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1788, 09, n. 36-39 (6, 13, 20, 27 septembre)
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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
zoutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; La Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1788 .
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , Nº . 18 .
Avec Approbation , & Brevet du Roi,
STOR
LIBRARY
NEW-YORK
TABLE
Du mois d'Août 1 7 8 8 .
PIÈCES
IÈCES FUGITIVES. l'Académie Françoife.
Eclairciffemens hiftoriques.
Vers.
Phyfique nouvelle.
84
Le Repentir.
Examen. 102
Le Kolage
Pièces incérefantes. 133
Bourade férieufe. 49
Choix de petits Contes 136
Réponse.
97
Hiftoire Naturelle. 150
A Eucharis.
145
Buvres de Jurifprudence. 168
Moralité.
147
Obfervations. 172
Epigramine,
193
Abus & dangers. ་
Epttre. 194
AM. le Comte de ***, 196
Hiftoire d'Angleterre.
Charades , Enigmès & Logog. De l'Electricité,
6:11, 100 , 138 , 197 Elage.
NOUVELLES LITTÉR.
Anna.
Lestres de Mile. Aïſſë. 176
200
210
216
225
221
Variétés.
Annales de la Petite- Ruffie. 8
Hiftoire de Sophie & d'Ur-
SPECTACLES.
· Jule. Comédie Françoiſe. 34, 86,
Tableau des Meurs de ce
Comédie Italienne. 88 , 181.
17 Siècle.
Sophie
Hiftoire des Membres de
32 Annonces & Notices, 45, 92,
1 ; 8 , 186 , 236.
A Paris , de l'Imprimerie de MoUTARD , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
Y
EN VERS ET EN PROSE.
LA CHATELAINE DE ST-GILLES ,
!
ROMAN CE.
Andante.
UN Seigneur pauvre a voit
pour
fil - le gente pu-cel -le faite au
tour ; riche vi lain à · la fa-
A 2
MERCURE
mil-le fit agré er fon fol amour.
Mon pere, hélas ! je vous en
pri-e, quittez un
fi cru el deffein
d'un Che -va - lier je fus la
mi ; fe-rai je femme d'un vi-
-
lain ? fe-tai - je fem-me d'un vilain
DE FRANCE.
QUAND il et riche , Hymen confele ;
S'il eft pauvre , il potte malheur.
Fille , j'ai donné ma parole.
→ Mon père , j'ai donné mon coeuri
- Or , diamans , robe nouvelle ,
Chez toi vont fondre chaque jour.
Que Dieu puniffe la Pucelle
Qui pour de l'or vend fon amour !
Si tu trahis mon eſpérance ,
Ma douce Fille , j'en mourrai..
A ce mot , plus de réfifrance.
Mon père , ch bien j'obéirai
Mais , dans mon ame confternée
Ce vieux refrein va retentir :
Sans amour vienne l'hymneréc
Point ne viendra fans repentir.
ENCOR plus laid par la parurg ,
Le prétendu vient à la fin
Fier & joyeux de l'aventure , T
Il chantoit le long du chemin ,
" Argent fait tout dans cette vie ,
Argent , le Roi des autres Rois ;
» Il donne aux fots , efprit , génie
» Et noble mie au villageois
3
-
·Mariez- nous , beau fire Prêtre.
Volontiers , Belle ! voulez-vous
Pour votre ami le reconnoître !
-On me le donne pour époux.
A 3
6 MERCURE
A cet époux , j'espère à peine-
Etre fidelle un mois entier.
C'eft votre affaire ; c'eft la fienne
La mienne eft de vous marier,
!
LA Dame , en fon dépit extrême ,
Difoit tout bas » Ciel en courroux.
» Vous m'ôtez donc l'ami que j'aime ,
» Pour me donner un fot époux « !
L'époux la mène en fu demeure : --
Dieu ! reprit-elle en, fanglottant !
Las ! en entrant ici je pleure ,
Pour-ne plus fire qu'en fortant.
EN ce moment l'Amant arrive :
Ah ! bel ami , je vais mourir.
faifit la belle captive ,
La monte en croupe , & de courir.
Le zèle ardent charme les Belles ;
Et vous diriez , en le voyant
Que l'Amour a donné fes ailes
Au beau courfier qui va fuyant .
L'EPOUX furvient , pleure & s'écrie :
Rendez-la-moi ; las ! c'eft mon bien .
J'ai tout donné pour cette Mie.
Qui , répond- elle j'en convien :
Vous m'avez , comme une denrée ,
Bien achetée en bons ducats ;
Mais je ne me fuis pas livrée :
Je rends l'argent , & je m'en vas.
(Par M. Imbert. )
DE FRANCE. 7
A MLLE. DE GARCINS ,
Vers la fin des repréſentations de fon début.
Vous a ous avez , nous dit-on , certain Maître enchanteur
,
A qui de vos fuccès vous devez tout l'honneur ;
Aimable de Garcins, oui , oni , la chofe eft sûre ;
J'oferai dire plus : votre jeu fi charmant
N'eft que calqué fidèlemènt ; ...
Mais votre Maître eft la Nature ,
( Par M. D ***. T****** . )
LE LIEUTENANT GASCON ,
CONTE.
FICEAC , favez - vous la nouvelle ?
-
Non , mon Général ; quelle eft- elle ?
Une étoile que l'on mettra
**
Sur l'habit du Preux le plus digue,
Dorénavant annoncera
Chaque trait de valeur infigne.
-Sandis , pour cet arrangement
Combien je dois au Miniſtère !
Avant qu'il foit un an dé guerre,
Jé femblérai lé firmament.
(Par M. le Marq. de Fulvy. )
A 4
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriplé du Mercure précédent,
E Le mot de la Charade eft Déplaifir ; celui
de l'Enigmic eft Loterie ; celui du Logogriphe
eft Fortune , où l'on trouve Or , Fou ,
Feu , Rôt , Four , Fer, Trou , Front.
CHARADE.
UN des métaux fait mon premier ;.
Dans un pronom confifte mon dernier ;
Et dans les bois on trouve mon entier.
( Par M. C*** , âgé de 13 ans & demi .
J'cus
FILLE ,
ENIGM E.
au monde je vins´ſane père ;
pour ma mère un homme , & pour époux ma
mère.
(Par un Fourrier de la 4e. Divifion du
Corps R. des. Canonniers- Matelots . )
DE FRANCE.
1
LOGOGRIPHE.
JE fuis tout ce qu'on veut ; joli, laid, jeune, vieux,
Sultan, Efclave, Pape, & pour plus grand myſtère,
Une
me parfois qui fait pourtantſe taire ;`
En me decompetant l'on me comitra micux.
F'offre dans mes huit pieds d'un peuple hearenz
Fidole ;,
Dans la tempête un lieu dont l'afpect nous confole;
La Nymphe que ravit le plus puiflant des Dieux ;
Ce dont on convient peu ; ce métal dangereux ;
Aux portes du trépas ce qu'il nous faut tous prendees
Ce qu'exerce un fripon , & ce qui le fait pendre
Lallure d'un courfier , ennemi du galop;
Un adverbe ; un protior ; l'amufement d'un for
L'arme qui fult , atteine l'animal eir fa courfe ;
Le nom qu'on peut donner à préfent à la Boule -
Enfin , mon cher Lecteur , pent-être qu'en ces lieux
To me chereles bicu lom quand je fuis fous tes
yeux.
(Par M. B. G. habitant de Vauclofe. Y
sive paj
1.2.4 G
10 MERCU. REG
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
{? 2 # ?° 32 :
RÉFLEXIONS fur l'Esclavage des Nègres,
par M. SCHWARTZ , Pafleur du Saint
Evangile à Bienne , Membre de la So
ciété Economique de B .... Nouvelle
édition , revue & corrigée . A Neuchâtel ;
& fe trouve à Paris , chez Froullé , Libr.
quai des Auguflins , au coin de la rue
Pavée. In-8
LORSQUE Montefquien difoit avec
la froide ironie de l'indignation : I eft
» naturel de penfer que c'eft la couleur
>>
qui conftitue l'effence de l'humanité " , il
ne faifoit que rapporter prefque dans les
mêmes termes , la réponfe que les Marchands
de chair humaine & leurs protecreursavoient
faite férieufement à LouisXIH .
Ce Prince fut frappé , dit on , de l'injuſtice de
l'esclavage des Noirs ; il craignit qu'on n'en
tirât un jour des conféquences funeftes pour
la liberté des Blancs , parce qu'il fentoit bien
que fi une partie de l'efpèce humaine avoit
le droit de réduire l'autre en fervitude
uniquement parce qu'elle étoit la plus foible ,
celle - ci auroit néceffairement le même
droit fur la première , lorfque les circonftances
lui donneroient les moyens de l'exercer.
Louis XIII , en raisonnant ainsi , ne
DE FRANCE. 11
fongeoit point à la différence des couleurs ;
mais on lui fit obferver que l'efclavage des
Noirs n'influeroit jamais fur la liberté des
Blancs , parce que » la Nature avoit gravé
» un caractère ineffaçable fur le corps des
» Africains , pour en faire une Nation dif-
ود
رد
tinde & féparée des autres habitans de
" la terre ". Louis XIII fut raffuré , & il
donna à l'esclavage l'autorifation qu'on lui
demandoit.
On ne peut donc nier que la couleur
des Noirs n'ait été une des caufes de cette
étrange inftitution que le délire de la cupidité
a perpétuée jufqu'à nos jours , contre
tous les droits de la Nature , contre tous
les principes de la morale Chrétienne , & les
Ordonnances du Royaume , qui déclarent
que les hommes font libres & francs par
nature ( 1 ).
La raifon & l'éloquence ont depuis longtemps
réuni toutes leurs forces contre cet
attentat aux premières & aux plus faintes
Loix de l'humanité. Depuis long - temps
elles exhortent les Peuples de l'Europe
au nom de leur devoir , de leur honneur ,
de leurs intérêts les plus chers , à s'occuper
du fort de leurs malheureux Eiclaves , à
chercher les moyens de leur rendre cette
liberté qu'ils n'ont jamais dû perdre , à
effacer enfin de tous les Codes mercantilles
les traces de cet indigne trafic , que repouf-
( 1 ) Ordonnances de 1314 & 1315 .
A 6
F2
MERCURE
}
*
fent avec horreur & les lumières dont ils
s'environnent , & cet efprit général de juſticė
& de douceur dont ils s'enorgueilliffent ;.
mais l'efclavage des Noirs a eu , jufque dans
ces derniers temps , des Apologiftes trop
Hombreux & trop puiffans , pour que ces
réclamations aient pu en arrêter les progrès.
Tandis que des hommes juftes & fenfibles ,
dont quelques - uns avoient été témoins , fur
les côtes d'Afrique & dans le Nouveau-
Monde, de ce fpectacle de dégradation , de
douleur , & de mort , ofoient élever la voix
en faveur de humanité fouffrante & avilie
on voyoit d'autres hommes , étrangers à
toute juftice , à toute vertu , s'affembler autour
d'eux , & les entourer de toute leur
influence comme d'une barrière infurmontable.
Ils appeloient leurs récis de ridicules
exagérations; ils difoient aux hommes d'E
tar qu'il falloit fe défier du zèle de ces dé
clamateurs , & de leurs vains & funeftes
projets de liberté . Ils répétoient, ils faifoient
imprimer , que les défenfeurs des droits des
hommes étoient des efprits chimériques ,
& que le plus für moyen de renverfer les
Empires , étoit de les foumettre aux Loix
de la juftice & de la raison.
Enfin , ces efprits chimériques font parwenus
, à force de conftance & de zèle ,
à faire entendre leur voix . L'opinion publique
, cette puiffance fouveraine de la
terre, qui prend fous fa garde & fait triompher
toutes les vérités qu'elle a fenties ,
DE FRANCE. 13
Popinion publique s'eft élevée à côté d'eux ;
elle a répété leurs plaintes avec plus de
force & d'éclat , elle a ordonné la profcription
de l'esclavage.
Déjà , depuis la révolution , preſque tous
les Etats- Unis d'Amérique , perfuadés que
les moindres traces de fervitude déshonorent
le Peuple qui le premier a déclaré que tous
les hommes naiffent libres & égaux , ont commencé
par défendre l'importation de nou
veaux Efclaves. La Penfilvanie a de plus fair
une Loi pour déclarer libres tous les Nègres
qui naîtront après fa promulgation , & les
Citoyens les plus éclairés de ces différens
Etats s'occupent chaque jour des moyens
d'opérer un affranchiffement graduel .
Le Gouvernement Anglois , qui avoit
toujours empêché fes anciennes Colonies
de fupprimer cet infame commerce , ou
d'en modérer les effets , vient de voir fe
former à Londres une Société pour l'aboy
lition de la traite & de l'efclavage. Cette
Société , préfidée par M. Grauville Sharp ,
qui depuis vingt ans défend dans le public
& dans les Tribunaux la liberté des Nègres ;
eette Société compte déjà des milliers de
foufcripteurs , & parmi cux des Membres
des deux Chambres & même des Miniftres.
A la follicitation du Comité de Londres ,
il s'eft établi à Paris une Société , dont l'objer
unique eft de concourir avec celle d'A
mérique & d'Angleterre à l'abolition de la
traite & de l'efclavage
14
MERCURE "
Ainfi , d'un bout de la Terre à l'autre
tous les gens de bien , tous les efprits éclairés
s'affemblent pour confonimer cette
oeuvre de juice & de miféricorde. Ah !
fans doute , l'efclavage fera détruit , les
malheureufes victimes de l'avarice Européenne
front rendues à la Nature & à là
liberté , les Nègres redeviendront des hommes
, puifqu'il eft enfin permis de les dé
fendre publiquement & de repouffer les
calonnies & les fophifmes de leurs enne
mis. f
Lorfque les défenfeurs des Nègres par
lent des droits de l'homme , on leur oppofe
les intérêts du commerce : ils répondent
que rien d'injufte ne peut être utile ; que
démontrer l'injufice d'une action , c'eft en
prouver l'inutilité & le danger ; que les
véritables intérêts du commerce ne peuvent
être contraires aux intérêts de l'humanité3
& alors ceux d'entre leurs adverfaires qui
font forcés , du moins pour leur honneur ,
de convenir de ce principe , objectent l'impoffibilité
de changer l'état actuel des chofest
C'est dans cette dernière allégation que
fe font renfermés les modernes Apologiftes
de l'efclavage des Noirs , en qui l'avarice
n'a pas étouffé l'ufage de la raifon ; c'eft
donc là comme dans leur dernier retranchement
, qu'il faut aller combattre aujour
d'hui les partifans de l'efclavage . Quelques
bons Ecrits publiés en France , un plus grand
nombre publié en Amérique & en AnDE
FRANCE. 13
gleterre , ont déjà indiqué différens moyens
plus ou moins puiffans , plus ou moins faciles
d'opérer par degrés la deftruction de
lefclavage , fans compromettre les intérêts
de la liberté , & fans renoncer aux poffefhons
qui en ont juſqu'aujourd'hui exigé le
facrifice.
}
Tel eft principalement l'objet de l'Ouvrage
que nous annonçons cet Ouvrage
-eft très court , & cependant il renferme
toutes les objections fpécienfes qu'on a
élevées contre la liberté des Noirs , &
les différentes efpèces de railonnemens &
même de faits qu'une raifon fupérieure
une ame énergiques& un efprit d'humanité
très éclairé peuvent leur oppofer. Nous n'écarrerons
point le voile dont l'Auteur de
ce Livre a cru devoir fe couvrir , nous nous
contenterons d'obſerver que la défenſe des
Noirs appartenoit fur- tour à tin des Philafophes
de l'Europe qui ont défendu le plus
fouvent & avec le plus de courage de
conftance & de zèle , les intérêts de la liberté
générale & les drous de la raifon.
L'Auteur traite d'abord la queftion de
l'esclavage des Nègres d'après les principes
de la juftice . Acheter un homme , le vendre
, le réduire en fervitude , ly retenir ,
c'eft , felon lui , commettre de véritables
crimes , & des crimes pires que le vol. Il
réfute les raifons dont on fe fert pour excufer
cet efclavage ; il dit qu'il n'eft
prouvé , qu'il n'eft pas même vraisemblable
pas
FG MERCUREG
que les Nègres achetés en Afrique , foieint
des criminels condamnés au dernier fupplice
, ou des prifonniers de guerre , qui
feroient mis à mort s'ils n'étoient achetés
par les Européens. » C'est au contraire ,
ajoute -t-il , l'infame conmmerce des brigands
d'Europe , qui fait naître entre les Africains
des guerres prefque continuelles , dont
Funique motif eft le défir de faire des prifonniers
pour les vendte. Souvent les Eu
ropéens eux -mêmes fomentent ces guerres
par leur argent ou pat leurs intrigues , en
forte qu'ils font coupables , non feulement
du crime de réduire des hommes en efclavage,
mais encore des tous les meurtres
commis en Afrique pour préparer ce crime.
Ils ont l'art perfide d'exciter la cupidité &
les paffions des Africains , d'engager le père
à livrer fes enfans , le frère à trahir fon
frère , le Prince à vendre fes fujets. Ils ont
donné à ce malheureux Peuple le goût def
tructeur des liqueurs fortes ; ils lui ont
communiqué ce poifon qui , caché dans
les forêts de l'Amérique , eft devenu , grace
l'active avidité des Européens , un des
fléaux de ce globe; & ils ofent encore parler
-d'humanité !
Il eft donc du devoir du Législateur de
réparer cette injuftice . » Ce devoir eft abfolu
en lui- même , dir l'Aureur ; mais il eft
des circonftances où la morale exige feulement
la volonté de le remplir , & laille
à la prudence le choix des moyens & du
DE FRANCE.
temps. Ainfi , dans la réparation d'une injuſtice
, le Législateur peut avoir égard aux
intérêts de celui qui a fouffert l'injuftice ,
& cet intérêt peur exiger , dans la manière
de la réparer , des précautions qui entraî
neut des délais. Il faut avoir égard auffi à
la tranquillité publique ; & les mesures néceffaires
pour la conferver , peuvent deman
der qu'on fufpende les opérations les plus
utiles ".
Après avoir démontré , fous tous fes
rapports , l'injuſtice de l'efclavage des Nègres
, l'Auteur prouve que cet esclavage eſt
contraire aux intérêts du Commerce.
On prétend que les Nègres font néceffaires
pour la culture de la canne du fucre ,
de l'indigo , du café , des épiceries. Ces cul
tures , dit - on , exigent de grands ateliers ,
des établiffemens confidérables , un grand
concours de perfonnes . » Il eft auffi ridicule
de foutenir qu'en Amérique on ne
peut avoir de fucre ou d'indigo que dans
de grands établiffemens formés avec des
efclaves , qu'il l'auroit été, il y a dix- huit
fiècles, de prétendre que l'Italie cefferoit de
produire du blé , du vin, ou de l'huile ,
fi l'esclavage y étoit aboli . Il n'eft pas plus
néceffaire que le moulin à fucre appartienne
au propriétaire du terrein , qu'il ne l'eft
que le preffoir appartienne au propriétaire
de la vigne , ou le four au propriétaire du
champ de blé. Au contraire , en général
dans toute efpèce de culture comme dans
18 MERCURE
toute efpèce d'Art , plus le travail fe divife ,
plus les produits augmentent & fe perfectionnent.
Ainfi , bien loin qu'il foit utile
que le fucre foit formé fous la direction de
ceux qui ont planté la canne , il feroit plus
utile que la canne fût achetée du propriétaire
par des hommes dont le métier feroit
de fabriquer le fucre «.
Mais quand même les Nègres feroient
néceflaires pour cette efpèce de culture ,
s'enfuivroit il qu'il fûr néceffaire d'employer
des Nègres eſclaves ? » Il eſt certain
que la culture par des Nègres libres ,
loin de nuire ni à la quantité ni à la quafité
des denrées , contribueroit à augmenter
l'une en perfectionnant l'autre. - Le
préjugé contraire a été accrédité par les
Colons , & peut être de bonne foi. La rais
fon en eft funple. Ils n'ont pas diftingué le
produit réel du produit net. En effet , faites
cultiver par des efclaves ; le produit net
fera plus grand , parce qu'ils ne vous en
coutera en frais de culture que le moins
qu'il eft poflible. Vous ne donnerez à vos
efclaves que la nourriture néceffaire ; yous
choifirez la plus commune & la moins
chère ; ils n'auront qu'une hutte pour maifon
; à peine leur donnerez- vous un habillement
groffier. Le Journalier de plus
preffé d'ouvrage exigeroit un falaire plus
fort. D'ailleurs un Journalier veut tantôt
gagner plus , pour former quelque capital ;
tantôt il veut le réferver du temps , pour fe
DE FRANCE. 59
1.
divertir s'il emploie routes fes forces ,
il faut que votre argent le dédommage de
ce qu'il n'a pas fuccombé à la parelle.
Avec des efclaves vous employez les coups
de baron , ce qui eft moins cher. Dans la
culture libre , c'est la concurrence réciproque
des Propriétaires & des Ouvriers qui
fixe le prix . Dans la culture efclave , le
prix dépend abfolument de l'avidité du Propriétaire.
Mais auth , dans la culture efclave ,
le produit brut eft plus foible , & au contraire
le produit brut fera plus confidérable
dans la culture libre. Ce n'eft donc pas
l'intérêt d'augmentation de culture qui fait
prendre la defenfe de l'efclavage des Nègres
; c'est l'intérêt d'augmentation de revenu
pour les Colons. Ce n'eft pas l'intérêt
patriotique plus ou moins fondé , c'est tout
fimplement l'avarice & la barbarie des Fropriétaires.
La deftruction de l'efclavage ne
ruineroit ni les Colonies ni le Commerce ,
elle rendroit les Colonies plus florillantes,
elle augmenteroit le Commerce ".:
Les Loix de la Juftice & les intérêts da
Commerce follicitent donc également la
deftruction de l'efclavage des Nègres. Mais
les Maîtres peuvent- ils exiger . quelque dédommagement
? Comme dans tout le cours
de fon Ouvrage , l'Auteur compare le vol
avec l'action de réduire en fervitude , il
n'eft pas difficile de deviner fa réponſe. ;
Mais quels font les moyens d'exécuter cet
acte de Juftice & d'intérêt général : Une
20 MERCURE
Loi d'affranchiffement eft d'abord le premier
& le feul parti rigoureufement jufte , qui
fe préfente aux yeux des amis de la tiberté.
Mais cet affranchiffement exigeroit
rant de dépenfes , tant de préparatifs , tant ,
de conditions peut être inpoffibles à obitenir
, foit des hommes , foit des chofes
que l'adopter tout d'un coup ce feroit faire
naître une foule de défordres , & s'expofer
au rifque de prolonger pendant plufieurs
fiècles l'efclavage des Nègres.
Il faut donc chercher d'autres moyens
qui puiffent en ce moment adoucir l'état
des Nègres , & procurer la deftruction entière
de l'efclavage à une époque fixe &
-peu éloignée. » Si nous les propofons ,
dir l'Auteur , c'eft en gémiflant fur cette
efpèce de confentement forcés que nous
donnons pour un temps à l'injustice , &
en proteftant que c'est la crainte feule de
voir traité l'affranchiffement général comme
un projet chimérique , par la plupart des
Politiques , qui nous fait confentir à propofer
ces moyens ".
Le premier et l'abolition de la traite des
Negres , & la prohibition d'importer de
nouveaux Efclaves . :
Le fecond feroit l'affranchiffement des
Nègres qui naiffent dans les habitations , &
qu'on ne peut avoir aucun prétexte de foumettre
à l'efclavage . Mais cette Loi jufte ,
dictéc par l'humanité , pourroit inſpirer à
quelque Maître des actes de violence &
DE FRANCE.
de barbarie qu'il eft de la prudence du
Législateur de prévenir, L'Auteur propoſe
en conféquence de n'affranchir les Nègres
à naître , que lorsqu'ils auront atteint l'âge
de trente cinq ans. A cette époque , le Maître
fera obligé de leur avancer les vivres ,
l'entretien pour fix mois , & une penfion
alimentaire pour la vie , s'ils font eſtropiés
ou hors d'état de travailler . Il voudroit encore
qu'on déclarât libres à quarante ans
les Nègres qui auroient moins de quinze
ans , au moment de la publication de la
Loi ; & que ceux qui auroient plus de
quinze ans à cette époque , euffent le choix ,
à l'âge de cinquante ans , ou de rester chez
leur Maître , ou d'entrer dans un établif
fement public , dans lequel ils feroient
nourris au moyen d'une penfion que leur
Maître feroit obligé de leur faire , & qu'il
leur doit en vertu du droit de la Nature ;
& indépendamment de toute Loi. Ce projet
eft accompagné de quelques difpofitions
particulières , qui ont pour objet de prévo
nir les injuftices , dont des Maitres inhu
mains pourroient fe rendre coupables pour
arrêter les effets de la liberté , ou les rendre
funeftes à ceux qui doivent la recouvrer.
" Cette Légiflation n'auroit aucun des
inconvéniens qu'on fuppofe toujours aux
changemens trop brufques , puifque les af
franchiffements ne fe feroient que peu à
peu. Elle donneroit à la fois aux Colons
le temps de changer infenfiblement leur
22
MERGURE
-
méthode de cultiver , de fe procurer les
moyens de faire exploiter leurs terres , foit
par des Blancs , foit par des Noirs libres ; &
au Gouvernement , celui de changer le ſyſtême
de la Police & de la Légiflation des Co- ›
lonies . Il en résulteroit qu'en portant à.
cinquante ans le terme de la fécondité des "
Négreffes , & à foixante- cinq celui de la
vie des Nègres , il ne refteroit plus aucun
efclave dans les Colonies au bout de foixantedix
ans ; que la claffe des Nègres efclaves
pour leur vie , finiroit au bout de cinquante
; qu'à cette époque même , celle des
Nègres engagés feroit peu nombreuſe ;
qu'enfin , après trente-cinq à quarante ans
le nombre des Nègres efclaves feroit prefque
anéanti , & même celui des Nègres engagés
dans l'esclavage pour un temps , réduit
tout au plus au quart du nombre actuel
Quel fera l'état de la culture après la
deftruction de l'esclavage ? L'Auteur confidère
féparément la culture par les Nègres
libres , & la culture par les Blancs. Quant
au premier objet , on affermeroit aux Nègres
comme à des Colons libres, les mêmes terres ,
qui leur étant abandonnées aujourd'hui pour
leur nourriture , font très-mal cultivées . La
manière d'exploiter les terres changeroit à
l'avantage du Propriétaire , qui n'étant plus
obligé de faire valoir par lui - même , ne
fupporteroit plus les dépenfes & les embarras
attachés à l'exploitation actuelle . Le
3
DE FRANCE. 2g
revenu du Propriétaire augmenteroit avec
les progrès de la culture & de la fabrication
des denrées, Les habitations étant divifées ,
affermées & aliénées par parties , il en réfulteroit
un grand bien pour les familles
des Colons , & un meilleur emploi des ter
reins.
Quant au fecond objet , c'est-à- dire , la
culture par les Blancs, les Colons pourroient
établir fur leurs habitations des familles
blanches , moyennant des engagemens femblables
à ceux qui fe font dans les Etats-
Unis d'Amérique, Les Gouvernemens à qui
il refte encore des terreins dont ils peuvent
difpofer , y établiroient des familles de
Blancs , entre lefquelles ils diviferoient ces
terreins. La France , l'Angleterre & la
Hollande pourroient permettre aux Juifs
la France pourroit de plus permettre aux
Proteftans d'acquérir des habitations où ils
jouiroient de l'exercice libre de leur Religion
, à condition que les cent hommes
Blancs ou Noirs, qui compoferoient chaque
canton d'habitation , feroient libres.
>
Après avoir indiqué les moyens de réta
blir par degrés la liberté des Noirs , l'Auteur
répond à quelques raifonnemens des partifans
de l'esclavage , & montre la faufferé
des affertions fur lefquelles ils fe font toujours
appuyés pour perpétuer ce fyftême
d'injuftice , & arrêter les intentions bienfaifantes
des Gouvernemens,
Cet Ouvrage eft accompagné de notes qui
24 MERCURE
développent ou juftifient les faits & les
principes établis dans le texte. Dans une de
ces notes , l'Auteur , parlant d'un Miniftre ,
qu'un Négociant prioit de vouloir bien
donner fon nom à un vaiffeau deftiné à la
traite des Nègres , & dont il eft aifé d'ima
giner la réponſe , rend hommage à la mémoire
de cet homme immortel , qui aima
le peuple & en fut aimé , qui n'eut pour
ennemis que les ennemis du peuple , &
dont le nom augufte , confacré par la voix
publique , mérite de vivre éternellement dans
le fouvenir des hommes , pour leur retracer
toutes les vertus , toutes les lumières ,
tous les fentimens bons , juftes & courageax
, dont la Nature humaine eft fufccptible.
Cet éloge , tracé par les mains de l'amitié
, comme une efquiffe rapide du monument
plus impofant qu'elle lui deftinoit ,
n'eft que l'expreffion d'une juſtice exacte
& d'une admiration éclairée .
>
Des Ouvrages où l'on faifoit l'apologie de
la liberté des Noirs , ont été autrefois dédiés à
des hommes chargés de l'adminiftration publique.
Celui - ci eft dédié aux Nègres efclaves
: puiffe le nom de leur généreux ami parvenir
un jour juſqu'à eux ! puiffent ils ар-
prendre que , parmi ces Blancs qu'ils déteftent
& qu'ils méprifent , ils ont aujourd'hui
autant de défenfeurs qu'il exifte d'hommes
éclairés & vertueux ! puiffent-ils être
inftruits que tous les dépofitaires de l'autorité
publique en Europe , que tous les
hommes
DE FRANCE. 25
hommes d'Etat fe font émus au récit de
leur infortune , qu'ils appellent, ou laiffent
enfin arriver autour d'eux les lumières que
l'humanité & la prudence follicitent pour
adoucir leur fort & faire ceffer leurs douleurs
! Qu'ils fachent enfin qu'un ſentiment
nouveau de bienveillance & de pitié anime
aujourd'hui toutes les ames , & qu'on ne
diffère de confommer cet acte de juftice
que pour concilier avec plus de fuccès ,
& d'une manière plus durable , leurs droits
avec leurs intérêts . Sans doute alors , ils
nous pardonneront nos injuſtices pallées, en
faveur de l'aveu public que nous en faifons
aujourd'hui , & de nos efforts coaftans
& infatigables pour en tarir la four-
& ce retour tardif aux premiers dcvoirs
de l'humanité , expiera aux yeux de
ces hommes bons & fenfibles , les crimes
de notre infatiable cupidité , & les erreurs
de notre longue indifférence.
N° : 36. 6 Sept. 1789.
16 MERCURE
I
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE,
E 25 Août , l'Académie a tenu fa Séanee
publique de la Saint Louis , à laquelle ont af
fifté les Ambaffadeurs de Tipoo - Saïb. L'Eloge
de Louis XII , qui a remporté le Prix ,
a valu à fon Auteur , M. l'Abbé Noël ,
de juftes applaudiffemens . Le mérite de
l'ouvrage & l'intérêt du fujet ont été éga- .
lement fentis , & l'Orateur a lieureufement
profité du caractère de bonté de fon Héros ,
M. de Saint - Ange a obtenu le Prix
d'encouragement. L'Auteur de l'Importance
des Opinions religieufes ayant remporté celui
d'utilité , a demandé qu'il fût confacté
à un acte de bienfaifance , & l'Académie
l'a deftiné aux Cultivateurs que le fléau
de la dernière guerre a ruinés , dans l'Auvergne
, cette province étant la plus éloignée
des fecours.
Quant au Prix de vertu , il a été bien
juftement accordé à l'action héroïque de
Catherine Vaffen , qui eft venue le recevoir ,
DE FRANCE. 27
& dont la préfence a ajouté à l'intérêt de
la Séance (1) .
Le fujet du Prix de Poéfie , qui fera double .
l'année prochaine , eft l'Edit en faveur des
non Catholiques.
M. l'Abbé Raynal vient de fonder à perpétuité
uu nouveau Prix pour un Ouvrage
de Littérature. Le fujet que l'Académie propofe
pour l'année prochaine , eft un Dif
cours hiftorique fur le caractere & la politique
de Louis XI.
Après la lecture de l'Eloge de Louis XII ,
M. Gaillard a lu d'excellentes Réflexions
fur Vauban. Nous croyons qu'on nous faura
gré de placer ici ce morceau de Littérature
, qui fera agréable à tous nos Lecteurs ,
& utile à ceux qui veulent concourir pour
cer Eloge , dont le Prix eft encore remis.
(1 ) On trouvera dans le prochain Mercure le Procès-
verbal tel que l'a lu M. Gaillard , Directeur
de l'Académie . Il n'a paru nulle part ni aufh
compler , ai aufli exact.
B 2
28 MERCURE
DiscoURS prenoncé par M. GAILLARD.
MESSIEURS ,
Vous venez d'entendre l'Eloge d'un Roi
qui aima fon Peuple ( 1 ) ; puilliez - vous
entendre , l'année prochaine , celui d'un
Sujet qui , felon l'expreffion de M. de
Voltaire , a prouvé par fa conduite qu'il
pouvoit y avoir des Citoyens fous un Gouvernement
abfolu ! ce Sujet Citoyen même
à la Cour d'un grand Roi ,
C'eft celui dont la main raffermit nos remparts ,
C'eſt Vauban, c'eft l'ami des vertus & des Arts .
Son Eloge , propofé pour l'année 1787 ;
n'a point été couronné ; quelques Difcours
ont approché du but , nul n'a pu l'atteindre
; & c'est moins par défaut de talent
dans quelques uns des Auteurs , que par
de certains défauts de plan , dont l'Académie
a jugé qu'il étoit à propos qu'ils fuffent
avertis , parce que ces défauts femblent
tenir, en partie , à la nature du fujer.
Je m'explique.
Au nom du Maréchal de Vauban , on
fe repréfente d'abord tant de fiéges qu'il a
(1) L'Eloge de Louis XII qui venoit d'être lu .
DE FRANCE. 29
dirigés , tant de places qu'il a fortifiées ;
on fonge à l'Ingénieur fublime qui a renouvelé
ou créé fon Art : cette idée principale
abforbe ou affoiblit les autres idées ,
elle devient l'objet dominant de l'Ouvrage ;
toutes les autres parties lui font facrifiées
ou trop fubordonnées ; de là un premier
défaut général de proportion & d'équilibre ,
une répartition inégale des talens de l'Ingénieur
& des vertus du Citoyen ,
Un autre inconvénient plus confidérable ,
c'eſt que cet objet dont on a fait la principale
partie de l'Eloge de Vauban , a plus de
rapport à l'inftruction qu'à l'éloquence ;
mais ici l'inſtruction ne devoit pas être au
premier rang ; ce n'étoit point un Cours
de Tactique ou un Traité de fortifications
qu'on demandoit. Malheur, en général , aux
Traités dans un Difcours oratoire , fur-tout
s'il s'agit d'une Science ou d'un Art dont
les principes & les termes ne foient pas
familiers au plus grand nombre des Auditeurs.
Le Difcours qui a le plus approché
du Prix eft trop favant, en un mot ; nous
lui faifons , fans peine, un reproche effentiellement
mêlé de louange.
Comment & jufqu'à quel point peut- on
fe permettre les détails dans un Difcours
oratoire , fur-tout les détails qui tiennent à
une Science ou à un Art ? En général , ils
ralentiffent les mouvemens de l'éloquence.
Dans tout Ouvrage , craignons les détails
qui n'inftruifent pas ; dans le genre ora-
B 3
30 MERCURE
1
toire , défions nous même de ceux qui inftruifent
, s'ils inftruifent froidement & méthodiquement
, s'ils ne parlent qu'à l'efprit
fans rien dire à l'ame ; l'éloquence ne vit
que d'images & de mouvemens.
fi L'inconvénient eft encore plus grand ,
les détails ont de l'obfcurité ou par leur
nature , ou par la faute de l'Orateur ; c'eft
le cas du précepte d'Horace , d'abandonner
ce qu'on défefpère d'éclaircir ( 1 ) .
Le mérite fuprême de Fontenelle eft
d'avoir rendu les Sciences , pour ainsi dire ,
populaires, d'avoir fu , à force d'agrément ,
de clarté , de lumière , acquérir le droit
d'inftruire des perfonnes qui , avant lui ,
n'afpiroient pas même à l'inftruction ; mais
voyez comme il craint d'abufer de ce droit
d'inftruire. Dans fon Eloge de Vauban ,
quelle prudente fobriété de favoir ! On y
trouve à peine un terme d'art , il ne prend
de ce que tout le monde n'entend pas , que
ee qu'il peut faire entendre à tout le monde,
des précis , des réſultats .
S'il a craint les détails favans jufque dans
un Eloge hiftorique , genre plus fimple &
plus analogue à l'inftruction , combien ne
doit-on pas les craindre dans le genre oratoire
! Il femble qu'ils n'y doivent être admis
que transformés , s'il eft poffible , en
(1 ) ...
Et
qua
Desperat tractata nitefcere poffe , relinquit.
DE FRANCE. 31
images ou en mouvemens , ou qu'entremêlés
avec ces formes oratoires , de m
nière que ce foient celles -ci qui dominent.
Si l'Eloge de Vauban annonce des déta is
de fiéges , l'Eloge du grand Condé préparoit
à des détails de batailles ; mais Boffuet
maîtriſe fon fjet comme il maîtriſoit la
Langue , & fon génie s'affranchit de toute
entrave ; les détails militaires difparoiffent ,
tout devient image & mouvement. Sl
peint Condé au milieu des feux de Rocroy :
Le voyez vous , s'écric-t-il , comme il
vole ou à la victoire ou à la mort « ? "3
Ne voyez-vous pas vous- mêmes dans ce
mouvement rapide , l'impétuofité audacieuſe
& fublime de Condé ? Ne voyez - vous pas
ces illuminations foudaines , par lesquelles
Boffuet caractérife ailleurs le génie guerrier
de ce Héros ? Ne voyez- vous pas Boffuet
& Condé peints tous deux par cette
feule expreffion , ces illuminations foudaines
, & de combien de détails une expreffion
fi heureuſe ne difpenfe t- elle pas ?
Si pourtant il s'en permet quelques- tins ,
ce font toujours ceux qui peignent , ceux
qu'on voit , & auxquels on eft , pour ainfi
dire , préfent. » C'eft cette redoutable in-
» fanterie de l'armée d'Espagne , dont les
" gros bataillons ferrés , femblables à au-
» tant de tours , demeuroient inébranla-
"
bles au milieu de tout le refte en dé-
" route , & lançoient des feux de toutes
" parts ".
B 4
32
MERCURE
.33
C'eft ce valeureux Comte de Fontaines
qu'on voyoit porté dans fa chaile , montrer
, malgré les infirmités , qu'une ame
» guerrière cft maitreffe du corps qu'elle
"3
ور
anime «.
ود
. C'eft Condé vainqueur arrêtant le carnage
& fauvant les reftes de cette infanterie
Espagnole ; »> Condé dont la victoire
» avoit relevé la haute contenance , & à
qui la clémence ajouteit de nouvelles
» graces «,
Peignez donc ainfi à grands traits ; peu de
détails , & des détails toujours choifis , toujours
pittorefques.
Je vois dans cette Affemblée les modèles
que je voudrois vous propoſer pour l'Eloge.
oratoire ; mais ne parlons que de ceux qui
ne font plus. Si l'Orateur que nous avons
vu le premier courir de victoire en victoire
dans cette carrière à peine encore ouverte ,
fi M. Thomas , dans l'Eloge de Descartes
& dans quelques autres , paroît fe livrer
avec complaifance aux détails de fon fujet
, il a toujours foin de les interrompre
ści par un mouvement oratoire , là par des
comparaifons & des images , ailleurs par
une réflexion philofophique . Si , par exemple
, l'Eloge de Sully l'engage dans des détails
économiques , auxquels les conjonctures
attachoient dès-lors un grand intérêt
il excite d'abord cet intérêt par une exclamation
pathétique qui femble lui échapper
au nom facré de l'économie , & qui en
DE FRANCE. 33
même temps qu'elle frappe comme un trait
de fentiment , eft une préparation adroite
aux détails qui vont fuivre.
Et dans ces détails même , il peint la diffipation
des Finances par une comparaifon
brillante & poétique ; il fait de la déſolation
des campagnes un tableau touchant
trop applicable aux calamités de ce 13 Juillet
, jour défaftreux , jour effroyable , mais
qui aura fourni à la fenfibilité généreufe,
de cette Nation une grande occafion de
s'exercer , & un grand mal à réparer.
"
Il finit par une apologie des détails qu'il
a employés. Ce foin de les préparer , de
les orner, de les juftifier après coup , montre
la manière d'en faire ufage , & en prouve
en même temps le danger.
Nous n'avons pu ici qu'indiquer aux Auteurs
quelques défauts à éviter. Quant aux
beautés , ils les trouveront dans le fujet
même , Vauban infpirera fes Panégyriftes.
Le grand Artifte qui éleva dans Londres
ce Temple réputé, pour la magnificence , le
fecond de la Chrétienté , repole dans l'encinte
de ce vafte édifice , ouvrage de fes
mains : Cherchez -vous , dit l'infcription ,
» un monument qui confacre fa gloire ?
» ouvrez les yeux , & regardez autour de
» vous "
Panégyriftes de Vauban , cherchez - vous
fes titres de gloire parcourez nos frontières
; voyez de toutes parts ces grands monumens
, ces gages de fûreté , de pro-
BS
34
MERCURE
ection , de confervation , à l'ombre def
quels les Peuples heureux jouiffent , au
milieu de la guerre , de toutes les deuceurs
de la paix. Voyez ces innombrables
& puiffantes barrières oppofées à l'ambition
, à la haine , à la jaloufie , défendant
le Citoyen , menaçant l'Etranger , repouffant
F'ennemi , fe prêtant des fecours mutuels :
quelle intelligence fupérieure , quelle ingénieufe
bienfaifance en a combiné les rapports
, en a varié le plan & la forme d'après
les différences du fite , la nature diverfe
du terrein , le voifinage des mers ou
des fleuves , l'inégalité des montagnes , l'uniformité
des plaines ?
A la vue de tant de grandeur , de fageffe
& d'utilité , un Souverain , ennemi de la
France , obfervant la frontière de ce Royaume
pour y chercher un endroit foible , &
n'en trouvant point, s'écrioit , faifi , malgré
lui , d'admiration & de refpect : Se peutil
qu'un feul Roi , avec le fecours d'un
feul homme , ait exécuté tant d'étonnans .
ور
ا ل و
» travaux « !
Hélas ! ces monumens fi impofans , &
qu'on pouvoit croire fuperflus dans les
beaux jours de notre grandeur & de notre
gloire , ce n'étoit pas une vaine prévoyance
qui les avoit élevés , ils devoient être notre
dernière reffource dans ces temps malheureux
que le Ciel fembloit avoir marqués
pour terme à la puiffance de Louis XIV
mais qui procurèrent à cette grande ame la
DE FRANCE.
35
gloire nouvelle de foutenir mieux l'épreuve
des revers , qu'elle n'avoit foutenu celle des
fuccès. Vauban n'étoit plus ; tout cédoit à
l'afcendant vainqueur d'Eugène & de Marlborough
; Vauban n'étoit plus ; mais Lille,
ouvrage de fes mains , Lille autrefois fon
gouvernement, arrêta, pendant quatre mois,
ce torrent prêt à inonder la France ; &
quand il fut donné à Louis XIV de refpirer
enfin après tant de difgraces , quand la
Fortune , laffe de nous accabler , revint ſeconder
nos armes , ce fut Landrecy qui , par
fa réfiſtance , ramena fous nos drapeaux la
victoire égarée ; Landrecy , foible & der-,
nier refte de tant de barrières dont Vauban
nous avoit entourés ! Il n'étoit plus , & du
fond de fon tombeau il fauvoit encore la
France , il infpiroit Villars , il partageoit
l'honneur de la victoire de Denain.
Moins grand encore peut-être dans l'art
de fortifier les places , que dans l'art de les
attaquer & de les réduire avec la moindre
perte poffible , l'humanité même applaudit
à fes triomphes . Dérober à la guerre des
victimes , ménager le fang , fauver les hommes
, voilà l'étude continuelle de Vauban ,
le chef- d'oeuvre de fon art , la feule gloire
chère à fon coeur. Tous fes foins , toutes
fes inventions , toute fon induftrie n'ont
pas d'autre bur ; c'eft fur tout ce caractère
de confervateur des hommes qui diftingue
Vauban des autres Guerriers , & c'eft furour
ce caractère qu'il faut peindre.
B. 6
36
MERCURE
Mais fez à Vauban fes talens , fes travaux
, fes fortifications , fes fiéges , fes bleffures
, fes victoires , il lui reftera fes vertus,
fes vertus de Citoyen ; il lui restera tout ce
qu'il a propofé pour le bonheur de l'Etat ,
tout ce qu'il a écrit pour la défenfe & le
foulagement en tout genre , du foible , du
pauvre , du malheureux , de l'opprimé.
Simple particulier , il lui reftera la gloire
d'avoir fait ou projeté plus de bien que de
grands Potentats n'ont fait même de mal.
Dans ce caractère général de Citoyen , il
eft encore des traits particuliers qu'il faut
faifir , & dont l'éloquence pourroit tirer un
grand parti . Il eft de ces mots qui peignent
l'ame , tel que celui - ci , au fujet des bienfaits
qu'il aimoit à répandre fur les Militaires
ruinés au fervice , ou maltraités d'ailleurs
par le fort : » N'eft- il pas jufte que je
» leur reftitue ce que je reçois de trop de
» la bonté du Roi « ?
Il eft des actions qui peignent encore
mieux.
Vauban ne connoiffant de grandeur &
de dignité que de fervir & d'être utile , refufa
longtemps d'être élevé aux honneurs
fuprêmes de la guerre ; il prévoyoit que par
une de ces contradictions qui gouvernent
le monde , un grade de plus , c'eft-à dire
une obligation de plus d'employer tous fes
talens au fervice de la Patrie , condamneroit
fes talens à l'inaction , & qu'il y auroit
des fervices & des fuccès qu'on trouveroit
›
DE FRANCE. 37
و ر
au deffous de fa dignité. Il n'eut pas la fatisfaction
de s'être trompé ; après qu'il eut
enfin confenti d'être fait Maréchal de France,
il demanda de fervir comme Ingénieur fous
La Feuillade au fiége de Turin : Je laifferai
, dit-il , le bâton de Maréchal à la
" porte , & je le reprendrai quand nous fe-
" rons dans la place ". Chamillard , beanpère
de La Feuillade , fit rejeter l'offre de
Vauban, pour que fon gendre eût feul l'honneur
de la prife deTurin , qu'on croyoit avoir
affurée à force de dépenfes , & pour la
quelle on avoit efpéré pouvoir le paffer de
talens l'évènement répondit à de telles
vûes ; des ordres de Verfailles enchaînant la
valeur des François dans leur camp devant
Turin , ce camp fut forcé, Turin délivré ,
les François chaffés de l'Italie. Tel étoit fouvent
alors le fort de la France privée des
fecours de Vauban.
:
Un dernier trait particulier de fon caractère
, que fes Panégyriftes ne négligeront
pas fans doute , c'eft un genre de courage
qui manquoit à prefque tous les Héros de
fon temps , celui d'ofer dire la vérité . Vauban
étoit courageux à Verfailles , comme
dans les camps , il avoit pour la vérité ,
dit Fontenelle , une paffion preſque im-
» prudente & incapable de ménagement ".
Ah ! que ce noble devoir de dire la vérité
aux Rois, foit du moins rempli par ceux qui
ont bien fervi l'Etat , que ce foit leur droit
& leur récompenfe ! Tel a prodigué fon
ود
38
MERCURE
fang dans les combats , qui jamais à la Cour
n'a ofé rifquer de déplaire :
Cher ami , ne crains point ma colère ;
Quim'apprend mon devoir, eft trop sûr de me plaire
C'eft ainfi que parle Henri IV dans la
Henriade ; c'eft ainfi qu'il parloit & qu'il
agiffoit fur le Trône : les Sully , les Jeannin
n'avoient pas d'autre manière de lui
faire leur cour. Puiffe le Ciel graver un tel
fentiment dans l'ame de tous les Rois , &,
leur envoyer fouvent des Sully , des Jeannin
, des Vauban pour le fatisfaire !
VARIÉTÉS.
SCIENCES ET ARTS.
PANTOGRAPHE OCULAIRE.
CET Inftrument a été approuvé par l'Académie
des Sciences ; depuis il a été perfectionné & rendu
plus facile dans fes ufages par le Sicur Heillé ,
Mécanicien , au Palais Bourbon . Il a toutes les
propriétés des Inftrumens de cette espèce inventés
jufqu'à préfent , fans en avoir ni les inconvéniens
ni les difficultés . Il rapporte les objets dix fois
plus grands , & à la diftance de plufieurs lieues
fans foleil & en tout temps ; il décrit en perf-
,
DE FRANCE.
59
pective pratique ou linéaire tous les objets vus à
Phorizon , felon les règles de cette Science . Il
donne le plan géométral , à peu de chofes près ,
dans certaines pofitions de tous les objets élevés
à l'horizon , comme Bâtimens , Portraits , Plans ,
Statues , Vues en tous fens , &c . dans toute forte
de diminution . Il a par conféquent les ufages du
Pantographe ordinaire , de la chambre obfcure ,
& de tous les Inftrumens inventés jufqu'à ce jour.
Il ſervira auffi de Planchette , par laquelle on aura
les diftances des objets à l'Inftrument , & par ce
moyen toutes les proportions de ces mêmes objets
décrits en toifes , pieds & pouces , foit par
le calcul , foit par un compas de réduction inventé
par le même Auteur , comme on le fera
voir dans l'ufage de cet Inftrument.
On calquera donc la Nature , felon les règles
de la perfpective pratique , fans les connoître &
fans crainte de fe tromper ; on décrira des points
de vue graphiquement avec les objets qui y font
élevés , & cela avec la même facilité qu'un Ecrivain
conduiroit la main d'un Elève pour tracer
fur le papier toutes fortes d'écritures , &c . On
voit par cette analyfe , de quelle utilité il fera aux
Peintres , aux Deffinateurs , & à tous les Curieux ,
pour décrire toutes fortes de points de vue ,
d'une
Carte , d'une Contrée , d'un Port , d'une Ville ,
d'un Portrait , &c .
On propofe cet Inftrument par foufcription .
On s'adreffera au Père Touffaint de S. Marcel ,
Carme - Déchauffé , rue de Vaugirard ; & à M.
Heiflé , Mécanicien , au Palais Bourbon. On
fouferira jufqu'à la fin d'Octobre , & on délivrera
Inftrument un mois après.
On trouvera un plus grand détail de tous ces
ulages chez le premier , avec la certitude de tout
et qu'on a annoncé.
40 MERCUER
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 28 Août , on a joué pour la
première fois la Payfanne fuppofée , ou la
Fête de la Moiffon, Comédie en trois Actes
& en profe mêlée d'Ariettes.
M. de Clainville a époufé la jeune &
intéreffante Amélie. Il a d'abord beaucoup
aimé fa femme ; enfuite il a cédé au torrent
des mauvailes moeurs , il et enfin devenu
infidèle. Mme. de Clainville , retirée dans
une Terre éloignée de Paris , attend depuis
deux ans le retour de fon mari , quand elle
apprend qu'épris de la jeune Rofette , fille
de Thomas , l'un de fes Fermiers , il doit fe
rendre à la fête de la moiffon , fous le prétexte
de marier la petite perfonne ; mais en
effet pour la féduire , & pour obtenir de
fes parens trompés , la permiflion de l'emmener
à Paris. Elle écrit alors à fon mari ;"
qu'une maladie cruelle a changé tous fes
traits . Elle prend l'habit d'une Payfanne
vient trouver Thomas , le met au fait de
fes projets , l'engage à la faire paffer pour
fa nièce , & le charge , en quelque façon ,
DE FRANCE. 41
du foin de la rendre au bonheur . Thomas
répond avec beaucoup de zèle à la confiance
de Madame de Clainville. Il fe livre , en
apparence , à tous les défirs de fa femme
Mathurine , dont l'ambition eft de voir fa
fille devenir une grande Dame I laiffe
Rofette en proie aux fentimens de vanité
que cherche à lui communiquer ſa mère ,
& à ceux que fon amour lui infpire depuis
long- temps pour le payfan Lucas, dont elle
cft adorée. Il fe prête même à appuyer la
prétendue infidélité de Lucas , qui feint
d'être devenu amoureux de Julie ; c'eft le
nom fuppofé de Madame de Clainville..
Enfin M. de Clainville arrive . Il s'informe
de Rofette avec empreffement. Il parle à
Thomas des deffeins qu'il a formés pour la
rendre heureufe ; il eft très étonné de trouver
Thomas , comme il le dit , fort raiſonmable
, & il n'en peut concevoir la raiſon
car il s'attendoit à de grandes oppofitions
de fa part. Cependant Lucas eft au défef+
poir , & il vient trouver M. de Clainville
. Il lui peint avec beaucoup de chaleur
l'amour qu'il a pour Rofette , & il lui
infpire de l'intérêt : mais il faut favoir fi
Rofette aime Lucas. Elle arrive ; on la queftionne
, & elle avoue , malgré les menaces
de fa mère , que fon coeur eft tout à Lucas .
M. de Clainville eft piqué . A cet inftant
on entend la voix de la fauffe Julie qui
vient chercher Mathurine de la part de
Thomas . Le fon de cette voix , les traits de
42 MERCURE
la Payfanne fuppofée éveillent l'attention de
M. de Clainville qui , feul avec fa femme,
la reconnoît , lui parle comme s'il ne la
reconnoiffoit peint , & apprend avec raviffement
qu'il eft toujours aimé. Il avoue fes
torts , pardonne à Thomas fa fupercherie ;
& quand , lors de la fête de la moiſſon , tout
le village s'attend à voir M. de Clainville
couronnerRofette , il couronne la fauffe Julie
, qu'il fait reconnoître pour la Dame du
lieu , & il marie Rofette avec Lucas .
Cet Ouvrage étoit reçu depuis huit ans ;
ainfi il feroit ridicule de juger par lui du
talent que peut avoir actuellement fon Auteur.
Le temps des actions fimples & villageoifes
eft d'ailleurs paffé pour la Comédie
Italienne , & fi l'on n'y obtient plus aujourd'hui
de grands fuccès que par le fecours
des tableaux , des grands mouvemens &
des apperçus pittorefques , il étoit abfolument
impoffible d'y réuflir par une action
très- prolongée , très lente , & , chargée de
petits acceffoires qui éloignent fans ceffe la
donnée dramatique annoncée par le titre.
Tout l'intérêt de la Pièce portoit fur le
projet formé par Madame de Clainville
de ramener fon mari , & cet intérêt annoncé
au commencement du premier Acte ,
ne commence qu'à l'arrivée de M. de Clainville
, qui paroît pour la première fois à
la troifième Scène du troifième Acte : c'eftlà
une grande faute , une faute que l'on
peut appeler impardonnable. Que l'Auteur
DE FRANCE. 43
y réfléchiffe , & il verra que s'il eût introduit
M. de Clainville dans le fecond Acte ,
s'il eût mis en jeu le goût très vif qu'il eft
cenfé avoir pour Rofette , s'il cût fait obferver
tous les mouvemens par la fauffe
Julie , fi enfin il l'eût placé dans tout le
cours du fecond Acte , de manière qu'il
n'eût jamais vu fa femme d'affez près pour
la reconnoître , mais qu'il l'eût néanmoins
affez entrevue pour qu'elle lui donnât de
la curiofité , il eût pu tirer un grand parti
de ce perfonnage , & jeter dans fon action -
des fituations gaies & piquantes ; mais en
diftribuant , pour ainfi dire , fa marche en
deux parties , dont l'une eft toute nue &
l'autre toute larmoyante , il s'eft trompé
fur les effets qu'il vouloit produire , &
il n'a pas traité avec tous les avantages dont
il étoit fufceptible,, un fujet véritablement
propre à l'Opéra comique , tel qu'on le
conçoit aujourd'hui . On peut regretter que
FAuteur fe foit ainfi égaré fur fon noud
& fur fon dénouement , car fon expofition
eft claire & bien faite , & tout le premier
Acte eft dialogué & écrit d'une manière
aufli raifonnable que vraie. "
On ne peut pas diffimuler que cet Ouvrage
a été mal reçu , & qu'il ne méritoit
pas beaucoup de fuccès, mais quelque fo : blé
qu'il foit, étoit-il digne de la rigoureufe malignité
avec laquelle on l'a traité ? Il s'acheminoit
triftement vers fa fin , & cela n'avoit rien
defâcheux pour l'Auteur, quand un Monſieur,
44 MERCURE
vraisemblablement fort affligé de fe voir
entouré de gens raiſonnables , ou de clabaudeurs
timides , s'eft mis à crier dans le
fauffet de fa voix : Charmant ! & là- deffus.
voilà une troupe de rieurs qui fe laille
entraîner, qui crie , qui fiffle , qui tâche d'interrompre
le cours du 3e Acte . Quand nous
devrions exalter encore l'humeur de ces prétendus
Juges des talens , qui fe fcandalifent
de nos réflexions fur l'indécence de quelques
habitués de nos parterres , nous le redirons
& nous ne cefferons de le répéter , quand
on nous y contraindra : Il y a tout à la fois
de la lâcheté & de la barbarie , car elles fe
tiennent , à venir infulter obfcurément un
Auteur déjà trop humilié de n'avoir pas
réuffi ; & ce n'eft pas chez une Nation
qui fe dit polie , & qui fe croit éclairée , que
l'on devroit être ainfi perfécuté lorfque l'on
confacre fes veilles aux plaifirs du Public.
Qu'on ne dife pas qu'il eft tout naturel de
rencontrer de la honte dans une carrière
où l'on recherche de la gloire. De la gloite
dans le fuccès d'un Opéra comique ! S'il
exiftoit un Auteur qui fe fût flatté de trouver
là la gloire , il ne faudroit rien ajouter
au ridicule dont il fe couvriroit par une
femblable prétention ; il en auroit pour fa
vie & pour la poftérité. Le feul Ecrivain
qui ait mérité dans ce genre une grande
& jufte célébrité, c'eft M. Favart ; & cette
exception que nous faifons ici , eft un devoir
que nous aimons à remplir , un tribut de
1
45
DE FRANCE.
juftice dû à fes talens , qui auroient pu
prendre un effor plus élevé .
>
Ce qui a dû beaucoup furprendre les
Amateurs des Arts dans la rigueur avec
laquelle on a traité la Payfanne fuppofée ,
c'ett que fi la Pièce , qui nous paroit trèsfufceptible
d'être heureufement corrigée
eft aujourd'hui médiocre , la mufique en
eft excellente , & que le Muficien méritoit
fans doute de grands égards. Son
Ayle eft peut - être au deffus du ton qui
convenoit au genre de l'Ouvrage ; mais il
eft fort , her , & favant ; il annonce un
Compofiteur d'un très - grand mérite , dont
le faire et très- fupérieur , infiniment fupérieur
à celui de beaucoup de Muficiens à
grands fuccès. Il eût été à défirer qu'en faveur
de l'intérêt que fon talent doit infpirer
, on eût daigné laiffer à l'Ouvrage un
certain cours de repréſentations capables
de le faire fentir & goûter ; mais fi le Peuple
des fpectateurs a été infenfible au mérite
que M. Blafius a fait paroître , il peut s'en
confoler avec les fuffrages des vrais Connoiffeurs
, & il doit bien le garder de renoncer
à une carrière dans laquelle il eft fait
pour atteindre à de beaux fuccès & à une
célébrité honorable.
46
MERCURE
: ANNONCES ET NOTICES.
DES Etats- Généraux , & de leur convocation ;
avec la Chronologie des Etats Généraux , par
Savaron ; & l'analyfe des fameux Etats affemblés
à Tours , qui comprend l'ordre & le nom des
Députés par Bailliages , &c.; un plan nouveau
fuivi de l'indication des meilleurs Ouvrages imprimés
ou manufcrits , qui peuvent donner les
connoiffances relatives aux Affemblées Nationales
& aux Etats - Généraux , & des endroits où il fe
trouve . Brochure in- 8 ° . de 76 pages. A Paris ,
chez Royez , Lib. quai des Auguſtins.
Hiftoire de Danemarek , par M. P. H. Mallet,
ci - devant Profeffeur Royal à Copenhague , &c.
3e . édition , revue , corrigée , & confidérablement
augmentée ; 9 Vol . in- 12. A Genève , chez Barde,
Manget & Compagnie , Impr-Libr .; & à Paris
chez Buiffon , rue Haute-feuille , Hôtel de Coëtlofquet
, No. 20.
Nous reviendrons fur cet important Ouvrage .
Euvres complètes de M. de Belloy, de l'Académie
Françoife , Citeyen de Calais . Edition avec
Fig. 6 Vol. in- 8 ° . A Paris , chez Cuflac , Libr.
rue & carrefour St. Benoît , Nº. 41 .
Plufieurs Tragédies de cet eftimable Auteur font
reftées au Théatre , & lui ont mérité une place
parmi nos Tragiques. Le Libraire qui vient d'acquérir
l'édition de fes Ouvrages , le trouve fon
compatriote ; & cherchant plutôt à lui rendre un
bommage qu'à faire une fpéculation , il l'a en-
Eichie de Gravures,
DE FRANCE.
47
Recherches Philofophiques fur les Grecs , 2 Vol :
in- 8°. A Berlin ; & fe trouve à Paris , chez Onfroi
, Lib. quai des Augutins. Prix , 10 liv. ; &
l'édition in- 12 ; Prix , 5 liv.
Nous reviendrons fur cet Ouvrage , dont l'ingénieux
Auteur eft déjà avantageufement connu
par plufieurs Productions remplies de philofophie ,
d'efprit de critique & de paradoxes.
L'ECOLE des Pères , Comédie en cinq Actes ,
& en vers , par M. Pieyre , de l'Académie Royale
de Nifmes ; repréfentée pour la première fois par
les Comédiens François , le premier Juin 1787.
A Paris , chez Debure l'aîné , Libraire de la Bibliothèque
des Infcriptions , Hôtel Ferrand , rue
Serpente.
IL' paroit que cette eſtimable Pièce , qu'on revoit
fi fouvent avec plaifir fur la Scène , jouit auffi du
fuccès du Cabinet. On trouve dans cette Nouyelle
édition , les vers que l'Auteur a ajoutés fur
L'agiotage , & qui ont été juſtement applaudis,
VOYAGE en Sicile , par M. de Non , Gentilhomme
ordinaire du Roi , & de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture . 1 Volume in - 8 ° . A Paris
, chez Didot l'aîné , Imprimeur - Libraire , quai
des Auguftins.
Il y a d'excellentes Obfervations dans ce
Voyage ; il eft compofé de diverfes Notes qui
accompagnoient le Voyage de Swinburne. On doit
favoir gré à l'Auteur de les avoir recueillies pour
faire un corps d'Ouvrage qu'on ne peut que lire
avec beaucoup d'intérêt ,
*8 MERCURE DE FRANCE.
A V I S.
On prie très- inftamment Meffieurs les Auteurs
, Profeffeurs de Mufique de Paris & des
Provinces , les Directeurs de Spectacles , & en
général toutes les perfonnes qui défircroient
faire inférer dans le Calendrier Mufical Univerfel
pour l'année 1789 , leur adrefle , l'annonce
de leurs Ouvrages, de nouveaux Inftrumens , des
découvertes en Mufique , & c. , d'adreffer ces annonces
affranchies , dans le cours du mois de
Septembre , chez M. Ledur, au Magafin de Mufique
& d'Inftrumens , rue du Roule, n°. 6. Comme
ce Calendrier fera mis fous preffe au commencement
d'Cobre , on feroit forcé de renvoyer
l'année prochaine les Avis qui arriveroient pafé
cette époque .
3
TABLE.
Led Cherelaine de S. Gilles . des Nègres .
10
A Mlle. de Garcins,
16
Académie Fançoiſe. 25
Le Licite ant Gafcor. Idem. Variétés,
Charale, Enigme & Logi
38
Réflexions fur l'Efilavage
8 Comédie Italienne . 40
Annonces & Notices .
45
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
J'aily
,
le MERCURE DE FRANCE , Pour le Samedi 6
Septembre 1788. Je n'y a rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffion . A Paris , les Septembre
SÉLIS.
1788.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INVOCATION A VÉNUS
Traduite de Lucrèce.
Tor de qui font iffus Enée & nos aïeux ,
ΟΙ
Décffe , ô volupté des hommes & des Dieux !
C'eft toi qui, chaque jour renouvelant le monde ,
Peuples d'êtres divers les airs , la terre & l'onde..
Tu parois ; ton afpect chaffe les noirs frimas ;
La verdure renaît & fleurit fous tes pas ;
La mer gronde & fourit ; des torrens de lumière
Soudain du haut des Cieux ingndent ta carrière.
N° . 37. 13 Sept. 1788 .. C
so
MERCURE
A peine fur nos bords le Zéphyr de retour
Y ramène les Jeux , le Printemps & l'Amour,
Les oifeanx , auffi tôt annonçant ta préfence ,
Célèbrent leurs plaiſirs , ou chantent ta puiſſance .
Là , mugiffant d'amour , on voit les fiers Taureaux
S'élancer & franchir la barrière des eaux ,
#
Ou de leurs bonds fougueux infulter la verdure :
Tous les êtres épars au fein de la Nature ,
Frappés de tes attraits , entraînés à ta voix ,
Par - tout fuivent tes pas dans l'onde , au fond des
bois ;
Et les troupeaux errans dans les vaftes campagnes,
Et les mostres des mers, des forêts, des montagnes,
Emus à ton afpect , frémiflant de défirs ,
Repeuplent l'Univers dans le fein des plaifirs ,
O puiffante Vénus ! le Monde eft ton Empire.
Par toi feule tout vit , tout fc meut , tout refpire.
Oui , je t'invoque , ô toi dont reçurent le jour
Les plaifirs , a beauté , les graces & l'amour !
En faveur d'un Héros , je chante la Nature ,
Poete , Philofophe , & rival d'Epicure.
Veille fur mes Ecrits , comme fur l'Univers ;
Et d'un charme immortel viens embellir mes vers.
Mais que la paix defcende & confole la Terre ;
Seuic tu peux fléchir le fier Dieu de la Guerre.
Souvent ce Dieu terrible appelant les combats ,
A ten afpect foupire & tombe dans tes bras.
DE FRANCE.
jt
"
Là , penché ſur ton fein & dévorant tes charmes ,
Vaincu par tes attraits plus puiffans que fes arines ,
Il contemple , il repaît fes avides regards ,
Et du fein des plaifirs vole encore aux hafards.
Ah ! dans ces doux momens, où ſur ſon ſein preffée,
Où dans fes bras nerveux , mollement enlacée ,
Tu répands fur fon front un jour doux & ferein ,
Demande -lui la paix pour le peuple Romain.
Fais couler dans fon coeur, foumis à ta puiſſance ,
La perfuafion de ta douce éloquence.
Puis-je , ô belle Décffe ! en ces temps défaftreux ,
Parmi le bruit des camps former des chants heureux ?
Et Memmius doit-il , ô pouvoir du Génic !
Au charme de mes vers immoler la Patrie ?
(Par M. Chauvin de Sautel de Lavalette. )
ÉPIGRAMME.
CRITON , -ce bavard qu'on renomme ,
Ne dit jamais de mal d'autrui ;
Et la raifon , c'eſt que notre homme
Ne parle jamais que de lui .
(Par M. Charon. )
C &
52 MERCURE
NÉCROLOGIE,
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
LES Lettres ne doivent pas feulement regretter
ces Génies fublimes & créateurs , préfens rares
de la Nature , qui donnent le ton à leur Siècle ,
en maitrifent les opinions & en étendent les
Jumières ; elles pleurent auffi ces hommes dont
T'efprit jufte & cultivé , le goût pur & délicat ,
& les travaux utiles ont contribué à répandre
l'amour de l'étude , & fur-tout l'admiration éclairée
pour les Chef-d'oeuvres de l'Antiquité . A cestitres
, M. de Rochefort doit exciter les, regrets
de tous les véritables Amarcurs des Lettres , autant
que par les vertus & fes qualités aimables ,
ila droit à ceux de fa familie , de fes amis , &
même de fes plus fimples connoiffances.
GUILLAUME DE ROCHEFORT naquit à Lyon
en 1731. Il fit fes études à Paris , & fe diftingua
de bonne heure par une grande facilité à tout
apprendre , & un extrême défir de tout favoir .
Il s'adonna enfuite au Calcul & aux Mathématiques.
Des circonftances imprévues l'attachèrent
à la finance : il alla occuper une place avantageule
à Cette en Languedoc , où il ne tarda pas
a fe faire des amis . Parmi ceux qui furent l'apprécier
, il fe trouva un homme inftruit , qui
charmoit, par l'étude approfondie des Anciens ,
T'ennui fouvent inféparable de la vie de ProDE
FRANCE.
53
vince . Il engagea M. de Rochefort à fuivre fon
exemple , & fur- tout à apprendre le Grec .
Le jeune Financier fe livra avec ardeur à cette
nouvelle étude , dont le goût fe changea bientôt
en paffion . Les Poëtes , les Orateurs & les Philofophes
Grecs lui furent en pen de temps fami
liers ; mais ce fut fur tout Homère qui devint
l'objet de fes préférences & de fes veilles . It patla
de l'enthousiafme pour un fi beau modèle , au
défir d'en hafarder une copie. Il traduifit d'abord
& publia les trois premiers Livres de l'iade.
Cet effai, tout imparfait qu'il étoit , lui obtint des
encouragemens qui le décidèrent à pourfuivre
cette pénible entreprife , & à fe livrer entièrement
aux Lettres . Il fe défit de fon emploi, quitta
Cette , & revint à Paris.
I fe lia bientôt avec plufieurs Gens de Let
tres . M. de Foncemagne & M. Le Beau , de l'Académie
des Infcriptions , lui témoiguèrent une
amitié qu'il fe fit gloire de cultiver jufqu'à leur
mort. L'intérêt qu'ils prirent à fes travaux fo
communiqua facilement à leurs Confrères , & lui
ouvrir , en 1766 , les portes de l'Académie .
Quelques années après , il fit paroître fa Tra
duction complete de l'Iliade . Malgré le jugement
févère qu'on porta de cet Ouvrage , on ne
peut difconvenir que dans les morceaux qui exigeoient
de la grace & de la fenfibilité , on ne
trouve fouvent l'une & l'autre , que les notes ne
foient très-inftructives , & que l'inftruction n'y
foit dégagés de tout pédantifies qu'enfin le Difcours
fur Homère , qui précède la Traduction ,
ne foit écrit avec une élégante clarté , & n'ap
prenne ´mieux à connoître , & fur-tout à fentis cé
Poëte, que tout ce qu'on en avoit écrit jufqu'alors
C }
34 MERCURE
Le plus grand obftacle que M. de Rochefort
trouvât en lui pour la competition des Ouvrages
de longue haleine , c'eft qu'il écriveit très- rapidement
, & qu'il ne corrigeoit fes vers qu'avec
une extrême répugnance. Il ent cependant le
courage d'entreprendre la traduction de l'Odyfee
& il l'acheva en beaucoup moins de temps qu'il
'avoit fait celle de l'inde. On trouva les mêmes
défauts & le même genre de mérite dans les
vers , dans les notes & cans le difcours .
Ayant obtenu , en 1781 , la permiffion de faire
réimprimer ces deux Poëmes à l'ImprimerieRoyale,
il y fit beaucoup de corrections. Cette édition
in-4°. eft fort belle ; & ce qui peut y donner un
nouveau prix aux yeux des Amateurs des Arts &
de l'Antiquité , c'eft qu'on trouve à la tête de
chacun des quarante-huit Livres de l'Iliade & de
rodyffée , une Gravure , d'après une pierre antique
, analogue à l'action principale contenuedans
ce Livre.
En s'efayant dans le genre dramatique , le
Traducteur d'Homère , l'admirateur prefque exclufif
des Anciens , ne pouvoit guère choifir fes
fujets que dans ce Prince des Poëtes , ou dans
les Tragiques Grecs. Il compofa trois Tragédies ,
Ulyffe, Antigone , & Elettre. La première eft imprimée
; la feconde fut préfentée aux Comédiens ,
mais non reçue : Electre a été jouée à la Cour ,
avec des Choeurs , mis en mufique par M. Goflec .
Sa Comédie des Deux Frères , donnee au
Théatre François , eft ferite avec facilité , fouvent
avec grace , mais foible d'intrigue & de caractères.
Quelques fcènes intéreilantes ne fuffirent
pas pour la faire réuilir. ·
M. de Rochefort , qui aimoit paffionnément la
DE FRANCE.
ss
mufique , voulue auffi travailler pour l'Opéra. Il
prit pour fujet Chimène ou le Cid. Son Poëme
fut offert à M. Sacchini . Ce grand Maître , après
avoir exigé quelques changemens , l'accepta , le
rendit enfuite , & engagea un autre Poëte à traiter
le mene fujet . M. de Rochefort ne pouvant
plus , d'après ce procédé , tirer , pour le Théatre,
aucun parti de fa Pièce , la fit imprimer fans
fe plaindre.
Ses Ouvrages en profe font , outre les différens
Difcours fur Homère :
1. Une Refutation du Systême de la Nature
de ce Livre qui fi : d'abord tant de bruit , & qui
eft aujourd'hui fi complètement & fi juftement
oublié ( 1 ) .
2°. Un Traité des Opinions des Anciens fur le
Bonheur.
3. Divers Mémoires imprimés dans le Recueil
de l'Académie des Infcriptions & Belles- Lettres ,
quelques autres , qui doivent y être inférés , fur
les Harangues politiques de Dén.ofthène , fur
Théophrafte , fur Menandre ; & une comparaifon
ingénieufe entre les moeurs des temps héroïques
chez les Anciens , & nos moeurs Cheva
lerelques.
4º. La Traduction complète du Théatre de Sophocle.
C'eft le dernier , & peut - être le meilleur,
de fes Ouvrages . Le fens l'efprit de l'Auteur
y font rendus avec une fidélité & une élégance
( 1 ) On fe rappelle ces vers de Voltaire :
De la Nature as- tu lu le Syflême ?
Par fer longs argumens n'es-tu pas foudroyé ?
Que dis-tu de ce Livré ? – Il m'a fort ennuy¼ -
C 、
$6
MERCURE
foutenues. Les notes font pleines de goût & de
faine critique. Dans la Préface , dans la Vie de
Sophocle , & dans les examens qui fuivent chaque
Pièce , on trouve toujours le Littérateur
inftruit , l'Ecrivain exercé , le Philofophe fenfible.
C'eft un de ces Ouvrages utiles , qui , fans faire
d'éclat , n'en ont qu'un fuccès plus durable , &
qui fe font , dans la faine Littérature , une place
que la mode ne peut ôter, puifqu'elle ne l'a
donnée.
pas
M. de Rochefort favoit l'Anglois & l'Italien .
Pope & le Tafle étoient , parmi les Modernes
fes deux Poëtes favoris : non qu'il fe diffimu¬
lât leurs défauts , & fur tout ceux du Taffe ;
mais leur prédilection pour les Anciens avoit déterminé
la fienne en leur faveur. Il auroit fans
doute moins aimé l'un , s'il n'avoit pas traduit
Homère ; & l'autre , s'il ne l'avoit pas fi fouvent
imité.
Il avoit , pour réaffir dans le monde , ce qui
manque à la plupart des Savans , l'art d'oublier
fes Livres , & de s'occuper des autres , fans exiger
qu'ils s'occupaffent de lui . Perfonne ne portoit
dans la Société plus d'aifance & d'amabilité ,
moins de prétention & de pédantifine , un meilleur
ton , une politefie plus prévenante , plus
d'agrémens , d'attentions & d'égards. Habitué à
vivre parmi des perfones du plus haut rang , il
en avoit les manières fans paroître les rechercher
; avec cette différence que dans les gens du
Monde elles font profque toujours auffi froides
que polies , & qu'elles étoient en lui l'expreffion
d'une bonté narurelle , & d'un défir obligeant de
convenir & de plaire.
H poffédoit au fuprême degré le talent de rendre
fervis fans offenfer l'amour - propre , & it
DE FRANCE. 57
avoit d'autant plus de droits à la reconnoiffance ,
qu'il ne l'exigeoit jamais. I ignoret fur tout
l'art perfide de cacher fous une affectation de
bons offices le défir de nuire , le reflentiment &
la haine, Toutes ces paffions viles étoient étrangères
à fon ame : elle étoit franche , loyale , généreufe
, inacceffible à l'envie , & quoique bleffée
plus d'une fois , incapable d'un projet de vengeance.
Parmi les Grands qui l'honorèrent de leur
amitié ; il en eft un furtout dont les bontés
conftantes l'ont fuivi jufqu'après fon dernier mo
ment , & lui furvivent , pour ainfi dire , cu fe
répandant fur ce qu'il a laiffé de plus cher.
Il avoit épousé , en 1776 , une femme aimable,
dont il eut deux enfans , qu'il perdit pref
que au berceau. Son coeur , né pour tous les fentimens
tendres , ne fe confola de cette pette qu'en
donnant à l'éducation de trois belles - filles , que
Madanie de Rochefort avoit eues d'un premier
mariage , des foins vraiment paternels. Ils eurent
tout le fuccès qu'on en devoit attendre ; & ik a
joui, avant fa mort du plaifir de les voir heureu
feinent établies.
Une maladie grave qu'il eut l'hiver dernier , fut
fuivie d'une fauffe convalefcence, & d'un dépériffement
qui l'a conduit par degrés au tombeau. Il
s'eft éteint , pour ainfi dire , au milieu de les amis.
Il laiffe en eux de longs regrets , & pour feul
adouciffement à leur douleur , ce plaifir fecret
qui naît encore d'une amitié fondée fur les vertus
& fur l'eftime , lors même qu'on en a ' perdu
l'objet.
GINGUENÉ J'ai l'honneur d'être , & c.
$8
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mor de la Charade eft Orme ; celui
de l'Enigme eft Eve ; celui du Logogriphe
eft Portrait , où l'on trouve Roi , Port ,
Io, Tort , Or, Parti , Rapt , ¡ rot , Trop,
Toi , Pari , Trait , Tripot.
2 Mile. de *** , qui avoit demandé à
l'Auteur une CHARADE .
UNE
NE Charade , Iris ! vous n'avez qu'à vouloir.
En mufique , aifément , mon premier fe fait voir ;
Yous êtes mon fecond fans art & fans parure ;
Ne foyez pas mon tout , l'Amour vous en conjure.
Par M. l'Abbé Camelin , Séminarifte
de S. Nicolas. )
ENIGME.
Vous connoiffez l'outre où le Dicu des Vents ,
Jadis , au gré d'Ulyffe , enferma ſes enfans ,
Pour empêcher que leur haleine
Ne troublât ce Héros fendant l'humide plaine.
DE رو FRANCE.
Eh bien ! j'ai même emploi ; je porte dans mon fein
De ce peuple volage un invifible effaim ,
Que je tiens prifonnier comme elle.
Faut-il à ces captifs donner la clef des champs ?
Voici tout mon fecret : je me preffe les flaucs ,
J'ouvre le bec , & bats de l'aile ;
Alors ce n'eft pas fur les flots
Que je les abandonne à leur humeur légère ;
Je combats avec eux un élément contraire ,
Qu'il ne m'eft pas permis de la: ffer en repos.
Attaché fur fes pas comme un gardien févère ,
Si je le trouve oifif, & fur- tout endorini ,
Ma configne veut d'ordinaire
Que je le traite en ennemi.
Dieu fait quelle horrible terapête
Je fais foudain éclater fur fa tête ;
Le dormeur en éft étourdi.
Il s'éveille en grondant , il frémit de colère ;
C'eft où je l'attendois , & je le laifle faire ;
Il en va mieux quand il s'itrite ainfi.
Son travail recommence , & le mien eſt ſiui.
( Parun Habitant de St. Juft. )
LOGOGRIPHE..
RESPECTÉE autrefois des François belliqueux ,
J'égalois du folcil l'éclat majeftueux ;
C 6.
60 MERCURE
J'étois pour nos foldats le figne de la gloire ;
Avec moi rarement ils manquoient la victoire :
Ma vue en impofoit à nos fiers ennemis .
Ma naiſſance remonte au règne de Clovis .
Je fuis, comme l'on voit , d'une ancienne origine 3
Mais je me décompofe afin qu'on me devine .
D'abord dans mes neuf pieds vous trouverez
Lecteurs ,
Un arbre toujours vert ; la Déeffe des fleurs ;
Ce qui depuis long-temps fait foupirer Th ...
Et qu'il lui faut bientôt pour la mettre à ſon aife 3
Un métal qui tout feul enfante plus de maux
Que n'en caufe aux mortels le refte des métaux ;
Un fleuve qui féconde une riche contrée ;
Un pesit animal ; ce qui dans une épée
Alarme les poltrons ; une ville ; un oiſeau ;
Ce qui nous abandonne en entrant au tombeaurs
D'an terrible élément la partie animée 3
Enfin un être rare ( & fur-tout à préſent ) ,
Qui porte les plaifirs dans notre ame navrée ,
Et verfe fur nos maux un baume confolant.
( Par Dom Carlos..)
DE FRANC E. 61
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ESSAI des Effais de Goldfmith , traduit
de l'Anglois. A Paris , chez Royez ,
Libraire , quai des Auguftins ; & cheż
les Marchands de Nouveautés.
VE fignifie ce titre , Effai des Effais ?
Cela veut dire fans doute que c'eft un Effai
de traduction des Effais de Goldfmith , ou
bien que c'eft un Effai qu'on fait pour voir
files Effais de Goldfmith réuffiront en France
comme ils ont réuffi en Angleterre. Un
pareil titre manque de clarté , il manque
de fimplicité ; il faut en donner un plus
fimple à fes propres productions , & quand
on ne fait que traduire , il faut fe garder
de donner des titres finguliers aux Pro
ductions des autres ; mais laiffons le titre
& voyons l'Ouvrage. Il eft de Goldsmith
& c'eſt déjà un favorable augure pour ceux
à qui Goldfmith n'eft pas inconnu ..
Ces Effais font compofés de fix à fept
Contes , les uns d'une immagination élevée
& poétique , les autres d'une imagination
originale & gaie ; tous d'un efprit trèsphilofophique.
Ce font Alcandre & Septi
62 MERCURE
mius , le
2
fanthrope Scythe , la Jambe de
bois , Amitre & la Plié , les Mariages
Modernes ,le Monaftère Taverne , &c.
Alcandre Athénien & Septimius né
dans Rome , avoient été élevés tous les
deux dans Athenes ; les beaux jours de la
Grèce & meme ceux de Home étoient
éclipfés depuis long temps , mais un Earbare
qui avoit du génie , Théodoric , avoit relevé
les Ecoles dans Athènes, & dans ces Ecoles
léducation ne le bornoît pas à ſurcharger
la mémoire de mots elle cultivoit les
nobles & généreux fentimens du coeur humain.
Ascandre aimoit avec paflion la Phi-
Ifophie , Sep imius l'éloquence ; & diftingés
tous les deux par leurs talens , ils
le furent bientôt par leur tendre amitié.
Après avoir fatisfait cette première ardeur
de favoir , Alcandre fentit le befoin d'une
palion plus naturelle ; & il alloir conduire
à l'autel Hvpathie , jeune Athénienne
d'une rare beauté. Seprimius, accouru pour
alfifter au bonheur de fon ami , au premier
coup d'oeil qu'il jetre fur Hypathie , fe fent
brûler pour elle d'une de ces paflions dont
raifon eft confondue , mais dont elle
ne peut ni contefter la réalité , ni vaincre
la violence, La fièvre ardente de fon
coeur paffe bien ôt dans fon fang. Secouru
dans fa maladie par la beauté innocente
9 i le conduir an tombeau , les mouvemens
divers dont il eft agité en fa préfence
font pénétrer la caufe de fon mal ;
}
DE FRANCE. 63
& Alcandre , qui ne peut pas être heureux
s'il perd fon ami , lui facrifie fa maitrelle
qui n'étoit pas encore fon épeufe . Septimius
rendu à la vie par un facrifice fi généreux
, & recevant une femme qu'il do
lâtre , des mains d'un ami à qui il ne préfère
qu'elle , retourne à Rome , y déploye
avec éclat les talens qu'il a acquis dans la
Grèce , & devient bientôt un des premiers
Magiftrats de l'Empire , Préteur. Les parens
d'Hypathie , défolés de l'avoir perdue , &
indignés contre Alcandre , l'accufent devant
les Tribunaux de lavoir vendue. Dès
long temps on étoit trop corrompu dans
Athènes , pour avoir l'idée des facrifices que
peut faire l'amitié : Akandre a eu trop
-de vertu pour qu'on puiffe croire à fon
innocence ; on le condamne à une amende
qu'il eft hors d'état de payer. Vendu comme
efclave dans la place publiqué , le Fhlofophe
eft employé dans la Thrace à garder
les troupeaux d'un maître impérieux &
barbare. Il échappe à la vigilance de fon
tyran : marchant la nuit, & fe tenant le jour
caché dans des cavernes il arrive dans
Rome; il va fe placer dans la place publique
devant le Tribunal où le Préteur , od
fon ami Septimius rendoit la juftice à
toute une Nation : mais les regards du
Préteur ou ne tombent pas fur Alcandre ,
ou ne reconnoiffent pas un ami fous les
vêtemens de la mifère. L'infortuné veut fe
faire reconnoître , il s'approche de la chaiſe
,
64 MERCURE
1
curule ; les Licteurs le repouffent. Ce qui
met le comble au malheur des homines
dans cette fituation , c'eft qu'ils font peur
au lieu de faire pitié , & que ceux même
qui voudroient les fecourir les redoutent.
Alcandre ne s'abaiffe pas à demander un
afile qui lui fera refufé , & il va paffer la
nuit parmi les tombeaux de Rome , à peu
de diftance de fes remparts. Ce féjour des
morts n'a rien qui épouvante un malheureux
appuyant la tête fur une urne renverfée
, il y trouve le doux fommeil que
cherchent en vain ceux que les remords
tourmentent fur des lits de duvets. Deux
brigands qui fe difputent leur butin , le
réveillent , & l'un d'eux jette l'autre à fes
pieds d'un coup de poignard. Alcandre
trouvé auprès du corps mort , en eft pris
pour l'affallin ; il eft conduit devant le
Tribunal de Septimius , qui , fans le reconnoître
, va prononcer fur la vie d'un
ami à qui il doit la fienne . Alcandre , trop
malheureux pour défirer de vivre , & trop
accufé par les circonftances pour eſpérer
de fe juftifier , dédaigne de l'entreprendre ,
il fe livre aux erreurs de la Juſtice , pour
qu'elles mettent fin à fa déplorable deftinée .
Déjà la fatale fentence étoit prononcée dans
Fame du Préteur , elle alloit l'être par fa
bouche. Un tumulte qui fe fait entendre
dans la place , détourne l'attention des
Juges & celle du Peuple , c'étoit le voleur
meurtrier de fon complice , qu'on venoit
DE FRANCE. 65
d'arrêter , & qui confeffoit le crime pour
lequel Alcandre venoit de fe laiffer condamner
à la mort fans vouloir fe défendre .
Le Préteur confidère avec étonnement un
homme qui a fait fi peu de cas & de l'eftime
des hommes & de la vie ; & fes regards
fixés fur lui , reconnoiffant enfin Alcandre ;
du haut de fon Tribunal il fe précipite
dans les bras de fon ami . Rome entière eft
émue d'un tel fpectacle ; elle croit plus encore
à l'équité d'un Préteur qui vient de
fe montrer fi fenfible à l'amitié . Les deux
amis qui ne fe féparent plus , partagent
le même fort le refte de leur vie , c'est- àdire
qu'ils font également occupés du bonheur
de Rome ; & Alcandre fit graver es
mots fur fa tombe : Il n'y a point de circonflance
fi désespérée , où la Providence ne
puiffe nous fecourir.
Tel eft le fond de ce premier morceau ,
& l'on voit aifément qu'il eft fufceptible
d'un grand intérêt. Le Traducteur dit dans
une Préface , que cette Hiftoire approche
de l'Ariftonous & du Lyfimaque , deux des
plus beaux morceaux qui aient été écrits
dans aucune Langue. Tout le monde foufcrira
à cet éloge des deux morceaux françois
; mais on pourra ne pas convenir que
le morceau anglois en approche. Il a quelque
chofe de leur caractère ; les faits & les
perfonnages étoient bien difpofés pour recevoir
d'auffi grandes beautés; mais le génie
& l'ame de Goldfmith , dans ce morceau
66 MERCURE
I
qui a beaucoup de mérite , ne fe font pas
élevés à la hauteur du génie & de l'ame
de Fénélon & de Montefquieu . Dans l'Hiftoire
Angloife , on ne trouve guère que
des faits, & peu de penfées ou de fentimens
fublimes , peu de difcours magnanimes ou
touchans . Et ce font ces fentimens, ces penfées,
ces difcours qui font du Lyfimaque &
de l'Ariftonous deux morceaux facrés en
quelque forte , puifqu'on ne peut les lire
fans admirer & fans aimer davantage la
vertu. On croit communément que l'inté
rêt de ces forces d'Hiftoires & de Romans
eft dans les faits ; il eft bien plus encore
dans les fentimens & dans les penfées qu'on
en fair fortir. Ce n'eft pas par l'action de
leurs Romans que les Richardfon les
Rouffeau , les Fielding & Goldfmith lui
même font fi fort au deffus de tous les
autres Romanciers : c'eft par l'efprit &
par l'ame , par les tableaux , & par les
vérités qu'ils répandent , qu'ils prodiguent
dans les détails ; il y a fouvent très - peu
d'invention dans l'action la plus variée
& très-peu d'art dans l'action la plus heureufement
difpofée ; mais le génie , le ralent
& le goût créent , perfectionnent &
choififfent à chaque inftant dans les détails.
Ces trois heureux dons de la Nature s'y
montrent fans ceffe , & fans ceffe ils enchantent
ceux qui favent les appercevoir.
>
Ily a plus d'imagination dans le Mifanthrope
Scythe. C'eſt un homme qui , ré-
1
DE FRANCE.
volté des vices de la ſociété, en a fui le commerce
& s'eft retiré fur le Mont Taurus :
là une caverne étoit fa maifon ; des fruits
apres & fauvages fes alimens ; l'eau d'un
torrent fa boillon , & le Mifanthrope étoit
content. Farouche encore quand il fe fouvenoit
des hommes , il s'attendriffoit &
s'adoucifloit en contemplant les beautés de
la Nature. Un jour qu'il erroit & rêvoit
fur le bord d'un lac majeftueux , qu'il ré
pétoit fes éternelles plaintes contre le genre
hunain , & qu'il fembloit accufer julqu'au
Créateur de tous les êtres d'avoir répandu
parmi les hemmes tant de défordres , &
dans l'Univers un ordre fi beau , une fi
éclatante harmonie ; conduit par ces fombres
penfées à une efpèce de délire & da
défefpoir , il alloit fe précipiter dans les
eaux du lac , efpérant au moins trouver
dans une autre vie le mot de l'énigme de
celle - ci mais du milieu du lac s'élève
tout à coup un Etre qui paroît en être le
Génie ou le Dieu ; il marche fur les eaux
fans qu'elles s'ouvrent fous fes pieds légers ,
s'avance . vers le Mifanthrope Afem , & le
prenant par la main , il lui dit : Viens
ton efprit eft dans le doute , & je fuis le
Génie de la perfuafion ; tu mérites d'être
éclairé , parce que tes tourmens naiffent
de ta vertu & non pas de ton orgueil . A
ces mots , le Génie effaie tout de fuite fon
pouvoir de perfuader fur Afem ; il le fait
marcher fur les eaux ; & quand ils font vers
68 MERCURE
le milieu du lac , les eaux s'ouvrent comme
deux montagnes qui fe féparent , & le Phi
lofophe & le Génie defcendent rapidement
dans un monde nouveau. Dans ce monde
comme dans le nôtre ; ona un foleil fur fa
tête , & à fes pieds une terre couverte de
verdure ; mais tout y eft dailleurs allez différent
, le Milantrope ne doit rien y rencontrer
de ce qui a bleffé fi fort fes regards
dans le monde qu'il a fui. Cependant
les animaux s'y font la guerre & vivent
les uns des autres ; le Mifanthrope en eft
étonné. Ce n'eft rien , lui dit le Génie ; un
moment après on entend des cris , & c'eft
un homme de ce monde nouveau , qui fuit
épouvanté devant un lièvre ; d'un autre
côté retentiffent des cris plus affreux encore
, & c'eft un autre homme qui va êtré
dévoré par une bête féroce. Eh ! pourquoi
s'écrie le Mifantrope , les hommes font- ils
affez lâches ici pour trembler devant les
Hèvres ; pourquoi ne favent - ils pas donner
la mort aux tigres & aux loups qui
les attaquent ? Mais tes vieux font remplis ,
fui répond le Génie ; tu te plaignois de ce
que l'homme étoit le deftructeur de toutes
les espèces vivantes , de ce qu'il fe vêtiffoit
de leur peau & fe nourriffoit de leur chair ;
ici il n'a plus aucun de ces goûts & de ces
befoins fanguinaires ; il aime mieux trembler
devant les plus foibles animaux , que
de les égorger. Ils apperçoivent enfuite cette
race pacifique d'hommes nourris de vége
DE. FRANCE. 69
taux les plus fimples , défaltérés dans les
ruiffeaux , étendus fur des gazons tranquilles
, & ne portant jamais un regard
d'envie ou de haine les uns fur les autres.
Ah ! s'écrie le Mifanthrope enchanté de ces
images , que j'entende leurs difcours , qui
doivent être remplis fans doute de la fagelle
qui règne dans leur coeur ; que je jouiffe
des charmes de leur fociété . Qu'est- ce que
tu demandes , lui répond le Génie ? ils n'ont
ni paflions violentes à modérer ou à vaincre
, ni erreurs à combattre ; ils ne conhoiffent
point la fageffe ; fans befoins &
fans défirs , ils n'attendent tien les uns des
autres , & ils n'exiftent point entre eux ;
ils vivent à côté les uns des autres fans
vivre enfemble. Les demeures de ces
êtres i fortunés où font - elles ? Les plus
fimples doivent furpaffer nos palais en élégance.
Ils n'en ont point ; c'eft la vanité
qui élève les palais ; tu hais la vanité , &
ces êtres modeftes font contens de l'afile
qu'ils trouvent dans une caverne . Il
téfelte de l'examen de ce Peuple , qui n'a
aucun de nos défauts , aucune de nos paffions,
aucun de nos vices , qu'on n'y trouve,
par la même raifon , aucun de nos talens ,
aucune de nos vertus aucune de nos
jouiffances ; & que le Mifanthrope , guéri
à jamais de fa manie de n'être content, de
ien, s'ennuie à l'inftant d'un monde formé
au gré de fes fouhaits , & qu'il ne fe trouve
heureux que lorſqu'à fon réveil ( car c'é-
,
-
70 MERCURE
-
toir un fonge ) il peut aller retrouver les
hommes qu'il avoit quittés, & prendre parmi
eux une femme dont il eft aimé , & un
commerce où il fait fortune. On voit
tout de fuite tout ce qu'il y a d'eſprit philofophique
dans ce Conte ; mais quoiqu'il
y en ait beaucoup , il n'y en a pas affez.
Quand un Mifanthrope qui a quelque bon
fens ( cela n'eft pas incompatible ) , ſe plaint
de la manière dont tout va dans ce mondeci
, quand il eft fâché de voir l'homme en
guerre avec les animaux , il ne défire pas
feulement que l'homme laiffe en paix les
animaux , il défire bien plus encore que les
animaux laiffent en paix les hommes . Dès
qu'on entre en guerre , le Philofophe même
tâche d'être le plus fort , ou il eft un fot.
Ce nouveau monde où les animaux attaquent
l'homme, & où l'homme ne fe défend
pas,n'eft doncpas une trop bonne réponſe aux
plaintes du Mifanthrope Scythe. Le Scythe
Anacharfis, qui faifoit de bonnes réponſes ,
auroit pu répondre au Génie du lac ; Tu
m'avois dit que tu étois le Génie de la
perfuafion , & tu n'es ici que le Génie du
fophifme. Il en eft à peu près de même
dans tout le refte. A celui qui murmure
de ce que nous n'arrivons à notre prétendue
fageffe qu'à travers tant de maux &
tant de vices , ce n'eft pas bien lui répondre
que de lui montrer des gens exempts de
nos vices & de nos befoins , mais privés
en même temps de notre fageffe. Nous
DE FRANCE. 71
>
voudrions le bien fans le mal : faites- nous
voir que le bien tout feul ne nous rendroit
pas fi heureux , ou n'entreprenez pas d'étouffer
nos plaintes. Certainement il y
auroit plus de philofophie dans le Conte
de Goldfmith , s'il avoit fait defcendre fon
Mifanthrope dans un monde où les tigres
obéiffans auroient rampé aux pieds de
l'homme , où des ruiffeaux de nectar & une
éternelle ambroifie auroient été fon aliment
& fa boiffon , où des demeures pareilles
à celles de l'Olympe fe feroient élevées du
fein de la terre comme le palmier & commé
le cèdre , où tous les fecrets de la création
fe feroient préfentés à l'efprit de
l'homme avant qu'il les eût cherchés
& où cependant l'homme fans activité ,
fans curiofité , fans craintes, fans efpérance ,
périroit de langueur & d'ennui au milieu
de cette éternité de biens fans travail , de
lumières fans études , de plaifirs fans
peines.
La Jambe de bois n'a pas pour objet de
convertirles mécontens , mais de confoler les
malheureux ; & le Conte eft charmant : il
n'y a pas ici d'objections à faire. C'est un
malheureux Matelot Anglois , demandant
l'aumône avec une jambe de bois , qui raconte
fon hiftoire ; elle femble devoir faire
frémir. Depuis qu'il refpire il n'a pas eu un
feul jour fans un malheur ; il a fervi fous
des maîtres barbares ; il n'a prefque jamais
éré logé que dans les prifons & dans les
72 MERCURE
hôpitaux ; mais dans les prifons il eft enchanté
de ne pas manquer de pain & d'en
avoir toujours qui ne lui coute aucun travail
; dans les hôpitaux il eft émerveillé
d'en fortir vivant : par-tout il voit des camarades
qui tombent dans des malheurs
auxquels il échappe , & il n'eft occupé
qu'à plaindre les autres. Il terminoit le
récit d'un combat fur mer , & il fe reprend :
A propos , ajoute- t - il , j'oubliois de vous
dire que dans ce combat un boulet m'emporta
d'abord quatre doigts de ma main
droite , & qu'un autre boulet me caffa la
jambe. -Ce Conte , par fon originalité &
par fa gaîté , feroit un excellent chapitre
dans Candide; mais il y a cette différence que
çe Candide fi plaifant défeipère , & que la
Jambe de bois , qui fait moins rire , donne
des forces & du courage pour vivre .
Les autres Contes ont aufli chacun un mérite
qui leur eft propre ; on y retrouye partout
Goldfmith ; fi on n'en étoit pas averti ,
on croiroit le retrouver encore dans les
deux morceaux qui terminent le Volume ,
& qui font de fon Traducteur ; l'un eft
'Hiftoire véritable d'un Nègre , qui , fous
le nom de Makendal , a été au moment de
faire une grande révolution dans nos Colonies
: ce morceau peut fervir de pendant
au Ziméo de M. de Saint-Lambert ; l'Hif
torien n'eft pas moins intéreffant que le
Conteur , & l'on voit que le Conteur eft
un Peintre des moeurs auffi fidèle que PHiC
torien.
DE FRANCE, 73
torien. Le fecond morceau ne s'annonce
que comme un Conte , & il a bien l'air
auffi d'être une Hiftoire ; c'eft l'aventure
d'un petit jeune homme qui , avec une
immenfe coiffure ( il s'appelle Frifotin ) &
des boucles de fouliers un peu plus grandes
que les fouliers même , féduit en province
une jeune perfonne qu'il épouſe , & qu'il
abandonne ; vient à Paris , où , croyant fe
promener de bonne fortune en bonne fortune
, il eft trompé par des femmes qui
l'adorent , volé au jeu par des Marquis qui
font fes meilleurs amis , mis en prifon par
des créanciers qui n'avoient rien qui ne fût
à fon fervice , & délivré de cet abime de
maux par une femme dont il avoit cru follement
corrompre la vertu . De pareils
Contes , qui font les hiftoires de tous les
jours , feroient toujours bons quand ils ne
feroient que moraux : celui- ci eft moral
& il eft agréable. Le Volume eft précédé
d'une Préface , où il eft beaucoup queſtion
& du génie de Goldſmith & de fa vie , l'un
& l'autre remplis d'originalité.
Ce Goldfmith , l'un des premiers Ecrivains
de l'Angleterre , a long-temps voyagé
en France à pied , & comme un cerain
perfonnage de Comédie , n'ayant guère
pour payer fon dîné, ſon ſoupe & fon gîte,
qu'une flûte. Quand il avoit faim ,
foif ou
femmeil , il s'approchoit de quelque cabane
; c'est dans les maifons couvertes de
chaume qu'il croyoit fur-tout qu'habitoit la
Nº. 37. 13 Sept. 1788,
D
74 MERCURE
Providence ; il tiroit fa flûte de fa poche ;
il jouoit quelques airs gais ; les enfans accouroient
d'abord ; les femmes venoient
enfuite , il changeoit d'air & en choififfoit
de touchans. Les ames qu'il avoit émues
étoient facilement difpofées à la bienveillance
; on le faifoit mettre à la table longue
& noire de la famille , & le lendemain
il comptoit encore fur fa flûte & fur la
Providence. Ecrivains qui rampez à la fuite
des Cours & des Grands , vos dînés & vos
foupés font bien plus folidement affurés :
la Providence for laquelle vous comptez ,
l'inftrument dont vous vous fervez , c'eft
l'intrigue ; mais aufli vos Romans ne reffemblent
pas au Miniftre de Wakefield , & vos
Romances ( je ne parle pas de celle de
l'Ami des Enfans ) n'ont rien de commun
avec la Romance de l'Hermite.
Cette Préface fur la vie & le caractère
de Goldfmith et courte d'un ſtyle naturel
, facile , & qui a de l'élégance . On
voudroit feulement que l'Auteur n'eût pas
fait entendre que la morale eft plus perfuafive
dans Efope que dans Sénèque. Il y
a cent fois plus de charme , plus de beauté
de ftyle , plus de poéfie même dans telle
Lettre de Sénèque à Lucilius , que dans
toutes les Fables d'Efope. Une narration
nue & une moralité sèche , voilà Efope le
Fabulifte ; mais Sénèque , dans fes plus
graves maxiines , étincelle d'expreffions ou
de génie , ou de l'efprit le plus brillant.
DE FRANCE. 75
Abundans dulcibus vitiis , dit de lui Quintilien
de vices , foit , car ce n'eft pas ici
le lieu d'une difpute ; mais fes vices font
pleins de charmes , & de ces vices il en a
en abondance.
LETTRES de Miladi Craven à fon Fils ,
traduites de l'Anglois ; in- 12 . A Paris ,
chez Durand , Libraire , rue Galande.
Le but de cette Production eft de donner
des règles de conduite dans l'état du mariage ;
& c'est à des époux Anglois que l'Auteur
adreffe fes leçons. Il ne faut pas oublier
qu'en Angleterre le mariage donne aux
hommes un pouvoir moins limité ; que là ,
beaucoup plus qu'en France , la femme appartient
à fon mari : aufli eft- ce le mari
que l'Auteur de cet Ouvrage fe charge d'endoctriner
, & le motif qu'il en donne eſt
exprimé d'une manière auffi raiſonnable
qu'ingénieuſe ; il prétend que fur ce point ,
c'eft en pure perte qu'on adreffe des confeils
aux femmes . » Tous ceux qui ont tracé
» des règles à fuivre , n'ont pas confidéré
» que notre état de dépendance ( c'eft une
» femme qui parle ) , nous met dans l'impoffibilité
de faire de nos fentimens la
règle de notre conduite ; les hommes à
"
99
"
D 2
76
MERCURE
23
99
» qui nous appartenons , font les premières
caufes de toutes nos actions bonnes ou
mauvaiſes ; c'eft donc à eux que doit
s'adrefier la force de la raiſon & de
l'éloquence , fi on veut rendre en général
le monde plus raifonnable & plus heu-
» reux qu'il ne l'a été jufqu'à ce jour ".
33
3
ود
D'après cette idée , c'eft à fon fils que
Miladi Craven adreffe fes obfervations &
fes confeils fur la manière dont un mari
doit fe conduire envers fa femme pour la
rendre heureufe & pour être heureux par
elle. 11 eft naturel de s'en rapporter à une
femme fur ce qui peut plaire aux femmes ;
aufli notre Docteur laiffe - t- il échapper plus
d'une fois le fecret de fon fexe ; & parmi
les moyens qu'il donne à fon élève pour
plaire à fon époufe , le plus effentiel &
le plus fouvent répété , eft celui de ménager
fon amour-propre . En lifant fes divers confeils
, on feroit tenté de conclure , fi l'on
ofoit , que le plaifir d'être aimée ne vaut
pas pour une femme celui d'être fervie .
Au refte , Miladi Craven fuppofe fon
fils dans des fituations différentes ; elle le
voit aimant fa femme ; elle le voit ayant
ceffé de l'aimer ; elle le voit enfin trahi par
elle , & il y a des confeils pour tous ces
cas différens. Ses leçons ne roulent pas ordinairement
fur des idées rebattues ; elles
ont fouvent un coin piquant de fingularité.
Elle prétend que pour guérir une femme
DE FRANCE. 77
و ر
ود
"3
"
de fon goût pour la diffipation , il faut la
laiffer s'y livrer à fon gré , en multiplier
même les occafions autour d'elle . »Un mari ,
» dit-elle , voit fa femme fe livrer avec
tout le feu de la jeuneffe , aux diffipations
, aux amuſemens publics ; il juge
qu'il eft de la prudence de l'arracher aux
» récréations innocentes , de la plonger
dans la folirude , & de l'abandonner à
» la fociété la plus dangereufe , fon image
» nation. Jeune & vive , elle verra fe dé-
" ployer fous des couleurs de rofe la fcène
» des plaifirs évanouis ; elle lui repréſentera
fes admirateurs avec des graces nonvelles
, ayant pour elle des ailiduités plus
marquées , comme pour le feul objet de
leurs hommages. Je la vois atlife les
" yeux immobiles devant le feu ; je vois
l'effervefcence de fes idées animer fa
prunelle étincelante & briller dans tous
fes traits ; je vois , hélas ! que fon mari
» entre à peine dans l'enſemble du tableau ,
» ou s'il s'y trouve , le fantôme difparoît
aufli- tôt avec le nom d'époux ".
22
و د
و ر
ود
وو
""
ود
"
Mais de tous les confeils de Miladi
celui qui paroîtra peut-être le moins facile
à fuivre , c'eft celui qu'elle donne à fon
fils , en lui fuppofant une femme infidelle .
Elle lui confeille, dans ce cas, une modéra
tion que nous fouhaitons à tous ceux qui
peuvent le trouver dans cette conjoncture
délicate ; elle l'engage à ne pas laiffer voir
D 3
7$ MERCURE
و ر
à fa femme qu'il connoît l'état de fon
coeur , & la paffion coupable dont elle
brûle. » N'ajoutez pas encore ces épanche-
» mens indifcrets au remords déchirant
qui peut-être déjà la confume , qui férrit
les graces de fa perfonne , qui en altère
» la beauté , & qui la tourmente d'un ver
» rongeur toutes les fois que fes triftes
" regards tombent fur vous ou fur les
fruits malheureux de votre union. Si
و ر
و ر
2)
une femme fenfible cède à une paflion ,
" croyez que cette paflion remplit tous fes
inftans. Ses livres , fa mufique , fa toilette
, fon ouvrage , tout fe rapporte à
l'objet aimé ; & fi vous avez la baffeſſe
d'imaginer quelque prétexte pour lui
" faire quitter le lieu qui favorifé fes dé-
و د
»
و ر
firs , l'amour lui en fuggérera d'autres
" pour y refter , où fon amant la fuivra ;
» & comme vous l'arrachez à tout ce qui
lui eft cher , la haine dans fon coeur va
fuccéder pour vous à l'indifférence. Hélas
!
pourra- t - elle ne pas vous avoir en
و د
» horreur ?
Affurément voilà un confeil de paix ;
cette modération , cette tolérance va juſqu'à
la galanterie avec ce confeil , peut - être
faudroit-il donner aux maris la patience
dont ils auroient befoin pour le fuivre ;
mais c'est toujours fort bien confeiller.
Il y a dans cet Ouvrage des obfervations
fines , des apperçus utiles. Cette TraducDE
FRANCE. 79
tion eft de M. Durand fils , qui annonce
un talent fait pour être encouragé. Le pen
que nous avons cité peut faire juger fon
ftyle : il lui eft échappé quelques incorrections
; mais il y a une facilité gracieufe qui
en rend la lecture agréable.
ESSAI fur la Nobleffe des Bafques , pout
fervir d'Introduction à l'Hiftoire générale
de ces Peuples , rédigéfur les Mémoires
d'un Militaire Bafque ; par un ami de
la Nation. Brochure in-8 ° . de 250 pag.
A Paris , chez Vignancourt.
ON écrit beaucoup fur les Bafques.
Les deux meilleurs Mémoires compofés
fur cette matière , font dus à Meffieurs
Garat & Dupré de Saint- Maur , ancien Intendant
de Bordeaux . L'Adminiſtrateur s'eft
occupé des moyens de ramener , dans cette
contrée , l'abondance & la population ;
l'homme de Lettres en a peint les habitans
avec des couleurs fi vives & fi intéreffantes ,
que le voyageur attentif croit aujourd'hui
pénétrer dans l'antiquité , & vivre avec les
Anciens en vifitant ce peuple vraiment indigène.
D 4
To MERCURE
L'Auteur de l'Effai fur la Nobleffe des
Bafques , examine dans cet Ouvrage patriotique
, fi la Baffe Navarre eft un pays de
Franc-aleu , & il eft , comme de raifon ,
pour l'affirmative.
-
Il foutient que , depuis plus de trente fièeles
, les Bafques étant poffeffeurs & propriétaires
libres de leur territoire , & conftamment
à l'abri de tout vaffelage & de
toute fervitude , ils jouiffent feuls en Eu
rope , & peut-être dans l'Univers , d'une allodialité
originelle. Il prouve enfuite que
les peuples de la Navarre & leurs voifins ,
connus fous le nom de Bafques , font tous
Nobles d'origine , & antérieurement à toutes
les Loix féodales ; que conféquemment ils
font affranchis de tous les droits de la féodalité
auxquels le fifc voudroit les affervir.
Cette Differtation eft remplie de recherches
très-favantes fur l'origine des Bafques ,
& fur les moeurs , les coutumes & la langue
de ce peuple antique , qu'on croit originaire
des plus hauts plateaux de la Tartarie , &
peut- être defcendant des Phéniciens . On ne
fait cependant quelle idée on doit le former
d'une Nation dont tous les individus , fans
diftinction , jouillent également de la nobleffe
& des prérogatives attachées à ce titre ;
felon l'Auteur , le peuple même , le
Cabaretier , le Pêcheur , le Meunier , tour
eft noble fur cette heureuſe terre . Chacun
peut chaffer & pêcher , élever des moulins
DE FRANCE. SI
& des pigeonniers ; tous font quittes de tout
fervice Royal & Impérial ; & enfin être Bafque
& être Noble & Gentilhomme de race ,
c'eft une feule & même chofe.
Il femble cependant que dans un Régiment
tout ne peut pas être Capitaine ou
Colonel ; les Nobles font les hommes diftingués
par l'antiquité de leurs familles &
de leurs fervices , ou par la fupériorité de
leurs rangs , ou par des conceffions émanées
du Souverain. Le Noble fe dévoue par état
à la protection de fes Concitoyens . Nobilitari
eft peut-être la même chofe que nobis
litari , s'immoler pour nous ; & le Gentilhomme
eft l'homme de la Nation , Gentis
homo ; & voilà pourquoi la Nation , la Nation
, dis je , par la voix du Souverain , accable
fes défenfeurs des marques de fa reconnoiffance
. Si tout le monde eft Gentilhomme
, où fera donc la Nation ? fi rout
le monde a des priviléges , qu'eft- ce done
que des priviléges ! -Quoi qu'il en foir , ce
Livre inftructif fe fait lire avec intérêt , les
recherches en font profondes & lumineufes,
& le ftyle y eft par-tout noble , facile , éloquent
, mais quelquefois un peu emphatique.
Tout a l'humeur gafconne en un Auteur Gafcon.
D. F
MERCURE
OPUSCULES de M. Augufte Gaude.
Brochure , petit format , de 119 pag. A
Londres ; & fe trouve à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande ;
Volland , quai des Auguftins ; Defenne ,
au Palais - Royal ; & chez les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
-
LA lifte de nos Poëtes érotiques eft devenue
très- nombreuſe , les Recueils même
de quelques uns font très - volumineux.
Outre les Poéfies fugitives de ceux qui ne
font plus , il en eft parmi les vivans qui
fe font diftingués dans cette carrière ; mais
c'eſt par-là même qu'elle eft devenue aujourd'hui
affez difficile à parcourir. Notre
Tréfor érotique s'eft fi fort accru , qu'il a
infpiré aux Lecteurs François le froid dédain
de l'opulence , & l'on n'écrit plus
dans ce genre agréable fans marcher entre
deux écueils parmi les Lecteurs qu'on
prend pour Juges , les uns , rendus difficiles
& exigeans , n'accordent prefque jamais
l'honneur du fuccès ; les autres , plus à
craindre encore , penfent qu'il y a
bien peu
de gloire à l'obtenir.
Que conclure de ces réflexions ? Qu'un
Poëte érotique n'en eft que plus digne d'éDE
FRANCE. 83
loges , quand il a pu fixer l'attention des
connoiffeurs ; & c'eft ce que vient de tenter
avec fuccès M. Augufte Gaude , qui ,
en ouvrant fon porte - feuille , a eu la fageffe
de ne pas l'épuifer , & qui n'a mis au jour
qu'un petit nombre de Pièces . Il nous femble
, en effet , que ces fortes de Productions
doivent paroître en petit nombre . Tout ce
qui fait volume , emporte l'idée du travail ;
& l'idée du travail femble devoir être étrangère
au Poëte érotique . Né pour l'amour
& les plaifirs , il eft fuppofé avoir mis plus
de temps à en jouir, qu'à les chanter.
Tâchons, par un petit nombre de citations,
de donner une idée du joli recueil de M.
Gaude.
SOUVENIR.
Douce retraite , afile heureux
Où l'Amour amenoit Sylvie ,`
Saules qui voilâtes nos jeux ,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
O Temps cette flatteufe erreur
Echappera , fans doute , à ta pourſuito ;
Mais le fouvenir du bonheur
Nous confole -t-il de fa fuite !
Le caractère général des Poéfies de ce
jeune Auteur eft un mélange d'efprit & de
fenfibilité , qui en rend la lecture attachante,
D 6
$4 MERCURE
& qui défarme la critique ; car dans un certain
nombre de Poéfies fugitives , il feroit
difficile , peut-être même fâcheux pour l'Auteur
, qu'elle ne trouvât rien à cenfurer.
Cette teinte de fentiment ſe retrouve
dans les vers fuivans , qui terminent une
Pièce intitulée : les Regrets
Heureux qui pourroit tour à tour
Dans deux beaux yeux nourrir fa flamme ;
Et retrouver , après l'amour ,
Toutes les qualités de l'ame !
Ah ! j'aime bien , lorfque je ris ,
Femme belle & même un peu folle ;
Mais quand on pleure , mes amis ,
C'eſt un bon coeur qui nous confole .
Nous ne réfiſterons pas à l'envie de citer
des ftances charmantes , intitulées : La plus
Jolie.
Perfonne n'aime autant que moi ,
Non perfonne , je le parie .
Mes amis , favez- vous pourquoi ?
C'ekt que j'aime la plus jolie .
J'ai bien déjà fait fon portrait ;
Mais c'eft en vain qu'on la copie ,
Et l'on ne la peint trait pour trait
Qu'en difant : C'est la plus jolie.
Son regard fier ou gracieux
Préfente un charme qui varie ,
DE FRANCE.
Mais on voit toujours dans fes yeux
Le regard de la plus jolie.
Simple & fuperbe tour à tour ,
A fes traits chaque ton s'allie ;
C'eft Minerve , puis c'eſt l'Amour ..
Eh ! non non , c'cit la plus jolie.
>
Elle épuife dans un moment
Et le bon feas & la folic ;
Mais elle plaît également ,
Et c'est toujours la plus jolie.
Si je veux louer fon efprit ,
Orné d'une grace infinie ,
Elle fe tait , & puis fourit ,
Pour n'être que la plus jolie.
Oh ! vous feriez mille tableaux ,
Sans achever ma belle amie ;
Auffi je jette mes pinceaux ;
On ne peint pas la plus jolie.
Il règne dans ce morceau la plus gracieufe
facilité ; dans un autre plus confidérable
( Epître aux Mufes ) , M. Gaude a voulu
faire voir que fon Apollon a affez de force
& d'haleine pour foutenir la longue marche
du vers Alexandrin ; & des morceaux d'une
très-bonne verfification l'ont fuffisamment
prouvé. Nous regrettons que les bornes
que nous nous fommes preferites ne nous
86 MERCURE
permettent pas d'en convaincre nos Lecteurs
par quelques citations .
Enfin ces Opufcules font terminés par
une nouvelle en profe , intitulée : Valmire
, dont le fond est peu riche , mais où ,
l'Auteur a fu jeter des détails ingénieux .
On voit que dans un affez court efpace ,
M. Gaude s'eft montré fous divers afpects ,
& que ce coup d'effai eft bien propre à
prévenir en faveur de fon talent .
VARIÉTÉ S.
ANNONCE du Prix de Vertu , par M.
GAILLARD , Directeur de l'Académie
Françoife.
LE Prix de Vertu , fondé par un Citoyen
anonyme , a été donné à Catherine Vaffent ,
de la ville de Noyon , dont les Papiers
publics ont annoncé & célébré à l'envi le
généreux courage & l'héroïque dévouement .
Je vais , Meffieurs , avoir l'honneur de vous
lire le procès - verbal de cette action , tel
qu'il a été dreffé le lendemain par MM .
les Officiers Municipaux de la ville de
Noyon , d'après la déclaration de ceux qui
avoient été les témoins de cette action , &
qui l'avoient fecondée .
DE FRANCE.
87
qu
,
Le Roi a donné à Catherine Vaffent des
marques de bonté ; le grand Prince dans
Papanage duquel eft Noyon , l'a comblée
d'honneurs & de bienfaits ; il a étendu
ces mêmes bienfaits fur les trois hommes
u'elle a fauvés , & fur la famille de celui
qu'elle n'a pu fauver. Tous fes compatriotes
fentent combien ils s'honorent en l'honorant.
Vous la voyez affiſe entre les deux
premiers Officiers Municipaux de Noyon ,
qui font ici comme fes tuteurs & qui
nous la préfentent comme leur fille ; cette
Médaille glorieufe dont vous la voyez décorée
, c'eſt le Prix que fa Patrie lui a décerné
avec la couronne civique ; l'infcription
gravée fur cette Médaille éternife le
fouvenir d'une fi bonne & fi belle action.
Tout le monde s'eft empreffé d'honorer en
elle la bienfaifance unie au courage ; nous
lui donnons le prix qu'un Citoyen généreux
nous a chargé d'offrir à la Vertu : mais que
font toutes les palmes & toutes les couronnes
, comparées au bonheur d'avoir fauvé
la vie à trois hommes ?
Vous voyez, , Meffieurs ce qu'a fait
Catherine Vaffent ; vous refpectez fa vertu,
reſpectez jufqu'à la naiffance ; elle eft née
d'un père qui , dans un incendie , s'eſt jeté
au milieu des flammes pour fauver un enfant
qui alloit en être la proie.
$$ MERCURE
EXTRAIT du Registre des Délibérations de
la Ville de Noyon.
L'AN mil fept cent quatre - vingt - huit , le 1er.
jour d'Avril , deux heures de relevée ; ( fuivent
les noms & qualités des Officiers Municipaux. )
,
Monfieur le Maire a repréſenté que ce matin
il a été inftruit d'un évènement extraordinaire &
malheureux , arrivé la nuit précédente en cette
Ville , à l'occafion de l'ouverture d'une fole
d'aifance : Que quatre perfonnes qui fe propofoient
de travailler à la vidange de cette foffe
avoient été afphixiées par la vapeur méphitique' :
Que l'un des quatre avoit été retiré mort , & les
trois autres fans mouvement : Que CATHE
RINE VASSENT , originaire de cette Ville ,
fille âgée de vingt ans , avoit donné des preuves
de & d'héroïfme dont on connoît peu
courage
d'exemples : Qu'elle s'étoit expofée au plus grand
danger pour retirer ces quatre hommes les uns
après les autres : Que ces chofes s'étoient pafféés
fous les yeux & en la préfence de différentes
perfonnes notables de cette Ville , qui étoient
venues pour donner du fecours , notamment M.
Sezille , Lieutenant-Général du Bailliage ; M. de
la Breuille , Chanoine & Vicaire Général da
Diocèfe ; M. Joyant , Commiflaire de Police , &
autres. Que pour être plus particulièrement inftruit
des circonftances , il croyoit à propos de
faire prier ces Meffieurs de pafler au Bureau ,
pour , en leur préfence , être dreffé procès-verbal
exact de tous les faits : ce qui a été arrêté par
Bureau .
le
A l'inftant , mefdits Sieurs Sczille , de la Breuille
DE FRANCE. S
& Joyant ont été priés de fe rendre en l'Hôtelde-
Ville , ce qu'ils ont fait pourquoi , en leuz
préfence , & d'après leurs déclarations , il a été
procédé à la rédaction des faits qui ſuivent.
Le jour d'hier 31 Mars , dix heures du foir
les nommés Auguſtin Dutilloy , Alexis Lardé ,
Jean Carpentier , & Pierre Leroi , tous de Chiri ,
qui avoient entrepris la vidange d'une foffe d'aifance
en la maifon du Sr. Defpalles , Perruquier
en cette Ville , firent l'ouverture dans une cave
ayant 14 marches, & fon entrée fur la rue ; auſſitôt
laquelle ouverture , étant fortis , ils defcendirent
une demi-heure après pour travailler. Le
nommé Dutilloy , defcendu le premier , tomba
fans connoiffance ; Alexis Lardé , allant à fon
fecours, éprouva le même fort ; le 3e . , Jean Carpentier
, ne fut pas plus heureux ; enfin , le 4c.
Pierre Leroi , ne voyant plus reparoître fes camarades
, defcendit une partie des marches de la
eave ayant entendu des cris plaintifs , il remonta
chez le Sr. Despalles pour le prévenir du
danger. Celui-ci lui donna du vinaigre , & l'engagca
à fecourir fes malheureux compagnons,
Vivement pénétré , il defcendit à la cave ; mais
arrivé au bas des degrés , il fut également fuffoqué
par la vapeur méphicique .
Le Sr. Defpalles , furpris de cet évènement, appela
du fecours. Plufieurs perfonnes s'affemblerent
; MM. Sezille , de la Breuille , Joyant , &
autres , s'y trouvèrent. D'abord on jeta dans la
cave de la paille enflammée ; cette opération
rendit la vapeur plus épaiffe . M. l'Abbé de la
Breuille fit apporter du vinaigre pour le répandre
dans le gouffre empoisonné , afin d'arrêter l'activité
de fon influence. On fit la propofition de
defcendre dans cette cave ; perfonne ne fut affez
hardi pour affronter le danger.
୨୦ MERCURE
Mais CATHERINE VASSENT , domcftique de la
maifon voifine , qui étoit préfente , voyant l'embarras
de tous les affiftans , & ne pouvant réfifter
au mouvement de fon coeur qui lui parloit en
faveur des malheureux afphixiés , s'écria : » Que
·
ne fuis - je un garçon ? j'y defcendrois , & je
» les fauverois «. A ce moment , M. l'Abbé de
la Breuille , fâché du retard que cet embarras apportoit
, le dévouoit généreufement. Après s'être
Îavé de vinaigre , & muni d'une cruche pleine de
cette liqueur , il fe difpofoit à defcendre dans.
cette cave . Alors CATHERINE VASSENT , n'écoutant
que fon courage , & guidée par un principe
d'humanité , donna lexemple de l'héroïfine le
plus parfait. A peine fouffrit elle qu'on lui fit
prendre quelques légères précautions ; elle fe
chargea d'une cruche de vinaigre , defcendit dans
la cave peftilentielle ; elle verfa du vinaigre dans
les différentes parties , la vapeur s'éleva & lui
donna la facilité de diftinguer les objets ; les
hommes étendus fans mouvement , frappèrent fa
vue & fon coeur. Elle remonta l'efcalier pour
avoir une corde dès qu'elle en fut munie , elle
defcendit de nouveau toujours avec le même
courage. Parvenue au bas des marches , elle ap-.
perçut un des quatre hommes , elle le lia le
bras ; plufieurs perfonnes tiroient du haut, notam-
:
par
ment mefdits Sieurs Sezille & de la Breuille . Cette
fille foutint la tête , & parvint à l'amener dehors.
Elle répéta la même opération pour le 2e. ,
& enfuite pour le 3e. , qui tous furent retirés fans
mouvement.
Les dangers que préfentoit l'état des lieux
étoient bien capables d'arrêter l'homme le plus
intrépide ; cependant une jeune fille de vingt ans
ne craint pas de s'y expofer. Déjà trois hommes
étoicnt retirés par fes foins ; elle voyoit avec
DE FRANCE.
1
plaifir que les fecours qui leur étoient adminiftrés
par deux Chirurgiens appelés à cet effet , annonçoient
quelques fignes de vie ; cette circonftance
ranimoit fon courage pour le 4c.; mais malheureufement
la vapeur avoit influé fur elle-même.
Après avoir ramené le 3me. homme , fes forces
l'abandonnèrent ; elle perdit connoiflance .
Tous les affiftans , pénétrés de la douleur la
plus vive , s'occupèrent à lui donner des fecours.
Il reftoit un 4me. homme dans la cave ; pendant
cet intervalle , le temps s'écouloit , & les momens
devenoient précieux . M. l'Abbé de la Breuille
propofa une récompenfe à qui voudroit y def
cendre. Le nommé Tabari, Vidangeur ordinaire ,
qui avoit été appelé , defcendit une partie des
imarches de la cave ; mais il remonta auffi-tôt ,
en difant qu'il étoit fuffoqué , & qu'il ne vouloit
pas s'expofer à périr .
» pas
:
Dans le moment , CATHERINE VASSENT , revenue
de fon évanouiffement , réuniſſant toutes
fes forces & fon courage , s'écria » Il ne fera
dit que j'aurai fauvé trois hommes , & que
le 4me. périra faute de fecours c. Elle prit
les mêmes précautions , fe munit d'un croc &
d'une corde , & s'élança dans la cave, en difant :
Que je ferois heureufe fi je pouvois fauver le "
4me. « ! Arrivée au fond de cette cave , &
cherchant avec fon croc , elle trouva le 4me.
homme , nommé Alexis Lardé , qui étoit enfoncé
dans le liquide répandu. Dès qu'elle put le toucher
, elle s'écria douloureufement : » Hélas ! il
cft mort , il ne fe prête à aucun fecours «‹ .
Elle lui attacha la corde au bras , lui foutint la
rête , & on l'amena dehors comme les autres .
Les fecours administrés aux trois premiers annonçoient
un rétabliſſement prochain ; les Chi92
MERCURE
rurgiens s'occupèrent du 4me. , mais ce fut intilement.
Tous les affiftans s'apperçurent qu'il ne
pouvoit être rappelé à la vie ; CATHERINE VASSENT
en reffentit une douleur fincère ; fon coeur
n'étoit point entièrement fatisfait . Enfin , après
une heure & demie de foins , les trois premiers
revinrent de leur afphixie , & le malheureux Larde
fut la feule victime.
Tous lefquels faits nous ont été atteſtés , &c..
ANNONCES ET NOTICES.
FEU M. O. F. Muller , Confeiller de Confé--
rence du Roi de Danemarck , Membre de l'Académie
des Sciences de Copenhague & de celle de
Stockholm , connu par d'excellens Ouvrages fur
différentes parties de l'Hiftoire Naturelle , ayant
obfervé avec plus d'attention & de fuite qu'on
ne l'avoit fait avant lui , les Animalcules qu'on
découvre à l'aide du microfcope , dans les eaux
imprégnées de parties végétales & animales , y a
découvert des genres , des cípèces , & une reproduction
conftante. Il avoit préparé un Ouvrage
fur cette matière , & en avoit deffiné & fait graver
toutes les Planches fous fes yeux , & fe préparoit
à le faire imprimer , lorfque le feul évè
nement qui pouvoit interrompre fes travaux , la
mort , y a mis un terme . Mine. Muller, fa veuve ,
ne voulant pas priver le Public d'un Ouvrage
auffi curieux & aufli intéreffant fur une partie
d'Hiftoire Naturelle , prefque entièrement inconnue
, le fait imprimer à fes frais , & a confié les
DE FRANCE.
93
foins de l'édition à M. Oth . Fabricius , Membre
de l'Académie des Sciences de Copenhague & de
celle des Curieux de la Nature. On l'imprime actuellement
à Copenhague fous ce titre :
Animalcula infuftria , fluviatilia & marina, defeta
, fyftematicè defcripta & delineata ab Ó. F.
Muller, &c. cum . Tab . an. L. opus fiftens 379 .
Diverfas fpecies 17 generum mundi invifibilis. 1
Vol. in-8 °. Prix , 10 liv. 10 f. br.
Les Amateurs d'Hiftoire Naturelle qui défireront
cet Ouvrage , peuvent s'adreffer au Sr. Lagrange
, Lib. au Palais - Royal , N° . 123 ; il le
fera venir fur leurs demandes , dès que l'édition
fera publiée ; s'ils le font promptement, ils auront
de meilleures épreuves. Il fera néceflaire qu'ils
fpécifient s'ils veulent que les Planches foient coloriées.
Quoiqu'il y ait peu de ces Animalcules
qui préfentent des couleurs , il y aura cependant
quelques Planches qui en feront fufceptibles , &
cet avantage augmentera de très-peu le prix de
l'exemplaire.
Monumenti inediti de Winckelman , ou Choix.
de Monumens antiques , les plus précieux & les
moins connus , gravés & imprimés au biftre fanguin
anglois ; avec leurs explications , traduites
de l'Italien du même Auteur ; par M. Grainville,
des Académies ' de Rouen , de Caen , &c. Tome
Ier. , format in- 4° . , imprimé fur papier vélin
fin. A Paris , chez Simon , Graveur , rue du Plâ
tre St. Jacques , No. 7.
25
Nous adoptons fur cet Ouvrage l'opinion du
Cenfeur , qui juge que » la grande réputation de
l'Ouvrage original , & fa rareté , réanies aux
» foins des Editeurs François , peuvent faire regarder
cette entrepriſe comme une des plus
>> utiles & des plus agréables à tous ceux qui , par
ככ
1
94 MERCURE
59
état , ou par goût , veulent étendre leurs con-
» noiflances fur les Antiquités «<.
Sur le Compte rendu au Roi en 1781 , Nouveaux
Eclairciffemens , par M. Necker ; in - 4 ° . Prix ,
2 liv. 8 fous. A Paris , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
PETITE Bibliothèque des Théatres. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Brunet ,
Lib. , rue de Marivaux , place du Théatre Italien .
Les trois Volumes qui viennent de paroître contiennent
la Métromanie de Piron , avec fix Comédies
de Molière , Amphitryon , George Dandi ,
M. de Pourceaugnac , le Bourgeois Gentilhomme
les Fourberies de Scapin , & la Comteffe d'Efear
bagnas.
Vies des fameux Archite&tes & des fameux
Sculpteurs depuis la renaiffance des Arts , avec
la defcription de leurs Ouvrages ; par M. D **
de l'Académie Royale des Belles - Lettres de la
Rochelle ; 2 Vol . in - 8 ° . A Paris , chez Debure
l'aîné , Lib . rue Sergente , Hotel Ferrand .
Cet Ouvrage , qui nous cft échappé dans fa
neveauté , mérite l'attention de ceux qui s'intéreflent
aux progrès & à la gloire des Arts . Il fait
fuite à l'Abrégé de la Vie des plus fameux Peintres,
publiée par le père de l'Auteur, en 1762 ; en
4 Vol. in-89. , dont on prépare une nouvelle édition
fans Portraits , revue, corrigée , & augmentée
des Vies des Artiftes célèbres morts depuis
l'impreffion de la première .
Nouveau Voyage en Espagne , ou Tableau
de l'état actuel de cette Monarchie ; contenant
les détails les plus récens fur la Conftitution politique
, les Tribunaux , l'Inquifition , les forces
de terre & de mer , le Commerce & les ManuDE
FRANCE: 95
factures , principalement celles de foieries & de
draps ; fur les nouveaux Etabliſſemens , tels que
la Banque de Saint - Charles , la Compagnie des
Philippines , & les autres Inftitutions qui tendent
à régénérer l'Efpagne ; enfin fur les moeurs , la
Littérature , les Spectacles , fur le dernier fiége
de Gibraltar , & le Voyage de Mgr . Comte d'Artois
Ouvrage dans lequel on a préfenté avec
impartialité tout ce qu'on peut dire de neuf , de
plus avéré & de plus intéreffant fur l'Eſpagne ,
depuis 1782 jufqu'à préfent ; avec une Carte enluminée
, des Plans & des Figures en taille-douce .
A Paris , chez Regnault , Lib. rue Saint Jacques ,
vis-à- vis celle du Plâtre . 3 Vol . in - 8 ° . br. Prix ,
12 liv. , & I 3 liv. 10 f. port franc pour la Pro-
:
vince.
Conférences fur les Ordonnances , les principes
du Droit Romain , & la Jurifprudence des Arrêts
du Confeil Souverain d'Alface , à l'ufage des Jurifdictions
& des Praticiens de première inftance ;
par M. Ballet , Notaire Royal de la Préfecture
d'Haguenau ; in - 8 °. A Colmar , chez J. Henri
Decker , Imp. du Roi ; & fe trouve à Paris , chez
Guillot , Lib. rue S. Jacques .
L'Hermite , Eftampe gravée par H. Marais ,
d'après J. B. Greuze. Prix , 16 liv . A Paris , chez
Maffard , Graveur du Roi , rue & porte Saint-
Jacques , No. 122 .
Cette Eftampe eft gravée d'un burin très -ferme,
& fait fentir la beauté du tableau original .
12 Menuets & autres Pièces , par J. Haydn ,
la Romance du Bien -aimé , une Pièce Espagnole ,
& nouvelles Allemandes , arrangés & variés
pour une Guitare feule , par M. Porro. Prix , 2 1 .
8 fous.
Recueil de Romances , Chanfons , Rondes
96 MERCURE DE FRANCE.
& Duo d'Eftelle , par M. Porro , avec Clavecin
on Vislon & Bade. Prix , 4 liv . 41. Cet Ouvrage
faifant partie des Délaffemens de Polymnie .
= 4. , 5. , 6º. & 7. du Recueil des Délaffemens
de Polymnie , ou les Petits Concerts de Paris ,
contenant des Aits de M. Cherubini , Italiens &
François , des Airs d'Eftelle , & des Chanfons de
M. Kozeluch ; Journal mélé d'Obfervations fur
le Chant & l'expreflion muficale ; avec Violon ,
Baffe ou Claveci . Prix féparément , 2 liv. 8 fous.
Abonnement pour 12 Recueils , 18 liv.
4º. 5e. 6º. & 7e. Cahiers du Journ. de Guitare,
contenant des Airs d'Eftelle & autres de Théatre ,
d'@dipe, de Tarare , &c. d'Haydn , de Kozeluch ,
&c. pincé & doigté marqués pour l'inſtruction ,
Far M. Porro , Profeffeur de Mufique & de Guitare
. Prix de la Soufcription pour 12 Cahiers &
les ETRENNES de Guitare , 18 livres, port franc ;
féparément chaque Cahier , 2 liv . A Paris , chez
M. Porro , ci - devant rue Michel - le - Comte
N°. 26 ; maintenant rue Tiquetonne , Nº. 10.
INVOCATIO
TABLE.
NVOCATION à Vénus. 4 Letres.
Epi
ramme,
Nécrologie.
Effai des Effais .
5 ! Effar.
5 Opufeules.
61 Annonces & Notices.
888888
73
79
82
86
92
Charade, Eng. & Logog. 58 Variétés.
AI
APPROBATION.
,
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE pour le Samed : 13
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
cr'empêcher l'umpreffion. A Paris , le 12 Septembre
1788
SÉ LIS
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 SEPTEMBRE 1788.
PIÈCES FUGITIVES •
EN VERS ET EN PROSE.
É PITRE
Des Bergères du Languedoc à M. le Ch.
DE FLORIAN , fur fon Roman d'Eſtelle.
Vous qui vivez au fein des Cours ,
Et pourtant aimez le Village ;
Vous qui chantez dans vos beaux jours
Ce que nous aimons davantage
Les fleurs , la danfe & les amours;
Des Bergères , on peut le croire ,
Vous priferez le compliment :
Vous fites pour elles l'Hiftoire .
Et d'Eftelle & de fon Amant.
40
Nº. 38. 10 Sept. 1788. E
98
MERCURE
Eftelle fut infortunée ;
Vous demandez pour nous aux Cieux
Une meilleure deftinée .
>
3
Ah ! formez plutôt d'autres voeux ;
Et dès que votre coeur nous aime ,
Souhaitez-nous fon long tourment ,
Ses maux & de plus cruels même ,
Mais un Némorin pour Amant.
Aux Bergers qui veulent nous plaire ,
Nous avons hier , à l'union
De Némorin donné le nom :
Le mériter , c'eft leur affaire.
Nous le voyons avec regret :
Il eſt bien loin de nous , cet âge
Qu l'aimable Eftelle habitoit
L'heureux yallon de Beau-rivage,
Les pauvres filles du Village-
N'ont plus ces Galans , ces Epoux.
Ah ! dans votre premier Ouvrage ,
Vous dont le langage eft fi doux ,
Tâchez de prendre un ton févère
Pour convertir l'Amant léger ;
Plus de douceurs pour la Bergère ,
Mais des leçons pour le Berger.
Il ceffera d'être volage ;
Notre bonheur viendra de vous.
Si ce bonheur eft votre ouvrage ,
Vous l'exprimerez bien pour nous ;
Votre efprit fera notre organe ;
Yous faurez ce que nous penfons ,
DE
99
FRANCE.
Et vous nous ferez des chanfons ,
Comme les chansons de Maffiane.
Nous favons que vous avez fait
Une promeffe folennelle
De détruire le flageolet
Qui chanta les amours d'Eftelle.
Faut- il n'entendre plus la voix,
Qui nous charmoit dans la prairie ,
Qui nous a rappelé cent fois
De nos Amans la voix chérie ?
Mais ce font des voeux indifcrets ,
Et par bonheur très- peu fincères ,
Que ceux d'un Chevalier François
Contre les plaifirs des Bergères.
( Par M. Le Brun.
A DEUX GENTES DAMOISELLES ,
Qui s'enquéroient de moi fi je faifois encore
des Vers.
ME demandiez fi ma lyre fidelle
Formoit encor des fons mélodieux ,
Si je rimois ? Oui , quand fuis amoureux
Vous ai-je dit ; ma Mufe n'eft rebelle
Quand fant d'amour exprimer les doux voeux,
Me demandiez quand j'étois amoureux ?
E 2
MERCURE
Du tendre amour je lens toujours les feux ,
Vous ai-je dit , à la faifon nouvelle
Lorfque j'ai vu renaître le Printemps.
Jeunes Beautés , dès les premiers inftans
Cù je vous vis , fi- tôt qu'ai pu connoître
Vos doux attraits , cet air tant gracieux ,
Vos yeux plus doux que votre coeur peut- être ,
Je ne fais trop fi fus pas amoureux
Avant le temps ou je commence à l'être ;
Ce que fais bien , & m'en dois alarmer ,
C'eft qu'ai fenti ma verve s'enflammer ,
Et que j'ai cru voir le Printemps renaître.
( Par M. Ladmiral. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Lt mot de la Charade eft Rebelle ; celui
de l'énigme eft le Souffler, celui du Logogriphe
eft Oriflamine , où l'on trouve If, Flore,
Mari , Or, Loire, Loir, Lame , Riom, Oie,
Ame , Flamme , Ami.
SUR
CHARA D. E.
UR mon premier fouvent s'exerce la Jeuneſſe ;
L'Amant fur non fecond exprime la tendrelle ;
Et mon tout fe récite ou fe chante à la Meffe.
(Par M. M*** , d'Amiens. )
DE FRANCE 101
ÉNIGM E.
AU moment où je nais , je fuis vierge féconde ;
Je porte dans mon ſein quatre fois quinze enfans j
L'un après l'autre , en même temps ,
Parcourent avec moi tous les endroits du Monde 5
Car jamais deux de mes individus
Ne fçauroient à la fois fubfifter ni paroître ;
Et tant que l'un exifte , un autre ne peut être ;
Mais fe préfeste
-t-il ? l'autre n'eft déjà plus.
Le premier
en naiffant
me donne la naiffance
;
Le fecond
au premier
donne bientôt
la mort ;
Du fecond
, le treiftème
efface l'existence
.
Tous fucceffivement
fubiffent
pareil fort :
Mais avec le dernier
, moi-même je fuccombe
¿
Et ma foeur en naiffant
nous poufle dans la tombe.
( Par M. Grellier
, de Confolens
. )
JE
Ft LO-GO GRIPH E.
E fuis vif ou tranquille , innocent ou coupable ;
L'un me recherche au jeu , l'actre me trouve à table ;
Celui-ci, dont le coeur eft foumis à l'amour ,
Croit qu'à Cythère fcul j'ai fixé mon féjour ;
Celui-là , mépriſant la fatigue & la peine ,
L'intrépide Chaleur ne me connoît qu'en plaine .
E 3
7402 M-ER CURE
L'on
Bref, je fus de tout temps & par tout l'Univers &
peut me rencontrer fous mille afpects divers :
Mais tel qui me pourfuit avec plus de conſtance ,
Ne prend fouvent de moi que l'ombre & l'apparence
.
De mon nom , cher Lecteur , fept pieds font le
foutien.
Je vais , pour t'exercer , en rompre le lien ;
Puis pour mieux me cacher , variant leurs poftures,
Les montrer tour à tour fous diverfes figures .
Je porte dans mon fein une immenſe cité ;
Un Berger fils de Roi , fameux par fa beauté ;.
Cette cfpèce d'oignon , de faveur très - piquante ,
Et qui donne à l'haleine une odeur rebutante ;
La plus blanche des fleurs , qu'au nombre heureux
de trois
\ L'on grave pour former les armes de nos Rois ;
D'un animal cornu cet organe fertile
Qu'on preffe pour nourrir la campagne & la ville ;
Du plaifir en tous lieux la tendre expreffion ;
1
Deux notes de mufique ; une négation .
Mais chut .... tu tiens mon nom , Leftcur , & tu
dois rire ;
Car , en franc étourdi , je viens de te le dire .
(Par M. M*** . d'Amiens.}
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
TRAITÉ de la Culture du Nopal , & de
l'Education de la Cochenille dans les Co-
>
lonies Françoifes de l'Amérique ; précédé
d'un Voyage à Guaxaca , par M.
THIÉRY DE MÉNONVILLE , Avocat en
Parlement Botaniste de Sa Majesté
Très- Chrétienne ; auquel on a ajouté une
Préface, des Notes & des Obfervations
relatives à la Culture de la Cochenille,
avec des Figures coloriées. 2 Volumes
in-8° . Au Cap- François , chez la veuve
Herbaut ; à Bordeaux , chez Bergeret ,
Libraire ; & à Paris , chez Delalain jeune,
Libraire , rue S. Jacques.
LAA
Nouvelle- Efpagne étoit feule en
poffieffion de la Cochenille ; on l'y cultivoit
avec foin , & elle étoit , comme elle
eft encore , une des principales branches
de fon commerce. L'Abbé Raynal , &
long - temps avant lui , M. de Réaumur ,
& le Père Labat , avoient propofé aux Nations
qui ont des établiffemens aux Hles de
E 4
104
MERCURE
l'Amérique , de tranfporter cette richeroduction
dans leurs Colonies ; mais perfonne
n'avoit cu l'intrépidité d'entreprendre
le voyage du Mexique pour y tenter un
larcin très - périlleux . Les encouragemens
meve que la Société Royale de Londres
avcit propofés pour la culture de la Cochenille
, étoient reftés fans effet. M. Thiéry
penfa que fi la Nation Françoiſe étoit en
elle-même trop peu patiente pour s'occuper
d'objets qui ne demandent prefque point
d'activité , les gens de couleur qui fe multiplient
tous les jours dans fes Colonies ,
& qui ne font pas auffi actifs à beaucoup
piès pourroient être utilement employés
à l'éducation de ce précieux infecte. Nouveau
Jafon , il forma le projet d'enlever
cette nouvelle toifon ; mais il fe propofa
de faire cette conquête feul , fans compagnons
de voyage , afin de n'être ni troublé
ni trahi dans fes deffeins. Il fit part de ſes
intentions au Ministère › en reçut des
promeffes faites pour l'encourager , des
lettres de recommandation pour les Adminiftrateurs
de Saint- Domingue , & arriva
dans cette Colonie en 1776. Son premier
foin fut d'examiner s'il lui feroit poffible
d'y réalifer l'établiffement qui faifoit l'objer
de fes défirs. Sûr de ce premier point par
l'analogie qu'il y remarqua entre les Cactes
de ce pays & ceux qui font propres à nourrir
la Cochenille , il partit pour le Mexique ,
où , réduit fouvent , en quelque forte , au
DE FRANCE. ΤΟΣ
rôle d'aventurier , il pourfuivit fes vies
avec conftance , malgré les obſtacles qu'il ne
cella de rencontrer . Pendant la courſe qu'il
fit de Saint- Domingue à Guaxaca , il tint
un Journal exact de fon voyage , & ce
Journal , qui contient des détails à peu près
inconnus fur l'intérieur du Mexique , le fait
lire avec intérêt. Nous ne fuivrons point
M. Thiéry dans toutes fes courfes ; mais
nous nous arrêterons un inftant avec lui à
Vera Cruz , parce que c'eft dans cette
ville qu'il fut forcé de fe convaincre combien
il lui feroit difficile de tromper la
vigilance d'une Nation jaloufe d'une propriété
dont elle jouifloit , & dont elle fe
Hlattoit de jouir toujours exclufivement.
·
M. Thiéry donne une defcription affez.
étendue de Vera-Cruz. Il contredit l'Abbé,
Raynal , qui a écrit que cette ville étoit
baie en bois , & il affure qu'elle eft bâtie
en pierre , à chaux & à fable , d'une excellente
maçonnerie. Il obferve qu'on ne
peut pas même dite qu'elle ait jamais été
bâtie en bois , puifqu'on y voit des maifons,
de Majorats ( 1 ) tombées en ruine depuis,
plus de cinquante ans , & dont tous les murs
font en maçonnerie. » Ce qui , dit- il , aura
» induit en erreur les Auteurs des Mé-
" moires fournis à l'Abbé Raynal , c'eft la
vue des balcons , de bois , lourds . &. maf-
95
(1) Biens nobles fubfitués de mâles en mâles à
perpétuité. ES
105
MERCURE
99
fifs , qui règnent tout autour des maifons
» comme à la Havane «. Ce n'eft pas le feul
objet fur lequel l'Auteur contredit celui de
PHiftoire Philofophique. Nous n'examinerons
point les différens objets fur lefquels
ces deux Ecrivains fe trouvent en contra-´
diction ; nous obferverons feulement que
M. Raynal a écrit fur des Mémoires à lur
communiqués , & que M. Thiéry a vu &
obfervé par les yeux.
Les pratiques fuperftitieufes font en vigueur
à Vera- Cruz . M. Thiéry y arriva dans
Fa Semaine Sainte : entendons - le parler.
39
ל כ
»
"
99
و ر
و د
Vingr fois , pendant cette Semaine , le
brait des chaînes me fit courir à ma
fenêtre. Quel trifte fpectacle ! Tantôt
c'étoit un Pénitent habillé en femme
jupes & corps de toile de lin , couleur
ardoife , les bras étendus & attachés fixe-
» ment dans une fituation horizontale , le
» dos & les épaules chargés de fept vieilles
épées , telles que celles qui fervent d'enfeigne
à nos Fourbiffeurs , & dont les
pointes , raffemblées dans un bourreler ,
» lui portoient fur le coccix , les pieds
chargés de chaînes & de boulons . Dans
» cet attirail , le Pénitent parcouroit à pas
lents toute la ville , & faifoit des ftations
» à chaque Eglife. L'inftant d'après , fe pré-
» fentoit un autre mafque , auffi habillé en
femme , mais en mouffeline blanche ,
nu jufqu'à la ceinture , un mouchoir fur
» le fein , les fers aux pieds , mais les
» mains libres , tenant dans la gauche un
"
39
"3
ท
DE FRANCE. 107
39"
Crucifix , & dans la droite une rude difcipline
dont il fe déchiroit les épaules
" de cent pas en cent pas. On voyoit à
chaque coup le fang ruilleler fur fes reins ,
" & teindre la belle jupe blanche falba-
» laffée . En huit jours , j'ai compré plus de
quatre- vingts maſcarades ſemblables «.
""
و ر
و ر
་་
Nous ne ferons aucune obfervation fur
cette fanglante manière d'honorer Dieu ;
nous laifferons de côté tous les autres détails
fur les moeurs de Vera - Cruz , fur
fes productions , fur fon climat ; nous invirerons
feulement nos Lecteurs à chercher
à les connoître dans l'Ouvrage même
parce qu'ils font réellement très - curieux ,
& nous allons nous remettre avec M. Thiéry
à la pourfuite de la Cochenille .
ง
Il étoit à Vera Cruz depuis un mois &
demi . Entouré d'êtres auxquels il étoit fufpect
, aux recherches , aux queftions defquels
il n'échappoit pas toujours aifément ,
il follicitoit un paffe - port pour fe rendre
à México , bien réfolu de n'en faire ufage
que pour Guaxaca , où il avoit appris que
la Cochenille étoit bien plus belle que celle
de Tlafcala ou de Guadalajara ; il fe flattoit
de l'obtenir , quand le Vice- Roi Don Bakarelly
défendit de le lui accorder. Etourdi ,
mais non abattu de ce coup inattendu ,
il fe replie fur lui- même , va chez le Lieutenant
- Général de Ferfen , lui tait le refus
qu'il a effuyé , lui demande une permiſſion
- pour aller heiborifer à Crillava. Ce n'étoit
E G
1
908 MERCURE
qu'un prétexte. M. de Ferfen obtient un
paffe port du Gouverneur , le remet à M.
Thiéry : celui- ci va partir. Tour à coup un
homme en habit bleu , la cocarde rouge ,
effoufflé , l'air furieux , égaré , le regard
fombre & finiftre , fe préfente chez M. de
Ferfen , s'annonce pour le Secrétaire du
Gouverneur , & redemande le paffe- port ,
que M. Thiéry fe vit contraint de rendre ,
pour ne pas devenir plus fufpect qu'il ne
l'étoit. Si l'honneur de M. Thiéry ne l'eût
pas engagé à fuivre fon projet , cette aventure
étoit faite pour l'en détourner ; mais
la crainte de la honte , de l'humiliation
du ridicule & du mépris , jointe au défir
d'enrichir fa patrie d'une production utile ,
lui donna de nouvelles forces. Il calcula
que ne pouvant pas s'embarquer avant trois
femaines , il pourroit achiever en quinze
jours un voyage à la dérobée . Il s'enflamme
fur cette idée , & fans paffe- port il marche
vers Guaxaca. Le voilà livré à lui - même
dans un pays inconnu , tremblant d'être
découvert & arrêté ; livré à toutes les angoiffes
de la faim , de la foif , de l'infomnie
, de l'inquiétude , parlant bien françois ,
mal le caftillan , fe faifant paffer pour un
Médecin Catalan , conchant ici dans un
Rancho , la dans une auberge , plus loin
entre des brouffailles , & ne devant quelquefois
fa nourriture qu'à h bonté des
Indiens qu'il rencontroit fur fa route . En-
En il arrive à Gallatillan , y voit une No-
3
DE FRANCE.. 109.
palerie , apperçoit fur une feuille un infecte
tout couvert d'une poudre blanche le
prend , l'écrafe , & voit la véritable pourpre
des Rois. Il en fut ivre d'admiration & de
joie. Il pourfuit fa route , & arrive enfin à·
Guaxaca. Là, il fe fait faire, par un Layetier,
huit cailles ailées à tranfporter , y achète
des branches de Nopal chargées de Cochenille
, en garnit fes caiffes , y mêle de la
vanille , des plantes , des fimples , part de
Guaxaca , rencontre dans fon retour prefque
autant d'obftacles qu'il en avoit rencontrés
dans fon voyage . A Dominquillo , il rencontre
un Alcade & fon Affeffeur , qui ,
malgré fa qualité d'étranger , l'empêchent
d'être la dupe de fon Topith . A -Theguacan
, il eft conduit à la Douane par
un Employé ; il fe croit perdu , il profite
de l'ignorance des Commis , échappe à
leurs recherches , & rentre enfin à Vera-
Cruz , où les caiffes font examinées , & .
où un Commis , auffi ignorant que ceux
qu'il avoit rencontrés , le laiffe paffer avec
un Vai ufted con Dios. Pendant fon féjour
en cette ville , il fallut encore tromper
les yeux de tout le monde , ceux de M. de
Ferfen même. Heureufement fi l'on favoit
à Vera-Cruz que la Cochenille exiſtoit , on
ne la connoifoit point en nature. Après
bien des craintes & bien de l'impatience ,
il quitta le port le 8 Juin 1777 , fans qu'on
foupçonnât qu'il eût pu parvenir ni même
qu'il eût tenté de pénétrer dans le Mexique .
110 MERCURE
Pendant la traverfée , les vents , les orages ,
les pluies , les retards , les accidens lui occafionnèrent
une perte de plus de quarante
Nopals . Il n'échappa à l'indifcrète & dangéreufe
curiofité des Matelots , qui avoient
reconnu la Cochenille , & qui déclaroient
tout haut qu'elle étoit contrebande , qu'avec
des contes de Charlatan : enfin il débarqua
au Mole Saint - Nicolas le 4 Septembre ,
& fe rendit enfuite au Port - au - Prince ,
où il arriva le 25 , encore affez riche en
Cochenille & en Nopals , malgré fes pertes ,
pour être fier de fon fuccès.
Ce fut au Mole Saint- Nicolas que M.
Thiéry reconnut qu'il exiftoit à Saint- Domingue
une espèce de Cochenille , qu'on
nomme la Cochenille filveftre , & qu'elle y
vivoit fur un Cacte appelé Perefchia.
Il y a deux efpèces de Cochenille , la
Meftèque ou fine , & laSilveftre . La première
eft très -fupérieure à la feconde : on la trouve
au Mexique ; mais elle n'habite que les
cafes & les jardins des Indiens qui la récoltent
, & jamais les forêts ni les campagnes.
La Cochenille filveftré vit auffi au Mexique ;
mais elle eſt indigène à Saint -Domingue ,
& il est étonnant qu'on ait négligé fi longtemps
de la cultiver. Elle ne diffère de
la Cochenille fine que par le coton dont
elle eft couverte ce qui augmente beaucoup
fon poids & abforbe une partie de
fa couleur.
Le Nopal eft la nourriture de la CocheDE
FRANCE. III
nille : c'eft une efpèce d'opuntia. Il y en a
de deux fortes , le Nopal fimple & le Nopal
de Caftille , furnom que lui a donné l'orgueil
efpagnol , à caufe de fa beauté. La
Cochenille vit auffi fur les autres opuntia ;
mais celui ci a l'avantage de la nourrir à
foifon & d'en faciliter la récolte .
M. Thiéry a apporté ces opuntia à St-
Domingue , & ils s'y font perpétués ; il
y a autfi élevé la Cochenille fine , après
y avoir perfectionné la Cochenille filveftre ;
mais la mort l'a furpris au milieu de fes
travaux , & la Cochenille fine n'existe déjà
plus à Saint-Domingue. M. Joubert de la
Motte , Médecin - Naturalifte du Roi , fon
fucceffeur en cette partie , n'avoit pas les
connoiffances néceffaires à la confervation
de l'infecte précieux qui avoit couté tant
de foins , tant de peines , tant d'inquiétudes
, tant de chagrins à M. Thiéry , &
c'eft entre fes mains qu'il a difparu de la
Colonie. Ce qu'il y a de remarquable &
qu'il n'eft pas inutile de relever , c'eft que
M. Joubert , qui s'eft fervi de la Cochenille
que M. Thiéry avoit laiffée dans fon cabinet
ou fur fes plantations pour faire faire à
Paris des expériences , a parlé avec mépris
de fon prédéceffeur , & que même il l'a
calomnié dans une Hiftoire abrégée de la
Cochenille filveftre . Falloit- il donc que M.
Thiéry , qui avoit déjà éprouvé pendant
fa vie les furcurs de la haine & de l'envie
, fût encore diffamé après la mort par
112 MERCURE
celui dont l'ignorance avoit anéanti le fruit
de fes travaux & de fes obfervations ? Au
refte , le Cercle des Philadelphes , qui a publié
l'Ouvrage dont nous avons extrait tout
ce qu'on vient de lire , l'a bien vengé des
excès de M. Joubert dans une Préface trèsbien
faite , & qui contient , outre un Eloge
de M. Thiéry, d'autres morceaux intéreffans.
Nous avons perdu la Cochenille fine ;
mais nous avons confervé les Nopals , & la
Cochenille filveftre nous refte , puifqu'elle
eft indigène à Saint-Domingue . M. Thiéry ,,
dans fon Traité de la Cochenille , a démontré
qu'on pouvoit perfectionner l'éducation
de la Cochenille filveftre , multiplier cet
infecte , & en tirer un grand avantage. Il
a fait une théorie des Nopaleries , fondée fur
une pratique dont il avoit tiré jufqu'à fix
expériences utiles , & il ne nous paroît pas
douteux que fi l'on donne des encourage- .
mens aux Cultivateurs , cette production
ne devienne une des richeffes de nos Colonies.
La Cochenille exportée chaque année,
du continent de l'Amérique en Espagne ,
produit à Cadix 7,759,196 livres. Ce revera
eft immenſe , & il eft à préfumer
que dans un temps où toutes les vues fe
tournent vers les objets d'utilité , on ne
négligera pas de s'occuper des moyens de
fouitraire la France à l'efpèce de tribut
qu'elle paye annuellement à l'Espagne dansle
commerce de la Cochenille.
DE FRANCE.
LES Faftes du Commerce , Poëme en XII
Chants ; par M. T. ROUSSEAU.
Quodfi deficiant vires , audacia certè
Laus erit in magnis, & voluiffe fat eft.
Prix , 3 liv. 12 f. br. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Coq St. Honoré ; Defenne
, Libraire , au Palais- Royal ; &
Bailly , Burrière des Sergens.
-CET Ouvrage eft moins un Poëme que
l'Hiftoire en vers du Commerce . Il ne s'agit
point d'examiner fi l'Aureur eût mieux fait
d'inventer des refforts épiques, ou du moins
de fe tracer une marche didactique. Il a
penfé que le fujet qu'il avoit à traiter n'appartenoir
en rien à l'Epopée : il a penſé que
s'il eût perfonnifié le Commerce , & imaginé
des fictions pour embellir une action
fuivie , beaucoup de gens auroient pu lui
dire : Non erat hic locus. Il n'a point voulu
non plus adopter un plan didactique , perfuadé
que par- là il ne faifoit qu'augmenter
les difficultés qui fe préfentoient en foule
dans fon fujet. On ne pouvoit guère réuffir
, du moins felon lui , qu'en s'attachant
à des détails intéreffans , fans s'occuper
d'un plan régulier : c'eft le parti qu'il a
pris. Permis à quelques perfonnes de pen14
MERCURE
fer que ce n'étoit peut être pas le meilleur
à prendre , ni le plus glorieux ; mais chacun
conviendra , fans contredit , que c'étoit le
plus fimple & le plus facile . Son plan fe
borne done à une galerie hiftorique , où
l'on trouve une énumération des évènemens
les plus remarquables dans les Faftes
du Commerce. Nous ne pouvons efquiffer
ici l'analyse d'un Ouvrage qui n'en eft pas
fufceptible. M. T .... Rouffeau annonce
qu'il a puifé fes principes dans les Auteurs
les plus accrédités qui ont écrit fur l'objet
de fon Poëme , objet devenu aujourd'hui
la bafe de la politique de toutes les Nations.
C'eft aux Commerçans plus qu'aux Gens
de Lettres à apprécier fon travail : mais afin
de fatisfaire l'Auteur , & de mettre ceux
que fon Poëme peuvent intéreffer à portée
de s'en former une idée , au moins quant
au ftyle & à la poéfie , nous allons citer
quelques - uns des morceaux qui nous ont
paru les plus dignes de remarque. On trouve
au IIe. Chant un tableau de la fameufe
ville de Tyr , tracé d'après une comparaiſon
empruntée d'Ezéchiel .
Je crois appercevoir dans ta vaſte cité
Un navire d'un prix égal à ſa beauté .
Du plus fin lin d'Egypte on a tiflu Les voiles.
Le fonds pourpre eft femé de brillantes étoiles ,
Et l'aiguille avec art nuançant les couleurs ,
Laiffe courir autour de légers nauds de fleurs.
DE FRANCE. 115
Par- tout le même luxe éclate & s'y déploie .
Ses cordages font d'or , fes pavillons de foie .
On a pris pour fes mâts des cèdres du Liban ,
Ou des pins orgueilleux des forêts de Bazan .
Les bancs de fes Rameurs font d'ébène & d'ivoire :
Monument éternel de l'éclat de ta gloire ,
Ce fuperbe vaiffeau m'offre tous les tréfors
Dont l'Inde & l'Arabie enrichiffent tes bords.
De vulgaires mortels font-ils faits pour conduire,
Ou même pour monter ce précieux navire ?
Non , non ; & tes Marins , favans navigateurs ,
Ont tous de l'Océan fondé les profondeurs .
En vain , Salmanazar , Tyran de Babylone ,
D'Amphitrite fur toi veut ufurper le trône ;
En vain dans fes projets , ce Defpote orgueilleur
Accourt pour t'accabler du joug le plus honteux.
Tu fais , illuftre Tyr , par le double avantage
De ton commerce actif,jeint au plus grand courage,
Lui prouver que jamais le Peuple Roi des mers
Ne fût fait pour ployer & recevoir des fers.
On lit encore au commencement du IIIe .
Chant , un portrait du même genre , mais
très- différent d'ailleurs : c'eft celui de Rome.
Les Vainqueurs de Carthage , enfans nés pour la
guerre ,
N'afpirèrent d'abord qu'à fubjuguer la Terre .
Un Peuple deftructeur, qui couroit à la fois
Dévafter les Etats & maflacrer les Reis ,
116 MERGURE
ގ
Pouvoit- il , enflammé de l'amour feul des armes
D'un art réproductif lui préférer les charmes ?
Sans ceffe des combats recherchant les honneurs ,
Rome ne fut qu'un camp jufqu'à fes Empereurs.
Rome y tint dans fes mains la foudre toujours prête.
Mais l'efprit de négoce & l'efprit de conquête ,
Par leur nature même , à jamais divifés ,
Peuvent-ils s'accorder dans leurs buts oppofés ?
L'impétuexx défir de franchit ces limites ,
Qu'aux Empires divers le Ciel même a prefcrites ,
Du poids de fes fuccès écrafant le Vainqueur,
De fon ambition eft le premier vengeur.
Tout Peuple conquérant , lorfqu'il ceffe de l'être ,
Tombe, & ne tarde pas à ramper fous un Maître,
Le Peuple induftrieux fait briller fon efprit
Dans l'art de conferver le fol qu'il enrichit.
Conftamment renfermé dans fes propres barrières,
Il fait de fes voifins refpecter les frontières ,
Et ne veut qu'en tout temps fur les altiers remparts ,
Voir de la liberté fotter les étendards .
Nous terminerons ces citations par une
épiſode fur la fin défaftreuſe du règne bril
lant de Louis XIV , & fur les efforts pa
triotiques du Commerce , qui fauva l'Etat
en 1712 , en offrant au Roi une forme de
trente millions.
De tout temps il fallut , comme au fiècle où nous
fommes ,
Pour s'en faire admirer , en impofer aux hommes.
DE FRANCE 117
. مت
Un Souverain fans fafte , & qui n'eft revêtu
Que du modefte éclat de la fimple vertu ,
En acquérant, pour prix de fon règne paifible,
Les droits les plus facrés fur toute ame fenfible ,
Óbtiendra- t- il jamais ces titres i pompeux f
Que le vulgaire accorde aux feuls Rois belliqueux
?
Alexandre , courant dévafter cent Provinces ,
Eft placé de fa main au rang des plus grands
Princes ;
repos ,
Tandis que ceux qu'il voit , pacifiques Héros ,
Faire fleurir les Arts dans un noble
Se plaire à nous combler de bontés paternelles ,
Et contre l'oppreffeur nous couvrir de fes ailes ,
Parmi ces Rois obfcurs dépouillés de vertus ,
Par ce vulgaire ingrat fouvent font confandus.
Auffi combien d'entre eux préfèrent cette gloire
Dont la Vanité ceint le front de la Victoire ,
Au plaifir fimple & pur d'échanger tour à tour
Tous les biens de la paix contre ceux de l'amour !
Tel fut ce Potentat dont le bruyant tonnerre
Effraya fi long-temps les Peuples de la Terre ,
Ce fuperbe Louis , qui lui fcul , à la fois ,
S'enivroit de l'orgueil de combattre vingt Rois.
Ses revers qu'il fupporte avec tant de nobleffe ,
Ont fans doute à nos yeux expié fa foibleffe .
L'adverfité ſévère , inftruiſant les humains ,
Leur ouvrant des vertus les pénibles chemins ,
Ne fut jamais pour eux qu'une mère idolâtre :
C'eft la prospérité qui les traite en marâtre .
118
MERCURE
Mais de ces flots preffés de nombreux combattans,
Quel Démon irrité couvre nos bords fanglans ?
Sortez de vos tombeaux, Luxembourg & Turenne ;
Le vaillant Marlborough & l'intrépide Eugène
Font tomber les François fous leur fer deftructeur ,
Comme ces drus épis que l'ardent Moiffonneur
Abat avec fa faux d'une main diligente .
Par-tout l'effroi fuccède à notre ardeur bouillante
Et perçant fur leurs fronts à travers les lauriers ,
Pour la première fois fait pâlir nos Guerriers .
Tels que ces tourbillons de poufière foudaine
Qu'Bole devant lui chaſſe au loin dans la plaine ,
J'apperçois , au milieu de nos humbles fillons ,
Fondre & fe diffiper leurs nombreux bataillons.
Trois fois dans les combats, échauffant le carnage,
Bellone , dans leur fang , court affouvir fa rage ;
Et trois fois la victoire , infidelle à Louis ,
Volé fous les drapeaux de fes fiers ennemis , &c.
Vain efpoir ! rien n'arrête un terrible Vainqueur
Que le feul nom François fait rugir de fureur.
Par-tout un Ciel de fer fecondant fa
vengeance ,
De nos frêles moiffons nous ravit l'eſpérance ,
Et le Peuple écrafé fous le faix des impôts ,
N'attend plus que la mort pour remède à ſes maux.
Mais que vois- je ? quel Dieu , quel fortuné Génie
Vient à fa perte , hélas ! arracher ma Patrie?
L'audacieux Commerce , en nos ports élevé ,
S'arme , combat , triomphe , & l'Etat cft fauvé,
DE FRANCE. 119
Et voilà cependant cet Art fi magnanime ,
Cet Art qu'un préjugé , tyran pufillanime ,
Ofe encor de nos jours , après de tels bienfaits ,
Avilir ; & chez qui ? chez le Peuple François .
L'Auteur termine ce paffage par l'éloge
- des Négocians de la Bretagne. Il paye un
tribut de reconnoiffance particulière aux
Habitans de Saint -Malo. Les bornes de nos
Feuilles ne nous permettent pas de citer
cette fin, qui renferme une fage diftinction
entre les Arts d'utilité & les Arts de luxe.
On devine aifément que l'Auteur follicite
pour les premiers les encouragemens de préférence
les plus diftingués.
Nous n'en dirons pas davantage fur ce
Poëme ; l'objet d'utilité qui a conduit la
plume facile & abondante de l'Auteur le
recommande affez . D'ailleurs , qu'a- t-il beſoin
de nos avis ou de nos éloges, puiſque ,
s'il en croit , d'un côté , le célèbre Auteur
des Petites Affiches ; de l'autre ; M. de L...
H..., dans une Lettre du 12 Juin , & enfin
une autre Lettre de M. le Comte de Mir ... ,
de la même date : Le choix du fujet lui
י נ
feul eft la preuve d'un bon cfprit & d'un
» bon patriote. C'eft un mérite de plus
» de favoir rendre la Poéfie utile ; c'eſt le
fentiment d'Horace , qui recommande
» l'utile dulci , & qui condamne verfus
inopes rerum nugaque canore . On doit lui
applaudir d'avoir eu l'idée d'appliquer la
"J
33
120 MERCURE
""
"
34
99
Poéfie à un grand fujet que jufqu'ici les
» Poëtes ont dédaigné, comme s'ils n'étoient
faits que pour charmer les hommes par
des bagatelles fonores , & non pour embellir
la raifon. Leurs fuccès ne feront
» vraiment chers aux Philofophes que , lorfqu'ils
auront fu allier les Mufes gracieu-
» fes & les Muſes févères «.
$5
LES ADIEUX du Duc de Bourgogne &
de l'Abbé de Fénélon fon Précepteur ;
ou DIALOGUE fur les différentes fortes
de Gouvernemens. 1. Vol. in-8°. de 332
pages . A Stockholm
& fe trouve à
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins ; & chez Moutard ,
Imprimeur de la Reine, rue des Mathurins.
Prix , 3 liv. 12 f. broché.
Ce Livre mérite d'être diftingué de la
foule des Ouvrages que l'on a publiés depuis
quelque temps fur les matières politiques ;
& nous ofons annoncer qu'il fera lu avec
intérêt & profit par tous les citoyens vraiment
attachés à la Patrie.
Pour en donner une idée fommaire , nous
nous bornerons à indiquer à nos Lecteurs
les motifs & circonftances qui ont donné
lieu à cet Ouvrage , les principales baſes
de
DE FRANCE. 121
de la doctrine qu'il renferme , la forme
fous laquelle cette doctrine eft développée ,
& quelques traits propres à faire connoître
le ftyle de l'Auteur .
و و
> » Cet Ouvrage dit l'Auteur dans fa
» Préface , eft le fruit de plufieurs converfations
particulières & fecrètes entre
une perfonne du plus haut rang &
» l'Auteur. Ce ne fut qu'après avoir dif-
» cuté la matière , autant toutefois qu'on
» peut le faire dans des converfations , que
» Î'Auteur ayant fuffisamment indiqué quels
33
étoient fes principes fur un fujet aufli
» vafte & auffi important , reçut , vers
» 1772 , l'ordre de les rédiger par écrit.
» Je ne vous demande pas , lui dit-on ,
un Ouvrage volumineux : les gens du
» monde n'en lifent guère de cette forte ;
mais je voudrois que , dans une fimple
brochure , vous puffiez établir fommai-
» rement & avec clarté , les grandes vérités
fondamentales que nous avons parcou-
و د
""
» rues.
Dans la circonftance dont il s'agit ;
» des défirs étoient des ordres , & il falloit
» au moins que je montraffe du zèle . Cha-
" que fois qu'on me voyoit , on me de-
» mandoit des nouvelles de mon travail :
» on paroiffoit très- preffé. Enfin je livrai
l'Ouvrage au bout de quelques femaines ,
c'est-à- dire , deux ou trois mois avant
» une grande
révolution , auffi peu atters
No. 38. 29 Sept. 1733.
و ر
ود
F
122 MERCURE
D
ور
» due de toute l'Europe , que juſtement
» admirée & applaudie des amis de l'ordre
public. Ce fut alors feulement que je
compris pourquoi on m'avoit fait un
devoir de prendre fi bien mes meſures ,
» que perfonne ne pût favoir où , ni par
» qui , ni à la follicitation de qui , ce petit
Ouvrage avoit été fait ,
"
و د
"
» Ces diverfes conditions , qui me furent
» tant recommandées , expliqueront pourquoi
je cherchai à m'étayer du nom de
Fénelon , & du fouvenir d'un Prince qui
» avoit donné de fi grandes efpérances au
Monde , & qui y a laiffé de fi grands re-
" grets : elles expliqueront pourquoi , dans
» l'Avertiffement & la Préface de l'Editeur,
» on cherchetant à faire adopter une pure
fuppofition , comme une anecdote véri
» table , en préfentant cet Ouvrage comme
étant un Ouvrage de M , de Fénélon,
"
39
و د
» Une obſervation très - effentielle à faire ,
c'eft qu'il faut bien fe garder de juger
rigoureuſement la pratique de ceux qui
gouvernent , d'après la théorie de ceux
qui écrivent. La théorie de ces derniers
ne préfente que des règles inflexibles
& des principes généraux ; nul obſtacle
» ne les arrête ; nul incident ne vient les
contrarier ; nul événement imprévu ne
» dérange leur marche tandis que les
Chefs de l'Etat , prefque toujours efclaves
de circonftances impérieufes, font forcés ,
DE FRANCE. 123
99
» même en fe propofant le fyftême le plus
parfait , de paffer continuellement d'une
exception à l'autre dans le cours & les
» détails de leur adminiftration .
ود
99
"
"
» Il faut donc reconnoître ici deux grandes
» vérités ; l'une, qu'il y auroit bien de l'ingratitude
& même de l'abfurdité , à ne voufoir
approuver dans la pratiqué que ce
qui feroit conforme à la théorie ; & l'autre,
» que l'on ne feroit guère moins blâmable
de vouloir rejeter toute théorie , fous
prétexte que jamais on ne peut y aftreindre
» tous les détails de la pratique » ,
23
J
""
-
Le Duc de Bourgogne , petit fils de
Louis XIV , entame cette difcuffion fur les
différentes formes de Gouvernement , par
déclarer à fon Précepteur , que connoiflant
la vertu , il mourra jeune ou ne mourra
pas Roi , s'il y a une forme de Gouvernement
plus propre que la forme monarchique
à rendre les Peuples heureux . C'eſt
fur cette déclaration que M. l'Abbé de
Fénélon entreprend de prouver qu'en général
le Gouvernement Monarchique eft
préférable à tout autre Gouvernement ; de
déterminer les caractères particuliers qui
conviennent au Gouvernement Monarchique
, & le diftinguent de tout autre Gouvernement
; de défigner les Nations de
l'Europe dont la profpérité eft plus étroite--
ment dépendante de leur fidélité à s'en
tenir au Gouvernement Monarchique ; de
F
124
MERCURE
donner des règles de conduite fages &
précifes fur les égards ou ménagemens que
le Monarque doit aux différentes claffes de
fes fujets ; & enfin de fixer les vûes de
police les plus propres à favorifer l'induſtrie ,
la richeffe & les moeurs en un mot , le
bonheur particulier des Citoyens.
›
De cès cinq parties , la dernière doit fournir
un volume qui ne verra le jour que
dans la fuite : les quatre autres rempliffent
celui dont nous nous occupons ici .
Dans la première , M. de Fénélon parvient
à convaincre fucceffivement fon Elève ,
que le Gouvernement Monarchique eft le
plus naturel de tous ; qu'il eft néceffairement
le premier , celui auquel tous les
autres doivent le plus naturellement aboutir
, le plus facile à rétablir , le plus aifé
à perfectionner , celui fous lequel les établiffemens
avantageux font plus faciles à
exécuter , le plus analogue aux Beaux- Arts
celui qui s'accorde le mieux avec nos paffions
, le plus propre à former des grands
hommes, le plus favorable à l'accroiffement
des fortunes particulières , le plus équitable
dans la diftribution de la Juſtice , le plus
doux & le plus humain , le plus durable ,
le plus tranquille au dedans , & le plus redoutable
au dehors.
Dans la feconde partie , le Précepteur
indique les traits caractéristiques de la véritable
Monarchie , & les Loix vraiment
fondamentales felon la nature même de
cette forme de Gouvernement.
DE FRANCE. 125
Dans la quatrième partie ( car la troifième
ne nous offre pas un objet auffi important
que les autres ) , l'Auteur examine fur- tout
s'il y a des corps publics qui foient effentiels
à la Monarchie ; jufqu'à quel point:
les corps publics modernes font les mêmes
que ceux des temps plus anciens ; s'il eft
vrai que l'on doive toujours s'en tenir à
l'ancien fyftême ; & quels égards le Souverain
peut avoir pour les prétentions des
anciens corps.
La forme de ce Traité eft , ainfi que
Le titre l'annonce , un dialogue où l'on
retrouve par - tout , dans un contrafte bien
foutenu , l'ame réfléchie & fière , énergique
& fimple , mais toujours vertueufe du Duc
de Bourgogne ; & l'ame douce & modérée
infinuante & expanfive , bienfaifante &
tendre de l'Auteur du Télémaque. Nous
citerons à ce fujet quelques paffages qui
pourront juftifier cette remarque , & feront
connoître le ftyle de l'Auteur.
و ر
M. LE DUC. » Etes-vous bien affuré que
les célèbres Républiques n'aient pas eu
» autant d'établiffemens utiles que les plus
fameufes Monarchies ? Rappelez - vous
" tout ce que vous m'avez appris des effers
» étonnans du patriotifme , tant dans les
Républiques anciennes , que dans celles
"
» des temps modernes.
"
FÉNÉLON. » Je ne prétends pas non plus
C
F 3
126
MERCURE
» que les Républiques ne nous offrent aucune
preuve d'un véritable patriotiſme ::
» les vertus peuvent fe comparer
و ر
"
"
30
>
à ces
plantes néceffaires , qui , par un bienfait
particulier de la Providence , croiffent
» par-tout , ce qui n'empêche pourtant
pas qu'un climat ne leur foit plus favo
rable qu'un autre. Le patriotifme , même
» au milieu des épines & des ronces de
l'anarchie fous l'aftre defféchant des
defpotes , a quelquefois porté les fruits
les plus beaux & les plus précieux ; d'où
» vous ne chercherez pas fans doute à
» conclure que s'il brilfe davantage dans )
» les défordres de la Société , c'eft que ces
défordres lui conviennent : il n'y brille
plus , que parce qu'il préfente un plus
" grand contrafte .
و ر
و د
و د
ود
20
n
22 Dans les temps modernes , je crois
m'appercevoir que les Républiques of
frent peut- être autant d'exemples que les
Monarchies , de ces dévouemens à la
patrie , qui font l'adiniration des fiècles
as de ces vertus pures & prefque furnaturelles
que l'Hiftoire a befoin de bien.
prouver pour les faire croire . Pour ce
genre de belles actions qui honorent .
infiniment l'homme , mais qui ne peu-
» vent jamais caractérifer une Nation ,
quoiqu'elles puiffent aider à caractérifer
un fiècle , parce qu'elles tiennent plus .
» aux circonftances de temps qu'aux principes
de Gouvernement , plus aux moeurs
و د
23
DE 117 1
FRANCE.
و و
وو
ور
qu'aux Loix ; je conviendrois fans peine
" qu'une République naiffante , qui le rappelle
ou qui craint encore , toute la pe-
» fanteur de joug tyrannique ' qu'elle vient
» de fecouer , peut , durant un temps ,
l'emporter fur les Peuples tranquilles qui
» l'environnent. L'enthoufiafme du mo
» ment , la néceffité de faire de grands
» efforts , la gloire de créer un nouvel or-
» dre de chofes , le tableau du paffé , dont
» la politique rembrunit chaque jour les
couleurs , la perfpective de l'avenir que
l'imagination & la vanité embelliffent ;
voilà fans doute des moyens fûrs de faire
opérer des miracles. Mais les Monarchies ,
dans leur origine , & daus quelques épo
ques bien critiques , ont eu auffi leurs
» prodiges de vertus.
"9
39
35
و د
M. LE DUC. » La première , la plus chère
& la plus précieufe de toutes les paffions
» de l'homme , n'eft -ce pas fa liberté ? Or
il en jouit dans une République : elle
» eft étouffée fous le fceptre du Monarque.
» Dans cette dernière pofition , il n'eſt rien
qui puiffe confoler l'homme d'une femblable
perte. Dans l'autre pofition , il
» n'eft rien dont une pareille jouiffance
» ne doive confoler.
"
و ر
"
FÉNÉLON . " Cette liberté des Républi-
» ques eft une perfpective qui enchante
» l'oeil de ceux qui ne la voient que de
F
4
128
MERCURE
>
"
و ر
ود
loin ; c'eft un fantôme qui flatte_l'tmagination
de ceux qui n'en jouiffent-
» pas , & qui récrée leur efprit par mille
» illufions. Mais confultez les Républicains
» eux-mêmes , ou plutôt , de peur qu'un
faux enthoufiafme ne leur faffe tenir un
langage tout contraire à ce qu'ils éprou-
" vent , faififfez-les dans ces momens d'épanchement
, où l'amour-propre n'eft pas
» intéreffé à déguiſer la vérité , où le fond
» de leur ame fe développe tout entier ,
» ils fe plaignent des hommes qui font à
leur tête ; vous ferez étonné de voir que
» leur prétendue liberté n'eft qu'un efcla-
» vage ; qu'ils le fentent eux-mêmes ; qu'ils
» en gémiffent ; & qu'enfin ils font mal-
» heureux par ll''eennddrrooiitt mmêêmmee par où vous
» les regardiez comme plus heureux que
ور
22
"
» vous.
晋3.3
">
و د
و د
Et en effet
>
où
où feroit cette liberté
" tant vantée ? Suppofons que vous foyez
citoyen de quelque République , même
Démocratique : il faut faire les Loix ;
" eft- ce vous qui les faites ? vous n'avez
" que votre voix : & qu'eft - elle dans
» la totalité ? Ce n'eft pas votre volonté
qui fait la Loi ; c'eft celle des autres ,
puifqu'il faut la pluralité. Et combien
n'y a - t-il pas à parier que les Loix feront
árrêtées ou dirigées d'une manière contraire
à vos voeux ? Alors il vous en cou-
» tera d'autant plus de vous y foumettre ,
" que vous vous regardiez comme Légif-
و د
و د
ود
31
DE FRANCE. 129
ود
ود
35
">
lateur ; que votre amour - propre fera
bleifé ; qu'en conféquence vous croirez
» qu'on a violé vos droits & méprifé vos
railons. Vous attribuerez tout cela à des
brigues , à des intrigues , à des féductions .
" La haine s'emparera de votre ame fous
le voile du zèle ; & à l'aide du dépit ,
» vous chercherez vous-même à vous faire
» un parti : & voilà le défordre naiffant
» de l'ordre même !
ود
92
M. LE DUC. Mais vous établiſſez un
defpotifme pur & abfolu , au lieu d'un
» Gouvernement Monarchique.
"
۔ ود
""
ور
FENELON . » Vous confondez la Monarchie
abfolue avec le defpotifme ; la différence
entre l'un & l'autre eft néan-
» moins infinie. Le Monarque abfolu fait.
» feul la Loi ; & voilà ce qui vous a in-
» duit en erreur , parce que vous avez
penfé que toute volonté du Monarque
» pourroit devenir Loi , & qu'ainfi le mot
» Loi & le mot volonté du Monarque fe-.
» roient fynonymes. Cependant il est vrai
» que chez le Monarque le plus abſolu ,
» la volonté ne devient Loi qu'autant -
99
"
qu'elle eft revêtue des formalités requifes
» pour lui donner ce caractère ; au lieu
" que chez le defpote , il n'y a ni formalité
ni caractère à établir pour que la
" volonté du defpote foit la Loi fouveraine.
Voyez , je vous prie , les conféquences
97
F S
130
MERCURE
""
•
» de cette différence fi remarquable : 1 .
» chez le Monarque , la Loi est toujours
publiquement manifeftée comme telle ,
» & généralement connue ; au lieu que
» chez le Defpote , la Loi eft , fi l'on veut
» fecrète , cachée , inconnue , infidieufe
» & traîtreffe ; 2º.la Loi , chez le Monar-
» que , eft toujours aufli générale que fon
objet le comporte ; au lieu que chez le
Defpote elle eft aufli fouvent particulière,
» individuelle & privée , que le Souverain
» le veut ; 3. chez le Monarque , elle ne
» peut jamais avoir l'effet rétroactif ; au
lieu que chez le Defpote elle a tous les
effets. que l'on veur ; 4°. chez le Mo-
» narque , la Loi a un caractère de ſtabilité
» & de permanence inconteftable , puif-"
» que pour l'annuller il faut qu'elle foit
22
و ر
ور
و ز
"
révoquée par une autre Loi revêtue des
» mêmes formalités au lieu que chez le
Defpote la Loi cft mobile comme le
fable , & qu'elle ne fubfifte plus pour
» les uns lorfqu'elle, fubfifte encore pour
» les autres ; enfin , chez le Monarque ,
il n'y a qu'une Loi & qu'un Souverain
» tandis que chez le Defpote il y a néceffairement
autant de Loix & de Defpotes
» que l'on peut compter de dépofitaires de'
l'autorité, puifque la volonté arbitraire'
& momentanée de ceux- ci devient néceffairement
une Loi abfolue pour tous
ceux qui leur font foumis . Pefez bien
» toutes ces différences & plufieurs autres ;
37
و ر
·4
DE FRANCE.
131
» calculez- en les effets , & dites.ce que l'on
» doit penfer de ceux qui confondent la
» Monarchie abfolue avec le Defpotifme.
M. LE DUC. Vous êtes bien ennemi de
» tous les Gouvernemens mixtes ?
و و
FÉNÉLON. Je fuis ami, dans la pratique,
» de tous les Gouvernemens qui exiftent
» parce que je fuis ami de la paix & de la
tranquillité publique ; mais dans la théo-
» rie , lorfque je me mets à calculer les
» avantages & les inconvéniens de toutes
33
و د
les formes de Gouvernemens que nous
» pouvons connoître , je vous avoue que
ma raifon penche toujours en faveur des
» formes les moins compliquées . En un
» mot , le Gouvernement le plus parfait à
» mes yeux , c'eft le Gouvernement paternel
, préfentant d'une part le défir de
» faire le bien , & de l'autre celui d'y coo
pérer ; d'une part , l'obéiffance & le ref
" pect , & de l'autre , la juftice , la fagelle
& la modération , & par tout la confiance
» & l'amour. Vous chercherez en vain
hors de la vraie Monarchie un tableau
auffi parfait , une forme de Gouverne
» ment audi heureufe !
"
33
M. LE DUC. Cependant nous voyons
» que parmi les bons efprits , il y en a
beaucoup, & peut être le plus grand
nounbrc qui préfèrent les Gouverne
» mens mixtes à la Monarchie abfolue.
ور
ود
>
-
F6
132 MERCURE
"3
>>
"
و د
و د
و ر
.
FENELON . Il eft dans le caractère tou
jours inquiet de l'homme , vu la foibleffe
» de fon efprit , le peu d'étendue de fes
connoiffances , la fougue de fon imagination
, & l'infatiabilité de fes défirs ,
» de douter toujours que le bien qu'il a
puiffe être le mieux pour lui ; de fupporter
avec peine les maux inféparables
» de fon état , même ceux qui font le plus
compenfés par les avantages réels dont
il jouit ; de ne voir les objets dans le
» lointain , que fous des images féduifantes
& trompeufes ; de fe fentir involontai
» rement attiré par la curiofité vers des
objets nouveaux ; & enfin de fe faire il
lufion jufqu'à fe perfuader que le bien
qu'il a depuis long temps n'eft plus un
s bien , ou qu'il eft très -mince , & que le
" mal qu'il n'a jamais eu n'eft pas un mal ,
» ou qu'il eft très-tolérable. Que eft le
» malade aux yeux de qui fes douleurs &
fon état ne foient pas les douleurs les
plus cruelles & l'état le plus trifte ? Quel
» eft l'homme fain & robufte qui fonge
» à remercier Dieu de fa fanté: il en jouit ,
» il en abufe en ingrat.
99
"
»
"'"
ود
50
-
" Ce font ces difpolitions fi naturelles à
l'homme , & cependant fi trompeufes ,
qui doivent nous retenir dans la méfiance
" contre les opinions des autres hommes:
nous devons , pour ne pas être dupes
» de leurs erreurs , écouter & fuivre leur
» raiſon & non leurs goûts , confulter leur
logique & non leurs paffions .... “.
"3
:
DE FRANCE.
133
Nous allons terminer cet extrait par une
Anecdote intéreffante que l'on trouve dans
une Note.
» Frédéric le Grand , ayant la goutte remontée
, couché fur un grabat après une
longue foibleffe , caufoit, en Janvier 1767 ,
avec l'Auteur de cet Ecrit , & le Colonel
Guichard , dit Quintus Icilius. On parla des
diverfes fortes de Gouvernemens ; alors ce
grand Homme , malgré fes fouffrances , prit
la parole , & dit :
ور
55
"
J'oublie pour un moment que je fuis
Monarque je fuppofe même que je n'ai
» aucun intérêt à démêler avec les hom-
" mes : je me fuppofe d'une nature toute
différente ; je fuppofe enfin que planant
dans les airs , je m'occupe à confidérer
" cette race de fourmis qui habite la terre
" & que vous nommez Genre humain...
» J'en étudie avec autant d'impartialité que
d'attention le caractère & les pattions
» la force & la foibleffe , en un mot , la
" nature & les befoins. Le réfultat de mes
» obfervations , c'eft que l'homme ne peut
» vivre qu'en fociété ; que la Société ne
» peut exifter fans forme de Gouverne-
" ment ; & que de toutes les formes de
(
Gouvernement , celle qui eft préférable
" aux autres , eft la forme monarchique ;
» & cela pour deux raifons principales ,
» auxquelles routes les autres fe rappor
» tent ; favoir , que c'eft le Gouvernement
" où il y a plus d'unité dans les réfolutions
» & plus de célérité dans l'exécution «,
134 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE Mardi , 6 Août , on a donné la première
repréfentation des Arts & l'Amitié,
Comédie en un Acte & en vers libres , qui ,
par des caufes particulières , n'a été jouée
pour la feconde fois que le Mardi 9 Sepremibre
.
Il eft des Ouvrages qu'on ne fçauroit juger
avec une certaine févérité , fans paller pour
être injufte celui - ci eft du nombre. C'eft
une imitation allez exacte d'un Conte intitulé
l'Union des Arts , publié il y a quel
années dans un Recueil connu fous ce
titre original : Graves Obfervations , par le
Frère Paul , Ermite de Paris . Voici la
Fable de la Comédie.
ques
Quatre jeunes gens vivoient enſemble
unis par l'habitude & par l'amitié ; trois d'entre
eux étoient frères , l'autre étoit leur ami .
Celui -ci eft mort , & fa perte alloit devenir
fatale à l'union des premiers, quand Bonne ,
la jeune foeur de leur ami , eft venue s'établir
chez eux , & s'eft mife à la tête de
leur petit ménage. La préfence d'une femme
DE FRANCCEE.
13 $
.
1
jolie , douce , aimable , intelligente & raifonnable
, a rappelé la paix . Des trois frères ,
l'un eft Peintre , le fecond cft Poëte , & le
troifième eft Muficien . Tous trois , animés
par les regards de Bonne , travaillent avec
une ardeur propre à augmenter leurs talens ,
& à les faire vivre dans une honnête aiſance .
Voilà où la Pièce commence. Le Peintre
achève un Payfage , le Muficien & le Poëte
mettent la dernière main à un Opéra qu'ils
ont fait enfemble. Bonne interrompt leurs
travaux & les fait déjeûner ; puis elle les
laiffe fe remettre à l'ouvrage , & chante auprès
d'eux , tandis qu'ils mettent leurs productions
en état d'être livrées. Ils forrent.
Bonne refte feule , & reçoit bientôt la vifite
de la Gouvernante d'un vieux Procureur
qui lage dans le voifinage. L'impoffibilité
de rentrer chez elle , fait défirer à celle - ci
que Bonne lui permette de refter jusqu'aur
retour de fon maître. Bonne y confent , &
dans une converfarion qu'elles ont enſemble,
on apprend que le bonheur dont jouiffent
les frères , a éveillé l'envie & la médifance ;
que le vieux Procureur eft devenu amoureux
de Bonne , qu'il a déjà plufieurs fois
tenté de l'éblouir par des propofitions bril-
Fantes , & qu'il eft capable de fe porter à
des excès , s'il eſt toujours dédaigné. Midi
fonne ; Bonne prie la vicille Gouvernante
de vouloir bien refter feule pendant qu'elle
va fortir pour s'occuper du dîner de fes
enfans. Le Procureur entre prefque aufli- tôts
136 MERCURE
il eft furieux quand au lieu de Bonne il
rencontre la vieille Domestique ; il la chaffe
avec colère ; & tandis qu'il eft feul , il gliffe.
entre les papiers des jeunes gens un deffin
fcandaleux , & un manuferit qui ne l'eft pas)
moins.Quand Bonne reparoît, il recommence
Les perfécutions, & reçoit des refus qui l'humilient
; mais le retour du Peintre le force à
fe calmer , & il fe retire après avoir trouvé
un prétexte pour motiver fa vifite & fa
retraite . Bonne inftruit le jeune homme de
l'indécente conduite du Vieillard . A la manière
dont le Peintre s'échauffe , on fent
qu'il porte à Bonne plus que de l'amitié ;
mais il voit rentrer fes deux frères avec de
très-heureuſes efpérances, il a, lui -même, rapporté
25 louis pour le prix de fon Paylage ;
& le petit ménage ne penfe qu'à fon bon- ,
heur préfent. On profite de ce moment de
joie pour effayer un air qu'a fait le Mufcien.
Le Poëte fe place auprès de Bonne ,
& tient le cahier de mufique ouvert ; le
Muficien eft debout derrière eux avec fa
guitare . Le Peintre trouve le groupe agréa
ble , veut le deffiner , & puis il y ajoute
bientôt en s'affeyant aux pieds de Bonne,
après avoir placé devant lui un grand miroir
de toilette: Cependant le vieux Procureur
a juré la perte des trois frères , il
les a dénoncés comme les Auteurs d'Ouvrages
tendans à la licence . Un Exempt
vient les arrêter les jeunes gens , forts
de leur innocence , demandent qu'on viſite
DE FRANCE. 137
leurs papiers. On les vifite , & on y
trouve ce qu'on cherche : mais un mot de
l'Exempt decouvre que c'eft fur le témoignage
du Procureur qu'on les arrête. Les
frères , indignés de l'affreufe perfidie de leur
ennemi fecret , s'élèvent avec indignation
contre l'accufation dont ils vont être les
victimes . Dans leur colère , l'Exempt n'apperçoit
que le cri de l'innocence perfécutée ;
il eft forcé de les emmener ; mais il prend
la réfolution de fe faifir auffi du Procureur.
A cet inftant on voit entrer le Commandeur
de Surval , le protecteur & l'ami des
trois frères , que la vieille Gouvernante du:
Procureur a été inftruire de leur danger.
Le Commandeur répond de tout , & affure
l'Exempt qu'il ne tardera pas à le fuivre chez
le Magiftrat , accompagné de fes jeunes amis.
L'honnête protecteur refté feul avec eux, les
éclaire fur ce que leur manière de vivre a d'indécent
aux yeux du Public ; il leur propofe
de mettre fin aux difcours malins , en faifant
époufer Bonne par celui d'entre eux
qu'elle aime le plus . Cette propofition fait
naître un petit débat de générofité , que les
deux aînés terminent en faveur du Peintre ,
dont la douleur annonce l'amour , & que
Bonne préfère en effet , malgré tout l'effort
de fa raifon . Alors le Commandeur exige
que dès ce jour fon hôtel devienne l'afile
de fes protégés ; il croit ne pouvoir faire
un meilleur ufage de fa fortune , qu'en l'employant
à honorer les talens & la vertu.
138
MERCURE
Cette petite Pièce a de la grace & de
l'intérêt . On pourroit lui reprocher quelquefois
trop de recherche dans les expreffions ,
& des
développemens un peu trop prolongés
; mais elle offre tour à tour à l'oeil
& au coeur des fituations pittoresques &
touchantes. Le rôle du vieux Procureurtranche
peut- être un peu trop avec les autres :
fon caractère eft noir , & repouffe d'autant
plus , que tous les autres perfonnages font
intéreffans & aimables. Nous croyons qu'il
ne feroit pas difficile de l'adoucir , & que
l'effet de la Pièce en feroit plus agréable. La
première repréſentation de ce petit Ouvrage
avoir eu du fuccès ; la feconde en a eu davantage.
Tout doit encourager l'Auteur à.
fuivre une carrière où il débute d'une manière
fi heureufe. La Pièce eft jouée foigneufement
; il y règne beaucoup d'enſem
ble , & elle a réuffi fans rencontrer de contradictions
dans fon fuccès.
LE Jeudi , 11 Septembre , on a remis
à ce Théatre , l'Anneau perdu & retrouvé ,
Opéra Comique en deux Actes , avec de
la mufique nouvelle , par M. Chardini, de
l'Académie Royale de Mufique.
M. Laurent est fort amoureux de Role
jeune perfonne fiancée à Colin . Il a trouvé
fon anneau de mariage , qu'elle regrette d'avoir
perdu , & il lui fait entendre que c'eft
DE FRANCE. 139
le Diable qui l'a volé ; mais que , par le
fecours d'un grimoire , il faura bien le lai
faire rendre , fi elle veut fe trouver la nuit
dans un endroit qu'il lui indique . Tout le
but de M. Laurent ell de ravir à Roſe fom
innocence ; mais Colin & Madame Laurent
, inftruits de fon projet , raffemblent ,
les Payfans du village , qui fe déguiſent en
fantômes , l'effraient , le faififfent , & veulent
lui faire expier fa méchanceté ; mais
fa femme fe laiffe toucher , demande pardon
pour lui , & Colin époufe Rofe.
Cette petite Pièce avoit été jouée pour
la première fois en 1764. Depuis ce temps ,
l'Opéra Comique n'eft plus le même , &
il faut , pour réuffir dans ce genre , d'autres
moyens que ceux qui étoient de mife il y
a vingt - quatre ans ; auffi la remife de
l'Anneau perdu & retrouvé n'a - t - elle eu
ancun fuccès.
Nous devons obferver que le Public a
jugé cet Ouvrage avec beaucoup de patience
& de tranquillité ; qu'il s'eft donné
la peine de l'entendre & de le bien connoître
avant de laiffer éclater fon humeur
enfin que ce n'eft qu'à la dernière Scène qu'il
a donné des marques de fon mécontentement
abfolu. Nous invitons les honnêtes
gens , qui aiment le fpectacle , à tâcher
d'entretenir dans nos parterres cet efprit
de réſerve & de modération . Interrompre
une Pièce , comme on fembloit en vouloir
140 MERCURE
prendre l'habitude , au tiers , au milieu de
fa repréſentation , c'eft autorifer un Ecrivain
à dire qu'il a été mal jugé ; c'eſt le
priver de la moitié de l'expérience qu'une
chute totale & réelle auroit pu donner à
fon amour propre .
L'entendre avec patience
, le fuivre dans tout fon Ouvrage ,
c'eſt le forcer à refpecter fes Juges & à
tâcher de fe rendre digne de leurs fuffrages.
On a remarqué de jolies chofes dans la
mufique de M. Chardini ; on a regretté
qu'il eût fait effai de fes talens fur un
Poëme ingrat , dénué d'intérêt comme de
comique ; & pour lui donner les encouragemens
qu'il a paru mériter , on l'a demandé
à la fin de la repréſentation : il s'eft préſenté ,
& il a été très-vivement applaudi .
ANNONCES ET NOTICES.
CODE des
Confignations , Saifies -Réelles , Hypothèques
, & Ventes de meubles ; ou Maximes &
Réglemens concernant ces objets ; contenant le
Recueil , 1°. des Edits , Déclarations , Arrêts, Sentences
& Réglemens relatifs aux Créations , Erabliffemens
, Droits , Priviléges & Fonctions ; ca
premier lieu , des Receveurs des Confignations :
2º. des Commiflaires & Contrôleurs aux Saifies--
Réelles 3. des Huiers-Commiffaires-Prifeurs ,
DE FRANCE. 141
& des Jurés-Prifeurs- Vend. : 4 ° . des Edits , Décla- .
rations, Lettres- Patentes , Loix générales & municipales
, Arrêts , Sentences & Réglemens fur le
fait des criées & décrets , & de ceux relatifs aux
hypothèques & lettres de ratification . Ouvrage
utile à toutes perfonnes , & néceflaire aux Receveurs
des Confignations , Commiſſaires aux Saifies-
Réelles , Huifliers - Commiffaires- Prifeurs , &
Jurés Prifeurs ; in- 8 . Tome II . A Paris , chez
Prault , Libr. , à l'Hôtel de la Trésorerie , Cour
de la Sainte-Chapelle , au Palais ,
Nous avons annoncé le premier Volume de cet
Ouvrage , qui n'eft point fufceptible d'analyſe. Il
n'en eft pas moins vrai que l'idée en cft heureuſe,
& l'exécution très-utile ; c'eft le plus complet que
nous ayons fur cette matière .
Les Tarifs des différens droits de confignation ,
& les Maximes relatives aux Réglemens dont il a
été fait mention , fe trouveront dans le dernier
Volume. Ces Maximes doivent former les Tables
des Matières ; & à raifon du rapport que les différentes
parties du Code ont entre elles , il y aura
beaucoup de ces Maximes , ou qui feront communes
à toutes les parties, cu qui feront tirées des
Loix qui fe trouveront dans les autres parties . La
Table particulière des Réglemens concernant les
Confignations , fe trouvera auffi dans le dernier
Volume de cet intéreflant Ouvrage ,
Collection des Mémoires de l'Hiftoire de France,
Tome XLII . A Paris , rue & hôtel Serpente.
Ce Volume contient la fuite des Mémoires de
Michel de Caſtelnau.
Bibliothèque Univerfelle des Dames, Même
adreffe. Formant le XXIe . Volume de l'Histoire.
242 MERCURE
1
Géométrie fouterraine , Elémentaire , Théorique
& Pratique , où l'on traite des filons ou veines
minérales , & de leurs difpofitions dans le fein
de la terre ; de la Trigonométric appliquée à la
connoifiance des filons , à la conduite des travaux
de mines , & à la confection de leurs plans &
profits avec Figures , & des Tables qui , fans
calcul, indiquent la valeur des deux côtés de tout
triangle rectangle , dont l'hypothénufe eft connue
; par M. Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , Infpecteur général des Mines ,
Profeffeur de l'Ecole Royale defdites Mincs . In - 4 °.
Prix , 15 liv. br . A Paris, chez Moutard, Imp-Lib.
de la Reine , rue des Mathurins. 1
Le titre de cet Ouvrage annonce fon utilité
& les lumières de l'Auteur , confirmées par 35
ans d'expérience , font une puiante recoinmandation
auprès du Public.
Théatre du Monde , où , par des 'exemples tirés
des Auteurs anciens & modernes , les vertus &
les vices font mis en oppofition ; par M. Richer ,
Auteur des Vies des plus célèbres Marins , des
Faftes de la Marine Françoife , & c . Dédié à la
Reine , & orné de très belles Gravures , d'après
le deffin de MM . Moreau le jeune , & Marillier ;
4 Vol . in- 8 ° . br. Prix , 20 liv . ; rel . en écaille ,
27 livres ; & doré fur tranche , 30 liv . A Paris
chez Defer de Maiſonncuve , Lib. rue du Foin-
St-Jacques.
-
Recherches fur les Maladies Venériennes - chronicles
fansfignes évidens , c'cft- à-dire , mafquées ,
dégénérées , ou compliquées ; par M. Carière ;
in-12 . Prix , 36 f. A Paris , chez Cuchet , Libr.
rue & hôtel Serpente.
›
DE FRANCE. 143
Chronologie des Etats- Généraux , où le Tiers-
Etat eft compris , depuis l'an 1615 jufqu'au
Roi très- Chrétien Louis XIII ; par M. Jean
Savaron , Confeiller du Roi , Préfident , Lieutenant-
Général en la Sénéchauffée d'Auvergne , &
Siége Préfidial à Clermont , & Député aux Etats-
Généraux. Sur l'imprimé , à Paris , en 1615. A
Caen , chez G. Leroy , Imprimeur du Roi , à l'ancien
Hôtel des Monnoies ; & à Paris , chez Delalain
le jeune , Lib , rue St. Jacques,
f
Obfervations médicales & politiques fur la Petite
Vérole , traduites de l'Anglois par M. Mahon ,
Doct. Méd . , P. Membre de la Société Royale de
Médecine. Prix , 36 f. A Paris , chez Cuchet ,
Lib. ruc & hôtel Serpente .
Euvres complètes de Lucien, traduites du Gree,
d'après une copie vérifiée fur fix Manufcrits de la
Bibliothèque du Roi , avec des Notes , des Óbfervations
& des Remarques littéraires , critiques
& favantes, fur cet Auteur , fes Ouvrages & fes
Traducteurs ; grand in- 8 °,, 6 Vol . de 5 à 600
pages environ chacun , avec fon Portrait. Broch ,
en carton , étiquetés , 36 liv .
Les mêmes fur carré double , format in-4 ° . , 6
Vol, brochés en carton, étiquetés, 72 liv.
N. B. A la tête du premier Velume il y a un
bon pour le Tome VI , qui ne paroîtra que vers
la fin de l'année . Le VIe. Volume contiendra les
Remarques littéraires & critiques fur tous les
Textes de cet Auteur. Les cinq premiers qui paroiffent
, contiennent la Traduction entière du
Texte. A Paris , chez Jean - François Baſtion , ruc
des Mathurins , N° , 7,
$44
MERCURE DE FRANCE.
Symphonie concertante à 8 Inftrumens obligés ;
2 Violons , Flûte , Alto , Violoncelle , Baffe , & 2
Cors ; par J. Haydn , Prix , 4 liv. 16 f. Recueil
d'Ariettes choifies dans les Opéras Comiques , arrangées
pour 2 Clarinettes. Prix , 3 liv . 12 f. A
Paris , chez M. Bouin , Md. de Mufique & de
Cordes d'Inftrumens , rue S. Honoré , au Gagne-
Petit , No. 504 ; & à Verfailles , chez Blaifot , rue
Satory.
Romances d'Eftelle , fuivies d'un Air varié
avec Harpe & Forté-Piano ; par J. Elouis , Profeffeur
de Harpe. Euv . 5e . Prix , 6 liv . A Paris ,
chez Baillon , rue du petit Repofoir , Place des
Victoires.
Fautes à corriger dans le N° . précédent.
- Page 79 , ligne 12 , A Paris ; lifeg , A Pat en
Béarn.
Page 93 , lig. 9 , 10 liv. 10 f.; lifez 36 liv.
E PITRE.
TAB . L E.
97 Les Faftes du Commerce, 11
Adeuxgentes Damoifelles.99 Les Adieux du Duc de Bour
Charade , Enig. & Log. 100 gogne.
Traité de la Culture du Nopal.
120
Comédie Italienne.
103 Annonces & Notices.
134
140
ΑΙ
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 20
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
en empêcher l'impreflion . A Paris, le 19 Septembre
1788.
SÉLIS.
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 27 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ÉLÉGIE
AUX MANES D'ADÉLAÏDE.
DEPUIS que tu n'es plus, que ton époux en larmes
Reproche aux Dieux ta mort & fes malheurs ;
Trois fois,fur le tombeau qui renferme tes charmesy
Le Printemps a femé la verdure & les fleurs.
Et moi , noi qui t'aimois d'une amitié fi tendre ,
O mon aimable four ! pour honorer ta cendre ,
Je n'aurai donc verfé que d'inutiles pleurs ! . . .
Pardonne, hélas ! ... Sur ma lyre plaintive ,
Nº. 39. 27 Sept. 1788 .
G
146 MERCURE
Pour confoler ton ombre fugitive ,
Je vais, après trois ans , foupirer mes douleurs.
Tandis qu'à la fleur de ton âge ,
Un mal lent & cruel confumoit tes beaux jours ;
Exilé , loin de toi , fur un trifte rivage ,
Je fuppliois les Dieux d'en prolonger le cours,
Bientôt j'appris qu'une mère éplorée ,
Abandonnant fa retraite ( 1 ) facrée ,
pas ;
Vers les murs de Nanci voloit à ton fecours,
Je m'écriai dans ma douleur amère :
» Dieux que j'implore ! ah ! conduifez fes
Et pour récompenfer la vertu d'une mère ,
» Faites du moins qu'une fille fi chère
» Pour la feconde fois fe ranime en fes bras « ! ..
Voeux fuperflux , inutile prière ! ....
Elle venoit , la malheureuſe mère ,
Etre témoin de fon trépas.
Ni fa jeuneffe , hélas ! ni l'éclat de fes charmes ,
Ni l'amour d'un'époux qui la retient en vain ,
Ni les triftes fanglets d'une famille en larmes ,
Rien ne peut donc fléchir la rigueur du Deftin .
Adélaïde meurt ... Nymphes de Sornéville ( 2 ) ,
Pleurez , rempliffez l'air de vos gémiſſemens ;
Vous , arbuftes chéris qui pariez fon afile ,
Rofiers qu'elle a plantés dans fes amuſemens ,
( 1 ) Le Couvent du Grand -Ch ... , près Paris .
(2) Terre aux environs de Nanci.
DE FRANCE. 147
Courbez , pour la pleurer , votre tige fi belle ,
Imitez fon deftin , & mourez avec elle .
Elle n'eft plus ... Accablé de fes maux ,
Dans le fond de fon coeur confervant ta mémoire ,
Ton époux , de Bellone à quitté les drapeaux :
A pleurer fon Amante , il met toute la gloire.
Souvent , pour charmer fa douleur ,
D'un Forté-piano fa main preffe la touche ;
L'inftrument , fous fes doigts , murmure avec dou--
ceur :
Hélas ! il croit entendre un foupir de ta bouche ;
Et du moins il retrouve un inflant de bonheur.
Dans le fond des forêts , fur une côte aride ,
Seul , avec ton portrait qu'il baigne de fes pleurs ,
Il appelle , à grands cris , fa chère Adélaïde :
Et du creux d'un rocher , fenfible à fes malheurs ,
Echo répète : Adélaïde !
Elle n'eft plus ... Gages d'un tendre amour ,
Qui prendra foin d'élever votre enfance !
Du haut des Cieux , fon immortel féjour ,
Adélaïde , à chaque inftant du jour ,
Jette fur vous un ail de complaifance .
Mère fenfible , ah ! ne crains rien pour eux
Ta four les aime & leur tient lieu de mère :
Elle en fit le ferment à ton heure dernière ;
Et cette promeffe fincère
Mêla quelques douceurs à vos triftes adieux .
Depuis, elle est toujours fidelle à fes promeſſes :
Entre tes enfans & les fiens ,
3
G 2
148
MERCURE
Conftance fait fi bien partager fes careffes ,
Que toi-même aurois peine à diftinguer les tiens.
Pour moi , du mal cruel dont tu fus la victime ,
Je porte , en languiffant , le germe dans mon fein :
C'eft en vain qu'à mes la terre fe ranime ;
yeux
Hélas ! tout m'avertit de ma prochaine fin .
Contre une mort prématurée ,
Depuis long-temps mon amne raffurée
Voit arriver fans crainte , fans effroi ,
L'inftant fatal où mon ombre appaifée
Doit pour jamais ſe réunir à toi
Dans les bofquets de l'Elysée.
( Par M. de la Motte.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LeÉ mmoott de la Charade eft Préface ; celui
de l'Enigme eft l'Heure ; celui du Logogriphe
eft Plaifir , où l'on trouve Paris , Paris,
Ail , Lis , Pis , Ris , La , Si , Pas.
DE FRANCE. 149
CHARADE.
ONN prononce non premier ,
On chante mon dernier ,
On chérit mon entier.
( Par M. Heiligenflein , âgé de 12 ans . )
ÉNIGM E.
L'ART feul , & jamais la Nature ,
Me fait faire ici bas une trifte figure.
Nuit & jour , cher Lecteur , relégué dans un coin ,
Monté fur quatre pieds, on me trouve au beſoin.
A la Cour , ainfi qu'à la Ville ,
Aux grands, comine aux petits, j'aime à me rendre
utile';
Dans mon obfcurité , j'ai fouvent la douceur
D'être pour les François une marque d'honneur ;
Chez la Reine fur - tout , quoique fort incommode
En tous les temps je fuis fort à la mode .
( Pur M. Sebire de Beauchefne, Off. de M.)
>
1
LOGOGRIPHE.
LORSQUE la fombre puit à déployé fes voiles ,
Et que fur l'horizon d'innombrables étoiles
G3
150 MERCURE
Ont fait difparoître Phébus
Je fuis utile & même néceffaire,;
Mais du grand jour mon ufage eft exclus.
De tous les animaux le plus doux eft mon père.
Cherchez dans mes neuf pieds ; vous trouverd
d'abord
Un animal très- pacifique
Qu'on méprife fouvent à tort ;
Plus , une note de mufique 3-
Un arbre que la Fable a rendu très -fametix ,
* Et qui du Souverain des Dieux ,
Reçut le don de prophétie ; !
Ce qui d'un for piquant garantit Amélic ;
Ce qui nous, elavantageux 1.
Pour traverfor une rivière ;
Le féjour bienheureux d'où notre premier père
Fut jadis expulfé par un Ange vengeur ;
Le feftin que fuivit le trépas du Sauveur ;
Une ville de Normandie ,
La femelle d'an amphibie ;
Cinq prononis ; de Phryxus la foeur ;
Un jour où fouvent l'homme eft moins vrai que
flatteur
1
Un adverbe ; une plante rare ;
Enfin , l'époufe de Tyndare.
Par M. Martau, Ecolier de Ph. âgé de 19 ans.)
DE FRANCE. 151
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
LA Germination , ou Nouveau Principe de
Phyfique par un Médecin. A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers , près
des Ecoles de Chirurgie ; & chez Croullebois
, rue des Mathurins.
1
PREMIER
UN
EXTRA I. T.
N nouveau Principe de Phyfique ;
s'il étoit vrai , feroit la découverte d'une
nouvelle loi de la Nature , & une pareille
découverte feroit une grande gloire , non
feulement pour l'Auteur de cette Brochure ,
mais pour notre fiècle.
Il y a deux fiècles , à peu près , depuis Galilée,
qu'on a commencé à regarder autour de
foi avec quele attention & quelque exactitude
: on a recueilli des faits , & on les a claffés
avec méthode ; on a obfervé des rapports
entre les phénomènes , & on en a expliqué
quelques uns . Cependant on a découvert
bien peu de loix de la Nature . Nous n'en
G 4
ifa
MERCURE
connoiffonspeut-être qu'une feule très -générale
, la gravitation , encore n'eft- elle bien
connue que dans les grands efpaces &
dans les grandes maffes , dans la marche ,
dans la forme & dans les diftances des
planètes.
La gravitation , juſqu'à préſent , eſt une
loi de l'Aftronomie plutôt qu'une loi de
la Nature.
Cette loi peut être univerfelle , & cela
eft probable ; mais je dis que cela n'eft pas
démontré , & que toutes les fois qu'on a
voulu fe fervir de la gravitation pour
expliquer l'élafticité des corps , leur cohétion
& d'autres phénomènes , on a réuffi
à dire beaucoup de chofes ingénieufes
fans en dire une feule de démontrée comme
la gravitation de la lune vers la terre.
,
Dans la feconde de fis vûes fur la Na-
Aure , M. de Buffon a entrepris de chersher
comment la gravitation pouvoit agir
fur les petites maffes & auprès de nous :
il a fait des fuppofitions , des hypothèses
d'une fagacité prodigieufe. Peut - être il a
deviné jufte , mais nous ne le favons pas,
& ni lui non plus.
Les hypothèses d'un homme de génie , ne
font pas toujours les loix de la Nature , &
quand elles le font , cela mêine eſt une découverte
à faire.
De nos jours on ne rencontre que des gens
qui ont fait des découvertes : l'un parle d'un
fluide univerfel, qui eft le principe & le
DE FRANCE." 153
confervateur de la vie des hommes & du
mouvement des planètes ( ces vaftes rapprochemens
caractérisent le génie ) ; l'autre
parle d'un Ether , avec lequel , fans le con
noître du tout , on explique les phénomènes
de la lumière , bien plus aifément qu'avec
les rayons du Soleil ; d'autres enfin ont
trouvé dans les PIERRES , dans les HERBES,
dans les PAROLES , ou dans quelque
autre chofe , des fecrets avec lefquels ceux.
qui vivent ne meurent pas , & ceux qui
font morts reviennent fouper avec les vivans.
Je demande pardon aux bons efprits
de faire mention de ces fublimes découvertes
; mais ils favent ce qui en eft , &
je puis leur dire : Voyez où nous en fommes
réduits.
}
Qu'est - ce que c'eft aujourd'hui que
de nouveau principe de Phyfique , cette
Germination ? Est - ce encore quelqu'une de
ces rares conceptions par lefquelles on
trouve fi facilement le mot de l'éternelle
énigme de l'Univers ? Non , & il faut bien
fe garder de confondre cette Brochure
avec tous ces Ouvrages où l'efprit humain
en délire a voulu expliquer tout ce qui eft
dans la Nature , & même tout ce qui n'y
clt pas.
L'Auteur de la Germination la donne
comme un nouveau principe ; nous croyons
que ce n'eft guère qu'un nouveau mot.
Nous croyons que l'Auteur a été fouvent
trompé par le mot qu'il a créé ; mais qu'on
Gj
154
MERCURE
life cette Brochure , qu'on la life en fe dépouillant
également & des préjugés antiphilofophiques
, & des préjugés philofophiques
, car il y en a autfi beaucoup de
cette efpêce ; & l'on trouvéra peut-être que
dans fes erreurs inême , l'Auteur, annonce ,
& promet aux Savans un efprit capable de
reculer les bornès des ch
Cette annonce , je le penfe , leur fera
plus de plaifir que de peine , car il paroît
très vrai que la Rabbia della Gelofia ne
tourmente pas les Phyficiens comme les
Moraliftes.
و د
ود
Voici le début de l'Auteur. » . » Rien
ne peut être plus agréable aux Sages , ni
plus utile aux progrès de la Phylique
» que ces principes étendus , ces loix générales
qui expliquent beaucoup de chofes
» & renferment un grand nombre de faits.
En m'occupant de la recherche de ce
genre de vérités , j'ai cru appercevoir un
» de ces principes , & je vais tacher de
» l'expofer ici . Je n'en rechercherai point
ود
ود
la caufe , & ne ferai aucun effort pour
» découvrir le principe fupérieur d'où peur
dépendre cette propriété univerfelle &
puiffante. Peut - être elle touche de près
à l'origine des êtres , & elle naît immédiatement
de cette caufe première ,
» fouveraine , indépendante , qui n'exifte
que par elle - même. Sans vouloir nous
engager ici dans des difcuffions abftraites
au fujet de cette loi ; fans entreprendre
"
DE FRANCE. 155
" de la commenter , de l'expliquer , ni
rendre compte des motifs fur lefquels
» elle a pu être fondée , celui qui la fit
""
"
"
ور
l'établit dans toute la Nature fans publier
» ces motifs ; nous nous contenterons
» fimples Obfervateurs , de montrer qu'elle
» exifte , & de le prouver par des faits.
" Je vais donc uniquement énoncer le
principe , & en faire un certain nombre
d'applications. Voici donc la loi : Que
tout croiffe ; que tout s'augmente autant
qu'il fera poffible , & non feulement les
corps & les fubftances , mais encore auffi
» les qualités ; que toutes fortes d'êtres exiftansfoient
toujours le plus grandpoffible «.
C'eft ce principe qu'on pourroit , dit
l'Auteur , nommer la Germination .
ور
و د
»
Il le développe dans des Applications de
trois genres différens : 1 ° .dans la croiffance&
dans l'accroiffement des fubftances, des corps
répandus dans cet Univers , qui femble être
à la fois l'atelier où fe font les êtres , & le
magafin qui les contient ; 2 ° . dans la croiffance
des qualités phyfiques de ces mêmes
êtres ; 3 °. dans la croiffance des facultés
des talens , des paffions , de certains, états
même , de l'homme & de tout ce qui a
une vie , de tout ce qui eft fenfible. » Tout
croft , dit - il en parlant des fubſtances ,
"
せ
& s'augmente ; les végétaux germent &
s'augmentent à un tel point, qu'un gland
» devient un chêne ; tous les animaux
» croiffent de même. Non feulement les
G 6
156 MERCURE
33
25
93
"
plantes & les animaux de toutes les
efpèces , mais les minéraux eux - mêmes
» prennent de l'accroiffement. Un filon de
mine germe , il fe prolonge & ſe ramifie
" le long des veines des rochers qui lui font
favorables ; & fi dans fa route il trouve
» des cavités , il les remplit de fes crif
» taux , de fes productions & de fes fruits ;
» il femble fur - tout s'étendre davantage
lorfqu'il fe dirige perpendiculairement ,
» ambitieux de parvenir au centre de la
» terre . Non feulement chaque végétal
croît , mais la claffe entière des végétaux.
» que la terre , dans fa fécondité pleine de
luxe , pouffe & fait naître par-tour. Quand
» ils ont couvert toute fa furface , alors ils
» s'entaffent les uns fur les autres , & des.
plantes parafites naiffent fur les autres
plantes ; elles recouvrent & rempliffent
de nouveau les endroits dépouillés , les
rivages délaiffés , les intervalles des moiffons
, les allées d'un parterre . L'Art s'efforce
en vain de les réprimer ; elles
repullulent fans ceffe malgré lui , &
» laffent fon opiniâtreté , parce que la
Nature abonde & foifonne , & que tout
eft agité d'une force fecrète & puiffante
qui le pouffe à produire , à agir , à germer
& à s'augmenter le plus poffible.
L'univerfalité des êtres s'étend à l'infini ;
» le ciel eft immenfe , & des êtres fans
nombre font femés dans l'étendue . Outre
» cette multitude d'étoiles que nous voyons
ود
95
23
25
33
""
93
33
23
DE FRANCE. 157
و د
و د
""
" par une nuit fereine , un télescope dé-)
» couvre au deffus d'elles un ciel inconnu ,
plein d'une multitude égale d'étoiles nouveles.
Un meilleur inftrument en montre
encore d'autres au deffus de celles - ci ; &
» à mesure que des inftrumens plus parfaits
permettent à l'Obfervateur de pé-
» nétrer plus avant , il voit toujours de
» nouveaux cieux fe découvrir & les
bornes de l'Univers fuir & s'éloigner à
» mefure ; parce que tout eft foumis à la
» même loi , qui veut que tout foit le plus
grand pollible ".
"
ود
23
,
Nous ne ferons encore aucune obfervation
fur ce nouveau principe de Phyfique ;
il faut parcourir les deux autres genres d'application
.
و د
">
»Non feulement les maffes croiffent, mais
» des chofes toutes différentes des maffes
les fimples qualités germent & s'accroiffent
comme les fubftances. La verdure des
» herbes & du feuillage , tendre & claire aut
printemps, quand ils commencent à pouffer
, s'augmente enfuite & devient de plus
» en plus foncée : leur faveur eft également
douce & foible d'abord , elle s'accroît
» avec l'âge , & devient de plus en plus
» âcre. Dans les arbres réfineux , leur propriété
réfineuſe ; dans les venimeux
" la force venimeufe vont de même en
» s'augmentant. La cigüe , prefque innocente
en naiffant , devient en croiffant
plus âcre & plus meurtrière. Pluficurs
"
ود
•
158 MERCURE
"
و ر
"
و د
و ر
ود
37
êtres femblent vouloir s'agrandir par
leurs qualités , & affectent des propriétés
qui les étendent au delà de leur maffe
» trop petite la plante s'étend par fon
odeur , & occupe de fes émanations toute
la prairie l'oifeau s'agrandit par fon
chant , & veut remplir toute la forêt des
» accens de fa voix. L'étoile perdue dans
» les profondeurs de l'efpace , s'étend par
» fa lumière dans toute l'immensité , &
» annonce fon exiftence jufqu'aux extré
» mités de l'Univers. L'homme , infiniment
plus petit que l'étoile , brûle de s'agrandir
, & voudroit briller au loin qu'elle.
» Les divers états pat lefquels les êtres animés
paffent , croiffent & s'augmentent
» comme leurs qualités. Les difpofitions
» aux différentes maladies , germent & fe
développent , & engendrent ces maladies
fans que fouvent aucun accident nouveau
les ait occafionnées . L'odeur d'une fleur
» a fuffi fouvent pour jeter une femme
dans des convullions extrêmes.
pofition tranquille invite au fommeil :
quand on veut s'endormir , on fe cou-
" che immobile , en filence & les yeux
fermés , & certe attitude procure le fom-
" meil , même magte foi. Pourquoi ? Pour
""
و د
و ر
ور
ور
و ر
Une
trouver la raifon de cet effet , je cherche
» d'abord en quoi confifte la caufe du fom-
" meil, l'occafion , la pofture qui le produit.
" Cette attitude confifte entièrement à arrê-
» ter & fufpendre pendant quelque temps
DE FRANCE. 159
93
ور
33,
و د
*
quelques unes des fonctions dépendantes
» de l'ame. Lorfqu'il a plu à l'homme im-
» mobile & couché de fufpendre ainf
quelques - unes des fonctions dépendan
» tes de fon ame , cette fufpenfion alors
" eft donc devenue une de fes manières
d'être , une des propriétés de fon ame .
Cette propriété doit croître , parce qu'il
faut que tout croiffe . C'eft pourquoi la
fufpenfion de ce petit nombre de nos
facultés , de la vue & du mouvement ,
gagne infenfiblement toutes les autres
facultés , la raifon , la volonté , le fen-
» timent enchaîné toutes les fonctions ,
» & plonge ainsi l'homme immobile dans
" un profond fommeil. Le murmure
» d'un ruiffeau procure auffi le fommeil ,
& ainfi deux chofes contraires, le bruit, le
filence , produifent le même effet. Quelle
» en eft la caufe ? La même loi ; car ce
murmure eft un bruit continuel , uniforme
, & toujours le même. Quand un
homme eft attentif à ce murmure , cette
idée d'uniformité gagne l'ame & la
remplit , & occupe l'homme tout entier ;
de manière que banaifant toute autre
idée , toute autre manière d'être , &
tout autre défir que ceux de l'uniformité,
" il fe jette dans le plus uniforme de tous
23
,,
""
>>
23
32
27
و ر
"3
1
୨୮
les états , qui eft le fammeil . L'idée de
» ce murmure toujours répété , vous occur
» pant de lui feul , a commencé par bannir
de chez vous toute idée , toute autre
160 MERCURE
idée qu'elle ; & cette idée , en excluant
" toutes les autres , eft cauſe qu'à fon tour
» enfin vous l'excluez elle - même , & que
vous n'entendez plus ni ce murmure ,
ni aucun autre bruit. Nos vices , nos
❞ vertus , nos talens , nos fentimens & nos
paffions , qui font pour nous d'autres
manières d'être , d'autres qualités , croif-
» fent & s'augmentent dans les mêmes
individus , croiffent & s'étendent en paffant
des individus aux individus , &
quelquefois d'un individu à l'efpèce humaine
entière .
ود
>>
30
C
"3
ودن
» La gaîté d'un feul homme fuffit quelque
fois pour mettre en fête tout le village . Sa
gaîté fe communique à ceux qui l'environnent
; de ceux ci à d'autres : la joie vole &
» fe répand de proche en proche , & fe redouble
en s'étendant . On forme des jeux ,
» on accourt en foule ; un peuple innombra-
» ble eft affemblé dans la prairie , & remplit
l'air de cris de joie.
37
33
"
» Dans d'autres circonstances , cette même
caufe produit des effets bien différens
mais pas le même principe. Née une fois
dans le coeur d'un combattant , la fureur
guerrière qui le faifit ne ſe borne point
» à remplir fon aine & à ne pofféder que
» lui feal ; ambitieufe de croître encore , de
s'augmenter , de s'étendre , elle fe répand
dans le champ de bataille fur tous fes compagnons
, qui , ardens comme lui à la
communiquer , l'exhalent de même &
23
1
DE FRANCE. IGI.
ود
animent des mêmes feux tous ceux
qui les environnent. L'ardeur du fang
» & de la gloire court de rang en rang ,
pénètre jufqu'aux cohortes les plus loin-
» taines , & agite bientôt l'armée entière .
و د
Ainfi l'ame d'un feul homme s'étend fur
" tout ce vafte efpace , & la fureur , l'hé-
» roïíme d'un feul , fe déploie & s'agrandir
fur cette immenfe multitude “.
L'Auteur rapporte d'autres exemples ; mais
cenx-là fuffifent pour faire comprendre fon
principe dans les différens genres d'application
qu'il en fait.
Cet extrait feroit terminé ici , & nous
n'aurions que peu de réflexions à ajouter ,
fi nous ne connoiffions l'Auteur que par
fa Brochure mais nous favons qu'il a entrepris
un Ouvrage beaucoup plus confidérable
& de la plus haute importance par le
fujet ; & s'il est vrai , comme nous le penfons
, qu'avec infiniment d'efprit & de fagacité
il s'égare dans fa marche , ellayer de
le tamener dans les bonnes routes , c'eſt
peut être rendre un grand fervice aux
Sciences . On s'applique beaucoup à perfectionner
les inftrumeus ; les premiers de
tous les inftrumens ce font les hommes de
génie , & ce font ceux - là fur - tout qu'il
faut tâcher de perfectionner.
-
>
Première Application . Tous les corps
tous les êtres , tous les individus croillent
& s'augmentent le plus qu'il eft poſſible.
162 MERCURE
!
Sans doute ils croiffent , & c'eft- là un grand
phénomène pour tous ceux que l'habitude.
n'y a pas rendus infenfibles ; mais ils ceffentauffi
de croître , ils décroiffent & périffent ,
& c'eft là un autre phénomène auffi univerfel
, auffi merveilleux , & que le premier
n'explique pas. Un gland devient un chêne ;
mais pourquoi le chêne ne couvre- t- il pas
dans un accroillement continuel les airs &
le globe ? Pourquoi n'eft - ce que dans les
vers du Poëte qu'on le voit preffer les
Enfers & fendre les Cieux ? La croiffance
de tous les corps animés ou inanimés , le
terme où elle s'arrête , la décroiffance &
le dépérillement , tout cela eft le même
phénomène probablement ; mais tout cela.
enfemble n'est que l'énoncé du miracle de
l'organifasion , de la vie , du iniracle enfin
de la Nature. Ce n'eft pas donner un principe
qui explique la Nature , c'eft préfen--
ter vivement & avec un fentiment énergique
& profond , le prodige qui la rend
inexplicable.
En paffant des individus aux espèces ,
le principe de l'Auteur reffembleroit beau- .
coup plus à une découverte . Dans chaquet
efpèce en effet , la Natere paroît avoir tellement
prodigué à l'infini les germes de
fécondité , qu'on ne conçoit pas comment
il n'y a pas une de ces efpèces qui s'empare
en quelque forte de tous les principes
de vie , & règne feule fur le globe , fur
l'anéantiffement de toutes les autres efDE
163
"
FRANCE.
pèces. On voit réellement une forte de
tendance à une propagation à l'infini , dans
la fécondité prodigieufe des germes de chaque
efpèce ; mais qu'eft - ce qui l'arrête ,
car elle eft évidemment arrêtée ? Comment
fe fait entre les espèces ce partage de l'exiftence
Sont - ce plufieurs infinis qui le fervent
de bornes ? Mais qu'eft ce que des
infinis qui fe limitent ? Comment plufieurs
infinis exiftent-ils à côté les uns des autres?
Il n'y a qu'une choſe qui ſoit claire dans
tout cela ; c'eft que nous ne pouvons y
rien comprendre. Pour atteindre à ces vérités
, il nous faudroit d'autres fens : elles
ne font fûrement pas contradictoires , mais
pour nous elles font incompréhenfibles.
Il faut pofer la borne , & repofer deffus
fa tête. 7
-
On peut faire fur ce fujet d'autres queftions
, auxquelles l'obfervation pourra peutêtre
un jour répondre. Y - a - t - il des ef-.
pèces qui périffent ? Dans toute l'étendue,
du globe & dans un certain efpace de
fiècles , les efpèces font elles dans leur
population , dans des proportions peu fujettes
à de grandes variations ? Les petites.
cfpèces , qui en général font beaucoup plus
nombreufes , prennent- elles par leur nom-;
bre autant de quantités de vie & d'exiftence
que les grandes efpèces par leur maffe ?,
Je m'explique , fi on prenoit une balance ,
qu'on mit dans un plateau toutes les baleines
, & dans l'autre tous les harengs ,
164
MERCURE
par exemple , la balance penchéroit - elle
de quelque côté , ou demeureroit - elle en'
équilibre ? Je ne vois plus la barrière de
l'infini entre la folution de ces problêmes
& l'efprit humain ; & fi une fois elles
étoient réfolues , on feroit quelques pas
peut -être vers d'autres vérités qui paroiffent'
inaccellibles. Toujours eft il vrai qu'on connoîtroit
beaucoup mieux la Nature & fes
grands procédés.
›
Seconde Application . Les qualités croif
fent. J'arrête ici l'Auteur au premier mot.
Je le crois deftiné à être un jour un de
nos premiers Philofophes ; mais qu'il y
prenne garde , il donne là dans la plus mauvaife
philofophie. Les qualités ne font
des rapporrs des chofes à nous c'est - àdire
qu'elles ne font rien hors de limpreffion
que nous en recevons . Dans le langage
ordinaire , il eft permis de dire : Le parfum
de la rofe croît , la verdure du gazon s'augmente;
mais dans le langage philofophique
, c'eft la rofe feule qui croit , & qui
dans fon délicat tiffu , éprouve des changemens
qui font changer auffi le doux parfum
qu'elle répand autour d'elle. La croif
fance & l'augmentation des qualités du corps,
' n'eft donc pas une chofe différente de la
croiffance & de l'augmentation des corps
eux-mêmes.
C'eft par cette manière de confidérer les
qualités que les Philofophes anciens , qui
DE FRANCE. 165.
avoient tant de génie , ont trouvé fi pcu
de vérités. De combien de manières l'efprit
humain peut errer ? S'il veut raifonner
d'une manière abftraite fur les fubftances
, & fans égard à leurs qualités , feules
chofes par lefquelles nous puifions les connoître
, par lefquelles elles exiſtent pour
nous , on eft dans un abîme : s'il veut raifonner
fur les qualités , en les confidérant
comme quelque chofe de réellement exiftant
hors de nous & de nos impreffions , un
autre abîme eft à nos côtés . Nous ne devons
marcher que fur une ligne , & les
précipices font de tous les côtés. Quelle terrible
condition ! Eh bien ! j'en aime quelquefois
jufqu'à fa rigueur ; j'aime mieux découvrir
que voir ; & les voiles dont la
ftatue d'Ifis eft couverte depuis les Egyptiens
, ont fait bien plus encore les délices
que le fupplice de ceux qui , de génération
en génération , ont tenté d'en foulever quelque
coin.
Il eût fallu nous rendre éternels , ou on a
bien fait de nous cacher la nature des chofes
éternelles.
Le morceau fur le fommeil, que nous avons
cité, eft extrêmement ingénieux ; la préciſion
que l'Auteur y donne à fon fyftême , prouve
bien qu'il eft très- capable de cette préciſion
d'idées avec laquelle feule on arrive aux
vérités. Mais parce que le fommeil d'abord
léger devient profond , il imagine que le
166 MERCURE
fommeil germe , ou , fi l'on veut , qu'il croît
comme les plantes ou comme nos qualités
croiffent on n'adoptera pas ces affimilations.
Tous les corps environnans, en agiffant
fur nos organes , font paffer le mouvement
de l'extérieur à l'intérieur ; nous
mêmes en agiffant, nous produifons au dehors
de nous un mouvement qui fe communique
au dedans . Lorſque nous fermons
les yeux au contraire , & que nous reftons
immobiles , nous mettons tout en repos hors
.de nous , & le repos s'étend du dehors au
dedans ; c'eſt le fommeil. Toutes les roues
intérieures d'une pendule font en mouve-
-vement , j'arrête le reffort moteur , & tout
eft arrêté ce n'eft pas là une explication
du fommeil , mais c'en est une image , &
il n'y a rien là qui reffemble à une croiffance
, à une Germination Si le fommeil
croiffoit du fommeil , il croîtroit toujours
& feroit éternel ; ce feroit la mort. Qu'estce
qui nous réveille dans le fommeil , lors
même qu'il ne fe fait aucun mouvement ,
aucun bruit autour & hors de nous ? J'ai
comparé tout à l'heure le corps animé
dans le fommeil , à des pendules dont les
refforts ont été arrêtés , & qui ont ceffé
les mouvemens de leurs roues ; mais c'eſtlà
une reffemblance très - imparfaite , comme
prefque toutes les reffemblances . Tout eft
arrêté alors dans les pendules ; & dans les
corps animés & endormis , prefque tous
les mouvemens s'exécutent encore ; ils ont
DE FRAANNCCEÉ.. 167
feulement changé de détermination . Dans
le fommeil même , ces mouvemens intérieurs
peuvent donc fe troubler, s'accélérer ,
changer encore de détermination , & cela
fuffit pour faire repaffer l'animal du fommeil
à la veille. Un phénomène bien extraordinaire
, c'eft celui- ci. On a befoin de
s'éveiller deux ou trois heures plus tôt qu'à
l'ordinaire , on en a un grand befoin , &
on s'endort avec cette idée' : cette idée veillera
pour vous , en quelque forte , & quand
le moment fera venu , comme un réveillematin
, elle retentira à vos oreilles , & elle
fera celler votre fommeil. Il eft peu de
perfonnes à qui cela ne foit fouvent arrivé.
Tout eft prodige ; mais il y en a qui ont droit
de nous frapper & de nous confondre davantage.
Celui- ci doit tenir aux loix les plus
fecrètes de l'union ineffable de la pentée
avec les mouvemens des corps animés,
768 MERCURE
DES Etats- Généraux , & autres Affemblées
Nationales . Tomes I & II , in- 8 °.
A Paris , chez Buiffon , Libraire , Hotel
de Coëtlofquet, rue Haute -feuille, N° 20.
LA prochaine convocation des Etats- Généraux
a déjà fait éclore une foule de
Brochures fur une matière qu'on gâtera par
des difcuflions irréfléchies , & par des notions
ou fauffes ou háfardées , & par des
répétitions banales appuyées fur des apperçus
très -fuperficiels tel eft l'effet de la
légèreté nationale , que rien ne contient
dans les bornes de ce refpect religieux, fi
réceffaire toutes les fois qu'il s'agit d'une
ifcuflion qui peut ébranler les premières
Fafes du Corps focial . On écrit , parce que
le fujer pique par fa nouveauté ; on morcèle
dans cent Brochures ce qui deviendroit
un foyer de morale , de raiſon & de juriſprudence
, s'il étoit réuni dans un feul
corps , & dans un fyftême uniforme. La
Collection que nous annonçons réparera
du moins cet inconvénient , en offrant un
guide sûr , & en mettant fous les yeux du
Tublic les matériaux les plus authentiques ,
fans les altérer , & fans donner une préférence
répréhensible à des Productions indignes
d'être avouées. Quel eft l'Ecrivain
qui ne fera point circonfpect devant des
4
intérêts
DE FRANCE. 160
intérêts aufli grands ! l'Autel , le Trône , le
Peuple. Ces trois pouvoirs , dont la réunion
forme ce Corps légiflatif , ce Corps
immédiat , repréfentant du pouvoir politique
, & la plus parfaite image de la majefté
des Nations , pourroient - ils être envifagés
avec légèreté ? Seroit - il permis de céder
A des impulfions intéreflées , dans un mo
ment fur tout où on va réalifer les plus
Hatteufes efpérances , où un Roi bon défire
de rétablir la Nation dans l'exercice de
ce droit effentiel , par lequel feul elle eft
un véritable Corps politique vivant , voulant
& agissant ?
Nous ne pouvons définir dans une courte
analyfe la nature des Etats Généraux ; ce
qu'il nous eft permis de dire , c'est qu'ils
repréfentent néceffairement & immédiatement
tous & chacun des individus de la
Société , qu'eux feuls ont une procuration
fpéciale de chacune des affociations fecondaires
, parties intégrantes de la grande affociation
politique ; & que la volonté générale
les a expreffément défignés pour les
interprètes naturels : telle eft la nature des
Etats. Quant à leur pouvoir , il fuffit de
confulter les monumens. Un Ouvrage qui
remonte jufqu'à eux , & qui recueille &
claffe tous les titres & tous les Ecrits publiés
fur cette matière fi impartiale , ne peut
qu'être accueilli favorablement. On y trouvera
toutes les notions néceffàires ; on connoîtra
d'une manière précife les droits im-
Nº. 39. 27 Sept. 1788m
H
170 MERCURE
prefcriptibles du Roi , droits facrés que la
Nation a toujours refpectés .
?
La Collection commence par un extrait
rapproché de l'établiffement de la Monarchie
Françoife , par l'Abbé Dubos . Il falloit
bien remonter aux Romains , des dépouilles
defquels nous avons hérité à notre tour
pour y trouver les origines du domaine
des fiefs , des impêts , des propriétés des
Citoyens. Clovis a fuccédé aux droits des
Empereurs , à quelques modifications près
qu'on fait fentir. De ce premier monument
, les Rédacteurs ont paffé à la Loi Salique
, à ce premier contrat national qui
donne une idée exacte de l'Etat civil & des
formes ufitées. Viennent enfuire les Capitulaires
, ce témoignage authentique des
libertés de la Nation . Stivent des extraits
de tous nos Hiftoriens , de nos Publiciftes
& de nos Légiflateurs. On trouvera enfuite
un dépouillement des Manufcrits , & des
origines des Etats , qui précédera la Collection
complète de tous les Procès - verbaux
qui font de quelque importance. » Nous
ne donnerons point , difent les Rédac-
» teurs , les Procès - verbaux de toutes ces
» Affemblées qui ont précédé le Roi Jean ;
» mais il fera difficile , pour ne pas dire
impoffible , à qui que ce foit , d'être plus
complet que nous , & d'en dire davan-
» tage fur une matière auffi curieufe qu'ira-
» portante. Le choix que nous avons fait
">
de nos autorités , les détails dans lefquels
DE FRANCE. 171
»
""
» nous entrons , fuffifent pour donner à
nos Lecteurs une connoiffance très- étendue
, & en un mot , tout ce qu'il eft poffible
d'acquérir de connoiffances. A l'époque
du Roi Jean , on voit la Nation
prendre plus d'unité , un enfemble que
les Priviléges & les Loix de chaque Province
ne leur avoient point permis d'a-
» voir ".
و د
و ر
Les Rédacteurs paroiffent avoir bien
conçu leur plan , & être dirigés par des
motifs louables : ils fuivent exactement les
époques remarquables . En partant de
Philippe-Augufte , ajoutent-ils , en nous
» arrêtant au règne du Roi Jean , & en fui-
" vant avec fcrupule tous les mouvemens
» des trois Ordres de l'Etat , nous aurons
30
"" fatisfait la curiofité des Lecteurs . Nous
donnerons d'abord la Chronologie de Sa-
» varon , avec des Notes , pour rectifier les
» erreurs où il eft tombé ; puis une analyſe
& des extraits de tous les Auteurs qui
» ont écrit fur les Etats - Généraux. Ces extraits
feront plus ou moins longs , fuivant
que les Ouvrages feront plus ou moins
inftructifs. Parvenus au temps où l'on
commençoit à dreffer des Procès-verbaux,
» nous inférerons dans notre Recueil ces
pièces curieufes & authentiques , précédées
chacune d'un précis hiftorique des
faits qui ont occafionné chaque Affemblée
, des difcuffions préliminaires qui
font configuées dans les Procès verbaux
>>
93
23
28
ود
30
H 2
172 MERCURE
و ب و
ور
"
» des Etats Provinciaux ou Affemblées de
Provinces convoquées pour l'élection des
Députés , & de la forme des élections &
des charges qui donnoient droit à être.
Député au nom de la Province , fans fon
fuffrage , d'où eft venue quelquefois l'oppofition
fondée des Provinces & des Parlemens
aux délibérations illégales , quoi-
» que prifes dans les Etats : ce que nous
» fommes perfuadés que le Gouvernement
veut éviter, Nous inférerons les Ordon-
» nances qui en ont été le réſultat,
ور
و ر
"?
ور
.
ور
ور
ور
» Nous n'omettrons point ce qui peut
» avoir rapport aux plus célèbres Affenblées
de Notables. Des Notes expliqueront
, quand il fera convenable , les paf-
» fages obfcurs des anciens Actes , & développeront
les circonftances dans lefquelles
les Orateurs des Etats fe font
trouvés. On fera remarquer l'efprit de
chaque fiècle , & l'induence de chaque
règne fur les organes du bien public , &
fur le choix des difcuffions , tantôt puériles
, tantôt ridicules , & fouvent très-importantes
, qui ont eu lieu dans les Affemblées
des Etats ".
و د
"3
ود
י כ
Pour le faire , en un mot, l'idée de cette
importante Collection , il fuffit d'imaginer
qu'on y trouvera raffemblé en 12 Volumes
ce que les Auteurs les plus eftimés ont laiffé
de monumens & d'Ecrits fur l'origine des
Etats Généraux & des fubfides , la nature
des Affemblées nationales , & les Procèsan
DE FRANCE, 173
verbaux des Etats & des Affemblées , & fur
les Corps de Magiftrature chargés de l'enregilrement
des Loix .
L'exécution des deux premiers Volumes
promer , de la part des Rédacteurs , la plus
fcrupuleufe cxactitude. Tous les mois il
paroîtra deux Volumes ( 1 ).
ANNALES du Théatre Italien , depuis fon
origine jufqu'à ce jour ; par M. d'Ori-
GNY , Confeiller en la Cour des Monnotes
, des Académies des Sciences , Arts
& Belles- Lettres de Dijon , Lyon , Metz,
Chalons-fur-Marne , & Clermont - Ferrand.
3 Vol. in - 8 °. A Paris , chez la
veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques.
L'HISTOIRE des Théatres d'une grande
Nation eft fi effentiellement attachée à
celle de les moeurs , de fes ufages & de fes
Loix , qu'on faura toujours gré à l'utile Ecrivain
qui emploiera fes veilles à recueillir
les divers évènemens dramatiques , en les
foumettant à une critique fage & impartiale.
C'eft ce que vient d'exécuter avec
fuccès , à l'égard du Théatre Italien , M.
(1) Les 3. & 4°. Volumes viennent de paroître.
H 3
174 MERCURE
d'Origny , à qui nous devions déjà une
continuation de l'Hiftoire du Théatre François.
Tout ce qu'on avoit écrit fur le Théatre
Italien étoit épars bu incomplet ; M. d'Origny
, par des recherches exactes & laborieufes
, vient d'en conduire l'Hiftoire jufqu'à
Pâques de l'année 1787 ; & il fe propofe
d'en donner tous les ans la fuite à la
même époque.
Les Pièces nouvelles & reprifes , la mort
de leurs Auteurs , avec une courte Notice
de leur vie & de leurs Ouvrages , le début ,
la réception & la retraite des Acteurs ,
font rapportés dans ces Annales felon l'ordie
chronologique .
ร
La première Troupe qui parut en France
portoit le nom de Gli - Gelofi ; c'étoit en
1577%fous Henri III, qui l'avoit attirée de
Venife pour en jouir pendant la tenue des
Etats de Blois. Cette acquifition lui couta
cher , car il fallut la racheter , & en payer
la rançon aux Huguenots qui l'avoient
prife . Elle ouvrir fon Théatre au mois de
Février , à Blois , dans la Salle même des
Etats ; & le 19 Mai fuivant , à Paris , rue de
Bourbon , dans l'Hôtel du Petit- Bourbon.
Louis XIII , quelques années après la
naiffance du Dauphin , voulut avoir une
Troupe Italienne qui ne reftât qu'un an
tant à Paris qu'à la fuite de la Cour ; &
en 1645 , le Cardinal Mazarin en fit venir
>
DE FRANCE. 195
une autre qui joua à l'Hôtel du Petit -Bourbon
mais ce ne fut qu'en 1660 que les
Comédiens Italiens furent fixés à Paris ,
ayant quitté cette même Salle, pour paffer ,
avec la Troupe de Molière , au Théatre du
Palais - Royal.
Le 4 Mai 1698 , la Comédie Italiane
fut fupprimée par ordre du Roi , fans qu'on
ait jamais fu pour quels motifs ; & le 20
Mai 1716 , elle fut rétablie par le Duc
d'Orléans , Régent du Royaume : enfin ce
fut en 1723 , le 11 Décembre , qu'elle
obtint le titre de Comédiens Italiens ordinaires
du Roi.
On ne fera peut-être pas fâché d'appren
dre que la Devife des Italiens , CASTIGAT
RIDENDO MORES , eft due à Santeuil , &
que ce fut le fameux Dominique qui la
leur procura. A la faveur d'un long man-
" teau , il s'introduifit chez le Poëte dans
» le coftume d'Arlequin ; & ayant jeté à
» terre le vêtement qui le déguiſoit , il
courut autour de la chambre en faifant
» des poſtures plus plaifantes les unes que
» les autres. Santeuil ne put s'empêcher de
rire , & de répondre à Dominique par
» toutes fortes de grimaces. Quand ce jeu
» eut duré quelque temps , Arlequin ôta
" fon mafque , & Santeuil lui fauta au cou
» en difant : Caftigat ridendo mores «.
99
""
Catholini , dans fon début dans le rôle
d'Arlequin , fit au Public un compliment
H 4
176 MERCURE
affez fingulier , dans lequel , après avoir
exprimé les juftes craintes , il finitoit par
dire au Public : » Voici , Meffieurs , com-
» ment je voudrois que l'affaire s'accom-
و د
ور
ور
ور
modât. Plus l'Acteur dont j'ai l'honneur
» de vous parler a de talens , de graces , de
gentilleffe , & enfim tout ce qu'on recherche
en vain dans un autre , plus il
" eft difficile de lui reffembler. Ainfi , pour
peu qu'un autre ne foit pas abfolument
mauvais , j'ofe dire que vous ne devez
pas le rebuter. Mais , dira quelqu'un de
mauvaife humeur, j'ai bien affaire , moi,
d'une pareille difparate ...... Pourquoi
jouez vous le rôle d'Arlequin ? - Ah !
Mellieurs , un pen d'indulgence ; je ne le
jouc que pour l'apprendre fous un aufit
grand Maître. Je ne veux point être
la dupe de votre apprentiffage .
""
"
و ر
و د
33
93.
"
""
-
-
Eh !
» ne l'êtes - vous pas tous les jours de la
plupart des Débutans ? Pourquoi n'aurois-
je pas le même avantage que les au-
» tres ? - Cela eft bien différent ; on ne
» doit jouer l'Arlequin que lorſqu'on eft
» bien fûr de plaire & de faire rire .
»
"
"
"
-
Eh
» bien , Meffieurs , je vous promets de faire
» rire dans une douzaine d'années ; fongez ,
s'il vous plaît , qu'on n'acquiert ce talent
» qu'avec l'exercice encouragez moi , s'il
vous plaît.- Bon ! fi je vous encourage,
» vous prendrez mes applaudiffemens au
pied de lettre , & vous croirez les mé-
» riter. Non , Meffieurs , je vous pro-
"3
ور
-
-
DE FRANCE. 177
(
1
"
33
méts de ne devenir infolent que lorfque
je ferai bien fûr de mon fait. -- Eh bien
done, voyons ce que vous favez faire «.
Ce compliment fit rire , il fut beaucoup
applaudi ; mais l'Arlequin ennuya , il fut
hué fans compliment.
L'Annaliſte de la Comédie Italienne rapporte
la mort fingulière de Fuzelier , qui
avoit travaillé pour les Italiens comme pour
tous les Théatres de la Capitale . Il a fait
foixante - quatorze Pièces , & il en a compolé
trente- fept , en fociété avec divers
Ecrivains. Il a vécu So ans .
נ י ל
و د
33
33
» Il étoit perit , trapu , & avoit le cou
très court. Il fe fervoit ordinairement
d'une brouette , & appeloit l'homme qui
la tiroit , fon cheval baptife. Souvent it
lui difoit : Mon ami , quand tu me trouveras
étendu fur le carreau de ma chambre
, c'eft que je ferai occupé à quelque
chofe de férieux ; il ne faudra pas m'im-
" portuner. Un jour ce pauvre homme
» montant chez Fuzelier , le vit effective-
» ment le nez contre terre : Notre Mai-
» tre , dit- il aux voifins , travaille férieufe-
» ment. Fuzelier étoit mort ".
"J
""
Ce fut en 1761 que l'Opéra - Comique
fut réuni à la Comédie Italien ; & cette
réunion eut le plus grand fuccès
M. d'Origny recueille avec autant de foin
HS
178 MERCURE
que d'intérêt pour les Lecteurs , les Anecdotes
qui peuvent inftruire ou amufer. A
un Spectacle donné gratis , au fujer de la
naillance de Madame, Fille du Roi, il y eur,
comme de raifon , une très- grande affluence.
» Une jeune Poillarde qui n'étoit jamais
entrée à la Comédie , voyant le Souffleur
lever la trape & avancer la tête fur le
Théatre : Eh ! s'écria - t - elle , regardez
» donc ce chien là qui fait un trou au Théaire
pour trouver une place ".
"
و د
23
"
22
Le même jour , un Charbonnier vint
» à la Comédie dans fa charrette. En def-
» cendunt , il dit au Savoyard qui lui tenoit
lieu de Cocher : Revenez à neuf heures
» pour me ramener chez la petite Ravaudeufe.
Le Spectacle fini , il appela le
Savoyard avec une forte de dignité , &
» remonta gravement dans fa charrette *.
"2.
19
Le dernier évènement qu'ait fubi ce Spectacle
, eſt un Arrêt du Confeil , qui , à la
clôture du Théatre en 1780 , en fépara les
Comédiens qui ne jouoient que des Pièces
Italiennes.
Ces Annales fe font lire avec intérêt ;
& il eft à efpérer que le fuccès encouragera
l'Auteur à pourfuivre fes recherches , qui
doivent intereffer les Amateurs de l'Art
dramatique.
DE FRANCE. 179
ESSAIS en vers , par l'Auteur des Contes
Orientaux, au profit des Cultivateurs maltraités
par l'orage du 13 Juillet dernier.
Brochure de 25 pages. Prix , 24 fous.
A Paris , chez Demonville , Libraire-
Imprim. de l'Académie Françoife , rue
Chriftine.
CETTE Brochure eſt tout à la fois un acte
de bienfaiſance , & une preuve de talent.
L'Auteur en a confacré le produit à des
Citoyens infortunés ; & il s'eft alluré parlà
l'eftime des coeurs fenfibles , & le fuffrage
des gens de goût.
Mme. Monnet eft connue fur-tout par
des Contes Orientaux en profe , que nous
avons annoncés avec des éloges juftifiés par
le fuccès (+ ).
La première Pièce eft un Conte un peu
trop long ; la plus remarquable & la plus
digne d'éloge , ce font des Stances für la
Vanité. En voici deux qui en donneront
une idée favorable.
Que de travaux ! l'homme s'agite
Dans tous les temps , dans tous les lieux.
(1) A Paris , chez Regnaut , rue S. Jacques.
H G
1807 MERCURE
Sur la pouffière qu'il habite ,..
Que d'édifices faftueux !
Or, albâtre , glaces , porphyre ,
C'eft la vanité qui refpire
Dans ces fuperbes ornemens ;
La Vanité , quand l'homme tombe ,.
S'élève en marbre fur fa toinbe
Pour décorer des offemens.
La Vanité corrompt jufqu'à l'Amour.
Oui , ta main en fecret le guide ,
Abaiffe & lève fon bandeau ;
En fecret ton fouffle perfide
Fait étinceler fon flambeau.
Quelle eft fur nos coeurs ta puiffance !
J'ai vu la timide Innocence
Réfifter à la Volupté ,
Des richeffes braver les charmes ,
De l'Amour méprifer les larmes ,
Et céder à la Vanité.
On trouvera auffi des détails fort agréables
dans des Vers préfentés à un ami qui
n'eft plus , le jour de Saint Antoine , fon,
Patron. Tel eft le morceau qu'on va lire ,
& par lequel nous terminerons cette Notice.
Qu'êtes-vous devenus , ô fortunés momens >
Où raa voix s'eflayoit à fes premiers accens !
DE FRANCE. 181
J'écrivois fans favoir écrire ,
Et je plaifois , j'avois quinze ans .
Si j'euffe , dans cet heureux temps ,
Connu tes Ecrits que j'admire ,
Je t'aurois pris pour l'objet de mes chants ...
Ah ! revenez , favorable délire ,
Qui maîtrifiez & mon coeur & mes fens ,
Lorfque faififfant une lyre ,
J'ofai chanter les Filles du Printemps ,
Et le Génie & les Talens
Que fait de loin la Gloire, & de trop près l'Envie
L'AMITIÉ trompée, ou Lettres du Comte
de Saint-Julien ; traduites de l'Anglois
fur la feconde édition . 2 Volumes in - 12 .
Prix , 36 fols broché , & francs de port
par la Pofte , 2 livres 2 fols. A Paris ,
chez Maradan , Libraire , rue des Noyers
N° . 33.
RIEN de moins compliqué que l'intrigue
de ce Roman. Le titre feul fuffit pour en
donner une idée complette. Le Cointe de
Saint-Julien eft un anai rare , un homme
vertueux ; il aime Mathilde Colonne , qui
182 MERCURE
l'aime à fon tour , & qu'il doit époufer.
Il eft l'ami du Marquis de Pefcaire , jeune
homme qui perd bientôt de vue les fentiers
de la vertu , & qui , en devenant un
homme ainable , un Seigneur riche & important
, n'est dans le fond du coeur qu'un
fcélérat. Le Marquis de Peſcaire à des
droits à faire valoir fur des fucceffions
échues en Eſpagne . Le Comte de Saint-
Julien , fon ami , qui avoit toujours rempli
auprès de lui le rôle d'un Mentor , veut
bien reculer fon mariage avec Mathilde
facrifier l'amour à l'amitié , partir , & fervir
fon ami avec chaleur & fuccès à Madrid.
Il confie Mathilde , ce dépôt fi cher ,
ce bien fans la poffeffion duquel il deviendroit
le plus infortuné des hommes , il le
confie au Marquis de Pefcaire. Veillez fur
elle , lui dit- il en partant , fongez que vous
gardez un tréfor à votre ami.
Pendant qu'il fervoit fi fidèlement l'amitié
, le Marquis de Pefcaire intercepte
fes lettres , le noircit dans l'efprit de Mathilde
, lui perfuade enfin que le Comte
de Saint -Julien eft marié en Eſpagne ; il
épouſe la maîtreffe de fon ami , cette Mathilde
qui verfoit des larmes amères fur
Finfidélité prétendue de Saint- Julien . Celuici
, informé de cette horrible perfidie , vient ,
propofe un cartel au Marquis de Pefcaire
& le tue mais en fe vengeant il perd
pour jamais Mathilde , qui , dévorée à fon
DE FRANCE. 183
tour de regrets & d'ennui , fe condamne
à la folitude la plus rigoureufe.
Tel eft le plan de ce Roman , très fimple
en effet , & dont la feconde partie est trèstouchante.
L'Auteur fait peindre les profondeurs
du fentiment , & quelquefois il
a du trait & de l'énergie .
Il peint d'une manière aimable cet amour
pur qui rend les mariages fi doux , pag. 11 ,
lig. 2. » C'eſt l'accord des fentimens les plus
purs , c'est une union de deux ames fans
tâche qui ne reffemble en rien à la rencontre
fortuite des fexes , & moins encore
à ces liens ferrés par l'intérêt , où le coeur
n'a point de part. C'eft la fympathie des
coeurs; c'eft le plus noble de tous les noeuds
de la Société «. On lira avec attendriffement
la Lettre dans laquelle Mathilde , qui
fe croit délaiffée , exhale fes plaintes & fes
reproches. Cette fituation fi ufée par les
Romanciers , paroît avoir une forte de nou
veauté fous la plume de l'Auteur.
1.84
MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE . FRANÇOISE.
LE Samedi , 13 Septembre , on a repréfenté
pour la première fois , Lanval &
Viviane , ou les Fées & les Chevaliers
Comédie Héroï- Féerie en cinq Actes &
en Vers de dix fyllabes , mêlée de chants
& de danfes.
Le fond de cet Ouvrage eft tiré d'un ancien
Fabliau intitulé : Le Lay de Lanval. M. le
Grand d'Auffy l'a traduit en langage moderne
il y a quelques années , & tout récemment
M. Imbert en a publié une imitation qu'il
a embellie des charmes de fa verfification
facile & brillante . Voici l'analyfe du Fabliau.
On pourra la comparer avec celle
de la Comédie , & voir quel pasti l'Auteur
dramatique a tiré de fon modèle.
Artus tenoit fa Cour Plénière ; il prodigua
fes largeffes à tous fes Chevaliers
mais il oublia le plus brave & le plus fidèle :
c'étoit Lanval. Celui ci quitte la Cour , &
prend le premier chemin qui fe préfente. Arrivé
dans un pré, où il peut laiffer rafraichir
DE FRA N G E. 185
>
& paître fon cheval , il s'aflied fur le gazon ,
& rêve. L'arrivée de deux Nymphes le tire
de fa rêverie. Il regarde ; on l'invite à fe
rendre fous une tente dans laquelle il eft
attendu ; il fe lève , & marche avec fes
guides. Il apperçoit bientôt cette tente , où
le luxe & le goût fe difputent la prééminence
; mais ce qui le frappe davantage
c'est l'afpect d'une beauté divine , qui fouit
de la fagprife qu'elle lui caufe , lui
déclare qu'elle l'aime , & qu'elle veut lui
faire une deftinée capable de faire envie aux
Rois. Fortune , graces , beauté , doux langage
, voilà quatre puiflans moyens de féduction.
Lanval répond comme devoit répondre
un galant Chevalier , & bientôt il
jouit de fan bonheur ; mais l'ordre des Deftins
veut que la Fée (car c'en étoit une) fe fépare
de fon époux . Ellele renvoie en lei donmant
les moyens de vivre dans l'abondance,
en lui promettant de paroître à les yeux
toutes les fois qu'il prononcera fon nom ;
mais en lui déclarant auffi que s'il fe permet
la moindre indifcrétion fur leur amour ,
il la perdra pour jamais. Il s'éloigne
vient à la Cour , qu'il éblouit de fon éclat.
?
re-
Les plaifirs à fa voix s'empreffoient de renaître ;
Et le plus grand de tous , c'est que la nuit , le jour,
Sitôt qu'il appeloit l'objet de fon amour ,
Il le voyoit foedain paroître .
T
Mais la Reine , qui étoit amoureuſe de
186 MERCURE
Lanval , lui déclare auffi fon amour ; &
non feulement Lanval y eft infenfible , mais
encore , fur le reproche que fa Souveraine
lui fait d'être indigne des faveurs d'une
Belle , il affure
Qu'il n'eft point de Reine
Qui de fa Mie égale la beauté.
La Reine indignée fe plaint à fon époux ,
qu'un déloyal , après l'avoir priée d'amour,
a eu l'audace d'infulter à fes charmes & de
les méprifer. Artus partage la colère de la
Reine, & il fait arrêter Lanval , qui , inquiet
d'avoir indifcrètement parlé de fa Mie , l'avoit
appelée vainement à plufieurs repriſes. Il
comparoît , on va prononcer fon arrêt
quand un Chevalier
Prétend qu'on le contraigne à montrer fa Maîtreffe
Pour connoître de fa beauté ,
Et voir du moins s'il a bleffé la politeſſe
Sans outrager la vérité.
Reffource inutile ! la Fée irritée ne veut
plus paroître , & Lanval va mourir , quand
plufieurs Nymphes fe préfentent tour à
tour , & annoncent l'arrivée de leur Maîtreffe
. La Fée paroît enfin .
Artus , & vous Barons , dit la belle Etrangère ,
C'eft pour remplir vos voeux qu'ici je comparois.
DE FRANCE. 187
Un de tes Chevaliers , Artus , m'avoit fu plaire ;
Lanval , qui de t'aimer s'étoit fait une loi ,
Qui t'avoit fervi fans falaire ,
Que j'ai récompensé pour toi.
Il m'a défobéi. Quelque temps , par vengeance ,
Je l'ai foumis à ta ſévérité ;
Mais fon coeur m'est toujours resté :
Si j'ai puni fa défobéiffance ,
Je dois un prix à ſa fidélité .
Barons , votre juftice exige ma préfence
Pour l'abfoudre ou le condanner .
Me voici comparez & portez la fentence
Qui doit punir ou pardonner.
Lanval eft abfous , & il part avec la Fée ,
dont , depuis ce jour , il ne s'est jamais
féparé.
L'analyfe du Fabliau , que nous avons
aimé à faire d'après l'imitation de M. Imbert
, abrégera celle de la Pièce.
Ici ce n'eft point pour la femme d'Artus
, c'eſt pour fa foeur Ifeult qu'on ouvre
un tournoi ; c'eft celle- ci qui eft amoureufe
de Lanval, & qui lui déclare fon amour, pour
fe voir dédaignée. On a obfervé là - deffus ,
que dans le Fabliau, Lanval repouffe l'amour´
d'une femme mariée , quand il eft amoureux
lui- même, & que dans la Comédie il eft infenfible
& peu galant avec une demoiſelle ,
quand fon creur n'eft pas encore pris ; ce
qui a paru étonnant dans un jeune Cheva188
MERCURE
lier. Ifeult eft furieufe , & une colonne
merveilleufe , qui paroît tout à coup après
fon départ , apprend à Eanval que s'il veut
fe rendre dans la forêt prochaine , il y
pourra mettre fin à une grande aventure . Il
marche vers la forêt.
Au fecond Acte , la Fée , que l'Auteur a
nommée Viviane , paroît avec fes Nymphes,
leur fait part de fa tendreffe pour Lanval
éprouve la fenfibilité du Chevalier , en fe
préfentant à lui fous le nom d'une jeune
femme perfécutée eft contente de fon
épreuve , fe fait connoître , & promet à
Lanval un bonheur conftant , fous les mêmes
conditions que celles propofées dans le
Fabliau.
›
Au se. Acte , s'ouvre le tournoi , où Artus,
veut que l'on foutienne que mulle femme
n'égale Ifeult en beauté. Lanval , qui s'y eſt
rendu couvert d'armes brillantes , prétend
que fa Mie peut égaler la beauté d'Ifcult.
Cette indifcrétion , déclarée contraire aux
loix de la Chevaleric , eft confidérée comme
une infulte qui doit être punie de mort. On
arrête Lanval , & on le conduit en priſon .
On l'y voit au quatrième Acte , appelant
en va a Viviane : il a parlé de fa Mie ,
il a été indifcret , on l'abandonne. Le Confeil
s'eft affemblé ; on a condamné Lanval
à la mort ; mais Lancelot on ami ,
a propofé de l'abfoudre , s'il prouvoit , en
la montrant , que la beauté de fa Mic
DE FRANCE. 189
égalât celle d'Ifeult. On y a confenti ; cette
relfource eft inutile , comme dans le Fabliau .
Lanval attend l'heure de fon trépas , quand
un jeune Troubadour s'introduit dans fa
prifon ; c'eft Viviane qui s'eſt aina traveſtie
. Elle fait une nouvelle épreuve de fes
fentimens , le confole , & relève fon courage
cette Scène eft la meilleure de l'Cuvrage
; il y a de la grace , quelque fenfibilité
, & elle eft très bien jouée par Mademoifelle
de Garcins & par M. Saint Fa) .
Au cinquième Acte , Lancelot tente en
vain de fléchir Iferlt ; elle eft inexorable.
Le Confeil entre ; il faut que Lanval montre
fa Mie, ou qu'il fubiffe le trépas. Il fe réfigne
, & va marcher au fupplice , quand
deux Nymphies paroiffent, annoncent la Fée,
qui vient pour les mêmes caufes , dire les
mêmes chofes , & opérer le même effet
que dans le Fabliau . Des danfes , des fêtes ,
des couplets , un Vaudeville terminent la
Pièce.
Ce fujet étoit plus propre à la Scène
Lyrique , qu'à la Scène Françoife. On a beaü
s'élever contre la confufion des genres ,
on a tellement perdu de vue les vrais
principes de l'Art dramatique , qu'on ne
peut plus fe faire extendre. Si le Théatre
François croit gagner quelque chofe en
cherchant à s'approprier un gente qui lui
eft étranger , il fe trompe , & il ne fera
qu'accélérer la chute de la véritable Comé190
MERCURE
die. Ce n'en est point une que Lanval &
Viviane ; c'est un Opéra dialogué cn vers ,
fans mulique. La Pièce parle toujours aux
yeux , fouvent à l'efprit , prefque jamais à
l'ame ni à l'intérêt. Ce défaut ne peut pas
être atténué par de jolis madrigaux , par
quelques plaifanteries agréables , ni par des
vers bien tournés , quelque bien qu'ils puiffent
l'être. La premièrere préfentation de cet
Ouvrage a été affez mal reçue. La Scène
de Viviane en Troubadour & le Vaudeville
de la fin , ont eu feuls un fuccès décidé.
Depuis , l'Auteur a fait difparoître quelques
longueurs , des expreffions déplacées dans
un Drame héroïque , & la Pièce a repris
quelque faveur. Cela ne doit pas furprendre
les hommes font de grands enfans
que , comme les petits , on eft toujours fûr
d'amufer avec des images.
ANNONCES ET NOTICES.
SURVR le Compte rendu au Roi en 1781 , Nouveaux
Eclairciffemens , par M. Necker ; feconde édition ,
in - 4 ° . Prix , 3 liv . 12 fous. A Paris , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins.
Le Livre de la Nature , vrai fens des chofes , expliqué
& mis à la portée des enfans ; traduit librement
de l'Anglois . Prix , 1 liv . 4 f. A Paris ,
chez Laurent , Libr. rue de Tournon .
DE FRANCE.
Du Mariage des Chrétiens , ou la nouvelle
Loi fur l'écar civil des non Catholiques en France
juftifiée aux yeux de la Religion & de la Politique ;
par un Avocat au Parlement de Paris , in - 12 . A
Paris , chez la veuve Efprit , Lib. au Palais - Royal.
1 Cet Ouvrage , ainsi que le titre l'annonce , a
pour but de fixer les idées qu'on doit avoir du
Mariage , comme Contrat civil & comme Sacrement
, de raffurer les Catholiques fur les craintes
qu'on a cherché à leur infpirer pour leur culte , &
de prouver que la France n'a rien à redouter de
l'état civil accordé aux non Catholiques . Cette matière
intéreffante eft traitée avec autant d'érudition
que de fageffe.
Figures des Fables de la Fontaine . A Paris ,
chez les Auteurs , rue du Plâtre- St - Jacques , Nos,
7 , 38 & 31 .
Cet Ouvrage s'exécute toujours avec le même
fuccès. Le texte , qui s'imprime chez M. Didot
l'aîné , paroît en même temps.
Hiftoire de France , repréfentée par Figures
acompagnées de Difcours ; les Figures gravées par
M. David , Graveur ordinaire de la Chambre &¨
du Cabinet de Monfieur , &c.; le Difcours par
M. IT'Abbé Guyot , Vicaire- Général de Cambrai ;
4e. & se. Livraifons. La première cft composée
de 6 Planches , la feconde de 4 Planches , &
Difcours imprimés fur papier vélin , Prix , S liv.
chaque. Les premières épreuves en biftre anglois,
10 liv . A Paris , chez l'Auteur , rue des Cordeliers
, au coin de celle de l'Obfervance .
Nous avons annoncé avec éloge les premières
Livraiſons de cet Ouvrage.
Antonie , faivie de plufieurs Pièces intéreffantes ,
traduites de l'Allemand , par Mme, la Chanoineſſe
de P ... , nouvelle édition in- 16 . A Paris , chez
Lagrange , Libr . rue Saint-Honoré , vis-à- vis le
Palais - Royal & le Lycée.
192 MERCURE DE FRANCE.
Bagatelles Littéraires , par L. B. de Bilderbeck.
A Paris , chez Guillaume Debure l'aîné , Libr.
Hôtel Ferrand , ruc Serpente , Nº. 6.
Plan des environs de Paris . Prix , en feuille ,
15 fous ; & collé fur toile , 30 fous. A Paris ,
chez Lejay , Libr. rue Neuve des Petits -Champs ,
près celle de Richelieu , au Grand Corneille.
Prife de Thionville par le Prince de Condé ,
peint par Martin , gravé par Picquenot . Prix, 6 1 .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Carmes , Collége
de Prefle.
Numéros 32 & 38 des Feuilles de Terpfychore,
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , 1 liv .
4 fous chaque. Abonnement pour 52 Numéros ,
30 liv. A Paris , chez Coulineau père & fils , Lu
thiers de la Reine , rue des Poulies .
.4
ELIGIE.
TABLE.
14 Annales.
Charade , Enig. Logog . 459
La Gaminetian .
Des Etats-Généraux.
Efnis en vers.
L'Amiré tromple.
15 Comédie Françoife.
168 Annonces & Notices.
1731
179
181'
184
1.90
J'AI
APPROBATION.
>
A lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE pour le Samedi 27 "
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé, qui puifle
eu empêcher l'impreffion ."A Paris , le 26 Septembre.
1788, SELIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
RUSSI E.
De Pétersbourg , le 4 Août 1788.
L'AMIRAL Greigh a fait arrêter , & a
envoyé prifonniers ici deux Capitaines
de fon elcadre & deux Capitaines Lieutenans
. Ils font accufés d'avoir honteuſement
abandonné le Contre - Amiral Berger,
malgré les fignaux du Commandant , qui
leur ordonnoit de fecourir cet Officier
pris par les Suédois. Cette accufation
dément ce qui a été avancé dans la
relation officielle du combat , que le
vaiffeau du Contre-Amiral Berger avoit
été enlevé , comme par hafard , dans
l'obfcurité de la nuit & de la fumée.
On nous a donné , le 29 juillet , un
long rapport de trois efcarmouches en
Finlande entre nos troupes & celles de
Suède . Dans l'une de ces petites ren
No. 36. 6 Septembre 1789
( 2 )
contres , du 16 juillet , nous avons fait
prifonnier le jeune Baron d'Armfeldt
parent du Général de ce nom. Le 23
du même mois , les nôtres s'emparèrent
d'une redoute commencée , de 10 foldats
, de deux canons & de leurs munitions
, &c. Ces minuties ne valent pas la
peine d'y arrêter le Lecteur.
A la fin de juillet , nos troupes en
Finlande formoient un nombre de 16000
hommes, dont 8000 à Vilmanftrand, 3000
à Friderixsham , 1000 à Kexholm , 3000
près de Hétela , & environ mile Cuiraffiers,
outre quelques centaines de Colaques
répandus dans ce dernier diftri &. Plufieurs
régimens de Cofaques font en marche
pour fe rendre , par Mohilof & Orfa , en
Livonie , où l'on envoie également quelques
troupes réglées du Gouvernement
de Smolensko .
holder
of ench
SUÈDE.
De Stockholm , le 12 Août.
soys maybe this
Le Comte de Rafumowski , ci - devant
Miniftre de Ruffie à cette Cour , s'embarqua
hier matin , à cinq heures , à bord
du yacht la Louife- Ulrique , qui lui étoit
préparé depuis le 23 juin. Ce Miniftre ',
((13))
ว
fous divers prétextes , éludoit ce voyage
maritime , & avoit décidé de ne quitter
Ja Suède quien traverdant toute la partie
méridionale doyaume ; mais le Roi
ne voulant point le permettre , & la pré
fence du Comte ne pouvant plus être
foufferte dans le capitale , il lui fut fignifie ,
pour la dernière fois , vendredi paffé , par
M. de Bedouin , maître des cérémonies ,
de partir , par mer , avec les vaiffeaux du
Roi , au bout de trois jours , ou de fe
voir expofé à de fâcheufes extrémités
. Le Comte déclara auffi- tôt qu'il
étoit réfolu de partir pour Lubeck ; en
conféquence il a déja quitté cette ville ,
avec la Chancellerie Ruffe & fes effets!
Outre le yacht , on avoit équippé , pour
le compte du Roi, deux autres bâtimens ,
afin que tout ce qui appartenoit au Miniftre,
pût être tranſporté à la fois & commodément.
»
« Samedi dernier on expofa , à la vue
du public , les trophées pris fur les
Ruffes . Ces trophées , qui confiftent en
pavillons & flammes de navires , en partie
enfanglantés , criblés de coups ou déchirés
, furent expofés dans la galerie de la
Cour , où les gardes étoient en parade. »
« On a reçu de la Finlande la nouvelle
certaine que le Roi eft déja campé avec la
grande armée , fur le territoire Ruffe , &
a ij
( 6 )
nombre de la Bonie aux environs de Schabatz ,
qu'il dévaftoit , on détacha le Capitaine Orskowich
avec des volontaires & une partie du régiment
Sclavon de Péterwaradin , pour couper à l'ennemi
la communication , & l'empêcher de pénétrer da
vantage fur notre territoire. Cet Officier rencontra
, le 3 Août , un corps d'environ mille Turcs ,
tant infanterie que cavalerie : on en vint aux mains ;
notre détachement , après une réfiftance vigou- ,
reufe , fut obligé de céder à la fupériorité de
l'ennemi , & il fe difperfa ; on n'a point encore
de nouvelles du Capitaine , & de la majeure partie
de fa troupe . Un autre détachement s'eft emparé ,
aux environs de Lefnicza , d'une quantité de
grains .
»
Corps d'armée combiné devant Choczim , le 7
Août.
Le , au matin , les députés de la garniſon
de cette place revinrent au camp , avec la réponfe
qu'ayant reçu l'avis qu'Ibrahim Pacha s'avançoit
avec un corps de 30,000 hommes , on
ne pouvoit ni rendre la fortereffe , ni entrer en
capitulation . Sur cette déclaration , & comme on
ne jugeoit pas à propos d'accorder à ces députés
le nouveau délai de 10 jours qu'ils avoient demandé
, l'ordre fut donné de recommencer le jeu
des batteries de Braha , ce qui fut exécuté fur le
champ . A en croire les déferteurs , la misère eft
extrême dans cette place.
>>
Corps d'armée dans La Croatie 2 camp de
Czérowliani , le 11 Août .
« On avoit réfolu d'attaquer les Turcs dans
leurs retranchemens près de Dubicza . Pour cet
effet on établit , dans la nuit du 8 au 9 , un'fecond
ponton fur l'Unna. Nos troupes paffèrent ce
pont , & l'autre qui exiftoit déja , le lendemain à
( 7 )
deux heures du matin . Le Général Brentano , chargé
d'attaquer le camp ennemi en dos , dirigea fa
marche vers la colline. fituée vis - à-vis de notre
tête de pont , & alla droit au camp. Le Général,
Kaltschmidt prit la même route , forma un carré
près de cette colline , la cotoya , & s'approcha
des batteries de l'ennemi . Dans la plaine le carré
fut appuyé par les troupes fous les ordres du
Général de Bubenhofen. La tête du pont , & les
autres ponts furent gardés par les troupes commandées
par le Général Sehmaker. On planta des
canons fur la rive gauche de l'Unna. Les Généraux
Brentano & Kaltschmidt avancèrent en ligre
égale: arrivés près de l'ennemi , un bataillon de
Freiffe attaqua la première batterie & l'emporta ;
on attaqua en même- temps le camp & les deux
autres batteries , & on parvint d'en chaffer l'ennemi
, & de s'en rendre maître vers les 6 heures'
& demie du foir. Notre perte confifte en 27 tués
& 55 bleffés ; celle de l'ennemi eft confidérable :
partout on a trouvé des morts entaffés les uns fur
les autres . Après l'action , le Lieutenant - Général
Baron de Vins a permis le pillage du camp ennemi.
On dirige maintenant tout le feu de notre,
artillerie für Dubicza - Turc , qui eft déja trèsdélâbré
, mais la garnifon s'obſtine à ne pas vouloir
fe rendre . »
Ce dernier fuccès eft contrebalancé par
un échec férieux que nos troupes ont
effuyé dans le Bannat , dont le bulletin
officiel ne parle pas , & dont la nouvelle
eft rapportée en ces termes , par les lettres
de Mehadia , du 8 août.
« Hier , à 2 heures du matin , les Turs ont attaqué
, à trois différens endroits , nos troupes
poftées près de Schuppanek . Comme elles avoient
a iv
( 8 )
reçu l'ordre de fe retirer , elles furent pourfuivies
& difperfées par l'ennemi , qui nous enleva 13
canons & plufieurs chariots munitionnaires . Nous
avons perdu beaucoup de monde. Les Turcs ont
mis le feu à Schuppanek & au vieux Orfowa. Un
détachement ennemi s'eft porté à la montagne de
Mefcricz , & y a détruit le corps-de-garde : on n'a
point de nouvelles des 150 hommes qui y étoient.
Un autre détachement s'eft avancé vers le pofte occupé
par un bataillon de Bréchainville , & une divifion
du régiment des Vallaques - Illyriens : on ne
fait pas encore fi l'ennemi l'a emporté ou non. »
-
Un bataillon de Lafcy , un de Pallavi
cini , un de Wolfenbutel & deux de Michel
Wallis fe font embarqués fur le Danube
pour ſe rendre à l'armée. Le
Corps d'armée en Croatie fera augmenté
de 18 bataillons . On a ordonné encore
une nouvelle levée de recrues en Autriche
, en Moravie , Bohême & Hongrie.
--
Le Prince Charles de Lichtenftein eft
transporté ici toujours malade , & il fait
le voyage à petites journées .
Le choix qu'a fait l'Empereur du Feldt-
Maréchal Laudhon , pour le commandement
de l'armée en Croatie , a été reçu avec
une joie univerfelle. Cet illuftre Vétéran
s'eft mis en route ; l'Empereur avoit
ordonné de lui fournir tous les équipages
qui pourroient lui être néceffaires.
Le maffacre de nos trois Officiers Plénipotentiaires
, & d'un Chef de Monténé(
9 )
grins , par les ordres de Mahmud, Pacha
de Scutari, n'eft que trop certain. Tel eft
le fruit ordinaire de la confiance que l'on
met en des hommes qui on trahi leur
Patrie & leur Souverain .
Il n'étoit pas naturel que ce Pacha
reſpectât plus fes nouvelles liaiſons avec
nous , qu'il n'avoit refpecté fes devoirs
envers la Porte. Ce brigand eft un véritable
fou phyfique , avec lequel il falloit
fe garder d'entretenir aucune correfpondance
. On débite fur et évènement
beaucoup d'hiftoires, dont nous allons rapporter
les principales , vraies ou fauffes.
4
Après avoir fait couper la tête des trois députés
Autrichiens , Mahmudles envoya au Grand-
Vifir par 12 Capidgi-Bachis. Ce Général Ottoman
refufa cet horrible préfent ( 1 ) , & le renvoya
, en difant qu'il n'acceptoit point de pareilles
offres d'un fcélérat , qui d'abord s'étoit
montré rebelle à fon Souverain légitime , & enfuite
traître envers le Monarque Autrichien
ajoutant que le temps viendroit où l'on pourroit
"
(1 ) Ce trait fait le plus grand honneur au général
Ottoman. Il eft auffi glorieux , & trèscertainement
plus fincère que celui de Céfar , qui
dit au fatellite de Ptolomée , lorfqu'il lui apportoit
la tête de Pompée: »
Aufer ab afpectu noftro , funefta fatelles ,
Regis dona tui
av
( 10 )
tirer vengeance de fes horribles forfaits . Il eût été
difficile de fufpecter le Pacha d'une pareille perfidie
, après les longues négociations qu'il avoit entretenues
avec les deux cours Impériales , & les
démonftrations d'attachement qu'il leur avoit données
. On doit fe féliciter encore que fa trahifon
n'ait pas été auffi complette qu'il fe l'étoit propofé.
Son projet étoit de faire maffacrer dans un
même jour , tous les Officiers Ruffes & Autrichiens
, ainfi que les troupes à leurs ordres . Il fut
obligé d'anticiper l'exécution de fes deffeins , parce
que fes gens commençoient à murmurer de fa
partialité apparente pour les Autrichiens , & que ,
défapprouvant toute liaifon avec eux , ils menacoient
de fe révolter ; ce qui le détermina à en
venir à la cruelle extrémité qu'on fait. Après cette
barbare action , il écrivit au Commandant des
Monténégrins une lettre dont voici l'extrait. »
Ma loi , mon fyftême & mon inclination me
portent à l'indépendance , & me font rejerer toute
autre alliance , quelque favorable qu'elle puiffe être.
L'Empereur a eu confiance en moi , & je n'ai diffimulé
que pour mieux le tromper ; i'y ai réuffi
&je fuis content. La mort de fes Officiers eft la
récompenfe de 80 bouffes , contenant 4000 fequins,
d'une grande quantité de provifions de guerre ,
de deux arquebufes à vent , & de plufieurs autres
préfens qu'il m'a fait parvenir . Cependant je ne
fuis pas entièrement fatisfait ; je veux encore le
fang de tous les autres Autrichiens qui font dans
vos contrées . Je vous offre , à cet effet , 5 fequins
pour chaque tête d'Allemand que vous m'enverrez ,
& 500 pour celle du Colonel Wukafowich (2)
(2) Cet Officier oecupe , & a fait fortifier depuis
quelque temps , un couvent de Monténegro ,
( 11 )
que je fais fe trouver dans un de vos forts. Suivez
mon exemple , maffacrez- les tous , & partagez en
frères toutes leurs dépouilles . Si vous vous fentez
quelque répugnance à m'obéir , je viendrai
en perfonne vous voir avec mes troupes , après
le Ramazan. »
་་" Le Commandant de Monténégro ayant reçu
cette lettre , la remit au Colonel Wakafowich.
Celui-ci écrivit d'abord au traître de fa propre
main : « Que fans attendre la fin du Ramazan ,
» il eût à venir immédiatement faire la conquête
» de fa tête , & qu'il étoit prêt à le recevoir. »
En conféquence , il fit publier un manifefte , par
lequel il promet , entr'autres , de payer 10 fequins
pour chaque tête de Turcs Albanois , & 10 mille
celle du Pacha de Scutari . Nous favons d'ailleurs
qu'il eft arrivé dans le Monténégro plufieurs
Officiers Ruffes ainfi que des troupes Autrichiennes
, parmi lefquelles il y a 150 Croates
avec beaucoup de munitions de guerre & de groffe
artillerie. »
pour
" Ce qu'il y a de certain auffi , c'eft que le
perfide Mahmud a une armée d'environ 20 mille
hommes ; qu'il eft traître , même envers la Porte ,
& qu'il continue à recruter pour aller attaquer
le Pacha de Croia. On ne parle dans ce pays que
des cruautés de ce Pacha. Il n'épargne pas même
fes meilleurs amis , & il fait mafiacrer impitoyablement
tous les Turcs Albanois qu'il foupçonne
être aimés du Peuple. Etant entré depuis peu ,
que le Pacha de Scutari avoit prefqu'entièrement
réduit en cendre dans fes dernières courfes. I a
actuellement du canon & une garnifon de 200
Autrichiens , avec 300 recrues ; il eft en outre
très- uni avec les Monténégrins .
a vj
( 12 )
le matin , dans la chambre de fon épouse , qui
dórmoit encore , ce monftre la tua d'un coup de
piftolet , & dit froidement à fes gens : qu'on emporte
cette chienne . Il eft actuellement éperdûment
amoureux d'une belle Géorgienne , qu'il a payée
2 mille fequins. Un fameux Religieux , le père
Erafine , qui lui fervoit de confeiller & de guide
dans toutes fes entrepriſes , n'a pu foutenir la
vue de tant de cruautés , & il l'a abandonné ſecrètement
, pour ſe retirer dans un port Chrétien.
»
De Francfort fur-le-Mein , le 23 Août.
Le Roi de Pruffe eft parti , le 14 , pour
la Siléfie ; S. M. avait été précédée , la
veille , du Prince Royal , qui affiftera aux
revues & aux manoeuvres . Le Baron
de Gemmingen , Miniftre du Roi auprès
de l'Ele&eur Palatin , eft revenu à Berlin
par congé.
-
Les lettres de la Pruffe affurent que
les Envoyés d'Angleterre , de Suède &
de. Saxe font fouvent en conférence avec
les Miniftres du Roi. On croit qu'il fera
formé une armée d'obfervation fur les
frontières de Pologne . On parle encore
d'une autre armée compofée de Pruffiens ,
d'Hanovriens & de Heffois , qui feront
commandés par le Duc de Brunswick.
On prétend encore qu'un corps de Pruffiens
s'affemble près de Memel , & que
l'on eft dans une grande inquiétude à Riga,
-
( 13 )
où il ne fe trouve qu'un feul régiment ,
même incomplet.
ESPAGNE.
De Madrid , le 6 Août.
« On a reçu avis qu'il eſt tombé dans difféférentes
provinces , une quantité immenfe de grêle
tranchante qui a ravagé les récoltes. »
"
« Dans le nombre des projets qui font à l'examen
il paroît que le Gouvernement a adopté
celui de réduire à 30 mille hommes l'armée de
terre , d'augmenter confidérablement les forces
navales , & d'employer dans les Finances les Officiers
d'infanterie qui , par ce moyen , ſe trouveroient
fans emploi. »
« La Reine de Portugal , inftruite de l'émigration
de plufieurs familles Eſpagnoles , qui fe font
expatriées pour paffer dans fes domaines , dans
l'efpoir d'y vivre avec plus d'agrément , a donné
des ordres pour les faire traiter comme nationales ;
mais elle a écrit au Roi qu'elle les forceroit à revenir
en Espagne , du moment que S. M. le jugeroit
convenable. »
ITALIE.
De Rome, le 4 Août.
« Le 28 du mois dernier , le Chevalier
Ricciardelli reçut de la Cour de Naples
, la réponſe du Roi au Bref oratoire
de Sa Sainteté, fur l'omiffion de la préfentation
de la haquenée. Il la remit
auffi-tôt entre les mains du S. Père . Cette
dépêche contient , en quatre feuilles ,
toutes les raifons qui démontrent que ce
( 14 )
prétendu tribut n'eft réellement qu'une
aumône volontaire . D. Bafil Palmieri , &
D. François Peccheneda , Confeillers Napolitains
, ont été chargés de défendre les
droits de la Couronne fur cet objet important.
On dit que le Chevalier Ricciardelli
a reçu une copie féparée de cette réponſe ,
& a été autorifé à la communiquer à tous
les Miniftres étrangers . »
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 26 Août.
Le 22 , dans l'après-midi , un des Meffagers
d'Etat est arrivé au bureau du Marquis
de Caërmarthen , Principal Secrétairé
d'Etat des Affaires Etrangères , avec le
^ Traité d'Alliance défenfive entre S. M. B.
& le Roi de Pruffe , figné à Berlin , le 13
du courant , par Jofeph Ewart , Envoyé
Extraordinaire de S. M. à Berlin , & par
le Plénipotentiaire de S. M. P. , dùinent
autorifé à cet effet.
ހ
La Princeffe Royale , le Francis & le
Queen , vaiffeaux de la Compagnie Orientale
, font arrivés de l'Inde là ſemaine dernière
, le premier à Darmouth , le fecond
à Portſmouth , & le dernier aux Dunes.
Le King- George , navire de la même Compagnie
eft auffi entré à Portsmouth .
Le Leander de 50 canons , monté par
( 15 )
le Commodore Sawyer, eft arrivé , le
16 , à Plimouth , venant de la nouvelle
Halifax , après une traverfée de 16 jours.
Le Capitaine Ademson , qui commande
le paquebot le Swallow, s'eft rendu , le 20,
à Affemblée des Directeurs de la Compagnie
des Indes , & en a pris congé après
avoir reçu les dépêches pour les divers
établiffemens de la Compagnie . Ileft parti
enfuite pour Falmouth , d'où le paquebot
mettra à la voile au premier bon
vent.
On croit que le Chevalier James Harris
retournera à la Haye dans trois ſemaines ,
& qu'il fera créé Pair avant la rentrée du
Parlement , fous le titre de Lord Dibden.
« On a pofé dans le village de Killearn
Comté de Stirling , en Ecoffe , la première
pierre d'un monument à la mémoire
de George Buchanam , Hiftorien & Poëte
Ecoffois . C'eft un obélifque de 100 pieds
de haut ; le fieur Creigh , Architecte
d'Edimbourg , préfide à fa conftru &tion ,
& c'eft une foufcription qui en fait les
frais. »
On attribue à M. Wilfon , Capitaine
du vaiffeau qui fit naufrage , & qui fut
accueilli aux ifles Pelew dont nous avons
déja parlé , le récit de l'anecdote fuivante
.
༄་
« Les Anglois étant reftés quelque temps dans
( 16 )
l'ifle Pelew , & ayant fecouru efficacement le
Roi contre fes ennemis , ce Chef délibéra quelque
temps fur la nature du préfent qu'il feroit
au Capitaine Anglois ; enfin il fe détermina à lui
envoyer , comme une marque particulière de fa reconnoiffance
& de fon eftime , deux jeunes femmes
charmantes. Le Capitaine Wilfon , homme grave
& fage , qui avoit avec lui fon fils , âgé d'environ
dix- fept ans , fe trouva dans le plus grand
embarras , & il jugea néanmoins convenable de
renvoyer cette offrande. Le Roi de Pelew fut
vivement affecté de ce refus , dont il attribua le
motif à ce que les femmes n'étoient pas encore
affez jeunes. En conféquence , il fe décida , après
avoir fortement combattu les fentimens de l'amour
paternel , à envoyer au Capitaine Wilfon
fa propre fille , jolie petite créature de douze ans.
Le Capitaine la renvoya pareillement ; mais il
fut très-difficile de faire entendre au Roi , que
l'intention du Capitaine n'étoit pas de l'infulter
en refufant fes préfens. »
L'un de nos Journaux a publié dernièrement
quelques particularités intéreffantes
fur le célèbre centenaire Henri Jenkins ,
mort vers la fin du dernier fiècle . Ce morceau
eft tiré d'une lettre particulière ,
écrite il y a près de cent ans , par Miftreff
Anne Sewill.
« Quand je vins m'établir à Bolton fur la Swale ,
on me dit qu'il fe trouvoit dans la Paroiſſe un
homme de près de cent foixante ans , qui avoit
été Sommelier du Lord Convers ; on ajouta qu'on
avoit trouvé fon nom dans de vieux regiſtres , appartenans
à cette famille. Je
attention à cette hiftoire ; mais un jour je vis
Jankins entrer dans la cuiſine de ma foeur. Je lui
ne fis pas alors grande
( 17 )
-
dis qu'à fon âge il devoit s'attendre à rendre bientôt
compte à Dieu de fes paroles & de fes actions ,
& qu'en conféquence je le priois de m'avouer franchement
combien il avoit d'années. Il réfléchit n
moment , & me répondit qu'autant qu'il pouvoit
s'en fouvenir , il étoit dans fa cent foixante- deux
ou troifième. Je lui demandai quels Rois il fe rappeloit
. Il medit qu'il fe fouvenoit bien d'Henri VIII;
mais , repris-je , quel eft l'évènement le plus ancien
que votre mémoire vous fourniffe ? La bataille de
Flouden-Field , me répondit-il . Le Roi y étoit-il ?
continuai-je. Non , il étoit alors en France, & le
Comte Surrey commandoit l'armée. - Quel âge
pouviez - vous avoir alors ? - Dix ou douze ans,
On m'envoya à Northallerton avec un cheval
chargé de flèches , mais on prit en cet endroit un
garçon plus grand pour les conduire juſqu'à l'armée.
Je crus que l'hiftoire pourroit me fournir
quelques renfeignemens fur ces particularités ; en
effet , j'ouvris une vieille chronique qui fe trouvoit
à la maifon , & j'y vis que la bataille de Flouden-
Field avoit été donnée cent cinquante deux ans auparavant
, de forte que fi Jenkins étoit un enfant
de dix à douze ans à cette époque , il avoit réellement
162 ou 163 ans quand je l'interrogeai , ce
que je fis fept ans avant fa mort. L'hiftoire dépofe
qu'on fe fervoit encore d'arcs & de flèches du
temps d'Henri VIII , & que le Comte de Surrey
étoit à la tête des troupes pendant l'abſence de ce
Prince , qui fe trouvoit alors à Tournay , en France .
Jenkins ajouta qu'il ſe ſouvenoit très - bien de l'Abbaye
de la Fontaine , & entr'autres chofes que
Milord Convers buvoit volontiers un verre de
vin avec les Abbés . La fuppreffion des Monastères
lui étoit également bien préfente. On l'avoit fou
vent appelé en témoignage relativement à d'anciens
événemens , aux affifes d'Yorck , & il avoit cou(
18
18 )
tume de s'y rendre à pied . Il y fut une fois affer
menté dans une caufe pour un fait qui remontoit
à 140 ans . Les Ju
le récufant , parce qu'ils ne
le croyoient pas fiveux , appelèrent deux autres
vieillards , & leur demandèrent s'ils connoiffoient
Henri Jenkins , & quel âge il pouvoit avoir : ces
nouveaux témoins étoient au moins des gens de cent
ans & plus. Ils répondirent qu'ils le connoiffoient
bien, mais que quant à fon âge , ils ne pouvoient dire
autre chofe , finon qu'il étoit leur aîné , & qu'il
avoit pris naiffance fur une autre Paroiffe avant
qu'on fût dans l'ufage de dreffer des extraits - baptiftaires.
D'après cette dépofition , les Juges le firent
rentrer dans la falle , & lui demandèrent s'il avoit
jamais eu des enfans. Il répondit qu'il n'avoit eu
que deux.garçons qui étoient à la Cour. Curieux
de les voir , on les fit venir , & nul fpectacle ne
parut plus éromart que colui de ce vieillard entre
fes dens garçons , l'un de cent , l'autre de cent
deux ans . Henri Jenkins étoit fort habile à la
pêche ; & j'ai entendu dire à des Gentilshommes
de campagne , que même ayant plus de cent ans
il traverfoit les rivières à la nage. It fe nourriffoit
d'alimens groffiers & acides I mourut le 8 décembre
1670 , à Eden fur la Swale , âgé de 170
ans , après avoir joui de la meilleure fanté jufqu'à
fon dernier jour. On voit dans l'Eglife de Bolton ,
près de Richmond , dans l'Yorkshire , cette épitaphe
remarquable :
« O marbre , ne rougis pas de fauver de l'oubli
» le nom de Henri Jenkins , homme d'une naif-
» fance obfcure , mais d'une vie vraiment mémo--
» rable ; car s'il ne fut pas enrichi des biens de la
fortune , il le fut de ceux de la nature & vécut
» heureux , finon dans la variété , du moins dans
» la durée de fes jouiffances ; & quoiqu'un monde
partial ait méprifé fon humble condition , l'oeil
» jufte de la Providence l'a regardé avec complai-
">
( 19 )
19.
» fance , & lui a donné la bénédiction des Patriar-
» ches dans la fanté & la multitude des jours ,
» afin de redreffer les faux jugemens des hommes.
» Ces bienfaits ont été confervés par la tempé-
» rance , une vie laborieufe & l'égalité d'ame . Il
a vécu jufqu'à l'âge prodigieux de 170 ans , & a
» été enterré ici le 12 décembre 1670. »
FRANCE.
De Verfailles , le 28 Août.
« Le 21 , le Comte O- Kelly , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur de Mayence ,
étant de retour ici par congé , a eu l'honneur
d'être préfenté à Sa Majefté par le Comte de
Montmorin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département des : Affaires Etrangères . »
« Le 23 , jour anniverfaire de la naiffance du
Roi , on a chanté , felon l'ufage , un Te Deum ,
dans l'Eglife paroiffiale de Notre- Dame de cette
ville . »
a
« Le 24 de ce mois , la Marquife de Maillé
eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , en qualité de
Dame du Palais , par la Ducheffe de Fitzjames
, Dame du Palais . »
« Le Roi a nommé à des places de Commandeurs
, vacantes dans l'Ordre de S. Louis ,
pour le fervice de terre , le Comte de Conway
Maréchal -de - camp , Commandant les établiffemens
François au - delà du cap de Bonne - efpétance
, & le fieur de Caux , Maréchal- de- camp ,
Directeur des fortifications à Cherbourg ; pour
le fervice de mer , le Marquis de Neul , le
1.
( 20 )
Vicomte de Souilhac , Chefs-d'efcadre , & le
Vicomte de Beaumont , Chef de divifion. » « Le 25 de ce mois
, fête
de S. Louis
, le
Roi
a reçu
, dans
fon
Cabinet
, Commandeurs
de l'Ordre
de S. Louis
, le Vicomte
de Souilhac
& le Vicomte
de Beaumont
, Le Comte
de Conway
le fieur
de Caux
& le Marquis
de Nieul
ont
reçu
de la part
de Sa Majefté
, la décoration
de
Commandeur
, & la permillion
de la porter
. Le
Roi , après
cette
cérémonie
, s'eft
rendu
à la
Chapelle
, portant
les marques
de l'Ordre
royal
& militaire
de S. Louis
; Sa Majesté
étoit
précédée
de Monfeigneur
Comte
d'Artois
, des Princes
du Sang
, Chevaliers
de S. Louis
, ainfi
que
des Grands
- Croix
& Commandeurs
du même
Ordre
, marchant
fuivant
leurs
grades
& leur
ancienneté
dans
le fervice
, conformément
à l'Edit
de Janvier
1779.
La grand
'-Meffe
a été célébrée
par l'Abbé
de Ganderatz
, Chapelain
de la grande
Chapelle
, & chantée
par
la Mufique
du Roi.
La Reine
, Monfieur
, Madame
, Madame
Elifabeth
de France
y ont affifté
dans
la tribune
. » « Les Princes , les Princeffes , les Seigneurs
& les Dames de la Cour ont eu l'honneur de
rendre leurs refpects au Roi , à l'occafion de la
fête de Sa Majesté. "
"
« Pendant le lever , la Mufique du Roi a
exécuté , fous la conduite du fieur Francoeur
Surintendant , une fymphonie du fieur Harand ,
premier violon de la Mufique de Sa Ma efté. »
« Le même jour , le Corps-de - ville de Paris
a eu une audience du Roi , à laquelle il a été
préfenté par le fieur de Villedeuil , Secrétaire d'Etat ,
ayant le département de Paris , & conduit par
le fieur de Watronville , Aide des cérémonies . Les
fieurs Vergne & Rouen , nouveaux Echevins , ont
prêté le ferment , dont le fieur de Villedeuil a
fait lecture , ainfi que du fcrutin , préſenté par
( 21 )
le fieur Dupré de Saint-Maur , Avocat du Roi
au Châtelet. >>
« Le Corps- de-ville a eu l'honneur de préfenter
enfuite à Sa Majefté , une Médaille
frappée à l'occafion de la pofe de la première
pierre du pont de Louis XVI , faite au nom du
Roi , par le Prévôt des Marchands & Echevins ,
& quatre Eftampes , repréfentant les fêtes que
la ville de Paris a données , à l'occafion de la
naiffance de Monfeigneur le Dauphin. Il a eu
auffi l'honneur de rendre ſes reſpects à la Reine
& à la Famille Royale. »
" Leurs Majeftés ont foupé à leur grand couvert.
Pendant le repas , la Mufique du Roi a
exécuté différens morceaux , fous la conduite du
fieur Francoeur, Surintendant de la Mufique de
Sa Majefté. »
Le 25 , P'Archevêque de Sens a remis
au Roi fa démiffion de la place de Chef
du Confeil Royal des Finances.
Le même jour , fur la démiffion de
M. Lambert , Contrôleur général des
Finances , le Roi a nommé pour le remplacer
, fous le titre de Dire &eur- général
des Finances , M. Necker , qui , le lendemain
, a eu l'honneur d'en faire fes
remercîmens à S. M.
T
Le 27, le Roi a déclaré Miniftre d'Etat
M. Necker , Directeur - général des Finances
, lequel a , le même jour , pris
Séance au Confeil d'Etat.
« Mefdames Adélaïde & Victoire de France ont
quitté leur château de Bellevue , & font revenues
ici. »
( 22 )
.
« La Comteffe du Drefnay des Roches a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à'
la Famille Royale par la Princeffe de Conti , en
qualité de Dame d'honneur de cette Prineeffe. »
« Le fieur Chérin , Généalogifte des Ordres du
Roi , & Confeiller de la Cour des Aides de Paris ,
a eu l'honneur de préfenter à Sa Majefté un ouvrage
de fa compofition , ayant pour titre : Abrégé
chronologique d'Edits , Déclarations , Réglemens ,
Arrêts & Lettres-patentes des Rois de France de
la troifième Race , concernant le fait de Nobleffe ;
précédé d'un Difcours fur l'origine de la Nobleffe ,
fes différentes efpèces , fes droits & prérogatives ,
la manière d'en dreffer les preuves , & les cauſes
de fa décadence ( 1 ) . ». "
« Le fieur Déformaux , de l'Académie des Infcriptions
& Belles-lettres , a eu l'honneur de préfenter
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale le
5º volume de l'Hiftoire de la Maifon de Bourbon. »
De Paris , le 3 Septembre."
Les Ambaffadeurs Indiens fe rendront
au camp de S. Omer , & delà pafferont
à Breft , où ils doivent s'embarquer pour
retourner dans leur patrie . Il a été donné
ordre d'armer à Breft une frégate portant
du 18 , & une flûte qui les tranfporteront
dans l'Inde. Ces deux bâtimens doivent
être près à mettre en mer le 27 feptembre :
la frégate fera commandée par M. de
Lamotte- Grou , Capitaine de vaiffeau , qui
a tranfporté M. le Comte de la Luzerne
(1)Cet ouvrage fe trouve à Paris , chez Royez,
quai & près des Auguſtins,
«.iɔi aswa
( 23 )
de S. Domingue en France ; & la flûte ,
par M. Huon de Kennade , Major de
vaiffeau . On embarquera fur les bâtimens
de guerre , les préfens que Sa Majesté
envoie à Typo.
« Pendant les fix premiers mois de cette année ,
il eft forti du port de Marfeille 1746 navires ;
favoir , 1419 François , de grand & petit cabotage
, 11 Vénitiens , 13 Ragufois , 1 Impérial ,
1 Turc , 67 Napolitains , 56 Génois , 27 Piémontois
, 59 Efpagnols , 14 Hollandois , 29 Danois
, 27 Suédois & 22 Anglois. Il y en eft
entré 1446 ; favoir , 1160 François , de grand &
petit cabotage , 11 Vénitiens , 9 Ragufois , 57
Napolitains , 58 Génois , 9 Piémontois , 67 Eſpagnols
, 11 Hollandois , 13 Danois , 20 Suédois,
20 Anglois , 1 Anglo - Américain &
Turc "
-
Nous avons reçu de Redon en Bretagne
, une lettre , en date du 30 juillet
dernier , dont voici la fubftance .
« C'eft au nom de tous mes camarades , MM .
les Officiers du Régiment de Dragons de Conti
que j'ai l'honneur de vous prier , Monfieur , &
même avec les plus vives inftances , de vouloir
bien ajouter au récit très- véridique que vous
avéz inféré dans le n° ., 28 de votre Journal , du
naufrage du chaffe-marée l'Anonyme , chargé du
tranfport des bagages du Régiment , que nous
ne devons le falut des effets qui ont été recouvrés
, & conféquemment la diminution du dommage
, qu'à la préſence d'efprit , à la fermeté ,
au courage de M. Armand, premier Lieutenant ,
avec rang de Capitaine , & très particulièrement
encore à l'habileté de M. Cotton , ancien Capitainé
marchand du port du Croific , Entrepreneur
( 24 )
des Sauvetages du Roi , connu par ſes ſuccès
multipliés dans ces fortes de manoeuvres , lequel ,
informé de ce défaftre , n'eut rien de plus urgent
que d'offrir gratuitement fes fervices à M. le
Marquis de Canclaux , notre Colonel , lui promettant
non-feulement de fauver les effets , mais
le chaffe-marée , ce qu'il a exécuté avec autant
de bonheur que d'intelligence , par le procédé le
plus ingénieux , en parvenant à mettre à flot le
bâtiment naufragé , & à le ramener , après un
long travail , au grand étonnement de tous les
fpectateurs , jufques fur la chauffée du Croific , où
il a été déchargé. Le noble défintéreffement de
M. Cotton , ne permettant pas au Régiment de lui
témoigner autrement fa reconnoiffance , qu'en vous
priant de la rendre publique , nous espérons ,
Monfieur , que vous voudrez bien répondre à
nos défirs , en faiſant connoître le procédé , ainfi
que le talent vraiment admirable de ce brave &
zélé Citoyen ; quant à M. Armand, les fentimens
d'eftime & d'amitié qu'il mérite de fon Corps à
tous égards , feront fa récompenſe. »
« J'ai l'honneur d'être , &c. »
DE LUXÉMONT.
Chef d'escadron au Régiment de Dragons de
Conti , Commandant à Redon.
-
Le réſultat de la population de la Généralité
de Flandres & d'Artois , pour
l'année 1787 , préfente un état de 32,947
naiffances ; favoir , 17,272 garçons , &
15,675 filles. Le nombre des mariages
monte à 7,451 , & celui des morts
à 25,367. En ajoutant à ce nombre les
fépultures des Proteftans , les morts en
religion , les morts en mer , les émigrés ,
les
( 25 )
-
-
les fépuitures par Ordonnances de Police ,
les fupplicies & les banniffemens hors du
royaume , le total des morts morte à
25,662. Profeffions en religion 43.
hommes, 103 femmes ; total 148. - Le
nombre des naiffances excède celui des
morts de 7285. Comparaiſon faite de l'état
ci- deffus avec celui de 1786, il réſulte que
la population eft augmentée de 2721
perfonnes . ( Affiches de Flandre. )
Diverſes feuilles françoifes ont imprimé
l'article fuivant :
« On mande de Bofton , que deux bâtimens
Américains ont trouvé , le 3 du mois de janvier
dernier , fur une ifle déferte dans l'Archipel des
Bermudes, 77 perfonnes, tant hommes, que femmes
& enfans , qui , depuis quatre jours , avoient été
débarqués fans aucune espèce de provifions , &
dont plufieurs n'avoient pas de hardes pour fe
couvrir. Ils avoient été mis à terre dans la
partie du Sud- Oueft de cette ifle , par le Brigantin
la Chance , navire de Dublin , deftiné
pour Baltimore, & dont le Patron fe nomme
Patrick Stafford. Le nom du propriétaire , qui
eft le fecond Patron du navire , eft Connor. Il
paroît que ce Connor a été l'Agent principal de
cet acte inhumain & barbare. Il avoit p is à Dublin
ces malheureux , qui , prefque tous , lui avoient
payé fept guinées pour leur paffage. Dès que le
navire fut en mer , il les fit defcendre à fond
de cale , & pendant la traverfée il les dépouille
tous de leur argent , de leurs montres & de leurs
habits . Avant de les mettre à terre , il leur dit
que c'étoit dans l'ifle de la Trinité qu'il les det-
N°. 36. 6 Septembre 1788. b
( 26 )
çendoit , & qu'elle avoit deux grandes Viller ;
après quoi il les déba qua dix par dix , la chaloupe
n'étant pas allez grande pour en contenir
davantage. Les premiers arrivés cherchèrent en
vain quelque route f ayée fur la plage. Ne trouvant
aucune trace qui leur indiquât que l'ifle fût
habitée , ils retournèrent à la chaloupe , quand
elle revint pour la feconde fois , dans l'intention
& avec l'espoir de fe rembarquer ; mais le
fcélérat qui les avoit dépouillés , fit feu fur eux ,
on tua un , & en bleffa un autre. Il débarqua en- .
fuite le refte , & fit voile pour la Jamaïque. Ils
ont été trouvés dans le plus miférable état , nuds ,
expolés aux injures de l'air , & dévorés par les
fourmis & les coufins. Ils ont été conduits à la
nouvelle Providence par un bâtiment des Bermudes.
Il y a, parmi ces infortunés , vingt - quatre
femmes , dont plufieurs font enceintes & trèsavancées
dans leur groffeffe. »
7
Ce récit nous paroît , non - feulement dépourvu
de route authenticité , mais encore
de toute vraisemblance. Qu'un Patron imagine
d'exécuter unpareil crime dans un Archipel
auffi fréquenté que celui des Bermudes
, & s'expofe au dernier châtiment
pour voler les miférables dépouilles de
quelques paflagers indigens , c'eft un fait
peu croyable , & qui exige d'autres
preuves que des rapports de Gazettes.
« La nouvelle conflitution que le Roi vient.
de donner à fes Troupes , tant d'Infanterie que
de Cavalerie , exigeant , pour la conftruction des
safernes deftinées à les loger , des plans différens
de ceux fuivis jufqu'à ce jour , qui ſouvent ont
( 27 )
?
été dirigés par des confidérations particulières ,
dans lefquelles on a facrifié à la décoration extérieure
, la folidité , la falubrité & la commodité ,
& dont plufieurs , à peine achevés , exigent déja
de grandes réparations , S. M. a reconnu la néceffité
d'arrêter un plan général & uniforme pour
les nouvelles conſtructions relatives à cette partie
de fon fervice , autant que les localités pourront
le permettre. "
« Elle a jugé que le meilleur moyen de remplir
un objet auth important , étoit de le propofer
au concours ; Elle a décidé en conféquence
qu'il feroit donné une médaille d'or , du prix de
50 louis , à la perfonne dont le plan aura été
jugé , par le Conteil de la Guerre , fur le compte
qui lui en fera rendu par des Commiflaires qu'il
nommera à cet effet , réunir tous les avantages ,
tant de la folidité & de l'économie de conftruction
, que de la falubrité & de la commodité de
diftribution pour le logement & pour la Police ,
l'inftruction & l'adminiftration des Régimens. Le
prix ci-deffus fera accordé au meilleur plan pour
des cafernes d'Infanterie , & un pareil au meilleur
plan pour des cafernes de Cavalerie. Les projets &
plans feront adreflés au Confeil de la Guerre à
-Verfailles , & reçus jufqu'au premier février prochain.
Ceux qui voudront concourir à un travail
aufli utile , s'adrefferont au fieur Chadelas ,
Secrétaire du Confeil de la Guerre à Verfailles ,
qui leur délivrera des profpectus imprimés. «
Une Feuille provinciale a publié un
exemple bien extraordinaire de délire ;
mais exemple dont on ne peut pas foup-
Conner la réalité , puifqu'il a occupé un
Tribunal . Voici le récit du Journaliste :
<<
Depuis quelques années plufieurshabitans de la
bij
( 28 )
rable que
paroiffe de Fareins , dans la baronnie de Fléchères ,
près de Trévoux , diocèfe de Lyon , fe font livrés
àune forte de vertige ou de fanatifme auffi déplofcandaleux
. Le hafard vient de faire tomber
entre nos mains une fentence , rendue le 26 juin
dernier, par le juge de la baronnie de Fléchères, pour
réprimer ce genre de délire. Le procureur d'office
rappelle , dans un réquifitoire très - fage & très-bien
fait , que l'efprit de fanatifme a , depuis quelque
temps , excité dans la paroiffe de Fareins les plus
grands écarts . « Sans parler , dit- il , des indécences
» fcandaleufes qui fe font commifes jufques dans
» le lieu faint , l'on fe contentera d'obſerver que
" l'on a vu dans cette paroiffe , avec le plus grand
» regret , le fervice paroiffial & les inftructions qui
" enfont partie , totalement déferts & abandonnés ,
» tandis que l'on s'eft porté avec fougue dans des
>> affemblées nocturnes , tenues dans des maifons
particulières , & où l'on eft fondé à croire que
" le libertinage a beaucoup plus de part que la
» religion , puifqu'elles font compofées de toutes
» fortes de perfonnes des deux fexes , qui toutes
» ont un grand foin de fe cacher , lorfqu'elles peu-
» vent foupçonner être découvertes. L'on a vu ,
avec autant d'étonnement , des particuliers aban-
» donner la conduite de leurs affaires ; des fem-
» mes & des mères quitter le foin de leurs maris ,
» de leurs enfans & de leurs ménages ; des do-
» meftiques fe foustraire à l'obéiffance & au fer-
» vice qu'ils doivent à leurs maîtres & maîtreffes
❞ & tout cela pour fe porter , fans réſerve & avec
» excès , dans ces affemblées , qui ne peuvent être
» que très - pernicieufes , par l'efprit de parti &
d'indépendance qui les dirige. Pour arrêter les
» progrès d'une pareille phrénéfie , ledit pro-
» cureur d'office donna fon réquitoire le 9 février
» dernier , fur lequel il fut , le même jour , rendu
»
( 29 ).
» une ordonnance , portant que défenfes & inhibi-
» tions très- expreffes étoient faites à tous habi-
» tans , fermiers & locataires , faifant leur réfidence
»
en la paroiffe de Fareins , & dans l'étendue de
» cette feigneurie , de tenir ou fouffrir qu'il fût
» tenu chez eux , foit de jour , foit de nuit , au-
» cunes affemblées pour quelque motifque ce fût
» & notamment pour fe livrer à la fuperftition ,
» au fanatisme , & à aucuns actes que ce fûr ,
» même fous prétexte de religion ; & à toutes
perfonnés de fe rendre & affifter auxdites affem-
» blées , le tout fous peine de l'amende de ico liv. ,
» qui demeurercit dès- lors indicte contre chacun -
» des contreverans , & au paiement de laquelle ils
» feroient contraints , même par corps , vu leur
» défobéiffance. Cette ordonnance fut lue , publiée
» & affichée à la porte de l'Eglife paroiffiale de
» Farcins , le dimanche 10 du mois de février der-
» nier ; mais elle n'en a pas impofé. L'églife
paroiffiale , les offices qui y font célébrés , les
inftructions qui s'y font , avec affiduité & édifi-
» cation , n'en ont pas été plus fuivis , tandis
" que , tout au contraire , les affemblées nocturnes
»
& pernicieufes qu'elle avoit en vue de détruire ,
» fe font tenues & multipliées avec encore plus
» d'acharnement. Le châtelain de cette feigneurie fe
rendit bien für les lieux , la nuit du 26 au 27
» février dernier , & fe convainquit par lui-même
» de la tenue de ces affemblées ; mais n'étant pas
nen force , il ne lui fut pas poffible de pénétrer
» les endroits où elles fe tenoient , & de les confta-
» ter d'une manière à faire punir les coupables.
» Laffé par la perfévérance de ces efprits échauffés ,
penfant cependant que le temps de la récolte , qui
" occupe par devoir les gens de la campagne , auroit
» immanquablement mis un frein & un intervalle
» aux exercices fuperftitieux des fanatiques de la
biij
((
૧૦80 )
» paroiffe de Fareins , M. le juge , affifté du châte
» lain , de fongreffier & d'une efcorte fuffifante , a
» pris la peine de fe rendre lui-même en la paroiffe
» de Fareins, la nuit du 20 au 21 du mois dernier. Il
» s'eft d'abord adreffé dans le domicile d'Antoine
» Berthier , laboureur, réfidant au bourg dudit lieu,
» où il a trouvé une affemblée des plus complettes ,
puifque,indépendamment de plufieurs perfonnes
» qui prirent la fuite , en paffant même par- deffus
» le puits de la maifon , & dont quatre furent artê-
» tées & reconnues , il fut encore trouvé dans la
» maison dudit Berthier des femmes & filles , au
» nombre de 13 , les unes cachées dans des réduits ,
» d'autres couchées fur des lits , vêtues de leurs ha-
» billemens & enveloppées dans des couvertures ,
» d'autres enfin réfugiées fur les toits , par le moyen
» d'une lucarne qui y communiquoit , & par la-
» quelle elles s'étoient fauvées pour fe cacher. De
» cet: e maifon M. le juge , accompagné de fa fuite ,
» fe rendit dans celle de la veuve Guillard , au
» hameau du Pérat , où ſe tenoit une nombreuſe af
» femblée ; mais ceux qui la compofoient , ayant
» fans doute entendu du bruit , profitèrent , pour
» fe fauver , du débouché que leur préfentoit une
» porte qui communiquoit de cette maifon dans
» la cour de Claude Eerthier , & , par ce moyen ,
» il ne fut plus trouvé chez ladite veuve Guillard
» que trois perfonnes , elle comprife. Dans la
» maifon dudit Claude Berthier , où tranfport
fut fait fur- le-champ , il fut trouvé , outre lui
» & fa femme , trois filles , que ladite femme
» Berthier dit être fes enfans , & trois autres
femmes , filles & veuves , toutes auffi couchées
" fur des lits , vêtues & enveloppées de cou--
» vertures. Du domicile dudit Claude Berthier
» M. le juge fe tranfporta , toujours accompagné
» de fa fuite , dans celui de Michel Bernard , au
( 31 )
» hameau du Guillemin , où il trouva une affem-
» blée confidérable , puifque , outre ledit Bernard,
» fon beau-père , fa femme , fa belle- foeur & fes
» domeftiques , il s'y trouva encore fix hommes on
» garçons , & dix femmes , veuves & filles , tous
" pêle-mêle , les uns affis , d'autres debout , & les
» autres à genoux , ayant des livres en main.
» Ayant été demandé audit . Bernard ce qu'il
» faifoit chez lui de tout ce monde , il répondit
» qu'il n'étoit pas d fenda de prier Dieu. De
» tous ces fais il a été d'effé procès - verbal , qui
» contient la défignation des différentes perfonnes
» dont étoient compofées ces aflemblées ,
& ce
» procès- verbal a été remis au lit procureur d'of-
» fice , pour en être par lui l'exécution pourfaivie.
» La contravention formelle de ces perfonnes aux
» défenfes prononcées par l'ordonnance rendue
» fur fon réquifitoire , le 9 février dernier , ne
fauroit être établie d'une manière plus authentique
; en vain ont-elles entrepris de vouloir
» perfuader que ces affemblées n'avoient d'autre
» objet que celui d'adréffer leurs prières à Dieu :
quand on ne fait que le bien , on ne fe cache
pas ; & d'ailleurs , c'eft dans l'églife & aux heures
" preferites par les miniftres , que doit fé faire l'af
» femblée des fidèles, qui n'ont d'autre intention que
de prier; les malfons particulières n'ont point
cette deftination : lesprières qui s'y foát , doivent .
» fe reftreindre aux feules familles qui les habitent.
» La prière n'eſt donc qu'un prétexte imaginé
par ces gens-là pour cacher leur indocilité , &
les pratiques fuperftitienfes qui font en ufage
» entr'eux ; l'abus qui en réfulte , & que l'on ne
» fauroit trop s'empreffer de corriger , influe
» néceffairenient fur l'intérêt de la campagne ,
» qui en fouffre effentiellement , für-tout dans un
» temps où les travaux qu'elle exige , fotit aufli prés
biv
( 32 )
» cieux . Il eſt en effet très - aifé de perfuader que
» des gens qui ont paffé la nuit à prier Dieu , fi
» l'on veut , ne font pas en état de travailler le len-
» demain , ce qui eft un préjudice confidérable pour
» le public. Il eſt encore un autre motif non moins
» ſenſible , qui dɔit contribuer à faire profcrire cet
» abus : les particuliers qui s'aflemblent ainfi pour
» fe livrer à la fuperftition , fe regardent comme
>> formant entr'eux une fecte oppofée & différente
» de celle des particuliers qui , attachés à leurs de-
» voirs , rempliffent leurs exercices de religion publi-
» quement dans l'églife , & fous la conduite du Paf-
» teur qui leur eſt donné , dont ils écoutent la voix :
» delà il ſe forme dans la paroiffe deux partis , & il
» eft à craindre que tôt ou tard ils n'en viennent à
» des extrémités , & que quelque accident funeſte
» ne devienne enfin la fuite d'une pareille divifion :
ledit Procureur d'office s'eftime donc bien fondé
» de requérir , comme il le fait , à ce que , &c. »
La fentence rendue fur ce réquifitoire , condamne
onze hommes & trente femmes furpris dans ces
affemblées , chacun à l'amende de cent livres , modérée
pour cette fois à foixante livres , auquel paiement
ils feront contraints , même par corps ; défend
de tenir chez foi de pareilles affemblées , fous peine
de cinq cents livres d'amende , & de s'y trouver fous
peine de deux cents livres d'amende, & d'être pourfuivis
extraordinairement en cas de nouvelle récidive.
Séance publique de la Société royale.
de Médecine , tenue au Louvre , le 26 août
1788 .
« La fociété avoit propofé dans fa féance publique
du 27 Février 1787 , pour fujet d'un prix de la
valeur de 600 liv. , fondé par le Roi , la queſtion
fuivante : Déterminer s'il exifte des maladies vrai
( 33 )
ment héréditaires , & quelles elles font , & s'il eft au
pouvoir de la médecine d'en empêcher le développement
, ou de les guérir après qu'elles fe font déclarées.
»
« Les conditions du concours n'ont point été
remplies ; un feul mémoire a fixé l'attention de
la fociété. Quoique , fous plufieurs rapports ,
les
réponses aux queſtions propofées y foient incomplettes
, la compagnie à décerné à M. Michel de
Gellei , Docteur en médecine , réfident à Vienne
en Autriche , auteur de ce mémoire , une médaille
d'or de la valeur de 100 liv. , comme prix
d'encouragement. La Société royale invite les auteurs
à rendre leurs recherches plus complettes.
Elle propofe de nouveau le même programme
pour fujet d'un prix de la valeur de 8co liv . ,
qui fera diftribué dans la féance publique de la
fête de Saint Louis 1790 ; les mémoites feront
remis avant le premier mai de la même année. »
« La Société royale avoit demandé , dans la Séan
ce publique du 28 août 1787 , des renfeignemens
exactsfur la manière de faire rouir le chanvre & le lin
s'il en réful oit des inconvéniens pour la fanté des
hommes & des animaux ; quels étoient ces inconvéniens ,
& fi l'eau dans laquelle on a fait rouir du lin cu du
chanvre , contracloit des qualités plus malfaifantes
par leur macération , quepar celle des autres fubftances
végétales . Farmi les mémoires envoyés à ce concours
, la fociété en a remarqué deux . Le premier
prix , confiftant en une médaille d'or de la valeur
de 150 liv . , a été décerné à M. Salva Campillo ,
de Barcelone en Espagne. Le deuxième prix , confiftant
en un jeton d'or , l'a été à M. Villermoz fils ,
demeurant à Lyon . La Société a fait une mention
honorable de plufieurs autres mémoires ; & comme
elle défire de recevoir , fur cette question , un plus
grand nombre de renfeignemens des diverfes parties
du Royaume , elle propofe de nouveau le même
by
( 34 )
programme. Les mémoires feront remis avant
1789 , & des médailles d'or de différente valeur
feront diftribuées dans la féance publique de carême
1790 , aux auteurs des meilleurs mémoires
qui auront été remis pour ce concours. »
Les deux prix de médecine pratique , confiftant
chacun en une médaille d'or de la valeur de
100 liv. , ont été décernés , l'un à M. Strack.
Docteur en médecine à Mayence , l'autre à M.
Durande , Docteur en médecine à Dijon. ""
« Le prix de matière médicale , conſiſtant en un
jeton d'or , a été adjugé à M. Marchant , Do &teur
en médecine à Saint Jean-d'Angely. »
« Parmi les Mémoires , envoyés fur quelquest .
points d'hiftoire naturelle , confidérés dans leurs
rapports avec les maladies , celui de M. V.llars ,
Docteur en médecine à Grenoble , fur les caufes
locales du Goëtre , a paru devoir être préféré ;
la Société lui a adjugé un prix de la valeur d'un
jeton d'or. »
« Le premier prix de topograpliie médicale ,
confiftant en une médaille d'or de la valeur de
100 liv. , a été adjugé à M. Bonhomme , Docteur
en médecine à Avignon: Le deuxième prix , de la
même valeur , a été partagé entre MM. Beringo
& Anglada , profeffeurs en médecine à Perpignan .
Le troifième prix , de la valeur d'un jeton d'or
a été remporté par M. Ramel le fils , Médecin à
Aubagne. »
La Société voulant témoigner fa fatisfaction &
fa reconnoiffance aux Chirurgiens habiles qui
correfpondent avec elle , leur a décerné quatre
prix , chacun de la valeur d'un jeton d'or. Le
premier a été adjugé à M. Maréchal , Chirurgien de
l'hôpital des bourgeois à Strasbourg. Le deuxième
à M. Defgranges , Membre du collège de Chirurgie
( 35 )
de Lyon. Le troifième à M. Didelot , Chirurgien
à Remiremont. Le quatrième à M. Chabrol , Chirurgien
à Mézières.
La Société a propofé pour fujet du prix de la
valeur de 600 liv. fondé par le Roi , la queftion
fuivante: Déterminer quels font les inconvéniens , &
quels peuvent être les avantages de l'usage des purgus
tifs & de l'expofition à l'air fais dans les différens
temps de la petite vérole in culée , & jufqi'à quel
point les refultats des recherches faites à ce sujet ,
peuvent être appliqués au traitement de la petite vérole
naturelle. Ce Prix fera diftribué dans la féance
publique de Carême 1790 , & les Mémoires feront
remis avant le premier Décembre 1789. Ce terme
eft de rigueur.
La Société a propofè pour fujer d'un fecond
Prix de la valeur de 300 liv. la queftion fuivante :
Determiner, par unefuite d'obfervati ns, que'sfont les
bons & les mauvais effets qui résultent de l'uage des
différentes espèces de fon , comme aliment ou comme
"médicament dans la médecine des anim.ìux.
Les Auteurs indiqueront la nature & le nom
trivia! du fon qu'ils auront employé . Ils trouveront
des renfeignemens fur cette fubftance dans les
ouvrages économiqués de M. Parmentier , dans
ceux fur les Epizooties de M. Vicq d'Azyr & de
M. Paulet , & dans le Journal de Médecine , tome
59, pag. 246. Meffieurs les Artiftes Vétérinaires
font invités à communiquer leurs obfervations fur
ce fujet. Ce Prix fera diftribué dans la féance publique
de Carême 1790 , & les Mémoires feront
rémis avant le premier Décembre 1789. Ce terme
eft de rigueur.
Les Mémoires qui concoureront à ces Prix, feront
adrefles, francs de port, à M. Vicq d'Azyr, Sécrétaire-
perpétuel de la Société Royale de Médecine ,
b vj
( 36 )
rue des Petits-Auguftins , no. 2 , avec des Billets
cachetés , contenant le nom de l'Auteur & la même
épigraphe que le Mémoire.
Après la diftribution & l'annonce des prix , M.
Hallé a fait la lecture d'un Mémoire fur le traitement
de la manie , & fur l'ufage des purgatifs ,
confidérés en général dans le traitement des maladies.
>
1
M. Vicq d'Azyr a lu une notice fur la vie & les
ouvrages de Meffieurs Lehoux , Duvernin , Dupuy ,
Diftrapières , Doazan & Mannetti , affociés & correfpondans
de la Société. M. Macquart a fait la
lecture d'un Mémoire fur l'analyfe du fuc gaftrique
des animaux. M. Saillant a lu un Mémoire fur
l'inflammation de l'eftomac des enfans.
La féance a été terminée par la lecture que M.
Vic d'Azyr a faite de l'éloge de M. Poulletier de
La Salle , Maître des Requêtes honoraire , Affocié
libre de la Société .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er , de ce
mois , font : 87 , 38 , 9 , 90 & 45 .
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 30 Août 1788.
Le Gouvernement a adreffé à l'Univerfité
de Louvain deux dépêches, en date
du 20 , qui ordonnent la tranſlation à
Bruxelles des trois facultés de Philofophie ,
de Droit & de Médecine,
Une Gazette de Hollande a publié dernièrement
une lettre pfeudonyme de Stoc
( 37 )
--
kholm , fous la prétendue date du 5 août ,
dans laquelle fe trouve le récit fuivant
entremêlé , fuivant l'ufage , de belles réflexions.
« Malgré les premiers fuccès de la guerre contre
la Ruffie , dit le faux Suédois qu'on fait parler
ici , & les avantages que la Suède peut encore
s'en promettre , l'on ne fauroit fe diffimuler
qu'elle offre auffi des fujets d'inquiétude , fur- tout
par rapport à fes motifs & à fa nature. Le §. XLVIII ,
de la forme de Gouvernement , qui fut préfentée
par le Roi & agréée à la Diète après la
révolution de 1772 , porte expreffément : « Que
» le Roi ne peut faire de guerre offenfive fans
» l'aveu des Etats affembles. » Cependant les
mauvaiſes intentions de la Ruffie envers la Suède ,
à l'époque de nos premiers armemens , n'ont jamais
été affez conftatées , pour qu'il ne foit pas
problématique fi la préfente guerre , de notre
côté , n'eft pas plus offenfive que défenfive. Du
moins le fcrupule en eft venu à plufieurs Officiers
de l'armée en Finlande : ils ont , par leurs difcours
& leurs repréſentations , fait naître le doute:
Si les Officiers qui , d'après la fimple vo-
» lonté du Roi , fans l'aveu préalable de la Diète
» & même à l'infçu des Etats , fe laifferoient
» employer dans une pareille guerre , qui a toute
»l'apparence d'être offenfive de notre côté , du
» moins durant la préfente campagne , ne fe
» rendroient pas refponfables envers la Nation
» affemblée , & puniffables tôt ou tard pour avoir
» contrevenu à leur ferment. » Cédant à ce
fcrupule , cinq Officiers demandèrent leur démiffion
; & leur exemple füt bientôt fuivi par
un nombre d'autres affez confidérable ; mais le
Roi ne s'eft pas laiffé détourner de fes deffeins par
un incident auffi défagréable : fans s'arrêter à des
( 38 )
inftances pour engager les Officiers réfractaires
à continuer leur fervice , Sa Majefté a fait affem-
B'er les Corps auxquels ils appartenolen ; & , en
leur préfence , en front de la ligne , Elle a fait
rayer leurs noms des rôles , les y remplaçant
immédiatement par d'autres . Les Officiers ainfi
démis , revinrent ici fuccellivement de la Finlande
, il y a quelques jours ; mais la raifon de
leur retour de l'armée ne fut pas plutôť coanne ,
que le petit-Peuple , toujours prêt à exercer une
vengeance aveugle envers des perfonnes publiques ,
qu'il n'eft pas appelé à juger, caffembla en foule
devant l'Auberge où ces Officiers étoient logés .
Ea multitude demanda à grands cris qu'i's paw
ruffen devant elle , les appelant par leurs noms
-& les accablant d'injures. Une perfonne de rang ,
connue pour être du parti qu'on romme Anti-
Royaliſte , c'eſt-à- dire , du nombre de ceux qui
réclament les anciens princips Républicains de
Suède contre le pouvoir Monarchique , fe
rendit à l'Hôtellerie qu'affiégeoit le peuple ; il
tacha de l'appaifer , en foutenant que les Officiers
contre lefquels on étoit en fureur , étoient
gens d'honneur , fidèles à leur ferment & à
la liberté Nationale ; mais fa peine fat perdue :
& certes , d'après l'expérience de tous les fiècles ,
des
pouvoit s'attendre à la récompenſe qu'il en
ob int , c'est - à-dire , au nom de Traître à la Fatrie
, qui retentit de toutes parts à fes oreilles :
peu s'en fallut même qu'il ne payât encore plus
cher fon zèle ; & , fans l'intervention du Baron
de Sparre , Gouverneur de Stockholm , il auroit
augmenté le nombre des Victimes immolées au
Tribunal de la populace. L'interpofition de la
Police mit fin au défordre . Les Officiers démis
difparurent , & la tranquillité ſe rétablit. »
Ce
rapport
infidieux mérite quelques
( 39 )
le
remarques , & d'abord fur le fait même
dont il eft queftion . Il est vrai que trois
ou quatre Officiers auxquels l'Editeur de
la lettre fait l'honneur d'avoir abandonné ,
par Patriotifme , le fervice de la Patrie, à
l'inftant de les dangers , font revenus de la
Finlande , & qu'ils ont été reçus à Stockholm
, non par la populace , mais par
Peuple entier , qu'on ne peut corrompre
facilement , comme ils euffent été reçus
probablement , par tout ailleurs. Il eft vrai
encore que l'art . 48 de la dernière Conftitution
, conferve à la Diète le droit de
confentir aux guerres offenfives ; mais fi
le caractère de celle qui fe fait aujourd'hui
dans le Nord , avoit été auffi manifefte
l'infinue le Suédois poftiche , il y a
quelque apparence que le Sénat & les Of
ficier de la Diète auroient fait éclater leurs
fcrupules , & cela d'une manière plus convenable
, plus légitime , que ne le feroient
des Officiers à la veille des combats. Le
Peuple de Stockholm , qui n'eft point un
petit peuple , épithète dont certains Ecrivains
fe plaifent à fléttir la multitude lorfqu'elle
n'obéit pas à leurs décrets ; le
Peuple de Stockholm , difons- nous , en a
jugé ainfi , & cette voix publique n'eft
point l'exercice d'une vengeance aveugle.
Quant aux Principes Républicains , qu'on
rappelle fi adroitement dans cette cirque
( 40 )
conftance , c'eft encore là un de ces abus
des mots , dont le dictionnaire raisonné
deviendroit très néceffaire , aujourd'hui
que la langue de la politique a pris un
effor fi oratoire . Il n'y a perfonne en
Suède , ni ailleurs, qui , avec du jugement
& de l'inftruction , puiffe baptifer du nom
de République , une Ariftocratie factieufe ,
vénale defpotique , & corrompue au
dernier excès , quí , mettant la Suède à l'encan
, & fa politique à la merci de l'or étranger
, alloit réduire l'Etat au fort déplorable
qu'éprouvoit la Pologne , PAR LES
MÊMES CAUSES. Ce n'eft point le Ré
dacteur qui dit cela , c'eft M. Shéridan ,
ancien Secrétaire d'Ambaffade d'Angleterre
à Stockholm , & Auteur d'une excellente
Hiftoire de la révolution dont il
fut témoin ( 1 ). Voilà un juge competent
, éprouvé , jutie , malgré l'intérêt
national , & qui sûrement n'iroit pas
prêcher aux Suédois , à l'inftant d'une
guerre dangereufe avec la Ruffie , de
réclamer ces beaux Principes , qu'il a définis
en deux mots : « L'influence des Puif-
» fances étrangères dans les Etats & le
» Sénat , les vices du Gouvernement ,
(1 ) M. Sheridan , Auteur de cette Hiftoire , n'eft
point l'Auteur Dramatique & Membre des Communes
du même nom .
( 41 )
& la vénalité impudente de ceux qui
» en tenoient les rênes , rendcient cette
» forme d'Adminiftration , incapable par
» fa nature de fe jamais réformer . »
Le 20 , on a publié dans la Gazette
de Vienne un nouveau Supplément , qui
confirme la défaite d'une partie de notre
Corps d'armée du Bannat près de Schupaneck
, la retraite du Général Wartenfleben
, & l'invafion des gorges de cette
Province par les Ottomans. Voici comment
la Cour préfente cet évènement :
Corps d'armée dans le Bannat , camp de Laffle
10 août. mare ,
Le 7 de ce mois , l'ennemi, au nombre de 12 à
13,000 hommes , tant infanterie que de cavalerie,
défila de grand matin du côté de Funtinar Sadry."
Le Majo: général de Papilla, inftruit que ce corps
ennemi commençoit à paffer la rivière , fit replier
les troupes qui étoient à Schupanek & à vieux
Orfowa. Pendant leur retraite la cavalerie Turque
fe précipita fur le détachement qui efcortoit
l'artillerie , le difperfa , & s'empara de treize canons
& des bagages. Encouragé par ce fuccès
l'ennemi traverfa les montagnes , attaqua le régiment
de Reisky , & lui coupa la communication
avec les deux bataillons de de Vins & des Wal-
Laques- Illyriens ; mais le général de Wartensleben
étant furvenu avec des dragons & des huffards ,
dégagea ce régiment , fit défiler l'infanterie , & asrêta
l'ennemi dans fa pourſuite. On ne peut pas
encore évaluer la perte que nous avons effuyée dans
cette affaire ; beaucoup de foldats , qui fe font difperfés
dans les forêts , rejoignent fucceffivement
( 42-)
le corps. Le général Papilla a été bleffé au pied.
L'ennemi a mis le feu à plufieurs endroits de
notre côté ; il a occupé les vieux Orfewa , & établi
une partie de fon camp prè de Schupanek ,
& l'autre à Teka. Le gêné al artensleben a
-
jugé à propos de transfèrer fon camp à Lamare.
Le général d'Apremont , p fté à Kubin, mande ,
que le premier de ce mois , 1,300 hommes ont
quitté Belgrade: ils fe rendent vers Niffa.
Corps d'armée dans la Croatie , près de Dubic
Turc , le 12 août .
Le général baron de Vins a paflé l'Unna avec
tout le corps fous fes ordres , & a établi ſon
camp au pied de la fortereffe ennemie. Hier , vers
le foir , l'ennemi , au nombre de 5 à 6,030 hommes
, tenta de pénétrer dans l'endroit où il avoit
réuffi , le 25 avril , de fauver la place , mais il fat
répouffé , & obligé de fe retirer vers la colline
d'Agyno Perdo.
Le général Pfefferkorn , pofté à Porfcheny en
Tranfylvanie , mande qu'il a reçu avis de l'ap
proché de plufieurs détachemens ennemis.
Le général Ruffe d'Elmpt a écrit du camp de
Kilia , le 30 juillet , au général Spicny , pofté à
Strojefte , qu'il s'eft avancé avec fon corps juf
qu'au Pruth , & qu'il patlera cette rivière inceffamment
pour faire agir leurs troupes de concert
.
Cette Gazette du 20 , comme on le
voit , ne dit pas un mot de Choczim;
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
« Un avifo , arrivé de Goa à Lisb sane • ya
apporté , dit-on , des Nouvelles ultérieures , con-
1
( 43 )
cernant ce qui s'eft paffe dans la capitale des Poffeflions
Portugaifes aux Indes ; favoir : Qu'ils'y
» étoit formé une confpiration contre le Gouver-
" neur & les principaux du Gouvernement , afin
» de livrer la ville entre les mains de Typo-Saib ;
» mais qu'un des confpirateurs qui s'étoit enivré ,
» ayant laiffé échapper Cans fon ivreffe quelques
" paroles capables de révéler le fecret , & voyant
enfaite que Typo - Saïbne paroiffuit pas au temps ,
» il avoit craint que le complot ne fût découvert. »
Pour fe garantir de la punition que méritoit fon
crime , il s'étoit rendu chez le Gouverneur , à qui
il avoit révélé la conjuration , à condition qu'on
lui accorderoit grâce pour fa perfonne. Sur cette
découverte , le Gouverneur avoit envoyé demander
au Gouvernement Anglois de Bombay , s'il
pourroit avoir quelque affiftance au cas qu'il en eût
befoin ? A quoi on lui avoit répondu , qu'on lui enverroit
tout lefecours qu'il défireroit , vu qu'on avoit
ordre de le lui fournir à tout événement, w
« L'arrivée de cet avifo , à bord duquel il ya ,
dit-on , quelques prifonniers , a retardé de quelquesjours
le départ du vaiffeau qui doit tranfporter
à Goa 250 foldats pour renforcer la garnifon &
parel nombre d'exilés ; cependant il a mis à la
voile il y a quelques jours. » ( Gazette d'Amfter
dam , no. 70. )
Dernièrement , aux Affifes du Comté de Derby,
une femme ayant été accufée d'avoir volé un
effet de la valeur de dix pences , le Greffier de
l'Affife prononça à haute voix : « Marie Jones ,
Vous êtes convaincue d'avoir volé la valeur de dix
pences. 171-Oui, dit la coupable , mettant la main
à la poche , eh bien ! vo là un fehelling , rendez-moi
deux pences.» ( Le fchelling anglois vaut 12 pences
, oa 24 fols toarnois. )
( 44 )
Extrait d'une lettre particulière , prétendue de
Conftantinople , du premier juillet.
« Si la pefte la plus furieufe que cette capitale
ait éprouvée depuis long- temps , ne jetoit l'effroi
dans le public , & la défolation dans les maiſons
des particuliers , Conftantinople feroit dans la
joie , que les bonnes nouvelles venues de la mernoire,
ont répandue , par les foins du miniftère ,
dans toutes les claffes des citoyens . Outre le grand
avantage que le Capitan-Pacha devoit avoir remporté
le 18 , & , felon d'autres , le 19 , il a été
queftion , ces jours derniers , d'une victoire remportée
fur une efcadre Ruffe , compofée de galères
& de frégates , que le feu de la flotte Öttomane
avoit détruite à l'embouchure du Turla
( le Niefter ) . Les amis du Capitan -Pacha fe font
beaucoup loué de cette victoire , & il y a eu des
réjouiffances dans le ferrail à ce fujet. Mais les
habitans de Péra ayant obfervé qu'on n'avoit
apporté ici aucun trophée , & qu'on ne faifoit
mention ni de prifes ni de prifonniers faits fur les
Ruffes , ils commencent à fe perfuader qu'il y a
de l'exagération dans tout ce que le ministère a
débité touchant les exploits du Capitan-Pacha ;
ce qui redouble l'impatience où l'on eft d'apprendre
fi , après les avantages dont on a parlé ,
cet amiral eft parvenu à prendre terre en Crimée ,
ce qui fait l'objet principal de fon expédition,
"
« L'ambaffadeur de Suède , après avoir reçu ,
par la voie d'Italie , des dépêches de fa Cour ,
a été plufieurs fois en conférence avec le Minif
tère de S. H. Les dragomans difent à cette occafion
que depuis bien long-temps on n'avoit vu
de Miniftre étranger traité avec tant d'égards &
de confidération que celui de Suède l'étoit aujourd'hui
par la Porte- Ottomane ; auffi tout Conftantinople
ne parle que de la grande & puiffante di(
45 )
verfion que le Roi de Suède va faire dans le Nord
en faveur de la Porte. »
« La Porte a été inftruire des moyens horribles
dont le Pacha de Scutari s'eft fervi pour lui donner
des marques manifefies de fon dévouement ',
en ſe débarraſſant , comme il l'a mandé au miniftère,
& à fes amis , de quelques étrangers brouil
lons qui avoient ofé fe préfenter devant lui , pour
lui propofer des chofes contraires à fa religion , à
fes devoirs & au refpect qu'il doit à fon maître.
Ces avis ne paroiffent point avoir produit tout
l'effet que le Pacha de Scutari en attendoit. Cependant
on prétend généralement que S. H. a
donné ordre pour que ce Gouverneur foit affuré
au plus tôt de fes bonnes graces, & du pardon qu'elle
lui accordoit par l'oubli de fa conduite paflée . En
consequence , on dit que Mahmud obtiendra le
commandement de l'armée en Bofnie. Ceux qui
font attachés au parti du Pacha de Banjaluki ,
prétendent , au contraire , que cette nouvelle eft
Controuvée , & que ce dernier Pacha , dont la
Porte a lieu d'être très -contente , confervera fon
pofte. » ( Courrier du Bas-Rhin n °. 69. )
N. B. ( Nous ne garations la vérité ni l'exactitude
des Paragraphes ci-deſſus.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , TOURNELLE.
Caufe entre le fieur de M... Et le fieur de la C...
Humeur & vivacité par fuite de Procès de
Chaffe.
Les Procès pour fait de Chaffe ont prefque
toujours des fuites fâcheufes , par l'aigreur que les
·( 46 )
Parties ne manquent pas de mettre dans la difcutfion
de leurs intérêts ; cette caufe en eft un exem
ple. Le fieur de M.... gentilhomme & militaire
retiré , demeurant dans une ville du Clermontois ,
'avoit obtenu , en 1779 , de M. le Prince de Condé,
une permiffion de chaffe fur le bien finage &
bois de J..... & P.... : il faifoit ufage de cette
permiffion , lorfque le fieur de la C.... auffi genrihomme
& propriétaire d'une très - petite partie
du fief de J.... trouva mauvais l'exercice de la
chaffe que prenoit le fieur de M ……..¸.
Le fieur de la C.... fit faire deux procès- verbaux
, en octobre 1783 & feptembre 1784 ,
contre le fieur de M.... pour l'avoir trouvé armé
d'un fufil , & fuivi d'un chien traverfant le terrain
de J.... & le fit afligner en la maîtriſe
des eaux & forêts de D.... , en condamnation
d'amende, de dommages- intérêrs , avec proteftation
de fuivre à la voie criminelle.
Le ficur de la C.... n' . ut pas cependant tout
le fuccès qu'il attendoit de fes pourfuites ; car
d'après fa propre déclaration aite à l'audience ,
qu'il n'étoit pas feigneur haut- uflicier du fief de
J.... une Sentence de la maîtrife de D.…….,
rendue fur les conclufions du Procureur- Fifcal de
M. le Prince de Condé, le déclara non- recevable
dans fa demande contre le fieur de M...., &
lui fit défenfes de dhaffer & faire chaffer fur le
terroir de J…….. , fuivant la Jurifp udence du Clermontois
, qui n'attribue le droit de chaffe qu'au feigneur
hautjuflicier ; la Sentence annulla auffi l'un
des procès -verbaux que le fieur de la C.... avoit
fait faire , pour n'avoir pas été affirmé , comme
le prefcrit l'ordonnance.
Le fieur de la C.... interjeta appel de la Sentence
de la maîtriſe , au bailliage de V....; il fit
imprimer un Mémoire où il fe permit des perfon- .
( 47 )
-
nalités contre le fieur de M.... dont il reſpecta
peu la nobleffe. Dars de pareilles circonstances
le fieur de M.... auroit infailliblement obtenu
dans les tribunaux , les réparations qu'il étoit en
droit d'attendre , s'il les eût demandées ; mais, il
parcit qu'il préféra de fe faire juſtice à lui-même :
il courut chez le fieur de la C.... armé d'un bâton
, entra dans l'appartement où le fieur de la
C.... étoit malade , & entouré de plufieu : s perfoares
, l'infulta , le me: aça de fon bâton , dont
il l'eût frappé , sil n'en eût été empêché par ceux
qui étoient préfens à cette ſcène.
Le fieur de M.... retiré , le fieur de la C.... rendit
plainte , information , décret d'ajournement perfonnel
contre le fieur de M.... Celui-ci ayant fubi
interrogatoire . Sentences des 28 avril & 24 acûs,
qui civilisèrent les deux plaintes , & convertirent
le Procès criminel en Procès ordinaire ; permirent
cependant au fieur de M.... de faire procéder à
une contre- Enquête, & fournir, fibon lui fembloit ,
fes reproches contre les témoins produits par le
fieur de la C .... fauf à reprendre la voie extraor
dinaire, fi le cas le rcquéroit. Le fieur de la C…………·
a interjeté appel de ces Sentences , en a demandé
l'infirmation , & la continuation de la procédure
extraordinaire ; cependant il a depuis confenti l'évocation
du principal , & s'eft borné à demander
des défenfes de récidiver , avec dommages intérêts.
Le fieur de M.... pour fe défendre , & en
même temps pour fe venger du Mémoire fait
contre lui par le fieur de la C .... au bailliage de
V... a fait à fon tour imprimer un Mémoire qui ,
du côté de la malignité , ne le cède point à celui
dufieur de la C....ily rappelle des anecdotes qui ,
vraies ou fauffes , font très - offenfantes pour le
fieur de la C.... Enfin , il paroît par ce Mémoire
qu'il a rendu fa caufe très - défavorable . Le fieur de
( 48 )
.
la Ĉ..., s'eft plaint amèrement de cet écrit , &
en a demandé la fuppreffion. Enfin , Arrêt eft intervenu
le 25 janvier 1786 , conforme aux conclufions
de M. l'avocat général Seguier, qui a mis
l'appellation & ce dont a été appelé au néant ;
émandant , évoquant le principal & y faiſant droit ,
a fait défenfes au fieur de M.... de récidiver ,
fous peine de punition corporelle ; a ordonné la
fuppreffion de fon Mémoire , a permis l'impreffion
& l'affiche de l'Arrêt & a condamné le
fieur de M.... en tous les dépens . M. Robin
de Mozas étoit avocat du fieur de M.... M. Diout
l'étoit du fieur de la C……….
9
JOURNAL POLITIQUE
D E
BRUXELLES.
POLOGNE...
-
De Varfovie , le 15 Août 1788.
LE Baron d'Engeftroëm reçut le 8 , un
Courrier de Stockholm , qui lui apporta
fes lettres de créance , comme Miniftre
Plénipotentiaire de S. M. S. auprès du
Roi & de la République . Suivant les
dernières lettres de l'Ukraine , un Corps de
6000 hommes , tiré des armées de Romanzof&
de Potemkin , eſt en marche vers la
Finlande . On eft fans aucunes nouvelles
pofitives d'Oczakof , qui n'eft pas plus
emporté que Choczim . Les Turcs aug
mentent en nombre dans la Moldavie ,
dont la Capitale , Jaffy , eft toujours entre
leurs mains.
-
-
SUÈDE.
De Stockholm , le 19 Août.
Le premier feu des opérations de notre
No. 37. 13 Septembre 1788. c
( 50 )
armée en Finlande , s'eft beaucoup amorti
& jufqu'à ce jour nous n'avons fait aucun
progrès fenfible. On attribue cette langueur
à la difette des fourrages ; mais s'ils
commencent à manquer à l'entrée de la
campagne , que fera- ce dans fix femaines ?
Pendant ce temps , l'armée Ruffe fe
fortifie , & il eft douteux qu'aujourd'hui
nous puiffions nous flatter de fuccès importans.
Rien ne l'eft moins que le long
du bulletin officiel que nous avons reçu
quartier général à Louiſa , en date du 11 ,
& dont voici la teneur :
où
" Les opérations de l'armée Suédoife en Fin- » lande , ont été retardées à caufe des difficultés
» qu'il y a de fe procurer du fourrage , qui font
» très -grandes dans cette faiſon , où l'on n'a pas
encore recueilli le foin , & dans un pays
» il faut apporter tout. L'armée de Finlande ,
» aux ordres du Général Baron d'Armfeld , s'étoit
déja avancée , le 19 juillet , jufqu'à Bredftal ,
! » village fitué à quelques werftes de Frédéricsham
, tandis que l'avant-garde , commandée
» par le Baron d'Armfeld , Colonel du régiment
» d'infanterie de Nyland , & premier Gentil-
» homme du Roi , avoit pris pofte , le 18 au » foir , à Summa , à trois werftes de Frédérics-
» ham ; pofte très-fort , & qui , de ce côté-ci ,
» commerçoit le blocus de la ville . Le but prin-
» cipal étoit de fe rendre maître des magaſins de
» cette fortereffe : objet fort important , dans un
» pays où l'on ne peut s'en procurer qu'en les y
» tranfportant de contrées éloignées . Le camp de
» Summa fut attaqué , avec beaucoup de viva-
» cité , dans la nuit du 19 au 20 Juillet , par
51 )
» 950 volontaires de la garnifon de Frédérics
ham , avec deux canons. Le feu continua , fans
interruption de part & d'autre , pendant l'efpace
de deux heures. Mais lorsque l'artillerie
» Su doife , tant diſtinguéepar ſon ſervice , eut
» démonté un canon de l'ennemi , il fut con-
» traint , par la valeur de nos troupes & par la
» bonté du pofte , à fe retirer en défordre. La
» perte de l'ennemi , à cette occafion , monte à
plus de 200 hommes , comme on le peut con-
» clure de la quantité de fufils , de bonnets de
» grenadiers & de gibernes , que l'on a trouvé
éparpillés çà & là dans le chemin ou dans le
» bois . Après cette tentative infructueuſe , la gar-
» nifon de Frédéricsham n'a plus inquiété le camp
» de Summa.
"
« Le Général d'Armfeld établit ſon camp près
» de Huffula , & coupa par- là la communica-
» tion entre Frédéricsham & Wilmasſtrand
» qui n'eft plus ouverte que par Wybourg;
» pendant que , pour couvrir le flanc , l'avant-
» garde de l'armée , fous les ordres du Colonel
» de Rofenftein , compofée de quatre galères , de
» trois autres bâtimens & de chaloupes canon-
" nières , bloquoit le port , cù les chaloupes
prirent le vaiffeau de garde & un vaiſſeau mar-
» chand fous le canon de la ville. Quatre ga
» lères Ruffes venues de Wibourg , tentèrent
» de jeter du fecours dans la vilie , mais elles fu-
» ient attaquées par les chaloupes cononnières ,
» qui les pourfulvirent l'espace de quatre milles ,
» quand elles échappèrent aux nôtres , à la fa-
» veur d'un vent fort qui fe leva. Cependant
" l'une d'elles perdit fa vergue , & fut endommagée
par le canon des chaloupes.
#
» Le 17 Juillet , le Roi fe rendit au camp de
» Huffula , où il prit fon quartier dans le village
cu
( 52 )
» à l'aile gauche . Cependant les galères , qui por-
" toient 600 hommes de débarquement , s'a-
» vancèrent avec la flotte de l'armée , fous le
» commandement du Colonel d'Ankarfvard , pour
» avant-garde , & commandée en chef par le
» Lieutenant - Général Baron de Siégroth , fous qui
» commandoit le Général- Major de Schonftrom,
» à deffein de faire une defcente de l'autre côté
» de Frédéricsham , dans une baie à quelques
" werftes de la fortereffe ; mais une tempête , qui
» dura quatre jours retarda l'exécution de ce
deffein ; enfin le Roi reçut avis , le cinquième
jour , que les galères s'approchoient de l'endroit
n du débarquement , fur quoi S. M. fit forcer les
» défilés de Sivatikula & de Bembolle , pour an.
» voyer des chevaux de trait pour le canon , &
» d'ouvrir une communication avec les troupes.
" Le Colonel Montgommery commandoit cette
» expédition . Il réuffit à fe rendre maître de ce
pofte , à travers un chemin marécageux & pref-
» qu'impraticable , & à pénétrer jufqu'à Bolabelle
, village fitué prefque fous le canon de
la ville. Delà , il détacha trois efcadrons de
» cavalerie , pour escorter 70 chevaux qui étoient
» néceffaires pour le corps qui vouloit débarquer .
Après qu'il eut entendu deux coups de canon
" le fignal convenu , ce détachement arriva à
l'endroit où devoit fe faire la deſcente ; mais il
» fut bien furpris d'y trouver un pofte Ruffe ,
» avec quatre canons & trois bataillons. Un vent
"
violent avoit mis obftacle à la defcente , &
» l'ennemi avoit occupé ce pofte pour la défenfe
de la côte. Les efcadrons Suédois fe retirèrent
» au plus vite en bon ordre , & pafsèrent un
bataillon de chaffeurs qui s'étoit caché dans
» les bois , à deffein de leur couper la retraite ;
ils marchèrent fur Bembolle & Sivetikula , &
n
( 53 )
" ne perdirent que trois dragons & deux Offi
» ciers , qui furent faits prifonniers , leurs che-
» vaux ayant été tués fous eux . Le lendemain
» on fit la defcente en très- bon ordre , malgré
» le feu de l'ennemi : on fe retrancha ; & après
» que les chaloupes canonnieree eurent nettoyé
» le rivage , le Général Siégroth détacha le Co-
" lonel-Baron de Klingfport , premier Ecuyer du
» Duc d'Oftrogothie , pour s'emparer du défilé
» de Mendolax , & pour couvrir le chemin de
» Wibourg. Le corps de bataille s'avança en
" même-temps du côté de Frédéricsham , après
» que l'avant- garde eut forcé un poſte ennemi ,
» fortifié par un redoute. Dans ce moment le
» Gouverneur de Frédéricsham prit le parti de
» mettre le feu aux faubourgs , où fe trouvoient
les magafins , l'objet principal de l'expédition .
» Le Général Siégroth voyant ceci , prit la réfo-
» lution de fe retirer & de rembarquer les trou
» pes. Le rembarquement fe fit en très -bon
» ordre , & l'on ne fut point inquiété par l'enne-
» mi. Le lendemain , le Roi fit un mouvement ,
» & fit prendre pofte à fon aile gauche à Likala ,
» & à fa droite , près de Hogfors . La difette de
fourrages a rendu ce mouvement néceſſaire. »
Deux de nos navires des Indes Orientales
, le Gustave- Adolphe & la Sophie-
Magdelaine , font heureufement entrés à
Gothenbourg, d'où l'on a fait fortir les
trois frégates , la Bellone , la Diane & la
Vénus , pour protéger notre commerce.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 22 Août.
Notre Cour s'eft enfin décidée à déclarer
c iij
( 54 )
qu'elle donneroit à la Ruffie les fecours
promis par les Traités . En conféquence
de cette réfolution , qui va nous plonger
dans des dépenfes ruineufes , en nous
expofant au hafard d'une guerre qui embrafera
le Nord entier , le Miniftre d'Etat ,
Comte de Bernstorff, a remis la Note
fuivante à M. de Sprengporten , Ambaſfadeur
de Suède auprès du Roi.
« Sa Majefté l'Impératrice de toutes les Ruffies
, attaquée , par mer & par terre , par les armées
& par la flotte de S. M. Suédoife , ayant réclamé
les fecours ftipulés dans les traités d'alliance défenfive
, conclus avec le Danemarck , dans les années
1765 & 1769 , renouvelés & confirmés par
le traité définitif de l'année 1773 , & ayant expofé
à S. M. Danoife les faits & les argumens
destinés à fonder cette réclamation , & à fervir de
preuve du cas d'aggreffion , S. M. les a pefés
avec cette attention foigneufe qu'Elle devoit à
S. M. Suédoife , à fon refpect pour tous fes devoirs
, à fon amour pour la paix , enfin à tous
les principes qu'Elle a avoués depuis le commencement
de fon Règne. Elle en a reconnu l'évidence
; & n'ayant ainfi plus à confulter que la
fidélité dûe à des engagemens anciens & inviolables
, & la bonne-foi , cette loi facrée pour tous
les Souverains Elle déclare à S. M. le Roi de
Suède : » Que ce font fes propres démarches qui
» la déterminent à préfent ; qu'Elle les regrette
» d'autant plus, qu'Ellen'a négligé aucun des moyens
» qui étoient en fon pouvoir pour les prévenir ;
» & qu'Elle a conftamment ambitionné fon amitié
» & une harmonie parfaite avec lui. » Sa M. déclare
en même-temps , « qu'Elle cède , dès-à-
» préfent , & en conformité de les traités dé(
55 )
"}
» fenfifs , & de la manière qui y eft ftipulée , une
partie de fes vaiffeaux de guerre & de fes
" troupes à la libre difpofition de l'impératrice
de Ruffie , fon augulte Alliée. "
S. M. ajoute à cette déclaration l'affurance
lemnelle « de n'avoir d'autre vue & d'autre ou
44 hait le rétabliſſement d'une paix folide & que
» affurée , & que cette démarche actuelle puiffe
» fervir elle -même à y contribuer . » Le moment
où Elle verra fes voeux remplis à cet égard , lui
fe a auffi cher que celui où la tranquillité a été
interrompue , lui a paru amer & affligeant . "
» S. M. a ordonné a Souffigné de communiquer
cette déclaration à Son Exc. M. le Baron de
Sprengporten , Ambaffadeur de Suède , & de l'envoyer
également , à Stockholm , à M. le Comte
de Reventlau , pour la remettre au Ministère de
S. M. Suédoife. »
Du Département des affaires étrangères , à Copenhague
, ce 19 août 1788. ( Signé ) BERNSTORFF .
Cette Note a été également envoyée
à tous les Miniftres Etrangers réfidans
ici , avec un billet en ces termes :
« C'eſt par les ordres du Roi mon maître
que j'ai l'honneur de vous communiquer une
copie de la déclaration remife aujourd'hui à M.
l'Ambaſſadeur de Suède. S. M. ambitionne le fuffrage
de l'Europe , & particulièrement des Cours
à qui Elle eft liée par des traités , qu'Elle refpecte
& qu'Elle chérit , & avec qui Elle partage cet efprit
de modération & de paix qui caractériſe , dans ce
fiècle éclairé , les Souverains qui en font l'ornement.
S. M. foumet , avec plaifir & avec confiance
, fa conduite & fes principes à leur jugement.
Elle doit leur abandonner à préfent ces
moyens de conciliation , dont Elle-même n'en a
c iv
( 56 )
négligé aucun , mais qui ne font plus en fon pouvoir.
Elle leur répète , à tous & chacun en particulier
, qu'Elle s'y prêtera avec tout l'empreffement
poffible , & qu'Elle juftifiera , par fes demarches
, les principes qu'Elle avoue , & felon
lefquels Elle confent & confentira toujours à être
jugée.
>>
A Copenhague , ce 19 Août 1788.
Signé , BERNSTORFF.
On n'eft pas fans inquiétude fur la
manière dont la Cour de Stockholm &
d'autres enviſageront cette démarche ; on
craint avec raiſon , qu'on ne nous con--
fidère , non comme fimple Puiffance auxiliaire
, mais comme Partie principale dans
cette guerre , au début de laquelle nous
nous fommes conduits , même avant toute
déclaration , d'après des principes contraires
à la Neutralité . Nous avons fouffert
que dans nos eaux , fur nos côtes , fous
le canon même de Cronenbourg , les
vaiffeaux Ruffes priffent plufieurs navires
Suédois , qu'ils ont tranquillement
amenés dans nos ports . L'Ambaffadeur de
Suède s'est plaint , par une Note du 10
août , de cette piraterie exercée au mépris
du droit des gens ; enfin , notre Gouvernement
vient de donner des ordres tardifs
d'en empêcher la continuation , & de
furfeoir à la vente des prifes Suédoifes accueillies
dans nos ports.
Si la guerre a lieu , le Prince Royal ſe
( 57 )
mettra à la tête des troupes de Danemarck,
& le Prince Charles de Heffe - Caffel commandera
celles de Norwège . Tous les régimens
ont reçu ordre de fe tenir prêts.
ALLEMAGNE
* g
De Hambourg , le 26 Août.
Depuis quelques jours , on avoit appris
avec certitude , par la voie de Pologne , la
nouvelle d'un quatrième combat naval fur
la mer Noire , entre les Ruffes & les OEtomans
, au défavantage des premiers.
Cette action ,en effet, a eu lieu le juillet , v. st .
La Cour de Pétersbourg n'a pas perdu un
inftant à prévenir l'effet des avis qui lui
étoient contraires , par une relation officielle
en date du 8 , & qui porte :
et 23 , n. st.
« Le Commandant en chef de l'armée de Catharinaflaw
, le Prince de Potemkin Tauritscheskoy ,
nous a fait parvenir la nouvelle » Que notre
» flotte , fortie de Sewaftapo!, compofée de deux
» vaiffeaux de 66 canons , de deux fégates de
» 50 , de huit frégates de 54 , & de 24 autres
» bâtimens plus petits , commandée par le contre-
» Amira! Comte Woinowitsch , ayant rencontré ,
» le 14 juillet , fur la mer noire , pas loin de
» l'Ifle Féodonifi , la flotte Turque , lui a livré
» bataille , dans laquelle elle a réfifté courageu-
» fement à l'attaque de la dernière , l'a battue
» & contraint de prendre la fuite , malgré que la
» flotte Turque fût de beaucoup fupérieure à a
» nôtre , vu qu'ELLE ÉTOIT COMPOSÉE DE IS
CY
( 58 )
» VAISSEAUX DE LIGNE , PARMI LESQUELS CINQ
» DE 80 CANONS , 8 frégates , trois bombardes ,
» & 21 chebecs , kirlangitfches & polacres ,
» & commandée par le Capitan- Pacha , ayant
» feus lui un Vice - Amiral & un Contre- Amiral ,
» & pour plus d'avantage celui d'un vent favora
ble. Quoique l'attaque des ennemis fur nos
» vaiffeaux de ligne & frégates de 50 canons ,
» fut fi furieufe , qu'il y avoit cinq de leurs
» vaiffeaux contre un des nôtres , ils furent cependant
repouffés par notre feu , bien fervi ,
que le Capitan-Pacha ne put foutenir avec fon
» vaiffeau , que pendant 40 minutes , ſe trouvant
forcé , au bout de ce temps , à fe retirer de
» la ligne. It chercha à couper de l'avant- garde
» deux de nos frégates , le Boriflaw & la Strala ;
» mais le vaiffeau Paul , qui fe trouvoit dans l'a-
» vant-garde , hiffa toutes les voiles , & lui ayant
"
caufé degrands dommages , le força de s'en retour-
» ner, & en même-temps les deux frégates lui
» donnèrent toute leur bordée , quifutfi furieufe,
» que des planches entières furent emportées du
gouvernail. On remarqua deux fois une fumée
épaiffe fur les vaiffeaux Vice-Amiral & Contre-
» Amiral qui s'étoient attachés au vaiffeau
» la Glorification. Le combat fut opiniâtre , &
» dura cinq heures & cinq minutes , avec un acharnement
égal de part & d'autre. L'ennemi jeta
» continuellement des bombes de fes bombardes ;
» mais malgré fa fupériorité & fa groffe artille-
" rie , il fut contraint de céder à la valeur des
» nôtres. Il hifla toutes fes voiles , & nous a'an-
» donna le champ de bataille ; avec cela il perdit
» un de fes chebecs dont peu de gens fu-.
n' rent fuvés. Le Comte Woinowitfch ne fait affez
louer l'intrépidité de ceux qui ont combattu
» fous fes ordres .
"
>
V
( 59.)
» La perte de notre côté, CONSISTE EN CINQ
SOLDATS TUÉS ET DEUX BLESSÉS . Comme
» le dommage qu'avoient fouffert nos vaif-
» eaux fut bientôt réparé le Comte Woino-
» witsch attendit l'ennemi dans le même
>> endroit ; mais celui-ci ayant fouffert infiniment
» plus de dommage , il s'éloigna pour ſe répa-
» rer. Dans ce combat contre un ennemi fi fu
périeur en forces , chacun fur notre flotte ,
» depuis le premier jufqu'au dernier , a rempli
fon devoir avec autant de valeur que de
» gloire.
Le 15 , par un vent de nord - oueſt , la flotte
Turque prit une poſition affez étendue du côté
» du Nord, Le Comte . oinowitsch , craignant
» que l'ennemi ne s'approchât de nos côtes , fe
" porta avec la flotte vers l'eft- fud- eft.
" Le 16 , notre flotte fe trouva à la vue de
Tarchanova-Kuta , à la diftance de 30 werftes ;
» mais on ne voyoit rien de la flotte ennemie. A
» 11 heures la flotte Turque fe montra pour la
» feconde fois , & dirigea fa route vers le port
» des Huit-Metfcheskoy. Le Comte oinowitfch
» auffi-tôt rebrouffa chemin pour lui couper le
" paffage ; mais vers les deux heures , la flotte
» ennemie vira de bord & prit fa route vers le
» fud. Le Comte Woinowitsch en fit de même ,
parvint , à petites voiles , en ligne parallèle
» avec les Turcs , & attendit leurs mouvemens ;
» mais leur flotte tint la mer , & ne montra
» aucune envie de reagagen combat avec la nôtre .
"
ככ
Le 18 , on perdit de vue la flotte Ottomane ,
qui alla du côté de l'oueft , vers les côtes de la
» Romélie. Le Comte Woinowitfch prit fa
» ftation près de la pointe de Cherfon , pour
faire réparer quelques vaiffeaux qui avoient
» reçu du dommage, & en envoya enfuite en croi-
21
c vj
( 60 )
"
» fière quelques autres , afin d'obferver les.mou-
» vemens de l'ennemi. »
Cette relation jette un jour lumineux
fur toutes celles des victoires Ruffes
au Liman. Voilà donc incontestablement ,
au 25 juillet , le Capitan Pacha avec 16
vaiffeaux de ligne ; il n'en avoit pas davantage
lorsqu'il mit à la voile de Conftantinople
: donc , il n'en a perdu aucun
dans les combats du Liman . On a par
conféquent évidemment trompé la Cour
de Ruffie & le Public , en faifant embraſer
ou détruire, par des chaloupes,des vaiffeaux
de 64, 60 & 50 can . dans ces combats : les
Ruffes eux-mêmes viennent de reffufciter ,
dans la relation qu'on vient de lire , toute
cette flotte qu'ils prétendoient , il y a un
mois , avoir écrafée fans retour. De leur
aveu , le Capitan - Pacha eft à la tête de 48
voiles , dont 16 vaiffeaux de ligne ; il a
donc confervé toute fa fupériorité, & il
eft clair qu'il eft maître de la mer : ainsi ,
les actions précédentes n'ont été que des
rencontres de chaloupes canonnières ; elles
ne changent à - peu-près rien à la poſition
maritime des uns & des autres fur la mer
Noire .
Nous aurons fûrement des avis particuliers
de ce dernier combat , avis bien
néceffaires pour en conftater la nature ,
& pour expliquer les miracles que fuppofe
( 61 )
P
le détail officiel ; miracle de deux vaiffeaux
de ligne qui en battent feize ; miracle
d'un combat furieux de cinq heures, où le
partile plusfoible ne compte que 5 Soldats
tués & 2 bleffés , &c. Quoi qu'il en foit , on
écrit de toutes parts que plufieurs vaiffeaux
Ruffes ont été mis hors de combat ; & ce
qui paroît le prouver , c'eft l'aveu que fait
leur Commandant , de la néceffité où il
s'eft vu d'envoyer aux chantiers de Cherfon
quelques-uns de ces bâtimens .
On a porté en pompe publique , le 29
juillet , à Pétersbourg , les trophées du
vaiffeau pris fur les Suédois , et des brigaguins
brûlés dans le Liman. Pendant
quon célébroit cette cérémonie , on a
appris que le Woicheflaf de 66 canons ,
l'un des vaiffeaux de notre efcadre qui a
combattu les Suédois , criblé & abîmé pendant
l'action , avoit coulé bas , ou , felon
d'autres , venoit d'être condamné en rentrant
à Cronstadt. Ce vaiffeau étoit commandé
par le Capitaine Elphinfton , Anglois
, fils du Capitaine de même nom ,
qui , après avoir obtenu le grade d'Amiral
en Ruffie , eft mort il y a quelques années .
De Berlin , le 25 Août.
Le Baron de Nolcken , ancien Miniftre
de Suède auprès de l'impératrice de Ruſſie ,
eft arrivé dans cette Vilte : il vient de
( 62 )
Varfovie , & va fe rendre à Stockholm.
-S. A. R. , la Princeffe Frédérique, Fille
du Roi , eft de retour de Pyrmont , depuis
le 21 .
M. Ewart , qui étoit ici chargé des affaires
de la Cour de Londres , remplace
Lord Dalrymple , en qualité d'Envoyé extraordinaire.
Il a eu , le 13 , à Charlottenbourg
, fa première audience du Roi , dans
laquelle il remit à S. M. fes lettres de
créance .
De Vienne , le 27 Août. ·
On attendoit avec inquiétude des nou
velles du Bannat , où les Ottomans ont
pénétré , après avoir culebuté l'un de nos
Corps d'armée & divers détachemens ;
mais le bulletin officiel du 23 ne nous
apprit rien d'ultérieur fur l'état des opérations
dans cette Province , non plus que
fur les autres parties du cordon . Ce n'eſt
qu'aujourd'hui qu'on a été inftruit des
progrès qu'ont faitsles Turcs dans leur
invafion,& des nouveaux défavantages que
nous avons effuyés. Le Supplément de la
Gazette de ce jour , contient ce trifte
détail , dont voici la ſubſtance :
Corps d'armée dans le Bannat , camp de Laffmare ,
le 20 Août.
« L'ennemi , campé aux environs de Scapanek ,
reçoit fouvent des renforts. Une partie de fon
( 63 )
mes. -
camp s'étend dans la vallée de Bachna , derrière
la montagne d'Allion , & l'autre jufqu'à Schapanek
: on évalue fes forces de 40 à 50,000 hom-
Le 10 Août , on aperçut , à une lieue
du fort de Dubova , 28 bâtimens Turcs , qui
avoient à bord des troupes & du canon ; dans
l'après-midi ces bâtimens abordèrent de notre côté,
malgré le feu d'un bataillon de Brechainville ,
aux ordres du Major Stein , poſté dans des retran .
chemens , & les troupes Ottomanes mirent pied à
terre. Dans cet intervalle , la cavalerie ennemie
défilaà gauche d'Ogradina , du côté où ſe trouvoit
le bataillon de Brechainville , occupa les rochers
& les collines , & enferma entièrement ce
bataillon. L'ennemi , au nombre d'environ 7000
hommes , infanterie & cavalerie , ayant pris fa
pofition , fe tint tranquille pendant la nuit du 10.
Le lendemain , de grand matin , la cavalerie Turque
, favorifée par un brouillard épais , força les
abattis & les retranchemens , tomba fur le bataillon
, & le força , après plufieurs attaques vigoureufes
, d'abandonner le pofte de la montagne
de Dubova & de fe retirer . Deux compagnies
de ce bataillon , qui gardoient une palanque ,
furent taillées en pièces ; l'ennemi y prit trois
canons. Le Major Stein , voyant qu'il ne lui
reftoit aucun moyen de réfifter à l'ennemi , fit
enclouer les deux canons qui lui refſtoient , & fe
retira , avec le refte de fa troupe , vers l'antrę
appelé Vétéranhohle , où il joignit un autre détachement.
L'ennemi le fuivit à ce poſte , y renouvela
fes attaques ; mais le 19 , jour du départ
de la dépêche , il n'en étoit pas encore
maître. La perte du bataillon de Brechainville eft
évaluée à 412 , tant morts qu'égarés . L'ennemi
a établi fon camp près de Dubova , & avancé
fes poftes jufqu'à Juz , entre Tifnoviza & Svi¬
( 64 )
nicza ; il a mis le feu à deux endroits fur la frontière.
"
« La dépêche du Général Comte de Wartenfleben
, porte qu'ayant reçu avis , le 17 Août , que les
Turcs , au nombre de 8000 hommes , s'avançoient
, fit mettre fon corps fous les armes , &
retira fes poftes avancés . A 11 heures la cavalerie
ennemie attaqua , à plufieurs repriſes , l'aile
gauche ; mais ne pouvant point pénétrer , elle
fe porta fur l'aile droite , où l'infanterie ennemie
avoit planté 15 drapeaux ; l'attaque fut renouvelée;
mais enfin l'ennemi fut forcé de fe retirer vers
Schupanek. Notre perte confifte en 4 tués & 32
bleffés ; l'ennemi a laiffé fur la place 448 hommes
& 100 chevaux. »
« L'Empereur , inftruit que l'ennemi faifoit
avancer une grande partie de fes forces vers le
Bannat , s'eft mis en marche vers cette province ,
avec le Maréchal de Lafy , à la tête d'un corps
confidérable , laiffant à Semlin le refte de l'armée ,
fous les ordres du Général de Gemmingen. S. M.
étoit attendue le 17 à Kubin . »
Quartier Général du corps d'armée dans la Tranfylvanie
, à Hermanſtadt , le 17 Août.
"
1
« Le Général Plefferkorn ayant appris que
l'ennemi , campé à Vaden , avoit reçu un renfort
confidérable , & croyant que lui- même ne pouvoit
faire que difficilement fes approvifionnemens
, prit le parti d'abandonner dans la nuit
du 11 au 12 Acûr , le pofte de Portscheni , & fe
replia vers le défilé de Vulcan , où il établit fon
camp . Le 15 , il fut attaqué par un corps nombreux
de Turcs. Deux compagnies d'Alvinzi &
d'Orocz , qui occupoient le pofte avancé près de
l'abattis , ne l'abandonnèrent qué lorfque la plus
grande partie en fut tuée ; l'ennemi prit deux ca-
& mit le feu aux bâtimens de la contunons
2
( 65 )
mace de Vulcan.
de cette affaire . »
-
On ignore encore les fuites
« Le Général Rall apprend , dans fa dépêche
du 12 Août , que les Turcs , poftés près de Bozan
, tournèrent , dans la nuit du 11 au 12 , par
les montagnes , attaquèrent les retranchemens occupés
par les Huffards Szeklers , fous les ordres
du Colonel Schulz , les forcèrent & difpersèrent
les troupes . Deux divifions des dragons de Savoie
& des Huffards de Léopold . Tofcane , étant,
furvenus , on fe rallia , on attaqua l'ennemi , &
on le força de fe retirer jufqu'à Czeras & Valeny.
On attend un rapport plus circonstancié de cette
affaire ; on ignore le nombre des égarés , dont
plufieurs ont déja joint ; mais les tués , de notre
côté , montent à 323 , parmi lesquels fe trouve
un Lieutenant- Colonel , 2 Capitaines , 3 Lieutenans
, 3 Sous-Lieutenans & 2 Enfeignes. Les Turcs
ont laiffé 63 tués fur la place .
>>
Corps d'armée dans la Croatie , camp près de
Dubitza Turc , le 13 Août.
"
,
« Le Général Kl.bek , campé à Goloberdo ,
mande , par fon rapport du 12 de ce mois , que ,
dans la nuit du 11 , il s'eft avancé , avec deux
divifions du régiment de Carlftadt- Slains , vers
Novi , pour faire une diverfion . Le 12 , le Lieutenant-
Colonel Hiller fit pafler l'Unna à une troupe
de volontaires & de Seraffans , près de Javornik ,
dans le but d'incendier les maifons du faubourg
fupérieur de Novi . Ce Colonel , malgré le feu du
canon de la place , s'acquitta fi bien de fa commiffion
, que l'endroit appelé Vidoria , près du
faubourg , la plupart des maifons du faubourg,
& les maifons & chartaques fituées au pied
du mont Mifchenovaz , furent réduites en
cendres Les Turcs attaquèrent de leur camp ,
à pluſieurs repriſes , nos troupes ; mais ils furent
( 66 )
repouffés chaque fois , & forcés à la fin d'abandonner
leur camp & de fe jeter dans la fortereffe.
"
« L'ennemi eſt toujours campé fur l'Agino-
Berdo Dubicza reffemble à un monceau de
pierres ; mais la garnifon , qui a élevé des retranchemens
de terre , s'obftine à ne pas vouloir
fe rendre . »
-
L'armée partie du Camp de Semlin ,
eft composée de 40,000 hommes ; elle eft
arrivée , le 16 , à Pancfova , & le lendemain
à Kubin. De fon côté , l'armée Ottomane
fe renforce journellement près de
Mehadia , où elle compte déja plus de
30.000 hommes , & elle attend de nouveaux
renforts. Il fera difficile de la chaffer
du Bannat. On va jeter jufqu'à 9000
hommes dans Temefwar ; cette garnifon
doit fuffire à défendre cette place contre
une armée. Celle de l'Empereur dans le
Bannat , s'élevera à 75000 hommes , dont
le quartier général eft à Weiskirchen.
- Le Grand-Vifir s'eft avancé à Widin
avec 50,000 hommes , outre 14,000 Turcs
commandés par un Séraskier qui campe
dans la plaine de Severin . A fon arrivée ,
le Général Ottoman a fait étrangler deux
Agas , dont la négligence avoit retardé le
pont fur le Danube. Le Corps d'armée
de Tranfylvanie a été augmenté d'un
régiment de Cavalerie & de quatre ba-
-
( 67 )
taillons d'Infanterie qu'on a poftés au défilé
de la porte de fer.
L'Empereur a conféré le régiment d'Olivier
Wallis au Général de Brentano , qui
s'eft diftingué , le 9 , devant Dubicza , où
le Maréchal de Laudhon doit être arrivé
le 21 , après un féjour de 48 heures à
Agram .
On a délivré aux Meûniers & Boulangers
de cette capitale 60,000 boiffeaux
de feigle des magafins que l'Empereur a
fait établir .
On apprend de l'armée de Hongrie, que
les fièvres continuent parmi les troupes ,
& que depuis quelques jours beaucoup
de Soldats font malades de la dyfenterie ,
qu'on attribue à la mauvaiſe qualité de
l'eau & à la fraîcheur des nuits. 125 Chirurgiens
font encore partis dernièrement
pour Semlin.
A fa retraite de Jaffy , le Général Fabry
a emmené un grand nombre de perſonnes
de cette ville & des environs. Ce Général
n'auroit point quitté ce pofte , fi le
renfort Ruffe étoit arrivé. Les Turcs & les
Tatars qui y campent , font au nombre
de 40,000. - Le 20 juillet , le Général
Romanzof étoit encore près de Ploko , en
deçà du Niefter , & le Général Elmpt près
d'Ólika. Le Corps du Général Spleny
a été réparti en deux brigades ; l'une eft
( 68 )
& commandée par le Général Fabry ,
l'autre par le Colonel
Baron d'Auferis
.
Ces troupes paroiffent
attendre
le fort de
Choczim
, pour fe mettre enfuite en mouvement.
Un détachement
a été envoyé
vers Suczawa
.
Des lettres de Triefte parlent d'un incendie
qui a ravagé , au commencement
du mois de juillet , la ville de Serajo , capitale
de la Bofnie . Tout le quartier des
Juifs , les magafins , les dépôts de marchandifes,
dix mofquées , & environ 3,000
maiſons font devenues la proie des flam,
mes.
De Francfortfur le Mein , le 30 Août.
On a obfervé à Leipzick , qu'au mois de
juin le thermomètre de Fahrenheit étoit
monté, pendant dix jours , à midi , de 80
à
94 degrés , & pendant vingt jours , au
mois de juillet , à 79 , 83 , 87 , 94 & 56
degrés. La récolte des bleds a été commencée
cette année le 17 juillet. - Suivant
les mêmes lettres de Saxe , les troupes
commencent à fe rendre entre Dreſde
& Pilnitz , & les manoeuvres doivent commencer
dans les premiers jours du mois
prochain.
t
Des lettres particulières de Vienne, annoncent
qu'à l'affaire du 7 de ce mois
( 69 )
près de Schupanek , non - feulement on a
perdu 13 canons , les 'magafins , les bagages
, la caiffe , dans laquelle il fe trouvoit
32,000 florins , mais que le nombre
d'Autrichiens tués a été d'environ 4,000
hommes , parmi lefquels 8 Capitaines &
13 Lieutenans. Le régiment de Vins , Infanterie
, a été fi maltraité , qu'il n'en eft
échappé que 50 hommes . Un état , en date
du ro de ce mois , fait monter à 30,000
les malades dans les divers Corps d'armée
de l'Empereur.
Le bruit court qu'un Corps de 25,000
Turcs , venus de Jaffy , a attaqué le
Corps combiné de Ruffes & d'Autrichiens
devant Choczim , & l'a forcé de lever
le tiége : on a ajouté que la garnifon ayant
fait en même temps une fortie , avoit détruit
toutes les nouvelles batteries des affiégeans
; mais cette nouvelle , fans date
& fans autorités , ne mérite pas de confiance
.
La Princeffe héréditaire de Saxe- Cobourg
eft accouchée à Cobourg , le 7 de
ce mois , d'une Princeffe , qui a été nommée
au baptême Marianne- Charlotte.
Le 31 juillet , on a célébré à Hachenbourg
le mariage du Prince héréditaire
Frédéric de Naffau- Weilbourg avec la Comreffe
Louife- lfabelle de Kirchberg.
L'épizootie fait des ravages parmi les
( 70 )
bêtes à corne , dans le Palatinat , l'Evêché
d'Eichftedt , & aux environs de Nuremberg.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 2 Septembre.
Le 28 du mois dernier , on expédia du
Bureau d'Allemagne à St. James , des dépêches
adreffées aux Seigneurs de la Régence
de l'Ele&torat d'Hanovre. D'autres
meffagers font partis pour Berlin & pour
Copenhague de cette adivité du Cabinet
, on augure des négociations importantes
, dont le temps éclaircira la nature .
Le Parlement d'Irlande , qui avoit été
prorogé au mardi 19 août , l'a été de nouveau
au mardi 4 novembre prochain.
Le Swallow eft parti , le 24 août , de
Falmouth pour les Indes orientales. Ce
bâtiment a attendu près de trois mois les
dépêches dont il eft porteur.
On vient d'arranger dans le Public les
remuemens fuivans parmi le Corps Diplomatique
. M. Robert Lifton , Secrétaire
d'Ambaffade à la Cour de Madrid , paſfera
, dit-on , en Suède , avec la qualité
d'Envoyé Extraordinaire , à la place du
Chevalier Thomas Wroughton , mort l'année
dernière. M. Daniel Hailes , Sécré(
71 )
taire d'Ambaffade & Miniftre Plénipotentiaire
à Paris , fuccédera à M. Whitworth,
comme Envoyé Extraordinaire à la Cour
de Varfovie.
M. Charles Whitworth , Miniftre Plénipotentiaire
à Varsovie , paffera à Péterfbourg
, avec la qualité d'Envoyé Extraor
dinaire. Le Lord Robert Fitzgerald, frère
du Duc de Leinfier , ira remplacer à Paris
M. Hailes , avec la qualité de Secrétaire
d'Ambaffade .
La valeur des cargaifons des vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , le Queen ,
le Francis , le King - George & la Princeffe
Royale , rentrés en dernier lieu en Angleterre
, eft eftimée 48 lacques de roupies
( environ 500,000 liv. fterl . ) . Rarement
les expéditions de l'Inde en Europe font
arrivées, auffi nombreuſes , à auffi peu de
diftance. La Princeffe Amélie , autre bâtiment
de la Compagnie , a jeté l'ancre aux
Dunes famedi dernier. On a calculé que
cette fociété marchande avoit a&tuellement
dans les magafins près de 2,500,000
liv. ft . en marchandifes arrivées depuis
trois mois. Elle attend encore trois navires
, dont les retours éleveront l'impor
tation de cette année à près de 3 millions
fterlings .
6. Les dépêches de l'Amiral Elliot , qui
commande la ftation de Terre-Neuve ,
( 72 )
t
portent que plus de 200 bâtimens avoient
déja completté cette année leurs chargeinens
, & qu'il s'en trouvoit encore un
pareil nombre prêt à mettre à la voile.
•
Le projet envoyé de Québec , par le
Lord Dorchefter, pour former deux nouveaux
établiffemens dans le Canada , près
des lacs Brigon & Carleton , qui feroient
peuplés de malfaiteurs condamnés à la
tranſportation , déchargeroit les vaiffeaux
fervant de prifons dans les ports , & les
prifons de la Métropole ou des Provinces .
*La faifon d'été eft a&tuellement fi avancée ,
qu'il ne fera pas poffible d'entreprendre un
voyage auffi dangereux & auffi long que
celui de la Baie Botanique , avant le printemps
prochain.
M. Horne-Tooke , dont nous avons déja
parlé , & que tout le monde connoît par
la part qu'il eut aux difputes du moment ,
lors de la publication des lettres de Junius &
de l'affaire de M. Wilkes , Défenfeur de la
caufe des Infurgens , en 1776 , & enfermé
à cette époque pour quelques phraſes qui
furent caractérisées de libelle , Auteur de
divers ouvrages très- courus , entre autres
des diverfions de Purley , & d'une lettre
vraiment originale fur le mariage du Prince
de Galles avec Mme. Fitz Herbert , s'eft
fignalé de nouveau par la chaleur avec laquelle
il a pris les intérêts de Lord Hood ,
durant
( 73 )
durant l'Election de Weftminster . Quelques
perfonnalités très -vives , entre lui- &
M. Fox , dans les papiers publics , ont
donné lieu à un nouveau pamphlet de
M. Horne- Tooke , fous le titre des deux
paires de Portraits . Les originaux de certe
peinture contraftante , font , le feu Lord
Holland , père de M. Fox , & le Comte
de Chatham , père de M. Pitt ; enfuite
M. Fox lui - même & le Chancelier afuel
de l'Echiquier. En rapportant les principaux
fragmens de cet Ecrit , nous ne les
donnerons pas comme des modèles de
juftice ; mais ce parallèle , tout partial
qu'il eft , a des traits de force et de vérité ,
qui ne feront pas indifférens à la curiofité
de nos Lecteurs.
WILLIAM PITT , fecond
fils du Lord CHATHAM , De conduite & de prin-
CHARLES JAMES Fox ,
fecond fils du Lord
HOLLAND .
Tous deux Membres des
Communes.
cipes diamétralement
oppofés.
Tous deux héritiers préfomptifs
de la Pairie .
Tous deux fuivant les exemples & les leçons de
leurs pères :
Virtutem ex hoc verumque laborem :
fortunam ex illo.
Fox.
Entré de bonne heure
fur le théâtre de la focié
PITT.
Suivantde bonne heure
l'étude pénible des loix &
té , dans les Clubs con- de la conſtitution de fon
facrés au jeu , & c. pays .
No. 37, 13 Septembre 1788. d
( 74 )
Fox.
PITT.
S'attachant à fa labo-
?
A peine adolefcent ,
introduit dans le Parle- rieuſe profeffion du barment
, & rapidement éle- reau ; quoique fans forvé
( quoiqu'il eût une tune refufant tous les
grande fortune) au pofte poftes qui lui étoient oflucratif
de Lord de l'A- ferts par les deux partis
mirauté . D'accord & en de l'adminiſtration , &
confédération avec Lord fermant l'oreille aux fol-
North , ainfi qu'avec ces licitations de M. Fox &
hommes qui ont perfé- des autres .
' cuté & enfin détaché
l'Amérique de la Mère-
Patrie , & qui , par leurs
principes defpotiques
par leur conduite inconf
titutionnelle , par leurs
profufions corruptrices ,
ont caufé tous nos malheurs
paffés , & néceffité
les impôts qui furchargent
la nation..
2
Par une fréquentation Par un choix d'accord
journalière & conftante avec fon caractère , il
des Clubs & des Taver- a follicité & obtenu une
nes , durant longues an- place glorieufe & ftable
nées ; par le bruit , par au Parlement , pour l'Ules
clameurs , les violen- niverfité de Cambridge
ces de parti , l'intrigue , qui le révère, & qui l'aime
les billets à la main , les comme un fils qu'elle a
harangues à la populace , élevé,
& par toutes les baffes
menées qui ont trop fouvent
lieu dans les élections
populaires , il a obtenu
& s'efforce de retenir une
place à Weftininfter.
( 75 )
Fox . PITT.
Ses ennemis lui repro- Ses ennemis lui reprochent
( & nus efpérons chent ( fauffement , nous
que c'elt fans fondement) le craignons ) des excès
un excès ( digne certaine de fobriété & de cón,
ment d'un blâme raiſon- tinence .
nable ) , celui du jeu ,
la débauche , & c.
?
Si cette accufation étoit Si cette accufation étoit
vraie, l'exemple des fuc- vraie , quelque chofe qui ,
cès du coupable devien- pût y avoir donné lieu
droit funefte au Public , l'exemple de fes fuccès
qu'il auroit chargé des fero't utile au Public Lui
frais de fes plaifirs , con- feul y perdroit & en ſoufduite
vraiment répréhen- friroit ; en un mot , il
fible. feroit à plaindre , & nom
à blâmera
Ses amis l'excufent fur Ses ennemis ont monfa
jeuneffe, fur le mauvais tré le.. plus de violence
exemple , fur les mau- contre lui , quand ils n'avaifes
compagnies , vues voient à lui objecter que
de bonne heure ; c'est en fa jeunesse. Cette même
effet la feule chofe qu'ils jeuneffe , la feule excufe
puiffent alléguer pour qu'on ait alléguée , de la
faire pardonner fa con- mauvaife conduite reconduité
dans les premières nue de l'un , eft le feul
années de fa vie politique: grief avancé par les mêmes
perfonnes , comme ſuffifant
à ternir la bonne conduite
de l'autre.
Avec fa feule vertu &
Il s'efforce , par toutes
les petites adreffes de la fes principes de bien pu
rufe & de l'intrigue, d'ef- blic , il ofe . ( comme ,fon
facer du coeur des ci- pèrel'avoit déclaré nobletoyens
tous les motifs & ment avant lui) regard rem
les principes du bien pu- face les plus org.cilleufes
blic , pour y fubftituer affociations de cepays. ;
dij
( 76 )
Fox.
l'efprit de parti , de cabale
, d'intérêt perſonnel,
ou de famille.
Ses ennemis lui reprochent
de fuivre trop à la
lettre fes principes originels
, & de copier trop
fervilement la conduite
de fon père.
PT.
Quand fes ennemis
veulent lui faire les reproches
les plus fanglans, ils
donnent à entendre , &
voudroient perfuader
qu'il a quitté fes principes
originels , & rejeté
loin de lui l'exemple &
les ufages de fon père.
&
"
Il a vendu à M. JEN- Il a refufé de s'appli-
KINSON * la place inutile quer la place de Garde
& fans occupations ( S- des Parchemins en Annecure
) de Garde des gleterre , place de 3000
Parchemins Clerck of liv. fterl. de revenu ,
the Pells ) en Irlande , d'un grand crédit : il y a
place de 3000 liv . fterl .
dont le feu Lord Holland,
fon père , lui avoit procuré
la furvivance ; il l'a
vendue pour avoir de
l'argent comptant.
Intime de Lord North,
en CHARGE avec lui , il
nommé le Colonel Barré,
pour épargner à la nation
une penfion de 3000 liv
fterl. garantie à cet Offcier
, à la follicitation de
M. Fox , dans une adminiftration
où M. Pittn'étoit
rien , tandis que M.
Foxyrempliffoit la place
de Secrétaire d'état.
Il reconnoît dans le
peuple une voix diſtincte
* M. Fox a échangé cette place contre une penfion
annuelle de 1700 liv. fterl. qui doit durer 31 ans;
parce qu'une penfion pour un fi long terme certain
eft beaucoup meilleure & plus inégociable qu'un e
rente viagère , plus confidérable , mais plus in
certaine.
( 77 )
<
f
Fox .
PITT.
déclare à grands cris dans de celle du Parlement ; &
la Chambre des Commu- quand deux factions opnes
, que le peuple n'a de pofées fe furent réunies
voix que dans l'intérieur par leur corruption &
de Weſtminſter. leur infamie réciproque ,
I fe demande pour former dans le Par
qu'eft-ce que le peuple ? lement une majorité qui
" & répondc'eft le fe propofoit de maîtrifer
>> Parlement !» Hors de le Roi & le peuple , il fit
charge , & toujours lié un appel honorable, confavec
le même Lord North, titutionnel & efficace à ce
il harangue tous les jours peuple, auquel il reconla
populace du haut de noît le droit de faire en-
Famphithéâtre , & s'ef- tendre fa voix hors de la
force d'étouffer , par les Chambre des Commuclameurs
d'une canaille nes : par l'appui réciprofoudoyée
, la voix & les que que fe prêtent le Roi
décisions du peuple & du & le peuple , combinés ,
Sénat. comme ils devroient toujours
l'être pour leurs intérêts
mutuels , il foutient
dans tout fon éclat
l'autoritéfalutaire du Sou
verain , & maintient les
droits conftitutionnels de
la nation contre les attein .
tes qu'on voudroit leur
porter.
Auteur , inftigateur , Blâmé par M. Fox ,
complice , & , jufqu'à ce parce qu'à l'élection conjour
, défenfeur de l'élec- teftée pour Westminster,
tion du Colonel Lut- où l'on vit 5098 votes
trell pour le Comté de pour Sir Cécil Wray , &
Middleffex. Alors il pré- 6233 pour M. Fox , ce
tendit avec chaleur en qui ne faifoit qu'une ma-
Parlement , & décida con- jorité de 235, fur un total
dij
( 78 )
-Fox.
PITT.
tre tome juſtice , que de 12231 , M. Pitt fanles
votes de deux mille tint qu'il falloit examiner
qeatre-vingt- feize Francs la légalité des votes des
Tenanciers donnés au- deux côtés , étant d'avis
refois auColon. Luttrell, que l'injure faite aux Elecdevoient
prévaloir pourle teurs réels eft la même ,
faire fiéger en Parlement foit qu'on décide (comme
comme Repréfentant de dans le cas de Middlefex)
Middleſex , contre les qu'une minorité évidente,
votes de onze mille qua- & qui ne prend pas la
rante-trois Francs- Tenan- peine de fe déguifer , fera
ciers , qui, en trois diffé- l'élection ; foit qu'on perrentes
élections , avoient mette à des fauffaires de
donné leurs fuffrages à donner, par des voix fu-
M. Wilkes.
•
Sans principes avoués,
fans but connu il s'eft
déclaré pour un parti , &
en a fouvent changé.
breptices , une honteufe
majorité , & d'échapper ,
par des chicanes & des délais
prorogés à deffein ,
à tous les moyens employés
pour les découvrir .
Il s'eft déclaré pour
des principes , fans pourtant
attaquer perfonne
en particulier ; & ces
principes , il s'y eft religieufement
attaché.
Trois fois en liaifon Jamais lié avec Lord
avec Lord North , & North, ne partageant japartageant
avec lui l'ad- mais avec lui , comme M.
miniftration , & deux Fox , l'odieux , le crime ,
fois en oppefition à ce ou le profit , ne fe mêmême
Lord. De forte Jant en rien de fon admique
, fuivant les déclara- niftration ni de fes printions
publiques de M.Fox cipes ; mais auffi jamais
Lord North a été à deux l'accufateur de Lord
différentes reprifes un North, ni fon défenfear.
( 79 )
Fox.
PITT.
étourdi,un Miniftre crimi- Réprouvant fa conduite ,
nel, qui mit de por- il est vrai, mais épargnant
ter fa tête fur l'échafaud ; fa perfonne. Tropinftruit
M. Fox confentoit à être & trop honnête pour apdéshonoré
, fi jamais il ſe pliquer à fes principes ce.
lioit avec lui , ou qu'on précepte inimicitia brel'y
trouvât tête - à - tête ves, qui n'a rapport qu'aux
dans une Chambre ; & à individus , & à des fautes
trois autres reprifcs , ce légères . Car quelle liaimêine
homme eft fon fon peut- il jamais y avoir
cher & honorable ami , entre la lumière & les téavec
lequel il veut com- nèbres ? Ne jamais fe
battre & mourir , digne trouver en liaiſon avec
des plus hautes places de Lord North ou avec M.
l'Etat , & au moins de Fox , c'eft une chofe que
partager la nomination M. Piti n'a jama's proaux
places, & lepillage de mife, ni eu befoin de prola
nation .
En coalition avec Lord
mettre , pas plus qu'iln'a
déclaré, nin'aeu befoin da
déclarer , qu'il ne commettroit
jamais d'affaifinat
: action dont il eft
incapable , & que nous
ne craignons pas de fa
part.
Il s'expofe à perdre fa
North,il cabale au moyen place & la faveur du peud'une
majorité factieufe p'e, pour lever les fubfidans
le Parlement , pour des néceffaires , & pour
prévenir le Bill de mu- mettre de nouvelles taxes .
tinerie , & empêcher les Vu de mauvais cell par
fubfides qu'exigent les be la multitude , il eft confoins
de la Nation , afin traint de le faire , pour
que la détreffe & le danger tirer les finances & le
des affaires nationales , crédit national du péril,
foit au dedans,foit au de- & les fauver de la ruine
div
( 80 )
Fox.
PITT.
hors , par le manque d'ar- ( autrement inévitable )
gent , de crédit & de dé- qu'entraîneroient la dette
fenfe contre les ennemis énorme & les arrérages
étrangers , puiffent forcer contractés par LordNorth
le Rei & le peuple à ad- & fa faction.
mettre nos ennemis domeftiques
, Fox, North &
leur faction , dans tous les
En dépit de toutes les
poftes lucratifs de l'Etat.
Engagé dans une tentaive
fans fruit , & même oppofitions factieufes,par
impoffible , pour élever les une réforme économique
finances de fon parti jufqu'au
niveau de fon incroyable
profufion , & de
fa prodigalité fans borne,
des abus dans la dépenfe ,
ainfi que par une perception
active & éclairée, il a
réuffi à élever les revenus
de la Nation , tellement
au-deffus de ce qu'exigent
fes befoins modérés, qu'il
eft en état d'appliquerune
partie de l'excédent à l'extinction
de la dette nationale
, & cependant de renir
le pays dans un état
de défenſe fi formidable,
qu'il le met à l'abri de
toute infulte & de toutes
menaces de la part
de l'ennemi.
La fuite à l'ordinaire prochain.
( 87 )
FRANCE.
De Verfailles, le 3 Septembre.
Les Prévôt des Marchands , Procureur
du Roi & Echevins de la ville de Paris ,
fe font rendus à Meudon , le 23 du mois
dernier , & ont eu l'honneur de préfenter ,
fuivant l'ufage , à Monfeigneur le Dauphin ,
fes premières armes , confiftant en une
épée , un fufil & deux piftolets . Les
ornemens de ces armes font en or , &
ont été exécutés par M. Augufte , Orfèvre
ordinaire de Leurs Majeftés.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Lieu-
Dieu , en Jard , Ordre de Prémontré ,
Diocèfe de Luçon , l'Evêque de Luçon ;
à celle de Jumieges , Ordre de S. Benoît
Diocèfe de Rouen , l'Abbé de Loménie ,
Agent du Clergé , Vicaire - général de
Sens ; à celle des Alleuds , même Ordre ,
Diocèfe de Poitiers , l'Abbé de Villedon
Vicaire- général de Noyon , fur la nomination
& préſentation de Monfeigneur
Comte d'Artois , en vertu de fon Apanage ;
à l'Abbaye régulière de Salival , Ordre
de Prémontré , Diocèſe de Metz , le fieur
Etienne , Prieur de l'Abbaye de Genlis ,
même Ordre ; & à celle de Ligueux
Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Périgueux
, la dame de Saint- Aulaire du Padv
( 92 )
villon , Religieufe profeffe de la même
Abbaye .
M. Albert , à qui le Roi a bien voulu
accorder la place de Confeiller d'Etat &
au Confeil des dépêches , vacante par la
mort de M. Berthier de Sauvigny , a eu,
le 31 du mois dernier , l'honneur d'en
faire fes remerciemens à S. M. , étant préfenté
par M de Lamoignon , Garde- des-
Sceaux de France.
I
Le 1er. de ce mois , la députation des
Erats de Languedoc , compofée , pour le
Clergé, de l'Evêque de Comminges ; pour
la Nobleffe , du Comte d'Avéjan ; & de
MM. Trinquelaigues & Defchadenèdes ,
pour le Tiers -Etat ; & du Baron de Puymaurin
, Syndic -général des Etats , a eu
une audience du Roi. Elle y a été conduite
par M. de Watronville , Aide des céré
monies , & préfentée par le Comte de
Caraman , Lieutenant- général de la Province
de Languedoc , & M. de Villedeuil ,
Secrétaire d'Etat , ayant le département
de cette Province . L'Evêque de Comminges
a porté la parole . La Députation
a eu enfuite audience de la Reine & de
la Famille Royale.
De Paris , le 10 Septembre.
Dans fon Affemblée du 12 août
l'Académie Royale des Infcriptions &
( 83 )
·
Belles Lettres a élu M. Ameilhon , Penfionnaire
de cette Société favante , à la.
place vacante par la mort de M. de
Rochefort , dans le comité chargé par le
Roi de travailler fur les manufcrits de fa
Bibliothèque.
On mande de Marfeille qu'un de nos
bâtimens étoit parti de la Canée pour
Conftantinople , ayant à bord quelques
Turcs & une cargaifon qui leur appartenoit.
Un Corfaire , portant pavillon
Ruffe , attaqua ce bâtiment , le prit , & le
conduifit dans le bras de Magna en Morée.
M. de St. Félix, qui commande dans ces
mers la frégate du Roi la Pomone , inftruit
de cet évènement , fit voile vers Magna ,
& y réclama le bâtiment François , ainfi
que le Corfaire qui s'en étoit emparé :
on lui refufa ce dernier. Cependant une
corvette & un bricq du Roi étant furvenus ,
les Capitaines déterminèrent d'enlever à
force ouverte le Corfaire , après avoir
éprouvé un fecond refus de montrer fes
lettres de marque ; à cet effet , 72 hommes
avec quelques Officiers mirent en mer dans.
des chaloupes , & le bricq s'approcha
affez de la côte pour la balayer avec fon
canon; le Corfaire mit auffi du canon à
terre , & il s'engagea une action pendant
laquelle les chaloupes vinrent à bout
d'enlever le bâtiment prétendu Ruffe . Le
dvj
( 84 )
combat dura 4 heures ; nos chaloupes
reçurent une fufillade de plus de 1200
coups , où nous eûmes 36 hommes tant
tués que bleffés , parmi lefquels on compte
un Officier tué , & 3 bleffés , ainfi qu'un
élève de la Marine : le bâtiment a été
conduit à Smyrne . On ajoute que les
bleffures font d'autant plus dangereufes
que les balles étoient mâchées .
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 6 Septembre 1788 .
Le Roi de Suède , écrit - on de Stockholm ,
en date du 20 août, a fait prendre une nouvelle
pofition à fon armée, & l'a poftée de
l'autre côté de la rivière Kymène . Le
vaiffeau de ligne , le Guftave Adolphe
ayant été avec quelques frégates en
reconnoiffance ,aux environs de Sweaborg,
aperçut l'efcadre de l'Amiral Greigh; dans
fa retraite , il toucha un bas -fond, & échoua :
les Ruffes , qui avoient l'avantage du vent,
s'en approchèrent , firent l'équipage prifonnier
de guerre , & mirent le feu au
vaiffeau. On attend tous les jours des nouvelles
de l'efcadre qui étoit prête à fortir
de Sweaborg.
Le Stadthouder & fa Famille , partis de
la Haye pour une tournée dans les Provinces
de Hollande & de Gueldres , font
( 85 )
arrivés de Zaandam , le 2 , à Amfterdam
, où ils ont été reçus au bruit du
canon & aux acclamations d'une immenfe
multitude . L. A. S. & R. ont vifité tout
ce que la Ville offre de remarquable , &
trois jours après leur entrée , elles ont
continué leur voyage vers la Gueldres,
On a parlé plus haut ( art . Copenhague )
des plaintes portées par l'Ambaffadeur de
Suède , des facilités accordées aux Ruffes
fur les côtes de Danemarck , de faifir
& d'amener dans les ports de ce Royaume
les prifes Suédoifes. La Note que voici ,
remife au Comte de Bernflorff, par le
Miniftre Suédois , établit la juftice de cette
réclamation :
Le fouffigné , Ambaſſadeur - extraordinaire de
Suède , ayant reçu les rapports des Confuls du Roi ,
comme quoi , depuis l'arrivée de l'efcadre Ruffe fur
la rade d'Elfeneur , il s'y eft établi une forte de
piraterie fous le canon de Cronenbourg , qui , en
outrepaffant les droits de la guerre d'une manière
indécente & inouie , renferme en même temps la
violation la plus manifefte & la plus fenfible du territoire
de S. M. Danoife. L'Ambaffadeur ne peut
s'empêcher de réclamer de la juftice comme de la
dignité de S. M. qu'Elle faffe veiller à l'avenir avec
plus d'exactitude fur le maintien de fes propres :
droits , & de ceux dont elle doit la protection aux
fujets commerçans de toutes les Nations , qui étant
en paix avec elle , devoient s'attendre d'autant plus .
à jouir chez Elle de bienfaits & d'une sûreté
parfaite , qu'ils lui et offrent tous les ans une
reconnoiffance particulière. En même temps l'Am(
86 86 ))
baffadeur a l'honneur de repréſenter au Miniſtre de
S. M. Danoife, la néceffité de faire inftruire au plus
tôt le procès, foit parle Tribunal nommé de la Marine
, ou par une commiffion particulière ,
à
l'égard des prifes Suédoifes qui ont déja été
faites & amenées ici : néceffité d'autant plus urgente
, que le traitement qu'on apprend être fait
aux équipages Suédois à bord des vaiffeaux de
guerre Rufles , follicite leur délivrance avec un
intérêt qu'on n'auroit pas cru, être dans le cas
de plaider dans un fiècle dont l'humanité fait le
plus beau caractère. L'Ambaffadeur connoiffant
l'exactitude avec laquelle , dans les Tribunaux de
S. M. Danoife , on foutient les titres & non les
protections des Parties , eft fort éloigné de rien
mander au-delà de la plus parfaite juftice. Qu'on
examine les faits avec leurs circonftances , que .
les témoins foient entendus , qu'on rapproche
ces difpofitions de la loi générale du droit des
gens ( à laquelle les Puiffances du Nord ont donné
une fanction plus particulière dans leur convention
de l'année 1780 , ) des loix particulières qui
font en vigueur dans les Etats de S. M. Danoife,
& de ce droit coutumier , enfin , qui n'eſt
Fas moins facré , parce que toutes les Nations y
appellent mutuellement , & les Sujets du Roi de
Suède obtiendront ce qu'on ofe réclamer pour
eux , de nouvelles preuves de cette équité dont
l'échange eft devenu l'heureufe habitude des deux
Nations , & dont l'obfervation la plus fcrupuleufe
eft toujours fi effentielle entre des Nations voifines.
En conféquence de ces principes & de ces
ufages , l'Ambaffadeur doit fe réſerver avant tout ,
qu'il ne foit procédé à la vente des prifes Suédoifes
, avant le procès inftruit & fini , qui feul
doit conftater fi elles font bonnes ou illégales..
Son Excellence , M. le Comte de Bernstorff, recon(
87 )
noîtra fans doute , dans cette repréſentation , le
même efprit de modération & d'équité qui caractérife
toutes celles qui lui ont été faites au
nom du Roi de Suède , aimant mieux fe facrifier
tout entier pour foutenir fes droits , lorfqu'ils font
attaqués , que d'impofer des facrifices à fes amis.
S. M. même , dans le moment le plus critique
de fon règne , fe borne à demander au Roi , fon
beau-frère , que le maintien des principes les plus
univerfels , qui font d'autant d'intérêt pour S. M.
Danoife , Elle-même , laiffe à fes ennemis la peine
indifcrette d'importuner fa bonté , jufqu'à vouloir
enfreindre la justice.
A Copenhague , le 10 Août 1788.
Signé , J. W. SPRINGPORTEN.
Dernièrement encore , les Croiſeurs du
Vice- Amiral Ruffe Defin fe font de nouveau
emparés de cinq petits navires Suédois
chargés de fel & de bled; mais cet Officier
a perdu un de fes vaiffeaux de tranſport
nommé le Kilden , que trois frégates
Suédoifes ont conduit à Maſterlanc .
Nous annonçâmes dans le temps la
fignature d'un Traité de Commerce entre
le Portugal & la Ruffie le 2
v. st.
décembre
1787. Il a été ratifié le 2 juin dernier , &
20 n.st.
18
vient d'être rendu public , tel qu'il fuit :
Au nom de la Très -Sainte Trinité.
Sa Majetté Très- Fidelle , la Reine de Portugal ,
& S. M. l'Impératrice de toutes les Ruffies , également
animées du défir d'encourager la navigation
,
le commerce & l'induftrie de leurs fujets ,
ont réfolu de conclure entre Elles , leurs fujets ,
Etats & Domaines refpectifs , un traité d'amitié ,
de navigation & de commerce ; & c'eſt dans cette
( 88 )
vue qu'Elles ont choifi & nommé pour leurs Plénipotentiaires,
favoir , S. M. Très - Fidelle , la Reine
de Portugal , le fieur Francois-Jofeph d'Horta Machado
, de fon Confeil , fon Miniftre- Plénipotentiaire
auprès de S. M. l'Impératrice de toutes les
Ruffies , & Chevalier de l'ordre de Chrift ; & S.
M. l'Impératrice de toutes les Ruffies , le fieur Jean,
Comte d'Ofterman , fon Vice- Chancelier , Confeiller
- Privé actuel , Sénateur & Chevalier des
Ordres de Saint-André , de St Alexandre- Neuvski ,
Grand-Croix de celui de Saint Wolodimér , de la
première claffe , & de Sainte Anne ; le fieur
Alexandre , Comte de Worontzow , Confeiller-
Privé actuel , Sénateur , Préfident du Collège de
commerce , Chambellan' actuel , Chevalier de
l'Ordre de Saint Alexandre Neuvsky , & Grand-
Croix de celui de Saint Wolodimer , de la première
claſſe ; le fieur Alexandre , Comte de Bezborodko,
Premier Maître de fa Cour , Confeillet- Privé
, Directeur- Général des Poftes , Chevalier de
P'Ordre de Saint Alexandre- Nevsky , & Grand-
Croix de celui de St. Wolodimer , de la première
claffe ; & le fieur Arcadi de Marcoff, Confeiller
d'Etat actuel , Membre du Coliége des Affaires
Etrangères , & Grand-Croix de l'Ordre de St. Wolodimer
, de la feconde claffe : lefquels Plénipotentiaires
, après s'être refpectivement communiqué
leurs pleins-pouvoirs , font entrés en conférence ;
ayant mûrement difcuté la matière , ont conclu
& arrêté les Articles fuivans :
&
ART. I. Il fubfiftera entre Leurs Majeftés , la
Reine de Portugal , & l'Impératrice de toutes les
Ruffies , leurs Héritiers & Succeffeurs de part &
d'autre, ainfi qu'entre leurs fujets , une paix perpétuelle
, bonne intelligence & parfaite amitié ;
auquel effet les deux Puiffances contractantes s'engagent
, tant pour Elles que pour tous leurs fajets
( 89 )
fans exception , de fe traiter réciproquement en
bons amis dans toutes les occ fions , tant par mer
qué par terre & fur les eaux douces , & d'éviter
non-feulement tout ce qui pourroit tourner au pré
judice des uns ou des autres , mais de s'ent ' aider
mutuellement par toutes fortes de bors offices ,
fur-tout en ce qui concerne la navigation & le
commerce .
II. Les fujets Portugais jouiront en Ruffie d'une
parfaite liberté de confcience , conformément aux
principes d'une entière tolérance qu'on y accorde
à toutes les religions ; ils pourront I brement s'acquitter
des devoirs & vaquer au culte de leur re
ligion , tant dans leurs propres maifons , que dans
les églifes publiques qui y fort é ablies , fans
éprouver jamais la moindre difficulté à cet égard.
à cet
Les fujets Ruffes ne feront de même jamais
troublés ni inquiétés en Portugal par rapport à
leur religion , & l'on obfervera envers eux ,
égard , ce qui fe pratique avec les fujets des autres
nations , d'une communion différente , particulièrement
avec ceux de la Grande- Bretagne.
III. Leurfdites Majeftés s'engagent mutuellement
de procurer aux fujets refpectifs de l'une &
de l'autre toutes les facilités , affiftance & protection
néceffaires aux progrès de leur commerce réciproque
, & fur tout de la navigation directe entre
les deux états dans tous les lieux de leur domination
, où la navigation & le commerce font ac
tuellement , ou feront à l'avenir permis à d'autres
nations Européennes . Mais dans tous les cas où
le préfent Traité n'aura pas ftipulé quelques exemptions
ou prérogatives en faveur des Sujets refpectifs
, ils devront fe foumettre pour leur commerce
tant par mer que par terre , & fur les eaux
douces , aux tarifs des douanes , ainfi qu'aux lois
coutumes & réglemens de l'endroit où ils fe trouveront.
( 90 )
IV. Dans tous les ports des Etats refpectifs
dont l'entrée & le commerce font ouverts aux nations
Européennes , les Hautes Parties contractantes
auront réciproquement le droit d'établir des
Confuls & Vice-Confuls pour l'avantage de leurs
fujets commerçans ; lefdits Confuls Généraux ,
Confuls & Vice-Confuis y jouiront de toute la
protection des Lois ; & quoiqu'ils n'y pourront
exercer aucune forte de Jurifdiction , ils pourront
néanmoins être choifis , au gré des parties , pour
arbitres de leurs différends ; mais il fera toujours
libre aux mêmes parties de s'adreffer par préférence
au Tribunal deſtiné pour le commerce , au
à d'autres Tribunaux , auxquelsles mêmes Confuls
Généraux , Confuls & Vice- Confuls , en tout ce
qui concerne leurs propres affaires , feront également
fubordonnés , & ils ne pourront jamais être
choifis parmi les fujets nés de la Puiſſance chez
laquelle ils doivent réfider , à moins qu'ils n'ayent
obtenu une permiffion expreffe de ladite Puiffance
de pouvoir être accrédités auprès d'Elle en cette
qualité.
V. Les fujets des deux Puiffances contractantes
pourront , dans les Etats refpectifs , s'affembler avec.
leur Conful en Corps de Factorerie , & faire entr'eux,
pour l'intérêt commun de la Factorerie , les arrangemens
qui leur conviendront , en tant qu'i's
n'auront rien de contraire aux lois , ftatuts ou réglemens
du pays , ou de l'endroit où ils feront
établis.
VI. Les fujets commerçans des deux Hautes
Parties contractantes payeront pour leurs marchandifes
, dans les Etats refpectifs , les douanes &
autres droits fixés par les tarifs actuellement en
force , ou qui exifteront à l'avenir ; mais afin que
leur commerce foit de plus en plus encouragé ,
on eft convenu de part & d'autre de leur accorder
les avantages fuivans :
( 91 )
1º. « De la part de la Ruffie : que les Sujets
» Portugais pourront acquitter les droits de Douane,
» dans toute l'étendue de l'Empire Ruffe , en mon-
» noie courante de Ruffie , en évaluant la rixthaler
à 125 copecs , fans être Tujétis à les payer
» comme ci -devant , en rixthalers effectives , en
2
exceptant feulement la ville & le port de Ri-
» ga , où , felon la teneur des ordonnances actuel-
» lementen force , les fujets Ruffes , eux- mêmes
» doivent payer les droits de Douane , pour
» toute efpèce de marchandifes , en rixthalers
" effectives. -2 ° Tous les vins du crû du Por-
» tugal , des Ifles de Madère & des Açores , im-
» portés en Ruffie fur des bâtimens Portugais ou
» Ruffes , & pour compte de fujets Portugais ou
» Ruffes , ne paieront de droits d'entrées que
» quatre roubles & cinquante copecs par barri
» que de fix ancres ; mais les uns & les autres
» re pourront jouir de cet avantage , qu'en pro-
» duifant des certificats du Conful de Ruffie , &
» à ſon défaut , de la douane , ou du Magiftrat
» de l'endroit d'cù lefdits vins auront été expé-
» diés , qui conftateront qu'ils font véritablement
» du crû des endroits fufmentionnés , & pour
» compte des fujets Portugais ou Ruffes. Quant
» aux vins fufmentionnés qui feront importés en
» Ruffie fur d'autres navires étrangers , on s'en
» tiendra à ce que le tarif général prefcrit à ce
» fujet. 3°. S. M. l'Impératrice de toutes les
» Ruffies , confent que les navires Portugais puif-
»fent importer chaque année à Riga & à Revel ,
» pendant la durée du préfent traité , fix mille
» laftes de fel du Portugal , en ne payant , pour
» cette denrée , que la moitié des droits de douare
» fixés par les Tarifs qui exiftent , ou qui exifte-
" ront à l'avenir dans lefdits ports ; mais s'ils en
» importent une plus grande quantité , i's paie-
--
( 92 )
ront, pour le furplus , les droits de douane,
» en entier , fans aucune diminution . Au refte ,
les navires Portugais ne jouiront de cet avan-
» tage qu'à condition de produire des certificats
» en dûe forme , qui prouvent que ledit fel eft
» véritablement du crû du Portugal , qu'il en a
été exporté directement fur des navires Portugais
, & pour le compte des fujets Portugais ou
» Ruffes . Mais fi , par les relevés de douane , il
» étoit prouvé que la quantité privilégiée de fel
» importé dans les deux ports de Riga & de Re-
» vel , enſemble , eût excédé , dans le courant de
» la même année , les fix mille laſtes convenus
» (ce qui feroit contre l'efprit du traité ) les deux
» Cours prendront entre Elles des arrangemens ,
» afin qu'un pareil abus n'ait pas lieu par la
» fuite.
2
" -VII. En réciprocité des fufdites concef
» fions , S. M. Très-Fidelle accorde aux fujets de
» la Ruffie les avantages fuivans :
» 1°. Les Négocians Ruffes , établis , ou qui s'é-
» tabliront à l'avenir en Portugal , auront la pré-
» rogative d'avoir des Juges Confervateurs fur le
» même pied que cela eft accordé & fe pratique,
»pour la nation Angloife ; mais fi Sa Majesté.
» Très-Fidelle jugeoit à propos de faire un nou-
» veau réglement fur ce fujet , pour tous les
» Commerçans étrangers établis dans fes Etats ,
» fans aucune exception , les fujets Ruffes devront
» auffi s'y foumettre.- 2º. Ils auront auffi le droit
» de s'adreffer à la Junte du commerce , pour.
» leurs affaires mercantiles , où il leur fera rendu
» une prompte & exacte juftice , après la vérifi-
» cation des faits , fans les autres formalités de la
» procédure ordinaire , conformément aux lois &
» ufages qui fe pratiquent parmi les Négocians ;
» & à cet effet S. M. Très-Fidelle accordera , lorf-
» que les cas s'en préfenteront , la jurifdiction né
( 93 )
« ceſſaire à la fufdite Junte duCommerce.— 39. Les
Négocians Portugais ou Ruffes ne payeront que
» la moitié des Droits d'entrée (fous quelque
» dénomination qu'ils puiffent être ) tels qu'ils
» font fixés par les Tarifs & Ordonnances qui
» exiftent actuell: ment , ou qui exifteront à l'a-
» venir en Portugal, fur les productions de Ruffie
» ci-après fpécifiées , lorfqu'elles feront impor-
» tées fur des navires Portugais ou Ruffes , &
» pour compte des fujets Portugais ou Ruffes ;
" favoir , toutes fortes de planches & de bois
» deſtinés à la conftruction des vaiffeaux , les mâts
» y compris ; le chanvre , la graine & l'huile de
chanvre & de lin ; les barres de fer de toutes
» fortes de dimenfions ; les cercles de fer,
y com-
» pris auffi les ancres , les canons , les boulets &
» les bombes ; mais les fujets refpectifs ne joui-
» ront de cette diminution qu'en prouvant ( par
» des certificats en due forme du Conful Por-
» tugais , & à fon défaut de la Douane ou du
» Magiftrat de l'endroit d'où les fufdites mar-
» chandiſes auront été expédiées ) qu'elles font
» véritablement du produit ou de manufactures de
» la Ruffie, & qu'elles font exportées pour compte
» de fujets Portugais ou Ruffes. Ces avantages ne
» feront point accordés à d'autres navires étran
" gers qui importeront en Portugal les fufdites
» marchandifes de la Ruffie , mais l'on s'en tien-
» dra à ce que les Tarifs généraux preſcrivent à
» cet égard.
Ο
"
" 4. Si , pendant la durée de ce Traité , S. M.
» Très-Fidelle accorde aux vaiffeaux d'une autre
" nation une diminution des droits de fortie fur
» les vins , les vaiffeaux Ruffes jouiront auffi de
» cet avantage.fur les vins qu'ils exporteront pour
" les ports de Ruffie.»
VIII. Outre les avantages réciproques ftipulés
( 94 )
par les articles précédens , les Hautes Parties contractantes
ont encore jugé à propos , afin d'encourager
d'autant mieux la navigation directe & le
commerce entre les nations Portugaiſe & Ruffe ,
d'accorder aux fujets refpectifs les prérogatives fuivantes
: S. M T. F. accorde la diminution de la moitié
des droits de Douane fixés par les Tarifs qui
exiſtent , ou qui exiſteront à l'avenir dans ſes
Etats , fur les marchandifes de Ruffie ci-après fpécifiées
, lorfqu'elles feront importées directement
de Ruffie en Portugal ; favoir , les toiles à voile ,
celles nommées Vlaams , ou Flremiſch , Kavendoucs
& Calamandres de lin ; à condition de prow
ver , par des certificats en due forme , que les fufdites
marchandifes font véritablement des produits
de la Ruffie, qu'elles en ont été importées directement
fur des navires Portugais ou Ruffes, & pour
le compte de fujets Portugais ou Rufies.
En réciprocité de ces avantages , S. M. l'Impé
ratrice de toutes les Ruffies accorde la diminution
de la moitié des droits qui exiftent , ou qui exifteront
à l'avenir dans fes Etats , fur les marchandifes
de Portugal ci - après fpécifiées , lorfqu'elles
feront importées directement de Portugal en Ruf
fie ; favoir , l'huile d'olive , l'indigo de Bréfil , &
le tabac du Bréfil en poudre , rouleaux , ou feuilles
, à condition de prouver pareillement par des
certificats en due forme , que les fufdites marchan
difes font véritablement des produits du Portugais
, qu'elles en ont été exportées directement fur
des navires Portugais ou Ruffes , & pour le compte
de fujets Portugais ou Ruffes.
IX. Comme il y a d'autres effets & marchandifés
, auffi -bien de la production & des manufactures
de Portugal & de fes colonies , que de la production
& des manufactures de la Ruffie , & de
fes différens domaines & conquêtes , lefquels
( 95 )
pourront augmenter la navigation & le Commerce
des deux nations , & contribuer à leur avantage
réciproque, S. M. Très-Fidelle, & S. M. Impériale,
prenant cet objet dans leur haute confidération ,-
ont ordonné à leurs Miniftres refpectifs d'examiner
& conférer fur tous & chacun des fufdits
effets & marchandifes ; & de tout ce qui fera ajufté
& convenu de part & d'autre à cet égard, l'on fera
de nouveaux articles , lefquels , étant approuvés &
ratifiés par les deux Puiffances contractantes ,
fe-i
ront partie de ce Traité , comme s'ils y étoient
inclus & tranferits mot pour mot. ( La fuite au
prochain Journal)
Paragraphes extraits des Papiers Anglois
& autres Feuilles publiques.
"
-
- -
-
Lorfqu'on offrit dernièrement le commandement
de l'armée en Croatie au Maréchal de
Laudhon , il répondit qu'il étoit trop vieux : Que
voulez-vous , difoit-il , que faffe un vieillard de
72 ans ? Mais vous ne devez pas les avoir , vous
avez encore fi bonne mine ! Je les ai , vous.
dis-je , & pour le moins. Comment , pour le
moins , vous ne favez donc pas au jufte l'âge
que vous avez ? Non. En ce cas , il eſt
parier que vous vous trompez , & que vous
n'êtes pas fi âgé. Il eft facile de le favoir ,
on n'a qu'à faire lever mon extrait de baptême ,
ce qui fe fit. Mais on fut bien furpris lorsqu'à
la lecture on vit que le Maréchal de Laudhon
étoit né en 1703 , & âgé par conféquent de 85
ans. En ce cas-là j'acc pte , dit-il en riant , je
n'ai plus grand chose à perdre. ( Gazette des deux
Ponts , no. 105. ) "
•
( 96 )
« Le fecours que le Roi de Danemarck eft
obligé , par les Traités , de donner à la Ruffie ,
alarme la Suède. L'Ambaffadeur de cette dernière
Puiffance vient de déclarer au ministère Danois ,
que le Roi fon maître n'avoit jamais imaginé
qu'il trouveroit un ennemi dans le Roi de Danemark.
Comme cette déclaration peut être ſuivie
d'une déclaration formelle de guerre de la part
du Roi de Suède , on lui a envoyé un courrier
avec une dépêche. La réponſe qu'il rapportera &
que l'on attend le premier feptembre , décidera
des mesures que prendra le Danemarck On
a auffi expédié de Copenhague un courrier à
Berlin. ( Gazette de Hambourg. ) »
-
« Le nouvel Ambaffadeur que Sa Majesté
Catholique a envoyé à Pétersbourg , eft chargé ,
dit-on , d'une commiffion fpéciale pour propofer
la médiation de l'Efpagne aux Puiffances actuellement
en guerre ; & fi elle n'eft pas acceptée ,
le féjour du Comte de Galvez en Ruffie , ne
fera pas de longue durée. ( The Times. ) »
N. B. ( Nous ne garantiſſons la vérité ni l'exacksude
des Paragraphes ci-deffus).
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOG NE.
De
Varfovie, le 23 Août 1788.
DES
Es lettres
authentiques de Conftanti
nople , achèvent d'éclaircir la nature du
combat dans le Liman , entre les Ruffes
& le Capitan - Pacha. C'eft par un avise,
entré le 7 juillet dans le
Bofphore , que
la Porte a reçu la relation de cette affaire
, fi
étrangement exagérée dans les
Gazettes d'Europe , qui , en fe copiant
à l'infini , donnent un inftant de crédit
aux fables de la politique . Voici le récit
qu'oppofent les Ottomans à ceux de leurs
ennemis :
Le Capitan-Pacha , mouillé dans la rade de
Codgea-Tey , ayant été informé que les Ruffes
faifoient partir de Globock une flottille compofée
de galères , prames &
chaloupes canonnières , au
lieu de les laiffer fortir
entièrement du fleuve ,
&
d'appareiller enfuite avec toute fon armée pour
No. 38. 20
Septembre 1788.
( 98 )
1
leur couper la retraite , & les attaquer avec utes
fes forces , a fait remonter au - devant d'eux fon
efcadre légère , compofée de bâtimens du même
genre. Les Turcs fe font battus avec beaucoup
d'intrépidité , jufqu'au moment où les Ruffes font
parvenus à mettre le feu à quelques bâtimens en
leur jetant des artifices & des boulets inflammables.
La préſence du Capitan -Pacha , accouru en ce
moment avec ſa valeur ordinaire , n'a pu empêcher
un grand défordre , dont les Ruffes ont profité pour
brûler & couler bas un affez grand nombre de galiotes
& de chaloupes canonnières. On dit qu'il a
péri auffi un vaiffeau commandé par un Candiote ,
qui, fe voyant enveloppé & fur le point d'être.
pris , a fait lui-même fauter fon bâtiment, Ce
qu'il y a de certain , c'eft que la garniſon d'Oczakow
a été renforcée ; que , malgré cet échec ,, la flotte
Ottomane eft trop fupérieure pour en permettre
les approches ; qu'on accélère l'armement de plufieurs
vaiffeaux en remplacement de ceux qui ont
été brûlés , & que l'on oublie cette perte pour
ne s'occuper que de l'évacuation de la Moldavie.
Le Prince de Cobourg n'a pas cru pouvoir réfifter
à un corps fupérieur qui marchoit à lui , commandé
par deux Pachas , Mano! Bey & le Prince
Mauroienni , qui , par cet évènement , fe trouve
en poffeffion de fa Principauté. On affure qu'ils
ont joint & défait l'arrière - garde Autrichienne.
Belgrade n'eſt point invefti. Abdi Pacha mande
que , depuis que le convoi lui eſt parvenu , il
ne lui manque rien pour faire une longue réfiftance
. »
DANEMAR CK.
De Copenhague , le 29 Août.
Le Roi a nommé Miniftre d'Etat le
( 99 )
•
Comte de Schimmelman , Miniftre des
finances. Le vaiffeau de ligne l'Oldenbourg
, Capitaine Tonder , eft allé dans le
Sud , & la frégate le Grand Belt , dans la
Indépendamment des 6 vaif- Baltique.
―
feaux de guerre qui font en mer , on en
armera encore autant. L'Etoile du Nord
& le Prince héréditaire Frédéric mettront en
rade au premier jour.- La Louife- Augufte,
la Juftitia & la frégate la Moen font parties
pour la Norwége .
Le 22 , un bataillon de Grenadiers eft
parti pour Frédéricfwerk , où fe trouve
la fonderie des canons , & une fabrique
de poudre ; un autre bataillon s'eft
rendu à l'ifle d'Amak; en général, toute la
côte de Séelande fera garnie de troupes.
Le régiment d'Infanterie de Seelande
a reçu ordre de fe rendre à Helfingor &
Cronenbourg. Les deux Corps des Chaffeurs
feront augmentés confidérablement..
Le Prince Charles de Heffe eft arrivé , le
22 , à Seflwick ; il reviendra ici dans
quinze jours , pour prendre le commandement
des troupes auxiliaires que le Roi
fournit à l'Impératrice de Ruffie.
ALLEMAGNE
De Hambourg , le 2 Septembre.
La campagne des Suédois dans la
e ij
( 100 )
Finlande - Ruffe , paroît approcher de fon
terme , puiſque l'armée a rétrogradé , &
qu'après avoir débuté par des opérations
très-animées , elle fe réduit aujourd'hui
à la défenfive. On ne s'attendoit guère
à une auffi prompte retraite , lorfqu'on a
vu le Roi de Suède , en perfonne , au
milieu des embarras intérieurs , le porter
fur la Finlande prefque dégarnie , entreprendre
des fiéges , s'affurer des poftes,
& déployer fur mer des forces deftinées
a concourir au fuccès de fes entrepriſes
continentales, Non feulement fes troupes
n'ont remporté aucun avantage ; mais, vu
le nombre toujours croiffant de l'armée
Ruffe, & l'affiftance que va lui prêter le
Danemarck , les Suédois fe trouveroient
dans une pofition critique fi la guerre
fe prolongeoit , à moins que d'autres
Puiffances , en fe joignant à eux, ne balançaffent
les forces refpectives . Cette
jonction devient moins apparente de jour
en jour: l'harmonie ne règne pas à Stockholm
, la faifon s'avance , & voilà fans
doute des raifons fuffifantes pour accréditer
le bruit des négociations de paix.
Le Danemarck & la Pruffe s'intéreffent
à leur réuffite , & fe préfentent comme
Médiateurs. Déja même on prétend que
la Cour de Stockholm a fait des ouvertures
bruit cependant prématuré , felon
"
( 101 )
toute apparence . En cas que l'incendie
du Nord foit étouffé cette année , le feul
effet qui résultera des armemens du Roi
de Suède , fera d'avoir retardé d'une campagne
l'expédition maritime des Ruffes
dans la Méditerranée .
La Cour de Pétersbourg , qui multiplie
les relations , a rendu publique la dépêche
du 20 juillet , où l'Amiral Greigh rend
compte de la perte du vaiffeau Suédois
le Guftave Adolphe.
"
« Le 25 au matin , dit cet Amiral , je fis
lever l'ancre à l'efcadre qui étoit à l'ifle de Heskar,
& j'arrivai le 26 , vers les fix heures du matin
aux environs de Sweaborg , ou j'aperçus 4
vaiffeaux de guerre Suédois à l'ancre dans la
rade. A mon approche , ces vaiffeaux coupèrent
les cables , & poufsèrent vers le port toutes les
voiles dehors . Lorfque l'avant-garde de l'efcadre
Roffe les ent atteints à la portée du canon , un
des vaiffeaux Suédois donna fur un recher avec
tant de violence , que le grand mât ſe rompit
& tomba fur le pont. Ce vaiffaau refta fur le
rocher , & après avoir lâché quelques coups de
canon , le Commandant fit baiffer le pavillon .
Les trois autres vaiffeaux gagnèrent heureufement
le port ; on ne put les fuivre à caufé du grand
hombre de rochers . Je détachai des chaloupes
pour prendre le vaiffeau affis fur l'écueil; mais
comme il faifoit déja 20 pieds d'eau , & que,
par conféquent il ne pouvoit être fauvé , on fit
l'équipage prifonnier , on emporta ce qu'on put en
munitions de guerre , & on y mit le feu. Ce
vaiffeau , appelé Guftave Adolphs , étoit neuf ,
portoit 64 canons de 36 & de 24 livres de
.
e iij
102 )
balle : il étoit commandé par le Colonel Chrif .
tiern, & monté de 545 hommies d'équipage ,
y compris 15 Officiers . Le Duc de Sudermanie
refta avec toute fon efcadre , compofée, de 16
vaiffeaux de ligne , & de 8 frégates , dans le port
de Sweaborg , & fut fpectateur tranquille de cet
événement , quoiqu'il ne fût éloigné que de trois
ou quatré werſtes . »
L'Amiral Greigh ajoute qu'il refta devant ce
port , fortifié par la nature & par l'art , jufqu'au
18 juillet , dans l'attente que le Duc de Sudermanie
en fortiroit pour lui livrer combat. L'Amiral
gouverna enfuite vers la côte de Reval
pour y mettre à terre les prifonniers ; étant arrivé
vis-à- vis de l'ifle de Nargen , il détacha à l'oueft
des croifeurs pour empêcher que l'efcadre Suédoife
ne reçût de Carifcrone les munitions de
bouche & de guerre qu'elle en attend. Pendant
que l'efcadre étoit devant Sweaborg , elle s'empara
auffi d'un bâtiment Suédois , chargé de cordages
, de voiles , de médicamens , &c. Les
prifonniers & les déferteurs Suédois , dirent que
l'efcadre du Duc de Sudermanie a tellement fouffert
dans ce dernier combat , qu'il lui faut encore au
moins dix jours pour le réparer »
--
La même Cour vient encore de publier
une relation du Général Moufchin
Puskin , datée du 28 juillet , dans laquelle
il rend compte de la retraite des Suédois
devant Fridericsham, Ce Général prétend ,
dans fa dépêche , que la retraite de l'ennemi
doit être attribuée , tant à la crainte
qu'il avoit de fe mefurer avec des Ruffes ,
qu'à la fédition des régimens de Finlande,
inftruits maintenant, fuivant les lumières de
( 103 )
M. Moufchin Puskin , que le Roi les a trompés,
en leur faifant craindre une furprife
des Ruffes , & qu'il les a conduits à une
guerre injufte , entrepriſe fans la participation
des Etats du royaume . A la fin de la
relation , il ajoute que le Roi de Suède fe
trouve à Kymenegorod avec enviton 6,000
hommes.
Malgré les rumeurs d'accommodement
dont il eft question , il eft arrivé de Gothenbourg
à Stockholm , le 8 août , un
fort détachement d'Artillerie qui fe rendra
en Finlande , ainfi que des bâtimens chargés
de nouveaux tranfports de munitions
guerre & de bouche , qu'on a préparés
de
à Carlícron .
Dans un mémoire qui a paru à Copenhague ,
on voit que depuis 1779 jufqu'en 1787 inclufivement
, il y eft arrivé des Indes orientales , pour
le compte de particuliers , 31 vaiffeaux nationaux
& 18 étrangers ; la valeur de la cargaifon des premiers
a monté à 13,372,700 rixdalers , & celle
des autres à 7,942,800.
PRUSSE.
er
De Berlin , le 1º . Septembre.
Le Comte de Romanzof, Miniftre plénipotentiaire
de Ruffie auprès du Roi ,
eft rappelé de fa Cour ; il fera remplacé
par le Comte de Neffelrode. Le Baron
de Keller, Miniftre plénipotentiaire du
e iv
( 104 )
Roi à Péterfbourg , ira , en la même
qualité, à la Haye , & il aura pour Succeffeur
en Ruffie le Marquis de Luchefini.
« Le 21 Août , l'Académie royale des Sciences
tint une affemblée publique pour célebrer l'anniverfaire
de l'avènement du Roi au trône. »
«Le fecrétaire perpétuel del'Académie prononça ,
à l'ouverture de la féance , un difcours analogue
à la circonftance , & relatif au refpe&t qu'on doit au
Souverain.n
« M. le Comte de Hertzberg , curateur de l'Académie
, publia enfuite la lifte des favans étrangers
qui , de l'agrément de S. M. , venoient d'être
élus membres honoraires de ce corps ; ces membres
font : M. Jean-Chriftophe Schwab , Profeffeur de
Philofophie à Stuttgard ; M. Camper en Hollande ;
M. Herschel , aftronome à Londres ; M. Georgi ,
Profeffeur à Pétersbourg ; & M. Muller , Prédica
teur à Schwelm , dans le Comté de la Marck ,
connu avantageufement par fes écrits , & nommément
par fes ceuvres de géographie & d'aftronomie.
"
La claffe de philofophiefpéculative, qui avoit propofé
pour le fujet du p ix de l'année précédente ,
la queftion fuivante : Comment l'imitation des ouvrages
de littérature étrangère , tant ancienne que moderne
, peut-elle développer & perfectionner le goût
national ? a adjugé unanimement le prix de cette
queftion au mémoire Allemand qui avoit pour
devife: Miraturque novos fructus, & non fua poma.
A l'ouverture du billet on trouva le nom de Jean-
Chriftophe Schwab , le même que l'Académie venoit
de nommer fon membre honoraire , & qui
déja , pour la feconde fois , avoit remporté la
palme. L'acceffit fut adjugé au mémoire éc: it également
en langue Allemande , & ayant pour de
( 105 )
vife :Imitatione optimorum fimilia inveniendi facultas
paratur.
Enfuite S. Exc. M. le Comte de Hertzberg fit
lecture d'un mémoire concernant le vrai modèle
idéal à fuivre pour tien écrire l'hiftoire . S. Excel.
communiqua en même temps à l'Affemblée les détails
ordinaires des bienfaits que le Roi a répandus
, durant l'année dernière , dans toute l'étendue
de fes Etats.
De Vienne , te 2 Septembre.
Le fupplément à la Gazette du 30 ,
fans occafionner de nouvelles alarmes ,
n'a pas raffuré les efprits. Dubicza ni
Choczim ne font rendus , & la fituation
de nos affaires dans le Bannat eft toujours
très - critique. Voici la fubftance de ce
nouveau Bulletin :
Corps d'armée dans la Croatie , camp de Dubicza-
Turc, le 20 Août.
« Le Lieutenant - Général Baron de Vins,
ayant reçu'avis , le 17 de ce mois , que les Turcs
avançoient vers Bachin ; dans le deffein de l'attaquer
, réfolut de faire une diverfion à l'ennemi . Il
ordonna en conféquence au Général Schindler,
pofté près de Czeṛkwina , de fe mettre en marche
avec qatre divifions de Dragons & de Huffards
300 Bannalistes , & 150 Volontaires , & de pouf
૩૦૦
fer jufqu'au - delà du pont. Ce mouvement , qui
fut exécuté , fit défifter l'ennemi de fon projet
d'attaquer Bachin. Le Général Schindler voulant
enfuite reprendre fon ancienne pofition , l'ennemi
le fuivit , l'attaqua à l'improvifte avec tant de
e v
( 106
violence , que les Dragons de Wald. k furent mis
en défordre, & s'empara de deux canons ; maisdeux
divifions de Nicolas Efterhafy , & une divifion des
Huffards de Græven étant accourues , les Turcs
furent chargés avec tant de valeur , qu'ils fe virent
à la fin obligés d'abandonner le champ de bataille
avec une perte de quelques centaines d'hommes :
nos tués & bleffés à cette occaſion montent
cent hommes .
« Le Colonel Pecharnik , poſté à Rukowina , fit
avancer , le 18 , un détachement de troupes avec
deux pièces de canon fur le pofte ennemi de
Czetti à l'approche de cette troupe , 200 hommes
fortirem de cette place, mais ils furent repouffés
& forcés de rentrer.
A la même époque ,
l'ennemi fut mis en alarmes à Izachick , Terfacz&
in. »
Kladus ; on lui prit so chariots chargés ,de in. »
« Le Maréchal de Laudhon arriva le 18 au camp ,
& prit , le lendemain 19 , le commandement de
l'armée.
―
« Dans la nuit du 19 au 26 , l'ennemi , campé à
Agino-Berdo , & renforcé par le Pacha de Travnik
& d'autres Beys , fe forma en corps dans
la vallée de Begoftan , & attaquà notre camp à
quatre heures du matin ; mais il fut repouffé avec
une perte de 150 hommes, & obligé de ſe retirer, »
Corps d'armée combiné , camp près de Choczim ,
le 20 Août.
I
Le Lieutenant - Général de Spleny , pofté à Strojeftie
, a été renforcé par deux bataillons d'Infanterie
& deux divifions de Cavalerie. Ce Général ,
& le Général Ruffe d'Elmpt , pofté fur la rive
gauche du Pruth , vis - à-vis de Tabor , doivent agir
de concert & fe foutenir réciproquement.
Le
16 Août , l'ennemi , au nombre d'environ 7000
hommes , partit de Jaffy, & dirigeant fa marche
-
( 197 )
entre le Pruth & la rivière de Ziza , attaqua les
poftes avancés du Général d'Elmpt , qui furent
foutenus par un bataillón de Grenadiers , que le
Général Spleny avoit envoyé de l'autre côté du
Pruth . Le Capitaine Piaczek joignit auffi ces poftes
avec 50 Huffards , & couvrit le flanc du bataillon
des Grenadiers. L'ennemi , toujours renforcé par
de nouvelles troupes , renouvela l'attaque à plufieurs
repriſes , mais enfin il fut obligé de céder avec
une perte de 200 tués : les Ruffes ont eu à cette
occafion 8 BLESSÉS . La garnifon de Choczim ,
prefque réduite à une difette extrême , ſuivant les
rapports des déferteurs , perfifte toujours à re past
vouloir fe rendre , dans l'efpérance d'un fecours
prochain. Pour pouffer le fiége avec plus de vigueur
, on a commencé à conſtruire plufieurs nouvelles
batteries plus près de la Palanque ; une partie
fut élevée dans la nuit du 19 au 20 .
Corps d'armée dans le Bannat , Camp de Laffmare ,
le 21 Août.
-
Le camp ennemi occupe toute la plaine depuis
Schuppanek jufqu'à vieux Orfova . Le Major
Sten & le Capitaine Mahovaz , font toujours avec
leurs troupes dans la Veteranhohle ( 1 ). Le 17 , l'ennemi
fit avec eux une trève de 24 heures , pendant
laquelle il leur propofa la libre fortie avec les hon-
(1 ) La Veteranhohle eft une caverne immenſe
dans une chaîne, de rochers fur le Danube ; elle
n'a qu'une feule entrée , où les Autrichiens ont
placé quelques canons , pour empêcher la navigation
: elle est très -profonde ; perfonne n'a encore
ofé pénétrer jufqu'au fond : un trou , qui fe trouve
en haut à une certaine diftance , lui procure une
partie de fon jour.
e vj
( 108 )
neurs militaires , mais ils refusèrent toute propofition
quelconque . La trève finie , les Turcs continuèrent
à faire feu , & à jeter des pierres dans cette
caverne , mais fans fuccès. Cette troupe a reçu
des munitions de guerre & de bouche par le Général
d'Afpremont, poſté à Weiskirchin , & elle continue
à boucher le paffage aux Saïques ennemies. »
On écrit de Triefte que , le 15 & le
16 de ce mois , les frégates le St. Jofeph
& la Ville de Vienne , & les cutters le
Ferme & le Jufte , ont mis à la voile .
Quatre barques font fur les chantiers ;
chacune fera armée d'un canon de 32
livres de balle.
Un Courrier arrivé , le 9 août, de Montenegro
à Zeng , a apporté la nouvelle
que le Major de Vukajovich, à la tête de
3co Croates & de quelques milliers de
Monténégrins , a attaqué un Corps de
Mahmut Pacha entre Spux & Sabgliak ,
& l'a défait : 513 hommes de l'ennemi
font reftés fur la place ; le Major n'a
perdu que 47 hommes : il a fait détruire
les villes de Spux & de Sabgliak ,
& une tour dans le voifinage de la dernière.
De Francfort fur le Mein , le 6 Septemb.
Nous annonçâmes dans le temps, l'examen
que faifoit le Corps Germanique
des prétentions de la Nonciature en Allemagne.
La Diète de l'Empire a terminé
fes délibérations à ce fujet , par un
( 109 )
décret important , dont voici la fubftance :
« Après avoir obfervé que c'eſt une choſe trèsfréquente
, & depuis long-temps congue dans
P'Empire , que les plaintes qui fe font élevées de
toutes parts contre la juriſdiction de la Nonciature
du Pape en Allemagne , & les ufurpations qu'elle
s'eft fouvent permifes contre la jurifdiction eccléfiaftique
& féculière , depuis le premier moment
de fon établiffement jufqu'à préfent ; que
ces plaintes ont été renouvelées , fur-tout dans
ces derniers temps , par MM . les Archevêques
d'Allemagne , tant . judiciairement qu'extrajudiciairement,
& même directement auprès de S. M. Imp. ,
en fa qualité de chef de l'Empire , de juge fuprême
, de protecteur & confervateur des droits de
l'églife germanique ; qu'à la vérité les auguftes
prédéceffeurs de S. M. n'avoient jamais apporté
de délai à permettre l'établiffement dans l'Empire
des Nonces du Pape en général , & notamment de
celui de Cologne , d'après les réquifitions préala
blement faites ; mais que , comme il n'avoit jamais
été fait de demandes concernant les pou¬
vous de ces Nonces , & la jurifdiction formelle
de la Nonciature, l'Empereur &tuellement régant,
dans toutes les circonftances où il a eu connoiffance
de quelques empièremens injuftes de
ces Nonces s'étoit toujours efforcé de les
faire ceffer , & avoit même déclaré plufieurs
fois très-férieufement à la Cour du Pape , qu'à
la fin il fe verroit forcé de fupprimer pour l'avenir
, dans l'Empire Allemand , généralement tous
les Nonces , qui n'avoient été , jufqu'ici , que
tolérés , puifqu'ils y troubloient la juriſdiction ordinaire
eccléfiaftique & féculière .
9
« O ajoute de déja , dans l'année 1770 , les
Electeurs Eccléfiaftiques s'étoient adreffés à S. M.
actuellement régnante , & entre autres griefs qu'ils
( ) 110
avořent contre la Cour de Rome , ils lui firent
voir les inconvéniens & les dangers de la jurifdic
tion de la Nonciature , & demandèrent pofitivement
qu'elle fût fupprimée. S. M. , pour lors ,
confervoit encore quelque efpoir que la Cour du
Pape fauroit prévenir , par defages tempéramens ,
des plaintes ultérieures. Mais comme , au lieu de
cela , S. M. reçut , de la part de S. A. E. l'Archevêque
de Mayence , & du Prince- Archevêque
de Salzbourg , fous les dates des 22 Septembre &
4 Od. 1785 , ( précisément dans un temps où la
Nonciature de Cologne n'étoit point remplie ) la
nouvelle inattendue que S. S. le Pape avoit deffein
d'établir à Munich un nouveau Nonce avec des
pouvoirs , dont ils lui communiquèrent le contenu
exact ; & que par-là S. M. fut affurée que toutes
les repréfentations preffantes , faites précédemment
par les Archevêques & Evêques Allemands auprès
de la Cour de Rome , n'avoient pu la détourner de
cette nouvelle entreprife; S. M. Imp. n'a pu s'em-.
pêcher plus long-temps d'informer leídits Archevêques
, par un reforit du 20 octobre de la même
année , « qu'Elle feroit déclarer à la Cour du Pape ,
» qu'Elle ne pouvoit jamais fouffrir que les Arche-
» vêques & Evêques de l'Empire fuffent troublés
» dans leurs droits diocéfains ; qu'Elle ne pouvoit
» également reconnoître les Nonces que comine
» des envoyés du Pape , pour des affaires politi-
» ques ou telles autres qui concernent immédiate-
» ment le Pape , en fa qualité de Souverain - Pontife
, & Chef fuprême de l'Eglife ; mais qu'Elle
» ne permettroit à ces Nonces aucune jurifdiction
» dans les affaires eccléfiaftiques , non plus à celui
» déja établi à Cologne , qu'à celui de Vienne ,
» ni à tout autre qu'on pourroit envoyer dans
» quelque partie de l'Empire d'Allemagne que
» ce fût. "
( La fuite auJournalprochain, )
111 )
Une lettre particulière de Berlin , du
28 août , exprime , en ces termes , l'étonnement
qu'occafionne dans cette capitale
les bruits qui fe font répandus fur les
deffeins de la Pruffe dans les circonftances.
« On a été très- furpris ici , dit l'écrivain , de
lire dans les gazettes étrangères de prétendus avis
politiques , qui annoncent la marche de nos troupes
de Pomeranie & de Pruffe , qui font aſſembler à
Stettin des vaiffeaux de tranfport , & qui fuppofent
que notre Cour ordonne toute forte de préparatifs
militaires. Je puis vous garantir que toutes
ces nouvelles font comtrouvées. On ne voit dans
tous les états Pruffiens aucune apparence de mous
vemens guerriers. Ce n'eft pas non plus à Berlin ,
mais dans une ville étrangère du Nord , qu'a été
forgée la première, nouvelle de l'armée Ruffe en
Finlande ; nouvelle dont la fauffeté eſt aujourd'hui
affez généralement reconnue. »
« On a vu ici avec non moins de furpriſe , que
dans une relation publiée par la Cour de Suède
on fait mention de quelques trophées qui , dans
la guerre de 7 ans , auroient été pris fur une flotte
Pruffienne. Il y a dans ce récit une erreur qu'il
convient de redreffer. Le Grand- Frédéric ne voulut
jamais , durant fon règne , entendre parler de l'armement
d'une flotte ; & l'on trouvera , dans une
pièce de fes oeuvres pofthumes ( 1 ) , une explication
très-raiſonnée de fon fentiment à cet égard. Ce
(1 ) L'édition des OEuvres de ce grand Prince ,
exécutée au château de Potzdam , fur les manuf
crits mêmes de la main de Frédéric II , & fastla
moindre altération ni retranchement , eft achevée ,
& vaêtre délivrée au public , en 16 volumes in- 8 °. ,
fupérieurement imprimés, pour le prix modique
( 112 )
qu'il y a feulement de vai , c'eft que dans la
guerre de 7 ans , la Chambre des Finances de
Stettin fit armer quelques petits bâtimens pour
couvrir l'embouchure de l'Oder. On n'a jamais
eu l'idée de faire paffer ces bâtimens pour une
flotte ; & par conféquent il eût été difficile de remporter
fur elle des trophées. n
ESPAGNE.
De Madrid , le 25 Août.
On débite que le Roi ne fe chargera
point de la médiation qui lui a été propofée
par Sa Sainteté , au fujet des diffé
rends élevés entre la Cour de Rome &
celle de Naples : on ajoute que les Archevêques
& Evêques des deux Efpagnes auront
à l'avenir le pouvoir de permettre ou
de refufer la Sécularifation des Religieux
& des Religieufes qui la folliciteront dans
leurs Diocètes refpectifs , en fe conformant
aux ordres de S. M. & aux circonftances
, fans qu'il foit néceflaire de recourir
à la Cour de Rome.
Le Gouvernement , informé que depuis
de 60 liv. tournois. C'eft peut-être le plus beau
monument du génie de Frédéric II : là , on apprendra
à connoître fon règne, fa Monarchie , & ,
ce qui eft infiniment précieux , les vraies caufes
des événemens de fon temps , comme l'hiſtoire de
l'Europe entière.
( 113 )
l'année 1780 il manquoit en Galice plus
de 30 mille familles qui ont paffé en Por
tugal , vient de prendre des mefures pour
les rappeler , & pour empêcher à l'avenir
une émigration auffi préjudiciable.
On écrit de Malaga , du 8 de ce mois , que le
7 , à 10 heures du foir , il ſe préſenta chez une
Sage-Femme de cette ville , une femme enceinte de
cinq mois , qui , au moment de faire une fauffe
couche , lui demanda du fecours : en effet , cette
femme accoucha bientôt après de cinq enfans, ayant
chacun un tiers de varu de long , tous parfaitement
conformés ; les trois premiers firent quelques
mouvemens , les deux autres pleurèrent ,
:
tous
furent baptifés , & vécurent enfuite à - peu- près deux
minutes ils étoient nés , l'un après l'autre , chacun
à trois quarts d'heure d'intervalle. La mère , qui fe
trouva libre à deux heures du ma in , eut la force
& le courage de fe rendre chez elle , laiffant les cing
enfans chez la Sage- Femme , où ils furent expofés
tout le jour à la vue du Public , qui s'y portoit avec
tant d'empreffement , qu'on fut obligé de placer
des fentinelles à fa porte.
Depuis le 1 feptembre jufqu'au 15 octobre prochain,
les billets royaux de 600 & de 300 piaftres
de la date du i octobre 1787 depuis le no. 1 jufqu'au
34,167 , de la première & feconde création,
feron admis au renouvellement , & les intérêts en
feront payés.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 9 Septembre.
De fauffes nouvelles du Continent ;
( 114 )
des menaces imaginaires de notre Cour
à celle de Copenhague ; des déclarations
fidives de la Pruffe combinée
avec l'Angleterre ; des dépêches décifives
, expédiées à nos Miniftres dans
le Nord, & dont les Courriers ont , en
partant , remis le fecret entre les mains
des Nouvelliftes : voilà l'extrait fommaire
de nos Papiers publics depuis 15 jours.
Ces contes , étayés de raifonnemens burlefques
, fuppléent au vide que laiffe la faifon
; l'intérieur du royaume n'offre pas
dix lignes qui intéreffent la curiofité .
Le Duc de Manchefter eft mort , le 2 de
ce mois , à Brigthelmftone , d'une goutte
remontée. Ce Seigneur , quatrième Duc ,
& huitième Comte de Mancheſter , étoit
néle 6 avril 1737.Il fut un des Repréfentans
du Comté de Huntingdon , en 1761 , &
fuccéda à fon père dans la Chambre Haute,
en 1762. Il étoit Lord- Lieutenant - Garde
des Rôles , & Colonel de la Milice du
Comté de Huntingdon , Grand- Maître de
Godmancheſter , Collecteur général des
Douanes extérieures dans le port de Londres
, & Chevalier de l'Ordre de la Jarretière.
Il fut nommé Ambaſſadeur auprès
de la Cour de France fous le Ministère
du Duc de Portland , & figna le dernier
traité de paix entre les Cours de Londres
& de Verſailles . Il avoit épouſé la fille
€
( 115 )
aînée du Chevalier James Dashwood, &
a eu plufieurs enfans de ce mariage. Son
fils aîné eft encore mineur. Quoique la
fortune du Duc de Manchefter ne fût pas
confidérable , il avoit confervé dans le Parlement
une opinion indépendante ; il fus
long- temps dans l'Oppofition , mais fans
en être l'esclave.
し
On a érigé au Chevalier Eyre Coote ,
dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
une ftatue qui a été placée près de celles
de Lord Clive , de l'Amiral Pocock &
du Général Lawrence.
Le plan du Miniftre pour la liquidation
de la dette nationale , a déja procuré
un revenu de 100,000 liv . fterl . par
an , qui réfulte de l'extination des intérêts
de près de trois millions fterlings des
3 pour cent aujourd'hui rachetés .
On prétend que le Gouvernement fe
propofe de rétablir le Bureau d'enregiftrement
, chargé de dénombrer toutes
les perfonnes qui fortent du Royaume
pour aller s'établir au dehors , ainfi que
celles qui viennent s'établir dans la
Grande-Bretagne.
On imprime actuellement un nouveau
Réglement maritime , dreffé par les Directeurs
de la Compagnie des Indes , fous
l'infpection du bureau de Contrôle , &
( 116
qui fera diftribué
aux de la
Capitaines
de la
Compagnie
. Ce Réglement
imprimé , fera
affiché en diverfes
places des vaiffeaux
.
Chaque Matelot , en s'engageant
, en recevra
un exemplaire
. Entr'autres
articles ,
le dernier porre : que le Réglement
fera
lu à l'équipage
affemblé une fois le mois.
Le bur de cette difpofition
eft de prévenir
les mutineries
qui fe font tant multipliées
dernièrement
fur les vaiffeaux
de
la Compagnie
, & qui ont caufé la perte
du Halfewell
& du Hartwell, tous deux
naufragés
en allant dans l'Inde.
L'on découvrit , il y a quelque temps
en Angleterre , des manufcrits Irlandois
bien confervés. On les préfenta
au Lord Primat d'Irlande qui
donna ordre de les renvoyer à l'Univerfité
de Dublin , afin qu'on les traduisît en
Anglois. Ils furent examinés par le Colonel
Vallancey , célèbre antiquaire &
amateur de la langue Irlandoife. Il paroît
qu'entr'autres papiers importans , on y a
trouvé une copie parfaite du Code des
Loix de Brehon , dont la Jurifprudence
fut généralement fuivie avant Henri II,
pendant plufieurs fiècles . L'Acadé
mie Rovale d'Irlande , curieuſe d'avoir
une traduction fidelle de ce Code ,, y
a employé une perfonne fort habile;
( 117 )
lorfqu'il fera achevé , l'Académie le fera
imprimer à fes dépens .
9
« Le Prince George de Danemarck , époux de
la Reine Anne raconte un de nos journaux ,
paffant par Briſtol , parut à la bourfe , accompagné
d'un feul Officier , & y refta jufqu'à ce que
les Négocians fe fuffent preſque tous retirés . Aucun
d'eux n'ayant ofé lui parler , peut-être parce
qu'ils n'étoient point préparés à inviter un tel
perfonnage , il fe trouva pourtant un nommé
Jean Duddlefione , faifeur de corfets , qui fe décida
à l'aborder , & lui demanda s'il n'étoit pas l'époux
de la Reine. Le Prince lui ayant répondu
affirmativement , le Tailleur lui dit qu'il avoit vu ,
avec un extrême chagrin , que pas un des Négocians
ne l'eût invité à dîner. Il ajouta qu'il étoit
perfuadé que ce n'étoit point manque d'amour
pour la perfonne de la Reine , mais qu'ils ne fe
croyoient point affez préparés pour le recevoir
dignement, Que pour lui il rougiffoit , en fongeant
que le Prince alloit dîner à l'auberge , &
qu'il le prioit de l'accompagner chez lui avec la
perfonne qui le fuivoit ; qu'il avoit à dîner une
bonne pièce de boeuf rôti , un plumb-pouding , &
de la petite bierre , braffée des mains de fa femme.
Le Prince admira la franchiſe de cet homme , & ,
quoiqu'il eût commandé un dîner à l'auberge , il accepta
fon offre. Arrivés à la maiſon , Duddelftone
appela fa femme , & lui dit de mettre un tablier
blanc & de defcendre , parce que l'époux de la
Reine venoit dîner chez eux, Elle deſcendit , en
effet , avec un beau tablier bleu , & fut auffi- tôt
faluée par le Prince. Pendant le diner le Prince .
demanda à Duddelftone s'il avoit jamais été à
Londres. Il répondit que depuis que les Dames
portoient des corps au lieu de corfets , il y alloit
quelquefois pour acheter de la baleine. Le Prince
( 118 118 ))
le pria , lorsqu'il y viendroit , d'amener fa femme ,
& lui donna une carte , pour faciliter fon entrée
à la Cour. Au bout de quelque temps , l'honnête.
Marchand mit fa femme en croupe & fe rendit à
Londres , où , avec fa carte , il fut introduit auprès
du Prince , & préſenté à la Reine , qui l'invita
, lui & fa femme , à un dîner public , en
l'avertiffant qu'ils devoient être habillés à neuf ,
& qu'ils choififfent leurs habits . I's préférèrent un
velours pourpre , tel que le Prince en portoit un
& on le leur prépara. Ils furent enfuite préſentés par
la Reine elle- même , comme les perfonnes les plus
loyales qui furent dans Bristol , & les feuls qui
euffent invité le Prince . Après le banquet , la Reine
fit mettre Duddelftone à genoux , & , lui donnant
l'accolade , l'arma Chevalier. On lui offrit de l'argent
où une place dans l'adminiftration ; mais il
ne juga pas à propos de rien accepter , & informa
la Reine qu'il avoit 50 livres fterling à fa
difpofition , & qu'il craignoit que la quantité de
ferviteurs qu'il voyoit autour d'elle ne lui fût trèsà
charge. La Reine , cependant , fit préfent à la
Dame Duddelftone d'une montre d'or qu'elle portoit
, bijou que Milady mit en triomphe par
deffus fon tablier , & qu'elle ne quittoit pas même
lorfqu'elle alloit au marché . »
On mande d'Edimbourg, que le 25
Août , John Young , Tifferand , eft mort
dans l'Hôpital de cette ville , à l'âge de
105 ans , après huit jours de maladie.
Il étoit né à Cumbernauld ; a travaillé
à fon métier jufqu'à l'âge de 99 ans >
qu'il a été reçu à l'Hôpital , & là , on l'a
toujours employé à dévider du fil . Le
vendredi 15 août , jour auquel on permet
( 119 )
aux pauvres de l'Hôpital d'aller voir leurs
amis , il fortit avec les autres . Il a confervé
la mémoire jufqu'à fa mort , & fe
rappeloit la bataille de la Boyne & le
maffacre de Glenco .
Voici , d'après M. Horne- Tooke , la fin
du parallèle entre MM. Fox & Pitt , dont
on a lu les premiers fragmens au Journal
précédent.
Fox .
Arrivé au miniſtère, il
PITT.
Arrivé au miniſtère , il
a conçu , rédigé , intro- a préfenté à la Ghambre
duit , & fait paffer par des Communes un Bill
une majorité factieufe , fruit d'une modération
dans la Chambre des d'une prudence & d'une
Communes , un Bill ten- habileté fupérieures, pour
dant à s'emparerde toute rendre au peuple fon
la propriété de la Com- droit inalienable de repagnie
des Indes orienta- préſentation , & pour
les , & de la nomination mettre déformais le Parde
tous fes employés ; lement à l'abri de la corcela
, pour établir un ruption & des intrigues
fyftême folide & perma- factieuſes.
nent de corruption Parlementaire,
complette &
irréfiftible , qui enlaceroit
le Prince & la nation
dans des noeuds inextricables.
Ce grand & audacieux Cette faltaire entreeffort
de l'humaine im- prife ( la première de ce
pudence , & de la fcélé- genre tentée par un Mirateffe
factieuſe , a été niftre ) a été déconcertée ,
heureuſement arrêté dans pour le préfent, par Fox,
fanaiffance, & pour tou- North & Compagnie :
( 120 )
Fox. PITT.
jours, par la coopération mais on peut lui garantir
& l'union du Roi & du
Peuple.
plus de fuccès dans la
fuite , puifqu'elle eſt également
néceffaire & effentielle
aux véritables intérêts
& à la fécurité du
Roi & du Peuple.
•
Il accufe Haftings,fur Il approuve , juftifie,
conjecture , de fraude & & loue beaucoup en géné
de péculat dans la geftion ral la conduite de M.
des affaires de la Compa- Haftings ; il réfute , par
gnie : & il défend Powell des argumens d'une force
& Bembridge, convaincus irréſiſtible , un grand
de fraude dans les comp- nombre des attaques mates
de fon père avec le licieuſes de ſes ennemis ;
Gouvernement.
Il fait prononcer un
décret d'impéachement
contre Haflings , pour
corruption miniftérielle
& prodigalité dans le ma
niement des affaires de la
Compagnie des Indes
orientales ; & cependant
cependant il blâme quelque
partie de fa conduite
apparente : il ne le pourfuit
ni ne le protége , &
laiffe pour l'avantage du
caractère national &
même pour l'honneur de
l'accufé , l'examen & le
réfultat de l'enſemble de
faconduite, aux déterminations
libres de ce Tribunal,
qui feul peut prononcer
dans cette grande
affaire.
( 121 )
Fox.. P1 T.
il s'unit avec Lord North,
rentre en charge avec lui ,
après une corruption &
une prodigalité dans fon
adminiſtration de nos affaires
domeftiques , dix
fois plus grandes que celles
que des accufations
incertaines prêtent à
Haftings.
Il fait prononcer un décret
d'impéachement contre
Haftings , pour mauvaife
conduite politique
dans fon
gouvernement ;
contre cet Haflings qui ,
fans aide, fans fecours de
fon
pays , a défendu &
fauvé toutes les poffeffions
éloignées confiées à
fes foins , & les a laiffées
dans une fituation qui
fait l'admiration du
monde , & qui enfin eft
la feule & dernière reffource
de fes accufateurs
& de fes juges ; & cependant
il s'unit, parune confédération
déshonorante,
avec ce Lord North, qui,
laiffant nos poffeffions
dans l'Inde orientale &
occidentale , l'Irlande &
l'Angleterre, notre commerce
& nos liaiſons en
Europe , à leurs propres
*
No. 38. 20 Septembre 1788.
( 122 )
Fox.
reffources , a dirigé &
borné les forces concentrées
& les revenus anticipés
de ce pays à un feul
but , auffi abfurde que
coupable ; ce LordNorth,
qui,infultant capricieuſement
à l'Amérique , la
perfécutant avec inhumanité,
l'a enfin perduepour
nous, & a été fur le point
d'en faire autant pour
l'Irlande , dont il a relâché
les noeuds ; ce Lord
Northlaiffant enfin, après
une adminiſtration
de 14
ans , fa patrie furchargée
de taxes, enveloppée
d'une dette immenfe
conftituée & non-conſtituée
, dans le plus grand
défordre au-dedans & audehors
, dans un dérangement
total , & enfin dans
la foibleffe & le mépris
qui en font la fuite .
Il fe plaît à peindre des
cruautés qu'il imagine ,
exercées par les Agens
éloignés de M. Haflings
fur les habitans de l'Inde,
en infinuant que leur chef
yaconnivé, & il commet
des cruautés réelles,d'une
atrocité révoltante,, ppaarr son
des coquins à gages, bien
-PITT.
( 123 )
connus ,
Fox.
fur fes propres
Conftituans , dans nos
rues , au milieu de Londres.
PT T
Il a impofé une taxe Il a imposé une taxe
injufte , parce qu'elle eft injufte fur les boutiques ,
partiale , fur les quit parce qu'elle eft partiale.
tances . Deux pences pour Nous nedoutons pas que
deux livres , quatre pen- M. Pitt ne fache ( quoices
pour vingt livres, fai que les Romains l'ignofant
ainfi payer au pau- raffent ) qu'un Royaume
vre autant pour vingt n'a jamais été & ne peu
livres , qu'au riche pour être conftamment dans
vingt mille ; ou plutôt , un état de profpérité , à
par une adreffe détefta- moins que le principal
ble , laiffant au pauvre fardeau du gouvernetout
à payer , & au riche
rien car les Banquiers ,
où les riches recevant
& ayant tout , ne contribuent
point à la taxe , foit
qu'ils paient , foit qu'ils
reçoivent.
I
ment ne pèfe fur fon centre
politique & es environs
, c'eſt-à - dire , la
métropole ; & que toutes
les taxes , tous les impôts
(comme dans la loi
de l'attraction ) doivent
être , autant que faire fe
peut , en raiſon inverfe
du carré des diftances
de ce centre ; car fi tout
le fang coule vers le
coeur , il doit également
en refluer , ou la circulation
néceffaire à la vie
s'arrêteroit bientôt.
Si quelqu'un nous de- La taxe fur les bouti
mande pourquoi cette ques & celle qui porte
taxe n'eſt pas impofée fur les quittances , font
comme la plupart des de ce genre; on a cu
fij
( 124 )
Fox.
PITT
autres , & comme elle raifon de les établir tou-
-
devroit fur tout l'être tes deux , principalement
ad valorem ; pourquoi , dans la Capitale & fes
par exemple , ce n'eft pas environs ; & elles font fi
deux perces , ou , s'ils le bien imaginées toutes
veulent , trois pences par deux, que par leur nature
dix livres ? La raifon eft même ( fi elles étoient
fimple & notoire. - Ceft judicieuſement & imparqu'elle
eft le produi tallement affifes ) elles,
d'une faction aristocrati- opéreroient dans leur
que dans le Parlement ; jufte proportion ; mais
faction égoïfte , dont le elles font aufli toutes
premier but eft d'échap . deux injuftes , établies
per elle -même aux taxes, comme elles fe trouvent
à quelque prix que ce foit, l'être , parce qu'elles font
fût -ce par des moyens partiales toutes deux :
raineux & infenfés, toutes deux. frappent à
Les opprefleurs du pau- plomb fur l'induftrie &
vre , ces infolens ufur la probité ( *) , & n’at-,
f .
rec Le Docteur Adam Smith avance , dans fon
Traité fur la richeffe des Nations , cette thèfe,
vraiment louable & confolante , que les objets
de luxe devroient être feuls taxés , & les chofes
néceffaires à la vie , franches de toute impofition
; mais quand il en vient à examiner ce que
c'eft que les chofes néceffaires à la vie , ( & vous
remarquerez que fon ouvrage eft écrit en anglois )
il- nous apprend que les chapeaux , les fouliers
& les bás , ne font pas des choles néceffaires à
la vie , parce qu'ily a beaucoup de Nations qui
s'en paffent. Mais à ce compte , le linge eft auffi
un fuperflu , car Céfar n'en portoit pas ; la laine,
manufacturée en drap , eft un luxe évident , les.
peaux de bêtes pouvant encore mieux garantir
l'homme du froid. La viande n'eſt pas néceffaire ,
( 125 )
Fox . PITT.
pateurs qui écrafent fans taquent que les claffes
pitié des gens qui valent inférieures & moyennes
mieux qu'eux , à tous du peuple , peut - être
égards , femblent igno- parce que ce n'eft guère
rer que chez toutes les que là qu'on trouve l'in-
Nations , l'affreufe pro- duftrie & la probité.
greffion fuivante a tonjours
lieu par une mar
che néceffaire & une gradation
infaillible . Des
payfans miférables prodairent
toujours une milice
mendiante, une bourgeoifie
mourant de faim ,
unenoble le pauvre , une
nation foible , un Roi
impuiffant.
$1
les Indiens ne vivent que de riz ; la bierre n'eft
apas néceffaire , l'eau eft bien plus faine ; le pain
de froment n'eft pas néceffaire , les compatriotes
du Docteur vivent fort bien d'orge. C'eſt ainfi
qu'il n'excepte rien des objets de luxe impofables
, que le néceffaire des Sauvages , l'air , l'eau ,
les légumes & les peaux de bêtes .
Le Docteur n'a pas ofé faire entrer dans fa
lifte des chofes de luxe , l'induftrie & la probité
; cependant il fait bien qu'elles procurent les
plaifirs les plus doux à ceux qui en jouiffent . J'avouerai
que la perfécution & l'infortune les fuivent
fonyent ; mais on n'a jamais trouvé la folie , le défefpoir
& le fuicide chez ceux qui fe confacrent à l'exercice
de ces vertus , » ( Note de M. Horne- Tooke. )
fiij
( 126 )
PITT.
Si l'on nous demande
( & cette queftion naturelle
ne nous étonnera
pas ) pourquoi la taxe
des boutiques , comme
celle des quirantes , a
été impolée d'une manière
fi partate ? Pourquoi
ce n'a pas été, comme
cela auroit dûì l'être ,
une taxe additionnelle
-fur. es maiſons , étendue
également fur tous fans
diſtinction ad valorem,
en n'exceptant que les
pauvres & les claffes
inférieures ? Notre réponfe
eft prête. La même
faction, aristocratique !
C'eft à elle qu'il faut s'en
prendre ; elle a malheureufement
affez de crédit
en Parlement pour effrayer
le Miniftre le plus
vertueux , pour détourner
M. Pitt de propofer
dans ce moment critique ,
une queftion impartiale
fur un point fi délicat.
Il y a à parier que l'intérêt
mal entendu de
quelques -uns de ceux qui
ont coutume d'appuyer
fon avis , effrayé à cette
difcuffion , leur auroit
fait abandonner fa ban(
127 )
1.2
2
PITT.
nière , & céder le champ
de batailleà cette faction ,
qui étant elle-même la
feule caufe de la partialité
juſtement reprochée à
cette taxe , fe fert de cet
abus , & du préjudice
qu'il entraîne , comme
d'une arme défenfive
pour le maintenir contre
celui qui en verroit la
deſtruction avec le plus
de plaifir . Il a toujours
été au pouvoir de M.
Fox & de fon parti , de
donner aux locataires des
Boutiques lefoulagement
qu'ils demandoient avec
tant de juftice , & fur lequelils
ont été fi indignement
joués. Ils fe plaignoient
avec raifon de
partialité; mais M. Fox
les a joués en éludant leurs
plaintes , parce qu'il étoit
vraie caufe de ce qui exci
toit leurs réclamations : &
s'il ofoit me démentir , je
dirois pourquoi M. Fox
n'a- t-il pas fait , on du
moins nefait-il pas actuel.
lement une motion, pour
que la taxe s'étende également
fur toutes les
maifons ? pourquoi ne
donne- t-il pas ainfi au
fiv
( 128 )
PITT.
Miniftre quiveut le bien,
une occafion qu'embrafferoitavec
empreffement
le plus mauvais Miniftre,
de foulager de fon fardeau
le pauvre induftrieux
, en le déchargeant
d'une partie de ces taxes
fur les chofes néceffaires à
la vie , dont il eft plus
grevé que les autres ?
FRANCE .
De Verfailles , le 10 Septembre.
Le Comte de S. Prieft , Ambaffadeur
du Roi près les Etats- généraux des Provinces-
unies des Pays - Bas , étant ici par
congé , a eu , le 7 , l'honneur d'être
préfenté à S. M. par le Comte de Montmorin
Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
9
Le Roi ayant fait choix du fieur du
Frefne , ci- devant Intendant - général des
fonds de la Marine & des Colonies , pour
être Intendant du Tréfor- royal , il à été
préfenté à S. M. , le 7 , en cette qualité ,
par le Directeur- général des Finances .
a
Le 8 , Dom Chevreux , élu Supérieurgénéral
de la Congrégation de S. Maur ,
dans le Chapitre-général tenu à l'Abbaye
( 129 )
de S. Denis , le 26 du mois dernier ,
accompagné de fes deux Affiftans & du
Procureur général de ladite Congregation ,
a eu l'honneur d'être prétenté au Roi
par l'Evêque de Metz , Grand- Aumônier
de France .
Le fieur Blin a eu l'honneur de préfenter
au Roi la 17 , Livraiſon des Portraits
des grands Hommes , Femmes illuftres
& Sujets mémorables de France , gravés
& imprimés en couleur , dont Sa Majeſté
a bien voulu agréer la dédicace ( 1).
*
De Paris , le 17 Septembre.
M. de Lamoignon , Garde des -Sceaux
de France , a remis , le 14 , au Roi la démiffion
de cette Place .
Réglement du 10 août 1788 , fait par
le Roi , fur la formation & la compofition
des Affemblés qui auront lieu dans la
province du Brbonnois.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 26 juillet
1788 , qui ordonne que le Droit de Quarantième
de la Panca te de la Prévô é de Na tes , ne fera
plus perçu fur les Sardines réputées fraîches , & qui
ne feroient que légèrement imp égnées de fel .
Réglement fait par le Roi , du 28 août 1788 ,
pour la compofition d'un Comité pour la diftribu-
( 1 ) Cette Livraiſon , non moins intéreſſante que
les précédentes , qui contient les portraits foignés
de Sully & de Co bert , fe trouve , à Paris , chez
l'auteur , place Maubert , n". 17..
f v
( 130 )
tion des fonds affectés au foulagement des Commrnautés
de Filles Religieufes , ainfi que de ceux de!-
tinés à la reſtauration des Eglifes & Edifices facrés.
« On mande de Rochefort , que le
» Commandement de la frégate qui doit
» ramener dans l'Inde les Ambaffadeurs
» de Tippoo - Saïb , a été donné à M.
» de Macnemara. On croit que ces Am-
» baffadeurs mettront à la voile vers les
» premiers jours d'octobre , & que ce-
» pendant ils iront vifiter le camp de St.
» Omer. "
La nouvelle de la perte du vaiffeau
» de la Compagnie des Indes , le Maréchal
» de Caftries, qui avoit d'abord été con-
» traint de relâcher à Sierra - Léone en
» Afrique , s'eft confirmée. Ce vaiffeau
» a échoué en fortant de ce dernier
Port. L'équipage & 30 à 40 paffagers
» qu'il avoit à bord , ont eu le bonheur
de fe fauver . Il venoit de Moka , &
» étoit chargé de café. La perte eft éva-
» luée à 1,200,000 liv , qui font affurées
» tant à Paris , qu'en Hollande & en An-
» gleterre . »
« En 1785 , la Société Royale des Sciences &
Arts de Metz avoit propofé , pour fujet du Prix
à décerner en 1787 , la queftion fuivante : >>
Eft-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles
& plus heureux en France ?
« Parmi les Mémoires reçus en 1787 , la Société
Royale en diftingua deux ; mais aucun ne
lui paroiffant digne du prix , elle remit la queſtion
( 131 )
au concours , en indiquant , dans fon Programme ,
les objets auxquels les Auteurs devoient s'attacher
pour remplir entièrement fes vues. »›
« La Société Royale a réfolu de convertir le
Prix deftiné au meilleur ouvrage fur la question
concernant les Juifs , en trois autres Prix , qu'elle
décerne à trois bons Ouvrages fur cette même
question. L'un eft de M. Grégoire , Curé d'Embermenil
près de Lunéville. L'autre eft
de M. Thiery , Avocat à Nancy. L'Auteur du
troifième Mémoire , eft M. Zalkind Hourvitz ,
Polonois , actuellement à Paris . »
« La Société Royale a propofé en 1786 , pour
le concours de 1788 , la queftion fuivante : Quels
feroient les moyens de multiplier les plantations de
Bois fans trop nuire à la production des fubfiftances . »
Dans le nombre des Mémoires envoyés fur
eetre queſtion , elle en a diſtingué deux , l'un qui
ne devait pas refter au concours , puifqu'on ne
pouvoit fauver à l'Auteur le reproche de plagiat ,
qu'en fuppofant qu'il n'avoit pas craint de fe
faire connoître indirectement, »
« Ce premier Mémoire ayant été , fous cet
afpect , rejeté du concours , tous les fuffrages fe
font réunis en faveur du fecond , dont l'Auteur
eft M. de Boufmard , Capitaine au Corps- Royal
du Génie , qui , déjà l'année dernière , a obtenu
la Couronne académique en traitant la queſtion
relative aux bâtards,
La Société Royale propoſe pour fujet du concours
de 1790 , la queftion fuivante :
" Quels font les moyens conciliables avec la
Légiflation Françoife , d'animer & d'étendre le patriotifme
dans le Tiers- Etat.
Le Prix pour chacun des fujets propofés ,
fera une médaille d'or de la valeur de 400 liv.
qui fera diftribuée le jour de S. Louis 25 Août
fvj
( 132 )
Les Mémoires pourront être écrits en françois
où en latin ; & ils feront adreffés , francs de
port , à M. le Payen , Secrétaire perpétuel , avant
le premier juillet de chacune des années pour
lefquelles les queftions font propofées .
"
M. de St. George , Lieutenant des Maréchaux
de France à Crépy , a bien voulu
nous communiquer une autre Lettre
écrite à M. Pigace , par le Prince Henri
de Bourbon , Duc de Montpenfier , fils de
François de Bourbon , auteur de la première
Lettre que nous avons publiée . Voici la
feconde.
De Caen , le 8 de Janvier 1597.
« Mon vaillant compagnon Pigace , je vous
prie de venir en diligence me joindre ici , pour
m'affifter de vos bras & bons confeils dans une
expédition d'importance dont je vous inftruirai ;
nos compagnons feront les le Veneurs , Glapions ,
Tournebuts , d'Hacher , Deshoulles , Glatigni la
Lande , du Hommet le Loureux , Bracourt , Ch.1mbray
& du Merle ; je les invite tous avec afſurance
de n'être pus refufé : ils font , comme vous ,
un peu délabrés d'hommes ; mais avec vous tous
j'attaquerois l'enfer , fût-il plein de cinquante mille
diables. »
« Je fuis pour la vie , mon bon compagnon ,
votre affectionné ami Henri de Bourbon , Duc de
Montpenfier , Gouverneur de la province de
Normandie , & pour le coup pour le Roi Monfeigneur.
»
Vefpafien de Coffard , Marquis Defpiés
, ancien Capitaine aux Gardes ,
Maréchal des camps & armées du Roi ,
Seigneur d'Omecourt , Efpeaux , S. De(
133 ) aumon
noicourt , S. Arnour , Mureaumon , Laudancourt
, Hardencourt , S. Clair , Braffy,
&c. eft mort , le 24 juillet , en fon
château d'Omecourt , en Beauvoilis , âgé
de 88 ans 18 jours.
Jean- Gabriel d'Agay , Evêque de Perpignan
, Abbé- commendataire de l'Abbaye
de Sorèfe , Chanoine - honoraire du Chapitre
noble de S. Claude , Confeiller
d'honneur- né du Confeil fouverain de
Rouffillon , Préfident de l'Affemblée provinciale
de cette province , eft mort , à
Paris , le 28 août.
Jofeph- Henri Bouchard d'Efparbès de
Luffan , Marquis d'Aubeterre , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Confeiller d'Etat d'Epée , ci -devant Am
baffadeur de S. M. aux Cours de Vienne ,
Madrid & Rome , & Commandant en
Chef en Bretagne , eft mort, à Paris , le
30 du mois dernier .
Emmanuel- Armand Dupleffis - Richelieu
, Duc d'Aiguillon , Pair de France ,
Noble Génois, Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général de fes armées ,
ancien Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux - légers de la garde ordinaire de
S. M., Gouverneur-général de la Haute
& Baffe -Alface , Gouverneur particulier
des ville , citadelle , parc & château de
la Fère , ancien Lieutenant- général de la
( 134 )
6
province de Bretagne , ancien Commandant
pour S. M. dans ladite province ,
Miniftre & ancien Secrétaire d'Etat des Af.
faires étrangères & de la Guerre , eft mort ,
à Paris , le rer. de ce mois .
François - Camille de Lorraine , Granddoyen
de l'infigne Eglife de Strafbourg ,
Abbé de l'Abbaye royale de S. Victor de
Marſeille , Abbé- commendataire de l'Abbaye
de S. Pierre de Jumièges , eft mort ,
le 21 août, à Boulogne , près Paris.
Jeanne-O&avie de Rofen de Klenroop ,
née Comteffe de Veaudrey , veuve d'Antoine
Armand, Marquis de Rofen , Lieutenant-
général des armées du Roi , eft
morte , le 8 août , en fon château de S.
Remi , en Franche- Comté.
Anne-Louife-Victoire Berthier de Chemilly,
Comteffe de Lanouë , veuve de
Nicolas de Lanoue , Chevalier de S. Louis ,
Capitaine de Dragons , Seigneur de S.
Georges , Bourgahtroff , &c. eft morte à
Paris , le 31 août , dans l'âge de 77 ans .
On manquoit jufqu'ici d'une traduction complette
de Lucien, exactement conforme au texte . Cette entrepriſe
vient d'être exécutée par un favant diftingué,
qui a enrichi cet ouvrage de notes & d'obfervations
utiles. La partie typographique eft très -bien
exécutée , par les foins du fieur Baftien , Libraire ,
déja connu par d'autres éditions eftimées , & chez
qui fe trouve , rue des Mathurins , nº. 7 , l'édition
des Euvres complettes de Lucien , en 6 vol. in 4° . ,
72 liv. & en 6 vol. in- 8 ° . de 5 à 600 pages , 361.
( 135 )
Le même Libraire vient auffi de donner au public
une nouvelle édition des OEuvres complettes de Montefquieu
, avec un fupplément , des notes , cartes ,
tables , & le portrait de l'Auteur. Il eſt remarquable
que c'est la première édition des ouvrages de ce
grand Ecrivain , faite à Paris . L'in- 4° . en 5 vol. ,
coûte 60 liv. , l'in- 8°. 5 vol . 30 liv.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 89 , 81 , 18 , 17 & 19.
PAYS - BAS.
De Bruxelles, le 13 Septembre 1788.
Le fupplément de la Gazette de Vienne ,
du 3 ſeptembre , renferme quelques rapports
, peu intéreffans , des divers Corps
d'armée ; mais ces détails font néceffaires
à ceux qui fuivent le cours des opérations.
La pofition des chofes a peu varié , comme
on en jugera par la fubitance de ce dernier
Bulletin.
» Corps d'Armée dans la T anfylvanie ,
le 22 Août.
« Le Colonel Schulz , continuant fon rapport
de l'affaire de Bozan , mande que l'ennemi , au
nombre d'environ 8coo hommes , fe porta de
Valeny vers le Konigsberg dans la nuit du 12 ; il
parvint, à la faveur d'un brouillard pais , à tourner
notre infanterie , poftée au Muhlberg & à en
rompre les lignes , à pénétrer dans nos retranche-
& à s'emparer de deux canons ; il mit auffi
le feu à quelques bâtimens . Plufieurs divifions de
huffards & de dragons étant accourues de Tattrang,
au fecours de notre Ifanterie, on chargea l'en
mens ,
( 136 )
nemi avec tant de fuccès qu'il fut repouté , mis
en déroute & obligé de retourner à Valery ; on
lui reprit un canon , & une partie des prifonniers
qu'il avoit faits. Nos morts dans cette affaire font,
comme on l'a déja annoncé , au nombre de 323 ,
& 1 officiers ; l'ennemi a fait prifonniers trois
officiers , & environ cent foldats , en laiffant fur
la place 76 tués . Nous avons fait cinq prifonniers,
pris quatre drapeaux , & plufieurs facs
remplis de pain blanc.- Le lieutenant- général de
Fabris , commandant en chef de ce corps d'armée
, a transféré le camp d'Hermanſtadt à Tallmafch.-
Le général - major de Pfefferkorn le trouvant
indiſpoſe , a remis le commandement de fes
troupes au major- général Stader , qui a pris fa
pofition entre Puj & Barbatwiz. Le 18 août il
y eut une petite efcarmouche , près du défi é de
Kinary, dans laquelle nous avons eu cinq bleffés . »
Corps d'armie dans la Croatie , camp près de
Dubicza Turc , le 23 Août.
-
--
On a commencé , le 21 , à tirer de nouveau fur
cette place , afin de détruire le refte des retranchemens
de l'ennemi.-Les Turcs ont perdu fix
cents hommes dans l'attaque du 20 de ce mois :
ils fe tiennent tranquilles fur l'Agino - Berdo. »
Corps d'armée du Bannat , camp de Laffmare , le
25 Août.
« Le major Stein occupe toujours le pofte de
la Veteran- Hohle ; l'ennemi ne cefle de le
harceler ; fa troupe eft fatiguée de la réfiftance
qu'elle eft obligée de faire à l'ennemi , fur la rive
du côté de Dubova , où il y a 32 Saïques à l'ancre.
-Le 25 Août , l'ennemi , au nombre de 7,000
hommes , fe porta de fon camp, qui s'étend depuis
vieux Orfova jufqu'à Dubova , furla montagne
de Craplia , & commença à tirer fur nos
troupes , mais fans effet ; pendant cette canoa(
137 )
nade , un autre corps ennemi défila avec du
canon vers la Palanque de Berfa , & fit fur elle
un feu très-vif , qu'il ceffa lorfqu'on tira les canons
du fortin de l'aile gauche de notre camp . »
Ce fupplément ne dit pas un mot de
Choczim ; filence qui fortifie l'opinion que
cette place a été ravitaillée .
SUITE DU TRAITÉ DE COMMERCE
ENTRE LE PORTUGALET LA RUSSIE.
( Commencé au Journal précédent. )
Art. X. Le but des deux Hautes Parties contractantes
, en accordant les avantages ftipulés
dans les articles VI , VII & VIII , étant uniquement
de faciliter le commerce & la navigation
directe des Sujets Portugais en Ruffie , & des
Sujets Ruffes en Portugal , elles défendent réciproquement
à leurs Sujets d'abufer de ces avantages
, en fe donnant pour propriétaires des navires
, ou des marchandifes qui ne leur appartiendront
pas , fous peine à celui ou ceux qui auroient
ainfi fraudé les droits , en prêtant leur nom à
quelque autre Négociant étranger , d'être traités
felon la teneur des Loix & Réglemens émanés à
cet égard ; favoir : Que tout ce qui fera prouvé
être ainfi fauffement déclaré en Portugal fous un
nom emprunté Portugais on Ruffe , fera confifqué
& vendu au profit de la Maifon des Enfans- trouvés.
Pareillement enRuffie , tout ce qui fera prouvé
être ainfi fauffement déclaré fous un nom emprunté
Portugais ou Ruffe , fera confiſqué au profit
des Etabliffemens publics en faveur des pauvres.
> Mais au cas qu'il y ait un dénonciateur de
ladire fraude , on déduira en fa faveur la moitié
de la vente des objets confifqués , ce qu'il recevra
pour fa récompenfe , foit en Portugal , foit en
Ruffie.
XI. On ne reconnoîtra pour navires Portugais
( 138 )
4
ou Ruffes , que ceux qui feront exactement dans
le cas des Ordonnances & Réglemens actuellement
en force dans leur pays refpectif; ſavoir ,
pour les navires Portugais , ils devront être munis
du nombre de Sujets Portugals fixé par les
Réglemens de S. M. Très- Fidelle ; favoir , que
de Maître , contre -Maître , & les deux tiers de
l'équipage devront être Portugais. La propriété
Portugaife d'un tel navire & de fa cargaifon devra
être auffi atteftée de la même manière cideffus
exprimée , & le navire devra être muni
d'un paffe- port expédié par la Secrétairerie d'Etat
du département de la Marine. Pour les navires
Ruffes , ils fe conformeront à l'article XVI de
l'Edit de S. M. Impériale , du 27 feptembre 1782 ,
fervant d'introduction au tarif général , de la
teneur fuivante : Cette diminution des droits de
Douane n'eft accordée qu'à ceux de nos Sujets
qui importeront ou exporteront des marchandifes
pour leur propre compte fur des vaiffeaux Ruffes ,
fur lefquels il y aura au moins la moitié de Mate ots
Sujets de notre Empire. De plus , la propriété Ruffe
d'un tel navire & de fa cargaifon doit être atteftée
par des documens en due forme ; & fi le
navire a fait voile de S. Pétersbourg , il devra
être muni d'un paffeport de l'Amirauté ; mais
s'il eft parti d'un autre port de Ruffie où il n'y
ait pas d'Amirauté , le paffe-port , foit de la
Douane de cet endroit , foit du Magiftrat , ou
de tel autre prépofé à cet effet , fera valable .
Les deux hautes Parties contractantes fe feront
parvenir réciproquement quelques exemplaires
authentiques de la forme defdits documens
& paffe- ports , afin qu'ils foient gardés
dans les différens ports des Etats refpectifs , pour
les comparer à ceux dont les navires feront munis ,
& s'affurer ainfi de leur validité ,
( 139 )
XII. Pour conftater la propriété Portugaife ou
Ruffe des marchandifes exportées de Portugal en
Ruffie , on devra produire des certificats des Confuls
- Généraux , Confuls ou Vice - Confuls de
Ruffie réfidans en Portugal ; ou file navire a fait
voile d'un port où il n'y ait pas de Confuls- Généraux
, Confuls ou Vice - Confuls de Ruffie ,
on fe contentera des certificats en due forme du
Magiftrat du lieu , ou de telle autre perfonne
préposée à cet effet ; & lefdits Confuls - Généraux,
Confuls ou Vice - Confuls de Ruffie en
Portugal , ne pourront rien exiger au- delà d'une
Cruzade & demie pour . ' expédition d'un te' certificat
, fous quelque prétexte que ce foit. De
même , pour conftater la propriété Portugaife ou
Ruffe des marchandifes exportées de la Ruffie en
Portugal , on devra produire des certificats des
Confuls - Généraux , Confuls ou Vice - Confulsde
Portugal réfidans en Ruffie ; ou fi le navire a
fait voile d'un port où il n'y ait pas de Confuls-
Généraux , Confuls ou Vice- Confuls Portugais
, on fe contentera des certificats de la
Douane ou du Magiftrat du lieu d'où ledit navire
aura fait voile , ou de telle autre perfonne
prépofée à cet effet ; & lefdits Confuls -Généraux ,
Conf's ou Vice- Confuls Portugais , ne pourront
de même rien exiger au-delà d'un rouble pour
l'expédition defdits certificats , fous quelque prétexte
que ce foit.
( La fuite au Journal prochain. )
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Le Colonel Quofdanowick , fe trouvant avant
dans le Gradifca Autrichien ,
guerre
avoit contracté
une liaiſon très -étroite avec un Aga Turc ,
qui commandoit dans l'autre Gradifca. Ces deux
( 140 )
t
'Officiers fe vifitoient fouvent , & fe parloient avec
'beaucoup de cordialité . Aux premières apparences
d'une rupture entre les deux Cours , l'Aga dit à
M. Quofdanowick : Je vois bien que ton Empereur ,
pourfoutenir les Ruffes , attaquera le mien. Ilfaudra
nous entr'égorger , mon ami ; mais au moins prometsmoi
, fi tu es vainqueur , d'épargner mes femmes
& mes enfans , au cas qu'ils tombent entre tes
mains ; je te jure la même chose pour les tiens ; ils
n'auront rien à craindre fous ma fauve garde. Le
Brave Quofdanowick n'eut pas de peine à lui faire
cette promeffe . Peu de jours après les hoftilités
commencent, le Gradifca Turc eft bombardé . Le
hafard veut que le premier boulet de canon adreffe
dans la maifca de l'Aga , qui en fouffrit beaucoup.
Le Mufulman furieux , croyant que fon ancien
ami a manqué à fa parole , & a violé les loix de
l'amitié , lui fait paffer un billet , pour lui déclarer
qu'il n'auroit point de repos , qu'il n'eût traité
comme méritoit de l'être , un traître , & qu'il n'eût
même affouvi fa vengeance fur fa femme & fur
fes enfans. Un coup de fufil lui a évité cette peine :
hété tué dans une efcarmouche. ( Gazette des
Deux- Ponts. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exaètitude
de cesParagraphes extraits des Papiers étrangers.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX .
PARLEMENT DE PARIS , REQUÊTES DU PALAIS .
Caufe entre Madame la Comteffe de Champgrand,
M. le Marquis de Maupas fon frère & M. le
Préfident Pinon.
Teftament contenant des legs changés & fupprimés.
à des époques differentes de fa date , déclaré valable
pour les difpofitions qui n'ont point éprouvé
d'altération.
« Par fon teſtament olographe , du 13 Mai
( 141 )
---
-
ou
1773 , Madame de Bragelogne a fait plufieurs legs.
pienx; elle en a fait d'autres au profit de fes domeftiques
, avec différentes difpofitions particulières
& univerfelles en faveur de fes parens ;
M. de Bragulagne , fon mari , y eft nommé exécu
teur teftamentaire , & à fon défaut M. le Préfident
Pinon . La contexture de ce teftament: eft fingulièrement
remarquable. A chacun des legs )
deftinés à fes domeftiques , la teftatrice avoit
laiffé un blanc pour y faire , fuivant les occurrences
des additions , des retranchemens
même les fupprimer, A l'article du legs fait au
nommé Antoine on lit l'addition fuivante : &
comme M. de Bragelogne eft décédé depuis mon
teftament , j'ajoute au legs de 250 liv. que
j'ai fait à Antoine , encore 200 liv. de rente viagère.
Dans le blanc laiffé après le legs de
300 liv. pour la gouvernante , Madame de Bragelogne
a ajouté à fon teftament , depuis le
mariage de cette demoiselle , ces mots : Je réduis
cette fomme de 300 liv. de rente viagère , à
200 liv. de rente viagère feulement , la gouvernante
n'étant plus à mon fervice , mais, entièrement
à celui de ma fille , qui ne l'abandonnera
pas. Le même teftament contient d'autres variations.
La teftatrice lègue au Marquis de Maupas,
d'abord quarante mille livres; enfuite elle efface
le nombre quarante , & y fubftitue celui de dix,
parce qu'il aura , dit-elle , tous les avantages de
Ce teftament eft fuivi d'un codicile
figné & non daté. A la fuite eft le commencement
d'un fecond codicile , contenant ce mot en
tête, codicile , & à la ligne , le pronom fe , & rien
de plus. Ces différens actes ont été trouvés
dans des papiers de rebut , par le portier de l'hôtel
, & déposés par lui , en l'étude d'un Notaire.
Ce teftament eft -il nul pour le tout , ou feule-
L'aîné.
-
( 142 )
ment pour les parties ajoutées , changées & fupprimées
Telle eft la queftion qui vient d'être
plaidée aux Requêtes du Palais. M. Duveyrier ,
pour Madame de Champgrand , a foutenu la nulfité
du teftament entier. Pour la validité d'un
-
-
teftament , a-t-il dit , il eft néceffaire que la teftatrice
ait eu intention de tefter , qu'elle ait perfévéré
dans fa volonté , qu'elle ait parachevé fon
ouvrage. Le teftament de Madame de Bragelogne
, fous une ſeule date , femble en renfermer
plufieurs autres , faites à diverfes époques ; il annonce
, d'un bout à l'autre, la plus grande variation
dans les idées de la teftatrice ; il eft rempli
de contradictions ; il indique plufieurs évènemens
pofterieurs à fa date. Les blancs qu'on y trouve,
dépofent que lorfqu'elle les a laiffés , elle n'étoit
nullement certaine de fa volonté ; qu'il fe préfentoit
à fon imagination une foule d'idées , qu'elle
étoit fermement alors dans l'intention de changer,
& qu'elle n'écrivoit que pour foulager fa mémoire.
Les deux codiciles étant enfuite du
teftament , confirment cette vérité ; leur état d'imperfection
prouve qu'elle n'étoit pas déterminée
entièrement fur le parti qu'elle vouloit prendre.
-
Un troifième codicile de 1780 , indépendant
des deux autres , & du teſtament de 1773 , le rebut
auquel Madame de Bragelogne avoit condamné
ce dernier , la fingularité de fa découverte , fix
mois après , tout affure qu'elle a fait un autre
teftament ; que celui de 1773 ne contient nullement
fes intentions , & qu'il n'eft qu'un chiffon ,
un fimple projet , un brouillon . Ricard, Def
peilles, Lacombe , tous les Jurifconfultes n'hésitent
pas à en prononcer la nullité. - M . Hardoin, pour
M. de Monpas & M. le Préfident Pinon , répondoit
que ces additions , ces changemens , ces ir-
´ferlignes', ✨ n'attaquoient point la ſubſtance du
( 143 )
teftament , qu'elles étoient nulles en elles- mêmes ,
mais qu'elles n'annulloient pas , vitiantur , non vitiant.
Pour montrer la vérité de ce principe ,
M. Hardoin citoit les lois Romaines , & Donat ;
citoit pareillement les Auteurs qui ont écrit avant
l'ordonnance de 1735 , & ceux qui ont écrit depuis.
Les Auteurs antérieurs à l'ordonnance ,
font le Maître , Dupleffis , Ferrieres ; les Auteurs
poftérieurs , Bourjon , Pothier , Duparc , Poulain :
ces lois , ces Jurifconfultes décident que les ratures
qui fe trouvent dans un teftamentolographe ,
n'annullent que la difpofition qui fe trouve raturée
, toutes les autres ne laiffent pas de fubfifter
; parce que la plupart de ceux qui font des
teftamens olographes , n'étant pas inftruits , comme
des Officiers publics , des règles qu'on doit obferver
dans la rédaction de ces actes , il feroit injufte
d'être auffi rigoureux fur un teſtament olographe
, dans fa forme extérieure , que fur celui
fait par un Officier public. A toutes les au→
torités , M. Hardoin a joint plufieurs Arrêts . Le
premier , du 11 juillet 1716 , rapporté par De
nifard , verbo teftam . Le fecond , rendu au rapport
de M. de Chavannes , le 22 juin 1770 , fait délivrance
d'un legs de 1000 liv. à la Dame de
·Treffoles , porté dans le teftament de M. le Préfident
de Chavaudon , & déclare nuls plufieurs
autres legs au profit de cette même légataire ,
parce qu'ils étoient ratures , furchargés & preſque
illifibles. Le troiſième , rendu au mois de janvier
dernier , au rapport de M. Titon , juge valable le
teftament olographe dufieur Buiffon , quoique fur
les trois premières difpofitions , dont l'une étoit ,
ceci eft mon teftament , il eût tracé plufieurs barres
tranfverfales qui rayoient ces difpofitions, -Un
teftament olographe , on en convient , eft indiviſible
, en ce qu'il faut que fa nature & fa forme
-
( 144 )
foient une ; & non mi-partie d'une efpèce de
teftament & d'une autre eſpèce ; c'eft pour cela
que les Arrêts ont annullé des teftamens écrits
en partie par des Notaires & par des teftateurs ,
& des teftamens olographes dans lesquels étoient
écrits des mots d'une main qui n'étoit pas celle
du teftateur. Mais là fe borne le principe ; & la
nullité d'une ou de plufieurs difpofitions parti
culières , n'empêche pas les autres de fubfifter ,,
lorfque celles qui font nulles n'attaquent pas la
fubftance du teftament. »
« Or , le teftament eft daté , au commencement
& à la fin , du 10 Mai 1773. Depuis , la teftatrice
a ajouté des difpofitions poftérieures à cette
date , fans les avoir datées : qu'en réſulte -t-il ?
Que les additions acceffoires font nulles ; mais
elles n'annullent pas la fubftance de l'acte utile per
inutile non vitiatur . A l'égard des inductions que
l'on tiroit de l'état de rebut où s'eſt trouvé ce
teftament après le décès de Madame de Bra
gelogne , l'imperfection des deux codiciles qui font
la fuite , & le troifième codicile de 1780 , dé
couvert féparément , fien de tout cela , répondoit
M. Hardoin , ne prouve , n'indique même
que Madame de Bragelogne ait révoqué un teſtamentqu'elle
laiffoit fubfifter , & qu'elle confirmoit
même par le codicile de 1780. Ces raifons
ont prévalu , & le teftament a été déclaré valable
pour les difpofitions qui n'ont point été changées
ni altérées , par Sentence des Requêtes du Palais
, du Mars 1788. »
Waddy
→
r
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE,
De Stockholm , le 2 Septembre 1788.
-
HIER matin , le Roi eft arrivé de Finlande
à Ulricidal. S. M. a. affifté
aujourd'hui aux
délibérations du Sénat , qui déjà hier s'étoit
affemblé.
Notre armée dans la
Finlande refte toujours fur les frontières ,
en partie fur notre territoire , en partie
fur celui de Ruffie . Le
quartier général
eft à Lovifa , la grande eſcadre à
Sweaborg ,
l'efcadre des chebecs & des galères à Lovifa
& à Borgo ; elle couvre la côte.- Le
Roi , avant fon départ , a conféré au Duc
Charles , fon frère , le
commandement général
des forces de terre & de mer. Le
Général Toll & l'Amiral Rayalin , venant
de
Finlande , fe font rendus , le
premier
dans la Scanie , où il
commandera les
troupes , & l'autre à Carlſcrone. Les
-
N°. 39. 27
Septembre 1788. go
( 146 )
levées de troupes continuent . Seize mille
hommes font en marche vers la Scanie ,
dont la côte eft garnie de canons. -
parle univerfellement de la prochaine
convocation de la Diète.
DANEMARCK
.
De Copenhague , le 5 Septembre.
On
A peine le Prince Royal a -t -il été de
retour de la Norwége, qu'on a commencé
les préparatifs d'un nouveau voyage de
S. A. R. , qui en effet eft partie pour l'Allemagne
, depuis quelques jours . La
lenteur avec laquelle nous avons armé ,
les délais de la réfolution prife d'affifter
la Ruffie , en qualité d'auxiliaires feulement
, l'immobilité
de nos vaiffeaux
jufqu'à préfent , prouvent la répugnance
avec laquelle notre Cour a obéi à fes engagemens
envers l'Impératrice. Le défir
de ramener la paix dans le Nord , eft
encore fortifié ici par la crainte du parti
que ces troubles peuvent infpirer à d'autres
Puiffances. Déjà M. Elliot , Miniftre Britannique
auprès du Roi , lui a notifié une
dépêche de fa Cour , apportée ici , le
24 août, par un Courrier du Cabinet
& dans laquelle le Miniftre de, St. James
( 147 )
déclare que , fans défapprouver
les fecours
que notre Alliance avec l'Impératrice
nous
oblige de fournir à cette Souveraine
, il
ne verroit pas avec indifférence
que nous
paffaffions les limites de ces engagemens ,
en portant toutes nos forces contre la
Suède. La Cour de Berlin a fait la même
déclaration
.
ALLEMAGNE.
De Hambourg le 7 Septembre.
Les vents contraires ayant retardé plufieurs
jours l'arrivée des dépêches de la
Finlande à Stockholm , on attendoit avec t
impatience des nouvelles du Roi , de l'armée
& de la flotte . Deux paquebots
fucceffifs ont terminé les inquiétudes.
Après s'être réparée à Sweaborg , la flotte
Suédoife a remis en mer , & celle de
Ruffie a quitté fa croifière devant le port
de la Finlande . La campagne de terre
touchant à fa fin , on a renoncé aux attaques
de Nyflot & de Frédérichsham . Le Roi .
qu'on attendoit à Stockholm aux premiers
jours de feptembre , a perfifté à rejeter
du fervice les Officiers qui ont refufé
de combattre & de fervir l'Etat ; on les
a remplacés par des Officiers retirés , ou
gij
( 148 )
par des Surnuméraires à la fuite des régimens
, & qui n'avoient pas encore joint
armée. Les mêmes Courriers ont apporté
la nouvelle déclaration fur les caufes de la
rupture avec la Ruffie , déclaration rendue
& publiée à Helsingfors , depuis quelques
jours feulement , quoiqu'elle foit datée
du 21 juillet. La première partie de cet
écrit étant abfolument conforme à la Note
remiſe à la Cour de Pétersbourg par le
Secrétaire de Légation Suédoife , & que
nous avons déjà publiée , nous ne rapporterons
aujourd'hui que la fin de la nouvelle
déclaration . Après avoir expofé avec énergie
la conduite du Comte de Rafumofski,
Miniftre de Ruffie à Stockholm , S. M. S.
ajoute :
Le Roi ne fauroit fe réfoudre à dévoiler ici
aux yeux de l'Europe entière , les fauffes démarches
auxquelles une partie de fes Sujets a été entraînée ,
plus par les efforts que la Ruffie n'a ceffé de faire
pour réuffir dans fes projets , que par un efprit
de vertige dont ils étoient effectivement , animés..
Accoutumée à regarder fon Peuple avec des yeux
pleins de tendreffe paternelle , à chérir fes Sujets
comme fes Enfans , Sa Maj . fent en ce moment
combien il en coûte à un père de découvrir des
fautes qu'il auroit volontiers en evelies dans l'oubli
; mais comme rien ne manifefte plus au grand
jour la conduite de fon puiffant Voifin & la juftice
des griefs du Roi ; comme l'intérêt même de tous
les Suédois exige que l'Europe connoiffe le malheur
dont l'Etat a été menacé , les complots faits ,
( 149 )
même contre la perfonne du Roi , au milieu de l'abri
où la paix femb oit le mettre à cet égard , & le
véritable fond des procédés que la Ruffie tenoit
fous l'extérieur d'une modération apparente , procédés
qui cachoient des vues plus horribles que le
fléau d'une guerre ordinaire , le Roiſe voit dans la
néceffité de montrer ici la vérité toute nue , & de
la mettre dans tout fon jour. L'Europe y reconnoîtra
le cours non interrompu de cette ambition ,
de ce défir d'agrandiffement qui a toujours carac
térifé le Ministère de Ruffie ; il reconnoîtra feulement
,fous une forme un peu différente , ces mêmes
détours & ces manéges qui partagèrent la ologne
il y a 16 ans , qui affujettirent la Crimée , & qui
ont prefque fait de la Courlande une dépendance
de la Ruffie. »
« C'eſt une chofe connue depuis plufieurs an
nées, que , peu après la paix d'Abo , la Ruffie
forma le plan de féparer la Finlande de la Suède ,
& , fous le prétexte particulier de endre ce pays
indépendant , d'en faire , dans la realité , une province
feudataire de la Ruffie , comme la Courlande
l'eft encore en ce jour. Il eft triste de penfer
que les mots facrés de liberté & d'indépendance
ainfi que le nom adorable d'un dieu de miféricorde
& de paix, foient prefque toujours le fignal des
divifions & du malheur public ; mais telle eft la
foibleffe inhérence à l'humanité , que ce qui devroit
fervir au bonheur des hommes , n'eft que
trop fouvent la caufe des maux & des ufurpations
que la guerre entraîne après el'e. Ces projets de
la Rufle furent , à la vérité , étouffés a'ors dins
leur naiffance , plus peut-être par l'attachement ds
Finlandois à l'égard de la Suède , & par la mémoire,
auí douloureuſe que fraîche encore , que les habitans
confervoient, des dévaftations que les Ruifes
( 150 )
avoient exercées dans cette province durant la
guerre de Charles XII & celle de 1741 , que
par la conduite modérée de la Ruffie . Cependan
le Cabinet de Pétersbourg n'abandonna ni fes
principes , ni fes projets , & il faifit la première
occafion favorable pour les mettre à exécution.
La défection d'un Officier de marque , qui avoit été
honoré , pendant plufieurs années , de la confiance
de fon Souverain & de départemens importans
dans la Finlande , & qui , revêtu d'un commandement
fort étendu dans cette province , avoit pu
y gagner la confiance de plufieurs habitans du
pays,mais qui abandonna enfuite le fervice du Roi;
las auffi de celui d'une Puiffance étrangère , près laquelle
le Roi lui avoit procuré une place des plas
honorables , cet homme paffa au fervice de Ruffie,
& dès-lors les projets ambitieux de cette Puiffance
fe réveillèrent : elle travailla fans relâche
à femer la zizanie & l'efprit de révolte dans le
Grand-Duché , & à en cultiver le germe . Vers la
fin de l'année 1786 , un de fes Officiers-généraux
parcourut , fous prétexte de voyager , le territoire
de Finlande , s'occupa à reconnoître tous les poftes ,
tous les endroits que leur fituation expofoit à une
attaque , ou que la nature avoit fortifiés , prit des
informations chez les habitans , fonda les efprits ,
& ne trahit que trop évidemment , par fon grand
défir de tout favoir & par l'ardeur de ſes recherches
, les vues fecrettes de fa Cour. »
« Si le voyage que l'Impératrice fit bientôt après
à Cherfon , détourna pendant quelque temps le
Cabinet de Pétersbourg de fes efforts pour arracher
la Finlande à la Suède , ils furent repris, immédiatement
après le retour de cette Princeffe de
fon grand voyage , avec une double ardeur , &
les cabales que fon Miniftre à Stockholm trama ,
de consert avec les mouvemens fecrets du Cabi(
151 )).
>
net de Pétersbourg , pour troubler la tranquillité
publique dans la Finlande manifeftèrent affez
clairement les projets & les vues de la Ruffie ,
vues directement dirigées contre la perfonne du
Roi & le repos intérieur de la Suède. »
« La déclaration de guerre que la Sublime Porte
Ottomane fit à la Ruffie , furvint durant ces cabales
, & fervit de nouveau motif à cette Cour
pour travailler , à forces redoublées , à femer la
difcorde & le trouble dans la Suède : royaume
qui étoit lié avec la Porte Ottomane par un ancien
traité conclu déja en 1739 , & qui , ne pouvant .
renoncer à une alliance , laquelle avoit fubfifté tant.
de temps fans interruption , en vertu de ce traité ,
paroiffoit , par-là même , être à craindre pour les
Ruffes , »
Cependant , malgré cela , le Roi a fait tout ce
qui étoit poffible pour convaincre la Ruffie de fes
fentimens pacifiques , fans oublier néanmoins
pour cette raifon , un Allié avec lequel la Suède
eft unie par des liens fi formels . Le Roi a offert
jufqu'à trois fois fa médiation à la Ruffie , pour
accorder les différends qui s'étoient élevés entre
cet Empire & la Porte ; médiation d'autant plus
efficace , que l'Europe entière connoît le crédit &
l'influence de la Suède près la Porte , qui a toujours
duré depuis le long féjour que Charles XII
fit dans les Etats de cette dernière. »
« C'eft précisément dans ce moment que le
Comte de Rafumofwki , mettant le comble à toutes
fes démarches offenfantes , dans une Note miniftérielle
, conçue dans les termes les plus infidieux,
fous les apparences de l'amitié , a ofé vouloir féparer
le Roi de la Nation , en a appelé à elle , & ,
fous le ſpécieux prétexte de l'amitié de l'Impératrice
pour la Nation , a voulu rompre les liens facrés
qui uniffent le Roi & fes Sujets. Rien ne
g iv
( 152 )
pouvoit mieux démafquer les fentimens & les
projets , encore cachés , de la Ruffie , que cette déma
che , & même les façons de parler employées
dans la Nore fufdite. Le Roi a communiqué à
d'autres Cours , liées avec Sa Majefté , ou avec
lefquelles Elle a d'ailleurs des relation d'une bonne
intelligence plus étroite , les motifs d'après lefquels
El'e a agi . En cela , le Roi n'a confulté que
ce qu'il fe devoit à lui-même , à fes Peuples , à la
tranquilli é publique , & a écarté de fa Perfónne
un particulier , qui , en abufant du droit des gens ,
ceffoit d'avoir droit d'en jouir; & lorfque S. M.
en refpectant encore en lui le caractère dont il fe
rend it indigne , a mis , dans la démarche qu'Elle
devoit à a goire , tous les ménagemens poffibles ,
Elle croit avoir encore donné à cet égard une
grande preuve de fon eftime pour l'Impératrice ,
& du refpect qu'Elle porte au droit des gens.
"
C'eft dans ces circonftances que le Roi s'eft
rendu en Finlande , à la tête de fon armée , dans
le deffein de s'éclaircir avec l'impératrice , & de
s'affurer du repos d'une province auffi importante.
Le Roi efpéroit obtenir , par des paroles amicales
, la fatisfaction qui lui étoit due à l'égard d'un
Miniftre qui avoit abué de fon caractère facré ;
le Roi eſpéroit pouvoir porter la Ruffie à
accepter la médiation de la Suède , & remplir
par- là les engagemens dont le royaume est lié envers
la Porte Ottomane , fans être obligé de fe
battre préalablement à cet effet ; enfin le Roi
efpéroit de la juftice de l'impératrice , qu'Elle l'indemnifercit
des frais d'un armement que les circonftances
l'avoient obligé à effectuer ; mais un
enchaînement de circonftances imprévues entraîna
bientôt la rupture d'une paix , dont la confervation
avoit été , durant feize ans , le but de
tous les voeux du Roi. Dans cet intervalle , des
( 153 )
troupes légères Ruffes attaquèrent les poftes avancés
des Suédois près de Savolax. Le Brigadier qui
commandoit pour le Roi dans ces provinces éloignées
tint la guerre pour commencée , en voyant des
hoftilités commifes fur la frontière , & , en vertu
des ordres qui lui avoient été néceſſairement donnés
dans le cas d'une attaque , il bloqua le château de
Nyflot , pour s'affuter d'un pofle qui étoit important
pour couvrir ces contrées lointaines contre
les dévaſtations des Hordes barbares qui font au
fervice de la Ruffie , vu que ces provinces , dont
les limites ont été reculées par la paix d'Abo , fe
trouvent entièrement ouvertes , & font abíolument
hors d'état de ſé défendre , fans fe rendre
maître des défilés de la Finlande-Ruffe. L'avis de
cet évènement parvint à la flotte , en accéléra
l'activité ; & une bataille navale , que le Duc de
Sudermanie gagna peu après fur des forces fupérieures
, décida l'éruption d'une guerre , quelques
efforts que le Roi fit pour l'éviter , en renonçant
même , dans cette vue , à profiter du moment fi
rare & fi favorable qui s'offrit pour s'emparer de
fept vaiffeaux de guerre Ruffes , enveloppés par
la flotte de Suède. "
« Au milieu de tous ces chagrins , & quoique
le Roi ne fache pas encore ce que font devenus
fon Miniftre & deux Officiers envoyés comme
courriers à Pétersbourg , Sa Maj . ne veut pas renoncer
cependant à fon inclination pour la paix ;
mais Elle est encore prête à accepter toutes conditions
honorables de paix , qui lui feront offertes
de la part de l'Impératrice , pourvu feulement
qu'on accorde au Roi , & qu'on lui donne la certitude
de pouvoir procurer une paix ſure & ftable
à la Porte Ottomane. »
A Helsingfors , le 21 juillet 1788 .
ว
g v
( 154 )
Le 2 , dans l'après-midi , le Prince Royalde
Danemarck eft arrivé à Sleſwick . On affure
que S. A. R. , accompagnée du Prince Charles
de Heffe, fera une tournée dans les deux
Duchés , & qu'Elle retournera à Copenhague
vers la fin de ce mois , époque à
laquelle les troupes feront affemblées au
quartier général de Charlottenland . - Il
n'y a d'ailleurs aucune probabilité au bruit
répandu que S. A. R. fe rendoit à Berlin .
Une frégate de 42 can. partira inceffamment
de Copenhague pour les ifles
Danoifes aux Indes Occidentales ; ifles dort
on augmentera auffi la garniſon . - Quant
aux vaiffeaux de guerre qui étoient déjà en
rade , ils ont ordre de fe mettre en état
de faire voile au premier fignal. Sept
vaiffeaux Ruffes , dont 4 de ligne , font
arrivés d'Archangel à Chriftianfand en
Norwége.
La Diétine de Lublin , apprend- t on de
Varfovie , a élu pour Nonces le Prinee
Czartoryski, & cinq autres perfonnes de
fon parti. -Les Diétines , dans la grande
Pologne , ont été très- orageufes. On affure
que la convention faite entre les Cours de
Vienne & de Berlin , relativement aux
fournitures de fel , y a beaucoup contribué.
Les falines de Wieliczka & de
Bochnia dans la Gallicie , fourniffent , par
an , à la Pologne , 1,200,000 quintaux
( 155 )
de fel ; ce qui , à raifon de 2 florins & 3
groffchen le quintal . fait un objet de
10,200,000 florins . Ce calcul approche
beaucoup de celui du Comte Moczinsky ,
frère du Directeur de la Compagnie du
fel , & qui évalue à 10 millions de florins
la dépenfe de la Pologne pour cet objet.
De Vienne , le 8 Septembre.
Par le Supplément à la Gazette du 6 ,
le Gouvernement a inftruit le Public de
la fuite des évènemens de la guerre ,
toujours inquiétans dans le Bannat , un
peu plus favorables en Bofnie , & nuls ,
à ce qu'il paroît , par- tout ailleurs.
Du Corps d'armée du Bannat, au camp de Fenifch,
le 29 août.
« Les Turcs , au nombre de 6 à 7000 hommes ,
par leur dernière attaque de notre Palanque de
Berfa , ayant réuffi d'interrompre la communication
du Corps d'armée du Comte de Wartenfleben ,
avec l'aile gauche du camp , ce Commandant en
chef , pour rétablir la communication , chargea , le
25 acût , le Général- Major de enkheim , d'aller
les attaquer vers le foir , après la retraite battue ,
à la tête de 7 divifions d'Infanterie & une diviſion
des Huffards de Graeven. »
cссeAvant l'arrivée de ce Général, les Turcs avoient
hafardé plufieurs attaques réitérées fur la Palanque ,
qu'ils trouvèrent bien défendue par une divifion
du régiment de Lattermann , des Chaffeurs de
Terzy & de Durlach , fous les ordres du Major
de Lattermann, lorfque le Général-Major de enk-
1
8 V)
( 156 )
heim arriva au foutien des nôtres , & l'enque
nemi , après une réfiftance opiniâtre , fut forcé à la
retraire . ??
« Le brave Major de Lattermann , après avoir
tué de fon épée deux Turcs qui approchoient trop
près des palifiades , fut étendu fur la place d'un
coup de pistolet , & le Capitaine Schobel fe chardu
commandement . » gea
" Outre le Major de Lattermann , nous comptons
encore 16 Fantaffins du régiment de Lattermann
& 7 Chaffeurs tués , & le premier Lieutenant
Sotto afa , le Lieutenant en fecond R fetti , 60
Fantaffins & 15 Chaffeurs bleffés, quoique la perte
en Chaffeurs de Terzy & de Durlach ne puiffe pas
encore être évaluée au jufte . »
« Le 26 , les Turcs revinrent à la charge ,
renforcés confidérablement en nombre , & ne
difcontinuèrent pas , depuis le matin jufqu'au foir ,
d'at aquer la Palanque par un feu vif & non
interrompu; & des troupes fraîches arrivant encore
au foutien de celles qui s'y trouvoient déja , le
nombre des ennemiss'accrut bientôt à 18000 homm.
qui environncient la Palanque ', & qui , par le feu
de Jour Artillerie , étoient parvenus à rompre les
paliffades en plufieurs endroits ; le Comte de War
tenfleben jugea à propos de faire abandonner , la
nuit du 26 au 27 , la Palanque , & de rejoindre
les troupes au Corps d'armée . »
« Dans les combats des 26 & 27 août , nous
comptons en morts ( toujours à compter du Sergent
au Soldat ) , de Lattermann , 37 Fan :affins &
2 Chaffeurs ; de Stain , 4 Fantaffins : en bleffés ,
de Lattermann , le Capitaine Comte Berlendis les
premiers Lieutenans Schobeln & le Comte de Natta,
le Lieutenant en fecond Fischer & 92 Fantaffins ;
de Stain , le Capitaine Comte de Khevenhüller &
( 157 )
15 fantaffins : en égarés , pendant l'action , de Lat
termani , 9 Fantaffins & un Chaſſeur, »
" Pendant l'attaque du 26 août , l'ennemi dirigea
encore fon feu vers le front de notre Corps
d'armée , ainfi que vers notre camp , en y jerant ,
fans interruption , des bombes & grenades , & fit
élever , de la pointe du mont Czaplina , en defcendant
jufqu'à la Czerna , quelques ouvrages
terre , fur lesquels il planta plufieurs drapeaux . »
de
« Le Comte de Wartenfleben fut en outre inf
truit par des avis certains , eçus encore le même
jour , qu'un Corps de Turcs de 4 à 5000 hommes,
fous la conduite d'un Pacha , avoit été détaché de
Porſcheny à Schuppaneck , & que le Grand- Vifir
avoit paffé le Danube à Cladowa . »
« Par les rapports arrivés le 26 août , de la
part du Major Stein de B echainville , occupant
encore , avec la troupe fous fes ordres , le pofte
de la Veteran Hohle ( 1 ) , on a été inftruit que l'esnemi
continue d'y jeter des bombes , pierres &
grenades , & de harceler & fatiguer , fans interruption
, nos troupes , qui , le 27 , défendoient
encore leur pofte avec la plus grande intrépidité."
« Le 28 août , les Turcs attaquèrent notre Palanque
de Cracova- Vifoca, & fans aucun effet ;
9
(1 ) La Veteran- Hohle a reçu , dit-on , fa déno
mination du Comte de Vetrani , Feld-Maréchal au
"
fervice de l'Empereur , qui , en 169 la fit occuper
pour couper le paffage fur le Danube . Les
Walaques prétendent que cette raverne eft l'ouvrage
de l'art , & que l'Empereur Trajan la fit
ouvrir immédiatement après la conquête de la
Dacie.
( 158 )
mais ils fe répandirent de plus en plus vers Pefcheneska
, & firent , dès le matin , un feu continuel
de pièces de 13 livres de balle fur notre camp,
& en y jetant des bombes de la plus grande efpèce
; ils firent encore élever des batteries plus
près de notre camp , prenant en même temps
pofte fur la montagne Stogia ; ce qui porta le
Commandant en chef Comte de artensleben à
quitter , le 28 , vers le foir , la pofition tenue jufqu'à-
préfent avec fon Corps d'armée , & de diriger
fa marche vers le pont de Fenifch : ce qu'il
exécuta jufqu'au 29 , quoique environné & harcelé
de tous côtés par l'ennemi . »
Du Corps d'armée de Croatie , au camp près de
Dubicza-Ture , le 29 août.
« L'ennemi ayant été repouffé par nos troupes ,
dans l'attaque de notre camp , le 20 août , nous
redoublâmes d'efforts fur le Dubicza-Turc, Dans
cette intention , le Feld-Maréchal Baron de Laudhon
fit élargir encore la brèche ; & comme les Turcs
fe mirent d'abord en devoir de la boucher , le
Feld-Maréchal donna les ordres néceffaires pour
mettre le feu dans la place. Comme depuis l'aprèsmidi
du 23 jufqu'au 24 au matin, la plus grande
partie des maifons avoit été réduite en cendres ,
le Général , pour épargner nos troupes , fit mettre
en oeuvre les fapes , afin de s'approcher , par ce
moyen , de la brèche. On continua ainfi jufqu'au
for du 25 , de manière que nos Sapeurs avoient
déja tout miné jufqu'à ro pas de la brèche , &
qu'on étoit en état d'élever , pendant la nuit , les
batteries néceffaires pour attaquer & pouffer l'ennemi
avec plus de vigueur , & s'emparer de la
place fans beaucoup d'effufion de fang, »
« L'ennemi fe trouvant , le matin du 26 , par
cette difpofition , dans le plus grand embarras , &
jugeant du péril extrême auquel il s'expoferoit par
( 159 )
une réfiftance plus longue & plus opiniâtre , demanda,
entre les 8 & 9 heures , à capituler , à quoi
le Feld-Maréchal Baron de Laudhon confentit , en
accordant à la garnifon les mêmes conditions qui
avoient été accordées par S. M. l'Empereur à celle
de Sabatſch , fuivant lefquelles la garnifon devoit
mettre bas les armes , & fe rendre prifonnière de
guerre. Le Général permit d'ailleurs aux Officiers
de garder leurs épées , & renvoya les femmes &
les enfans à Kocz.racz , fous la conduite de cinq
Turcs , qui ont promis fur parole de revenir. »
« On a fait prifonniers de guerre , dans la place ,
2 Beggs , 18 Agas , 24 Barjaktars , 4 Chehajas
ou Aides-de-Camp , 34 Odopachas ou Sergens ,
19 Chanfches ou Caporaux , 313 Proftis ou
Soldats en tout 414. "
« Outre une quantité d'armes & de munitions
& 1
de guerre , on a trouvé 7 canons de métal ,
petites pièces de campagne d'envison 8 onces de
balle. »
.
Notre perte du 24 , jour que la fape fut
mife en oeuvre , jufqu'à celui de la reddition de
la place , confifte en un Oficier d'Etat -Major' , le
Major d'Artillerie Hub er , dont il a été fait dernièrement
mention , & en 13 Soldars. Les derniers
jours du fiége , ont encore été bleffés deux
Officiers , le Capitaine des Ingénieurs Devaux ,
& un autre du régiment Archiduc-Ferdinand
ainfi que 26 Soldats. »
« Le Corps d'armée ennemi qui campoit fur
l'Agino-Berdo , s'en eft retiré la nuit du 25 au 26 ,
& a établi maintenant fon camp fur le chemin qui
conduit à Koczaracz & Bredor. »
Les lettres particulières du Bannat , en
date du 30 août , & par conféquent poflé.
rieures à celles dont le Bulletin officiel
qu'on vientde lire offre l'estrais , y ajoutent
( 160 )
des particularités importantes , dont il refte
néanmoins à vérifier la parfaite certitude.
« Selon ces avis , le Corps Ottoman , réuni
dans le Bannat fous les ordres d'un Séraskier
, eft d'environ 60,000 hommes . On
affure que le Grand -Vifir n'en estpas éloigné
avec une autre armée de 70,000 . C'eft
le 23 août que l'ennemi s'avanca , & porta
fon camp aux environs de Méhadie. Le
Lieutenant-général Comte de Wartenf
leben en ayant été inftruit , dépêcha auffi-tôt
deux Courriers à Weiskirchen , où étoit
le camp de l'Empereur. Le 25, S. M. fit
marcher l'armée plus près de Méhadie
& etablit , le 26 , le quartier général à Kiftclek
. Le Maréchal de Lafcy eft allé reconnoître
, avec une forte efcorte , les
environs de l'autre côté de l'Allmafch.
On croit que le quartier général ſera
transféré à Caranfebes. Le Lieutenantgénéral
de Bréchainville eft refté à Weilkirchen
avec les Cuiraffters d'Harrach
& les régimens d'Infanterie de Vins , Jean
Palfy & Caroly,
D'après ces difpofitions , il eft prudent
de douter de la fâcheufe nouvelle qui circule
depuis hier , que le Général de Wartenfleben
a été forcé d'abandonner Méhadie
, dont l'ennemi a pris poffeffion , ainfi
que des magafias qu'on y avoit raffemblés.
((161 )
On attribue au manque de groffe Artillerie
, la lenteur du fiége de Chocziin.
Le Prince de Cobourg comptoit fur les
Ruffes qui devoient en amener , & ceux- ci
étoient perfuadés qu'ils pourroient la retirer
de la fortereffe Polonoiſe de Kaminiek
, dont le Cominandant s'eſt refuſé à
leur demande.
Le Lieutenant-général Comte de Mitrowky
, commandant le Corps d'armée
dans l'Eſclavonie , a quitté fon quartier
de Podvin , près de Brod , & l'a transféré
à New- Gradifca , où il eſt arrivé le 18
août. Cette place eft éloignée de 8 lieues
de Dubicza , & de 12 de Banjaluka . On
dit que ce Corps fera renforcé de 10
bataillons d'Infanterie & de 8 divifions de
Cavalerie , & qu'il agira de concert avec
l'armée de Croatie.
Le Major Vukaffowifch, dont nous avons
rapporté le Manifefte contre le Pacha de
Scutari , & l'expédition contre deux places
de l'Albanie , a été , dit- on , abandonné
de fes partifans Monténégrins , & obligé de
fe réfugier , avec fa petite troupe , dans le
Couvent de Cetinie .
L'Archiduc François , revenant du camp
de Choczim , eft arrivé , le 29 août ,
Temefwar.
Les cantons Suiffes de Schafhouſe &
de Fribourg , les villes d'Arau , de Bade ,
( 162 )
1
Bâle , Bienne , Brugg , St. Gall , Lenzbourg,
Mellingen , Muhlhoufe , Peterlingen
& Zoftingen, & le Prince-Evêque de
Bâle , ainfi que l'Abbé- Princier de Pfefters
, ayant donné une déclaration formelle
que , dans les procès de faillites qui
pourroient furvenir dans leurs Jurifdic-.
tions , les Sujets des Etats héréditaires feroient
traités , pour leurs créances , fur le
pied d'une parfaite égalité avec les Bour
geois & Sujets des Etats & villes Suiffes
fuf-nommés , S. M. I. vient d'établir , à
leur égard, la réciprocité dans fes Etats.
*
De Francfort fur le Mein , be 13 Septemb.
Le refcrit de la Diète de l'Empire , au
fujet de la Nonciature en Allemagne ,
dont nous avons publié la première partie
dans le Journal précédent , laiffe au St.
Siège l'efpoir de nouvelles négociations ,
comme on va le voir par la conclufion de
ce diplôme.
« Cette Déclaration fut faite le 7 novembre
fuivant à Sa Sainteté , par le Miniſtre impérial
réfidant à Rome , fon Eminence le Cardinal
Herzan , dans une audience particulière qu'il eut
à cet effet. Néanmoins dans l'année ſuivante 1786 ,
il a été envoyé deux nouveaux Nonces avec de
prétendus pouvoirs , Pacca & Zoglio , celui- ci à
Munich , l'autre à Cologne. Ce fut tant pour
cela , que parce que le nouveau Nonce de Munich
avoit fubdélégué le prévôt Roberz à Duffeldorf,
( 183 )
pour y prendre connoiffance de tous les cas fujets
à la prétendue jurifdiction de la Nonciature , que
fon Alteffe Electorale de Cologne a écrit à S. M.
Impériale , fous les datés des 10 & 17 décembre
de la même année , pour l'en informer , & réclamer
fon intervention , ce qui détermina S. M.
Impériale à déclarer à l'Electeur Palatin : « qu'Elle
» ne confentiroit jamais à ce que le Nonce Zogho
" exerçat aucune jurifdiction dans le pays de
» Berg & de Juliers , & qu'elle interdifoit au
» Prévôt Roberz l'exécution de la commiſſion
» illicite que lui avoit donnée ledit Nonce. »
+37
"2
« Là - deffus , S. A. Electorale de Bavière , par
un écrit du 5 avril de l'année dernière , donra
à connoître à S. M. Impériale: « Qu'un Etat de
l'Empire d'Allemagne & un Souverain immé-
» diat pouvoit permettre aux Nonces du Pape
» d'exercer dans tous les pays de fa domination ,
» une jurifdiction eccléfiaftique , quand il l'avoit
» modifiée lui -même felon la conftitution de
l'Empire , & que cet exercice des droits ter-
» ritoriaux ne pouvoit être reftreint que par la
puiffance légiflative de l'Empire , à qui feule
» appartenoit le droit de changer , modifier ou
» abroger les loix conftitutionnelles de l'Empire. »
Néanmoins le Prince - Evêque de Worms , le
Prince-Archevêque de Saltzbourg , firent bientôt
de nouvelles plaintes contre les entrepriſes du
nouveau Nonce , & fes ufurpations fur leurs droits
diocésains .
»
"
« Toutes ces circonstances notoires, & le mépris
que la Cour de Rome paroiffoit faire de tant de
repréfentations preffantes , autorifoient fufifamment
S. M. à prendre un parti décifif à cer égard.
Comme toutefois elle s'apercevoit en mêmetemps
de la diverfité d'opinions qui continuoit
de régner dans l'Empire , fur l'effence de la Non(
164 )
ciature , S. M. fe borne encore à demander que
cette affaire foit difcutée fans délai dans une
afemblée générale de la diète de l'Empire , afin
que ce qui y fera décidée , falle déformais partie
des loix conftitutives dudit Empire , &e. »
-
Nos lettres de Vienne , du 2 , confirmoient
que le Grand-Vitir fe trouvoit avec
fon armee près de Kladova , vis -à-vis de
Czernez. Cette pofition très-avantageufe
femble le rendre maître du Danube , en
le mettant à portée d'inquiéter le Bannat
& la Tranfylvanie . Il avoit devant lui-
New - Orfova , Widin fur fes derrières ,
Belgrade à la gauche , & à fa droire des
pays foumis à la domination Ottomane.
Cependant on écrit , du 4 , que ce Chef
' Ottoman a paffé le Danube , & on lui
fuppofe le projet fort douteux de pénétrer
en Tranſylvanie, Déjà le nombre des Turcs
au-delà du Danube , s'étoit multiplié de
jour en jour ; on en comptoit entre 40
à 50,000 près de Vieux - Orfova , 10,000
près de la tour de Severin, & 30,000
près de Krajova , & du côté du défilé de
Terzbourg. Le Corps du Prince Maurojeni
à Bucharest & aux environs , eft de 12,000 ,
be Corps près de Jaffy de 20,000 , & celui
près d'Ifmaïl , commandé par le Séraskier
de Siliftrie , de 40,000.
La réunion de pareilles forces & l'approche
du Grand Vifir , combinées avec le
mouvement de l'Empereur yers le Ban(
165 )
nat,faifoient attendre une action prochaine.
Le bruit s'eft même répandu à Vienne ,
le 4 & les , que l'Empereur avoit attaqué
les Turcs , de trois côtés , dans le
Bannat , que la bataille avoit DURE ONZE
HEURES , & que les Tures ayant perdu
16,000 hommes , en avoient tué 9,0co
aux Autrichiens ; mais cette rumeur , dénuée
de détails , de date & d'indications tur
la pofition refpective , n'a pas encore pris
grande confiftance.
En entrant dans le Bannat , les Turcs
fe font emparés d'un magafin important ,
& ont dévasté 40 villages. Le Général
Papilla , Commandant de cette Province,
qu'on avoit dit arrêté par ordre de l'Em
pereur , & foumis à un Confeil de guerre ,
fuivant de nouveaux rapports, et feulement
difgracié avec une retraite de
2000 florins.
Les frais que la guerre actuelle coûte
déja à l'Empereur , dit un Calculateur ,
comme il y en a tant , s'élèvent à plus de
30 millions de florins : 20 millions ont été
empruntés dans les Pays-Bas , 2 millions
en Hollande , I en Allemagne & 1 à Gènes;
le refte s'eft trouvé dans le tréfor de l'E
tat. Si la guerre continue l'année prochaine
, on mettra en circulation environ
18 ou 20 millions de billets de banque ,
( 166 )
& on levera un modique fubfide extraor
dinaire. »
"
Un Journaliſte Allemand , en parlant de
reſcadre du Capitan Pacha , veut « qu'ap-
» paremment les vaiffeaux de cet Amiral
» foient du genre des polypes , car on a
» beau lui en couler bas , brûler & faire
» fauter reparoît toujours avec les
» forces qu'il a conduites dans la mer
» Noire : il a encore fon Vice-Amiral &
» fon Contre-Amiral. Il eft plein de cou-
» rage & de confiance , & Oczakof , ſa
» fortereffe favorite , eft toujours entre
» les mains de fon maître. »
Un Commiffaire Impérial , arrivé à
Ratisbonne à la fin du mois dernier , a
acheté de nouveau des bleds dans la Bavière
& le Palatinat. Il a fait paffer, pour
la Hongrie, 200,000 fcheffels de feigle &
d'avoine de Souabe & de Franconie.
ITALIE
De Rome, le 2 Septembre .
Lorfque nous annonçâmes la réponſe
du Roi de Naples à S. S. , fur les différends
qui règnent entre les deux Gouvernemens
, cette pièce , remife au St. Père
par le Chevalier Ricciardelli , n'étoit pas
publiquement connue. L'importance de
( 167 )
cetté lettre , & la clarté qui y règne , la
rendent digne de curiofité,& nous nous em
preffons d'en offrir une traduction fidelle .
h
Très - Saint Père ,
» Le Brefque Votre Sainteté m'a fait l'honneur
de m'écrire, en date du 3 du courant , eft fi plein
d'une bonté paternelle , qu'il mérite que je l'en
remercie , comme je le fais , avec le plus grand
refpect , & que j'y réponde , en affurant à jamais
V. S. de ma vénération filiale & de la pureté de
mes fentimens V. S. me permettra donc de fuivre
Fordre qu'Elle obferve Elle-même dans fon Bref.
Elle y parle d'abord du traité d'accommodement
fur les disputes de Jurifdiction ; enfuite de l'offrande
annuelle d'une fomme d'argent & d'une
haquenée au Saint Siége. Je vais répondre nettement
fur ces deux articles »..
"
cerne ,
" A l'égard du traité d'accommodement , qui
n'eft pas encore conclu , comme V. S. l'a annoncé
au public , à caufe d'un feul article , fur lequel
nous fommes en différend , article qui ne conau
refte , en aucune manière , l'intérêt ſpirituel
des ames , ni les droits naturels du Saint
Siége , j'ai été charmé de vous voir encore jaloux
de la concorde , que j'ai toujours fincèrement voulu
et procurée ; mais V. S. m'excufera fi je fuis forcé
de lui dire , que c'eft à tort qu'Elle a avancé , en
parlant en public et dans fon Bref , que tous les
obftacles mis à ce traité m'appartenoient , ce qui
m'attribue de préferer la diffention à la paix. Je
prie V. S. de fe rappeler que j'ai été le premier
à faire écrire , par mon Secrétaire -d'Etat , au vôtre ,
pour travailler amicalement à concilier les deux
Cours. V. S , s'eft prêtée à mon empreffement,
& a jugé à propos de députer à Naples Monfeigneur
Galeppi , comme Légat extraordinaire ;
Elle a du apprendre de ce Prélat , avec quelle
( 168 )
Bienveillance je l'ai reçu. On commença à tra
vailler au tra té , en pofant pour préliminaires
que les régales r ftercient inta&tes , & que j'aurois
la romination , particulièrement des Evêchés ,
comme en jouiffent les autres Souverains Catholi
ques. Cus bafes étab ies , on p océda , quoique lentement
à caufe de la retenue fcrupu eufe du
Commillaire Pontifical , à lever les difficultés fur
les principaux articles . V. S. m'avoit honoré d'une
lettre particulière , au mois d'Août 1786 , (qu'Elle
the rappelle dans fon dernier Bref) où Elle me
témo gnoit fon mécontentement de la réfolution
prife par la Junte , établie ici pour les abus . Cette
lettre fut d'un fi grand poids auprès de moi
que non - feulement j'ordonnai , pendant tout le
temps du traité , la fufpenfion du décret de la
Junte , conforme d'ailleurs à l'ufage des autres
Etats Catholiques , mais de plus la fufpenfion de
tout ce qui avoit été déja introduit & établi dans
les Tribunaux Royaux , quant à la police extérieure
& à la difcipline ecclefiaftiques , dont le Commiffaire
Pontifica paroiffoit n'être pas fatisfait. Je puis
dire , que d'après ces difpofitions & cette volonté
efficace d'affurer la paix , indépendamment de mon
refpect conftant, durant la négociation , & inaltérable
dans tous les temps pour les droits particuliers
du Saint- Siége & du Souverain Paſteur de
l'Eglife , je me fuis montré libéral envers la Cour
de Rome, peut-être même plus que je ne l'aurois
du J'ai été jufqu'à vouloir établir à Naples un
Tribunal de Prélats , qui , muni des pouvoirs
refpectifs des deux Puiffances , prit excluſivement
connoiffance des caufes des Eccléfiaftiques réguliers
& féculiers , & de beaucoup d'autres objets dont
Pattribution a été jufqu'à préfent conteſtée. Enfin ,
il n'y a pas eu de moyens d'accommodement &
de facilité en mon pouvoir, auxquels je n'aie foufcrit
( 169`)
crit volontiers , par le défir de voir terminer tous
les différends , & rétablir l'harmonie entre les deux
Cours. Les difficultés , les nouvelles prétentions
que le Commiffaire Pontifical faifoit naître de
temps en temps , avoient empêché qu'on ne pût
s'accorder fur tous les points , quand le Cardinal.
Secrétaire-d'Etat de Votre Sainteté , s'eft préfenté
ici. Affurément je ne l'avois demandé ni ne l'attendois
; cependant je l'ai reçu , je l'ai accueilli de
tout mon coeur , comme un ange de paix . Je m'étois
flatté qu'il n'étoit venu que pour m'annoncer ,
au nom de V. S. la conclufion de l'affaire ; mais
je me trompois : en effet , il a propofé de nouveaux
plans , pour refondre , difoit-il , toutes les négociations;
il a infifté , plus que jamais , fur les prétentions
à la nomination des Abbayes & Prélatures
du Royaume , à l'égard defquelles il vouloit que
je me dépouillaffe de tout droit de Patronage.
Voilà ce qui a empêché la conclufion du Traité .
Toujours amoureux de la paix , j'ai fait remettre
au Cardinal mon projet , qui , excepté un trèsléger
changement , ne différoit du fien qu'en deux
articles de quelque importance & ces articles ,
quoique Votre Sainteté ait trouvé qu'ils po toient
fur des points de peu de conféquence , je devois
d'autant plus les maintenir pour l'honneur de ma
Couronne , qu'ils n'intéreffoient en rien la digniténi
les droits du Saint Sige ».
« Le Cardinal partit avec mon plan , qui ne
convint pas à V. S. lors je fis donner à Mgr.
Galeppi mon dern'er projet , où je préfentois
encore de plus grandes facilités ; je lui fis même
infinuer de le porter en perfonne à V. S. eſpérant
que les raifons qu'il vous donneroit de vive voix
Vous engageroient à l'accepter. J'ai encore été
trompé dans mon att nte ; car ayant fait écrire
par mon Sec étaire - d'Erat au vôtre , pour en
N°. 39. 27 Septembre 1788 .
ध
2
( 170 )
venir enfin à conclufion , V. S. , tout en me faifant
entrevoir quelque lueur d'efpérance fur la confirmation
des commendes Conftantiniennes , m'a refufé
toute fatisfaction fur les Patronages royaux
dés Abbayes , quoique , par amour de la paix , je
lui euffe offert un dédommagement qu'on ne pouvoit
regarder comme trop foible , trop incertain ,
mais réel , sûr & à fa difpofition . Voyant avec
douleur tous les moyens d'accommodement s'évanouir
, je me fuis borné à prier V. S. de pourvoir
à trente Eglifes vacantes dans mon Royaume.
Je lui ai fait obferver que près de deux millions
d'ames , demandant le pain fpirituel , privées de
fa diftribution , & reftant ainfi abandonnées , au
grand fcandale de tous les fidèles , ont le droit .
d'exiger de leur premier & fouverain Paſteur ,
qu'il pourvoie à leurs befoins , fans être obligées
d'attendre la décifion d'affaires qui ne regardent
que le tempore!. V. S. m'a fait répondre d'une
manière qui s'écarte un peu de fon caractère plein
de bonté , qu'Elle ne vouloit point adhérer à mes
demandes , en me faiſant même entendre par le
Cardinal Secrétaire- d'Etat , qui l'a infinué à mots
couverts , qu'Elle ne donneroit point d'Evêèqques
au Royaume , que le Traité ne fût conclu , c'eftà
- dire , que je n'euffe renoncé aux droits inaliénables
de ma Souveraineté , au patronage des
Abbayes & des Prélatures , puifqu'il ne reftoit
plus d'autre difficulté à lever pour terminer l'accommodement.
L'affaire en eft reftée-là , parceque
n'ayant rien à répondre à une exclufion formelle
d'un droit auquel je ne puis ni ne dois
il auroit été inutile & même indéce t
detenir ouvertes plus long-temps des négociations,
fans probabilité d'un fuccès prochain . Tel étant
l'expofé fidèle de tous les faits , j'adjure V. S. au
nom de fon équité & de fa juftice , de me dire
renoncer ,
( 171 )
fi , après tant d'empreifement montré de ma part
à concilier les différends les plus importans , tant
de vénération témoignée à la fuprême puiffance
des Clefs , tant de facilités données à la Cour de
Rome dans des chofes où elle n'avoit d'autres
droits que fon intérêt , tant de prédilection pour
les Eccléfiaftiques , tant de défintéreilement dans
tout ce que les devoirs inviolables de la Souveraineté
, l'honneur & les droits de la nation à
laquelle Dieu a voulu que je commandaffe , m'ont
permis de me relâcher , je devois être inculpé
de mauvalfe volonté à procurer la paix entre les
deux Puiffances , & en même- temps la tranquillité
de mes peuples , en terminant une affaire fi utile ,
& même fi néceſſaire » .
« La feconde partie du vénérable Bref de V. S.
regarde l'offrande annuelle d'une fomme d'argent
& d'une haquenée. Je ne veux pas entrer dans
l'examen de la juftice & de l'origine de cette prétention.
L'hiftoire nous apprend comment le Saint-
Siége a commencé , fans avoir jamais poffédé ce
Royaume , auquel il n'avoit pas le moindre droit,
à en inveftir les Souverains qui le poffédoient déja
depuis long-temps par droit de conquête. Onfait
comment cette fouveraineté , paffant de famille en
famille , ou par le droit de fucceffion , ou par
celui de l'épée , le Saint-Siége a toujours affecté
de l'accorder en fief, et de s'en réſerver le domaine
direct , fans pourtant en avoir jamais été
maître. On fait comment il à exigé une redevance
annuelle de ceux qui en étoient reconnus
fouverains & poffeffeurs légitimes par le droit
des gens. On fait enfin que le Saint- Siége eut &
exerça autrefois de pareilles prétentions fur la
Sicile , la Sardaigne , l'Arragon , l'Angleterre
l'Écoffe , & même fur l'Empire romain , paffé
entre les mains des Allemands. Ces prétentions
bij.
( 172 )
font tombées d'elles-mêmes , & le Saint- Siége ne
fonge plus à les faire valoir. V. S. , pleine d'équité
& de candeur , conviendra avec moi que ,
quelques promeffes que les Souverains de ce
Royaume aient jamais faites & renouvelées de
temps à autre au Saint- Siége de lui payer le
cens , & de reconnoître tenir de lui ce qu'en effet
ils n'en avoient jamais reçu qu'en paroles , ces
promeffes n'ont jamais été que de fimples pactes ,
appe és par la loi fine caufâ , qui ne produifent
aucune ob igation réelle entre particuliers , & bien
ancing encore peuvent-ils obliger les Princes & les
Peuples , foumis feulement au droit des gens & à
l'équité naturele , qui exigent pour la validité d'un
contrat quelconque la preftation réciproque , effec
sive , de la part des contractans. Il ne ferviroit
de rien de recourir à la poffeffion & à la prefcription
, quand elles ne font appuyées fur aucun
sitre légitime , & qu'on en connoît le principe
vicieux. D'ailleurs , cette manière d'argumenter
feroit tout-à-fait inadmiffible entre Souverains ,
puifque les preſcriptions ne font que de fimples .
formes introduites par la loi civile , uniquement
pour affurer la tranquillité des particuliers , & leur
garantir leurs poffeffions ».
u Je l'ai déja dit , je ne me propofe pas ici
d'examiner l'origine de ces droits prétendus ; je
crois d'ailleurs qu'un pareil examen feroit déplacé
dans la circonftance préfente , où j'ai déja fait
porter à V. S. par mon chargé d'affaires à Rome,
L'offrande annuelle d'ufage , que , d'après ma dévotion
pour les glorieux Princes des Apôtres , j'ai
voulu encore faire cette année. Elle monte à 7175
duçats d'or. J'ai fait fubftituer les 175 ducats de
plus à la haquenée blanche , dont je crois qu'ils
font une compenſation fuffifante , & j'ai fuivi en
cela un ufage introduit depuis un grand nombre
( 173 )
d'années. V. S. n'a pas voulu recevoir l'offrande ,
à moins qu'elle ne fût préfentée avec la pompe
folennelle d'une ambaffade & d'une cavalcade .
D'après ce refus , j'ai fait mettre l'or en dépôt
dans Rome , à la difpofition de V. S. & je lui en
ai fait donner avis par mon chargé d'affaires . V. S.
ni aucun autre eſtimateur équitable des chofes ,
ne doit être étonnée que perfiftant encore dans la
preftation accoutumée de l'offrande annuelle au
Saint-Siége , j'en aie fupprimé cette année la pompe
d'un ambaffadeur & de fa cavalcade , puifque noirfenlement
les Bulles les plus anciennes de la prétendue
inveftiture n'en ont jamais parlé , mais que
celles même de Jules II & de Léon X , citées
avec tant de force par V. S. dans cette occafion ,
comme fondemens des prétentions du Saint-Siége ,
n'ont fait aucune mention de certe folennité , &
que les Princes ne l'ont jamais promife comme
ils l'auroient dû faire , en s'expliquant clairement ,
expreffément , avec précifion , dans une matière
d'une fi grande importance. Cet ufage de faire
préfenter l'offrande par un Ambaffadeur accom
pagné d'une calvacade , s'eft introduit peu à- peu
dans le fiècle paffé fans que tien y obligeât , &
on ne fait trop comment , peut-être par goût pour
les cérémonies & l'oftentation , ainfi qu'il arrive
fouvent en pareil cas il s'eft enfuite maintenu
jufqu'à notre fiècle. Si je m'y fuis conformé moimême
, par convenance , les années paſſées , je nė
crois pas pour cela avoir contracté aucune obligation
de m'y aftreindre & de le continuer. Je
le regarde comme un acte facultatif, qui , par fon
effence même , ne peut affujettir perfonne à l'obferver
».
"
« Je conclus donc qu'en s'en tenant , comme
je veux le faire , à la Bulle de Léon X , qui a réglé ,
relativement à ce point , toutes celles qui ontfuivi ,
hij
( 174
aucune folennité n'eft requife pour l'offrande de
l'argent & de la haquenée ; qu'aucun Prince ne s'y
eft affujetti , comme il auroit été néceffaire qu'il
le fit , par un Traité clair & pofitif , ou au moins
par quelque titre légitime , fuffifant pour introduire
une nouveauté de cette importance , dans
la forme reçue d'après la Bulle de Léon X , Bulle
copiée par les fuivantes , quant à ce qui regarde
la preftation annuelle. Je conclus que deux ou
trois mots jetés au hasard , & comme phraſe
incidente , dans la Bulle adrefiée à l'Empereur
Charles VI , ainfi que dans une autre envoyée à
mon très-augufte Père , dans laquelle on nomme
peine cet ufage une folennité , ne peuvent tirer
à aucune conféquence , parce qu'on ne fauroit ima
giner qu'ils y aient été inférés à deffein d'altérer l'an
cien Traité. Ces changemens exigeant une nouvelle
cauſe légitime , & le confentement des deux parties
contractantes , formellement exprimé dans une
convention , on peut encore moins en inférer que
je fois obligé à remplir ces formalités : c'eſt ce que
je n'ai jamais promis , ni tacitement ni expreflément
; enfin , ce qui ne m'a point été demandé par le
Siége Apoftolique , duquel je n'ai jamais reçu de
Bulle qui contint aucune convention de préſenter
l'offrande avec cette pompe.
Satisfait en ma confcience de toutes ces raifons ,
j'espère qu'elles paroî.ront valables à V. S. qui
reconnoîtra facilement en moi ce refpect filial ,
conftant & inaltérable que je proteſte conferver
pour le Saint- Siége Apoftolique , & pour V. S.
comme Chef vifible de la fainte Eglife, pour l'avan--
tage de laquelle je prie Dieu qu'il conferve longtemps
votre perfonne facrée , dont je baife les
pieds , en implorant fa bénédiction apoſtolique fur
mo , fur ma famille Royale & fur mes Etats.
Naples , le 20 Juillet 1788.
Le très- humble fils de V. S.
FERDINAND . 1
( 175 )
La confternation qu'a répandue cette
Réponſe , auffi motivée que catégorique ,
s'eft augmentée encore par la nouvelle
certaine que le Roi de Naples vient de
fouftraire tous les Ordres Réguliers de fon
royaume , à toute domination étrangère ,
& à toute obéiffance à un Général étranger
ou refidant hors des deux Siciles .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 16 Septembre .
Le Roi a conféré la dignité de Baron
du Royaume à Sir Jofeph Yorck , chevalier
du Bain , & ancien Ambaffadeur Britan-
'nique à la Haye , fous le titre de Lord
Dover , (Douvres) . La Pairie a été également
donnée à Sir James Harris , notre
Ambaffadeur actuel auprès des Etats - Généraux
, fous le titre de Lord Malmesbury.
Les nominations diplomatiques , que
nous annonçâmes il y a huit jours , ont
été publiées dans la Gazette de la Cour.
M. Charles Whitworth paffe à Pétersbourg
qualité d'Envoyé extraordinaire & de
Miniftre Plénipotentiaire ; M. Robert Lifton
à Stockholm , & M. Daniel Hailes à
Varfovie.
Le Roi de Maroc nous déclara la guerre
liv
( 176 )
il y a quelques mois ; peu de jours enfuite
, il nous fignifia qu'il vouloit vivre
en paix avec l'Angleterre. Il vient de fe
ravifer encore , à ce qu'il paroît par une
Lettre de Gibraltar, du 14 Août, dont voici
la teneur :
De Gibraltar , le 14 août 1788.
» La Frégate le Mirmydon , qui a fait voite
hier au foir de Tanger , vient d'arriver
ici , & elle apporte la nouvelle que P'Empereur
de Maroc nous a déclaré la guerre ,
& qu'il a ordonné à fes Croifeurs de s'emparer
de tous les vaiffeaux Anglois qu'ils
rencontreroient. Il a envoyé une fomme
confidérable d'argent aux Refeens , ( fes
fujets rebelles & nos amis fur la côte orientale
de Tetuan ) pour acheter leur amitié
, & le procurer un de leurs petits ports
pour recevoir fes Croifeurs. »
D'autres Lettres de Gibraltar, de même
date , mais écrites avant l'arrivée du Mirmydon
, annoncent que l'Empereur avoit
donné des ordres à fon efcadre de fe tenir
prête à mettre en mer , & de fe raffembler
à Tanger, où l'on attendoit d'un
jour à l'autre un grand nombre de matelots
de Salé , de Larrache & d'autres
Ports. On a reçu avis auffi que l'Empereur
a envoyé un Exprès au Commodore
Cosby, avec un Lettre , par laquelle il
lui propofe de faire revivre le Traité qui
( 177 )
fubfiftoit avec l'Angleterre , à certaines
conditions , qui ne feront certainement pas
acceptées. Selon les nouvelles ultérieures
, le Commodore Cosby , qui monte le
Trufty de 50 canons, eft forti pour obferver
les mouvemens de l'Efcadre Maure : Le
Lowestoffe de 32 , & le Carisford de 28 ,
ainfi que plufieurs autres Frégates de la
ftation de la Méditerranée , ont établi leur
croifière près de Gibraltar . En conféquence.
de ces avis , le Gouvernement a déja.ordonné
un renfort de Frégates pour la Méditerranée.
L'Aquilon de 32 , & le Mercury
de 28 , font actuellement à Spithéad ,
où ils attendent leurs derniers ordres.
Il s'eft tenu, le 12 , une Affemblée générale
de l'Amirauté , dans laquelle deux
vaiffeaux de 74 canons chacun , & neuf
Frégates ont été mis en commiffion .
Le renfort ordonné pour Gibraltar, en
conféquence des dernières dépêches du
général Ohara & du Commodore Cosby,
confiftera en un vaiffeau de 50 canons
& deux Frégates .
On prépare des gradins dans le chantier
de Chatham , pour recevoir les fpectateurs
lorsqu'on lancera le Royal George
de 110 canons , ce qui aura eu certainement
lieu aujourd'hui 16.
Il y a ordre de pofer la quille d'un autre
vaiffeau du premier rang , fur la forme
h v
( 178 )
du Royal George : il fera de huit pieds
plus large que ce dernier vaiffeau , & montera
dix canons de plus. On le nommera
le British Empire.
Le Centurion de 50 canons , actuellement
en ordinaire dans ce même Port, fera
mis en commiffion pour la Méditerranée .
L'Invincible de 74 , arrivé depuis peu
de Plymouth , fera complettement réparé
dans ce chantier,
Le lendemain du jour où le Royal
George fera lancé , il entrera dans le grand
baffin pour être doublé en cuivre.
Le Contre-Amiral Peyton, qui avoitJété
nommé Commandant en chef à la ftation
de Halifax , & avoit arboré fon Pavillon
fur le Léandre , eft retourné à Londres
, en conféquence d'un exprès qu'il a
reçu de l'Amirauté : il Te rendra dans la
Méditerranée pour prendre le commandement
de l'Eſcadre qui y eft ftationnée .
FRANCE.
De Verfailles , le 2 Septembre.
Le 14 de ce mois , Leurs Majeftés &
la Famille Royale ont figné le contrat de
mariage du Vicomte de Cauliancourt ,
Lieutenant en fecond au régiment des
Gardes-Françoifes , avec demoiſelle Marie-
Félicité-Henriette de Tilly-Blaru .
( 179 )
Le même jour , la Princeffe d'Avella-
Colonna a eu l'honneur d'être préſentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Marquile de Circello , Ambaſſadrice
de Naples , & de prendre le tabouret .
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint-
Lucien , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Beauvais , l'Evêque de Metz , Grand-
Aumônier de France ; & à l'Abbaye régulière
de S. Jean- Baptifte les - Choques ,
Ordre de St. Auguftin , Diocèfe de St.
Omer, le fieur Patrice d'Auchy , Religieux
profès de la même Abbaye .
Le Marquis du Chilleau , Gouverneurgénéral
des Ifles fous- le- vent , a eu l'honneur
de prendre congé du Roi dans le
Cabinet de S. M. , étant préfenté par le
Comte de la Luzerne , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Marine.
Le fieur Lagrange a eu l'honneur de
préfenter au Roi les tomes XI & XII de
la Collection des meilleurs ouvrages françois
, compofés par des Femmes , dédiée
aux Femmes françoiles , par mademoiſelle
de Kéralio ( 1 ).
(1 ) Ces deux volumes , qui font les tomes III
& IV des Lettres de madame de Sévigné , fe trouvent
à Paris , chez l'auteur , rue de Grammont
n°. 173 ; & le fieur Lagrange , rue St. Honoré,
vis-à - vis le Palais-Roya'.
"
h vj
( 180 )
Le 17 de ce mois , les Ambaffadeurs
de Tippoo - Saïb ont eu l'honneur de
fuivre le Roi à la chaffe dans la forêt
de Marly. Sa Majefté avoit ordonné
qu'on leur fournît , de fes écuries , les
voitures & les chevaux néceffaires .
Le même jour , Madame Comteffe
d'Artois s'eft rendue à fa Maifon de Saint-
Cloud, pour y paffer environ trois femaines.
Le 19 , le feur Barentin , premier Préident
de la Cour des Aides de Paris ,
que le Roi a nommé Garde- des -Sceaux
de France , a eu l'honneur d'en faire fes
remerciemens à Sa Majefté , étant préfenté
par le fieur de Villedeuil , Secrétaire
d'Etat , ayant le Département de la
Maifon du Roi. Il a enfuite prêté le ferment
accoutumé entre les mains de Sa
Majefté.
De Paris , le 24 Septembre.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 14
feptembre 1788 , portant révocation des
difpofitions ordonnées par celui du 16 août,
pour le paiement en Papiers , d'une partie
des Rentes & des autres Charges de
l'Etat ; extrait des regiftres du Confeil
d'Etat.
Le Roi , inftruit de l'alarme qu'avoit répandue
( 181 )
parmi fes fujets & dans les pays étrangers , l'arrêt
qui a autorifé le Tréfor royal & toutes les caiffes
publiques à payer en effets , à un an de date , une
partie des rentes fur l'Hôtel-de-ville , des intérêts
affectés fur divers revenus , des gages des Offices ,
des dépenfes des divers départemens , des appointemens
, & de plufieurs autres charges annuelles ;
S. M. s'eft fait rendre compte de la fituation de
fes finances , afin de favoir fi Elle pourroit renoncer
à une difpofition qu'Elle avoit adoptée avec le
fentiment le plus pénible. Son Miniſtre ne lui a
point diffimulé l'état de crife dans lequel fe trouvoient
toutes les affaires ; mais Elle a vu cependant
qu'en retardant un peu les paiemens les moins
preffés , en veillant exactement fur toutes les diftubutions
de recette & de dépenſe , & en faifant
concourir au même but chaque partie du grand
enfemble des finances , Elle n'auroit befoin que
d'une étendue mefurée de crédit pour atteindre fans
défordre à l'époque des Etats- généraux , puifque
S. M. , guidée par fon amour conftant du bien
public , fe propofe d'en accélérer la convocation ,
ainfi qu'Elle le fera connoître inceffamment . Gette
époque folennelle où tout doit fe ranimer , où
tout doit prendre une vigueur nouvelle , mettra
fin pour toujours aux diverfes inquiétudes de fortune
, & raffurera le crédit , en procurant fucceffivement
le moyen de s'en paffer dans tous les
temps ordinaires ; car on doit être certain que les
Repréfentans de la plus riche & de la plus géné
reufe des Nations , ne fe fépareront point avant
d'avoir concouru efficacement à établir un parfait
accord entre les revenus & les dépenses de l'Etat.
Déja S. M. a jeté un premier coup- d'oeil fur les
moyens qui font entre fes mains pour approcher
de ce terme fi défirable , d'une manière qui ne foft
pas trop onéreufe à fes fidèles fujets : Elle a or(
182 )
1
donné qu'on mît ſous fesyeux tous les renfeignemens
propres à éclairer fes déterminations , & Elle a dit
que fi de nouveaux facrifices de fa part étoient
néceffaires, Elle y confentiroitfans peine , & qu'Elle
défiroit , avant tout & par-deffus tout , contribuer
au bonheur & à la tranquillité de fes peuples. A
quoi voulant pourvoir : Oui le rapport fait au
Confeil royal des Finances & du Commerce :
le Roi étant en fon Confeil , a ordonné & ordonne
: Que toutes les rentes , foit perpétuelles ,
foit viagères , tous les intérêts dus par S. M. ,
tous les appointemens , gages & traitemens , toutes
lesdépenfès des divers départemens , & généralement
toutes les dépenfes à la charge de S. M.
continueront à être payés , dans leur totalité , en
argent comptant , comme par le paffé.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , S. M. y étant ,
tenu à Verſailles le quatorze feptembre mil fept
cent quatre-vingt-huit.
Signé, LAURENT DE VILLEDEUIL.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 7
feptembre 1788 , qui fufpend l'exportation
des Grains à l'Etranger par tous les
ports & forties du Royaume.
"
« Le Roi , en établiſſant par fa Déclaration
du 17 juin 1787 , la libre exportation des Grains ,
s'eft réfervé de la fufpendre , lorfque les Commiffions
intermédiaires des Etats provinciaux , ou
Affemblées provinciales l'inviteroient à cet acte
de prudence. Plufieurs d'entr'elles , & fur-tout
celles des Provinces de l'intérieur , ont fait connoître
à Sa Majefté leur voeu à cet égard , &
l'ont appuyé fur des motifs également juftes &
raifonnables : Sa Majesté eft inftruite que les Blés
qui font en magaſin dans différentes Provinces ,
faffifent , & au - delà , aux befoins du Royaume ;
( 183 )
mais comme Sa Majefté fait en même-temps
qu'il n'y a pas affez de fuperflu pour continuer
à permettre d'exporter ces mêmes Blés à l'Etranger
, & pour favorifer par- là les fpéculations
auxquelles la liberté de l'exportation donne néceffairement
lieu , Sa Majefté a cru devoir la
fufpendre , fe réfervant de changer ou de modifier
cette difpofition , d'après les demandes qui lui
feront faites , & les éclairciffemens qui lui feront
fournis par les Commiffions intermédiaires des
pays d'Etats , & des Affemblées provinciales : Sa
Majefté en même- temps conferve une liberté
entière d'exportation pour les Blés qui feroient,
apportés de l'Etranger , & par l'effet de ces différentes
mefures, Elle efpère maintenir l'abondance ,
& prévenir des écarts dans les prix qui ne feroient
pas la fuite d'une difette réelle. A quoi voulant
pourvoir Oui le rapport fait au Confeil royal
des Finances & du Commerce ; LE ROI ETANT
EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne : Qu'à
compter du jour de la publication du préſent
arrêt , toutes expéditions & exportations de Blés ,
Farines & menus Grains à l'Etranger par tous
les Ports & autres forties du Royaume , feront
fufpendues jufqu'à ce qu'il en foit par Sa Majefté
autrement ordonné N'entend Sa Majefté qu'il
foit apporté aucun obſtaclé à la libre circulation
des Grains de toute l'étendue de fon Royaume ,
ni même à la fortie des Blés étrangers qui feroient
importés en France , lefquels pourront être
réexportés librement , & en exemption de tous
droits , conformément aux difpofitions des arrêts
du Confeil des 14 juillet 1770 & 13 feptembre
1774 : N'entend pareillement Sa Majeſté comprendre
dans la fufpenfion ordonnée par le préfent
arrêt , les Navires dont le chargement en
Grains feroit déja commencé , ni les Grains qui ,
f
( 184
ayant été expédiés de l'intérieur à la deftination
de l'Etranger , le trouveroient arrivés à la frontière
, au moment de la publication de l'arrêt.
Enjoint Sa Majefté aux fieurs Intendans & Commilaires
départis dans les Provinces , à leurs Subdélégués
, aux Prévôts généraux & Officiers de
Maréchauffées , aux Officiers municipaux & aux
Directeurs des Fermes , de tenir la main à l'exécution
du préfent arrêt , qui fera imprimé , publié
& affiché par- tout où befom fera. »
Réglement , du 13 juillet 1788 , concernant
les Elèves du Corps- royal de l'Artillerie
des Colonies.
Arrêt, du Confeil d'Etat du Roi , du 13
juin 1788 , qui ordonne que le droit de
la marque des Fers continuera d'être perçu
fur les Fers étrangers.
Les feuilles de Flandres , & après elles
quelques autres , ont rapporté , en ces
termes, un accident arrivé au camp de St.
Omer.
Hier , S. A. S. M. le Prince de Condé , a fait la
revne de fon armée , accompagnée de M. le Duc
de Bourbon , & de M. le Duc d'Enghien . Tout
s'eft paffé dans le meilleur ordre . Une affluence
confidérable de fpectateurs étoit raffemblée le long
de la ligne , & toutes les précautions avoient été
fi bien prifes qu'il n'eft arrivé aucun accident. Le
foir , S. A. S. s'eft rendue avec les deux Princes
& le plus grand nombre des Officiers généraux
de fon armée à la Salle de Spectacle qui a été
nouvellement & provifoirement conftruite en
avant du glacis de la place , entre la ville & le
Camp ; on s'étoit affuré de fa folidité avant d'en
( 185 )
permettre l'ouverture : elle étoit remplie d'un grand
nombre de perfonnes . Les deux premiers actes de
Richard Cour de Lion étoient exécutés , & le troifième
commençoit par l'affaut du Château , dont les
troupes faifoient ' attaque fimulée. La décoration ,
qui n'avoi pas été appuyée fur un fondement affez
folide , s'eft écroulée , & les Soldats font tombés
pêle mêle avec leurs armes , ce qui a occafionné
un grand effroi à tous les fpectateurs . Les Princes
ont montré une fenfibilité extrême. M. le Prince
de Condé s'eft porté fur- le-champ , avec les deux
autres Princes & toutes les perfonnes qui l'accom
pagnoient, fur le Théâtre ; S. A. S. a fait retirer
Elle-même tous les Soldats entaffés fous les décombres
; Elle leur a fait donner fous fes yeux
tous les fecours poffibles . Plufieurs ont été blafés
mais heureuſement il n'y a point eu de fractures
& on eft même affuré aujourd'hui qu'aucune bleffure
n'eft dangereufe . Le Machiniſte a été le plus
maltraité ; mais fa vie ne court aucun danger . Si
quelque chofe pouvoit confoler d'un accident de
cette espèce , ce feroit fans doute l'humanité aveć
laquelle on a vu trois Princes diriger eux - mêmes
les foins qui ont été prodigués aux Soldats bleffés .
Ils font au nombre de vingt-deux ; ils ont été portés
à l'Hôpital. Les Chirurgiens viennent de rendre
Compre au Prince de leur état , qui ne laiffe aucune
inquiétude pour les fuites.
PAYS - BAS,
De Bruxelles , le 20 Septembre 1788 .
L'efcadre Ruffe venant d'Archangel , fous
les ordres du Contre -Amiral de Powalifch,
( 186 )
& compofée de 2 vaiseaux de 74 can . ,
2 de 64 , & 2 frégates de 38 can. , eft
arrivée dans le Sund. Un troifième vaiffeau
de 74 can. , endommagé en route ,
a été obligé d'entrer dans le port de
Ramefiord en Norwege. Le 5 , lesvaiffeaux
Danois devoient fe réunir à ces bâtimens ,
pour compofer une efcadre de 14 vaiffeaux
de ligne & plufieurs frégates. - Le Prince
Charles de Heffe , dit-on , a été nommé
par l'Impératrice de Ruffie , Général Feld-
Maréchal , avec un traitement annuel de
12,000 roubles.
FIN DU TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE LE
PORTUGAL ET LA RUSSIE , figné à Pétersbourg ,
le Décembre 1787 , & ratifié le Juin 1788. 18
ART. XIII . Pour prévenir les fraudes des droits
de Douane dans les Etats refpectifs , foit par la
contrebande , ou de quelque autre manière , les
deux Hautes Parties contractantes conviennent également
que , pour tout ce qui regarde la viſite des
navires Marchands , les déclarations des marchandifes
, le temps de les préfenter , la manière da
les vérifier , & en général pour tout ce qui c
cerne les précautions à prendre contre la contrebande,
& les peines à infliger aux Contrebandiers ,
l'on obfervera dans chaque Pays , les Lois , Réglemens
& Coutumes qui y font établis , ou qu'on y
établira à l'avenir. Dans tous les cas fufmentionnés ,
les deux Puiffances, contractantes s'engagent réciproquement
de ne point traiter les Sujets refpectifs
avec plus de rigueur que ne le font leurs propres
Sujets , lorsqu'ils tombent dans les mêmes contraventions.
( 187 )
XIV. Toutes les fois que les navires Portugais
ou Ruffes feront obligés , foit par des tempêtes ,
foit pour le fouftraire à la pourfuite de quelque
Pirate , ou pour quelque autre accident , de fe réfugier
dans les ports des Etats refpectifs , ils pourront
s'y radouber , fe pourvoir de toutes les chofes
qui leur feront néceffaires , & fe remettre en mer
librement fans payer aucun droit de Douane , ni
aucun autre , à l'exception feulement des droits
de Fanaux & de Ports , moyennant que pendant
leur féjour dans lefdits Ports , on ne tire aucune
marchandiſe des fufdits navires , encore moins
qu'on n'expofe quoi que ce foit en vente ; mais fi
le Chef de quelqu'un des mêmes navires jugeoit
à propos de mettre quelques marchandiſes en vente,
il fera tenu de fe conformer aux Loix , Ordonnances
& Tarifs de l'endroit où il fe trouvera .
XV. Les vaiffeaux de guerre des deux Puiffances
Alliées trouveront également dans les Etats refpectifs
, les rades , rivières , ports & hâvres libres
& ouverts , pour entrer cu fortir , & demeurer à
l'ancre tant qu'il leur fera néceffaire , fans fubir
aucune vifite , en fe conformant de même aux
Loix générales de Police , & à celles des Bureaux
de Santé établis dans les Etats refpectifs. Dans
les grands Ports , il ne pourra pas entrer plus de
fix vaiffeaux de guerre à- la-fois , & dans les petits ,
trois , à moins qu'on n'en ait demandé & obtenu
la permiffion pour un plus grand nombre. Et
pour tout ce qui regarde le ravitaillement , radoubement
, vivres & rafraîchiffemens , on pourra les
acheter au prix courant , fans aucun embarras ni
empêchement quelconque ; & on pratiquera avec
lefdits vaiffeaux de guerre ce qui fe pratique avec
ceux de toutes les autres Nations .
XVI. Quant au cérémonial du falut des navires
, les deux Hautes Parties contractantes font
( 188 )
convenues de le régler felon les principes d'une
parfaite égalité entre les deux Couronnes. Lors
donc que les vaiffeaux des deux Puiffances contractantes
fe rencontreront en mer , ils fe régleront
de part & l'autre , pour le faut , d'après la grade
des Officiers Commandans de ces vaiffeaux , de
manière que ceux d'un rang égal ne feront pas
ob igés de fe falver , tandis que les vaiffeaux commandés
par les Officiers d'un rang fupérieur , recevront
à chaque fois le falut des inférieurs , en fe
rendant coup pour coup.
A l'entrée d'un Port où il y aura garnifon , les
vaiff aux des Hautes Parties contractantes feront
également tenas au falut d'ufage , & il y fera répondu
de même coup pour coup.
XVII. Les vaideaux de guerre d'une des Puiffances
contractantes , dans les ports de l'autre , &¨¨
les perfonnes de leurs équipages ne pourront pas
être détenus ni empêchés de fortir defdits ports
lorfque les Commandans de tels vaiffeaux voudront
mettre à la voile . Les mêmes Commandans ,
cependant , doivent s'abftenir fcrupuleufement de
donner aucun afyle fur leur bord à des déferteurs
ou d'autres fugitifs , tels qu'il , foient , contrebandiers
ou malaiteurs , moins encore folérer qu'on
yeçoive des effets ou marchandifes qui puiflent
leur appartenir , ou qu'ils auroient enlevées ,
celles déclarées de contrebande. Et ils ne devront
pas faire aucune difficulté de livrer au Gouvernemen
auffi-bien lefdits criminels , que les biens
ci - deffus marqués , lorfqu'ils les trouveront à leur
bord. Et pour ce qui regarde les dettes & les délits
perfonnels de ceux qui appartiendront aux
équipages defdits vaiffeaux , chacun fera affujetti
aux peines établies par les Lois du pays où il fe´
trouvera,
ni
XVIII. Les vaiffeaux marchands appartenans
( 189 )
aux fujets d'une des Puiffances contractantes , ni
perfonne de leurs équipages ne pourront pas non
plus être arrêtés , ni leurs marchandifes faifies
dans les ports de l'autre , excepté dans le cas d'arrêt
ou de faifie de Juftice , foit pour dertes perfonnelles
contractées dans le pays même par les propriétaires
du navire ou de la cargaifon , foit pour avoir
reçu à bord des marchandifes déclarées de contrebande
par les tarifs des Douanes , foit pour y
avoir recélé des effets qui y auroient été cachés
par des banqueroutiers ou autres débiteurs , au
préjudice de leurs créanciers légitimes , foit pour
avoir voulu favorifer la fuite ou l'évation de
quelque déferteur des troupes de terre ou de mer ,
de contrebandiers ou de quelque autre individu que
ce foit , qui ne feroit pas muni d'un paffeport légal ;
de tels fugitifs devront être remis au Gouvernement
, aufli-bien que les criminels qui auroient pu
fe réfugier fur un tel navire. Bien entendu que le
Gouvernement veillera foigneufement dans les
Etats refpectifs , à ce que lefdits navires ne foient
pas retenus plus long - temps qu'il ne fera abfolument
néceffaire . Dans tous les cas fufmentionnés
, ainfi qu'à l'égard des délits perfonnels , on
obfervera, ce qui a été ftipulé dans l'article précé
dent.
XIX. Si un matelot déferte de fon vaiffeau ,
il fera livré à la réquiſition du chef de l'équipage
auquel il appartiendra ; & en cas de rébellion
le propriétaire du navire ou le chef de l'équipage
, pourra requérir main-forte pour ranger les
révoltés à leur devoir ; ce que le Gouvernement,
dans les Etats refpectifs , devra s'empreffer de lui
accorder , ainfi que tous les fecours dont il pourra
avor befoin pour continuer fon voyage fans
rifque & fans retard.
XX. Les navires Portugais ou Ruffes, ne feront
( 190 )
jamais forcés de fervir en guerre dans les Etats
refpectifs , ni à aucun tranfport contre leur gré.
XXI. Les vaiffeaux Portugais ou Ruffes , ainfi
que leur équipage , tant matelots que paffagers ,
foit nationaux , foit même fujets d'une Puiffance
étrangère , recevront dans les Etats refpectifs toute
l'affiftance & protection qu'on doit attendre d'une
Puiffance amie & alliée ; & aucun individu
appartenant à l'équipage defdits navires , non plus
que les paffagers , ne pourra être forcé d'entrer ,
malgré lui , au fervice de l'autre Puiffance , excepté
feulement fes propres fujets qu'Elle fera en droit
de réclamer.
XXII. Lorfqu'une des deux Hautes Parties contractantes
fera en guerre contre d'autres Etats ,
les fujets de fon a'liée n'en continueront pas moins
librement leur navigation & leur commerce avec
ces mêmes Etats ; & pour démontrer d'autant
mieux aux ſujets commerçans refpectifs , l'importance
qu'Elles attachent également , aux principes
& règles ftipulés pour la sûreté & l'avantage du
commerce en général dans la convention maritime
conclue entre Elles à Saint - Pétersbourg ,
le Juillet 1782 , Elles la confirment par le
préfentTraité & la ratifient dans tout fon contenu ,
comme fi elle étoit ici infcrite mot à mot. ( La
fin au Journal prochain ) .
I 3
2 4 .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois
& autres Feuilles publiques.
« On apprend , par des lettres de Conſtantinople
, qu'on y a fait revivre , pour l'efpace de
14 ans , les Traités de paix & de commerce
entre la Porte Ottomare & la nation Suédeiſe ,
& dans lefquels fa fublime Hauteffe le Sultan ,
( 191 )
a auffi ftipulé pour les Régences d'Alger , de Tunis ,
de Tripoli , &c. pour le même efpace de temps .
Les fujets du Roi de Suède , en conféquence de
ces Traités , jouiront de la même protection &
des mêmes priviléges & immunités dont jouiffent
les plus favorifés dans les poffeffions de la Porte.
On a fait revivre auffi les Traités de garantie
de 1740 & 1772 ; & en conféquence d'articles
additionnels joints au nouveau Traité , les Turcs
& les Suédois fe garantiffent mutuellement leurs
poffeffions refpectives en Europe contre toute
Puiffance quelconque. L'Ambaffadeur de Suède ,
qui a négocié ce nouveau Traité , a reçu plufieurs
préfens confidérables , & il a été diſtribué
20 bourfes d'or dans fa maiſon. ( Public. Advertifer.
) »
« La Cour de Berlin a fait connoître l'intention
où elle étoit de foutenir les Suédois , file
Danemarck fourniſſoit des vaiffeaux ou des
troupes
à la Ruffie , ou prenoit quelque part dans la
querelle actuelle ; & pour prouver la fincérité de
cette déclaration, elle a fait affembler un corps confidérable
de troupes aux environs de Memel , prêt
à pénétrer dans le territoire Ruffe au premier avis.
Comme plufieurs perfonnes paroiffent n'être
pas bien inftruites des vues & des deffeins de
quelques- unes des dernières alliances , nous allons
mettre fous les yeux de nos lecteurs l'état politique
actuel de l'Europe .
L'Empereur ,
L'Impératrice , }
alliés contre les Turcs.
Les Suédois , contre les Ruffes.
Les Danois , pour les Ruffes.
Les Pruffiens , pour les Suédois.
L'Angleterre ,
La Hollande ,
Et la Pruffe ,
en alliance.
( 192 )
Toute la maifon de Bourbon favorable aux
Turcs.
Les Vénitiens , favorables à l'Empereur.
Les Portugais , favorab es à l'Impératrice.
Hanovre , Helle , Mecklembourg , &c. &c.
aidant l'Angleterre & la Prufle. ( Idem. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exallisude
decesParagraphes extraits des Papiers étrangers.)
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux évènemens de
zoutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; La Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1788 .
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , Nº . 18 .
Avec Approbation , & Brevet du Roi,
STOR
LIBRARY
NEW-YORK
TABLE
Du mois d'Août 1 7 8 8 .
PIÈCES
IÈCES FUGITIVES. l'Académie Françoife.
Eclairciffemens hiftoriques.
Vers.
Phyfique nouvelle.
84
Le Repentir.
Examen. 102
Le Kolage
Pièces incérefantes. 133
Bourade férieufe. 49
Choix de petits Contes 136
Réponse.
97
Hiftoire Naturelle. 150
A Eucharis.
145
Buvres de Jurifprudence. 168
Moralité.
147
Obfervations. 172
Epigramine,
193
Abus & dangers. ་
Epttre. 194
AM. le Comte de ***, 196
Hiftoire d'Angleterre.
Charades , Enigmès & Logog. De l'Electricité,
6:11, 100 , 138 , 197 Elage.
NOUVELLES LITTÉR.
Anna.
Lestres de Mile. Aïſſë. 176
200
210
216
225
221
Variétés.
Annales de la Petite- Ruffie. 8
Hiftoire de Sophie & d'Ur-
SPECTACLES.
· Jule. Comédie Françoiſe. 34, 86,
Tableau des Meurs de ce
Comédie Italienne. 88 , 181.
17 Siècle.
Sophie
Hiftoire des Membres de
32 Annonces & Notices, 45, 92,
1 ; 8 , 186 , 236.
A Paris , de l'Imprimerie de MoUTARD , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
Y
EN VERS ET EN PROSE.
LA CHATELAINE DE ST-GILLES ,
!
ROMAN CE.
Andante.
UN Seigneur pauvre a voit
pour
fil - le gente pu-cel -le faite au
tour ; riche vi lain à · la fa-
A 2
MERCURE
mil-le fit agré er fon fol amour.
Mon pere, hélas ! je vous en
pri-e, quittez un
fi cru el deffein
d'un Che -va - lier je fus la
mi ; fe-rai je femme d'un vi-
-
lain ? fe-tai - je fem-me d'un vilain
DE FRANCE.
QUAND il et riche , Hymen confele ;
S'il eft pauvre , il potte malheur.
Fille , j'ai donné ma parole.
→ Mon père , j'ai donné mon coeuri
- Or , diamans , robe nouvelle ,
Chez toi vont fondre chaque jour.
Que Dieu puniffe la Pucelle
Qui pour de l'or vend fon amour !
Si tu trahis mon eſpérance ,
Ma douce Fille , j'en mourrai..
A ce mot , plus de réfifrance.
Mon père , ch bien j'obéirai
Mais , dans mon ame confternée
Ce vieux refrein va retentir :
Sans amour vienne l'hymneréc
Point ne viendra fans repentir.
ENCOR plus laid par la parurg ,
Le prétendu vient à la fin
Fier & joyeux de l'aventure , T
Il chantoit le long du chemin ,
" Argent fait tout dans cette vie ,
Argent , le Roi des autres Rois ;
» Il donne aux fots , efprit , génie
» Et noble mie au villageois
3
-
·Mariez- nous , beau fire Prêtre.
Volontiers , Belle ! voulez-vous
Pour votre ami le reconnoître !
-On me le donne pour époux.
A 3
6 MERCURE
A cet époux , j'espère à peine-
Etre fidelle un mois entier.
C'eft votre affaire ; c'eft la fienne
La mienne eft de vous marier,
!
LA Dame , en fon dépit extrême ,
Difoit tout bas » Ciel en courroux.
» Vous m'ôtez donc l'ami que j'aime ,
» Pour me donner un fot époux « !
L'époux la mène en fu demeure : --
Dieu ! reprit-elle en, fanglottant !
Las ! en entrant ici je pleure ,
Pour-ne plus fire qu'en fortant.
EN ce moment l'Amant arrive :
Ah ! bel ami , je vais mourir.
faifit la belle captive ,
La monte en croupe , & de courir.
Le zèle ardent charme les Belles ;
Et vous diriez , en le voyant
Que l'Amour a donné fes ailes
Au beau courfier qui va fuyant .
L'EPOUX furvient , pleure & s'écrie :
Rendez-la-moi ; las ! c'eft mon bien .
J'ai tout donné pour cette Mie.
Qui , répond- elle j'en convien :
Vous m'avez , comme une denrée ,
Bien achetée en bons ducats ;
Mais je ne me fuis pas livrée :
Je rends l'argent , & je m'en vas.
(Par M. Imbert. )
DE FRANCE. 7
A MLLE. DE GARCINS ,
Vers la fin des repréſentations de fon début.
Vous a ous avez , nous dit-on , certain Maître enchanteur
,
A qui de vos fuccès vous devez tout l'honneur ;
Aimable de Garcins, oui , oni , la chofe eft sûre ;
J'oferai dire plus : votre jeu fi charmant
N'eft que calqué fidèlemènt ; ...
Mais votre Maître eft la Nature ,
( Par M. D ***. T****** . )
LE LIEUTENANT GASCON ,
CONTE.
FICEAC , favez - vous la nouvelle ?
-
Non , mon Général ; quelle eft- elle ?
Une étoile que l'on mettra
**
Sur l'habit du Preux le plus digue,
Dorénavant annoncera
Chaque trait de valeur infigne.
-Sandis , pour cet arrangement
Combien je dois au Miniſtère !
Avant qu'il foit un an dé guerre,
Jé femblérai lé firmament.
(Par M. le Marq. de Fulvy. )
A 4
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriplé du Mercure précédent,
E Le mot de la Charade eft Déplaifir ; celui
de l'Enigmic eft Loterie ; celui du Logogriphe
eft Fortune , où l'on trouve Or , Fou ,
Feu , Rôt , Four , Fer, Trou , Front.
CHARADE.
UN des métaux fait mon premier ;.
Dans un pronom confifte mon dernier ;
Et dans les bois on trouve mon entier.
( Par M. C*** , âgé de 13 ans & demi .
J'cus
FILLE ,
ENIGM E.
au monde je vins´ſane père ;
pour ma mère un homme , & pour époux ma
mère.
(Par un Fourrier de la 4e. Divifion du
Corps R. des. Canonniers- Matelots . )
DE FRANCE.
1
LOGOGRIPHE.
JE fuis tout ce qu'on veut ; joli, laid, jeune, vieux,
Sultan, Efclave, Pape, & pour plus grand myſtère,
Une
me parfois qui fait pourtantſe taire ;`
En me decompetant l'on me comitra micux.
F'offre dans mes huit pieds d'un peuple hearenz
Fidole ;,
Dans la tempête un lieu dont l'afpect nous confole;
La Nymphe que ravit le plus puiflant des Dieux ;
Ce dont on convient peu ; ce métal dangereux ;
Aux portes du trépas ce qu'il nous faut tous prendees
Ce qu'exerce un fripon , & ce qui le fait pendre
Lallure d'un courfier , ennemi du galop;
Un adverbe ; un protior ; l'amufement d'un for
L'arme qui fult , atteine l'animal eir fa courfe ;
Le nom qu'on peut donner à préfent à la Boule -
Enfin , mon cher Lecteur , pent-être qu'en ces lieux
To me chereles bicu lom quand je fuis fous tes
yeux.
(Par M. B. G. habitant de Vauclofe. Y
sive paj
1.2.4 G
10 MERCU. REG
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
{? 2 # ?° 32 :
RÉFLEXIONS fur l'Esclavage des Nègres,
par M. SCHWARTZ , Pafleur du Saint
Evangile à Bienne , Membre de la So
ciété Economique de B .... Nouvelle
édition , revue & corrigée . A Neuchâtel ;
& fe trouve à Paris , chez Froullé , Libr.
quai des Auguflins , au coin de la rue
Pavée. In-8
LORSQUE Montefquien difoit avec
la froide ironie de l'indignation : I eft
» naturel de penfer que c'eft la couleur
>>
qui conftitue l'effence de l'humanité " , il
ne faifoit que rapporter prefque dans les
mêmes termes , la réponfe que les Marchands
de chair humaine & leurs protecreursavoient
faite férieufement à LouisXIH .
Ce Prince fut frappé , dit on , de l'injuſtice de
l'esclavage des Noirs ; il craignit qu'on n'en
tirât un jour des conféquences funeftes pour
la liberté des Blancs , parce qu'il fentoit bien
que fi une partie de l'efpèce humaine avoit
le droit de réduire l'autre en fervitude
uniquement parce qu'elle étoit la plus foible ,
celle - ci auroit néceffairement le même
droit fur la première , lorfque les circonftances
lui donneroient les moyens de l'exercer.
Louis XIII , en raisonnant ainsi , ne
DE FRANCE. 11
fongeoit point à la différence des couleurs ;
mais on lui fit obferver que l'efclavage des
Noirs n'influeroit jamais fur la liberté des
Blancs , parce que » la Nature avoit gravé
» un caractère ineffaçable fur le corps des
» Africains , pour en faire une Nation dif-
ود
رد
tinde & féparée des autres habitans de
" la terre ". Louis XIII fut raffuré , & il
donna à l'esclavage l'autorifation qu'on lui
demandoit.
On ne peut donc nier que la couleur
des Noirs n'ait été une des caufes de cette
étrange inftitution que le délire de la cupidité
a perpétuée jufqu'à nos jours , contre
tous les droits de la Nature , contre tous
les principes de la morale Chrétienne , & les
Ordonnances du Royaume , qui déclarent
que les hommes font libres & francs par
nature ( 1 ).
La raifon & l'éloquence ont depuis longtemps
réuni toutes leurs forces contre cet
attentat aux premières & aux plus faintes
Loix de l'humanité. Depuis long - temps
elles exhortent les Peuples de l'Europe
au nom de leur devoir , de leur honneur ,
de leurs intérêts les plus chers , à s'occuper
du fort de leurs malheureux Eiclaves , à
chercher les moyens de leur rendre cette
liberté qu'ils n'ont jamais dû perdre , à
effacer enfin de tous les Codes mercantilles
les traces de cet indigne trafic , que repouf-
( 1 ) Ordonnances de 1314 & 1315 .
A 6
F2
MERCURE
}
*
fent avec horreur & les lumières dont ils
s'environnent , & cet efprit général de juſticė
& de douceur dont ils s'enorgueilliffent ;.
mais l'efclavage des Noirs a eu , jufque dans
ces derniers temps , des Apologiftes trop
Hombreux & trop puiffans , pour que ces
réclamations aient pu en arrêter les progrès.
Tandis que des hommes juftes & fenfibles ,
dont quelques - uns avoient été témoins , fur
les côtes d'Afrique & dans le Nouveau-
Monde, de ce fpectacle de dégradation , de
douleur , & de mort , ofoient élever la voix
en faveur de humanité fouffrante & avilie
on voyoit d'autres hommes , étrangers à
toute juftice , à toute vertu , s'affembler autour
d'eux , & les entourer de toute leur
influence comme d'une barrière infurmontable.
Ils appeloient leurs récis de ridicules
exagérations; ils difoient aux hommes d'E
tar qu'il falloit fe défier du zèle de ces dé
clamateurs , & de leurs vains & funeftes
projets de liberté . Ils répétoient, ils faifoient
imprimer , que les défenfeurs des droits des
hommes étoient des efprits chimériques ,
& que le plus für moyen de renverfer les
Empires , étoit de les foumettre aux Loix
de la juftice & de la raison.
Enfin , ces efprits chimériques font parwenus
, à force de conftance & de zèle ,
à faire entendre leur voix . L'opinion publique
, cette puiffance fouveraine de la
terre, qui prend fous fa garde & fait triompher
toutes les vérités qu'elle a fenties ,
DE FRANCE. 13
Popinion publique s'eft élevée à côté d'eux ;
elle a répété leurs plaintes avec plus de
force & d'éclat , elle a ordonné la profcription
de l'esclavage.
Déjà , depuis la révolution , preſque tous
les Etats- Unis d'Amérique , perfuadés que
les moindres traces de fervitude déshonorent
le Peuple qui le premier a déclaré que tous
les hommes naiffent libres & égaux , ont commencé
par défendre l'importation de nou
veaux Efclaves. La Penfilvanie a de plus fair
une Loi pour déclarer libres tous les Nègres
qui naîtront après fa promulgation , & les
Citoyens les plus éclairés de ces différens
Etats s'occupent chaque jour des moyens
d'opérer un affranchiffement graduel .
Le Gouvernement Anglois , qui avoit
toujours empêché fes anciennes Colonies
de fupprimer cet infame commerce , ou
d'en modérer les effets , vient de voir fe
former à Londres une Société pour l'aboy
lition de la traite & de l'efclavage. Cette
Société , préfidée par M. Grauville Sharp ,
qui depuis vingt ans défend dans le public
& dans les Tribunaux la liberté des Nègres ;
eette Société compte déjà des milliers de
foufcripteurs , & parmi cux des Membres
des deux Chambres & même des Miniftres.
A la follicitation du Comité de Londres ,
il s'eft établi à Paris une Société , dont l'objer
unique eft de concourir avec celle d'A
mérique & d'Angleterre à l'abolition de la
traite & de l'efclavage
14
MERCURE "
Ainfi , d'un bout de la Terre à l'autre
tous les gens de bien , tous les efprits éclairés
s'affemblent pour confonimer cette
oeuvre de juice & de miféricorde. Ah !
fans doute , l'efclavage fera détruit , les
malheureufes victimes de l'avarice Européenne
front rendues à la Nature & à là
liberté , les Nègres redeviendront des hommes
, puifqu'il eft enfin permis de les dé
fendre publiquement & de repouffer les
calonnies & les fophifmes de leurs enne
mis. f
Lorfque les défenfeurs des Nègres par
lent des droits de l'homme , on leur oppofe
les intérêts du commerce : ils répondent
que rien d'injufte ne peut être utile ; que
démontrer l'injufice d'une action , c'eft en
prouver l'inutilité & le danger ; que les
véritables intérêts du commerce ne peuvent
être contraires aux intérêts de l'humanité3
& alors ceux d'entre leurs adverfaires qui
font forcés , du moins pour leur honneur ,
de convenir de ce principe , objectent l'impoffibilité
de changer l'état actuel des chofest
C'est dans cette dernière allégation que
fe font renfermés les modernes Apologiftes
de l'efclavage des Noirs , en qui l'avarice
n'a pas étouffé l'ufage de la raifon ; c'eft
donc là comme dans leur dernier retranchement
, qu'il faut aller combattre aujour
d'hui les partifans de l'efclavage . Quelques
bons Ecrits publiés en France , un plus grand
nombre publié en Amérique & en AnDE
FRANCE. 13
gleterre , ont déjà indiqué différens moyens
plus ou moins puiffans , plus ou moins faciles
d'opérer par degrés la deftruction de
lefclavage , fans compromettre les intérêts
de la liberté , & fans renoncer aux poffefhons
qui en ont juſqu'aujourd'hui exigé le
facrifice.
}
Tel eft principalement l'objet de l'Ouvrage
que nous annonçons cet Ouvrage
-eft très court , & cependant il renferme
toutes les objections fpécienfes qu'on a
élevées contre la liberté des Noirs , &
les différentes efpèces de railonnemens &
même de faits qu'une raifon fupérieure
une ame énergiques& un efprit d'humanité
très éclairé peuvent leur oppofer. Nous n'écarrerons
point le voile dont l'Auteur de
ce Livre a cru devoir fe couvrir , nous nous
contenterons d'obſerver que la défenſe des
Noirs appartenoit fur- tour à tin des Philafophes
de l'Europe qui ont défendu le plus
fouvent & avec le plus de courage de
conftance & de zèle , les intérêts de la liberté
générale & les drous de la raifon.
L'Auteur traite d'abord la queftion de
l'esclavage des Nègres d'après les principes
de la juftice . Acheter un homme , le vendre
, le réduire en fervitude , ly retenir ,
c'eft , felon lui , commettre de véritables
crimes , & des crimes pires que le vol. Il
réfute les raifons dont on fe fert pour excufer
cet efclavage ; il dit qu'il n'eft
prouvé , qu'il n'eft pas même vraisemblable
pas
FG MERCUREG
que les Nègres achetés en Afrique , foieint
des criminels condamnés au dernier fupplice
, ou des prifonniers de guerre , qui
feroient mis à mort s'ils n'étoient achetés
par les Européens. » C'est au contraire ,
ajoute -t-il , l'infame conmmerce des brigands
d'Europe , qui fait naître entre les Africains
des guerres prefque continuelles , dont
Funique motif eft le défir de faire des prifonniers
pour les vendte. Souvent les Eu
ropéens eux -mêmes fomentent ces guerres
par leur argent ou pat leurs intrigues , en
forte qu'ils font coupables , non feulement
du crime de réduire des hommes en efclavage,
mais encore des tous les meurtres
commis en Afrique pour préparer ce crime.
Ils ont l'art perfide d'exciter la cupidité &
les paffions des Africains , d'engager le père
à livrer fes enfans , le frère à trahir fon
frère , le Prince à vendre fes fujets. Ils ont
donné à ce malheureux Peuple le goût def
tructeur des liqueurs fortes ; ils lui ont
communiqué ce poifon qui , caché dans
les forêts de l'Amérique , eft devenu , grace
l'active avidité des Européens , un des
fléaux de ce globe; & ils ofent encore parler
-d'humanité !
Il eft donc du devoir du Législateur de
réparer cette injuftice . » Ce devoir eft abfolu
en lui- même , dir l'Aureur ; mais il eft
des circonftances où la morale exige feulement
la volonté de le remplir , & laille
à la prudence le choix des moyens & du
DE FRANCE.
temps. Ainfi , dans la réparation d'une injuſtice
, le Législateur peut avoir égard aux
intérêts de celui qui a fouffert l'injuftice ,
& cet intérêt peur exiger , dans la manière
de la réparer , des précautions qui entraî
neut des délais. Il faut avoir égard auffi à
la tranquillité publique ; & les mesures néceffaires
pour la conferver , peuvent deman
der qu'on fufpende les opérations les plus
utiles ".
Après avoir démontré , fous tous fes
rapports , l'injuſtice de l'efclavage des Nègres
, l'Auteur prouve que cet esclavage eſt
contraire aux intérêts du Commerce.
On prétend que les Nègres font néceffaires
pour la culture de la canne du fucre ,
de l'indigo , du café , des épiceries. Ces cul
tures , dit - on , exigent de grands ateliers ,
des établiffemens confidérables , un grand
concours de perfonnes . » Il eft auffi ridicule
de foutenir qu'en Amérique on ne
peut avoir de fucre ou d'indigo que dans
de grands établiffemens formés avec des
efclaves , qu'il l'auroit été, il y a dix- huit
fiècles, de prétendre que l'Italie cefferoit de
produire du blé , du vin, ou de l'huile ,
fi l'esclavage y étoit aboli . Il n'eft pas plus
néceffaire que le moulin à fucre appartienne
au propriétaire du terrein , qu'il ne l'eft
que le preffoir appartienne au propriétaire
de la vigne , ou le four au propriétaire du
champ de blé. Au contraire , en général
dans toute efpèce de culture comme dans
18 MERCURE
toute efpèce d'Art , plus le travail fe divife ,
plus les produits augmentent & fe perfectionnent.
Ainfi , bien loin qu'il foit utile
que le fucre foit formé fous la direction de
ceux qui ont planté la canne , il feroit plus
utile que la canne fût achetée du propriétaire
par des hommes dont le métier feroit
de fabriquer le fucre «.
Mais quand même les Nègres feroient
néceflaires pour cette efpèce de culture ,
s'enfuivroit il qu'il fûr néceffaire d'employer
des Nègres eſclaves ? » Il eſt certain
que la culture par des Nègres libres ,
loin de nuire ni à la quantité ni à la quafité
des denrées , contribueroit à augmenter
l'une en perfectionnant l'autre. - Le
préjugé contraire a été accrédité par les
Colons , & peut être de bonne foi. La rais
fon en eft funple. Ils n'ont pas diftingué le
produit réel du produit net. En effet , faites
cultiver par des efclaves ; le produit net
fera plus grand , parce qu'ils ne vous en
coutera en frais de culture que le moins
qu'il eft poflible. Vous ne donnerez à vos
efclaves que la nourriture néceffaire ; yous
choifirez la plus commune & la moins
chère ; ils n'auront qu'une hutte pour maifon
; à peine leur donnerez- vous un habillement
groffier. Le Journalier de plus
preffé d'ouvrage exigeroit un falaire plus
fort. D'ailleurs un Journalier veut tantôt
gagner plus , pour former quelque capital ;
tantôt il veut le réferver du temps , pour fe
DE FRANCE. 59
1.
divertir s'il emploie routes fes forces ,
il faut que votre argent le dédommage de
ce qu'il n'a pas fuccombé à la parelle.
Avec des efclaves vous employez les coups
de baron , ce qui eft moins cher. Dans la
culture libre , c'est la concurrence réciproque
des Propriétaires & des Ouvriers qui
fixe le prix . Dans la culture efclave , le
prix dépend abfolument de l'avidité du Propriétaire.
Mais auth , dans la culture efclave ,
le produit brut eft plus foible , & au contraire
le produit brut fera plus confidérable
dans la culture libre. Ce n'eft donc pas
l'intérêt d'augmentation de culture qui fait
prendre la defenfe de l'efclavage des Nègres
; c'est l'intérêt d'augmentation de revenu
pour les Colons. Ce n'eft pas l'intérêt
patriotique plus ou moins fondé , c'est tout
fimplement l'avarice & la barbarie des Fropriétaires.
La deftruction de l'efclavage ne
ruineroit ni les Colonies ni le Commerce ,
elle rendroit les Colonies plus florillantes,
elle augmenteroit le Commerce ".:
Les Loix de la Juftice & les intérêts da
Commerce follicitent donc également la
deftruction de l'efclavage des Nègres. Mais
les Maîtres peuvent- ils exiger . quelque dédommagement
? Comme dans tout le cours
de fon Ouvrage , l'Auteur compare le vol
avec l'action de réduire en fervitude , il
n'eft pas difficile de deviner fa réponſe. ;
Mais quels font les moyens d'exécuter cet
acte de Juftice & d'intérêt général : Une
20 MERCURE
Loi d'affranchiffement eft d'abord le premier
& le feul parti rigoureufement jufte , qui
fe préfente aux yeux des amis de la tiberté.
Mais cet affranchiffement exigeroit
rant de dépenfes , tant de préparatifs , tant ,
de conditions peut être inpoffibles à obitenir
, foit des hommes , foit des chofes
que l'adopter tout d'un coup ce feroit faire
naître une foule de défordres , & s'expofer
au rifque de prolonger pendant plufieurs
fiècles l'efclavage des Nègres.
Il faut donc chercher d'autres moyens
qui puiffent en ce moment adoucir l'état
des Nègres , & procurer la deftruction entière
de l'efclavage à une époque fixe &
-peu éloignée. » Si nous les propofons ,
dir l'Auteur , c'eft en gémiflant fur cette
efpèce de confentement forcés que nous
donnons pour un temps à l'injustice , &
en proteftant que c'est la crainte feule de
voir traité l'affranchiffement général comme
un projet chimérique , par la plupart des
Politiques , qui nous fait confentir à propofer
ces moyens ".
Le premier et l'abolition de la traite des
Negres , & la prohibition d'importer de
nouveaux Efclaves . :
Le fecond feroit l'affranchiffement des
Nègres qui naiffent dans les habitations , &
qu'on ne peut avoir aucun prétexte de foumettre
à l'efclavage . Mais cette Loi jufte ,
dictéc par l'humanité , pourroit inſpirer à
quelque Maître des actes de violence &
DE FRANCE.
de barbarie qu'il eft de la prudence du
Législateur de prévenir, L'Auteur propoſe
en conféquence de n'affranchir les Nègres
à naître , que lorsqu'ils auront atteint l'âge
de trente cinq ans. A cette époque , le Maître
fera obligé de leur avancer les vivres ,
l'entretien pour fix mois , & une penfion
alimentaire pour la vie , s'ils font eſtropiés
ou hors d'état de travailler . Il voudroit encore
qu'on déclarât libres à quarante ans
les Nègres qui auroient moins de quinze
ans , au moment de la publication de la
Loi ; & que ceux qui auroient plus de
quinze ans à cette époque , euffent le choix ,
à l'âge de cinquante ans , ou de rester chez
leur Maître , ou d'entrer dans un établif
fement public , dans lequel ils feroient
nourris au moyen d'une penfion que leur
Maître feroit obligé de leur faire , & qu'il
leur doit en vertu du droit de la Nature ;
& indépendamment de toute Loi. Ce projet
eft accompagné de quelques difpofitions
particulières , qui ont pour objet de prévo
nir les injuftices , dont des Maitres inhu
mains pourroient fe rendre coupables pour
arrêter les effets de la liberté , ou les rendre
funeftes à ceux qui doivent la recouvrer.
" Cette Légiflation n'auroit aucun des
inconvéniens qu'on fuppofe toujours aux
changemens trop brufques , puifque les af
franchiffements ne fe feroient que peu à
peu. Elle donneroit à la fois aux Colons
le temps de changer infenfiblement leur
22
MERGURE
-
méthode de cultiver , de fe procurer les
moyens de faire exploiter leurs terres , foit
par des Blancs , foit par des Noirs libres ; &
au Gouvernement , celui de changer le ſyſtême
de la Police & de la Légiflation des Co- ›
lonies . Il en résulteroit qu'en portant à.
cinquante ans le terme de la fécondité des "
Négreffes , & à foixante- cinq celui de la
vie des Nègres , il ne refteroit plus aucun
efclave dans les Colonies au bout de foixantedix
ans ; que la claffe des Nègres efclaves
pour leur vie , finiroit au bout de cinquante
; qu'à cette époque même , celle des
Nègres engagés feroit peu nombreuſe ;
qu'enfin , après trente-cinq à quarante ans
le nombre des Nègres efclaves feroit prefque
anéanti , & même celui des Nègres engagés
dans l'esclavage pour un temps , réduit
tout au plus au quart du nombre actuel
Quel fera l'état de la culture après la
deftruction de l'esclavage ? L'Auteur confidère
féparément la culture par les Nègres
libres , & la culture par les Blancs. Quant
au premier objet , on affermeroit aux Nègres
comme à des Colons libres, les mêmes terres ,
qui leur étant abandonnées aujourd'hui pour
leur nourriture , font très-mal cultivées . La
manière d'exploiter les terres changeroit à
l'avantage du Propriétaire , qui n'étant plus
obligé de faire valoir par lui - même , ne
fupporteroit plus les dépenfes & les embarras
attachés à l'exploitation actuelle . Le
3
DE FRANCE. 2g
revenu du Propriétaire augmenteroit avec
les progrès de la culture & de la fabrication
des denrées, Les habitations étant divifées ,
affermées & aliénées par parties , il en réfulteroit
un grand bien pour les familles
des Colons , & un meilleur emploi des ter
reins.
Quant au fecond objet , c'est-à- dire , la
culture par les Blancs, les Colons pourroient
établir fur leurs habitations des familles
blanches , moyennant des engagemens femblables
à ceux qui fe font dans les Etats-
Unis d'Amérique, Les Gouvernemens à qui
il refte encore des terreins dont ils peuvent
difpofer , y établiroient des familles de
Blancs , entre lefquelles ils diviferoient ces
terreins. La France , l'Angleterre & la
Hollande pourroient permettre aux Juifs
la France pourroit de plus permettre aux
Proteftans d'acquérir des habitations où ils
jouiroient de l'exercice libre de leur Religion
, à condition que les cent hommes
Blancs ou Noirs, qui compoferoient chaque
canton d'habitation , feroient libres.
>
Après avoir indiqué les moyens de réta
blir par degrés la liberté des Noirs , l'Auteur
répond à quelques raifonnemens des partifans
de l'esclavage , & montre la faufferé
des affertions fur lefquelles ils fe font toujours
appuyés pour perpétuer ce fyftême
d'injuftice , & arrêter les intentions bienfaifantes
des Gouvernemens,
Cet Ouvrage eft accompagné de notes qui
24 MERCURE
développent ou juftifient les faits & les
principes établis dans le texte. Dans une de
ces notes , l'Auteur , parlant d'un Miniftre ,
qu'un Négociant prioit de vouloir bien
donner fon nom à un vaiffeau deftiné à la
traite des Nègres , & dont il eft aifé d'ima
giner la réponſe , rend hommage à la mémoire
de cet homme immortel , qui aima
le peuple & en fut aimé , qui n'eut pour
ennemis que les ennemis du peuple , &
dont le nom augufte , confacré par la voix
publique , mérite de vivre éternellement dans
le fouvenir des hommes , pour leur retracer
toutes les vertus , toutes les lumières ,
tous les fentimens bons , juftes & courageax
, dont la Nature humaine eft fufccptible.
Cet éloge , tracé par les mains de l'amitié
, comme une efquiffe rapide du monument
plus impofant qu'elle lui deftinoit ,
n'eft que l'expreffion d'une juſtice exacte
& d'une admiration éclairée .
>
Des Ouvrages où l'on faifoit l'apologie de
la liberté des Noirs , ont été autrefois dédiés à
des hommes chargés de l'adminiftration publique.
Celui - ci eft dédié aux Nègres efclaves
: puiffe le nom de leur généreux ami parvenir
un jour juſqu'à eux ! puiffent ils ар-
prendre que , parmi ces Blancs qu'ils déteftent
& qu'ils méprifent , ils ont aujourd'hui
autant de défenfeurs qu'il exifte d'hommes
éclairés & vertueux ! puiffent-ils être
inftruits que tous les dépofitaires de l'autorité
publique en Europe , que tous les
hommes
DE FRANCE. 25
hommes d'Etat fe font émus au récit de
leur infortune , qu'ils appellent, ou laiffent
enfin arriver autour d'eux les lumières que
l'humanité & la prudence follicitent pour
adoucir leur fort & faire ceffer leurs douleurs
! Qu'ils fachent enfin qu'un ſentiment
nouveau de bienveillance & de pitié anime
aujourd'hui toutes les ames , & qu'on ne
diffère de confommer cet acte de juftice
que pour concilier avec plus de fuccès ,
& d'une manière plus durable , leurs droits
avec leurs intérêts . Sans doute alors , ils
nous pardonneront nos injuſtices pallées, en
faveur de l'aveu public que nous en faifons
aujourd'hui , & de nos efforts coaftans
& infatigables pour en tarir la four-
& ce retour tardif aux premiers dcvoirs
de l'humanité , expiera aux yeux de
ces hommes bons & fenfibles , les crimes
de notre infatiable cupidité , & les erreurs
de notre longue indifférence.
N° : 36. 6 Sept. 1789.
16 MERCURE
I
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE,
E 25 Août , l'Académie a tenu fa Séanee
publique de la Saint Louis , à laquelle ont af
fifté les Ambaffadeurs de Tipoo - Saïb. L'Eloge
de Louis XII , qui a remporté le Prix ,
a valu à fon Auteur , M. l'Abbé Noël ,
de juftes applaudiffemens . Le mérite de
l'ouvrage & l'intérêt du fujet ont été éga- .
lement fentis , & l'Orateur a lieureufement
profité du caractère de bonté de fon Héros ,
M. de Saint - Ange a obtenu le Prix
d'encouragement. L'Auteur de l'Importance
des Opinions religieufes ayant remporté celui
d'utilité , a demandé qu'il fût confacté
à un acte de bienfaifance , & l'Académie
l'a deftiné aux Cultivateurs que le fléau
de la dernière guerre a ruinés , dans l'Auvergne
, cette province étant la plus éloignée
des fecours.
Quant au Prix de vertu , il a été bien
juftement accordé à l'action héroïque de
Catherine Vaffen , qui eft venue le recevoir ,
DE FRANCE. 27
& dont la préfence a ajouté à l'intérêt de
la Séance (1) .
Le fujet du Prix de Poéfie , qui fera double .
l'année prochaine , eft l'Edit en faveur des
non Catholiques.
M. l'Abbé Raynal vient de fonder à perpétuité
uu nouveau Prix pour un Ouvrage
de Littérature. Le fujet que l'Académie propofe
pour l'année prochaine , eft un Dif
cours hiftorique fur le caractere & la politique
de Louis XI.
Après la lecture de l'Eloge de Louis XII ,
M. Gaillard a lu d'excellentes Réflexions
fur Vauban. Nous croyons qu'on nous faura
gré de placer ici ce morceau de Littérature
, qui fera agréable à tous nos Lecteurs ,
& utile à ceux qui veulent concourir pour
cer Eloge , dont le Prix eft encore remis.
(1 ) On trouvera dans le prochain Mercure le Procès-
verbal tel que l'a lu M. Gaillard , Directeur
de l'Académie . Il n'a paru nulle part ni aufh
compler , ai aufli exact.
B 2
28 MERCURE
DiscoURS prenoncé par M. GAILLARD.
MESSIEURS ,
Vous venez d'entendre l'Eloge d'un Roi
qui aima fon Peuple ( 1 ) ; puilliez - vous
entendre , l'année prochaine , celui d'un
Sujet qui , felon l'expreffion de M. de
Voltaire , a prouvé par fa conduite qu'il
pouvoit y avoir des Citoyens fous un Gouvernement
abfolu ! ce Sujet Citoyen même
à la Cour d'un grand Roi ,
C'eft celui dont la main raffermit nos remparts ,
C'eſt Vauban, c'eft l'ami des vertus & des Arts .
Son Eloge , propofé pour l'année 1787 ;
n'a point été couronné ; quelques Difcours
ont approché du but , nul n'a pu l'atteindre
; & c'est moins par défaut de talent
dans quelques uns des Auteurs , que par
de certains défauts de plan , dont l'Académie
a jugé qu'il étoit à propos qu'ils fuffent
avertis , parce que ces défauts femblent
tenir, en partie , à la nature du fujer.
Je m'explique.
Au nom du Maréchal de Vauban , on
fe repréfente d'abord tant de fiéges qu'il a
(1) L'Eloge de Louis XII qui venoit d'être lu .
DE FRANCE. 29
dirigés , tant de places qu'il a fortifiées ;
on fonge à l'Ingénieur fublime qui a renouvelé
ou créé fon Art : cette idée principale
abforbe ou affoiblit les autres idées ,
elle devient l'objet dominant de l'Ouvrage ;
toutes les autres parties lui font facrifiées
ou trop fubordonnées ; de là un premier
défaut général de proportion & d'équilibre ,
une répartition inégale des talens de l'Ingénieur
& des vertus du Citoyen ,
Un autre inconvénient plus confidérable ,
c'eſt que cet objet dont on a fait la principale
partie de l'Eloge de Vauban , a plus de
rapport à l'inftruction qu'à l'éloquence ;
mais ici l'inſtruction ne devoit pas être au
premier rang ; ce n'étoit point un Cours
de Tactique ou un Traité de fortifications
qu'on demandoit. Malheur, en général , aux
Traités dans un Difcours oratoire , fur-tout
s'il s'agit d'une Science ou d'un Art dont
les principes & les termes ne foient pas
familiers au plus grand nombre des Auditeurs.
Le Difcours qui a le plus approché
du Prix eft trop favant, en un mot ; nous
lui faifons , fans peine, un reproche effentiellement
mêlé de louange.
Comment & jufqu'à quel point peut- on
fe permettre les détails dans un Difcours
oratoire , fur-tout les détails qui tiennent à
une Science ou à un Art ? En général , ils
ralentiffent les mouvemens de l'éloquence.
Dans tout Ouvrage , craignons les détails
qui n'inftruifent pas ; dans le genre ora-
B 3
30 MERCURE
1
toire , défions nous même de ceux qui inftruifent
, s'ils inftruifent froidement & méthodiquement
, s'ils ne parlent qu'à l'efprit
fans rien dire à l'ame ; l'éloquence ne vit
que d'images & de mouvemens.
fi L'inconvénient eft encore plus grand ,
les détails ont de l'obfcurité ou par leur
nature , ou par la faute de l'Orateur ; c'eft
le cas du précepte d'Horace , d'abandonner
ce qu'on défefpère d'éclaircir ( 1 ) .
Le mérite fuprême de Fontenelle eft
d'avoir rendu les Sciences , pour ainsi dire ,
populaires, d'avoir fu , à force d'agrément ,
de clarté , de lumière , acquérir le droit
d'inftruire des perfonnes qui , avant lui ,
n'afpiroient pas même à l'inftruction ; mais
voyez comme il craint d'abufer de ce droit
d'inftruire. Dans fon Eloge de Vauban ,
quelle prudente fobriété de favoir ! On y
trouve à peine un terme d'art , il ne prend
de ce que tout le monde n'entend pas , que
ee qu'il peut faire entendre à tout le monde,
des précis , des réſultats .
S'il a craint les détails favans jufque dans
un Eloge hiftorique , genre plus fimple &
plus analogue à l'inftruction , combien ne
doit-on pas les craindre dans le genre oratoire
! Il femble qu'ils n'y doivent être admis
que transformés , s'il eft poffible , en
(1 ) ...
Et
qua
Desperat tractata nitefcere poffe , relinquit.
DE FRANCE. 31
images ou en mouvemens , ou qu'entremêlés
avec ces formes oratoires , de m
nière que ce foient celles -ci qui dominent.
Si l'Eloge de Vauban annonce des déta is
de fiéges , l'Eloge du grand Condé préparoit
à des détails de batailles ; mais Boffuet
maîtriſe fon fjet comme il maîtriſoit la
Langue , & fon génie s'affranchit de toute
entrave ; les détails militaires difparoiffent ,
tout devient image & mouvement. Sl
peint Condé au milieu des feux de Rocroy :
Le voyez vous , s'écric-t-il , comme il
vole ou à la victoire ou à la mort « ? "3
Ne voyez-vous pas vous- mêmes dans ce
mouvement rapide , l'impétuofité audacieuſe
& fublime de Condé ? Ne voyez - vous pas
ces illuminations foudaines , par lesquelles
Boffuet caractérife ailleurs le génie guerrier
de ce Héros ? Ne voyez- vous pas Boffuet
& Condé peints tous deux par cette
feule expreffion , ces illuminations foudaines
, & de combien de détails une expreffion
fi heureuſe ne difpenfe t- elle pas ?
Si pourtant il s'en permet quelques- tins ,
ce font toujours ceux qui peignent , ceux
qu'on voit , & auxquels on eft , pour ainfi
dire , préfent. » C'eft cette redoutable in-
» fanterie de l'armée d'Espagne , dont les
" gros bataillons ferrés , femblables à au-
» tant de tours , demeuroient inébranla-
"
bles au milieu de tout le refte en dé-
" route , & lançoient des feux de toutes
" parts ".
B 4
32
MERCURE
.33
C'eft ce valeureux Comte de Fontaines
qu'on voyoit porté dans fa chaile , montrer
, malgré les infirmités , qu'une ame
» guerrière cft maitreffe du corps qu'elle
"3
ور
anime «.
ود
. C'eft Condé vainqueur arrêtant le carnage
& fauvant les reftes de cette infanterie
Espagnole ; »> Condé dont la victoire
» avoit relevé la haute contenance , & à
qui la clémence ajouteit de nouvelles
» graces «,
Peignez donc ainfi à grands traits ; peu de
détails , & des détails toujours choifis , toujours
pittorefques.
Je vois dans cette Affemblée les modèles
que je voudrois vous propoſer pour l'Eloge.
oratoire ; mais ne parlons que de ceux qui
ne font plus. Si l'Orateur que nous avons
vu le premier courir de victoire en victoire
dans cette carrière à peine encore ouverte ,
fi M. Thomas , dans l'Eloge de Descartes
& dans quelques autres , paroît fe livrer
avec complaifance aux détails de fon fujet
, il a toujours foin de les interrompre
ści par un mouvement oratoire , là par des
comparaifons & des images , ailleurs par
une réflexion philofophique . Si , par exemple
, l'Eloge de Sully l'engage dans des détails
économiques , auxquels les conjonctures
attachoient dès-lors un grand intérêt
il excite d'abord cet intérêt par une exclamation
pathétique qui femble lui échapper
au nom facré de l'économie , & qui en
DE FRANCE. 33
même temps qu'elle frappe comme un trait
de fentiment , eft une préparation adroite
aux détails qui vont fuivre.
Et dans ces détails même , il peint la diffipation
des Finances par une comparaifon
brillante & poétique ; il fait de la déſolation
des campagnes un tableau touchant
trop applicable aux calamités de ce 13 Juillet
, jour défaftreux , jour effroyable , mais
qui aura fourni à la fenfibilité généreufe,
de cette Nation une grande occafion de
s'exercer , & un grand mal à réparer.
"
Il finit par une apologie des détails qu'il
a employés. Ce foin de les préparer , de
les orner, de les juftifier après coup , montre
la manière d'en faire ufage , & en prouve
en même temps le danger.
Nous n'avons pu ici qu'indiquer aux Auteurs
quelques défauts à éviter. Quant aux
beautés , ils les trouveront dans le fujet
même , Vauban infpirera fes Panégyriftes.
Le grand Artifte qui éleva dans Londres
ce Temple réputé, pour la magnificence , le
fecond de la Chrétienté , repole dans l'encinte
de ce vafte édifice , ouvrage de fes
mains : Cherchez -vous , dit l'infcription ,
» un monument qui confacre fa gloire ?
» ouvrez les yeux , & regardez autour de
» vous "
Panégyriftes de Vauban , cherchez - vous
fes titres de gloire parcourez nos frontières
; voyez de toutes parts ces grands monumens
, ces gages de fûreté , de pro-
BS
34
MERCURE
ection , de confervation , à l'ombre def
quels les Peuples heureux jouiffent , au
milieu de la guerre , de toutes les deuceurs
de la paix. Voyez ces innombrables
& puiffantes barrières oppofées à l'ambition
, à la haine , à la jaloufie , défendant
le Citoyen , menaçant l'Etranger , repouffant
F'ennemi , fe prêtant des fecours mutuels :
quelle intelligence fupérieure , quelle ingénieufe
bienfaifance en a combiné les rapports
, en a varié le plan & la forme d'après
les différences du fite , la nature diverfe
du terrein , le voifinage des mers ou
des fleuves , l'inégalité des montagnes , l'uniformité
des plaines ?
A la vue de tant de grandeur , de fageffe
& d'utilité , un Souverain , ennemi de la
France , obfervant la frontière de ce Royaume
pour y chercher un endroit foible , &
n'en trouvant point, s'écrioit , faifi , malgré
lui , d'admiration & de refpect : Se peutil
qu'un feul Roi , avec le fecours d'un
feul homme , ait exécuté tant d'étonnans .
ور
ا ل و
» travaux « !
Hélas ! ces monumens fi impofans , &
qu'on pouvoit croire fuperflus dans les
beaux jours de notre grandeur & de notre
gloire , ce n'étoit pas une vaine prévoyance
qui les avoit élevés , ils devoient être notre
dernière reffource dans ces temps malheureux
que le Ciel fembloit avoir marqués
pour terme à la puiffance de Louis XIV
mais qui procurèrent à cette grande ame la
DE FRANCE.
35
gloire nouvelle de foutenir mieux l'épreuve
des revers , qu'elle n'avoit foutenu celle des
fuccès. Vauban n'étoit plus ; tout cédoit à
l'afcendant vainqueur d'Eugène & de Marlborough
; Vauban n'étoit plus ; mais Lille,
ouvrage de fes mains , Lille autrefois fon
gouvernement, arrêta, pendant quatre mois,
ce torrent prêt à inonder la France ; &
quand il fut donné à Louis XIV de refpirer
enfin après tant de difgraces , quand la
Fortune , laffe de nous accabler , revint ſeconder
nos armes , ce fut Landrecy qui , par
fa réfiſtance , ramena fous nos drapeaux la
victoire égarée ; Landrecy , foible & der-,
nier refte de tant de barrières dont Vauban
nous avoit entourés ! Il n'étoit plus , & du
fond de fon tombeau il fauvoit encore la
France , il infpiroit Villars , il partageoit
l'honneur de la victoire de Denain.
Moins grand encore peut-être dans l'art
de fortifier les places , que dans l'art de les
attaquer & de les réduire avec la moindre
perte poffible , l'humanité même applaudit
à fes triomphes . Dérober à la guerre des
victimes , ménager le fang , fauver les hommes
, voilà l'étude continuelle de Vauban ,
le chef- d'oeuvre de fon art , la feule gloire
chère à fon coeur. Tous fes foins , toutes
fes inventions , toute fon induftrie n'ont
pas d'autre bur ; c'eft fur tout ce caractère
de confervateur des hommes qui diftingue
Vauban des autres Guerriers , & c'eft furour
ce caractère qu'il faut peindre.
B. 6
36
MERCURE
Mais fez à Vauban fes talens , fes travaux
, fes fortifications , fes fiéges , fes bleffures
, fes victoires , il lui reftera fes vertus,
fes vertus de Citoyen ; il lui restera tout ce
qu'il a propofé pour le bonheur de l'Etat ,
tout ce qu'il a écrit pour la défenfe & le
foulagement en tout genre , du foible , du
pauvre , du malheureux , de l'opprimé.
Simple particulier , il lui reftera la gloire
d'avoir fait ou projeté plus de bien que de
grands Potentats n'ont fait même de mal.
Dans ce caractère général de Citoyen , il
eft encore des traits particuliers qu'il faut
faifir , & dont l'éloquence pourroit tirer un
grand parti . Il eft de ces mots qui peignent
l'ame , tel que celui - ci , au fujet des bienfaits
qu'il aimoit à répandre fur les Militaires
ruinés au fervice , ou maltraités d'ailleurs
par le fort : » N'eft- il pas jufte que je
» leur reftitue ce que je reçois de trop de
» la bonté du Roi « ?
Il eft des actions qui peignent encore
mieux.
Vauban ne connoiffant de grandeur &
de dignité que de fervir & d'être utile , refufa
longtemps d'être élevé aux honneurs
fuprêmes de la guerre ; il prévoyoit que par
une de ces contradictions qui gouvernent
le monde , un grade de plus , c'eft-à dire
une obligation de plus d'employer tous fes
talens au fervice de la Patrie , condamneroit
fes talens à l'inaction , & qu'il y auroit
des fervices & des fuccès qu'on trouveroit
›
DE FRANCE. 37
و ر
au deffous de fa dignité. Il n'eut pas la fatisfaction
de s'être trompé ; après qu'il eut
enfin confenti d'être fait Maréchal de France,
il demanda de fervir comme Ingénieur fous
La Feuillade au fiége de Turin : Je laifferai
, dit-il , le bâton de Maréchal à la
" porte , & je le reprendrai quand nous fe-
" rons dans la place ". Chamillard , beanpère
de La Feuillade , fit rejeter l'offre de
Vauban, pour que fon gendre eût feul l'honneur
de la prife deTurin , qu'on croyoit avoir
affurée à force de dépenfes , & pour la
quelle on avoit efpéré pouvoir le paffer de
talens l'évènement répondit à de telles
vûes ; des ordres de Verfailles enchaînant la
valeur des François dans leur camp devant
Turin , ce camp fut forcé, Turin délivré ,
les François chaffés de l'Italie. Tel étoit fouvent
alors le fort de la France privée des
fecours de Vauban.
:
Un dernier trait particulier de fon caractère
, que fes Panégyriftes ne négligeront
pas fans doute , c'eft un genre de courage
qui manquoit à prefque tous les Héros de
fon temps , celui d'ofer dire la vérité . Vauban
étoit courageux à Verfailles , comme
dans les camps , il avoit pour la vérité ,
dit Fontenelle , une paffion preſque im-
» prudente & incapable de ménagement ".
Ah ! que ce noble devoir de dire la vérité
aux Rois, foit du moins rempli par ceux qui
ont bien fervi l'Etat , que ce foit leur droit
& leur récompenfe ! Tel a prodigué fon
ود
38
MERCURE
fang dans les combats , qui jamais à la Cour
n'a ofé rifquer de déplaire :
Cher ami , ne crains point ma colère ;
Quim'apprend mon devoir, eft trop sûr de me plaire
C'eft ainfi que parle Henri IV dans la
Henriade ; c'eft ainfi qu'il parloit & qu'il
agiffoit fur le Trône : les Sully , les Jeannin
n'avoient pas d'autre manière de lui
faire leur cour. Puiffe le Ciel graver un tel
fentiment dans l'ame de tous les Rois , &,
leur envoyer fouvent des Sully , des Jeannin
, des Vauban pour le fatisfaire !
VARIÉTÉS.
SCIENCES ET ARTS.
PANTOGRAPHE OCULAIRE.
CET Inftrument a été approuvé par l'Académie
des Sciences ; depuis il a été perfectionné & rendu
plus facile dans fes ufages par le Sicur Heillé ,
Mécanicien , au Palais Bourbon . Il a toutes les
propriétés des Inftrumens de cette espèce inventés
jufqu'à préfent , fans en avoir ni les inconvéniens
ni les difficultés . Il rapporte les objets dix fois
plus grands , & à la diftance de plufieurs lieues
fans foleil & en tout temps ; il décrit en perf-
,
DE FRANCE.
59
pective pratique ou linéaire tous les objets vus à
Phorizon , felon les règles de cette Science . Il
donne le plan géométral , à peu de chofes près ,
dans certaines pofitions de tous les objets élevés
à l'horizon , comme Bâtimens , Portraits , Plans ,
Statues , Vues en tous fens , &c . dans toute forte
de diminution . Il a par conféquent les ufages du
Pantographe ordinaire , de la chambre obfcure ,
& de tous les Inftrumens inventés jufqu'à ce jour.
Il ſervira auffi de Planchette , par laquelle on aura
les diftances des objets à l'Inftrument , & par ce
moyen toutes les proportions de ces mêmes objets
décrits en toifes , pieds & pouces , foit par
le calcul , foit par un compas de réduction inventé
par le même Auteur , comme on le fera
voir dans l'ufage de cet Inftrument.
On calquera donc la Nature , felon les règles
de la perfpective pratique , fans les connoître &
fans crainte de fe tromper ; on décrira des points
de vue graphiquement avec les objets qui y font
élevés , & cela avec la même facilité qu'un Ecrivain
conduiroit la main d'un Elève pour tracer
fur le papier toutes fortes d'écritures , &c . On
voit par cette analyfe , de quelle utilité il fera aux
Peintres , aux Deffinateurs , & à tous les Curieux ,
pour décrire toutes fortes de points de vue ,
d'une
Carte , d'une Contrée , d'un Port , d'une Ville ,
d'un Portrait , &c .
On propofe cet Inftrument par foufcription .
On s'adreffera au Père Touffaint de S. Marcel ,
Carme - Déchauffé , rue de Vaugirard ; & à M.
Heiflé , Mécanicien , au Palais Bourbon. On
fouferira jufqu'à la fin d'Octobre , & on délivrera
Inftrument un mois après.
On trouvera un plus grand détail de tous ces
ulages chez le premier , avec la certitude de tout
et qu'on a annoncé.
40 MERCUER
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 28 Août , on a joué pour la
première fois la Payfanne fuppofée , ou la
Fête de la Moiffon, Comédie en trois Actes
& en profe mêlée d'Ariettes.
M. de Clainville a époufé la jeune &
intéreffante Amélie. Il a d'abord beaucoup
aimé fa femme ; enfuite il a cédé au torrent
des mauvailes moeurs , il et enfin devenu
infidèle. Mme. de Clainville , retirée dans
une Terre éloignée de Paris , attend depuis
deux ans le retour de fon mari , quand elle
apprend qu'épris de la jeune Rofette , fille
de Thomas , l'un de fes Fermiers , il doit fe
rendre à la fête de la moiffon , fous le prétexte
de marier la petite perfonne ; mais en
effet pour la féduire , & pour obtenir de
fes parens trompés , la permiflion de l'emmener
à Paris. Elle écrit alors à fon mari ;"
qu'une maladie cruelle a changé tous fes
traits . Elle prend l'habit d'une Payfanne
vient trouver Thomas , le met au fait de
fes projets , l'engage à la faire paffer pour
fa nièce , & le charge , en quelque façon ,
DE FRANCE. 41
du foin de la rendre au bonheur . Thomas
répond avec beaucoup de zèle à la confiance
de Madame de Clainville. Il fe livre , en
apparence , à tous les défirs de fa femme
Mathurine , dont l'ambition eft de voir fa
fille devenir une grande Dame I laiffe
Rofette en proie aux fentimens de vanité
que cherche à lui communiquer ſa mère ,
& à ceux que fon amour lui infpire depuis
long- temps pour le payfan Lucas, dont elle
cft adorée. Il fe prête même à appuyer la
prétendue infidélité de Lucas , qui feint
d'être devenu amoureux de Julie ; c'eft le
nom fuppofé de Madame de Clainville..
Enfin M. de Clainville arrive . Il s'informe
de Rofette avec empreffement. Il parle à
Thomas des deffeins qu'il a formés pour la
rendre heureufe ; il eft très étonné de trouver
Thomas , comme il le dit , fort raiſonmable
, & il n'en peut concevoir la raiſon
car il s'attendoit à de grandes oppofitions
de fa part. Cependant Lucas eft au défef+
poir , & il vient trouver M. de Clainville
. Il lui peint avec beaucoup de chaleur
l'amour qu'il a pour Rofette , & il lui
infpire de l'intérêt : mais il faut favoir fi
Rofette aime Lucas. Elle arrive ; on la queftionne
, & elle avoue , malgré les menaces
de fa mère , que fon coeur eft tout à Lucas .
M. de Clainville eft piqué . A cet inftant
on entend la voix de la fauffe Julie qui
vient chercher Mathurine de la part de
Thomas . Le fon de cette voix , les traits de
42 MERCURE
la Payfanne fuppofée éveillent l'attention de
M. de Clainville qui , feul avec fa femme,
la reconnoît , lui parle comme s'il ne la
reconnoiffoit peint , & apprend avec raviffement
qu'il eft toujours aimé. Il avoue fes
torts , pardonne à Thomas fa fupercherie ;
& quand , lors de la fête de la moiſſon , tout
le village s'attend à voir M. de Clainville
couronnerRofette , il couronne la fauffe Julie
, qu'il fait reconnoître pour la Dame du
lieu , & il marie Rofette avec Lucas .
Cet Ouvrage étoit reçu depuis huit ans ;
ainfi il feroit ridicule de juger par lui du
talent que peut avoir actuellement fon Auteur.
Le temps des actions fimples & villageoifes
eft d'ailleurs paffé pour la Comédie
Italienne , & fi l'on n'y obtient plus aujourd'hui
de grands fuccès que par le fecours
des tableaux , des grands mouvemens &
des apperçus pittorefques , il étoit abfolument
impoffible d'y réuflir par une action
très- prolongée , très lente , & , chargée de
petits acceffoires qui éloignent fans ceffe la
donnée dramatique annoncée par le titre.
Tout l'intérêt de la Pièce portoit fur le
projet formé par Madame de Clainville
de ramener fon mari , & cet intérêt annoncé
au commencement du premier Acte ,
ne commence qu'à l'arrivée de M. de Clainville
, qui paroît pour la première fois à
la troifième Scène du troifième Acte : c'eftlà
une grande faute , une faute que l'on
peut appeler impardonnable. Que l'Auteur
DE FRANCE. 43
y réfléchiffe , & il verra que s'il eût introduit
M. de Clainville dans le fecond Acte ,
s'il eût mis en jeu le goût très vif qu'il eft
cenfé avoir pour Rofette , s'il cût fait obferver
tous les mouvemens par la fauffe
Julie , fi enfin il l'eût placé dans tout le
cours du fecond Acte , de manière qu'il
n'eût jamais vu fa femme d'affez près pour
la reconnoître , mais qu'il l'eût néanmoins
affez entrevue pour qu'elle lui donnât de
la curiofité , il eût pu tirer un grand parti
de ce perfonnage , & jeter dans fon action -
des fituations gaies & piquantes ; mais en
diftribuant , pour ainfi dire , fa marche en
deux parties , dont l'une eft toute nue &
l'autre toute larmoyante , il s'eft trompé
fur les effets qu'il vouloit produire , &
il n'a pas traité avec tous les avantages dont
il étoit fufceptible,, un fujet véritablement
propre à l'Opéra comique , tel qu'on le
conçoit aujourd'hui . On peut regretter que
FAuteur fe foit ainfi égaré fur fon noud
& fur fon dénouement , car fon expofition
eft claire & bien faite , & tout le premier
Acte eft dialogué & écrit d'une manière
aufli raifonnable que vraie. "
On ne peut pas diffimuler que cet Ouvrage
a été mal reçu , & qu'il ne méritoit
pas beaucoup de fuccès, mais quelque fo : blé
qu'il foit, étoit-il digne de la rigoureufe malignité
avec laquelle on l'a traité ? Il s'acheminoit
triftement vers fa fin , & cela n'avoit rien
defâcheux pour l'Auteur, quand un Monſieur,
44 MERCURE
vraisemblablement fort affligé de fe voir
entouré de gens raiſonnables , ou de clabaudeurs
timides , s'eft mis à crier dans le
fauffet de fa voix : Charmant ! & là- deffus.
voilà une troupe de rieurs qui fe laille
entraîner, qui crie , qui fiffle , qui tâche d'interrompre
le cours du 3e Acte . Quand nous
devrions exalter encore l'humeur de ces prétendus
Juges des talens , qui fe fcandalifent
de nos réflexions fur l'indécence de quelques
habitués de nos parterres , nous le redirons
& nous ne cefferons de le répéter , quand
on nous y contraindra : Il y a tout à la fois
de la lâcheté & de la barbarie , car elles fe
tiennent , à venir infulter obfcurément un
Auteur déjà trop humilié de n'avoir pas
réuffi ; & ce n'eft pas chez une Nation
qui fe dit polie , & qui fe croit éclairée , que
l'on devroit être ainfi perfécuté lorfque l'on
confacre fes veilles aux plaifirs du Public.
Qu'on ne dife pas qu'il eft tout naturel de
rencontrer de la honte dans une carrière
où l'on recherche de la gloire. De la gloite
dans le fuccès d'un Opéra comique ! S'il
exiftoit un Auteur qui fe fût flatté de trouver
là la gloire , il ne faudroit rien ajouter
au ridicule dont il fe couvriroit par une
femblable prétention ; il en auroit pour fa
vie & pour la poftérité. Le feul Ecrivain
qui ait mérité dans ce genre une grande
& jufte célébrité, c'eft M. Favart ; & cette
exception que nous faifons ici , eft un devoir
que nous aimons à remplir , un tribut de
1
45
DE FRANCE.
juftice dû à fes talens , qui auroient pu
prendre un effor plus élevé .
>
Ce qui a dû beaucoup furprendre les
Amateurs des Arts dans la rigueur avec
laquelle on a traité la Payfanne fuppofée ,
c'ett que fi la Pièce , qui nous paroit trèsfufceptible
d'être heureufement corrigée
eft aujourd'hui médiocre , la mufique en
eft excellente , & que le Muficien méritoit
fans doute de grands égards. Son
Ayle eft peut - être au deffus du ton qui
convenoit au genre de l'Ouvrage ; mais il
eft fort , her , & favant ; il annonce un
Compofiteur d'un très - grand mérite , dont
le faire et très- fupérieur , infiniment fupérieur
à celui de beaucoup de Muficiens à
grands fuccès. Il eût été à défirer qu'en faveur
de l'intérêt que fon talent doit infpirer
, on eût daigné laiffer à l'Ouvrage un
certain cours de repréſentations capables
de le faire fentir & goûter ; mais fi le Peuple
des fpectateurs a été infenfible au mérite
que M. Blafius a fait paroître , il peut s'en
confoler avec les fuffrages des vrais Connoiffeurs
, & il doit bien le garder de renoncer
à une carrière dans laquelle il eft fait
pour atteindre à de beaux fuccès & à une
célébrité honorable.
46
MERCURE
: ANNONCES ET NOTICES.
DES Etats- Généraux , & de leur convocation ;
avec la Chronologie des Etats Généraux , par
Savaron ; & l'analyfe des fameux Etats affemblés
à Tours , qui comprend l'ordre & le nom des
Députés par Bailliages , &c.; un plan nouveau
fuivi de l'indication des meilleurs Ouvrages imprimés
ou manufcrits , qui peuvent donner les
connoiffances relatives aux Affemblées Nationales
& aux Etats - Généraux , & des endroits où il fe
trouve . Brochure in- 8 ° . de 76 pages. A Paris ,
chez Royez , Lib. quai des Auguſtins.
Hiftoire de Danemarek , par M. P. H. Mallet,
ci - devant Profeffeur Royal à Copenhague , &c.
3e . édition , revue , corrigée , & confidérablement
augmentée ; 9 Vol . in- 12. A Genève , chez Barde,
Manget & Compagnie , Impr-Libr .; & à Paris
chez Buiffon , rue Haute-feuille , Hôtel de Coëtlofquet
, No. 20.
Nous reviendrons fur cet important Ouvrage .
Euvres complètes de M. de Belloy, de l'Académie
Françoife , Citeyen de Calais . Edition avec
Fig. 6 Vol. in- 8 ° . A Paris , chez Cuflac , Libr.
rue & carrefour St. Benoît , Nº. 41 .
Plufieurs Tragédies de cet eftimable Auteur font
reftées au Théatre , & lui ont mérité une place
parmi nos Tragiques. Le Libraire qui vient d'acquérir
l'édition de fes Ouvrages , le trouve fon
compatriote ; & cherchant plutôt à lui rendre un
bommage qu'à faire une fpéculation , il l'a en-
Eichie de Gravures,
DE FRANCE.
47
Recherches Philofophiques fur les Grecs , 2 Vol :
in- 8°. A Berlin ; & fe trouve à Paris , chez Onfroi
, Lib. quai des Augutins. Prix , 10 liv. ; &
l'édition in- 12 ; Prix , 5 liv.
Nous reviendrons fur cet Ouvrage , dont l'ingénieux
Auteur eft déjà avantageufement connu
par plufieurs Productions remplies de philofophie ,
d'efprit de critique & de paradoxes.
L'ECOLE des Pères , Comédie en cinq Actes ,
& en vers , par M. Pieyre , de l'Académie Royale
de Nifmes ; repréfentée pour la première fois par
les Comédiens François , le premier Juin 1787.
A Paris , chez Debure l'aîné , Libraire de la Bibliothèque
des Infcriptions , Hôtel Ferrand , rue
Serpente.
IL' paroit que cette eſtimable Pièce , qu'on revoit
fi fouvent avec plaifir fur la Scène , jouit auffi du
fuccès du Cabinet. On trouve dans cette Nouyelle
édition , les vers que l'Auteur a ajoutés fur
L'agiotage , & qui ont été juſtement applaudis,
VOYAGE en Sicile , par M. de Non , Gentilhomme
ordinaire du Roi , & de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture . 1 Volume in - 8 ° . A Paris
, chez Didot l'aîné , Imprimeur - Libraire , quai
des Auguftins.
Il y a d'excellentes Obfervations dans ce
Voyage ; il eft compofé de diverfes Notes qui
accompagnoient le Voyage de Swinburne. On doit
favoir gré à l'Auteur de les avoir recueillies pour
faire un corps d'Ouvrage qu'on ne peut que lire
avec beaucoup d'intérêt ,
*8 MERCURE DE FRANCE.
A V I S.
On prie très- inftamment Meffieurs les Auteurs
, Profeffeurs de Mufique de Paris & des
Provinces , les Directeurs de Spectacles , & en
général toutes les perfonnes qui défircroient
faire inférer dans le Calendrier Mufical Univerfel
pour l'année 1789 , leur adrefle , l'annonce
de leurs Ouvrages, de nouveaux Inftrumens , des
découvertes en Mufique , & c. , d'adreffer ces annonces
affranchies , dans le cours du mois de
Septembre , chez M. Ledur, au Magafin de Mufique
& d'Inftrumens , rue du Roule, n°. 6. Comme
ce Calendrier fera mis fous preffe au commencement
d'Cobre , on feroit forcé de renvoyer
l'année prochaine les Avis qui arriveroient pafé
cette époque .
3
TABLE.
Led Cherelaine de S. Gilles . des Nègres .
10
A Mlle. de Garcins,
16
Académie Fançoiſe. 25
Le Licite ant Gafcor. Idem. Variétés,
Charale, Enigme & Logi
38
Réflexions fur l'Efilavage
8 Comédie Italienne . 40
Annonces & Notices .
45
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
J'aily
,
le MERCURE DE FRANCE , Pour le Samedi 6
Septembre 1788. Je n'y a rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffion . A Paris , les Septembre
SÉLIS.
1788.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INVOCATION A VÉNUS
Traduite de Lucrèce.
Tor de qui font iffus Enée & nos aïeux ,
ΟΙ
Décffe , ô volupté des hommes & des Dieux !
C'eft toi qui, chaque jour renouvelant le monde ,
Peuples d'êtres divers les airs , la terre & l'onde..
Tu parois ; ton afpect chaffe les noirs frimas ;
La verdure renaît & fleurit fous tes pas ;
La mer gronde & fourit ; des torrens de lumière
Soudain du haut des Cieux ingndent ta carrière.
N° . 37. 13 Sept. 1788 .. C
so
MERCURE
A peine fur nos bords le Zéphyr de retour
Y ramène les Jeux , le Printemps & l'Amour,
Les oifeanx , auffi tôt annonçant ta préfence ,
Célèbrent leurs plaiſirs , ou chantent ta puiſſance .
Là , mugiffant d'amour , on voit les fiers Taureaux
S'élancer & franchir la barrière des eaux ,
#
Ou de leurs bonds fougueux infulter la verdure :
Tous les êtres épars au fein de la Nature ,
Frappés de tes attraits , entraînés à ta voix ,
Par - tout fuivent tes pas dans l'onde , au fond des
bois ;
Et les troupeaux errans dans les vaftes campagnes,
Et les mostres des mers, des forêts, des montagnes,
Emus à ton afpect , frémiflant de défirs ,
Repeuplent l'Univers dans le fein des plaifirs ,
O puiffante Vénus ! le Monde eft ton Empire.
Par toi feule tout vit , tout fc meut , tout refpire.
Oui , je t'invoque , ô toi dont reçurent le jour
Les plaifirs , a beauté , les graces & l'amour !
En faveur d'un Héros , je chante la Nature ,
Poete , Philofophe , & rival d'Epicure.
Veille fur mes Ecrits , comme fur l'Univers ;
Et d'un charme immortel viens embellir mes vers.
Mais que la paix defcende & confole la Terre ;
Seuic tu peux fléchir le fier Dieu de la Guerre.
Souvent ce Dieu terrible appelant les combats ,
A ten afpect foupire & tombe dans tes bras.
DE FRANCE.
jt
"
Là , penché ſur ton fein & dévorant tes charmes ,
Vaincu par tes attraits plus puiffans que fes arines ,
Il contemple , il repaît fes avides regards ,
Et du fein des plaifirs vole encore aux hafards.
Ah ! dans ces doux momens, où ſur ſon ſein preffée,
Où dans fes bras nerveux , mollement enlacée ,
Tu répands fur fon front un jour doux & ferein ,
Demande -lui la paix pour le peuple Romain.
Fais couler dans fon coeur, foumis à ta puiſſance ,
La perfuafion de ta douce éloquence.
Puis-je , ô belle Décffe ! en ces temps défaftreux ,
Parmi le bruit des camps former des chants heureux ?
Et Memmius doit-il , ô pouvoir du Génic !
Au charme de mes vers immoler la Patrie ?
(Par M. Chauvin de Sautel de Lavalette. )
ÉPIGRAMME.
CRITON , -ce bavard qu'on renomme ,
Ne dit jamais de mal d'autrui ;
Et la raifon , c'eſt que notre homme
Ne parle jamais que de lui .
(Par M. Charon. )
C &
52 MERCURE
NÉCROLOGIE,
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
LES Lettres ne doivent pas feulement regretter
ces Génies fublimes & créateurs , préfens rares
de la Nature , qui donnent le ton à leur Siècle ,
en maitrifent les opinions & en étendent les
Jumières ; elles pleurent auffi ces hommes dont
T'efprit jufte & cultivé , le goût pur & délicat ,
& les travaux utiles ont contribué à répandre
l'amour de l'étude , & fur-tout l'admiration éclairée
pour les Chef-d'oeuvres de l'Antiquité . A cestitres
, M. de Rochefort doit exciter les, regrets
de tous les véritables Amarcurs des Lettres , autant
que par les vertus & fes qualités aimables ,
ila droit à ceux de fa familie , de fes amis , &
même de fes plus fimples connoiffances.
GUILLAUME DE ROCHEFORT naquit à Lyon
en 1731. Il fit fes études à Paris , & fe diftingua
de bonne heure par une grande facilité à tout
apprendre , & un extrême défir de tout favoir .
Il s'adonna enfuite au Calcul & aux Mathématiques.
Des circonftances imprévues l'attachèrent
à la finance : il alla occuper une place avantageule
à Cette en Languedoc , où il ne tarda pas
a fe faire des amis . Parmi ceux qui furent l'apprécier
, il fe trouva un homme inftruit , qui
charmoit, par l'étude approfondie des Anciens ,
T'ennui fouvent inféparable de la vie de ProDE
FRANCE.
53
vince . Il engagea M. de Rochefort à fuivre fon
exemple , & fur- tout à apprendre le Grec .
Le jeune Financier fe livra avec ardeur à cette
nouvelle étude , dont le goût fe changea bientôt
en paffion . Les Poëtes , les Orateurs & les Philofophes
Grecs lui furent en pen de temps fami
liers ; mais ce fut fur tout Homère qui devint
l'objet de fes préférences & de fes veilles . It patla
de l'enthousiafme pour un fi beau modèle , au
défir d'en hafarder une copie. Il traduifit d'abord
& publia les trois premiers Livres de l'iade.
Cet effai, tout imparfait qu'il étoit , lui obtint des
encouragemens qui le décidèrent à pourfuivre
cette pénible entreprife , & à fe livrer entièrement
aux Lettres . Il fe défit de fon emploi, quitta
Cette , & revint à Paris.
I fe lia bientôt avec plufieurs Gens de Let
tres . M. de Foncemagne & M. Le Beau , de l'Académie
des Infcriptions , lui témoiguèrent une
amitié qu'il fe fit gloire de cultiver jufqu'à leur
mort. L'intérêt qu'ils prirent à fes travaux fo
communiqua facilement à leurs Confrères , & lui
ouvrir , en 1766 , les portes de l'Académie .
Quelques années après , il fit paroître fa Tra
duction complete de l'Iliade . Malgré le jugement
févère qu'on porta de cet Ouvrage , on ne
peut difconvenir que dans les morceaux qui exigeoient
de la grace & de la fenfibilité , on ne
trouve fouvent l'une & l'autre , que les notes ne
foient très-inftructives , & que l'inftruction n'y
foit dégagés de tout pédantifies qu'enfin le Difcours
fur Homère , qui précède la Traduction ,
ne foit écrit avec une élégante clarté , & n'ap
prenne ´mieux à connoître , & fur-tout à fentis cé
Poëte, que tout ce qu'on en avoit écrit jufqu'alors
C }
34 MERCURE
Le plus grand obftacle que M. de Rochefort
trouvât en lui pour la competition des Ouvrages
de longue haleine , c'eft qu'il écriveit très- rapidement
, & qu'il ne corrigeoit fes vers qu'avec
une extrême répugnance. Il ent cependant le
courage d'entreprendre la traduction de l'Odyfee
& il l'acheva en beaucoup moins de temps qu'il
'avoit fait celle de l'inde. On trouva les mêmes
défauts & le même genre de mérite dans les
vers , dans les notes & cans le difcours .
Ayant obtenu , en 1781 , la permiffion de faire
réimprimer ces deux Poëmes à l'ImprimerieRoyale,
il y fit beaucoup de corrections. Cette édition
in-4°. eft fort belle ; & ce qui peut y donner un
nouveau prix aux yeux des Amateurs des Arts &
de l'Antiquité , c'eft qu'on trouve à la tête de
chacun des quarante-huit Livres de l'Iliade & de
rodyffée , une Gravure , d'après une pierre antique
, analogue à l'action principale contenuedans
ce Livre.
En s'efayant dans le genre dramatique , le
Traducteur d'Homère , l'admirateur prefque exclufif
des Anciens , ne pouvoit guère choifir fes
fujets que dans ce Prince des Poëtes , ou dans
les Tragiques Grecs. Il compofa trois Tragédies ,
Ulyffe, Antigone , & Elettre. La première eft imprimée
; la feconde fut préfentée aux Comédiens ,
mais non reçue : Electre a été jouée à la Cour ,
avec des Choeurs , mis en mufique par M. Goflec .
Sa Comédie des Deux Frères , donnee au
Théatre François , eft ferite avec facilité , fouvent
avec grace , mais foible d'intrigue & de caractères.
Quelques fcènes intéreilantes ne fuffirent
pas pour la faire réuilir. ·
M. de Rochefort , qui aimoit paffionnément la
DE FRANCE.
ss
mufique , voulue auffi travailler pour l'Opéra. Il
prit pour fujet Chimène ou le Cid. Son Poëme
fut offert à M. Sacchini . Ce grand Maître , après
avoir exigé quelques changemens , l'accepta , le
rendit enfuite , & engagea un autre Poëte à traiter
le mene fujet . M. de Rochefort ne pouvant
plus , d'après ce procédé , tirer , pour le Théatre,
aucun parti de fa Pièce , la fit imprimer fans
fe plaindre.
Ses Ouvrages en profe font , outre les différens
Difcours fur Homère :
1. Une Refutation du Systême de la Nature
de ce Livre qui fi : d'abord tant de bruit , & qui
eft aujourd'hui fi complètement & fi juftement
oublié ( 1 ) .
2°. Un Traité des Opinions des Anciens fur le
Bonheur.
3. Divers Mémoires imprimés dans le Recueil
de l'Académie des Infcriptions & Belles- Lettres ,
quelques autres , qui doivent y être inférés , fur
les Harangues politiques de Dén.ofthène , fur
Théophrafte , fur Menandre ; & une comparaifon
ingénieufe entre les moeurs des temps héroïques
chez les Anciens , & nos moeurs Cheva
lerelques.
4º. La Traduction complète du Théatre de Sophocle.
C'eft le dernier , & peut - être le meilleur,
de fes Ouvrages . Le fens l'efprit de l'Auteur
y font rendus avec une fidélité & une élégance
( 1 ) On fe rappelle ces vers de Voltaire :
De la Nature as- tu lu le Syflême ?
Par fer longs argumens n'es-tu pas foudroyé ?
Que dis-tu de ce Livré ? – Il m'a fort ennuy¼ -
C 、
$6
MERCURE
foutenues. Les notes font pleines de goût & de
faine critique. Dans la Préface , dans la Vie de
Sophocle , & dans les examens qui fuivent chaque
Pièce , on trouve toujours le Littérateur
inftruit , l'Ecrivain exercé , le Philofophe fenfible.
C'eft un de ces Ouvrages utiles , qui , fans faire
d'éclat , n'en ont qu'un fuccès plus durable , &
qui fe font , dans la faine Littérature , une place
que la mode ne peut ôter, puifqu'elle ne l'a
donnée.
pas
M. de Rochefort favoit l'Anglois & l'Italien .
Pope & le Tafle étoient , parmi les Modernes
fes deux Poëtes favoris : non qu'il fe diffimu¬
lât leurs défauts , & fur tout ceux du Taffe ;
mais leur prédilection pour les Anciens avoit déterminé
la fienne en leur faveur. Il auroit fans
doute moins aimé l'un , s'il n'avoit pas traduit
Homère ; & l'autre , s'il ne l'avoit pas fi fouvent
imité.
Il avoit , pour réaffir dans le monde , ce qui
manque à la plupart des Savans , l'art d'oublier
fes Livres , & de s'occuper des autres , fans exiger
qu'ils s'occupaffent de lui . Perfonne ne portoit
dans la Société plus d'aifance & d'amabilité ,
moins de prétention & de pédantifine , un meilleur
ton , une politefie plus prévenante , plus
d'agrémens , d'attentions & d'égards. Habitué à
vivre parmi des perfones du plus haut rang , il
en avoit les manières fans paroître les rechercher
; avec cette différence que dans les gens du
Monde elles font profque toujours auffi froides
que polies , & qu'elles étoient en lui l'expreffion
d'une bonté narurelle , & d'un défir obligeant de
convenir & de plaire.
H poffédoit au fuprême degré le talent de rendre
fervis fans offenfer l'amour - propre , & it
DE FRANCE. 57
avoit d'autant plus de droits à la reconnoiffance ,
qu'il ne l'exigeoit jamais. I ignoret fur tout
l'art perfide de cacher fous une affectation de
bons offices le défir de nuire , le reflentiment &
la haine, Toutes ces paffions viles étoient étrangères
à fon ame : elle étoit franche , loyale , généreufe
, inacceffible à l'envie , & quoique bleffée
plus d'une fois , incapable d'un projet de vengeance.
Parmi les Grands qui l'honorèrent de leur
amitié ; il en eft un furtout dont les bontés
conftantes l'ont fuivi jufqu'après fon dernier mo
ment , & lui furvivent , pour ainfi dire , cu fe
répandant fur ce qu'il a laiffé de plus cher.
Il avoit épousé , en 1776 , une femme aimable,
dont il eut deux enfans , qu'il perdit pref
que au berceau. Son coeur , né pour tous les fentimens
tendres , ne fe confola de cette pette qu'en
donnant à l'éducation de trois belles - filles , que
Madanie de Rochefort avoit eues d'un premier
mariage , des foins vraiment paternels. Ils eurent
tout le fuccès qu'on en devoit attendre ; & ik a
joui, avant fa mort du plaifir de les voir heureu
feinent établies.
Une maladie grave qu'il eut l'hiver dernier , fut
fuivie d'une fauffe convalefcence, & d'un dépériffement
qui l'a conduit par degrés au tombeau. Il
s'eft éteint , pour ainfi dire , au milieu de les amis.
Il laiffe en eux de longs regrets , & pour feul
adouciffement à leur douleur , ce plaifir fecret
qui naît encore d'une amitié fondée fur les vertus
& fur l'eftime , lors même qu'on en a ' perdu
l'objet.
GINGUENÉ J'ai l'honneur d'être , & c.
$8
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mor de la Charade eft Orme ; celui
de l'Enigme eft Eve ; celui du Logogriphe
eft Portrait , où l'on trouve Roi , Port ,
Io, Tort , Or, Parti , Rapt , ¡ rot , Trop,
Toi , Pari , Trait , Tripot.
2 Mile. de *** , qui avoit demandé à
l'Auteur une CHARADE .
UNE
NE Charade , Iris ! vous n'avez qu'à vouloir.
En mufique , aifément , mon premier fe fait voir ;
Yous êtes mon fecond fans art & fans parure ;
Ne foyez pas mon tout , l'Amour vous en conjure.
Par M. l'Abbé Camelin , Séminarifte
de S. Nicolas. )
ENIGME.
Vous connoiffez l'outre où le Dicu des Vents ,
Jadis , au gré d'Ulyffe , enferma ſes enfans ,
Pour empêcher que leur haleine
Ne troublât ce Héros fendant l'humide plaine.
DE رو FRANCE.
Eh bien ! j'ai même emploi ; je porte dans mon fein
De ce peuple volage un invifible effaim ,
Que je tiens prifonnier comme elle.
Faut-il à ces captifs donner la clef des champs ?
Voici tout mon fecret : je me preffe les flaucs ,
J'ouvre le bec , & bats de l'aile ;
Alors ce n'eft pas fur les flots
Que je les abandonne à leur humeur légère ;
Je combats avec eux un élément contraire ,
Qu'il ne m'eft pas permis de la: ffer en repos.
Attaché fur fes pas comme un gardien févère ,
Si je le trouve oifif, & fur- tout endorini ,
Ma configne veut d'ordinaire
Que je le traite en ennemi.
Dieu fait quelle horrible terapête
Je fais foudain éclater fur fa tête ;
Le dormeur en éft étourdi.
Il s'éveille en grondant , il frémit de colère ;
C'eft où je l'attendois , & je le laifle faire ;
Il en va mieux quand il s'itrite ainfi.
Son travail recommence , & le mien eſt ſiui.
( Parun Habitant de St. Juft. )
LOGOGRIPHE..
RESPECTÉE autrefois des François belliqueux ,
J'égalois du folcil l'éclat majeftueux ;
C 6.
60 MERCURE
J'étois pour nos foldats le figne de la gloire ;
Avec moi rarement ils manquoient la victoire :
Ma vue en impofoit à nos fiers ennemis .
Ma naiſſance remonte au règne de Clovis .
Je fuis, comme l'on voit , d'une ancienne origine 3
Mais je me décompofe afin qu'on me devine .
D'abord dans mes neuf pieds vous trouverez
Lecteurs ,
Un arbre toujours vert ; la Déeffe des fleurs ;
Ce qui depuis long-temps fait foupirer Th ...
Et qu'il lui faut bientôt pour la mettre à ſon aife 3
Un métal qui tout feul enfante plus de maux
Que n'en caufe aux mortels le refte des métaux ;
Un fleuve qui féconde une riche contrée ;
Un pesit animal ; ce qui dans une épée
Alarme les poltrons ; une ville ; un oiſeau ;
Ce qui nous abandonne en entrant au tombeaurs
D'an terrible élément la partie animée 3
Enfin un être rare ( & fur-tout à préſent ) ,
Qui porte les plaifirs dans notre ame navrée ,
Et verfe fur nos maux un baume confolant.
( Par Dom Carlos..)
DE FRANC E. 61
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ESSAI des Effais de Goldfmith , traduit
de l'Anglois. A Paris , chez Royez ,
Libraire , quai des Auguftins ; & cheż
les Marchands de Nouveautés.
VE fignifie ce titre , Effai des Effais ?
Cela veut dire fans doute que c'eft un Effai
de traduction des Effais de Goldfmith , ou
bien que c'eft un Effai qu'on fait pour voir
files Effais de Goldfmith réuffiront en France
comme ils ont réuffi en Angleterre. Un
pareil titre manque de clarté , il manque
de fimplicité ; il faut en donner un plus
fimple à fes propres productions , & quand
on ne fait que traduire , il faut fe garder
de donner des titres finguliers aux Pro
ductions des autres ; mais laiffons le titre
& voyons l'Ouvrage. Il eft de Goldsmith
& c'eſt déjà un favorable augure pour ceux
à qui Goldfmith n'eft pas inconnu ..
Ces Effais font compofés de fix à fept
Contes , les uns d'une immagination élevée
& poétique , les autres d'une imagination
originale & gaie ; tous d'un efprit trèsphilofophique.
Ce font Alcandre & Septi
62 MERCURE
mius , le
2
fanthrope Scythe , la Jambe de
bois , Amitre & la Plié , les Mariages
Modernes ,le Monaftère Taverne , &c.
Alcandre Athénien & Septimius né
dans Rome , avoient été élevés tous les
deux dans Athenes ; les beaux jours de la
Grèce & meme ceux de Home étoient
éclipfés depuis long temps , mais un Earbare
qui avoit du génie , Théodoric , avoit relevé
les Ecoles dans Athènes, & dans ces Ecoles
léducation ne le bornoît pas à ſurcharger
la mémoire de mots elle cultivoit les
nobles & généreux fentimens du coeur humain.
Ascandre aimoit avec paflion la Phi-
Ifophie , Sep imius l'éloquence ; & diftingés
tous les deux par leurs talens , ils
le furent bientôt par leur tendre amitié.
Après avoir fatisfait cette première ardeur
de favoir , Alcandre fentit le befoin d'une
palion plus naturelle ; & il alloir conduire
à l'autel Hvpathie , jeune Athénienne
d'une rare beauté. Seprimius, accouru pour
alfifter au bonheur de fon ami , au premier
coup d'oeil qu'il jetre fur Hypathie , fe fent
brûler pour elle d'une de ces paflions dont
raifon eft confondue , mais dont elle
ne peut ni contefter la réalité , ni vaincre
la violence, La fièvre ardente de fon
coeur paffe bien ôt dans fon fang. Secouru
dans fa maladie par la beauté innocente
9 i le conduir an tombeau , les mouvemens
divers dont il eft agité en fa préfence
font pénétrer la caufe de fon mal ;
}
DE FRANCE. 63
& Alcandre , qui ne peut pas être heureux
s'il perd fon ami , lui facrifie fa maitrelle
qui n'étoit pas encore fon épeufe . Septimius
rendu à la vie par un facrifice fi généreux
, & recevant une femme qu'il do
lâtre , des mains d'un ami à qui il ne préfère
qu'elle , retourne à Rome , y déploye
avec éclat les talens qu'il a acquis dans la
Grèce , & devient bientôt un des premiers
Magiftrats de l'Empire , Préteur. Les parens
d'Hypathie , défolés de l'avoir perdue , &
indignés contre Alcandre , l'accufent devant
les Tribunaux de lavoir vendue. Dès
long temps on étoit trop corrompu dans
Athènes , pour avoir l'idée des facrifices que
peut faire l'amitié : Akandre a eu trop
-de vertu pour qu'on puiffe croire à fon
innocence ; on le condamne à une amende
qu'il eft hors d'état de payer. Vendu comme
efclave dans la place publiqué , le Fhlofophe
eft employé dans la Thrace à garder
les troupeaux d'un maître impérieux &
barbare. Il échappe à la vigilance de fon
tyran : marchant la nuit, & fe tenant le jour
caché dans des cavernes il arrive dans
Rome; il va fe placer dans la place publique
devant le Tribunal où le Préteur , od
fon ami Septimius rendoit la juftice à
toute une Nation : mais les regards du
Préteur ou ne tombent pas fur Alcandre ,
ou ne reconnoiffent pas un ami fous les
vêtemens de la mifère. L'infortuné veut fe
faire reconnoître , il s'approche de la chaiſe
,
64 MERCURE
1
curule ; les Licteurs le repouffent. Ce qui
met le comble au malheur des homines
dans cette fituation , c'eft qu'ils font peur
au lieu de faire pitié , & que ceux même
qui voudroient les fecourir les redoutent.
Alcandre ne s'abaiffe pas à demander un
afile qui lui fera refufé , & il va paffer la
nuit parmi les tombeaux de Rome , à peu
de diftance de fes remparts. Ce féjour des
morts n'a rien qui épouvante un malheureux
appuyant la tête fur une urne renverfée
, il y trouve le doux fommeil que
cherchent en vain ceux que les remords
tourmentent fur des lits de duvets. Deux
brigands qui fe difputent leur butin , le
réveillent , & l'un d'eux jette l'autre à fes
pieds d'un coup de poignard. Alcandre
trouvé auprès du corps mort , en eft pris
pour l'affallin ; il eft conduit devant le
Tribunal de Septimius , qui , fans le reconnoître
, va prononcer fur la vie d'un
ami à qui il doit la fienne . Alcandre , trop
malheureux pour défirer de vivre , & trop
accufé par les circonftances pour eſpérer
de fe juftifier , dédaigne de l'entreprendre ,
il fe livre aux erreurs de la Juſtice , pour
qu'elles mettent fin à fa déplorable deftinée .
Déjà la fatale fentence étoit prononcée dans
Fame du Préteur , elle alloit l'être par fa
bouche. Un tumulte qui fe fait entendre
dans la place , détourne l'attention des
Juges & celle du Peuple , c'étoit le voleur
meurtrier de fon complice , qu'on venoit
DE FRANCE. 65
d'arrêter , & qui confeffoit le crime pour
lequel Alcandre venoit de fe laiffer condamner
à la mort fans vouloir fe défendre .
Le Préteur confidère avec étonnement un
homme qui a fait fi peu de cas & de l'eftime
des hommes & de la vie ; & fes regards
fixés fur lui , reconnoiffant enfin Alcandre ;
du haut de fon Tribunal il fe précipite
dans les bras de fon ami . Rome entière eft
émue d'un tel fpectacle ; elle croit plus encore
à l'équité d'un Préteur qui vient de
fe montrer fi fenfible à l'amitié . Les deux
amis qui ne fe féparent plus , partagent
le même fort le refte de leur vie , c'est- àdire
qu'ils font également occupés du bonheur
de Rome ; & Alcandre fit graver es
mots fur fa tombe : Il n'y a point de circonflance
fi désespérée , où la Providence ne
puiffe nous fecourir.
Tel eft le fond de ce premier morceau ,
& l'on voit aifément qu'il eft fufceptible
d'un grand intérêt. Le Traducteur dit dans
une Préface , que cette Hiftoire approche
de l'Ariftonous & du Lyfimaque , deux des
plus beaux morceaux qui aient été écrits
dans aucune Langue. Tout le monde foufcrira
à cet éloge des deux morceaux françois
; mais on pourra ne pas convenir que
le morceau anglois en approche. Il a quelque
chofe de leur caractère ; les faits & les
perfonnages étoient bien difpofés pour recevoir
d'auffi grandes beautés; mais le génie
& l'ame de Goldfmith , dans ce morceau
66 MERCURE
I
qui a beaucoup de mérite , ne fe font pas
élevés à la hauteur du génie & de l'ame
de Fénélon & de Montefquieu . Dans l'Hiftoire
Angloife , on ne trouve guère que
des faits, & peu de penfées ou de fentimens
fublimes , peu de difcours magnanimes ou
touchans . Et ce font ces fentimens, ces penfées,
ces difcours qui font du Lyfimaque &
de l'Ariftonous deux morceaux facrés en
quelque forte , puifqu'on ne peut les lire
fans admirer & fans aimer davantage la
vertu. On croit communément que l'inté
rêt de ces forces d'Hiftoires & de Romans
eft dans les faits ; il eft bien plus encore
dans les fentimens & dans les penfées qu'on
en fair fortir. Ce n'eft pas par l'action de
leurs Romans que les Richardfon les
Rouffeau , les Fielding & Goldfmith lui
même font fi fort au deffus de tous les
autres Romanciers : c'eft par l'efprit &
par l'ame , par les tableaux , & par les
vérités qu'ils répandent , qu'ils prodiguent
dans les détails ; il y a fouvent très - peu
d'invention dans l'action la plus variée
& très-peu d'art dans l'action la plus heureufement
difpofée ; mais le génie , le ralent
& le goût créent , perfectionnent &
choififfent à chaque inftant dans les détails.
Ces trois heureux dons de la Nature s'y
montrent fans ceffe , & fans ceffe ils enchantent
ceux qui favent les appercevoir.
>
Ily a plus d'imagination dans le Mifanthrope
Scythe. C'eſt un homme qui , ré-
1
DE FRANCE.
volté des vices de la ſociété, en a fui le commerce
& s'eft retiré fur le Mont Taurus :
là une caverne étoit fa maifon ; des fruits
apres & fauvages fes alimens ; l'eau d'un
torrent fa boillon , & le Mifanthrope étoit
content. Farouche encore quand il fe fouvenoit
des hommes , il s'attendriffoit &
s'adoucifloit en contemplant les beautés de
la Nature. Un jour qu'il erroit & rêvoit
fur le bord d'un lac majeftueux , qu'il ré
pétoit fes éternelles plaintes contre le genre
hunain , & qu'il fembloit accufer julqu'au
Créateur de tous les êtres d'avoir répandu
parmi les hemmes tant de défordres , &
dans l'Univers un ordre fi beau , une fi
éclatante harmonie ; conduit par ces fombres
penfées à une efpèce de délire & da
défefpoir , il alloit fe précipiter dans les
eaux du lac , efpérant au moins trouver
dans une autre vie le mot de l'énigme de
celle - ci mais du milieu du lac s'élève
tout à coup un Etre qui paroît en être le
Génie ou le Dieu ; il marche fur les eaux
fans qu'elles s'ouvrent fous fes pieds légers ,
s'avance . vers le Mifanthrope Afem , & le
prenant par la main , il lui dit : Viens
ton efprit eft dans le doute , & je fuis le
Génie de la perfuafion ; tu mérites d'être
éclairé , parce que tes tourmens naiffent
de ta vertu & non pas de ton orgueil . A
ces mots , le Génie effaie tout de fuite fon
pouvoir de perfuader fur Afem ; il le fait
marcher fur les eaux ; & quand ils font vers
68 MERCURE
le milieu du lac , les eaux s'ouvrent comme
deux montagnes qui fe féparent , & le Phi
lofophe & le Génie defcendent rapidement
dans un monde nouveau. Dans ce monde
comme dans le nôtre ; ona un foleil fur fa
tête , & à fes pieds une terre couverte de
verdure ; mais tout y eft dailleurs allez différent
, le Milantrope ne doit rien y rencontrer
de ce qui a bleffé fi fort fes regards
dans le monde qu'il a fui. Cependant
les animaux s'y font la guerre & vivent
les uns des autres ; le Mifanthrope en eft
étonné. Ce n'eft rien , lui dit le Génie ; un
moment après on entend des cris , & c'eft
un homme de ce monde nouveau , qui fuit
épouvanté devant un lièvre ; d'un autre
côté retentiffent des cris plus affreux encore
, & c'eft un autre homme qui va êtré
dévoré par une bête féroce. Eh ! pourquoi
s'écrie le Mifantrope , les hommes font- ils
affez lâches ici pour trembler devant les
Hèvres ; pourquoi ne favent - ils pas donner
la mort aux tigres & aux loups qui
les attaquent ? Mais tes vieux font remplis ,
fui répond le Génie ; tu te plaignois de ce
que l'homme étoit le deftructeur de toutes
les espèces vivantes , de ce qu'il fe vêtiffoit
de leur peau & fe nourriffoit de leur chair ;
ici il n'a plus aucun de ces goûts & de ces
befoins fanguinaires ; il aime mieux trembler
devant les plus foibles animaux , que
de les égorger. Ils apperçoivent enfuite cette
race pacifique d'hommes nourris de vége
DE. FRANCE. 69
taux les plus fimples , défaltérés dans les
ruiffeaux , étendus fur des gazons tranquilles
, & ne portant jamais un regard
d'envie ou de haine les uns fur les autres.
Ah ! s'écrie le Mifanthrope enchanté de ces
images , que j'entende leurs difcours , qui
doivent être remplis fans doute de la fagelle
qui règne dans leur coeur ; que je jouiffe
des charmes de leur fociété . Qu'est- ce que
tu demandes , lui répond le Génie ? ils n'ont
ni paflions violentes à modérer ou à vaincre
, ni erreurs à combattre ; ils ne conhoiffent
point la fageffe ; fans befoins &
fans défirs , ils n'attendent tien les uns des
autres , & ils n'exiftent point entre eux ;
ils vivent à côté les uns des autres fans
vivre enfemble. Les demeures de ces
êtres i fortunés où font - elles ? Les plus
fimples doivent furpaffer nos palais en élégance.
Ils n'en ont point ; c'eft la vanité
qui élève les palais ; tu hais la vanité , &
ces êtres modeftes font contens de l'afile
qu'ils trouvent dans une caverne . Il
téfelte de l'examen de ce Peuple , qui n'a
aucun de nos défauts , aucune de nos paffions,
aucun de nos vices , qu'on n'y trouve,
par la même raifon , aucun de nos talens ,
aucune de nos vertus aucune de nos
jouiffances ; & que le Mifanthrope , guéri
à jamais de fa manie de n'être content, de
ien, s'ennuie à l'inftant d'un monde formé
au gré de fes fouhaits , & qu'il ne fe trouve
heureux que lorſqu'à fon réveil ( car c'é-
,
-
70 MERCURE
-
toir un fonge ) il peut aller retrouver les
hommes qu'il avoit quittés, & prendre parmi
eux une femme dont il eft aimé , & un
commerce où il fait fortune. On voit
tout de fuite tout ce qu'il y a d'eſprit philofophique
dans ce Conte ; mais quoiqu'il
y en ait beaucoup , il n'y en a pas affez.
Quand un Mifanthrope qui a quelque bon
fens ( cela n'eft pas incompatible ) , ſe plaint
de la manière dont tout va dans ce mondeci
, quand il eft fâché de voir l'homme en
guerre avec les animaux , il ne défire pas
feulement que l'homme laiffe en paix les
animaux , il défire bien plus encore que les
animaux laiffent en paix les hommes . Dès
qu'on entre en guerre , le Philofophe même
tâche d'être le plus fort , ou il eft un fot.
Ce nouveau monde où les animaux attaquent
l'homme, & où l'homme ne fe défend
pas,n'eft doncpas une trop bonne réponſe aux
plaintes du Mifanthrope Scythe. Le Scythe
Anacharfis, qui faifoit de bonnes réponſes ,
auroit pu répondre au Génie du lac ; Tu
m'avois dit que tu étois le Génie de la
perfuafion , & tu n'es ici que le Génie du
fophifme. Il en eft à peu près de même
dans tout le refte. A celui qui murmure
de ce que nous n'arrivons à notre prétendue
fageffe qu'à travers tant de maux &
tant de vices , ce n'eft pas bien lui répondre
que de lui montrer des gens exempts de
nos vices & de nos befoins , mais privés
en même temps de notre fageffe. Nous
DE FRANCE. 71
>
voudrions le bien fans le mal : faites- nous
voir que le bien tout feul ne nous rendroit
pas fi heureux , ou n'entreprenez pas d'étouffer
nos plaintes. Certainement il y
auroit plus de philofophie dans le Conte
de Goldfmith , s'il avoit fait defcendre fon
Mifanthrope dans un monde où les tigres
obéiffans auroient rampé aux pieds de
l'homme , où des ruiffeaux de nectar & une
éternelle ambroifie auroient été fon aliment
& fa boiffon , où des demeures pareilles
à celles de l'Olympe fe feroient élevées du
fein de la terre comme le palmier & commé
le cèdre , où tous les fecrets de la création
fe feroient préfentés à l'efprit de
l'homme avant qu'il les eût cherchés
& où cependant l'homme fans activité ,
fans curiofité , fans craintes, fans efpérance ,
périroit de langueur & d'ennui au milieu
de cette éternité de biens fans travail , de
lumières fans études , de plaifirs fans
peines.
La Jambe de bois n'a pas pour objet de
convertirles mécontens , mais de confoler les
malheureux ; & le Conte eft charmant : il
n'y a pas ici d'objections à faire. C'est un
malheureux Matelot Anglois , demandant
l'aumône avec une jambe de bois , qui raconte
fon hiftoire ; elle femble devoir faire
frémir. Depuis qu'il refpire il n'a pas eu un
feul jour fans un malheur ; il a fervi fous
des maîtres barbares ; il n'a prefque jamais
éré logé que dans les prifons & dans les
72 MERCURE
hôpitaux ; mais dans les prifons il eft enchanté
de ne pas manquer de pain & d'en
avoir toujours qui ne lui coute aucun travail
; dans les hôpitaux il eft émerveillé
d'en fortir vivant : par-tout il voit des camarades
qui tombent dans des malheurs
auxquels il échappe , & il n'eft occupé
qu'à plaindre les autres. Il terminoit le
récit d'un combat fur mer , & il fe reprend :
A propos , ajoute- t - il , j'oubliois de vous
dire que dans ce combat un boulet m'emporta
d'abord quatre doigts de ma main
droite , & qu'un autre boulet me caffa la
jambe. -Ce Conte , par fon originalité &
par fa gaîté , feroit un excellent chapitre
dans Candide; mais il y a cette différence que
çe Candide fi plaifant défeipère , & que la
Jambe de bois , qui fait moins rire , donne
des forces & du courage pour vivre .
Les autres Contes ont aufli chacun un mérite
qui leur eft propre ; on y retrouye partout
Goldfmith ; fi on n'en étoit pas averti ,
on croiroit le retrouver encore dans les
deux morceaux qui terminent le Volume ,
& qui font de fon Traducteur ; l'un eft
'Hiftoire véritable d'un Nègre , qui , fous
le nom de Makendal , a été au moment de
faire une grande révolution dans nos Colonies
: ce morceau peut fervir de pendant
au Ziméo de M. de Saint-Lambert ; l'Hif
torien n'eft pas moins intéreffant que le
Conteur , & l'on voit que le Conteur eft
un Peintre des moeurs auffi fidèle que PHiC
torien.
DE FRANCE, 73
torien. Le fecond morceau ne s'annonce
que comme un Conte , & il a bien l'air
auffi d'être une Hiftoire ; c'eft l'aventure
d'un petit jeune homme qui , avec une
immenfe coiffure ( il s'appelle Frifotin ) &
des boucles de fouliers un peu plus grandes
que les fouliers même , féduit en province
une jeune perfonne qu'il épouſe , & qu'il
abandonne ; vient à Paris , où , croyant fe
promener de bonne fortune en bonne fortune
, il eft trompé par des femmes qui
l'adorent , volé au jeu par des Marquis qui
font fes meilleurs amis , mis en prifon par
des créanciers qui n'avoient rien qui ne fût
à fon fervice , & délivré de cet abime de
maux par une femme dont il avoit cru follement
corrompre la vertu . De pareils
Contes , qui font les hiftoires de tous les
jours , feroient toujours bons quand ils ne
feroient que moraux : celui- ci eft moral
& il eft agréable. Le Volume eft précédé
d'une Préface , où il eft beaucoup queſtion
& du génie de Goldſmith & de fa vie , l'un
& l'autre remplis d'originalité.
Ce Goldfmith , l'un des premiers Ecrivains
de l'Angleterre , a long-temps voyagé
en France à pied , & comme un cerain
perfonnage de Comédie , n'ayant guère
pour payer fon dîné, ſon ſoupe & fon gîte,
qu'une flûte. Quand il avoit faim ,
foif ou
femmeil , il s'approchoit de quelque cabane
; c'est dans les maifons couvertes de
chaume qu'il croyoit fur-tout qu'habitoit la
Nº. 37. 13 Sept. 1788,
D
74 MERCURE
Providence ; il tiroit fa flûte de fa poche ;
il jouoit quelques airs gais ; les enfans accouroient
d'abord ; les femmes venoient
enfuite , il changeoit d'air & en choififfoit
de touchans. Les ames qu'il avoit émues
étoient facilement difpofées à la bienveillance
; on le faifoit mettre à la table longue
& noire de la famille , & le lendemain
il comptoit encore fur fa flûte & fur la
Providence. Ecrivains qui rampez à la fuite
des Cours & des Grands , vos dînés & vos
foupés font bien plus folidement affurés :
la Providence for laquelle vous comptez ,
l'inftrument dont vous vous fervez , c'eft
l'intrigue ; mais aufli vos Romans ne reffemblent
pas au Miniftre de Wakefield , & vos
Romances ( je ne parle pas de celle de
l'Ami des Enfans ) n'ont rien de commun
avec la Romance de l'Hermite.
Cette Préface fur la vie & le caractère
de Goldfmith et courte d'un ſtyle naturel
, facile , & qui a de l'élégance . On
voudroit feulement que l'Auteur n'eût pas
fait entendre que la morale eft plus perfuafive
dans Efope que dans Sénèque. Il y
a cent fois plus de charme , plus de beauté
de ftyle , plus de poéfie même dans telle
Lettre de Sénèque à Lucilius , que dans
toutes les Fables d'Efope. Une narration
nue & une moralité sèche , voilà Efope le
Fabulifte ; mais Sénèque , dans fes plus
graves maxiines , étincelle d'expreffions ou
de génie , ou de l'efprit le plus brillant.
DE FRANCE. 75
Abundans dulcibus vitiis , dit de lui Quintilien
de vices , foit , car ce n'eft pas ici
le lieu d'une difpute ; mais fes vices font
pleins de charmes , & de ces vices il en a
en abondance.
LETTRES de Miladi Craven à fon Fils ,
traduites de l'Anglois ; in- 12 . A Paris ,
chez Durand , Libraire , rue Galande.
Le but de cette Production eft de donner
des règles de conduite dans l'état du mariage ;
& c'est à des époux Anglois que l'Auteur
adreffe fes leçons. Il ne faut pas oublier
qu'en Angleterre le mariage donne aux
hommes un pouvoir moins limité ; que là ,
beaucoup plus qu'en France , la femme appartient
à fon mari : aufli eft- ce le mari
que l'Auteur de cet Ouvrage fe charge d'endoctriner
, & le motif qu'il en donne eſt
exprimé d'une manière auffi raiſonnable
qu'ingénieuſe ; il prétend que fur ce point ,
c'eft en pure perte qu'on adreffe des confeils
aux femmes . » Tous ceux qui ont tracé
» des règles à fuivre , n'ont pas confidéré
» que notre état de dépendance ( c'eft une
» femme qui parle ) , nous met dans l'impoffibilité
de faire de nos fentimens la
règle de notre conduite ; les hommes à
"
99
"
D 2
76
MERCURE
23
99
» qui nous appartenons , font les premières
caufes de toutes nos actions bonnes ou
mauvaiſes ; c'eft donc à eux que doit
s'adrefier la force de la raiſon & de
l'éloquence , fi on veut rendre en général
le monde plus raifonnable & plus heu-
» reux qu'il ne l'a été jufqu'à ce jour ".
33
3
ود
D'après cette idée , c'eft à fon fils que
Miladi Craven adreffe fes obfervations &
fes confeils fur la manière dont un mari
doit fe conduire envers fa femme pour la
rendre heureufe & pour être heureux par
elle. 11 eft naturel de s'en rapporter à une
femme fur ce qui peut plaire aux femmes ;
aufli notre Docteur laiffe - t- il échapper plus
d'une fois le fecret de fon fexe ; & parmi
les moyens qu'il donne à fon élève pour
plaire à fon époufe , le plus effentiel &
le plus fouvent répété , eft celui de ménager
fon amour-propre . En lifant fes divers confeils
, on feroit tenté de conclure , fi l'on
ofoit , que le plaifir d'être aimée ne vaut
pas pour une femme celui d'être fervie .
Au refte , Miladi Craven fuppofe fon
fils dans des fituations différentes ; elle le
voit aimant fa femme ; elle le voit ayant
ceffé de l'aimer ; elle le voit enfin trahi par
elle , & il y a des confeils pour tous ces
cas différens. Ses leçons ne roulent pas ordinairement
fur des idées rebattues ; elles
ont fouvent un coin piquant de fingularité.
Elle prétend que pour guérir une femme
DE FRANCE. 77
و ر
ود
"3
"
de fon goût pour la diffipation , il faut la
laiffer s'y livrer à fon gré , en multiplier
même les occafions autour d'elle . »Un mari ,
» dit-elle , voit fa femme fe livrer avec
tout le feu de la jeuneffe , aux diffipations
, aux amuſemens publics ; il juge
qu'il eft de la prudence de l'arracher aux
» récréations innocentes , de la plonger
dans la folirude , & de l'abandonner à
» la fociété la plus dangereufe , fon image
» nation. Jeune & vive , elle verra fe dé-
" ployer fous des couleurs de rofe la fcène
» des plaifirs évanouis ; elle lui repréſentera
fes admirateurs avec des graces nonvelles
, ayant pour elle des ailiduités plus
marquées , comme pour le feul objet de
leurs hommages. Je la vois atlife les
" yeux immobiles devant le feu ; je vois
l'effervefcence de fes idées animer fa
prunelle étincelante & briller dans tous
fes traits ; je vois , hélas ! que fon mari
» entre à peine dans l'enſemble du tableau ,
» ou s'il s'y trouve , le fantôme difparoît
aufli- tôt avec le nom d'époux ".
22
و د
و ر
ود
وو
""
ود
"
Mais de tous les confeils de Miladi
celui qui paroîtra peut-être le moins facile
à fuivre , c'eft celui qu'elle donne à fon
fils , en lui fuppofant une femme infidelle .
Elle lui confeille, dans ce cas, une modéra
tion que nous fouhaitons à tous ceux qui
peuvent le trouver dans cette conjoncture
délicate ; elle l'engage à ne pas laiffer voir
D 3
7$ MERCURE
و ر
à fa femme qu'il connoît l'état de fon
coeur , & la paffion coupable dont elle
brûle. » N'ajoutez pas encore ces épanche-
» mens indifcrets au remords déchirant
qui peut-être déjà la confume , qui férrit
les graces de fa perfonne , qui en altère
» la beauté , & qui la tourmente d'un ver
» rongeur toutes les fois que fes triftes
" regards tombent fur vous ou fur les
fruits malheureux de votre union. Si
و ر
و ر
2)
une femme fenfible cède à une paflion ,
" croyez que cette paflion remplit tous fes
inftans. Ses livres , fa mufique , fa toilette
, fon ouvrage , tout fe rapporte à
l'objet aimé ; & fi vous avez la baffeſſe
d'imaginer quelque prétexte pour lui
" faire quitter le lieu qui favorifé fes dé-
و د
»
و ر
firs , l'amour lui en fuggérera d'autres
" pour y refter , où fon amant la fuivra ;
» & comme vous l'arrachez à tout ce qui
lui eft cher , la haine dans fon coeur va
fuccéder pour vous à l'indifférence. Hélas
!
pourra- t - elle ne pas vous avoir en
و د
» horreur ?
Affurément voilà un confeil de paix ;
cette modération , cette tolérance va juſqu'à
la galanterie avec ce confeil , peut - être
faudroit-il donner aux maris la patience
dont ils auroient befoin pour le fuivre ;
mais c'est toujours fort bien confeiller.
Il y a dans cet Ouvrage des obfervations
fines , des apperçus utiles. Cette TraducDE
FRANCE. 79
tion eft de M. Durand fils , qui annonce
un talent fait pour être encouragé. Le pen
que nous avons cité peut faire juger fon
ftyle : il lui eft échappé quelques incorrections
; mais il y a une facilité gracieufe qui
en rend la lecture agréable.
ESSAI fur la Nobleffe des Bafques , pout
fervir d'Introduction à l'Hiftoire générale
de ces Peuples , rédigéfur les Mémoires
d'un Militaire Bafque ; par un ami de
la Nation. Brochure in-8 ° . de 250 pag.
A Paris , chez Vignancourt.
ON écrit beaucoup fur les Bafques.
Les deux meilleurs Mémoires compofés
fur cette matière , font dus à Meffieurs
Garat & Dupré de Saint- Maur , ancien Intendant
de Bordeaux . L'Adminiſtrateur s'eft
occupé des moyens de ramener , dans cette
contrée , l'abondance & la population ;
l'homme de Lettres en a peint les habitans
avec des couleurs fi vives & fi intéreffantes ,
que le voyageur attentif croit aujourd'hui
pénétrer dans l'antiquité , & vivre avec les
Anciens en vifitant ce peuple vraiment indigène.
D 4
To MERCURE
L'Auteur de l'Effai fur la Nobleffe des
Bafques , examine dans cet Ouvrage patriotique
, fi la Baffe Navarre eft un pays de
Franc-aleu , & il eft , comme de raifon ,
pour l'affirmative.
-
Il foutient que , depuis plus de trente fièeles
, les Bafques étant poffeffeurs & propriétaires
libres de leur territoire , & conftamment
à l'abri de tout vaffelage & de
toute fervitude , ils jouiffent feuls en Eu
rope , & peut-être dans l'Univers , d'une allodialité
originelle. Il prouve enfuite que
les peuples de la Navarre & leurs voifins ,
connus fous le nom de Bafques , font tous
Nobles d'origine , & antérieurement à toutes
les Loix féodales ; que conféquemment ils
font affranchis de tous les droits de la féodalité
auxquels le fifc voudroit les affervir.
Cette Differtation eft remplie de recherches
très-favantes fur l'origine des Bafques ,
& fur les moeurs , les coutumes & la langue
de ce peuple antique , qu'on croit originaire
des plus hauts plateaux de la Tartarie , &
peut- être defcendant des Phéniciens . On ne
fait cependant quelle idée on doit le former
d'une Nation dont tous les individus , fans
diftinction , jouillent également de la nobleffe
& des prérogatives attachées à ce titre ;
felon l'Auteur , le peuple même , le
Cabaretier , le Pêcheur , le Meunier , tour
eft noble fur cette heureuſe terre . Chacun
peut chaffer & pêcher , élever des moulins
DE FRANCE. SI
& des pigeonniers ; tous font quittes de tout
fervice Royal & Impérial ; & enfin être Bafque
& être Noble & Gentilhomme de race ,
c'eft une feule & même chofe.
Il femble cependant que dans un Régiment
tout ne peut pas être Capitaine ou
Colonel ; les Nobles font les hommes diftingués
par l'antiquité de leurs familles &
de leurs fervices , ou par la fupériorité de
leurs rangs , ou par des conceffions émanées
du Souverain. Le Noble fe dévoue par état
à la protection de fes Concitoyens . Nobilitari
eft peut-être la même chofe que nobis
litari , s'immoler pour nous ; & le Gentilhomme
eft l'homme de la Nation , Gentis
homo ; & voilà pourquoi la Nation , la Nation
, dis je , par la voix du Souverain , accable
fes défenfeurs des marques de fa reconnoiffance
. Si tout le monde eft Gentilhomme
, où fera donc la Nation ? fi rout
le monde a des priviléges , qu'eft- ce done
que des priviléges ! -Quoi qu'il en foir , ce
Livre inftructif fe fait lire avec intérêt , les
recherches en font profondes & lumineufes,
& le ftyle y eft par-tout noble , facile , éloquent
, mais quelquefois un peu emphatique.
Tout a l'humeur gafconne en un Auteur Gafcon.
D. F
MERCURE
OPUSCULES de M. Augufte Gaude.
Brochure , petit format , de 119 pag. A
Londres ; & fe trouve à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande ;
Volland , quai des Auguftins ; Defenne ,
au Palais - Royal ; & chez les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
-
LA lifte de nos Poëtes érotiques eft devenue
très- nombreuſe , les Recueils même
de quelques uns font très - volumineux.
Outre les Poéfies fugitives de ceux qui ne
font plus , il en eft parmi les vivans qui
fe font diftingués dans cette carrière ; mais
c'eſt par-là même qu'elle eft devenue aujourd'hui
affez difficile à parcourir. Notre
Tréfor érotique s'eft fi fort accru , qu'il a
infpiré aux Lecteurs François le froid dédain
de l'opulence , & l'on n'écrit plus
dans ce genre agréable fans marcher entre
deux écueils parmi les Lecteurs qu'on
prend pour Juges , les uns , rendus difficiles
& exigeans , n'accordent prefque jamais
l'honneur du fuccès ; les autres , plus à
craindre encore , penfent qu'il y a
bien peu
de gloire à l'obtenir.
Que conclure de ces réflexions ? Qu'un
Poëte érotique n'en eft que plus digne d'éDE
FRANCE. 83
loges , quand il a pu fixer l'attention des
connoiffeurs ; & c'eft ce que vient de tenter
avec fuccès M. Augufte Gaude , qui ,
en ouvrant fon porte - feuille , a eu la fageffe
de ne pas l'épuifer , & qui n'a mis au jour
qu'un petit nombre de Pièces . Il nous femble
, en effet , que ces fortes de Productions
doivent paroître en petit nombre . Tout ce
qui fait volume , emporte l'idée du travail ;
& l'idée du travail femble devoir être étrangère
au Poëte érotique . Né pour l'amour
& les plaifirs , il eft fuppofé avoir mis plus
de temps à en jouir, qu'à les chanter.
Tâchons, par un petit nombre de citations,
de donner une idée du joli recueil de M.
Gaude.
SOUVENIR.
Douce retraite , afile heureux
Où l'Amour amenoit Sylvie ,`
Saules qui voilâtes nos jeux ,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
O Temps cette flatteufe erreur
Echappera , fans doute , à ta pourſuito ;
Mais le fouvenir du bonheur
Nous confole -t-il de fa fuite !
Le caractère général des Poéfies de ce
jeune Auteur eft un mélange d'efprit & de
fenfibilité , qui en rend la lecture attachante,
D 6
$4 MERCURE
& qui défarme la critique ; car dans un certain
nombre de Poéfies fugitives , il feroit
difficile , peut-être même fâcheux pour l'Auteur
, qu'elle ne trouvât rien à cenfurer.
Cette teinte de fentiment ſe retrouve
dans les vers fuivans , qui terminent une
Pièce intitulée : les Regrets
Heureux qui pourroit tour à tour
Dans deux beaux yeux nourrir fa flamme ;
Et retrouver , après l'amour ,
Toutes les qualités de l'ame !
Ah ! j'aime bien , lorfque je ris ,
Femme belle & même un peu folle ;
Mais quand on pleure , mes amis ,
C'eſt un bon coeur qui nous confole .
Nous ne réfiſterons pas à l'envie de citer
des ftances charmantes , intitulées : La plus
Jolie.
Perfonne n'aime autant que moi ,
Non perfonne , je le parie .
Mes amis , favez- vous pourquoi ?
C'ekt que j'aime la plus jolie .
J'ai bien déjà fait fon portrait ;
Mais c'eft en vain qu'on la copie ,
Et l'on ne la peint trait pour trait
Qu'en difant : C'est la plus jolie.
Son regard fier ou gracieux
Préfente un charme qui varie ,
DE FRANCE.
Mais on voit toujours dans fes yeux
Le regard de la plus jolie.
Simple & fuperbe tour à tour ,
A fes traits chaque ton s'allie ;
C'eft Minerve , puis c'eſt l'Amour ..
Eh ! non non , c'cit la plus jolie.
>
Elle épuife dans un moment
Et le bon feas & la folic ;
Mais elle plaît également ,
Et c'est toujours la plus jolie.
Si je veux louer fon efprit ,
Orné d'une grace infinie ,
Elle fe tait , & puis fourit ,
Pour n'être que la plus jolie.
Oh ! vous feriez mille tableaux ,
Sans achever ma belle amie ;
Auffi je jette mes pinceaux ;
On ne peint pas la plus jolie.
Il règne dans ce morceau la plus gracieufe
facilité ; dans un autre plus confidérable
( Epître aux Mufes ) , M. Gaude a voulu
faire voir que fon Apollon a affez de force
& d'haleine pour foutenir la longue marche
du vers Alexandrin ; & des morceaux d'une
très-bonne verfification l'ont fuffisamment
prouvé. Nous regrettons que les bornes
que nous nous fommes preferites ne nous
86 MERCURE
permettent pas d'en convaincre nos Lecteurs
par quelques citations .
Enfin ces Opufcules font terminés par
une nouvelle en profe , intitulée : Valmire
, dont le fond est peu riche , mais où ,
l'Auteur a fu jeter des détails ingénieux .
On voit que dans un affez court efpace ,
M. Gaude s'eft montré fous divers afpects ,
& que ce coup d'effai eft bien propre à
prévenir en faveur de fon talent .
VARIÉTÉ S.
ANNONCE du Prix de Vertu , par M.
GAILLARD , Directeur de l'Académie
Françoife.
LE Prix de Vertu , fondé par un Citoyen
anonyme , a été donné à Catherine Vaffent ,
de la ville de Noyon , dont les Papiers
publics ont annoncé & célébré à l'envi le
généreux courage & l'héroïque dévouement .
Je vais , Meffieurs , avoir l'honneur de vous
lire le procès - verbal de cette action , tel
qu'il a été dreffé le lendemain par MM .
les Officiers Municipaux de la ville de
Noyon , d'après la déclaration de ceux qui
avoient été les témoins de cette action , &
qui l'avoient fecondée .
DE FRANCE.
87
qu
,
Le Roi a donné à Catherine Vaffent des
marques de bonté ; le grand Prince dans
Papanage duquel eft Noyon , l'a comblée
d'honneurs & de bienfaits ; il a étendu
ces mêmes bienfaits fur les trois hommes
u'elle a fauvés , & fur la famille de celui
qu'elle n'a pu fauver. Tous fes compatriotes
fentent combien ils s'honorent en l'honorant.
Vous la voyez affiſe entre les deux
premiers Officiers Municipaux de Noyon ,
qui font ici comme fes tuteurs & qui
nous la préfentent comme leur fille ; cette
Médaille glorieufe dont vous la voyez décorée
, c'eſt le Prix que fa Patrie lui a décerné
avec la couronne civique ; l'infcription
gravée fur cette Médaille éternife le
fouvenir d'une fi bonne & fi belle action.
Tout le monde s'eft empreffé d'honorer en
elle la bienfaifance unie au courage ; nous
lui donnons le prix qu'un Citoyen généreux
nous a chargé d'offrir à la Vertu : mais que
font toutes les palmes & toutes les couronnes
, comparées au bonheur d'avoir fauvé
la vie à trois hommes ?
Vous voyez, , Meffieurs ce qu'a fait
Catherine Vaffent ; vous refpectez fa vertu,
reſpectez jufqu'à la naiffance ; elle eft née
d'un père qui , dans un incendie , s'eſt jeté
au milieu des flammes pour fauver un enfant
qui alloit en être la proie.
$$ MERCURE
EXTRAIT du Registre des Délibérations de
la Ville de Noyon.
L'AN mil fept cent quatre - vingt - huit , le 1er.
jour d'Avril , deux heures de relevée ; ( fuivent
les noms & qualités des Officiers Municipaux. )
,
Monfieur le Maire a repréſenté que ce matin
il a été inftruit d'un évènement extraordinaire &
malheureux , arrivé la nuit précédente en cette
Ville , à l'occafion de l'ouverture d'une fole
d'aifance : Que quatre perfonnes qui fe propofoient
de travailler à la vidange de cette foffe
avoient été afphixiées par la vapeur méphitique' :
Que l'un des quatre avoit été retiré mort , & les
trois autres fans mouvement : Que CATHE
RINE VASSENT , originaire de cette Ville ,
fille âgée de vingt ans , avoit donné des preuves
de & d'héroïfme dont on connoît peu
courage
d'exemples : Qu'elle s'étoit expofée au plus grand
danger pour retirer ces quatre hommes les uns
après les autres : Que ces chofes s'étoient pafféés
fous les yeux & en la préfence de différentes
perfonnes notables de cette Ville , qui étoient
venues pour donner du fecours , notamment M.
Sezille , Lieutenant-Général du Bailliage ; M. de
la Breuille , Chanoine & Vicaire Général da
Diocèfe ; M. Joyant , Commiflaire de Police , &
autres. Que pour être plus particulièrement inftruit
des circonftances , il croyoit à propos de
faire prier ces Meffieurs de pafler au Bureau ,
pour , en leur préfence , être dreffé procès-verbal
exact de tous les faits : ce qui a été arrêté par
Bureau .
le
A l'inftant , mefdits Sieurs Sczille , de la Breuille
DE FRANCE. S
& Joyant ont été priés de fe rendre en l'Hôtelde-
Ville , ce qu'ils ont fait pourquoi , en leuz
préfence , & d'après leurs déclarations , il a été
procédé à la rédaction des faits qui ſuivent.
Le jour d'hier 31 Mars , dix heures du foir
les nommés Auguſtin Dutilloy , Alexis Lardé ,
Jean Carpentier , & Pierre Leroi , tous de Chiri ,
qui avoient entrepris la vidange d'une foffe d'aifance
en la maifon du Sr. Defpalles , Perruquier
en cette Ville , firent l'ouverture dans une cave
ayant 14 marches, & fon entrée fur la rue ; auſſitôt
laquelle ouverture , étant fortis , ils defcendirent
une demi-heure après pour travailler. Le
nommé Dutilloy , defcendu le premier , tomba
fans connoiffance ; Alexis Lardé , allant à fon
fecours, éprouva le même fort ; le 3e . , Jean Carpentier
, ne fut pas plus heureux ; enfin , le 4c.
Pierre Leroi , ne voyant plus reparoître fes camarades
, defcendit une partie des marches de la
eave ayant entendu des cris plaintifs , il remonta
chez le Sr. Despalles pour le prévenir du
danger. Celui-ci lui donna du vinaigre , & l'engagca
à fecourir fes malheureux compagnons,
Vivement pénétré , il defcendit à la cave ; mais
arrivé au bas des degrés , il fut également fuffoqué
par la vapeur méphicique .
Le Sr. Defpalles , furpris de cet évènement, appela
du fecours. Plufieurs perfonnes s'affemblerent
; MM. Sezille , de la Breuille , Joyant , &
autres , s'y trouvèrent. D'abord on jeta dans la
cave de la paille enflammée ; cette opération
rendit la vapeur plus épaiffe . M. l'Abbé de la
Breuille fit apporter du vinaigre pour le répandre
dans le gouffre empoisonné , afin d'arrêter l'activité
de fon influence. On fit la propofition de
defcendre dans cette cave ; perfonne ne fut affez
hardi pour affronter le danger.
୨୦ MERCURE
Mais CATHERINE VASSENT , domcftique de la
maifon voifine , qui étoit préfente , voyant l'embarras
de tous les affiftans , & ne pouvant réfifter
au mouvement de fon coeur qui lui parloit en
faveur des malheureux afphixiés , s'écria : » Que
·
ne fuis - je un garçon ? j'y defcendrois , & je
» les fauverois «. A ce moment , M. l'Abbé de
la Breuille , fâché du retard que cet embarras apportoit
, le dévouoit généreufement. Après s'être
Îavé de vinaigre , & muni d'une cruche pleine de
cette liqueur , il fe difpofoit à defcendre dans.
cette cave . Alors CATHERINE VASSENT , n'écoutant
que fon courage , & guidée par un principe
d'humanité , donna lexemple de l'héroïfine le
plus parfait. A peine fouffrit elle qu'on lui fit
prendre quelques légères précautions ; elle fe
chargea d'une cruche de vinaigre , defcendit dans
la cave peftilentielle ; elle verfa du vinaigre dans
les différentes parties , la vapeur s'éleva & lui
donna la facilité de diftinguer les objets ; les
hommes étendus fans mouvement , frappèrent fa
vue & fon coeur. Elle remonta l'efcalier pour
avoir une corde dès qu'elle en fut munie , elle
defcendit de nouveau toujours avec le même
courage. Parvenue au bas des marches , elle ap-.
perçut un des quatre hommes , elle le lia le
bras ; plufieurs perfonnes tiroient du haut, notam-
:
par
ment mefdits Sieurs Sezille & de la Breuille . Cette
fille foutint la tête , & parvint à l'amener dehors.
Elle répéta la même opération pour le 2e. ,
& enfuite pour le 3e. , qui tous furent retirés fans
mouvement.
Les dangers que préfentoit l'état des lieux
étoient bien capables d'arrêter l'homme le plus
intrépide ; cependant une jeune fille de vingt ans
ne craint pas de s'y expofer. Déjà trois hommes
étoicnt retirés par fes foins ; elle voyoit avec
DE FRANCE.
1
plaifir que les fecours qui leur étoient adminiftrés
par deux Chirurgiens appelés à cet effet , annonçoient
quelques fignes de vie ; cette circonftance
ranimoit fon courage pour le 4c.; mais malheureufement
la vapeur avoit influé fur elle-même.
Après avoir ramené le 3me. homme , fes forces
l'abandonnèrent ; elle perdit connoiflance .
Tous les affiftans , pénétrés de la douleur la
plus vive , s'occupèrent à lui donner des fecours.
Il reftoit un 4me. homme dans la cave ; pendant
cet intervalle , le temps s'écouloit , & les momens
devenoient précieux . M. l'Abbé de la Breuille
propofa une récompenfe à qui voudroit y def
cendre. Le nommé Tabari, Vidangeur ordinaire ,
qui avoit été appelé , defcendit une partie des
imarches de la cave ; mais il remonta auffi-tôt ,
en difant qu'il étoit fuffoqué , & qu'il ne vouloit
pas s'expofer à périr .
» pas
:
Dans le moment , CATHERINE VASSENT , revenue
de fon évanouiffement , réuniſſant toutes
fes forces & fon courage , s'écria » Il ne fera
dit que j'aurai fauvé trois hommes , & que
le 4me. périra faute de fecours c. Elle prit
les mêmes précautions , fe munit d'un croc &
d'une corde , & s'élança dans la cave, en difant :
Que je ferois heureufe fi je pouvois fauver le "
4me. « ! Arrivée au fond de cette cave , &
cherchant avec fon croc , elle trouva le 4me.
homme , nommé Alexis Lardé , qui étoit enfoncé
dans le liquide répandu. Dès qu'elle put le toucher
, elle s'écria douloureufement : » Hélas ! il
cft mort , il ne fe prête à aucun fecours «‹ .
Elle lui attacha la corde au bras , lui foutint la
rête , & on l'amena dehors comme les autres .
Les fecours administrés aux trois premiers annonçoient
un rétabliſſement prochain ; les Chi92
MERCURE
rurgiens s'occupèrent du 4me. , mais ce fut intilement.
Tous les affiftans s'apperçurent qu'il ne
pouvoit être rappelé à la vie ; CATHERINE VASSENT
en reffentit une douleur fincère ; fon coeur
n'étoit point entièrement fatisfait . Enfin , après
une heure & demie de foins , les trois premiers
revinrent de leur afphixie , & le malheureux Larde
fut la feule victime.
Tous lefquels faits nous ont été atteſtés , &c..
ANNONCES ET NOTICES.
FEU M. O. F. Muller , Confeiller de Confé--
rence du Roi de Danemarck , Membre de l'Académie
des Sciences de Copenhague & de celle de
Stockholm , connu par d'excellens Ouvrages fur
différentes parties de l'Hiftoire Naturelle , ayant
obfervé avec plus d'attention & de fuite qu'on
ne l'avoit fait avant lui , les Animalcules qu'on
découvre à l'aide du microfcope , dans les eaux
imprégnées de parties végétales & animales , y a
découvert des genres , des cípèces , & une reproduction
conftante. Il avoit préparé un Ouvrage
fur cette matière , & en avoit deffiné & fait graver
toutes les Planches fous fes yeux , & fe préparoit
à le faire imprimer , lorfque le feul évè
nement qui pouvoit interrompre fes travaux , la
mort , y a mis un terme . Mine. Muller, fa veuve ,
ne voulant pas priver le Public d'un Ouvrage
auffi curieux & aufli intéreffant fur une partie
d'Hiftoire Naturelle , prefque entièrement inconnue
, le fait imprimer à fes frais , & a confié les
DE FRANCE.
93
foins de l'édition à M. Oth . Fabricius , Membre
de l'Académie des Sciences de Copenhague & de
celle des Curieux de la Nature. On l'imprime actuellement
à Copenhague fous ce titre :
Animalcula infuftria , fluviatilia & marina, defeta
, fyftematicè defcripta & delineata ab Ó. F.
Muller, &c. cum . Tab . an. L. opus fiftens 379 .
Diverfas fpecies 17 generum mundi invifibilis. 1
Vol. in-8 °. Prix , 10 liv. 10 f. br.
Les Amateurs d'Hiftoire Naturelle qui défireront
cet Ouvrage , peuvent s'adreffer au Sr. Lagrange
, Lib. au Palais - Royal , N° . 123 ; il le
fera venir fur leurs demandes , dès que l'édition
fera publiée ; s'ils le font promptement, ils auront
de meilleures épreuves. Il fera néceflaire qu'ils
fpécifient s'ils veulent que les Planches foient coloriées.
Quoiqu'il y ait peu de ces Animalcules
qui préfentent des couleurs , il y aura cependant
quelques Planches qui en feront fufceptibles , &
cet avantage augmentera de très-peu le prix de
l'exemplaire.
Monumenti inediti de Winckelman , ou Choix.
de Monumens antiques , les plus précieux & les
moins connus , gravés & imprimés au biftre fanguin
anglois ; avec leurs explications , traduites
de l'Italien du même Auteur ; par M. Grainville,
des Académies ' de Rouen , de Caen , &c. Tome
Ier. , format in- 4° . , imprimé fur papier vélin
fin. A Paris , chez Simon , Graveur , rue du Plâ
tre St. Jacques , No. 7.
25
Nous adoptons fur cet Ouvrage l'opinion du
Cenfeur , qui juge que » la grande réputation de
l'Ouvrage original , & fa rareté , réanies aux
» foins des Editeurs François , peuvent faire regarder
cette entrepriſe comme une des plus
>> utiles & des plus agréables à tous ceux qui , par
ככ
1
94 MERCURE
59
état , ou par goût , veulent étendre leurs con-
» noiflances fur les Antiquités «<.
Sur le Compte rendu au Roi en 1781 , Nouveaux
Eclairciffemens , par M. Necker ; in - 4 ° . Prix ,
2 liv. 8 fous. A Paris , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
PETITE Bibliothèque des Théatres. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Brunet ,
Lib. , rue de Marivaux , place du Théatre Italien .
Les trois Volumes qui viennent de paroître contiennent
la Métromanie de Piron , avec fix Comédies
de Molière , Amphitryon , George Dandi ,
M. de Pourceaugnac , le Bourgeois Gentilhomme
les Fourberies de Scapin , & la Comteffe d'Efear
bagnas.
Vies des fameux Archite&tes & des fameux
Sculpteurs depuis la renaiffance des Arts , avec
la defcription de leurs Ouvrages ; par M. D **
de l'Académie Royale des Belles - Lettres de la
Rochelle ; 2 Vol . in - 8 ° . A Paris , chez Debure
l'aîné , Lib . rue Sergente , Hotel Ferrand .
Cet Ouvrage , qui nous cft échappé dans fa
neveauté , mérite l'attention de ceux qui s'intéreflent
aux progrès & à la gloire des Arts . Il fait
fuite à l'Abrégé de la Vie des plus fameux Peintres,
publiée par le père de l'Auteur, en 1762 ; en
4 Vol. in-89. , dont on prépare une nouvelle édition
fans Portraits , revue, corrigée , & augmentée
des Vies des Artiftes célèbres morts depuis
l'impreffion de la première .
Nouveau Voyage en Espagne , ou Tableau
de l'état actuel de cette Monarchie ; contenant
les détails les plus récens fur la Conftitution politique
, les Tribunaux , l'Inquifition , les forces
de terre & de mer , le Commerce & les ManuDE
FRANCE: 95
factures , principalement celles de foieries & de
draps ; fur les nouveaux Etabliſſemens , tels que
la Banque de Saint - Charles , la Compagnie des
Philippines , & les autres Inftitutions qui tendent
à régénérer l'Efpagne ; enfin fur les moeurs , la
Littérature , les Spectacles , fur le dernier fiége
de Gibraltar , & le Voyage de Mgr . Comte d'Artois
Ouvrage dans lequel on a préfenté avec
impartialité tout ce qu'on peut dire de neuf , de
plus avéré & de plus intéreffant fur l'Eſpagne ,
depuis 1782 jufqu'à préfent ; avec une Carte enluminée
, des Plans & des Figures en taille-douce .
A Paris , chez Regnault , Lib. rue Saint Jacques ,
vis-à- vis celle du Plâtre . 3 Vol . in - 8 ° . br. Prix ,
12 liv. , & I 3 liv. 10 f. port franc pour la Pro-
:
vince.
Conférences fur les Ordonnances , les principes
du Droit Romain , & la Jurifprudence des Arrêts
du Confeil Souverain d'Alface , à l'ufage des Jurifdictions
& des Praticiens de première inftance ;
par M. Ballet , Notaire Royal de la Préfecture
d'Haguenau ; in - 8 °. A Colmar , chez J. Henri
Decker , Imp. du Roi ; & fe trouve à Paris , chez
Guillot , Lib. rue S. Jacques .
L'Hermite , Eftampe gravée par H. Marais ,
d'après J. B. Greuze. Prix , 16 liv . A Paris , chez
Maffard , Graveur du Roi , rue & porte Saint-
Jacques , No. 122 .
Cette Eftampe eft gravée d'un burin très -ferme,
& fait fentir la beauté du tableau original .
12 Menuets & autres Pièces , par J. Haydn ,
la Romance du Bien -aimé , une Pièce Espagnole ,
& nouvelles Allemandes , arrangés & variés
pour une Guitare feule , par M. Porro. Prix , 2 1 .
8 fous.
Recueil de Romances , Chanfons , Rondes
96 MERCURE DE FRANCE.
& Duo d'Eftelle , par M. Porro , avec Clavecin
on Vislon & Bade. Prix , 4 liv . 41. Cet Ouvrage
faifant partie des Délaffemens de Polymnie .
= 4. , 5. , 6º. & 7. du Recueil des Délaffemens
de Polymnie , ou les Petits Concerts de Paris ,
contenant des Aits de M. Cherubini , Italiens &
François , des Airs d'Eftelle , & des Chanfons de
M. Kozeluch ; Journal mélé d'Obfervations fur
le Chant & l'expreflion muficale ; avec Violon ,
Baffe ou Claveci . Prix féparément , 2 liv. 8 fous.
Abonnement pour 12 Recueils , 18 liv.
4º. 5e. 6º. & 7e. Cahiers du Journ. de Guitare,
contenant des Airs d'Eftelle & autres de Théatre ,
d'@dipe, de Tarare , &c. d'Haydn , de Kozeluch ,
&c. pincé & doigté marqués pour l'inſtruction ,
Far M. Porro , Profeffeur de Mufique & de Guitare
. Prix de la Soufcription pour 12 Cahiers &
les ETRENNES de Guitare , 18 livres, port franc ;
féparément chaque Cahier , 2 liv . A Paris , chez
M. Porro , ci - devant rue Michel - le - Comte
N°. 26 ; maintenant rue Tiquetonne , Nº. 10.
INVOCATIO
TABLE.
NVOCATION à Vénus. 4 Letres.
Epi
ramme,
Nécrologie.
Effai des Effais .
5 ! Effar.
5 Opufeules.
61 Annonces & Notices.
888888
73
79
82
86
92
Charade, Eng. & Logog. 58 Variétés.
AI
APPROBATION.
,
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE pour le Samed : 13
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
cr'empêcher l'umpreffion. A Paris , le 12 Septembre
1788
SÉ LIS
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 SEPTEMBRE 1788.
PIÈCES FUGITIVES •
EN VERS ET EN PROSE.
É PITRE
Des Bergères du Languedoc à M. le Ch.
DE FLORIAN , fur fon Roman d'Eſtelle.
Vous qui vivez au fein des Cours ,
Et pourtant aimez le Village ;
Vous qui chantez dans vos beaux jours
Ce que nous aimons davantage
Les fleurs , la danfe & les amours;
Des Bergères , on peut le croire ,
Vous priferez le compliment :
Vous fites pour elles l'Hiftoire .
Et d'Eftelle & de fon Amant.
40
Nº. 38. 10 Sept. 1788. E
98
MERCURE
Eftelle fut infortunée ;
Vous demandez pour nous aux Cieux
Une meilleure deftinée .
>
3
Ah ! formez plutôt d'autres voeux ;
Et dès que votre coeur nous aime ,
Souhaitez-nous fon long tourment ,
Ses maux & de plus cruels même ,
Mais un Némorin pour Amant.
Aux Bergers qui veulent nous plaire ,
Nous avons hier , à l'union
De Némorin donné le nom :
Le mériter , c'eft leur affaire.
Nous le voyons avec regret :
Il eſt bien loin de nous , cet âge
Qu l'aimable Eftelle habitoit
L'heureux yallon de Beau-rivage,
Les pauvres filles du Village-
N'ont plus ces Galans , ces Epoux.
Ah ! dans votre premier Ouvrage ,
Vous dont le langage eft fi doux ,
Tâchez de prendre un ton févère
Pour convertir l'Amant léger ;
Plus de douceurs pour la Bergère ,
Mais des leçons pour le Berger.
Il ceffera d'être volage ;
Notre bonheur viendra de vous.
Si ce bonheur eft votre ouvrage ,
Vous l'exprimerez bien pour nous ;
Votre efprit fera notre organe ;
Yous faurez ce que nous penfons ,
DE
99
FRANCE.
Et vous nous ferez des chanfons ,
Comme les chansons de Maffiane.
Nous favons que vous avez fait
Une promeffe folennelle
De détruire le flageolet
Qui chanta les amours d'Eftelle.
Faut- il n'entendre plus la voix,
Qui nous charmoit dans la prairie ,
Qui nous a rappelé cent fois
De nos Amans la voix chérie ?
Mais ce font des voeux indifcrets ,
Et par bonheur très- peu fincères ,
Que ceux d'un Chevalier François
Contre les plaifirs des Bergères.
( Par M. Le Brun.
A DEUX GENTES DAMOISELLES ,
Qui s'enquéroient de moi fi je faifois encore
des Vers.
ME demandiez fi ma lyre fidelle
Formoit encor des fons mélodieux ,
Si je rimois ? Oui , quand fuis amoureux
Vous ai-je dit ; ma Mufe n'eft rebelle
Quand fant d'amour exprimer les doux voeux,
Me demandiez quand j'étois amoureux ?
E 2
MERCURE
Du tendre amour je lens toujours les feux ,
Vous ai-je dit , à la faifon nouvelle
Lorfque j'ai vu renaître le Printemps.
Jeunes Beautés , dès les premiers inftans
Cù je vous vis , fi- tôt qu'ai pu connoître
Vos doux attraits , cet air tant gracieux ,
Vos yeux plus doux que votre coeur peut- être ,
Je ne fais trop fi fus pas amoureux
Avant le temps ou je commence à l'être ;
Ce que fais bien , & m'en dois alarmer ,
C'eft qu'ai fenti ma verve s'enflammer ,
Et que j'ai cru voir le Printemps renaître.
( Par M. Ladmiral. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Lt mot de la Charade eft Rebelle ; celui
de l'énigme eft le Souffler, celui du Logogriphe
eft Oriflamine , où l'on trouve If, Flore,
Mari , Or, Loire, Loir, Lame , Riom, Oie,
Ame , Flamme , Ami.
SUR
CHARA D. E.
UR mon premier fouvent s'exerce la Jeuneſſe ;
L'Amant fur non fecond exprime la tendrelle ;
Et mon tout fe récite ou fe chante à la Meffe.
(Par M. M*** , d'Amiens. )
DE FRANCE 101
ÉNIGM E.
AU moment où je nais , je fuis vierge féconde ;
Je porte dans mon ſein quatre fois quinze enfans j
L'un après l'autre , en même temps ,
Parcourent avec moi tous les endroits du Monde 5
Car jamais deux de mes individus
Ne fçauroient à la fois fubfifter ni paroître ;
Et tant que l'un exifte , un autre ne peut être ;
Mais fe préfeste
-t-il ? l'autre n'eft déjà plus.
Le premier
en naiffant
me donne la naiffance
;
Le fecond
au premier
donne bientôt
la mort ;
Du fecond
, le treiftème
efface l'existence
.
Tous fucceffivement
fubiffent
pareil fort :
Mais avec le dernier
, moi-même je fuccombe
¿
Et ma foeur en naiffant
nous poufle dans la tombe.
( Par M. Grellier
, de Confolens
. )
JE
Ft LO-GO GRIPH E.
E fuis vif ou tranquille , innocent ou coupable ;
L'un me recherche au jeu , l'actre me trouve à table ;
Celui-ci, dont le coeur eft foumis à l'amour ,
Croit qu'à Cythère fcul j'ai fixé mon féjour ;
Celui-là , mépriſant la fatigue & la peine ,
L'intrépide Chaleur ne me connoît qu'en plaine .
E 3
7402 M-ER CURE
L'on
Bref, je fus de tout temps & par tout l'Univers &
peut me rencontrer fous mille afpects divers :
Mais tel qui me pourfuit avec plus de conſtance ,
Ne prend fouvent de moi que l'ombre & l'apparence
.
De mon nom , cher Lecteur , fept pieds font le
foutien.
Je vais , pour t'exercer , en rompre le lien ;
Puis pour mieux me cacher , variant leurs poftures,
Les montrer tour à tour fous diverfes figures .
Je porte dans mon fein une immenſe cité ;
Un Berger fils de Roi , fameux par fa beauté ;.
Cette cfpèce d'oignon , de faveur très - piquante ,
Et qui donne à l'haleine une odeur rebutante ;
La plus blanche des fleurs , qu'au nombre heureux
de trois
\ L'on grave pour former les armes de nos Rois ;
D'un animal cornu cet organe fertile
Qu'on preffe pour nourrir la campagne & la ville ;
Du plaifir en tous lieux la tendre expreffion ;
1
Deux notes de mufique ; une négation .
Mais chut .... tu tiens mon nom , Leftcur , & tu
dois rire ;
Car , en franc étourdi , je viens de te le dire .
(Par M. M*** . d'Amiens.}
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
TRAITÉ de la Culture du Nopal , & de
l'Education de la Cochenille dans les Co-
>
lonies Françoifes de l'Amérique ; précédé
d'un Voyage à Guaxaca , par M.
THIÉRY DE MÉNONVILLE , Avocat en
Parlement Botaniste de Sa Majesté
Très- Chrétienne ; auquel on a ajouté une
Préface, des Notes & des Obfervations
relatives à la Culture de la Cochenille,
avec des Figures coloriées. 2 Volumes
in-8° . Au Cap- François , chez la veuve
Herbaut ; à Bordeaux , chez Bergeret ,
Libraire ; & à Paris , chez Delalain jeune,
Libraire , rue S. Jacques.
LAA
Nouvelle- Efpagne étoit feule en
poffieffion de la Cochenille ; on l'y cultivoit
avec foin , & elle étoit , comme elle
eft encore , une des principales branches
de fon commerce. L'Abbé Raynal , &
long - temps avant lui , M. de Réaumur ,
& le Père Labat , avoient propofé aux Nations
qui ont des établiffemens aux Hles de
E 4
104
MERCURE
l'Amérique , de tranfporter cette richeroduction
dans leurs Colonies ; mais perfonne
n'avoit cu l'intrépidité d'entreprendre
le voyage du Mexique pour y tenter un
larcin très - périlleux . Les encouragemens
meve que la Société Royale de Londres
avcit propofés pour la culture de la Cochenille
, étoient reftés fans effet. M. Thiéry
penfa que fi la Nation Françoiſe étoit en
elle-même trop peu patiente pour s'occuper
d'objets qui ne demandent prefque point
d'activité , les gens de couleur qui fe multiplient
tous les jours dans fes Colonies ,
& qui ne font pas auffi actifs à beaucoup
piès pourroient être utilement employés
à l'éducation de ce précieux infecte. Nouveau
Jafon , il forma le projet d'enlever
cette nouvelle toifon ; mais il fe propofa
de faire cette conquête feul , fans compagnons
de voyage , afin de n'être ni troublé
ni trahi dans fes deffeins. Il fit part de ſes
intentions au Ministère › en reçut des
promeffes faites pour l'encourager , des
lettres de recommandation pour les Adminiftrateurs
de Saint- Domingue , & arriva
dans cette Colonie en 1776. Son premier
foin fut d'examiner s'il lui feroit poffible
d'y réalifer l'établiffement qui faifoit l'objer
de fes défirs. Sûr de ce premier point par
l'analogie qu'il y remarqua entre les Cactes
de ce pays & ceux qui font propres à nourrir
la Cochenille , il partit pour le Mexique ,
où , réduit fouvent , en quelque forte , au
DE FRANCE. ΤΟΣ
rôle d'aventurier , il pourfuivit fes vies
avec conftance , malgré les obſtacles qu'il ne
cella de rencontrer . Pendant la courſe qu'il
fit de Saint- Domingue à Guaxaca , il tint
un Journal exact de fon voyage , & ce
Journal , qui contient des détails à peu près
inconnus fur l'intérieur du Mexique , le fait
lire avec intérêt. Nous ne fuivrons point
M. Thiéry dans toutes fes courfes ; mais
nous nous arrêterons un inftant avec lui à
Vera Cruz , parce que c'eft dans cette
ville qu'il fut forcé de fe convaincre combien
il lui feroit difficile de tromper la
vigilance d'une Nation jaloufe d'une propriété
dont elle jouifloit , & dont elle fe
Hlattoit de jouir toujours exclufivement.
·
M. Thiéry donne une defcription affez.
étendue de Vera-Cruz. Il contredit l'Abbé,
Raynal , qui a écrit que cette ville étoit
baie en bois , & il affure qu'elle eft bâtie
en pierre , à chaux & à fable , d'une excellente
maçonnerie. Il obferve qu'on ne
peut pas même dite qu'elle ait jamais été
bâtie en bois , puifqu'on y voit des maifons,
de Majorats ( 1 ) tombées en ruine depuis,
plus de cinquante ans , & dont tous les murs
font en maçonnerie. » Ce qui , dit- il , aura
» induit en erreur les Auteurs des Mé-
" moires fournis à l'Abbé Raynal , c'eft la
vue des balcons , de bois , lourds . &. maf-
95
(1) Biens nobles fubfitués de mâles en mâles à
perpétuité. ES
105
MERCURE
99
fifs , qui règnent tout autour des maifons
» comme à la Havane «. Ce n'eft pas le feul
objet fur lequel l'Auteur contredit celui de
PHiftoire Philofophique. Nous n'examinerons
point les différens objets fur lefquels
ces deux Ecrivains fe trouvent en contra-´
diction ; nous obferverons feulement que
M. Raynal a écrit fur des Mémoires à lur
communiqués , & que M. Thiéry a vu &
obfervé par les yeux.
Les pratiques fuperftitieufes font en vigueur
à Vera- Cruz . M. Thiéry y arriva dans
Fa Semaine Sainte : entendons - le parler.
39
ל כ
»
"
99
و ر
و د
Vingr fois , pendant cette Semaine , le
brait des chaînes me fit courir à ma
fenêtre. Quel trifte fpectacle ! Tantôt
c'étoit un Pénitent habillé en femme
jupes & corps de toile de lin , couleur
ardoife , les bras étendus & attachés fixe-
» ment dans une fituation horizontale , le
» dos & les épaules chargés de fept vieilles
épées , telles que celles qui fervent d'enfeigne
à nos Fourbiffeurs , & dont les
pointes , raffemblées dans un bourreler ,
» lui portoient fur le coccix , les pieds
chargés de chaînes & de boulons . Dans
» cet attirail , le Pénitent parcouroit à pas
lents toute la ville , & faifoit des ftations
» à chaque Eglife. L'inftant d'après , fe pré-
» fentoit un autre mafque , auffi habillé en
femme , mais en mouffeline blanche ,
nu jufqu'à la ceinture , un mouchoir fur
» le fein , les fers aux pieds , mais les
» mains libres , tenant dans la gauche un
"
39
"3
ท
DE FRANCE. 107
39"
Crucifix , & dans la droite une rude difcipline
dont il fe déchiroit les épaules
" de cent pas en cent pas. On voyoit à
chaque coup le fang ruilleler fur fes reins ,
" & teindre la belle jupe blanche falba-
» laffée . En huit jours , j'ai compré plus de
quatre- vingts maſcarades ſemblables «.
""
و ر
و ر
་་
Nous ne ferons aucune obfervation fur
cette fanglante manière d'honorer Dieu ;
nous laifferons de côté tous les autres détails
fur les moeurs de Vera - Cruz , fur
fes productions , fur fon climat ; nous invirerons
feulement nos Lecteurs à chercher
à les connoître dans l'Ouvrage même
parce qu'ils font réellement très - curieux ,
& nous allons nous remettre avec M. Thiéry
à la pourfuite de la Cochenille .
ง
Il étoit à Vera Cruz depuis un mois &
demi . Entouré d'êtres auxquels il étoit fufpect
, aux recherches , aux queftions defquels
il n'échappoit pas toujours aifément ,
il follicitoit un paffe - port pour fe rendre
à México , bien réfolu de n'en faire ufage
que pour Guaxaca , où il avoit appris que
la Cochenille étoit bien plus belle que celle
de Tlafcala ou de Guadalajara ; il fe flattoit
de l'obtenir , quand le Vice- Roi Don Bakarelly
défendit de le lui accorder. Etourdi ,
mais non abattu de ce coup inattendu ,
il fe replie fur lui- même , va chez le Lieutenant
- Général de Ferfen , lui tait le refus
qu'il a effuyé , lui demande une permiſſion
- pour aller heiborifer à Crillava. Ce n'étoit
E G
1
908 MERCURE
qu'un prétexte. M. de Ferfen obtient un
paffe port du Gouverneur , le remet à M.
Thiéry : celui- ci va partir. Tour à coup un
homme en habit bleu , la cocarde rouge ,
effoufflé , l'air furieux , égaré , le regard
fombre & finiftre , fe préfente chez M. de
Ferfen , s'annonce pour le Secrétaire du
Gouverneur , & redemande le paffe- port ,
que M. Thiéry fe vit contraint de rendre ,
pour ne pas devenir plus fufpect qu'il ne
l'étoit. Si l'honneur de M. Thiéry ne l'eût
pas engagé à fuivre fon projet , cette aventure
étoit faite pour l'en détourner ; mais
la crainte de la honte , de l'humiliation
du ridicule & du mépris , jointe au défir
d'enrichir fa patrie d'une production utile ,
lui donna de nouvelles forces. Il calcula
que ne pouvant pas s'embarquer avant trois
femaines , il pourroit achiever en quinze
jours un voyage à la dérobée . Il s'enflamme
fur cette idée , & fans paffe- port il marche
vers Guaxaca. Le voilà livré à lui - même
dans un pays inconnu , tremblant d'être
découvert & arrêté ; livré à toutes les angoiffes
de la faim , de la foif , de l'infomnie
, de l'inquiétude , parlant bien françois ,
mal le caftillan , fe faifant paffer pour un
Médecin Catalan , conchant ici dans un
Rancho , la dans une auberge , plus loin
entre des brouffailles , & ne devant quelquefois
fa nourriture qu'à h bonté des
Indiens qu'il rencontroit fur fa route . En-
En il arrive à Gallatillan , y voit une No-
3
DE FRANCE.. 109.
palerie , apperçoit fur une feuille un infecte
tout couvert d'une poudre blanche le
prend , l'écrafe , & voit la véritable pourpre
des Rois. Il en fut ivre d'admiration & de
joie. Il pourfuit fa route , & arrive enfin à·
Guaxaca. Là, il fe fait faire, par un Layetier,
huit cailles ailées à tranfporter , y achète
des branches de Nopal chargées de Cochenille
, en garnit fes caiffes , y mêle de la
vanille , des plantes , des fimples , part de
Guaxaca , rencontre dans fon retour prefque
autant d'obftacles qu'il en avoit rencontrés
dans fon voyage . A Dominquillo , il rencontre
un Alcade & fon Affeffeur , qui ,
malgré fa qualité d'étranger , l'empêchent
d'être la dupe de fon Topith . A -Theguacan
, il eft conduit à la Douane par
un Employé ; il fe croit perdu , il profite
de l'ignorance des Commis , échappe à
leurs recherches , & rentre enfin à Vera-
Cruz , où les caiffes font examinées , & .
où un Commis , auffi ignorant que ceux
qu'il avoit rencontrés , le laiffe paffer avec
un Vai ufted con Dios. Pendant fon féjour
en cette ville , il fallut encore tromper
les yeux de tout le monde , ceux de M. de
Ferfen même. Heureufement fi l'on favoit
à Vera-Cruz que la Cochenille exiſtoit , on
ne la connoifoit point en nature. Après
bien des craintes & bien de l'impatience ,
il quitta le port le 8 Juin 1777 , fans qu'on
foupçonnât qu'il eût pu parvenir ni même
qu'il eût tenté de pénétrer dans le Mexique .
110 MERCURE
Pendant la traverfée , les vents , les orages ,
les pluies , les retards , les accidens lui occafionnèrent
une perte de plus de quarante
Nopals . Il n'échappa à l'indifcrète & dangéreufe
curiofité des Matelots , qui avoient
reconnu la Cochenille , & qui déclaroient
tout haut qu'elle étoit contrebande , qu'avec
des contes de Charlatan : enfin il débarqua
au Mole Saint - Nicolas le 4 Septembre ,
& fe rendit enfuite au Port - au - Prince ,
où il arriva le 25 , encore affez riche en
Cochenille & en Nopals , malgré fes pertes ,
pour être fier de fon fuccès.
Ce fut au Mole Saint- Nicolas que M.
Thiéry reconnut qu'il exiftoit à Saint- Domingue
une espèce de Cochenille , qu'on
nomme la Cochenille filveftre , & qu'elle y
vivoit fur un Cacte appelé Perefchia.
Il y a deux efpèces de Cochenille , la
Meftèque ou fine , & laSilveftre . La première
eft très -fupérieure à la feconde : on la trouve
au Mexique ; mais elle n'habite que les
cafes & les jardins des Indiens qui la récoltent
, & jamais les forêts ni les campagnes.
La Cochenille filveftré vit auffi au Mexique ;
mais elle eſt indigène à Saint -Domingue ,
& il est étonnant qu'on ait négligé fi longtemps
de la cultiver. Elle ne diffère de
la Cochenille fine que par le coton dont
elle eft couverte ce qui augmente beaucoup
fon poids & abforbe une partie de
fa couleur.
Le Nopal eft la nourriture de la CocheDE
FRANCE. III
nille : c'eft une efpèce d'opuntia. Il y en a
de deux fortes , le Nopal fimple & le Nopal
de Caftille , furnom que lui a donné l'orgueil
efpagnol , à caufe de fa beauté. La
Cochenille vit auffi fur les autres opuntia ;
mais celui ci a l'avantage de la nourrir à
foifon & d'en faciliter la récolte .
M. Thiéry a apporté ces opuntia à St-
Domingue , & ils s'y font perpétués ; il
y a autfi élevé la Cochenille fine , après
y avoir perfectionné la Cochenille filveftre ;
mais la mort l'a furpris au milieu de fes
travaux , & la Cochenille fine n'existe déjà
plus à Saint-Domingue. M. Joubert de la
Motte , Médecin - Naturalifte du Roi , fon
fucceffeur en cette partie , n'avoit pas les
connoiffances néceffaires à la confervation
de l'infecte précieux qui avoit couté tant
de foins , tant de peines , tant d'inquiétudes
, tant de chagrins à M. Thiéry , &
c'eft entre fes mains qu'il a difparu de la
Colonie. Ce qu'il y a de remarquable &
qu'il n'eft pas inutile de relever , c'eft que
M. Joubert , qui s'eft fervi de la Cochenille
que M. Thiéry avoit laiffée dans fon cabinet
ou fur fes plantations pour faire faire à
Paris des expériences , a parlé avec mépris
de fon prédéceffeur , & que même il l'a
calomnié dans une Hiftoire abrégée de la
Cochenille filveftre . Falloit- il donc que M.
Thiéry , qui avoit déjà éprouvé pendant
fa vie les furcurs de la haine & de l'envie
, fût encore diffamé après la mort par
112 MERCURE
celui dont l'ignorance avoit anéanti le fruit
de fes travaux & de fes obfervations ? Au
refte , le Cercle des Philadelphes , qui a publié
l'Ouvrage dont nous avons extrait tout
ce qu'on vient de lire , l'a bien vengé des
excès de M. Joubert dans une Préface trèsbien
faite , & qui contient , outre un Eloge
de M. Thiéry, d'autres morceaux intéreffans.
Nous avons perdu la Cochenille fine ;
mais nous avons confervé les Nopals , & la
Cochenille filveftre nous refte , puifqu'elle
eft indigène à Saint-Domingue . M. Thiéry ,,
dans fon Traité de la Cochenille , a démontré
qu'on pouvoit perfectionner l'éducation
de la Cochenille filveftre , multiplier cet
infecte , & en tirer un grand avantage. Il
a fait une théorie des Nopaleries , fondée fur
une pratique dont il avoit tiré jufqu'à fix
expériences utiles , & il ne nous paroît pas
douteux que fi l'on donne des encourage- .
mens aux Cultivateurs , cette production
ne devienne une des richeffes de nos Colonies.
La Cochenille exportée chaque année,
du continent de l'Amérique en Espagne ,
produit à Cadix 7,759,196 livres. Ce revera
eft immenſe , & il eft à préfumer
que dans un temps où toutes les vues fe
tournent vers les objets d'utilité , on ne
négligera pas de s'occuper des moyens de
fouitraire la France à l'efpèce de tribut
qu'elle paye annuellement à l'Espagne dansle
commerce de la Cochenille.
DE FRANCE.
LES Faftes du Commerce , Poëme en XII
Chants ; par M. T. ROUSSEAU.
Quodfi deficiant vires , audacia certè
Laus erit in magnis, & voluiffe fat eft.
Prix , 3 liv. 12 f. br. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Coq St. Honoré ; Defenne
, Libraire , au Palais- Royal ; &
Bailly , Burrière des Sergens.
-CET Ouvrage eft moins un Poëme que
l'Hiftoire en vers du Commerce . Il ne s'agit
point d'examiner fi l'Aureur eût mieux fait
d'inventer des refforts épiques, ou du moins
de fe tracer une marche didactique. Il a
penfé que le fujet qu'il avoit à traiter n'appartenoir
en rien à l'Epopée : il a penſé que
s'il eût perfonnifié le Commerce , & imaginé
des fictions pour embellir une action
fuivie , beaucoup de gens auroient pu lui
dire : Non erat hic locus. Il n'a point voulu
non plus adopter un plan didactique , perfuadé
que par- là il ne faifoit qu'augmenter
les difficultés qui fe préfentoient en foule
dans fon fujet. On ne pouvoit guère réuffir
, du moins felon lui , qu'en s'attachant
à des détails intéreffans , fans s'occuper
d'un plan régulier : c'eft le parti qu'il a
pris. Permis à quelques perfonnes de pen14
MERCURE
fer que ce n'étoit peut être pas le meilleur
à prendre , ni le plus glorieux ; mais chacun
conviendra , fans contredit , que c'étoit le
plus fimple & le plus facile . Son plan fe
borne done à une galerie hiftorique , où
l'on trouve une énumération des évènemens
les plus remarquables dans les Faftes
du Commerce. Nous ne pouvons efquiffer
ici l'analyse d'un Ouvrage qui n'en eft pas
fufceptible. M. T .... Rouffeau annonce
qu'il a puifé fes principes dans les Auteurs
les plus accrédités qui ont écrit fur l'objet
de fon Poëme , objet devenu aujourd'hui
la bafe de la politique de toutes les Nations.
C'eft aux Commerçans plus qu'aux Gens
de Lettres à apprécier fon travail : mais afin
de fatisfaire l'Auteur , & de mettre ceux
que fon Poëme peuvent intéreffer à portée
de s'en former une idée , au moins quant
au ftyle & à la poéfie , nous allons citer
quelques - uns des morceaux qui nous ont
paru les plus dignes de remarque. On trouve
au IIe. Chant un tableau de la fameufe
ville de Tyr , tracé d'après une comparaiſon
empruntée d'Ezéchiel .
Je crois appercevoir dans ta vaſte cité
Un navire d'un prix égal à ſa beauté .
Du plus fin lin d'Egypte on a tiflu Les voiles.
Le fonds pourpre eft femé de brillantes étoiles ,
Et l'aiguille avec art nuançant les couleurs ,
Laiffe courir autour de légers nauds de fleurs.
DE FRANCE. 115
Par- tout le même luxe éclate & s'y déploie .
Ses cordages font d'or , fes pavillons de foie .
On a pris pour fes mâts des cèdres du Liban ,
Ou des pins orgueilleux des forêts de Bazan .
Les bancs de fes Rameurs font d'ébène & d'ivoire :
Monument éternel de l'éclat de ta gloire ,
Ce fuperbe vaiffeau m'offre tous les tréfors
Dont l'Inde & l'Arabie enrichiffent tes bords.
De vulgaires mortels font-ils faits pour conduire,
Ou même pour monter ce précieux navire ?
Non , non ; & tes Marins , favans navigateurs ,
Ont tous de l'Océan fondé les profondeurs .
En vain , Salmanazar , Tyran de Babylone ,
D'Amphitrite fur toi veut ufurper le trône ;
En vain dans fes projets , ce Defpote orgueilleur
Accourt pour t'accabler du joug le plus honteux.
Tu fais , illuftre Tyr , par le double avantage
De ton commerce actif,jeint au plus grand courage,
Lui prouver que jamais le Peuple Roi des mers
Ne fût fait pour ployer & recevoir des fers.
On lit encore au commencement du IIIe .
Chant , un portrait du même genre , mais
très- différent d'ailleurs : c'eft celui de Rome.
Les Vainqueurs de Carthage , enfans nés pour la
guerre ,
N'afpirèrent d'abord qu'à fubjuguer la Terre .
Un Peuple deftructeur, qui couroit à la fois
Dévafter les Etats & maflacrer les Reis ,
116 MERGURE
ގ
Pouvoit- il , enflammé de l'amour feul des armes
D'un art réproductif lui préférer les charmes ?
Sans ceffe des combats recherchant les honneurs ,
Rome ne fut qu'un camp jufqu'à fes Empereurs.
Rome y tint dans fes mains la foudre toujours prête.
Mais l'efprit de négoce & l'efprit de conquête ,
Par leur nature même , à jamais divifés ,
Peuvent-ils s'accorder dans leurs buts oppofés ?
L'impétuexx défir de franchit ces limites ,
Qu'aux Empires divers le Ciel même a prefcrites ,
Du poids de fes fuccès écrafant le Vainqueur,
De fon ambition eft le premier vengeur.
Tout Peuple conquérant , lorfqu'il ceffe de l'être ,
Tombe, & ne tarde pas à ramper fous un Maître,
Le Peuple induftrieux fait briller fon efprit
Dans l'art de conferver le fol qu'il enrichit.
Conftamment renfermé dans fes propres barrières,
Il fait de fes voifins refpecter les frontières ,
Et ne veut qu'en tout temps fur les altiers remparts ,
Voir de la liberté fotter les étendards .
Nous terminerons ces citations par une
épiſode fur la fin défaftreuſe du règne bril
lant de Louis XIV , & fur les efforts pa
triotiques du Commerce , qui fauva l'Etat
en 1712 , en offrant au Roi une forme de
trente millions.
De tout temps il fallut , comme au fiècle où nous
fommes ,
Pour s'en faire admirer , en impofer aux hommes.
DE FRANCE 117
. مت
Un Souverain fans fafte , & qui n'eft revêtu
Que du modefte éclat de la fimple vertu ,
En acquérant, pour prix de fon règne paifible,
Les droits les plus facrés fur toute ame fenfible ,
Óbtiendra- t- il jamais ces titres i pompeux f
Que le vulgaire accorde aux feuls Rois belliqueux
?
Alexandre , courant dévafter cent Provinces ,
Eft placé de fa main au rang des plus grands
Princes ;
repos ,
Tandis que ceux qu'il voit , pacifiques Héros ,
Faire fleurir les Arts dans un noble
Se plaire à nous combler de bontés paternelles ,
Et contre l'oppreffeur nous couvrir de fes ailes ,
Parmi ces Rois obfcurs dépouillés de vertus ,
Par ce vulgaire ingrat fouvent font confandus.
Auffi combien d'entre eux préfèrent cette gloire
Dont la Vanité ceint le front de la Victoire ,
Au plaifir fimple & pur d'échanger tour à tour
Tous les biens de la paix contre ceux de l'amour !
Tel fut ce Potentat dont le bruyant tonnerre
Effraya fi long-temps les Peuples de la Terre ,
Ce fuperbe Louis , qui lui fcul , à la fois ,
S'enivroit de l'orgueil de combattre vingt Rois.
Ses revers qu'il fupporte avec tant de nobleffe ,
Ont fans doute à nos yeux expié fa foibleffe .
L'adverfité ſévère , inftruiſant les humains ,
Leur ouvrant des vertus les pénibles chemins ,
Ne fut jamais pour eux qu'une mère idolâtre :
C'eft la prospérité qui les traite en marâtre .
118
MERCURE
Mais de ces flots preffés de nombreux combattans,
Quel Démon irrité couvre nos bords fanglans ?
Sortez de vos tombeaux, Luxembourg & Turenne ;
Le vaillant Marlborough & l'intrépide Eugène
Font tomber les François fous leur fer deftructeur ,
Comme ces drus épis que l'ardent Moiffonneur
Abat avec fa faux d'une main diligente .
Par-tout l'effroi fuccède à notre ardeur bouillante
Et perçant fur leurs fronts à travers les lauriers ,
Pour la première fois fait pâlir nos Guerriers .
Tels que ces tourbillons de poufière foudaine
Qu'Bole devant lui chaſſe au loin dans la plaine ,
J'apperçois , au milieu de nos humbles fillons ,
Fondre & fe diffiper leurs nombreux bataillons.
Trois fois dans les combats, échauffant le carnage,
Bellone , dans leur fang , court affouvir fa rage ;
Et trois fois la victoire , infidelle à Louis ,
Volé fous les drapeaux de fes fiers ennemis , &c.
Vain efpoir ! rien n'arrête un terrible Vainqueur
Que le feul nom François fait rugir de fureur.
Par-tout un Ciel de fer fecondant fa
vengeance ,
De nos frêles moiffons nous ravit l'eſpérance ,
Et le Peuple écrafé fous le faix des impôts ,
N'attend plus que la mort pour remède à ſes maux.
Mais que vois- je ? quel Dieu , quel fortuné Génie
Vient à fa perte , hélas ! arracher ma Patrie?
L'audacieux Commerce , en nos ports élevé ,
S'arme , combat , triomphe , & l'Etat cft fauvé,
DE FRANCE. 119
Et voilà cependant cet Art fi magnanime ,
Cet Art qu'un préjugé , tyran pufillanime ,
Ofe encor de nos jours , après de tels bienfaits ,
Avilir ; & chez qui ? chez le Peuple François .
L'Auteur termine ce paffage par l'éloge
- des Négocians de la Bretagne. Il paye un
tribut de reconnoiffance particulière aux
Habitans de Saint -Malo. Les bornes de nos
Feuilles ne nous permettent pas de citer
cette fin, qui renferme une fage diftinction
entre les Arts d'utilité & les Arts de luxe.
On devine aifément que l'Auteur follicite
pour les premiers les encouragemens de préférence
les plus diftingués.
Nous n'en dirons pas davantage fur ce
Poëme ; l'objet d'utilité qui a conduit la
plume facile & abondante de l'Auteur le
recommande affez . D'ailleurs , qu'a- t-il beſoin
de nos avis ou de nos éloges, puiſque ,
s'il en croit , d'un côté , le célèbre Auteur
des Petites Affiches ; de l'autre ; M. de L...
H..., dans une Lettre du 12 Juin , & enfin
une autre Lettre de M. le Comte de Mir ... ,
de la même date : Le choix du fujet lui
י נ
feul eft la preuve d'un bon cfprit & d'un
» bon patriote. C'eft un mérite de plus
» de favoir rendre la Poéfie utile ; c'eſt le
fentiment d'Horace , qui recommande
» l'utile dulci , & qui condamne verfus
inopes rerum nugaque canore . On doit lui
applaudir d'avoir eu l'idée d'appliquer la
"J
33
120 MERCURE
""
"
34
99
Poéfie à un grand fujet que jufqu'ici les
» Poëtes ont dédaigné, comme s'ils n'étoient
faits que pour charmer les hommes par
des bagatelles fonores , & non pour embellir
la raifon. Leurs fuccès ne feront
» vraiment chers aux Philofophes que , lorfqu'ils
auront fu allier les Mufes gracieu-
» fes & les Muſes févères «.
$5
LES ADIEUX du Duc de Bourgogne &
de l'Abbé de Fénélon fon Précepteur ;
ou DIALOGUE fur les différentes fortes
de Gouvernemens. 1. Vol. in-8°. de 332
pages . A Stockholm
& fe trouve à
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins ; & chez Moutard ,
Imprimeur de la Reine, rue des Mathurins.
Prix , 3 liv. 12 f. broché.
Ce Livre mérite d'être diftingué de la
foule des Ouvrages que l'on a publiés depuis
quelque temps fur les matières politiques ;
& nous ofons annoncer qu'il fera lu avec
intérêt & profit par tous les citoyens vraiment
attachés à la Patrie.
Pour en donner une idée fommaire , nous
nous bornerons à indiquer à nos Lecteurs
les motifs & circonftances qui ont donné
lieu à cet Ouvrage , les principales baſes
de
DE FRANCE. 121
de la doctrine qu'il renferme , la forme
fous laquelle cette doctrine eft développée ,
& quelques traits propres à faire connoître
le ftyle de l'Auteur .
و و
> » Cet Ouvrage dit l'Auteur dans fa
» Préface , eft le fruit de plufieurs converfations
particulières & fecrètes entre
une perfonne du plus haut rang &
» l'Auteur. Ce ne fut qu'après avoir dif-
» cuté la matière , autant toutefois qu'on
» peut le faire dans des converfations , que
» Î'Auteur ayant fuffisamment indiqué quels
33
étoient fes principes fur un fujet aufli
» vafte & auffi important , reçut , vers
» 1772 , l'ordre de les rédiger par écrit.
» Je ne vous demande pas , lui dit-on ,
un Ouvrage volumineux : les gens du
» monde n'en lifent guère de cette forte ;
mais je voudrois que , dans une fimple
brochure , vous puffiez établir fommai-
» rement & avec clarté , les grandes vérités
fondamentales que nous avons parcou-
و د
""
» rues.
Dans la circonftance dont il s'agit ;
» des défirs étoient des ordres , & il falloit
» au moins que je montraffe du zèle . Cha-
" que fois qu'on me voyoit , on me de-
» mandoit des nouvelles de mon travail :
» on paroiffoit très- preffé. Enfin je livrai
l'Ouvrage au bout de quelques femaines ,
c'est-à- dire , deux ou trois mois avant
» une grande
révolution , auffi peu atters
No. 38. 29 Sept. 1733.
و ر
ود
F
122 MERCURE
D
ور
» due de toute l'Europe , que juſtement
» admirée & applaudie des amis de l'ordre
public. Ce fut alors feulement que je
compris pourquoi on m'avoit fait un
devoir de prendre fi bien mes meſures ,
» que perfonne ne pût favoir où , ni par
» qui , ni à la follicitation de qui , ce petit
Ouvrage avoit été fait ,
"
و د
"
» Ces diverfes conditions , qui me furent
» tant recommandées , expliqueront pourquoi
je cherchai à m'étayer du nom de
Fénelon , & du fouvenir d'un Prince qui
» avoit donné de fi grandes efpérances au
Monde , & qui y a laiffé de fi grands re-
" grets : elles expliqueront pourquoi , dans
» l'Avertiffement & la Préface de l'Editeur,
» on cherchetant à faire adopter une pure
fuppofition , comme une anecdote véri
» table , en préfentant cet Ouvrage comme
étant un Ouvrage de M , de Fénélon,
"
39
و د
» Une obſervation très - effentielle à faire ,
c'eft qu'il faut bien fe garder de juger
rigoureuſement la pratique de ceux qui
gouvernent , d'après la théorie de ceux
qui écrivent. La théorie de ces derniers
ne préfente que des règles inflexibles
& des principes généraux ; nul obſtacle
» ne les arrête ; nul incident ne vient les
contrarier ; nul événement imprévu ne
» dérange leur marche tandis que les
Chefs de l'Etat , prefque toujours efclaves
de circonftances impérieufes, font forcés ,
DE FRANCE. 123
99
» même en fe propofant le fyftême le plus
parfait , de paffer continuellement d'une
exception à l'autre dans le cours & les
» détails de leur adminiftration .
ود
99
"
"
» Il faut donc reconnoître ici deux grandes
» vérités ; l'une, qu'il y auroit bien de l'ingratitude
& même de l'abfurdité , à ne voufoir
approuver dans la pratiqué que ce
qui feroit conforme à la théorie ; & l'autre,
» que l'on ne feroit guère moins blâmable
de vouloir rejeter toute théorie , fous
prétexte que jamais on ne peut y aftreindre
» tous les détails de la pratique » ,
23
J
""
-
Le Duc de Bourgogne , petit fils de
Louis XIV , entame cette difcuffion fur les
différentes formes de Gouvernement , par
déclarer à fon Précepteur , que connoiflant
la vertu , il mourra jeune ou ne mourra
pas Roi , s'il y a une forme de Gouvernement
plus propre que la forme monarchique
à rendre les Peuples heureux . C'eſt
fur cette déclaration que M. l'Abbé de
Fénélon entreprend de prouver qu'en général
le Gouvernement Monarchique eft
préférable à tout autre Gouvernement ; de
déterminer les caractères particuliers qui
conviennent au Gouvernement Monarchique
, & le diftinguent de tout autre Gouvernement
; de défigner les Nations de
l'Europe dont la profpérité eft plus étroite--
ment dépendante de leur fidélité à s'en
tenir au Gouvernement Monarchique ; de
F
124
MERCURE
donner des règles de conduite fages &
précifes fur les égards ou ménagemens que
le Monarque doit aux différentes claffes de
fes fujets ; & enfin de fixer les vûes de
police les plus propres à favorifer l'induſtrie ,
la richeffe & les moeurs en un mot , le
bonheur particulier des Citoyens.
›
De cès cinq parties , la dernière doit fournir
un volume qui ne verra le jour que
dans la fuite : les quatre autres rempliffent
celui dont nous nous occupons ici .
Dans la première , M. de Fénélon parvient
à convaincre fucceffivement fon Elève ,
que le Gouvernement Monarchique eft le
plus naturel de tous ; qu'il eft néceffairement
le premier , celui auquel tous les
autres doivent le plus naturellement aboutir
, le plus facile à rétablir , le plus aifé
à perfectionner , celui fous lequel les établiffemens
avantageux font plus faciles à
exécuter , le plus analogue aux Beaux- Arts
celui qui s'accorde le mieux avec nos paffions
, le plus propre à former des grands
hommes, le plus favorable à l'accroiffement
des fortunes particulières , le plus équitable
dans la diftribution de la Juſtice , le plus
doux & le plus humain , le plus durable ,
le plus tranquille au dedans , & le plus redoutable
au dehors.
Dans la feconde partie , le Précepteur
indique les traits caractéristiques de la véritable
Monarchie , & les Loix vraiment
fondamentales felon la nature même de
cette forme de Gouvernement.
DE FRANCE. 125
Dans la quatrième partie ( car la troifième
ne nous offre pas un objet auffi important
que les autres ) , l'Auteur examine fur- tout
s'il y a des corps publics qui foient effentiels
à la Monarchie ; jufqu'à quel point:
les corps publics modernes font les mêmes
que ceux des temps plus anciens ; s'il eft
vrai que l'on doive toujours s'en tenir à
l'ancien fyftême ; & quels égards le Souverain
peut avoir pour les prétentions des
anciens corps.
La forme de ce Traité eft , ainfi que
Le titre l'annonce , un dialogue où l'on
retrouve par - tout , dans un contrafte bien
foutenu , l'ame réfléchie & fière , énergique
& fimple , mais toujours vertueufe du Duc
de Bourgogne ; & l'ame douce & modérée
infinuante & expanfive , bienfaifante &
tendre de l'Auteur du Télémaque. Nous
citerons à ce fujet quelques paffages qui
pourront juftifier cette remarque , & feront
connoître le ftyle de l'Auteur.
و ر
M. LE DUC. » Etes-vous bien affuré que
les célèbres Républiques n'aient pas eu
» autant d'établiffemens utiles que les plus
fameufes Monarchies ? Rappelez - vous
" tout ce que vous m'avez appris des effers
» étonnans du patriotifme , tant dans les
Républiques anciennes , que dans celles
"
» des temps modernes.
"
FÉNÉLON. » Je ne prétends pas non plus
C
F 3
126
MERCURE
» que les Républiques ne nous offrent aucune
preuve d'un véritable patriotiſme ::
» les vertus peuvent fe comparer
و ر
"
"
30
>
à ces
plantes néceffaires , qui , par un bienfait
particulier de la Providence , croiffent
» par-tout , ce qui n'empêche pourtant
pas qu'un climat ne leur foit plus favo
rable qu'un autre. Le patriotifme , même
» au milieu des épines & des ronces de
l'anarchie fous l'aftre defféchant des
defpotes , a quelquefois porté les fruits
les plus beaux & les plus précieux ; d'où
» vous ne chercherez pas fans doute à
» conclure que s'il brilfe davantage dans )
» les défordres de la Société , c'eft que ces
défordres lui conviennent : il n'y brille
plus , que parce qu'il préfente un plus
" grand contrafte .
و ر
و د
و د
ود
20
n
22 Dans les temps modernes , je crois
m'appercevoir que les Républiques of
frent peut- être autant d'exemples que les
Monarchies , de ces dévouemens à la
patrie , qui font l'adiniration des fiècles
as de ces vertus pures & prefque furnaturelles
que l'Hiftoire a befoin de bien.
prouver pour les faire croire . Pour ce
genre de belles actions qui honorent .
infiniment l'homme , mais qui ne peu-
» vent jamais caractérifer une Nation ,
quoiqu'elles puiffent aider à caractérifer
un fiècle , parce qu'elles tiennent plus .
» aux circonftances de temps qu'aux principes
de Gouvernement , plus aux moeurs
و د
23
DE 117 1
FRANCE.
و و
وو
ور
qu'aux Loix ; je conviendrois fans peine
" qu'une République naiffante , qui le rappelle
ou qui craint encore , toute la pe-
» fanteur de joug tyrannique ' qu'elle vient
» de fecouer , peut , durant un temps ,
l'emporter fur les Peuples tranquilles qui
» l'environnent. L'enthoufiafme du mo
» ment , la néceffité de faire de grands
» efforts , la gloire de créer un nouvel or-
» dre de chofes , le tableau du paffé , dont
» la politique rembrunit chaque jour les
couleurs , la perfpective de l'avenir que
l'imagination & la vanité embelliffent ;
voilà fans doute des moyens fûrs de faire
opérer des miracles. Mais les Monarchies ,
dans leur origine , & daus quelques épo
ques bien critiques , ont eu auffi leurs
» prodiges de vertus.
"9
39
35
و د
M. LE DUC. » La première , la plus chère
& la plus précieufe de toutes les paffions
» de l'homme , n'eft -ce pas fa liberté ? Or
il en jouit dans une République : elle
» eft étouffée fous le fceptre du Monarque.
» Dans cette dernière pofition , il n'eſt rien
qui puiffe confoler l'homme d'une femblable
perte. Dans l'autre pofition , il
» n'eft rien dont une pareille jouiffance
» ne doive confoler.
"
و ر
"
FÉNÉLON . " Cette liberté des Républi-
» ques eft une perfpective qui enchante
» l'oeil de ceux qui ne la voient que de
F
4
128
MERCURE
>
"
و ر
ود
loin ; c'eft un fantôme qui flatte_l'tmagination
de ceux qui n'en jouiffent-
» pas , & qui récrée leur efprit par mille
» illufions. Mais confultez les Républicains
» eux-mêmes , ou plutôt , de peur qu'un
faux enthoufiafme ne leur faffe tenir un
langage tout contraire à ce qu'ils éprou-
" vent , faififfez-les dans ces momens d'épanchement
, où l'amour-propre n'eft pas
» intéreffé à déguiſer la vérité , où le fond
» de leur ame fe développe tout entier ,
» ils fe plaignent des hommes qui font à
leur tête ; vous ferez étonné de voir que
» leur prétendue liberté n'eft qu'un efcla-
» vage ; qu'ils le fentent eux-mêmes ; qu'ils
» en gémiffent ; & qu'enfin ils font mal-
» heureux par ll''eennddrrooiitt mmêêmmee par où vous
» les regardiez comme plus heureux que
ور
22
"
» vous.
晋3.3
">
و د
و د
Et en effet
>
où
où feroit cette liberté
" tant vantée ? Suppofons que vous foyez
citoyen de quelque République , même
Démocratique : il faut faire les Loix ;
" eft- ce vous qui les faites ? vous n'avez
" que votre voix : & qu'eft - elle dans
» la totalité ? Ce n'eft pas votre volonté
qui fait la Loi ; c'eft celle des autres ,
puifqu'il faut la pluralité. Et combien
n'y a - t-il pas à parier que les Loix feront
árrêtées ou dirigées d'une manière contraire
à vos voeux ? Alors il vous en cou-
» tera d'autant plus de vous y foumettre ,
" que vous vous regardiez comme Légif-
و د
و د
ود
31
DE FRANCE. 129
ود
ود
35
">
lateur ; que votre amour - propre fera
bleifé ; qu'en conféquence vous croirez
» qu'on a violé vos droits & méprifé vos
railons. Vous attribuerez tout cela à des
brigues , à des intrigues , à des féductions .
" La haine s'emparera de votre ame fous
le voile du zèle ; & à l'aide du dépit ,
» vous chercherez vous-même à vous faire
» un parti : & voilà le défordre naiffant
» de l'ordre même !
ود
92
M. LE DUC. Mais vous établiſſez un
defpotifme pur & abfolu , au lieu d'un
» Gouvernement Monarchique.
"
۔ ود
""
ور
FENELON . » Vous confondez la Monarchie
abfolue avec le defpotifme ; la différence
entre l'un & l'autre eft néan-
» moins infinie. Le Monarque abfolu fait.
» feul la Loi ; & voilà ce qui vous a in-
» duit en erreur , parce que vous avez
penfé que toute volonté du Monarque
» pourroit devenir Loi , & qu'ainfi le mot
» Loi & le mot volonté du Monarque fe-.
» roient fynonymes. Cependant il est vrai
» que chez le Monarque le plus abſolu ,
» la volonté ne devient Loi qu'autant -
99
"
qu'elle eft revêtue des formalités requifes
» pour lui donner ce caractère ; au lieu
" que chez le defpote , il n'y a ni formalité
ni caractère à établir pour que la
" volonté du defpote foit la Loi fouveraine.
Voyez , je vous prie , les conféquences
97
F S
130
MERCURE
""
•
» de cette différence fi remarquable : 1 .
» chez le Monarque , la Loi est toujours
publiquement manifeftée comme telle ,
» & généralement connue ; au lieu que
» chez le Defpote , la Loi eft , fi l'on veut
» fecrète , cachée , inconnue , infidieufe
» & traîtreffe ; 2º.la Loi , chez le Monar-
» que , eft toujours aufli générale que fon
objet le comporte ; au lieu que chez le
Defpote elle eft aufli fouvent particulière,
» individuelle & privée , que le Souverain
» le veut ; 3. chez le Monarque , elle ne
» peut jamais avoir l'effet rétroactif ; au
lieu que chez le Defpote elle a tous les
effets. que l'on veur ; 4°. chez le Mo-
» narque , la Loi a un caractère de ſtabilité
» & de permanence inconteftable , puif-"
» que pour l'annuller il faut qu'elle foit
22
و ر
ور
و ز
"
révoquée par une autre Loi revêtue des
» mêmes formalités au lieu que chez le
Defpote la Loi cft mobile comme le
fable , & qu'elle ne fubfifte plus pour
» les uns lorfqu'elle, fubfifte encore pour
» les autres ; enfin , chez le Monarque ,
il n'y a qu'une Loi & qu'un Souverain
» tandis que chez le Defpote il y a néceffairement
autant de Loix & de Defpotes
» que l'on peut compter de dépofitaires de'
l'autorité, puifque la volonté arbitraire'
& momentanée de ceux- ci devient néceffairement
une Loi abfolue pour tous
ceux qui leur font foumis . Pefez bien
» toutes ces différences & plufieurs autres ;
37
و ر
·4
DE FRANCE.
131
» calculez- en les effets , & dites.ce que l'on
» doit penfer de ceux qui confondent la
» Monarchie abfolue avec le Defpotifme.
M. LE DUC. Vous êtes bien ennemi de
» tous les Gouvernemens mixtes ?
و و
FÉNÉLON. Je fuis ami, dans la pratique,
» de tous les Gouvernemens qui exiftent
» parce que je fuis ami de la paix & de la
tranquillité publique ; mais dans la théo-
» rie , lorfque je me mets à calculer les
» avantages & les inconvéniens de toutes
33
و د
les formes de Gouvernemens que nous
» pouvons connoître , je vous avoue que
ma raifon penche toujours en faveur des
» formes les moins compliquées . En un
» mot , le Gouvernement le plus parfait à
» mes yeux , c'eft le Gouvernement paternel
, préfentant d'une part le défir de
» faire le bien , & de l'autre celui d'y coo
pérer ; d'une part , l'obéiffance & le ref
" pect , & de l'autre , la juftice , la fagelle
& la modération , & par tout la confiance
» & l'amour. Vous chercherez en vain
hors de la vraie Monarchie un tableau
auffi parfait , une forme de Gouverne
» ment audi heureufe !
"
33
M. LE DUC. Cependant nous voyons
» que parmi les bons efprits , il y en a
beaucoup, & peut être le plus grand
nounbrc qui préfèrent les Gouverne
» mens mixtes à la Monarchie abfolue.
ور
ود
>
-
F6
132 MERCURE
"3
>>
"
و د
و د
و ر
.
FENELON . Il eft dans le caractère tou
jours inquiet de l'homme , vu la foibleffe
» de fon efprit , le peu d'étendue de fes
connoiffances , la fougue de fon imagination
, & l'infatiabilité de fes défirs ,
» de douter toujours que le bien qu'il a
puiffe être le mieux pour lui ; de fupporter
avec peine les maux inféparables
» de fon état , même ceux qui font le plus
compenfés par les avantages réels dont
il jouit ; de ne voir les objets dans le
» lointain , que fous des images féduifantes
& trompeufes ; de fe fentir involontai
» rement attiré par la curiofité vers des
objets nouveaux ; & enfin de fe faire il
lufion jufqu'à fe perfuader que le bien
qu'il a depuis long temps n'eft plus un
s bien , ou qu'il eft très -mince , & que le
" mal qu'il n'a jamais eu n'eft pas un mal ,
» ou qu'il eft très-tolérable. Que eft le
» malade aux yeux de qui fes douleurs &
fon état ne foient pas les douleurs les
plus cruelles & l'état le plus trifte ? Quel
» eft l'homme fain & robufte qui fonge
» à remercier Dieu de fa fanté: il en jouit ,
» il en abufe en ingrat.
99
"
»
"'"
ود
50
-
" Ce font ces difpolitions fi naturelles à
l'homme , & cependant fi trompeufes ,
qui doivent nous retenir dans la méfiance
" contre les opinions des autres hommes:
nous devons , pour ne pas être dupes
» de leurs erreurs , écouter & fuivre leur
» raiſon & non leurs goûts , confulter leur
logique & non leurs paffions .... “.
"3
:
DE FRANCE.
133
Nous allons terminer cet extrait par une
Anecdote intéreffante que l'on trouve dans
une Note.
» Frédéric le Grand , ayant la goutte remontée
, couché fur un grabat après une
longue foibleffe , caufoit, en Janvier 1767 ,
avec l'Auteur de cet Ecrit , & le Colonel
Guichard , dit Quintus Icilius. On parla des
diverfes fortes de Gouvernemens ; alors ce
grand Homme , malgré fes fouffrances , prit
la parole , & dit :
ور
55
"
J'oublie pour un moment que je fuis
Monarque je fuppofe même que je n'ai
» aucun intérêt à démêler avec les hom-
" mes : je me fuppofe d'une nature toute
différente ; je fuppofe enfin que planant
dans les airs , je m'occupe à confidérer
" cette race de fourmis qui habite la terre
" & que vous nommez Genre humain...
» J'en étudie avec autant d'impartialité que
d'attention le caractère & les pattions
» la force & la foibleffe , en un mot , la
" nature & les befoins. Le réfultat de mes
» obfervations , c'eft que l'homme ne peut
» vivre qu'en fociété ; que la Société ne
» peut exifter fans forme de Gouverne-
" ment ; & que de toutes les formes de
(
Gouvernement , celle qui eft préférable
" aux autres , eft la forme monarchique ;
» & cela pour deux raifons principales ,
» auxquelles routes les autres fe rappor
» tent ; favoir , que c'eft le Gouvernement
" où il y a plus d'unité dans les réfolutions
» & plus de célérité dans l'exécution «,
134 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE Mardi , 6 Août , on a donné la première
repréfentation des Arts & l'Amitié,
Comédie en un Acte & en vers libres , qui ,
par des caufes particulières , n'a été jouée
pour la feconde fois que le Mardi 9 Sepremibre
.
Il eft des Ouvrages qu'on ne fçauroit juger
avec une certaine févérité , fans paller pour
être injufte celui - ci eft du nombre. C'eft
une imitation allez exacte d'un Conte intitulé
l'Union des Arts , publié il y a quel
années dans un Recueil connu fous ce
titre original : Graves Obfervations , par le
Frère Paul , Ermite de Paris . Voici la
Fable de la Comédie.
ques
Quatre jeunes gens vivoient enſemble
unis par l'habitude & par l'amitié ; trois d'entre
eux étoient frères , l'autre étoit leur ami .
Celui -ci eft mort , & fa perte alloit devenir
fatale à l'union des premiers, quand Bonne ,
la jeune foeur de leur ami , eft venue s'établir
chez eux , & s'eft mife à la tête de
leur petit ménage. La préfence d'une femme
DE FRANCCEE.
13 $
.
1
jolie , douce , aimable , intelligente & raifonnable
, a rappelé la paix . Des trois frères ,
l'un eft Peintre , le fecond cft Poëte , & le
troifième eft Muficien . Tous trois , animés
par les regards de Bonne , travaillent avec
une ardeur propre à augmenter leurs talens ,
& à les faire vivre dans une honnête aiſance .
Voilà où la Pièce commence. Le Peintre
achève un Payfage , le Muficien & le Poëte
mettent la dernière main à un Opéra qu'ils
ont fait enfemble. Bonne interrompt leurs
travaux & les fait déjeûner ; puis elle les
laiffe fe remettre à l'ouvrage , & chante auprès
d'eux , tandis qu'ils mettent leurs productions
en état d'être livrées. Ils forrent.
Bonne refte feule , & reçoit bientôt la vifite
de la Gouvernante d'un vieux Procureur
qui lage dans le voifinage. L'impoffibilité
de rentrer chez elle , fait défirer à celle - ci
que Bonne lui permette de refter jusqu'aur
retour de fon maître. Bonne y confent , &
dans une converfarion qu'elles ont enſemble,
on apprend que le bonheur dont jouiffent
les frères , a éveillé l'envie & la médifance ;
que le vieux Procureur eft devenu amoureux
de Bonne , qu'il a déjà plufieurs fois
tenté de l'éblouir par des propofitions bril-
Fantes , & qu'il eft capable de fe porter à
des excès , s'il eſt toujours dédaigné. Midi
fonne ; Bonne prie la vicille Gouvernante
de vouloir bien refter feule pendant qu'elle
va fortir pour s'occuper du dîner de fes
enfans. Le Procureur entre prefque aufli- tôts
136 MERCURE
il eft furieux quand au lieu de Bonne il
rencontre la vieille Domestique ; il la chaffe
avec colère ; & tandis qu'il eft feul , il gliffe.
entre les papiers des jeunes gens un deffin
fcandaleux , & un manuferit qui ne l'eft pas)
moins.Quand Bonne reparoît, il recommence
Les perfécutions, & reçoit des refus qui l'humilient
; mais le retour du Peintre le force à
fe calmer , & il fe retire après avoir trouvé
un prétexte pour motiver fa vifite & fa
retraite . Bonne inftruit le jeune homme de
l'indécente conduite du Vieillard . A la manière
dont le Peintre s'échauffe , on fent
qu'il porte à Bonne plus que de l'amitié ;
mais il voit rentrer fes deux frères avec de
très-heureuſes efpérances, il a, lui -même, rapporté
25 louis pour le prix de fon Paylage ;
& le petit ménage ne penfe qu'à fon bon- ,
heur préfent. On profite de ce moment de
joie pour effayer un air qu'a fait le Mufcien.
Le Poëte fe place auprès de Bonne ,
& tient le cahier de mufique ouvert ; le
Muficien eft debout derrière eux avec fa
guitare . Le Peintre trouve le groupe agréa
ble , veut le deffiner , & puis il y ajoute
bientôt en s'affeyant aux pieds de Bonne,
après avoir placé devant lui un grand miroir
de toilette: Cependant le vieux Procureur
a juré la perte des trois frères , il
les a dénoncés comme les Auteurs d'Ouvrages
tendans à la licence . Un Exempt
vient les arrêter les jeunes gens , forts
de leur innocence , demandent qu'on viſite
DE FRANCE. 137
leurs papiers. On les vifite , & on y
trouve ce qu'on cherche : mais un mot de
l'Exempt decouvre que c'eft fur le témoignage
du Procureur qu'on les arrête. Les
frères , indignés de l'affreufe perfidie de leur
ennemi fecret , s'élèvent avec indignation
contre l'accufation dont ils vont être les
victimes . Dans leur colère , l'Exempt n'apperçoit
que le cri de l'innocence perfécutée ;
il eft forcé de les emmener ; mais il prend
la réfolution de fe faifir auffi du Procureur.
A cet inftant on voit entrer le Commandeur
de Surval , le protecteur & l'ami des
trois frères , que la vieille Gouvernante du:
Procureur a été inftruire de leur danger.
Le Commandeur répond de tout , & affure
l'Exempt qu'il ne tardera pas à le fuivre chez
le Magiftrat , accompagné de fes jeunes amis.
L'honnête protecteur refté feul avec eux, les
éclaire fur ce que leur manière de vivre a d'indécent
aux yeux du Public ; il leur propofe
de mettre fin aux difcours malins , en faifant
époufer Bonne par celui d'entre eux
qu'elle aime le plus . Cette propofition fait
naître un petit débat de générofité , que les
deux aînés terminent en faveur du Peintre ,
dont la douleur annonce l'amour , & que
Bonne préfère en effet , malgré tout l'effort
de fa raifon . Alors le Commandeur exige
que dès ce jour fon hôtel devienne l'afile
de fes protégés ; il croit ne pouvoir faire
un meilleur ufage de fa fortune , qu'en l'employant
à honorer les talens & la vertu.
138
MERCURE
Cette petite Pièce a de la grace & de
l'intérêt . On pourroit lui reprocher quelquefois
trop de recherche dans les expreffions ,
& des
développemens un peu trop prolongés
; mais elle offre tour à tour à l'oeil
& au coeur des fituations pittoresques &
touchantes. Le rôle du vieux Procureurtranche
peut- être un peu trop avec les autres :
fon caractère eft noir , & repouffe d'autant
plus , que tous les autres perfonnages font
intéreffans & aimables. Nous croyons qu'il
ne feroit pas difficile de l'adoucir , & que
l'effet de la Pièce en feroit plus agréable. La
première repréſentation de ce petit Ouvrage
avoir eu du fuccès ; la feconde en a eu davantage.
Tout doit encourager l'Auteur à.
fuivre une carrière où il débute d'une manière
fi heureufe. La Pièce eft jouée foigneufement
; il y règne beaucoup d'enſem
ble , & elle a réuffi fans rencontrer de contradictions
dans fon fuccès.
LE Jeudi , 11 Septembre , on a remis
à ce Théatre , l'Anneau perdu & retrouvé ,
Opéra Comique en deux Actes , avec de
la mufique nouvelle , par M. Chardini, de
l'Académie Royale de Mufique.
M. Laurent est fort amoureux de Role
jeune perfonne fiancée à Colin . Il a trouvé
fon anneau de mariage , qu'elle regrette d'avoir
perdu , & il lui fait entendre que c'eft
DE FRANCE. 139
le Diable qui l'a volé ; mais que , par le
fecours d'un grimoire , il faura bien le lai
faire rendre , fi elle veut fe trouver la nuit
dans un endroit qu'il lui indique . Tout le
but de M. Laurent ell de ravir à Roſe fom
innocence ; mais Colin & Madame Laurent
, inftruits de fon projet , raffemblent ,
les Payfans du village , qui fe déguiſent en
fantômes , l'effraient , le faififfent , & veulent
lui faire expier fa méchanceté ; mais
fa femme fe laiffe toucher , demande pardon
pour lui , & Colin époufe Rofe.
Cette petite Pièce avoit été jouée pour
la première fois en 1764. Depuis ce temps ,
l'Opéra Comique n'eft plus le même , &
il faut , pour réuffir dans ce genre , d'autres
moyens que ceux qui étoient de mife il y
a vingt - quatre ans ; auffi la remife de
l'Anneau perdu & retrouvé n'a - t - elle eu
ancun fuccès.
Nous devons obferver que le Public a
jugé cet Ouvrage avec beaucoup de patience
& de tranquillité ; qu'il s'eft donné
la peine de l'entendre & de le bien connoître
avant de laiffer éclater fon humeur
enfin que ce n'eft qu'à la dernière Scène qu'il
a donné des marques de fon mécontentement
abfolu. Nous invitons les honnêtes
gens , qui aiment le fpectacle , à tâcher
d'entretenir dans nos parterres cet efprit
de réſerve & de modération . Interrompre
une Pièce , comme on fembloit en vouloir
140 MERCURE
prendre l'habitude , au tiers , au milieu de
fa repréſentation , c'eft autorifer un Ecrivain
à dire qu'il a été mal jugé ; c'eſt le
priver de la moitié de l'expérience qu'une
chute totale & réelle auroit pu donner à
fon amour propre .
L'entendre avec patience
, le fuivre dans tout fon Ouvrage ,
c'eſt le forcer à refpecter fes Juges & à
tâcher de fe rendre digne de leurs fuffrages.
On a remarqué de jolies chofes dans la
mufique de M. Chardini ; on a regretté
qu'il eût fait effai de fes talens fur un
Poëme ingrat , dénué d'intérêt comme de
comique ; & pour lui donner les encouragemens
qu'il a paru mériter , on l'a demandé
à la fin de la repréſentation : il s'eft préſenté ,
& il a été très-vivement applaudi .
ANNONCES ET NOTICES.
CODE des
Confignations , Saifies -Réelles , Hypothèques
, & Ventes de meubles ; ou Maximes &
Réglemens concernant ces objets ; contenant le
Recueil , 1°. des Edits , Déclarations , Arrêts, Sentences
& Réglemens relatifs aux Créations , Erabliffemens
, Droits , Priviléges & Fonctions ; ca
premier lieu , des Receveurs des Confignations :
2º. des Commiflaires & Contrôleurs aux Saifies--
Réelles 3. des Huiers-Commiffaires-Prifeurs ,
DE FRANCE. 141
& des Jurés-Prifeurs- Vend. : 4 ° . des Edits , Décla- .
rations, Lettres- Patentes , Loix générales & municipales
, Arrêts , Sentences & Réglemens fur le
fait des criées & décrets , & de ceux relatifs aux
hypothèques & lettres de ratification . Ouvrage
utile à toutes perfonnes , & néceflaire aux Receveurs
des Confignations , Commiſſaires aux Saifies-
Réelles , Huifliers - Commiffaires- Prifeurs , &
Jurés Prifeurs ; in- 8 . Tome II . A Paris , chez
Prault , Libr. , à l'Hôtel de la Trésorerie , Cour
de la Sainte-Chapelle , au Palais ,
Nous avons annoncé le premier Volume de cet
Ouvrage , qui n'eft point fufceptible d'analyſe. Il
n'en eft pas moins vrai que l'idée en cft heureuſe,
& l'exécution très-utile ; c'eft le plus complet que
nous ayons fur cette matière .
Les Tarifs des différens droits de confignation ,
& les Maximes relatives aux Réglemens dont il a
été fait mention , fe trouveront dans le dernier
Volume. Ces Maximes doivent former les Tables
des Matières ; & à raifon du rapport que les différentes
parties du Code ont entre elles , il y aura
beaucoup de ces Maximes , ou qui feront communes
à toutes les parties, cu qui feront tirées des
Loix qui fe trouveront dans les autres parties . La
Table particulière des Réglemens concernant les
Confignations , fe trouvera auffi dans le dernier
Volume de cet intéreflant Ouvrage ,
Collection des Mémoires de l'Hiftoire de France,
Tome XLII . A Paris , rue & hôtel Serpente.
Ce Volume contient la fuite des Mémoires de
Michel de Caſtelnau.
Bibliothèque Univerfelle des Dames, Même
adreffe. Formant le XXIe . Volume de l'Histoire.
242 MERCURE
1
Géométrie fouterraine , Elémentaire , Théorique
& Pratique , où l'on traite des filons ou veines
minérales , & de leurs difpofitions dans le fein
de la terre ; de la Trigonométric appliquée à la
connoifiance des filons , à la conduite des travaux
de mines , & à la confection de leurs plans &
profits avec Figures , & des Tables qui , fans
calcul, indiquent la valeur des deux côtés de tout
triangle rectangle , dont l'hypothénufe eft connue
; par M. Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , Infpecteur général des Mines ,
Profeffeur de l'Ecole Royale defdites Mincs . In - 4 °.
Prix , 15 liv. br . A Paris, chez Moutard, Imp-Lib.
de la Reine , rue des Mathurins. 1
Le titre de cet Ouvrage annonce fon utilité
& les lumières de l'Auteur , confirmées par 35
ans d'expérience , font une puiante recoinmandation
auprès du Public.
Théatre du Monde , où , par des 'exemples tirés
des Auteurs anciens & modernes , les vertus &
les vices font mis en oppofition ; par M. Richer ,
Auteur des Vies des plus célèbres Marins , des
Faftes de la Marine Françoife , & c . Dédié à la
Reine , & orné de très belles Gravures , d'après
le deffin de MM . Moreau le jeune , & Marillier ;
4 Vol . in- 8 ° . br. Prix , 20 liv . ; rel . en écaille ,
27 livres ; & doré fur tranche , 30 liv . A Paris
chez Defer de Maiſonncuve , Lib. rue du Foin-
St-Jacques.
-
Recherches fur les Maladies Venériennes - chronicles
fansfignes évidens , c'cft- à-dire , mafquées ,
dégénérées , ou compliquées ; par M. Carière ;
in-12 . Prix , 36 f. A Paris , chez Cuchet , Libr.
rue & hôtel Serpente.
›
DE FRANCE. 143
Chronologie des Etats- Généraux , où le Tiers-
Etat eft compris , depuis l'an 1615 jufqu'au
Roi très- Chrétien Louis XIII ; par M. Jean
Savaron , Confeiller du Roi , Préfident , Lieutenant-
Général en la Sénéchauffée d'Auvergne , &
Siége Préfidial à Clermont , & Député aux Etats-
Généraux. Sur l'imprimé , à Paris , en 1615. A
Caen , chez G. Leroy , Imprimeur du Roi , à l'ancien
Hôtel des Monnoies ; & à Paris , chez Delalain
le jeune , Lib , rue St. Jacques,
f
Obfervations médicales & politiques fur la Petite
Vérole , traduites de l'Anglois par M. Mahon ,
Doct. Méd . , P. Membre de la Société Royale de
Médecine. Prix , 36 f. A Paris , chez Cuchet ,
Lib. ruc & hôtel Serpente .
Euvres complètes de Lucien, traduites du Gree,
d'après une copie vérifiée fur fix Manufcrits de la
Bibliothèque du Roi , avec des Notes , des Óbfervations
& des Remarques littéraires , critiques
& favantes, fur cet Auteur , fes Ouvrages & fes
Traducteurs ; grand in- 8 °,, 6 Vol . de 5 à 600
pages environ chacun , avec fon Portrait. Broch ,
en carton , étiquetés , 36 liv .
Les mêmes fur carré double , format in-4 ° . , 6
Vol, brochés en carton, étiquetés, 72 liv.
N. B. A la tête du premier Velume il y a un
bon pour le Tome VI , qui ne paroîtra que vers
la fin de l'année . Le VIe. Volume contiendra les
Remarques littéraires & critiques fur tous les
Textes de cet Auteur. Les cinq premiers qui paroiffent
, contiennent la Traduction entière du
Texte. A Paris , chez Jean - François Baſtion , ruc
des Mathurins , N° , 7,
$44
MERCURE DE FRANCE.
Symphonie concertante à 8 Inftrumens obligés ;
2 Violons , Flûte , Alto , Violoncelle , Baffe , & 2
Cors ; par J. Haydn , Prix , 4 liv. 16 f. Recueil
d'Ariettes choifies dans les Opéras Comiques , arrangées
pour 2 Clarinettes. Prix , 3 liv . 12 f. A
Paris , chez M. Bouin , Md. de Mufique & de
Cordes d'Inftrumens , rue S. Honoré , au Gagne-
Petit , No. 504 ; & à Verfailles , chez Blaifot , rue
Satory.
Romances d'Eftelle , fuivies d'un Air varié
avec Harpe & Forté-Piano ; par J. Elouis , Profeffeur
de Harpe. Euv . 5e . Prix , 6 liv . A Paris ,
chez Baillon , rue du petit Repofoir , Place des
Victoires.
Fautes à corriger dans le N° . précédent.
- Page 79 , ligne 12 , A Paris ; lifeg , A Pat en
Béarn.
Page 93 , lig. 9 , 10 liv. 10 f.; lifez 36 liv.
E PITRE.
TAB . L E.
97 Les Faftes du Commerce, 11
Adeuxgentes Damoifelles.99 Les Adieux du Duc de Bour
Charade , Enig. & Log. 100 gogne.
Traité de la Culture du Nopal.
120
Comédie Italienne.
103 Annonces & Notices.
134
140
ΑΙ
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 20
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle
en empêcher l'impreflion . A Paris, le 19 Septembre
1788.
SÉLIS.
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 27 SEPTEMBRE 1788 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ÉLÉGIE
AUX MANES D'ADÉLAÏDE.
DEPUIS que tu n'es plus, que ton époux en larmes
Reproche aux Dieux ta mort & fes malheurs ;
Trois fois,fur le tombeau qui renferme tes charmesy
Le Printemps a femé la verdure & les fleurs.
Et moi , noi qui t'aimois d'une amitié fi tendre ,
O mon aimable four ! pour honorer ta cendre ,
Je n'aurai donc verfé que d'inutiles pleurs ! . . .
Pardonne, hélas ! ... Sur ma lyre plaintive ,
Nº. 39. 27 Sept. 1788 .
G
146 MERCURE
Pour confoler ton ombre fugitive ,
Je vais, après trois ans , foupirer mes douleurs.
Tandis qu'à la fleur de ton âge ,
Un mal lent & cruel confumoit tes beaux jours ;
Exilé , loin de toi , fur un trifte rivage ,
Je fuppliois les Dieux d'en prolonger le cours,
Bientôt j'appris qu'une mère éplorée ,
Abandonnant fa retraite ( 1 ) facrée ,
pas ;
Vers les murs de Nanci voloit à ton fecours,
Je m'écriai dans ma douleur amère :
» Dieux que j'implore ! ah ! conduifez fes
Et pour récompenfer la vertu d'une mère ,
» Faites du moins qu'une fille fi chère
» Pour la feconde fois fe ranime en fes bras « ! ..
Voeux fuperflux , inutile prière ! ....
Elle venoit , la malheureuſe mère ,
Etre témoin de fon trépas.
Ni fa jeuneffe , hélas ! ni l'éclat de fes charmes ,
Ni l'amour d'un'époux qui la retient en vain ,
Ni les triftes fanglets d'une famille en larmes ,
Rien ne peut donc fléchir la rigueur du Deftin .
Adélaïde meurt ... Nymphes de Sornéville ( 2 ) ,
Pleurez , rempliffez l'air de vos gémiſſemens ;
Vous , arbuftes chéris qui pariez fon afile ,
Rofiers qu'elle a plantés dans fes amuſemens ,
( 1 ) Le Couvent du Grand -Ch ... , près Paris .
(2) Terre aux environs de Nanci.
DE FRANCE. 147
Courbez , pour la pleurer , votre tige fi belle ,
Imitez fon deftin , & mourez avec elle .
Elle n'eft plus ... Accablé de fes maux ,
Dans le fond de fon coeur confervant ta mémoire ,
Ton époux , de Bellone à quitté les drapeaux :
A pleurer fon Amante , il met toute la gloire.
Souvent , pour charmer fa douleur ,
D'un Forté-piano fa main preffe la touche ;
L'inftrument , fous fes doigts , murmure avec dou--
ceur :
Hélas ! il croit entendre un foupir de ta bouche ;
Et du moins il retrouve un inflant de bonheur.
Dans le fond des forêts , fur une côte aride ,
Seul , avec ton portrait qu'il baigne de fes pleurs ,
Il appelle , à grands cris , fa chère Adélaïde :
Et du creux d'un rocher , fenfible à fes malheurs ,
Echo répète : Adélaïde !
Elle n'eft plus ... Gages d'un tendre amour ,
Qui prendra foin d'élever votre enfance !
Du haut des Cieux , fon immortel féjour ,
Adélaïde , à chaque inftant du jour ,
Jette fur vous un ail de complaifance .
Mère fenfible , ah ! ne crains rien pour eux
Ta four les aime & leur tient lieu de mère :
Elle en fit le ferment à ton heure dernière ;
Et cette promeffe fincère
Mêla quelques douceurs à vos triftes adieux .
Depuis, elle est toujours fidelle à fes promeſſes :
Entre tes enfans & les fiens ,
3
G 2
148
MERCURE
Conftance fait fi bien partager fes careffes ,
Que toi-même aurois peine à diftinguer les tiens.
Pour moi , du mal cruel dont tu fus la victime ,
Je porte , en languiffant , le germe dans mon fein :
C'eft en vain qu'à mes la terre fe ranime ;
yeux
Hélas ! tout m'avertit de ma prochaine fin .
Contre une mort prématurée ,
Depuis long-temps mon amne raffurée
Voit arriver fans crainte , fans effroi ,
L'inftant fatal où mon ombre appaifée
Doit pour jamais ſe réunir à toi
Dans les bofquets de l'Elysée.
( Par M. de la Motte.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LeÉ mmoott de la Charade eft Préface ; celui
de l'Enigme eft l'Heure ; celui du Logogriphe
eft Plaifir , où l'on trouve Paris , Paris,
Ail , Lis , Pis , Ris , La , Si , Pas.
DE FRANCE. 149
CHARADE.
ONN prononce non premier ,
On chante mon dernier ,
On chérit mon entier.
( Par M. Heiligenflein , âgé de 12 ans . )
ÉNIGM E.
L'ART feul , & jamais la Nature ,
Me fait faire ici bas une trifte figure.
Nuit & jour , cher Lecteur , relégué dans un coin ,
Monté fur quatre pieds, on me trouve au beſoin.
A la Cour , ainfi qu'à la Ville ,
Aux grands, comine aux petits, j'aime à me rendre
utile';
Dans mon obfcurité , j'ai fouvent la douceur
D'être pour les François une marque d'honneur ;
Chez la Reine fur - tout , quoique fort incommode
En tous les temps je fuis fort à la mode .
( Pur M. Sebire de Beauchefne, Off. de M.)
>
1
LOGOGRIPHE.
LORSQUE la fombre puit à déployé fes voiles ,
Et que fur l'horizon d'innombrables étoiles
G3
150 MERCURE
Ont fait difparoître Phébus
Je fuis utile & même néceffaire,;
Mais du grand jour mon ufage eft exclus.
De tous les animaux le plus doux eft mon père.
Cherchez dans mes neuf pieds ; vous trouverd
d'abord
Un animal très- pacifique
Qu'on méprife fouvent à tort ;
Plus , une note de mufique 3-
Un arbre que la Fable a rendu très -fametix ,
* Et qui du Souverain des Dieux ,
Reçut le don de prophétie ; !
Ce qui d'un for piquant garantit Amélic ;
Ce qui nous, elavantageux 1.
Pour traverfor une rivière ;
Le féjour bienheureux d'où notre premier père
Fut jadis expulfé par un Ange vengeur ;
Le feftin que fuivit le trépas du Sauveur ;
Une ville de Normandie ,
La femelle d'an amphibie ;
Cinq prononis ; de Phryxus la foeur ;
Un jour où fouvent l'homme eft moins vrai que
flatteur
1
Un adverbe ; une plante rare ;
Enfin , l'époufe de Tyndare.
Par M. Martau, Ecolier de Ph. âgé de 19 ans.)
DE FRANCE. 151
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
LA Germination , ou Nouveau Principe de
Phyfique par un Médecin. A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers , près
des Ecoles de Chirurgie ; & chez Croullebois
, rue des Mathurins.
1
PREMIER
UN
EXTRA I. T.
N nouveau Principe de Phyfique ;
s'il étoit vrai , feroit la découverte d'une
nouvelle loi de la Nature , & une pareille
découverte feroit une grande gloire , non
feulement pour l'Auteur de cette Brochure ,
mais pour notre fiècle.
Il y a deux fiècles , à peu près , depuis Galilée,
qu'on a commencé à regarder autour de
foi avec quele attention & quelque exactitude
: on a recueilli des faits , & on les a claffés
avec méthode ; on a obfervé des rapports
entre les phénomènes , & on en a expliqué
quelques uns . Cependant on a découvert
bien peu de loix de la Nature . Nous n'en
G 4
ifa
MERCURE
connoiffonspeut-être qu'une feule très -générale
, la gravitation , encore n'eft- elle bien
connue que dans les grands efpaces &
dans les grandes maffes , dans la marche ,
dans la forme & dans les diftances des
planètes.
La gravitation , juſqu'à préſent , eſt une
loi de l'Aftronomie plutôt qu'une loi de
la Nature.
Cette loi peut être univerfelle , & cela
eft probable ; mais je dis que cela n'eft pas
démontré , & que toutes les fois qu'on a
voulu fe fervir de la gravitation pour
expliquer l'élafticité des corps , leur cohétion
& d'autres phénomènes , on a réuffi
à dire beaucoup de chofes ingénieufes
fans en dire une feule de démontrée comme
la gravitation de la lune vers la terre.
,
Dans la feconde de fis vûes fur la Na-
Aure , M. de Buffon a entrepris de chersher
comment la gravitation pouvoit agir
fur les petites maffes & auprès de nous :
il a fait des fuppofitions , des hypothèses
d'une fagacité prodigieufe. Peut - être il a
deviné jufte , mais nous ne le favons pas,
& ni lui non plus.
Les hypothèses d'un homme de génie , ne
font pas toujours les loix de la Nature , &
quand elles le font , cela mêine eſt une découverte
à faire.
De nos jours on ne rencontre que des gens
qui ont fait des découvertes : l'un parle d'un
fluide univerfel, qui eft le principe & le
DE FRANCE." 153
confervateur de la vie des hommes & du
mouvement des planètes ( ces vaftes rapprochemens
caractérisent le génie ) ; l'autre
parle d'un Ether , avec lequel , fans le con
noître du tout , on explique les phénomènes
de la lumière , bien plus aifément qu'avec
les rayons du Soleil ; d'autres enfin ont
trouvé dans les PIERRES , dans les HERBES,
dans les PAROLES , ou dans quelque
autre chofe , des fecrets avec lefquels ceux.
qui vivent ne meurent pas , & ceux qui
font morts reviennent fouper avec les vivans.
Je demande pardon aux bons efprits
de faire mention de ces fublimes découvertes
; mais ils favent ce qui en eft , &
je puis leur dire : Voyez où nous en fommes
réduits.
}
Qu'est - ce que c'eft aujourd'hui que
de nouveau principe de Phyfique , cette
Germination ? Est - ce encore quelqu'une de
ces rares conceptions par lefquelles on
trouve fi facilement le mot de l'éternelle
énigme de l'Univers ? Non , & il faut bien
fe garder de confondre cette Brochure
avec tous ces Ouvrages où l'efprit humain
en délire a voulu expliquer tout ce qui eft
dans la Nature , & même tout ce qui n'y
clt pas.
L'Auteur de la Germination la donne
comme un nouveau principe ; nous croyons
que ce n'eft guère qu'un nouveau mot.
Nous croyons que l'Auteur a été fouvent
trompé par le mot qu'il a créé ; mais qu'on
Gj
154
MERCURE
life cette Brochure , qu'on la life en fe dépouillant
également & des préjugés antiphilofophiques
, & des préjugés philofophiques
, car il y en a autfi beaucoup de
cette efpêce ; & l'on trouvéra peut-être que
dans fes erreurs inême , l'Auteur, annonce ,
& promet aux Savans un efprit capable de
reculer les bornès des ch
Cette annonce , je le penfe , leur fera
plus de plaifir que de peine , car il paroît
très vrai que la Rabbia della Gelofia ne
tourmente pas les Phyficiens comme les
Moraliftes.
و د
ود
Voici le début de l'Auteur. » . » Rien
ne peut être plus agréable aux Sages , ni
plus utile aux progrès de la Phylique
» que ces principes étendus , ces loix générales
qui expliquent beaucoup de chofes
» & renferment un grand nombre de faits.
En m'occupant de la recherche de ce
genre de vérités , j'ai cru appercevoir un
» de ces principes , & je vais tacher de
» l'expofer ici . Je n'en rechercherai point
ود
ود
la caufe , & ne ferai aucun effort pour
» découvrir le principe fupérieur d'où peur
dépendre cette propriété univerfelle &
puiffante. Peut - être elle touche de près
à l'origine des êtres , & elle naît immédiatement
de cette caufe première ,
» fouveraine , indépendante , qui n'exifte
que par elle - même. Sans vouloir nous
engager ici dans des difcuffions abftraites
au fujet de cette loi ; fans entreprendre
"
DE FRANCE. 155
" de la commenter , de l'expliquer , ni
rendre compte des motifs fur lefquels
» elle a pu être fondée , celui qui la fit
""
"
"
ور
l'établit dans toute la Nature fans publier
» ces motifs ; nous nous contenterons
» fimples Obfervateurs , de montrer qu'elle
» exifte , & de le prouver par des faits.
" Je vais donc uniquement énoncer le
principe , & en faire un certain nombre
d'applications. Voici donc la loi : Que
tout croiffe ; que tout s'augmente autant
qu'il fera poffible , & non feulement les
corps & les fubftances , mais encore auffi
» les qualités ; que toutes fortes d'êtres exiftansfoient
toujours le plus grandpoffible «.
C'eft ce principe qu'on pourroit , dit
l'Auteur , nommer la Germination .
ور
و د
»
Il le développe dans des Applications de
trois genres différens : 1 ° .dans la croiffance&
dans l'accroiffement des fubftances, des corps
répandus dans cet Univers , qui femble être
à la fois l'atelier où fe font les êtres , & le
magafin qui les contient ; 2 ° . dans la croiffance
des qualités phyfiques de ces mêmes
êtres ; 3 °. dans la croiffance des facultés
des talens , des paffions , de certains, états
même , de l'homme & de tout ce qui a
une vie , de tout ce qui eft fenfible. » Tout
croft , dit - il en parlant des fubſtances ,
"
せ
& s'augmente ; les végétaux germent &
s'augmentent à un tel point, qu'un gland
» devient un chêne ; tous les animaux
» croiffent de même. Non feulement les
G 6
156 MERCURE
33
25
93
"
plantes & les animaux de toutes les
efpèces , mais les minéraux eux - mêmes
» prennent de l'accroiffement. Un filon de
mine germe , il fe prolonge & ſe ramifie
" le long des veines des rochers qui lui font
favorables ; & fi dans fa route il trouve
» des cavités , il les remplit de fes crif
» taux , de fes productions & de fes fruits ;
» il femble fur - tout s'étendre davantage
lorfqu'il fe dirige perpendiculairement ,
» ambitieux de parvenir au centre de la
» terre . Non feulement chaque végétal
croît , mais la claffe entière des végétaux.
» que la terre , dans fa fécondité pleine de
luxe , pouffe & fait naître par-tour. Quand
» ils ont couvert toute fa furface , alors ils
» s'entaffent les uns fur les autres , & des.
plantes parafites naiffent fur les autres
plantes ; elles recouvrent & rempliffent
de nouveau les endroits dépouillés , les
rivages délaiffés , les intervalles des moiffons
, les allées d'un parterre . L'Art s'efforce
en vain de les réprimer ; elles
repullulent fans ceffe malgré lui , &
» laffent fon opiniâtreté , parce que la
Nature abonde & foifonne , & que tout
eft agité d'une force fecrète & puiffante
qui le pouffe à produire , à agir , à germer
& à s'augmenter le plus poffible.
L'univerfalité des êtres s'étend à l'infini ;
» le ciel eft immenfe , & des êtres fans
nombre font femés dans l'étendue . Outre
» cette multitude d'étoiles que nous voyons
ود
95
23
25
33
""
93
33
23
DE FRANCE. 157
و د
و د
""
" par une nuit fereine , un télescope dé-)
» couvre au deffus d'elles un ciel inconnu ,
plein d'une multitude égale d'étoiles nouveles.
Un meilleur inftrument en montre
encore d'autres au deffus de celles - ci ; &
» à mesure que des inftrumens plus parfaits
permettent à l'Obfervateur de pé-
» nétrer plus avant , il voit toujours de
» nouveaux cieux fe découvrir & les
bornes de l'Univers fuir & s'éloigner à
» mefure ; parce que tout eft foumis à la
» même loi , qui veut que tout foit le plus
grand pollible ".
"
ود
23
,
Nous ne ferons encore aucune obfervation
fur ce nouveau principe de Phyfique ;
il faut parcourir les deux autres genres d'application
.
و د
">
»Non feulement les maffes croiffent, mais
» des chofes toutes différentes des maffes
les fimples qualités germent & s'accroiffent
comme les fubftances. La verdure des
» herbes & du feuillage , tendre & claire aut
printemps, quand ils commencent à pouffer
, s'augmente enfuite & devient de plus
» en plus foncée : leur faveur eft également
douce & foible d'abord , elle s'accroît
» avec l'âge , & devient de plus en plus
» âcre. Dans les arbres réfineux , leur propriété
réfineuſe ; dans les venimeux
" la force venimeufe vont de même en
» s'augmentant. La cigüe , prefque innocente
en naiffant , devient en croiffant
plus âcre & plus meurtrière. Pluficurs
"
ود
•
158 MERCURE
"
و ر
"
و د
و ر
ود
37
êtres femblent vouloir s'agrandir par
leurs qualités , & affectent des propriétés
qui les étendent au delà de leur maffe
» trop petite la plante s'étend par fon
odeur , & occupe de fes émanations toute
la prairie l'oifeau s'agrandit par fon
chant , & veut remplir toute la forêt des
» accens de fa voix. L'étoile perdue dans
» les profondeurs de l'efpace , s'étend par
» fa lumière dans toute l'immensité , &
» annonce fon exiftence jufqu'aux extré
» mités de l'Univers. L'homme , infiniment
plus petit que l'étoile , brûle de s'agrandir
, & voudroit briller au loin qu'elle.
» Les divers états pat lefquels les êtres animés
paffent , croiffent & s'augmentent
» comme leurs qualités. Les difpofitions
» aux différentes maladies , germent & fe
développent , & engendrent ces maladies
fans que fouvent aucun accident nouveau
les ait occafionnées . L'odeur d'une fleur
» a fuffi fouvent pour jeter une femme
dans des convullions extrêmes.
pofition tranquille invite au fommeil :
quand on veut s'endormir , on fe cou-
" che immobile , en filence & les yeux
fermés , & certe attitude procure le fom-
" meil , même magte foi. Pourquoi ? Pour
""
و د
و ر
ور
ور
و ر
Une
trouver la raifon de cet effet , je cherche
» d'abord en quoi confifte la caufe du fom-
" meil, l'occafion , la pofture qui le produit.
" Cette attitude confifte entièrement à arrê-
» ter & fufpendre pendant quelque temps
DE FRANCE. 159
93
ور
33,
و د
*
quelques unes des fonctions dépendantes
» de l'ame. Lorfqu'il a plu à l'homme im-
» mobile & couché de fufpendre ainf
quelques - unes des fonctions dépendan
» tes de fon ame , cette fufpenfion alors
" eft donc devenue une de fes manières
d'être , une des propriétés de fon ame .
Cette propriété doit croître , parce qu'il
faut que tout croiffe . C'eft pourquoi la
fufpenfion de ce petit nombre de nos
facultés , de la vue & du mouvement ,
gagne infenfiblement toutes les autres
facultés , la raifon , la volonté , le fen-
» timent enchaîné toutes les fonctions ,
» & plonge ainsi l'homme immobile dans
" un profond fommeil. Le murmure
» d'un ruiffeau procure auffi le fommeil ,
& ainfi deux chofes contraires, le bruit, le
filence , produifent le même effet. Quelle
» en eft la caufe ? La même loi ; car ce
murmure eft un bruit continuel , uniforme
, & toujours le même. Quand un
homme eft attentif à ce murmure , cette
idée d'uniformité gagne l'ame & la
remplit , & occupe l'homme tout entier ;
de manière que banaifant toute autre
idée , toute autre manière d'être , &
tout autre défir que ceux de l'uniformité,
" il fe jette dans le plus uniforme de tous
23
,,
""
>>
23
32
27
و ر
"3
1
୨୮
les états , qui eft le fammeil . L'idée de
» ce murmure toujours répété , vous occur
» pant de lui feul , a commencé par bannir
de chez vous toute idée , toute autre
160 MERCURE
idée qu'elle ; & cette idée , en excluant
" toutes les autres , eft cauſe qu'à fon tour
» enfin vous l'excluez elle - même , & que
vous n'entendez plus ni ce murmure ,
ni aucun autre bruit. Nos vices , nos
❞ vertus , nos talens , nos fentimens & nos
paffions , qui font pour nous d'autres
manières d'être , d'autres qualités , croif-
» fent & s'augmentent dans les mêmes
individus , croiffent & s'étendent en paffant
des individus aux individus , &
quelquefois d'un individu à l'efpèce humaine
entière .
ود
>>
30
C
"3
ودن
» La gaîté d'un feul homme fuffit quelque
fois pour mettre en fête tout le village . Sa
gaîté fe communique à ceux qui l'environnent
; de ceux ci à d'autres : la joie vole &
» fe répand de proche en proche , & fe redouble
en s'étendant . On forme des jeux ,
» on accourt en foule ; un peuple innombra-
» ble eft affemblé dans la prairie , & remplit
l'air de cris de joie.
37
33
"
» Dans d'autres circonstances , cette même
caufe produit des effets bien différens
mais pas le même principe. Née une fois
dans le coeur d'un combattant , la fureur
guerrière qui le faifit ne ſe borne point
» à remplir fon aine & à ne pofféder que
» lui feal ; ambitieufe de croître encore , de
s'augmenter , de s'étendre , elle fe répand
dans le champ de bataille fur tous fes compagnons
, qui , ardens comme lui à la
communiquer , l'exhalent de même &
23
1
DE FRANCE. IGI.
ود
animent des mêmes feux tous ceux
qui les environnent. L'ardeur du fang
» & de la gloire court de rang en rang ,
pénètre jufqu'aux cohortes les plus loin-
» taines , & agite bientôt l'armée entière .
و د
Ainfi l'ame d'un feul homme s'étend fur
" tout ce vafte efpace , & la fureur , l'hé-
» roïíme d'un feul , fe déploie & s'agrandir
fur cette immenfe multitude “.
L'Auteur rapporte d'autres exemples ; mais
cenx-là fuffifent pour faire comprendre fon
principe dans les différens genres d'application
qu'il en fait.
Cet extrait feroit terminé ici , & nous
n'aurions que peu de réflexions à ajouter ,
fi nous ne connoiffions l'Auteur que par
fa Brochure mais nous favons qu'il a entrepris
un Ouvrage beaucoup plus confidérable
& de la plus haute importance par le
fujet ; & s'il est vrai , comme nous le penfons
, qu'avec infiniment d'efprit & de fagacité
il s'égare dans fa marche , ellayer de
le tamener dans les bonnes routes , c'eſt
peut être rendre un grand fervice aux
Sciences . On s'applique beaucoup à perfectionner
les inftrumeus ; les premiers de
tous les inftrumens ce font les hommes de
génie , & ce font ceux - là fur - tout qu'il
faut tâcher de perfectionner.
-
>
Première Application . Tous les corps
tous les êtres , tous les individus croillent
& s'augmentent le plus qu'il eft poſſible.
162 MERCURE
!
Sans doute ils croiffent , & c'eft- là un grand
phénomène pour tous ceux que l'habitude.
n'y a pas rendus infenfibles ; mais ils ceffentauffi
de croître , ils décroiffent & périffent ,
& c'eft là un autre phénomène auffi univerfel
, auffi merveilleux , & que le premier
n'explique pas. Un gland devient un chêne ;
mais pourquoi le chêne ne couvre- t- il pas
dans un accroillement continuel les airs &
le globe ? Pourquoi n'eft - ce que dans les
vers du Poëte qu'on le voit preffer les
Enfers & fendre les Cieux ? La croiffance
de tous les corps animés ou inanimés , le
terme où elle s'arrête , la décroiffance &
le dépérillement , tout cela eft le même
phénomène probablement ; mais tout cela.
enfemble n'est que l'énoncé du miracle de
l'organifasion , de la vie , du iniracle enfin
de la Nature. Ce n'eft pas donner un principe
qui explique la Nature , c'eft préfen--
ter vivement & avec un fentiment énergique
& profond , le prodige qui la rend
inexplicable.
En paffant des individus aux espèces ,
le principe de l'Auteur reffembleroit beau- .
coup plus à une découverte . Dans chaquet
efpèce en effet , la Natere paroît avoir tellement
prodigué à l'infini les germes de
fécondité , qu'on ne conçoit pas comment
il n'y a pas une de ces efpèces qui s'empare
en quelque forte de tous les principes
de vie , & règne feule fur le globe , fur
l'anéantiffement de toutes les autres efDE
163
"
FRANCE.
pèces. On voit réellement une forte de
tendance à une propagation à l'infini , dans
la fécondité prodigieufe des germes de chaque
efpèce ; mais qu'eft - ce qui l'arrête ,
car elle eft évidemment arrêtée ? Comment
fe fait entre les espèces ce partage de l'exiftence
Sont - ce plufieurs infinis qui le fervent
de bornes ? Mais qu'eft ce que des
infinis qui fe limitent ? Comment plufieurs
infinis exiftent-ils à côté les uns des autres?
Il n'y a qu'une choſe qui ſoit claire dans
tout cela ; c'eft que nous ne pouvons y
rien comprendre. Pour atteindre à ces vérités
, il nous faudroit d'autres fens : elles
ne font fûrement pas contradictoires , mais
pour nous elles font incompréhenfibles.
Il faut pofer la borne , & repofer deffus
fa tête. 7
-
On peut faire fur ce fujet d'autres queftions
, auxquelles l'obfervation pourra peutêtre
un jour répondre. Y - a - t - il des ef-.
pèces qui périffent ? Dans toute l'étendue,
du globe & dans un certain efpace de
fiècles , les efpèces font elles dans leur
population , dans des proportions peu fujettes
à de grandes variations ? Les petites.
cfpèces , qui en général font beaucoup plus
nombreufes , prennent- elles par leur nom-;
bre autant de quantités de vie & d'exiftence
que les grandes efpèces par leur maffe ?,
Je m'explique , fi on prenoit une balance ,
qu'on mit dans un plateau toutes les baleines
, & dans l'autre tous les harengs ,
164
MERCURE
par exemple , la balance penchéroit - elle
de quelque côté , ou demeureroit - elle en'
équilibre ? Je ne vois plus la barrière de
l'infini entre la folution de ces problêmes
& l'efprit humain ; & fi une fois elles
étoient réfolues , on feroit quelques pas
peut -être vers d'autres vérités qui paroiffent'
inaccellibles. Toujours eft il vrai qu'on connoîtroit
beaucoup mieux la Nature & fes
grands procédés.
›
Seconde Application . Les qualités croif
fent. J'arrête ici l'Auteur au premier mot.
Je le crois deftiné à être un jour un de
nos premiers Philofophes ; mais qu'il y
prenne garde , il donne là dans la plus mauvaife
philofophie. Les qualités ne font
des rapporrs des chofes à nous c'est - àdire
qu'elles ne font rien hors de limpreffion
que nous en recevons . Dans le langage
ordinaire , il eft permis de dire : Le parfum
de la rofe croît , la verdure du gazon s'augmente;
mais dans le langage philofophique
, c'eft la rofe feule qui croit , & qui
dans fon délicat tiffu , éprouve des changemens
qui font changer auffi le doux parfum
qu'elle répand autour d'elle. La croif
fance & l'augmentation des qualités du corps,
' n'eft donc pas une chofe différente de la
croiffance & de l'augmentation des corps
eux-mêmes.
C'eft par cette manière de confidérer les
qualités que les Philofophes anciens , qui
DE FRANCE. 165.
avoient tant de génie , ont trouvé fi pcu
de vérités. De combien de manières l'efprit
humain peut errer ? S'il veut raifonner
d'une manière abftraite fur les fubftances
, & fans égard à leurs qualités , feules
chofes par lefquelles nous puifions les connoître
, par lefquelles elles exiſtent pour
nous , on eft dans un abîme : s'il veut raifonner
fur les qualités , en les confidérant
comme quelque chofe de réellement exiftant
hors de nous & de nos impreffions , un
autre abîme eft à nos côtés . Nous ne devons
marcher que fur une ligne , & les
précipices font de tous les côtés. Quelle terrible
condition ! Eh bien ! j'en aime quelquefois
jufqu'à fa rigueur ; j'aime mieux découvrir
que voir ; & les voiles dont la
ftatue d'Ifis eft couverte depuis les Egyptiens
, ont fait bien plus encore les délices
que le fupplice de ceux qui , de génération
en génération , ont tenté d'en foulever quelque
coin.
Il eût fallu nous rendre éternels , ou on a
bien fait de nous cacher la nature des chofes
éternelles.
Le morceau fur le fommeil, que nous avons
cité, eft extrêmement ingénieux ; la préciſion
que l'Auteur y donne à fon fyftême , prouve
bien qu'il eft très- capable de cette préciſion
d'idées avec laquelle feule on arrive aux
vérités. Mais parce que le fommeil d'abord
léger devient profond , il imagine que le
166 MERCURE
fommeil germe , ou , fi l'on veut , qu'il croît
comme les plantes ou comme nos qualités
croiffent on n'adoptera pas ces affimilations.
Tous les corps environnans, en agiffant
fur nos organes , font paffer le mouvement
de l'extérieur à l'intérieur ; nous
mêmes en agiffant, nous produifons au dehors
de nous un mouvement qui fe communique
au dedans . Lorſque nous fermons
les yeux au contraire , & que nous reftons
immobiles , nous mettons tout en repos hors
.de nous , & le repos s'étend du dehors au
dedans ; c'eſt le fommeil. Toutes les roues
intérieures d'une pendule font en mouve-
-vement , j'arrête le reffort moteur , & tout
eft arrêté ce n'eft pas là une explication
du fommeil , mais c'en est une image , &
il n'y a rien là qui reffemble à une croiffance
, à une Germination Si le fommeil
croiffoit du fommeil , il croîtroit toujours
& feroit éternel ; ce feroit la mort. Qu'estce
qui nous réveille dans le fommeil , lors
même qu'il ne fe fait aucun mouvement ,
aucun bruit autour & hors de nous ? J'ai
comparé tout à l'heure le corps animé
dans le fommeil , à des pendules dont les
refforts ont été arrêtés , & qui ont ceffé
les mouvemens de leurs roues ; mais c'eſtlà
une reffemblance très - imparfaite , comme
prefque toutes les reffemblances . Tout eft
arrêté alors dans les pendules ; & dans les
corps animés & endormis , prefque tous
les mouvemens s'exécutent encore ; ils ont
DE FRAANNCCEÉ.. 167
feulement changé de détermination . Dans
le fommeil même , ces mouvemens intérieurs
peuvent donc fe troubler, s'accélérer ,
changer encore de détermination , & cela
fuffit pour faire repaffer l'animal du fommeil
à la veille. Un phénomène bien extraordinaire
, c'eft celui- ci. On a befoin de
s'éveiller deux ou trois heures plus tôt qu'à
l'ordinaire , on en a un grand befoin , &
on s'endort avec cette idée' : cette idée veillera
pour vous , en quelque forte , & quand
le moment fera venu , comme un réveillematin
, elle retentira à vos oreilles , & elle
fera celler votre fommeil. Il eft peu de
perfonnes à qui cela ne foit fouvent arrivé.
Tout eft prodige ; mais il y en a qui ont droit
de nous frapper & de nous confondre davantage.
Celui- ci doit tenir aux loix les plus
fecrètes de l'union ineffable de la pentée
avec les mouvemens des corps animés,
768 MERCURE
DES Etats- Généraux , & autres Affemblées
Nationales . Tomes I & II , in- 8 °.
A Paris , chez Buiffon , Libraire , Hotel
de Coëtlofquet, rue Haute -feuille, N° 20.
LA prochaine convocation des Etats- Généraux
a déjà fait éclore une foule de
Brochures fur une matière qu'on gâtera par
des difcuflions irréfléchies , & par des notions
ou fauffes ou háfardées , & par des
répétitions banales appuyées fur des apperçus
très -fuperficiels tel eft l'effet de la
légèreté nationale , que rien ne contient
dans les bornes de ce refpect religieux, fi
réceffaire toutes les fois qu'il s'agit d'une
ifcuflion qui peut ébranler les premières
Fafes du Corps focial . On écrit , parce que
le fujer pique par fa nouveauté ; on morcèle
dans cent Brochures ce qui deviendroit
un foyer de morale , de raiſon & de juriſprudence
, s'il étoit réuni dans un feul
corps , & dans un fyftême uniforme. La
Collection que nous annonçons réparera
du moins cet inconvénient , en offrant un
guide sûr , & en mettant fous les yeux du
Tublic les matériaux les plus authentiques ,
fans les altérer , & fans donner une préférence
répréhensible à des Productions indignes
d'être avouées. Quel eft l'Ecrivain
qui ne fera point circonfpect devant des
4
intérêts
DE FRANCE. 160
intérêts aufli grands ! l'Autel , le Trône , le
Peuple. Ces trois pouvoirs , dont la réunion
forme ce Corps légiflatif , ce Corps
immédiat , repréfentant du pouvoir politique
, & la plus parfaite image de la majefté
des Nations , pourroient - ils être envifagés
avec légèreté ? Seroit - il permis de céder
A des impulfions intéreflées , dans un mo
ment fur tout où on va réalifer les plus
Hatteufes efpérances , où un Roi bon défire
de rétablir la Nation dans l'exercice de
ce droit effentiel , par lequel feul elle eft
un véritable Corps politique vivant , voulant
& agissant ?
Nous ne pouvons définir dans une courte
analyfe la nature des Etats Généraux ; ce
qu'il nous eft permis de dire , c'est qu'ils
repréfentent néceffairement & immédiatement
tous & chacun des individus de la
Société , qu'eux feuls ont une procuration
fpéciale de chacune des affociations fecondaires
, parties intégrantes de la grande affociation
politique ; & que la volonté générale
les a expreffément défignés pour les
interprètes naturels : telle eft la nature des
Etats. Quant à leur pouvoir , il fuffit de
confulter les monumens. Un Ouvrage qui
remonte jufqu'à eux , & qui recueille &
claffe tous les titres & tous les Ecrits publiés
fur cette matière fi impartiale , ne peut
qu'être accueilli favorablement. On y trouvera
toutes les notions néceffàires ; on connoîtra
d'une manière précife les droits im-
Nº. 39. 27 Sept. 1788m
H
170 MERCURE
prefcriptibles du Roi , droits facrés que la
Nation a toujours refpectés .
?
La Collection commence par un extrait
rapproché de l'établiffement de la Monarchie
Françoife , par l'Abbé Dubos . Il falloit
bien remonter aux Romains , des dépouilles
defquels nous avons hérité à notre tour
pour y trouver les origines du domaine
des fiefs , des impêts , des propriétés des
Citoyens. Clovis a fuccédé aux droits des
Empereurs , à quelques modifications près
qu'on fait fentir. De ce premier monument
, les Rédacteurs ont paffé à la Loi Salique
, à ce premier contrat national qui
donne une idée exacte de l'Etat civil & des
formes ufitées. Viennent enfuire les Capitulaires
, ce témoignage authentique des
libertés de la Nation . Stivent des extraits
de tous nos Hiftoriens , de nos Publiciftes
& de nos Légiflateurs. On trouvera enfuite
un dépouillement des Manufcrits , & des
origines des Etats , qui précédera la Collection
complète de tous les Procès - verbaux
qui font de quelque importance. » Nous
ne donnerons point , difent les Rédac-
» teurs , les Procès - verbaux de toutes ces
» Affemblées qui ont précédé le Roi Jean ;
» mais il fera difficile , pour ne pas dire
impoffible , à qui que ce foit , d'être plus
complet que nous , & d'en dire davan-
» tage fur une matière auffi curieufe qu'ira-
» portante. Le choix que nous avons fait
">
de nos autorités , les détails dans lefquels
DE FRANCE. 171
»
""
» nous entrons , fuffifent pour donner à
nos Lecteurs une connoiffance très- étendue
, & en un mot , tout ce qu'il eft poffible
d'acquérir de connoiffances. A l'époque
du Roi Jean , on voit la Nation
prendre plus d'unité , un enfemble que
les Priviléges & les Loix de chaque Province
ne leur avoient point permis d'a-
» voir ".
و د
و ر
Les Rédacteurs paroiffent avoir bien
conçu leur plan , & être dirigés par des
motifs louables : ils fuivent exactement les
époques remarquables . En partant de
Philippe-Augufte , ajoutent-ils , en nous
» arrêtant au règne du Roi Jean , & en fui-
" vant avec fcrupule tous les mouvemens
» des trois Ordres de l'Etat , nous aurons
30
"" fatisfait la curiofité des Lecteurs . Nous
donnerons d'abord la Chronologie de Sa-
» varon , avec des Notes , pour rectifier les
» erreurs où il eft tombé ; puis une analyſe
& des extraits de tous les Auteurs qui
» ont écrit fur les Etats - Généraux. Ces extraits
feront plus ou moins longs , fuivant
que les Ouvrages feront plus ou moins
inftructifs. Parvenus au temps où l'on
commençoit à dreffer des Procès-verbaux,
» nous inférerons dans notre Recueil ces
pièces curieufes & authentiques , précédées
chacune d'un précis hiftorique des
faits qui ont occafionné chaque Affemblée
, des difcuffions préliminaires qui
font configuées dans les Procès verbaux
>>
93
23
28
ود
30
H 2
172 MERCURE
و ب و
ور
"
» des Etats Provinciaux ou Affemblées de
Provinces convoquées pour l'élection des
Députés , & de la forme des élections &
des charges qui donnoient droit à être.
Député au nom de la Province , fans fon
fuffrage , d'où eft venue quelquefois l'oppofition
fondée des Provinces & des Parlemens
aux délibérations illégales , quoi-
» que prifes dans les Etats : ce que nous
» fommes perfuadés que le Gouvernement
veut éviter, Nous inférerons les Ordon-
» nances qui en ont été le réſultat,
ور
و ر
"?
ور
.
ور
ور
ور
» Nous n'omettrons point ce qui peut
» avoir rapport aux plus célèbres Affenblées
de Notables. Des Notes expliqueront
, quand il fera convenable , les paf-
» fages obfcurs des anciens Actes , & développeront
les circonftances dans lefquelles
les Orateurs des Etats fe font
trouvés. On fera remarquer l'efprit de
chaque fiècle , & l'induence de chaque
règne fur les organes du bien public , &
fur le choix des difcuffions , tantôt puériles
, tantôt ridicules , & fouvent très-importantes
, qui ont eu lieu dans les Affemblées
des Etats ".
و د
"3
ود
י כ
Pour le faire , en un mot, l'idée de cette
importante Collection , il fuffit d'imaginer
qu'on y trouvera raffemblé en 12 Volumes
ce que les Auteurs les plus eftimés ont laiffé
de monumens & d'Ecrits fur l'origine des
Etats Généraux & des fubfides , la nature
des Affemblées nationales , & les Procèsan
DE FRANCE, 173
verbaux des Etats & des Affemblées , & fur
les Corps de Magiftrature chargés de l'enregilrement
des Loix .
L'exécution des deux premiers Volumes
promer , de la part des Rédacteurs , la plus
fcrupuleufe cxactitude. Tous les mois il
paroîtra deux Volumes ( 1 ).
ANNALES du Théatre Italien , depuis fon
origine jufqu'à ce jour ; par M. d'Ori-
GNY , Confeiller en la Cour des Monnotes
, des Académies des Sciences , Arts
& Belles- Lettres de Dijon , Lyon , Metz,
Chalons-fur-Marne , & Clermont - Ferrand.
3 Vol. in - 8 °. A Paris , chez la
veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques.
L'HISTOIRE des Théatres d'une grande
Nation eft fi effentiellement attachée à
celle de les moeurs , de fes ufages & de fes
Loix , qu'on faura toujours gré à l'utile Ecrivain
qui emploiera fes veilles à recueillir
les divers évènemens dramatiques , en les
foumettant à une critique fage & impartiale.
C'eft ce que vient d'exécuter avec
fuccès , à l'égard du Théatre Italien , M.
(1) Les 3. & 4°. Volumes viennent de paroître.
H 3
174 MERCURE
d'Origny , à qui nous devions déjà une
continuation de l'Hiftoire du Théatre François.
Tout ce qu'on avoit écrit fur le Théatre
Italien étoit épars bu incomplet ; M. d'Origny
, par des recherches exactes & laborieufes
, vient d'en conduire l'Hiftoire jufqu'à
Pâques de l'année 1787 ; & il fe propofe
d'en donner tous les ans la fuite à la
même époque.
Les Pièces nouvelles & reprifes , la mort
de leurs Auteurs , avec une courte Notice
de leur vie & de leurs Ouvrages , le début ,
la réception & la retraite des Acteurs ,
font rapportés dans ces Annales felon l'ordie
chronologique .
ร
La première Troupe qui parut en France
portoit le nom de Gli - Gelofi ; c'étoit en
1577%fous Henri III, qui l'avoit attirée de
Venife pour en jouir pendant la tenue des
Etats de Blois. Cette acquifition lui couta
cher , car il fallut la racheter , & en payer
la rançon aux Huguenots qui l'avoient
prife . Elle ouvrir fon Théatre au mois de
Février , à Blois , dans la Salle même des
Etats ; & le 19 Mai fuivant , à Paris , rue de
Bourbon , dans l'Hôtel du Petit- Bourbon.
Louis XIII , quelques années après la
naiffance du Dauphin , voulut avoir une
Troupe Italienne qui ne reftât qu'un an
tant à Paris qu'à la fuite de la Cour ; &
en 1645 , le Cardinal Mazarin en fit venir
>
DE FRANCE. 195
une autre qui joua à l'Hôtel du Petit -Bourbon
mais ce ne fut qu'en 1660 que les
Comédiens Italiens furent fixés à Paris ,
ayant quitté cette même Salle, pour paffer ,
avec la Troupe de Molière , au Théatre du
Palais - Royal.
Le 4 Mai 1698 , la Comédie Italiane
fut fupprimée par ordre du Roi , fans qu'on
ait jamais fu pour quels motifs ; & le 20
Mai 1716 , elle fut rétablie par le Duc
d'Orléans , Régent du Royaume : enfin ce
fut en 1723 , le 11 Décembre , qu'elle
obtint le titre de Comédiens Italiens ordinaires
du Roi.
On ne fera peut-être pas fâché d'appren
dre que la Devife des Italiens , CASTIGAT
RIDENDO MORES , eft due à Santeuil , &
que ce fut le fameux Dominique qui la
leur procura. A la faveur d'un long man-
" teau , il s'introduifit chez le Poëte dans
» le coftume d'Arlequin ; & ayant jeté à
» terre le vêtement qui le déguiſoit , il
courut autour de la chambre en faifant
» des poſtures plus plaifantes les unes que
» les autres. Santeuil ne put s'empêcher de
rire , & de répondre à Dominique par
» toutes fortes de grimaces. Quand ce jeu
» eut duré quelque temps , Arlequin ôta
" fon mafque , & Santeuil lui fauta au cou
» en difant : Caftigat ridendo mores «.
99
""
Catholini , dans fon début dans le rôle
d'Arlequin , fit au Public un compliment
H 4
176 MERCURE
affez fingulier , dans lequel , après avoir
exprimé les juftes craintes , il finitoit par
dire au Public : » Voici , Meffieurs , com-
» ment je voudrois que l'affaire s'accom-
و د
ور
ور
ور
modât. Plus l'Acteur dont j'ai l'honneur
» de vous parler a de talens , de graces , de
gentilleffe , & enfim tout ce qu'on recherche
en vain dans un autre , plus il
" eft difficile de lui reffembler. Ainfi , pour
peu qu'un autre ne foit pas abfolument
mauvais , j'ofe dire que vous ne devez
pas le rebuter. Mais , dira quelqu'un de
mauvaife humeur, j'ai bien affaire , moi,
d'une pareille difparate ...... Pourquoi
jouez vous le rôle d'Arlequin ? - Ah !
Mellieurs , un pen d'indulgence ; je ne le
jouc que pour l'apprendre fous un aufit
grand Maître. Je ne veux point être
la dupe de votre apprentiffage .
""
"
و ر
و د
33
93.
"
""
-
-
Eh !
» ne l'êtes - vous pas tous les jours de la
plupart des Débutans ? Pourquoi n'aurois-
je pas le même avantage que les au-
» tres ? - Cela eft bien différent ; on ne
» doit jouer l'Arlequin que lorſqu'on eft
» bien fûr de plaire & de faire rire .
»
"
"
"
-
Eh
» bien , Meffieurs , je vous promets de faire
» rire dans une douzaine d'années ; fongez ,
s'il vous plaît , qu'on n'acquiert ce talent
» qu'avec l'exercice encouragez moi , s'il
vous plaît.- Bon ! fi je vous encourage,
» vous prendrez mes applaudiffemens au
pied de lettre , & vous croirez les mé-
» riter. Non , Meffieurs , je vous pro-
"3
ور
-
-
DE FRANCE. 177
(
1
"
33
méts de ne devenir infolent que lorfque
je ferai bien fûr de mon fait. -- Eh bien
done, voyons ce que vous favez faire «.
Ce compliment fit rire , il fut beaucoup
applaudi ; mais l'Arlequin ennuya , il fut
hué fans compliment.
L'Annaliſte de la Comédie Italienne rapporte
la mort fingulière de Fuzelier , qui
avoit travaillé pour les Italiens comme pour
tous les Théatres de la Capitale . Il a fait
foixante - quatorze Pièces , & il en a compolé
trente- fept , en fociété avec divers
Ecrivains. Il a vécu So ans .
נ י ל
و د
33
33
» Il étoit perit , trapu , & avoit le cou
très court. Il fe fervoit ordinairement
d'une brouette , & appeloit l'homme qui
la tiroit , fon cheval baptife. Souvent it
lui difoit : Mon ami , quand tu me trouveras
étendu fur le carreau de ma chambre
, c'eft que je ferai occupé à quelque
chofe de férieux ; il ne faudra pas m'im-
" portuner. Un jour ce pauvre homme
» montant chez Fuzelier , le vit effective-
» ment le nez contre terre : Notre Mai-
» tre , dit- il aux voifins , travaille férieufe-
» ment. Fuzelier étoit mort ".
"J
""
Ce fut en 1761 que l'Opéra - Comique
fut réuni à la Comédie Italien ; & cette
réunion eut le plus grand fuccès
M. d'Origny recueille avec autant de foin
HS
178 MERCURE
que d'intérêt pour les Lecteurs , les Anecdotes
qui peuvent inftruire ou amufer. A
un Spectacle donné gratis , au fujer de la
naillance de Madame, Fille du Roi, il y eur,
comme de raifon , une très- grande affluence.
» Une jeune Poillarde qui n'étoit jamais
entrée à la Comédie , voyant le Souffleur
lever la trape & avancer la tête fur le
Théatre : Eh ! s'écria - t - elle , regardez
» donc ce chien là qui fait un trou au Théaire
pour trouver une place ".
"
و د
23
"
22
Le même jour , un Charbonnier vint
» à la Comédie dans fa charrette. En def-
» cendunt , il dit au Savoyard qui lui tenoit
lieu de Cocher : Revenez à neuf heures
» pour me ramener chez la petite Ravaudeufe.
Le Spectacle fini , il appela le
Savoyard avec une forte de dignité , &
» remonta gravement dans fa charrette *.
"2.
19
Le dernier évènement qu'ait fubi ce Spectacle
, eſt un Arrêt du Confeil , qui , à la
clôture du Théatre en 1780 , en fépara les
Comédiens qui ne jouoient que des Pièces
Italiennes.
Ces Annales fe font lire avec intérêt ;
& il eft à efpérer que le fuccès encouragera
l'Auteur à pourfuivre fes recherches , qui
doivent intereffer les Amateurs de l'Art
dramatique.
DE FRANCE. 179
ESSAIS en vers , par l'Auteur des Contes
Orientaux, au profit des Cultivateurs maltraités
par l'orage du 13 Juillet dernier.
Brochure de 25 pages. Prix , 24 fous.
A Paris , chez Demonville , Libraire-
Imprim. de l'Académie Françoife , rue
Chriftine.
CETTE Brochure eſt tout à la fois un acte
de bienfaiſance , & une preuve de talent.
L'Auteur en a confacré le produit à des
Citoyens infortunés ; & il s'eft alluré parlà
l'eftime des coeurs fenfibles , & le fuffrage
des gens de goût.
Mme. Monnet eft connue fur-tout par
des Contes Orientaux en profe , que nous
avons annoncés avec des éloges juftifiés par
le fuccès (+ ).
La première Pièce eft un Conte un peu
trop long ; la plus remarquable & la plus
digne d'éloge , ce font des Stances für la
Vanité. En voici deux qui en donneront
une idée favorable.
Que de travaux ! l'homme s'agite
Dans tous les temps , dans tous les lieux.
(1) A Paris , chez Regnaut , rue S. Jacques.
H G
1807 MERCURE
Sur la pouffière qu'il habite ,..
Que d'édifices faftueux !
Or, albâtre , glaces , porphyre ,
C'eft la vanité qui refpire
Dans ces fuperbes ornemens ;
La Vanité , quand l'homme tombe ,.
S'élève en marbre fur fa toinbe
Pour décorer des offemens.
La Vanité corrompt jufqu'à l'Amour.
Oui , ta main en fecret le guide ,
Abaiffe & lève fon bandeau ;
En fecret ton fouffle perfide
Fait étinceler fon flambeau.
Quelle eft fur nos coeurs ta puiffance !
J'ai vu la timide Innocence
Réfifter à la Volupté ,
Des richeffes braver les charmes ,
De l'Amour méprifer les larmes ,
Et céder à la Vanité.
On trouvera auffi des détails fort agréables
dans des Vers préfentés à un ami qui
n'eft plus , le jour de Saint Antoine , fon,
Patron. Tel eft le morceau qu'on va lire ,
& par lequel nous terminerons cette Notice.
Qu'êtes-vous devenus , ô fortunés momens >
Où raa voix s'eflayoit à fes premiers accens !
DE FRANCE. 181
J'écrivois fans favoir écrire ,
Et je plaifois , j'avois quinze ans .
Si j'euffe , dans cet heureux temps ,
Connu tes Ecrits que j'admire ,
Je t'aurois pris pour l'objet de mes chants ...
Ah ! revenez , favorable délire ,
Qui maîtrifiez & mon coeur & mes fens ,
Lorfque faififfant une lyre ,
J'ofai chanter les Filles du Printemps ,
Et le Génie & les Talens
Que fait de loin la Gloire, & de trop près l'Envie
L'AMITIÉ trompée, ou Lettres du Comte
de Saint-Julien ; traduites de l'Anglois
fur la feconde édition . 2 Volumes in - 12 .
Prix , 36 fols broché , & francs de port
par la Pofte , 2 livres 2 fols. A Paris ,
chez Maradan , Libraire , rue des Noyers
N° . 33.
RIEN de moins compliqué que l'intrigue
de ce Roman. Le titre feul fuffit pour en
donner une idée complette. Le Cointe de
Saint-Julien eft un anai rare , un homme
vertueux ; il aime Mathilde Colonne , qui
182 MERCURE
l'aime à fon tour , & qu'il doit époufer.
Il eft l'ami du Marquis de Pefcaire , jeune
homme qui perd bientôt de vue les fentiers
de la vertu , & qui , en devenant un
homme ainable , un Seigneur riche & important
, n'est dans le fond du coeur qu'un
fcélérat. Le Marquis de Peſcaire à des
droits à faire valoir fur des fucceffions
échues en Eſpagne . Le Comte de Saint-
Julien , fon ami , qui avoit toujours rempli
auprès de lui le rôle d'un Mentor , veut
bien reculer fon mariage avec Mathilde
facrifier l'amour à l'amitié , partir , & fervir
fon ami avec chaleur & fuccès à Madrid.
Il confie Mathilde , ce dépôt fi cher ,
ce bien fans la poffeffion duquel il deviendroit
le plus infortuné des hommes , il le
confie au Marquis de Pefcaire. Veillez fur
elle , lui dit- il en partant , fongez que vous
gardez un tréfor à votre ami.
Pendant qu'il fervoit fi fidèlement l'amitié
, le Marquis de Pefcaire intercepte
fes lettres , le noircit dans l'efprit de Mathilde
, lui perfuade enfin que le Comte
de Saint -Julien eft marié en Eſpagne ; il
épouſe la maîtreffe de fon ami , cette Mathilde
qui verfoit des larmes amères fur
Finfidélité prétendue de Saint- Julien . Celuici
, informé de cette horrible perfidie , vient ,
propofe un cartel au Marquis de Pefcaire
& le tue mais en fe vengeant il perd
pour jamais Mathilde , qui , dévorée à fon
DE FRANCE. 183
tour de regrets & d'ennui , fe condamne
à la folitude la plus rigoureufe.
Tel eft le plan de ce Roman , très fimple
en effet , & dont la feconde partie est trèstouchante.
L'Auteur fait peindre les profondeurs
du fentiment , & quelquefois il
a du trait & de l'énergie .
Il peint d'une manière aimable cet amour
pur qui rend les mariages fi doux , pag. 11 ,
lig. 2. » C'eſt l'accord des fentimens les plus
purs , c'est une union de deux ames fans
tâche qui ne reffemble en rien à la rencontre
fortuite des fexes , & moins encore
à ces liens ferrés par l'intérêt , où le coeur
n'a point de part. C'eft la fympathie des
coeurs; c'eft le plus noble de tous les noeuds
de la Société «. On lira avec attendriffement
la Lettre dans laquelle Mathilde , qui
fe croit délaiffée , exhale fes plaintes & fes
reproches. Cette fituation fi ufée par les
Romanciers , paroît avoir une forte de nou
veauté fous la plume de l'Auteur.
1.84
MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE . FRANÇOISE.
LE Samedi , 13 Septembre , on a repréfenté
pour la première fois , Lanval &
Viviane , ou les Fées & les Chevaliers
Comédie Héroï- Féerie en cinq Actes &
en Vers de dix fyllabes , mêlée de chants
& de danfes.
Le fond de cet Ouvrage eft tiré d'un ancien
Fabliau intitulé : Le Lay de Lanval. M. le
Grand d'Auffy l'a traduit en langage moderne
il y a quelques années , & tout récemment
M. Imbert en a publié une imitation qu'il
a embellie des charmes de fa verfification
facile & brillante . Voici l'analyfe du Fabliau.
On pourra la comparer avec celle
de la Comédie , & voir quel pasti l'Auteur
dramatique a tiré de fon modèle.
Artus tenoit fa Cour Plénière ; il prodigua
fes largeffes à tous fes Chevaliers
mais il oublia le plus brave & le plus fidèle :
c'étoit Lanval. Celui ci quitte la Cour , &
prend le premier chemin qui fe préfente. Arrivé
dans un pré, où il peut laiffer rafraichir
DE FRA N G E. 185
>
& paître fon cheval , il s'aflied fur le gazon ,
& rêve. L'arrivée de deux Nymphes le tire
de fa rêverie. Il regarde ; on l'invite à fe
rendre fous une tente dans laquelle il eft
attendu ; il fe lève , & marche avec fes
guides. Il apperçoit bientôt cette tente , où
le luxe & le goût fe difputent la prééminence
; mais ce qui le frappe davantage
c'est l'afpect d'une beauté divine , qui fouit
de la fagprife qu'elle lui caufe , lui
déclare qu'elle l'aime , & qu'elle veut lui
faire une deftinée capable de faire envie aux
Rois. Fortune , graces , beauté , doux langage
, voilà quatre puiflans moyens de féduction.
Lanval répond comme devoit répondre
un galant Chevalier , & bientôt il
jouit de fan bonheur ; mais l'ordre des Deftins
veut que la Fée (car c'en étoit une) fe fépare
de fon époux . Ellele renvoie en lei donmant
les moyens de vivre dans l'abondance,
en lui promettant de paroître à les yeux
toutes les fois qu'il prononcera fon nom ;
mais en lui déclarant auffi que s'il fe permet
la moindre indifcrétion fur leur amour ,
il la perdra pour jamais. Il s'éloigne
vient à la Cour , qu'il éblouit de fon éclat.
?
re-
Les plaifirs à fa voix s'empreffoient de renaître ;
Et le plus grand de tous , c'est que la nuit , le jour,
Sitôt qu'il appeloit l'objet de fon amour ,
Il le voyoit foedain paroître .
T
Mais la Reine , qui étoit amoureuſe de
186 MERCURE
Lanval , lui déclare auffi fon amour ; &
non feulement Lanval y eft infenfible , mais
encore , fur le reproche que fa Souveraine
lui fait d'être indigne des faveurs d'une
Belle , il affure
Qu'il n'eft point de Reine
Qui de fa Mie égale la beauté.
La Reine indignée fe plaint à fon époux ,
qu'un déloyal , après l'avoir priée d'amour,
a eu l'audace d'infulter à fes charmes & de
les méprifer. Artus partage la colère de la
Reine, & il fait arrêter Lanval , qui , inquiet
d'avoir indifcrètement parlé de fa Mie , l'avoit
appelée vainement à plufieurs repriſes. Il
comparoît , on va prononcer fon arrêt
quand un Chevalier
Prétend qu'on le contraigne à montrer fa Maîtreffe
Pour connoître de fa beauté ,
Et voir du moins s'il a bleffé la politeſſe
Sans outrager la vérité.
Reffource inutile ! la Fée irritée ne veut
plus paroître , & Lanval va mourir , quand
plufieurs Nymphes fe préfentent tour à
tour , & annoncent l'arrivée de leur Maîtreffe
. La Fée paroît enfin .
Artus , & vous Barons , dit la belle Etrangère ,
C'eft pour remplir vos voeux qu'ici je comparois.
DE FRANCE. 187
Un de tes Chevaliers , Artus , m'avoit fu plaire ;
Lanval , qui de t'aimer s'étoit fait une loi ,
Qui t'avoit fervi fans falaire ,
Que j'ai récompensé pour toi.
Il m'a défobéi. Quelque temps , par vengeance ,
Je l'ai foumis à ta ſévérité ;
Mais fon coeur m'est toujours resté :
Si j'ai puni fa défobéiffance ,
Je dois un prix à ſa fidélité .
Barons , votre juftice exige ma préfence
Pour l'abfoudre ou le condanner .
Me voici comparez & portez la fentence
Qui doit punir ou pardonner.
Lanval eft abfous , & il part avec la Fée ,
dont , depuis ce jour , il ne s'est jamais
féparé.
L'analyfe du Fabliau , que nous avons
aimé à faire d'après l'imitation de M. Imbert
, abrégera celle de la Pièce.
Ici ce n'eft point pour la femme d'Artus
, c'eſt pour fa foeur Ifeult qu'on ouvre
un tournoi ; c'eft celle- ci qui eft amoureufe
de Lanval, & qui lui déclare fon amour, pour
fe voir dédaignée. On a obfervé là - deffus ,
que dans le Fabliau, Lanval repouffe l'amour´
d'une femme mariée , quand il eft amoureux
lui- même, & que dans la Comédie il eft infenfible
& peu galant avec une demoiſelle ,
quand fon creur n'eft pas encore pris ; ce
qui a paru étonnant dans un jeune Cheva188
MERCURE
lier. Ifeult eft furieufe , & une colonne
merveilleufe , qui paroît tout à coup après
fon départ , apprend à Eanval que s'il veut
fe rendre dans la forêt prochaine , il y
pourra mettre fin à une grande aventure . Il
marche vers la forêt.
Au fecond Acte , la Fée , que l'Auteur a
nommée Viviane , paroît avec fes Nymphes,
leur fait part de fa tendreffe pour Lanval
éprouve la fenfibilité du Chevalier , en fe
préfentant à lui fous le nom d'une jeune
femme perfécutée eft contente de fon
épreuve , fe fait connoître , & promet à
Lanval un bonheur conftant , fous les mêmes
conditions que celles propofées dans le
Fabliau.
›
Au se. Acte , s'ouvre le tournoi , où Artus,
veut que l'on foutienne que mulle femme
n'égale Ifeult en beauté. Lanval , qui s'y eſt
rendu couvert d'armes brillantes , prétend
que fa Mie peut égaler la beauté d'Ifcult.
Cette indifcrétion , déclarée contraire aux
loix de la Chevaleric , eft confidérée comme
une infulte qui doit être punie de mort. On
arrête Lanval , & on le conduit en priſon .
On l'y voit au quatrième Acte , appelant
en va a Viviane : il a parlé de fa Mie ,
il a été indifcret , on l'abandonne. Le Confeil
s'eft affemblé ; on a condamné Lanval
à la mort ; mais Lancelot on ami ,
a propofé de l'abfoudre , s'il prouvoit , en
la montrant , que la beauté de fa Mic
DE FRANCE. 189
égalât celle d'Ifeult. On y a confenti ; cette
relfource eft inutile , comme dans le Fabliau .
Lanval attend l'heure de fon trépas , quand
un jeune Troubadour s'introduit dans fa
prifon ; c'eft Viviane qui s'eſt aina traveſtie
. Elle fait une nouvelle épreuve de fes
fentimens , le confole , & relève fon courage
cette Scène eft la meilleure de l'Cuvrage
; il y a de la grace , quelque fenfibilité
, & elle eft très bien jouée par Mademoifelle
de Garcins & par M. Saint Fa) .
Au cinquième Acte , Lancelot tente en
vain de fléchir Iferlt ; elle eft inexorable.
Le Confeil entre ; il faut que Lanval montre
fa Mie, ou qu'il fubiffe le trépas. Il fe réfigne
, & va marcher au fupplice , quand
deux Nymphies paroiffent, annoncent la Fée,
qui vient pour les mêmes caufes , dire les
mêmes chofes , & opérer le même effet
que dans le Fabliau . Des danfes , des fêtes ,
des couplets , un Vaudeville terminent la
Pièce.
Ce fujet étoit plus propre à la Scène
Lyrique , qu'à la Scène Françoife. On a beaü
s'élever contre la confufion des genres ,
on a tellement perdu de vue les vrais
principes de l'Art dramatique , qu'on ne
peut plus fe faire extendre. Si le Théatre
François croit gagner quelque chofe en
cherchant à s'approprier un gente qui lui
eft étranger , il fe trompe , & il ne fera
qu'accélérer la chute de la véritable Comé190
MERCURE
die. Ce n'en est point une que Lanval &
Viviane ; c'est un Opéra dialogué cn vers ,
fans mulique. La Pièce parle toujours aux
yeux , fouvent à l'efprit , prefque jamais à
l'ame ni à l'intérêt. Ce défaut ne peut pas
être atténué par de jolis madrigaux , par
quelques plaifanteries agréables , ni par des
vers bien tournés , quelque bien qu'ils puiffent
l'être. La premièrere préfentation de cet
Ouvrage a été affez mal reçue. La Scène
de Viviane en Troubadour & le Vaudeville
de la fin , ont eu feuls un fuccès décidé.
Depuis , l'Auteur a fait difparoître quelques
longueurs , des expreffions déplacées dans
un Drame héroïque , & la Pièce a repris
quelque faveur. Cela ne doit pas furprendre
les hommes font de grands enfans
que , comme les petits , on eft toujours fûr
d'amufer avec des images.
ANNONCES ET NOTICES.
SURVR le Compte rendu au Roi en 1781 , Nouveaux
Eclairciffemens , par M. Necker ; feconde édition ,
in - 4 ° . Prix , 3 liv . 12 fous. A Paris , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins.
Le Livre de la Nature , vrai fens des chofes , expliqué
& mis à la portée des enfans ; traduit librement
de l'Anglois . Prix , 1 liv . 4 f. A Paris ,
chez Laurent , Libr. rue de Tournon .
DE FRANCE.
Du Mariage des Chrétiens , ou la nouvelle
Loi fur l'écar civil des non Catholiques en France
juftifiée aux yeux de la Religion & de la Politique ;
par un Avocat au Parlement de Paris , in - 12 . A
Paris , chez la veuve Efprit , Lib. au Palais - Royal.
1 Cet Ouvrage , ainsi que le titre l'annonce , a
pour but de fixer les idées qu'on doit avoir du
Mariage , comme Contrat civil & comme Sacrement
, de raffurer les Catholiques fur les craintes
qu'on a cherché à leur infpirer pour leur culte , &
de prouver que la France n'a rien à redouter de
l'état civil accordé aux non Catholiques . Cette matière
intéreffante eft traitée avec autant d'érudition
que de fageffe.
Figures des Fables de la Fontaine . A Paris ,
chez les Auteurs , rue du Plâtre- St - Jacques , Nos,
7 , 38 & 31 .
Cet Ouvrage s'exécute toujours avec le même
fuccès. Le texte , qui s'imprime chez M. Didot
l'aîné , paroît en même temps.
Hiftoire de France , repréfentée par Figures
acompagnées de Difcours ; les Figures gravées par
M. David , Graveur ordinaire de la Chambre &¨
du Cabinet de Monfieur , &c.; le Difcours par
M. IT'Abbé Guyot , Vicaire- Général de Cambrai ;
4e. & se. Livraifons. La première cft composée
de 6 Planches , la feconde de 4 Planches , &
Difcours imprimés fur papier vélin , Prix , S liv.
chaque. Les premières épreuves en biftre anglois,
10 liv . A Paris , chez l'Auteur , rue des Cordeliers
, au coin de celle de l'Obfervance .
Nous avons annoncé avec éloge les premières
Livraiſons de cet Ouvrage.
Antonie , faivie de plufieurs Pièces intéreffantes ,
traduites de l'Allemand , par Mme, la Chanoineſſe
de P ... , nouvelle édition in- 16 . A Paris , chez
Lagrange , Libr . rue Saint-Honoré , vis-à- vis le
Palais - Royal & le Lycée.
192 MERCURE DE FRANCE.
Bagatelles Littéraires , par L. B. de Bilderbeck.
A Paris , chez Guillaume Debure l'aîné , Libr.
Hôtel Ferrand , ruc Serpente , Nº. 6.
Plan des environs de Paris . Prix , en feuille ,
15 fous ; & collé fur toile , 30 fous. A Paris ,
chez Lejay , Libr. rue Neuve des Petits -Champs ,
près celle de Richelieu , au Grand Corneille.
Prife de Thionville par le Prince de Condé ,
peint par Martin , gravé par Picquenot . Prix, 6 1 .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Carmes , Collége
de Prefle.
Numéros 32 & 38 des Feuilles de Terpfychore,
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , 1 liv .
4 fous chaque. Abonnement pour 52 Numéros ,
30 liv. A Paris , chez Coulineau père & fils , Lu
thiers de la Reine , rue des Poulies .
.4
ELIGIE.
TABLE.
14 Annales.
Charade , Enig. Logog . 459
La Gaminetian .
Des Etats-Généraux.
Efnis en vers.
L'Amiré tromple.
15 Comédie Françoife.
168 Annonces & Notices.
1731
179
181'
184
1.90
J'AI
APPROBATION.
>
A lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE pour le Samedi 27 "
Septembre 1788. Je n'y ai rien trouvé, qui puifle
eu empêcher l'impreffion ."A Paris , le 26 Septembre.
1788, SELIS.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
RUSSI E.
De Pétersbourg , le 4 Août 1788.
L'AMIRAL Greigh a fait arrêter , & a
envoyé prifonniers ici deux Capitaines
de fon elcadre & deux Capitaines Lieutenans
. Ils font accufés d'avoir honteuſement
abandonné le Contre - Amiral Berger,
malgré les fignaux du Commandant , qui
leur ordonnoit de fecourir cet Officier
pris par les Suédois. Cette accufation
dément ce qui a été avancé dans la
relation officielle du combat , que le
vaiffeau du Contre-Amiral Berger avoit
été enlevé , comme par hafard , dans
l'obfcurité de la nuit & de la fumée.
On nous a donné , le 29 juillet , un
long rapport de trois efcarmouches en
Finlande entre nos troupes & celles de
Suède . Dans l'une de ces petites ren
No. 36. 6 Septembre 1789
( 2 )
contres , du 16 juillet , nous avons fait
prifonnier le jeune Baron d'Armfeldt
parent du Général de ce nom. Le 23
du même mois , les nôtres s'emparèrent
d'une redoute commencée , de 10 foldats
, de deux canons & de leurs munitions
, &c. Ces minuties ne valent pas la
peine d'y arrêter le Lecteur.
A la fin de juillet , nos troupes en
Finlande formoient un nombre de 16000
hommes, dont 8000 à Vilmanftrand, 3000
à Friderixsham , 1000 à Kexholm , 3000
près de Hétela , & environ mile Cuiraffiers,
outre quelques centaines de Colaques
répandus dans ce dernier diftri &. Plufieurs
régimens de Cofaques font en marche
pour fe rendre , par Mohilof & Orfa , en
Livonie , où l'on envoie également quelques
troupes réglées du Gouvernement
de Smolensko .
holder
of ench
SUÈDE.
De Stockholm , le 12 Août.
soys maybe this
Le Comte de Rafumowski , ci - devant
Miniftre de Ruffie à cette Cour , s'embarqua
hier matin , à cinq heures , à bord
du yacht la Louife- Ulrique , qui lui étoit
préparé depuis le 23 juin. Ce Miniftre ',
((13))
ว
fous divers prétextes , éludoit ce voyage
maritime , & avoit décidé de ne quitter
Ja Suède quien traverdant toute la partie
méridionale doyaume ; mais le Roi
ne voulant point le permettre , & la pré
fence du Comte ne pouvant plus être
foufferte dans le capitale , il lui fut fignifie ,
pour la dernière fois , vendredi paffé , par
M. de Bedouin , maître des cérémonies ,
de partir , par mer , avec les vaiffeaux du
Roi , au bout de trois jours , ou de fe
voir expofé à de fâcheufes extrémités
. Le Comte déclara auffi- tôt qu'il
étoit réfolu de partir pour Lubeck ; en
conféquence il a déja quitté cette ville ,
avec la Chancellerie Ruffe & fes effets!
Outre le yacht , on avoit équippé , pour
le compte du Roi, deux autres bâtimens ,
afin que tout ce qui appartenoit au Miniftre,
pût être tranſporté à la fois & commodément.
»
« Samedi dernier on expofa , à la vue
du public , les trophées pris fur les
Ruffes . Ces trophées , qui confiftent en
pavillons & flammes de navires , en partie
enfanglantés , criblés de coups ou déchirés
, furent expofés dans la galerie de la
Cour , où les gardes étoient en parade. »
« On a reçu de la Finlande la nouvelle
certaine que le Roi eft déja campé avec la
grande armée , fur le territoire Ruffe , &
a ij
( 6 )
nombre de la Bonie aux environs de Schabatz ,
qu'il dévaftoit , on détacha le Capitaine Orskowich
avec des volontaires & une partie du régiment
Sclavon de Péterwaradin , pour couper à l'ennemi
la communication , & l'empêcher de pénétrer da
vantage fur notre territoire. Cet Officier rencontra
, le 3 Août , un corps d'environ mille Turcs ,
tant infanterie que cavalerie : on en vint aux mains ;
notre détachement , après une réfiftance vigou- ,
reufe , fut obligé de céder à la fupériorité de
l'ennemi , & il fe difperfa ; on n'a point encore
de nouvelles du Capitaine , & de la majeure partie
de fa troupe . Un autre détachement s'eft emparé ,
aux environs de Lefnicza , d'une quantité de
grains .
»
Corps d'armée combiné devant Choczim , le 7
Août.
Le , au matin , les députés de la garniſon
de cette place revinrent au camp , avec la réponfe
qu'ayant reçu l'avis qu'Ibrahim Pacha s'avançoit
avec un corps de 30,000 hommes , on
ne pouvoit ni rendre la fortereffe , ni entrer en
capitulation . Sur cette déclaration , & comme on
ne jugeoit pas à propos d'accorder à ces députés
le nouveau délai de 10 jours qu'ils avoient demandé
, l'ordre fut donné de recommencer le jeu
des batteries de Braha , ce qui fut exécuté fur le
champ . A en croire les déferteurs , la misère eft
extrême dans cette place.
>>
Corps d'armée dans La Croatie 2 camp de
Czérowliani , le 11 Août .
« On avoit réfolu d'attaquer les Turcs dans
leurs retranchemens près de Dubicza . Pour cet
effet on établit , dans la nuit du 8 au 9 , un'fecond
ponton fur l'Unna. Nos troupes paffèrent ce
pont , & l'autre qui exiftoit déja , le lendemain à
( 7 )
deux heures du matin . Le Général Brentano , chargé
d'attaquer le camp ennemi en dos , dirigea fa
marche vers la colline. fituée vis - à-vis de notre
tête de pont , & alla droit au camp. Le Général,
Kaltschmidt prit la même route , forma un carré
près de cette colline , la cotoya , & s'approcha
des batteries de l'ennemi . Dans la plaine le carré
fut appuyé par les troupes fous les ordres du
Général de Bubenhofen. La tête du pont , & les
autres ponts furent gardés par les troupes commandées
par le Général Sehmaker. On planta des
canons fur la rive gauche de l'Unna. Les Généraux
Brentano & Kaltschmidt avancèrent en ligre
égale: arrivés près de l'ennemi , un bataillon de
Freiffe attaqua la première batterie & l'emporta ;
on attaqua en même- temps le camp & les deux
autres batteries , & on parvint d'en chaffer l'ennemi
, & de s'en rendre maître vers les 6 heures'
& demie du foir. Notre perte confifte en 27 tués
& 55 bleffés ; celle de l'ennemi eft confidérable :
partout on a trouvé des morts entaffés les uns fur
les autres . Après l'action , le Lieutenant - Général
Baron de Vins a permis le pillage du camp ennemi.
On dirige maintenant tout le feu de notre,
artillerie für Dubicza - Turc , qui eft déja trèsdélâbré
, mais la garnifon s'obſtine à ne pas vouloir
fe rendre . »
Ce dernier fuccès eft contrebalancé par
un échec férieux que nos troupes ont
effuyé dans le Bannat , dont le bulletin
officiel ne parle pas , & dont la nouvelle
eft rapportée en ces termes , par les lettres
de Mehadia , du 8 août.
« Hier , à 2 heures du matin , les Turs ont attaqué
, à trois différens endroits , nos troupes
poftées près de Schuppanek . Comme elles avoient
a iv
( 8 )
reçu l'ordre de fe retirer , elles furent pourfuivies
& difperfées par l'ennemi , qui nous enleva 13
canons & plufieurs chariots munitionnaires . Nous
avons perdu beaucoup de monde. Les Turcs ont
mis le feu à Schuppanek & au vieux Orfowa. Un
détachement ennemi s'eft porté à la montagne de
Mefcricz , & y a détruit le corps-de-garde : on n'a
point de nouvelles des 150 hommes qui y étoient.
Un autre détachement s'eft avancé vers le pofte occupé
par un bataillon de Bréchainville , & une divifion
du régiment des Vallaques - Illyriens : on ne
fait pas encore fi l'ennemi l'a emporté ou non. »
-
Un bataillon de Lafcy , un de Pallavi
cini , un de Wolfenbutel & deux de Michel
Wallis fe font embarqués fur le Danube
pour ſe rendre à l'armée. Le
Corps d'armée en Croatie fera augmenté
de 18 bataillons . On a ordonné encore
une nouvelle levée de recrues en Autriche
, en Moravie , Bohême & Hongrie.
--
Le Prince Charles de Lichtenftein eft
transporté ici toujours malade , & il fait
le voyage à petites journées .
Le choix qu'a fait l'Empereur du Feldt-
Maréchal Laudhon , pour le commandement
de l'armée en Croatie , a été reçu avec
une joie univerfelle. Cet illuftre Vétéran
s'eft mis en route ; l'Empereur avoit
ordonné de lui fournir tous les équipages
qui pourroient lui être néceffaires.
Le maffacre de nos trois Officiers Plénipotentiaires
, & d'un Chef de Monténé(
9 )
grins , par les ordres de Mahmud, Pacha
de Scutari, n'eft que trop certain. Tel eft
le fruit ordinaire de la confiance que l'on
met en des hommes qui on trahi leur
Patrie & leur Souverain .
Il n'étoit pas naturel que ce Pacha
reſpectât plus fes nouvelles liaiſons avec
nous , qu'il n'avoit refpecté fes devoirs
envers la Porte. Ce brigand eft un véritable
fou phyfique , avec lequel il falloit
fe garder d'entretenir aucune correfpondance
. On débite fur et évènement
beaucoup d'hiftoires, dont nous allons rapporter
les principales , vraies ou fauffes.
4
Après avoir fait couper la tête des trois députés
Autrichiens , Mahmudles envoya au Grand-
Vifir par 12 Capidgi-Bachis. Ce Général Ottoman
refufa cet horrible préfent ( 1 ) , & le renvoya
, en difant qu'il n'acceptoit point de pareilles
offres d'un fcélérat , qui d'abord s'étoit
montré rebelle à fon Souverain légitime , & enfuite
traître envers le Monarque Autrichien
ajoutant que le temps viendroit où l'on pourroit
"
(1 ) Ce trait fait le plus grand honneur au général
Ottoman. Il eft auffi glorieux , & trèscertainement
plus fincère que celui de Céfar , qui
dit au fatellite de Ptolomée , lorfqu'il lui apportoit
la tête de Pompée: »
Aufer ab afpectu noftro , funefta fatelles ,
Regis dona tui
av
( 10 )
tirer vengeance de fes horribles forfaits . Il eût été
difficile de fufpecter le Pacha d'une pareille perfidie
, après les longues négociations qu'il avoit entretenues
avec les deux cours Impériales , & les
démonftrations d'attachement qu'il leur avoit données
. On doit fe féliciter encore que fa trahifon
n'ait pas été auffi complette qu'il fe l'étoit propofé.
Son projet étoit de faire maffacrer dans un
même jour , tous les Officiers Ruffes & Autrichiens
, ainfi que les troupes à leurs ordres . Il fut
obligé d'anticiper l'exécution de fes deffeins , parce
que fes gens commençoient à murmurer de fa
partialité apparente pour les Autrichiens , & que ,
défapprouvant toute liaifon avec eux , ils menacoient
de fe révolter ; ce qui le détermina à en
venir à la cruelle extrémité qu'on fait. Après cette
barbare action , il écrivit au Commandant des
Monténégrins une lettre dont voici l'extrait. »
Ma loi , mon fyftême & mon inclination me
portent à l'indépendance , & me font rejerer toute
autre alliance , quelque favorable qu'elle puiffe être.
L'Empereur a eu confiance en moi , & je n'ai diffimulé
que pour mieux le tromper ; i'y ai réuffi
&je fuis content. La mort de fes Officiers eft la
récompenfe de 80 bouffes , contenant 4000 fequins,
d'une grande quantité de provifions de guerre ,
de deux arquebufes à vent , & de plufieurs autres
préfens qu'il m'a fait parvenir . Cependant je ne
fuis pas entièrement fatisfait ; je veux encore le
fang de tous les autres Autrichiens qui font dans
vos contrées . Je vous offre , à cet effet , 5 fequins
pour chaque tête d'Allemand que vous m'enverrez ,
& 500 pour celle du Colonel Wukafowich (2)
(2) Cet Officier oecupe , & a fait fortifier depuis
quelque temps , un couvent de Monténegro ,
( 11 )
que je fais fe trouver dans un de vos forts. Suivez
mon exemple , maffacrez- les tous , & partagez en
frères toutes leurs dépouilles . Si vous vous fentez
quelque répugnance à m'obéir , je viendrai
en perfonne vous voir avec mes troupes , après
le Ramazan. »
་་" Le Commandant de Monténégro ayant reçu
cette lettre , la remit au Colonel Wakafowich.
Celui-ci écrivit d'abord au traître de fa propre
main : « Que fans attendre la fin du Ramazan ,
» il eût à venir immédiatement faire la conquête
» de fa tête , & qu'il étoit prêt à le recevoir. »
En conféquence , il fit publier un manifefte , par
lequel il promet , entr'autres , de payer 10 fequins
pour chaque tête de Turcs Albanois , & 10 mille
celle du Pacha de Scutari . Nous favons d'ailleurs
qu'il eft arrivé dans le Monténégro plufieurs
Officiers Ruffes ainfi que des troupes Autrichiennes
, parmi lefquelles il y a 150 Croates
avec beaucoup de munitions de guerre & de groffe
artillerie. »
pour
" Ce qu'il y a de certain auffi , c'eft que le
perfide Mahmud a une armée d'environ 20 mille
hommes ; qu'il eft traître , même envers la Porte ,
& qu'il continue à recruter pour aller attaquer
le Pacha de Croia. On ne parle dans ce pays que
des cruautés de ce Pacha. Il n'épargne pas même
fes meilleurs amis , & il fait mafiacrer impitoyablement
tous les Turcs Albanois qu'il foupçonne
être aimés du Peuple. Etant entré depuis peu ,
que le Pacha de Scutari avoit prefqu'entièrement
réduit en cendre dans fes dernières courfes. I a
actuellement du canon & une garnifon de 200
Autrichiens , avec 300 recrues ; il eft en outre
très- uni avec les Monténégrins .
a vj
( 12 )
le matin , dans la chambre de fon épouse , qui
dórmoit encore , ce monftre la tua d'un coup de
piftolet , & dit froidement à fes gens : qu'on emporte
cette chienne . Il eft actuellement éperdûment
amoureux d'une belle Géorgienne , qu'il a payée
2 mille fequins. Un fameux Religieux , le père
Erafine , qui lui fervoit de confeiller & de guide
dans toutes fes entrepriſes , n'a pu foutenir la
vue de tant de cruautés , & il l'a abandonné ſecrètement
, pour ſe retirer dans un port Chrétien.
»
De Francfort fur-le-Mein , le 23 Août.
Le Roi de Pruffe eft parti , le 14 , pour
la Siléfie ; S. M. avait été précédée , la
veille , du Prince Royal , qui affiftera aux
revues & aux manoeuvres . Le Baron
de Gemmingen , Miniftre du Roi auprès
de l'Ele&eur Palatin , eft revenu à Berlin
par congé.
-
Les lettres de la Pruffe affurent que
les Envoyés d'Angleterre , de Suède &
de. Saxe font fouvent en conférence avec
les Miniftres du Roi. On croit qu'il fera
formé une armée d'obfervation fur les
frontières de Pologne . On parle encore
d'une autre armée compofée de Pruffiens ,
d'Hanovriens & de Heffois , qui feront
commandés par le Duc de Brunswick.
On prétend encore qu'un corps de Pruffiens
s'affemble près de Memel , & que
l'on eft dans une grande inquiétude à Riga,
-
( 13 )
où il ne fe trouve qu'un feul régiment ,
même incomplet.
ESPAGNE.
De Madrid , le 6 Août.
« On a reçu avis qu'il eſt tombé dans difféférentes
provinces , une quantité immenfe de grêle
tranchante qui a ravagé les récoltes. »
"
« Dans le nombre des projets qui font à l'examen
il paroît que le Gouvernement a adopté
celui de réduire à 30 mille hommes l'armée de
terre , d'augmenter confidérablement les forces
navales , & d'employer dans les Finances les Officiers
d'infanterie qui , par ce moyen , ſe trouveroient
fans emploi. »
« La Reine de Portugal , inftruite de l'émigration
de plufieurs familles Eſpagnoles , qui fe font
expatriées pour paffer dans fes domaines , dans
l'efpoir d'y vivre avec plus d'agrément , a donné
des ordres pour les faire traiter comme nationales ;
mais elle a écrit au Roi qu'elle les forceroit à revenir
en Espagne , du moment que S. M. le jugeroit
convenable. »
ITALIE.
De Rome, le 4 Août.
« Le 28 du mois dernier , le Chevalier
Ricciardelli reçut de la Cour de Naples
, la réponſe du Roi au Bref oratoire
de Sa Sainteté, fur l'omiffion de la préfentation
de la haquenée. Il la remit
auffi-tôt entre les mains du S. Père . Cette
dépêche contient , en quatre feuilles ,
toutes les raifons qui démontrent que ce
( 14 )
prétendu tribut n'eft réellement qu'une
aumône volontaire . D. Bafil Palmieri , &
D. François Peccheneda , Confeillers Napolitains
, ont été chargés de défendre les
droits de la Couronne fur cet objet important.
On dit que le Chevalier Ricciardelli
a reçu une copie féparée de cette réponſe ,
& a été autorifé à la communiquer à tous
les Miniftres étrangers . »
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 26 Août.
Le 22 , dans l'après-midi , un des Meffagers
d'Etat est arrivé au bureau du Marquis
de Caërmarthen , Principal Secrétairé
d'Etat des Affaires Etrangères , avec le
^ Traité d'Alliance défenfive entre S. M. B.
& le Roi de Pruffe , figné à Berlin , le 13
du courant , par Jofeph Ewart , Envoyé
Extraordinaire de S. M. à Berlin , & par
le Plénipotentiaire de S. M. P. , dùinent
autorifé à cet effet.
ހ
La Princeffe Royale , le Francis & le
Queen , vaiffeaux de la Compagnie Orientale
, font arrivés de l'Inde là ſemaine dernière
, le premier à Darmouth , le fecond
à Portſmouth , & le dernier aux Dunes.
Le King- George , navire de la même Compagnie
eft auffi entré à Portsmouth .
Le Leander de 50 canons , monté par
( 15 )
le Commodore Sawyer, eft arrivé , le
16 , à Plimouth , venant de la nouvelle
Halifax , après une traverfée de 16 jours.
Le Capitaine Ademson , qui commande
le paquebot le Swallow, s'eft rendu , le 20,
à Affemblée des Directeurs de la Compagnie
des Indes , & en a pris congé après
avoir reçu les dépêches pour les divers
établiffemens de la Compagnie . Ileft parti
enfuite pour Falmouth , d'où le paquebot
mettra à la voile au premier bon
vent.
On croit que le Chevalier James Harris
retournera à la Haye dans trois ſemaines ,
& qu'il fera créé Pair avant la rentrée du
Parlement , fous le titre de Lord Dibden.
« On a pofé dans le village de Killearn
Comté de Stirling , en Ecoffe , la première
pierre d'un monument à la mémoire
de George Buchanam , Hiftorien & Poëte
Ecoffois . C'eft un obélifque de 100 pieds
de haut ; le fieur Creigh , Architecte
d'Edimbourg , préfide à fa conftru &tion ,
& c'eft une foufcription qui en fait les
frais. »
On attribue à M. Wilfon , Capitaine
du vaiffeau qui fit naufrage , & qui fut
accueilli aux ifles Pelew dont nous avons
déja parlé , le récit de l'anecdote fuivante
.
༄་
« Les Anglois étant reftés quelque temps dans
( 16 )
l'ifle Pelew , & ayant fecouru efficacement le
Roi contre fes ennemis , ce Chef délibéra quelque
temps fur la nature du préfent qu'il feroit
au Capitaine Anglois ; enfin il fe détermina à lui
envoyer , comme une marque particulière de fa reconnoiffance
& de fon eftime , deux jeunes femmes
charmantes. Le Capitaine Wilfon , homme grave
& fage , qui avoit avec lui fon fils , âgé d'environ
dix- fept ans , fe trouva dans le plus grand
embarras , & il jugea néanmoins convenable de
renvoyer cette offrande. Le Roi de Pelew fut
vivement affecté de ce refus , dont il attribua le
motif à ce que les femmes n'étoient pas encore
affez jeunes. En conféquence , il fe décida , après
avoir fortement combattu les fentimens de l'amour
paternel , à envoyer au Capitaine Wilfon
fa propre fille , jolie petite créature de douze ans.
Le Capitaine la renvoya pareillement ; mais il
fut très-difficile de faire entendre au Roi , que
l'intention du Capitaine n'étoit pas de l'infulter
en refufant fes préfens. »
L'un de nos Journaux a publié dernièrement
quelques particularités intéreffantes
fur le célèbre centenaire Henri Jenkins ,
mort vers la fin du dernier fiècle . Ce morceau
eft tiré d'une lettre particulière ,
écrite il y a près de cent ans , par Miftreff
Anne Sewill.
« Quand je vins m'établir à Bolton fur la Swale ,
on me dit qu'il fe trouvoit dans la Paroiſſe un
homme de près de cent foixante ans , qui avoit
été Sommelier du Lord Convers ; on ajouta qu'on
avoit trouvé fon nom dans de vieux regiſtres , appartenans
à cette famille. Je
attention à cette hiftoire ; mais un jour je vis
Jankins entrer dans la cuiſine de ma foeur. Je lui
ne fis pas alors grande
( 17 )
-
dis qu'à fon âge il devoit s'attendre à rendre bientôt
compte à Dieu de fes paroles & de fes actions ,
& qu'en conféquence je le priois de m'avouer franchement
combien il avoit d'années. Il réfléchit n
moment , & me répondit qu'autant qu'il pouvoit
s'en fouvenir , il étoit dans fa cent foixante- deux
ou troifième. Je lui demandai quels Rois il fe rappeloit
. Il medit qu'il fe fouvenoit bien d'Henri VIII;
mais , repris-je , quel eft l'évènement le plus ancien
que votre mémoire vous fourniffe ? La bataille de
Flouden-Field , me répondit-il . Le Roi y étoit-il ?
continuai-je. Non , il étoit alors en France, & le
Comte Surrey commandoit l'armée. - Quel âge
pouviez - vous avoir alors ? - Dix ou douze ans,
On m'envoya à Northallerton avec un cheval
chargé de flèches , mais on prit en cet endroit un
garçon plus grand pour les conduire juſqu'à l'armée.
Je crus que l'hiftoire pourroit me fournir
quelques renfeignemens fur ces particularités ; en
effet , j'ouvris une vieille chronique qui fe trouvoit
à la maifon , & j'y vis que la bataille de Flouden-
Field avoit été donnée cent cinquante deux ans auparavant
, de forte que fi Jenkins étoit un enfant
de dix à douze ans à cette époque , il avoit réellement
162 ou 163 ans quand je l'interrogeai , ce
que je fis fept ans avant fa mort. L'hiftoire dépofe
qu'on fe fervoit encore d'arcs & de flèches du
temps d'Henri VIII , & que le Comte de Surrey
étoit à la tête des troupes pendant l'abſence de ce
Prince , qui fe trouvoit alors à Tournay , en France .
Jenkins ajouta qu'il ſe ſouvenoit très - bien de l'Abbaye
de la Fontaine , & entr'autres chofes que
Milord Convers buvoit volontiers un verre de
vin avec les Abbés . La fuppreffion des Monastères
lui étoit également bien préfente. On l'avoit fou
vent appelé en témoignage relativement à d'anciens
événemens , aux affifes d'Yorck , & il avoit cou(
18
18 )
tume de s'y rendre à pied . Il y fut une fois affer
menté dans une caufe pour un fait qui remontoit
à 140 ans . Les Ju
le récufant , parce qu'ils ne
le croyoient pas fiveux , appelèrent deux autres
vieillards , & leur demandèrent s'ils connoiffoient
Henri Jenkins , & quel âge il pouvoit avoir : ces
nouveaux témoins étoient au moins des gens de cent
ans & plus. Ils répondirent qu'ils le connoiffoient
bien, mais que quant à fon âge , ils ne pouvoient dire
autre chofe , finon qu'il étoit leur aîné , & qu'il
avoit pris naiffance fur une autre Paroiffe avant
qu'on fût dans l'ufage de dreffer des extraits - baptiftaires.
D'après cette dépofition , les Juges le firent
rentrer dans la falle , & lui demandèrent s'il avoit
jamais eu des enfans. Il répondit qu'il n'avoit eu
que deux.garçons qui étoient à la Cour. Curieux
de les voir , on les fit venir , & nul fpectacle ne
parut plus éromart que colui de ce vieillard entre
fes dens garçons , l'un de cent , l'autre de cent
deux ans . Henri Jenkins étoit fort habile à la
pêche ; & j'ai entendu dire à des Gentilshommes
de campagne , que même ayant plus de cent ans
il traverfoit les rivières à la nage. It fe nourriffoit
d'alimens groffiers & acides I mourut le 8 décembre
1670 , à Eden fur la Swale , âgé de 170
ans , après avoir joui de la meilleure fanté jufqu'à
fon dernier jour. On voit dans l'Eglife de Bolton ,
près de Richmond , dans l'Yorkshire , cette épitaphe
remarquable :
« O marbre , ne rougis pas de fauver de l'oubli
» le nom de Henri Jenkins , homme d'une naif-
» fance obfcure , mais d'une vie vraiment mémo--
» rable ; car s'il ne fut pas enrichi des biens de la
fortune , il le fut de ceux de la nature & vécut
» heureux , finon dans la variété , du moins dans
» la durée de fes jouiffances ; & quoiqu'un monde
partial ait méprifé fon humble condition , l'oeil
» jufte de la Providence l'a regardé avec complai-
">
( 19 )
19.
» fance , & lui a donné la bénédiction des Patriar-
» ches dans la fanté & la multitude des jours ,
» afin de redreffer les faux jugemens des hommes.
» Ces bienfaits ont été confervés par la tempé-
» rance , une vie laborieufe & l'égalité d'ame . Il
a vécu jufqu'à l'âge prodigieux de 170 ans , & a
» été enterré ici le 12 décembre 1670. »
FRANCE.
De Verfailles , le 28 Août.
« Le 21 , le Comte O- Kelly , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur de Mayence ,
étant de retour ici par congé , a eu l'honneur
d'être préfenté à Sa Majefté par le Comte de
Montmorin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département des : Affaires Etrangères . »
« Le 23 , jour anniverfaire de la naiffance du
Roi , on a chanté , felon l'ufage , un Te Deum ,
dans l'Eglife paroiffiale de Notre- Dame de cette
ville . »
a
« Le 24 de ce mois , la Marquife de Maillé
eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , en qualité de
Dame du Palais , par la Ducheffe de Fitzjames
, Dame du Palais . »
« Le Roi a nommé à des places de Commandeurs
, vacantes dans l'Ordre de S. Louis ,
pour le fervice de terre , le Comte de Conway
Maréchal -de - camp , Commandant les établiffemens
François au - delà du cap de Bonne - efpétance
, & le fieur de Caux , Maréchal- de- camp ,
Directeur des fortifications à Cherbourg ; pour
le fervice de mer , le Marquis de Neul , le
1.
( 20 )
Vicomte de Souilhac , Chefs-d'efcadre , & le
Vicomte de Beaumont , Chef de divifion. » « Le 25 de ce mois
, fête
de S. Louis
, le
Roi
a reçu
, dans
fon
Cabinet
, Commandeurs
de l'Ordre
de S. Louis
, le Vicomte
de Souilhac
& le Vicomte
de Beaumont
, Le Comte
de Conway
le fieur
de Caux
& le Marquis
de Nieul
ont
reçu
de la part
de Sa Majefté
, la décoration
de
Commandeur
, & la permillion
de la porter
. Le
Roi , après
cette
cérémonie
, s'eft
rendu
à la
Chapelle
, portant
les marques
de l'Ordre
royal
& militaire
de S. Louis
; Sa Majesté
étoit
précédée
de Monfeigneur
Comte
d'Artois
, des Princes
du Sang
, Chevaliers
de S. Louis
, ainfi
que
des Grands
- Croix
& Commandeurs
du même
Ordre
, marchant
fuivant
leurs
grades
& leur
ancienneté
dans
le fervice
, conformément
à l'Edit
de Janvier
1779.
La grand
'-Meffe
a été célébrée
par l'Abbé
de Ganderatz
, Chapelain
de la grande
Chapelle
, & chantée
par
la Mufique
du Roi.
La Reine
, Monfieur
, Madame
, Madame
Elifabeth
de France
y ont affifté
dans
la tribune
. » « Les Princes , les Princeffes , les Seigneurs
& les Dames de la Cour ont eu l'honneur de
rendre leurs refpects au Roi , à l'occafion de la
fête de Sa Majesté. "
"
« Pendant le lever , la Mufique du Roi a
exécuté , fous la conduite du fieur Francoeur
Surintendant , une fymphonie du fieur Harand ,
premier violon de la Mufique de Sa Ma efté. »
« Le même jour , le Corps-de - ville de Paris
a eu une audience du Roi , à laquelle il a été
préfenté par le fieur de Villedeuil , Secrétaire d'Etat ,
ayant le département de Paris , & conduit par
le fieur de Watronville , Aide des cérémonies . Les
fieurs Vergne & Rouen , nouveaux Echevins , ont
prêté le ferment , dont le fieur de Villedeuil a
fait lecture , ainfi que du fcrutin , préſenté par
( 21 )
le fieur Dupré de Saint-Maur , Avocat du Roi
au Châtelet. >>
« Le Corps- de-ville a eu l'honneur de préfenter
enfuite à Sa Majefté , une Médaille
frappée à l'occafion de la pofe de la première
pierre du pont de Louis XVI , faite au nom du
Roi , par le Prévôt des Marchands & Echevins ,
& quatre Eftampes , repréfentant les fêtes que
la ville de Paris a données , à l'occafion de la
naiffance de Monfeigneur le Dauphin. Il a eu
auffi l'honneur de rendre ſes reſpects à la Reine
& à la Famille Royale. »
" Leurs Majeftés ont foupé à leur grand couvert.
Pendant le repas , la Mufique du Roi a
exécuté différens morceaux , fous la conduite du
fieur Francoeur, Surintendant de la Mufique de
Sa Majefté. »
Le 25 , P'Archevêque de Sens a remis
au Roi fa démiffion de la place de Chef
du Confeil Royal des Finances.
Le même jour , fur la démiffion de
M. Lambert , Contrôleur général des
Finances , le Roi a nommé pour le remplacer
, fous le titre de Dire &eur- général
des Finances , M. Necker , qui , le lendemain
, a eu l'honneur d'en faire fes
remercîmens à S. M.
T
Le 27, le Roi a déclaré Miniftre d'Etat
M. Necker , Directeur - général des Finances
, lequel a , le même jour , pris
Séance au Confeil d'Etat.
« Mefdames Adélaïde & Victoire de France ont
quitté leur château de Bellevue , & font revenues
ici. »
( 22 )
.
« La Comteffe du Drefnay des Roches a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à'
la Famille Royale par la Princeffe de Conti , en
qualité de Dame d'honneur de cette Prineeffe. »
« Le fieur Chérin , Généalogifte des Ordres du
Roi , & Confeiller de la Cour des Aides de Paris ,
a eu l'honneur de préfenter à Sa Majefté un ouvrage
de fa compofition , ayant pour titre : Abrégé
chronologique d'Edits , Déclarations , Réglemens ,
Arrêts & Lettres-patentes des Rois de France de
la troifième Race , concernant le fait de Nobleffe ;
précédé d'un Difcours fur l'origine de la Nobleffe ,
fes différentes efpèces , fes droits & prérogatives ,
la manière d'en dreffer les preuves , & les cauſes
de fa décadence ( 1 ) . ». "
« Le fieur Déformaux , de l'Académie des Infcriptions
& Belles-lettres , a eu l'honneur de préfenter
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale le
5º volume de l'Hiftoire de la Maifon de Bourbon. »
De Paris , le 3 Septembre."
Les Ambaffadeurs Indiens fe rendront
au camp de S. Omer , & delà pafferont
à Breft , où ils doivent s'embarquer pour
retourner dans leur patrie . Il a été donné
ordre d'armer à Breft une frégate portant
du 18 , & une flûte qui les tranfporteront
dans l'Inde. Ces deux bâtimens doivent
être près à mettre en mer le 27 feptembre :
la frégate fera commandée par M. de
Lamotte- Grou , Capitaine de vaiffeau , qui
a tranfporté M. le Comte de la Luzerne
(1)Cet ouvrage fe trouve à Paris , chez Royez,
quai & près des Auguſtins,
«.iɔi aswa
( 23 )
de S. Domingue en France ; & la flûte ,
par M. Huon de Kennade , Major de
vaiffeau . On embarquera fur les bâtimens
de guerre , les préfens que Sa Majesté
envoie à Typo.
« Pendant les fix premiers mois de cette année ,
il eft forti du port de Marfeille 1746 navires ;
favoir , 1419 François , de grand & petit cabotage
, 11 Vénitiens , 13 Ragufois , 1 Impérial ,
1 Turc , 67 Napolitains , 56 Génois , 27 Piémontois
, 59 Efpagnols , 14 Hollandois , 29 Danois
, 27 Suédois & 22 Anglois. Il y en eft
entré 1446 ; favoir , 1160 François , de grand &
petit cabotage , 11 Vénitiens , 9 Ragufois , 57
Napolitains , 58 Génois , 9 Piémontois , 67 Eſpagnols
, 11 Hollandois , 13 Danois , 20 Suédois,
20 Anglois , 1 Anglo - Américain &
Turc "
-
Nous avons reçu de Redon en Bretagne
, une lettre , en date du 30 juillet
dernier , dont voici la fubftance .
« C'eft au nom de tous mes camarades , MM .
les Officiers du Régiment de Dragons de Conti
que j'ai l'honneur de vous prier , Monfieur , &
même avec les plus vives inftances , de vouloir
bien ajouter au récit très- véridique que vous
avéz inféré dans le n° ., 28 de votre Journal , du
naufrage du chaffe-marée l'Anonyme , chargé du
tranfport des bagages du Régiment , que nous
ne devons le falut des effets qui ont été recouvrés
, & conféquemment la diminution du dommage
, qu'à la préſence d'efprit , à la fermeté ,
au courage de M. Armand, premier Lieutenant ,
avec rang de Capitaine , & très particulièrement
encore à l'habileté de M. Cotton , ancien Capitainé
marchand du port du Croific , Entrepreneur
( 24 )
des Sauvetages du Roi , connu par ſes ſuccès
multipliés dans ces fortes de manoeuvres , lequel ,
informé de ce défaftre , n'eut rien de plus urgent
que d'offrir gratuitement fes fervices à M. le
Marquis de Canclaux , notre Colonel , lui promettant
non-feulement de fauver les effets , mais
le chaffe-marée , ce qu'il a exécuté avec autant
de bonheur que d'intelligence , par le procédé le
plus ingénieux , en parvenant à mettre à flot le
bâtiment naufragé , & à le ramener , après un
long travail , au grand étonnement de tous les
fpectateurs , jufques fur la chauffée du Croific , où
il a été déchargé. Le noble défintéreffement de
M. Cotton , ne permettant pas au Régiment de lui
témoigner autrement fa reconnoiffance , qu'en vous
priant de la rendre publique , nous espérons ,
Monfieur , que vous voudrez bien répondre à
nos défirs , en faiſant connoître le procédé , ainfi
que le talent vraiment admirable de ce brave &
zélé Citoyen ; quant à M. Armand, les fentimens
d'eftime & d'amitié qu'il mérite de fon Corps à
tous égards , feront fa récompenſe. »
« J'ai l'honneur d'être , &c. »
DE LUXÉMONT.
Chef d'escadron au Régiment de Dragons de
Conti , Commandant à Redon.
-
Le réſultat de la population de la Généralité
de Flandres & d'Artois , pour
l'année 1787 , préfente un état de 32,947
naiffances ; favoir , 17,272 garçons , &
15,675 filles. Le nombre des mariages
monte à 7,451 , & celui des morts
à 25,367. En ajoutant à ce nombre les
fépultures des Proteftans , les morts en
religion , les morts en mer , les émigrés ,
les
( 25 )
-
-
les fépuitures par Ordonnances de Police ,
les fupplicies & les banniffemens hors du
royaume , le total des morts morte à
25,662. Profeffions en religion 43.
hommes, 103 femmes ; total 148. - Le
nombre des naiffances excède celui des
morts de 7285. Comparaiſon faite de l'état
ci- deffus avec celui de 1786, il réſulte que
la population eft augmentée de 2721
perfonnes . ( Affiches de Flandre. )
Diverſes feuilles françoifes ont imprimé
l'article fuivant :
« On mande de Bofton , que deux bâtimens
Américains ont trouvé , le 3 du mois de janvier
dernier , fur une ifle déferte dans l'Archipel des
Bermudes, 77 perfonnes, tant hommes, que femmes
& enfans , qui , depuis quatre jours , avoient été
débarqués fans aucune espèce de provifions , &
dont plufieurs n'avoient pas de hardes pour fe
couvrir. Ils avoient été mis à terre dans la
partie du Sud- Oueft de cette ifle , par le Brigantin
la Chance , navire de Dublin , deftiné
pour Baltimore, & dont le Patron fe nomme
Patrick Stafford. Le nom du propriétaire , qui
eft le fecond Patron du navire , eft Connor. Il
paroît que ce Connor a été l'Agent principal de
cet acte inhumain & barbare. Il avoit p is à Dublin
ces malheureux , qui , prefque tous , lui avoient
payé fept guinées pour leur paffage. Dès que le
navire fut en mer , il les fit defcendre à fond
de cale , & pendant la traverfée il les dépouille
tous de leur argent , de leurs montres & de leurs
habits . Avant de les mettre à terre , il leur dit
que c'étoit dans l'ifle de la Trinité qu'il les det-
N°. 36. 6 Septembre 1788. b
( 26 )
çendoit , & qu'elle avoit deux grandes Viller ;
après quoi il les déba qua dix par dix , la chaloupe
n'étant pas allez grande pour en contenir
davantage. Les premiers arrivés cherchèrent en
vain quelque route f ayée fur la plage. Ne trouvant
aucune trace qui leur indiquât que l'ifle fût
habitée , ils retournèrent à la chaloupe , quand
elle revint pour la feconde fois , dans l'intention
& avec l'espoir de fe rembarquer ; mais le
fcélérat qui les avoit dépouillés , fit feu fur eux ,
on tua un , & en bleffa un autre. Il débarqua en- .
fuite le refte , & fit voile pour la Jamaïque. Ils
ont été trouvés dans le plus miférable état , nuds ,
expolés aux injures de l'air , & dévorés par les
fourmis & les coufins. Ils ont été conduits à la
nouvelle Providence par un bâtiment des Bermudes.
Il y a, parmi ces infortunés , vingt - quatre
femmes , dont plufieurs font enceintes & trèsavancées
dans leur groffeffe. »
7
Ce récit nous paroît , non - feulement dépourvu
de route authenticité , mais encore
de toute vraisemblance. Qu'un Patron imagine
d'exécuter unpareil crime dans un Archipel
auffi fréquenté que celui des Bermudes
, & s'expofe au dernier châtiment
pour voler les miférables dépouilles de
quelques paflagers indigens , c'eft un fait
peu croyable , & qui exige d'autres
preuves que des rapports de Gazettes.
« La nouvelle conflitution que le Roi vient.
de donner à fes Troupes , tant d'Infanterie que
de Cavalerie , exigeant , pour la conftruction des
safernes deftinées à les loger , des plans différens
de ceux fuivis jufqu'à ce jour , qui ſouvent ont
( 27 )
?
été dirigés par des confidérations particulières ,
dans lefquelles on a facrifié à la décoration extérieure
, la folidité , la falubrité & la commodité ,
& dont plufieurs , à peine achevés , exigent déja
de grandes réparations , S. M. a reconnu la néceffité
d'arrêter un plan général & uniforme pour
les nouvelles conſtructions relatives à cette partie
de fon fervice , autant que les localités pourront
le permettre. "
« Elle a jugé que le meilleur moyen de remplir
un objet auth important , étoit de le propofer
au concours ; Elle a décidé en conféquence
qu'il feroit donné une médaille d'or , du prix de
50 louis , à la perfonne dont le plan aura été
jugé , par le Conteil de la Guerre , fur le compte
qui lui en fera rendu par des Commiflaires qu'il
nommera à cet effet , réunir tous les avantages ,
tant de la folidité & de l'économie de conftruction
, que de la falubrité & de la commodité de
diftribution pour le logement & pour la Police ,
l'inftruction & l'adminiftration des Régimens. Le
prix ci-deffus fera accordé au meilleur plan pour
des cafernes d'Infanterie , & un pareil au meilleur
plan pour des cafernes de Cavalerie. Les projets &
plans feront adreflés au Confeil de la Guerre à
-Verfailles , & reçus jufqu'au premier février prochain.
Ceux qui voudront concourir à un travail
aufli utile , s'adrefferont au fieur Chadelas ,
Secrétaire du Confeil de la Guerre à Verfailles ,
qui leur délivrera des profpectus imprimés. «
Une Feuille provinciale a publié un
exemple bien extraordinaire de délire ;
mais exemple dont on ne peut pas foup-
Conner la réalité , puifqu'il a occupé un
Tribunal . Voici le récit du Journaliste :
<<
Depuis quelques années plufieurshabitans de la
bij
( 28 )
rable que
paroiffe de Fareins , dans la baronnie de Fléchères ,
près de Trévoux , diocèfe de Lyon , fe font livrés
àune forte de vertige ou de fanatifme auffi déplofcandaleux
. Le hafard vient de faire tomber
entre nos mains une fentence , rendue le 26 juin
dernier, par le juge de la baronnie de Fléchères, pour
réprimer ce genre de délire. Le procureur d'office
rappelle , dans un réquifitoire très - fage & très-bien
fait , que l'efprit de fanatifme a , depuis quelque
temps , excité dans la paroiffe de Fareins les plus
grands écarts . « Sans parler , dit- il , des indécences
» fcandaleufes qui fe font commifes jufques dans
» le lieu faint , l'on fe contentera d'obſerver que
" l'on a vu dans cette paroiffe , avec le plus grand
» regret , le fervice paroiffial & les inftructions qui
" enfont partie , totalement déferts & abandonnés ,
» tandis que l'on s'eft porté avec fougue dans des
>> affemblées nocturnes , tenues dans des maifons
particulières , & où l'on eft fondé à croire que
" le libertinage a beaucoup plus de part que la
» religion , puifqu'elles font compofées de toutes
» fortes de perfonnes des deux fexes , qui toutes
» ont un grand foin de fe cacher , lorfqu'elles peu-
» vent foupçonner être découvertes. L'on a vu ,
avec autant d'étonnement , des particuliers aban-
» donner la conduite de leurs affaires ; des fem-
» mes & des mères quitter le foin de leurs maris ,
» de leurs enfans & de leurs ménages ; des do-
» meftiques fe foustraire à l'obéiffance & au fer-
» vice qu'ils doivent à leurs maîtres & maîtreffes
❞ & tout cela pour fe porter , fans réſerve & avec
» excès , dans ces affemblées , qui ne peuvent être
» que très - pernicieufes , par l'efprit de parti &
d'indépendance qui les dirige. Pour arrêter les
» progrès d'une pareille phrénéfie , ledit pro-
» cureur d'office donna fon réquitoire le 9 février
» dernier , fur lequel il fut , le même jour , rendu
»
( 29 ).
» une ordonnance , portant que défenfes & inhibi-
» tions très- expreffes étoient faites à tous habi-
» tans , fermiers & locataires , faifant leur réfidence
»
en la paroiffe de Fareins , & dans l'étendue de
» cette feigneurie , de tenir ou fouffrir qu'il fût
» tenu chez eux , foit de jour , foit de nuit , au-
» cunes affemblées pour quelque motifque ce fût
» & notamment pour fe livrer à la fuperftition ,
» au fanatisme , & à aucuns actes que ce fûr ,
» même fous prétexte de religion ; & à toutes
perfonnés de fe rendre & affifter auxdites affem-
» blées , le tout fous peine de l'amende de ico liv. ,
» qui demeurercit dès- lors indicte contre chacun -
» des contreverans , & au paiement de laquelle ils
» feroient contraints , même par corps , vu leur
» défobéiffance. Cette ordonnance fut lue , publiée
» & affichée à la porte de l'Eglife paroiffiale de
» Farcins , le dimanche 10 du mois de février der-
» nier ; mais elle n'en a pas impofé. L'églife
paroiffiale , les offices qui y font célébrés , les
inftructions qui s'y font , avec affiduité & édifi-
» cation , n'en ont pas été plus fuivis , tandis
" que , tout au contraire , les affemblées nocturnes
»
& pernicieufes qu'elle avoit en vue de détruire ,
» fe font tenues & multipliées avec encore plus
» d'acharnement. Le châtelain de cette feigneurie fe
rendit bien für les lieux , la nuit du 26 au 27
» février dernier , & fe convainquit par lui-même
» de la tenue de ces affemblées ; mais n'étant pas
nen force , il ne lui fut pas poffible de pénétrer
» les endroits où elles fe tenoient , & de les confta-
» ter d'une manière à faire punir les coupables.
» Laffé par la perfévérance de ces efprits échauffés ,
penfant cependant que le temps de la récolte , qui
" occupe par devoir les gens de la campagne , auroit
» immanquablement mis un frein & un intervalle
» aux exercices fuperftitieux des fanatiques de la
biij
((
૧૦80 )
» paroiffe de Fareins , M. le juge , affifté du châte
» lain , de fongreffier & d'une efcorte fuffifante , a
» pris la peine de fe rendre lui-même en la paroiffe
» de Fareins, la nuit du 20 au 21 du mois dernier. Il
» s'eft d'abord adreffé dans le domicile d'Antoine
» Berthier , laboureur, réfidant au bourg dudit lieu,
» où il a trouvé une affemblée des plus complettes ,
puifque,indépendamment de plufieurs perfonnes
» qui prirent la fuite , en paffant même par- deffus
» le puits de la maifon , & dont quatre furent artê-
» tées & reconnues , il fut encore trouvé dans la
» maison dudit Berthier des femmes & filles , au
» nombre de 13 , les unes cachées dans des réduits ,
» d'autres couchées fur des lits , vêtues de leurs ha-
» billemens & enveloppées dans des couvertures ,
» d'autres enfin réfugiées fur les toits , par le moyen
» d'une lucarne qui y communiquoit , & par la-
» quelle elles s'étoient fauvées pour fe cacher. De
» cet: e maifon M. le juge , accompagné de fa fuite ,
» fe rendit dans celle de la veuve Guillard , au
» hameau du Pérat , où ſe tenoit une nombreuſe af
» femblée ; mais ceux qui la compofoient , ayant
» fans doute entendu du bruit , profitèrent , pour
» fe fauver , du débouché que leur préfentoit une
» porte qui communiquoit de cette maifon dans
» la cour de Claude Eerthier , & , par ce moyen ,
» il ne fut plus trouvé chez ladite veuve Guillard
» que trois perfonnes , elle comprife. Dans la
» maifon dudit Claude Berthier , où tranfport
fut fait fur- le-champ , il fut trouvé , outre lui
» & fa femme , trois filles , que ladite femme
» Berthier dit être fes enfans , & trois autres
femmes , filles & veuves , toutes auffi couchées
" fur des lits , vêtues & enveloppées de cou--
» vertures. Du domicile dudit Claude Berthier
» M. le juge fe tranfporta , toujours accompagné
» de fa fuite , dans celui de Michel Bernard , au
( 31 )
» hameau du Guillemin , où il trouva une affem-
» blée confidérable , puifque , outre ledit Bernard,
» fon beau-père , fa femme , fa belle- foeur & fes
» domeftiques , il s'y trouva encore fix hommes on
» garçons , & dix femmes , veuves & filles , tous
" pêle-mêle , les uns affis , d'autres debout , & les
» autres à genoux , ayant des livres en main.
» Ayant été demandé audit . Bernard ce qu'il
» faifoit chez lui de tout ce monde , il répondit
» qu'il n'étoit pas d fenda de prier Dieu. De
» tous ces fais il a été d'effé procès - verbal , qui
» contient la défignation des différentes perfonnes
» dont étoient compofées ces aflemblées ,
& ce
» procès- verbal a été remis au lit procureur d'of-
» fice , pour en être par lui l'exécution pourfaivie.
» La contravention formelle de ces perfonnes aux
» défenfes prononcées par l'ordonnance rendue
» fur fon réquifitoire , le 9 février dernier , ne
fauroit être établie d'une manière plus authentique
; en vain ont-elles entrepris de vouloir
» perfuader que ces affemblées n'avoient d'autre
» objet que celui d'adréffer leurs prières à Dieu :
quand on ne fait que le bien , on ne fe cache
pas ; & d'ailleurs , c'eft dans l'églife & aux heures
" preferites par les miniftres , que doit fé faire l'af
» femblée des fidèles, qui n'ont d'autre intention que
de prier; les malfons particulières n'ont point
cette deftination : lesprières qui s'y foát , doivent .
» fe reftreindre aux feules familles qui les habitent.
» La prière n'eſt donc qu'un prétexte imaginé
par ces gens-là pour cacher leur indocilité , &
les pratiques fuperftitienfes qui font en ufage
» entr'eux ; l'abus qui en réfulte , & que l'on ne
» fauroit trop s'empreffer de corriger , influe
» néceffairenient fur l'intérêt de la campagne ,
» qui en fouffre effentiellement , für-tout dans un
» temps où les travaux qu'elle exige , fotit aufli prés
biv
( 32 )
» cieux . Il eſt en effet très - aifé de perfuader que
» des gens qui ont paffé la nuit à prier Dieu , fi
» l'on veut , ne font pas en état de travailler le len-
» demain , ce qui eft un préjudice confidérable pour
» le public. Il eſt encore un autre motif non moins
» ſenſible , qui dɔit contribuer à faire profcrire cet
» abus : les particuliers qui s'aflemblent ainfi pour
» fe livrer à la fuperftition , fe regardent comme
>> formant entr'eux une fecte oppofée & différente
» de celle des particuliers qui , attachés à leurs de-
» voirs , rempliffent leurs exercices de religion publi-
» quement dans l'églife , & fous la conduite du Paf-
» teur qui leur eſt donné , dont ils écoutent la voix :
» delà il ſe forme dans la paroiffe deux partis , & il
» eft à craindre que tôt ou tard ils n'en viennent à
» des extrémités , & que quelque accident funeſte
» ne devienne enfin la fuite d'une pareille divifion :
ledit Procureur d'office s'eftime donc bien fondé
» de requérir , comme il le fait , à ce que , &c. »
La fentence rendue fur ce réquifitoire , condamne
onze hommes & trente femmes furpris dans ces
affemblées , chacun à l'amende de cent livres , modérée
pour cette fois à foixante livres , auquel paiement
ils feront contraints , même par corps ; défend
de tenir chez foi de pareilles affemblées , fous peine
de cinq cents livres d'amende , & de s'y trouver fous
peine de deux cents livres d'amende, & d'être pourfuivis
extraordinairement en cas de nouvelle récidive.
Séance publique de la Société royale.
de Médecine , tenue au Louvre , le 26 août
1788 .
« La fociété avoit propofé dans fa féance publique
du 27 Février 1787 , pour fujet d'un prix de la
valeur de 600 liv. , fondé par le Roi , la queſtion
fuivante : Déterminer s'il exifte des maladies vrai
( 33 )
ment héréditaires , & quelles elles font , & s'il eft au
pouvoir de la médecine d'en empêcher le développement
, ou de les guérir après qu'elles fe font déclarées.
»
« Les conditions du concours n'ont point été
remplies ; un feul mémoire a fixé l'attention de
la fociété. Quoique , fous plufieurs rapports ,
les
réponses aux queſtions propofées y foient incomplettes
, la compagnie à décerné à M. Michel de
Gellei , Docteur en médecine , réfident à Vienne
en Autriche , auteur de ce mémoire , une médaille
d'or de la valeur de 100 liv. , comme prix
d'encouragement. La Société royale invite les auteurs
à rendre leurs recherches plus complettes.
Elle propofe de nouveau le même programme
pour fujet d'un prix de la valeur de 8co liv . ,
qui fera diftribué dans la féance publique de la
fête de Saint Louis 1790 ; les mémoites feront
remis avant le premier mai de la même année. »
« La Société royale avoit demandé , dans la Séan
ce publique du 28 août 1787 , des renfeignemens
exactsfur la manière de faire rouir le chanvre & le lin
s'il en réful oit des inconvéniens pour la fanté des
hommes & des animaux ; quels étoient ces inconvéniens ,
& fi l'eau dans laquelle on a fait rouir du lin cu du
chanvre , contracloit des qualités plus malfaifantes
par leur macération , quepar celle des autres fubftances
végétales . Farmi les mémoires envoyés à ce concours
, la fociété en a remarqué deux . Le premier
prix , confiftant en une médaille d'or de la valeur
de 150 liv . , a été décerné à M. Salva Campillo ,
de Barcelone en Espagne. Le deuxième prix , confiftant
en un jeton d'or , l'a été à M. Villermoz fils ,
demeurant à Lyon . La Société a fait une mention
honorable de plufieurs autres mémoires ; & comme
elle défire de recevoir , fur cette question , un plus
grand nombre de renfeignemens des diverfes parties
du Royaume , elle propofe de nouveau le même
by
( 34 )
programme. Les mémoires feront remis avant
1789 , & des médailles d'or de différente valeur
feront diftribuées dans la féance publique de carême
1790 , aux auteurs des meilleurs mémoires
qui auront été remis pour ce concours. »
Les deux prix de médecine pratique , confiftant
chacun en une médaille d'or de la valeur de
100 liv. , ont été décernés , l'un à M. Strack.
Docteur en médecine à Mayence , l'autre à M.
Durande , Docteur en médecine à Dijon. ""
« Le prix de matière médicale , conſiſtant en un
jeton d'or , a été adjugé à M. Marchant , Do &teur
en médecine à Saint Jean-d'Angely. »
« Parmi les Mémoires , envoyés fur quelquest .
points d'hiftoire naturelle , confidérés dans leurs
rapports avec les maladies , celui de M. V.llars ,
Docteur en médecine à Grenoble , fur les caufes
locales du Goëtre , a paru devoir être préféré ;
la Société lui a adjugé un prix de la valeur d'un
jeton d'or. »
« Le premier prix de topograpliie médicale ,
confiftant en une médaille d'or de la valeur de
100 liv. , a été adjugé à M. Bonhomme , Docteur
en médecine à Avignon: Le deuxième prix , de la
même valeur , a été partagé entre MM. Beringo
& Anglada , profeffeurs en médecine à Perpignan .
Le troifième prix , de la valeur d'un jeton d'or
a été remporté par M. Ramel le fils , Médecin à
Aubagne. »
La Société voulant témoigner fa fatisfaction &
fa reconnoiffance aux Chirurgiens habiles qui
correfpondent avec elle , leur a décerné quatre
prix , chacun de la valeur d'un jeton d'or. Le
premier a été adjugé à M. Maréchal , Chirurgien de
l'hôpital des bourgeois à Strasbourg. Le deuxième
à M. Defgranges , Membre du collège de Chirurgie
( 35 )
de Lyon. Le troifième à M. Didelot , Chirurgien
à Remiremont. Le quatrième à M. Chabrol , Chirurgien
à Mézières.
La Société a propofé pour fujet du prix de la
valeur de 600 liv. fondé par le Roi , la queftion
fuivante: Déterminer quels font les inconvéniens , &
quels peuvent être les avantages de l'usage des purgus
tifs & de l'expofition à l'air fais dans les différens
temps de la petite vérole in culée , & jufqi'à quel
point les refultats des recherches faites à ce sujet ,
peuvent être appliqués au traitement de la petite vérole
naturelle. Ce Prix fera diftribué dans la féance
publique de Carême 1790 , & les Mémoires feront
remis avant le premier Décembre 1789. Ce terme
eft de rigueur.
La Société a propofè pour fujer d'un fecond
Prix de la valeur de 300 liv. la queftion fuivante :
Determiner, par unefuite d'obfervati ns, que'sfont les
bons & les mauvais effets qui résultent de l'uage des
différentes espèces de fon , comme aliment ou comme
"médicament dans la médecine des anim.ìux.
Les Auteurs indiqueront la nature & le nom
trivia! du fon qu'ils auront employé . Ils trouveront
des renfeignemens fur cette fubftance dans les
ouvrages économiqués de M. Parmentier , dans
ceux fur les Epizooties de M. Vicq d'Azyr & de
M. Paulet , & dans le Journal de Médecine , tome
59, pag. 246. Meffieurs les Artiftes Vétérinaires
font invités à communiquer leurs obfervations fur
ce fujet. Ce Prix fera diftribué dans la féance publique
de Carême 1790 , & les Mémoires feront
rémis avant le premier Décembre 1789. Ce terme
eft de rigueur.
Les Mémoires qui concoureront à ces Prix, feront
adrefles, francs de port, à M. Vicq d'Azyr, Sécrétaire-
perpétuel de la Société Royale de Médecine ,
b vj
( 36 )
rue des Petits-Auguftins , no. 2 , avec des Billets
cachetés , contenant le nom de l'Auteur & la même
épigraphe que le Mémoire.
Après la diftribution & l'annonce des prix , M.
Hallé a fait la lecture d'un Mémoire fur le traitement
de la manie , & fur l'ufage des purgatifs ,
confidérés en général dans le traitement des maladies.
>
1
M. Vicq d'Azyr a lu une notice fur la vie & les
ouvrages de Meffieurs Lehoux , Duvernin , Dupuy ,
Diftrapières , Doazan & Mannetti , affociés & correfpondans
de la Société. M. Macquart a fait la
lecture d'un Mémoire fur l'analyfe du fuc gaftrique
des animaux. M. Saillant a lu un Mémoire fur
l'inflammation de l'eftomac des enfans.
La féance a été terminée par la lecture que M.
Vic d'Azyr a faite de l'éloge de M. Poulletier de
La Salle , Maître des Requêtes honoraire , Affocié
libre de la Société .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er , de ce
mois , font : 87 , 38 , 9 , 90 & 45 .
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 30 Août 1788.
Le Gouvernement a adreffé à l'Univerfité
de Louvain deux dépêches, en date
du 20 , qui ordonnent la tranſlation à
Bruxelles des trois facultés de Philofophie ,
de Droit & de Médecine,
Une Gazette de Hollande a publié dernièrement
une lettre pfeudonyme de Stoc
( 37 )
--
kholm , fous la prétendue date du 5 août ,
dans laquelle fe trouve le récit fuivant
entremêlé , fuivant l'ufage , de belles réflexions.
« Malgré les premiers fuccès de la guerre contre
la Ruffie , dit le faux Suédois qu'on fait parler
ici , & les avantages que la Suède peut encore
s'en promettre , l'on ne fauroit fe diffimuler
qu'elle offre auffi des fujets d'inquiétude , fur- tout
par rapport à fes motifs & à fa nature. Le §. XLVIII ,
de la forme de Gouvernement , qui fut préfentée
par le Roi & agréée à la Diète après la
révolution de 1772 , porte expreffément : « Que
» le Roi ne peut faire de guerre offenfive fans
» l'aveu des Etats affembles. » Cependant les
mauvaiſes intentions de la Ruffie envers la Suède ,
à l'époque de nos premiers armemens , n'ont jamais
été affez conftatées , pour qu'il ne foit pas
problématique fi la préfente guerre , de notre
côté , n'eft pas plus offenfive que défenfive. Du
moins le fcrupule en eft venu à plufieurs Officiers
de l'armée en Finlande : ils ont , par leurs difcours
& leurs repréſentations , fait naître le doute:
Si les Officiers qui , d'après la fimple vo-
» lonté du Roi , fans l'aveu préalable de la Diète
» & même à l'infçu des Etats , fe laifferoient
» employer dans une pareille guerre , qui a toute
»l'apparence d'être offenfive de notre côté , du
» moins durant la préfente campagne , ne fe
» rendroient pas refponfables envers la Nation
» affemblée , & puniffables tôt ou tard pour avoir
» contrevenu à leur ferment. » Cédant à ce
fcrupule , cinq Officiers demandèrent leur démiffion
; & leur exemple füt bientôt fuivi par
un nombre d'autres affez confidérable ; mais le
Roi ne s'eft pas laiffé détourner de fes deffeins par
un incident auffi défagréable : fans s'arrêter à des
( 38 )
inftances pour engager les Officiers réfractaires
à continuer leur fervice , Sa Majefté a fait affem-
B'er les Corps auxquels ils appartenolen ; & , en
leur préfence , en front de la ligne , Elle a fait
rayer leurs noms des rôles , les y remplaçant
immédiatement par d'autres . Les Officiers ainfi
démis , revinrent ici fuccellivement de la Finlande
, il y a quelques jours ; mais la raifon de
leur retour de l'armée ne fut pas plutôť coanne ,
que le petit-Peuple , toujours prêt à exercer une
vengeance aveugle envers des perfonnes publiques ,
qu'il n'eft pas appelé à juger, caffembla en foule
devant l'Auberge où ces Officiers étoient logés .
Ea multitude demanda à grands cris qu'i's paw
ruffen devant elle , les appelant par leurs noms
-& les accablant d'injures. Une perfonne de rang ,
connue pour être du parti qu'on romme Anti-
Royaliſte , c'eſt-à- dire , du nombre de ceux qui
réclament les anciens princips Républicains de
Suède contre le pouvoir Monarchique , fe
rendit à l'Hôtellerie qu'affiégeoit le peuple ; il
tacha de l'appaifer , en foutenant que les Officiers
contre lefquels on étoit en fureur , étoient
gens d'honneur , fidèles à leur ferment & à
la liberté Nationale ; mais fa peine fat perdue :
& certes , d'après l'expérience de tous les fiècles ,
des
pouvoit s'attendre à la récompenſe qu'il en
ob int , c'est - à-dire , au nom de Traître à la Fatrie
, qui retentit de toutes parts à fes oreilles :
peu s'en fallut même qu'il ne payât encore plus
cher fon zèle ; & , fans l'intervention du Baron
de Sparre , Gouverneur de Stockholm , il auroit
augmenté le nombre des Victimes immolées au
Tribunal de la populace. L'interpofition de la
Police mit fin au défordre . Les Officiers démis
difparurent , & la tranquillité ſe rétablit. »
Ce
rapport
infidieux mérite quelques
( 39 )
le
remarques , & d'abord fur le fait même
dont il eft queftion . Il est vrai que trois
ou quatre Officiers auxquels l'Editeur de
la lettre fait l'honneur d'avoir abandonné ,
par Patriotifme , le fervice de la Patrie, à
l'inftant de les dangers , font revenus de la
Finlande , & qu'ils ont été reçus à Stockholm
, non par la populace , mais par
Peuple entier , qu'on ne peut corrompre
facilement , comme ils euffent été reçus
probablement , par tout ailleurs. Il eft vrai
encore que l'art . 48 de la dernière Conftitution
, conferve à la Diète le droit de
confentir aux guerres offenfives ; mais fi
le caractère de celle qui fe fait aujourd'hui
dans le Nord , avoit été auffi manifefte
l'infinue le Suédois poftiche , il y a
quelque apparence que le Sénat & les Of
ficier de la Diète auroient fait éclater leurs
fcrupules , & cela d'une manière plus convenable
, plus légitime , que ne le feroient
des Officiers à la veille des combats. Le
Peuple de Stockholm , qui n'eft point un
petit peuple , épithète dont certains Ecrivains
fe plaifent à fléttir la multitude lorfqu'elle
n'obéit pas à leurs décrets ; le
Peuple de Stockholm , difons- nous , en a
jugé ainfi , & cette voix publique n'eft
point l'exercice d'une vengeance aveugle.
Quant aux Principes Républicains , qu'on
rappelle fi adroitement dans cette cirque
( 40 )
conftance , c'eft encore là un de ces abus
des mots , dont le dictionnaire raisonné
deviendroit très néceffaire , aujourd'hui
que la langue de la politique a pris un
effor fi oratoire . Il n'y a perfonne en
Suède , ni ailleurs, qui , avec du jugement
& de l'inftruction , puiffe baptifer du nom
de République , une Ariftocratie factieufe ,
vénale defpotique , & corrompue au
dernier excès , quí , mettant la Suède à l'encan
, & fa politique à la merci de l'or étranger
, alloit réduire l'Etat au fort déplorable
qu'éprouvoit la Pologne , PAR LES
MÊMES CAUSES. Ce n'eft point le Ré
dacteur qui dit cela , c'eft M. Shéridan ,
ancien Secrétaire d'Ambaffade d'Angleterre
à Stockholm , & Auteur d'une excellente
Hiftoire de la révolution dont il
fut témoin ( 1 ). Voilà un juge competent
, éprouvé , jutie , malgré l'intérêt
national , & qui sûrement n'iroit pas
prêcher aux Suédois , à l'inftant d'une
guerre dangereufe avec la Ruffie , de
réclamer ces beaux Principes , qu'il a définis
en deux mots : « L'influence des Puif-
» fances étrangères dans les Etats & le
» Sénat , les vices du Gouvernement ,
(1 ) M. Sheridan , Auteur de cette Hiftoire , n'eft
point l'Auteur Dramatique & Membre des Communes
du même nom .
( 41 )
& la vénalité impudente de ceux qui
» en tenoient les rênes , rendcient cette
» forme d'Adminiftration , incapable par
» fa nature de fe jamais réformer . »
Le 20 , on a publié dans la Gazette
de Vienne un nouveau Supplément , qui
confirme la défaite d'une partie de notre
Corps d'armée du Bannat près de Schupaneck
, la retraite du Général Wartenfleben
, & l'invafion des gorges de cette
Province par les Ottomans. Voici comment
la Cour préfente cet évènement :
Corps d'armée dans le Bannat , camp de Laffle
10 août. mare ,
Le 7 de ce mois , l'ennemi, au nombre de 12 à
13,000 hommes , tant infanterie que de cavalerie,
défila de grand matin du côté de Funtinar Sadry."
Le Majo: général de Papilla, inftruit que ce corps
ennemi commençoit à paffer la rivière , fit replier
les troupes qui étoient à Schupanek & à vieux
Orfowa. Pendant leur retraite la cavalerie Turque
fe précipita fur le détachement qui efcortoit
l'artillerie , le difperfa , & s'empara de treize canons
& des bagages. Encouragé par ce fuccès
l'ennemi traverfa les montagnes , attaqua le régiment
de Reisky , & lui coupa la communication
avec les deux bataillons de de Vins & des Wal-
Laques- Illyriens ; mais le général de Wartensleben
étant furvenu avec des dragons & des huffards ,
dégagea ce régiment , fit défiler l'infanterie , & asrêta
l'ennemi dans fa pourſuite. On ne peut pas
encore évaluer la perte que nous avons effuyée dans
cette affaire ; beaucoup de foldats , qui fe font difperfés
dans les forêts , rejoignent fucceffivement
( 42-)
le corps. Le général Papilla a été bleffé au pied.
L'ennemi a mis le feu à plufieurs endroits de
notre côté ; il a occupé les vieux Orfewa , & établi
une partie de fon camp prè de Schupanek ,
& l'autre à Teka. Le gêné al artensleben a
-
jugé à propos de transfèrer fon camp à Lamare.
Le général d'Apremont , p fté à Kubin, mande ,
que le premier de ce mois , 1,300 hommes ont
quitté Belgrade: ils fe rendent vers Niffa.
Corps d'armée dans la Croatie , près de Dubic
Turc , le 12 août .
Le général baron de Vins a paflé l'Unna avec
tout le corps fous fes ordres , & a établi ſon
camp au pied de la fortereffe ennemie. Hier , vers
le foir , l'ennemi , au nombre de 5 à 6,030 hommes
, tenta de pénétrer dans l'endroit où il avoit
réuffi , le 25 avril , de fauver la place , mais il fat
répouffé , & obligé de fe retirer vers la colline
d'Agyno Perdo.
Le général Pfefferkorn , pofté à Porfcheny en
Tranfylvanie , mande qu'il a reçu avis de l'ap
proché de plufieurs détachemens ennemis.
Le général Ruffe d'Elmpt a écrit du camp de
Kilia , le 30 juillet , au général Spicny , pofté à
Strojefte , qu'il s'eft avancé avec fon corps juf
qu'au Pruth , & qu'il patlera cette rivière inceffamment
pour faire agir leurs troupes de concert
.
Cette Gazette du 20 , comme on le
voit , ne dit pas un mot de Choczim;
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
« Un avifo , arrivé de Goa à Lisb sane • ya
apporté , dit-on , des Nouvelles ultérieures , con-
1
( 43 )
cernant ce qui s'eft paffe dans la capitale des Poffeflions
Portugaifes aux Indes ; favoir : Qu'ils'y
» étoit formé une confpiration contre le Gouver-
" neur & les principaux du Gouvernement , afin
» de livrer la ville entre les mains de Typo-Saib ;
» mais qu'un des confpirateurs qui s'étoit enivré ,
» ayant laiffé échapper Cans fon ivreffe quelques
" paroles capables de révéler le fecret , & voyant
enfaite que Typo - Saïbne paroiffuit pas au temps ,
» il avoit craint que le complot ne fût découvert. »
Pour fe garantir de la punition que méritoit fon
crime , il s'étoit rendu chez le Gouverneur , à qui
il avoit révélé la conjuration , à condition qu'on
lui accorderoit grâce pour fa perfonne. Sur cette
découverte , le Gouverneur avoit envoyé demander
au Gouvernement Anglois de Bombay , s'il
pourroit avoir quelque affiftance au cas qu'il en eût
befoin ? A quoi on lui avoit répondu , qu'on lui enverroit
tout lefecours qu'il défireroit , vu qu'on avoit
ordre de le lui fournir à tout événement, w
« L'arrivée de cet avifo , à bord duquel il ya ,
dit-on , quelques prifonniers , a retardé de quelquesjours
le départ du vaiffeau qui doit tranfporter
à Goa 250 foldats pour renforcer la garnifon &
parel nombre d'exilés ; cependant il a mis à la
voile il y a quelques jours. » ( Gazette d'Amfter
dam , no. 70. )
Dernièrement , aux Affifes du Comté de Derby,
une femme ayant été accufée d'avoir volé un
effet de la valeur de dix pences , le Greffier de
l'Affife prononça à haute voix : « Marie Jones ,
Vous êtes convaincue d'avoir volé la valeur de dix
pences. 171-Oui, dit la coupable , mettant la main
à la poche , eh bien ! vo là un fehelling , rendez-moi
deux pences.» ( Le fchelling anglois vaut 12 pences
, oa 24 fols toarnois. )
( 44 )
Extrait d'une lettre particulière , prétendue de
Conftantinople , du premier juillet.
« Si la pefte la plus furieufe que cette capitale
ait éprouvée depuis long- temps , ne jetoit l'effroi
dans le public , & la défolation dans les maiſons
des particuliers , Conftantinople feroit dans la
joie , que les bonnes nouvelles venues de la mernoire,
ont répandue , par les foins du miniftère ,
dans toutes les claffes des citoyens . Outre le grand
avantage que le Capitan-Pacha devoit avoir remporté
le 18 , & , felon d'autres , le 19 , il a été
queftion , ces jours derniers , d'une victoire remportée
fur une efcadre Ruffe , compofée de galères
& de frégates , que le feu de la flotte Öttomane
avoit détruite à l'embouchure du Turla
( le Niefter ) . Les amis du Capitan -Pacha fe font
beaucoup loué de cette victoire , & il y a eu des
réjouiffances dans le ferrail à ce fujet. Mais les
habitans de Péra ayant obfervé qu'on n'avoit
apporté ici aucun trophée , & qu'on ne faifoit
mention ni de prifes ni de prifonniers faits fur les
Ruffes , ils commencent à fe perfuader qu'il y a
de l'exagération dans tout ce que le ministère a
débité touchant les exploits du Capitan-Pacha ;
ce qui redouble l'impatience où l'on eft d'apprendre
fi , après les avantages dont on a parlé ,
cet amiral eft parvenu à prendre terre en Crimée ,
ce qui fait l'objet principal de fon expédition,
"
« L'ambaffadeur de Suède , après avoir reçu ,
par la voie d'Italie , des dépêches de fa Cour ,
a été plufieurs fois en conférence avec le Minif
tère de S. H. Les dragomans difent à cette occafion
que depuis bien long-temps on n'avoit vu
de Miniftre étranger traité avec tant d'égards &
de confidération que celui de Suède l'étoit aujourd'hui
par la Porte- Ottomane ; auffi tout Conftantinople
ne parle que de la grande & puiffante di(
45 )
verfion que le Roi de Suède va faire dans le Nord
en faveur de la Porte. »
« La Porte a été inftruire des moyens horribles
dont le Pacha de Scutari s'eft fervi pour lui donner
des marques manifefies de fon dévouement ',
en ſe débarraſſant , comme il l'a mandé au miniftère,
& à fes amis , de quelques étrangers brouil
lons qui avoient ofé fe préfenter devant lui , pour
lui propofer des chofes contraires à fa religion , à
fes devoirs & au refpect qu'il doit à fon maître.
Ces avis ne paroiffent point avoir produit tout
l'effet que le Pacha de Scutari en attendoit. Cependant
on prétend généralement que S. H. a
donné ordre pour que ce Gouverneur foit affuré
au plus tôt de fes bonnes graces, & du pardon qu'elle
lui accordoit par l'oubli de fa conduite paflée . En
consequence , on dit que Mahmud obtiendra le
commandement de l'armée en Bofnie. Ceux qui
font attachés au parti du Pacha de Banjaluki ,
prétendent , au contraire , que cette nouvelle eft
Controuvée , & que ce dernier Pacha , dont la
Porte a lieu d'être très -contente , confervera fon
pofte. » ( Courrier du Bas-Rhin n °. 69. )
N. B. ( Nous ne garations la vérité ni l'exactitude
des Paragraphes ci-deſſus.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , TOURNELLE.
Caufe entre le fieur de M... Et le fieur de la C...
Humeur & vivacité par fuite de Procès de
Chaffe.
Les Procès pour fait de Chaffe ont prefque
toujours des fuites fâcheufes , par l'aigreur que les
·( 46 )
Parties ne manquent pas de mettre dans la difcutfion
de leurs intérêts ; cette caufe en eft un exem
ple. Le fieur de M.... gentilhomme & militaire
retiré , demeurant dans une ville du Clermontois ,
'avoit obtenu , en 1779 , de M. le Prince de Condé,
une permiffion de chaffe fur le bien finage &
bois de J..... & P.... : il faifoit ufage de cette
permiffion , lorfque le fieur de la C.... auffi genrihomme
& propriétaire d'une très - petite partie
du fief de J.... trouva mauvais l'exercice de la
chaffe que prenoit le fieur de M ……..¸.
Le fieur de la C.... fit faire deux procès- verbaux
, en octobre 1783 & feptembre 1784 ,
contre le fieur de M.... pour l'avoir trouvé armé
d'un fufil , & fuivi d'un chien traverfant le terrain
de J.... & le fit afligner en la maîtriſe
des eaux & forêts de D.... , en condamnation
d'amende, de dommages- intérêrs , avec proteftation
de fuivre à la voie criminelle.
Le ficur de la C.... n' . ut pas cependant tout
le fuccès qu'il attendoit de fes pourfuites ; car
d'après fa propre déclaration aite à l'audience ,
qu'il n'étoit pas feigneur haut- uflicier du fief de
J.... une Sentence de la maîtrife de D.…….,
rendue fur les conclufions du Procureur- Fifcal de
M. le Prince de Condé, le déclara non- recevable
dans fa demande contre le fieur de M...., &
lui fit défenfes de dhaffer & faire chaffer fur le
terroir de J…….. , fuivant la Jurifp udence du Clermontois
, qui n'attribue le droit de chaffe qu'au feigneur
hautjuflicier ; la Sentence annulla auffi l'un
des procès -verbaux que le fieur de la C.... avoit
fait faire , pour n'avoir pas été affirmé , comme
le prefcrit l'ordonnance.
Le fieur de la C.... interjeta appel de la Sentence
de la maîtriſe , au bailliage de V....; il fit
imprimer un Mémoire où il fe permit des perfon- .
( 47 )
-
nalités contre le fieur de M.... dont il reſpecta
peu la nobleffe. Dars de pareilles circonstances
le fieur de M.... auroit infailliblement obtenu
dans les tribunaux , les réparations qu'il étoit en
droit d'attendre , s'il les eût demandées ; mais, il
parcit qu'il préféra de fe faire juſtice à lui-même :
il courut chez le fieur de la C.... armé d'un bâton
, entra dans l'appartement où le fieur de la
C.... étoit malade , & entouré de plufieu : s perfoares
, l'infulta , le me: aça de fon bâton , dont
il l'eût frappé , sil n'en eût été empêché par ceux
qui étoient préfens à cette ſcène.
Le fieur de M.... retiré , le fieur de la C.... rendit
plainte , information , décret d'ajournement perfonnel
contre le fieur de M.... Celui-ci ayant fubi
interrogatoire . Sentences des 28 avril & 24 acûs,
qui civilisèrent les deux plaintes , & convertirent
le Procès criminel en Procès ordinaire ; permirent
cependant au fieur de M.... de faire procéder à
une contre- Enquête, & fournir, fibon lui fembloit ,
fes reproches contre les témoins produits par le
fieur de la C .... fauf à reprendre la voie extraor
dinaire, fi le cas le rcquéroit. Le fieur de la C…………·
a interjeté appel de ces Sentences , en a demandé
l'infirmation , & la continuation de la procédure
extraordinaire ; cependant il a depuis confenti l'évocation
du principal , & s'eft borné à demander
des défenfes de récidiver , avec dommages intérêts.
Le fieur de M.... pour fe défendre , & en
même temps pour fe venger du Mémoire fait
contre lui par le fieur de la C .... au bailliage de
V... a fait à fon tour imprimer un Mémoire qui ,
du côté de la malignité , ne le cède point à celui
dufieur de la C....ily rappelle des anecdotes qui ,
vraies ou fauffes , font très - offenfantes pour le
fieur de la C.... Enfin , il paroît par ce Mémoire
qu'il a rendu fa caufe très - défavorable . Le fieur de
( 48 )
.
la Ĉ..., s'eft plaint amèrement de cet écrit , &
en a demandé la fuppreffion. Enfin , Arrêt eft intervenu
le 25 janvier 1786 , conforme aux conclufions
de M. l'avocat général Seguier, qui a mis
l'appellation & ce dont a été appelé au néant ;
émandant , évoquant le principal & y faiſant droit ,
a fait défenfes au fieur de M.... de récidiver ,
fous peine de punition corporelle ; a ordonné la
fuppreffion de fon Mémoire , a permis l'impreffion
& l'affiche de l'Arrêt & a condamné le
fieur de M.... en tous les dépens . M. Robin
de Mozas étoit avocat du fieur de M.... M. Diout
l'étoit du fieur de la C……….
9
JOURNAL POLITIQUE
D E
BRUXELLES.
POLOGNE...
-
De Varfovie , le 15 Août 1788.
LE Baron d'Engeftroëm reçut le 8 , un
Courrier de Stockholm , qui lui apporta
fes lettres de créance , comme Miniftre
Plénipotentiaire de S. M. S. auprès du
Roi & de la République . Suivant les
dernières lettres de l'Ukraine , un Corps de
6000 hommes , tiré des armées de Romanzof&
de Potemkin , eſt en marche vers la
Finlande . On eft fans aucunes nouvelles
pofitives d'Oczakof , qui n'eft pas plus
emporté que Choczim . Les Turcs aug
mentent en nombre dans la Moldavie ,
dont la Capitale , Jaffy , eft toujours entre
leurs mains.
-
-
SUÈDE.
De Stockholm , le 19 Août.
Le premier feu des opérations de notre
No. 37. 13 Septembre 1788. c
( 50 )
armée en Finlande , s'eft beaucoup amorti
& jufqu'à ce jour nous n'avons fait aucun
progrès fenfible. On attribue cette langueur
à la difette des fourrages ; mais s'ils
commencent à manquer à l'entrée de la
campagne , que fera- ce dans fix femaines ?
Pendant ce temps , l'armée Ruffe fe
fortifie , & il eft douteux qu'aujourd'hui
nous puiffions nous flatter de fuccès importans.
Rien ne l'eft moins que le long
du bulletin officiel que nous avons reçu
quartier général à Louiſa , en date du 11 ,
& dont voici la teneur :
où
" Les opérations de l'armée Suédoife en Fin- » lande , ont été retardées à caufe des difficultés
» qu'il y a de fe procurer du fourrage , qui font
» très -grandes dans cette faiſon , où l'on n'a pas
encore recueilli le foin , & dans un pays
» il faut apporter tout. L'armée de Finlande ,
» aux ordres du Général Baron d'Armfeld , s'étoit
déja avancée , le 19 juillet , jufqu'à Bredftal ,
! » village fitué à quelques werftes de Frédéricsham
, tandis que l'avant-garde , commandée
» par le Baron d'Armfeld , Colonel du régiment
» d'infanterie de Nyland , & premier Gentil-
» homme du Roi , avoit pris pofte , le 18 au » foir , à Summa , à trois werftes de Frédérics-
» ham ; pofte très-fort , & qui , de ce côté-ci ,
» commerçoit le blocus de la ville . Le but prin-
» cipal étoit de fe rendre maître des magaſins de
» cette fortereffe : objet fort important , dans un
» pays où l'on ne peut s'en procurer qu'en les y
» tranfportant de contrées éloignées . Le camp de
» Summa fut attaqué , avec beaucoup de viva-
» cité , dans la nuit du 19 au 20 Juillet , par
51 )
» 950 volontaires de la garnifon de Frédérics
ham , avec deux canons. Le feu continua , fans
interruption de part & d'autre , pendant l'efpace
de deux heures. Mais lorsque l'artillerie
» Su doife , tant diſtinguéepar ſon ſervice , eut
» démonté un canon de l'ennemi , il fut con-
» traint , par la valeur de nos troupes & par la
» bonté du pofte , à fe retirer en défordre. La
» perte de l'ennemi , à cette occafion , monte à
plus de 200 hommes , comme on le peut con-
» clure de la quantité de fufils , de bonnets de
» grenadiers & de gibernes , que l'on a trouvé
éparpillés çà & là dans le chemin ou dans le
» bois . Après cette tentative infructueuſe , la gar-
» nifon de Frédéricsham n'a plus inquiété le camp
» de Summa.
"
« Le Général d'Armfeld établit ſon camp près
» de Huffula , & coupa par- là la communica-
» tion entre Frédéricsham & Wilmasſtrand
» qui n'eft plus ouverte que par Wybourg;
» pendant que , pour couvrir le flanc , l'avant-
» garde de l'armée , fous les ordres du Colonel
» de Rofenftein , compofée de quatre galères , de
» trois autres bâtimens & de chaloupes canon-
" nières , bloquoit le port , cù les chaloupes
prirent le vaiffeau de garde & un vaiſſeau mar-
» chand fous le canon de la ville. Quatre ga
» lères Ruffes venues de Wibourg , tentèrent
» de jeter du fecours dans la vilie , mais elles fu-
» ient attaquées par les chaloupes cononnières ,
» qui les pourfulvirent l'espace de quatre milles ,
» quand elles échappèrent aux nôtres , à la fa-
» veur d'un vent fort qui fe leva. Cependant
" l'une d'elles perdit fa vergue , & fut endommagée
par le canon des chaloupes.
#
» Le 17 Juillet , le Roi fe rendit au camp de
» Huffula , où il prit fon quartier dans le village
cu
( 52 )
» à l'aile gauche . Cependant les galères , qui por-
" toient 600 hommes de débarquement , s'a-
» vancèrent avec la flotte de l'armée , fous le
» commandement du Colonel d'Ankarfvard , pour
» avant-garde , & commandée en chef par le
» Lieutenant - Général Baron de Siégroth , fous qui
» commandoit le Général- Major de Schonftrom,
» à deffein de faire une defcente de l'autre côté
» de Frédéricsham , dans une baie à quelques
" werftes de la fortereffe ; mais une tempête , qui
» dura quatre jours retarda l'exécution de ce
deffein ; enfin le Roi reçut avis , le cinquième
jour , que les galères s'approchoient de l'endroit
n du débarquement , fur quoi S. M. fit forcer les
» défilés de Sivatikula & de Bembolle , pour an.
» voyer des chevaux de trait pour le canon , &
» d'ouvrir une communication avec les troupes.
" Le Colonel Montgommery commandoit cette
» expédition . Il réuffit à fe rendre maître de ce
pofte , à travers un chemin marécageux & pref-
» qu'impraticable , & à pénétrer jufqu'à Bolabelle
, village fitué prefque fous le canon de
la ville. Delà , il détacha trois efcadrons de
» cavalerie , pour escorter 70 chevaux qui étoient
» néceffaires pour le corps qui vouloit débarquer .
Après qu'il eut entendu deux coups de canon
" le fignal convenu , ce détachement arriva à
l'endroit où devoit fe faire la deſcente ; mais il
» fut bien furpris d'y trouver un pofte Ruffe ,
» avec quatre canons & trois bataillons. Un vent
"
violent avoit mis obftacle à la defcente , &
» l'ennemi avoit occupé ce pofte pour la défenfe
de la côte. Les efcadrons Suédois fe retirèrent
» au plus vite en bon ordre , & pafsèrent un
bataillon de chaffeurs qui s'étoit caché dans
» les bois , à deffein de leur couper la retraite ;
ils marchèrent fur Bembolle & Sivetikula , &
n
( 53 )
" ne perdirent que trois dragons & deux Offi
» ciers , qui furent faits prifonniers , leurs che-
» vaux ayant été tués fous eux . Le lendemain
» on fit la defcente en très- bon ordre , malgré
» le feu de l'ennemi : on fe retrancha ; & après
» que les chaloupes canonnieree eurent nettoyé
» le rivage , le Général Siégroth détacha le Co-
" lonel-Baron de Klingfport , premier Ecuyer du
» Duc d'Oftrogothie , pour s'emparer du défilé
» de Mendolax , & pour couvrir le chemin de
» Wibourg. Le corps de bataille s'avança en
" même-temps du côté de Frédéricsham , après
» que l'avant- garde eut forcé un poſte ennemi ,
» fortifié par un redoute. Dans ce moment le
» Gouverneur de Frédéricsham prit le parti de
» mettre le feu aux faubourgs , où fe trouvoient
les magafins , l'objet principal de l'expédition .
» Le Général Siégroth voyant ceci , prit la réfo-
» lution de fe retirer & de rembarquer les trou
» pes. Le rembarquement fe fit en très -bon
» ordre , & l'on ne fut point inquiété par l'enne-
» mi. Le lendemain , le Roi fit un mouvement ,
» & fit prendre pofte à fon aile gauche à Likala ,
» & à fa droite , près de Hogfors . La difette de
fourrages a rendu ce mouvement néceſſaire. »
Deux de nos navires des Indes Orientales
, le Gustave- Adolphe & la Sophie-
Magdelaine , font heureufement entrés à
Gothenbourg, d'où l'on a fait fortir les
trois frégates , la Bellone , la Diane & la
Vénus , pour protéger notre commerce.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 22 Août.
Notre Cour s'eft enfin décidée à déclarer
c iij
( 54 )
qu'elle donneroit à la Ruffie les fecours
promis par les Traités . En conféquence
de cette réfolution , qui va nous plonger
dans des dépenfes ruineufes , en nous
expofant au hafard d'une guerre qui embrafera
le Nord entier , le Miniftre d'Etat ,
Comte de Bernstorff, a remis la Note
fuivante à M. de Sprengporten , Ambaſfadeur
de Suède auprès du Roi.
« Sa Majefté l'Impératrice de toutes les Ruffies
, attaquée , par mer & par terre , par les armées
& par la flotte de S. M. Suédoife , ayant réclamé
les fecours ftipulés dans les traités d'alliance défenfive
, conclus avec le Danemarck , dans les années
1765 & 1769 , renouvelés & confirmés par
le traité définitif de l'année 1773 , & ayant expofé
à S. M. Danoife les faits & les argumens
destinés à fonder cette réclamation , & à fervir de
preuve du cas d'aggreffion , S. M. les a pefés
avec cette attention foigneufe qu'Elle devoit à
S. M. Suédoife , à fon refpect pour tous fes devoirs
, à fon amour pour la paix , enfin à tous
les principes qu'Elle a avoués depuis le commencement
de fon Règne. Elle en a reconnu l'évidence
; & n'ayant ainfi plus à confulter que la
fidélité dûe à des engagemens anciens & inviolables
, & la bonne-foi , cette loi facrée pour tous
les Souverains Elle déclare à S. M. le Roi de
Suède : » Que ce font fes propres démarches qui
» la déterminent à préfent ; qu'Elle les regrette
» d'autant plus, qu'Ellen'a négligé aucun des moyens
» qui étoient en fon pouvoir pour les prévenir ;
» & qu'Elle a conftamment ambitionné fon amitié
» & une harmonie parfaite avec lui. » Sa M. déclare
en même-temps , « qu'Elle cède , dès-à-
» préfent , & en conformité de les traités dé(
55 )
"}
» fenfifs , & de la manière qui y eft ftipulée , une
partie de fes vaiffeaux de guerre & de fes
" troupes à la libre difpofition de l'impératrice
de Ruffie , fon augulte Alliée. "
S. M. ajoute à cette déclaration l'affurance
lemnelle « de n'avoir d'autre vue & d'autre ou
44 hait le rétabliſſement d'une paix folide & que
» affurée , & que cette démarche actuelle puiffe
» fervir elle -même à y contribuer . » Le moment
où Elle verra fes voeux remplis à cet égard , lui
fe a auffi cher que celui où la tranquillité a été
interrompue , lui a paru amer & affligeant . "
» S. M. a ordonné a Souffigné de communiquer
cette déclaration à Son Exc. M. le Baron de
Sprengporten , Ambaffadeur de Suède , & de l'envoyer
également , à Stockholm , à M. le Comte
de Reventlau , pour la remettre au Ministère de
S. M. Suédoife. »
Du Département des affaires étrangères , à Copenhague
, ce 19 août 1788. ( Signé ) BERNSTORFF .
Cette Note a été également envoyée
à tous les Miniftres Etrangers réfidans
ici , avec un billet en ces termes :
« C'eſt par les ordres du Roi mon maître
que j'ai l'honneur de vous communiquer une
copie de la déclaration remife aujourd'hui à M.
l'Ambaſſadeur de Suède. S. M. ambitionne le fuffrage
de l'Europe , & particulièrement des Cours
à qui Elle eft liée par des traités , qu'Elle refpecte
& qu'Elle chérit , & avec qui Elle partage cet efprit
de modération & de paix qui caractériſe , dans ce
fiècle éclairé , les Souverains qui en font l'ornement.
S. M. foumet , avec plaifir & avec confiance
, fa conduite & fes principes à leur jugement.
Elle doit leur abandonner à préfent ces
moyens de conciliation , dont Elle-même n'en a
c iv
( 56 )
négligé aucun , mais qui ne font plus en fon pouvoir.
Elle leur répète , à tous & chacun en particulier
, qu'Elle s'y prêtera avec tout l'empreffement
poffible , & qu'Elle juftifiera , par fes demarches
, les principes qu'Elle avoue , & felon
lefquels Elle confent & confentira toujours à être
jugée.
>>
A Copenhague , ce 19 Août 1788.
Signé , BERNSTORFF.
On n'eft pas fans inquiétude fur la
manière dont la Cour de Stockholm &
d'autres enviſageront cette démarche ; on
craint avec raiſon , qu'on ne nous con--
fidère , non comme fimple Puiffance auxiliaire
, mais comme Partie principale dans
cette guerre , au début de laquelle nous
nous fommes conduits , même avant toute
déclaration , d'après des principes contraires
à la Neutralité . Nous avons fouffert
que dans nos eaux , fur nos côtes , fous
le canon même de Cronenbourg , les
vaiffeaux Ruffes priffent plufieurs navires
Suédois , qu'ils ont tranquillement
amenés dans nos ports . L'Ambaffadeur de
Suède s'est plaint , par une Note du 10
août , de cette piraterie exercée au mépris
du droit des gens ; enfin , notre Gouvernement
vient de donner des ordres tardifs
d'en empêcher la continuation , & de
furfeoir à la vente des prifes Suédoifes accueillies
dans nos ports.
Si la guerre a lieu , le Prince Royal ſe
( 57 )
mettra à la tête des troupes de Danemarck,
& le Prince Charles de Heffe - Caffel commandera
celles de Norwège . Tous les régimens
ont reçu ordre de fe tenir prêts.
ALLEMAGNE
* g
De Hambourg , le 26 Août.
Depuis quelques jours , on avoit appris
avec certitude , par la voie de Pologne , la
nouvelle d'un quatrième combat naval fur
la mer Noire , entre les Ruffes & les OEtomans
, au défavantage des premiers.
Cette action ,en effet, a eu lieu le juillet , v. st .
La Cour de Pétersbourg n'a pas perdu un
inftant à prévenir l'effet des avis qui lui
étoient contraires , par une relation officielle
en date du 8 , & qui porte :
et 23 , n. st.
« Le Commandant en chef de l'armée de Catharinaflaw
, le Prince de Potemkin Tauritscheskoy ,
nous a fait parvenir la nouvelle » Que notre
» flotte , fortie de Sewaftapo!, compofée de deux
» vaiffeaux de 66 canons , de deux fégates de
» 50 , de huit frégates de 54 , & de 24 autres
» bâtimens plus petits , commandée par le contre-
» Amira! Comte Woinowitsch , ayant rencontré ,
» le 14 juillet , fur la mer noire , pas loin de
» l'Ifle Féodonifi , la flotte Turque , lui a livré
» bataille , dans laquelle elle a réfifté courageu-
» fement à l'attaque de la dernière , l'a battue
» & contraint de prendre la fuite , malgré que la
» flotte Turque fût de beaucoup fupérieure à a
» nôtre , vu qu'ELLE ÉTOIT COMPOSÉE DE IS
CY
( 58 )
» VAISSEAUX DE LIGNE , PARMI LESQUELS CINQ
» DE 80 CANONS , 8 frégates , trois bombardes ,
» & 21 chebecs , kirlangitfches & polacres ,
» & commandée par le Capitan- Pacha , ayant
» feus lui un Vice - Amiral & un Contre- Amiral ,
» & pour plus d'avantage celui d'un vent favora
ble. Quoique l'attaque des ennemis fur nos
» vaiffeaux de ligne & frégates de 50 canons ,
» fut fi furieufe , qu'il y avoit cinq de leurs
» vaiffeaux contre un des nôtres , ils furent cependant
repouffés par notre feu , bien fervi ,
que le Capitan-Pacha ne put foutenir avec fon
» vaiffeau , que pendant 40 minutes , ſe trouvant
forcé , au bout de ce temps , à fe retirer de
» la ligne. It chercha à couper de l'avant- garde
» deux de nos frégates , le Boriflaw & la Strala ;
» mais le vaiffeau Paul , qui fe trouvoit dans l'a-
» vant-garde , hiffa toutes les voiles , & lui ayant
"
caufé degrands dommages , le força de s'en retour-
» ner, & en même-temps les deux frégates lui
» donnèrent toute leur bordée , quifutfi furieufe,
» que des planches entières furent emportées du
gouvernail. On remarqua deux fois une fumée
épaiffe fur les vaiffeaux Vice-Amiral & Contre-
» Amiral qui s'étoient attachés au vaiffeau
» la Glorification. Le combat fut opiniâtre , &
» dura cinq heures & cinq minutes , avec un acharnement
égal de part & d'autre. L'ennemi jeta
» continuellement des bombes de fes bombardes ;
» mais malgré fa fupériorité & fa groffe artille-
" rie , il fut contraint de céder à la valeur des
» nôtres. Il hifla toutes fes voiles , & nous a'an-
» donna le champ de bataille ; avec cela il perdit
» un de fes chebecs dont peu de gens fu-.
n' rent fuvés. Le Comte Woinowitfch ne fait affez
louer l'intrépidité de ceux qui ont combattu
» fous fes ordres .
"
>
V
( 59.)
» La perte de notre côté, CONSISTE EN CINQ
SOLDATS TUÉS ET DEUX BLESSÉS . Comme
» le dommage qu'avoient fouffert nos vaif-
» eaux fut bientôt réparé le Comte Woino-
» witsch attendit l'ennemi dans le même
>> endroit ; mais celui-ci ayant fouffert infiniment
» plus de dommage , il s'éloigna pour ſe répa-
» rer. Dans ce combat contre un ennemi fi fu
périeur en forces , chacun fur notre flotte ,
» depuis le premier jufqu'au dernier , a rempli
fon devoir avec autant de valeur que de
» gloire.
Le 15 , par un vent de nord - oueſt , la flotte
Turque prit une poſition affez étendue du côté
» du Nord, Le Comte . oinowitsch , craignant
» que l'ennemi ne s'approchât de nos côtes , fe
" porta avec la flotte vers l'eft- fud- eft.
" Le 16 , notre flotte fe trouva à la vue de
Tarchanova-Kuta , à la diftance de 30 werftes ;
» mais on ne voyoit rien de la flotte ennemie. A
» 11 heures la flotte Turque fe montra pour la
» feconde fois , & dirigea fa route vers le port
» des Huit-Metfcheskoy. Le Comte oinowitfch
» auffi-tôt rebrouffa chemin pour lui couper le
" paffage ; mais vers les deux heures , la flotte
» ennemie vira de bord & prit fa route vers le
» fud. Le Comte Woinowitsch en fit de même ,
parvint , à petites voiles , en ligne parallèle
» avec les Turcs , & attendit leurs mouvemens ;
» mais leur flotte tint la mer , & ne montra
» aucune envie de reagagen combat avec la nôtre .
"
ככ
Le 18 , on perdit de vue la flotte Ottomane ,
qui alla du côté de l'oueft , vers les côtes de la
» Romélie. Le Comte Woinowitfch prit fa
» ftation près de la pointe de Cherfon , pour
faire réparer quelques vaiffeaux qui avoient
» reçu du dommage, & en envoya enfuite en croi-
21
c vj
( 60 )
"
» fière quelques autres , afin d'obferver les.mou-
» vemens de l'ennemi. »
Cette relation jette un jour lumineux
fur toutes celles des victoires Ruffes
au Liman. Voilà donc incontestablement ,
au 25 juillet , le Capitan Pacha avec 16
vaiffeaux de ligne ; il n'en avoit pas davantage
lorsqu'il mit à la voile de Conftantinople
: donc , il n'en a perdu aucun
dans les combats du Liman . On a par
conféquent évidemment trompé la Cour
de Ruffie & le Public , en faifant embraſer
ou détruire, par des chaloupes,des vaiffeaux
de 64, 60 & 50 can . dans ces combats : les
Ruffes eux-mêmes viennent de reffufciter ,
dans la relation qu'on vient de lire , toute
cette flotte qu'ils prétendoient , il y a un
mois , avoir écrafée fans retour. De leur
aveu , le Capitan - Pacha eft à la tête de 48
voiles , dont 16 vaiffeaux de ligne ; il a
donc confervé toute fa fupériorité, & il
eft clair qu'il eft maître de la mer : ainsi ,
les actions précédentes n'ont été que des
rencontres de chaloupes canonnières ; elles
ne changent à - peu-près rien à la poſition
maritime des uns & des autres fur la mer
Noire .
Nous aurons fûrement des avis particuliers
de ce dernier combat , avis bien
néceffaires pour en conftater la nature ,
& pour expliquer les miracles que fuppofe
( 61 )
P
le détail officiel ; miracle de deux vaiffeaux
de ligne qui en battent feize ; miracle
d'un combat furieux de cinq heures, où le
partile plusfoible ne compte que 5 Soldats
tués & 2 bleffés , &c. Quoi qu'il en foit , on
écrit de toutes parts que plufieurs vaiffeaux
Ruffes ont été mis hors de combat ; & ce
qui paroît le prouver , c'eft l'aveu que fait
leur Commandant , de la néceffité où il
s'eft vu d'envoyer aux chantiers de Cherfon
quelques-uns de ces bâtimens .
On a porté en pompe publique , le 29
juillet , à Pétersbourg , les trophées du
vaiffeau pris fur les Suédois , et des brigaguins
brûlés dans le Liman. Pendant
quon célébroit cette cérémonie , on a
appris que le Woicheflaf de 66 canons ,
l'un des vaiffeaux de notre efcadre qui a
combattu les Suédois , criblé & abîmé pendant
l'action , avoit coulé bas , ou , felon
d'autres , venoit d'être condamné en rentrant
à Cronstadt. Ce vaiffeau étoit commandé
par le Capitaine Elphinfton , Anglois
, fils du Capitaine de même nom ,
qui , après avoir obtenu le grade d'Amiral
en Ruffie , eft mort il y a quelques années .
De Berlin , le 25 Août.
Le Baron de Nolcken , ancien Miniftre
de Suède auprès de l'impératrice de Ruſſie ,
eft arrivé dans cette Vilte : il vient de
( 62 )
Varfovie , & va fe rendre à Stockholm.
-S. A. R. , la Princeffe Frédérique, Fille
du Roi , eft de retour de Pyrmont , depuis
le 21 .
M. Ewart , qui étoit ici chargé des affaires
de la Cour de Londres , remplace
Lord Dalrymple , en qualité d'Envoyé extraordinaire.
Il a eu , le 13 , à Charlottenbourg
, fa première audience du Roi , dans
laquelle il remit à S. M. fes lettres de
créance .
De Vienne , le 27 Août. ·
On attendoit avec inquiétude des nou
velles du Bannat , où les Ottomans ont
pénétré , après avoir culebuté l'un de nos
Corps d'armée & divers détachemens ;
mais le bulletin officiel du 23 ne nous
apprit rien d'ultérieur fur l'état des opérations
dans cette Province , non plus que
fur les autres parties du cordon . Ce n'eſt
qu'aujourd'hui qu'on a été inftruit des
progrès qu'ont faitsles Turcs dans leur
invafion,& des nouveaux défavantages que
nous avons effuyés. Le Supplément de la
Gazette de ce jour , contient ce trifte
détail , dont voici la ſubſtance :
Corps d'armée dans le Bannat , camp de Laffmare ,
le 20 Août.
« L'ennemi , campé aux environs de Scapanek ,
reçoit fouvent des renforts. Une partie de fon
( 63 )
mes. -
camp s'étend dans la vallée de Bachna , derrière
la montagne d'Allion , & l'autre jufqu'à Schapanek
: on évalue fes forces de 40 à 50,000 hom-
Le 10 Août , on aperçut , à une lieue
du fort de Dubova , 28 bâtimens Turcs , qui
avoient à bord des troupes & du canon ; dans
l'après-midi ces bâtimens abordèrent de notre côté,
malgré le feu d'un bataillon de Brechainville ,
aux ordres du Major Stein , poſté dans des retran .
chemens , & les troupes Ottomanes mirent pied à
terre. Dans cet intervalle , la cavalerie ennemie
défilaà gauche d'Ogradina , du côté où ſe trouvoit
le bataillon de Brechainville , occupa les rochers
& les collines , & enferma entièrement ce
bataillon. L'ennemi , au nombre d'environ 7000
hommes , infanterie & cavalerie , ayant pris fa
pofition , fe tint tranquille pendant la nuit du 10.
Le lendemain , de grand matin , la cavalerie Turque
, favorifée par un brouillard épais , força les
abattis & les retranchemens , tomba fur le bataillon
, & le força , après plufieurs attaques vigoureufes
, d'abandonner le pofte de la montagne
de Dubova & de fe retirer . Deux compagnies
de ce bataillon , qui gardoient une palanque ,
furent taillées en pièces ; l'ennemi y prit trois
canons. Le Major Stein , voyant qu'il ne lui
reftoit aucun moyen de réfifter à l'ennemi , fit
enclouer les deux canons qui lui refſtoient , & fe
retira , avec le refte de fa troupe , vers l'antrę
appelé Vétéranhohle , où il joignit un autre détachement.
L'ennemi le fuivit à ce poſte , y renouvela
fes attaques ; mais le 19 , jour du départ
de la dépêche , il n'en étoit pas encore
maître. La perte du bataillon de Brechainville eft
évaluée à 412 , tant morts qu'égarés . L'ennemi
a établi fon camp près de Dubova , & avancé
fes poftes jufqu'à Juz , entre Tifnoviza & Svi¬
( 64 )
nicza ; il a mis le feu à deux endroits fur la frontière.
"
« La dépêche du Général Comte de Wartenfleben
, porte qu'ayant reçu avis , le 17 Août , que les
Turcs , au nombre de 8000 hommes , s'avançoient
, fit mettre fon corps fous les armes , &
retira fes poftes avancés . A 11 heures la cavalerie
ennemie attaqua , à plufieurs repriſes , l'aile
gauche ; mais ne pouvant point pénétrer , elle
fe porta fur l'aile droite , où l'infanterie ennemie
avoit planté 15 drapeaux ; l'attaque fut renouvelée;
mais enfin l'ennemi fut forcé de fe retirer vers
Schupanek. Notre perte confifte en 4 tués & 32
bleffés ; l'ennemi a laiffé fur la place 448 hommes
& 100 chevaux. »
« L'Empereur , inftruit que l'ennemi faifoit
avancer une grande partie de fes forces vers le
Bannat , s'eft mis en marche vers cette province ,
avec le Maréchal de Lafy , à la tête d'un corps
confidérable , laiffant à Semlin le refte de l'armée ,
fous les ordres du Général de Gemmingen. S. M.
étoit attendue le 17 à Kubin . »
Quartier Général du corps d'armée dans la Tranfylvanie
, à Hermanſtadt , le 17 Août.
"
1
« Le Général Plefferkorn ayant appris que
l'ennemi , campé à Vaden , avoit reçu un renfort
confidérable , & croyant que lui- même ne pouvoit
faire que difficilement fes approvifionnemens
, prit le parti d'abandonner dans la nuit
du 11 au 12 Acûr , le pofte de Portscheni , & fe
replia vers le défilé de Vulcan , où il établit fon
camp . Le 15 , il fut attaqué par un corps nombreux
de Turcs. Deux compagnies d'Alvinzi &
d'Orocz , qui occupoient le pofte avancé près de
l'abattis , ne l'abandonnèrent qué lorfque la plus
grande partie en fut tuée ; l'ennemi prit deux ca-
& mit le feu aux bâtimens de la contunons
2
( 65 )
mace de Vulcan.
de cette affaire . »
-
On ignore encore les fuites
« Le Général Rall apprend , dans fa dépêche
du 12 Août , que les Turcs , poftés près de Bozan
, tournèrent , dans la nuit du 11 au 12 , par
les montagnes , attaquèrent les retranchemens occupés
par les Huffards Szeklers , fous les ordres
du Colonel Schulz , les forcèrent & difpersèrent
les troupes . Deux divifions des dragons de Savoie
& des Huffards de Léopold . Tofcane , étant,
furvenus , on fe rallia , on attaqua l'ennemi , &
on le força de fe retirer jufqu'à Czeras & Valeny.
On attend un rapport plus circonstancié de cette
affaire ; on ignore le nombre des égarés , dont
plufieurs ont déja joint ; mais les tués , de notre
côté , montent à 323 , parmi lesquels fe trouve
un Lieutenant- Colonel , 2 Capitaines , 3 Lieutenans
, 3 Sous-Lieutenans & 2 Enfeignes. Les Turcs
ont laiffé 63 tués fur la place .
>>
Corps d'armée dans la Croatie , camp près de
Dubitza Turc , le 13 Août.
"
,
« Le Général Kl.bek , campé à Goloberdo ,
mande , par fon rapport du 12 de ce mois , que ,
dans la nuit du 11 , il s'eft avancé , avec deux
divifions du régiment de Carlftadt- Slains , vers
Novi , pour faire une diverfion . Le 12 , le Lieutenant-
Colonel Hiller fit pafler l'Unna à une troupe
de volontaires & de Seraffans , près de Javornik ,
dans le but d'incendier les maifons du faubourg
fupérieur de Novi . Ce Colonel , malgré le feu du
canon de la place , s'acquitta fi bien de fa commiffion
, que l'endroit appelé Vidoria , près du
faubourg , la plupart des maifons du faubourg,
& les maifons & chartaques fituées au pied
du mont Mifchenovaz , furent réduites en
cendres Les Turcs attaquèrent de leur camp ,
à pluſieurs repriſes , nos troupes ; mais ils furent
( 66 )
repouffés chaque fois , & forcés à la fin d'abandonner
leur camp & de fe jeter dans la fortereffe.
"
« L'ennemi eſt toujours campé fur l'Agino-
Berdo Dubicza reffemble à un monceau de
pierres ; mais la garnifon , qui a élevé des retranchemens
de terre , s'obftine à ne pas vouloir
fe rendre . »
-
L'armée partie du Camp de Semlin ,
eft composée de 40,000 hommes ; elle eft
arrivée , le 16 , à Pancfova , & le lendemain
à Kubin. De fon côté , l'armée Ottomane
fe renforce journellement près de
Mehadia , où elle compte déja plus de
30.000 hommes , & elle attend de nouveaux
renforts. Il fera difficile de la chaffer
du Bannat. On va jeter jufqu'à 9000
hommes dans Temefwar ; cette garnifon
doit fuffire à défendre cette place contre
une armée. Celle de l'Empereur dans le
Bannat , s'élevera à 75000 hommes , dont
le quartier général eft à Weiskirchen.
- Le Grand-Vifir s'eft avancé à Widin
avec 50,000 hommes , outre 14,000 Turcs
commandés par un Séraskier qui campe
dans la plaine de Severin . A fon arrivée ,
le Général Ottoman a fait étrangler deux
Agas , dont la négligence avoit retardé le
pont fur le Danube. Le Corps d'armée
de Tranfylvanie a été augmenté d'un
régiment de Cavalerie & de quatre ba-
-
( 67 )
taillons d'Infanterie qu'on a poftés au défilé
de la porte de fer.
L'Empereur a conféré le régiment d'Olivier
Wallis au Général de Brentano , qui
s'eft diftingué , le 9 , devant Dubicza , où
le Maréchal de Laudhon doit être arrivé
le 21 , après un féjour de 48 heures à
Agram .
On a délivré aux Meûniers & Boulangers
de cette capitale 60,000 boiffeaux
de feigle des magafins que l'Empereur a
fait établir .
On apprend de l'armée de Hongrie, que
les fièvres continuent parmi les troupes ,
& que depuis quelques jours beaucoup
de Soldats font malades de la dyfenterie ,
qu'on attribue à la mauvaiſe qualité de
l'eau & à la fraîcheur des nuits. 125 Chirurgiens
font encore partis dernièrement
pour Semlin.
A fa retraite de Jaffy , le Général Fabry
a emmené un grand nombre de perſonnes
de cette ville & des environs. Ce Général
n'auroit point quitté ce pofte , fi le
renfort Ruffe étoit arrivé. Les Turcs & les
Tatars qui y campent , font au nombre
de 40,000. - Le 20 juillet , le Général
Romanzof étoit encore près de Ploko , en
deçà du Niefter , & le Général Elmpt près
d'Ólika. Le Corps du Général Spleny
a été réparti en deux brigades ; l'une eft
( 68 )
& commandée par le Général Fabry ,
l'autre par le Colonel
Baron d'Auferis
.
Ces troupes paroiffent
attendre
le fort de
Choczim
, pour fe mettre enfuite en mouvement.
Un détachement
a été envoyé
vers Suczawa
.
Des lettres de Triefte parlent d'un incendie
qui a ravagé , au commencement
du mois de juillet , la ville de Serajo , capitale
de la Bofnie . Tout le quartier des
Juifs , les magafins , les dépôts de marchandifes,
dix mofquées , & environ 3,000
maiſons font devenues la proie des flam,
mes.
De Francfortfur le Mein , le 30 Août.
On a obfervé à Leipzick , qu'au mois de
juin le thermomètre de Fahrenheit étoit
monté, pendant dix jours , à midi , de 80
à
94 degrés , & pendant vingt jours , au
mois de juillet , à 79 , 83 , 87 , 94 & 56
degrés. La récolte des bleds a été commencée
cette année le 17 juillet. - Suivant
les mêmes lettres de Saxe , les troupes
commencent à fe rendre entre Dreſde
& Pilnitz , & les manoeuvres doivent commencer
dans les premiers jours du mois
prochain.
t
Des lettres particulières de Vienne, annoncent
qu'à l'affaire du 7 de ce mois
( 69 )
près de Schupanek , non - feulement on a
perdu 13 canons , les 'magafins , les bagages
, la caiffe , dans laquelle il fe trouvoit
32,000 florins , mais que le nombre
d'Autrichiens tués a été d'environ 4,000
hommes , parmi lefquels 8 Capitaines &
13 Lieutenans. Le régiment de Vins , Infanterie
, a été fi maltraité , qu'il n'en eft
échappé que 50 hommes . Un état , en date
du ro de ce mois , fait monter à 30,000
les malades dans les divers Corps d'armée
de l'Empereur.
Le bruit court qu'un Corps de 25,000
Turcs , venus de Jaffy , a attaqué le
Corps combiné de Ruffes & d'Autrichiens
devant Choczim , & l'a forcé de lever
le tiége : on a ajouté que la garnifon ayant
fait en même temps une fortie , avoit détruit
toutes les nouvelles batteries des affiégeans
; mais cette nouvelle , fans date
& fans autorités , ne mérite pas de confiance
.
La Princeffe héréditaire de Saxe- Cobourg
eft accouchée à Cobourg , le 7 de
ce mois , d'une Princeffe , qui a été nommée
au baptême Marianne- Charlotte.
Le 31 juillet , on a célébré à Hachenbourg
le mariage du Prince héréditaire
Frédéric de Naffau- Weilbourg avec la Comreffe
Louife- lfabelle de Kirchberg.
L'épizootie fait des ravages parmi les
( 70 )
bêtes à corne , dans le Palatinat , l'Evêché
d'Eichftedt , & aux environs de Nuremberg.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 2 Septembre.
Le 28 du mois dernier , on expédia du
Bureau d'Allemagne à St. James , des dépêches
adreffées aux Seigneurs de la Régence
de l'Ele&torat d'Hanovre. D'autres
meffagers font partis pour Berlin & pour
Copenhague de cette adivité du Cabinet
, on augure des négociations importantes
, dont le temps éclaircira la nature .
Le Parlement d'Irlande , qui avoit été
prorogé au mardi 19 août , l'a été de nouveau
au mardi 4 novembre prochain.
Le Swallow eft parti , le 24 août , de
Falmouth pour les Indes orientales. Ce
bâtiment a attendu près de trois mois les
dépêches dont il eft porteur.
On vient d'arranger dans le Public les
remuemens fuivans parmi le Corps Diplomatique
. M. Robert Lifton , Secrétaire
d'Ambaffade à la Cour de Madrid , paſfera
, dit-on , en Suède , avec la qualité
d'Envoyé Extraordinaire , à la place du
Chevalier Thomas Wroughton , mort l'année
dernière. M. Daniel Hailes , Sécré(
71 )
taire d'Ambaffade & Miniftre Plénipotentiaire
à Paris , fuccédera à M. Whitworth,
comme Envoyé Extraordinaire à la Cour
de Varfovie.
M. Charles Whitworth , Miniftre Plénipotentiaire
à Varsovie , paffera à Péterfbourg
, avec la qualité d'Envoyé Extraor
dinaire. Le Lord Robert Fitzgerald, frère
du Duc de Leinfier , ira remplacer à Paris
M. Hailes , avec la qualité de Secrétaire
d'Ambaffade .
La valeur des cargaifons des vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , le Queen ,
le Francis , le King - George & la Princeffe
Royale , rentrés en dernier lieu en Angleterre
, eft eftimée 48 lacques de roupies
( environ 500,000 liv. fterl . ) . Rarement
les expéditions de l'Inde en Europe font
arrivées, auffi nombreuſes , à auffi peu de
diftance. La Princeffe Amélie , autre bâtiment
de la Compagnie , a jeté l'ancre aux
Dunes famedi dernier. On a calculé que
cette fociété marchande avoit a&tuellement
dans les magafins près de 2,500,000
liv. ft . en marchandifes arrivées depuis
trois mois. Elle attend encore trois navires
, dont les retours éleveront l'impor
tation de cette année à près de 3 millions
fterlings .
6. Les dépêches de l'Amiral Elliot , qui
commande la ftation de Terre-Neuve ,
( 72 )
t
portent que plus de 200 bâtimens avoient
déja completté cette année leurs chargeinens
, & qu'il s'en trouvoit encore un
pareil nombre prêt à mettre à la voile.
•
Le projet envoyé de Québec , par le
Lord Dorchefter, pour former deux nouveaux
établiffemens dans le Canada , près
des lacs Brigon & Carleton , qui feroient
peuplés de malfaiteurs condamnés à la
tranſportation , déchargeroit les vaiffeaux
fervant de prifons dans les ports , & les
prifons de la Métropole ou des Provinces .
*La faifon d'été eft a&tuellement fi avancée ,
qu'il ne fera pas poffible d'entreprendre un
voyage auffi dangereux & auffi long que
celui de la Baie Botanique , avant le printemps
prochain.
M. Horne-Tooke , dont nous avons déja
parlé , & que tout le monde connoît par
la part qu'il eut aux difputes du moment ,
lors de la publication des lettres de Junius &
de l'affaire de M. Wilkes , Défenfeur de la
caufe des Infurgens , en 1776 , & enfermé
à cette époque pour quelques phraſes qui
furent caractérisées de libelle , Auteur de
divers ouvrages très- courus , entre autres
des diverfions de Purley , & d'une lettre
vraiment originale fur le mariage du Prince
de Galles avec Mme. Fitz Herbert , s'eft
fignalé de nouveau par la chaleur avec laquelle
il a pris les intérêts de Lord Hood ,
durant
( 73 )
durant l'Election de Weftminster . Quelques
perfonnalités très -vives , entre lui- &
M. Fox , dans les papiers publics , ont
donné lieu à un nouveau pamphlet de
M. Horne- Tooke , fous le titre des deux
paires de Portraits . Les originaux de certe
peinture contraftante , font , le feu Lord
Holland , père de M. Fox , & le Comte
de Chatham , père de M. Pitt ; enfuite
M. Fox lui - même & le Chancelier afuel
de l'Echiquier. En rapportant les principaux
fragmens de cet Ecrit , nous ne les
donnerons pas comme des modèles de
juftice ; mais ce parallèle , tout partial
qu'il eft , a des traits de force et de vérité ,
qui ne feront pas indifférens à la curiofité
de nos Lecteurs.
WILLIAM PITT , fecond
fils du Lord CHATHAM , De conduite & de prin-
CHARLES JAMES Fox ,
fecond fils du Lord
HOLLAND .
Tous deux Membres des
Communes.
cipes diamétralement
oppofés.
Tous deux héritiers préfomptifs
de la Pairie .
Tous deux fuivant les exemples & les leçons de
leurs pères :
Virtutem ex hoc verumque laborem :
fortunam ex illo.
Fox.
Entré de bonne heure
fur le théâtre de la focié
PITT.
Suivantde bonne heure
l'étude pénible des loix &
té , dans les Clubs con- de la conſtitution de fon
facrés au jeu , & c. pays .
No. 37, 13 Septembre 1788. d
( 74 )
Fox.
PITT.
S'attachant à fa labo-
?
A peine adolefcent ,
introduit dans le Parle- rieuſe profeffion du barment
, & rapidement éle- reau ; quoique fans forvé
( quoiqu'il eût une tune refufant tous les
grande fortune) au pofte poftes qui lui étoient oflucratif
de Lord de l'A- ferts par les deux partis
mirauté . D'accord & en de l'adminiſtration , &
confédération avec Lord fermant l'oreille aux fol-
North , ainfi qu'avec ces licitations de M. Fox &
hommes qui ont perfé- des autres .
' cuté & enfin détaché
l'Amérique de la Mère-
Patrie , & qui , par leurs
principes defpotiques
par leur conduite inconf
titutionnelle , par leurs
profufions corruptrices ,
ont caufé tous nos malheurs
paffés , & néceffité
les impôts qui furchargent
la nation..
2
Par une fréquentation Par un choix d'accord
journalière & conftante avec fon caractère , il
des Clubs & des Taver- a follicité & obtenu une
nes , durant longues an- place glorieufe & ftable
nées ; par le bruit , par au Parlement , pour l'Ules
clameurs , les violen- niverfité de Cambridge
ces de parti , l'intrigue , qui le révère, & qui l'aime
les billets à la main , les comme un fils qu'elle a
harangues à la populace , élevé,
& par toutes les baffes
menées qui ont trop fouvent
lieu dans les élections
populaires , il a obtenu
& s'efforce de retenir une
place à Weftininfter.
( 75 )
Fox . PITT.
Ses ennemis lui repro- Ses ennemis lui reprochent
( & nus efpérons chent ( fauffement , nous
que c'elt fans fondement) le craignons ) des excès
un excès ( digne certaine de fobriété & de cón,
ment d'un blâme raiſon- tinence .
nable ) , celui du jeu ,
la débauche , & c.
?
Si cette accufation étoit Si cette accufation étoit
vraie, l'exemple des fuc- vraie , quelque chofe qui ,
cès du coupable devien- pût y avoir donné lieu
droit funefte au Public , l'exemple de fes fuccès
qu'il auroit chargé des fero't utile au Public Lui
frais de fes plaifirs , con- feul y perdroit & en ſoufduite
vraiment répréhen- friroit ; en un mot , il
fible. feroit à plaindre , & nom
à blâmera
Ses amis l'excufent fur Ses ennemis ont monfa
jeuneffe, fur le mauvais tré le.. plus de violence
exemple , fur les mau- contre lui , quand ils n'avaifes
compagnies , vues voient à lui objecter que
de bonne heure ; c'est en fa jeunesse. Cette même
effet la feule chofe qu'ils jeuneffe , la feule excufe
puiffent alléguer pour qu'on ait alléguée , de la
faire pardonner fa con- mauvaife conduite reconduité
dans les premières nue de l'un , eft le feul
années de fa vie politique: grief avancé par les mêmes
perfonnes , comme ſuffifant
à ternir la bonne conduite
de l'autre.
Avec fa feule vertu &
Il s'efforce , par toutes
les petites adreffes de la fes principes de bien pu
rufe & de l'intrigue, d'ef- blic , il ofe . ( comme ,fon
facer du coeur des ci- pèrel'avoit déclaré nobletoyens
tous les motifs & ment avant lui) regard rem
les principes du bien pu- face les plus org.cilleufes
blic , pour y fubftituer affociations de cepays. ;
dij
( 76 )
Fox.
l'efprit de parti , de cabale
, d'intérêt perſonnel,
ou de famille.
Ses ennemis lui reprochent
de fuivre trop à la
lettre fes principes originels
, & de copier trop
fervilement la conduite
de fon père.
PT.
Quand fes ennemis
veulent lui faire les reproches
les plus fanglans, ils
donnent à entendre , &
voudroient perfuader
qu'il a quitté fes principes
originels , & rejeté
loin de lui l'exemple &
les ufages de fon père.
&
"
Il a vendu à M. JEN- Il a refufé de s'appli-
KINSON * la place inutile quer la place de Garde
& fans occupations ( S- des Parchemins en Annecure
) de Garde des gleterre , place de 3000
Parchemins Clerck of liv. fterl. de revenu ,
the Pells ) en Irlande , d'un grand crédit : il y a
place de 3000 liv . fterl .
dont le feu Lord Holland,
fon père , lui avoit procuré
la furvivance ; il l'a
vendue pour avoir de
l'argent comptant.
Intime de Lord North,
en CHARGE avec lui , il
nommé le Colonel Barré,
pour épargner à la nation
une penfion de 3000 liv
fterl. garantie à cet Offcier
, à la follicitation de
M. Fox , dans une adminiftration
où M. Pittn'étoit
rien , tandis que M.
Foxyrempliffoit la place
de Secrétaire d'état.
Il reconnoît dans le
peuple une voix diſtincte
* M. Fox a échangé cette place contre une penfion
annuelle de 1700 liv. fterl. qui doit durer 31 ans;
parce qu'une penfion pour un fi long terme certain
eft beaucoup meilleure & plus inégociable qu'un e
rente viagère , plus confidérable , mais plus in
certaine.
( 77 )
<
f
Fox .
PITT.
déclare à grands cris dans de celle du Parlement ; &
la Chambre des Commu- quand deux factions opnes
, que le peuple n'a de pofées fe furent réunies
voix que dans l'intérieur par leur corruption &
de Weſtminſter. leur infamie réciproque ,
I fe demande pour former dans le Par
qu'eft-ce que le peuple ? lement une majorité qui
" & répondc'eft le fe propofoit de maîtrifer
>> Parlement !» Hors de le Roi & le peuple , il fit
charge , & toujours lié un appel honorable, confavec
le même Lord North, titutionnel & efficace à ce
il harangue tous les jours peuple, auquel il reconla
populace du haut de noît le droit de faire en-
Famphithéâtre , & s'ef- tendre fa voix hors de la
force d'étouffer , par les Chambre des Commuclameurs
d'une canaille nes : par l'appui réciprofoudoyée
, la voix & les que que fe prêtent le Roi
décisions du peuple & du & le peuple , combinés ,
Sénat. comme ils devroient toujours
l'être pour leurs intérêts
mutuels , il foutient
dans tout fon éclat
l'autoritéfalutaire du Sou
verain , & maintient les
droits conftitutionnels de
la nation contre les attein .
tes qu'on voudroit leur
porter.
Auteur , inftigateur , Blâmé par M. Fox ,
complice , & , jufqu'à ce parce qu'à l'élection conjour
, défenfeur de l'élec- teftée pour Westminster,
tion du Colonel Lut- où l'on vit 5098 votes
trell pour le Comté de pour Sir Cécil Wray , &
Middleffex. Alors il pré- 6233 pour M. Fox , ce
tendit avec chaleur en qui ne faifoit qu'une ma-
Parlement , & décida con- jorité de 235, fur un total
dij
( 78 )
-Fox.
PITT.
tre tome juſtice , que de 12231 , M. Pitt fanles
votes de deux mille tint qu'il falloit examiner
qeatre-vingt- feize Francs la légalité des votes des
Tenanciers donnés au- deux côtés , étant d'avis
refois auColon. Luttrell, que l'injure faite aux Elecdevoient
prévaloir pourle teurs réels eft la même ,
faire fiéger en Parlement foit qu'on décide (comme
comme Repréfentant de dans le cas de Middlefex)
Middleſex , contre les qu'une minorité évidente,
votes de onze mille qua- & qui ne prend pas la
rante-trois Francs- Tenan- peine de fe déguifer , fera
ciers , qui, en trois diffé- l'élection ; foit qu'on perrentes
élections , avoient mette à des fauffaires de
donné leurs fuffrages à donner, par des voix fu-
M. Wilkes.
•
Sans principes avoués,
fans but connu il s'eft
déclaré pour un parti , &
en a fouvent changé.
breptices , une honteufe
majorité , & d'échapper ,
par des chicanes & des délais
prorogés à deffein ,
à tous les moyens employés
pour les découvrir .
Il s'eft déclaré pour
des principes , fans pourtant
attaquer perfonne
en particulier ; & ces
principes , il s'y eft religieufement
attaché.
Trois fois en liaifon Jamais lié avec Lord
avec Lord North , & North, ne partageant japartageant
avec lui l'ad- mais avec lui , comme M.
miniftration , & deux Fox , l'odieux , le crime ,
fois en oppefition à ce ou le profit , ne fe mêmême
Lord. De forte Jant en rien de fon admique
, fuivant les déclara- niftration ni de fes printions
publiques de M.Fox cipes ; mais auffi jamais
Lord North a été à deux l'accufateur de Lord
différentes reprifes un North, ni fon défenfear.
( 79 )
Fox.
PITT.
étourdi,un Miniftre crimi- Réprouvant fa conduite ,
nel, qui mit de por- il est vrai, mais épargnant
ter fa tête fur l'échafaud ; fa perfonne. Tropinftruit
M. Fox confentoit à être & trop honnête pour apdéshonoré
, fi jamais il ſe pliquer à fes principes ce.
lioit avec lui , ou qu'on précepte inimicitia brel'y
trouvât tête - à - tête ves, qui n'a rapport qu'aux
dans une Chambre ; & à individus , & à des fautes
trois autres reprifcs , ce légères . Car quelle liaimêine
homme eft fon fon peut- il jamais y avoir
cher & honorable ami , entre la lumière & les téavec
lequel il veut com- nèbres ? Ne jamais fe
battre & mourir , digne trouver en liaiſon avec
des plus hautes places de Lord North ou avec M.
l'Etat , & au moins de Fox , c'eft une chofe que
partager la nomination M. Piti n'a jama's proaux
places, & lepillage de mife, ni eu befoin de prola
nation .
En coalition avec Lord
mettre , pas plus qu'iln'a
déclaré, nin'aeu befoin da
déclarer , qu'il ne commettroit
jamais d'affaifinat
: action dont il eft
incapable , & que nous
ne craignons pas de fa
part.
Il s'expofe à perdre fa
North,il cabale au moyen place & la faveur du peud'une
majorité factieufe p'e, pour lever les fubfidans
le Parlement , pour des néceffaires , & pour
prévenir le Bill de mu- mettre de nouvelles taxes .
tinerie , & empêcher les Vu de mauvais cell par
fubfides qu'exigent les be la multitude , il eft confoins
de la Nation , afin traint de le faire , pour
que la détreffe & le danger tirer les finances & le
des affaires nationales , crédit national du péril,
foit au dedans,foit au de- & les fauver de la ruine
div
( 80 )
Fox.
PITT.
hors , par le manque d'ar- ( autrement inévitable )
gent , de crédit & de dé- qu'entraîneroient la dette
fenfe contre les ennemis énorme & les arrérages
étrangers , puiffent forcer contractés par LordNorth
le Rei & le peuple à ad- & fa faction.
mettre nos ennemis domeftiques
, Fox, North &
leur faction , dans tous les
En dépit de toutes les
poftes lucratifs de l'Etat.
Engagé dans une tentaive
fans fruit , & même oppofitions factieufes,par
impoffible , pour élever les une réforme économique
finances de fon parti jufqu'au
niveau de fon incroyable
profufion , & de
fa prodigalité fans borne,
des abus dans la dépenfe ,
ainfi que par une perception
active & éclairée, il a
réuffi à élever les revenus
de la Nation , tellement
au-deffus de ce qu'exigent
fes befoins modérés, qu'il
eft en état d'appliquerune
partie de l'excédent à l'extinction
de la dette nationale
, & cependant de renir
le pays dans un état
de défenſe fi formidable,
qu'il le met à l'abri de
toute infulte & de toutes
menaces de la part
de l'ennemi.
La fuite à l'ordinaire prochain.
( 87 )
FRANCE.
De Verfailles, le 3 Septembre.
Les Prévôt des Marchands , Procureur
du Roi & Echevins de la ville de Paris ,
fe font rendus à Meudon , le 23 du mois
dernier , & ont eu l'honneur de préfenter ,
fuivant l'ufage , à Monfeigneur le Dauphin ,
fes premières armes , confiftant en une
épée , un fufil & deux piftolets . Les
ornemens de ces armes font en or , &
ont été exécutés par M. Augufte , Orfèvre
ordinaire de Leurs Majeftés.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Lieu-
Dieu , en Jard , Ordre de Prémontré ,
Diocèfe de Luçon , l'Evêque de Luçon ;
à celle de Jumieges , Ordre de S. Benoît
Diocèfe de Rouen , l'Abbé de Loménie ,
Agent du Clergé , Vicaire - général de
Sens ; à celle des Alleuds , même Ordre ,
Diocèfe de Poitiers , l'Abbé de Villedon
Vicaire- général de Noyon , fur la nomination
& préſentation de Monfeigneur
Comte d'Artois , en vertu de fon Apanage ;
à l'Abbaye régulière de Salival , Ordre
de Prémontré , Diocèſe de Metz , le fieur
Etienne , Prieur de l'Abbaye de Genlis ,
même Ordre ; & à celle de Ligueux
Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Périgueux
, la dame de Saint- Aulaire du Padv
( 92 )
villon , Religieufe profeffe de la même
Abbaye .
M. Albert , à qui le Roi a bien voulu
accorder la place de Confeiller d'Etat &
au Confeil des dépêches , vacante par la
mort de M. Berthier de Sauvigny , a eu,
le 31 du mois dernier , l'honneur d'en
faire fes remerciemens à S. M. , étant préfenté
par M de Lamoignon , Garde- des-
Sceaux de France.
I
Le 1er. de ce mois , la députation des
Erats de Languedoc , compofée , pour le
Clergé, de l'Evêque de Comminges ; pour
la Nobleffe , du Comte d'Avéjan ; & de
MM. Trinquelaigues & Defchadenèdes ,
pour le Tiers -Etat ; & du Baron de Puymaurin
, Syndic -général des Etats , a eu
une audience du Roi. Elle y a été conduite
par M. de Watronville , Aide des céré
monies , & préfentée par le Comte de
Caraman , Lieutenant- général de la Province
de Languedoc , & M. de Villedeuil ,
Secrétaire d'Etat , ayant le département
de cette Province . L'Evêque de Comminges
a porté la parole . La Députation
a eu enfuite audience de la Reine & de
la Famille Royale.
De Paris , le 10 Septembre.
Dans fon Affemblée du 12 août
l'Académie Royale des Infcriptions &
( 83 )
·
Belles Lettres a élu M. Ameilhon , Penfionnaire
de cette Société favante , à la.
place vacante par la mort de M. de
Rochefort , dans le comité chargé par le
Roi de travailler fur les manufcrits de fa
Bibliothèque.
On mande de Marfeille qu'un de nos
bâtimens étoit parti de la Canée pour
Conftantinople , ayant à bord quelques
Turcs & une cargaifon qui leur appartenoit.
Un Corfaire , portant pavillon
Ruffe , attaqua ce bâtiment , le prit , & le
conduifit dans le bras de Magna en Morée.
M. de St. Félix, qui commande dans ces
mers la frégate du Roi la Pomone , inftruit
de cet évènement , fit voile vers Magna ,
& y réclama le bâtiment François , ainfi
que le Corfaire qui s'en étoit emparé :
on lui refufa ce dernier. Cependant une
corvette & un bricq du Roi étant furvenus ,
les Capitaines déterminèrent d'enlever à
force ouverte le Corfaire , après avoir
éprouvé un fecond refus de montrer fes
lettres de marque ; à cet effet , 72 hommes
avec quelques Officiers mirent en mer dans.
des chaloupes , & le bricq s'approcha
affez de la côte pour la balayer avec fon
canon; le Corfaire mit auffi du canon à
terre , & il s'engagea une action pendant
laquelle les chaloupes vinrent à bout
d'enlever le bâtiment prétendu Ruffe . Le
dvj
( 84 )
combat dura 4 heures ; nos chaloupes
reçurent une fufillade de plus de 1200
coups , où nous eûmes 36 hommes tant
tués que bleffés , parmi lefquels on compte
un Officier tué , & 3 bleffés , ainfi qu'un
élève de la Marine : le bâtiment a été
conduit à Smyrne . On ajoute que les
bleffures font d'autant plus dangereufes
que les balles étoient mâchées .
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 6 Septembre 1788 .
Le Roi de Suède , écrit - on de Stockholm ,
en date du 20 août, a fait prendre une nouvelle
pofition à fon armée, & l'a poftée de
l'autre côté de la rivière Kymène . Le
vaiffeau de ligne , le Guftave Adolphe
ayant été avec quelques frégates en
reconnoiffance ,aux environs de Sweaborg,
aperçut l'efcadre de l'Amiral Greigh; dans
fa retraite , il toucha un bas -fond, & échoua :
les Ruffes , qui avoient l'avantage du vent,
s'en approchèrent , firent l'équipage prifonnier
de guerre , & mirent le feu au
vaiffeau. On attend tous les jours des nouvelles
de l'efcadre qui étoit prête à fortir
de Sweaborg.
Le Stadthouder & fa Famille , partis de
la Haye pour une tournée dans les Provinces
de Hollande & de Gueldres , font
( 85 )
arrivés de Zaandam , le 2 , à Amfterdam
, où ils ont été reçus au bruit du
canon & aux acclamations d'une immenfe
multitude . L. A. S. & R. ont vifité tout
ce que la Ville offre de remarquable , &
trois jours après leur entrée , elles ont
continué leur voyage vers la Gueldres,
On a parlé plus haut ( art . Copenhague )
des plaintes portées par l'Ambaffadeur de
Suède , des facilités accordées aux Ruffes
fur les côtes de Danemarck , de faifir
& d'amener dans les ports de ce Royaume
les prifes Suédoifes. La Note que voici ,
remife au Comte de Bernflorff, par le
Miniftre Suédois , établit la juftice de cette
réclamation :
Le fouffigné , Ambaſſadeur - extraordinaire de
Suède , ayant reçu les rapports des Confuls du Roi ,
comme quoi , depuis l'arrivée de l'efcadre Ruffe fur
la rade d'Elfeneur , il s'y eft établi une forte de
piraterie fous le canon de Cronenbourg , qui , en
outrepaffant les droits de la guerre d'une manière
indécente & inouie , renferme en même temps la
violation la plus manifefte & la plus fenfible du territoire
de S. M. Danoife. L'Ambaffadeur ne peut
s'empêcher de réclamer de la juftice comme de la
dignité de S. M. qu'Elle faffe veiller à l'avenir avec
plus d'exactitude fur le maintien de fes propres :
droits , & de ceux dont elle doit la protection aux
fujets commerçans de toutes les Nations , qui étant
en paix avec elle , devoient s'attendre d'autant plus .
à jouir chez Elle de bienfaits & d'une sûreté
parfaite , qu'ils lui et offrent tous les ans une
reconnoiffance particulière. En même temps l'Am(
86 86 ))
baffadeur a l'honneur de repréſenter au Miniſtre de
S. M. Danoife, la néceffité de faire inftruire au plus
tôt le procès, foit parle Tribunal nommé de la Marine
, ou par une commiffion particulière ,
à
l'égard des prifes Suédoifes qui ont déja été
faites & amenées ici : néceffité d'autant plus urgente
, que le traitement qu'on apprend être fait
aux équipages Suédois à bord des vaiffeaux de
guerre Rufles , follicite leur délivrance avec un
intérêt qu'on n'auroit pas cru, être dans le cas
de plaider dans un fiècle dont l'humanité fait le
plus beau caractère. L'Ambaffadeur connoiffant
l'exactitude avec laquelle , dans les Tribunaux de
S. M. Danoife , on foutient les titres & non les
protections des Parties , eft fort éloigné de rien
mander au-delà de la plus parfaite juftice. Qu'on
examine les faits avec leurs circonftances , que .
les témoins foient entendus , qu'on rapproche
ces difpofitions de la loi générale du droit des
gens ( à laquelle les Puiffances du Nord ont donné
une fanction plus particulière dans leur convention
de l'année 1780 , ) des loix particulières qui
font en vigueur dans les Etats de S. M. Danoife,
& de ce droit coutumier , enfin , qui n'eſt
Fas moins facré , parce que toutes les Nations y
appellent mutuellement , & les Sujets du Roi de
Suède obtiendront ce qu'on ofe réclamer pour
eux , de nouvelles preuves de cette équité dont
l'échange eft devenu l'heureufe habitude des deux
Nations , & dont l'obfervation la plus fcrupuleufe
eft toujours fi effentielle entre des Nations voifines.
En conféquence de ces principes & de ces
ufages , l'Ambaffadeur doit fe réſerver avant tout ,
qu'il ne foit procédé à la vente des prifes Suédoifes
, avant le procès inftruit & fini , qui feul
doit conftater fi elles font bonnes ou illégales..
Son Excellence , M. le Comte de Bernstorff, recon(
87 )
noîtra fans doute , dans cette repréſentation , le
même efprit de modération & d'équité qui caractérife
toutes celles qui lui ont été faites au
nom du Roi de Suède , aimant mieux fe facrifier
tout entier pour foutenir fes droits , lorfqu'ils font
attaqués , que d'impofer des facrifices à fes amis.
S. M. même , dans le moment le plus critique
de fon règne , fe borne à demander au Roi , fon
beau-frère , que le maintien des principes les plus
univerfels , qui font d'autant d'intérêt pour S. M.
Danoife , Elle-même , laiffe à fes ennemis la peine
indifcrette d'importuner fa bonté , jufqu'à vouloir
enfreindre la justice.
A Copenhague , le 10 Août 1788.
Signé , J. W. SPRINGPORTEN.
Dernièrement encore , les Croiſeurs du
Vice- Amiral Ruffe Defin fe font de nouveau
emparés de cinq petits navires Suédois
chargés de fel & de bled; mais cet Officier
a perdu un de fes vaiffeaux de tranſport
nommé le Kilden , que trois frégates
Suédoifes ont conduit à Maſterlanc .
Nous annonçâmes dans le temps la
fignature d'un Traité de Commerce entre
le Portugal & la Ruffie le 2
v. st.
décembre
1787. Il a été ratifié le 2 juin dernier , &
20 n.st.
18
vient d'être rendu public , tel qu'il fuit :
Au nom de la Très -Sainte Trinité.
Sa Majetté Très- Fidelle , la Reine de Portugal ,
& S. M. l'Impératrice de toutes les Ruffies , également
animées du défir d'encourager la navigation
,
le commerce & l'induftrie de leurs fujets ,
ont réfolu de conclure entre Elles , leurs fujets ,
Etats & Domaines refpectifs , un traité d'amitié ,
de navigation & de commerce ; & c'eſt dans cette
( 88 )
vue qu'Elles ont choifi & nommé pour leurs Plénipotentiaires,
favoir , S. M. Très - Fidelle , la Reine
de Portugal , le fieur Francois-Jofeph d'Horta Machado
, de fon Confeil , fon Miniftre- Plénipotentiaire
auprès de S. M. l'Impératrice de toutes les
Ruffies , & Chevalier de l'ordre de Chrift ; & S.
M. l'Impératrice de toutes les Ruffies , le fieur Jean,
Comte d'Ofterman , fon Vice- Chancelier , Confeiller
- Privé actuel , Sénateur & Chevalier des
Ordres de Saint-André , de St Alexandre- Neuvski ,
Grand-Croix de celui de Saint Wolodimér , de la
première claffe , & de Sainte Anne ; le fieur
Alexandre , Comte de Worontzow , Confeiller-
Privé actuel , Sénateur , Préfident du Collège de
commerce , Chambellan' actuel , Chevalier de
l'Ordre de Saint Alexandre Neuvsky , & Grand-
Croix de celui de Saint Wolodimer , de la première
claſſe ; le fieur Alexandre , Comte de Bezborodko,
Premier Maître de fa Cour , Confeillet- Privé
, Directeur- Général des Poftes , Chevalier de
P'Ordre de Saint Alexandre- Nevsky , & Grand-
Croix de celui de St. Wolodimer , de la première
claffe ; & le fieur Arcadi de Marcoff, Confeiller
d'Etat actuel , Membre du Coliége des Affaires
Etrangères , & Grand-Croix de l'Ordre de St. Wolodimer
, de la feconde claffe : lefquels Plénipotentiaires
, après s'être refpectivement communiqué
leurs pleins-pouvoirs , font entrés en conférence ;
ayant mûrement difcuté la matière , ont conclu
& arrêté les Articles fuivans :
&
ART. I. Il fubfiftera entre Leurs Majeftés , la
Reine de Portugal , & l'Impératrice de toutes les
Ruffies , leurs Héritiers & Succeffeurs de part &
d'autre, ainfi qu'entre leurs fujets , une paix perpétuelle
, bonne intelligence & parfaite amitié ;
auquel effet les deux Puiffances contractantes s'engagent
, tant pour Elles que pour tous leurs fajets
( 89 )
fans exception , de fe traiter réciproquement en
bons amis dans toutes les occ fions , tant par mer
qué par terre & fur les eaux douces , & d'éviter
non-feulement tout ce qui pourroit tourner au pré
judice des uns ou des autres , mais de s'ent ' aider
mutuellement par toutes fortes de bors offices ,
fur-tout en ce qui concerne la navigation & le
commerce .
II. Les fujets Portugais jouiront en Ruffie d'une
parfaite liberté de confcience , conformément aux
principes d'une entière tolérance qu'on y accorde
à toutes les religions ; ils pourront I brement s'acquitter
des devoirs & vaquer au culte de leur re
ligion , tant dans leurs propres maifons , que dans
les églifes publiques qui y fort é ablies , fans
éprouver jamais la moindre difficulté à cet égard.
à cet
Les fujets Ruffes ne feront de même jamais
troublés ni inquiétés en Portugal par rapport à
leur religion , & l'on obfervera envers eux ,
égard , ce qui fe pratique avec les fujets des autres
nations , d'une communion différente , particulièrement
avec ceux de la Grande- Bretagne.
III. Leurfdites Majeftés s'engagent mutuellement
de procurer aux fujets refpectifs de l'une &
de l'autre toutes les facilités , affiftance & protection
néceffaires aux progrès de leur commerce réciproque
, & fur tout de la navigation directe entre
les deux états dans tous les lieux de leur domination
, où la navigation & le commerce font ac
tuellement , ou feront à l'avenir permis à d'autres
nations Européennes . Mais dans tous les cas où
le préfent Traité n'aura pas ftipulé quelques exemptions
ou prérogatives en faveur des Sujets refpectifs
, ils devront fe foumettre pour leur commerce
tant par mer que par terre , & fur les eaux
douces , aux tarifs des douanes , ainfi qu'aux lois
coutumes & réglemens de l'endroit où ils fe trouveront.
( 90 )
IV. Dans tous les ports des Etats refpectifs
dont l'entrée & le commerce font ouverts aux nations
Européennes , les Hautes Parties contractantes
auront réciproquement le droit d'établir des
Confuls & Vice-Confuls pour l'avantage de leurs
fujets commerçans ; lefdits Confuls Généraux ,
Confuls & Vice-Confuis y jouiront de toute la
protection des Lois ; & quoiqu'ils n'y pourront
exercer aucune forte de Jurifdiction , ils pourront
néanmoins être choifis , au gré des parties , pour
arbitres de leurs différends ; mais il fera toujours
libre aux mêmes parties de s'adreffer par préférence
au Tribunal deſtiné pour le commerce , au
à d'autres Tribunaux , auxquelsles mêmes Confuls
Généraux , Confuls & Vice- Confuls , en tout ce
qui concerne leurs propres affaires , feront également
fubordonnés , & ils ne pourront jamais être
choifis parmi les fujets nés de la Puiſſance chez
laquelle ils doivent réfider , à moins qu'ils n'ayent
obtenu une permiffion expreffe de ladite Puiffance
de pouvoir être accrédités auprès d'Elle en cette
qualité.
V. Les fujets des deux Puiffances contractantes
pourront , dans les Etats refpectifs , s'affembler avec.
leur Conful en Corps de Factorerie , & faire entr'eux,
pour l'intérêt commun de la Factorerie , les arrangemens
qui leur conviendront , en tant qu'i's
n'auront rien de contraire aux lois , ftatuts ou réglemens
du pays , ou de l'endroit où ils feront
établis.
VI. Les fujets commerçans des deux Hautes
Parties contractantes payeront pour leurs marchandifes
, dans les Etats refpectifs , les douanes &
autres droits fixés par les tarifs actuellement en
force , ou qui exifteront à l'avenir ; mais afin que
leur commerce foit de plus en plus encouragé ,
on eft convenu de part & d'autre de leur accorder
les avantages fuivans :
( 91 )
1º. « De la part de la Ruffie : que les Sujets
» Portugais pourront acquitter les droits de Douane,
» dans toute l'étendue de l'Empire Ruffe , en mon-
» noie courante de Ruffie , en évaluant la rixthaler
à 125 copecs , fans être Tujétis à les payer
» comme ci -devant , en rixthalers effectives , en
2
exceptant feulement la ville & le port de Ri-
» ga , où , felon la teneur des ordonnances actuel-
» lementen force , les fujets Ruffes , eux- mêmes
» doivent payer les droits de Douane , pour
» toute efpèce de marchandifes , en rixthalers
" effectives. -2 ° Tous les vins du crû du Por-
» tugal , des Ifles de Madère & des Açores , im-
» portés en Ruffie fur des bâtimens Portugais ou
» Ruffes , & pour compte de fujets Portugais ou
» Ruffes , ne paieront de droits d'entrées que
» quatre roubles & cinquante copecs par barri
» que de fix ancres ; mais les uns & les autres
» re pourront jouir de cet avantage , qu'en pro-
» duifant des certificats du Conful de Ruffie , &
» à ſon défaut , de la douane , ou du Magiftrat
» de l'endroit d'cù lefdits vins auront été expé-
» diés , qui conftateront qu'ils font véritablement
» du crû des endroits fufmentionnés , & pour
» compte des fujets Portugais ou Ruffes. Quant
» aux vins fufmentionnés qui feront importés en
» Ruffie fur d'autres navires étrangers , on s'en
» tiendra à ce que le tarif général prefcrit à ce
» fujet. 3°. S. M. l'Impératrice de toutes les
» Ruffies , confent que les navires Portugais puif-
»fent importer chaque année à Riga & à Revel ,
» pendant la durée du préfent traité , fix mille
» laftes de fel du Portugal , en ne payant , pour
» cette denrée , que la moitié des droits de douare
» fixés par les Tarifs qui exiftent , ou qui exifte-
" ront à l'avenir dans lefdits ports ; mais s'ils en
» importent une plus grande quantité , i's paie-
--
( 92 )
ront, pour le furplus , les droits de douane,
» en entier , fans aucune diminution . Au refte ,
les navires Portugais ne jouiront de cet avan-
» tage qu'à condition de produire des certificats
» en dûe forme , qui prouvent que ledit fel eft
» véritablement du crû du Portugal , qu'il en a
été exporté directement fur des navires Portugais
, & pour le compte des fujets Portugais ou
» Ruffes . Mais fi , par les relevés de douane , il
» étoit prouvé que la quantité privilégiée de fel
» importé dans les deux ports de Riga & de Re-
» vel , enſemble , eût excédé , dans le courant de
» la même année , les fix mille laſtes convenus
» (ce qui feroit contre l'efprit du traité ) les deux
» Cours prendront entre Elles des arrangemens ,
» afin qu'un pareil abus n'ait pas lieu par la
» fuite.
2
" -VII. En réciprocité des fufdites concef
» fions , S. M. Très-Fidelle accorde aux fujets de
» la Ruffie les avantages fuivans :
» 1°. Les Négocians Ruffes , établis , ou qui s'é-
» tabliront à l'avenir en Portugal , auront la pré-
» rogative d'avoir des Juges Confervateurs fur le
» même pied que cela eft accordé & fe pratique,
»pour la nation Angloife ; mais fi Sa Majesté.
» Très-Fidelle jugeoit à propos de faire un nou-
» veau réglement fur ce fujet , pour tous les
» Commerçans étrangers établis dans fes Etats ,
» fans aucune exception , les fujets Ruffes devront
» auffi s'y foumettre.- 2º. Ils auront auffi le droit
» de s'adreffer à la Junte du commerce , pour.
» leurs affaires mercantiles , où il leur fera rendu
» une prompte & exacte juftice , après la vérifi-
» cation des faits , fans les autres formalités de la
» procédure ordinaire , conformément aux lois &
» ufages qui fe pratiquent parmi les Négocians ;
» & à cet effet S. M. Très-Fidelle accordera , lorf-
» que les cas s'en préfenteront , la jurifdiction né
( 93 )
« ceſſaire à la fufdite Junte duCommerce.— 39. Les
Négocians Portugais ou Ruffes ne payeront que
» la moitié des Droits d'entrée (fous quelque
» dénomination qu'ils puiffent être ) tels qu'ils
» font fixés par les Tarifs & Ordonnances qui
» exiftent actuell: ment , ou qui exifteront à l'a-
» venir en Portugal, fur les productions de Ruffie
» ci-après fpécifiées , lorfqu'elles feront impor-
» tées fur des navires Portugais ou Ruffes , &
» pour compte des fujets Portugais ou Ruffes ;
" favoir , toutes fortes de planches & de bois
» deſtinés à la conftruction des vaiffeaux , les mâts
» y compris ; le chanvre , la graine & l'huile de
chanvre & de lin ; les barres de fer de toutes
» fortes de dimenfions ; les cercles de fer,
y com-
» pris auffi les ancres , les canons , les boulets &
» les bombes ; mais les fujets refpectifs ne joui-
» ront de cette diminution qu'en prouvant ( par
» des certificats en due forme du Conful Por-
» tugais , & à fon défaut de la Douane ou du
» Magiftrat de l'endroit d'où les fufdites mar-
» chandiſes auront été expédiées ) qu'elles font
» véritablement du produit ou de manufactures de
» la Ruffie, & qu'elles font exportées pour compte
» de fujets Portugais ou Ruffes. Ces avantages ne
» feront point accordés à d'autres navires étran
" gers qui importeront en Portugal les fufdites
» marchandifes de la Ruffie , mais l'on s'en tien-
» dra à ce que les Tarifs généraux preſcrivent à
» cet égard.
Ο
"
" 4. Si , pendant la durée de ce Traité , S. M.
» Très-Fidelle accorde aux vaiffeaux d'une autre
" nation une diminution des droits de fortie fur
» les vins , les vaiffeaux Ruffes jouiront auffi de
» cet avantage.fur les vins qu'ils exporteront pour
" les ports de Ruffie.»
VIII. Outre les avantages réciproques ftipulés
( 94 )
par les articles précédens , les Hautes Parties contractantes
ont encore jugé à propos , afin d'encourager
d'autant mieux la navigation directe & le
commerce entre les nations Portugaiſe & Ruffe ,
d'accorder aux fujets refpectifs les prérogatives fuivantes
: S. M T. F. accorde la diminution de la moitié
des droits de Douane fixés par les Tarifs qui
exiſtent , ou qui exiſteront à l'avenir dans ſes
Etats , fur les marchandifes de Ruffie ci-après fpécifiées
, lorfqu'elles feront importées directement
de Ruffie en Portugal ; favoir , les toiles à voile ,
celles nommées Vlaams , ou Flremiſch , Kavendoucs
& Calamandres de lin ; à condition de prow
ver , par des certificats en due forme , que les fufdites
marchandifes font véritablement des produits
de la Ruffie, qu'elles en ont été importées directement
fur des navires Portugais ou Ruffes, & pour
le compte de fujets Portugais ou Rufies.
En réciprocité de ces avantages , S. M. l'Impé
ratrice de toutes les Ruffies accorde la diminution
de la moitié des droits qui exiftent , ou qui exifteront
à l'avenir dans fes Etats , fur les marchandifes
de Portugal ci - après fpécifiées , lorfqu'elles
feront importées directement de Portugal en Ruf
fie ; favoir , l'huile d'olive , l'indigo de Bréfil , &
le tabac du Bréfil en poudre , rouleaux , ou feuilles
, à condition de prouver pareillement par des
certificats en due forme , que les fufdites marchan
difes font véritablement des produits du Portugais
, qu'elles en ont été exportées directement fur
des navires Portugais ou Ruffes , & pour le compte
de fujets Portugais ou Ruffes.
IX. Comme il y a d'autres effets & marchandifés
, auffi -bien de la production & des manufactures
de Portugal & de fes colonies , que de la production
& des manufactures de la Ruffie , & de
fes différens domaines & conquêtes , lefquels
( 95 )
pourront augmenter la navigation & le Commerce
des deux nations , & contribuer à leur avantage
réciproque, S. M. Très-Fidelle, & S. M. Impériale,
prenant cet objet dans leur haute confidération ,-
ont ordonné à leurs Miniftres refpectifs d'examiner
& conférer fur tous & chacun des fufdits
effets & marchandifes ; & de tout ce qui fera ajufté
& convenu de part & d'autre à cet égard, l'on fera
de nouveaux articles , lefquels , étant approuvés &
ratifiés par les deux Puiffances contractantes ,
fe-i
ront partie de ce Traité , comme s'ils y étoient
inclus & tranferits mot pour mot. ( La fuite au
prochain Journal)
Paragraphes extraits des Papiers Anglois
& autres Feuilles publiques.
"
-
- -
-
Lorfqu'on offrit dernièrement le commandement
de l'armée en Croatie au Maréchal de
Laudhon , il répondit qu'il étoit trop vieux : Que
voulez-vous , difoit-il , que faffe un vieillard de
72 ans ? Mais vous ne devez pas les avoir , vous
avez encore fi bonne mine ! Je les ai , vous.
dis-je , & pour le moins. Comment , pour le
moins , vous ne favez donc pas au jufte l'âge
que vous avez ? Non. En ce cas , il eſt
parier que vous vous trompez , & que vous
n'êtes pas fi âgé. Il eft facile de le favoir ,
on n'a qu'à faire lever mon extrait de baptême ,
ce qui fe fit. Mais on fut bien furpris lorsqu'à
la lecture on vit que le Maréchal de Laudhon
étoit né en 1703 , & âgé par conféquent de 85
ans. En ce cas-là j'acc pte , dit-il en riant , je
n'ai plus grand chose à perdre. ( Gazette des deux
Ponts , no. 105. ) "
•
( 96 )
« Le fecours que le Roi de Danemarck eft
obligé , par les Traités , de donner à la Ruffie ,
alarme la Suède. L'Ambaffadeur de cette dernière
Puiffance vient de déclarer au ministère Danois ,
que le Roi fon maître n'avoit jamais imaginé
qu'il trouveroit un ennemi dans le Roi de Danemark.
Comme cette déclaration peut être ſuivie
d'une déclaration formelle de guerre de la part
du Roi de Suède , on lui a envoyé un courrier
avec une dépêche. La réponſe qu'il rapportera &
que l'on attend le premier feptembre , décidera
des mesures que prendra le Danemarck On
a auffi expédié de Copenhague un courrier à
Berlin. ( Gazette de Hambourg. ) »
-
« Le nouvel Ambaffadeur que Sa Majesté
Catholique a envoyé à Pétersbourg , eft chargé ,
dit-on , d'une commiffion fpéciale pour propofer
la médiation de l'Efpagne aux Puiffances actuellement
en guerre ; & fi elle n'eft pas acceptée ,
le féjour du Comte de Galvez en Ruffie , ne
fera pas de longue durée. ( The Times. ) »
N. B. ( Nous ne garantiſſons la vérité ni l'exacksude
des Paragraphes ci-deffus).
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOG NE.
De
Varfovie, le 23 Août 1788.
DES
Es lettres
authentiques de Conftanti
nople , achèvent d'éclaircir la nature du
combat dans le Liman , entre les Ruffes
& le Capitan - Pacha. C'eft par un avise,
entré le 7 juillet dans le
Bofphore , que
la Porte a reçu la relation de cette affaire
, fi
étrangement exagérée dans les
Gazettes d'Europe , qui , en fe copiant
à l'infini , donnent un inftant de crédit
aux fables de la politique . Voici le récit
qu'oppofent les Ottomans à ceux de leurs
ennemis :
Le Capitan-Pacha , mouillé dans la rade de
Codgea-Tey , ayant été informé que les Ruffes
faifoient partir de Globock une flottille compofée
de galères , prames &
chaloupes canonnières , au
lieu de les laiffer fortir
entièrement du fleuve ,
&
d'appareiller enfuite avec toute fon armée pour
No. 38. 20
Septembre 1788.
( 98 )
1
leur couper la retraite , & les attaquer avec utes
fes forces , a fait remonter au - devant d'eux fon
efcadre légère , compofée de bâtimens du même
genre. Les Turcs fe font battus avec beaucoup
d'intrépidité , jufqu'au moment où les Ruffes font
parvenus à mettre le feu à quelques bâtimens en
leur jetant des artifices & des boulets inflammables.
La préſence du Capitan -Pacha , accouru en ce
moment avec ſa valeur ordinaire , n'a pu empêcher
un grand défordre , dont les Ruffes ont profité pour
brûler & couler bas un affez grand nombre de galiotes
& de chaloupes canonnières. On dit qu'il a
péri auffi un vaiffeau commandé par un Candiote ,
qui, fe voyant enveloppé & fur le point d'être.
pris , a fait lui-même fauter fon bâtiment, Ce
qu'il y a de certain , c'eft que la garniſon d'Oczakow
a été renforcée ; que , malgré cet échec ,, la flotte
Ottomane eft trop fupérieure pour en permettre
les approches ; qu'on accélère l'armement de plufieurs
vaiffeaux en remplacement de ceux qui ont
été brûlés , & que l'on oublie cette perte pour
ne s'occuper que de l'évacuation de la Moldavie.
Le Prince de Cobourg n'a pas cru pouvoir réfifter
à un corps fupérieur qui marchoit à lui , commandé
par deux Pachas , Mano! Bey & le Prince
Mauroienni , qui , par cet évènement , fe trouve
en poffeffion de fa Principauté. On affure qu'ils
ont joint & défait l'arrière - garde Autrichienne.
Belgrade n'eſt point invefti. Abdi Pacha mande
que , depuis que le convoi lui eſt parvenu , il
ne lui manque rien pour faire une longue réfiftance
. »
DANEMAR CK.
De Copenhague , le 29 Août.
Le Roi a nommé Miniftre d'Etat le
( 99 )
•
Comte de Schimmelman , Miniftre des
finances. Le vaiffeau de ligne l'Oldenbourg
, Capitaine Tonder , eft allé dans le
Sud , & la frégate le Grand Belt , dans la
Indépendamment des 6 vaif- Baltique.
―
feaux de guerre qui font en mer , on en
armera encore autant. L'Etoile du Nord
& le Prince héréditaire Frédéric mettront en
rade au premier jour.- La Louife- Augufte,
la Juftitia & la frégate la Moen font parties
pour la Norwége .
Le 22 , un bataillon de Grenadiers eft
parti pour Frédéricfwerk , où fe trouve
la fonderie des canons , & une fabrique
de poudre ; un autre bataillon s'eft
rendu à l'ifle d'Amak; en général, toute la
côte de Séelande fera garnie de troupes.
Le régiment d'Infanterie de Seelande
a reçu ordre de fe rendre à Helfingor &
Cronenbourg. Les deux Corps des Chaffeurs
feront augmentés confidérablement..
Le Prince Charles de Heffe eft arrivé , le
22 , à Seflwick ; il reviendra ici dans
quinze jours , pour prendre le commandement
des troupes auxiliaires que le Roi
fournit à l'Impératrice de Ruffie.
ALLEMAGNE
De Hambourg , le 2 Septembre.
La campagne des Suédois dans la
e ij
( 100 )
Finlande - Ruffe , paroît approcher de fon
terme , puiſque l'armée a rétrogradé , &
qu'après avoir débuté par des opérations
très-animées , elle fe réduit aujourd'hui
à la défenfive. On ne s'attendoit guère
à une auffi prompte retraite , lorfqu'on a
vu le Roi de Suède , en perfonne , au
milieu des embarras intérieurs , le porter
fur la Finlande prefque dégarnie , entreprendre
des fiéges , s'affurer des poftes,
& déployer fur mer des forces deftinées
a concourir au fuccès de fes entrepriſes
continentales, Non feulement fes troupes
n'ont remporté aucun avantage ; mais, vu
le nombre toujours croiffant de l'armée
Ruffe, & l'affiftance que va lui prêter le
Danemarck , les Suédois fe trouveroient
dans une pofition critique fi la guerre
fe prolongeoit , à moins que d'autres
Puiffances , en fe joignant à eux, ne balançaffent
les forces refpectives . Cette
jonction devient moins apparente de jour
en jour: l'harmonie ne règne pas à Stockholm
, la faifon s'avance , & voilà fans
doute des raifons fuffifantes pour accréditer
le bruit des négociations de paix.
Le Danemarck & la Pruffe s'intéreffent
à leur réuffite , & fe préfentent comme
Médiateurs. Déja même on prétend que
la Cour de Stockholm a fait des ouvertures
bruit cependant prématuré , felon
"
( 101 )
toute apparence . En cas que l'incendie
du Nord foit étouffé cette année , le feul
effet qui résultera des armemens du Roi
de Suède , fera d'avoir retardé d'une campagne
l'expédition maritime des Ruffes
dans la Méditerranée .
La Cour de Pétersbourg , qui multiplie
les relations , a rendu publique la dépêche
du 20 juillet , où l'Amiral Greigh rend
compte de la perte du vaiffeau Suédois
le Guftave Adolphe.
"
« Le 25 au matin , dit cet Amiral , je fis
lever l'ancre à l'efcadre qui étoit à l'ifle de Heskar,
& j'arrivai le 26 , vers les fix heures du matin
aux environs de Sweaborg , ou j'aperçus 4
vaiffeaux de guerre Suédois à l'ancre dans la
rade. A mon approche , ces vaiffeaux coupèrent
les cables , & poufsèrent vers le port toutes les
voiles dehors . Lorfque l'avant-garde de l'efcadre
Roffe les ent atteints à la portée du canon , un
des vaiffeaux Suédois donna fur un recher avec
tant de violence , que le grand mât ſe rompit
& tomba fur le pont. Ce vaiffaau refta fur le
rocher , & après avoir lâché quelques coups de
canon , le Commandant fit baiffer le pavillon .
Les trois autres vaiffeaux gagnèrent heureufement
le port ; on ne put les fuivre à caufé du grand
hombre de rochers . Je détachai des chaloupes
pour prendre le vaiffeau affis fur l'écueil; mais
comme il faifoit déja 20 pieds d'eau , & que,
par conféquent il ne pouvoit être fauvé , on fit
l'équipage prifonnier , on emporta ce qu'on put en
munitions de guerre , & on y mit le feu. Ce
vaiffeau , appelé Guftave Adolphs , étoit neuf ,
portoit 64 canons de 36 & de 24 livres de
.
e iij
102 )
balle : il étoit commandé par le Colonel Chrif .
tiern, & monté de 545 hommies d'équipage ,
y compris 15 Officiers . Le Duc de Sudermanie
refta avec toute fon efcadre , compofée, de 16
vaiffeaux de ligne , & de 8 frégates , dans le port
de Sweaborg , & fut fpectateur tranquille de cet
événement , quoiqu'il ne fût éloigné que de trois
ou quatré werſtes . »
L'Amiral Greigh ajoute qu'il refta devant ce
port , fortifié par la nature & par l'art , jufqu'au
18 juillet , dans l'attente que le Duc de Sudermanie
en fortiroit pour lui livrer combat. L'Amiral
gouverna enfuite vers la côte de Reval
pour y mettre à terre les prifonniers ; étant arrivé
vis-à- vis de l'ifle de Nargen , il détacha à l'oueft
des croifeurs pour empêcher que l'efcadre Suédoife
ne reçût de Carifcrone les munitions de
bouche & de guerre qu'elle en attend. Pendant
que l'efcadre étoit devant Sweaborg , elle s'empara
auffi d'un bâtiment Suédois , chargé de cordages
, de voiles , de médicamens , &c. Les
prifonniers & les déferteurs Suédois , dirent que
l'efcadre du Duc de Sudermanie a tellement fouffert
dans ce dernier combat , qu'il lui faut encore au
moins dix jours pour le réparer »
--
La même Cour vient encore de publier
une relation du Général Moufchin
Puskin , datée du 28 juillet , dans laquelle
il rend compte de la retraite des Suédois
devant Fridericsham, Ce Général prétend ,
dans fa dépêche , que la retraite de l'ennemi
doit être attribuée , tant à la crainte
qu'il avoit de fe mefurer avec des Ruffes ,
qu'à la fédition des régimens de Finlande,
inftruits maintenant, fuivant les lumières de
( 103 )
M. Moufchin Puskin , que le Roi les a trompés,
en leur faifant craindre une furprife
des Ruffes , & qu'il les a conduits à une
guerre injufte , entrepriſe fans la participation
des Etats du royaume . A la fin de la
relation , il ajoute que le Roi de Suède fe
trouve à Kymenegorod avec enviton 6,000
hommes.
Malgré les rumeurs d'accommodement
dont il eft question , il eft arrivé de Gothenbourg
à Stockholm , le 8 août , un
fort détachement d'Artillerie qui fe rendra
en Finlande , ainfi que des bâtimens chargés
de nouveaux tranfports de munitions
guerre & de bouche , qu'on a préparés
de
à Carlícron .
Dans un mémoire qui a paru à Copenhague ,
on voit que depuis 1779 jufqu'en 1787 inclufivement
, il y eft arrivé des Indes orientales , pour
le compte de particuliers , 31 vaiffeaux nationaux
& 18 étrangers ; la valeur de la cargaifon des premiers
a monté à 13,372,700 rixdalers , & celle
des autres à 7,942,800.
PRUSSE.
er
De Berlin , le 1º . Septembre.
Le Comte de Romanzof, Miniftre plénipotentiaire
de Ruffie auprès du Roi ,
eft rappelé de fa Cour ; il fera remplacé
par le Comte de Neffelrode. Le Baron
de Keller, Miniftre plénipotentiaire du
e iv
( 104 )
Roi à Péterfbourg , ira , en la même
qualité, à la Haye , & il aura pour Succeffeur
en Ruffie le Marquis de Luchefini.
« Le 21 Août , l'Académie royale des Sciences
tint une affemblée publique pour célebrer l'anniverfaire
de l'avènement du Roi au trône. »
«Le fecrétaire perpétuel del'Académie prononça ,
à l'ouverture de la féance , un difcours analogue
à la circonftance , & relatif au refpe&t qu'on doit au
Souverain.n
« M. le Comte de Hertzberg , curateur de l'Académie
, publia enfuite la lifte des favans étrangers
qui , de l'agrément de S. M. , venoient d'être
élus membres honoraires de ce corps ; ces membres
font : M. Jean-Chriftophe Schwab , Profeffeur de
Philofophie à Stuttgard ; M. Camper en Hollande ;
M. Herschel , aftronome à Londres ; M. Georgi ,
Profeffeur à Pétersbourg ; & M. Muller , Prédica
teur à Schwelm , dans le Comté de la Marck ,
connu avantageufement par fes écrits , & nommément
par fes ceuvres de géographie & d'aftronomie.
"
La claffe de philofophiefpéculative, qui avoit propofé
pour le fujet du p ix de l'année précédente ,
la queftion fuivante : Comment l'imitation des ouvrages
de littérature étrangère , tant ancienne que moderne
, peut-elle développer & perfectionner le goût
national ? a adjugé unanimement le prix de cette
queftion au mémoire Allemand qui avoit pour
devife: Miraturque novos fructus, & non fua poma.
A l'ouverture du billet on trouva le nom de Jean-
Chriftophe Schwab , le même que l'Académie venoit
de nommer fon membre honoraire , & qui
déja , pour la feconde fois , avoit remporté la
palme. L'acceffit fut adjugé au mémoire éc: it également
en langue Allemande , & ayant pour de
( 105 )
vife :Imitatione optimorum fimilia inveniendi facultas
paratur.
Enfuite S. Exc. M. le Comte de Hertzberg fit
lecture d'un mémoire concernant le vrai modèle
idéal à fuivre pour tien écrire l'hiftoire . S. Excel.
communiqua en même temps à l'Affemblée les détails
ordinaires des bienfaits que le Roi a répandus
, durant l'année dernière , dans toute l'étendue
de fes Etats.
De Vienne , te 2 Septembre.
Le fupplément à la Gazette du 30 ,
fans occafionner de nouvelles alarmes ,
n'a pas raffuré les efprits. Dubicza ni
Choczim ne font rendus , & la fituation
de nos affaires dans le Bannat eft toujours
très - critique. Voici la fubftance de ce
nouveau Bulletin :
Corps d'armée dans la Croatie , camp de Dubicza-
Turc, le 20 Août.
« Le Lieutenant - Général Baron de Vins,
ayant reçu'avis , le 17 de ce mois , que les Turcs
avançoient vers Bachin ; dans le deffein de l'attaquer
, réfolut de faire une diverfion à l'ennemi . Il
ordonna en conféquence au Général Schindler,
pofté près de Czeṛkwina , de fe mettre en marche
avec qatre divifions de Dragons & de Huffards
300 Bannalistes , & 150 Volontaires , & de pouf
૩૦૦
fer jufqu'au - delà du pont. Ce mouvement , qui
fut exécuté , fit défifter l'ennemi de fon projet
d'attaquer Bachin. Le Général Schindler voulant
enfuite reprendre fon ancienne pofition , l'ennemi
le fuivit , l'attaqua à l'improvifte avec tant de
e v
( 106
violence , que les Dragons de Wald. k furent mis
en défordre, & s'empara de deux canons ; maisdeux
divifions de Nicolas Efterhafy , & une divifion des
Huffards de Græven étant accourues , les Turcs
furent chargés avec tant de valeur , qu'ils fe virent
à la fin obligés d'abandonner le champ de bataille
avec une perte de quelques centaines d'hommes :
nos tués & bleffés à cette occaſion montent
cent hommes .
« Le Colonel Pecharnik , poſté à Rukowina , fit
avancer , le 18 , un détachement de troupes avec
deux pièces de canon fur le pofte ennemi de
Czetti à l'approche de cette troupe , 200 hommes
fortirem de cette place, mais ils furent repouffés
& forcés de rentrer.
A la même époque ,
l'ennemi fut mis en alarmes à Izachick , Terfacz&
in. »
Kladus ; on lui prit so chariots chargés ,de in. »
« Le Maréchal de Laudhon arriva le 18 au camp ,
& prit , le lendemain 19 , le commandement de
l'armée.
―
« Dans la nuit du 19 au 26 , l'ennemi , campé à
Agino-Berdo , & renforcé par le Pacha de Travnik
& d'autres Beys , fe forma en corps dans
la vallée de Begoftan , & attaquà notre camp à
quatre heures du matin ; mais il fut repouffé avec
une perte de 150 hommes, & obligé de ſe retirer, »
Corps d'armée combiné , camp près de Choczim ,
le 20 Août.
I
Le Lieutenant - Général de Spleny , pofté à Strojeftie
, a été renforcé par deux bataillons d'Infanterie
& deux divifions de Cavalerie. Ce Général ,
& le Général Ruffe d'Elmpt , pofté fur la rive
gauche du Pruth , vis - à-vis de Tabor , doivent agir
de concert & fe foutenir réciproquement.
Le
16 Août , l'ennemi , au nombre d'environ 7000
hommes , partit de Jaffy, & dirigeant fa marche
-
( 197 )
entre le Pruth & la rivière de Ziza , attaqua les
poftes avancés du Général d'Elmpt , qui furent
foutenus par un bataillón de Grenadiers , que le
Général Spleny avoit envoyé de l'autre côté du
Pruth . Le Capitaine Piaczek joignit auffi ces poftes
avec 50 Huffards , & couvrit le flanc du bataillon
des Grenadiers. L'ennemi , toujours renforcé par
de nouvelles troupes , renouvela l'attaque à plufieurs
repriſes , mais enfin il fut obligé de céder avec
une perte de 200 tués : les Ruffes ont eu à cette
occafion 8 BLESSÉS . La garnifon de Choczim ,
prefque réduite à une difette extrême , ſuivant les
rapports des déferteurs , perfifte toujours à re past
vouloir fe rendre , dans l'efpérance d'un fecours
prochain. Pour pouffer le fiége avec plus de vigueur
, on a commencé à conſtruire plufieurs nouvelles
batteries plus près de la Palanque ; une partie
fut élevée dans la nuit du 19 au 20 .
Corps d'armée dans le Bannat , Camp de Laffmare ,
le 21 Août.
-
Le camp ennemi occupe toute la plaine depuis
Schuppanek jufqu'à vieux Orfova . Le Major
Sten & le Capitaine Mahovaz , font toujours avec
leurs troupes dans la Veteranhohle ( 1 ). Le 17 , l'ennemi
fit avec eux une trève de 24 heures , pendant
laquelle il leur propofa la libre fortie avec les hon-
(1 ) La Veteranhohle eft une caverne immenſe
dans une chaîne, de rochers fur le Danube ; elle
n'a qu'une feule entrée , où les Autrichiens ont
placé quelques canons , pour empêcher la navigation
: elle est très -profonde ; perfonne n'a encore
ofé pénétrer jufqu'au fond : un trou , qui fe trouve
en haut à une certaine diftance , lui procure une
partie de fon jour.
e vj
( 108 )
neurs militaires , mais ils refusèrent toute propofition
quelconque . La trève finie , les Turcs continuèrent
à faire feu , & à jeter des pierres dans cette
caverne , mais fans fuccès. Cette troupe a reçu
des munitions de guerre & de bouche par le Général
d'Afpremont, poſté à Weiskirchin , & elle continue
à boucher le paffage aux Saïques ennemies. »
On écrit de Triefte que , le 15 & le
16 de ce mois , les frégates le St. Jofeph
& la Ville de Vienne , & les cutters le
Ferme & le Jufte , ont mis à la voile .
Quatre barques font fur les chantiers ;
chacune fera armée d'un canon de 32
livres de balle.
Un Courrier arrivé , le 9 août, de Montenegro
à Zeng , a apporté la nouvelle
que le Major de Vukajovich, à la tête de
3co Croates & de quelques milliers de
Monténégrins , a attaqué un Corps de
Mahmut Pacha entre Spux & Sabgliak ,
& l'a défait : 513 hommes de l'ennemi
font reftés fur la place ; le Major n'a
perdu que 47 hommes : il a fait détruire
les villes de Spux & de Sabgliak ,
& une tour dans le voifinage de la dernière.
De Francfort fur le Mein , le 6 Septemb.
Nous annonçâmes dans le temps, l'examen
que faifoit le Corps Germanique
des prétentions de la Nonciature en Allemagne.
La Diète de l'Empire a terminé
fes délibérations à ce fujet , par un
( 109 )
décret important , dont voici la fubftance :
« Après avoir obfervé que c'eſt une choſe trèsfréquente
, & depuis long-temps congue dans
P'Empire , que les plaintes qui fe font élevées de
toutes parts contre la juriſdiction de la Nonciature
du Pape en Allemagne , & les ufurpations qu'elle
s'eft fouvent permifes contre la jurifdiction eccléfiaftique
& féculière , depuis le premier moment
de fon établiffement jufqu'à préfent ; que
ces plaintes ont été renouvelées , fur-tout dans
ces derniers temps , par MM . les Archevêques
d'Allemagne , tant . judiciairement qu'extrajudiciairement,
& même directement auprès de S. M. Imp. ,
en fa qualité de chef de l'Empire , de juge fuprême
, de protecteur & confervateur des droits de
l'églife germanique ; qu'à la vérité les auguftes
prédéceffeurs de S. M. n'avoient jamais apporté
de délai à permettre l'établiffement dans l'Empire
des Nonces du Pape en général , & notamment de
celui de Cologne , d'après les réquifitions préala
blement faites ; mais que , comme il n'avoit jamais
été fait de demandes concernant les pou¬
vous de ces Nonces , & la jurifdiction formelle
de la Nonciature, l'Empereur &tuellement régant,
dans toutes les circonftances où il a eu connoiffance
de quelques empièremens injuftes de
ces Nonces s'étoit toujours efforcé de les
faire ceffer , & avoit même déclaré plufieurs
fois très-férieufement à la Cour du Pape , qu'à
la fin il fe verroit forcé de fupprimer pour l'avenir
, dans l'Empire Allemand , généralement tous
les Nonces , qui n'avoient été , jufqu'ici , que
tolérés , puifqu'ils y troubloient la juriſdiction ordinaire
eccléfiaftique & féculière .
9
« O ajoute de déja , dans l'année 1770 , les
Electeurs Eccléfiaftiques s'étoient adreffés à S. M.
actuellement régnante , & entre autres griefs qu'ils
( ) 110
avořent contre la Cour de Rome , ils lui firent
voir les inconvéniens & les dangers de la jurifdic
tion de la Nonciature , & demandèrent pofitivement
qu'elle fût fupprimée. S. M. , pour lors ,
confervoit encore quelque efpoir que la Cour du
Pape fauroit prévenir , par defages tempéramens ,
des plaintes ultérieures. Mais comme , au lieu de
cela , S. M. reçut , de la part de S. A. E. l'Archevêque
de Mayence , & du Prince- Archevêque
de Salzbourg , fous les dates des 22 Septembre &
4 Od. 1785 , ( précisément dans un temps où la
Nonciature de Cologne n'étoit point remplie ) la
nouvelle inattendue que S. S. le Pape avoit deffein
d'établir à Munich un nouveau Nonce avec des
pouvoirs , dont ils lui communiquèrent le contenu
exact ; & que par-là S. M. fut affurée que toutes
les repréfentations preffantes , faites précédemment
par les Archevêques & Evêques Allemands auprès
de la Cour de Rome , n'avoient pu la détourner de
cette nouvelle entreprife; S. M. Imp. n'a pu s'em-.
pêcher plus long-temps d'informer leídits Archevêques
, par un reforit du 20 octobre de la même
année , « qu'Elle feroit déclarer à la Cour du Pape ,
» qu'Elle ne pouvoit jamais fouffrir que les Arche-
» vêques & Evêques de l'Empire fuffent troublés
» dans leurs droits diocéfains ; qu'Elle ne pouvoit
» également reconnoître les Nonces que comine
» des envoyés du Pape , pour des affaires politi-
» ques ou telles autres qui concernent immédiate-
» ment le Pape , en fa qualité de Souverain - Pontife
, & Chef fuprême de l'Eglife ; mais qu'Elle
» ne permettroit à ces Nonces aucune jurifdiction
» dans les affaires eccléfiaftiques , non plus à celui
» déja établi à Cologne , qu'à celui de Vienne ,
» ni à tout autre qu'on pourroit envoyer dans
» quelque partie de l'Empire d'Allemagne que
» ce fût. "
( La fuite auJournalprochain, )
111 )
Une lettre particulière de Berlin , du
28 août , exprime , en ces termes , l'étonnement
qu'occafionne dans cette capitale
les bruits qui fe font répandus fur les
deffeins de la Pruffe dans les circonftances.
« On a été très- furpris ici , dit l'écrivain , de
lire dans les gazettes étrangères de prétendus avis
politiques , qui annoncent la marche de nos troupes
de Pomeranie & de Pruffe , qui font aſſembler à
Stettin des vaiffeaux de tranfport , & qui fuppofent
que notre Cour ordonne toute forte de préparatifs
militaires. Je puis vous garantir que toutes
ces nouvelles font comtrouvées. On ne voit dans
tous les états Pruffiens aucune apparence de mous
vemens guerriers. Ce n'eft pas non plus à Berlin ,
mais dans une ville étrangère du Nord , qu'a été
forgée la première, nouvelle de l'armée Ruffe en
Finlande ; nouvelle dont la fauffeté eſt aujourd'hui
affez généralement reconnue. »
« On a vu ici avec non moins de furpriſe , que
dans une relation publiée par la Cour de Suède
on fait mention de quelques trophées qui , dans
la guerre de 7 ans , auroient été pris fur une flotte
Pruffienne. Il y a dans ce récit une erreur qu'il
convient de redreffer. Le Grand- Frédéric ne voulut
jamais , durant fon règne , entendre parler de l'armement
d'une flotte ; & l'on trouvera , dans une
pièce de fes oeuvres pofthumes ( 1 ) , une explication
très-raiſonnée de fon fentiment à cet égard. Ce
(1 ) L'édition des OEuvres de ce grand Prince ,
exécutée au château de Potzdam , fur les manuf
crits mêmes de la main de Frédéric II , & fastla
moindre altération ni retranchement , eft achevée ,
& vaêtre délivrée au public , en 16 volumes in- 8 °. ,
fupérieurement imprimés, pour le prix modique
( 112 )
qu'il y a feulement de vai , c'eft que dans la
guerre de 7 ans , la Chambre des Finances de
Stettin fit armer quelques petits bâtimens pour
couvrir l'embouchure de l'Oder. On n'a jamais
eu l'idée de faire paffer ces bâtimens pour une
flotte ; & par conféquent il eût été difficile de remporter
fur elle des trophées. n
ESPAGNE.
De Madrid , le 25 Août.
On débite que le Roi ne fe chargera
point de la médiation qui lui a été propofée
par Sa Sainteté , au fujet des diffé
rends élevés entre la Cour de Rome &
celle de Naples : on ajoute que les Archevêques
& Evêques des deux Efpagnes auront
à l'avenir le pouvoir de permettre ou
de refufer la Sécularifation des Religieux
& des Religieufes qui la folliciteront dans
leurs Diocètes refpectifs , en fe conformant
aux ordres de S. M. & aux circonftances
, fans qu'il foit néceflaire de recourir
à la Cour de Rome.
Le Gouvernement , informé que depuis
de 60 liv. tournois. C'eft peut-être le plus beau
monument du génie de Frédéric II : là , on apprendra
à connoître fon règne, fa Monarchie , & ,
ce qui eft infiniment précieux , les vraies caufes
des événemens de fon temps , comme l'hiſtoire de
l'Europe entière.
( 113 )
l'année 1780 il manquoit en Galice plus
de 30 mille familles qui ont paffé en Por
tugal , vient de prendre des mefures pour
les rappeler , & pour empêcher à l'avenir
une émigration auffi préjudiciable.
On écrit de Malaga , du 8 de ce mois , que le
7 , à 10 heures du foir , il ſe préſenta chez une
Sage-Femme de cette ville , une femme enceinte de
cinq mois , qui , au moment de faire une fauffe
couche , lui demanda du fecours : en effet , cette
femme accoucha bientôt après de cinq enfans, ayant
chacun un tiers de varu de long , tous parfaitement
conformés ; les trois premiers firent quelques
mouvemens , les deux autres pleurèrent ,
:
tous
furent baptifés , & vécurent enfuite à - peu- près deux
minutes ils étoient nés , l'un après l'autre , chacun
à trois quarts d'heure d'intervalle. La mère , qui fe
trouva libre à deux heures du ma in , eut la force
& le courage de fe rendre chez elle , laiffant les cing
enfans chez la Sage- Femme , où ils furent expofés
tout le jour à la vue du Public , qui s'y portoit avec
tant d'empreffement , qu'on fut obligé de placer
des fentinelles à fa porte.
Depuis le 1 feptembre jufqu'au 15 octobre prochain,
les billets royaux de 600 & de 300 piaftres
de la date du i octobre 1787 depuis le no. 1 jufqu'au
34,167 , de la première & feconde création,
feron admis au renouvellement , & les intérêts en
feront payés.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 9 Septembre.
De fauffes nouvelles du Continent ;
( 114 )
des menaces imaginaires de notre Cour
à celle de Copenhague ; des déclarations
fidives de la Pruffe combinée
avec l'Angleterre ; des dépêches décifives
, expédiées à nos Miniftres dans
le Nord, & dont les Courriers ont , en
partant , remis le fecret entre les mains
des Nouvelliftes : voilà l'extrait fommaire
de nos Papiers publics depuis 15 jours.
Ces contes , étayés de raifonnemens burlefques
, fuppléent au vide que laiffe la faifon
; l'intérieur du royaume n'offre pas
dix lignes qui intéreffent la curiofité .
Le Duc de Manchefter eft mort , le 2 de
ce mois , à Brigthelmftone , d'une goutte
remontée. Ce Seigneur , quatrième Duc ,
& huitième Comte de Mancheſter , étoit
néle 6 avril 1737.Il fut un des Repréfentans
du Comté de Huntingdon , en 1761 , &
fuccéda à fon père dans la Chambre Haute,
en 1762. Il étoit Lord- Lieutenant - Garde
des Rôles , & Colonel de la Milice du
Comté de Huntingdon , Grand- Maître de
Godmancheſter , Collecteur général des
Douanes extérieures dans le port de Londres
, & Chevalier de l'Ordre de la Jarretière.
Il fut nommé Ambaſſadeur auprès
de la Cour de France fous le Ministère
du Duc de Portland , & figna le dernier
traité de paix entre les Cours de Londres
& de Verſailles . Il avoit épouſé la fille
€
( 115 )
aînée du Chevalier James Dashwood, &
a eu plufieurs enfans de ce mariage. Son
fils aîné eft encore mineur. Quoique la
fortune du Duc de Manchefter ne fût pas
confidérable , il avoit confervé dans le Parlement
une opinion indépendante ; il fus
long- temps dans l'Oppofition , mais fans
en être l'esclave.
し
On a érigé au Chevalier Eyre Coote ,
dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
une ftatue qui a été placée près de celles
de Lord Clive , de l'Amiral Pocock &
du Général Lawrence.
Le plan du Miniftre pour la liquidation
de la dette nationale , a déja procuré
un revenu de 100,000 liv . fterl . par
an , qui réfulte de l'extination des intérêts
de près de trois millions fterlings des
3 pour cent aujourd'hui rachetés .
On prétend que le Gouvernement fe
propofe de rétablir le Bureau d'enregiftrement
, chargé de dénombrer toutes
les perfonnes qui fortent du Royaume
pour aller s'établir au dehors , ainfi que
celles qui viennent s'établir dans la
Grande-Bretagne.
On imprime actuellement un nouveau
Réglement maritime , dreffé par les Directeurs
de la Compagnie des Indes , fous
l'infpection du bureau de Contrôle , &
( 116
qui fera diftribué
aux de la
Capitaines
de la
Compagnie
. Ce Réglement
imprimé , fera
affiché en diverfes
places des vaiffeaux
.
Chaque Matelot , en s'engageant
, en recevra
un exemplaire
. Entr'autres
articles ,
le dernier porre : que le Réglement
fera
lu à l'équipage
affemblé une fois le mois.
Le bur de cette difpofition
eft de prévenir
les mutineries
qui fe font tant multipliées
dernièrement
fur les vaiffeaux
de
la Compagnie
, & qui ont caufé la perte
du Halfewell
& du Hartwell, tous deux
naufragés
en allant dans l'Inde.
L'on découvrit , il y a quelque temps
en Angleterre , des manufcrits Irlandois
bien confervés. On les préfenta
au Lord Primat d'Irlande qui
donna ordre de les renvoyer à l'Univerfité
de Dublin , afin qu'on les traduisît en
Anglois. Ils furent examinés par le Colonel
Vallancey , célèbre antiquaire &
amateur de la langue Irlandoife. Il paroît
qu'entr'autres papiers importans , on y a
trouvé une copie parfaite du Code des
Loix de Brehon , dont la Jurifprudence
fut généralement fuivie avant Henri II,
pendant plufieurs fiècles . L'Acadé
mie Rovale d'Irlande , curieuſe d'avoir
une traduction fidelle de ce Code ,, y
a employé une perfonne fort habile;
( 117 )
lorfqu'il fera achevé , l'Académie le fera
imprimer à fes dépens .
9
« Le Prince George de Danemarck , époux de
la Reine Anne raconte un de nos journaux ,
paffant par Briſtol , parut à la bourfe , accompagné
d'un feul Officier , & y refta jufqu'à ce que
les Négocians fe fuffent preſque tous retirés . Aucun
d'eux n'ayant ofé lui parler , peut-être parce
qu'ils n'étoient point préparés à inviter un tel
perfonnage , il fe trouva pourtant un nommé
Jean Duddlefione , faifeur de corfets , qui fe décida
à l'aborder , & lui demanda s'il n'étoit pas l'époux
de la Reine. Le Prince lui ayant répondu
affirmativement , le Tailleur lui dit qu'il avoit vu ,
avec un extrême chagrin , que pas un des Négocians
ne l'eût invité à dîner. Il ajouta qu'il étoit
perfuadé que ce n'étoit point manque d'amour
pour la perfonne de la Reine , mais qu'ils ne fe
croyoient point affez préparés pour le recevoir
dignement, Que pour lui il rougiffoit , en fongeant
que le Prince alloit dîner à l'auberge , &
qu'il le prioit de l'accompagner chez lui avec la
perfonne qui le fuivoit ; qu'il avoit à dîner une
bonne pièce de boeuf rôti , un plumb-pouding , &
de la petite bierre , braffée des mains de fa femme.
Le Prince admira la franchiſe de cet homme , & ,
quoiqu'il eût commandé un dîner à l'auberge , il accepta
fon offre. Arrivés à la maiſon , Duddelftone
appela fa femme , & lui dit de mettre un tablier
blanc & de defcendre , parce que l'époux de la
Reine venoit dîner chez eux, Elle deſcendit , en
effet , avec un beau tablier bleu , & fut auffi- tôt
faluée par le Prince. Pendant le diner le Prince .
demanda à Duddelftone s'il avoit jamais été à
Londres. Il répondit que depuis que les Dames
portoient des corps au lieu de corfets , il y alloit
quelquefois pour acheter de la baleine. Le Prince
( 118 118 ))
le pria , lorsqu'il y viendroit , d'amener fa femme ,
& lui donna une carte , pour faciliter fon entrée
à la Cour. Au bout de quelque temps , l'honnête.
Marchand mit fa femme en croupe & fe rendit à
Londres , où , avec fa carte , il fut introduit auprès
du Prince , & préſenté à la Reine , qui l'invita
, lui & fa femme , à un dîner public , en
l'avertiffant qu'ils devoient être habillés à neuf ,
& qu'ils choififfent leurs habits . I's préférèrent un
velours pourpre , tel que le Prince en portoit un
& on le leur prépara. Ils furent enfuite préſentés par
la Reine elle- même , comme les perfonnes les plus
loyales qui furent dans Bristol , & les feuls qui
euffent invité le Prince . Après le banquet , la Reine
fit mettre Duddelftone à genoux , & , lui donnant
l'accolade , l'arma Chevalier. On lui offrit de l'argent
où une place dans l'adminiftration ; mais il
ne juga pas à propos de rien accepter , & informa
la Reine qu'il avoit 50 livres fterling à fa
difpofition , & qu'il craignoit que la quantité de
ferviteurs qu'il voyoit autour d'elle ne lui fût trèsà
charge. La Reine , cependant , fit préfent à la
Dame Duddelftone d'une montre d'or qu'elle portoit
, bijou que Milady mit en triomphe par
deffus fon tablier , & qu'elle ne quittoit pas même
lorfqu'elle alloit au marché . »
On mande d'Edimbourg, que le 25
Août , John Young , Tifferand , eft mort
dans l'Hôpital de cette ville , à l'âge de
105 ans , après huit jours de maladie.
Il étoit né à Cumbernauld ; a travaillé
à fon métier jufqu'à l'âge de 99 ans >
qu'il a été reçu à l'Hôpital , & là , on l'a
toujours employé à dévider du fil . Le
vendredi 15 août , jour auquel on permet
( 119 )
aux pauvres de l'Hôpital d'aller voir leurs
amis , il fortit avec les autres . Il a confervé
la mémoire jufqu'à fa mort , & fe
rappeloit la bataille de la Boyne & le
maffacre de Glenco .
Voici , d'après M. Horne- Tooke , la fin
du parallèle entre MM. Fox & Pitt , dont
on a lu les premiers fragmens au Journal
précédent.
Fox .
Arrivé au miniſtère, il
PITT.
Arrivé au miniſtère , il
a conçu , rédigé , intro- a préfenté à la Ghambre
duit , & fait paffer par des Communes un Bill
une majorité factieufe , fruit d'une modération
dans la Chambre des d'une prudence & d'une
Communes , un Bill ten- habileté fupérieures, pour
dant à s'emparerde toute rendre au peuple fon
la propriété de la Com- droit inalienable de repagnie
des Indes orienta- préſentation , & pour
les , & de la nomination mettre déformais le Parde
tous fes employés ; lement à l'abri de la corcela
, pour établir un ruption & des intrigues
fyftême folide & perma- factieuſes.
nent de corruption Parlementaire,
complette &
irréfiftible , qui enlaceroit
le Prince & la nation
dans des noeuds inextricables.
Ce grand & audacieux Cette faltaire entreeffort
de l'humaine im- prife ( la première de ce
pudence , & de la fcélé- genre tentée par un Mirateffe
factieuſe , a été niftre ) a été déconcertée ,
heureuſement arrêté dans pour le préfent, par Fox,
fanaiffance, & pour tou- North & Compagnie :
( 120 )
Fox. PITT.
jours, par la coopération mais on peut lui garantir
& l'union du Roi & du
Peuple.
plus de fuccès dans la
fuite , puifqu'elle eſt également
néceffaire & effentielle
aux véritables intérêts
& à la fécurité du
Roi & du Peuple.
•
Il accufe Haftings,fur Il approuve , juftifie,
conjecture , de fraude & & loue beaucoup en géné
de péculat dans la geftion ral la conduite de M.
des affaires de la Compa- Haftings ; il réfute , par
gnie : & il défend Powell des argumens d'une force
& Bembridge, convaincus irréſiſtible , un grand
de fraude dans les comp- nombre des attaques mates
de fon père avec le licieuſes de ſes ennemis ;
Gouvernement.
Il fait prononcer un
décret d'impéachement
contre Haflings , pour
corruption miniftérielle
& prodigalité dans le ma
niement des affaires de la
Compagnie des Indes
orientales ; & cependant
cependant il blâme quelque
partie de fa conduite
apparente : il ne le pourfuit
ni ne le protége , &
laiffe pour l'avantage du
caractère national &
même pour l'honneur de
l'accufé , l'examen & le
réfultat de l'enſemble de
faconduite, aux déterminations
libres de ce Tribunal,
qui feul peut prononcer
dans cette grande
affaire.
( 121 )
Fox.. P1 T.
il s'unit avec Lord North,
rentre en charge avec lui ,
après une corruption &
une prodigalité dans fon
adminiſtration de nos affaires
domeftiques , dix
fois plus grandes que celles
que des accufations
incertaines prêtent à
Haftings.
Il fait prononcer un décret
d'impéachement contre
Haftings , pour mauvaife
conduite politique
dans fon
gouvernement ;
contre cet Haflings qui ,
fans aide, fans fecours de
fon
pays , a défendu &
fauvé toutes les poffeffions
éloignées confiées à
fes foins , & les a laiffées
dans une fituation qui
fait l'admiration du
monde , & qui enfin eft
la feule & dernière reffource
de fes accufateurs
& de fes juges ; & cependant
il s'unit, parune confédération
déshonorante,
avec ce Lord North, qui,
laiffant nos poffeffions
dans l'Inde orientale &
occidentale , l'Irlande &
l'Angleterre, notre commerce
& nos liaiſons en
Europe , à leurs propres
*
No. 38. 20 Septembre 1788.
( 122 )
Fox.
reffources , a dirigé &
borné les forces concentrées
& les revenus anticipés
de ce pays à un feul
but , auffi abfurde que
coupable ; ce LordNorth,
qui,infultant capricieuſement
à l'Amérique , la
perfécutant avec inhumanité,
l'a enfin perduepour
nous, & a été fur le point
d'en faire autant pour
l'Irlande , dont il a relâché
les noeuds ; ce Lord
Northlaiffant enfin, après
une adminiſtration
de 14
ans , fa patrie furchargée
de taxes, enveloppée
d'une dette immenfe
conftituée & non-conſtituée
, dans le plus grand
défordre au-dedans & audehors
, dans un dérangement
total , & enfin dans
la foibleffe & le mépris
qui en font la fuite .
Il fe plaît à peindre des
cruautés qu'il imagine ,
exercées par les Agens
éloignés de M. Haflings
fur les habitans de l'Inde,
en infinuant que leur chef
yaconnivé, & il commet
des cruautés réelles,d'une
atrocité révoltante,, ppaarr son
des coquins à gages, bien
-PITT.
( 123 )
connus ,
Fox.
fur fes propres
Conftituans , dans nos
rues , au milieu de Londres.
PT T
Il a impofé une taxe Il a imposé une taxe
injufte , parce qu'elle eft injufte fur les boutiques ,
partiale , fur les quit parce qu'elle eft partiale.
tances . Deux pences pour Nous nedoutons pas que
deux livres , quatre pen- M. Pitt ne fache ( quoices
pour vingt livres, fai que les Romains l'ignofant
ainfi payer au pau- raffent ) qu'un Royaume
vre autant pour vingt n'a jamais été & ne peu
livres , qu'au riche pour être conftamment dans
vingt mille ; ou plutôt , un état de profpérité , à
par une adreffe détefta- moins que le principal
ble , laiffant au pauvre fardeau du gouvernetout
à payer , & au riche
rien car les Banquiers ,
où les riches recevant
& ayant tout , ne contribuent
point à la taxe , foit
qu'ils paient , foit qu'ils
reçoivent.
I
ment ne pèfe fur fon centre
politique & es environs
, c'eſt-à - dire , la
métropole ; & que toutes
les taxes , tous les impôts
(comme dans la loi
de l'attraction ) doivent
être , autant que faire fe
peut , en raiſon inverfe
du carré des diftances
de ce centre ; car fi tout
le fang coule vers le
coeur , il doit également
en refluer , ou la circulation
néceffaire à la vie
s'arrêteroit bientôt.
Si quelqu'un nous de- La taxe fur les bouti
mande pourquoi cette ques & celle qui porte
taxe n'eſt pas impofée fur les quittances , font
comme la plupart des de ce genre; on a cu
fij
( 124 )
Fox.
PITT
autres , & comme elle raifon de les établir tou-
-
devroit fur tout l'être tes deux , principalement
ad valorem ; pourquoi , dans la Capitale & fes
par exemple , ce n'eft pas environs ; & elles font fi
deux perces , ou , s'ils le bien imaginées toutes
veulent , trois pences par deux, que par leur nature
dix livres ? La raifon eft même ( fi elles étoient
fimple & notoire. - Ceft judicieuſement & imparqu'elle
eft le produi tallement affifes ) elles,
d'une faction aristocrati- opéreroient dans leur
que dans le Parlement ; jufte proportion ; mais
faction égoïfte , dont le elles font aufli toutes
premier but eft d'échap . deux injuftes , établies
per elle -même aux taxes, comme elles fe trouvent
à quelque prix que ce foit, l'être , parce qu'elles font
fût -ce par des moyens partiales toutes deux :
raineux & infenfés, toutes deux. frappent à
Les opprefleurs du pau- plomb fur l'induftrie &
vre , ces infolens ufur la probité ( *) , & n’at-,
f .
rec Le Docteur Adam Smith avance , dans fon
Traité fur la richeffe des Nations , cette thèfe,
vraiment louable & confolante , que les objets
de luxe devroient être feuls taxés , & les chofes
néceffaires à la vie , franches de toute impofition
; mais quand il en vient à examiner ce que
c'eft que les chofes néceffaires à la vie , ( & vous
remarquerez que fon ouvrage eft écrit en anglois )
il- nous apprend que les chapeaux , les fouliers
& les bás , ne font pas des choles néceffaires à
la vie , parce qu'ily a beaucoup de Nations qui
s'en paffent. Mais à ce compte , le linge eft auffi
un fuperflu , car Céfar n'en portoit pas ; la laine,
manufacturée en drap , eft un luxe évident , les.
peaux de bêtes pouvant encore mieux garantir
l'homme du froid. La viande n'eſt pas néceffaire ,
( 125 )
Fox . PITT.
pateurs qui écrafent fans taquent que les claffes
pitié des gens qui valent inférieures & moyennes
mieux qu'eux , à tous du peuple , peut - être
égards , femblent igno- parce que ce n'eft guère
rer que chez toutes les que là qu'on trouve l'in-
Nations , l'affreufe pro- duftrie & la probité.
greffion fuivante a tonjours
lieu par une mar
che néceffaire & une gradation
infaillible . Des
payfans miférables prodairent
toujours une milice
mendiante, une bourgeoifie
mourant de faim ,
unenoble le pauvre , une
nation foible , un Roi
impuiffant.
$1
les Indiens ne vivent que de riz ; la bierre n'eft
apas néceffaire , l'eau eft bien plus faine ; le pain
de froment n'eft pas néceffaire , les compatriotes
du Docteur vivent fort bien d'orge. C'eſt ainfi
qu'il n'excepte rien des objets de luxe impofables
, que le néceffaire des Sauvages , l'air , l'eau ,
les légumes & les peaux de bêtes .
Le Docteur n'a pas ofé faire entrer dans fa
lifte des chofes de luxe , l'induftrie & la probité
; cependant il fait bien qu'elles procurent les
plaifirs les plus doux à ceux qui en jouiffent . J'avouerai
que la perfécution & l'infortune les fuivent
fonyent ; mais on n'a jamais trouvé la folie , le défefpoir
& le fuicide chez ceux qui fe confacrent à l'exercice
de ces vertus , » ( Note de M. Horne- Tooke. )
fiij
( 126 )
PITT.
Si l'on nous demande
( & cette queftion naturelle
ne nous étonnera
pas ) pourquoi la taxe
des boutiques , comme
celle des quirantes , a
été impolée d'une manière
fi partate ? Pourquoi
ce n'a pas été, comme
cela auroit dûì l'être ,
une taxe additionnelle
-fur. es maiſons , étendue
également fur tous fans
diſtinction ad valorem,
en n'exceptant que les
pauvres & les claffes
inférieures ? Notre réponfe
eft prête. La même
faction, aristocratique !
C'eft à elle qu'il faut s'en
prendre ; elle a malheureufement
affez de crédit
en Parlement pour effrayer
le Miniftre le plus
vertueux , pour détourner
M. Pitt de propofer
dans ce moment critique ,
une queftion impartiale
fur un point fi délicat.
Il y a à parier que l'intérêt
mal entendu de
quelques -uns de ceux qui
ont coutume d'appuyer
fon avis , effrayé à cette
difcuffion , leur auroit
fait abandonner fa ban(
127 )
1.2
2
PITT.
nière , & céder le champ
de batailleà cette faction ,
qui étant elle-même la
feule caufe de la partialité
juſtement reprochée à
cette taxe , fe fert de cet
abus , & du préjudice
qu'il entraîne , comme
d'une arme défenfive
pour le maintenir contre
celui qui en verroit la
deſtruction avec le plus
de plaifir . Il a toujours
été au pouvoir de M.
Fox & de fon parti , de
donner aux locataires des
Boutiques lefoulagement
qu'ils demandoient avec
tant de juftice , & fur lequelils
ont été fi indignement
joués. Ils fe plaignoient
avec raifon de
partialité; mais M. Fox
les a joués en éludant leurs
plaintes , parce qu'il étoit
vraie caufe de ce qui exci
toit leurs réclamations : &
s'il ofoit me démentir , je
dirois pourquoi M. Fox
n'a- t-il pas fait , on du
moins nefait-il pas actuel.
lement une motion, pour
que la taxe s'étende également
fur toutes les
maifons ? pourquoi ne
donne- t-il pas ainfi au
fiv
( 128 )
PITT.
Miniftre quiveut le bien,
une occafion qu'embrafferoitavec
empreffement
le plus mauvais Miniftre,
de foulager de fon fardeau
le pauvre induftrieux
, en le déchargeant
d'une partie de ces taxes
fur les chofes néceffaires à
la vie , dont il eft plus
grevé que les autres ?
FRANCE .
De Verfailles , le 10 Septembre.
Le Comte de S. Prieft , Ambaffadeur
du Roi près les Etats- généraux des Provinces-
unies des Pays - Bas , étant ici par
congé , a eu , le 7 , l'honneur d'être
préfenté à S. M. par le Comte de Montmorin
Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
9
Le Roi ayant fait choix du fieur du
Frefne , ci- devant Intendant - général des
fonds de la Marine & des Colonies , pour
être Intendant du Tréfor- royal , il à été
préfenté à S. M. , le 7 , en cette qualité ,
par le Directeur- général des Finances .
a
Le 8 , Dom Chevreux , élu Supérieurgénéral
de la Congrégation de S. Maur ,
dans le Chapitre-général tenu à l'Abbaye
( 129 )
de S. Denis , le 26 du mois dernier ,
accompagné de fes deux Affiftans & du
Procureur général de ladite Congregation ,
a eu l'honneur d'être prétenté au Roi
par l'Evêque de Metz , Grand- Aumônier
de France .
Le fieur Blin a eu l'honneur de préfenter
au Roi la 17 , Livraiſon des Portraits
des grands Hommes , Femmes illuftres
& Sujets mémorables de France , gravés
& imprimés en couleur , dont Sa Majeſté
a bien voulu agréer la dédicace ( 1).
*
De Paris , le 17 Septembre.
M. de Lamoignon , Garde des -Sceaux
de France , a remis , le 14 , au Roi la démiffion
de cette Place .
Réglement du 10 août 1788 , fait par
le Roi , fur la formation & la compofition
des Affemblés qui auront lieu dans la
province du Brbonnois.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 26 juillet
1788 , qui ordonne que le Droit de Quarantième
de la Panca te de la Prévô é de Na tes , ne fera
plus perçu fur les Sardines réputées fraîches , & qui
ne feroient que légèrement imp égnées de fel .
Réglement fait par le Roi , du 28 août 1788 ,
pour la compofition d'un Comité pour la diftribu-
( 1 ) Cette Livraiſon , non moins intéreſſante que
les précédentes , qui contient les portraits foignés
de Sully & de Co bert , fe trouve , à Paris , chez
l'auteur , place Maubert , n". 17..
f v
( 130 )
tion des fonds affectés au foulagement des Commrnautés
de Filles Religieufes , ainfi que de ceux de!-
tinés à la reſtauration des Eglifes & Edifices facrés.
« On mande de Rochefort , que le
» Commandement de la frégate qui doit
» ramener dans l'Inde les Ambaffadeurs
» de Tippoo - Saïb , a été donné à M.
» de Macnemara. On croit que ces Am-
» baffadeurs mettront à la voile vers les
» premiers jours d'octobre , & que ce-
» pendant ils iront vifiter le camp de St.
» Omer. "
La nouvelle de la perte du vaiffeau
» de la Compagnie des Indes , le Maréchal
» de Caftries, qui avoit d'abord été con-
» traint de relâcher à Sierra - Léone en
» Afrique , s'eft confirmée. Ce vaiffeau
» a échoué en fortant de ce dernier
Port. L'équipage & 30 à 40 paffagers
» qu'il avoit à bord , ont eu le bonheur
de fe fauver . Il venoit de Moka , &
» étoit chargé de café. La perte eft éva-
» luée à 1,200,000 liv , qui font affurées
» tant à Paris , qu'en Hollande & en An-
» gleterre . »
« En 1785 , la Société Royale des Sciences &
Arts de Metz avoit propofé , pour fujet du Prix
à décerner en 1787 , la queftion fuivante : >>
Eft-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles
& plus heureux en France ?
« Parmi les Mémoires reçus en 1787 , la Société
Royale en diftingua deux ; mais aucun ne
lui paroiffant digne du prix , elle remit la queſtion
( 131 )
au concours , en indiquant , dans fon Programme ,
les objets auxquels les Auteurs devoient s'attacher
pour remplir entièrement fes vues. »›
« La Société Royale a réfolu de convertir le
Prix deftiné au meilleur ouvrage fur la question
concernant les Juifs , en trois autres Prix , qu'elle
décerne à trois bons Ouvrages fur cette même
question. L'un eft de M. Grégoire , Curé d'Embermenil
près de Lunéville. L'autre eft
de M. Thiery , Avocat à Nancy. L'Auteur du
troifième Mémoire , eft M. Zalkind Hourvitz ,
Polonois , actuellement à Paris . »
« La Société Royale a propofé en 1786 , pour
le concours de 1788 , la queftion fuivante : Quels
feroient les moyens de multiplier les plantations de
Bois fans trop nuire à la production des fubfiftances . »
Dans le nombre des Mémoires envoyés fur
eetre queſtion , elle en a diſtingué deux , l'un qui
ne devait pas refter au concours , puifqu'on ne
pouvoit fauver à l'Auteur le reproche de plagiat ,
qu'en fuppofant qu'il n'avoit pas craint de fe
faire connoître indirectement, »
« Ce premier Mémoire ayant été , fous cet
afpect , rejeté du concours , tous les fuffrages fe
font réunis en faveur du fecond , dont l'Auteur
eft M. de Boufmard , Capitaine au Corps- Royal
du Génie , qui , déjà l'année dernière , a obtenu
la Couronne académique en traitant la queſtion
relative aux bâtards,
La Société Royale propoſe pour fujet du concours
de 1790 , la queftion fuivante :
" Quels font les moyens conciliables avec la
Légiflation Françoife , d'animer & d'étendre le patriotifme
dans le Tiers- Etat.
Le Prix pour chacun des fujets propofés ,
fera une médaille d'or de la valeur de 400 liv.
qui fera diftribuée le jour de S. Louis 25 Août
fvj
( 132 )
Les Mémoires pourront être écrits en françois
où en latin ; & ils feront adreffés , francs de
port , à M. le Payen , Secrétaire perpétuel , avant
le premier juillet de chacune des années pour
lefquelles les queftions font propofées .
"
M. de St. George , Lieutenant des Maréchaux
de France à Crépy , a bien voulu
nous communiquer une autre Lettre
écrite à M. Pigace , par le Prince Henri
de Bourbon , Duc de Montpenfier , fils de
François de Bourbon , auteur de la première
Lettre que nous avons publiée . Voici la
feconde.
De Caen , le 8 de Janvier 1597.
« Mon vaillant compagnon Pigace , je vous
prie de venir en diligence me joindre ici , pour
m'affifter de vos bras & bons confeils dans une
expédition d'importance dont je vous inftruirai ;
nos compagnons feront les le Veneurs , Glapions ,
Tournebuts , d'Hacher , Deshoulles , Glatigni la
Lande , du Hommet le Loureux , Bracourt , Ch.1mbray
& du Merle ; je les invite tous avec afſurance
de n'être pus refufé : ils font , comme vous ,
un peu délabrés d'hommes ; mais avec vous tous
j'attaquerois l'enfer , fût-il plein de cinquante mille
diables. »
« Je fuis pour la vie , mon bon compagnon ,
votre affectionné ami Henri de Bourbon , Duc de
Montpenfier , Gouverneur de la province de
Normandie , & pour le coup pour le Roi Monfeigneur.
»
Vefpafien de Coffard , Marquis Defpiés
, ancien Capitaine aux Gardes ,
Maréchal des camps & armées du Roi ,
Seigneur d'Omecourt , Efpeaux , S. De(
133 ) aumon
noicourt , S. Arnour , Mureaumon , Laudancourt
, Hardencourt , S. Clair , Braffy,
&c. eft mort , le 24 juillet , en fon
château d'Omecourt , en Beauvoilis , âgé
de 88 ans 18 jours.
Jean- Gabriel d'Agay , Evêque de Perpignan
, Abbé- commendataire de l'Abbaye
de Sorèfe , Chanoine - honoraire du Chapitre
noble de S. Claude , Confeiller
d'honneur- né du Confeil fouverain de
Rouffillon , Préfident de l'Affemblée provinciale
de cette province , eft mort , à
Paris , le 28 août.
Jofeph- Henri Bouchard d'Efparbès de
Luffan , Marquis d'Aubeterre , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Confeiller d'Etat d'Epée , ci -devant Am
baffadeur de S. M. aux Cours de Vienne ,
Madrid & Rome , & Commandant en
Chef en Bretagne , eft mort, à Paris , le
30 du mois dernier .
Emmanuel- Armand Dupleffis - Richelieu
, Duc d'Aiguillon , Pair de France ,
Noble Génois, Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général de fes armées ,
ancien Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux - légers de la garde ordinaire de
S. M., Gouverneur-général de la Haute
& Baffe -Alface , Gouverneur particulier
des ville , citadelle , parc & château de
la Fère , ancien Lieutenant- général de la
( 134 )
6
province de Bretagne , ancien Commandant
pour S. M. dans ladite province ,
Miniftre & ancien Secrétaire d'Etat des Af.
faires étrangères & de la Guerre , eft mort ,
à Paris , le rer. de ce mois .
François - Camille de Lorraine , Granddoyen
de l'infigne Eglife de Strafbourg ,
Abbé de l'Abbaye royale de S. Victor de
Marſeille , Abbé- commendataire de l'Abbaye
de S. Pierre de Jumièges , eft mort ,
le 21 août, à Boulogne , près Paris.
Jeanne-O&avie de Rofen de Klenroop ,
née Comteffe de Veaudrey , veuve d'Antoine
Armand, Marquis de Rofen , Lieutenant-
général des armées du Roi , eft
morte , le 8 août , en fon château de S.
Remi , en Franche- Comté.
Anne-Louife-Victoire Berthier de Chemilly,
Comteffe de Lanouë , veuve de
Nicolas de Lanoue , Chevalier de S. Louis ,
Capitaine de Dragons , Seigneur de S.
Georges , Bourgahtroff , &c. eft morte à
Paris , le 31 août , dans l'âge de 77 ans .
On manquoit jufqu'ici d'une traduction complette
de Lucien, exactement conforme au texte . Cette entrepriſe
vient d'être exécutée par un favant diftingué,
qui a enrichi cet ouvrage de notes & d'obfervations
utiles. La partie typographique eft très -bien
exécutée , par les foins du fieur Baftien , Libraire ,
déja connu par d'autres éditions eftimées , & chez
qui fe trouve , rue des Mathurins , nº. 7 , l'édition
des Euvres complettes de Lucien , en 6 vol. in 4° . ,
72 liv. & en 6 vol. in- 8 ° . de 5 à 600 pages , 361.
( 135 )
Le même Libraire vient auffi de donner au public
une nouvelle édition des OEuvres complettes de Montefquieu
, avec un fupplément , des notes , cartes ,
tables , & le portrait de l'Auteur. Il eſt remarquable
que c'est la première édition des ouvrages de ce
grand Ecrivain , faite à Paris . L'in- 4° . en 5 vol. ,
coûte 60 liv. , l'in- 8°. 5 vol . 30 liv.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 89 , 81 , 18 , 17 & 19.
PAYS - BAS.
De Bruxelles, le 13 Septembre 1788.
Le fupplément de la Gazette de Vienne ,
du 3 ſeptembre , renferme quelques rapports
, peu intéreffans , des divers Corps
d'armée ; mais ces détails font néceffaires
à ceux qui fuivent le cours des opérations.
La pofition des chofes a peu varié , comme
on en jugera par la fubitance de ce dernier
Bulletin.
» Corps d'Armée dans la T anfylvanie ,
le 22 Août.
« Le Colonel Schulz , continuant fon rapport
de l'affaire de Bozan , mande que l'ennemi , au
nombre d'environ 8coo hommes , fe porta de
Valeny vers le Konigsberg dans la nuit du 12 ; il
parvint, à la faveur d'un brouillard pais , à tourner
notre infanterie , poftée au Muhlberg & à en
rompre les lignes , à pénétrer dans nos retranche-
& à s'emparer de deux canons ; il mit auffi
le feu à quelques bâtimens . Plufieurs divifions de
huffards & de dragons étant accourues de Tattrang,
au fecours de notre Ifanterie, on chargea l'en
mens ,
( 136 )
nemi avec tant de fuccès qu'il fut repouté , mis
en déroute & obligé de retourner à Valery ; on
lui reprit un canon , & une partie des prifonniers
qu'il avoit faits. Nos morts dans cette affaire font,
comme on l'a déja annoncé , au nombre de 323 ,
& 1 officiers ; l'ennemi a fait prifonniers trois
officiers , & environ cent foldats , en laiffant fur
la place 76 tués . Nous avons fait cinq prifonniers,
pris quatre drapeaux , & plufieurs facs
remplis de pain blanc.- Le lieutenant- général de
Fabris , commandant en chef de ce corps d'armée
, a transféré le camp d'Hermanſtadt à Tallmafch.-
Le général - major de Pfefferkorn le trouvant
indiſpoſe , a remis le commandement de fes
troupes au major- général Stader , qui a pris fa
pofition entre Puj & Barbatwiz. Le 18 août il
y eut une petite efcarmouche , près du défi é de
Kinary, dans laquelle nous avons eu cinq bleffés . »
Corps d'armie dans la Croatie , camp près de
Dubicza Turc , le 23 Août.
-
--
On a commencé , le 21 , à tirer de nouveau fur
cette place , afin de détruire le refte des retranchemens
de l'ennemi.-Les Turcs ont perdu fix
cents hommes dans l'attaque du 20 de ce mois :
ils fe tiennent tranquilles fur l'Agino - Berdo. »
Corps d'armée du Bannat , camp de Laffmare , le
25 Août.
« Le major Stein occupe toujours le pofte de
la Veteran- Hohle ; l'ennemi ne cefle de le
harceler ; fa troupe eft fatiguée de la réfiftance
qu'elle eft obligée de faire à l'ennemi , fur la rive
du côté de Dubova , où il y a 32 Saïques à l'ancre.
-Le 25 Août , l'ennemi , au nombre de 7,000
hommes , fe porta de fon camp, qui s'étend depuis
vieux Orfova jufqu'à Dubova , furla montagne
de Craplia , & commença à tirer fur nos
troupes , mais fans effet ; pendant cette canoa(
137 )
nade , un autre corps ennemi défila avec du
canon vers la Palanque de Berfa , & fit fur elle
un feu très-vif , qu'il ceffa lorfqu'on tira les canons
du fortin de l'aile gauche de notre camp . »
Ce fupplément ne dit pas un mot de
Choczim ; filence qui fortifie l'opinion que
cette place a été ravitaillée .
SUITE DU TRAITÉ DE COMMERCE
ENTRE LE PORTUGALET LA RUSSIE.
( Commencé au Journal précédent. )
Art. X. Le but des deux Hautes Parties contractantes
, en accordant les avantages ftipulés
dans les articles VI , VII & VIII , étant uniquement
de faciliter le commerce & la navigation
directe des Sujets Portugais en Ruffie , & des
Sujets Ruffes en Portugal , elles défendent réciproquement
à leurs Sujets d'abufer de ces avantages
, en fe donnant pour propriétaires des navires
, ou des marchandifes qui ne leur appartiendront
pas , fous peine à celui ou ceux qui auroient
ainfi fraudé les droits , en prêtant leur nom à
quelque autre Négociant étranger , d'être traités
felon la teneur des Loix & Réglemens émanés à
cet égard ; favoir : Que tout ce qui fera prouvé
être ainfi fauffement déclaré en Portugal fous un
nom emprunté Portugais on Ruffe , fera confifqué
& vendu au profit de la Maifon des Enfans- trouvés.
Pareillement enRuffie , tout ce qui fera prouvé
être ainfi fauffement déclaré fous un nom emprunté
Portugais ou Ruffe , fera confiſqué au profit
des Etabliffemens publics en faveur des pauvres.
> Mais au cas qu'il y ait un dénonciateur de
ladire fraude , on déduira en fa faveur la moitié
de la vente des objets confifqués , ce qu'il recevra
pour fa récompenfe , foit en Portugal , foit en
Ruffie.
XI. On ne reconnoîtra pour navires Portugais
( 138 )
4
ou Ruffes , que ceux qui feront exactement dans
le cas des Ordonnances & Réglemens actuellement
en force dans leur pays refpectif; ſavoir ,
pour les navires Portugais , ils devront être munis
du nombre de Sujets Portugals fixé par les
Réglemens de S. M. Très- Fidelle ; favoir , que
de Maître , contre -Maître , & les deux tiers de
l'équipage devront être Portugais. La propriété
Portugaife d'un tel navire & de fa cargaifon devra
être auffi atteftée de la même manière cideffus
exprimée , & le navire devra être muni
d'un paffe- port expédié par la Secrétairerie d'Etat
du département de la Marine. Pour les navires
Ruffes , ils fe conformeront à l'article XVI de
l'Edit de S. M. Impériale , du 27 feptembre 1782 ,
fervant d'introduction au tarif général , de la
teneur fuivante : Cette diminution des droits de
Douane n'eft accordée qu'à ceux de nos Sujets
qui importeront ou exporteront des marchandifes
pour leur propre compte fur des vaiffeaux Ruffes ,
fur lefquels il y aura au moins la moitié de Mate ots
Sujets de notre Empire. De plus , la propriété Ruffe
d'un tel navire & de fa cargaifon doit être atteftée
par des documens en due forme ; & fi le
navire a fait voile de S. Pétersbourg , il devra
être muni d'un paffeport de l'Amirauté ; mais
s'il eft parti d'un autre port de Ruffie où il n'y
ait pas d'Amirauté , le paffe-port , foit de la
Douane de cet endroit , foit du Magiftrat , ou
de tel autre prépofé à cet effet , fera valable .
Les deux hautes Parties contractantes fe feront
parvenir réciproquement quelques exemplaires
authentiques de la forme defdits documens
& paffe- ports , afin qu'ils foient gardés
dans les différens ports des Etats refpectifs , pour
les comparer à ceux dont les navires feront munis ,
& s'affurer ainfi de leur validité ,
( 139 )
XII. Pour conftater la propriété Portugaife ou
Ruffe des marchandifes exportées de Portugal en
Ruffie , on devra produire des certificats des Confuls
- Généraux , Confuls ou Vice - Confuls de
Ruffie réfidans en Portugal ; ou file navire a fait
voile d'un port où il n'y ait pas de Confuls- Généraux
, Confuls ou Vice - Confuls de Ruffie ,
on fe contentera des certificats en due forme du
Magiftrat du lieu , ou de telle autre perfonne
préposée à cet effet ; & lefdits Confuls - Généraux,
Confuls ou Vice - Confuls de Ruffie en
Portugal , ne pourront rien exiger au- delà d'une
Cruzade & demie pour . ' expédition d'un te' certificat
, fous quelque prétexte que ce foit. De
même , pour conftater la propriété Portugaife ou
Ruffe des marchandifes exportées de la Ruffie en
Portugal , on devra produire des certificats des
Confuls - Généraux , Confuls ou Vice - Confulsde
Portugal réfidans en Ruffie ; ou fi le navire a
fait voile d'un port où il n'y ait pas de Confuls-
Généraux , Confuls ou Vice- Confuls Portugais
, on fe contentera des certificats de la
Douane ou du Magiftrat du lieu d'où ledit navire
aura fait voile , ou de telle autre perfonne
prépofée à cet effet ; & lefdits Confuls -Généraux ,
Conf's ou Vice- Confuls Portugais , ne pourront
de même rien exiger au-delà d'un rouble pour
l'expédition defdits certificats , fous quelque prétexte
que ce foit.
( La fuite au Journal prochain. )
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Le Colonel Quofdanowick , fe trouvant avant
dans le Gradifca Autrichien ,
guerre
avoit contracté
une liaiſon très -étroite avec un Aga Turc ,
qui commandoit dans l'autre Gradifca. Ces deux
( 140 )
t
'Officiers fe vifitoient fouvent , & fe parloient avec
'beaucoup de cordialité . Aux premières apparences
d'une rupture entre les deux Cours , l'Aga dit à
M. Quofdanowick : Je vois bien que ton Empereur ,
pourfoutenir les Ruffes , attaquera le mien. Ilfaudra
nous entr'égorger , mon ami ; mais au moins prometsmoi
, fi tu es vainqueur , d'épargner mes femmes
& mes enfans , au cas qu'ils tombent entre tes
mains ; je te jure la même chose pour les tiens ; ils
n'auront rien à craindre fous ma fauve garde. Le
Brave Quofdanowick n'eut pas de peine à lui faire
cette promeffe . Peu de jours après les hoftilités
commencent, le Gradifca Turc eft bombardé . Le
hafard veut que le premier boulet de canon adreffe
dans la maifca de l'Aga , qui en fouffrit beaucoup.
Le Mufulman furieux , croyant que fon ancien
ami a manqué à fa parole , & a violé les loix de
l'amitié , lui fait paffer un billet , pour lui déclarer
qu'il n'auroit point de repos , qu'il n'eût traité
comme méritoit de l'être , un traître , & qu'il n'eût
même affouvi fa vengeance fur fa femme & fur
fes enfans. Un coup de fufil lui a évité cette peine :
hété tué dans une efcarmouche. ( Gazette des
Deux- Ponts. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exaètitude
de cesParagraphes extraits des Papiers étrangers.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX .
PARLEMENT DE PARIS , REQUÊTES DU PALAIS .
Caufe entre Madame la Comteffe de Champgrand,
M. le Marquis de Maupas fon frère & M. le
Préfident Pinon.
Teftament contenant des legs changés & fupprimés.
à des époques differentes de fa date , déclaré valable
pour les difpofitions qui n'ont point éprouvé
d'altération.
« Par fon teſtament olographe , du 13 Mai
( 141 )
---
-
ou
1773 , Madame de Bragelogne a fait plufieurs legs.
pienx; elle en a fait d'autres au profit de fes domeftiques
, avec différentes difpofitions particulières
& univerfelles en faveur de fes parens ;
M. de Bragulagne , fon mari , y eft nommé exécu
teur teftamentaire , & à fon défaut M. le Préfident
Pinon . La contexture de ce teftament: eft fingulièrement
remarquable. A chacun des legs )
deftinés à fes domeftiques , la teftatrice avoit
laiffé un blanc pour y faire , fuivant les occurrences
des additions , des retranchemens
même les fupprimer, A l'article du legs fait au
nommé Antoine on lit l'addition fuivante : &
comme M. de Bragelogne eft décédé depuis mon
teftament , j'ajoute au legs de 250 liv. que
j'ai fait à Antoine , encore 200 liv. de rente viagère.
Dans le blanc laiffé après le legs de
300 liv. pour la gouvernante , Madame de Bragelogne
a ajouté à fon teftament , depuis le
mariage de cette demoiselle , ces mots : Je réduis
cette fomme de 300 liv. de rente viagère , à
200 liv. de rente viagère feulement , la gouvernante
n'étant plus à mon fervice , mais, entièrement
à celui de ma fille , qui ne l'abandonnera
pas. Le même teftament contient d'autres variations.
La teftatrice lègue au Marquis de Maupas,
d'abord quarante mille livres; enfuite elle efface
le nombre quarante , & y fubftitue celui de dix,
parce qu'il aura , dit-elle , tous les avantages de
Ce teftament eft fuivi d'un codicile
figné & non daté. A la fuite eft le commencement
d'un fecond codicile , contenant ce mot en
tête, codicile , & à la ligne , le pronom fe , & rien
de plus. Ces différens actes ont été trouvés
dans des papiers de rebut , par le portier de l'hôtel
, & déposés par lui , en l'étude d'un Notaire.
Ce teftament eft -il nul pour le tout , ou feule-
L'aîné.
-
( 142 )
ment pour les parties ajoutées , changées & fupprimées
Telle eft la queftion qui vient d'être
plaidée aux Requêtes du Palais. M. Duveyrier ,
pour Madame de Champgrand , a foutenu la nulfité
du teftament entier. Pour la validité d'un
-
-
teftament , a-t-il dit , il eft néceffaire que la teftatrice
ait eu intention de tefter , qu'elle ait perfévéré
dans fa volonté , qu'elle ait parachevé fon
ouvrage. Le teftament de Madame de Bragelogne
, fous une ſeule date , femble en renfermer
plufieurs autres , faites à diverfes époques ; il annonce
, d'un bout à l'autre, la plus grande variation
dans les idées de la teftatrice ; il eft rempli
de contradictions ; il indique plufieurs évènemens
pofterieurs à fa date. Les blancs qu'on y trouve,
dépofent que lorfqu'elle les a laiffés , elle n'étoit
nullement certaine de fa volonté ; qu'il fe préfentoit
à fon imagination une foule d'idées , qu'elle
étoit fermement alors dans l'intention de changer,
& qu'elle n'écrivoit que pour foulager fa mémoire.
Les deux codiciles étant enfuite du
teftament , confirment cette vérité ; leur état d'imperfection
prouve qu'elle n'étoit pas déterminée
entièrement fur le parti qu'elle vouloit prendre.
-
Un troifième codicile de 1780 , indépendant
des deux autres , & du teſtament de 1773 , le rebut
auquel Madame de Bragelogne avoit condamné
ce dernier , la fingularité de fa découverte , fix
mois après , tout affure qu'elle a fait un autre
teftament ; que celui de 1773 ne contient nullement
fes intentions , & qu'il n'eft qu'un chiffon ,
un fimple projet , un brouillon . Ricard, Def
peilles, Lacombe , tous les Jurifconfultes n'hésitent
pas à en prononcer la nullité. - M . Hardoin, pour
M. de Monpas & M. le Préfident Pinon , répondoit
que ces additions , ces changemens , ces ir-
´ferlignes', ✨ n'attaquoient point la ſubſtance du
( 143 )
teftament , qu'elles étoient nulles en elles- mêmes ,
mais qu'elles n'annulloient pas , vitiantur , non vitiant.
Pour montrer la vérité de ce principe ,
M. Hardoin citoit les lois Romaines , & Donat ;
citoit pareillement les Auteurs qui ont écrit avant
l'ordonnance de 1735 , & ceux qui ont écrit depuis.
Les Auteurs antérieurs à l'ordonnance ,
font le Maître , Dupleffis , Ferrieres ; les Auteurs
poftérieurs , Bourjon , Pothier , Duparc , Poulain :
ces lois , ces Jurifconfultes décident que les ratures
qui fe trouvent dans un teftamentolographe ,
n'annullent que la difpofition qui fe trouve raturée
, toutes les autres ne laiffent pas de fubfifter
; parce que la plupart de ceux qui font des
teftamens olographes , n'étant pas inftruits , comme
des Officiers publics , des règles qu'on doit obferver
dans la rédaction de ces actes , il feroit injufte
d'être auffi rigoureux fur un teſtament olographe
, dans fa forme extérieure , que fur celui
fait par un Officier public. A toutes les au→
torités , M. Hardoin a joint plufieurs Arrêts . Le
premier , du 11 juillet 1716 , rapporté par De
nifard , verbo teftam . Le fecond , rendu au rapport
de M. de Chavannes , le 22 juin 1770 , fait délivrance
d'un legs de 1000 liv. à la Dame de
·Treffoles , porté dans le teftament de M. le Préfident
de Chavaudon , & déclare nuls plufieurs
autres legs au profit de cette même légataire ,
parce qu'ils étoient ratures , furchargés & preſque
illifibles. Le troiſième , rendu au mois de janvier
dernier , au rapport de M. Titon , juge valable le
teftament olographe dufieur Buiffon , quoique fur
les trois premières difpofitions , dont l'une étoit ,
ceci eft mon teftament , il eût tracé plufieurs barres
tranfverfales qui rayoient ces difpofitions, -Un
teftament olographe , on en convient , eft indiviſible
, en ce qu'il faut que fa nature & fa forme
-
( 144 )
foient une ; & non mi-partie d'une efpèce de
teftament & d'une autre eſpèce ; c'eft pour cela
que les Arrêts ont annullé des teftamens écrits
en partie par des Notaires & par des teftateurs ,
& des teftamens olographes dans lesquels étoient
écrits des mots d'une main qui n'étoit pas celle
du teftateur. Mais là fe borne le principe ; & la
nullité d'une ou de plufieurs difpofitions parti
culières , n'empêche pas les autres de fubfifter ,,
lorfque celles qui font nulles n'attaquent pas la
fubftance du teftament. »
« Or , le teftament eft daté , au commencement
& à la fin , du 10 Mai 1773. Depuis , la teftatrice
a ajouté des difpofitions poftérieures à cette
date , fans les avoir datées : qu'en réſulte -t-il ?
Que les additions acceffoires font nulles ; mais
elles n'annullent pas la fubftance de l'acte utile per
inutile non vitiatur . A l'égard des inductions que
l'on tiroit de l'état de rebut où s'eſt trouvé ce
teftament après le décès de Madame de Bra
gelogne , l'imperfection des deux codiciles qui font
la fuite , & le troifième codicile de 1780 , dé
couvert féparément , fien de tout cela , répondoit
M. Hardoin , ne prouve , n'indique même
que Madame de Bragelogne ait révoqué un teſtamentqu'elle
laiffoit fubfifter , & qu'elle confirmoit
même par le codicile de 1780. Ces raifons
ont prévalu , & le teftament a été déclaré valable
pour les difpofitions qui n'ont point été changées
ni altérées , par Sentence des Requêtes du Palais
, du Mars 1788. »
Waddy
→
r
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE,
De Stockholm , le 2 Septembre 1788.
-
HIER matin , le Roi eft arrivé de Finlande
à Ulricidal. S. M. a. affifté
aujourd'hui aux
délibérations du Sénat , qui déjà hier s'étoit
affemblé.
Notre armée dans la
Finlande refte toujours fur les frontières ,
en partie fur notre territoire , en partie
fur celui de Ruffie . Le
quartier général
eft à Lovifa , la grande eſcadre à
Sweaborg ,
l'efcadre des chebecs & des galères à Lovifa
& à Borgo ; elle couvre la côte.- Le
Roi , avant fon départ , a conféré au Duc
Charles , fon frère , le
commandement général
des forces de terre & de mer. Le
Général Toll & l'Amiral Rayalin , venant
de
Finlande , fe font rendus , le
premier
dans la Scanie , où il
commandera les
troupes , & l'autre à Carlſcrone. Les
-
N°. 39. 27
Septembre 1788. go
( 146 )
levées de troupes continuent . Seize mille
hommes font en marche vers la Scanie ,
dont la côte eft garnie de canons. -
parle univerfellement de la prochaine
convocation de la Diète.
DANEMARCK
.
De Copenhague , le 5 Septembre.
On
A peine le Prince Royal a -t -il été de
retour de la Norwége, qu'on a commencé
les préparatifs d'un nouveau voyage de
S. A. R. , qui en effet eft partie pour l'Allemagne
, depuis quelques jours . La
lenteur avec laquelle nous avons armé ,
les délais de la réfolution prife d'affifter
la Ruffie , en qualité d'auxiliaires feulement
, l'immobilité
de nos vaiffeaux
jufqu'à préfent , prouvent la répugnance
avec laquelle notre Cour a obéi à fes engagemens
envers l'Impératrice. Le défir
de ramener la paix dans le Nord , eft
encore fortifié ici par la crainte du parti
que ces troubles peuvent infpirer à d'autres
Puiffances. Déjà M. Elliot , Miniftre Britannique
auprès du Roi , lui a notifié une
dépêche de fa Cour , apportée ici , le
24 août, par un Courrier du Cabinet
& dans laquelle le Miniftre de, St. James
( 147 )
déclare que , fans défapprouver
les fecours
que notre Alliance avec l'Impératrice
nous
oblige de fournir à cette Souveraine
, il
ne verroit pas avec indifférence
que nous
paffaffions les limites de ces engagemens ,
en portant toutes nos forces contre la
Suède. La Cour de Berlin a fait la même
déclaration
.
ALLEMAGNE.
De Hambourg le 7 Septembre.
Les vents contraires ayant retardé plufieurs
jours l'arrivée des dépêches de la
Finlande à Stockholm , on attendoit avec t
impatience des nouvelles du Roi , de l'armée
& de la flotte . Deux paquebots
fucceffifs ont terminé les inquiétudes.
Après s'être réparée à Sweaborg , la flotte
Suédoife a remis en mer , & celle de
Ruffie a quitté fa croifière devant le port
de la Finlande . La campagne de terre
touchant à fa fin , on a renoncé aux attaques
de Nyflot & de Frédérichsham . Le Roi .
qu'on attendoit à Stockholm aux premiers
jours de feptembre , a perfifté à rejeter
du fervice les Officiers qui ont refufé
de combattre & de fervir l'Etat ; on les
a remplacés par des Officiers retirés , ou
gij
( 148 )
par des Surnuméraires à la fuite des régimens
, & qui n'avoient pas encore joint
armée. Les mêmes Courriers ont apporté
la nouvelle déclaration fur les caufes de la
rupture avec la Ruffie , déclaration rendue
& publiée à Helsingfors , depuis quelques
jours feulement , quoiqu'elle foit datée
du 21 juillet. La première partie de cet
écrit étant abfolument conforme à la Note
remiſe à la Cour de Pétersbourg par le
Secrétaire de Légation Suédoife , & que
nous avons déjà publiée , nous ne rapporterons
aujourd'hui que la fin de la nouvelle
déclaration . Après avoir expofé avec énergie
la conduite du Comte de Rafumofski,
Miniftre de Ruffie à Stockholm , S. M. S.
ajoute :
Le Roi ne fauroit fe réfoudre à dévoiler ici
aux yeux de l'Europe entière , les fauffes démarches
auxquelles une partie de fes Sujets a été entraînée ,
plus par les efforts que la Ruffie n'a ceffé de faire
pour réuffir dans fes projets , que par un efprit
de vertige dont ils étoient effectivement , animés..
Accoutumée à regarder fon Peuple avec des yeux
pleins de tendreffe paternelle , à chérir fes Sujets
comme fes Enfans , Sa Maj . fent en ce moment
combien il en coûte à un père de découvrir des
fautes qu'il auroit volontiers en evelies dans l'oubli
; mais comme rien ne manifefte plus au grand
jour la conduite de fon puiffant Voifin & la juftice
des griefs du Roi ; comme l'intérêt même de tous
les Suédois exige que l'Europe connoiffe le malheur
dont l'Etat a été menacé , les complots faits ,
( 149 )
même contre la perfonne du Roi , au milieu de l'abri
où la paix femb oit le mettre à cet égard , & le
véritable fond des procédés que la Ruffie tenoit
fous l'extérieur d'une modération apparente , procédés
qui cachoient des vues plus horribles que le
fléau d'une guerre ordinaire , le Roiſe voit dans la
néceffité de montrer ici la vérité toute nue , & de
la mettre dans tout fon jour. L'Europe y reconnoîtra
le cours non interrompu de cette ambition ,
de ce défir d'agrandiffement qui a toujours carac
térifé le Ministère de Ruffie ; il reconnoîtra feulement
,fous une forme un peu différente , ces mêmes
détours & ces manéges qui partagèrent la ologne
il y a 16 ans , qui affujettirent la Crimée , & qui
ont prefque fait de la Courlande une dépendance
de la Ruffie. »
« C'eſt une chofe connue depuis plufieurs an
nées, que , peu après la paix d'Abo , la Ruffie
forma le plan de féparer la Finlande de la Suède ,
& , fous le prétexte particulier de endre ce pays
indépendant , d'en faire , dans la realité , une province
feudataire de la Ruffie , comme la Courlande
l'eft encore en ce jour. Il eft triste de penfer
que les mots facrés de liberté & d'indépendance
ainfi que le nom adorable d'un dieu de miféricorde
& de paix, foient prefque toujours le fignal des
divifions & du malheur public ; mais telle eft la
foibleffe inhérence à l'humanité , que ce qui devroit
fervir au bonheur des hommes , n'eft que
trop fouvent la caufe des maux & des ufurpations
que la guerre entraîne après el'e. Ces projets de
la Rufle furent , à la vérité , étouffés a'ors dins
leur naiffance , plus peut-être par l'attachement ds
Finlandois à l'égard de la Suède , & par la mémoire,
auí douloureuſe que fraîche encore , que les habitans
confervoient, des dévaftations que les Ruifes
( 150 )
avoient exercées dans cette province durant la
guerre de Charles XII & celle de 1741 , que
par la conduite modérée de la Ruffie . Cependan
le Cabinet de Pétersbourg n'abandonna ni fes
principes , ni fes projets , & il faifit la première
occafion favorable pour les mettre à exécution.
La défection d'un Officier de marque , qui avoit été
honoré , pendant plufieurs années , de la confiance
de fon Souverain & de départemens importans
dans la Finlande , & qui , revêtu d'un commandement
fort étendu dans cette province , avoit pu
y gagner la confiance de plufieurs habitans du
pays,mais qui abandonna enfuite le fervice du Roi;
las auffi de celui d'une Puiffance étrangère , près laquelle
le Roi lui avoit procuré une place des plas
honorables , cet homme paffa au fervice de Ruffie,
& dès-lors les projets ambitieux de cette Puiffance
fe réveillèrent : elle travailla fans relâche
à femer la zizanie & l'efprit de révolte dans le
Grand-Duché , & à en cultiver le germe . Vers la
fin de l'année 1786 , un de fes Officiers-généraux
parcourut , fous prétexte de voyager , le territoire
de Finlande , s'occupa à reconnoître tous les poftes ,
tous les endroits que leur fituation expofoit à une
attaque , ou que la nature avoit fortifiés , prit des
informations chez les habitans , fonda les efprits ,
& ne trahit que trop évidemment , par fon grand
défir de tout favoir & par l'ardeur de ſes recherches
, les vues fecrettes de fa Cour. »
« Si le voyage que l'Impératrice fit bientôt après
à Cherfon , détourna pendant quelque temps le
Cabinet de Pétersbourg de fes efforts pour arracher
la Finlande à la Suède , ils furent repris, immédiatement
après le retour de cette Princeffe de
fon grand voyage , avec une double ardeur , &
les cabales que fon Miniftre à Stockholm trama ,
de consert avec les mouvemens fecrets du Cabi(
151 )).
>
net de Pétersbourg , pour troubler la tranquillité
publique dans la Finlande manifeftèrent affez
clairement les projets & les vues de la Ruffie ,
vues directement dirigées contre la perfonne du
Roi & le repos intérieur de la Suède. »
« La déclaration de guerre que la Sublime Porte
Ottomane fit à la Ruffie , furvint durant ces cabales
, & fervit de nouveau motif à cette Cour
pour travailler , à forces redoublées , à femer la
difcorde & le trouble dans la Suède : royaume
qui étoit lié avec la Porte Ottomane par un ancien
traité conclu déja en 1739 , & qui , ne pouvant .
renoncer à une alliance , laquelle avoit fubfifté tant.
de temps fans interruption , en vertu de ce traité ,
paroiffoit , par-là même , être à craindre pour les
Ruffes , »
Cependant , malgré cela , le Roi a fait tout ce
qui étoit poffible pour convaincre la Ruffie de fes
fentimens pacifiques , fans oublier néanmoins
pour cette raifon , un Allié avec lequel la Suède
eft unie par des liens fi formels . Le Roi a offert
jufqu'à trois fois fa médiation à la Ruffie , pour
accorder les différends qui s'étoient élevés entre
cet Empire & la Porte ; médiation d'autant plus
efficace , que l'Europe entière connoît le crédit &
l'influence de la Suède près la Porte , qui a toujours
duré depuis le long féjour que Charles XII
fit dans les Etats de cette dernière. »
« C'eft précisément dans ce moment que le
Comte de Rafumofwki , mettant le comble à toutes
fes démarches offenfantes , dans une Note miniftérielle
, conçue dans les termes les plus infidieux,
fous les apparences de l'amitié , a ofé vouloir féparer
le Roi de la Nation , en a appelé à elle , & ,
fous le ſpécieux prétexte de l'amitié de l'Impératrice
pour la Nation , a voulu rompre les liens facrés
qui uniffent le Roi & fes Sujets. Rien ne
g iv
( 152 )
pouvoit mieux démafquer les fentimens & les
projets , encore cachés , de la Ruffie , que cette déma
che , & même les façons de parler employées
dans la Nore fufdite. Le Roi a communiqué à
d'autres Cours , liées avec Sa Majefté , ou avec
lefquelles Elle a d'ailleurs des relation d'une bonne
intelligence plus étroite , les motifs d'après lefquels
El'e a agi . En cela , le Roi n'a confulté que
ce qu'il fe devoit à lui-même , à fes Peuples , à la
tranquilli é publique , & a écarté de fa Perfónne
un particulier , qui , en abufant du droit des gens ,
ceffoit d'avoir droit d'en jouir; & lorfque S. M.
en refpectant encore en lui le caractère dont il fe
rend it indigne , a mis , dans la démarche qu'Elle
devoit à a goire , tous les ménagemens poffibles ,
Elle croit avoir encore donné à cet égard une
grande preuve de fon eftime pour l'Impératrice ,
& du refpect qu'Elle porte au droit des gens.
"
C'eft dans ces circonftances que le Roi s'eft
rendu en Finlande , à la tête de fon armée , dans
le deffein de s'éclaircir avec l'impératrice , & de
s'affurer du repos d'une province auffi importante.
Le Roi efpéroit obtenir , par des paroles amicales
, la fatisfaction qui lui étoit due à l'égard d'un
Miniftre qui avoit abué de fon caractère facré ;
le Roi eſpéroit pouvoir porter la Ruffie à
accepter la médiation de la Suède , & remplir
par- là les engagemens dont le royaume est lié envers
la Porte Ottomane , fans être obligé de fe
battre préalablement à cet effet ; enfin le Roi
efpéroit de la juftice de l'impératrice , qu'Elle l'indemnifercit
des frais d'un armement que les circonftances
l'avoient obligé à effectuer ; mais un
enchaînement de circonftances imprévues entraîna
bientôt la rupture d'une paix , dont la confervation
avoit été , durant feize ans , le but de
tous les voeux du Roi. Dans cet intervalle , des
( 153 )
troupes légères Ruffes attaquèrent les poftes avancés
des Suédois près de Savolax. Le Brigadier qui
commandoit pour le Roi dans ces provinces éloignées
tint la guerre pour commencée , en voyant des
hoftilités commifes fur la frontière , & , en vertu
des ordres qui lui avoient été néceſſairement donnés
dans le cas d'une attaque , il bloqua le château de
Nyflot , pour s'affuter d'un pofle qui étoit important
pour couvrir ces contrées lointaines contre
les dévaſtations des Hordes barbares qui font au
fervice de la Ruffie , vu que ces provinces , dont
les limites ont été reculées par la paix d'Abo , fe
trouvent entièrement ouvertes , & font abíolument
hors d'état de ſé défendre , fans fe rendre
maître des défilés de la Finlande-Ruffe. L'avis de
cet évènement parvint à la flotte , en accéléra
l'activité ; & une bataille navale , que le Duc de
Sudermanie gagna peu après fur des forces fupérieures
, décida l'éruption d'une guerre , quelques
efforts que le Roi fit pour l'éviter , en renonçant
même , dans cette vue , à profiter du moment fi
rare & fi favorable qui s'offrit pour s'emparer de
fept vaiffeaux de guerre Ruffes , enveloppés par
la flotte de Suède. "
« Au milieu de tous ces chagrins , & quoique
le Roi ne fache pas encore ce que font devenus
fon Miniftre & deux Officiers envoyés comme
courriers à Pétersbourg , Sa Maj . ne veut pas renoncer
cependant à fon inclination pour la paix ;
mais Elle est encore prête à accepter toutes conditions
honorables de paix , qui lui feront offertes
de la part de l'Impératrice , pourvu feulement
qu'on accorde au Roi , & qu'on lui donne la certitude
de pouvoir procurer une paix ſure & ftable
à la Porte Ottomane. »
A Helsingfors , le 21 juillet 1788 .
ว
g v
( 154 )
Le 2 , dans l'après-midi , le Prince Royalde
Danemarck eft arrivé à Sleſwick . On affure
que S. A. R. , accompagnée du Prince Charles
de Heffe, fera une tournée dans les deux
Duchés , & qu'Elle retournera à Copenhague
vers la fin de ce mois , époque à
laquelle les troupes feront affemblées au
quartier général de Charlottenland . - Il
n'y a d'ailleurs aucune probabilité au bruit
répandu que S. A. R. fe rendoit à Berlin .
Une frégate de 42 can. partira inceffamment
de Copenhague pour les ifles
Danoifes aux Indes Occidentales ; ifles dort
on augmentera auffi la garniſon . - Quant
aux vaiffeaux de guerre qui étoient déjà en
rade , ils ont ordre de fe mettre en état
de faire voile au premier fignal. Sept
vaiffeaux Ruffes , dont 4 de ligne , font
arrivés d'Archangel à Chriftianfand en
Norwége.
La Diétine de Lublin , apprend- t on de
Varfovie , a élu pour Nonces le Prinee
Czartoryski, & cinq autres perfonnes de
fon parti. -Les Diétines , dans la grande
Pologne , ont été très- orageufes. On affure
que la convention faite entre les Cours de
Vienne & de Berlin , relativement aux
fournitures de fel , y a beaucoup contribué.
Les falines de Wieliczka & de
Bochnia dans la Gallicie , fourniffent , par
an , à la Pologne , 1,200,000 quintaux
( 155 )
de fel ; ce qui , à raifon de 2 florins & 3
groffchen le quintal . fait un objet de
10,200,000 florins . Ce calcul approche
beaucoup de celui du Comte Moczinsky ,
frère du Directeur de la Compagnie du
fel , & qui évalue à 10 millions de florins
la dépenfe de la Pologne pour cet objet.
De Vienne , le 8 Septembre.
Par le Supplément à la Gazette du 6 ,
le Gouvernement a inftruit le Public de
la fuite des évènemens de la guerre ,
toujours inquiétans dans le Bannat , un
peu plus favorables en Bofnie , & nuls ,
à ce qu'il paroît , par- tout ailleurs.
Du Corps d'armée du Bannat, au camp de Fenifch,
le 29 août.
« Les Turcs , au nombre de 6 à 7000 hommes ,
par leur dernière attaque de notre Palanque de
Berfa , ayant réuffi d'interrompre la communication
du Corps d'armée du Comte de Wartenfleben ,
avec l'aile gauche du camp , ce Commandant en
chef , pour rétablir la communication , chargea , le
25 acût , le Général- Major de enkheim , d'aller
les attaquer vers le foir , après la retraite battue ,
à la tête de 7 divifions d'Infanterie & une diviſion
des Huffards de Graeven. »
cссeAvant l'arrivée de ce Général, les Turcs avoient
hafardé plufieurs attaques réitérées fur la Palanque ,
qu'ils trouvèrent bien défendue par une divifion
du régiment de Lattermann , des Chaffeurs de
Terzy & de Durlach , fous les ordres du Major
de Lattermann, lorfque le Général-Major de enk-
1
8 V)
( 156 )
heim arriva au foutien des nôtres , & l'enque
nemi , après une réfiftance opiniâtre , fut forcé à la
retraire . ??
« Le brave Major de Lattermann , après avoir
tué de fon épée deux Turcs qui approchoient trop
près des palifiades , fut étendu fur la place d'un
coup de pistolet , & le Capitaine Schobel fe chardu
commandement . » gea
" Outre le Major de Lattermann , nous comptons
encore 16 Fantaffins du régiment de Lattermann
& 7 Chaffeurs tués , & le premier Lieutenant
Sotto afa , le Lieutenant en fecond R fetti , 60
Fantaffins & 15 Chaffeurs bleffés, quoique la perte
en Chaffeurs de Terzy & de Durlach ne puiffe pas
encore être évaluée au jufte . »
« Le 26 , les Turcs revinrent à la charge ,
renforcés confidérablement en nombre , & ne
difcontinuèrent pas , depuis le matin jufqu'au foir ,
d'at aquer la Palanque par un feu vif & non
interrompu; & des troupes fraîches arrivant encore
au foutien de celles qui s'y trouvoient déja , le
nombre des ennemiss'accrut bientôt à 18000 homm.
qui environncient la Palanque ', & qui , par le feu
de Jour Artillerie , étoient parvenus à rompre les
paliffades en plufieurs endroits ; le Comte de War
tenfleben jugea à propos de faire abandonner , la
nuit du 26 au 27 , la Palanque , & de rejoindre
les troupes au Corps d'armée . »
« Dans les combats des 26 & 27 août , nous
comptons en morts ( toujours à compter du Sergent
au Soldat ) , de Lattermann , 37 Fan :affins &
2 Chaffeurs ; de Stain , 4 Fantaffins : en bleffés ,
de Lattermann , le Capitaine Comte Berlendis les
premiers Lieutenans Schobeln & le Comte de Natta,
le Lieutenant en fecond Fischer & 92 Fantaffins ;
de Stain , le Capitaine Comte de Khevenhüller &
( 157 )
15 fantaffins : en égarés , pendant l'action , de Lat
termani , 9 Fantaffins & un Chaſſeur, »
" Pendant l'attaque du 26 août , l'ennemi dirigea
encore fon feu vers le front de notre Corps
d'armée , ainfi que vers notre camp , en y jerant ,
fans interruption , des bombes & grenades , & fit
élever , de la pointe du mont Czaplina , en defcendant
jufqu'à la Czerna , quelques ouvrages
terre , fur lesquels il planta plufieurs drapeaux . »
de
« Le Comte de Wartenfleben fut en outre inf
truit par des avis certains , eçus encore le même
jour , qu'un Corps de Turcs de 4 à 5000 hommes,
fous la conduite d'un Pacha , avoit été détaché de
Porſcheny à Schuppaneck , & que le Grand- Vifir
avoit paffé le Danube à Cladowa . »
« Par les rapports arrivés le 26 août , de la
part du Major Stein de B echainville , occupant
encore , avec la troupe fous fes ordres , le pofte
de la Veteran Hohle ( 1 ) , on a été inftruit que l'esnemi
continue d'y jeter des bombes , pierres &
grenades , & de harceler & fatiguer , fans interruption
, nos troupes , qui , le 27 , défendoient
encore leur pofte avec la plus grande intrépidité."
« Le 28 août , les Turcs attaquèrent notre Palanque
de Cracova- Vifoca, & fans aucun effet ;
9
(1 ) La Veteran- Hohle a reçu , dit-on , fa déno
mination du Comte de Vetrani , Feld-Maréchal au
"
fervice de l'Empereur , qui , en 169 la fit occuper
pour couper le paffage fur le Danube . Les
Walaques prétendent que cette raverne eft l'ouvrage
de l'art , & que l'Empereur Trajan la fit
ouvrir immédiatement après la conquête de la
Dacie.
( 158 )
mais ils fe répandirent de plus en plus vers Pefcheneska
, & firent , dès le matin , un feu continuel
de pièces de 13 livres de balle fur notre camp,
& en y jetant des bombes de la plus grande efpèce
; ils firent encore élever des batteries plus
près de notre camp , prenant en même temps
pofte fur la montagne Stogia ; ce qui porta le
Commandant en chef Comte de artensleben à
quitter , le 28 , vers le foir , la pofition tenue jufqu'à-
préfent avec fon Corps d'armée , & de diriger
fa marche vers le pont de Fenifch : ce qu'il
exécuta jufqu'au 29 , quoique environné & harcelé
de tous côtés par l'ennemi . »
Du Corps d'armée de Croatie , au camp près de
Dubicza-Ture , le 29 août.
« L'ennemi ayant été repouffé par nos troupes ,
dans l'attaque de notre camp , le 20 août , nous
redoublâmes d'efforts fur le Dubicza-Turc, Dans
cette intention , le Feld-Maréchal Baron de Laudhon
fit élargir encore la brèche ; & comme les Turcs
fe mirent d'abord en devoir de la boucher , le
Feld-Maréchal donna les ordres néceffaires pour
mettre le feu dans la place. Comme depuis l'aprèsmidi
du 23 jufqu'au 24 au matin, la plus grande
partie des maifons avoit été réduite en cendres ,
le Général , pour épargner nos troupes , fit mettre
en oeuvre les fapes , afin de s'approcher , par ce
moyen , de la brèche. On continua ainfi jufqu'au
for du 25 , de manière que nos Sapeurs avoient
déja tout miné jufqu'à ro pas de la brèche , &
qu'on étoit en état d'élever , pendant la nuit , les
batteries néceffaires pour attaquer & pouffer l'ennemi
avec plus de vigueur , & s'emparer de la
place fans beaucoup d'effufion de fang, »
« L'ennemi fe trouvant , le matin du 26 , par
cette difpofition , dans le plus grand embarras , &
jugeant du péril extrême auquel il s'expoferoit par
( 159 )
une réfiftance plus longue & plus opiniâtre , demanda,
entre les 8 & 9 heures , à capituler , à quoi
le Feld-Maréchal Baron de Laudhon confentit , en
accordant à la garnifon les mêmes conditions qui
avoient été accordées par S. M. l'Empereur à celle
de Sabatſch , fuivant lefquelles la garnifon devoit
mettre bas les armes , & fe rendre prifonnière de
guerre. Le Général permit d'ailleurs aux Officiers
de garder leurs épées , & renvoya les femmes &
les enfans à Kocz.racz , fous la conduite de cinq
Turcs , qui ont promis fur parole de revenir. »
« On a fait prifonniers de guerre , dans la place ,
2 Beggs , 18 Agas , 24 Barjaktars , 4 Chehajas
ou Aides-de-Camp , 34 Odopachas ou Sergens ,
19 Chanfches ou Caporaux , 313 Proftis ou
Soldats en tout 414. "
« Outre une quantité d'armes & de munitions
& 1
de guerre , on a trouvé 7 canons de métal ,
petites pièces de campagne d'envison 8 onces de
balle. »
.
Notre perte du 24 , jour que la fape fut
mife en oeuvre , jufqu'à celui de la reddition de
la place , confifte en un Oficier d'Etat -Major' , le
Major d'Artillerie Hub er , dont il a été fait dernièrement
mention , & en 13 Soldars. Les derniers
jours du fiége , ont encore été bleffés deux
Officiers , le Capitaine des Ingénieurs Devaux ,
& un autre du régiment Archiduc-Ferdinand
ainfi que 26 Soldats. »
« Le Corps d'armée ennemi qui campoit fur
l'Agino-Berdo , s'en eft retiré la nuit du 25 au 26 ,
& a établi maintenant fon camp fur le chemin qui
conduit à Koczaracz & Bredor. »
Les lettres particulières du Bannat , en
date du 30 août , & par conféquent poflé.
rieures à celles dont le Bulletin officiel
qu'on vientde lire offre l'estrais , y ajoutent
( 160 )
des particularités importantes , dont il refte
néanmoins à vérifier la parfaite certitude.
« Selon ces avis , le Corps Ottoman , réuni
dans le Bannat fous les ordres d'un Séraskier
, eft d'environ 60,000 hommes . On
affure que le Grand -Vifir n'en estpas éloigné
avec une autre armée de 70,000 . C'eft
le 23 août que l'ennemi s'avanca , & porta
fon camp aux environs de Méhadie. Le
Lieutenant-général Comte de Wartenf
leben en ayant été inftruit , dépêcha auffi-tôt
deux Courriers à Weiskirchen , où étoit
le camp de l'Empereur. Le 25, S. M. fit
marcher l'armée plus près de Méhadie
& etablit , le 26 , le quartier général à Kiftclek
. Le Maréchal de Lafcy eft allé reconnoître
, avec une forte efcorte , les
environs de l'autre côté de l'Allmafch.
On croit que le quartier général ſera
transféré à Caranfebes. Le Lieutenantgénéral
de Bréchainville eft refté à Weilkirchen
avec les Cuiraffters d'Harrach
& les régimens d'Infanterie de Vins , Jean
Palfy & Caroly,
D'après ces difpofitions , il eft prudent
de douter de la fâcheufe nouvelle qui circule
depuis hier , que le Général de Wartenfleben
a été forcé d'abandonner Méhadie
, dont l'ennemi a pris poffeffion , ainfi
que des magafias qu'on y avoit raffemblés.
((161 )
On attribue au manque de groffe Artillerie
, la lenteur du fiége de Chocziin.
Le Prince de Cobourg comptoit fur les
Ruffes qui devoient en amener , & ceux- ci
étoient perfuadés qu'ils pourroient la retirer
de la fortereffe Polonoiſe de Kaminiek
, dont le Cominandant s'eſt refuſé à
leur demande.
Le Lieutenant-général Comte de Mitrowky
, commandant le Corps d'armée
dans l'Eſclavonie , a quitté fon quartier
de Podvin , près de Brod , & l'a transféré
à New- Gradifca , où il eſt arrivé le 18
août. Cette place eft éloignée de 8 lieues
de Dubicza , & de 12 de Banjaluka . On
dit que ce Corps fera renforcé de 10
bataillons d'Infanterie & de 8 divifions de
Cavalerie , & qu'il agira de concert avec
l'armée de Croatie.
Le Major Vukaffowifch, dont nous avons
rapporté le Manifefte contre le Pacha de
Scutari , & l'expédition contre deux places
de l'Albanie , a été , dit- on , abandonné
de fes partifans Monténégrins , & obligé de
fe réfugier , avec fa petite troupe , dans le
Couvent de Cetinie .
L'Archiduc François , revenant du camp
de Choczim , eft arrivé , le 29 août ,
Temefwar.
Les cantons Suiffes de Schafhouſe &
de Fribourg , les villes d'Arau , de Bade ,
( 162 )
1
Bâle , Bienne , Brugg , St. Gall , Lenzbourg,
Mellingen , Muhlhoufe , Peterlingen
& Zoftingen, & le Prince-Evêque de
Bâle , ainfi que l'Abbé- Princier de Pfefters
, ayant donné une déclaration formelle
que , dans les procès de faillites qui
pourroient furvenir dans leurs Jurifdic-.
tions , les Sujets des Etats héréditaires feroient
traités , pour leurs créances , fur le
pied d'une parfaite égalité avec les Bour
geois & Sujets des Etats & villes Suiffes
fuf-nommés , S. M. I. vient d'établir , à
leur égard, la réciprocité dans fes Etats.
*
De Francfort fur le Mein , be 13 Septemb.
Le refcrit de la Diète de l'Empire , au
fujet de la Nonciature en Allemagne ,
dont nous avons publié la première partie
dans le Journal précédent , laiffe au St.
Siège l'efpoir de nouvelles négociations ,
comme on va le voir par la conclufion de
ce diplôme.
« Cette Déclaration fut faite le 7 novembre
fuivant à Sa Sainteté , par le Miniſtre impérial
réfidant à Rome , fon Eminence le Cardinal
Herzan , dans une audience particulière qu'il eut
à cet effet. Néanmoins dans l'année ſuivante 1786 ,
il a été envoyé deux nouveaux Nonces avec de
prétendus pouvoirs , Pacca & Zoglio , celui- ci à
Munich , l'autre à Cologne. Ce fut tant pour
cela , que parce que le nouveau Nonce de Munich
avoit fubdélégué le prévôt Roberz à Duffeldorf,
( 183 )
pour y prendre connoiffance de tous les cas fujets
à la prétendue jurifdiction de la Nonciature , que
fon Alteffe Electorale de Cologne a écrit à S. M.
Impériale , fous les datés des 10 & 17 décembre
de la même année , pour l'en informer , & réclamer
fon intervention , ce qui détermina S. M.
Impériale à déclarer à l'Electeur Palatin : « qu'Elle
» ne confentiroit jamais à ce que le Nonce Zogho
" exerçat aucune jurifdiction dans le pays de
» Berg & de Juliers , & qu'elle interdifoit au
» Prévôt Roberz l'exécution de la commiſſion
» illicite que lui avoit donnée ledit Nonce. »
+37
"2
« Là - deffus , S. A. Electorale de Bavière , par
un écrit du 5 avril de l'année dernière , donra
à connoître à S. M. Impériale: « Qu'un Etat de
l'Empire d'Allemagne & un Souverain immé-
» diat pouvoit permettre aux Nonces du Pape
» d'exercer dans tous les pays de fa domination ,
» une jurifdiction eccléfiaftique , quand il l'avoit
» modifiée lui -même felon la conftitution de
l'Empire , & que cet exercice des droits ter-
» ritoriaux ne pouvoit être reftreint que par la
puiffance légiflative de l'Empire , à qui feule
» appartenoit le droit de changer , modifier ou
» abroger les loix conftitutionnelles de l'Empire. »
Néanmoins le Prince - Evêque de Worms , le
Prince-Archevêque de Saltzbourg , firent bientôt
de nouvelles plaintes contre les entrepriſes du
nouveau Nonce , & fes ufurpations fur leurs droits
diocésains .
»
"
« Toutes ces circonstances notoires, & le mépris
que la Cour de Rome paroiffoit faire de tant de
repréfentations preffantes , autorifoient fufifamment
S. M. à prendre un parti décifif à cer égard.
Comme toutefois elle s'apercevoit en mêmetemps
de la diverfité d'opinions qui continuoit
de régner dans l'Empire , fur l'effence de la Non(
164 )
ciature , S. M. fe borne encore à demander que
cette affaire foit difcutée fans délai dans une
afemblée générale de la diète de l'Empire , afin
que ce qui y fera décidée , falle déformais partie
des loix conftitutives dudit Empire , &e. »
-
Nos lettres de Vienne , du 2 , confirmoient
que le Grand-Vitir fe trouvoit avec
fon armee près de Kladova , vis -à-vis de
Czernez. Cette pofition très-avantageufe
femble le rendre maître du Danube , en
le mettant à portée d'inquiéter le Bannat
& la Tranfylvanie . Il avoit devant lui-
New - Orfova , Widin fur fes derrières ,
Belgrade à la gauche , & à fa droire des
pays foumis à la domination Ottomane.
Cependant on écrit , du 4 , que ce Chef
' Ottoman a paffé le Danube , & on lui
fuppofe le projet fort douteux de pénétrer
en Tranſylvanie, Déjà le nombre des Turcs
au-delà du Danube , s'étoit multiplié de
jour en jour ; on en comptoit entre 40
à 50,000 près de Vieux - Orfova , 10,000
près de la tour de Severin, & 30,000
près de Krajova , & du côté du défilé de
Terzbourg. Le Corps du Prince Maurojeni
à Bucharest & aux environs , eft de 12,000 ,
be Corps près de Jaffy de 20,000 , & celui
près d'Ifmaïl , commandé par le Séraskier
de Siliftrie , de 40,000.
La réunion de pareilles forces & l'approche
du Grand Vifir , combinées avec le
mouvement de l'Empereur yers le Ban(
165 )
nat,faifoient attendre une action prochaine.
Le bruit s'eft même répandu à Vienne ,
le 4 & les , que l'Empereur avoit attaqué
les Turcs , de trois côtés , dans le
Bannat , que la bataille avoit DURE ONZE
HEURES , & que les Tures ayant perdu
16,000 hommes , en avoient tué 9,0co
aux Autrichiens ; mais cette rumeur , dénuée
de détails , de date & d'indications tur
la pofition refpective , n'a pas encore pris
grande confiftance.
En entrant dans le Bannat , les Turcs
fe font emparés d'un magafin important ,
& ont dévasté 40 villages. Le Général
Papilla , Commandant de cette Province,
qu'on avoit dit arrêté par ordre de l'Em
pereur , & foumis à un Confeil de guerre ,
fuivant de nouveaux rapports, et feulement
difgracié avec une retraite de
2000 florins.
Les frais que la guerre actuelle coûte
déja à l'Empereur , dit un Calculateur ,
comme il y en a tant , s'élèvent à plus de
30 millions de florins : 20 millions ont été
empruntés dans les Pays-Bas , 2 millions
en Hollande , I en Allemagne & 1 à Gènes;
le refte s'eft trouvé dans le tréfor de l'E
tat. Si la guerre continue l'année prochaine
, on mettra en circulation environ
18 ou 20 millions de billets de banque ,
( 166 )
& on levera un modique fubfide extraor
dinaire. »
"
Un Journaliſte Allemand , en parlant de
reſcadre du Capitan Pacha , veut « qu'ap-
» paremment les vaiffeaux de cet Amiral
» foient du genre des polypes , car on a
» beau lui en couler bas , brûler & faire
» fauter reparoît toujours avec les
» forces qu'il a conduites dans la mer
» Noire : il a encore fon Vice-Amiral &
» fon Contre-Amiral. Il eft plein de cou-
» rage & de confiance , & Oczakof , ſa
» fortereffe favorite , eft toujours entre
» les mains de fon maître. »
Un Commiffaire Impérial , arrivé à
Ratisbonne à la fin du mois dernier , a
acheté de nouveau des bleds dans la Bavière
& le Palatinat. Il a fait paffer, pour
la Hongrie, 200,000 fcheffels de feigle &
d'avoine de Souabe & de Franconie.
ITALIE
De Rome, le 2 Septembre .
Lorfque nous annonçâmes la réponſe
du Roi de Naples à S. S. , fur les différends
qui règnent entre les deux Gouvernemens
, cette pièce , remife au St. Père
par le Chevalier Ricciardelli , n'étoit pas
publiquement connue. L'importance de
( 167 )
cetté lettre , & la clarté qui y règne , la
rendent digne de curiofité,& nous nous em
preffons d'en offrir une traduction fidelle .
h
Très - Saint Père ,
» Le Brefque Votre Sainteté m'a fait l'honneur
de m'écrire, en date du 3 du courant , eft fi plein
d'une bonté paternelle , qu'il mérite que je l'en
remercie , comme je le fais , avec le plus grand
refpect , & que j'y réponde , en affurant à jamais
V. S. de ma vénération filiale & de la pureté de
mes fentimens V. S. me permettra donc de fuivre
Fordre qu'Elle obferve Elle-même dans fon Bref.
Elle y parle d'abord du traité d'accommodement
fur les disputes de Jurifdiction ; enfuite de l'offrande
annuelle d'une fomme d'argent & d'une
haquenée au Saint Siége. Je vais répondre nettement
fur ces deux articles »..
"
cerne ,
" A l'égard du traité d'accommodement , qui
n'eft pas encore conclu , comme V. S. l'a annoncé
au public , à caufe d'un feul article , fur lequel
nous fommes en différend , article qui ne conau
refte , en aucune manière , l'intérêt ſpirituel
des ames , ni les droits naturels du Saint
Siége , j'ai été charmé de vous voir encore jaloux
de la concorde , que j'ai toujours fincèrement voulu
et procurée ; mais V. S. m'excufera fi je fuis forcé
de lui dire , que c'eft à tort qu'Elle a avancé , en
parlant en public et dans fon Bref , que tous les
obftacles mis à ce traité m'appartenoient , ce qui
m'attribue de préferer la diffention à la paix. Je
prie V. S. de fe rappeler que j'ai été le premier
à faire écrire , par mon Secrétaire -d'Etat , au vôtre ,
pour travailler amicalement à concilier les deux
Cours. V. S , s'eft prêtée à mon empreffement,
& a jugé à propos de députer à Naples Monfeigneur
Galeppi , comme Légat extraordinaire ;
Elle a du apprendre de ce Prélat , avec quelle
( 168 )
Bienveillance je l'ai reçu. On commença à tra
vailler au tra té , en pofant pour préliminaires
que les régales r ftercient inta&tes , & que j'aurois
la romination , particulièrement des Evêchés ,
comme en jouiffent les autres Souverains Catholi
ques. Cus bafes étab ies , on p océda , quoique lentement
à caufe de la retenue fcrupu eufe du
Commillaire Pontifical , à lever les difficultés fur
les principaux articles . V. S. m'avoit honoré d'une
lettre particulière , au mois d'Août 1786 , (qu'Elle
the rappelle dans fon dernier Bref) où Elle me
témo gnoit fon mécontentement de la réfolution
prife par la Junte , établie ici pour les abus . Cette
lettre fut d'un fi grand poids auprès de moi
que non - feulement j'ordonnai , pendant tout le
temps du traité , la fufpenfion du décret de la
Junte , conforme d'ailleurs à l'ufage des autres
Etats Catholiques , mais de plus la fufpenfion de
tout ce qui avoit été déja introduit & établi dans
les Tribunaux Royaux , quant à la police extérieure
& à la difcipline ecclefiaftiques , dont le Commiffaire
Pontifica paroiffoit n'être pas fatisfait. Je puis
dire , que d'après ces difpofitions & cette volonté
efficace d'affurer la paix , indépendamment de mon
refpect conftant, durant la négociation , & inaltérable
dans tous les temps pour les droits particuliers
du Saint- Siége & du Souverain Paſteur de
l'Eglife , je me fuis montré libéral envers la Cour
de Rome, peut-être même plus que je ne l'aurois
du J'ai été jufqu'à vouloir établir à Naples un
Tribunal de Prélats , qui , muni des pouvoirs
refpectifs des deux Puiffances , prit excluſivement
connoiffance des caufes des Eccléfiaftiques réguliers
& féculiers , & de beaucoup d'autres objets dont
Pattribution a été jufqu'à préfent conteſtée. Enfin ,
il n'y a pas eu de moyens d'accommodement &
de facilité en mon pouvoir, auxquels je n'aie foufcrit
( 169`)
crit volontiers , par le défir de voir terminer tous
les différends , & rétablir l'harmonie entre les deux
Cours. Les difficultés , les nouvelles prétentions
que le Commiffaire Pontifical faifoit naître de
temps en temps , avoient empêché qu'on ne pût
s'accorder fur tous les points , quand le Cardinal.
Secrétaire-d'Etat de Votre Sainteté , s'eft préfenté
ici. Affurément je ne l'avois demandé ni ne l'attendois
; cependant je l'ai reçu , je l'ai accueilli de
tout mon coeur , comme un ange de paix . Je m'étois
flatté qu'il n'étoit venu que pour m'annoncer ,
au nom de V. S. la conclufion de l'affaire ; mais
je me trompois : en effet , il a propofé de nouveaux
plans , pour refondre , difoit-il , toutes les négociations;
il a infifté , plus que jamais , fur les prétentions
à la nomination des Abbayes & Prélatures
du Royaume , à l'égard defquelles il vouloit que
je me dépouillaffe de tout droit de Patronage.
Voilà ce qui a empêché la conclufion du Traité .
Toujours amoureux de la paix , j'ai fait remettre
au Cardinal mon projet , qui , excepté un trèsléger
changement , ne différoit du fien qu'en deux
articles de quelque importance & ces articles ,
quoique Votre Sainteté ait trouvé qu'ils po toient
fur des points de peu de conféquence , je devois
d'autant plus les maintenir pour l'honneur de ma
Couronne , qu'ils n'intéreffoient en rien la digniténi
les droits du Saint Sige ».
« Le Cardinal partit avec mon plan , qui ne
convint pas à V. S. lors je fis donner à Mgr.
Galeppi mon dern'er projet , où je préfentois
encore de plus grandes facilités ; je lui fis même
infinuer de le porter en perfonne à V. S. eſpérant
que les raifons qu'il vous donneroit de vive voix
Vous engageroient à l'accepter. J'ai encore été
trompé dans mon att nte ; car ayant fait écrire
par mon Sec étaire - d'Erat au vôtre , pour en
N°. 39. 27 Septembre 1788 .
ध
2
( 170 )
venir enfin à conclufion , V. S. , tout en me faifant
entrevoir quelque lueur d'efpérance fur la confirmation
des commendes Conftantiniennes , m'a refufé
toute fatisfaction fur les Patronages royaux
dés Abbayes , quoique , par amour de la paix , je
lui euffe offert un dédommagement qu'on ne pouvoit
regarder comme trop foible , trop incertain ,
mais réel , sûr & à fa difpofition . Voyant avec
douleur tous les moyens d'accommodement s'évanouir
, je me fuis borné à prier V. S. de pourvoir
à trente Eglifes vacantes dans mon Royaume.
Je lui ai fait obferver que près de deux millions
d'ames , demandant le pain fpirituel , privées de
fa diftribution , & reftant ainfi abandonnées , au
grand fcandale de tous les fidèles , ont le droit .
d'exiger de leur premier & fouverain Paſteur ,
qu'il pourvoie à leurs befoins , fans être obligées
d'attendre la décifion d'affaires qui ne regardent
que le tempore!. V. S. m'a fait répondre d'une
manière qui s'écarte un peu de fon caractère plein
de bonté , qu'Elle ne vouloit point adhérer à mes
demandes , en me faiſant même entendre par le
Cardinal Secrétaire- d'Etat , qui l'a infinué à mots
couverts , qu'Elle ne donneroit point d'Evêèqques
au Royaume , que le Traité ne fût conclu , c'eftà
- dire , que je n'euffe renoncé aux droits inaliénables
de ma Souveraineté , au patronage des
Abbayes & des Prélatures , puifqu'il ne reftoit
plus d'autre difficulté à lever pour terminer l'accommodement.
L'affaire en eft reftée-là , parceque
n'ayant rien à répondre à une exclufion formelle
d'un droit auquel je ne puis ni ne dois
il auroit été inutile & même indéce t
detenir ouvertes plus long-temps des négociations,
fans probabilité d'un fuccès prochain . Tel étant
l'expofé fidèle de tous les faits , j'adjure V. S. au
nom de fon équité & de fa juftice , de me dire
renoncer ,
( 171 )
fi , après tant d'empreifement montré de ma part
à concilier les différends les plus importans , tant
de vénération témoignée à la fuprême puiffance
des Clefs , tant de facilités données à la Cour de
Rome dans des chofes où elle n'avoit d'autres
droits que fon intérêt , tant de prédilection pour
les Eccléfiaftiques , tant de défintéreilement dans
tout ce que les devoirs inviolables de la Souveraineté
, l'honneur & les droits de la nation à
laquelle Dieu a voulu que je commandaffe , m'ont
permis de me relâcher , je devois être inculpé
de mauvalfe volonté à procurer la paix entre les
deux Puiffances , & en même- temps la tranquillité
de mes peuples , en terminant une affaire fi utile ,
& même fi néceſſaire » .
« La feconde partie du vénérable Bref de V. S.
regarde l'offrande annuelle d'une fomme d'argent
& d'une haquenée. Je ne veux pas entrer dans
l'examen de la juftice & de l'origine de cette prétention.
L'hiftoire nous apprend comment le Saint-
Siége a commencé , fans avoir jamais poffédé ce
Royaume , auquel il n'avoit pas le moindre droit,
à en inveftir les Souverains qui le poffédoient déja
depuis long-temps par droit de conquête. Onfait
comment cette fouveraineté , paffant de famille en
famille , ou par le droit de fucceffion , ou par
celui de l'épée , le Saint-Siége a toujours affecté
de l'accorder en fief, et de s'en réſerver le domaine
direct , fans pourtant en avoir jamais été
maître. On fait comment il à exigé une redevance
annuelle de ceux qui en étoient reconnus
fouverains & poffeffeurs légitimes par le droit
des gens. On fait enfin que le Saint- Siége eut &
exerça autrefois de pareilles prétentions fur la
Sicile , la Sardaigne , l'Arragon , l'Angleterre
l'Écoffe , & même fur l'Empire romain , paffé
entre les mains des Allemands. Ces prétentions
bij.
( 172 )
font tombées d'elles-mêmes , & le Saint- Siége ne
fonge plus à les faire valoir. V. S. , pleine d'équité
& de candeur , conviendra avec moi que ,
quelques promeffes que les Souverains de ce
Royaume aient jamais faites & renouvelées de
temps à autre au Saint- Siége de lui payer le
cens , & de reconnoître tenir de lui ce qu'en effet
ils n'en avoient jamais reçu qu'en paroles , ces
promeffes n'ont jamais été que de fimples pactes ,
appe és par la loi fine caufâ , qui ne produifent
aucune ob igation réelle entre particuliers , & bien
ancing encore peuvent-ils obliger les Princes & les
Peuples , foumis feulement au droit des gens & à
l'équité naturele , qui exigent pour la validité d'un
contrat quelconque la preftation réciproque , effec
sive , de la part des contractans. Il ne ferviroit
de rien de recourir à la poffeffion & à la prefcription
, quand elles ne font appuyées fur aucun
sitre légitime , & qu'on en connoît le principe
vicieux. D'ailleurs , cette manière d'argumenter
feroit tout-à-fait inadmiffible entre Souverains ,
puifque les preſcriptions ne font que de fimples .
formes introduites par la loi civile , uniquement
pour affurer la tranquillité des particuliers , & leur
garantir leurs poffeffions ».
u Je l'ai déja dit , je ne me propofe pas ici
d'examiner l'origine de ces droits prétendus ; je
crois d'ailleurs qu'un pareil examen feroit déplacé
dans la circonftance préfente , où j'ai déja fait
porter à V. S. par mon chargé d'affaires à Rome,
L'offrande annuelle d'ufage , que , d'après ma dévotion
pour les glorieux Princes des Apôtres , j'ai
voulu encore faire cette année. Elle monte à 7175
duçats d'or. J'ai fait fubftituer les 175 ducats de
plus à la haquenée blanche , dont je crois qu'ils
font une compenſation fuffifante , & j'ai fuivi en
cela un ufage introduit depuis un grand nombre
( 173 )
d'années. V. S. n'a pas voulu recevoir l'offrande ,
à moins qu'elle ne fût préfentée avec la pompe
folennelle d'une ambaffade & d'une cavalcade .
D'après ce refus , j'ai fait mettre l'or en dépôt
dans Rome , à la difpofition de V. S. & je lui en
ai fait donner avis par mon chargé d'affaires . V. S.
ni aucun autre eſtimateur équitable des chofes ,
ne doit être étonnée que perfiftant encore dans la
preftation accoutumée de l'offrande annuelle au
Saint-Siége , j'en aie fupprimé cette année la pompe
d'un ambaffadeur & de fa cavalcade , puifque noirfenlement
les Bulles les plus anciennes de la prétendue
inveftiture n'en ont jamais parlé , mais que
celles même de Jules II & de Léon X , citées
avec tant de force par V. S. dans cette occafion ,
comme fondemens des prétentions du Saint-Siége ,
n'ont fait aucune mention de certe folennité , &
que les Princes ne l'ont jamais promife comme
ils l'auroient dû faire , en s'expliquant clairement ,
expreffément , avec précifion , dans une matière
d'une fi grande importance. Cet ufage de faire
préfenter l'offrande par un Ambaffadeur accom
pagné d'une calvacade , s'eft introduit peu à- peu
dans le fiècle paffé fans que tien y obligeât , &
on ne fait trop comment , peut-être par goût pour
les cérémonies & l'oftentation , ainfi qu'il arrive
fouvent en pareil cas il s'eft enfuite maintenu
jufqu'à notre fiècle. Si je m'y fuis conformé moimême
, par convenance , les années paſſées , je nė
crois pas pour cela avoir contracté aucune obligation
de m'y aftreindre & de le continuer. Je
le regarde comme un acte facultatif, qui , par fon
effence même , ne peut affujettir perfonne à l'obferver
».
"
« Je conclus donc qu'en s'en tenant , comme
je veux le faire , à la Bulle de Léon X , qui a réglé ,
relativement à ce point , toutes celles qui ontfuivi ,
hij
( 174
aucune folennité n'eft requife pour l'offrande de
l'argent & de la haquenée ; qu'aucun Prince ne s'y
eft affujetti , comme il auroit été néceffaire qu'il
le fit , par un Traité clair & pofitif , ou au moins
par quelque titre légitime , fuffifant pour introduire
une nouveauté de cette importance , dans
la forme reçue d'après la Bulle de Léon X , Bulle
copiée par les fuivantes , quant à ce qui regarde
la preftation annuelle. Je conclus que deux ou
trois mots jetés au hasard , & comme phraſe
incidente , dans la Bulle adrefiée à l'Empereur
Charles VI , ainfi que dans une autre envoyée à
mon très-augufte Père , dans laquelle on nomme
peine cet ufage une folennité , ne peuvent tirer
à aucune conféquence , parce qu'on ne fauroit ima
giner qu'ils y aient été inférés à deffein d'altérer l'an
cien Traité. Ces changemens exigeant une nouvelle
cauſe légitime , & le confentement des deux parties
contractantes , formellement exprimé dans une
convention , on peut encore moins en inférer que
je fois obligé à remplir ces formalités : c'eſt ce que
je n'ai jamais promis , ni tacitement ni expreflément
; enfin , ce qui ne m'a point été demandé par le
Siége Apoftolique , duquel je n'ai jamais reçu de
Bulle qui contint aucune convention de préſenter
l'offrande avec cette pompe.
Satisfait en ma confcience de toutes ces raifons ,
j'espère qu'elles paroî.ront valables à V. S. qui
reconnoîtra facilement en moi ce refpect filial ,
conftant & inaltérable que je proteſte conferver
pour le Saint- Siége Apoftolique , & pour V. S.
comme Chef vifible de la fainte Eglife, pour l'avan--
tage de laquelle je prie Dieu qu'il conferve longtemps
votre perfonne facrée , dont je baife les
pieds , en implorant fa bénédiction apoſtolique fur
mo , fur ma famille Royale & fur mes Etats.
Naples , le 20 Juillet 1788.
Le très- humble fils de V. S.
FERDINAND . 1
( 175 )
La confternation qu'a répandue cette
Réponſe , auffi motivée que catégorique ,
s'eft augmentée encore par la nouvelle
certaine que le Roi de Naples vient de
fouftraire tous les Ordres Réguliers de fon
royaume , à toute domination étrangère ,
& à toute obéiffance à un Général étranger
ou refidant hors des deux Siciles .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 16 Septembre .
Le Roi a conféré la dignité de Baron
du Royaume à Sir Jofeph Yorck , chevalier
du Bain , & ancien Ambaffadeur Britan-
'nique à la Haye , fous le titre de Lord
Dover , (Douvres) . La Pairie a été également
donnée à Sir James Harris , notre
Ambaffadeur actuel auprès des Etats - Généraux
, fous le titre de Lord Malmesbury.
Les nominations diplomatiques , que
nous annonçâmes il y a huit jours , ont
été publiées dans la Gazette de la Cour.
M. Charles Whitworth paffe à Pétersbourg
qualité d'Envoyé extraordinaire & de
Miniftre Plénipotentiaire ; M. Robert Lifton
à Stockholm , & M. Daniel Hailes à
Varfovie.
Le Roi de Maroc nous déclara la guerre
liv
( 176 )
il y a quelques mois ; peu de jours enfuite
, il nous fignifia qu'il vouloit vivre
en paix avec l'Angleterre. Il vient de fe
ravifer encore , à ce qu'il paroît par une
Lettre de Gibraltar, du 14 Août, dont voici
la teneur :
De Gibraltar , le 14 août 1788.
» La Frégate le Mirmydon , qui a fait voite
hier au foir de Tanger , vient d'arriver
ici , & elle apporte la nouvelle que P'Empereur
de Maroc nous a déclaré la guerre ,
& qu'il a ordonné à fes Croifeurs de s'emparer
de tous les vaiffeaux Anglois qu'ils
rencontreroient. Il a envoyé une fomme
confidérable d'argent aux Refeens , ( fes
fujets rebelles & nos amis fur la côte orientale
de Tetuan ) pour acheter leur amitié
, & le procurer un de leurs petits ports
pour recevoir fes Croifeurs. »
D'autres Lettres de Gibraltar, de même
date , mais écrites avant l'arrivée du Mirmydon
, annoncent que l'Empereur avoit
donné des ordres à fon efcadre de fe tenir
prête à mettre en mer , & de fe raffembler
à Tanger, où l'on attendoit d'un
jour à l'autre un grand nombre de matelots
de Salé , de Larrache & d'autres
Ports. On a reçu avis auffi que l'Empereur
a envoyé un Exprès au Commodore
Cosby, avec un Lettre , par laquelle il
lui propofe de faire revivre le Traité qui
( 177 )
fubfiftoit avec l'Angleterre , à certaines
conditions , qui ne feront certainement pas
acceptées. Selon les nouvelles ultérieures
, le Commodore Cosby , qui monte le
Trufty de 50 canons, eft forti pour obferver
les mouvemens de l'Efcadre Maure : Le
Lowestoffe de 32 , & le Carisford de 28 ,
ainfi que plufieurs autres Frégates de la
ftation de la Méditerranée , ont établi leur
croifière près de Gibraltar . En conféquence.
de ces avis , le Gouvernement a déja.ordonné
un renfort de Frégates pour la Méditerranée.
L'Aquilon de 32 , & le Mercury
de 28 , font actuellement à Spithéad ,
où ils attendent leurs derniers ordres.
Il s'eft tenu, le 12 , une Affemblée générale
de l'Amirauté , dans laquelle deux
vaiffeaux de 74 canons chacun , & neuf
Frégates ont été mis en commiffion .
Le renfort ordonné pour Gibraltar, en
conféquence des dernières dépêches du
général Ohara & du Commodore Cosby,
confiftera en un vaiffeau de 50 canons
& deux Frégates .
On prépare des gradins dans le chantier
de Chatham , pour recevoir les fpectateurs
lorsqu'on lancera le Royal George
de 110 canons , ce qui aura eu certainement
lieu aujourd'hui 16.
Il y a ordre de pofer la quille d'un autre
vaiffeau du premier rang , fur la forme
h v
( 178 )
du Royal George : il fera de huit pieds
plus large que ce dernier vaiffeau , & montera
dix canons de plus. On le nommera
le British Empire.
Le Centurion de 50 canons , actuellement
en ordinaire dans ce même Port, fera
mis en commiffion pour la Méditerranée .
L'Invincible de 74 , arrivé depuis peu
de Plymouth , fera complettement réparé
dans ce chantier,
Le lendemain du jour où le Royal
George fera lancé , il entrera dans le grand
baffin pour être doublé en cuivre.
Le Contre-Amiral Peyton, qui avoitJété
nommé Commandant en chef à la ftation
de Halifax , & avoit arboré fon Pavillon
fur le Léandre , eft retourné à Londres
, en conféquence d'un exprès qu'il a
reçu de l'Amirauté : il Te rendra dans la
Méditerranée pour prendre le commandement
de l'Eſcadre qui y eft ftationnée .
FRANCE.
De Verfailles , le 2 Septembre.
Le 14 de ce mois , Leurs Majeftés &
la Famille Royale ont figné le contrat de
mariage du Vicomte de Cauliancourt ,
Lieutenant en fecond au régiment des
Gardes-Françoifes , avec demoiſelle Marie-
Félicité-Henriette de Tilly-Blaru .
( 179 )
Le même jour , la Princeffe d'Avella-
Colonna a eu l'honneur d'être préſentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Marquile de Circello , Ambaſſadrice
de Naples , & de prendre le tabouret .
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint-
Lucien , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Beauvais , l'Evêque de Metz , Grand-
Aumônier de France ; & à l'Abbaye régulière
de S. Jean- Baptifte les - Choques ,
Ordre de St. Auguftin , Diocèfe de St.
Omer, le fieur Patrice d'Auchy , Religieux
profès de la même Abbaye .
Le Marquis du Chilleau , Gouverneurgénéral
des Ifles fous- le- vent , a eu l'honneur
de prendre congé du Roi dans le
Cabinet de S. M. , étant préfenté par le
Comte de la Luzerne , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Marine.
Le fieur Lagrange a eu l'honneur de
préfenter au Roi les tomes XI & XII de
la Collection des meilleurs ouvrages françois
, compofés par des Femmes , dédiée
aux Femmes françoiles , par mademoiſelle
de Kéralio ( 1 ).
(1 ) Ces deux volumes , qui font les tomes III
& IV des Lettres de madame de Sévigné , fe trouvent
à Paris , chez l'auteur , rue de Grammont
n°. 173 ; & le fieur Lagrange , rue St. Honoré,
vis-à - vis le Palais-Roya'.
"
h vj
( 180 )
Le 17 de ce mois , les Ambaffadeurs
de Tippoo - Saïb ont eu l'honneur de
fuivre le Roi à la chaffe dans la forêt
de Marly. Sa Majefté avoit ordonné
qu'on leur fournît , de fes écuries , les
voitures & les chevaux néceffaires .
Le même jour , Madame Comteffe
d'Artois s'eft rendue à fa Maifon de Saint-
Cloud, pour y paffer environ trois femaines.
Le 19 , le feur Barentin , premier Préident
de la Cour des Aides de Paris ,
que le Roi a nommé Garde- des -Sceaux
de France , a eu l'honneur d'en faire fes
remerciemens à Sa Majefté , étant préfenté
par le fieur de Villedeuil , Secrétaire
d'Etat , ayant le Département de la
Maifon du Roi. Il a enfuite prêté le ferment
accoutumé entre les mains de Sa
Majefté.
De Paris , le 24 Septembre.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 14
feptembre 1788 , portant révocation des
difpofitions ordonnées par celui du 16 août,
pour le paiement en Papiers , d'une partie
des Rentes & des autres Charges de
l'Etat ; extrait des regiftres du Confeil
d'Etat.
Le Roi , inftruit de l'alarme qu'avoit répandue
( 181 )
parmi fes fujets & dans les pays étrangers , l'arrêt
qui a autorifé le Tréfor royal & toutes les caiffes
publiques à payer en effets , à un an de date , une
partie des rentes fur l'Hôtel-de-ville , des intérêts
affectés fur divers revenus , des gages des Offices ,
des dépenfes des divers départemens , des appointemens
, & de plufieurs autres charges annuelles ;
S. M. s'eft fait rendre compte de la fituation de
fes finances , afin de favoir fi Elle pourroit renoncer
à une difpofition qu'Elle avoit adoptée avec le
fentiment le plus pénible. Son Miniſtre ne lui a
point diffimulé l'état de crife dans lequel fe trouvoient
toutes les affaires ; mais Elle a vu cependant
qu'en retardant un peu les paiemens les moins
preffés , en veillant exactement fur toutes les diftubutions
de recette & de dépenſe , & en faifant
concourir au même but chaque partie du grand
enfemble des finances , Elle n'auroit befoin que
d'une étendue mefurée de crédit pour atteindre fans
défordre à l'époque des Etats- généraux , puifque
S. M. , guidée par fon amour conftant du bien
public , fe propofe d'en accélérer la convocation ,
ainfi qu'Elle le fera connoître inceffamment . Gette
époque folennelle où tout doit fe ranimer , où
tout doit prendre une vigueur nouvelle , mettra
fin pour toujours aux diverfes inquiétudes de fortune
, & raffurera le crédit , en procurant fucceffivement
le moyen de s'en paffer dans tous les
temps ordinaires ; car on doit être certain que les
Repréfentans de la plus riche & de la plus géné
reufe des Nations , ne fe fépareront point avant
d'avoir concouru efficacement à établir un parfait
accord entre les revenus & les dépenses de l'Etat.
Déja S. M. a jeté un premier coup- d'oeil fur les
moyens qui font entre fes mains pour approcher
de ce terme fi défirable , d'une manière qui ne foft
pas trop onéreufe à fes fidèles fujets : Elle a or(
182 )
1
donné qu'on mît ſous fesyeux tous les renfeignemens
propres à éclairer fes déterminations , & Elle a dit
que fi de nouveaux facrifices de fa part étoient
néceffaires, Elle y confentiroitfans peine , & qu'Elle
défiroit , avant tout & par-deffus tout , contribuer
au bonheur & à la tranquillité de fes peuples. A
quoi voulant pourvoir : Oui le rapport fait au
Confeil royal des Finances & du Commerce :
le Roi étant en fon Confeil , a ordonné & ordonne
: Que toutes les rentes , foit perpétuelles ,
foit viagères , tous les intérêts dus par S. M. ,
tous les appointemens , gages & traitemens , toutes
lesdépenfès des divers départemens , & généralement
toutes les dépenfes à la charge de S. M.
continueront à être payés , dans leur totalité , en
argent comptant , comme par le paffé.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , S. M. y étant ,
tenu à Verſailles le quatorze feptembre mil fept
cent quatre-vingt-huit.
Signé, LAURENT DE VILLEDEUIL.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 7
feptembre 1788 , qui fufpend l'exportation
des Grains à l'Etranger par tous les
ports & forties du Royaume.
"
« Le Roi , en établiſſant par fa Déclaration
du 17 juin 1787 , la libre exportation des Grains ,
s'eft réfervé de la fufpendre , lorfque les Commiffions
intermédiaires des Etats provinciaux , ou
Affemblées provinciales l'inviteroient à cet acte
de prudence. Plufieurs d'entr'elles , & fur-tout
celles des Provinces de l'intérieur , ont fait connoître
à Sa Majefté leur voeu à cet égard , &
l'ont appuyé fur des motifs également juftes &
raifonnables : Sa Majesté eft inftruite que les Blés
qui font en magaſin dans différentes Provinces ,
faffifent , & au - delà , aux befoins du Royaume ;
( 183 )
mais comme Sa Majefté fait en même-temps
qu'il n'y a pas affez de fuperflu pour continuer
à permettre d'exporter ces mêmes Blés à l'Etranger
, & pour favorifer par- là les fpéculations
auxquelles la liberté de l'exportation donne néceffairement
lieu , Sa Majefté a cru devoir la
fufpendre , fe réfervant de changer ou de modifier
cette difpofition , d'après les demandes qui lui
feront faites , & les éclairciffemens qui lui feront
fournis par les Commiffions intermédiaires des
pays d'Etats , & des Affemblées provinciales : Sa
Majefté en même- temps conferve une liberté
entière d'exportation pour les Blés qui feroient,
apportés de l'Etranger , & par l'effet de ces différentes
mefures, Elle efpère maintenir l'abondance ,
& prévenir des écarts dans les prix qui ne feroient
pas la fuite d'une difette réelle. A quoi voulant
pourvoir Oui le rapport fait au Confeil royal
des Finances & du Commerce ; LE ROI ETANT
EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne : Qu'à
compter du jour de la publication du préſent
arrêt , toutes expéditions & exportations de Blés ,
Farines & menus Grains à l'Etranger par tous
les Ports & autres forties du Royaume , feront
fufpendues jufqu'à ce qu'il en foit par Sa Majefté
autrement ordonné N'entend Sa Majefté qu'il
foit apporté aucun obſtaclé à la libre circulation
des Grains de toute l'étendue de fon Royaume ,
ni même à la fortie des Blés étrangers qui feroient
importés en France , lefquels pourront être
réexportés librement , & en exemption de tous
droits , conformément aux difpofitions des arrêts
du Confeil des 14 juillet 1770 & 13 feptembre
1774 : N'entend pareillement Sa Majeſté comprendre
dans la fufpenfion ordonnée par le préfent
arrêt , les Navires dont le chargement en
Grains feroit déja commencé , ni les Grains qui ,
f
( 184
ayant été expédiés de l'intérieur à la deftination
de l'Etranger , le trouveroient arrivés à la frontière
, au moment de la publication de l'arrêt.
Enjoint Sa Majefté aux fieurs Intendans & Commilaires
départis dans les Provinces , à leurs Subdélégués
, aux Prévôts généraux & Officiers de
Maréchauffées , aux Officiers municipaux & aux
Directeurs des Fermes , de tenir la main à l'exécution
du préfent arrêt , qui fera imprimé , publié
& affiché par- tout où befom fera. »
Réglement , du 13 juillet 1788 , concernant
les Elèves du Corps- royal de l'Artillerie
des Colonies.
Arrêt, du Confeil d'Etat du Roi , du 13
juin 1788 , qui ordonne que le droit de
la marque des Fers continuera d'être perçu
fur les Fers étrangers.
Les feuilles de Flandres , & après elles
quelques autres , ont rapporté , en ces
termes, un accident arrivé au camp de St.
Omer.
Hier , S. A. S. M. le Prince de Condé , a fait la
revne de fon armée , accompagnée de M. le Duc
de Bourbon , & de M. le Duc d'Enghien . Tout
s'eft paffé dans le meilleur ordre . Une affluence
confidérable de fpectateurs étoit raffemblée le long
de la ligne , & toutes les précautions avoient été
fi bien prifes qu'il n'eft arrivé aucun accident. Le
foir , S. A. S. s'eft rendue avec les deux Princes
& le plus grand nombre des Officiers généraux
de fon armée à la Salle de Spectacle qui a été
nouvellement & provifoirement conftruite en
avant du glacis de la place , entre la ville & le
Camp ; on s'étoit affuré de fa folidité avant d'en
( 185 )
permettre l'ouverture : elle étoit remplie d'un grand
nombre de perfonnes . Les deux premiers actes de
Richard Cour de Lion étoient exécutés , & le troifième
commençoit par l'affaut du Château , dont les
troupes faifoient ' attaque fimulée. La décoration ,
qui n'avoi pas été appuyée fur un fondement affez
folide , s'eft écroulée , & les Soldats font tombés
pêle mêle avec leurs armes , ce qui a occafionné
un grand effroi à tous les fpectateurs . Les Princes
ont montré une fenfibilité extrême. M. le Prince
de Condé s'eft porté fur- le-champ , avec les deux
autres Princes & toutes les perfonnes qui l'accom
pagnoient, fur le Théâtre ; S. A. S. a fait retirer
Elle-même tous les Soldats entaffés fous les décombres
; Elle leur a fait donner fous fes yeux
tous les fecours poffibles . Plufieurs ont été blafés
mais heureuſement il n'y a point eu de fractures
& on eft même affuré aujourd'hui qu'aucune bleffure
n'eft dangereufe . Le Machiniſte a été le plus
maltraité ; mais fa vie ne court aucun danger . Si
quelque chofe pouvoit confoler d'un accident de
cette espèce , ce feroit fans doute l'humanité aveć
laquelle on a vu trois Princes diriger eux - mêmes
les foins qui ont été prodigués aux Soldats bleffés .
Ils font au nombre de vingt-deux ; ils ont été portés
à l'Hôpital. Les Chirurgiens viennent de rendre
Compre au Prince de leur état , qui ne laiffe aucune
inquiétude pour les fuites.
PAYS - BAS,
De Bruxelles , le 20 Septembre 1788 .
L'efcadre Ruffe venant d'Archangel , fous
les ordres du Contre -Amiral de Powalifch,
( 186 )
& compofée de 2 vaiseaux de 74 can . ,
2 de 64 , & 2 frégates de 38 can. , eft
arrivée dans le Sund. Un troifième vaiffeau
de 74 can. , endommagé en route ,
a été obligé d'entrer dans le port de
Ramefiord en Norwege. Le 5 , lesvaiffeaux
Danois devoient fe réunir à ces bâtimens ,
pour compofer une efcadre de 14 vaiffeaux
de ligne & plufieurs frégates. - Le Prince
Charles de Heffe , dit-on , a été nommé
par l'Impératrice de Ruffie , Général Feld-
Maréchal , avec un traitement annuel de
12,000 roubles.
FIN DU TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE LE
PORTUGAL ET LA RUSSIE , figné à Pétersbourg ,
le Décembre 1787 , & ratifié le Juin 1788. 18
ART. XIII . Pour prévenir les fraudes des droits
de Douane dans les Etats refpectifs , foit par la
contrebande , ou de quelque autre manière , les
deux Hautes Parties contractantes conviennent également
que , pour tout ce qui regarde la viſite des
navires Marchands , les déclarations des marchandifes
, le temps de les préfenter , la manière da
les vérifier , & en général pour tout ce qui c
cerne les précautions à prendre contre la contrebande,
& les peines à infliger aux Contrebandiers ,
l'on obfervera dans chaque Pays , les Lois , Réglemens
& Coutumes qui y font établis , ou qu'on y
établira à l'avenir. Dans tous les cas fufmentionnés ,
les deux Puiffances, contractantes s'engagent réciproquement
de ne point traiter les Sujets refpectifs
avec plus de rigueur que ne le font leurs propres
Sujets , lorsqu'ils tombent dans les mêmes contraventions.
( 187 )
XIV. Toutes les fois que les navires Portugais
ou Ruffes feront obligés , foit par des tempêtes ,
foit pour le fouftraire à la pourfuite de quelque
Pirate , ou pour quelque autre accident , de fe réfugier
dans les ports des Etats refpectifs , ils pourront
s'y radouber , fe pourvoir de toutes les chofes
qui leur feront néceffaires , & fe remettre en mer
librement fans payer aucun droit de Douane , ni
aucun autre , à l'exception feulement des droits
de Fanaux & de Ports , moyennant que pendant
leur féjour dans lefdits Ports , on ne tire aucune
marchandiſe des fufdits navires , encore moins
qu'on n'expofe quoi que ce foit en vente ; mais fi
le Chef de quelqu'un des mêmes navires jugeoit
à propos de mettre quelques marchandiſes en vente,
il fera tenu de fe conformer aux Loix , Ordonnances
& Tarifs de l'endroit où il fe trouvera .
XV. Les vaiffeaux de guerre des deux Puiffances
Alliées trouveront également dans les Etats refpectifs
, les rades , rivières , ports & hâvres libres
& ouverts , pour entrer cu fortir , & demeurer à
l'ancre tant qu'il leur fera néceffaire , fans fubir
aucune vifite , en fe conformant de même aux
Loix générales de Police , & à celles des Bureaux
de Santé établis dans les Etats refpectifs. Dans
les grands Ports , il ne pourra pas entrer plus de
fix vaiffeaux de guerre à- la-fois , & dans les petits ,
trois , à moins qu'on n'en ait demandé & obtenu
la permiffion pour un plus grand nombre. Et
pour tout ce qui regarde le ravitaillement , radoubement
, vivres & rafraîchiffemens , on pourra les
acheter au prix courant , fans aucun embarras ni
empêchement quelconque ; & on pratiquera avec
lefdits vaiffeaux de guerre ce qui fe pratique avec
ceux de toutes les autres Nations .
XVI. Quant au cérémonial du falut des navires
, les deux Hautes Parties contractantes font
( 188 )
convenues de le régler felon les principes d'une
parfaite égalité entre les deux Couronnes. Lors
donc que les vaiffeaux des deux Puiffances contractantes
fe rencontreront en mer , ils fe régleront
de part & l'autre , pour le faut , d'après la grade
des Officiers Commandans de ces vaiffeaux , de
manière que ceux d'un rang égal ne feront pas
ob igés de fe falver , tandis que les vaiffeaux commandés
par les Officiers d'un rang fupérieur , recevront
à chaque fois le falut des inférieurs , en fe
rendant coup pour coup.
A l'entrée d'un Port où il y aura garnifon , les
vaiff aux des Hautes Parties contractantes feront
également tenas au falut d'ufage , & il y fera répondu
de même coup pour coup.
XVII. Les vaideaux de guerre d'une des Puiffances
contractantes , dans les ports de l'autre , &¨¨
les perfonnes de leurs équipages ne pourront pas
être détenus ni empêchés de fortir defdits ports
lorfque les Commandans de tels vaiffeaux voudront
mettre à la voile . Les mêmes Commandans ,
cependant , doivent s'abftenir fcrupuleufement de
donner aucun afyle fur leur bord à des déferteurs
ou d'autres fugitifs , tels qu'il , foient , contrebandiers
ou malaiteurs , moins encore folérer qu'on
yeçoive des effets ou marchandifes qui puiflent
leur appartenir , ou qu'ils auroient enlevées ,
celles déclarées de contrebande. Et ils ne devront
pas faire aucune difficulté de livrer au Gouvernemen
auffi-bien lefdits criminels , que les biens
ci - deffus marqués , lorfqu'ils les trouveront à leur
bord. Et pour ce qui regarde les dettes & les délits
perfonnels de ceux qui appartiendront aux
équipages defdits vaiffeaux , chacun fera affujetti
aux peines établies par les Lois du pays où il fe´
trouvera,
ni
XVIII. Les vaiffeaux marchands appartenans
( 189 )
aux fujets d'une des Puiffances contractantes , ni
perfonne de leurs équipages ne pourront pas non
plus être arrêtés , ni leurs marchandifes faifies
dans les ports de l'autre , excepté dans le cas d'arrêt
ou de faifie de Juftice , foit pour dertes perfonnelles
contractées dans le pays même par les propriétaires
du navire ou de la cargaifon , foit pour avoir
reçu à bord des marchandifes déclarées de contrebande
par les tarifs des Douanes , foit pour y
avoir recélé des effets qui y auroient été cachés
par des banqueroutiers ou autres débiteurs , au
préjudice de leurs créanciers légitimes , foit pour
avoir voulu favorifer la fuite ou l'évation de
quelque déferteur des troupes de terre ou de mer ,
de contrebandiers ou de quelque autre individu que
ce foit , qui ne feroit pas muni d'un paffeport légal ;
de tels fugitifs devront être remis au Gouvernement
, aufli-bien que les criminels qui auroient pu
fe réfugier fur un tel navire. Bien entendu que le
Gouvernement veillera foigneufement dans les
Etats refpectifs , à ce que lefdits navires ne foient
pas retenus plus long - temps qu'il ne fera abfolument
néceffaire . Dans tous les cas fufmentionnés
, ainfi qu'à l'égard des délits perfonnels , on
obfervera, ce qui a été ftipulé dans l'article précé
dent.
XIX. Si un matelot déferte de fon vaiffeau ,
il fera livré à la réquiſition du chef de l'équipage
auquel il appartiendra ; & en cas de rébellion
le propriétaire du navire ou le chef de l'équipage
, pourra requérir main-forte pour ranger les
révoltés à leur devoir ; ce que le Gouvernement,
dans les Etats refpectifs , devra s'empreffer de lui
accorder , ainfi que tous les fecours dont il pourra
avor befoin pour continuer fon voyage fans
rifque & fans retard.
XX. Les navires Portugais ou Ruffes, ne feront
( 190 )
jamais forcés de fervir en guerre dans les Etats
refpectifs , ni à aucun tranfport contre leur gré.
XXI. Les vaiffeaux Portugais ou Ruffes , ainfi
que leur équipage , tant matelots que paffagers ,
foit nationaux , foit même fujets d'une Puiffance
étrangère , recevront dans les Etats refpectifs toute
l'affiftance & protection qu'on doit attendre d'une
Puiffance amie & alliée ; & aucun individu
appartenant à l'équipage defdits navires , non plus
que les paffagers , ne pourra être forcé d'entrer ,
malgré lui , au fervice de l'autre Puiffance , excepté
feulement fes propres fujets qu'Elle fera en droit
de réclamer.
XXII. Lorfqu'une des deux Hautes Parties contractantes
fera en guerre contre d'autres Etats ,
les fujets de fon a'liée n'en continueront pas moins
librement leur navigation & leur commerce avec
ces mêmes Etats ; & pour démontrer d'autant
mieux aux ſujets commerçans refpectifs , l'importance
qu'Elles attachent également , aux principes
& règles ftipulés pour la sûreté & l'avantage du
commerce en général dans la convention maritime
conclue entre Elles à Saint - Pétersbourg ,
le Juillet 1782 , Elles la confirment par le
préfentTraité & la ratifient dans tout fon contenu ,
comme fi elle étoit ici infcrite mot à mot. ( La
fin au Journal prochain ) .
I 3
2 4 .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois
& autres Feuilles publiques.
« On apprend , par des lettres de Conſtantinople
, qu'on y a fait revivre , pour l'efpace de
14 ans , les Traités de paix & de commerce
entre la Porte Ottomare & la nation Suédeiſe ,
& dans lefquels fa fublime Hauteffe le Sultan ,
( 191 )
a auffi ftipulé pour les Régences d'Alger , de Tunis ,
de Tripoli , &c. pour le même efpace de temps .
Les fujets du Roi de Suède , en conféquence de
ces Traités , jouiront de la même protection &
des mêmes priviléges & immunités dont jouiffent
les plus favorifés dans les poffeffions de la Porte.
On a fait revivre auffi les Traités de garantie
de 1740 & 1772 ; & en conféquence d'articles
additionnels joints au nouveau Traité , les Turcs
& les Suédois fe garantiffent mutuellement leurs
poffeffions refpectives en Europe contre toute
Puiffance quelconque. L'Ambaffadeur de Suède ,
qui a négocié ce nouveau Traité , a reçu plufieurs
préfens confidérables , & il a été diſtribué
20 bourfes d'or dans fa maiſon. ( Public. Advertifer.
) »
« La Cour de Berlin a fait connoître l'intention
où elle étoit de foutenir les Suédois , file
Danemarck fourniſſoit des vaiffeaux ou des
troupes
à la Ruffie , ou prenoit quelque part dans la
querelle actuelle ; & pour prouver la fincérité de
cette déclaration, elle a fait affembler un corps confidérable
de troupes aux environs de Memel , prêt
à pénétrer dans le territoire Ruffe au premier avis.
Comme plufieurs perfonnes paroiffent n'être
pas bien inftruites des vues & des deffeins de
quelques- unes des dernières alliances , nous allons
mettre fous les yeux de nos lecteurs l'état politique
actuel de l'Europe .
L'Empereur ,
L'Impératrice , }
alliés contre les Turcs.
Les Suédois , contre les Ruffes.
Les Danois , pour les Ruffes.
Les Pruffiens , pour les Suédois.
L'Angleterre ,
La Hollande ,
Et la Pruffe ,
en alliance.
( 192 )
Toute la maifon de Bourbon favorable aux
Turcs.
Les Vénitiens , favorables à l'Empereur.
Les Portugais , favorab es à l'Impératrice.
Hanovre , Helle , Mecklembourg , &c. &c.
aidant l'Angleterre & la Prufle. ( Idem. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exallisude
decesParagraphes extraits des Papiers étrangers.)
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