire dans une courte Préface :
» Qu'il ne prétend pas entrer en concur-
>>rence avec ces Profeſſeurs diftingués qui
>> promettent aux Etrangers de les mertre
>> en état d'écrire & de parler François en
ود peu de ſemaines , & même de compofer
>> des vers : depuis douze ans qu'il enfeigne
» à Paris , à preſque tous les Etrangers de
>> la première diftinction , il a trop bien
>> reconnu létendue & la délicateſſe de ſa
>> Langue naturelle ; combien de temps ,
" d'étude & d'obſervations exactes les Fran-
>> çois manes ſont obligés d'y donner , &
» qu'ils doivent joindre à ce travail la fré-
› quentation de la meilleure ſociété , s'ils
veulent parler & écrite avec pureté. Il
>> ne ſe flatre donc pas de procurer aux
>>organes une aufli grande flexibilité , non
>> plus que de faire faire des progrès fi
>> conféquens & fi rapides à une des Na-
>> tions les plus inſtruites & les plus poli-
» cées du monde ; mais ſi ſon travail peut
>> faciliter l'étude de la Langue Françoiſe ,
ود
ود
& donner une connoiſſance ſolide de
ſes principes , il trouvera ſa réputation
>> érablie fur la ſeule baſe qu'il défire lui
» donmer ( 1 ) «.
(1 ) On trouve chez le même Libraire , les
Elimens de la Grammaire Italienne , par le même
Auteur. Il n'en refte qu'un très-petit nombre.
D ;
78 MERCURE
2.
VARIÉTÉS.
IDÉES SUR GOLDSMITH.
LEESS Auteurs qui n'ont pas atteint un certain
degré de fupériorité , perdent preſque tout leur
mérite lorſqu'ils paffent d'une Langue dans une
autre, &qu'ils tombent entre les mains de foibles
Traducteurs. Leurs idées ingénieuſes & fines , qui
ont plus beſoin des reſſources du ſtyle , que les
idées grandes & fubiimes des Home, des Milton,
&c. , privées de ce ſecours, laifient à peine
entrevoir des intentions. Il n'appartient alors qu'à
quelques perſonnes d'un goût sûr , d'un tact fin ,
de reconnoître , à travers la métamorphoſe que
leur font fubir les Traducteurs , les beautés de
l'original , & de les apprécier à leur juſte valeur :
c'eſt le fort qu'a éprouvé Goldſmith. Plufieurs de
fes Ouvrages font traduits en françois ( 1 ) , &
peu de Gons de Lettres en France le connoifient.
Sans être an rang des Auteurs clafliques Anglois,
il jouit cependant , dans fon pays , d'une répuration
qui le met infiniment au deſſus de la foule
(1) Savoir ; le Ministre de Wakefield , que l'on direir
parodié plutôt que traduit ; le Villoge abandonné, Poëme
traduit en vers en 1770 , & en proſe quelques années
apres ; ainſi que le Voyageur , Pueme. Les Traductions
de ces deux derniers Ouvrages ont paru chez Didot ,
en 1785, dans un petit Volume qui a pourtitre : Divers
Poëmés imités de l'Anglois. :
DE FRANCE. 79
des Ecrivains ordinaires ; il peut être placé parmi
les premiers du ſecond ordre. Le caractère propre
de fon ſtyle eſt une certaine naïveté , une
bonhomie qui rend la lecture de ſes Ouvrages
très- attachente. Perſonne ne narre avec plus de
naturel & de gaſté, ne ſaiſit avec plus de vérité
le ton & les expreilions du peuple , fans tomber
dans le trivial: il lui prête ſouvent des expref
ffons ingénieuſes ; mais il a l'art de les tourner
de manière qu'elles ne paroiſſent point au deſlus
de la portée de cette claſſe de gens.
Goldſmith a vécu dans la misère , & a , toute
fa vie , été aux gages des Libraires : auifi a-t-il
travaillé beaucoup & dans plus d'un genre ( 1 ).
Il a écrit fur la Botanique , ſur l'Hiſtoire ; il a
publié ſes Voyages en différentes parties de l'Europe.
Mais ceux de ſes Ouvrages qui portent le
plus l'empreinte de ſon génie, ſont ſes Effais ,
fon Citoyen du Monde , fa Comédie du Borhomme
fon Village abandonné , ſon Voyageur ,
Poëmes ; & fon Curé de Wakefield , qui l'a
placé, comme Romancier , immédiatement après
Richardfon & Fielding. Le parti qu'il a ſu tirer
d'un ſujet auſſi mince , les caractères neufs qu'il
y a introduits , l'intérêt ſuivi qui règne dans
l'Ouvrage, donnent l'idée la plus avantageuſe de
fon imagination. Le premier Volume eſt un chefd'oeuvre.
Peur - on rien voir de plus intéreſſant
que ce Curé au milieu de fa famille ? A-t-on jamais
reint un Philoſophe avec des couleurs plus
vraies Quelle égalité dans la proſpérité ! quelle
(1) Outre les Ouvrages que je cire, il a fait une Hiftoire
d'Angleterre , une Histoire de la Grèce , & quelques
Pièces fugitives en vers , qui font affez médiocres,
fi l'on en excepte la Romance d'Edwin & Angelina ,
ſouvent traduite enfrançois.
4
D4
80 MERCURE
réſignation dans l'infortune ! L'une ne peut l'élever
, comme l'autre ne peut l'abattre : il eſt
toujours le même , && toujours ſupérieur aux évenemens.
Cependant l'Auteur n'a point cherché à
en faire un être parfait , un être chimérique :
fon Curé a sûrement plus d'un modèle dans le
monde ; ſes vertus ſont ſimples , & compatibles
avec les imperfections attachées à l'humanité. On
ne rencontre jamais en lui , dans le commerce
ordinaire de la vie que l'homme uni , le bon
père de famille ; & ce n'eſt que lorſqu'il s'agit de
montrer de la fermeté , du courage , qu'on reconnoît
le Philoſophe .
,
Ce Roman , trop peu connu en France , ſera
analyſé plus en détail dans une Notice fur la Vie
& les Ouvrages de Goldsmith , à laquelle l'Auteur
de ces Idées travaille dans ce moment (1).
Lesmorceaux qui paroiſſent aujourd'hui (2) font
tirés desEffais de Goldsmith , le moins ſoigné , &
pourtant le plus attachant de ſes Ouvrages. C'eft
un Recueil de petits Traités philoſophiques , où
la morale eſt préſentée ſous les formes les plus
riantes : tantôt c'eſt un Conte, tantôt une Hiftoire
Orientale , quelquefois même une ſimple
plaifanterie philofophique. Mais autant ces cadres
ſemblent être légers , autant les ſujets font importans
; car ils ont tous pour objet de corriger
les vices & de rendre la vertu aimable. Goldsmith
ſavoit combien les leçons & la morale font in-
(1 ) Cette Notice fera imprimée à la tête d'une Traduction
complette des Efais de Goldsmith,
(2) Le merceau que l'on trouvera à la ſuite de ces Idées,
fera hivi de deux autres ; l'an intitulé : de la Générosité
mal enterdne ; & Paatre : Tablexs du came d'une ville
pendant la nuit .
DE FRANCE. 81
fructueuſes , ſi l'on n'a l'art d'en écarter cet abord
auftère qui en eſt preſque inséparable. Peu jaloux
de préſenter au Public un ſyſteme de philofophie ,
dont la réalité s'évanouit d'ordinaire hors du cabinet
, & qui n'eût ſervi peut-être qu'à ajouter un
rêve de plus à ceux qu'ont déja faits lesPhilofophes,
iln'a voulu traiter que ces vérités dont la connoiffance
eft eflentielle aux hommes dans le cours de
leur vie : & c'eſt après les avoir étudiés , après les
avoir confidérés fous différens rapports , après avoir
fur tout approfondi , à ſes dépens ( 1 ) , cette
étude que le Temps apporte fi lentement ſur ſes
ailes , l'expérience , qu'il a pris la plume & qu'il a
fait fon Ouvrage. Philoſophe équitable , il a vu les
hommes fans prévention comme fans indulgence ;
il ne s'eſt point diffumulé leurs vices , mais il leur
a auffi reconnu des vertus . Belle & rare impartialité
dans celui qui a plus éprouvé les maux que
les biens de ce monde ! Mais convaincu que rien
n'eſt plus dangereux à la Jeuneffe que de lui donner
de fauffes idées ſur ceux avec qui elle doit
vivre , il a dédaigné cette ridicule vengeance que
certains prétendus Moraliſtes exercent ſur le
genre humain , & il a toujours montré les hommes
tels qu'ils font. La Jeunefle fur-tout est l'ob-
(1) Lorſqu'on connoît un peu la vie de Go'dfmith , on
s'apperçoit aifément que , dans ſes Effais , il en eft fou
vent lui-même le ſujet. Plus timide que Montagne , il a
craint de ſe nommer , & je crois qu'il a eu tort. !! me
ſemble qu'il y a quelque choſe de touchant à entendre
parler , fur fon propre compte , un homme qui a acquis
des droits à la confiance de ſes ſemblables par fon eſprit ,
par ſes talens , & par fon age ; & cet honnête Montagne ,
tout en parlant de lui-même , a fait dix Volumes qui font
bons pour tout le monde, & qui n'ont sûrement ennuyé
perfonne. D
82 MERCURE
jet de ſa ſollicitude ; c'eſt pour elle qu'il écrit
prefque toujours ; c'eſt elle qu'il veut enrichir
de
au
fon expérience. Dans cette ſaiſon de la vie ,
la mobilité des idées , la vivacité de l imagination
, nous font ſaiſir avec feu les premières impreſſions
qui s'emparent de notre eſprit; nous leur
communiquons ce caractère de force qui eſt le
partage de la jeuneſſe : mais, déterminés dans nos
choix par l'attrait des plaiſirs ſeuls, notre foiblefſe
naît de cette force même ; car , peu en état de
la diriger , elle tourne à notre défavantage ,
licu de nous ſervir à nous garantir ddeess dangers
dont nous ſommes environnés. C'eſt done au Philoſophe
à nous guider dans le commencement
orageux de notre carrière ; c'eſt à lui à nous
montrer les écueils vers leſquels mènent preſque
toujours des ſentiers de fleurs ; à nous découvrir
les abîmes profonds que l'illufion couvre de fon
voile impénétrable. Mais le grand art alors eſt
deneplacerà côté de la vérité que des objets qui
puiſſent la rendre plus belle , afin d'étouffer les
regrets qu'une douce erreur doit laiſſer lorſque la
réalité qui la remplace n'eſt faite que pour attrifter
; & cet art eſt celui de Goldſmith : il fait at-
* tirer l'attention par l'eſpoir du plaifir , la fixer
par l'intérêt , & glifier , à la faveur de ces deux
grands mobiles , l'inftruction ſouvent impuiſſante
fans leur ſecours. Goldfimith avoit d'autant plus
beſoinde toutes les reffources de fon eſprit , qu'il
parle plus fouvent des chagrins que des plaiſirs
que l'on éprouve dans ce monde. Il a penſe que ,
pour être en état d'entreprendre , ſelon ſon expreffion,
le voyage de la vie , il falloit être préparé
aux dégoûts attachés à notre existence , &
aux imperfections inséparables de notre être ; &
il s'eſt repoſe ſur l'amour naturel que nous avons
rous pour la vie, du ſoin de contre-balancer les
idées ſombres que ſes réflexions pourroient avoir
fait naître:
1
DE FRANCE. 83
L'on doit donc regarder ces Eff-is autant
comme l'ouvrage du temps & de l'obſervation ,
que comme celui de l'esprit de l'Auteur : il eft
le dépôt de ſa philoſophie pratique ; fon véritable
titre devroit être , la Théorie de l'expérience.
En l'écrivant , il réaliſoit ce voeu qu'il a exprimé
dans ces quatre vers de fon Poëme du Village
aandonné :
:
Istill had hopes, for pride attends us stili ,
Amidst the Swains to Shew my book-learm'd skill ,
Around my fire an evening group to draw
Andtell ofall I felt , and all I Saw , &c .
,
Le genre de ce Livre , l'eſprit dans lequel il a
éré composé , déterminent auſſi le jugement que
nous en devons porter. Combien autoit - on peu
entendu Goldſmith , ſi l'on vouloit regarder ſon
Ouvrage comine un Ouvrage Ettéraire ! Qu'inportent
les négligences , les métaphores accumu-
Jées, les répétitions de la même idée qui peuvent
s'y trouver ? Goldheith a des vûes trop étendues ,
pour appercevoir des taches légères ; en les faifant
difparoître , il eût fans doute été plus brilant;
en cût - il été plus utile ? Etre utile , voilà
fon but ; & , s'il l'a atteint , ſon éloge eft fait.
Conſtant dans ſa manière , il facrifie par- tout
l'efprit, pour ajouter un degré d'évidence aux vérités
morales; quuli , en avançant un principe , ce
w'eſt point par des raiſonnemens ingénieux qu'il
cherche à le prouver , il eſt prefié de convaincre
& c'eſt pourquoi il a recours à des exemples
tirés de l'Hiftoire ou de la vie privée des particu
liers. Cet homme, qui avoit fucceſſivement parcouru
les divers points de la roue de fortune , n'igno
roit point que les exemples agiſſent bien plus fu
fes femblables que les meilleures leçons , toujour
,
D6
84 MERCURE
fufceptibles d'une interprétation arbitraire ; tandis
que rien ne peut être oppofé à des faits qui font les
réſultats de l'expérience. Le ſeul reproche fondé
qu'on foit en droit de faire à Goldſmith , c'eſt de
ne pas donner affez de développement à ſes idées.
Ses Effuis ne peuvent être_regardés que comme
des eſpèces d'apperçus , qui, pour l'ordinaire, laifſent
à deviner plus qu'ils n'en diſent : ce font quelques
rayons de lumière lancés dans un dédale
obfcur , qui fuffiſent ſeulement pour diriger les
pas de celui qui voudroit y pénétrer davantage.
Au refte , ce reproche tombe moins fur l'Auteur
perfonnellement , que fur l'état d'indigence dans
lequel il a véru, & qui l'obligcoit d'écrire avec la
plus grande précipitation.
J'ai cherché , autant qu'il m'a été poffible , à
me rapprocher , dans ma Traduction , du ton de
Poriginal , à donner le plus ſouvent l'anglois mot
à mot; ma's ſurtout à conferver toujours le
mouvement de la phrafe de mon Auteur. J'ai pensé
que , pour prétendre au reérite de la fidélité , il
ne fuffifoit pas de rendre les idées , qu'il falloit
encore traduire le ftyle , s'il m'eſt permis de m'exprimer
ainfi.
De l'amour des Vieillards pour la vie.
L'AGE , qui diminue les jouiſſances de la vie ,
augmente en nous le défir de vivre. Ces dangers
* que , dans la vigueur de lajounette , nous avions
appris à mépriſer , ſe montrent à nous plus affreux
àmesure que nous, vicilliſions : nos précautions ſe
multiplient avec le nombre de nos années; la peur
devient à la fin l'idée dominante de l'esprit , &
ce court eſpace de temps qu'il nous refte encore
DE FRANCE. 85
àparcourir , eſt employé en vains efforts pour
reculer le terme de notre carrière.
:
Etrange contradiction , inféparable de notre
nature , & à laquelle le ſage même n'a point
échappé ! Si je juge de cette partie de la vie qui
eſt devant moi par celle que j'ai déjà parcourue ,
la perſpective eft affreuſe : T'expérience me prouve
quemes jouiſſances paflées ne m'ont point procuré
lebonheur réel; la ſenſation me dit que celles que
j'ai déjà éprouvées ſont plus fortes que celles que
jepourrai éprouver par la ſuite. Cependant c'eſt
en vain que la fenfation & l'expérience parlent :
l'eſpérance , plus puiſſante qu'elles deux , m'embellit
le lointain avenir d'une félicité chimérique ;
je crois voir encore , à la lusur de la trompeuſe
lumière , le bonheur qui , dans Féloignement ,
m'invite à le poursuivre; & feinblable à un joueur
malheureux , l'ardeur de ma pourfuite ne fait que
s'accroître de fon peu de ſuccès .
notre exiftence a une
D'où vient donc cet amour de la vie qui aug
mente en nous avec les années ? D'où vient qué
nous faifons de fi grands efforts pour affurer
époque où elle ne vaut
profque plus la peine d'étre confervée Seroit ce
que la Nature, attentive à la conſervation du
geore humain, augmenteroit notre défir de vivre
a meſure qu'elle diminue nos jouiffances , &
qur'en privant les ſens du ſentiment de tous les
plaifirs , elle enrichiſſe l'imagination de fes dépouilles
? En effet , la vie paroîtroit infupportable
à un vieillard , qui , chargé d'infirmités , re craindroit
pas plus la mort que dans la fleur de fon
âge. Les fouffrances fans nombre de la Nature
dans fa décadence , & la confcience intime de
furvivre à tous les plaifirs, forceroient bientôt
1'homme à terminer de la propre main une vie
qui ne feroit plus qu'un enchaînement de calaini- こ
86 MERCURE
tés ; mais heureuſement le mépris de fon exiſtence
l'abandonne alors qu'il pourroit lui être dangereux,
& la vie acquiert une valeur imaginaire
en proportion que ſa valeur récllediminue.
Notre attachement pour les objets qui nous
environnent, augmente ordinairement en raiſondu
temps que nous les connoillons. >>Je ſerois fache ,
>> dit un Philoſophe François , que l'on abattît un
>> vieux potcau que j'aurois vu fubfifter depuis
>> long temps c«. Un eſprit accoutumé à un certainordrede
choſes, devient infenfiblement charmé
de les avoir toujours préſentes ; il les voit par
habitude & s'en ſépare avec regret: de là cette
avarice des vieillards pour toure eſpèce de poffeffion;
ils aiment le monde& tout ce qu'il produits
ils font attachés à la vie &à tous fes avantages ,
non pas parcequ'elle leur procure des plaiſirs , mais
parce qu'ils la connoiffent depuis long-temps.
Chinvang le Chaſte , en montant ſur le trône de
Chine , ordonna que tous ceux qui avoient été
injuſtement renfermés dans les priſons pendant
les règnes précédens , fuflent mis en liberté. Dans
le nombre de ceux qui vinrent à cette occafion ,
remercier leur libérateur , parut un vieillard vénérole
, qui , tombant aux pieds de l'Empereur ,
lui adrefla le diſcours ſuivant : >> Puiſſant père de
>>la Chine , vois un malheureux , charge main-
>> tenant de 85 hivers , que l'on jeta dans un ca-
>> chot à l'âge de 22 ans : je fus empriſonné , quoi-
>> qu'étranger au crime , & même ſans avoir été
>> confronté à mes accuſateurs. Depuis plus de so
>> ans, j'ai toujours vécu dans la ſolitude &l'obf-
>> curité ; je ſuis familiariſé avec le malheur : en-
>> core tout ébloui de l'éclat de ce ſoleil , à la
>> Inmière duquel tu m'as rendu , j'ai parcouru la
>> ville pour retrouver quelque ami qui voulût
>> m'aſſiſter, m'aider ou fe rappeler de moi ; mais
>> mes amis , mes parens font tous morts , & je
DEFRANCE. 87
fuisoublié. Permets - moi donc , ô Chinvang !
>> d'ufer les malheureux reſtes de ma vie dans
>> mon ancienne prifon: les murs de mon dongeon
> ont pour moi plus d'attraits que les palais les
>> plus magnifiques. Je n'ai plus long-temps à
» vivre , & je ſerai malheureux ſi je ne finis
>> mes jours dans le même endroit où je palai
>> ma jeuneſſe , dans cette même prifon d'où ta
>> bonié daigne me faire fortir «.
L'amour de cet homme pour l'eſclavage eft
femblable à celui que nous avons tous pour la
vie : nous ſommes habitués à la prifon; nous regardous
autour de nous avec chagrin ; nous ſommes
mécontens de notre demeure ; & cependant
la longueur de notre captivité ne fait qu'augmenterl'amour
que nous avons pour elle. Les arbres
que nous avons plantés , les maiſons que nous
avons bâties , les enfans que nous avons engendrés,
tout fert à refferrer les neoeuds qui nous
attachent à la terre , & à augmenter notre cha.
grin lorſque nous la quittons. La vie recherche ,
pour ainſi dire , la jeuneſle comme une connoif
fance nouvelle : ce compagnon dont I homme
n'a point encore épuisé les reſſources , eft à la
fois inſtructif & amuſant; ſa ſociété plaît , &
malgré cela , on n'a point de ménagement pour
lui. Pour nous autres, qui ſommes au déclin de
l'âge , la vie eſt comme un vieil ami : jadis ſa
gaîté s'eft montrée toute entière dans nos premiers
entretiens ; il n'a plus d'hiſtoriettes nouvelles
à nous conter pour nous égayer , plus de
nouvelles lumières qui puiffent nous furprendre :
cependant nous l'aimons toujours ; privé de tous
ſes agrémens , nous l'aimons encore : il eſt pour
nous comme un tréfor dont nous économifons les
débris avec une frugalité qui va toujours en croiffant,
& nous fentons tous les tourmens de l'an88
MERCURE
goiſſe en voyant approcher le moment de la
ſéparation.
Sir Philippe Mordaunt étoit jeune , beau ,
loyal , brave , un Anglois en un mot ; il jouiffoit
'd'une fortune très- confidérable & de l'amitié de
fon Roi , qui équivaut à des richeſſes. La vie
'avoit étalé devant lui tous ſes charmes , & fembloit
lui promettre une longue fuite de jours for--
tunés : il fut d'abord ſéduit par ſes attraits; mais
il s'en dégoûta bientôt ; enfin il conçut pour elle
une averfion infurmontable. Las de tourner toujours
autour du même cercle d'objets , il eſſaya
de tous les plaiſirs , & trouva que la vivacité de
leur jouiſſance diminuoit à chaque fois qu'il y
revenoit. Si la vie , dans la jeuneſſe , eſt auſli
à charge , ſe dit- il à lui-même , que doit-elle
être lorſqu'on a atteint un âge avancé ? & fi
>> maintenant elle eſt indifférente, fürement alors
>> elle paroît exécrable <<. Cette réflexion remplit
d'amertume toutes ſes penſées; & enfin , avec tout
le fang froid d'une raiſon pervertie , ce fut avec
un piftolet qu'il termina le débat. Si cet homme ,
qui s'étoit égaré lui-même , eût ſu que le temps
ne fait qu'accroître notre amour pour la vie , il
eût alors contemplé ſans effroi l'approche de la
vieilleffe ; il eût hardiment ofé vivre. , & eûr fervi,
en rempliffant ſes devoirs , la Société qu'il a
lâchement injuriée par ſa défertion .
ParM. le Prince Baris de Galiızin.
:
*
DE FRANCE. 89
ANNONCES ET NOTICES.
ONNamis en vente , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , No. 18 , le XXXe. & dernier Cahier
des Quadrupèdes enluminés , contenant 14 Pl.
Prix , 8 liv. 8 f. Cette Collection eſt complette ac
tuellement , & comprend 362 Planches , dont le
prix eſt de 217 liv. 4 f.
Le Tome VII & dernier des Animaux quadrupèdes
, formant le XIIIe. Volume des OEuvres
complettesde M. le Comte de Buffon , in-4 ° . Prix.
21 liv. blanc , 21 liv. 10 f. broché , 24 liv. relié,
HiftoireNaturelle des Quadrupedes ovipares &
des Serpens , &c. par M. le Comte de la Cépède ,
in- 12. Tomes I , II. Prix , 6 liv. blanc ou broché ,
7 liv. 4 f. relié.
Cet Ouvrage eft la continuation de l'Histoire
Naturelle, publiée par M. de Buffon. Les Volumes
que l'on donne aujourd'hui au Public , contiennent
l'Histoire de tous les Quadrupedes ovipares ;
& les deux Volumes ſuivans, qui paroîtront inceffamment
, renfermeront celle de toutes les eſpèces
de Serpens : ils termineront par conféquent des
branches importantes de l'Hiſtoire Naturelle , générale
& particulière .
Le choix que feu M. de Buffon a fait de M. de
la Cépède pour exécuter les parriés de Hiftoire
Naturelle , oft une des meilleures preuves de la
bosté de l'Ouvrage que nous annonçons. L'Auteur
a fait connoitre depins long- temps , par des Pro
20 MERCURE
ductions conſidérables , l'étendue de ſes connoif-
Lances : & d'ailleurs les Volumes qu'il vient de
publier paroiſſent avec l'approbation de l'Académie
, donnée d'après un rapport très-érendu , &
imprimé à la tête du premier Volume , dans lequel
MM. d'Aubenton, Fougeroux & Brouflonnet rendent
compre de la manière la plus favorable , non
ſeulement du plan de l'Ouvrage , de l'ordre méthodique
ſuivant lequel M. de la Cépède a préſenté
lesdifférentes effèces d'Animaux dont il traite , dù
foin avec lequel les defcriptions ont été faites d'après
les divers individus du Cabinet du Roi , de
l'étendue des recherches , de l'expoſition des habitudes
naturelles , de la confidération des rapports
des divers Animaux , des vues , & de toutes les
choſes nouvelles que les Naturaliftes trouverone
dans cette Production ; mais encore de la formede
l'Ouvrage , & de la manière dont M. de la Cépède
l'a rendu agréable à toutes les claſſes de Lecteurs.
Histoire Militaire de la Suiffe , & celle des
Suiffes dans les différens Services de l'Europe,
compoſée & rédigée ſur des Ouvrages & des
Pièces authentiques , par M. May , de Romainmotier
; 8 gros Vol. in-8º. Prix des 8 Volumes
brochés , 36 liv. Se trouve à Paris , chez Poinçot
, Lib. rue de la Harpe.
MEMORIAL pittoresque de la France, ou Recueil
de toutes les belles actions , traits de courage,
de bienfaiſance , de patriotifime & d'humanité,
depuis le règne de Henri IV juſqu'à nos
jours , avec des Planches gravées en couleur ; par
M. Janinet , d'après les deſſins des plus célèbres
Artiſtes. 7e. Livraiſon.
Cet Ouvrage a été commencé par M. de Machy
, qui en a cédé le privilége à M. Janinet. Il
fera déſormais rédigé par M. de Charnois. Cet
DE FRANCE. وا
Ecrivain en a commencé la rédaction à la 7c.
Livraifon , qui vient de paroître. Comine , malgré
les recherches dont il s'occupe pour rendre
cette Collection intéreſlante , il doit lui échapper
beaucoup de traits dignes d'être tirés de l'obſcurité,
il prie les perſonnes qui auroient connoiffance
de quelques Anecdotes fafceptibles d'honorer
un Citoyen quel qu'il foit , de les lui faire
parvenir , avec les cert ficats authentiques & juftificatifs
du fait ( le tout franc de port ) , en ſa
demeure, Hôtel des Arts , grande rue du F. B.
S. Martin. Il les recevra avec reconnoiffance , &
en fera le plus prompt uſage qu'il ſera poſſible.
Le format de cet Ouvrage eſt grand in-4°. ſur
papier vélin , caractère de l'édition du Télémaque,
deM. Didot le jeune.
Chaque Cahier paroîtra de 6 ſemaines en 6 femaines
, & de mois en mois , toutes les fois que
Ics Gravures n'exigeront pas de trop grands détails.
On foufcrira en tout temps, pourvu qu'on
prenne l'Ouvrage entier. On ne demande aux
Souſcripteurs aucune avance , mais ſeulement leur
promeffe par écrit de prendre, de payer chaque
Cahier à meſure qu'on le leur livrera. Leprix de
chaque Livraiſon , contenant une Eftampe gravée
en couleur , & quatre pages d'impreffion , fera de
4 liv. On ſouſcrit à Paris , chez M. Janinet , rue
Haute-fcuille , Nº. s , où l'on ſouſcrit auſſi pour
les Costumes & Annales des grands Théatres de
Paris; & chez Didot le jeune, Imp. de Monfieur,
quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage acquiert de nouveaux titres au
ſuccès. Les actions qui fourniſſoient les ſujets ,
étoient préſentées ſans aucun développement. Le
nouveau Rédacteur ſe propoſe de leur donner
plus d'extenfion, & par-là d'ajouter à l'intérêt de
ſes Lecteurs. L'exécution nous en a paru trèsfoignée.
?
92 MERCURE

Jeu de Cartomancie , pour l'amusement des Dames.
C'eſt un Jeu d'un nouveau genre , compoſé
*de 66 Figures ou Tableaux , qui représentent les
différens caractères des hommes, & les choſes qui
ont le plus de rapport aux évènemens de la vie ,
& dont l'enſemble combiné amuſe & intéreſſe .
Prix, 14 liv. , avec le Livret qui en donne l'explication.
Pourle mettre à la portée des facultés de
chacun , on en diftribue un, composé de 42 Figures
, qu'on nomme le petit Jeu. Prix, 7 liv. 4 f.
avec le Livret. Celui-ci n'eſt ni moins curieux ni
-moins amuſant que le grand, dont il fait partie.
On croit ne pouvoir mieux faire connoître l'intérêt
& l'agrément de ce Jeu , qu'en rapportant ce
qu'en dit le Cenſeur du Livret, qui fert d'explication
, dans l'Approbation qui précède le Privilége
que Sa Majefté a accordé à l'Auteur, M. le Comte
de P***.
>> Cette récréation , d'un nouveau genre , eſt
>> con.polec d'Emblêmes alternativement gais &
> ſérieux des différentes ſituations de la vie hu-
>> maine. Ce Jeu ſemble propre à fubftituer quel-
>>> ques idées raisonnables & quelques réflexions
>> utiles à la ſuperſtitieuſe & puerile manie qu'ont
$
encore certaines perſonnes de chercher leur
>> deſtinée dans les Cartes ec.
On pourroit ajouter que le Jeu qu'on a déſigné
fous le nom de Jeu de Cartomancie, fans être abſtrait
*comme l'eft ordinairement cette Science , ſupplée ,
par une combinaiſon facile & par des Tableaux
aufi agréables que variés , à la forte de paérilité
des Jeux de Cartes ordinaires , & qu'il paroît farisfaire
pleinement la curiofité qui porte ordinairemert
toutes les clafies de la Société à ce genre de
diflip.tion .
DE
93
FRANCE.
Ce Jeu ſe trouve à Paris , chez le Sr. Bertin ,
Md. Papetier , Hôtel du Défir , rue du Fauxbourg
S. Denis; & chez le Sr. Thiéblemont , auſſiMd.
Papetier , rue & forte S. Antoine.
Les perſonnes de Provinces qui défireront traiter
directement avec l'Auteur , ſoit pour la diftribution
de ce Jeu , ſoit pour des objets relatifs
à ſa compoſition , ſont priées de s'adreſſer à M.
Desforges , rue de Bourbon-Villeneuve , à Paris ,
maiſon de M. de Chezelle , Sellier ; & d'affranchir
leurs lettres , fi elles défirent qu'elles lui parviennent.
NOUVELLES Pſtilles de Limonade, chez le Sr.
Duthu , Md. Epicier , rue St. Denis , No. 272 ,
entre la rue des Lombards & celle de la Heaumerie
, vis-à-vis Sainte-Opporrune , à Paris .
Ces Paſtilles font rafraîchiffantes & agréables ;
c'eſt uue vraie Limonade qu'on a dans ſa bonbonnière
, & dont on fait uſage quand on veut
& où l'on veut.
On met tout fimplement cinq à fix de ces Paftilles
à fondre dans la bouche : on réitère cela de
temps en temps pendant le cours de la journée ,
On peut en prendre ainſi juſqu'à la valeur d'une
once & demie à deux onces par jour ; mais quand
on veut en obtenir un effet plus rafraîchiffant en-i
core, il faut boire par-deſſus , toutes les trois ou
quatre heures, un verre d'eau froide. Cerre boiffon
eft très-commode pour beaucoup de monde ,
& fur-tout pour les voyageurs .
4 Nota. Lorſque nous avons rendu justice à l'excellent
Chocolat gommeux de M. Duthu , ainfi
qu'à ſes Chocolats de ſanté avec ou fans Vanille,
nous avions pour garans ſon exactitude &
94 MERCURE
foins, fa Pratique éclairée &peu myſtérieure , le
témoignage de beaucoup de Connoiffeurs & de
Médecins, célèbres de certe Capitale. Le temps &
l'expérience ont juſtifié nos éloges , & la réputation
dont M. Duthu jouit pour cette branche de
commerce , eſt d'un bon augure pour tous les
objets qui peuvent fortir de les mains.
La Déclaration,-l'Amant preſſant, deux Eftampes
encouleur, deſſinées par J.B. Huer, gravées
par A. Legrand. A Paris , chez Bourrel , rue St.
Jacques , au coin de celle de la Parcheminerie.
Ces deux eſtampes font pendant.
Une Eſtampe allégorique , en médaillon , ſur la
rentrée du Parlement , intitulée le Préfage de la
Félicité , faifant perdant à Espoir du Franço s.
Se trouve à Paris , chez Mad. Bergny , Marchande
d'Estampes , rue du Coq- Saint - Honoré ; & à
Verſailles , chez Blaizot , Libraire & Marchand
d'Estampes , rue Satory. Prix , 1 1. 4 C.
Nouvelle édition du Théatre Itinéraire de la
guerre actuelle entre les Tures d'une part , les
Ruffes & les Impériaux d'autre part; parM. Brion
de la Tour, Ingénieur-Géographe du Roi.
De toutes les Cartes de ce genre , celle-ci eft
la ſeule cù les Places fontes forent caractériſées
& les Routes principales tracées. En outre il
n'en eſt point qui renferme la même étendue de
pays.
Prix de la Carte lavée & enluminée , 48 f. chez
l'Auteur , rac du Plâtre St. Jacques , nº. 29 ;
Defnes, Efnauts & Rapilly , rueSt. Jacques
&Cuflac , Libraire , Galerie de Richelieu , au
Palais-Royal , nos, 7 & 8
DE FRANCE. 95
Nouveau Cahier de Wouskis , Tappe-culs &
Berlines Angloiſes. Prix 36 f. A Paris , chez le
Campion , fils , rue Jacob , fauxbourgSt. Ger
main, en face de celle St. Benoît , nº. 24.
Huit Cahiers d'Arabesques & de Décorations
propres aux Artiſtes de ce genre , deffinés par
M. J. M. Moreau , &. à Rome par M. Lavallé
Pouin , &c. Prix , 1 1. 4 f. chaque cahier. AParis ,
Guyot, Graveur , rue St. Jacques , nº . 9 .
La Renommée-la vérité, deux petites Eſtampes
dans lamanière Angloiſe , faiſant pendant ,
gravées d'après Stephanoff , par Wils. Prix , 1 1 .
io f. pièce. A Paris , chez M. Clement, Graveur
, Montagne Ste. Geneviève , maiſon du
Sr. Maru , Perruquier, au zme.
On trouve chez le même une Eftampe d'un
plus grand format , gravée avec effet , intitulée :
la Frayeur maternelle.
Symphonie pour le Clavecin , avec Violon &
Bafle, par M. P. A. Cefar. Prix , 3 liv . Ou
verture d'Iphigénie en Aulide , par le Chevalier
Gluck , arrangée pour le Clavecin d'une inanière
très-intelligible pour en faciliter l'exécution , avec
la Marche des Mariages Samnites , variće ; par
le même. Prix , 2 liv. 8. A Paris , chez l'Auteur
, quai des Ormes , au coin de la rue Geof.
froi-l'Alnier , vis - à- vis la pompe , maiſon du
Billard.
3 Sonates pour Clavecin , Violon ad lib . , par
M. Hullmandçi ; Quv. 1oe. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez M. Saunier , rue S. Honoré , coar du Grand-
Charroi , au coin de la rue de la Sourdière.
96 MERCURE DE FRANCE .
ze. Concerto pour le Clavecin , deux Violons ,
Alto & Baffe , Cors & Hautbois , ad lib . , dédié
à la Reine , par M. Hermann , Maître de Piano
de Sa Majefté. Prix , 7 liv. 4 fous. Cuv. se. A
Paris , chez l'Auteur , rue d'Anjou , F. B. Saint-
Honoré , Nº . 13.3 .
2
Recueil d'Airs des Opéras bouffons Italiens des
plus célèbres Auteurs , arrangésen Quatuor concertans
, pour deux Violons , Alto & Violoncelle
obligés; par M. Gaſſeau Muficien de la Garde
Suifle du Roi. Prix , 6 lv. A Paris , chez Sieber ,
rue Saint - Honoré , vis-à-vis l'Hôtel d'Aligre
N°. 91 ; Baillon , rue du Petit- Repoſoir ; De
Bray , Libr. , au Palais- Royal , galerie de bois ,
Nº. 235 ; & à Verſailles , chez l'Auteur , maiſon
de Madame Montigny , avenue de S. Cloud , au
coin de la rue S, Pierre.
Ces Suites , compofées chacune de 6 Airs , ſeront
contiquées au nombre de 12.
TABLE.
INSCRIPTION:
Bouts Rimés ,
49 Blançay.
Les. Elémens.
Charade. Eng. & Logog. 13 Variétés.
OEuvres de Plutarque.. 57 Anpances & Notices,
65
77
1
78
89
PPROBATION. 1
t
At le , pat ofdre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE peur le Samedi 8
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreſſion. A Paris, le 7 Novembre
1
1788 . SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 12 Octobre 1788.
La Diète , compoſée de 343 Membres ,
dont 178 Nonces & 165 Palatins , Minif-
Metres , Caftellans & Sénateurs , a remis ſa
feconde Séance à demain 13. Ce jour
même , M. Bucholtz , Miniſtre du Roi de
Pruſſe , portera à l'Aſſemblée une Déclaration
de ſa Cour , dont la nature n'eſt
encore qu'imparfaitement connue. L'opinion
de quelques Nonces étoit d'augmenter
juſqu'à 100,000 hommes l'arméeNationale
, qu'on n'élevera ſeulement
qu'à60,000 : les moyens de l'entretenir ne
ſont pas encore déterminés ; il eft queſtion
d'unetaxe ſurlesbénéfices Eccléſiaſtiques .
C'eſt le parti de la Couronne , foit celui
de la Ruffie , qui a propoſé de tenir la
Diète ſous Confédération : affez généra-
Nº. 45. 8 Novembre 1788 . C
( 50 )
lement on s'eſt réuni à cet avis ; mais il
eſt douteux encore que cette harmonie
règne dans les délibérations ſuivantes .
Le Marquis de Lachesini , Miniſtre de
Prufle à la Cour de Pétersbourg , eft arrivé
, le 8 , en cette réſidence , où l'on attend
d'un jour à l'autre M. Hailes , nouveau
Miniftre Britannique , qu'on dit
chargé de commiſſions de la plus grande
importance.-Les troupes Pruſſiennes qui
ſe trouvoient dans le voisinage de Thorn',
ont reçu l'ordre de ſe tenir prêtes à marcher,
celles du diſtria de la Netze ſe ſont avancées
, en partie , ſur les frontières de la
République.
Tout est en mouvement dans la nouvelle
Ruffie , les Turcs de Bender s'étant
mis en marche. On dit même qu'ils ont
pénétré ſur le territoire Ruſſe par Balta :
circonftance qui pourroit changerde nouveau
le plan d'opérations du Maréchal de
Romanzof.
RUSSI Ε.
De Pétersbourg , le 6 Octobre 1788 .
Lagazette du 30ſeptembre a publié det
dépêches du Maréchal de Romanzof, du
Prince Potemkin , & du Général Comte
Muschin Puschkin. La première rend
( 51 )
compte des opérations des Généraux
d'Elmpt & Kamensky , du côté de Choczim
& de Jaffy. ( On connoît ces opérations
par les bulletins de Vienne. ) Dans
la ſecondé , le Prince Potemkin tranſmet
tout ce qui s'eſt paflé du côté du Caucafe,
près de Sudſchukkale. Ildit que le
Lieutenant-général Talyfin étant arrivé ,
le 22 août , au-delà de Savy , établit fon
camp pour y attendre la jonction du Général
Tekelly. Il apprit , le même jour, que
les Abafins & les Tſcherkis s'affembloient
enCorps; il détacha , en conféquence , le
Brigad. Bergman avec 3 bataillons deChaffeurs&
300 Coſaques , & lui ordonnade
paffer leCuban ſur la gauche.Le lendemain,
ce détachement rencontra environ 4000
hommes d'Atutayes &d'Abaſins , qui fondirent
ſur nos troupes en déſeſpérés; mais
le feu bien foutenu de l'artillerie & de la
mouſqueterie , les força à ſe retirer , & à
prendre la fuite. La perte de l'ennemi
monte à près de 800 tués ; on fit fix prifonniers
, & on brûla environ 2,000 cabanes
. Nous avons eu , de notre côté ,
deux tués & vingt-unbleſſés ; &, fuivant
l'uſage , la Gazette conclut que les ennemis
ont été complettement battus .
Général Muschin Puſchkin mande dans ſa
dépêche , datée du 26 ſeptembre , que les
Suédois ont quitté Hogfors & Kymene-
- Le
cj
( 52 )
gorod, & évacué entièrement la Finlande
Kuſſe , après quoi le Général-Major Bauer
a fait occuper tous les poftes ſur la frontière.
Depuis cette évacuation de la Finlande
Ruffe , le Grand-Duc a quitté le camp ,
& eſt revenu , le 25 , en cette capitale.
Nos troupes ne ſont point entrées , ni
n'entreront ſur le territoire Suédois , &
l'on regarde la campagne comme entièrement
finie.
Le ſieur Herman a conſigné dans ſes
mémoires de Phyſique , d'Economie , &c.
des provinces qui compoſent l'empire de
Ruſſie , une obſervation qui mériteroit
d'être conſtatée en d'autres pays ; il obſerve
dans ſes notes fur les relevés des
naiſſances & des morts de pluſieurs provinces
Ruſſes , que le nombre des garçons
eft toujours plus petit dans les provinces
froides , & dans celles où il règne beaucoup
de luxe.
)
DANEMARCК.
De Copenhague , le 17 Octobre.
Le Prince de Heffe ayant établi , le rt ,
fon quartier général à Kongelf, près deGothenbourg
, ilinveſtit cette dernière place .
où ſe trouvoit une forte garniſon &le Roi
( 53 )
de Suède même , accompagné de M.
Elliot , Miniftre d'Angleterre auprès de
notre Cour. Le Baron de Borck , Miniftre
du Roi de Pruffe , arrivé ici depuis quelques
jours , ſe rendit auſſi à Gothenbourg.
Il eſt certain que les Cours de Londres
&de Berlin n'ont pas vu tranquillement
nos troupes attaquer celles de Suède ,
preſqu'à l'improviſte , à l'inſtant où les
Ruſſes même , contens d'avoir regagné
leurs frontières , ſe tenoient en Finlande
dans l'inaction : auffi s'est-il enſuivi ,de la
vivacité de nos démarches , une déclaration
des deux Cours ſuſnommées , & des
difpofitions de leur part , qui ont ramené
notre Miniſtère à des procédés plus paci
fiques. Peu après l'arrivée d'un Courrier
expédié par M. Elliot au Comte de
Bernstorff , notre Principal Miniſtre , on
a appris que le ſiège deGothenbourg ſe
terminoit parun armiſtice que nous fixions
d'abord à huit jours , & qui ſe trouve aujourd'hui
de deux mois .
SUÈDE.
De Stockholm , le 14 Octobre.
L'invaſion de nos frontières & de pluſieurs
diſtrias par les Danois , qui , quoque
fimples auxiliaires de la Ruffie , nous font ,
1
cij
( 54 )
dans la réalité, par cette diverſion , une
guerre à eux particulière , n'a ralenti
ni l'activité du Roi , ni les négociations .
Dans fon voyage en Dalécarlie & en
Warmie , S. M. a non ſeulement donné
a ix meſures de défenſe l'attention néce
faire , il a de plus intéreſſé tous les citoyens
ày concourir avec ardeur , & à rejeter les
infinuations des ennemis de l'Etat , pour
étendre les progrès de la diſcorde. C'eft
dans ce but , & fous ce titre , que le Roi ,
durant ſon ſéjour à Carlſtadt en Warmie ,
a publié un Monitoire , dont on a fait
lecture , le 5 , dans toutes les égliſes de
cette capitale , & qu'on peut regarder
comme une pièce hiſtorique. En yoici la
traduction :
Nous , GUSTAVE, &c. à vous nos fidèles Sujets
de tout rang , falut , la garde du Tout-Puiſſant ,
notre grace & bienveillance particulière : Artendu
que nous nous voyons attaqués aujourd'hui , encore
d'un autre côté du royaume , par des forces
ennemies , & obligés à nous armer pour défendre
nos Etats & l'indépendance de la chère Patrie ,
non moins que votre vie , vos propriétés , votre
liberté & votre bien-être , nous ne doutons nullement
, nos chers Sujets , que vous ne preniez ,
comme vos braves ancêtres, les armes avec courage,
fermeté & unanimité, pour repouſſer les entrepriſes
de l'enneni , d'autant plus que nous voulons
nous-mêmes vous ſervir d'exemple , comme
l'ont fait nos illuftres ayeux , pour défendre , jufqu'au
dernier homme , l'indépendance de ce royau
( 55 )
me, d'une antiquité reculée. Cependant nous ne
devons point vous cacher tous les moyens dont
votre& notre ennemi veut ſe ſervir , pour opprimer
un peuple dont il a ſi ſouvent éprouvé
la valeur à fon détriment ; & comme il ne s'affure
point de pouvoir effectuer notre commune
ruine par la ſeule force ouverte, il cherche à exciter
, par des querelles & des inſpirations fecrettes ,
ladifcorde, tant entre vous- mêmes , qu'entre vous
& Nous ; convaincu qu'un Roi Suédois , uni avec
la Nation Suédoiſe , nefauroit pas facilement être
réduit ſous le joug. Nous vous exhortons au nom
du Dieu Très-Haut, comme l'unique & vrai Défenfeurdes
Rois&des Etats , que vous ne prêtiez
point l'oreille à de pareilles infinuations , mais que
vous perſévériez conflamment dans la fidélité que
nous ſommes en droit d'exiger de votre part , &
que , durant ſeize années de règne , nous n'avons
pas moins éprouvée , que nous ne l'avons méritéedevous.
Nous pouvons auffi vous donner l'heureuſe
nouvelle , qu'entre les principales Puiſſances
de l'Europe , qui ſe réuniſſent aujourd'hui , & qui
s'intéreſſent de près à l'indépendance du royaume
Suédois , l'on travaille à toute force à remplir notre
voeu de voir la paix bientôt rétablie, & qu'à l'aide
du Tout-puiſſant nous eſpérons que leurs communs
efforts , réunis aux nôtres , atteindront bientôt ce
but falutaire , afin de nous réjouir alors , après
que la Paix aura été rétablie , qu'avec des Sujets
unis par la concorde , dans une Diète générale des
Etats du royaume , nous puiſſions offrir nos actions
de graces à l'Etre-Suprême , pour la protection
qu'il nous a accordée & à notre royaume.
Nous vous recommandons au reſte à ſa main
toute-puiſtante ; & nous vous reſtons affectionnés
à vous tous , de quelque rang que vous
civ
( 56 )
foyez , de toute notre grace & bienveillance
royale.
Fait à Carlſtadt , le 29 ſeptembre 1783 .
(L.S. ) Signé , GUSTAVE.
Etplus bas , HERM. VON LAASTROM.
Pendant ſon ſéjour en Dalécarlie , Sa
Majefté eſt deſcendue , le 20 ſeptembre ,
dans les fameuſes mines de cuivre de
Fahlun ,& écrivit ces mots , de la main, fur
le regiſtre des mineurs :
« A l'âge de 9 ans , c'est-à-dire , en 1755 , je
>> defcendis , pour la première fois , dans ce fou-
>> terrain; comme Prince Royal de Suède , jem'y
>> tranſportai pour la ſeconde fois , il ya aujour-
» d'hui précifément vingt ans , c'eſt-à-dire, le 20
> ſeptembre 1768 ; aujourd'hui , comme Roi de
» Suède , j'ai viſité , pour la troiſième fois , ce tré-
» for important du royaume , &y fuis defcendu
>> juſqu'à la profondeur de cent dix-huit toiſes.
>> Ecritdans la Salle de Confeilde la grande mine ,
» le 20 ſeptembre 1788. »
Signé , GUSTAVE.
La Bourgeoifie de cette capitale adéja
armé 3000 hommes pour ſa défenſe , &
elle a décidé , le 8 , d'en armer encore
10,000 .
Le camp qui ſe forme près de Lund ,
dans la Scanie , ſera ſous les ordres du
Maréchal Baron de Scheffer. Les troupes
que l'ona tirées de Stralsund , s'y rendent
d'iſtadt.
« Les troupes auxiliaires de Danemarck
ss font en poſſeſſionde cette ville, écrit-on
>> d'Uddewalla , en date du 7. On agit
( 17 )
> avec nous on ne peut pas mieux; nous
>> ne ceſſons pas d'être des Sujets Sué-
>> dois , mais ON NOUS A MIS SOUS LA
>> PROTECTION DE LA RUSSIE, Tout
>> eſt payé comptant. Le Prince Royal de
>> Danemarck & le Feld- Maréchal Prince
» deHeffe ont ordonné de nous laiffer nos
>> bâtimens , de forte que nous pouvons
>> continuer librement notre commerce
>> &la pêche duhareng. Onnous a même
>> donné des paffe-poits pour nos bâti-
>> mens dans la Baltique , afin qu'ils n'aient
>> rien à craindre des Croiſeurs Ruffes &
>> Danols. »
Quoique ſenſibles à cette grande amitié
des Danois, à qui , d'ailleurs , nous n'avions
donné aucun ſujetde plainte , ce n'eſt pas
fans furpriſe que nous voyons ces voiſins
prendre nos villes pour les mettre fous la
protection des Ruffes. Contre qui ſera donc
dirigée cette protection ? Est- ce contre les
Danois eux-mêmes , ou contre le Gouvernement
Suédois ? On ne voit guère
d'autre alternative.
ALLEMAGNE.
DeVienne , le 18 Octobre.
Quoique la ſituation de notre armée
dans le Bannat ait peu changé , quoique
CV
( 58 )
les avis de Semlin & de la Transylvanie
n'annoncent encore aucune amélioration
ſenſible dans nos affaires , cependant on
commence à revenir des terreurs exagérées
que l'on avoit conçues. Soit que la fatigue
des troupes Ottomanes , les maladies
dont elles n'auront pas été plus exemptes
quenotre armée, les pluies abondantes de
la finde ſeptembre, la priſe de Choczim qui
laiſſeles alliés maîtres de la Moldavie,aient
fufpendu les entrepriſes ; ſoit que fidèle à
fon plan de prudence , le Général Ottoman
ait préféré ſa ſûreté aux nouveaux
avantages qui ſembloient l'attendre , &
qui l'euffent exposé au hafard d'une bataille
, il eſt certain que depuis le 26 feptembre
juſqu'au 7 de ce mois , le Grand-
Vifir n'a pas fait de progrès ultérieurs.
On prétend même , ce qui n'eſt pas encore
avéré , que fi notre grande armée
eſt toujours à Lugoſch , le Corps de
Wartenfleben s'eſt avancé juſqu'à Sakul ,
que le Général Bréchainville a reçu ordre
de reprendre ſon poſte à Werſchez , &
Ic Général Lilien celui d'Oppowa. Cependant
on travaille avec ardeur aux fortifications
de Temeſwar , dont la garnifon
confite en neuf bataillons. Tous les Officiers
de Juſtice & de Police , les Employés
duGouvernement , & une grande
partiedes femmes &des enfans ont quinté
(
( 59 )
la ville , où le Feld-Maréchal Pellegrini eſt
où le FeldMar
arrivé depuis la fin de ſeptembre , pour
en prendre le commandement.
Le Bulletin officiel du 15 , eſt reſté
à-peu-près muet fur le Bannat ; il s'appéfantit
fur des eſcarmouches de Huſſards ,
& ne contient en ſubſtance que les avis
fuivans.
Corps d'armée près de Semlin , le 8 Octobre.
Les divers détachemens des Volontaires font
ſouvent aux priſes avec des Turcs déſerteurs ; ils
en ont fait pluſieurs priſonniers , qui dit at unanimement
que la déſertion gagne de plus en plus
dans l'armée Turque.
Le 2 de ce mois, on vit arriver ſur le Danube ,
près de Belgrade , 8 grands bâtimens & 43 tfchaïques
; leur arrivée fut annoncée àBelgrade par
une décharge de canons.
Corps d'armée près de Lugofſch , le 10 Octobre.
L'Empereur a élevé au grade de Général-Major
les Colonels Filo Sztarray & Quasdanowich , & à
celui de Général Feld-Maréchal le Comte de Soro.
Il ſe pafſe ſouvent de petites eſcarmouches entre
nos poſtes avancés & des détachemens ennemis .
La dernière eut lieu entre Orlawath & Fakasdin ,
où l'ennemi fut repouffé avec perte.
Corps d'armée près de Muhlenbach, en Transylvanie ,
le 6 Octobre.
Le Général de Spleny a mandé au Général de
Fabris , le premier de ce mois , qu'il s'eſt mis en
marche vers Adſchud , d'où il dirigera fes mouvemens
felon les circonstances .
Le 7 au matin , les Turcs , au nombre d'environ
5,000, attaquèrent le Général Stader, poſté devant
cvj
( 60 )
Haczegg , mais ils furent repcuſſés avec perte.
L'action a duré juſqu'à deux heures de l'après-midi.
Nous avons eu en cette occafion 21 tués , dont
un Officier ; & 28 bleſſés , dont deux Officiers .
L'ennemi a emporté ſes bleſſés , & le plus grand
nombre des tués ;dans ſa retraite , il a mis le feu
à pluſieurs villages .
Corps d'armée de Croatie à Dwor, le 9 Octobre.
-
La dépêche du Maréchal de Laudhon, de ce jour,
entre dans tous les détails relatifs à la priſe de
Novi. La garniſon de cette place étoit encore compoſée
de 591 hommes , au nombre deſquels ſe
trouva lePacha de Dubno , le Begh de Novi , &c .
Le 5 , dans l'après-midi , on apporta au Maréchal
le dénombrement des femmes & enfans qui y
étoient , & qui montoit à 1,490 ames ; le Lieutenant
Kienmayer fut chargé de les escorter ay.c
leurs effets juſqu'à Predor. Des 40 canons que
lePacha avoitdéclarés, on n'en n'avoit déterré jufqu'au
7 , que 29 ; la plupart font d'une longueur
prodigieuſe , mais de bon métal. D'après la décia.
⚫ration du Pacha , il y avoit encore au magafin 200
quintaux de poudre , & une grande quantité de
boulets. On a trouvé dans la place 4,000 boifſeaux
de miller, 3,132 de froment , & un peu
d'avoine , d'orge & de maïs ; en outre , 84 chevaux
, 16 váches , & veaux. Le fiége de ce
château a ceûté la vie à 3 Officiers & à 154 foldats
: les bleſſés ſont au nombre de 366 , dont 14
Officiers.-Le Maréchal de Laudhon fait réparer
cette bicoque autant qu'il eſt poſſible ; il a détaché,
les , le Généal - Major de Bubenhofen , avec les
Dragons de Waldek dans l'Esclavonie ; le lendemain
, le Général-Major de Schmakers a pris le
même chemin avec 4 bataillons d'Archiduc Ferdinand
, de Charles de Tofane, de Tellier & de
Puits ; le Maréchal lui-même ſe propoſe de les
:
(61 )
fuivre inceſſamment avec quatre autres bataillors ;
le ſurplus de ce corps d'armée reſte dans la Croatie
, ſous les ordres du Général - Baron de Vins.
On appréciera la vigoureuſe réſiſtance
qu'ont faitles Turcs dans ce château , par
le paſſage que voici de la relation duMaréchal
de Laudhon .
« La plupart des maiſons & la fortification
de Novi étant changées en monceaux
de pierres , on ne put parvenir auffitôt
à l'artillerie & aux magaſins , à cauſe
des décembres entaſſes & du bois précipité.
On ne tira qu'avec peine le butin
de quelques vaches & chevaux encore en
vie,de l'entaſſementdesmaiſons écroulées .
Le Feld-Maréchal de Laudhon , en faiſant
l'inſpection de la place, ne put comprendre
commentune telle foule d'hommes & leurs
beftiaux avoient pu ſubſiſter preſque enterrée
ſous les ruines , toutes les rues étant
remplies de morts , de corps bleffes & de
cadavres d'animaux. >>>
-
On parle beaucoup , dans ce moment ,
de négociations de paix avec la Porte Ot
Les Généraux Pallavicini & tomane.
d'Afpremont font renvoyés & mis àla penfion
de 1500 florins. On croit que leGén.
Comte d'Alton remplacera dans le commandement
le Gén. de Bréchainville qui ſe
retire.-Le Prince de Cobourg eft encore
près de Choczim : il reſtera , dit on , dans
ces environs , pour couvrir la Buckowine .
(62 )
La nouvelle , répandue en cette capitale , d'ure
fortie très heureuſe , que la garniſon d'Oczakof
avoit faite contre les ouvrages avancés des affiégeans
, & dans laquelle les Turcs avoient ruiné
pluſieurs batteries , &taillé en pièces plus de 900
Ruſſes , étoit pleinement controuvée. Nos lettres
du camp près d'Oczakof font du 23 ſeptembre;
elles marquent, au contraire, que depuis long-temps
les Turcs n'incommodoient plus les affiégears ,&
n'interrompoient point leurs travaux : ces derniers
avoient même pouffé plus en avant leurs batteries ,
dont l'une étoit à 300 pas des remparts d'Oczakof.
Le mauvais temps avoit eu part à la lenteur apparente
de ce fiége , qui fera époque , d'une manière
ou d'autre , dans les annales des deux Empires.
Les Ruffes , du côté de terre , n'avoient été
troublés en rien , aucun corps ennemi ne s'étant
jamais fait voir au-delà du Niefter en Beſſarabie.
Quant au Capitan-Pacha , il s'étoit retiré pour
quelques jours ; mais , le 21 , il avoit reparu devant
la petite iſle de Berezan, ſituée preſque vis- àvis
de l'embouchure de la rivière du même nom ,
dans laquelle les Turcs confervent encore un petit
fort. Son intention paroiſſoit être d'attaquer la
flottille & l'eſcadre Ruſſe , qui empêchent qu'il ne
puiſſe avoir communication avec la place. Des
eſpions avoient rapporté que le Capitan-Pacha :
reçut , vers le milieu de ſeptembre, l'ordre itératifdu
Divan , de retourner à Conftantinople , pour ne
pas expoſer la flotte aux ouragans de l'automne ,
& qu'il avoit refuſé de s'y conformer , ſous prétexte
qu'il eſpéroit de jeter bientôt un ſecours
puiſſant dans la place, après quoi il ſe retireroit.
Voilà fans doute des eſpions bien inſtruitsdu contenu
des dépêches que le Grand-Amiral reçoit
de ſa Cour. Quoi qu'il en foit , les approches de
lamauvaiſe ſaiſon doivent fans doute engager les
( 63 )
Ruſſes à preſſer le fiége, fans quoi ils pourroient
être forcés de le lever , après avoir perdu du
monde, des munitions&une campagne entière.
De Francfortfurle Mein , le 25 Octobre.
On apprend de Manheim, que l'Electeur-
Palatin y eſt arrivé de Manich le 12
de ce mois , & qu'il ſe propoſe d'y faire
un affez long séjour.
Les régimens , dans la Pruſſe orientale
&occidentale , ont reçu avis de ſe tenir
prêts àmarcher; mais ils ne ſe mettront en
mouvement que fur de nouveaux ordres.
On attend , pour cet effet , à Berlin ,
un Courrier de Varſovie.-On affure poſitivement
que le Département de la
guerre a envoyé des ordres aux régimens
qui devoient ſe rendre dans le Holſtein ,
de ſuſpendre leur marche , attendu que le
Roi de Danemarck avoit déclaré qu'il retireroit
fes troupes de la Suède , & qu'il
ſe borneroit à travailler au rétabliſſement
de la paix entre la Suède & la Ruffie.
Onmande deCaffel, que le Landgrave de
Heſſe ayant paffé en revue ſes troupes près
deWabern,&leurayant faitexécuter plufieurs
manoeuvres les régimens ont
quitté le camp le 6 au matin , & font
retournés dans leurs garniſons reſpectives .
Le même jour, le Landgrave s'eſt rendu
àfon château de Weiſſenſtein .
( 64 )
A
7
On lit dans la deſcription de la Principauté de
Brandebourg - Anſpach , publiée récemment par
M. Fiſcher, les détails ſuivans : - LeMargrave
actuellement réghant a remis à ſes ſujets , depuis
1782 , le ſubſide extraordinaire qui avoit été établi
par fon prédéceſſeur en 1746; & indépendamment
de ce bienfait , il a employé plus de fix
tonnes d'or à la confection des routes , aux établiſſemens
de charité , écoles publiques , & aux
falines. La Principauté eſt renfermée dans une
furface de54 milles carrés ; en 1774 , on ya
compté une population de 124,445 ames , don:
4,500 de la nation Juive ; 12,303 ſujets font des
vaſſaux étrangers.-Onobſerve que le vingt-huitième
enfant est un mort-ré , le onzième un illégitime,&
que la moitiédes enfans meurt avant la
feptième année.-Les impoſitions confiftent en
4pour cent de la fortune de chaque ſujet, qu'il eft
obligé de déclarer ſous ferment , & en 40 creuzers
par cent florins , comme droits d'acciſe. Les
forêts du Margrave renferment 49,511 arpens ,
&cel es qui ont d'autres propriétaires 19,715 .
-La Fabrique de bas à Schwabach en fourait par
Pan pour environ 180,000 florins ; la Fabrique
d'aiguilles en fait , année commune , 200 millions
pour la valeur de 130,000 florins , la Manufacture
d'indiennes occupe 700 perſonnes , & fournit
par an 7 mille pièces , & la Fabrique de tabac en
fournit 7 8,000 quintaux.
ESPAGNE
De Madrid, le 9 Octobre.
Il paroît trois nouvelles Ordonnances
de S. M. , dont la première défend d'ac-
-
( 65 )
1
corder des,congés abſolus , ou pour un
terme quelconque , aux Soldats ou autres
particuliers quiauroient pu être condamnés
à fervir dans les préſides , juſqu'à ce que
le temps flatué & fixé pour leur punition
foit fini.
Par la feconde , il eſt ſtatué qu'à l'avenir ,
les fils de famille qui feront dans le cas
de ſe marier , devront ſeuls demander à
leurs pères , ayeux , tuteurs ou autres perſonnes
de qui ils peuvent dépendre , le
conſentement à leur mariage ; & il eſt
défendu à tout Prêtre , Curé , Vicaire , ou
autre Eccléfiaſtique , de procéder à la bénédition
nuptiale ſans le conſentement
préalable & bien conſtaté , tel qu'il eſt orconné
dans la royale pragmatique du 23
mars 1776.
La troiſième défend àtoute perſonne ,
&à toute communauté , de faire amas de
bled , & aures grains comeſtibles , de faire
le monopole , &c. fous peine d'ètre pourſuivies
ſuivant la rigueur des loix.
La femme d'un François , Maître de Langue ,
avoit été , avant de l'épouſer , la maîtreffe d'un
jeunehomme de Valence , qui , dit-on , à la folliciation
du mari , fut exilé à Ceuta. Depuis ,
cette femme vivoit ſagement , avoit donné fix
enfans à fon mari , & confervoit ſa première
beauté. Le Valentien , ayant paſſé le temps de
fon exil , revint à Madrid ; & ayant appris que
fa, ancienne maîtreſſe habitoit ſon même logement,
il ſe préſenta chez elle , à midi , fans
( 66 )
armes , & la revit. Lemari , inſtruit par un de
ſes domeſtiques du retour de l'amant , alla chercher
main - forte , & revint chez lui avec un Commiſſaire
, un Caporal & deux Soldats du régiment
du Prince. Auffi-tôt que lejeune homme entendit
cette troupe fur l'escalier , il ſe ſaiſit d'un couteau
de cuiſine , il ouvrit la poitrinedu mari , qui
expira fur- le- champ, bleſſa mortellement un des
Soldats, & fit aux autres des bleſſures moins dangereuſes
. Lui-même fut frappé dans l'eſtomac d'un
coupde bayonnette,dont il eſt mourant à l'hôpital.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 28 Octobre.
L'indiſpoſition du Roi, ſur laquelle peutêtre
les Médecins ne s'accordent pas plus
que le Public, paroît avoir été occaſionnée
par une humeur acre , fort femblable à
lagoutte,& qui, én dérangeant les fonctions
de l'eftomac , cauloit au malade des
douleurs aiguës dans cet organe & dans
les entrailles. Heureuſement, la prompte
convalefcence de S. M. a mis fin à toutes
les variantes & à tous les commentaires.
Vendredi paſſé , le Lever de S. James a
eu lieu : le Roi s'y eſt rendu de Kew ;
mais il n'a reçu qu'un petit nombre des
Seigneurs qui s'étoient empreflés de venir
lui préſenter leurs félicitations: Ce Monarque
va reprendre ſes exercices enli(
67 )
naires ,& en attendant , il s'eſt promené
en voiture à Kew & à Richmond.
L'arrivée des derniers courriers de nos
Miniſtres dans le Nord , a donné lieu à
pluſieurs Conſeils . Les démarches du
Gouvernement , combinées avec celles
de la Cour de Berlin , paroiſſent n'avoir
d'autre but que de ramener la paix entre
les Puiſſances de la Baltique, actuellement
armées , & d'empêcher que le Danemarck
n'abuſe des circonstances & de ſon titre
d'Allié de la Ruſſie , pour étendre fon
invafion, ainſi que pour dißer à la Suède
des conditions non moins contraires
peut-être à ſes intérêts , qu'à ceux de la
politique générale en ce moment.
On complète en diligence le 74°. régiment,
feul des quatre nouveaux Corpsdeftinés
àpaffer dans l'Inde , qui reſte encore
enAngleterre. Les Soldats feront embarqués
fur quelques-uns des premiers vaif
ſeaux qui partiront pour cette partie du
monde,& à leur arrivée,les forces Angloi.
ſes dans l'Inde feront beaucoup plus
conſidérables qu'elles ne l'ont jamais été.
L'Amirauté a reçu des dépêches du
Commodore Cosby, commandant la ſtation
de Gibraltar , par la frégate le Phaéton
de 38 can. , Capitaine Dawson. Cette
frégate , l'une des plus fines voilières de
la marine royale , doit être équipée dé
:
( 68 )
nouveau ſur- le-champ à Portsmouth. Elle
a quitté la Méditerranée à la ſuite d'une
querelle ſurvenue entre les Officiers , &
qui a manqué d'avoir les ſuites les plus
alarmantes . Le Chirurgien , dans une difpute
très-vive qui s'éleva entre lui & le
Capitaine Dawson, eut la témérité de le
frapper ; le Commodore Cosby aſſembla
un Confeil de guerre , qui déclarale Chirurgien
coupable , & porta contre luiune
Sentence de mort , pour être exécutée à
bord. Des plaintes répétées furent journellement
portées contre d'autres Officiers ,
avec récrimination de leur part. Le Commodore
, tant pour prévenir les disputes
perſonnelles qui pourroient s'élever par la
fuite fur ce vailleau , & un manque total
de fubordination , que pour donner à M.
Waldrope , (le Chirurgien) homme d'ailleurs
eftimable& précieux , une occafion
d'obtenir fon pardon , & de faire révoquer
la Sentence prononcée contre lui , a jugé
à propos de renvoyer cette frégate en
Angleterre.
,
La Myrmidon de 24 can. , pareillement
ſtationnée dans la Méditerranée,eſt rentrée
avec le Phaeton les Officiers pouvant
donner , au ſujet de l'affaire de M. Waldrope,
des éclairciſſemens importans. Prefque
tous les Officiers du Phaeton font Ir(
69 )
landois : ils font aujourd'hui entreles mains
d'une Cour martiale.
Un des Officiers du Foulis, vaiſſeau de
la Compagnie des Indes , a apporté aux
Directeurs la nouvelle de l'heureuſe arrivée
de ce vaiſſeau à la hauteur de Beachyhéad.
Il étoit parti d'Angleterre le 20Février
1786. :
En publiant quelques-uns des états hebdomadaires
du revenu public de cette année
, nous avons fait remarquer l'accroifſement
comparatif de quelques branches
de ce revenu & des douanes en particulier.
Voici l'exacte récapitulation du produit
des principaux articles , pendant le
quartier du 10 juillet au 10 octobre .
Acciſe , ........ 1,619,362 1. 81. 2 d.
Douanes , ..... . 1,838,762 12 2 :
Timbre,.
Sel,.
... .... 365,771
... 90,424
Bureaude la poſte, ... 92,000
Voitures à quatre
I 4
210
roues , ......... 18,886 19 1
Chevaux ,. ......... 14,422 8
:
Leproduit de la taxe ſur lesboutiques ,
pendant ce période , eft exactement de
14,169 1. 18 f. 3 d.
( 70 )
Quant aux douanes ſeules , elles préfentent
, dans le même intervalle , le produit
fuivant:
Reçu par le Receveur
des grands droits.... 375,271 1. 19 f. 74 d.
Reçu par le Receveur
des droits des Colonies
...... 588,6141. 4. 4 d.
Reçu par le Receveur
des droits ſur les vins . 76,1001. 141. 0 d.
Total de l'argent comptant
reçu actuellement.....
...... 1,339,986 1. 18 f.od.
Droits aſſurés par le Receveur
des grandes recettes,
fur obligation.. 13,767 1. 13 f. 9 d.
Droits aſſurés par le Receveur
des droits des
Colonies , fur obligation.....
785,0081. 01. 5d.
Montant total des droits
aſſurés ſur obligation. 798,775 1. 14. 1d.
Total général de l'argent
actuellement reçu ou
aſſuré ſur obligation ,
pour les marchandifes
enregiſtrées à leur entrée
dans le port de
Londres , depuis le 5
juillet 1788 , juſqu'au
LO Octobrede la même
... 2,038,7621, 12f. 1 d. année ...... .....
( 7 )
Le quartier 'précédents'éleva 4819,000
liv. fterl. , & on regarda cette ſomme
comme prodigieuſe. La rentrée des vaifſeaux
de la Compagnie des Indes , &
celle des navires venant des Colonies , ont
occaſionné en partie la richeſſe du dernier
quartier ; mais cette étonnante fortune
eſt due également aux améliorations qu'a
introduit M. Pitt dans le régime des
Douanes , à la fimplification des droits
confolidés , à l'ordre nouveau de la comptabilité
& de la perception , & fans doute
encore à une importation plus confidérable
de marchandiſes ou de denrées étrangères
.
1
L'Aſſemblée générale du Clergé d'Ecoſſe
a arrêté , le 29 mai dernier , & vient
de confirmer une célébration nationale
d'actions de graces , le 5 novembre prochain,
en mémoire de la révolution de
1688. Ce Jubilé féculaire ſera obſervé dans
les trois royaumes ; on s'y prépare de
tous côtés , & les Partis , comme les Sectes
, ſe réuniront dans ce Te Deum , plus
raiſonnable que ceux qui ſuivent les batailles
.
Quelques papiers annoncent aujourd'hui
la mort du jeune Lord Holland ,
décédé à Eton, à l'âge de 15 ans. Cet évènement
porteroit M. Fox , oncle du Lord
( 71 )
1
Holland, à la Chambre des Pairs , feroit
vaquer une des places de Repréſentant
de Westminster , & donneroit au célèbre
Chef de l'oppoſition une exiſtence nouvelle
, auſſi défavantageuſe peut-être à
ſon parti qu'à lui-même. Pluſieurs papiers
gardant le filence fur cette nouvelle intéreffante
, il eſt prudent de la recevoir
avec quelque défiance .
Parmi les perfonnes de rang , mortes
dernièrement, ſe trouve le Comte de Nugent
, ci-devant Lord Clare.Le Marquis
de Buckingham , Vice- Roi d'Irlande , fon
gendre , hérite de ſes imineubles , qu'on
evalue à près de 20,000 liv. ſterl . de
rente.
La détention des Débiteurs inſolvables
en Angleterre , a donné lieu à une infinité
de raiſonnemens & de déclamations
dans l'Etranger, où l'on ne connoît encore
très imparfaitement cette branche de
que
la Légiflation Angloiſe. Pluſieurs fois , il
a été propoſé , foit au Parlement , foit dars
des Ecrits particuliers , une réforme de ces
loix; elles ſont reſtées , & il eſt à croire
qu'elles ſubſiſteront long-temps] encore.
Ce que l'on connoît bien moins encore
hors de l'Angleterre , c'eſt la police exécutive
de ces réglemens , c'eſt l'intérieur
des priſons pour dettes, c'eſt le régime qui
les
( 73 )
les gouverne. Une Feuille étrangère (* )
a rempli ce vide, en extrayant d'un ouvrage
Anglois qui n'eſt point traduit , la
peinture de ces établiſſemens , & le détail
des formes qui y conduiſent un débiteur
infolvable . Ce morceau nous a paru auſſi
exa& qu'intéreſſant , & parfaitement digne
de curiofité.
L'extrême facilité , dit l'Auteur , avec laquelle
les dettes ſe contractent en Angleterre , & les
droits que la loi donne au créancier ſur la liberté
de ſon débiteur, y rendent le nombre des prifonniers
pour dettes beaucoup plus conſidérable que
par-tout ailleurs.
L'objet le plus ordinaire de l'ambition des gens
du peuple de la capitale , qui , par leur indigence ,
ſont placés immédiatement au-deſſus de la claſſe
des mendians , c'eſt de louer une maiſon entière.
La qualité deHouse-Keeper eſt accompagnée de
certains droits qui leur font préférer l'habitation
d'une baraque fous leur nom , à celle d'un appartement
plus grand & plus commode dans la
maiſon d'un autre (1 ) . Cette qualité donne un
crédit ſouvent très-mal fondé ; le boulanger , le
braffeur, leboucher, livrent leurs denrées auHouſe
Keeper avec la confiance que leur donne la certitude
de pouvoir s'aſſurer de ſa perſonne , s'il
refuſe de payer lorſque la dette ſera montée à
40ſchellings.
(*) Le Journal de Genève, rédigé dans cette ville
parun Comité de la Société des Arts , &qui renferme
pluſieurs morceaux très- inſtructifs .
(1) Cela fert à expliquer le nombre prodigieux
des maiſons de Londres , qui , dit- on , eſt celuides
maiſons de Paris dans le rapport de cinq à deux.
N°. 45. 8 Novembre 1788. d
( 74)
Ce'ui qui veut uſer de fon droit à la rigueur ,
n'y trouve aucune difficulté. Il ſe préſente à un
bureau de justice & porte ſa plainte. On lui fait
baifer la bible , on l'enregiſtre , & on lui remet
un writ , avec lequel il procède à ſes riſques à
l'emprisonnement de ſon débiteur. Les Baillis ,
forte d'Archers que le peuple hait & méprife ,
font les inſtrumens de cette juſtice. Le créancier
remet fon writ à l'un de ceux de ſon diſtrict ,
avec les inſtructions néceſſaires pour ſon exécution.
L'on dit avec raiſon en Angleterre , my house
is my castle (2). Un Bailli ne peut point pénétrer
de force dans une maifon; mais s'il s'y gliffe par
ſurpriſe , & qu'il puiſſe préſenter ſa lettre de
créance au Débiteur , ce'ui- ci eſt tenu de le ſuivre.
Le Bailli est obligé de le garder 24 heures aux
arrêts dans ſa maiſon. Ce délai eſt employé à
faireun arrangement avec le créancier , ou à trouver
deux House-Keepers qui veuillent ſervir decaution.
Comme le Bailli répond de ſon prifonnier , il ne
conſulte point le créancier ſur la ſolidité de la
caution;& pour peu qu'elle lui paroiſſe douteuſe,
il conduit le débiteur dans la priſon que celui-ci
a choifie. Alors ſi les deux House-Keepers perfiftent
à offrir leur caution , &prêtent ferment
devant le Juge , qu'ils ont en propriété au moins
ledouble de la dette , la loi cblige à les accepter,
& le prifonnier eſt libéré.
Il y a à Londres des gens induſtrieux , (& on
enaccuſe fur-tout les Juifs ) , qui font métier de
ſervir de caution . Une cabane louée ſous leur nom
leur en donne la facilité. Si un prifonnier , peu
délicat ſur les moyens de recouvrer ſa liberté ,
veut ſacrifier le dix pour cent de ſa dette , taux
ordinaire de ces marchés , il s'arrange avec ces
(2) Ma mason eſt mon chateau.
( 75 )
gens-là. Libéré par leur ferment , s'il ne ſe prés
fente pas au terme , il fruſtre ſon créancier de
ſes droits. Celui-ci n'a que la reſſource de ſe venger
des cautions , s'il parvient à les faire arrêter ,
&qu'il conſente à les nourrir en priſon.
En vertu d'un article de la fameuſe loi d'Habeas
corpus , un débiteur détenu chez le Bailli ,
peut ſe faire conduire dans la prifon du royaume
qu'il lui plaît de choiſir. Il y en a deux dans la
ville de Londres que les débiteurs préfèrent
d'ordinaire , & qui font éminemment diftinguées
decelles de tous les autres pays , par le caractère
de leur adminiſtration intérieure ce font les
prifons de Kings-bench & de Fleet. La première ,
dans S. Georges Fields , a l'avantage , quant à l'étendue
& à l'agrément de la ſituation , mais elles
font d'ailleurs conftituées & régies de la même
manière.
C'eſt une vaſte enceinte qui contient un grand
nombre de maiſons , des places , des promenades ,
des cafés , des tavernes. Les artiſans dont les
mévers ne demandent pas grand appareil de ma
chines , y continuent leur travail ; s'ils n'ont pas
l'eſpoir d'une délivrance prochaine , ils appellent
leur famille auprès d'eux , &vivent tranquillement
de leur induſtrie. Le nombre des perſonnes libres
furpaſſe quelquefois celui des priſonniers , & l'on
compte ſouvent juſqu'à trois mille ames dans
l'enceinte de la prifon. Depuis ſept heures du
matin juſqu'à neuf heures du foir , la porte de
l'enceinte eſt ouverte , & ceux qui se font point
priſonniers paſſent librement ſans être queſtionnés.
Comme ce lieu eſt un farctuaire qui met à l'abri
de toutes pourſuites , & qu'il n'eſt point permis
aux Baillis d'y pénétrer , il arrive ſouvent quedes
gens qui craignent d'être arrêtés pour des dettes ,
dij
( 76 )
yprennent un appartement , &y reſtent juſqu'à
ce qu'ils puiſſent fatisfaire leurs créanciers .
Ily a quelques années qu'un Bailli , encouragé
par l'eſpoir d'une groſſe récompenſe , ſe gliſſa déguiſé
dans l'intérieur de la prifon , pour chercher à
attirer au dehors une perſonne qui s'y étoit retirée,
&dontlecréancier vouloit s'aſſurer. L'Archer ayant
étéreconnu , on fit courir le mot qui avertit de la
préſence d'un ennemi : on lui coupa la retraite ;
le writ qu'on trouva ſur lui ne laiſſa aucun doute
ſur ſon deſſein; & après une délibération fommaire,
on le condamna à manger cette pièce qui
étoit en parchemin , & qu'on coupa en petits
morceaux pour rendre l'exécution plus facile.
On n'arrive point dans les priſons de Kings-
Bench&de Fleet ſans quelqu'argent , parce qu'il
y a des frais d'entrée. A fon début , un prifonnier
loue un appartement ; un ſéjour de quelques
ſemaines ou de quelques mois lui donne droit à
une chambre qu'il peut enſuite louer à un arrivant
s'il s'arrange pour loger avec quelqu'autre. Leprix
leplus bas pour une chambre , eſt unedemi-guinée
par ſemaine , mais il y a des appartemens magnifiquementmeublés
qui appartiennent aux plus anciens
habitansde ce lieu;ils les louent fort cher à des gens
riches (3 ) , qui y raſſemblent tous les plaiſirs de
l'opulence. Il y a des temps où les aſſemblées ,
les repas de fêtes , les bals & les concerts ſe
ſuccèdent rapidement.
Riendans ce lieu ne rappelle la contrainte. Le
MarshallouGouverneur de la priſon n'a rien à
ordonner dans l'intérieur , & les gens qu'il emploie
pour prévenir l'évaſion des prifonniers , ne
peuventy pénétrer. Ils ſe tiennent raſſemblés en
(3) Il n'eſt pas rare à Londres de voir des gens
riches arrêtés pour dettes.
( 77 )
grand nombre dans une ſalle par laquelle il faut
paffer pour entrer ou ſortir. Lorſqu'un Bailli leur
remet un prifonnier , ils l'examinent avec ſoin
pour pouvoir le reconnoître s'il tentoit de s'échapper
dans la foule des perſonnes libres qui fortent
continuellement.
Il importe au Gouverneur d'employer des gens
qui aient une mémoire aſſez sûre pour reconnoître
les prifonniers , après plusieurs mois ou même
pluſieurs années de détention. Il répond de la
dette de ceux qui s'échappent , & 3,000 livres
ſterlings d'appointemens, ne ſuffiſent pas toujours
pour le mettre à couvert des pertes de l'année.
Il artiva , il y a quelque temps , que quatre priſonniers
s'étant échappés par un trou qu'ils avoient
fait au mur d'enceinte , le Gouverneur leur propoſa
, par la voie des papiers publics , une récompenſe
pour leur retour de cinquante pour cent
de leurdette, qui montoit à 1500 livres ſterlings ;
trois d'entr'eux acceptèrent & reçurent leur argent
en rentrant en prifon.
Il y a dans le voisinage de Kings-bench & de
Fleet , un diſtrict d'environ deux milles de circuit ,
qu'on nomme The Rules. Un prifonnier qui a
une caution , peut ſe promener & même habiter
dans cequartier. S'il paſſe les limites , il s'expoſe
à être arrêté de nouveau , & à perdre tout droit
à la confiance.
Quelque fingulier qu'ait pu paroître juſqu'à
préſent au lecteur le régime de ces prifons , je
n'ai cependant pas encore indiqué la partie vraiment
caractériſtique de leur conſtitution , qui eſt
la forme républicaine. Tous les prifonniers des
deux ſexes font membres de la communauté , &
jouiſſent des inêmes droits. Chacun a ſa voix dans
l'élection du Conſeil , qui ſe raſſemble une fois
la ſemaine pour régler les affaires de laRépublique.
diij
( 78 )
Chaque prifonnier peuty affiſter, &y porter fes
plaintes ou fes propofitions. Il n'y a aucun état de
'Europe dans lequel les loix foient plus reſpectées ,
&les ordres de l'adminiſtration mieux exécutés
que ne le font les réglemens & les décrets de ce
petit Sénat. Les procès s'y inſtruiſent ſelon les
règlesde la procédure angloife. Les parties plaident
elles -mêmes , ou choiſiſſent des Avocats parmi
les perſonnes de bonne volonté qui ſe trouvent
ordinairement en grand nombre ; les Jurés pro
noncent , & la loi détermine la peine. S'il ſe
commetroit quelque crime atroce , le coupable
feroit déféré aux tribunaux de la nation , mais il
n'y en a point d'exemple. La manière ordinaire
de punir ceux qui ont commis quelque action batte ,
c'eſt de les dénoncer à la communauté , en les
promenant dans les rues avec un écriteau qui
déſigne leur délit. Chacun les fuit enfuite comme
despeſtiférés.Cette rigoureuſe privation de toute
ſociété , eft une punition dure à ceux même qui
font peu ſenſibles à la honte , & cette peine va
directement au but, qui eſt de la rendre rarement
néceſſaire.
Les ordonnances de police font maintenues avec
exactitude. Un certain nombre d'hommes payés
par la communauté , pourvoit pendant le jour
aux publications néceſſaires , & veille pendant
la nuit contre les accidens du feu .
Toutes les perſonnes libres qui habitent dar's
l'enceinte de la priſon , ſont ſous la protection des
loix de la communauté ; mais ſi elles donnent de
juſtes ſujets de plainte , on les expulfe fans
retour .
Ceux d'entre les priſonniers qui veulent ſe faire
nourrir par leurs créanciers , font obligés de prêter
devant la cour de Kings-bench le ferment de
pauvreté. Le créancier eſt alors tenu d'apporter
( 79 )
chaque ſamedi au ſoir la ſomme fixée par la loi
pour la dépenſe de la ſemaine. S'il y manque ,
le débiteur eſt libéré de la priſon & de la dette.
Il paroît de temps en temps des actes de grace
qui ouvrent les portes des priſons à ceux des débiteurs
qui veulent ſe ſoumettre aux humiliations
attachées à cette délivrance , & qui ne doivent
pasjuſqu'à 500 liv. ſterlings à un même créancier.
On publie la liſte de ceux qui veulent profiter
de cette faveur du gouvernement , & on exige
d'eux le ſerment de leur inſolvabilité (4) .
Comme l'acte eſt annoncé long-temps à l'avance,
& que les débiteurs qui se trouvent dans
les priſons à un certain jour déterminé , ont le
même droit à la grace , on voit arriver , des
parties de l'Europe les plus éloignées , des gens
qui viennent acquitter ainſi des dettes contractéss
en Angleterre. Les priſons ne ſuffiroient pas à
la fou'e des nationaux & des étrangers ſi , dans
cestemps de criſe, on y retenoit ceux qui y affluent.
Leur préſence pendant quelques inftans
dans la prifon , & la déclaration de leur deſſein
affurent leur droits ; ils ſe logent enſuite dans la
ville à titre de prifonniers , & fur leur parole de
ſe repréſenter s'ils en font requis.
Aucun préjugé flétrifiant n'accompagne le débiteur
dans la rifon , mais l'opinion le pourſuit
s'il enfort à l'abri de la loi. Celui qui acquitte
ſes dettes de cette manière , renonce à toute
conſidération , & le mot , He his cleared by the
ad (5) , emporte le plus profond mépris.
(4) Le malheureux Théodore , interrogé ſur les
rfatisfaire reſſources qu'il avoit p ſes créanciers ,
répondit aux Juges qu'il leur abandonnoit fon
royaume de Corfe.
(5) Il eſt libéré par l'Acte d'Amniſtie.
div
( 80 )
( Nous continuerons dans huitjours la fuite du
Précis de la vie de la Ducheſſe de Kingſion. )
FRANCE.
De Versailles , le 25 Octobre.
Le 25 , l'Archevêque de Lyon a prêté ferment
de fidélité entre les mains du Roi , pendant la
Meſſe de Sa Majefté.
Madame Barentin a eu , le 26 , l'honneur d'être
préſentée à Leurs Majestés & à la Famille Royale
par la Ducheſſe d'Ayen.
La Faculté ayant jugé que le ſéjour de Meudon
ne feroit pas également utile à la ſanté de
Monſeigneur le Dauphin , pendant l'hiver , on
avoit propoſé de lui faire paſſer cette ſaiſon , ſoit
àla Muerre, ſoit à Versailles; maisde douze pers
ſonnes confultées , dix ayant opiné pour Verfailles
, Monſeigneur le Dauphin y eſt revenu le
13 .
Madame Adélaïde a été opérée de la fiſtule ,
le 25 de ce mois , au château de Bellevue. L'étad
de cette Princeſſe eſt auſſi fatisfaifant qu'on
puiſſe le défirer.
De Paris , le 5 Novembre.
Le 28 du mois dernier , eſt mort en
cette capitale M. le Maréchal Duc de
Biron, Doyen des Maréchaux de France
depuis la mort de M.le Maréchal de Richelieu,
Pair du royaume , Colonel-Général
du régiment des Gardes-Françoiſes ,
Gouverneur du Languedoc , &c. &c. Ce
Seigneur , qui a pouffé ſa carrière juſqu'à
l'âge de 87 ans & 8 mois , fut d'abord
(3 )
Colonel de Royal Rouffillon , enſuite du
régiment du Roi , à la tête duquel il ſe
diftingua éminemment à la bataille de
Fontenoi. Quelques jours après cette
action , le 26 mai 1745 , Louis XV le
nomma Colonel des Gardes-Françoiſes ,
cafernées & difciplinées fous ſon commandement
. Il étoit Maréchal de France
depuis 1757. Aucun Seigneur ne ſe diftingua
davantage par la nobleffe de
ſes manières , par fa magnificence , par
fon hoſpitalité. Preſque juſqu'à ſa mort ,
ſa maiſon fut ouverte aux Etrangers de
diftin&ion de tous les pays : perſonne ne
fit les honneurs de ſa fortune avec plus
de grandeur , & ſouvent de générofité
que M. le Maréchal de Biron. Le régiment
des Gardes Françoiſes paſſe à M. le Duc
du Châtelet.
Des deux frégates qui partirent l'année
dernière , au mois de juin , pour l'ifle-de-
France, l'une y eſt arrivée heureuſement;
l'autre , nommée la Méduse , n'a encore
paru dans aucun port , ou du moins on
n'en a pas connoiffance ; ce qui augmente
les inquiétudes fur le fort de ce bâtiment.
Nous avons dit précédemment que
le Corps des Notaires de Paris , dans
fon Aſſemblée générale , du 13 octobre ,
avoit arrêté un prêt volontaire de fix
dv
( 82 )
millions à Sa Majesté , au denier vingt ,
fans retenues , & rembourſable dans le
cours de 37 années. A cette occafion ,
M. Ducloz du Fresnoy , Syndic-Gérent ,
prononça un diſcours , où il a heureuſementrapproché
les évènemens actuels , de
quelques paſſages de l'ouvrage de M.
Necker , fur l'Adminiſtration des finances
de France. Les limites des efforts d'une
>> grande Nation, difoit alors ce Miniftre,
>>> feroient difficiles à déterminer , s'il étoit
>> poffible que, par une union d'intérêts ,
>> elle agît toujours en maffe , & d'un
>> commun accord ...
> Il s'en faut bien , ajoutoit-il, que les ref-
>>> ſources d'une grande Nation foient
>> épuiſées , lorſqu'un Gouvernement ab-
>> ſolu en aperçoit le terme: ce ſeroit ſur
>> tout en France une grande & dange-
>> reuſe erreur , que de vouloir y fonder
>> la puiſſance politique ſur le deſpo
>> tiſme..... Je ne faurois trop recom-
>> mander cette franchiſe & cette publi
» cité , qui mettent la Nation à portée de
>> ſuivre la ſituation des affaires , & qui
> manifeſtent à tous les yeux les ſenti
>> mens du Prince , & fes vues pour le bien
>> de l'Etat. >> Sa Majefté , en apprenant
la délibération de MM. les Notaires , a
ordonné à M. Necker de leur témoignerfa
fatisfaction de leur zèle pourſon ſervice..
(83.)
On écrit de Genève que M. Tronchin ,
Miniſtre de la République de Genève
auprès du Roi , a été chargé par elle de
remettre à Monfieur Necker , Minifte
d'Etat& Directeur Général des Finances ,
un décret des Conſeils qui lui confère le
rang & le titre de Conſeiller d'honneur
de la République. Cette diſtinction, quilui
donne rang & Séance à la tête de tous
les Confeillers , n'a jamais été accordée
à qui que ce ſoit dans cet Etat , & , aux
termes du décret , ne pourra jamais l'être
à perſonne.
On connoît le degré de perfe&ionnement
que les Régiſſeurs actuels des poudres
, dont les lumières , l'amour de leur
ſervice , & l'activité non interrompue ,
font fi recommandables , ont donné à la
poudre royale. Il eſt ſans doute un point
au-delà duquel ce genre d'amélioration
pourroit devenir extrêmement funeſte , &
ce n'eſt pas fans inquiétude que les amis de
la ſociété verront naître des expériences
qui tendroient à rendre plus meurtrière
une invention à laquelle l'Europe doit
peut- être ſes plus grands mauxpolitiques ,
Puſage des armes à feu eût-il même diminué
le nombre des victimes de la guerre ,
ce qui n'a jamais été prouvé. Pluſieurs
Chimiſtes de différentes nations , ont eu
le dangereux eſprit de s'occuper des
dvj
(84)
moyens d'accroître la force de la poudre
& l'étendue de ſes effets. Heureuſement
il n'eſt réſulté de ces eſſais que le jeu de
la découverte de quelques eſpèces de
poudre fulminante , reléguées parmi les
jeux de la Chimie. Sans doute , lesGouvernemens
, qui auroient pu tourner leur
attention vers cet objet , ont aperçu que
l'ufage de cette poudre renforcée , néceffiteroit
un changement très-confidérable
dans les armes à feu , & dans la méthode
de les ſervir; que les dangersde fon emploi
en étoient plus certains que les avantages
, & qu'une fois parvenue à toutes
les Nations , cette découverte les remettroit
de nouveau en équilibre. Il est vrai
qu'un procédé , à l'aide duquel on feroit
für d'exterminer une armée en cinq minutes
, pourroit devenir le meilleur calmant
de la guerre ; mais alors on en reviendroit
peut- être aux armes blanches ,
ou à la lutte ; car , en tout ceci , ce qu'il
y a de moins problématique , c'eſt qu'on
ſe battra toujours.
La plupart de nos Lecteurs feront conduits
, ainſi que nous , à ces réflexions ,
en apprenant l'évènement tragique arrivé,
le 27 octobre dernier , à la fabrique des
poudres royales , près d'Eſſonne . M. Bertholet
, de l'Académie des Sciences , ayant
imaginé une matière propre à fabriquer
( 85 )
de la poudre , capable , dit-on , d'étendre
fort au loin l'effet deſtructeur de lapoudre
aquelle , les Régiffeurs des poudres conſentirent
à voir un eſſai en grand de
cette fabrication. Le 26, MM. Lavoisier
& Letors , Régifleurs , ſe rendirent avec
M. Bertholes à la fabrique d'Eſſonne. M.
Letors , dont les qualités perſonnelles , les
connoiſſances & le zèle méritoient un
autre fort , avoit fait préparer , en plein
air ,& dans un lieu iſolé, un moulin à
bras à un ſeul pilon , avec une levée
qui traverſoit une eſtacade ſolide, derrière
laquelle les Ouvriers & les Régiffeurs
devoient être en ſureté. L'épreuve commença
le 27 , à 6 heures du matin ; 16
livres de matière d'abord , enfuite 20
furent employées ,& le charbon mouillé
par précaution. A huit heures &demie, la
poudre ſe trouva aſſez avancée pour qu'on
pût ſuſpendre le battage ; M. Lavoisier in.
fifta pour que chacun ſe retirât derrière
l'estacade . On deſcendit enſuite pour déjeûner
, en laiſſant au travail l'Elève & le
Maître Poudrier , auxquels on recommanda
de rechef les précautions convenues.
M. Letors qui , chemin faiſant , avoit témoigné
de l'inquiétude ſur le Maître Poudrier
, père de famille, n'en fut pas moins
empreflé à devancer l'inſtant convenu de
retourner à l'appareil; il fut fuivi d'une
(86 )
des demoiselles Chevraud , fille du Commiſſaire
des Poudres , & très-intelligente
dans les opérations de l'art .
M. Bertholet qui , à ce qu'on nous affure
, n'avoitjamais vu de moulin àpoudre,
fut conduit , par M. Lavoisier & par M.
Chevraud , dans une batterie en activité .
Peu d'inſtans après , à 8 heures 45 minut.
ils retournent à l'épreuve ; auſſi-tôt ils entendent
une explosion , & voient une
épaiſſe fumée s'élever du lieu fatal : ils accourent
, ils trouvent la machine en pièces
, lemortier en éclats , le pilon lancé au
loin , & , on frémit en l'ajoutant , M.
Letors & mademoiselle Chevraud fracaflés
l'un & l'autre , à trente pieds de diſtance ,
contre unmur de meulière. Le premier,
briſé dans la plupart de ſes membres , furvécut
une demi- heure à fon déplorable
état; mademoiſelle Chevraud, également
fracaſſée, étoit expirée avant lui. L'élève
&le Maître Poudrier , relevés par l'infortunéM.
Letors , étoient allés , l'inſtant d'auparavant
, prendre quelque nourriture. On
ne peut rendre la douleur des confrères
deM. Letors , à la nouvelle de cette cataftrophe.
Jamais homme ne fut plus digne
de ces regrets de l'amitié , & de ceux de
l'Etat , qu'il fervoit avec l'amour ſi rare de
ſes devoirs , & avec une application infatigable.
4
( 87 )
• On peut ſe rappeler que M. le Baron
deBreteuil fit propofer un prix à décerner
à celui qui imagineroit un moyen facile ,
autre que celui des pompes-a- feu , pour
élever, à une certaine hauteur , un gros
volume d'eau. Un Bas- Officier du régiment
de Chartres infanterie , a concouru
pour ce prix. Ila inventé un balancier ,
dont le jeu , à ce qu'on dit , eſt fi facile ,
qu'un ſeul homme , de force médiocre
peut le mettre en mouvement , en faiſant
paffer , d'une extrémité à l'autre , un poids
confidérable qui détermine la hauffe &la
baiffe des bras du balancier. Sans l'intervention
d'aucune matière combustible ,
cette pompe éleveroit une maffe d'eau
égale à celle de la plus grande pompe- afeu.
L'Académie des Sciences va examiner
cette découverte & fon utilité. »
«Il eſt parti ce matin, écrit-on de Baſtia , le
23 ſeptembre , un Géomètre François pour les
ifles de Monte-Chrifto , la Pianofa , Elbe , Capraya
& la Gorgone. Les objets de fon voyage
font des opérations trigonométriques , pour rectifier
le giffement de ces ifles entre la Corſe &
la côte d'Italie. Les Puiſſances , ſur le territoire
deſquelles il doit opérer , ſe ſont prêtées à donner
des ordres pour le faciliter. M. le Commiſſaire en
chef de la Marine , dans l'ifle de Corſe , s'eſt en--
tendu fur cela avec MM, les Confuls de France en
Toſcane , à Gènes , Naples & en Sardaigne , &
leurs foins ont procuré ces différens ordres. Il doit
zéſulter de ces opérations un redreſſement parfait
( 88 )
de la partie de la carte de la Méditerranée , où
ſe trouvent ces ifles , juſqu'aux bouches de Bonifacio.
»
Au mois de mars de l'année dernière ,
nous annonçâmes l'acte de courage du
nommé Jean- Claude Milon , Bourrelier de
Nantua en Bugey , lequel , en expoſant
ſa vie , ſauva deux jeunes écoliers prêts à
périr ſous les glaces .
Cette action n'eſt pas reſtéeſans récompenfe.
Par les ordres du Roi , on a frappé
une médaille d'or, qui repréſente,d'un côté,
l'effigie de Sa Majefté ; de l'autre eſt écrit s
<< Donnéepar le Roi à Jean- Claude Milon ,
› Bourrelier de ladite ville de Nantua , le
» 29janvier 1787 , pour avoir, en expo-
» Jant ſa vie , ſauvé deux jeunes gens prêts
» à être engloutisſous les glaces. »
Le 28 d'odobre , cette médaille a été
remiſe à Milon , avec une gratification
de 102 liv. , en préſence des habitans , au
bruit des fanfares , par l'Intendante de
Bourgogne.
Entre les Membres du Tiers - Etat qui ſe diftinguèrent
par leurs oppoſitions aux deſſeins du
Cardinal du Perron , dans les Etats-Généraux de
1614 , l'histoire nomme Miron, Prévôt des Marchands
de Paris, & Claude Chevalier, Lieutenantgénéral
au Bailliage d'Auxerre , députés de cette
ville avec , Beraut, aux Etats -Généraux de
« 1614. Chevalier , nous apprend le ſavant Abbé
» leBeuf, dans ſon Hiſtoire d'Auxerre , aidé des
>> conſeils & des lumières d'Antoine Leclerc , Sei-
> gneurde la Forêt, ſon couſin-germain, tint ferme,
( 89 )
» & s'oppoſa aux maximes qui vouloient étendre
>> l'autorité des Papes ſur le temporel des Rois.
» Son avis , ajoute-t-il , entraîna celui du Tiers-
» Etat ».
Précédemment , la famille de ce même Antoine
Leclerc , dont Henri Leclerc étoit alors Lieutenant-
Général du même Bailliage , s'étoit diftinguée par
fon attachement & fon obéiſſance à Henri IV.
Cette ancienne famille , originaire du Nivernois ,
exiſte encore à Auxerre , où elle eft établie depuis
prèsdetrois cents ans. On ne fauroit trop rappeler,
lorſque l'occaſion s'en préſente, les noms des citoyens
qui ont donné un exemple auſſi recommandable
de ſageſſe & de fidélité.
A chaque guerre , ſe renouvelle dans
les converſations , la demande des motifs
qui ont fait abandonner l'abordage des
vaiſſeaux ennemis . Un Officier de marine ,
M.le Chevalier de la Coudraye , ancien
Lieutenant des vaiſſeaux du Roi , & Examinateur
compétent , adreſſa , ſur ceſujet,
un Mémoire à l'Académie de Bordeaux ,
qui lui donna ſen approbation , ainſi que
M. le Maréchal de Castries & M. le
Comte de la Touche. L'auteur de ce Mémoire
nous ayant prié de le communiquer
au public , nous penſons qu'il fera lu avec
intérêt.
«L'abordage eſt une action de guerre , par laquelle
un vaiſſeau joint un vaiſſeau ennemi , & l'accroche
àdeſſein de s'en emparer , en faifant paſſer
fon équipage à bordde cet ennemi. On a attribué
aux Romains d'avoir , les premiers , imaginé cette
manière de ſe battre. Du moins est-il certain qu'ils
la préféroient , & qu'ils la mirent en pratique plus
1
( 90 )
qu'aucuneautrenation de leur temps. Par l'abordage,
les combats de mer devenoient des combats de
plein-pied, &corps- à-corps , où ils jouiſſoient de
l'avantage que leur donnoit la diſcipline & la
bonne tenue de leurs foldats . D'ailleurs , dès le
premier inſtant où Rome ſe fut déterminée à avoir
une Marine , ce fut une Marine militaire qu'elle
voulut , uniquement dans la vue de combattre les
Carthaginois , qui déjà en avoient une nombreuſe
&exercée. Les Romains ne cherchèrent donc point
à lutter par la ſcience de la manoeuvre , & nous
voyons par-tout qu'ils s'attachèrent à faire des
vaiſſeaux légers , pour favoriſer ſans doute leurs
projets d'abordage. »
« Il ne faut point perdre de vue , au'reſte , que
par abordage , on n'entend ici parler que du paffage
de gens armés dans le vaiſſeau ennemi , à
deſſein de s'en emparer de cette manière. En effet,
long-temps avant les Romains , il exiſtoit une
autre forte d'abordage , dont le but étoit de mettre
hors de ſervice les vaiſſeaux de ſes ennemis , pour
les brûler & les couler enſuite avec facilité , s'ils
ne ſe rendoient pas. Tout le monde a oui parler
de l'éperon armé de fer &d'airain , fait pourbriſer
le corps d'un navire par un choc violent. LesGrecs
avoient imaginé le corbeau & le dauphin , deftinés,
dans l'approche des navires , à écrafer par leur poids
tout ce qui fe trouvoit dans la direction de leur.
chute, & capables même d'entr'ouvrir & de fracaſſer
le vaiſſeau . Il y avoit beaucoup d'art à ſavoir
prolonger une galère , de manière à rompre fes
avirons , & Rome auſſi employa par la fuite des
faulx tranchantes , qui détruiſoient le gréement &
la mâture. Les catapultes même, inventées par Archimède
, qui jetoient des pluies de feu & des
poutres enflammées , ainſi que les tours dont les
Romains garnirent l'avant&l'arrière de leurs vaif-
:
(91 )
feaux , &d'où ils lançoient des pierres&des quartiers
de rochers , ſembloient exiger un abordage
ou dégréement antérieur , puiſque ces machines
n'euſſent pu que très-difficilement nuire à un bâti
mentayant la facilitéde ſe mouvoir. Mais,quoiqu'il
en ſoit , laiſſons cette digreffion , &revenons à la
queſtion qui nous occupe. »
L'abordage , tel qu'il ſe pratique de nos jours, eſt
unemanoeuvre qui demande beaucoup de préciſion
&de fineſſe , parce qu'un des deux vaiſſeaux a
preſque toujours intérêt d'éviter l'abordage , &
cherche en effet à l'éviter. Il eſt encore de la plus
haute importance de ne point s'engager dans une
poſition déſavantageuſe , telle que ſeroit celle où
l'on mettroit le mât de beaupré dans les grands
haubans du vaiſſeau ennemi , puiſqu'alors on refteroit
expofé au feu de fon artillerie fans pouvoir
même lui ripoſter. "
(La fin au Journal prochain.)
Catherine Buiffot , femme de Jean-Baptiſte
Billard , eſt accouchée heureuſement,
le 21 octobre , à Trainel , Diocèſe de Sens ,
d'une fille& de deux garçons , qui ont été
baptifés , & fe portent bien , ainfi que la
mère. Ils pèſent enſemble plus de dix-huit
livres. Cette femme , mère de 15 enfans,
dans l'eſpace de 14 ans , en a eu deux
à chacune de ſes trois dernières couches .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 31 octobre
dernier , font : 7 , 13,88,34 & 14 .
PAYS - BAS.
DeBruxelles, le 1. Novembre 1788.
L'armiſtice conclu entre le Roi de Suède
:
( 92 )
,
& le Danemarck , & l'abandon des defſeins
de cette dernière puiſſance fur Go.
thenbourg , ont paſſé pour l'effet d'une
notification qu'a pris ſur lui M. Elliot ,
Miniftre d'Angleterre à Copenhague , en
fignifiant au Prince de Heffe , & au Comte
de Bernstorff , que toute entrepriſe fur
Gothenbourg , que toute agreſſion ultérieure
ſeroient regardées par les cours
de Londres & de Berlin , comme unedéclaration
de guerre. Cette nouvelle acquiert
un grand degré de certitude
puiſque le 160&obre , le Comte de Rhode ,
Miniſtre du Roi de Pruffe à Copenhague ,
a demandé au principal Miniſtre Comte
de Bernstorff, une conférence, dans laquelle
il a requis , au nom du Roi son
maître & de ſes Alliés , le gouvernement
Danois de retirer de la Suède les_troupes
Norwégiennes , attendu que l'Impératrice
de Ruffie s'étoit refuſée aux propofitions
de paix , et qu'aujourd'hui il falloit recourir
à des négociations plus efficaces .
Sur- le-champ , M. de Bernstorffa expédié
un eſtafette au Prince royal de Dane-
- marck , qui a dû arriver le 23 à Copenhague.
Le tranſport de la groſſe artillerie
que les Danois alloient envoyer en Suède
a été contremandé. Leur armée eſt à
trois milles de Gothenbourg , & l'on apprendd'Helfingor
, en date du 18 octobre ,
-
( 93 )
que dix bâtimens charges de munitions de
guerre &debouche pour ces troupes , ont
été pris par les Suédois .
Le ſupplémentde la gazette de Vienne ,
du 18 octobre , ſe réduit à nous apprendre
que , le 7 de ce mois , un détachement
de volontaires a enlevé à l'ennemi 103
bêtes à cotnes près de la redoute d'Eugène
; & que le lendemain 8 , les Turcs
ont levé leur camp près de Pancsowa , &
ſe font portés à la rivière de Porcía ; une
partie l'a paſſée , les autres ſe ſont campés
de ce côté. Un brouillard épais a empê
ché de voir fi l'ennemi garde ſa poſition ,
ou s'il a paffé à Belgrade.
Les lettres particulières annoncent que
les Turcs fe retranchent près de Caranſebes
, et que l'armée Autrichienne formera
un camp près de Dragojert , Ohoba
& Fikatar , afin de couvrir Temeſwar
du côté de Lugofch & de Werſchez. Il
n'eſtdonc pas vrai que les Turcs , comme
on l'avoit rapporté , abandonnent le Bannat.
P.S. La déclaration du Roi de Pruſſe
à la Diète de Pologne , a été remiſe , en
effet , le 13 , aux Etats confédérés par le
Maréchal de la Confédération . L'étendue
de cette note remarquable nous oblige
å endifférer de huit jours la publication;
mais on jugera , par le précis ſuivant , de
( 94)
l'extraordinaire impreffion qu'elle a dû
faire . S. M. P. demande : :
« Quels font les motifs qui peuvent porter la
République à conclure une nouvelle alliance avec
la Ruffie , & à augmenter en conféquence fes
troupes ? Dans le cas que ladite alliance fût offenſive
contre l'Empire de Turquie , en infraction
ouverte du traité de paix qui ſubſiſte entre la
République & ledit Empire , & que ce dernier a
religieuſement obſervé juſqu'ici ,Sa Majefté , prévoyant
le danger imminent dont la République ſe
verroit menacée par les ſuites d'une alliance offenſive
, par laquelle elle provoqueroit un ennemi
puiſſant , & dont les armes ſemblent avoir été
favorifées juſqu'ici par une fortune conſtante , Elle
ne peut s'empêcher , comme bon voiſin , ami &
allié de la République , de repréſenter aux Etats
aſſemblés les malheurs qui réſulteroient d'une pareille
démarche pour le royaume de Pologne ;
&c'eſt dans cette vue que Sa Majesté Pruffienne
déclare être prête à employer tout ce qui dépendrad'Elle
pour empêcher l'exécution du projet
formé par la Ruſſie , relativement à cette alliance ,
& qu'éventuellement Elle offre toute fon aſſiſtance
à la République , ainſi que de renouveler les
traités conclus entre Elle&la Pologne. Si au contraire-
ladite,augmentation de troupes n'a pour
but& pour unique deſtination que le fervice de
la République , & la défenſe de ſes frontières ,
S. M. proteſte en ce cas qu'Elle n'y mettra aucunement
obſtacle , & qu'elle ne ſouhaite rien
plus que de voir accepter ſes offres par les Etats
confédérés. Elle invite en particulier tout bon
Polorois qui aime ſa patrie , à ſe ranger du côté
de S. M. , en l'aſſurant de ſon amitié & de toute
fon affiſtance.
( 95 )
:
Paragraphes extraits des Papiers Anglois
& autres Feuilles publiques.
SaMajesté l'Empereur a fait demander aux Etats
deHongrie , par le Comte de Zichy , Vice-Préſidentdu
Conſeil Royal de Bude, le ſubſide extraor.
dinaire , à l'occafion de la guerre actuelle contre
lesTurcs. Pluſieurs comitats ont répondu d'abord:
«Qu'ils étoient prêts à ſacrifier pour Sa Majefté
» juſqu'à la dernière goutte de leur fang , mais
>> ſous les conditions ſuivantes : 1. Que S. M.
rende aux Hongrois leur couronne , gardée à préſent
dans le tréfor à Vienne. 2. Qu'elle ſe faſſe
couronner Roi de Hongrie. 3. Qu'on ne les forceroit
pas à apprendre l'Alleinand ,& à ſe ſervir
de cette langue dans tous les écrits , vu que cela
rencontroit toujours des obſtacles inſurmontables ;
&4. Que la conſcription militaire ſoit auſſi levée.
L'Empereur y a , dit-on , répondu brièvement :
« Si l'on ne défiroit que cela ,& rien de plus ; &
>> pourquoijuſtement dans un tel temps ? (Gazette
d'Amsterdam , nº. 86. )
Toute notre hiérarchie eccléſiaſtique , écrit-onde
Rome, alloit ordinairement, dansla ſaiſon actuelle,
prendre les divertiſſemens de la campagne , pour
ſe délaſſer de ſes importantes & continuelles
occupations. Mais pour cette année notre miniſtère
ne ſe permet aucun jour de repos ; & il eſt maintenant
p'us occupé , plus rempli d'agitations que
dans aucun autretemps de l'année. Les réſolutions
étranges priſes en dernier lieu par différentes cours,
contre différens droits & prérogatives dont leSt.
Siége étoit en poffeffion depuis plufieurs ſiècles ,
font l'objet de ces mouvemens extraordinaires . Les
( 96 )
aſſemblées ſont très-fréquentes ;on expédie courriers
fur courriers ; les brefs ſe ſuccèdent ;& néanmoins
on ne s'aperçoit encore d'aucune crife
favorable pour nous. La plus grande déſolation
eſt répandue parmi les ordres religieux , dont les
généraux ſe voient privés d'une grande partie de
leur ſouveraineré . Le général desDominicains dans
la ſeule ville de Naples , étoit ſupérieur de 15
couvens d'hommes & de deux de filles de fon.
ordre ; cette perte eſt ſans doute très - conſidérable.
Mais ce qui eſt plus fâcheux , c'eſt que cette
révolution menace de devenir univerſelle. L'on
aſſure même que la Cour de Rome a été obligée
d'expédier en Eſpagne un bref de fuppreffion de
tous les ordres réformés. On prévoit encore de
plus grands déplaiſirs pour cette Cour, & le bruit
eftgénéral que l'on va rappeler dans le Royaume
de Naples tous les Prélats & autres individus qui
jouiſſent de penſions & bénéfices Eccléſiaſtiques
dans lesEtats deSa Majefté Sicilienne , ſous peine
de confiſcation. (Gazette de Lugano.)
N.B. ( Nous ne garantiſſons la vérité ni l'exaltisudede
cesParagraphes extraits desPapiers étrangers.)
A
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 NOVEMBRE 1788.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS FAITS A VAUCLUSE.
DE ce défert l'effrayante beauté
Plaît à l'Amant & charme le Poëte :
Un beau vallon , un pays enchanté
Y rend aux yeux l'illuſion complète.
Mais le tableau de ces objets divers
Sourit en vain à mon coeur , à ma Muſes
Verdier l'a fait , & ſes magiques Vers
Vivront autant que le nom de Vaucluse.
Icı , l'Amant plein de doux ſouvenirs ,
Pourfuit au loin les ondes fugitives ,
Νο. 46. 15 Νον. 1788. E
98 MERCURE
Rêve , ſoupire ; & voit qu'à ſes plaifirs
Il n'a manqué que ces ſuperbes rives.
St par hafard une trop longue erreur
A de ſes voeux détaché l'eſpérance ,
Il peut encore y nourrir ſa douleur ,
Et par les pleurs ſaiſir la jouiſſance.
CES Aots preffés qui roulent en grondant ,
Et de ces rocs la maſſe épouvantable ,
Portent dans l'ame un triſte ſentiment
Qui la domine& la flatte & l'accable .
PÉTRARQUE,hélas ! n'eſt plus dans ces beaux lieux
Mais je me dis : Il vint à cette place ,
Son pied fut là , ceci frappa ſes yeux ;
Ses vers charmans font nés dans cet eſpace.
AH ! puiſfiez-vous ne me quitter jamais ,
Tendre délire , aimable rêverie !
Dans mes plaifirs , fur-tout dans mes regrets ,
Venez parler à mon ame attendrie.
QUATRE cents fois l'année a diſparu
Depuis le temps que ce lieu me rappelle ;
Quatre cents fois le Printemps revenu,
N'a plus trouvé cet Amant fi fidèle .
COMME la Gloire ici ſe fait fentir !
On croit la voir, plus ſéduisante encore ,
Prendre en riant de la main du. Plaifir
Les noms heureux de Pétrarque & de Laure.
DE FRANCE.
99
GLOIRE fuperbe , idole des grands coeurs ,
Hélas ! l'Envie eſt toujours ſur tes traces ;
Mais tu fouris , & tes adorateurs
Sont confolés de toutes leurs diſgraces .
De tes bienfaits qui ne feroit jaloux ?
Ta faveur ſeule à nos plaiſirs ajoute.
Si vivre heureux eſt le ſort le plus doux ,
Mourir célèbre eſt le plus beau fans doute.
Ce double eſpoir trompera mes efforts ;
Mais ſi Zélis , par l'amour amenée ,
Vivoit ici , je ſerois sûr alors
De la moitié de cette deſtinée.
(Par M. Auguste Gaude. )
ÉPIGRAMME.
UN Singe , de Thémire a fu captiver l'ame;
D'un Perroquet , Lifette exalte lestalens ;
Un Matou charme Iris : & de là je prétends
Qu'à toute force,Orgon pourroit plaire à ſafemmes
( Par M. L..... n de S. C. )
E
160 MERCURE
LES ZÉGRIS ,
Сегот
Nouvelle Espagnole..
Éroit vers le milieu d'une de ces nuits
de printemps , ſi belles ſur les côtes du
royaume de Grenade. La mer étoit tranquile,
le ciel pur. L'air, chargé des vapeurs
du myrre , de l'oranger , & de tant de
parfums que la Nature prodigue dans ces
contrées délicieuſes , étoit agité par la molle
haleine du Zéphir. Les ſeuls accens des
roffignols de ces bocages charmans , interrompoient
le majestueux filence de la nuit.
Tout reſpiroit le bonheur & la paix.
La guerre vint tout d'un coup troubler
le repos de ces beaux lieux. Don Louis
Férez de Bévar , qui ſe promenoit dans ſes
jardins avec ſa famille , entendit des décharges
d'armes à feu, des cris tumultueux ,
un grand bruit qui s'élevoit d'une maiſon
peu éloignée. Bientôt les cloches des villages
voiſins annoncent une nouvelle deſcenté
des Corſaires Barbareſques , & répandent
L'alarme.
Don Louis envoya ſon fils raſſembler
les hommes de la bourgade. Il prend ſes
armes , laiſſe ſa maiſon ſous la garde de
ſes domeſtiques armés , & va joindre ſes
>
DE FRANCE. ΤΟΙ
vaſſaux. Ils étoient prêts & déjà au nombre
de plus de cent ; de toutes parts on
accouroit pour les renforcer. Il envoya du
ſecours à la maiſon attaquée , & jugeant
que ſur l'alarme générale , l'ennemi ne
tarderoit pas à faire retraite , il ſe porta
vers une petite anſe , qui étoit le ſeul endroit
où les Corſaires avoient pu aborder.
En approchant de la côte , Don Louis
vit en effet qu'ils s'avançoient avec leur
burin. Une décharge des Efpagnols ébranla
l'ennemi , le déconcerta. Un nouveau fen
le met en fuite , il lâche ſa proie , & fe
précipite dans ſes chaloupes. Il y entra fous
la protection de huit ou dix hommes qui
firent ferme. Cette petite troupe ſe ferre ,
préſente la baïonnette , & montre une
contenance ſi intrépide , qu'elle arrêta les
vainqueurs. Pluſieurs de ceux- ci furent tués
ou bleffés ; mais le feu continuel éclaircit
fi fort cette poignée de braves , qu'il n'en
reſta plus que trois hommes , & bientôt
plus qu'un ſeul. Cet homme chercha à
gagner les chaloupes , mais eiles étoient
déjà à la mer , & s'éloignoient à force de
rames. Se voyant ſans reffource , il jette
fes armes , & vient ſe rendre.
En faveur de fa fermeté , Don Louis
ordonna qu'on ne lui fit aucun mal. Il fut
conduit au château avec les bleſlés , parmi
leſquels étoit Don Michel , fils de Don
Louis. On trouva le lendemain que la
blefſure étoit ſérieuſe. Don Louis , dans fa
E3
102 MERCURE

,
douleur , changea beaucoup de ſentiment
pour ſon prifonwier. Il entre dans la chambre
où il étoit renfermé. Il lui parle , &
ne reçoit point de réponſe. Le prifonnier
ne ſavoit point l'Eſpagnol ; mais Don Louis
parloit l'Arabe très - purement. >>Efclave ,
lui dit- il, vous avez bleffé mon fils : fi je le
perds, attends- toi à être traité fans pitié ".
L'Eſclave regardant froidement Don Louis ,
répondit : >> Ne t'ai -je pas montré que je
ne craignois point la mort ? va , Chrétien
j'ai tout perdu : la vie m'eſt indifférente.
Mais fi je reçois la mort ici , apprends
que pour me venger , plus d'un Eſpagnol
fera égorgé en Afrique ". Don Louis demanda
de quel port de Barbarie ils étoient
partis. " Je ne connois point la Barbarie
dit - il ; chez nous le peuple donne auffi ce
nom à la terre des Chrériens. Garde ton
fecret , lui dit Don Louis : mais fi le bletté
périt , tu verras juſqu'où va la fureur d'un
père qui perd ſon fils par toi ou par les
tiens. Tu ne me donneras jamais de crainte,
répondit fièrement l'Esclave ; ma Nation
doit à la tienne une immortelle haine ;
fais ce que tu voudras ; tu ne ſçaurois
l'augmenter " .
,
Ces audacieuſes paroles , loin d'irriter
le Maître contre, fon Eſclave , lui en donnèrent
une haute idée : il fentit que cet
Africain n'étoit point un homme vulgaire.
Quelque temps après , Don Michel s'étant
trouvé en voie d'une pleine guérifon ,
DE FRANCE. 103

1
le père, au comble de ſes défirs , voulut
témoigner quelque conſidération à fon prifonnier.
in le fit
nica
venir. Ses deux filles avoient
fouhaité de voir le fier Corfaire ; elles
éroient préſentes : elles furent frappées de
fon grand air , de fon maintien modefte
&point humilié. Don Louis apprit à l'Africain
que le bleſſe ne couroit plus aucun
rifque , & lui déclara que,fon efclavage
n'auroit plus rien de pénible. If
lui permit de fortir à ſa volonté , & lui
donna toute ſa maiſon pour prifon , en
attendant des temps plus heureux. L'Eſclave
remercia Don Lonis de l'humanité qu'il
lui témoignoit. » Tous les lieux du monde
me font égaux ; il n'en eft qu'un , ajouta-
t il en ſoupirant , il n'en eft qu'un ſeul
cù je puiſſe me plaire. Mais tu es capable
de générofiré; puis - je , Seigneur , te
demander une grace bien plus grande pour
moi , que toutes celles que tu me fais « ?
Don Louis ayant fait un ſigne de confentement,
l'Africain continua : » Tes gens
m'ont dépouillé; je ne m'en plains point.
C'eſt l'uſage de cette eſpèce de guerre :
mais ils ne m'ont pas tout ôté; il me reſte
un précieux tréfor : il pourroit m'être enlevé.
Je ne tomberai peut - être pas toujours
en des mains telles que les tiennes.
demande; Seigneur , qu'il me foit por
mis de te le confier ". A ces mets , ildétacha
de fon bras un petit portrait qui te-
Je
E 4
104
MERCURE
noit à un bracelet de cheveux. L'Eſclave
le porta à ſa bouche , & des larmes coulèrent
des yeux de ce Corſaire qui fembloit
ne devoir point connoître les larmes.
>>Voilà , dit- il àDon Louis en lui préſentant
le portrait , voilà mon tréſor , le charme
unique de ma vie. Je te ſupplie de conſerver
cet objet; il m'eſt bien précieux ,
bien cher. Si je recouvre la liberté , je
t'avertis que tu peux porter bien haut la
rançon de ce portrait : pourvu que ma
fortune y fuffife , je le retirerai ".
Il avoit parlé avec les mouvemens &
l'émotion d'un coeur paſſionné. Quoique
les deux Dames ignoraſſent ſa langue , elles
avoient tout entendu , tout compris. Elles
confidérèrent le portrait , & s'intéreſferent
ſenſiblement pour in Amant fidèle. D. Louis
en ſouriant , rendit à l'Africain ſon tréfor.
>>Garde-le, lui dit- il, il ne te fera point enlevé
; je le promets : il eſt à toi ſans rançon ".
L'Eſclave ſe courbant profondément devant
fon Maître, rendit grace d'une faveur pour
lui fi conſidérable , & il s'abaiffa devant
les deux Dames , comme pour les reinercier
auſſi de l'intérêt qu'elles ſembloient
prendre à ſa ſituation. Elles prièrent leur
père de demander à l'Africain ſi cette peinture
étoit bien reſſemblante. » Non , répondit-
il , elle ne l'eſt point , & ne peut
P'être. Comment l'ouvrage de l'Art rendroit- il
les graces naïves , l'ame aimante , le charme
inexprimable répandu ſur toute la perſonne
DE FRANCE ro
d'Azide? En Orient , continua-t- il, of.compare
les belles femmes aux Houris de notre
agréable Paradis. Pour moi je crois que fi
les Houris reſſemblent à Azide , elles aorvent
être contentes : elles font affez divines".
On fourit de la réponſe. " J'avoue , ajouta
l'Eſclave , que mon jugement eſt ſuſpect;
mais qu'Azide eſt belle ! elle est bien plus ;
les Langues n'ont point de termes pour
donner une juſte idée d'Azide : il fart la
voir, l'aimer, être aimé d'elle ". On lui demanda
de quel pays étoit cette belle perfonne.
» Azide, répondit-il, eſt fille du Rays
Ali-Horuc de Tétuan . Le nom d'Horuc eft
affez connu far la Méditerranée. C'eſt un
dur Corſaire , il eſt vrai ; mais il a pour
moi un mérite fuprême : il eſt père d'Azide.
C'eſt ſans doute de Tétuan que vous
avez fait voile , lui dit Don Louis ? Oui,
répondit l'Eſclave, Je n'ai point de goûr
pour ces courſes maritimes , parce que
fouvent on n'y rencontre que des ennemis
foibles , ou défarmés. Mais l'inflexible
Horuc ne veut donner ſa fille qu'a um
Marin comme lui ; & que ne ferois-je pas
pour obtenir Azide « !
Après cet entretien, on eut des diſpoſitions
très - favorables pour l'Esclave. Don
Louis eſtima un ennemi dont le corps
pouvoit bien être mis aux fers , mais dont
Fame învincible reſtoit toujours libre..
L'Eſclave n'abuſa pas de la perminion
qu'il avoit de fortir : il ne s'en fervit
E
106 MERCURE
que pour ſe rendre tous les jours dans un
cabinet de lauriers , à l'extrémité d'une
terrafle , d'où la vue s'étendoit fur la mer.
Là ſes yeux, toujours tournés vers le rivage
d'Afrique , ſembloient chercher Azide , la
triſte Azide , qui dans le même temps y
déploroit la perte ou l'absence de fon cher
Saydan.
Le vaiſſeau Maure étoit rentré à Tétuan
; la nouvelle de ſon déſaſtre, de la
perte ou de la priſe de Saydan & d'Abdull,
fils d'Horuc , & de leur belle manoeuvre
qui avoit fauvé le reſte de l'équipage , ne
parvint pas à Horuc , attaqué alors d'une
grande maladie ; mais Azide en fut d'abord
inftruite. Ce coup fatal l'abattit. Ses
femmes craignirent pour ſa vie. Ce ne fut
qu'après un long accablement que les larmes
d'Azide commencèrent à couler : » Tu
pleures , malheureuſe , s'écria cette amante
défolée , & Saydan eſt peut- être dans les
fers ! Eft-ce le moment de pleurer , quand
il faut voler au ſecours de Saydan ?... s'il
en eft remps encore "... Ainſi cette foeur qui
chériſſoit Abdull , ne pouvoit penfer qu'à
Saydan , n'étoit occupée que de Saydan :
mais qui peut commander à une paflion
impérieuſe ! Azide raſſemble fon or & fes
pierreries : elle veut les porter à fon frère
Mazour. Elle n'a pas la force de marcher ;
mais Mazour venoit la confoler. Il entre
chez Azide : elle ſe jetre dans ſes bras ;
elle lui préſente ſon or, mais ne peut parDEFRANCE.
107
ler : elle gardoit ce filence accablant des
afflictions extrêmes. » Ne perdons pas encore
tout eſpoir, lui dit Mazour; fi l'Ange
de la Mort n'a pas étendu ſa main ſur eux ,
s'ils ne font qu'efclaves , je réponds de
leur liberté ; j'y vais travailler ". Un rayon ,
un foible rayon d'eſpérance entra dans le
coeur d'Azide. Elle preſſe la main de fon
frère avec cette douce violence des défirs
ardens. >> Ytravailler, cher Mazour, lui ditelle?
Mais ce fera donc aujourd'hui, dans ce
moment même ? Oui, lui dit- il, ce ſera tout
à l'heure , & il fortoit ſans rien emporter.
Prends donc ceci , cher frère , s'écria- t- elle
vivement : prends ces vaines bagatelles ;
les Eſpagnols les aiment : ils me rendront
peut-être " ... Elle alloit encore prononcer le
nom de Saydan : elle ſe retint. » Ils nous rendront
peut- être , reprit-elle , les deux chers
objets que nous regrettons ". Mais en vain
Azide employa les plus vives inſtances; Mazour
s'y refuſa.
Il s'adreſſa à un Maure qui avoit été de
l'expédition , & qui parloit eſpagnol. Cer
homme ſe chargea volontiers de la commiffion
de Mazour ; il reçut ſes ordres , &
en ſecret ceux d'Azide. Il y avoit une communication
établie entre Tanger & Algé
zire. Le Maure , fous l'habit efpagnol, paffa
fans difficulté fur la côte d'Efpagne..
Pendant qu'il s'avançoit à la recherche
de Saydan , celui-ci ne fortoit preſque pluss
du cabinet de la terraſſe , d'où il fe croyoit
E6
108 MERCURE
moins éloigné d'Azide. Là , dans les profondes
rêveries , il ne voyoit, il ne défiroit
qu'Azide. Don Louis l'interrompoit quelquefois.
Il goûtoit la converfarion de l'Africain
, & la préſence du Maître n'étoit
point importune à l'Eſclave , depuis qu'il
lui avoit garanti la poſſeſſion du portrait
d'Azide.
>>Comment, lui dit un jour DonLouis ,
comment un brave Guerrier tel que toi,
a-t- il pu s'affocior à des corſaires , à des
ennemis du geme humain ? Seigneur , répondit
l'Africain , les Chrétiens ne ſont pas
tout le genre humain : & d'ailleurs je ferois
la guerre à toute la terre pour obtenir
Azide. Mais , ajouta t- il , il exifte entre
les Mahomérans d'Afrique & les Chrétiens ,
un état d'e guerre perpétuelle , que des trèves
courtes & affez mal obſervées de part
& d'autre n'nterrompent prefque point.
Ils courent les uns fur les autres ; le fort
enchaîne le foible , & le tient dans la fervitude,
ou lui vend la liberté pour de l'argent.
Tout eſt aſſez égal entre nous : malheur
aux vaincus ! Quelle odieufe pratique,
reprit Don Louis , de faire ainſi des efclaves
par la force & la violence , & de vendre
des hommes comme des animaux abjects
Norre pratique de faire des eſclaves
, dir l'Africain , peut , j'en conviens
être quelquefois violente & cruelle , mais
elle n'est jamais lâche. Je te dois de la reconnoillance
, Seigneur ajoura-t- il , je te
DE FRANCE. 109
dois auſſi la vérité ; la voici. Jamais vaiffeau
parti de nos ports , ne porta de viles
marchandises à l'occident de notre Afrique
, pour y acheter des enfans , des femmes
, des hommes inconnus , qui ne nous
firent jamais de mal : en aucun temps ,
on ne nous vit tranſporter ces malheureux
dans des climats lointains , pour y vivre
fans repos , fans confolation , ſans eſpérance
, & pour y mourir dans des travaux
perpétuels , ou ſous les verges de leurs
bourreaux : jamais nous ne nous procurâmes
de l'or au prix de la ſueur & du
fang de ces déplorables victimes de l'avarice
furieuſe & de la lâcheté ". L'Africain
voyant de l'émotion fur le viſage de Don
Louis. Oui , de la lâcheré, dit- il, c'eſt le
mot. Faire à des hommes innocens le plus
grand mal qu'il ſoit poſſible ; les réduire
à cet état de déſeſpoir fans leur laiffer aucun
moyen de s'en défendre , & fans courir
aucun riſque ; exercer cette pratique infame
par les motifs les plus mépriſables ,
les plus bas , fi ce n'eſt point là une lacheté
, dis-moi donc ce que ce peut être
Nous qui déteſtons une telle conduite nous
fommes les ennemis du genre humain . O
étrange Philofophie de l'Europe ! O Européens
amis du genre humain , vous avez
des entrailles de fer a! D. Louis n'interrompoit
point l'Eſclave; il continua. » Le lage
Méhémet Taffir , Chef du grand College
de Fez , où j'ai été élevé , m'a appris qu'un
د
1
Tro MERCURE
1
peuple peut briller de la gloire des armes ,.
de l'éclar des richeſſes, des arts & des talens;
mais que s'il ne cultive la juſtice &
la raiſon univerſelle, će peuple brille d'une
fauffe gloire; il eſt encore plongé dans la
barbarie. Voudrois tu , Seigneur , qu'on
jugeât l'Europe ſur la règle de Méhémet
Taffir << ?
D. Louis ne daignant pas répondre aux
vains ou inutiles raiſonnemens du diſciple
de Méhémet Taffir , lui dit qu'il s'étonnoit
qu'un homme élevé par des ſages ,
confervât tant de haine pour les Eſpagnols.
>>Je n'en ai plus pour toi , Seigneur , répondit-
il; tes vertus&tes bienfaits l'ont éteinte..
Mais qu'il te plaiſe de m'écouter.-Ma
Nation eft compoſée de pluſieurs millions
d'hommes répandus depuis l'embouchure
du Nil juſqu'à celle du Sénégal. Nous
fommes tous originaires d'Eſpagne. Nos -
cêtres étoient nés dans ce pays même où
la fortune me jette maintenant. Les Efpa
gnols nous en ont chaffes. Nous n'avons
pas l'extravagance de nous en plaindre. Ils
eurent le droit de nous dépoffeder , quand
ils en eurent la force. Mais notre expulfion
fut accompagnée d'une cruauté& d'une injustice
que nous n'oublierons jamais. Tu le
fais comme moi , Seigneur , & tout l'Univers
le fait. Lorfque, la prise de Grenade
acheva la ruine de lEmpire des Maures ,
il fut convenu que les vaincus jouiroient
de la liberté de vivre dans la Religion de
DE FRANCE. ILF
leurs pères. Ferdinand , ſa femme , le dur
Ximenès , & les autres , avcient promis &
juré d'obſerver fidèlement cette condition .
O crime ! ὃ trahiſon digne de l'exécration
de tous les ſiècles ! La foi fi faintement promile
& jurée, fut violée indignement. Tous
les genres d'oppreflions que peuventinventer
l'avarice& le fanatiſme, furent exercés contre
les Maures , Ils furent dépouillés , tourmentés
, chaffés par vos foldats , ou précipités
dans les flammes par vos Moines
affreux. Non , Seigneur , s'écria l'Efclave ,
non, ton noble coeur ne sçauroit approuver
cette horrible perfidie. ". 1
Loin de l'approuver , D. Louis avoit des
raiſons particulières de la condamner. Nous
avons été punis de cette faufle & inhumaine
politique , dit-il à l'Africain. La décadence
dans laquelle languit aujourd'hui
cette Monarchie , a commencé précisément
à l'entière expulfion de tes ancêtres , fous
Faïeul du Souverain régnant. Mais ne rappelons
point le paffé , & de douloureux
ſouvenirs ". Don Louis congédia l'Esclave ,
en lui montrant une confidération toujours
plus obligeante ; auffi auroit-il trouvé fa
condition fupportable, s'il n'eût été perfécuré
par l'idée déſeſpérante d'Azide , éloignée
& peut - être perdue pour lui. Il s'atrendoit
peu à en recevoir inceſſamment des
nouvelles,
Le Maure , envoyé par les enfans d'Horue,
étoit parvenu ſur le lieu où la defcente de
ΕΙΣ MERCURE
Barbareſques s'étoit faite. Ses informations
lui apprirent qu'un Corfaire étoit retenu
chez Don Louis dans un affez doux exclavage.
Il s'y préſente , & on ne refuſe point
de lui laiſſer voir l'Eſclave. » Seigneur, ditil
en lui donnant des lettres , je ſuis Barcan.
Mazour m'envoie pour délivrer Abdull &
toi . Mazour, s'écria l'Eſclave ? Et Azide « ?
Il ouvre une lettre , il reconnoît la main
d'Azide. Dans les tranſports de fon raviffement
, ce ne fut qu'après unlong temps
qu'il put lire.
Azide à Saydan.
" Saydan , Saydan, où es-tu ? l'Ange noir
a-t-il? .... Si j'ai perdu Saydan, Azide ne ſupportera
pas la vie. Mais s'il reſpire , ſi ces
caractères tracés par la main de la tendre
Azide parviennent à Saydan , reçois ce que
Barcan te remettra. Donne tout, pars & reviens
avec Abdull. Reviens promprement.
Mazour va envoyer à Mantéſa , pour inftruire
Hamet Muley-Zégri de nos malheurs.
Saydan, reviens promptement, ſi tu m'aimes.
Ah ! fi Saydan vit , il aime Azide ".
Saydan fe hâte d'obéir à Azide ; il ſe fait
introduire devant D. Louis. Celui- ci , prévenu
d'une eſtione extraordinaire pour fon
Efclave , avoit réſolu de le mettre à rançon ,
non pour de l'argent , le métier de Marchand
d'hommes éroz trop au deſſous de ui , mais
ein exigeant la liberté de pluſieurs Efclaves
Eſpagnols . Il penſoit à lui en faire la proDE
FRANCE. 113
:
poſition , lorſque Saydan vint lui préſenter
ſes lettres , & mettre à ſes pieds l'or qu'il
avoit reçu . Mais quelle ne fût pas l'inquiétude
de l'Africain , en voyant le trouble &
l'agitation fingulière de D. Louis lifant ces
écrits ? Qui es-tu, lui demanda-t-il ? Quel
eſt ton nom ? Mon nom est trop beau pour
le déguiſer , répondit l'Eſclave ; je ſuis Zégri
: mon nom eſt Saydan-Zégri. Quoi ! dit
D. Louis , tu es Zégri , & tu dis vrai ? Je
fuis d'une famille , répondit-il , qui ne fait
point uſage de la fauſſeré , cette méprifable
qualité des ames baſſes : je ſuis Zégri. On
diſoit cependant , reprit D. Louis , qu'Hamet-
Zégri n'avoit point laiſſé de poſtérité ,
ou qu'elle s'étoit éteinte à Maroc. Je ne fuis
pas ſurpris , répondit Saydan , que tu connoiſſes
le nom d'Hamer. C'étoit un grand
Homme. Si fon Roi l'eût valu , Ferdinand
& fes foldats ſeroient tous morts ſous les
murs de Grenade. Après la perte de cette
ville , Hamet ne voulant ni être , ni paroître
Chrétien , & trop fage pour vivre
ſous d'infidèles vainqueurs , ſe réfugia chez
le Chérif de Maroc. Sa poſtérité y a ſubſiſté
plus d'un ſiècle , juſqu'à mon bifaïeul Hibrahim
Zégri . Celui ci, pour ſe mettre à couvert
des orages d'une Cour agitée par un
deſpotiſme exceffif, ſe retira à Mantéſa dans
la province de Trémecen , où nous avons
de vaſtes poffeffions. C'eſt là qu'Hamer-
Muley&moi fommes nés ". D. Louis offrit
la main à Saydan. » Je deſcends , lui dir:
114 MERCURE
il , d'Yſouf- Férez , frère d'Hamet. Viens ,
Saydan, viens embraffer un Zégri. Toi , Zégri
, Seigneur , s'écria Saydan ! je le crois , je
le crois. Tu me paroiſlois digne de l'etre " .
D. Louis fit appeler ſes enfans. » C'eſt un
Zégri , leur dit- il en leur montrant Saydan.
Il eſt de la famille ". Cette nouvelle caufa
autant de ſurpriſe que de plaiſır. Saydan
reçut & rendit mille careſſes. Ils reffembloient
à des amis réunis après une longue
abfence.
Une révolution fi imprévue changeabeaucoup
l'état des chofes. Elle donnoit à Saydan
la connoiffance de ces Zégris ; elle lui
donnoit la liberté & la certitude de revoir
Azide ; mais elle en éloignoit néceſſairement
le moment. Don Louis ne pouvoit&
ne vouloit renvoyer Saydan qu'avec de riches
préfens , & dans un état & avec un
équipage convenable au nom de Zégri. Cependant
l'idée d'Azide dans la douleur
d'Azide mourante, déſeſpéroit le ſenſible
Saydan. Don Louis connoiffoit & plaignoit
la fituation critique de Saydan ; il ſentoit
ſon impatience. Il décida que dès le lendemain
Barcan partiroit avec les lettres de
Saydan , pour calmer l'inquiétude d'Azide .
,
Cet arrangement calma celle de l'Amant
d'Azidé; il ſe livra tout entier â une aimable
familiarité,& à tomes les diſtractions
que les nouveaux Zégris s'empreffoient à
hui procurer. Don Michel ne l'appeloit plas
que le lión de Numidie. Ce lion n'eff pas
DE FRANCE.
redoutable , lui diſoit Saydan ; vous voyez
comme on l'enchaîne . Auras-tu un Sérail
lorſque tu poffederas Azide , lui demanda
un jour D. Michel ? Je fais peu de cas des
femmes qu'on achète , répondit-il ; un Mufulman
de ma condition ne peut pourtant
guère ſe difpenfer d'avoir un Sérail. J'en
aurai donc un , mais pour être ſoumis à
Azide , pour la ſervir. Es-tu un Maſulman
fort rigide , ajouta Don Michel ? Oui , répondit
Saydan, autant que mon âge & mon
caractère le permettent. Fort bien , lui dit
Don Louis ; mais apprends- nous ce que tu
penſes du Mahometiſme & de Mahomet.
Je penſe, répondit il , que le Mahométiſme
feroit une excellente Religion , à peu de
choſe près , ſi on en ôtoit Mahomer. Parfaitement
, reprit Don Louis. Ainsi , beau
Muſulman , tu eſtimes médiocrement le
grand Prophète & fon Livre ? Je reſpecte ,
dit Saydan , tout ce que le Livre contient
d'évidemment bon & véritable. A l'égard
des merveilles dont je n'ai pas été témoin,
& des choſes que ma raiſon ne peut comprendre
, ce ne font pas mes affaires; je ne
me mêle point de cela.. Pour Mahomet , s'il
n'eſt Prophète là haur , il eut l'adreſſe de
l'être fur la terre , & ce qui m'en plaît bien
davantage , il eut encore celle d'être Conquérant
: ce ne fut point un mal - habile
homme ".
De pareils entretiens , & le nom chéri
Azide , qu'on avoit l'aimable attention de
I MERCURE
prononcer ſouvent devant Saydan , charmoient
en quelque forte ſa vive impatience.
Il jouiffoit d'un doux contentement lorfqu'il
étoit avec ſes amis ; mais ſi ſes yeux
ſe portoient vers la mer ; Azide ſeule l'occupoit
, on voyoit l'inquiétude ſe peindre
fur fon front. Quoiqu'on ſouhaitât de le
retenir auffi long-temps qu'il étoit poſſible,
on travailloit avec diligence à le mettre en
état de partir.
Enfin ce temps arriva. Saydan, impétueuſement
attiré en Afrique , ſenſiblement attaché
en Eſpagne, partit en gémiſſant. »O
mon Patron ! Ô mes amis , diſoit-il ! je vais
revoir Azide , & j'éprouve un vif regret ,
un regret amer de vous quitter : il vous paye
de vos bontés , ſi quelque choſe peut les
payer ".
D. Michel accompagna Saydan à Algézire.
Il lui donna une fuperbe bague.» Prends,
Lion de Nunidie , lui dit-il , reçois ce diamant
, il eſt pour la belle Azide; de la part
d'un Zégri , & préfenté par Saydan , elle
ne le refuſera pas " . Les deux Zégris fe féparèrent
; mais Don Michel ne perdit de vue
la chaloupe qui portoit Saydan , que quand
elle futprête à entrer dans le port de Tanger.
Trois ou quatre mois après le départ de
l'Africain , un Eſpagnol qu'il avoit racheté ,
arriva chez D. Louis. Il lui apprit que le
navire qui l'avoit apporté à Carthagène, étoit
chargé pour D. Louis d'un envoi conſidérable
, & il lui remit cette lettre.
DE
117
FRANCE.
L'Esclave Saydan, àſon généreux Patron.
>>Toi & les tiens, Seigneur, vous êtes tous
dans le coeur de Saydan. Il eſt l'époux d'Azide
: applaudiflez à ſon bonheur. Cher Patron
, compte ſur l'amitié de mon frère
Hamet. Il a reçu tes préſens ; reçois les
nôtres : diftribue -les dans l'illuftre famille.
Il y a deux chevaux Arabes , avec leur généalogie.
Nous penſons bien que l'un fera
pour ton ſervice , & l'autre pour le jeune
& noble Zégri. Azide porte ſon diamant;
elle lui envoie une écharpe brodée de ſa
main. Les Rois pourroient ambitionner un
ouvrage fait par la main d'Azide. Nous partons
pour la province de Trémecen.Mazour
dirigera la correſpondance que tu as
promis , Seigneur , d'entretenir avec nous.
Vous n'êtes pas ici , & nous ne ſommes
pas chez vous. Voilà le ſeul chagrin que
puiffe avoir l'époux d'Azide. Pourquoi la
fortune , dans ſes jeux cruels , at elle ſéparé
les deux branches de ce cèdre , jadis fi
élevé ! Que le Dieu de toutes les Nations
protége les Zégris d'Eſpagne & ceux d'Afrique,
Lorſque vos regards ſe porteront vers
nos rivages , dites: Saydan eſt là , & il nous
aime. Adieu , Zégris ".
I MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eſt Charpie ;
celui de l'énigme eſt Charpie ; celui du
Logogriphe eſt Poésie , où l'on trouve Pie
(oiſeau), Pis (d'une vache) , Pie ( adjectif),
Oie , Pife , Soie , Efope , Os , Epi.
CHARADE.
QUEULEQLUQEUEFFOOIISS mon entier , Lecteur , ne t'en déplaife,
Sait t'épargner le ſoin de cueillir mon dernier ;
Il va dans ton jardin , puis , avec mon premier ,
Le croque & le mange à ſon aife.
(Par M. Ferran de Fronton. )
ÉNIGME.
JE fus autrefois inventé
Par l'intérêt ou par la vanité :
On me trouve fur les Toilettes
Des Femmes & des Elégans ;
E FRANCE
Je ſuis fur le front des Coquettes ,
Et dans le coeur des Courtiſans .
( Par M. P ... , Lyonnois. )
LOGOGRIPΗΕ.
DE moi , Lecteur , on faitgrand cas
Pour mon goût , mon odeur , & même ma meſure.
Veut-on donner un grand repas ?
J'y tiens , en ma ſaiſon , ma place , &j'y figure ;
Mais malgré que ma forme annonce un riche avoir,
Dans preſque tout mon corps je ne puis faire voir
Qu'un pronom perſonnel , & cette particule
Que des gens plus ſavans que moi
Ont eſſayé de rendre nulle :
Le reſte , ami Lecteur , n'eſt pas digne de toi.
(Par un Abonné. )
1.29 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES concernant l'Histoire , les
Moeurs , les Sciences , les Arts , &c. des
Chinois; par les Miſſionnaires de Pékim
Tome XIIIe. A Paris , chez Nyon aîné,
Libraire , rue du Jardinet. In-4°.
L'OUVRAGE OUVRAGE que nous annonçons eſt
fans contredit l'un des plus intéreſſans pour
un Politique, un Savant , un Lettré. Il forme
le XIIIe. Volume d'un Recueil que des
Savans diftingués s'empreſſent de donner
au Public. On doit à M. Bertin , Miniſtre ,
l'idée de cette immenſe entrepriſe, qui nous
développe un Peuple auſſi admirable dans
fon gouvernement, qu'unique par ſon ancienneté.
Parmi les morceaux les plus intéreſſans
qui compoſent ce Volume , on diſtingue ,
1º. une Grammaire Tartare - Mantcheou .
Elle ſera ſuivie d'un Dictionnaire qui s'imprime.
Ce travail devient d'autant plus
précieux , qu'il ouvre à la France les tréſors
de la Livérature Chinoiſe , puiſqu'on a
traduit en Tartare- Mantcheou tous les bons
livres écrits en Chinois , & que ces tréfors
font
DE FRANCE. 121
ſont à Paris ; il exiſte plus dedeux cents de
cesMantuferits dans la Bibliothèque du Roi,
reſtés juſqu'à préſent illiſibles. Par les ſoins
que prend aujourd'hui M. le Baron de
Breteuil , on connoîtra les découvertes en
tous genres que cette Nation induſtrieuſe
recueille depuis plus de quarante fiècles. On
dépouille les Manuscrits de la Bibliothèque
du Roi , & le IIe. Volume de ce nouveau
travail vient de paroître.
Tous les Gouvernemens ont ſucceſſivement
diſparu: il ne reſte que des veſtiges
de la fameuſe Babylone. Les Pyramides, les
Aiguilles , les Obéliſques , font les feuls
témoins non équivoques de la ſplendeur
des Egyptiens. Le Panthéon, le Colyſée , les
Aqueducs des Romains , nous ont rappelé
leur exiſtence , comme l'Aqueduc de Maintenon
atteſtera , dans des milliers d'années,
l'époque du ſiècle de Louis XIV ... Tour
adonc péri : la ſeule Nation Chinoiſe r
Gite aux évènemens qui ont englouti les
Empires : quoique nous ayons une multitudede
détracteurs de ce Gouvernement ,
on ne peut s'empêcher d'en admirer la forme
, d'en reſpecter les principes , & de ſe
dire qu'il faut néanmoins que la vérité&
la raiſon préſident dans ſes Conſeils , puifque
cette Monarchie ſubſiſte encore.
2°. Le Recueil que nous annonçons
offre un Abrégé chronologique bien ſuivi
de cet Empire , dont l'origine ſe perd dans
No. 46. 15 Novemb. 1783. F
122 MERCURE
la nuit des temps. On y remonte juſqu'à
l'année 2637 avant Jésus-Chrift.
Les Chinois rétrogradent à la vérité juſqu'à
la 3461c.; mais ils conviennent euxmêmes
qu'alors il y a du fabuleux. Ainfi ,
en ne partant que de l'époque avant Jéfus-
Chrift 2637, on ſe trouve répondre, ſuivant
les Septante , à l'époque de la création du
Monde
De la Période Julienne
Après le Déluge
...
Après la mort de Noé
Après la difperfion
..3335 , .......
......
Avant la naiſſance d'Abraham .
• 2077 ,
..1079 ,
729 ...
..
......
$38 ,
113.
2.
Quelle Hiſtoire à citer , qui puiffe remonter
à des temps ſi éloignés ? Et tout
Lecteur judicieux & impartial conviendra
en parcourant cet Abrégé chronologique ,
qu'on n'y trouve si contradiction ni chaos
monftrueux , comme néanmoins beaucoup
de gens fe font efforcés de le répandre ;
qu'on n'y trouve au contraire rien que
d'exact & de ſuivi depuis l'année 2637 .
avant Jésus-Chriſt juſqu'à nos jours , c'eſtà-
dire , dans l'eſpace de 4s ſiècles.
3°. On voit un Eſſai ſur la longue vie
des Chinois de l'antiquité. Ce morceau fournit
une ſi prodigieuſe quantité d'obſervations
en tous genres , qu'il faudroit l'extraire
en entier.
4º. Une Notice ſur les Abeilles , fur
l'Arbre de la Cire , les Chandelles de graiffe
DE FRANCE.
123
d'huitris , autres Chandelles qui guériſſent
de la mélancolie , Mèches de moëlle de
jonc pour déſinfester les étables , &c .
s . Sur les Travaux de luxe que les Chinois
ſe permettent. Des Pierres yu ou
Pierres fonores ; dix années quelquefois
font employées pour y former une figure.
La Politique Chinoiſe s'eſt ſouvent ſervie
de ce biais pour détourner de ce côté le levain
du luxe , épuiſer ſa force& fes richeſſes
dans les petites pièces qui ne ſont que pour
le cabinet , & ne peuvent ni aigrir le ſentiment
que le Peuple a de fa misère , ni
introduire le faſte dans les premiers ordres
desCitoyens.
6°. Sur les Tuiles verniſſées où Faïence
groſſière , qui donne cette magnificence aux
bâtimens qu'elle couvre , & procure undébouché
au travail du pauvre artiſan .
7°. Sur les Hirondelles qui paſſent, dans
les cavernes , le temps où elles diſparoillent
à nos yeux.
8. Sur le Cerf Chinois , qui differe de
ceux d'Europe. Sur ſon ſang , dont ils tirent
un grand avantage pour la Médecine.
:
9. Sur les Cigales , qui devinrent , pendantun
temps, un objet de mode à Péking,
auxquelles le Gouvernement s'intéreſſa , &
pour leſquelles on créa même une charge
de Grand-Cigaliſte , avec appointeniens. Elle
F2
124
MERCURE
obligeoit celui qui en étoit revêtu , de fournir
à la Cour , chaque année , une certaine
quantité de Cigales vivantes de toutes couleurs
&de toutes tailles. En viſite , on en
portoit avec ſoi dans des cages ; on les peignoit
ſur des meubles , ſur les habits ; on
les imitoit dans les parures , dans les coiffures
des femmes , &c.
Au reſte , les Athéniennes portoient des
Cigales dans leurs cheveux.
Quant à la charge de Grand- Cigaliſte ,
on fait que Louis XIII s'amuſoit à la pêche
du Cormoran , & qu'alors on créa la
charge de Grand - Cormorantier , qui exiftoit
même encore ſous le règne de Louis
XV .....
On lit enſuite dans ce Recueil une Traduction
de Poéſies Chinoifes: elles reſpirent
la ſimplicitédes premiers temps , le bonheur
champêtre , la peinture du Gouvernement
Patriarcal , &c. Les morceaux ſuivans en
donneront une idée.
Page 520. " Il faut avoir été foldar (dir
» la Chanſon Chinoiſe ) pour commander
» à la guerre , moufle pour conduire la
>>barque & la pinque, colen pour gouverner
le Peuple. Les Collèges font les
• Docteurs , la folitude du village mûrit
→ les hommes d'Etat .....
Page 535. Vive le village pour la douceur
» de la Société ! Le Calendrier n'y règle
t
DE FRANCE 125
ود
, > pas les viſites. Un Tigre & un Ours
tombés dans la même foſſe , ſont moins
embarraſſés l'un de l'autre , que deux
» Citadins aſſis en cérémonie dans une
> falle; ils ſe tâtent , s'épient , ſe fondent ,
> ſe quittent fans avoir ſouvent fonné mot
du ſujet de la vifire ".
Page 528. » Le Sceptre , qui fait tout
>> trembler , n'arrive au village que par fon
>> ombre , & la Loi qui la montre , laiffe
>> paffer chacun ſon chemin. Que diroit-
>> elle à celui qui ne quitte ſa chaumière
ود que pour aller ſur la terrey dévancer
>> l'aurore ,y parler aux échos ;& qui traite
>> plus doucement ſes boeufs qu'on ne traite
les Grands à la Cour<< ? ور
Page 529. ( Sur les Miniſtres. ) , Voyez
» cette feuille qui nage , elle va où le vent
>> la pouffe , monte ſur les flots qui s'élè-
>> vent, s'abaiffe enſuite avec eux. Toujours
» errante , elle vogue juſqu'à ce qu'elle foit
>> fubmergée. Inſenſes ! un moucheron vous
> harcelle impunement , & vous prétendez
>> fixer la deſtinée des Empires " !
Page 533. ( Sur la Tranquillité. ) » Les
» rivières arrivent en courant à la mer ;
>> elles y entrent ſans la troubler : mon
>> coeur eft de même; les évènemens du
monde ne me courent pas un ſouci. Je
vois les nuages ſe former; c'eſt pour ſe
réfoudre en pluie. Quelque tempête qui
>>s'élève , la tranquillité eſt le port de l'im
ود
ود
ود
-
F3
126 MERCURE
>> nocent. Les Rois l'acheteroient pour leur
couronne, s'ils en connoiffoient le prix , ود
» &c.;".
Suivent fix Lettres .
La Ire. peint la haute ſageſſe , la bonté
touchante avec lesquelles l'Empereur gouvernoit
en 1786 les 200 millions d'anes
qui forment ſa domination . - Ce Peuple
>>immenſe , dit l'Auteur , s'accroît des
" deux cinquièmes par génération. Il ne
>> craint ni peſte , ni guerre , ni épidémie ;
ور il ne redoute que la famine : ſa popula-
>> tion le ſurcharge. Et pourquoi donc dans
>> nos Etats Européens s'élever fi fort contre
» le célibat , puiſqu'il eſt démontré en
» Chine que cet Empire ne peut plus
>> nourrir ſes habitans , quand l'apparence
>>d'une diſette s'y fait ſentir ? Rendez le
>> Peuple heureux. Reſpectez les propriétés.
› Qu'on ſoit tranquille à l'abri des Loix ;
>> la population s'accroîtra d'elle-même..... "
i
La II . expoſe les ſoins bienfaiſans de cet
Empereur qui occupe des milliers d'hommes
à des travaux publics .
La IIIe. répond aux queſtions d'un Médecin
de Paris , ſur les progrès des Chinois
dans la connoiſſance du pouls.
۱۰
La IVe. parle du ſang de Cerf , comme
ſpécifique.
La Ve, traite de l'inſtrument de Muſique,
DE FRANCE. 127
nommé Yun-lo. On joue de cet inſtrument
, dit le Chinois , en frappant deſſus
ود avec un marteau léger. On ne tire qu'un
>> fon par coup , & on frappe de loin en
>>loin. Je crois que vos Muficiens Euro-
>> péens ne feront pas tentés d'exécuter
>> leurs Sonates & leurs Ariettes ſur un
» Yun-lo. Chaque Peuple a ſon goût &
ود ſa manière. En France tout ſe fait avec
>>rapidité & comme en ſaurant. Il vous
» faut du mouvement en tout , & le repos
» vous tue. Il faut voler, danſer,courir
ود ſi l'on veut être du bel air: ici tout fe
» fait poſément. Si nous chantons , c'eſt
» pour être entendus ſans effort. Si nous
>> jouons , c'eſt pour que chaque ſon de
» l'inſtrument pénètre juſqu'à l'ame. Les
ſons du Yun -lo ne font point liés
» entre eux , mais lient ceux des autres inf-
" trumens " .
Pour entendre ceci , on peut faire l'ap
plication que voici. Le fameux M. Krump-
Holtz , Profeſſeur de Harpe , vient d'en
faire exécuter une par Nadermann , dont
les fons ondulent à volonté , & rend parfaitement
l'effet du Yun-lo , & c .
La VIe. eſt une Lettre de Cantong , du
20 Janvier 1787 , au ſujet de deux Bateliers
Chinois , qui furent la victime de
l'obéiſſance aveugle d'un Canonnier Anglois.
Cet évènement malheureux arriva en
1785 , & on avoit blamé en Europe la
F4
28 MERCURE
conduite rigoureuſe que le Gouvernement
de la Chine tint à cette occafion. On voit
donc aujourd'hui une traduction littérale
du Placard que le Commandément de
Cantong fit afficher alors .
ود Par une bonté fingulière (y eft-il dit )
>>de l'Empereur envers les Etrangers , il
eft permis à tous Négocians d'au delà des
› mers , de venir à Cantong ..... Dès que
- les vaifleaux arrivent dans la rade , il eſt
>>effentiel que chaque Capitaine veille fur
ود ſes gens ....... Si par négligence il fe
>> commet un meurtre , la Loi veut que le
>>meurtrier foit arrêté, dénoncé, jugé ...
Dans l'affaire préſente , le Capitaine
> Anglois eft en faute , non ſeulement pour
» n'avoir pas dénoncé le Canonnier de
> fon vaiſſeau qui a tué deux Bateliers
• Chinois , mais encore pour avoir eu l'au-
.. dace de s'oppoſer aux recherches du
- Mahdarin , chargé de faiſir & de punir
>> le coupable .....
>> A ſuivre les Loix Chinoiſes à la rigueur,
>> non ſeulement le Canonnier , mais le
> Capitaine lui-même , pour la négligence
ود àveiller ſur ſes gens, auroitdû être puni
>> de mort; mais comme dans vos petits
• Etats vous ignorez les Loix de notre Em-
» pire , on fait grace au Capitaine ......
>> faveur que vous ne devez jamais oublier,
>> A ces cauſes, &6. " ( 12 Janvier 1785 ).
Tout eft à remarquer dans ce Placard ;
DE FRANCE. 149
mais fur-tout ce mépris qu'affecte le Chinois
pour tout ce qui n'eſt pas lui .
phrafe , comme dans vos petits Etats vous
ignorez , &c .
- Cette
On lit enſuite avec intérêt des détails ſur
la fuccion du ſang d'un Cerf vivant contre
la phtiſie; fur les propriétés du fang de
Lièvre , de Chevreuil , joint à un demi métal
(qu'on décrit ), il rétablit les fractures ,
&c.; ſur l'aiguille fulminante des Chinois
avec laquelle ils guériſſent les tranſpirations
interceptées; ſur la peinture ſymbolique
des Lamas , &c .
2
Enfin nous avons dans ce Recueil la
réponſe datée de Pékin le 27 Novembre
1786, fur la fubmerfion de l'ifle Formofe ,
conteſtée pardes Hollandois ; réponſe que
M. Nyon nous annonça dans le Journal
de Paris 1787 , nº . 10.
Tous les détails contenus dans ce Volume
font auſſi neufs qu'intéreſſans ; ils
ne peuvent que faire déſirer vivement la
fuite d'une Collection de faits & d'ufages
qui ne reſſemblent en rien à nos moeurs
Européennes.
( Cet Article eft de M. de Guémadeus,
ancien Mature des Requêtes. )
FS
130 MERCURE
*
La Femme infidelle ; 4 Vol. in - 12. Prix,
4 liv. 16.f. br. , & francs de port par la
Poste , & liv. 16 fous. A Paris , chez
Maradan , Libraire , rue des Noyers
N°. 33 .
On reconnoîtra aisément la plume qui
nous a donné une quantité de Romans vraiment
attachans , & qui , au mérite du
: fond , a ſu joindre celui des détails , &
beaucoup de fidélité dans ſes peintures. Ce
nouveau Roman décèle fon Auteur , quelque
éloigné qu'il foit , & pour le ſtyle ,&
pour le genre , & pour les images des
premières productions de l'Auteur. Nous
n'entreprendrons point l'analyſe de la Femme
infidelle. L'acEttiioonn eft aflez fimple ,&
quoiqu'elle pût naturellement ſe refferrer
fans efforts en un ſeul Volume , elle fe
trouve conduite , de ſuite en ſuite , juſques
au quatrième Volume. Nous penfons que
la Femme infidelle , à force d'avoir des
torts , & de ees torts que rien ne peut
effacer ni adoucir , & que l'Auteur n'effaye
point d'affoiblir , devient trop méprifable ;
le caractère qu'elle imprime à fon libertinage
, outre-paſſe cette meſure que le Lecteur
eft en poffeffion d'exiger de tous les
DE FRANCE . 131
Romanciers . Il n'y trouve pas affez de palliatifs;
& le plus grand de tous les reproches
qu'il puiffe faire à l'Auteur , c'eſt qu'il
ne réfulre de cette multiplicité de tableaux
aucune leçon , aucun trait de morale , rien
qui puiffe convenir à perfonne. Le mari
de la Femme infidelle , ce Jean de Nivel ,
qui eſt , après tout , le perſonnage le plus
eſtimable du Roman , n'eſt pas un modèle
fufceptible d'imitation : ſa complaiſance
exceffive ne produira pas un imitateur.
Nos Lecteurs ne manqueront point de
remarquer que nos obſervations tombent
particulièrement ſur le fond du Roman.
Quant à la manière , celle de l'Auteur eft
déjà connue , appréciée , & fes ſuccès font
nombreux. On fait d'ailleurs qu'il s'eſt afſigné
& fon genre & ſa place. La plupart de
ſes Ouvrages ont joui d'une eſtime particulière.
Nous nous bornons àdéfirer qu'il ne
s'écarte point du plan de ſes premiers Ouvrages
, de ceux dont nous entendons parler
ici , & qui laiſſent un peu loin d'eux le
Roman de la Femme infidelle.
(
F6
132 MERCURE
VARIÉTÉS
DE LA GÉNÉROSITÉ MAL-ENTENDUE,
Traduit de l'Anglois de Goldsmith.
LYSIPPE eſt un homme dont tout le monde
admire la grandeur d'ame : ſa générofité eft
telle , qu'il prévient ceux qui ont beſoin de ſes
fecours , & qu'il leur ſauve l'embarras & l'humiliation
d'une demande. Il n'oblige pas moins
par la libéralité de ſes dons , que par la grace
infinie qu'il met à les faire. Quelquefois même
il répand ſes largeffes fur des étrangers , & l'on
fait qu'il a rendu des ſervices à des gens qui
s'éteient hautement déclaré fes ennemis. Tout le
monde est d'accord à louer ſa générofité ; une
feule efpèce de gens ffee plaint de ſa conduite
Lyfippe ne paye point ſes dettes.
Il n'eſt pas difficile d'expliquer une conduite
qui , au premier abord , paroît fi contradictoire.
Il y a de la grandeur à être généreux , & il n'y
a que de la justice à fatisfaire fes créanciers. La
générosité eſt le partage d'une ame élevée au
deſſus du vulgaire: elle tient un peu de ce que
nous admirons dans les Héros , & que nous
louons avec une eſpèce d'enthouſiaſime. La justice
au contraire eft une vertu purement mécanique,
bonne tout au plus pour le Négociant , & pratiquée
à la Bourſe par tous les Agens de change.
En payant ſes dettes , un homme ne fait uniDE
FRANCE.
quementque ſon devoir , & c'eſt une action qui
n'eſt fuivie d'aucune eſpèce de célébrité. Si Lyfippe
fatisfaifoit ſes créanciers , qui eft-ce qui ſe donneroit
la peine d'aller le dire dans le monde ?
La générofité eſt une vertu bien différente : elle
s'élève au deſſus du ſimple devoir , & de ſon
point d'élévation , elle attire l'attention & les
éloges des chétifs mortels d'ici-bas.
Ceſt ainſi que les hommes raiſonnent pour
l'ordinaire ſur la justice & la générofité. La
première eſt mépriſée , quoiqu'une vertu eſſentielle
au bien de la Société: l'autre captive netre
eſtime , quoiqu'elle ne provienne trep ſouvent que
de l'impétuoſité d'un caractère bouillant , dirigé
plutôt par la vanité que par la raifon.
Lyſippe apprend que ſon Banquier exige de
lui unedette de so louis , & qu'un de ſes amis ,
tombé dans l'infortune , ſollicite la même ſom- ..
me: il la donne , ſans hefſiter , au dernier , parce
qu'il demande comme une grace ce que l'autre
réclame comme une choſe qui lui eſt due.
Les hommes en général apprécient mal le mot
juſtice : on croit d'ordinaire qu'elle ne confifte
que dans la pratique de ces devoirs auxquels
les loix de la Société peuvent nous obliger; c'eſta
bien , je l'avoue , la valeur du mot quelquefois ,
& dans ce ſens l'on doit diftinguer la justice de
l'équité : mais il eſt une jnface plus univerſelle ,
& que l'on peut regarde. comme embraſſant
toutes les vertus enſemble .
La juſtice peut être définie , la vertu qui nous
force à rendre à un chacun ce qui lui eſt dù
ce mot , pris dans ce ſens étendu , comprend la
pratique de toutes les vertus qui nous fonte
prefcrites par la raiſon , & auxquelles la Société
doit s'attendre de notre part. Notre devoir envers
l'Etre Eternel , envers nous - mêmes , & les uns
envers les autres , eſt pleinement rempli , a nous
134
MERCURE
leur rendons à chacun ce qui leur eſt dû : ainfi
la justice eſt , à proprement parler , la ſeule &
unique vertu , & c'eſt en elle que toutes les
autres prennent leur ſource.
La franchiſe , le courage , la charité , par
exemple , la générosité , ne font point des vertus
par elles - mêmes ; & lorſqu'elles méritent ce
nom , elles le doivent à la juſtice qui les fait agir
& les dirige : fans ce guide , la franchiſe peut
dégénérer en indiſcrécion , la fermeté en obſtination,
la charité en imprudence , & la générofiré
en une profufion mal entendue.
,
Une action déſintéreſſée , qui n'eſt pas dirigée
par la justice , eſt tout au plus indifférente en
elle-même , & bien ſouvent elle devient vicieuſe.
Les dépenſes auxquelles nous force la Société
comme les préfens , les fêtes , les repas , & les
autres alimens de la gaîté , ſont des actions
purement indifférentes , lorſqu'elles peuvent s'allier
à des libéralités mieux ordonnées ; mais elles
deviennent vicieuſes , lorſqu'elles nous épuiſent
au point de nous ôter les moyens de diſpoſer
plus utilement de notre fortune.
La véritable générosité eſt donc un devoir qu'il
nous eſt auffi indiſpenſablement néceflaire de
remplir , que ceux qui font ordonnés par la Loi :
c'eſtune règle preſcrite par la raiſon , qui devroit
être laſouveraine loi de tour être raiſonnable .
Mais cette générosité ne confifte pas à obéir au
moindre mouvement de compaſſion , à prendre
les paffions aveugles pour nos guides , & à déranger
notre fortune par des largeſſes du moment ,
qui nous mettent hors d'état d'en faire par la
fuite.
On dépeint communément l'avare comme un
homme fans honneur ou fans humanité , qui ne
vit que pour amaffer , & qui facrifie à cette
paffiontoute autre eſpèce de félicité ; on l'a re
DE FRANCE. 133
préfenté auſſi comme un fou , qui , au milieu de
l'abondance , bannit tous les plaifirs , & de beſoins
imaginaires ſe fait des beſoins réels. Ce
pendant peu , très-peu reſſemblent à ce portrait
exagéré , & peut- être n'exiſte-t- il pas d'hommes
en qui tous ces traits ſe trouvent réunis : mais
nous entendons ſouvent l'homme vain & oifif
qualifier de ce nom odieux celui qui est économe
& induſtrieux , des hommes qui , par la fobriété
& le travail , parviennent à s'élever au deflus de
leurs égaux , & qui mettent dans la maſſe générale
leur portion d'induſtrie.
Quoi qu'en puiffent dire les ignorans & les
gens vains , la Société ſeroit trop heureuſe de
poſſéder un plus grand nombre de ces prétendus
Harpagons: en général ce font eux qui ſe trouvent
, à la fin , être les véritables bienfaiteurs de
la Société. Dans le commerce d'un avare , nous
perdons rarement , mais trop ſouvent dans celui
de l'homme prodigue.
Un Prêtre François , nommé Godinot(1 ) , ne fut
connu pendant long - temps , que ſous le nome
(1) M. Godinot , dont parle ici Goldſmith , étoit Cha
noine du Chapitre de Reims , ſa ville natale. Je n'ai
trouvé nulle part que le peuple eût cette grande haine
pour Godinot , rapportée par Goldſmith. Tout ce qu'il y
ade certain, c'eſt que ſa mémoire eft reſtée dans la plus
grande vénération à Reims. Il a fait le facrifice de plus de
$00,000 liv. pour différens objets d'utilité publique, tels
que des aqueducs , l'embelliſſement des promenades purbliques
, & des Inſtitutions d'écoles gratuites , &c . Goldfmith
s'eſt trompé en diſant qu'il employa toute fa fortune
à amener des fontaines dans la ville. Cetre dépenſe
ne s'eſt montée qu'à 100 mille livres ; mais l'ouvrage
n'ayant pu être achevé de ſon vivant, M. Godinot laiffa
1,6 MERCURE
,
deGripe-fou : il refuſoit de ſecourir la pauvreté
la moins douteuſe. D'immenſes vignobles , dont
il étoit propriétaire , & qu'il fut faire valoir , lui
procurèrent des ſommes très- confidérables. Les
habitans de Reims , ſes concitoyens , le détef
toient , & la populace , qui rarement aime les
avares le fuivoit par tout en l'accablant des
marques de fon mépris : il continua cependant à
vivre avec ſa ſimplicité ordinaire , & obferva
toujours fon étonnante frugalité. Depuis longtemps
il s'étoit apperçu des beſoins du pauvre
dans la ville , & fur - tour du défaut d'eau que
le Peuple achetoit à très - haut prix : c'eſt pourquoi
il employa à la conftruction d'un aqueduc ,
toute cette fortune qu'il avoit été tant d'années à
amaffer ; & pa -'a il rendit aux pauvres un fervice
plus grand& plus folide , que s'il avoit éparpillé
fon revenu en des charités journalières faites
àla porte.
Parmi les hommes qui ont paſſé leur vie dans
la retraite de l'étude , nous trouvons trop fouvent
de ces vertus mal placées dont je viens de me
plaindre : nous les voyons paſſionnés pour ce qu'on
appelle à tort les grandes vertus , & oubliant
entièrement celles qui font ordinaires . Les déclamations
de la Philofophie élèvent bien plus
ces devoirs ſurérogatoires , que ceux qui font indifpenfablement
néceffaires : aufh un homme
qui ne s'eft formé l'idée du genre humain que
le reſte de ſes biens pour le continuer. Si l'on veut mieux
connoître ce reſpectable Citoyen , qui a ſi bien mérité de
fa Patrie , il faut lire fon Eloge par fon ami & fon compatriote
M. l'Evêque de Pouilly , Auteur de l'excellent
Ouvrage de la Théorie des sentimens agréables . ( Note
du Trad.)
DE FRANCE. 137
d'après les livres , entre , pour l'ordinaire , dans
le monde avec un cooeur qui compatit à toutes les
prétendues misères qu'il voit , & c'eſt ainſi que ,
par des largefies mal-entendues , il ſe réduit luimême
à l'état d'indigence de ceux qu'il a foulagés.
Je terminerai ce morceau , en rapportant l'avis
que donnoit un ſage à un jeune homme , qui
épuiſoit toute fa fortune en foulageant ces prétendus
pauvres. Il eſt poſſible , lui diſoit-il , que
>> la perſonne à qui vous donnez ſoit un honnête
>> homme ; & je ſais , moi , que vous qui lui
>> donnez , l'étes ſurement. Vous voyez donc que ,
>> par votre générofité , vous privez un homme
>> de bien de ſa fubfiftance , pour la donner à
>> un autre homme qui peut fort bien n'être qu'un
>> coquin : & tandis que vous êtes injufte en re-
>> compenfant une vertu douteuſe , vous le deve-
>> nez doublement en vous dépouillant vous-
>>> même «.
Par M. le Prince Baris de Galitzin.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LAplus intéreſfante des nouveautés données
à ce Concert le jour de la Toufſfaint ,
eſt, ſans contredit, Mlle. Baletti , qui joint
à une figure auffi jolie que modeſte , à une
138 MERCURE
taille élégante & ſvelte , une voix belle ,
fonore , étendue , touchante, & très-propre
à la grande expreſſion. Elle chante avec
beaucoup d'ame & d'une fort bonne méthode.
Elle a cu un ſuccès auſſi brillant que
mérité , fur tout dans ſon dernier Air qu'on
lui a redemandé. Si nous avons parlé de fes
avantages extérieurs , qui feroient comptés
pour rien dans un Concert , c'eſt que nous
ſavons que Mlle. Baletti doit les faire valoir
dans un nouveau Spectacle Italien, que
les Amateurs attendent avec beaucoup d'impatience
, & que c'eſt d'avance en donner
une idée avantageuſe , que d'en faire connoître
un des premiers Sujets qui réunit
toutes les qualités qu'on peut défirer fur la
Scène. Mlle. de Varenne , qui a exécuté
fur le Piano pluſieurs morceaux de ſa compoſition
, a été extrêmement applaudie. On
a admiré la sûreté de ſon aplomb , la grace
&la netteté de ſon exécution. Le Trio de
Lors de MM. Le Brun , Dominch & Buch
a fait plaiſir dans les morceaux lents ; mais
l'inſtrument ne paroît pas ſe prêter aufſi
bien aux paſſages de rapidité. L'Hymne Calo
quos eadem , de M. l'Abbé Lepreux , a fait
de l'effet , mais il a paru un peu trop court.
Le morceau de M. Foignet n'a pas en
autant de ſuccès que ſon talent ſembloit le
promettre .
DE FRANCE. 139
ANNONCES ET NOTICES.
ATLAS de la France , conſidérée ſous rous les
principaux points de vue qui forment le tableau
géographique & politique du Royaume ; par M.
Brion de la Tour , Ingénieur-Géographe du Roi ,
où se trouve une Carte qui préſente les treize
Divifions , dans lesquelles fut diftribuée toute la
France, en 1614 , pour la formation des Etats-
Généraux tenus cette année , avec les Provinces
conquiſes ou acquiſes depuis cette époque. Enluminée
de manière que chaque Province eſt diftinguée
par des couleurs différentes , à la façon
Hollandoife. Cette Carte ſe vend 3 liv. rendue
franc de port.
Cet Atlas , auſſi intéreſſant que curieux , eſt
compoſé de 34 Cartes, proprement exécutées , qui
repréfentent le Royaume ſous toutes les différentes
formes de Gouvernemens , tant civil qu'eccléſialtique
& militaire , dreflé relativement au commerce
& aux finances. Volume in-folio ; broché ,
36 liv. A Paris , chez Deſnos , Ingénieur-Géographe
pour les Globes & Sphères , & Libraire de Sa
Majefté Danoiſe , rue St. Jacques , No. 254 , où
il faut s'adreſſer directement, étant le ſeul poffeffeur
du peu d'exemplaires complets de cet Ouvrage.
La Philofophie du Sentiment , ou les Loiſirs
d'un homme ſenſible ; Brochure petit format de
126 pages. A Paris , chez Defer de Maisonneuve,
Lib. rue du Foin-St-Jacques .
140 MERCURE
Ce petit Volume eſt compoſé de cinq Contes ,
en profe, affez courts ; il y a peu d'imagination
dans les ſujets: le dernier eft le plus agréable à
lire.
Chanfons nouvelles de M. de Piis , Ecuyer , Secrétaire-
Interprète de Mgr. Comte d'Artois ; &
ornées de 12 jolies Eſtampes , gravées par M.
Gaucher , d'après les deffins de M. le Barbier.
Prix , 3 liv . br. en carton. A Paris , chez Defer de
Maiſonncuve , Lib. rue du Foin-St-Jacques.
:
On trouve chez le même une nouvelle édition
du Poëme ſur l'Harmonie imitative , du même
Auteur.
Vues générales fur l'état actuel de IAgriculture
dans la Sologne, & fur les moyens de l'améliorer ;
par M. Huet de Froberville, Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale des Sciences , Arts & Belles-
Lettres d'Orléans ; imprimé aux frais de la Province.
Brochure in-8°. de 85 pages. A Orléans ,
chez Jacob-Sion , Impr. rue Pomme-de-pin ; & à
Paris, chez Briand , Libra Hôtel de Villiers , rue
Pavée-St-André-desArcs.
Description d'une partie de la Vallée de Mont
morency , & de ses plus agréables Jardins , ornée
de 19 Gravures; par M. le Prieur , ancien Profeffeur
de Grammaire à l'Ecole Militaire. Prix , I liv.
16 C. Brochure in-8 ° . de 43 pages. A Tempé ; &
ſe trouve à Paris , chez Le Jay , Libr. rue Neuvedes-
Petits-Champs.
Olivia , Roman traduit librement de l'Anglois,
par M. D..... 2 Parties in- 12. Prix , 3 liv. br.
A Paris , chez Gattey , Libr. au Palais-Royal.
DE FRANCE.
141
Le ſtyle de cet Ouvrage eſt négligé ; quant au
mérite du fonds , on ſera de l'avis du Traducteur ,
qui dit dans un très-court Avertiſſement : >>C'eſt
"un tableau touchant des malheurs qu'entraî-
>> nent après elles une trop grande ſenſibilité , &
>> la peine funeſte de la jaloufie. La rapidité &
>> la variété des évènemens n'y ſont point ache-
>> tées aux dépens de la vraiſemblance; & le dé-
>> nouement porte dans l'ame l'impreſſion la plus
>> vive. Les caractères d'Olivia , de Vane & de
>> Davenport , plairont ſur-tout à ceux qui aiment
>> àobſerver la Nature ; enfin c'eſt à ce Roman
>> qu'on peut appliquer ce vers :
La mère en preſcrira la lecture à ſa fille.
OEUVRES choiſies du Comte de Treffan ; ze.
Livraiſon , contenant la ſuite de Roland furieux.
2 Volumes in- 8 °. , avec Figures.
CesOEuvres formeront 12 Vol. in-8°. , ornés de
Fig. &du Portrait de l'Auteur; & contiendront l'Amadis
de Gaule , l'extrait de Roland l'amoureux ,
Roland furieux , Corps d'extraits de Romans de
Chevalerie , Mélanges & OEuvres pofthumes en
vers & en proſe , Lettres du Roi de Pruſſe , du
Roi de Pologne , & de Voltaire , au Comte de
Treflan.
On délivre 2 Vol. de deux en deux mois. Le
prix eſt de 4 liv. 4 f. le Volume broché , avec a
Planches.
On s'infcrit à Paris , chez CUCHET , Lib . , ruc
&hôtel Serpente ; & chez les principaux Libraires
de l'Europe .
Proceffion de la Ligue fortant de l'Eglise de
Notre-Damede Paris. Peint par Breugel de Velours
, gravé par L. Petit. A Paris , chez M.
Ponce , Graveur , rue St. Hyacinthe , no . 19 .
142 MERCURE
Voyages Imaginaires , Romaneſques , Mer
veilleux , Allégoriques , Amuſans , Čomiques &
Gritiques ; fuivis des Songes & Vifions , & des
Romans Cabaliſtiques , ornés de Figures ; 14e.
Livraiſon , contenant l'Isle encchhaannttééee, l'Isle de la
Félicité , l'Ifle taciturne & l'Iſle enjouée ; le Voyage
de la Raiſon en Europe , le Voyage Sentimental
de Sterne , le Voyage de Chapelle & Bachaumont ,
de Paris en Limousin par Li Fontaine , de Languedoc
& de Provence par le Franc de Pompignan,
deBourgogneparButin , de Beaune par Piron ,
Didier de Lonneuil par M. Berquin , d'Espagne
par M. de la Dixmerie.
de
Cette Collection formera 36 Volumes in-8°. ,
dont le prix ef de 3 liv. 12 f. le Volume broché,
avec 2 Planches.
Il paroît régulièrement 2 Volumes par mois.
On continue de s'infcrire pour cette Collection
à Paris , rue & hôtel Serpente , chez CUCHET ,
Libraire, Editeur des oeuvres de Le Sage , 15 vol .
in-8 ° . , avec Fig.; de celles de l'Abbé Prévoſt ,
39 vol. idem ; & du Cabinet des Fées , 37 vol.
in -8 °. & in- 12 , avec & fans Figures.
Exposé des intérêts des Anglois dans l'Inde ,
ſuivi du Tableau des opérations militaires dans
la partie méridionale de la Péninſule , pendant
les campagnes de 1782 , 1783 & 1784 ; & deux
Lettres adreſſées au Lord Macartney & au Comité
choiſi du Fort Saint-Georges , par Williams
Fullarton, commandant l'Armée méridionale ſur
la côte de Coromandel ; traduit de l'Anglois par
M. Soulès , & revue ſur la ſeconde édition par
M. R..... A Paris , chez Lagrange , Libr. rue
S.Honoré , vis-à-vis le Palais-Royal
DE FRANCE.
143
Londres , par feu M. Groſley , Aſſocié libre de
l'Académie des Infcriptions & Belles- Lettres de
Paris , & de la Société Royale de Londres , 3me.
édition ornée du plan de la ville de Londres , 4
Volum. in- 12 . Prix , 10 liv. A Paris , chez Defer
de Maiſonneuve , Libr. , rue du Foin St. Jacques.
Get Ouvrage eſt auſſi connu qu'eſtimé. Cette
nouvelle édition eſt conforme à la ſeconde qui
en avoit paru, totalement refondue, & augmentée
d'un Volume.
Collection de Préludes dans les Tons les plus
uſités, qui peuvent ſervir d'inſtruction pour former
des Points d'orgue à la fin d'une Pièce de
Muſique , par M. Wanderlish , de l'Académie R.
de Muſique. Prix , 4 liv. 16 f. A Paris , chez M.
Muffard , Maître de Flûte , rue Aubry-le-Boucher,
maiſon du Md. de vin , à côté du Pâtiffier.
Nos. 229, 230, 231 & 232 du Journal d'Ariettes
Italiennes , dédié à la Reine , contenant un Air
del Signor Piccinni , un del Signor Fiſchetti , un
del Signor Paiſiello, & un del Signor Tarchi. Prix,
2liv. 8 ſous chaque. Abonnement , 36 & 42 liv.
AParis , chez M. Bailleux , Md. de Muſique de
la Famille Royale , rue St-Honoré , près celle de
la Lingerie , à la Règle d'or.
3 Sonates pour Clavecin , Violon ad lib. , par
J. Haydn , OEuv. 532.-Idem , OEuv, 54e. Prix ,
6 liv. chaque , port franc par la Poſte, =Nos. 8
&9 de la 7e . Année du Journal de Clavecin , par
les uneilleurs Maîtres. Prix chaque Cahier, 3 liv.
Abonnement pour 12 Numéros, 15 liv.=Nos . 41,
à49 du Journal Hebdomadaire , par les meilleurs
Auteurs , contenant des Airs de Théatre , avec ac
44
compagnement de Clavecin. = Nos. 31 à 39 du
Journal de Harpe, par les meilleurs Maîtres. Prix
chaque Numéro des deux Journaux , 12 f. Abonn.
pour chaque, Is liv. , le tout franc de port. A
Paris , chez Leduc , au Magaſin de Muſique &
d'Inſtrumens , rue du Roule , Nº. 6.
MERCURE DE FRANCE.
,
Numéros 9 & 10 du Journal de Violon , dé
dié aux Amateurs , composé do différens Airs ,
pour deux Violons ou deux Violoncelles le chant
eſt dans le premier Deſſus pour pouvoir s'exécuter
en Solo. Prix chaque Cahier 2 liv. Ab.
pour 12 Nos. , 15 & 18 liv. On ſouſcrit à Paris,
chez M. Bornet l'aîné , Profeſſeur de Muſique & do
Violon , rue Tiquetonne , No. 10 , où l'on trouve
lanouvelle Méthode de Muſique & de Violon du
même Auteur.
TABLE.
VERS.
Epigramme.
Les Zégris.
97 La Femme infidelle. 130
99 Variétés. 132
100
173
120A nonces & Notices. 139
Charate, Enig.& Logog. 118 Concert Spir tuel.
Mémoires.
APPROBATIΟΝ.
J'Ailu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
,
le MERCURE DE ERANCE pour le Samedi 15
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreſſion. AParis , le 14Novembre
788, SÉLIS.
SUPPLEMENT,
CONTENANT
LES PROSPECTUS ET AVIS
DE LA LIBRAIRIE * .
BIBLIOTHEQUE DES ROMANS , Profpectus pour
le renouvellement des Souſcriptions de
Ouvrage.
cet
DES obſtacles infurmontables avoient depuis
'long-temps fufpendu le cours d'un Ouvrage ſi
favorablement accueilli du Public dans ſa naiffance
,& honoré depuis du ſuccès le plus conftant.
Des circonstances plus heureuſes vont le
faire revivre : nous nous empreſſons d'en donner
avis aux anciens Soufcripteurs de la Bibliothèque
des Romans , & à tous les Amateurs de
-cette partiefi agréable de notre Littérature . Un
nouveau Propriétaire , aidé de quelques Capi-
** Cette Feuille de Supplément est destinée à la publia
cation des Prospectus & Avis particuliers de la Librairie
dans le Mercure , le Journal de Genève & la Gazette de
France.
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
ſe perdoient & n'étoient pas lus du Public , le conferveront
au moins autant que chaque Journal . Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du rirage , du pliage , &c . de
venantune dépenſe commune pour chacun d'eux.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour chaque page du Mercure , tiré à
Supplém . Nº 46. : 5 Novemb. 1788. *
( 2 )
1
taliſtes , a raſſemblé les fonds néceſſaires pour
ranimer cette entrepriſe , & la porter à la perfection
dont elle eſt ſuſceptible. Il n'a rien épargné
pour ſe procurer un Rédacteur & des Coopérateurs
diftingués par leurs talens , & capables
de donner à ce genre d'Ouvrage un nouveau
degré de mérite & d'agrément. Comme
l'intérêt des Entrepreneurs eft en cela d'accord
avec celui des Soufcripteurs , le Public peut
compter qu'on emploiera tous les moyens propres
à relever avec éclat un monument fi con
forme au goût national , & digne à tous égards
de la galanterie Françoiſe : on aura ſoin dejoindre
aux extraits des Romans anciens , ceux des
Romans nouveaux , Anglois , Italiens , Eſpagnols
, Allemands , &c. au moment où ils paroîtront
; ainſi nos Lecteurs pourront jouir
à très peu de frais , de tout ce que l'Europe
produira de meilleur en ce genre , fans courir
les risques de l'emui , & des dépenſes qu'entraînent
une foule de volumes ſouvent très-faftidieux.
,
Les préjugés peu favorables que je paffé auroît
pu faire naître , feront bientôt diſſipés par
l'exactitude des livraiſons , & par le choix du
Libraire cha gé de la diſtribution de l'Ouvrage.
L'intelligence , le zèle & l'activité de M B ftien
font connus , & lui ont mérité la contiance du
Public,
On regarde comme ſacrés les engagemens
onze mille , feront , en petit romain, de 30 liv. 15 fous , &
*en philofophie , 21 liv. Chaque page qui aura été intérée
dans leMercure , pourra être auſſi inférée dans le Journalde
Genève , turé à 3500 , pour 10 liv. 12 f. 6 den.; chaque
colonne de la Gazette de France , tirée à 6000 , coutera ,
enetit romain , 32 liv . Is fous , &c. Outre le prix cideffus,
on doit donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire
des Livres nouveaux annoncés dans cha que Profpectus,
( 3 )
contractés avec les anciens Souſcripteurs , &
l'on va ſe hâter d'y fatisfaire : on donnera au
moins deux volumes par mois d'ici à la fin du
mois de Janvier prochain ; ils ſe ſuccéderont
avec la même rapidité dans le cours de l'année ;
&à la fin de 1789 on ſera parfaitement au courant.
Le prix de la Souſcription eſt toujours , pour
Paris , de 24 liv. pour l'année , compoſée de
ſeize volumes ; & pour la Province , franc de
port, de 32 liv. On ne propoſera plus déformais
aucun rabais , ni aucune de ces ſpéculations
mercantilles qui déshoncrent une oeuvre
littéraire ;&le prix des années précédentes fera
fixé irrévocablement à 24 liv pris à Paris.
On foufcrit à Paris , chez JEAN - FRANÇOIS
BASTIEN , Libraire , rue des Mathurins , No. 7 .
Lu& approuvé, ce 27 Septembre 1788. DESAUVIGNY .
Vu l'Approbation , permis d'imigrimer, le 27 Sept. 1788.
DE CROSNE .
ASSOCIATION propoſée pour ſe partager ;
, dès à préſent entre 1200 Actionnaires , un
revenu de 26000 liv . , dont 6000 liv. de Rente
perpétuelle fur le Roi , & 20000 liv. de produit
annuel aſſuré ſur un Edifice public de plus
forte valeur , fans aucun frais de régie , d'entretien
, ni d'adminiſtration.
Accroiffement de jouſſance pour les furvivans
, au fur & à mefur des décès des têtes!
que les Agionnaires auront indiquées .
Pour être Adi onaire urla tête , il faudra
avoir cinquante- cinq ans révolus au 31 Decem-
*ij
(4)
bre 1788 , & au deſſus , finon choifir une tête
de cet âge fur laquelle on jouira .
La derniere tête furvivante , ou le Proprié
taire d'Action fur ceitetête , réunira a fon profit
l'ufruit & propriété pour lui & les fiens ,
dudit Efice , & defdites 6000 1. de Rente perpétuelle.
Les Actions font de 460 liv. chacune.
Cette Affociation eſt autoriſée par Lettres-
Patentes du mois de Février 1788 , enregiſtrées
au Parlement de Rennes le 11 Mars de la même
année . La première répartition d'intérêt ſe fera
le 15 Février 1789.
On délivrera les Actions juſqu'au 30 No
vembre 1788 , chez Me. DE LA MOTTE , Notaire
rue de la Verrerie ; & chez M. MOUTON , Νά
gociant , rue du Roi de Sicile , No. 60 , qui
donneront tous les renſeignemens néceſſaires ,
& qui préviennent les porteurs d'Action que le
délai axé par lefdites Actions au 30 Novembre
1788 , pour la dénomination des têtes , cft prorogé
juſqu'au 31 Décembre 1788 ..
Permis d'imprimer , ce 16 Avril 1788. DE CROSNE .
PROCES FAMEUX de tous les temps & de toutes
les Nations , contenant l'Histoire des grands
Criminels , & les détails de leurs fupplices , 9
vol. in- 12. Prix , 22 liv . 10 ſ. à Paris ,& 24
liv. francs de port , dans toute l'étendue du
Royaume.
L'HISTOIRE des grands Criminels a eu un fuccès
étonnant en Angleterre. Pluſieurs éditions en
ont été épuiſées en peu de temps. On n'y trouve
tependant que les Procès des Tribunaux Anglois.
( 5 )
L'Auteurde l'Ouvrage qu'on annonce a conçu&
exécuté unplan plus vaſte . Il a réuni à l'Histoire
des Criminels jugés en Angleterre , celle des
Criminels de toutes les Nations.
L'accueil que le Public a daigné faire aux huit
premiers volumes qui ont paru l'année dernière ,
a déterminé l'Auteur à en publier un neuvième ;
il s'est attaché , dans ce volume comme dans
les autres , à faire connoître les moeurs & le
caractère des coupables , en ſuivant les progrès
de leurs penchans &de leurs paſſions , depuis le
montent où une pente ſecrète les entraîne vers le
crime , juſqu'à l'inftant où la Juſtice les immole
à la fûreté publique.
On fe bornera à indiquer ici quelques-uns des
Procès fameux qu'on trouve dans les huit premiers
volumes . Ils renferment, entre autres , ceux
duDucd'Alençon , de la Maréchale d'Ancre, du
Comte d'Arco , de Jacques d'Armagnac, de Marie
d'Aragon , d'Artus Desiré , deHugues Aubriot ,
de Barnevelt , deBethisac , du Maréchal de Biez ,
de l'Amiral Byng , de Cartouche , de Jacques
Clément ,de Jacques Coeur. du Comte d'Effex , de
Defrues , du Comte de Ferrers , de Fischer , du
Surintendant Fouquet, du Marquis de Monaldeschy
, de Ravaillac , &c . &c .
On trouve , dans le neuvième volume , les
Procès du complice de Cartouche , qui avoit
pouffé la barbarie juſqu'à manger le coeur de fa
maîtreſſe ; d'un Affaffin féroce , condamné à être
tenaillé & brûlé à Liège ; d'un Nègre condamné
a être brûlé vif , pour avoir commis les plus
affreux forfaits à Saint-Domingue ; d'uneSuédoise,
qui s'étoit vengée de la manière la plus cruelle ;
d'un mari qui a empoisonné ſa femme & ſes
enfans, pour fatisfaire une paſſion criminelle ; du
malheureux Fouré, que des faux témoins ont fait
périr ſur l'échafaud; delaPaysanne des Pyrénées *
( 6 )
de l'aſſaffin de la Marquiſe d'Obizi ; d'unefemme
qui a fait aff ffiner fon mari par unjeune homme
de feize ans , qu'elle avoit féduit; des affaffins du
Comte de Dachau ; d'un Hollandois , condamné
à avoir la tête tranchée pour crime de trahifon
, &c. &c .
Ce neuvième volume ne ſera vendu qu'à ceux
qui ont les huit premiers , ou qui les acheteront.
Ontrouve cet Ouvrage , qui renferme plus de
500 Procès fameux , chez l'Auteur ( M. DES
ESSARTS , AVOCAT , MEMBRE DE PLUSIEURS
ACADÉMIES ) , rue du Théatre François , près la
place ; & chez Mérigot le jeune , Moutard ,Nyon
l'aîné , Durand neveu , Blin , Savoye , Gattey &
Deſenne , Libraires à Paris ; & en Province ,
chez les principaux Libraires.
Nota. On aura la bonté d'affranchir le port
des lettres & de l'argent.
Lu & approuvé , ce 6 Novembre 1788 .
Vu l'Approbation , permis d'imprimer , ce 7 Nov. 1788 .
DE CROSNE,
HISTOIRE DE LA DÉCADENCE ET DE
LA CHUTE DEL'EMPIRE ROMAIN
par M. GIBBON , traduction complette ; 18
vol. in-8. dont les quatre premiers volumes paroîtront
le premier Décembre 1788. A Paris ,
chez MOUTTAARRDD , Libraire-Imprimeur de la
REINE , rue des Mathurins , hôtel de Cluni,
M. GIBBON a enfin achevé ce grand morceau
d'Hiſtoire , après un travail opiniâtre de quinze
années. L'Europe entière admirera bientôr fes
( 7 )
recherches & fon talent. On le comparera
M. Hume & à M. Robertson , qui ſembloient
s'être emparés de la première place parmi les
Hiſtoriens modernes ; nous nous bornerons
à indiquer ici l'étendue de la carrière qu'il a
parcourue avec tant de gloire.
&
Il diviſe en trois périodes les révolutions mémorables
qui , dans le cours d'environ treize
ſiècles , ont frappé l'édifice de la grandeur Ro ,
maine , & l'ont enfin renverſé .
I. La première période commence an règne
de Trajan & des Antonins , où la Monarchie
Romaine , dans toute fa force , & arrivée au
faîte de la grandeur , pencha vers fa ruine ; &
elle ſe prolonge juſqu'à la deſtruction de l'Empire
d'Occident au fixième ſiècle , par les ar
mes des Germains & des Scythes , Barbares
féroces , dont les deſcendans forment aujourd'hui
les Nations les plus polies de l'Europe.
II. La ſeconde période commence avec le
règne de Juftinien , qui , par ſes Loix &
par ſes victoires , rendit à l'Empire d'Orient
fon ancien luftre. Elle renferme Tinvaſion des
Lombards en Italie; la conquête de l'Afie & de
l'Afrique par les Arabes , qui embraffèrent la
Religion de Mahomet ;, la révolte du Peuple
-Remain contre les foibles Souverains de Conftantinople,&
l'élévation de Charlemagne , qui ,
en 800 , fonda un nouvel Empire.
III . La dernière & la plus longue de ces périodes
contient environ fix fiècles & demi ,
depuis le rétabliſſement de l'Empire en Occi
dent , juſqu'à la priſe de Conftantinople par les
Turcs , & l'extinction de la race de ces Princes
dégénérés , qui ſe paroient des vains titres de
Cefar & d'Auguſte , tandis que leurs domaines
étoient circonfcrits dans les murailles d'une feule
ville , où l'on ne confervoit même aucun
( 8 )
1
veſtige de la langue & des moeurs des anciens
Romains. Les Croiſades ayant contribué à la
ruine de l'Empire Grec, font partie de cette période.
L'Auteur a porté ſes recherches ſur l'état
où se trouvoit la ville de Rome au milieu des
ténèbres & de la confufion du moyen âge , &
il nous a donné le tableau inftructif& curieux
de Rome barbare , qui manquoit à la Littérature
moderne.
,
Nous nous contenterons d'ajouter qu'aucun
Ecrivain moderne n'a fait une Histoire auffrétendue
& d'un intérêt auſſi général &qu'elle
offre deux genres de mérite qu'on ne trouve
guère réunis mème chez les Hiſtoriens de
Pantiquité ; la diſcuſſion la plus exacte & la
plus foignée des Auteurs originaux & des anciens
monumens , & une belle compofition or
née de tout l'éclat & de tous les charmes du
ſtyle.
Cette Hiſtoire forme en anglois 6 vol . in -4.
le premier parut en 1776 , le ſecond & le troifième
furent imprimés en 1782 , & les trois
derniers ne font publiés que depuis quelques
mois.
Le premier volume a été traduit en 1777 ,
par M. de Septchenes , que la mort vient d'enlever
aux Lettres. Nous réimprimerons ſa yerfion
fi élégante & fi correcte , & nous y ajouterons
la traduction des cinq derniers volumes ,
faite avec le même ſoin .
La traduction entière formera dix huit vol.
in 8. La première livraiſon , compoſée de quatre
volumes , paroîtra le 30Novembre 1788 ; le cinquième
paroîtra le 30 Décembre , le fixième en
Janvier , & les autres ſucceſſivement , à raiſon
d'un volume par mois , de manière que toute
l'édition ſera achevée au mois de Décembre
1789.
1
( 9 )
Le prix de chaque volume ſera de 5 liv.
broché & 6 liv. relié. On ſera libre d'acheter
les volumes à meſure qu'ils paroîtront; mais le
Libraire fe chargera volontiers de les faire porter
àParis aux perfonnes qui voudront payer fix
volumes d'avance , dont on leur donnera une
reconnoiſſance ; on leur évitera par là le foin
d'envoyer chercher les volumes lors de leur
livraiſon. La Souſcription eft maintenant ous
verte à Paris , chez Moutard , Imprimeur-Li
braire de la Reine , & chez les principaux Li
braires de l'Europe.
Lu & approuvé, ce 4 Septemb. 1788. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation , permis d'imprimer , le 5 Septemb. 1788.
DE CROSNE ..
"
MANUEL DES GOUTTEUX ET DES RHUMA
TISTUS , ou l'Art de ſe traiter foi-nême de
la Goutte , du Rhumatisme , & de leur complication
, avec la maniere de s'en préſerver ,
de s'en guérir , & d'en éviter la récidive ; par
M. GACHET , Maître en Chirurgie , Auteur
de l'Elixir Anti - goutteux. Nouvelle Edition ,
revue , corrigée & augmentée. A Paris , chez
M. GACHET fils , quartier Saint- Denis , rue
Beauregard , No. 50 ; & chez LE BOUCHER ,
Libraire au coin des rues du Marché-Palu&
de la Calandre , à la Prudence. Vol. in - 12 . br.
2 liv. 10 f. rel. z liv.
TEL eſt le titre de cet ouvrage , déjà trèsconnu
, puiſqu'il eſt à ſa deuxième édition . La
matière importante qui y eft traitée , devient la
preuve de la grande utilité . En effet , eft-il de
(10)
,
maladie plus redoutée que la Goutte ? En est- il
de plus redoutable , par les tortures qu'elle fait
éprouver , & les dangers auxquels elle expoſe
ceux qui enfont atteints ? Ce Protée effrayant
eſt de tous les pays , de toutes les faiſons ; il
attaque impitoyablement tous les âges tous
les ſexes , tous les tempéramens . Les Maitres
de l'Art , convaincus de ces vérités fâcheuſes
Pont obfervé avec le plus grand foin , dans
l'eſpoir , fans doute , de trouver le moyen de
le combattre victorieuſement ; mais ils avoient
été juſqu'ici déchus de leurs prétentions .
,
Notre Auteur , qui a été plus heureux , eſt
entré dans de très-grands détails fur les cauſes
prochaines & éloignées de la Goutte & du Rhumatifme
, qui ne font, felon lui , qu'une feule
& même affection . Il ajoute à ſa propre expérience
le réſultat de tout ce qui a été écrit fur
ce fujet; il indique le régime le plus propre à
la prévenir , à en abréger les accès & les récidives
, & même à s'en préſerver abſolument.
Cette partie de fon Ouvrage mérite fingulièrement
l'attention de tous ceux qui ont le moindre
intérêt à connoître la nature , le caractère
de cette maladie , & les moyens de la guérir.
Des cures auffi heureuſes que multipliées ,
prouvent que la manière de ſe traiter , toute
nouvelle & toute particulière , doit être regardée
comme infaillible : elle est d'ailleurs exempte
de tous dangers , les effets qu'elle procure étant
de pouffer l'humeur du centre à la circonférence.
Enfin ce Traité de la Goutte & du
Rhumatiſme eſt auſſi intéreſſant , auſſi bien
écrit que peut l'être un Ouvrage compofé far
un homme consommé dans fon art.
Lu & approuvé , ce 19 Novembre 1787 .
Vu Approbation , permis d'imprimer , le 21 Nov. 1787.
DE CROIN .
(11)
MOUTARD , Imprimeur- Libraire de la REINE ,
rue des Mathurins , hôtel de Cluni , annonce
au Public que le 20 Novembre prochain , il doit
mettre en vente une nouvelle Edition des OEuvres
de M. Paliffot , 30 vol. in- 8 . 3 liv: br.
CETTE Edition , faite à l'Imprimerie de MONSIEUR
, & l'une des plus belles qui foient forries
des preſſes de M. Didot le jeune , eſt entièrement
achevée. L'Auteur en a revu toutes les
parties avec le plus grand ſoin ; & frappé de
l'abus des Collections trop complettes dont on
ne ceffe de furcharger la Littérature , il a cru
devoir la réduire à quatre volumes in- 8. L'Editio'n
, malgré ces retranchemens , n'en contiendra
pas moins pluſieurs morceaux qui, n'ont
point encore paru .
On trouvera dans les Ouvrages en vers , &
généralement dans toutes les Pièces de Théatre ,
un grand nombre de corregions , qui prouvent
combien l'Anteur a été jaloux de juft fier l'accueil
plein de bonté dont le Public a honoré
ces mêmes Pièces , lorſqu'elles lui ont été rendues
par les Comédiens , il y a quelques années.
Mais l'Ouvrage auquel il a donné le plus
d'attention , & que nous ofons annoncer , en
quelque forte , comme un Ouvrage nouveau ,
će font ſes Mémoires pour fervir à l'Histoire de
notre Littérature. Non feulement il les a augmentés
d'environ foixante articles , mais il en
a refondu pluſieurs , il en a fupprimé d'autres,
&dans ceux même qu'il a confervés , il n'en
eſt preſque pas qu'il n'ait améliorés par des
corrections de détail,
( 12 ) 7
1
L'Auteur , pour s'occuper une dernière fois
de fes Ouvrages , a fait le moment où il n'exiftoit
plus guère de fes anciennes éditions que
des reſtes imparfaits on mutiles. Il a defiré d'ailleurs
que la nouvelle édition , quoiqu'infiniment
fupérieure , foit par le choix du papier , foit
par la beauté des caractères , fût , à proportion ,
beaucoup moins chère que les précédentes.
L'ancienne édition in - 8. ſe vendoit 45 liv. ; la
nouvelle n'en coutera que 30 broch. en cart. ou
36 pour ceux qui défireroient que leurs exemplaires
fuffent fatinés. On fait ce que cette opération
ajoute à l'agrément du coup-d'oeil , furtout
dans les belles éditionsde M. Didot ; &
le Libraire offre de s'en charger pour les perfonnes
qui lui en feront la demande.
On a tiré quelques exemplaires en papier vélin
, dont le prix eſt de 60 liv.
I
}
On trouve chez le même Libraire les articles ſuivans :
INSTRUCTIONS Paftorales &Differtations Théologiques de
Manfeignent l'Evêque de Bou'ogne , fur l'accord de la
Foi & de la Raifon dans les Mystères , 1786 , à vol.,
in- . rel.
3 liv.
24 liv.
Inſtruction Paftorale, du même, fur les avantages de la Foi
& de la Soumiifion à l'Eglise , 1788 , in - 4 .
Dictionnaire Efjagnol & François . François & Eſpagnol ;
par Séjournant , 1775 , 2 vol. in-4 16 liv.
Conſidérations fur les Euvies de Dieu , dans le Règne de
la Nature , pour tous les jours de l'année , Ouvrage traduit
de l'Allemand de Strum.. La Haye , 1780 , 3 vol.
in-8 . rel. τς liv.
Le véritable Syſtême de la Nature ; par M. l'Abbé Paulizn.
Avignon, 1788 , 2 vol. in-:2 . rel . 6 liv.
La Vie de Dieu ſeul. Bruxelles , 1788. 2 vol. in-12 , rel.
sliv.
Lu & approuvé. A Paris , de 16 Sept. 1788. CAILLEAU ,
Adjoint.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie, le 21 Octobre 1788.
QUOIQUE le projet d'une alliance étroite
&léparée de la République avec la Ruffie
, n'eût pas été encore propoſé officiellement
à aucun Corps de l'Etat , perſonne
n'en ignoroit l'exiſtence;; non plus que les
moyens destinés à opérer cette intime
coalition. Son but principal paroiſſoit clairement
dirigé , ou contre la Porte Ottomane
, le plus fidèle , le plus fcrupuleux ,
le plus utile peut être de nos Alliés , ou
contre le Roi de Pruffe, dont les Traités
avec la République , communs aux deux
Cours Impéria'es , pedroient leur efficace
du moment où la Pologne contracte roit
une alliance diftinde & plus étendue avec
l'une des trois Cours. Il n'étoit guère
poffible que la Cour de Ber'in refta. in-
No. 46.5 Novembre 1788. e
( 98 )
,
différente à une entrepriſe ſi viſiblement
contraire à ſes intérêts ; & la démarche
déciſive qu'Elle vient de faire auprès
des Etats confédérés , prouve avec quelle
énergie le Cabinet de Berlin s'oppoſera
à cette nouveauté. C'eſt le 12, ainſi que
nous le rapportâmes la ſemaine dernière
que M. de Bucholtz , Miniſtre de S. M. Pruffienne,
remit la déclaration de ſon Souverain
au Comte Malachowski , Maréchal
delaConfédération,& au Comte de Mnifzech
, Grand-Maréchal de la Couronne.
Le lendemain, le premier de ces deux
Seigneurs communiqua à la Diète cette
Note dont il fut fait lecture ,& qui contient
ce qui fuir: la e
A la fin du mois d'août , le Comte de Stackelberg,
Ambaſſadeur de l'Impératrice de Ruflie ,
fit au Soufligné l'ouverture officielle , que l'Impératrice
avoit réſolu de conclure , avecle Roi & la
République de Pologne , une alliance dont le but
&l'unique objet étoient de maintenir la fûreté &
la confervation indiviſe de la Pologne , & de la
défendre contre l'Ennemi commun. »
« Le Souffigné en ayant fait ſon rapport au
Roi ſon maître , il fit connoître au Comte de Stackelberg,
conformément aux ordres qu'il avoit reçus ,
que, quelque touchée que fût S. M. de cette ouverture
confidentielle, Elle ne pouvoit cependant
ſediſpenſer d'obſerver qu'elle ne voyoit aucune
néceffité de conclure une ſemblable alliance , fur )
tout lorſqu'on conſidéroit les traités ſubſiſtans de
toutes parts; & que , ſi une nouvelle alliance avec
laPologne étoit jugée néceſſaire , S. M. propoſeroit
( 99 )
également des traités , qui , depuis les temps les
plus reculés, exiſtoient entre la Pruſſe&la Pologne,
vu qu'Elle prenoit autant de part au bien-être de
cet Etat voiſin , que toute autre Puiſſance quelconque.
»
« Le Souſſigné accompagna cette réponſe de
beaucoupd'autres motifs qui prouvo ent l'inutilité ,
& en même temps les fuites dangereuſes d'une
pareille alliance entre la Ruffie & la Pologne ,
d'après le double but que l'on avoit indiqué. »
« Le Baron de Keller , Miniſtre du Roi à Pé
tersbourg, fut chargé de faire immédiatement les
mêmes déclaration & repréſentation à la Cour
Impériale de Ruffie. Mais comme le projet de
S. M. l'Impératrice , ainſi que le Roi l'a appris avec
ſurpriſe, a déja été communiqué préliminairement
en Pologne , & qu'il eſt poſſible qu'il foit repre
duità la préſente Dière , S. M. penſe qu'il eſt à
proposde faireconnoître, par l'ouverture ſuivante,
ſes ſentimens far un objet auſſi intéreſſant pour
Elle& pour la Pologne.>>
« Si l'alliance propoſée entre la Ruffie & la
République a pour objet la conſervation de l'indiviſibilité
de la Pologne , le Roi n'en voit ni
l'utilité , ni la néceſſité : cetre indiviſibilité eſt
aſſurée ſuffisamment par les derniers traités . On
ne peut point ſuppoſer que S. M. l'Impératrice
de Ruffie , ni fon Allié l'Empereur , ſe prop ſent
de rompre les leurs ; il foudroit par conféquent
ſuppoſer au Roi de ſemblables vues , & diriger
ainſi contre lui cette alliance. »
« S M. n'ignore pas que depuis quelque temps
on s'eſt efforcé de répandre une opinion de fos
vues, relativement à l'indiviſibilité des Etats de la
Répub'ique, qui est également contraire à ſa probité
, à la dignité & à ſa prudence. »
« Le Roi en appelle au témoignage de la
e ij
(100 )
partie faine & éc'airée de la nation Polonoife ,
ſi , pendant ſon règne , i n'a pas pris tous les
foins imaginables d'entretenir avec Elle une bonne
amité & un bon voisinage , & s'il eſt ſurvenu
lemoindre fait qui puiſſe prouver le contraire , ou
ſeulement le faire foupçonner.
« Le Roi , par conféquent , ne peut s'empêcher
de réclamer contre le but de cette alliance , & de
proteſter ſolemnellement. Si Elle eſt dirigée contre
lui , S. M. ne peut la regarder que comme tendant
à rompre la bonne harmonie&le bon voiſinage
qui ſubſiſtent entre la Pologne& la Pruſſe , par
les traités les plus folemnels. >>
« Si , d'un autre côté , certe alliance eſt dirigée
contre l'Ennemi commun , & fi , par cette dénomination
, on entend la Porte Ottomane , le Roi ,
par amitié pour la République de Pologne, eſt
obligé de lui repréſenter : Que , comme la Porte
a toujours obfervé ſcrupuleuſement le traité de
Cariowiz ,& qu'elle a épargné foigneufement dans
laguerre actuelle les Etats de la République , il
réſulteroit infailliblement les ſuites les plus dangereuſes
, non-feulement pour les Etats de la
République , mais auſſi pour les Etats voiſins de
S. M. Pruffienne , des nouveaux engagemens que
contracteroit la République , & qui autoriferoient
la Porte à regarder la Pologne comme ſon Enne.
mie , & à y entrer avec ſes troupes peu accoutumées
à la difcipline. »
« Chaque Citoyen Polonois , bon & éclairé ,
verra aifément combien il ſeroit difficile , ſinon
impoſſible, dedéfendre la patrie contre unEnnemi
ſi voiſin , ſi terrible & fi heureux. Il comprendra
en même temps que par une démarche
de cetteforte, les promoteurs d'une alliance contre
la Porte feroient auſſi ceux qui , conformément
à l'art. 6 du traité de 1773 , conclu entre la Pruſſe
( 101 )
& la République , diſpenſeroient le Roi de garantir
à la République l'indiviſibilité de ſes
Etats , attendu que les guerres entre la Pologne
& la Porte Ottomane font expreſſément une
exceptiondans ledittraité. »
« Par conséquent , l'alliance propoſée entre la
Ruffie& laPologne envelopperoit la République
infailliblement , & fans aucun objet ni néceffité ,
dans une guerre ouverte avec l'un de ſes meilleurs
voiſins , qui deviendroit un de ſes plus dangereux
ennemis , & elle priveroit la République de l'afſiſtance
& de la garantie du Roi , ſans lui en procurerune
meilleure , ou une plus puiſſante. »
• « Le Roi ne peut donc refter indifférent au
projet d'une alliance ſi extraordinaire , qui menaceroit
du plus grand danger, non-ſeulement la
République, mais auſſi ſes propres Etats voiſins
de la Pologne ,& qui ne manqueroit pas d'étendre
le feu de la guerre , & d'occaſionner un embraſement
univerſel . »
« Le Roi n'a rien à objecter à l'augmentation
de l'armée de l'Etat , ni à ce que la République
mette ſes forces ſur un pied reſpectable ; mais il
abandonne à la confidération des bons Citoyens ,
ſi , dans les circonstances actuelles , une augmen
tation quelconque de l'armée Polonoiſe ſerviroit
à autre choſe qu'à en abuſer , & à envelopper
la République , malgré elle , dans uneguerrequi
ne la regarde en aucune manière , & qui pourroit
avoir pour elle les ſuites les plus déſagréables. »
Le Roiſeflatte que S.M. le Roi de Pologne
&les Etats de la Séréniſſime République , afſemb'és
à lapréſente Dière , prendront mûrement
en conſidération tout ce que Sa Maj . leur fait
repréſenter par des motifs d'amitié ſincère , &
pour l'intérêt commun des deux Etats , intimement
liés pardes liens indiſſolubles d'une alliance ſolide
&permanente. » :
eiij
( 102)
:
?
« S. M. eſpère auſſi que S. M. l'impératrice de
Ruffie ne refuſera pas fon fuffrage à des principes
fi juftes & fi convenables au véritable bien-être
de la Nation Polonoiſe. Elle attend ainſi avec confiance
, que l'on abandonnera , des deux côtés , le
projet d'unealliance ſi peu néceſſaire à la Pologne ,
mais qui lui feroit toujours très-dangereuſe. "
« Si , contre toute attente , on paſſoit outre ,
& fi l'on vouloit procéder à la conclufion de la
fufdire alliance , le Roi offre également la ſiense
àla Sé éniffime République , &le renouvellement :
des traités qui fubfiftent entre la Pruſſe & la
Pologne. »
4
« S. M. croit pouvoir lui aſſurer ſon indivifibilité
tout auffi bien qu'aucune autre Puiſſance ,
&Elle fera tout ce qui dépendra d'Elle pour
garantir l'illustre Nation Polonoiſe contre toure
oppreffion étrangère , &particulièrement contre
une attaque hoftile de la part de la
mane, fi toutefois elle veut fuivre ſon avis. >>
« Si , contre toute attente encore, on mépri
foit ces conſidérations & ces offres amiables , le
Roi ne pourra voir dans ce projet d'alliance qu'un
projet formé contre S. M. Pruſſienne ,& le defſein
d'envelopper la République dans une guerre
ouverte avec les Turcs , & d'expoſer , par une
fuite inévitable , les Etats de la République , ainfi
que ceux de S. M. Pruffienne , à l'invaſion hostile
de leur part; alors Elle Le pourroit s'empêcher
de prendre les mesures que lui dicteroient fa fageffe
& fa propre confervation pour prévenir
des vues auſſi dangereuſes pour l'un &pour l'autre
Etat. »
«Dans ce cas ineſpéré , S. M. invite les vrais
Patriotes & les fidèles Citoyens de Pologne de
-s'unir à Elle , in de détourner , par des meſures
ſages & de commun accord , le grand malheur
dent leur patrie eft menacé, n
2
« Ils peuvent attendre avec confiance que S.M.
leur accordera tout appui néceſſaire & les ſecours
les plus efficaces pour maintenir l'indépendance
la liberté & la ſûreté de la Pologne. >>>
- AVarsovie, le 13 ottobre 1788 .
,
« Signé , DE BUCHOLHZ. "
Un parti puiſſant & reſpectable de
Magnats y applaudirent avec tranſport.
Parmi ces Magnats ſe trouvent , entre
autres , le fameux Prince Radziwill ,
Palatin de Wilna , & le Comte Oginski ,
Grand-Général de Lithuanie . Ces deux
noms ſeuls donnent à la Pruſſe un crédit
décifif dans cette partie de la République.
Après la Séance , pluſieurs Nonces allèrent
préſenter leurs remerciemens à M.
Bucholtz , & fe propoſent d'envoyer à
Berlin unedéputation chargée d'exprimer
leur reconnoiſſance au Roi de Pruffe .
1
Quoique le parti oppoſé ait annoncé
une Contre-Déclaration éclatante des deux
Cours Impériales , la réponſe de la Diète
à la Déclaration qu'on vient de lire ,
prouve qu'elle a eu l'effet déſiré. Voici
enquels termes les Etats de la République
ſe ſont exprimés par l'organe de leurs
Chefs:
Les Souffignés , par ordre exprès du Roi &
des Etats confédérés de la Diète , ont l'honneur
de remettre à M. de Bucholtz , Envoyé extraordinaire
de S. M. le Roi de Pruſſe , la réponſe
qui ſuit , relative aux ſentimens de S. M. le
1
1
eiv
(104 )
Roi de Pruſſe , expoſés dans la Déclaration du 12
octobre de l'année courante. »
« La lecturede la fuſdite Déclaration de S. M.
le Roi de Pruffe, faite en pleine Séance', ce 13
octobre , a pénétré les Etats afſemblés d'une reconnoiſſance
vive&ſincère , due à la façon de penfer
généreuſe du Roi , ami & voiſin , qui , en
aſſurant à la Pologne l'intégrité de ſes poſſeſſions ,
ajoute à la foi des traités une confiance perſonnelle
, & répond à la haute idée que la Nation
s'eſt faite d'un Monarque auſſi vertueux que
puiſſant. »
« Le projet de l'alliance entre la Ruffie & la
Pologne, n'ayant été propoſé , ni au Conſeil-Permanent,
ni à la Diète , d'abord libre & enſuite
confédérée,ne fait pas l'objet de ſon acte d'union ,
qui ramène les travaux de la Diète , d'après la
volonté générale de la Nation & les propoſitions
émanées du trône , à l'augmentation des impôts
&du militaire de la République , non dans le
ſyſtême d'une force offenſive , mais bien dans
celui d'une force défenſive & confervatrice de
ſespoffeffions&de fon libre gouvernement.
«Si dans la direction déja déterminée de ſes
travaux, les Etats aſſemblés venoient à recevoir
Gion & un projet d'alliance , la Répuune
propos
blique étant tenue , par la nature même de la
Diète, à une marche publique , ne ſera jamais
dans le cas de voiler ſes procédés , conformes à
l'indépendance de ſa ſouveraineté, aux règles de
la prudence , aux principes ſacrés du droit public,
&à'a déférencedue aux fentimens amicals de Sa
Maj . le Roi de Prufſe . "
« La volonté générale , toujours droite &
toujours publique , formant l'eſprit des Délibérations
de 'a Diète actuelle , les Etats aſſemblés
chercheront unanimement à établir dans l'opinion
(105 )
de S. M. le Roi de Pruſſe , une idée avantageuſe
de leurs lumières & de leur patriotiſme. "
« Varsovie, ce 20 octobre 1788. »
<< Signé, STANISLAUS NALZCZ MALACHOWSKY,
Référendaire de la Couronne , Maréchal de la
Diète&de la Confédération de la Couronne. "
« Signé , CASIMIR , Prince Sapieha , Général
de l'Artillerie de Lithuanie, Maréchal de laConfédération
du Grand-Duché de Lithuanie. »
Juſqu'ici , les Séances de la Diète confédérée
n'ont été troublées par aucun tumulte
: on y a fait ſeulement quelques
propofitions affez vives , au nombre defquelles
on doit remarquer celle de punis
exemplairement tous les Membres de
l'Etat , affez bas pour recevoir des penfions
de quelque Cour Etrangère,& lui vendre
ainſi les intérêts de leur patrie. L'Auteur
de cette motion judicieuſe eſt M. Starki ,
Nonce de Cracovie.-Dans des conjonctures
fi intéreſſantes , il eſt néceſſaire de
connoître l'acte de Confédération générale,
par lequel la Diète s'eſt liée. En voici la
tradution :
« Nous , ETATS & NONCES , Ecclésiastiques&
Laïes , affemblés en préſence de S. M. le Roi ,
en vertu de fon agrément & de ſa propre fignature
, ſommes animés uniquement du défir de
donner à notre patrie la meilleure & la plus active
aſſiſtance , &de lui conferver ſa ſureté. Pour
parvenir à cebut , nous avons recours au moyen
qui y conduit , ſavoir, à Confédérationgénérale.
Sous cette Confédération , nous voulons tenir
une
ev
( 10б.)
toutes nos délibérations , & nous attacher , de
la manière la plus folemnelle , à nos priviléges ,
qui aſſurent la religion catholique-romaine , le
bien-être de notre patrie , notre gouvernement
libre républicain , la perſonne , dignité , droits &
prérogatives de notre très-gracieux Roi Stanislas
Augufte , ainſi que toutes les magiftratures . Mais ,
comme aucune de ces prérogatives de notre chère
patrie , ne fauroit être regardée comme notre propriété
effective , à moins qu'elle ne fût foutenue
par une armée ſuffifante & en état de détourner
tout danger qui pourroit menacer de mille manières
notre chère patrie , nous déclarons en conféquence
que nous ſommes prêts à offrir fur-lechamp
autant de notre bien qu'il ſera poffible pour
l'augmentation des troupes de la République. Nous
nous réſervons de prendre en conſidération dans
nos délibérations tout ce qui peut tendre aux
améliorations intérieures & à l'avancement du
bien-être de la République , ſans nous occuper
d'affaires de particuliers. Nous demandons pour
•Maréchal deConfédération , le ſieur Malachowsky ,
Maréchal élu de la Diète , Référendaire de la
Couronne,& Nonce de Sendomir ,&nous nommons
pour Maréchal de Confédération de la Lithuanie
, le Prince Sapieha , propoſé par cette province
, Général d'artillerie de Litltuanie , &Nonce
de Bizeſc.>>>
Vient enſuite le fermentſuivant,preferit
aux Maréchaux de la Confédération :
« Je jure à Dieu , le Tout-Puiffant , que dans
l'exercice de ma place de Maréchal , je reſterai
fidèle au Très-Séréniſſime Roi Stanislas Auguste,
ainſi qu'à la Confédération générale de la Couronnede
Lithuanie; quej'obſerverai tout ce que les
inftructions de la Confédération preſcrivent ; que je
'entrerai dans aucune convention fecrète, foit avec
( 107 )
des nationaux, foit avec des étrangers , à l'infu du
Rei& des Etats confédérés ; que je n'aurai aucun
égard aux perſonnes , dons , promeſſes & menaces ;
que je ne ferai inférer aux actes aucunsfancits ou
actes particuliers , quelque dénonciation qu'ils
puiſſent avoir , mais ſeulement ceux qui auront
étéarrêtéspar les Etats confédérés, à la pluralité des
voix,&que je nedonnerai aucunes affignations ſur
les fonds publics. J'agirai avec probité en comptant
les voix& en indiquant la pluralité. Si un Sénateur
, Miniſtre ou Nonce , demandoit des voix
ſecrètes , je paſſerai , d'après les loix , & quand
j'aurai recueilli les voix exprimées hautement ,
aux voix ſecrètes , que je compterai également
avec fidélité , & dont j'indiquerai la pluralité ; &
s'il arrivoit qu'il fût préſenté quelque projet pour
l'augmentation des impoſitions , je ne permettrai
de donner à cet égard aucunes voix ſecrètes ; je
recueillerai celles qui feront exprimées hautement ,
&j'en communiquerai la pluralité à tous les Etats
confédérés , afin qu'aucune affaire ne reſte ignorée
au pays & aux Etats confédérés. Ainsi , Dicu
foit mon aide ! » ارو
Il ſe répand que le Général de Witt ,
accuſé d'avoir favorisé la garniſon Turque
de Choczim , perd le commandement de
Kaminieck, dans lequel il eſt remplacé par
un des Comtes Potocki. La garniſon de
cette place eſt compoſée de a régimens
d'Infanterie. 3
DANEMARCK.
- De Copenhague , le 24 Octobre .
1.
?
Le terme de nos opérations militaires 1 مل .
e vj
( 108 )
en Suède eſt arrivé. Nos troupes ſe ſont
éloignées de Gothenbourg ; leur quartier
général a d'abord été transféré à Uddewalla
, & elles ne tarderont pas à évacuer
entièrement la province de Bahus . L'Armiſtice
porté à un mois, le ſera à deux ,
fi les négociations fe prolongent : elles
vont être en pleine activité. M. Van-der-
Borch , Envoyé des Etats- Généraux à
Stockholm, s'eft rendu, ainſi que le Baron
de Borck , Miniſtre &Commiſſaire-Général
de S. M. P. , à Gothenbourg , où le Roi
de Suède ett revenu de la fortereſſe
d'Elifbourg. Quant à M. Elliot, Miniſtre
Britannique , il eſt attendu ici , où l'on
eſpère revoir le Prince-Royal au premier
jour.
Cette révolution ſubite des affaires
eſt le fruit des démarchés énergiques
des Cours de Berlin & de Londres .
Ces deux Cours n'ont point reconnu
la légalité du principe d'après lequel
nous avons hafardé cette invafion. En
conféquence , elles ont demandé le rappel
de nos troupes; leRoi de Pruffe menaçoit
de faire entrer une armée dans le Holſtein;
les ordres étoient donnés , & , perfuadé
que ce n'étoit point là une vaine déclaration
, notre Miniſtère a accédé aux ſentimens
pacifiques , dont il devenoit dangereux
de s'écarter plus long- temps. 1
( 109 )
1
L'iſſue de cette guerre a été précédée
de la perte de ſept gros bâtimens
&de 43 barques chargés d'attirails , de
provifions , & d'une ſomme d'argent
pour notre armée Norwégienne , que les
Suédois ont conduits à Marſtrand.
Les prifonniers faits à Quiftrum montoient
à 806 , dont 21 Officiers , au nombre
deſquels le Lieutenant-Général Hierta ,
ſes deux Adjudans , le Lieutenant-Colonel
Frifendorf de l'Artillerie , & le Colonel
Tranefeld. Les Chaffeurs à cheval & leur
Capitaine ſe font ſauvés. Quant au butin ,
il devoit être tranſporté en Norwége ;
mais 600 payſans Suédois s'en font emparé
, après avoir diſperſé l'eſcorte qui le
conduiſoit.
dia
On vient d'établir ſur l'lile d'Anholt , dans le
Cattegat, un nouveau Phare de forme ronde cylindrique
, de la hauteur de 59 aunes danoiſes (1) ,
&du diamètre de 13. Le globe de feu a l'élévation
de 2 pieds 9pouces , & pieds de d
mètre.Ce Phare eft placé à un quartde mille
à l'ouest devant l'ancien , & par conséquent à
3,100aunes de la pointe orientale de l'Iſſe. On l'allumera
pour la première fois le 24 novembre..
21
ALLEMAGONE.COM
ob etDeVienne, te 26 Octobres 90 .
Nous jouiffons , depuis quinze jours ,
*(1) L'aune danciſe eſt d'un pied dix pouces&
fix lignes de Parish va el n
( 110 )
d'une grande fertilité de nouvelles , qui
naiffent, meurent , revivent , retombent ,
buivant laGazette qui écrit , ou le Politique
qui parle. Très- poſitivement on affuroit ,
la ſemaine dernière , que le Grand-Vifir ,
forti du Bannat, s'avançoit en Syrmie avec
ſes forces principales. Il étoit naturel de
faire auſſi revenir l'Empereur à Semlin ,
où il devoit trouver le Maréchal de
Laudhon , inveſti du commandement général.
Avant le départ de ce brave Vétéran,
on lui faifoit battre & diſperſer une
armée du Pacha de Trawnick , tandis que
le Général de Wartensleben tuoit de fon
côté des milliers d'Ottomans . Ces
expéditions n'ayant pas pris créance , on
a expédié le Grand-Viſir en Valachie, pour
couvrir, cette province contre l'armée
combinée Ruffle & Autrichienne , qui n'eft
pas encore combinée. Vingt fois on a fait
aller & venir la grande armée ; on
délivré le Bannat des Ottomans , & on les
y a reconduits : un jour , ils ont évacué
la province entière; le lendemain , ils
tiennent encore Méhadia , Moldava , &
toutes les montagnes
a
De tant de variantes, il eſt juſte de
conclure que la plupart de ces rapports
font fabuleux , & cette conclufion acquerra
un grand crédit auprès de ceux
qui liront les deux derniers ſupplémens
( 1)
officiels de notre Gazette, l'un du 22,
l'autre du 25 , & tous deux completteiment
muets fur les récits dont nous avons
-préſenté l'abrégé. Voici en peu de mots
la ſubſtance du Bulletin du 22 :
Du quartiergénéral du Corps d'armée deTranſylvarie
, à Muhlenbach, le 14 octobre 1788.
Le Colonel de Mayersheim , poſté près du défilé
de Tomos , ayant appris , les , que l'ennemi
méditoit une attaque contre le poſte de Predjal ,
près d'Ober-Tomos , envoya , le 6 après - midi ,
à ladécouverte une patrouille de 60 hommes ſous
les ordres du Capitaine Steplani. Sur fon rappert ,
leColonel ſetint aſſuré d'être attaqué le lendemain ,
&fit ſes diſpoſitions en conféquence.
Le 7 , às heures& demie du matin , l'avantgarde
de l'ennemi à cheval parut , & repoufla
nos piquets juſqu'à notre front ; à 7 heures &
demie, lereſte de la troupe, forte d'environ 1000
*hommes à pied& à cheval , arriva par les forêts
contre notre aile gauche , mais fut bien reçu , &
forcé bientôt à la retraite. Il en reſta cependant
quelques-uns qui s'amusèrent pendant une demiheure
à eſcarmoucher , afin de donner à des renforts
le temps d'arriver ,&de tenter une ſeconde
attaquecontre notre aile droite. Effectivement 2008
hommes à pied tombèrent bientôt avec furie fur
cette aile. Mais malgré l'opiniâtreté de leur attaque
, ils furent encore repouſſés après une heure
d'inutiles efforts . On a trouvé fur le champ même
de bataille 72 hommes & 19 chevaux tués ; un
Janiſſaire fut fait prifonnier; on leur enleva 3 dra-
-péaux. Notreperte conſiſte enun foldat& 16 chevaux
tués , le Capitaine Kaliany , 17 hommes&9
chevaux bleſſés..
(112)
t
LeFeld-Maréchal- Lieutenant Spleny, qui avoit
pouſſé une par ie du Corps ſous ſes ordres juſqu'à
Adſud, a reçu ordre du Feld-Maréchal-Lieutenant
de Fabrisde marcher par le défilé d'Ojtos enTranſylvanie
, & de laiſſer le détachement du Général-
Major Fabris ( qui ſe trouvoit déja à Bogdanest ),
pour couvrir le défilé de Gymes , ainſi que l'aile
droite du Corps du Prince de Cobourg , & pour
faciliter les opérations des Alliés dans la Moldavie.
Du camp des troupes réunies de S. M. I. R. & de
S. M. I. de Ruffie , près de Choczim , le 10 octobre.
Le Prince de Cobourg ayant fait tous les arrangemens
néceſſaires , relativement à Choczim & à
la défenſe de tout le pays , prit , le 10 , avec
fon Corps , la route de Romann , où il compte
<arriver le 26 , pour delà continuer les opérations
dont les circonstances feront naître l'occaſion .
LeComte de Romanzofeſt aujourd'hui àTfotfara
, & dars cette poſition il ſe trouve près d'un
Corpsde Turcs & de Tartares .
Ce bulletin finit par nous apprendre
que , le 15 , les Saïques turques fur le
Danube , près de Belgrade , ont tenté une
canonnade avec les nôtres , ſous les ordres
du Général- Major de Magdebourg, & ont
été forcées à la retraite avec quelque
dommage.
Quatre lignes nous rendront tout le
Bulletin du 25.
1
)
Corps d'armée près de Semlin , le 18 ottobre.
«Un petit détachement de Volontaires a apporté
la nouvelle qu'Ofman Pacha ayant aſſemblé ,
le1122octobre , ffoonn corps de 4 à 5,000hommes,
(113 )
2
tant Infanterie que Cavalerie , près la redoute
d'Eugène , s'eſt mis en marche vers Belgrade ,
avec 500 chariots munitionnaires , 1,500 moutons
& 2 à 300 bêtes à corae ; que le lendemain , environ
200 hommes du même corps , ont pris la
route de Jagodin , & qu'en général les chemins
font remplis de Turcs qui ſe retirent. Le
tobre , 19 gros bâtimens turcs & fix petites galères
ont defcendu le Danube ; le même jour ,
cent chariots couverts font arrivés de Niſſa à
Belgrade.»
150CCampde
New-Gradiſca , le 18 octobre.
« Le Maréchal de Laudhon eſt arrivé hier avec
une partie de ſon corps d'armée dans ce camp ;
il a laiſſé le reſte de ce corps dans la Croatie ,
ſous les ordres du Général de Vins. »
Voilà donc le fiége deNew-Gradiſca
ſur le point d'être formé. On l'avoit dit
pris ; on eſpère aujourd'hui qu'il ne fera
pas longue réſiſtance: nous faurons dans
peu ce qu'il fautpenſer de cette conjecture.
- S'il eſt permis d'en former de raiſonnables
, au milien de tant d'incomindar
&d'une ignorance fi viſible des véritables
mouvemens ou deſſeing du Grand-Vifir ,
C'est que ceGénéral, en repliant ſes poftes
dans le Bannat dévaſté , conſerve ſa pofitiondans
les montagnes ; qu'il la défendra
ou l'abandonnera , en repaſſant le Danube ,
ſelon que la ſaiſon , les pluies , les maladies
, dont les raiſonneurs politiques
tiennent ordinairement fort peu de
compte, la retraite d'une partie des Afia(
114 )
tiques incommodés du climat , ou de
longues fatigues , les mouvemens des
Alliés en Moldavie , enfin , peut- être , un
projet ſur Semlin, décideront les dernières
opérations de ce Chef Ottoman.
Le grand nombre de détachemens raffemblés
à Belgrade ou aux environs , fait
préſumer cette tentative ſur la Syrmie ;
auſſi , on augmente les ouvrages de
Semlin, on travaille à une grande redoute
près de la porte de Beſchania , on a
transféré les magaſins de vivres à Ruma ,
&l'on a rompu les ponts près de Szurdok .
Quant a l'armée principale , l'opinion
d'aujourd'hui est qu'elle a quitté le camp
de Lugofch , & marché, le 15 , à Denta ,
pour ſe rapprocher de Veiskirchen &
de Semlin. Le 12 , l'Empereur arriva à
Temeſwar , d'où le lendemain il alla vifiter
Arad : S. M. , depuis , eft revenue à Temeſwar.
Une lettre de Zeng , du 7 de ce mois , renferme
les détails ſuivans fur la retraite du Major
de Vukaffowich. Cet Officier eyant vu qu'il n'étoit
point en fûreté à Monténégro , réſolut de quitter
cette ville , & d'attendre le moment où il pût le
faire fans grand danger. L'occaſion ſe préſenta
bientôt. Le jour d'une fête , les Monténégrins
quittèrent la ville &t n'y laiſſèrent que foixante
hommes, Le Major , informé de cette circonſtance ,
s'empara avec ſa troupe de ces foixante hommes ,
leur fit lier les mains , & leur ordonna de le
conduire fur le chemin de Cataro , ſous peine de
( 115 )
:
:
les mettre en pièces s'ils ofoient le tromper. Cette
menace produifit l'effet qu'il en attendoit. Mais le
ſecond jour de ſon départ , il fut atteint par un
gros détachement de Monténégrins. Dans cette
pofition alarmante, le Major prit le parti de s'arrêter
, de ranger ſa petite troupe en ordre de bataille
, & de placer en front les ſoixante Monténégrins
liés. Cette manoeuvre le ſauva. Les ennemis
n'ofèrent pas tirer , & le laiſſerent continuer ſon
chemin. Arrivé au bord de la mer, il congédia
ſes conducteurs , fe rendit à Cataro , où le Commandant
Vénitien le reçut bien.
1
DeFrancfortfurle Mein, le1. Novemb.
S. A. S. le Duc régnant de Brunswick ,
eſt parti , le 21 , de fa réſidence , pour fe
rendre à Berlin , où il eft arrivé. On affure
qu'il prendra le commandement d'un
Corps d'armée.
Les lettres de Berlin nous apprennent
auſſi la mort du Général d'Infanterie Jean
de Wunsch , Chef d'un régiment d'Infanterie
& Chevalier de Orare de igie
Noir , décédé à Prenzlow , dans ſa 718.
année , à la fuite d'une hydropifie de poitrine.
1341
Suivant les mêmes lettres , le Prince-
Royal de Pruffe & le Prince Louis , fon
frère, ont manqué de périr dernièrement.
Le Prince-Royal s'étant entretenu plufieurs
fois avec le Miniftre d'Etat Baron
-deHeiniz, de la carrière de pierres à chaux
de Rudersdorf, lui fit connoître fon défir
( 116 )
d'en voir les travaux. On fixa le jour : le
Prince-Royal & le Prince Louis , accompagnés
de leurs Gouverneurs & du Baron
deHeiniz, s'y rendirent. On vouloit leur
donner le ſpectacle de l'exploſion d'unrocher;
on chargea en conféquence une mine,
à laquelle le feudevoit être mis à un certain
fignal ; mais l'ouvrier , charge de cette
opération , par un mal-entendu alluına la
mêche trop tôt. Un ramoneur , préſent ,
voyant le danger des Princes qui examinoient
encore la carrière , accourut , & les
éloigna avec impétuoſité de la place qu'ils
occupoient. Un moment après l'exploſion
ſe fit avec un fracas épouvantable ; une
maſſe de pierre de plus de 80 livres peſant
vola près de la tête du Prince-Royal , & il
tomba pluſieurs autres maſſes énormes fur
la place même où il s'étoit tenu , quand le
ramoneur le repouſſa. Le Comte de Bruhl
eut lemalheur d'être atteint d'une groffe
pierre , & d'avoir la jambe gauche fracaflée.
(On craint beaucoup pour la vie. Le
Conſeiller Wehling doit ſon ſalut au plus
grand haſard ; il parla au Prince-Royal,s'inclina
profondément , & dans le même inftant
un éclat de pierre vola par-deſſus ſa
tête (1) .
(1) Noslettresparticulières deBerlin confirment
ce: évènement , en variant dans quelques particelarités.
On nous mande que les Princes s'étant
( 117 )
On apprend deGothenbourg , en date
du 16 de ce mois , que la Trève conclue ,
le 9, entre le Danemarck & la Suède , &
qui devoit expirer le 17, a été prolongée
à quatre autres ſemaines ,& que le Baron
de Borck & M. Elliot en ſont partis pour
lecampdes troupes auxiliaires de Danemarck.
Le Roi de Suède a adreſſé une lettre
au Comte de Sparre , Gouverneurde cette
capitale, dans laquelle S. M. en lui confiant
la Reine , le Prince-Royal & toute la
Famille Royale , lui recommande de prendreles
meſures les plus propres à ladéfenſe
de cette ville.
On a publié , le 21 , à Manheim , un
refcript , pour annoncer que le domicile
de l'Electeur a été transféré , pour un certaintemps
, dans cette ancienne réſidence,
où l'on attend inceſſamment tout ce qui
eft attaché à la Cour. L'Ele&rice douairière
reſte à Munich , où l'on ne laiſſe qu'une
partie des Gardes & des Trabans . Les
Bavarois ont dreſſé des repréſentations à
l'Electeur contre ce changement de ſéjour,
dont lavraie cauſe reſte encore ignorée.
Il a été dérobé , la nuit du 21 au 22 octobre
de cette année 1788 , dans la galerie Electorale
trompésde chemin , paſsèrent ſur la mine ſans le
ſavoir , un inſtant avant ſon exploſion. La bleſſure
deM. de Bruhlne paroît pas auſſi conſidérable qu'on
lerapportę dans l'article qu'on vient de lire.
1
( 118 )
deTableaux àDresde, par effraction d'une Grille
en fil -d'archal , & enlèvement d'un grand carreau
de vitre , les trois tableaux ſuivans ; ſavoir , 1. le
Jugement de Paris , du Chevalier Van-der- Werft;
Vénus , nue , eſt debout au milieu , tenant de la
main droite la pomme d'or en l'air ; à côté d'elle
eit l'Amour qui cherche à ſaiſir la pomme. On
voit Paris aflis à la droite de Vénus. Le haut de
la figure eſt pour la plus grande partie dans
l'ombre.Dans le lointain, eſt Pallas, le caſque en
tête , tournant le dos ; on aperçoit ſur le devant
du tableau un levrier couche , & deux colombes ,
&dans le fond un chêne & un payſage. Deux
Amours en l'air , jettent des fleurs fur Vénus. Ce
tableau eſt peint ſur bois de poirier , hauteur d'un
pied dix pouces &demi , largeur d'un pied neuf
pouces.
2°. Un tableau du Corrége , repréſentantune
Madeleine couchée ,les cheveux épars , appuyant
latête ſur lamain droite ; un livre relié en velours
rouge garni d'argent ſur les coins , repoſe ſur le
bras gauche ; Madeleine ſemble être en méditation
; elle eſt découverte juſqu'à la poitrine , une
draperiebleuecouvre le reste du corps. Uneboîte
eſt placée à ſa droite. Le fond eſt payſage peint
fur cuivre , à cadre d'argent , orné depierres fines.
Ledes du tableau eſt couvert en taffetas rouge ,
où ſont empreintes les armes de Modène ſur de
la cire à cacheter : hauteur d'un pied un pouce
&demi , largeur , un pied cinq pouces & demi.
3°. Une tête de Vieillard , couverte d'un chapeau
orné d'une plume blanche d'autruche , ayant
une cravatte de dentelles autour du cou: la tête
&labarbe font d'un fini précieux. Les couleurs
en font tant ſoit peu endommagées , peint fur
toile , par Seybold. Hauteur d'un pied fix pouces ,
largeur un pied deux pouces. ここ
(119)
Si ces tableaux fe découvrent ou qu'ils foient
mis envente quelque part que ce ſoit , on prie
inftamment de les garder , & de vouloir bien en
avertır l'Inſpecteur de la ſuſdite Galerie Electorale
àDreſde. On promet une récompenſe de mille
ducats à celui qui les pourra procurer.
2.

Drefde, ce 22 Octobre 1788 .
ESPAGNE.
De Madrid , le 15 Octobre.
Nous avons appris par les lettres de
Cadix, du 26 ſeptembre , que la frégate
le Dragon, venant de Callao , a ramené
du Perou Don Hyppolite Rios , Don
Jofeph Dabon & Don Ifidore Galves ,
chargés par le Roi de travaux relatifs à la
Botanique & à l'Hiſtoire Naturelle . Ces
Savans partirent de Cadix au mois d'octobre
1777. Ils ont parcouru les vaſtes
provinces du Pérou ; & , après avoir examiné
les productions de la nature dans ſes
trois règnes, ils ont rapporté une collection
précieuſe , malgré un incendie qui a
confumé une partie de leurs manufcrits
&de leurs herbiers ,& malgré le naufrage
du vaiſſeau le St. Pierre d'Alcantara , fur
lequel ils avoient envoyé 53 caiffons. Ils
ont avec eux pluſieurs herbiers , divers
deſſins enluminés , & la deſcription de
plus de 2000 plantes , dans le nombre
( 120 )
deſquelles il s'en trouve d'inconnues , ainfi
que 70 arbuſtes en vegétation , qui font
arrives en très bon état.
Le Comte d'.A.. n'eſt point ſorti de
Madrid, & les bruits qu'on a répandus
de fon prochain voyage àNaples , n'ont
aucun fondement.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 4 Novembre.
Le Lord Chambellan a fait notifier que
S. M. n'auroit point de lever mercredi ni
vendredi prochain. Cet odre n'a pour
cauſe aucune rechute de S. M. , dont
l'indiſpoſition , qui paroît être chronique ,
exige des ménagemens, Sur l'avis du Chevalier
Baker , fon Medecin , le Roi a jugé
imprudent de s'habiller& de tenir Cour
pendant qu'il ufe encore de remètes :
famedi dernier , ſa ſanté étoit beaucoup
meilleure , & dimanche il ſe promena ,
après avoir été à la chapelle de Windfor
avec la Famille Royale.
Nous avions eu raiſon de mettre nos
Lecteur en garde contre la nouvelle de
la prétendue mort du jeune Lord Holland,
qui portoitM. Fox, fon oncle , à là ChambreHaute
, & annoncée par la pluralitédes
Papiers publics. Lord Holland eſt , plein
de
( 121 )
de ſanté , au collège d'Eton , & il n'a été
tué que parquelques-uns des affaffins morauxde
fon oncle.
La ſemaine dernière , on a reçu des lettres
de la Jamaïque , du 8 ſeptembre , par
leſquelles on a été raſſuré ſur le ſfort de
cette ifle , où l'ouragan du mois d'août
ne s'eſt point fait fentir, non plus qu'aux
ifles Angloiſes du Vent , fi l'on en excepte
la Dominique , où les dommages dans
quelques diſtricts font aſſez confidérables .
Les mêmes dépêches annoncent l'arrivée,
à la Jamaïque , du vaiſſeau de Sa Maj.
l'Europa de 50 canons , des frégates l'Ex
pédition , l'Amphion , l'Aurora , la Calyp
ſo, &des cutters l'Alert & le Cygnet.
Les nouvelles reçues de Halifax par la frégate
la Reffource de 28 canons , portent que le commerce
est très-floriſſant dans tous les établiſſemens
Anglois,& qu'ony ale plus grand beſoindedomeftiques
des deux ſexes. La frégate l'Andromède de
32 , eft à Québec ; la corvette le Brick de 16 ,
hivernera àHalifax, & le Weazelde 16, à Paſſume-
Quada.
Le Chevalier Charles Douglas ſe rendra à cette
ftation d'Halifax fur le Léandro de 50 canons ,
qu'on équipe actuellement à Plimouth , comme
Commandant en chef des forces navales Angloiſes
en Amérique , au lieu de l'Amiral Peyton.
Le 28 octobre , un Conſeil de guerre ,
préſidé par le Contre-Amiral Peyton , &
composédes Capitaines reſpectifs des vaifſeaux
de guerre actuellement à Port-
No. 46. 15 Novembre 1788 . f
( 122 )
mouth , s'eſt aſſemblé à borddu vaiſſeaude
guerre l'Edgard de 74 canons , pour juger
le fieur Wall, premier Lieutenant , & le
fieur Lucas , ſecond Lieutenant de la frégate
le Phaéton , commandée par le Capitaine
Georges Dawson. M. Wall étoit accuſé
de s'être laiſſé battre par le Chirurgiende
ce vaiſſeau , & M. Lucas , préſent
à la rixe , de l'avoir ſoufferte. Les témoins
entendus ſeſont accordés à prouver que ce
Chirurgien, une fois ivre , devenoit frénétique
, fur-tout depuis l'opération du
trépan qu'il a ſoufferte il y a quelque
temps. Après avoir ouï les défenſes &
les dépoſitions , la Cour Martiale a prononcé
une ſentence qui exclut les deux
Lieutenans du ſervice du Phaeton ; mais
ils reſtent toujours dans la marine.
Le Colonel Catheart , parti d'Angleterre avec la
qualité d'Ambaſſadeur de la Cour de la Grande-
Bretagne auprès de l'Empereurdela Chine, eſt mort
commenous l'avons rapporté , à bord de la frégate
la Vefstale , dans le détroit de Banca ,& fon corps
aété enterré dans une petite iſle appartenante aux
Hollandois. On a élevé ſur ſa tombe , par ordre
du Capitaine Strachan , qui montoit la Veftale, un
pilier de bois , ſur lequel on agravéune inſcription
à ſa mémoire, portant fon rang ,&c. Après
lamort du Colonel , la Veſtale a mouillé au Cap ,
où l'on a fait part de cet événement au Colonel
Gordon , Commandant Hollandois. Celui-ci a furle-
champ aſſemblé un conſeil , dans lequel il a été
arrêté que l'on enverroit une frégate avec une pierre
de marbre , & tous les matériaux néceffaires pour
3
( 123 )
dreſſer un ſuperbe monument , & plus durable, fur
le terrain où avoit été placé le pilier de bois , &
que l'inſcription ſeroit gravée ſur ce marbre , tant
en langue Angloiſe qu'Hollandoiſe.
-
Y
L'Océan , beau vaiſſeau neuf du port
de 1200tonneaux,conſtruit pour le ſervice
de la Compagnie des Indes , a été lancé ,
le 30 , à Rotterhithe. Il eſt deſtiné au
commerce de la Chine. Samedi dernier
, la Compagnie reçut l'avis que ſes
vaiſſeaux le Locko , le Lord Walsingham ,
le Woodcot & le Glatton , tous venant
de la Chine , étoient arrivés à la hauteur
des Sorlingues.
FRANCE.
De Versailles , le 5 Novembre.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Sénez, l'Abbéde
Roup de Bonneval , Vicaire-général d'Aix ; à
l'Abbaye de Saint-Allyre , Ordre de Saint-Benoît ,
diocèſedeClermont, l'Abbé Tandeau , Conſeiller-
Clerc de Grand Chambre au Parlement de Paris ;
à celle de Lieu-Reſtauré , Ordre de Prémontré ,
diocèſe de Sciffons , l'Abbé d'Eſcairac , Vicairegénéral
deBeſançon ; à celle du Lieu-Dieu , Ordre
de Citeaux, diocèſe d'Amiens , l'Abbé Dombidau
de Crouſeilhes , Vicaire-général d'Aix ; & à l'Abbaye
régulière de Villers-Canivet , même Ordre ,
diocèſe de Séez , la dame de Mural , Abbeſſe de
Bonlieu , diocèſe du Mans , fur la nomination &
préſentation de MONSIEUR , Frère du Roi , ex
vertu de ſon apanage.
fiy
( 124 )
Le premier de ce mois , fête de la Touſſaints ,
Leurs Majestés & la Famille Royale ont atſiſté ,
dans la chapelle du Château , à la Grand Meſſe ,
chantée par la Muſique du Roi ,& célebrée par
l'Archevêque de Damas , Coadjuteur d'Alby; la
Comteſſe de Montléar , dame pour accompagner
Madame , a fait la quête. L'après-midi , le Roi
& la Famille Royale , après avoir entendu le Sermon
, prononcé par l'Abbé d'Amaric , Vicairegénéral
de Tulle , ont aſſiſté aux Vêpres & au
Salut.
Les Députés des Etats de Provence , dont l'Afſemblée
, après une interruption de 147 ans , fut
convoquée l'année dernière , ont eu , le 2 , une
audience du Roi , à laquelle ils ont été préſentés
par le Maréchal de Beauvau , Gouverneur de la
Provence , le ſieur de Villedeuil , Secrétaire d'Etat,
ayant cette province dans ſon Département , &
conduits par le Marquis de Brezé , Grand-Maître
des cérémonies , le ſieur de Nantouillet , Maître
des cérémonies , & le ſieur de Watronville , Aide
des cérémonies. La Députation étoit compoſée ,
pour le Clergé , de l'Evêque de Sifteron , qui a
porté la parole ; pourlaNobleſſe, duComte de Vintimile
de Figanières;&de M. Lyon de S. Ferréol ,
Député de la Viguerie d'Aix , pour le Tiers-Etat.
Le 5 , les Premiers Preſidens & les Procureursgénérauxdes
Parlemens&des Conſeils Souverains ,
convoqués pour l'Aſſemblée de Notables , ont eu
P'honneur d'être préſentés & nommés au Roi par
le Garde-des-Sceaux de France , ainſi que les deux
Secrétaires de l'Aſſemblée .
Les Elus des Etats de Bourgogne , les Députés
des Etats de Bretagne , des Erais de Languedoc ,
des Etats d'Artois, des Etars de Provence , & les
Maires des villes ont éré auſſi préſentés &nommés
à S. M. par M. de Villedeuil , Secrétaire d'Etat ,
ayant le Département de la Maiſon duRoi.
( 125 )
DeParis , le 12 Novembre.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 28
ſeptembre 1788 , portant prohibition ,
dans toute l'étendue du Royaume , des
Huiles de Baleine & de Spermacéti , provenant
de Pêche étrangère.
Le Roi s'étant fait rendre compte du ſuccès
qu'a déja eu , & que promet de plus en plus la
Pêche de la Faleine , dans l'étendue defonRoyau -
me , & Sa Majesté voulant accorder une protection
ſpéciale à cette Pêche importante , qui a
pris naiſſance en France , & qui peut y devenir
une fource abondante de richeſſes , en même tems
qu'elle aſſure à la Marine une pépinière de Matelots
, précieuſe pour le ſervice de l'Etat , Sa
Majeſté ajugé que la prohibition des Huiles érran --
gères étoit l'encouragement le plus utile qui pût
être accordé à cette branche d'industrie , &c.
Autre, du 24 ſeptembre 1788 , qui
règle les droits à la fortie du royaume ,
fur les Gants & fur les Peaux mégiffées .
Autre , du 13 ſeptembre dernier , qui
autoriſe l'ouverture du canal royal de Paris,
à l'effet de joindre les rivières d'Ourcy &
de Marne , prifes à Lizi , qui viendra ſe
partager proche Paris , entre la Chapelle
& la Villette , pour , d'un côté , ſe jeter
dans la Soine , au baſtion de l'Arsenal , & ,
de l'autre , regagner cette rivière à fon
point de jonction avec celle d'Oife , à
Conflans Sainte-Honorine; ordonne que ,
préalablement , il fera procédé à la confij
( 116 )
fection des plans , profils , devis & détails
eſtimatifs de ladite entrepriſe , planté des
piquets & jalons , fait des nivellemens ,
fouilles , &c. fur tous terrains ouverts ou
clos , dans l'alignement dudit canal ; fait
défenſes de troubler ou empêcher leſdites
opérations.
er
Le Prince Henri de Pruffe, fousle nom
de Comte d'Oëls, eſt arrivé le 1. en
cette capitale , & s'eſt rendu le lendemain
à Verſailles , où il a eu une audience de Sa
Majeſté.
Le 6 de ce mois , jour fixé pour l'ouverture
de l'Aſſemblée des Notables , convoquée
à Verſailles , le Roi , après avoir
entendu la Meſſe dans le bas de la Chapelle
du Château , s'eſt rendu à la ſalle
de l'Affemblée , accompagné , dans ſa voiture,
de Monfieur, de Monseigneur Comte
d'Artois , du Duc d'Orléans , du Prince de
Condé & du Duc de Bourbon. Le Duc
d'Enghien & le Prince de Conti s'y étoient
rendus ſéparément dans leurs voitures ,
n'ayantpu ſe placer dans celle du Roi , qui
étoit précédée & fuivie par des détachemens
des Gardes-du-Corps de S. M. La
Fauconnerie, commandée par le Chevalier
de Forget , Commandant-général des Fanconneries
du Cabinet du Roi , marchoit
devant la voiture de Sa Maj . , & derrière
celle de fervice , dans laquelle étoient le
L
( 127 )
Prince de Lambesc , Grand- Ecuyer de
France , le Duc de Villequier , premier
Gentilhomme de la Chambre , repréſentant
le Grand-Chambellan , le Prince de
Luxembourg , Capitaine des Gardes du-
Corps , en quartier , le Ducde Liancourt ,
Grand-Maître de la Garderobe , & le Duc
de Briffac , Capitaine-Colonel des Cent-
Suiſſes. Le reſte du cortége étoit compofé
d'une voiture pour la fuite du Roi , & de
celles pour le ſervice de Monfieur & de
Monſeigneur Comte d'Artois.
DISCOURS , du Roi , de M. le Garde des
Sceaux , &de M. le Directeur généraldes
Finances , à l'ouverture de l'Affemblée
des Notables , tenue à Versailles , le G
novembre 1788.
DISCOURS DU ROI.
Meſſieurs , les preuves que j'ai eues de vos lumières
, de vos talens & de votre zèle pour le
bien public , m'ont engagé à vous raſſembler de
nouveau auprès de moi.
J'ai fixé au commencement de l'année prochaine
l'Aſſemblée des États-généraux de mon royaume ,
mon coeur attend avec impatience le moment où ,
entouré des Repréſentans de mes fidèles Sujets ,
je pourrai concerter avec eux les moyens de
réparer les maux de l'État , & en maintenant
l'autoiîté que j'ai reçué de mes ancêtres, aſſurer pour
jamais le bonheur de mes Peuples qui en eſt
inséparable , & qui fera toujours mon uniquebut.
Avant de convoquer lesÉtats généraux , j'ai
fiv
( 128)
voulu vous confulter , Meffieurs , ſur la formes
que je dois préférer pour les rendre plus utile
à tout mon royaume.
J'ai ordonné qu'on mit ſous vos yeux tous les
renſeignemenspropres à vous éclairer dans l'examen
des différens objets dont vous allez vous occuper.
Je ſuis afſuré d'avance que , par le zèle& la
célérité que vous porterez dans votre travail , vous
répondrez àma confiance& à l'attente publique.
Discours de M.le Garde des Sceaux.
MESSIEURS.
Les Aſſemblées de Notables furent toujours
déterminées par de grands motifs & par de
puifſantes confidérations.
C'eft fur-tout dans des circonstances importantes
qu'un Monarque qui ne veut que le bien ,
qui ne recherche que la vérité , aime à s'environner
de lumières & à ſe procurer des conſeils .
Ainſi ſe ſont montrés ceux de nos Souverains
dont l'Histoire a conſacré les noms à la poſtérité ,
pour fervir de modèles à leurs ſucceſſeurs.Ainfi
ſe montra lè Prince dont le nom déjà ſi cher aux
François , ſemble le devenir encore davantage ,
depuis que le Roi nous en a retracé les vertus.
De tous les évènemens de ſon règne , le plus
mémorable ſans doute , ſera la convocation des
États - généraux. Quel bienfait plus fignalé la
Nation pourroit-elle recevoir de ſa juſtice & de
fa bonté ! Mais la tendre ſollicitude de Sa Majefté
ne ſe borne point à les aſſemb'er : Elle défire
applanir d'avance les difficultés poſſibles à prévoir
, connoître la manière la plus parfaite , la
plus utile pour ſes Peuples , de parvenir à cette
convocation ; & au lieu de ſe livrer ſeul ou dans
fon Conſeil ordinaire , à cet examen que
le long intervalle écoulé depuis la dernière
tenne des États-généraux ,, en 1614 , & l'ac
,
( 129 )
:
croiſſement que le royaume a reçu depuis
cette époque , rendent encore plus important , Sa
Majesté veut que vous l'éclairiez ſur les moyens
les plus fûrs & les plus efficaces , de conſommer
laplus grandeopération de ſon adminiftration&
la plus intéreſſante à ſes yeux , puiſqu'elle a pour
but la félicité générale.
Elle vient avec plaiſir s'inveſtir au milieu de
vous , de l'opinion publique ,& puiſer une partie
de ſa force et de ſon bonheur dans le cours de
vos lumières & de vos ſentimens. L'heureuſe
épreuve qu'Elle en a déjà faite , ſoutient ſa confiance&
vous lajuſtifierez .
Afinque vous puiſſiez meſurer d'un coup-d'oeil
toute l'étendue de la carrière que vous avez à
parcourir , afin que vous ſoyez en état de fixer
des idées certaines ſur tous les différens points
de diſcuſſion , Sa Majeſté a autoriſé le Miniſtre de
ſes finances à vous développer tout l'enſemble des
queſtions ſur leſquelles vous avez à vous expliquer.
Cette marche , auſſi ſimple que naturelle , facilitera
votre travail , en réglera l'ordre , & vous
fournira les moyens de répondre plus promptement
à la juſte impatience du Monarque de connoître
vos opinions.
C'eſt ainsi , Meſſieurs , que vous jouirez de la
gloire d'avoir préparé cette Aſſemblée vraiment
conftitutionnelle , où par l'effet d'un heureux
concours , la Nation va reprendre une nouvelle
vigueur , & acquérir un nouveau luftre.
د
Empreſſez- vous de remplir une fonction auſſi
honorable: déjà tous les regards ſe tournent vers
vous; & le François ſe rappelle avec reconnoiffance
les preuves récentes que vous lui avez données
de votre zèle & de votre attachement aux
vrais intérêts de l'Etat.
Miniftres des autels , vous dont la France ref
fv
( 130 )
pecte les vertus , honore les lumières , vous vous
distinguerez par des connoiſſances dues à l'habitude
du travail , & par cet efprit de conciliation
que vous puiſez fur-tout dans les principes de
cetteReligion fainte dont vous êtes les Pontifes.
Et vous , Nobleffe guerrière , fi précieuſe au
Souverain & à la Patrie , par une naiſſance
illustre&des ſervices héréditaires , vous vous
montrerez , par la ſageſſe de vos avis ,auffi recommandable
, lorſqu'il s'agit de veiller dans l'intérieur
à la cauſe générale , que lorſque vous
le defendez , au dehors , par votre valeur , au
péril de votre repos & même de votre ſang.
Premiers Magiftrats du Royaume , vous qui
préſidez ces Corps antiques , dignes organes &
vénérables dépofitaires des loix , que ne doit-on
pas attendre de vos lumières profondes , de votie
expérience conſommée , et de votre dévouement
aux maximes ſur lefquelles repoſe le bonheur
néceſſairement lié & inféparable du Prince & de
fes Sujets !
Vous , enfin , les chefs de cette claſſe nontbreuſe
qui , par ſon travail , ſon induſtrie & fon
activité , eft le véritable ſoutien des Empires.,
vous ne tromperez pas fon attente.,& le fruit de
vos réflexions ſera toujours dirigé vers tout ce
qui peut tendre à l'avantage commun.
Oui , Meſſieurs , dans quelque rang que la
ſociété vous place , des rapports intimes vous
attachent à toutes les parties conſtitutives de
l'État. Le bonheur public vous appelle & vous
réunit en ce moment. Le bonheur public ! il préfidera
feul aux diſcuſſions importantes dont vous
allez être occupés. Uniquement fixés ſur lui
vous le ſaiſirez avec précifion , vous vous efforcerez
d'écarter du plan des États-généraux &de
prévenir ces difcuffions frivoles qui, autrefois,&
,
( 131 )
fur-tout en 1614 , confumerent vainement des
momens précieux pour la Patrie.
Vous ne perdrez point de vue cette idée ſi
ſimple& fi touchante , que vous ne formez tous
qu'une même famille; que cette famille ne peut
avoir qu'un même intérêt , un même honneur.
Que fi le Chef auguſte qui la préſide , ſe doit
eſſentiellement et tout entier au bonheur de tous :
s'il eſt le conciliateur naturel , le protecteur né
de tous les droits mis ſous ſa tutelle , il a les
titres les plus facrés à votre reſpect , à votre
amour.
Ainſi , quand ſa confiance vous appelle &vous
admet , en quelque forte , à fon Conſeil intime ,
vos lumières & votre zèle , dont il a le droit de
tout attendre , feront le tribut de la piété filiale
qui s'empreſſe de répondre aux tendres épanchemens
d'un père.
Discours de M. le Directeur-général des
Finances .
MESSIEURS ,
Je n'ajouterai rien à ce que vient de dire M. le
Garde des Sceaux , fur l'importance des délibérations
qui vont vous occuper. Etre appelés à poſer
la première baſe de l'Aſſemb'ée nationale , dont
la France attend ſa force & fa proſpérité , le Roi
fon repos & fon bonheur, c'eſt une des plus
auguſtes fonctions dont on puiſſe être inveſti par
fon Souverain .
Le Roi , qui attend d'être éclairé par vos recherches
, par vos difcuffions & par votre voeu ,
ne peut en ce moment qu'animer votre zèle &
votre amour pour le bien public. C'eſt vous ,
Meſſieurs , qui devez l'aider à prendre la meilleure
voie. Il fait quel reſpect on doit avoir pour les
antiques uſages d'une Monarchie , c'eſt par leur
fvj
(132)
filiation que tous les droits conftitutifs acquièrent
un nouveau degré de force , & aſſurent le maintien
de l'ordre public , en oppoſant de falutaires.
obstacles à l'amour inconſidéré des innovations.
Mais Sa Majefié eſt également pénétrée de ces
premiers principes de juſtice , qui n'ont ni date ,
ni époque , ni dernier terme , & qui lui impoſent
le devoir de chercher à connoître , par une juſte
repréſentation , le voeu de ſes ſujets. Vous apercevrez
, Meſſieurs , combien de choſes ſont changées
depuis l'époque des derniers Etats-généraux.
L'accroiſſement confidérable du numéraire a introduit
, comme une nouvelle forte de richeſſe ,
& l'immenfiué de la dette publique nous montre
une claſſe nombreuſe de citoyens étroitement unis
àla poſtérité de l'Etat , mais par des liens inconnus
dans les temps anciens de la Monarchie. Le commerce
, les manufactures & les arts de tout genre ,
parvenus à un terme dont on n'avoit pas même
autrefois conçu l'idée , vivifient aujourd'hui le
Royaume par tous les moyens qui dépendent
d'une astive induſtrie , & nous ſommes entourés
deprécieux citoyens , dont les travaux enrichiſſent
l'Etat , & à qui l'Etat , par un juſte retour , doit
de l'eſtime & de la confiance. Enfin , l'accroiſſement
des lumières & l'affranchiſſement graduel
d'une multitude de préjugés , nous a fait connoître
l'honorable opinion que nous devions avoir de
tous ceux qui , dans les campagnes , s'adonnent
paiſiblement aux travaux féconds de l'agriculture,
&qui n'affoibliſſent notre reconnoiſſance que par
la conftanteuniformité de leurs bienfaits.Au milieu
de ces divers citoyens recommandables à tant de
titres , le Roi diftingue toujours ce qu'il doit particulièrement
aux deux premiers ordres de fon
Royaume. L'un réunit à des droits confacrés par
le temps, le mérite unique &précieux d'influer
(133 )
fur l'ordre moral par fes inſtructions & fes bons
exemples , & de veiller affiduement à la garde
deces barrières , plus fûres encore aujourd'hui que
toutes les précautions de notre prudence. Enfin ,
lorſque Sa Majesté fixe ſes regards ſur cette généreuse
Nobleſſe unie à la France & à ſes Rois
par tant de glorieux ſervices , Elle éprouve un
ſentiment de reconnoiſſance d'autant plus cher à
fon coeur , qu'il eſt en Elle héréditaire , & comme
tranſmis de ſiècle en ſiècle par les annales de
Phiſtoire , & par tous les faſtes de la Monarchie.
Sa Majesté cédant à l'impreſſion de tant de
motifs différens , & attentive à tous les droits
qu'Elle voudroit à-la-fois fatisfaire , a fenti que ,
dans une ſi grande circonſtance , Elle pouvoit tirer
un important fecours des lumières d'une Affemblée
ſi digne de ſa confiance , d'une Aſſemblée
dont l'opinion pût devenir à-la-fois fon conſeil &
ſon premier garant , & la préſerver du moins de
regrets , fi après avoir pris toutes les précautions
que ſa ſageſſe lui a fuggérées , Elle ne pouvoit
concilier qu'imparfaitement les droits des uns ,
avec les juſtes prétentions des autres , & les fentimens
de fon coeur avec les règles de la raiſon
&de la prudence. Alors , mais avec peine , Elle
attendroit de la ſuite dés temps & de la perfection
que les Etats-généraux pourroient donner
eux-mêmes à leur conſtitution , ce contentement
général & cette fatisfaction unanime dont Elle
feroit ſi preſſée de jouir. Vous ſeconderez fûrement
, Meffieurs , les nobles & touchantes intentions
de votre Souverain , vous aiderez par vos
travaux le meilleur & le plus juſte des Princes ,
&vous ferez , s'il eſt permis de s'exprimer ainfi ,
vous ferez les précurſeurs de cette confiance qu'il
a droit d'attendre de la Nation affemblée ; &
vous applanirez les voies à ce qu'il défire par
( 134 )
deſſus tout , l'amour & le bonheur de ſes Sujets.
Vous n'avez fûrement beſoin d'aucun guide ,
& c'eſt vous , Meffieurs , qui aiderez les Miniſtres
du Roi à lui offrir des conſeils éclairés ; mais Sa
Majesté ayant bien voulu me charger plus particulièrement
de recueillir les renſeignemens qui
peuvent vous être utiles , je vais , ſelon les ordres
du Roi , vous rendre compte de la méthode qui
a été ſuivie dans cette recherche.
Vraiſemblablement, Meffieurs , vous chercherez
d'abord à acquérir une exacte information des
détails relatifs à la dernière tenue des Etats en
1614 , & vous déſirerez de connoître non-feulement
les diſpoſitions dont on nous a tranſmis la
mémoire , mais encore leurs rapports avec les
précédens uſages; vous voudrez fûrement que les
principes d'équité générale fervent au moins d'interprêtes
aux choſes obfcures , & vous voudrez
que ces principes vous aident à concilier nonſeulement
la diverſité des exemples , mais encore
les oppoſitions que vous apercevriez entre l'eſprit
des anciennes formes & les différentes applications
qu'on en auroit faites . Enfin , vous péſerez encore
dans votre ſageſſe quelle doit êtrel'influence d'un
intervalle de près de deux ſiècles , pris dans une
période où les opinions politiques & morales ont
éprouvé les plus grandes révolutions , & vous
trouverez peut- être que pour conſerver ſtrictement&
fans aucune exception , fans aucune modification
quelconque , toutes les formes de 1614 ,
il faudroit retracer & conſacrer pluſieurs veſtiges
de moeurs qui ne ſubſiſtent ples. Il eſt donc
vraiſemblable , qu'en rendant un juſte reſpect à
tout ce qui vous paroîtra conſtitutionnel , vous
voudrez cependant qu'une méditation réfléchie &
qu'un examen impartial vous fervent auſſi de
guide.
(135 )
C'est donc pour vous aider , Meſſieurs , dans
toutes les routes que vous jugerez à propos de
fuivre, qu'on a claſſé avec ordre les renſeignemens
propres à vous éclairer , & il est néceſſaire de
vous rendre compte de la méthode qui a été
obſervée à cet égard.
On a préſumé que vous voudriez peut- être
diviſer vos examens en quatre ſections.
Lapremière feroit relative à la compoſition des
États-généraux.
La ſeconde, à la forme des convocations.
La troiſième , à l'ordre des élections.
La quatrième , à la manière de régler la tenue
des diverſes Aſſemblées, qui doivent délibérer fur
Jes inſtructions des Députés aux États-généraux.
Envous occupant de la première ſection , c'eſtà-
dire , de la compoſition des prochains Étatsgénéraux
, vous jugerez peut- être convenable de
déterminer d'abord le nombre général des Députésdont
cette Aſſemblée nationale doit être compoſée;
& pour vous guider dans votre délibération,
on a formé le recenſement du nombre des
Députés aux précédens États-généraux , & l'on
vous préſentera de plus des notions exactes fur
l'étendue & la population de tout le royaume ,
& particulièrement ſur Pétendue des provinces ,
qui , réunies à la Monarchie poſtérieurement à
l'année 1614, n'eurent point de Députés aux Étatsgénéraux
tenus à cette époque.
Vos réflexions ſe porteront enſuite ſur lenombre
des Repréſentans de chaque Ordre en particulier
, & l'on mettra ſous vos yeux les proportions
établies en 1614 , & dans les précédentes
tenues d'États . Il est vraiſemblable qu'en vous occupant
de cet objet , vous ferez conduits àprendre
connoiſſance de la manière dont les États-généraux
ont délibéré anciennement , & peut-être encore
( 136 )
dela manièredont il vous paroîtroit déſirable qu'ils
le fiſſent , car la fixation du nombre reſpectif des
trois Ordres , eſt plus ou moins intéreſſante ſelon
les règles obſervées dans les États-généraux. Cette
fixation eſt d'une conféquence majeure lorſque les
trois Ordres ſe réuniſſent pour délibérer en commun
; elle est moins importante lorſqu'ils opèrent
ſéparément , & forment conftamment une voix
distincte .
Votre ſentiment ſur les queſtions qui ſe rapportent
à la compoſition des Etats-généraux , étant
une fois arrêté, vous rechercherez fans doute quelle
eſt la manière la plus convenable de procéder à
leur convocation .
Vous auriez à conſidérer ſi les lettres de convocation
doivent être adreſſées aux mêmes mandataitres
pour tous les Ordres indiſtinctement , & fi
l'autorité de préſider aux élections doit être pareil-
-lement établie d'une manière uniforme , ou s'il eſt
préférable que ces fonctions foient attribuées , pour
les élections du Clergé, à l'Archevêque Métropolitain
ou à l'Évêque Diocéſain ; pour les élections
delaNobleſſe, aux Sénéchaux& aux Baillis d'épée,
ou aux Gouverneurs & Lieutenans - généraux de
Sa Majeſté dans les Provinces ; & pour les élections
du Tiers-état , aux Baillis de robe & aux
Maires & Échevins des Villes. Enfin , vous examinerez
encore , Meſſieurs , les différentes modifications
dont cette marche eſt ſuſceptible.
La forme des citations devant telle perſonne
choiſie par le Roi pour préſider aux élections ,
vous paroîtra encore digne d'attention , puiſque ,
fi elles devoient être faites non perſonnellement,
mais dans le chef-lieu du bénéfice pour le Clergé ,
ou dans le fief & la justice du ſeigneur pour la
Nobleſſe , il faudroit examiner ſi les mêmes perſonnes
peuvent être électeurs ou élus en plus d'un
( 137 )
endroit , de quelle manière cette facultépeut être
conférée , & de quelle manière elle peut être
exercée.
Après avoir arrêté , Meffieurs , votre attention
fur la compofition des États-généraux & fur les
formes de convocation , vous ferez amenés naturellement
à vous occuper de tout ce qui eſt relatif
aux élections , & cette partie de vos délibérations
vous paroîtra peut-être la plus étendue & la plus
fufceptible de modifications différentes .
Les élections de tous les Députés aux Étatsgénéraux
, peuvent être faites par les troisOrdres
réunis , ils peuvent l'être diviſément, chaque Ordre
choiſiſſant ſeul ſes Repréſentans.
L'idéen'eſt jama's venue que le Clergé ne choisîtpas
unEccléſiaſtique pour Député , la Nobleſſe
unhomme de ſon Ordre. La même règle n'a pas
été impoſée par l'uſage aux choix du Tiers état :
vous croirezdonc,Meſſieurs,devoir examiner attentivement
une fi importante queſtion ; & par une
Angularité qui honorera notre ſiècle & la nation
Françoiſe , c'eſt dans cette Aſſemblée , dont prefque
tous les Membres jouiſſent des priviléges de
la Nobleſſe, que cette queſtion ſera traitée avec
leplus d'impartialité.
:
Les formes d'élection par ſcrutin ou de toute
autre manière , la détermination de la pluralité ou
de la ſupériorité des fuffrages néceſſaires pour être
légitiniement élu , ſont des examens qui fixeront
encore votre attention.
Vous aurez fur-tout à réfléchir fur la règle de
proportion qui feroit la plus convenable pour la
détermination du nombre des Députés de chaque
partiedu Royaume . Vous aurez à confidérer ſi les
fubdivifions connues fous le titre de Gouvernemens
, de Généralités , de Provinces , de Diocèfes,
d'Elections , de Bailliages , de Paroiffes ,dor
(138 )
vent, enraiſon ſeule d'une parité de dénomination,
avoir le même nombre de Députés ; vous examlnerez
, par exemple , s'il eſt bien que le Bailliage de
Gex , compofé de douze mille habitans , celui
d'Auxois , de quarante mille , ayent , comme en
1614, le même ſuffrage & la même influence que
la Sénéchauffée de Poitou ou le grand Bailliage
de Berry, quoique ces deux diſtricts contiennent
aujourd'hui l'un fix cents mille ames , & l'autre
trois cents mille. Vous diſcuterez donc Meffieurs ,
jnſqu'à quel point il est néceſſaire de prendre en
conſidération l'étendue de chaque diſtrict , le nombrede
ſes habitans ,&la quotité de ſes contributions.
C'eſt pour jeter un nouveau jour fur ces diverfes
queſtions , qu'on a claſſé dans un ordre exact
l'étendue fuperficielle & la population de chaque
Généralité , de chaque Election , de chaque Bailliage
, & enfin la population de chaque ville principale
& de chaque paroiſſe.
On eſt occupé d'un nouveau travail conſidérable
, deſtiné à déſigner les contributions de chaque
Généralité , mais il ne ſera terminé qu'à l'époque
desEtats-généraux; ainſi l'on ne peut ſe rapporter
dans ce moment qu'aux notions déjà répandues
ſur cette matière.
L'on a de plus raſſemblé ſous un titre particulier
, les renſeignemens propres à vous éclairer fur
la manière dont les élections ſe ſont faites à l'époque
des diverſes tenues d'État.
Les inftructions des députés aux États- géné
raux, forment la quatrième ſection dans la divifion
qui vous a été indiquée , & vous aurez à
détermine l'ordre & la règledes' Aſſemblées de
délibérations qui doivent précéder ces inftructions.
Les éclairciſſemens qui peuvent être relatifs
à cette partie de vos examens , feront pa
(139 )
reillement extraits des procès-verbaux , & claffés
ſéparément comme toutes les autres informations
qui feront miſes ſous vos yeux.
Tous les titres originaux feront déposés entre
les mains des deux ſecrétaires de l'Aſſemblée des
Notables ; & fi vous avez beſoin de quelques
autres pièces , vous les chargerez d'en faire la
recherche , & ils feront ſecondés à cet égard par
l'autorité du Roi .
Enfin , Meſſieurs , pour vous procurer tous les
ſecours que l'on peut tirer d'une converfation
inſtructive , & rendre en même tems votre travail
plus facile , il y aura conftamment à Verfailles
deux ou trois perſonnes appelées par l'ordre
duRoi , leſquelles joignent à leurs connoiffances
ſur le droit public françois en général , le mérite
particulierdes'être occupées depuis quelque temps
de recherches relatives aux importans objets qui
vout fixer votre attention. Sa Majeſté a de plus
ordonné qu'une des perſonnes les plus inſtruites
de la nomenclature des manufcrits contenus dans
les archives de ſa bibliothèque , ſe tint affiduement
près de vous , Meſſieurs.
On a eubien peu de temps , Meſſieurs , comme
vous êtes à portée d'en juger, pour former toutes
les collections & raſſembler tous les renſeignemens
qui vous feront néceſſaires ; cependant on
y a mis tant d'activité , qu'il ne vous manquera
peut- être aucune inſtruction eſſentielle , & celles
que vous voudrez encore , on vous les procurera
avec la même célérité.
On a fait de tous les extraits & même de la
plupart des pièces originales , fix copies , afin que
chacun des bureaux , dont votre Aſſemblée ſera
compoſée , ſoit en état de ſe livrer tout de ſuite
aux examens & aux diſcuſſions qui peuvent vous
conduire à un avis éclairé.
( 140 )
Il ſera remis de la partdu Roi à chacun des
bureaux , une liſte préciſe des queſtions qui femblent
les plus propres à guider vos recherches ;
mais comme cette liſte ne ſera qu'un indice foumis
à vos propres réflexions , vous penſerez
peut-être , Meffieurs , que la première ſéance de
chaque Bureau devroit être employée à examiner
fi Fordre & le genre de ces queſtions peuvent
véritablement diriger votre marche. Tous les
bureaux donneront leur avis à cet égard. Et après
vous être entendus , par des députés , pourdéterminer
& fixer d'une manière uniforme les points
fucceffifs fur leſque's vous devez délibérer
chacun des bureaux procéderoit à leur examen.
,
Vous apercevrez , Meffieurs , la néceflité
d'avoirun comité composé d'un certain nombre
de députés , lequel devra s'aſſembler pour comparer
les avis de chaque Bureau , & former un
réſultat commun. Vousjugerez auſſi que ces rapprochemens
d'opinions ne doivent pas être renvoyés
à la fin de vos diſcuſſions , puiſque s'il
n'y avoit pas un premier accord entre vous fur
les principes les plus importans , vous vous trouveriez
trop éloignés les uns des autres au dernier
terme de votre travail.
C'eſt dans le cours de vos diſcuſſions , c'eſt
après le rapport du Comité , formé par les députés
de chaque Bureau , que vous connoîtrez ,
Meſſieurs, s'il eſt des queſtions où il foit néceſfaire
de vous réunir dans une afſſemblée générale.
L'accord qui a existé entre vous , Meſſieurs ,
l'année dernière ,& ce lien naturel que forment
entre les bons eſprits lajustice & la raifon , donnent
lieu d'eſpérer que vous arriverez à un voeu
commun , & que vous donnerez ainſi comme un
premier mouvement à l'établiſſement & à l'affermiſſement
ſucceſſif de cette harmonie générale ,
(141 )
de laquelle onvetroit naître tant de force &ctant
de bonheur.
Maintenant , Meſſieurs , pour raſſembler d'une
manière encore plus méthodique les objets qui
viennent d'être ſoum's à votre attention , je vais
lire la liſte préciſe des queſtions qui ont paru au
Roi & à fon Conſeil , devoir ſervir de premier
guide à vos délibérations. Sa Majesté , cepene
dant , ne vous aſtreint point à ſuivre ſtrictement
cette marche. On a cherché ſeulement à placer
des points fixes de diſtance en diſtance , vous
remplirez leurs intervalles ,& vous les déplacerez
même ſi vous le jugez convenable.
Il y a parmi les objets ſoumis à votre délibération
, des queſtions qui ne font pas ſuſceptibles
de doute ; mais on a cru cependant devoir les
indiquer , afin de ne pas déranger l'ordre des réflexions
auxquelles une fi importante matièredonne
naiſſance.
:
PREMIERE DIVISION.
Compofition des États-généraux.
QUEL doit être le nombre des Députés aux
États- généraux ?
Quel doit être le nombre reſpectif de chaque
Ordre ?
CONVOCATION.
A qui le Roi doit- il préférer d'adreſſer ſes
lettres de convocation ?
Quelle règle & quelle forme doivent être adoptées
pour les citations des Électeurs ?
Qui doit préſider les Élections ?
Cettedouble fonction de citer & de préſider,
doit-elle être attribuée par le Roi aux mêmes Perſonnes
pour les trois ordres ou chaque ordre
doit- il être convoqué , cité & préſidé par des
perſonnes d'un état différent ?
,
( 142 )
ÉLECTIΘΝ.
Quelles conditions feront néceſſaires pour être
électeurs & éigibles dans l'ordre du Clergé ?
• Dans quelle proportion feront admis auxEtatsgénéraux
les divers ordres qui compoſent le
Clergé?
Les Commandeurs - baillis & Chevaliers de
Malte , feront - ils admis aux États généraux ? à
quel titrede propriété le feront-ils ? & dans quel
ordre, ſoit de la Nobleſſe , ſoit du Clergé , doivent-
ils avoir place ?
Quelles conditions feront néceſſaires pour être
électeurs ou éligibles dans l'ordre de la Nobleſſe ?
› Les propriétaires de fiefs ſeront-ils feuls admiſſibles
aux Etats-généraux ? les gentilshommes
poſſédans une propriété quelconque , auront - ils
le même droit ? & quelle devra être l'étendue
de la propriété ſeigneuriale ou rurale néceſſaire,
foit pour être éligible , ſoit pour être électeur ?
Sera-t-il convenable d'exiger un certain degré
de nobleſſe , ſoit pour être électeur , ſoit pour
être éligible?
Quelle feroit alors la participation aux Etatsgénéraux
des Nobles d'une création moderne ?
Aquelles conditions pourra-t-on être électeur
ou éligible dans l'ordre du Tiers-érat ?
La valeur de la propriété , ſuſceptible dedif
cuſſion , doit-elle être priſe pour meſure , ou
faut-il choiſir pour règle la quotité des impoſitions
?
Cette meſure de propriété ou de contribution
doit-elle varier ſelon la richeſſe des Provinces
?
Les membres du Tiers , même les plus riches ,
telsque les négocians , les chefs de manufactures
&les capitalistes , n'ayant pas toujours des propriétés
foncières , la meſure de l'impoſitionterri
( 143 )
toriale peut - elle être généralement applicable à
la faculté d'élire ou d'être élu dans le Tiers-état ?
LeTiers-état doit-il avoir la faculté de choiſir
pour ſes Députés , des perſonnes d'un autre ordre
que le ſien , & jouiſſant des priviléges auxquels il
ne participe pas ?
Les perſonnes qui font aux gages des Seigneurs
eccléſiaſtiques ou laïcs , ou dans leur dépendance
de quelque autre manière , ceſſeroient-ils parcette
raiſon d'être éligibles par le Tiers-Etat ?
Ya-t-il quelque proportion à obſerver pour le
nombre reſpectif des Députés des villes&des Députésdes
campagnes ?
Le nombre des Députés doit-il être déterminé
en raifon des gouvernemens, des généralités ,
des provinces , des élections , des diocèſes , des
bailliages , du nombre des paroiſes , de la meſure
décrite d'un arrondiflement de l'étendue de ſa
population ,deſa ſomme contributive , ou de toute
autre manière quelconque ?
,
Convient-il dans cette ſubdiviſion , de ſéparer
les villes des bourgs & des campagnes ?
Pourra-t-on être électeur ou éligible dans les
divers diſtricts où l'on aura des propriétés, ſoit tranfmiſſibles
, foit ufufruitières ,&de quelle manière
une telle faculté feroit-elle conférée ?
Les élections doivent-elles ſe faire à hautevoix,
ou au ſcrutin , & quelles font les autres formes
dont l'obſervation mérite d'être recommandée ?
INSTRUCTIONS.
Quel ordre & quelles règles ſeroit-il convenable
de preſcrire dans les Afſemblées où les inftructions
des Députés aux Etats-généraux feront
délibérées & rédigées ?
Atous ces objets de délibérations , Meſſieurs ,
vraiſemblablement vous en ajouterez d'autres , ſurout
à meſure que vous entrerez dans la diſcuſſion
( 144 )
dont leRoi vous a confié l'examen. On ne vous
propoſe ici qu'un premier indice , la réunion devos
lumières fera le reſte ,& le Roi recevra de vous ,
Meſſieurs , toutes les inftructions qu'il a droit
d'attendre de votre ſageſſe. Les regards de la
nation vont être attachés ſur vous , mais vous
avez pour encouragement & l'eſtime publique &
l'entière liberté que le Roi vous laiſſe. Jamais
d'ailleurs on ne doit compte que de la pureté
de ſes motifs , & tôt ou tard , tout plie , tout fléchit
devant la raiſon & devant l'eſprit de justice.
Il y a quelque choſe de ſi majestueux dans la
recherche pure & fincère du bien public , elle
ſemble entourée de tant d'appuis connus & inconnus
, qu'il y auroit de la foibleſſe à ne pas
s'y livrer avec confiance. Le Roi eft impatient de
connoître enfin , avec fûreté , ce qu'il peut faire
de mieux pour le bonheur de ſes peuples. Commencez
, Meſſieurs , à fixer ſes incertitudes , elles
tiennent à un ſentiment digne de votre hommage
& de votre reconnoiſſance. L'Adminiſtration de
toutes les partiesd'un ſi vaſte royaume, au moment
où toutes les queſtions ſont agitées , offrent tant
de difficultés , tant de principes qui ſe choquent
&ſe contrarient , que les forces d'un Monarque
n'y peuvent ſuffire ; & il remplit aux regards
de fon peuple & de la poſtérité , tout ce qu'on
peut attendre de ſa bienfaiſance & de ſa vertu ,
lorſqu'il raſſemble autour de lui , tantôt les Députés
de la Nation entière , pour concerter avec
eux le grand ouvrage du bien public , & tantôt
comme aujourd'hui ,un nombre conſidérable de
perſonnes diftinguées dans les divers Etats de la
Société , afin de recevoir d'elles des conſeils &
des avis éclairés..
C'eſt un grand but , Meffieurs , qui vous appelle
, & vous irez en avant avec promptitude,
car
( 1)
car il preſſe à votre Souverain , il preſſe à toute
la Narion de voir arriver ce beau jour où , après
une ſi longue ſurſéance , les Députés de tous les
Ordres de l'Etat viendront former la plus auguſte
des alliances , en réuniſſant leurs volontés , leur
zèle & leurs lumières pour aſſurer la confiance des
Peuples , la proſpérité de l'Etat & le bonheur
duMonarque.
LISTE des Bureaux des Notables , en
l'année 1788.
PREMIER BUREAU.
MONSIEUR.
MESSIEURS ,
L'Archevêque de Narbonne.
L'Evêque de Nevers..:
Le Duc de Mortemart.
Le Duc de la Rochefoucauld.
Le Maréchal de Beauvau.
Le Duc du Châtelet.
Le Comte de Rochambeau .
Le Comtede Montboiffier.
Le Baron de Flachſlanden.
Joly de Fleury.
Boutin.
Le Premier Préſident du Parlement de Paris
DeSarron ,
DeGourgues
DeRoſambo
Préfidens du Parlem. deParis .
Le Procureur-général du Parlement de Paris.
Le Député du Clergé de Languedoc.
Le Député de la Nobleſſe de Bretagne.
Le Député du Tiers-Etat de Provence.
Le Prêteur-Royal de Strasbourg.
Supplément au No. 46. a
1
( 2)
Le Prévôt des Marchands de Lyon.
Le Maire de Marſeille.
Le Maire de Rouen .
Le Maire de Nantes.
1
5329
SECOND
BUREAU
.
MONSEIGNEUR
LE COMTE D'ARTOIS.
MESSIEURS
L'Archevêque d'Aix.
L'Evêque de Rennes.
Le Duc de Coigny.
Le Maréchal de Stainville .
٢٠
Le -Prince de Robecq.
Le Duc de Laval.
LeDuc de Guines .
Le Marquis de la Fayette.
De Monthion .
Lambert .
Le PremierPréſident de la Chambre des Comptes
deParis.
Le Premier Préſident du Parlement de Bordeaux.
Le Premier Préſident du Parlement de Nanci.
Le Procureur -général du Parlement d'Aix
Le Procureur-général du Conſeil de Rouffillon.
Le Député du Clergé d'Artois .
L'E'u-général de la Nobleſſe de Bourgogne.
LeDeputé de la Nobleſſe de Provence.
Le Député de la Nobleſſe de Corſe.
LePrévôt des Marchands de Paris .
Le Lieutenant Civil de Paris.
Le Maire de Montpellier.
Le Maire de Bourges.
Le Maire, de Limoges .
K
:
( 3 )
TROISIÈME BUREAU.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS.
MESSIEURS ,
L'Archevêque de Bordeaux,
L'Evêque du Puy.
Le Duc de Clermont-Tonnerre...
Le Maréchal de Broglie .
Le Duc de Croy.
Le Comte de Thiard .
1.
Le Comte de Rochechouart.
Le Marquis de Bouillé.9.9
DeVidaud.
Berthier.d
Le Premier Préſident du Parlement de Grenoble.
Le Premier Préſident du Parlement de Rouen.
Le Premier Préſident de la Cour des Aides de
Paris .
Le Procureur-général du Parlement de Toulouſe.
Le Procureur-général du Parlement de Rennes.
Le Procureur-général du Parlement de Nanci.
LeProcureur-général du Confeil Souverain d'Alface.
Le Député de la Nobleſſe d'Artois.
Le Député du Tiers-Etat de Bretagne.
Le Maire d'Orléans .
Le Maire d'Amiens.
Le Maire de Nanci .
:
Le Maire de Montauban E MEDIE OUT
QUATRIÈME BUREAU.
MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONDÉ.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ENGHIEN.
MESSIEURS ,
L'Archevêque d'Arles .
a ij
( 4 )
L'Evêque de B'ois.
Le Maréchal de Noailles.
Le Duc de Charoft.
Le Comte d'Estaing.
Le Marquis de Langeron.
Le Marquis de Mirepoix.
LeMarquis deGouvernet.
DeBacquencourt..
De Néville.
Le Premier Préſident du Parlement de Toulouſe.
Le Premier Préſident du Parlement de Dijon.
Le Premier Préſident du Parlement de Besançon .
Le Premier Préſident du Confeil Souverain de
Rouffillon.
LeProcureurgénéral de la Chambre des Comptes
deParis.
Le.Procureur-général du Parlement de Pau.
L'Elu-général du Clergé de Bourgogne.
Le Député de la Nobleſſe de Languedoc.
LeDéputé du Tiers-Erat d'Artois.
Le Premier Echevin de Paris.
LePremier Capitoul de Toulouſe.
Le Lieutenant de Maire de Bordeaux.
Le Prévôt de Valenciennes .
Le Maire de Caën .
CINQUIÈME BUREAU .
MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURBON.
MESSIEURS ,
L'Archevêque de Toulouſe.
L'Evêque de Langres .
L'Evêqued'Alais.
Le Maréchal de Mouchy.
Le Maréchal de Mailly.
Le Comte d'Egmont.
L
( 5 )
Le Comté de Puyfégur.
Le Marquis de Choiſeul- la-Baume.
Le Comte de Caraman,
Le Noir.
Eſmangard
Le Premier Préſident du Parlement d'Aix .
Le Premier Préſident du Parlement de Pau .
Le Premier Préſident du Parlement de Metz .
Le Premier Préſident du Conſeil ſouverain d'Alface.
Le Procureur-général du Parlement de.Dijon.
Le Procureur-général du Parlement de Rouen .
Le Procureur-général du Parlement de Flandre.
LeProcureur-général de la Cour des Aides de Paris.
Le Député du Clergé de Bretagne.
L'Elu-général du Tiers-Etat de Bourgogne.
Le Mayeur de Lille .
Le Maire de Troyes .
Le Maire de Reims.
SIXIÈME BUREAU.
MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI.
MESSIEURS ,
1
L'Archevêque de Paris.
L'Evêque d'Arras.'
L'Evêque de Rhodes.
Le Duc de I uxembourg.
Le Maréchal de Caſtries.
Le.Ducade Chabet.
Le Marquisnde Harcourt.
Le Marquis de Croix-d'Heuchin.i
Derda Galaiſière , an
D'Agay.
:3
LePremier Préſident du Parlement de Rennes .
Le Premiér Préſident du Parlement de Flandre .
Le Premier Préſident du Confeil Souverain de
Corfee
a uj
( 6 )
Le Procureur-général du Parlement de Bordeaux.
Le Procureur-général du Parlement de Grenoble.
Le Procureur-général du Parlement de Metz..
*e Procureur-général du Parlement de Beſançon.
Le Député du Clergé de Provence.
LeDéputé du Tiers-Etat de Languedoc.
LeMaire de Bayonne...
Le Maire de Tours ,
Le Maître-Echevin de Metz,
Le Maire de Clermont.
1
M. le Chevalier de la Coudraye termine
en ces termes ſes obſervations ſur l'abordage,
dont on a lu la première partie au
Journal précédent.
« Cette manoeuvre , très-délicate & très brillante,
excite conſtamment l'attention publique, II
eſt difficile de ne pas prendre part aux relations
de ce genre de combats , où la rigueur de l'élément
, & les dangers multip iés qui entourent' es
combattans , ſemblent exiger d'eux une bravoure
&une force d'ame plus qu'ordinaires , qualités
auxquelles les hommes accordent toujours leur intérêt
& leur admiration. Le Public ne ceſſe donc
dedemander pourquoi l'abordage n'eſt plus pratiqué
, & j'ai connu pluſieurs perſonnes qui en
avoient conçu des idées défavorables au temps
actuel ,&toutes à l'avantage de nos ancêtres. Cette
opinion cependant me paroît tellement dénuée
de vérité , que l'on peut avancer que la ſcience des
évolutions, &celle de la manoeuvre des vaiſſeaux ,
font au nombre des principales cauſes qui ont
rendu l'abordage rare. »
«En lifant l'hiſtoire des hommes de mer du
ſiècle de Louis XIV, on doit juger que le plus
ordinairement les vaiſſeaux mettoient en panne
4
( 7 )
pour ſe battre ; ou du moins eft-il certain que l'on
ignoroit ou que l'on nég'igeoit l'art de tirer prin-
-cipalement de ſa manoeuvre le furcroît de force
&d'avantage que donnent les poſitions favorables,
Un vaiſſeau étoit il joint , il mettoit vent-deſſus ,
vent-dedans ; l'autre approchoit, mettoit en panne
par ſon travers ,&chacun n'attendoir plus leſuccès
du combat que de ſa force on du hafard des coups
heureux . M. Duguay-Trouin , celui de nos Marins
qui s'eſt le plus diftingué par l'abordage , & dont
le génie& les talens étoient réels , fut un des premiers
à fentir combien étoit défectueuſe la manière
uſitée de ſe battre , & combien il pouvoit en tirer
parti. Dans ſesdeux premières campagnes, en 1689
&1695 , âgé de 16 ans , il avoit vu trois abordages
heureux, & ces faits durent influer fur fon
eſprit enfaveurde ce genre de combat, Il l'adopta
donc, pour ainſi dire , dans la fuite , & fes mémoires
concourent à faire connoître que l'ignorance
des mouvemens d'un vaiſſeau étoit telle , qu'il ne
craignoit même point d'indiquer ſon deffein à l'ennemi
en prolongeant d'avance ſa vergue de civadière.
En 1702 , commandant la Fellone de 38
canons , il eut affaire à un bâtiment Hollandois
de fa force , fachant manoeuvrer , & cette nouveautépour
lui le mit dans le plus grand embarras:
il est même fort à préſumer que la poſition facheuſe
où le mit la manoeuvre de ſon ennemi
l'eûs fait ſuccomber , s'il n'eût trouvé une reſſource
extraordinaire dans la valeur de fon équipagedéjà
exercé , enhardi par d'autres fuccès , incapable de
manquer de bravoure ſous un tel chef , & fort
enfin par fa confiance. » .
« Le manque de cette confiance réciproque du
chefdans l'équipage,&de l'équipagedans ſon chef,
eſt peut-être la plus forte des raiſons qui s'oppoſent
à la pratique de l'abordage. Il eſt facile de
( 8
fentir que dans un combat au canon les Officiers ,
l'épée à la main , répandus dans tous les poftes ,
&les foldats armés qui gardent les écoutilles , obligent
tout homme à faire ſon devoir , & conféquemment
que tant que la défection n'eſt point
générale , le Capitaine eft maître, de toutes les
circonstances du combat. Mais dans un abordage
il n'en eſt plus ainſi ; le Capitaine ne peut plus
qu'exciter , & c'eſt l'équipage qui décide. C'eſt au
chef à s'être aſſuré d'avance de ſes gens ; mais au
moment de l'action , il eſt dans leur dépendance,
&il ne lui reſte plus même l'eſpérance d'échapper
par le démâtement de l'adverſaire. Or , croit-on
qu'avec un équipage ramaſſé de toutes parts , re
nouvelé à toutes les campagnes , fouvent verfé
d'un bâtiment dans l'autre , n'ayant aucun atta
chement particulier pour les officiers , il foit
prudent à un Capitaine de remettre entre les mains
de fes matelots le fort de fon vaiſſeau & de fa
gloire? Voyons encore M. du Guay. Dès fa trol
fième campagne, en 1691 , ayant alors 18 ans ,
il eut le commandement d'un bâtiment de 14
canons. Il commanda ſucceſſivement, enſuites&
preſque fans interruption, le Coëtquen de 18 canons ,
la flûte le Profondde 32, la fregate l'Hercillesle
28, & la Diligencede 40, fans qu'il foit question
d'abordage. Une ſeule fois dans ce dernier bâtiment
il voulut aborder ſon ennemi , mais ce fut dans
un cas déſeſpéré ; & encore en cette occafion ,
où il fut pris , fon équipage lui manqua-t-ilrau
point qu'il bleſſa Ini même pluſieurs fuyards ,&
qu'il fut contraintede fairesjeter dans la cale une
grande quantité de grenades pour les ramener à
leurs poſtes.coccorre
Tous les armemens de M. du Guzy s'étoient
faits à Breft ou à Saint-Malo , d'où étoit fa famille
, & on eft fonde à croire qu'il avoit fous
( 9 )
fesordres la même tête d'équipage& une grande
partie des mêmes matelots. Cependant ce ne fut
qu'après ſept campagnes , dont cinq en qualité de
Capitaine , & lorſque ſa réputation lui fut devenue
un sûr garant de leur bravoure & de leur confiance
, qu'il ne craignit plus de s'engager à l'abordage.
Tout alors devoit le porter à préférer
cette manière de ſe battre , d'où le haſard des
boulets eſt banni , & dans laquelle il jouiſſoit de
la ſupériorité de manoeuvre qu'il tenoit de fon
génie& de l'ignorance du temps. Aufſi voit - on
dans ſes mémoires , que ſouvent , dans la vue
d'alléger ſes vaiſſeaux , il diminuoit le nombre
des canons qu'ils pouvoient monter. Pour l'ordinaire
encore cegenre de combat eſt moins meurtrier,
parce que preſque toujours il impoſe telle
ment à l'un des deux bâtimens , que le moment
où les grapins font jetés , détermine fa défaite.
Cen'eſt en effet que dans l'abordage du vaiſſeau
hollandois le Delfi , commandé par le Baron de
Waffenaer , que M. du Guay éprouva une perte
d'hommes comparable à celles qu'occaſionnent
ordinairement les combats au canon : au reſte ,
M. du Guay, malgré ſes talens ſupérieurs& les
avantages dont il jouifſſoit , a manqué autant
d'abordages qu'il en a exécuté. Cette obſervation
fuffit ſeule pour faire connoître que l'abordage
n'eſt point d'une exécution auffi facile qu'on
l'imagine communément ; qu'il eſt d'autant plus
difficile aujourd'hui , que l'on ne s'attend point en
panne,&conféquemment pour rendre circonſpects
ceux qui penſent que l'on doit reprocher à la
marine de ne plus aborder. >>>
« Il eſt certain que dans un abordage , où
toutes choſes ſont égales , l'attaqué qui conſerveroit
ſon ſang- froid & fon courage , auroit une
grande ſupériorité ſur l'attaquant, par la diffi(
10)
culté qu'éprouve celui- ci pour paſſer à bord
de l'ennemi , & encore parce que dans ce paſſage
il eſt forcé de ſe découvrir , tandis que l'attaqué
reſte à couvert ſous ſes baftingages. L'abordage
peut alors être comparé à l'aflaut d'une ville
affiégée. Cette réflexion frappante concourt à
éloigner les projets d'abordage , & on ne les regarde
plus guère , en effet, que comme une der
nière reſſource vers la fin d'un combat , & dans les
occafions où l'on prévoit l'impoffibilité de réfnter
au cañon.
<< Dans une très -groſſe mer , l'abordage eft
impoffible , parce que les vagues occafionneroient
un choc entre les vaiſſeaux capable de les fracaffer
&de les couler. Par cette même cauſe l'abordage
entre les gros vaiſſeaux eſt plus dangereux , & il
a dû conféquemment devenir plus rare de nos
jours , où lagroſſe artillerie a contraint d'augmenter
les dimenſions& la maſſe des bâtimens de guerre.
Un capitaine encore craint ſouvent , d'après la
conſidération de cette artillerie fou froyante ,'de
s'engager ainſi ſans connoître les talens de celui à
qui il a affaire. Il ne faut en effet que le plus léger
défaut de manoeuvre , qu'un démâtement , pour
préſenter une poſition défavantageuſe à l'ennemi ;
& l'on a vu pluſieurs fois dans ce cas uunnee ſeule
bordée mettre hors de combat la moitié d'un
équipage , & déterminer la priſe du vaiſſeau.
M. du lui-même , par un évènement
ſemblable, ſur vivement maltraité dans ſon combat
contre le Rochester , en 1704.
Guay,
<<Denosjours , les armées navales combattent
avec un tel ordre , que la totalité des'vaiſſeauxх
ne forme qu'un corps , dont les mouvemens font
combinés & relatifs . Cet enſemble a une grande
influence ſur les ſuccès , & ſouvent il donne une
ſupériorité décidée, même à l'armée plus foible qui
:
(11 )
Tait le mieux l'obſerver. Cette ſcience des évolutions
a donc été juſtement conſidérée comme
l'avantage leplus à rechercher , & dont on devoit
le plus ſe promettre ; mais elle a néceſſairement
éloigné l'idée des abordages , qui ne font que des
combats partiels & iſolés. »
« Les vaiſſeaux françois autrefois avoient proportionnellement
plus de monde que les vaiſſeaux
anglois , & cela leur donnoit de la ſupériorité à
l'abordage. Aujourd'hui il y a égalité entre eux
à cet égard; mais l'impétuoſité Françoiſe peut
faire encore ſubſiſter l'avantage de leur côté. »
« La rentrée des vaiſſeaux étoit alors beaucoup
moindre , & rendoit plus facile le paſſage d'un
bord à l'autre. Au reſte, cette raiſon ne ſe préſente
icique comme un acceſſoire , & feulement
pour ne rien oublierdans cette diſcuſſion. Déja en
effet,depuis quelques années , la pratique a ramené
à diminuer la rentrée ; & ſi l'abordage pouvoit
devenir un jour auſſi praticable qu'il l'a été , ou
auſſi avantageux à quelque particulier , il eſt hors
dedoute qu'il feroit très-poſſible d'établir un petit
pont mobile , à l'aide duquel le paſſage ſe feroit
avec facilité. Je ſuis même étonné qu'on ne l'ait
pas déja fait , parce qu'il y a des occafions où
l'abordage offre ſeulune reſſource, indépendamment
des abordages involontaires , auxquels les
démâtemens & d'autres circonstances donnent
lieu quelquefois dans les combats. »
Le Chevalier DE LA COUDRAYE, ancien lieutenant
des vaiſſeaux du Roi , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de Saint-Louis , des académies
de Bordeaux, Dijon & Arras.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
L'Ambaſſadeur d'Angleterre à la Haye, écrit- on
de Liége , le 21 octobre , étoit ici depuis quelques
( 12)
jours. On diſoit qu'il ſe rendroit à Paris ; mais
on fait qu'il eſt parti pour Aix-la-Chapelle , d'où
il ſe rendra à Francfort : un Envoyé de Berlin
doit s'y aboucher avec lui. Il faut que ce voyage
précipité & fecret ait pour but quelque grande
affaire. (Gazettedes Deux-Ponts , no. 132.)
Le grand mauſolée du Pape Ganganelli , dit
une lettre de Rome, fait beaucoup de bruit dans
cette ville ; le concours du peuple pour le voir
eſt continuel : le jugement qu'on peut en porter
pour la beauté de l'exécution , eft qu'après les
ouvrages grecs les plus célèbres , celui-ci eſt le
plus remarquable, &il eſt le plus magnifique de
nos ſiècles modernes. Son exécution ſimple, autantque
majestueuſe , efface effectivement les trois
principaux mauſolées de Saint-Pierre de Rome;
ſavoir , celui de Paul Farnèse , celui du Pape
Grégoire , & celui de Léon de Médicis ; ce monument
a fait obtenir à M. Canova , même de
ſes rivaux, le nom de Michel-Ange du fiècle. M.
Hamilton, Peintre Anglois très-célèbre , dit que
dans la ſculpture italienne , on n'ajamais fait deux
ſtatues qui puiffent être comparées aux deux de
cemauſolée , qui font la Tempérance &l'Humilité.
Les Sculpteurs de Rome font jaloux des talens
de M. Canova , qui , par ſa manière de ſculpter ,
efface les travaux de ſes prédéceſſeurs , &donne
une exécution plus facile& plus brillante. Ce qui
étonne le plus ſes confrères , c'eſt que cet artiſte
Vénitien , qui mérite ſi bien de ſon ſiècle , n'a
que 27 ans.
N.B. ( Nous ne garantiſſons la vérité ni l'exallitudede
cesParagraphes extraits desPapiers étrangers .)
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 22 NOVEMBRE 1788.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPIGRAMME.
LE cheval de Lubin menoit fon cavalier.
Un certain jour d'hiver, dans un profond bourbier
L'animal s'enfonça juſques à la croupière ;
L'autre reſt,a deſſus aſſis tranquillement.
Un voyageur lui dit : Vous êtes trop peſant ,
Defcendez ; foulevez l'animal par derrière ;
Bientôt vous fortirez tous les deux d'embarras
Lubin répond : Vous voulez rire ;
Allez , mon cher , je ne deſcendrai pas ;
C'eſt lui qui m'a mis là , je veux qu'il m'en retire.
(Par un Abonné. )
Νο. 47. 22 Νον. 1788 . G
146 MERCURE
LE SERIN INCONSIDÉRÉ ,
FABLE.
DANS NOS rians climats , fous des lambris dorés ,
Vivotoit un Serin , enfermé dans la cage.
Sans ſouci , penfant peu , fa gaîté , fon ramage
Avoient fauvé ſon coeur de voeux immodérés.
Chaleur , cau , menus grains , en des lieux fi parés ,
Pour un tel oifillon que faut-il davantage ?
Bientôt il lui fallut un peu plus. Certain jour ,
Où le foleil brilloit , dans le ſein de l'Automne ,
Et réchauffoit la Nature & l'Amour ,
Notre ailé prifonnier incline & s'abandonne
Au projet qui lui vient de changer de ſéjour.
Şa cage , par hafard , fut entr'ouverte ; & zefte ,
Soudain en large , en long , des fauteuils aux rideaux
,
Des corniches aux fleurs , des ſphères aux trumeaux
,
Sans gêne il exerça fon aile agile & leſte ,
On veut le rappeler : - Lolo , joujou , petit ,
Mon roi , fanfan , m'amour,
careffe !
Mais ben ! vaine
Au travers d'un carreau , brifé par mal-adreffe ,
Lolo , dans un verger , s'envole & ſe tapit .
Là, quelques arbriſſeaux lui préſentent leur graine ;
Il fent la liberté qui fit tomber ſa chaîne ;
DE FRANCE. 147
1
Et, ſous l'oeil du Soleil , il contemple les cieux :
D'une compagne encore il convoite l'aubaine,
Et jouit de l'eſpoir d'être vraiment heureux.
Mais, fort léger, combien, dans tes diverſes luttes,
Tu carefles & ru culbuttes
De Peuples , d'Auteurs , de Héros ,
De Miniftres , d'Amans , de Belles , & d'Oiseaux !
Lolo , trop tôt trompé , n'a point eu de compague;
Le froid sèche fa graine ,& va durcir ſes eaux ;
Sous ſes pieds grelotans ſe blanchit la campagne ;
Et , pour comble d'horreur , d'un Vautour affamé
Les ferres & le bec l'ont preſque déplumé.
Alors tranſi , ſanglant , des portes de la vie ,
Songeant à ſes erreurs ,à ſes plaiſirs perdus ,
Le pauvre Lolo dit dans ſa courte agonie :
Unbien préſent vaut mieux que cent biens attendus.
( Dupied des Pyrénées , par Epiménide ,
qui dort.)
148 MERCURE
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eit Bec-figue, celuide
l'énigme eſt Fard; celui du Logogriphe
eit Melon, où l'on trouve Me ( pronom ) ,
On ( particule ).
CHARADE. A Madame ***.
Unjeu que vous aimez renferme monpremier ;
Une Nymphe jadis habita mon dernier ;
Et toujours avec vous je ſuis fans mon entier.
J
(Par Mme, de la R** . , de Montade
en Vendomois. )
ÉNIGM E.
Edois ma naiſſance à mon père ,
Puiſque jamaisje n'ens de mère.
Obfervez , s'il vous plaît , qu'en recevant le jour ,
Ce futfans fang, ſans tête,& même fans nulmembre.
Pour berceau j'eus un four ,
Un atelier pour chambre.
DE FRANCE. 149
Je bois par indifcrétion ,
Et c'eſt ma ſeule nourriture ;
Malgré cela , je vous le jure ,
Je n'ai point d'indigeftion .
De mon sèxe aufli je diffère;
1
C'eſt que plus je vicillis , & plus je deviens chère.
Dans les galas jadis gaîment on me fêtoit ,
Er qui plus cft , on me chantoit .
Le prétendu bon ton , & qui pourtant domine ,
De leur trône , en ôtant la joie & la gaîré
Pour y placer la gravité,
Eft cauſe qu'aujourd'hui l'on me fait trifte mine.
Cependant il me reſte encor quelques amis
Avec leſquels je m'en conſole ,
Leur faiſant faire la riole
Tant qu'ils me reſteront foumis .
(Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE.
UNpain de ſucre eſt ma figure ;
Mais nous différons en ce point :
Moije ſuis creur , lui ne l'eſt point ;
Je ſuis de matière aſſez dure .
Souvent propre au dehors , ainſi que bien des gens
Je ſuis toujours noir en dedans .
Neuf pieds compoſent mon enſemble ,
Et dans ces neufpieds je raffemble
G
ISO
MERCURE
La ſaiſon qui mûrit les grains;
Le premier mobile de l'homme ;
L'oiſeau qui jadis ſauva Rome ;
Le titre de nos Souverains
Et celui de nos Souveraines ;
Le faîte des grandeurs humaines.
Où ces titres les font affecir ;
Un mot par lequel on exprime
Le temps que dure leur pouvoir ;
De nos maiſons, l'hiver, ce qui blan, hit la cime;
Un furieux & cruel animal ;
Le nom & la couleur d'un peuple de l'Afrique,
Un ver aux vêtemens fatal ;
Puis une note de mufique.
Lecteur , pour me connoître mieux ,
En veux-tu ſavoir davantage ?
Je t'empêche de voir fans te boucher les yeux ;
Je ſuis le jour fort peu d'uſage ;
On me remplace quelquefois
Ou par un fouffle ou par deux doigts ;
Mais la propreté , la prudence ,
Me font , avec raiſon , donner la préférence.
(ParM. Noël , Sec.de M. Pl... )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DICTIONNAIRE Historique , Politique &
Géographique de la Suiffe , & c . 3 Vol.
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Prix , 10 liv . br. , 13 liv. rel. , & 11 liv.
10 f. franc de port par la Pofte.
LESEs premières Editions de ce Dictionnaire
, imprimé depuis long - temps , ne
l'avoient pas encore répandu autant qu'il
méritoit de l'être : il n'a principalement ſervi
qu'aux Compilateurs , qui l'ont copié fans
le citer; il a auſſi puiſſamment ſecouru ces
Voyageurs expéditifs , qui nous entretien .
nent des Gouvernemens & des moeurs du
pays dont à peine ils ont eu le temps de
reconnoître les grands chemins . C'eſt ici ,
de l'aveu unanime des Nationaux , le meilleur
Ouvrage où les Etrangers puiffent trouver
une information exacte de la Suiffe.
Il a été fait ſur les lieux , par un Magiftrat
Bernois , aufli regretté que regrettable ,
G4
152 MERCURE
qui poſſédoit un eſprit exact & un eſprit
étendu , nourri dans l'étude de l'Hiſtoire ,
du Droit public, des diverſes Adminiftrations
de la Ligue Helvétique , & dont la
raiſon perfectionnée ſeconda les grandes
connoiffances . M. Tſcharner , c'eſt le nom
de ce Magiftrat , écrivit će Dictionnaire en
François , quoique l'Allemand fût ſa langue
naturelle ; il eut avec le célèbre Haller , ſon
Compatriore , cette conformitéde ſe ſervir
également,&avec ſuccès,desdeux idiomes. Sa
mort prématurée le priva de l'avantage de
donner à fon Livre la perfection dont il étoit
fufceptible. Des Libraires indiſcrets s'emparèrent
de cette riche dépouille , & la
gâtèrent en en groſſiſſant le Volume. Aujourd'hui
, elle reparoît dans ſa pureté
primitive : fice Dictionnaire eſt augmenté
d'un tiers , les Editeurs n'ont reçu ces Additions
que de mains dignes de joindre leur
travail à celui du premier Auteur.
Depuis quelque temps, la mode conduit
en Suiffe une foule d'Etrangers : les Anglois
en ont fait leur ſeconde patrie ; ils
y féjournent; mais les François ne font qu'y
paffer : les uns & les autres ont écrit fur
cette Contrée , la plupart avec des opinions
nationales. Un petit nombre s'y portent &
s'y attachentpar l'attrait qu'offre à l'imagination
un pays éclatant des merveilles de la
Nature , & diverſifié à chaque pas par la
multitude de ſes formes , de ſes irrégula-
!
DE FRANCE. 153
rités ou de ſes accidens ; aux Savans , la2
variété des fols , des climats , des productions
, de cet amphithéatre de montagnes ,
qui , s'élevant fur un espace de cinquante
lieues , renferme , à l'exception des volcans
, la plupart des grands effets , ailleurs
ifolés ; aux Artiſtes , tant de beautés pittorefques
, dont les détails changent , fe
renouvellent , ſe reproduiſent modifiés à
chaque faifon comme à chaque licue ; à
l'Obfervareur moral , l'exemple de vingt
Gouvernemens différens , réunis entre ces
barrières des Alpes & du Jura ; une Confédération
liée , beaucoup plus par l'eſprit
de fraternité & de modération , que par
d'imparfaites combinaiſons ſociales ; plufieurs
Démocraties paiſibles ; des Ariftocraties
dont la force eſt dans leur prudence & dans
l'opinion, dont les Peuples font armés fans
que les Souverains le foient , ai que la
tranquillité publique en foit altérée; partout
enfin , des moeurs agreſtes avec une
induſtrie , avec une agriculture qu'on diftingueroit
dans les pays même où la polireffe
des eſprits & les progrès des lumières
ont fi peu fait encore pour le vrai bonheur
de la multitude .
La Nation la plus digne d'être étudiée
ce n'eſt pas celle qui fourniroit le plus de
gens d'eſprit , de Décorateurs , de Danfeurs
, de Cuiſiniers parfaits : l'oeil de la
raiſon s'attacheroit à celle qui feroit gou-
GS
154
MERCURE
vernée le plus ſagement , dont les Citoyens ,
fans être affligés ni de l'eſprit de ſervitude, ni
du fanatiſme des nouveautés , trouveroient
dans un travail libre , une propriété certaine,
& une aifance que n'altéreroient jamais
les beſoins du Gouvernement; que ne tourmentent
ni les impôts , ni la guerre , ni
le luxe des riches , ni les innovations ſyſtématiques
; & qui , bien vêtus , bien logés ,
bien nourris , eux & leurs familles , ne
feroient jamais troublés dans la jouiſſance
du premier bien de l'homme ſocial , la
fécurité. La plus grande partie de la Suiffe
préſente encore la plus grande partie de ce
tableau ; il eſt tracé, d'après Nature , dans
le Dictionnaire dont nous allons ſuivre
quelques articles.
Le premier de ce Recueil en eſt auſſi le
plus important ; il traite du Corps Helvétique
en général. On ne connoît que trèsimparfaitement
en Europe le ſyſtême de
cette Confédération; les Auteurs nationaux
n'en ont tracé que des efquiffes , & il eſt
#rare , en Suiffe même , de trouver des perfonnes
bien inſtruites des divers rapports
que foutiennent entre eux les Membres de
la Ligue Helvétique. On en développe Tei
l'origine , la formation , la nature , les limites
& le but; on expofe les traités qui
lui fervent de fondement , l'hiſtoire & les
conditions des alliances étrangères qu'elle
a contractées : c'eſt , en quatre - vingt -dix
DE FRANCE. 155
:
pages , un abrégé exact & fubftantiel du
droit public de la Suiffe .
La Nature ſembloit avoir décrit le cercle
de cette Union entre les Alpes & le
Jura , entre le Rhin & le Rhône ; la politique
a peu contrarié cette diſpoſition phyſique
: elle contribua , ſous Louis XI , à
faire rejeter aux Suiſſes le projet d'annexer
la Franche-Comté à la Confédération ; &
on ne s'eſt écarté de ces limites naturelles ,
que par la conquête des divers Bailliages
démembrés du Duché de Milan , & dont
la poffefſion étend les domaines du Corps
Helvétique juſque dans la Lombardie.
L'Auteur de cet Article obſerve trèsjudicieuſement
qu'aucune Puiffance n'auroit
moins beſoin que les Suiſſes , d'alliances
étrangères. Les Cantons cependant &
leurs Affociés ont en corps , ou privativement
, des Traités avec la Maiſon d'Autriche
, avec la France, les Provinces- Unies ,
le Roi de Sardaigne , Venise , &c . A force
de multiplier les liens , on en atténue néceffairement
l'obligation ; il n'eſt pas plus
aiſé , dans la Société politique que dans
la Société civile , d'être l'ami de tout le
monde ; & quoique les alliances externes
du Corps Helvétique , ou de quelques-uns
de ſes Membres , foient purement défenfives
, défendre à la fois quatre ou cinq
Puiſſances qui peuvent ſe déclarer muruellement
la guerre , c'eſt recilement n'en
G6
156 MERCURE
ر
défendre aucune , & s'expoſer à la néceffité
, toujours dangereuſe , de recourir aux
interprétations évaſives des traités pour
n'en bleſſer aucun. Ces alliances emportent
un autre inconvénient au milieu d'une
pluralité de Républiques , dont les moins
ſages , en cas de diviſions entre elles , chercheroient
des appuis au dehors , & fourniroient
à leurs Alliés étrangers , un prétexte
d'intervenir dans l'adminiſtration intérieure
de la Confédération .
>>Cette Ligue des Cantons eſt une al-
>> liance défenſive , étroite & perpétuelle
» entre treize petites Républiques. Elle
>>>conſiſte effentiellement dans l'engagement
ود de ſe protéger les unes les autres par
>>leurs forces réunies contre tout ennemi
>> du dehors , & de s'entr'aider pour pré-
>> venir les troubles intérieurs . Pour
ود
-
que ce lien fût ſolide & permanent , il
>>étoit néceſſaire , non ſeulement que la
► Ligue fût perpétuelle , mais encore qu'elle
» eût une force obligatoire excluſive , ou
de préférence fur tout autre engagement "..
Ces principes font devenus fondamentaux ,
plus , il eft vrai, par le fait & l'uſage , que
par des conftitutions poſitives.
>>Dans tout ce qui ne bleſſe point la
>>liberté des autres Membres que l'Affo-
ود ciation a pour objet de protéger, chaque
>> Canton eſt abſolu , & forme un Etat
>> ſouverain & indépendant , qui ſe gouDE
FRANCE. 157
ود
ود
>> verne par ſes propres principes & fes
Loix. Excepté le petit nombre de cas
déterminés expreffément dans les allian-
» ces , & qui intéreſſent directement l'ob-
>> jet même de la Ligue , aucun Canton
» n'eſt aſſujetti aux réſolutions de la plura-
ود lité.--
C'eſt improprement que l'on
>> donne à cette Confédération le titre de
» République & d'Etat fouverain. Ce nom
>>d'Etat fuppoſe une Adminiſtration fixe ,
>> une autorité concentrée, un pouvoir exé-
» cutif , des revenus afſignés pour les dé-
>> penſes tutélaires. Aucun de ces carac-
>>tères n'eſt applicable au Corps Helvé-
>> tique. Les Etats du Corps Germanique
ود
font permanens : la Diète de Ratisbonne
exerce une Jurisdiction déterminée ; les
>> Dières des Suiffes , au contraire , ne font
>> jamais que des Congrès des Délégués de
>> quelques - uns des Etats confédérés , ou
ود de tous enſemble. Les ſeuls objets fixes
>> des Dières annuelles ne tiennent point
» à l'intérêt national , &c. ود
ود
ود
>>L'union des Républiques Suiffes , ajoute
l'Auteur , repoſe plutôt ſur le rapport
de leurs intérêts & fur l'heureuſe aſfiette
>>de leur pays , que fur un équilibre cal-
» culé , ou ſur un ſyſtème politique ; &
peut être n'en doit- on que mieux augurer
de fa perpétuité ".
ود
En effet , les intérêts mutuels des divers
Membres de la Ligue Helvétique ſont
158 MERCURE
déterminés , circonfcrits , & preſque immuables
de leur nature : les Conftitutions
fédérales , au contraire , tendent par- tout
au changement , ainſi que les Loix en général
; & comme elles ont précédé ordinairement
la fixation des intérêts , elles
s'altèrent & ſe heurtent à meſure que ceuxci
ſe développent. Aufſi la Suiffe , fans
capitulations préciſes , ſans union ſyſtématique
, ſans Code fédéral , n'a-t-elle éprouvé
ni les convulfions de la Ligue Achéenne ,
ni celles des Provinces - Unies ; ſon indépendance
, comme celle du Corps Germanique
, n'eſt point fubordonnée à un Chef
puiſſant , ni celle de ſes Membres à un
Congrès , comme vont l'être celle des divers
Etats de la Ligue Américaine. Tandis
que d'autres Nations écrivent , diſputent ,
s'agitent , ſe fatiguent en mouvemens prefque
toujours infructueux , la Suiffe , invariable
dans ſes maximes , pourroit graver
ſur ſes rochers , ſon Hiſtoire actuelle en
quatre mots : Paix au dedans & au dehors.
Le Canton d'Appenzel eſt une de ces
petites Républiques, ſur laquelle il faudroit
fixer le plus long - temes les méditations
du Philofophe & de l'Homme d'Erar. Ne
pouvant ni ſéparer les traits de ſa deſcription
, ni la rapporter en entier , nous nous
bornons à la réflexion qu'elle inſpire à
l'Auteur. On peut , dit- il , oppofer ce
» tableau au ſyſtême haſardé de quelques
DE FRANCE. 159
وو
ود
Auteurs politiques , qui , éblouis par
l'éclat extérieur & la célébrité des grands
>>> Etats , voudroient nous perfuader qu'il
>> feroit de l'intérêt du genre humain de
" n'être fubdiviſé qu'en un petit nombre
>> de grandes Nations , chacune fous un
Chef & Légiflateur abſolu : qu'ils confidèrent
ces petits Etats obſcurs , mais
riches & peuplés ". -
ود
ود
"
La plupart des Voyageurs qui paſſent
en Suiffe , n'en voient que les frontières ,
c'est-à-dire , la partie occidentale , cù l'on
parle la Langue Françoiſe , & où l'on ne
rencontre d'Helvétique que les armoiries du
Souverain. Le coſtume , l'idiome , la phyfionomie
, la conformation phyſique , les
manières , les goûts , les moeurs- fur - tout
devenues preſque généralement Françoiſes .
dans le pays de Vaud & la Principauté de
Neuchâtel , tout en fait diftinguer les habitans
, des Suiſſes indigènes. C'eſt dans
T'Oberland , l'Entlibuch , l'Appenzell , te
Haut-Valais, qu'il faut chercher ces derniers.
A l'article Berne de ce Dictionnaire , l'Anteur
décrit en des termes les différences
morales des deux races .
>>Le Paysan Suiffe , Allemand, eſt grave ,
>> froid , plus capable de réflexion que
>>d'imagination; attaché à ſon état , il s'en
>>tient honoré : un Cultivateur Allemand ,
>> avec cent mille livres de bien , ne ſe
>>donneroit pas le ridicule d'épouſer une
160 MERCURE
>> demoiselle , ni ne conſentira que ſes en-
>>fans ſe méſallient avec des Bourgeois. Il
>>paroît lourd dans le plaiſir , lent dans
ود ſes opérations ; mais ſa conduite eſt ſyf-
>> tématique , ſon économie roule fur un
cercle d'opérations bien ordonné pour
>>toute l'année. Il a foin de ſon bérail ,
» & eft attentif à conferver une bonne
". race. Sans ambition , il recherche moins
> les petits emplois de police , qu'il ne s'y
» prête ; il ne s'expatrie pas volontiers :
>> une nourriture , des habitudes différentes
>>lui donnent , chez l'Etranger , ce mal du
» pays , ce regret de la patrie , qui , chez
> les Montagnards fur-tout , devient une
maladie mortelle. Les femmes de certe
claffe de Suiffes ſont laborieufes , exactes
dans les détails du ménage , entendues
>>dans la culture des jardins, dans la fila-
>> ture & autres ouvrages de leur sèxe.
ود
ود
ود Dans le pays de Vaud, le peuple eſt
>> en général plus gai , plus poli ; montrant
une imagination plus vive , ſouple dans
ſon caractère; travaillant avec plus d'ardeur
que de conſtance , mais léger , peu
prévoyant : ambitieux de ſortir de ſon
ود
ود
” état , le Bourgeois pour ſe titrer d'un
>> fief, le Villageois pour atteindre au rang
*>> des Bourgeois par le titre de quelque
» emploi de Juſtice inférieure , les jeunes
>> gens pour acquérir des manières plus
» élégantes , les uns au ſervice militaire ,
2 les autres au ſervice militaire dans l'EDEFRANCE.
161
>> tranger. Les femmes , dans la Suiffe Françoiſe
ou Romande , font fur tout peu
>> adroites , peu foigneuſes dans leur éco-
>>nomie , négligentes dans les petits ſoins
de l'éducation du ménage. On n'a qu'à
>> jeter un coup d'oeil ſur les dehors d'une
ferme allemande ou françoiſe pour
>> être frappé de l'extrême différence entre
ود
د
le bon ordre , la propreté , l'air d'aiſance
>> d'une part , & la négligence , le délabre-
> ment de l'autre.-Il y a fûrement bien
ود des exceptions à cette peinture ; & fi de
>> jour en jour les moeurs Helvétiques s'ef-
ود facent dans le pays de Vaud, d'un autre
» côté , le goût , les lumières de l'économie
rurale y ont fait des progrès ſenſibles . ود
Genève, qui n'eſt point partie intégrante
du Corps Helvétique, occupe ſoixante pages
de ce Dictionnaire. Cette République ,
orageufe au milieu de la ſérénité du refte
de la Suiffe, offre dans l'Hiſtoire le ſpectacle
d'un vaiſſeau en flamme ſur une mer tranquille,
& à côté d'une flotte immobile ſur fes
ancres. La fréquence de ſes troubles & la
proximité de fes révolutions rendent imparfait
tout ce qu'on peut avoir écrit de cette
ville il y a dix ans ; auſſi les nouveaux
Editeurs de ce Dictionnaire ont - ils fait
à cet Article des additions conſidérables .
Il faut les louer d'avoir paſſe rapidement
fur les derniers malheurs de la République,
& de s'être bornés à l'énoncé des nouvelles
162 MERCURE
Loix qu'on lui a impoſées , ſans décider
de leur convenance ou de leurs effers.
Cette retenue eſt la meilleure critique de
ces differtations inconſidérées , que ſe ſont
permiſes à cet égard , dans certaines coinpilations
, des Etrangers à qui la nature
de leur travail preſcrivoit de donner des
faits , non des avis & des raiſonnemens.
Un des morceaux les plus intéreſſans &
les mieux écrits de ce Recueil , eſt celui
quicontient le tableau collectif de la Suiffe,
conſidérée dans ſon aſpect & ſa configuration
phyſique. Nous regrettons de ne
pouvoir nous arrêter qu'à quelques fragmens
de cette Carte générale , où l'Auteur
voit en Naruraliste exact , & décrit en
Peintre. La furface de la Suiſſe eſt eſtimée
de neufcent cinquante- fix licues géographiques
carrées , & renferme environ deux
millions d'habitans. La partie orientale &
méridionale , qui comprend les Hautes-
Alpes , occupe près des deux tiers de cette
furface; l'élévation des principales cimes
de cet amphithéatre , la poſition de ſes différentes
chaînes , les vallées qui les ſéparent
, les lacs qui forment le réſervoir de
leurs eaux glaciales , les fleuves qui en
découlent , font obſervés ici , & dans leur
ſemble , & dans leurs rapports communs .
ود La Nature a trácé une ligne , au deffous
de laquelle , ſans des circonstances
>>particulières , la neige & la glace ſe fon-
ود
DE FRANCE . 163
هد
dent dans les Alpes tous les étés ; cette
>> ligne eſt environ à quinze cents toiſes
au deſſus de la mer. Souvent , fort
au deſſous de ce point d'elevation , on
ne trouve encore aucune trace de végétation
; ſouvent le roc , dépouillé de
"
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
terre par les fontes & les éboulemens ,
» ne préſente , fur les bords des vallons ,
que des précipices effrayans & des écueils
inacceſſibles. Ainſi le tableau fi majeftueux
à la première vue de ces grandes
pyramides glacées , de ces abîmés
>> profonds , parfemés de pointes brillantes
>> parmi les débris des rochers boulever-
>> fés , n'offre bientôt à l'oeil que le triſte
>> aſpect d'un vaſte déſert , où il n'apper-
ود
ود
ود
"
çoit d'êtres vivans que quelques chamois
effarouchés , ou des vautours qui planent
au deffus de cette horrible folitude , &
mêlant leurs cris aigus au bruit fourd
des torrens & des avalanches. C'eſt ſur-
>> tout vers la fin du jour , quand le der-
> nier crépuscule teint les glaciers d'un
>> rouge pâle , & qu'une nuit plus épaiffe
» qu'ailleurs ſemble couvrir l'horizon ref-
2
ferré , où , dans des temps pluvieux ,
>> quand les nuages preffés entre ces barvières
glacécs , defcendent juſque ſur les
forêts fombres des vallons ; c'eſt alors
» qu'il faut être habitué à ce tableau',
ود
ود
ود
pour ne pas en recevoir des imprefions
>> de triſteſſe ".
:
164 MERCURE
Ces traits appartiennent à la région fupérieure
des Alpes; le ſecond degré de
cette échelle coloſſale, c'est-à-dire, la région
moyenne , offre d'autres aſpects & d'autres
phénomènes.
» Dans ces Cantons des Baffes - Alpes ,
>> moitié ſauvages , moitié cultivés , le
» Peintre ſurprend la Nature dans ſon ate-
> lier , entourée des reſtes du chaos , au
ود
ود
ود
milieu d'une création ébauchée & de
formes majestueuſes qui annoncent une
>>main toute - puiſſante. Il ne trouveroit
pas ailleurs de ſi grands effets des ombres
& de la lumière , ces tableaux hardis
& fublimes auxquels l'imagination
>>ſeule ne ſçauroit atteindre. Ici des rochers
inacceſſibles , entrecoupés d'écueils bi-
>> zarres ou de grottes obſcures , ſe perdent
"
ود
ود
ود
ود
ود
dans les cieux ; quelquefois leurs cimes ,
>> en ſurplombant un profond abîme , me-
>> nacent de le couvrir de leurs ruines ; cou-
>> ronnées de touffes épaiſſes d'arbres courbés
par la vétuſté , elles jettent au loin leurs
ombres prolongées , & répandent une
>> fraîcheur inaltérable. Là des torrens s'é-
>> lancent du ſein des nues, ſe diſperſent
>>dans l'air , ou forment dans leur chute des
› caſcades variées ; le ſoleil les fait briller
:
ود
ود
des feux du diamant ou des couleurs de
l'arc - en - ciel ; leurs ondes raſſemblées
>> dans les gouffres qu'elles ont creuſes ,
s'en échappent avec force , &blanchif- ود
DE FRANCE. 165
ود
ود
"
ſent de leur écume les marbres épars
" qui s'oppoſent à leur cours. Ces beau-
>> tés terribles ſont contraſtées par la vue
riante des côteaux tapiffés de diverſes
nuances de verdure; la ſurface tranquille
" d'un beau lac répète leur image , & réfléchit
l'azur du Ciel; au milieu d'un
defert ſombre , un vallon habité par une
nombreuſe Colonie, préſente le tableau
d'une retraite paiſible & de l'union . -
Sans doute les fortes impreſſions données
ود
"
ود
وی
ود aux fibres encore tendres de l'enfance
>> par tant de grands objets , & fortifiés
>> par l'habitude d'une vie uniforme &
folitaire, font une des principales caufes
de cet ennui qu'éprouvent les Monta-
>> guards tranſportés dans les plaines " .
"
On a joint à ce Dictionnaire une bonne
Carte réduite de la Suiffe , & un Itinéraire ,
d'où il réſulte que le voyage complet de
cette Contrée eſt de de fix cents licues ,
qu'on peut faire en quatre mois. Le premier
travail de ce Recueil ayant été deſtiné
à l'Encyclopédie, imprimée à Yverdun, on
lui a confervé depuis ſa forme lexique , &,
àce qu'il ſemble , mal à propos. La nature
&l'ordre des matières exigeoient une diſtribution
plus méthodique , plus conforme à
l'objet d'un Ouvrage Hiſtorique & Politique.
(Cet Article estdeM. Mallet du Pan.)
166 MERCURE
DES Etats-Généraux & autres Affemblées
Nationales. A Paris , chez Buiffon ,
Libraire , rue Haute - feuille , No. 26 .
Tomes III , IV , V & VI ; in- 8 ° .
Nous pouvons nous diſpenſer de remonter
aux premières baſes de notre Conftitution,
pour éclaircir des droits qui ne font
plus équivoques , & pour répéter ce qui a
déjà été écrit cent fois ſur la néceflité&
l'utilité de la convocarion des Etats-Généraux
. Ce que nous dirions ici , ne feroit
qu'un rapprochement fait des différens Ouvrages
que contient la Collection que
nous annonçons ; Collection intéreſſante ,
dans laquelle rien n'eſt omis , rien n'eſt
difiimulé , & où tous les Ordres trouvent
des monumens à confulter , & tout ce qui
aété écrit ſur une matière auſſi intéreſſante.
Il ne s'agit donc point de faire valoir l'importance
de cette Collection, il n'eſt plus
queſtion de revenir ſur des diſcuffions qui
font enfin fixées , il ſuffit de rendre compte
des Ouvrages & des matières que cette
Collection a réunis ; mais auparavant on
ne nous ſçaura point mauvais gré de rappo
ler ici & les expreſſions du Roi , & celles
du.Miniſtre placé à la tête du département
des Finances ; elles diffipent tous les doutes,
pénètrent tous les Lecteurs d'un ſentiment
DE FRANCE. 167
de reconnoiffance & d'eſtime , & font
un texte augufte , qu'il ſemble que les
Editeurs de la Collection aient pris à tâche
de développer dans toutes fes parties , tant
pour ce qui regarde la forme des convocations
&des élections , que pour les grands
principes , & les maximes ſages , modérées
& vraies qu'ils ont rappelées avec une
fidélité digne d'être appréciée. Si nous ofions
nous permettre ici des élans oratoires, nous
dirions à la Nation : Vous ferez enfin légalement
repréſentée ; vos droits que vous
croyiez profcrits depuis cent cinquante ans,
&que Louis XIV fut inutilement conſeillé
de vous rendre il y a plus d'un fiècle , ces
droits , Louis XVI vous les rend ; il vous
les rappelle , il vient à vous comme Charles
VIII , après des époques orageuſes , pendant
lesquelles on avoit cru le timon de
l'Etat égaré ſans retour ; il vient à vous
comme Louis XII , avec bonté , avec tendreffe
, pour recevoir comme lui vos bénédictions
& vos remercimens ; il vient à
vous , non pas comme Louis XIII y parut ,
pour entendre des plaintes , pour être témoin
d'un conflit ſcandaleux , & pour
confacrer des prétentions mal fondées ; il
vient à vous comme Charlemagne , il ſemble
avoir emprunté fon ame & fon langage.
-Lorsque nous tiendrons notre Cour
plénière ( diſoit ce grand Empereur ) , fi
Dieu nous fait la grace de vivre & nous
>>protége ; de l'avis & du confentement
ود
168 MERCURE
ود
ود
"
de nos Féaux , nous établirons , parune
Loi expreſſe , les demandes que notre
>> Peuple nous a faites , afin qu'elles foient
obſervées même à l'avenir. En vûe du
>> Dieu Tout- Puiſſant , nous réglerons tout
>> ce qui peut intéreffer le bien général ,
>> & convenir aux différens Ordres de l'Etat,
>> aux Miniſtres de l'Eglife, & à nos fidèles
» Sujets ; & dans notre prochaine Cour
>> plénière & Affemblée générale, où affif-
>> teront un grand nombre d'Evêques , de
» Comtes , nous publicrons une Loi ex-
>>preſſe pour les maintenir ".
و د
On va maintenant entendre notre Souverain.
- J'ai fixé au commencement de
>> l'année prochaine l'Aſſemblée des Etats-
Genéraux de mon Royaume ; mon coeur
> attend avec impatience le moment où ,
ود
entouré des Repréſentans de mes fidèles
» Sujets , je pourrai concerter avec eux
>> les moyens de réparer les maux de l'Etat.
Avant de convoquer les Etats- Géné-
>>raux , j'ai voulu vous conſulter , Meffieurs,
ود
"
-
fur la forme que je dois préférer pour
>> les rendre utiles à tout mon Royaume" .
-Est-il un feul parmi nos Lecteurs qui ne
fente toute l'étendue du bienfait que le Roi
accorde à la Nation , & qui ne voye juſques
où la bonté permet à ſes Sujets de s'approcher
, & avec quelle liberté il conſent
qu'on diſcute les intérêts les plus grands
&les plus facrés ?-C'eſt vous, Meſſieurs,
dit
DE FRANCE. 169
dit M. Necker aux Notables , c'eſt vous
qui devez aider S. M. à prendre la meilleure
voie. Il fait quel reſpect on doit
avoir pour les antiques uſages d'une Monarchie
; c'eſt par leur filiation que tous
les droits conſtitutifs acquièrent un nouveau
degré de force , & affurent le maintien
de l'ordre public , en oppoſant de ſalutaires
obſtacles à l'amour inconfidéré des
innovations. Mais S. M. eſt également pénétrée
de ces premiers principes qui n'ont
ni date , ni époque , ni dernier terme , &
qui lui impoſent le devoir de chercher à
connoître , par une juſte repréſentation ,
le voeu de ſes Sujets. Vous appercevrez ,
Meſſieurs , combien de choſes ſont changées
depuis l'époque des derniers Etats-
Généraux , &c..
Le vertueux Miniſtre, après avoir exprimé
ſes ſentimens , paſſe aux objets fur lefquels
les lumières des Notables ont paru
néceffaires ; il les invite à mériter la reconnoiſſance
de tous les François , & il
arrive à l'examen des matières qui doivent
occuper fur- tout l'Aſſemblée des Notables;
les ſolutions qu'il paroît défirer deviendront
très- faciles aux Notables , auſſi-tôt qu'ils
auront parcouru les différens Volumes de
cette Collection , & principalement leſeptième
Volume , dont le Libraire vient de
nous communiquer une notice très-détaillée.
On trouvera dans ce ſeptième Volume , des
Ν°. 47. 22 Νον. 1788. H
170
MERCURE
exemples authentiques de toutes les formes
ufrées , & des détails tirés de tous les
procès- verbaux , & fur toutes les matières
qui ont été miſes en délibération par les
trois Etats : on ſuivra la marche des Aflemblées
nationales , depuis le moment où le
Roi conſent à les convoquer , juſques à
celui où les Héraurs les appellent au pied
du Trône , & enfin on verra tout ce qui
ſe paſſe dans les Etats , ſoit pour les fuffrages
, foit pour les Gouvernemens , ſoit
pour les féances , ſoit pour cette portion
d'autorité néceſſairement accordée
Etats , pour que leurs réſolutions puiſſent
avoir une force rétroactive , fans laquelle
les abus ne ſeroient point réformés , &
une force obligatoire , ſans laquelle l'Afſemblée
dégénéreroit en une convocation
difpendieufe & illuſoire.
aux
Nous allons rapporter ſuccinctement les
matières qui ſont contenues dans les Tomes
III , IV, V & VI de la Collection dont
nous parlons.
Le troisième Volume renferme des Differtations
ſur les Aſſemblées ſolennelles
des Rois de France , pour les Capitulaires
&les Convocations nationales ;
Sur la nature & l'effet des Capitulaires ,
Sur l'effence & l'influence des Capitulaires;
Sur les progrès du Gouvernement.
Le Tome quatrième contient des détails
DE FRANCE.
fur la manière dont Charlemagne afferm
bloit les Parlemens ;
Sur les Parlemens de la ſeconde race ;
Une Hiſtoire abrégée des Affemblées
générales juſqu'au règne de Philippe le Bel.
Premières convocations d'Etars-Généraux.
Suivent des Analyſes très-bien futes fur
différens Parlemens , depuis Louis VIII julqu'à
Philippe le Bel.
L'époque de la première Affemblée des
Erats , ſous la forme à préſent connue , &
enfin des détails ſur les Etats - Généraux
tenus juſqu'à Louis XIII. 1.
Ce Volume eſt terminé par des Differtations
qui indiquent la nature & le pouvoir
du Parlement de Paris & des autres
Cours Souveraines.
:
Ontrouve dans les cinquième & fixième
Tomes, des Lettrés hiſtoriques ſur les fonetions
effentielles du Parlement ;:
Sur les Loix fondamentales du Royaume ;
Sur l'ancien Gouvernement de la France ;
Sur les enregiſtremens des Edits ;
La Chronologie des Etats , commentée ,
augmentée , & fingulièrement éclaircie.Ce
Commentaire peut tenir lieu d'un Soramaire
fur tous les Etats Généraux , & fera
un guide affuré pour tous ceux qui le confulteront
Des Extraits des Auteurs & Hiftore
H2
172 MERCURE
qui ont écrit ſur les Etats Généraux. On y
verra combien les opinions varient fur le
même objet; car tant d'intérêts obfcurciſſent
la vérité ! tant de bouches pures reſtent
muettes ! & tant de plumes vénales corrompent
les textes les plus purs ! D'un côté,
l'influence de l'autorité fur l'Ecrivain ; de
l'autre , l'eſprit de Corps , l'envie d'acquérir
à un Ordre une prépondérance illégitime ,
tantôt l'indépendance qui va au delà de la
licence. Voilà ce qu'on trouve dans la plupart
des Auteurs qui ont écrit ſur les Etats-
Généraux. C'eſt aux Lecteurs à méditer
fur les différens ſyſtêmes , & à ne prendre
un parti qu'après un examen réfléchi .
On trouve dans ce Volume , des éclairciſſemens
fur les matières qu'on traité dans
les Etats-Généraux , comment l'autorité des
Etats fut maintenue par les deſcendans de
Charlemagne,
Sur l'autorité des Erats,même ſous le
règne de Louis XI ;
Sur les limites du pouvoir des Etats;
Sur le confentement du Peuple pour la
levée des impôts ;
Sur la manière dont les ſuffrages peuvent
être reçus & comptés légalement aux Etats-
Généraux ;
Sur la prépondérance du Tiers-Etat ;
Sur l'utilité des Etats Provinciaux,
1
Cette indication , aſſurémenttrès -ſuccinte
DEFRANCE. 173
des matières contenues dans ces quatre Volumes,
rapprochée de celle dont nous venons
de parler des objets qui se trouvent
dans le ſeptième Volume , fuffira pour
donner une idée de l'importance & de
l'utilité de cette Collection ; on y voit les
réponſes que M. Necker deïnande aux
Notables. Ce ſeptième Volume eſt terminé
par les procès- verbaux des Etats Généraux ,
qui rempliront le reſte de cette Collection .
Le parti pris par les Editeurs de conferver
à chaque morceau Tauthenticité qu'il
doitavoir , & de recueillir toutes les autorités
, eſt le plus fage , & le feul qu'il
y eût à prendre , pour pouvoir offrir des
matériaux fûrs & refpectables. La critique
au reſte ſeroit un peu précoce , pour n'en
pas dire plus , fi elle ſe permetroit de prononcer
fur une Collection dont chaque
Volume n'est qu'une partie , & qui de peut
êtrebien appréciée que du moment qu'elle
fera cloſe. C'eſt alors ſeulement qu'on
pourra juger ſi toutes les parties forment
un tout bien entendu , & fi les Editeurs
ont atteint leur but. Ce que nous avons
lu nous faitbien eſpéter du reſte.
H3
174 MEROUREN
VARIÉTÉS.
SCIENCES ET ARTS .
LEST. PASCHAL TASKIN, Facteur deClavecins ,
&Garde des Instrumens de Muſique du Roi , occupé,
depuis quelques années , des moyens de per-
: fectionner l'Inftrument connu ſous le nom de
Forté-Piano , vient d'en conftruire un de la forme
d'un Clavecin de moyenne grandeur , dans lequel
il a réuffi à faire difparoître une grande partie des
défants reprochés aux Pianos conftruits d'après les
1 méthodes reçues.
Le premier naérite de tout Inftrument , c'eſt Len
l'intenfité & la pureté du ſon : or l'une & l'autre
font néceflairement très-altérées par la complication
des mécanismes adaptés aux Inftrumens
à touches . Les frottemens nombreux des leviers
qui meuvent les marteaux & les étouffoirs , rendenttoujours
un bruit défagréable, qu'il étoit trèsimportant
d'éviter.
En donnant aux marteaux & aux étouffoirs un
point commun de départ & de renvoi , le Sicur
Paſchal et parvenu àretrancher neuf frottemens
dans le jeu de chacune des touches de fon Piano.
De ladimitution des frottemens, il réſulte que les
touches répondent à l'interrogation du tact avec
une preſteſſe fans exemple. On en comprend facilement
la raiſon , puiſque moins les doigts ont
de séliſtance à émouvoir , plus le caractère de
i
DE FRANCE. 175
leur impreſſion ſe communique à la corde immédiatement
& fans altération , plus par conféquent
l'exemptant peut modifier les nuances au
gré de ſa ſenſibilité : avantage inappréciable dans
un Inftrument dont , peut-être , le vice principal
étoitde trop reficmbler , par la monotonie de fes
effets, à ces Inftrumens a cylindre , que l'on fait
agir par une mécanique purement aveugle.
La nouvelle conſtruction du Sr. Pafchal a encore
d'autres avantages très-précieux : 1º. il ne
ſe ſert point de chevilles pour monter les cordes :
2°. il n'emploie qu'une ſeule teneur de cordes
pour les deux uniſions , & ces deux longueurs
d'une même corde étant néceſſairement toujours à
l'uniſton l'une de l'autre , un ſeul acte fuffit pour
les tempérer à la fois ; tandis qu'avec les chevilles
ordinaires , il faut monter chaque uniſſon ſéparément
: 3°. ce moyen , auffi fimple que ſolide,
qui fert à monter chaque double corde , la fixe
au degré précis où l'on veut l'amener fans qu'elle
foit ſujette à varier comme les Cordes tendues
par des chevilles tournantes : 40. enfin , aurun
Inſtrument de ce genre n'est moins fujer à ſe
défaccorder par l'influence des changemens de
temps , ou par des ſecouſſes quelconques ; le Sr.
Pafchal afait fubir à fon Piano des épreuves dont
il a été étonné lui - même . Il invite MM. les Profefleurs
& Amateurs à venir s'aſſurer par cuxmêmes
de la vérité de ſon expoſé, & à lui fare
part de leurs obſervations. Il demeure à Paris ,
rue de la Verrerie , près Saint-Médéric.
H
176 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON a vu
fait
Na vu annoncer avec grand plaifir
la remife de Manlius , Tragédie de la Foffe.
Cet Ouvrage , dont on a dit que Corneille
auroit pu l'avouer ſans préjudice pour fa
réputation , ce qui eft peut - être exagéré ,
mérite en effet beaucoup d'eſtime. Il feroit
à la Fofle beaucoup plus d'honneur qu'il
ne lui en s'il n'étoit pas certain
qu'il a piis en grande partie le plan , l'ordonnance
& le fonds de ſa Tragédie dans
la Venise sauvée du Poëte Anglois Otwey.
Il eſt bien sûr aufli que l'Histoire de la Conjuration
contre Venise , par l'Abbé de St-
Réal , avoit offert à Otwey de grandes reffources
; mais cela n'empêche pas qu'il
n'ait établi le premier l'édifice dramatique
dont a profité la Foffe , & qu'on ne doive
lui tenir compte de ſon travail. L'Auteur
de Manlius auroit dû , fans doute plus que
tout autre , rendre à Orwey la juſtice qui
lui eſt due , en avouant les obligations dont
il lui eft redevable ; & fon flence fur le
Poëte Anglois eſt d'autant plus ſurprenant,
que lorſqu'on imite, comme la Foffe a
DEFRANCE.
177
imité Otwey , on ne doit point ſe défendre
de paſſer pour imitateur. Il eſt bien vrai
que la Fofle , dans la très courte Préface
qu'il amiſe à la tête de ſa Pièce , dit qu'il
s'eſt appuyé de la lecture de plufieurs fa-
>> meafes Conjurations anciennes & mo-
>>dernes Peut - être l'Ouvrage d'Otwey
eſt - il compris dans cer aveu affez vague ;
mais il nous ſemble qu'il eût éré beaucoup
plus fimple & beaucoup plus noble de le
déſigner par fon titre.:
• Quoi qu'il den ſoit , il paroît qu'on s'accorde
généralement pour regarder Manlius
comme une Production fupérieure à Venise
Sauvée. Quand nous diſons généralement ,
nous devons ajouter en France ; car nous
doutons que les Anglois puiſſent convenir
de cette fupériorité. La Foffe , en changeant
les temps , le lieu de la ſcène , en portant
l'action chez les Romains , as pour ainfi
dire , agrandi ſon ſujet ;& il a difpofé tes
Spectateurs à l'admiration , nous dirions
preſque au reſpect qu'inſpire la mémoire
des beaux jours de la Répub'ique Romaine.
Il a d'ailleurs tracé , d'après i Hiftoire , les
caractères de ſes perſonnages , & il leur a
confervé leur véritable phytionomie. Celui
de Manlius fur-tout eft peint à grands traits;
il rappelle bien ce Romsin impérieux qui
renfermoit dans,fon ame rous les ſentimens
les plus oppoſés , grand , fier , ambiweux ,
& non moins fentible à l'amitié qu'ardent
à la vengeance. L'inquiétude éclairée& pé
H
478 MERCURE
1
nétrante de Rutile ; l'indéciſion de Servilius,
ſa foibleſſe & ſes remords ; la ſenſie
bilité généreuſe de fa femme Valérie; l'in-
Hexibilité républicaine de Valérius : tous
ces caractères ; tous ces motifs s'oppofent
très-dramatiquement avec le caractère principal,
& forment, par une réunion de ſentimens
pris dans la Nature , un enſemble
qui parle à l'enthouſiaſme , à l'ame & à la
raifon. On connoît l'action de la Pièce; il
eſt inutile d'en répéter ici l'analyſe. Le ſtyle
aquelquefois un peu de foibleffe ; on y
remarque des formes qui paroiffent trop
négligées pour la grandeur du fujet; mais
il ſouvent de la fierté, de la nobleffe ,
&une énergie qui répond à l'élévation des
idées.
a
Le rôle de Manlius avoit ajouté à la
réputation de Le Kain ; la profondeur de
talent qu'il y développoit , le rendoit dif-
Acile à jouer avec fuccès fous les yeux
de ceux qui ont confervé la tradition de
ce fublime Acteur dans le perſonnage de
Manlius., Une heureuſe audace a engagé
M. Saint - Prix à étudier ce rôle ; il l'a
joné , & on l'y a vu avec plaiſir comme
avec intérêt. La manière dont il l'a rendu
donne une idée très- avantageuſe de fon invelligence
& de ſon courage : elle lui a
valu des éloges &des encouragemens qu'il
mérite. Il eſt préſumable qu'il ne croit pas
en avoir vaincu toutes les difficultés , &
qu'il pourroit s'attendre à ſe voir adreffer
)
DE FRANCE 179
des obſervations ſur quelques parties du
rôle ; mais le travail qu'il a fait prouve en
faveur de celui qu'il y peut ajouter. Nous
attendrons donc quelques autres repréſentations
de Manlius , & fi, après cela , nous
avons encore quelques réflexions à faire ,
nous les lui ferons , il peut en être convaincu
, dans la ſeûle intention de lui être
utiles.
COMÉDIE ITALIENNE.
X
T
LEdéfir indifcret de ſe préſenter, le plus
promptement poflible , dans la carrière du
Théatre, eſt ce qui nuit le plus ſouvent au
ſuccès des jeunes Déburans. A peine ontils
répété quelques rôles avec ceux qu'ils
ont pris pour leurs Maîtres ou pour leurs
guides , à peine ont-ils reçu quelques éloges
bien fuſpects de la part de ceux qu'ils ont
conſultés , qui les ont entendus , & dont
ſouvent les connoiffances en matière dramatique
, font très- équivoques , qu'ils fe
croient des droits aux ſuccès , & qu'ils ne
craignent pas de s'expoſer à la ſévérité des
jugemens publics. Il résulte de cette faulle
opinion , que l'on débre avec toute fon
inexpérience, qu'on excite l'hunicur de l'Af
ſemblée , qu'on s'intimide , qu'on ſe trogble;
qu'on n'eſt plus en état de fronter
H
180 MERCURE
même le germe des petits avantages que
l'on doit à la Nature ou a l'éducation , &
que l'on pourroit perfectionner ; & qu'il eſt
ſouvent difficile , pour ne pas dire impotfible,
d'effacer l'impreſlion défavorable qu'on
a donnée de foi à ce Public qui ne demande
que des jouiffances , & qui est toujours
auffi lent à revenir ſur ſes jugemens ,
que prompt à les porter.
Si preſque tous les Débutans méritent
des reproches pour la légèreté avec laquelle
ils ſe préfentent fur la Scène , on en pourroit
faire aufli aux Comédiens de nos Théatres
Royaux , pour leur indifférence ſur la plupart
des débuts. Pourquoi , lorſqu'un jeune
Sujet annonce des diſpoſitions , & qu'il
veur débuter avant d'être affez mûr pour
paroître , ne l'avertit-on pas de ſa foibleffe ?
Pourquoi ne cherche-t- on pas à l'éclairer
fur les dangers qu'il va courir ? Les Sujets
indociles & orgueilleux ne font pas rares ,
nous dira- t- on . A la bonne heure. Eh bien !
laiffez tomber ceux là ; leur orgueil diſpenſe
de'es plain dre. Mais il y en a aufli de modeftes
, qui ne feroient point rebelles aux
conſeils fages , & à qui il feroit important ,
fur- tout pour des Comédiens qui aimeroient
véritablement leur Art , d'épargner les défagrémens
d'un début précoce.
Nous nous tromperions bien fort , fi M.
Delyſfle , qui a débuté , il y a quelque
temps , dans l'Ami de la Maifon , par le
rôle de Cliton , n'étoit pas de ces Sujets moDE
FRANCE. 181
د
deſtes dont nous venons de parler. Il n'a
point une jolie figure ; mais il a de la phy
fionomie ce qui vaut mieux. Son oeil eft
vif , chand , expeflif. Il eſt affez bien pris
dans ta taille. Il a l'organe fouple & facile;
ildit ſes rôles avec de la raifon : mais tout
cela est étouffé par la gêne de fon maintien
, par l'embarras de fa gefticulation , par
une ignorance preſque abſolue de la ma
nière d'occuper la Scène , d'y entrer , d'y
mucher , & d'en fortir. Si on eût dit tout
cela à M. Delyſle ; fi on lui eût conſeillé
de prendre un Maître de chant , un Maître
d'armes , ou un Maître à danſer ; fi on
leût exhorté à s'exercer pendant fix mois
ſur un Théatre , il eſt préſumable qu'il au
Toit écouté ces avis , qu'on lui devoit peutêtre.
Nous les lui donnons , en l'engageant
à en profiter : mais nous lui confeillons
aufli de bien choiſir ſes guides ; car il y a
des Maîtres de déclamation qui ſont de
grands Charlatans .
:
3
:
Le Mardi 11 , on a donné la première
repréſentation des Dangers de l'Absences,
ou le Souper de Famille , Comédie en 2
Actes & en Profe.
M. de Florville eſt marie ; il a une femme
jeune & jolie & deux enfans qu'il
aime en bon père. Forcé de faire un voyage
en Amérique pour des affaires très-importantes
, il a été deux ans abſent. A fon
182 MERCURE
retour , il a trouvé bien du charigement
dans ſon ménage. Mme. de Florville s'eſt
jetée dans le tourbillon du monde ; elle
y a pris des tons , des airs , des habitudes
qui ont inſenſiblement altéré ſes principes.
Elle eſt fatiguée de la préſence de fon père,
vieillard eſtimable , mais peu fortuné, dont
les modeſtes vêtemens la font rougir. Ses
enfans la gênent ; elle les éloigne le plus
qu'il eſt poſſible de ta perſonne , & pour
s'en débarraſſer tous les ſoirs , elle les fait
coucher de très - bonne heure , ainſi que
leur grand-père .
M. de Florville eſt inſtruit de tout cela
par un vieux & fidèle domestique nommé
Ambroiſe , qui lui donne encore des dérails
très-attendriflans ſur la conſolation que le
vieillard trouve dans l'amour de ſes petitsenfans.
Il eſſaye d'éclairer ſa femine , &
ſans lui montrer la moindre humeur , il
ſe refuſe , ſous un prétexte qu'il imagine ,
à une Fête qu'elle veut lui donner pour fon
retour , & à laquelle elle a invité toute la
brillante Société dont elle s'eſt entourée
dépuis deux ans. Il doit , dit- il , affifter à
un ſouper de famille entreune jeune femme
,ſon père & fes enfans , pour y porter
des nouvelles d'un mari abſent depuis bien
long-temps. Mine. de Florville infifte , lemari
tient bon ; elle ſe pique , éprouve de
la jaloufie , & ordonne àun valet de fuivre
fon Maître , de l'épier , & de lui rendre
compte de fa conduite. M. de Florville ne
>
DE FRANCE 183
7
fort pas de la maiſon. Comme il ſait que
tous les foirs le vieillard & les petits enfans
, quand on les croit couchés , ſe réuniffent
, & ſe livrent à des jeux innocens ,
il fait préparer un petit fouper par le fidèle
Ambroiſe,&les ſurprend enſemble . On fert
le fouper, & ce petit repas eſt fort gai.
L'impatience de Mme. de Florville la fait
aller & venir ſans ceſſe; elle apperçoit de
la lumière auprès de la chambre de ſes
enfans ; elle entre , & témoigne d'abord
ſa ſurpriſe avec humeur ; mais elle est confondue
quand elle apperçoit ſon mari , &
quand elle lui entend dire qu'il n'a manqué
que la jeune femme au ſouper qu'il s'étoit
propoſé de faire. Cette leçon ouvre les
yeux de Mme. de Florville; on éloigne les
enfans pour qu'ils ne ſoient pas témoins
du trouble de leur mère , & une douce ex.
plication rend la jeune coquette à fon mari,
àfon père , & à tous ſes devoirs .
- M. Diderot a dit que les points deMorale
les plus importans pourroient être difcutés
au Théatre , fans nuire à la rapidité
de l'action. Si une ſcène de diſcuſlion , ditil,
eſt néceſſaire , ſi elle tient au fonds
fi elle est annoncée , & que le Spectateur
la défire , il y donnera toute ſon attention.
Le principe eſt juſte ; mais l'explication
qu'en donne M. Diderot nous paroît équivoque.
Une diſcuſſion purement morale
ne peut que devenir froide à la longue,&
c'eſt par des faits , par des incidens heu
184
:
MERCURE
reuſement attachés au fonds de l'action ,
que les points de Morale doivent étre difcutés
à la Scène. Les devoirs des femmes
envers leurs maris , des mères envers leurs
enfans , des enfans envers leurs pères , font
des objets bien importans pour la Sociéré ,
& qu'on ne ſçauroit trop remettre fous fes
yeux. Si l'Auteur du Souper de Famille
(M. Pujoulx) les avoit difcutés tout fimplement
, il auroit dit des choſes utiles , &.
il auroit fini par ennuyer peut - être ." Il a
enchainé ſa leçon dans des incidens vrais ,
naturel's; il à fu intéreſſer &plaire ,&en
mettant tout en action , il a doublement
rempli ſon bat. Cet Ouvrage 'fait aurant
d'honneur al'efprit qu'à l'ame de M.Pujoulx,
&la délicareife de caractère qu'il ' a donnée
à rous les perſonnages , annonce la délicatelſe
du fien. On à regretté que Mme. de
Florville fût quelquefois dure avec fon
père; peut être eft ce la faure de l'Actrice ,
qui auroit dû fonger à paroître étourdie ,
au lieu de paroître dare. La Pièce a eu un
plein ſuccès. Elle est généralement bien
jouée. On a fur tout diftingué M. Granget
dans le rôle de M. de Florville. Il ya mis
de la ta fon, dela ſenſibilité , de la nobleffe,
de la grace , & ý a montré par-tout une
intelligence qui prouve un talentconfommé.
1
DE FRANCE. 185
L
ANNONCES BT NOTICES.
LETTRES Américaines , dans leſquelles on examine
l'origine , l'état civil , politique , militaire &
religieux , les Arts , l'induftrie , fes Sciences , les
moeurs , les uſages des anciens Habitans de l'Amérique;
les grandes époques de la Nature , l'ancienne
communication des deux Hémisphères , &
la dernière révolution qui a fait difparoître l'Atlantide
pour ſervir de fuite aux Mémoires de
Dom Ulloa. Par M. le Comte Carli , Préfident
Emérite du Conſeil ſuprême d'Economie publique,
&Confeiller-Privé d'Etat de Sa Majefté Impériale
& Royale; avec des Obfervations & Additions du
Traducteur. 2 Vol . in - 89 . de plus de 520 pages
chacun. Prix , 9 liv. br. avec une Carte , i liv.
rel . , & 10 liv. br. francs de port par la Poſte. A
Paris , chez Buiſſon , Libr. hôtel de Coëtloſquet,
rue Haute- feuille , Nº. 20 .
Nous reviendrons fur cet.Ouvrage.
1
Première ſuite de l'Art de l'Ecriture fimplifiée ,
contenant en une feule Planche tous les Alphabets
majeurs & mineurs , tant François qu'Anglois, mefurés
ſuivant les principes du Sr. Brazier , Ecrivain
du Cabinet du Roi. Prix , 1 liv. 4 f. A Paris,
chez l'Auteur , rue Montmartre , près S. Eustache,
Nº. 11 ; & chez Petit , Lib. au Palais-Royal , galeries
de bois .
af
186 MERCURE
,
Mémoire fur les Etats-Généraux , où l'on a
réuni tous les détails relatifs à la Convocation
aux Aflemblées de Bailliages , de Villes & de
Paroiſſes , au nombre & à la qualité des Députés ,
enfin à la confection des Cahiers & à la forme
des Délibérations que l'on fuit dans les Etats.
On y a joint des Fragmens conſidérables du Procès-
Verbaldes Etats de 1356 , & plufieurs autres
Pièces originales. In-8º. de 128 pages. ALaufanne ,
& ſe trouve à Paris rue Jacob , fauxbourg St.
Germain, nº. 28.
Cet Ouvrage eſt un des meilleurs ſur cette matière.
Effai fur l'Histoire Chronologique de plus de
80 Peuples de l'Antiquité , composé pour l'éducationde
Monſeigneur le Dauphin , par M. de
Laborde , ancien Valet-de-Chambre du Roi , &
Gouverneur du Louvre , l'un des Fermiers-Généraux
de Sa Majeſté. In-4°. A Paris , chez Didot
l'aîné , Imp , rue pavée St. André. Prix , Is 1.
Ily a quelques exemplaires grand papier ſuperfin ,
qui ſe vendent 30 1. brochés en carton.
Get Ouvrage , qui eſt fait avec précifion ,
épargnera aux jeunes gens l'ennuide lire un trèsgrand
nombre de Livres ſouvent obfcurs ,
quelquefois contradictoires.
Seconde Suite de l'Aventurier François , contenant
les Mémoires de Caſandin , Chevalier de
Roſamene,fils de Grégoire Merveil. 2 Volumes
in- 12. A Londres , & ſe trouve à Paris , chez
l'Auteur, hôtel d'Eſpagne, rue Dauphine ; Quillau
l'aîné,, rue Chriiſfttiinnee;; la Veuve Duchefne ,
St. Jacques; Belin , même rue ; Merigot ic jeune,
quaides Auguſtins ; & Veuve Prault , même quai ,
n. 46.
rue
DE FRANC 187
Le Systême de la Rofe Magnétique. Prix , 2
1. 8 f. Se trouve à Paris , chez Née de la Rochelle
, Libraire , rue du Hurepoix, près du Pont
St. Michel.
2
Détails authentiques , relatifs à la tenue des
Etats-Généraux en 1614 , au commencement de
la majorité de Louis XIII , tirés du Mercure
François & de l'Intrigue du Cabinet. Brochure
in-8°. de 74 pages. A Londres , & ſe trouve à
Paris , chez Knapen & Fils , Impr. rue St. André ,
en face du Pont St. Michel ; & la Veuve de la
Guette & Fils , rue de la vieille Draperie.
Les Etats Généraux de 1614 , étant les derniers
tenus en France , ſemblent , dans les circonstancces
actuelles , fixer davantage l'attention publique.
C'eſt le juſte motif qui a engagé l'Auteur de
cette Brochure à les remettre ſous les yeux du
Lecteur , & à concourir ainſi aux vues du Gouvernement
, qui , animé de l'amour du bien
public , cherche par-tout des lumières pour l'opérer
plus fürement.
Des Etats-Généraux , ou Hiſtoire des Affemblées
Nationales en France , des perſonnes qui
les ont compoſées , de leur forme , de leur in-
Auence , & des objets qui y ont été particulièrement
traités ; par M. de Landine , Avocat , Correfpondant
de l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres de Londres. In8°. A Paris , chez
Cuchet , Libraire , rue & hôtel Serpente.
Procès-Verbal de l'Aſſemblée Générale des trois
Etats de la Province de Dauphiné , tenue à
Romans par permiſſion du Roi. In-8°. de 163
pages. A Grenoble , chez J. M. Cuchet , Impr.-
Lib.; & à Paris , rue & hôtel Serpente.
188 MERCURE
en
Royez , Libraire , quai des Augustins , vient
d'ajouter les figures gravées par le célèbre Eifen ,
à la jolie édition de la nouvelle Traduction du
Paradis perdu , par M. de Monefron ; nous
en avons fait un éloge mérité , & nous
avons fait aflez ſentir la ſupériorité ſur les précédentes
, en lui comparant plufieurs morceaux
tirés des autres Traducteurs. Le format de celuici
eſt portatif & commode , comme celui des
Auteurs de la Collection dite des Cazins , & le
caractère en eft plus gros & plus beau. Les trois
Volumes in -8º. reliés , dorés fur tranche , font
de 9 h , & fi on, les demande de la Province ,
il les enverra brochés, francs de port , pour 7
1. 16 f.
:
Le Sicur Chaumont , Maître Perruquier à
Paris, honoré de l'approbation de l'Académie
Royale des Siences , par des découvertes avantageuſes
dans fon Art , vient récemment d'imaginer
de faire de nouveaux Toupets tout, en cheveux
fur le bord du front & les tempes , fans
aucun tiſſu , vi bordures quelconques , que les
cheveux mêmes , ni que l'on puiſe diftinguer
aucune différence entre luniformité de la Nature
& la perf ction de l'Art ; ils font très - folides &
durables , & font tout l'effet que l'on peut défirer.
Il les fait tenir ſur la tête par le moyen de
la pommade attractive très- connue , fans aucun
inconvénient .
Elle ſe vend trois livres le bâton de deux onces.
Nota. Les Ferſonnes en Province , qui voudront
envoyer un modèle de leur front découpé
en papier , avec la couleur des cheveux , font
priées d'affranchir leurs Lettres.
Sa demeure eſt rue des Poulies , à la gauche ,
par la rue Saint-Honoré , la première allée. A
Paris.
1
DE FRANCE. 189
Je m'occupois de vous. Estampe faiſant pendant
au préſent , & fuite au triomphe de Minette ,
d'après le Tableau peint par Mlle. Gerard , &
gravé par G. Vidal. Prix , 12. 1. chez l'Auteur ,
rue de la Harpe , nº. 181 .
Le talent de M. Vidal est très-avantageuſement
connu, Cette nouvelle gravure , où la fineſſe du
burin s'unit à l'effet, ne peut qu'y ajouter encore.
Tableaux des François qui ſe ſont ſignalés par
des actions d'éclat , ou Recueil d'Estampes de 9
pouces & demi de hauteur, fur un pied de largeur;
avec une deſcription hiſtorique des événemens
, où ſe trouvent la date & les noms des
Héros qui en font le ſujet,
Cette Collection , intéreſſante & par fon objet
Se par fon exécution , commence à Pepin dit
leBref, & continue juſqu'à nos jours. Elle fera
de vingt quatre ſujets les plus frappans de l'Hiftoire.
Les quatre premières Elampes qui paroiffent
, font : Latte. , Philippe-Augufte depoſant
ſa couronne fur un autel , à la veille de donner
bataille; la 2me. , la bataille de Bouvines ; en
12:45 la 3 me , le dévouement des Bourgeois de
Calais de 1346 ; la 4me la reddition de la ville :
de Calais en 1346. Il en paroîtra au moins fix
par année , à trois époques différentes, Le Prix
de chaque Eſtampe eſt de 3 liv. pour Paris.
Les Perſonnes qui voudront ſe faire infcrire,
recevront les épreuvés ſuivant l'ordre de leur
infcription. On se fait infcrire , & on délivre les
Estampes , chez Vidal , Graveur , rue de la Harpe
, no. 181 , & chez les principaux Marchandsdes
villes du Royauine,
190
MERCURE
Discours des Scythes à Alexandre le Grand ,
Roi de Macédoine ; raflage traduit de Quinte-
Curce , par M. de Vineau de Rouvroy , Auteur
de cinq Tragédies , Darius , Zarine , Brutus ,
Armide& Renaud , faites depuis dix ans , réimprimées
avec des corrections ; d'Hipparcie- Cratès,
Comédie en un Acte, en vers ; envoyées aux Comédiens
François , refuſées , & encore à repréfenter
, &c. & de pluſieurs autres. Brochure de 4
pages. A Paris , cher l'Auteur , rue St - Honoré ,
an coin de celle Jean - Saint - Denis , vis-à-vis le
Palais-Royal; & chez la veuve Eſprit , Libraire ,
au Palais-Royal,
Abrégé de l'Histoire Univerſelle , en Figures
deſſinées & gravées par les premiers Artiſtes de la
Capitale, ou Recueil d'Estampes repréſentant les
ſujets les plus frappans de l'Histoire , tant facrée
que profane , avec les explications qui s'y rapportent
; par M. Vauvilliers, de l'AcadémieRoyale des
Inſcriptions & Belles - Lettres. Hiſtoire profane ,
Ire. Livraiſon ; in 8°. Prix , 4 liv. A Paris , chez
Duflos , Lib. rue St. Victor , la ze. porte cochère
àgauche en entrant par la place Maubert ; Didot
le jeune , Imp-Lib. quai des Auguſtins ; &Moutard,
Imp-Lib. rue des Mathurins.
L'Heureuſe Administration , Eſtampe dédiée à
M. Necker , gravée avec ſoin par M. An. Croifier.
A Paris , chez Vallée , Peintre & Doreur,
& Md. d'Eſtampes , Porte royale au Louvre.
Nº. 3 , Sonates chantantes pourdeux Flûtes ou
2. Violons , on Flûte & Violon , compoſées d'Airs
de Théatres Par ſouſcription , 1 liv. 4f. chaque ,
9 liv. pour 12 Numéros. ARouen, chez l'Auteur,
M. Thienné ; & à Paris , chez Mercier, rue des
Preuvaires , près celle S. Honoré , N° . 31 .
1
1
1
>
DE FRANCE. 191
Nos. 55 , 56 & 57 du Journal de Pièces de Clavečin
, par différens Auteurs ; contenant , 1º. une
Sonate , Violon ad libit. , par M. Mezger. Prix ,
3 liv. 12 fous; 2°. une Sonare , ſuivie d'un Air
varić , par M. Muzio Clementi. Prix , 3 livres ;
3º. , une Sonate avec Violon & Baffe , par J. S.
Schroetter, OEuv. Ire.. Prix , 3 liv . 12 f. = Ouverture
della Cofarara pour le Clavecin , par M.
F. Staes . Prix , 2 liv . 8 f. = Ier . Concerto pour
la Clarinette , 2 Violons , Alto & Baffe obligés ,
Cors & Hautbois ad lib. , compofé & exécuté au
Concert ſpirituel , par M. Hoftier , Muficiende
M. le Duc de Montmorency. Prix , 4 liv . 4 f =
Ouverture d'Estelle, Melodrame Pastoral , muſique
de Rigel, arrangée pour leClavecin , par M. L.
Rigel fils aîné , de l'Ac. Roy. de Muſ. Prix , 2 liv.
8 fous. Ier. Livre de 3 Symphonies , tirées de
OEuv. fie. d'Hayn,de,la Loge Olympique , arrangées
pour Clavecin , 2Violons , Alto&Baffe ;
par le même. Prix, 3 liv. (Ces Symphonies peuvent
être exécutées avec un ſeul Violon d'accompagnement.
) = 3 Sonates pour Clavecin , Violon
obligé; par M. Á. Rigel , Duv. 7e. Prix , 7 liv .
4. =N'. Nouvelle fuite de Pièces d'Harmonie .
contenant différens Airs pour deux Clarinettes ,
deux Cors & deux Bafions; par M. Ozy , Muficien
ordinaire de la Chapelle & de la Chambre du
Roi. Prix , 6 liv. = Ier. Concerto pour le Violon ,
par M. Ign. Pleyel , OEuv. 160. Prix , 6 liv. =
12 nouveaux Quatuor concertans , pour 2 Violons,
Alto& Violoncelle ; par M. Cambini , ze. Livrafon.
Prix , 6 liv. 46. Concerto pour Clavecin ,
2 Violons , Alto & Baffe; par M. H. N. Le Pin .
prix , 4 liv. 4 fous , ze. Concerto de Clavecin ,
Violon obligé , avec accompag. de 2Violons .
Alto, Baſſe Flûtes &Cors ad lib.; par M. Viotti .
Prix , 6 livres . A Paris , chez M. Boyer , rue de
Richelieu , paſſage de l'ancien Café de Foy ; &
Madame Lemenu , rue du Roule , à la Clefd'or.
192 MERCURE DE FRANCE.
Numéros 39 & 46des Feuilles de Terpfychore ,
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , I liv .
4 ſous chaque. Abonnement pour 52. Numéros ,
30 liv. A Paris , chez Coufineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies.
3 Sonates pour Clavecin , Vio'on ad lib . , par
M. P... J ... Colette , Organiſte de la Cathédrale
d'Angers. Prix , 7 liv. 4 f. = Recueil d'Airs d'Opéras
pour deux Flûtes , par M. Cantin , 2e. fuite.
Prix , 3 liv. 12 f. A Paris, chez M. Bouin , Md.
de Muſique & de Cordes d'inſtrumens , rue Saint-
Honoré , au Gagne - petit , No. 504 ; & à Verfailles,
chez Blaiſot , rue Satory.
TABLE.
• EPIGRAMME. 145 Variétés. 174
Le Serin inconsidé é.
:
Charade , Enig. & Log.
Dictionnaire historique,
Des Etats Généraux.
148
146 Comédie Françoise. 176
151
Comédie Italienne. 179
166Annonces & Notices . 185
APPROBATIO N..
J'ai lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE pour le Samedi 22
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion.AParis, le 21 Novembre
4788,
1 SÉLIS
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 26 Octobre 1788.
L'ESPRIT de divifion qui s'étoit emparé
dequelques têtes du royaume,s'eſtvu forcé
de céder, à l'approche des dangers qui menaçoientl'Etat,&
dontceteſpritmême avoit
étél'inſtrument. Le Comte Charles de Sparre,
Gouverneur de cette Réfidence , ayant
convoqué, par une Publication du 13 , les
perſonnes de l'Ordre Equestre , le Clergé
& les habitans Notables de cette ville ,
l'Aſſemblée réunie , le 15 , à l'Hôtelde-
ville , a adhéré , avec un zèle unanime ,
aux meſures de défenſe propoſées parM.
de Sparre. Il a été réſolu de lever parmi
la Bourgeoifie , outre la Milice à pied &
à cheval , un Corps de 12 mille hommes,
pour la défenſe de cette Réſidence & de
la Famille Royale. En vertu de cet afte
N°. 47. 22 Novembre 1788. g
( 146 )
patriotique,la Bourgeoifie s'eſt armée avec
empreffement. La même ardeur anime les
provinces. Trois mille jeunes Dalecarliens ,
volontairementarmés en peude temps, font
en pleinemarche vers Gothenbourg , où
le Roi aura inceſſamment 20,000 hommes
fous ſes ordres. Il s'y trouve déja, les
Gardes à pied , le regiment du Corps à
cheval , les 2 régimens de Cavalerie &
d'Infanterie de Weftgothie ,les Dragons
de Bohus , les 2 régimen: d'Infanterie de
Warmie & de Jentlande , une brigade
d'Artillerie & un eſcadron de Hufſards .
D'autres troupes encore font en marche
pour s'y rendre. La province deHallande
a offert de lever 10,00o hommes ,
&de les envoyer au fecours de Gothenbourg
, s'il en étoit beſoin.
Pluſieurs Corps revenus de Finlande ,
tels que le régiment du Roi Cavalerie&
les Dragons légers , ont pris la route de
ce port de commerce fi intéreſſant. Ses
fortifications ont été miſes en bon état ;
Les nouvelles redoutes font achevées , &
les batteries montées. Le 20 , le Roi
harangua la Bourgeoifie de Gothenbourg,
aſſemblée à l'Hôtel- de- ville , & l'exhorta
à la fidélité & au courage , deſquels
dépendoit la conſervation de cette place ,
le falut de S. M. & celui du Royaume.
Heureulement , il eſt à croire que ces
1
( 147 )
meſures deviendront inutiles , puiſqu'a
n'en pas douter , les troupes Danoiſes
vont ſe retirer en Norwege ; puiſqu'on a
contremandé à Copenhague les nouveaux
préparatifs ordonnés ; puiſqu'enfin on
doit ſe flatter que , durant l'hiver , il s'en
ſuivra une pacification des ouvertures déja
faites par l'entremiſe des Cours de Berlin
& de Londres . Quant aux Conventions
d'armiſtice , arrêtées entre le Roi & le
Prince Charles de Heſſe, ſous la Médiation
de M. Elliot , Ministre Britannique à la
Cour de Copenhague , elles font de later
neur ſuivante :
Première Convention.
ART. I. L'armiſticedurera huitjours , à compter
d'aujourd'hui 9 octobre , entre 9 &10 heures du
foir , juſqu'au 16 , à la même heure , inclufivement.
Réponse. Oui ; & il pourra être prolongé , ſi Sa
Majesté Suédoiſe le juge à propos.
ART. II. Les troupes commandées par S. A. le
Prince de Heffe , reſteront dans les diſtricts qu'elles
ontoccupés entre Amol,Wennersborg & Kongelf,
&elles ne ſe répandront pas davantage. Pendant
laduréede la Trève , ces troupes ne commettront
aucun acte hoftile ; les troupes Suédoiſes , de leur
côté , s'abſtendront auſſi de toute hoftilité conte
les troupesDanoifes.
Réponse. Qui .
ART. III S. M. le Roi de Suède s'oblige d'envoyer
fur-le-champ , par des courriers , des ordres
à ſes troupes de terre, pour leur enjoindre de ne
rienentreprendre contre Isetroupes ſous les ordres
gij
(148 )
duPrince de Heffe, auſſi-tôt que S. A. aura reconnu
cette Convention comme conclue.
Réponſe J'ai envoyé ce matin un courrier au
Lieutenant-général de Krogh , avec ordre de retirer
ſes troupes de Jemtlande.
ART. IV. Pour éviter toutes méſintelligences
&des explications qui pourroient en réfulter , il
eſt entendu que tout ce qui ſe ſeroit paffé ailleurs
quedans le diſtrict énoncé à l'art. 2 , conformément
àdes ordres antérieurs à cejourd'hui , ne ſera point
regardé comme une infraction de la préſenteConvention.
Riponse. Cela s'entend.
ART. V. L'ifle d'Hiſingen ſera regardée comme
un territoire ncutre , où l'on ne pourra envoyer
des troupes de part ni d'autre , à l'exception cependant
des pointes les plus proches de Gothenbourg,
qui font occupées par les Suédois.
Réponſe. Je ferai également occuper , par un piquet,
les pointes les plus proches deBohus.
ART. VI. Comme cette Convention n'eſt point
ſignée en règle , l'obſervation de ſon contenudépendra
uniquement de la foi des deux Parties belligérantes;
mais elle ne ſera pas moins obligatoire
pour lesdeuxParties , dès que le fieur Elliot , Miniſtre
Britannique, ſe verra mis dans le cas depouvoir
aſſurer qu'elle a été agréée par les deux
Parties,
AGothenbourg , le 9 oftobre 1788.
J'agrée&j'accepte la préſente Convention , avec
les réponſes faites par mon beau-frère& coufin le
Prince Charlesde Heffe , & j'ordonnerai aux Commandans
de mes troupes de l'obſerver exactement
Signé , GUSTAVE.
L'armiſtice a été enſuite prolongé juſ(
149 )
qu'au 13 ſeptembre , par la ſeconde Convention
que voici :
ART. I. La Convention du 9 octobre ſervira
de baſe à la préſente Convention.
ART. II. La préſente Convention s'étendra
auffi ſur la mer.
ART. III. Il a été convenu que le préſent
amitice, entre le Roi de Suède & les troupes
ſous les ordres du Feld- Maréchal Prince de Heffe,
dureraquatre ſemaines , à compter du jeudi 16 octobre
à minuit , juſqu'au jeudi 13 novembre ,
même heure.
ART. IV. Pour l'explication de l'Art. V de
la Convention du 9 octobre , il a été convenu
que le Prince de Heffſe reſtera avec fes troupes
dans les diſtricts qu'elles ont occupés , & dans
les endroits où il n'y aura point de piquer Suédois.
La rivière de Glasfiord ſervira de ſéparation depuis
les frontières de Norwége juſqu'à l'endroit où
elle ſe jette dans le lacWener.
ART. V. La trève actuelle s'étendant auſſi àla
mer , le Prince de Heffe s'oblige , en conféquence ,
de ne point faire uſage de la navigation fur
l'Elfsfiord& le Gothaelf, pour le tranſportde
munitions de guerre ni autrement; le Roi obſervera
la plus ſtricte réciprocité à l'egard des munitions;
mais il fera réſervé une liberté entière
de navigation fur ces rivières à tous les ſujets de
SaMajesté le Roi de Suède , tant à ceux qui demeurent
dans les diſtricts occupés par les troupes
étrangères , qu'à ceux qui demeurent dans d'autres
provinces , et qui font le commerce fur ces
rivières.
ART. VI. Comme l'iſle d'Hiſingen a été reconnue
neutre , les troupes fous les ordres du
Prince de Heffe , s'abſtiendront d'y exiger des
contributions , foir en argent , foit en fourrages.
guj
( 150 )
ART. VII. La trève par mer & par terre
étant ainſi arrêtée , le Prince de Heffe s'oblige ,
par ſuite néceſſaire de cette Convention , de laiſſer
les habitans dans la libre jouiſſance de la pêche
du hareng , de ne lesy point troubler , & de ne
leur occafionner aucunes dépenſes dans cette
branche d'économie pendant la durée de cette
trève.
ART. VIII. Lorſque la préſente Convention
fora conclue , il fera expédié , le plus promptement
poſſible , des courriers aux Commandans
des forces de terre & de mer , pour leur porter
Fordre d'obſerver exactement tous les articles de
préſent armiſtice.
ART. IX. Comme les articles de cet armiſtice
ont été projettés ſous la médiation du ſieur
Elliot, Miniftre Pritannique à la Cour Danoiſe ,
toutes les difcuffions qui pourroient ſe préfenter
au fujet de l'obſervation de cette Convention ,
feront abandonnées à l'examen & à la décision
de la Cour Britannique.
ART. X. Le Prince Charles de Heffe pourra
faire partirdes courriers porteurs de ſes dépêches,
concernant l'armée qu'il commande , par Helſingbourg
à Copenhague.
J'agrée la préſente Convention , & j'ordonnerai
mes Commandans des forces de terre & de
mer , de la ſuivre avec l'exactitude la plus ſcrupuleuſe.
AGothenbourg , le 16 octobre 1788, à 8 heures du
Soir. GUSTAVE.
Lemême ſoir du 16, le Prince Charles
deHeffe figna cette ſeconde Convention
å Kongelf.-Le Baron de Bork , Miniſtre
de S. M. P. pour la pacification du Nord ,
s'eft rendu au quartier général Danois
( 151 )
àUddewalla . Il eſt à préſumer que l'intervention
des deux Cours qui ont arrêté
les progrès de l'incendie , ſera d'autant
plus efficace , que les Alliés ont perdu
tout eſpoir de diviſer la Nation , & de
changer le Gouvernement actuel. Il n'y
aplus dans l'Etat deux manières d'en enviſager
l'intérêt actuel.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 31 Octobre.
Les Déclarations des Cours de Londres
& de Berlin , contraires aux principes
d'après leſquels nous avons conduit la
guerre avec la Suède , & leur demande du
retour de nos troupes en Norwége , ont
eu un plein ſuccès , comme on s'en affurera
à la lecture de la réponſe définitive
ſuivante , que le Comtede Bernstorffa fait
remettre à l'Envoyé Extraordinaire du Roi
de Pruffe.
« Le Roi de Danemarck , auſſi fidèle à ſes
principes de modération , qu'à ſes engagemens
avoués & connus avec la Ruſſie , cède aux efforts
férieux des Puiſſances réunies pour arrêter les
opérations destroupes Danoiſes auxiliaires , entrées
en Suède depuis le 24 ſeptembre de cette année.
>>Sa Majesté Danoiſe avoue par confequent
l'arm'ſtice conclu ſous les aufpices des Miniſtres
des Cours réunies , & prolongé jusqu'au 13 de
novembre; & Elle avoue également, fi ces
giv
(152 )
Cours y infiſtoient , les arrangemens pris ou à
prendre par le Prince Charles de Heffe Caffel ,
commandant les troupes cédées à la diſpoſition
de la Ruffie, pouraller établir leur quartier d'hiver
en Norwége, en quittant le pays ſoumis à la
domination du Roi de Suède.
>> N'étant pas d'ailleurs en guerre avec ce
Prince , Elle répète ſa promeſſe, fondée ſur ſa
déclaration antérieure , qu'Elle emp'oiera , autant
que la ſituation actuelle des affaires pourra le
permettre, fes efforts & ſes bons offices pour
accélérer le rétabliſſement de la tranquillité du
Nord, & qu'Elle croit en donner une preuve
nouvelle , en le priant de moyenner&de faciliter
une prolongation de la trève , actuellement fubfif
tante, juſqu'au r . mai 1789 , afin d'écarter ce
qui pourroit rendre la pacification difficile .
» Enfin , S. M. Daroiſe aſſure les Puiſſances
alliées , qu'Elle ſe fie entièrement à leurs promeſſes
,& aux meſures néceſſaires qu'Elles prendront
pour mettre à l'avenir le Nord à l'abri
de projets offenfifs , pareils à ceux qui en ont menacé
& troublé la tranquillité.>>
POLOGNE.
De Varsovie, le 27 Octobre.
La Séance de la Diète , du 20 de ce
mois , fera époque dans l'Hiſtoire de la
République , fi toutefois elle a l'efficace
qu'il faut en attendre.Al'unanimité , par
acclamation & fans aller aux voix , il tut .
arrêté de porterà 100,000hommes l'armée
de la République , compoſée de 18,000
( 153 )
juſqu'à ce jour. Reftent à décider les
moyens de lever les fonds néceffaires à
cettegrandeaugmentation. On entretenoit
l'armée aquelle avec 7 millions de florins
de Pologne : celle qu'on va mettre fur
pied exige une addition d'au moins 33
millions. Une autre queſtion,non moins
importante,eſt de ſavoir à qui appartiendra
le commandement de ces troupes , quelle
enſerala répartition,& fi le Département
actuel de la guerre, fubordonné au Conſeil
Permanent , dont il fait partie , doit con,
ſerver la Direction d'une armée auffi confidérable
. Le Conſeil Permanent n'étant
que l'exécuteur de l'Autorité Royale, les
troupes feroient réellement dans la dépendance
du Roi , tandis qu'un parti
infiniment nombreux entend les mettre
ſous celle de la République. M. Suchodolski,
Nonce de Chelm , en fit, le 17 , la
propofition formelle à la Diète, en ouvrant
l'avis de regarder le Département actuel
de la guerre com ne anéanti depuis l'ouverture
de la Diète. Le Roi & fon Parti
s'oppofèrent à cette Motion : l'on alla
aux voix par les fuffrages publics , & il
y eut une majorité de 60 voix pour le
projet de S. M.; mais lorſqu'on pafla aux
fuffrages par fcrutin , cette majorité ſe
réduilit à 7 voix. Cette Séance , dont les
débats furent vifs & chagrins , influa fur
g
(154)
La ſanté du Roi , dont l'indiſpoſition ft
ſuſpendre la Séance du 18. Nous avons
rapporté la réſolution du 20, à la ſuite de
laquelle Sa Maj. prononça un Diſcours de
quelques lignes , généralement applaudi.
Le 22 , les débats ſur l'exiftence du département
de la guerre ſe ſont renouvelés ,
&durent encore.
Quant aux propofitions générales émanées
du Trône , felon l'uſage , à l'ouverure
de la Diète , elles étoient au nombre
de quatre.
1. De trouver des moyens d'augmenter les
revenus publics , afin de pouvoir mieux foutenir
autorité & l'indépendance de l'Etat.
2º. D'augmenter les troupes de la République.
( Elle est décidée , comme on l'a vu plus haut.)
3º. Deprendre en confidération l'adminiſtration
dela Justice,&de l'améliorer.
4°. De tenir des Affemblées provinciales , qui
Prépareront les objets à foumettre à la Diète. (également
agréée. )
ALLEMAGNE .
De Vienne , le 31 Octobre
La Gazette du 29, toujours filencieufe
far la grande armée , s'eſt bornée à nous
apprendre , parun Supplément extraordi-
Bare , les deux annonces ſuivantes :
Le 14 de ce mois , une groſſe ſaïque Turque
toma de débarquer vers la petite iße des Lohe(
155 )
miens , & elle fut forcée d'y renoncer par le feu
du détachement poſté près de la Save. Le 18 ,
le camp ennemi , entre le moulin & la chapelle ,
étoitaauuggmenté dequelques tentes; il yen avoit ,
le20, environ cent trente; le tranſport des vivres
&des munitions à Belgrade , continuoit toujours..
Le même ſupplément contient les détails d'une
affaire qui a en lieu , le 24 , près d'Afchud , entre
le Général Spléni&les Turcs. Ces derniers s'étant
renforcés à Focfan ,&ayant marché par Kraroſa ,
où ils mirent le feu à la plus grande partie des
maiſons , & aux meules de foin qui s'y trouvoient
, couchèrent , le 13 , à Domneſche , ſitué
à deux lisues du camp duGénéral Spléni , qui
étoità un mille devant Adichud , entre les rivières
de Sereth & de Tatros. Le Général pofta fes
troupes de manière à couvir la plaine entière
entre les deux rivières. Les Turcs , diviſés en
trois corps , firent en même - tems trois attaques
fur divers points; ils parvinrent à ſe gliſſer , à la
faveur des buiſſons , juſqu'à la gauche de notre
camp; mais ils furent repouſſés par-tout , contraints
de fuir , & on a ſu qu'ils s'étoient retirés
àFocfan.
Malgré tout ce qu'on a avancé jusqu'ici
fur l'entière évacuation du Bannat, il paroît
que les ennemis font toujours maîtres
des montagnes & de la rive gauche du
Danube. On croit le Corps du Séraskier
près de Schuppaneck, tandis que leGrand-
Viſir s'avance vers laSyrmie. Pancſova , fui .
vantles dernières lettres, étoit toujours occupé
par les Ottomans , dont le but femble
être de s'aſſurer du Danube juſqu'à Belgra-
:
gvj
( 156 )
de. Pourfaireéchouerce projet, l'Empereur
&ſon armée ſont arrivés à Boka, & en 3
journées peuvent ſe rendre aux environs
dePancfova : il s'agira alors d'attaquer les
Turcs, pour les forcer à repaſſer le fleuve.
Pour les nouvelles de la Croatie & de la
Moldavie , elles conſiſtent en rumeurs peu
eſſentielles, ou en avis ſi incertains, qu'il eſt
inutile de les rapporter.
La Chambre d'aſſurance , établie à
Trieſte depuis le mois de juin dernier ,
vient de rendre public le contrat de fon
établiſſement. Le fonds de cette Compagnie
eft fixé à 500,000 florins répartis en
cent actions ; ſon privilége eſt pour gans.
DeFrancfortfur leMein , le8 Novemb.
Al'époque du 20 ſeptembre , on étoit
inftruit à Constantinople des premiers
fuccès du Grand Vifir dans le Bannat ; &
des lettres de cette date , parlent en ces
termes de la ſubſtance de ces avis .
« Un courrier extraordinaire , dépêché du camp
du Grand-Viſir , vient d'annoncer à la Porte les
agréables nouvelles qu'elle attendoit depuis quelquesjoursavec
la plus grandeimpatience. La dépêche
du premier Miniſtre contient les détails concernant
l'entrée de fon armée dans le Bannat d: Temeſwar
, les grands avantages qu'il a remportés
fur lesAutrichiens, quin'onttenu ferme nulle part,
lenombre confidérable de prifonniers qu'il a faits,
les munitions de toute eſpèce , l'artillerie ,les dra(
157 )
peaux , &c. dont les troupes ſous ſes ordres fe
font emparé à cette occaſion;& il finit cette énumération
par promettre qu'il enverra inceſſamment
tous ſes trophées avec les prifonniers à Conſtantinople.
Si l'on confidère qu'au commencement
de cetteguerre laPorte croyoit avoir les plus fortes
raiſons de craindre pour fes propres états , que
les Autrichiens menaçoient d'envahir avec des
forces redoutables, on jugera aifément de la grande,
fenfationque ces bonnes nouvelles ont dû cauſer ,
tant dans le ferrail que dans toutes les claſſes des
habitans de la capitale. On croyoit , à la vérité ,
eatrevoir trop d'emphaſe & de vanité dans le;"
rapport que le Grand-Viſir a fait à la cour du
bon ſuccès des armes Ottomanes ; mais comme
quelques-uns des Miniftres étrangers en ont parlé
publiquement à-peu-prèsdans les mêmes termes ,
JeGrand-Vifir ne peut qu'être extrêmement fatisfaitde
l'impreſſion que les opérations ont faire,
généralement ſur tous les eſprits. »
« La Porte a reçu en même temps des av's
de la Moldavie, qui ne font pas , à beaucoup
pèrs , auſſi fatisfaiſans que ceux du Bannat : C'eſt
Maujoreni , l'Hoſpodar de cette province , qui lui
mande, par le canal du Grand-Viſir, que les troupes
ſous les ordres du Chan des Tartares & d'ibrahim- :
Pacha , n'ont pu parvenir à jeter des ſecours dans
Choczim; qu'elles ont même été forcées de ſe
replier fur la Valachie , par la marche que l'armée
des Ruffes , aux ordres du Comte de Romanzow ,
avoit faire en avant; de forte que tout étoit à
craindrepour cette fortereſſe , ainſi que pour toute
la Moldavie. Quelques-uns des Miniſtres de la
Porte rejettent la faute du mauvais ſuccès de cette
entrepriſe ſur les deux Généraux commandans qui.
en avoient été chargés , le Chan des Tartares ,
& Ibrahim-Pacha , en les accirfant l'an & l'autre
( 158 )
d'incapacité &de peu de courage. Mais les amis
deces derniers foutiennent , au contraire , qu'avec
des forces auſſi inférieures que ce'les de ces deux
Commandans , il ne leur étoit guère poſſible de
s'oppoſer aux progrès des ennemis combinés dans
la Moldavie , où il y avoit à peine 40 mille
hommes pour la défenſe de cette province , les
garniſons de Chocz'm ; de Bender , d'Iſmail &
deGalatz ycompriſes. >>
La Porte étoit également inſtruite de
l'affaire meurtrière qui s'eſt paſſée , le 28
août , devant Oczakof , affaire fur laquelle
la cohue des Nouvelliſtes a cru devoir
gliſſer, qu'on ne pouvoit étouffer longtemps
, & dont nous fommes heureux de
pouvoir préſenter à nos Le&eurs un précis
exact , d'après des lettres authentiques
écrites devant Oczakof le 29 ſeptembre.
« Nos politiques , voyant que le ſiége d'Oczakof
trainoit enlongueur, nous repréſentèrent cette
place commeprès de tomber aupouvoirdesRuſſes .
Je puis vous aſſurer qu'à la fin de ce mois, il
n'y avoitpoint encore de tranchée cuverte devant la
place, & que même au quartier général Ruſſe ,
on avoit peu d'eſpérance de faire cette conquête
durant la campagne : la préſence du Capitan-
Pacha , qui ne ſe trouve qu'à deux lieues d'Oczakof,
près de l'iſte de Berezan , la nombreuſe
garniſon, les pertes que les Ruſſes avoient faites
par les maladies & dans les diverſes ſorties des
Turcs, tout cela ſembloit rendre la priſe de cette
fortereffe, finon impoſſible , du moins très-difficile
pour cette année. >>>>
« On vous a parlé de la fortie que fit la ga
nifon d'Oezakof à la fin du mois d'août , mais
( 159 )
d'une manière vague & peu détaillée; ceper.dart
elle a été des plus meurtrières pour les aſſiégeans ,
qui y ont perdu p'uſieurs milliers d'hommes ,
quoi qu'en diſent ceux qui aiment à diffimuler la
Vérité : M. le Général Suwarow , qui commandoit
l'aile gauche de l'armée , avoit , dit-on , donné
occafion à cette ſanglante& vigoureuſe ſorte ,
par les défis qu'il ne ceſſoit de faire aux ennemis ,
qui enfin ſe jetèrent ſur les troupes fous fes ordres
avec tant d'impétuoſité & de furie , que ſi le
Prince Repnin n'eût vo'é à temps au ſecours
de ce Général , toute l'aile gauche auroit été immanquablement
taillée en pièces , tant la confuſion
qui s'y étoit miſe , étoit grande & irremédiable.
L'on fait que M. de Suwarow y a reçu
une b'eſſure dangereuſe ,& qu'un autre Général
y a perdu la vie , avec 30 Officiers de différens
rangs , qui furent tués ſur le champ de bataille ,
outre40auties Officiers qui y furent bleſſés. L'on
fait en outre que cet événement avoit engagé le
Prince Potemkin à faire quelques changemens dans
la poſition du camp & dans la diftribution des
troupes. A ce malheur il faut ajouter celui que
caufa un grand magaſin à poudre qui fauta dans
la fortereſſe de Kinburn , en emportant lagrande
égliſe au moment où elle étoit remplie de monde ,
de forte que 7 à 800 perſonnes avoient été enterrées
ſous fes raines, Enfin , les chaleurs exceffivas
de l'été n'ont pas peu contribué à la lenteur
des opérations de ce ſiége , lenteur qu'une arrièreſaiſon
trop pluvieuſe ne permet pas de réparer.
Voilà des raiſons p'us que fuffifantes pour perfuader
le public impart al qu'Oczakof , malgré
tout ce qu'on en dit, réſiſtera encore long-temps
aux forces réunies fous les ordres du Prince Potemkin.
<<
On a calculé que les recrues fournies
( 160)
aux armées de l'Empereur depuis le commencement
de la guerre actuelle , mon
tent à 89,447. On ajoute que la perte
de ces armées , tant dans les actions que
dans les hôpitaux , s'élève à 57,381
hommes.
Un Politique Allemand a mis fin à la
campagne actuelle, par un cours d'opérations
qu'il exécute , fans obſlacle , avec la
précifion ſuivante :
Le Maréchal Romanzow paſſera le Dnieſter , ſe
poſtera à la rive gauche du Pruth , joindra les
corps d'Elnpt & de Kamenskoi , chaffera les
Turcs&les Tatarsjuſqu'à Ismaïlor ,& les forcera
de paſſer le Danube : il laiſſera près de Bender
un corps pour obſerver les Tatars qui se font
voir de ce côté. L'armée deſcendra enfuite fur
la rive droite du Pruth jusqu'à Focfan , en chaffera
les Turcs & les Arnautes ; & lorſqu'elle aura
paſſé Jaſſy , le Général Spleny ſe portera, par le
défilé d'Oïtos , dans la Transylvanie , & fera occuper
tous les défilés près de Cronſtadr. Le corps
du Général Rall paſſera enfuite au défilé de Rothenthurm
, que leGénéral Fabris quittera , pour
foutenir , au défilé de Vulcan , le Général Stader.
Le corps près de Focſan deſcendra juſqu'à Euckareſt;
le Général Splény entrera en même temps
dans la Valachie par les défilés de Cronſtadt , &
formera l'avant-corps de l'armée combinée. Le
Général Fabris joindra le Général Stader , forcera
les Turcs de quitter la vallée d'Hazegg , & de fe
replier dans la Valachie par ledéfilé de Vulcan ,
&les pourſuivra auſſi loin qu'il pourra , afin
d'embarraſſer la retraite du Séraskier , poſté près
de Méhadie. En même temps , le corps poſté
( 161 )
au défilé de Rothenthurm , pénétrera plus avant
dans la Valachie , & ſe joindra à gauche au
corps de Spliny , & à droite , à celui de Fabris,
Decettemanière les Turcs feront obligés , dans la
campagne actuelle , d'évacuer la Moldavie & la
Valachie. L'armée principale dans le Bannat
retournera à la Save pour y recevoir le Grand-
Viſir , qui ſe porte de ce côté ; les Généraux
Wartensleben & Bréchainville reprendront leurs anciens
poſtes ; & lorſque le Général Fabris aura
pénétré dans la Valachie , ils attaqueront le
Séraskier , qui ſera obligé de ſe replier fur Orfowa.
Il ſera plus difficile de chaffer les Turcs des rives
du Danube , parce qu'ils peuvent recevoir des
ſecours de Belgrade & d'Orſowa. :
GRANDE - BRETAGNE.
DeLondres , le 11 Novembre.

i
La Nation a célébré , le 4, avec alégreffe
& reconnoiſſance , le Jubilé ſéculaire
de la Révolution qui , en 1688 , porta
Guillaume III ſur le Trône , ſanctionna les
principes du fameux Bill des Droits (Bill
of Rights ) , & affermit ſur une baſe , jufqu'ici
inébranlable, cette Conftitution où
les pouvoirs de la Couronne , de la
Nobleffe & du Peuple fe balancent
mutuellement. Du fond de l'Ecoffe , à
l'extrémité du Duché de Cornwall , les
différens partis , diviſés maintenant pour
d'autres intérêts que ceux qui animèrent
les Whigs & les Torys , ſe ſont accordés
,
( 162 )
,
danscette folemnité politique. Tous les
Citoyens , raſſemblés avec appareil dans
leursClubs particuliers , ont accompagné
cette Commémoration d'un ſervice divin
enactions de graces , de vores & de ſantés
patriotiques.On a diftingué principalement
ici , la Société dite de la Révolution , préfidée
par le Comte de Stanhope; le Club
qui ſe nommedesWhigs, forné des Membres
de l'Oppofition , & fous la direction
duDuc de Portland; enfin , le Club Conftitutionnel,
préſidé par Lord Hood. Dans ce
dernier
on avoit placé le portrait de
Guillaume III, orné de lauriers , & les
principales ſantés qu'on y porta , furent
aux droits du Peuple , à l'immortelle mémoire
de Guillaume , au Rai actuel & àfon
prompt rétabliſſement , &c. Le Club des
Whigs a arrêté l'ére&ion d'un monument
qui perpétue le ſouvenir de la Révolution ;
les deux autres , de propoſer un Bill au
Parlement , pour l'inſtitution d'une fête
publique annuelle, au mêmejour.-Nulle
part ce Jubilé n'a été célébré avec plus
d'enthouſiaſme qu'à Glaſcow. On y a bu
au Bill des Droits , à l'Habeas Corpus , à
la Tolérance , à la libérté de la Preffe , &
à la mémoire même de Jacques II , dont
les entrepriſes illégales avoient amené, dans
la GrandeBretagne, le meilleur ſyſteme de
liberté politique qui eût encore exifté. Le
1
( 163 )
dernier de ces Toafts « fut à la longue vie
» & au bonheur conftant deGeorge III ,
» l'exemple de ſes Sujets par fes vertus
>> privées , l'ami de la Conſtitution , le
>> protecteur des ſciences, des arts utiles ,
> & de tout ce qui peut fervir à l'avance-
>> ment de la vertu & de la félicité pu-
» bliques. >>>
وج
Aumoment mêmeque ſe prononçoit cet
éloge ſi vrai , & univerſellement répété ,
le Souverain qui en étoit l'objet , eft
devenu celui de la douleur pubique. La
maladie de S. M. , peu grave dans l'origine
, mais compliquée de manière à réſiſter
aux ſecours ordinaires de l'art , prit , dans
la nuit de mardi à mercredi dernier , le
caractère le plus alarmant. Le Docteur
Heberden & le Docteur Warren ſe joignirent
en conſultation avec le Chevalier
Baker. On appliqua les ventouſes avec peu
de ſuccès; les ſymptômes s'agravèrent le
jeudi ,& dans une nouvelle conférence
de Médecins , auxquels ſe joignit le Docteur
Reynolds , il fut décidé de ſaigner Sa
Maj. , & de lui appliquer un véficatoire
à la tête. Le Roi fut un peu plus tranquille
juſqu'au vendredi matin , que la
violence des accidens redoubla. L'alarme
& la déſolation de Windfor fe portèrent
dans la capitale , où l'on répandit
même que l'état de S. M. ne laiſſoit plus
( 164 )
d'eſpérances , & qu'il étoit abandonné des
Médecins . Les Grands- Officiers d'Etat &
l'Archevêque de Cantorbéry furent mandés
; le Roi étoit ſi mal , que leChancelier
, arrivé dès le matin , ne put être introduit
qu'à une heure de l'après-midi dans la
chambre de S. M. Chacun attendoit , dans
la plus pénible anxiété, la criſe tardive
qu'avoient fait eſpérer les Médecins. Les
courriers de Windfor à Londres ſe fuccedoient
d'heure en heure , lorſqu'enfin on
apprit que dans la nuit les véſicatoires fur
la tête avoient opéré , & qu'en conféquence
S. M. paroiffoit foulagée.
A quelques heures de tranquillité fuccédèrent
, vers les II heures du matin ,
le tranſport , les rêveries ,& tous les effets
d'une humeur maligne portée au cerveau,
On appliqua d'autres véſicatoires , l'on adminiſtra
au Roi les poudres de James ; &
la nuit du ſamedi au dimanche , les fymptômes
parurent moins fâcheux. M. Pin ,
Lord Carmarthen , le Secrétaire d'Etat de
la guerre , le Chevalier George Howard,
ami particulier de S. M. , le Ministre
d'Hanovre , & Milord North paffèrent le
famedi entier à Windfor , fans qu'aucun
d'eux pût être admis. Malgré l'effet fen.
fible des poudres de James , & quoique
l'auguſte malade eût dormi deux heures
d'un fommeil tranquille , les accidens re(
165 )
parurent le dimanche avec une nouvelle
force ; on appliqua les fangſues aux
tempes , & durant cette criſe , on perdit
l'eſpoir de conſerver S. M. Une déſolation
univerſelle ſe répandit dans le château &
dans le bourg. Le jour même , le peuple
de la capitale s'étoit porté en foule dans
les Egliſes , pour y intercéder le ciel : la
douleur publique , empreinte ſur tous les
viſages à la nouvelle du danger imminent
où ſe trouvoit le Roi , & qui fut bientôt
ſuivie du faux bruit de ſa mort , atteſta
les ſentimens qui accompagneroient ce
Monarque à fon tombeau.
La gravité des accidens ſe ſoutint jufqu'à
onze heures de la nuit d'hier lundi .
S. M. parut même quelques inſtans dans
une léthargie mortelle ; mais trois heures
de ſommeil calme ramenèrent des apparences
plus favorables : dans la journée ,
la fièvre diminua , au point que le pouls
ne donnoit plus que 80 battemens par
minute ; Sa Majeſté put prendre quelque
nourriture : fon état fut plus tranquille ,
& s'améliora encore dans la ſoirée. La
nuit dernière a été meilleure , la fièvre a
beaucoup diminué , & le Roi a dormi
quelques heures,
Il ſeroit difficile de peindre le déſeſpoir
de toute la Famille Royale. La Reine ,
inacceſſible , & plongée dans la douleur,
( 166 )
n'a pu foutenir de pareilles alarmes , fans
que ſa ſanté en ſouffrît. Le Prince de
Galles , qui , ainſi que ſon frère le Duc
d'Yorck , les Princeſſes & leurs oncles , a
donné, dans ces triſtes momens , les marques
de la douleur & de la piété filiale
la plus touchante , a été obligé de ſe faire
ſaigner.-LeGentilhomme de la chambre
de ſervice , eſt à S. James tous les jours ,
pour répondre aux demandes du Public
fur la ſanté de S. M.-Samedi, les fonds
tombèrent de près de 3 pour roo.
P. S. du 14. La ſanté du Roi continue à être
meilleure ;&quoiqu'on ne puiſſe encore le regarder
commehorsdedanger , les eſpérances renaiſſent.
La frégate la Rofe de 28 can. avoit
apporté dernièrement de Terre-Neuve ,
des dépêches du Contre-Amiral Elliot ,
Commandant de cette Station , qui
lui-même eſt entré ſamedi dernier à Portf
mouth , à bord du Salisbury de 50 can .
La Vengeance de 74canons, eſt fortie du baſſin
de Chatham , où elle a été complètement réparée.
Cevaiſſeau eſt actuellement auſſi bon que s'il étoit
neuf. Le Crown de 64 canons , que l'on arme pour
l'Inde , eſt pareillement forti du baſſin, après une
légère réparation. Le Fly de 16 canons, eſt entré
dans le baſſin pour y être réparé ,& on ſuppoſe
qu'il feramisdans peu en commiffion.-Le nouveau
vaiſſeau de 98 canons , dont on vient de
poſer la quille fur le chantier de Portsmouth , a
été nommé le Bulwark.
L'incertitude où l'on eſt encore fur le
fortde la petite eſcadre envoyée à la Baie
( 167 )
Botanique , donne lieu à des rapports plus
ou moins fufpecas. Aujourd'hui , on prétend
qu'un navire Danois ,venant des Indes
Orientales, rencontra, il y a quatre mois,
cette flotille , à la hauteur de l'iſle de la
Défolation , dans une grande détreffe , &
ſe gouvernant fur la Nouvelle Hollande.
Nous laiffâmes , il y a 15 jours , la
Duchefſe de Kingston revenue à Londres ,
prête à ſubir une procédure humiliante ,
& admife à caution. Avant d'entamer le
précis de cette Cauſe célèbre, ilfautrendre
compte d'un différend , non moins fingulier,
que ſoutint l'Accuſée, à la veille
de comparoître devant ſes Pairs , & enfoncée
dans l'étude de Taylor, des Inſtituts
de Coke, des State Trials , & autres livres
de Jurifprudence. Son Antagoniſte fut le
comédien Foote , Directeur du théâtre
d'Haymarket , fameux par ſon rare talent
pour la pantomime fatirique, & Auteur
dramatique de pluſieurs ouvrages.
Foote , admis dans les premières fociétés , &
à-peu-près du même age que la Ducheſſe , étoit
parfaitement inſtruit des anecdotes de ſa vie ; il
réſolutd'entirer parti. En conféquence , il écrivit
une pièce intitulée : un tour à Calais, ( a trip to
Calais); les ſcènes étoient piquantes , le caractère
de la Ducheſſe d'une vérité indicible, en un
mon, elle devoit rougir d'elle-même à la vue
d'un pareil portrait. Le deſſein de Foote étoit de
s'en faire bien payer la fuppreffion: Il lui fit parler
de la pièce par un tiers, laprévenantquecetre
comédie paroîtroit à l'ouverture du théâtre de
Haymarket , & il réuffit à l'alarmer. La Duen
la
( 168 )
cheſſe le fait prier de paſſer chez elle; il s'y rend,
ſon manufcrit en poche , dont elle lui demande
une lecture partielle. Foote choiſit le caractère de
LadyKitty Crocodile. Au bout de quelques tirades ,
laDucheſſe s'écrie : « Mais , M. Foote , cela eſt
>>ſeandaleux. Vous me peignez ſous les traits
>> d'une miſérable ! »-Vous,Madame la Ducheffe,
répond l'Auteur , vous vous tromper, ce n'est pas
vous. La Ducheſſe ſe calme un peu , & obtient
le manufcrit pourune après-dinééee.. LLee tableau lui
paroît trop reſſemblant pour qu'on puiſſe la méconnoître
, & en même temps trop plaiſant pour
qu'on ne rie beaucoup à ſes dépens. L'acheter ,
l'anéantir , c'eſt le meilleur parti . Elle en fait l'offre
au Comédien-Poëte , qui le taxe modérément
àdeux mil'e guinées : la Ducheſſe s'emporte, Focte
ne veut pas rabattre un ſchelin ; enfin elle en
offre quatorze cents ; elle va juſqu'à ſeize cents
que l'Histrion auroit bien fait d'accepter.>>>
« En toute autre circonſtance , cette affaire
n'eût pas fait plus de bruit que mille autres dont
on parle une heure dans les cercles , pour les cublier
enſuite parfaitement. Le procédé de Foote
réuniſſoit l'injustice & la cruauté. La victime de
ſen libelle étoit ſous le glaive de la loi ; toute
autre attaque devenoit une barbarie criminelle :
ſemerdes préjugés contre elle, c'étoit la précipiter
vers ſa ruine. Une fatale expérience a appris combien
il y a d'inconvéniens à foulever le public,
&les Juges, comme faiſant partie de ce public ,
contre un accuſé.- Une autre conſidération importante
devoit interdire toute attaque maligne ,
c'étoit le ſexe de la partie perſécutée; mais M.
Foote, né fatirique , n'épargnoit ni ſexe , ni âge ,
ni condition. Il avoit , au lieu d'un piſtolet , un
libelle à la main , avec lequel il exigeoit deux mille
guinées , en demandant l'honneur ou la bourſe ,
comme un voleur de grands chemins demande la
sbourſei
( 169 )
bourſe ou la vie. Touchés de ſa ſituation , les
amis de la Ducheffe intervinrent. Le Duc de
Newcastle fut conſulté , le Comte d'Hertford , en.
fa qualité de Chambellan de S. M. , cenfura la
pièce , & en défendit la repréſentation. Il y eut
plus, la Ducheſſe conſulta des gens de loi , qui
décidèrent que cette comédie étoit un libelle ,
& qu'en cas qu'elle fût repréſentée , la Duchefſe
devoit employer un copiſte pour recueillir
tous les paſſages injurieux dont on ſe ſerviroit
à intenter une action contre l'Auteur. Proba--
blement Foote en fut averti; peut- être auſſi vit-il
qu'il déplaifoit à ſes protecteurs par fon acharnement
contre la Ducheffe , & il commença à s'intimider
; bientôt il le prouva , en niant d'avoir
jamais demandé une ſomme auffi exo bitante que
deux mille guinées. M. Foster , Eccléſiaſtique refpectable
par fon âge & ſes qualités perſonnelles,
déclara, dansun affidavit , qu'il avoit été porteurde
paroles dans cette affaire ,& qu'il avoir reproché à
M. Foote ſa barbarie. On crut l'Eccléſiaſtique de
préférence au Comédien , qui en fut pour ſahonte
&ſa dépenſe d'eſprit. »
« La parte des ſeize cents guinées lui tenant
au coeur , il ouvrit une nouvelle négociation avec
laDuchefſe, en lui faiſant dire que s'il ne pouvoit
jouer le tour à Calais , du moins il étoit libre de
Pimprimer ; mais que , jaloux de faire quelque
choſe d'agréable à ſa Grâce , il fe contenteroit
du rembourſement des frais. (Les 1600 guinées
qu'elle avoit offertes y fuffiroient; il ne demandoit
pas un ſol au-delà , & moyennant cet
arrangement , la pièce ſeroit nulle &non avenue ).
La Ducheffe confulta ſes amis avec le projet de
n'écouter que ſon propre avis. Elle prépatoit
déjà la ſomme convoitée , quand le Comte de
Peterborough , le Docteur Ifaac Schomberg , M.
No. 47. 22 Novembre 1788. h
( 170 )
Foster , & M. Field , fon folliciteur , lui reprochèrent
ſa foibleſſe. Le Révérend M. Jackson ,
auſſi conſulté , dit à la Duchefſe : « Madame
>> au lieu de vous laiſſer rançonner par ce falt im-
>>banque , obtenez la preuve complette de la
>> menace&delademande; interrogez enſuitevotre
>> Conſeil , ſi l'on n'eſt pas fondé à pourſuivre un
>> homme qui tâche d'extorquer de l'argent par
>> des menaces. Votre Grâce doit ſe rappeler la
>> conduite du Duc de Marlborough , menacé par
>> un étranger qui en vouloit à ſa bourſe ,& ſe
>> régler là-deſſus. >>Tous les avis ſe réunirent à
celui-là , & M. Jackson conſentit à entrer en lice
avec Foote , à condition que la Ducheſſe ne rétracteroit
jamais ſa parole , ni ne ſe laiſſeroit arracher
une ſeule guinée. M. Jackſon alla trouver Foote.
Après les complimens ordinaires , il lui dit qu'il
venoit de la part & comme ami de la Ducheffe
deKingston , &qu'il eûtà déclarer catégoriquement
s'ilcomptoit faire imprimer ſa pièce , que leChambellan
avoit refuſé de laiſſer jouer. M. Foote com
mençoit un long narré ſur les dépenſes que cette
pièce lui avoit occaſionnées , quand M. Jackfon ,
l'interrompant bruſquement , lui dit : « Si vous
» croyez , monfieur , en entrant dans ces détails,
>> me faire entendre que la Ducheſſe doit vous
» défrayer de toutes ou d'une partie de vos dé-
>> penfes , je vous avouerai franchement que vous
>> perdez votre peine ; vous n'aurez pas un fol.>>
Foote voulutplaiſanter ,&lire fa lettre au Comte
d'Hertford , où il ſe plaignoit qu'on l'empêchât de
jouer une pièce, parce qu'ily diſoit qu'une femme
de qualité mestoit Jes manchettes de travers. Cette
réponſe étoit gaie , mais n'alloit pas au fait. MI
Jackſon lui répéta fa demande. Foote repondit :
« Oh , certainement je publierai la pièce , ſi la
>> Ducheſſe ne prend pas en conſidération la perte
( 173 )
» qu'elle me fait ſouffrir. » Cependant Foote , inquiet
, adreſſa à la Ducheſſe la lettre qu'on va
lire. C'étoit la faire triompher. Elle envoya
chercher M. Jackſon , le remercia de lui avoir
ſauvé 1600 guinées , & le pria de répondre en
fon nom à M. Foote : enfuite , & contre l'avis
du Docteur , elle fit inférer les deux lettres dans
les papiers publics , & ménagea ainſi un amuſement
à la malignité. "
Lettre de Foote.
« A fa Grâce la Ducheſſe de Kingston.
« MADAME ,
?
« Un membre du Conſeil-Privé , ami de votre
Grâce, qui m'a prié de ne point le nommer
mais que vous devinerez aiſément , vient de me
quitter ; il m'a expliqué , ce que j'étois bien loin
de croire , que la publication des ſcènes de la
pièce intitulée un tour à Calais , avec l'épître dédicatoire
& la préface , pourroient être , dans
les circonstances préſentes , d'une conféquence dangereuſe
pour vos affaires. »
«En vérité , madame , je ne vous veux aucun
mal , & je ferois très-fâché de rien faire d'injurieux
à votre nom . >>
« J'accorde donc à cette conſidération , ce que
ni les offres de votre Grâce , ni les menaces de
vos agens , n'ont pu obtenir de moi. Les ſcènes
enqueſtion ne feront point publiées , & il ne paroîtra
rien ſur mon théâtre ou venant de ma
part , qui puiſſe vous nuire,
«Pourvu toutefois que les attaques faites contre
moi dans les papiers , ne m'obligent point à agir
pour ma propre défenſe.»
Votre Grâce verra en conféquence la néceffité
de donner des ordres convenables , &c. »
Nort End.
Dimanche , Août 13 , 1775 .
1.
SAMUEL FOOTE .
hij
( 172 )
Réponſe de la Duchefſfe à M. Foote.
• MONSIEUR ,
« J'étois à dîner quand j'ai reçu votre lettre
peu ſenſée ; comme elle ne demande pas grande
attention, je veux bien perdre un moment ày répondre>.>
Un membre de votre conſeil- privé ne peut
jamais eſpérer d'être admis dans celui d'une femme
commeil faut.»
- Je fais trop bien ce que je dois à ma propre
dignité, pour me compromettre avec un vil afſaſtin
qui demande la bourſe. »
«Si je vous abhorrois auparavant pour vos
calomnies , je vous mépriſe aujourd'hui pour vos
offres de les fupprimer ; c'eſt une preuve de la
lâcheté de votre ſatire , que vous êtes prêt à
donner ou à retenir, felon la convenancede votre
cupidité. C'eſt vous qui , le premier , avez eu la
baſſeſſe de tirer l'épée , & fi je la remettois dans
lefourreau avant de vous avoir coupé les oreilles
& la figure , comme à un plat valet que vous
êtes , vous pourriez nier qu'il y eût du courage
dansune femme infultée , & de la baſſeſſe dans
un hiftrion calomniateur. »
Il ſuffiſoit de mon ſexe pour me mettre à
couvert des attaques d'un homme ; mais c'eſt au
defcendant d'un fapajou que j'écris , & je profanerois
le mot d'humanité , en l'appliquant à
M. Foote.n
« Revêtue de mon innocence , comme d'une
cotte de mailles , je ſuis à l'épreuve d'un camp
entier d'ennemis ,& sûre de n'avoir jamais offenfé,
du moins volontairement , un ſeul individu , je
ne doute pas qu'un peuple brave & généreux ne
me protège contre la malignité d'un coupe-gorge
de théâtre. Je vous apprendrai à vous ſouvenir
que, quoique par charité, je vouluſſe bien fub(
173 )
venir libéralement à vos besoins , je mépriſe la
morgue avec laquelle vous voulez me faire acheter
votre filence.>»
« J'avouerai pourtant qu'il y a dans votre
pitié quelque choſe qui m'indigne : une offre de
cette nature , de votre part , trahit tout-à- la-fois
votre inſolence& votre orgueil. La pitié que vous
m'envoyez , je la garde juſqu'au matin du jour
où vous rendrez l'âme à la potence ; je vous la
renverrai par un Amour , avec une boîte de pommade
pour les lèvres , & un choeur qui chantera
pour vous un requiem. »
:
Kingst n - House.
Dimanche 13 Août.
E. KINGSTON.
« P. S. Vous auriez reçu ma réponſe plus tôt ,
fi mafemme-de-chambre n'avoit pas été fi longue
à l'écrire. »
A la Ducheffe de Kingston.
" MADAME ,
» Quoique je n'aye ni le temps ni l'envie de
répondre aux groſſières attaques de vos agens ,
une correſpondance publique avec votre Grâce eſt
un trop grand honneur pour que je m'y refuſe. «
« Je ne puis m'empêcher de croire que vous
euffiez fait prudemment de répondre à ma lettre
avant le diner , ou du moins de remettre an lendemain
matin, heure fraîche & plus calme ; alors
vous auriez trouvé , à tête repoſée , que c'étoit
volontairement que je conſentois à la requête
dont vous aviez tâché , par tant de moyens ,
d'obtenir l'effet. >>>
•« Lord Mountstuart , aux aimables qualités duquel
je porte la plus grande eſtime, & dont vos
agens ont d'abord mis en jeu le nom fi mal-àpropos
, fait que quand j'ai eu l'honneur de le
voir à l'Hôtel de Kingflon , où votre Grâce m'avoit
hiij
(174)
donné rendez-vous,bien loin de ne rien folliciter
de votre charité , j'ai rejeté vos offres brillantes
avec tout le mépris qu'elles méritoient ; &dans
le fait , Madame, labonté de mon royal maître ,
&la bienveillance du public , m'ont mis à portée
de ne pas avoir beſoin de la vôtre. »
Mais pourquoi vous armer contre moi de votre
cottede mailles ? Je n'ai point d'intentions hoftiles.
C'est la folie & non le vice qui est de mon reffort.
Vous auriez dû vous apercevoir qu'il n'y a, dans
ces ſcènes que vous avez la mal-adreſſe de vous
appliquer , aucune allufion aux petits incidens de.
votre vie qui ont exigé la grande enquête de
la juſtice. Je ſuis pourtant enchanté d'apprendre
que votre robe d'innocence ſoit en ſi bon état;
je vous avoue que je craignois que vous ne l'euffiez
un peu trop uſée pour qu'elle fût encorede miſe.
Puiſſe - t - elle vous tenir chaudement l'hiver prochain

« Quant aux ancêtres que votre Grâce me
fait l'honneur de me prêter , je préſume que ce
font des perſonnages métaphoriques , & qu'elle
entend qu'ils ont donné naiſſance à ma muſe &
non à ma perſonne ; un Sapajou & une Catin ,
font , poétiquement parlant , de bons parens, furtout
pour unAuteur comique. Le premier , pour
répandre de l'humour & de la gaieté ; la maman ,
pour fournir les graces& les manières engageantes :
les Acteurs & les Catins, comme vous ſavez ,
vivent en amuſant le public. Votre Grâce eſt la
ſeule perſonne qui n'ait pas entendu parler des
femmes , qui , par de petites menées obſcures ,
font arrivées à de grandes&debrillantes fortunes.
Si vous croyez que je doive réellement le jour au
plaiſant aſſemblage qu'il vous a plu de faire ,
apprenez , Madame , que vous vous trompez
lourdement. Mon père étoit un Magiſtrat utile ,
& un reſpectable Gentilhomme de campagne .
( 175)
comme tout le Comté de Cornouailles peut vous
le certifier. Quant à ma mère, fille de Sir Edouard
Goodere , qui repréſentoit le Comté d'Hereford
, ſa fortune étoit conſidérable & fon moral
irréprochable ; quoiqu'il ait plu à votre Grâce de
déprécier l'une & l'autre , elle eſt morte âgée
de 80 ans ; & ce qui ſurprendra votre Grâce,
elle ne s'est jamais mariée qu'une fois dans fa vie.
Je vous fuis infiniment obligé du préſent que
vous me deſtinez pour le jour où , comme vous
l'exprimez ſi poliment , le bourreau m'étranglera.
Mais où votre Grâce trouvera-t-elle un Amour
pour m'envoyer la boîte à pommade ? j'ai bien
peurque l'amour& fes jolis petits frères , n'ayent
quitté depuis long-temps votre ſervice. »
« Faites-moi le plaiſir de me dire ſi votre
femme-de-chambre de confiance ne s'appelle pas
Jakfon ? & fi en général vous ne l'habillez pas
en noir aux dépens de vos jupons de deuil ? »
Ainfi pleuroitjadis la Matrone d'Ephese.
J'imagine que votre Grâce a pris l'idée d'un
pareil ſecrétaire dans ſon dernier voyage à Rome.
Vous y avez entendu parler d'un certain Jean ou
d'une certaineJeanne , qui autrefois fut élue Pape;
&, humble imitatrice de Sa Sainteté , vous aurez
converti un pieux Curé en femme-de-chambre :
le ſtratagême eſt neuf dans ce pays-ci , & cette
heureuſe invention doit avoir ſes agrémens particuliers.
Puiffiez - vous n'avoir jamais beſoin
dans aucun cas du bénéfice de Clergie. C'eſt le voeu
fincère de vot. , &c.
1
SAMUEL FOOTE.
( La fin dans huitjours. )
FRANCE.
De Versailles, le 12 Novembre.
L'Abbé de Moyria de Maillac , Chanoine de
hiv
( 176 )
Saint-Claude , le Baron d'Iſſelin, le Chevalier de
Sorans, les Marquis de Mouſtier & de la Poype,
Députés du Clergé & de la Nobleſſe de Franche-
Comté , ont eu Thonneur d'être préſentés au Roi
par le Maréchal d. Duras , Gouverneur de la
province; ils l'ont été ensuite à la Reine & à la
Famille Royale.
Le 9 de ce mois, les Députés des Erats d'Artois
ont eu une audience du Roi , à laquelle ils ont
été préſentés par le Duc de Guines , Gouverneur
de l'Artois , le Comte de Brienne , Miniſtre &
Secrétaire d'Etat , ayant cette province dans ſon
Département,& conduits par le Marquis deBrezé ,
Grad-Maître des cérémonies,M. de Nantouillet,
Maître des cérémonies , & M. de Wattonville ,
Aide des cérémonies. La Députation étoit compofée
, pour le Clergé, deDom Dallennes , Abbé
de 'Abbaye régulière de S. Be tin , diocèse de
Saint- mer , qui a porté la parole; pour la No.
bleffe , du Marquis de Creny ; & pour le Tiers-
Etat , de M. Duqueſnoy, ancien Echevin de la
ville d'Arras,
Le même jour , la,Marquiſe de Fontanges a cu
l'ho neur d'être préſentée à Leurs Majestés & à la
FamilleRoyale par laVicomteſſedeFontanges.
Le Roi ayant pourvu de la charge de Colonel
des Gardes- Françoiſes , vacante par la mort du
Maréchal Duc de Biron , le Duc du Châtelet , le
10 de ce mois , jour indiqué pour ſa réception ,
le Régimentdes Gardes-Françoiſes s'eſt rendu à
-Verſailles , & s'eſt formé en bataillon carré fur
la place d'armes. Le Roi s'y eſt rendu à cheval ,
&étant entré dans le bataillon carré , qui s'eſt
refermé auffi - tôt , les Officiers ſe ſont rangés en
cercle autour deSa Majeſté. Les tambours ontbattu
le ban , après quoi le Roi a ordonné au Régiment
des Gardes-Françoiſes de reconnoître pour fon
( 177 )
Colonel le Duc du Châtelet , &de lui obéir en
tout ce qui concerne le ſervice de Sa Majeſté.
Le Duc du Châtelet a enfuite prêté ſerment
en cette qualité , en préſence du Roi entre
les mains du Maréchal de Mouchy , que Sa Majeſté
avoit nommé à cet effet. Le Roi , après cette
cérémonie , eſt ſorti du bataillon , & s'eſt placé
vis-à-vis de la petite écurie. Là , Sa Majesté a
vudéfiler le régiment , ayant à ſa tête le Duc du
Châtelet, qui s'eſt rendu auprès d'Elle , lorſque la
première Compagnie a eu défilé.
Le mêmejour , le Duc du Châtelet , conformément
à l'uſage , a monté la garde , à la tête de
fix Compagnies des Gardes-Françoiſes.
Le 10 , M. de Brou , Conſeiller d'Etat , Directeur
& Adminiſtrateur-général des Economats ,
à qui le Roi a accordé la Charge de Premier Préſident
de la Cour des Aides , a eu l'honneur d'en
faire fes remerciemens à Sa Majeſté , étant préſenté
par le Garde-des-Sceaux de France.
LeRoi ayant diſpoſé de la Charge de Premier
Préſident duGrand-Conſeil, vacante par la démiſſion
de M. de Nicolaï , en faveur de M. Daval de
Montmillan , Préſident de cette Cour ,& de celle
de Procureur-général , vacante par la mort de M.
Débonnaire , en faveur de M. de Vaucreſſfon , Premier
Avocat-général de la même Cour , ces deux
Magiſtrats ont eu , le 11 , l'honneur de faire leurs
remerciemens à Sa Majesté, étant préſentés par le
Garde-des-Sceaux de France.
DeParis, le 19 Novembre.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 16
octobre 1788 , concernant les Mouffelines
& Toiles de Coton. ( Cet Arrêt prohibe
de nouveau l'introduction dans le royau-
:
F
hv
( 178 )
the, des Mouffelines & Toiles de Coto
autres que celles provenant du commer
de la Compagnie des Indes .)
Nous avons rapporté quelques particularités
de l'ouragan qui a déſolé Saint-
Domingue au mois d'août : on attendoit
des nouvelles détaillées de la Martinique ,
où l'on ſavoit que le dommage avoit été
conſidérable. La Gazette de cette ifle a
en donné le récit affligeant que voici :
«Dès la journée du 11 , l'atmosphère , devenu
fort bas & très-embrumé , fut un ſiniſtre
préſage. Dans la ſoirée du 13 , l'inconftance des
vents, les calmes qui fuccédoient fréquemment à
de légères bouraſques , & la chaleur extraordinaire
que l'on éprouvoit , donnèrent à tous les
obſervateurs des inquiétudes qui furent malheureuſement
juſtifiées. Le 14 au matin , le vent
au N. N. E. fouffloit avec aſſez de violence d'un
moment à l'autre , accompagné de quelques
ondées de pluie. Le baromètre étoit deſcendu
d'environ deux lignes à onze heures , il deſcendit
avec beaucoup de rapidité de pluſieurs lignes.
Tous les fignes qui annoncent les ouragans ſe
manifeſtèrent alors; des nuages grifâtres & trèsbas
s'amonce èrent dans la partie du Nord ; l'horizon
s'embruma de tous les côtés : on voyoit
déjà des tourbillons de vent courir avec fracas
fur la mer , & former des eſpèces de trombes.
A deux heures après midi , le vent , qui avoit
paſſé preſqu'entièrement au Nord , devint toutà-
coup fi impétueux , que nous ne doutâmes plus
du malheur qui alloit fondre fur la Colonie,
Chacun alors ne fongea plus qu'à préſerver ſes
propriétés& fa vie. Les Bâtimens du cabotage&
(179 )
les Américains , mouillés dans notre rade, mirent
à la voile pour gagner le large. Vers les quatre
heures & demie du foir , un Bateau François ,
arrivé le matin de la Guadeloupe , chargé de coton
, ne put jamais parvenir à gagner le large , &
vint ſe perdre à la cale de la Madeleine ; laGoëlette
Américaine la Lucrèce eut le même revers ,
& s'échoua à l'embouchure de la rivière du Fort.
(Le coton a été ſauvé , & perſonne n'a péri dans
ces deux naufrages), A fix heures & quelques
minutes , l'ouragan parut vouloir s'appaiſer , &
nous permit quelques inſtans de fortir de nos
maiſons pour reconnoître ſes triſtes effets ; mais
ce n'étoit qu'une fauſſe apparence : il fallut bientôt
ſe renfermer; le vent reprit toute fa fureur , &
continua ſes ravages juſqu'à ſept heures ſeize minutes
du foir. Le baromètre étoit alors à douze
lignes au-deſſous de fon terme moyen ; quelques
minutes après le vent s'affoiblit un peu. Il varia
quelques inſtans du N. O au S. O. Le baromètre
remonta alors d'environ quatre lignes , &demeura
fixé pendant près d'une heure. A fept heures quarante-
neuf minutes ,le vent paſſa au Sud , & il
éclata avec une violence prodigieufe. On trembloit
qu'il ne ſe ſoutint long-temps à ce dernier période ,
&que , par ſa durée, il ne conſommât la ruine
totale de notre bourg , ainſi que celle de la partie
du Sud. Il ne conſerva heureuſement toute ſaviolence
que durant l'eſpace d'environ vingt-deux à
vingt-cinq minutes : il ſe calma inſenſiblement.
Ahuit heures trois quarts , le baromètre commença
à remonter juſqu'au lendemain matin ,
qu'il ſe trouva à fon terme moyen, »
Le 15 , à la pointe du jour , empreſſés de
connoître nos pertes , nous jugeâmés , par les
dommagésque venoient d'éprouver les maiſons de
Saint-Pierre , par les tuiles tombées dans les rues
1
hvj
(180 )
,
de ce bourg , & par l'aſpect triſte &dépouillé des
campagnes voiſines , que les quartiers de l'Iſle ,
depuis la Pointe du Prêcheur juſqu'à Sainte-Marie ,
plus expoſés au vent du Nord , avoient dû fouffrir
conſidérablement. Quelle a été notre douleur
lorſque nous avons appris que les traces du dernier
ouragan y étoient pour le moins auffi affreuſes
que celles du coup de vent de 1766 ! Des
habitations entièrement dévaſtées , fur leſquelles
on cherche en vain les veſtiges des Bâtimens &
des plantations : des malheureux fuyant la mort
d'un Bâtiment à un autre ,& ne pouvant l'éviter ;
les cris de l'épouvante , du dſeſpoir& de la douleur,
à peine entendus au milieu du mugiſſement
continuel des vents & du fracas occaſionné par la
chute des Bâtimens ; des pères de famille , entourés
de leurs enfans & de leurs domeſtiques ,
balançant entre le danger de reſter dans une maiſon
ébranlée , & celui de s'expoſer à être écraſés
en fortant; des eſclaves enſevelis ſous les décombres;
d'autres bleſſés à mort par des tuiles ou des
chevrons; des enfans bravant tous les périls pour
ſauver leür père ; une fille atteinted'un coup mortel
en exerçant cet acte de piété filiale; des femmes
tuées& bleſſées dangereuſement dans le dernier
aſyle qu'il leur reſtoit; d'autres évanouies& portées
par leurs eſclaves au milieu de la campagne;
des mères éperdues , preſſant leurs enfans contre
leur ſein , & ne paroiſſfant craindre la mort que
pour eux; enfin les plus heureux dans ce moment
épouvantable , ceux dont le fort étoit le plus
digne d'envie , couchés ſur une ſavane , brûlés par
une pluie de feu , dont chaque goutte ſembloit
-être un aiguillon , étouffés par la violence du
vent, & à chaque inſtant fur le point de perdre
la vie avec la reſpiration. Tel eſt le tableau , encore
trop foible , qu'on peut ſe faire de l'état où
( 181 )
ſe ſont trouvés , le 14 , entre cinq& fix heures
du foir , les habitans du Prêcheur , de la Baſte-
Pointe , de la Grande-Anſe , du Marigot & de
tous les autres quartiers expoſés au Nord. Il n'en
eſt preſque point , dans cette malheureuſe partie
de'Iſle , qui n'ait été , pour ainſi dire , foudroyé
dans toutes ſes poſſeffions , qui n'ait perdu prefque
tous les Bâtimens de ſa manufacture. »
*On a obſervé au vent de l'ifle , qu'à cinq
heures trois quarts du foir , le baromètre a
deſcendu cinq lignes plus bas qu'en 1766 , & qu'il
eſt venu juſqu'à vingt- ſept pouces quatre lignes ;
ce qui prouve qu'en ce moment , le vent a furpaſſé
en impétuoſité celui de l'époque qui étoit
citéecomme la plus déſaſtreuſe. On ne peut pas ſe
figurerà quel point auroit été portée la dévaſtation ,
ſi le vent ſe fût foutenu encore une demi - heure
à ce dernier degré de violence. »
« La ſituation reſpective des différens quartiers
de l'Iſle ne nous étant connue encore que par des
rapports , qui varient à l'infini , ſuivant lesdifférentes
poſitions des habitations , nous nous réſervons
d'en faire un tableau bien circonstancié. En
attendant , on peut être certain que la partie de
l'Iſle expoſée au vent du Nord , a été horriblement
maltraitée; que l'autre partie a ſouffert des
dommages moins confidérables , foit dans ſes Bâtimens
, foit dans ſes plantations de fucre & de
café; mais , qu'en général , toutes les plantations
en vivres du Pays ont été dérruites. »
« L'habitation qui a le plus ſouffert dans les
environs de Saint-Pierre , et celle des Religieux
de la Charité. L'ouragan lui a emporté fon moulin
à fucre, toutes ſes caſes à Bagaſſe , beaucoup
de cafes à Nègres , & fa grande couliffe. La purgerie
, l'étuve & le logement ont été entièrement
découverts.
يف
( 182)
«MM. les Général & Intendant ſe ſont empreſſés
, avec le zèle & la ſenſibilité qui les caractériſent
, de donner les ſecours de première néceflité
aux habitans dont ils ont pu connoître là
détreſſe. "
« Il a été publié , par le Gouvernement , une
Ordonnance proviſoire, qui permet aux Bâtimens
étrangers d'introduire , juſqu'au premier Janvier
prochain excluſivement , dans les Ports du Fort-
Royal , de la Trinité , dans l'Anſe du Marigot&
la rade de Saint-Pierre , des bois , clous , ferrures ,
morue , riz , maïs , boeuf ſalé , poiſſon ſalé, animaux
vivans , volailles , oignons & patates , en
ſe ſoumettant aux viſites d'Ordonnances , &c. »
« Le Bateau du Roi le Coureur , s'eſt perdu au
Fort- Royal , devant la Savanne , ainſi que le
Brick Américain le Lively , de Newbury , qui
étoit allé caréner au Fort-Royal , & le Bateau
le Dispatch , de Philadelphie. >>>
«Nous n'avons, juſqu'à préſent , aucune nouvelle
de la Guadeloupe ni des autres Ifles Françoiſes
, qui , par leur fituation , ont pu être expoſées
aux ravages de l'ouragan . »
Baflin , Libraire , vient d'imprimer , en 6 vol .
in- 8°. , une Edition des Mémoires de Sully , avec
les portraits de çe Miniftre & d'Henri IV, des
Obſervations ſur le texte , & des tables faites
avec la plus grande exactitude. Prix, broché , 30 liv.
Cette Edition très-foignée , comme toutes celles
du même Libraire , mérite la préférence à plus
d'untitre , & c'eſt la première des Mémoires qui ait
paru dans ce format.
François-Jean , Marquis de Chatellux , Maréchal
des camps & armées du Roi , Inſpecteurdiviſionnaire
, Commandeur de l'Ordre royal ,
militaire & hofpitalier du Mont-Carmel, de la
Société de Cincinnatus,Gouverneur de Longwy ,
( 183 )
l'un des 40 de l'Académie Françoiſe , Membre de
celle de Nanci , Boſton & Philadelphie , eſt mort ,
à Paris , le 24 octobre.
Louiſe-Jeanne-Marie- Catherine de Lantilhac
deSédieres, épouſe de Conſtantin Gravier, Comte
de Vergennes , Conſeiller d'Etat , Colonel d'Infanterie,
Capitaine-Colonel des Gardes de la Porte
du Roi , Miniftre plénipotentiaire de S. M. près
de l'Electeur de Trèves , eſt morte , à Paris , le
29 du même mois,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France, le 17Novembre
dernier , font : 67 , 78,68,82 & 72 .
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 15 Novembre 1788.
Le Baron d'Alvenfloben , Envoyé Extraordinaire
de S. M. Pruſſienne à laHaye,
paſſe à Londres en la même qualité , & a
pris congé des Etats-généraux , le 31 du
mois dernier , par le Diſcours ſuivant.
HAUTS ET PUISSANS SEIGNEURS.
Le Roi , mon Maître , a trouvé bon de mettre
fin à la Miſſion dont il m'avoit honoré auprès
de Vos Hautes-Puiffances ; & Sa Majesté m'ordonne
en conféquence de leur préſenter la lettre
ci-jointe , qui décide mon rappel. En m'acquittant
de cette dernière fonction de mon ministère , je
fais un devoir , Hauts & Puiſſans Seigneurs , de
vous exprimer ſes ſentimens , dont je ſuis pénétré
en vous quittant. La carrière diplomatique que
( 184 )
j'ai parcourue dans ce pays, ſera toujours unedes -
époques des plus mémorables & des plus intéreſ-*
ſantes de ma vie. J'ai vu conſolider l'heureuſe révolution
qui a rendu le calme & la tranquillité
aux Provinces-Unies : j'ai vu raffermir la conſtitu
tion ſur ſa véritable baſe , lui donner une nouvelle
force& une nouvelle ſanction : j'ai été le téinoin
& le coopérateur des alliances qui ſont deſtinées
à la maintenir : j'ai vu adopter & réuffir des
meſures , dont l'efficacité & la ſageſſe concourent
ſi eſſentiellement au bien-être de l'Etat ; enfin , j'ai
la fatisfaction de laiſſer en partant à Vos Hautes-
Puiſſances, d'après l'ordre exprès du Roi , les aſſurances
les plus pofitives de l'amitié invariable
que Sa Majesté leur porte , & fon défir conſtant
à entretenir avec Elles l'intimité la plus parfaite.
Il me reſte à offrir à Vos Hautes-Puiſſances ma
reconnoiſſance & mes remercîmens de toutes les
marques de confiance & de bienveillance qu'elles
m'ont accordées pendant mon ſéjour à la Haye ,
tant en ma qualité miniſtérielle que perſonnellement.
Heureux d'avoir pu me les concilier , j'en
emporte le ſouvenir le plus flatteur , en vous
priant , Hauts & Puiſſfans Seigneurs , d'agréer les
voeux que je forme pour votre patrie , pour les
membres de votre illuſtre aſſemblée , pour ceux
qui participent au miniſtère & au gouvernementde
l'Etat. Je ſaiſis en même temps l'occaſion de
mettre au jour le dévouement refpectueux qui
m'attache au Séréniſſime Chefde la République ,
& à l'auguſte Princeſſe qui partage ſi juſtement
avec lui l'amour de la Nation. La proſpérité &
l'éclat de cette auguſte Maiſon , ſi indiſſolublement
unis à la félicité de la République , intéreſſeront le
Roi entout temps ,&cimenteront de plus en plus
les heureuſes liaiſons qui ſubſiſtent entre S. M.&
Vos Hautes-Puiſſances.
AlaHaye, le 31 Octobre 1788 .
(Signé , ALVENSLEBEN.)
( 185 )
LeBey de Tripoli a envoyé un Ambaffadeur
au Stadhouder , pour le féliciter
fur la réintégration dans ſes dignités Cet
Envoyé a préſenté à S. A. une felle &
desharnois très -riches, & a reçu en retour
une fomme confidérable.
Il ne reſte plus d'incertitudes ſur les derniers
mouvemens de l'Empereur , redevenu
maître d'une partie des lieux envahis
par les Turcs dans le Bannat. Le Supplément
de laGazettede Vienne , du 1 .
de ce mois , l'annonce dans un rapport
dont voici la ſubſtance :
er
« Sur l'avis de la retraite desTurcs de Carenſebes
à Platina , l'Empereur réſolut de laiffer à
Lugos leGénéral de Ifartensleben , & de marcher
lui-même vers Pancfova , afin de chaſſer entièrement
l'ennemi du plat pays. En conféquence , Sa
Majesté ordonna au Major-Général de Harrach
d'avancer avec ſon corps , à gauche par Werſchez,
du côté de Vipalanka , tandis que le Général d'Alton
marcheroit par la vallée de Karaſſowa juſqu'à
Weiskirchen. L'Empereur s'étant mis en marche
àla tête de l'armée , arrivale 20 octobre à Sakula ,
& pouſſa , le 22 , juſqu'à Jukaba. Par des lettres
trouvées fur un Pacha , pris par le corps du Général
d'Harrach , on apprit qu'i ſe trouvoit à Panc
ſova deux Pachas avec environ 12 à 15000 hommes
: l'Empereur réfolut d'attaquer le lendemain
ce corps ; mais l'ennemi , après avoir mis le feu
à Pancſeva , avoit déjà paſſé la Temeſch , &fe
retiroit du côté de Belgrade. Les Huſſards de
Wurmfer le fuivirent , tombèrent ſur l'arrièregarde
, en tuèrent quelques-uns , firent pluſieurs
prifonniers , s'emparèrent de charriots munition(
186 )
naires , & occupèrent Pancſova. Mehmich Pacha
fut tué dans cette action ; la perte des Huſſards
monte à 30 , tant tués que bleſſés. Pendant l'ac
tion , leGénéral d'Harrach s'étant porté ſur Vipalanka
, y entra, en chaſſa l'ennemi , & força la
garniſonde la redoute , compoſéede 420hommes ,
àcapituler ; on lui accorda une libre retraite. L'Empereur
laiſſa le Général Clairfait à Pancfova , &
ayant appris que les ennemisaugmentoientbeaucoup
en nombre près de Belgrade, il ſe mit en marche,
le25 octobre , versOppowa, pour joindre le Général
de Gemmingen du côté de Semlin.
Des lettres de Caransebes , du 13 octobre
, annoncent une petite action entre
un détachement du Corps de Wartenfleben
, & un Corps ennemi de 500 hommes
environ , dans laquelle nous avons
perdu 58 hommes ; deux Officiers font
tombés entre les mains de l'ennemi. Les
montagnes du Bannat font remplies de
neige.
P. F. GOSSE, Libraire & Imprimeur de la
Courà la HAYE , vendra , le 9 Décembre prochain ,
&jours ſuivans , la BIBLIOTHÈQUE de feu Meſſire
JACOB - JEAN , Comte & Seigneur Banneret de
WASSENAAR tot WASSENAR & ZUYCLWYK ,
SeigneurD'OBDAM, Henbræk, Spierelzk, Wogmeer,
&de la Seigneurie libre de Lage , Seigneurde
Weldam & Oliedam , & en fon vivant .Membre
de l'Ordre Équeſtre de la Province de Hollande
&deWeftfrife , &c. &c. &c. Cette Bibliothèque
confifte en, une très- belle Collection de Livres en
tous genres de Littérature ,& en toutes fortes de
Langues , parmi lesquels ilſe trouve un nombre d'ouvrages
très-rares , plufieurs conſidérables & de belles
( 187 )
éditions , généralement bien conditionnés , & la
plusgrande partie reliés très- proprement ; & auffi
en une Collection de Muſique , d'Ouvrages ,
d'Estampes, Deſſins , Eſtampes détachées des meilleurs
Maîtres d'Italie , de France , d'Angleterre&
des Pays - Bas. Le Catalogue ſe diſtribue chez le
ſuſdit Librare ; chez Prevost , Libraire , quai
des Augustins , à PARIS , & dans les principales
Vil'es de l'Europe , chez la plupart des Libraires.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Cause entre la Dame de Sérilly , les Créanciers du
Sieur de Sérilly , & M. le Procureur - général.
La veuve d'un Comptable, décédé en faillite ,
ne peut , même en vertu d'une des clauſes de fon
contrat de mariage , réclamer ſes diamans , bijoux ,
dentelles , &c. qui font toujours cenſés lui avoir
étédonnés par fon mari , ſi elle ne juſtifie du contraire
pardes quittances de Marchands &Ouvriers:
c'est ce qui a été jugé dans l'eſpèce que nous allons
rapporter. Sur la fin de l'année 1779, la demoifelle
Thomas de Dommangeville épouſa le ſieur
Maigresde Sérilly , Tréſorier des dépenſes de la
Guerre. Par le premier article de fon contrat de
mariage , il eſt dit qu'il n'y aura point de communauté
entre eux. Par le troiſième , il eſt convenu
que chacun des époux devant jouir ſéparément
de ſes biens , la dame de Sérilly aura la libre
adminiſtration des ſiens , auquel effet le ſieur de
Sérilly l'autoriſe à toucher ſes revenus fur ſes ſimples
quittances . Le quatrième article porte que
les biens & droits actuels de la dame de Sérilly
confiftent ence qui doit lui revenir des ſucceſſions
de ſes père & mère , & de celle d'Antoine-François-
Thomas de Dommangeville , l'un de ſes frères ,
( 188 )
&des comptes de tutelle que lui doivent ſes tuteurs.
Par le ſixième article , le ſieur de Sérilly
ſe charge de toute la dépenſe de la maiſon , ſoit
pour nourriture& logement de lui & de la dame
fon épouse , foit pour le logement , gages & habillemens
de leurs domeſtiques, achats & nourriture
des chevaux, équipages & autres acceſſoiresde
ménage , foit enfin pour les nourriture , entretien
&éducation des enfans à naître , ſans que la future
épouſe ſoit tenue de contribuer à aucunes de ces
charges ſur ſes revenus , qui lui demeureront en
entier pour ſes dépenſes perſonnelles . L'article 7
contient conſtitution de coco livres de rente de
do aire préfix au profit de la future. L'article 8
lui accorde 20 o liv. par an , pour lui tenir lieu
de droit d'habitation. Enfin , le neuvième articleeſt
ainſiconçu:Arrivant le prédécès du Seigneur
futur époux, foit qu'ily ait des enfansdudit mariage,
foit qu'il n'y en ait pas , la dame future épouſe
reprendra comme à elle appartenans tous les habas,
linges&dentelles , hardes , toilettes , & tous
les diamans , pierreries & bijoux qui ſe trouveront
ſervir à ſon uſage perſonnel, les meubles qu'elle
rouvoit avoir achetés , en juſtifiant des quittances
des Ma chands & Ouvriers , & en outre fur les
Liens du fieur futur époux 20,000 liv. de meubles
meublans & de vaiſſelle d'argent , ſuivant la priſée
& fans crûe , par forme de préciput & gain
de ſurvie conventionnel , fans autre préciput &
gainde ſurvie coutumiers, auquel il eſt expreſſément
renoncé; & fi c'eſt la dame future épouſe qui
prédécède, en ce cas, le Seigneur futur épouxprendra
aumêmetitre les diamans , pierreries&bijoux
à l'uſage perſonnel de ladite future épouſe, ſoit
qu'il y ait enfans dudit mariage, ſoit qu'il n'y en
ait pas;tous les autres biens de ladite dame future
épouſe appartiendront àſes enfans, héritiers& re
( 189 )
préſentans. Telles ſont les différentes clauſes du
contrat de mariage des fieur &dame de Sérilly,
dont on argumentoit dans la cauſe. Le ſieur de
Sérilly ayant fait faillite dans le courant de l'année
1786 , M. le Procureur -Général de la Chambre
des Comptes a fait appoſer les ſcellés chez lui ,
pour fûreté de la créance du Roi. Sous les
ſcellés il ſe trouva pour 55,309 liv. I fol 8
deniers de diamans , bijoux , pierreries , dentelles
, toilettes , linges & hardes à l'uſage perfon.
nel de la dame de Sérilly; elle les réclama commelui
appartenans , & ne faiſant & ne pouvant faire
partiedes biens du ſieur de Sérilly , fon mari . =
M. le Procureur-Général & les créanciers du ſieur
de Sérilly s'oppofèrent à cette réclamation ; de
plus , M.le Procureur-général conclut à ce que la
dame de Sérilly fût condamnée à rapporter à la
maſſe la fomune de 80,000 livres pour ſes penfions&
nourriture pendant l'eſpace de ſept années
que le ſieur de Sérilly avoit en ſeul toutes
les charges du ménage. Ainſi deux objets de conteſtation
, 1°. la réclamation de la dame de Sérilly,
2º. la demande particulière de M. le Procureurgénéral.
Sur le premier objet, la dame de Sérilly
oppoſoit que jouiſſantde ſon chef d'environ
20 à 25,000 liv. de revenu , & n'étant obligée à
aucunes charges par ſon contrat de mariage , elle
avoit bien pu , dans l'eſpace de ſept années , acheter
pour 50 à 60,000 livres d'effets de ſes économies ;
que d'ailleurs la majeure partie de ce qu'elle réclamoit
lui avoit été donnée par ſes parens&amis ,
àl'occaſion de ſon mariage ; que de cela ſeul que
ces effets étoient à fon uſage perſonnel , ils étoient
cenſés lui appartenir; qu'enfin , la preuve qu'ils lui
appartenoient en effet, réſultoit de l'article 9de
fon contrat de mariage , qui l'autoriſoit à les reprendre
comme ſiens , après le décès de fon mari ,
(190 )
fans qu'elle fût tenue d'en montrer autrement la
propriété ; à la différence des meubles meub'ans ,
qu'elle ne pouvoit réclamer ſans juſtifier , par des
quittances d'ouvriers ou de marchands, qu'elle les
avoit payés de ſes deniers.=Sur le ſecond chef,
elle ſe prévaloit de la ſixième clauſe de ſon contrat
de mariage , qui l'affranchiſſoit des charges
auxquelles on vouloit aujourd'hui l'aſſujétir : clauſe
qui,bienquepeu commune,ne renferme cependant
riendecontraire aux bonnes moeurs , ni aux loix ,
qui par conféquent devoit recevoir ſon entière
exécution.=M. le Procureur-général& les créanciersdu
ſieur de Sérilly répondoient fur lepremier
chef, qu'en point de droit , tout ce qui ſe trouve
dans le domicile du mari , eſt cenſé par cela ſeul
lui appartenir , à moins que le contraire ne ſoit
prouvé par des titres non ſuſpects , ce qu'ils établiſſoient
par l'autorité des lois romaines, le ſentiment
des auteurs les plus eſtimés , & la jurifprudence
des arrêts. A ces autorités générales ils
en ajoutoient une particulière , qui a lieu relativement
aux comptables , c'eſt celle qui réſulte de
l'article 5 de l'édit de 1669 , lequel s'exprime
ainfi : " Voulons tout ce que deſſus avoir lieu ,
> nonobſtant les oppoſitions & actions des femmes
> ſéparées de leurs maris , à l'égard des effets
>> trouvés dans la maiſon d'habitation du mari ,
» qui n'auront appartenu à la femme avant le
» mariage , même ſur le prix des immeubles ac-
» quis par elle depuis la ſéparation , s'il n'eſt juf-
>> tifié que les deniers employés à l'acquiſition lui
>> appartiennent légitimement ». Ainfi , diſoient
M. le Procureur- général & les Créanciers du ſieur
de Sërilly , pour que la réclamation de la dame
de Sérilly fût fondée , il faudroit donc qu'elle
prouvât que les effets qui en ſent l'objet , lui
appartiennent légitimement ; or , c'eſt ce qu'elle
( 191 )
ne fait point; elle prétend bien , à la vérité , que la
majeure partie de ces effets lui a été donnée
par ſes parens ou par ſes amis , & qu'elle a pu
acheter le ſurplus de ſes économies ; mais ce ne
font -là que de ſimples allégations que rien ne
justifie , & qui , par conséquent , ne fatisfont en
aucune manière aux loix générales & particulières
qu'on lui oppoſe. Elle ne fauroit tirer aucune
induction de ce que les effets réclamés par elle
font à fon uſage perſonnel , parce que les loix
veulent qu'on préſume qu'ils ont été donnés par
ſon mari , tant qu'elle ne juſtifie point qu'elle les
a achetés & payés de ſes deniers .= Vainement ,
pour ſediſpenſer de faire certe juſtification , invoque-
t-elle lafixième clauſe defoncontrat de mariage;
car, en ſuppoſant que telle eût été l'intention des
parties , une pareille clauſe ne pourroit pas valoir ,
perſonne ne pouvant s'affranchir de l'empire des
lois,&rendre fans effet leurs diſpoſitions ; mais,
dans la vérité , ce n'eſt point là le but de cette
clauſe , elle ne contient autre choſe qu'un préciput&
un gain de ſurvie ; ce qui ne permet pas
d'en douter , c'eſt que la dame de Sérilly n'eſt
admiſe à reprendre les effets dont il s'agit , que
dans le cas où elle ſurvivra ſon mari , caractère
propre & effentiel de ces fortes de ftipulations.
Tels étoient les moyens de M. le Procureur-général
& des Créanciers du ſieur de Sérilly , fur le
premier chef de la conteſtation. = A l'égard du
fecond chef, M. le Procureur-général obſervoit que
laclauſedu contrat de mariage des ſieur & dame
de Sérilly , qui mettoit ſur le compte du mari
toutes les charges du ménage , étoit infolite , extraordinaire
, abuſive ; que l'une des premières
obligations du mariage étoit de contribuer aux
dépenſes qu'il entraîne; que cette obligation étoit
commune aux deux époux , & ne frappoit pas
( 192 )
moins fur la femme que ſur le mari ; qu'il étoit
contre l'équité d'en affranchir l'une des parties ;
qu'il y auroit fur-tout beaucoup d'inconvéniens à
fouffrir quele Comptable endemeurât ſeul chargé,
parce qu'il feroit à craindre que , n'ayant point
affez de revenu pour fatisfaire à toutes ſes charges ,
il ne fût tenté d'y fuppléer aux dépens de ſa caiffe;
que comme il exiſtoit une loi qui défendoit de
prononcer aucune ſéparation entre Comptables ,
fi ce n'eſt en préſence des ſubſtituts de M. le Procureur-
général , il ſeroit à ſouhaiter qu'on en fit
une autre , pour ordonner qu'ils ſeroient appelés
aux contrats de mariage des mèmesComptables,
afin de veiller à ce qu'on n'inférât pas des clauſes
préjudiciables aux intérêts du Roi ; qu'en attendant
il lui paroifloit juſte de ne point s'arrêter à celle
dont il s'agit , &d'obliger au moins la dame de
Sérilly de rapporter à la maſſe des Créanciers de
fon mari , ce qu'elle auroit dû lui payer pour ſes
nourriture & penſionnss.. Sur cela ,« arrêt con-
>> tradictoire , du 14 Mars 1788 , qui déboute la
n dame de Sérilly de ſa réclamation ; ordonne que
>> les bijoux , diamans , pierreries & autres objets
» par elle revendiqués , feront vendus , pour les
>> deniers en provenans être remis à la maſſe des
créanciers de fon mari : fur la demande de
» M. le Procureur-général , met les Parties kors
» de Cour , & condamne la dame de Sérilly aux
» dépens envers les Créanciers de fon mari.
2.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 NOVEMBRE 1788 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE. I
LES CHARMES DE LA SOLITUDE,
Traduit de l'Anglois de M. Pope.
ODE.
HEUREUX qui , fatisfair, dans un champêtre afile ,
Du fort de ſes aïeux ,
Peut cultiver en paix un champ toujours fertile
Qu'il a reçu des Dieux ;
Qui contemple les biens que le Deſtin lui donne
D'un oeil toujours ſerein ;
Content de refpirer l'air pur qui l'environne
Sur for propre terrein ;
No. 48. 29 Nov. 1788.
:
I
194 MERCURE
Ses clamps couverts d'épis quicouronnentla plaine,
Répondent à ſes ſoins;
Scs vaches, par leur lait, ſes moutons, par leurlaine,
Rempliffent ſes beſoins ;
Ses arbres , dans l'été , par leur épais feuillage ,
Lui donnent la fraîcheur;
Et dans l'hiver , leur bois , par un contraire uſage ,
Supplée à la chaleur,
Heureux qui peut auſſi voir couler ſes années
Dans d'innocens travaux !
Lapaix& la ſanté les rendent fortunées ,
Et l'exemptent de maux,
D'un tranquille ſommeil , de l'étude & l'aiſance ,
Il goute les plaifars :
Pourroit-il enjouir , ſi toujours l'innocence
Neguidoit fes défirs.
Dieux ! que je vive ainſi dans une paix profonde ,
Que j'expire en repes !
Peusonnudeshumains,que rienn'enſeigneaumonde
Où repoſent mes os .
(Par Madame Bl... )
DE ERANCE 195
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
Une perſonne dont on ignore le nom , s'étant
préſentée à quelques Libraires pour la publication
d'une Vie de M. le Maréchal de Richelieu , ceuxci
ont pris des informations , en fon Hotel , fur
l'authenticité de cet ouvrage; &il leur a été
répondu qu'on ne connoiiloit que deux perfonnes
qui euffent travaillé dans les Porte - feuilles
de M. le Maréchal , M. de ***** & moi.
Cer illuftre Défunt confervoit précicuſement
trente Portefeuilles ſur ſes Amballades , fur les
guerres d'Italie & d'Allemagne , ſur les commifhons
dont il avoir été chargé par le feu Roi , &
fur les affaires publiques. It re voulut point que
rien fut ſouſtrait à îmes recherches , & j'ai vu
patter ſous mes yeux l'hiſtoire des quatre dernières
années de Louis XIV , la minorité & le règne ertier
de Louis XV ; & j'ai employé 3 ans à choifir ,
étudier & cxtraire les pièces originales , aidé de
l'intelligence & du zèle de M. Plocques , qui a
bien youju m'aider dans la connoiflance & lo
choix des matériaux qu'il connoifloit à fond ,
ayant été chargé , depuis 25 ans, du ſoin des
Manufcrits & de la Bibliothèque.
Pendant ce travail , M. le Maréchal avoit la
bonté de répondre à mes queſtions , de diffiper
mes doutes , & de m'éclairer dans mes incertitudes.
Il me permit de ne point traiter les Aneedotes
privées du Courtiſan , qui lui étoient per-
:
I 2
196 MERCURE
:
ſonnelles; en forte que je ne préſente que l'homme
public, le Pair de France , le Général , & l'Ambaffadeur.
Les Anecdotes de la vie privée ne ſont point
cependant perdues pour le Public; ure perfonne
qui vécut quinze ans à la Cour du feu Roi, qui
en connut tout l'intérieur, qui fut long-temps le
confident & l'intime de M. le Maréchal , à qui
on doit des Ouvrages amufans & inftructifs , &
que je crains de faire connoître ici , parce qu'elle
veut garder l'incognito , a compoſé ſa Vie privée :
elle demanda à fon Héros la permiffion de la
publier un jour ; & je vis fur le champ M. le
Maréchal embraſſer ſon Hiftorien & fon ami ,
qui lui répétoit avec émotion des Anecdotes piquantes.
Les deux Hiſtoriens doivent donc , dans la circonftance
préſente , prévenir les Curieux de notre
Hiftoire , contre tous Mémoires , Vies , prétendus
Teftamens politiques qui n'auroient pas de femblables
témoignages d'authenticité ; ils ajoutent
même , que c'eſt ici le premier Ouvrage authentique
ſur tout le règne de Louis XV ; & promettent
qu'il n'en fera ni la fatire , ni l'apologie ,
& qu'ils s'efforceront de remplir les devoirs des
vrais Hiftoriens.
Nous croyons également qu'il eſt de notre
honneur & devoir de redreſſer l'article fur-tout
de la jeuneſſe de M. le Maréchal , dont M. L....
vient de publier une Notice hiſtorique. Il n'exifte
pas une ame vivante qui ait va notre illuftre
défunt, en 1711 , à la Cour de Louis XIV.
La génération actuelle pourroit donc prendre une
faulle idée du jeune âge de M. de Richelicu ,
d'après cette Notice de M.L..... , qui parle
de lui en ces termes :
DE FRANCE.
197
NÉ EN 1696 , VEKS LA FIN DU RÊGNE DE
LOUIS XIV , ET DANS LA PLUS GRANDE VIGUEUR
DE CELUL DE MADAME DE MAIΝ ΓΙΝΟΝ,
IL EN ÉPROUVA TOUTE LA TRISTESSE ET MÊME
LA DURETÉ.
Réponse. C'eſt précisément dans la plus grande
vigueur du règne de Madame de Maintenon , qui
appeloit le jeune Duc de Fronfac , sa pouple ,
fon cher fils , fajolie créature , que M. le Duc de
Fronfac paſſa les plus agréables années de fa vic...
Madame de Maintenon n'avoit jamais oublié la
protection qu'elle avoit trouvée dans l'Hôtel de
Richelicu avant fon élévation ; elle protégea à
fon tour le jeune Duc, qu'on doit regarder comme
fon élève : elle lui fit épouſer , en 1711 , Mademoiselle
de Noailles , & elle en apprit la nouvelle
à M. de Noailles , en ces termes : >>>Le Duc
de Fronſac va épouter votre coufine; jamais
homme n'a mieux réufi à la Cour la première
fois qu'il paru : c'eſt réellement une jolie
>>créatures, Madame de Maintenon avoir raifon
d'appeler M. de Fronfac une jolie créature. M. le
٤Maréchal de Richelieu a en la bonté cn 1785 ,
ade nous montren ſes portraits de cet age: ils ne
repréſentent pas une beauté , mais une phyfionomie
heureuſe & jolie , & des yeux d'une vivacité
extraordinaire.
১১
२०
y
a
Les Mémoires du temps tiennent le même langage:
Ce jeune Duc ,dic le Maréchal de Villars
dans ſes Mémoires , de beaucoup d'efprit ,
" & de la figure la plus aimable , avoit fervi
>>>d'Aide-de-Camp ſous moi..... Madame de
>> Maintenon me l'avoit fort recommandé......
>> Perſonne n'étoit entré dans le monde avec plus
>> d'éclat , & n'avoit fait, ſi jeune , plus de bruit
:
13
198 MERCURE
>> parmi les Dames ..... Je lui donnai la com-
১৩ miffion d'apporter au Rof la nouvelle de la
>> reddition des Châteaux de Fribourg «.
LOIN D'ÊTRE ACCUEILLI A LA COUR DANS
SA PREMIÈRE JEUNESSE , IL EN FUT REPOUSSE ,
die M. L..... , AVEC UNE ESPÈCE DE MÉPRIS.
Réponse. On avu dans la Nete précédente, que
M. le Duc de Fronfac ne fut ni repouffé ni méprife;
il fut accueilli , & chargé, dans l'âge tendre
, des commiſſions les plus flatteuſes. Ilfut, à
16 ans , l'Aide-de-Camp d'un Général qui ſauva
la France ; & ce Général témoigne dans ſesMémoires
, que le jeune Seigneur étoit digne de ſes
faveurs : >> Il montra , dit-il , beaucoup d'ardeur
» & de courage dans la campagne de Denain
& fe diftingua dans la dernière guerre , dont les
principales actions furent le ſiége de Landau&
>> de Fribourg .
AYANT DONNE , dit encore M. L.... , DANS
DES DÉSORDRES PLUS EXCUSABLES QUE CEUX QUE
LE DERNIER DES VALOIS PAYOIT SI BIEN , IL
FUT MIS A LA BASTILLE.
ככ
Réponse. Le jeune Duc de Fronſac ne donna
point dans le déſordre : >> Mais il fut , continue
Villars , >> fort coquet , peu fidèle , & l'on n'a pas
> vu dejeune homme faire plus de conquêtes &
de plus diftinguées Ces mots , défordre,
puni dela Baſtille , conviendroient dans
la bouche d'une Religieufe. Les expreſſions du
Maréchal de Villars font plus naturelles & plus
vraies; méditez ces mots , conquêtes distinguies ,
employées par le Maréchal , & voyez quelle con
DE FRANCE.
199
quête diftinguée peut faire un Duc & Pair. On
Fenvoya à la Baftille, aux inftances de fon père s
le Maréchal de Villars & la voix publique délapprouvèrent
cette punition ; & Malame de Mainrenon
, qui avoit opiné pour l'envoyer ſeulement
àM. de Noailles en Eſpagne,le difculpe ainſi
dans ſa Lettre que nous avons fous les yeux :
On va vous envoyer notre petit prodige. II
>>>n'eſt plus prodigieux , car on donne autant fur
>> lui préſentement , qu'on le leusit au dernier
ככ voyage de Marly : jene fais pourtant rien de
>> politif, que d'avoir donné dans un panneau qu'on
>> lui tendoit ; il a perdu 20 ou 30 mille franes
au quinze ..... Fronfac ne vous embarraйска ১১
כ ১ pas plus que de raifon : c'eſt la plus aimable
>> poupée qu'on puiſſe voir cc.
Malgré la voix publique , M. le Duc de Richelieu
perfiſta à vouloir punir fon fils , & obtint
qu'il feroit enfermé à la Baſtille. Le Roi , qui
voyoit en lai un jeune homme de grande eſpérance,
touché de le priver de la liberté, voulut
tempérer l'horreur d'une folitude ténébreuſe , en
ordonnant de chercher un vertueux Ecclésiastique
qui voulût bien s'enfermer avec lui , & lui fervir
de Conſeil &d'exemple : l'Abbé de Saint-Remy fe
dévoua à ce généreux ſervice ; & c'eſt dans la
Bastille même que cet Abbé s'occupa avec lui
d'une Traduction de Virgile ,qu'il publia.
LES DÉSORDRES , continue M. L...... , QUI
AVOIENT EXPOSÉ LE JEUNE DE RICHELIEU A
UNE CORRECTION SI CRUELLE , DEVINRENT ,
PEU D'ANNÉES APRÈS , UN MÉRITE A LA COUR
SOUS LA RÉGENCE ,
Réponse. L'attachement du Duc de Fronſac à
:
14
200 MERCURE
l'ancienne Cour , fut , au contraire , une raifon
d'excluſion des faveurs du Régent ; & dans les
combats ſi connus entre les reltes de la Cour de
Louis XIV & la Cour du Régent , le Duc de
Richelieu , pour avoir été reconnoiffant & patriote
, fut puni bien févèrement.
LE DUC DE RICHELIEU , ajoute M. L ..... ,
BRILLA DANS LA GALANTERIE , ET CE FUT
LONG TEMPS LA SEULE CARRIÈRE DANS LAQUELLE
IL EUT OU L'AMBITION OU L'OCGASION
DE SE DISTINGUER ... DANS LA
GUERRE DE 1741 , IL EUT L'HONNEUR DE
SECOURIR GÊNES .
....
Réponfe. On diroit, en voyant que M. L .....
pafie de la Régence à l'année 1741 , que M.
de Richelieu n'a été qu'un jeune homme occupé
de ſes plaiſirs , fans ambition , & fans occafion
de ſe diftinguer. Cet eſpace eſt rempli par une
Aimbaffade glorieuſe , cù le jeune Duc traitoit à
Vienne , âgé ſeulement de 30 ans , les affaires
les plus féricuſes de l'Etat. Il y figna les préliminaires
d'un Traité en 1727 , qui terminèrent
das différens très-compliqués entre les Puiflances ;
& les dépêches du Cardinal de Fleury nous montrent,
quelle confiance le Confcil avoit en fes
lumières. Je ne defcendrai pas dans des temps
inférieurs , parce que M. de Richelieu est plus
connu de la génération préſente. Mais quand
même il cût terminé ſa carrière à l'époque de la
mort de Louis XIV , c'est-à-dire, à l'âge de 18 ans,
il eût été compté alors parmi les Seigneurs les plus
diftingués par leurs fuccès. Alors il avoit été
Aide -de - Camp d'un de nos plus grands Génésaux
: il avoit été blette. Son courage avoit été
DEFRANCE. 2.01
diftingué & récompensé du Roi. A l'âge de 30
fans , uniffant les talens militaires à ceux des négociations
, il ſe fit un grand nom dans la première
des Ambaffades.
avouer ,
Que M. le Maréchal de Richelieu ſe ſoit
trompé quelquefois dans ſes commiffions imporitantes
, c'eſt la destinée des Rois & des hommes
publics ; & non ſeulement il nous a permis de
raconter ſes erreurs , mais il a ordonné de ne
pas ies taire : il eſt ſi honorable de les
que je fuis convaincu que M. L ..... ne fe refuſera
pas à des meilleurs ſentimens fur la jeuneffe
de Mode Richelicu , fur laquelle il ne pouvoit
ſe procurer de tels renſeignemens..Ma démarche
eſt d'ailleurs conduite , comme vous le
voyez , par l'amour du vrai ; & ce motif doit
être affez puiſſant pour l'obliger de ſe ranger de
fon côté.
Quant à l'Anecdote ſur la Bataille de Fontenoy
, j'eſpère donner à M. L...... une fatisfaction
entière fur cet article au premier jour.
,
Enfin , MONSIEUR , j'ai l'honneur de vous
communiquer en original ( & je vous prie d'en
reconnoître & affurer l'authenticité ) deux Lettres
de Madame de Maintenon pour convaincre M.
L..... & ceux de ſes Lecteurs qu'il eût pu induire
en erreur , que M. le Maréchal de Richelieu
ne fut ni traité durement , ni repoussé avec
une espèce de mépris, comme il le dit.
:
Lettre de Madame de Maintenon , datée du 8
Janvier 1711 , à M. le Duc de Richelieu père.
Je ſuis ravie , mon cher Duc , d'avoir à
vous dire que M. le Duc de Fronfac réuflit trèsbien
à Marly. Jamais jeune homme n'eſt entré
IS
202- MERCURE
dans le monde plus agréablement. Il plaît air
Roi & à toute la Cour : il fait bien tout ce qu'il
fait; il danſe très bien , il joue honnêtement ;
il eſt à cheval à merveilles ; il eſt poli , il n'eſt
point timide , il n'est point hardi , il eſt refpectueux,
il raille , il eſt de très-bonne converfation
; enfin rien ne lui manque , & je ne lui ai
pas encore, vu demer un blâme . Mon
plaifir eft extrême de l'entendre louer , & de vous
pouvoir rendre de tels témoignages; vous les
croirez fincères , Monfieur , car vous favez que je
ne fuis point ſlarteuſe.. Madame la Ducheffe de
Bourgogne a une grande attention pour M. votre
als, &c.cc
...
Lettre de Madame de Maintenon à Madame ta
Ducheffe de Richelieu , née Rouillé , & veuve en
premières noces de M. de Noailles , dont le jeune
Ducde Fronfac épousa la fille.
..
>> Il est bien vrai , Madame , que M. de. Richelieu
doit de grands remercimens au Roi ; je
ne lui ai jamais vu faire pour perfonne ce qu'il
fait pour M. le Duc de Fronfac ... . On ne
peut s'intéreſfer plus que je fais en M. votre gendre
, qui certainement eft un prodige. Je ſuis ,
Madame avec toute l'eſtime & le reſpect que
je vous dois. Votre , &c . « . MAINTENON.
2
Lettre de Madame de Maintenon, après la prise
de Fribourg , à M. le Duc de Richelieu , père du
Duc de Fronfac , du 22 Novembre.
>> M. le Duc de Fronſac nous a apporté une
grande nouvelle ...... ; & je vous affure que je
ne fuis pas indifférente au Courrier &à lama
DE FRANCE. 203
nière dont il s'eſt acquitté de la commiffion. Le
Ròi m'a dit , & plus d'une fois , qu'on ne pouvoit
pas rendre un meilleur compte ni mieux parler
en homme de guerre ; qu'il lui avoit rendu
raiſonde tout comme ſachant ſon métier , & qu'il
s'expliquoit en beaux & en bons termes. Je n'ai
point vu le Roi plus fatisfait dans de pareilles
occaſions ; car il fait beaucoup de queſtions , &
il eſt très- difficile fur les expreſſions. Je me réjouis
donc avec vous , mon cher Duc , du plaifir
que vous allez avoir. J'embraffai M. de Fronfac
d'une manière qui le furprit ; car il est très-poli
& très-férieux ; mais il faut qu'il pardonne cette
liberté à la tendreſſe que j'ai pour vous , qui ne
peut ne pas paffer juſqu'à lui. Je ſuis , &c. c.
MAINTEΝΟΝ.
Voilà , MONSIEUR , trois Lettres curieuſes que
je viens de trouver : j'ai voulu oppofer au portrait
que fait M. L...... de la jeuneſſe de M.
le Maréchal de Richelieu , le témoignage de
Madame de Maintenon & du Duc de Villars ; &
au nom de la vérité , je vous conjure de publier
ma Lettre.
J'ai l'honneur d'être , MONSIEUR ,
Vetre , &c. S.... G... , Auteur des
Mémoires deM. de Richelieu, compofés
d'après des Mémoires de Guerres ,
d'Ambaſſade , de Négociations , &
autres que feu M. le Maréchal m'a
voit confiés.
16
tor
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
duLogogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Détour ;
celui de l'énigme eſt Bouteille ; celui du
Logogriphe eft Eteignoir , où l'on trouve
Eté, Or, Oie, Roi , Reine , Trone , Règne,
Neige, Tigre , Negre, Noir, Teigne, Ré.
A
CHARADE.
a Ufeu , ſans doute , pafié mon dernier ,
Mon tout auffi ; friand dans mon enfance ,
Pour en manger ne falloit me prier :
Mais j'allois , par mégarde, oublier mon premier.
Lecteur , pour ton plaifir, fi tu me recommences ,
Ce mot, cher aux Auteurs, fera ma récompenfe.
(Par M. le Ch. de P***. ) '
SOUS
ÉNIGME
ous quatre acceptions vous devez me conneître,
Suivez-moi, cher Lecteur, vous les verrez parcître :
Les trois premières font du genre féminin ;
La dernière , à ſon tour, ſe trouve au mafculin.
DE
205
FRANCE.
Chaque grande maiſon poſsède ma première ;
Au gibier ma ſeconde appartient toute entière ;
Un Créancier , un Débiteur ,
De même auſſi qu'un Directeur ,
Vous donneront bien ma troifième :
Puiſſiez-vous, en tout temps, avoir ma quatrième.
(Par M. Cornu. )
T
L
J
LOGOGRIPH Ε.
'Ar le viſage ouvert,le regard engageant ,
Le fouris fur la bouche , & l'abord prévenant;
Naïve , ingénue & fincère ,
:
Jehais ces faux dehors , & ce ton grimacier
Qui ſouvent cache un coeur perfide ou mercenaire.
Sans compliment, & d'un air familier ,
J'aborde mes amis & même un étranger.
Quelquefois ( c'eft mon caractère )
Je reprends leurs défauts , mais pour les obliger.
Rarement on m'accorde un accès près du trône ;
Ma préſence bleſſe les Rois .
Pourtant , s'ils écoutoient ma voix ,
Quels brillans ajoutés à l'or de leur couronne !
Francs ! mes bons,amis! où ſont ces jours heureux
,
Où j'égayois jadis vos feftins & vos jeux ?
Et toi, Henri ! nom fi cher à la France ,
Serois tu devenu l'ami de ces Sujets ,
1
206 MERCURE
1
Si ma voix , par Roſni , ſur leurs vrais intérêts
N'eût pas éclairé ta prudence ? ...
J'endis beaucoup Lecteur... pourſuivonscependant.
Cherche dans mes neufpieds un Etat floriſſant ;
L'épithète que porte une de ſes Provinces ;
Le nom qu'àjuſte titre avoient tes bons aïcux ;
Ce qui te rendfacré le pouvoir de tes Princes ;
Trois animaux; une arme; unBourgriche& fameux;
Deux Villes; un quide ; un fruit ; un volatile ;
L'ornement d'un courſſer ; un inſtrument utile ;
Undes Cantons des Bas-Pays ;
Le bean fleuve qui les partage ;
DesChefs du Vatican l'immortel héritage ;
Celui par qui , dans ſa jalonſe rage ,
Le premier meurtre fut commis ;
Le niddu Roi des Airs; une graine falubre ;
Ce qui , dans un cachot lugubre ,
Charge d'un malheureux les criminelles mains;
Ceque porte un dévot Hermite ;
Le fardeau précieux qu'emporta dans ſa fuite
LeHéros qui fonda l'Empire des Romains ;
Ce qui plaît dans un pont de ſtructure hardie ;
L'os qui défend notre cervcan;
Cequi rend quelquefois un malade à la vie ;
Ce qu'on jetre à la mer pour fixer un vaiſſeau;
Contre l'ardeur du feu ce qui peut te défendre ;
Cette riche coquille où la perle s'engendre ;
Enfin ce meuble de haut prix
Qui renferme bijoux , & perles & rubis.
(ParM. Br... de l'Ec. R. Mil. deBrienne.)
DE FRANCE. 107
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE en Turquie & en Egypte , fait
en l'année 1784. A Paris, chez Royez,
petit Volume de 150 pages , renfermant
vingt Lettres , & cinq ou fix Contes
Orientaux.
LEESS copies manufcrites de ces Lettres
agréables ont couru la Société ; l'Auteur ,
M.le Comre P..... en donne la véritable
édition,&lesdédie à ſa mère , en réclamant
l'indulgence des Lecteurs.
Il n'en a pas beſoin. Ses Epitres ſont
écrites fans prétention ; elles forment un
Journal qui conduit le Lecteur des frontières
de la Pologne à Conftantinople & au Caire;
&chemin faiſant, des obſervations fines ,
des détails de moeurs philofophiquement
obſervés ;des Contes,des Apologues , où la
phyſionomie orientale eſt très-bien confervée,
rendent cepetit Volumele Supplément
de ceque nous avons de richeſſes littéraires
fur ces pays. On peut dire que ces Bagatelles
font au Voyage de M. Volney , &
aux Mémoires du Baron de Tott , ce que
les Epîtres de M. le Chevalier de Boufflers ,
203 MERCURE
fur la Suiffe, font aux Voyages de Coxe
&de M. de Mayer.
Nous allons extraire de ces récits une
partie des détails qui peuvent intéreſſer
davantage nos Lecteurs , en les avertiſſant
toutefois que nous en laiffons pluſieurs dans
le Volume de M. de P.. , qui, par leur genre,
font encore plus faits pour piquer & fatisfaire
la curioſité Françoife:tels font ceux qui
font connoître les Harems&les Mayanès ,
lieux de plaifir & de débauche , on les
Muſulmans viennent braver toutes les Loix
du Prophète & de la Nature. Voici des
tableaux très- agréables , où je ne fais quei
de religieux & de voluptueux tout eufemble
, tranſporte notre imagination dans
T'antiquité , & ſemble reculer de mille ans
ce que la Nature place à mille lieues de
nous.
Lettre IXe. » Je reviens dans ce moment
chez moi , fort content d'une viſite que j'ai
faite au principal Teketdes Dervis Merlévi.
Leur Supérieur m'a reçu dans une chambre
qui n'étoit ſéparée que par une fimple toile
*de cellede ſes femmes; iill m'a quitte un inftant
pour paffer chez elles ,& leur ordonner
de chanter » . Les voix des femmes , m'a t-il
dit en rentrant, réjouiffent le coeur , & ce
monde est un monde de fumée , où il ne
faut fonger qu'à ſe réjouir " .
L'heure de la prière étant venue , les
Dervis ſe raſſemblèrent chez lui ; il ſe mit
à leur tête , & prit le chemin de ſa MofDE
FRANCE.
209
:
quée. L'un des plusjeunes ſe détacha de la
troupe , & me conduifit à une fenêtre , d'où
je pus voir leurs dévotions, qui font aufli
gaies que leurmorale. Elles commencent par
une muſique douce , toute en ſemitons ,
dont la meſure lente & l'harmonie mélancolique
ſemblent plonger les Dervis dans
de faintes méditations. Enſuire la mufique
devient plus vive. Les Dervis ſe lèvent
tous à la fois , ſe proſternent devant le Supérieur
, & puis tournent fur la pointe du
pied droit avec une rapidité extrême , &
leur jupon pliffe , qui s'étend en cercle autour
d'eux , leur donne beaucoup de refſemblance
avec des toupies.
J'avois été hier juſqu'à l'extrémité du
fauxbourg de Santari , pour y voir des
cérémonies religieuſes des Dervis Rufaï.
Ils ont commencé par ſe mettre en rond ,
& chanter à l'oreille les uns des autres.
Enfuite ils ſe ſont agités en différens ſens
avec une violence extrême , en répétant ces
mots - là : Illah ! hou ! hou ! hou ! Après
quatre heures d'un pareil exercice , ils ſembloient
être tombés dans une démence qui
ne m'a pas paru entièrement jouée. Les
uns ſe jeroient à terre & frappoient de
la tête contre les murs ; d'autres écumoient ,
prenoient des convulfions , & s'écrioient
qu'ils voyoient le Prophète. Enfin l'on a
appor é des crochets de fer rougis fous nos
yeux. Les plus fervens ſe ſont jetés deſſus ,
& les ont tenus dans la bouche juſqu'à ce
210 MERCURE
qu'ils fuſſent entièrement éteints. La cérémonie
a fini par quelques miracles que te
Supérieur a fairs en touchant des malades
& des eſtropiés" .
On pourroit croire, en lifant ceci , que
les Rufaïs ont calqué leur dévotion fur celle
des Convulfionnaires de S. Médard.
Nous terminerons cet extrait par quelqués
fragmens qui ne dépareroient ni les famenfes
Lettres de M. Guis fur la Grèce , ni le
nouveau Voyage de feu M. Savari ; & c'eft
un Etranger , un grand Seigneur , un Voyageur
, qui écrit avec ce charme & cette
pureté , tandis qu'au ſein même de la France
il exiſte des Ecrivains fi barbares , fi incorrects
, & fi peu penfeurs.
>>Les Turcs , jadis féroces & guerriers ,
paroiffent enfin être revenus à cetre humeur
douce& tranquille qui diftingue les Natios
de l'Afie. L'efprit de paix qui défend aux
Bramines d'attenter à la vie des animaux ,
ſemble inſpirer également les habitans du
Bofphore. Vous aurez ſans doure entendu
parlerdes foins qu'on prendàConftantinople
des chiens & des chats qui peuplent les
rues de cette ville. Mais ces animaux ne
font pas les feuls qui aient droit auxlibéralités
desTurcs . Un nombre infini de tourterelles
& de ramiers , qui habitent librement
tous les toits , vont au devant des barques
chargées de grains , & ont l'air d'y exiger
avec hauteur leur droit , fixé généralement
à une meſure par fac. Les oifeaux aqua
DE FRANCE. 211
tiques , dont le canal eſt couvert , ſe détournent
à peine quand la same eft prête à
les frapper , & leurs nids font reſpectés ,
même des enfans qui feroient par tout ailleurs
leurs ennemis naturels. Enfin la confiance
mutuelle rétablic entre l'homme &
les animaux , ſemble ramener quelquefois
robfervateur à l'enfance de la Nature ; mais
ce qui achevera de nous gagner en faveur
des Turcs ,'c'eſt leur reſpect pour les arbres.
Les couper eſt un crime énorme , qui fait
murmurer tout le voisinage ; aufli n'eſtil
rien qu'on ne faſſe pour l'éviter. Souvent
J'ai vu des boutiques bâties autour d'un
grand platane qui fortoit par le toit & le
couvroit de fon feuillage,ou des murs traverſés
par des branches qu'on n'avoit pu
ſe réfoudre à retrancher. Les vieux arbres
font la plupart entourés d'une terraffe qui
fert à contenir leurs racines. Les jeunes ont
*des abris de nattes, &cela dans des terreins
qui n'appartiennent à perſonne " .
دو
Un autre point ſur lequel les Tures paroiffent
, au premier coup d'oeil , ſe rapprocher
des autres Nations de l'Orient , eſt leur
goût pourle faſte. Les promenades duGrand
Seigneur ſur l'eau , fa marche à la Meque ,
le départ de la caravanne de la moſquée ,
font autantde ſpectacles pompeux qu'il fuffit
de nommer pour réveiller l'idée de la magnificence.
Mais il fant confidérerque ce faſte
eſt plutôt à Constantinople d'étiquette que
de goûr. Celui qui n'y eit pas obligé par ſa
place , ſe garde de l'afficher. Le plus riche
212 MERCURE
n'habire qu'une maiſon dont les dehors annoncent
à peine l'aiſance ,& réſerve le luxe
pour l'appartement des femmes , qui à leur
tour ne le parent que pour lui. Leur maxime
eft qu'il faut jouir , & non paroître jouir.
De là cette philoſophie fi douce , qu'on ne
retrouve que dans les écrits des Orientaux ,
qui ne s'exprime point par des paradoxes
brillans , mais par des apologues d'une vérité
frappante , & paroît chercher plutôt à
s'épancher qu'à ſe répandre. La Poéſie n'y
eſt employée qu'à ramener ſans ceſſe à la
Nature par des objets de comparaiſon choifis
entre ſes plus belles productions. L'allégorie
inventée dans l'Orient pour mettre
la penſée à l'abri des premières fureurs du
defpotiſime , y reparoît ſans ceffe avec la
richeſſe de la plante reſemée ſur fon fol natal,
& la Morale ſe cachant ſous ſes traits,
n'y prêche que le mépris des grandeurs , le
bonheur de la vie privée , & fur - tout le
repos; car l'Apôtre du repos eſt toujours
für de ſe faire écouter dans l'Orient ; rien
ne le prouve mieux que les environs de
Conftantinople. Le nom même de promenade
y eft inconnu ; mais on y trouve une
fou'e de repoſoirs charmans : ce font de
petitas terraffes de maçonnerie, placées dans
quelque fite heureux ,Tombre d'un inamenſe
platane ; tout auprès , eſt une fontaine,
un âtre à faire le café, & un Michrab pour
y dire la prière. Une ſcription apprend
qu'ils ont été conſtruits par un charitable
DE
213
FRANCE .
Muſulman , qui a voulu que ſon nom fût
béni à l'avenir par ceux qui viendroient s'y
repofer . 1
LE Museum de Florence , ou Collection
des Pierres gravées , Statues , Médailles
& Peintures qui se trouvent à Florence ,
principalement dans le Cabinet du Grand-
Duc de Toscane ; dédié & préſenté à
MONSIEUR , Frère du ROI ; gravé
par M. DAVID , Graveur de la Chambre
& du Cabinet de MONSIEUR, Membrede
l'Académie Royale des Beaux-Arts
de Berlin , & c .; avec des explications
françoises , par M. MULOT , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris, Chanoine
Régulier de l'Abbaye Royale de
Saint Victor. Tome Ier. in-4° . A Paris ,
chez M. David , rue des Cordeliers , au
coin de celle de l'Obfervance.
Ce premier Volume du grand Ouvrage
que nous annonçons contient quatre-vingtfeize
Planches, tant de Pierres gravées , que
de Cam'es & de Buſtes. On les a diviſées
en, plufieurs claffes. La première offre , en
vingt-neuf Planches ,les Portraits des Em
percurs , des Cefars, des Perſonnages auguſtes
, de leurs femmes ,& des plus illuftres
Romains. :
La ſeconde, auſſi en vingt- neufPlanches ,
renferme des Portraits de Rois , de Reines ,
& de Héros.
La troiſième eft compofée de Portraits de
Philoſophes , d'Orateurs , de Poëtes , &
de quelques Figures des Muſes. Elle eſt
partagée en vingt-trois Planches.
Comme la quatrième eût été trop nombreuſe
pour entrer entièrement dans ce
Volume, on s'eſt déterminé à n'en publier
que quinze Planches , qui repréſentent des
images de Dieux , de Déeſles , & de leurs
ſymboles.
On fent combien cette Collection eft
importante & curieuſe pour les Amateurs .
On fait que le Cabinet du Grand-Duc de
Toſcane renferme les plus précieuſes antiquités.
C'eſt le fruit de cette prédilection
qu'ont toujours eu pour les Sciences lés Médicis.
Spanheim appelle cette. Maifon l'hofpice
des Arts & le temple des Muſes.
Elle eut l'ambition des Lettres &des Arts
comme d'autres ont l'ambition de la fortune
&des honneurs. Elle ſe faisoit un noble
délaffement de l'étude de l'Antiquité , &
n'épargna ni les foins , ni l'or , pour ſe
procurer ce qu'on pouvoit découvrir de
plus rare , & recueillit un ſi grand nombre
de ces objets , que la Collection du Cabinet
,
DE FRANCE. 215
de Florence ne le cède pas à celle denos
Rois.
Jaloux de faire connoître aux autres
Nations ce que ce dépôt renfermoit , par
zèle pour le progrès des Arts , & par
gloire pour leur Pays, de Nobles Florentins
formèrent le projet d'en faire graver toutes
les antiquités , & avec elles ce que conſervoient
encore quelques particuliers de
Florence. Cette entrepriſe étoit vaſte , mais
elle ne rebuta point. Le célèbre Gori prit
la plume , & fous le titre de Museum Flozentinum
, parurent , en 1731 , deux Vor
lumes , qui renferment , ſous différentes
claſſes habilement diviſées , les Pierres gravées
& les Camées, Pluſieurs années après ,
les Médailles & les Statues furent aufli
publiées ; puis une Société nouvelle de Savans
termina cet Ouvrage par les Portraits,
des Peintres les plus célèbres qui s'étoient
peints eux mêmes.
Mais cet Ouvrage , tout précieux qu'il
eſt , n'est pas allez répandy. Le prix eft de
dix- ſept cents livres. Ce prix eſt tel , que
peu d'Amateurs peuvent l'acquérir , & encore
moins les Savans & les Artiſtes. C'eſt
ce qui a déterminé M. David à reproduire
cet úrile Ouvrage. En changeant de formuat ,
&en diminuant le faſte de l'édition , il a
rempli fon but. Il s'eft efforcé de conferver
le beau ſtyle de l'original , & il y a réuſſi.
On peut étudier , dans l'un ainſi que dans
216 MERCURE
l'autre , ces formes ſévères & belles que
l'on ſemble négliger de nos jours , pour
s'attacher à un fini qui , trop ſouvent , fert
de maſque à l'ignorance. Il falloit des explications
inſtructives , & Gori les offroit.
Mais il a écrit en latin , & la plupart de
nos Artiſtes n'entendent que notre Langue.
L'homme de Lettres qui s'eſt chargé des
explications , ne s'eſt point agreint à une
Traduction littérale & fervile. Remontant
aux fources , & lifant avec ſoin les meilleurs
Ouvrages fur les Antiquités, il retranche ,
il ajoute , il relève les erreurs de l'Auteur
même qu'il reproduit , & celles qu'il pent
découvrir dans les autres écrits qu'il conſulte;
mais il ne le fait qu'appuyé fur les
autorités les plus graves , & fans manquer
aux égards dus aux Savans qu'il croit devoir
contredire. Perſonne n'étoir plus capable
de ce travail , que M. l'Abbé Mulor , déjà
connu par des Ouvrages qui joignent le goût
à l'érudition.
RÉPERTOIRE
DE FRANCE. 217
:
RÉPERTOIRE Univerſel Portatif
d'AUGUSTIN ROUILLÉ , contenant des
Extraits raisonnés de tous les meilleurs
• Ouvrages connus dans tous les genres
excepté la Métaphysique : l'Auteur les
avoitfaits pourſa propre utilité , & pour
-ſuppléer aux défauts fréquens de fa més
moire. On l'a décidé à en faire part au
Public ; il ſouhaite qu'ils en ſoient bien
reçus ; avec cette épigraphe :
:
2
Je ne garantis point ce queje n'ai pas vu.
AParis , chez Knapen & fils , Lib-Imp.
au bas du Pont St-Michel ; veuve De-
: laguette & fils , Libraire-Impr. rue de la
Vieille Draperie ; & le Boucher , Libr.
du Châtelet , au coin des rues de la Calandre
& du Marché-Palu , en la Cité,
In-8° . 2 Vol. deplus de 500 pages chacun.
Prix , 10 liv, 4 ſous brochés , &
12 liv. reliés.
Le titre de ce Livre n'indique pas bien
ſa nature ni ſon uſage. La première idée
qui ſe préſenteſur ces Extraits des meilleurs
N.. 48, 29 Novemb. 1788. K
218 MERCURE
Ouvrages , c'eſt que l'Auteur donne des
analyſes de ces derniers , & qu'il s'eſt impoſéune
partie de la tâche des Journaliſtes ,
qui malheureuſement n'ont pas toujours ,
comme ils le ſouhaiteroient , d'excellens
Quvrages à annoncer. Mais ce n'eſt point
un recueil de Jugemens littéraires, c'eſt une
eſpèce de Dictionnaire que M. Rouillé offre
au Public. Il n'eſt beſoin au ſurplus que
d'appeler l'Auteur lui-même à ſon ſecours ,
&il s'explique d'une manière moins équi
voque , dans ſon Avant-propos , ſur le but
qu'il s'eſt propoſé , de même que ſur le
motifde ſon travail. » Le nombre des gens
>> inſtruits , ou qui cherchent à s'inſtruire,
ود dit-il, devenant plus grand dejour en
>>.jour , cette partie de la Société recevra ,
>> je crois , avec plaiſir , ces Extraits , qui ,
* réuniſſant ſous un même point de vue
ce qu'on ne trouveroit qu'avec beaucoup
de peine & de recherches dans plus de
>> milleVolumes, préfentent des définitions
>> claires &préciſes , qui , quoique courtes,
>> ſont ſuffiſantes pour donner des notions
>> vraies& certaines de tous les objets qui
>> ont exifté & qui exiſtent dans la Nature.
» On y trouve aufli tout ce qui peut
" être utile dans la Société ; les qualités,
>> genres & eſpèces de tous les mots ; les
>> deſcriptions anatomiques de toutes les
>>parties de l'homme &de la femme; les
différens maux qui attaquent chacune de
>>ces parties ; leurs ſymptômes , leurs cauDE
FRANCE. 219
1
"
-
ſes & lears remèdes ; les époques de
Tétabliſſement de tous les Ordres , tant
>>Religieux que Militaires; des batailles mé-
>> morables , ſous le nom connu qu'on a
" donné à chacune ; de la découverte des
>> Pays & des Iſles ,avec les noms de ceux
» qui les ont découverts ; les différentes
>> Religions & les différentes Sectes , tant
» anciennes que modernes ; la Mythologie;
* la Fable; la Géographie ; la Chimie; la
>> Morale; les différens ſyſtemes de Phyſi-
» que ; la Géométrie ; l'Aftronomie ; les
ور étoffes de toute eſpèce ; les outils &
> inftrumens de tous les Arts & Métiers ,
> la defcription & les vertus de tous les
» végéraux, plantes , arbres, fleurs&fruits;
> la defcriprion des uſages des minéraux ;
la defcription & les uſages des quadru-
>>pèdes , des oiſeaux , des reptiles , des
>>> inſectes , des poitfons de mer & d'eau
» douce, des cétacées, des crustacées, des
>>coquillages; les villes capitales , & celles
>>où réſident les Souverains ; les bornages
>> de tous les pays aux quatre coins cardinaux
; les fleuves; les rivières princi-
>>pales ; les volcans ; les cavernes ; les
>> goufres ; les phénomènes; les météores ,
» &c «.
Yi M. Rouillé ajoute qu'il s'eſt attaché particulièrement
à dérailler les objets peu connus,
qui font engrand nombre dans ce Répertoire;
cela ne l'a pas empêchéde définir les autres ;
mais ayant tant de choſes à dire , il a re
K2
220
۲
MERCURE
tranché des extraits qu'il avoit raſſembles ,
tout ce qui lui a paru redondant ; enfin ,
pour nous ſervir defon expreffion , il s'eft
fait un devoir d'économiſerſur les mots , & à
force d'économie , il eſt parvenu à reduire à
deux Volumes in-octavo des matériaux qui,
dans leur premier état , auroient pu facile
ment former pluſieurs in- folio. Le mot que
nous allons tranfcrire, eſt de la claffe de ceux
qui ne font pas d'un uſage commun. On ver
ra , par ce premier article , que l'Auteur fair
quelquefois répandre gaîment le ſelphiloſophiqueſur
les ſujets qu'il traite. » ORDALIE ,
fubft. f. nom générique qu'on donnoit à
>>toutes les épreuves qu'on pratiquoit dans
→ les temps de l'ignorante barbarie , comme
ود celledu feu ou du fer chaud, de l'eau
>>bouillante , du duel , du potage judiciel ,
> du fromage bénit , &c. J'aime mieux
>> celle d'Arlequin , qui , prenant une bouteille
de vin ſur la table du Juge , avale
* le vin , en difant : Meſſieurs , que ce vin
me ferve de poison , fi j'ai fait ce done
* on m'accuse «.
On pourroit accoler à cet article , l'article
TIARE , ainſi que ceux de SOLITAIRE
&de Mendians : il diviſe ces derniers
en deux fortes : mais il rapproche plutôt
qu'il ne diftingue les uns des autres; il
trate affez brièvement l'Hiſtoire des anciens
Tournois , pour que nous puiſſions la rapporter.
Il nous ſemble que ſon jugement
eſt ſans partialité , & qu'il a poſé les borDE
FRANCE. 121
د
nes où doit s'arrêter l'enthouſiaſme &
que preſcrit la raifon. " TOURNOIS , fubft.
im. plur. joûtes & courſes que les Che
" valiers de l'ancienne Chevalerie faisoient
» publier , & exécutoient en l'honneur des
»Dames. Il'y avoit beaucoup de Loix reli-
>> gieufement obſervées ; fi un Chevalier
>> avoit manqué à une Dame , ou avoit
>> mal parlé d'elle , elle n'avoit qu'à mettre
>> la main ſur ſes armes , qui étoient toujours
expoſées en public la veille du
» Tournoi; ce feul geſte ſuffiſoit pour de-
>> mander juſtice : les Juges du Tournoi
>>s'affembloient, & fi le crime étoit prouvé,
>> tous les autres Chevaliers ſe jetoient fur
>> lui , & le forçoient à réclamer la merci
ود
ود
des Dames , qui lui pardonnoient ordi-
" nairement. Je n'entrerai point dans le
>> détail des faveurs que chaque Dame
>> accordoit à ſon Chevalier , qui étoit tou-
>> jours quelque partie de ce qui avoit ap-
>> proché le plus près de ſa peau , ni des
» fanfares&de toutes les cérémonies qu'on
>>y obſervoit. Ces Tournois entretenoient
amour de la gloire& l'émulation ; mais
ils entretenoient en même temps un fanarifime
& un charlataniſme de galan-
>> terie , qui n'eſt que le menſonge de l'a-
» mour. La Nobleſſe ſe ruinoit , &c. Enfin
>> la mortd'Henri II , tué dans un Tournoi
» en 1559 , ralentit cette fareur de laNa
» tion ".
"
ود
K 3
222 MERCURE
EPITRE à Zulime , fur les inconvéniens
du Luxe dans une Demoiselle d'une médiocre
fortune ; par M. MOREL , Doctrinaire,
Profeffeur de Rhétorique à Aix.
Nil non permittit malier fibi; turpe putat nil
Cumvirides gemmas collo circumdedis.
JUVEN.
...
AParis , chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
QUAND nous rendîmes compte dans ce
Journal , en 1785 , de l'Épître à un Matérialifte,
nous félicitîmes M. l'Abbé Morel
d'avoir traité un ſujet digne d'exercer un
eſprit folide , & d'avoir évité le reproche
que l'on peut faire à beaucoup de Rimeurs,
de ne ſe propoſer aucun objet utile. Cependant,
depuis il n'a guère donné que des
Pièces fugitives. Des perſonnes ſévères ont
vu avec regret un Poëte qui peut prétendre
à des lauries durables , s'amuſer à
recueillir çà & là des fleurs éphémères .
Non , les talens ne doivent pas être les
eſclaves de la mode , ni fe proftituer à
banale galanterie ; ils doivent embellir la
Société & la perfectionner , loin d'en céune
DE FRANCE. 223
lébrer les vices , ou d'en conſacrer les
travers. Que dire de ceux qui uſent leur
vie & leur cervelle à polir des bagatelles ,
d'autant plus pénibles , qu'elles font plus
minces & plus frivoles ? Le ſimple bon
fens, même dénué de graces, fatigue moins
que les prétendus agrémens de ces beauxeſprits
femillans , qui ne doivent leur légèreté
qu'à leur indigence.
Fabulanullius veneris , morata que reflè
Vacalus oblectatpopulum, meliifque moratur,
Quàm verfus inopes rerum , nugæque canora.
L'Épître dont il s'agit ici eſt d'un genre à
plaire à tous les Lecteurs ; l'objet en ot
utile, & la forme en eſt agréable. On fe
bornera à une ſeule citation , qui inſpirera,
fans doute , le déſir de lire l'épitre toute
entière.
T
Cedeſtin eſtbrillant du moins, s'il n'eſt heureux;
Il eſt ſlatteur de voir un cortége nombreux ,
Par le défir de plaire,attiré ſur nostraces ,
Chercher dans nos regards ſa gloire & ſes difgraces
,
Et créer chaque jour , pour charmer nos loifirs,
Une fère nouvelle &de nouveaux plaiſirs .
K4
224 MERGURE
Mais l'écueil n'eſt pas loin: envain d'aimables ſonges
Te bercent à l'envides plus rians mensonges;
Crains que la vérité , diſſipant ce ſommeil ,
Unjour,de ta raiſon, n'afflige le réveil.
Les Graces , je l'avoue , & le Fils de Cyprine ,
Enſemble ont façonné cette taille divine ;
At'embellir encor d'autres Dieux empreſſés
Réunirent dans toi leurs tréſors diſperſés :
Mais te privant des fiens ,l'inhumaine Fortune
Te rend des Immortels la faveur importune;
Et plût au Ciel qu'enfin d'inutiles regrets
Ne te faſſent hair leurs funeſtes bienfaits .
Les conſeils que le Poëte adreſſe àZulime
font préſentés avec beaucoup d'agrément
& d'efprit ; & en général cette Épître doit
ajouter à l'idée avantageuſe que les Amateurs
de vers , aujourd'hui trop rares , ont
pu ſe former des talens de l'Auteur.
DE FRANCE. 225
VARIÉTÉS.
PROGRAMME du Lycée, pour l'année 1789.
১১ Le projet d'offrir aux gens du monde ce qui
>>>leur avoit toujours manqué dans cette capitale ,
>> ce qu'ils ne trouvent même aujourd'hui dans au-
>> cune des autresgrandes villes de l'Europe, devoit
néceffairement être accueilli comme il l'a été au
>> moment où on a vu établir le Lycée. On a fenti
>> combien pouvoit être utile une inflitution qui
>> préſente , à quiconque vent enprofiter, des ref-
>> fources analogues à ſes beſoins & à lesgoûts.
לכ

>>S>atisfaire l'avide& infatiable curiofité des uns
>> fuppléer au défaut d'inſtruction dans les autres ,
>> guider les uns dans leurs recherches & Icurs
>>occupations , en leur traçant la route qu'ils doi
>>venttſſuuiivvrree; fervir le défir que les
>'>s'inſtruire ; inſpirer le goût des Lettres ,ou celui
>> des Sciences , à ceux qui ne l'ont pas encore
>> éprouvé , mais dont l'eſprit eſt capable de la
دد
autres ont de
ſentir ſeconder les efforts de ceux qui s'y livrent
» déjà avec activité ; porter à l'occupation les ef-
>> prits les plus défoeuvrés , ceux que la folitude
>>du cabinet éloigne de la lecture même ; les at-
>> tirer par l'attrait que préſente toujours la bonne
>> compagnie par-tout où elle ſe réunit; les rappeler
>>aux premiers principes , ſouvent trop négligés ,
des Sciences d'obſervation , dont les élémens
" font à peu près néceflaires aujourd'hui à tout
>>le monde; préſenter une reſſource qu'ils igno-
Κ
224 MERCURE
1
>> rent , à ceux qui , pour ainſi dire , snivrés de
>>p>laities, re favent plus que faire de leurs meo
>> mens ; leur fournir l'occafion d'employer agréa-
>> blement & utilement quelques heures : voilà
>> on peu de mots le but que l'on s'eſt proposé
>>daus l'établiſſement du Lycée. Ses Seances , en
>> raffemblant , depuis trois ans une foule de
>> perſonnes de tour âge , & de l'un & de l'autre
>> fexe, n'ont pu manquer de contribuer à répandre
>>& le goût & les lumières dans les différentes
,
clafies de la Société. Le déûr de s'inſtruire fem-
>> ble , dit-on , caractériſer ce fiècle. Mais ſi ce
>> défir eſt réellement un de ſes caractères , &
>>non un fimple effet de la mode, ſi l'ignorance cit
>> vraimentdeſtinée à être déformais regardée dans
> le monde comme une tache , un établiſſement
>> qui tend fur- tout à l'écarter, à former, à épu-
>> rer & perfectionner le goût , à donner aux
>> efprits les plus ſuperficicis au moins une tein-
>> ture des Sciences , à procurer aux perſonnes plus
>> réfléchies la facilité de les approfondir , doit
>>prendre tous les jours une nouvelle faveur . Un
>> tel établiílement doit, non feulement ſe consi-
>> lier le fuffrage des bons Citoyens , mais exciter
>>l>eur zèle. S'ils s'intéreſſent réellement aux pro-
>> grès de l'eſprit humain , ils doivent être portés
>>>à favorifer en tout une inſtitution de la nature
>> du Lycée. Ceux même qui ſavent que leur genre
>> de vic , ou leur occupation , les empêcheront
>> de pouvoir le fréquenter , croiront devoir con-
>>courir à en afſurer la ſtabilité , en acquérant
>> tous les ans le droit de s'y montrer de loin en
>>> loin , dit-il arriver qu'ils n'en ufaflent jamais.
Les perſonnes habituellement fixées dans la
>> capitale , ne font pas les ſeules auxquelles le
>>Lycée puiffe être utile ; tous ceux que leurs af-
>>faires , kurs goûts , ou leurs plaiſirs , amènent
i
DE FRANCE. 227
des Provinces à Paris , les étrangers méme y
trouvent les avantages que nous venons d'in
diquer , & y en rencontrent d'autres particuliers ,
>>>relatifsà leur poſition. En fréquentant les Séances
>>> du Lycée , ils fe voient tranſportés tout-à-coup
>>>au milieu de ce qu'on défire le plus , & de ce
>> qu'on obrient le moins facilement dans les voyages
; ils ſe trouvent comme établis au centre
>> des Sciences , des Belles-Lettres, & de plufieurs
>> Sociétés choiſies. Ceux même d'entre eux qui au
> roient heu de prévoir que leur ſéjour à. Paris
>>>ne ſera que de quelques mois , peuvent ne pas
ככ regarder comme inutile de devenir Membres du
>> Lycée. Parmi les divers objets qui en occupent
>>les Séances , il en eſt pluſieurs qui peuvent
>>s'iſoler , fans ceſſer d'être intéreſſans. L'analyſe
> des Ouvrages d'un Ecrivain célèbre , une époque
>> importante dans l'Hiſtoire , chacune desbran-
> ches des Sciences naturelles , préfententà ceux
* à qui on les développe , un attrait indépendant
> de ce qui les a précédées & de ce qui doit les
>> ſuivre. Si celui qui a aſſiſté à leur expofition ,
>> doitnaturellement défirer d'en profiter plus longtemps
cependant il a cu affez de jouiffance
>>pourn'avoir pas regret au prix modique de ſa
>> ſouſcription.
30
>> Avoir fréquenté le Lycée pendant pluſieurs
> années , n'eſt pas non plus une raiſon de s'en
>> éloigner. Le Soufcripteur qui diſpoſe de ſes mo-
>> mens avec le plus de liberté , celui qui a eu le
» plus de zèle pour s'inſtruire , n'a pu afſiſter à
>> toutes les Séances du matin & du foir, Les cir-
>> conſtances lui cuſſent- elles permisde s'y trouver,
>> il ſe ſeroit abſtenu de cellesde plus d'ane Science,
le meilleur, eſprit trouvant dans leur réunion
>> uue trop grande multiplicité d'objets. Il s'eſt donc
» borné à ſuivre quelques-uns des cours , & dans
K 6
228 MERCURE
>> la ſuite il pourra en choisir d'autres , aucun
>> d'eux ne devant être indifférent à un homme
>> qui veut s'inſtruire. Pluſieursd'entre eux ne peu-
>> vent être terminés en moins de quatre ou cinq
» ans , & les plus courts durent au moins deux
>>>ans , encore ces derniers ne ſont-ils jamais à
>>>leur repriſe ce qu'ils étoient d'abord. Les nou-
>> velles découvertes , des théories perfectionnées ,
>des vues neuves , des applications juſqu'alors
>>>inconnues , en font encore des objets intéreſlans
>> pour ceux qui les ont déjà ſuivis «.
Iln'eſt perſonne qui puiſſe ſe refufer à la vérité
de ces vues & de ces réflexions ſur l'institution
du Lycée , & ceux qui en feront le plus
frappés ſont fans doute ceux qui ont conna le
Lycée& fes Séances. Sans chercherà donner trop
de grandeur & trop d'importance aux objets , on
peut regarder comme une époque dans notre
Hiſtoire & dans nos moeurs , le moment où des
hommes décorés de titres & de dignités ſe font
aſſociés , non pour ajouter quelque éclat ou quelque
pouvoir nouveau à leur exiſtence perſonnelle,
mais four ajouter aux lumières , au bon goût &
aux connoiffances d'une partie de la Nation ; cù
la partie de cette Nation la plus expoſée à l'oifiz
veté& aux plaiſirs dont elle fait naître le beſoin,
a couru aprèsede ſolides inſtructions , comme
elle couroit après de frivoles amuſemens ; o
des hommes de Lettres & des Savans , accoutumés
à cette indépendance , néceſſaire" peut - être
à l'imagination & à la méditation pour être au
fervicehonorable du Public , ſe font afſujettis à
des travaux dont les heures & les minutes font
invariablement fixées. Arisa
S'il y a quelque inftitution qui , ppaarrfa nature,
doive toujours rendre à ſe perfectionner , c'eft
telle du Lycée. Dans ces entretiens fi fréquens
DE FRANCE.
119
des Profeſſeurs avec le Public qui les écoute ,
pour peu qu'ils foient attentifs aux effets qu'ils
produifent , & à ceux qu'ils manquent , leur manière
de préſenter les objets doit acquérir chaque
jour quelque nouveau degré , ou d'intérêt ,
ou de clarté , ou d'étendue. En revenant enſuite
fur les mêmes objets & fur les mêmes leçons , ils
les corrigent , non ſeulement avec leur propre
goût & leurs ſeules lumières , mais avec le goût
de ce Publie éclairé qui les a entendus , & avec
l'expérience des impreffions qu'ils ont faites fur
lui. Le Lycée n'est pas moins une école pour les
Profeſicurs , que pour leurs diſciples ; celui qui enſeigne
s'inftruit , & la lumière qu'il a répandue
revient à ſon eſprit plus pure qu'elle n'en étois
fortie, plus dégagée d'erreur ou de nuage. Le
premier Peuple chez lequel on a commencé à
chercher les principes du goût, des Arts, des Sciences
, de la Motale & de la Légiflation , les Grecs
ont porté ces principes à un tel degré de perfection
, que malgré les erreurs dont ils étoient
mêlés , ils ont mérité de ſervir de guide à toutes
les Nations de la terre. Et il est hors de doute
qu'il faut attribuer , en grande partie , les progrès
que les Arts , le goût & la Morale firent dans
la Grèce, à ce que leurs principes étoient profeffés
dans des Ecoles par les premiers Philofophes.
C'eſt dans des Lycées qu'eſt née la première
lumière qui a éclairé les hommes. S'il y a dars
cemoment en. Europe quelque établiſſement qui
reffemble aux Ecoles d'Athènes & au Lycée de
Paris , c'eſt l'Univerſité d'Edimbourg. La Théorie
des Sentimens Moraux , & le Traité de la richeffe
des Nations , les deux Ouvrages où le génie a le
mieux analyſé & découvert , dans l'un , les principes
quigouverernneenntt & ennobliſſent le coeur humain
, dans l'autre , ceux qui enrichiffent &qui
doivent gouverner les Empires; ces deuxOuvra
250 MERCURE
ges , qui ont placé le nom de M. Smith parmi
les plus grands noms de l'Europe, font compoſés
des leçons de Morale & de Politique qu'il ai
données pendant pluſieurs années dans l'Univerſité
d'Edimbourg.
Teis ſont ſans doute les grands modèles que
les Profeffeurs du Lycée de Paris ſe propoſent,
& fi l'on rend juftice au mérite diftingué de plu-
Geurs , & aux efforts de tous , telles font auffi
les eſpérances qu'on peut en concevoir.
Dans tous les temps , il importe aux hommes de
s'éclairer ; car quoiqu'on diſe que l'homme eft un
être raifonnable , cela n'est vrai que de l'homme
éclairé. Ceux qui font dans l'ignorance fontdans les
ténèbres ,ils ne favent ni ou ilsyont, ni cequ'ils
font. Mais jamais une Nation n'a dû mieux fentir
combien il lai est néceſſaire d'acquérir des lumières
, que dans le moment où , appelée par le
Souverain à régénérer la Conftitution d'un grand
Empire , ſes vertus, ſes Loix & fon bonheur
peuvent être fon propre ouvrage. C'eſt alors
fur-tout qu'il importe de chercher dans les Orateurs&
dans les Poëtes , ces beautés qui touchent
l'ame pour l'élever ;dans l'Histoire, ces exemples
qui échauffent&nourriffent l'amour de la liberté
ſans l'exalter ; dans les Sciences naturelles , ces
refforts & ces forces qui peuvent s'appliquer à
nos Arts , comme à la Nature , qui n'est qu'un
grand Art elle-même. Il n'y a que les lumières
qui peuvent , en donnant aux hommes les mêmes
idées , leur infpirer , par degrés , les mêmes fentimens&
les mêmes volontés. Parce que les anciennes
Affemblées Nationales n'ont guère produit
que des querelles entre ces trois Ordres , dans
leſquels elles étoient diviſées plutôt que compo
fées , on voudroit nous donner des alarmes.Mais
il feroit bien étonnant que des homunes même
DEFRANCE
231
d'un ſeul Ordre enſſent pu être ſouvent d'accorddans
un temps on on ne connoitoit ni l'art de
penfer , ni l'art de difcuter , ni l'art de parler.
On raſſemble un Peuple pour raſſembler des
lumières; que ce Peuple ſoit donc très éclairé ,
& qu'il parle bien, car autrement on neraffimblera
que des paſſions .
Il eſt facile de fentir combien eſt précieux ,
dans de parcilles circonstances , & j'oſerois dire
national , un établiſſement tel que le Lycée , ou
les Citoyens de tous les ordres peuvent s'entretepir
tous les jours, dans les connoiſſances qui
étendent la raiſon , & dans ce talent de la parole
, fans lequel la raifon ne ſe communique,
pas , & fans lequel même elle n'exifte qu'impar-.
faitement. On croit qu'il n'y a qu'un âge pour
les études , la jeuneffe; mais les études de lajeunefle
font bientôt perdues quand on ne les refait
pas continuellement.
L'ame eſt un feu qu'il faut nourrir ,
Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
L'Auteur du Programme, après ces vues généra
les far le Lycée, ſi juſtes & fi bien exprimées,
jetre un coup d'oeil fur les travaux de chaque
Profeſſeur en détail , & après avoir rendu compte
de ce qui les a occupés juſqu'à préſent , il annonce
les objets qui occuperont les Séances de
cette année.
2
1
La première année du Cours de Littérature'
a été conſacrée à la Littérature ancienne ; à la
feconde année on a commencé la Littérature
moderne par celle de notre Nation ; en l'a continuée
pendant la troiſième , & elle n'est encore
terminée que par rapportà la Poéfie. On a analyſé
232 MERCURE
,
dans les Séances que nous venons de finir , laHensiade
& le Theatre de Voltaire , enſuite celui de
Crébillon ; on a parlé des principales Tragédies
écrites à la même époque , des Comédies , & de
différens genres de Drame. Le Cours de l'année
où nous allons entrer , embraſſera des objets
qui n'ont pas moins d'étendue & de variété , &
qui font d'une plus grande importance & d'une
utilité plus directe & plus générale ; tous les geares
d'Ouvrages en profe dans le fiècle de Louis XIV
&dans le nôtre. D'abord l'Eloquence , l'Hiſtoire
la Philoſophie qui , de nos jours , a porté ſi loin
ſes regards & ſon influence; enſuite tous les Ouvrages
de critique , d'inſtruction ou d'agrément ,
qu'a produits notre Littérature , fi féconde dans
le 18e. fiècle. -Dans les deux années précédentes
au Cours d'Hiſtoire, on a vu les premiers Empires
naître , s'élever , & s'écrouler. On a ſuivi
enſuite avec plus de détail les principales époques
de l'Hiſtoire de la Grèce. On a commencé , avec .
l'année que nous venons de finir , l'Histoire de
ce Peuple, célèbre que nous sommes habitués
d'admirer , & dont les écarts même ſurprennent
ſouvent nos éloges. M. Garat la continuera cette
année juſqu'à l'extinction de la République. Ainti
ces Séances vont embraſſer laplus intéreſſante des
époques de l'Hiſtoire Romaine, la plus frappante
par l'importance des faits , par la célébrité , le
talent , les vertus & les vices des perſonnages ,
L'époque laplus propre à fournir des tableaux de
moeurs , à inftruire fur la marche de l'eſprit hus
main , fur le combat des vertus & des vices , en
ún mot , ſur ce qu'on doit le plus chercher dans
Hiftoire «.
Les objets de Science naturelle , qui ont été
traités les années précédentes , & ceux qui vont
l'être cette année , font rappelés & annoncés
DE FRANGE 233
dans le Programme , avec la même juſteſſe &
la même préciſion. Les noms des Profeſſeurs ,
la réputation qu'ils s'étoient faite dans des Cours
particuliers , & qui s'eſt accrue dans les Cours
plus étendus du Lycée , tout promet à ceux qui
fuivront leurs Séances , qu'ils y trouveront tour
ce qui peut amufer la curioſité , & compléter
l'inſtruction dans ces Sciences qui préfentent
à la fois des phénomènes ſi frappans aux yeux ,
&des réſultats fiutilesàla raifon. TTaandis qu'en
ſe plaint trop ſouvent des changemens qui arrivent
dans la Littérature &dans les Arts par la décadence
du bon goût , les Sciences fondées fur
l'obſervation changent tous les jours , mais par
des progrèscontinuels. LaChimic a refait juſqu'à
ſa Langue , & c'eſt au Lycée qu'on lui a entendu
parler , pour la première fois , celle qu'une meil-
Icure Philofophie lui a fait adopter. Les Sciences
qui ont confervé leur nomenclature , n'ont pas
fait de changemens moins heureux dans la Langue
qu'elles parlent ; acquiſes par l'obſervation & par
l'analyſe , elles ſont des modèles de la précifion
qu'en tout genre les hommes devroient mettre
dans leurs idées & dans leur langage. On peut
en voir un exemple bien remarquable dans l'Anatomie;
fa nomenclature , toute compoſée de
mots grecs ,teft inintelligible pour tous ceux qui
n'entendent pas la Langue Grecque. En écoutant
& en lifant M. Sue , les voiles qui couvrent en
quelque forte ces mots ſe lèvent , & fon langage
clair & précis grave facilement dans l'imagination
de l'homme un tableau fidèle de ſon organiſation.
Son précis d'Anatomie pour les Arts du
Deffin , ne laiſſe rien à défirer à cet égard, &
offre beaucoup à louer.
On n'avoit conſervé l'année dernière que ſe
Cours de Langue Angloiſe. On y ajoute , pour
234
MERCURE
l'année prochaine, le Cours de Langue Italiense;
c'est-à-dire qu'on enſeignera au Lycée & la
Langue qui parle leplus a la peníée , & la Langue
qui flatte le plus les ſens.
Le Programme qui annonça au Public l'établirfementdu
Lycée, fut remarqué comme un merceat
d'un très-bon ſtyle &d'une excellente philofophie.
Celui de l'année prochaine a trop le même mérite,
pour qu'on ne le ſoupçonne pas de la même
main. Les Programmes ont été décriés comme les
Préfaces ; mais ce que M. de Vauvenargue a dit
des Préfaces , on peut le dire des Programmes:
Quelque part que cela se trouve , ce qui est bien
pense est bien pensé , & ce qui est bien écrit eft
bien écrit.
(Cet Article eftde M. Garat. )
DE FRANCE. 235
ANNONCES ET NOTICES.
L'ART des Armes, où l'on donne Fapplication
de la théorie à la pratique de eet Art, avec les
principes méthodiques adoptés dans nos Ecoles
Royales d'Armes ; in-8 °. 2 Volum. enrichis de 47
Figures gravées en taille-douce; dédié à S. A. S.
Mgr. le Prince de Conti , par M. Danet, Ecuyer,
& Syndic-Garde des Ordres de la Compagnie des
Maîtres en fait d'Armes , des Académics du Roi ,
en la Ville & Fauxbourgs de Paris , aujourd'hui
Directeur de l'Ecole Royale d'Armes. A Paris ,
chez l'Auteur , rue du Chantre , Hôtel du Saint
Elprit ; Barrois l'aîné , Libr. quai des Auguſtins ;
Bailly , rue S. Honore ; Hardouin & Gaticy , au
Palais-Royal ; Belin , rue S. Jacques ; Didor , rue
Dauphine. Prix , 11 liv. les 2 Volumes brochés.
A
Cet Ouvrage, qui fait partie de l'éducation
physique , eft utile à la jeune Nobleffe , aux Militaires,
& aux perſonnes qui , par état, portent
l'épée, comme à' celles qui veulent en faire leur
prefeffion. M. Danet diviſe ſa matière en trois
Partics d'exécution , ſubdiviſées en 43 Chapitres;
dans la première , il traite du jeu fimple ; dans
la feconde, du jer double ; & dans la troiſième ,
dujeudécifif.
Il ne nous appartient pas de prononcer ſur un
parcil Ouvrage ; nous rapporterons ſeulement un
petit extrait de l'Approbation de MM. les Maîtres
de l'Ecole Royale d'Armes , ſeuls en état d'en
apprécier le mérite : >> La réfutation que cet Au-
-teur fait de la manière de tirer des Anciens.
236 MERCURE
35 en la comparant à celle qui eft adoptée dans.
> nos Ecoles , eft une preuve de ſon étude conf-
* tante & réfléchie. Nous ne pouvons mieux lui
>> en marquer notre reconnoiſſance, qu'en lui don-
>> nant notre Approbation..... fans avoir égard
à la critique mal fondée qui en a été faite «.
Les perſonnes qui défireront ſe procurer cet
Ouvrage, écriront directement à l'Auteur , qui le
leur fera paffer franc de port , en affranchiſſant
la lettre d'avis & le port de l'argent .
Don Pèdre à Inès de Castro , Héroïde ; par M.
Berthrede Bourniſeaux, du Musée de Paris,& Coreſpondant
de ceux de Toulouſe & de Bordeaux.
AMadrid; & ſe trouve à Paris , chez Debray ,
Libr. au Palais-Royal ; & chez les Marchands de
Nouveautés.
Bagatelles Littéraires , par L. B. de Bilderbeck ;
In-88. A Lausanne , chez Jean Mourer , Libraire ;
& à Paris , chez Guillaume Debure l'aîné , Libr. ,
Hotel Ferrand , rue Serpente , N° . 6.
Ce Volume eſt compoſé de Réflexions ſur la
marche & les progrès du goût en Allemagne , de
quelques ébauches dramatiques , petits Drames
affez foibles , & de pluſicurs Contes en profe, dont
quelques-uns ſe font lire avec plaifir. Nous avons
diftingué les Pantoufles , le Roi bienfaisant , &
de l'Innocence & un bon coeur. Quelques Fragmens
qui terminent le Volume ontde la chaleur & de
l'intérêt.
Collection des Mémoires de l'Histoire de France ,
Tome XLIV. A Paris , rue & hôtel Serpente.
Ce Volume contient la ſuite des Memoires de
Michel de Castelnau.
DE FRANCE.
237
Bibliothèque Univerſelle des Dames. A Paris ,
rue & hôtel Serpente.
Les deux nouveaux Volumes qui paroiffent, font
le IIC. des Mélanges , qui traite des Poëtes Latins
&des diverſes imitations qu'on en a faites ; & lc.
17e. des Romans,
Le Parifien à Londres , ou Avis aux François
qui vont enAngleterre , contenant le parallèledes
deux plus grandes Villes de l'Europe , avec 6 Pl .
& le Plan de Londres ; par M. Decramps. 2 Part,
in- 12 . AAmſterdam ; & fe trouve à Paris , chez
Maradan , Lib. rue des Noyers. :
Cet Ouvrage , dont l'Auteur entre dans les détails
les plus curieux ſur ſon objet , feta très-inftructif
& utile pour ceux qui font le voyage d'An-,
gleterre,
De l'origine des forces magnétiques , par M.
Prevoſt , de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Berlin , & Profefleur honoraire à l'Académie
de Genève ; in- 8 " . Prix , 3 liv. br. , &
3 liv. 10 f. franc de port par la Pofte. AGenève,
chez Barde, Manget & Compagnie ; & ſe trouve
à Paris , chez Buiſſon , Libr. rue Haute - feuille ,
Hôtel de Coëtloſquet , N° . 20 .
Souvenirs d'un Homme du monde , ou Recueil
de Penſées diverſes , d'Obſervations , de Bons
mots , de Faits finguliers , d'Anecdotes & d'Opufcules.
2 Vol. in- 12. A Leipfick , chez Veltheim ;
& à Paris , chez Maradan , Lib. rue des Noyers,
Il y a dans ces deux Volumes des choſes curieuſes
& non connues ; ce qui n'eſt rien moins
que commun à tous les Recueils de ce genre.
238 MERCURE
Sainte Bible , traduite en françois , nouvelle
Edition , in - 8 ° . Tome IIIe ., du Nouveau Teftament.
A Nimes, de l'Imprimerie de Pierre Beaume.
Des circonstances particulières ayant retardé ce
grand Ouvrage , on promet de le terminer dans
Je courant de cette année.
La mort du Capitaine Cooc , à ſon troiſième
voyage au Nouveau-Monde, Pantomime en 4
Actes; par M. Arnould , repréſentée pour la première
fois fur le Théatre de l'Ambigu Comique ,
au mois d'Octobre 1788. Prix , 12 f. A Paris
chez Lagrange , Libr. Fue St, Honoré , vis-a-vis
le Lycée.
Entretiens fur les Fétes, les Jeunes, Ulages&
principales Cérémonies de l'Eglife ; par fou M.
Cochin, Curé de Saint-Jacques- du -Haut- Pas ;
nouvelle édition. A Paris, chez Méquignon l'ainé ,
Libr. rue des Cordeliers , près les Écoles de Chirurgie;
in- 12. Prix broche, 2 liv. ; & relié , 21.
18 fous.
Cataloguedes Livres imprimés & Manufcrits de
la Bibliothèque de feu Mgr. le Prince de Soubife,
Maréchal de France, dont la vente ſera indiquée,
par Affiches , au mois de Janvier 1789 ; très-gros
in-8 ° . A Paris , chez Leclerc , Libr. quai des Auguſtins.
Histoire de Henri III, Roi de France & de
Pologne; conterant des détails très-intéreſlans fur
l'Aſſemblée des Etats-Généraux , tonus deux fois
ſous le règne de ce Prince. 1 Vel. in-8 °, broché ,
2liv. 8 f. AParis , chez Regnault , Libr. rue S.
Jacques , en face de celle du Plâtre .
4
DE FRANCE. 239
La dernière Scène du Déluge , peint & grave
parBounicu, de l'Académie Royale.
Cette Eftampe, gravée avec effet dans la manière
noire, ſe trouve, comme toutes les Eſtampes
dumême Auteur , à Paris , chez le Sieur Bouin
Md. de Muſique , rue S. Honoré , près S. Roch ,
N°. 504.
,
Les illuftres François. LOUIS-GEORGES LECLERC,
COMTE DE BUFFON , deſſiné par C. P. Marillier ,
gravé par N. Ponce. Prix , I liv. 16 f. AParis ,
chez l'Auteur , rue Sainte-Hiacinthe ,N°. 19 .
Henri IV & Sutly , après la bataille d'Ivry ,
grande Eſtampe gravée par P. Laurent , Graveur
de Leurs Majestés, d'après leTableau original de
Bounica , Peintre du Roi.Prix , 24 livres. AParis,
chez M. Olivier , Négociant , rue Saint - Denis ,
N°. 189 .
Cetre Eftampe eft la meilleure que nous connoiſſionsde
fon Auteur.
Figures des Fables de la Fontaine , No. 32. A
Paris, chez le Sr. Simon, Graveur , rue du Plâtre-
St-Jacques , Nº. 7 .
Pour répondre au défir de pluſieurs perſonnes ,
les Editeurs viennent de faire deſſiner une Bordure
par M. Choffard , pour donner à leurs Figures le
fornat de l'édition in-4°. que M. Didot vient de
faire paroître. Chaque Calier , compofé toujours
de 6 Figures imprimées ſurpapier vélin , ſe payera
4liv.; &pour enfaciliter l'acquiſicion , il en paroîtra
un Cahier tous les Lundis de chaque ſemaine
, à commencer du 12 Janvier 1789. 11 faut
ſe faire infcrire , pour cette édition , d'ici au rer,
Janvier prochain , afin qu'on puiffe fixer le nombre
du tirage.
240 MERCURE DE FRANCE.
Numéros 8 & , du Journal de Guitare , ou
choix d'Airs de tout caractère , avec Préludes,
Accompagnemens , Airs variés , pincé & doigté ,
marqué pour l'inftruction , par M. Porro , Pro
fefleur de Muſique & de Guitare. Abonnement
pour 12 Cahiers & les ETRENNES , 18 liv. ,
chaque Cahier ſéparé, 2 1. & lesEtrennes, 7 1. 4 f.
=Numéros 8 & 9 du Recueil des Délaſſemens
de Polymnie , ou les Petits Concerts de Paris ,
contenant des Airs nouveaux de tous les genres ,
mêlés d'Obſervations ſur le Chant & l'expreffion
muſicale ; avec Violon & Baffe ou Clavecin. Prix
ſéparément , 2. liv. 8 fous. Abonnement pour 12
Recueils , 18 liv. A Paris , chez M. Porro , rue
Tiquetonne , No. 10.
:
TABLE.
Voyage en Turquie.
DE.
Lettre au Rédacteur.
Charade, Enig. Logog.
LeMuséum deFlorence. 213/Annonces & Notices .
1931 Répertoire universel. 217
Variétés.
195 Epitre à Zulime.
204
222
225
207
235.
APPROBATIΟΝ.
J'AI tu, par ordre de Mgr. le Garde des Sceaur ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 29.
Novembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
en empêcher l'impreſſion. AParis, le 28 Novembe
1788. SÉLIS.
SUPPLÉMENT,
CONTENANT
LES PROSPECTUS ET AVIS
DE LA LIBRAIRIE .
GALERIE DE FLORENCE , OU Chef- d'oeuvres
qu'elle renferme , ainsi que le Palais Pitti ,
en Tableaux , Statues , Bas-reliefs & Caméés ;
gravés ſous la direction de M. LACOMBE
Peintre , d'après les deffins de M. WICARD
Ouvrage dédiéà Son AlteſſeRoyale Monseigneur
le GRAND- DUC DE TOSCANE.
LA GALERIE DE FLORENCE est célèbre
dans toute l'Europe ; elle est la plus belle comme
la plus riche en monumens des Arts , particulièrement
de ceux qui faifoient l'admiration des
Anciens , & qui ont pu échapper aux ravages
* Cette Feuille de Supplément eſt deſtinée à la publ
cation des Prafpectus & Avis particuliers de la Librairie ,
dans le Mercure , le Journal de Genève && la Gazette de
France.
و Au moyen byen de cette Feuille les Profpectus qui of
devant fe perdoient & n'étoient pas lus du Public , le con
ferveront au moins autant que chaque Journal . Il y a plus ,
leurs frais ſe trouveront conflérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du tirage , du pliage , &c. der
venantunedépense commune pour chacun d'eux.
On doit s'adreſſur à M. MOUTARD pour l'infertion &
payement. Les frais pour chaque page du Mercure , tiré &
Supplém. No. 48. 29 Novemb. 1788. *
( 2)
du temps& à la ſucceſſion des fiècles. Les Prin
ces de la Maiſon de Médicis , par une émula
tion foutenue & par un goût héréditaire qu'ils
fe font tranfimis l'un à l'autre avec autant de
foin que les droits de leur puiſſance , ſe font
tous fait un devoir d'augmenter les richeſſes de
cette Galerie. Ils n'ont épargné ni foins ni dép
penfes pour les déterrreerf ou pour les obtenir
de leurs poffeffeurs, & fe font plu également
à en embellir le PALAIS PITTI , un des plus
beaux ornemens de leur ville capitale . C'eſt
fous les aufpices de S. A. R. Monfeigneur le
Grand-Duc de Toscane , ami & protecteur
des Lettres & des Arts , que cette entrepriſe
a été commencée ; & c'eſt au goût éclairé de
ce Prince , que l'on doit les facilités néceſſaires
pour faire jouir le Public des tréſors inappréciables
dont il eſt le digne poffefſeur.
Entreprendre de repréſenter ces Chef- d'oeuvres
par la gravure , c'eft aller fans doute au
devant des déſirs de tous les Amateurs , & c'eſt ,
fi l'on ofe le dire , fe procurer des droits à
leur reconnoiffance Aufſi certe entrepriſe a-t- elle
été annoncée avec les plus grands éloges dans
les Nouvelles Littéraires de Florence , en date
du 27 Novembre 1787 .
Tous les Deffias de cette ſuperbe Collection
fevont faits par M. Wicard , Peintre , élève
de M. David, dont les talens ſupérieurs ont
mérité l'éloges de plus célèbres Artiſtes de Paris.
onze mille , feront , en petit somain, de 30 liv. 15 fous , &
en philofophie , 21 liv. Chaque page qui aura été inférée
dans leMercure , pourra êrgeaudi inférée dans le Journalde
Genève , tiré à 3500 , pour 10 liv. 12 f. 6 den.; chaque
colonne de la Gazetre de France , tirée à 6000 , cotera ,
Sen petit romain , 32 liv. 15 fous , &c. Outre le prix cideffes,
on doit donner au Rédateur du Mercure un exem-
Braite ass Livres nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
(3 );
Afin que la gravure puiſſe répondre à la beauté
des Deffins, & à celle des Chef-d'oeuvres qu'on
ſe propoſe de faire connoître , elle ne fera confiée
qu'aux Artiſtes les plus diftingués de la
Capitale.
Dans cet Ouvrage , de format grand in -folio ,
la gravure occupera feule toute l'étendue de
la page , qui fera compoſée de deux ſujets . Le
premier repréſentera alternativement un Tableau
un Bas - relief , ou deux Statues anti
ques ; & le ſecond , placé au defſous & de
même largeur , offrira un ou deux Camées ,
de grandeur fuffifante à rendre ſenſible tout
le mérite de la pierre , dont un fimple trait
indiquera la mefure. Parini les quatre ſujets
ſupérieurs , il y aura toujours trois gravures
d'après le Tableau , & une d'après l'antique.
Lorſque la grandeur du Tableau l'exigera ,
la planche alors ſera de toute l'étendue du
format , afin que la réduction ne faffe rien
perdre de l'expreffion & des détails de l'origioal.
L'explication qui fera face à la gravure , ſéra
imprimée par P. Fr. Didot le jeune.
Cette explication préſentera des obſervations&
des remarques hiſtoriques fur les Tableaux
& les Antiques , & peut-être cette Collection
pourra-t-elle être confidérée comme un
Ouvrage élementaire , propre à former le goût
des jeunes Amateurs .
Inſtruits des obſtacles qui peuvent retarder
un Ouvrage auquel on veut donner toute la
perfection dont il eſt ſuſceptible , les Éditeurs
ne s'engagent à donner que quatre Livraiſons la
première année , de trois mois en trois mois.
Chaque Livraiſon ſera compoſée de huit fu-
Jets , formant quatre pages , avec quatre pages
d'explication.
* ij
(4)

Le prix de chaque Cahier fera de 15 kv.
pour les Souſcripteurs , & de 18 liv. pour ceux
qui n'auront pas foufcrit. Les Amateurs qui
préféreront avoir les Eſtampes imprimées fur
papier vélin , ainſi que le texte , payeront 18
liv. au lieu de 15 , pris à Paris ; les frais de
tranſport ſeront à la charge des Soufcripteurs .
On n'exige aucune avance.
La première Livraiſon paroîtra dans le courant
de Janvier 1789 .
MODÈLE DE SOUSCRIPTION.
Je ſouſſigné , reconnois m'être fait inſcrire
pour un ou pluſieurs Exemplaires de laGALERIE
DE FLORENCE (papier vélin ou ordinaire ) , dont
je m'engage à faire parvenir le montant&la lettre
d'avis francs de port , fuivant les conditions
du Proſpectus. A le 178.
On peut fouſcrire dès à préſent ,
A Paris , chez M. LACOMBE , Peintre ,
Auteur de l'Ouvrage , rue Saint-Hyacinthe ,
Nº. 38 , Place Saint-Michel ; & M. DE LA
FOSSE , Graveur , Place du petit Carrouſel ;
à Versailles , chez BLAISOT ; à Florence , chez
MOLINI , Libraire & Marchand d'Eſtampes ; à
Rome , chez BOUCHARD , Libraire ; à Londres ,
chez BOYDEL , Marchand d'Eftampes , & J.
PHILLIPS , GEORGES YARD , Lombard Street ;
àTurin , chez les frères REYCENDS , Libraires ;
à Strasbourg , chez KONIG , TREUTTEL & les
frères GAY , Libraires ; à Maïence , chez Au-
GUSTIN LE Roux ; à Bruxelles , chez GODEFROI
LARIVIÈRE ; à Manheim , chez FONTAINE ;
à Bafle , chez CHRÉTIEN DE MÉCHEL ; à Lyon ,
chez ROSSET ; à Marseille , chez MosSY ; à
Montpellier , chez ABRAHAM FONTANELLE ;
( 5 )
à Lifle , chez JACQUEZ ; à Vienne en Allemagne
, chez les frères ARTARIA ; à Dijon , chez
MAILLY.
Lu & approuvé , ce 20 Septembre 1788. ROBIN.
Vu l'Approbation , permis d'imprimer, le 20 Sept 1788.
DE CROSNE
,
LA NATURE conſidérée sous ses différens aspects ,
ou Journal d'Histoire Naturelle par uke Société
de Gens de Lettres ; rédigé & mis en
ordre par M. l' AbbéBERTHOLON, Profeffeur de
Physique expérimentale des Etats - Généraux
de Languedoc , & Membre de plusieurs Académies
, & par M. BOYER.
CE Journal contient tout ce qui a rapport à
la ſcience phyſique de l'homme , à l'Art Vétérinaire
, à l'Hiſtoire des différens animaux , au
Règne végétal , à la Botanique , à l'Agriculture
&au Jardinage ; au Règne minéral , à l'Exploitation
des mines & aux uſages des différens
foffiles; à la Phyſique , à la Chimie , aux Mathématiques
, à l'Aftronomie , à la Géographie ,
à la Navigation , au Commerce , à l'Architecture
, à laGravure , & généralement à toutes
les Sciences phyſiques & à tous les Arts. On
ytrouve les Principes élémentaires des Sciences ,
les nouvelles Découvertes , des Notes hiftoriques
ſur les Savans , & un grand nombre de
Figures en taille -douce.
L'accueil flatteur que le Public a fait à cet
-Ouvrage , a déterminé les Auteurs à augmenter
de beaucoup le nombre des pages , ſans en
augmenter le prix , qui n'eſt que de 27 livres
franc de port pour toute la France . On fufcrit
*
ij
( 6 )
pour cet Ouvrage ( in 8. compoſé de 24 numéros
, réunis en douze Cahiers ) à Paris , au
Bureau du Journal , chez M. PÉRISSE, Libraire ,
au Soleil d'or , Pont St. Michel , auquel onremettra
, francs de port , les Livres , Mémoires
& Gravures qu'on voudra faire annoncer
ou inférer ; à Lyon , chez M ROSSET & MM.
PÉRISSE , Libraires ; à Bordeaux , chez MM.
LABOTTIÈRE & CHAPPUIS , Libraires ; à Nifmes
, chez M. BOYER BRUN , rue de la Treforerie
; à Turin & à Milan , chez les frères
REYCENDS.
NOUVEAUX ALMANACES ANACREONTIQUES ,
ÉtrennesMusicales , pour l'année 17893favoir :
LES
Es trois Muſes réunies ; la Fête d'Apollon ;
les Charmes de la Vie ; l'Amant trompé par
l'Amour ; Anacreon en belle humeur ; le Petit
Ovide François ; le Petit Chaulieu ; ce qui
plaît aux Dames ; les Graces en goguette ; les
Muſes à Cythère; les Eſpiègleries de l'Amour ;
les Caprices de l'Amour ; les petits Soupers de
Vénus; les Enfans de la joie ; les Efcapades
de l'Amour ; la Veillée de Venus ; les Loiſirs
d'Aglaé ; la Matinée de Paphos ; la Soirée de
Paphos ; les Etrennes de toutes Saifons ; l'Amour
en bonne fortune ; le Bijou da jour de
l'an ; les Niches de Cupidon ; les Diverſités
galantes ; les Etrennes galantes ; la Gaîté Parifienne;
les Sens; la Lanterne Magique ;la Fleur
des Plaiſirs ; la Journée d'une jolie Femme ;
le Haſard du coin du feu ; Élite de Chanfons ,
Romances d'Eſtelle , Ariettes , Vaudevilles &
Airs d'Opéras , &c. &c. par les meilleurs Anteurs
, avecles noms de ceux qui y ont con(
7 )
tribué , & le bon goût dans le choix des Pièces
deMuſique qui les compofent , & les Eſtampcs
qui les accompagnerm; jolis Chanfonniers François
, mis en muſique par les plus célèbres
Compofiteurs modernes , avec privilège du
Roi , dédiés aux Gens de goût ; chacun de ces
Almanachs enrichis de jolies gravures , avec
tablettes économiques , perte & gain , reliés
enmaroquin ,& fermés par le ſtylet pour écrire ,
4 liv. 10 f. & 5 liv. franc de port. On aura la
précaution de bien déſigner les titres de chaque
Almanach, pour éviter les mépriſes &contrefaçons.
A Paris , chez Deſnos , Ingénieur Géographe
pour les Globes & Sphères , & Libraire
de Sa Majesté Danoiſe , rue St. Jacques , No.
254 , & chez tous les Libraires qui vendent -
des nouveautés. Le Proſpectus des Almanachs
mis en muſique ſe diſtribue gratuitement avee
celui des Ouvrages de Géographie qui compofe
le fonds du ſieur Deſnos.
Avis. Tous les Almanachs de Géographie ,
comme le petit Atlas hiſtorique & géographique
, en 2 vol. 18 liv. celui de l'Europe , en
32 Cart. 12 liv. l'Atlas de la France , diviſée
enfes quarante Gouvernemens , 12 liv . Étrennes
miles aux Voyageurs , 10 liv. le petit Indicatcur
fidèle des Routes de France , to liv. le petit
Néceſſaire de tous les jours , Ouvrage dans lequel
chacun trouvera ce qui lui fera utile ,
10 liv. & la Géographie des Dames , en 16
Cartes To liv. Ces Étrennes géographiques
feront enrichics chacune du Portrait deM. Necker
, Miniſtre d'Etat , Directeur général des
Finances : il ſe vendra féparément i liv . 4 f.
étant gravé en médaillon , pour être mis , fi
l'on veut , fur une tabatière.
Le ſieur DESNOS fera à MM. les Libraires , Mar ३
( 8 )
chands d'Estampes , Papetiers & Bijoutiers ,
une remiſe honnête fur le prix ; il faut que les
demandes en foient faites avant le premier Décembre;
il n'en fera pas relié plus que le nombre
de ceux qui auront foufcrit d'ici à ce temps ;
les lettres non affranchies ne feront pas reçues.
,
Les perſonnes qui , par l'éloignement des
lieux , feroient embarraſſes pour le choix de
fes Almanachs pourront s'en rapporter au
Sieur DESNOS , dont le bon goût eſt connu ,
&qui ne leur enverra que des choſes honnêtes ,
inftructives , curieuſes & agréables .
MOUTARD , Libraire- Imprimeur de laREINE ,
rue des Mathurins , hôtel de Cluni , mettra en
vente au is Décembre 1788 , l'Ouvrage fui---
yant , ce plus complet qui , jusqu'à cejour
aitparufur cette matière.
DICTIONNAIRE raiſonné des Loix , des
Ufages & de la Diſcipline de l'Eglife , conciliés
avec les libertés & franchiſes de l'Eglife Gallicane
, Loix du Royaume , & Jurifprudence
des Tribunaux de France ; par M. DESODOARDS
FANTIN , Vicaire général d'Embrun , 6 vol.
in-8. Prix , 30 liv. br. & 36 liv. rel. Avec approbation
& Privilége du Roi.
Il manquoit un Livre qui traitât , d'une manière
raiſonnée , conciſe , & à la portée de
tout le monde , de toutes les connoiſſances
qui concernent la Religion & les Eccléſiaſtiques .
C'eſt l'objet de ce Ditionnaire. Chaque matière
y eſt traitée dans une juſte étendue ; &
pour plus fürs renseignemens , chaque article
porte en tête le titre qui l'indique , le claſſe
&hui eft propre.
( १ )
Ony trouvera les Dogmes de la Foi , & la
Règle des moeurs , objet de l'étude de l'Ecriture-
Sainte & de la Tradition ; les Loix , les
Uſages , la Diſcipline de l'Eglife , & tous les
faits principaux de l'Hiftoire Eccléſiaſtique ; les
Décrets , les Actes des Conciles généraux &
particuliers , dont les déciſions font devenues
Loix de l'Eglife ; & enfin le tableau des Schifmes
& des Heréfies .
Les Schifmes & les Héréſies qui ont caufé
des troubles dans le gouvernement ou la difcipline
de l'Eglife , tels que le grand Schifme
d'Occident , celui des Grecs , celui d'Angleterre
, les Héréfies des Antitrinitaires , Gnoftiques
, Sabelliens , Neftoriens , Iconoclaſtes ,
Albigeois ,& celles des prérendus Réformateurs
du ſeizième fiècle , le ſommaire de la Vie des
Héréfiarques; le Précis de leurs Doctrines , &
les Livres qui les contiennent , avec des Notes
fur les différentes éditions qui en ont été faites.
L'Eglife , répandue par toute la terre , ne
forme qu'us Corps myſtique , dont Jéfus Chrift
aſt le Chef ſuprême. Ce Corps fut diviſé autrefois
, pour la facilité de fon gouvernement ,
encinq Patriarcats . Il l'a été depuis en pluſieurs
Sociétés particulières ; les unes , Catholiques ,
reconnoiffent pour Chef l'Evêque de Rome ,
premier Patriarche de l'Eglife ; les autres font
devenues Schifmatiques ou Hérétiques . Elles
ſubſiſtent aujourd'hui ſous le nomd'Eglifes d'Italie
, de France , d'Eſpagne , d'Allemagne , de
Pologne , d'Angleterre , d'Afrique , de Grecs ,
d'Arméniens , de Cophtes , de Chaldéens , de
Géorgiens , de Jacobites , de Maronites , de
Melchites , de Mingreliens , d'Abyſſins , &c .
On a rapporté le temps de la naiſſance de
chacune des Egliſes , leur liturgie , leur gouvernement
, leurs uſages particuliers , le nom(
10 )
bre des Evêchés qu'elle renferme , une defcription
étendue de la manière dont les Grecs confèrent
les Sacremens , célèbrent la Liturgie
donnent les Ordres , & font toutes les cérémonies
eccléſiaſtiques .
,
L'Hiftoire abségée de la Vie des Papes , des
Saints Pères , des Auteurs Ecclésiastiques , l'indication
de leurs Ouvrages , les meilleures éditions
connues .
La diftinction des temps où les différens OrdresReligieux
ont été reçus en France , la forme
de leurs gouvernemens , l'efprit de leurs inftituts
, les fonctions auxquelles ils ſe conſacrent ,
les altérations & changemens qu'ils ont éprouvés.
N. B. Ce qui regarde la concordance entre le Droit canonique
, les libertes de l'Eglife & du Royaume de Fance ,
là Jurisprudence de nos tribunaux , vu l'étendue &Pimportance
du fujet , forme la partie la plus conſidérable de
cet Ouvrage ; ce qui le rendra fort utile à tous les Odiciers
publics , & même à un grand nombre de Particuliers .
L'Auteur y préſente , en forme de diſſertation,
les articles du Droit canonique dans tout
ce qui a rapportà la Jurisdiction eccléſiaſtique :
Impétrations , Collations , Poffeffions , Cef.
fions , Spoliations , Unions & Défunions des
Bénéfices , les Officiaux , les Titres de Bénéfice ,
les Mariages , Difpenfes , &c. Non feulement
les Opinions des Jurifconfultes , mais les Canons
des Conciles , les Lettre,s des Papes , les
Déclarations de nos Rois , les Arrêts des Parlemens
& du Grand Confeil juſqu'à ce jour ,
ainſi que les Articles des Mémoires du Clergé ,
qui fervent à les décider ou les éclaircir.
Les Ufages & Maximes de la Daterie , de la
Chancellerie & de la Pénitencerie ; les Titres &
Fonctions de tous les Officiers de la Cour de
Rome ; les Règles de la Chancellerie , qui ,
( 1 )
reçues en France , font partie de notre Jurif
prudence bénéficielle ; le, Fonctions des Bany
quiers expéditionnaires qui envoient journellement
à Rome; les Suppliques ; la forme dont
ces Refcrits doivent être revêtus pour être exé
cutés dans le Royaume , & les Uſages particudiers
de l'Egliſe de France à ce ſujet . :
La Formule des Ates émanés de la Cour de
Rome dans toutes fortes de cas; de ceux qui
doivent être faits en France , tant par les Expéditionnaires
que par les Notaires , pour parvenir
à l'obtention des Diſpenſes ou des Bénéfices
, & généralement celle de tous les Actes
qui regardent des perſonnes eccléſiaſtiques , ou
que des Eccléſiaſtiques ſont dans le cas de rédiger
dans toutes fortes de circonstances , foit
d'après les Conſtitutions canoniques , ſoitd'après
lesOrdonnances de nos Rois .
Les perſonnes qui voudroient s'affurer d'un exemplaire
de cet Ouvrage , peuvent foufcrire chez le Libraire. S'ils
payent le prix de 1 Ouvrage, on leur remettra une quittance,
fur laquelle i'Ouvrage leur fera délivré auſſi- tôt qu'il aura
paru , en Oftobre prochain 1788 .
,
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE POLICE
contenant les progrès de cette partie importante
de IAdministration civile en France ; les Loix
Kéglemens& Arrêts quiyont rapport ; les Droits,
Priviléges & Fonctions des Magistrats & Offisiers
qui exercent la police ; enfin un Tableau
historique de la manière dont elle sefait chez les
principales Nations de l'Europe . A Paris , chez
MOUTARD , Imprimeur- Libraire de la Reine
rue des Mathurins , hôtel de Cluni ; par M.
DESESS ARTS , Avocat , Membre de plusieurs
Académies , Secrétaire ordinaire de MONSIEUR ,
& Député de la Ville de Cherbourg.
,
ON délivrera aux Souſcripteurs le ſixième
( 12 )
volume de cet Ouvrage important , le to D
cembre prochain ( 1 ) .
Peu de ſouſcriptions ont été propoſées &
exécutées avec une plus grande exactitude que
celle du Dictionnaire de Police .
Leſixième volume , qui va paroître, commence
par l'article Laboratoire , & finit par l'article
Moeurs. i
,
Dans un moment où les citoyens de tous les
ordres s'occupent de ce qui peut contribuer au
bonheur de l'humanité , on lira avec intérêt le
fixième volume que nous annonçons ; il offre ,
dans l'article Laboureur , un tableau des connoiſſances
relatives à cet Art , le premier de
tous & le plus utile. Les articles Lieux privilégiés
, Maçons , Mendians , Militaires , Moeurs
contiennent les détails les plus intéreſſans fur
cequiadesrapports avecl'amélioration de chaque
objet ; mais on lira fur- tout avec reconnoiſſance
les articles Manufactures , Maréchauffée&Meffageries
, qui réuniſſent à un Code complet des
Réglemens , des détails hiſtoriques , dont plu
fieurs , peu connus juſqu'à ce jour , ont le mé
rite de la nouveauté.-
Le ſeptième volume paroîtra dans fix mois.
L'Ouvrage aura to vol. in-4.
(1) Le Sieur Moutard continue de recevoir des ſouſcriptions
aux conditions annoncées dans le Profpectus qui a
paru en 1785 Le prix de chaque vol. in-4 eſt de to liv.
10 f. br en carton . On n'exige d'autre avance que celle
du premier volume , & l'on recevra le dernier volume
gratis.
Lu & approuvé, A Paris , ce 25 Nov. 1788.CAILLEAU ,
Adjoins.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES .
DANEMARCK.
De Copenhague , le 6 Novembre 1788.
UNE fufpenfion d'hoſtilités entre nos
troupes& celles de Suède , juſqu'au 15
mai de l'année prochaine , a ſuccédé à
l'armiſtice qui devoit expirer le 13 de ce
mois. Cette Convention , en vertu de
laquelle nous évacuerons le territoire de
Suède, après en avoir remis aux troupes
Suédoiſes , les places & districts occupés
par nos détachemens , a été agréée de
PrinceRoyal de Danemarck, aux inſtances
du Baron de Borck , Commiffaire-général
de S. M. Pruſſienne. Notre Miniſtère l'a
depuis confirmée par ſa Déclaration du
23 octobre , que nous avonsrapportée ,&
l'eſpoir du retour d'une tranquillité completteparoît
maintenant folidementfondé.
Par ordre de la Cour de Londres , M.
No. 48. 29 Novembre 1788.
-
i
( 194 )
Johnston , chargé ici des affaires d'Angleterre
pendant l'absence de M. Elliot ,
a notifié à notre Miniſtère que le Cabinet
Britannique adhéroit à la Déclaration du
Roi de Pruffe , & qu'il regardoit du même
oeil que ce Souverain, les intérêts du Roi
de Suède , & la néceſſité de la Pacification
du Nord. On a eu même de fortes raiſons
de préſumer que , ſans la déférence de
notre Cour aux demandes des Puiſſances
médiatrices , les troupes de l'Electorat
d'Hanovre ſeroient entrées dans le Holftein
, conjointement avec celles de
Pruffe.
POLOGNE.
De Varsovie , le 2 Novembre.
Les Délibérations préliminaires ſur les
Subfides & le Commandement de la nowvelle
armée , étant remiſes aux Afſemblées
provinciales , & ces divers objets exigeant
de longues diſcuſſions , la Diète , en attendant
leur iſſue , ne tient plus que deux
Seſſions par ſemaine. Suivant l'état de
compofition qu'on veut donner à cettearmée
de la République , elle confiſteroit
6180 en hommes deCavalerie nationale.
8240 de Cavalerie légère.
1
( 195 )
8020 Colaques .
2000 Artilleurs .
2706 Gardes à pied.
40650 d'Infanterie.
7

Telle ſera la formation de l'armée , dite
de la Couronne , & à la répartition de la
Pologne ſeule. On y ajoute 33601 hommes
pour l'armée de Lithuanie , ce qui ,
avec 18 Généraux , feroit une armée nationale
de 101,415 hommes. Dans les
Séances prochaines , on décidera la répartition
de ces troupes dans les provinces ,
villes & diſtrias ; après quoi , il ne reſtera
plus qu'à trouver 40 millions Polonois
pour l'entretien annuel de cette formidable
milice. Ce n'eſt pas là fans doute
une choſe aiſée . Quelques Dames zélées
ont offert , dit- on , leurs diamans pour
ſubvenir à cette dépenſe; mais , outre que
ces parures ne ſe renouvelleroient pas
chaque année , on ſent bien que nous ne
ſommes plus au ſiècle où l'on peut entretenir
cent mille hommes aux dépens de la
toilette de quelques femmes opulentes .
Plus d'une fois il a été arrêté d'augmenter
l'armée , qui eſt reſtée conſtamment trèsfoible,
par la réſiſtance de la plupart des
Grands à ſupporter de nouvelles impofitions.
Comme la Nobleſſe de la République
en poſsède preſque toutes les propriétés,
on fent qu'elle ſeule peut auſſi en fupi
j
( 196 )
:
porter les dépenfes. Il eſt donc encore
douteux que cette entrepriſe , qui redonneroit
à l'Etat ſon indépendance & fon
rang dans l'Europe , s'exécute avec autant
de concert qu'elle a été réfolue.
Parmi les actes de vigueur auxquels on
adû s'attendre , il faut compter les plaintes
portées à l'Ambaſſadeur de Ruſie, ſur les
excès des troupes Ruffes dans quelques
diſtrias de la République. Le Général Lubormiski
, qui a envoyé le rapport de çes
exactions au Département de la guerre ,
préſumoit qu'une partie de l'armée Ruffe
fongeoit à prendre ſes quartiers d'hiver en
Pologne.Le Prince Czartoryski, Nonce de
Volhynie , a communiqué auſſi à la Diète
la demande faite par un Général Ruffe au
Palatinat de Volhynie , de 1500 chariots
pour tranſporter les fourrages de l'armée
de M. de Romanzof. La Diète ayant accueilli
ces réclamations , il a été envoyé
de'fa part une députation à M. de Stackelberg
, pour requérir que dorénavant le
territoire de la République reſte neutre&
indépendant. Ce Miniftre Ruffe a promis
d'écrire , à ce ſujet , au Feld-Maréchal
de Romanzof, & il a expédié un Courrier
Pétersbourg.
L'établiſſement d'un nouveau Conſeil
de guerre , a de nouveau été diſcuté dans
la Séance très-orageuſe de la Diète , le
( 197 )
27 octobre. Les Patriotes ne veulent ni
de l'ancienne Commiſſion émanée du
Conſeil- Permanent & fous l'influence de
la Cour, ni du Département auffi vicieux
par lequel ona propoſéde la remplacer. Ils
demandentque la nouvelle armée foit dans
l'abſolue dépendance d'une Commiſſion
indépendante de la Couronne , & préſidée
par les Grands-Généraux , dont l'ancienne
autorité a été finon anéantie , du moins
extrêmement limitée à la fin des derniers
troubles. Le Prince Sapieha défendit avec
chaleur cette propofition , en réfutant
ceux qui la préſentoient comme dangereuſe
à la liberté &à la propriété des Citoyens.
Le Prince-Primat, frère du Roi ,
dans un Difcours qui fit impreſſion , fowtint
l'opinion contraire; mais rien ne fut
arrêté,& l'on remit la délibération au 30.
LaSéance de ce jour-là fut auſſi vive que
la précédente. Ons'y plaignit avec amertame&
vélémence des troupes Ruſſes &
Autrichiennes , de leur deſſeinde prendre
des cantonmemens d'hiver dans la République
, de leurs exactions , de leur refus
d'acquitter les droits de Douane : en conféquence
, on envoya une Députation
de la Diète à M. du Cachet , Réfident de
l'Empereur , qui,fur-le-champ,expédiaun
Courtier à Vienne. Rien d'ailleurs n'a éte
décidé encore fur le Conſeil de guerre.
11
( 198 )
Si l'on peut ajouter foi à des lettres
circulaires , ſans date ni ſignature , de l'armée
du Prince Potemkin, le fiéged'Oczs
kof n'est pas totalement abandonné. La
place a été ravitaillée par leCapitan-Pacha.
Le Prince Potemkin a renvoyé la plus
grande partie de ſa Cavalerie , devenue
inutile pendant cette ſaiſon. Les aſſiégeans
ne font pas encore en poffeffion du re.
tranchement que les Turcs ont élevé du
côté occidental de la fortereſſe , & où le
Pacha commandant a renfermé les mécontens
, qui voulurent le forcer , il y a
deux mois , de rendre la place aux Ruffes,
afin de ſauver, diſolentils , leurs femmes ,
leurs enfans & leurs propriétés. Suivant
T'hiſtoire baroque de cet empriſonnement,
le Pacha feignit de conſentir à la demande
des mutins , à condition qu'il tenteroit
encore une fois une fortie générale. Les
mécontens ayant accepté cette condition ,
fortirent de la ville , le Pacha à leur tête ;
ils furent ſuivis par les troupes , ſur la
fidélité deſquelles ce Commandant pouvoit
compter, &qui étoient chargées , fur
un certain ſignal , & lorſque le Pacha
ſeroit rentré dans la ville , d'en fermer les
portes , de braquer les canons ſur les mécontens;
enfin,de leur dire qu'ils devoient
faire leur devoir au retranchement , que
leurs familles & leurs_biens répondroient
( 199 )
de leur fidélité , & qu'on auroit ſoin de
leur faire parvenir tout ce dont ils auroient
beſoin:
Le Maréchal de Romanzof a paffé le
Pruth, le 26 ſeptembre , près de Czezara ,
& il s'eſt poſté , le 30 , à Falxin. Si le
Séraskier , qui ſe trouve de ce côté-là
avec un Corps d'environ 40,000 hommes ,
ſe retire, ou qu'il ſoit battu , une partie
du Corps du Maréchal ſe portera vers
Gallatz & Inail , &l'autre vers Bucharest .
ALLEMAGNE.
DeHambourg , le 9 Novembre.
LeGénéral Muffin Puschkin est arrivé
à Pétersbourg de la Finlande , où il retournera
, dit-on , inceſſamment. Les régimens
des Gardes , les Cuiraſſiers du
Grand-Duc& les Cuiraffiers de Caſan ſont
revenus de la même province. Le 9
d'octobre , la Newa a quitté ſon lit,& mis
fous l'eau une partie de Pétersbourg , qui ,
le 18 , étoit couvert de neige.
-
L'eſcadre Ruffe rentrée à Revel , y a
ramené l'Amiral Greigh dangereuſement
malade. Tout de ſuite l'Impératrice lui a
envoyé ſon Médecin Anglois M. Rogerfon
, & aux dernières nouvelles , ſa ſanté
donnoit moinsd'inquiétude. La Princeſſe
(
iiv
( 200 )
Augustine-Caroline de Brunswick Wolfenbutel,
fille du Dực régnant , & épouſe du
Prince Frédéric-Guillaume de Wirtemberg ,
dont elle avoit été ſéparée depuis deux
ans , eft morte à Revel, d'une fièvre putride
, dans la 24. année de fon âge.
P.S. du 10. Nousapprenons dans l'inftant
qu'à la ſuite d'une rechute , l'Amiral
Greigh a terminé fa glorieuſe carrière à
Revel.
De Vienne , le 8 Novembre.
:
Dans l'étatde dévaſtation où se trouvoit
le Bannat , il eût éré difficile aux Ottomans
d'y conferver leurs cantonnemens
d'hiver , ſans être maîtres de Temefwar.
Le fiége de cette place ,dans une faifon
aufli mauvaiſe , devenoit trop dangereux ,
&fujet à trop de longueurs , pour que le
Grand-Vifir eût l'imprudence de l'entreprendre.
C'eſt probablement à cette cauſe
qu'il faut attribuer fa retraite du Bannat ,
où l'on croit cependant qu'il a poſté
10,000 Spahis entre Méhadia , Schuppanech
& Orfowa. Le camp du Général
Wartensleben eft rétabli à Carenfèbes : les
régimens de Terzy , Latterman , Wolfenbutel
& Ruski forment un carré flanqué
des dragons de Wirtemberg & des Chevaux-
légers de Lobkowitz. Le mauvais
* emps , d'ailleurs , apporte de grands obf(
201 )
tacles aux opérations militaires . Lesennemis
ont également abandonné la rive
gauche du Danube , c'est-à-dire , Vipalanka,
Pancfova , Kubin, Moldava &Alibey.
En repaſſant le fleuve, il paroît que le
gros de leurs forces s'est réuni aux deux
points principaux de Belgrade & d'Orfowa.
Nos troupes font rentrées en poffeffion
des ruines que les Turcs laiſſent dans le
Bannat. Le retour de l'armée principale à
Semlin n'a rencontré preſque aucun obftacle
, fi l'on en excepte le petit combat
près dePancfova , que nous avons rapporté
d'après laGazette du premierde ce mois ,
& l'attaque de Vipalanka , plus détaillée
dans le Bulletin du 5 .
« Le Comte de Harrach furprit les Turcs , y
eft-il dit , le 21 octobre , à la pointe du jour. Les
Spahis ſe jetèrent dans la redoute , & 100 janiſſaires
gagnèrent leurs faïques. Nos troupes ,
poſtées à droite& à gauche , canonnèrent celles -ci
qui étoient au nombre de 26 , & en coulèrent
deux à fond. Les Spahis , au nombre de 120 ,
fommés de rendre la redoute , la remirent à condition
qu'ils auroient la liberté de ſe retirer ; ils
furent eſcortés juſqu'à Pancſova , par un détachementdenostroupes.
L'ennemi alaillé 100hommes
&35 chevaux fur la pace, 12 prifomiers , parmi
lesquels eft Ibrahim Nemès Pacha , 3 drapeaux
& 58 chevaux,
Des lettres deTeme war ajoutert à ce
rappert les circonftances que voici , & & qui
1 V
( 202 )
prouvent que cette action a été vigoureuſement
conduite de part&d'autre.
« Le Général- Major de Harrach arriva , le
18 Octobre , à Werſchetz avec les Régimens d'infanterie
de Nicolas-Esterhazy & de Palfy , ainfi
qu'avec 3 diviſions des Huffards de Graven. Il
continua le lendemain à midi ſa marche dans le
plusgrandfilence;& le 21 , à la pointe du jour,
il ſetrouva avec ſon corps aux environs de Vipalanka.
Le Capitaine Zigany ſe porta d'abord avec
fon détachement vers les caſernes , qui furent
forcées , tandis que le Lieutenant Bradanovich
s'empara de la porte , après avoir chaſſé un piquet
ennemi. L'attaque de la Redoute, exécutée
par les Capitaines Friedburg & Hofmeister , ne
fut pas fi heureuſe : ils furent bleſſés l'un &
l'autre , & leurs gens repouſſés. Le Lieutenant
Ranaky , qui prit le commandement après eux ,
fut tue, & fon monde dut ſe retirer. Les Volontaires
du Régimentd'Esterhazy leur fuccédèrent,
mais non pas avec plus de bonheur : le Capitaine
Stuppart&le Sous-Lieutenant Slavy furent tués ,
le Capitaine Zigany & le Lieutenant Brodanovich
bleſſés. Les Volontaires du Régiment de Palfy
attaquèrent auffi infructueuſement le flanc gauche
dela redoute. Deux Officiers , Voinovich& Schmidt
y perdirent la vie. La Redoute n'étoit pas moins
qu'une petite Fortereſſe : pour la prendre par
aſſaut , l'on devoit avoir des échelles, & cependant
l'on en manquoit. Ainfi l'on dut en venir
à une capitulation avec l'ennemi , qui obtint la
libre forte pour toute la garniſon. L'on compte
que le Corps du Général de Harrach a eu une
centaine de tués , & le double de bleffés dans cette
action. L'on trouva dans la Redoute plus de 80 ,
&dans la Palanque plus de 60 Turcs tués. »
L'opiniâtre réſiſtance de cette poignée
( 203 )
d'ennemis nous a coûté , du régiment
d'Esterhazi , 3 Officiers & 20 Soldats tués ,
5 Officiers & 104 Soldats bleſſés ; du régiment
de Palfy, un Officier & 28 Soldats
tués , 4 Officiers & 112 Soldats bleffés.
Un incident moins heureux s'étoit
paſſé quelques jours auparavant.
-
« Le 18 , on avoit jeté un pont de bateaux
fur laTemeſch , près de Thomaſchevez ; le temps
étoit brumeux ; les Turcs profitèrent de cette circonſtance
, tombèrent ſur un détachement de nos
troupes qui ſervoit d'eſcorte , & en maſſacrèrent
le plus grand nombre. L'ennemi paſſa même le
pont ,& pouſſa juſqu'aux magaſins; il mit le feu
à des meules de foin , & auroit commis de plus
grands dommages , fi un gros détachement de
cavalerie, venant d'Orlavak , ne fût ſurvenu, &ne
l'eût forcé de ſe retirer. Cette ſurpriſe de l'ennemi
avoit preſqueproduit le même déſordre qu'à
Lugofch ; car à peine les payſans virent-ils les
Turcs , qu'ils quittèrent leurs chariots chargés de
foin , d'avoine , & ſe réfugièrent du côté de
Beskerek. »
C'eſt le 27 octobre ſeulement, que Sa
Maj. eſt arrivée à Semlin avec 7 bataillons
de Grenadiers , 6 de Fufiliers & 3
régimens de Cavalerie. La réunionde ces
forces à celles du Général de Gemmingen ,
forme , à ce qu'on préſume , une armée
de 40 mille hommes. Celle des ennemis
ſe concentre & s'augmente dans la plaine
deBelgrade. Outre les troupes Ottomanes
qui ont repaffé le Danube ,& qui compofoient
la principale force du GrandVifir ,
vj
(204 )
il à reçu , ſuivant l'avis des eſpions , des
détachemensconfidérables venus de Niffa;
ainſi le théâtre de la guerre eft reportéde
nouveau auprès de Belgrade. On préfume
que le General Ottoman y prendra fes
quartiersd'hiver, quoiqu'on ne fachequ'im.
parfaitement le Leu de ſon ſéjour actuel .
Tout paroît tranquille enTranſylvanie:
des lettres de Jaffy, du 30 octobre, confirment
que le Maréchal de Romanzofa joint
le Corps du Prince de Cobourg , que ces
Généraux doivent pénétrer dans la Vala
chie , & que les Généraux de Soltikow &
d'Eimpt refteront dans la Moldavie. Le
premier eſt près de Jaffy , & l'autre s'eft
avancé vers Hafch , fur les frontières de la
Betfarabie.
Différens avis de la Croatie avoient ſuc-
Geffivement annoncé que le débordement
de la Save , les pluies & les froids borneroient
les entrepriſes du Maréchal de Laudhon.
En effet , le rapport officiel de ce
jour , nous informe que ce Général a
abandonné le fiége de Gradiska-Turc , &
qu'il a formé un camp près du Vieux.
Gradska. Le Pacha de Banjaluka a formé
, de ſon côté , un camp de 3000hommes
à Prédor.
Le reſte de ceBulletin d'aujourd'hui ſe
réduit à l'avis fuivant :
Trente-deux faiques turques , venant de
(205 )
Semendria , ayant été aperçues , le 27 octobre ,
du campde Vipalanka , le Major-Général de Marrach
les fit canonner , & en maltraita trois ; le lendemain
, dix - huit bateaux ennemis prirent la
même route ; le feu que l'on recommença mit
en déſordre l'équipage , qui les abandonna : on
fit prendre ces bateaux , chargés de munitions de
guerre &de bouche , de peaux , de 100 moutons
vivans , &c. Le 30 du même mois, on prit
une faïque ennemie montée de 2 canons. »
-
L'Empereur a donné les ordres néceffaires
pour réparer Schabacz , Dubitza ,
Novi , Choczim & Jaffy , & mettre ces
places dans un bon état de défenſe. Ony
fait aller, pour cet objet , des Artilleurs de
Prague , de Brinn & d'Olmütz .
On affure que le Grand-Duc de Tofcane
a pris la route de la Croatie , pour
aller joindre l'Empereur à Semlin .
-
Le Chevalier Keith , Miniſtre Britannique
à cette Cour , a quitté cette capitale
lepremier de ce mois , pour retourner
à Londres . M. Hammond , nouvellement
arrivé , reſte chargé des affaires d'Angleterre.
Il eſt arrivé ici ſucceſſivement.
deux courriers de Berlin , expédiés par
notre Miniſtre le Prince de Reufs . -
Comte de Podewills , Miniſtre de la Cour
de Berlin , a remis une note au Prince de
Kaunitz, qui a fait partir fur-le-champ un
courrier pour l'Empereur.
Le
Le Prince RodolphoJofeph de Colloredo ,
( 206 )
Miniſtre de Conférence & Vice-Chancelier
de l'Empire &de la Cour, eſt mort ici,
généralement regretté, le premier de ce
mois , dans la 83°. année de ſon âge.
DeFrancfortfur leMein, le 16 Novemb.
Laſituationdes choſes en Pologne , & la
criſe politique qui peut en réſulter, fixent
toute l'attention & l'activité du Cabinet
de Berlin. Auſſi le bruit s'accrédite qu'il
eft queſtion , plus que jamais , d'une armée
Pruſſienne de 30 à 45 mille hommes,
deſtinée à former un cordon ſur la frontière
Polonoife. Deux Compagnies d'Artillerie
font prêtes à marcher ,& l'on croit
ſavoir avec certitude que , le 7 , des ordres
pareils ont été expédiés aux régimens
repartis dans la Pruſſe. On forme le
Commiffariat de Campagne ,& des préparatifs
militaires de tout genre , annoncent
que la Cour de Pruſſe a des doutes ſur la
poſſibilité de conſerver la paix. - Dans
l'efpace de 24 heures , il eſt arrivé à Berlin
fix courriers différens , auffi-tôt réexpédiés
.
Nous avons annoncé la mortdu Général
de Wunsch , l'un des Chefs les plus eftimés
de l'armée Pruſhenne. Voici une
courte notice de ſa vie militaire .
CeGénéral , né en 1717, dans le Du
( 207 )
ché de Wirtemberg , entra à ſeize ans
au ſervice militaire du Duc. Il paſſa enſuite
, avec des troupes de Wirtemberg ,
au fervice d'Autriche , & fit , en 1737 ,
1738 & 1739 , les campagnes contre les
Turcs. En 1742, il prit du ſervice en Bavière
, & enſuite en Hollande , après la
mort de l'Empereur Charles VII. Etant
dans l'armée des Alliés , il ſe trouva aux
batailles de Rocoux & de Laufeld. Du fervice
des Etats-Généraux il paſſa enfin à
celui du Roi de Pruſſe. En 1756 , il fut
placé comme premier Capitaine au bataillon
des volontaires d'Angenelli , & fut
préſent, en 1757, aux batailles de Breslau
&de Leuthen. Avancé alors au grade de
major,& après larepriſe deBreſlau, à celui
de Lieutenant-Colonel , avec la permiſſion
de lever un bataillon franc , il rendit au
Roi , à la tête de ce corps , de grands fervices
dans les années 1758 & 1759 , foit
dans leHildesheim & la Saxe , foit en Bohême
. On joignit à fon Corps franc un ſecond
bataillon , & l'on en forma un régi
ment. Lors de la marche du Prince Henri
dans la Bohême , M. de Wunsch fut de
l'avant-garde ; il força l'ennemi de quitter
ſes retranchemens , détruifit ſes magafins
, & retourna enſuite en Saxe ; de-là il
ſe rendit avec ſon régiment dans l'Empire
, prit Bamberg , & détruifit pluſieurs
( 208 )
magaſins. Ces exploits lui valurent le grade
de Colonel. Il fut chargé enſuite de reconnoître
l'ennemi près d'Auſſig en Bohême
, & remplit cette commiſſion à la fatisfaction
du Roi , qui l'appela à fon armée
dans la Marche électorale , &l'éleva
au grade de Général-Major , deux jours
avant la bataille de Kunersdorf. Pendant
cette action , ce général prit Francfort, fit
lagarnifon priſonnièrede guerre ; & quoique
la bataille fût perdue,iljoignit le Roi
fans accident , au camp de Reitwein. Il
fut enſuite détaché dans la Saxe, où il prit
les fortereſſes de Wittemberg & de Torgau
, battit par-tout les ennemis, & marcha
vers Dreſde ; mais avant ſon arrivée
cette ville s'étoit déja rendue. La même
année, ſe donna la mémorable bataillede
Torgau ; le Général Wunsch n'avoit que
8 bataillons & autant d'escadrons , tandis
que le Corps du Général S. André
étoit compoſé de 16 bataillons & de 37
eſcadrons; les Pruſſiens firent des prodiges
de valeur : l'ennemi perdit ſon camp
avec tous les équipages, 8 canons, 16 chariets
munitionnaires , & on it prifonniers
26 officiers & 650 foldats. Après cette
affaire , le GénéralWunsch marcha contre
Leipſick , & força , le 13 Septembre ,
le Comte de Hohenlohe de lui rendre
a ville & toute la garnifon. Il attaqua en(
209 )
fuite , près de Kemberg , le Corps de
Brentano, lebattit ,& prit 1800hommes,
les bagages , un canon& fept chariots munitionnaires
. Cette adion lui valut l'Ordre
duMérite. Il joignitenſuite prèsde Maxen
leGénéral Fink , & eut le malheur d'être
fait prifonnier , ſans qu'on pût lui attribuer
cette diſgrace; il reſta priſonnier juſqu'à
la Paixde Hubertsbourg. En 1763 , le feu
Roi le fit chef du régiment qui portoit
fon nom , & l'éleva , en 1771 , au grade de
Lieutenant-Général ; en 1778 , il commanda
un corps particulier dans la guerre
dela ſucceſſion de Bavière ,&ſe diftingua
par-tout. Le feu Roi , dans, fes OEuvres
poſthumes , rend aux talens militaires de
ce Général , toute la juſtice qui leur eſt
due. Le Roi actuel l'avoit élevé au grade
deGénéral d'infanterie,&décoré du grand
Ordrede l'Aigle noir.
Sur la nouvelle de la mort du Prince de
Colloredo, l'Ele&eur de Mayence,en ſaqualité
de grand Chancelier de l'Empire,a conféréad
interim, ladirection du poſte deVice-.
Chancelier de l'Empire au Comte d'Uberaker
, Vice- Préfident du Conſeil Autique.
ESPAGNE.
a
De Madrid,le 4 Novembre.
Le 28 du mois dernier , à fix heures du
( 210 )
matin , l'Infante Donna Marie-Anne-Victoire
eft accouchée d'un Prince , qui a été
baptifé , le même jour , par le Patriarche
des Indes , & tenu ſur les fonds par Sa
Majeſté. Il a reçu les noms de Charles-
Jofeph-Antoine.
Malheureuſement , peu de jours après ,
l'Infante a été atteinte de la petite vérole ,
&y a fuccombé , le 2 , à l'âge de 20 ans .
Cette perte fi affligeante pour l'Infant
D. Gabriel, épouxde la Princeſſe , & pour
la Famille Royale , ne le ſera pas moins
pour la Reine de Portugal , mère de l'Infante
, & qui avoit vu expirer dernièrement
, de la même maladie , fon fils te
Prince de Bréfit.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 18 Novembre.
Si le rétabliſſement de Sa Majesté ne
dépendoit que des voeux de ſon Peuple
entier dans l'affliction , nous n'aurions pas
la tâche pénible d'annoncer que ces voeux ,
juſqu'ici, n'ont pas été exaucés. Avec une
complexion robuſte , un tempérament
qu'on croyoit à l'épreuve , le genre de vie
le plus modéré , & les affe&ions morales
les plus tranquilles , l'auguſte Chef de la
Nation a été frappé tout-à-coup d'une
(211)
maladie , dont les accidens font encore
plus alarmans que le mal même. On en
connoît les effets mieux que la nature :
fon fiége paroiffant s'être fixé à la tête ,
il en eſt réſulté un délire , quelquefois
convulfif, accompagné de fièvre , interompu
par un fommeil fans foulagement ,
caractériſé par des ſymptômes dont la
violence n'a cédé que foiblement aux
remèdes qui ont été adminiftrés. Non-
Teulement les eſpérances qu'on avoit eues
le 11 & le 12 ne ſe ſoutinrent pas le 13
&le 14 , mais l'état du Roi devint encore
plus cruel. Malgré pluſieurs heures de
Iommeil , la diminution de la fièvre , la
nourriture même que le malade avoit
priſe avec quelque plaiſir, le tranſport reparut
avec plus de force , & ne s'eſt affoibli
que dans la nuit de vendredi à
ſamedi dernier. La fréquence de ces rechutes
& leur caractère , laiffant les Médecins
dans l'incertitude de la durée d'une
auſſi cruelle fituation,le Conſeil s'affembla
le 13 , & le Public fut inftruit que
l'établiſſement d'une Régence ſembloit
devenir néceſſaire aux fonctions ſuprêmes
dont S. M. ne pouvoit fitôt reprendre
l'exercice . Des lettres circulaires furent
envoyées à tous les Membres du Parlement
convoqué pour le 26, & des courriers de
( 212 )
fr
Cabinet expédiés aux différens Miniſtres
Britanniques dans l'Etranger.
Vendredi foir & le famedi fuivant , les
fymptômes perdirent de leur gravité. Le
Roi parut beaucoup plus calme qu'il ne
l'avoit été ; fon réveil ne fut fuivi d'aucun
tranſport ; il converſa même affez longtemps
avec le Dodeur Reynolds , & lui
témoigna ſa ſenſibilité fur les peines &
la douleur des perſonnes qui l'entouroient.
La nouvelle de cet heureux changement
fut reçue à Windfor & à Londres avec
un tranſport d'ivreſſe. Cependant, la journéedu
ſamedi & la matinée de dimanche
ramena de nouveaux accidens : on adminiſtra
un bain tiède & des fomentations à
la tête , qui produifitent un bon effet :
dans la nuit d'hier lundi le ſommeil fut
tranquille , & le Bulletin d'aujourd'hui
annonce que la nuit a éte bonne , mais
que l'agitation de la fièvre n'a pas abſolument
diſcontinué. En général , quoique
ces variations dans l'état de Sa Maj . ne
donnentencore que de légères eſpérances ,
les intervalles entre les retours du délire
font devenus plus longs , & dans ces
momens leRoi a caufé pluſieurs fois avec
calme & préſence d'eſprit. Comme ce défordre
cruel dans la ſanté du Souverain
tient, ſelon toutes les apparences , à une
( 213 )
C
cauſe accidentelle , on eſpère encore qu'il
ne ſera que momentané.
L'hiſtoire du royaume n'offrant aucun
exemple de cette triſte circonftance , il
n'exiſte aucune loi qui détermine à qui
doit être confié l'exercice des prérogatives
de la Couronne. Le Prince de Galles étant
majeur , il ſemble que la Régence lui eft
dévolue de droit ; cependant les opinions
font partagées , & il eſt encore incertain
ſi l'Héritier préſomptif eft appelé ſeul à
gérer les affaires publiques , comme Régent
, ou à préſider ſeulement un Confeil
de Régence. Cette déciſion appartient
incontestablement au Parlement , qui s'en
occupera après demain , à moins que
la ſanté de S. M. ne s'améliore affez pour
permettre à cette Affemblée de ſéjourner
d'un jour à l'autre. En toute autre occurrence
, ce malheur public feroit ſenti .
comme il doit l'être ; mais il devient
encore plus alarmant dans l'état critique
où ſe trouvent les affaires générales de
l'Europe. Le Roi y avoit une part immédiate
; ſes avis donnoient l'impulfion
auConſeil ; il avoit dirigé l'interventionde
l'Angleterre aux mouvemens du Nord ,
& il importe ſouverainement que les
négociations entamées ne ſe reflentent
( 214 )
pas de l'affreux évènement qui conſterne
la Nation .
Sur la délibération du Confeil Privé ,
l'Archevêque de Cantorbéry a compolé
une Prière publique qui ſera lue dans les
Eglifes , pour obtenir , de la Divinité , le
rétabliſſement du Souverain. Une affluence
prodigieuſe de perſonnes de tout état a
rempli les Temples dimanche dernier.
Les Diſſidens , les Catholiques , les
Méthodiſtes , &c. ſe font empreffés de
concourir à cette interceffion nationale ,
par des Oraiſons particulières dans leurs
Chapelles. Les Juifs en ont récité une
très - fervente dans leurs Synagogues. Au
ſervice qui ſe fit dimanche à la Chapelle
de Saint-James, on remarquale plus grand
nombre des perſonnes de la Haute Nobleffe
, & par tout les larmes des Aſſiſtans
ont accompagné la lecture de la Prière ,
dont voici la formule :
• O Dieu de miféricorde ! toi qui tiens dans tes
mains&la vie & la mort, écoute ,noust'en conjurons
,les fupplications de tes ſerviteurs , qui s'adreſſent
à toi dans ce jour de calamité. »
« Nous reconnoiſſons que nos crimes & notre
endurciſſement ont mérité tes châtimens. Mais
grand Dieu ! dans ta colère , tu n'oublies pas ta
miféricorde. Daignes donc entendre les prières de
tes ſerviteurs , qui ſe tournent vérs toi avec des
coeursbrifés&repentans. »
«Que ta bonté compâtiſſante exauce les voeux
ardens qui font offerts à ta Divine Majesté , en
,
( 215 )
faveur de notre Souverain Seigneur le Roi , &
du peuple que tu as confié à ſes foins. Qu'il te
plaiſe éloigner de ce Prince les maux dont tu as
voulu l'affiger pour nous punir de nos crimer.
Que ta providence le conſerve & le foutienne ;
bénis les moyens employés pour fon rétabliſſement
; rends-lui, nous t'en conjurons , fon premier
état de ſanté , & permets qu'il puiſſe continuer ,
par ſa piété & par ſa ſageſſe , à maintenir parmi
nous les bénédictions de la vraie religion , de la
liberté civile & de la paix publique , juſqu'à ce
qu'il te plaiſe, après longues années , de l'appeler,
riche de ſes bonnes oeuvres , dans ton soyaume
céleste.»
«Etends , Seigneur! tesbontés ſur laReine , fur
le Prince deGalles , & fur toute la famille Royale ;
fois- leur propice , & ne détournes point tes regards
de leur affliction ; que la grace céleſte les infpire
& les guide , & qu'ils reçoivent de ton
Saint-Eſprit les confolations que toi ſeul peut
diſtribuer. >>
<<Nous te fupplions enfin de permettre que
nous , qui crions à toi dans notre détreffe , nous
puiſſions te rendre nos actions de graces , dans ton
temple, pour avoir écouté les voeux de tes ferviteurs
,&avoir rendu notre Monarque aux ardentes
prières de ſon peuple.»
«C'eſt ce quenous te demandons, ô Seigneur!
pourl'amour de Jésus-Chriſt , notre ſeul médiateur
auprès de toi. Ainſi ſoit-il. »
P.S. du 20. On reçut hier de moins
fâcheuſes nouvelles de Windfor , & le Roi
ſe trouvoit mieux. M. Fox, à qui ſon Parti
avoit expédié un courrier à Turin , où il ſe
trouvoit , eſt revenu ici avec une incroyable
célérité , pour aſſiſter à la Séance Parlementaire
d'aujourd'hui.
( 216 )
FRANCE.
De Versailles , le 19Novembre.
Le 16 de ce mois, la Ducheſſe de Fronfac
a pris le tabouret.
Le fieur Blina eu l'honneur de préſenter
àSa Majefté la 178. Livraiſon des Portraits
des grands Hommes , Femmes illuftres &
Sujets mémorables de France , gravés &
imprimés en couleur, dédiés au Roi (1).
DeParis , le 26 Novembre.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 22
octobre 1788 , portant Réglement pour la
nouvelle formationdes Etatsde la province
du Dauphiné ; extrait des regiſtres "du
Conſeil d'Etat.
Le Roi , par l'arrêt de ſon Conſeil du 2 août ,
aordonné qu'il ſe tiendroit, le 30 du même mois ,
dans la ville de Romans , une aſſemblée des trois
Ordres du.Dauphiné , afin d'avoir leur voeu &de
recevoir leurs Mémoires ſur une nouvelle formationdes
Etats de la province. Sa Majeſté s'eſt
fait rendre compte du projet qui a été adopté
dans ladite Affemblée: Elle a remarqué, avec une
parfaite ſatisfaction, les vues ſages & bien com-
(1) Cette Livraiſon , qui ſe trouve chez l'Auteur,
place Maubert , nº. 17 , contient les portraits
d'Olivier deCliffon & de JeanCarcadodeMolac.
binées
ET (217 ) 1
binées qui ont été ſuivies pour affurer une juſte
repréſentation des différentes parties de la province,
& pour déterminer l'ordre des élections ,
leur renouvellement fucceffif & l'organiſation.intérieure
des Etars. Sa Majesté a approuvé , dans
fon entier& fans aucune modification , toute cette
partie du plan arrêté dans l'Affemblée de Romans ,
maisElle a ſuſpendu ſa déciſion ſur les difpofitions
qui, par leur importance , lui ont paru devoir être
renvoyées à la Délibération des Etats-généraux;
&en apportant , par d'antres conſidérations ,
quelques changemens à un petit nombre d'articles ,
Elle a voulu que ſes motifs fuffent parfaitement
connus ,& Elle a autoriſé ſes Commiſſaires à en
donner communication aux trois Ordres de la
province affemblés à Romans. Sa Majesté ſera
toujours diſpoſée à écouter les obſervations qui
tendront à éclairer ſa juſtice , & qui pourront
• ſeconder le défir qu'Elle a de concourir à la fatisfaction
de ſa province du Dauphiné ; Elle ne
tiendra jamais irrévocablement qu'aux principes
eſſentiels de l'ordre public ,& aux diſpoſitions qui
feront fondées fur les Loix de fon royaume , &
fur les antiques uſages de la Monarchie. A quoi
voulant pourvoir : Ouï le rapport ; le Roi étant
en fon Confeil , a ordonné & ordonne ce qui
ART. IT . Les Etats de Dauphiné ſeront formés
parcent quarante-quatre Repréſentans ou Députés
des trois Ordres de la province, ſavoir:
Vingt- quatre Membres du Clergé , quarantehuit
de la Noblefſſe, & foixante- douze du Tien-
Etat.
II. Nul
old
ne pourra être admis aux,Frats , ni
voter pour la nomination des Repréſentaus , qu'il
ne foit âgé de vingt-cinq ans accomplis , & do
No. 48. 29 Novembre 1788. k
( 218 )
micilié dans le royaume, ou dans le comtat
d'Avignon ou Venaiſſin.
III. Aucun Membre des Etats ne pourra s'y
faire repréſenter par Procureur
IV. La repréſentation du Clergé ſera formée
partroisArchevêques ou Evêques ,trois Commandeurs
de Malte , ſept Députés des Eglifes Cathédrales
; ſavoir, un de celle de Vienne, un de celle
d'Embrun , un de celle de Grenoble , un de celle de
Valence, undecelle de Gap, un de celle de Die&
unde celledeSaint-Paul-Trois-Châteaux : cinqDéputésdes
Egliſes Collégiales ; ſavoir , un de cellede
Saint-Pierre & de Saint-Chef de Vienne , un de
Saint André de Grenoble , un de Saint-Bernard
de Romans , un de celle de Creft ,& un de celle
deMontélimart; deux Curés propriétaires; deux
Députés des Abbés , Prieurs Commendataires
Prieurs ſimples , Chapelains & autresBénéficiers ;
un Député des Ordres & Communautés régulières
d'Hommes , y compris celle des Religieuxhofpitaliers
de Saint Jean-de-Dieu , à l'exception
néanmoins des Religieux mendians ; un Député..
desAbbayes&Communautés régulières de Filles ,
àl'exception des Communautés mendiantes , pris
parmi le Clergé ſéculier ou régulier de chacune
deſdites Communautés:
V. L'élection des Députés ſera faite de la ma
nière ſuivante : Les Archevêques ou Evêques
s'éliront entre eux , les Commandeurs de Malteferont
nommés par leurs Chapitres , ceux des
Egliſes Cathédrales & Collégiales le feront également
par leurs Chapitres. Les Cures feront
choiſis alternativement dans chaque diocèſe ſuivant
l'ordre ci-après ; ſavoir , Vienne & Embrun ,
Grenoble & Valence , Die & Gap , Saint-Paul-
Trois-Châteaux&Vienne ,&' ainfi fucceffivement.
L'élection deſdits Curés ſe fera dans une Affem-

(249 )
blée formée d'un Député de chaque Archiprêtré ,
&tenu devant les Evêques des diocèses en tour:
pourdéputer.
VI. Les Curés de la province dont les Bénéfices
dépendent des diocèſes étrangers ſe réuniront ;
ſavoir , ceux du diocèſe de Lyon au diocèſe de
Vienne , ceux du diocèſe de Belley à celui de
Grenoble , ceux des diocèſes de Siſteron & de
Vaiſon à celui de Saint-Paul-Trois-Châteaux ,
&y enverront les Députés de leur Archiprêtré
pour concourir aux élections .
VII. Les deux Députés des Abbés & Prieurs
Commendataires , Prieurs ſimples , Chapelains &
autres Bénéficiers , feront auſſi choiſis alternativement
dans chaque diocèſe , ſuivant l'ordre pref
crit par l'article V, &leur élection ſe fera danst
une Aſſemblée convoquée devant les Evêques desi
diocèſes , qui feront en tour de députer ,là'laquelle
feront appelés les Abbés , Prieurs& autres
Bénéficiers fimples , dont les bénéfices ſitués dans
la province , feront dépendans des diocèſes étrangers
, en ſuivant l'ordre exp'iqué par l'article: VI.
VIII. Le Député des Ordres & Communautés
régulières d'hommes , ſera pris alternativement
dans chaque diocèſe , en commençant par celui
de Vienne , &en obfervant que les Commu
nautés régulières des diocèſes d'Embrun)& de
Gap, ſe réuniront à celui de Grenoble , pour
ne former entre elles qu'un ſeul Député ; que
celles des diocèſes de Die & Saint-Paul-Frois
Châteaux , ſe réuniront à celui de Valence : leur
élection ſera faite dans une Aſſemblée compoſée
d'un Député de chacune des Communautés régue
gulières à laquelle ſeront appelés dansi l'ordre expliqué
ci-deſſus , un Deputé des Communautés
régulières des diocèſes étrangers , & qui fera tenue
par-devant l'Evêque du diocèſe de la province , en
tourdedéputer.
kij
( 220 )
T IX. Le Repréſentant des Communautés de
filles, ſera élu alternativement dans chaque diocèſe,
ſuivant l'ordre expliqué par l'article V., &
dans une Affemblée formée par les Députés da
Clergé féculier ou régulier de chacune deſdites
Communautés, laquelle ſera tenue devant l'Evêque
du diocèſe en tour de députer.
X. Les Etats s'occuperont le plus tôt poffible
de diviſer la province en arrondiſſemens ou diftricts
, & d'y répartir les Députés ſuivant les
proportions qu'ils jugeront convenables ; mais
pour lapremière convocation ſeulement, on ſuivra
la diviſion des refforts des fix élections , dans
leſquelles les Députés feront répartis de lamanière
ci-deſſous indiquée , d'après les rapports combinés
du nombre des feux , de celui des habitans & de
la ſomme de leurs impoſitions.
-XI. La Nobleſſe, pour l'élection deſesMembres,
s'aſſemblera par diſtricts devant un Syndic qu'elle
nommera dans chacun de ces diſtricts; elle répartira
ces Députés ſuivant les arrondiſſemens qui
feront formés par les États , & fuivant la proportion
qui ſera par eux indiquée en exécution de
l'article ci -deſſus : & en attendant cette formation
, les Membres de cét Ordre s'affembleront
dans le chef-lieu des élections ,&nomméront,par
la voie du fcrutin, onze Députés pour le reffort
de l'Election de Grenoble , douze pour cellede
Vienne, ſept pour celle de Romans , cinq pour celle
deValence, fix pour celle de Gap , & fept pour
celle deMontélimart. Le procès-verbal de leur
nomination ſera envoyé au Secrétaire des Etats , &
l'on y infcrita le nom des quatre perſonnes qui
auront réuni le plusde voix après les Députés ,
dans l'ordre indiqué par la pluralité des fuffrages.
XII. Pour pouvoir être Électeur dans l'Ordre
(231 )
de la Nobleſſe , il ſuffira d'avoir la Nobleſſe
acquiſe & tranſmiſſible , &de poſſéder une propriété
dans le diſtrict .
XIII. Pour être éligible dans le même Ordre ,
il faudra faire preuve de quatre générations ,
faifant cent ans de Nobleſſe , avoir la libre adminiftration
d'immeubles , féodaux ou ruraux ,
fitués dans l'arrondiſſement, & foumis à cinquante
Livres d'impoſitions royales foncières , fans qu'il
ſoit néceſſaire d'y être domicilié.
XIV, Aucun Noble ne pourra être électeur
ni éligible en deux diſtricts à-la- fois . Le Syndic
de la Nobleſſe de chaque diſtrict tiendra un
rôle dans lequel ſe feront inferire les Membres
de cet Ordre , qui pourront être électeurs ou
éligibles ,& cette inſcription détermineta, irrévocablement
pour quatre ans le diſtrict dans lequel
ils pourront élire ou être élus , fans qu'il foit
permis , pendant cet intervalle , de ſe faire inferite
dans un autre , à moins qu'on n'ait ceſſé d'être
propriétaire dans le premier.
XV. Les maris dont les femmes auront des
biens foumis à cinquante livres d'impoſitions royales
foncières , pourront être électeurs & éligibles.
Il en ſera de même des veuves propriétaires qui
pourront ſe faire repréſenter par un de leurs
enfans majeur , en vertu d'une procuration , au
moyende laquelle ils ſeront électeurs & éligibles .
Les diſpoſitions de cet article auront lieu pour
leTiers-Etat.
XVI. Les Eccléſiaſtiques & les Nobles ne
pourront être admis parmi les Repréſentans du
Tiers-Etat , ni aſſiſter aux Aſſemblées qui fero at
tenues pour nommer les Députés de cet Ordre .
XVII. Lors de la première nomination des
Repréſentans da Tiers Etat, le dift ist de l'élection
de Grenoble fournira dix fept Députés ; celui de
kij
( 222 )
:Vienne , dix-huit ; celui de Romans,dix ; celuide
-Valence , fept; celui de Gap , neuf; & celui de
Montélimart , onze ; dans lequel nombre feront
compris les Députés des villes ci-après nommés;
favoir, trois pour la ville deGrenoble , deux pour
chacune des villes de Vienne , Valence & Romans,
& un pour chacune des villes de Gap ,
Embrun , Briançon , Montélimart , Saint- Marcellin,
Die, Creſt & le Buis; ſauf aux Etats à
ségler définitivement quelles villes doivent avoir
des Députés particuliers , leur nombre & la répartition
des Députés des autres villes, bourgs
&communautés pour chaque diſtrict.
XVIII . Nul ne pourra être Repréſentant de
l'Ordre du Tiers dans les Etats , qu'il n'ait la
libre adminiſtration de propriétés ſituées dans
l'arrondiſſement où il devra être élu , & foumis
à cinquante livres d'impoſitions royales foncières
àl'exception du Briançonnois & de la vallée de
Queyras , où il ſuffira de payer vingt-cinq livres
d'impoſitions royales foncières , ſans préjudice
néanmoinsdesdiſpoſitions portées par l'art. XV.
XIX. Ne pourront être é'us ceux qui font
chargés directement ou indirectement d'aucune
adjudication ou entrepriſe d'ouvrage public aux
*frais de la province.
XX. Aucune perſonne employée en qualité
d'Agent ou Collecteur pour la levée des rentes ,
dîmes& devoirs ſeigneuriaux , ne pourra être
élue tant qu'elle fera aux gages du Seigneur ou
Propriétaire qui l'emploîra
XXI. A l'égard des Fermiers que la Délibération
de l'Aflemblée exclueroit des Etats pendant
la durée de leur ferme , Sa Majefté ne pouvant
point admettre fans réſerve cette excluſion , même
pour la première élection , veut qu'on puiſſe
en élire un dars chacun des fix diſtricts qui
:
( 223 )
partagent la province, fans que cette limitation
doive être regardée comme définitivement établie ;
Sa Majefté ſe réſervant de ſtatuer, d'après une
plus ample inſtruction , ſur le droit que peuvent
avoir tous les Fermiers , indiſtinctement , d'être
admis aux Etats , quand ils ont d'ailleurs les
qualités requiſes.
XXII. Le Roi ayant égard au voeu des trois
Ordres , permet proviſoirement , & pour la première
élection , qu'on ne puiſſe élire les Subdélégués
du Commiſſaire départi , leurs Commis
&Secrétaires , non plus que ceux qui exercent
quelques charges , emplois ou commiffions , médiates
ou immédiates dans toutes les parties des
finances de S. M.
XXIII . Dans l'Ordre du Tiers-Etat , nul ne
pourra être électeur ni éligible en deux lieux àla-
fois. Il ſera fait tous les deux ans , par les
Officiers municipaux de chaque lieu , un rôle
des électeurs & des éligibles. Lorſqu'on y aura
été inferit, on ne participera point aux élections
qui ſe feront dans d'autres Communautés. On ne
pourra être inſcrit dans le rôle d'une autre Communauté
, qu'après le terme de quatre ans , à moins
que pendant cet intervalle on n'ait ceſſé d'être
propriétaire,dans la première.
XXIV. Les villes qui auront des Députés particuliers
, les enverront directement aux Etats,
&les nommeront par la voiedu fcrutin dans leurs
Affemblées municipales , auxquelles feront appe és
un Syndic de chaque corporation du Tiers-Etat ,
&les propriétaires domiciliés du même Ordre ,
payant, favoir , dans la ville de Grenoble, quarante
livres d'impofitions royales foncières , vingt livres
dans celles de Vienne, Valence & Romans , &
dans les autresdix livres .
XXV. Dans les autres lieux , même dans ceux
kiv
( 224 )
qui font régis par l'Edit municipal , les Communautés
tiendront chacune des Aſſemblées particu-
Kères aux formes ordinaires; pourront néanmoins ,
celles qui n'ont point de Municipalités , tenir leurs
Aſſemblées devant les Confuls en l'absence des
Châtelains . Ces Aſſemblées ſeront indiquées par
affiches , huitaine à l'avance. Dans les Communautés
qui ont des Corps municipaux , on convoguera
les Propriétaires payant dixlivres d'impofitions
royales foncières , & dans les autres ,
tous les Propriétaires payantfix livres. On-convoquera
également dans toutes les Communautés
les Propriétaires forains , qui , payant les mêmes
charges , auront été infcrits dans le rôle des
électeurs .
XXVI. Dans leſdites Aſſemblées , les Communautés
qui n'auront que cinq feux& au-deſſous ,
nommeront chacune un Député , lequel ſe rendra
au lieu destiné pour l'Aſſemblée de l'arrondifſement;
celles qui auront un plus grand nombre
de feux, nommeront un Député par cinq feux ,
fans égard au nombre intermédiaire , fauf aux
Etats à régler le nombre des.Députés des Communautés
, fuivant une proportion plus juſte ,
s'ils peuvent y parvenir. Les Députés ne pourront
être choifis que parmi les propriétaires domiciliés
ou forains , qui auront été inferits dans les rôles
des éligibles , & qui auront les qualités preſcrites
pour être élus aux Etats , ſans qu'il ſoit néceſſaire
d'être préſent à l'Aſſemblée pour être élu.
XXVII . Les Etats indiqueront les chefs- lieux
d'arrondiſſement ailleurs que dans les villes qui
ont des Députés particuliers ; & pour la première
convocation , les Députés de l'élection de Grenoble
ſe réuniront à Vizille ; ceux de l'élection
de Vienne , à Bourgoin ; ceux de l'élection de
Romans , à Beaurepaire; ceux de l'élection de
:
(225 )
Valence , à Chabeuil; ceux de l'élection de Gap ,
àChorges; & ceux de l'élection de Montélimart ,
à Dieu-le-fit.
XXVIII. Les Députés des Communautés rafſemblés
dans le chef-lieu du diſtrict ou de l'arrondiſſement
, éliront parmi eux , par la voie du
ſcrutin , un Préſident & un Secrétaire. Ils nommeront
également , par la même voje, ceux qui
devront repréſenter le diſtrict aux Etats. Le procèsverbal
de cette nomination ſera envoyé au Secrétaire
des Etats , & l'on y infcrira le nom
des fix perſonnes qui auront réuni le plus de voix ,
après les Députés élus dans l'ordre indiqué par
la pluralité des fuffrages.
XXIX. Le Roi fera convoquer les Etats chaque
année au mois de novembre. Ils pourront àà la
fin de chaque Aſſemblée , exprimer leur voeu
ſur le lieu où devra ſe tenir l'Aſſemblée de l'année
ſuivante.
XXX. Les Députés des différens Ordres , fans
aucune diftinction , recevront fix livres par jour ,
ſans que ce paiement puiſſe continuer pendant
plusde trente jours , y compris le temps néceffaire
pour leur voyage , quand même la tenue des
Etats feroit prorogée au-delà de ce terme.
1: XXXI. Les Etats choiſiront leur Préſident parmi
les Membres du premier ou ſecond Ordre de la
province , ayant les qualités requiſes pour être
admis aux Etats , & ce Préſident devra être agréé
par Sa Majefté. Il ſera élu au ſcrutin dans le
cours de la quatrième année , pour entrer en
fonctions l'année ſuivante; & celui des deux premiers
Ordres dans lequel le Préfident aura été
nommé , aura unDéputé de moins , le Préſident
devant être compré parmi les Membres des Etats.
XXXII. Les Etats nommeront deux Procureursgénéraux-
Syndics , l'un pris dans le premier ou
kv
A ( 216 )
le fecond Ordre,,& l'autre dans celui du Tiers.
I's cholffront dans ce dernier Ordre , un Secrétaire
qui ne fera, point partie des cent quarantequatre
Députés, fera revocable à volonté , &
n'aura que voix inſtructive.
XXXIII. Le Roi autoriſe les Etats à choiſir
pour les recettes & dépenfes particulières de la
provir.ce , un Tréſorier qui fera domicilié en
Dauphiné, ainſi que fes cautions ; il ne fera point
Membre des Etats , & ne pourra y entrer que
lorſqu'il fera appelé; il fera également révocable
àvolonté.
XXXIV. Les Etats éliront parmi leurs Membres
deux perſonnes du Clergé , quatre de la
Nobleſſe & fix du Tiers-Etat , y compris les
deux Procureurs- généraux - Syndics ; ces douze
perfonnes, avec le Secrétaire , formeront la Commiflion
intermédiaire ; les Membres de cette
Commiffion feront choiſis de manière qu'il s'y
trouve des Députés de chaque district.
XXXV . Toutes les nominations feront faites
par la voie du ſcrutin , & il fera repris juſqu'à
ce que l'une des perſonnes déſignées ait réuni
plus de la moitie des fuffrages.
XXXVI Pour feconder les travaux de la
Commiffion intermédiaire , les Etats pourront
établir dans leurs arrondiſſemens , de la manière
qu'ils jugeront convenable , des Correſpondans qui
feront choiſis parmi les perſonnes députées aux
Etats.
XXXVII. La Commiſſion intermédiaire élira
ſon Préſident par la voie du fcrutin , dans l'un
des, deux premiers Ordres.
!
XXXVIII. Le Préſidert , foit des Erats , foit
de la Commiſſion intermédiaire , fera remplacé ,
1
en fon abfence , s'il eſt de l'Ordre de l'Eglife,
par le plus âgé des Gentilshomines , & s'il eſt
( 227 )
de l'Ordre de la Nobleſſe, par celui qui fe trou
vera avoir la première ſéance dans l'Ordre du
Clergé
XXXIX. La Commiſſion intermédiaire tiendra
ſes ſéances à Grenoble, fauf aux Etats à demander
au Roi qu'elle fût placée dans un autre lieu , fi
le bien du ſervice l'exigeoit. Les Membres de cette
Commiffion ne pourront s'abfenter fans une
néceflité indiſpenſable , que pendant trois mois
de l'année , de manière cependant qu'ils reſtent
toujours au nombre de huit dans le lieu de fon
établiſſement , & les Procureurs-généraux-Syndics
ne pourront jamais s'abſenter tous deux à la
fois.
XL. La Commiſſion intermédiaire s'aſſemblera
au moins une fois par ſemaine , mais le Préſident
pourra convoquer , & les Syndics pourront requérir
des Affemblées plus fréquentes , toutes les
fois que le bien du ſervice leur paroîtra l'exiger.
XLI. Les Membres de la Commiſſion intermédiaire
ne pourront prendre aucune délibération
qu'ils ne foient au nombre de ſept.
XLII. Les Membres des Erats reſteront en
place pour la première fois pendant quatre ans
fans aucun changement , & après ce terme , i
ſera élu un nouveau Préſident , & la moitié de!
Députés , dans chaque Ordre & dans chaqu
diſtrict , fortira par la voie du fort; deux an
après l'autre moitié ſe retirera , & enfuite tou
les deux ans la moitié fortira par ancienneté , d
manière qu'à l'avenir aucun des Membres ne reſt
dans les Etats plus de quatre ans , à l'exceptio
des Procureurs- généraux - Syndics , qui pourron
être continués par une nouvelle élection pou
quatre années Geulement ; ils ne pourront néan
moins être changés tous les deux en mêm
temps; & à cet effet,pour la première fois
kvj
( 228 )
l'un des deux Procureurs-genéraux-Syndics ſe
retirera par le fort à l'expiration des quatre
premières :nnées , & l'autre après fix ans.
XLIII. Au premier changement de la moitié
des Membres des Etats , on fera fortir , par la
voie du fort , un Archevêque ou Evêque , deux
Commandeurs de Mallttee , trois Députés des
Eglifes Cathédrales , trois Députés des Eglifes
Collégiales , un Curé , un Député des Abbés ,
Prieurs & autres Bénéficiers ſimples , & un
Syndic des Communautés régulières. Au ſecond
changement , fortiront deux Archevêques ou
Evêques , un Commandeur de Malte , quatre
Députés des Eglifes Cathédrales , deux Députés
des Eglifes Collégiales , un Curé , un Député
des Abbés , Prieurs & Bénéficiers fimples , &
un Syndid des Communautés régulières
XLIV. Nul se pourra être élu, de nouveau,
Membre des Etats , qu'après un intervalle de
deux ans , depuis qu'il en ſera forti".
XLV. On fera connoître à temps ceux des
Membres des Etats , qui par le fort auront été
obligés de ſe retirer , afin que les divers Corps
du Clergé , de la Nobleffe& du Tiers-Etat , dans
chaque district , puiſſent les remplacer ; il en ſera
ufé de même par la Commiffion intermédiaire
qui fera renouvelée par les Etats aux mêmes
époques .
XLVI. Lorſqu'il vaquera des places dans les
Etats, avant les époques où les Membres doivent
être renouvelés par moitié , les différens Corps
du Clergé procéderont à de nouvelles élections ,
ſuivant les formes preſcrites ; & quant aux Députés
dela Nobleſſe & du Tiers-Etat , ils feront
alors remplacés dans les divers diſtricts par ceux
qui, fuivant le réſultat du fcrutin , auront dans
a nomiration précédente réuni le plus de fuf-
٠٢٤
( 229 )
frages après les perſonnes élues. Ceux qui feront
admis à remplir les places ainſi vacantes , ne
pourront refter dans les Etats , que juſques au
terme où auroient dû en fortir les Députés aux
quels ils ont fuccédé , à moins qu'ils ne foient
élus de nouveau dans les Aſſemb'ées de district.
XLVII. Lorſqueles p'aces vaqueront de la même
manière dans la Commiſſion intermédiaire , elle
pourra y nommer des Membres des Etats , pris
dans le mêmeO.dre &dans le même diſtrict ;&
dans le cas où l'une des places des deux Procureurs-
généraux-Syndics viendroit à vaquer , elle
pouriaen confier les fonctions à l'undeſesMembres,
&ces différentes nominations n'auront lieu que
juſqu'à la première convocation des Etats.
XLVIII. Les Etats ferontla répartit on& affiette
detoutes les impoſitions foncières&perfonnelles ,
tant de celles qui ſefont destinées pour le Tréfor
royal, que de celles qui feroat relatives aux be
foinse de la province. Ils ordonneront , ſous l'atutorité
du Roi , la confection de tous les chemins ,
ponts &chauffées , canaux , digues& antres ouvrages
publics qui ſe feront aux frais de la province;
ils en ſurveilleront l'exécution ,& ils en
paſſeront les adjudications par eux, ou par la Commiffion
intermédiaire , ou par autres Délégués ?
-XLIX. Les Etats ſeront chargés de la diftribution
des dégrévemens accordés par le Roi ; ils
pourront arrêter fous le bon plaifir de SaMajefté
, les récompenfes , les indemnités&les encouragemens
qu'ils trouveront convenables pour l'Agri
culture , le Commerce & les Arts.
41.Le Roi autoriſe les Etats & la Commiffion
intermédiaire à vérifier les comptes des Commu
nautés , &à déterminer ſur leur requête les dé
penfes relatives aux réparations des églifes ,
presbytères & autres dépanſes particulières à cha
( 230 )
que Communauté , lorſqu'elles n'excéderont pas
à la fois la fomme de fix cents livres. Pourront
également les Etats ou la Commiſſion intermé
diaire , permettre , juſqu'à concurrence de la même
fomme , telle levée de deniers ou impoſition locale
qui ſera délibérée par chacune des Communautés ,
pour acquitter les dépenſes autoriſées comme cideſſus.
EEnntteenndd toutefois Sa Majefté que les Etats
requéreront fon approbation fur la demande des
Communautés , lorſque les dépenſes ou les impoſitions
locales , dont elles ſolliciteront l'autorisation ,
s'éleveront à une plus forte ſomme.
A
LI. Les villes de la province qui auront à folliciter
l'autoriſation de quelques dépenſes nouvelles,
la création , l'augmentation ou la prorogation
de quelques octrois ou de quelque, autre impofition
locale pour y fubvenir , enverront leur
requête à l'Aſſemblée des Etats ou à la Commiſſion
intermédiaire , qui ſera tenuede les adreſſer , avec
fon avis , au Conſeil, Sa Majeſté ſe réſerve de
faire connoître ſes intentions ſur la vérification
des comptes des villes , d'après les nouveaux éclairciſſemens
qu'Elle prendra à cet égard.
LII. Le Roi ſe réſerve pareillement d'attribuer
fucceſſivement aux Etats & à la Commiffion intermédiaire
la ſurveillance ſur d'autres objets d'adminiſtration
intérieure , & Sa Majefté autorife
& invite leſdits Etats & leur Commiſſion intermédiaire,
à lui adreſſer dans toutes les circonstances
telles repréſentations qu'ils jugeront utiles au bien
de la province. D
LIII Les États ne pourront faire aucun emprunt
ni impoſer aucune fomme pour leurs affaires parulières
, qu'après avoir obtenu la permiffioonnde
Sa Majesté , & fous la condition qu'ils ne feront
jamais aucun emprunt qu'en deftinantpréalablement
les fonds réceffaires pour le paiement des intérêts
&le rembourſement des capitaux, àdes époques
fixes & déterminées.
( 231 )
LIV. Tous les ans , avant leur clôture , les Etats
remettront à la Commiffion intermédiaire , une
inſtruction fur les objets dont elle devra s'occuper ,
&de l'exécution deſque's elle rendra compre lors
de leur prochaine convocation.
LV. La Commiſſion intermédiaire ne pourra
prendre des délibérations que pour exécuter celles
de la dernière Aſſemblée des Etats , à l'exception
des objets qu'il feroit impoſſible de différer jufqu'à
la première Afſfemblée des Etats , & ſous la
réſerve expreſſe de leur approba ion .
LVI . Dans les Etats & la Commiſſion intermédiaire
, il ne pourra être pris de délibération que
par les trois Ordres réunis ; pourra néanmoins l'un
des Ordres faire envoyer juſqu'au jour fuivant une
délibération propoſée.
LVII. Les Procureurs- généraux-Syndics pourront
préſenter des requêtes , former des demandes
devant tous Juges competens ,& intervenir dans
toutes les affaires qui pourroient intéreſſer la province
, les Communautés & les Particuliers , après
yavoir été autoriſés par les Etatts ou la Commiffion
intermédiaire.
LVIII. Les Etats nommeront chaque année une
Commiſſion particulière pour recevoir les comptes
que le Tréſorier aura rendus à la Commiffion
intermédiaire , & pour examiner ceux qui ne
l'auront pas été ; & d'après le rapport des Commiffaires
, ils arrêteront tous les comptes de
l'année. T
LIX. Le Tréſorier ne pourra diſpoſer d'aucunes
ſommes fans un mandat exprès des Etats ou de
la Commiffion intermédiaire .
LX. Le tableau de fituation des fonds du pays ,
par recette& par dépenſe , l'état motivé & nor
minatif de la répartition des dégrévemens , indemnités
, encouragemens , gratifications , feront
(232 )
?
inférés dans les procès-verbaux des Aſſemblées,&
rendus publics chaque année par la voie de l'impreffion;
il en fera envoyé un exemplaire au Confeil
du Roi : pourront les Erats ou la Commiffion
intermédiaire en envoyer un exemplaire à chaque
Communauté , pour y être déposé dans ſes
archives.
LXI . Les Etats fixérontletraitementdu Préſident,
des autres Officiers de la Commiſſion intermédiaire
& des Correſpondans; il régleront les
frais de bureau & autres dépenſes néceſſaires ;
tous ces frais , après qu'ils auront été autoriſés
par Sa Majesté , feront ſupportés par les trois
Ordres.
Et feront fur le préſent arrêt expédiées toutes
Lettres à ce néceſſaires.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majesté y
étant , tenu à Versailles le vingt-deux octobre mil
fept cent quatre-vingt-huit.
1
Signé , DE LOMÉNIE , CTE . DE BRIENNE.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du 1er.
novembre 1788 , portant convocation
d'une Allemblée des anciens Etats de Franche-
comré.
Le Roi étant en fon Confeil , agrée & permet
que lesEtats de Franche-comté foient convoqués à
Besançon , le 26 du préſent mois , dans la même
forme qu'en 1666 , à l'effet de délibérer fur la qualité&
le nombre de Repréſentans qu'il conviendra
de donner déſormais à chaque Ordre& à chaque.
Partiede la province , ſur la forme&l'époque des
élections , l'ordre des Séances, le rang entre les Députés
, la manière de voter&de délibérer ,& fur
toutes les autres diſpoſitions qui peuvent concourir
à la plus parfaite organiſation des Affemblées de
cette nature,& au plus grandbien de laprovince ;
(233 )

de tout quoi il ſera dreſſé un plan ou projet de
formation qui fera préſenté à Sa Majeſté , pour y
être ſtatué en fon Confeil.
Déclaration du Roi , donnée à Verſailles,
le 28 octobre , regiſtrée en la Cour des
Aides , le 13 novembre , concernant les
formes de la répartition & levée des Tailles
, & les conteſtations y relatives .
Al'ouverture de l'Afſemblée des Notables
, le 6de ce mois ; MONSIEUR , Frère
du Roi , M. l'Archevêque de Narbonne &
M. le Premier Préſident du Parlement de
Paris , ont prononcé les Diſcours ſuivans :
DISCOURS
DE MONSIEUR.
SIRE,
Nous recevons aujourd'hui la récompenſelaplus
honorable que VOTRE MAJESTÉ pût nous donner
des travaux auxquels El'e nous a ordonné de nous
livrer l'année paffée : Elle nous appelle une ſeconde
fois auprès d'Elle , Elle veut bien encore
nous confulter. Le premier de nos ſentimens doit
être la reconnoiſſance ; & j'oſe , au nom des Gentilshommes
aſſemblés ici par l'ordre de Votre
Majesté , en dépoſer l'hommage à ſes pieds. Notre
devoir en ce moment eft de juſtifier une confiance
auſſi flatteuſe , & notre unique ambition eſt de
nous en montrer dignes. Zèle , reſpect , amour ,
tels font les motifs qui nous animeront : puiſſentils
être agréables à Votre Majesté , & puiſſent
nos efforts nous mériter de nouveaux témoignages
de fon approbation ! !
(234 )
DISCOURS de M. l'Archevêque de
Narbonne .
SIRE ,
L'honneur d'être admis une ſeconde fois en préſence
de VOTRE MAJESTÉ , eſt une des récompenfes
les plus précieuſes que pouvoient mériter
le zèle , la franchife , la loyauté de vos fidèles
-Notables .
,
Daignez permettre , SIRE , aux Membres du
premier Ordre de votre royaume , de vous en
témoigner leur plus reſpectueuſe reconnoiſſance
de porter aux pieds de votre Trône , l'hommage
des voeux ardens qu'ils ne ceſſeront de former ,
pour que Votre Majesté trouve dans l'auguſte
Affemblée dont elle nous ordonnede lui indiquer
la forme , les reſſources, les confolations qu'un
père tendre & chéri a droit de ſe promettre du
dévouement &du libre effor de fes enfans réunis.
DISCOURS de M. lepremier Préfident
du Parlement de Paris .
SIRE ,
Vos Sujets font accoutumés à reconnoître dans
tous vos deſſeins , le caractère de la ſageſſe &
celui de la bienfaiſance.
Une première fois VOTRE MAJESTÉ a aſſemblé
lesNotables de fon royaume , pour les confulter
avec confiance ſur l'état de fes finances.
Effrayés à l'aſpect d'un immenfe déficit , ils
ont prévu que les Etats-Généraux feroient ſeuls
capables de pourvoir à de ſi grands maux.
Dès ce moment, la Magiſtrature s'eſt portée
avec zèle vers ce grand moyen de reftauration :
le Parlement a ſupplié Votre Majeſté de convoquer
les Etats , & bientôt tous vos Sujets , conduits
par le ſentiment du bien général , ont élevé
une voix univerſelle pour porter le même voeu
aux pieds du Trône.
1
( 235 )
:
Vooeu fi intéreſſant lorſqu'il eſt unanime , fi
puiſſant lorſqu'il eſt l'expreſſion de la néceffité ,
ſi preſſant lorſque le péril de la choſe publique
le commande ; voeu enfin auquel un bon Roi
ne fauroit fermer ſon coeur.
Vous l'avez écouté , SIRE , vous l'avez couronné,
en accélérant le moment où il doit être
tout-à-fait accompli , parce que vous êtes , SIRE ,
auſſi juſte , auffi tendre envers la Nation entière ,
que vous l'êtes chaque jour pour chacun de vos
Sujets.
Il étoit digne de Votre Majeſté de nous apprendre,
par cette heureuſe réſolution , qu'il eſt
dans l'ame des Rois pour les grands objets , une
justice, une bonté , une vertu , une ſageſſe d'un
ordre fupérieur , que ſes vues font auſſi vaſtes que
les plus grands empires , auffi profondes que la
ſcience du gouvernement , aufli fublimes que l'art
derendre les hommes heureux ; qu'elles embraſſent
P'ordre public dans toutes ſes parties , qu'elles pénètrent
tous les besoins , préparent toutesles reſſources,
&ne choiſiſſent dans les moyens qu'elles emploient
, que ceux qui portent l'empreinte de la
régularité & de la convenance.
Ce font , SIRE , ces deux caractères que vous
nous ordonnez aujourd'hui de chercher dans la
manière de procéder à la formation des Etats-
Généraux.
Déjà , par l'examen des monumens que renferment
les dépôts de la Juſtice , votre Parlement ,
SIRE , a aperçu ces deux caractères dans la forme
pratiquée en 1614; & il s'eſt preſcrit de la réclamer.
Elle paroîtra à Votre Majesté mériter toute
fon attention , non-feulement à cauſe des formalités
légales dont elle est accompagnée , pour
conferver les droits de tous& les droits de chacun ,
( 236 )
:
mais parce que fon origine eſt ancienne , &qu'en
même-temps qu'elle fixe le dernier état , elie
paroîtprouver le véritable uſagede la Monarchie.
Votre intention , SIRE , eft de prendre la voie
la plus capablede conſtituer de vrais & légitimes
Repréſentans dela Nation ,&qu'il leur foit conféré
des caractères certains , des titres reconnus &des
pouvoirs efficaces.
Qu'il feroit cruel pour l'aſſemblée auguſte &
majestueuſe de la Nation , de trouver dans fa
propre conſtitution des obftacles à fon activité
pour le bien qu'elle ſe propoſera!
Puiffent , au contraire , la ſageſſe du Souverain
, l'ardeur des Princes pour le bien public ,
les Jumières du Clergé , l'héroïſme de la Nobleſſe,
le patriotiſme des Citoyens , n'avoir à
s'occuper , de concert , que du bonheur de la
France;;que depoſer des baſes fixes où puiffent
s'attacherle génie desPeuples , l'habitude deleurs
idées , la répétition ordinaire de leurs actions , le
cours des opinions raisonnables , la créance des
hommes ſages , le noeud de la foi publique , &
tout ce qui doit ſe rapporter , ſe réunir & fe
combiner pour concourir à la félicité univerſelle !
Puiſſe enfin l'eſprit de la Nation , par l'unité
des vues &des principes , déployer toute fon
excellence & fon énergie , & montrer à l'Univers
, dans ce noble ſpectacle , l'empire François
avec toute la ſupériorité de ſes lumières , & toute
la plénitude de ſa ſplendeur !
Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord , Comte
de Talleyrand , Lieutenant- général des armées du
Roi , & Chevalier de ſesOrdres , eſt mort , à Paris ,
le 4 de ce mois, âgé de 54 ans.
Louis Drummond, Comte de Melfort , Commandeur
de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , Lieutenant-général des armées du Roi ,
(237 )
eft mort, en fon château d'Yvoy-le-Pré, dans
la 67. année de fon âge.
Pierre le Mire , Laboureur , Juge en la
Justicede Villers-le-Secq , diocèſe de Chalons-
fur-Marne, & Madelaine Marguenne ,
fan épouse , ont célébré , le 28 octobre
dernier , la cinquantième année de leur
mariage..cbs
11
PAYS- BAS.
2
De Bruxelles , le 22 Novembre 1788 .
Nos lettres de Vienne , du 12 , ne nous
apprennent rien d'important. L'Archiduc
Françoisyeſtde retour de l'armée ; il eſt à
croire que l'Empereur fuivra ce Prince
inceſſamment , ou qu'il féjournera enHorgrie
, car on lui prépare des quartiers à
Preſbourg , ainſi qu'à ſa ſuite & à l'Etat-
Major. Un stérile Bulletin accompagne
la Gazette du 12 : deux bateaux Turcs
&quelques meules de foin brûlées forment
tout l'intérêt du rapport venu du Vieux-
Gradiska. Celui de Semlin annonce que
les Ottomans ont incendié Méhadia , &
ſe ſont retirés par Schuppaneck vers Orfowa.
t
Les nouvelles de Pologne font tout
autrement férieuſes. Le Patti Pruffien l'a
emporté à la Diète ; le Roi & le Confeil-
Permanent ont perdu le commandement
immédiat & la direcion de l'armée , malgré
les effortsdu Chefde l'Etat& des Partiſans
>
( 238 )
de laRuſſie. Voici ceque nous apprenne ..
des lettres authentiques en date du 5 .
Mais le parti qui ſe nomme Patriotique , &qu'on
appelle le parti Pruſſien, a fini par l'emporter dans
la Séance du 3 novembre , qui dura depuis midi
juſqu'à 4 heures du lendemain matin. Il s'agiffoit
de décider la queſtion , ſi la direction & te
commandement de l'armée ſeroient confiés à une
Commiſſion particulière de guerre , avec des pou
voirs 'qu'il s'agiroit de déterminer , ou s'ils
ſeroient laiſſés auDépartement de guerre du Conſeil-
Permanent , également avec les pouvoirs qu'on
lui preſcriroit. En recueillant les fuffrages àhaute
voix , la pluralité fut pour le Département de
guerre attaché au Conſeil-Permanent; mais lorfqu'on
en vint à un ſcrutin ſecret, une pluralité de
140 voix contre 114, décida que le commandement
de l'armée ſeroit confié à une Commiffion particulière
, indépendante du Conſeil-Permanent , &
qui ne recevroit ſes pouvoirs que de la Nation afſemblée,
ou d'uneDiète permanente. Cette réfolution
, dont il eſt facile de prévoir les conféquences
, a étéportée par les Députés de la Diète
au Grod, pour y être enregiſtrée &ſanctionnée ,
malgré les proteſtations du parti contraire. Pour
invalider cette loi , M. l'Ambaſſadeur de Ruffie
aremis une note , par laquelle il l'a déclarée contraire
à l'établiſſement du Conſeil-Permanent , &
à la conſtitution de 1775. Le Roi de Pologne a
appuyé cette note par une harangue , dans laquelle
Sa Majesté s'eſt efforcée de prouver à la Nation
qu'elle devoit s'attacher uniquement à la Ruffie ,
comme la ſeule& véritable amie de la Pologne;
mais les Patriotes ont prouvé le contraire, en alléguant
le deſpotiſme que la Cour de Ruffie &
fes troupes exerçoient en Pologne.
1
M. Hailes ,, nouveau Miniſtre d'Angle .
((239 )
tere , eſt arrivé , le 4, à Varſovie , ainfi
queM. de Naffau Siegen , revenu en pofte
d'Oczakof, qui n'eſt ni pris , ni probable
ment bien près de l'être . Toutes les difpofitions
font faites en Pruſſe pour porter ,
au premier fignal , une armée ſur la frontière
de la Pologne. 1
Paragraphes extraits des Papiers Anglois &autres.
12
Il'y a quelques mois qu'un Maure, foi-difant
Envoyé de l'Empereur de Maroc , & revenant
de Tunis , dù it dit qu'avoit été fa miffion, arriva
avec une ſuite conſidérable , à bord d'un navire
Efpagnol à Palma , dans l'ifle de Majorque , où
on lui fit une réception converable à fon rang
fuppofé. On lui donna des voitures pour le conduire
, & la maison la p'us élégante de la ville
pour y faire fa réfidence. On lui, off it même
-une garde qu'il refuſa. Il lui fut donné des concerts,
desbals , des comédies , où affiftèrent tous les
principaux habitans de l'ifle , qui trairèrent cette
Excellence avec le plus grand reſpect , croyant
rendre hommage au Repréſentant de l'allié de
leur Souverain. Il féjourna ainſi parmi eux , aayant
tous les jours des fêtes nouvelles , pendant près de
fix ſemaines.
)
Mahomet (c'eſt le nom que le perſonnage en
queſtion avoit pris) fit dire, peu dejours après
lon arrivée, au Tréſorier de Sa Majesté Catholiqué
, par fon Secrétaire-interprête , « que l'Empereur
fon maître lui avoit commandé de relacher
dans quelque partie quee'ççee fût des Etats de
SaMajefté Catholique , s'il avoit beſoin d'argent ,
&de s'adreſſer au Tréforier pour lui en demander,
I
(240 )
!
le priant en même temps de lui envoyer une
fomme conſidérable. » Sa demande fut accordée :
auſſitôt que notifiée. On le defraya de toutes fes
dépenſes à Palma ; on paya le frêt du bâtiment.
qui l'avoit amené , & d'un autre loué par Son
Excellence , pour la ramener avec ſa fuite à Tanger,
les proviſions pour le voyage , & on lui fit
en outre beaucoup de préfens précieux.c
Le bâtiment ſur lequel Mahomet s'embarqua ,
ayant été forcé, par les vents contraires,de relâcher -
àCieutat , &le Gouverneur Eſpagnol ayant été informé
qu'il y avoit à fon bord un Ambaſſadeur ,
l'envoya prier de venir à terre avec fon cortège ,
&diſpoſa tout pour le recevoir avec une diſtinction
particulière. Pour faire honneur au Gouverneur
de Tetuan , on lui envoya , à l'infu de Mahomet
, un Courrier pour lui annoncerl'arrivée de
l'Ambaſſadeur à Cieutat. La réponſe de ce Gouverneur
fut , que l'Ambaſſadeur prétendu , & fa
fuite, étoieut des impofteurs , & qu'il prioit qu'on
les lui envoyât par mer. A leur arrivée , ayant été
menés devant lui , on reconnut un Pêcheur Maure..
dans le Repréſentant de Sa Majefté Marocaine ;
&dans l'Interprète , le Secrétaire, & tous les
blancs qu'il avoit avec lui , des fugitifs & des renégats
Portugais: la ſuite étoit compoſée d'eſclaves
nègres. G
Ce groupe groteſque étoit un ramaſfis de gens
qui , depuis quelque temps , s'étoient évadés de
Tanger , & dont on n'avoit aucune nouvelle. Ils
furent tous dépouillés de leurs habillemens , de
l'argent , &c. qu'ils avoient eu l'art de tirer des
habitans de Majorque , & ils recurent enfuite une
baftonnade ſévère par l'orddrree duGouverneur de
Tetuan , après quoi ils furent envoyés au cachet
ſans distinction d'Ambaſſadeur , d'Interprète ou
d'Eſcave. ( Gazette des Deux-Ponts.bob
N. B. ( Nous ne garantiſfons la vérité ni l'exaltitude
de cesParagrapkes extraits desPapiers étrangers.)
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le