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1788, 03, n. 9-13 (1, 8, 15, 22, 29 mars)
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MERCURE
DE FRANCE .
( No. 9. )
SAMEDI 1. Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de s's " le matin , & des 4' 8 " le foir.
Tempsmoyen
au Midi vrai
H. M. Sv
JOURS J. PHASES
du
MOIS
NOMS DES SAINTS, de de la
LUNE
Cam. Aubin , Evêque.
24 O 12 28
4 D. Latare, 25 O 12 16
lundi Ste Cunegonde.
4 mard. Cafimir , Roi.
mere. Virgile.
jeudi Ste Colette.
27 vend. Ste Perpétue.
8 Cain. Jean de Dieu.
D. Palion.
Jolundi Ste Dorovée.
mard. Quarante Martyrs.
12 merc. Grégoire.
3 jeudi Sre Euphrafie.
14 vend. La Compation.
1am. Zacharie , Prêtre.
66 D. Rameaux.
17lund: Ste Gertrude, Vierge,
19merc.Jofeph.
26 O 12 2
27 0 11 49
28 11 35
29
OML
11 20
11
ley ,
h.
о 10
m. 0 10 35
du Coir. O 10 19
10 2
6
P.Q
18 mard. Lubin , Evêque.
10
11
b. 28 m.
du matin.
PRINTEMPS.
oh. fignifie midi.
29
12
14
37
19
42
10 jeudi Joachim. 13
24
21 vend. V Saint.
14
6
22 fam. Epaphrodite. OP. L. 47
10
9 46
23 Dim PASQUES.
24 lundid Gabriel.
2mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27gendi. Jean , Ermite.
18 vend. Contrand , Roi.
fam. Rupert , Evêque.
D: Quafinees.
30
undi L'ANNONCIATION
16 le 22 , do
17 h . 9
18 dumatin
20
C.D. Q.
22 le 29. à 4
23 h. 34 m.
24 du foir.
32
LIVRES NOUVEAUX.
LES fix Calendriers || Sabéifme , par M. le
néceffaires, in- 12 . Prault,
quai des Auguftins.
L'Efprit de M. Necker,
in-8 . le même.
ron de Boek , in- 12 . Belin
, rue S.-Jacques.
Abrégé del Hiftoire du
Comté de Bourgogne &
de fes Souverains , in 8.
Croullebois, rue des Ma
thurins.
Journal de Médecine ,
Janvier 1788 ; le même.
Mémoires intéreffans
fur l'Hiftoire de France ,
par M. Poncet de la Grave,
2 vol. in-12 . avec fig.
Nyon l'aîné , & fils , rue
du Jardinet.
Élémens d'Arithmétique
& de Géométrie , par
M. Mazeas , in- 8. fig. les
mêmes.
Cours raifonné de Prafique
, ou la Procédure
civile du Palais , par M.
Ravant , Procureur au
Parlement , in- 4. 15 liv.
relié, les mêmes.
Les Dragées de la Samaritaine
, adreffées à
PAuteur de l'Almanach ,
in- 18 . Debray, quai des
Auguftins.
Efi fur l'Hiftoire du
Second Procès verbal
de l'Affemblée provinciale
de Lorraine & de
Bar , renue en Novem
bre 1787 , in-4. Nanci ,
Haener ; Paris , Née della
Rochelle , rue du Hurepoix.
Remarques fur la Grammaire
Françoife de M. de
Wailly, par M. d'Acarq ,
in- 8 .
Mémoire fur les moyens
qu'il feroit facile d'employer
, pour parvenir à
la perfection dont le Militaire
de France eft fufceptible
, 2 vol. in-8. Leclerc
, quai des Auguftins .
Almanachdu Commerce
, par M. Gournay ,
1788 ; in- 8.l'Auteur, rue
S.-Jacques , près S. Yves ,
n°. 27.
Effai des Effais de Goldfmith
, trad. de l'Anglois ,
in- 18. Royez , quai des
Auguftins.
Traité des Hernies de
Richter , traduit de l'Allemand
, par Rougement,
MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI ,
"
A PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
L
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; Annonce & Analyfe des
Ouvrages nouveaux les Inventions & Décon
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spec
racles ; les Caufes célèbres ; les Academics de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
35 .
er
*
SAMEDI MARS 1788 .
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Approbation , & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Février 1 7 8 8,
PIÈCES IÈCES FUGITIVES . Voyage en Syrie & en Egyp ·
Le parti prudent.
Réponses à la Question .
Vers à Mme. la Princeffe
Rofvigliofi.
Chanfon.
18.
La nouvelle Ecole du Monde.
Euvres de Théatre.
59
84
112
41
49 Projet nouveau.
113
Mon Epitaphe.
Idem .
Recherches.
145
Lettres. 165
Dialogue.
Anatomie. 180
Chanfon. 97
Hiftoire de Palmire.
Les Ailes du Moulin ,
Fable. 99 Variétés, 17. 86.
1456
SPECTACLES.
A Mile, de S, Leger, 146
Charades , Enigmes & Logogriphes
, 5 , 56, 110 , 146,
NOUVELLES LITTER.
Eirennes Lyriques,
ما
Comédie Françoiſe.
Comédie Italienne. *
38
735
Annonces & Notices , 45, 89,
140 , 188.
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD , re
des Mathurins , Hôtel de Cluni,
MERCURE
DE FRANCE.
er
SAMEDI I MARS 1788.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Le Baron DE TRENCK dans fa prifon
de Magdebourg.
STANCES.
ESPRIT confolateur , pure & fublime effence ,
Rayon célefte , appui des malheureux ,
Luis toujours à mon coeur , ô divine eſpérance !
Mon fort n'eft plus affreux.
Toi feule me foutiens depuis près de deux luftres
Chargé de fers , par un ordre furpris ,
Je me vois mis au rang des malheureux illuftres
Que l'erreur a profcrits,
A &
MERCURE
Vous, image des Dieux, ou plutôt Dieux fur terre,
Rois , Potentats , qui nous jugez comme eux ;
Tremblez de n'imiter que par votre tonnerre
La puiffance des Dieux .
ILS favent châtier , comme ils favent abſoudre
Le Sage obfcur , le Fourbe accrédité ;
Mais qui peut jufqu'à vous , quand vous lancez la
foudre ,
Porter la vérité ?
EST-TU Dicu , Frédéric ? tonne fur un perfide ;
Tu fais fon crime , en vain il fe défend ;
Eft-tu mortel ... ! fufpends... La fureur qui te guide
Peut perdre un innocent.
Tu fignas mon arrêt fans me prouver de crime ;
Mais as-tu cru figner mon déshonneur ?
M'avilir à mes yeux ? L'innocent qu'on opprime
Brave fon oppreffeur.
REDOUBLE autour de moi tes barbares cohortes ;
Augmente encor l'horreur de mon tombeau ;
Invente , s'il fe peut , pour en garder les portes,
Quelque moyen nouveau.
FAIS -MOI fouffrir le froid , la faim & l'infomnie ;
D'un triple airain enchaîne mes efforts :
Préfente enfin fans ceffe à ce refte de vie
L'afpect de mille morts.
DE FRANCE.
3
Jr brave tes Bourreaux & ta vaine puiſfance.
Quel bien la mort peut-elle me ravir ?
Si ton courroux n'a pu m'ôter ma conſcience ,
Renonce à me punir.
MAIS de quels cris perçans retentir cette volite ?
Ee bruit augmente..,.. On oùvfe .... Hé bien ,
Soldats ,
Frappez, me voilà prêt ; vous apportez fans doute
L'arrêt de mon trépas ?
Que vois-je ? leur maintien.... leurs regards moins
finiftres....
Vous fauriez... Quel papier tenez - vous ?
D'un Dieu de paix, amis, feriez-vous les Miniſtrès ?
Quoi ! vous m'embraſſez tous !
MONTREZ- MOI Cétécrit ; que mon tourment finiffe;
Donnez.... mon coeur n'attend plus de revers ;
Lifons ... Baron de Trenck, ton Roi te rend juftice
» Et brife enfin tes fers cCC.
JUSTE Ciel ! relifons.... je m'abuſe peut- être....
J'exifte enfin, mon fort n'clt plus douteux.
Arbitre des humains qui me redonnes l'être ,
Reçois mes premiers voeux.
QUEL changement fubit ! ..... fuis - je Trenck ! ces
murs s'ouvrent ;
Je n'y vois plus cet effrayant tombeau ;
A 4
MERCURE :
A ce corps tanimé de nouveaux fens découvrent
Un Univers nouveau.
PARDONNE , Frédéric ; ton ſujet fu : injufte ;
La vérité luit auffi pour les Rois ;
Pardonne , fi j'ai cru que fous ton règne auguste
On méconnût fa voix.
Out , Prince qu'on chérit , Guerrier que l'on renomme
,
A tes genoux reçois mon défaveu ;
En ce jour dans le Roi je reconnois un homme
Et dans cet homme un Dieu.
Er vous , Cocitoyens , chers amis , dont le zèle
M'a foutenu dans les plus grands revers ,
Vous préferve à jamais la juftice éternelle
Des maux que j'ai ſoufferts.
Ou fi d'un Dieu vengeur la puiffance l'ordonne
Soumettez-vous & craignez de l'aigrir ;
Adorez-le en filence , & priez qu'il vous donne
La force de fouffrir .
( Par M, B , A. Planterre. )
DE FRANCE.
ANECDOTE HISTORIQUE ,
Tiréed'une ancienne Chronique d'Allemagne.
SUR une montagne efcarpée , environnée
de tous côtés d'épaiffes forêts , eft fitué
un château fortifié , ancienne réfidence des
Comtes de Dachau. Là vivoit avec une
mère âgée & refpectable , le dernier rejeton
de cette famille illuftre .
Les Comtes de Wolfartshaufen étoient
leurs proches parens , & la proximité de leur
demeure facilitant les vifites réciproques ,
avoit préparé une alliance plus étroite. La
jeune Comteffe leur four étoit promiſe en
mariage au Comte de Dachau , avec une
riche dot.
Les Fêtes de Noël étoient l'époque où
devoit le célébrer le mariage pour lequel
on faifoit des préparatifs magnifiques. Les
Chevaliers & les Dames nobles du voifinage
y étoient invités.
On avoit donné aux Écuyers & aux Pages
, des livrées neuves , fur lefquelles étoit
brodé l'écuffon des deux familles.
Tout étant préparé , le Chevalier paré
de fes habits nuptiaux , & fuivi de tous
fes gens defcendit la montagne , & s'avança
dans la vallée au devant de fa future
2
A 4
8 MERCURE
époufe ; mais trouvant la marche de fon
sortége trop lente au gré de fon impatience ,
il lacha la bride à fon fuperbe courfier , &
entra dans le bois , où il s'enfonça affez
avant pour que fa fuite ne pût entendre fa
yoix.
Tout à coup une troupe de voleurs fond
fur lui , & après quelques efforts inutiles ,
il eft défarmé & percé de coups. En vain
offrit - il tout ce qu'il poffédoit pour racheter
fa vie . La cruauté de ces brigands fut
fourde à fes prières : ils achèvent le crime ,
le dépouillent des habits riches , des bijoux
précieux , parure deftinée pour fes noces ,
& partagent entre eux le butin . Une bague
d'émeraude , premier gage qu'il avoit reçu
de fon Amante en lui donnant fa foi , ne
pouvant être ôtée facilement de fon doigt ,
ces barbares coupèrent fa main ; enſuite ,
couvrant de terre fon cadavre ; ils prirent
la fuite , emmenant avec eux le cheval de
15. *11
I infortune GENOMO!nme.
Cependant la fiancée , accompagnée de
fes deux frères , & fuivie d'un train brillant ,
arrive au château , où l'attendeit une nombreuſe
compagnie . Tous fe félicitent réciproquement
de l'heureufe circonftance qui
les raffemble : la mère feule , trifte & inquiète
de ne point voir fon fils , l'attendoit
avec impatience. Elle envoye , pour le chercher,
les Écuyers & fes Pages. Le petit chien
du Chevalier court après ceux-ci , & va flairant
chaque buiſſon, comme pour ychercher
fon Maitre.
DE FRANCE. 9
Le fouper eft fervi dans la grande falle.
Les Chevaliers & les Dames prennent,place
à table ; mais la gaîté en eſt bien éloignée ;
un morne filence , des regards triftes an
noncent le preffentiment qui trouble les
coeurs .
L'épouſe ne peut retenir fes foupirs ; fon
fein eft gonflé par la douleur , fon collier
fe rompt , les perles roulent de tous côtés
Tur la table. A ces fignes finiftres , les convives
effrayés quittent la table ; les plats ,
Jes vafes de vermeil font enlevés , on attend
que le Chevalier paroiffe. Un vent impétueux
agite les cimes des fapins dont la montagne
eft couverte , & mugit entré les cours
' du château ; des tourbillons de neige def- ~
'cendent des rochers dans le vallon. Enfin
les nuages s'écartent , & la pâle lumière de
la lune pénètre jufque dans l'appartement :
on entend le cri funèbre des oifeaux denuit.
• 2
La jeune Comteffe cache fon beau viſage :
il n'eft plus pour elle de joie ni de repos.
Dans ce moment on entendit fonner
du cor, le pont- levis fut baillé ; c'étoient
les Écuyers & les Pages qui rentroient précipitamment
, & comme pourſuivis par les
fantômes de la nuit. Toute la compagnie
rangée auprès de la douairière & de fa bru ,
qui intérieurement adreffoit des voeux au
Ciel , attendoit dans une muette confterna
tion ce qu'ils lloient apprendre , lorſqu'un
cri plaintif & fourd attira les regards du
A S
.10 MERACIU REG
côté de la porte . On vit le petit chien
qui , courant à la mère de fon Maitre
, pofa à fes pieds quelque chofe de fanglant
, qu'il léchoit en gémiffant. Hélas !
c'étoit la main coupée que les affallin's
avoient laiffé tomber en fuyant : l'Amante
& la mère reconnoiffent la bague d'émeraude
, & tombent évanouies.
A cet afpect , les Chevaliers prirent les
armes , & fuivis des gens du château , ils
entrèrent dans la forêt , qu'ils parcoururent
de toutes parts. Le chien fidèle les précédoit
en pouffant des cris lugubres fans
interruption ; il cherchoit les traces de fon
Maître. Ils erroient ainfi depuis une heure ,
lorfqu'il s'arrêta fur un monceau de terre,
qu'il effayoit de creufer en redoublant fes
hurlemens. On fouilla cette terre nouvellement
remuée , & l'on y trouva le corps
nu & mutilé du Comte de Dachau. Les
Chevaliers déplièrent leurs manteaux, & l'en
enveloppèrent ; ils le lièrent fur un de leurs
chevaux puis ôtant les plumes de leurs chapeaux
, & les Ecuyers ainfi que les Pages ,
arrachant les rubans & tout ce qui ornoit
leurs habits ils reprirent triftement le
chemin du château , fans qu'aucun bruit interrompît
le filence de leur marche.
›
"
Du haut des tours on vit venir le convoi
funèbre. Les Prêtres allèrent au devant juſqu'au
pied de la montagne , & reçurent
avec refpect le corps de leur Seigneur. It
fut enterré dans le fouterrain de l'églife , où
DE FRANCE. II
repofoient fes ancêtres. Avec lui fut éteinte
l'ancienne famille de Dachau .
Cependant la mère & l'Amante enveloppées
de crêpes & profternées au pied
des autels , prononcèrent le voeu folennel
de renoncer pour jamais au monde , & de
confacrer: tous leurs biens à fonder un monaftère
de l'Ordre de Saint-Benoît , où l'on
prieroit nuit & jour pour le repos éternel
de l'ame du Chevalier.
Pourfuivis par la vengeance divine , les
voleurs tombèrent bientôt entre les mains
de la Juftice : tous furent arrêtés & conduits
dans les prifons de Dachau , où ils
expièrent fous le fer leur horrible attentat.
Les Comtes Palatins de Bavière , à qui le
fief revenoit , firent ériger une chapelle à
l'endroit où le meurtre avoit été commis :
elle fubfifte encore , on l'apperçoit du chemin
qui mène au château de Dachau.
( Par M. M***. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Poulie , celui
de l'Enigme eft le Coq , celui du Logogriphe
eft Cadavre , où l'on trouve Ver , Avare ,
Cave , Rave , Ave , Cadre , A , Race, Arc,
Arcade, Rade.
A G
?2 MERCURE
CHARA D E.
MON premier ici bas rampe aflez triſtement ;
Mon fecond dans les puits trouve fon logement :
Lève les yeux , mon tout reluit au firmament.
( Par M. Lapleigné Ducoudray. }
ÉNIGM E.
Aux contraftes les plus bizarres
L'homme en naiſſant m'a deſtiné ,
Quoique d'attributs les plus rares
Je fois heureuſement orné.
Toujours difcret , paffif, utile
Aux champs , à la Cour , à la ville ,
Je fuis à tous fubordonné ;
Je fers les dévots , les coquettes
Sur les tombeaux , fur les toilettes ;
Des boudoirs je paffe aux autels :
Bref, au cercueil , ainſi qu'aux fêtes
J'accompagne tous les mortels.
( Par M. Fr. Durruthy , Nég. à Bayonne. )
LOGOGRIPHE.
Les préfens que Cérès nous fait en abondance , ES
La liqueur de Bacchus , les fruits délicieux ,
DE FRANCE. 43
Les fleurs que le Printemps vient offrir à nos yeux ,
Lecteur, tous ces tréſors font dus à ma naiſſance ;
Auli pour mes bienfaits , les fenfibles mortels
Me prodiguent des foins dus à leur tendre mère,
Et jaloux d'honorer ma voix qui les éclaire ,
Leurs mains , en plus d'un lieu , m'ont dreffé des
autels:
*
On trouve dans mon nom les , tréſors de l'abeille
Un feul des attributs du petit Dicu galant ,
Qui nuit & jour, dit-on, pour nous féduire veille,
Du plus Savant des Cieux le fonore inſtrument ;
Celui qu'on donne au bien dont jouit plus d'un
Prêtre ;
De tous les maux connus un des plus dangereux ;
Ce que tout bon Chrétien doit rendre au premier
Etre ;
Du citoyen des champs , les foins laborieux,;
De la main du Très-Haut, le premier des ouvrages;
Deux des quatre élemens qu'il a créés pour nous ;
Ce qui chez un Joueur cauſe bien des nuages
Quand le fort inhumain l'accable de fes coups:
Bref, de me deviner qui veut prendre la peine ,
Doit ſavoir qu'onze pieds , fauferreur , font mon
tout.
Lecteur, qui que tu fois , fans te mettre à la gêne
De connoître mon nom tu peux venir à bout.
( Par M. de Vachon de Puigrammont ,
Garde du Corps de Monfieur, )
14 MERCURE ?:
衛
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECHERCHES Hiftoriques & Politiques
fur les Etats- Unis de l'Amérique Septentrionale
, où l'on traite des Etablif
Jemens des Treize Colonies , de leurs
rapports & de leurs diffentions avec la
Grande- Bretagne, de leurs Gouvernemens
avant & après la révolution , &c.; par
un Citoyen de 'Virginie ; avec 4 Lettres
1 d'un Bourgeois de New Heaven , fur
l'unité de la Législation. 4 Vol. in- 8°. A
Colle; & fe trouve à Paris, chez Froullé,
Lib. , quai des Auguftins , au coin de la
Tue Pavée.
SECOND EXTRAIT.
APRPRÈÈSS avoir relevé les erreurs de l'Abb
de Mably , le Citoyen de Virginie expof
les inexactitudes que M. l'Abbé Raynal
commifes relativement aux Etats - Unis , fo
dans le récit des faits , foit dans les réflexio
qui les accompagnent.
DE FRANCE. 1-5
Il n'eft perfonne qui n'ait lu avec enthoufiafme
l'éloge que M. l'Abbé Raynal fait
de Guillaume Penn , de fa légiflation , & des
Quakers. Ceux qui aiment allez la vérité
pour lui faire le facrifice même des illufions
confolantes qui femblent honorer la
Nature humaine , n'ont qu'à confidérer les
mêmes objets dans les Recherches fur les
Etats - Unis ; ils y trouveront des idées
toutes contraires . Malheureuſement pour la
gloire de Penn , les jugemens du Citoyen
de Virginie font appuyés fur des Mémoi
res authentiques , & principalement fur
les remontrances que l'Affemblée de Penfilvanie
adreffa à Guillaume Penn , en 1704
& 1707. On voit que ce Legiflateur honnete
homme , ce véritable Lycurgue , comme
' appelle Montefquieu , ne s'occupa jamais
que de fes intérêts perfonnels ; qu'il
s'exempta des taxes lui & toute fa poftérité;
qu'il employa toute fon adreffe ,,toutes les
reffources de fon efprit , à tromper fes frères
avant & après l'émigration ; qu'il leur défendit
d'acheter des terres des Indiens , afin
d'en faire le monopole ; que pendant fon
féjour en Angleterre , il entretint la difcorde
dans la Pensilvanie par les inftructions qu'il
envoyoit à fes Lieutenans ; que rempli d'idées
folles & capricieufes qui le mettoient
dans un befoin continuel d'argent , & abîmé
s de dettes , il alloit vendre à George I la propriété
de l'établiffement , lorfqu'il mourut à
Londres d'une attaque d'apoplexie , au ma16
MERCURE
ment de figner le contrat . On voit enfin
qu'il fe rendir coupable toute fa vie d'une
multitude d'artifices & d'extorfions .
Le jugement de M. l'Abbé Raynal fur le
caractère des Quakers , n'eft pas ,
pas , felon
l'Auteur , plus conforme à la vérité que
le portrait de Penn. » Les Quakers , ditil
, ont toujours eu comme les autres
fectes , leurs fingularités , ils les ont encore
; mais la nature de l'homme ne
change pas pour cela. Ces fingularités
» les ont rendus fupérieurs aux autres en
quelques points , & de même en quel-
" ques points elles les ont rendus inférieurs...
Le mérite principal des Quakers confifte
» dans l'économie , & dans l'application
aux affaires. En cela leur conduite eft.
vraiment exemplaire & digne de louange.
Sur l'Article de l'hofpitalité , de la bienfaifance
, ils reffemblent aux autres, Sur
celui de l'hypocrifie , perfonne ne les
égale ; & quant au commerce , la délicatelle
& l'équité ne font pas leurs ver-
» tus favorites. Tel eft leur caractère national.
Cela n'empêche pas d'ailleurs ,
qu'il ne fe trouve parmi eux , comme
parmi les autres fectes , des hommes
» du mérite le plus diftingué , qui femblent
avoir atteint au degré de perfection dont
l'homme eft fufceptible ..... Les talens fupérieurs
des Quakers dans l'art de vendre
& d'acheter , ne fçauroient leur être
contestés. Ils entendent beaucoup mieux
ود
"
DE FRANCE. 17
23
» que les autres à faire des marchés avan-
» tageux. Il fe trouve à la vérité parmi eux
» des hommes de la délicateffe la plus fcrupuleufe
, qui méprifent l'aftuce & l'hypo-
>> crifie ; mais ils font plus rares que parmi les
» autres fectes. Il eft facile d'être la dupe
de leur extérieur . Plufieurs fois il eft arrivé
que leur manière réfervée de contracter
, fondée fur leur Religion , les a
» difpenfés de tenir leur parole. Leurs ma-
» nières reffemblent bien à celles des
Jéfuites, qu'on les appelle fouvent , les
Jefuites Proteftans , quoique la compa
raifon ne foit jufte qu'à quelques égards «<,
L'Auteur examine enfuite les autres idées
de M. l'Abbé Raynal. Il lui reproche d'avoir
parlé avec injuftice & partialité de la conduite
de la France & des Etats- Unis dans la dernière
guerre. Il prouve entre autres chofes ,
contre l'opinion d'un grand nombre de Po
litiques , qu'il n'étoit point au pouvoir de
la France de ne pas faire la guerre ; qu'elle
étoit forcée ou de fe lier avec l'Amérique
contre l'Angleterre feule , ou de combattre
contre l'Angleterre & l'Amérique réunies ;
& il confirme cette idée par l'autorité de
M. Turgot , que le Roi avoit confulté fur
un objet fi important , & dont le Mémoire
fe trouve à la fin de cette troisième Partie .
་ ་
La quatrième Pattie renferme le tableau
de la fituation actuelle des Etats- Unis. Les
Gazetiers d'Europe parlent fans ceffe de
18 MERCURE
l'anarchie des Etats - Unis ; & les Politiques
qui n'étudient l'Hiftoire des Nations que
dans les Gazettes , & qui ne favent pas
que la diverfité d'opinions n'eft pas la même
chofe que le défordre politique , répètent
auffi que les Etats - Unis font dans l'anarchie.
Ces imputations ont pris naiſſance en
Angleterre, & le font répandues de là dans
le reste de l'Europe. » On peut affurer ,
» dit l'Auteur , que jufqu'à ce jour ,
ود
ود
les
individus d'aucun de ces Etats n'ont
éprouvé la plus légère atteinte dans leurs
» perfonnes & dans leurs biens. Par- tout
le peuple eft fatisfait de la conduite de
fes Repréfentans
. Pas une maifon n'a été
» brûlée , pas une vitre caffée volontaire-
" ment , depuis la ceffation des dévaftations
» de l'ennemi . Non feulement la diverfité
d'opinions ne cauſe point d'animofités
elle ne refroidit pas même l'amitié « .
ל כ
En des Chapitres de cette quatrième Partie
eft deftiné à l'examen des caufes qui
retardent les grogrès du commerce entre
la France & les Etats - Unis . Ces cauſes
» font en grand nombre , & peuvent fe
ranger fous différentes claffes ; les principales
font 1 ° . La Ferme établie en
France , qui , entre autres monopoles
» exerce légalement celui de la dentée ( le
?? tabac ) qui eft la principale branche du
commerce d'Amérique 2 ° . Le dédale
inextricable des réglemens de Douane ,
ور
و و
"
DE FRANCE 19
―
4
& les vexations qui s'enfuivent : 3 ° . La
différence des Loix en matière de com-
» merce. Les caufes fuivantes peuvent
» n'être envifagées que comme fecondaires ,
parce qu'en remédiant aux premières ,
plufieurs de celles - ci difparoîtroient , &
» le refte feroit de peu de conféquence :
1. Les Manufactures de France en gé
ور
33
و ر
néral , qui ne travaillent point dans le
" genre des Américains : 2 ° . L'incerti-
» tude des prix des marchandiſes , ce qui
décourage les acheteurs 3 ". La diffé-
» rence des Langues. 4 ° . La différence des
» monnoies , des poids & des mefures :
» Le débet des Américains envers les Mar
» chands & Manufacturiers Anglois : 6º , Le
» crédit infidieux que les Anglois continuent
و ر
•
•
de faire aux Audioning . —Il exifte en-
» core quelques autres caufes qui ne font
" pas fufceptibles d'une définition particuli
, & qui font dues en grande par-
» tie aux circonftances du moment « .
"2
L'Auteur expofe & développe féparément
les effets de chacune de ces cauſes ,
avec beaucoup de juftelle & de fagacité. Il
montre , par exemple , de la manière la plus
évidente , que le monopole du tabac de
» l'Amérique exercé par la Ferme , cauſe
» à la France une perte immenfe ; que ce
» royaume perd l'occafion de vendre le
produit, de fes Manufactures ; que fon
argent paffe en Angleterre pour folder
20
22
20 MERCURE
» les marchandifes qu'elle expédie pour l'A
mérique , & que celle- ci eft privée de
» l'occafion de fe fouftraire au commerce
30
"
Anglois , & d'accroître , comme elle le
» défire , fes relations mercantilles avec la
" France ". Le réſultat de fes obſervations
fur ce fujer , eft que » le commerce ne peut
» fleurir tant qu'on ne lui laiffe pas la plus
» entière liberté « Il y a long-temps qu'on
a démontré cette vérité fondamentale de
l'économie politique ; peu de perfor.nes ont
aujourd'hui le courage de la contefter ; mais
fur cette matière , comme fur toutes les autres,
qui portent atteinte aux intérêts particuliers
il refte toujours à la mauvaiſe foi , à l'hy
pocrifie du bien public , le champ immenfe
des exceptions , pour échapper à l'applica
tion du principe.
Les amis de la juftice & de l'humanitéferont
peut-être étonnés d'apprendre qu'au
fein des Etats Unis d'Amérique , que dans
ces afiles de paix de bonheur & de liberté,
qui tant de fois ont retenti de ces paroles
facrées , Tous les hommes naiffent indépendans
, on compte encore aujourd'hui près
de fept cent mille efclaves . Mais on leur
dira que le Gouvernement Anglois avoit
toujours empêché les Colonies d'écarter ces
maux ou d'en arrêter les progrès ; que l'in
troduction des efclaves eft maintenant prof
crite des Etats Unis , à l'exception des deux
Carolines & de la Géorgie, qui , fans doute
fuivront bientôt l'exemple des autres Etats;
1
1
DE FRANCE. 21
و ر
que tous les efprits font pénétrés d'une telle
horreur pour un ordre de chofes fi contraire
au droit naturel , que les Membres de la
nouvelle Convention n'ont pas même ofé fe
fervir du mot efclave dans le projet de Conftitution
fédérative ; enfin, que l'affranchiffes
ment des eſclaves eft en ce moment un des
principaux objets de l'attention publique ;
que d'excellens Citoyens ont exposé leurs
Hûes [ur cet objet , & cherchent les moyens
de concilier ce que la juftice exige avec ce
que les circonstances permettent. Il exifte
» detrès-bonnesraiſons , dit l'Auteur , pour
» différer de rendre la liberté aux efclaves ;
» mais il n'en eft aucune pour en introduire
» de nouveaux . Il appuie cette idée
de quelques réflexions für l'esclavage des
Nègres, par M. Schwartz. Si un homme,
dit ce Philofophe , doit à la perte de fes
droits l'affurance de pourvoir à fes be-
» foins ; fi en lui rendant fes droits on l'expole
à manquer du néceffaire , alors l'hu-
» manité exige que le Légiflateur concilie
la fûreté de cet homme avec les droits .
» C'est ce qui a lieu dans l'efclavage des
Noirs , comme dans celui de la Glèbe.
" Dans le premier , la cafe des Nègres ,
leurs meubles , les provisions pour leur
» nourriture , appartiennent au Maître. En
» leur rendant brufquement la liberté , on
» les réduiroit à la misère. - De même
» dans l'esclavage de la Glebe , le Cultivateur
, dont le champ , dont la maifon
20
"
13
29
23
13
>>
22
MERCURE
1
و ر
--
appartient au Maître , pourroit fe trou→
" ver , par un changement trop brufque ,
» libre , mais ruiné. — Ainfi , dans de pareilles
circonftances , ne pas rendre fur
» le champ à des hommes l'exercice de
» leurs droits , ce n'eft ni violer ces
» droits , ni continuer à en protéger les
و د
و د
violateurs ; c'eft feulement mettre , dans
» la manière de détruire les abus , la prudence
néceffaire pour que la juftice qu'on
rend à un malheureux devienne plus fûrement
pour lui un moyen de bonheur «.
On verra dans le Chapitre des Sauvages ,
combien nos idées fur ces peuples font
éloignées de la vérité. On y remarquera ,
avec quelque furpriſe , que la générofité ,
la conftance dans l'amitié , la prudence , le
courage , l'intelligence , la politeffe , non
celle qui confifte à accorder indiftinctement
aux prétentions particulières tout ce qu'elles
exigent , fans calculer ce qu'on leur doit ,
mais celle qui naît de la fenfibilité de
l'ame , de l'élévation du caractère & de la
jufteffe de l'efprit ; en un mot , que prefque
toutes les qualités dont l'affemblage
conftitue la perfection morale , femblent le
réunir dans les Aborigènes du nord de l'Amérique.
La délicateffe , la grace , la pureté
du trait , donnent à ce tableau des moeurs
de la Nature une expreffion plus vive &
plus touchante .
Cette quatrième Partie eft terminée par
DE FRANCE. 23
le nouveau projet de Conftitution fédérative
, auquel l'Auteur a joint fes obfervations
particulières , dont le réſultat principal
eft que , » dans la première Conftitution
» fédérative , intitulée Acte de la Confé-
» dération , le pouvoir du Congrès n'est
» ni affez étendu dans certains cas , ni ex-
» primé affez clairement dans d'autres . La
» Conftitution qu'on propofe maintenant,
" lui fait excéder en différentes circonf-
» tances les bornes du Gouvernement fé-
» dératif «, Il prouve que les difpofitions
de l'Article deuxième concernant l'élection
, les fonctions , les émolumens , & c,
du Préfident du Congrès , font contraires
à l'intérêt public. » Un pas de plus , ajoute-
» t-il , bientôt on auroit un Roi Roi de
Pologne , avec le danger terrible de le
» voir fe changer un jour en un Stathou-
23
der héréditaire ". Ces obfervations fixeront
fans doute les regards d'un peuple qui
connoît le prix de la liberté, puifqu'il a ey
le courage de la conquérir. Les éloges que
les Partifans de l'Ariftocratie ne ceffent
de donner en Europe à ce projet de Conf
titution , fuffiroient feuls pour apprendre
aux Citoyens des Etats-Unis , ce qu'ils ont
à efpérer de la forme de Gouvernement
qu'on vient de propofer. 1
Le Citoyen de Virginie a joint à fes Recherches
, deux Ouvrages dignes d'être médités
par tous les bons efprits : l'un eft un
Recueil de quatre lettres qui lui ont été
24 MERCURE
adreffées par un Bourgeois de New -Heaven,
dont l'objet eft de prouver qu'il eft inutile
& dangereux de partager le pouvoir légiflatif
entre plufieurs Corps.
Après avoir établi dans la première les
principes & les objets de la Légiflation générale
, il trace dans la deuxième la Conftitution
d'un Corps législatif unique , la ma
nière de fixer l'étendue & les limites du
pouvoir qu'il doit exercer , & la forme fuivant
laquelle il doit donner fes décifions ,
afin que les Citoyens puiffent jouir des avantages
d'une Conftitution libre , pailible &
durable. Dans la troifième , il montre comment,
fur tous les objets de la Légiſlation ,
cette Conftitution feroit propre à éviter les
différentes caufes d'erreur , à empêcher le
Corps légiflatif de faire , foit des Loix oppreflives
, foit de mauvaiſes Loix , en lui
confervant cependant autant d'activité que
le bien commun peut l'exiger. Il expofe
dans la quatrième l'objet principal de fa
correfpondance , l'inutilité & le danger de
partager la puiffance législative en plufieurs
Corps.
Telle eft l'idée générale que nous pouvons
offrir ici d'un Ouvrage où une multitude
d'idées neuves & profondes , liées
entre elles par l'analyfe la plus exacte , &
exprimées avec une précifion rigoureuſe ,
forme , par l'enchaînement & la dépendance
mutuelle de toutes les parties , un
vrai fyftême de Conftitution politique ; & ·
ce
DE FRANCE. 125
ce fyftême eft la feule folution qu'on ait
encore donnée du fameux problême : Quelle
eft la meilleure forme de Gouvernement ?
Ceux qui ont médité fur ces matières , &
qui favent combien il eft difficile de tracer
une forme de Conftiturion où tous les pouvoirs
aient féparément , & d'une manière
très- diftincte, l'énergie néceffaire à leur action
particulière , fans les moyens d'en abufer ,
fentiront ailément quelle force de tête &
quelle étendue de lumières exigeoit le développement
du plan dont vous venons de
parler. Les admirateurs aveugles du fameux
Systême des contrepoids, de l'équilibre, y apprendront
à déterminer plus exactement la
valeur de ces mots , qui , dans l'opinion
générale des Politiques , femblent renfermer
aujourd'hui toute la fcience des Etats .
ود
""
»
ور
Il y en a plufieurs raifons , dit l'Auteur de
» ces Lettres. D'abord l'abus des mots ; on
» a parlé de forces oppofées , de contrepoids
, d'équilibre , & ces mets ont eu
» fur certaines gens une influence d'autant
plus forte qu'ils les entendent moins.
Enfuite les Politiques de profeffion font
» intérellés à défendre tout ce qui eft
compliqué : chaque Erat a fa charlatanerie
propre , & celle des Politiques eft de
» donner leur fcience comme une espèce
» de doctrine occulte , dont les adeptes feuls
ont la clef; un intérêt plus direct leur
dicte encore ce langage : plus une Conf-
» titution eft compliquée , plus elle offre
Nº. 9. 1 Mars 1788.
"
39
ور
B
26 MERCURE
22
» de reffources aux intrigues & au fophifme.
Or cette opinion des Politiques
» doit avoir une grande influence , 19. fur
» les hommes qui n'ont jamais pensé à ces
objets , & qui s'en rapportent à l'opi-
" nion des Politiques pour être gouvernés ,
» comme à celle des Médecins pour être
» purgés. 2 ° . Sur les Auteurs qui fe croient
" prefque des hommes d'Etat , parce qu'ils
92
,
ود
répètent les opinions ou plutôt les dif-
" cours des gens en place, J'ai fouvent en-
» tendu des hommes d'efprit à qui je par-
» lois des principes de l'économie politique,
me répondre tranquillement : Si vous
» faviez quel mépris les Politiques d'Angleterre
ont pour toutes ces opinions !
» & croire prefque les avoir réfutées . -
D'ailleurs les hommes en général aiment
mieux les chofes fines que les chofes
» vraies , admirent moins ce qui eft fimple
» que ce qui eft compliqué , croient plus
volontiers ce qu'un petit nombre ſe vante
d'entendre , que ce qui eft entendu de
tout le monde.
92
52
22 Il
y a enfin l'exemple de l'Angleterre
» & cct exemple doit être très-impofant
» parce qu'au lieu d'obferver que la liberté
» de la preffe , celle de former des affo-
?? ciations particulières , la Loi d'Habeas
» corpus , la procédure par Jurés , la publicité
de toutes les inftructions pour les
aufes perfonnelles , le refpect pour la
lettre de la Loi , que tous ces principes
foutenus par l'opinion , heureufement
M
DE FRANCE.
"
réunie fur ces objets , font le vrai fon-
» dement de l'efpèce de liberté dont jouif-
» fent les habitans de la Grande-Bretagne ,
» on en a fait honneur à fa Conſtitution ;
" on a cherché en conféquence , non fi
» elle étoit bonne , mais par quels principes
" on pouvoit prouver qu'elle étoit la meil-
» leure de toutes ; & ces principes , on les
a adoptés comme des maximes générales “.
L'autre Ouvrage que le Citoyen de Virginie
a inféré dans fes Recherches , eft intitulé
de l'Influence de la Révolution de
l'Amériquefur l'Europe . L'Auteur confidère
ce grand évènement dans fes rapports avec
les opinions , la Légiflation , le commerce
& la paix de l'Europe ; & la fagacité de
fon efprit lui fait appercevoir & calculer
des effets dont l'étendue devoit naturellement
échapper au grand nombre des Obfervateurs.
On fent dans ces deux Ouvrages la même
force d'ame , la même fupériorité de raiſon ,
le même amour pour la vérité & pour la
liberté , qui ont dicté les Réflexions fur l'ef
clavage des Nègres. Ils font empreints du
même caractère de penfée ; & il cft aisé de
reconnoître à travers le voile qui en couvre
l'Auteur , un Philofophe illuftré , digne , par
fon génie & l'élévation de fon caractère ,
d'éclairer les hommes , de défendre leurs
droits , & deſtiné à influer , par la puiffance
de la penfée , fur le bonheur de fon Siècle
& de la Poftérité.
B 2
MERCURE
ESSAI fur les Etabliffemens néceſſaires
& les moins difpendieux pour rendre le
fervice des Malades dans les Hôpitaux
vraiment uțile à l'humanité ; par M. DỤ
LAURENS , ancien Médecin des Camps ,
Armées & Marine du Roi , A Paris ,
chez Royez , Libraire , quai des Auguft.
In-8°. de 160 pages.
UN Monarque , ami de fon Peuple ,
animé du défir de foulager les malheureux ,
veut bien affocier à fa bienfaifance ceux
de fes fujets dont les lumières peuvent l'éclairer
fur les moyens d'amélioration de
l'Hôtel-Dieu de Paris ; il invite avec bonté
à cette affociation honorable tous les Of
dres de Citoyens, Qui , mieux que les Médecins
expérimentés , peut répondre à dos
vues auffi bienfaifantes ! Leur état , leur
réputation , leur coeur , tout les engage à
rechercher & à propofer les moyens les
plus efficaces pour foulager l'humanité fouf
frante,
M, du Laurens ayant deffervi près de 20
ans les Hôpitaux de la Marine à Rochefort
& ailleurs , préfente des vûes qui font le
fruit de plus de 40 années d'étude , d'obfervations
& d'expériences , tant dans les
villes que dans les campagnes. La difcuffion
DE FRANCE. 29
'des moyens qu'il indique feroit longue
férieufe , & déplacée dans un Journal comme
celui-ci . Nous nous contenterons d'affurer
nos Lecteurs qué ce Livre annonce
le Citoyen le plus vivement affecté & zélé ,
& qu'il contient des projets très-intérellans
pour les malheureux . On peut le joindre
tout ce qu'il paroît d'excellens Ecrits fur
cette matière , depuis que Madame Necker
a réveillé la fenfibilité publique & préparé
La révolution qui s'opère.
Les Recteurs d'Hôpitaux , & les Médecins-
Inspecteurs , liront avec fruit le Chapitre
IXe. , où l'Auteur traite » des Feuilles
» de vifite ou Cahiers-Journaux, néceffaires
» pour rendre le fervice des Hôpitaux utile
» aux Malades & au Public «.
Les quatre dernières Sections :
1°. Sur l'infuffifance des Ecoles de Médecine
;
2º. Sur les avantages de la réunion des
Ecoles aux Hôpitaux.;
3°. Sur la nature des Leçons ;
4°. Et enfin fur l'ordre dans lequel les
Elèves doivent être inftruits ;
font des morceaux dignes d'être avoués
par l'Abbé de Saint - Pierre & par M. de
Chamouflet.
B 3
30
MERCURE
VARIÉTÉ S.
LES INCONVÉNIENS DES VOYAGES,
Imité de l'Anglois.
V ERS la fin de l'an de grace 1760 , exiftoir
dans le Comté d'Yorck un fort honnête Ecuyer ,
à qui on avoit dit au Collége , que rien ne forme
l'efprit d'un jeune Gentilhomme comme les Voyages.
Au fortir de l'Univerfité , fon éducation étoit
complète ; perfuadé qu'un Anglois qui lit Horace,
& qui vore à l'élection du Parlement , n'a qu'à
fe préfenter fur le Continent pour y être bien
reçu , il réfolut de débuter par Varfovie , où la
mort d'un oncle l'appeloit particulièrement.
La guerre alors embrafoit l'Allemagne. Prefque
toutes les Puiflances du Nord & de l'Occident
étoient fous les armes mais cette circonftance ne
laiffa pas foupçonner à notre Ecuyer qu'il eût
befoin d'un pafle-port : fes affaires le regardoient
feul ; & qu'avoit à démêler la police des Nations
étrangères avec un 'Habitant de l'Yorckshire ?
D'ailleurs il avoit étudié la Carte , pour s'affurer ,
de gros en gros , qu'il traverferoit exclufivement
le territoire d'Etats neutres ou Alliés de la Grande-
Bretagne.
Plein de confiance dans l'hofpitalité avec laquelle
il ne manqueroit pas d'être accueilli , il
prend fa place fur le paquebot d'Harwich à Helvoetsluis
, & débarque en Hollande. Cette RéDE
FRANCE. 名罩
publique , à cette époque , fort embarraffée à défendre
fa neutralité , avoit pris les précautions
que néceffite la défiance . On examinoit le Voyageur
, lorfque par un coup de difcernement qui
lui étoit propre , il s'avifa de dire à l'Inspecteur,
qu'il voyageoit pour des affaires d'une nature
particulière. On l'emprifonna , on l'interrogea ,
& fa naïveté l'ayant fait reconnoître incapable
d'aucun deffein contre la fortune d'Amfterdam
après fix jours de domicile dans une prifon d'arrets
, on lui permit de continuer fa route.
Il parloit un peu le François ; ce qui , en cent
ans , n'étoit arrivé à aucun Gentilhomme de
I'Yorckshire. Pendant que les foldats Hollandois
le conduifoient vers la frontière , il fe plaignit
amèrement des fix jours qu'on lui avoit fait perdre.
Cinq cents Hollandois , difoit-il incivile-
» ment à l'Officier , traverferoient tout le Yorckshire
fans qu'on leur adreffât la parole . -- On
n'interroge aucun Etranger en Angleterre. -
On ne l'emprifonne point. On ne lui donne
point des fentinelles ; & les Gardes du Corps
» de Sa Majesté Britannique ne fervent qu'à l'or
Un Anglois ayant le droit de ne
jamais répondre aux questions qu'on lui fait ,
il ne s'avife pas de queftionner les autres «
ל כ
» nement. --
--
Ces réflexions fur la police Angloife , & l'ingénieufe
comparaifon de l'Ecuyer , firent fortir
Officier Hollandois de fon phlegme naturel ; ´il
ôte fa pipe de fa bouche , & après en avoir fecoué
les cendres , en frappant contre le tube de
fon fufil : » Monfieur , dit-il , quand vous avez
» mis le pied fur le territoire des fept Provinces-
Unies , pourquoi n'avez-vous pas déclaré que
vous voyagiez pour affaires de commerce to ?
Après ce mot , il rechargea fa pipe , fe remit à
fumer , & congédia le Breton avec une impertur
bable taciturnité .
B 4
32
MERCURE
1
Cette converfation fe tenoit fur la route de
Breda à Valenciennes ; car notre Voyageur , qui
avoit entendu dire à fa grand'mère , que tout
chemin mène à Rome , en avoit conclu que tout
chemin menoit également à Varfovie ; & au lieu
de fe faire conduire à Nimègue , il fe trouva aux
confins du Hainaut.
Délivré de fon infociable Conducteur , il ar
rive gaiment à la première ville Françoife ; la
fentinelle d'une garde avancée lui demande l'honneur
& la permiffion de vifiter fon palle - port.
Que ferois-je d'un paffe-port ? Cela étant
» Monfieur , pardon de la liberté que je vais
prendre , à regret , de vous mener à M. le
Commandant «.
32
55
-
Monfieur le Commandant reçut le Voyageur
avec une politefle froide & cérémonielle ; il lui
fit les queftions d'ufage , & notre homme , mettant
à profit la leçon qu'il venoit de recevoir en
Hollande , répondit d'un ton prefque affuré , que
des intérêts de commerce l'amenoient fur le Continent.
:
que
Ma foi , reprit le Commandant , c'eft un
Négociant , un Bourgeois ; qu'on le mène à la
» Citadelle ; je l'examinerai demain il faut
je m'habille pour aller à la Comédie . —Allons.
» Monfieur , difoit le Soldat à l'Ecuyer en le
» conduifant au corps-de- garde , pourquoi avez-
→ vous parlé de commerce devant Monfieur le
Commandant ? Aucun Gentilhomme en France
» ne s'avilit à faire le commerce : nous méprifons
le commerce. Que n'informiez - vous Monfieur
Dole Commandant que vous entriez dans la domination
d'un grand Monarque , que vous y
» entriez pour vous perfectionner dans la Mufi-
» que , dans la Danfe , pour apprendre à vous
» mettre avec goût ? Les armes , par exemple
3
DE FRANCE. 33
font la profeffion d'un homme comme il faut :
» c'eft le chemin de la gloire : Vive le Roi « !
L'Ecuyer d'Yorckshire eut l'honneur de paffer
la nuit avec une Garde Françoife , & le jour
fuivant on le remit en liberté.
En poursuivant le cours de fon Itinéraire , il
tomba dans un détachement de Chaffeurs Allemands
, qui lui demandèrent fon nom , fa qualité,
fes occupations. » Je viens , dit - il , apprendre à
» danfer, à chanter, & à m'habiller à la mode «.
C'est un François ! dit le Caporal.
Un Efpion ! cria le Sergent.
D'où il réfultá qu'on affit notre homme fur la
croupe d'un Dragon , pour le faire paffer au Camp.
Bientôt après on le relâcha , mais ce ne fut pas
fans un mot d'avis : » Nous autres Militaires M-
» lemands , lui dit l'Officier , nous mangeons ,
» bavons , fumons ; ce font - là nos plaifirs jour-
" naliers. Si vous n'aviez parlé d'autre chofe à
nos Chaffeurs , vous nous auriez épargné mu-
> tuellement beaucoup de trouble : vous pouvez
» partir «. Et le Voyageur partit.
ככ
Il étoit à peine fur les terres du Roi de Prufſe ,
qu'on l'examina un peu plus correctement que
les précédens Vifiteurs ne l'avoient fait » Mon
» affaire , cut-il la prudence de répondre , eft de
» boire , manger , & fumer. Hum ! dit l'Officier
, boire , manger , & fumer ! Vous me fui-
» vrez à Potſdam. Ľa guerre doit être l'unique
כ כ
23
objet du genre humain « .
-
Le pénétrant Frédéric ſaiſit bientôt le caractère
de notre Voyageur , & lui donna un paffe - port
écrit de fa propre main » C'est un ignorant ,
» un innocent Anglois , dit l'illuftre Monarque :
» fes Compatriotes n'entendent rien aux règles
» militaires ; & lorfqu'ils ont befoin d'un Géné
» ral , ils me foudoyent c
B. S.
34
MERCURE
१
Aux barrières de la Saxe , nouvel interroga
toire » Je fuis foldat , dit le pauvre Interrogé
» voici un paffe - port du premier Capitaine de
» notre fiècle.
ככ
--
Quoi ! vous êtes le protégé d'un deftructeur
» de milliers d'hommes ! Nous allons vous en-
» voyer à Drefde ; & gardez - vous de montrer
votre paffe port , fi vous ne voulez être mis en
pièces par ceux dont les fils , les maris , les parens
ont été cruellement facrifiés à l'ambition
Pruffienne « .
*
" Ayant fubi à Drefde une nouvelle enquête qui
diffipa tous les foupçons , il fe félicitoit d'approcher
du terme de fon voyage , & d'être enfin délivré
de toute inquifition , lorfqu'aux frontières de
la Pologne , l'Officier- Commandant lui demande
quelles affaires l'amènent dans la République ?
» En vérité , Monfieur , je n'en fais rien . -Comment
vous ignorez le motif de votre voyage ?
Suivez-moi chez le Staroſte .
DO
ל כ
» Pour l'amour de Dieu , reprit l'Infulaire haraffé
, ayez pitié de moi. En Hollande , j'ai été
emprifonné pour avoir gardé le fecret de mes
propres affaires.
" En France , j'ai paffé une nuit entière dans
» une Citadelle , pour m'être déclaré Marchand.
» En Allemagne , j'ai galopé fept licues ac-
» croupi derrière un Dragon , pour m'être an-
5 noncé en qualité de Petit-Maître.
" En Pruffe , on m'a traîné captif l'efpace de
» 50 milles , à cau ſe de mon goût pour la bonne
chère .
» En Saxe , on m'a fait craindre pour ma vie
» dès l'inftant où je me fuis dit Militaire .
>
» Si vous aviez la bonté de m'inftruire des
» moyens de rendre compte de moi- même fans
offenfer perfonne , je vous regarderois éter -
» nellement comme mon ami & mon protecteure
DE FRANCE.
SPECTACLEC
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 18 Février , on a donné la fe̱-
conde repréſentation du Prifonnier Anglois ,
Comédie en trois Actes & en Profe mêlée
.de Mufique.
Nous n'avons fait qu'une légère mention
de la première reprefentation de cet Ouvrage
. On fe rappelle combien elle fur
orageufe , & les excès qui la fuivirent.
Le Proverbe dit : A quelque chofe mal- .
heur est bon , & le Proverbe n'a pas tort.
Il est réfulté de la rigueur licencieuſe du Public
, que le Parterre de la Comédie Italienne
eit affis , & que les Auteurs du Prifonnier
Anglois ont fait à leur Ouvrage des changemens
qui lui ont valu du fuccès.
Une Anecdote connue & imprimée dans
les Papiers Publics , a fourni le fonds de
cette Comédie. La voici en abrégé .
Un Particulier retournant chez lui un peu
tard , entend des plaintes , s'approche de
l'endroit d'où elles partent , voit un homme
endu par terre , & percé d'une épée qui
traverſe la poitrine. Un mouvement d'humanité
l'engage à fecourir infortuné ; il
commence par retirer l'épée . L'homme expire
B6
36 MERCURE
•
à l'inftant ; le hafard amène là une patrouille ,
qui , trompée par les apparences , arrête le
particulier, le conduit chez un Commiffaire,
de là en priſon , où il eft fur le point d'être
condamné à la mort. Heureufement un de fes
Juges reconnoît , à la confrontation , que
l'épée faifie lui appartient , déclare que tel
jour il a eu une querelle , qu'il s'eft battu
qu'à l'inftant où il perçoit fon adverfaire ,
a entendu du bruit , & qu'il a pris la fuite
en abandonnant fon épée. Cet aveu fauve
la vie & l'honneur de l'homme innocent.
Dans la première verfion de la Pièce ,
dont la Scène eft en Angleterre , M. Desfontaines
avoit placé fon Héros en prifon
au premier Acte. C'eft dans cette pofition
qu'on le voyoit folliciter l'intérêt & l'humanité
du Geolier , qui lui permettoit de s'abfenter
pour quelque temps , après lui avoir
fait jurer de revenir. Le Prifonnier fortoit ,
venoit dans fa famille , y étoit retenu malgré
lui. L'inftant de fon jugement arrivoit ;
le Geolier alloit fubir , par la mort , le
châtiment de fon évafion ; il en étoit inftruit
, s'échappoit , & alloit rendre la vie à
fon bienfaiteur aux dépens de la fienne.
Tout cela étoit un peu romanefque , & ne
laiffoit pas que d'offrir des développemens
très-longs, par conféquent un peu ennuyeux.
Dans la nouvelle verfion , M. Frankly
eft abfent de fa famille depuis deux ans pour
un voyage d'outre mer ; il eft attendu par
fon père , par fa femme & par fa fille , qui
DE FRANCE. 37
lui font préparer une fête. On apprend par
les Papiers publics , qu'un homme a été arrêté
retirant une épée fanglante de la poitrine
d'un autre.Cet homme s'appelle Belton ,
& cette nouvelle ne paroît pas regarder M.
Frankly ; c'est pourtant lui qu'elle regarde ;
c'est bien lui qui a été arrêté , & qui a cru ,
pour le repos de fa famille , devoir changer
de nom. Il arrive néanmoins , il eft reçu
avec ivreffe , il jouit du bonheur d'embraffer
les objets les plus chers à fon coeur ; mais
il laiffe de temps en temps échapper des
mouvemens qui annoncent un chagrin profond.
Un Guichetier lui a permis de fortir
un inftant de fa prifon , d'aller voir fa
famille , & lui a fait promettre de revenir.
Ce fatal fecret fe découvre. Il faut
prendre un parti . Le père de Frankly &
Clarice fa femme lui confeillent de fuir ;
il refufe , parce qu'il expofe un innocent
à la mort , fon père lui répond qu'il facrifiera
plutôt fa fortune entière , que de ne
pas fauver les jours du Guicherier. Frankly
cède à cette proraeffe , aux larmes de fa
femme , & il confent à fe cacher dans
fa maiſon , jufqu'à ce qu'on ait tout préparé
pour fon départ & pour fon paffage en
Erance . On annonce M. Walf ; il défire
parler à Madame Frankly , qui s'effraye
de cette vifite. M. Walf entre ; il demande
à Mme. Frankly fi fon mari eft en fûreté ,
s'il eft parti ; il a , dit- il , les raifons les plus
fortes pour s'en informer , pour s'en ren38
MERCURE
1
dre certain. Forcé lui - même de quitter
l'Angleterre pour les caufes les plus im
portantes, il ne s'en éloigneroit pourtant
point , s'il n'étoit pas tranquille fur le
fort de M. Frankly. Clarice , foupçonneufe
& inquiète , répond à M. Walf que fon
mari n'eft pas encore de retour ; elle l'affure
, elle l'affirme ; & M. Walf fe retire .
Un inftant après le préfente un Connétable ;
il trouve Clarice auffi difpofée à nier le
retour de fon mari ; il va fortir , quand
la fille de Frankly , que l'on n'a pas mife
dans la confidence , vient frapper à la
porte d'un cabinet où eft enfermé fon père ,
en l'appelant à plufieurs repriſes. Le Connétable
menace de faire entrer main-forte ;
Frankly paroît , & fe fiant fur fon innocence
il fe remet entre les mains du
Connétable. Mais fa confiance étoit mal
fondée ; fon innocence , les larmes de fon
époufe , les follicitations , les démarches
de fon père , rien ne peut le fauver du
trépas , on va l'y conduire ; fon père , fa
femme , fa fille , fes domeftiques l'entourent
; fon père offre fa vie en échange
de lafienne ; les foldats vont l'arracher des
bras des fiens; un homme entre en s'écriant :
Malheureux ! qu'allez- vous faire ? C'eſt
M. Walf : il a été inftruit , au moment de
partir , du fort qui menaçoit M. Frankly ; il a
volé à fon fecours ; c'eft lui qui s'eft battu ,
qui a tué fon adverfaire , qui à fui , en laiffant
fon épée dans fa poitrine : il vient ſe
remettre au pouvoir de la Loi , fauver
DE FRANCE. 39
P'innocence , & plaider une cauſe affez jufte ,
pour qu'il n'ait rien à redouter , dit-il , des
fuites qu'elle peut avoir. La joie rentre dans
tous les coeurs.
›
- Cette intrigue eft plus fage que la première
, mais elle a moins d'originalité , &
le dénouement en eft trop pathétique. Il
nous femble que chaque genre doit avoir
fes bornes & que fi la terreur & la
pitié font les refforts néceffaires du genre
tragique , elles font très-déplacées dans le
Drame à Ariettes. Le premier Acte , qui
forme l'expofition , eft prefque nul ; & le
contrafte que l'Auteur a voulu établir entre
la fête qu'on prépare à Frankly , & le
fort qu'on lui deftine pour le crime dont
il eft accufé , ne fe fait pas aflez fentir.
Le noeud fe forme d'une manière ingénieufe
; la Scène de M. Walf eft heureufement
conçue ; elle a de la nobleffe , de
l'intérêt , elle prépare bien le dénouement ;
peut-être même le prépare - t- elle trop. Nous
n'aimons point la manière infinuante &
fauffe dont le Connétable fe fert pour tâcher
de furprendre la religion de Mme . Frankly ;
elle n'eft point dans les moeurs Angloifès.
En Angleterre , les plus fimples Officiers
de la Loi font graves & férieux comme
elle ; ils ne fe livrent point aux petites
finelles , aux fupercheries , peut-être néceffaires
en France , dont ufent les Agens de
' notre Police. Quand un Aureur porte la Scène
de fon Ouvrage dans un Royaume étranger ,
40 MERCURE
il faut qu'il prenne quelques notions de fes
moeurs , de fes ufages , & qu'il les conferve
pour être vrai. Le commencement du 3e. Acte
marche lentement ; la poſition de Clarice devant
le Geolier & les Guichetiers ne sçauroit
intéreffer , parce qu'elle eft inutile , & qu'il
n'en peut rien réfulter d'heureux pour .
Frankly ni pour elle. La dernière Scène eft
du plus grand effet , elle offre un tableau
très attachant ; mais à l'inftant où la joie
rentre dans tous les coeurs de la famille
Frankly , on regrette de ne pas favoir ce
que devient M. Walf. Ce bon , ce noble
M. Walf eft plein de confiance dans fon
innocence ; mais la Loi le jugera - t - elle
comme il fe juge ? On peut en douter; &
il intéreffe trop par fa généreufe franchife ,
pour que la moindre inquiétude qu'il laiffe
après lui ne devienne pas un tourment.
Malgré ces défauts , l'Ouvrage a eu un grand
fuccès, & il le mérite à beaucoup d'égards.
C'eſt à bien jufte titre que l'on confidère
depuis long- temps le talent de M.
Gretry comme un talent inépuifable. La mufique
du Prifonnier Anglois eft pleine de
charme , de grace , d'efprit , de fineffe, &
d'expreffion. Douce , aimable & riante au
premier Acte , elle devient grave , intéreffante
au fecond ; elle eſt déchirante au
troisième , & toujours elle marche avec les
effets les plus variés & les mieux fentis.
On a beaucoup applaudi Mme. Dugazon
dans le rôle de Clarice. Mlle. Renaud caDE
FRANCE. 41
dette a rendu avec intérêt le perfonnage
de la jeune Frankly. M. Philippe a mis de
la nobleffe dans celui de Frankly. Enfin on
doit des éloges à M. Chenard, qui , ayant
été obligé d'apprendre en deux jours le
rôle de Frankly père , l'a chanté avec beaucoup
d'expreffion , & joué avec beaucoup
de chaleur.
ོ
LE 19 , on a joué pour la première fois
La Double tromperie , Comédie en trois Actes
& en Profe.
Le Comte de St. Léger a entendu parler
de la vertu de Mme. de St. Amable ; il fe
propofe d'en être le vainqueur. Il fe fait
introduire chez M. de St. Amable en qualité
de Valet- de - chambre ; mais une lettre
anonyme dévoile fon projet. Pour le punir
de fon audace , M. de St. Amable feint de
ne rien favoir ; il fuppofe que fa femme ne
gardera pas St. Leger à fon fervice , s'il ne
confent pas à fe mafier ; le Comte promet
qu'il fe mariera. On lui propoſe ſur le champ
Mme. Bernard , Femine de charge de la
maiſon ; il accepte pour ne pas être éconduit
, & figne une promeffe de mariage.
M. de Saint-Amable prie le Commandeur
de Saint - Léger oncle du Comte , de
paffer chez lui , lui parle de la conduite
de fon neveu , du déshonneur qui peut la
fuivre , & lui remet la promefle de mariage.
C'eft fous le coftume de Valet- de-
,
42 MERCURE
chambre que le Commandeur trouve le
Comte ; il éclate , le neveu rit ; l'explication
fe fait ; & M. de St. Léger voit enfin qu'il
a voulu être Myftificateur , & que c'eſt lui
qui a été mystifié.
Nous n'aurions pas fait mention de cer
Ouvrage juftement tombé à la première repréfentation
, parce qu'il eft mal intrigué.
inal conduit , mal écrit , écrit même ſouvent
du ftyle le plus trivial , fi nous n'avions pas
cru néceffaire d'adreffer quelques obſervations
à MM. les Comédiens Italiens .
L'indulgence eft toujours une qualité louable'
; mais elle a fa limite, hors de laquelle elle
devient exceffive & funefte. On peut donner
des encouragemens à de jeunes Auteurs, fans
reprefenter les premières ébauches , les premiers
Cuvrages informes qui font fortis de
leur cerveau , & fur-tout fans s'expofer à
paffer pour de mauvais Juges. Recevoir une
Pièce foible imaginée à la hâte , écrite
précipitamment & fans réflexion , ce n'eft
point encourager un jeune homme à bien
faire , c'eft lui tracer la route de la négligence
& de la médiocrité ; c'eft ouvrir un
répertoire dramatique à une foule de prétendues
Comédies , qui n'en ont que le
titre, qu'il faut jouer à la fin , & qui néceffairement
dégoûtent & éloignent le Public.
On a reproché à MM. les Comédiens Ita-
Jiens de repréfenter des Pièces inférieures en
mérite ( paffons fur l'abus de ce mot ) à la
plupart de celles que l'on joue fur quelques
DE FRANCE.
43
théatres fubalternes . Ce reproche eft plus
défagréable pour eux , qu'il n'eft férieux &
fondé ; nous le prouverons bientôt , parce
que nous aurons inceffamment occafion de
revenir fur cet objet : mais ils s'y font expofés
par une complaifance trop légère , & il
eft temps enfin qu'ils ne s'y expofent plus.
ANNONCES ET NOTICES.
LEE Voyageur à Paris , extrait du Guide des
Amateurs & des Etrangers Voyageurs à Paris ;
par M. Thiery ; & orné d'un nouveau Plan de
Paris , année 1788. Prix , 3 liv . relié. A Paris ,
chez Hardouin & Gattey , Lib. , au Palais-Royal
& rue des Prêtres S. Germain-l'Auxerrois .
i
Il s'eſt déjà vendu cinq éditions de cet Ouvrage .
GUIDE des Amateurs & des . Etrangers Voy:-
geurs dans les Maiſons Royales , Châteaux , Lieux
de plaifance , Etabliffemens publics , Villages &
Séjours les plus renommés aux environs de Paris ;
avec une indication des beautés de la Nature &
de l'Art , qui peuvent mériter l'attention des Curicux.
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Volumes ; même adreffe que ci-deffus .
Cet Ouvrage , qui eft rédigé avec préciſion ,
pcut fervir de . Tome IIau Guide des Amateurs
& des Etrangers Voyageurs à Paris , qui fe trouve
chez les mêmes Libraires. .6.
44 MERCURE
LE Voifin de la Samaritaine , ou Etrennés dit
Pont-Neuf. A Paris , chez Maradin , Lib. , quai
des Auguftins ; & Debray , au Palais-Royal , Ѻ.
235.
Ce petit Almanach eft divifé en deux Parties ;
la première contient des Leçons de Géomance; &
la feconde des Mélanges , tels que des Lettres
des Dialogues, des Adreffes badines, des Avis , & c.
LIVRE de Rêves , ou l'Onéirofcopie , application
des Songes aux Numéros de la Loterie Royale
de France , tirée de la Cabale Italienne & de la
Sympathie des Nombres ; ornée de 90 Figures ,
avec des Tablettes d'un papier compofé , trèseffentielles
à cet Ouvrage . Nouvelle édition , revue
avec foin , & augmentée du Systême Arithmétique
des Combinaiſons nominales , cu nouvelle
manière de s'intéreffer aux évènemens de la
Loterie par une compofition de chances ou numéros
, relative aux noms propres des Actionnaires ,
fuivi de la Lifte des Numéros fortis à chaque Tirage
depuis l'établiffement de la Loterie. Prix ,
2 liv. ; & les Figures enluminées , 3 liv. A Paris ,
chez Defnos , Lib . , rue S. Jacques ; & chez les
Receveurs de Loterie.
On trouve chez le même l'Ouvrage fuivant ,
petit in-12.
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ou Tableau précis & général du Globe terreftre ,
pour l'intelligence prompte & durable de la Géographie
moderne ; adapté à l'Atlas des Colléges
& des Penfions , & fuivi de celui de l'Enfant
Géographe , ou nouvelle Méthode d'enſeigner
cette Science. Prix , 1 liv. 10 f. br.
Il y a dans cette Méthode de la clarté & de
la préciſion.
DE FRANCE. 45
PROCÈS-VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale de Baffe - Normandie , tenue à Caen
en Novembre & Décembre 1787 ; in-4° . Prix ,
6 liv. A Caen , chez Le Roy, Imp. ; & à Paris ,
chez Née de la Rochelle , Lib . , rue du Hurepoix ,
près du Pont St-Michel ; & Delalain jeune, rue S.
Jacques.
PROCÈS-VERBAL des Séances de l'Aſſemblée
Provinciale de la Généralité de Rouen , tenue aux
Cordeliers de cette Ville , aux mois de Noyembre
& Décembre 1787 ; in-4 ° . Prix , 7 liv . 4 f. br . ,
A Rouen , chez Pierre Seyer , Imp. ; & fe trouve
à Paris , chez Née de la Rochelle , Lib. , rue du
Hurepoix , près du Pont S. Michel.
·ELOGE de Madame de Maintenon. Difcours
prononcé à Saint-Cyr le fecond jour de la Fête
Séculaire , en 1786 , par M. François , Prêtre de
Ja Miffion . A Paris , chez Buiffon , Lib. , rue des
Poitevins ; & Mérigot jeune , quai des Auguftins.
LE Serment des Horaces , dédié au Patriotiline ,
Eftampe de 22 pouces de large für 18 de haut ,
gravée à Londres par Louis Laurence , d'après le
Tableau de Carraffe, Prix , 16 liv. A Paris , chez
M. Olivier , Négociant , rue S. Denis , vis -à-vis
S. Jacques l'Hôpital , No. 189,
Cette Gravure plaît par les expreffions des tètes ,
& l'ordonnance fimple & vive du Tableau , qui
repréfente cet acte d'héroïlme,
EUVRES de Francois de Salignac de la Mothe
Fénelon , Précepteur des Enfans de France ; in-4 .
Tome IV. Prix , 15 liv . A Paris , chez Didot l'aîné ,
rue Pavée-St-André .
Ce Volume contient les Dialogues des morts &
quelques Mélanges ,
1
46
MERCURE
GALERIE du Palais - Royal , gravée d'après les
Tableaux des différentes Ecoles qui la compofent ,
avec un Abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau ; 9e.
Livraiſon . Prix , 12 liv . A Paris , chez J. Couché ,
Graveur , rue Sainte- Hyacinthe , Nº . 4 ; & J.
Bouillard , rue d'Argenteuil , N° . 95 .
On doit toujours les mêmes éloges à l'exécutionde
cette grande entreprife. Cette Livraiſon eft
auffi foignée que les précédentes. Parmi les différens
morceaux qu'elle contient , fe trouve la
naiffance de Bacchus , par le Pouffin . Cette Eftampe
eft donnée comme 8c. Tableau de cet Auteur,
parce que les Sept Sacremens du même Peintre
, dont on s'occupe actuellement , doivent le
précéder. Cette tranfpofition , indifférente en elleinême
, a déjà eu lieu . On aura toujours raiſon
de préférer l'exactitude des Livraifons à tout ordre
numérique qui pourroit en ralentir la marche,
& faire douter du zèle des Auteurs à remplir
leurs engagemens.
ALMANACH général du Commerce , des Marchands,
Négocians , Armateurs , &c. de la France ,
de l'Europe , & des autres parties du Monde ; par
M. Gournay , Avocat en Parlement ; gros in-8°.
Prix , 6 liv. br. port franc par la pofte. A Paris ,
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S. Yves ,
27 ; chez Belin , Lib. , rue S. Jacques ; & Onfroy,
quai des Auguftins.
N°.
La publicité de cet Almanach n'a été tardive
cette année que par les efforts qu'a voulu faire
l'Auteur pour en perfectionner la rédaction . Cer
Ouvrage cft vraiment intéreflant & utile. Flufieurs
articles ont été refaits , d'autres rectifiés ; tout ce
qui a rapport au commerce y trouve la place ; &
nous ne doutons point de fon fuccès. Pour éviter
tout genre de furprife , l'Auteur fignera tous
DE FRANCE.
47
les exemplaires qui feront achetés . En écrivant
directement à l'Auteur , on le recevra franc dè
port par la pofte .
CLARA & EMMELINE ; par Miff H ... , Anteur
de LOUISE OU LA CHAUMIÈRE ; traduite de
l'Anglois , & revue fur la Traduction Françoiſe
par Auteur Anglois ; 2 Vol. in - 12 . Prix , 2 liv.
8 f. br. A Paris , chez Buiffon , Lib. , rue des Poi,
tevins , Nº. 13 .
Une nouvelle Production de l'Ecrivain eſtimable
& fenfible , à qui l'on doit déjà Louiſe ou la
Chaumière dans les Marais , ne peut qu'être accueillie
avec empreffement. Comme la première
elle mérite d'être diftinguée dans le petit nombre
de bons Romans que le fiècle a produits, & dont ,
on ne peut fe le diffimuler , on doit les meilleurs
à l'Angleterre. Clara , forcée par fon père de fe
marier contre le gré de fon coeur qui avoit fait
un autre choix , a fu triompher de fa paffion , fe
réfigne à fon fort , & ne voit plus que fes devoirs.
Chargée par une mère mourante , inftruite
de fon fecret , témoin de fes combats & de fon
triomphe , de la remplacer auprès de fa jeune
foeur Emmeline , elle veille fur elle avec une tendrefle
vraiment maternelle , la préferve des effets
funeftes d'une première furpriſe de l'amour , toujours
dangereufe dans une ame neuve , honnête ,
mais fenfible , & obtient enfin dans le bonheur de
fa foeur & dans le fien , la récompenſe duc à des
vertus dont les épreuves n'ont fait qu'augmenter
l'éciat. Un intérêt vif & touchant regne d'un
bout à l'autre dans ce Roman , qui préfente de
grandes leçons aux jeunes perfonnes du sexe &
aux femmes mariées , des moeurs pures , des caractères
vrais , & par tout le triomphe de la
vertu que l'Auteur s'eft attaché de placer toujours
dans le point de vue le plus aimable & le plus
intéreflant. ( Notice communiquée. )
48
MERCURE DE FRANCE .
Nos. 2 & 3 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs, pour deux Violons ou Violoncelles , 5c .
Année. Prix , 2 liv. chaque N° . Abonnement pour
12 Numéros , 15 & 18 liv . A Paris , chez M. Bornet
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Paris , chez Imbault , rue S. Honoré , près l'hôtel
d'Aligre , No. 627.
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Fux , traduit en françois par le Sr. Piétro - Denis.
Prix, 12 l. les 3 Vol. réunis en un. Ouverture de
Richard Coeur de Lion , celle de la Dot , celle de
l'Amant ftatue, arrangées pour deux Piano ; par M.
Charpentier , Organifte de l'Eglife de Paris. Prix ,
2 liv. 8 f. Ouverture d'Iphigénie , du Chevalier
Gluck , & plufieurs Airs connus , arrangés & variés
pour deux Piano ; par le même , Cuv . 20e.
Prix , 7 liv . 4 f. = Recueil d'Airs connus & variés
pour deux Piano ; par le même , OEuv. 21c. Prix ,
7 liv. 4 f. A Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu
, paffage de l'ancien Café de Foy ; & Mme.
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or.
STANCES.
TABLE.
Anecdote hiflorique.
Charade, Enigme & Log.
Recherches.
3 Effei.
7Variétés.
12 Comédie italienne.
14 Annonces & Notices.
APPROBATION.
28
30
35
43
J A1 lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi rer.
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion . A Paris, le 29 Février 1788.
RAULI N.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUIE.
De Conftantinople, le 10 Janvier 1788 .
LA totalité des troupes Ottomanes
doivent être réunies & prêtes à agir vers
le mois de mars, prochain. Tout eft en
mouvement
, tant dans les Provinces d'Afie,
que dans celles d'Europe . Plufieurs Pachas,
entre-autresle fameux Tfchefa- Pacha,
ont eu ordre de fe rendre à leurs Corps
refpe&tifs. Le Grand Seigneur a fait une
perte par la mort d'Yeyen- Mahamud-
Pacha , qui s'étoit fait connoître
avantageufement
dans la dernière guerre.
Les Lettres de l'Albanie ont confirmé
que le Pacha de Scutari a complettement
défait les troupes des Pachas de
Bofnie & de Romélie , & qu'il eft resté
maître de toute la Province . On ajoute
que Tchaufch- Oghlu , nommé fucceffeur
No. 9. 1. Mars 1788 .
a
( 2 )
du Pacha rebelle , eft au nombre des morts .
Ce revers a déterminé le Grand Seigneur
à pardonner à Mahmoud- Pacha , & à lui
donner le commandement d'un Corps
d'armée .
Jouffouf-Haftan- Effendi , deftitué dernièrement
de la dignité de Kiaya-Bey , a
été chargé de l'Intendance des vivres de
l'armée , & il a pris en conféquence les
mefures néceffaires pour former les magafins
, tant dans les Provinces , que fur les
frontières de l'Empire .
La flotte Ottomane , qui étoit ftationnée
fur les côtes de l'Albanie , a été rappelée
pour renforcer l'efcadre avec laquelle
le Capitan-Pacha ſe propoſe de paffer dans
la mer Noire .
L'Aga des Janiffaires vient d'être nommé
Pacha à 3 Queues. Shahin Ali a été rappelé
pour ſe rendre à l'armée d'Ifmaïl ;
Haggi Ifmail eft confirmé dans le Gouvernement
d'Oczakof , & Muhafil Pacha
nommé Gouverneur de la Morée.
POLOG N E.
De Varfovie , le 3 Février 1788.
Il règne toujours beaucoup de défunion
parmi les Magnats de la République.
Le plus grand nombre demande que l'on
obferve la plus ftricte neutralité dans la
( 3 )
conjon&ure actuelle , en refufant aux
Ruffes & aux Autrichiens un plus long
féjour fur le territoire de la République .
-
Nos troupes occupent le terrain qui
s'étend deJanropol jufqu'à Jaizow. -L'armée
Ruffe a un grand nombre de malades
.
Le Lieutenant- général & Commiffairegénéral
des guerres Michel Potemkin eſt
arrivé d'Elifabethgrod à Pétersbourg , où
s'eft auffi rendu le Lieutenant-général &
Chef du Gouvernement du Caucaſe , Paul
Potemkin . Le Prince de ce nom est toujours
à Elifabethgrod ; il a fait récemment
un voyage à Cherfon avec le Prince
Repnin.
La garnifon de Kinburn a été augmentée
de 4 régimens d'infanterie .
L'armée du Maréchal de Romanzof eft
composée de 65,000 hommes ; elle s'étend
depuis Bracklau jufqu'à 6 milles de
Choczim .
Les regiſtres des Paroiffes Catholiques dans cette
Capitale ont offert pendant l'année dernière , 3,256
maiffances , dont 1,670 garçons & 1,586 filles ;
1,968 morts , dont 459 hommes , 397 femmes &
1,076 enfans ; & 747 mariages.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 9 Février.
Le Gouvernement Danois ayant rapa
ij
( 4 )
pelé les Lieutenans de Marine Egède &
Rothe , reftés en Iflande pour fuivre la
recherche de l'ancien Groenland , ces
deux Officiers , fur le compte deſquels
on avoit des inquiétudes , font arrivés en
Norwège depuis un mois , & devoient inceffamment
faire voile pour Copenhague.
L'opinion générale eft que l'augmentation
du froid vers les pôles , prouvée par
celle des glaces , depuis un fiècle , dans
les mers Boréales , a obftrué le paffage
qui , felon les Chroniques Iflandoifes , ouvroit
la communication de l'ancien Groenland
. Auffi le Gouvernement a- t-il renoncé
à de nouvelles tentatives .
Les toiles qui viennent ici de Saxe &
de Bohème , payoient dans les Etats Pruffiens
un droit de tranfit de huit pour
cent ; le Roi vient de modérer cette
taxe , en la réduifant à 12 grofchens par
quintal.
De Berlin, le 10 Février.
Un ordre du Cabinet , en date du 24
décembre , fupprime dans les Etats du
Roi , en- deçà du Wefer , les mefures , telles
que minot , boiffeau , & c. , pour la vente
du fel , comme étant inexactes & préjudiciables
aux acheteurs ; on y fubftitue
l'ufage des poids , infiniment moins.
abufif.
( 5 )
S. M. a approuvé le plan d'un nou
veau canal qui doit joindre la Havel & la
Sprée au lac de Rupin , & a affigné pour
cet objet une fomme de 130,000 rixdalers.
Par un dénombrement récent , on a
trouvé 35 colonies Françoifes dans les
Etats du Roi.
De Vienne , le 10 Février.
La feconde divifion des équipages de
l'Empereur eft en route , depuis le 2 ,
pour l'armée de Hongrie on y compte
300 chevaux , dont la moitié font des
chevaux de main. La nomination des cinq
Aides - de-camp particuliers de S. M. I.
eft déclarée ; ce font , le Colonel Comte
Guillaume d'Averfperg , les Princes Poniatowski,
de Reuff, Philippe de Lichtenftein
, & le Baron de Laudohn.
Le 7, l'Empereur , affis fur fon trône
a donné au Roi de Danemarck , comme
Duc de Holftein , l'inveftitare folemnelle
de ce Duché ; S. M. Danoife a été repréfentée
par le Baron de Guldencrone
fon Envoyé extraordinaire à la Cour Impériale.
Il s'eft tenu , il y a quelques jours , un
Confeil extraordinaire , auquel l'Empereur
a fait appeler tous les Officiers-généraux
qui font reftés dans cette Capitale.-
a iij.
( 6 )
On ne fait pas encore où fera établi le
quartier général de l'Empereur ; les uns
difent à Péterwaradin , d'autres à Funfkirchen.
Les 14 , 15 & 16 janvier , il y eut beaucoup
de mouvement parmi les troupes du
côté de Péterwaradin . On affure qu'on a
voulu leur faire changer de pofition , mais
que le mauvais temps s'y eft oppoſé.
Selon d'autres avis , le but de cette
marche a été de rapprocher l'armée des
frontières Ottomanes . Une lettre particulière
du Bannat , en date du 19 janvier
, parle en ces termes de ce mouvement.
» Le 16 de ce mois, les troupes cantonnées dans
le Bannat & dans la Sirmie firent un grand
mouvement. On les pofta le long du Danube &
de la Save , & l'on retira vers le foir la garde
établie dans l'ifle , entre Semlin & Belgrade. Les
garnifons de Panfora & de Semlin fortirent à la
brune , & on apperçut beaucoup de mouvement
du côté de cette dernière ville . Les troupes , an
nombre d'environ 14,000 hommes, paffèrent toute
la nuit à la campagne & fous les armes . Sur les
5 heures du matin on entendit du bruit dans
Belgrade ; on crut que les Ottomans feroient une
fortie pour paffer le Danube. En conféquence ,
il fut décidé de laiffer les troupes le jour & la nuit
fuivans dans la pofition qu'elles avoient prife ;
mais comme les Turcs ne parurent point , que
d'ailleurs le vent foufloit avec violence , & qu'il
faifoit très-froid , on fit rentrer les troupes dans
leurs quartiers. La garde de l'iſle a repris aujour(
7 )
d'hui fon pofte. Un bataillon de Samuel Guilay ,
qui étoit en garniſon à Semlin , a été mis dans
les villages entre Mitrowitz & Ratſcha , & il a été
remplacé à Semlin par un bataillon de Nicolas
Efterhazy.
Il n'y a plus de doutes fur la déclaration
de guerre contre la Porte. Aujourd'hui ,
10 , le Prince de Kaunitz a communiqué
le Manifeſte de S. M. I. aux divers départemens
, & a adreffé une note circulaire
aux Membres du Corps diplomatique , où
ce Miniftre annonce qu'en vertu du Traité
d'alliance entre les deux Cours Impériales ,
l'Empereur fe trouve dans la néceffité de
déclarer la guerre à la Porte .
ESPAGNE.
De Madrid , le 4 Février.
L'Infant Don Ferdinand , fils aîné du
Prince des Afturies , eft toujours vivement
indifpofé , & fa fanté donne de
grandes inquiétudes.
Le Roi a ordonné dans les Indes occidentales
la fuppreffion des Gardescôtes
, dont la folde coûtoit à l'Etat neuf
cent mille piaftres , fans qu'on s'apperçût
que cette troupe remédiât à la contrebande
, fuivant le but de fon établiffement.
S. M. a auffi ordonné qu'à l'avenir la
vente du Cacao , qui étoit en régie pour
a iv
( 8 )
fon
compte , fût librement permiſe , comme
celle des autres denrées .
Les Curés des principales Paroiffes de
cette Capitale paroiffent décidés à fe refufer
à l'obfervation du Réglement , par
lequel S. M. entend qu'à l'avenir le délit
de la contrebande foit regardé comme un
cas de confcience & comme un cas réfervé.
Ils ont fait de fortes repréfentations
à ce fujet , & fe propoſent d'abandonner
leur place , fi leur requête n'eft pas accueillie
.
Un détachement de Suiffes ayant traverfé
,mardi dernier , la proceffion de Saint-
Sébastien , dans la rue d'Atocha , il a été
ordonné , pour éviter de pareils évènemens
à l'avenir ) à toutes les troupes nationales
, étrangères & de la Maiſon du
Roi , de s'arrêter , fans avancer ni reculer,
jufqu'à ce que les proceffions , enterremens
& tout convoi d'Eglife qu'elles trouveront
fur leur marche, foient entièrement
défilés.
ITALIE.
De Naples , le 2 Février.
Le nouveau plan de formation pour la
Cavalerie a été publié le mois dernier.
Il y aura pour le moment huit régimens
divifés en quatre brigades , qui feront
( و )
conftamment compofées du même nombre
d'hommes , foit en temps de paix
foit en temps de guerre. Chaque régiment
fera formé de 4 eſcadrons de campagne
, & d'un demi- eſcadron de réſerve,
chaque efcadron de 145 hommes : d'où
il réfulte que chaque régiment en aura
674. La folde des Officiers a été augmentée
, ainfi que celle du Soldat . Chaque
brigade fera commandée par un Brigadier
qui fera comptable de fa conduite aux
Infpe&eurs.
Le Docteur Bellardi , favant Botaniſte & Agriculteur
de Turin , a trouvé une nouvelle manière
de nourrir les vers à foie , dans les cas où ils viennent
à éclorre avant que les mûriers foient en etat
de produire des feuilles , ou lorfque les gelées les
font périr , comme l'année dernière. Cette méthode
confifte à donner aux vers des feuilles de mûrier
sèches , recueillies en automne avant les gelées , par
un temps ferein & chaud. On les sèche au foleil
fur du linge , & on les conferve dans des facs de
toile , à l'abri de l'humidité. On peut auffi les
réduire en une poudre que l'on conferve dans des
vafes de verre ou dans du papier. Lorsqu'on veut
employer cet aliment , on lui donne un léger dé
gré d'humidité , après quoi on l'étend légèrement .
autour des petits vers , qui ne tardent pas à s'en
nourrir.
De Venife , le 28 Janvier.
L'établiffement actuel des forces maritimes
de la République , confifte dans les
vaiffeaux fuivans :
Efcadre du Chevalier Emo, deſtinée contre les
a v
( 10 )
: Tunifiens la Fama , la Diligenza , la Galatea , la
Vittoria , l'Eole & le Saint- Georges , de 88 canons ;
la Concorde & la Minerve , de 80 ; la Palma , de
54 ; la Brillante , de 42 ; le Chevalier Angelo , de
40 ; le Mercure chebec , de 30; l'Explorateur, de 16.
Efcadre du Chevalier Condulmer , auffi fous les
ordres du Chevalier Emo , & deſtinée également
contre les Tunifiens.
La Sirène , de 80 ; la Pallas , la Vénus (1 ) & le
Cupidon chebec , de 42 ; la Deſtruction & la Polbonia
, galiote à bombe. Dans les eaux de Corfou ,
le Neptune & le Triton , de 30 , & un vaiſſeau de
16 pris aux Tunifiens.
& Total , fix vaiffeaux de 88 , trois de Ɛo , un
de 54 , quatre de 42 , un de 40 , trois de 30 ,
deux de 16.
La République a en butre 12 galères qui forment
une eſcadre légère , dont font toujours
dans les ports de Corfou , de Zante & de Céphalonie
, 4 dans le golphe , & 2 en Dalmatie.
Elle a en croifière , dans le Levant , 3 galiotes ,
12 brigantins , & 10 autres bâtimens de moindre
force ; enfin , 13 galiotes , 4 chebecs & 4 autres
bâtimens croifent fur les côtes de la Dalmatie.
Ces vaiffeaux , au nombre de 58 , joints aux deux
efcadres ci- deffùs , forment un total de 80 vaiffeaux .
En temps de guerre , la République peut mettre
en mer une flotte de 25 à 26 vaiffeaux de ligne ,
ayant toujours dans fon arfenal 14 à 15 vaiffeaux
de ligne qu'elle peut armer d'un moment à l'autre ,
avec un nombre proportionné de frégates , de galères
, de chebecs & autres bâtimens néceffaires
pour former une flotte reſpectable. En temps de
paix , elle emploie en mer de 12 à 14 mille
hommes , qu'elle peut porter en temps de guerre
(1 ) Cette frégate vient de faire maufrage à Zante.
( 11 )
à 30 mille , fans avoir recours à d'autres Provinces
qu'à celles du Dogado & de l'Iftrie.
"
Le célèbre Maître de Chapelle Prati
eft mort dernièrement à Ferrare , à l'âge
de 37 ans , d'une maladie de confomption .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 19 Février.
La cérémonie de l'ouverture du procès
de M. Haftings a eu lieu le 13 , dans
l'ordre & avec les formalités que nous
avions annoncées . Vers les 11 heures , les
Communes fe rendirent à la grande Salle
de Weſtminſter , précédées des Conduc
teurs ( Managers ) de l'Accufation , ayant
à leur tête M. Burke ; ces derniers feuls
étoient en habit de cérémonie ( quelquesuns
des Membres des Communes avoient
même gardé leurs bottes ) . Une demiheure
après les Pairs arrivèrent proceffionnellement
; les Secrétaires de la Chambre
Haute d'abord , les Maitres de la
Chancellerie , fuivis des Sergens de
Juftice & des Grands Juges : après eux ,
un Héraut qui précédoit les fils aînés des
Pairs & les Pairs mineurs , enfuite les
Huiffiers ; enfin , les Barons , les Evêques,
Vicomtes , Comtes , Marquis , Ducs , le
Lord Chancelier & les deux Archevêques,
tous Pairs. La proceffion fut fermée par
les Princes du Sang ; le fils du Duc de
a vj
( 12 )
Gloucefter marchant le premier , & le
Prince de Galles à la queue.
Les Lords ayant pris leurs places , le
Sergent- d'armes fomma l'Accufé de comparoître.
M. Haftings , vêtu de drap bleu
foncé , s'avança , accompagné de MM.
Sullivan & Sumner, fes deux cautions ; il
s'agenouilla à la Barre , & fe releva immédiatement
, fur l'ordre du Chancelier.
Le Sergent- d'armes fit une feconde
proclamation , qu'il ouvrit par ces mots
trois fois répétés : Oyez, oyez, oyez. « La
» Chambre des Communes , ajouta- t- il ,
» ayant accufé W. Haftings de malver-
» fations & crimes de haute inconduite ,
» quetoutes perfonnes inftruites de fes dé-
» lits en prennent connoiffance ; elles
» peuvent le préfenter avec leurs preuves,
» l'Accufé eft ici pour répondre aux Ac-
» cufations. *
Après ce monitoire , le Lord Chancelier
fe leva , & s'adreffa en ces termes à
M. Haftings :
Warren Haftings ,
" Vous êtes appelé à la Barre de cette
» Cour pour répondre à des charges de
» la première gravité , & dont on vous
» a délivré copie ; on vous a alloué un
» Confeil , & le temps néceffaire pour
» préparer votre défenfe . Ce n'est point
» par un motif d'indulgence perfonnelle
» en votre faveur ; la nature , l'époque
( 13 )
» des délits dont vous êtes accufé , en
» faifoient une néceffité. Ces charges
» font de la plus grave importance ; elles
» émanent de la plus haute autorité .
» Cette circonftance néanmoins , quel-
» que férieufe qu'elle foit , ne doit point
» nuire à la fermeté ni au fang froid de
» votre défenſe , dans la perfuafion qu'en
» votre qualité de Sujet Anglois , vous
» avez droit de vous en remettre à la
» juftice de cette Cour . »>
M. Haftings répondit en peu de mots ;
« Milords , j'arrive devant ce Tribunal,
» plein de confiance dans mon intégrité
» & dans l'impartiale juftice de vos Sei-
>> gneuries. >>
( Les Papiers Anglois ont varié en rapportant
ces deux Difcours ; nous les donnons
ici tels qu'ils nous ont été envoyés
de Londres ).
Les Clercs de la Chancellerie lurent
enſuite à haute voix , article par article ,
les chefs d'Accufation , tels qu'ils ont été
ténorisés par le Comité des Communes ,
& les réponfes de M. Haflings , telles
qu'elles ont été remifes à la Chambre
Haute , il y a deux mois ; réponſes dont
nous avons préfenté la péroraifon à nos
Lecteurs. A nuit clofe , les Pairs s'ajournèrent
au lendemain , & la lecture refta
au feptième chef.
La Reine a affifté incognito à cette pre(
14 )
mière Séance , avec quatre des Princeffesfes
filles , dans la loge du Duc de Newca
ftle : l'Affemblée étoit auffi brillante que
nombreuſe , & l'on affure qu'il s'y trouvoit
douze femmes pour un homme.
Etrange empreffement ! La Salle peut
contenir 3000 à 3500 perfonnes ; tous les
fiéges n'étoient pas remplis , & malgré
l'infiniment plus grande importance de la
cauſe , celle- ci ne paroît pas avoir attiré la
même affluence que le procès de la Ducheffe
de Kingston , en 1776. MM. Law,
Plomer & Dallas font les Confeils de
M. Haftings ; ceux des Communes , les
Do&teurs Scott , Lawrence , & MM. Mansfield
, Pigott , Burke ( neveu de l'Accufateur
en chef ) & Douglas.
1
Le 14 , les Clercs de la Chancellerie
ont achevé la lecture des Charges & Réponfes
. Cette Audience de 4 heures
néceffairement très-fèche , fut terminée
par cette même péroraiſon de la Réponſe
de M. Haftings , dont nous venons de
parler , & qui parut faire une grande.
impreffion fur l'Affemblée . - Le troisième
jour ( 15 ) on procéda à la Réplique du
Comité à cette ancienne Réponſe de
l'Accufé. M. Burke l'ouvrit par un difcours
qu'il a continué le lendemain &
hier 17. On s'étonnera peu du volume.
de cette harangue , en apprenant que par
forme d'exorde , l'Orateur y a développé
( 15 )
l'Hiftoire ancienne & moderne , les Coutumes
, les Loix , les Religions , les révo
lutions de l'Indoftan . S'il faut ajouter foi
à ce qu'en rapportent les Papiers publics ,
M. Burke entreprit d'établir une différence
effentielle entre les procédures criminelles
qu'on exige devant les Tribunaux
ordinaires , & celles qui doivent déterminer
une Cour Suprême de juftice ,
dans les cas de délits pareils. La rigueur
des preuves & des témoignages étoit peu
néceffaire , lorſqu'il s'agiffoit d'auffi grands
intérêts. Probablement , les Gazettes prêtent
à M. Burke cette logique commode
qui mettroit les Accufateurs à leur aiſe
& nous ne croyons point fur leur parole
qu'il ait avancé un pareil paradoxe. - II
faudroit être peu inftruit de l'habileté de
M. Burke , & de celle des grands talens
qui le fecondent dans cette affaire , pour
douter des beautés de tout genre qui ont
dû réfulter d'une pareille réunion de forces.
Ce difcours a été généralement admiré
comme un tableau de main de
maître , comme réuniffant l'éloquence à
l'érudition , & l'énergie à la fenfibilité .
Ceux mêmes qui en regardent les trois
quarts comme un hors-d'oeuvre , & qui
re trouvent dans ces trois quarts pas une
ligne qui puiffe inculper légitimement &
perfonnellement M. Haftings , conviennent
que peu de Traités de morale po(
16 )
litique peuvent lui être comparé . M Burke
fit pleurer de peur & de pitié quelques
Dames de l'Affemblée , en peignant les
tourmens affreux qu'on avoit fait fubir aux
Indiens . Ce qui ne caufa pas peu de furpriſe
aux Auditeurs impartiaux , ce fut d'entendre
fortir de la bouche du philanthrope Orateur,
un magnifique panégyrique du doux
Lord Clive , par oppofition aux barbaries
du féroce Haftings . M. Burke regretta la
perte de ce héros qui prenoit les millions à
la pointe de l'épée. Au refte , nous ne rapportons
cet inconcevable éloge , que fur la
foi des papiers publics , & nous eſpérons
même que le zèle de M. Burke
ne l'a pas emporté à une pareille inconféquence.
On ne pourra juger de
ce difcours qu'après l'avoir lu en entier
; il fera imprimé féparément des pièces
du procès , & alors nous en donnerons
une connoiffance plus exacte . L'Orateur
fit hier une defcription fi pathétique & fi
épouvantable des misères auxquelles on
avoit réduit les Tributaires de la Compagnie
, qu'il tomba en foibleffe , but un
verre d'eau qui lui occafionna une crampe
d'eftomac , & fut obligé de remettre à une
quatrième Séance la conclufion de ce grand
morceau de rhétorique préparatoire.
Nous obferverons ici , qu'à moins de
correfpondances particulières dignes de
confiance , on ne peut qu'être mal-inf
( 17 )
truit de ce qui fe paffera dans ces Séances
juridiques. Outre que la loi & la pourfuite
aduelle contre deux Gazetiers , rendront
les Papiers publics circonfpe&ts , on
fent combien il eft difficile de rendre , à
l'aide de quelques notes prifes à la volée ,
des difcuffions où une erreur , une inexactitude
, un mot infidèle , ont une fi grande
conféquence. On a compté 174 Pairs &
neuf grands Juges à l'Audience.
Ceux qui défireroient s'inftruire à fond
des formalités qui règlent ces jugemens
folemnels de la Cour des Pairs , peuvent
recourir au 5. vol . des State- Trials , où
fe trouve le procès du Docteur Sacheverell,
en 1709. Ce Prédicateur fut dénoncé
pour deux Sermons contre la Succeffion
Proteftante , & contre les Principes politiques
qui prévaloient à cette époque . Le
Corps du délit avoit eu mille témoins ,
&
les Sermons dix mille Lecteurs . Ce procès
, que les circonftances rendoient important
, dura onze jours . 69 Pairs contre
52 déclarèrent l'Accufé coupable . Les
Sermons furent brûlés par l'Exécuteur de
la Haute-Juftice , & le Prédicateur interdit
pendant 3 ans. Le Chancelier Cowper
prononça le jugement.
Chaque Pair reçoit fept billets d'admiffion
fignés & fcellés du Grand Chambellan
d'Angleterre. La devife en eft fublime ;
Sub libertate quietem . C'est l'idée des deux
( 18 )
fameux vers d'Algernon Sidney.
» Manus hæc inimica tyrannis
» Ense petit placitumfub libertate quietem.
L'Ardent de 64 can . a été retiré , le 11 ,
de commiffion à Portſmouth ; le Pégafe &
l'Alcide de 74 , l'ont été le lendemain. Les
feuls vaiffeaux de garde , a&tuellement
dans ce port , font le Barfleur de 98 can. ,
le Magnificent , le Bedfort , l'Elifabeth , le
Goliath , le Coloffus & l'Edgard , de 74 .
Le Gouvernement , dit - on , a pris la
réſolution de donner les plus grands encouragemens
aux nouveaux établiffemens
de l'Amérique feptentrionale , en en important
tous les matériaux néceffaires à la
mâture & à la conftruction des vaiffeaux .
Le 8 de ce mois , M. Montagu a préſenté aux
Communes une requête de la famille Penn , qui
expoſe les prérogatives dont elle jouiffoit en Penfylvanie
, & les pertes qu'elle a effuyées par la révolution.
Elle réclame des droits à la reconnoiffance
de la Nation Britannique , & demande que , pour
la dédommager de fes pertes , on lui accorde des
terres à la Jamaïque , ifle qui fut acquife à la Couronne
d'Angleterre par un de fes ancêtres , le Chevalier
Guillaume Penn.
Le Chancelier de l'Echiquier confentit au nom
du Roi , à ce que la requête fût reçue . En conféquence
, on en fit lecture , & la Chambre donna
ordre de la laiffer fur le Bureau.
Le même jour , les Communes prirent
en confidération la plainte du Chevalier
Elijah-Impey , contre les deux Gazettes
dont nous avons parlé. Ces Papiers ayant
( 19 )
9
été mis fur le Bureau , il s'éleva un débat
curieux dont nous allons rendre
Compte , comme tendant à caractériſer les
limites de la liberté de la preffe.
« M. Grenville , après avoir témoigné combien
il trouvoit répréhenfible que des Membres de cette
Chambre inféraffent des libelles dans les papiers
pnblics , fit fentir à quel point ſes objections étoient
fondées , dans le cas préfent , où ils étoient appelés
à protéger , de leur autorité , une perſonne
répondant à la barre aux charges portées contre
elle ».« La Chambre , dit- il , pouvoit en d'autres
circonftances faire attention ou non aux plaintes
contre les libelles ; ici , elle étoit obligée de les
prendre en confidération . On voit paroître tous
les jours une foule d'écrits , qui , non contens
de dénaturer l'expofé des procédures de la Chambre,
attaquent même l'honneur de fes Membres , en
les accufant de n'avoir pas rempli leur devoir.
Quant à moi , je ne fais aucun cas des outrages
de ce genre , & je fuis perfuadé que tout Membre
du Parlement , fatisfait du témoignage de fa confcience
, n'a rien à redouter de ces hoftilités . La
province n'eft pas difpofée à croire une calomnie
anonyme. -Les deux partis font d'ailleurs expofés
tour-à-tour aux mêmes infultes ; au refte , fuivant
moi , la meilleure réponſe à un libelle , c'eſt le
mépris ; mais tout en confeillant de paſſer légèrement
fur ce qui n'attaque que quelques individus
de cette affemblée , je fens qu'il feroit imprudent
de fermer l'oreille aux plaintes , rendues contre des
imputations qui inculpent toute la Chambre. Les.
libelles de cette nature tendent à diminuer dans
le peuple fon refpect pour les Communes , refpect
qu'il eft effentiel de maintenir. Ils tendent
rabaiffer la dignité de cette Chambre , dont il
faut conferver l'honneur. - Ils tendent à détruire
cette confiance du peuple pour ſes repréſentans ,
-
( 20 )
—
qui eft la fauvegarde la plus fure de fa liberté.
Il faut donc réprimer le mal à temps ,
& profiter de l'occafion que nous en offre la
dénonciation faite aujourd'hui à la Chambre. -
Je vous prie de remarquer , Meffieurs , que la
pofition du plaignant eft tout -à- fait différente de
celle d'aucun des Membres . On ne peut nier
qu'il ne foit le meilleur juge en ce qui regarde
fon propre honneur : quelque atteinte qu'on puiffe
lui porter , quelque foibles qu'en foient les effets ,
elle pourroit avoir les fuites les plus férieufes. Ik
a été envoyé dans l'Inde , il y a treize ans , pour
remplir une place de confiance ; il en eft rappelé
pour fe juftifier de crimes commis depuis fi longtemps
, de crimes qui , s'il en eft coupable , en
font l'homme le plus odieux qui puiffe exifter ,
de crimes qu'il eft impoffible aux provinces de
vérifier. Il faut des recherches locales & d'autres
circonſtances , en un mot , une foule de documens
difficiles à fe procurer , avant que la Chambre
puiffe affeoir fon jugement. Quels peuvent donc
être les effets d'un libelle qui le prévient ? Sous
peu de jours , l'accufé fera déclaré innocent ou
dénoncé ; en conféquence , il faut que rien n'influe
fur les efprits de ceux qui prononceront ; & quoique
je réponde à cet égard de mes confrères , il n'en
eft pas moins vrai que Sir Elijah Impey a droit
de craindre toute préoccupation ; il n'en eſt pas
moins vrai qu'il a le droit de réclamer la protection
de cette Chambre , & que cette protection
doit lui être accordée. »
« M. Grenville s'appuya de l'autorité des Tribunaux
, où il eft de règle que l'on ne doit rien
publier d'attentatoire à un accufé , pendant la
durée de fon procès. Paffant fous filence une foule
de citations & d'exemples , il fe contenta de celui
de M. Wallace , qui avoit follicité au Banc du
( 21 )
Roi une défenſe aux juges de Bow -ftreet , de publier
les interrogatoires des perfonnes citées devant
eux , comme pouvant leur porter préjudice.
« La Chambre , obferva- t-il , s'étoit fait juftice
quelquefois par elle-même , & avoit maintenu fes
privileges d'autorité ; il les regardoit comme
tellement inhérens à fa conftitution , que fon indépendance
fe perdroit avec eux. On ne les conteftoit
pas plus qu'on ne foupçonnoit l'intégrité
des Juges. ››
« Les papiers actuellement fur le Bureau contenoient
un délit attaquable au Tribunal de la
Loi commune , ( Common Law ) qui avoit prévu
le cas des libelles , & prononcé les peines de droit.
Puifqu'on pouvoit obtenir juftice par cette voie ,
il la regardoit comme la meilleure . En conféquence
il faifoit la motion , « que lesdits papiers
» contiennent des libelles fcandaleux , qui déna-
» turent l'expofé des procédures de cette Chambre,
» en infultent les Membres , & tendent à porter
préjudice à la défenfe d'une perfonne foumise à
fa jurisdiction , & accufée de crimes de Haute In-
» conduite. »
« M, Grenville fit fuivre cette motion d'une
feconde , à l'effet de préfenter une adreffe à S. M.
pour la prier d'ordonner au Procureur -général
& au Solliciteur-général , de pourſuivre les Editeurs
& les Imprimeurs defdits libelles. »
« M. Fox déclara qu'il étoit charmé de voir
un pareil défenfeur de l'autorité & des priviléges
de la Chambre. Il ne fe feroit pas attendu
à le trouver parmi les créatures du Gouvernement.
Il étoit heureux que ces Meffieurs , autrefois les an
tagonistes de cette autorité , après s'être élevés aux
poftes qu'ils occupoient & où il étoit probable
qu'ils le maintiendroient , euffent le courage de
donner un coup de pied à l'échelle , & de repa(
22 )
roître fur la scène en qualité de champions des
priviléges de la Chambre. Il craignoit pourtant
que l'H. M. n'eût montré plus de zèle en difcours
qu'en actions. Il condamnoit , comme lui ,
les libelles qui attaquent toute la Chambre ;
mais ce monde fi méchant , fi foupçonneux ,
fi difpofé à croire le mal , ne trouveroit-il pas
un peu de partialité dans l'indulgence qui fermeroit
les yeux fur les libelles dirigés feulement
contre quelques individus ? Un membre ( le Major
Scott ) ne s'étoit- il pas montré le champion
de M. Haftings ,jufqu'à payer argent comptant
des attaques contre la Chambre & fon Comité ?
Falloit - il gliffer fur ceux là , & févir contre
d'autres de bien moindre conféquence ? Qu'en
penferoit le public ? Charmé d'avoir à foufcrire
aux vues fages de l'H . M. , il croyoit encore
avec lui que les libelles dirigés contre les particuliers
ne valoient pas la peine qu'on s'en occupât.
Pour fa part , il pouvoit fe vanter d'être
auffi endurci contre ces attaques qu'aucun autre
membre ; peut-être étoit- ce l'effet de l'habitude :
il n'étoit pourtant pas infenfible aux infultes faites
à la Chambre en Corps ; il vouloit qu'on les
punît , mais qu'on punît tout ce qui étoit puniffable
, fur-tout qu'on ne montrât aucune partialité.
Il reconnoiffoit auffi bien que l'H . M. l'adhérence
des priviléges de la Chambre à la conftitution ,
& qu'elle cefferoit d'être indépendante dès qu'elle
cefferoit d'avoir de l'autorité ; il ne vouloit pas
que cette autorité lui échappât. Quelque purs ,
quelqu'à l'abri du foupçon que fuffent les Juges ,
il s'oppoferoit toujours à ce que la Chambre laiffât
à des Juges , ou à toute autre perfonne , le droit
de prononcer fur fes prérogatives , & qu'elle s'en
défaisît pour les leur tranfmettre. Les avis des
Juges pourroient être partagés , & il feroit de la
( 23 )
plus grande conféquence de confier les droits de
la Chambre au hafard des opinions. La
Chambre feule devoit en connoître. M. Fox fit
plufieurs autres objections contre l'abus de pourfuivre
les libelles par la Loi commune ( Common-
Law ) ; ce qui pourroit ouvrir mal- à-propos le
chemin à des perfécutions ultérieures , & à enfreindre
les immunités de la Chambre. »
-
-
-
――
« M. Burke pria la Chambre de prendre garde
à ne pas fe compromettre , en voulant peut-être
trop étendre fa protection fur les parties accuſées.
- « Craignez , dit-il , Meffieurs , en croyant
» punir un libelle , de punir la vérité. . On a
vu jufqu'ici des libelles , & jufqu'ici on n'a point
févi contre les libelles. La reftriction doit être
égale ; la liberté doit l'être ; une liberté
partiale eft une tyrannie ; - chaque matin ,
à déjeûner , les Membres de cette Chambre peuvent
voir avec quel mépris elle eſt traitée par
les papiers publics.Le libelle qu'il eft queſtion de
faire punir , n'eft pas le feul ni le premier contre
cette Chambre . Au refte , accorder fa protection
à Sir Elyjah Impey , c'eſt la donner à une
perfonne qui n'en a pas befoin. Je m'oppoſe à
une infraction auffi formelle de nos priviléges
que de fouffrir qu'ils foient jugés par le tribunal
de la Loi commune ( Common Law ). Les argumens
de mes antagoniſtes pour faire juger par cette
Cour , au lieu de prononcer nous - mêmes , &
cela parce que notre autorité n'eſt pas conteſtée ,
reffemblent à la conduite d'un conquérant généreux
, qui met bas les armes après avoir battu
fon ennemi. Il me femble auffi qu'en cas qu'on
veuille fouffrir les papiers , c'eft s'y prendre bien
gauchement que de les faire pourſuivre par la
Loi commune. D'ailleurs , en attaquer deux & laiffer
échapper le troifième , n'eft pas un bon moyen
( 24 )
d'établir notre impartialité. Et puis , eft-il convenable
que Sir Elijah Impey foit le maître de
fouftraire à l'animadverfion de la Chambre
l'Imprimeur dont il fe plaignoit , parce qu'il en
a reçu une fatisfaction ? En vérité , le deftin du
Morning-Herald me paroît avoir une reffemblance
frappante avec celui du pauvre Nunducomar. L'un
fut pendu parce qu'il avoit de vilaines chofes
à révéler fur le compte de certaines perfonnes ;
& le Morning-Herald encourra la vengeance , &
fervira d'exemple , parce qu'il a découvert le livre
de comptes , attaqué les Comités de cette Chambre,
& la Chambre elle-même , en montrant qu'il s'y
eft paffé des chofes dont on ne veut pas que le
public foit inftruit , & dont la notoriété nuiroit
aux Communes . M. Burke montra enfuite combien
il feroit impolitique de fouffrir que le jugement
de cette affaire fût renvoyé aux cours de judicature ,
dont l'une venoit dernièrement de fe montrer trèsfévère.
»
Si les Imprimeurs des papiers publics étoient
jugés fi rigoureufement , la Chambre ne pourroit
plus adoucir leur châtiment ; & en renonçant à ſon
droit de punir , elle renonceroit en même temps à
la justice & à la clémence. Il finit en s'oppofant à
la motion . >> 1
`« Le Chancelier de l'Echiquier dit qu'en général, -
ces Meffieurs paroiffoient s'accorder fur la punition
des faifeurs de libelles , & qu'ils n'étoient partagés
que fur la manière . Le très-honorable Membre
vis-à-vis lui ( M. Fox ) avoit dịt que fon honorable
ami ( M. Grenville ) dépouilloit la Chambre
de fes priviléges & de fon autorité , tout en prétendant
l'y maintenir. Affurément , la chofe n'étoit
pas ainfi . Son honorable ami avoit propofé de
prendre des mesures déjà adoptées précédemment ,
comme il étoit évident par les journaux de la
Chambre,
( 25 )
2
Chambre , meſures très -appliquables à la plainte
actuellement portée devant elle . Plufieurs Membres
prétendoient que ce moyen étoit inufité ; il lui
feroit facile de les réfuter en prouvant que différentes
perfonnes avoient reçu des Tribunaux
ordinaires,le jufte châtiment de leur mépris pour les
Communes. Cela prouvé , quel inconvénient pour
fes priviléges d'adopter cette manière dans le cas préfent?-
Quoi ! renvoyer ce cas à la Loi commune des
détails puniffables par la Loicommune , priveroit la
Chambre du droit de punir de fon autorité les attentats
contre fes priviléges , dont la connoiffance ne
feroit pas du reffort de la Loi commune ? En effet , fi
des perfonnes qui auroient offenfé la Chambre ,
étoient citées par elle à comparoître , & s'y refufoient
, où étoit la force coactive de la Chambre
pour les y contraindre ? Il ne lui en connoiffoit
pas. Dans ce cas , il en faudroit encore reven'r
à la Loi commune qui puniroit leur infolence.
Au reſte , on n'étoit plus dans ces temps d'anarchie
qui avoient forcé la Chambre à fe faire juftice
par elle-même , & qui feals pourroient excufer
ce parti violent. Quelque zélé qu'il fût pour
l'honneur de fon Corps , il ne voyoit pas la
néceffité de recourir à des moyens extraordinaires ,
qui ne conviennent que dans des conjonctures
extraordinaires. »
« M. Put pourfuivit fes obfervations fur la
partialité qu'on lui reprocholt relativement aux
papiers-nouvelles , fur deux defquels feulement
il vouloit faire tomber le châtiment. Les
publications dont fe plaignoit Sir Elijah Impey,
étoient un pamphlet qui ne portoit que fur lui ,
& deux papiers qui attaquoient auffi la Chambre ;
il avoit bien voulu faire le facrifice de fon reffentiment
perfonnel pour le premier. Il ne pour
fuivoit les deux autres , que parce que ce n'étoit
N°. 9. 1. Mars 1788.
er
b
26 )
pas fa caufe feule. Où étoit donc la partialité
de Sir Elijah & de la Chambre , en procédant
contre des libelles virulens qui attaquoient un
particulier & un Corps des libelles juridiquement
dénoncés ? Quant à la protection accordée
à Sir Elijah , quelque clameurs qu'elle
parût exciter , il croyoit qu'il la méritoit & qu'il
n'en feroit pas fruftré . Il avoit obfervé que l'honorable
Membre affis en face ( M. Burke ) , s'étoit
fouvent permis de faire entrer des libelles dans
fes difcours ; ce qui lui rappeloit le reproche
également fait à un autre Membre qu'il voyoit
vis-à-vis de lui ( M. Francis ) , qui avoit requis
que le libelle de Nunducomar contre fes Juges , fût
brûlé , & en avoit pourtant fauvé les débris , pour
répandre au dehors des impreffions défavorables
contre certaines perfonnes. L'honorable Membre
( M. Burke ) s'étoit jeté dans des digreffions longues
&pénibles,pour faire entendre que les Jurifconfultes
n'avoient pas fuivi , comme ils l'auroient dû , toute
la procédure des impeachments : heureuſement
on eftimoit ces infinuations ce qu'elles valoient ,
& on les regardoit comme trop mépriſables &
trop fauffes pour fe donner la peine d'y répondre.
Il trouvoit , au refte , beaucoup de groffièreté dans
le procédé de l'honorable Membre , de refpecter
affez peu la Chambre pour coudre des libelles à
fes harangues , & on auroit défiré fouvent que
fes lectures du déjeuner ne fiffent pas aller diner
wrop tard.n
2
« Le Major Scott fe leva pour redreffer un
point du difcours deM. Fox : «Le pamphlet , dit-il
» dont Str Elijah s'étoit plaint , avoit été publié par
» un Libraire connu de tous les auditeurs. Non-
» feulement ce libraire s'étoit juſtifié auprès du
» plaignant , mais même il avoit arrêté la vente
» du livre contre lequel on ſe récrioit. D'après
( 27 )
"}
» cela il n'étoit plus néceffaire de continuer les
» pourfuites. Ce Major témoigna enfuite qu'il
étoit bien aife de fe difculper de ce que deux très-
H. M. ( Mrs. Fox & Burke ) avoient avancé
particulièrement contre lui . a Perfonne d'ici , Meffieurs
, nul Anglois en général , n'a plus de ref-
» pect que moi pour la Chambre des Communes :
mais , j'en appelle au bon fens de fes Membres ,
n'y a-t-il pas une diſtinction effentielle à faire ,
» entre les difcours tenus dans cette falle , & ce
" que je puis me procurer pour trois pences hors
» de fes murs ? -Je fais également profeffion
» de refpect pour les Comités ; mais qu'on me
» permette encore une obfervation indifpenfable.
K
»
«
Suppofons que le Comité d'impeachment , re-
» vêtu par cette affemblée des pouvoirs les plus
>> extraordinaires & les plus étendus , s’abaiſſe
» juſqu'à adreſſer à un Membre , une lettre que
» je trouve dans le Morning- Herald; ai-je commis
» un crime irrémiſſible en faiſant ſur cette lettre
» & fur ceux qui l'ont fignée , les commentaires
"
qu'il me plaît ? Ma juftification eft auffi bonne
» que facile. Je ne plaifante point fur les opé-
» rations du Comité , mais bien fur le contenu
» d'un chiffon de papier de trois fous. On m'a
» accufé , quoique fans me nommer , de m'être
» permis de m'expliquer librement fur les premiers
» Comités : je le nie. Je conviens feulement
» que j'ai acheté chez le Libraire Debrett , des brochures
que l'on m'a vendues comme le rapport
» du Comité choiſi (felected Comitte ) . Je me
» fuis donné carrière fur ces papiers , & j'avois
» le droit de le faire. Si la Chambre en permet
la publication , par cela même elle en permet
» la critique à tout le monde . Le très-H. M. a
» auffi fait des allufions ingénieuſes à un billet
» très-curieux , qu'il dit lui avoir été envoyé à
"
bij
( 28 )
» l'éditeur du Morning Herald. Ces Méffieurs fauront
que jamais pareil billet ne lui a été envoyé.
» Je n'élude point , je ne nie point ce que je puis
» avoir dit réellement. Quant à un très - H. M.
» ( M. Burke ) , je conviens de m'être expliqué
» fur fa conduite de la façon la plus ouverte &
» la moins ménagée , quelquefois fans le nommer ,
» d'autres fois auffi en le nommant. Mais j'ai tou-
» jours été prêt à lui donner telle réponse qu'il
» pourroit défirer. Je n'ai pas violé fes priviléges ,
» en me permettant des réflexions très-libres fur
des difcours qu'il s'eft permis lui-même de faire
» imprimer. Si je fuis allé à la boutique de
» Dodsley , j'ai bien donné mes deux schellings
» ou ma demi - couronne pour une brochure in-
» titulée : Difcours du T. H. Edmund Burke. Jai
» payé ; que me demande- t-on de plus ? »
La Chambre étant allée aux voix , la
première motion de M. Grenville paffa
fans divifion ; la feconde , comme nous
l'avons dit antérieurement , à la pluralité
de 109 voix contre 37.
Le 11 , après quelques débats fur la
forme , M. Farrer fut admis à donner fes
dépofitions fur les faits à fa connoiffance ,
relatifs au jugement de Nanducomar. Ce
recit de M. Farrer , dont les papiers pu
blics n'ont jufqu'ici rapporté que le texte ,
fut terminé deux jours après, & renvoyé
au Comité pour en faire le rapport hier
lundi ; mais fur la repréſentation du Chevalier
Gilbert Elliot , que les Membres
du Comité étoient harraffés des féances
( 29 )
de la falle de Weftminster , ce rapport fut
remis à demain , ( 20).
Dans la même féance , M. Grenville
propofa fon bill pour régler le commerce
de l'Angleterre avec les Etats- Unis ; nous
reviendrons fur cet article important.
La pourfuite des deux Gazetiers de l'oppofition
en a entraîné une troiſième de
même nature . M. Fox a dénoncé à la
Chambre un pamphlet en faveur de M.
Haflings , dans lequel il a prétendu que
la Chambre & la perfonne même du Roi
étoient compromifes . Cette dernière partie
de l'accufation a été rejetée , la première
admife , & le pamphlet fera pourfuivi par
le Procureur général,
Les Miniftres Diffidens ont préfenté une
Pétition contre la Traite des Nègres ; il
feroit plus aifé aujourd'hui de nommer
les Comtés & les Villes qui gardent
le filence fur cet objet , que d'énumérer
les Pétitions qui s'élèvent de toutes parts
en faveur de la motion prochaine . Les
écrits contradictoires fe multiplient ; nous
en rapporterons ici un des plus bizarres ,
à caufe de fa brièveté , & des faits ou
contes dont l'Auteur étaie fes conféquences.
« Un Particulier qui a été employé à la Traite
des Nègres fur les côtes d'Afrique , obferve que
le projet pour l'abolition de ce commerce , qui
b iij
( 30 )
fixe aujourd'hui l'attention générale , eft fans doute
très-humain ; mais que ceux qui l'ont imaginé , feront
peut- être fort étonnés d'apprendre que fi leur
plan eft réalifé , il occafionnera la mort d'une
quantité de ces mêmes êtres qu'ils voudroient
fouftraire à l'esclavage . Pour expliquer cette efpèce
de paradoxe , il rapporte les faits dont il a été
témoin oculaire , il y a quelques années . »
« Me trouvant, dit-il , à Antabar ( 1 ) , fur la côte
du vent de l'Afrique , le Roi qui s'appeloit Aminier
, ayant quelque foupçon que fes Sujets vouloient
l'affaffiner & le détrôner , ordonna à fes
Braves ( 2) , ou Bourreaux , de faifir tous les individus
qu'il nomma au nombre de 270. Ses ordres
furent ponctuellement exécutés , & avant le lendemain
matin ils fe trouvèrent tous renfermés dans
les murs du Palais . Aminier envoya alors au
comptoir Hollandois d'Achim , à environ 30 milles
de là , pour favoir s'il n'y avoit point quelque vaiffeau
de traite pour acheter ces prifonniers . Il envoya
prendre cette information pendant plufieurs
jours . Comme j'étois alors dans fes bonnes graces
, je le priai inftamment de retarder l'exécution
de ces malheureux , & il me le promit. Ayant
pccafion de me tranfporter fur la côte , je m'y
rendois très-exactement , dans l'efpérance qu'il arriveroit
quelque vaiffeau , & je crois que de ma
vie je n'ai rien défiré auffi ardemment . Je n'avois
en ceci d'autre intérêt que celui de l'humanité ,
mais leur fort me touchoir infiniment. J'oubliois
d'ajouter que dans le nombre il y avoit quelquesunes
de ses femmes favorites. >>
« Aucun vaiffeau ne s'étant préfenté , l'arrêt
( 1) A la côte d'Or , près du Cap des 3 pointes.
Terme mis en usage primitivement par les Portugais.
( 31 )
fut prononcé : il ordonna à fes Braves de trancher
la tête à tous les prifonniers ; ce qui fut exécuté
très-ponctuellement dans une feule nuit. Le
lendemain matin je fus très-furpris de voir devant
les
portes du Palais trois piles de têtes humaines
, rangées à la manière des boulets de canons.
>>
« Je vais rapporter un autre fait arrivé à Judah ,
fort loin d'Antabar , chez un Peuple d'une langue
& d'un culte différens. Le Roi du pays fe trouvoit
molefté par un Prince voifin ; on lui refu
foit l'approche des côtes , & fes agens étoient tous
arrêtés & pillés. Irrité de cet affront , il envoya
à ce Prince un Héraut , pour favoir la raifon de
cette conduite , & en demander fatisfaction ; mais
ce Héraut ne revint point , & l'on fut enfuite
qu'il avoit été maffacré par le Prince ennemi. Le
Roi de Judah fit marcher anfitôt trois armées qui
mirent fes Eats à feu & à fang . Les troupes des
deux Princes en étant venues aux mains , fe livrèrent
trois batailles qui donnèrent la victoire au
Roi de Judah. Il y eut dans cette guerre 500
prifonniers , qui auroient été vendus , à l'exception
des principaux Officiers , qui font toujours décapités
, s'il y avoit eu à la côte un vaiffeau pour
les acheter ; mais ils furent tous maffacrés comme
les premiers. J'ajouterai que quand même le vaincu`
auroit offert cent hommes pour en racheter un
qu'il auroit voulu fauver , fon offre n'auroit point
été acceptée. J'ai été témoin de faits de cette efpèce
, qui prouvent que les Princes Noirs ne font
point avides d'efclaves , étant la plupart fort
riches. »
«
Que réfulte-t-il de tout ceci , fi ce n'eft que
ces malheureux n'ont dans leur propre pays que
Palternative d'être maffacrés cruellement , ou de
voir traînés dans les fers par des Européens ?
biv
( 32 )
De deux maux , dit- on , il faut choisir le moindre.
Ainfi donc , quoique l'efclavage doive répugner à
toute ame libre & indépendante , il vaut encore
mieux les vouer à l'efclavage , que de les vouer à
la mort. H eft d'autres moyens de leur faire du
bien dans nos ifles. Traitons- les modérément , dɔnnons
leur la lumière de l'Evangile , & tâchons
d'en faire des hommes induſtrieux , fi ce n'eft des
hommes libres , & c. &c . »
Il y a quelques jours , que le domeſ
tique d'un marchand de cette ville ayant
acheté pour fon maître une quantité de
pains à cacheter , les laiffa par mégarde
dans une chambre où fe trouvoient un
garçon & une petite fille de 4 à 5 ans.
Ces enfans mangèrent une grande quantité
de ces pains , & au bout de quelques
heures , ils expirèrent dans les tourmens,
les plus affreux . Cet accident , dit le Narrateur
, doit réveiller l'attention ; la plupart
des pains de couleur étant colorés avec
des fubftances toutes plus ou moins dangereufes.
Edouard Gowr , de la paroiffe de Bryngwin
, dans le Comté de Radnor , eft mort
à l'âge de 104 ans , & a confervé fes facultés
jufqu'au dernier moment..
FRANCE.
De Verfailles , le 20 Février.
Leurs Majeftés & la Famille Royale
ont figné , le 10 de ce mois , le contrat
( 33 )
de mariage du Vicomte de la Rochelambert
, Capitaine au régiment Dauphin
dragons , avec la Comteffe Charlotte de
Dreux ; & celui du Comte de Poret ,
Capitaine - Commandant au régiment de
Chartres dragons , avec demoiſelle Lancry
de Prouleroy.
Le 12 , le Comte Gafpard d'Hoffelize ,
le Marquis de Voifins , le Chevalier de
Caillebot- la -Salle , & le Vicomte Armand
de Foucauld - Pontbriand , Major des vaiffeaux
du Roi , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au Roi , ont
eu celui de monter dans les voitures de Sa
Majefté , & de la fuivre à la chaffe.
Le fieur Blin a eu l'honneur de préfenter
au Roi la 11 °. Livraifon des Portraits
des grands Hommes , Femmes illuſtres
& Sujets mémorables de France , gravés
& imprimés en couleur , dont Sa
Majefté a bien voulu agréer la dédicace
(1 ).
Le 10 , le Prince de Montmorency , fecond fils
du Duc de Montmorency , a eu l'honneur d'être
préfenté au Roi & à la Famille Royale.
Le Comte de Loz , le Comte de Villeneuve-
Bargemon , le Comte de Luffac & le Vicomte de
Maccarthy , qui avoient eu l'honneur d'être pré-
(1 ) Cettelivraison , contenant les Portraits de Gaston
de Foix , Duc de Nemours , et du Chevalier Bayard ,
se trouve chez l'Auteur , place Maubert , nº . 17. Elle
est exécutée avec le même soin que les précédentes.
b v
( 34 ),
fentés au Roi , ont eu, le 16 , celui de monter dans
les voitures de S. M. , & de la fuivre à la chaſſe.
Le 17 , le fieur de Teyffier & le Comte de
Montagu ont prêté ferment entre les mains du
Roi; le premier , en qualité de Lieutenant de Roi
de la province de Dauphiné ; & le fecond , en
celle de Lieutenant- général de la Baffe - Auvergne.
De Paris le 27 Février.
و
Réglement fait par le Roi , du 2 février
1788 , concernant les fon &ions & la compofition
du Bureau du Commerce .
Le Roi , en fe refervant , par le Réglement du
27 octobre dernier , de faire connoître particuliè
rement fes intentions fur le Bureau du Commerce
, a voulu examiner auparavant les différens
établiffemens de Confeils & de Bureaux du Commerce
qui ont été faits depuis le commencement
du fiècle , la nature des affaires qui y ont été portées
, la manière dont elles y ont été traitées , &
les motifs qui ont toujours rendu inutiles les
moyens fucceffivement employés pour le plus
grand avantage du Commerce : S. M. a reconnu
que leur inefficacité provenoit de ce que la nature
des affaires qui devoient être fuivies dans ces Confeils
& Bureaux , n'avoit pas été affez exactement
déterminée ; de ce que le nombre des Commiffaires
qui y avoient féance , s'étoit toujours accru,même
dans les temps où les affaires étoient le plus négligées
; de ce que les différens Départemens relatifs
au Commerce , étoient mal divifés entre cés
Commiffaires ; de la confufion qui s'étoit introduite
dans ces Départemens ; de la diminution fucceffive
des affemblées du Bureau & du Confeil
royal du Commerce ; enfin , de ce que les affaires
générales , & même les conteftations relaives
à cette partie intéreſſante de l'Adminiſtration
( 35 )
étant aujourd'hui fuivies dans différens Départemens
, elles y font réglées & décidées d'après les
vues particulières à chacun de ces Départemens ,
fans aucun objet général , fans aucun intérêt pour
le bien collectif du Commerce. S. M. confidérant
que ce bien ne peut néanmoins s'effectuer que par
une attention fuivie fur les principes du commerce
, par des foins continuels pour en conferver
l'enſemble , & pour leur donner la plus grande
activité , Elle a pris toutes les meſures néceffaires
pour y parvenir : les plus importantes étoient de
régler les objets qu'Elle réferveroit au Confeil
royal des Finances & du Commerce ; ceux qui
feroient attribués au Bureau du Commerce ; la
compofition des Membres de ce Bureau , leurs
fonctions , & la difpofition confiée à ce Bureau ,
des fonds accordés par le Roi pour l'encouragement
du Commerce.
Voici le Sommaire des principales difpofitions
de ce Réglement.
Le Roi réſerve à fon Confeil royal des Finances
& du Commerce l'examen des Traités de Commerce
avec les Puiffances étrangères :
Les objets relatifs au Commerce maritime &
ceux de l'Inde , des Colonies du Levant , de
l'Afrique & du Nord :
Les objets relatifs aux Pêches & à leur amélioration
:
Les établiſſemens de Canaux de navigation':
Les plans déja formés pour fubftituer aux differens
tarifs des droits qui fe perçoivent dans le
royaume , un Tarif unique:
{ ་
La rédaction des Loix nouvelles , ou la réforme
des anciennes , fur le Commerce , & généralement
toutes les difpofitions de grande adminiftration ,
propres à animer le Commerce , foit dans l'uni
verfalité du royaume , foit dans les provinces auxb
vj
( 36 )
quelles leur pofition , leur fol , l'induftrie de leurs
habitans , peuvent rendre quelques genres de commerce
plus particulièrement intéreffans :
Le Bureau du Commerce ne pourra s'occuper
de ces objets , qu'autant qu'ils lui feront renvoyés
par le Confeil pour avoir fon avis. Il fera dreffé
inceffamment un état divifé par Généralités , de
toutes les manufactures , fabriques & établiffemens
de Commerce formés dans le royaume ; des titres,
des moyens & des reffources propres à chacun ;
de la durée de leurs priviléges ; des moyens d'en
augmenter l'exploitation .
S. M. donnera également fes ordres pour recueillir
le corps le plus complet qu'il fera poffible d'inftructions
fur les rapports de Commerce qu'ont
entre elles , ou avec l'Etranger , les provinces & ,
les villes du royaume ; fur le genre de Commerce
le mieux afforti à leur pofition & aux productions
du pays ; fur les viciffitudes qu'ont pu
éprouver ces relations , fur leurs caufes & fur les
moyens d'accroître ou de ramener la profpérité
des entreprifes de Commerce qui peuvent conve
nir à ces provinces ou villes .
Il fera dreffé en même temps un état général
de toutes les foires & marchés , de leurs titres d'établiffement
, de leur durée , de leurs priviléges.
Le Bureau fe fera rendre compte autant de fois
qu'il le jugera convenable , & fpécialement une
fois l'année , en forme de compte général , de l'état
de la balance du Commerce, & des Réglemens
faits ou à faire pour parvenir au meilleur
réfultat de ce travail. Les demandes faites à l'Adminiftration
pour établiſſemens de nouvelles ma
nufactures & fabriques , foit avec privilége ou
fans privilége , pour encouragemens & fecours aux
manufactures déja établies , pour établiffement
rétabliffement ou confirmation de foires & mar(
37 )
chés , feront communiquées audit Bureau . Le
Tréforier ou Caiffier des fonds de la caiffe du
Commerce prêtera ferment entre les mains du
plus ancien des Confeillers d'Etat Membres du
Bureau , & donnera telle caution que ledit Bureau
jugera convenable.
Les fonds de ladite Caiffe ne pourront être employés
qu'à des dépenfes utiles pour l'avantage du
Commerce. Le Principal Miniftre , le Chef du
Confeil royal des Finances & du Commerce , les
Secrétaires d'Etat des Affaires étrangères & de la
Marine , le Contrôleur- général des Finances , &
les deux Confeillers d'Etat au Confeil royal des
Finances & du Commerce , feront toujours Membres
du Bureau du Commerce.
Ce Bureau fera compofé en outre de quatre
Confeillers d'Etat , nommés par S. M. en vertu
d'Arrêts du Confeil ; du Maître des Requêtes Intendant
du Commerce intérieur ; du Maître des
Requêtes Intendant du Commerce pour le Com
merce maritime ; de deux Maîtres des Requêtes
adjoints aux deux autres , lefquels quatre Maîtres
des Requêtes feront indiftinctement les rapports
des affaires contentieufes qui leur feront envoyées,
& du Secrétaire dudit Bureau .
Le Lieutenant-général de Police de la ville de
Paris , l'Intendant de la Généralité de Paris , &
ceux des autres Généralités , lorſqu'ils fe trouveront
à Paris , feront invités à ce Bureau , pour
donner leurs voix fur les affaires qui auront rapport
à leur adminiſtration. L'intention du Roi eft
que les Infpecteurs-généraux du Commerce , foit
extérieur , foit intérieur , & des manufactures , & .
les Députés des villes de Commerce du royaume
& des Colonies , affiftent aux féances du Bureau ,
avec voix confultative feulement , & c. & c.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 10
14
( 38 )
février 1788 , portant nomination de ceux
des Commiffaires du Bureau du Commerce
, que Sa Majefté s'eft réfervé , par
l'article 13 du Réglement du 2 février
dernier , de nommer par Arrêt de fon
Confeil.
Lettres-Patentes du Roi , portant abolition du
droit d'Aubaine en faveur des Sujets de l'Impératrice
de toutes les Ruffies , donnees à Versailles
le 8 Décembre 1787 ; regiſtrées en Parlement
le 22 Janvier 1788.
Arrêt du confeil d'Etat du Roi , du 22 janvier
1777 , rendu en interprétation de l'article XCVII
du tarif du contrôle du 29 Septembre 1722 ,
concernant les Billets à ordre ou au porteur des
Gens d'affaires , Marchands & Négocians...
Marie Gromara , veuve Seguin , eft
morte, âgée de plus de 100 ans , à l'Hôtel-
Dieu de Sens , le 21 janvier.
Haut & Puiffant Seigneur Meffire François-
Augufte de WAROQUIER , fecond du nom , Chevalier
fieur de Méricourt , ancien Major 'd'Infanterie,
eft décédé à St. Affrique en Rouergue , dont
il étoit natif , le 30 janvier dernier , âgé de près
de 80 ans.
PAYS - BAS
De Bruxelles , le 23 Février 1788 .
La réfiftance des cinq Facultés de l'Univerfité
de Louvain , à enregistrer les Décrets
du Gouvernement , a amené une
tranfcription faite d'autorité. Le 8 , M.
( 39 )
Cuylen , Subſtitut , Procureur- général de
Brabant , accompagné d'un Öfficial &
d'un Chef de la Maréchauffée , a fait enregiftrer
, dans l'Affemblée convoquée
fous ferment , les Ordres antérieurs du
Miniftre Plénipotentiaire , & un nouveau
Refcrit de L. A. R. nos Gouverneurs- généraux.
Défenſes à l'Univerfité de fe féparer
avant l'enregiftrement ; refus , proteftations
, enfuite obéiffance forcée avec
des annotations , réſerves , &c . & c .
Pour juger de l'importance que le Gouvernement
attache à cette foumiffion , il
fuffit de lire les pièces fuivantes . Ce font
les lettres du Comte de Trautmansdorff
au Confeil de Brabant , le 22 janvier
jour d'une fcène militaire qui mit fin
aux attroupemens dont nous rendimes
compte.
Dépêche du miniftre plénipotentiaire , au confeil de
Brabant , reçue le 22 janvier , à 8 heures trois
quarts du matin.
Ferdinand , &. Mrs. « Comme nous voulons
abfolument que , conformément à nos ordres précédens
, le décret du 17 octobre foit émané dans
le terme de 24 heures , & que ce terme eſt au
moment d'écouler , nous vous faifons la préfente,
pour vous ordonner itérativement d'y fatisfaire ,
vous défendant à peine de défobéiffance de vous
féparer , ou de quitter le Confeil , avant que d'avoir
procédé à cette émanation , & de nous avoir
rendu compte de la réfolution d'y pourvoir. Nous
vous prévenons d'ailleurs que nous avons fait
( 40 )
auffi connoître de nouveau nos intentions abfolues
aux Députés des Etats , dans les termes qui
leur annoncent les fuites immédiates du moindre
délai à cet égard. » A tant , &c.
Lettre du même au Chancelier , reçue le même jour
à 9 heures trois quarts du matin.
« Je vous envoie , M. le Chancelier , une dépêche
pour le Confeil , que je vous prie de faire
Îire d'abord , & le contenu de laquelle vous annoncera
que je fuis irrévocablement décidé de
faire exécuter ce que j'y dis , dans la matinée
duffé-je en venir à toutes les extrémités , que j'ai
eu le bonheur d'éviter jufqu'ici , mais dont l'explofion
feroit infaillible aujourd'hui , & pour le
total , & pour beaucoup d'individus ; S. M. voulant
abfolument , ainfi que fa dignité l'exige , que tout
ce qui tient aux préalables ne foit plus fujer à
aucun doute , & ne puiffe être altéré par la moindre
repréſentation. Vous trouverez dans ladite dépêche
la défenſe la plus expreffe de vous féparer
avant que l'émanation ne foit décidée , & qu'on
ne foit venu me faire rapport de la réfolution y
relative . Je charge auffi le Confeiller Fifcal de
veiller à tout ce qui fe fera , & de m'en rendre
compte. Je vous avertis en même temps que je
n'accepterai aucune repréſentation , & fi on m'en
envoyoit , le Confeil s'expoferoit à l'humiliation
de fe la voir renvoyer , fans l'avoir feulement
ouverte. Je vous ai donné 24 heures hier , je ne
puis en accorder que 4 aujourd'hui ; fi l'émanation
ne fe fait d'ici à 2 heures , je la ferai faire de
force , duffé- je faire inveftir le confeil , & employer
les triftes moyens des canons & bayonnettes , que
S. M. m'a très -expreffément prefcrits pour le cas
d'une réfiftance complette , telle que feroit celle
du Confeil , produite par celle des Etats , qui , en
refufant l'émanation , s'oppofent par le fait aux
( 41 )
-
préalables , & renoncent volontairement à la déclaration
du 21 feptembre 1787 , dont la révocation
ſe ſera encore ce matin , fi la difficulté n'eſt
pas levée à 2 heures . » J'ai , &c.
Seconde lettre adreffée au Chancelier , reçue un peu
apres 9 heures du foir.
M. « L'opiniâtreté du Confeil eft incroyable ,
& la mort de quelques malheureux qui vient d'en
être la fuite , devra l'en faire repentir à jamais ;
je faurai y fuppléer inceffamment. En attendant ,
il - eft néceffaire que vous reftiez affemblés encore ,
& attendiez une dépêche des Etats qui va vous
être remife tout-à- l'heure , afin que vous puifiez
prendre la réfolution de l'émanation , & m'en
donner part encore ce foir. »
On fe rappelle qu'elle fut la fuite de ces
déclarations.
Le Prétendant vient de mourir ; nos
Lecteurs liront avec intérêt une notice,
hiftorique fur ce Prince , rédigée par une
Perfonne auffi refpe &table que bien inf
truite , & dont la fcrupuleuſe exactitude
mérite toute confiance .
« Charles - Edouard- Louis - Philippe Cafimir ,
connu fous le nom du Prétendant , fils de Jacques
Stuard & de Marie Clémentine , Princeſſe Sobieski,
petit fils de Jacques II , roi d'Angleterre , né à
Rome , le 31 décembre 1-20 , y est mort d'attaque
de paralyfie & d'apoplexie , le 31 janvier
dernier , âgé de 67 ans & un mois , après avoir
langui pendant trois femaines . »
« En 1745 , ce Prince effaya de remonter fur
le trône de fes ancêtres. Cette tentative rappelle
à notre fouvenir les entrepriſes des héros
( 42 )
de l'ancienne Grèce , qui , avec peu de moyens ,
exécutèrent des chofes fi grandes , qu'à peine nous
paroiffent-elles croyables . >>
"
Accompagné feulement de fept gentilshommes
, Charles fe mit le 1er juillet dans un bateau
pêcheur à Nantes , pour aller à bord d'une frégate
de feize canons qui l'attendoit à Saint-Nazaire
, & fut efcorté par l'Elifabeth , de foixante ,
qu'il l'alla joindre à Belle-Ifle . Quoique la mer
fût couverte de vaiffeaux Anglois , il arriva le
5 août en Ecoffe. Auffi- tôt il affemble les Chefs
montagnards de ce pays , dévoués à fa cauſe , le
traverfe en entier jufqu'à Preftonpans , où , le
2 d'octobre , avec une poignée de gens mal armés
, il met en déroute environ cinq mille hommes
bien difciplinés , & fournis d'artillerie , commandés
par le chevalier Cope. »
« Quelques jours après , il s'avance vers Newcaftle
pour combattre l'armée du général Wade .
A fon approche Wade fe retire . Charles tourne à
droite vers la ville de Carlisle, s'en empare , & le
16 décembre arrive à Derby , capitale du comté
de ce nom , diftante feulement de trois journées
de Londres , où l'alarme fut générale ,»
« Il avoit droit de s'attendre à une puiffante
jonction d'Anglois , attachés à fes intérêts . Cette
jonction n'eut point lieu. Henri Benoît fon frère ,
avoit dû faire une defcente en Angleterre , avec
quinze mille François . Les François ne vinrent
pas , & nulle efpérance de les voir arriver. Charles
& fes trois mille quatre cents Montagnards
étoient de toutes parts environnés d'ennemis .
Derrière , étoit Wade à Doncafter ; George IJ,
en tête près de Londres ; le duc de Cumberland à
Coventry , avec l'élite des forces Angloifes récemment
venues de Flandres ; les milices des différens
Comtés fous les armes . Chacun de ces corps
( 43 )
de troupes pris féparément , étoit triple de l'ar--
mée Ecoffoife. Son chef, dans cette pofition , convoque
fes principaux Officiers , pour délibérer fur
le parti qu il y avoit à prendre. Appuyé feulement
de deux voix , il propofe qu'on aille en
avant , & que rifquant le tout pour le tout , on.
fe batte à la première occafion . La très - grande
majorité du Confeil décida pour la retraite , qui
fe fit en bon ordre ; l'avant-garde de Cumberland
tomba à Clifton fur l'arrière- garde des Montagnards
, & fut repouffée avec perte. Ils continuèrent
leur ma che vers l'Ecoffe , fans être moleftés.
A Falkirck , petite ville environ vingt
milles au Nord- oueft d'Edimbourg , le 28 janvier
4746 , ils défont complètement l'armée Angloife,
commandée par le géneral Hawley , cette même
armée qui avoit fait des prodiges de valeur à Fontenoy,
s'emparent du camp , de tout le bagage ,
& de la caiffe militaire, »
pour
« C'eſt l'ufage des Montagnards Ecoffois ,
après une victoire , de fe retirer chez eux, quand
is le peuvent , avec leur butin , pour en faire
part à leurs familles . Charles fe trouva par confequent
avec très- peu de monde après cette action
, qui auroit pu avoir des fuites heureuſes
lui , s'il eût été poffible de profiter des avantages
qu'elle lui donnoit ; mais un grand nombre de
fes troupes ayant repris le chemin de leur pays ,
pour attendre leur retour , il fe retira , avec ce
qui lui reftoit , vers les montagne d'Ecoffe. Les
Anglois, conduits par le duc de Cumberland, l'y fuivirent
par terre , tandis qu'une flotte de tranfports
rangeoit la côte , & leur fourniſſoit en abondance
des provifions de toute eſpèce. »
« A Culloden , près d'Invernéfs , le 26 avril ,
Charles fe mit en marche pour attaquer leur
amp pendant la nuit. Le jour l'ayant furpris ,
( 44 )
avant d'y arriver , il revint à l'endroit d'où il
étoit parti. Ne pouvant ni reculer plus loin vers.
les montagnes , parce que fon armée s'y feroit
difperfée faute de fubfiftance , ni redefcendre dans
le plat pays , parce que fix mille Heffois , venus
au fecours du Gouvernement Britannique , embarraffoient
les paffages , il fut forcé de livrer bataille
avant que tout fon monde ne fût raffemblé ; partie
d'entre eux n'étoit pas revenue des montsgnes
, & d'autres étoient allés prendre du repos ,
fatigués de leur marche nocturne. Les Anglois , qui
étoient très -fupérieurs en nombre s'étoient repofés
deux jours à Nairne , & le jour du combat ,
n'avoient fait que dix milles de chemin. »
"
,
« Les Montagnards harraffés , tant par le défait
de fommeil , que par la marche & contre -marche
de la nuit précédente , manquoient prefque
abfolument de paie & de vivres depuis plufieurs
jours. Pour comble de malheurs , la défunion s'étoit
mife parmi les Chefs des Tribus ; malgré
tous ces défavantages leur aile droite tailla en
pièces la première ligne de l'aile Angloife , qui
lui étoit oppofée ; mais ayant été prise en flanc
par un corps de troupes pofté derrière un mur
& l'aile gauche n'ayant pu donner , à caufe d'un
marais en front qu'on avoit cru trop légèrement
guéable à l'infanterie , la déroute devint générale.
Après fa défaite , l'infortuné Prince erra plufieurs
mois en Ecoffe , toujours vivement pourfuivi
par des détachemens de l'armée victorieufe .
Sa tête avoit été mise à prix dès le commencement
de l'invaſion ; une fomme de trente mille
livres fterling , récompenfe offerte à celui qui
le repréfenteroit mort ou vif , étoit une grande
tentation pour les Montagnards Ecoffois , en général
très -pauvres ; & cependant , exemple rare
de fidélité & au-deffus de tous nos éloges ! pas
( 45 )
un ne penfa ni à le trahir , ni à s'en défaire , quoi
qu'il fe trouvât fouvent , pendant fa vie errante ,
i la merci de cette claffe d'hommes , dont les
Princes fur le trône femblent à peine connoître
Texiſtence . »
« Echappé comme par miracle à tous les dangers
qu'il avoit courus il débarqua à Rofcou
en Bretagne , le 10 octobre 1746. La Paix d'Aixla-
Chapelle le contraignit de quitter la France.
En 1772 , il épousa Louife-Maximilienne - Caro¬
line-Emmanuelle , Princeffe de Stolberg - Guedern ,
- dont il n'a point eu d'enfans . Il laiffe une fille
naturelle qu'il avoit légitimée trois ans environ
ant fa mort , & créée ducheffe d'Albany. »
» Quant aux qualités perfonnelles du Prince
Charles , fa figure avoit de la dignité ; & pour
celles du coeur & de l'efprit , c'eft un fort prégé
en leur faveur , qu'il fut gagner l'eftime , je
drai même l'amitié du célèbre Préfident de Monfquieu
, qui alloit voir Charles fouvent , & le
voyoit avec plaifir , tout le temps qu'il reſta à
Paris.»
«Henri- Benoit , frère puîné du défunt , eft Cardinal
& Evêque de Frefcati en Italie. Cette Eminence
vient de renoncer d'une manière ſolemnelle
à tout titre ou dignité , autres que ceux dont elle
a joui jifqaici. Après fa mort , la ligne directe
mafculine de la Famille Royale de Staard , alliée
à tous les Souverains de l'Europe , feră éteinte , &
alors le Roi de Sardaigne fuccède aux droits
qu'elle prétendoit avoir à la Couronne d'Angleferre;
& Stuard, Comte de Traquaire , Pair d'Ecoffe
, à ceux du grand Sénéchal de ce Royaume .»
( 46 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX 1.
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE .
Cauſe entre les Légataires de la dame Gauthier
& le Comte de Marinis.
Legs pieux réduits.
La demoiſelle Evrard avoit épousé M. Gauthier,
Procureur au Châtelet . Née fans beaucoup
defortune , & demeurée veuve , elle étoit parvenue
à l'augmenter , & elle avoit amaffé un capital de
près de 400 mille livres , pendant le cours de 22
années , efpace de fa viduité. Le 16 Décembre
1785 , elle fit fon teftament devant Notaire ,
ayant pour préfomptifs héritiers , le Comte de Marinis
& la demoiſelle de Marinis fa foeur , qui étoient
fes parens du troifième au quatrième degré. Toute
l'économie de cet acte fe réduifoit à une multitude
de legs particuliers : & telle étoit la quantité de
tous ces legs particuliers , que réunis ils abforboier
la prefque totalité de la fucceffion.-Après l'avoir
ainfi épuifée par des libéralités exceffives , elle inf-
(1 ) Cet Ouvrage , dont M. Mars , Avocat au Parlement
de Paris , est l'Auteur , paroît tous les jeudis
depuis 13 années.
Chaque feuille est composée des notices de Causes
de tous les Parlemens , avec les Jugemens qui les
ont décidées , Questions , Képonses , Dissertations sur
des points de Droit , etc .; indication de Mémoires
et Plaidoyers , annonce de livres de Droit , de Jurisprudence
, etc. etc.; Arrêts , Edits , Ordonnances
Déclarations , etc.; Sentences de Police ; en un mot
les Jugemens notables de toutes les Jurisdictions
et tout ce qui fait Loi ou Réglement dans le Royaume,
etc. etc.
L'abonnement est de 15 liv. par an , et l'on souscrit
chez l'Auteur , rue de la Harpe , nº. 20.
( 47 )
: -
titue pour fes légataires univerfels , pour le furplus
de fes biens , le Comte & la demoiſelle de
Marinis , & elle a foin dans fon teftament d'indiquer
le degré de parenté qui les uniffoit à elle.-
La teftatrice eft morte au mois de Juillet 1786 :
on a procédé à toutes les opérations ufitées en
pareil cas. Les différens légataires , au nombre
de vingt-deux , & repréfentés par dix - huit Procureurs
, ont formé leurs différentes demandes en
délivrance de legs - demande en nullité de tous
les legs portés par le teftament , de la part du
Comte de Marinis ; même demande de la
domoifelle de Marinis , à l'exception cependant
de quelques-unes des difpofitions du teftament ,
auxquelles elle confentoit expreffément , en défapprouvant
la demande en nullité formée par le
fieur de Marinis .-La caufe a d'abord été inftruite
au Châtelet , enfuite aux Requêtes de l'Hôtel ,
où le fieur de Marinis l'avoit faite évoquer , en
vertu de fon privilége ; enfin , elle a été portée en
la Grand'Chambre , où M. l'Avocat - Général a
obfervé que ces libéralités étoient exceffives , felon
la diftribution que les héritiers en avoient fait
en trois claffes ; la première , qui renfermoit des
legs pieux , des aumônes , &c. la feconde , des legs
d'affection & de récompenſe ; & la troiſième , dans
laquelle fe trouvoient comprifes des fondations ,
des libéralités énormes faites à des fabriques , à des
communautés , à des hôpitaux : telle enfin avoit
été la profufion de la teftatrice , que toutes
charges déduites , tous legs acquittés , il ne reſtoit
environ qu'un tiers de la fucceffion aux deux héritiers
; mais que cependant toutes les difpofitions
du teftament de la feue dame Gauthier n'étoient
pas dans le cas d'être déclarées nulles ou d'être
réduites ; que celles de la première & de la feconde
claffe méritoient d'être refpectées , & de ne fup(
48 )
porter aucune réduction , les unes , rarce qu'elles
n'avoient rien d'exceffif , que c'étoient des legs
pieux , des aumônes ; les autres , à cafe de la pureté
de leur motif, n'ayant pour fondement que
des legs de récompenfe & d'affection envers des
parens , des amis & des ferviteurs. Enfin , la Cour ,
par fon arrêt du 12 janvier 1788 , faifant droit fur
les demandes refpectives des parties , a ordonné
que les legs de la première & de la feconde d'affe
feroient exécutés ; & quant à ceux de la troisième ,
ordonné qu'ils feroient réduits au tiers du montant
des fommes y portées ; condamné les héritiers aux
dépens vis-à -vis des légataires de la première & de
la feconde claffe ; & quant à ceux de la troisième ,
compenfe tous les dépens que les légataires pour
roient employer fur leurs fegs ; & fur le furplus
des demandes , fins & conclufrons des Parties ,
' les a miles hors de Cour , &c..
C
ERRATA du no. 7 , page 130 , Abberine , lifez
Abbeville. p. 132 , au prix de Mathématiques
décerné par l'Académie de Lyon , ajoutez : « Le
prix a été partagé entre M. Rondelet , Architecte ,
& M. Griffet de la Baume , Ingénieur des Ponts
& Chauffées. "
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 10. )
SAMEDI 8 Mars 1788.
MARS a 31 jours & laune 30. Du er, au 31 les
jours croiffent de 53'55" le matin , & de 54 ' 8 " le foir.
PHASES Temps moyen
au Midi vrat,
fam. Aubin , Evêque.
2 4 D. Lere.
lundi ste Cunegonde.
4 mard. Calmir , Koi,
mere. Virgile .
jeudi Ste Colette .
JOURS
du
MOIS.
J.
NOMS DES SAINT de de la
O LUNE. H. Ma S.
24 Ο 12 28
25 O 12 16
3 16 P 12 2
27 11 49
28 O 11 35
29 11 20
30 N.L. O 11 S
8 fam. Jean de Dieu. le 7, à 11 10 So
h. 42 m. O 10 35
O JO 19
O 10 2
9 46
9 29
12
7 vend. Ste Perpétue.
9 D. Paffion.
o lundi Ste Do&rovée.
Tr mard Quarante Martyrs
12 merc. Grégoire.
13 jeudi Ste Euphrafie.
15 fam. Zacharie , Prêtre.
17 lundi Ste Gertrude , Vierge.
du foir.
P.Q
leis,as
10 h. 28 m.
11 dumatin.
14 venda La Compaffion.
16 6 D. Rameaux.
18 mard. Lubin , Evêque.
19 merc. Jofeph . PRINTEMPS. 12
20 jeudi Joachim.
21 vend. V. Saint.
22 fam. Epaphrodite.
23 Dim. PASQUES.
24 lundi. Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27 jeudi Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
O 1 D. Quafimodo.
31 lundi. L'ANNONCIATION
OP. L.
16 le 22,70
17 h. 9 m.
18 du matin.
19
20
21 CD. Q.
22 le 29, à 4
23 h. 34 m.
24 du foit.
oh. fignifie midi.
06
54
19
42
24
G
28
10
LIVRES NOUVEAUX.
ои tome II , par M. Buchoz
rue de la Harpe , n° . rog.
Le Sage dans la folitude
, imité en partie de
l'Ouvrage d'Young , qui
porte le même titre , par
M.l'Abbé Pey,Chanoine
de l'Eglife de Paris , 12 f.
Sorin , quai des Auguft..
LEPhilofopheparvenu , ||Nation Françoife , in-4.
Lettres & Pièces ori
ginales , contenant les
aventures d'Eugène Sans-
Pair , in- 12 . tomes IV, V
& VI; l'Auteur , hôtel de
Male , rue Chriftine ;
Quillan l'aîné , au Magafin
Littéraire , même rue.
Hiftoire de Lady Cléveland,
trad . de l'Anglois , C'eft chez le même que
2 vol. in- 12. Crapart ,
place Saint- Michel.
Cours de matière Mé-
'dicale de Cullen , trad.
in-8. tome II ; l'Auteur ,
rue Bourg- l'Abbé; Didot,
quai des Auguftins.
Euvres Badines & Morales
de M. Cazotte , 3 v.
veuve Efprit , au Palais
Royal.
Petite Bibliothèque des
Théatres , in- 18. n° . XI
& XII , Belin , rue Saint-
Jacques.
Avis aux jeunes Médecins
, ou Introduction
à la Médecine d'obfervation
raifonnée , par M.de
Lavaud , première partie ,
1 liv. 16 f. Croullebois ,
rue des Mathurins.
Préfens de Flore à la
fe trouve les Étrennes à
"'Humanité , ou Recueil
de préfervatis contre
plufieurs maladies qui
affligent l'Homme , deux
parties , 2 liv.
Hiftoire Univerfelle
depuis le commencement
du Monde jufqu'à préfent
, par une Société de
Gens de Lettres , tome44,
in-4.contenant l'Hiftoire
des Prov. Unies ; Amfterdam
, Paris , Mérigot j.
quai des Auguftins , chez
lequel on trouvera les
43 volumes.
Procès- verbal des Séances
de l'Affemblée de la
Généralité de Tours, in- 4.
Onfroi , quai des Auguft.
Traité du Droit dePa
tronage, par un Chanoine
MERCURE
DE FRAN c e.
SAMEDI 8 MMAARRSS 1788.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. COLLIN D'HARLEVILLE.
VIVE du bon Pangloſſ le ſyſtême joyeux !
Chez nous fes Partiſans étoient déjà nombreux ;
Mais ton charmant Ouvrage en augmente la lifte ;
Qui le voit devient Optimiſte ,
Car il y trouve tout au mieux.
( Par M. D***, T***. )
Nº. 10. 8 Mars 1788.
MERCURE
A Madame *** , en lui envoyant une
Traduction de Goldsmith.
Paris , Janvier 1788
O vous , que de fes dons enrichit la Nature ,
Et qui , par les vertus , atteignez au bonheur ;
Vous qui nous enflammez d'une amitié fi pure ,
Noble aliment de votre coeur !
Dans ce Jardin- Boudoir , où les filles de Flore
Etalent leurs couleurs à vos regards contens ,
Et, pour vous, s'empreffant d'éclore ,
Au milieu de l'Hiver ramènent le Printemps 31
Souffrez que ma main vous préfente
Un jeune Voyageur , d'un commerce afféz doux.
A des talens chéris il joint une ame ainante ;
Et c'eft un double droit pour être admis chez vous.
Dans Londre , affez long - temps , il vécut mal à
l'aife ;
A
Par des chagrins cruels fon coeur fat déchiré :
Mais il devient heureux , s'il eft vrai qu'il vous
plaiſe ;
Et de vous plaire enfin je le crois affuré ,
Encor qu'un peu défiguré
Sous une parure françoife .
Mais pour le mieux juger , lifez ce qu'en écrit
Gatriek, Acteur fameux, fage, & très-bel efprit.
DE FRANCE.
51
(1) Un jour que Jupiter, dînant avec Mercare ,
39
גכ
» Avoit tenu table fort tard ,
Et s'étoit coiffé de nectar :
Voyons , dit-il ; je veux enrichir la Nature
D'une drôle de créature.
»Melons à beaucoup d'or , du cuivre avec meſure.
ور
Que mon ouvrage affemble & le mal & le bien ;
»Qu'il foit pour un rien trifte , & joyeux pour un
20
>> rien.
"Qu'offrant avec lui-même un éternel contraſte ,
» Il joigne à l'efprit le plus vafte ,
» D'un enfant la fimplicité ;
→Qu'Amant des Fictions & de la Vérité
»Libertin dans fon coeur , & dans fes Livres ,
30
כ כ
chafte ,
Econome, & rempli de prodigalité ,
» II chériffe l'étude , & plus l'oifiveté i
כ כ
Que tendre & délicat Poëte , ”
» Il écrive avec goût , extravague en parlant
35
Quirait un feu divin dans fon coeur , dans la tête;
Qu'il foit favant, pieux, dupe, & fou du Brelan.
"Cet être , dit enfin le Maître du Tonnerre ,
Sous le nom de Goldsmith charmera l'Angleterre,
»Et verra fes Ecrits admirés en tous lieux ;
» Et quand il ceffera d'habiter'ſur la Terre ,
» Il vien dra près de moi pour enchanter les Dieuxee.
( 1') ´C'eſt la Traduction littérale d'un Apologue char
mant que Garrick fit dans une Société , où l'on jouoit aux
Pariratis
.
C 2
52 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eft Verfeau ; celui
de l'Enigme eft Chandelier ; celui du Logogriphe
eft Agriculture, où l'on trouve Cire,
Arc, Lire, Cure , Rage, Culte, Culture, Ciel,
Eau , Carte.
EN
CHARADE,
terre vient mon premier ;
Dans les airs eft mon dernier ;
Et dans l'eau vit mon entier.
(Par M, le Comte de R. A. F. )
ÉNIGM E.
Mon emploi , cher Lecteur, me force de rougir ;
Ce n'eft qu'en rougiffant que je puis te fervir :
Alors en peu d'inftans on me voit difparoître ,
Et tes foins ont bientôt anéanti mon être :
En vain à tes défirs je voudrois réfifter ,
Avec un bon foufflet tu fais bien m'y forcer."
Par M. de Raymondis , Offi , des G, du C.
DE FRANCE.
53
LOGO GRIPHE.
C'EST EST au fein des grandeurs que j'ai pris la
naiſſance ;
J'habite rarement fous le toit du Berger ;
Le travail m'en fait déloger ›
L'afpect de fon bonheur trouble mon exiſtence,
Je cours , pour me dédommager ,
Prendre place au banquet de l'oifive opulence .
C'eſt un plaifir pour moi de voir couler des pleurs ;
Je fais gémir le Moine au fond de fa cellule ;
Le poifon que je verfe avec lenteur circule ;
Entendez cette Vierge exhaler fes douleurs :
Je viens de me gliffer fous la guimpe d'Urfule ,
Qui pleure le départ des plaifirs enchanteurs.
Je touche de bien près à la mélancolie :
En vain, pour me chaffer, vous recherchez le bruit ;
En vain vous renverfez tout le cours de la vie ,
Changeant la nuit en jour , ou bien le jour en nuit :
Compagne de vos pas, mon ombre vous pourfuit.
Je ne fuis que les lieux habités par Sophie.
Suivez-moi , cher Lecteur, je marche avec cinq pieds
Vous voyez défiler onze enfans à ma fuite.
Ma fille vers la mer fuit & s'y précipite ;
Une Déeffe , injufte en fes inimitiés ,
La pourfuit : mais un Dicu va protéger fa fuite ;
Par-là fes attentats font affez expiés .
C ;
34
MERCURE.
L'aîné de tous mes fils fe tient à la charrue.
Mon fecond eft par-tout ; il peuple l'Univers ,
Et dans les végétaux fa force eft très- connue.
Mon troifième eft en butte à de fréquens revers ,
Et fon nom quelquefois effarouche l'oreille.
' A l'autel celui-ci fait fouvent des heureux ;
Son murmure flatteur , tendre Amour, te réveille :
Celui-là voit tout double & vit affez joyeux.
Entre les mains du peuple un autre court la ville ,
Et d'un infortuné rend l'ame plus tranquille ;
En fuppofant toujours , l'un bâtit des projets ,
Et cet autre , indécis , court d'objets en objets. )
Au célèbre Hippocrate , au féduifant Appelles ,
L'un eft tout orgueilleux d'avoir donné le jour s
L'autre d'avoir fixé les regards de l'Amour
Par un éclat plus beau que celui de fes ailes.
Ma nombreufe famille a paffé fous vos yeux ;
Lecteur , j'ai fatisfait votre esprit curieux.
(Par M. Clottereau. )
DE FRANCE. 55
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ETRENNES du Parnaffe , pour l'année
biffextile 1788. A Paris , chez Durand
fils , Libraire , rue Galande , Nº . 74.
LEEs nouveaux Rédacteurs des Etrennes
du Parnafle s'expriment ainfi dans
Avertiffement :
"
un
» Notre choix deviendra de plus en
plus févère ; tous les petits égards de
» convenance & de fociété , les titres , la
confidération , l'amitié même , ne feront
pas un obftacle à l'exécution du plan
» que nous avons embrallé «.
Voilà des intentions très-louables . Le Recucil
de cette année peut fans doute cautionner
cet engagement : mais il fera difficile
de le remplir exactement. Les perfonnes
qui ne font point de vers fe plaignent
tous les jours de la rareté des bons.
Comment accorder cette difette & les befoins
d'un Recueil Les Rédacteurs les plus
févères courent rifque de n'être pas inexorables.
Ceux de cet Almanach parlent ainſi
des Notices qui le terminent.
€ 4
56
MERCURE
. "
>>
" Nous déclarons en paffant , & pour
n'y plus revenir , que l'impartialité la
plus vraie , l'examen le plus fcrupuleux
» ont préfidé à cette partie effentielle de
" notre Rédaction “.
Ces Notices ont pour objet de juger
des Ouvrages de Poéfie & de Profe . Elles
font , comme on voit , une fois plus ambitieufes
que celles de l'Almanach des Mufes
, & cela eft un tort. Quel a été le but
du Rédacteur de ce dernier Recueil en y
ajoutant une nomenclature complette , &
un jugement précis des Poéfies publiées
dans l'année ? D'offrir un tableau fucceffif
des efforts heureux ou malheureux du talent
poétique . L'Almanach du Parnaffe ,
imitateur de l'Almanach des Mufes comme
choix de Poéfies , s'en écarte mal à própos
dans les Notices . Des Ouvrages de
Philofophie , d'Hiftoire , de Littérature &
de Sciences , ne peuvent point être appréciés
dans des Notices de ce genre.
D'ailleurs une appréciation fi tardive eft
inutile , & en général dans ces fortes d'annonces
, il eft plus convenable de rapporter
l'opinion publique , que d'énoncer un
jugement particulier. Mais dans tous les
cas , une partie effentielle de la rédaction ſeroit
de donner de préférence la nomenclature
exacte des Ouvrages les plus importans
, lorfque les bornes qu'on s'impofe
ne permettent pas d'en donner une
DE FRANCE.
$7
de tous ceux qui ont patu. Au refte , ces
obfervations auxquelles nous en ajouterons
une autre en terminant cet Extrait,
ne peuvent nuire nullement au fuccès de
ce Recueil , parce que fon objet principal
-eft le choix des vers qui le compofent.
Ces fortes de Recueils fe forment des
vers que les Journaux leur livrent , & de
ceux que les porte-feuilles leur gardent .
Les Etrennes du Parnaffe jouillent de la
générofité des premiers , auffi bien que
l'Almanach des Muſes ; mais les derniers
paroiffent avoir des préférences pour celui-
ci , & ces préférences nous femblent
fondées. L'Almanach des Muſes eft l'aîné
des Recueils de ce genre. Il a toujours
été le mieux compofé. Le nom de Voltaire
, & après ce grand nom , ceux des
Poëtes les plus diftingués de nos jours ,
en ont fait l'honneur. Les jeunes talens ont
dû s'empreffer d'y faire leurs preuves , &
les Amateurs lui accordent plus volontiers
leur confiance . Les Etrennes du Parnaffe
n'ont pas joui de cet avantage . Il paroît
qu'elles ont eu autant de Rédacteurs que
d'années. Le changement nuit en tout à
la profpérité. Ceux qui en font chargés
aujourd'hui , annoncent les meilleures intentions
; mais elles ne peuvent être fecondées
que par de bons vers : auffi eft - il
fort à défirer qu'on les feconde.
Ce défir fera fatisfait , fi les Recueils fuivans
offrent , comme celui de cette année ,
CS
$8 MERCURE
·
les noms de M. Marmontel , de M. de la
Harpe , de M. de Rhulières , & fi les Rédacteurs
peuvent en obtenir plus que des
vers de fociété. On trouve dans les Etrennes
du Parnaffe quelques petites Pièces de
ces Ecrivains célèbres Les Critiques mal
intentionnés prennent ordinairement deux
partis fur ces bagatelles des grands talens ;
ils cenfurent cu ils louent : mais ils reffemblent
à ces rivaux qui parlent de l'Amant
favorife ; le bien ou le mal qu'ils
en difent laille également percer leur fecret.
Les Critiques fans paffion fentent qu'il
feroit ridicule de critiquer ou de louer
pour des Im promptus , l'Auteur de Bélifaire
, celui de Warvick , celui de l'excellente
Epître fur les difputes..
A
Mais ce qui eft un devoir pour tous ,
& un plaifir pour un petit nombre , c'eſt
de rendre au jeune talent moins connu
le tribut d'éloges qui lui eft dû , même
pour des Pièces de peu d'importance . Parmi
quelques jeunes Poëtes, qui depuis plufieurs
années ont attiré l'attention des Amateurs
de la haute Poéfie , M. de Fontanes a
donné le premier les plus belles efpérances,
& les a le mieux remplies . Sa Traduction
en vers de l'Effai fur l'homme a
mérité les éloges d'un excellent Littérateur,
qui , pour rendre à un beau talent la juſtice
qu'on lui rend enfin à lui- même , reprit
dans ce Journal la plume de la Crisique
qu'il avoit depuis quelque temps
DE FRANCE.
'59
déposée. L'Epithalame imprimé dans les
Erennes du Parnaffe fous le nom de M.
de Fontanes , ne reffemble point à ces
Epithalames allégoriques où l'ennui femble
déjà confpirer contre l'hymen : c'eft
véritablement un Hymne nuptial , où le talent
n'a point cherché à faire à des époux
la peinture d'un bonheur dont la réalité
les attend , mais où une Philofophie aimable
, une fenfibilité délicate confeille &
loue en vers harmonieux. Voici un exemple
qui vient à l'appui de cet éloge.
Ne dédaignez jamais les plaifirs domeftiques ,
Offrez-nous le tableau des amours du vieux temps ;
Ce langage eft permis près des Monts Helvétiques
Loin des murs de Paris & de ſes habitans ,
Loin des rieurs froids & cauftiques .
'Ah ! puiffiez-vous fur-tout prolonger le bonheur
Dù vertueux Prélat , dont l'ame rajeunic
Sourit au ſpectacle enchanteur
De fa famille réunie !
De goûts fimples , & purs fon âge eft amoureux
Il a reçu du Ciel tous les dons qu'il fouhaite ,
Et , comme Fénélon , au fein de la retraite ,
Fait des jardins & des heureux. :
M. Léonard a donné auffi à ce Recueil un
Chant nuptial diftingué par des fentimens
aimables & des images gracieufes .
Le nom de feu M. de Malfilâtre , Au-
C6
60 MERCURE
teur du Poëme de Narciffe dans l'ifle de
Vénus , Ouvrage qui , ainfi que le Jugement
de Pâris de M. Imbert , prouve que
le talent peut tout rajeunir , fait lire avec
intérêt la Traduction du Pfeaune Super
flumina Babylonis.Voici la première ftrophe.
Affis fur les bords de l'Euphrate ,
Un tendre fouvenir redoubloit nos douleurs .
Nous penfions à Sion dans cette terre ingrate ,
Et nos yeux , malgré nous , laiffoient couler des
pleurs.
Ces vers où l'oreille eft fi fingulièrement
offenfée par cette confonnance , nous penfions
à Sion, où le fentiment attaché à cette
expreffion , terrâ alienâ , eft fi loin d'être
rendu par une terre ingrate , ne femblent
pas faits par M. de Malfilâtre ; mais en
voici d'autres qui ramèneront le Lecteur.
O Cité fainte ! ô ma Patrie !
Chère Jérufalem , dont je fuis exilé ,
Si ton image échappe à mon ame attendrie ,
Si jamais , loin de toi , mon coeur eft confolé ;
Que ma main , tout à coup féchée ,
Ne puiffe plus vers toi s'étendre déformais .
A mon palais glacé , que ma langue attachée ,
Dans mes plus doux tranſports ne te nomme jamais!
Certainement il feroit difficile de rendre
avec plus d'intérêt ces. verfets du Pleaume,
DE FRANCE.
Si oblitus fuero tui, Jerufalem , oblivioni detur
dextera mea ; adhareat lingua mea fau
cibus meis , fi non meminero tui. Cette paraphrafe
, fans être entièrement digne de
ce jeune Poëte , un des hommes qui ont
été le mieux organifés pour écrire en vers,
préfente , comme on voit , quelques traces
de on talent , talent rare , contre lequel
des malheurs opiniâtres fembloient conju
rés , & dont une mort prématurée n'a permis
ni la perfection ni la gloire. Les jeunes
Poëtes fe rappellent fouvent M. de Malfilâtre
comme un exemple effrayant de l'infortune
qui pourfuit les enfans des Mufes ,
les connoiffeurs en Poéfie le regrettent ,
comme on regrette l'efpérance qu'on a
perdue .
C'eft avec peine que nous fommes for
cés d'inviter l'Auteur d'une Traduction du
Chant Jer, de la Jérufalem , à abandonner
un travail qui ne paroît pas lui convenir.
Quelques petites Pièces imprimées fous fon
nom dans plufieurs autres Recueils , prou
vent un talent agréable : mais qu'est - ce
qu'un talent agréable pour traduire un grand
talent ? Voici des vers qui veulent rendre
une comparaifon très-connue , & qui juftiferont
cette critique
Telà l'enfant chéri que la fièvre conſume
D'un utile breuvage on voile l'amertume
Du vafe qui l'enferre on emmielle le bord ,
Ilboit , & fon erreur le fauve de la mort.
"
62
MERCURE
Horace eft de tous les Poëtes de l'Antiquité
celui qu'on traduit le plus fouvent
précisément parce qu'il ne l'a pas encore
été d'une manière digne de lui . C'eft dans
fes Odes fur tout qu'il offre une lutte terrible
à l'interprète qui l'admire affez pour craindre
de le mal traduire. On a vu de M. des
T**, dans plufieurs Recueils , des Traduc-~
tions de quelques Odes d'Horace , & on les
a remarquées. Lorfqu'on traduit un Poëte
tel qu'Horace ou Virgile , il ne fuffit pas
de rendre fa penfée ; tout le charme poétique
eft dans l'expreffion , dans le fentiment
, dans l'image & l'harmonie. C'eft à
cela qu'il faut être fidèle : voilà la difficulté.
M. des T*** paroît d'un affez bon
efprit pour la redouter , & d'un efpritaffez
diftingué pour la vaincre. Il ne fe contente
pas d'entendre Horace , il le fent , & fes
vers joignent à la pureté , la facilité & l'élégance.
Parmi les Pièces du genre lyrique , on
diftingue encore une Ode fur l'origine de
la Maçonnerie , par M. d'Arnaud , où l'on
reconnoît le talent de cet Ecrivain ; une
Ode imitée d'Horace , & verfifiée avec fermeté
, par M. le Marquis de Ximenes
une Ode de M. le Comte d'Hartig , fur la
mort du Prince de Furftemberg , où le fen
timent s'exprime en vers très-bien tournés
enfin quelques Imitations d'Offiau , pa
MM. Noël de la Morinière , Granville &
Varron...
DE FRANCE. 63
Le nom de M. le Chevalier de Parny eft
un de ceux que les Lecteurs défirent le plus
dans les Recueils . Son Épître à M. le
Comte de P*** eft pleine de poéſie , de
graces , & de fentiment. Nous en cirerons
quelques vers : l'Auteur parle de l'Inde .
Que dis-je ! ce climat vanté
Ne connoît ni Zéphir ni Flore ;
Un long & redoutable Eté
Flétrit ces champs & les dévore.
Mon coeur, mes yeux font mécontens,
Et je redemande fans ceffe
Mes Amis avec le Printemps.
J'aurois dit dans un autre temps ,
Le Printemps avec ma Maîtreffe.
Mais hélas ! ce nouveau féjour
Me commande un nouveau langage;
Tout Y fait oublier l'amour ,
Et c'est l'ennui qui me rend fage.
L'Épître de M. le Chevalier de Cubières à
Inquifidor-Mor , eft diftinguée par un fujer
intéreffant, des vers très- ingénieux , union
piquant de philofophie . L'Épître de M. du
Chofal à M. le Marquis de B ** , offre des
vers de fatire très bien tournés . M. du Chofal
perd fans doute un plaifir en abhorrang
Lucain , dont il parle ainfi :"
Non je veux être libre , & déjà le Deftin
M'affranchit du malheur d'imiter ce Lucain ,
64 MERCURE
Dont je hais la baffeffe & la plume vénale
Il encenfe Néron ; j'abhorre la Pharfale.
Mais nous rendrons peut être un ami à
Lucain , en citant M. de la Harpe à M. du
Chofal. Les élans d'une liberté républicaine,
que l'on remarque dans fon Poëme, -
doivent faire penfer qu'il n'avoit pas une
" ame vile , & que lorfqu'il fit de Néron
» cet éloge fi extravagant & fi odieux , qui
» eft à la tête de fa Pharfale , il étoit enivré
» des careffes du jeune Prince , qui devint
enfuite fon rival & fon affallin , mais
qui n'avoit encore montré que les ridi-
» cules d'un mauvais Poëte , & non l'atro-
» cité d'un Tyran «.
ود
L'Épître de Mine . Dufrenoi à fon coeur ,
rappelle la Satire de Boileau à fon efprit.
Lorfque Boileau parle à fon efprit , c'eft
toujours le langage de cet efprit même :
auffi certe Satire eft- elle un chef - d'oeuvre
de raillerie & de raifon . Mme. Dufrenoi ,
dans l'Épître à fon coeur , emploie des tournures
agréables , de la fenfibilité , de la fi
neffe , qualités qui convenoient à fon fujet,
& qui appartiennent à fon sèxe .
Les Rédacteurs paroiffent avoir oublié la
févérité qu'ils annoncent, en admettant und
Imitation de Pétrarque , une Fable Anacréontique
, le Bonnet de nuit , l'Huiffier av
lit de la mort , & quelques autres Pièces
mais on leur fait gré d'avoir choisi une Élé
DE FRANCE 65
1
gie de M. Legay , une Épître de M. de la
Pierre , exempte de jargon , & que nous citons
, parce qu'elle paroît être d'un trèsjeune
homme ; les Fables de M. le Bailly ,
un Conte de M. M... , & les vers de Mme.
de *** à fes Tablettes.
En terminant cet Article, nous obferverons
aux Rédacteurs de ce Recueil , que deux
de leurs Notices , l'une fur une Ode de M.
Grouvelle , l'autre fur les Métamorphofes de
M. de Saint-Ange, font d'un ton peu convenable
; qu'on n'a le droit d'être févère que
lorfqu'on eft jufte , & que s'il eft bien de
promettre l'impartialité la plus vraie , il
eft encore mieux de tenir parole.
( Cet Article eft de M. de B....
.66 MERCURE
4
CALENDRIER Mufical Univerfel , &c.
pour l'année 1788. A Paris, chez Prault,
Imprimeur du Roi , quai des Auguftins, à
l'Immortalité ; & chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du
Roule , No. 6. 1 vol. in- 12 . Prix, 36f.
Tour Ouvrage qui porte le titre d'Almanach
ou de Calendrier , femble fait pour
paroître & être oublié dans les huit premiers
jours de l'année. Si celui-ci étoit de
ce genre , notre annonce feroit un peu tardive
; mais les chofes curieufes qu'il contient
, véritablement intérellantes pour tous
ceux qui s'occupent de Mufique , le rendent
utile dans tous les temps de l'année ;
& en différant de le faire connoître , nòus
n'avons fait que le féparer d'une foule de
futilités éphémères avec lesquelles il ne mérite
pas d'être confondu.
En 1775, il parut pour la première
fois
un Ouvrage
fur un plan à peu près femblable
, quoique
beaucoup
moins
étendu . Il
eut du fuccès pendant
trois années
, & auroit
continué
d'en avoir , fi le même
Auteur
avoit
continué
de le faire , ou qu'il
l'eût été avec le même foin. Mais paffé dans
d'autres
mains , il perdit tous les avantages
,
& le Public en fut bientôt
dégoûté
. Un
DE FRANCE.
67
homine de Lettres , extrêmement au courant
de tout ce qui intéreffe la Mufique nationale
& étrangère , vient de s'en charger de
nouveau. Il n'a point été effrayé par le pré
jugé défavorable qui devoit exifter contre
cet Ouvrage. Convaincu de fon utilité, qui,
ainfi qu'il le dit lui- même dans fa Préface ,
lui a fait plus d'une fois défirer fon exiſtence,
ce motif la encouragé à s'en charger.
Il commence par un Calendrier , dans
lequel font marqués tous les jours de l'année
deftinés à des cérémonies religieufes
en Mufique , comme Meffes , Vêpres , Saluts
dans les Eglifes ; Concerts Spirituels , &c.
Toutes les perfonnes qui aiment à fuivre
les Organiftes , doivent être flattées d'être
averties d'avance des jours où elles peuvent
entendre les meilleurs. On rend compte
enfuite des nouvelles découvertes qui ont
été faites en Mufique dans l'année , foit relativement
à la théorie , foit pour l'invention
ou la perfection de quelques Inftirumens.
Un choix des Vers les plus agréables
qui aient été faits par des Muficiens ou à
propos de Mufique , répand une variété
agréable fur ce petit Ouvrage . L'Article de
Nécrologie , les Anecdotes qui fuivent , ne
font pas moins intéreffantes . Il y en a une
autre fur Abel, qui eft fort gaie.
L'Auteur rend compte enfuite de l'érar
des Spectacles Lyriques , & des Ouvrages
qu'on y a repréſentés , avec le jugement
68 MERCURE
qu'en ont porté les Journaux . Les petits Co
médiens de Beaujolois , qui prennent de
jour en jour plus de confiftance , y trouvent
auffi leur place ; mais ce qui doit intéreffer
le plus les Amateurs , c'eft d'y voir le détail
des Opéras Italiens repréſentés fur les différens
Théatres de l'Europe , comme Londres
, Pétersbourg , Vienne , & les principales
villes de l'Italie . Cet Article eft terminé
par une lifte des Ouvrages nouveaux
qui ont été mis en mufique par des Maîtres
Italiens , avec les noms des Auteurs & des
villes où ils ont été exécutés pendant les
années 1786 & 1787 .
On n'a pas oublié l'extrait de tous les
Livres écrits fur la Mufique , ni l'annonce
de toutes les Productions muficales , Article
intéreffant pour ceux qui font des Collections
de Mufique. L'Ouvrage eft terminé
par des liftes des Compofiteurs , des Profeffeurs
pour chaque Inftrument , des Mds, de
Mufique, Luthiers, Copiftes, Graveurs , &c.
L'Auteur follicite pour cette Nomenclature
labienveillance des Muficiens , qui font euxmêmes
intérellés à ce que leur adreffe foit
publiée avec exactitude. Il les invite à envoyer
leur demeure , dans le courant de
l'année , chez Leduc , au Magafin de Mufique
, rue du Roule , N° . 6. C'eſt à euxmêmes
à contribuer à la perfection d'un
Ouvrage entrepris pour eux , & qui , s'ils
ne fe refufent pas à cette attention légère
ne laiffera bientôt plus rien à défirer .
DE FRANCE. 69
REFLEXIONS fur la néceffité d'assurer l'amortif
fement des Dettes de l'Etat , ainfi que les reffources
néceffaires en temps de guerre , avec
l'indication des plus fûrs moyens d'y parvenir. ·
-
Mémoire expofitif & juſtificatif des Opérations
, Procédés & Formules propofés par le
projet d'Edit, qui a été rédigé dans les vûes &
Pefprit des Réflexions ci-deſſus ; en 144 pages ,
in-4° . Prix, 3 liv, broché. Se trouve à Paris ,
chez Defenne , Lib . , au Palais-Royal ; Moutard
, rue des Mathurins ; Viffe , rue de la
Harpe , près la rue Serpente ; Mlle. Amauri ,
au Palais - Marchand ; & à Versailles , cher'
Blaizot , Lib.
LES moyens de libérer les Nations dont la
dette eft devenue immenfe , font de ces fujets
qui demandent dans ceux qui les traitent , un fens
parfaitement droit , une expérience confommée ,
des connoiffances profondes.
Il paroît fur cette matière , & dans le moment
où il doit lui être accordé le plus d'attention
un Ouvrage que le feul intérêt public m'invite à
faire connoître. Ce font les réflexions d'un Jurifconfulte
( 1 ) ` que l'étude des hautes Sciences &
un grand nombre de connoiffances ont rendu
également propre à la défenfe des Citoyens &
aux objets les plus élevés de l'Adminiſtration . Cer
Ecrit lui donnera des droits éternels à la recon-
( 1 ) M, Lefparat , Avocat au Parlement de Paris,
70 MERCURE
noiffance de fon Pays. Les voeux qu'il excite , les
efpérances qu'il fait naître , la confiance qu'
infpire , font des fentimers que tous les bons
François font jaloux de faire pafler dans "ame
de leurs concitoyens . Cette afbition , qui fut
toujours la mienne , jaffic mes Ĉfort .
La dette de la France , de beaucoup plus foible
que celle de l'Angleterre , eft cependant
énorme. Son excès , ainfi que les effets , prouvent
la néceffité de chercher les moyens de la libérer.
Une dette qui doit pefer de plus en plus fur les
peuples , par le progrès des intérêts & par celui
des impôts , eft de toutes les maladies politiques ,
celle dont la guérifon intéreffe le plus les Gouvernemens
qui en font attaqués. Chez eux les
fruits de la terre , ainfi que les produits de l'induftrie
, vont fe perdre , au grand dommage de
la Nation , dans les mains de fes créanciers , qui
font communément les membres les plus oififs.
Le Prince n'a plus les moyens de protéger fon
peuple , de ranimer l'Agriculture , & d'encourager
les Arts . Le Corps Politique cft réduit à un
véritable état de langueur , & dans l'impuifance
d'affeoir les dépenfes d'une guerre devenue quelquefois
néceffairs , fes provinces feroient la proie
de fes rivaux , ceux-ci n'avoient pas à guérir
chez eux-mêmes des plaies fouvent plus profondes.
Dans des circonftances femblables , un Ecaivain
Anglois , Davenant , mettoit fous les yeux
de les compatriotes , il y a près d'un fiècle , le
devoir qui les obligeoit à propofer avec confiance,
& à exécuter avec courage , tout ce qui feroit falutaire
à la Patrie . Il les inviteit à chercher enfin
les moyens de donner à la Nation la certitude
qu'elle feroit liberée la première. Peu d'an
nées après la publication de fes Mémoires , FAngleterre
a créé le fonds d'amortiflement , qui eft
devenu la bafe la plus folide de fop crédit, &
DE FRANCE. 71
qui l'eût entièrement libérée , fi , à cette époque ,
les principes qui font les feuls véritables en cette
matière , avoient été mieux connus .
Chaque François aujourd'hui voit à fon Pays
les mêmes befoins. Ses rivaux en éprouvent de
plus grands encore ; & leur fituation garantit à
la France l'efpoir d'une libération plus prompte ,
lorfqu'elle aura la volonté de l'entreprendre. Le
Corps Politique, au même inftant, reprendroit toute
fa vigueur. Entre les grandes Nations , la France
verroit la première le retour des beaux jours :
comme Puiffance Militaire , elle auroit la fupériorité
par l'étendue des efforts dont elle feroit
capable. Comme Puiffance Commercante , elle
l'auroit encore ; les Nations ſes rivales n'auroient
pas pu diminuer dans la même proportion les
impôts qui affectent chez elles l'induftrie . Dèslors
elles ne pourroient pas même dans le commerce
, entrer avec elle en concurrence. Les ca
pitaux que l'amortiſſement général feroit rentrer
dans la circulation , iroient auffi-tôt dans les
provinces & dans les campagnes féconder les
germes naturels de la richeffe publique , en ranimant
l'induftrie du Cultivateur, du Manufacturier,
& du Commerçant ; jufque dans les marchés étrangers
, ils feroient régner fes Négocians par fe
taux de l'intérêt de fon argent. L'opulence géné
rale confirmeroit bientôt cette ancienne maxime
que là où l'intérêt eft bas , toutes les richeffes
abondent en quelque lieu que fe tranfporte le
Négociant, qui ne rend que trois pour cent des
fonds qu'il emprunte , il exclut celui qui doit
rendre fixpour cent des capitaux que fon coinmerce
emploie. Ces avantages font ceux que Davenant
promettoit à fa Nation , fi elle étoit libérée la première.
Mais , bien plus qu'à l'Angleterre , cette
ambition.convient à la France. J'invoquerai ici
Le témoignage d'un autre Ecrivain Anglois,
ya MERCURE
55
30
·
D-
>
non moins célèbre , & plus moderne , le Docteur
Smith. Dans une étendue prefque le triple de
» celle des trois Royaumes de l'Angleterre , la
» France , fituée fur deux mers , a une population
d'environ vingt - quatre millions d'habitans
» un fol meilleur , un climat plus propice , des
productions plus variées , une culture plus an-
» ciennement établie , une civilifation qui remonte
à des époques plus reculées , une quantité
plus grande de tout ce qui ne peut être
formé que par une longue fuite de fiècles ,
un plus grand nombre de villes confidérables
qui font la fource d'une confommation plus
» forte « ; enfin depuis Dunkerque , dans les Pays-
Bas , jufqu'à Antibes , en Provence , autant de
pores en activité que dans les trois Royaumes de
l'Angleterre. La différence eft donc toute entière
en faveur de la France : elle doit aux feules productions
de fon fol , l'affluence des Etrangers dans
fes ports ; & fi les capitaux que fa dette publique
abforbe , refluent jamais dans fon commerce
fes flottes iront encore chercher avec avantage
les productions étrangères qui auront été jufqu'à
cette époque l'aliment de la Marine Angloife.
Mais le tableau d'une telle profpérité ne laifferoit
que des regrets , après avoir excité des défirs ; fi
la Nation étoit fans moyens pour les accomplir.
Or ces moyens dans l'Ouvrage dont on rend
compte , font autant de principes démontrés.
Cet Ouvrage préfente deux parties parfaitement
diftinétcs. La première eft la théorie de l'amortiffement
des dettes publiques ; la feconde en eft
la pratique. Je fuivrai l'ordre que l'Auteur s'eft
lui-même preferit. Il commence par développer
les fuites effrayantes de l'accumulation progreffive
des dettes permanentes de l'Etat ; enfuite il
parcoure les époques où la libération des dettes
de la France à été tentée. Mais les Caiffes d'amortiffement
DE FRANCE. 73
mortiffement qui ont été créées jufqu à ce moment ,
ont toutes cu des bafes trop peu folides . Il en a
réfulté leur impuiffance abfolue à produire l'effet
qu'on devoit en attendre. Ce reproche n'eft pas
feulement fait aux Caifles d'amortiffement qui
ont été établies en France ; il s'adreffe également
à celle que les Anglois ont formée chez eux en
1716 ; la précaution qu'ils ont prise de ne confier
qu'au Parlement le foin de leur libération
a été trompée. Ce puiflant Protecteur de la fortune
publique a détourné de fa véritable deftination
le fonds qui devoit être un jour le falut
de l'Angleterre. Il a été employé aux dépenfes
extraordinaires de toutes les guerres ruincufes que
la Nation a voulu entreprendre ; » il en résulte
qu'aujourd'hui le peuple Anglois eft écrasé par
» une maffe énorme de dettes permanentes , dont
» il cft à peine en fon pouvoir d'acquitter feu-
» lement les intérêts annucls « : Grande leçon
donnée aux Nations , qui feront déformais convaincues
de la néceffité d'opérer l'amortifiement.
de leurs dettes , & d'aflurer la profpérité de leur
Gouvernement !
ככ
"Chaque fois qu'une Nation emprunte , elle fe
prépare pour l'avenir des embarras infiniment plus
cruels , fi elle conftitue des rentes permanentes
au lieu de rentes à temps ; celles- ci trouvent dans
la Loi même de leur conftitution la néceflité
impéricufe de leur entier amortiflement, La France
acquitte encore aujourd'hui des rentes conftituées ,
il y a plus de deux fiècles , fous le règne de Charles
IX. La conduite des villes du Brabant eft un
exemple bien digne d'être fuivi. Tous leurs cmprunts
font en rentes à temps , & accompagnés
d'impôts qui commencent & ceffent avec eux ,
après en avoir acquitté les arrérages & en avoir
remboursé les capitaux.
Cependant il eft un remède encore pour les
No,L. 8 Mars 1788 . D
74
MERCURE
ל כ
Nations qui n'ont point eu la même fageffe, » Il
» leur refte à s'interdire pour toujours les conf-
» titutions de rentes perpétuelles , & même à con-
» vertir , au gré des Rentiers , en rentes à
temps ,
» forcément rembourfables , toutes les rentes déjà
» conftituées , dont la charge feroit éternelle.
> En France , l'excès du mal a déjà néceffité ,
» du moins en partie , l'ufage de ce remède. Le
progrès des dettes permanentes , & le difcrédit
» dans lequel cette eſpèce de créance eft tombée ,
» ont forcé à ne plus ouvrir que des emprunts
» en rentes viagères , les feules dans lesquelles
33
on cût encore quelque confiance. Mais les em-
» prunts publics n'étant plus ouverts que dans
» cette forme , il en a refulté une concurrence
beaucoup moins grande des Prêteurs : ce qui a
» fait monter l'intérêt viager à un taux exor-
" bitant. Ces emprunts fe font trouvés forcément,
» fermés , d'abord pour ceux qui défiroient placer
» autrement qu'à fonds perdus , & enfuite pour
les Capitaliftes avancés en age qui n'y trou-
» voient pas un intérêt proportionné à la briéveté
» de leurs jours. Or ces deux claffes renferment
» les Capitaliftes les plus forts «c.
A ces inconvéniens , il en eft un dernier qu'il
convient d'ajouter. » Ces emprunts retirent de
» la circulation , des capitaux immenſes ; parce
» que les fonds qui font placés en viager ne
» peuvent fe négocier qu'avec une perte énorme,
» Or afin de parer à la fois aux inconvéniens
» des rentes perpétuelles dont il réfulte des charges
» permanentes , & à ceux des rentes viagères
» qui , dans la forme actuelle , diminuent la con-
>> currence des Capitaliſtes , on devoit ne plus
» offrir que deux efpèces de rentes , celles à vie
» & celles à temps fixe , mais mieux calculées & au
» choix des Prêteurs.
5)
Pour cet effet , il falloit , . déterminer
DE FRANCE. 75
ככ
"
» par des règles fùres , faciles & expéditives , la
jufte quotité de l'intérêt viager , fur une ou
» deux têtes , pour les différens âges , fuivant le
» taux de l'intérêt perpétuel , au cours du temps.
» 29. Déclarer ces fortes de rentes tranfpor-
» tables fur des têtes de même âge , & même
» converfibles en rentes à temps fixe , à la réquifition
des Rentiers , felon leur âge au temps.
de la converfion , fous la condition , d'une fur-
» vie de quelques mois , & en faifant payer une
» indemnité convenable pour les rifques auxquels
» ils auroient été préfumés avoir l'intention de fe
» fouftraire par ces converfions ou ces tranſports.
3º. Déterminer , par des méthodes égale-
» ment sûres & expéditives , la vraie quotité des
⚫ rentes à temps fixe , fuivant leurs différentes
durées , & à raiſon du taux de l'intérêt au
» cours des conftitutions.
"
"3
03
כ כ
» 4. Laifler aux Prêteurs la liberté de placer leur
capital , foit en rente viagère fur une ou fur.
» deux têtes de tous âges , foit en rente à temps.
fixe , de telle durée qu'ils auroient jugé à propos
, de manière cependant que la fomme to-
» tale des arrérages de leurs rentes à temps
» n'auroit jamais pu excéder le double de leur
capital , & encore de manière que leur revenu
» annuel n'eût jamais été de plus du double de
» l'intérêt perpétuel qu'il devoit éteindre.
35
ככ
ככ
fixe
5. Pour les Prêteurs qui auroient préféré.
» la rentrée de leur capital en un feul payement ,
» laiſer la faculté de déléguer au Caiffier des
amortiffemens , fous la garantie de l'Etat , les
» rentes à temps fixe qui leur auroient été confti-
» tuées ; à la charge par celui - ci , de les rembourfer
en une feule fois , dans le cours de la
» révolution de leur rente & de leur en payer
» l'intérêt , tous les ans jufqu'au remboursement.
» 6º. Et enfin , dans le cas des conftitutions de
2
D 2
76
MERCURE
» rentes à temps fixe , laiffer aux Prêteurs l'op-
» tion d'une reconnoiffance au Portear , ou d'un
» contrat dans la forme ordinaire .
» Si tous ces emprunts avoient été faits de cette
» manière , on auroit ceflé d'augmenter la maffe
» des dettes permanentes de l'Etat ; & les nou-
» veaux fonds qu'il a fallu faire pour le payement
כ
des arrérages annuels de chaque nouvel em-
" prant , feroient devenus , avec le temps , difro-
→ nibles Four la totalité ; ils l'auroient même été
plus tôt que ceux qui ont été faits Four les
rentes viagères de toute efpèce , qui ont été créées
jufqu'à préfent ; & par conféquent` on auroit
pu préparer pour des époques bien plus rappro
chées , l'amortiflement général des charges de
» l'Etat.
"
» Il convient donc de tenter aujourd'hui , pour
la totalité des dettes permanentes , ce qu'il eût
» fallu exécuter dès l'origine pour chaque cm-
» prunt. On trouveroit dans cette opération l'a-
» vantage précieux & inefpéré d'affurer non fcu-
» lement des reffources pour toutes les guerres
qui pourront furvenir , mais encore de faire en
» temps de paix des améliorations trè intéreflantes
pour la profpérité publique . Il feroit même
poffible de décharger le peuple de la totalité
» des impôts les plus onéreux. Ce feroit l'effet
» infaillible d'une opération qui rendroit difpo-
כ כ
nible , avec le temps , un revenu de plus de
» deux cent millions , deftiné , quant à préfent , au
» feul payement des arrérages perpétuels & viagers
de la dette publique.
Mais il faudroit aux Nations obérées une paix
» éternelle pour affurer leur libération fans em
ployer aucun autre moyen ; & l'expérience du
paffé a malheureuſement démontré, que fur 21
années , on doit à peine compter 14 ans de paix
contre 7 de guerre. Ainfi les peuples que leur
25
DE FRANCE. ·77
ל כ
53
53
rang oblige d'entrer dans toutes les divifions
qui agitent l'Europe , font dans la néceflité de
50 mettre en- réferve , pendant chaque année de
paix , le tiers des dépenfes extraordinaires d'une
année de guerre. En France , où cet extraordinaire
eft d'environ 180 millions, il faudroit donc,
pendant chaque année de paix , une réserve d'environ
60 millions . Mais cette précaution em-
» pêcheroit feulement que la première guerre n'ajoutât
de nouvelles dettes aux anciennes ; &
pour amortir les charges qui lui font restées
des guerres précédentes , il faudroit à la France
» un effort plus confidérable , qui eft cependant
» en fon pouvoir : elle a de grands avantages
55 pour fe procurer tout enfemble l'équivalent de
» cette référve , & l'amortiffement de fes anciennes
dettes . Il s'éteint chez elle tous les ans
» pour environ douze cent mille livres de rentes
viagères ; ainfi chaque année elle acquiert un re-
» venu diſponible de 1,200,000 livres , qui feroit
» aliéné en cas de guerre , pour un capital de
24 millions au denier vingt ; l'accroiflement
fucceffif du numéraire , & celui de l'induftrie ,
» procurent en outre chaque année , dans le revenu
public , une augmentation de deux millions
«. L'Auteur en fait entrer la moitié dans la
réferve de l'extraordinaire des guerres. Or cette
moitié fuppofée d'un million , feroit aliénée
encore dans les mêmes circonftances , pour un
autre capital de 20 millions. Ces deux objets
réunis font déjà l'équivalent d'une réferve de
millions tous les ans ; il ne faut plus ajouter
qu'environ 20 millions chaque année pour compléter
le fonds de la première guerre.
ככ
44
Mais en fe renfermant dans cette feule précaution
, la France ne feroit que fe maintenir dans le
même état ; » l'économie que la paix procureroit ,
» feroit un jour abfcrbée par les dépenfes de la
Ꭰ ;
8
MERCURE
» guerre. Si donc la Nation vouloit affurer l'as -
» mortiffement de fes dettes, & en même temps
» l'extraordinaire de fes dépenfes pour les années
de guerre , il faudroit qu'elle porrât à 30 mil-
» lions au moins , au lieu de 20 millions , l'ext
cédant de la réferve annuelle «<.
L'Auteur ne diffimule cependant pas que les
extinctions viagères , Paccroiffement fucceffif du
revenu public , & une réferve annuelle de 30
millions , ne produiroient aucune amélioration ;
» fi , après avoir fixé les époques des divers rembourfemens
, l'Etat n'étoit point obligé à leur
* exécution , auffi ftrictement qu'il l'eft déjà au
payement des arrérages , afin qu'il foit impoffible
aux Adminiftrateurs publics qui doivent fe
fuccéder , d'en arrêter le cours «<.
L'Auteur affure l'exécution de ces rembourfemens
, lorfqu'il demande qu'il ne foit plus créé
de rentes perpétuelles , & que toutes celles qui
exiftent foient converties au gré des Rentiers , en
annuités viagères , ou à temps fixe ; parce qu'a
lors l'Etat feroit obligé envers chaque Créan-
» cier , par des contrats en forme , & non par
des Edits auxquels il est toujours facile de déroger.
A l'inftant où ce plan feroit adopté , la
Nation auroit la certitude de voir l'amortiffement
général s'accomplir , & cette conviction
donneroit au crédit public toute l'extenfion dont
» il eft fufceptible. Le taux de l'intérêt baifferoit
" naturellement , & procureroit , dans le fonds
ود
annuel d'amortiffement , une augmentation qui
» fuffiroit feule pour produire les plus grands ef-
30 fets. Une reffource de cette nature à fait , en
22 1716 , le fonds principal & prefque unique de
l'Angleterre , fi utile à cette Nation , tant
» qu'elle n'en a point abufé. Le fonds d'amortiffement
de la Hollande en 1655 , & celui de
'Frat Eccléfiaftique en 1685 , fe font formés de
ככ
DE FRANCE. 19
a.
» la même manière « La France a dans fes
mains les moyens de fe procurer tous ces avantages.
Elle ouvrira fans doute les yeux fur
l'expérience heureufe que l'Angleterre en
faite depuis 1623 que l'intérêt étoit chez elle
à dix pour cent. Les noms des Citoyens qui
ont démontré la néceffité de ces opérations.
Thomas Culpeper , Jofias Child , J. Bernard , y
font à jamais glorieux & chers. En France , l'Auteur
qui a le premier indiqué , dans l'Ouvrage
dont on rend compte , les moyens d'obtenir les
mêmes fuccès , n'a pas de moindres droits à notre
reconnoiffance.
>
,
La feconde Partie démontre les méthodes , explique
les formules , & confirme par des exemples
le calcul , foit des rentes viagères fur une ou
fur deux têtes , foit de celles à temps fixe ,
quels que foient le taux de l'intérêt , la durée
de la rente , & l'ordre des payemens . On y trouve
des modèles pour la converfion des rentes via
gères en annuités à temps fixe. Les formules que
Auteur employe ne font il eft vrai , que des
approximations ; mais elles ont toute la précision
qui eft néceffaire dans les opérations du commerce
& de la finance. L'intelligence de fes méthodes
ne demande aucun effort ; leur ufage eft à la
portée des plus foibles Arithméticiens ; leur fimplicité
, ainfi que leur fécondité , étonneront ceux
mêmes qui font initiés dans les plus hautes Ma
thématiques. Les matières qui y font traitées , &
les méthodes qu'il renferme , feront donc regarder
cet Ouvrage comme un véritable Manuel de
finance tranfcendante.
Mais le plan de liquidation que la première
Partie renferme , fera - t - il adopté en France ,
où il faudroit pour fon exécution un excédant
de revenu de trente millions ? La difficulté de
fe le procurer actuellement ne doit point être un
D 4
89 MERCURE
obftacle , parce qu'aujourd'hui ctte difficulté
peut être vaincue , & que plus tard le mal pourroit
ne plus avoir de remède. La première guerre
occafionnera une dépenfe extraordinaire de 180
millions au moins par année , ou de 12 à 13 cents
millions en 6 ou 7 ans. Alors il faudra trouver
un excédant de revenu de près de 100 millions ,
uniquement deftiné à maintenir la balance , &
acquitter , fans effoir d'amélioration , les emprunts
de toure cfpèce qu'il aura faliu ouvrir à des taux
exceffifs , foit en viager , foit forme de loterie .
par
Au lieu qu'aujourd'hui l'effort infiniment moindre ,
qui porteroit à 30 millons l'excédant des revenus
, aflureroit dès à préfent , outre la libération
publique , les moyens encore de foutenir toutes
les guerres qui feront néceffaires , fans qu'il en réfultat
jamais de nouvelles furcharges.
Elle a
L'Angleterre , qui s'impofé elle-même , étonne
aujourd'hui l'Europe par l'énormité des fubfides
auxquels elle s'eft d'elle - même foumife. Elle a
employé le feul remède qui dût fermer les plaies
qui lui font reflécs de la dernière guerre.
de nouveau confirmé cette maxime de Bacon fon
Chancelier : Les fubfides volontaires n'épuifentjamais
une Nation , parce qu'à défaut de force , il
lui refte du courage. Cependant il vient auffi, dans
les Monarchies , un moment où le Ministère eft
enfin contraint de demander à la Nation des efforts
plus puiffans , après avoir épuisé toutes les
reffources que l'économie & la réforme des abus
pouvoient lui offrir. Alors il en obtient des actes
de courage , parce que les moyens des peuples font
autres , felon qu'il faut fatisfaire les caprices d'un
Miniftre déprédateur , ou feconder les voeux d'un
Prince jaloux de fonder far des bafes folides la
profpérité de fon royaume ; & depuis que d'excellens
Ouvrages ont inftruit la France de la véritable
pofition , fi les François n'avoient pas pris
DE FRANCE.. 8t
les fentimens que leur fituation exige , il feroit
arrivé dans ce Royaume le contraire de ce qu'on
a vu dans tant d'autres pays , où les vertus patriotiques
font néés des écrits qui en ont fans ceffe parlé
Le langage.
Cet Article nous a été envoyé par M. DE LA
ROCQUE , Valet de Chambre de la Reine , Auteur
de la Caiffe des Epargnes du peuple ( 1 ).
( Note de l'Auteur. ) L'humanité s'eft intéreffée
au fuccès de cet Ouvrage , & ,fon exécution cft
enfin accordée aux voeux des malheureux.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Vendredi 21 Février , on a repréfenté
pour la première fois l'Optimiste ou
l'Homme content de tout , Comédie en cinq
Actes & en vers , par M. Collin d'Harleville .
M. de Prinville doit à la Nature un caractère
heureux , fans doute , & qui fait
exception à tous les autres. Il penfe , & il
fe l'eft perfuadé par une longue habitude ,
qu'il y a très -peu de mal fur la terre , &
que , le plus fouvent , tout y eft bien . Il eſt
fur-tour très-content de fon fort. Il habite
( 1 ) Imprimé chez Didot jeune , en 1786 .
DS
82 . MERCURE
1
la Touraine , où il a une terre , & , felon lui ,
la Touraine eft le plus beau pays du monde
comme fon château eft le plus beau château
du Royaume. H a une femme dure ,
acariâtre , impérieufe ; il trouve qu'elle a du
caractère , & il ne Fen aime pas moins.
Un orage éclate ; il ne confidère point le
danger , & s'occupe avec ivreffe du beau
fpectacle qui en réfulte. On vient lui dire
que le tonnerre eft tombé fur fa grange &
qu'il y a mis le feu ; il s'en confole parce
qu'il auroit pu tomber fur le château. Il a
une fille charmante qu'il s'eft propofé de
marier à M. de Morinval, fon ami , homme
d'un caractère abfolument oppofé au fien ,
qui n'eſt content de rien , qui ne croit pas
au bonheur ; & quoique fa fille n'aime
point Morinval , il s'obtine à croire qu'elle
l'adore , par tendreffe pour l'une & par amiié
pour l'autre. Il réfléchit avec complaifance
fur les avantages de fa deftinée : Je
fuis , dit-il 2
Je fuis homme
Européen , François , Tourangeau , Gentilhomme ;
Je pouvois naître Turc , Limousin !
Il fe reproche non feulement de contrarier
Morinval dans fes idées , mais prefque de
le plaindre , parce que peut-être il aime le
chagrin.
Voilà quelques-uns des traits qui carac
terifent FOptimifme de M. de Prinville ;
voyons comment ce perfonnage eſt mis en
DE FRANCE. 83
jeu par les fituations un peu importantes
dans lefquelles M. Collin l'a placé.
,
Tandis que Prinville deftinoit fa fille
Angélique à devenir la femme de Morinval
, le hafard a conduit dans fa terre un
jeune homme qu'on appelle Belfort. Comme
une des habitudes de ce bonhomme eft de
croire aux honnêtes gens , il reçoit Belfort
avec intérêt , le retient au château , l'attache
à fa perfonne en qualité de Secrétaire
trouve bon qu'il apprenne à fa fille la Langue
Angloife , fans prendre aucune information
fur ce qu'il eft ou fur ce qu'il n'eft pas. Le
Maître devient bientôt amoureux de fon
Ecolière , à laquelle il infpire une paffion
auffi vive que celle qu'il éprouve . Egalement
timides & délicats , les deux jeunes
gens gardent le plus profond filence für
la pofition de leur coeur ; mais Madame de
Rozelle , nièce de M. de Prinville , a deviné
en partie leur fecret ; elle fait parler Rofe ,
jeune perfonne élevée auprès d'Angélique ,
& qu'elle croit dans fa confidence : enfin ,
par des piéges adroits , elle force Belfort
à lui dévoiler tout le mystère. Elle apprend
qu'il aime fa coufine , qu'il s'appelle
Dormeuil , qu'il eft fils d'un Maréchal de
Camp , homme qui a bien fervi le Roi , &
que la pallion du jeu a ruiné fans reffource ;
que , contraint a quitter l'état militaire qu'il
avoit embraffe , il à changé de nom par
pudeur, & qu'il cherchoit les moyens d'exifter
honnêtement , quand les circonftances
D 6
$4
MERCURE
l'ont rapproché de M. de Prinville & d'An
gélique. Madame de Fozelle voudroit poùvoir
fervir Belfort ; mais elle fent combien
d'obftacles s'oppofent à fon bonheur ; cependant
elle conçoit quelque eſpérance de
fuccès , & c'eft dans un événement malheureux
qu'elle la trouve. M. de Prinville
a laiffé à Paris une femme de cent mille
écus , entre les mains d'un M. Dorval , fon
ami , qu'il croit un honnête homme &
dont il ne redoute rien , quoiqu'il foit
joueur , parce que , dit-il , il est heureux au
jeu. Ce M. Dorval a joué , il a perdu une
fomme de fix cent mille livres , où les cent
mille écus de Prinville font pour moitié.
On en apprend la nouvelle. Madame de
Prinville éclate : Prinville fait fes réflexions ;
on n'a pas befoin d'une grande fortune
d'un nombreux domeftique , de recevoir
beaucoup de monde pour être heureux ;
il fera des fuppreffions , des économies ,
vivra pour la famille & pour fes amis :
mais la femme ne veut pas refter en Touraine
, elle veut vendre la terre , & aller
vivre à Paris. Prinville croit que les idées
fur lefquelles fa femme appuie fa réfolution
peuvent être juftes ; il fe foumet. Angélique
efpère qu'au moins la perte de la
fortune de fon père dégoûtera M. de Morinval
de fon hymen ; Prinville s'y attend,
& il fe réfigne. Morinval , dont le caractère
inquiet & mécontent fe développe dans
chacune des scènes où il paroît ; fe difpofoit
DE FRANCE.
en effet à renoncer à la main d'Angélique ,
quand il vient à connoître le malheur de fon
ami, & prend la ferme réfolution de devenir
fon gendre , par la raifon même qu'il n'eſt
plus heureux. Cet incident détermine Belfort
à quitter le château ; il va fuir , lorſqu'un
courrier lui remet , devant Madame de Ro
zelle , une lettre de fon père qui l'attend ,
fans délai , à la poſte voiſine, & qui fupplie
cette même Dame , qu'il connoît depuis
long - temps , de s'y rendre avec lui . Mamade
de Rozelle s'y rend en effet avec
Belfort. Pendant ce temps -là , Angélique
a déclaré à Morinval qu'elle ne l'aime
point ; elle a fait le même aveu à fon père.
Celui- ci eft très embarraffé , car il ne veut
pas que fa fille foit malheureufe : Morinval
le tire fur le champ d'embarras ; il fait qu'il
n'eſt point aimé , mais il fait auffi qu'un autre
afu plaire , que c'eft Belfort qu'on aime ;
& comme ce jeune homme eft fans fortune ,
Morinval propofe de lui donner la terre pour
dot , fi Prinville confent à fon union avec
Angélique . L'excellent homme eft ivre de
joie, pénétré de reconnoiffance , émerveillé
de la générofité de fon ami : Eh ! quoi ,
s'écrie- t-il ,
Eh quoi ! mon cher ami , vous faites des heureux ,
Et vous doutez encor fi vous l'êtes vous-même !
Il fort tranfporté pour apprendre cet évènement
à fa femme ; mais bientôt il revient
affligé , & convenant tout haut qu'un homme
St
MERCURE
peut fe chagriner une fois dansfa vie, Madame
de Prinville ne veut pas accepter Belfort
pour gendre ; c'eft , dit- elle , un aventurier
, un homme fans nom. Les propofitions
avantageufes de Morinval ne lui font
point changer de façon de penfer , elle
les refufe , & Morinval fe retire plein d'humeur
, en demandant s'il peut croire que
tout eft bien , quand on refufe par opiniâtreté
la fortune dont il faifoit de grand
coeur le facrifice au plaifir de faire des heureux.
La fituation de Prinville eft vraiment
cruelle dans cette circonftance ; mais l'Auteur
, qui n'a pas voulu qu'il eût - tort , &
qui d'ailleurs a eu raifon de ne pas dévouer
un homme auffi intéreffant que Prinville ;
à une affliction profonde & durable , ne
ly laiffe pas long - temps. Meffieurs Dormeuil
père & fils paroiffent avec Madame
de Rozelle . Le premier déclare qu'il
fe préfente pour acheter la terre de Prinville
; il fe fait connoître , il avoue qu'il
s'étoit ruiné au jeu & qu'il vient de réparer
toutes fes pertes en y gagnant fix cent
mille livres à un joueur appelé Dorval , ce
que l'on a déjà appris , en partie , par
la
lettre qu'il a écrite à fon fils. Mais c'est
notre bien que vous avez gagné ? obſerve ,
Madame de Prinville. Eh bien , reprend le
Maréchal- de Camp , j'achète votre terre cent
mille écus , l'argent fera pour vous & la
terre pour votre fille , fi vous confentez
l'unir à mon fils. Angélique treffaille , elle
&
DE FRANCE. 87
ле ne fait pas que Dormeuil le fils n'eft autre
que Belfort , elle l'apprend avec joie ; Madame
de Prinville confent à tout ; la gaîté
& le bonheur rentrent dans l'ame de l'Op
timiſte , qui récapitule tout ce qui lui eft
arrivé dans la journée , qui s'écrie plaifamment
:
Et fans avoir joué , moi , je prends ma revanche ;
qui regrette que Morinval ne foit plus là ,
pour être témoin de fon bonheur , & qui
conclet enfin de tous les évènemens qu'il
a récapitulés , qu'il a raifon de dire que
tout est bien.
焦
J:
Si l'Optimifte n'eft pas un caractère idéal,
c'eft au moins un caractère très-ráre , &
que l'on ne rencontre guère dans la fociété.
Comment en effet fe convaincre
que tout eft bien , quand , outre les maux
phyfiques attachés à la pauvre humanité,
on eft fans ceffe contrarié , affligé , déſeſpéré
dans les affections les plus chères
dans l'amitié , dans l'amour , dans les fentimens
qui tiennent le plus au bonheur
quand on eft pourfuivi par la całomnie ,
accablé par le crédit , par l'abus du pou+
voir , tourmenté par les caractères difficil
les ou malveillans dont on eft entouré
trahi dans fa confiance , & ruiné par des
banqueroutes ? Cette exiftence , qui eft , du
plus au moins , celle de tous les hommes
réunis en corps civils , eft plus capable de
faire des Mifanthropes que des Optimistes ,
+
"
88 MERCURE
& s'il eft plus heureux de s'accoutumer
à tout voir en bien qu'à tout voir en
mal , il nous femble que cette habitude
amène auffi de grands inconvéniens ; qu'elle
conduit à la négligence , à la légèreté , à
l'infouciance , défauts qui peuvent entraîner
la ruine de celui qui s'y livre ,
comme celle de toutes les perfonnes dont le
fort eft attaché au fien. Un homine qui a de
la raifon, du fens , de la philofophie, ne croit
pas que tout eft bien ( 1 ) , il ne croit pas
non plus que tout eft mal ; il fait que
l'un et compenfé par l'autre , il fouffe
avec patience , il jouit avec plaifir : ennemi
des vices fans en être le frondeur ,
ami de la vertu fans en être pallivement le
martyr , il ne perd pas fon temps & fa
logique à combattre ou à foutenir des
idées vagues ou métaphyfiques ; il eſt vertueux
& raifonnable , & n'eft point Zénonite
, Mifanthrope , ni Optimifte. L'Optimifme
n'eft qu'un fyftême brillant élevé par
des Sophiftes , & contre lequel l'évidence
dépofe tous les jours. Il n'eft pourtant pas
impoffible que ce fyftême , qui alors cefferoit
d'en être un , foit une idée innée &
propre à un caractère par exception ; mais
( 1 ) Leibnitz dit que tout eft au mieux poffible ;
eft-ce- la dire que tout est bien ? Une épidémie enlève
80,000 hommes fur 100,000 ; les 20,000 reftans
font pour le mieux poffible ; mais ce mieux poffible
me prouve que tout n'eft pas bien.
DE FRANCE. 89
cette idée ne peut naître , fe développer
& s'accroître que chez un homme doux ,
fenfible , bon , généreux ,, compatiffant ,
dévoré de l'amour du bien & de l'humanité
, & M. de Prinville à ce caractère .
Une des créatures les plus excellentes qui
ait habité la terre , a été , fans contredit ,
l'illuftre Fénelon , Archevêque de Cambrai .
Il avoit , au fuprême degré , toutes les qualités
que nous venons de détailler . Il y
joignoit une piété vive , un grand amour &
une grande confiance dans la Divinité . Autli
eft- ce dans cette ame fi bonne , fi délicate ,
fi fufceptible de toutes les impreflions nobles
, honnêtes & douces , que le fyftême
du Quiétifme s'eft trouvé établi , non pas
comme un fyftême , mais comme une idée
innée , comme un fentiment qui lui étoit
naturel , & dont il avoit befoin pour être
heureux. Si l'on y veut bien réfléchir , ce
fyftême étoit à la Théologie ce que l'Optimifme
eft à la Morale ; & il a encouru
les cenfures eccléfiaftiques , non pas parce
qu'on le croyoit dangereux dans un caractère
( 1 ) Il ne faut pas confondre le Quiétisme de
Fénélon avec celui que le Prêtre la Combe avoit
adopté d'après les idées de Molinos . Le Quiétifine
de l'Archevêque de Cambray confiftoit en un repos
entier de l'ame für la droiture de fes intentions ,
& fur les décrets immuables d'un Dieu juſte , bon
& miféricordieux . Celui de Molinos alloit beaucoup
plus loin , & pouvoit fervir d'excufe aux crreurs de
tous les genres.
no MERGURE
tel que celui de Fénélon , mais parce qu'il
devoit néceffairement être adopté par des
ames imbues de fentimens très étrangers
à celle de l'Archevêque de Cambrai , &
qu'il en pouvoit réfulter de très - grands
abus. Nous croyons que ceux qui peuvent
naître de l'Optimisme érigé en règle de conduite
, ne feroient pas moins dangereux
que ceux du Quiétifme érigé en principe.
théologique mais nous fommes éloignés
de penfer que M. Collin doive encourir les
cenfures philofophiques pour un ſentiment
qui honore fon ame, & qu'il a plutôt apperçu
dans les combinaifons dramatiques qui lui
étoient néceffaires , qu'il ne l'a examiné
avec les lumières de fa raifon. On lui doit
beaucoup d'éloges pour l'art & l'adreffe
qu'il a employés à rendre vraisemblable &
intéreffant un caractère dont on peut contefter
la vérité, Il eft difficile de trouver
un homme plus aimable & dont on défirât
plus d'être aimé , que M. de Prinville ;
mais on eft faché de le voir quelquefois
répondre très - foiblement aux difcours du
mécontent Morinval , qui a fouvent raiſon
contre lui ; on fouffre de voir fon fort
attaché à celui d'une femme que l'on pourroit
appeler méchante , & qui femble fe
faire un jeu de le tourmenter tandis
-qu'elle ne devroit avoir qu'un caractère
contrariant & difficile. C'étoit une inten
tion très heureufe & très - comique que
celle de faire contrafter le tempérament
-
›
DE FRANCE 9X
tranquille du mari , & le tempérament
bilieux de la femme ; c'étoit une imitation
adroite & détournée de Molière , qui rend
un Mifanthrope amoureux d'une Coquette ;
mais il auroit fallu que M. Collin imita
en tout fon modèle , & qu'il ne chargeât
pas trop le contrafte. M. Collin a montré
bien plus d'adreffe en préfentant fon perfonnage
heureux pendant trois Actes , pour
mettre enfuite fa conftance à l'épreuve ,
pour l'affliger un inftant , & pour le rendre
enfin à fon fyftême , à fes idées ,
fes jouillances , à fa chimère , fi l'on veut,
avec plus d'énergie & d'abandon que jamais.
C'eft- là établir , développer & fuivre
un caractère jufqu'à la fin , comme il a
été conçu & expofé. Le retour de M. de
Prinville vers le bonheur, fait d'autant plus
de plaifir au dénouement , qu'on le rap
pelle de lui avoir entendu dire :
Il faut plaindre celui qui jamais ne s'afflige ,
Il n'a pas le bonheur de fe voir confolé.
à
Et il n'y a qu'un homme né pour obte
nir de juftes & de longs fuccès , qui fachę
appercevoir & faifir ces rapprochemens
qui tiennent à la connoiffance & au fentiment
de l'Art Dramatique.
L'action de l'Optimiste eft mieux intri
guée que celle de l'Inconftant , Comédie du
même Auteur ; elle a une marche mieux
fuivie , plus de liaifon & d'intérêt mais
elle languit un peu dans les trois premiers
92 MERCURE
Actes , qui vivent plutôt par les détails que
par le concours des incidens. Le dénouement
, quoique préparé par les aveux que
fait Belfort à Madame de Rozelle au commencement
du fecond Acte , eft un peu
forcé. L'arrivée fubite de M. Dormeuil le
Maréchal de Camp, rappelle beaucoup celle
du vieillard Anfelme , au cinquième Acté
de l'Avare ; & fi l'on a condamné ce dénouement
chez Molière , il n'eft pas probable
qu'on l'approuve chez M. Collin
quoiqu'il ne foit pas aufli romanefque dans
l'Optimiste que dans l'Avare : d'ailleurs ce
dénouement inftruit quelques perfonnages
de ce que tous les Spectateurs favent déjà,
& cela feul le rendroit défectueux & foible.
Toutes ces obfervations ne nous empêcheront
pas d'avouer que l'Optimiste eft un
Ouvrage plein de mérite & qui annonce
un grand talent que le ftyle en eft pur &
bon , la morale douce & intéreffante , le
dialogue vrai , vif & ferré , le principal caractère
bien deffiné , bien développé , bien
fuivi , bien conftant avec lui-même ; que
M. Collin a dans l'efprit & dans l'imagination
des reffources dont peu d'Auteurs
pourroient donner des preuves auffi brillantes
& auffi nombreuſes ; enfin , que cet
Ecrivain doit être confidéré comme un
digne imitateur des premiers Auteurs comiques
de la Scène Françoife.
La Pièce , fort bien jouée dans fon enfemble
, doit une grande partie de fon effet
DE FRANCE.
93
an jeu vrai , naturel , aimable & fenti de
M. Molé dans le rôle de l'Optimiste ; cet
Acteur y eft vraiment admirable . Mlle .
Joly a mérité des applaudiffemens dans le
petit rôle de Roſe , perſonnage naïf & ingénu
, abfolument étranger à l'emploi des
Soubrettes , & qu'elle a rendu avec grace :
Le rôle très -paflif de Morinval a été auffi
fort bien joué par M. Vanhove. Ce perfonnage
n'a de vigueur qu'au troisième
Acte , c'eft là qu'il eft remarquable par la
chaleur avec laquelle il tonne contre les
abus & contre le mal qu'il voit par-tout :
c'est là qu'il dit ces deux vers qui ont été
applaudis avec tranfport , & que tout le
monde a retenus :
On ne fait ce que c'cft que de payer les dettes ,
Et de ſa bienfaiſance on remplit les Gazettes.
ANNONCES ET NOTICES.
ONN vient de mettre en vente à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , N°. 18 .
De l'Importance des opinions religieufes ; par
M. Necker ; Volume in- 8 ° . de plus de 500 pag.
Prix , 5 liv. broché.
Le même en papier fin , 6 liv . br ,
Le Tome IXe. & dernier de Hiftoire Naturelle
des Minéraux , contenant le Traité fur - l'Aimant ,
& de fes ufages ; par M. de Buffon ; in - 12 . Prix ,
3- liy. blanc ou broché , 3 liv, 10 f. relié,
94 MERCURE
MAPPE-MONDE & les quatre parties du
Monde , comprenant 1'EUROPE , l'ASIE , l'AFRIQUE
& l'AMÉRIQUE , de deuxfeuilles , coloriées à la
Hollandoife, 16 liv. chacune ; coloriées , coupées
& collées fur toile , avec leur étui . Prix du tout
48 liv. A Paris , chez Crépy, rue Saint-Jacques ,
No. 252.
Ces Cartes , qui ont été accueillies favorablement
du Public , doivent leur exécution à M.
Moithey , Ingenieur-Géographe du Roi , qui les
a projetées , particulièrement pour l'étude de la
Geographie & la lecture des Journaux & voyages
faits dans l'un & l'autre hémisphère.
Las Illuftres Modernes ; 4c. & fc. Livraiſons.
Prix , 12 liv. chaque Cahier in - folio. A Paris
chez Moureau , Lib. , quai des Auguftins , No. 24.
Cet Ouvrage , enrichi de cent dix Portraits ,
eft diftribué en dix Livraifons , dont il en paroît
une le Lundi de chaque femaine. Les deux Livraiſons
que nous annonçons contiennent les Portraits
de MAIRAN , RABELAIS , GILBERT DE
VOISIN , le Chancelier d'AGUESSEAU , de La
CHAMBRE, SERVANDONI , Louis RACINE, LOUISPHILIPPE
, Duc d'Orléans , Jérôme FRANK ,
MASSILLON , CLÉMENT XI , Jeanne GRAY ,
LUTHER , l'Abbé NOLLET , l'Abbé de ST CYRAN ,
MOLINA , CHEVERT, le Maréchal de LOWENDAL ,
Charles BORROMÉE , & Henri de SPONDE.
HISTOIRE de la Grèce , repréſentée par Figures
, accompagnée d'an Précis hiftorique ; par M.
P. Silvain Maréchal ; pour laquelle on foufcrit à
Paris , chez Mixelle , rue Chriftine , la première
porte cochère à droite par la rue Dauphine ; &
chez Cailleau , Imp. Lib. , rue Galande.
C
Il paroît trois Livraiſons où Cahiers de cette
intéresante Collection. Chaque Cahier in-4°. eft
DE FRANCE.
95
compofé de 4 Eftampes , imprimé fur beau colombier
, en noir ou colorié , avec le texte fur
papier fin d'Angoulême ; les Eftampes fur vélin
coloriées , & le texte fur Annonay fatiné , 6 liv.
Les Précis hiftoriques nous ont paru fort bien
faits ; & les Eftampes ont le mérite d'un bon bu
rin & d'une heureuſe compofition .
LES Etourdis , ou le Mort fuppofé , Comédie
en 3 Actes en vers , repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi ,
lesVendredi 14 Décembre 1787 ; & à Verſailles ,
devant Leurs Majeftés , le 11 Janvier 1788. Prix ,
Bof. A Paris , chez Bailly , Lib. , rue S. Honoré ,
vis-à-vis la Barrière des Sergens.
Cette Pièce , qui eft facilement & ingénieufe
ment écrite , a joui d'un fuccès mérité. Il y a
beaucoup de gaîté , & des fituations dramatiques.
Elle annonce un véritable talent pour la Comédie.
AVANTAGES des Caiſſes établies en faveur
des Veuves dans plufieurs Gouvernemens , & démonftration
de leurs calculs ; par l'Auteur de la
Caiffe des épargnes du Peuple. A Paris , chez Didot
jeune, & Royez, Lib. , quai des Auguftins ; Bailly,
rue S. Honoré ; Defenne & Hardouin , au Palais-
Royal.
PETITE Bibliothèque des Théatres. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Brunet ,
Lib. , rue de Marivaux , place du Théatre Italien.
Le fuccès de cette Collection eft auffi conftant
que mérité. La rédaction a toujours le mérite de
beaucoup de recherches faites avec foin . Ce dernier
Volume eft le 16e. des Comédies du Théatre
François. Il renferme SIDNEY & le MÉCHANT de
Greffet , & le CONSENTEMENT FORCÉ de Guyot
de Merville,
960 MERCURE DE FRANCE .
TARIF des Cuivres laminés & préparés pour la
couverture des Bâtimens & Monumens publics ,
approuvé de MM . des Académies Royales des
Sciences & d'Architecture . Brochure in. 8 ° . de 20
pages . A Paris , chez le Sr. Bonnot & Compagnie,
Entrepreneur de la Manufacture , rue du Harlay ,
au Marais , Nº . 11 , près le Boulevart.
7e.
Concerto pour le Clavecin
ou le Forté-
Piano , deux Violons
, Alto , Bafle , Cors & Hautbois
, adlibitum , exécuté au Concert
Spirituel
par
Mlle. Paradis
; par L. Kozeluch
. Prix , 6 livres ,
formant
le N ° . 49 du Journal
de Pièces de Clavecin
, par différens
Auteurs
. Prix de l'Abonnem
,
Tur les 12 Numéros
, 30 liv, port franc par la
Pofte.
N°. so du Journal de Pièces de Clavecin ,
par différens Auteurs , contenant une Symphonie
d'Haydn , avec Violon & Baffe , intitulée la Reine
de France , arrangée par M. Charpentier. Prix ,
3 liv. 12 f. Même adreffe.
A
TABL. E.
M. Collin d'Harlev lle Calendrier Muſical.
A Madame ***.
96
49 Réflexions
69
༡༠ :
Charades , Enig. & Log.
Erennes du Parnaffe.
52.
Comélie Fringife.. 81 "
53 Annonces & Notices.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 8
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 7 Mars 1788 .
RAULI N.
SUPPLEMENT,
CONTENANT
LES PROSPECTUS ET AVIS
DE LA LIBRAIRIE *
PROJET DE L'YVETTE.
PROSPECTUS DE SOUSCRIPTION
avec un Supplément.
M. DE FER DE LA NOUERRE ,
autorifé par Arrêt du Confeil du 3 du mois
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publication
des Profetus & Avis particuliers de la Librairie ,
dans le Mercure , le Journal de Genève & la Gazette de
France.
Au moyen de cette Feuille , les Profpecus qui cidevant
fe perdoient & n'étoient pas lus du Public , le conferveront
au moins autant que chaque Journal. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du rirage , du pliage , &c. devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour chaque page du Mercure , tiré à
nze mille , feront , en petit romain , de 30 liv . 15 fous , &
en philofophie , 21 liv. Chaque page qui aura été inférée
dans le Mercure , pourra être auffi inférée dans le Journal de
Genève , tiré à 3500 , pour 10 liv. 12 f. 6 den .; chaque
colonne de la Gazette de France , tirée à 6000
en petit somain , 31 liv . 15 fous , &c. Outre le prix cideffus
, on doit donner au Rédacteur du Mercure un exem
plaire des Livresnouveaux annoncés dans chaque Profpe&us
Supplém. Nº. 10. 8 Mars 1788. *
coutera
( 2 )
de Novembre dernier , à faire exécuter le
projet de l'Yvette , prévient les Propriétaires
des Maifons de Paris , qu'il eft dans l'in
tention de leur faire partager les bénéfices
de ce projet , en offrant , pour en jouir à
perpétuité , de leur donner le muid d'eau
pour la fomme de 216 livres , au lieu de
1050 livres que la Compagnie des Pompes
à feu fait payer pour la même quantité (1 ) ,
à la charge pure & fimple d'acquitter au
moment où l'on fe fera infcrite , le tiers
(a ) On fait que la Compagnie des Pompes à
feu vend le muid d'eau so liv. par année , &
qu'elle fait payer en fus de ce prix , une preanière
année d'avance , pour lui tenir lien des
menus frais relatifs à la pofe de fes conduites. On
eft donc autorifé à dire que l'on donnepour 2161.
la même quantité d'eau que la Compagnie des
Pompes à feu fait payer 1050 livres puifque
4000 liv. font cenfées repréfenter le capital de
so liv.
On ajoutera ici , en faveur des perfonnes
qui ignoreroient ce que l'on entend par un muid
d'eau , que c'eft un droit qui confifte dans la
faculté de pouvoir exiger qu'il foit fourni à
perpétuité 280 pintes d'eau par jour , ou cnviron
huit voies , à la maiſon qui aura acquis
ledit droit. On faura encore que ce droit équivaut
à ce que l'on appelle deux lignes d'eau , out
à la foixante douzième partie d'un pouce d'eau ,
lequel pouce d'eau eft une nefure de convenrion
, & non géométrique , qui eſt ſuppoſée donner
14 pintes par minute ou 72 muids en
vingt-quatre heures.
(3 )
du montant de la foufcription , l'autre tiers
au premier Juillet prochain , époque à la
quelle les eaux de la première partie du
projer général feront arrivées au réfervoir
de diftribution , & l'autre tiers lorfque l'eau
aura été conduite à portée de la maifon
qui aura été défignée par la foufcrip
tion (1)..
Chaque Soufcripteur jouira , indépendame
ment de ce premier avantage , du droit
(1) L'intention de M. de Fer étant d'établir
foixante Fontaines publiques , qui feront diftribuées
dans les différens quartiers de Paris ,
méme les plus éloignés , tels que le fauxbourg
du Roule , la Barrière - Blanche , les fauxbourgs
de Saint-Denis, Saint - Martin , & Saint-Antoine,
de Saint-Victor & de Vaugirard ; Fontaines que
exigeront néceffairement le placement des condunes
dans toutes les rues principales , tout
Propriétaire de maifon peut être affuré que l'eau
qu'il défirera lui fera délivrée très prochaine
ment, par les arrangemens qui ont été pris à
ce fujet. On ne négligera point d'ajouter que
toute l'eau fera conduire & diftribuée par des
conduites en fer & en plomb , afin d'éviter les
reproches que les tuyaux de bois n'ont ceffe
d'occafionner à la Compagnie des Pompes à
feu.
On doit encore remarquer que l'eau qui fera
conduite par le canal de l'Yvette devant arriver
au point le plus haut de Paris , les Pro
priétaires jouiront prefque généralement de l'avantage
de pouvoir à volonté établir un réfer
voir à tel étage de leur maifon qui leur conviendra
le mieux.
* ij
de pouvoir, jufq'au premier Janvier 1790,
exiger qu'il lui foit fourni à perpétuité
une quantité d'eau triple de la quantité
pour laquelle il aura foufcrit au prix de
360 livres le muid.
Les perfonnes qui foufcriront pour
muids deau & au- deffus , & qui payeront
comptant la totalité du montant de leur
foufcription , auront un autre avantage .
Elles jouiront pendant dix années , à compter
du premier Janvier 1792 , jufques &
compris le 1 Décembre 1802 , d'un droit
de partage dans le tiers du produit de
l'affaire générale . Ce terme de dix années ,
fixé pour le droit de partage , fera même
prorogé jufqu'à l'époque où chaque Soufcripteur
fera rempli du triple de fa miſe
s'il arrivoit que , dans ledit terme des dix années
indiquées , il n'est pas reçu ce bénéfice.
2
Enfin, les foufcriptions feront reçuespour
un demi - muid d'eau , afin de faciliter aux
petits ménages le moyen de participer aux
avantages que l'on vient d'expofer ( 1 ).
La foufcription eft préfentement ouverte ,
( 1 ) Pour donner une idée de l'avantage que
préfente le projet dont il s'agit , & combien
il méritoit l'attention férieufe que le Gouvernement
y a apportée , on fera obferver que le
prix de l'eau pouvant être confidéré comme
étant réglé à raison de deux fous la voie , les
perfonnes qui en confomment quatre voies par
jour , payent annuellement une fomme de 146
livres , fomme qui repréfente un capital de 2920
& fera irrévocablement fermée au premier
Avril prochain , terme après lequel le muid
d'eau fera vendu , au lieu de 216 livres ,
ainfi qu'on vient de l'annoncer , $40 liv.-
ou 27 livres annuellement , conformément
au prix qui en a été réglé par l'Arrêt du
Confeil relatif à l'exécution de ce projet.
On voit par cet expofé , que le Soufcripreu
le moins bien traité ayant le droit de
fe faire délivrer une quantité d'eau triple
de la quantité pour laquelle il aura foufcrit ,
pourra , en cédant ce droit , obtenir gratuitement
la quantité d'eau qu'il voudra con
ferver , puifqu'il aura la facilité de pouvoir
vendres 40 liv . le muid d'eau qui ne lui aura
couté que o livres. Quant aux perfonnes
qui auront fouferit pour trois muids d'eau
& au deffus , il eft fenfible qu'indépendamment
de l'avantage d'avoir gratuitement l'eau
qu'elles auront défirée , elles jouiront du
bénéfice certain d'être affurées de toucher
le triple de leur mife ; mais ce bénéfice
fera probablement beaucoup plus confidérable
, comme il eft aifé de s'en convaincre ,
*
livres , dont la préfente foufcription leur donne
la facilité de fe libérer pour 108 liv . Mais cer :
exposé a un autre but ; il fert à démontrer que
celui même qui ne conſomme qu'une demi- vole
d'eau par jour, a encore intérêt à s'abonner
puifque certe demi-voie lui coute trois fois davantage
que ne lui couteroient les quatre voiess
que l'abonnement propofé lui procureroit .
( 6 )
en réfléchiffant que la maffe d'eau (1 ) que
les rivières d'Yvette & de Bièvre donnent
le facilité de diftribuer , peut être regardée
'comme une propriété de plus de cent
vingt millions , dont une partie majeure
fera mife en valeur à l'époque indiquée
pour le partage de fon produit . L
On s'adrellera pour foufcrire , au Burcau
général de l'Yvette , rue Guénégaud , N° . 30,
où l'on trouvera les renfeignemens que
l'on pourra défirer . Mais l'on obferve que les
époques fixées par le préfent Profpectus ,
foit pour les payemens , foit pour les droits
que l'on acquerra en fouferivant , feront
de rigueur abfolue , & que tout Soufcrip-
(1 ) M. de Fer a publié l'année dernière un
Livre intitulé , la Science des Canaux navigables ,
dans lequel il a inféré tous les détails que l'on
peut défirer fur le projet dont il s'agit . Ce
Livre , en 3 vol. in 8 , fe trouve chez l'Auteur,
rue Guénégaud , n° . 30 ; & chez Bailly
& de Senne , Libraires au Palais Royal.
On trouve chez le même Auteur la Carte
Elémentaire de la Navigation du Royaume , avec
le Mémoire qui y eft relatif.
M. de Fer ayant été follicité de mettre , dans
le Journal de Paris , la Lettre qui eft relative
à la démonſtration de l'excellente qualité des
eaux des rivières d'Yvette & de Bièvre , prévient
les perfonnes qui conferveroient quelque
doute à ce fujet , qu'elles peuvent s'adreffer à
M. d'Arcet , de l'Académie Royale des Sciences ,
dont les lumières & la probité ne peuvent être
fufpectes.
( 7 )
teur qui n'aura pas rempli fes engagemens
auxdites époques , ou qui aura négligé de
réclamer. Les droits , en fera déchu , & ne
pourra même exiger la reftitution de fes premières
mifes.
On prévientde plus les perfonnes qui fouf.
eriront, qu'à compter du jour où elles recevront
les eaux qu'on fe fera engagé de leur
livrer , la maifon qui les recevra fera chargée
de payer annuellement › pour l'entretien
des conduites , un droit non rachetable .
qui fera réglé de gré à. gré pour les fouf
criptions au deffus de trois muids d'eau ,
mais qui demeurera invariablement fixé à
6 livres par chaque muid , ou par chaque
demi-muid , Forfque la foufcription ne fera
que pour cette petite quantité..
Enfin , l'on annonce que l'on ne recevra
de foufcription que jufqu'à la concurrence
de 70,000 muids.
N. B. Les Maifons Royales , les Hôpi
taux , les Communautés Religieufes , jouiront
des droits énoncés dans ce Profpectus ,
& neferont tenus , pour l'entretien des conduites
générales , que d'un fimple droit de
3 livres 10 fols par muid.. i
Cependant , comme il convenoit , dans le
cas où le nombre des Soufcripteurs feroit in
uffifant pour fournir aux dépenfes qu'exige
' exécution du projet , d'affurer à ces Soufripteurs
la folidité du marché que l'on fait
vec eux , il a été ouvert une autre fouf
( 8)
eription abfolument indépendante de celleque
l'on vient de préfenter.
Cette autre foufcription a été formée
de 4800 portions d'intérêts ( 1 ) dans l'affaire
générale , de chacune 1200 livres , payables
en 12 années , à raifon de 100 livres par
année , & dont le produit, montant à 480,000
livres pour chacune defdites douze années
eft uniquement deftiné aux travaux & acquifitions
néceffaires à la diftribution des
eaux.
Quant aux bénéfices que chaque Intérefle
dans cette autre foufcription peut raifonnablement
efpérer , il eft évident , d'après ce
qui a été dit ci- deffus , qu'à l'époque de la
dernière mife de fonds , il aura droit à une
propriété immenfe , & que cependant i
aura touché des dividendes annuels d'auran
plus étendus , que les premières foufcrip
tions auront été plus nombreufes , & qu'i
ne fe fera fait aucune dépenfe pour la dif
tribution des eaux , que l'on ne fe for
affuré d'avance de l'intérêt au mois de di
pour cent du montant de la dépenfe..
Cette foufcription fe fait par une fimpl
infcription fur les regiftres de M. de Fer
(1) On a fuppofé l'affaire divifée en quatt
cents fous , & chaque fou en douze deniers
ainfi on doit entendre par la portion d'intéri
dont il s'agit , que cetre portion repréfente u
denier de l'affaire générale.
( و ر
que tout Soufcripteur fera maître de fe
faire ouvrir , foit au moment où il fouferira
, pour connoître les conditions auxquelles
l'Auteur cède aux Intéreffés l'affaire
générale , foit à l'époque de la diftribution
des dividendes , diftribution qui fera rendue
publique chaque année par la voie de
l'impreffion , & accompagnée d'un état
au´vrai de la ſituation de l'affaire générale.
+
Ces registres feront au furplus foumis à
l'infpection immédiate du Gouvernement
& les fonds provenant des foufcriptions ,
jufqu'à concurrence de 400,000 livres , refteront
dépofés entre les mains du Tréforier
de la Ville de Paris , pour l'emploi en être
fait par M. de Fer , le tout conformément
à ce qui a été ordonné à ce fujer par l'Arrêt
du Confeil qui autorife l'exécution du projer
général.
SUPPLÉMENT.
Depuis la publication des premiers exemplaires
du Profpectus ci- deffus , plufieurs perfonnes ayant
défiré acquitter en un feul payement les por
tions d'intérêts de 1200 liv . dont il eft fait
mention dans la deuxième foufcription , au
lieu de payer 100 liv . par année pendant 12
ans , ainſi qu'on l'a propofé , on les prévient
que fi elles étoient encore dans , cette intention
, elles ne payeront que 940. liv . , au lieu
defdites 1200 liv. , afin qu'elles profitent par
cette remife de l'avance qu'elles feront cenfe
avoir faite à l'affaire générale.. On ajoute que
plufieurs Soufcripteurs ayant paru inquiets fur
La dépense qu'ils auroient à faire pour l'éta
1
( ro )
"
bffement des réfervoirs néceffaires pour re
cevoir la quantité d'eau pour laquelle ils auroient
foufcrit , qu'il leur fera libre de ne point
avoir de réſervoirs , en fe fervant de robinets
tels qu'il leur fera indiqué , à la charge de payer
3 liv. par année pour chacun de ces robinets
qu'ils défireroient placer pour leur commodité
particulière ; l'intention de M. de Fer étant que
Feau qu'il fe propofe de diftribuer , foit comme
elle eft à Rome, toujours en mouvement dans
toutes les conduites , afin d'éviter que venant
à croupir dans quelques-unes defdites conduites ,
elles ne deviennent impotables , comme la diftribution
par réſervoir ne ceffe de le faire reprocher
à la Compagnie des Pompes à feu ,
malgré l'attention infinie qu'elle prendà ce fujet.
On ajoutera ici quelques détails relatifs au
plan de finances de cette entreprife.
II y a deux fortes d'actions abfolument diftinates.
Des actions de 1200 liv . payables en
douze années , à raifon de 100 liv . par année
qui repréfentent les Intéreffés dans l'affaire gé
nérale , & des actions de 648 liv. qui doivent ,
à l'époque de l'année 1802 , avoir produit, à
leur Propriétaire , au moins 1944 liv. & peutêtre
plus dir double de cette fomme , & qui
cependant leur donne un droit d'eau perpétuel
de trois muids d'eau par jour , indépendam
ment de la faculté de pouvoir exiger qu'il leur
foit fourni neuf autres muids au prix de 360
Kv.. le muid ..
L'action de 648 livres peut conféquemment
être regardée comme devant donner un béné
fice de 5184 livres , tandis que l'action de 1200
v. en doit donner un , à la même époque ,
cinq fois plus fort ou d'environ 25,000 liv
I refte maintenant à démontrer comment,
le dividende des act ons de 100 livres , qui
·
fera diffribué en Janvier prochain , fera exceflif.
Pour ce , il fuffit de favoir que le produit
de la vente des actions de 648 livres eſt deſtiné
entièrement à former ce dividende , & qu'il eft
naturel de penfer , comme l'expérience n'a
ceffé de le confirmer , par la quantité de Soufcripteurs
qui s'accroit journellement , que tout
Propriétaire de maifon ayant pu réfléchir qu'il
pouvoit fe procurer la jouiffance d'une grande
quantité d'eau , l'on ne dira pas feulement gra.
quitement , mais encore avec la certitude d'un
placement de fonds à un intérêt excelfif, il ne
négligera pas un tel avantage , fur-tout lorfqu'il
aura reconnu que les bruits que l'on n'a
ceffé de répandre contre l'entreprise de l'Yvette
font abfolument faux & calomnieux , qu'il faura
que les ouvrages du Canal font entamés , que
l'adjudication de ces ouvrages a été donnée
fous la condition expreffe qu'ils feroient achevés
dans le courant du mois de Mai prochain , &
que la dépenfe de ces mêmes ouvrages étant
de beaucoup inférieure à celle qui avoit été annoncée,
il n'y a plus à craindre qu'il y ait en
erreur , lorfqu'on a avancé qu'à moins d'un million
de dépenfe on pouvoit amener plus de
280 mille muids d'eau par jour au point le
plus élevé de la Capitale.
C'est ici le moment de répondre à l'objec
tion fuivante. On voit bien , n'a - t - on ceffé de
dire , comment le dividende à donner au mo's
de Janvier prochain aux actions de 100 liv. ,
peut être exceffif , mais on ne voit pas comment
ce dividende continuera d'exister les années
fuivantes , fur - tout lorfqu'il faudra rembourfer
les actions de 648 livres , ainfi que le
bénéfice qu'on leur promer. A cela on répond :
on doit diftribuer moins de 60,000 muids d'eau
( 12 )
avec lefdites actions de 648 livres ; ainfi , " pour
gage de ces mêmes actions , il reftera conféquemment
plus de 220 mille muids d'eau au
prix de 540 livres le muid ; donc en faifant le
calcul , on voit que le gage dont il s'agit eſt
tellement affuré , qu'il ne peut y avoir aucun
doute fur la poffibilité de tenir tous les engagemens
que l'on a contractés avec le Public . Le
feul regret qu'on éprouve en ce moment , eft
celui d'être obligé de répéter que la foufcription
fera , ainfi qu'il a été annoncé , rigoureufement
fermée le premier Avril prochain.
Avec Approbation & Permiffion.
-
Le Sieur MOUTARD , Libraire - Imprimeur de la
REINE , rue des Mathurins , hôtel Cluni , vient
de mettre en vente les articles fuivans.
HISTOIRE des Membres de l'Académie Fran
çoite , morts depuis 1700 jufqu'en 1771 , par M.
Dalembert , 6 vol. in- 12 . rel. 18 1.
N. B. Le tome 1er. , qui a patu en 1779 , fous le titre
d'Eloge des Académiciens , fe détache pour les perfonnes
qui l'ont acquis précédemment.
Géométrie Souterraine , Elémentaire , Théorique
& Pratique , où l'on traite des fillons ou
veines minérales , avec des Tables , qui , fans
calcul , indiquent la valeur des deux côtés de
tout triangle rectangle ; par M. Duhamel , de
l'Académie Royale des Sciences. Imprimerie
Royale , in-4. broch. 15 1 .
Le même Libr. mettra en vente Lundi 10 Mars 1788,
Les Mémoires de l'Académie des Sciences ,
année 1785 , in-4 . Prix , en feuilles ,
L'Art du Potier d'Etain , approuvé par MM. de
l'Ac. des Sc. in-fol. avec 32 Pl. Prix ,
La & approuvé A Paris , ces Mars 1788 .
15 1.
22 1. 8 f.
CAILLEAU ,
Adjoint.
JOURNAL POLITIQUE
D E
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 18 Février 1788.
DIVERS Emigrans des Provinces -Unies
qui s'étoient réfugiés ici , ont reçu ordre
de la Régence , le 7 de ce mois , de fortir
en 48 heures de la ville & de fon territoire.
Quelques-uns ont paffé à Altena ,
d'autres à Brême."
On fe rappelle qu'il y a un an M. Beling
, Officier de marine Anglois , fut
chargé par l'Impératrice de Ruffie de reconnoître
les côtes de la mer Glaciale
jufqu'à l'extrémité orientale & feptentrionale
de l'Afie . Suivant les dernières nouvelles
reçues par la Cour de Péterfbourg,
l'intrépide Voyageur , après avoir traverfé
heureuſement toute la Sibérie , a fait conftruire
un bâtiment propre à cette dangereuſe
navigation : il a defcendu le Kolima ,
N°. o. 8 Mars 1788.
( 50 )
& au mois de mai dernier eft forti de
l'embouchure de ce fleuve , pour reconnoître
, en longeant la côte , le Cap où le
célèbre Cook termina fes reconnoiffances
& dont il avoit fixé la pofition différemment
de tous les Voyageurs Ruffes qui
l'avoient précédé . Si les glaces favorifent
l'audace intrépide de M. Beling , il tentera
de doubler le Cap Tchutzkoy , & de
revenir au Kamtschatka.
On parle publiquement à Varfovie d'un
nouveau partage projeté par différentes
Cours , & fuivant lequel on donneroit au
Roi de Pruffe la Grande Pologne , & toute
la côte fur la Baltique , y compris le Duché
de Courlande .
La Bourgeoifie de la ville de Dantzick
a préfenté au Magiftrat les plus fortes remontrances
au fujet de la décadence de
fon commerce , menacé d'une ruine infaillible.
Le Magiftrat a délibéré fur cette
requête , & envoyé enfuite un exprès à
Varfovie , avec des dépêches fur cet objet.
Il eft décidé que le Grand Duc de Ruffie
ne fe rendra pas à l'armée de M. de Romanzof.
De Vienne , le 20 Février.
C'eft le 10 qu'a été rendue publique la
Déclaration de guerre qui aura été remife
à la Porte Ottomane de la part de
l'Empereur , par le Baron de Herbert-
Rathkaal , fon Internonce . En voici la
圈
teneur :
« L'Europe entière fait que la Cour Impériale
& Royale n'a ceffé , depuis un grand nombre
d'années , de donner à la Porte Ottomane des
preuves manifeftes de fa bonne foi & de fa fincérité
, en maintenant la tranquillité & les relations
de bon voifinage , en employant tous fes
foins à écarter , par une médiation amiable , ce
qui auroit pu contribuer à amener une rupture
entre l'Empire Ottoman & fes autres voiſins. »
« La Cour Impériale & Royale a donné trèsrécemment
une preuve convaincante de fon défir
de conferver la paix , à l'occaſion des derniers différends
furvenues entre la Ruffie & la Porte. Elle
s'eft jointe à la Cour de France , fon alliée , pour
les applanir. Comme le contenu des traités fubfiftans
entre ces deux Empires , établit expreffément la
juftice des prétentions de la Cour de Ruffie , & qu'au
furplus S. M. l'Impératrice fe montroit difpofée
à un arrangement raifonnable , la Cour Impériale
& Royale ne doutoit nullement de réuffir par les
foins , réunis à ceux de la Cour de France , à prévenir
l'éclat d'une guerre , & à conſerver la tranquillité.
Mais la conduite de la Porte Ottomane
dans cette occurrence , fut auffi étrange qu'inattendue
, car , bien éloignée de prêter l'oreille aux
repréſentations fincères & preffantes des Cours de
Vienne & de Verſailles , elle ne donna pas même
le temps néceffaire à l'Envoyé de Ruffie pour fe
procurer de fa Cour de nouvelles inftructions ; Elle
exigea de lui de figner un acte formel , par lequel
cij
( 52 )
la convention de commerce faite entre la Ruffie
& la Porte , & la tranſaction relative à la ceffion
de la péninfule de la Crimée , fuffent déclarées
nulles & non avenues . Lorfque ce Miniſtre refufa
de fatisfaire à cette demande , qui outrepaffoit les
pouvoirs d'un Miniftre , il fut arrêté au mépris
manifefte du droit des gens , & transféré comme
prifonnier au château des Sept-Tours : cet acte de
violence fut fuivi de la déclaration de guerre contre
la Ruffie. Malgré cette pofition critique des af
faires , S. M. I. ne perdit pas encore toute efpérance
de prévenir des hoftilités effectives ; Elle
fonda fon efpoir fur la préfomption que la Porte
écouteroit les repréfentations réunies de tous les
Ambaffadeurs & Miniftres Etrangers réfidans à
Conftantinople ; qu'Elle fe détermineroit à rendre
la liberté à l'Envoyé de Ruffie ; qu'Elle donneroit
une fatisfaction convenable à l'Impératrice , pour
la violation manifefte du droit des gens , commife
contre la perfonne de fon Miniftre , & que
par ce moyen Elle rétabliroit du moins la poſſibilité
de renouer les négociations d'un arrangement
amiable. »
« Mais la Porte détruifit elle- même cette attente
; Elle commença les hoftilités : par cette conduite
, Elle a mis la Cour Impériale de Ruffie dans
l'indifpenfable néceffité de prendre les armes , & ,
pour fa jufte défenſe , de repouffer la force par la
force. »
« La Porte n'ignore pas les liens étroits d'amitié
& d'alliance qui exiftent entre les Cours de
Vienne & de Pétersbourg ; on les lui a fait connoître
, avec toutes les fuités néceffaires qui doi
vent en réſulter , tant verbalement que par écrit ,
& nommément vers la fin de l'année 1783 , dans
53 )
des reprefentations auffi énergiques que bien intentionnées
. »
« La Porte doit donc s'en prendre à Elle feule ,
fi S. M. I , après avoir obfervé à fon égard , pendant
une longue fuite d'années , un voifinage pacifique
, & après avoir employé dans toutes les
occurrences fes foins à détourner par ſa médiation
tout ce qui pouvoit amener une rupture , fe voit
enfin engagée & forcée à remplir , de la manière
la plus étendue, fes devoirs d'amie fidèle & d'alliée
de S. M. l'Imp. de Ruffie , & de prendre une part
active à la guerre. »
« Les confidérations ci- deffus expofées font efpérer
avec confiance , à S. M. I. , que toute l'Europe
approuvera fes mefures , & qu'elle les accompagnera
de voeux fincères pour le fuccès de
fes armes contre l'Ennemi commun de la Chrétienté.
»
Les premières hoftilités ont immédiatement
fuivi cette Déclaration , comme
on le verra par le précis fuivant des nouvelles
que la Cour vient de faire publier.
Auffitôt après la publication de la déclaration de
guerre contre la Porte Ottomane, le 9 de ce mois , le
Général de Vins , Commandant des troupes dans la
Croatie, chargea le Colonel Peharnik , Chef du Régiment
de frontière des Ogulins , d'attaquer le fort de
Drefnik. Ce Colonel fe rendit devant cette place ,
& fomma le Commandant de la rendre. Celui - ci
répondit par le feu du canon ; le nôtre fut fi vif
& fi bien dirigé , que la place a été prefqu'entièrement
incendiée , & la plus grande partie de
la garnifon brûlée ou tuée ; le refte fe fauva dans
un petit fort qui fut emporté le lendemain . Trente
c iij
(654 )
Turcs y ont été tués , & foixante dix faits priſonniers.
Le Lieutenant - colonel de Kenfewich ayant
paffé la rivière d'Una , a attaqué le château de
Dubifa , mais fans fuccès , & avec perte de plufieurs
hommes.
---
-
Une dépêche que le Lieutenant- général de
Wartenfleben a expédiée de Weiskirchen, apprend
que les hoftilités ont été commencées de ce côtélà
, le 12 de ce mois. Un détachement de
troupes s'eft emparé à Rama de 5 bateaux chargés de
farine , d'avoine , &c .; deux autres détachemens
ont mis le feu à 4 gros navires de commerce près
de Gradifca , & ont fait conduire environ 40
autres bateaux fur le rivage Autrichien ; à cette
occafion il y a eu une efcarmouche , dans laquelle
le Lieutenant ittig a été bleffé dangereufement.
Le Major-général de Papilla , après avoir envoyé
le Manifefte au Pacha de New- Orfowa , a
fait occuper le Vieux- Orfowa par 400 hommes.
Ony a pris 80 Turcs.- La fortereffe de Gradifca
a été fommée le 9 de ce mois ; fur ſon refus , on a
commencé auffitôt le jeu des batteries , qui ont
détruit le même jour plufieurs navires , endommagé
les murs de la fortereffe en plufieurs endroits
, & mis le feu aux maiſons des faubourgs.
Le lendemain on a continué le jeu des batteries ,
qui ont fait au mur une brêche confidérable. Les
troupes fe préparent à paffer la Save , & à pénétrer
dans cette fortereffe , dont la garniſon eſt
de 400 hommes.
L'Apothicairerie de campagne a ordre
de fe trouver le 1. avril à Fullok , où
fera le quartier général . - On a engagé
mille Chirurgiens pour les hôpitaux ambulans.
爨
( 55
.
Par un Décret de la Cour, du 10 , il eft
permis aux Sujets Turcs qui fe propoſent
de refter dans les Provinces de S. M. I. ,
pour leurs affaires de commerce , de les
continuer fans obftacle. Suivant ce même
Décret , il fera accordé des paffe-ports à
ceux de ces Sujets qui voudront retourner
chez eux , auffitôt que la Porte aura
établi la réciprocité à l'égard des Sujets
de l'Empereur.
De Francfort -fur-le-Mein , le 23 Février.
En voyant le nombre immenfe de
troupes Autrichiennes & Ruffes , qui vont
agir de concert contre les Turcs , l'étendue
de pays qu'elles doivent couvrir ou
attaquer , la difficulté des fubfiftances dans
des Provinces qui manquent également
de vivres pour les hommes & pour les
chevaux , l'embarras des charrois d'équipages
dans des routes impraticables , l'imagination
eft prefque effrayée des obftacles
que deux grandes armées doivent
voir s'augmenter à chaque pas qu'elles
feront en avant , après avoir quitté la
rive du Danube . Ceci explique la longueur
des préparatifs des deux Cours Impériales
, & femble néceffiter pour elles
la plus grande célérité d'exécution dans
leurs projets , fous peine de voir ajouter
à tous ces obftacles la puiffance d'une alliée
c iv
( 56 )
formidable de la Porte : cette alliée terrible
eft la pefte , dont le germe accompagne
toujours les armées Turques . Voilà
cependant toute voie de conciliation fermée.
On a beaucoup parlé ici , écrit- on de
Berlin , d'une triple alliance entre notre
Cour , l'Angleterre & la Hollande. Mais
il paroît que l'on a préféré de conclure
des traités particuliers . Les Négociations
entre notre Cour & la Hollande fe font
à Berlin , & font déja très - avancées . L'Angleterre
traite en particulier à la Haye
avec les Provinces - Unies . Ces mêmes
lettres ajoutent que le Roi n'avoit demandé
ni reçu de fubfides en argent de
la République , mais que les Etats de
Hollande avoient donné une gratification
aux troupes de S. M. qui ont fervi à la
dernière expédition.
La partie de ces troupes qui font encore
en Hollande , doivent retourner dans
le mois de mars à leurs anciens quartiers
de cantonnement .
Il fe confirme que le Comte de Brühl ,
Major- général d'Infanterie , ira à Munich
en qualité de Miniftre Plénipotentiaire du
Roi de Pruffe .
Le Prince Henri de Pruffe eft reparti
de Berlin, le 9 février , pour Rhinfberg .
( 57 )
On dit que ce Prince fera inceffamment
un voyage à Pétersbourg.
On croit favoir aujourd'hui , pofitivement
, que l'on avoit tenté des démarches
pour faire accéder l'Electeur Palatin
Duc de Bavière à l'alliance Germanique.
Le Duc des Deux - Ponts defiroit
cette acceffion. Le Nonce à Munich &
le Baron de Sickingen y travailloient. Les
négociations étoient entamées pour réconcilier
les Cours de Munich & des Deux-
Ponts. Le Comte de Brezinheim devoit
avoir la Seigneurie de Mindelheim , à
condition que l'Ele &eur incorporât à l'héritage
de la Bavière le Marquifat de Bergop-
Zoom ; mais ces négociations ont été
rompues on affure que le père Frank ,
l'Evêque Hafelin & le Miniftre Impérial
ont fait échouer cet arrangement .
Le dernier dénombrement de la Bohême fait en
1784 , en porte la population à 2,265,867 ames ;
fa furface eft de-961 milles carrés. Le nombre des.
Juifs furpaffe cent mille ; on fait monter les Proteftans
de la confeffion Hélvétique à 15,110 , &
à 9,050 ceux de la confeffion d'Ausbourg. On
compre en Bohême 244 villes , 303 bourgs &
11,284 villages. Les revenus d'Etat ordinaires
font un objet annuel de 5,270.488 florins ;
les extraordinaires montent à 1,834,342 ; florins.
Ce royaume eft riche en mines d'argent ;
celles de Joachimfthal , Gottes- Galle & Catherineberg
ont fourni , dans l'efpace de fix années ,
61,677 marcs. Les mines de Ratibofchiz & -
CV
( 58 )
d'Altvofchiz , appartenantes au Prince de Schevarzenberg
, ont donné en 1779 plus de 9 ,coo marcs
Depuis 1777 on a établi dans ce
qui réuffiffent.
d'argent.
-
royaume des Ecoles d'induftrie
raux ,
ESPAGNE
De Madrid , le 10 Février.
Le Gouvernement vient de donner ordre
aux trois départemens de marine , de
faire équiper fans retard tous les vaiffeaux
de guerre qui s'y trouvent. On y envoie
de toutes parts des bois de conftruction ,
des ancres , des cordages & autres appaainfi
que des munitions de guerre
& de bouche . Le vaiffeau la Caftille & le
tranſport la Sainte Florentine fortiront inceffamment
de Cadix pour paffer à la
Havane avec des provifions , des troupes
& quelques Officiers , qui doivent en revenir
avec les vaiffeaux neufs le Saint-
Charles , le Saint Pierre d'Alcantara & la
frégate la Glorieufe.
Don Jean d'Arans , Chef d'efcadre ,
s'eft embarqué fur le vaiffeau la Caftille ,
& va remplacer Don François Morules
dans le commandement général de la
marine à la Havane .
En 1787 il est entré dans le port de
Barcelone 1147 bâtimens de différentes
Nations , parmi lesquels 751 Eſpagnols ,
( 59 )
135 François , 112 Anglois , 24 Hollandois
, 25 Napolitains .
Il est entré en 1787 , dans le port de
Saint - Lucar de Barameda , 126 bâtimens ,
dont 37 Eſpagnols , 2 François , 48 Anglois
,
, 15 Hollandois , 13 Danois , 7 Sué .
dois , un Impérial , 2 Vénitiens & un
Génois.
, 7
On écrit de Cadix , que les vaiſſe aux le Saint-
François-d'Affife & le Saint- Antoine y font heureufement
arrivés de Carthagène avec beaucoup de
richeffes pour S. M. & pour le Commerce.
Il fe trouve déja dans le même port fix vaiffeaux
de ligne & fix frégates , prêts à partir. Une de
celle-ci do t reconduire à Conftantinople l'Envoyé
du Grand Seigneur ; une autre doit prendre l'Ambaffadeur
du Roi de Maroc , & le débarquer à
Tanger.
GRAND E-BRETAGNE
De Londres , le 26 Février.
M. Burke n'a terminé que le 18 , fixième
jour du procès de M. Haflings , fa fameufe
hirangue préliminaire , dont nous
avons parlé au Journal précédent. Dans
cette Audience il acheva la peinture dramatique
des tragédies exercées dans l'Inde
par les créatures de M. Haftings ; il toucha
fi fortement deux ou trois A&trices
préfentes , & Mde . Sheridan , qu'elles
éclatèrent en gémiffemens. Après cette
cvj
( 60 )
grande Scène , l'Orateur réfuma les délits
dont il chargeoit M. Haftings , & les fondemens
généraux de cette Accufation .
Enfuite M. Fox demanda au nom du
Comité , que les charges fuffent entendues
, diſcutées , prouvées & jugées article
par article ; que l'Accufé fût tenu
de répondre à chacune d'elles féparément
, après que les Commiffaires auroient
fourni leurs preuves , & que le
Tribunal , au lieu d'un feul procès , en
jugeât 22 , c'est- à- dire , qu'il rendît autant
de Sentences qu'il y avoit d'Accufations.
Le Chancelier ayant répondu que cette
forme ne pouvoit être fuivie fans le confentement
de l'Accufé , fes Confeils s'y
oppofèrent formellement ; ils motivèrent
ce refus fur le droit inconteftable qu'avoit
leur Client d'entendre la totalité des
Accufations & des preuves alléguées contre
lui , avant de donner ſa réponſe ; ils
s'appuyèrent de la loi , de l'ufage , de
l'équité naturelle . M. Fox leur répliqua
par un Difcours où il montra tout l'efprit ,
toute l'adreffe & la variété de connoiffances
qui diftinguent fi éminemment cet
Orateur. La décifion de cet incident capital
fut remife à la Chambre Haute , qui
s'en eft occupée le 21. Ce jour - là donc,
Milord Chancelier , après avoir rapporté
la demande de M. Fox , la combattit par
( 61 )
un Difcours d'une heure & demie , avec la
fupériorité de lumières & la vigueur de
raiſonnement qui lui font propres . Il
prouva que cette marche étoit contraire
à toutes les règles , à l'ufage , à toute
équité. Le Comte de Stanhope , en rejetant
également une pareille forme de procéder
, propofa , par mezzo termine , de
claffer , non les charges , mais les délits ,
en raffemblant , par exemple , toutes les
inculpations de péculat dans un article ,
celles d'oppreffion dans un autre , & c. & c .
Après quelques débats , Lord Stanhope
ayant retiré fa Motion , on difcuta le fond
même de la queftion . Lord Coventry foutint
qu'on ne pouvoit fans injuftice priver
l'Accufé des formes de défenſe que
la loi a ftatuées en fa faveur . Le Comte
d'Abington dit que , fi la Divinité même
étoit jugée par la méthode que demandoit
le Comité d'IMPEACHMENT , infailliblement
elle feroit condamnée . Lord Lougborough
ſoutint avec beaucoup de fagacité
l'avis contraire , qui fut de nouveau combattu
par les Lords Stormont , Grantley
Carlisle. Enfuite la Chambre étant allée
aux voix , la queftion fut décidée en faveur
de M. Haftings , à la grande pluralité
de 88 voix contre 33 .
"
Le 22 , feptième Séance de la Cour,
des Pairs , où le Chancelier a fignifié au
( 62 )
Comité la décifion de la Chambre. Ce
même jour , M. Fox a ouvert la difcuffion
de la première charge , concernant
l'affaire de Benares & de Cheyt - Sing.
Dans un Difcours de cinq heures , il a déployé
tous les talens qu'on lui connoît.
Nous reviendrons dans huit jours à ce
morceau brillant , écouté par une affluence
d'Auditeurs plus nombreufe qu'elle
ne l'avoit été encore . Dans la huitième
Séance , M. Grey , l'un des Commiffaires ,
a terminé la difcuffion commencée par
M. Fox ; après quoi on a paflé à la
duction & à la lecture des papiers qui forment
, fur cette première charge , le corps
de preuves des Accufateurs .
pro-
Les ennemis de M. Haftings font irrités
, & les Spectateurs indifférens , furpris
de la férénité profonde de cet Accufé.
Regardant tout ce qui fe paffe &
tout ce qu'il entend comme un rêve
il n'a pas laiffé paroître la plus légère apparence
de trouble. Pendant la harangue
de M. Burke , un des amis de M. Haflings ,
voyant le fang- froid avec lequel il écoutoit
ce torrent d'inculpations , lui demanda
en riant , pourquoi tant d'éloquence ne
lui donnoit aucune émotion ? « C'eſt que
je connois mieux qu'aucun des Auditeurs
ici préfens , répliqua- t -il , la valeur
à laquelle l'authenticité des faits
( 63 )
» réduira ces paroles , & que bientôt
» j'aurai à mon tour le droit de me
» faire entendre. « Cette tranquille fermeté
l'accompagne dans l'intérieur de ſa
maiſon comme à la Barre du Tribunal .
C'eft durant les féances feulement , qu'il
eft fous la garde du Chevalier Molyneux ;
cet Huillier de la Baguette-Noire le remet
à fes Cautions au fortir de l'Affemblée.
Rentré chez lui , M. Haftings ne
reçoit perfonne ; il paffe la foirée avec
fes Confeils , ou écrit des notes fur ce qui
a été dit dans la féance , & termine la
journée par une partie de tridtrac avec
fa famille.
L'occupation que ce Procès donne aux
deux Chambres , ralentit néceffairement
les opérations Parlementaires. L'une des
plus importantes , a été le Bill qui reftreint
de nouveau les liaiſons commerciales des
Antilles Angloifes avec les Etats- Unis.
On jugera des motifs & de la nature de
cet A&te , par le difcours fuivant de M.
Grenville , qui l'a propofé.
« Quand le Bill , dit M. Grenville , qui reftreignoit
le commerce entre les Etats - Unis & nos cofonies
des Indes occidentales , fut préfenté pour la
première fois , les Oppofans affurèrent avec confiance
que jamais les ifles ne pourroient être fournies
de provifions & de bois par l'Amérique , &
qu'elles n'y trouveroient pas le débit de leur rum.
Heureufement une expérience de 4 ans a diffipé
( 64 )
ces préjugés & ces terreurs. Perfonne ne s'oppoferoit
probablement à l'établiſſement permanent
de cette branche de commerce réciproque ; branche
qui avoit augmenté la marine marchande Angloife
de 40 à 50,000 tonneaux , & fourni de l'occupation
à plus de 5,000 Matelots. La feconde partie
du réglement à laquelle il vouloit donner de la
ftabilité , étoit les reftrictions de commerce entre
les colonies d'Amérique qui restent à la Grande-
Bretagne , & les Etats-Unis. Cette mefure étoit
nécefitée par la rivalité de ces colonies & des
Etats-Unis : ne pouvant s'affifter réciproquement
du produit de leurs manufactures & de leur induſtrie
, ils ne manqueroient pas de faire un commerce
de contrebande , & de pénétrer dans les
ifles , d'où politiquement on devoit écarter les
Américains-Unis. Quant au commerce entre les
mêmes Etats-Unis & la Grande-Bretagne , il étoit
à défirer qu'on n'innovât rien à cet égard. L'on
s'efforce en Amérique de former un Gouvernement
fédératif ; il faut l'attendre , & laiffer mûrir
les circonftances on fera toujours à même de
changer à cette époque les réglemens provifoires
de commerce en traités ftables & permanens. Jufques-
là , point d'avances ; la Grande-Bretagne en
avoit fait affez aux Etats -Unis. Elle avoit admis
leurs vaiffeaux dans fes ports , à des conditions
plus favorables que celles des Nations privilégiées .
L'Amérique ingrate n'avoit pas payé l'Angleterre
de retour ; au contraire. Au refte , quelque indulgence
que l'Angleterre voulût bien témoigner
elle fe devoit à elle-même de ne pas tolérer plus
long-temps cette ingratitude. Cependant on
pouvoit encore prendre patience une année : la
crife ne tarderoit pas ; mais fi alors l'Amérique
s'opiniâtroit à maltraiter l'Angleterre , celle- çi fe--
roit en droit de lui faire porter la peine du talion ,
& heureufement elle le pouvoit. »
-
( 65 )
« M. Grenville conclut par la motion , qu'il fût
» donné à l'Orateur des inftructions pour rédiger
» & préfenter à la Chambre un Bil , portant ré-
» glement perpétuel de commerce entre les Etats-
» Unis d'Amérique & les ifles de S. M. fituées
>> aux Indes occidentales , ainſi qu'entre les colo-
» nies de S , M. en Amérique & les mêmes Etats-
» Unis d'Amérique. »
D'après la motion de M. Grenville ,
le Bill a été renvoyé en Comité , & rapporté
le 21 à la Chambre , qui lui a donné
fa fan&tion.
Le même jour ( 21 ) , la Chambre af.
femblée en Comité de fubfides , réfolut
d'accorder une fomme de 600,000 liv.
fterlings , pour conftruire & réparer les
vaiffeaux de guerre en 1788 , & une
fomme de 750,000. liv . fter. pour les
dépenfes ordinaires de la Marine , y
compris les demi - paies pendant la même
année.
Quoique ordinairement le rang d'ancienneté
détermine les promotions navales , cet ufage , de
temps en temps , a fouffert des exceptions. Dans
la promotion d'Amiraux , faite l'année dernière ,
on a omis les Capitaines Thompson , Digbydent,
Laforey & Balfour , plus anciens que quelques-uns
des contr'Amiraux nommés. Ces Capitaines s'étant
toujours diftingués par leur bravoure & par leur
bonne conduite , cette omiffion a paru injufte à
quelques perfonnes ; & en conféquence , lord
Rawdon a fait , le 20 , à la Chambre haute , la motion
: « Qu'il fût préfenté une adreffe à S. M.
» en la priant de prendre en confidération les fer(
66 )
» vices des Capitaines oubliés dans la dernière
» Promotion. » Mylord Howe , Chef de l'Amirauté
, juftifia cette exception , & s'oppofa à toute
intervention du Parlement dans le choix des Amiraux.
Le Comte de Sandwich foutint le même
avis , avec autant d'efprit que de folidité ; il
prouva les fu eftes confèquences qui réfulteroient
de cette influence du Parlement fur les promotions
navales , les brigues qu'elle améneroit de la
part des amis , des parens , des femmes des Candidats
, le ridicule & le défordre que jetteroient ces
follicitations fur le corps de la marine. Ces raifons
entraînèrent l'avis général , & la motion fut réjetée
fans divifion de fuffrages. M. Baftard l'ayant
préfentée aux Communes le 21 , elle n'a pas été
mieux accueillie ; M. Bastard lui - même l'a retirée.
Dans la féance du 20 , les Communes
ont admis à la pluralité d'une feule voix
(32 contre 31 ) la propofition faite par M.
Vanfittart , d'interdire aux voitures publiques
de voyager le dimanche pendant le
fervice divin , c'eſt - à - dire , depuis dix
heures du matin jufqu'à cinq de l'aprèsmidi.
Le même jour , la Chambre pourfuivit l'examen
du témoignage de M. Farrer fur le jugement
de Nunducomar. Il eft réfulté des dépofitions de ce
Membre des Communes , interpellé par les Accufateurs
mêmes du Chevalier Elijah- Impey , (que
tous les Juges de la Cour fuprême de Calcutta
avoient pleinement approuvé la Sentence de ce
Raïa ; que leur avis unanime & celui des Jurés ,
fut de poursuivre les témoins produits par Nunducomar,
comme évidemment parjures ; qu'enfin , le
prifonnier avoit éprouvé toutes les bontés poffibles
( 67 )
de la part de la Cour , & en particulier du Chevalier
Elijah-Impey. M. Rous fut enfuite appelé
& entendu ; il exhiba la proclamation de S. M. ,
publiée à Calcutta le 3 juin 1762 ,pour mettre en pratique
dans le Bengale les Loix criminelles d'Angleterre.
Untroifième témoin, M. Toltfrie, fut encore
examiné , & la fuite de cet examen renvoyée à
demain , Mercredi,
Le 25, M. Pitt a demandé aux Communes
un Bill qui levât tous les doutes fur le pouvoir confié
au Bureau du Contrôle , d'envoyer des troupes -
dans l'Inde , & de les payer des revenus de la
Compagnie. Cette motion a été très-vivement diſputée
: nous rendrons compte de ces débats , que
leur étendue ne nous permet pas d'extraire en ce
moment , & qui fe terminèrent,par le confentement
de la Chambre, à entendre la première lecture du
Bill.
On a reçu des dépêches du Commodore
Cosby , qui commande l'efcadre ftationnée
dans la Méditerranée ; elles font
datées de Gênes , où le trouvoit , le 24 du
mois dernier , le Trufty de 50 canons , que
monte ce Commodore.
La frégate l'Ambufcade de 32 canons ,
commandée par le Capitaine Ohara , eft
complettement équipée pour le dehors :
on la croit deftinée à porter des dépêches
dans l'Inde . L'Endymion , le Sherne ,
l'Acteon & la Gorgone de 44 canons , ont
été , le 20 , retirés de commiffion à Portfmouth.
Le différend de la Cour des Dire&eurs
de la Compagnie des Indes avec le Bu(
68 )
reau de Contrôle , s'est aggravé de plus
en plus. Cette Cour , après des débats
très-longs , a refufé , à la pluralité de 13
voix contre 10 , fon confentement à l'envoi
des quatre nouveaux régimens dans
l'Inde . La requête fuivante, que la Direction
a prefentée au Roi à ce fujet , mettra
le Le&eur à même d'apprécier les
motifs de cette Oppofition.
« La mefure à laquelle les fupplians réſiſtent ,
eft celle d'envoyer dans l'Inde quatre nouveaux
régimens d'infanterie , confiftants chacun en 710
hommes & le nombre complet d'Officiers. Les
fupplians ont vu avec reconnoiffance le fein paternel
avec lequel V. M. a pris cette réſolution
pour la défenfe des poffeffions Angloiſes dans l'Inde ,
dans un temps où il y avoit raiſon de craindre que
ce pays ne fût bientôt entraîné dans une guerre ,
& que les Indes orientales n'attiraffent directement
l'attention de l'ennemi. Dans cet état d'urgence
, les fupplians acceptèrent avec gratitude
l'offre gracieufe de V. M. , perfuadés que dans
l'état où étoient alors les affaires publiques , il auroit
été extrêmement difficile de trouver des hommes
pour augmenter leurs établifiemens , & que la néceffité
du moment les juftifieroit d'avoir oublié toute
autre confidération ; mais le changement heureux
qui eft furvenu dans les affaires publiques a été tel ,
qu'il détruit la poffibilité d'aucune juftification ou
excufe de la part des fupplians , & les oblige d'adopter
( à l'exemple de ce que V, M. a fait dans
cette circonftance pour le public ) le plan d'économie
& de régularité que les lois leur preſcrivent ,
fur-tout depuis que les anticipations & les charges
énormes dont la Compagnie eft actuellement ac(
69
69 )
cablée , démontrent la néceffité abfolue de l'économie
la plus rigide & la plus exacte . »
« Les fupplians ont fcrupuleufement obéi aux
lois promulguées ( la 24. année de George III ,
chap. 25 , fect. 40. ) dans la vue « d'amener tous
» les retranchemens & les réductions praticables
» dans les établiffemens civils & militaires de
» l'Inde , de retrancher les dépenfes inutiles , &
» d'introduire une jufte & louable économie dans
" toutes les branches. » En conféquence les fupplians
, de concert avec les honorables Commiffaires
pour les affaires de l'Inde , ont fixé un
établiffement de paix , par lequel plus de 500 Officiers
furnuméraires de différens rangs ont été réduits
à un ordre de paie dans lequel on accorde
"paie entière à ceux qui restent dans l'Inde , & demipaie
à ceux qui font revenus en Europe. »
« Les fupplians ont vu avec reconnoiffance l'attention
gracieuſe que V. M. a accordée aux repréſentations
que fes miniftres lui ont faites à la fin
de la dernière guerre , pour retirer de l'Inde les
régimens les plus incomplets , & pour en incorporer
les hommes dans des régimens plus nombreux ,
-opération qui formoit une épargne confidérable
pourla Compagnie. Cette circonftance encourage les
fupplians à efpérer que V. M. daignera écouter
leur requête actuelle. »
« Etils repréfentent humblement, que le nombre
d'hommes qu'on fe propofe d'envoyer dans l'Inde ,
n'excède pas celui qui feroit néceffaire pour com
pletter les Corps d'Européens qui fervent déjà
dans cette partie du monde. Les fupplians n'ont
été informés d'aucun événement qui puiffe rendre
néceffaire d'augmenter l'établiſſement actuel ; ce-
-pendant leur deffein n'eft point de s'oppoſer au
defir que les Miniftres de V. M. témoignent d'augmenter
les forces militaires de l'Inde. Ainfi , en
( 70 ) )
"
admettant qu'il faille envoyer de nouveaux régimens .
après que ceux qui y font auront été complettés ,
les fupplians ne doutent pas qu'avec l'affiſtance des
Miniftres de V. M. , ils ne foient en état de lever
un nombre d'hommes fuffifant , & de leur donner
des Officiers pris parmi les Officiers furnuméraires
de la Compagnie. Cet arrangement produira de
grandes épargnes, & mettra la cour des Directeurs
dans lecas de ne pouvoirpas être accufée de chercher
à enfreindre les difpofitions de l'acte du Parlement
(de la 24. année du règne de George III ) , qui leur
« ordonnent d'obſerver dans leurs promotions l'or-
» dre d'ancienneté ; de ne point envoyer dans l'Inde
» unnombre de perfonnes plus confidérable que ce-
» luiquieft néceffaire pour remplacer les vacances. »>
Les fupplians ne peuvent s'empêcher de témoigner
leurs craintes que le nombre des nouveaux
Officiers envoyés dans l'Inde , avec les régimens
propofés , ne foit confidéré comme une infraction
audit acte. »
» Les fupplians demandent la permiffion de
préfenter à V. M. une autre objection au projet
d'envoyer de nouveaux régimens en temps de paix,
& fur-tout avec l'apparence d'un ſyſtème permanent.
En effet , quelqu'important que paroiffe aux
fupplians ce qu'ils ont expofé jufqu'ici , ils confidèrent
le mécontentement qui réſulteroit de l'éloignement
des Officiers fupérieurs de la Compagnie
dans l'Inde , comme un objet qui mérite
la plus grande attention dans l'examen de cette
meſure. »
« Selon la loi actuelle , tout Officier portant
dans l'Inde une commiffion de V. M. doit être
préféré aux Officiers de la Compagnie ayant le
même rang : les Officiers les plus nouveaux com-
-mandant ainfi aux anciens. Cet ordre établi lors
même que l'affiftance des troupes de V. M. dans
( 71 )
l'inde ne fembloit devoir être que momentanée ,
a caufé beaucoup de mécontentement & de jaloufie
. Les Officiers des nouveaux régimens éloigneront
plus de 1800 Officiers . >>
« Les fupplians prient humblement V. M.
de prendre en confidération la fituation de 1800
hommes , qui , remplis d'une ardeur militaire , &
convaincus d'avoir bien mérité de leur patrie , ſe
trouveroient dégradés à leurs propres yeux , à
ceux de leurs propres troupes , de leurs concitoyens
& de tout l'Indoftan , en voyant les Officiers de
quatre régimens avancés à leur détriment , & ce à
perpétuité. C'eft fans doute une diſtinction honorable
de porter pour la vie une commiffion
de V. M. & d'avancer régulièrement dans tous
les rangs du fervice militaire Britannique. Mais
les Officiers de la Compagnie , quoique d'une fphère
inférieure , méritent également la faveur & la
protection de V. M.; leur fidélité eft auffi inébranlable
, leur courage auffi éprouvé , leurs fervices
auffi éclatans en proportion que ceux des
Officiers de votre fervice. En combattant pour
la Compagnie , ils ont augmenté fes poffeffions '
dont la Nation retire tant d'avantages , & ils ont
étendu les bornes de l'Empire de V. M. Les fupplians
prennent la liberté de repréſenter humblement
à V. M. que cette mefure ne fauroit manquer
d'exciter de la jaloufie & du dégoût , & qu'elle peut
empêcher cette unanimité qui feule peut les mettre
en état d'agir avec vigueur. »
« Quoique encouragés par la ſituation actuelle,
comme la plus favorable à leurs humbles fupplications
, les fupplians ont été depuis long- temps
inftruits de ce mal , & en ont depuis long- temps
redouté les effets . Les Officiers de la Compagnie
dans l'Inde ont déjà préfenté des requêtes à V. M.
pour y porter remède , & pour rendre juſtice à
( 72 )
un Corps qui a la confcience intime de fes nombreux
fuccès . Les fupplians efpèrent que V. M.
daignera avoir égard à leurs réclamations, & qu'Elle
voudra bien accorder aux officiers de la Compagnie
l'égalité de rang avec les Officiers de V. M.
felon la date de leurs commiffions , tant qu'ils ferviront
dans l'Inde . »
« Les Supplians demandent la permiffion d'annoncer
à V. M. qu'ils font prêts à payer toutes
les dépenfes qui ont eu lieu pour la levée de
ces quatre régimens ; étant perfuadés qu'avec l'affiftance
des Miniftres de V. M. ils feront en état
delever toutes les forces quipourront être néceſſaires
pour la défenſe des Indes orientales , à des termes
beaucoup moins onéreux pour la Compagnie , ils
fe trouvent forcés , par la confidération de leurs
devoirs publics , par une jufte furveillance aux
finances de la Compagnie , par leurs idées de juftice
envers des individus , par leur aveugle obéiſſance
aux lois , mais fur- tout par leurs vivés alarmes
fur les effets que cette mefure pourroit produire
dans l'Inde , de fupplier inftamment V. M. de
condeſcendre à leur humble requête , en retirant
lefdits régimens , & en accordant aux fupplians tel
foulagement que V.M.dans fa fageffe , jugera devoir
être convenable. »
La Direction a convoqué une Affemblée
générale des Propriétaires , & l'on
ne s'attend pas à y trouver plus de condefcendance.
Dans l'état mis fous les yeux des deux
Chambres , la femaine dernière , par M.
Newland, & fur lequel eft porté le fonds
acheté par les Commiffaires chargés de la
réduction de la dette publique , n'eft point
compris
( 73 )
> compris l'emploi d'un autre furplus fur le
revenu de l'année dernière. Ce furplus ,
indépendamment de plus d'un million déja
placé , monte à 400,000 ou 500,000 1. ft.
On ne peut en faire l'emploi fans un ordre
particulier du Parlement. Ces furplus
joints à l'intérêt croiffant fur le fonds déja
acheté pour le public , & aux 25,000 1. de
courtes annuités qui en font partie , porteront
les placemens de l'année préſente à
plus du double de ceux de l'année dernière
, & chaque année l'augmentation
s'accroîtra en proportion des placemens
faits.
L'importation annuelle du charbon de terre
dans le port de Londres , eft d'environ 700,000
chaldrons , qui font vendus par 3,000 détailleurs .
Cependant une compagnie de 40 Marchands feulement
, étoit parvenue à monopolifer la vente du
charbon , au moyen de certaines primes que les
Propriétaires des mines de charbon de terre de
Newcaſtle leur accordoient , au mépris des loix
paffées en Parlement la 9. année du règne de la
Reine Anne , & la 3. du règne de Georges II.
Les primes que cette Compagnie recevoit montoient
par an à environ 30,000 l. ft . Le Parlement
va mettre fin à ces abus.
Le Major-général Ohara a mandé de
Gibraltar , au Chevalier John Thomas
Townshend , fils & Secrétaire du Lord
Sidney , que la pefte exerçoit fes ravages
dans les territoires de Bey du Naſcara.
En conféquence de cet avis , le Bureau
N°. 10. 8 Mars 1788 . d
( 74 )
da Confeil a enjoint aux Commiffaires
des Douanes de prévenir tous les Officiers
des ports extérieurs , d'obſerver avec
la plus grande attention les vaiffeaux qui
arriveroient de ces endroits , & de les
examiner avec tout le foin & l'exactitude
poffibles.
L'anecdote fuivante fert à démontrer combien
l'intérêt l'emporte fur les fentimens d'humanité.
Un vaiffeau faifant route pour un maxché avec de
la chair humaine , le Capitaine , dans l'intention de
rafraîchir fon bétail vivant , permit à ceux qui
voudroient fe baigner, de fe mettre à la mer autour
du vaiffeau qui étoit pris d'un calme plat . Ils
n'y furent pas plutôt, qu'un requin faifit le pied
d'un d'entr'eux , précifément au- deffus de la cheville.
Le Capitaine voulut jeter auffitôt une corde
au bleffé , mais le Chirurgien s'y oppofa , en lui
obfervant qu'il étoit inutile, qu'on n'en feroit aucun
cas fur le marché , & qu'il n'en réfulteroit que de
la dépenfe pour les propriétaires , en cherchant à
lui fauver la vie. Pendant qu'ils étoient en pourparler
, l'animal vorace, attiré par le premier morceau
, revint une feconde fois , & déroba pour
toujours à leurs yeux la malheureufe victime.
Un Officier de l'armée du Général
Mathews , prifonnière à la fin de la dernière
guerre , chez Tippoo Saïb , vient
de publier une Hiftoire détaillée , très - intéreffante
, des événemens militaires qui
ont eu lieu à cette époque , fur la côte
de Malabar . Nous rapporterons fucceffivement
quelques fragmens de cer ou
rage ; l'Auteur, entr'autres , y dévoile
( 75 )
en ces termes les circonstances de la mort
funefte du Général Mathews.
« Le Général Matthews mourut le 7 ſeptembre
1-83 . Depuis près de trois femaines il n'avoit pas
changé de linge , craignant que celui qu'on lui
fourniroit ne fût empoifonné , comme il favoit que
l'étoient les vivres que le Keeladar lui envoyoit
tous les jours. D'après la manière dont Tippoo
traita d'abord ce Général , il fut aifé de preffentir
qu'il vouloit s'en défaire. Certainement il lui
auroit laiffé fon Etat -Major , durant le temps de
fa captivité , s'il s'étoit propofé d'en agir comme
l'exigeoit le rang du Prifonnier ; mais au contraire,
il commença par enfreindre la capitulation folemnelle
,faite avec le Général & fes Officiers. L'infortuné
Matthews fut donc féparé de toute la petite
armée prifonnière , & jeté dans un cachot fangeux
, où on l'enferma fous forte garde : on lui
enleva fon bagage , fes habits , & jufqu'aux moindres
chofes ; on écarta de lui fes ferviteurs , & on
le chargea de chaînes ; enfin , pour donner la dernière
touche à cet horrible tableau , on s'en défit
par le poiſon. »
Quand il eut appris, en combinant des circonftances
fufpectes & des indices fournis par fes
gardes mêmes , que telle étoit l'intention du Sultan
, il refufa de goûter des alimens que le Keeladar
lui faifoit paffer à jours réglés. Touchés de
compaffion , des foldats & jufqu'à des valets de
prifon lui donnèrent de temps en temps de leurs
propres vivres. >>
«Le Havalder, fpécialement chargé du Géné al ,
conniva d'abord à ces actes d'humanité , & témoigna
combien il répugnoit à remplir le rô'e
affreux dont on l'avoit chargé ; mais quand on e
fut apperçu que le Général traînoit fa malheureu e
dij
( 76 )
avec
exiftence plus long-temps qu'on ne le vouloit , le
Keeladar manda le Havalder & lui dit qu'il
payeroit de fa tête la durée de cette vie importune.
Le Havalder communiqua fes ordres ,
les menaces qui les accompagnoient , à fon malheureux
Priſonnier , auquel il ne reſta plus que
le choix de mourir de faim ou de poifon. Čet
inftin&t prefque invincible qui nous attache à l'exiftence
, combattit pendant quelques jours dans
l'ame du Général , avec le fentiment impérieux
d'une faim dévorante. Enfin , la rage l'emporta ;
il mangea des mets empoisonnés & but , foit pour
appaifer les tourmens d'une foif brûlante , foit
pour abréger fes fouffrances. Six heures après ce
fatal repas on le trouva mort. »
--
« Tel eft , ajoute l'Hiftorien , le véritable &
fidèle récit de la mort du Lieutenant - général
Matthews , fur laquelle on a varié . Voici comment
ces particularités font venues à notre connoiffance.
En inftruifant le Keeladar de la mort du Génétal
, on ajouta qu'on avoit trouvé dans ſon cachot
un plat de cuivre fur lequel il y avoit quelque
chofe d'écrit , qu'on fuppofa avoir été tracé avec
une fourchette qui lui étoit reftée . Ce plat fut apporté
au Miniftre , qui fit lire & interprêter les
caractères par un Européen au ſervice du Sultan. >>
Tel eft l'énorme accroiffement de la
ville de Londres , que la recette des taxes
de la feule Paroiffe de Marybonne , qui fe
montoit , il y a quelques annés , à 900 1 .
fterl. , en produit annuellement 29,000.
On peut citer le trait fuivant comme un de
ceux qui prouvent le mieux les viciffitudes de la
fortune, Le, dece mois eft mort dans le faubourg
de Southwark , un Savetier âgé de 89 ans. Il avoit
d'abord été Officier dans le fervice militaire , &
( 77 )
vendit enfuite fa commiffion. Il devint Négociant
en the; mais il quitta bientôt cet état pour entrer
de nouveau au fervice de l'Impératrice de Ruffie.
Quelque temps après il tua en duel un autre Officier
, & fe réfugia en Angleterre ; il n'y avoit pas
long-temps qu'il y féjournoit , lorſqu'il fut con
traint d'accepter l'emploi de commis pour tenir les
livres chez un Marchand de drap en gros . Son
maître étant mort , il établit une boutique de
Chandelier. Ses affaires s'étant dérangées , il fit
banqueroute ; depuis ce moment , le malheur le
pourfuivit fans relâche , & le réduifit à embraſſer
le métier de Savetier , qu'il a exercé jufqu'à fa
mort.
Extrait d'une lettre d'un Officier à bord du Sirius,
P'un des vaiffeaux qui compofent la dernière flotte envoyée
à la Baie Botanique , en date de Rio Janeiro ,
le 28 août 1787.
« Nous avons eu un paffage plus heureux que
nous ne devions nous y attendre dans cette faifon
de l'année. Notre traversée de la rade de Spithéad
à Ténériffe n'a été que de trois femaines . Nous
avons refté dans la baie de Sainte - Croix depuis
le 3 juin jufqu'au 10; pendant ce temps la flotte
a embarqué de l'eau , du vin , &c. Nous nous
fommes auffi procuré quelques végétaux ; mais
comme c'étoit leur hiver , ils étoient fort rares ;
ce qui nous a été très-fenfible. Le thermomètre y
marquoit 72°. , & le baromètre 30. 10. "
« La flotte mit à la voile de Ténériffe , le 10
juin , pour les ifles du Cap-Verd , dans l'intention',
ję crois , de toucher à Saint-Jacques , où l'on efpéroit
fe pourvoir abondamment de fruits , de végétaux
, &c. Nous fîmes route pour la baie de
Porto-Praya , & en approchâmes de deux milles ;
mais les vents étant variables & contraires pour
diij
( 78 )
entrer dans la baie , nous fumes contraints , à notre
grand déplaifir , de longer la côte & de prendre
le large. Le temps étoit extrêmement chaud.
Le thermomètre étoit à 82º, & demi , & le baro
mètre à 30P. 14. , qui étoit la plus grande hauseur
qu'il eût encore marquée depuis notre départ
'Angleterre. »
huit
Ainfi trompés dans notre efpérance , nous
fimes route pour le Bréfil ; nous traverfâmes la
ligne le 15 juillet , par les 26 d. 10 m. à l'oueft de
Greenwich , & nous eûmes connoiffance de Rio
Janeiro le 6 août , tout le monde à bord de la
flotte étant en bonne fanté , au- delà même de ce
qu'on efpéroit. A bord de notre vaiffeau il n'y
avoit pas eu un feul malade . Les criminels paffagers
fe portent fort bien , il n'en eft mort que
& la plupart étoient avancés en âge , & ruinés
des maladies qu'ils avoient éprouvées en prifon
avant leur embarquement. On en a eu le plus
grand foin ; on a embarqué pour eux des fruits ,
des végétaux & de la viande fraîche à tous les
ports où nous avons touché. Je fouhaite que nous
Toyons auffi heureux le refte du voyage. Le Capitaine
Phillip a le plus grand foin de la flotte, &
il mérite beaucoup d'éloges par le bon ordre qu'il
y a établi . »
?
« Les Officiers ont été reçus dans ce port ( Rie
Janeiro ) avec beaucoup plus d'égards que tous
les Officiers Anglois qui y font venus avant nous.
On nous permet de nous promener dans la ville
& jufqu'à cinq milles aux environs de la ville ,
fans gardes pour nous garder. C'eft ce que les Portugais
ne permettent jamais , tant ils font
jaloux de ne pas laiffer les étrangers prendre
connoiffance du pays , qui eft fort montagneux
jufqu'à 20 ou 30 lieues de la ville. L'horifon eft
( 79 )
borné par des montagnes au pied defquelles font
de fertiles vallées. »
« Rio Janeiro eft la capitale du Bréfil , & le
fiége du Vice-Roi . Il y a un palais & plufieurs
autres édifices remarquables , environ 20 églifes ,
& 9 monastères & couvents. C'eft une grande
ville , fort riche & très-peuplée . Sa baie feroit
aflez vafte pour contenir toutes les forces maritimes
de l'europe , & il y a depuis 20 juſqu'à
120 braffes d'eau. Elle eft défendue par 14 batreries.
»
" Les habitans vivent avec un luxe efféminé ; ils
aiment la pompe, & fe montrent rarement dans les
rues, excepté le foir, & encore eft-ce dans des chaifes
ou dans des palanquins portés par des nègres. Les
femmes vont en chaifes à porteurs ; enfin les gens
de diftinction ne vont prefque point dans les rues....
On voit à tous les coins de rues l'image de quelque
Saint devant laquelle les habitans ôtent leur chapeau.
La nuit , les nègres s'affemblent autour .
pour y prier Dieu ; ils y chantent des hymnes ,"
& font un bruit que l'on entend à une diſtance
confidérable de la ville .... »
« Nous comptons partir dimanche prochain
pour le Cap de Bonne-Efpérance , »
Cette flotte deftinée pour la baie Botanique,
eft arrivée le 13 octobre au Cap de
Bonne- Efpérance , & elle a dû en repar-:
rir quelques jours après le 3 novembre.
Marie Warduer eft morte à Chelfea ,
à l'âge de 100 ans . Elle avoit été mariée 3
fois , & avoit eu 21 enfans , dont quinze
font vivans , & tous mariés. Le nombre
( 80 )
de fes enfans , petits- enfans & arrières petits
enfans eft de 72.
:
FRANC.E.
De Verfailles , le 27 Février.
Le fieur Lagrange a eu l'honneur de
préfenter à la Reine l'Hiftoire d'Elifabeth ,
Reine d'Angleterre , par Mademoiſelle de.
Kéralio (1).
Le Comte de Châteaubriand , le Comte
de Tinteniac & le Chevalier Dulac , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préfentés au Roi , ont eu , le 21 , celui de
monter dans les voitures de Sa Majefté , &
de la fuivre à la chaffe.
Le 24 , la Vicomteffe de Balincourt a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteffe
de Balincourt.
De Paris , le 5 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 5
janvier 1788, portant fuppreffion du Confeil
des Prifes , au 1. avril 1788.
er
Autre du février 1788 , 7 qui décharge les fieurs
Commiffaires nommés pour l'exécution de l'Arrêt
du Confeil du 19 avril 1727 ; ordonne que les
(1 ) Cet Ouvrage , qui forme 5 vol . in-8°. , se trouve
chez le sieur Lagrange , rue Saint - Honoré , près du
Palais-Royal.
L
( 81 )
fonds affectés au foulagement des Communautes
de Filles Religieufes , feront , ainfi que ceux affi
gnés en faveur des Eglifes & Edifices facrés , diftribués
fuivant l'état qui en fera annuellement arrêté
par Sa Majesté.
Autre du 16 février 1788 , par lequel
Sa Majesté nomme une Commiffion pour
l'examen , la vérification & l'arrêté des
états de fes revenus , ainfi que des charges
qui y font affignées pour 1788 ; & ordonne
que lesdits états , après avoir été
rapportés au Confeil , feront enfuite imprimés
& publiés .
Le Roi ayant pris connoiffance du travail fait
par fes ordres , pour la rédaction des états des
recettes & des dépenfes du Tréfor Royal , dont
S. M. a ordonné l'impreffion & la publication ; &
S. M. ayant intention que la plus exacte vérification
fur pièces juftificatives de toutes les différentes
parties de ces états en précède la publication,
& en affure l'authenticité ; Elle a reconnu
que les états des recettes , & des charges que ces
recettes fupportent avant d'arriver au Tréfor
Royal , préfentent des détails dont la multitude
& la complication exigent de la difcuffion & des
connoiffances particulières ; qu'au contraire , les
états des dépenfes certifiés par les différens Ordonnateurs
ne préfentent aucune incertitude : S. M.
a réfolu en conféquence de confier l'examen des
états des recettes & charges affignées fur icelles ,
dreffés pour la préfente année 1788 , à quatre
perfonnes qu'Elle s'eft propofé de choisir entre
celles qui font le plus verfées dans la connoiffance
defdites parties , & dont la réputation lui paroît
la plus capable de fixer la confiance publique :
S. M, a auſſi jugé convenable , qu'après l'examen
dv
( 82 )
le plus approfondi & la vérification la plus exacte
des pièces , lefdits Commiffaires fignent conjointement
lefdits états , pour attefter leur entière
exactitude , & leur imprimer l'authenticité la
moins fufceptible d'incertitude. A quoi voulant
pourvoir, le Roi a ordonné que les états dreffés
de chacune des parties de fes revenus & des
charges affignées fur icelles pour l'année 1788 ,
feront remis aux fieurs de Saint- Amand , Fermiergénéral
; Baron , Receveur-général des Finances ;
de Salverte , Adminiftrateur-général de fes Domaines
, & Didelot , Régiffeur - général , pour , par
lefdits quatre Commiffaires , examiner lefdits états
conjointement , les arrêter & les figner ; & après
le compte détaillé qui en fera rendu à S. M. , en
fon Confeil , être enfuite lefdits états imprimés &
publiés.
Autre du 15 février 1788 , par lequel
S. M. fupprime les différentes places
d'Infpe&eurs- généraux des Manufactures ,
d'Infpe&teurs- généraux du Commerce , de
Cominiffaires - généraux du Commerce ;
établit cinq Inspecteurs -généraux du Commerce,
dont le premier aura le titre d'Inf
pecteur-général Directeur du Commerce ; le
fecond , d'Infpecteur-général- Directeur des
Manufactures ; & les trois autres , d'Infpecteurs
généraux du Commerce & des Manufactures
; & règle les fonctions desdites
places.
Les 20 , 21 & 22 du mois dernier , le
baromètre eft defcendu ici au- deffous de
27 pouces. Rarement , fuivant quelques
( 83 )
Météorologiftes
, on a vu à Paris le mer- cure auffi bas , fans apprendre
par la fuite quelque
phénomène
extraordinaire
fur- venu à cette époque
en quelque
lieu du globe. On veut que les tremblemens
de
terre de Lisbonne
& de la Calabre
, aient
été ainfi indiqués
par l'abaiffement
du ba- romètre
. Quoi quil en foit de tous ces
à
raiſonnemens
, nous ne tarderons
pas favoir
s'il y a quelque
fondement
à ces
conje&tures.
"
on a dif-
Parmi les morts nombreux
que l'excef
five humidité
& les pluies interminables
du mois dernier
ont enlevés
tingué
M. le Marquis
d'Oun
, Miniftre d'Etat , ci - devant
Ambaffadeur
de S. M.
à la Cour d'Espagne
, & M. Rigoley
de Juvigny
, Littérateur
eftimable
, quoique trop exclufivement
zélé pour la gloire des grands
Ecrivains
du dernier
fiècle.
« Le nommé
Connaben
, ancien foldat , bou- langer de profeffion
, & retiré à Vievy , bourg de la Beauce , traverſoit
la place , ayant encore
fes manches
retrouffées
, & les bras nuds , lorf , qu'il fe fentit affailli par une louve qui lui déchira les bras en quantité
d'endroits
, & lui fit entre autres une bleffure
très-profonde
. Cet infortuné jugeant à l'acharnement
de cet animal qu'il étoit enragé , vit qu'il n'y avoit plus à chercher
pour lui de falut , & qu'il ne lui reftoit que l'espoir de
préferver
la contrée du retour de cet accident. Il s'arma de courage , faifit la louve par la langue ,
& tomba fur elle en la terraffant
. Elle lui macha
d vj
( 84 )
d'abord la main , la lui perça en
quantité
d'endroits ,
&
profitant du
moment où fon pied
venoit de
gliffer , elle lui fauta au
vifage , lui
emporta le
nez & la joue , lui
arracha
deux
dents & leurs
avéoles , avec un
morceau de la
mâchoire.
Après
l'avoir
couvert de plaies , elle
s'éloigna à la
lumière
d'un
garde-chaffe , qui étoit
accouru aux cris du
pauvre
boulanger. Père de
plufieurs
enfans en basâge
& dans
l'indigence , if reçut
d'abord des aumônes
de
toutes parts. Le
Seigneur du lieu
envoya
chercher M.
Hervé,
Chirurgien de
Monfieur , à
Mondoubleau , qui traite
avec
fuccès
l'hydrophobie
; il
adminiſtra au patien:
plufieurs
remèdes,
entr'autres
l'alkali
volatil-fluor , & des
pillules
antifpafmodiques
qui le
calmèrent fur le
champ.
Les
remèdes
ayant été
donnés à
grande doſe ( vu
que le cas étoit
urgent ) lui ont
tellement
affoibli
l'eftomac , qu'il a été
obligé de
quitter fon
métier ,
&
pouvant
encore
moins
travailler à la terre ,.
il est
réduit à
faire lire
quelques
petits
enfans
& fe
trouve dans le
befoin le plus
preffant ; il
jouit
d'ailleurs
d'une affez
bonne fanté , au
grand
étonnement de tout le
monde ; car
dû
s'inoculer par la
falive, on ne
pouvoit
guère
la rage ayant
efpérer une
parfaite
guérifon . «<
« Les
perfonnes
charitables qui
voudront bien,
tendre
quelques
fecours à
Connaben ,
auront la
bonté de
remettre leurs
aumônes à M. le Marquis
de
Beaunon-les-
Sigogne , ( hôtel de la Rochelle
, rue de
Grenelle ,
faubourg S.
Germain . ) »
Le Roi a
figné
dernièrement
l'emplacement
des
quatre
nouveaux
Hôpitaux de
cette
capitale ,
d'après le plan
donné par
M. le
Baron de
Breteuil. Le
couvent de
Ste.
Perrine de
Chaillot n'eft
plus
compris
dans ce plan. Le
premier
Hôpital fera
( 85 )
à l'Ecole Militaire , le fecond au couvent
de la Roquette S. Antoine , le troisième
à l'Hôpital S. Louis , & le quatrième à
l'Hofpice de Sainte-Anne , faubourg Saint-
Jacques ; de forte qu'il y aura deux Hôpitaux
de chaque côté de la rivière , &
I'Hôtel- Dieu au centre , fervira toujours
de dépôt.
Une Compagnie de Capitaliftes a préſenté au
Miniftre un plan , au moyen duquel il feroit pris,
au-deffous de Charenton , une dérivation de la
Seine , pour en former un Canal de Navigation qui
longeroit le Faubourg Montmartre , & qui fe rendroit
par la ligne la plus courte , au-deffous de
Saint-Germain . Tous les bateaux qui remontent
la rivière , & qui perdent un temps infini à parcourir
fes finuofités , gagneroient infiniment à
l'exécution de ce beau projet , ainfi que les villages
qui fe trouveroient à portée du canal , & qui
s'en ferviroient pour tranfporter à beaucoup moins
de frais leurs denrées dans la Capitale.
Il eft queftion auffi de tirer une dérivation de
la rivière d'Oife pour l'amener directement à
Paris , fans aller faire un long détour à Conflans
Sainte-Honorine , pour remonter enfuite la Seine .
Ce projet ne feroit pas moins utile au commerce
que la Picardie fait à Paris.
LeSamedi 9 de cemois , entre 6 & 8 heures après
le foleil couché , on apperçut tout- à-coup au ſudoueft
de Lille , un très-grand nombre de flammes ,
ou gerbes de feu , élevées perpendiculairement
au-deffus de l'atmofphère , dans la moyenne région
de l'air. La couleur de feu de ces flammes étoit,
dans le principe , d'un jaune pâle ; elles reſtèrent
pendant quelque temps comme fufpendues &
( 86 )
immobiles dans leur pofition ; enfuite la colonne
s'ébranla , & dirigea fa marche vers l'eft puis
tout-à coup la gerbe qui précédoit toutes les autres
, s'étant diffipée par un éclair qui brilla extraordinairement
, toutes les flammes fe réunirent
& formèrent une feule maffe de feu d'un rouge
de fang très-vif , qui répandoit au loin la lumière
la plus éclatante , & continua fa marche dans cet
état , toujours à la même élévation . Enfin cette
maffe fe déploya peu-à- peu & fe divifa en deux
parties ; l'une fuivit la route de l'eft , & l'autre prit
celle de l'oueſt . Leur lumière redevint alors d'un
pâle clair , de forte que l'on voyoit très- diftinctement
les étoiles à travers la nuée de feu qui fe
portoit à l'oueſt.
Il y a eu à Bordeaux & fes faubourgs ,
dans le cours de 1787 , 2922 enfans légitimes
, 668 enfans naturels , 941 mariages ,
& 3347 morts.
En 1786 , il y eut 3174 naiffances légitimes
, 658 enfans naturels , 971 mariages ,
4591 morts.
Il réfulte de cet état que le nombre
des naiffances de l'année 1787 a excédé
celui des morts de 243 , & que , comparé
avec l'année 1786 , les naiffances font
diminuées , en 1787 , de 252 ; les mariages
de 32 , & que les morts font diminués.
de 1244.
16 février 1788.
« L'adjudication des travaux du canal de l'Yvette
» ayant été donnée fous la condition expreffe qu'ils
» feroient achevés dans le courant du mois de mai
» prochain, M.de Fer de la Nouerre, conceffionnaire
( 87 )
·
» de cette entrepriſe , dont l'intention eft de conve-
» querinceffamment une affemblée générale de fa
Compagnie , fupplie les perfonnes qui fe font
» fait infcrire dans fes bureaux pour être intéreffées
dans ladite entreprife , qu'elles ayent à acquitter
» avant la fin du préfent mois de février , le mon-
» tant defdites portions , fans quoi elles feront
» déchues de tous droits à cet égard . On ajoute
» que les actions de 648 liv. qui donnent la prc-
» priété perpétuelle de 3 muids d'eau par jour,
» indépendamment du bénéfice du triple de leur:
» capital dans l'efpace de 15 années , font maintenant
en diftribution ; & l'on prévient que pour
» être admis au confeil de l'affemblée de la Compagnie
avec voix délibérative , il faut être pro-
" priétaire de 150 portions d'intérêt de chacune
» 100 liv . & de dix defdites actions de 648 liv. ;›
»
on obfervera ici en faveur des perfonnes qui
» n'auroient point reçu le profpectus de l'entrepriſe
» de l'Yvette , que chacune des actions de 648 liv.
» dont on vient de parler , affure un dividende
» pour le mois de janvier prochain de 6 pour
» 100 à cent partions d'intérêt de 100 liv. , d'où il
» eft démontré que ce dividende fera néceffaire-
» ment confidérable pour chacune defdites por-
» tions. »
« De FER DE la Nouerre. »
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1.de ce
mois , font : 81 , 42 , 30 , 82 & 64.
Payeurs de rente , fix derniers mois de
1787, font toujours à la lettre A.
( 88 )
PROVINCES - UNIES.
De la Haye, le 27 Février.
On voit fe développer par degrés les
évènemens qui devoient fuivre la dernière
révolution , ou qu'elle a rendus néceffaires.
L'armée entière va être refondue fur un
nouveau plan. Le projet duPrinceStadthouder
à cet égard ayant été agréé par L. H.P ,
cette Affemblée l'a communiqué aux Provinces
refpe&ives , avec le rapport du
Confeil d'Etat. La Cavalerie ', qui n'étoit
que de 3,542 Maîtres , fera portée à 5,453
par l'augmentation des Compagnies , &
par l'addition de deux Régimens nouveaux
, l'un de Dragons légers , l'autre
de Huffards. L'Infanterie , compoſée jufqu'ici
de 17,100 hommes , le fera de
30,596 ; ainfi la totalité de l'armée
montera à 36,051 hommes , au lieu de
30,642 dont elle étoit compofée auparavant.
Cette nouvelle formation entraînera
une dépenſe additionnelle de 8 à
900,000 florins.
Sur la propofition des Députés de la
ville d'Enckhuifen , les Etats de Hollande
ont arrêté , le 15 , de conferver & de
maintenir l'ancienne Conftitution , ainfi
que le Stadthouderat - héréditaire dans la
maifon d'Orange- Naffau. Dans ce but ,
( 89 )
L. H. P. ont résolu d'exiger des Bourgeois
, Communautés , Bourgeoifies armées
, un ferment dont la formule porte:
« Nous promettons & jurons d'être fidèles à
» la préfente Conftitution de la province de
» Hollande & de Weft- Frife , confiſtant dans la
» libre & fouveraine Régence de L. N. & G.P. ,
» les Seigneurs États de cette Province , telle
» qu'elle a eu lieu depuis l'établiffement de cette
» République , avec ladignité de Stadthouder -hé
» réditaire , de Gouverneur , Capitaine & Amiral-
» général , héréditaire dans l'illuftre maifon d'O-
» range , de la manière qu'elle a été conférée par
» la réfolution de L. N. & G. P. , du 16 novem-
» bre 1747 , & que S. A. S. Mgr. le Stadthouderhéréditaire
en a pris poffeffion en 1766. »
3
Les Régences de Leyde & de Harlem ,
ont fubi le changement pour lequel les
Commiffaires du Stadthouder , d'après le
pouvoir que lui ont délégué les Etats de
Hollande , s'étoient rendus dans ces deux
villes . Le Confeil de Harlem eft renouvelé
en entier ; celui de Leyde partiellement.
Le 25 , les États de Hollande ont arrêté
l'Amniftie générale que leur avoit
propofée le Stadthouder ; elle a été immédiatement
rendue publique. Des effets
de cet acte , font exclus néanmoins :
Tous les Régens , Membres ou Miniftres de
Régence , ou hauts Colléges du pays , tant de
Police que de Justice , qui , 1º . en féduisant des
habitans par argent , promeffes ou menaces , ont
tâché d'opérer la ruine de la conftitution & de la
forme du Gouvernement. »
( 90 )
- 2º.Ceux qui, par des correfpondances illicites
avec des Etrangers , ont confpiré & intrigué , afin
d'introduire des troupes étrangères dans le pays ;
ou qui ont abufé du nom & de l'autorité du
fouverain en traitant avec des puiſſances étran
gères. »
« 3 ° . Ceux qui , en inventant ou divulgant
de faux bruits de deffeins hoftiles contre cette
province , ont alarmé le pays , & l'ont mis dans
un état de défenfe tout-à-fait inutile , & pour
lequel on a dépensé les deniers du pays d'une mas
ière impardonnable. »
« 4°. Ceux qui ont dreffé l'Acte de Confédéra
tion que l'on a commencé à figner à Amfterdam ,
au mois d'août 1786 , ou qui ont contribué à
faire des propofitions aux prétendues affemblées
du peuple pour renverfer la conftitution , & fpécialement
les auteurs de la propofition faite à une
telle affemblée , le 17 juillet 1787."
« En outre L. N. & G. P. excluent provifionnellement
de cette amnistie & grace , toutes
perfonnes , foit Régens , Membres of Miniftres des
Colléges de Régence & de Juſtice , foit les particu
liers qui ont été les moteurs , auteurs & de la dépofition
des Régens légitimes , ou de ceux qui étoient;
en droit de prétendre à la nomination de Régens
dans quelques villes & lieux ; en outre ceux qui
ont donné l'ordre d'affembler de petites armées
bourgeoifes & les ont fait marcher , ainfi que
ceux qui en ont dirigé les opérations , en ont eu
le commandement , ou y ont fait la fonction de
prétendus fecrétaires ; ceux qui ont criminellement
faifi , arrêté ou menacé les Régens illégitimement
démis , ainfi que quelques- uns de leurs concitoyens ;
ceux qui ont donné l'ordre de prendre des mumitions
dans les arfenaux du pays , de s'emparer
des portes des villes , fans connoiffance préalable &
( 91 )
le confentement de la Régence , ou d'interrompre
de quelque autre manière criminelle les délibé
rations des Régens légitimes ; ceux enfin qui
ont donné l'ordre d'ouvrir les éclufes & de percer
les digues pour inonder le pays , après que la
réfolution de L. N. & G. P. de ne point faire
de réſiſtance aux troupes de S. M. Prufhienne , étoit
venue à leur connoiffance. »
u Tous les Miniftres de l'Evangile & Eccléfiaftiques
d'autres Religions , qui , renonçant aux devoirs
de leur état , ont porté les armes & été
membres de fociétés armées , ou qui ont affifté
aux dépofitions criminelles de Régens légitimes ;
les propriétaires & rédacteurs des papiers publics ,
Hiftori che courant , Vaderlandfche courant , les
deux intitulés Nederlandſche courant , & la Zuid
Hollandefche courant , le Politicke Kruyer & le
Spectator met den Bril ; & enfin tous ceux qui fe
font rendus coupables de meurtres & d'actes de
violence contre leurs concitoyens , ou d'autres
excès énormes. »
« Malgré toutes ces exceptions , quiconque
pourroit douter s'il eft compris dans l'amniftie ,
aura la liberté de s'adreffer , dans l'efpace de trois
mois après la publication de ladite amnistie , à
L. N. & G. P. , en les priant d'être compris
dans le pardon général , à quoi L. N. & G. P.
jugeront comme Elles le trouveront à propos. »
Les États -Généraux ont arrêté , par
une publication folemnelle , la célébration
générale d'un jour d'actions de graces &
de prières , fixé au 19 mars .
Suivant le bruit général , le Traité d'alliance
entre la Cour de Berlin & la République
, a été agréé unanimement par les
( 92 )
Sept Provinces. La garantie de la Conftitution
actuelle & du Stadthouderat-héréditaire
dans la maiſon d'Orange- Naſſau , en
eft une des claufes principales.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 1er. Mars 1788 .
L'Archevêque de Malines , dont nous
avons annoncé l'opiniâtre réfiftance dans
l'affaire du Séminaire-Général , quoiqu'il
eût manifefté à Vienne des fentimens
tout oppofés , eft en procès avec le Confeil
même de Malines . Cette Cour , par
Arrêt du 22 février , a défendu à ce
Prélat de faire enfeigner la Théologie
dans fon Séminaire Archiepifcopal , fous
peine de mille écus d'amende . L'Archevêque
eft revenu fur cette fentence par un
mémoire , où il déclare que de droit divin
il doit enfeigner la Théologie ; que les
priviléges de la Province lui affurent le
droit d'enfeigner la Théologie ; qu'il ne pourroit
obéir à fon Souverain fans offenser
Dieu, & qu'ainfi il eft autorisé par l'infpiration
Divine à demander que la Cour
fufpende l'exécution de l'Arrêt , juſqu'à
plus ample informé .
Nous devons à la vérité & à la juftice ,
de publier la lettre fuivante , qui nous a
été adreffée à l'occafion d'un article:
( 93 )
erroné que nous avions puifé dans une
Feuille Allemande , fans doute mal inſtruite.
Munich , ce 12 février 1788.
« Meffieurs ,
>
« On lit dans votre Journal , no. 4, page 159
» que la dîme qui doit fe lever fur tous les biens
» rentes & revenus des Evêchés , Chapitres , Cou-
» vens, &c. de la Bavière, eſt deſtinée à l'entretien
» du Nonce Apoftolique & de l'Evêque Hoeflelin ,
» de Cherfonèfe. Vous fentez , Meffieurs , com-
» bien il feroit odieux pour le Souverain & hu-
» miliant pour les deux Prélats dont il s'agit
» s'il falloit mettre un impôt fur le Clergé de
» tout un pays pour leur procurer leur fubfiftance.
» Le Clergé de Bavière contribue , comme dans
» tous les Gouvernemens bien ordonnés
» charges publiques , & cette contribution ſe lève
» fous le nom de Dime. Ce n'eſt pas une im-
» pofition nouvelle introduite en Bavière à l'oc-
» cafion du Nonce qui y réfide. La dîme eccléaux
de
fiaftique y a eu lieu dans tous les temps felon
» l'exigence des cas ; mais la perception en eft
» devenue plus régulière depuis l'année 1759.
» Depuis cette époque , elle s'eft renouvelée ,
» l'agrément du Saint Siége , de cinq en cinq ans ,
» & c'eft avec le même agrément qu'on vient
» de la prolonger pour dix ans. Vous voyez par
» là , Meffieurs , que l'affertion odieufe qui vous
» a été communiquée , eft entièrement deſtituée
» de fondement. Vous voudrez bien la rectifier ,
» & inférer cette lettre dans une de vos feuilles
» pour mieux informer le public. Je fuis , & c. »
L'Evêque de CHersonèse. »
( 94 )
·
Paragraphe extrait des Papiers Anglois.
L'efprit de réforme paroît avoir auffi gagné la
Monarchie Espagnole ; le Ministère femble s'occuper
avec activité à la mettre dans un état florif
fant , & à vouloir faire plufieurs réformes ; toutefois
la Commiffion qui a été nommée pour
examiner les fondations religieufes & autres affaires
fpirituelles , travaille fans relâche ; mais juſqu'à
préfent , il ne tranfpire rien de fes opérations ,
finon , qu'il a été envoyé des mandemens aux
Supérieurs des Ordres Religieux de St. Benoît ,
de St. Bernard , de St. Auguftin , de la Trinité
& des Chartreux , de réformer les abus qui fe
font gliffés dans leurs inftitutions. On dit auffi
qu'on traite d'une contribution d'argent , vraiſemblablement
pour fubvenir aux dépenses extraordinaires
qui fe font à préfent à la Marine , comme
étant un des objets principaux qui continuent
maintenant à fixer l'attention de notre Souverain.
Il fe remarque que les conftructions fe pouffent
avec la plus grande activité dans tous les chantiers
du Royaume , & il paroît que la Régence
a deffein de porter la Marine à cent vaiffeaux de
ligne , tant pour défendre efficacement nos vaſtes
& riches Poffeffions , que pour rendre en temps
de Guerre le commerce refpectable par notre pavillon
, & pour nous mettre fur le même pied avec
les puiffances qui prétendent à l'empire exclufif
de la mer. ( Gazette d'Amfterdam , nº. 14. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exacti
nude du Paragraphe ci-deſſus ) .
((^95 ).
Caufe extraite du Journal des Cauſes célèbres ( 1).
: L'année dernière , le nommé Chrétien fervoit ,
en qualité de domeftique , chez le fieur Berthe-
Beau , officier de la Reine , chargé des affaires du
comte de Teffé , & demeurant à l'hôtel de ce
nom dans la ville du Mans . Son maître lui donne
à porter , chez un notaire de cette ville , une fomme
de fix mille livres en argent blanc , renfermée en
quatre facs de toile. Cet argent n'arriva point à
fa deftination . Chrétien fut tenté de s'en accommoder
, & fuccomba à la tentation ; mais il avoit
fur cet argent des deffeins qui ne font pas ordi-
'naires : il projettoit de faire briller ces écus aux
d'une belle dont il étoit épris , & cela pouyeux
voit aider à commencer un petit ménage. Du
moins , quelques jours après , il fe rend au bourg
de Saint-Germain d'Andrefy , & y époufe , dans
toutes les formes , une fille mineure , nommée
Geneviève Pichereau. On ignore fi ce furent fes
nouvelles amours qui lui firent oublier fon devoir &
la probité ; mais il eft certain que fa paffion devoit
être violente , puifqu'elle lui fit oublier qu'il
étoit marié du 10 février 1774 , avec Julienné
Léturmy, à la paroiffe de Songé dans le Maine ;
que fa femme étoit vivante , & mère de trois enfans
exiftans ; ou que s'il s'en fouvint , il franchit
d'un coup tous ces obftacles. Mais il ne fut pas
affez adroit pour dérober à la connoiffance publique
, & fon vol domeſtique , & fon double ma-
(1 ) On souscrit en tout temps pour ce Journal chez
M. Desessarts , Avocat, rue du Théâtre- François ; et
chez Mérigot le jeune, Lib . quai des Augustins. Prix 181.
pour Paris , et 24 liv. pour la Province.
( 96 )
riage. Auffi il ne jouit pas long - temps des douceurs
qu'il s'étoit promifes de ce double délit.
Dénoncé & arrêté, on lui fit fon procès à la Sénéchauffée
du Mans , & il fut jugé dans toute la
rigueur des loix : la fentence le condamna à être
pendu , & fon corps à être expofé fur les fourches
patibulaires de la ville. Sur l'appel à minimâ ,
fa peine a été adoucie. Le Parlement de Paris
ayant trouvé dans les faits du procès & dans fes
lumières , des motifs d'adouciffement , l'a feulement
, par fon arrêt du 12 octobre dernier , con- J.A
damné à être attaché au carcan dans le marché
du Mans, ayant une quenouille fous chaque bras ,
& un écriteau portant : voleur & bigame ; à être
fouetté & marqué , & envoyé aux galères pour
neuf années. Sans doute que l'infamie dont le
coupable eft pour jamais & bien juſtement flétri
fuffit bien pour éteindre toute rivalité entre fes
deux malheureuſes femmes , & qu'aucune des deux
ne regrette une union fi finiftre & fi odieuſe ; mais
les plus à plaindre font les trois enfans , infortunées
& innocentes victimes du crime de leur
père.
M. le Procureur-général a appelé comme d'abus
du fecond mariage , fuivant les formes ufitées.
Le fieur Berthereau n'a pas perdu fes fix mille
livres en entier : il y en avoit une fomme de fix
cens livres remiſe à la pofte pour être envoyée
à un négociant d'Alençon , & il a été autorité à
la reprendre des mains du receveur de la poſte.
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 11. )
SAMEDI 15 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de 53'ss" le matin , & de 54' 8 " le foir.
PHASES
de la
JOURS
du
MOIS.
NOMS DES SAINTS. de
LUNE.
ffam. Aubin , Evêque. 24
4 D Latare. 25
lundi Ste Cunegonde. 26
4 mard. Cafimir , Roi. 27
merc. Virgile. 28
jeudi. Ste Colette. 29
Vend. Ste Perpétue.
30
ONL
ley , a 11
Temps moyen
au Midi yrai.
H.
O 12 28
12 16
2
11 49
11 31
20
S
50
70 35
19
10
46
29
72
figmnioidfhie..
8 fam. Jean de Dieu.
D. Paffion. 9
10 lundi Ste Doctrovée.
mard. Quarante Martyre.
12 merc. Grégoire.
13 jeudi Ste Euphrafie.
14 vend. La Compaffion.
15 fam. Zacharie , Prêtre.
16 6 D. Rameaux.
17 lundi Ste Gertrude , Vierge .
18 mard. Lubin , Evêque..
19 mere, Jofeph.
21 vend. Saint
.42 m.
du foir.
8
P.Q
Test,
10 h 28 m.
PRINTEMPS. 12
20 jeudi Joachim.
22 fam. Epaphrodite.
dumatin
23 Dim. PASQUES.
24 lundi Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
16 merc. Ludger.
27 jeudi. Jean , Ermite.
18 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
30 1 D. Quafimodo.
21 lundi. L'ANNONCIATION.
SOP. L.
26 le 22 ,20
17 h. 9 m
18 damatin.
19
20
21
CD.C
22 le 29, 34
23 h. 34 m.
124) da foir.
COURS DES EEFETS PUBLICS. 1788.
ROEYLFuFAnEUdTXiS.3.
Mardi4. Merc. S.
Jeudi6. Vend. Samedi8.
Actions.
Does
2040.42220044040.2..
1265.
393. 393.
S
42
710
Emprunt Oct.
Id. Décembre 82.56
Lot. d'Avril .... 710.
Lor. d'Octobre.. 535.
Emprunt 125 ms.4
Id. 80 millions .......
Sans Bulletin ....6.
39 395
CHANGES dus
Amf$4
Lond. 2918
L1a8m8..
Mad., ial i316
Cadix 1416d.
Liv. 100.
Gên.. 94.
5.6.67. 5.6. 55-56... Lyon. Bee,
710.9.8..17.0.778..0.1..990...
Bulletin..... 75 76 75 7576.75
Viager, 1787 ... 45 5.5 33.
1009 .... Emprunt 120ms. 10099
535.36. CHANGESdu8.
Amft.$4
455.
6.8.9.7.6.7.6.
.......77..66..
56.566.53.6.
1009 ..... 1008.7. 5. 1004. 3.4. 1003auP.
Ch.d. Empt .... 265.6426464 264 64. 264.63 ... 263 262.
Caffe d'Efcompt. 90.. 4490. 95. 4490 .... 4485. 80.. 4480. 72. 446062..
E.V. Bord ..... 686 689
sec. non fort .... 752.50.
690.
Ham. 188
Lond. 2916
Mad.. 141 186d,
Cadix 14' 176.
Liv.
100
Gên.. 94
Lyon. Pe
Payeurs, fix dernierle
689 ... 690 ..... 690.
7.5.0. 45..7.774..44..865...
mois 1737, let
urs
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 MARS 1788.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
POUR être mis au bas du Portrait de
Madame ELISABETH , peint par
Mme GUYARD, expofe au dernier Sallon.
Q UEL triomphe pour la Peinture
Dans ce chef- d'oeuvre de Guyard !
Le Tableau fait honneur à l'Art ,
Et le Modèle à la Nature.
( Par le Vicomte de Gabrielli. )
'N°. 11. 15 Mars 1788., & BlusĘ
KE
98
MERCURE
LE NOURRISSON du pays de Caux ,
FABLI A U
IMBERT , votre Mufe fertile
Eft toujours sûre de charmer ;
Fidelle au fentiment , élégante & facile ,
Le tableau le plus froid , elle fait l'animer.
Eh ! qui pourroit ne pas aimer
Le petit-fils du Bourgeois d'Abbeville ( 1 ) !
Il m'intéreffe , & je prétends rimer
Conte pareil ; prêtez -moi votre ſtyle ,
Puifque votre Muſe fertile
Eft toujours sûre de charmer ,
Dans la féconde & riante Neuftrie
Vivoit certain Seigneur dont je tairai le nom.
Briller , jouir , telle étoit ſa manię ;
La joie & le bonheur habitoient fa maiſon.
Toujours nombreufe compagnie ,
Feftins , Concerts , & plaifirs à foiſon .
Si Monfieur dépenfoit , de fon côté Madame
N'épargnoit rien. Tous deux n'avoient qu'un fils ,
Elevé fous leurs yeux , dans leur propre logis ;
Senfible , intéreffant , doué d'une belle ame ,
Qu'accompagnoit un fens exquis.
(1 ) Note de l'Auteur. Conte très- agréable de M, Imbert ,
& auquel celui- ci, au style près, pourroit fervir de pendante
DE FRANCE. 99
De cet enfant , deux luftres formoient l'âge .
On voit déjà que fes parens ,
En diffipant fon héritage ,
Lui préparoient un jour des chagrins bien cuifans.
Cette réflexion ne fe préſentant guère
A leur efpritom s'anufoit toujours :
Puis , quand l'argent manquoit , on vendoit une
terre..
d.
Aux ufuriers bientôt on eut recours.
Laffés d'accorder des fecours ,
Et d'être mal payés , ils fermèrent leur bourfe,
Il fallut vendre enfin , pour dernière reffource ,
Le château que l'on habitoit , "
Et le feul bien qui leur reftoit,
Dès-lors l'effroyable Misère ,
Aux membres décharnés , aux genoux chancelans ,
Fixa chez eux fa demeure ordinaire.
L'un après l'autre on renvoya les gens ;
On retrancha chevaux , meute , équipages.
La Nourrice jufqu'à ce jour o
N'avoit rien touché de fes gages , 2.
Et s'éloignoit pourtant fans efpoir de retour,
La voyant fur le point de quitter la demeure ,
Son Elève s'afflige & pleure ;
Il fe fouille , il n'a point d'argents
Il voudroit bien pourtant récompenfer fa Bonne?
Que fera donc ce pauvre enfant ?
Il court chercher au même inftant
E a
1:00
MERCURE
Son plus bel habit , le lui donne :
Tiens , lui dit-il en l'embraffant,
Prends cet habit , prends , ma chère Nourrice ;
Je voudrois faire plus , mais fois bien sûre au moins
Que , fi le Ciel quelque jour m'eſt propice ,
Mon coeur reconnoiffant fçaura payer tes foins.
Aimable enfant ! puiffent les deftinées ,
Secondant à l'envi tes penchans généreux ,
T'accorder de grands biens & de longues années ;
Et puiffent tes vertus , du fuccès couronnées ,
Te rendre heureux toi-même en faifant des heureux !
( Par Mme, Laugier de Grand-Champ. )
LA Prévoyance paternelle. a
UN pauvre venoit d'être père ;
On fe difoit , que deviendra
Cet enfant qui le nourrira !
Irus manque du néceſſaire :
Mon Dieu ! leur dit le pauvre hère ,
Il fera plus heureux que moi ;
Souvent pour être trop ingambe ,
Je n'ai mangé que du pain bis ;
Je vais , ... en lui rompant la jambe
Donner un état à mon fils.
( Par M. le Comte de la M...)
DE FRANCE. IOT
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Poiſſon , celur
de l'Enigme eft Charbon, celui du Logogriphe
eft Souci, où l'on trouve Io, Soc , Suc, Cu,
Oui , Sou , Sou , Si , Ou , Cos , Cou.
CHARADE.
Pour les Amans , mon premier a des charmes ; OUR
Mon fecond fur ton cou flotte négligemment ; .
Et pour mon tout , par un attrait puiffant
1.
L'Amour a dépofé fes armes.
( Par L. de Rochemont. )
ENIGME.
FILs d'une mère mépriſée ,
J'ai le plus bizarre deftin ; "3
Je parle grec , françois , latin }
J'excite fouvent la rifée ,
Quelquefois l'applaudiffement.
C'eſt par mon fecours qu'un Amant
A fa chère Amante fe lic
En dépit de l'éloignement :
Mais, malgré ces marques de vie ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , langue , ni ſentiment.
( Par M. de L***** . )
102 MERCURE
JE
LOGO GRIP HE. ----
E fuis utile au monde ; & le crime & l'honneur
Reçoivent par mes foins la gloire ou Pinfamie ;
La chute des Etats , les efforts du génie ,
C'eft fur ces grands objets que s'affied ma grandeur.
Le Temps brife à mes pieds fa faux vaine , impuif-
*fante ;
a
Et mon pouvoir magique évoquant des tombeaux
Les Miniftres, les Rois , les Savans , les Héros ,
Rend au monde étonné leur ombre renaiſſante .
De mes huit pieds, Lecteur , les divers changemens
T'offriront tour à tour le nom de ta Bergère ;
Du plaifir , de la joie , un des naïfs enfans ,
Qui , jouant für Iris , te la rendent bien chère ;
Ce Maître à qui tu dois ton reſpect, ton araour;"
Ce métal , dont l'abus read les coeurs infenfibles ;
Ce temps fi défiré contre les feux du jour ,
On fortant du boudoir , les Beautés font viſibles ;
Un mot doux , enivrant , marquant l'intimité ;
Une note ; un oifeau ; l'homme qui t'importune ,
Fléau , las trop fréquent dans la Société ;
De nos champs , de nos bois la mefure cominrune' ;
Une paffion forte ; une charmante fleurs
Un des enfans du luxe , étoffe précieuſe ,
Qui de l'humble indigent diftingue la grandeur :
Enfin , chez les Anciens une ville fameufe.
(Par M. Garnier, Commaire Feudifte. )
DE FRANCE. 193
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU général de l'Empire Othoman
divifé en deux Parties , dont l'une com
prend la Légiflation Mahometane, l'autre
l'Hiftoire de l'Empire Othoman . Dédié
au ROI DE SUÈDE, par M. de M***
D'OHS SON , Chevalier de l'Ordre de
Wafa, Secrétaire de S. M. S. , ci-devant
fon Interprète & Chargé d'Affaires à la
Cour de Conftantinople. Ouvrage enrichi
de Figures. Tome Ier.; in-folio. A Paris,
de l'Imprimerie de MONSIEUR.
LE Difcours préliminaire qui accompagna
, l'année dernière , le Profpectus de ce
fuperbe Ouvrage , & qui fut rapporté à la
fuite du Mercure de France , a fait connoître
le plan , la nature , l'importance de cette
entreprife : le premier Volume , aujourd'hui
publié , en commence l'exécution & en
juftifie le deffein.
Nous avons dit ailleurs , & nous répéte- ,
rons que jufqu'ici , à l'exception de l'Hif
toire Othomane du Prince Cantemir , &
de quelques morceaux épars dans les Voya-
E 4
104 MERCURE V
ges , ou dans les Livres qui ont traité de
a Légiflation religieufe des Mahométans ,
nous n'avions fur le Code général , fur les
principes des Coutumes , & fur les Annales
de l'Empire Othoman , que des erreurs ou
des lumières incertaines. Quand les récits.
& les opinions contradictoires des Ecrivains
ne prouveroient pas cette vérité , elle deviendroit
palpable à la lecture de l'Ouvrage
de M. de M*** d'Ohlſon ( 1 ) .
On nous avoit dit & redit conftamment
que l'univerfalité des Loix Othomanes étoit
comprife dans le Cour'ann , & voici un
Code immenfe de Loix Religieufes, Civiles,
Politiques , Militaires , refté inconnu à nos
Voyageurs ; quoique , depuis des fiècles , il
format la règle & la pratique de l'Empire.
Si donc fes Loix mêine ont échappé à ceux
qui prétendoient le décrire , quelle opinion
prendre de leurs jugemens ? Comment
n'auront- ils pas confondu les abus de l'Adminiftration
avec les principes du Gouver-
( 1 ) Il faut excepter de cette foule d'Auteurs
deux hommes qui avoient pénétré l'efprit général
de la Loi Mufulmane & le vrai caractère du Gouvernement
Othoman ; ce font Voltaire , dont le jugeanent
étoit fi droit lorfque les préventions ne l'égaroient
pas ; & M. Porter , Envoyé Britannique à
Conftantinople . Quant au Prince Cantemir , fon
Ouvrage cft une Chronique très- abrégée ; les règnes
les plus mémorables difparoiffent dans ces Annales
chronologiques , dont l'Auteur , mécontent
de la Porte , n'eft pas toujours impartial.
DE FRANCE. 105
ر
nement , les préjugés avec la Doctrine
l'inobfervation de la Loi avec la Loi même ?
Dans les peintures inexactes qu'on a tracées
des Coutumes , des moeurs & des cérémonies
Othomanes , le but & l'origine
de ces ufages ont donné lieu à mille méprifes
la connoiffance approfondie de la
Légiflation , du Culte & de l'Hiftoire , peut
aider feule à en rendre raifon ; alors ce
qui paroiffoit ridicule devient fenfé. Veuton
étudier le cours des viciffitudes politiques
de cet Empire ? il faut en rechercher
les caufes. Elles font difcerner ce qui fut
accidentel de ce qui eft néceffaire, l'ouvrage
des circonstances des effets de vices fondamentaux
, enfin les remèdes qu'on peut tirer
de la Légiflation contre les abus.
1
Mais l'on apperçoit facilement la difficulté
de ces recherches fur les Loix , fur la
Religion , fur l'Hiftoire , chez une Nation
peu communicative , à qui fes dogmes &
fon ignorance même infpirent le mépris des
Etrangers , qui s'inquiète de leur curiofité
& aux yeux de laquelle l'inveftigation de
fes ufages par un Infidèle , peut paroître
une profanation. D'ailleurs la croyance religieufe
qui nous fépare des Muſulmans
s'étend également dans la Société ; il eft
donc prefque impoffible de s'inftruire bien
dans un pays où l'on ne forme aucunes
liaifons de confiance. L'accès auprès des
Grands , des Officiers d'Etat , des Gens
de Loi , feuls dépofitaires de la ſcience , eft
ES!
106 MERCURE
rarement ouvert. La Langue , le choix des
Livres à confulter , les éclairciffemens qu'ils
exigent , font de nouveaux obſtacles. Les
eût-on tous furmontés , il refteroit encore
à vaincre le pire de tous , celui de fes propres
préventions. Combien d'années avant
d'avoir triomphe de l'empire de nos habirudes
, & d'être en état de porter fur des
moeurs abfolument nouvelles à nos yeux ,
un jugement libre des impreffions par lef
quelles notre intelligence a été fubjuguée
au milieu de nos concitoyens ?
M. le Chevalier de M*** étoit à l'abri
de ces préjugés , puiſqu'il eft né à Conftantinople
, & qu'il a quitté la Turquie
pour la première fois , âgé de plus de 40
ans. Mais lui - même a expofé , dans fon
Difcours préliminaire , fes titres à la con- ´
fiance publique ; ils font tels , que les Othomans
eux-mêmes rendent hommage à fes
profondes connoiffances & à fa fagacité.
C'eft fur la Religion que porte l'édifice
entier de la Conftitution de l'Empire ; c'eft
en leur qualité de fucceffeurs des Califes
, que fes Souverains font en droit de
le gouverner ; ici les deux glaives font
réunis , aucune diftinction entre le facerdoce
& le pouvoir fuprême. Les Loix Canoniques
font par conféquent chez les Mufulmans
des Loix politiques fondamentales
; Loix d'autant plus facrées , qu'elles
forment le feul titre dès Souverains à l'autorité
, le ſeul lien des Peuples à l'obéiffanse .
DE FRANCE. 107
Les obligations qui dérivent de ce Code
Théocratique , reçoivent de l'enthouſiaſme
religieux une force infiniment fupérieure à
l'influence mobile & paffagère de l'opinion.
Il en résulte un Gouvernement defpotique
dans le fens primitif de ce mot , c'est-àdire
, une réunion de tous les attributs de
la fouveraineté abfolue dans les mains du
dépofitaire du Califat , mais nullement
un Gouvernement arbitraire le Prince ne
commande & n'eft obéi , qu'en vertu de
Loix fixées , dont le renverfement ou la
feule altération mettroit en péril & fon
trône & fon exiſtence.
Le Code Univerfel dont M. de M*** nous
procure la connoiffance , porte le nom de
Multeka : il fut rédigé fous Suleyman I, par
le célèbre Imam Ibrahim -Haleby ; c'eft le
réfumé de tous les anciens Livres Canoniques
, des décifions des Imams Fondateurs
des quatre Rits orthodoxes , & le Recueil
général des règles de Jurifprudence & d'Adminiftration
publique. Quant aux Dogmes
de l'lflamifme , ils forment un Ouvrage
féparé , qui fert d'introduction & de fondement
au Code Multeka. Omer - Neffefy
compofa au commencement du douzième
fiècle ( Ere Chrétienne ) , un Abrégé de
tous les Livres de Légiflation religieuſe •
cer Abrégé , avec les Commentaires fubfé
quens , préfente en LVIII articles de Foi
l'effence de la Doctrine Mufulmane .
M. de M*** ayant commencé fon Ou-
E 6
108
MERCURE
vrage par le Code religieux , la partie dogmatique
de ce Code eft développée & traitée
la première ; viennent enfuite la Partie rituelle
& la partie morale : cette dernière ,
ainfi que l'article du jeûne & celui du pélerinage
de la Mecque , l'un des plus curieux
de ce Recueil , ont été renvoyés au
fecond Volume.
Il ne faut pas croire que ce tableau du
Code religieux fe réduife à l'énoncé du
Texte Canonique , à la Traduction de fes
Commentaires , ni à des glofes fur la Jurifprudence
& le Catéchifme Muſulmans ,
femblables à celles dont nos Docteurs ont
orné ou déshonoré le Droit Romain . Le
Texte & les Commentaires confacrés de la
Légiflation religieufe , font ordinairement
très-courts. Leur intelligence comme leur
intérêt réfultent des Obfervations & des.
difcours généraux qui fuivent chaque Chapitre
& chaque Code . Dans le cadre de
ces Obfervations , fruit des recherches &
du travail infatigable de M. de M *** , il
a raffemblé l'Hiftoire des opinions chez les
Mahométans , celle des Coutumes & des
préjugés d'où naquit l'efprit de leur Culte
& de leur Légiflation , les variations de la
Doctrine religieufe , une multitude de faits
qui en déterminent le caractère & l'application
; enfin , les fuperftitions introduites
par le temps , ' repoullées par la Loi , & dont
P'influence, trop fouvent victorieufe, décida
plufieurs fois du fort de l'Empire.
DE FRANCE. 109
L'Auteur , maître de fon fujet , en a clairement
formé & diftribué le plan . Malgré
la prodigieufe variété des matières , il les
a claffées dans le plus grand ordre , & ce
mérite , maintenant fi rare , de la méthode ,
eft la plus fûre preuve des forces de l'Ecrivain
.
›
Dans le cours de quelques pages , M. de
M *** a tracé le tableau des révolutions
opérées en différens fiècles & dans plufieurs
Etats Mahométans , par les fchifmes , les
controverfes , & les difputes de Religion .
Ces divifions qui partagèrent le Califat , &
qui enfanglantèrent l'Orient , avoient été
jufqu'ici une fource d'hypothèſes pour les
Savans. M. de M*** a éclairci ces obfcu-
Tités hiftoriques, en développant rapidement
& avec exactitude , la nature de ces fchifmes
, qui prirent naiffance immédiatement
après la mort de Mohammed.
La plus éclatante de ces héréfies fépare
encore aujourd'hui les Perfes & les Othomans.
Elle fut adoptée par le Schah Ifmaël
, Fondateur de la Maiſon des Sophis .
Selim régnoit alors à Conftantinople ; il fe
mit à la tête d'une puiffante armée pour
combattre l'héréfiarque , & fit précéder cette
expédition d'une lettre ou fommation écrite
de fa main au Schah Iſmaël. Cette miffive
peint l'efprit du fiècle , le ftyle oriental , le
génie particulier , & l'érudition de Selim
l'un des Héros de la race Othomane.
?
Après avoir reproché au Schah Iſmaël
ΧΙΟ MERCURE
و د
و د
"
"
و د
ود
fes impiétés , fes cruautés , fes profanations
, il continue en lui difant : » Enflammé
» du défir d'affermir d'une part le Muſulmanifme
, & de l'autre de délivrer de ton
joug les Peuples , les Nations , les foibles
" créatures qui gémiffent fous le poids de
» ton impiété & de ton oppreffion tyrannique
, nous avons réfolu de quitter nos
» ornemens impériaux , pour nous revêtir
» de la cuiraffe , de déployer nos drapeaux
» toujours heureux & triomphans , de met-
» tre fur pied nos armées invincibles , de
» tirer nos armes du fourreau de notre
» colère & de notre indignation , & de
» faire marcher nos troupes , dont le fabre
» ne fait grace à perfonne , dont la lance
" porte des coups inorrels, & dont la flèche
» atteint l'ennemi jufque dans la conftella-
» tion du Sagittaire . En conféquence de
» cette réfolution noble & ferme , nous
» fommes entrés en campagne ; nous avons
déjà traversé le canal de Conftantinople
» & marchant fous les ailes de la protec-
» tion & de l'affiftance du Très -Haut , nous
efpérons aller bientôt t'abattre le bras
» de méchanceté & de tyrannie ; t'ôter de
la tête ces fumées de grandeur & d'héroïfme
qui te caufent d'affreux étourdiffemens
; délivrer les foibles & les opprimés
du joug de ta domination ; t'é-
" touffer enfin dans ces mêmes tourbillons
» de flammes & de fumée , que vomiffent
» de toutes parts les incendies de tes pro-
و د
و د
ود
ود
و د
DE FRANCE. III
» jets pervers ; vérifiant par là fur ta per-
» fonne le proverbe qui dit : Celui qui
» sème des épines ne peut moiffonner que
» des afflictions & des amertumes . Cepen-
» dant , pour nous conformer à l'efprit de
» la Loi de notre Saint Prophète , nous
voulons , avant que d'en venir aux armes
» te préfenter , au lieu du fabre , le facré
Cour'ann , & t'exhorter ainfi à embraſler
la Foi orthodoxe : c'eſt pourquoi nous
t'écrivons la préfente Lettre Impériale.
>>
•
Chaque homme a un naturel différent ,
» & l'espèce humaine eft comme les mines ,
" d'or & d'argent. Il eft des hommes dont
le caractère pervers forme une feconde
» Nature ; ce font des Nègres qu'on s'efforceroit
en vain de blanchir. Il en eft
» d'autres qui fe corrigent , qui reviennent
» de leurs erreurs & de leurs égaremens ;
mais chez eux , le mal n'eft pas invétéré ,
" parce qu'attentifs fur eux - mêmes , ils
répriment les inclinations vicieufes de la
» Nature .
»
"
}
» Nous t'exhortons en conféquence à
» rentrer en toi-même , à renoncer à tes
» erreurs , & à marcher d'un pas ferme
» vers la voie du falut ...... Mais fi , pour
» ton malheur , tu perfiffes dans ton égarement
, tu verras bientôt ces vaftes plaines
qui font fous ta main de tyrannie & d'ufurpation
, garnies de nos tentes & de nos
» brillantes enfeignes , & couvertes de nos
» armes victorieufes . Ce fera là que s'exer
"3
"
و د
112
MERCURE
"
» ceront la valeur & l'intrépidité , & que
s'accompliront les décrets arrêtés dans le
Confeil fecret du Très -Haut , qui eft le
· Dieu des armées , & Souverain Juge des
» actions humaines. Au refte , falut à qui
» fuit la voie du falut «.
93
"
"
Cette Lettre fingulière fe trouve dans les
anciennes Annales de la Monarchie , rédigées
par le Mouphty Hiftorien , Sad- ed din
Effendy. Le Schah Ifmael y répondit dans
un ftyle plus laconique & moins étudié ,
inais auffi fier & auffi arrogant. Les évènemens
de cette première guerre entre les
Othomans Sunnys & les Perfans Schys ,
juftifièrent le ton de Selim I , vainqueur partout
, conquérant de la Syrie , de l Egypte
de la Mecque , de Médine , & de tout le
Hidjeaz.
L'article de la prédeſtination eft un des
plus importans de ce Volume ; il démontre
la faulleté des opinions que les Voyageurs
ont répandues à ce fujet. Ce dogme , par
la Loi même que rapporte M. de M***
s'applique exclufivement à l'état fpirituel de
l'homme ; fon extenfion aux chofes temporelles
eft l'ouvrage du préjugé réfumons
quelques paffages de cette difcuffion qui
fixe tous les doutes.
" Le fatalifme , chez les Mufulmans , fe
» réduit à ces trois points généraux : 1 ° . que
la prédeftination ne regarde que l'état
fpirituel 2 ° . qu'elle n'embraffe pas tout
» le genre humain , mais feulement une
"
"
DE FRANCE. 113
כ
partie des mortels , prédeftinés , avant
feur naiffance , à être du nombre des élus
» ou des réprouvés : 3 ° qu'elle n'a aucun
» rapport à l'état moral , civil & politi-
» que , parce que dans les principes de la
» Religion , l'homme n'eft jamais privé de
" fon libre arbitre «. Telle est l'opinion
des Mouphrys & de tous les Docteurs de
la Loi. Malgré ces reftrictions légales ,..
un préjugé toujours dominant étend l'influence
du fataliſine aux actions civiles &
morales. Le Peuple , les efprits vulgaires
les Monarques quelquefois , en font im-
- bus. De là , cette eſpèce d'engourdiffement
léthargique où vit la Nation Mufulmane
& la réfignation avec laquelle elle fupporte
fans trop d'examen, les évènemens fâcheux,
Tes accidens particuliers , & les malheurs publics.
و د
ce
» Le Mufulman qui voit fa fortune ré-
» duite en cendres ou enlevée par une main
» avide , l'individu frappé de la contagion ,
» le Marin qui périt au pied d'un rocher
» par l'inhabilité du Pilote , le malade vic-
» time de l'ignorance d'un Empirique , tous
» fe foumettent à leur malheureux fort ".
Cependant l'influence de ce fyftême défaftreux
n'eft pas toujours également puiffante
; plufieurs Chefs de la Religion &
de l'Etat ont fu y réfifter. Omer donna ce
falutaire exemple en fuyant la pefte qui défoloit
la Syrie ; Bajezid II & d'autres , appuyés
fur les principes de la Loi , fur les
*
114 MERCURE..
préceptes & la pratique conftante des quatre
premiers Califes , eurent la même fagéffe
; elle pourroit devenir générale , d'autant
plus aifément , qu'on combattroit le
préjugé cóntraire, le Cour'ann à la main .
ور
ود
"
Rien de fi oppofé d'ailleurs au dogme
» du fatalifme , que la conduite journa- .
» lière des Mufulmans . Ceux même qui l'adoptent
d'une manière abfolue, ne laiffent »
" pas de recourir aux reffources de l'Art ,
» de la Science , de l'intrigue , de la pro-
» tection , pour foulager leurs maux , pour
» avancer leur fortune , feconder leur am-
" bition. Les Califes , & les Sultans qui
» ont fait mettre à mort tant de Princes
» collatéraux , dans la feule vue de préve-
» nir des troubles ou d'affurer le trône à
leurs propres enfans , n'ont affurément
pas confulté la prédeftination , en pro-
" nonçant ces arrêts barbares « . -
وو
Il est une autre caufe puiffante du maintien
de ce préjugé , que M. de M *** indique
& développe avec beaucoup de fagacité.
Ce n'eft point par défaut de lumières
ou de raifon , que l'on voit fouvent des
Miniftres attribuer aux arrêts du Ciel , le.
fort de l'Etat en général ; cette feinte eft .
l'ouvrage de la Politique. » Le fatalifme fert
» de bouclier contre les fureurs du Peuple
» dans tous les évènemens fâcheux . Tandis
que , d'un côté , il eft careflé
» des ames foibles & indolentes , qui s'ent
» font un orciller far lequel ils pofent la
"
ور
par
DE FRANCE.
MIS
"
tête & s'endorment ; de l'autre , il fert
» d'arme tranchante dans les mains habiles
» & vigoureufes, pour exécuter fans plain-
» tes ni murmares , des projets de la poli-
» tique & de l'ambition . Les efprits élevés,
» loin de fe laiffer enchaîner par des opinions
vulgaires , s'en fervent au con-
» traire , felon les circonftances. Ainfi ces
» préjugés , quelque funeftes qu'ils foient
produifent fouvent d'heureux effets. Ils .
» foutiennent & relèvent la valeur de la
» Nation , & garantiffent quelquefois l'Etat
» de ces convulfions que les malheurs publics
entraînent après eux . «.
"
3?
Peu de parties de l'Hiftoire d'Orient ont.
été jufqu'ici plus enveloppées de ténèbres
aux yeux des Européens , que le tableau des
-roits, des dynaſties, des révolutions du Ca-,
lifat. On n'avoit pas même une généalogie
exacte de ces Pontifes , ni la Carte géogra-.
phique de leur domination . L'Anglois Sale ,
tout judicieux & inftruit qu'il étoit, a commis
de graves erreurs à cet égard dans fes
favantes Obfervations fur le Mahométifme.;
En confultant & en comparant les feules
fources authentiques , M. d'Ohffon a tracé
d'une main fure , l'Abrégé hiftorique de l'élévation
rapide , du déclin & de la chute
de cette immenfe Monarchie. Ce morceau ,
où le trouvent réfumées en quelques pages
les plus vaftes connoiffances , éclaire en
quelque forte tour le reste de l'Ouvrage.
On y voit , felon la remarque profonde de
116 MERCURE
و ر
و ر
و د
و ر
1
» l'Auteur , que Mohammed , qui fit des
Arabes une Nation de foldats , un Peuple
de Héros , eût rendu fa puillance
plus vafte & plus durable que celle des
Romains , fi , à leur exemple , il eut fair
précéder les conquêtes par l'établiffement
» d'une fage Adminiſtration , ou fi fes fuc-
» ceffeurs , marchant fur fes traces , euffent
» fuivi l'efprit de fon plan , & adopté les
» maximes des deux premiers Califes , fur-
» tout d'Omer , l'un des plus grands Hommes
qu'ait produits l'Afie «.
ود
Le facerdoce des fucceffeurs de ces quatre
premiers Vicaires du Prophète , ayant été
conftamment regardé comme un Califat
imparfait , les Chefs de la Maiſon Othomane
, en héritant de cette dignité ſuprême
depuis Selim I , ne prennent que le titre
d'Imans des Mufulmans . Sous cette dénomination
fixée par la Loi , ils font Pontifes
fuprêmes , comme ils font Souverains
fous celle de Sultan.*:
"
La Religion ayant rendu ces deux pouvoirs
indivifibles , & fixé l'unité du commandement
, il en résulte , 1 ° . que les Etats Mufulmans
ne peuvent avoir d'autre Conftitution
que la Monarchie : 2 ° . que les Souverains
doivent s'interdire tout partage d'autorité
, & tout démembrement.
» Par une fuite de ces principes , tous
" les Souverains qui fuivent les quatre Rits
» orthodoxes , font envifagés comme au-
» tant de Membres réunis fous l'autorité
DE FRANCE. 117
facerdotale du Grand Seigneur , en fa
qualité de premier Iman & de Vicaire
» de Mohammed . Les uns ,
, כ
"3
و ر
pereur de Maroc , les tels que l'Em-
Princes
» cantons de l'Arabie , des Indes & du
refte de l'Orient , ne reconnoiffent que
fon autorité fpirituelle ; les autres, comme
» les trois Régences d'Afrique , rendent
" encore hommage à fa fouveraineté temporelle
ور
De ce point de doctrine , encore plus
que des confidérations politiques, naquirent
les plus fortes oppofitions au démembrement
de la Crimée , & à l'indépendance
de fon Chef , au moment de la paix de
Cainardjé. Le Kan devoit refter fous la
fuprématie fpirituelle du Grand- Seigneur ,
les Mollas & les Cadis à fa nomination.
On fent , d'après cela , combien fut épineufe
la négociation fubféquente , que termina
, en 1779 , la Convention d'Agnaly-
Cawak ; négociation qui eût échoué, » fans
» l'habileté de M. le Comte de St.- Prieft ,
dont la fageffe fut concilier les intérêts
de la Religion d'une part , & ceux de
» la politique de l'autre , entre les deux
»" Puiffances contractantes ".
2
Nous pafferions les bornes où nous devons
nous renfermer , en nous arrêtant à
la multitude de détails didactiques , hiftoriques
ou defcriptifs , qu'offrent les Chapitres
de la Prière de la Circoncifion , des
Sepultures , des Prêches , de la Dime au718
MERCURE
monière. En lifant ces morceaux du plus
grand intérêt , les Savans même feront forcés
d'avouer que nous ne connoiffions pas plus
la doctrine , les moeurs & les coutumes
des Othomans , que nous ne connoiffons
celles de la Nubie.
Dans les obfervations explicatives du Chapitre
V , Liv. III , qui traite des temples ,
M. d'Chiffon a raffemblé une foule de traits
curicux , & de notions utiles fur les Mofquées
, fur les Imarcths , foit Hôtelleries ,
où l'on diftribue chaque jour aux Etudians
pauvres & aux indigens , du pain , du
mouton , des légumes , & une petite libéralité
en argent , fur les Hôpitaux des ma--
lades & ceux des foux ; fur les Ecoles
publiques ; fur les Colleges Medrelles. Ce
dernier article met le Public à portée d'apprécier
l'état actuel des connoiffances chez
les Othomans , auffi éloignés encore de nos
"lumières , qu'ils le font de la barbarie qu'on
leur a fi légèrement reprochée dans quelques
livres nouveaux . Le morceau des Bibliothèques
publiques eft un Supplément
de celui dont nous venons de parler : l'Auteur
y rapporte l'Hiftoire authentique de
I'Imprimerie à Conftantinople , le Fethwa
très fenfé , & le Refcrit non moins fage "
du Grand- Seigneur pour autorifer & proté
ger cet Art, enfin la nomenclature des Livres
imprimés. Ce premier Volume eft terminé
par l'article des Wakfs , foit biens confacrés
aux Mofquées ou à des fondations,
-
DE FRANCE. 119
C'est une des parties de ce Livre qu'il faut
lire avec le plus d'attention ; les Wakfs
intéreffant à la fois la Religion , la Politi
que & les Finances de l'Empire. Aucun
étranger n'avoit encore bien connu les
règles , l'ufage , les divifions , & le régime
de ces dépôts , qu'on a ridiculement confondus
avec les donations pieufes de l'Europe
Chrétienne.
1
>
Cet Ouvrage mémorable eft écrit d'un
ftyle fage & conforme au fujet. Point de
déclamations , de plaifanteries infipides
de réflexions bavardes ; nul apprêt : dans les
matières didactiques , l'Auteur eft clair &
précis ; dans les defcriptions & les récits ,
rapide & foutenu . Ce feroit faire injure à
un livre de ce genre , que de célébrer la
magnificence de fon exécution typographique.
C'eft -un des plus beaux monumens
de l'Imprimerie Françoife : les gravures
ont été conduites par des Artiſtes diftingués
, & feront encore plus importantes
dans le fecond volume , que M. d'Ohffon
va mertre fous preffe au premier jour,
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
120 M E.R.C.U RE
F
NOUVEAUX Contes Arabes , ou Supplé
ment aux Mille & une Nuits , fuivis de
Mélanges de Littérature Orientale & de
Lettres , par M. l'Abbé *** . A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
·
L'IDEE de donner un Supplément aux
Mille & une Nuits , eft heureuſe . Le fuccès
de cette première Traduction a été ſi général
, qu'il eft étonnant qu'on ne nous en
ait point donné de fréquentes Imitations.
Nous n'avons eu que les Contes des Génies
qui aient été fupportables ; les autres
Productions du même genre s'éloignent
-trop de la réferve & de la décence de l'A
-pologue , de cette auftérité morale qui a
fur-tout fait eftimer les Fables d'Efope. On
pouvoit comparer nos Contes Orientaux
-écrits en France , à ces Fables Sibaritiques ,
qui ne retraçoient que des actions plaifantes
ou lafcives. On pouvoit même aller
plus loin , & les affimiler aux fictions
Libyques, Ciliciennes ou Cipriaques , qui ,
au lieu d'être des Apologues , n'étoient
en effet que des Romans. Affurément Martin
Luther , qui affiniloit l'Apologue ancien
aux Livres facrés , auroit bien un autre
langage , s'il y avoit retrouvé le ton de
nos Modernes . Le Recueil des fictions Grec-
3
·
ques
DE FRANCE. 121
1
ques ferviroit , au befoin , de Commentaire
à l'Hiftoire de la Grèce. La plupart peignent
autant les affaires publiques , que
les moeurs privées . L'Apologue , dit Saint
Auguftin , n'eſt point un menfonge , il eſt
plutôt une image de la vérité . Efope
Phèdre , & les plus habiles Conteurs , ont
recueilli des Proverbes courans , & c'eft
en cela que leurs fictions font intéreffantes
, & rendent fidèlement l'efprit & le caractère
des peuples pour lefquels ils trayailloient.
Leurs moralités étoient des
Sentences déjà reçues. Il étoit même eſſentiel
de ne point s'écarter de cette Morale
pure , qui étoit la bafe des devoirs & des
récompenfes , & qui fuppléoit , par l'influence
qu'elle avoit fur les efprits , à
l'infuffifance des Loix. De là vient que
Salomon invitoit les peuples à interpréter
la Parabole , qui n'étoit qu'une Sentence
allégorifée.
1
Ut detur parvulis afturia , adolefcenti fapientia &
intellectus.
1
On exigeoit en outre que l'Auteur de l'Apologue
& de la Fable narrât avec rapidité
, qu'il refferrât fon plan , & qu'il ne
fît pas un Roman. Le femper ad eventum
feftina, tant recommandé par Horace , s'appliquoit
fur- tout à la Fable , au Conte ,
à l'Apologue.
2
On fait que les Fables font venues des
No. 11 , 15 Mars 1788,
F
122 MERCURE !
,
Orientaux , que les Indiens , les Hébreux ,
les Perfes , les Egyptiens , les ont prifes &
confervées ; on a cru que la crainte du Defpote
a déterminé les Fabuliftes Orientaux
à s'envelopper d'un voile : fi cela étoit , il
faudroit croire qu'il y a eu par- tout des
Defposes, ce qui feroit contre la vérité hiftorique.
Il eft plus naturel de penser que
l'Allégorie eft une production du climat
Oriental, comme la Phyſique l'a été du Nord.
On trouve le ton & le voilę oriental , dans
l'Ecriture-Sainte . Joatham , fils de Gédéon
fait connoître aux peuples de Sichem la
faute qu'ils avoient commife d'élire Abimelech
pour leur Roi. Joas , Roi d'Ifraël
youlant confondre Amafias , Roi de Juda ,
qui le déficit au combat , lui dit que le
Chardon du Liban voulant époufer la fille
du Cèdre , fur foulé aux pieds par les bêtes
de la campagne. Certainement Joas ni Joatham
n'ont craint les Defpotes ; ils fe font
exprimés comme on devoir parler à des
peuples , dont toute la fageffe étoit renfermée
dans les Paraboles , les Enigmes , les
Hieroglyphes , les Apologues & les Fables,
Récapitulons maintenant les trois fortes
de mérite qu'on exige dans les Contes ou
Apologues Orientaux ; briéveté, morale épuréc,
allufions caractériſtiques. L'Auteur des
Mille & une Nuits n'a pas toujours atteint
se but , & il s'en faut bien qu'il y ait couru ,
celui du nouveau Recueil peut , à plus
jufte titre , fe flatter d'y être parvenu . Ses
DE FRANCE. 123
,
Contes n'ont point trop d'étendue , fa morale
eft bonne ; le fujet eft en général établi
fur une Sentence reconnue & fur ce que
Phèdre & Elope ont avoué être les Proverbes
courans , l'expreffion de la fageffe
& de l'opinion vulgaire . Quant aux allufions
& aux reffemblances nationales , l'Auteur
ne paroît point s'être affez attaché à
les faifir , & rien , dans le vrai , n'eft moins
facile. Il fait quelquefois s'approprier les
métaphores , les inverfions & les allégories
Orientales. Les expreflions font fouvent heureuſes,
& fouvent il trouve la couleur propre.
Nous aurions défiré, dans les dénouemens
de fes Contes, plus de variété , & une
teinte un peu plus gaie. Mais il n'en eft
point qui ne foit intéreffant . Il aime à retracer
les vertus d'une bonne mère , d'un
bon père , & les graces de l'enfance . On
peut lire le Conte qui a pour titre l'Horof
cope , l'Hiftoire de Meleckschah & de
· Schahkadoun , celle de Mach Allah & de
Beherdjour.
→
Les Contes font fuivis d'un Recueil d'Anecdotes
Orientales , qui font bien choifies.
La royauté feroit une belle chofe , fi
elle duroit toujours , difoit Kofroès . - Si
elle duroit toujours , elle ne feroit pas venue
jufqu'à nous. Quatre chofes dont il faus
fe défier , l'amitié des Grands , les careffes
d'une femme , les complimens d'un rival ,
la chaleur du foleil pendant l'hiver. Rien
de tout cela n'eſt permanent. Quelque
-
F 2
124 MERCURE
traits divers précèdent des Fragmens érotiques
tirés de divers Auteurs Arabes . Le
premier Fragment nous a paru rempli de
chaleur , & d'une douce volupté. Des penfées
détachées, des Elégies fuivent ces Fragmens.
Les Adages qu'on y a joints font peu
communs ; la morale n'en eft point triviale ,
-
-
Le Savant eft dans fa patrie , ce que l'or
eft dans le creufet qui l'épure. Il n'y a
que la mort qui faffe taire l'efpérance .
Chaque jour de ta vie eft un feuillet de ton
hiftoire. Le premier degré de la colère ,
c'eft la folie ; le dernier , c'eft le repentir.-
Un Roi n'a plus d'amis , un envieux plus
de repos , un menteur plus de crédit. -
N'efpérez pas recueillir où vous n'avez point
femé, Il ne faut qu'un peu de fiel pour
gâter beaucoup de miel . -Le grand Homme
eft un but contre lequel l'Envie dirige fes
traits,
Ce Volume eft terminé par des Lettres
fur la Littérature Arabe , qui annoncent
une lecture fuivie de tous les Auteurs qui
ont recueilli les Ouvrages des Fabuliftes
anciens & modernes. Les différens caractères
de l'Apologue chez les Grecs & chez
les Arabes , font bien faifis & diftingués,
L'Auteur auroit pu s'étayer de quelques
citations qui auroient rendu fa diflertation
précieufe & utile, Il pouvoit préfenter un
tableau inftructif de la Littérature des Arabes,
trop peu connus ; car notre Littérature
reffemble à notre Médecine ; l'une & l'autre
DE FRANCE. 125
doivent tout aux Efpagnols , & ceux- ci tout
aux Arabes. On fe plaint en France de lá
multiplicité des Génies , & de l'abondance
des Ecrivains ; trouvera-t-on cependant un
Chanfonnier auffi fécond qu'Albufarage,Auteur
des Agani , ou Vaudevilles Orientaux ,
qui a compofé 117 Volumes durant une
très-courte vie ? Des recherches fur la Lit
térature ancienne des Arabes , feroient trèscurieuſes
, & ferviroient à rectifier l'erreur
dans laquelle des Ecrivains tombent fouvent
à l'égard d'un peuple qu'on accufe injuftement
d'ignorance . L'Auteur croit qu'Elope
& Lockman ne font qu'un ; mais s'il avoit
confulté l'Alcoran , il fauroit que ce livte
facré fixe l'existence de Lockman au temps
du Roi David , ou de Jofias ; ce qui ne
s'accorde guère au règne de Créfus , où vivoit
Elope. Le portrait que Plutarque fait
d'Efope , n'eft pas le même que celui qui
nous a été tranfmis de Lockman , qui reffemble
bien plus à Bidpai , & qui pouvoit
n'être qu'un avec ce fage Indien. Les Italiens
viennent de publier un Ouvrage intitulé
Litteratura Turchefe, qui remplit à peu
près l'objet que nous propofons à l'Auteur
des nouveaux Contes Arabes. Il en résulte
des noticns vraies fur les Lettres & les
Sciences tranfmifes par les Arabes aux Turcs.
On y voit qu'elles font beaucoup au deffus
du préjugé que nous en avions . Les Voya
geurs Chandler , Milady Montague , Pockoke
, Wekler , nous avoient donné des
F3
126
MERCURE
·
connoiffances qu'on n'a pas voulu adopter
fur le compte des Orientaux , qu'on s'eft
opiniâtré de ne confidérer que du côté de
l'imagination , & par conféquent des Apologues
& des Contes , que toutes les Nations
ont imités tant bien que mal ; fans
trop être jaloux de fe rapprocher du modèle .
Nous encourageons M. l'Abbé ... à donner
une fuite à fon Recueil ; il n'eft pas douteux
qu'à mesure qu'il exercera fa plume ,
fon ftyle ne gagne & pour la correction &
pour la phrafe grammaticale. Nous l'exhortons
à l'animer davantage ; car la froideur
nuit à toutes les productions , & encore
plus au genre Oriental ; & dans ce genre ,
il faut préfenter la raifon non pas tant par
des raifonnemens , que par le fentiment &
par les images.
ÉPITRE à mon Père ; par M. J. de
CHENIER. A Paris , de l'Imprimerie
de Monfieur.
LORSQUE M. Thomas , dans l'Ode fur le
Temps , couronnée à l'Académie Françoife,
livra fon ame vertueuse à ce beau mouvement
:
Que ma mère , long- temps témoin de ma tendreffe,
Reçoive mes tributs de reſpect & d'amour ,
DE FRANCE. 117
des gens d'un goût fort noble fans doute,
& d'un efprit fort délicat , mais à qui l'Académie
, les Lettres , & les fentimens de
la Nature n'avoient pas le bonheur de
plaire , firent d'excellentes plaifanteries fur
la niaiferie de ce grand enfant , qui parloit
au Public de fa chère mère . Ils oublieient,
à la vérité , qu'Horace nous a beaucoup
entretenus de fon père & de la reconnoiffance
qu'il lui devoit , & que cette piété
filiale qui anime fes Ecrits , a fait refpecter
le père & le fils .
Lorfque l'éloquent Rouffeau , dans fon
éloquent Difcours fur l'origine & les fondemens
de l'inégalité parmi les hommes ,
érigea un monument fimple & majestueux
à la mémoire de fon père , ce morceau , qui
honoroit également fon coeur & fes talens ,
fut blâmé par les mêmes cenfeurs : il n'avoit
point alors leur faveur , il n'étoit pas encore
brouillé avec les Philofophes . Depuis ce
temps , ceux qui avoient d'abord eflayé de
le rendre ridicule , l'ont déifié ; mais on a
perdu le droit de rendre hommage au talent
, quand on a commencé à l'infulter
par envie , & qu'on ne le loue qu'en haine
de ceux à qui on veut l'oppofer. Avant
MM. Thomas & Rouffeau , M. Greffer.
avoit adreffé à fa four une fort belle Epitre
, vive expreffion de tendreffe & de re-
Connoiffance.
Ces exemples d'hommages publics rendus
à la Nature , ont produit leur effet ;
F 4
128
MERCURE
$
ils ont été imités : les hommages de cè
genre fe font multipliés , quand on a ceffé
de craindre le ridicule ; l'honneur en eft
dû à ceux qui ont ofé le braver , entraînés
par un fentiment pur & vrai. On a vn dans
ces derniers temps beaucoup de Dédicaces
à mon Père, à ma Mère , à mon Frère ,
à ma Soeur, à mon Ami. C'eft fur-tout en
matière de fentiment qu'il ne faut pas imiter
, & qu'il faut parler d'après fon coeur .
Le finge eft né pour être imitateur ;
Mais l'homme doit agir d'après fon coeur.
Cependant ces hommages nous feront - ils
déformais interdits , parce qu'ils ont été
rendus avec fuccès par d'autres ? Non ; il
refte toujours un moyen de prouver qu'on
a été entraîné par le fentiment & non pas
par la mode ; c'eft de peindre ce fentiment
avec vérité , avec fimplicité , fans exagération
, fans emphafe , fans toutes ces fauffes
chaleurs qui viennent d'une tête exaltée &
non d'un coeur touché. Par exemple , lorfque
M. de Chenier dit à Monfieur fon
père , qui a fervi l'Etat avec honneur dans
plufieurs Cours étrangères , & qui nous a
donné une Hiftoire de Maroc , d'après des'
connoiffances prifes fur les lieux pendant
le long féjour qu'il y a fait:
3
Ton nom chez les François ne fera pas fans gloires
Tous les vrais Citoyens chériront ta mémoire :
DE FRANCE. 129
Leur eftime t'eft due ; & tes fils , à leur tour "
Scauront , n'en doute pas , la conquérir un jour......
De ma mère & de toi nous aurons en partage
Des biens plus précieux, un plus grand héritage ;
Nous aurons les vertus , ces richeſſes du coeur ,
Un fouvenir fans tache , & des tréfors d'honneur,
Une ame fière & pure , incapable de crainte ,
Et l'amour de la gloire , & la liberté fainte .
Voilà véritablement ce qu'un fils bien né
doit dire à des parens eftimables & eftimés,
il n'y a point là d'exagération , point de
forfanterie une fenfibilité douce & vraie
anime ce tableau des vertus paternelles &
ce voeu de les imiter ; elle a infpiré autli
les vers fuivans :
Il laiffe un digne exemple à ceux qui le ſuivront ,
Sous les Dieux , fous les Loix courbant for noble
front ,
Chéri de fes pareils , béni des fiens qu'il aime ,."
En guerre avec le fort , en paix avec foi -même ,
Sachant mêler fes pleurs aux pleurs de fes amis
Et fenfible fur-tout aux maux de fon pays.
Dans les vers fuivans, le Poëte a voulu lutter
contre Horace :
Quel eft donc ce vaiſſeau fi voiſin du naufrage ?
Fier de fon nom royal , il dédaignoit l'orage ;
Et depuis fa naiſſance ignorant les revers
Sembloit l'ifle fameufe errante fur les mers.
ES
f
13༠ MERCURE ,
Maintenant il chancelle & ſes voiles frémiffent,
Ses mâts font renverfés , fes antennes gémiſſent.
Ni fes triples remparts tout chargés de foldats ,
Ni cent foudres d'airain qui lancent le trépas ,
NNíi les Lis glorieux dont fa poupe eft ornée ,
Ne vaincront les Autans & la mer effrénée ,
Si , d'écueil en écueil , fon Pilote égaré ,
Ne connoît point les flots dont il eſt entouré.
O Nocher ! garde-toi de ces gouffres rapides ,
Fuis ces rocs menaçans , crains ces fables perfides :
Quand Neptune irrité ne t'offre que la mort ,
Nocher , cède à Neptune , & rentre dans le port !
Il eft évident que l'Auteur avoit en vue
ices ftrophes :
Onavis , referent in mare te novi
Fluctus ! ô quid agis ? fortiter occupa
Portum ; nonne vides , us
Nudum remigio latus ,
Et malus celeri faucius Africo ,
Antennæque gemant , ac fine funibus.
Vix durare carina
Poffint imperiofius
Equor ? non tibi funt integra lintea ,
" Non Di , quos iterùm preffa voces malo,
Quamvis Pontica pinus ,
Sylvafilia nobilis ,
'Jaltes & genus , & nomen inutile
Nil pictis timidus navita puppibus
DE FRANC E. 1-31
Fidit : tu , nifi ventis
Debes ludibrium cave.
Nous ne ferions pas furpris qu'un Lecteur
peu attentif , ou ne donnant du moins
à cette pièce que cette attention commune
qu'on donne à des vers , n'en faisît pas
aifément l'enſemble & la marche ; mais il
y trouvera de beaux vers dans plus d'un
genre , & il fentira la modeftie de l'Auteur
dans cette Epigraphe tirée de Tacite : Hic
interim liber profeffione pietatis ; aut
laudatus erit , aut excufatus.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Vendredí 29 Février , on a repréſenté
pour la première fors Méléagre , Tragéd e
en cinq Actes & en Vers , par M. le Mercier
, âgé de feize ans.
Alexandre Hardy , un fieur Boiffin de
Gattardon , Benférade , Bourfault , la Grange-
Chancel , & Jolly , ont traité ce fujet fucceffivement
, & tous d'une manière trèsmalheureufe.
F G
132 MERCURE
On connoît l'hiftoire de Méléagre . Il
étoit fils d'Enée , Roi de Calydon . Althée
ſa mère , vit , en lui donnant le jour , les
Parques jeter un tifon dans le feu , en
difant : Cet enfant vivra tant que durera ce
tifon. Althée fe faifit du tifon , l'éteignit ,
& le garda foigneufement. Un fanglier
ravagea le pays de Calydon . Méléagre tua
ce fanglier , & fit hommage de ſa hure à
la Princeffe Atalante . Les frères d'Althée
en furent jaloux ; Méléagre les tua , &
époufa la Princeffe. Althée vengea fes frères
en jetant au feu le tifon fatal . Méléagré
mourut, & Althée fe poignarda de défeſpoir.
Un tel fujet eft ingrat , & difficile à
porter au Théatre d'une manière fatisfaifante.
M. le Mercier en a fenti la difficuké
, & il en a refait la fable en partie.
Du tifon qui n'eft point noble , il a fait un
flambeau que les Furies jettent dans un brafier
ardent, qu'Althée en arrache, qu'elle dépofe
aux pieds de la ftatue de Diane , &
qui doit s'éteindre avec la vie de Méléagre .
Atalante n'eft plus une Chaffereffe, c'effiune
jeune Princeffe bonne , douce , humaine
fenfible , qui a enlevé aux autels de Diane
un enfant qu'on alloit immoler en facrifice ,
& qui , par cette pitié facrilège , a allumé
le courroux de la Déeffe . Celle-ci
a envoyé un fléau qui ravage le pays de
Calydon. Pour appaifer le Ciel , le Grand-
Prêtre Zoroas annonce qu'il faut immoler
l'auteur du forfait. On choifir Méléagre pour
DE FRANCE.
133
en être le Sacrificateur ; il juré avec ferment
qu'il enfoncera le couteau dans le
fein du coupable . Cependant Zoroas brûle
de feux illegitimes pour Atalante ; il lui
fait la déclaration. Un filence de mépris
eft la réponse de la Princeffe. Zoroas furieux
cherche à fe venger ; il fait que c'eft
Atalante qui a outragé Diane , il la nomine
au Roi Plexippe , oncle de Méléagre. A
peine le jeune Prince eft-il inftruit da
fatal mystère , qu'il déclare que c'eft lui , &
non la Princeffe , qui eft l'auteur du crime ;
ce qui occafionne entre les deux Amans
un débat qui rappelle celui d'Olinde &
de Sophronie dans la Jérufalem du Taffe.
L'iffue du débat n'eſt pas la même ; Atalante
donne des preuves de fon attentat ;
c'eft elle qui mourra ; mais Méléagre refuſe
de l'immoler. Il apprend la paffion de Zoroas
pour Atalante ; il en inftruit fa mère
& le Roi , qui forcent le Grand - Prêtre à
expier le crime de la Princeffe en la
facrifiant lui - même. Zoroas frémit ; il
balance , le remords l'emporte , il déclare
fon crime , & fe poignarde , aux
pieds de l'autel. Méléagre ignore cet évè
nement ; brûlant du défir d'arracher
fon Amante à la mort , il veut forcer le
temple , enlever la Princeffe : le Roi & fa
Garde s'oppofent à fes efforts . Dans fa
fureur, il tue Plexippe ; Althée , au défefpoir
de la mort de fon frère , appelle la vengeance
du Ciel für la tête de fon fils ;
1
134 T
MERCURE
elle tombe dans le délire , arrache le flambeau
qu'elle avoit allumé aux pieds de la
ftatue de Diane , l'éteint , & Méléagre vient
mourir auprès de fa mère , en difant :
Périffe , comme moi , tout mortel téméraire
Qui porte fur fon Prince une main fanguinaire.
Cette Fable , toute fingulière qu'elle eft ;
nous paroît plus forte & plus raiſonnable
que ne fembloit le promettre l'âge de M.
le Mercier le trait mythologique y eft ennobli
, & les moyens qui ont fuppléé ceux
que l'Auteur a écartés de fon fujet , annoncent
un germe de goût fait pour fe -
développer heureufement. Il feroit ridicule
de multiplier les critiques fur l'Ouvrage
d'un autli jeune homme que M. le Mercier.
Mais comme le parti qu'il a pris
de refondre fa Pièce entièrement , annonce
un vrai courage & un amour éclairé pour
la Littérature ; il n'eft pas hors de propos
de l'engager à fonger qu'il y a peut-être trop
de hardieffe à porter fur la Scène un Grand-
Prêtre brûlant de feux illégitimes , & difant
à fon Confident , d'une manière un
peu crue , en parlant de la Princeffe dont
il eft amoureux :
L'eſpoir de la féduire eſt tout ce qui me reſte.
Il faut auffi lui obferver que le fpectacle
d'Althée éteignant le flambeau à la lumière
duquel eft attachée la vie de fon fils , eft
DE FRANCE. 135
un fpectacle révoltant , malgré le délire où
elle eft plongée . La Grange- Chancel , qui a
débuté dans la carrière tragique , au même
âge que M. le Mercier , par la Tragédie
de Jugurtha , a fait depuis un Méléagre.
Il s'eft bien gardé de faire jeter au feu le
tifon fatal par la mère du jeune Prince ;
il l'a tranfporté dans les mains de Déjanire
, Rivale d'Atalante & Maîtreffe outragée
de Méléagre. Au refte , ce dénouement ,
de quelque manière qu'il foit amené , fera
toujours peu d'effet , parce que les Spectateurs
ont perdu l'habitude de s'intéreffer à
des évènemens furnaturels , fur-tout lorfqu'ils
font attachés à d'auffi petites cauſes
que l'entière confomption d'un morceau de
2- bois , ou l'extinction d'un flambeau. Le
ftyle de la Pièce eft jeune , comme fon Auteur
; mais on y apperçoit fouvent de la
chaleur , de l'énergie , de l'ame, & de l'imagination.
Au total , il eft étonnant que dans
un âge auffi tendre , on ſe foit tiré, auffi heureuſement
d'un Ouvrage auffi difficile qu'une
Tragédie dont l'action roule fur un fond
dénué d'intérêt.
COMÉDIE ITALIENNE,
LE Lundi 3 Mars , on a donné la première
repréſentation de Julien & Colette , ou
la Milice , Comédie en un Acte & en Profe ,
136 MERCURE
mêlée de Mufique de la compofition de M.
Trial le fils , âgé de quinze ans.
Julien aime Colette , il en eft aimé ; mais
le Franc , père de Colette , l'a promiſe en
mariage à M. Guillemot , neveu de M. Germain
, Subdélégué de l'Intendance. On va
tirer la milice ; Julien prie M. Germain de
lui faire tomber le billet noir. Puifqu'il
ne peut pas époufer Colette , il veut fervir
Je Roi. M. Germain fe fait preffer , remet
le billet noir à Julien , en lui recomman
dant de tirer comme les autres. Le parti
extrême qu'avoit pris ce jeune payfan , te-,
noit autarit à une querelle qu'il avoit eue
avec Colette , qu'au refus de le Franc ; il
fe réconcilie avec fa Maîtrelle , revient fur
fa réfolution , prie M. Germain de faire confentir
le Franc au mariage de fa fille avec
celui de Guillemot ou de lui qui n'aura pas,
le billet noir. On croit n'avoir rien à rifquer
d'y confentir ; on y confent. Julien
& Guillemot tirent les derniers ; Julien
laiffe tomber le billet noir , en prend un
blanc , & M. Guillemot , devenu Milicien ,
eft obligé de renoncer à fa Maîtreffe , qu'il
voit paffer dans les bras de fon Rival.
Nous ne dirons rien de cette petite Pièce,
qui a été faite uniquement pour aider le
jeune M. Trial 'à faire effai de les talens fous
les yeux des Connoiffeurs. Cet effai a été
heureux. Depuis longtemps le nom de
Trial eft cher aux Amateurs de Spectacles.
DE FRANCE. 137
L'Auteur de la Mufique de la Fête de Flore
a laiffé après lui des regrets dont fon talent
l'avoit rendu digne. Pendant vingt ans ,
Mme. Trial a joui des fuffrages publics
& d'une eftime plus honorable encore ; M.
Trial eft aujourd'hui un des Acteurs les
plus goûtés du théatre Italien : voilà bien
des caufes capables d'affurer à M. Trial le
fils , l'indulgence générale. Le germe de talent
qu'il a montré dans la Mufique de Julien
& Colette , lui a valu plus que cette
indulgence , il lui a fait multiplier les encouragemens
les plus flatteurs. On a diftingué
de l'intelligence dans fes accompagnemens
, de la vérité dans fes motifs de
chant , des traits heureux , & une bonne facture.
On a fur-tout remarqué un Quatuor
très-bien dialógué & d'une très -bonne entente
de compofition & de diftribution . C'eſt
à M. Trial le fils qu'eft maintenant confié
le foin de fa réputation naiffante. Que ce premier
fuccès ne l'éblouiffe pas ; qu'il fonge à
fonâge , à fon inexpérience ; qu'il ne prenne,
pas un vol trop haur , & qu'il fe fouvienne
fur-tout qu'il eft comme chargé de repréfenter
à la Nation les talens aimables de
feu Trial fon oncle , que la mort a moiffonné
fi-tôt & fi.malheureuſement.
Le Samedi 8 Mars , on a fait la clôture
de ce théatre par une repréfentatión de
l'Amantftatue , des Etourdis , & des Soli138
MERCURE
taires de Normandie. Ce Spectacle a été ter
miné par la fin du Bail , ou le Repas des
Fermiers , Divertiffement en profe & en
Vaudevilles, pour tenir lieu de Compliment.
•
Des Fermiers dont le bail finit , attendent
Finftant où leur Maître doit le renouveler ;
pleins de confiance en fes bontés , ils font
tranquilles & joyeux . Blaife , Amant de Toinette
, eft le feul qui ait du fouci . Le Bailli
a dû voir le Seigneur pour lui faire approuver
les claufes du nouveau bail ; il ne
paroit pas , cela inquiète Blaife . Enfin
fe Bailli s'avance : le Maître approuve tout ;
mais il va partir ; il ne pourra figner le
bail qu'à fon retour , & il faut lui donner
le pot de vin du bail avant fon départ
par un compliment en vers par des couplets
c'est l'ufage , il faut s'y foumettre.
Aucun des Fermiers ne peut faire des vers ni
des couplets , & le Bailli fe charge de retourner
vers le Seigneur, pour le prier de difpenfer
fes bons Serviteurs d'une chofe qui leur
eft abfolument impoflible. On remet la lecture
du bail à trois femaines. Le Bailli fort en
raffurant tous les Payfans , qui l'entourent
pendant qu'il s'en va , en lui chantant , en
parties & en choeur , fur l'Air du Menuet
de la Chaffe de la Garde :
Sur-tout , dites-lut bien que fi nous refufons
Ce jufte hommage ,
C'eft que nous fentons
DE FRANCE. 139
-
Que par notre filence au moins nous exprimons
Bien davantage
Que nous n'en dirions .
Les Fermiers fe retirent d'un côté , le Bailli
de l'autre' ; & le rideau tombe.
Ce Compliment , dont on avoit applaudi
quelques couplets au commencement , a finj
par déplaire, parce qu'il étoit chargé de détails
longs , inutiles , par conféquent froids. Il
nous paroît , malgré cela , que le Public l'a
traité avec beaucoup de rigueur. Nous y
avons diftingué ce qu'il faut pour faire le
mérite d'un opufcule de ce genre , de l'efprit
, & des traits , mais aujourd'hui le Public
devient exigeant fur tout ce qui
mérite l'indulgence , & indulgent fur tout
ce qui pourroit , à jufte titre , exciter fa
févérité avec une telle difpofition d'efprit
chez les Juges de l'Art dramatique , un Auteur
ne peut plus guère attribuer qu'au
hafard fa chute ou fon fuccès : d'ailleurs ,
comme un bon Compliment de clôture ne
fauroit faire le plus petit honneur à fon
Auteur , il y a au moins de l'inconféquence
à le juger très-févérement quand il eft médiocre.
Que diroit-on d'un homme qui répondroit
par des foufflers , à quelqu'un qui
lui diroit des chofes honnêtes ?
140 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
THE General Advertiſer for Great Britani
Ireland ant the united states of America. Prix de
la Soufcription, 48 liv . pour 52 Numéros. A Paris ,
chez Piffot , Lib. , quai des Auguftins.
La Langue Angloife a fait de fi grands progrès
en France depuis nombre d'années , qu'on ne
fçauroit donc trop encourager une pareille entreprife
, qui , offrant journellement aux Amateurs la
copie ou l'extrait fidèle de tout ce que les Papiers ,
Journaux , Magafins , Pamphlets Anglois & Américains
, fourniffent de plus intéreffant dans tous
les genres , ne peut qu'être accueillie par une claffe
nombreufe de Lecteurs. Ce Journal préfente aux
perfonnes qui font animées du défir d'étudier cette
Langue , les moyens de l'apprendre en peu de
temps , & de fe perfectionner dans la Littérature
Angloife : avec un pareil Ouvrage qui eft vraiment
encyclopédique , on peut fe paffer d'acheter beaucoup
de Livres. Enfin il eft annoncé avec éloge ,
même dans les Papiers Anglois. » Telle eft , dit
London Chronicle , 18 Décembre 1787, ia paffion
régnante ( ZAGNING ) de la Langue Angloife , que
les Editeurs font prefque affures du fuccès « .
Il paroît 9 Numéros , que nous avons examinés
avec la plus ftricte attention ; & on ne fçauroit
rendre trop de juftice à la correction & exactitude ,
aux foins & à la beauté du caractère qui règnent
dans ces Numéros.
DISCOURS pour la diftribution des Prix de
Vertu , inftitués en faveur des Pauvres de l'HôpiDE
FRANCE. 141
-
tal Général de Touloufe ; prononcé dans l'Eglife
de S. Nicolas, le Dimanche 2 Septembre 1787 ,
par M. l'Abbé Calvel , de l'Académie des Sciences,
Infcriptions & Belles Lettres de Châlons- fur-
Marne , du Mufée de Touloufe , & c. imprimé à
la demande de MM . les Adminiftrateurs , au bénéfice
de l'Hôpital Général. A Touloufe , chez
D. Defcloffan , Maître-ès-Arts , Impr. de l'Académie
des Sciences.
圜
ANALYSE du Livre fur les moyens de rendre
les Hôpitaux utiles & de perfectionner la Médecine
; par M. du Laurens , ancien Médecin des
Camps , Armées & Marine du Roi ; adreffée à
Adminiſtration. Brochure in- 8 ° . de 32 pages. A
Paris , chez Royez , Lib . , quai des Auguftins.
Nous avons parlé de l'Ouvrage eftimable dont
cette Brochure n'eft que l'analyſe.
DISCOURS prononcés dans des Affemblées de
Religieux ; in-8° . de 108 pages. A Paris , chez
Charles-Pierre Berton , Lib. , rue S. Victor.
Le premier de ces titres traite du refpect que
les Religieux fe doivent à eux - mêmes ; il y eft
encore plus queftion de celui qu'ils doivent exiger
d'autrui. Au reſte , on peut bien paffer cet éloge ,
qui eſt aſſez bien fait , à un état contre qui on
fe permet affez fouvent des fatires injuftes."
I
DISCOURS prononcé par M. Louvet , Avocat
au Parlement, le 1 Décembre 1787, à l'Ouverture
des Conférences de l'Ordre des Avocats , en l'Affemblée
tenue à leur Bibliothèque, & préfidée par
M. Gerbier , Bâtonnier de l'Ordre. In-8 ° . de 30
pages. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris , chez
Méquignon , Lib . , au Palais.
L'Auteur de ce Difcours a eu pour but d'examiner
pourquoi , fans le fecours des dignités , des
142
MERCURE
grades , de la naiflancé , l'Avocat jouit d'une
grande confidération ; c'eft le coup d'effai d'un
jeune Avocat , qui annonce un talent vrai . Dans
l'éloge qu'il fait de fa profeffion , peut-être l'accufera-
t-on de mettre quelquefois ce qu'il défire
à la place de ce qui eft ; mais cet enthouſiaſme
dans un jeune homme n'eft que le fentiment de
la perfection & le défir d'y arriver.
TRAITÉ fur la manière d'empailler & de conferver
les Animaux , les Pelleteries & les Laines ;
par M. l'Abbé Maneffe , Chanoine Régulier de
Saint-Jean-des- Vignes de Soiffons , Prieur - Curé de
Brauges. In 12. A Paris , chez Guillot , Libr . ,
ruc S. Jacques.
-
Cet Ouvrage , muni d'une Approbation honorable
de l'Académie des Sciences , fera très-utile
aux perfonnes qui font des Collections du genre
dont il traite.
EUVRES poétiques de Mme, du Bocage , des
Académies de Padoue , Bologne , Rome , Lyon &
Rouen ; 2 Vol . petit format. A Paris , chez Nyon
l'aîné , Lib. , rue du Jardinet.
Cette jolie édition contient le Paradis terreftre
la Mort d'Abel, Poëmes ; les Amazones, Tragédie ;
la Colombiade , & des Poéfies diverfes .. Le nom
de l'Auteur eft connu , & le mérite des Ouvrages
eft depuis long-temps apprécié,
LES Dragées de la Smaritaine , à l'Auteur de
l'Almanach publié fous fon nom , pour 1788 .
Prix , 12 f. br. A Paris , au Château de la Samaritaine
; & fe trouve chez Delray , Lib. , quai des
Auguftins , No. 37.
C'est une critique de l'Almanach de la Samaritaine.
- DE FRANCE. 143
GRAMMAIRE Françoife Alphabétique , ou
Traité complet de la Lecture Françoiſe , conte→
nant la meilleure manière d'apprendre à lire en
très -peu de temps & parfaitement fans changer
notre orthographe . Ouvrage d'un père pour les
enfans ; par M. Bertrand , Avocat , Bailli & Subdélégué
de Trelon. In - 8 ° . Prix , 3 liv. A Paris',
chez l'Auteur , rue Neuve-Sainte- Catherine , près
la Place Royale , No. 8.
Cet Ouvrage eft peu fufceptible d'analyſe ; il
faut l'avoir lu tout entier pour pouvoir en apprécier
le mérite. Le fyftême d'une nouvelle épellation
, qui a pour bafe le rapport toujours confonnant
& fenfible du fon de chaque lettre avec
Je fon compofé qui résulte de leur union ; les
différens fons des mêmes lettres défignés en faveur
des jeunes enfans par des accens , & pour les plus
âgés , par des règles & des exemples : en un mot ,
tout l'enfemble de l'Ouvrage que nous annonçons
promet non ſeulement aux enfans de tout age ,
mais aux grandes perfonnes , les progrès les plus .
rapides & les plus conftans .
>
DICTIONNAIRE de Mufique , dans lequel on
fimplific les définitions Mathématiques & Phyfi
ques qui ont rapport à cet Art ; avec des Remarques
impartiales fur les Poëtes Lyriques , les Verfificateurs
, les Compofiteurs , Acteurs , Exécutans,
&c. &c. & c.
Les difcours trop favans ne parlent qu'aux oreilles.
par J. J. O. de Meude - Monpas , Chevalier . A
Paris , chez Knapen & fils , Lib . -Imp. de la Cour.
des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Nous reviendrons inceffamment fur cet Ouvrage .
NOUVELLES Etrennes aux Amateurs de Guitare
, contenant des Airs de différens ftyles , par
M. Haydn ; fuivies de Romances & Chanfons ,
par M. Cambini ; avec Préludes , Ritournelles &
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Airs de Guitare , par M. Porro , Φυν. 7c.
7 liv. f. franc de port. 4
Prix
JOURNAL de Guitare , ou Choix d'Airs nouveaux
de tous les caractères , avec Préludes , Accompagnemens
, Airs variés , &c. pincé & doigté
marques pour l'inftruction ; par M. Porro , Profeffeur
de Mufique & de Guitare. Chaque Cahier
de 6 ou 8 Planches de mufique paroîtra le 15 de
chaque mois. Soufcription pour 12 Cahiers , 181.
y compris les ETRENNES , que les Soufcripteurs
recevront gratis avec le premier Cahier ; féparément,
2 liv. Chez l'Auteur, rue Michel -le- Comte ,
No. 26.
LE Tombeau de l'immortel Chevalier GLUCK ,
pour le Clavecin , dédié à fes Admirateurs , par
M. Vernier. La Mufique y annonce la mort de
l'immortel Chevalier ; elle y peint l'excès de la douleur
dans un morceau très-rapide ; l'accablement de
la douleur dans un andante ; & dès le 4e. morceau ,
la confolation , gratiofo. Se vend 4 liv. 8 fous. A
Paris , chez Mme. Baillon , rue du Petit-Repoſoir,
près la place des Victoires.
V₁ERS.
Le Nourriffon.
TABLE.
97 Nouveaux Contes Arabes . 120
98 Fpître à mon Père, 126
131 La Prévoyance paternelle . 100 Comédie Françoife.
Charade, Enig. & Legog. 101 Comédie Italienne . 41 , 135
Tableau général. 103 Annonces & Notices. 149
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 15
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle ca
empêcher l'impreffion . A Paris , le 14 Mars 1788 .
GUIDI , ancien Gentilhomme ordinaire
du Roi , & Cenfeur Royal,
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De
Varfovie , le 12 Février 1788 .
Les
dernières
dépêches de
l'Ukraine
portent, que le 27 janvier une bande d'environ
400
Bohémiens &
Vallaques furprit
nuitamment la
douane de Balta fur
les
frontières
Ottomanes , tua le
Caiffier
& deux
autres
Employés , &
emporta
39,000
florins en argent
comptant. Ce
brigandage
ayant été
dénoncé au Général
Bielak , qui fe
trouvoit dans le voifinage
, il
détacha 300
Cavaliers qui pourfuivirent
les
voleurs
jufques fur le territoire
Ottoman , où les ayant
atteints &
attaqués , ils en
prirent 200 ,
rapportèrent
l'argent
volé , & en fus
environ
60,000
florins qu'ils
trouvèrent dans leur
caiffe. Les Turcs ,
inftruits du
motif de
cette
pourſuite , non -
feulement ne s'y
No. 11. 15 Mars 1788.
( 98 )
font point oppofés , mais ont offert encore
leur affiftance en toute occafion pareille.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Février.
Le Gouvernement a reçu de nouvelles
dépêches du Général de Vins , Commandant
du Corps d'armée en Croatie ; elles
font datées du 19 , confirment les petits
évènemens que nous avons rapportés ,
& ajoutent à ce récit quelques particularités
ultérieures. « La prife de Drefnik par
le Colonel Peharnik , dit le Général de
Vins , a fait prendre à l'armée une autre
pofition ; fon aile droite s'étend juſqu'au
pied des montagnes de Pliffivicza , de forte
qu'actuellement le paffage à Bihacz eft
ouvert. L'attaque de Sturlich , exécu
tée en même temps que celle de Drefnik,
par le Lieutenant-Colonel de Rukavina.
fut très -vive. Les Turcs , fommés de fe
rendre , firent feu ; ce qui aigrit tellement
nos troupes , qu'elles pouffèrent l'attaque
avec tant de vivacité , que le fort fut bientôt
emporté : tous les Turcs , fans exception
, furent tués . Le nombre des morts
& bleffés , de notre côté , monte à environ
50 ; le Lieutenant- Colonel & le Sous-
Lieutenant Draffenowick fe trouvent par
mi ces derniers. — L'attaque du château
-
(
99
de Dubiza a été infru&ueufe ; le Lieute
nant
Colonel de
Kneſevick , qui en étoit
chargé , fut obligé de fe retirer & de repaffer
la rivière
d'Unna. 87
hommes ,
tant
Officiers que Soldats , ont été tués
de notre côté ; le nombre des bleffés eft
de 354 hommes . »
Les
dernières
dépêches de
Péterwaradin
, du 16
février ,
apprenoient que l'on
continuoit encore les
attaques contre la
fortereffe de
Gradiska.
Aujourd'hui , on
dit cette place
emportée.
er
mars.
Le départ de
l'Empereur & de l'Archiduc
François de
Tojcane paroît aujourd'hui
fixé du 27 de ce mois au 1º .
- La
Chancellerie de guerre & fes
Bureaux
ſe
rendent la
femaine
prochaine au quartier
général à Futack. Le Prince Charles
de
Lichtenftein a fait prendre les devans à
fes
équipages de
campagne ; les 19 bataillons
nouveaux qui paffent en
Hongrie ,
formeront fous les
ordres un Corps particulier.
Malgré le
nombre de nos forces
actuelles ,
l'Empereur vient
d'exiger des
Etats de
Hongrie 46,000 recrues. La Bohême
, la
Gallicie font
également affujetties
à une
nouvelle levée. Notre
Capitale
eft
obligée de fournir 2000 recrues. Les
troupes du
quartier de l'Inn font en
marche pour le rendre à la grande armée ;
il ne refte à
Scharding qu'un
bataillon
e ij
( 100 )
d'Invalides , & l'on enrôle tout ce qui
eft en état de porter les armes ,
fans excepter
même les hommes mariés . On
préfume qu'on tentera d'attaquer à la
fois , au mois de mars , Belgrade , Choczim
, Bihacz , &c . Sans la plus grande
célérité , accompagnée de fuccès , la
campagne pourroit devenir très- dangereufe
, même par l'immenfité de troupes
qui vont fe jeter fur les Ottomans .
Le 18 , l'Empereur a tenu un Confeil
extraordinaire qui a duré plus de 8 heures .
Tous les Miniftres & les Chefs de Départemens
y avoient été appelés. Le Maréchal
de Haddick , en fa qualité de Préfident
du Confeil de la guerre , ne quittera
point cette Capitale. M. de Laudhon
n'eft pas encore affez bien rétabli pour
fe mettre à la tête d'une armée ; ainfi
l'on ne doute plus que celle de Hongrie
ne foit commandée en chef par le Feldt-
Maréchal Comte de Lafcy.
On apprend de Triefte que l'on a abandonné
le projet de fortifier le château &
le môle , & que pour mettre cette place
en fûreté , il a été décidé d'établir des
batteries flottantes par-tout où elles feront
jugées néceffaires à fa défenſe. - On
affure que de pareilles batteries feront
ſtationnées dans les ports de Fiume , Bucchari
, Zeng & Porto - Ré , &c.
42 -
1
( 101 )
De Francfort -fur- le- Mein , le 1er , Mars.
Les gens avides de nouvelles fe font un
jeu d'en répandre chaque jour , qui n'ont
pas l'ombre de vraiſemblance. Depuis que
T'Empereur a déclaré la guerre à la Porte
Ottomane , on entretient le Public crédule
de batailles , d'actions fanglantes ,
de prifes de fortereffes,&c. & on ne fonge
pas que l'hiver , & fur-tout le mauvais
temps , général dans toute l'Europe , rendent
impoffibles les entrepriſes importantes.
Depuis plus de deux mois la température
eft fi variable , que les gens les
plus âgés ne fe fouviennent pas d'un pareil
hiver. S'il neige un jour , il pleut
l'autre ; la neige , les gelées , les pluies fe
fuccèdent avec une rapidité incroyable ;
les rivières débordent , les chemins font
devenus impraticables : malgré cela , on
fait marcher de grands Corps d'armée ,
on imagine des combats ; mais comment
tranfporter du canon & tous les attirails
néceffaires à la guerre ? Soyons de bonne
foi , & réduifons ces grands faits ,
prifes de fortereffes importantes , à quelques
efcarmouches , à l'occupation de
quelques petits forts ou retranchemens
fur la frontière . Avant le mois d'avril
on ne pourra rien entreprendre d'imces
e iij
( 102 )
portant dans le pays où eft le théâtre de
la guerre
.
Ces petits lieux de Drefnik , de Sturlich,
&c. n'ont de remarquable que l'aſpérité
de leurs noms ; à peine les trouve- t-on
fur la carte. Dubiza eft un château un peu
plus important , entouré de quelques paliffades.
Un Gazetier ingénieux vient de terminer
la guerre avec tant de préciſion &
de bonheur , qu'on ne peut fe refuſer à
mettre le Public dans la confidence de fon
fecret.
« Suivant les avis les plus fûrs , & les raifonne-
» mens les mieux fondés , dit-il , on peut croire
» que cette guerre n'aura pas de fuite , & ne fera
» pas auffi fanglante qu'on devroit le craindre. Les
» Turcs feront la tus complettement à la première
» occafion ; on coupera la tête au Grand-Vir
» & au Capitan Pacha ; le Divan accordera tout
» ce qu'on lui demandera , & fur- tout l'argent
» pour payer les verges dont on l'aura fouetté ,
» & on fera la paix en fe déteftant dans l'ame. »
« On ne parle ici , écrit - on de Dreſde ,
" que de l'évènement tragique arrivé le
» 7 de ce mois dans la maifon de la
» Comteffe de Calenberg , Dame du Pa-
» lais de l'Electrice. Voici le fait :
» Un domeftique de la Comteffe
» nommé Frédéric , forma le projet d'af-.
» faffiner fa maîtreffe , la Comteffe fa fille
» & la femme de chambre. Pendant que
( 103 )
L
» la Comteffe prenoit fon café avec trois
» Eccléfiaftiques qui avoient dîné chez
» elle , ce malheureux , un couteau à la
» main , fondit fur la femme de chambre,
» & lui porta plufieurs coups . Le bruit
» ayant fait accourir les perfonnes de la
» maiſon , & nommément la jeune Com-
» teffe , le meurtrier quitta fa première
» victime , fe jeta fur la Comteffe , & lui
» donna un coup de couteau qui effleura
» l'oreille. Les Eccléfiaftiques étant fur-
» venus , l'un d'eux faifit l'affaffin , &
» procura aux Comteffes , mère & fille ,
» le temps de fe mettre en fûreté. Le
» meurtrier fe démena , parvint à ſe dé-
" gager , & entra dans la chambre à
» coucher de la Comteffe qu'il ferma fur
» lui . La garde arrive , on enfonce la
» porte , & on trouve l'affaffin baigné
» dans fon fang , dans le lit de la Comsteffe
: il s'étoit donné plufieurs coups
» de couteau à la gorge , mais fans avoir
» le temps ou la force d'achever . On l'a
» transféré à l'hôpital ; s'il guérit , on lui
» fera fon procès , qui probablement dé-
» couvrira le motif de cet inconcevable
» affaffinat , exécuté en plein jour , & dans
» une maiſon peuplée . Heureufement le
» couteau dont s'eft fervi le meurtrier
» étoit arrondi comme les couteaux An-
» glois . »
e iy
( 104 )
ITALIE .
De Livourne , le 6 Février.
Il est arrivé dernièrement dans ce port ,
quatre gros navires venant de différens
ports de la Turquie Européenne ; ils ont
amené une grande quantité de Grecs , qui
viennent fe réfugier en Italie avec leurs
richeffes . Parmi les paffagers de Conftantinople
, on diftingue un jeune Turc , fils
d'un Pacha qui réfide dans cette capitale .
Ce jeune homme fait plufieurs langues
d'Europe ; il fait , avec beaucoup de graces ,
l'apologie de fa nation , & cherche à prouver
qu'elle n'eft pas auffi barbare qu'on le
croit . On ne connoît pas encore l'objet
de fon voyage.
On apprend d'Alger que le Dey de cette
Régence a défendu à fes Corfaires de mettre
en mer. Cette Régence compte donner
à la Porte quelques fecours d'argent
fans compter l'envoi des vaiffeaux de
guerre & de quelques frégates qu'on
arme pour le Grand- Seigneur. Les mêmes
préparatifs , dit-on , fe font à Tunis & à
Tripoli.
ESPAGNE.
De Madrid , le 18 Février.
La fanté de l'Infant fe rétablit fenfiblement
.
( 105 )
Le père Lozano , Religieux de Saint
François , a été exilé à Guadalaxara, pour
avoir prêché dans fon Eglife un fermon
au fujet de la contrebande.
corne
Marie Majoral , native de Cafarrubios , veuve
depuis 16 ans , & âgée de 0 , avoit à l'extrémité
du front & à la naiffance des cheveux , une éminence
fongueufe d'une couleur cendrée , de laquelle
fortoient trois branches diftin&tes & noueuſes ,
d'une grande folidité , & fort approchante de la
de cerf , tant par la couleur que par la fubftance
& la figure. Les deux branches latérales
étoient affez courtes , mais celle du centre avoit
quatre pouces ; elle excédoit même cette mefure
, & s'étoit recourbée vers fon vifage jufqu'à
lui couvrir l'oeil droit. Les deux branches latérales
avoient également crû confidérablement, mais toutes
fe caffoient facilement au moindre choc, bien qu'elles
fuffent de la groffeur du doigt. Ces efpèces de
cornes remucient toutes les fois que la femme ridoit
le front ; ce qui prouve qu'elles étoient attachées
feulement au péricrâne & non au crâne ,
comme on étoit d'abord tenté de le croire , &
qu'elles tiroient de cette enveloppe les fucs néceffaires
à leur végétation . Ces excroiffances étoient
compofées dans leur intérieur d'une fubftance nicdullaire
peu dure , affez fpongiéufe , d'une couleur
affez claire , leur écorce extérieure plus dure
moins fpongieufe , & d'une couleur moins foncée ,
mais au total d'une fubftance fort folide. Marie
Majoral eft d'ailleurs très - bien conftituée , trèsfaine
, robufte , & promet de vivre encore longtemps.
Ce ne fut que deux ans après fon veuvage
& âgée d'environ 56 ans , qu'elle reffentit des maux
de tête très - violens , accompagnés de convulfions
>
e vi
( 106 )
:
fréquentes. A cette indifpofition fuccéda la difformité
extraordinaire dont nous venons de parler ; &
toutes les fois que cette femme reffentoit quelque
effort , ou quelque coup dans cette partie , les
maux de tête & les convulfions reparoiffoient.
Marie Majoral a été vue & examinée ici au mois
de novembre dernier.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 4 Mars.
M. John Adams , Miniftre Plénipotentiaire
des Etats - Unis d'Amérique , a eu ,
le 20 fév . , fon audience de congé de S. M. , à
laquelle il a été préfenté par le Marquis
de Carmarthen , principal Secrétaire d'Etat
au Département des Affaires étrangères
.
La huitième Séance des Pairs à Weftminfter-
Hall a été occupée , comme nous
l'avons dit précédemment , par les Difcours
de MM. Fox & Grey , chargés d'établir
la première Accufation contre M.
Haftings , concernant les affaires de Benarès.
Comme nous n'avons pas entendu
ces harangues , & que nous ne pouvons
nous en former une idée que d'après l'imparfaite
tradition des Papiers Anglois
c'eft leur ouvrage qu'on va lire le
feul devoir de ne rien taire nous engage
à le communiquer à nos Le&eurs.
( 107 )
M. Fox commença par déclarer que les Commiffaires
de la Chambre des Communes fe foumettoient
volontiers à la décifion deleurs Seigneuries , perfuadés,
d'après leur confiance en la juftice de leur caufe,
que quelque forme de procédure qu'on adoptât , fûtce
la plus favorable au Prifonnier , il étoit impoffible
qu'ils viffent tromper leur attente , & le Coupable
échapper à un impéachment fi motivé.
« Je fuis fier , ajouta - t - il , du caractère fous
lequel je parois devant cet augufte Tribunal ; oui ,
MILORDS , je m'honore d'être un des Commiffaires
employés dans une pourfuite votée par les
Repréſentans du Peuple , au nom de toutes les
Communes de la Grande-Bretagne : affurément on
ne doit pas me fuppofer une vanité perſonnelle ,
mais ce noble orgueil qui doit fe faire fentir au
coeur de tout Anglois , de quelque rang qu'il foit ,
à la vue du grand & frappant exemple d'une
Conftitution qui a pourvu aux moyens d'affujertir
les Accufés du rang le plus diftingué , à l'examen
public de leur conduite , & au châtiment s'ils
font coupables. Qui ne reconnoîtroit dans cette
loi la fauve-garde des libertés , des droits , des
priviléges , & enfin de tout ce qui peut être cher
un Anglois , & l'enorgueillir de porter ce nom ?
Coexiftante à la Conftitution Britannique , elle eft
plus effentielle à fa confervation que la loi commune
d'Angleterre ( Common Law , & même
que les loix écrites & réglementaires du Royaume.
C'est par fa force qu'elle les maintient ; elle juge
les Juges , & foumet à fa puiffance irréfiftible
ceux qui autrement échapperoient aux Tribunaux .
Invoquée dans une foule de conjonctures difficiles ,
elle a toujours rempli l'attente de la Nation ; &
cependant , qui le croiroit ? nous venons de voir
quelques perfonnes affecter d'en ignorer l'exiſtence ,
e vj
( 108 )
ou la traiter avec une légèreté dérifoire . C'eſt leur
mépris , leur ignorance prétendue qui ont échauffé
mon zèle , & qui me rappellent fon importance.
Permettez que j'ajoute que nulle caufe portée à
votre augufte Tribunal n'égalera jamais celle d'aujourd'hui.
Vous vous fouvenez que tous les anciens
impeachmens , ou du moins la plupart de
ceux dont l'Hiſtoire nous a tranfmis la connoiffance
, furent le fruit foudain de la rage & de la fureur
d'un parti nombreux&triomphant. Mais quelle
différence dans le procès qui nous occupe ! Après
une longue & pénible inftruction , une conviction
pleine & entière , des délibérations exemptes de chaleur
, & des vues perfonnelles , des accufations de
crimes & de malverfations ont été portées devant
la Chambre des Communes , contre Warren Haftings
, Ecuyer ; & par qui ? par le parti qu'on
n'ignoroit pas être le plus foible. Je ne difconviendrai
pas que de longues & violentes conteftations
ont divifé à cet égard les deux côtés de la Chambre
; mais telle a été la force de la conviction réfultante
de l'examen des charges (1) , qu'à la gloire immortelle
de la Chambre des Communes de l'Angleterre
( 2 ) , ils fe font réunis pour mettre en
( 1 ) Dites la force d'une intrigue , dont nous réservons
le détail et la preuve à nos Lecteurs , après le
jugement de ce procès ; intrigue dont les dupes se
repentent bien aujourd'hui du secours qu'ils lui ont
prêté.
(2 ) La gloire immortelle de l'Angleterre seroit de
renoncer ses usurpations dans l'Inde , at lieu de
poursuivre les Administrateurs de ces conquêtes ; de
commencer par être juste , avant d'accuser les Gouverneurs
qu'elle charge 2. sous peine de la vie , du
maintien de ses injustices ; de restituer aux Indiens
les millions qu'elle fait lever sur eux par ses Agens
et pour le service de sa Compagnie orientale ; de
( 109 )
caufe devant vos Seigneuries , une perfonne que
les difcuffions paroiffoient charger de grands crimes
& de haute inconduite. Ils ont montré à l'Inde &
au monde entier que la Juftice de la Nation n'a
jamais oublié , ou négligé la vengeance de tous
ceux qui ont droit à ſa protection. »
A la fuite de ce préambule , le Morning-
Chronicle , qui nous l'a fourni , réfume
en dix lignes la partie historique &
contentieufe de, ce Difcours ; juftifiant
enfuite cette réferve , il ajoute : « On
imagine bien que M. Fox employa
» toute fon éloquence à placer chaque
particularité dans le jour le plus défa-
» vorable à M. Haftings , & qu'il n'épar-
» gna aucun trait propre à envenimer la
» conduite de l'Accufé . Nous craindrions
» d'être peu refpe&tueux envers l'augufte
» Tribunal qui inftruit ce procès , & in-
>>
juftes envers M. Haftings ou envers
» fes Accufateurs , fi nous tentions de
» détailler ce Difcours de M. Fox. ›
Quelques autres Feuilles Angloifes ont
imité ce fcrupule du fieur Woodfall , Edideur
du Morning Chronicle , l'une des
Gazettes les plus décentes , les plus impartiales
, & la plus eftimée , depuis longprouver
par ses actions , et non par ses harangues , ce
zéle à venger les droits de l'Indostan ; de substitucr
enfin au despotisme et à la féodalité qui l'oppriment
de temps immémorial , la grande Charte et le Bill des
droits .
( 116 )
temps , pour le rapport des débats Parlementaires.
En effet , il faute aux yeux
que dans un combat où tout le péril eft
du côté de l'Accufé , & toute la fûreté
du côté des Accufateurs , c'eft offenfer
l'équité que de fe permettre la moindre
inexactitude au défavantage du premier ;
mais comme , jufqu'à un certain point , ces
confidérations n'ont pas la même force
hors de l'Angleterre , nous placerons ici
le précis ou prétendu précis de l'hiftoiré
des évènemens de Benarès , tel qu'on l'attribue
à M. Fox & à M. Grey, dans des
Gazettes Angloifes dont nous rapportons
littéralement la traduction d'après le
Courier de l'Europe ( 1 ) . Les notes que
nousy joignons prouveront l'injuftice d'of
frir ce fquelette comme l'ouvrage de deux
Orateurs , trop prudens pour s'être permis
, dans une occafion fi grave , des
"
( 1 ) Cette Feuille eft exacte & impartiale dans
fes extraits des débats Parlementaires ; elle n'eft
pas refponfable des fautes qui peuvent échapper
aux Gazettes Angloifes , auxquelles elle eft obligée
de s'en rapporter , & on ne peut lui reprocher
, comme à d'autres Feuilles du Continent
de défigurer indignement l'original de ces Papiers
Anglois , d'y fubftituer des inventions , des impoftures
criminelles , des altérations d'autant plus
lâches , que ces menfonges , étrangers aux plus
vénals folliculaires de Londres , font conftamment
dirigés contre l'Accufé.
( 111 )
contradictions palpables , des réticences
odieufes & d'infidèles allégués . M. Fox en
particulier , l'homine d'Europe peut être
du plus grand talent , digne de gouverner
un Empire , tandis que fes Affociés le harangueroient
; M. Fox , dont le génie & la
capacité font fi fort au- deffus du babil
oratoire d'un parleur , n'a furement pas
avancé ce qu'on va lire .
» Il obferva qu'en l'année 1764 , le vifir
Sujah-Dowlah avoit accordé l'inveftiture de Benarès
à Bullwant-Sing , fous la feule condition de
payer un tribut annuel de 22 lacks de roupies
( 1 ) . Lors du décès de Bullwant- Sing , en
1770 , cette conceffion avoit été renouvelée en
faveur de fon fils Cheyt-Sing, le Rajah actuel ,
aux mêmes conditions ; elle lui avoit été confirmée
en 1773 , Jans que cela fût néceffaire ( 2 ) ; mais
M. Haftings avoit figné cette dernière conceffion
(1 ) Bulwant- Sing ne fut jamais Vaſſal ni Zémindar des
quatre Sircars de Benarès ; il étoit fimple Aumil , Collec
teur & Fermier des revenus . Par le traité d'Ellahabad ,
en 1765 , entré Sujah- Dowla & la Compagnie Angloiſe ,
il fut maintenu dans (on emploi , moyennant une rente
fixe ; & dans l'article 7 de ce traité , il eſt qualifié de
fimple Fermier de ces diftricts . Le mot d'inveftiture eft done
ici impropre , quoiqu'il ne foit pas employé fans deſſein ,
comme on le verra plus bas .
--
(2 ) Rien au contraire n'étoit plus néceffaire. Le traité.
d'Ellahabad n'avoit pas rendu héréditaire la conceffion
faite à Bulwant Sing. A ſa mort , ſa place retomboit dans
les mains du Souverain. Cheyt-Sing ne put obtenir de l'occuper
que par une offrande à Sujah -Dowle de 17 lacks
(200,000 l . ft. ) & d'une augmentation de deux lacks & demi
(30,000 I. . )fur le prix annuel de fon bail . Non-feulement
M. Hapings figna & garantit cette conceffion ( Sunnud ) ,
qui éleva Cheye-Sing au rang de Zémindar , il en fut encore
le promoteur.
( 112 )
A
comme témoin & garant de la part de la compagnie
des Indes. En 1775 , Afoph Ul Dowlah ,
fils et fucceffeur de Sujah -Dowlah , avoit jugé à
propos de demander au Rajah une avance de 5
lacks de roupies fur le tribut annuel . M. Briſtow
, qui réfidoit alors à la cour du vifir , s'opposa
avec fermeté à cette extorfion , par l'ordre
exprès de M. Haftings , comme étant garant du
dernier traité le Rajah étoit à cette époque regardé
& traité comme l'ami & l'allié de la compagnie
; & l'intervention de M. Briflow avoit
empêché le vifir Afoph Ul Dowlah de perfifter
dans fa demande. Dans le courant de là même
année 1775 , le droit de fouveraineté que le vifir
avoit fur le Rajah , & fur fon diſtrict , ainſi que
le tribut annuel , avoient été transférés à la compagnie.
Mais les priviléges de cette fouveraineté
avoient-ils été plus augmentés que lorfqu'elle appartenoit
au poffeffeur primitif ? N'auroit-il pas
été étrange & abfurde de dire au Rajah : » Lorf-
» que vous étiez tributaire du vifir , la compagnie
>> vous fervoit de garant , & vos priviléges étoient
» en fûreté. Mais en changeant de maître , vous
» avez perdu votre défenfe ; & en devenant tributaire
de la Compagnie , vous reftez fans pro-
» tecteur, & vos priviléges , ainfi que votre indé-
» pendance , font anéantis. » L'abfurdité de ce
langage étoit palpable ; cependant c'étoit là le
fyftême de conduite que M. aftings avoit adopté
à l'égard du Rajah. Il importoit fort peu de favoir
s'il falloit confidérer le Rajah comme un
prince indépendant , ou comme un fimple Zemindar
( tributaire à bail ) . M. Haftings avoit beaucoup
contribué à le faire regarder comme un
Prince indépendant, puifqu'il l'avoit fait revêtir
par le Confeil , du droit de battre monnoie , & de
l'exécution de la juftice criminelle dans fon`dif(
113 )
-
trict (3 ) . Par le traité , le Rajah devoit conferver
fes priviléges & fes poffeffions" tant qu'il
payeroit régulièrement fon fubfide , & qu'il feroit
fidèle au fouverain. Par cette fidélité le Rajah étoit
feulement tenu à affifter la Compagnie dans fes
guerres , à ne point moleſter ſes alliés , & à n'avoir
aucune liaiſon avec ſes ennemis ; mais M.
Haftings exigeoit une foumiffion paffive . N'avoitil
pas dit dans fa defenſe devant les Communes ,
que par fouveraineté , il entendoit un pouvoir arbitraire
, & que le pouvoir arbitraire étoit cet
état où la volonté du fouverain eft tout , & les
droits du fujet rien ( 4 ) ? Perſonne avant M.
(3 ) Comment M. Fox auroit-il avancé que le fyftême
de M. Haftings , à l'égard de Cheyt-Sing , avoit été d'anéantir
les priviléges & l'indépendance de ce Rajah ; & deux
lignes plus bas , que M. Haftings avoit contribué à rendre
ce même Rajah plus indépendant , comme augmenter fes
prérogatives?
ע י
(4) M. Burke a également affirmé devant la Cour des
Pairs , que M. Haftings , dans fa Défenſe à la Barre des
Communes, avoit placé la Souveraineté dans le deſpotisme ,
-& qu'il le regardoit comme le meilleur Gouvernement. Nos
Lecteurs feront étonnés , je penfe , d'apprendre que M.
Haftings a avancé précisément le contraire . Parlant d'abord
du fait , il dit, p. 33 : « Comment pourroit-on nier l'exiftence
de plufieurs principes defpotiques dans le Gou-
» vernement Mogol ; & par-tout où se trouvent ces
principes , les pouvoirs du Souverain ne font- ils pas
» tout , & ceux des Sujets rien ? » Et pour ne laiffer aucun
doute fur fon opinion à ce fujet , il ajoute , p. 36 : " Le
» droit d'impofer des peines pécuniaires eft général &
» arbitraire dans l'Indoftan ; mais eft- ce moi qui fuis ref-
» ponfable de cet ufage tyrannique ? C'est un vice inhérent
au Gouvernement Mogol. Sans doute il feroit in-
» finiment heureux pour les habitans de l'Afie que les
defpotiques inftituts de Jengheaz-Khawn ou de Tamer-
» lan fiffent place à l'efprit généreux de la Légiflation
» Britannique . Combien ferois - je fatisfait fi la pourfuite
» dont je fuis l'objet , accéléroit un évènement fi favo-
" rable aux intérêts de l'humanité ! » A la page 37 : « En
» paffant dans nos mains , les droits de Souveraineté fur
39
( 114 )
-
Haftings n'avoit certainement mieux défini le
pouvoir arbitraire. Mais étoit- ce dans ce fens qu'il
falloit entendre le contrat paffé entre la Compagnie
& le Rajah ? M. Haftings pouvoit-il dire
au Rajah : » Payez- moi le tribut ; -foyez obéif-
» fant; donnez-moi tout ce queje vous demanderai
, &je vous affure que je ne vous deman-
» derai plus rien enfuite. » Mais dans ce cas , où
étoit la compenfation qui doit fe trouver dans
tous les contrats ? Quoi ! le Rajah devoit payer
fon tribut , obéir à tous les ordres qui lui étoient
donnés , & s'entendre dire , s'il avoit ofé murmurer
: » ma volonté , comme fouverain , eſt tout ;
& vos droits , comme fujet, ne font rien. » Avoit
on eu en vue ce pouvoir arbitraire , lorfqu'on
avoit accordé au Rajah le privilége de faire battre
monnoie , & d'exécuter la juftice criminelle dans
fon diſtrict ? La claufe même par laquelle M. Haf-
» Benarès étoient réglés , appuyés , établis par les Loix ,
» par les Coutumes , par les Ufages de l'Empire Mogol ,
» & non par les Statuts du Parlement d'Angleterre. Moa
» devoir me conſtituoit l'inſtrument involontaire de l'exer-
» cice de ces droits , tels que je les avois reçus . » « L'hiftoire
» de l'Inde , pourfait- il p. 38 , eft celle du defpotifme ; le def-
» potifme conduit néceffairement à la rébellion . Vérité qui
» m'avoit décidé à tirer Cheyt-Sing de l'aviliffante condition
" de Zémindar , pour l'élever à celle de Prince tributaire &
» Vaffal de la Compagnie . Voilà dans quels termes M.
Haftings a été l'apologiste du defpotifme oriental . Apprenons
ici au Public , puifque l'occafion fe préfente , l'hiſtoire
de cette défenſe de l'Accufé devant les Communes. Ce ne
fut ni trois mois , ni trois ſemaines qu'on donna à M. H.
pour dreffer cette minute de 90 pages in-folio , mais trois
jours ! trois jours pour répondre à 280 pages in-folio d'Accufations
, trois jours pour rendre compte de 13 années
d'Adminiſtration suprême ! Encore n'eut -il que 24 heures
avant, connoiffance de quelques-unes des dernières charges.
Cependant c'eſt à épier , à citer , à agraver les moindres
contradictions , les plus minutieufes erreurs de cette minute
, rédigée précipitamment par cinq perfonnes diffé
rentes , que fe dirige l'adreffe de fes Accufateurs.
( us )
tings s'étoit réſervé le pouvoir d'impofer une
amende au Rajah , fi l'argent monnoyé ſe trouvoit
être au-deffous d'un certain tarif , ne prouvoit-
elle pas que le Rajah devoit jouir de ce droit
de fouveraineté ? Se réfervoit-on une pareille.
claufe , lorfque la volonté du fouverain étoit tout?
Le dernier traité qui confirmoit les droits du Rajah
de Benarès , avoit été conclu en 1775 , & ce
n'avoit été qu'en 1778 , c'eft- à-dire , trois ans
après , que M. Haftings avoit jugé à-propos de le
violer , en demandant au Rajah une fomme additionelle
de 5 lacks de roupies , ( 50,0001 . ft. )
fous prétexte de bruits de guerre avec la France,
dans un moment où il y avoit dans le tréfor
un furplus de deux crores de roupies , ou deux
millions fterlings ( ); mais la caufe réelle de
cette extorfion , étoit le reffentiment perfonnel
que M. Haftings avoit contre le Rajah , depuis
que celui- ci avoit eu l'imprudence de faire féliciter
Sir John Clavering , fur le bruit qui s'étoit
répandu qu'il devoit être bientôt nommé Gouverneur
général. Inde ira , & la victime devoit être
immolée (6) . Le malhe , reux Rajah avoit été , en
(5) Ces bruits de guerre , ce prétexte , étoient tout fimplementune
lettre officielle de M. Baldwin, Conful Britannique
au Caire , qui donnoit avis à M. Haftings de la rupture.
A entendre l'Auteur quelconque de ce Difcours , on croiroit
que le caprice du Gouverneur-général fuppofoit un
danger fictif pour piller le Rajah .
(6) Dites , pour être vrai , qu'arrivés dans l'Inde avec
le projet de perdre M. Haftings , & de lui fuccéder , fes
trois Oppofans dans le Confeil , & qui en formoient la
majorité , ne cefsèrent de lui fufciter des obftacles , des
réfiftances , des défobéiffances de la part des Sujets de la
Compagnie ; qu'ils avoient porté Cheyt- Sing à oublier,avec
une atroce ingratitude , les bienfaits de M. Haftings , à intervenir
dans ces démêlés , & à le regarder d'avance comme
expalíé du Gouvernement - général . Nous allons voir
file reffentiment de cette conduite eut quelque part aux
-évènemens fuivans.
( 116 )
conféquence de cette haine , dépouillé de toute
fon autorité , & exilé de fes poffeffions . Quel
avoit été fon crime ? N'avoit-il pas payé nonfeulement
fon tribut , mais même l'amende qui
lui avoit été impofée les deux années précédentes
(7) ? Comment M. Haftings avoit-il juftifié
fon infraction des droits du Rajah ? En difant
que M. Francis y avoit concouru , & que la cour
(7) Quelle réputation réfifteroit à une pareille diffection
d'époques , de faits , de circonftances intermédiaires !
La guerre étant certaine , M. Haftings remit le 9 juillet
1778 , au Confeil de Bengale , le plan général des augmentations
de forces militaires que néceffitoit l'occurrence
, il fut agréé à l'unanimité. Tous les diftricts fubor.
donnés à l'autorité de la Compagnie furent appelés à fupporter
leur part de la défenfe générale . Quel motif auroit
fait excepter le Rajah de Benarès de ce fubfide univerfel
? Comme Zémir.dar , comme Tributaire de la Compagnie
, fa taxe, fixée par un traité formel , ne pouvoit être
augmentée ; elle ne le fut jamais , ni en temps de paix ,
ni en temps de guerre. Mais outre cette relation de
Zémindar , il en avoit une feconde avec la Compagnie ,
celle de Vaffal. Or , en cette qualité de Prince ou de
Seigneur , dont il étoit redevable à la politique de M.
Haftings , il étoit tenu , en temps de guerre , au fervice
militaire envers fon Souverain . Les loix , la coutume conftante
, le fyftême de féodalité reçu dans l'Indoftan , le lui
impofoient , comme elles l'impofent en cas pareil aux.
Princes tributaires de la Porte Ottomane , comine en Europe
même , les taxes ordinaires ne diſpenſent pas les Sujets
de la levée des milices en temps de guerre . M. Haftings
ne fit donc rien que de jufte , de régulier , de néceffaire
, en demandant à Cheyt - Sing d'entretenir trois
bataillons de Cipayes pour fa quote-part : ce Rajah defira que
cette charge fût acquittée en argent , & on la régla à cinq
lacks de roupies , pendant la guerre uniquement. Obfervez
bien que le quadruple fardeau & la durée de cette guerre ,
qui devoit effacer de l'Inde le nom Anglois , M. Haflings dut
les foutenir , fans recevoir une guinée de la Métropole . Et
ce font des Membres du Parlement , de ce même Parlement
qui prodiguoit deux cents millions ft . à perdre l'Amérique ,
qui déclarent M. Haftings criminelde n'avoir pas fu défendre
l'Inde contre les François , les Marattes , le Soubah du Decan
& Hyder-Ali , avec deux CRORES DE ROUPIES ..
"
( 117 )
des directeurs l'avoit approuvée. M. Francis n'avoit
donné fon confentement qu'à fa réquifition
(8) , croyant que ce pouvoit être un préſent
volontaire du Rajah ; mais il s'étoit oppofé formellement
à ce que cette fomme s'exigeât comme
un droit , quant à l'approbation des directeurs ;
c'étoit un moyen de défenſe bien foible ; on
étoit affuré d'obtenir leur approbation , pour tout
ce qui faifoit valoir leurs intérêts ; & un acte
d'injuftice ne ceffoit pas d'être injuſte , malgré
l'approbation des directeurs (9) . »
» M. Fox obferva enfuite que le confeil du
Bengale avoit recommandé au Rajah de lever
deux mille hommes de cavalerie qui devoient
être envoyés pour la défenſe commune de ſes
Etats , & qu'ils devoient être payés à un certain
taux , s'ils venoient à être employés au ſervice
de la compagnie. Cet arrangement s'étoit fait
comme entre deux puiffances égales ; c'étoit à
tous égards un traité fubfidiaire ; & cependant
M. Haltings avoit fondé fur cette convention ,›
fes prétentions à un pouvoir arbitraire fur le
Rajah : ne vaudroit-il pas autant dire que S. M.
peut réclamer la fouveraineté de Heffe-Caffel ,
parce qu'elle a conclu un traité fubfidiaire avec
le prince qui gouverne ce pays ( 10) ? M. Haſ-
(8) Qui croira que M. Francis , ennemi mortel de M.
Haftings , ait confenti , pour lui faire plaifir , à une injuftice
qui lui étoit démontrée ? Comment pouvoit-il regarder
ce fubfide militaire comme un préfent volontaire
du Rajah , puifque le droit de l'exiger fut difcuté dans le
Confeil? &c. &c.
(9) Il eft à préfumer néanmoins que les Directeurs de
la Compagnie font de meilleurs juges de leurs intérêts
que les Orateurs du Parlement . Or fi , comme ils le
difent , M. Haftings avoit mis à feu & à fang , dépeuplé
, pillé , anéanti les domaines de la Compagnie par
des extorfions à fon profit , cette Gaur l'eût-elle remercié
pour la troifième fois , le 28 juin 1785 , de ſes bongs ,
fidèles & fignalés fervices ?
(10) Quelle comparaiſon , bon Dieu ! d'un traité de
( 118 )
tings , après avoir employé tous les moyens pour
provoquer le Rajah à la défobéiffance (11 ) ,
voyant que fa foumiffion & fa patience n'avoient
point de bornes , avoit converti la recommandation
du confeil en demande péremptoire , &
avoit exigé que le Rajah fournit à fes propres
dépens , & non à ceux de la compagnie , les
deux mille hommes de cavalerie : le Rajah avoit
repréſenté qu'il lui étoit impoffibie de fournir ce
nombre ; on l'avoit alors réduit à celui de mille ;
& Cheyt-Sing avoit offert treize cents hommes ,
y compris 500 fufiliers ; il avoit fait plus pour
fe mettre à l'abri de toute autre oppreffion , il
avoit cherché à fe concilier l'amitié & la protection
de M. Haftings , en lui faifant un préſent
de 20,000 livres ſterlings ( 12) . »
« Permettez-moi de vous faire obferver
, continua M. Fox en terminant
Souverain. Souverain , avec l'arrangement d'un Vaffal
à l'égard de fon Suzerain .
( 11 ) M. Haftings employa au contraire tous les moyens
de le faire rentrer dans l'obéiffance , en ne ceffant de l'avertir
des faites dont le menaçoit fon refus de contribuer
au fubfide militaire, & les vains prétextes dont il les étayoit.
( 12) Sans doute l'Analyte Anglois de M. Fox a jugé
fuperflu de donner l'hiftoire complette de ce préfent. Il a
cru inutile d'ajouter que pas un fchelling de ces 20,000 !.
fterl. n'entra dans les mains de M. Haftings , qu'elles
furent livrées par l'Agent même de Cheye - Sing à M.
Croftes , Sous-Tréforier de la Compagnie , déposées dans
fa caiffe , employées pour fon compte , annoncées à la
Cour des Directeurs par M. Hastings. Deux fois antérieurement
le Gouverneur-général avoit refufé cette
fomme ; mais le Confeil , fous prétexte d'économie , s'étant
oppofé au projet infiniment fage d'une expédition
contre Madajee Scindia , pour repouffer ce Chefdes Marattes
jufqu'au territoire de la Nation , & faciliter ainfi
les Négociations de paix , M. Haftings fut forcé de recourir
à l'offre qu'il avoit rejetée . Tous ces faits , & ceux
qui précèdent , feront prouvés dans le temps , par des
témoignages & des pièces juftificatives authentiques.
( 119 )
qu'il auroit été prefqu'impoffible de fuivre
ce procès , il y a quelques années , faute
de documens ; mais qu'aujourd'hui tous
les événemens arrivés dans l'Inde font
publiquement
& généralement connus au
Parlement & à la Nation , grace aux travaux
zélés & à l'habileté de M. Burke.
Oui , Mrs. , le génie fublime d'un fimple
particulier a arraché le voile qui nous
cachoit la vérité , & montré dans toute
leur noirceur les crimes énormes & variés
qui ont fouillé l'honneur du nom Anglois ,
& flétri le caractère national dans l'Inde.
Réhabilitez la gloire de la Patrie ; vengezla
; détrompez des millions d'hommes fondés
jufqu'ici à attribuer les fautés d'un
feul à toute la Nation ; en un mot, fi
Warren Haftings eft coupable , qu'il foit
puni, & que fon châtiment juftifie & abfolve
les généreux Bretons. « Les yeux de
» l'Europe entière font ouverts fur la
» Chambre Haute , répéta plufieurs fois
M. Fox , qui effaya de convaincre les
» Pairs qu'ils fe déshonoreroient s'ils ne
» trouvoient pas le Prifonnier coupable, »
M. Grey fuivit M. Fox ; & après avoir
répété les affertions de fon Confrère , il
ajouta :
« En vain M. Haftings avoit prétendu
justifier ſes exactions fur les principes de la
féodalité. Sans doute , felon les loix féo(
120 )
dales , le vaffal étoit obligé d'accompagner
fon fouverain à la guerre , & de lui
fournir des troupes ; mais le temps de
ce fervice , & ce qu'il devoit contribuer ,
étoient définis d'une manière claire & précife
, & le fuzerain n'avoit point le droit
d'écrâfer fon vaffal , & d'exiger de lui ,
arbitrairement , au- delà de fon contingent ;
encore moins de le punir arbitrairement
( 1 ) . »
» Entr'autres crimes reprochés au Rajah
par M. Haftings , étoit celui d'avoir différé
à payer les cinq lacks de roupies qu'on
l'avoit fommé de fournir au-delà de fon
tribut ordinaire , & d'avoir laiffé régner
de grands défordres dans fes États . A la
première accufation , le Rajah avoir ré-
(1) Ce contingent , qu'il faut encore une fois
diftinguer du tribut ordinaire ou de la rente que
paye le Tenancier , n'avoit été réglé par aucun
traité. Les circonſtances & l'équité devoient feules
en déterminer l'étendue. Il ne s'éleva dans le Confeil
de Bengale , où fiégeoit M. Francis , aucune
objection fur la quotité de ce contingent militaire,
Quant à l'amende par laquelle M. Haftings vouloit
punir la défobéiffance & le manque de fidé
lité reprochés à Cheyt-Sing , elle n'étoit pas plus
arbitraire que les peines auxquelles il s'étoit foumis ,
au cas qu'il altérât la monnoie , lorfqu'on lui céda
le privilége de la frapper. Le Souverain qui avoit
le droit de le châtier pour cette prévarication , à
plus forte raiſon étoit autorifé à le faire pour le
crime de félonie.
pondu
( 121 )
pondu que ce délai devoit être imputé
au réfident Anglois (2 ) . Quant à la feconde
, elle étoit auffi fauffe qu'odieuſe.
La police la mieux réglée , l'adminiftration
la plus rigide , n'étoient pas toujours capables
de prévenir les crimes des individus.
Le Rajah avoit été auffi accufé
d'avoir enfoui des tréfors immenfes. C'étoit
, fans doute , une faute très-grave ;.
elle avoit été la caufe du voyage de M.
Haftings à Benarès : c'eft ce qui a produit
les événemens extraordinaires & tragiques
qui s'en font fuivis ( 3 ) . »
-
(2 ) Il ne fit jamais une pareille réponſe , &
prétexta toujours fon impu ffance. Ce fut la veuve
de Balwant- Sing & le Rajah , fucceffeur de Cheyt-
Sing , qui allégèrent long-temps après que le délai
de leur Miniftre à acquitter le tribut , devoit être
attribué à M. Marckham , alors réfident à Benarès.
(3 ) Remarquez bien qu'après avoir répété en
cent pamphlets , dans les Communes , dans les
articles d'impeachment , que le fubfide exigé de
Cheyt-Sing étoit d'autant plus tortionnaire , que
ce Rajah fe trouvoit hors d'état de l'acquitter , on
nous dit aujourd'hui qu'il poffédoit d'immenfes
tréfors convoités par M. Haftings. Si le Rajah
jouiffoit d'une telle opulence , fa réſiſtance à acquitter
la part du fubfide militaire , & le menfonge
de fa prétendue pauvreté ne juſtifioient- ils pas le
foupçon de fa déloyauté ? Si au contraire fes reffources
étoient réellement épuisées comment
poffédoit- il des tréfors ? Comment M. Haftings
pouvoit-il fonger à dépouiller un homme , dont
No. 11. 15 Mars 1788. f
( 122 )
« Arrivé à Benarès , M. Haftings avoit
fait arrêter le Rajah de la manière la plus
ignominieufe (4 ) , dit M. Grey, & Cheit - Sing
n'avoit répondu à ces outrages qu'en s'humiliant
devant fon implacable ennemi ;
qu'en lui faisant préfenter les remontrances
les plus refpectueufes ; qu'en lui écri
vant , » qu'il étoit fon efclave , qu'il pou-
» voit faire de lui ce qu'il voudroit ; mais
» que s'il en vouloit à fa vie , il le fupplioit
de ne pas le livrer à d'autres mains
» qu'aux fiennes . » Les fréquentes remontrances
du Rajah ayant été fans
effet , une troupe tumultueuſe de ſes ſujets
avoit paffé la rivière aux environs
de Ramnagur , & fondant à l'improviste
fur les Anglois qui gardoient le Rajah ,
les avoit maffacrés , & avoit délivré le prifonnier.
M. Haftings devoit répondre de
ce carnage . Celui qui femoit , devoit néceffairement
être regardé comme l'auteur
de la récolte . L'oppreffion produiſoit naturellement
la réfiftance ; & lorfque cette
réfiftance entraînoit des fuites funeftes ,
on n'auroit pu tirer annuellement
5 lacks de roupies
Chaque ligne de ces harangues
préfente de pareilles contradictions
.
(4) Faux , abfolument faux. Il fut arrêté fans
violences perfonnelles , fans menaces , fans danger
pour fa vie. M. Haftings lui en donna l'afſurance
la plus pofitive.
123 )
c'étoit à l'oppreffeur qu'il falloit les imputer
, &c. &c. (5) . »
» M. Haftings s'étoit encore rendu coupable
d'autres crimes , en faifant affiéger
par le major Popham la fortereffe de Bedjeygur
, où la femme & la mère du Rajah
réfidoient , & en excitant la foldatefque
au pillage & à la rapine. N'avoit- il pas
écrit au major Popham : » que le meilleur
» moyen de faire rendre la fortereffe à
» difcrétion , étoit de rejeter toute offre de
» négociation ; qu'il craignoit que la Be-
» gum ne fruftrât les vainqueurs d'une
» partie confidérable du butin , fi on la
» laiffoit fe retirerfans la fouiller ; & qu'il
feroit très-fâché que les officiers & les
» foldats perdiffent la moindre partie de
»
la récompenfe qu'ils avoient fi juftement
» méritée ? « En conféquence la fortereffe
s'étoit rendue ; tout avoit été pillé ; les
princeffes avoient été entièrement dépouillées
(6) . Etoit - ce ainfi qu'Alexandre ,
(5) La fuite du procès éclaircira completement
l'hiftoire défigurée de cette révolte.
(6 ) Quel récit ! Comment fuppofer que ce
foient-là les affértions d'un Membre des Communes
d'Angleterre ! M. Haflings agréa les propres
articles de capitulation offerts par la mère du Rajah .
Lorfqu'il apprit qu'à la retraite de cette femme &
de fes gens , les Cipayes de la Compagnie avoient
pillé les effets qu'elle emportoit , il étoit à plufieurs
milles du fort ; il écrivit au Major Popham de
fij
( 124 )
auquel on n'avoit pas craint de comparer
M. Haftings , s'étoit comporté envers la
mère & la femme de Darius M. Haltings
avoit prétendu qu'il n'avoit fait le
voyage de Benarès que pour enrichir la
Compagnie ; mais à peine s'étoit - il vu
maître du produit du pillage de la fortereffe
de Bidjegur , qui fe montoit à 250,000 ) .
ft., qu'il l'avoit diftribué aux troupes (7).
A la vérité , fur les repréſentations du Confeil
, il avoit voulu reprendre cette fomme
en forme d'emprunt ; mais les troupes le
connoiffoient trop bien pour fe fier à lui.
pourfuivre les pillards , de les obliger à reftitution
, de les punir exemplairement , & de promettre
toutes récompenfes pour la réparation d'une
brèche, à la capitulation auffi deshonorante. Jamais
il n'émana de fa main un ordre , une invitation
à ce brigandage.
(7) Pour apprécier cette affertion , citons quelques
lignes d'unelettre au procès , écrite par M. Haftings,
le 14 9bre, 1781 , au Major Popham , au fujet de
ce pillage. «J'apprends avec douleur la diftribution
» prématurée des tréfors faifis à Bidjegur. Ignorez-
vous , & les foldats ignorent- ils que ce butia
militaire appartient à la Compagnie ? J'aurois employé
mes follicitations aupres d'elle pour faire
accorder aux troupes cette récompenfe de leurs
» fervices ; mais j'étois loin de croire qu'ils s'en
» empareroient de cette manière? Sufpendez donc
tonte diftribution ultérieure du dividende, juf.
qu'à l'arrivée des ordres de la Cour des Di-
» recteurs , &c. & c . »
( 125 )
Ce ftratagême ne lui ayant pas réuffi , il
avoir tâché de tirer d'autres reffources
d'un pays déjà épuifé . Il avoit en vain
nommé des collecteurs , qui tyranniſés par
lui , tyrannifoient les cultivateurs : le pays
s'étoit dépeuplé ; & trois ans après , lorfqu'il
avoit été vifiter de nouveau ce
malheureux pays , il n'avoit trouvé que
des villes défertes , des villages ruinés , des
champs en friche , & la famine faifant les
plus grands ravages ; il n'y avoit trouvé
d'autres habitans que des vieillards &
des infirmes , qui n'avoient pas pu prendre
la fuite des voleurs , des affaffins , des
tigres qui laiffoient par-tout des traces de
leur férocné ( 8) . Sous le gouvernement
de Cheit - Sing, au contraire , les champs
étoient cultivés ; les villes & les villages
remplis d'habitans ; la campagne reffembloit
à un jardin , & les cultivateurs étoient
( 8 ) Tableau bon à placer dans un couplet de
tragédie. Les témoins que l'on produira fur cette
charge , les lettres reçues par la Compagnie , les
informations les plus certaines prouveront que
depuis l'expulfion de Cheyt-Sing , Benarès s'eit
accru de près de 3000 maifons , & que jamais
la Province ne fut plus tranquille , plus protégée ,
ni mieux cultivée. Deo -Sing , il est vrai , Miniftre
du fucceffeur de Cheyt-Sing, commit beaucoup
de rapines dans le pays ; mais dès que ces
défordres furent connus de M. Haftings , il fit
éloigner fur le champ ce Péculateur.
f nj
( 126 )
•
heureux . Les principaux marchands de
l'Inde fe rendoient à Benarès ; c'étoit la
banque de l'Inde , & elle renfermoit les
tréfors appartenans aux Marattes , aux
Jaiks , aux Saiks . Les Européens ainfi que
les Indiens alloient réfider dans cette ville
floriffante que M. Haftings avoit dépeuplée
, &c . «
1
Ce n'eft pas , comme on le fent , dans
les affirmations hardies des harangueurs
refpectifs qu'il faut chercher la vérité ; elle
doit fortir des preuves & de l'inftruction
juridique. Les 9 & 10. Séances de la
Cour ont été confacrées à recevoir , à
lire , à examiner les documens produits par
les Accufateurs fur la première charge .
M. Anftruther a préſenté , le 9. jour , les
commiffions officielles des Gouverneursgénéraux
& celle de M. Haftings ; enfuite
le Traité portant conceffion de la
Souveraineté de Benarès à la Compagnie
par Sujah- Dowla ; la ratification du fucceffeur
de ce Vifir , & le contrat avec
Cheyt-Sing. De ces pièces , il réfulte clairement
, ce qui n'a jamais été contefté ,
que fous aucuns prétextes la rente de ce
Zémindar ne pouvoit être portée au -delà
de la fomme réglée par le contrat . Nous
avons vu que ni en paix ni en guerre M.
Haftings n'avoit furchargé le bail de ce
Tributaire. Quant au rapport ultérieur des
( 127 )
Papiers Anglois fur tout autre réfultat de
ces Traités , des Lettres , extraits de Lettres
qui les appuient , il eft plein de contradictions.
Dans le Difcours de M. Fox , ils
font dire à cet Orateur , ainfi qu'on l'a
lu , que le Nabab d'Oude avoit tranfmis
à la Compagnie la Souveraineté de Benarès
; qu'on avoit enfuite ajouté quelques
priviléges à l'emploi de Cheyt Sing ; qu'il
étoit devenu Prince feudataire , & c . Aujourd'hui
ils impriment hardiment que la
lecture des preuves a démontré , de la manière
la plus pofitive , qu'on avoit cédé à
Cheyt- Sing tous les droits de Souverain ,
&c. Jufqu'à ce que ces Gazettes fe foient
accordées dans leurs rapports oppofés ,
nous répéterons que le für moyen de ne
rien entendre à ce procès , c'eft de s'en
tenir à la lecture des Feuilles publiques .
La fuire des preuves écrites offertes à
la Barre , eut pour objet d'impliquer l'Accufé
de défobéiffance à la Compagnie
pour avoir rappelé M. Fowke , Réfident à
Benarès , en lui fubftituant M. Marckham.
M. Fox , qui apparemment fentit qu'infifter
fur un fait acceffoire , au lieu de juftifier
l'imputation de tant de délits atroces
fuppofés commis à Benarès , c'étoit donner
une prévention défavorable , prétendit
que ce changement de Réfident indiquoit
les deffeins de M. Haftings contre leRajah.
9
fiv
( 128 )
Le 10. jour on a continué la lecture de
ces Minutes , Lettres , Confultations ; & le-
II . , on a procédé à l'Audition des témoins .
Le Comité a fait entendre MM. Stables ,
Calcraft & Benn : nous rapporterons dans
la fuite ces dépofitions , ou plutôt ce qu'on
en débite , ainfi que l'incident que fit naître
le récollement de ces témoins , entre le
Comité d'impéachment & les Confeils de
l'Accufé. Ce débat termina la Séance.
Les Pairs étant rentrés dans leur Chambre ,
le Chancelier propofa de foumettre l'importante
queftion que venoient d'agiter
les Parties , à la décifion des Grands Juges.
Ceux- ci ont demandé du temps pour cet
examen ; après leur réponſe , le Chancelier
ajourna au 10 avril la reprife des Séances
pour l'inftruction du Procès . Cet ajournement
eft néceffité par l'abfence prochaine
des Grands Juges , obligés d'aller tenir les
feffions du terme dans les Comtés.
On équipe à Plimouth , par ordre du
Gouvernement, plufieurs vaiffeaux de 300
à 450 tonneaux , deftinés à importer du
bois de conftru&ion des établiffemens Anglois
de l'Amérique feptentrionale , pour
l'approvifionnement des chantiers de Sa
Majefté .
Le Jupiter de 50 canons , monté par le Commodore
Parker ; le Solebay de 32 , Capitaine
Holloway; le Maidstone de 28 , Capitaine Hewcomb
; la Sibille de 28 , Capitaine Bikerton , &
( 129 )
1
le Bonetta de 16 , font arrivés le 2 Janvier de
I'Amérique à la Barbade.
Il a été envoyé , le 22 , des ordres à Chatham ,
d'y équiper le Roebuck de 44 canons , pour fervir
de vaiffeau hôpital , mais on ignore encore où il
fera ftationné. L'Union de 90 , eft - déja équipé
pour faire le même fervice à Blackftakes , & il
doit mettre à la voile dans peu de jours . Il doit
être conftruit un nouveau vaiffeau de 110 canons
dans ce chantier fur la forme du Royal- Georges ,
& de même force.
Le 27 on a reçu l'ordre d'équiper dans ce même
chantier , comme vaiffeau de garde , l'Arrogant de
74 canons , qui eft en ordinaire. Il doit remplacer
Irréfiftible de même force , monté par le Capitaine
Andrew Snape Hammond: le Capitaine Harvey
doit commander l'Arrogant , dont l'équipage complet
fera de 400 hommes.
D'après les derniers états reçus de l'Inde ,
datés de la fin de 1786 , il manquoit à
cette époque plus de 1500 foldats pour
porteraucomplet les troupes Européennes,
qui font compofées d'un régiment de Dragons
, & de cinq régimens d'Infanterie.
Le déficit , en particulier dans le 52º .
régiment , étoit de plus de 600 hommes ,
& de près de 300 dans la 36e . Les vaiffeaux
expédiés l'année dernière pour l'Inde
y ont tranfporté 860 recrues .
Les quatre régimens qu'on fe propofe
d'envoyer dans l'Inde , portent à 77 le
nombre total des régimens d'Infanterie de
l'établiffement de la Grande - Bretagne .
Chacun de ces quatre Corps fera compofé
f v
( 130 )
de 710 foldats . Ils font maintenant complets
, & arrivés dans les ports où ils doivent
s'embarquer. Nous avons parlé de
l'oppofition de la Cour des Dire & eurs à
cet envoi , & préfenté leurs motifs . Ils en
ont fait juge l'Affemblée générale des
A&ionnaires , qui , le 23 , s'eft trouvée en
nombre égal , 371 pour , & 371 contre
la propofition d'envoyer dans l'Inde de nouvelles
troupes au compte de la Compagnie.
Le fort , felon la règle de l'Affemblée
en pareil cas , a décidé la querelle en faveur
des refufans. Pendant ce temps , lettres ,
requêtes , nouveaux ordres , négociations
entre le Gouvernement & la Compagnie .
Sur ces entrefaites , M. Pitt , pour trancher
la queftion , a demandé au Parlementle
Bill dont nous avons parlé au Journal précédent
, demande fuivie de débats dont
voici le précis fuccinct ..
« Les Directeurs de la Compagnie des Indes ,
dit M. Pitt , qui , dans un moment de danger
, avoient acquiefcé à l'envoi dans l'Inde des
troupes que la Compagnie défrayèroit , s'oppofoient
maintenant à cette réfolution . Les Miniftres
avoient jugé alors ces mefures utiles , &
même les feules qui puffent fauver l'Inde. Le danger
du moment évanoui , le Bureau du Contrôle
avoit jugé néceffaire d'établir à demeure dans l'Inde ,
des forces militaires plus confidérables que celles
qu'on y avoit eues jufqu'à préfent . Cependant
les Directeurs perfiftoient dans leur oppofition . En
conféquence , la Chambre étoit forcée d'examiner
( 131 )
la queftion fous ces deux points de vue : Le Roi
a- t-il le droit d'envoyer des troupes dans les diffe
rentes parties de fes domaines , pour les protéger ?
Perfonne , dit M. Pitt , ne lui difputera ce droit.
Secondement Sur qui doivent porter les frais de
l'entretien de ces troupes ? Il ne feroit pas plus difficile
de répondre à cette queſtion qu'à la première.
Affurément , les revenus d'un pays fi bien défendu ,
devoient être appliqués aux frais qu'entraînoit ſa
protection . "
« Tous les pouvoirs politiques poffédés auparavant
par les Directeurs de la Compagnie des Indes ,
étoient actuellement dans les mains du Bureau de
Contrôle ; fi la Compagnie refufoit d'admettre les
troupes fur fes vaiffeaux , elle donnoit lieu par
cet entêtement à des frais de tranſport inutiles
& exorbitans frais que la Chambre feroit obligée
de faire acquitter für les revenus de l'Inde . La
feule queftion à examiner , c'étoit le droit du
Bureau de Contrôle , d'envoyer des troupes audehors.
La meilleure réponſe à cette queſtion , fe
trouvoit dans -un acte , à fon avis , clair & explicite.
Mais comme il s'étoit élevé des doutes , il
faifoit une motion tendante à affurer par un Bill
le pouvoir délégué au Bureau de Contrôle , d'envoyer
des troupes dans l'Inde , & de les faire défrayer
fur les revenus de ce pays. »
« M. Baring prétendit que le pouvoir du Bureau
de Contrôle , & même celui de S. M. , d'envoyer
des troupes dans l'Inde , n'étoit pas illimité ,
& déclara que la réfiftance de la Compagnie des
Indes en cette occafion , lui paroiffoit conftitutionnelle
& légale . Il fit quelques obfervations fur ce
qu'on écartoit les propofitions faites par la Compagnie
au mois d'août , de renforcer fes établiffemens
par fes propres troupes , & pria la Chambre
de fufpendre fon opinion fur la question , jufqu'à
――
f vj
( 132 )
ce qu'on eût produit devant elle les papiers qui
pourroient l'éclaircir. »
a Le Chancelier de l'Echiquier fe difculpa de
vouloir procéder à ce Bill trop précipitamment.
Il n'en demandoit pas une feconde lecture avant
jeudi ; & oin de fe refufer à ce qu'on éclairât
la Chambre fur ce fujet , il le defiroit, »
« M. Fox dit qu'il rejetoit fans difficulté le
bill à fa première préfentation , parce que le T. H.
Membre n'avoit établi aucunes raifons plaufibles
de le paffer en bill déclaratoire. Il s'appuya
fur l'embarras qui réfulteroit néceffairement pour
la Chambre , d'être requife de donner de pareils
actes , toutes les fois qu'un petit nombre de Gens
de Loi fe trouveroit d'un avis différent fur la
nature d'un ftatur." Il compara les pouvoirs
qu'on attribuoit au Bureau de Contrôle , & ceux
déterminés dans le bill de l'Inde , qu'il avoit eu
l'honneur d'offrir à la Chambre , il y a quelques
années. Par cet acte , le droit de patronage du
Bureau étoit bien moins étendu . Que refteroitil
à la difpofition de la Cour des Directeurs , fi
le Bureau de Contrôle avoit le droit de difpofer,
de tous les emplois civils & militaires , & d'ap
pliquer les revenus de l'Inde à couvrir les frais
que la défenfe de la Compagnie occafionnoit ?
Quels fonds refteroit - il pour l'amélioration du
commerce , fi le département politique les abforboit
en entier ? Quelle différence y avoit- il à
dépouiller la Compagnie de fes pouvoirs , de la
manière propofée , ou de celle qu'il avoit ftatuée
fon ancien bill , à l'époque de l'établiſſement
de ce Bureau de Contrôle ; fe feroit - on determiné
à le créer , s'il eût demandé des pouvoirs auffi
étendus que
ceux qu'on vouloit lui attribuer aujourd'hui
? Ces obfervations lui paroiffoient fufffantes
pour rejeter la motion. »
par
( 133 )
---
M. Dundas exprima fa fatisfaction de voir arri
ver inceffamment le jour où il trouveroit une
occafion favorable de fe mêler des affaires de
l'Inde ( 1 ). I appuya les droits du Bureau de
Contrôle fur les revenus de l'Inde , & prétendit
que dans un cas de néceffité , il pourroit légalement
en dépenfer jufqu'au dernier fou , fans rien
laiſſer à l'amélioration du commerce. Il y avoit
une différence effentielle entre les deux bills de
M. Fox & de M. Pitt ; la motion n'étoit point
déplacée , quoique l'acte pûr être clair , & le
Gouvernement fe trouvoit autorifé par la loi à
l'exercice des pouvoirs difputés,
« Il pourroit arriver , que pendant les débats
réfultans d'une réſiſtance opiniâtre , & la confection
d'une ordonnance du Gouvernement pour
contraindre la Compagnie à l'obéiffance , l'Inde
paffât au pouvoir de l'ennemi , & fût perdue pour
jamais. Il étoit donc néceffaire d'avoir un bill
déclaratoire qui levât tous les doutes. »
« M.Fox affirma de nouveau que le fyftême ac
tuellement adopté , favorifoit le patronage du Gouvernement
, au moins autant que lui , M. Fox ,
avoit pu le faire par fon ancien bill ; le droit & que
illimité d'appliquer arbitrairement les revenus
mettoit abfolument l'Inde entre les mains du Eureau
de Contrôle . »
*
M. Baring dit que fi l'on privoit la Compagnie
de fes revenus , elle pourroit , en conféquence
, fermer fa tréforerie dans Leadenhall-
(1 ) Probablement il y a ici quelque méprise ma
licieuse du Rédacteur Anglois de ce débat , car le
jour à venir dont parle M. Dundas , est arrivé depuis
4 ans . Personne n'ignore qu'il est le grand Administrateur
et l'Arbitre des affaires de l'Inde dans le Bureau
de Contrôle. Les jaloux vont jusqu'à le regarder
comme Vice-Roi de cette contrée.
( 134 )
1
freet. Il entra dans quelques particularités relativement
aux affemblées tenues à ce fujet , &
témoigna qu'il defiroit que le bill fût retardé
de quelques jours , parce qu'il favoit qu'il y
auroit encore une affemblée le jeudi fuivant. »
« M. Francis relevant ce qu'avoit dit M. Dundas
, lui demanda , « s'il prétendoit faire entendre
» que 1 Inde fût actuellement en danger ? »>
« M. Dundas répliqua , qu'il étoit toujours prêt
à répondre à quelque queftion qu'on lui fit ,pourvu
que ce fût franchement & fans mauvaiſe intention
; mais qu'il ne feroit pas affez fou pour répliquer
à celle de l'Honorable Membre ; s'il le
faifoit , il mériteroit d'avoir la tête tranchée , en
punition de fa perverfité & de fa folie.
"}
Le Colonel Barré alla droit au fait , en
difant qu'il ne voyait en tout cela qu'une
difpute de patronage entre le bureau de
Contrôle & les Dire&eurs pour la nomination
des Officiers. La première lecture
du Bill ayant été réfolue , la Compagnie
arrêta une pétition pour demander d'êtte
entendue à la Barre par Avocats , ce qui
lui a été accordé . Le 3 , hier , jour de la
feconde leâure du Bill , MM . Exskine &
Rous ont plaidé la Caufe des Actionnaires
pardevant les Communes ; ce qui n'a pas
empêché la Chambre de remettre le Bill
enComité général qui s'affemblera demain,
& où il recevra probablement fa fan &tion.
Cette décifion , qui entraîne le départ des
régimens , qui charge la Compagnie de
leur entretien , malgré fes réclamations ,
( 135 )
& qui femble mettre entre les mains du
Bureau de Contrôle tout le pouvoir exécutif
de l'Inde , a été prife à la pluralité
de 242 voix contre 142. Nous reviendrons
à cette Séance , dont les détails font
importans.
Le 27 février , M. Francis prononça
devant la Chambre une longue hiftoire
des motifs , circonftances , événemens qui
avoient précédé , accompagné & fuivi
l'avis ouvert par lui , de brûler honteufement
la requête de Nunducomar. L'eſpace
nous manque pour cette apologie infiniment
curieufe , que nous remettrons au
Journal fuivant . On a fuivi l'interrogatoire
des témoins interpellés par l'accufateur du
Chevalier Elijah- Impey; M. Francis , à la
requête de cet Accufateur , fera lui -même
entendu demain , quoique fon difcours &
fa conduite ayent clairement manifefté
depuis long - temps ce qu'il croit , ou ce
qu'il penfe fur cette affaire.
Les Négocians de Liverpool, intéreffés à
la Traite des Nègres , qui avoient d'abord
nommé 12 Délégués pour défendre leur
caufe au Parlement , en ont reftraint le
nombre à trois ..
Liverpool fera ruiné , dit- on , fi l'on abolit
ce commerce. Ce Port expédie tous les
ans pour l'Afrique plus de 100 vaiffeaux
port de quatre à 500 tonneaux , & il du
( 136 )
exporte annuellement pour plus de deux
millions fterlings de marchandiſes, dont les
deux tiers font de fabriques Angloifes , &
le refte marchandifes des Indes.
On raconte un vol affez plaifant qui s'eſt fait ,
ily a quelques jours, à Truro, dans le Cornouailles.
Un fermier de la paroiffe de Gwinear , revenoit
de la ville à cheval , entre fix & fept heures du
foir , lorfqu'un voleur fortant hors d'un foffé ,
faifit le cheval pár la bride , le tira près d'untertre ,
& fauta en croupe. Il faifit auffitôt d'une main
les deux bras du fermier , & de l'autre lui vola
fa bourfe qui contenoit 46 fchellings ; lui fouhaitant
alors le bon foir , il coula à bas du cheval &
s'échappa. Le fermier étoit accompagné , lors du
vol , d'un de fes voifins qui s'enfuit auffi vîte que
fa peur & fon cheval pouvoient le lui permettre.
Ce vaillant homme a pourtant avoué qu'il n'avoit
dans le moment qu'un schelling dans fa poche.
FRANCE.
De Verfailles , le 5 Mars.
M. Eden , Envoyé Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de la Cour de
Londres , eut une audience particulière
du Roi , pendant laquelle , après avoir
remis fes lettres de créance , il prit congé
de Sa Majefté. Il fut conduit à cette
audience , ainfi qu'à celle de la Reine &
de la Famille Royale , par M. Tolozan ,
Introducteur des Ambaffadeurs ; M. de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi ,
( 137 )
pour la conduite des Ambaffadeurs , prẻ-
cédoit.
Le Comte de Soran , le Comte de
Gourjault & le Comte Victor de Vibraye,
qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 25
février, celui de monter dans les voitures
de Sa Majefté & de la fuivre à la chaffe .
Le Comte de Vichy , le Comte de Laudun , le
Comte de Tourdonnet & le Chevalier de Touchimbert
, qui avoient eu l'honneur d'être préfeatés
au Roi , ont eu , le 29 du mois dernier ,
celui de monter dans les voitures de S. M. , & de
la fuivre à la chaffe.
Le 2 de ce mois , le Comte de Luxembourg ,
Capitaine des Gardes-du - Corps du Roi , en furvivance
, a prêté ferment entre les mains de Sa
Majefté , en qualité de Lieutenant-général de la
Flandre & du Hainaut .
Le même jour , le Comte de Montmorency a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi & à la Reine
par Monfeigneur Comte d'Artois , en qualité de
fon Capitaine des Gardes , en furvivance du Bailli
de Cruffol.
Ce jour , la Comteffe d'Eftampes , la Vicomteffe
de Wargemont & la Vicomteffe de la Rochelambert
, ont eu l'honneur d'être préſentées à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la première
, par la Marquife d'Eftampes ; la feconde ,
par la Comteffe de Canonville ; & la troisième ,
par la Comteffe de la Rochelambert.
De Paris , le 12 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 16
février , qui ordonne qu'à la requête &
( 138 )
pourfuite du fieur Lorry , Infpe&teur- général
du Domaine , il fera procédé à
l'exécution de l'Arrêt du 29 décembre
dernier , portant établiffement d'une Commiffion
pour l'examen de l'échange du
Comté de Sancerre , & que tous jugemens
d'inftruction dans cette affaire feront
rendus au Confeil royal des Finances &
du Commerce.
Autre , du 11 février 1788 , qui ordonne qu'il
fera fait un Réglement général qui fixera les droits.
auxquels feront affujetties pour l'avenir les Mouffelines
, Toiles blanches & peintes des fabriques
d'Alface, lors de leur introduction dans le Royaume
; & règle les dédommagemens dus aux Fabricans
de cette Province , pour l'inexécution des Arrêts
des 13 novembre 1785 & 26 janvier 1786.
'Autre , du 8 décembre 1787, portant établiffement
d'un Comité d'Adminiftration pour l'exécu
tion de l'Edit du mois de juin dernier , concernant
la fuppreffion du droit d'Ancrage fur les navires
François, de celui de Leftage & Déleftage, & axres.
« Le Miniftère vient d'accueillir & de
récompenfer M. de Barneville , inventeur
d'une machine nouvelle de filature pour
le coton ; au moyen de cette machine
une feule ouvrière peut filer une livre de
coton affez fin pour en faire un fil de
500,000 aunes de long , tandis que les
belles filatures de l'Inde n'en donnent que
140,000. Cette découverte , fi ce qu'on
dit eft vrai , peut retenir en France une
branche très-importante de commerce , que
( 139 )
les Indiens , les Anglois , & enfin les Suiffes
nous avoient enlevée , & qui pourroit fe
naturaliſer chez nous. >> (Nous foupçonnons
qu'il y a un zéro de trop dans le nombre
des aunes mentionnées plus haut . )
« L'Abbé Mandres , Curé de Donneley
, Evêché de Metz , dont les Papiers
publics ont annoncé les expériences faites
fur la Seine pour la remonte des bateaux ,
vient de les répéter avec le même fuccès
, au confluent du Rhin & de l'Ill .
Cette nouvelle expérience eft d'autant
plus belle que des bans de fable , des
finuofités , des arbres couchés fous les
eaux , & des courans rapides rendent la
navigation difficile & périlleufe dans cette
partie du fleuve . Au mois de décembre
dernier , il a également remonté & defcendu
le pont de Khell à Strasbourg, Cette
remonte s'opère par le moyen d'un levier
moteur, de l'invention de M. l'Abbé
Mandres. Cette découverte lui a mérité
Fapprobation de l'Ac . des Sc. & la protection
du Gouvernement. Af. de Lorraine. )
« On mande de Châlons-fur-faône , qu'on y a
» commencé des travaux confidérables , tendans
» à embellir & à augmenter beaucoup l'enceinte
» de cette ville. Le Roi a fait don à la province
» de Bourgogne , de la citadelle de Châlons , avec
» permiffion d'en détruire les fortifications , &
» d'en vendre les terreins , à charge par les ac-
» quéreurs d'y bâtir . Cette nouvelle ville doit
( 140 )
»
» devenir , en peu de temps , une p'ace de com-
» merce d'autant plus importante , qu'elle est située
fur le canal du Charollais , qui joindra l'océan
» à la méditerranée , par la faône & la loire . On ne
» doute pas que la province de Bourgogne n'ac
" cueille avec fatisfaction les commerçans étrangers
» qui voudront profiter de la circonfiance pour for-
» mer de grands établiffemens dans une des villes
» de France la plus heureufement fituée par
» la fertilité de fon fol , la beauté du pays , & qui
» peut devenir l'entrepôt d'un commerce utile. >>
Les doutes que la calomnie a jetés fur
la pureté du zèle de M. le Cauchois , Défenfeur
de la fille Salmon , ne pouvoient
mieux être réfutés que par fa Cliente
même. Elle vient de nous adreffer
2
l'occafion de la mort récente de M. le
Cauchois , une lettre , que les égards dus à
la mémoire de cet Avocat nous prefcrivent
de faire connoître.
u Nangis en Gátinois , le 25 février 1788 .
» Meffieurs ,
" Je fuis informée en cet inftant de la mort de
M. le Cauchois , Avocat au Parlement de Normandie
, mon défenfeur & mon libérateur . Mon
affliction s'accroît encore de ce que je n'ai pu prodiguer
mes foins à un homme qui m'étoit fi cher.
Eloignée de lui de plus de vingt lieues , je n'ai pas
même fu fa maladie , dont la durée n'a été que
de peu de jours. Oui , Meffieurs , je proteſte qué
fans cela il n'eût été ſecouru & fervi par aucune
autre que par moi ; & fi la confervation de fes
jours n'eût pas été accordée à mon zèle & à mes
voeux , j'euffe du moins goûté la double confolation
de remplir le plus facré de mes devoirs ,
( 141 )
& d'adoucir un pen l'amertume des derniers momens
de mon bienfaiteur. ».
« Il eft préfumable, Meffieurs , qu'on ne s'acharnera
pas contre la mémoire de M. le Cauchois ,
comme on l'a fait avec tant d'indignité à l'époque
où il fut fi juftement comblé de gloire. Ses ennemis
fe contenteront fans doute de la fecrette joie
de l'avoir conduit au tombeau dans un âge fi peu.
avancé , après y avoir précipité ſa vénérable mère ,
âgée de près de quatre-vingt-dix ans. Mais s'il
étoit quelqu'un affez lâche , affez vil pour faire
revivre des calomnies auxquelles on n'avoit même
pas fu donner l'ombre de la vraiſemblance , &
que j'ai déjà détruites entièrement , je veux que
cetimpofteur odieux , quel qu'il puiffe être , trouve
d'avance dans un nouveau démenti de ma part
toute la confufion qu'il méritera . Je déclare donc
que le défintéreffement de M. le Cauchois à mon
égard ne le céda point au courage qui a opéré
mon falut , & quia excité l'admiration univerfelle.
Ce n'eft pas encore dire affez ; j'ajoute qu'il n'eut
jamais avec moi aucun procédé que pût défavouer
la plus févère délicateſſe. »
K Daignez , Meffieurs , être en même temps
les dépofitaires & les organes de mes regrets fur
la pertedont je fuis accablée. Auffi long- temps que
je refpirerai , mon coeur gardera le fouvenir le
plus tendre de celui dont je tiens une feconde
vie , l'honneur , & une exiftence avantageufe , qui
eût été le bonheur même , fi j'euffe vu cet homma
refpectable jouir du fort dont il étoit digne , &a...
« SALMON , Femme Savary. »
P. S. « On s'appercevra aifément que cette
lettre n'a pas été rédigée par moi : je l'avoue ;
mais fi elle eft d'une plume étrangère , mon coeur
a dicté tout ce qu'elle exprime ; encore le langage
m'en parcît-il bien foible. I n'eft perfonne aflez
éloquent pour bien rendre ce qui fe paſſe en moi, »
( 142 )
Les Payeurs de rente , fix derniers mois
de 1787 , font à la lettre C.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 8 Mars 1788 .
Une partie des troupes de nos Provin
ces vont être déplacées de nouveau . Selon
le bruit public , le régiment de Bender
, actuellement à Laxembourg , va rerourner
dans le Brifgaw.
Quelques Gazettes ont annoncé la mort
du célèbre do&teur Franklin ; mais la nouvelle
de cette perte manque jufqu'ici de
fondement ; & il paroît qu'on a confondu
cet homme de génie , fi précieux à l'Amérique
, avec fon fils , zélé loyalifte & ancien
Gouverneur de la Nouvelle Jerſey.
Le Baron de Nagel , nouveau miniftre
Plénipotentiaire & Envoyé extraordinaire
de L. H. P. à Londres , eft parti , le 2 , de
la Haye pour fa deftination . On parle
du rappel du Comte de Rechteren & du
Baron de Dedem ; le premier, miniftre des
Etats- Généraux à Pétersbourg ; le fecond,
à Conftantinople .
On apprend de Paris , que M. Necker
vient d'y publier un nouvel Ouvrage auffi
intéreffant par fon objet , que par le caractère
de fon Auteur. Il traite de l'Importance
des opinions religieufes ( 1 ) ; importance
(1 ) Se´vend à Paris , Hôtel de Thou, rue des Poitevins,
( 143 )
faifie par la pluralité des Philofophes de
tous les fiècles , indiquée paffagèrement
par Montefquieu , par l'abbé de Mably &
quelques autres , mais dont l'examen &
les preuves n'avoient encore été approfondis
par aucun Ecrivain . Les uns
ont travaillé à renverfer tous les principes
religieux , les autres à les raffermir ;
perfonne n'en avoit démontré l'influence,
l'utilité , la néceffité fous tous les rapports
de la Société civile , comme vient
de le faire M. Necker. I eft difficile de
réunir une plus faine Philofophie à autant
de fenfibilité , une raiſon plus vigoureufe à
l'amour de l'ordre , à l'obſervation jufte
des foibleffes comme des intérêts de l'humanité
. Ces modernes Tufculanes , où l'illuftre
Auteur fe montre auffi grand homme
d'Etat que Moralifte pénétrant , pourroient
fervir de manuel aux Gouvernemens
, de fyftême de philofophie aux fages
, de confolation aux malheureux .
M. Necker y annonce par un Avertif
fement, qu'il va répondre jufqu'à l'évidence
au fecond Mémoire de M. de Calonne , &
maintenir en fon entier lafoi due au Compte
rendu au Roi en 1781 .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Il paroît que la bonne intelligence entre les
Turcs & la Pologne ne fera pas de longue durée.
2
144 )
Déja un des Pachas , Commandant fur les frontières
, a déclaré de la part du Divan : « Que fi
» la Pologne ne s'oppofoit à l'entrée des Trou-
» pes Autrichiennes & Ruffes dans la République ,.
" on à leur paffage fur fon Territoire , la Porte
» feroit entrer 50,000 hommes en Pologne , pour..
" y agir contre ellës .» ( Gazette d'Amfterdam ,
n°. 18. )
Les miniftres de Sa H. ont tenu des Conférences
extraordinaires & fréquentes ; mais le public
a remarqué que le Capitan-Pacha n'y avoit
pas affifté. Les uns difent que le Grand-Vifir ne l'y
avoit point invité , & ils en infèrent un refroidiffe-.
ment marqué furvenu entre ces anciens amis : d'autres
foutiennent , avec plus de probabilité , que le
rufé Amiral ne voulant être refponfable de rien ,
ni envers fon maître , ni envers la nation , ſe ſeroit
excufé , en prétextant une incommodité , &
les foins qui l'appellent fans ceffe à l'Arfenal.
Quoi qu'il en foit , le réfultat des délibérations des
Miniftres a été d'expédier différens ordres aux
Pachas qui commandent dans la Macédoine, en
Bofnie , en Servie , en Bulgarie , en Romélie, &
aux Hofpodars de Moldavie & de Valachie. D'après
certains indices , on eft ici perfuadé qu'il eſt.
queftion de recruter tout homme qu'on trouvera
capable de porter les armes , & de l'envoyer vers
Belgrade , Vidin & Banfalucca , auffi bien que
d'amaffer dans les mêmes Provinces des grains de
toute espèce pour les magaſins . Si jamais on pou
voit exécuter des ordres pareils , il eft certain
que la Porte pourroit avoir en deux mois de tems
400 mille hommes fur le Danube , les Afiatiques
y compris. ( Courier du Bas- Rhin , nº. 18. )
·
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exact
sude d'aucuns des Paragraphes ci-deffus ).
MERCURE
DE FRANCE .
( N °. 12. )
SAMEDI 22 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de 53'ssle matin , & de 54" 8 " le foir.
Temps atoyen
au Midi vrai
H. M. S.
12 18
JOURS
du
Mos.
3. PHASES
NOMS DES SAINTS. de de la
D LUNE
fam. Aubin , Evêque.. 14
4.D. Latare.
16
lundi Ste. Cunegonde.. 26 12
mard. Cafimir , Roi..
11 49
merc. Virgile.. 28 11 35
jeudi . Ste Colette.. 291
7 vend. Ste Perpétue.
30 8 fam. Jean de Dieu..
ONL
17 , à 11
111 10
11
O 10
о
midi.e
9 D. Paffion..
rolindi ste Doctrovée.
mar . Quarante Martyrs,
merc. Gregoire.
jeudi , Ste Euphrafic.
vend. La Compaffion.
fam . Zacharie , Prêtre.
6 6D Rameaux.
lundi Ste Gertrude , Vierge.
8 mard. Lubin , Evêque...
9 merc. Jofeph .
to jeudi Joachim .
21 vend Saint
PRINTEMPS
ajfam. Epaphrodite.
Dim. PASQUES
4 landi. Gabriel.
35 mand. Ste Catherine de S..
26 mere. Ludger.
27 fendi. Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi..
Le fam, Rupert , Evêque..
30 1D Qualimodo.
lundi.LANNONCIATION:
h. 42 m.
da foir..
8.0
9 le 15, às
10 h. 28 m.
11
dumaciu
12
13
14
OPL
16 k22, do
h. 9 m.
18 dumatin
19
20
CD. Q
22 le 29, à4
23 h. 34 in.
24 du foir.
COURS DES EFFETS PUBLICS 1788 CHANGES du12.
Aift$4
Lond.19
EFFETS ROYAUX. Lundi to. Mardi 11. Merc. 12. Jeudi 13. Vend. 14. Samedi15 Ham. 188
Actions
es
2040. 27
Mad1418
Cadix14' 176.
Liv Ico
396.1E3.m97p6.rGO.33u13ec.99999n99nt..77766t57.....:.: 94.
761D8.é.7c1.e.m4..b5L5r.8yeBI-o.1esd$.n7e:. ,
Lor d'Aveil.. 709. 8.1.708. 768.7708.709 ...... 709.10.
Lot. d'Octobre..136.
mssEmsprus1n2t5
36.53326814:$.:
$38.$ 38.
pair ...au pair. Все
757575
Bee Id, so millions.
Sans Balleria .... 6161.7.87.7448747774673
Bulletin. 75 75-75 75-7570
Viager, 1787.6.5 6.6.6.6.6 64.66$ 45
Emprunt taom 1002.au pait ... pair. 1005.4100431004
ch.d. Empe 161.61.160.61. 260 263 ... 263.63 26463
Caille d'Efcompt. 4450. 40.4440.245 4466.75 4470. 734-66.446857
E. V. Bord ..... 690. 690 690.
Senon fort 745 745 745
...66.99.00..
745.
CHANGESidru
Amf4$t.
Lond.
29
Ham. 1884.
Mad.. 118!
Cadix14 116
Liv. ico.
Gen., 941
von.ee
Payeurs fix dern.ers
mois 1737 ét.C
MERCURE
DE FRANCE. "
SAMEDI 22 MARS 1788.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
A M. le Chevalier DE FLORIAN ; qui
vient d'obtenir la Croix de S. Louis , &
ne place à l'Académie Françoife,
AINST INSI vous obtenez , fur mille Concurrens
De ce double laurier la gloire méritée .
Sans doute vous avez des Protecteurs puiffans ,
Ruth , Pallas & Thalie , Eftelle & Galatée.
( Par M. de la Mothe. )
No. 12. 22 Mars 1788.
146 MERCURE
AUX MANES
De M. LE CAUCHOIS , Avocat au
Parlement de Rouen , Défenfeur & Libérateur
de la fille SALMON,
Tor , qu'on eût autrefois déifié dans Rome ,
Généreux LX CAVCHOIS , coeur fublime , grand
homme ,
C'en eft fait ; tu n'es plus ..... & la mort fans pitié
Frappe du même coup & ta tête fi chère
Et tant d'infortunés de qui tu fus le père ,
Hélas ! & l'amitié !
AINSI , lorſque naguère , à ton zèle héroïque,
L'Univers accordoit la couronne Civique ,
Elle devoit bientôt faire place au cyprès !
Si ton bonheur du moins eût été fans nuage ! ...
Mais l'Envie en frémit , & foudain de fa rage
Tu fentis tous les traits ,
Ton bras victorieux que guidoit le génie ,
A peine a , pour SALMON , vaincu la calomnie ,
A peine fous tes pieds le monftre eft abattu
Contraint d'abandonner fa première victime ,
Il s'indigne, il s'agite ,... & par un plus grand crime,
Attaque ta vertų.
DE FRANCE. 147
i
QUELS Coups il te porta ! quel tiſſu d'impoſtures
Ourdirent contre toi fes mains lâches , impures !
Dois-je ici retracer un reproché outrageant....
Mais un mot , un feul mot en abfout ta belle ame ;
On t'ofoit reprocher le gain le plus infame ,
Et tu meurs indigent.....
CHEZ la Poftérité , qui pour toi vient de naître
Qui fçaura te venger en te faifant connaître ,
D'unanimes honneurs te feront décernés.
La tombe déformais doit protéger ta gloire ;
Et l'on verra , fuivis d'une longue mémoire ,
Tes jours trop tôt bornés.
Si yenger l'innocent eſt un mérite infigne ,
Si du plus noble état c'eſt l'emploi le plus digne,
Qui doit- on plus que toi refpecter & chétir ?
Va , je l'oſe promettre à tes Manes paiſibles .
Tant qu'il exiftera quelques ames fenfibles ,
Ton nom ne peut périr.
O combien de regrets à ton heure fuprême !
Thémis s'eft affligée , oui , Thémis elle-même :
Eh quel homme de bien n'a pas pleuré ſur toi !
Mais vois de ton ami l'affliction profonde ;
Nulle ne la furpaffe .... & SALMON ſeule au monde
Te pleure autant que moi,
( Par M. D*** . T***. )
148 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Mattreſſe , celui
de l'Enigine eft Papier , celui du Logogripho
eft Hiftoire , où l'on trouve Iris, Ris,
Roi , Or, Soir, Toi , Si , Oie , Sot , Toife,
Ire, Rofe, Soie Tir,
CHARADE.
ON premier , cher Leeteur , fe fert de mon
dernier ,
Pour pouvoir , à fon aife , avaler mon entier,
( Par M. le Comte de R. A. F, 】
ÉNIGM E.
Sous quatre points bien différens
Confidère mon exiſtence ;
Le premier , avec abondance ,
T'offre un des plus riches préfens
Que faffe tous les ans Pomone
Le fecond , un tiffu charmant
Qui décore un appartement ,
Dont la richeſſe nous étonne j
1
DE FRANCE. 149
Sous mon troisième rapport ,
Je fuis peut-être moins utile ;
L'on me forge dans une ville
Où je donne fouvent la mort ;
Je prends le nom de ma Patrie
Qui fait mon quatrième point.
Pour nous voir , il faut aller loin ;
Car nous logcons dans la Syrie.
A ces quatre points défunis
Peut s'appliquer ma nature ;
Mon nom d'une feule ftructure ,
Te les préfente tous unis.
( Par M. Lambert , Avocat en Parl. ) ;
LOGO GRIPHE.
DE mortels infenfés , monument immortel ,
Mon front audacieux porte jufqués au ciel
Du néant des humains l'orgueilleux témoignage ;
Et l'injure des temps , & l'effort de l'orage ,
Se font contre moi feul vainement réunis ;
Seul je réfifte aux coups de ces fiers ennemis.
Je foutiens fur huit pieds ma maffe épouvantable,
Décompofe , Lecteur ; enfuite ouvre la Fable ;
Lis le nom d'un Amant fameux
par fes malheurs ,
Qui, fitu n'es de fer , t'arracheront des pleurs ;
G 3
150 MERCURE
D'un vieillard accablé ſous ſa triſte Patrie ,
Qui perdit à la fois & l'Empire & la vie;
D'une Princeffe aimable , & de qui les beanx yeux
Tinrent long-temps captif un Guerrier généreux :
Mais c'en eft trop , laiffons l'Hiftoire fabuleuſe .
Je t'offre dans l'Europe une ville fameufe,
Auffi bien qu'un 'duché portant le même nom ;
Ge que le Laboureur , au temps de la moiffon ,
Recueille avec grand foin ; ce que fur ton vifage
Imprimera des ans l'irréparable outrage ;
De tous les biens le plus délicieux ,
Mais auffi le plus rare , & fouvent dangereux ;
Un oifeau babillard , que mainte & mainte fille
Pour fe dédommager du filence des grilles
A foin d'avoir dans fon couvent ;
Cinq Pontifes Romains , & celui d'à préfent ;
De l'homme la plus belle & plus noble partic ,
Qui ac finira point avecque notre vie ;
Enfin de Melpomene , un enfant naturel ,
Et ce qui très-fouvent rend un homme cruel.
(Par M. C... du Breuil, Off, de Marine.)
DE FRANCE. ist
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE de l'ancienne Grèce , de fes.
Colonies , & de fes conquêtes , depuis les
premiers temps jufqu'à la divifion de
l'Empire Macédonien dans l'Orient. On
y a joint l'Hiftoire de la Littérature , de
la Philofophie & des Beaux- Arts . Traduite
de l'Anglois de JOHN GILLIES ;
avec des Cartes ; par M. CARRA , de
la Bibliothèque du Roi. 6 Vol. in - 8°.
Prix , 4 liv. chaque Volume br. , 5 live
rel. , & 4 liv. 10 f. br. franc de port par
la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Lib. ,
Hôtel de Mefgrigny , rue des Poitevins.
QUE
UELQUE connue que foit l'Hiftoire de
la Grèce , quelque nombreux que foient les
différens Ouvrages qui ont parlé tantôt des
moeurs, tantôt des ligues , tantôt des guerres,
tantôt du commerce des différentes Colonies
Grecques , & plus fouvent des démêlés de
Sparte & de Lacédémone , des entrepriſes
de Xercès , de Darius , de Philippe & d'A,
lexandre ; quoique la guerre de Troie , le
G 4
192 MERCURE
règne de Théfée & l'Ariftocratie des Ar
chontes foient gravés dans toutes les têtes ,
l'Hiftoire générale des Grecs fera de toutes
les Hiftoires la plus intéreffante , la plus
variée , & la plus agréable à lire ; on aimera
toujours à s'entretenir d'un peuple aimable
& belliqueux , qui a fervi de modèle
dans tous les genres aux autres Nations ,
& qui a dans fes faftes une foule de traits
& une phyfionomie qu'on n'a plus retrouvés
ailleurs. La politique des Etats modernes
y a pris des leçons journalières. Toutes les
formes de Gouvernement depuis l'Etat populaire
jufqu'à la Monarchie la plus abfolue
, depuis la fimple Régence jufqu'au
Defpotifme , s'y trouvent avec une vigueur
ou des excès également dignes d'être obfervés
& médités. La liberté & la tyrannie
y eurent des autels & des chaînes : des ligues
bien entendues & fagement combinées
, ont par intervalles ramené la Conftitution
à ces Etats mixtes , où l'obéiffance
& l'autorité fe trouvèrent dans un équilibre
admirable. Là fut imaginée pour la
première fois , certe fédération de plufieurs
Etats , qui , en confervant leur indépendance
individuelle , compofoient une République
guerrière auffi-tôt qu'il falloit conquérir
ou fe défendre. Là les Magiſtrats
étoient tout ce qu'un homme peut être ,
un fage , un héros un mortel , qui ne
comptoit pour rien le fang verfé pour la
Patrie : là on vit auffi des défordres affreux ;
DE FRANCE.
153
& après cette guerre du Péloponnèle que le
voluptueux Périclès fufcita pour être difpenſé
de rendre les comptes , on vit toute,
la Grèce avilie , trembler devant Alexan1-
dre , n'avoir à Chéronée ni Généraux ni
foldats , & enfin remercier les Dieux de
la mort du Roi de Macédoine , qu'ils n'ofoient
plus combattre. Un décret folennel ,
avoit déjà honoré le lâche Paufanias , qui
fut le meurtrier de Philippe . Alors il y avoit
long-temps que Socrate avoit pris la ciguë ;
alors Phocion avoit été perfécuté ; alors Démofthène
amufoit par des allégories an Peuple
délicat & fenfible qu'il falloit ménager.
On avoit des Philofophes , des Statuaires ,
des Courtifanes , des Peintres , des Hiftoriens.
Les théatres outrageoient la vertu . On
aimoit fes plaifirs bien plus que la Patrie ;
on confentoit volontiers à être efclave
pourvu que rien ne troublât les jouiffances
privées. Philippe avoit affez méprifé les Grecs,
pour leur rendre tous les prifonniers . Qu'avoit
- il à craindre ce n'étoient plus des
hommes. Qui ne fera frappé de l'effet que
produit dans les Etats la corruption des habitans
! Elle feule a vaincu la Grèce . Ce n'eft ,
point l'homme qu'il faut compter dans un
pays , ni fa valeur (pécifique , des fujets efféminés
n'en ont point.C'eftpar eux que les
Monarchies s'écroulent , & que les Républiques
font affervies . Athènes eut dans fon
fein les mêmes forces pendant qu'elle domina
avec tant de gloire , & pendant qu'elle
1
GS.
154
MERCURE
fervit avec tant d'ignominie. Elle avoit vingt
mille Citoyens lorfqu'elle défendit les Grecs
contre les Perfes , qu'elle difputa l'Empire
à Lacédémone , & qu'elle attaqua la Sicile.
Elle en avoit vingt mille long - temps après ,
Forfque Démétrius de Phalère les dénombra
, comme dans un marché l'on compte des
troupeaux. Philippe avoit déjà dit : Jen'enfonce
point une porte de ville , que je n'aye
tenté de l'ouvrir avec une clef d'or. Le Sénat
& les Orateurs étoient ftipendiés , les fuffrages
étoient vendus ; le Sénateur ne favoit
plus qu'applaudir aux théatres , admirer des
mbleaux, & recevoir l'or de Philippe. Le
jeune guerrier ne rougiffoit point de promener
fur le Pyrée fa courtifane bien aimée
: l'Orateur animé dans la Tribune , d'un
zèle faux , déclanoit contre Philippe , &
fe gardoit de fixer l'attention des Athéniens
fur les dangers qui les menaçoient. Cependant
c'eft- là le fiècle qu'on a pompeufe
ment nommé le beau fiècle de Périclès.
Depuis quand les Arts & les Sciences ontils
ры donner un nom aufli beau à un fiè
cle fans moeurs , où des Peintres , des Statuaires
, des Poëtes , font , s'il eft permis
de s'exprimer air , les Penfionnaires d'un
Etat opulent & corrompu , qui , fatigué de
gloire , cherche une autre renommée , &
une illuftration qui n'eft plus celle des conquêtes
, des moeurs , & d'une bonne légiflation
? Je rentre , fans le vouloir , dans le
fyftême de J. J. Rouffeau , qui alla trop loin
DE FRANCE. 155
en accufant les Sciences de corrompre les
moeurs. Il auroit au contraire préfenté une
vérité effrayante , s'il eût dit que les Sciences
& les beaux Arts ne peuvent fleurir que
parmi le luxe , & que le luxe amène la corruption
, & que les Arts vont de front avec
elle. Il fuffit d'interroger les Annales des Nations
, pour y trouver ces triftes preuves.
Etre libre , rarement vertueuse , recevoir des
Maîtres , paffer par tous les degrés de la
corruption & de la fervitude , perdre tout
moeurs énergie , richeffes induſtrie
confidération , & enfin arrivée à ce terme ,
reconquérir de nouveau fa liberté , fes
moeurs & fa prépondérance , pour les reperdre
encore : voilà la Grèce , voilà
P'Hiftoire des Peuples du Monde . La ligue
Achéenne ralentit pendant quelques inftans
la chute de la Grèce , que le Coloffe Romain
fit enfin courber fous fon poids. Quelles
grandes leçons il en doit réſulter pour
le Lecteur qui fe trouve mené de l'Hiftoire
de la Grèce à celle de Rome , qui voit les
deux plus grandes Puiffances fe lier , s'amalgamer
, & l'une difparoître & s'effacer fous
les coups de la plus belliqueufe des Nations !
Mais Rome ne reproduit point à fes yeux les
brillantes couleurs de la Grèce ! La dégrada
tion des Romains a un autre degré de baf
feffe , & des fuites bien plus affreufes. Les
Grecs furent aimables pendant qu'ils ext
piroient , les Romains étoient des monftres
odieux. La Grèce fut vaincue quand elle
G 6
156 MERCURE
ne fut plus fe fervir de fón épée ; Rome
périt par le couteau , par le poiſon , & par
des alfafinats fans nombre. La Grèce arrêteit
fes vainqueurs par le fpectacle de fes
merveilles , & par fes chef- d'oeuvres. Des
fers du Macédonien , elle patla fans convulfion
fous le joug Romain ; il lui refta
le regret de n'avoir pas fu concilier Athè
nes & Lacédémone , dont l'union auroit
retardé fa chute , & de n'avoir pas fecondé
les efforts de l'Achaïe , qui pouvoit lui
rendre toute fa gloire . Les Grecs enfin furent
vaincus par les vainqueurs de la Macédoine
: mais qui difperfa l'Empire Ro
main ? On ne le fait que trop : des Barbares
raffemblés à la hâte , qui forçoient tour à
Four des barrières mal défendues ; la Grèce
devint l'école de Rome ; celle- ci ne fit pás
le même préfent aux peuplades qui la foumirent.
L'Auteur de l'Hiftoire de la Grèce a le
mérite d'avoir fu réunir dans un feul corps ,
& d'une manière fatisfaifante , les faſtes de
toutes les Républiques de la Grèce. Chaque
peuple n'occupe ni trop ni trop peut
d'étendue , chacun intéreffe ; on retrouve
leurs principaux traits & leur conftitution .
On fent que la République d'Athènes remplit
le premier plan de ce vafte tableau
Ceft la deftinée des Etats qui ont régné par
les beaux Arts. Sparte revient avec des ca
Factères qui piquent moins Fattention &
la curiofité. On lira avec plaifir tous les
DE FRANCE. 157
détails fur Carthage & fur les Colonies
commerçantes. Nous ne pouvons généralifer
notre opinion fur cet important Ouvrage
, parce que les deux premiers Volumes
dont nous rendons compte , finiffent ,
à peu de choſe près , à la priſe de Samos
à cette oque qui mit un terme au bonheur
des armes Athéniennes, & qui procura
à cette République une paix de neuf années
employées aux douceurs d'une vie efféminée
, qui furent trop chèrement payées. 1
L'Auteur écrit fagement ; il développe
l'efprit des conquêtes , les motifs des guer
Fes. Quelquefois il rapproche les cauſes &
en fait fortir des traits de lumière ; mais
ce dernier mérite ne lui eft point familier.
laiffe ces rapprochemens à faire à fon
Lecteur Il ne paroît point vouloir y mettre
cet efprit philofophique qui eft fi néceffaire
à l'Hiftoire. Mais comme il eft doué d'un
bon efprit , qu'il eft fans fyftême , qu'il a
fait un choix fage de matériaux , & qu'il
fait marcher autant qu'il le peut toutes les
parties enfemble , cet efprit philofophique
devient prefque un réfultat pour un homme
qui fait méditer en fecret. Nous ne dirons
point que l'Auteur a réuni & concilié les
Fragmens épars de l'Hiftoire de la Grèce en
un récit lié&non interrompu projet difficile,
à la vérité , & entièrement neuf , mais cer
tainement bien calculé pour exciter un plair
fir réel&perfectionner férieuſement l'inftruc
tion. Ce projet a été exécuté plufieurs fois
158 MERCURE
par des Ecrivains François. Nous avions
plus que des Fragmens fur la Grèce : nous
regrettons que l'Auteur n'ait pas davantage
mis à contribution les Académiciens , qui ,
dans le Recueil des Mémoires de l'Académie
Royale des Belles- Lettres , & dans des
Differtations particulières ont éclairé du
flambeau de l'érudition plufieurs branches
de ce tronc fertile. La quantité des bons Ouvrages
écrits fur la Grèce eft immenſe , &
tous les objets ont fervi de matière à d'excellentes
Differtations , dont l'Auteur auroi
pu s'enrichir. Si nous ne favions point tout ce
qu'un Etranger gagne ou perd fous la plume
de fes Traducteurs , nous prononcerions
fur le ftyle de l'Auteur ; mais ce feroit hafarder
notre jugement : quelques citations
empruntées à fon Traducteur , en donneront
peut-être une idée fuffifante. Il nous femble
que les récits des batailles de Mainthon
des Thermopyles , de Salamine , de Platée ,
de Micalé , & les commencemens de la
guerre du Péloponnèle , pouvoient être plus
brillans & plus animés. Ils font du même
ton que les détails fur Lycurgue , Solon &
Dracon ; c'est toujours la même fobriété
& la même fagelle . Ce défaut reffort moins
dans cette Hiftoire qui abonde en tableaux ,
que dans toute autre où la variété des images
couvre la froideur du Compofiteur. Les
citations qui vour fuivre en feront des
preuves. » Les Inftitutions & les Coutumes
de la Crète ( t. 1. p. 63 ) préfentoient un
>
DE FRANCE. 189
לכ
»
tableau d'une compofition plus régulière ,
» & d'un coloris plus harmonieux que ce
» qu'on pouvoit voir dans aucune partie du
" Continent de la Grèce : différentes Sociétés
» d'hommes libres , tous réunis fous le même
» Gouvernement , tous égaux entre eux , &
" tous fervis par des Efclaves : aucune pro-
» priété particulière de territoire ; les hom
» mes mangeant à des tables publiques , &
>> leurs familles fubfiftant des provifions com
munes ; la jeunele formée régulièrement
aux exercices de la gymnaſtique , de la na
≫vigation , & de la guerre : des moeurs févères
, maintenues par des Loix rigoureufes:
les honneurs accordés comme une récompenfe
à l'âge & au mérite ſeulement : enfin
la Communauté entière reconnoiffant la
» prérogative d'un Roi héréditaire qui tenoit
» fon autorité de Jupiter, mais qui n'étoit re-
» gardé comme protégé des Dieux , qu'autant
» qu'il continuoit d'obferver la Juſtice, & de
» maintenir les priviléges inaliénables de fes
»fujets . Frappé des inſtitutions falutaires qui
» régnoient dans cette Ifle floriffante , Théfée
les contempla avec admiration , & plein
» des nobles impreflions qu'elles avoient
» faites fur fon génie, il réfolut , en arrivant
» au trône de fon père , de les imiter & de
» les promulguer dans fa patrie. L'ignorance
» des Athéniens n'étoit pas à la vérité fuf-
» ceptible de recevoir l'introduction des
331
Loix écrites ; mais les villages épars de
l'Attique furent bientôt déterminés à
160 MERCURE !
» adopter les Réglemens de la capitale , à
» s'unir dans les cérémonies communes de
" Religion , à reconnoître les obligations
33
réciproques des fujets , à refpecter , en
" temps de paix comme durant la guerre ,
» la prérogative facrée de la Majefté Royale.
" Ces inftitutions furent infenfiblement
adoptées par les provinces vaifines . Au
» commencement de la guerre de Troie ,
» tous les Etats de la Grèce avoient embraffé
» un fyftême uniforme de Gouvernement,
" en conciliant l'efprit indépendant de l'Eu
ropéen libre , avec le caractère reſpec
" tueux de l'Égyptien , & la fuperftition
" de l'Afiatique. Cette fingulière forme de
" Conftitution , dont les matériaux fem-
39
-
bloient incompatibles entre eux , fe trouve
» cependant très - propre aux grands exploits
» & aux entrepriſes vaftes. Tel fut le point
» d'où partirent les fédérations publiques:
& partielles des Etats de la Grèce. «..
Nous défirerions que les bornes de cer
extrait nous permiffent de citer différens
morceaux fur la Langue Grecque , fur la
Mufique , fur l'éducation , fur les moeurs ,
fur quelques inftitutions , & fur cet amour
de la Patrie , qui fit graver aux Thermopy
les fur le tombeau de deux frères : Etranger,
va dire à Lacédémone que nous fommes
morts ici pour obéir à fes divines Loix. Nous
allons finir par la peinture des moeurs des
femmes . Exclues du commerce focial ,
les femmes Grecques étoient rigoureuſement
DE FRANCE. 161
confinées dans les appartemens les plus retirés
, & employées dans les plus bas offices
de l'économie domeftique. On penfoit qu'il
étoit indécent de leur part de fe communiquer
au dehors , à moins que ce ne fût.
pour fuivre une proceffion , pour accompagner
des funérailles , ou pour affifter à
d'autres cérémonies religieufes . Dans ces
occafions même , leur conduite étoit attentivement
furveillée , & fouvent interpré,
tée malignement . La plus innocente liberté
étoit regardée comme un manque de pudeur
, & leur réputation un fois fouillée
par la plus légère imprudence, ne pouvoit
plus fe rétablir enfuite. On ne leur per
mettoit rien qui pût divertir leur efprit de
ces occupations ferviles dans lefquelles elles
étoient condamnées à paffer leur vie. La
moindre familiarité avec des étrangers étoit
regardée comme une offenfe dangereufe
& une intimité ou une liaiſon quelconque
au delà des murs de leur maifon , comme
un crime odieux. Les Loix mêmes d'Athènes
confirmoient cette miférable dégradation.
C'étoit par des inftitutions aufli peu
équitables , que la plus aimable portion de
l'efpèce humaine fe trouvoit outragée chez
un Peuple le plus poli d ailleurs & le plus
éclairé de toute l'Antiquité les femmes
étoient totalement exclues de ces arts &
de ces divertiffemens auxquels leurs graces
naturelles auroient ajouté de nouveaux.agré◄
mens. Leur principale vertu étoit la réſerve,
&
-162 MERCURE
;
& leur pointd'honneur , l'économie. —Voilà
le beau temps de la Grèce. - Voyons celui
de Périclès. Ce tableau fera bien changé.
Mais du temps de Périclès , il parut à Athènes
une claffe de femines plus hardies , qui ſe
dépouillèrent de la modeftie naturelle , dédaignèrent
les vertus forcées , vengèrent
les priviléges violés de leur sèxe . L'Afie
mère Patrie de la volupté , produifit fes Courtifanes
dangereufes , dont les mouvemens
lafcifs & les occupations impudiques s'ac
cordoient avec la morale relâchée des foniens
, & fe trouvoient même excités &
encouragés par la corruption de la fuperf
sition Païenne. On avoit érigé dans la plupart
des Colonies Grecques d'Afie , des
temples à la Vénus Terreftre , où les Cour
fanes n'étoient pas fimplement tolérées,
mais honorées comme Prêtrelles de cette
Divinité complaifante. La riche & commerçante
Cité de Corinthe importa la première
cette innovation de l'Orient ; & telle
eft l'extravagance de l'efprit humain , qu'a
près la retraite forcée de Xercès , les Ma
giftrats de cette République attribuèrent le
falut de leur pays à la puiffante interceffion
de ces Prêtreffes , dont ils firent peindre les
portraits aux dépens du Public , comme les
Athéniens avoient fait peindre ceux de leurs
guerriers qui gagnèrent la bataille de Marathon.
Le caractère perfonnel d'Afpafie
donna pour un temps de l'éclat à une profeffion
qui devoit naturellement tomber
DE FRANCE. 163.
--
dans le mépris. Son exemple & fes leçons
formèrent à Athènes une école dans laquelle
fa dangereufe profeffion étoit réduite en
fyftême. La parure , la tournure voluptueufe
, & les artifices de cette elaffe de femmes,
devinrent de plus en plus féduifans &
dangereux , & Athènes dès- lors fut la première
école du plaifir & du vice , comme
de la Littérature & de la Philofophie .
En ne paroiffant peindre qu'une portion
des Peuples , l'Hiftorien peint toute la corruption
de la Grèce : il excufe autant que
cela eft poffible , un Ecrivain qui préfère
fes Sciences & les Arts aux bonnes moeurs ,
l'ufage qu'on faifoit de ces mêmes Arts
proftitués , aux peintures licencieufes , & à
Japothéole des Hiftoriens. - Mais , dit-il
ce malheureux effet des Arts n'étoit que la
vapeur qui accompagne le foleil , puifque
la Peinture , l'Architecture , & par- deffus
tout la Sculpture , atteignirent le plus haut
degré de fplendeur dans le fiècle de Périclès
, & répandirent une gloire particulière
fur cette période de l'Hiftoire Athénienne ,
non feulement par un grand développe
ment des facultés du génie , mais par l'ap
plication qu'on en fit à des objets nobles
& utiles. Cette apologie a été fouvent
répétée , & n'eft pas fans quelque fondement
, puifque, par un malheur inévitable ,
les Sciences & les beaux Arts ont befoin de
rouver les efprits amollis , & beaucoup de
matériaux pour élever leurs chef- d'oeuvres.
-
164 MERCURE
Nous nous propofons de faire connoftre
dans ce Journal , les Volumes III , IV ,
& VI qui doivent terminer cette Hiftoire
intéreffante.
ESSA1 fur l'Adminiftration des Colonies
Françoifes , & particulièrement d'une
partie de celles de Saint- Domingue ;
avec 2 Cartes & Tableaux geographiques
& politiques ; in - 8 ° . Se trouve à
Paris , chez Monory , Lib., rue de l'ancienne
Comédie Françoife.
DANS Cet Effai , il n'eft point queftion
du commerce des Colonies . On n'y prétend
pas non plus nous entretenir uniquement
des abus d'Adminiftration ; ils ont été affez
approfondis par tous ceux qui ont voulu
écrire fur les Colonies.
» Il femble , dit- on dans un court Aver-
» ` tiſſement , qu'on n'a pas affez remarqué
» l'influence que pourroit avoir fur leur
» commerce , une bonne Adminiſtration
» intérieure dans nos Colonies . Des Colons
attachés au fol & au climat qui les ont
» vus naître , par de bonnes Loix , par un
» régime de municipalité , qui trouveroient
» chez eux des reffources pour l'éducation
» de leurs enfans ; de tels Colons penfeDA
FRANCE
165
roient & fe conduiroient différemment
de ceux qui , ne ſe regardant que comme
tranfplantés momentanément dans leurs
ifles , forcent leur culture , & emploient
tous les moyens poffibles pour amaller
des richeffes deftinées à être diffipées en
» Europe «.
C'est donc ici un plan d'Adminiftration
fondé fur des bafes & des principes conftants
, à l'abri du defpotifme militaire , &
exempt de cette mobilité continuelle dans
les vûes & dans la conduite des Adminiftrateurs
qui fe font fuccédés l'un à l'autre
dans nos Colonies ; c'eft un édifice régulier
qu'on propofe : Non tam ſpectandum eft
quid factum eft , ' quàm quid fieri debeat.
༣ . La divifion géographique & politique de
la partie Françoife de Saint Domingue , dont
l'Auteur de cet Ouvrage voudroit faire la
bafe de fon projet , eft indiquée par la
Nature même : les communications ne peuvent
aifément fe faire du nord à l'oueft
ou au midi de la Colonie , que par mer ou
en paffant par le territoire Efpagnol ; l'accroiffement
de fa population , le développement
dont fes cultures font encore fufceptibles
, tour , juſqu'à une différence de
climat qui s'y fait fentir , concourt à former
de cette immenfe Colonie trois provinces
diftinctes & féparées : l'Auteur les dénomme ,
& c'eft celle qui , du nom de notre augufte
Reine , eft appelée Antonine , qu'il choifit
166 MERCURES
comme la plus convenable pour y faire l'ef
fai de fon projet.
Une des meilleures inftitutions fociales ,
celle qui devroit rendre toutes les autres
infiniment faciles , c'eft la municipalité . Les
Romains l'avoient adoptée dans toutes les
Cités de leur Empire. Dans les choſes ef
fentielles au Gouvernement , les Romains
avoient un plan uniforme dont ils ne s'écartoient
jamais. L'Auteur de l'Effai fubdivife
la province Antonine en douze Communes
, qu'il appelle Cités , en prenant ce
not dans fon ancienne acception . Leur
organiſation eft fimple , & il attribue aux
Officiers municipaux , des fonctions que
n'ont plus depuis long - temps les Municipalités
de notre France.
D'après ce plan , on conſidérera les Echevins
des Cités de la province Antonine
comme Officiers municipaux , & de plus
comme Officiers choifis pour veiller à la
tutelle des mineurs , & pour délibérer dans
les affaires qui concerneront leurs biens ;
comme Affeffeurs & Confeillers nés , des
`Préfets ( c'eſt - à - dire , des Sénéchaux ) en
matière criminelle feulement ; & enfin comme
Miniftres , des contrats paffés entre les
habitans de leurs Cités. Ils feront encore
dépofitaires des biens vacans, jufqu'à la réclamation
juridique que les héritiers peuvent
en faire.
Sans doute qu'à l'époque où toutes les
provinces du royaume viennent d'obtenir
DE FRANCE. 167
des Adminiſtrations , nos poffeflions coloniales
ne feront pas jugées indignes d'un
pareil bienfait. C'eft à une Adminiftration
provinciale , eft- il dit à la page 68,
» qu'eſt réſervé la profpérité & le bonheur
de nos Colonies : à l'aide de cette
» inſtitution ſimple, elles parviendront à fe
former une Conſtitution , d'après laquelle
» les chofes qui doivent fe faire, pourront fe
faire d'elles-mêmes fuffifamment bien fur
» les lieux , fans que les Miniftres ou leurs
Bureaux foient obligés de ramener fans
ceffe à eux l'Adminiftration des moindres
détails , & fans qu'ils ayent befoin d'y
concourir autrement que par la protec
tion générale que le Gouvernement doit
» à tous les Citoyens ".
ود
وو
??
Les Communes & les Juridictions des
douze Cités de l'Antonine , feront élémentaires
de l'Affemblée provinciale : fa compofition
fe trouve en conféquence être telle
que l'exige néceffairement un pays où il
n'y a que des propriétaires ; où il n'y a
point d'Ordre du Clergé , ni d'Ordre de la
Nobleffe , ni même un tiers Etat. Les Officiers
municipaux de la capitale de la province
, formeront le Bureau de la Commiffion
intermédiaire.
L'Ordre judiciaire eft encore très-informe
à Saint - Domingue ; à proprement parler ,
il n'y a jamais eu de Magiftrature . L'Auteur,
dans la compofition des Cours de Juftice
qu'il propofe , défireroit qu'il fût accordé.
1268
MERCURE
un Parlement à cette importante Colonie ;
il regarde cet établiſſement comme trèspropre
à opérer une grande & avantageufe
révolution dans l'efprit des Colons. A l'occafion
de l'inamovibilité des Offices , il fait
la queſtion fuivante : Seroit- il d'une bonne
politique d'admettre dans le régime de nos
Colonies , cette inamovibilité des Offices ?
D'après la manière dont cette propofition
eft amenée , on peut préfumer que le fentiment
de l'Auteur de l'Ouvrage eft pour la
négative.
Le Parlement de Saint-Domingue fiégera
dans la capitale de la province de Lartibo-
´nite , qui fera en même temps la métropole
des trois provinces. Les deux autres provinces
auront chacune un Plaid provincial
, appelé Préfecture , dont les attribu
tions feront réglées d'après la nature des
affaires qui ont communément lieu à Saint-
Domingue chaque Cité aura auffi fa Juridiction
particulière , appelée auffi Préfecture.
Un des grands avantages qui doivent réfulter
de ces nouveaux principes d'ordre dans
´nos Colonies , fera celui d'attacher les Propriétaires
d'habitations fur leur fol , en leur
procurant quelques occupations publiques
dont ils fe trouveront honorés. C'eft un des
motifs qui ont déterminé , au mois de Juin
787 , l'établiffement d'une Affemblée Coloniale
aux ifles de la Martinique & de
la Guadeloupe ; mais l'expérience feule apprendra
DE FRANCE. 169
prendra i l'objet qu'on s'eft propofé fera
parfaitement rempli ; car dans ce nouvel
établiffement , tout porte encore l'empreinte
de l'efprit militaire : point de bafe élémentaire
qui fixe les droits & les devoirs des
propriétaires ; ils ne font autorifés à délibérer
fur aucun objet qu'en préſence des
Gouverneurs & Commandans , de l'Intendant
& des principaux Officiers d'Adminiftration
, &c. On fait de toutes ces difpofitions
le rempart de l'autorité des Chefs ,
& du pouvoir qu'ils exercent au nom du
Roi ; mais ce font des règles , ce font des
Loix fixes , c'eft une Adminiftration fondée
fur de bons principes , fur des bafes folides
, qui devroient être le foutien de l'autorité
, & le gage de la liberté des Peuples.
En divifant les pouvoirs civils , & en
les rendant indépendans dans chacune des
trois provinces , on établit en même temps
dans ce projet une hiérarchie militaire
dont le réfultat eft , que la difpofition en
chef des armes fe trouve toute entière entre
les mains d'un Commandant - Général
du département . Cette Conftitution nous a
paru fimple & belle : le pouvoir militaire
toujours entreprenant , y eft circonfcrit des
Les véritables bornes , & cela , d'après l'efprit
même des Ordonnances & des Arrêts
du Confeil , qui ont été jufqu'à préfent des
barrières infufifantes.
Nous exhortons à lire dans l'Ouvrage
même , les articles qui concernent l'Inten-
No. 12. 22 Mars 1788 .
H
170 MERCUREC
dant de la province Antonine , l'Adminif
tration de la Marine , ainfi que l'Adminiftration
religieufe , & les Commiffaires du
Confeil dans cette province.
On ne peut difconvenir que ce projet
ne préfente un mécanisme fimple , propre
à être adapté à la Constitution phyfique de
Saint- Domingue ; convenable au génie de
fes habitans , capable de former parmi eux
un efprit public & patriotique , & digne
au moins d'être ellayé ,
و د
+
Parmi les vûes judicieufes dont cet Effai
eft rempli , on en trouve une à la page 79,
en note , qui nous a paru , finon bonne dans
la pratique , au moins très fpécieuſe en
théorie : Si on appliquoit , y eft- il dit ,
à l'encouragement de la population des
Nègres , les mêmes primes que le Gou-
» vernement accorde pour leur traite , il
en réfulteroit fans doute deux grands
» biens. Le premier feroit d'avoir par-tout ,
» & peu à peu, des Nègres créoles & acclimatés
le fecond , la fuppreffion du
commerce & de la navigation des côtes
» d'Afrique , qui eft fi deftructive de l'ef
ور
ce humaine . Nous croyons que le
uvernement nes en rapportera pas aux
Arinateurs de la côte de Guinée , pour décider
cette nouvelle queftion d'Adminif
tration
En finiffant fon Ouvrage , l'Auteur femble
croire n'avoir fait qu'un rêve politique.
Tout fon projet , en effet , pourroit bien
DE FRANCE 171
n'être qu'un beau rêve ; mais au moins c'eft
celui d'un honnête homme , & il eft rempli
de chofes utiles . On réſiſtera d'abord , felon
l'ufage , au bien dont il ne propoſe , dans
ce moment - ci , que de faire un effai ;
on finira par en profiter. L'expérience nous
apprend , que le bien , dès qu'il eft montré
, dès qu'il eft apperçu , eft un germe
qui fructifie pour une génération ou pour
une autre. Propofons toujours le bien , ne
fut ce que pour épargner à nos neveux ces
dédains , ces froideurs , ces plaifanteries ,
ces contradictions qu'il faut que toute idée
de bienfaiſance publique éprouve : nous
aurons beaucoup avancé ce bien même que
nous n'aurons pas vu exécuter , que nous
aurons même vu rejeter.
RECHERCHES fur la nature & les caufes
de la richeffe des Nations , traduites de
l'Anglois de M. SMITH ; 2 Vol. in- 8 °.
A Paris , chez P. J. Duplain , Libraire ,
Cour du Commerce , rue de l'ancienne
• Comédie Françoife. Prix , 10 liv. broch.
& 12 liv. reliés.
ONOn n'hésitera pas de mettre ces Recherches
au rang des Productions qui font le
plus d'honneur à notre Siècle & à l'efprit
humain , fi on confidère , d'une part , la
force & l'étendue de génie qu'elles fuppc-
H 2
172 MERCURE
fent ; & de l'autre , l'extrême importance
des vérités généralement ignorées
l'Auteur y a mifes dans le plus grand jour.
> que
Dans ce Livre que nous annonçons
l'Auteur part d'un fait lumineux pour éclai
rer enfuite un immenfe horizon , c'eſt-àdire
, pour développer les principes , & ,
pour ainfi dire , la contexture de l'organilation
des fociétés civilifées , les vices que
des circonstances particulières ont introduits
parmi les Nations de l'Europe moderne ,
& les fâcheux effets qui en réſultent.
Le fait par où débute M. Smith , eſt la
prodigieufe multiplication d'Ouvrages, due à
la perfection qu'acquierent les facultés productives
du travail , par la divifion où la
diftribution du travail même , partagé convenablement
entre les différens Ouvriers
qui ont chacun leur tâche & concourent
tous au même but. On voit ainfi , dès le
premier Chapitre , la fource de toutes les
Sciences , de tous les Arts & de tous les
Métiers , & la caufe de cette variété prefque
infinie d'occupations & de talens , qui
met entre des hommes , nés avec d'égales
difpofitions , une fi grande différence , que
forgueilleux Financier a peine à reconnoître
fon femblable dans un homme de la
claffe du peuple. On y voit ce qui donne
la fupériorité aux peuples civilifés fur les
peuples barbares , & d'où vient celle des
Nations plus civilifées fur celles qui le
fent moins, Mais pour décider une quefDE
FRANCE. 173
tion où l'amour-propre de chacune a tant
d'intérêt , il faut les comparer plutôt
relativement à leurs Manufactures , qu'à
leur Agriculture ; car celle - ci n'étant pas
fufceptible de la même féparation de tâ
ches , il eſt tout fimple que les Nations les
plus avancées & les plus opulentes l'emportent
moins par ce côté que par l'autre.
L'Ouvrage eft divifé en cinq Livres. La
icheffe d'une Nation confiftant dans l'abondance
des chofes néceffaires , commodes
, agréables , qu'elle fe procure annuellement
par fon travail , on montre dans le
Ier. comment le travail procure cette abondance
, & comment elle fe répand jufque
dans les derniers rangs du peuple.
: Le travail étant toujours en proportion
avec les fonds qui le mettent en mouvement
, le lle. Livre traite de la nature , de
l'accumulation des fonds , & des diverfes
quantités de travail qu'ils font agir fuivant
les divers emplois qu'on en fait.
Le III . , des circonftances qui ont déterminé
machinalement la Politique de l'Europe
à encourager l'application des fonds
aux Arts , aux Manufactures & au Commerce
, plutôt qu'à l'Agriculture .
Le IVe. , des Syftêmes d'économie politique
, & de leur influence , non feulement
fur les opinions des Savans , mais far
la conduite publique des Etats & des Princes.
Le Ve. , qui traite du revenu du Səuverain
, des impôts , &c. et comme un ap-
H ;
174
MERCURE
pendice naturel aux quatre autres , où il
eft queftion du revenu du grand corps du
Peuple.
La voix prefque unanime de l'Angleterre
pour placer cette Production de M.
Smith à côté de l'Esprit des Loix , malgrẻ
le peu de rapport des deux Ouvrages , &
la réputation dont jouiffoit déjà l'Auteur
par la Théorie des Sentimens moraux , ne
pouvoient qu'exciter le défir d'en voir une
Traduction dans notre Langue. L'Auteur
de la Vie de M. Turgot fut le premier
qui témoigna publiquement ce défir. Il fait
en peu de mots un bel éloge de ce Livre ,
en difant » qu'il eft trop peu connu pour
» le bonheur de l'Europe ". En effet, fi les
lumières qu'on peut y puifer venoient à
fe répondre & à changer l'opinion , les erreurs
les plus fatales à l'humanité difparoîtroient
, & les hommes feroicnt gouvernés
par les principes de juftice & de raifon
, qui peuvent rendre moins malheureuſe
notre exiſtence .
و ر
En 1778 , il fe fit hors de France une
Traduction de cet Ouvrage , ' qui , quoique
deftinée pour Paris , n'a pu y parvenir, par
l'empreffement des Etrangers à l'enlever.
Deux ans après , une autre fut annoncée en
Hollande , dont il n'y a eu ici qu'un petit
nombre d'exemplaires. Cette dernière s'étant
trouvée différente de la première , &
plus foignée , c'eft d'après celle ci conférée,
conjointement avec celle de 1778, fur
DE FRANCE.
175
l'original anglois , qu'a été faite l'Edition
que nous annonçons. La fituation actuelle
des efprits & des affaires dans ce Royaume
, donne lieu d'efpérer que cet impor
tant Ouvrage, trouvera parmi nous des Lecteurs
capables d'en profiter.
4
VARIÉTÉ S.
2721
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
M。ONSIEUR
LES Lettres viennent de perdre M. SAVARY ,
mon compatriote , Auteur de la Traduction du
Coran & des Lettres fur l'Egypte. Il eft mort à
Paris le 4 Février , d'une obftruction au foie , &
d'une hydropifie qui en étoit la fuite , l'une 8
l'autre occafionnée par une vie trop fédentaire ,
& par un excès de travail.
M. Savary étoit né à Vitré en Bretagne . Il fit
fes études au Coliége de Rennes , où je fus pendant
plufieurs années témoin de fes fuccès. J'en
fortis avant lui. M. le Chevalier de Parny y étu
dioit dans le même temps.
-
Rennes offre peu de refources à un jeune
homme dont l'imagination cft active , fur tout
quand cette activité le porte du côté des Arts &
des Lettres . M. Savary en fortit en 1775 , &
partit peu de temps après pour 1Egypte , où il
féjourna pres de trois ans.
H 4
176 MERCURE
Là cette ardeur inquiète qui jufqu'alors n'avoit
été pour lui qu'un tourment , devint une paffion
utile, qu'alimentèrent fans relâche l'étude de la
Langue Arabe , la recherche des Monumens antiques
, & l'examen des Mours nationales.
Après avoir quitté l'Egypte , il fe rendit aux
Ifles de l'Archipel , qu'il parcourut pendant plus
de dix-huit mois. Ce temps fuffit à peine pour
fatisfaire fon efprit obfervateur & fa curiofité
naturelle .
De retour en France en 1780 , fes premiers
momens furent confacrés à fa famille & à fes
amis. Il vint enfuite à Paris , la tête remplie de
projets de voyages , & du déŵr de les rendre
utiles à fa Patrie.
Il propofa dans un Mémoire, de retourner en
Egypte , & de remonter le long du Nil jufqu'à fa
fource ; dans un autre , de parcourir les Oafis & le
Delta , pour y rechercher d'anciens Manufcrits
( projet dont il fait mention à la fin de fes Lettres
fur l'Egypte ) ; dans un troifième , d'aller par terre
jufqu'aux Indes , &c .
Enfin , dégoûté de plans & de propofitions inutiles
, il réfolut de rester à Paris , ayant pour
toute fortune un porte - feuille rempli des matériaux
de plufieurs Ouvrages , & déformais pour
Route ambition celle des fuccès littéraires.
L'un de ces Ouvrages étoit entièrement fini.
Il en avoit même envoyé le Manufcrit à l'un de
fes amis long - temps avant fon retour : c'eſt la
Traduction du Coran. Il la revit avec foin , &
la publia peu de temps après .
L'accueil que reçut cette première Production ,
encouragea M. Savary à rédiger fon Voyage en
Egypte. Il fit paroître en 1785 fon premier Volume
, qui fut bientôt fuivi des deux autres ..
DE FRANCE. 177
>
·
Jamais un Ouvrage de ce genre n'eut un fuəcès
plus brillant . Je n'ignore pas les reproches
qu'on lui a faits depuis peu ; mais fans vouloir
examiner quelques points qu'il faut laiffer difcuter
aux Savans , je dirai du moins , relativement
au ftyle , qu'il n'y en a point de particulièrement
affigné aux Foyages , non plus qu'au Roman
non plus qu'à l'Hiftoire ; que le ftyle de Clarifle
n'eft point celui de Tom Jones ; ni le ftyle de
Cleveland , celui de Gil-blas ; ni le ſtyle de la
nouvelle Héloïfe , celui du Sopha : que parmi
les Hiftoriens , il n'y a pas plus de rapport entre
Hérodote & Tite Live , qu'entre Thucydide &
Sallufte ou qu'entre Xénophon & Tacite :
qu'enfin un Voyageur écrit & doit écrire , comme
il a vu , avec chaleur , avec feu , avec enthoufiafme
, fi la grandeur & la beauté des objets lui
a fait éprouver des fenfations vives & profondes ;
que c'eſt à fon ame de peindre tout ce que fon
ame a fenti ; que fi une claffe nombreuſe de
Lecteurs ne veut apprendre de lui que l'existence ,
la pofition & la forme des chofes , les Loix les
moeurs & les coutumes des hommes , il en eft
peut-être une aufli nombreuſe qui aime à puiſer
dans fes peintures les émotions qu'il a éprouyées
lui-même , à l'afpect de ces grands & antiques
monumens , de ce ciel nouveau pour lui ,
de cette terre féconde , de ces productions extraordinaires
, & de ces peuples que nous nonmons
Barbares , chez qui fe confervent encore
tant de traces des anciennes moeurs.
Quant à l'exactitude des faits , voici tout ce
que j'en fais. Je me trouvai l'année dernière chez
M. Savary , lorfqu'il reçut la vifite d'un Voyageur
arrivant d'Egypte , qui lui rendit compte de
la fenfation que fes Lettres y avoient produite
lorfqu'elles y furent apportées par un Négociant
François . » Eh bien ! dit M. Sayary , on me con¬
H 5
178 MERCURE
» tefte ici des faits & des détails fur lefquels vous
» pouvez me rendre juftice. Je ne fais , répondit
le Voyageur , s'ils font regardés comme fabu-
» leux à Paris ; mais ils paffent pour très - vrais
au Caire «<.
M. Savary travailloit alors à fon Dictionnaire
Arabe. La Grammaire qu'il devoit y joindre étoit
finie. La féchereffe & la difficulté de ce travail
loin de le rebuter , l'engageoient au contraire à
s'y livrer avec plus d'ardeur. » J'ai hâté , me difoit
- il un jour , d'être délivré de mon gros
Livre , & de quitter l'Arabie pour la Grèce « .
כ כ
Son voyage dans les Ifles de l'Archipel lui revenoit
fans ceffe dans l'efprit. Il avoit bien pu ,
par fagefle , s'interdire de feuilleter les Notes &
les Lettres dont il devoit compofer ce nouvel
Ouvrage mais il ne pouvoit de même défendre
à fa mémoire de lui rappeler fouvent des lieux
dont un féjour de près de deux années lui avoit
laiffé de profonds fouvenirs.
Cependant fa fanté commençoit à s'altérer.
L'obftruction du foie s'étoit formée. Ses amis obtinrent
de lui que , pendant le printemps , qu'il
alloit paffer à la campagne , il feroit les remèdes
néceffaires, & ce qui lui coutoit beaucoup davantage
, qu'il s'abftiendroit de tout travail .
A peine convalefcent , il fe donna tout entier
à la rédaction de fon Voyage de Grèce. Ce fut
pendant l'été & l'automne , l'objet de tous les
foins & de toutes les penfées. Une fauté robuſte
auroit à peine réfifté à une application auffi continue
, & à la chaleur d'une compofition eu fon
imagination & fon ame avoient toujours part.
Ses incommodités revinrent avec l'hiver ; &
malgré tous les fecours de l'Art , l'ebAruation fut
bientôt fivic d'une hydroyific déclarée ..
DE FRANCE. 179
Il ne put revenir à Paris qu'au commencement
de l'année . Son état étoit déſeſpéré : il le fentit
bientôt lui - même ; mais fon courage & fa férénité
ne l'abandonnèrent point ; il les a confervés
jufqu'au dernier moment ; & il eft mort , pour
ainfi dire , en donnant tous fes foins à l'impreffion
de fes Lettres fur la Grèce.
Le premier Volume va paroître . A l'intérêt du
fujet fe joindra celui d'une circonftance auffi touchante.
On pourra le regarder comme le dernier'
chant du cygae.
Tous ceux qui ont connu ce Littérateur eftimable
, rendent juftice à fes qualités morales , à
l'amabilité de fon commerce , à la bonté de fon
coeur , à la sûreté de fon caractère..
Ennemi juré du manége & de l'intrigue , il
n'exiſtoit que pour les Lettres & l'amitié .
Un efprit délicat & cultivé , une gaîté douce
& franche , une mémoire heureufe , une imagi
nation riante , & l'heureux talent de raconter
fans s'épuifer ni ife répéter jamais , rendoient fa
fociété auf amyfante pour fes amis , que fon attachement
leur étoit précieux.
Incapable de démigrement & d'envie , il louoit
tout ce qui étoit louable ; & quoique fenfible
aux éloges , il n'étoit point ennemi des confeils.
Fuyant par goût tout éclat , tout appareil , &
peu répandu dans le monde , mais ami plein de
chaleur & d'égards ,, bon frère , excellent fils ,
culevé dans la fleur de l'âge , il laiffe une mère ,
un frère & des amis inconfolables .
Je lavois retrouvé depuis trop peu de temps ,
pour me flatter d'être de ces derniers ; mais je
l'avois affez vu pour concevoir & partager tous
leurs regrets.
J'ai l'honneur d'être , MONSIEUR
Vorre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , GINGUENÉ ,
182 MERCUREC
On propofe les mêmes Prix pour l'année
prochaine , c'eft- à - dire , une Médaille
de la valeur de 1500 liv . pour la meilleure
Tragédie Lyrique ; une autre de la valeur
de yoo liv. pour la Tragédie qui obtiendra
le fecond rang ; & une troifième de 600 1.
pour le meilleur Opéra - Ballet , Paftorale
ou Comédie Lyrique .
Les Poëmes deftinés au Concours doivent
être remis , avant le 1 Février 178 ,
à M. SUARD , de, l'Académie Françoife ,
Secrétaire du Comité des Examinateurs.
Les Auteurs ne fe feront point connoître ,
& mettront feulement leur nom , avec une
devife , dans un papier cacheté.
r
On croit devoir prévenir les Gens de
Lettres qui fe propofent de concourir , que
l'objet de l'Administration , dans l'inftitution
de ces Prix , étant d'encourager les Ecrivains
d'un talent diftingué à fe livrer à la
compofition des Poemes Lyriques , l'invention
dans le plan & dans la conduite , l'élégance
& la correction du ftyle , font deux
mérites indifpenfables , fans lefquels aucun
Ouvrage ne peut prétendre au Prix .
I
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON
7
Na fait la clôture de ce théatre par
une repréſentation d'Athalie , Tragédie de
Racine , fuivie du Babillard , Comédie de
>
DE FRANCE. 183
Boiffy , en un Acte & eh Vers. Entre les
deux Pièces , M. Grammont a prononcé le
difcours qui fuit.
"
» S'il eft vrai que l'Art de la Comédie ,
qui exige le concours de tous les Arts , foit
une des mefures les plus certaines de l'efprit
humain , fi fa marche a été , comme
celle des Empires , qu'elle fe foit élevée ,
qu'elle foit tombée avec eux , & que chaque
Nation puiffe étre jugée fur fon théatre
; s'il cft vrai fur - tout , que le théatre
François foit le premier de l'Europe : eft- il
donc étonnant que la Nation Françoife s'honore
du fien , & qu'elle place fon orgueil
près des titres de fa gloire ? Mais plus cette
vérité me frappe , & plus elle doit m'effrayer,
moi , qui me trouve chargé du dangereux
honneur de parler à des Juges qui peuvent
me demander compte des Chef- d'oeuvres
dont ils nous ont fait les dépofitaires . Aufli ,
Meffieurs , n'aurois je pas la hardieffe de
paroître à vos yeux , fic'étoit en mon nom
qu'il fallût ici porter la parole. Interprète
de ceux que vous avez tant de fois comblés
de vos faveurs , je me cache fous leurs.
titres , je difparois fous leur gloire ; & l'hommage
qu'ils m'ont chargé de vous offrir
ne doit rien à la main qui le préfente . C'eſt
pour eux qu'il m'eft doux de réclamer votre
indulgence , puifqu'ils ont eu vos applau
diffemens , & de vous parler de leur reconnoiffance
, puifqu'ils ont fait vos plaiſirs “
184 MERCURE
" Je fens , Meffieurs , que votre goût
étant la feule règle de vos critiques & de
vos éloges , c'eſt à ce tribunal que l'Auteur
& l'Acteur viennent également reffortir ;
avec cette différence entre eux , que votre
févérité pour l'Auteur ne tombe prefque
jamais que fur la première repréſentation
de fa Pièce , & qu'une fois forti de cette
épreuve , il voit votre indulgence fe changer
en eftime & en admiration , tandis que cette
févérité eft de tous les jours pour l'Acteur ,
& ne s'endort jamais pour lui . Mais cette
différence entre les deux deſtinées est fondée
en juftice. Quand le génie a donné fes
productions , il a rempli fa tâche ; il en eſt
quitte envers fon fiècle ; & le fiècle , qui -
veut à fon tour s'acquitter avec lui , ne
ceffe de crier aux Acteurs : Rendez - nous
Cinna , rendez-nous Tartuffe. Notre tâche
n'eft donc jamais remplie nous fommes
chaque jour refponfables d'un grand Ecrivain
à un grand Peuple. Vous avez , Meffieurs
, qu'avec tant de Chef- d'oeuvres un
Acteur et toujours fans excufe , & que fi
vos plaifirs & vos tréfors font dans nos
mains , le fuccès & le revers font dans les
vôtres : vous favez auffi que l'heureux accord
d'un grand Acteur & d'un grand Ecrivain
multiplie les triomphes de l'Art , & les
beaux jours d'une Nation . C'eſt ce qu'avoit
bien fenti le premier Poëté du fiècle préfent
, loffque retiré dans les jardins folitaires
de Ferney , il y régnoit paifiblement
DE FRANCE. 185
avec la Philofophie , tandis que le fublime
Le Kain , reffufcitant chaque jour Mahomet
& Vendôme , lui faifoit des conquêtes dans
le pays des Arts , rajeuniffoit, fa mémoire ,
& s'alfocioit à fon immortalité « .
» Tel eft le modèle que j'oferois me propofer
, fi javois eu le bonheur de le voir ; mais
n'ayant que la tradition de fes talens & defa
gloire, je ne puis compter que fur les confeils
de tous ceux que la perfection de ce grand
Acteur a tant de fois ravis : c'eft à eux à ne pas
m'écrafer de la comparaifon , en dirigeant
mes études fur leurs fouvenirs ; & vous , Meffieurs
, daignez feconder mes efforts , ſou--
tenir mon zèle , pour que je parvienne un
jour à vous offrir l'ombre de ce que vous
avez perdu «.
Ce Compliment a été très-bien accueilli ,
& M. Grammont avoit été très - vivement
applaudi , pour fon propre compte , en fe
préfentant pour le prononcer. Nous ne
pouvons qu'applaudir au zèle & aux projets
d'étude de cet Acteur, dont on a beaucoup
attendu , dont on attend encore ,
& qui a des droits aux encouragemens publics
. Nous l'invitons à profiter des con
feils & des lumières de ceux qui , pour
bien connoître comment le fublime Le Kain
approfondiffoit les grands caractères qu'il
avoit à repréfenter , ont eux-mêmes approfondi
fon talent , fes travaux , l'ont fuivi
dans fes réflexions , & font ainfi parvenus
186 MERCURE
à favoir , par la réunion de quels moyens
il produifoit dans fes rôles des effets dignes
de la Tragédie dans toute fa grandeur , &
fubjuguoit avec un égal fuccès l'efprit &
l'ame des Spectateurs . Mais nous l'exhortons
à ne leur pas accorder à tous un égal degré
de confiance. Il en eft qui n'ont vu dans
le talent de Le Kain qu'un talent de fyftême
& de combinaiſon , qui retracent par imitation
ce qu'ils appellent fa manière , &
qui font par conféquent plus capables d'arrêter
les progrès d'un talent naturel , que
de lui donner l'effor. Le foyer du talent de
Le Kain étoit dans fon coeur ; c'eſt auffi là
qu'étoit le fecret des moyens qui lui ont
réellement valu fa gloire. Tout Comédien
qui ne fera pas né comme lui avec l'amour
paflionné de fon état , cherchera vainement
de la réputation : il pourra imiter Le Kain ,
mais il l'imitera fans honneur, & s'il parvenoit
à en être l'ombre , fes fuccès feroient
pallagers comme elle.
Nous ne ferons aucune obfervation fur
ce Difcours dont la forme nous a parue
ambitieufe : nous défiterions feulement fa→
voir pourquoi l'hommage que M. Grammont
a offert au Public au nom des Comédions
qui lui font chers , ne devoit rien
à la main qui l'a préfenté. Nous n'avons rien
conçu à cet aveu, qui nous a femblé trèsbizarre
, & qui le feroit encore beaucoup
quand il ne feroit que modefte.
DE FRANCE. 187
ANNONCES ET NOTICES.
LES
Es prémices de ma jeuneſſe , ou Arlequin Héros
dans le Royaume de Cathai , en l'an du Seigneur
12012 ; par B. F. D. Chereufi ; in- 12 . A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue du Fauxbourg
Saint-Honoré , près de la rue d'Anjou , visà-
vis le N° . & ; & chez les Marchands de Nouveautés.
Arlequin , Héros de ce Roman , né Savetier ,
& devenu Elève d'un Médecin , acquiert des connoiffances
dans ce nouvel état ; & l'ambition s'empare
de fon ame. Il s'introduit à la Cour , guérit
Ja petite chienne de la Reine , fervice qui l'élève
au grade , affurément très-peu analogue , de Général
d'Armée . Le hafard remporte pour lui des
victoires dont on fait honneur à fon mérite ; il
eft comblé d'honneurs : mais la guérifon d'un
petit chien ayant élevé fa fortune , le refus de
guérir un chat la renverfe , & notre Héros reprend
fon premier état.
Tel eft le fujet de ce petit Roman , qui annonce
de l'efprit , de la gaité , & de la philofophic .
DISSERTATION fur le Caoutchouc , -plus connu
fous le nom de Gomme élastique. Prix , 3 livres
avec Figures coloriées , ze. édition . A Paris , chez
l'Auteur , M. Duc'hoz , rue de la Harpe , au deffus
du Collège d'Harcourt . == Differtation fur la
Claufic -Trappe , reconnue comme fpécifique dans
les Fièvres intermittentes , propre à remplacer le
Quinquina. Par le même. Prix , 4 liv . , avec Fig.
coloriées. Differtation fur la Violette & la Penfée.
Prix , 4 liv . , avec Figutes coloriées.
188 MERCURE
ABREGE d'Hiftoire Naturelle pour l'inftruction
de la Jeuneffe , imité de l'allemand de M. Raff ,
Profeffeur d'Hiftoire & de Géographie à Goettin
gue ; par M. Perrault. 2 Vol . in- 8 ° . , avec Fig.
A Strasbourg , chez Amand Koenig , Libr. ; & à
Paris , chez Barrois le jeune , quai des Auguftins.
a
L'Auteur de cet Ouvrage a adopté la forme du
Dialogue. Quelques incorrections de ftyle n'empêcheront
pas qu'il ne puiffe être utile . Le but de
l'Auteur à été , non pas de faire de profonds Naturaliftes
, mais de préparer les jeunes gens à le devenir
; & tout y eft mis à leur portée, feul moyen
de réaffir dans ce projet.
LAMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
XI . Volume. La foufcription pour les 12 Vol. ,
en papier fin , eft de 13 liv . 4 1. pour Paris , & de
16 liv. 4 ር. pour la Province , port franc par 。
Pofte papier ordinaire , 10 liv . 4 f. port franc
par la Pofte.
Le Petit Grandiffon , IVe. Vol. Ce Voume cft
le XIe. de la foufcription pour les 12 Volumes
de Sandfort & Merton , & du Petit Grandiffon ,
13 liv, f. pap. fin , & 8 liv. 12 f. pap. ordin.
S'adreffer à Paris , à M. le Prince , au Bureau
de l'Ami des Enfans , rue de l'Univerfité , No. 28.
L'ART de la Guerre fur mer , ou Tactique
navale , affujettie à de nouveaux principes & à
un nouvel ordre de bataille ; par M. le Vicomte
de Grenier , Chef de divifion des Armées navales.
In-4° . Prix , 6 liv . br . A Paris , de l'Imprimerie
´de Didot l'aîné ; & fe trouve chez Didot fils aîné ,
Jombert jeune , Lib. , rue Dauphine .
Cet Ouvrage , dans lequel l'Auteur ne traite
pas une matière qui lui foit étrangère , préfente
DE FRANCE. 189
de nouveaux principes , un nouveau fyftême de
Tactique navale. Nous ne prononcerons point fur
des affertions qui trouveront fans doute des contradicteurs
, & qui par-là mèneront peut - être à
des découvertes utiles.
MEMORIAL pittorefque de la France , ou Recueil
de toutes les belles actions , traits de courage
, de bienfaifance , de patriotifine & d'humanité
, depuis le règne de Henri IV jufqu'à nos
jours ; par M. L. B.; avec des Planches gravées
en couleur par M. Janinct , d'après les deffeins
des plus célèbres Artiftes ; 6e. Livraiſon. A Paris ,
chez M. Janinet , rue Haute - Feuille , N° . s ; &
chez Didot jeune , Imp - Lib. , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage intéreffant , inftructif & amufant ,
a été commencé par M. de Machy ; il appartient
à préfent à M. Janinet , qui vient d'en acquérir
le privilége, Le Cahier que nous annonçons eft
le premier que M. Janinet donne au Public ; il
p'eft pas inférieur à ceux que M. de Machy a pu
bliés . Le trait qu'il préfente eft connu , & ne sçauroit
l'être affez ; c'eft Henri IV promenant fon
fils à califourchon fur fes reins , furpris par un
Ambaffadeur , auquel il demande s'il a des enfans
; & fur la réponſe affirmative , continuant
fon jeu en difant : En ce cas , je puis achever le
tour de la chambre.
On promet que les Livraiſons fe fuccéderont
rapidement.
VOYAGES Imaginaires , Romanefques , Merveilleux
, Allégoriques , Amufans , Comiques &
Critiques ; fuivis des Songes & Vifions , & des
Romans Cabaliftiques , ornés de Figures ; 10e.
Livraiſon , contenant le Voyage de Nicolas Kli
mius dans le Monde fouterrain , la Relation d'un
Voyage du Pôle Arctique au Pôle Antarctique par
le centre du Monde , Lamekis ou Voyages dans
la Terre intérieure,
190 MERCURE
Cette Collection formera 40 Volumes in- 8 °. ,
dont le prix eft de 3 liv. 12 f. le Volume broché ,
avec 2 Planches.
Il paroîtra régulièrement 2 Volumes par mois.
On continue de s'infcrire pour cette Collection ,
à Paris , rue & hôtel Serpente , chez CUCHET ,
Libraire , Editeur des OEuvres de Le Sage , '17 vol .
in- 8 . , avec Fig. ; de celles de l'Abbé Prévolt ,
39 vol. idem & du Cabinet des Fées , 37 vol.
in- 8 ° . & in- 12 , avec & fans Figures.
UVRES choifes du Comte de Treffan ; Ire.
Livraiſon , contenant l'Amadis de Gaule . 2 Vol.
in- 8 ° . , avec Figures.
Ces OEuvres formeront 12 Vol . in - 8 °. , ornés
du Portrait de l'Auteur ; & contiendront l'Amadis
de Gaule , l'extrait de Roland l'amoureux , Roland
furicux , Corps d'extraits de Romans de
Chevalerie , Mélanges & OEuvres pofthumes en
vers & en profe , Lettres du Roi de Pruffe , du-
Rai de Pologne , & de Voltaire , au Comte de
Treflan.
On délivrera 2 Vol . de deux en deux mois. Le
prix eft de liv. 4 f. le Volume broché , avec 2.
Planches.
On s'infcrit à Paris , chez CUCHET , Lib. , rue
& hôtel Serpente ; & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
RECUEIL de so Eftampes deftinées à erner
toutes les éditions d'Homère . Ouvrage divifé en
huit Livraiſons , format in - 88. 2e. Livraiſon ,
papier de France . Prix , 6 liv. A Paris , chez M.
Ponce, rue S. Hyacinthe, Nº. 19.
On en a tiré quelques exemplaires de même
format que l'édition qui ſe vend chez M. Didot.
DE FRANCE. 191
RASOIRS , COUTEAUX , & autres objets , chez
le Sr. LETHIEN , Coutelier de la REINE & de
Mgr . le Duc D'ORLEANS . A Paris , rue Neuve-
Saint-Merry , près l'Hôtel Jabach , Nº. 55.
Le zèle du Sr. Lethien tend toujours à perfectionner
les ouvrages , & fe manifeſte par d'heureux
fuccès. Il vient de faire un Couteau à piéde-
Roi , plus agréable & plus commode que ce
qu'on avoit fait dans ce genre-la . Prix , 24 liv . à
Jame de Damas corroyé , & 48 liv . en vrai Damas
à garantie. Il avoit , avant , mis en vente des Rafoirs
à fix lames & à rabot d'argent , toutes détachées
, avec lesquelles on fe rafe fans courir
le rifque de fe couper , faites en Damas corroyé
& raffiné au feu , & trempé avec des fels qui les
fent réfifter aux barbes les plus fortes. Ces lames
ont un avantage bien précieux , fur celles mêmes
d'Angleterre , en ce qu'elles n'ont jamais befoin
d'être repaffées fur la meule , mais feulement fur
la pierre à l'huile , ou fur un cuir préparé avec
une compofition nouvelle qui les ravive & leur
conferve leur première qualité ; ce cuir ne fe
trouve que chez lui . Voici quelques autres objets
avec leur prix.
Rafoir à fix lames , à rabot d'argent , renfer
més dans une boîte d'ébène , avec un cuir , le
tout dans un étui de maroquin , 24 liv. Un Rafoir
avec fon rabot d'argent , 9 liv. Rafoir à fix lames
, à rabot d'argent , en vrai Damas , à garantie
, même boîte & même étui , avec un cuir
48 liv. Un Rafoir en vrai Damas , avec fon rabot
, à garantic , 27 Hv. Couteaux à deux lames ,
dont une en vrai Damas , & l'autre en or , avec
une cuiller , fourchette , falière , auffi en or ,
avec leur médaillon , un canif & un tire - bouchon
, qui fe démontent très - aifément , en trois
parties , 360 liv. Couteaux faits de même , &
dans le même goût , en argent , 72 liv. Des Ser192
MERCURE DE FRANCE .
pettes
où il y a quatre pièces ; favoir , une lame ,
un greffoir , un éculonnoir , une fcie qui ne s'engage
jamais dans le bois verd , première qualité ,
12 liv ; feconde qualité , 9 liv . Des Cifeaux d'un
aden fin , bien poli , avec leur étui auffi en acier ,
qui s'ôte facilement par le moyen d'un petit reffort
fini dans la dernière perfection ; de manière
qu'en voyant les Cifeaux , on n'apperçoit pas
l'étui qui les renferme : on peut les porter fus
foi fans craindre de fe bleffer. On en trouve depuis
6 liv . juſqu'à 12 liv. &c. &c .
7 AIRS des Manequins on la bonne Fée , Pièce
du Recueil des Guenilles dramatiques , mis en
mufique par un Amateur. Prix , 3 liv . , ou 30 f.
pour ceux qui ont le Recueil. A Genève , chez F.
Dufart ; & à Paris , chez Hilaire, Lib. , rue Haute-
Feuille , Nº. s .
QUATRAIN.
TABL E.
145 Efai.
Recherches.
Aux Manes de M. Le Cau-}
Variétés .
chois. 146
Académie.
164
171
175
180
Charade , Enig. Logog. 148 Académie Roy. de Muſiq. 181
Hiftoire de l'ancienne Grèce . Comédie Françoife.
151 Annonces & Notices.
APPROBATION.1
782
187
J'ai lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 22
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle en
empêcher l'impreffion . A Paris , le 21 Mars 1788.
SELIS , Cenfeur Royal..
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
LE
POLOGNE.
De Varfovie , le 20 Février 1788.
E Reis - Effendi Feizi- Suleyman , écriton
de Conftantinople , a été nommé Pacha
à trois queues & Séraskier de Sophia ; on
le fuppofe deftiné à une expédition contre
le rebelle Mahmud Pacha . Sa place eft
donnée au Vice- Chancelier Rachid- Effendi,
dont on eftime généralement les
talens & le caractère .
;
Les troupes Ruffes qui occupent l'Ukraine
ont été jufqu'ici dans l'inaction
elles montent au plus à 22,000 hommes
qui n'ont pas encore été renforcés , ni
réunis aux Autrichiens. Cette jonction
cependant eft attendue d'un jour à l'autre,
vu la proximité des deux armées ; mais
l'hiver met obftacle à toute opération . Le
N°. 12. 22 Mars 1788.
1
g
( 146 )
Feld- Maréchal Romanzof n'eft point encore
à l'armée .
Depuis environ 14 jours la Viftule eft
prife de glace , & la terre couverte
de neige ; ce qui facilite beaucoup le
tranſport des vivres. Le prix des denrées
eft un peu diminué , à l'exception de celui
de l'avoine .
On affure aujourd'hui , pofitivement ,
que le Divan a pris la réſolution de faire
entrer des troupes en Pologne , ſi la République
ne prend les mefures les plus
promptes pour en faire fortir les Ruffes.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 3 Mars.
Le premier de ce mois , de grand
matin , l'Empereur eft parti pour Triefte.
Il fe propofe de vifiter le cordon des
troupes le long des côtes , & de fe rendre
enfuite au quartier général de Futak , où
il compte arriver le 20 ou le 24. Il eft
accompagné du Général Comte de Brown,
du Lieutenant- Colonel Bourguignon &
du Major Bourgeois. Le Prince Charles de
Lichtenftein & M. de Lafcy font également
partis pour l'armée de Hongrie. Avant
( 147 )
fon départ , l'Empereur a fait un teftament
, dont il a été remis une copie vidimée
& cachetée au Grand Chancelier
Prince de Kaunitz , & une ſeconde copie
au Vice-Chancelier Prince de Colloredo.
La réfiftance qu'ont oppofée les Ottomans
à l'attaque de quelques petits forts
délabrés , de quelques miférables châteaux
défendus par unfimple foffé , indique à quel
degré cette guerre fera meurtrière . Nous
les furpafferons en diſcipline & en tactique,
mais non pas en courage ; le leur eft exalté
par le fanatifine & par l'approche du dangerqui
menace l'Empire entier en Europe.
Auffi , quoique les ruines d'où nous venons
de les chaffer fur les bords de l'Unna
& de la Save , fuffent prefque fans garnifons
& fans défenfes , quoique les Turcs
aient eu à repouffer des hoftilités à l'inftant
même où nous venions de leur déclarer
la guerre , ils ont à - peu- près partout
refufé les fommations . On avoit efpéré
que Gradiska , fortereffe qu'on peut
dire démantelée , & défendue uniquement
par 400 hommes , plutôt Habitans de la
ville que Soldats , fe rendroit au premier
coup de canon ; mais il a fallu multiplier
les batteries , faire brêche fans pouvoir
entrer dans la place , en détruire les édig
ij
( 148 )
fices fans vaincre l'opiniâtreté de la garnifon
, & le décider à un affaut dont on
attend les détails d'un moment à l'autre.
Il eft hors de doute que Gradiska ne foit
emporté ; mais à quel prix ? C'est ce qu'on
ne fait point encore. Des avis récens annoncent
même qu'on a abandonné l'entreprife.
Le vieux Orfowa , a été également
fommé , à ce qu'on répand. Une feule
Compagnie de quatre - vingt Janiffaires
qui y étoit cantonnée , a été menacée
du fil de l'épée , fi elle faifoit réſiſtance ;
& l'on débite qu'une fois rendue , on l'a
transférée à Temefwar. Ondit Bihacz emporté
d'affaut avec perte d'un Lieutenant-
Colonel , de deux Officiers & 50 Soldats
tués. Que ces avis foient authentiques ou
non , ils ne font que prématurés , car ces
endroits doivent fuccomber à meſure
qu'on les attaquera. Suivant une lettre
de Carlſtadt en Croatie , du 18 février
avant de commencer le fiége de Gradiska ,
on fomma la garnifon de fe rendre. Les
Turcs répondirent qu'ils fe battroient
tant que leurs têtes tiendroient fur leurs
épaules. On commença la canonnade , on
la continua tout le jour ; les Affiégés y
répondirent coup pour coup ; les maiſons
( 149 )
ayant été incendiées , ils fe font retirés
dans les cafemates. Encore une demidouzaine
de débris en notre puiffance , &
nous ferons maîtres des deux bords de
l'Unna. Cette rivière traverſe la frontière
de la Bofnie du midi au nord , & fe
jette dans la Save au- deffous de Veliska.
On a exécuté , fans beaucoup de peine ,
deux coups de mains différens fur deux
convois de 60 bateaux qui navigeoient
fur le Danube & fur la Save , fans fe douter
d'une rupture. L'Empereur a ordonné de
diftribuer ce butin aux troupes , de qui
les Munitionnaires de l'armée pourront les
acheter .
Voici la liste & la diftribution des Généraux
inveftis du commandement de nos
troupes contre les Ottomans .
1º. Le Lieutenant Feld-Maréchal de
Vins, en Croatie , dans la Dalmatie & fur
les côtes : 2°. le Lieutenant Feld- Maréchal
Comte de Mitrowsky, en Esclavonie
& dans la Syrmie : 3°. le Feld- Maréchal
Comte de Lafcy aura le commandement-
général de la grande armée dans la
haute Hongrie , près de Futack , vis -à - vis
de Péterwaradin ; en fon abfence , c'eft le
g 11]
( 150 )
Général de Clairfait qui commande , &
fous celui-ci le Baron d'Alvinzy : 4°. dans
le bannat de Temefwar , le Lieutenant
Feld-Maréchal de Wartensleben : 5º . en
Tranfilvanie , le Général de Fabris : 6º . dans
la Buckowine , le Prince de Cobourg. On
fait monter à 217,416 hommes le nombre
des troupes Autrichiennes raffemblées
actuellement fur nos frontières.
Lorfque le Major de Harbach , accompagné
de l'Interprête Impérial , Conftantin
Popp , fe rendit à Belgrade pour y fignifier
au Pacha qui y commande, la déclaration de
guerre , celui- ci le reçut très -poliment , le
fit affeoir , lui préfenta à la bouche une pipe
de tabac , ce qui eft une civilité Turque ,
& lui dit : « Mon ami , vous ne m'ap-
» prenez rien qui m'étonne ; je fuis de-
» puis long - temps préparé à cet évène-
» ment ; dites cependant à mon cama-
» rade de guerre , le Général Mitrowsky,
» que je lui ferai remettre ma réponſe
» par écrit. » Alors 25 Spahis accompagnèrent
le Major , fans lui faire la moindre
violence , jufques fur les bords de la
Save , où une barque avec pavillon blanc
vint le prendre pour le conduire à la rive
oppofée. Le Pacha ne tarda effectivement
point à faire parvenir fa réponſe ; mais
tout ce qui en a tranfpiré , c'eft que la
( 151 )
Porte y déclare n'avoir donné aucun fujet
de rupture , & qu'elle fe repofe fur la bonté
de fa caufe , fur la juftice du Tout-Puiffant ,
&la protection du Prophète. Avant le départ
du Major , le Pacha lui fit préfent d'une
paire de beaux piftolets & de deux mouchoirs
à la Turque.
Il eft arrivé , depuis 15 jours , des Couriers
fréquens de l'armée du Prince de
Saxe- Cobourg, qui , felon l'opinion générale
, demande des renforts. Le bruit s'étoit
même accrédité que l'Hofpodar de
Walachie , à la tête d'un Corps de Tartaavoit
attaque le Prince , refté maître
du champ de bataille , après une action
très-meurtrière ; mais cette nouvelle , fans
date , demeure fans confirmation .
res ,
On affure toujours que Belgrade fera
inveftie dans peu de jours. Cette fortereffe
importante eft amplement pourvue de
munitions de guerre . Elle domine le Danube
, & il fera très- difficile de l'attaquer
de ce côté-là . On l'a fortifiée du côté de
terre de nouvelles lignes de circonvallation
avec des redoutes ; tout le gros canon
a été tranſporté au fort de la montagne
, & les ouvrages au-deffous font hériffés
de canons de 6 livres de balles . On
croit que cette fortereffe fera affiégée en
g iv
( 142 )
règle , & que F'on a formé le projet de la
bloquer , pour la forcer de fe rendre par
capitulation.
Les dernières dépêches de Péterwaradin
, du 22 février , ne contiennent que
la relation de l'entreprife fur la fortereffe
de Semendria , qui n'a pas réuffi . Le détachement
de troupes qui avoit traversé
le Danube , a été obligé de le repaffer ;
3 Officiers & 26 Soldats ont été bleffés
& 8 hommes tués.
Les 19 bataillons d'Infanterie qui fe rendront
fucceffivement à la grande armée , font : la Tour,
Avefperg, Rottenberg, Preiff, Ferdinand de Tofcane,
Stein , Deutchmeifter , Pellegrini , Tillier, Langlois ,
Charles de Tofcane , Lafcy, Laudon , Empereur ,
Pallavicini , Wallès , Wolfembuttel, Wartensleben
& Brechainville. A ces bataillons fe joindront cinq
bataillons de la Lombardie Autrichienne , & les
deux régimens de Cavalerie de Naffau &
d'Anfpach.
De Francfort-fur- le-Mein, le 8 Mars.
On répand que l'Empereur prendra à
fon fervice un Corps de troupes de Bavière
& de Wirtemberg. La miffion récente
de M. de Gailing , Envoyé du Duc
de Deux-Ponts à Berlin , eft relative , å
ce qu'on croit , à ce fubfide auxiliaire que
( 153 )
fourniroit l'Electeur-Palatin à la Cour
de Vienne.
―
Le dernier Confeil extraordinaire que
l'Empereur fit affembler le 19 février , fut
occafionné , felon quelques conjectures ,
par des dépêches de Conftantinople , dans
lefquelles le Divan propofoit des offres
particulières à S. M. I. , qui n'a pas crù
devoir les accepter. Au refte , il ne
faut pas s'imaginer que lá Porte fe foit
endormie fur les deffeins de ce Monarque
, comme les Gazettes l'ont répandu :
la formation , le cantonnement , la deftination
des armées ont été changés d'après
la vraisemblance de ces nouvelles
hoftilités. Il a été envoyé des ordres en
Afie de faire marcher fur le champ une
nouvelle armée de 60,000 hommes , qui
joindra celles de Beffarabie & de Moldavie.
On fait qu'il étoit arrivé à Vienne , vers
la fin du mois dernier , un Courier du
Prince de Saxe-Cobourg , Général- Commandant
dans la Bukovine . La Cour n'a'
rien publié de ces dépêches ; on a fup-'
pléé à ce filence en débitant que le
Prince ayant fait avancer une partie
de fon armée dans la Moldavie jufqu'à
la rivière du Pruth , afin de ferrer
davantage la fortereffe de Choczim , il y
avoit eu une eſcarmouche très-vive entre
g v
( 154 )
l'avant -garde de ce Corps & un gros détachement
de Tartares , qui après une
opiniâtre réfiftance & une perte de plus de
cinq mille hommes , furent obligés de fe replier
fur Choczim ; la perte du côté des
Autrichiens n'avoit pas été moins confidérable.
Des lettres particulières nom-.
moient les trois bataillons de Pelegrini ,
de Charles de Tofcane & de Samuel Giulay,
comme prodigieufement maltraités
dans cette action , ainfi que les Huffards
Sicules de Seckler ; mais la nouvelle de cet
évènement n'a jufqu'ici aucun caractère
d'authenticité .
ESPAGNE,
De Madrid , le 25 Février.
L'état de l'Infant Don Ferdinand continue
à donner plus d'efpérance de rétabliffement.
L'Ambaffadeur du Grand - Seigneur ira
demain au Pardo recevoir fon audience de
congé , & partira dans dix jours pour
Conftantinople.
Il arriva le 22 deux Couriers étrangers
adreffés au Roi. Rien n'a encore tranfpiré
des dépêches qu'ils ont apportées : on fait
feulement que deux ou trois heures après
leur arrivée , il a été envoyé à Cadix & au
( 155 )
Ferrol des ordres pour armer 4 vaiffeaux'
de plus & 2 frégates.
Nous apprenons par les dernières lettres
de Cadix qu'on y attend à tout moment.
Don Ferdinand d'Avy , pour commander
4 vaiffeaux de ligne & fix frégates armés
dans ce port & celui de Carthagène . Elles
ajoutent qu'on y arme encore 3 vaiffeaux
& 3 frégates , & confirment la nouvelle
du naufrage d'un navire Hollandois , fur
la cargaifon duquel la Banque eft intéreffée
pour 100 mille piaftres. On affure que
cette perte en occafionnera une de plus
de 500 mille piaftres pour le commerce
de Cadix.
1
ITALIE.
De Rome, le 15 Février.
On vient de trouver dans une excavation
faite au tombeau de Néron , hors la
porte del Popolo , un beau parquet en
mofaïque , entouré de guirlandes de pierres
dures , parfemé de lapis- lazuli.
Le Cardinal d'Yorck , en fe réſervant de
demeurer incognito Duc d'Yorck , &c.
n'a point abandonné les prétentions de fa
maifon , ainfi qu'on en jugera par un acte
de fa main , dreffé pendant la maladie du
feu Comte d'Albany.
« Nous , Henri- Marie-Benoit Clément , Cardinal-
Duc d'Yorck , fils puîné de Jacques III , Roi
g vj
( 156 )
d'Angleterre , nous voyant fur le point , confor
mément aux avis que nous avons reçus de Florence
, fous la date du 23 janvier de la préfente
année , de perdre le Séréniffime Charles Edouard ,
notre très - cher frère , fucceffeur légitime de
Jacques III , aux royaumes d'Angleterre , de
France , d'Ecoffe , d'Irlande , &c. , nous déclarons
& proteftons , dans les formes les plus valides ,
avec toute la folemnité poffible , & de toute autre
manière qui peut tendre à nous acquitter de ce.
que nous devons à notre Royale Perfonne & à
notre Patrie , qu'au cas que notre Séréniffime frère
vint à mourir ( ce qu'à Dieu ne plaife ) , nous réclamons
pour nous-même le droit de fucceffion
directe aux royaumes d'Angleterre , &c. &c.;
droit contre lequel on ne peut oppoſer , ni devant
Dieu , ni devant les hommes , le caractère facré
d'Evêque dont nous nous trouvons revêtu ; & attendu
les fâcheufes circonstances où se trouve
notre Royale Famille , ainfi que pour nous éviter
des difficultés & des embarras , nous entendons
retenir volontairement d'ici - là le titre ( qui ne
nous conviendroit plus dans le cas fufdit ) de Duc
d'Yorck , avec tous fes droits & compétences
ainfi que nous en avons uſé juſqu'ici , & cela par
forme d'incognito. A cet effet , nous renouvelons
toutes proteftations & déclarations néceffaires , de
la manière fufdite, & avec la plus grande force &
folemnité poffibles , que nous ne prétendons point
( en confervant volontairement & par manière
d'incognito , le titre de Duc d'Yorck dans des actes
publics ou privés , faits ou à faire , ) préjudicier
& encore moins renoncer jamais aux conféquences
du fufdit droit de fucceffion & d'appartenance
que nous avons & prétendons avoir & retenir
toujours & en tout temps fur lefdits royaumes ,
& à tout ce qui nous revient , comme au vrai ,
,
( 157 )
plus proche & légitime héritier de notre Royale
Famille , nonobftant les titres & actes fufdits , dont
nous n'entendons nous fervir que comme voulant
garder l'incognito. Enfin , nous déclarons expreffément
être notre volonté , que dans la préfente
proteftation foit auffi comprife celle , qu'après qu'il
aura plu à Dieu de difpofer de notre perfonne ,
les droits de fucceffion à la Couronne d'Angleterre
, &c. foient dévolus dans toute leur force &
vigueur au Prince auquel ils appartiendront dejure,
par la proximité du Sang : cela devant être ainfi ,
& c. & non autrement , &c. »
« Donné dans le Palais de notre réſidence , ce
27 janvier 1784. n
·De Naples , le 25 Février.
Feu l'Archevêque de Capoue avoit
laiffé , par teftament, une fomme de près
de 40 mille ducats , pour l'embelliffement
de l'Eglife Cathédrale de cette ville . La
Junte Suprême des abus confidérant
cet emploi comme fuperflu , s'eft affemblée
pour délibérer s'il ne feroit pas plus
convenable d'employer cette fomme au
defsèchement des marais voifins de Bayes ,
& au rétabliffement de l'ancien port de.
Mifène.
Voici la fubftance des Réglemens qui ont paru
concernant les réformes militaires L'Infanterie
fera compofée de 20 régimens , dont 16 vétérans ,
nationaux & vallons , & les 4 autres étrangers.
Chaque régiment fera divifé en trois bataillons ,
deux defquels font appelés de campagne, & l'autre
de garnifon. Chacun des 16 premiers régimens
( 158 )
fera de 1100 hommes en temps de paix , & de
1700 en temps de guerre , avec une addition de
600 hommes de milices-provinces , qui devront
être enrégimentés & difciplinés , de manière qu'ils
puiffent au premier ordre rejoindre leurs régimens
refpectifs. Les quatre régimens étrangers feront
conftamment maintenus felon l'établiſſement de
guerre , c'est-à-dire , de 1700 hommes.- La Cavalerie
confiftera toujours dans les huit régimens
actuels , dont chacun fera compofé fixement de
quatre efcadrons de campagne , & d'un demi-efcadron
de réferve , formant en tout 674 hommes.
Deux régimens compoferont une brigade , & les
Corps de réſerve de chaque régiment formeront
une cinquième brigade. La paie , tant de la
Cavalerie que de l'Infanterie , a été conſidérablement
augmentée.
« M. Galanti , dans le premier volume
qui vient de paroître de fa géographie des
deux Siciles , ouvrage dont les matériaux
lui ont été fournis par ordre du Gouvernement
, porte les revenus du Clergé à
neuf millions de ducats ; ceux de l'ordre
de Malte , à 79,000 ducats , & ce que
nous payons à Rome , à 59,000 par an .
Il y a à Naples 1,500 familles nobles ; il
y en a 4,500 dans les provinces . Les Tribunaux
, avec leurs dépendances , occupent
26,000 hommes. Il meurt par an
environ 600 perfonnes affaffinées , fans
compter les affaffinats méthodiques opérés
par 12,400 Médecins qui fe trouvent
dans le royaume. Le nombre des Ecclé- ›
fiaftiques féculiers , religieux & religieufes
( 159 )
eft de près de cent mille. La population
totale du royaume eft de 4,780,000 ames ;
fuivant les calculs de M. Galanti , elle
pourroit s'élever à 10 millions . Ce premier
volume ne traite que du royaume de
Naples , fans y comprendre la Sicile . ».
GRANDE - BRETAGNE
De Londres , le 11 Mars.
Le Baron de Nagel , nouvellement arrivé
, a été préfenté au Roi & à la Reine
en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
des Etats-Généraux . Son prédéceffeur , le
Baron de Lynden , a pris fon audience de
congé . Notre Miniftre à la Haye , le Chevalier
Harris , prend également le caractère
additionnel d'Ambaffadeur Extraordinaire
auprès de L. H. P. On dit le Traité
entre les deux Etats conclu & même
figné , malgré tous les contes des Agioteurs
, répétés dans les Gazettes & commentés
par les Politiques à la journée .
Il s'eft tenu ces jours derniers une affemblée
du Bureau de Commerce , pour
prendre ultérieurement en confidération
l'abolition du commerce des Nègres.
Lord Hawkesbury y a préfidé ; M. Pitt &
plufieurs Membres du Cabinet s'y font
rencontrés.
Les Nouvelliftes ont fait agréer au Gou(
160 )
vernement l'avitaillement d'une efcadre
Ruffe dans nos ports . Cette eſcadre , difent
- ils , de vingt vaiffeaux de lignefeulement,
eft attendue dans l'Humber vers le
milieu d'avril. M. Thornton , ajoutent- ils ,
eft chargé par l'Impératrice de Ruffie de
paffer un marché pour 40 bâtimens de tranf
port , de 400 tonneaux , fur lesquels feront
embarqués 16,000 hommes de troupes
qui accompagneront fon efcadre dans la
Méditerranée.
On croit que M. John Adams , ci- devant
Miniftre Plénipotentiaire des Etats-
Unis , ne fera remplacé ici que par un
fimple Conful chargé de traiter les affaires
relatives au Commerce .
Le Prince Guillaume Henri lera nommé
au commandement de la frégate l'Andromède
de 32 canons , fur laquelle il partira
de Plimouth , dans le courant d'avril , pour
fe rendre à Halifax , Nouvelle Ecoffe.
Comme on ne connoît qu'imparfaite
ment la diftribution des troupes Britanniques
en temps de paix , nous donnerons
un relevé exact de la répartition actuelle
de cette armée.
En Angleterre.
18 Régimens de Cavalerie & de Dragons.
2 Bataillons d'Artillerie.
Bataillons des Gardes.
15 Régimens d' nfanterie , outre le dix-feptième
qui eft àJerſey & à Guernesey.
( 161 )
En Irlande.
12 Régimens de Cavalerie & de Dragons..
1 Régiment d'Artillerie.
A Gibraltar.
Bataillon d'Artillerie.
Bataillons d'Infanterie..
En Amérique.
1 Bataillon d'Artillerie.
Aux Ifles.
1r Bataillons d'Infanterie. ( Il y a auffi aux Iffes
quelques Compagnies d'Infanterie , d'Artillerie du
Bataillon ſtationné en Amérique , & les troifième &
quatrième bataillons du foixantième régiment nouvellement
levé , doivent s'y rendre de Chatham . )
Dans l'Inde.
Le 19. régiment de Dragons.
9
5 Régimens d'Infanterie , indépendamment des
quatre nouvellement levés , favoir, le foixante-quatorzième,
le foixante-quinzième , le foixante-feizième,
& le foixante- dix-feptième qui vont s'y rendre.
La onzième Séance du procès de M.
Haflings a immédiatement précédé
l'ajournement au 10 avril , ainfi que nous
le dîmes il y a huit jours , en promettant
quelque détail fur l'efpèce de preuves par
témoins , qui réfulta de l'enquête touchant
l'affaire de Benarès. Ce font les Accufateurs
qui produifirent ces témoins : M.
Stables, entendu le premier , dit qu'en 1763
& 1764 , étant Officier de l'armée qui
marcha dans la province de Benarès , il
avoit vu Bulwant Sing ; qu'il l'avoit regardé
comme une perfonne confidérable
་
( 162 )
dans le pays ; que les Habitans paroiffoient
lui être fort attachés , & que la
contrée étoit peuplée & bien cultivée . On
fent qu'un témoignage auffi vague , auffi
peu fatisfaifant pour la folution des queftions
en litige , ne prouve en faveur d'aucune
des Parties.
Le Major Calcraft , interrogé enfuite ,
dit qu'il étoit Aide - de - camp du Major
Popham dans le détachement qui fit le
fiége de Bidjegur ; que les tréfors trouvés
dans ce fort furent pillés par les Affiégeans
, & , à ce qu'il avoit cru , fur l'autorité
d'une lettre de M. Haftings au Major
Popham ; que le lendemain on s'étoit partagé
le butin, montant à 25 lacks de roupies
; qu'il fut envoyé , lui M. Calcraft
à M. Haftings qui fe trouvoit à Chunar ,
éloigné de 40 a 50 milles du lieu de la
fcène , pour lui en apprendre les circonf.
tances ; que M. Haftings témoigna le plus
vif mécontentement de ce pillage des Soldats
, à l'inftant où la Compagnie étoit
elle -même dénuée de reffources ; qu'il
objecta à M. Haftings fa lettre au Major
Popham, comme autorifant ce fac ; que
M. H. le nia formellement , & s'éleva de
nouveau contre un acte auffi précipité ,
commis fans lui en référer ; qu'il répondit
à cela , que dans la guerre des Rohillas les
troupes ayant été privées du butin , elles
( 163 )
avoient craint de manquer leur coup une
feconde fois. Il avoit apporté, ajoute- il , une
épée au Gouverneur- général & un fervice
de vaiffelle à Mde . Haftings, préfens des Officiers
; mais ces effets ayant été remis à un
tiers , il ne favoit point s'ils avoient été reçus
par les Donataires , & il n'en avoit plus
entendu parler. Le Dépofant , felon le
London Chronicle , s'égaya beaucoup fur
ce pillage , & fut un témoin fort plaifant.
Savoir jufqu'à quel point un des Co - partageans
du butin étoit croyable , en en
conftatant le plus ou moins de légitimité ,
c'eft une queftion que nous laiffons à
d'autres de décider.
M. Benn fut produit enfuite de la part
du Comité Accufateur , pour prouver que
pendant qu'il étoit Vice - Réfident à Benarès
, la province étoit tellement minée depuis
l'expulfion de Cheyt-Sing , la culture ,
la population tellement anéanties , que les
Miniftres du nouveau Rajah ne pouvoient
plus acquitter le tribut , & c . A la grande
furpriſe du Comité , M. Benn lui donna
un démenti formel fur tous ces points , &
prouva le contraire. Après la confrontation
, M. Anftruther , l'un des Commiffaires
de l'impeachment , fe crut en droit de
queftionner de nouveau ce témoin rebelle ,
& de lui demander fi devant le Comité
( 164 )
des Communes , il n'avoit pas dépofé différemment
fur quelques articles. A cette
queftion , M. Law , l'un des Confeils de
l'Accufé , fe leva ; il repréfenta qu'il étoit
contraire à la pratique de toutes les Cours
de Juftice de foumettre un témoin à une
enquête nouvelle , une fois la confrontation
finie , & que c'étoit la première fois
qu'on voyoit des Accufateurs chercher à
décrier les témoins de leur propre choix.
M. Fox cita le cas du Lord Lovat , & prétendit
que cet interrogatoire inufité avoit
pour but de rafraîchir la mémoire du Dépofant.
M. Adams foutint que c'étoit un
malheur pour le Comité d'être forcéde produire
des témoins qui avoient eu des relations
avec l'Accufe, & qu'il falloit fe fervir
de tous les moyens de leur arracher la
vérité. M. Law reprit la parole , & répéta
qu'il étoit inoui que des Accufateurs,après
avoit produit , examiné , confronté leurs
témoins , & ne trouvant pas leurs dépofitions
conformes à leurs vues , s'efforçaffent
de les infirmer , en jetant des doutes
fur la crédibilité des Dépofans , M. Plomer,
fecond Confeil , appuya cette thèſe de
nouveaux argumens , auxquels M. Fox répliqua
en diftinguant les formes des Cours
de Juftice ordinaires , d'avec les formes
du Tribunal actuel , &c. Après ce débat ,
les Pairs s'ajournèrent , & remirent , ainfi
( 165 )
que nous l'avons dit , la queftion à l'exa
men des Grands Juges.
L'Enquête inftituée contre le Chevalier
Elijah - Impey , & le violent démêlé du
Bureau de Contrôle avec les Directeurs
de la Compagnie des Indes , ont abforbé
l'attention de la Chambre des Communes,
la femaine paffée. Quant au premier objet,
autant les dénonciateurs de l'ancien Juge
de Calcutta ont mis d'empreffement
d'activité , même de fougue à l'accufer ;
autant ils font lents aujourd'hui dans l'examen
de l'accufation . Chaque femaine ils
demandent de nouveaux délais , & l'ordre
du jour est toujours renvoyé . Le 5 , le
Chevalier Gilbert Elliot , organe de la
dénonciation , propofa de remettre le Comité
d'Enquête au 16 Avril prochain.
M. Burke appuya cette motion fur le prétexte
du repos dont les accufateurs avoient
befoin ; mais le Chevalier Sutton & le
Major Scott rejettèrent la demande & le
motif. « Vous avez accufé , leur dit ce
dernier, le Chevalier Impey d'un afſaſſinag
prémédité & juridique. Le frère même
de l'honorable Baronet ( M. Gilbert Elliot
eft impliqué dans cette affaire ; vous avez
prétendu que vos preuves , vos témoins ,
tout étoit prêt , & vous venez nous demander
un délai de fept femaines ! Ce n'eft
plus le moment de perdre ainfi le temps .
( 166 )
ni de différer. Je m'oppofe à la motion . On
nous annonce que M. Francis doit être
entendu contre l'accufé ; je l'attends avec
impatience ; mes queftions le forceront
bien d'avouer la vérité , & je ferai connoître
alors à la Chambre la valeur du
long difcours qu'il a prononcé , en l'appellant
une défenfe contre les attaques du
Chevalier Impey. » M. Gilbert Elliot fut
obligé de retirer fa motion , & le Comité
ajourné au lendemain ; mais de nouveaux
arrangemens ont encore prolongé de huit
jours le retard de cet interrogatoire.
C'eft ici le lieu de donner ce fameux
Difcours , annoncé depuis 3 femaines , par
M. Francis.
« Il dit qu'il avoit toujours été déterminé
à ne prendre aucune part dans les pourfuites
contre Sir Elijah-Impey , & qu'après une pareille
déclaration , faite & obfervée religieufement depuis
deux ans , il devoit s'attendre à une neutralité
entière de la part de Sir Elijah contre
lequel il n'avoit jamais agi , jufqu'à cette heure
ni directement , ni indirectement. -Au lieu de refpecter
cette neutralité , Sir Elijah s'étoit permis
de l'attaquer dans fa défenfe. Il ne lui difputoit pas
le droit de la faire comme il l'entendroit ; mais
étoit-il prudent d'accufer les autres au lieu de fe
juftifierfoi-même? Au refte , Sir Elijah ayant adopté
cette méthode , que la Chambre avoit même ferblé
lui permettre , il fe croyoit également autorifé
à fe venger de la même manière ; & s'il lui
arrivoit de s'écarter de la fimple défenſe , ce ne
feroit qu'en fuivant les traces de Sir Elijah , &
·
avec l'approbation ( )
167
de la Chambre , du moins
ofoit-il s'en flatter , puifqu'elle avoit paru la donner
à la marche de fon Adverfaire. Il fe plaignit
du traitement qu'il avoit reçu dans cette Chambre
de quelques Membres qui s'étoient permis de l'attaquer
avec une arrogance fans exemple ; fa pofition
avoit été particulièrement défagréable dans
les derniers débats , s'étant toujours trouvé entre
l'enclume & le marteau. Après cette longue préface
que nous abrégeons , il paffa à fa propre défenfe
, & établit l'état de la queftion . On l'accufoit
, lui , le Général Clavering & le Colonel Monfon,
dans l'affaire de Nunducomar , de s'être réunis pour
propofer que le libelle par lequel ce Rajah attaquoit
fes Juges , fût brûlé , & les minutes rayées
en conféquence des regiftres du Confeil fecret . -
Le Comité étoit prié de bien pefer les moyens
par lefquels Sir Elijah-Impey avoit eu connoiffance
du libelle & des procédures auxquelles il
avoit donné lieu. »
« Le 16 août 1775 , le libelle contre les Juges
fut remis fur le Bureau du Confeil , & M. Haftings
propofa d'en envoyer copie à tous les Juges . Je
m'oppofai , dit M. Francis , à cette motion , &
je fus d'avis qu'on le brûlât. M. Haflings fit obferver
que cela feroit peu utile , tant qu'il en refteroit
des minutes ; fur quoi j'ajoutai , qu'il n'y
avoit qu'à biffer ces minutes, & détruire toutes les
traductions de cet écrit. On fe rangea unanimement
à mon avis ; & fi je n'avois entendu Sir
Elijah en parler à la Barre , je ferois demeuré per
fuadé qu'il n'en reftoit pas de trace. Mais il eft
évident que , quoique M. Haftings ait donné fon
confentement à la deftruction de la pièce originale
& des traductions , il en a néanmoins confervé
une , fur laquelle il a fait des changemens de
fa propre main , & qu'il a remis à Sir Elijah . Dé(
168 )
1
couvrir ainfi & révéler les opérations du Confeil
fecret , c'eft non-feulement enfreindre les loix de
l'honneur , mais même celles du ferment ; & M.
Haftings , en donnant connoiffance à Sir Elijah
Impey de ces tranfactions , fournit une preuve
démonftrative de fa collufion avec Sir Elijah ,
qui , malgré fon défaveu , étoit inftruit des accufations
contre M. Haftings , contenues dans le libelle
de Nunducomar. La défenfe du Général
Clavering, relativement à fes procédés particuliers
, doit différer néceſſairement beaucoup de la
défenſe de fa conduite commune avec le Colonel
Monfon& avec moi , fi l'on nous confidère comme
agillant de concert. Je commencerai néanmoins
par juftifier ce dernier point, me réfervant de dé
fendre enfuite féparément le Général Clavering,
Le 14 août 1775 , après l'exécution de Nunducomar,
le Général Clavering produifit à la Cour
les charges de ce Rajah , que je ne regardai que
comme des articles généraux & vagues. A la prochaine
affemblée du Confeil , on en apporta une
traduction correcte. Je propofai de rejeter ces
charges , & de les traiter commeun libelle. Je me
crus bien fondé à agir ainfi , & ce que je dis au
Confeil dans cette occafion , je fuis prêt à le redire
devant le Comité. Mes motifs pour regarder la
requête de Nunducomar comme un libelle , étoient
que ce papier venoit d'un homme alluellementmort,
qu'ilsn'offroientaucunepreuve.de ce qu'ilcontenoit,
& rien fur quoi on pútfaire fond. J'ai toujours regardé
, & regarderai toujours comme un libelle
qui ne mérite ni attention , ni confiance , toute
accufation auffi peu appuyée ; je trouvois d'ailleurs
d'autres raifons de le condamner comme tel :
Nunducomar attaquoit en général la Cour de Jufsice
; il cenfuroit la conduite de tous les Juges
qui y fiégeoient. Le foupçon de procédures
tortionnaires
( 169 )
-
tortionnaires & abufives ne portoit que fur Elijah-
Impey, quoiqu'on accufât auffi le Juge , Le Maître ,
d'avoir agi avec une violence extrêmement criminelle
; on ne regardoit pas Le Maître comme
l'inftrument de M. Haflings , mais plutôt comme
celui de Sir Elijah. Suivant la requête , le Juge
Hyde étoit parfaitement neutre dans l'affaire , &
Sir R. Chambers un très- honnête homme. En
outre , ce qui nous détermina à ne point foutenir
cette requête , ce fut le danger qu'il y auroit cu
à le faire , danger qui auroit compromis notre fureté
perfonnelle. Quand le Général Clavering nous
l'apporta , le Colonel Monfon me tira à part dans
une autre pièce , & me témoigna qu'il foupçonnoit
une collufion entre M. Haftings & Sir Elijah-
Impey, & qu'il craignoit que le Général ne
fût expofé aux plus grands dangers , fi on ne
trouvoit moyen de faire rejeter la requête à quelque
prix que ce fût. Le Colonel Monfon ajouta , que le
Général avoit fait une choſe bien indifcrette en
s'expofant ainfi lui-même ; que les Juges poufferoient
l'affaire jufqu'où elle pourroit aller ; qu'ils
avoient déja trempé leurs mains dans le fang
pour fauver M. Haftings , & que fi on leur renvoyoit
la requête , il en résulteroit probablement
les conféquences les plus fatales pour le Général
Clavering, & des dangers perfonnels pour euxmêmes
( 1 ) . "
(1) Quoi ! ces trois Membres formant la majorité
du Conseil , convaincus de cet infâme attentat des
Juges , faisoient brûler par la main du bourreau une
plainte de la victime de cet attentat ! Ils flétrissoient la
mémoire du Martyr, parce qu'il étoit more ! Ils savoient
que son supplice étoit un a sassinat concerté entre M.
Hastings et le Chevalier Impey , et ils dévouoient aux
flammes un écrit qui constatoit la certitude de ce for
fait , comme n'étant qu'une accusation vague !
No. 12. 22 Mars 1788 .
h
( 170 )
« Telles furent les raifons générales fur lesquelles
M. Francis entreprit de juftifier la conduite du
Général Clavering , du Colonel Monſon & là fienne
propre , en fe décidant à brûler cette requête
comme un libelle , & à en biffer les minutes.
Après cela , il entra dans la défenſe de la conduite
particulière du Général , qui, dit-il, étoit un homme
de l'honneur le plus délicat & de la juftice la plus
intègre. Quant à l'objection que le Général avoit
femblé acquiefcer à la fentence de Nunducomar
puifqu'ayant reçu fa requête quelques jours avant
fon fupplice , il l'avoit gardée fur fon bureau.
M. Francis nial'acquiefcement du Général , &
établit fes raiſons pour n'avoir pas préſenté la
requête de Nunducomar , en faveur de qui il en
avoit déja paru plufieurs , auxquelles on n'avoit
fait aucune attention . Il ajouta que les Juges
avoit écrit au Confeil , que les requêtes ou lettres
adreffées aux Cours de Juftice étoient contraires à
la Conftitution Angloife , & que l'offenſe étoit
d'autant plus grande que ces lettres venoient de
perfonnes d'un rang plus élevé. En conféquence ,
le Général Clavering s'étoit abftenu de préfenter
cette requête , de crainte de nuire à l'infortuné
Nunducomar , & peut- être d'avancer fon fupplice.
M. Francis effaya enfuite de difculper les filles
du Général , qui étoient allées rendre vifite à Nunducomar
dans fa priſon ; accufation que l'on n'a
mife en avant , dit - il , que pour fortifier ce qu'on
avoit déja infinué , qu'il exiftoit un projet tour.
formé de fouftraire de vive force Nunducomar à
fon châtiment. La conduite de ces dames fut exemp'aire
, & mérita les louanges de tous les coeurs
fenfibles . Les duretés qu'avoit éprouvées un
vieillard de 70 ans , forcé , d'après les principes de
fa religion , de s'abftenir abfolument de toute
nourriture pendant 60 heures , faute d'eau pour
-
( 171 )
faire les ablutions préliminaires , avoient éveillé
l'indignation & la pitié de tous les Habitans de '
Calcutta. C'eft par un principe de vertu & d'hu- >
manité que ces Dames rendirent viſite au malheu
reux Rajah . Je fuis allé le voir moi- même comme
les perfonnes les plus diftinguées de Calcutta ;
comme elles , je fuis allé m'informer de fa fanté.
Je ne vois pas en quoi ces vifites font blâmables ,
peut- être même les devoit-on à la qualité de Nunducomar
, qui avoit été autrefois premier Miniftre
dans fon pays , & d'une des Caftes les plus diftinguées
de fa religion. J'espère que les circonftances
que je viens d'établir détruiront entièrement
aux yeux du Comité , les accufations portées
contre moi par Sir Elijah , & je déclare que mon
récit eft auffi vrai que fi je le faifois devant une
Cour de Juſtice , fous la foi du ferment. Qu'on
me permette de faire obferver encore que M.
-Haftings & Sir Elijah-Impey ont toujours eu pour
méthode conftante , en ſe défendant à la Barre de
cette Chambre , de m'attaquer , de me défigner
comme leur ennemi perfonnel. Au refte , c'est
une inimitié dont je fuis fier ; je me trouve honoré
d'avoir de pareils Accufateurs , & j'espère être
éternellement ennemi , non de leur perfonne ,
mais de leurs actions , de leur caractère & de leur
coeur. »
Les queftions qu'entraîne la difpute
aduelle au fujet de l'envoi de quatre nouveaux
régimens dans l'inde , font de la
plus haute importance . Cet incident touche
aux bafes de la Conftitution nationale
. On repoufla en 1784 , le Bill de
M. Fox , comme attentoire aux Chartres
de la Compagnie , comme déléguant des
hij
( 172 )
pouvoirs immenfes aux Commiffaires
chargés de la Surintendance des affaires
de l'Inde , comme tendant à mettre entre
les mains d'une faction ou d'un miniítère
, l'influence , les richeffes , le patronage,
la régie des intérêts civils , militai
res & commerciaux de cette contrée.
Plus modéré en apparence , le Bill de M.
Pittparut conferveràla Compagnie l'exercice
de fes droits effentiels , en le foumettant
au contrôle fuprême d'un Bureau
nommé par le Roi ou par fes Miniftres.
Il étoit aifé de preffentir un choc
prochain entre deux autorités dont les
limites reftoient auffi indéterminées . Dans
le cas actuel , tous les argumens paffés
contre le Bill de M. Fox, pouvoient être
rétorqués contre la mefure a&uelle du
Gouvernement
. Quel patronage à exercer,
que de places à diftribuer, que de créa
tures à acquérir, s'il reftoit à ladifcrétion du
Bureau de Contrôle , de créer des emplois ,
d'envoyer des régimens , de difpofer des
revenus de la Compagnie , & de refter
maître en quelque forte de l'Adminiftration
entière de fes domaines , en la privant
de tout droit de négative ! Plufieurs
confidérations fecondaires , telles que le
paffe - droit fait aux Officiers furnuméraires
actuellement dans l'Inde , &c. venoient
à l'appui de ces grands principes ;
( 173 )
--
mais la Cour des Dire&eurs en fe divifant
( 13 contre 10) les Actionnaires euxmêmes
partagés en nombre égal fur la
queftion , enfin une majorité de 70 voix
contre la motion faite devant ces A&tionnaires
de nommer un Comité chargé d'examiner
la conduite du Bureau de Contrôle ,
ont donné de grands avantages au Miniftre.
Le 5 , l'ordre du jour portant que l'Orateur
quittât la chaire , & que le Bill fût
inis en Comité, la queftion principale fut
débattue avec tant d'acharnement , qu'à
fept heures du matin les Communes fiégeoient
encore . Plufieurs membres refpectables
& indépendans , du nombre de
ceux qui obéiffent à leur conſcience ſeule ,
& non aux fophismes d'un parti , combattirent
le Miniftre , en faveur de
qui il ne fe trouva qu'une majorité de
57 voix ( 182 contre 125) . L'efpace nous
manque pour rendre le débat en entier ;
ainfi , plutôt que d'offrir des lambeaux
fecs & découfus de plufieurs difcours,
nous rapporterons dans leur plénitude
quelques- uns des plus remarquables . Voici,
entr'autres , de quelle manière s'expliqua
le Colonel Barré , véteran refpe &table
par fes lumières & fa conduite politique ,
& que fes indifpofitions avoient éloigné de
la Chambre depuis quelque temps .
« Un honorable & favant Orateur , qui s'eſt
expliqué un des premiers dans le débat actuel ,
hiij
( 174 )
a affuré que ce n'étoit point ici une queftion de
- politique , mais feulement de loi . Quant à moi , je
déclare queje ne fuis pas Jurifconfulte ; j'ai jufqu'à
préfent rempli mon iôle , au moyen de ma dofe
fuffifante de fens commun , & je ne vois rien dans
l'affaire prefente où le bon fens ordinaire ne puiffe
- atteindre Les deux favans Membres auxquels j'ai
fait allufion , & les Confeils de la Compagnie ont
beaucoup parlé d'un Bill de l'Inde admis dans cette
Chambre , mais rejeté dans celle des Lords , airfi
que d'un autre Bill de l'Inde , revêtu de la farction
légiflative & devenu loi ( 1 ) . Je n'ai affifté à la
difcuffion ni du premier ni du fecond ; j'étois malade
à Bath : en conféquence , je ne fuis pas au
fait des idées qu'ils ont fait naître à la Chambre.
Cependant j'ai entendu dire que le premier avcit
excité de violentes réclamations , & qu'on s'en
étoit plaint généralement , comme d'une attaque
violente , portée fans néceffité aux droits de la
-Compagnie des Indes , affurés par une Chartre ,
& comme d'une innovation dangereufe dans la
conſtitution . J'ai lu le fecond Bill , après qu'il a
été revêtu du fceau d'un acte du Parlement ; &
je dirai franchement que je n'ai pu m'empêcher
d'y voir des procédés trop durs contre les Directeurs
de la Compagnie des Indes . J'en parlai même
à quelques-uns de ces Directeurs , & leur demandai
comment ils avoient laiffé paffer un pareil
Bill fans réfiftance & avec la fanction de leur
acquiefcement. Ils me répondirent que le fecond
Bill donnoit tacitement & d'une manière obfcure,
au Bureau de Contrôle , des pouvoirs dangereux
pour la Cour des Directeurs , & qu'ils étoient
(1 ) Les deux Bills , l'un de M. Fox , proposé en
1783 , et qui culbuta son Auteur , ainsi que ses Associes
; l'autre de M. Pitt , en 1784.
( 175 )
auffi maltraités par ce Bill que par le premier ;
mais qu'ils fe confioient à l'Adminiſtration qui
l'avoit introduit , qu'ils ne doutoient point qu'elle
n'exerçât ces pouvoirs avec la modération convenable.
Le Bill interprétatif eft - il une preuve
de cette modération ? »
« L'Honorable & Savant Membre qui a parlé
un des premiers dans ce débat , en traitant les
différens effets des deux Bills de l'Inde , a dit que le
premier auroit tué la Cour des Directeurs & celle
des Propriétaires , tandis que l'autre ſe contentoit
de foumettre le patient à un régime benin. Le
Bill interprétatif fait- il partie de ce régime benin ?
Je ne rendrois pas juftice aux moeurs , à la conduite
& au caractère du T. H. Membre qui
préfide au Bureau de Contrôle , fi je le regardois
comme une perfonne faite pour adminiftrer un
régime benin. Ce n'a jamais été fa coutume de donner
de pareils récipés : fes habitudes ont toujours été bien
différentes. La Chambre fe fouvient encore du traitement
benin qu'il vouloit adminiftrer aux infurgens
d'Amérique ; c'eft en les affamant qu'il pretendoit
les guérir. ( 1 ) »
« Le Colonel Barré condamna enfuite les mefures
embraffées comme peu fages , & fur-tout comme
totalement contraires à l'économie. »
« De deux partis , continua -t - il , on n'a pas
mánqué de choifir le pire. Souffrir que la Com
pagnie des Indes levât quatre régimens , ou envoyât
2826 hommes de recrues , fans les faire comman ~
der par des Officiers du Roi , auroit été un parti
(1 ) Le Colonel Barré a ici en yue M. Dundas
Trésorier de la Marine , et Dictateur du Bureau de
Contrôle , lequel , après avoir voulu réduire les Américains
par famine , est depuis quelque temps l'un des
plus zèlés défenseurs des Indiens.
h iv
( 176 )
fage & économique ; les envoyer comme de nou
veaux régimens , étoit directement le contraire.
Quatre régimens Royaux coûtoient annuellement
50,000 liv . fterl . en temps de paix , & près de
80,000 en temps de guerre. Affurément on auroit
pu entretenir les troupes de la Compagnie à infiniment
moins de frais. "
K
Après s'être étendu fur cet article , le Colonel
Barré prit folemnellement le ciel à témoin ,
qu'une caufe beaucoup plus férieufe , plus impor
tante qu'aucun des objets qu'il venoit d'établir
l'amenoit devant la Chambre . »
cc . Je vois ici , dit-il , un fyftême de patronage ;
je perce dans le fond de l'affaire , & j'y difcerne
un plan formé & mûrement conçu. J'ai vu , encore
un coup , Meffieurs , ce qu'a indiqué le T. H.
Membre affis au- deffous de moi , ce que m'a confirmé
l'idée de n'employer que des troupes royales
dans l'Inde , le deffein formel de s'emparer de la
nomination à toutes les places de la Compagnie
des Indes , & de la dépouiller entièrement de fon
droit de Patronage . Je ne faurois me le diffimuler ,
c'eft un plan régulier & progreffif , & le Bill
interprétatif actuellement fous nos yeux , n'eft qu'un
pas de plus pour arriver au but qu'on s'eft propofé.
Je conjure les Membres de la Chambre de
fe mettre à temps fur leurs gardes , d'examiner
foigneufement ce qui fe paffe autour d'eux , & fur
toutes chofes de ne point faire de démarche ifolée,
mais de bien confidérer cet objet dans fon enſemble.
Je me permettrai même une queftion . Le Bureau
de Contrôle actuel n'a-t- il pas déja traverſé le
droit de Patronage de la Compagnie ? S'eſt-il borné
même à le faire quant au militaire & au civil ,
& n'a-t-il pas été jufqu'à empiéter fur fon Pa
tronage de Commerce ? Dans la dernière contef
tation , la Cour des Directeurs de la Compagnie
177 )
a jugé à propos d'imprimer fon journal ; pièce
qui a prouvé évidemment que ces Directeurs font
meilleurs juges de la quantité de forces militaires
qu'il faut à leurs poffeffions dans l'Inde , que le
Bureau de Contrôle. »
"
Qui concevroit l'obftination de ce Bureau à
ordonner l'envoi de 4 régimens Royaux , après
avoir prétendu que le pied militaire , en temps
de paix , étoit trop confidérable , & avoir exigé
une réduction ? Plufieurs des Directeurs de la Compagnie
étoient des gens de poids , de mérite &
d'honneur. C'étoit l'intérêt de la patrie de compter
des hommes de ce caractère à la tête de la direction
; mais fi elle fe voyoit continuellement harraffée
de conteftations avec le Bureau de Contrôle ,
& forcée de renoncer à fon difcernement comme
à fes droits , les Directeurs feroient dans la fuite ,
non ,des hommes refpectables , fenfibles , propres
à remplir leurs places , mais des individus infignifians
, fans caractère , fans crédit , que l'on tireroit
peut-être de la plus baffe claffe des Marchands.
Dans le fait , ils ne formeroient guère
qu'un tribunal femblable à celui des Gentoux , &
auquel on pourroit envoyer le T. H. Membre
( M. Dundas ) dans un palanquin , avec des efclaves
à fes côtés , pour l'éventer lorfqu'il pafferoit. L'ex--
périence avoit dû apprendre avec quelle rapidité
la force militaire s'accroiffoit chez tous les peuples ,
même chez ceux dont la conſtitution étoit la plus
libre , & qui voyoient avec le plus de peine une
armée permanente. »
« Je fuis entré au Parlement pour la première
fois en 1763 , & à cette époque , l'infanterie ( c'eſt
fur-tout à l'infanterie que je m'attache , parce que
je la regarde comme l'effence d'une armée ) , étoit
d'environ 83 bataillons ; tandis que la lifte mil→
taire en temps de paix , à la fin de la guerre de
h v
( 178 )
t
1741 , n'excéda pas 45 bataillons ; de forte que leur
nombre avoit prefque doublé dans le cours de
quelques années , & que les dépenfes avoient auffi
doublé à la charge de la Nation. »
Vous voyez , Meffieurs , pourfuivit l'Orateur ,
que l'immenfe Patronage de l'Inde , la nomination
à tous les emplois , va tomber néceffairement entre
les mains de la Couronne. Et croyez- vous qu'on
puiffe y laiffer ce dépôt fans danger ? Pour moi ,
je voudrois qu'il reftât où il peut refer plus fùrement
, favoir , dans Leaden- hall-fireet , avec la
Cour des Directeurs . Une telle étendue de Patro
nage , dans les mains de quelque Miniſtre que ce
foit , offre une tentation trop grande pour n'être
pas dangereufe. J'avouerai que le Ministre actuel
a donné, dans un grand nombre d'occafions , de fortes
preuves de fon intégrité ; mais qui répondroit de
Îui en l'expofantàune pareille convoitife ?L'homme
le plus honnête n'y rélifteroit peut-être pas . D'ailleurs
, ne devons- nous porter nos regards que fur
le préfent ? Je crois en ma confcience la Chambre
aquelle des Communes auffi vertueufe qu'aucune
qui ait jamais exifté ; mais ne peut- il pas venir
un Miniftre corrompu , une Chambre des Communes
corrompue ? Songez alors quelle affreufe
conféquence il en résulteroit ? On eft effrayé feulement
en y penfant. Le chemin à la fortune dans
l'armée, eft naturellement progreffif & lent. Il
pourra furvenir un moment fatal , où l'on regarde a
un brevet miniftériel comme un bon pour l'opulence.
Au lieu de l'attendre de la fubordination & de
l'exercice de devoirs pénibles , on auroit recours
à ces moyens fubits de l'acquérir. La rapine &
le pillage feroient oublier la gloire & les conquêtes.
On peut même être fûr que ceux qui
auront amaflé une fortune par des moyens fi bas ,
fi dégradans pour l'humanité , fi injurieux pour
179 )
le nom de la Grande- Bretagne , fentant l'indifpenfable
befoin de la fûreté & de la protection ,
feront prêts à l'acheter à tout prix . Ils trouveront
des moyens de s'introduire dans cette Chambre ,
& dans leur reconnoiffance ils appuyeront de toutes
leurs forces les mesures du Miniftre dont ils feront
les créatures. L'exemple gagnera ; on trouvera doux
& commode d'arriver fi rapidement à la fortune ,
& bientôt le ministère aura toute la Chambre à
fes ordres. »
сс Suppofons , au contraire , que la nomination
aux emplois militaires & civils refte entre les
mains de la Cour des Directeurs ; le pis qui puiffe
arriver , fera que ces Directeurs difpofent des places
en faveur de leurs parens & de leurs amis . Le
torrent qui dans le premier cas auroit enveloppé
la conftitution , fe partagera fans danger en une
foule de ruiffeaux , & fes branches feront fi nombreufes
qu'aucune ne pourra prendre affez de confiftance
pour entraîner l'Etat par fa force . Des hommes
honnêtes acquerront par des moyens également honnêtes
& dans un temps raifonnable, une fortune médiocre;
fi leurambition leur fait defirer d'occuper une
place dans cette Chambre , ils fe fentiront indépendans
, & n'auront point à ramper devant un Miniftre
fuperbe , qui leur feroit payer cher fes fourires
; ils n'auront point de detttes de reconnoiffance
à acquitter ; mais ils agiront d'après leur confcience
, & feront le bien pour eux- mêmes & pour
leur patrie . Un petit nombre de ceux qui m'écou
tent peuvent fe rappeler combien nous avons lutté ,
il y a quelques années , contre l'influence de la
Cour dans cette Chambre , & quelle peine nous
avons eu à en arrêter les progrès . Nous décidâmes
que l'influence de la Couronne s'étoit accrue
, s'accroiffoit , & devoit être diminuée . Je
pris un rôle actif dans ces débats , & j'eus le
hvj
( 180 )
bonheur de réuffir , ainfi que ceux qui me firent
l'honneur de me feconder ; mais nous n'agîmes point
en deffous;notre conduitefranche & ouverte put être
infpectée par tous les Habitans de cette Capitale.
Pour vous , Meffieurs , je vous le déclare
vous ne fauriez trop vous mettre fur vos gardes ;
je vous conjure donc , au nom du bien public
de confidérer le premier pas que vous allez faire :
il peut vous conduire au danger ; & je protefte folemnellement
que fi le Bill préfent eft accepté
je le regarde comme un coup de poignard porté
à la conftitution.
Le Colonel Fullarton cenfura fous un
autre point de vue le Bill explicatif demandé
par le Miniftre ; mais nous fommes
forcés de remettre fa discuffion à d'autres
temps. Le rapport du Bill étant fixé
au 7 , ce jour là M. Pitt expofa fort au
long les limites & les reftrictions qu'il
avoit deffein d'ajouter à l'acte , afin de
lever les principaux inconvéniens qui
avoient paru en réfulter . Ces modifications
n'en furent pas moins combattues ,
mais inutilement ; 182 voix ayant voté
contre 112 pour la motion du Miniftre ,
que le Bill fut de nouveau renvoyé en
Comité , avec fes claufes reftri&tives.
Hier , M. Fitt fit paffer la première &
la feconde lectures de ces claufes au nombre
de quatre , & le rapport en eft fixé à
demain. Nous reviendrons fur les attaques
& les défenfes refpectives de ces diverfes
féances le pas rétrograde auquel
?
1
( 181 )
le Miniftre s'eft déterminé , a raffermi fa
marche , & paroît avoir fait tomber au
moins une partie des oppofitions menaçantes
& prefque générales qu'avoit fait
naître la première teneur du Bill.
Le 7 , également , le Secrétaire de la
Guerre a préfenté l'état de réduction arrêté
dans les troupes de la Maifon du Roi ,
c'est - à-dire , dans les Gardes- du - Corps &
les Grenadiers à Cheval. Ce nouveau
plan forme une économie de 24000 l . fterl .
On avoit alloué une penfion de 1200 1.
fterl. par forme d'indemnité au Duc de
Northumberland , qui l'a noblement refu .
fée , & au Lord Howard , tous deux Colonels
des Grenadiers à Cheval. Lord Howard
aura le 4 Régiment de Dragons ,
que fait vaquer dans l'inftant la mort tragique
du Général Carpenter , Ecuyer de
S. M. Attaqué de mélancolie , il fortit à
cheval famedi dernier , à 5 heures du matin
, & on ne le revit plus . Ses domestiques
almés ayant fait des recherches ,
trouva fon chapeau , quelques heures
après fon cadavre, fur la pièce d'eau d'Hydepark
, qu'on nomme Serpentine River.
Le Roi & le Public ont vivement regretté
ce militaire , particulièrement eftimé de
Sa Majesté .
on
( 182 )
FRANCE.
De Verfailles , le 12 Mars.
Le 2 , M. Gautier , premier Préfident
du Confeil Souverain de Corſe , arrivé ici
par congé , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi par le Garde- des - Sceaux .
Le Vicomte de la Rivière - Prédange ,
qui avoit eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu , le 8 , celui de monter dans
les voitures de Sa Majefté & de la fuivre
à la chaffe .
Le inême jour , le Marquis du Chilleau ,
Commandeur de l'Ordre royal & Militaire
de S. Louis , que le Roi a nommé Gouverneur
général de Saint Domingue & des
autres Ifles françoifes de l'Amérique fousle-
vent , a eu l'honneur de faire fes remerciemens
à Sa Majefté , lui étant préſenté
par le Comte de la Luzerne , Secrétaire
d'Etat au Département de la Marine.
De Paris , le 19 Mars.
Nous avons parlé , le mois dernier , des
nouvelles qu'on avoit reçues du Baron de
Beauvois , Correfpondant de l'Académie ,
& qu'on difoit prêt à paffer en Amérique.
Une lettre de ce Naturalifte , en date du
4 Juillet 1787 , a diffipé les craintes fur fa
fanté. Il comptoit alors fe rendre au Benin ,
( 183 )
}
dont le Roi lui promettoit toutes les facilités
néceffaires à fes recherches . Du
Benin , il continuera fes obfervations à
Owere , & il fe propofe de remonter la
rivière Formofe , meine jufqu'aux montagnes
, s'il le peut. Les travaux de M. de
Beauvois font d'autant plus intéreffans ,
qu'ils ont pour objet un pays jufqu'ici
prefque inconnu aux Naturaliftes.
Le tableau de la population de la ville
& faubourgs de Ronen pendant l'année
1787, offre , fuivant le Journal de Normandie
:
3056 naiffances , 842 mariages , 2507
morts , 19 profeffions religieufes , dont 3
d'hommes & 16 de femmes.
Il en résulte qu'il y a eu cette année 7
naiffances 66 mariages de plus qu'en
1786 , & 181 morts de moins.
Le calcul des trois dernières années
éunies, donne , pour chaque année , 3094
naiffances , 787 mariages & 2676 morts .
On lit dans le Courier Maritime le rapport
fuivant , fait à l'Amirauté par le fieur
Herblin , Armateur arrivé de Guinée &
d'Amérique à Honfleur , le 24 février
dernier.
Sorti de ce port le 9 feptembre 1787 , pour
la traite des Noirs en Afrique , ce Capitaine eft
arrivé à Gorée le 28 décembre fuivant ; il en a
appareillé le 2 février 1787 , pour ſe rendre au
Gabon , où ayant abordé le 22 du même mois ,
( 184 )
il a traité 229 captifs de tout âge & de différent
fexe , & racheté par humanité fix hommes blancs ,
qui étoient efclaves du Roi Batavia. Il en a ramené
trois fur fon bord : les trois autres ont été
dépofés fur le navire de M. de Villeneuve , au
Cap. »
« Le fieur Herblin étant au Gabon , à environ
une lieue de terre , a eu connoiſſance d'un navire
naufragé , dont il a fauvé 4 canons de fer , de
livres de balle , 30 braffes de cable , 17 poulies
& un haut de tuyau en fonte d'environ 50 livres
de poids. »
« Il eft parti de la côte d'Afrique le 30 juillet
1787 , & eft arrivé au Cap le 1. octobre , avec
94 Nègres feulement , les autres étant morts par
révolte ou de maladie. »
« Le Prince Noir de l'ifle des Perroquets a donné
au fieur Herblin une ma que d'eftime , qui fait
autant d'honneur au Prince qu'au Capitaine , en
lui confiant la Princeffe Quircana , fa fille , âgée
de 14 ans , pour lui faire voir la France , &
l'y faire inftruire . »
« Cette jeune Princeffe , actuellement à Honfleur
, & que fon tuteur doit bientôt conduire à
Paris , offre un de ces phénomènes qu'on a beaucoup
étudiés , & fur lefquels on a toujours raifonné
fans être encore parvenu à en deviner la
caufe. Née d'un père & d'une mère extrêmement
noirs , toute fa peau eft blanche , mais d'un blanc
fale & livide ; cependant lorfqu'ellé reçoit quelqu'impreffion
vive , ou qu'elle a fort chaud , fon
teint s'anime & fe colore d'un rouge plus foncé
que celui des Européennes. L'iris de fes yeux ,
affez bien fendus., eft rouffe , & la prunelle noire.
Son regard involontairement mobile ne fixe jamais.
Son nez un peu camu eft beaucoup moins
écrafé que celui des Négreffes ordinaires. Elle a
( 185 )
leur démarche & leur maintien , les pieds plats
& affez grands , les doigts de la main fort longs ,
la tête couverte d'une laine blanche , tirant fur
le blond-roux Un feul de fes frères lui reffemble ,
les autres & toutes fes foeurs font du plus beau
noir. »
La Princeffe Quircana , au rapport du Capitaine
qui entend fon idiôme , a de l'efprit &
la conception vive & facile. Elle n'articule encore
que quelques mots de François. »
On doit accélérer cette année les travaux
de Cherbourg. Avant le mois de
juin on fera en état de couler quatre caiffes
coniques : celles qui ont fouffert feront
réparées avant ce temps-là. Les digues
ou jetées ne font affaiffées que de neuf
pieds , au lieu de quinze ou vingt fur lefquels
on pouvoit compter.
Des travaux non moins importans font
ordonnés pour Breft. On va exécuter le
projet de fortifications qui lui manquent
du côté de terre ; car c'eft par- là feulement
que Breft pouvoit être attaqué. On
enfermera dans ces fortifications une éminence
qui domine la ville ; & l'ancienne
citadelle pourra fervir alors de magaſin au
port à qui elle eft très néceffaire pour cet
objet. Ces travaux pourront fufpendre les
conftruations ; mais on ne s'occupe pas
moins à amaffer des matériaux ; & de
nouvelles gabarres vont partir pour le
nord, où elles vont chercher ce qu'on y
a acheté cette année pour le compte du
Roi. (J. G. de France. )
( 186 )
.
La Société Royale de Médecine a tenu
le 12 février dernier , une Séance publique
, dans laquelle elle a diſtribué &
proposé les prix fuivans.
Prix diftribué.
La Société Royale de Médecine avoit pronofé
dans fa Séance du 7 mars 1786 , pour fujet d'un
prix de la valeur de 600 liv. , fondé par le Roi ,
la queftion fuivante :
Déterminer quelles font les circonftances les plus
favorables au développement du vice ferophulux ,
& rechercher quels font les moyens , foit diététiques ,
foit médicinaux , d'en retarder les progrès , d'en diminuer
l'intensité , & de prévenir les maladies fecondaires
dont ce vice peut être la cauſe.
L'acceffit a été adjugé à M. Pujol , Médecin des
Hôpitaux , & Affocié Reg icole de la Société
Royale de Médecine à Caitres .
Prix remis.
La Société avoit propofé dans fa Séance publique
du 15 février 1795 , un prix fondé par
le Roi , & dont la diftribution a été différée dans
celle du 29 août 1786. Le fujet de ce prix , de
la valeur de 1200 livres, étoit la queftion fuivante :
Déterminer par l'examen comparé des pro riétés
phyfiques & chimiques , la nature des Laits defemme ,
de vache , de chèvre , ineffe , de brebis & dejument.
La Sociétépropofe de nouveau la même queftion
pour fujet d'un prix de la valeur de 1200 livres
qui fera diftribué dans la Séance publique du carême
en 1790.
Les Mémoires feront remis avant le premier
décembre 1789 ce terme eft de rigueur.
Prix propofe.
La Société propofe pour fujet d'un prix de la
valeur de 600 livres fondé par le Roi , la queſtion
fuivante :
( 187 )
Déterminer dans le traitement des maladies pour
lefquelles les différens exutoires font indiqués , 1 °.
quels font les cas où l'on doit donner la préférence
à l'un d'eux fur les autres ; 2. dans quels cas on
doit les appliquer foit à la plus grande diftance du
fiége de la maladie , foit fur les parties les plus voi
fines , foit fur le lieu même de la douleur.
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
du carême de 1790 , & les Memoires feront remis
avant le premier décembre 1789 : ce terme eft
de rigueur.
Les Mémoires qui concourront à ces Prix , feront
adreffés francs de port à M. VICQ D'AZYR , Secrétaire
perpétuel de la Société Royale de Médecine
,, rue des Petits - Auguſtins , nº. 2 , avec des
billets cachetés , contenant le nom de l'Auteur ,
la même épigraphe que le Mémoire.
&
La Société Royale croit qu'il eft intéreffant de
fixer l'attention des Médecins fur la maladie qu'on
pourroit appeler endurciffement du tiffu cellulaire.
En conféquence elle pro ofe pour premier Programme
de ce nouvaau Prix qu'elle a porté pour
cette fois à 600 livres , la queftion fuivante:
Rechercherquelles font les caufes de l'endurciffement
du tiffu cellulaire auquel plufi urs enfans nouveauxnés
font fujets , & quel doit en être le traitement ,
foit préfervatif, foit curatif?
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
du carême 1789. Les Mémoires doivent être envoyés
avant le premier janvier de la même année .
Ce terme eft de rigueur.
Après l'annonce & la diftribution des Prix
on a lu un mémoire de MM . Delafſone père &
Cornette , fur les altérations que l'air éprouve par
les différentes fubftances que l'on emploie en
fumigations dans les hôpitaux & dans les chambres
des malades .
*
( 188 )
M. Vicq d'Azyr, Secrétaire perpétuel,a lu l'éloge
de MM. Lefevre des Hayes , Courdois de la
Mothe & Thion de la Chaume , affociés & correfpondans
de la Société.
M. Caille a lu un mémoire fur les inflammations
lentes ou chroniques .
M. de Fourcroy en a lu un fur le gaz azotique
confidéré relativement à la reſpiration .
La Séance a été terminée par la lecture que M.
Vicq d'Azyr a faite de l'éloge de M. le Comte de
Vergennes.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 49 , 16 , 75 , 46 & 26.
Payeurs de rente , fix derniers mois de
1787 , font toujours à la lettre C.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 15 Mars 1788.
C'eft l'Univerfité de Louvain , & toujours
l'Univerfité de Louvain qui occupe
le Gouvernement & le Public de nos Provinces.
14 Membres de ce Corps avoient
différé, de tout temps , de la pluralité , &
s'étoient , par conféquent . foumis aux
ordres de l'Empereur. Les 25 oppofans ,
au contraire , ayant perfifté dans leur réfiftance
, le Recteur , qui fe trouvoit de
leur parti , a été démis & remplacé par un
Profeffeur du nombre des 14 obéiffans.
Le nouveau Chef convoqua l'Univerfité
le 21 , le 22 , le 27 , le 28 février , aucun
des réfractaires ne parut . Nonobftant leur
( 189 )
abfence , on lut dans l'affemblée du 27
les cinq décrets du Gouvernement ; mais
quoique le dernier de ces décrets porte
caffation de tout emploi Académique cor.-
tre ceux qui s'abfenteroient de nouveau ,
nul des vingt - cinq ne fe préfenta . L'ufige
fixe au dernier de février le changement
de Recteur. L'oppofition s'eft donc
affemblée ce jour - là dans un Collége
particulier, & a réélu ce même Recteur
caffé par le Gouvernement. On a également
choifi des Doyens des Facultés ; ainfi
Voilà un fchifme parfait. En attendant
qu'on rétabliffe l'unité , le Recteur légitime,
en conféquence de fes pouvoirs , a
caffé tous les Employés de l'Univerfité ,
qui , fans raifon légitime , ne s'étoient
pas rendus à l'affemblée du 28 février.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Un écolier d'Oxfort a mis récemment fur la
porte d'un Apothicaire , l'infcription fuivante :
Hic venditur
Catharticum. Emeticum. Narcoticum.
Et omne quod exit in um
Præter
Remedium.
Il a été annoncé dans des Feuilles publiques de
la Hollande, que le Sénat de Hambourg avoit publié
une Ordonnance , enjoignant à tous les Hollandois
qui fe font retirés à Hambourg pour ſe ſouftraire
aufort qui les attendoit dans leur Patrie , de quitter
cette ville dans l'efpace de deux fois 24 heures. Les
( 190 )
Gazettes les plus accréditées déclarent cette nouvelle
abfolument mal - fondée , & en attribuent
l'invention à l'acharnement avec lequel l'efprit
de Parti continue de régner dans la République.
( Gazette de Leyde , nº. 20. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exactitudedes
Paragraphes ci-deſſus ).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
BAILLIAGE CRIMINEL DE ST. DIZIER.
Accufation de vol.
Deux familles honnêtes d'Artifans , Lenoble ,
Marchand & faifeur de feaux , & Bourgeois , jardinier
, vivoient à St. Dizier dans la plus étroite
liaifon ; ils étoient bien éloignés de penfer qu'ils
deviendroient un jour , l'un coupable , & l'autre
victime d'une accufation capitale . - Un vol fait
à Bourgeois , la nuit du 5 au 6juin 1786 , d'une
fomme de 1008 1. , cachée dans fa cave , & dont
il n'a pu découvrir l'auteur , a jeté dans fon efprit
des nuages fur le compte de Lenoble fils
vivant chez fon père , vieillard refpectable qui
jouiffoit d'une très-bonne réputation , réputation
foutenue par le fils marié lui -même , & ayant
femme & enfans . -Ce même jour 5 juin , Bourgeois
& fa femme étoient allés , fur les 9 heures du
foir , fouhaiter une bonne fête à Claude Lenoble ,
& lui porter pour bouquet de la pâtiſſerie & une
bouteille de vin ; ils l'avoient trouvé à table avec
fa femme , fa belle- mère , fon compagnon &
un garçon Tonnellier. Lenoble , déja ivre lors
de leur arrivée , ayant voulu boire encore
avec eux , fe trouva incommodé , & fut obligé
de fortir pour aller fe coucher. Sa femme , après
( 191 )
avoir ſuivi ſon mari pour voir s'il n'avoit pas
befoin de quelque fecours , revint après qu'il fut
couché , faire les excufes à la compagnie , qui
refta jufqu'à minuit . - Bourgeois , quatre mois
aprèscette époque , s'eft imaginé , pour la première
fois , que l'abfence de Lenoble pendant les trois
heures qu'ils avoient été chez lui , avoit eu pour
motif de profiter de ce moment pour aller lui
voler fon argent.
Des bruits répandus par Bourgeois fur le compte
de Lenoble , comme foupçonné d'être l'auteur du
vol du 5 juin , accrédités de plus accrédités de plus en plus , le
déterminèrent à fe pourvoir contre Bourgeois , &
à le pourfuivre en réparation publique. Ce
fut le 14 février 1787 , que Lenoble fit affigner
Bourgeois. Lenoble ne favoit pas qu'il y avoit eu
une plainte en vol , rendue le 18 janvier , contre
les auteurs du vol du 5 juin , dénoncée à M. le
Procureur du Roi le 13 octobre 1786 , qui n'avoit
pas cru devoir y donner fuites , faute de défignation
fuffifante de l'auteur du vol & des témoins à
entendre . Cependant les bruits publics qui continuoient
de fe répandre contre Lenoble , ranimèrent
le zèle du Procureur du Roi. Bourgeois
inftruit des poursuites que Lenoble alloit faire contre
lui en réparation , avoit produit quelques témoins
affidés. Les témoins affignés à la requête du miniftère
public , fur la dénonciation de Bourgeois ,
ont été entendus les 27 & 28 février . Le réfultat
de l'information a été un décert de prife de
corps contre Lenoble. Le 16 mars , il s'eſt rendu
en prifon ; le 17 , il a fubi fon interrogatoire ;
il a répondu fur tous les points , & il a fingu
lièrement convaincu le juge de fon alibi dans
le moment où le délit avoit été comm's ,
adminiftrant la preuve qu'il étoit couché & malade
chez lui. Confronté aux témoins les 24 &
en
( 192 )
28 mars , il a confondu leur témoignage , & ad
miniftré des preuves de fubornation fi frappantes ,
que M. le Procureur du Roi a rendu une deuxième
plainte contre Gueudelot & autres. Par
cette double inftruction , l'innocence de Lenoble
a été mife dans tout fon jour. La Sentence de
St. Dizier , du feptembre 1787 , a renvoyé François
Claude Lenoble de l'accufation principale
contre lui intentée par M. le Procureur du Roi
en fa première plainte ; & fur la feconde plainte
en fubornation de témoins , a condamné François,
Gaudelot en trois mois de prifon , a mis les autres
parties , ainfi que Bourgeois & fa femme hors de
Cour fur le furplus de leurs demandes.
-
PARLEMENT DE Dijon.
Cette Cour à rendu le 30 avril 1787, un Arrêt ,
qui , conformément au réquifitoire de M. le Procureur
Général , ordonne que l'article VII de
la déclaration du Roi , du août 1721 , fera ·
» exécuté felon fa forme & teneur en confé-
» quence , enjoint à tous les Entrepofeurs de Tabac
» du reffort de la Cour , de vendre & débiter..
" leTabac endetail , parlivre, demi-livre , quar-
» teron , onces , demi - onces, & quelque modique
» que foit la demande , au prix de l'entrepôt. -
» Leur fait très-expreffes inhibitions & défenfes,
" de le vendre à un plus haut prix , ni d'exiger
» d'autres & plus grands droits , à peine de con-
" cuffion, Cet arrêt a été imprimé , lu , publié
, affiché & envoyé dans toutes les Jurifdictions
des Traites & des Elections du reffort dela Cour.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 13. )
SAMEDI 29 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1. au 31 les
jours croiffent de ss ss" le matin , & de 54' 8 " le foir.
JOURS
du
MOLS.
MONS DES SAINTS.
fam. Aubin , Eveque.
2 & D. Latare.
lundi Ste Cunegonde,
mard. Cafimir , Roi,
mere. Virgile.
4
6 jeudi Ste Colette.
vend. Ste Perpétue
PHASES Temps moyen
de de la eu Midi vrai.
DUNE.
24
25
26
H M. S
IL 28
B 16
12
49
35
II 20
N. L 11
le
1.42 m.
8 fam. Jean de Dieu.
D. Paffion
to lundi Ste Do&trovée.
armard Quatante Martyrs.
11 mere. Grégoire.
13jeadi Sre Euphrafie.
14 vend. La Compaffion.
fam. Zacharie , Prêtre.
du foir.
oh. fignifie midi.
16 6 D. Rameaus .
lundi Ste Certrude , Vierge.
18 mard, Lubin , Evêque. ΤΙ
lets as
10 h. 28 m.
dumatin.
19 merc. Jofeph. PRINTEMPS . 12
20 jeudi Joachim . 33
21 vend. V. Saint.
22 fam. Epaphrodite.
23 Dim. PASQUES.
24 lundi. Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27 jeudi Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
301 D. Qurfimodo.
lundi. ANNONCIATION.
OP. L
16 le 22 , do
17 h.s 131
18 dumatin.
19
20
21
CD.Q
22 le 298 4
23 h. 34 m.
du foir
19
29
12
8 54
37
19
PUECBFOLFUDIE1R7ECT8SSSS8..
ROEMYFLMaFAuerEn1U1rd1Td87cXi9.Si.,..
Actions ....
2025 ..... 2030.35..2025.27.
D.es 1256.
Emprunt Oct. 397 .... 397. 397
Id. Décembre
82.70
Lot. d'Avril ... 709 ......
710.11.713..16
..
Lot, d'Octobre..53
Emprunt 125 m³, 41347-5.4. ms.
40.
CHANGESdu19
Amft
.$4
Lond. 29.1
lam 188
1418Mfa6d.d..
1C7a1d16i4dx.
1L0i.0.v.
sên.. 944.
Lyon. Bce,
Payeurs, fix derniers
mois 1787, ict. C.
$ 38.40.539
millio8ln0ds..
Sans Bulletin .. 63.7.7.1631.
Bulletin. 7577.78.79.78.79.
Viager, 1787 ...
Emprunt 120m
1004
Ch.d. Empt .... 263
1003.2.. 1001.2.3
263.63..263.
4460.65.d4'4Ef6Cc5ao.imf8pl0.te.
E.V. Bord .... 690 ...... 690.
690 ....
Sér. non fort ...
745 745
ཞིགས་ ་ ་་་ ་ དེ་ན་ ་ ་སྤྱན་ གྱིས་
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 MARS 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Aune Dame célèbre par fa beauté ,
depuis par fes Ouvrages .
ENTRE le Dieu du Pinde & la Mère des Ris ,
Le Sort a partagé les faveurs qu'il te donne.
Souveraine des coeurs , de tes attraits épris ,
Le'myrte en ton printemps compofuit ta couroni e
Anjourd'hui tes talens enchaînent les efprits ,
Et le laurier des Arts embellit ton automne.
Ainfi tu ne vois plus les rofes de Cypris
Que dans les vers galans d'Ovide & de Pétrone .
En faifant aux pompons fuccéder les Ecrits ,
Tu n'as fait que changer de trône
( Par M. Bordeaux. )
No. 13. 29 Mars 1788,
194
MERCURE
JEAN ET MON PROCUREUR ,
Conte épigrammatique.
JEAN me devoit une piftole
Qu'il ne vouloit pas me payer ,
Quoiqu'il m'eût donné fa parole ,
A fon refus , j'allai trouver Bartole :
? Oh ! oh ! dit-il , nous le ferons plier ;
Soyez tranquille «. Il plaide ; mais ma caufe
Coute , en dix ans , cent piftoles de frais.
Pour conferver mon bien & vivre en paix ,
Très-fermement je me propofe
De fuir avec grand foin Jean & mon Procureur :
L'un ne me ſait donner que de fauffes paroles ,
Et l'autre en plaidoyers confomme mes piſtoles,
Adiçu la caufe , argent & débiteur.
Si cependant on veut apprendre
Lequel des deux je fuis de plus grand coeur ;
Ce n'eft pas Jean , mais c'eſt mon Procureur ;
L'un donne fa parole , & l'autre fait la vendre,
( Par M, Simon , D. T. )
1
DE FRANCE. 195
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Chiendent, celui
de l'Enigme eft Damas , celui du Logogriphe
eft Pyramide , où l'on trouve Pyrame
Priam, Armide, Parme, Epi, Ride, Ami,
Pie, Pie, Ame , Drame , Ire.
CHARADE.
EN triomphe dans Rome , un généreux Guerrier
Entre d'abord fur mon premier.
Il parcourt mon fecond ; & puis d'un air tranquille
Il va rejoindre mon entier ;
Trouvant que ce dernier métier
Etoit tout auffi noble & beaucoup plus utile.
( Par M. de Loubaiffin , Ch . de S. Louis. )
SUR de
ENIGM E.
OUR de bientôt renaître , Eglé , pour que mon fort
Des Dieux mêmes jaloux dût exciter l'envie ,
Que ne puis-je devoir la mort
A qui fait me donner , à chaque inftant , la vie !
Par un jeune Proc. à B***. )
I 2
196 .
MERCURE
LOGO GRIPHE.
PRECEDE de plaifirs & ſuivi d'alégreffe ;
Chaque année on me voit devancer le Printemps ;
Malgré cet appareil , j'infpire la triſteſſe ,
Et pour mes Sectateurs je dure trop long-temps :
Chacun fe plaint de moi , dit que je l'incommode ;
Pour éviter cela , l'on m'arrange à fa mode ;
Et tel qui m'entreprend a peine à me finir.
Dérangez mes fix pieds , vous allez voir venir
Certain nombre de mots dont je donne la liſte ;
Vous y verrez d'abord un Saint Evangéliſte ;
Un entre-mets friand ; l'attribut d'un Forçat ;
Ce qu'il faut au Cuerrier
pour
aller au combat;
Celle qui , dans fon ſein , vons donna l'exiſtence' ;
Certain Religieux très-connu dans la France ;
Ce que l'on veut avoir quand on veut guerrcycr ...
A youloir dire tout , je pourroir ennuyer.
(Par M. Cornu père , Abonné. )
DE FRANCE. 197.
f
+
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Métamorphofes d'Ovide , en Vers
François , avec des Notes ; par M. de
SAINT - ANGE , Livre V. A Paris, chez
Moutard , Imp.-Lib. de la REINE , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
I. E mérite de cette Traduction & de fon
Auteur , eft connu depuis long- temps . L'Auteur
s'excufe dans une courte Préface , ún
peu plaintive , de ne pas avancer plus rapidement
dans fon Ouvrage ; mais cette
fage lenteur , fi recommandée par Horace
- && par Boileau , ebam mérite s'il en réfukte
une plus grande perfection ; il parle de chagrins
littéraires , de critiques injuſtes , d'éloges
perfides , de découragemens de toute
- etpèce ; eh bien ! c'eſt par cette route qu'il
-fauvaller à la gloire , il n'y en a point d'autre :
& puis , difons tour ; trop d'Ecrivains fe plaignent
ou fe vantent d'ennemis que fouvent
ils n'ont pas ; on pourroit dire à la plupart
Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même,; .
& heureux ceux à qui on pourroit dire :
( N° . 1. ) I 3
198
MERCURE
"
Seul vous vous haïffez lorfque chacun vous aime.
Un jugement févère , jufte ou injufte , ne
prouve pas toujours une difpofition ennemie
, il peut ne prouver qu'une opinion ;
tout cela ne doit point nous arrêter dans
la carrière ; allons toujours à notre but.
Un Auteur , fur - tout un Poëte , aime
que dans le compte qu'on tend de fon Ouvrage
, on cite beaucoup ; il à raiſon , c'eſt
à l'Ouvrage à fe recommander lui-même ;
e'eft à faire connoftre l'Ouvrage que fe borne
le devoir du Journaliſte ; s'il differte , s'it
compare, s'iljuge , il fait moins alors la fonction
de Journaliste proprement dit , que d'un
Rhéteur ou Littérateur , qui , à l'occafion
du Livre dont il rend compte comme Jourmalifte
, expofe fes principes fur le goût &
la Littérature , & en fait une application
particulière à ce Livre. Ce n'eſt pas que
nous blamions cette méthode , ou que nousy
renoncions ; au contraire , nous nous propofons
d'y revenir dans d'autres occafions ;
aujourd'hui feulement ,& fans tirer à con-
Léquence, pour varier, ou par d'autres raifons
particulières , nous nous bornerons ftrictement
à l'emploi de Journaliſtes ; nous citerons
, fans mêler à nos citations ni louanges
ni critiques ; le Public jugera. Nous allons
mettre fous fes yeux trois grands morceaux
de ce cinquième Livre , en plaçant l'original
à côté de la copie , pour que le Lecteur
faſſe lui-même la comparaiſon fans être
$
DE FRANCE. 199
dirigé , prévenu , difpofé ou indiſpoſé par
aucun figne ni d'approbation ni de cenfure.
Auffi bien l'Ouvrage & les talens du Traducteur
font connus & jugés depuis longtemps.
FABLE DE PERSÉE.
Verùm ubi virtutem turbæfuccumbere vidit ;
Auxilium , Perfeus , quoniamfic cogitis ipfi ,
Dixit , ab hofte petam : vultus avertite veftros ,
Si quis amicus adeft : & Gorgonis extulit ora .
Quære alium , tua quem moveant miracula , dixit
Thefcelus atque manu jaculum fatale parabat
Mittere, in hoc hæfit fignum de marmore geflu.
Proximus huic Ampyx : animi pleniffima magni
Pectora Lyncida gladio petit : inque petendo
Dextera diriguit , nec citrà mota nec ultrà eft.
At Nileus, qui fe genitum feptemplice Nilo
Ementitus erat , clypeo quoque fluminafeptem
"Argento partim , partim cælaverat quro ;
Afpice , ait , Perfeu , noftræ primordia gentis :
Magnaferes tacitas folatia mortis ad umbras ,
A tanto cecidiffe viro. Pars ultima vocis
In medio fuppreffafono eft : adapertaque velle
Ora loqui credas , nec funt eapervia verbis.…………..
Pænitet injufti tunc denique Phinca belli.
Sed quid agat? fimulacra videt diverfafiguris ,
Agnofcitque fuos , & nomine quemque vocatos
Pofcit opem , credenfque parum fibi , proxima tangit
I 4
200 MERCURE
Corpora : marmor erant . Avertitur, atque itafupplex
Confeffafque manus obliquaque brachia tendens ,
Vincis , ait , Perfeu : remove fera monftra , tuæque
Saxificos vultus , quæcumque ea , tolle Medufa ;
Tolle , precor : non nos odium , regnive cupido
Compulit ad bellum pro conjuge movimus arma.
Caufa fuit meritis melior tua , tempore noflra :
Non ceffiffe piger. Nihil , 6 fortiffime , præter
Hanc animam , concede mihi ; tua cætera funto.
Talia dicenti , neque eum , quem voce rogabat ,
Refpicere audenti , Quod , ait , timidiffime Phineử,
Et poffum tribuiffe , & magnum munus inerti eft,
Pɔne metum , tribuam : nullo violabere ferro.
Quin etiam manfura dabo monumenta per ævum :
Inque domo foceri femperfpectabere noſiri ,
Ut meafe fponfi foletur imagine conjux.
Dixit: & inpartem Phorcynida tranftulit illam ,
Ad quam fe trepido Phineus obverterat ore.
Tùm quoque conanti fita flettere lumina cervix
Diriguit , faxoque oculorum induruit humor.
Sed tamen os timidum, vultufque in marmorefupplex,
Submiffæque manus , facieſque obnoxia manfit.
Perfée en vain toujours combat avec chaleur.
Le nombre eût à la fin accablé la valeur.
Puifqu'il faut employer ma dernière défenſe ,
Dit-il , mon ennemi va venger mon offenſe.
S'il eft quelque Guerrier qui me ferve en ces lieux ,
Qu'il détourne la tête & qu'il ferme les yeux.
DE FRANCE. 201
Il découvre à ces mots la tête de Médufe .
Cherche ailleurs des efprits qu'un vain preſtige
working abuſe ,
Dit Thefcèle ; & tout prêt à décocher un dard ,
Son bras refte en fufpens , glacé par un regard.
Amphix lève le bras fur le brave Lyncide ,
Et fent roidir les nerfs de fa main homicide.
Le fuperbe Nilée au regard plein d'orgueil ,
Se vante que jadis le Nil fut fon aïeul .
}
T
Son éca d'or , empreint des fept bouches du fleuve,
Porte de fa naiflance une éclatante preuve.
Meurs de ma main , Perfée , & connois ton vaininqueur,
sa
Et du moins chez les Morts emporte cet honneuri
Il dit , & devient pierro . Immobile & farouche ,
Pour infulter encore , il femble ouvrir la bouche.
Phinée enfin fe trouble : il reconnoît fon crime ,
Et de les attentats frémit d'être victime.
Il tremble , ilde repent. Que peut-il faire alors ?
Immobiles , les fiens n'ont plus qu'un vain dehors ;
Il réconnoît leurs traits , les nomme , les appelle ,
Et veut douter encor d'un afpect infidèle ;
Il les touche , & fa main confirme fes - regards.
Humble , tendant les mains , baillant les yeux hagards
de
Tu triomphes, Perfée , & ma haine eſt vaincue
Dit-il ; écarte au moins ce monftre qui me tue.
Ni la foif de régner , tu le fais bien , hélas !
Ni la foif de ton fang n'a point armé mon bras . /
-202 MERCURE
Non je redemandois une époufe enlevée .
On me promit fa foi , fi ton bras l'a fauvée.
Je cède à mon Vainqueur les droits de mon amour
Qu'il poffède Andromède , & me laiſſe le jour .
Humilié , confus , & la tête baiffée ,
Il n'ofe , en lui parlant , envifager Perféc.
Sois sûr , dit le Héros , de recevoir de moi
Le prix , le digne prix d'un lâche tel que toi.
Des exploits de ce jour , téinoin sûr & durable ,
Je veux que déformais tu fois invulnérable.
Je veux qu'en ce licu même Andromède à jamais,
En perdant ton amour, retrouve au moins tes traits.
Le Vainqueur , à ces mots , de l'afpect homicide ,
Pourſuit, le monſtre en main, les regards du perfide.
Il veut fe détourner ; mais cet objet fatal
A déjà de fes yeux endurci le criſtal .
Enfin il eft ftatue , & fon vifage exprime
La honte , la noirceur , la baffeffe du crime.
FABLES de Pyrénée & des Piérides .
Minerve vifite les Mufes & veut voir la
Fontaine d'Hypocrène.
Fama novi fontis noftras pervenit ad aures,
Dura Medufai quem præpetis ungula rupit.
Is mihi caufa via : volui mirabile monftrum
Cernere : vidi ipfum materno fanguine nafci……….....
Qua mirata diù falas pedis iftibus undas
Silvarum lucos circumfpicit antiquarum„
DE FRANCE. 203
Antraque , & innumeris diſtinctas floribus herbas :
Felicefque vocat pariter ftudiique locique
Mnemonidas.
Et gratam fortem , tute modò fimus , habemus .
Sed (vetitum eft adeò fceleri nikil !) omnia terrent
Virgineas mentes , dirufque antè ora Pyreneus.....
Daulia Threicio Phocæaque milite rura
Ceperat ille ferox , injuftaque regna tenebat.
Templa petebamus Parnaffia : vidit euntes ,
Noftraque fallaci veneratus numina cultu ,
Mnemonides ( cognôrat enim ) confiftite , dixit ,
Nec dubitate , precor , tecto grave fidus & imbrem ;
Imber erat, vitare meo : fubiere minores
Sæpe cafas Superi. Di&tis & tempore motæ
Annuimufque viro , primafque intravimus ædes,p´.
Defierant imbres , vidloque Aquilonibus Auftro ,
Fufca repurgato fugiebant nubila coelo.
Impetus ire fuit. Clauditfua te&ta Pyreneus ,
Vimque parat , quam nos fumptis effugimus alis.
Ipfe , fecuturo fimilis , fletit arduus arce ; .
Quâque via eft vobis , erit & mihi , dixit , eádem
Seque jacit vecors è fumma culmine turris ;
Et cadit in vultus, difcuffifque offibus oris ,
Tundit humum moriens fcelerato fanguine tinatam.
Les
PPiérides défient les Mufes , & chantent
par impiété la guerre des Géans , la fuite
des Dieux , & leur métamorphofe en ani
maux divers."
I 6
204 MERCURE
Bella canit Superúm , falfoque in honore Gigantes
Ponit , & extenuat magnorum falta Deorum ,
Emifunque imâ de fede Typhoëa terræ
Calitibusfeciffe metum , cunétofque dediffe
Terga fuga , donec feffos Egyptia tellus
Ceperit , & feptem difcretus in oftia Nilus.
Huc quoque terrigenam veniffe Typhoëa narrat ;
Et fe mentitis Superos celaffe figuris ;
Duxque gregis , dixit , fit Jupiter , undè recurvis¸
Nunc quoqueformatus Lilys eft cum cornibus Ammon.
Delius in corvo proles Semeleïa Capro ,
Fele foror Phabi , nivea Saturnia vaecâ ,
Pifce Venus latuit , Cyllenius Ibidis alis.
La fource qu'un Courfier , fifameux par fes ailes ,
Sur le fommet d'un roc fit jaillir dans les airs , `
Du bruit de fa merveille étonne l'Univers.
Le fang de la Gorgone à mes yeux le fit naître ,
L'Hypocrène en naquit , & je viens la connaître.
Admirant de ces caux la chute ſourcilleuſe ,
Ces vieux & fombres bois , ces vallons pleins de
Acurs ,
La Déeſſe s'écrie : Heureufes les neuf Soeurs
De réunir en paix , dans cette folitude ,
Aux charmes d'un beau lieu les charmes de l'étude !
Heureux notre deftin , s'il étoit plus tranquille !
Des Vierges fans défenſe , Amantes de la paix ,
DE FRANCE.
205
Ont à craindre en tout temps l'audace & les forfaits,
Les attentats récens du cruel Pyrénée . ...
Ses Thraces inhumains , aux combats aguerris ,
Occupoient la Phocide & les champs de Daulis,
Nous fuivions le chemin de la double colliné.
Le Tyran vient à nous : Filles de Mrémofine ,
Dit-il , diffimulant fes odieux projets ,
L'orage vous menace ; entrez dans mon palais : ^
+ Arrêtez y vos pas. Les Dieux ; loin des Profanes ,
Quelquefois font entrés fous de fimples cabanes. 7
Nous acceptons fon offre, & nous cédons an temps.
Mais à peine vainqueur des pluvieux Autans ,
L'Aquilon de fon fouffle eût diffipé l'orage ,
Nous fortions ; l'infolent nous ferme le paffage.
Il veut nous infulter ; mais déjà le pervers
Nous voit fuir , loin de lui , par le vague des airs.
Son tranfport forcené redouble à cette vue . !
Oui , la route des airs comme à vous n'eft connue,
Nous dit-il ; & pouffé par fon aveugle amour ,
Il monte, pour nous fuivre, au fommet d'une tour.
Il veut voler , il tombe ; & dans fa rage extrême ,
Ecrafé fur la pierre , il fe punit lui-même.
Préludant fur fon luth , l'une de nos Riyales
Chanté alors ces combats & ces guerres fatales
Où l'on vit les Géans efcalader les Cieux.
Elle abaiffe à deffein ce que firent les Dieux ,
Quand la Terre contre eux vomit l'affreux Typhée,
Et des Titans hardis relève le trophée.
206 MERCURE
Elle chante leur Chef , vainqueur de Jupiter ;
Répandant la terreur aux plaines de l'Ether ,
Les Dieux, chaffés du Ciel, forcés, dans leur défaite,
De chercher dans l'Egypte une indigne retraite ,
Et près du Nil errans entre les fept canaux ,
Prenant , pour le cacher , des formes d'animaux.
Glorieux changement pour la troupe immortelle !
Jupiter fut Belier , & c'eft de là , dit-elle ,
Qu'un Belier , en Libye , eſt l'emblême d'Ammon.
Junon fe fit Géniffe ; & la foeur d'Apollon ,
Diane , d'une Chatte emprunte la fourrure.
Lui-même d'un Corbeau prend la noire figure.
Bacchus fe change en Bouc , & Mercure en Ibis.
Le fier Dieu des combats heurle comme Anubis ;
Et Vénus d'un Poiffon a la forme hideufe.
FABLE de l'enlèvement de Proferpine
Prima Ceres unco glebam dimovit aratro ;
Prima dedit fruges alimentaque mitia terris ,
Prima dedit leges. Cereris fumus omnia munus :
Illa canenda mihi eft. Utinam modò dicere poffem
Carmina digna Deâ ! Certè Dea carmine digna eft.
Vafta Gigantais ingefta eft infula membris
Trinacris ; & magnis fubjectum molibus urget
Ethereas aufum fperare Typhoëa fedes.
Nititur ille quidem , pugnatque refurgerefæpe :
Dextra fed Aufonio manus eft ſubjećta Peloro ;
Lava , Pachyne , tibi ; Lilybao crura přemuntur ;
Degravat Etna caput : fub quâ refupinus arenas
DE FRANCE. 207
Ejedat , flammamque fero vomit ore Typhæus.
Sape remoliri luétatur pondera terra ;
Oppidaque & magnos evolvere corpore montes.
Indè tremit tellus , & Rex paver ipfe filentüm
Nepateat ,latoque folum retegatur hiatu ;
Immiffufque dies trepidantes terreat umbras.
Hanc metuens cladem , tenebrofâ fede Tyrannus
Exierat....... Vides hunc Erycina vagantem ,
Monte fuo refidens , natumque amplexa volucrem ;
Arma , manufque meæ , mea , na e , potentia , dixit ,
Illa , quibus fuperas omnes, cape tela , Cupido......
Ille pharetram
Solvit , & , arbitrio matris , de millefagittis
Unam fepofuit : fed quâ nec acutior ulla.
Nec minus incerta eft, nec quæ magis audiat arcum &
Oppofitoque genu curvavitflexile cornu ,
Inque cor hamatá percuffit arundine Ditem.
Haud procul Ennæis lacus eft à Manibus , altæ
Nomine Pergus , aquæ : non illo plura Cayfler
Carmina Cygnorum labentibus audit in undis.
Silva coronat aquas, cingens latus omne , fuifque
Frondibus , ut vele , Phæbcos fubmovet ignes.
Frigora dant rami , Tyrios humus humida flores.
Perpetuum ver eft. Quo dum Proferpina luco
Ludit , & aut violas , aut candida lilia carpit :
Dumque puellari ftudio calathofque finumque
Implet , & æquales certat fuperare legendo ;
Panefimul vifa eft , dilectaque , raptaque Diti :
Ufque adeò properatur Amor ! Dea errita , mafio
208
MERCURE
Et matrem & comites , fed matrem fæpiùs , ore
Clamat : & , utfummâ veſtem laniârat ab orâ ,
Collecti flores tunicis cecidere remiffis :
Tantaquefimplicitas puerilibus adfuit annis ,
Hæc quoque virgineum movit jaktura dolorem .
Raptor agit currus ; & nomine quemque vocatos
Exhortatur equos : quorum per collajubafque
Excutit obfcurâ tinƐtás ferrugine habenas.
1
Cérès a la première apporté dans le Monde
Des blés à gerbes d'or la femence féconde.
L'Homme lui doit le foc qui nourrit l'Univers :-
L'Homme lui doit fes loix ; & je lui dois mes vers.
Plût au Ciel que du moins mes chants foient dignes
d'elle !
Ce chef des noirs Titans , dont l'audace rebelle !
Ofa dans l'Empirée attaquer Jupiter
Gémit fous la Sicile aux cachots de l'Enfer.
Il voudroit fous fon poids fe foulever encore ;
Mais ici le Pachin , là les rocs de Pélore ,
Répriment de fes bras les impuiffans efforts.
Le vafte Lilybée enfevelit fon corps .
L'Etna couvre la tête ; & du fond de ce gouffre
Il exhale fa rage en noirs torrens de foufre .
Il s'agite en fes fers , il lutte , & quelquefois
Des Monts & des Cités veut fecouer le poids.
La terre en a tremblé jufqu'au centre du Monde.
Plutón craint dans l'Enfer que fa voûte profonde
Ne çoule , & qu'un rayon de l'Aftre qui nous luit
N'épouvante les morts dans l'éternelle nuit.
L
DE FRA NC E. 209
·
Ce Dieu fort de l'Erèbe .....
Vénus , le voit , fourit ; empreffée , elle appelle
Le bel Enfant ailé : Viens , mon fils , lui dit-elle ,
Ma gloire , mon appui , le vengeur de mes droits ;
Arme-toi , prends ton arc.....
Vénus parle , & l'Amour , à ſes leçons docile ,
Prépare un trait aigu qu'il choifit entre mille.
Nul , da nerf qui réfifte & fiffle fous les doigts ,
Ne fuit mieux le ſignal & n'entend mieux la‘voix.
L'Enfant, fur fon genou , courbe fon arc fidèle .
Le trait vole , & du Dieu perce le coeur rebelle.
Non loin des murs d'Enna, murs chéris. de Cérès,
Le lac Pergufe étend fon canal toujours frais .
Le Caiftre jamais ne vit fur fon rivage
Plus de chantres ailés hume&ter leur plumage.
Un bois ceint ce beau lac , & forme en fon contour
Un dôme de verdure impénétrable au jour.
L'ombre donne au gazon une fraîcheur plus vive.
Un éternel printemps fleurit fus cette rive .
Tandis que Proferpine , en ces rians bofquets ,
Cueille l'émail des prés , affortit des bouquets ,
Et qu'ardente au butin , d'une moiffon vermeille ,
A l'envi de fes Soeurs elle emplit fa corbeille ,
Pluton la voit preffé d'un amoureux tourment ,
Voir , l'aimer , l'enlever , n'eft pour lui qu'un mo-
:
ment.
La vierge , entre fes bras , pâlit, tremble , s'écrie ;
Elle appelle fa mère & fa fuite chérie .....
Sa mère... Mais hélas ! elle l'appelle en vain ;.
Les fleurs de fa corbeille échappent de fon fein :
210
MERCURE
O candeur de fon âge ! en ce défordre horrible ,
Un malheur fi léger la trouve encor ſenſible.
Pluton pouffe fon char , excite fes courfiers ,
Les nomme , les anime , & fur leurs crins altiers ,
Preffe, agite leurs freins , teints d'une noire écume.
M. de Saint - Ange ne nous reprochera
pas d'avoir cité trop peu de fes vers , & fes
Détracteurs , s'il en a , feront obligés de
convenir que nous aurions pu citer encore
d'autres morceaux d'un mérite égal. Ovide
dans cette dernière Fable , a imité plufieurs
endroits d'Homère & de Virgile , entre autrcs
celui d'Homère , que Boileau a gendu
ainfi :
L'Enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie.
Pluton fort de fon trône , il pâlit , il s'écrie ;
Il a peur que ee Dieu , dans cet affreux féjour ,
D'un coup de fon trident ne faffe entrer le jour ,
Et par le centre ouvert de la terre ébranléc ,
Ne faffe voir du Styx la rive défolée ;
Ne découvre aux vivans cet Empire odieux ,
Abhorré des mortels & craint même des Dieux.
Virgile avoit imité cet endroit d'Homère ,
& la Traduction de Boileau femble s'appliquer
à la fois à l'original , & à quelques
traits de l'imitation.
Umbrofa penitùs patuere caverna.
Non fecùs ac fi quá penitùs vi terra dehifcens
>
DE FRANCE. 211
Infernas referet fedes , & regna recludat
Pallida , Diis invifa fuperque immane barathrum
Cernatur , trepidentque immiffo lumine Manes.
Les foulèvemens de l'Etna caufés par les
efforts d'un Géant accablé de ce poids ,
avoient auffi été décrits par Virgile avec
plus de force encore qu'ils ne le font dans
Ovide.
Horrificis juxtà tonat Etna ruinis ,
Interdumque atram prorumpit ad æthera nubem
Turbine fumantem picco & candente favilla.
Interdum fcopulos avulfaque vifcera montis
Erigit eructans liquefactaque faxafub auras
Cum gemitu glomerat , fundoque exaftuat imo :
Fama eft , Enceladi femiuftum fulmine corpus
Urgeri mole hác , ingentemque infuper Etnam
Impofitam , ruptis flammam expirare caminis:
Et feffum quoties mutat latus , intremere omnem
Murmure Trinacriam, & cælum fubtexere fama.
,
Quinault , dans l'Opéra de Proferpine , a
imité, peut-être en partie d'après Virgile
mais certainement d'après Ovide , la peinture
& des foulèvemens de l'Etna, & des
efforts du Géant , & de la terreur des Manes,
& des foins que Pluton fe donne pour raffermir
fon Empire.
Les fuperbes Géans , armés contre les Dieux ,
Ne nous donnent plus d'épouvante ;
212 MERCURE
Ils font enfevelis fous la maffe pefante
Des montsqu'ils entafloient pour attaquer les Cieux.
Nous avons vu tomber leur Chef audacieux
Sous une montagne brûlante :
Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux
Les reftes enflammés de fa rage mourante ;
Jupiter eft victorieux , .
Et tout cède à l'effort de fa main foudroyante .
Les efforts d'un Géant , qu'on croyoit accablé ,
Ont fait encor gémir le Ciel , la Terre & l'Onde,
Mon Empire s'en eft troublé ;
Jufqu'au centre du Monde
Mon trône en a tremblé.
L'affreux Typhon , avec fa vaine rage ,
Trébuche enfin dans des gouffres fans fonds.
L'éclat du jour ne s'ouvre aucun paffage ,
Pour pénétrer les Royaumes profonds
Qui me font échus en partage .
Le Ciel ne craindra plus que fes fiers ennemis
Se relèvent jamais de leur chute mortelle ;
Et du Monde ébranlé par leur fureur rebelle ,
Les fondemens font raffermis.
Ovide a encore imité Virgile dans l'invocá-
- tion de Vénus à fon fils .
1
Ergò his aligerum diétis affatur amorem :
Nate , mea vires , mea magna potentia , folys
Nate , Patris fummi qui tela Tiphoëa témnis ;
Ad te confugio , & fupplex tua numina pofco.
DE FRANCE, 243
Quant aux vers de Boileau & de Quinault ,
on peut les comparer avec ceux qui y correfpondent
dans la Traduction de M. de
Saint - Ange.
DISCOURS fur les meilleurs moyens de
faire naître & d'encourager le Patriotifme
dans une Monarchie , fans gêner
ou affoiblir en rien l'étendue de pouvoir
& d'exécution qui eft propre à ce genre
de Gouvernement ; qui a remporté lé
Prix , au jugement de l'Académie de
Châlons-fur-Marne , le 25 Août 1787 ;
par M. MATHON DE LA COUR , des
Académies de Lyon & de Villefranche ,
de la Société Royale d'Agriculture e
Lyon , &c. &c.
Montrez-moi mon vainqueur , & je cours
l'embraffer ,
A Paris , chez Cuchet , Libraire , rue &
hôtel Serpente ; Gattey , aux Galeries du
Palais-Royal , Nº , 14, Prix , 1 1.4f,
ATTACHÉ fincèrement , dit M. Mathon
, à la conftitution de fon pays , il
a cherché à plaire qu'aux bons efprits
& n'a point cru devoir , aux dépens de
214 MERCURE
la vérité , faire parade d'une fauffe énergie.
Il n'a point dit que pour exciter le Patriotifme
il falloit que les Monarchies devinffent
des Républiques , parce qu'il ne le
penfe pas, que ce feroit dire une abfurdité,
& intervertir la queſtion propofée par l'Académie.
Il ne s'agit donc pas d'examiner fi le
Patriotifme proprement dit , a dans les
Monarchies une acception claire , s'il y a
beaucoup , ou peu , ou point de Patriotifme
dans un Etat Monarchique , & s'il
peut y en avoir . M. Mathon ne pouvoit ,
d'après les principes, fe permettre çet examen.
C'eût été auffi s'écarter de la queftion
, ou plutôt faire fentir à l'Académie
que le fujet n'étoit pas auffi fufceptible
d'analyfe qu'elle le penfoit. Rapprochons
l'opinion de Montefquieu fur les Monarchies,
de celle de l'Académie de Châlons ,
& nos Lecteurs trouveront que la queftion
étoit jugée d'avance . Dans les Monarchies
, la politique fait faire de grandes
chofes par les moyens les plus fimples
, comme dans les plus belles inachines
l'Art emploie auffi peu de mouvemens
, de forces , de roues , qu'il eft poffible
.
Je me hâte, & je marche à grands pas ,
afin qu'on ne croie pas que je faffe une Satire
du Gouvernement Monarchique. Non : s'il
manque d'un reffort , il en a un autre
l'honneur qui règne comme un Monarque
DE FRANCE. 215
fur le Prince & fur le peuple , l'honneur
fe mêlant par-tout , entre dans toutes les
façons de penfer & toutes les manières.
de fentir , & dirige même les principes. -
Voyons comment Montefquieu caractériſe
le Patriotifme, & à quel genre de Gouvernement
il convient il fuffit de lire fon
Chapitre de l'éducation dans le Gouvernement
Républicain , pour y trouver la définition
de l'amour de la Patrie : cet amour
dit - il , demandant. une préférence continuelle
de l'intérêt public au fien propre ,
donne toutes les vertus particulières : elles
ne font que cette préférence. Cet amour
eft fingulièrement affecté aux Démocraties.
Dans elles feules le Gouvernement eft confié
à chaque Citoyen . Or le Gouvernement
eft comme toutes les chofes du monde ;
pour le conferver , il faut l'aimer. L'amour
de l'égalité dans une Démocratie borne
l'ambition au feul défir , au feul bonheur
de rendre de plus grands fervices à ſa Patrie
que
les autres Citoyens, Mais c'eſt dans
les Monarchies que l'on verra autour du
Prince les fujets recevoir fes rayons : c'eft
là que chacun tenant un plus grand ef
pace peut exercer ces vertus qui donnent
à l'ame non pas de l'indépendance , mais
de la grandeur...... Les Monarchies font
fondées fur l'honneur , & la nature de
l'honneur eft d'avoir pour Cenfeur tout
l'univers. Tout homme qui y manque eft
foumis aux reproches de ceux mêmes qui
216 MERCURE
―
n'en ont point. Citons encore Montefquieu
, pour trouver les meilleurs moyens
de faire naître & d'encourager ce qu'on
a voulu appeler le Patriotifme dans une
Monarchie ; ce grand Ecrivain les avoit
indiqués d'une manière convenable à ce
genre de Gouvernement . - Les moeurs du
Prince , dit- il , contribuent autant à la liberté
, que les Loix : il peut comme elles
faire des hommes des bêtes , & des bêtes
faire des hommes . S'il aime les ames libres
, il aura des fujets s'il aime les
ames baffes , il aura des efclaves. Veut- il
favoir le grand art de régner ? qu'il approche
de lui l'honneur & la vertu , qu'il
appelle le mérite perfonnel. Il peut même
jeter quelquefois les yeux fur les talens.
Qu'il ne craigne point ces rivaux qu'on
appelle les hommes de mérite ; il leur
eft égal dès qu'il les aime qu'il gagne
le coeur , mais qu'il ne captive point l'efprit
; qu'il fe rende populaire il doit
être flatté de l'amour du moindre de fes
fujets , ce font toujours des hommes ; le
peuple demande fi peu d'égards , qu'il eſt
jufte de les lui accorder ; l'infinie diſtance
qui eft entre le Souverain & lui , empêche
bien qu'il ne le gêne : qu'exorable
à la prière il foit ferme contre les demandes
, qu'il fache que fon peuple jouit de
fes refus & fes Courtifans de fes graces,
Nous allons examiner maintenant comment
ce texte fi bien établi par Montefquieu
,
DE FRANCE. 217
-
quieu , a été étendu , fondu , & difcuté.
Jufqu'ici on a dû s'appercevoir que nos objections
ne portent que fur la queſtion , &
nullement fur M. Mathon , à qui nous
avons des éloges à donner pour le parti
qu'il en a fu tirer. Son intention eft droite,
fes principes font vertueux. Il commence
fon Difcours par des opinions qui ne peuvent
que l'honorer en combattant le fyfteme
de l'intérêt perfonnel avec franchife & une
forte d'indignation , Si l'immortel Newton
, dit M. Mathon, a découvert la grande
loi de la Nature dans l'attraction des corps,
je démontrerai qu'il exifte auffi une attraction
des ames ; que fi cette douce & tendre
bienveillance dont l'attraction contribua à
former les fociétés & fert à en maintenir
l'harmonie , s'unit fouvent à un fentiment
d'intérêt perfonnel, elle en eft quelquefois
abfolument indépendante. L'Auteur entre
enfuite en matière, & diftingue l'amour de
la Patrie, du Patriotifme, Mais la diftinction
nous a paru revenir à un feul point , qui eft
l'amourde la Patrie confidéré dans les moeurs
privées. S'élevant enfuite plus haut , il
fe diffimule point que l'amour de la Patrie
n'ait un degré d'intérêt de plus dans les
Républiques. Ici on fent que l'Auteur a de
la peine à fortir du cercle vicieux où la
nature de la queftion l'a entraîné. Ses efforts
pour prouver Texiftence du Patriotifme
dans les Monarchies, & fes argumens
, puifés dans Montefquieu , en font
N°. 13. 15 Mars 1988.
K
218
MERCURE
une preuve. On le voit fuivre cet Ecrivain
célèbre , mefurer avec lui le diamètre qui
convient aux Etats Démocratiques , & la
vafte circonférence que les Monarchies peuvent
embraffer , & dans laquelle elles n'ont
pas cependant enfermé ce Patriotifme , qui
eft un enfant des Républiques , que nous
avons remplacé par l'honneur. M. Mathon
l'a auffi bien fenti que nous , & il fait bien
que celui qui aime la ville où il eſt né
comme un Républicain chérit fa Patrie , n'eſt
pas pour cela un Républicain. Celui - là n'aimoit
pas fa cité , non feulement parce qu'il
'y étoit né , mais parce qu'il avoit fa part
de la pleine puiffance ; & c'eft cet amour feul
qu'on peut nommer Patriotifme , amour de
la Patrie.
Dans la feconde Partie de fon Difcours ,
M. Mathon cherche à ranimer le feu facré
du Patriotisme, & à l'étendre, Puiffe-t-il y
parvenir ! Son début réfout en peu de mots
la partie de la queſtion . - Pour aimer vraiment
fa Patrie , il faut y être content de
y
fon fort , & rien ne difpofe mieux à la bienfaifance
& à défirer le bonheur de ce qui nous
entoure , que d'être foi- même heureux. Le
bonheur des peuples, qui devroit être le premier
but de toutė Adminiſtration , peut donc
être regardé comme l'une des bafes fans
lefquelles il ne fçauroit y avoir de Patriotifme
, Ces idées font de toute vérité , &
indiquent le remède. Nous venons de citer
Montefquieu, qui a dit auffi la même chofe,
DE FRANCE. 219
& qui femble avoir guidé l'Auteur en lui
montrant le grand reflort des moeurs , qui
eft l'unique bafe du bonheur des Monarchies.
Mais il exifte , dit M. Mathon , dans
les Monarchies , ou plutôt dans les Etats
d'une vafte étendue , deux ennemis auffi
dangereux pour les moeurs , que, funeftes
au Patriotifine ; ce font l'extrême inégalité .
des richelles , & le luxe qui en eft la fuite....
Un Gouvernement fage doit remplir , dans
le Corps politique , les fonctions du coeur
dans le corps humain ; il faut qu'il repouffe
avec force , qu'il falle refluer jufqu'aux
extrémités les plus éloignées de l'Etat , &
jufque dans fes moindres fibres , les richelles
qui en font le fang & la vie ; qu'il
prévienne les engorgemens ; qu'il le défie
de toutes les opérations d'où réfulteroient
des fortunes trop grandes & trop fubites ;
qu'il divife ou réforme les places trop lucratives
; qu'il faffe porter principalement
aux riches le fardeau des impôts , & réſerve
avec complaifance , les graces , les priviléges
, les exemptions pour la claffe du peuple
la plus indigente. Je fouhaiterois encore
qu'il s'efforçat d'affoiblir dans l'opinion publique
le préjugé pernicieux qui fait eſtimer
les richeffes plus qu'elles ne valent , & qu'il
fe défiât des importunes demandes de ceux
qui n'ont déjà qu'une trop grande fortune
dont ils abufent, Et qu'eft- il befoin que les
gens en place foient entourés d'un falte qui
n'eft
eft propre qu'à attirer les plus vils para
K 2
225
MERCURE
—
fites & les plus lâches flatteurs , ou de ces
vaines fuperfluités qui ne peuvent que les
diftraire , les corrompre , leur enlever un
temps qui appartient à l'Etat , & les rendre
nuls ou dangereux ? Ce morceau, qui
eft bien écrit , réunit encore le mérite d'exprimer
des principes vrais & des vûes
Tages on doit regretter que la forme oratoire
de ce Difcours ait exclu des développemens
que la nature du fujet rendoit néceffaires.
J. J. Rouffeau a offert un modèle
dont on ne doit point s'écarter toutes les fois
qu'on a à réfoudre une queftion importante
qui fort du genre du panégyrique on
de l'éloge , qui pofe également fur les
conftitutions des Etats , & fur le droit naturel
: alors on peut rentrer en foi-même ,
s'entretenir avec foi , fe prouver à foi des
vérités qu'on va s'efforcer de prouver avec
éloquence à fes Lecteurs ou à fes Juges.
Les détails alors s'ennobliffent. Tout ce qui
eft technique prend de l'intérêt , & la meilleure
preuve tient lieu de la plus vive profopopée
. Eh ! comment craindroit- on d'en
dire trop , & d'être commun , quand il s'agit
de la Patrie & du Patriotifme ? Dans
quelle gêne ceux qui diftribuent de pareils
Lujets , ne mettent- ils pas le Candidat à qui
ils préfentent , au lieu d'un programme oratoire
, une queſtion du genre de celle où
Montefquieu n'a pas pu concilier tous les
fuffrages ? Nos obfervations , nous le répétons
avec plaifir , ne tombent point fur M,
DE FRANCE. 221
- ·
Mathon , dont l'Ouvrage eft digne d'eftime.
I fuit les progrès du luxe , & l'attaque indiftinctement
dans le Peuple , dans les
Grands , dans l'Adminiſtration. Que ne ditil
pas pour engager les Souverains à faire
des facrifices utiles ? Le Souverain recueille
toujours , dit M. Mathon , une portion de
tout ce qu'on fait croître , de tout ce qu'on
produit : il entre en partage de tout ce qu'on
gagne ; il reçoit une portion de tout ce
qu'on donne. Il n'eft point de circulation
dans les richeffes , dans les denrées ou les
objets d'industrie , qui ne faffe à chaque
inftant refluer fur lui de nouveaux avantages.
Tout Adminiftrateur qui fépare l'intérêt
du Prince de celui du Peuple , trompe
Fun & opprime l'autre. M. Mathon n'a
point manqué de tirer parti de l'établiffement
des Affemblées provinciales , qui , en
effet , peuvent faire naître le Patriotifme ,
& font peut- être l'unique moyen fufceptible
d'être mis en ufage dans les Monarchies
, pour le reproduire & le conferver.
Ici M. Mathon cite l'Ouvrage de M. d'Argenfon
, qui a dû beaucoup à l'érudition
de fon nouvel Editeur , qui , à fon tour
s'eft approprié , dans fes immenfes lectures
une foule d'idées & de fyftêmes , dont il
devoit compte aux Anciens & aux Contemporains.
De Réal n'a pas même été à
l'abri de fes recherches. M. Mathon de la
Cour paffe enfuite à l'éducation des enfans
, qui , ainfi que l'avoit obfervé Mon
K3
222 MERCURE
teſquieu , eſt la première baſe des moeurs ,
lefquelles donnent naillance aux Loix , &
foutiennent les Conflitutions ; il veut qu'il
y ait des fêtes , des prix , des décorations
pour la vertu. La Role de Salenci vient fe
placer fous fa plume , & embellit le tableau
qu'il préfente à l'imagination des Lecteurs.
Nous répéteronse avec lui , que les Gouvernemens
ne font pas allez occupés à récompenfer
la vertu & qu'il femble qu'ils ne
favent que punir le vice: M. Mathon défire
que la Capitale ne dévore plus la fubl
tance de l'Etat , & que le Souverain renvoie
dans les provinces , les Courtifans ,
qui, à coup fury y deviendroient trèsntiles
. Voulez - vous achever , ajoute- t-il ,
dans vos provinces , la révolution que la
préfence & le féjour des Grands y aura préparée
faites fur toutes les parties de votre
Empire une répartition plus égale de vos
bienfaits. Par-tout on eft occupé de vous
fervir : vous levez des impôts par - tout : ne
yous contentez donc pas de répandre les
graces autour de vous. Soyez les pères de
tout votre Peuple ; que le mérite , les ta
lens & la vertu , attirent par- tout vos regards.
La vertu fer- tout eft une de ces
plantes précieufes qu'on ne peut arracher
de fon fol natal fans danger , & qu'un autre
ciel voit dégénérer ou périr ; il ne lui faut
que de l'ombre & un air pur : ne fouffrez pas
que fon humble féjour devienne un defert ,
& qu'en arrachant les plantes qui l'entou
DE FRANCE. 223
rent , on flétriffe fes racines , & qu'on rende
fes fruits inutiles. M. Mathon forme le
même voeu que le Chancelier l'Hôpital n'a
cellé d'exprimer , en défirant que les Rois
voyagent dans leurs provinces . Augufte ne
voyagea plus, & céla au Peuple l'arrivée &
le départ des Courriers des provinces ; alors
la Politique Romaine , & l'état du Citoyen ,
changèrent, L'Hiftorien de Rome vit alors
un cabinet élever devant lui une porte qui
enferma des fecrets : il fut trompé , & en
impofa à la poftérité. Trajan fut adoré
parce qu'il vifitoit fes provinces , & qu'il en
rapporta le projet d'ajouter à la diftribu
tion de l'Annone , un bienfait inoui en
donnant au Peuple non du blé , mais du
pain. Un bon Roi y feroit fouvent ému
jufqu'aux larmes , & comme Trajan , il voudroit
doubler fes bienfaits. On a dû juger
du ftyle de M. Mathon par les différences
citations que nous nous fommes permifes.
Point de faux brillant , nulle enluminure.
C'est celui d'un Ecrivain fage dont la plume
eft très - exercée , & qui a la chaleur convenable
au fentiment qu'il veut peindre.
i
K 4
@24 MERCURE
VARIÉTÉS.
ON a répandu un Proſpectus qui annonce par
foufcription ou infcription , chez le Sr. Belin ,
à Paris , & chez le Sr. Treuflet , à Strasbourg ,
un Cours d'Education , ou Leçons hebdomadaires ,
amufantes & inftructives , in-8 ; par M. l'Abbé
de BALESTRIER DE CANILLAC , de diverſes Académies
, & par une Sociéte de Gens de Lettres.
Nous fommes chargés d'annoncer , que vu l'importance
de tout ce qui tient à l'inftruction & à
l'éducation de la Jeuneffe , la permiffion de faire
paroître cet Ouvrage par feuilles détachées , avoit
été refuſée à l'Auteur , & que c'eft contre l'aven
du Gouvernement qu'il a diſtribué ce Profpectus.
En conféquence il a été fait défenfes aux Libraires
qui y font indiqués , de recevoir aucune
feufcription ; & le Privilège accordé pour l'On ,
vrage a été révoqué.
DE FRANCE. 125
SPECTACLES.
RÉFLEXION'S fur les caufes de la décadence
de la Comédie en France , contenant un coup
d'oeilfur le travail fait aux Théatres François
& Italien , pour l'augmentation du Répertoire
pendant la dernière année Dramatique ; ( 16/
Avril 1787 au 8 Mars 1788. ) .
JAMAIS le goût des Spectacles n'a été plus
général. Ce goût , devenu exceffif , a déjà été la
caufe de la décadence de notreThéatre ; il menace
encore d'être celle de fa chute totale . C'eft au moment
où les Juges des Arts fe multiplient davantage,
que les Arts font le plus mal jugés, que les
talens médiocres abondent, qu'ils trouvent de la
protection chez les faux Connoiffeurs , & que
le talent véritable rencontre le plus d'obſtacles
à fon effor. Nous en fommes à ce moment , & l'on
peut être furpris fansdoute, que la Nation qui a ledroit
de s'enorgueillir d'avoir vu naître dans fon
fein des hommes tels que Molière , Corneille ,
Racine , Regnard , Deffouches , Crébillon , Voltaire
, fe foit raffafiée de leurs Chef d'oeuvres au
point de leur préférer des productions dont tout
le mérite confifte en un jargon brillanté , en un
amas de tableaux accumulés , de fituations forcées
, invraisemblables , & dans lefquels le goût ,
la Nature & la vérité font blefiés à chaque
page. Cette révolution , qui s'eft opérée prefque
fubitement , tient à plufieurs caufes dont
K.S
226 MERCURE
nous allons entreprendre de développer quelques
-unes .
Tout efprit n'eft pas propre à une obfervation
profonde , & la Comédie, telle qu'elle doit
exifter pour être intéreffante , utile & morale
fans pour cela rien perdre de fa- gaité , demande
un génie obfervateur , un coup d'oeil exercé ,
& une grande habitude de lire dans le coeur humain
, d'en deviner les myftères , & d'en fonder
la profondeur. Quelques Ecrivains , dénués de
ces qualités indifpenfables pour un Auteur comique
, mais entraînés vers la carrière du thếatre
par le charme attirant des fuccès públics qu'on
y peut rencontrer , ont fait une poétique à leur
manière . Les uns ont couvert de toutes les reffources
d'un efprit fuperficiel , mais, féduifant ,
le vide de leurs idées ; ils ont brodé de Madrigaux
, de pointes , de farcafines , le fquelette
de leurs intrigues , & ils font venus à bout d'en'
impofer par un vain éclat. Les autres , également
étrangeres à la fierté de Melpomène
& à la grace de Thalie , ont imaginé de donner
au Théatre un but nouveau , d'autres effets.
Comme il eft plus facile de peindre les
actions extérieures des hommes , que de defcendre
dans leur ame pour y puifer la connoiffance
de leurs fentimens fecrets , ils ont effaye
de préfenter fur la Scène les évènemens domeftiques
qui affligent trop fouvent les Citoyens
des grandes villes , de les preffer les uns fur les
antres , d'en charger les couleurs , de leur donner
une teinte fombre & douloureufe , de multiplier
les incidens , les furpriſes , les tableaux , &
deformer de tout cela un enfemble propre à tromper
les efprits , à arracher des fanglots , à brifer
les coeurs les plus endurcis . Tout ce qui eft neuf,
quel qu'ilfoit , & de quelque manière qu'il le foit ,
a des droits fur l'admiration du Peuple François.
DE FRANCE.
217
Ce genre inconnu a été goûté , fuivi , adopté
préféré exclufivement à tous autres , & infenfiblement
il a détourné du goût des chofes fimples
& raifonnables . Au Théatre , c'eſt la multitude
qui juge , & certainement ce n'eft pas la
multitude qui eft inftruite . Or , en admettant
fur la Scène le genre qu'on eft convenu d'appeler
Drame , c'étoit conjurer contre la Comédie ,
parce que le plus grand nombre des Juges
du Théatre étant inhabile à l'obfervation ,
fufceptible de fe fatiguer aifément par une
attention continuelle , devoit néceffairement
préférer le plaifir des yeux à celui de la raiſon
l'effet brutal des paffions à leur développement
philofophique , fes caractères exagérés aux ca-?
ractères naturels , & la complication des mouvemiens
à la marche tranquille & douce d'une action
unique , vraisemblable, & fagement conduite.
Où les excès font de mife , la vérité n'a plus
d'attraits. Dès qu'on a trouvé bon que l'on jargonnât
au Théatre comme dans les boudoirs , &
qu'on y fût ému comme dans les prifons ou à
la Grève , on a ceffé d'aimer la bonite Comédie .
On n'a pas reléguéMolière au fond durépertoire ,
parce que l'éclat de fon nom & de fa jufte réputation
lui ont évité cette injure ; mais on l'a néglige
, on l'a pen joué , mal joué , peu fuivi ,
prefque abandonné , & l'on a traité très - rigoureufement
ceux qui l'ayant voulu prendre pour
modèle , ont cherché fur fes pas des fuccès qu'il
leur étoit impoffible d'obtenir de la part de Ju
ges ignorans ou blafés , qui ne fentoient plus
même le mérite de leur inimitable Maître. Qu'en
eft - il refulté que plus avides des jouiffances dir
moment, que d'une gloire permanente & acofuffet
à force de courage & de perfeverance) , ceux- ci
fe font jetés fous les étendards du mauvais goût ,
ont oublié leurs principes , & ont contribué ,
K 6
228 MERCURE
de leur part , à faper les fondemens de l'Art de
la Comédie. Voilà la première caufe de fa décadence.
Paffons à une autre.
Pour que le Théatre d'une Nation acquière &
conferve de la gloire , il faut non feulement de
bons Auteurs , mais encore de bons Comédiens ,
& ce n'eft que de leur accord heureux , que
peut naître le point de perfection dont il à befoin
pour la mériter. Tant que l'Opéra comique
n'a été qu'un Spectacle fubordonné , il n'a pas
été dangereux ; mais il eft devenu un Spectacle
capital , & il n'a pas tarde à devenir un des plus
redoutables ennemis de la Comédie proprement
dite. La facilité d'y plaire fans d'autres fecours
que ceux d'une jolie figure& d'une voix agréable,
a bientôt fait tourner vers ce genre tous les jeunes
gens qui fe deftinoient au Théatre; & comme
il ne falloit pas beancoup d'efprit , beaucoup
d'études , beaucoup d'intelligence pour chanter
une Ariette ou une Romance, ils ont négligé abfolument
l'art de la parole . Pour fuppléer à l'effet
que doit produire la fenfibilité dans certaines
fituations , on a eu recours aux cris , aux éclats
aux emportemens convulfifs ; ony a accoutumé
le Public : & on lui a fi bien fait un befoin de .
l'Opéra bouffon ou de laComédie lyrique, qu'àu
jourd'hui , dans les trois quarts des villes de la
Province, on ne joue que très- rarement la Tragédie
, très-peu la Comédie , fouvent le Drame ,
& prefque toujours l'Opéra comique. A Ver
failles, tout auprès de la Capitale, c'eſt une troupe
de Chanteurs qui fait les frais des repréfentations
on a voulu , l'année dernière , y placer .
une troupe de Comédiens ; elle n'a pas pu s'y ,
foutenir. Comment la Comédie ne dégénéreroitelle
pas , quand de toutes parts des Acteurs man--
quent aux Auteurs , quand les uns & les autres :
manquent d'un Public digne de les former; enfin, ›
DE FRANCE. 229°
quand , loin de l'encourager , on eft fans ceffe
difpofé à la facrifier à un genre qui la dénature,
& qui n'a emprunté d'elle quelques-uns de fes
refforts , que pour les employer à fa ruine ?
Quand la Comédie étoit goûtée en Province ,
quand elle y trouvoit des Juges éclairés , les
jeunes Comédiens alloient y faire leurs premières
études , recevoir des leçons de goût , perfectionner
leurs talens , & au bout de quelques
années on les voyoit revenir dans la Capitale ,
en repeupler les Théatres , & y mériter des applaudiffemens
que leurs travaux leur avoient préparés
d'avance. Comme ils avoient été entraînés
vers leur Art par un goût irréſiſtible , par une
paffion infurmontable ; comme ils l'avoient étudié,
approfondi , ils étoient des hommes inftruits
, ils pouvoient communiquer des lumiè
res aux jeunes Auteurs qui les alloient confulter
; ils leur applaniffoient le chemin d'une carrière
difficile , & leur fervoient de guide dans
les fentiers des fuccès & de la réputation . C'eft
à l'expérience de Mlle. Quinault, que l'Auteur
de la Métromanie alla s'éclairer fur fes forces ,
fur fon génie & fur fes défauts. Aujourd'hui les
Acteurs , même médiocres , font rares ; la Ca
pitale ne peut plus rien attendre de la Province,
que des Chanteurs , & la Comédie feroit fur
le point de manquer de fujets , fi une Adminiſtration
bienfaifante & protectrice de notre
théatre , n'y avoit pas pourvu par des moyens
dont nous parlerons tout à l'heure . Ce qui
doit affliger le plus les vrais Amateurs du Théatre
, c'eft que ce n'eft point le goût dominant
d'un état où l'on peut trouver de la gloire ,
ce n'eft point l'amour des fuccès qui fait à préfent
des Comédiens , c'eft l'amour de l'argent ,
de la richeffe. Les fuffrages publics , on en jouit
quand on les obtient ; quand on ne les mérite
230 MERCURE
pas , on s'en paffe , & la part entière après la
quelle on foupire , & pour laquelle on intrigue
fans ceffe , confole non pas feulement de l'abfence
des fuccès , mais de la honte elle -même.
Ah ! ce n'eft point avec des fpéculations de ce
genre , que les Baron , les Dufrène , les Préville
, & quelques Acteurs dont nous poffèdons
encore les talens , ont acquis l'illuftration qui
demeurera attachée à leur nom , & qui les rendra
chers encore à nos neveux .
Mais ce qui , en étendant le goût des Spectacles
jufque dans les dernières claffes de la
Société , a le plus contribué à la perte de la Comédie
, c'est la multiplicité des petits Theatres
qui inondent la Capitale. C'eft là que des Auteurs
licencieux , que des Verfificateurs obfcurs ,
que des Ecrivains faméliques portent en foule
des Ouvrages où la raifon , la morale , la vertu ,
la délicateffe , les bienféances , le goût , font outrages
d'une manière pitoyable. C'est là que la
jeuneffe , attirée par la liberté qui y règne , par
les femmes galantes qui y abondent , va perdre
fon éducation , l'idée du beau , du vrai , du
noble , de tout ce qui eft décent , de tout ce
qui eft honnête. C'eft là que la curiofité conduit
d'abord , & qu'enfuite l'habitude & les
circondances entraînent le plus fouvent les
perfonnes qui devroient former la bonne compagnie
, & qu'elles apprennent à fe dégoûter
des productions faites pour parler à l'ame , à
l'efprit , à la raifon . Eft-il poffible que ceux qui
fe font accoutumés à rire aux farces dégoûtantes ,
aux boiffonneries . miférables , aux plates facéties
qui compofent tout le comique fouvent
obfcène & repouffant des prétendues Comédies
qu'on y joue , voient avec intérêt repréfenter
le Mifanthrope , le Philofophe marié , l'Ecole
des Mères , & tant d'autres Ouvrages moraux ,
DE FRANCE. 231
qui ont fait l'honneur du Théatre François ?
Non; cela ne fe peut pas. Il en eft du moral
comme du phyfique. On ne peut pas accoutumer
fon palais aux liqueurs fortes , aux aliens
frelates , fans y perdre une partie de la fineffe
, de la délicateffe de fon goût , fans finir
même par s'en priver tout-à-fait . L'efprit & la
raifon fe dénaturent de même par l'abus des
repréſentations crapn'eufes , par l'habitude du
comique bas & trivial ; & quand on a pu fe
ravaler affez pour partager , avec une espèce
de volupté , les groffes & fales jouiffances de
la plus vile populace , il n'eft pas préfummable
que l'on puiffe remonter enfuite juqu'à celles
qui font faites pour des coeurs délicats & pour
des têtes raisonnables. Si nous avons vu depuis
quelques années des Pièces d'un certain genre
fe préfenter effrontément fur la Scène Fran
çoife , y obtenir de longs & incroyables fuc
cès , faire une fenfation générale dans le Royaume
, & aller infecter les Théatres de la Province
, après avoir déshonoré celui de la Capitale
, c'eft à l'influence des petits Théatres fur
les idées publiques , qu'il faut attribuer leur
fuccès. Sans eux , jamais le peuple Parifien
tout léger qu'il puiffe être , ne fe feroit oublié
au point de voir tantôt régénérer avec plaifir
les vieilles guipures de la Tragi-Comédie , tantôt
prolonger en cinq Actes les indécentes intrigues
de quelques Comédies de Dancourt ,
de le Grand , ou d'autres Auteurs auffi licencieux.
Eh ! de quelle utilité font ils donc ,"
ces petits Théatres , aujourd'hui fi nombreux ?
Nous en cherchons la néceffité , nous ne la
voyons pas quant aux inconvéniens défaftreux
qu'ils entraînent , nous les trouvons fans les
chercher. Il faut , dit - on , des Spectacles an
Peuple. Oui , puifqu'on l'y a accoutumé ; mais
232 MERCURE
pourquoi lui en a-t-on fait une habitude ? Y at
-il gagné du côté des moeurs ? Non ; au contraire
, il y a appris beaucoup de chofes qu'il
ignoroit , qu'il n'avoit pas befoin de favoir , &
il s'y eft familiarifé avec la honte . Comment ?
Le voici. Il en a vu les Acteurs , les Actrices
jouir d'une certaine aifance ; il a vu que ces der-i
nières, quand elles étoient jolies , y étoient entourées
d'adorateurs , de protecteurs , d'amis
comme celles des grands Théatres , & la pente qui
entraîne tout homme à quitter des travaux pénibles
, la facilité évidente d'y pouvoir briller fans
talens , lui a fait imaginer d'arracher fes enfans
à l'étatutile , mais honnête quoique fervile , auquel
ils étoient destinés par leur naiffance , pour
en faire des Baladins , des Actrices , des Danfeurs
ou des Danfeufes. Les Théatres des Bou
leyarts font couverts de petits libertins , de
filles proftituées avant l'âge , qui doivent le
jour à des Artifans , dont peut- être la groffièreprobité
feroit demeurée intacte , s'ils n'avoient
pas trouvé dans ces cloaques du vice & du mau-
Vais goût , des caufes de féduction qui la leur
ont fait perdre. C'est réellement un tableau affligeant
que celui de tous ces enfans, de tous ces
jeunes gens de l'un & de l'autre sèxe , flétris ,
décolorés , pâles , foibles , décharnés , portant
fur leur phyfionomie le certificat de leur inconduite
, & le figae des maladies qui les rongent.
Si tous ces petits malheureux n'euffent pas été
dévoués à l'infamie par des parens avides , ils
auroient vécu tranquilles dans leur fphère , ils
feroient devenus des époux , des pères , ils auroient
donné à la Patrie des citoyens , des artifans
ou des foldats ; & non feulement ils font
perdus pour elle , mais ils laifferont après
eux leur exemple à fuivre à d'autres enfans ,
qui enchériront peut être encore fur leurs
DE FRANCE. 233
❤
vices & furleurs excès . Nous pourrions étendre
če tableau ; mais nous n'avons voulu qu'indiquer
les dangers qui font attachés à la multiplicité
des petits Theatres. Ce font eux qui ont
commencé la ruine du goût & la dépravation des
moeurs du Peuple ; ils l'achèveront , fi l'on n'y
met pas promptement ordre : voilà tout ce que
nous voulions dire. Puiffe-t- on nous entendre ,
& porter fans délai remède à un mal imminent
& tout à l'heure irréparable ! L'extinction de
quelques uns de ces Théatres eft néceffaire.
Si l'exiftence de tous paroît l'être , par les fecours
pécuniaires qu'en tire annuellement l'Académie
Royale de Mufique ; que l'on fonge que
le Spectacle cft devenu un befoin ; que les treteaux
dont la ville eft couverte , font fréquentés
non feulement par le peuple , mais par tous les
ordres de la Société que la plupart de ceux
qui s'y rendent fe rejetteront par néceffite fur
les Theatres Royaux , & que l'Opéra eft aujourd'hui
un fpecicle affez intéreffant , affez ,
généralement goûté , pour que les recettes en
deviennent excellentes , & qu'elles fuffifent à
fes dépenfes , fur-tout s'il eft conduit par une
Administration fage , éclairéé & attentive.
Il eft bon , fans doute , que la Comédie proprement
dite ne fe joue pas feulement fur le
Théatre François . Tous les talens , tous les
Artiſtes ont befoin d'un aiguillon qui les ftimule,
qui les réveille , qui les force à penser à la fatisfaction
du Public , en les faifant fonger à
leurs intérêts ; & la rivalité de deux Theatres
peut feule entretenir l'émulation , le zèle & le
travail . Les Auteurs , convaincus de cette vé
rité , ont long - temps demandé une feconde
Troupe. Si l'on n'a pas tout - à - fait répondu
à leurs voeux , au moins y a-t- on répondu en
partie , en rendant aux Comédiens Italiens le
234
MERCURE
droit dont ils s'étoient inconfidérément fevrés ;
de jouer la Comédie Françoife . Puifque voici
déjà un fimulacre de cette feconde Troupe tant
défirée , pourquoi ne lui pas donner une exiftence
réelle ? Ne vaut il pas mieux que les Auteurs
confacrent leurs veilles à travailler pour
un Théatre Royal , que pour des treteaux honteux
, où ils riſqueroient de perdre leur goût ,
leur délicateffe & leurs principes ? Ce qui arrête
l'effor du genre François au Théatre Italien ,
c'eft encore la fureur des petits Spectacles. Tout
le monde s'y porte de préférence , & on abandonne
la Comédie Italienne , fur le prétexte
qu'elle ne joue pas des Ouvrages auffi gais
que ceux que l'on repréfente ailleurs . Quelle
abfurdité ! Des faits la démontrent. Lašlės de
s'entendre faire fans ceffe un reproche ridicule
, les Comédiens Italiens ont effayé de
repréfenter quelques-unes de ces Pièces qu'on
les accufoit de méprifer fans raifon . Ils en ont
choifi deux ou trois , qui font tombées ; & ces
chutes , auxquelles on auroit dû s'attendre , leur
ont fur le champ attiré un autre reproche , celui
de donner des Comédies inférieures en mérite
à celles que l'on applaudit fur le Théatre
des Variétés . Il n'eft pas plus fondé que le premier.
Il eft des tableaux qui font propres à certains
cadres , qui s'y trouvent dans le jour qui leur
convient , & qui feroient abfolument déplacés
dans d'autres . Il en eft de même des Pièces de
Théatre ; telle qui réuffit dans un Spectacle , tomberoit
fur une autre Scène ; & telle tombe ici ,
qui réuffiroit là. Nous ne connoiffons guère aux
Variétés que Guerre ouverte qui eût pu avoir du
fuccès au Théatre Italien : nous difons qui eût
pu , car nous n'oferions pas en répondre ; l'intrigue
en eft forte & attachante ; mais le ftyle
en eft miférable. Le Revenant , Affaut de FourDE
FRANCE. 235
1
beries , la Nuit aux Aventures , & beaucoup
d'autres Pièces qui y attirent l'affluence , auroient
échoué fur la Scène Italienne . Le Bon Père ,
l'Indiferette, la Double Tromperie , qui n'y ont
point eu de fuccès , auroient réuffi aux Variétés.
Ce qui nous porte à le croire , c'eft que
les Dupes & les Auteurs de qualité , Pièces tombées
au Théatre Italien , ont eu , fous d'autres
titres , du fuccès fur celui de l'Ambigu - Comique.
Que MM . les Comédiens Italiens fe confolent
donc d'un reproche plus défagréable ,
comme nous le leur avons déjà dit , que férieux
& fondè ; qu'ils n'écoutent point les difcours
toujours équivoques de ceux qui frondent par
ton, par habitude, ou par befoin ; qu'ils écartent
de leur Théatre tous les Ouvrages qui n'en
font pas dignes , & qu'ils repréfentent avec foin
ceux qui peuvent y plaire. La Comédie des
Etourdis prouve qu'il y a chez eux un nombre de
talens fuffifant pour faire le fuccès de quelques
Pièces ; qu'ils follicitent leurs Supérieurs pour
en obtenir une grande Amoureufe , un jeune
Amoureux, & un Valet , dont leur genre François
a encore befoin ; alors ils verront accourir
à leur fpectacle les Auteurs & le Public , & le
tableau de leur travail annuel ceffera d'être auffi
affligeant que celui que nous allons préfenter.
THEATRE ITALIEN . On y a donné cette an
née vingt-cinq Pièces nouvelles , & l'on y en
a remis trois . Les trois remifes font : Le Poëte
fuppofe, par M. Laujon , mufique de M. Champein
; Sancho Pança , Opéra comique de feu
Poinfinet , mufique de M. Philidor ; & la Vie
efl un Songe , Comédie de Boiffy. Celle ci eft
tombée à la première repréſentation .
Fellamar & Tom Jones , Comédie de M. Defforges,
en cinq Actes & en vers ; Azémia ou les
436
MERCURE
Sauvages , Opéra comique de MM . de la Cha
beauffière & d'Aleyrac ; le Minutieux , Comédie
en un Acte ; la Négreffe , Opéra en vaudevilles ,
par M. Radet ; Isabelle & Rofalvo , Opéra comique
, de MM. Patrat & Propiac ; Pauline & Val
mont , Comédie en deux Actes , par M. Bodart ;
les Promeffes de Mariage , Op. com. de MM. Desforges
& Berton ; Renaud d'Aft , Op. com. de
MM. Radet & Barré, mufique de M. d'Aleyrac ;
Lanlaire , Parodie de Tarare ; la Fille Garçon ,
Opéra comique , mufique de M. de S. Georges ;
Dormenon & Beauval, Op. com. par MM.... ;
les Gens de Lettres , Comédie en cinq Actes , par
M. Fabre d'Eglantine ; Celeftine & Olivier , Co
médie en trois A&t. par M. de Magnytot , mufi
que de M. Bruni ; Indifcretie fans le favoir,
Comédie en deux A&tes ; Berthe & Pepin , Comédie
en trois Actes , mufique de M. Deshayes ;
Natalie , Drame en trois A&tes ; l'Amant à l'épreuve
, Comédie en trois Actes , mufique de
M. Berton; les Etourdis , Comédie en trois A&tes
& en vers ; le Prifonnier Anglois , Comédie en
trois Actes , par M. Desfontaines , mufique de
M. Gretry; Sophie & Derville , Comédie en deux
Actes , par Mlle. de S. Léger ; les Solitaires de
Normandie , Opéra en vaudevilles , par M. de
Piis ; les deux Sérénades , Opéra com. en deux
A&tes , par M. Goulard , mufique de M. d'Aley-
La Double Tromperie , Comédie en trois
A&tes ; & Julien & Colete , Opéra comique en
un A&te , mufique de M. Trial le fils . Telles
font , en y plaçant pour deux Ouvrages le Prifonnier
Anglois , parce qu'il a été entièrement
refondu de fa première à fa feconde repréſentation
, les vingt-cinq Pièces nouvelles qu'on a
données à ce Théatre pendant le cours de l'an .
née. Six d'entre elles font tombées fans retour
à leur première repréfentation ; d'autres ont
DE FRANCE . 237
été données deux ou trois fois , & c'eft le plus
grand nombre , fans pouvoir aller au delà .
*
THEATRE FRANÇOIS. Les Comédiens de ce
Spectacle ont montré autant de zèle que les
Comédiens Italiens , & ils ont été plus heureux.
Leur travail confifte en quatorze Pièces nouvelles
, & huit Pièces remifes . Ouvrages nou
veaux. Hercule au mont Eta , Tragédie en cinq
Actes , par M. le Fevre ; l'Ecole des Pères
Comédie en cinq Actes par M. Pieyre ; les Amis
à l'Epreuve , Comédie en un Acte par le même ;
Antigone ou la Piété Fraternelle, Tragédie en cinq
Actes ; le Prix Académique , Comédie en un
Acte ; Augufta, Tragédie en cinq Actes, par M.
Fabre d'Eglantine ; la Maifon de Molière , Comé
die en quatre A&tes ; Rofaline & Floricourt , Comédie
en deux Ates ; les Rivaux , Comédie
jen cinq Actes ; Odmar & Zulna , Tragédie en
cinq Actes , par M, de Maifonneuve , la Reffen
blance , Comédie en trois A &tes ; les Réputa
tions , Comédie en cinq Actes ; l'Optimiste , Comédie
en cinq Actes , par M. Collin d'Harle
ville; & Meleagre , Tragédie en cinq Actes , par
M. le Mercier. Ouvrages remis . Coriolin , Trag.
par M. de la Harpe ; Brifeis , Tragédie par M.
Poinfinet de Sivry ; Zuma , Tragédie par M.
le Fevre ; l'Amour ufe , Comédie de Deftouches ,
réduite en trois Actes ; Atrée & Thyefte , Trag.
de Crébillon ; Hamlet, Tragédie de M. Ducis :
à quoi nous ajouterons la remife de l'Ecole
des Bourgeois , & de la Métamorphofe amoureuſe ,
pour le répertoire de la Cour. Quelques- uns de
ces Ouvrages font tombés , mais les autres
ont eu la plupart un grand fuccès. Ce qui a furtout
attiré l'affluence à la Comédie Françoife
c'est le mouvement continuel qu'elle a donné
à fon répertoire , & la variété qui en eft réfultée
pour les repréſentations. Nous aimons à voir
238
MERCURE
, ain les Comédiens du premier Théatre du
Monde exciter la curiofité , fixer l'attention ,fur
eux , & appeler l'oeil du Public & des Auteurs
fur les bons modèles , fur les Chef-d'oeuvres
dont ils font les dépofitaires .. Ce zèle , cette afdeur
, ces foins , ce courage , rendront un grand
fervice à l'Art . Nous les en félicitons , nous les
engageons à les continuer , & nous les affurons
qu'ils auront la gloire d'arrêter la chute de la
Comédie , au moment même qu'elle paroît le
plus prochaine.
"
Ce qui peut non feulement retarder la chute
de ce bel Art , mais encore contribuer à fa régé
nération c'eft l'établiffement moderne d'une
Ecole Royale de Déclamation , Ecole qui eft
aujourd'hui dans toute fa vigueur. Puifque la
Province ne peut plus fournir de Sujets à la
Capitale , il étoit néceffaire , indifpenfable , qu'on
cherchât les moyens d'en former ; & par qui
auroient- ils pu l'être mieux que par des Comédiens
, dont les uns ont été dignes de fervir de
modèles , & dont les autres ont puifé dans l'étude
du talent de nos plus excellens Acteurs , les
connoiffances qu'ils ont acquifes ? Nous favons
bien , nous nous en fommes convaincus par l'obfervation
, que le talent de la Comédie ne s'infpire
point , mais le germe s'en développe , il
eft fufceptible d'être perfectionné par les bons
avis , & c'eft à quoi l'Ecole Royale fera trèsutile.
Les Sujets qu'un génie bouillant , qu'une
paffion décidée pour l'Art Dramatique fait courir
vers cette carrière , n'ont pas befoin de Maitres
; cela eft vrai : mais ces Sujets font rares ,
ils l'ont même toujours été , & il en eft beaucoup
d'autres qui ont befoin d'être avertis de
leurs forces , de leurs moyens , de leurs reffources
qu'ils ignorent encore , ou dont la
timidité, l'inexpérience leur interdifent l'ufage.1
DE FRANCE.
239
Sous les yeux & à l'aide des leçons de Maîtres
éclairés, ils s'inftruiront de ce qu'ils peuvent faire;
& quand on ne prendroit dans l'Ecole Royale
qu'un débit raifonnable , les traditions de la
bonne Comédie , un maintien décent , & l'hạ-
bitude première de la Scène , ce feroit encore
une inftitution utile que cet établiſſement , &
dont les Amateurs du Théatre devroient favoir
gré à l'Adminiftration qui l'a fondée & qui la
protège .
ANNONCES ET
NOTICES.
DISCOURS fur la Question : » Quel eft le
» moyen le plus propre à favorifer & augmenter
>
la population en Berri « ; par M. Félix Pallet ,
Avocat en Parlement & au Bailliage de Berri ,
Siége Préfidial de Bourges , Hiftorien du Berri
de l'Académie d'Orléans , & Rédacteur des Affiches
de Bourges ; in-4° . A Bourges , chez J. B.
Prévot , Lib. , & au Bureau des Affiches , rue de
la Porte neuve ; & à Paris , chez Née de la Rochelle
, Lib. , rue du Hurepoix ; & Monory , rue .
de la Comédie Françoife.
Ce Difcours a concouru pour
le Prix propofé
par l'Affemblée
Provinciale du Berri,
PROCES-VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale des Duchés de Lorraine & de Bar
tenue à Nanci dans le mois d'Août. 1787 ; in-4°.
A Nanci, chez H. Haener , Imp. ; & fe trouve à
Paris , chez Née de la Rochelle , Lib . , rue du
Hurepoix, No, 13. Prix , 1- liv. 16 f.
240 MERCURE DE FRANCE,
Procès-verbal des Séances de l'Affemblée Provinciale
de l'Orléanois , tenue à Orléans le 6
Septembre 1787 ; in-4°. A Orléans , de l'Imprimerie
de Couret de Villeneuve ; & à Paris , même
adreffe & même prix.
Procès-verbal des Séances de l'Affemblée Provinciale
d'Auvergne , tenue à Clermont - Ferrand
dans le mois de Novembre 1787 ; in-4° . A Clermont-
Ferrand, de l'Imprimerie d'Antoine Delcros;
& à Paris , même adreffe. Prix , 7 liv. 10 ſ. 1
CARTE de la Mer Noire. Prix , 1 liv . 4 f. A
Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente .
Cette Carte doit fervir à l'intelligence du » Commerce
de la Mer Noire « , par M. Peyffonnel, Ouvrage
important dont nous avons rendu compte.
VERS.
TABLE.
Jean & mon Proc. , Conte Difcours.
193
epigrammatique. 193 Variétés.
Charade, Enig. & Logog. 195 Spectacles.
Les Métamorphofes a’Ovide. Annonces & Notices.
ΑΙ
APPROBATION.
197
243
244
225
239
J'ai lu , pat ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ;
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 29
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 28 Mars 1788.
SELIS , Cenfeur Royal.
JOURNAL POLITIQUE
D.E
BRUXELLES.
RUSSI E.
De Pétersbourg, le 12 Février 1788.
Le départ du Grand Duc pour l'armée ,
foit de Romanzof , foit de Repnin , eft
différé jufqu'au mois de mai . On vient de
déclarer à la Cour la groffeffe de la Grande
Ducheffe. Il règne ici beaucoup de
maladies , qu'on attribue à l'intempérie.
Il a été expédié à Cronftatd de nouveaux
ordres de l'Amirauté , pour accélérer
l'armement de l'efcadre .
On vient de finir ici l'impreffion du
Cour'ann , que S. M. I. a fait exécuter
à l'ufage de les Sujets Mahométans . Le
Prince de Wafemskoy en a dirigé les tra-
-vaux. Cette édition eft la 4. du Cour'ann ,
sexécutée en langue Arabe ; la première
parut à Venife en 1530 ; la feconde , à
No. 13. 31 Mars 1788 .
h
( 194 )
Hambourg, en 1694 ; & la troiſième , à
Padoue , en 1698.
Pendant l'année dernière on a compté
dans cette réfidence 1,416 mariages
6,628 naiffances & 4,180 morts.
POLOG NE. -
De Varfovie, le 29 Février 1788.
La fermentation qui ne s'eft jamais
éteinte à Dantzick , depuis que le commerce
de cette ville fe trouve dans la dépendance
du Roi de Pruffe , a repris de
nouvelles forces . Pendant que la Ruſſie
& la Pologne font occupées d'autres circonftances
plus importantes , un parti
très- nombreux du Peuple & de la Bourgeoifie
a formé le projet de changer de
Suzerain .
On a cru le moment venu de recouvrer
la liberté du commerce , en lui fubordonnant
celle de la ville . La Régence
& les gens riches s'opposent à cette révolution
, & emploient , pour la prévenir,
autant de moyens que le refte du Peuple
en met a la faire réuffir. Notre Cour a
envoyé à Dantzick le Confeiller de Légation
Sartorius , en exhortant le Magiftrat
à mainten la tranquillité & l'état
at.uel des chofes , jufqu'à la convocation
de la prochaiuc Diète. Cette Affemblée
( 195 )
pourroit bien être accélérée , & précéder
une Diète extraordinaire . Celle - ci eft
demandée par un grand nombre de
Magnats peu favorables aux deux Cours
Impériales. Dans cette oppofition fe trouve
de nouveau le Prince Charles de Radziwill,
Palatin de Wilna , fi maltraité par
les Ruffes anciennement , & dont les
revers les plus défaftreux n'ont pas abattu
le patriotifme . Son château Ducal de
Nielwietz eft le rendez-vous d'une foule
de Nobles ; il a augmenté fon cortége
domeftique , & affermé pour fix ans la
coupe de fes bois en Lithuanie , à une
compagnie de Négocians , qui par anticipation
lui a payé une fomme de 80 mille
ducats. La déclaration de guerre de l'Empereur
à la Porte Ottomane a été publiée
dans toute la République , & même à
notre petite armée , malgré l'oppofition
de plufieurs Membres du Confeil Permanent.
Suivant les derniers rapports du Comte Potocki ,
Palatin de Ruffie , qui commande les troupes de la
Couronne fur les frontières , les forces Ottomanes
ont refpecté jufqu'à préfent le territoire de la République.
Il y a quelque temps que le Pacha de
Choczim écrivit au Comte Potocki , « que le Grand
Vifir lui avoit témoigné fon étonnement , que la
» Pologne eût permis de fi bonne grace que les
» Ruffes entraffent dans l'Ukraine , & y priffent
» des avantages qui pourroient devenir nuifibles à
» l'Empire Ottoman , ajoutant , que par ce prohij
( 196 )
» cédé la Porte fe trouveroit en droit de fuivre
» fon ennemi par-tout où fes forces le trouve-
» roient. » Le Palatin de Ruffie lui a répondu :
« Que la foibleffe de la République , relativement
» aux forces de l'Empire Ruffe , étoit une raifon
» fuffifante pour l'excufer qu'elle ne fe fût pas
» oppofée à main armée à des troupes auffi fu-
» périeures en nombre ; que cependant le Roi &
» le Confeil-Permanent avoient refufé la demande
» que le Réfident Impérial avoit faite , pour que
» la Pologne permît le libre paffage par les Pala-
» tinats limitrophes ; circonftance qui feule de-
» voit ôter tout foupçon que la République prît
9
la moindre part au fuccès des armes combinées
» des deux Cours Impériales contre les Etats Ot-
» tomans. » Les Commandans Turcs de leur
côté , fans commettre des hoftilités , témoignent
néanmoins affez qu'ils ne regardent point la Pologne
comme leur amie. Quelques Soldats ayant
déferté du régiment d'Infanterie du Prince Lubomirski
, celui- ci écrivit au Pacha d'Ogliari , qui
commande les troupes Ottomanes fur cette partie
de la frontière , pour qu'il lui livrât ces transfuges.
Le Pacha répondit poliment, « que la Porte
» n'étoit point dans l'ufage de livrer ceux qui ve-
» noient fe mettre fous fa protection , qu'ainfi il
» ne pouvoit le prêter à fa réquifition ; mais qu'il
» lui confeilloit de confier les poftes avancés à
des gens fur lefquels il pût compter . >>
- A la première nouvelle de cette déclaration
de guerre , l'armée du Prince de
Saxe-Cobourg s'étoit avancée de Snyatim à
Czernowitz fur le Pruth. Ce mouvement
indiquoit avec évidence un projet fur
Choczim : en effet , le Général de Witt 9
Commandant de Kaminieck , mande au
( 197 )
Gouvernement que les Autrichiens font
entrés en Moldavie , que le Prince de
Saxe-Cobourg a offert une capitulation
au Pacha de Choczim , en le menaçant
d'être exterminé , lui , fa garnifon & les
habitans de la ville , par les Ruffes , fi
l'on attendoit leur arrivée. Le Pacha a
demandé , au nom de fon Divan , un délai
de 12 jours , pour rendre une réponſe définitive.
L'on ignore encore fi ce délai a
été accordé , mais l'on parle du blocus.
de la place , refferrée de toutes parts. II
ne s'y trouve , fuivant les avis Autrichiens ,
que 3,000 hommes de garnifon ; l'on
ajoute qu'une divifion de l'armée Ruffe
s'eft portée de manière à couper chemin
aux 30 mille Tartares que commande le
nouveau Khan ; enfin , on prétend que
quelques détachemens de Cavalerie Ruffe
fe font déja réunis aux Autrichiens , en
attendant la jonction générale. De ces
avis confus & imparfaits , il eft difficile
de rien conclure , encore moins peut- on
fe former une idée jufte de la pofition ,
des mouvemens , de la véritable force des
armées belligérantes de ce côté là . Celle
des Alliés en ce moment eft à peine de
40 à 50 mille hommes. Dans la dernière
guerre , le Prince Alexandre Gallitzin
attaqua Choczim à la tête de 107 mille
hommes , fut repouffé , battu , ainfi que
hiij
( 198 )
le Général Profarowski; la fortereffe ne
fut emportée qu'au troifième fiège , &
ne l'eût pas été , fi le Grand Vifir avoit
eu la fageffe de fe laiffer conduire par le
valeureux & pénétrant Karaman -Pacha .
Quelle eft aujourd'hui la véritable force de
la garnifon? Quelle armée peut l'appuyer?
Y a - t-il ou non des troupes Ottomanes
en affez grand nombre pour défendre
les fameufes lignes de cette place ? C'eft
ce que l'on ne dit point ; & comme les
Ottomans n'ont pas de Gazettes ni de
Bulletins officieux , qui deux fois par ſemaine
exagèrent leurs forces , annoncent
leurs avantages , ou indiquent & déguifent
leur fituation , rien de plus incertain
ni de plus puéril que toutes les conjectures
& les raifonnemens dans cette circonftance.
On parle , il eft vrai , d'un renégat
Hongrois , nommé Corzi , autrefois
Colonel au fervice Impérial , qui.commande
30 mille Turcs dans le voisinage
de Choczim ; mais , en vue de pareilles
forces , comment le Prince de Cobourg , à
moins de compter fur la trahifon du Pacha
de Choczim , auroit- il efpéré aucun fuccès
de fa fommation ? Peu de jours fuffiront
à l'éclairciffement de cette énigme.
Le Confeiller- privé Sartorius eft de
retour , & il a remis au Roi fon rapport
de la fituation a&tuelle de Dantzick..On
( 199 )
7
croit que S. M. fera remettre un mémoire
aux Cours de Pétersbourg & de Berlin ,
pour les déterminer à prendre en férieuſe
confidération l'exiftence politique & le
commerce de cette ville .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 10 Mars.
L'Empereur , accompagné du Lieutenant-
général Comte de Kinsky , & des
autres perfonnes que nous avons nommées
, eft arrivé le ier. de ce mois à Gratz.
Il s'eft rendu chez le Général d'Artillerie
de Langlois , qu'une maladie retient
au lit , & eft reparti le lendemain de grand
matin , fe rendant par Cilli & Laybach à
Triefte , où S. M. fera arrivée le 4 de ce
mois.
Nous avons donné un réfumé fuccinct
des petits faits d'armes que nous ont appris
les Gazettes de la Cour juſqu'au 2
de ce mois . Nous ne reviendrons pas fur
la longue énumération des bateaux pris
ou brûlés fur la Save & le Danube . Ni le
vieux Gradiska , ni Semendria , n'ont pu
être enlevés. La première de ces fortereffes
eft , à ce qu'on dit , un monceau
de ruines du côté de la Save . Suivant les
uns , on a dédaigné d'y entrer , parce que
cette place eft hors d'état de nuire ; fuihiv
( 200 )
vant d'autres , un renfort de 1,500 hommes
que la garnifon a reçu de Banjulaka
auroit rendu dangereufe, pour le moment ,
toute entrepriſe ultérieure . Il fe répand
que le Général de Wartensleben en perfonne
, a renouvelé , le 19 février , l'attaque
de Semendria , inutilement tentée
le 17.
Ces premières opérations , dont on avoit
cru le fuccès fi facile , femblent nous préfager
que fi nous remportons quelquesavantages
dans cette campagne , nous les
devrons à la grande fupériorité du nombre
& de notre tactique , mais nullement à
celle de courage . Les Bofniaques abhorrent
les Croates & les Efclavons ; on verfera
bien du fang avant que de les foumettre
àune nouvelle domination . Lorſque
la Maifon d'Autriche demanda à la Porte , il
y a 3 ans , une nouvelle démarcation & la
ceffion des diftri&ts en deçà de l'Unna ,
les Bofniaques proteftèrent à Conftantinople
contre cette ceffion , & dirent à la
Porte que fi elle ne vouloit pas fairela guerre
pour cet objet , ils demandoient la liberté
de fe défendre eux - mêmes contre leurs
voifins.
« Il ne faut pas croire , dit une lettre
particulière reçue de l'armée , qu'il nous
fera auffi facile de vaincre qu'on affe &te
de le publier , fans doute pour nous ôter
( 201 )
l'honneur de la victoire . Tout porte å
nous perfuader que cette guerre fera meurtrière
. Tout ce qu'on dit de l'ignorance
& du peu de difcipline de nos ennemis ,
eft fondé fur une vieille prévention . Les
Turcs n'ont pas notre difcipline , mais ils
ont la leur , qui pourroit nous caufer beaucoup
d'embarras , fi leur artillerie , d'ailleurs
inférieure à la nôtre , eft fervie par
des Etrangers , & il paroît qu'il y en a
beaucoup parmi eux. »
La Gazette de Gratz a parlé d'une
feconde entrepriſe infructueuſe fur Belgrade,
dont on avoit feulement eu le même
foupçon. Cette Feuille a même publié la
lettre officielle du Baron de Bubenhoven ,
au régiment des Chevaux légers de Kinsky,
dont il eft Colonel , en les complimentant
de leur bonne conduite dans cette
occafion ; en voici la traduction ,
« MM. les Officiers , Bas - Officiers & Soldats
ayant montré à la feconde tentative faite fur Belgrade
, tout le zèle , toute l'activité , tout le courage
qu'on peut jamais attendre d'une bonne & vaillante
troupe , ce feroit une preuve véritable de mon infenfibilité
, fi cette glorieufe conduite ne m'avoit
caufé , comme Commandant & témoin oculaire ,
une fenfation de joie & de fatisfaction parfaite. Ce
fentiment agréable ne fera point paffager , mais
l'impreffion s'en confervera profondément dans
mon coeur pendant toute ma vie . Comme cepen❤
dant cette déclaration feroit encore un foible hommage
de la reconnoiffance que j'ai de vos fervices ,
hv
( 202 )
je fuis autorifé ( & j'en faifis l'occafion avec empreffement
& plaifir ) à vous faire part d'une lettre
que M. le Général Baron d'Alvinzy m'a écrite à
ce fujet , dans les termes fuivans :
<с Monfieur , recevez les affurances fincères de
» la vive reconnoiffance que je vous dois , &
» au régiment que vous commández : Je m'acquitte
» de ce devoir avec une forte de contentement
» intérieur inexprimable , & je vous prie , mon
» cher Colonel , d'agréer ce témoignage de ma
?>
profonde gratitude , & d'en faire part à MM.
» les Officiers & à tout le régiment . Non , je
» n'oublierai jamais le zèle , l'activité infatigable ,
» l'ordre & l'exactitude admirables dont ils ont
» donné de fi belles preuves en cette occafion , &
» que je crois être fans exemple. Combien il eft.
" à regretter qu'après tant de fatigues , tant d'ef-
>> forts pénibles , ils n'aient pu recueillir la
» moindre branche de laurier ! En attendant une
occafion plus heureufe , je crois ne pouvoir leur
» donner une preuve plus fenfible de ma recon-
» noiffance fans bornes , qu'en vous communi-
» quant ce que j'ai écrit là- deffus à S. M. , pour
» rendre à votre brave régiment toute la justice
» qu'il mérite. » Le voici :
de
"
« Je ne puis m'empêcher , dans cette occafion ,
faire l'éloge à V. M. de l'activité & de l'intelligence
avec lefquelles le Colonel Baron de Bubenhoven
avec deux divifions du régiment fous fes ordres , a
formé & maintenu , pendant trois jours & trois nuits ,
par le temps le plus rude , un cordon de 10 milles
en longueur ; & l'on doit àla vérité de dire que la conduite
admirable du Colonel , de même que le zèle &
l'activité defa troupe , font peut- être uniques en leur
genre. Ils méritent encore de nouveaux remercimens ,
pour avoir fifagement entretenu leur cordon , qu'iln’a
pu rien tranfpirer de ce côté de nos mouvemens, »
( 203 )
« Ayez la complaifance de faire part de tout
» ceci à MM . les Officiers , & de faire favoir à
" tous vos braves Chevaux- légers , combien je les
>> eftime ; combien cette conduite les honore. »
J'ai l'honneur d'être , &c.
BARON ALVINZY.
Le Comte de Caramelli di Caftiglione
Flattet , Chevalier de l'Ordre de Marie-
Thérèſe , Chambellan , Conſeiller intime
& de guerre de S. M. I. , Général de Cavalerie
, & Chef d'un régiment de Cavalerie
, eft mort ici le 29 février , dans la
73º, année de fon âge .
Le Comte de Collowrath , Chef de la
Chancellerie d'Autriche & de Bohême
eft dangereufement malade . La fanté
du Maréchal de Laudon eſt toujours chancellante
.
Pendant l'année dernière on a compté
à Infpruck & aux trois villages qui y appartiennent
, 344 naiffances , 94 mariages
& 415 morts.
De Francfort -fur-le- Mein , le 15 Mars.
En obfervant que , depuis deux mois , à
peine a- t- on reçu un feul avis authentique
de Conftantinople , que toutes les
lettres de cette Capitale , ou reftent enfevelies
à leur arrivée , ou ne parlent que
de détails inutiles ; que les Turcs n'écrivant
à perfonne , laiffent le champ libre
h vj
( 204 )
à toutes les inventions ; que
le rapport
des opérations de la guerre ne nous parvient
que par des Gazettes officielles ; enfin
, que les faits les plus certains font oubliés
, avant qu'on ait le temps d'en conftater
la vérité , on fera peu furpris de ne
lire fur l'état actuel de l'Europe orientale
, que des nouvelles découfues & des
raifonnemens fyftématiques fur ces nouvelles.
Nous ne pouvons encore donner
aucun enfemble à ces récits épars & fufpects
, ni en faire fortir un point de vue
clair & fatisfaifant..
4
Plufieurs Gazettes de l'Empire contredifent
fouvent celle de Vienne , & lui oppofent
des correfpondances réelles ou
fiatives , qui changent abfolument la nature
des faits ; elles affirment , par exemple
,
, que , fuivant des lettres de Funfkirchen
( Cinq-Eglifes ) , le feu de l'Artillerie
Autrichienne a en effet occafionné de
grands dégâts à la fortereffe du vieux
Gradiska , mais que les Turcs ont montré
tant de fermeté , qu'on n'a pas jugé à
Propos de tenter un affaut , & que leur
feu a également endommagé la fortereffe
Autrichienne de New- Gradiska qui eft
vis- à-vis. En général , les Turcs fe défendent
mieux qu'on ne l'auroit cru , &
ils difputent avec opiniâtreté chaque pouce
de terrain. Depuis Gradiska jufqu'à Bi(
205 )
haz , ils ont 17 forts que l'on emportera ,
mais en perdant beaucoup de monde.
Quelques lettres de l'Esclavonie annoncent
que les Turcs ont pris aux Autrichiens
cinq bâtimens de tranſport , & qu'à cette
occafion le Brigadier Brentano , accouru
pour les reprendre , a perdu la vie .
Voici l'itinéraire de l'Empereur : le 4,
à Triefte ; le 6 , à Fiume ; le 8 , à Zengh ;
le 10 , à Carlstadt ; le 14 , aux environs
de Novi ; le 16 , à Gradiſka ; le 17 , à
Brod ; le 19 , à Ratscha ; le 20 , à Ruma ,
où le Maréchal de Lafcy joindra S. M.;
le 22 , à Semlin , & le 25 , à Péterwaradin.
Le payfan Palifch , Saxon de naiffance ,
que fes connoiffances aftronomiques ont
rendu célèbre , & que l'Académie royale
de Londres reçut au nombre de fes Correfpondans
, eft mort au village de Prolis
en Saxe , où il n'a ceffe jufqu'à fa fin de
partager fes foins entre l'agriculture & les
obfervations aftronomiques. C'eft lui qui
le premier découvrit la comète de 1738 .
D'après le dernier dénombrement du Margraviat
de Brandebourg-Anfpach , cette Principauté , renfermée
dans une furface de 54 milles carrés , contient
une population de 200,960 perfonnes.
ESPAGNE.
De Madrid , le 5 Mars.
Depuis le 20 du mois paffé , il a plu
( 206 )
fi prodigieufement dans les deux Caftilles
& au royaume de Léon , que le Tage , le
Tormes & plufieurs autres rivières ont
débordé & caufé beaucoup de dégâts à
Aranjuez , principalement aux jardins du
Prince , que le Tage a emportés ; à Salamanque
& à Medina- del - Campo , où 52
maifons fe font écroulées , & à Valladolid
, à Tordefillas & Confuegra , où, après
un ouragan très- violent , on a reffenti une
fecouffe de tremblement de terre.
L'Affemb'ée de la Banque Royale , qui avoit
commencé le 24 février , à 9 heures du matin ,
n'a fini que le lendemain à 7 heures : il s'y eft.
trouvé , au commencement , 704 Votans ; ce nombre
a diminué après les premiers, débats , & dans
la nuit la première propofition a employé 5 heures ,
encore n'a-t-on pu s'accorder parfaitement. Les
Votans ont été moins difficiles pour les autres objets
de difcuffion : les motifs des débats rouloient
fur-tout fur le prétendu déficit des 100 millions de
réaux , fur une perte de 26 millions de réaux qu'on
foutenoit avoir été occafionnée par la fourniture
des vivres , & fur les banqueroutes que la Banque
a fupportées , particulièrement celle de Montalde ,
Entrepreneur & Directeur du Spectacle. Sur le
premier objet , M. Cabarrus raffura l'Affemblée ,
en leur difant qu'il y avoit dans la caiffe 300 millions
de réaux; d'autres certifièrent que la perte fur la
fourniture des vivres ne montoit qu'à 4 millions de
réaux , & que les bénéfices à faire excéderoient
cette fomme de beaucoup . Enfin il fut décidé de
nommer 9 Commiffaires , chargés d'examiner &
de vérifier les comptes ; qu'il feroit réparti un di(
207 )
vidende de 100 réaux par action , ou de 5 pour
cent fur le capital de chacune , & que M. le Comte
de la Corogna feroit élu premier Directeur , à la
place du Comte d'Altamira , qui en conferveroit
tous les honneurs ; & que quant aux autres Directeurs
, rien ne feroit encore déterminé.
ITALIE.
De Rome , le 26 Février.
En continuant l'excavation commencée.
près la fépulture de Néron , on a trouvé
un autre pavé en mofaïque blanc & noir ,
repréſentant au milieu un Mercure affis
fur une chèvre marine , tenant d'une
main un caducée , & de l'autre un ruban
, avec lequel il femble guider la chèvre
; dans les quatre angles font repréfentés
des dauphins qui
l'accompagnent.
Leurs Eminences les Cardinaux Aquaviva
font morts en cette ville ; l'un , le 29
du mois dernier ; & l'autre , le 4 de ce
mois.
Les deux projets qu'on avoit donné
pour détourner le cours du Tibre , & pour
affranchir le port de Ripagrande , éprouvent
une grande oppofition , & on affure
que les Cardinaux Borromei & Albani ont
fait directement au Pape des repréſentations
à ce fujet.
( 208 )
De Naples , le 29 Février.
La formation nouvelle de l'Artillerie',
& la publication du Code militaire ne tar--
deront pas à être connues. L'on a pris
de la première l'opinion la plus avanta
geufe , d'après les talens , l'expérience &
l'excellent jugement de M. de Pommereul
, Chevalier de St. Louis , & Commandant
le détachement d'Artillerie qui
nous a été envoyé de France. Cet Offi
cier , qui a mérité l'eftime générale par
fon caractère perfonnel autant que par
fes lumières , vient d'être élevé au grade
de Brigadier des armées , & nommé Infpecteur
général de l'Artillerie des deux
Siciles.
La frégate Napolitaine la Cérès de 44
canons , eft revenue de Londres , où elle
avoit été porter les préfens de porcelaine
que S. M. Napolitaine deftinoit au Roi
d'Angleterre . Elle a ramené de Londres
une corvette neuve , qui doit fervir de
paquebot entre Naples & Palerme.
GRANDE -
BRETAGNE.
De Londres , le 18 Mars .
La ftérilité abfolue de toute efpèce d'événemens
depuis quinze jours , a été
( 209 )
compenfée par la variété & la chaleur des
débats , qu'a excités dans les Communes ,
la détermination fixe des prérogatives du
Bureau de Contrôle , relativement à l'Adminiftration
de l'Inde . C'eft pour la fixième
fois, & ce ne fera pas la dernière , que
cette question du degré de dépendance où
la Compagnie doit être du Gouvernement
, agite les efprits , & alarme des intérêts
puiflans. Nous avons indiqué précédemment
la gravité & les faces diverfes de
cette difcuffion. Nous avons vu les terreurs
qu'elle a infpirées , même à d'excellens
efprits , libres de l'efclavage de parti ,
l'oppofition nombreufe qui en eft réfultée ,
& la déférence que le Miniftre a cru devoir
à une opinion affez générale . Ses ennemis
lui ont fu fort mauvais gré de cette
condeſcendance ; ils euffent préféré , de fa
part , un orgueilleux entêtement à fon
refpe &t pour la Conftitution ; mais en corrigeant
lui- même fon propre ouvrage , en
offrant de prévenir les dangers qu'auroit
pu entraîner fon Bill explicatif, il l'a fait
avec une nobleffe , une candeur , une
énergie , dont nos Lecteurs verront la
preuve dans fon Difcours prononcé le 7 .
« Les difcuffions , dit-il , auxquelles le Bill actuel a
donné lieu , en font à mon avis une des plus importantes
queftions foumifes à l'examen de cette Chambre.
Unequeftion qui tient aux principes conftitutionnels
, qu'elle peut affecter effentiellement . -
( 210 )
la
Sincèrement attaché à ces principes , j'efpère les
défendre jufqu'à la mort. Je ne crois pas que
Chambre y tienne moins aujourd'hui que lorfqu'elle
rejeta le Bill d'un T. H. M. ( M. Fox ) .
Elle doit me rendre la juftice de croire que je
les reſpecte comme elle , & je défie qui que ce foit
de prouver que j'aie jamais agi contradictoirement
à ces bafes de notre liberté & de notre bonheur
public. C'eft fur ces fondemens que je veux affeoir
mon Bill & la preuve de mon caractère. Si j'étois
affez aveugle pour les abandonner ces principes
facrés , je mériterois de perdre le témoignage de
mon coeur , l'eftime de mon pays & la bienveillance
de cette augufte affemblée . On a infinué que
je m'en étois écarté : je prie la Chambre de vouloir
bien faire attention à ma réponfe ; je l'exige même.
Si ces infinuations font calomnieuſes , on doit à
mon caractère la juftice de m'entendre ; fi elles font
vraies , je trouverai le châtiment de ma défection
dans ma défection même ; elle m'aviliroit au point
que le luftre d'aucune place ne pourroit me réhabiliter
. »
« Et d'abord , je déclare qu'il n'y a pas une
feule des affertions des Membres de l'oppofition
que je n'engage la Chambre à examiner avec le
plus grand foin. Je n'ai pas prétendu qu'elle
votât en faveur du Bill , fimplement parce qu'elle
le verroit néceffaire , ou entièrement d'accord
avec les principes de l'acte de la 24° . année du
règne de Sa Majefté. Si la Chambre a vu
dans la conduite du Bureau de Contrôle quelque '
malverſation évidente qui , à fon avis , rende dangereufe
l'existence ultérieure de fes pouvoirs , qu'on
aboliffe l'acte qui les lui confère . J'ai fouvent
établi qu'il n'étoit pas queftion de donner aucun
droit de Patronage au Bureau de Contrôle ; que
ce n'étoit pas là l'efprit du Bill. Je perfifte dans
( 211 )
cette déclaration. J'ai encore établi qu'il ne propofoit
pas davantage d'autorifer Sa Majesté à tenir
fur pied une armée indépendante ; & cette opinion
fera toujours la mienne , car je regarderois
cette autoriſation comme directement contraire au
premier principe de la conſtitution . Il y a plus ;
file Bill contient un mot qui femble menacer
l'Etat de ce danger , je crois la Chambre obligée
ou à le rejeter , ou à y mettre des reſtrictions qui
puiffent contrebalancer le mal. Affurément , s'il
donnoit le droit de Patronage , s'il établiſſoit une
armée permanente , s'il cuvroit la porte à la venalité
des emplois , ou mettoit les revenus de la
Compagnie entre les mains de ceux qui nommeroient
à fes places , je le défavouerois comme
contraire à mes principes. Qu'on le démontre ,
& je ferai le premier à me ranger du parti de
l'oppofition contre tout homme qui oferoit préfenter
un Bill auffi attentatoire à la conftitution
Britannique . Si la Loi n'a pas encore mis en
vigueur des reftrictions , des contrepoids , qu'elle
le faffe ; fi ceux qui exiftent font infuffifans, qu'elle
les fortifie & en ajoute de nouveaux . »
" De ce que le Bureau de Contrôle auroit entre
fes mains les revenus , il ne s'enfuivroit pas qu'il
pût foudoyer une armée dans l'Inde fans l'approbation
du Parlement . Ne faudroit- il pas que la
Chambre en eût connoiffance par l'état militaire
qu'on lui préfente tous les ans , & par les formalités
qu'exige le Bill de mutinerie ? Le Bureau
de Contrôle n'eft pas en état de payer une feule
roupie à un foldat illégalement incorporé , & affurément
je ne prétends pas le fouftraire à cette
dépendance légitime ; mais fi les pouvoirs qui lui
reſtent après toutes ces reftrictions vous paroiffent
er core dangereux , ne fouffrez pas , Meffieurs ,
qu'ils foient jamais adoptés, »>
( 212 )
Un Honorable Baronnet , ( Sir James Johnftone
) a dit dans un débat antérieur , qu'il étoit
arrivé à la Chambre avec une défiance générale
contre fes Membres. - Je prie la Chambre d'agir
en cette occafion , d'après les principes de l'Honorable
Baronnet. Quand elle foumet à ſon examen
une queftion d'une fi grande importance ,
il eft du devoir de tous de ne procéder qu'avec
la plus grande circonfpection : le mien eft de refpecter
particulièrement ces foupçons , d'y avoir
égard , d'eſſayer de les diffiper ; & les repréſentans
de la Nation qui m'écoutent , ne rempliront
ce qu'elle attend d'eux , qu'autant qu'ils furveilleront
d'un oeil vigilant & jaloux les principes de
la Conftitution , au maintien de laquelle je fuis fincèrement
attaché , puifque c'eft fur mon zèle pour
fa confervation , que je veux fonder mon caractère
public dans le monde , & l'eftime que je
defire d'obtenir de cette Chambre, »
« Ona avancé que la conduite du Bureau de Contrôle
annonçoit la corruption , & qu'il exercoit un
Patronage illégitime. Le feul acte marqué de Patronage
, a été de mettre à la tête de quatre régimens
des Officiers à demi- paie , & de décharger
airfi l'Angleterre d'une folde de 30,000 livres par
an. Le préfent Bill ne réclame pas d'autre patronage
que celui que la Chambre a adopté ; il
ne s'oppofe point aux nouvelles reſtrictions qu'on
voudra y mettre. La différence entre mon Bill
& celui du T. H. Membre de l'oppoſition ( M.
Fox ) , eft que le fien envahiffoit toutes les nominations
militaires fans reſtriction , & toutes les
affaires politiques de la Compagnie & fon commerce
entier. Le mien embraffe uniquement la
furintendance du militaire , du civil & des revenus.
Ufurpe-t-il quelque droit de Patronage , petit ou
grand ? On peut employer , & je demande même
( 213 )
qu'on emploie les reftrictions convenables pour
le limiter : je renonce même à ce droit fi on l'exige ;
mais le Bill de l'Honorable Membre engloboit ,
envahiffoit tout , fans pudeur , & étoit directe
ment contraire aux principes fondamentaux de la
conftitution . Et maintenant le T. H. Membre ſe
fonde pour invectiver contre mon Bill , fur ce qu'il
demande une partie de ce qu'il prenoit en totalité
! En conféquence de fes invectives , il fait
flotter fièrement fon drapeau , fe glorifie du nombre
des fatellites qui marchent fous fa bannière , &
a la petiteffe de croire qu'il a humilié la Chambre ,
& s'eft bien vengé de ce qu'elle l'a détrôné il y
a quatre ans , de la place d'où il l'accabloit de
fon defpotifme. »
« Je déclare à la face de la Nation , & devant
cette Chambre compofée de fes repréſentans ,
que je ne pourrois admettre le tranfport du
Patronage à la Couronne , fans mentir à mes
principes , à mes actions , à ma confcience ; tandis
que mon adverfaire , pour peu qu'il veuille
agir conféquemment à fes principes & à fa conduite
antérieure , doit tenir à ce même Patronage
dans toute fon étendue , à laquelle je veux des
modifications. Je crois , je me flatte , que la refpectable
majorité qui a voté avec moi dans le
dernier débat , n'a agi comme moi , que parce
qu'elle a fenti comme moi , que parce qu'elle a
adopté les principes que j'établis . Je fomme ces
Meffieurs d'ajouter les reftrictions néceffaires au
Bill , & de défendre la conftitution avec le même
zèle qu'ils ont fait éclater en rejetant le Bill de
mon adverfaire. Et afin d'être plus fûr d'avoir les
aperçus néceffaires pour empêcher qu'on n'envoie
dans l'Inde des régimens fans l'approbation du
Parlement , & pour prévenir le mauvais emploi
des revenus , je me propofe de faire la motion
( 214 )
fuivante que quand le rapport du Bill aura
» été fait à la Chambre , il foit renvoyé à un nou-
» veau Comité , qui foit autorifé à recevoir les
» claufes explicatives & les reftrictions tendantes
» à en limiter les pouvoirs.
ככ
« Enfin , s'il eft probable que ce pouvoir entraîne
le Patronage , rejetons - le . Car je maintiendrai
toujours qu'on ne doit pas laiffer au Bureau
une telle difpofition des places , à moins de trouver
aux inconvéniens des remèdes efficaces qui en
garantiffent furement , ou , pour mieux dire , qui les
previennent. Par le Bill de 1784 , le Bureau
de Contrôle a le droit de difpofer des revenus
de l'Inde , pour la défenſe de l'Inde , de quelque
manière qu'il le juge à propos , pourvu qu'il y
foit légalement autorifé. Je crois que tels font les
vrais principes de l'acte & leur fens réel . — Je
vous demanderai donc , Meffieurs , fi vous croyez
que le Bill , lorfqu'il fut publié , & ces pouvoirs
donnés au Bureau de Contrôle , aient été entendus
comme je vous les définis ? Ne point les
donner , n'auroit-ce pas été difpenfer le Bureau
de Contrôle de répondre de la défenſe de l'Inde ?
Et la conduite de ce Bureau ne fe trouva-t-elle pas
toujours foumise à l'inſpection du Parlement ? -
Prétendra -t-on que le Parlement a voulu que ces
revenus reſtaffent entre les mains de la Compagnie,
qu'il a déclarée incapable d'en être la dépofitaire ?
Depuis que le Bureau s'eft mêlé de leur régie,
il en a augmenté les bénéfices d'un million & demi
fterl. Eft-il vraisemblable que quand le Parlement
a voulu pourvoir à l'adminiftration la plus économique
du fervice civil & militaire de la Compagnie
, il ait abandonné fes revenus à la déprédation
& à la négligence ? On doit s'attendre que
la Cour des Directeurs négligera le foin de l'Etat
territorial & civil de l'Inde , pour ne s'occuper
que de l'amélioration de fon commerce , du foin
( 215 )
de groffir fes capitaux ; c'est ce qui doit arriver ,
fur-tout à cette époque , d'une expiration prochaine
de fes priviléges , dont le renouvellement eft au
moins douteux. Le premier devoir des Miniftres
de S. M. eft d'affurer la tranquillité des Indiens ;
le ſecond , de garantir leurs poffeffions territoriales ,
& de les défendre contre les entrepriſes des Européens
ou des Naturels du pays ; le troiſième , de
faire payer exactement les perfonnes qui ont avancé
leurs fonds à la Compagnie , & l'ont mise en état
de fe défendre dans les derniers dangers qu'elle
a courus : alors , & feulement alors , ils peuvent
s'occuper de l'amélioration de fon commerce & de
la bonification des capitaux. »
« Je prie la Chambre de confidérer quelle étoit
la fituation de la Compagnie à l'inſtitution du
Bureau de Contrôle. On convenoit généralement
alors de l'infuffifance de fes fonds à Londres pour
faire face à fes dettes dans le Royaume , & l'on
avouoit que fes affaires dans l'Inde paroiffoient
menacées d'une ruine inévitable. Cependant depuis
l'établiffement & l'intervention de ce Bureau , on
a difpofé de fonds plus confidérabies que jamais
pour le Commerce , rétabli le crédit de la Compagnie
dans l'Inde , payé fes dettes dans la Métropole
, & affuré les poffeffions de fes propriétaires
dans l'Inde : voilà ce qu'on doit à l'intervention
du Bureau de Contrôle (1 ), intervention
que les Membres de l'oppofition ofent trouver contraire
à l'interprétation de l'acte , & attentatoire aux
•
(1) Tout cela avoit été préparé et exécuté en
grande partie avant l'érection de ce ureau. Il n'a fait
que suivre le plan des réformes , profiter des derniers
actes de l'Administration
Budget de l'Inde , présenté l'a
Dundas lui-même , en est une
M.
Hastings
M.
ée dernière .
Leave demonstrative.
( 216 )
droits dela Compagnie. Faites attention , MM, à cet
exercice de l'autorité du Bureau ; & daignez me dire
fices pouvoirs n'étoient pas néceffaires aux premiers
pour affurer nos poffeffions Indiennes. En 1785 , il
étoit notoireque le tréfor de laCompagnie dansl'Inde
contenoit à peine de quoi payer les arrérages de l'armée.
Le Bureau envoya immédiatement unordre de
payerles troupes de préférence à toute autre créance.
On ne pouvoit fe difpenfer de donner ce pouvoir
à ceux qui répondoient de la fureté de l'Inde.
Suppofez-en , un inftant , le Bureau de Contrôle
dénué , je ne vois plus qu'un Corps miférable ,
infignifiant& inutile. Je fais qu'un T. H. Membre,
( M. Fox ) a déclaré que le Contrôle , privé de
ces pouvoirs , ne pourroit agir efficacement , &
que les lui accorder , feroit violer les priviléges
de la Compagnie. Mais je me permets d'infirmer
ces dernières parties de l'affertion , & je défie le
T. H. Membre de réuffir avec fon adreffe verfatile
, à lui donner feulement un certain degré de
vraisemblance. Il faut confidérer le Contrôle
comme un département rée ! & effectif , auffi refponfable
des omiffions dans fes devoirs, que de tout
acte illégal qu'il pourroit fe permettre . Or vous
-fentez combien il eft abfurde de le charger de
- la défenfe d'un grand pays , & de lui retiret en
même temps le nerf de la guerre. Non , Meffieurs ,
il eft impoffible que cette Chambre ait exigé ce
qui paffe les forces humaines , autrement elle auroit
chargé le Bureau d'un dépôt pénible , accablant,
d'un devoir auquel elle l'auroit forcé de manquer.
Je vois les Membres de ce Tribunal dégradé , errer
à l'aventure , ans principes pour les guider , fans
bafe de laquel ils puiffent partir , fans but vers
lequel ils doive tendre ; à moins qu'on ne lear
la le droit d'aiquer les revenus , aux objets
queces mêmesreve doivent fervir à conferver. »
» Quelques
( 217 )
→
" Quelques Membres ont dit pendant les derniers
débats , qu'avec le pouvoir de difpofer des
revénus pour la défenſe de l'Inde, il pourroit arriver
que le Bureau de Contrôle,, abufant de fon autorité ,
foudoyât des fonds des Indes Orientales ,
pes dans les Indes
Occidentales. La conquête de
des trou.
L'Amérique doit être faite en
Allemagne
autrefois une perfonne dont la
mémoire m'infdifoit
pire la plus profonde vénération ( Lord Chatham ,
père de l'Orateur );
maintenant on parodie cette
politique , en nous difant qu'on pourroit défendre
auffi l'Inde en
Amérique. Cette
fuppofition eft
abfurde ; & fi le Bureau la réalifoit , il.fercit évidamment
puniflable.
difficulté, Le Bureau , a-t-on dit ,
pourroit dé- On a élevé une autre
penfer les revenus fous la couleur de fervices
fecrets &
occafionnels . Mais cette feconde fuppofition
est
également abfurde ; car en
admettant
que cette
monftruenfe iniquité pût avoir lieu
elle feroit bientôt
découverte , & punie par les
châtimens les plus févères. Au refte ,
Meffieurs ,
la conduite du Bureau de
Contrôle l'auroit dû
mettre à l'abri de ces
infinuations
calomnieufes
& je fuis fûr qu'il n'y a encore donné aucun prétexte.
Quant à moi ,
perfonne n'eft plus difpofé ,
malgré mon eftime & ma confiance pour ce Corps ,
à
foufcrire à toutes les
reftrictions par
lesquelles
on voudra
contrebalancer fa trop grande influence ;
& fi quelque Membré peut propofer des contrepoids
nouveaux ou plus puiffans contre le droit
de
Patronage dans te Bureau , qu'il comptefur ma
voix, je ferai le premier à la lui donner. »
« Un H.
Membre du parti de
l'oppofition ( M.
Sheridan ) , qui fait mettre dans
quelques-uns de
fes difcours ,
beaucoup
d'imagination, dans d'autres
un efprit
étincelant , de folid s
raifonnnemens dans
plufieurs , dans tous de
l'éloquence , mais dans
* Nº. 13. 31 Mars 1788.
i
1
( 218 )
-
un petit nombre feulement de la vérité & de la
juftice , a remarqué , mercredi , qu'il étoit étrange que celui qui s'étoit montré fi partialement
le Miniftre
de la Prérogative , changeât de rôle pour prendre le caractère de Défenfeur des libertés du
peuple. La façon dont j'ai défendu la prérogative
Royale , n'eft point un préjugé contre moi. Je me fuis attaché aux vrais principes de la conftitution
; j'ai été foutenu par les fentimens loyaux
du peuple , qui doit bien plus attendre en faveur
de fa liberté , des défenfeurs d'une prérogative
qui fait partie de la Conftitution
, que de ceux qui
l'attaquent, »
(Ici le Chancelier de l'Echiquier fit diverfes
obfervations furle Bill de mutinerie & le Bill des
droits , qu'il prouva n'être pas rédigés en termes
affez forts en faveur des droits du peuple. Il fit
entendre qu'il defiroit qu'on les corrigeât à cet
égard , & qu'il fe prêteroit de bon coeur à ce qu'on
fubftituât des expreffions qui affuraffent encore
mieux ces droits facrés. Il ajouta qu'il defiroit auffi
de voir le Bill actuel conçu de manière à ne point
emporter la nomination aux emplois , & à ne
donner aucun ombrage à la conftitution . Il établit
ces dernières mefures comme indifpenfablement
néceffaires. ) "
« M. Sheridan , qui répliqua immédiatement
à M. Pitt, commença par rejeter avec mépris les com- plimens que venoit de lui adreffer le Miniftre fur
fon éloquence imaginative
, fouvent dépourvue
de juſtice & de vérité. Continuant
enfuite le cours
de fes perfonnalités
, fuivies de raifonnemens
vigou- reux , il ajouta que ce T. H. Membre l'avoit ac--
café, lui & fes amis , d'être les ennemis des pré- rogatives de la Couronne , & s'étoit déclaré nonfeulement
le champion de ces prérogatives
s'il
mais le protecteur des priviléges du Peuple ; avoit entendu appeler ennemi des prérogatives
( 219 )
ceux qui n'étoient point , comme lui , les agens
d'une troupe obfcure de Confeillers cachés , qui ,
fe retranchant derrière le Trône , mettoient la
Conftitution & le Trône lui - même en danger ;
s'il avoit voulu dire , que parce qu'ils ne vouloient
pas permettre que l'on enfreignît les priviléges
de la Chambre , ils étoient les ennemis des pré- ,
rogatives hoftiles à la Conftitution , ils fe glorifioient
de ce titre , & ils ne changeroient jamais
de principes ; mais il nioit que les perfonnes qui
penfoient comme lui , fuffent ennemies de ces prérogatives
que la Conftitution a fagement placées
dans les mains du premier Magiftrat du Royaume ;
ces prérogatives étoient auffi néceffaires au bonheur
des Sujets , qu'elles étoient honorables pour le
Souverain. Le Miniftre avoit fans doute raifon ·
de dire qu'il étoit le partifan des prérogatives ;
rien n'étoit plus vrai , quelles qu'elles fuffent : il
étoit toujours prêt à les foutenir ; mais comment
ofoit-il s'arroger l'honneur de fe dire le protec
teur des priviléges du Peuple , lui qui ne s'étoit
fait encore connoître dans la carrière politique.
que par des attaques contre ces priviléges ? Après
avoir commencé par envahir les droits de la Chambre,
fon fecond effai avoit été contre la liberté des
élections. Sous prétexte de former des réglemens
de commerce entre l'Angleterre & l'Irlande , il
avoit voulu enlever à ce dernier Royaume tous fes
priviléges ; on l'avoit vu enfuite défendre les fyf
têmes d'un homme à projets ( 1 ) , qui vouloit fubftituer
à la défenſe conftitutionnelle de l'Etat ( celle
de fa Marine ) , des plans romanefques de fortification
, dans lefquels il avoit échoué . Chaque
pas qu'il a fait dans l'Adminiſtration depuis qu'il
y eft parvenu , a en effet prouvé le defir d'étendre
(1) Le Duc de Richmond.
>
i ij
( 220 ) les prérogatives
de la Couronne ; c'eſt fur- tout
en cherchant à augmenter le nombre des troupes qu'il a fait voir fes difpofitions. Des befoins fictifs avoient été annoncés , des dangers inconnus avoient
été préfentés , & il n'avoit que trop bien réuffi
à faire adopter fes idées : telles étoient les preuves
de la protection qu'il avoit accordée aux priviléges
da peuple. ».
» On avoit cependant vu la Chambre , fe repofant
fur fes intentions , fe laiffer aller à l'opinion
qu'il refpectoit la Conſtitution du pays ; il defiroit
plus que perfonne qu'il pût être prouvé que cet
Honorable Membre la refpectoit , parce qu'il en
fentoit la néceffité. Ses amis parloient de fa conf- .
cience , & à chaque faux pas qu'il avoit fait , ils
croyoient qu'il fuffifoit , pour l'excufer , de dire
qu'il avoit été trompé. Ils avoient dit , au fujet
du Bill préfenté à la Chambre , que fa religion
avoit été furprife ; que l'origine de ce Bill étoit
un mauvais confeil , & non pas une mauvaiſe
intention ; il n'étoit point éloigné de le croire ,
& il efpéroit prouver que la chofe étoit ainfi. Il
convenoit , avec fes admirateurs , qu'il étoit entouré
degensbien capables de le mal confeiller; mais
c'étoit fa faute originairement , s'il s'étoit l'é avec
des gensqui ne pouvoient paslui donner de meilleurs
confeils que ceux qu'il faivoit ; il regrettoit avec
tout le monde qu'il n'eût pas été plus vigilant avant
de former ces liaiſons , & il étoit à defirer que
fa confcience le rendit plus attentif & plus délicat
fur le choix des perforines avec lesquelles il s'af
focios. Son Honorable Ami , M. Fox , avoiten
cette occafion un triomphe complét : chaque partie
de fon Bill pour le gouvernement
de l'Inde étoit
démontrée jufte par la conduite du Miniftre luimême
, qui , pendant qu'il cenfuroit encore ce
Bill , préfenté à la Chambre y a quatre ans ,
( 221 )
on défendoit un autre qui étoit dix fois plus violent
fur tous les points qu'il avoit condamnés : la conduite
qu'il avoit tenue à cet égard étoit curieufe.
Il avoit d'abord mis flamberge au vent , & parlé
de l'importance de fon plan dans les termes les
plus perfuafifs ; fon Bill avoit enfuite été gliffé
adroitement dans la Chambre , fans parler des dangers
qu'il pouvoit entraîner , ni de fon étendue :
on l'avoit lu à la hâte une première & feconde
fois ; mais étant pris fur le fait , voyant qu'il étoit
découvert , & que non-feulement les oppofans ,
mais que toute la Chambre avoit pris l'alarme ,
il avoit , d'une voix timide & d'un ton radouci ,
parlé des dangers que pouvoit renfermer ce Bill ,
& requis humblement , lui-même , qu'il fût interprêté
de manière à ce qu'il n'en réſultât aucun
inconvénient pour la Conftitution. Cette loi , qui
portoit d'abord avec elle la terreur & l'effroi
& qui entraînoit néceffairement tout le mal qui
pouvoit être fait à la Conftitution Britannique ,
qui avoit paru en première inftance avec tous
les fymptômes de l'audace & de l'arrogance , fe
préfentoit enfuite chamarrée de réticences que l'on
y avoit ajoutées . Ces réticences étoient arrivées
-à tergo , quand le Miniftre avoit vu que fon premier
Bill n'avoit pas pu paffer. Le plan originaire
étoit de porter un coup mortel à la Conſtitution ;
mais le tyle: ayant été furpris dans la main qui
alloit frapper , le Miniftre avoit demandé comme
une grace qu'on voulût bien l'enchaîner , &c. &c. »
« Une des grandes objections faites au Bill
qu'avoit préfenté M. Fox , étoit qu'il enlevoit tout
le Patronage de l'Inde aux Directeurs de la Compagnie.
Cela étoit vrai , mais c'étoit noblement
& ouvertement qu'il s'étoit montré , tandis que
par la réferve du Bill paffé en 1784 , qui permettoit
de rappeler & de fufpendre tous les Of
i ij
( 222 )
ficiers dont le Bureau de Contrôle n'approuvoit
point la nomination , on s'étoit arrogé les mêmes
droits d'une manière clandeftine & honteufe. M.
Sheridan fit voir ce qu'il dénomma les contradictions
qui fe trouvoient , non -feulement dans le
Bill de 1784 , mais dans le Bill explicatif luimême
; il oppofa les claufes de ces deux Bills à
celui qu'avoit préfenté M. Fox , & finit par demander
à la Chambre fi ce qu'elle venoit de
voir ne fuffifoit pas pour la guérir de fa confiance.
Le Miniftre lui avoit appris que fon devoir étoit
de foupçonner fes intentions ; on avoit vu que ce
n'étoit qu'au moment où il n'avoit pu accomplir
fon pojet , qu'il s'étoit déclaré prêt à fe laiffer
guider , & à réparer fa faute. »
M. Dundas parla enfuite d'une manière
vague & embarraffée ; il célébra les opérations
financières du Bureau de Contrôle ,
& infifta particulièrement fur l'étendue
qu'il avoit donnée au commerce du coton ;
fur quoi M. Sheridan prenant la parole ,
dit : « j'ai queftionné M. Dundas fur le
» danger de la Conftitution , & il m'entre-
» tient de coton. «<
M. Burke fuivit enfuite : « il loua M.
» Pitt de la pénitence qu'il venoit de faire,
» en revêtant le fac & la cendre ; mais
» fon orgueil perçoit au travers de cette
-
humiliation il fe couvroit de cendre
» avec dignité ; il portoit le fac comme
» une robe de pourpre. La canaille qui,
» fous l'étendard de Lord George Gordon,
avoit mis Londres en péril , étoit mille
( 223 )
» fois moins méprifable que celle qui s'étoit
» emparée des places du Minifière en 1784.
» Si la première eût détruit la Banque ,
» la richeffe nationale auroit pu la faire
» renaître ; fi elle eût démoli Saint-Paul,
» la piété des fidèles eût reconftruit cette
» Cathédrale. Mais la canaille infenfée ,
" ( the mad mob ) de 1784 avoit détruit
» la Chambre des Communes , détruit
» les meilleurs amis du peuple : heureuſe-
» ment , il efpéroit qu'aujourd'hui , fem-
» blable au phénix , cette Chambre alloit
» renaître de fes cendres. La fumée des
» gouttes chaudes du nouveau rum dont
» on l'avoit enivrée , étant maintenant éva-
» porée , il pouvoit lui demander fi , forf-
» qu'elle adopta les opinions des cerveaux
» brûlés de quelques jeunes politiques , elle
s'attendoit à voir paroître un jour le
» Bill actuel , &c. »
M. Burke ayant terminé cette fuite élégante
de figures & d'invectives populaires
, fans y mêler un feul raifonnement
qui allât à la queftion , elle fut traitée fucceffivement
par MM . Baring , Rolle ,
Baftard , Young, le Major Scott , & enfin
par M. Fox , devant qui s'effacent toujours
les périodes , les métaphores , les
déclamations des autres Orateurs de fon
parti. Il parla très-long-temps avec autant
d'efprit que de force & de logique ; mais
iiv
( 224 )
l'étendue de fon difcours ne nous permet
pas de le rapporter.
Une majorité de foixante-fept voix s'étant
déclarée en faveur de la motion de
M. Pitt, le Bill avec les nouvelles claufes,
fut renvoyé en Comité ,& le rapport
en a été fait le 12. Cejour là , a paru um
nouvel Athlète , Irlandois d'origine , &
qu'on n'avoit point encore vu à la Cham
bre durant cette feffion. Cer Athlère eft
M. Flood , bien connu par fa véhémence ;
il combattit le Bill par une infinité d'argumens
nouveaux , malgré l'étendue des
premiers débats ; enfuite le refte de la
féance fe perdit en digreffions & en altercations
perfonnelles. M. Hardinge, folliciseur
de la Reine, s'étant permis dans fon
difcours de dire que l'oppofition de M. Powis
(1 ) au Bill explicatif, le dégradoir aux
yeux de la Chambre ; on eria à l'Ordre de
toutes parts; l'Orateur voulut fe juftifier ;
les clameurs augmentèrent , & M. Hardinge
fut obligé de fe rétracter. Il eut encore
à foutenir un nouvel affaut des amis
de Lord North , dont il avoit appelé le
gouvernement corrompu , pervers & déteftable.
Ces altercations finies, à minuit le
´(1 ) M. Powis , Représentant du Comte de Northamp
ton , est un des Membres de la Chambre les plus respectables
et les plus indépendans. Il n'est l'esclave d'aucun
parti.
( 225 )
rapport du Bill fut admis à la majorité de
88 voix (210 contre 122.)
Le lendemain 13 , M. Fox fit fa motion,
qu'on peut appeler annuelle , pour
la révocation de la taxe des boutiques ,
taxe peut-être jufte , mais au moins peu
populaire. Lord Hood , l'Alderman Watfon
, les Chevaliers John Miller, Edouard
Aftley, George Howard , M. le Mefurer &
d'autres partifans du Miniftre, votèrent pour
le rappel de la taxe , qui, définitivement, a
été confervée à la pluralité de 141 voix
contre 98. Dans le cours du débat , Sir
Gregory Page Turner égaya la difcuffion
en propofant deux nouvelles taxes à fubftituer
à celle des boutiques : Nos cha .
peaux , dit - il , font déja taxés ; fi à cette
impofition on en ajoutoit une feconde
» fur les fouliers , nous ferions alors taxés
» de la tête aux pieds ; mais les fouliers
» étant une des néceffités de la vie , il
faut les laiffer francs ; je propoferois
» plutôt de taxer les chiens ; fi la charge
de l'impôt en fait pendre quelques centaines
, la viande dont on les nourrit re-
» mettra l'abondance dans le Marché. II
» ne feroit pas mal non plus d'impofer
» tous les mauvais quolibets dont font
" farcis nos papiers publics. >>
La troifième & dernière lecture du
Bill , le 14 , a été précédée de nouveaux
( 226 )
débats , auffi longs & non moins férieux.
que ceux dont nous venons de rendre
compte. Malgré tant de réfiftance , le
Miniftre a encore triomphé par une majorité
de 127 voix contre 75. Le Bill
ayant été lu , M. Sheridan propofa d'en
limiter la durée au renouvellement des
Chartres de la Compagnie ; mais cette
claufe fut rejetée , & le Bill fanctionné
fans divifion de fuffrages.
De l'épreuve des Communes , cet
acte légiflatif a paffé à celle de la Chambre-
Haute , où , le 17 , il a fait recommencer
avec la même chaleur cette
guerre d'opinions . Le Duc de Norfolk
demanda qu'avant la feconde lecture du
Bill, on entendît à la Barre les confeils
de la Compagnie. Milord Porchefter , de
fon côté , fit la motion de référer cet
acte explicatif, comme point de loi , aux
douze Grands Juges : une majorité de
43 fuffrages fit rejeter ces deux motions.
Le Bill ayant été lu , les débats fe
renouvelèrent lorsqu'il fut queftion de le
porter en comité. Le Chancelier, les Lords
Hawkesbury , Walfingham , Richmond ,
Howe, défendirent la motion , qui fut attaquée
avec vivacité par les Lords Stormont ,
Carlisle , Rawdon , Sandwich , & le Marquis
de Lanfdown. Nonobftant ce flot
d'argumens , 75 Pairs contre 27 déci(
227 )
dèrent que le Bill iroit au Comité. Dans
huit jours , nous reprendrons l'analyſe
rapide de ces différentes féances.
Pendant ces difputes de parti , les vaiſſeaux , les
troupes reftent immobiles , ce qui entraîne pour la
Compagnie une dépenſe journalière de 500 l . ft.
Un plaifant réduifant cette fomme à 480 liv . fterl .
par jour , en tire le nombre rond de 20 liv. fterl.
par heure , & calcule , d'après cela , ce qu'il en coûte
à la Compagnie , en éloquence , pour les débats
des deux premières Séances feulement.
M. Erskine a parlé 5 heures & demie , 1301. ft.
M. Rous , 2 heures ,
Sir Grey Cooper , 1 heure ,
M. John Scott , 1 heure & demie ,
Colonel Barré , une demi-heure ,..
Col. Fullarton , une demi-heure ,..
M. Grenville , 1 heure ,.
M. Powis , une demi-heure ,
M. Baftard , un quart- d'heure ,.
M. Thornton , un quart-d'heure,.
M. Shéridan , 2 heures un quart ,.
M. Dundas , 3 heures un quart ,.
M. Pulteney , un quart-d'heure ,
M. Baring , un quart-d'heure ,
M. Fox , I heure
40
20
3༠
10
IO
20
10
5
5.
45
50
5
5.
3 quarts , 35
.440 1. ft.
TOTAL ...
Les infortunés Actionnaires , ajoute le Calculateur
, ne pourroient-ils pas s'écrier :
Fecifti probe ; incertior fum multùm quam dudum ?
Le 10 , les Communes ont accordé
à M. Gilbert , de préfenter fon Bill , annoncé
depuis l'année dernière , pour le
foulagement & l'emploi des pauvres. Il
V]
( 228 )
a été réglé qu'il en feroit fait une première
lecture ; qu'il feroit enfaite imprimé,
& que la feconde lecture n'auroir lieu
qu'à la Seffion prochaine , afin de donner
le temps aux Membres du Parlement de
pefer & d'examiner mûrement ce projet
de loi.
a Lorfque M. Gilbert occupa l'année dernière
la Chambre de cet objet , il cita entr'autres exemples
de la pauvreté & de la dépreffion de certains individus
recommandables , celui d'un pauvre Curé
Gallois , qui , avec 30 liv. fterl. ( moins de 700
liv. tournois ) , foutenoit une femme & cinq enfans
. Un Membre des Communes , attentif à cette
particularité , en fit part au Duc de Chandos. Ce
Seigneur , frappé de la malheureuſe fituation du
Miniftre , pria fon ami de prendre des informations
fur la vérité de ce récit & fur le caractère de
l'homme, & le chargeant , files circonstances étoient
telles qu'on les dépeignoit,de luipréfenter un billet
de banque de zo liv. fterl. avec l'affurance de fa protection
à l'avenir. Le particulier trouva dans la
perfonne du Curé un homme de mérite , entonré
d'enfans à demi-nads , mais élevés de manière à
faire honneur à l'affiduité & aux principes de leur
père. Le préfent vint fort à propos , on l'accepta
avec reconnoiffance , & il amera dans la famille
un changement très-heureux. Mais la bienfaisance
du Duc ne fe borna pas là. Un bénéfice d'environ
100 liv . fterl. par an s'étant préfenté à fa nomination
quelques jours après , il y nomma, de fon propre
mouvement, le bon Curé , & lui écrivit une lettre
dans laquelle il fe difoit heureux de pouvoir contribuer
au bonheur d'un galant homme, »›
Les Communes d'Irlande avoient paffé
( 229 )
un Bill qui réduifoit de fix à cinq pour
cent , l'intérêt légal de l'argent dans ce
Royaume , mais cet A&te , porté à la Chambre
des Pairs , y a été rejeté par une
majorité de onze voix , après un débat
long , & une information très- ſcrupuleufe.
Les nouvelles clautes par lesquelles M.
Pitt, a limité fon Bill de l'Inde , font les
fuivantes .
Par la première , le Bureau de Contrôle ne
pourra ordonner le paiement d'aucunes troupes,
que l'état de ces troupes n'ait été conftaté par la
Chambre , qui fixera leur paiement ſur leur nombre
déterminé.
La 2. , avec un amendement propofé par M.
Baring, & adopté par le Miniftre , ne permet
au Bureau de Contrôle d'accorder aucune augmentation
de falaires que fur la demande des Directeurs
; & cette augmentation , fes motifs , fa
quotité , feront foumis à la Chambre pour être
approuvés par elle .
La 3. porte qu'aucune gratification ni récompenfe
ne fera accordée aux Employés de la Compagnie
, fans l'autorifation du Parlement.
e
La 4. règle que tous les ans , dans quatre mois ,
à compter du 1er mars , il fera mis fous les yeux
de la Chambre , un état des revenus & des dépenfes
de la Compagnie des Indes.
FRANC E..
De Verfailles , le 19 Mars.
Le Roi a nommé à l'Abbaye du Mont230
)
Saint-Michel , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
d'Avranches , l'Evêque de Metz ,
Grand-Aumônier de France ; & à l'Abbaye
de Saint-Nicolas-aux-Bois , même
Ordre , Diocèfe de Laon , l'Evêque-
Duc de Laon , Grand- Aumônier de la
Reine .
Le 16 , dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Monfieur , de Madame , de Monfeigneur
Comte d'Artois , & de Madame Elifabeth de
France, s'eft rendu à la Chapelle du Château , où ,
après avoir affifté à la Bénédiction des Palmes & à
la Proceffion , il a entendu la Grand'Meffe , chantée
par fa Mufique , & célébrée par l'Abbé de
Ganderatz , Chapelain de la grande Chapelle. La
Comteffe François de Beaumont y a fait la quête.
Ce jour , Leurs Majeftés & la Famile Royale
ont figné le contrat de mariage du Comte de Gouvello
, Capitaine de Dragons au régiment de Monfieur
, avec la Comteffe de Dampierre , Chanoineffe
d'Epinal.
La Comteffe de Poret a eu , le même jour
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale par la Comteffe de Sommièvre ,
Dame pour accompagner Madame Adélaïde de
France.
Le lendemain , Madame Elifabeth de France
s'eft rendue à l'Eglife de la Paroiffe Notre-Dame ,
où elle a communié des mains de l'Evêque de
Senlis , premier Aumônier du Roi ; la Comteffe
Diane de Polignac , fa Dame d'honneur , & la
Marquife de Sérent , fa Dame d'atours , tenant la
nappe.
Madame Adélaïde de France s'eft également
rendue , le même jour , à la même Eglife , où elle
a communié des mains de l'Evêque de Pergame ,
( +231 )
fon premier Aumônier ; la Ducheffe de Beauvil
liers , première Douairière , Dame pour accompa
fa gner cette Princeffe , & la Ducheffe de Laval ,
Dame d'atours , tenant la nappe.
Madame Victoire de France sy eft auffi rendue
, le même jour , & y a communié des mains
de l'Evêque d'Evreux , fon premier Aumônier; la
Princeffe de Chimay , Dame pour accompagner
cette Princeffe , & la Vicomteffe de Talaru , Dame
pour accompagner Madame Adélaïde , tenant la
nappe.
Le 19 , Monfieur s'eft rendu en cérémonie
à l'Eglife de la Paroiffe Notre- Dame , où il à
communié des mains de l'Evêque de Séez , fon
premier Aumônier ; le Duc d'Havré & le Duc de
Lévis , Capitaines des Gardes-du- Corps de ce
Prince , tenant la nappe.
De Paris , le 26 Mars.
Edit du Roi , donné à Verfailles au mois
de janvier 1788 , regiftré en la Chambre
des Comptes le 15 mars fuivant , portant
fuppreffion de diverfes Charges de la Maifon
de la Reine .
« Louis, &c. Par notre Réglement du 9 Août
dernier , nous avons annoncé que la Reine , notre
chère époufe & compagne , defirant concourir
avec nous à l'exécution des projets d'économie
qu'exige en ce moment l'état de nos finances ,
avoit arrêté un plan de réforme pour les dépenfes
de fa Maifon , qui devoit produire un bénéfice
actuel pour le Tréfor Royal de plus de neuf cents
mille livres ; il auroit été fatisfaifant pour nous que
cette opération eût pu s'exécuter fans exiger aucune
fuppreffion des Charges de la Maiſon de la Reine ;
mais nous avons reconnu qu'il étoit impoffible
( 232 )
d'établir les économies propofées fans retrancher
un nombre affez confidérable de ces Charges , furtout
dans la partie des Offices où elles font le plus .
multipliées. Ces Charges ayant été par leur inftitution
affimilées , tant pour leurs priviléges que
pour leurs fonctions , à celles qui exiftoient ci-devant
dans notre Maifon , nous avons penſé qu'il
étoit de notre juftice d'en traiter les titulaires avec
la même faveur dont nous avions ufé envers les
Officiers de notre Maiſon , lors de la réforme que
nous y avons faite par notre Edit du mois d'Août
1780. En conféquence , après avoir arrêté & liquidé
les finances des Charges compriſes dans la
fuppreffion , d'après les états qui nous ont été
fournis , nous avons réfolu d'en ordonner le rembourfement
dins l'efpace de cinq années, en payant
en attendant cinq pour cent d'intérêt fans retenue ,
& en laiffant aux Titulaires la faculté de convertir
le tout ou partie des capitaux en rentes viagères ,
foit à dix pour cent fur leur tête , foit à neuf pour
cent fur leur tête & celle de leurs femmes où de
l'un de leurs enfans ; l'une & l'autre rente fujettes
au dixième. Le même principe de juftice nous a
déterminé à conferver à ceux des Officiers fupprimés
après vingt ans de fervice , ou dont les
pères auroient poffédé des Offices dans notre
Maifon ou dans celle de la Reine , la jouiffance
pendant leur vie des priviléges attachés à leurs
Charges, comme s'ils en étoient encore Titulaires, &
à ordonner que les veuve, & les enfans d'aucuns
defdits Officiers qui feroient morts en poffeffion de
leurs Charges avant la publication de notre préſent
Edit , en foient remboursés . A ces caufes , &c . »
Edit du Roi, donné à Verfailles au mois
de février 1788 , regiftré en Parlement le
14 mars fuivant , par lequel le Roi ordonne
la démolition ou la vente des châ(
233 )
teaux de la Muette , Madrid , Vincennes
& Blois , & l'aliénation de celles des maifons
dont S. M. eft propriétaire à Paris ,
& qui ne font pas comprifes dans les plans
& projets définitivement arrêtés pour l'ifolement
du château du Louvre.
PAYS- BAS.
9
De Bruxelles , le 22 Mars 1788.
Le Gouvernement paroît enfin avoir
adopté un parti de rigueur pour mettre
fin au ſcandale dont l'Univerfité de Louvain
le fatigue , ainfi que toute l'Europe ,
pour des billevefées qui auroient mis nos
Provinces en cendres fi les habitans
avoient partagé cette étrange refiftance .
Le premier efcadron des dragons d'Ar
berg , le 3. bataillon de Ligne & un ba
taillon de Clairfait , font entrés , le 3,
à Louvain ; deux canons font braqués
fur la place , les gardes nombreuſes , &
les patrouilles fréquentes. L'arrivée de ces
troupes avoit été précédée de quelques
événemens dont nous rendrons compte
brièvement. Les Oppofans , comme nous
l'avons dit , déclarèrent un schifme formel
, en s'affemblant au Collège du Pore,
& en défignant pour Recteur le Docteur
Clavers, caffé par le Gouvernement , des
Doyens , & c . Le 29 février , on entoura
de gardes ce Collège du Porc , dont les
( 234 )
Profeffeurs n'ofèrent s'affembler , crainte
d'être arrêtés . En effet , l'ordre de les conftituer
prifonniers étoit précis & vigoureux
; le nouveau Redeur l'avoit communiqué
par lettre à chacun des réfractaires
. Une feconde miffive du même
Supérieur leur notifia leur caffation de
toutes charges & fonations Académiques,
les menaçant d'employer la force en cas
d'ultérieure défobéiffance .
· Celle des Etudians a fuivi l'expulfion
des Maîtres. La plupart s'étant abſentés
des leçons , le Gouvernement a cru les
ramener par un refcrit que nous devons
rapporter.
« Marie Chriftine , &c. Albert , &c . Vénérables ,
chers & bien-amés. Etant informés que depuis le
15 janvier , jour fixé pour l'ouverture de leçons
publiques de Théologie dans l'Univerfité de Louvain
, fur le pied prefcrit par l'Empereur , aucun
Théologien ne s'y eft préfenté , pas même ceux
qui jouiffent dans les différens Colleges des bourfes
fondées pour les études de cette fcience ; nous
avons jugé qu'il étoit de la juftice , autant que
convenable d'ailleurs , de pourvoir efficacement à
ce qu'on n'abufe pas ainfi des reffources des Colléges
ni des fondations , qui ne font établis qu'en
faveur de ceux qui fréquentent les Ecoles publiques
de Théologie ; en conféquence , nous vous
chargeons par la préfente, de l'avis du Confeil Royal
du Gouvernement , d'émaner & de faire afficher
dans la journée de demain , un mandement portant
ordre à tous les Théologiens de fréquenter , fans
faute , les leçons publiques de Théologie , à com235
)
hencer au plus tard du lundi 10 de ce mois ; à
peine contre ceux qui n'y comparoîtront pas ce
jour-là , & ne continueront pas de les fréquenter
avec l'attention & l'affiduité requises , d'être rayés
de la matricule , & contraints de fortir des Colléges
; & à peine , au furplus , contre ceux qui
font pourvus de quelques bourfes ou fondations ,
d'en être privés ; peine que vous , Recteur , aurez
à décréter & à faire exécuter fans diffimulation ,
à la charge de ceux qui feront trouvés défaillans.
Nous nous attendons d'autant plus aux effets
de leur foumiffion , qu'outre que les devoirs de
citoyens & de bons chrétiens fe réuniffent pour
les y déterminer , on ne peut regarder la conduite
contraire qu'ils ont tenue jufqu'ici , que comme
l'effet d'une féduction répréhenfible , & qu'il feroit
fâcheux pour eux de devenir victimes des pi'ges
qu'on leur a tendus. A tant , vénérables , chers &
bien amés , Dieu vous ait en fa fainte garde. >>
Nonobftant ces menaces , la défertion
eft devenue générale. Les Étudians en
philofophie ont quitté leur College &
la Ville même , en menaçant de leur
vengeance ceux de leurs camarades qui
rentreroient à l'Univerfité . Tous les penfionnaires,
à l'exception de trois Irlandois ,
ont auffi quitté la Ville : cet exemple a
été imité par les Séminariftes Nationaux .
L'anniverfaire du Prince Statdhouder ,
le 8 , a été célébré avec éclat , par une
illumination générale dans les Sept- Provinces
-Unies , excepté à Nimègue , à
Arneim & Zuphten en Guèldre , les Régences
ayant craint que cette allégreffe ne
( 236 )
1
devint fatale au repos public. On apprend
cependant , que la fête n'a été troublée
par aucun excès . A Amfterdam , entr'autres
, elle a été célébrée avec autant de
calme que dans les temps paifibles .
Le Chevalier Harris a revêtu le cara&
ère d'Ambaffadeur extraordinaire &
Plénipotentiaire de la Grande - Bretagne ,
& a remis en cette qualité , au Préfident
de L. H. P. , la lettre de créance
de S. M. B.
Le lendemain , S. E. a rendu en pompe
'une vifite de cérémonie au Prince Statdhouder,
qui la lui a rendue le jour fuivantt.
Diverfes Feuilles publiques ont rapporté
un défaftre arrivé fur la côte de
Coromandel , défaftre dont on ne paroît
pas être encore inftruit en Angleterre ,
& dont les particularités fe trouvent dans
la lettre fuivante , écrite de Tranquebar, le
13 juin 1787.
« Toute la côte de Coromandel , particulièrement
la partie du Nord , a effuyé , le 20 du mois
dernier, un ouragan , dont les effets ont été des plus
terribles. Le 17 mai , le vent commença à fouffler
du nord-est avec violence . Le 18 , il augmenta en
force , & le ciel fe couvrit de nuages épais :le 19 ,
il annonçoit déjà une tempête formelle par des
grains continuels & un horizon tout- à- fait obfcurci.
Enfin le 20 , l'ouragan éclata avec une fureur ,
dont il fera d'autant plus difficile de perdre le
fouvenir , que les traces en font profondes , &
qu'on ne réparera pas aifément les ravages dont
( 237 )
le pays offre par-tout le fpectacle. Il n'eft prefque
pas d'endroit fur cette côte , tant dans la partie
qu'occupent les Danois & les Hollandois , que
dans celle qui avoifine les établiffemens Anglois ,
qui n'ait été dévasté . Un diſtrict , nommé Uppora,
habité par des Tifferands , a été englouti avec
tous ces infortunés par la mer , qui s'éleva à 14
pieds au- deffus du niveau , & inonda la contrée
à quelques lieues de diſtance. L'on ne fauroit calculer
le nombre d'habitans qui ont péri dans l'eau :
dans nos environs on le fait monter à 12 ou 13
mille hommes. Dans les diftris Anglois , cette
perte n'eft pas moins confidérable. L'on compte
que 9 dixièmes parties de la population de ces
contrées a péri. Jagernaporam , place appartenant
aux Hollandois , eft totalement ruinée . La ville de
Coringa n'existe plus : tout a été entraîné par les
vagues ; & de tous les habitans , 4 ou 5 hommes
feulement ont pu fauver leur vie fur des palmiers.
L'irruption fubite de la mer , qui s'éleva tout-àcoup
à une hauteur où on ne l'a jamais vue ,
empêcha le malheureux peuple de cette contrée
de trouver fon falut dans une prompte fuite . D'ail
leurs l'inondation étoit générale , & part-tout où
l'on portoit les pas , l'eau étoit déjà montée plus
haut que les maifons les plus élevées ; celles - ci
ne purent réfifter au choc des vague , il n'en
refta que peu fur pied ; les plus gros arbres furent
renverfés, déracinés & emportés ; les navires furent
jetés fur la terre , & firent naufrage au milieu des
champs. Le ciel n'a repris fa férénité que lentement
: la force du vent a duré , quoiqu'à un moindre
degré , jufqu'au 28 mai . Alors les eaux , qui
étoient entrées fur les terres jufqu'à la diftance de
dix lieues du rivage , fe retirerent , & l'on vit
toute la contrée jonchée de débris de maifons.
de vaiffeaux , de meubles , fur-tout de cadavres .
?
( 238 )
Ceux-ci font en fi grand nombre , qu'on craint
avec raifon que l'air n'en foit infecté. Le dégât du
pays ne préſente en même-temps que la plus triſte
perfpective. »
Les derniers Couriers ne nous apprennent
rien d'ultérieur fur les événemens
dans la Moldavie. La fommation faite au
Pacha de Choczim par le Prince de Saxe-
Cobourg, paroît confifter fimplement dans
l'envoi de la Déclaration de guerre à ce
Pacha. Celui - ci a commencé par incendier
les faubourgs de la place , & par fe
mettre en pofture de défenſe . Les Ruffes
de ce côté là manquent de vivres & d'artillerie
, & dans l'état de foibleffe où ils
ſe trouvent , prefque tout le fardeau des
premières expéditions retomberoit fur les
Autrichiens.
L'on croit que le Général de Vins , en informant
l'Empereur de la réfiftance opiniâtre & intrépide
que faifoient par-tout les Turcs , lui a
repréſenté qu'au lieu d'attaquer pendant l'hiver les
petites places Ottomanes qui bordent la Frontière ,
toutes bien pourvues de troupes & d'artillerie , &
de facrifier ainfi un grand nombre de braves gens ,
il feroit beaucoup plus avantageux de différer ces
opérations , jufqu'à ce qu'une faifon plus favorable
permît le tranſport de l'artillerie néceffaire , & que
l'armée entrant & campant en Bofnie , pût foutenir
les attaques de fes divers détachemens. L'on
ne doute point que l'Empereur ne fuive ce confeil
, vu que l'expérience a appris que le projet
adopté jufqu'à préfent , & fondé apparemment fur
l'idée qu'on avoit de la foibleffe de l'ennemi ,
d'emporter fucceffivement les places Ottomanes ’
( 239 )
par des coups de main , eft abfolument impraticable.
Quant aux plus récentes dépêches de la
Croatie , elles font arrivées le 4 , avec
la mince particularité fuivante .
Le Major général de Wallifch ayant appris qu'un
détachement de Turcs fe rendoit vers Gerp , Of
trovicza & Bihacz , détacha le Major Monachevich
avec, 600 hommes à Grahovoh , pour s'oppofer à
la marche de l'ennemi . Ce Major, arrivé à fon poſte
le 26 février , fut inftruit qu'un corps de Turcs
venant de Glamoch , s'étoit pofté près Sobora , fur
la rivière d'Unna ; il s'y rendit avec fa troupe
attaqua l'ennemi , le battit , & força les fuyards
de fe jeter dans la rivière , où le plus grand nombre
a péri. Le combat a duré près de trois heures :
40 Turcs font reftés fur la place.
Le 28 février , un détachement de Turcs attaqua
un pofte près de Szerp ; l'action a duré une heure :
l'ennemi n'a pas pu le forcer & s'eft retiré. Nous
avons eu 6 morts & 8 bleffés .
L'attaque que l'ennemi a tentée le 2 mars , fur
Paunovaz , n'a pas mieux réuffi ; notre perte
en tués & bleffés à cette occafion monte à 26
hommes.
P. S. M. du M** . de la Pl **. a pris la peine , dans
le Journal de Paris , du 24 mars , de nous apprendre
ce que fignifioit le mot impeachment , & de s'étonner
de notre ignorance à cet égard. Il fonde fa critique
fur ce que nous avons parlé des articles d'impeachment
portés contre le Chevalier Impey, & des fix
charges qui compofent cet impeachment . M. du M**.
de la Pl**. nous permettra-t-il de lui faire obſerver
qu'avant lui nous avons donné dans ce Journal , au
moins dix fois , la définition de l'impeachment , décret
d'accufation émané de la Chambre Baffe , & fou
mis aujugement de la Cour des Pairs. Si ce Journal
( 240 )
devoit renfermer des leçons de Jutifprudence Angloffe
, il nous eût été fort aifé de développer cette
définition ; mais quiconque a lu l'hiftoire d'Angleterre
, Blackflone , ou Delolme , en fait là - deflus plus
que nous ne pouvions lui en enſeigner. Les articles
d'impeachement , les charges qui compofent l'impeas,
chment du Chevalier Impey , font les articles d'accufation
dénoncés à la Chambre , & qu'elle convertira
ou non en Bill d'impeachment. L'accufateur , impetitor
, demande & motive la pourſuite impeachment
; les Communes la convertiffent en Acte ou
Bill ; da Chambre Haute , Cour Suprême de Juftice
, prononce fur ce Bill . Nous ne nous fommes
donc fervi d'aucun terme impropre . Si M. du M**.
della Pllifoit des Papiers & les pamphlets Anglois,
il auroit trouvé parmi ces derniers , The articles of
Impeachment exhibitedagainf SirElijah-Impey, &c.
Ce n'est ici , ce me femble , qu'une chicane de
mots. Nous avons renvoyé ceux de nos Lecteurs ,
curieux de s'inftruire de cette forme de procédure,,.
au grand Recueil des State Trials. On peut recourir
encore au Dictionnaire Anglois des termes de loix ,
par M. Jacob , &c nous ferions peut-être dans le cas
de prouver à M. duM**. de la Pl**. que ces recueils
nous font probablementauffi familiers qu'à lui.
Son érudition eûtété mienx employée à relever
urte groffière & ,volontaire erreur de quelques
Feuilles publiques , qui ont appelé l'impeachment de
M. Haflings , un JUGEMENT. C'est à cette erreur
d'intention que M. du M. de laPl , pouvoit ap
pliquer fes remarques , en rappelant la belle maxime
d'un des plus célèbres Jurifconfultes de la
Grande-Bretagne , It is the glorious prerogative of
Englishmen not to admit a fuppofition of guilt , before
trial. "C'EST LA GLORIEUSE PRÉROGATIVE DES
ANGLOIS , DE NE JAMAIS ADMETTRE LA SUPPOSITION
DU CRIME, AVANT LE JUGEMENT,
LIVRES NOUVEAUX.
CUVRES du Préfident || Pénitens & des Confef-
Bouhier , recueillies &
mifes en ordre , avec des
Notes & Additions , par
M. Joly de Bevy, in -folio,
tome II , Dijon , Frantin ;
Paris , Delalain , aîné ,
rue Saint-Jacques.
||
feurs , in- 8. le même.
Confiderations fur l'Ef
prit & les Meeurs , in-8.
Gaftelier , rue Neuve-
Notre - Dame.
Les Vifites du jour de
l'an , ou les Étrennes de
1788 ; le même.
Papiers tableaux propres
à la confection des
Terricts , in - 4 . par M.
Aubry de Saint - Vibert ,
rue de la Vieille- Monnoie.
La Vie de Frédéric ,
Baron de Trenck , traduite
de l'Allemand , par
M. le Tourneur , 3 vol .
in-12.avec fig. prix, 7 liv.
10f. brochés, & 8 liv. f.
francs de port par la pofte
dans tout le Royauine ,
Buiffon , rue des Roiteins
, n . 13.
Inftitutiones Juris Ca- en
nonici , ftudio Martin
2 vol. in- 12 ; Nyon , via
dicta du Jardinet.
Théatre de Sophocle ,
trad. parM.de Rochefort,
a vol. in- 8. le même.
Harangues tirées des
principaux Hiftorians
Grecs, trad. par M.Auger,
2 vol. in-8. le même.
La fin du Bail , ou le
Repas des Fermiers , Divertisement,
en profe &
vaudevilles , pour la
clôture de la Comédie
Italienne ; Belin , rue
Saint-Jacques.
R
La Vertu calomniée
2 part. in- 12. Lagrange
rue Saint-Honoré.
Lettres de Mademoiſelle
Mal -Aiffé à Madame de
C ***, in-12 . le même.
Réflexions fur le projet
Procès-verbal de l'Af- d'éloigner du milieu de
femblée de Picardie, in -4. Paris les tueries de bef-
Onfroi , quai des Auguftiaux & les fonderies des
fuifs , in-8. Gueffier , rue
Traité des devoirs des de la Harpe.
tins.
Principes de cavalerie ,
par M. de Boifdeffre ,
in- 12. Didor , fils aîné ,
rue Dauphine.
Hiftoire de la Vie de
nonville ; Simon , rue
Pagevin.
Quatrième Cahier d'A
rabefques , delinés par
Lavallée - Poullin ; les
Jefus Chrift , par M.Com- frères Guyot, rue Sainr
pans, 2 vol. in- 12 . Varin,
rue du Petit Pont.
GRAVURES.
Le Défir amoureux ,
Eftampe , par Mexelle ,
jeune , Pavart , rue Saint
Jacques.
Vues des principaux
Jardins Anglois qui font
en France, no. 2 , Erme- Il
Jacques .
Vue de la Maifon de
M. Roulleau , au bas de
Montmartre , & celle de
l'Orangerie de l'Hôtel de
Boifgelin; les frères Cam
pion , rue Saint-Jacques.
Coftumes Espagnols ,
troifième Livrailon , gras
vés par M. de Verre, rue
des Grands degrés,n ° .17.
Le prix de l'abonnement eft de trente livres pou
Paris ; trente-deux livres pour la Province. Il faut
affranchir le port des lettres & de l'argent. On fouf
crit hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'adreffen
au lieur Gura , Directeur du Bureau du Mercure.
DE FRANCE .
( No. 9. )
SAMEDI 1. Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de s's " le matin , & des 4' 8 " le foir.
Tempsmoyen
au Midi vrai
H. M. Sv
JOURS J. PHASES
du
MOIS
NOMS DES SAINTS, de de la
LUNE
Cam. Aubin , Evêque.
24 O 12 28
4 D. Latare, 25 O 12 16
lundi Ste Cunegonde.
4 mard. Cafimir , Roi.
mere. Virgile.
jeudi Ste Colette.
27 vend. Ste Perpétue.
8 Cain. Jean de Dieu.
D. Palion.
Jolundi Ste Dorovée.
mard. Quarante Martyrs.
12 merc. Grégoire.
3 jeudi Sre Euphrafie.
14 vend. La Compation.
1am. Zacharie , Prêtre.
66 D. Rameaux.
17lund: Ste Gertrude, Vierge,
19merc.Jofeph.
26 O 12 2
27 0 11 49
28 11 35
29
OML
11 20
11
ley ,
h.
о 10
m. 0 10 35
du Coir. O 10 19
10 2
6
P.Q
18 mard. Lubin , Evêque.
10
11
b. 28 m.
du matin.
PRINTEMPS.
oh. fignifie midi.
29
12
14
37
19
42
10 jeudi Joachim. 13
24
21 vend. V Saint.
14
6
22 fam. Epaphrodite. OP. L. 47
10
9 46
23 Dim PASQUES.
24 lundid Gabriel.
2mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27gendi. Jean , Ermite.
18 vend. Contrand , Roi.
fam. Rupert , Evêque.
D: Quafinees.
30
undi L'ANNONCIATION
16 le 22 , do
17 h . 9
18 dumatin
20
C.D. Q.
22 le 29. à 4
23 h. 34 m.
24 du foir.
32
LIVRES NOUVEAUX.
LES fix Calendriers || Sabéifme , par M. le
néceffaires, in- 12 . Prault,
quai des Auguftins.
L'Efprit de M. Necker,
in-8 . le même.
ron de Boek , in- 12 . Belin
, rue S.-Jacques.
Abrégé del Hiftoire du
Comté de Bourgogne &
de fes Souverains , in 8.
Croullebois, rue des Ma
thurins.
Journal de Médecine ,
Janvier 1788 ; le même.
Mémoires intéreffans
fur l'Hiftoire de France ,
par M. Poncet de la Grave,
2 vol. in-12 . avec fig.
Nyon l'aîné , & fils , rue
du Jardinet.
Élémens d'Arithmétique
& de Géométrie , par
M. Mazeas , in- 8. fig. les
mêmes.
Cours raifonné de Prafique
, ou la Procédure
civile du Palais , par M.
Ravant , Procureur au
Parlement , in- 4. 15 liv.
relié, les mêmes.
Les Dragées de la Samaritaine
, adreffées à
PAuteur de l'Almanach ,
in- 18 . Debray, quai des
Auguftins.
Efi fur l'Hiftoire du
Second Procès verbal
de l'Affemblée provinciale
de Lorraine & de
Bar , renue en Novem
bre 1787 , in-4. Nanci ,
Haener ; Paris , Née della
Rochelle , rue du Hurepoix.
Remarques fur la Grammaire
Françoife de M. de
Wailly, par M. d'Acarq ,
in- 8 .
Mémoire fur les moyens
qu'il feroit facile d'employer
, pour parvenir à
la perfection dont le Militaire
de France eft fufceptible
, 2 vol. in-8. Leclerc
, quai des Auguftins .
Almanachdu Commerce
, par M. Gournay ,
1788 ; in- 8.l'Auteur, rue
S.-Jacques , près S. Yves ,
n°. 27.
Effai des Effais de Goldfmith
, trad. de l'Anglois ,
in- 18. Royez , quai des
Auguftins.
Traité des Hernies de
Richter , traduit de l'Allemand
, par Rougement,
MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI ,
"
A PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
L
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; Annonce & Analyfe des
Ouvrages nouveaux les Inventions & Décon
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spec
racles ; les Caufes célèbres ; les Academics de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
35 .
er
*
SAMEDI MARS 1788 .
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Approbation , & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Février 1 7 8 8,
PIÈCES IÈCES FUGITIVES . Voyage en Syrie & en Egyp ·
Le parti prudent.
Réponses à la Question .
Vers à Mme. la Princeffe
Rofvigliofi.
Chanfon.
18.
La nouvelle Ecole du Monde.
Euvres de Théatre.
59
84
112
41
49 Projet nouveau.
113
Mon Epitaphe.
Idem .
Recherches.
145
Lettres. 165
Dialogue.
Anatomie. 180
Chanfon. 97
Hiftoire de Palmire.
Les Ailes du Moulin ,
Fable. 99 Variétés, 17. 86.
1456
SPECTACLES.
A Mile, de S, Leger, 146
Charades , Enigmes & Logogriphes
, 5 , 56, 110 , 146,
NOUVELLES LITTER.
Eirennes Lyriques,
ما
Comédie Françoiſe.
Comédie Italienne. *
38
735
Annonces & Notices , 45, 89,
140 , 188.
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD , re
des Mathurins , Hôtel de Cluni,
MERCURE
DE FRANCE.
er
SAMEDI I MARS 1788.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Le Baron DE TRENCK dans fa prifon
de Magdebourg.
STANCES.
ESPRIT confolateur , pure & fublime effence ,
Rayon célefte , appui des malheureux ,
Luis toujours à mon coeur , ô divine eſpérance !
Mon fort n'eft plus affreux.
Toi feule me foutiens depuis près de deux luftres
Chargé de fers , par un ordre furpris ,
Je me vois mis au rang des malheureux illuftres
Que l'erreur a profcrits,
A &
MERCURE
Vous, image des Dieux, ou plutôt Dieux fur terre,
Rois , Potentats , qui nous jugez comme eux ;
Tremblez de n'imiter que par votre tonnerre
La puiffance des Dieux .
ILS favent châtier , comme ils favent abſoudre
Le Sage obfcur , le Fourbe accrédité ;
Mais qui peut jufqu'à vous , quand vous lancez la
foudre ,
Porter la vérité ?
EST-TU Dicu , Frédéric ? tonne fur un perfide ;
Tu fais fon crime , en vain il fe défend ;
Eft-tu mortel ... ! fufpends... La fureur qui te guide
Peut perdre un innocent.
Tu fignas mon arrêt fans me prouver de crime ;
Mais as-tu cru figner mon déshonneur ?
M'avilir à mes yeux ? L'innocent qu'on opprime
Brave fon oppreffeur.
REDOUBLE autour de moi tes barbares cohortes ;
Augmente encor l'horreur de mon tombeau ;
Invente , s'il fe peut , pour en garder les portes,
Quelque moyen nouveau.
FAIS -MOI fouffrir le froid , la faim & l'infomnie ;
D'un triple airain enchaîne mes efforts :
Préfente enfin fans ceffe à ce refte de vie
L'afpect de mille morts.
DE FRANCE.
3
Jr brave tes Bourreaux & ta vaine puiſfance.
Quel bien la mort peut-elle me ravir ?
Si ton courroux n'a pu m'ôter ma conſcience ,
Renonce à me punir.
MAIS de quels cris perçans retentir cette volite ?
Ee bruit augmente..,.. On oùvfe .... Hé bien ,
Soldats ,
Frappez, me voilà prêt ; vous apportez fans doute
L'arrêt de mon trépas ?
Que vois-je ? leur maintien.... leurs regards moins
finiftres....
Vous fauriez... Quel papier tenez - vous ?
D'un Dieu de paix, amis, feriez-vous les Miniſtrès ?
Quoi ! vous m'embraſſez tous !
MONTREZ- MOI Cétécrit ; que mon tourment finiffe;
Donnez.... mon coeur n'attend plus de revers ;
Lifons ... Baron de Trenck, ton Roi te rend juftice
» Et brife enfin tes fers cCC.
JUSTE Ciel ! relifons.... je m'abuſe peut- être....
J'exifte enfin, mon fort n'clt plus douteux.
Arbitre des humains qui me redonnes l'être ,
Reçois mes premiers voeux.
QUEL changement fubit ! ..... fuis - je Trenck ! ces
murs s'ouvrent ;
Je n'y vois plus cet effrayant tombeau ;
A 4
MERCURE :
A ce corps tanimé de nouveaux fens découvrent
Un Univers nouveau.
PARDONNE , Frédéric ; ton ſujet fu : injufte ;
La vérité luit auffi pour les Rois ;
Pardonne , fi j'ai cru que fous ton règne auguste
On méconnût fa voix.
Out , Prince qu'on chérit , Guerrier que l'on renomme
,
A tes genoux reçois mon défaveu ;
En ce jour dans le Roi je reconnois un homme
Et dans cet homme un Dieu.
Er vous , Cocitoyens , chers amis , dont le zèle
M'a foutenu dans les plus grands revers ,
Vous préferve à jamais la juftice éternelle
Des maux que j'ai ſoufferts.
Ou fi d'un Dieu vengeur la puiffance l'ordonne
Soumettez-vous & craignez de l'aigrir ;
Adorez-le en filence , & priez qu'il vous donne
La force de fouffrir .
( Par M, B , A. Planterre. )
DE FRANCE.
ANECDOTE HISTORIQUE ,
Tiréed'une ancienne Chronique d'Allemagne.
SUR une montagne efcarpée , environnée
de tous côtés d'épaiffes forêts , eft fitué
un château fortifié , ancienne réfidence des
Comtes de Dachau. Là vivoit avec une
mère âgée & refpectable , le dernier rejeton
de cette famille illuftre .
Les Comtes de Wolfartshaufen étoient
leurs proches parens , & la proximité de leur
demeure facilitant les vifites réciproques ,
avoit préparé une alliance plus étroite. La
jeune Comteffe leur four étoit promiſe en
mariage au Comte de Dachau , avec une
riche dot.
Les Fêtes de Noël étoient l'époque où
devoit le célébrer le mariage pour lequel
on faifoit des préparatifs magnifiques. Les
Chevaliers & les Dames nobles du voifinage
y étoient invités.
On avoit donné aux Écuyers & aux Pages
, des livrées neuves , fur lefquelles étoit
brodé l'écuffon des deux familles.
Tout étant préparé , le Chevalier paré
de fes habits nuptiaux , & fuivi de tous
fes gens defcendit la montagne , & s'avança
dans la vallée au devant de fa future
2
A 4
8 MERCURE
époufe ; mais trouvant la marche de fon
sortége trop lente au gré de fon impatience ,
il lacha la bride à fon fuperbe courfier , &
entra dans le bois , où il s'enfonça affez
avant pour que fa fuite ne pût entendre fa
yoix.
Tout à coup une troupe de voleurs fond
fur lui , & après quelques efforts inutiles ,
il eft défarmé & percé de coups. En vain
offrit - il tout ce qu'il poffédoit pour racheter
fa vie . La cruauté de ces brigands fut
fourde à fes prières : ils achèvent le crime ,
le dépouillent des habits riches , des bijoux
précieux , parure deftinée pour fes noces ,
& partagent entre eux le butin . Une bague
d'émeraude , premier gage qu'il avoit reçu
de fon Amante en lui donnant fa foi , ne
pouvant être ôtée facilement de fon doigt ,
ces barbares coupèrent fa main ; enſuite ,
couvrant de terre fon cadavre ; ils prirent
la fuite , emmenant avec eux le cheval de
15. *11
I infortune GENOMO!nme.
Cependant la fiancée , accompagnée de
fes deux frères , & fuivie d'un train brillant ,
arrive au château , où l'attendeit une nombreuſe
compagnie . Tous fe félicitent réciproquement
de l'heureufe circonftance qui
les raffemble : la mère feule , trifte & inquiète
de ne point voir fon fils , l'attendoit
avec impatience. Elle envoye , pour le chercher,
les Écuyers & fes Pages. Le petit chien
du Chevalier court après ceux-ci , & va flairant
chaque buiſſon, comme pour ychercher
fon Maitre.
DE FRANCE. 9
Le fouper eft fervi dans la grande falle.
Les Chevaliers & les Dames prennent,place
à table ; mais la gaîté en eſt bien éloignée ;
un morne filence , des regards triftes an
noncent le preffentiment qui trouble les
coeurs .
L'épouſe ne peut retenir fes foupirs ; fon
fein eft gonflé par la douleur , fon collier
fe rompt , les perles roulent de tous côtés
Tur la table. A ces fignes finiftres , les convives
effrayés quittent la table ; les plats ,
Jes vafes de vermeil font enlevés , on attend
que le Chevalier paroiffe. Un vent impétueux
agite les cimes des fapins dont la montagne
eft couverte , & mugit entré les cours
' du château ; des tourbillons de neige def- ~
'cendent des rochers dans le vallon. Enfin
les nuages s'écartent , & la pâle lumière de
la lune pénètre jufque dans l'appartement :
on entend le cri funèbre des oifeaux denuit.
• 2
La jeune Comteffe cache fon beau viſage :
il n'eft plus pour elle de joie ni de repos.
Dans ce moment on entendit fonner
du cor, le pont- levis fut baillé ; c'étoient
les Écuyers & les Pages qui rentroient précipitamment
, & comme pourſuivis par les
fantômes de la nuit. Toute la compagnie
rangée auprès de la douairière & de fa bru ,
qui intérieurement adreffoit des voeux au
Ciel , attendoit dans une muette confterna
tion ce qu'ils lloient apprendre , lorſqu'un
cri plaintif & fourd attira les regards du
A S
.10 MERACIU REG
côté de la porte . On vit le petit chien
qui , courant à la mère de fon Maitre
, pofa à fes pieds quelque chofe de fanglant
, qu'il léchoit en gémiffant. Hélas !
c'étoit la main coupée que les affallin's
avoient laiffé tomber en fuyant : l'Amante
& la mère reconnoiffent la bague d'émeraude
, & tombent évanouies.
A cet afpect , les Chevaliers prirent les
armes , & fuivis des gens du château , ils
entrèrent dans la forêt , qu'ils parcoururent
de toutes parts. Le chien fidèle les précédoit
en pouffant des cris lugubres fans
interruption ; il cherchoit les traces de fon
Maître. Ils erroient ainfi depuis une heure ,
lorfqu'il s'arrêta fur un monceau de terre,
qu'il effayoit de creufer en redoublant fes
hurlemens. On fouilla cette terre nouvellement
remuée , & l'on y trouva le corps
nu & mutilé du Comte de Dachau. Les
Chevaliers déplièrent leurs manteaux, & l'en
enveloppèrent ; ils le lièrent fur un de leurs
chevaux puis ôtant les plumes de leurs chapeaux
, & les Ecuyers ainfi que les Pages ,
arrachant les rubans & tout ce qui ornoit
leurs habits ils reprirent triftement le
chemin du château , fans qu'aucun bruit interrompît
le filence de leur marche.
›
"
Du haut des tours on vit venir le convoi
funèbre. Les Prêtres allèrent au devant juſqu'au
pied de la montagne , & reçurent
avec refpect le corps de leur Seigneur. It
fut enterré dans le fouterrain de l'églife , où
DE FRANCE. II
repofoient fes ancêtres. Avec lui fut éteinte
l'ancienne famille de Dachau .
Cependant la mère & l'Amante enveloppées
de crêpes & profternées au pied
des autels , prononcèrent le voeu folennel
de renoncer pour jamais au monde , & de
confacrer: tous leurs biens à fonder un monaftère
de l'Ordre de Saint-Benoît , où l'on
prieroit nuit & jour pour le repos éternel
de l'ame du Chevalier.
Pourfuivis par la vengeance divine , les
voleurs tombèrent bientôt entre les mains
de la Juftice : tous furent arrêtés & conduits
dans les prifons de Dachau , où ils
expièrent fous le fer leur horrible attentat.
Les Comtes Palatins de Bavière , à qui le
fief revenoit , firent ériger une chapelle à
l'endroit où le meurtre avoit été commis :
elle fubfifte encore , on l'apperçoit du chemin
qui mène au château de Dachau.
( Par M. M***. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Poulie , celui
de l'Enigme eft le Coq , celui du Logogriphe
eft Cadavre , où l'on trouve Ver , Avare ,
Cave , Rave , Ave , Cadre , A , Race, Arc,
Arcade, Rade.
A G
?2 MERCURE
CHARA D E.
MON premier ici bas rampe aflez triſtement ;
Mon fecond dans les puits trouve fon logement :
Lève les yeux , mon tout reluit au firmament.
( Par M. Lapleigné Ducoudray. }
ÉNIGM E.
Aux contraftes les plus bizarres
L'homme en naiſſant m'a deſtiné ,
Quoique d'attributs les plus rares
Je fois heureuſement orné.
Toujours difcret , paffif, utile
Aux champs , à la Cour , à la ville ,
Je fuis à tous fubordonné ;
Je fers les dévots , les coquettes
Sur les tombeaux , fur les toilettes ;
Des boudoirs je paffe aux autels :
Bref, au cercueil , ainſi qu'aux fêtes
J'accompagne tous les mortels.
( Par M. Fr. Durruthy , Nég. à Bayonne. )
LOGOGRIPHE.
Les préfens que Cérès nous fait en abondance , ES
La liqueur de Bacchus , les fruits délicieux ,
DE FRANCE. 43
Les fleurs que le Printemps vient offrir à nos yeux ,
Lecteur, tous ces tréſors font dus à ma naiſſance ;
Auli pour mes bienfaits , les fenfibles mortels
Me prodiguent des foins dus à leur tendre mère,
Et jaloux d'honorer ma voix qui les éclaire ,
Leurs mains , en plus d'un lieu , m'ont dreffé des
autels:
*
On trouve dans mon nom les , tréſors de l'abeille
Un feul des attributs du petit Dicu galant ,
Qui nuit & jour, dit-on, pour nous féduire veille,
Du plus Savant des Cieux le fonore inſtrument ;
Celui qu'on donne au bien dont jouit plus d'un
Prêtre ;
De tous les maux connus un des plus dangereux ;
Ce que tout bon Chrétien doit rendre au premier
Etre ;
Du citoyen des champs , les foins laborieux,;
De la main du Très-Haut, le premier des ouvrages;
Deux des quatre élemens qu'il a créés pour nous ;
Ce qui chez un Joueur cauſe bien des nuages
Quand le fort inhumain l'accable de fes coups:
Bref, de me deviner qui veut prendre la peine ,
Doit ſavoir qu'onze pieds , fauferreur , font mon
tout.
Lecteur, qui que tu fois , fans te mettre à la gêne
De connoître mon nom tu peux venir à bout.
( Par M. de Vachon de Puigrammont ,
Garde du Corps de Monfieur, )
14 MERCURE ?:
衛
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECHERCHES Hiftoriques & Politiques
fur les Etats- Unis de l'Amérique Septentrionale
, où l'on traite des Etablif
Jemens des Treize Colonies , de leurs
rapports & de leurs diffentions avec la
Grande- Bretagne, de leurs Gouvernemens
avant & après la révolution , &c.; par
un Citoyen de 'Virginie ; avec 4 Lettres
1 d'un Bourgeois de New Heaven , fur
l'unité de la Législation. 4 Vol. in- 8°. A
Colle; & fe trouve à Paris, chez Froullé,
Lib. , quai des Auguftins , au coin de la
Tue Pavée.
SECOND EXTRAIT.
APRPRÈÈSS avoir relevé les erreurs de l'Abb
de Mably , le Citoyen de Virginie expof
les inexactitudes que M. l'Abbé Raynal
commifes relativement aux Etats - Unis , fo
dans le récit des faits , foit dans les réflexio
qui les accompagnent.
DE FRANCE. 1-5
Il n'eft perfonne qui n'ait lu avec enthoufiafme
l'éloge que M. l'Abbé Raynal fait
de Guillaume Penn , de fa légiflation , & des
Quakers. Ceux qui aiment allez la vérité
pour lui faire le facrifice même des illufions
confolantes qui femblent honorer la
Nature humaine , n'ont qu'à confidérer les
mêmes objets dans les Recherches fur les
Etats - Unis ; ils y trouveront des idées
toutes contraires . Malheureuſement pour la
gloire de Penn , les jugemens du Citoyen
de Virginie font appuyés fur des Mémoi
res authentiques , & principalement fur
les remontrances que l'Affemblée de Penfilvanie
adreffa à Guillaume Penn , en 1704
& 1707. On voit que ce Legiflateur honnete
homme , ce véritable Lycurgue , comme
' appelle Montefquieu , ne s'occupa jamais
que de fes intérêts perfonnels ; qu'il
s'exempta des taxes lui & toute fa poftérité;
qu'il employa toute fon adreffe ,,toutes les
reffources de fon efprit , à tromper fes frères
avant & après l'émigration ; qu'il leur défendit
d'acheter des terres des Indiens , afin
d'en faire le monopole ; que pendant fon
féjour en Angleterre , il entretint la difcorde
dans la Pensilvanie par les inftructions qu'il
envoyoit à fes Lieutenans ; que rempli d'idées
folles & capricieufes qui le mettoient
dans un befoin continuel d'argent , & abîmé
s de dettes , il alloit vendre à George I la propriété
de l'établiffement , lorfqu'il mourut à
Londres d'une attaque d'apoplexie , au ma16
MERCURE
ment de figner le contrat . On voit enfin
qu'il fe rendir coupable toute fa vie d'une
multitude d'artifices & d'extorfions .
Le jugement de M. l'Abbé Raynal fur le
caractère des Quakers , n'eft pas ,
pas , felon
l'Auteur , plus conforme à la vérité que
le portrait de Penn. » Les Quakers , ditil
, ont toujours eu comme les autres
fectes , leurs fingularités , ils les ont encore
; mais la nature de l'homme ne
change pas pour cela. Ces fingularités
» les ont rendus fupérieurs aux autres en
quelques points , & de même en quel-
" ques points elles les ont rendus inférieurs...
Le mérite principal des Quakers confifte
» dans l'économie , & dans l'application
aux affaires. En cela leur conduite eft.
vraiment exemplaire & digne de louange.
Sur l'Article de l'hofpitalité , de la bienfaifance
, ils reffemblent aux autres, Sur
celui de l'hypocrifie , perfonne ne les
égale ; & quant au commerce , la délicatelle
& l'équité ne font pas leurs ver-
» tus favorites. Tel eft leur caractère national.
Cela n'empêche pas d'ailleurs ,
qu'il ne fe trouve parmi eux , comme
parmi les autres fectes , des hommes
» du mérite le plus diftingué , qui femblent
avoir atteint au degré de perfection dont
l'homme eft fufceptible ..... Les talens fupérieurs
des Quakers dans l'art de vendre
& d'acheter , ne fçauroient leur être
contestés. Ils entendent beaucoup mieux
ود
"
DE FRANCE. 17
23
» que les autres à faire des marchés avan-
» tageux. Il fe trouve à la vérité parmi eux
» des hommes de la délicateffe la plus fcrupuleufe
, qui méprifent l'aftuce & l'hypo-
>> crifie ; mais ils font plus rares que parmi les
» autres fectes. Il eft facile d'être la dupe
de leur extérieur . Plufieurs fois il eft arrivé
que leur manière réfervée de contracter
, fondée fur leur Religion , les a
» difpenfés de tenir leur parole. Leurs ma-
» nières reffemblent bien à celles des
Jéfuites, qu'on les appelle fouvent , les
Jefuites Proteftans , quoique la compa
raifon ne foit jufte qu'à quelques égards «<,
L'Auteur examine enfuite les autres idées
de M. l'Abbé Raynal. Il lui reproche d'avoir
parlé avec injuftice & partialité de la conduite
de la France & des Etats- Unis dans la dernière
guerre. Il prouve entre autres chofes ,
contre l'opinion d'un grand nombre de Po
litiques , qu'il n'étoit point au pouvoir de
la France de ne pas faire la guerre ; qu'elle
étoit forcée ou de fe lier avec l'Amérique
contre l'Angleterre feule , ou de combattre
contre l'Angleterre & l'Amérique réunies ;
& il confirme cette idée par l'autorité de
M. Turgot , que le Roi avoit confulté fur
un objet fi important , & dont le Mémoire
fe trouve à la fin de cette troisième Partie .
་ ་
La quatrième Pattie renferme le tableau
de la fituation actuelle des Etats- Unis. Les
Gazetiers d'Europe parlent fans ceffe de
18 MERCURE
l'anarchie des Etats - Unis ; & les Politiques
qui n'étudient l'Hiftoire des Nations que
dans les Gazettes , & qui ne favent pas
que la diverfité d'opinions n'eft pas la même
chofe que le défordre politique , répètent
auffi que les Etats - Unis font dans l'anarchie.
Ces imputations ont pris naiſſance en
Angleterre, & le font répandues de là dans
le reste de l'Europe. » On peut affurer ,
» dit l'Auteur , que jufqu'à ce jour ,
ود
ود
les
individus d'aucun de ces Etats n'ont
éprouvé la plus légère atteinte dans leurs
» perfonnes & dans leurs biens. Par- tout
le peuple eft fatisfait de la conduite de
fes Repréfentans
. Pas une maifon n'a été
» brûlée , pas une vitre caffée volontaire-
" ment , depuis la ceffation des dévaftations
» de l'ennemi . Non feulement la diverfité
d'opinions ne cauſe point d'animofités
elle ne refroidit pas même l'amitié « .
ל כ
En des Chapitres de cette quatrième Partie
eft deftiné à l'examen des caufes qui
retardent les grogrès du commerce entre
la France & les Etats - Unis . Ces cauſes
» font en grand nombre , & peuvent fe
ranger fous différentes claffes ; les principales
font 1 ° . La Ferme établie en
France , qui , entre autres monopoles
» exerce légalement celui de la dentée ( le
?? tabac ) qui eft la principale branche du
commerce d'Amérique 2 ° . Le dédale
inextricable des réglemens de Douane ,
ور
و و
"
DE FRANCE 19
―
4
& les vexations qui s'enfuivent : 3 ° . La
différence des Loix en matière de com-
» merce. Les caufes fuivantes peuvent
» n'être envifagées que comme fecondaires ,
parce qu'en remédiant aux premières ,
plufieurs de celles - ci difparoîtroient , &
» le refte feroit de peu de conféquence :
1. Les Manufactures de France en gé
ور
33
و ر
néral , qui ne travaillent point dans le
" genre des Américains : 2 ° . L'incerti-
» tude des prix des marchandiſes , ce qui
décourage les acheteurs 3 ". La diffé-
» rence des Langues. 4 ° . La différence des
» monnoies , des poids & des mefures :
» Le débet des Américains envers les Mar
» chands & Manufacturiers Anglois : 6º , Le
» crédit infidieux que les Anglois continuent
و ر
•
•
de faire aux Audioning . —Il exifte en-
» core quelques autres caufes qui ne font
" pas fufceptibles d'une définition particuli
, & qui font dues en grande par-
» tie aux circonftances du moment « .
"2
L'Auteur expofe & développe féparément
les effets de chacune de ces cauſes ,
avec beaucoup de juftelle & de fagacité. Il
montre , par exemple , de la manière la plus
évidente , que le monopole du tabac de
» l'Amérique exercé par la Ferme , cauſe
» à la France une perte immenfe ; que ce
» royaume perd l'occafion de vendre le
produit, de fes Manufactures ; que fon
argent paffe en Angleterre pour folder
20
22
20 MERCURE
» les marchandifes qu'elle expédie pour l'A
mérique , & que celle- ci eft privée de
» l'occafion de fe fouftraire au commerce
30
"
Anglois , & d'accroître , comme elle le
» défire , fes relations mercantilles avec la
" France ". Le réſultat de fes obſervations
fur ce fujer , eft que » le commerce ne peut
» fleurir tant qu'on ne lui laiffe pas la plus
» entière liberté « Il y a long-temps qu'on
a démontré cette vérité fondamentale de
l'économie politique ; peu de perfor.nes ont
aujourd'hui le courage de la contefter ; mais
fur cette matière , comme fur toutes les autres,
qui portent atteinte aux intérêts particuliers
il refte toujours à la mauvaiſe foi , à l'hy
pocrifie du bien public , le champ immenfe
des exceptions , pour échapper à l'applica
tion du principe.
Les amis de la juftice & de l'humanitéferont
peut-être étonnés d'apprendre qu'au
fein des Etats Unis d'Amérique , que dans
ces afiles de paix de bonheur & de liberté,
qui tant de fois ont retenti de ces paroles
facrées , Tous les hommes naiffent indépendans
, on compte encore aujourd'hui près
de fept cent mille efclaves . Mais on leur
dira que le Gouvernement Anglois avoit
toujours empêché les Colonies d'écarter ces
maux ou d'en arrêter les progrès ; que l'in
troduction des efclaves eft maintenant prof
crite des Etats Unis , à l'exception des deux
Carolines & de la Géorgie, qui , fans doute
fuivront bientôt l'exemple des autres Etats;
1
1
DE FRANCE. 21
و ر
que tous les efprits font pénétrés d'une telle
horreur pour un ordre de chofes fi contraire
au droit naturel , que les Membres de la
nouvelle Convention n'ont pas même ofé fe
fervir du mot efclave dans le projet de Conftitution
fédérative ; enfin, que l'affranchiffes
ment des eſclaves eft en ce moment un des
principaux objets de l'attention publique ;
que d'excellens Citoyens ont exposé leurs
Hûes [ur cet objet , & cherchent les moyens
de concilier ce que la juftice exige avec ce
que les circonstances permettent. Il exifte
» detrès-bonnesraiſons , dit l'Auteur , pour
» différer de rendre la liberté aux efclaves ;
» mais il n'en eft aucune pour en introduire
» de nouveaux . Il appuie cette idée
de quelques réflexions für l'esclavage des
Nègres, par M. Schwartz. Si un homme,
dit ce Philofophe , doit à la perte de fes
droits l'affurance de pourvoir à fes be-
» foins ; fi en lui rendant fes droits on l'expole
à manquer du néceffaire , alors l'hu-
» manité exige que le Légiflateur concilie
la fûreté de cet homme avec les droits .
» C'est ce qui a lieu dans l'efclavage des
Noirs , comme dans celui de la Glèbe.
" Dans le premier , la cafe des Nègres ,
leurs meubles , les provisions pour leur
» nourriture , appartiennent au Maître. En
» leur rendant brufquement la liberté , on
» les réduiroit à la misère. - De même
» dans l'esclavage de la Glebe , le Cultivateur
, dont le champ , dont la maifon
20
"
13
29
23
13
>>
22
MERCURE
1
و ر
--
appartient au Maître , pourroit fe trou→
" ver , par un changement trop brufque ,
» libre , mais ruiné. — Ainfi , dans de pareilles
circonftances , ne pas rendre fur
» le champ à des hommes l'exercice de
» leurs droits , ce n'eft ni violer ces
» droits , ni continuer à en protéger les
و د
و د
violateurs ; c'eft feulement mettre , dans
» la manière de détruire les abus , la prudence
néceffaire pour que la juftice qu'on
rend à un malheureux devienne plus fûrement
pour lui un moyen de bonheur «.
On verra dans le Chapitre des Sauvages ,
combien nos idées fur ces peuples font
éloignées de la vérité. On y remarquera ,
avec quelque furpriſe , que la générofité ,
la conftance dans l'amitié , la prudence , le
courage , l'intelligence , la politeffe , non
celle qui confifte à accorder indiftinctement
aux prétentions particulières tout ce qu'elles
exigent , fans calculer ce qu'on leur doit ,
mais celle qui naît de la fenfibilité de
l'ame , de l'élévation du caractère & de la
jufteffe de l'efprit ; en un mot , que prefque
toutes les qualités dont l'affemblage
conftitue la perfection morale , femblent le
réunir dans les Aborigènes du nord de l'Amérique.
La délicateffe , la grace , la pureté
du trait , donnent à ce tableau des moeurs
de la Nature une expreffion plus vive &
plus touchante .
Cette quatrième Partie eft terminée par
DE FRANCE. 23
le nouveau projet de Conftitution fédérative
, auquel l'Auteur a joint fes obfervations
particulières , dont le réſultat principal
eft que , » dans la première Conftitution
» fédérative , intitulée Acte de la Confé-
» dération , le pouvoir du Congrès n'est
» ni affez étendu dans certains cas , ni ex-
» primé affez clairement dans d'autres . La
» Conftitution qu'on propofe maintenant,
" lui fait excéder en différentes circonf-
» tances les bornes du Gouvernement fé-
» dératif «, Il prouve que les difpofitions
de l'Article deuxième concernant l'élection
, les fonctions , les émolumens , & c,
du Préfident du Congrès , font contraires
à l'intérêt public. » Un pas de plus , ajoute-
» t-il , bientôt on auroit un Roi Roi de
Pologne , avec le danger terrible de le
» voir fe changer un jour en un Stathou-
23
der héréditaire ". Ces obfervations fixeront
fans doute les regards d'un peuple qui
connoît le prix de la liberté, puifqu'il a ey
le courage de la conquérir. Les éloges que
les Partifans de l'Ariftocratie ne ceffent
de donner en Europe à ce projet de Conf
titution , fuffiroient feuls pour apprendre
aux Citoyens des Etats-Unis , ce qu'ils ont
à efpérer de la forme de Gouvernement
qu'on vient de propofer. 1
Le Citoyen de Virginie a joint à fes Recherches
, deux Ouvrages dignes d'être médités
par tous les bons efprits : l'un eft un
Recueil de quatre lettres qui lui ont été
24 MERCURE
adreffées par un Bourgeois de New -Heaven,
dont l'objet eft de prouver qu'il eft inutile
& dangereux de partager le pouvoir légiflatif
entre plufieurs Corps.
Après avoir établi dans la première les
principes & les objets de la Légiflation générale
, il trace dans la deuxième la Conftitution
d'un Corps législatif unique , la ma
nière de fixer l'étendue & les limites du
pouvoir qu'il doit exercer , & la forme fuivant
laquelle il doit donner fes décifions ,
afin que les Citoyens puiffent jouir des avantages
d'une Conftitution libre , pailible &
durable. Dans la troifième , il montre comment,
fur tous les objets de la Légiſlation ,
cette Conftitution feroit propre à éviter les
différentes caufes d'erreur , à empêcher le
Corps légiflatif de faire , foit des Loix oppreflives
, foit de mauvaiſes Loix , en lui
confervant cependant autant d'activité que
le bien commun peut l'exiger. Il expofe
dans la quatrième l'objet principal de fa
correfpondance , l'inutilité & le danger de
partager la puiffance législative en plufieurs
Corps.
Telle eft l'idée générale que nous pouvons
offrir ici d'un Ouvrage où une multitude
d'idées neuves & profondes , liées
entre elles par l'analyfe la plus exacte , &
exprimées avec une précifion rigoureuſe ,
forme , par l'enchaînement & la dépendance
mutuelle de toutes les parties , un
vrai fyftême de Conftitution politique ; & ·
ce
DE FRANCE. 125
ce fyftême eft la feule folution qu'on ait
encore donnée du fameux problême : Quelle
eft la meilleure forme de Gouvernement ?
Ceux qui ont médité fur ces matières , &
qui favent combien il eft difficile de tracer
une forme de Conftiturion où tous les pouvoirs
aient féparément , & d'une manière
très- diftincte, l'énergie néceffaire à leur action
particulière , fans les moyens d'en abufer ,
fentiront ailément quelle force de tête &
quelle étendue de lumières exigeoit le développement
du plan dont vous venons de
parler. Les admirateurs aveugles du fameux
Systême des contrepoids, de l'équilibre, y apprendront
à déterminer plus exactement la
valeur de ces mots , qui , dans l'opinion
générale des Politiques , femblent renfermer
aujourd'hui toute la fcience des Etats .
ود
""
»
ور
Il y en a plufieurs raifons , dit l'Auteur de
» ces Lettres. D'abord l'abus des mots ; on
» a parlé de forces oppofées , de contrepoids
, d'équilibre , & ces mets ont eu
» fur certaines gens une influence d'autant
plus forte qu'ils les entendent moins.
Enfuite les Politiques de profeffion font
» intérellés à défendre tout ce qui eft
compliqué : chaque Erat a fa charlatanerie
propre , & celle des Politiques eft de
» donner leur fcience comme une espèce
» de doctrine occulte , dont les adeptes feuls
ont la clef; un intérêt plus direct leur
dicte encore ce langage : plus une Conf-
» titution eft compliquée , plus elle offre
Nº. 9. 1 Mars 1788.
"
39
ور
B
26 MERCURE
22
» de reffources aux intrigues & au fophifme.
Or cette opinion des Politiques
» doit avoir une grande influence , 19. fur
» les hommes qui n'ont jamais pensé à ces
objets , & qui s'en rapportent à l'opi-
" nion des Politiques pour être gouvernés ,
» comme à celle des Médecins pour être
» purgés. 2 ° . Sur les Auteurs qui fe croient
" prefque des hommes d'Etat , parce qu'ils
92
,
ود
répètent les opinions ou plutôt les dif-
" cours des gens en place, J'ai fouvent en-
» tendu des hommes d'efprit à qui je par-
» lois des principes de l'économie politique,
me répondre tranquillement : Si vous
» faviez quel mépris les Politiques d'Angleterre
ont pour toutes ces opinions !
» & croire prefque les avoir réfutées . -
D'ailleurs les hommes en général aiment
mieux les chofes fines que les chofes
» vraies , admirent moins ce qui eft fimple
» que ce qui eft compliqué , croient plus
volontiers ce qu'un petit nombre ſe vante
d'entendre , que ce qui eft entendu de
tout le monde.
92
52
22 Il
y a enfin l'exemple de l'Angleterre
» & cct exemple doit être très-impofant
» parce qu'au lieu d'obferver que la liberté
» de la preffe , celle de former des affo-
?? ciations particulières , la Loi d'Habeas
» corpus , la procédure par Jurés , la publicité
de toutes les inftructions pour les
aufes perfonnelles , le refpect pour la
lettre de la Loi , que tous ces principes
foutenus par l'opinion , heureufement
M
DE FRANCE.
"
réunie fur ces objets , font le vrai fon-
» dement de l'efpèce de liberté dont jouif-
» fent les habitans de la Grande-Bretagne ,
» on en a fait honneur à fa Conſtitution ;
" on a cherché en conféquence , non fi
» elle étoit bonne , mais par quels principes
" on pouvoit prouver qu'elle étoit la meil-
» leure de toutes ; & ces principes , on les
a adoptés comme des maximes générales “.
L'autre Ouvrage que le Citoyen de Virginie
a inféré dans fes Recherches , eft intitulé
de l'Influence de la Révolution de
l'Amériquefur l'Europe . L'Auteur confidère
ce grand évènement dans fes rapports avec
les opinions , la Légiflation , le commerce
& la paix de l'Europe ; & la fagacité de
fon efprit lui fait appercevoir & calculer
des effets dont l'étendue devoit naturellement
échapper au grand nombre des Obfervateurs.
On fent dans ces deux Ouvrages la même
force d'ame , la même fupériorité de raiſon ,
le même amour pour la vérité & pour la
liberté , qui ont dicté les Réflexions fur l'ef
clavage des Nègres. Ils font empreints du
même caractère de penfée ; & il cft aisé de
reconnoître à travers le voile qui en couvre
l'Auteur , un Philofophe illuftré , digne , par
fon génie & l'élévation de fon caractère ,
d'éclairer les hommes , de défendre leurs
droits , & deſtiné à influer , par la puiffance
de la penfée , fur le bonheur de fon Siècle
& de la Poftérité.
B 2
MERCURE
ESSAI fur les Etabliffemens néceſſaires
& les moins difpendieux pour rendre le
fervice des Malades dans les Hôpitaux
vraiment uțile à l'humanité ; par M. DỤ
LAURENS , ancien Médecin des Camps ,
Armées & Marine du Roi , A Paris ,
chez Royez , Libraire , quai des Auguft.
In-8°. de 160 pages.
UN Monarque , ami de fon Peuple ,
animé du défir de foulager les malheureux ,
veut bien affocier à fa bienfaifance ceux
de fes fujets dont les lumières peuvent l'éclairer
fur les moyens d'amélioration de
l'Hôtel-Dieu de Paris ; il invite avec bonté
à cette affociation honorable tous les Of
dres de Citoyens, Qui , mieux que les Médecins
expérimentés , peut répondre à dos
vues auffi bienfaifantes ! Leur état , leur
réputation , leur coeur , tout les engage à
rechercher & à propofer les moyens les
plus efficaces pour foulager l'humanité fouf
frante,
M, du Laurens ayant deffervi près de 20
ans les Hôpitaux de la Marine à Rochefort
& ailleurs , préfente des vûes qui font le
fruit de plus de 40 années d'étude , d'obfervations
& d'expériences , tant dans les
villes que dans les campagnes. La difcuffion
DE FRANCE. 29
'des moyens qu'il indique feroit longue
férieufe , & déplacée dans un Journal comme
celui-ci . Nous nous contenterons d'affurer
nos Lecteurs qué ce Livre annonce
le Citoyen le plus vivement affecté & zélé ,
& qu'il contient des projets très-intérellans
pour les malheureux . On peut le joindre
tout ce qu'il paroît d'excellens Ecrits fur
cette matière , depuis que Madame Necker
a réveillé la fenfibilité publique & préparé
La révolution qui s'opère.
Les Recteurs d'Hôpitaux , & les Médecins-
Inspecteurs , liront avec fruit le Chapitre
IXe. , où l'Auteur traite » des Feuilles
» de vifite ou Cahiers-Journaux, néceffaires
» pour rendre le fervice des Hôpitaux utile
» aux Malades & au Public «.
Les quatre dernières Sections :
1°. Sur l'infuffifance des Ecoles de Médecine
;
2º. Sur les avantages de la réunion des
Ecoles aux Hôpitaux.;
3°. Sur la nature des Leçons ;
4°. Et enfin fur l'ordre dans lequel les
Elèves doivent être inftruits ;
font des morceaux dignes d'être avoués
par l'Abbé de Saint - Pierre & par M. de
Chamouflet.
B 3
30
MERCURE
VARIÉTÉ S.
LES INCONVÉNIENS DES VOYAGES,
Imité de l'Anglois.
V ERS la fin de l'an de grace 1760 , exiftoir
dans le Comté d'Yorck un fort honnête Ecuyer ,
à qui on avoit dit au Collége , que rien ne forme
l'efprit d'un jeune Gentilhomme comme les Voyages.
Au fortir de l'Univerfité , fon éducation étoit
complète ; perfuadé qu'un Anglois qui lit Horace,
& qui vore à l'élection du Parlement , n'a qu'à
fe préfenter fur le Continent pour y être bien
reçu , il réfolut de débuter par Varfovie , où la
mort d'un oncle l'appeloit particulièrement.
La guerre alors embrafoit l'Allemagne. Prefque
toutes les Puiflances du Nord & de l'Occident
étoient fous les armes mais cette circonftance ne
laiffa pas foupçonner à notre Ecuyer qu'il eût
befoin d'un pafle-port : fes affaires le regardoient
feul ; & qu'avoit à démêler la police des Nations
étrangères avec un 'Habitant de l'Yorckshire ?
D'ailleurs il avoit étudié la Carte , pour s'affurer ,
de gros en gros , qu'il traverferoit exclufivement
le territoire d'Etats neutres ou Alliés de la Grande-
Bretagne.
Plein de confiance dans l'hofpitalité avec laquelle
il ne manqueroit pas d'être accueilli , il
prend fa place fur le paquebot d'Harwich à Helvoetsluis
, & débarque en Hollande. Cette RéDE
FRANCE. 名罩
publique , à cette époque , fort embarraffée à défendre
fa neutralité , avoit pris les précautions
que néceffite la défiance . On examinoit le Voyageur
, lorfque par un coup de difcernement qui
lui étoit propre , il s'avifa de dire à l'Inspecteur,
qu'il voyageoit pour des affaires d'une nature
particulière. On l'emprifonna , on l'interrogea ,
& fa naïveté l'ayant fait reconnoître incapable
d'aucun deffein contre la fortune d'Amfterdam
après fix jours de domicile dans une prifon d'arrets
, on lui permit de continuer fa route.
Il parloit un peu le François ; ce qui , en cent
ans , n'étoit arrivé à aucun Gentilhomme de
I'Yorckshire. Pendant que les foldats Hollandois
le conduifoient vers la frontière , il fe plaignit
amèrement des fix jours qu'on lui avoit fait perdre.
Cinq cents Hollandois , difoit-il incivile-
» ment à l'Officier , traverferoient tout le Yorckshire
fans qu'on leur adreffât la parole . -- On
n'interroge aucun Etranger en Angleterre. -
On ne l'emprifonne point. On ne lui donne
point des fentinelles ; & les Gardes du Corps
» de Sa Majesté Britannique ne fervent qu'à l'or
Un Anglois ayant le droit de ne
jamais répondre aux questions qu'on lui fait ,
il ne s'avife pas de queftionner les autres «
ל כ
» nement. --
--
Ces réflexions fur la police Angloife , & l'ingénieufe
comparaifon de l'Ecuyer , firent fortir
Officier Hollandois de fon phlegme naturel ; ´il
ôte fa pipe de fa bouche , & après en avoir fecoué
les cendres , en frappant contre le tube de
fon fufil : » Monfieur , dit-il , quand vous avez
» mis le pied fur le territoire des fept Provinces-
Unies , pourquoi n'avez-vous pas déclaré que
vous voyagiez pour affaires de commerce to ?
Après ce mot , il rechargea fa pipe , fe remit à
fumer , & congédia le Breton avec une impertur
bable taciturnité .
B 4
32
MERCURE
1
Cette converfation fe tenoit fur la route de
Breda à Valenciennes ; car notre Voyageur , qui
avoit entendu dire à fa grand'mère , que tout
chemin mène à Rome , en avoit conclu que tout
chemin menoit également à Varfovie ; & au lieu
de fe faire conduire à Nimègue , il fe trouva aux
confins du Hainaut.
Délivré de fon infociable Conducteur , il ar
rive gaiment à la première ville Françoife ; la
fentinelle d'une garde avancée lui demande l'honneur
& la permiffion de vifiter fon palle - port.
Que ferois-je d'un paffe-port ? Cela étant
» Monfieur , pardon de la liberté que je vais
prendre , à regret , de vous mener à M. le
Commandant «.
32
55
-
Monfieur le Commandant reçut le Voyageur
avec une politefle froide & cérémonielle ; il lui
fit les queftions d'ufage , & notre homme , mettant
à profit la leçon qu'il venoit de recevoir en
Hollande , répondit d'un ton prefque affuré , que
des intérêts de commerce l'amenoient fur le Continent.
:
que
Ma foi , reprit le Commandant , c'eft un
Négociant , un Bourgeois ; qu'on le mène à la
» Citadelle ; je l'examinerai demain il faut
je m'habille pour aller à la Comédie . —Allons.
» Monfieur , difoit le Soldat à l'Ecuyer en le
» conduifant au corps-de- garde , pourquoi avez-
→ vous parlé de commerce devant Monfieur le
Commandant ? Aucun Gentilhomme en France
» ne s'avilit à faire le commerce : nous méprifons
le commerce. Que n'informiez - vous Monfieur
Dole Commandant que vous entriez dans la domination
d'un grand Monarque , que vous y
» entriez pour vous perfectionner dans la Mufi-
» que , dans la Danfe , pour apprendre à vous
» mettre avec goût ? Les armes , par exemple
3
DE FRANCE. 33
font la profeffion d'un homme comme il faut :
» c'eft le chemin de la gloire : Vive le Roi « !
L'Ecuyer d'Yorckshire eut l'honneur de paffer
la nuit avec une Garde Françoife , & le jour
fuivant on le remit en liberté.
En poursuivant le cours de fon Itinéraire , il
tomba dans un détachement de Chaffeurs Allemands
, qui lui demandèrent fon nom , fa qualité,
fes occupations. » Je viens , dit - il , apprendre à
» danfer, à chanter, & à m'habiller à la mode «.
C'est un François ! dit le Caporal.
Un Efpion ! cria le Sergent.
D'où il réfultá qu'on affit notre homme fur la
croupe d'un Dragon , pour le faire paffer au Camp.
Bientôt après on le relâcha , mais ce ne fut pas
fans un mot d'avis : » Nous autres Militaires M-
» lemands , lui dit l'Officier , nous mangeons ,
» bavons , fumons ; ce font - là nos plaifirs jour-
" naliers. Si vous n'aviez parlé d'autre chofe à
nos Chaffeurs , vous nous auriez épargné mu-
> tuellement beaucoup de trouble : vous pouvez
» partir «. Et le Voyageur partit.
ככ
Il étoit à peine fur les terres du Roi de Prufſe ,
qu'on l'examina un peu plus correctement que
les précédens Vifiteurs ne l'avoient fait » Mon
» affaire , cut-il la prudence de répondre , eft de
» boire , manger , & fumer. Hum ! dit l'Officier
, boire , manger , & fumer ! Vous me fui-
» vrez à Potſdam. Ľa guerre doit être l'unique
כ כ
23
objet du genre humain « .
-
Le pénétrant Frédéric ſaiſit bientôt le caractère
de notre Voyageur , & lui donna un paffe - port
écrit de fa propre main » C'est un ignorant ,
» un innocent Anglois , dit l'illuftre Monarque :
» fes Compatriotes n'entendent rien aux règles
» militaires ; & lorfqu'ils ont befoin d'un Géné
» ral , ils me foudoyent c
B. S.
34
MERCURE
१
Aux barrières de la Saxe , nouvel interroga
toire » Je fuis foldat , dit le pauvre Interrogé
» voici un paffe - port du premier Capitaine de
» notre fiècle.
ככ
--
Quoi ! vous êtes le protégé d'un deftructeur
» de milliers d'hommes ! Nous allons vous en-
» voyer à Drefde ; & gardez - vous de montrer
votre paffe port , fi vous ne voulez être mis en
pièces par ceux dont les fils , les maris , les parens
ont été cruellement facrifiés à l'ambition
Pruffienne « .
*
" Ayant fubi à Drefde une nouvelle enquête qui
diffipa tous les foupçons , il fe félicitoit d'approcher
du terme de fon voyage , & d'être enfin délivré
de toute inquifition , lorfqu'aux frontières de
la Pologne , l'Officier- Commandant lui demande
quelles affaires l'amènent dans la République ?
» En vérité , Monfieur , je n'en fais rien . -Comment
vous ignorez le motif de votre voyage ?
Suivez-moi chez le Staroſte .
DO
ל כ
» Pour l'amour de Dieu , reprit l'Infulaire haraffé
, ayez pitié de moi. En Hollande , j'ai été
emprifonné pour avoir gardé le fecret de mes
propres affaires.
" En France , j'ai paffé une nuit entière dans
» une Citadelle , pour m'être déclaré Marchand.
» En Allemagne , j'ai galopé fept licues ac-
» croupi derrière un Dragon , pour m'être an-
5 noncé en qualité de Petit-Maître.
" En Pruffe , on m'a traîné captif l'efpace de
» 50 milles , à cau ſe de mon goût pour la bonne
chère .
» En Saxe , on m'a fait craindre pour ma vie
» dès l'inftant où je me fuis dit Militaire .
>
» Si vous aviez la bonté de m'inftruire des
» moyens de rendre compte de moi- même fans
offenfer perfonne , je vous regarderois éter -
» nellement comme mon ami & mon protecteure
DE FRANCE.
SPECTACLEC
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 18 Février , on a donné la fe̱-
conde repréſentation du Prifonnier Anglois ,
Comédie en trois Actes & en Profe mêlée
.de Mufique.
Nous n'avons fait qu'une légère mention
de la première reprefentation de cet Ouvrage
. On fe rappelle combien elle fur
orageufe , & les excès qui la fuivirent.
Le Proverbe dit : A quelque chofe mal- .
heur est bon , & le Proverbe n'a pas tort.
Il est réfulté de la rigueur licencieuſe du Public
, que le Parterre de la Comédie Italienne
eit affis , & que les Auteurs du Prifonnier
Anglois ont fait à leur Ouvrage des changemens
qui lui ont valu du fuccès.
Une Anecdote connue & imprimée dans
les Papiers Publics , a fourni le fonds de
cette Comédie. La voici en abrégé .
Un Particulier retournant chez lui un peu
tard , entend des plaintes , s'approche de
l'endroit d'où elles partent , voit un homme
endu par terre , & percé d'une épée qui
traverſe la poitrine. Un mouvement d'humanité
l'engage à fecourir infortuné ; il
commence par retirer l'épée . L'homme expire
B6
36 MERCURE
•
à l'inftant ; le hafard amène là une patrouille ,
qui , trompée par les apparences , arrête le
particulier, le conduit chez un Commiffaire,
de là en priſon , où il eft fur le point d'être
condamné à la mort. Heureufement un de fes
Juges reconnoît , à la confrontation , que
l'épée faifie lui appartient , déclare que tel
jour il a eu une querelle , qu'il s'eft battu
qu'à l'inftant où il perçoit fon adverfaire ,
a entendu du bruit , & qu'il a pris la fuite
en abandonnant fon épée. Cet aveu fauve
la vie & l'honneur de l'homme innocent.
Dans la première verfion de la Pièce ,
dont la Scène eft en Angleterre , M. Desfontaines
avoit placé fon Héros en prifon
au premier Acte. C'eft dans cette pofition
qu'on le voyoit folliciter l'intérêt & l'humanité
du Geolier , qui lui permettoit de s'abfenter
pour quelque temps , après lui avoir
fait jurer de revenir. Le Prifonnier fortoit ,
venoit dans fa famille , y étoit retenu malgré
lui. L'inftant de fon jugement arrivoit ;
le Geolier alloit fubir , par la mort , le
châtiment de fon évafion ; il en étoit inftruit
, s'échappoit , & alloit rendre la vie à
fon bienfaiteur aux dépens de la fienne.
Tout cela étoit un peu romanefque , & ne
laiffoit pas que d'offrir des développemens
très-longs, par conféquent un peu ennuyeux.
Dans la nouvelle verfion , M. Frankly
eft abfent de fa famille depuis deux ans pour
un voyage d'outre mer ; il eft attendu par
fon père , par fa femme & par fa fille , qui
DE FRANCE. 37
lui font préparer une fête. On apprend par
les Papiers publics , qu'un homme a été arrêté
retirant une épée fanglante de la poitrine
d'un autre.Cet homme s'appelle Belton ,
& cette nouvelle ne paroît pas regarder M.
Frankly ; c'est pourtant lui qu'elle regarde ;
c'est bien lui qui a été arrêté , & qui a cru ,
pour le repos de fa famille , devoir changer
de nom. Il arrive néanmoins , il eft reçu
avec ivreffe , il jouit du bonheur d'embraffer
les objets les plus chers à fon coeur ; mais
il laiffe de temps en temps échapper des
mouvemens qui annoncent un chagrin profond.
Un Guichetier lui a permis de fortir
un inftant de fa prifon , d'aller voir fa
famille , & lui a fait promettre de revenir.
Ce fatal fecret fe découvre. Il faut
prendre un parti . Le père de Frankly &
Clarice fa femme lui confeillent de fuir ;
il refufe , parce qu'il expofe un innocent
à la mort , fon père lui répond qu'il facrifiera
plutôt fa fortune entière , que de ne
pas fauver les jours du Guicherier. Frankly
cède à cette proraeffe , aux larmes de fa
femme , & il confent à fe cacher dans
fa maiſon , jufqu'à ce qu'on ait tout préparé
pour fon départ & pour fon paffage en
Erance . On annonce M. Walf ; il défire
parler à Madame Frankly , qui s'effraye
de cette vifite. M. Walf entre ; il demande
à Mme. Frankly fi fon mari eft en fûreté ,
s'il eft parti ; il a , dit- il , les raifons les plus
fortes pour s'en informer , pour s'en ren38
MERCURE
1
dre certain. Forcé lui - même de quitter
l'Angleterre pour les caufes les plus im
portantes, il ne s'en éloigneroit pourtant
point , s'il n'étoit pas tranquille fur le
fort de M. Frankly. Clarice , foupçonneufe
& inquiète , répond à M. Walf que fon
mari n'eft pas encore de retour ; elle l'affure
, elle l'affirme ; & M. Walf fe retire .
Un inftant après le préfente un Connétable ;
il trouve Clarice auffi difpofée à nier le
retour de fon mari ; il va fortir , quand
la fille de Frankly , que l'on n'a pas mife
dans la confidence , vient frapper à la
porte d'un cabinet où eft enfermé fon père ,
en l'appelant à plufieurs repriſes. Le Connétable
menace de faire entrer main-forte ;
Frankly paroît , & fe fiant fur fon innocence
il fe remet entre les mains du
Connétable. Mais fa confiance étoit mal
fondée ; fon innocence , les larmes de fon
époufe , les follicitations , les démarches
de fon père , rien ne peut le fauver du
trépas , on va l'y conduire ; fon père , fa
femme , fa fille , fes domeftiques l'entourent
; fon père offre fa vie en échange
de lafienne ; les foldats vont l'arracher des
bras des fiens; un homme entre en s'écriant :
Malheureux ! qu'allez- vous faire ? C'eſt
M. Walf : il a été inftruit , au moment de
partir , du fort qui menaçoit M. Frankly ; il a
volé à fon fecours ; c'eft lui qui s'eft battu ,
qui a tué fon adverfaire , qui à fui , en laiffant
fon épée dans fa poitrine : il vient ſe
remettre au pouvoir de la Loi , fauver
DE FRANCE. 39
P'innocence , & plaider une cauſe affez jufte ,
pour qu'il n'ait rien à redouter , dit-il , des
fuites qu'elle peut avoir. La joie rentre dans
tous les coeurs.
›
- Cette intrigue eft plus fage que la première
, mais elle a moins d'originalité , &
le dénouement en eft trop pathétique. Il
nous femble que chaque genre doit avoir
fes bornes & que fi la terreur & la
pitié font les refforts néceffaires du genre
tragique , elles font très-déplacées dans le
Drame à Ariettes. Le premier Acte , qui
forme l'expofition , eft prefque nul ; & le
contrafte que l'Auteur a voulu établir entre
la fête qu'on prépare à Frankly , & le
fort qu'on lui deftine pour le crime dont
il eft accufé , ne fe fait pas aflez fentir.
Le noeud fe forme d'une manière ingénieufe
; la Scène de M. Walf eft heureufement
conçue ; elle a de la nobleffe , de
l'intérêt , elle prépare bien le dénouement ;
peut-être même le prépare - t- elle trop. Nous
n'aimons point la manière infinuante &
fauffe dont le Connétable fe fert pour tâcher
de furprendre la religion de Mme . Frankly ;
elle n'eft point dans les moeurs Angloifès.
En Angleterre , les plus fimples Officiers
de la Loi font graves & férieux comme
elle ; ils ne fe livrent point aux petites
finelles , aux fupercheries , peut-être néceffaires
en France , dont ufent les Agens de
' notre Police. Quand un Aureur porte la Scène
de fon Ouvrage dans un Royaume étranger ,
40 MERCURE
il faut qu'il prenne quelques notions de fes
moeurs , de fes ufages , & qu'il les conferve
pour être vrai. Le commencement du 3e. Acte
marche lentement ; la poſition de Clarice devant
le Geolier & les Guichetiers ne sçauroit
intéreffer , parce qu'elle eft inutile , & qu'il
n'en peut rien réfulter d'heureux pour .
Frankly ni pour elle. La dernière Scène eft
du plus grand effet , elle offre un tableau
très attachant ; mais à l'inftant où la joie
rentre dans tous les coeurs de la famille
Frankly , on regrette de ne pas favoir ce
que devient M. Walf. Ce bon , ce noble
M. Walf eft plein de confiance dans fon
innocence ; mais la Loi le jugera - t - elle
comme il fe juge ? On peut en douter; &
il intéreffe trop par fa généreufe franchife ,
pour que la moindre inquiétude qu'il laiffe
après lui ne devienne pas un tourment.
Malgré ces défauts , l'Ouvrage a eu un grand
fuccès, & il le mérite à beaucoup d'égards.
C'eſt à bien jufte titre que l'on confidère
depuis long- temps le talent de M.
Gretry comme un talent inépuifable. La mufique
du Prifonnier Anglois eft pleine de
charme , de grace , d'efprit , de fineffe, &
d'expreffion. Douce , aimable & riante au
premier Acte , elle devient grave , intéreffante
au fecond ; elle eſt déchirante au
troisième , & toujours elle marche avec les
effets les plus variés & les mieux fentis.
On a beaucoup applaudi Mme. Dugazon
dans le rôle de Clarice. Mlle. Renaud caDE
FRANCE. 41
dette a rendu avec intérêt le perfonnage
de la jeune Frankly. M. Philippe a mis de
la nobleffe dans celui de Frankly. Enfin on
doit des éloges à M. Chenard, qui , ayant
été obligé d'apprendre en deux jours le
rôle de Frankly père , l'a chanté avec beaucoup
d'expreffion , & joué avec beaucoup
de chaleur.
ོ
LE 19 , on a joué pour la première fois
La Double tromperie , Comédie en trois Actes
& en Profe.
Le Comte de St. Léger a entendu parler
de la vertu de Mme. de St. Amable ; il fe
propofe d'en être le vainqueur. Il fe fait
introduire chez M. de St. Amable en qualité
de Valet- de - chambre ; mais une lettre
anonyme dévoile fon projet. Pour le punir
de fon audace , M. de St. Amable feint de
ne rien favoir ; il fuppofe que fa femme ne
gardera pas St. Leger à fon fervice , s'il ne
confent pas à fe mafier ; le Comte promet
qu'il fe mariera. On lui propoſe ſur le champ
Mme. Bernard , Femine de charge de la
maiſon ; il accepte pour ne pas être éconduit
, & figne une promeffe de mariage.
M. de Saint-Amable prie le Commandeur
de Saint - Léger oncle du Comte , de
paffer chez lui , lui parle de la conduite
de fon neveu , du déshonneur qui peut la
fuivre , & lui remet la promefle de mariage.
C'eft fous le coftume de Valet- de-
,
42 MERCURE
chambre que le Commandeur trouve le
Comte ; il éclate , le neveu rit ; l'explication
fe fait ; & M. de St. Léger voit enfin qu'il
a voulu être Myftificateur , & que c'eſt lui
qui a été mystifié.
Nous n'aurions pas fait mention de cer
Ouvrage juftement tombé à la première repréfentation
, parce qu'il eft mal intrigué.
inal conduit , mal écrit , écrit même ſouvent
du ftyle le plus trivial , fi nous n'avions pas
cru néceffaire d'adreffer quelques obſervations
à MM. les Comédiens Italiens .
L'indulgence eft toujours une qualité louable'
; mais elle a fa limite, hors de laquelle elle
devient exceffive & funefte. On peut donner
des encouragemens à de jeunes Auteurs, fans
reprefenter les premières ébauches , les premiers
Cuvrages informes qui font fortis de
leur cerveau , & fur-tout fans s'expofer à
paffer pour de mauvais Juges. Recevoir une
Pièce foible imaginée à la hâte , écrite
précipitamment & fans réflexion , ce n'eft
point encourager un jeune homme à bien
faire , c'eft lui tracer la route de la négligence
& de la médiocrité ; c'eft ouvrir un
répertoire dramatique à une foule de prétendues
Comédies , qui n'en ont que le
titre, qu'il faut jouer à la fin , & qui néceffairement
dégoûtent & éloignent le Public.
On a reproché à MM. les Comédiens Ita-
Jiens de repréfenter des Pièces inférieures en
mérite ( paffons fur l'abus de ce mot ) à la
plupart de celles que l'on joue fur quelques
DE FRANCE.
43
théatres fubalternes . Ce reproche eft plus
défagréable pour eux , qu'il n'eft férieux &
fondé ; nous le prouverons bientôt , parce
que nous aurons inceffamment occafion de
revenir fur cet objet : mais ils s'y font expofés
par une complaifance trop légère , & il
eft temps enfin qu'ils ne s'y expofent plus.
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LEE Voyageur à Paris , extrait du Guide des
Amateurs & des Etrangers Voyageurs à Paris ;
par M. Thiery ; & orné d'un nouveau Plan de
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Pont-Neuf. A Paris , chez Maradin , Lib. , quai
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235.
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la première contient des Leçons de Géomance; &
la feconde des Mélanges , tels que des Lettres
des Dialogues, des Adreffes badines, des Avis , & c.
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des Songes aux Numéros de la Loterie Royale
de France , tirée de la Cabale Italienne & de la
Sympathie des Nombres ; ornée de 90 Figures ,
avec des Tablettes d'un papier compofé , trèseffentielles
à cet Ouvrage . Nouvelle édition , revue
avec foin , & augmentée du Systême Arithmétique
des Combinaiſons nominales , cu nouvelle
manière de s'intéreffer aux évènemens de la
Loterie par une compofition de chances ou numéros
, relative aux noms propres des Actionnaires ,
fuivi de la Lifte des Numéros fortis à chaque Tirage
depuis l'établiffement de la Loterie. Prix ,
2 liv. ; & les Figures enluminées , 3 liv. A Paris ,
chez Defnos , Lib . , rue S. Jacques ; & chez les
Receveurs de Loterie.
On trouve chez le même l'Ouvrage fuivant ,
petit in-12.
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ou Tableau précis & général du Globe terreftre ,
pour l'intelligence prompte & durable de la Géographie
moderne ; adapté à l'Atlas des Colléges
& des Penfions , & fuivi de celui de l'Enfant
Géographe , ou nouvelle Méthode d'enſeigner
cette Science. Prix , 1 liv. 10 f. br.
Il y a dans cette Méthode de la clarté & de
la préciſion.
DE FRANCE. 45
PROCÈS-VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale de Baffe - Normandie , tenue à Caen
en Novembre & Décembre 1787 ; in-4° . Prix ,
6 liv. A Caen , chez Le Roy, Imp. ; & à Paris ,
chez Née de la Rochelle , Lib . , rue du Hurepoix ,
près du Pont St-Michel ; & Delalain jeune, rue S.
Jacques.
PROCÈS-VERBAL des Séances de l'Aſſemblée
Provinciale de la Généralité de Rouen , tenue aux
Cordeliers de cette Ville , aux mois de Noyembre
& Décembre 1787 ; in-4 ° . Prix , 7 liv . 4 f. br . ,
A Rouen , chez Pierre Seyer , Imp. ; & fe trouve
à Paris , chez Née de la Rochelle , Lib. , rue du
Hurepoix , près du Pont S. Michel.
·ELOGE de Madame de Maintenon. Difcours
prononcé à Saint-Cyr le fecond jour de la Fête
Séculaire , en 1786 , par M. François , Prêtre de
Ja Miffion . A Paris , chez Buiffon , Lib. , rue des
Poitevins ; & Mérigot jeune , quai des Auguftins.
LE Serment des Horaces , dédié au Patriotiline ,
Eftampe de 22 pouces de large für 18 de haut ,
gravée à Londres par Louis Laurence , d'après le
Tableau de Carraffe, Prix , 16 liv. A Paris , chez
M. Olivier , Négociant , rue S. Denis , vis -à-vis
S. Jacques l'Hôpital , No. 189,
Cette Gravure plaît par les expreffions des tètes ,
& l'ordonnance fimple & vive du Tableau , qui
repréfente cet acte d'héroïlme,
EUVRES de Francois de Salignac de la Mothe
Fénelon , Précepteur des Enfans de France ; in-4 .
Tome IV. Prix , 15 liv . A Paris , chez Didot l'aîné ,
rue Pavée-St-André .
Ce Volume contient les Dialogues des morts &
quelques Mélanges ,
1
46
MERCURE
GALERIE du Palais - Royal , gravée d'après les
Tableaux des différentes Ecoles qui la compofent ,
avec un Abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau ; 9e.
Livraiſon . Prix , 12 liv . A Paris , chez J. Couché ,
Graveur , rue Sainte- Hyacinthe , Nº . 4 ; & J.
Bouillard , rue d'Argenteuil , N° . 95 .
On doit toujours les mêmes éloges à l'exécutionde
cette grande entreprife. Cette Livraiſon eft
auffi foignée que les précédentes. Parmi les différens
morceaux qu'elle contient , fe trouve la
naiffance de Bacchus , par le Pouffin . Cette Eftampe
eft donnée comme 8c. Tableau de cet Auteur,
parce que les Sept Sacremens du même Peintre
, dont on s'occupe actuellement , doivent le
précéder. Cette tranfpofition , indifférente en elleinême
, a déjà eu lieu . On aura toujours raiſon
de préférer l'exactitude des Livraifons à tout ordre
numérique qui pourroit en ralentir la marche,
& faire douter du zèle des Auteurs à remplir
leurs engagemens.
ALMANACH général du Commerce , des Marchands,
Négocians , Armateurs , &c. de la France ,
de l'Europe , & des autres parties du Monde ; par
M. Gournay , Avocat en Parlement ; gros in-8°.
Prix , 6 liv. br. port franc par la pofte. A Paris ,
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S. Yves ,
27 ; chez Belin , Lib. , rue S. Jacques ; & Onfroy,
quai des Auguftins.
N°.
La publicité de cet Almanach n'a été tardive
cette année que par les efforts qu'a voulu faire
l'Auteur pour en perfectionner la rédaction . Cer
Ouvrage cft vraiment intéreflant & utile. Flufieurs
articles ont été refaits , d'autres rectifiés ; tout ce
qui a rapport au commerce y trouve la place ; &
nous ne doutons point de fon fuccès. Pour éviter
tout genre de furprife , l'Auteur fignera tous
DE FRANCE.
47
les exemplaires qui feront achetés . En écrivant
directement à l'Auteur , on le recevra franc dè
port par la pofte .
CLARA & EMMELINE ; par Miff H ... , Anteur
de LOUISE OU LA CHAUMIÈRE ; traduite de
l'Anglois , & revue fur la Traduction Françoiſe
par Auteur Anglois ; 2 Vol. in - 12 . Prix , 2 liv.
8 f. br. A Paris , chez Buiffon , Lib. , rue des Poi,
tevins , Nº. 13 .
Une nouvelle Production de l'Ecrivain eſtimable
& fenfible , à qui l'on doit déjà Louiſe ou la
Chaumière dans les Marais , ne peut qu'être accueillie
avec empreffement. Comme la première
elle mérite d'être diftinguée dans le petit nombre
de bons Romans que le fiècle a produits, & dont ,
on ne peut fe le diffimuler , on doit les meilleurs
à l'Angleterre. Clara , forcée par fon père de fe
marier contre le gré de fon coeur qui avoit fait
un autre choix , a fu triompher de fa paffion , fe
réfigne à fon fort , & ne voit plus que fes devoirs.
Chargée par une mère mourante , inftruite
de fon fecret , témoin de fes combats & de fon
triomphe , de la remplacer auprès de fa jeune
foeur Emmeline , elle veille fur elle avec une tendrefle
vraiment maternelle , la préferve des effets
funeftes d'une première furpriſe de l'amour , toujours
dangereufe dans une ame neuve , honnête ,
mais fenfible , & obtient enfin dans le bonheur de
fa foeur & dans le fien , la récompenſe duc à des
vertus dont les épreuves n'ont fait qu'augmenter
l'éciat. Un intérêt vif & touchant regne d'un
bout à l'autre dans ce Roman , qui préfente de
grandes leçons aux jeunes perfonnes du sexe &
aux femmes mariées , des moeurs pures , des caractères
vrais , & par tout le triomphe de la
vertu que l'Auteur s'eft attaché de placer toujours
dans le point de vue le plus aimable & le plus
intéreflant. ( Notice communiquée. )
48
MERCURE DE FRANCE .
Nos. 2 & 3 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs, pour deux Violons ou Violoncelles , 5c .
Année. Prix , 2 liv. chaque N° . Abonnement pour
12 Numéros , 15 & 18 liv . A Paris , chez M. Bornet
l'ainé , Profeffeur , rue Tiquetonne , Nº . 10.
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Paris , chez Imbault , rue S. Honoré , près l'hôtel
d'Aligre , No. 627.
TRAITÉ de compofition Muficale , par le célèbre
Fux , traduit en françois par le Sr. Piétro - Denis.
Prix, 12 l. les 3 Vol. réunis en un. Ouverture de
Richard Coeur de Lion , celle de la Dot , celle de
l'Amant ftatue, arrangées pour deux Piano ; par M.
Charpentier , Organifte de l'Eglife de Paris. Prix ,
2 liv. 8 f. Ouverture d'Iphigénie , du Chevalier
Gluck , & plufieurs Airs connus , arrangés & variés
pour deux Piano ; par le même , Cuv . 20e.
Prix , 7 liv . 4 f. = Recueil d'Airs connus & variés
pour deux Piano ; par le même , OEuv. 21c. Prix ,
7 liv. 4 f. A Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu
, paffage de l'ancien Café de Foy ; & Mme.
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or.
STANCES.
TABLE.
Anecdote hiflorique.
Charade, Enigme & Log.
Recherches.
3 Effei.
7Variétés.
12 Comédie italienne.
14 Annonces & Notices.
APPROBATION.
28
30
35
43
J A1 lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi rer.
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion . A Paris, le 29 Février 1788.
RAULI N.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUIE.
De Conftantinople, le 10 Janvier 1788 .
LA totalité des troupes Ottomanes
doivent être réunies & prêtes à agir vers
le mois de mars, prochain. Tout eft en
mouvement
, tant dans les Provinces d'Afie,
que dans celles d'Europe . Plufieurs Pachas,
entre-autresle fameux Tfchefa- Pacha,
ont eu ordre de fe rendre à leurs Corps
refpe&tifs. Le Grand Seigneur a fait une
perte par la mort d'Yeyen- Mahamud-
Pacha , qui s'étoit fait connoître
avantageufement
dans la dernière guerre.
Les Lettres de l'Albanie ont confirmé
que le Pacha de Scutari a complettement
défait les troupes des Pachas de
Bofnie & de Romélie , & qu'il eft resté
maître de toute la Province . On ajoute
que Tchaufch- Oghlu , nommé fucceffeur
No. 9. 1. Mars 1788 .
a
( 2 )
du Pacha rebelle , eft au nombre des morts .
Ce revers a déterminé le Grand Seigneur
à pardonner à Mahmoud- Pacha , & à lui
donner le commandement d'un Corps
d'armée .
Jouffouf-Haftan- Effendi , deftitué dernièrement
de la dignité de Kiaya-Bey , a
été chargé de l'Intendance des vivres de
l'armée , & il a pris en conféquence les
mefures néceffaires pour former les magafins
, tant dans les Provinces , que fur les
frontières de l'Empire .
La flotte Ottomane , qui étoit ftationnée
fur les côtes de l'Albanie , a été rappelée
pour renforcer l'efcadre avec laquelle
le Capitan-Pacha ſe propoſe de paffer dans
la mer Noire .
L'Aga des Janiffaires vient d'être nommé
Pacha à 3 Queues. Shahin Ali a été rappelé
pour ſe rendre à l'armée d'Ifmaïl ;
Haggi Ifmail eft confirmé dans le Gouvernement
d'Oczakof , & Muhafil Pacha
nommé Gouverneur de la Morée.
POLOG N E.
De Varfovie , le 3 Février 1788.
Il règne toujours beaucoup de défunion
parmi les Magnats de la République.
Le plus grand nombre demande que l'on
obferve la plus ftricte neutralité dans la
( 3 )
conjon&ure actuelle , en refufant aux
Ruffes & aux Autrichiens un plus long
féjour fur le territoire de la République .
-
Nos troupes occupent le terrain qui
s'étend deJanropol jufqu'à Jaizow. -L'armée
Ruffe a un grand nombre de malades
.
Le Lieutenant- général & Commiffairegénéral
des guerres Michel Potemkin eſt
arrivé d'Elifabethgrod à Pétersbourg , où
s'eft auffi rendu le Lieutenant-général &
Chef du Gouvernement du Caucaſe , Paul
Potemkin . Le Prince de ce nom est toujours
à Elifabethgrod ; il a fait récemment
un voyage à Cherfon avec le Prince
Repnin.
La garnifon de Kinburn a été augmentée
de 4 régimens d'infanterie .
L'armée du Maréchal de Romanzof eft
composée de 65,000 hommes ; elle s'étend
depuis Bracklau jufqu'à 6 milles de
Choczim .
Les regiſtres des Paroiffes Catholiques dans cette
Capitale ont offert pendant l'année dernière , 3,256
maiffances , dont 1,670 garçons & 1,586 filles ;
1,968 morts , dont 459 hommes , 397 femmes &
1,076 enfans ; & 747 mariages.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 9 Février.
Le Gouvernement Danois ayant rapa
ij
( 4 )
pelé les Lieutenans de Marine Egède &
Rothe , reftés en Iflande pour fuivre la
recherche de l'ancien Groenland , ces
deux Officiers , fur le compte deſquels
on avoit des inquiétudes , font arrivés en
Norwège depuis un mois , & devoient inceffamment
faire voile pour Copenhague.
L'opinion générale eft que l'augmentation
du froid vers les pôles , prouvée par
celle des glaces , depuis un fiècle , dans
les mers Boréales , a obftrué le paffage
qui , felon les Chroniques Iflandoifes , ouvroit
la communication de l'ancien Groenland
. Auffi le Gouvernement a- t-il renoncé
à de nouvelles tentatives .
Les toiles qui viennent ici de Saxe &
de Bohème , payoient dans les Etats Pruffiens
un droit de tranfit de huit pour
cent ; le Roi vient de modérer cette
taxe , en la réduifant à 12 grofchens par
quintal.
De Berlin, le 10 Février.
Un ordre du Cabinet , en date du 24
décembre , fupprime dans les Etats du
Roi , en- deçà du Wefer , les mefures , telles
que minot , boiffeau , & c. , pour la vente
du fel , comme étant inexactes & préjudiciables
aux acheteurs ; on y fubftitue
l'ufage des poids , infiniment moins.
abufif.
( 5 )
S. M. a approuvé le plan d'un nou
veau canal qui doit joindre la Havel & la
Sprée au lac de Rupin , & a affigné pour
cet objet une fomme de 130,000 rixdalers.
Par un dénombrement récent , on a
trouvé 35 colonies Françoifes dans les
Etats du Roi.
De Vienne , le 10 Février.
La feconde divifion des équipages de
l'Empereur eft en route , depuis le 2 ,
pour l'armée de Hongrie on y compte
300 chevaux , dont la moitié font des
chevaux de main. La nomination des cinq
Aides - de-camp particuliers de S. M. I.
eft déclarée ; ce font , le Colonel Comte
Guillaume d'Averfperg , les Princes Poniatowski,
de Reuff, Philippe de Lichtenftein
, & le Baron de Laudohn.
Le 7, l'Empereur , affis fur fon trône
a donné au Roi de Danemarck , comme
Duc de Holftein , l'inveftitare folemnelle
de ce Duché ; S. M. Danoife a été repréfentée
par le Baron de Guldencrone
fon Envoyé extraordinaire à la Cour Impériale.
Il s'eft tenu , il y a quelques jours , un
Confeil extraordinaire , auquel l'Empereur
a fait appeler tous les Officiers-généraux
qui font reftés dans cette Capitale.-
a iij.
( 6 )
On ne fait pas encore où fera établi le
quartier général de l'Empereur ; les uns
difent à Péterwaradin , d'autres à Funfkirchen.
Les 14 , 15 & 16 janvier , il y eut beaucoup
de mouvement parmi les troupes du
côté de Péterwaradin . On affure qu'on a
voulu leur faire changer de pofition , mais
que le mauvais temps s'y eft oppoſé.
Selon d'autres avis , le but de cette
marche a été de rapprocher l'armée des
frontières Ottomanes . Une lettre particulière
du Bannat , en date du 19 janvier
, parle en ces termes de ce mouvement.
» Le 16 de ce mois, les troupes cantonnées dans
le Bannat & dans la Sirmie firent un grand
mouvement. On les pofta le long du Danube &
de la Save , & l'on retira vers le foir la garde
établie dans l'ifle , entre Semlin & Belgrade. Les
garnifons de Panfora & de Semlin fortirent à la
brune , & on apperçut beaucoup de mouvement
du côté de cette dernière ville . Les troupes , an
nombre d'environ 14,000 hommes, paffèrent toute
la nuit à la campagne & fous les armes . Sur les
5 heures du matin on entendit du bruit dans
Belgrade ; on crut que les Ottomans feroient une
fortie pour paffer le Danube. En conféquence ,
il fut décidé de laiffer les troupes le jour & la nuit
fuivans dans la pofition qu'elles avoient prife ;
mais comme les Turcs ne parurent point , que
d'ailleurs le vent foufloit avec violence , & qu'il
faifoit très-froid , on fit rentrer les troupes dans
leurs quartiers. La garde de l'iſle a repris aujour(
7 )
d'hui fon pofte. Un bataillon de Samuel Guilay ,
qui étoit en garniſon à Semlin , a été mis dans
les villages entre Mitrowitz & Ratſcha , & il a été
remplacé à Semlin par un bataillon de Nicolas
Efterhazy.
Il n'y a plus de doutes fur la déclaration
de guerre contre la Porte. Aujourd'hui ,
10 , le Prince de Kaunitz a communiqué
le Manifeſte de S. M. I. aux divers départemens
, & a adreffé une note circulaire
aux Membres du Corps diplomatique , où
ce Miniftre annonce qu'en vertu du Traité
d'alliance entre les deux Cours Impériales ,
l'Empereur fe trouve dans la néceffité de
déclarer la guerre à la Porte .
ESPAGNE.
De Madrid , le 4 Février.
L'Infant Don Ferdinand , fils aîné du
Prince des Afturies , eft toujours vivement
indifpofé , & fa fanté donne de
grandes inquiétudes.
Le Roi a ordonné dans les Indes occidentales
la fuppreffion des Gardescôtes
, dont la folde coûtoit à l'Etat neuf
cent mille piaftres , fans qu'on s'apperçût
que cette troupe remédiât à la contrebande
, fuivant le but de fon établiffement.
S. M. a auffi ordonné qu'à l'avenir la
vente du Cacao , qui étoit en régie pour
a iv
( 8 )
fon
compte , fût librement permiſe , comme
celle des autres denrées .
Les Curés des principales Paroiffes de
cette Capitale paroiffent décidés à fe refufer
à l'obfervation du Réglement , par
lequel S. M. entend qu'à l'avenir le délit
de la contrebande foit regardé comme un
cas de confcience & comme un cas réfervé.
Ils ont fait de fortes repréfentations
à ce fujet , & fe propoſent d'abandonner
leur place , fi leur requête n'eft pas accueillie
.
Un détachement de Suiffes ayant traverfé
,mardi dernier , la proceffion de Saint-
Sébastien , dans la rue d'Atocha , il a été
ordonné , pour éviter de pareils évènemens
à l'avenir ) à toutes les troupes nationales
, étrangères & de la Maiſon du
Roi , de s'arrêter , fans avancer ni reculer,
jufqu'à ce que les proceffions , enterremens
& tout convoi d'Eglife qu'elles trouveront
fur leur marche, foient entièrement
défilés.
ITALIE.
De Naples , le 2 Février.
Le nouveau plan de formation pour la
Cavalerie a été publié le mois dernier.
Il y aura pour le moment huit régimens
divifés en quatre brigades , qui feront
( و )
conftamment compofées du même nombre
d'hommes , foit en temps de paix
foit en temps de guerre. Chaque régiment
fera formé de 4 eſcadrons de campagne
, & d'un demi- eſcadron de réſerve,
chaque efcadron de 145 hommes : d'où
il réfulte que chaque régiment en aura
674. La folde des Officiers a été augmentée
, ainfi que celle du Soldat . Chaque
brigade fera commandée par un Brigadier
qui fera comptable de fa conduite aux
Infpe&eurs.
Le Docteur Bellardi , favant Botaniſte & Agriculteur
de Turin , a trouvé une nouvelle manière
de nourrir les vers à foie , dans les cas où ils viennent
à éclorre avant que les mûriers foient en etat
de produire des feuilles , ou lorfque les gelées les
font périr , comme l'année dernière. Cette méthode
confifte à donner aux vers des feuilles de mûrier
sèches , recueillies en automne avant les gelées , par
un temps ferein & chaud. On les sèche au foleil
fur du linge , & on les conferve dans des facs de
toile , à l'abri de l'humidité. On peut auffi les
réduire en une poudre que l'on conferve dans des
vafes de verre ou dans du papier. Lorsqu'on veut
employer cet aliment , on lui donne un léger dé
gré d'humidité , après quoi on l'étend légèrement .
autour des petits vers , qui ne tardent pas à s'en
nourrir.
De Venife , le 28 Janvier.
L'établiffement actuel des forces maritimes
de la République , confifte dans les
vaiffeaux fuivans :
Efcadre du Chevalier Emo, deſtinée contre les
a v
( 10 )
: Tunifiens la Fama , la Diligenza , la Galatea , la
Vittoria , l'Eole & le Saint- Georges , de 88 canons ;
la Concorde & la Minerve , de 80 ; la Palma , de
54 ; la Brillante , de 42 ; le Chevalier Angelo , de
40 ; le Mercure chebec , de 30; l'Explorateur, de 16.
Efcadre du Chevalier Condulmer , auffi fous les
ordres du Chevalier Emo , & deſtinée également
contre les Tunifiens.
La Sirène , de 80 ; la Pallas , la Vénus (1 ) & le
Cupidon chebec , de 42 ; la Deſtruction & la Polbonia
, galiote à bombe. Dans les eaux de Corfou ,
le Neptune & le Triton , de 30 , & un vaiſſeau de
16 pris aux Tunifiens.
& Total , fix vaiffeaux de 88 , trois de Ɛo , un
de 54 , quatre de 42 , un de 40 , trois de 30 ,
deux de 16.
La République a en butre 12 galères qui forment
une eſcadre légère , dont font toujours
dans les ports de Corfou , de Zante & de Céphalonie
, 4 dans le golphe , & 2 en Dalmatie.
Elle a en croifière , dans le Levant , 3 galiotes ,
12 brigantins , & 10 autres bâtimens de moindre
force ; enfin , 13 galiotes , 4 chebecs & 4 autres
bâtimens croifent fur les côtes de la Dalmatie.
Ces vaiffeaux , au nombre de 58 , joints aux deux
efcadres ci- deffùs , forment un total de 80 vaiffeaux .
En temps de guerre , la République peut mettre
en mer une flotte de 25 à 26 vaiffeaux de ligne ,
ayant toujours dans fon arfenal 14 à 15 vaiffeaux
de ligne qu'elle peut armer d'un moment à l'autre ,
avec un nombre proportionné de frégates , de galères
, de chebecs & autres bâtimens néceffaires
pour former une flotte reſpectable. En temps de
paix , elle emploie en mer de 12 à 14 mille
hommes , qu'elle peut porter en temps de guerre
(1 ) Cette frégate vient de faire maufrage à Zante.
( 11 )
à 30 mille , fans avoir recours à d'autres Provinces
qu'à celles du Dogado & de l'Iftrie.
"
Le célèbre Maître de Chapelle Prati
eft mort dernièrement à Ferrare , à l'âge
de 37 ans , d'une maladie de confomption .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 19 Février.
La cérémonie de l'ouverture du procès
de M. Haftings a eu lieu le 13 , dans
l'ordre & avec les formalités que nous
avions annoncées . Vers les 11 heures , les
Communes fe rendirent à la grande Salle
de Weſtminſter , précédées des Conduc
teurs ( Managers ) de l'Accufation , ayant
à leur tête M. Burke ; ces derniers feuls
étoient en habit de cérémonie ( quelquesuns
des Membres des Communes avoient
même gardé leurs bottes ) . Une demiheure
après les Pairs arrivèrent proceffionnellement
; les Secrétaires de la Chambre
Haute d'abord , les Maitres de la
Chancellerie , fuivis des Sergens de
Juftice & des Grands Juges : après eux ,
un Héraut qui précédoit les fils aînés des
Pairs & les Pairs mineurs , enfuite les
Huiffiers ; enfin , les Barons , les Evêques,
Vicomtes , Comtes , Marquis , Ducs , le
Lord Chancelier & les deux Archevêques,
tous Pairs. La proceffion fut fermée par
les Princes du Sang ; le fils du Duc de
a vj
( 12 )
Gloucefter marchant le premier , & le
Prince de Galles à la queue.
Les Lords ayant pris leurs places , le
Sergent- d'armes fomma l'Accufé de comparoître.
M. Haftings , vêtu de drap bleu
foncé , s'avança , accompagné de MM.
Sullivan & Sumner, fes deux cautions ; il
s'agenouilla à la Barre , & fe releva immédiatement
, fur l'ordre du Chancelier.
Le Sergent- d'armes fit une feconde
proclamation , qu'il ouvrit par ces mots
trois fois répétés : Oyez, oyez, oyez. « La
» Chambre des Communes , ajouta- t- il ,
» ayant accufé W. Haftings de malver-
» fations & crimes de haute inconduite ,
» quetoutes perfonnes inftruites de fes dé-
» lits en prennent connoiffance ; elles
» peuvent le préfenter avec leurs preuves,
» l'Accufé eft ici pour répondre aux Ac-
» cufations. *
Après ce monitoire , le Lord Chancelier
fe leva , & s'adreffa en ces termes à
M. Haftings :
Warren Haftings ,
" Vous êtes appelé à la Barre de cette
» Cour pour répondre à des charges de
» la première gravité , & dont on vous
» a délivré copie ; on vous a alloué un
» Confeil , & le temps néceffaire pour
» préparer votre défenfe . Ce n'est point
» par un motif d'indulgence perfonnelle
» en votre faveur ; la nature , l'époque
( 13 )
» des délits dont vous êtes accufé , en
» faifoient une néceffité. Ces charges
» font de la plus grave importance ; elles
» émanent de la plus haute autorité .
» Cette circonftance néanmoins , quel-
» que férieufe qu'elle foit , ne doit point
» nuire à la fermeté ni au fang froid de
» votre défenſe , dans la perfuafion qu'en
» votre qualité de Sujet Anglois , vous
» avez droit de vous en remettre à la
» juftice de cette Cour . »>
M. Haftings répondit en peu de mots ;
« Milords , j'arrive devant ce Tribunal,
» plein de confiance dans mon intégrité
» & dans l'impartiale juftice de vos Sei-
>> gneuries. >>
( Les Papiers Anglois ont varié en rapportant
ces deux Difcours ; nous les donnons
ici tels qu'ils nous ont été envoyés
de Londres ).
Les Clercs de la Chancellerie lurent
enſuite à haute voix , article par article ,
les chefs d'Accufation , tels qu'ils ont été
ténorisés par le Comité des Communes ,
& les réponfes de M. Haflings , telles
qu'elles ont été remifes à la Chambre
Haute , il y a deux mois ; réponſes dont
nous avons préfenté la péroraifon à nos
Lecteurs. A nuit clofe , les Pairs s'ajournèrent
au lendemain , & la lecture refta
au feptième chef.
La Reine a affifté incognito à cette pre(
14 )
mière Séance , avec quatre des Princeffesfes
filles , dans la loge du Duc de Newca
ftle : l'Affemblée étoit auffi brillante que
nombreuſe , & l'on affure qu'il s'y trouvoit
douze femmes pour un homme.
Etrange empreffement ! La Salle peut
contenir 3000 à 3500 perfonnes ; tous les
fiéges n'étoient pas remplis , & malgré
l'infiniment plus grande importance de la
cauſe , celle- ci ne paroît pas avoir attiré la
même affluence que le procès de la Ducheffe
de Kingston , en 1776. MM. Law,
Plomer & Dallas font les Confeils de
M. Haftings ; ceux des Communes , les
Do&teurs Scott , Lawrence , & MM. Mansfield
, Pigott , Burke ( neveu de l'Accufateur
en chef ) & Douglas.
1
Le 14 , les Clercs de la Chancellerie
ont achevé la lecture des Charges & Réponfes
. Cette Audience de 4 heures
néceffairement très-fèche , fut terminée
par cette même péroraiſon de la Réponſe
de M. Haftings , dont nous venons de
parler , & qui parut faire une grande.
impreffion fur l'Affemblée . - Le troisième
jour ( 15 ) on procéda à la Réplique du
Comité à cette ancienne Réponſe de
l'Accufé. M. Burke l'ouvrit par un difcours
qu'il a continué le lendemain &
hier 17. On s'étonnera peu du volume.
de cette harangue , en apprenant que par
forme d'exorde , l'Orateur y a développé
( 15 )
l'Hiftoire ancienne & moderne , les Coutumes
, les Loix , les Religions , les révo
lutions de l'Indoftan . S'il faut ajouter foi
à ce qu'en rapportent les Papiers publics ,
M. Burke entreprit d'établir une différence
effentielle entre les procédures criminelles
qu'on exige devant les Tribunaux
ordinaires , & celles qui doivent déterminer
une Cour Suprême de juftice ,
dans les cas de délits pareils. La rigueur
des preuves & des témoignages étoit peu
néceffaire , lorſqu'il s'agiffoit d'auffi grands
intérêts. Probablement , les Gazettes prêtent
à M. Burke cette logique commode
qui mettroit les Accufateurs à leur aiſe
& nous ne croyons point fur leur parole
qu'il ait avancé un pareil paradoxe. - II
faudroit être peu inftruit de l'habileté de
M. Burke , & de celle des grands talens
qui le fecondent dans cette affaire , pour
douter des beautés de tout genre qui ont
dû réfulter d'une pareille réunion de forces.
Ce difcours a été généralement admiré
comme un tableau de main de
maître , comme réuniffant l'éloquence à
l'érudition , & l'énergie à la fenfibilité .
Ceux mêmes qui en regardent les trois
quarts comme un hors-d'oeuvre , & qui
re trouvent dans ces trois quarts pas une
ligne qui puiffe inculper légitimement &
perfonnellement M. Haftings , conviennent
que peu de Traités de morale po(
16 )
litique peuvent lui être comparé . M Burke
fit pleurer de peur & de pitié quelques
Dames de l'Affemblée , en peignant les
tourmens affreux qu'on avoit fait fubir aux
Indiens . Ce qui ne caufa pas peu de furpriſe
aux Auditeurs impartiaux , ce fut d'entendre
fortir de la bouche du philanthrope Orateur,
un magnifique panégyrique du doux
Lord Clive , par oppofition aux barbaries
du féroce Haftings . M. Burke regretta la
perte de ce héros qui prenoit les millions à
la pointe de l'épée. Au refte , nous ne rapportons
cet inconcevable éloge , que fur la
foi des papiers publics , & nous eſpérons
même que le zèle de M. Burke
ne l'a pas emporté à une pareille inconféquence.
On ne pourra juger de
ce difcours qu'après l'avoir lu en entier
; il fera imprimé féparément des pièces
du procès , & alors nous en donnerons
une connoiffance plus exacte . L'Orateur
fit hier une defcription fi pathétique & fi
épouvantable des misères auxquelles on
avoit réduit les Tributaires de la Compagnie
, qu'il tomba en foibleffe , but un
verre d'eau qui lui occafionna une crampe
d'eftomac , & fut obligé de remettre à une
quatrième Séance la conclufion de ce grand
morceau de rhétorique préparatoire.
Nous obferverons ici , qu'à moins de
correfpondances particulières dignes de
confiance , on ne peut qu'être mal-inf
( 17 )
truit de ce qui fe paffera dans ces Séances
juridiques. Outre que la loi & la pourfuite
aduelle contre deux Gazetiers , rendront
les Papiers publics circonfpe&ts , on
fent combien il eft difficile de rendre , à
l'aide de quelques notes prifes à la volée ,
des difcuffions où une erreur , une inexactitude
, un mot infidèle , ont une fi grande
conféquence. On a compté 174 Pairs &
neuf grands Juges à l'Audience.
Ceux qui défireroient s'inftruire à fond
des formalités qui règlent ces jugemens
folemnels de la Cour des Pairs , peuvent
recourir au 5. vol . des State- Trials , où
fe trouve le procès du Docteur Sacheverell,
en 1709. Ce Prédicateur fut dénoncé
pour deux Sermons contre la Succeffion
Proteftante , & contre les Principes politiques
qui prévaloient à cette époque . Le
Corps du délit avoit eu mille témoins ,
&
les Sermons dix mille Lecteurs . Ce procès
, que les circonftances rendoient important
, dura onze jours . 69 Pairs contre
52 déclarèrent l'Accufé coupable . Les
Sermons furent brûlés par l'Exécuteur de
la Haute-Juftice , & le Prédicateur interdit
pendant 3 ans. Le Chancelier Cowper
prononça le jugement.
Chaque Pair reçoit fept billets d'admiffion
fignés & fcellés du Grand Chambellan
d'Angleterre. La devife en eft fublime ;
Sub libertate quietem . C'est l'idée des deux
( 18 )
fameux vers d'Algernon Sidney.
» Manus hæc inimica tyrannis
» Ense petit placitumfub libertate quietem.
L'Ardent de 64 can . a été retiré , le 11 ,
de commiffion à Portſmouth ; le Pégafe &
l'Alcide de 74 , l'ont été le lendemain. Les
feuls vaiffeaux de garde , a&tuellement
dans ce port , font le Barfleur de 98 can. ,
le Magnificent , le Bedfort , l'Elifabeth , le
Goliath , le Coloffus & l'Edgard , de 74 .
Le Gouvernement , dit - on , a pris la
réſolution de donner les plus grands encouragemens
aux nouveaux établiffemens
de l'Amérique feptentrionale , en en important
tous les matériaux néceffaires à la
mâture & à la conftruction des vaiffeaux .
Le 8 de ce mois , M. Montagu a préſenté aux
Communes une requête de la famille Penn , qui
expoſe les prérogatives dont elle jouiffoit en Penfylvanie
, & les pertes qu'elle a effuyées par la révolution.
Elle réclame des droits à la reconnoiffance
de la Nation Britannique , & demande que , pour
la dédommager de fes pertes , on lui accorde des
terres à la Jamaïque , ifle qui fut acquife à la Couronne
d'Angleterre par un de fes ancêtres , le Chevalier
Guillaume Penn.
Le Chancelier de l'Echiquier confentit au nom
du Roi , à ce que la requête fût reçue . En conféquence
, on en fit lecture , & la Chambre donna
ordre de la laiffer fur le Bureau.
Le même jour , les Communes prirent
en confidération la plainte du Chevalier
Elijah-Impey , contre les deux Gazettes
dont nous avons parlé. Ces Papiers ayant
( 19 )
9
été mis fur le Bureau , il s'éleva un débat
curieux dont nous allons rendre
Compte , comme tendant à caractériſer les
limites de la liberté de la preffe.
« M. Grenville , après avoir témoigné combien
il trouvoit répréhenfible que des Membres de cette
Chambre inféraffent des libelles dans les papiers
pnblics , fit fentir à quel point ſes objections étoient
fondées , dans le cas préfent , où ils étoient appelés
à protéger , de leur autorité , une perſonne
répondant à la barre aux charges portées contre
elle ».« La Chambre , dit- il , pouvoit en d'autres
circonftances faire attention ou non aux plaintes
contre les libelles ; ici , elle étoit obligée de les
prendre en confidération . On voit paroître tous
les jours une foule d'écrits , qui , non contens
de dénaturer l'expofé des procédures de la Chambre,
attaquent même l'honneur de fes Membres , en
les accufant de n'avoir pas rempli leur devoir.
Quant à moi , je ne fais aucun cas des outrages
de ce genre , & je fuis perfuadé que tout Membre
du Parlement , fatisfait du témoignage de fa confcience
, n'a rien à redouter de ces hoftilités . La
province n'eft pas difpofée à croire une calomnie
anonyme. -Les deux partis font d'ailleurs expofés
tour-à-tour aux mêmes infultes ; au refte , fuivant
moi , la meilleure réponſe à un libelle , c'eſt le
mépris ; mais tout en confeillant de paſſer légèrement
fur ce qui n'attaque que quelques individus
de cette affemblée , je fens qu'il feroit imprudent
de fermer l'oreille aux plaintes , rendues contre des
imputations qui inculpent toute la Chambre. Les.
libelles de cette nature tendent à diminuer dans
le peuple fon refpect pour les Communes , refpect
qu'il eft effentiel de maintenir. Ils tendent
rabaiffer la dignité de cette Chambre , dont il
faut conferver l'honneur. - Ils tendent à détruire
cette confiance du peuple pour ſes repréſentans ,
-
( 20 )
—
qui eft la fauvegarde la plus fure de fa liberté.
Il faut donc réprimer le mal à temps ,
& profiter de l'occafion que nous en offre la
dénonciation faite aujourd'hui à la Chambre. -
Je vous prie de remarquer , Meffieurs , que la
pofition du plaignant eft tout -à- fait différente de
celle d'aucun des Membres . On ne peut nier
qu'il ne foit le meilleur juge en ce qui regarde
fon propre honneur : quelque atteinte qu'on puiffe
lui porter , quelque foibles qu'en foient les effets ,
elle pourroit avoir les fuites les plus férieufes. Ik
a été envoyé dans l'Inde , il y a treize ans , pour
remplir une place de confiance ; il en eft rappelé
pour fe juftifier de crimes commis depuis fi longtemps
, de crimes qui , s'il en eft coupable , en
font l'homme le plus odieux qui puiffe exifter ,
de crimes qu'il eft impoffible aux provinces de
vérifier. Il faut des recherches locales & d'autres
circonſtances , en un mot , une foule de documens
difficiles à fe procurer , avant que la Chambre
puiffe affeoir fon jugement. Quels peuvent donc
être les effets d'un libelle qui le prévient ? Sous
peu de jours , l'accufé fera déclaré innocent ou
dénoncé ; en conféquence , il faut que rien n'influe
fur les efprits de ceux qui prononceront ; & quoique
je réponde à cet égard de mes confrères , il n'en
eft pas moins vrai que Sir Elijah Impey a droit
de craindre toute préoccupation ; il n'en eſt pas
moins vrai qu'il a le droit de réclamer la protection
de cette Chambre , & que cette protection
doit lui être accordée. »
« M. Grenville s'appuya de l'autorité des Tribunaux
, où il eft de règle que l'on ne doit rien
publier d'attentatoire à un accufé , pendant la
durée de fon procès. Paffant fous filence une foule
de citations & d'exemples , il fe contenta de celui
de M. Wallace , qui avoit follicité au Banc du
( 21 )
Roi une défenſe aux juges de Bow -ftreet , de publier
les interrogatoires des perfonnes citées devant
eux , comme pouvant leur porter préjudice.
« La Chambre , obferva- t-il , s'étoit fait juftice
quelquefois par elle-même , & avoit maintenu fes
privileges d'autorité ; il les regardoit comme
tellement inhérens à fa conftitution , que fon indépendance
fe perdroit avec eux. On ne les conteftoit
pas plus qu'on ne foupçonnoit l'intégrité
des Juges. ››
« Les papiers actuellement fur le Bureau contenoient
un délit attaquable au Tribunal de la
Loi commune , ( Common Law ) qui avoit prévu
le cas des libelles , & prononcé les peines de droit.
Puifqu'on pouvoit obtenir juftice par cette voie ,
il la regardoit comme la meilleure . En conféquence
il faifoit la motion , « que lesdits papiers
» contiennent des libelles fcandaleux , qui déna-
» turent l'expofé des procédures de cette Chambre,
» en infultent les Membres , & tendent à porter
préjudice à la défenfe d'une perfonne foumise à
fa jurisdiction , & accufée de crimes de Haute In-
» conduite. »
« M, Grenville fit fuivre cette motion d'une
feconde , à l'effet de préfenter une adreffe à S. M.
pour la prier d'ordonner au Procureur -général
& au Solliciteur-général , de pourſuivre les Editeurs
& les Imprimeurs defdits libelles. »
« M. Fox déclara qu'il étoit charmé de voir
un pareil défenfeur de l'autorité & des priviléges
de la Chambre. Il ne fe feroit pas attendu
à le trouver parmi les créatures du Gouvernement.
Il étoit heureux que ces Meffieurs , autrefois les an
tagonistes de cette autorité , après s'être élevés aux
poftes qu'ils occupoient & où il étoit probable
qu'ils le maintiendroient , euffent le courage de
donner un coup de pied à l'échelle , & de repa(
22 )
roître fur la scène en qualité de champions des
priviléges de la Chambre. Il craignoit pourtant
que l'H. M. n'eût montré plus de zèle en difcours
qu'en actions. Il condamnoit , comme lui ,
les libelles qui attaquent toute la Chambre ;
mais ce monde fi méchant , fi foupçonneux ,
fi difpofé à croire le mal , ne trouveroit-il pas
un peu de partialité dans l'indulgence qui fermeroit
les yeux fur les libelles dirigés feulement
contre quelques individus ? Un membre ( le Major
Scott ) ne s'étoit- il pas montré le champion
de M. Haftings ,jufqu'à payer argent comptant
des attaques contre la Chambre & fon Comité ?
Falloit - il gliffer fur ceux là , & févir contre
d'autres de bien moindre conféquence ? Qu'en
penferoit le public ? Charmé d'avoir à foufcrire
aux vues fages de l'H . M. , il croyoit encore
avec lui que les libelles dirigés contre les particuliers
ne valoient pas la peine qu'on s'en occupât.
Pour fa part , il pouvoit fe vanter d'être
auffi endurci contre ces attaques qu'aucun autre
membre ; peut-être étoit- ce l'effet de l'habitude :
il n'étoit pourtant pas infenfible aux infultes faites
à la Chambre en Corps ; il vouloit qu'on les
punît , mais qu'on punît tout ce qui étoit puniffable
, fur-tout qu'on ne montrât aucune partialité.
Il reconnoiffoit auffi bien que l'H . M. l'adhérence
des priviléges de la Chambre à la conftitution ,
& qu'elle cefferoit d'être indépendante dès qu'elle
cefferoit d'avoir de l'autorité ; il ne vouloit pas
que cette autorité lui échappât. Quelque purs ,
quelqu'à l'abri du foupçon que fuffent les Juges ,
il s'oppoferoit toujours à ce que la Chambre laiffât
à des Juges , ou à toute autre perfonne , le droit
de prononcer fur fes prérogatives , & qu'elle s'en
défaisît pour les leur tranfmettre. Les avis des
Juges pourroient être partagés , & il feroit de la
( 23 )
plus grande conféquence de confier les droits de
la Chambre au hafard des opinions. La
Chambre feule devoit en connoître. M. Fox fit
plufieurs autres objections contre l'abus de pourfuivre
les libelles par la Loi commune ( Common-
Law ) ; ce qui pourroit ouvrir mal- à-propos le
chemin à des perfécutions ultérieures , & à enfreindre
les immunités de la Chambre. »
-
-
-
――
« M. Burke pria la Chambre de prendre garde
à ne pas fe compromettre , en voulant peut-être
trop étendre fa protection fur les parties accuſées.
- « Craignez , dit-il , Meffieurs , en croyant
» punir un libelle , de punir la vérité. . On a
vu jufqu'ici des libelles , & jufqu'ici on n'a point
févi contre les libelles. La reftriction doit être
égale ; la liberté doit l'être ; une liberté
partiale eft une tyrannie ; - chaque matin ,
à déjeûner , les Membres de cette Chambre peuvent
voir avec quel mépris elle eſt traitée par
les papiers publics.Le libelle qu'il eft queſtion de
faire punir , n'eft pas le feul ni le premier contre
cette Chambre . Au refte , accorder fa protection
à Sir Elyjah Impey , c'eſt la donner à une
perfonne qui n'en a pas befoin. Je m'oppoſe à
une infraction auffi formelle de nos priviléges
que de fouffrir qu'ils foient jugés par le tribunal
de la Loi commune ( Common Law ). Les argumens
de mes antagoniſtes pour faire juger par cette
Cour , au lieu de prononcer nous - mêmes , &
cela parce que notre autorité n'eſt pas conteſtée ,
reffemblent à la conduite d'un conquérant généreux
, qui met bas les armes après avoir battu
fon ennemi. Il me femble auffi qu'en cas qu'on
veuille fouffrir les papiers , c'eft s'y prendre bien
gauchement que de les faire pourſuivre par la
Loi commune. D'ailleurs , en attaquer deux & laiffer
échapper le troifième , n'eft pas un bon moyen
( 24 )
d'établir notre impartialité. Et puis , eft-il convenable
que Sir Elijah Impey foit le maître de
fouftraire à l'animadverfion de la Chambre
l'Imprimeur dont il fe plaignoit , parce qu'il en
a reçu une fatisfaction ? En vérité , le deftin du
Morning-Herald me paroît avoir une reffemblance
frappante avec celui du pauvre Nunducomar. L'un
fut pendu parce qu'il avoit de vilaines chofes
à révéler fur le compte de certaines perfonnes ;
& le Morning-Herald encourra la vengeance , &
fervira d'exemple , parce qu'il a découvert le livre
de comptes , attaqué les Comités de cette Chambre,
& la Chambre elle-même , en montrant qu'il s'y
eft paffé des chofes dont on ne veut pas que le
public foit inftruit , & dont la notoriété nuiroit
aux Communes . M. Burke montra enfuite combien
il feroit impolitique de fouffrir que le jugement
de cette affaire fût renvoyé aux cours de judicature ,
dont l'une venoit dernièrement de fe montrer trèsfévère.
»
Si les Imprimeurs des papiers publics étoient
jugés fi rigoureufement , la Chambre ne pourroit
plus adoucir leur châtiment ; & en renonçant à ſon
droit de punir , elle renonceroit en même temps à
la justice & à la clémence. Il finit en s'oppofant à
la motion . >> 1
`« Le Chancelier de l'Echiquier dit qu'en général, -
ces Meffieurs paroiffoient s'accorder fur la punition
des faifeurs de libelles , & qu'ils n'étoient partagés
que fur la manière . Le très-honorable Membre
vis-à-vis lui ( M. Fox ) avoit dịt que fon honorable
ami ( M. Grenville ) dépouilloit la Chambre
de fes priviléges & de fon autorité , tout en prétendant
l'y maintenir. Affurément , la chofe n'étoit
pas ainfi . Son honorable ami avoit propofé de
prendre des mesures déjà adoptées précédemment ,
comme il étoit évident par les journaux de la
Chambre,
( 25 )
2
Chambre , meſures très -appliquables à la plainte
actuellement portée devant elle . Plufieurs Membres
prétendoient que ce moyen étoit inufité ; il lui
feroit facile de les réfuter en prouvant que différentes
perfonnes avoient reçu des Tribunaux
ordinaires,le jufte châtiment de leur mépris pour les
Communes. Cela prouvé , quel inconvénient pour
fes priviléges d'adopter cette manière dans le cas préfent?-
Quoi ! renvoyer ce cas à la Loi commune des
détails puniffables par la Loicommune , priveroit la
Chambre du droit de punir de fon autorité les attentats
contre fes priviléges , dont la connoiffance ne
feroit pas du reffort de la Loi commune ? En effet , fi
des perfonnes qui auroient offenfé la Chambre ,
étoient citées par elle à comparoître , & s'y refufoient
, où étoit la force coactive de la Chambre
pour les y contraindre ? Il ne lui en connoiffoit
pas. Dans ce cas , il en faudroit encore reven'r
à la Loi commune qui puniroit leur infolence.
Au reſte , on n'étoit plus dans ces temps d'anarchie
qui avoient forcé la Chambre à fe faire juftice
par elle-même , & qui feals pourroient excufer
ce parti violent. Quelque zélé qu'il fût pour
l'honneur de fon Corps , il ne voyoit pas la
néceffité de recourir à des moyens extraordinaires ,
qui ne conviennent que dans des conjonctures
extraordinaires. »
« M. Put pourfuivit fes obfervations fur la
partialité qu'on lui reprocholt relativement aux
papiers-nouvelles , fur deux defquels feulement
il vouloit faire tomber le châtiment. Les
publications dont fe plaignoit Sir Elijah Impey,
étoient un pamphlet qui ne portoit que fur lui ,
& deux papiers qui attaquoient auffi la Chambre ;
il avoit bien voulu faire le facrifice de fon reffentiment
perfonnel pour le premier. Il ne pour
fuivoit les deux autres , que parce que ce n'étoit
N°. 9. 1. Mars 1788.
er
b
26 )
pas fa caufe feule. Où étoit donc la partialité
de Sir Elijah & de la Chambre , en procédant
contre des libelles virulens qui attaquoient un
particulier & un Corps des libelles juridiquement
dénoncés ? Quant à la protection accordée
à Sir Elijah , quelque clameurs qu'elle
parût exciter , il croyoit qu'il la méritoit & qu'il
n'en feroit pas fruftré . Il avoit obfervé que l'honorable
Membre affis en face ( M. Burke ) , s'étoit
fouvent permis de faire entrer des libelles dans
fes difcours ; ce qui lui rappeloit le reproche
également fait à un autre Membre qu'il voyoit
vis-à-vis de lui ( M. Francis ) , qui avoit requis
que le libelle de Nunducomar contre fes Juges , fût
brûlé , & en avoit pourtant fauvé les débris , pour
répandre au dehors des impreffions défavorables
contre certaines perfonnes. L'honorable Membre
( M. Burke ) s'étoit jeté dans des digreffions longues
&pénibles,pour faire entendre que les Jurifconfultes
n'avoient pas fuivi , comme ils l'auroient dû , toute
la procédure des impeachments : heureuſement
on eftimoit ces infinuations ce qu'elles valoient ,
& on les regardoit comme trop mépriſables &
trop fauffes pour fe donner la peine d'y répondre.
Il trouvoit , au refte , beaucoup de groffièreté dans
le procédé de l'honorable Membre , de refpecter
affez peu la Chambre pour coudre des libelles à
fes harangues , & on auroit défiré fouvent que
fes lectures du déjeuner ne fiffent pas aller diner
wrop tard.n
2
« Le Major Scott fe leva pour redreffer un
point du difcours deM. Fox : «Le pamphlet , dit-il
» dont Str Elijah s'étoit plaint , avoit été publié par
» un Libraire connu de tous les auditeurs. Non-
» feulement ce libraire s'étoit juſtifié auprès du
» plaignant , mais même il avoit arrêté la vente
» du livre contre lequel on ſe récrioit. D'après
( 27 )
"}
» cela il n'étoit plus néceffaire de continuer les
» pourfuites. Ce Major témoigna enfuite qu'il
étoit bien aife de fe difculper de ce que deux très-
H. M. ( Mrs. Fox & Burke ) avoient avancé
particulièrement contre lui . a Perfonne d'ici , Meffieurs
, nul Anglois en général , n'a plus de ref-
» pect que moi pour la Chambre des Communes :
mais , j'en appelle au bon fens de fes Membres ,
n'y a-t-il pas une diſtinction effentielle à faire ,
» entre les difcours tenus dans cette falle , & ce
" que je puis me procurer pour trois pences hors
» de fes murs ? -Je fais également profeffion
» de refpect pour les Comités ; mais qu'on me
» permette encore une obfervation indifpenfable.
K
»
«
Suppofons que le Comité d'impeachment , re-
» vêtu par cette affemblée des pouvoirs les plus
>> extraordinaires & les plus étendus , s’abaiſſe
» juſqu'à adreſſer à un Membre , une lettre que
» je trouve dans le Morning- Herald; ai-je commis
» un crime irrémiſſible en faiſant ſur cette lettre
» & fur ceux qui l'ont fignée , les commentaires
"
qu'il me plaît ? Ma juftification eft auffi bonne
» que facile. Je ne plaifante point fur les opé-
» rations du Comité , mais bien fur le contenu
» d'un chiffon de papier de trois fous. On m'a
» accufé , quoique fans me nommer , de m'être
» permis de m'expliquer librement fur les premiers
» Comités : je le nie. Je conviens feulement
» que j'ai acheté chez le Libraire Debrett , des brochures
que l'on m'a vendues comme le rapport
» du Comité choiſi (felected Comitte ) . Je me
» fuis donné carrière fur ces papiers , & j'avois
» le droit de le faire. Si la Chambre en permet
la publication , par cela même elle en permet
» la critique à tout le monde . Le très-H. M. a
» auffi fait des allufions ingénieuſes à un billet
» très-curieux , qu'il dit lui avoir été envoyé à
"
bij
( 28 )
» l'éditeur du Morning Herald. Ces Méffieurs fauront
que jamais pareil billet ne lui a été envoyé.
» Je n'élude point , je ne nie point ce que je puis
» avoir dit réellement. Quant à un très - H. M.
» ( M. Burke ) , je conviens de m'être expliqué
» fur fa conduite de la façon la plus ouverte &
» la moins ménagée , quelquefois fans le nommer ,
» d'autres fois auffi en le nommant. Mais j'ai tou-
» jours été prêt à lui donner telle réponse qu'il
» pourroit défirer. Je n'ai pas violé fes priviléges ,
» en me permettant des réflexions très-libres fur
des difcours qu'il s'eft permis lui-même de faire
» imprimer. Si je fuis allé à la boutique de
» Dodsley , j'ai bien donné mes deux schellings
» ou ma demi - couronne pour une brochure in-
» titulée : Difcours du T. H. Edmund Burke. Jai
» payé ; que me demande- t-on de plus ? »
La Chambre étant allée aux voix , la
première motion de M. Grenville paffa
fans divifion ; la feconde , comme nous
l'avons dit antérieurement , à la pluralité
de 109 voix contre 37.
Le 11 , après quelques débats fur la
forme , M. Farrer fut admis à donner fes
dépofitions fur les faits à fa connoiffance ,
relatifs au jugement de Nanducomar. Ce
recit de M. Farrer , dont les papiers pu
blics n'ont jufqu'ici rapporté que le texte ,
fut terminé deux jours après, & renvoyé
au Comité pour en faire le rapport hier
lundi ; mais fur la repréſentation du Chevalier
Gilbert Elliot , que les Membres
du Comité étoient harraffés des féances
( 29 )
de la falle de Weftminster , ce rapport fut
remis à demain , ( 20).
Dans la même féance , M. Grenville
propofa fon bill pour régler le commerce
de l'Angleterre avec les Etats- Unis ; nous
reviendrons fur cet article important.
La pourfuite des deux Gazetiers de l'oppofition
en a entraîné une troiſième de
même nature . M. Fox a dénoncé à la
Chambre un pamphlet en faveur de M.
Haflings , dans lequel il a prétendu que
la Chambre & la perfonne même du Roi
étoient compromifes . Cette dernière partie
de l'accufation a été rejetée , la première
admife , & le pamphlet fera pourfuivi par
le Procureur général,
Les Miniftres Diffidens ont préfenté une
Pétition contre la Traite des Nègres ; il
feroit plus aifé aujourd'hui de nommer
les Comtés & les Villes qui gardent
le filence fur cet objet , que d'énumérer
les Pétitions qui s'élèvent de toutes parts
en faveur de la motion prochaine . Les
écrits contradictoires fe multiplient ; nous
en rapporterons ici un des plus bizarres ,
à caufe de fa brièveté , & des faits ou
contes dont l'Auteur étaie fes conféquences.
« Un Particulier qui a été employé à la Traite
des Nègres fur les côtes d'Afrique , obferve que
le projet pour l'abolition de ce commerce , qui
b iij
( 30 )
fixe aujourd'hui l'attention générale , eft fans doute
très-humain ; mais que ceux qui l'ont imaginé , feront
peut- être fort étonnés d'apprendre que fi leur
plan eft réalifé , il occafionnera la mort d'une
quantité de ces mêmes êtres qu'ils voudroient
fouftraire à l'esclavage . Pour expliquer cette efpèce
de paradoxe , il rapporte les faits dont il a été
témoin oculaire , il y a quelques années . »
« Me trouvant, dit-il , à Antabar ( 1 ) , fur la côte
du vent de l'Afrique , le Roi qui s'appeloit Aminier
, ayant quelque foupçon que fes Sujets vouloient
l'affaffiner & le détrôner , ordonna à fes
Braves ( 2) , ou Bourreaux , de faifir tous les individus
qu'il nomma au nombre de 270. Ses ordres
furent ponctuellement exécutés , & avant le lendemain
matin ils fe trouvèrent tous renfermés dans
les murs du Palais . Aminier envoya alors au
comptoir Hollandois d'Achim , à environ 30 milles
de là , pour favoir s'il n'y avoit point quelque vaiffeau
de traite pour acheter ces prifonniers . Il envoya
prendre cette information pendant plufieurs
jours . Comme j'étois alors dans fes bonnes graces
, je le priai inftamment de retarder l'exécution
de ces malheureux , & il me le promit. Ayant
pccafion de me tranfporter fur la côte , je m'y
rendois très-exactement , dans l'efpérance qu'il arriveroit
quelque vaiffeau , & je crois que de ma
vie je n'ai rien défiré auffi ardemment . Je n'avois
en ceci d'autre intérêt que celui de l'humanité ,
mais leur fort me touchoir infiniment. J'oubliois
d'ajouter que dans le nombre il y avoit quelquesunes
de ses femmes favorites. >>
« Aucun vaiffeau ne s'étant préfenté , l'arrêt
( 1) A la côte d'Or , près du Cap des 3 pointes.
Terme mis en usage primitivement par les Portugais.
( 31 )
fut prononcé : il ordonna à fes Braves de trancher
la tête à tous les prifonniers ; ce qui fut exécuté
très-ponctuellement dans une feule nuit. Le
lendemain matin je fus très-furpris de voir devant
les
portes du Palais trois piles de têtes humaines
, rangées à la manière des boulets de canons.
>>
« Je vais rapporter un autre fait arrivé à Judah ,
fort loin d'Antabar , chez un Peuple d'une langue
& d'un culte différens. Le Roi du pays fe trouvoit
molefté par un Prince voifin ; on lui refu
foit l'approche des côtes , & fes agens étoient tous
arrêtés & pillés. Irrité de cet affront , il envoya
à ce Prince un Héraut , pour favoir la raifon de
cette conduite , & en demander fatisfaction ; mais
ce Héraut ne revint point , & l'on fut enfuite
qu'il avoit été maffacré par le Prince ennemi. Le
Roi de Judah fit marcher anfitôt trois armées qui
mirent fes Eats à feu & à fang . Les troupes des
deux Princes en étant venues aux mains , fe livrèrent
trois batailles qui donnèrent la victoire au
Roi de Judah. Il y eut dans cette guerre 500
prifonniers , qui auroient été vendus , à l'exception
des principaux Officiers , qui font toujours décapités
, s'il y avoit eu à la côte un vaiffeau pour
les acheter ; mais ils furent tous maffacrés comme
les premiers. J'ajouterai que quand même le vaincu`
auroit offert cent hommes pour en racheter un
qu'il auroit voulu fauver , fon offre n'auroit point
été acceptée. J'ai été témoin de faits de cette efpèce
, qui prouvent que les Princes Noirs ne font
point avides d'efclaves , étant la plupart fort
riches. »
«
Que réfulte-t-il de tout ceci , fi ce n'eft que
ces malheureux n'ont dans leur propre pays que
Palternative d'être maffacrés cruellement , ou de
voir traînés dans les fers par des Européens ?
biv
( 32 )
De deux maux , dit- on , il faut choisir le moindre.
Ainfi donc , quoique l'efclavage doive répugner à
toute ame libre & indépendante , il vaut encore
mieux les vouer à l'efclavage , que de les vouer à
la mort. H eft d'autres moyens de leur faire du
bien dans nos ifles. Traitons- les modérément , dɔnnons
leur la lumière de l'Evangile , & tâchons
d'en faire des hommes induſtrieux , fi ce n'eft des
hommes libres , & c. &c . »
Il y a quelques jours , que le domeſ
tique d'un marchand de cette ville ayant
acheté pour fon maître une quantité de
pains à cacheter , les laiffa par mégarde
dans une chambre où fe trouvoient un
garçon & une petite fille de 4 à 5 ans.
Ces enfans mangèrent une grande quantité
de ces pains , & au bout de quelques
heures , ils expirèrent dans les tourmens,
les plus affreux . Cet accident , dit le Narrateur
, doit réveiller l'attention ; la plupart
des pains de couleur étant colorés avec
des fubftances toutes plus ou moins dangereufes.
Edouard Gowr , de la paroiffe de Bryngwin
, dans le Comté de Radnor , eft mort
à l'âge de 104 ans , & a confervé fes facultés
jufqu'au dernier moment..
FRANCE.
De Verfailles , le 20 Février.
Leurs Majeftés & la Famille Royale
ont figné , le 10 de ce mois , le contrat
( 33 )
de mariage du Vicomte de la Rochelambert
, Capitaine au régiment Dauphin
dragons , avec la Comteffe Charlotte de
Dreux ; & celui du Comte de Poret ,
Capitaine - Commandant au régiment de
Chartres dragons , avec demoiſelle Lancry
de Prouleroy.
Le 12 , le Comte Gafpard d'Hoffelize ,
le Marquis de Voifins , le Chevalier de
Caillebot- la -Salle , & le Vicomte Armand
de Foucauld - Pontbriand , Major des vaiffeaux
du Roi , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au Roi , ont
eu celui de monter dans les voitures de Sa
Majefté , & de la fuivre à la chaffe.
Le fieur Blin a eu l'honneur de préfenter
au Roi la 11 °. Livraifon des Portraits
des grands Hommes , Femmes illuſtres
& Sujets mémorables de France , gravés
& imprimés en couleur , dont Sa
Majefté a bien voulu agréer la dédicace
(1 ).
Le 10 , le Prince de Montmorency , fecond fils
du Duc de Montmorency , a eu l'honneur d'être
préfenté au Roi & à la Famille Royale.
Le Comte de Loz , le Comte de Villeneuve-
Bargemon , le Comte de Luffac & le Vicomte de
Maccarthy , qui avoient eu l'honneur d'être pré-
(1 ) Cettelivraison , contenant les Portraits de Gaston
de Foix , Duc de Nemours , et du Chevalier Bayard ,
se trouve chez l'Auteur , place Maubert , nº . 17. Elle
est exécutée avec le même soin que les précédentes.
b v
( 34 ),
fentés au Roi , ont eu, le 16 , celui de monter dans
les voitures de S. M. , & de la fuivre à la chaſſe.
Le 17 , le fieur de Teyffier & le Comte de
Montagu ont prêté ferment entre les mains du
Roi; le premier , en qualité de Lieutenant de Roi
de la province de Dauphiné ; & le fecond , en
celle de Lieutenant- général de la Baffe - Auvergne.
De Paris le 27 Février.
و
Réglement fait par le Roi , du 2 février
1788 , concernant les fon &ions & la compofition
du Bureau du Commerce .
Le Roi , en fe refervant , par le Réglement du
27 octobre dernier , de faire connoître particuliè
rement fes intentions fur le Bureau du Commerce
, a voulu examiner auparavant les différens
établiffemens de Confeils & de Bureaux du Commerce
qui ont été faits depuis le commencement
du fiècle , la nature des affaires qui y ont été portées
, la manière dont elles y ont été traitées , &
les motifs qui ont toujours rendu inutiles les
moyens fucceffivement employés pour le plus
grand avantage du Commerce : S. M. a reconnu
que leur inefficacité provenoit de ce que la nature
des affaires qui devoient être fuivies dans ces Confeils
& Bureaux , n'avoit pas été affez exactement
déterminée ; de ce que le nombre des Commiffaires
qui y avoient féance , s'étoit toujours accru,même
dans les temps où les affaires étoient le plus négligées
; de ce que les différens Départemens relatifs
au Commerce , étoient mal divifés entre cés
Commiffaires ; de la confufion qui s'étoit introduite
dans ces Départemens ; de la diminution fucceffive
des affemblées du Bureau & du Confeil
royal du Commerce ; enfin , de ce que les affaires
générales , & même les conteftations relaives
à cette partie intéreſſante de l'Adminiſtration
( 35 )
étant aujourd'hui fuivies dans différens Départemens
, elles y font réglées & décidées d'après les
vues particulières à chacun de ces Départemens ,
fans aucun objet général , fans aucun intérêt pour
le bien collectif du Commerce. S. M. confidérant
que ce bien ne peut néanmoins s'effectuer que par
une attention fuivie fur les principes du commerce
, par des foins continuels pour en conferver
l'enſemble , & pour leur donner la plus grande
activité , Elle a pris toutes les meſures néceffaires
pour y parvenir : les plus importantes étoient de
régler les objets qu'Elle réferveroit au Confeil
royal des Finances & du Commerce ; ceux qui
feroient attribués au Bureau du Commerce ; la
compofition des Membres de ce Bureau , leurs
fonctions , & la difpofition confiée à ce Bureau ,
des fonds accordés par le Roi pour l'encouragement
du Commerce.
Voici le Sommaire des principales difpofitions
de ce Réglement.
Le Roi réſerve à fon Confeil royal des Finances
& du Commerce l'examen des Traités de Commerce
avec les Puiffances étrangères :
Les objets relatifs au Commerce maritime &
ceux de l'Inde , des Colonies du Levant , de
l'Afrique & du Nord :
Les objets relatifs aux Pêches & à leur amélioration
:
Les établiſſemens de Canaux de navigation':
Les plans déja formés pour fubftituer aux differens
tarifs des droits qui fe perçoivent dans le
royaume , un Tarif unique:
{ ་
La rédaction des Loix nouvelles , ou la réforme
des anciennes , fur le Commerce , & généralement
toutes les difpofitions de grande adminiftration ,
propres à animer le Commerce , foit dans l'uni
verfalité du royaume , foit dans les provinces auxb
vj
( 36 )
quelles leur pofition , leur fol , l'induftrie de leurs
habitans , peuvent rendre quelques genres de commerce
plus particulièrement intéreffans :
Le Bureau du Commerce ne pourra s'occuper
de ces objets , qu'autant qu'ils lui feront renvoyés
par le Confeil pour avoir fon avis. Il fera dreffé
inceffamment un état divifé par Généralités , de
toutes les manufactures , fabriques & établiffemens
de Commerce formés dans le royaume ; des titres,
des moyens & des reffources propres à chacun ;
de la durée de leurs priviléges ; des moyens d'en
augmenter l'exploitation .
S. M. donnera également fes ordres pour recueillir
le corps le plus complet qu'il fera poffible d'inftructions
fur les rapports de Commerce qu'ont
entre elles , ou avec l'Etranger , les provinces & ,
les villes du royaume ; fur le genre de Commerce
le mieux afforti à leur pofition & aux productions
du pays ; fur les viciffitudes qu'ont pu
éprouver ces relations , fur leurs caufes & fur les
moyens d'accroître ou de ramener la profpérité
des entreprifes de Commerce qui peuvent conve
nir à ces provinces ou villes .
Il fera dreffé en même temps un état général
de toutes les foires & marchés , de leurs titres d'établiffement
, de leur durée , de leurs priviléges.
Le Bureau fe fera rendre compte autant de fois
qu'il le jugera convenable , & fpécialement une
fois l'année , en forme de compte général , de l'état
de la balance du Commerce, & des Réglemens
faits ou à faire pour parvenir au meilleur
réfultat de ce travail. Les demandes faites à l'Adminiftration
pour établiſſemens de nouvelles ma
nufactures & fabriques , foit avec privilége ou
fans privilége , pour encouragemens & fecours aux
manufactures déja établies , pour établiffement
rétabliffement ou confirmation de foires & mar(
37 )
chés , feront communiquées audit Bureau . Le
Tréforier ou Caiffier des fonds de la caiffe du
Commerce prêtera ferment entre les mains du
plus ancien des Confeillers d'Etat Membres du
Bureau , & donnera telle caution que ledit Bureau
jugera convenable.
Les fonds de ladite Caiffe ne pourront être employés
qu'à des dépenfes utiles pour l'avantage du
Commerce. Le Principal Miniftre , le Chef du
Confeil royal des Finances & du Commerce , les
Secrétaires d'Etat des Affaires étrangères & de la
Marine , le Contrôleur- général des Finances , &
les deux Confeillers d'Etat au Confeil royal des
Finances & du Commerce , feront toujours Membres
du Bureau du Commerce.
Ce Bureau fera compofé en outre de quatre
Confeillers d'Etat , nommés par S. M. en vertu
d'Arrêts du Confeil ; du Maître des Requêtes Intendant
du Commerce intérieur ; du Maître des
Requêtes Intendant du Commerce pour le Com
merce maritime ; de deux Maîtres des Requêtes
adjoints aux deux autres , lefquels quatre Maîtres
des Requêtes feront indiftinctement les rapports
des affaires contentieufes qui leur feront envoyées,
& du Secrétaire dudit Bureau .
Le Lieutenant-général de Police de la ville de
Paris , l'Intendant de la Généralité de Paris , &
ceux des autres Généralités , lorſqu'ils fe trouveront
à Paris , feront invités à ce Bureau , pour
donner leurs voix fur les affaires qui auront rapport
à leur adminiſtration. L'intention du Roi eft
que les Infpecteurs-généraux du Commerce , foit
extérieur , foit intérieur , & des manufactures , & .
les Députés des villes de Commerce du royaume
& des Colonies , affiftent aux féances du Bureau ,
avec voix confultative feulement , & c. & c.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 10
14
( 38 )
février 1788 , portant nomination de ceux
des Commiffaires du Bureau du Commerce
, que Sa Majefté s'eft réfervé , par
l'article 13 du Réglement du 2 février
dernier , de nommer par Arrêt de fon
Confeil.
Lettres-Patentes du Roi , portant abolition du
droit d'Aubaine en faveur des Sujets de l'Impératrice
de toutes les Ruffies , donnees à Versailles
le 8 Décembre 1787 ; regiſtrées en Parlement
le 22 Janvier 1788.
Arrêt du confeil d'Etat du Roi , du 22 janvier
1777 , rendu en interprétation de l'article XCVII
du tarif du contrôle du 29 Septembre 1722 ,
concernant les Billets à ordre ou au porteur des
Gens d'affaires , Marchands & Négocians...
Marie Gromara , veuve Seguin , eft
morte, âgée de plus de 100 ans , à l'Hôtel-
Dieu de Sens , le 21 janvier.
Haut & Puiffant Seigneur Meffire François-
Augufte de WAROQUIER , fecond du nom , Chevalier
fieur de Méricourt , ancien Major 'd'Infanterie,
eft décédé à St. Affrique en Rouergue , dont
il étoit natif , le 30 janvier dernier , âgé de près
de 80 ans.
PAYS - BAS
De Bruxelles , le 23 Février 1788 .
La réfiftance des cinq Facultés de l'Univerfité
de Louvain , à enregistrer les Décrets
du Gouvernement , a amené une
tranfcription faite d'autorité. Le 8 , M.
( 39 )
Cuylen , Subſtitut , Procureur- général de
Brabant , accompagné d'un Öfficial &
d'un Chef de la Maréchauffée , a fait enregiftrer
, dans l'Affemblée convoquée
fous ferment , les Ordres antérieurs du
Miniftre Plénipotentiaire , & un nouveau
Refcrit de L. A. R. nos Gouverneurs- généraux.
Défenſes à l'Univerfité de fe féparer
avant l'enregiftrement ; refus , proteftations
, enfuite obéiffance forcée avec
des annotations , réſerves , &c . & c .
Pour juger de l'importance que le Gouvernement
attache à cette foumiffion , il
fuffit de lire les pièces fuivantes . Ce font
les lettres du Comte de Trautmansdorff
au Confeil de Brabant , le 22 janvier
jour d'une fcène militaire qui mit fin
aux attroupemens dont nous rendimes
compte.
Dépêche du miniftre plénipotentiaire , au confeil de
Brabant , reçue le 22 janvier , à 8 heures trois
quarts du matin.
Ferdinand , &. Mrs. « Comme nous voulons
abfolument que , conformément à nos ordres précédens
, le décret du 17 octobre foit émané dans
le terme de 24 heures , & que ce terme eſt au
moment d'écouler , nous vous faifons la préfente,
pour vous ordonner itérativement d'y fatisfaire ,
vous défendant à peine de défobéiffance de vous
féparer , ou de quitter le Confeil , avant que d'avoir
procédé à cette émanation , & de nous avoir
rendu compte de la réfolution d'y pourvoir. Nous
vous prévenons d'ailleurs que nous avons fait
( 40 )
auffi connoître de nouveau nos intentions abfolues
aux Députés des Etats , dans les termes qui
leur annoncent les fuites immédiates du moindre
délai à cet égard. » A tant , &c.
Lettre du même au Chancelier , reçue le même jour
à 9 heures trois quarts du matin.
« Je vous envoie , M. le Chancelier , une dépêche
pour le Confeil , que je vous prie de faire
Îire d'abord , & le contenu de laquelle vous annoncera
que je fuis irrévocablement décidé de
faire exécuter ce que j'y dis , dans la matinée
duffé-je en venir à toutes les extrémités , que j'ai
eu le bonheur d'éviter jufqu'ici , mais dont l'explofion
feroit infaillible aujourd'hui , & pour le
total , & pour beaucoup d'individus ; S. M. voulant
abfolument , ainfi que fa dignité l'exige , que tout
ce qui tient aux préalables ne foit plus fujer à
aucun doute , & ne puiffe être altéré par la moindre
repréſentation. Vous trouverez dans ladite dépêche
la défenſe la plus expreffe de vous féparer
avant que l'émanation ne foit décidée , & qu'on
ne foit venu me faire rapport de la réfolution y
relative . Je charge auffi le Confeiller Fifcal de
veiller à tout ce qui fe fera , & de m'en rendre
compte. Je vous avertis en même temps que je
n'accepterai aucune repréſentation , & fi on m'en
envoyoit , le Confeil s'expoferoit à l'humiliation
de fe la voir renvoyer , fans l'avoir feulement
ouverte. Je vous ai donné 24 heures hier , je ne
puis en accorder que 4 aujourd'hui ; fi l'émanation
ne fe fait d'ici à 2 heures , je la ferai faire de
force , duffé- je faire inveftir le confeil , & employer
les triftes moyens des canons & bayonnettes , que
S. M. m'a très -expreffément prefcrits pour le cas
d'une réfiftance complette , telle que feroit celle
du Confeil , produite par celle des Etats , qui , en
refufant l'émanation , s'oppofent par le fait aux
( 41 )
-
préalables , & renoncent volontairement à la déclaration
du 21 feptembre 1787 , dont la révocation
ſe ſera encore ce matin , fi la difficulté n'eſt
pas levée à 2 heures . » J'ai , &c.
Seconde lettre adreffée au Chancelier , reçue un peu
apres 9 heures du foir.
M. « L'opiniâtreté du Confeil eft incroyable ,
& la mort de quelques malheureux qui vient d'en
être la fuite , devra l'en faire repentir à jamais ;
je faurai y fuppléer inceffamment. En attendant ,
il - eft néceffaire que vous reftiez affemblés encore ,
& attendiez une dépêche des Etats qui va vous
être remife tout-à- l'heure , afin que vous puifiez
prendre la réfolution de l'émanation , & m'en
donner part encore ce foir. »
On fe rappelle qu'elle fut la fuite de ces
déclarations.
Le Prétendant vient de mourir ; nos
Lecteurs liront avec intérêt une notice,
hiftorique fur ce Prince , rédigée par une
Perfonne auffi refpe &table que bien inf
truite , & dont la fcrupuleuſe exactitude
mérite toute confiance .
« Charles - Edouard- Louis - Philippe Cafimir ,
connu fous le nom du Prétendant , fils de Jacques
Stuard & de Marie Clémentine , Princeſſe Sobieski,
petit fils de Jacques II , roi d'Angleterre , né à
Rome , le 31 décembre 1-20 , y est mort d'attaque
de paralyfie & d'apoplexie , le 31 janvier
dernier , âgé de 67 ans & un mois , après avoir
langui pendant trois femaines . »
« En 1745 , ce Prince effaya de remonter fur
le trône de fes ancêtres. Cette tentative rappelle
à notre fouvenir les entrepriſes des héros
( 42 )
de l'ancienne Grèce , qui , avec peu de moyens ,
exécutèrent des chofes fi grandes , qu'à peine nous
paroiffent-elles croyables . >>
"
Accompagné feulement de fept gentilshommes
, Charles fe mit le 1er juillet dans un bateau
pêcheur à Nantes , pour aller à bord d'une frégate
de feize canons qui l'attendoit à Saint-Nazaire
, & fut efcorté par l'Elifabeth , de foixante ,
qu'il l'alla joindre à Belle-Ifle . Quoique la mer
fût couverte de vaiffeaux Anglois , il arriva le
5 août en Ecoffe. Auffi- tôt il affemble les Chefs
montagnards de ce pays , dévoués à fa cauſe , le
traverfe en entier jufqu'à Preftonpans , où , le
2 d'octobre , avec une poignée de gens mal armés
, il met en déroute environ cinq mille hommes
bien difciplinés , & fournis d'artillerie , commandés
par le chevalier Cope. »
« Quelques jours après , il s'avance vers Newcaftle
pour combattre l'armée du général Wade .
A fon approche Wade fe retire . Charles tourne à
droite vers la ville de Carlisle, s'en empare , & le
16 décembre arrive à Derby , capitale du comté
de ce nom , diftante feulement de trois journées
de Londres , où l'alarme fut générale ,»
« Il avoit droit de s'attendre à une puiffante
jonction d'Anglois , attachés à fes intérêts . Cette
jonction n'eut point lieu. Henri Benoît fon frère ,
avoit dû faire une defcente en Angleterre , avec
quinze mille François . Les François ne vinrent
pas , & nulle efpérance de les voir arriver. Charles
& fes trois mille quatre cents Montagnards
étoient de toutes parts environnés d'ennemis .
Derrière , étoit Wade à Doncafter ; George IJ,
en tête près de Londres ; le duc de Cumberland à
Coventry , avec l'élite des forces Angloifes récemment
venues de Flandres ; les milices des différens
Comtés fous les armes . Chacun de ces corps
( 43 )
de troupes pris féparément , étoit triple de l'ar--
mée Ecoffoife. Son chef, dans cette pofition , convoque
fes principaux Officiers , pour délibérer fur
le parti qu il y avoit à prendre. Appuyé feulement
de deux voix , il propofe qu'on aille en
avant , & que rifquant le tout pour le tout , on.
fe batte à la première occafion . La très - grande
majorité du Confeil décida pour la retraite , qui
fe fit en bon ordre ; l'avant-garde de Cumberland
tomba à Clifton fur l'arrière- garde des Montagnards
, & fut repouffée avec perte. Ils continuèrent
leur ma che vers l'Ecoffe , fans être moleftés.
A Falkirck , petite ville environ vingt
milles au Nord- oueft d'Edimbourg , le 28 janvier
4746 , ils défont complètement l'armée Angloife,
commandée par le géneral Hawley , cette même
armée qui avoit fait des prodiges de valeur à Fontenoy,
s'emparent du camp , de tout le bagage ,
& de la caiffe militaire, »
pour
« C'eſt l'ufage des Montagnards Ecoffois ,
après une victoire , de fe retirer chez eux, quand
is le peuvent , avec leur butin , pour en faire
part à leurs familles . Charles fe trouva par confequent
avec très- peu de monde après cette action
, qui auroit pu avoir des fuites heureuſes
lui , s'il eût été poffible de profiter des avantages
qu'elle lui donnoit ; mais un grand nombre de
fes troupes ayant repris le chemin de leur pays ,
pour attendre leur retour , il fe retira , avec ce
qui lui reftoit , vers les montagne d'Ecoffe. Les
Anglois, conduits par le duc de Cumberland, l'y fuivirent
par terre , tandis qu'une flotte de tranfports
rangeoit la côte , & leur fourniſſoit en abondance
des provifions de toute eſpèce. »
« A Culloden , près d'Invernéfs , le 26 avril ,
Charles fe mit en marche pour attaquer leur
amp pendant la nuit. Le jour l'ayant furpris ,
( 44 )
avant d'y arriver , il revint à l'endroit d'où il
étoit parti. Ne pouvant ni reculer plus loin vers.
les montagnes , parce que fon armée s'y feroit
difperfée faute de fubfiftance , ni redefcendre dans
le plat pays , parce que fix mille Heffois , venus
au fecours du Gouvernement Britannique , embarraffoient
les paffages , il fut forcé de livrer bataille
avant que tout fon monde ne fût raffemblé ; partie
d'entre eux n'étoit pas revenue des montsgnes
, & d'autres étoient allés prendre du repos ,
fatigués de leur marche nocturne. Les Anglois , qui
étoient très -fupérieurs en nombre s'étoient repofés
deux jours à Nairne , & le jour du combat ,
n'avoient fait que dix milles de chemin. »
"
,
« Les Montagnards harraffés , tant par le défait
de fommeil , que par la marche & contre -marche
de la nuit précédente , manquoient prefque
abfolument de paie & de vivres depuis plufieurs
jours. Pour comble de malheurs , la défunion s'étoit
mife parmi les Chefs des Tribus ; malgré
tous ces défavantages leur aile droite tailla en
pièces la première ligne de l'aile Angloife , qui
lui étoit oppofée ; mais ayant été prise en flanc
par un corps de troupes pofté derrière un mur
& l'aile gauche n'ayant pu donner , à caufe d'un
marais en front qu'on avoit cru trop légèrement
guéable à l'infanterie , la déroute devint générale.
Après fa défaite , l'infortuné Prince erra plufieurs
mois en Ecoffe , toujours vivement pourfuivi
par des détachemens de l'armée victorieufe .
Sa tête avoit été mise à prix dès le commencement
de l'invaſion ; une fomme de trente mille
livres fterling , récompenfe offerte à celui qui
le repréfenteroit mort ou vif , étoit une grande
tentation pour les Montagnards Ecoffois , en général
très -pauvres ; & cependant , exemple rare
de fidélité & au-deffus de tous nos éloges ! pas
( 45 )
un ne penfa ni à le trahir , ni à s'en défaire , quoi
qu'il fe trouvât fouvent , pendant fa vie errante ,
i la merci de cette claffe d'hommes , dont les
Princes fur le trône femblent à peine connoître
Texiſtence . »
« Echappé comme par miracle à tous les dangers
qu'il avoit courus il débarqua à Rofcou
en Bretagne , le 10 octobre 1746. La Paix d'Aixla-
Chapelle le contraignit de quitter la France.
En 1772 , il épousa Louife-Maximilienne - Caro¬
line-Emmanuelle , Princeffe de Stolberg - Guedern ,
- dont il n'a point eu d'enfans . Il laiffe une fille
naturelle qu'il avoit légitimée trois ans environ
ant fa mort , & créée ducheffe d'Albany. »
» Quant aux qualités perfonnelles du Prince
Charles , fa figure avoit de la dignité ; & pour
celles du coeur & de l'efprit , c'eft un fort prégé
en leur faveur , qu'il fut gagner l'eftime , je
drai même l'amitié du célèbre Préfident de Monfquieu
, qui alloit voir Charles fouvent , & le
voyoit avec plaifir , tout le temps qu'il reſta à
Paris.»
«Henri- Benoit , frère puîné du défunt , eft Cardinal
& Evêque de Frefcati en Italie. Cette Eminence
vient de renoncer d'une manière ſolemnelle
à tout titre ou dignité , autres que ceux dont elle
a joui jifqaici. Après fa mort , la ligne directe
mafculine de la Famille Royale de Staard , alliée
à tous les Souverains de l'Europe , feră éteinte , &
alors le Roi de Sardaigne fuccède aux droits
qu'elle prétendoit avoir à la Couronne d'Angleferre;
& Stuard, Comte de Traquaire , Pair d'Ecoffe
, à ceux du grand Sénéchal de ce Royaume .»
( 46 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX 1.
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE .
Cauſe entre les Légataires de la dame Gauthier
& le Comte de Marinis.
Legs pieux réduits.
La demoiſelle Evrard avoit épousé M. Gauthier,
Procureur au Châtelet . Née fans beaucoup
defortune , & demeurée veuve , elle étoit parvenue
à l'augmenter , & elle avoit amaffé un capital de
près de 400 mille livres , pendant le cours de 22
années , efpace de fa viduité. Le 16 Décembre
1785 , elle fit fon teftament devant Notaire ,
ayant pour préfomptifs héritiers , le Comte de Marinis
& la demoiſelle de Marinis fa foeur , qui étoient
fes parens du troifième au quatrième degré. Toute
l'économie de cet acte fe réduifoit à une multitude
de legs particuliers : & telle étoit la quantité de
tous ces legs particuliers , que réunis ils abforboier
la prefque totalité de la fucceffion.-Après l'avoir
ainfi épuifée par des libéralités exceffives , elle inf-
(1 ) Cet Ouvrage , dont M. Mars , Avocat au Parlement
de Paris , est l'Auteur , paroît tous les jeudis
depuis 13 années.
Chaque feuille est composée des notices de Causes
de tous les Parlemens , avec les Jugemens qui les
ont décidées , Questions , Képonses , Dissertations sur
des points de Droit , etc .; indication de Mémoires
et Plaidoyers , annonce de livres de Droit , de Jurisprudence
, etc. etc.; Arrêts , Edits , Ordonnances
Déclarations , etc.; Sentences de Police ; en un mot
les Jugemens notables de toutes les Jurisdictions
et tout ce qui fait Loi ou Réglement dans le Royaume,
etc. etc.
L'abonnement est de 15 liv. par an , et l'on souscrit
chez l'Auteur , rue de la Harpe , nº. 20.
( 47 )
: -
titue pour fes légataires univerfels , pour le furplus
de fes biens , le Comte & la demoiſelle de
Marinis , & elle a foin dans fon teftament d'indiquer
le degré de parenté qui les uniffoit à elle.-
La teftatrice eft morte au mois de Juillet 1786 :
on a procédé à toutes les opérations ufitées en
pareil cas. Les différens légataires , au nombre
de vingt-deux , & repréfentés par dix - huit Procureurs
, ont formé leurs différentes demandes en
délivrance de legs - demande en nullité de tous
les legs portés par le teftament , de la part du
Comte de Marinis ; même demande de la
domoifelle de Marinis , à l'exception cependant
de quelques-unes des difpofitions du teftament ,
auxquelles elle confentoit expreffément , en défapprouvant
la demande en nullité formée par le
fieur de Marinis .-La caufe a d'abord été inftruite
au Châtelet , enfuite aux Requêtes de l'Hôtel ,
où le fieur de Marinis l'avoit faite évoquer , en
vertu de fon privilége ; enfin , elle a été portée en
la Grand'Chambre , où M. l'Avocat - Général a
obfervé que ces libéralités étoient exceffives , felon
la diftribution que les héritiers en avoient fait
en trois claffes ; la première , qui renfermoit des
legs pieux , des aumônes , &c. la feconde , des legs
d'affection & de récompenſe ; & la troiſième , dans
laquelle fe trouvoient comprifes des fondations ,
des libéralités énormes faites à des fabriques , à des
communautés , à des hôpitaux : telle enfin avoit
été la profufion de la teftatrice , que toutes
charges déduites , tous legs acquittés , il ne reſtoit
environ qu'un tiers de la fucceffion aux deux héritiers
; mais que cependant toutes les difpofitions
du teftament de la feue dame Gauthier n'étoient
pas dans le cas d'être déclarées nulles ou d'être
réduites ; que celles de la première & de la feconde
claffe méritoient d'être refpectées , & de ne fup(
48 )
porter aucune réduction , les unes , rarce qu'elles
n'avoient rien d'exceffif , que c'étoient des legs
pieux , des aumônes ; les autres , à cafe de la pureté
de leur motif, n'ayant pour fondement que
des legs de récompenfe & d'affection envers des
parens , des amis & des ferviteurs. Enfin , la Cour ,
par fon arrêt du 12 janvier 1788 , faifant droit fur
les demandes refpectives des parties , a ordonné
que les legs de la première & de la feconde d'affe
feroient exécutés ; & quant à ceux de la troisième ,
ordonné qu'ils feroient réduits au tiers du montant
des fommes y portées ; condamné les héritiers aux
dépens vis-à -vis des légataires de la première & de
la feconde claffe ; & quant à ceux de la troisième ,
compenfe tous les dépens que les légataires pour
roient employer fur leurs fegs ; & fur le furplus
des demandes , fins & conclufrons des Parties ,
' les a miles hors de Cour , &c..
C
ERRATA du no. 7 , page 130 , Abberine , lifez
Abbeville. p. 132 , au prix de Mathématiques
décerné par l'Académie de Lyon , ajoutez : « Le
prix a été partagé entre M. Rondelet , Architecte ,
& M. Griffet de la Baume , Ingénieur des Ponts
& Chauffées. "
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 10. )
SAMEDI 8 Mars 1788.
MARS a 31 jours & laune 30. Du er, au 31 les
jours croiffent de 53'55" le matin , & de 54 ' 8 " le foir.
PHASES Temps moyen
au Midi vrat,
fam. Aubin , Evêque.
2 4 D. Lere.
lundi ste Cunegonde.
4 mard. Calmir , Koi,
mere. Virgile .
jeudi Ste Colette .
JOURS
du
MOIS.
J.
NOMS DES SAINT de de la
O LUNE. H. Ma S.
24 Ο 12 28
25 O 12 16
3 16 P 12 2
27 11 49
28 O 11 35
29 11 20
30 N.L. O 11 S
8 fam. Jean de Dieu. le 7, à 11 10 So
h. 42 m. O 10 35
O JO 19
O 10 2
9 46
9 29
12
7 vend. Ste Perpétue.
9 D. Paffion.
o lundi Ste Do&rovée.
Tr mard Quarante Martyrs
12 merc. Grégoire.
13 jeudi Ste Euphrafie.
15 fam. Zacharie , Prêtre.
17 lundi Ste Gertrude , Vierge.
du foir.
P.Q
leis,as
10 h. 28 m.
11 dumatin.
14 venda La Compaffion.
16 6 D. Rameaux.
18 mard. Lubin , Evêque.
19 merc. Jofeph . PRINTEMPS. 12
20 jeudi Joachim.
21 vend. V. Saint.
22 fam. Epaphrodite.
23 Dim. PASQUES.
24 lundi. Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27 jeudi Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
O 1 D. Quafimodo.
31 lundi. L'ANNONCIATION
OP. L.
16 le 22,70
17 h. 9 m.
18 du matin.
19
20
21 CD. Q.
22 le 29, à 4
23 h. 34 m.
24 du foit.
oh. fignifie midi.
06
54
19
42
24
G
28
10
LIVRES NOUVEAUX.
ои tome II , par M. Buchoz
rue de la Harpe , n° . rog.
Le Sage dans la folitude
, imité en partie de
l'Ouvrage d'Young , qui
porte le même titre , par
M.l'Abbé Pey,Chanoine
de l'Eglife de Paris , 12 f.
Sorin , quai des Auguft..
LEPhilofopheparvenu , ||Nation Françoife , in-4.
Lettres & Pièces ori
ginales , contenant les
aventures d'Eugène Sans-
Pair , in- 12 . tomes IV, V
& VI; l'Auteur , hôtel de
Male , rue Chriftine ;
Quillan l'aîné , au Magafin
Littéraire , même rue.
Hiftoire de Lady Cléveland,
trad . de l'Anglois , C'eft chez le même que
2 vol. in- 12. Crapart ,
place Saint- Michel.
Cours de matière Mé-
'dicale de Cullen , trad.
in-8. tome II ; l'Auteur ,
rue Bourg- l'Abbé; Didot,
quai des Auguftins.
Euvres Badines & Morales
de M. Cazotte , 3 v.
veuve Efprit , au Palais
Royal.
Petite Bibliothèque des
Théatres , in- 18. n° . XI
& XII , Belin , rue Saint-
Jacques.
Avis aux jeunes Médecins
, ou Introduction
à la Médecine d'obfervation
raifonnée , par M.de
Lavaud , première partie ,
1 liv. 16 f. Croullebois ,
rue des Mathurins.
Préfens de Flore à la
fe trouve les Étrennes à
"'Humanité , ou Recueil
de préfervatis contre
plufieurs maladies qui
affligent l'Homme , deux
parties , 2 liv.
Hiftoire Univerfelle
depuis le commencement
du Monde jufqu'à préfent
, par une Société de
Gens de Lettres , tome44,
in-4.contenant l'Hiftoire
des Prov. Unies ; Amfterdam
, Paris , Mérigot j.
quai des Auguftins , chez
lequel on trouvera les
43 volumes.
Procès- verbal des Séances
de l'Affemblée de la
Généralité de Tours, in- 4.
Onfroi , quai des Auguft.
Traité du Droit dePa
tronage, par un Chanoine
MERCURE
DE FRAN c e.
SAMEDI 8 MMAARRSS 1788.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. COLLIN D'HARLEVILLE.
VIVE du bon Pangloſſ le ſyſtême joyeux !
Chez nous fes Partiſans étoient déjà nombreux ;
Mais ton charmant Ouvrage en augmente la lifte ;
Qui le voit devient Optimiſte ,
Car il y trouve tout au mieux.
( Par M. D***, T***. )
Nº. 10. 8 Mars 1788.
MERCURE
A Madame *** , en lui envoyant une
Traduction de Goldsmith.
Paris , Janvier 1788
O vous , que de fes dons enrichit la Nature ,
Et qui , par les vertus , atteignez au bonheur ;
Vous qui nous enflammez d'une amitié fi pure ,
Noble aliment de votre coeur !
Dans ce Jardin- Boudoir , où les filles de Flore
Etalent leurs couleurs à vos regards contens ,
Et, pour vous, s'empreffant d'éclore ,
Au milieu de l'Hiver ramènent le Printemps 31
Souffrez que ma main vous préfente
Un jeune Voyageur , d'un commerce afféz doux.
A des talens chéris il joint une ame ainante ;
Et c'eft un double droit pour être admis chez vous.
Dans Londre , affez long - temps , il vécut mal à
l'aife ;
A
Par des chagrins cruels fon coeur fat déchiré :
Mais il devient heureux , s'il eft vrai qu'il vous
plaiſe ;
Et de vous plaire enfin je le crois affuré ,
Encor qu'un peu défiguré
Sous une parure françoife .
Mais pour le mieux juger , lifez ce qu'en écrit
Gatriek, Acteur fameux, fage, & très-bel efprit.
DE FRANCE.
51
(1) Un jour que Jupiter, dînant avec Mercare ,
39
גכ
» Avoit tenu table fort tard ,
Et s'étoit coiffé de nectar :
Voyons , dit-il ; je veux enrichir la Nature
D'une drôle de créature.
»Melons à beaucoup d'or , du cuivre avec meſure.
ور
Que mon ouvrage affemble & le mal & le bien ;
»Qu'il foit pour un rien trifte , & joyeux pour un
20
>> rien.
"Qu'offrant avec lui-même un éternel contraſte ,
» Il joigne à l'efprit le plus vafte ,
» D'un enfant la fimplicité ;
→Qu'Amant des Fictions & de la Vérité
»Libertin dans fon coeur , & dans fes Livres ,
30
כ כ
chafte ,
Econome, & rempli de prodigalité ,
» II chériffe l'étude , & plus l'oifiveté i
כ כ
Que tendre & délicat Poëte , ”
» Il écrive avec goût , extravague en parlant
35
Quirait un feu divin dans fon coeur , dans la tête;
Qu'il foit favant, pieux, dupe, & fou du Brelan.
"Cet être , dit enfin le Maître du Tonnerre ,
Sous le nom de Goldsmith charmera l'Angleterre,
»Et verra fes Ecrits admirés en tous lieux ;
» Et quand il ceffera d'habiter'ſur la Terre ,
» Il vien dra près de moi pour enchanter les Dieuxee.
( 1') ´C'eſt la Traduction littérale d'un Apologue char
mant que Garrick fit dans une Société , où l'on jouoit aux
Pariratis
.
C 2
52 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eft Verfeau ; celui
de l'Enigme eft Chandelier ; celui du Logogriphe
eft Agriculture, où l'on trouve Cire,
Arc, Lire, Cure , Rage, Culte, Culture, Ciel,
Eau , Carte.
EN
CHARADE,
terre vient mon premier ;
Dans les airs eft mon dernier ;
Et dans l'eau vit mon entier.
(Par M, le Comte de R. A. F. )
ÉNIGM E.
Mon emploi , cher Lecteur, me force de rougir ;
Ce n'eft qu'en rougiffant que je puis te fervir :
Alors en peu d'inftans on me voit difparoître ,
Et tes foins ont bientôt anéanti mon être :
En vain à tes défirs je voudrois réfifter ,
Avec un bon foufflet tu fais bien m'y forcer."
Par M. de Raymondis , Offi , des G, du C.
DE FRANCE.
53
LOGO GRIPHE.
C'EST EST au fein des grandeurs que j'ai pris la
naiſſance ;
J'habite rarement fous le toit du Berger ;
Le travail m'en fait déloger ›
L'afpect de fon bonheur trouble mon exiſtence,
Je cours , pour me dédommager ,
Prendre place au banquet de l'oifive opulence .
C'eſt un plaifir pour moi de voir couler des pleurs ;
Je fais gémir le Moine au fond de fa cellule ;
Le poifon que je verfe avec lenteur circule ;
Entendez cette Vierge exhaler fes douleurs :
Je viens de me gliffer fous la guimpe d'Urfule ,
Qui pleure le départ des plaifirs enchanteurs.
Je touche de bien près à la mélancolie :
En vain, pour me chaffer, vous recherchez le bruit ;
En vain vous renverfez tout le cours de la vie ,
Changeant la nuit en jour , ou bien le jour en nuit :
Compagne de vos pas, mon ombre vous pourfuit.
Je ne fuis que les lieux habités par Sophie.
Suivez-moi , cher Lecteur, je marche avec cinq pieds
Vous voyez défiler onze enfans à ma fuite.
Ma fille vers la mer fuit & s'y précipite ;
Une Déeffe , injufte en fes inimitiés ,
La pourfuit : mais un Dicu va protéger fa fuite ;
Par-là fes attentats font affez expiés .
C ;
34
MERCURE.
L'aîné de tous mes fils fe tient à la charrue.
Mon fecond eft par-tout ; il peuple l'Univers ,
Et dans les végétaux fa force eft très- connue.
Mon troifième eft en butte à de fréquens revers ,
Et fon nom quelquefois effarouche l'oreille.
' A l'autel celui-ci fait fouvent des heureux ;
Son murmure flatteur , tendre Amour, te réveille :
Celui-là voit tout double & vit affez joyeux.
Entre les mains du peuple un autre court la ville ,
Et d'un infortuné rend l'ame plus tranquille ;
En fuppofant toujours , l'un bâtit des projets ,
Et cet autre , indécis , court d'objets en objets. )
Au célèbre Hippocrate , au féduifant Appelles ,
L'un eft tout orgueilleux d'avoir donné le jour s
L'autre d'avoir fixé les regards de l'Amour
Par un éclat plus beau que celui de fes ailes.
Ma nombreufe famille a paffé fous vos yeux ;
Lecteur , j'ai fatisfait votre esprit curieux.
(Par M. Clottereau. )
DE FRANCE. 55
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ETRENNES du Parnaffe , pour l'année
biffextile 1788. A Paris , chez Durand
fils , Libraire , rue Galande , Nº . 74.
LEEs nouveaux Rédacteurs des Etrennes
du Parnafle s'expriment ainfi dans
Avertiffement :
"
un
» Notre choix deviendra de plus en
plus févère ; tous les petits égards de
» convenance & de fociété , les titres , la
confidération , l'amitié même , ne feront
pas un obftacle à l'exécution du plan
» que nous avons embrallé «.
Voilà des intentions très-louables . Le Recucil
de cette année peut fans doute cautionner
cet engagement : mais il fera difficile
de le remplir exactement. Les perfonnes
qui ne font point de vers fe plaignent
tous les jours de la rareté des bons.
Comment accorder cette difette & les befoins
d'un Recueil Les Rédacteurs les plus
févères courent rifque de n'être pas inexorables.
Ceux de cet Almanach parlent ainſi
des Notices qui le terminent.
€ 4
56
MERCURE
. "
>>
" Nous déclarons en paffant , & pour
n'y plus revenir , que l'impartialité la
plus vraie , l'examen le plus fcrupuleux
» ont préfidé à cette partie effentielle de
" notre Rédaction “.
Ces Notices ont pour objet de juger
des Ouvrages de Poéfie & de Profe . Elles
font , comme on voit , une fois plus ambitieufes
que celles de l'Almanach des Mufes
, & cela eft un tort. Quel a été le but
du Rédacteur de ce dernier Recueil en y
ajoutant une nomenclature complette , &
un jugement précis des Poéfies publiées
dans l'année ? D'offrir un tableau fucceffif
des efforts heureux ou malheureux du talent
poétique . L'Almanach du Parnaffe ,
imitateur de l'Almanach des Mufes comme
choix de Poéfies , s'en écarte mal à própos
dans les Notices . Des Ouvrages de
Philofophie , d'Hiftoire , de Littérature &
de Sciences , ne peuvent point être appréciés
dans des Notices de ce genre.
D'ailleurs une appréciation fi tardive eft
inutile , & en général dans ces fortes d'annonces
, il eft plus convenable de rapporter
l'opinion publique , que d'énoncer un
jugement particulier. Mais dans tous les
cas , une partie effentielle de la rédaction ſeroit
de donner de préférence la nomenclature
exacte des Ouvrages les plus importans
, lorfque les bornes qu'on s'impofe
ne permettent pas d'en donner une
DE FRANCE.
$7
de tous ceux qui ont patu. Au refte , ces
obfervations auxquelles nous en ajouterons
une autre en terminant cet Extrait,
ne peuvent nuire nullement au fuccès de
ce Recueil , parce que fon objet principal
-eft le choix des vers qui le compofent.
Ces fortes de Recueils fe forment des
vers que les Journaux leur livrent , & de
ceux que les porte-feuilles leur gardent .
Les Etrennes du Parnaffe jouillent de la
générofité des premiers , auffi bien que
l'Almanach des Muſes ; mais les derniers
paroiffent avoir des préférences pour celui-
ci , & ces préférences nous femblent
fondées. L'Almanach des Muſes eft l'aîné
des Recueils de ce genre. Il a toujours
été le mieux compofé. Le nom de Voltaire
, & après ce grand nom , ceux des
Poëtes les plus diftingués de nos jours ,
en ont fait l'honneur. Les jeunes talens ont
dû s'empreffer d'y faire leurs preuves , &
les Amateurs lui accordent plus volontiers
leur confiance . Les Etrennes du Parnaffe
n'ont pas joui de cet avantage . Il paroît
qu'elles ont eu autant de Rédacteurs que
d'années. Le changement nuit en tout à
la profpérité. Ceux qui en font chargés
aujourd'hui , annoncent les meilleures intentions
; mais elles ne peuvent être fecondées
que par de bons vers : auffi eft - il
fort à défirer qu'on les feconde.
Ce défir fera fatisfait , fi les Recueils fuivans
offrent , comme celui de cette année ,
CS
$8 MERCURE
·
les noms de M. Marmontel , de M. de la
Harpe , de M. de Rhulières , & fi les Rédacteurs
peuvent en obtenir plus que des
vers de fociété. On trouve dans les Etrennes
du Parnaffe quelques petites Pièces de
ces Ecrivains célèbres Les Critiques mal
intentionnés prennent ordinairement deux
partis fur ces bagatelles des grands talens ;
ils cenfurent cu ils louent : mais ils reffemblent
à ces rivaux qui parlent de l'Amant
favorife ; le bien ou le mal qu'ils
en difent laille également percer leur fecret.
Les Critiques fans paffion fentent qu'il
feroit ridicule de critiquer ou de louer
pour des Im promptus , l'Auteur de Bélifaire
, celui de Warvick , celui de l'excellente
Epître fur les difputes..
A
Mais ce qui eft un devoir pour tous ,
& un plaifir pour un petit nombre , c'eſt
de rendre au jeune talent moins connu
le tribut d'éloges qui lui eft dû , même
pour des Pièces de peu d'importance . Parmi
quelques jeunes Poëtes, qui depuis plufieurs
années ont attiré l'attention des Amateurs
de la haute Poéfie , M. de Fontanes a
donné le premier les plus belles efpérances,
& les a le mieux remplies . Sa Traduction
en vers de l'Effai fur l'homme a
mérité les éloges d'un excellent Littérateur,
qui , pour rendre à un beau talent la juſtice
qu'on lui rend enfin à lui- même , reprit
dans ce Journal la plume de la Crisique
qu'il avoit depuis quelque temps
DE FRANCE.
'59
déposée. L'Epithalame imprimé dans les
Erennes du Parnaffe fous le nom de M.
de Fontanes , ne reffemble point à ces
Epithalames allégoriques où l'ennui femble
déjà confpirer contre l'hymen : c'eft
véritablement un Hymne nuptial , où le talent
n'a point cherché à faire à des époux
la peinture d'un bonheur dont la réalité
les attend , mais où une Philofophie aimable
, une fenfibilité délicate confeille &
loue en vers harmonieux. Voici un exemple
qui vient à l'appui de cet éloge.
Ne dédaignez jamais les plaifirs domeftiques ,
Offrez-nous le tableau des amours du vieux temps ;
Ce langage eft permis près des Monts Helvétiques
Loin des murs de Paris & de ſes habitans ,
Loin des rieurs froids & cauftiques .
'Ah ! puiffiez-vous fur-tout prolonger le bonheur
Dù vertueux Prélat , dont l'ame rajeunic
Sourit au ſpectacle enchanteur
De fa famille réunie !
De goûts fimples , & purs fon âge eft amoureux
Il a reçu du Ciel tous les dons qu'il fouhaite ,
Et , comme Fénélon , au fein de la retraite ,
Fait des jardins & des heureux. :
M. Léonard a donné auffi à ce Recueil un
Chant nuptial diftingué par des fentimens
aimables & des images gracieufes .
Le nom de feu M. de Malfilâtre , Au-
C6
60 MERCURE
teur du Poëme de Narciffe dans l'ifle de
Vénus , Ouvrage qui , ainfi que le Jugement
de Pâris de M. Imbert , prouve que
le talent peut tout rajeunir , fait lire avec
intérêt la Traduction du Pfeaune Super
flumina Babylonis.Voici la première ftrophe.
Affis fur les bords de l'Euphrate ,
Un tendre fouvenir redoubloit nos douleurs .
Nous penfions à Sion dans cette terre ingrate ,
Et nos yeux , malgré nous , laiffoient couler des
pleurs.
Ces vers où l'oreille eft fi fingulièrement
offenfée par cette confonnance , nous penfions
à Sion, où le fentiment attaché à cette
expreffion , terrâ alienâ , eft fi loin d'être
rendu par une terre ingrate , ne femblent
pas faits par M. de Malfilâtre ; mais en
voici d'autres qui ramèneront le Lecteur.
O Cité fainte ! ô ma Patrie !
Chère Jérufalem , dont je fuis exilé ,
Si ton image échappe à mon ame attendrie ,
Si jamais , loin de toi , mon coeur eft confolé ;
Que ma main , tout à coup féchée ,
Ne puiffe plus vers toi s'étendre déformais .
A mon palais glacé , que ma langue attachée ,
Dans mes plus doux tranſports ne te nomme jamais!
Certainement il feroit difficile de rendre
avec plus d'intérêt ces. verfets du Pleaume,
DE FRANCE.
Si oblitus fuero tui, Jerufalem , oblivioni detur
dextera mea ; adhareat lingua mea fau
cibus meis , fi non meminero tui. Cette paraphrafe
, fans être entièrement digne de
ce jeune Poëte , un des hommes qui ont
été le mieux organifés pour écrire en vers,
préfente , comme on voit , quelques traces
de on talent , talent rare , contre lequel
des malheurs opiniâtres fembloient conju
rés , & dont une mort prématurée n'a permis
ni la perfection ni la gloire. Les jeunes
Poëtes fe rappellent fouvent M. de Malfilâtre
comme un exemple effrayant de l'infortune
qui pourfuit les enfans des Mufes ,
les connoiffeurs en Poéfie le regrettent ,
comme on regrette l'efpérance qu'on a
perdue .
C'eft avec peine que nous fommes for
cés d'inviter l'Auteur d'une Traduction du
Chant Jer, de la Jérufalem , à abandonner
un travail qui ne paroît pas lui convenir.
Quelques petites Pièces imprimées fous fon
nom dans plufieurs autres Recueils , prou
vent un talent agréable : mais qu'est - ce
qu'un talent agréable pour traduire un grand
talent ? Voici des vers qui veulent rendre
une comparaifon très-connue , & qui juftiferont
cette critique
Telà l'enfant chéri que la fièvre conſume
D'un utile breuvage on voile l'amertume
Du vafe qui l'enferre on emmielle le bord ,
Ilboit , & fon erreur le fauve de la mort.
"
62
MERCURE
Horace eft de tous les Poëtes de l'Antiquité
celui qu'on traduit le plus fouvent
précisément parce qu'il ne l'a pas encore
été d'une manière digne de lui . C'eft dans
fes Odes fur tout qu'il offre une lutte terrible
à l'interprète qui l'admire affez pour craindre
de le mal traduire. On a vu de M. des
T**, dans plufieurs Recueils , des Traduc-~
tions de quelques Odes d'Horace , & on les
a remarquées. Lorfqu'on traduit un Poëte
tel qu'Horace ou Virgile , il ne fuffit pas
de rendre fa penfée ; tout le charme poétique
eft dans l'expreffion , dans le fentiment
, dans l'image & l'harmonie. C'eft à
cela qu'il faut être fidèle : voilà la difficulté.
M. des T*** paroît d'un affez bon
efprit pour la redouter , & d'un efpritaffez
diftingué pour la vaincre. Il ne fe contente
pas d'entendre Horace , il le fent , & fes
vers joignent à la pureté , la facilité & l'élégance.
Parmi les Pièces du genre lyrique , on
diftingue encore une Ode fur l'origine de
la Maçonnerie , par M. d'Arnaud , où l'on
reconnoît le talent de cet Ecrivain ; une
Ode imitée d'Horace , & verfifiée avec fermeté
, par M. le Marquis de Ximenes
une Ode de M. le Comte d'Hartig , fur la
mort du Prince de Furftemberg , où le fen
timent s'exprime en vers très-bien tournés
enfin quelques Imitations d'Offiau , pa
MM. Noël de la Morinière , Granville &
Varron...
DE FRANCE. 63
Le nom de M. le Chevalier de Parny eft
un de ceux que les Lecteurs défirent le plus
dans les Recueils . Son Épître à M. le
Comte de P*** eft pleine de poéſie , de
graces , & de fentiment. Nous en cirerons
quelques vers : l'Auteur parle de l'Inde .
Que dis-je ! ce climat vanté
Ne connoît ni Zéphir ni Flore ;
Un long & redoutable Eté
Flétrit ces champs & les dévore.
Mon coeur, mes yeux font mécontens,
Et je redemande fans ceffe
Mes Amis avec le Printemps.
J'aurois dit dans un autre temps ,
Le Printemps avec ma Maîtreffe.
Mais hélas ! ce nouveau féjour
Me commande un nouveau langage;
Tout Y fait oublier l'amour ,
Et c'est l'ennui qui me rend fage.
L'Épître de M. le Chevalier de Cubières à
Inquifidor-Mor , eft diftinguée par un fujer
intéreffant, des vers très- ingénieux , union
piquant de philofophie . L'Épître de M. du
Chofal à M. le Marquis de B ** , offre des
vers de fatire très bien tournés . M. du Chofal
perd fans doute un plaifir en abhorrang
Lucain , dont il parle ainfi :"
Non je veux être libre , & déjà le Deftin
M'affranchit du malheur d'imiter ce Lucain ,
64 MERCURE
Dont je hais la baffeffe & la plume vénale
Il encenfe Néron ; j'abhorre la Pharfale.
Mais nous rendrons peut être un ami à
Lucain , en citant M. de la Harpe à M. du
Chofal. Les élans d'une liberté républicaine,
que l'on remarque dans fon Poëme, -
doivent faire penfer qu'il n'avoit pas une
" ame vile , & que lorfqu'il fit de Néron
» cet éloge fi extravagant & fi odieux , qui
» eft à la tête de fa Pharfale , il étoit enivré
» des careffes du jeune Prince , qui devint
enfuite fon rival & fon affallin , mais
qui n'avoit encore montré que les ridi-
» cules d'un mauvais Poëte , & non l'atro-
» cité d'un Tyran «.
ود
L'Épître de Mine . Dufrenoi à fon coeur ,
rappelle la Satire de Boileau à fon efprit.
Lorfque Boileau parle à fon efprit , c'eft
toujours le langage de cet efprit même :
auffi certe Satire eft- elle un chef - d'oeuvre
de raillerie & de raifon . Mme. Dufrenoi ,
dans l'Épître à fon coeur , emploie des tournures
agréables , de la fenfibilité , de la fi
neffe , qualités qui convenoient à fon fujet,
& qui appartiennent à fon sèxe .
Les Rédacteurs paroiffent avoir oublié la
févérité qu'ils annoncent, en admettant und
Imitation de Pétrarque , une Fable Anacréontique
, le Bonnet de nuit , l'Huiffier av
lit de la mort , & quelques autres Pièces
mais on leur fait gré d'avoir choisi une Élé
DE FRANCE 65
1
gie de M. Legay , une Épître de M. de la
Pierre , exempte de jargon , & que nous citons
, parce qu'elle paroît être d'un trèsjeune
homme ; les Fables de M. le Bailly ,
un Conte de M. M... , & les vers de Mme.
de *** à fes Tablettes.
En terminant cet Article, nous obferverons
aux Rédacteurs de ce Recueil , que deux
de leurs Notices , l'une fur une Ode de M.
Grouvelle , l'autre fur les Métamorphofes de
M. de Saint-Ange, font d'un ton peu convenable
; qu'on n'a le droit d'être févère que
lorfqu'on eft jufte , & que s'il eft bien de
promettre l'impartialité la plus vraie , il
eft encore mieux de tenir parole.
( Cet Article eft de M. de B....
.66 MERCURE
4
CALENDRIER Mufical Univerfel , &c.
pour l'année 1788. A Paris, chez Prault,
Imprimeur du Roi , quai des Auguftins, à
l'Immortalité ; & chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du
Roule , No. 6. 1 vol. in- 12 . Prix, 36f.
Tour Ouvrage qui porte le titre d'Almanach
ou de Calendrier , femble fait pour
paroître & être oublié dans les huit premiers
jours de l'année. Si celui-ci étoit de
ce genre , notre annonce feroit un peu tardive
; mais les chofes curieufes qu'il contient
, véritablement intérellantes pour tous
ceux qui s'occupent de Mufique , le rendent
utile dans tous les temps de l'année ;
& en différant de le faire connoître , nòus
n'avons fait que le féparer d'une foule de
futilités éphémères avec lesquelles il ne mérite
pas d'être confondu.
En 1775, il parut pour la première
fois
un Ouvrage
fur un plan à peu près femblable
, quoique
beaucoup
moins
étendu . Il
eut du fuccès pendant
trois années
, & auroit
continué
d'en avoir , fi le même
Auteur
avoit
continué
de le faire , ou qu'il
l'eût été avec le même foin. Mais paffé dans
d'autres
mains , il perdit tous les avantages
,
& le Public en fut bientôt
dégoûté
. Un
DE FRANCE.
67
homine de Lettres , extrêmement au courant
de tout ce qui intéreffe la Mufique nationale
& étrangère , vient de s'en charger de
nouveau. Il n'a point été effrayé par le pré
jugé défavorable qui devoit exifter contre
cet Ouvrage. Convaincu de fon utilité, qui,
ainfi qu'il le dit lui- même dans fa Préface ,
lui a fait plus d'une fois défirer fon exiſtence,
ce motif la encouragé à s'en charger.
Il commence par un Calendrier , dans
lequel font marqués tous les jours de l'année
deftinés à des cérémonies religieufes
en Mufique , comme Meffes , Vêpres , Saluts
dans les Eglifes ; Concerts Spirituels , &c.
Toutes les perfonnes qui aiment à fuivre
les Organiftes , doivent être flattées d'être
averties d'avance des jours où elles peuvent
entendre les meilleurs. On rend compte
enfuite des nouvelles découvertes qui ont
été faites en Mufique dans l'année , foit relativement
à la théorie , foit pour l'invention
ou la perfection de quelques Inftirumens.
Un choix des Vers les plus agréables
qui aient été faits par des Muficiens ou à
propos de Mufique , répand une variété
agréable fur ce petit Ouvrage . L'Article de
Nécrologie , les Anecdotes qui fuivent , ne
font pas moins intéreffantes . Il y en a une
autre fur Abel, qui eft fort gaie.
L'Auteur rend compte enfuite de l'érar
des Spectacles Lyriques , & des Ouvrages
qu'on y a repréſentés , avec le jugement
68 MERCURE
qu'en ont porté les Journaux . Les petits Co
médiens de Beaujolois , qui prennent de
jour en jour plus de confiftance , y trouvent
auffi leur place ; mais ce qui doit intéreffer
le plus les Amateurs , c'eft d'y voir le détail
des Opéras Italiens repréſentés fur les différens
Théatres de l'Europe , comme Londres
, Pétersbourg , Vienne , & les principales
villes de l'Italie . Cet Article eft terminé
par une lifte des Ouvrages nouveaux
qui ont été mis en mufique par des Maîtres
Italiens , avec les noms des Auteurs & des
villes où ils ont été exécutés pendant les
années 1786 & 1787 .
On n'a pas oublié l'extrait de tous les
Livres écrits fur la Mufique , ni l'annonce
de toutes les Productions muficales , Article
intéreffant pour ceux qui font des Collections
de Mufique. L'Ouvrage eft terminé
par des liftes des Compofiteurs , des Profeffeurs
pour chaque Inftrument , des Mds, de
Mufique, Luthiers, Copiftes, Graveurs , &c.
L'Auteur follicite pour cette Nomenclature
labienveillance des Muficiens , qui font euxmêmes
intérellés à ce que leur adreffe foit
publiée avec exactitude. Il les invite à envoyer
leur demeure , dans le courant de
l'année , chez Leduc , au Magafin de Mufique
, rue du Roule , N° . 6. C'eſt à euxmêmes
à contribuer à la perfection d'un
Ouvrage entrepris pour eux , & qui , s'ils
ne fe refufent pas à cette attention légère
ne laiffera bientôt plus rien à défirer .
DE FRANCE. 69
REFLEXIONS fur la néceffité d'assurer l'amortif
fement des Dettes de l'Etat , ainfi que les reffources
néceffaires en temps de guerre , avec
l'indication des plus fûrs moyens d'y parvenir. ·
-
Mémoire expofitif & juſtificatif des Opérations
, Procédés & Formules propofés par le
projet d'Edit, qui a été rédigé dans les vûes &
Pefprit des Réflexions ci-deſſus ; en 144 pages ,
in-4° . Prix, 3 liv, broché. Se trouve à Paris ,
chez Defenne , Lib . , au Palais-Royal ; Moutard
, rue des Mathurins ; Viffe , rue de la
Harpe , près la rue Serpente ; Mlle. Amauri ,
au Palais - Marchand ; & à Versailles , cher'
Blaizot , Lib.
LES moyens de libérer les Nations dont la
dette eft devenue immenfe , font de ces fujets
qui demandent dans ceux qui les traitent , un fens
parfaitement droit , une expérience confommée ,
des connoiffances profondes.
Il paroît fur cette matière , & dans le moment
où il doit lui être accordé le plus d'attention
un Ouvrage que le feul intérêt public m'invite à
faire connoître. Ce font les réflexions d'un Jurifconfulte
( 1 ) ` que l'étude des hautes Sciences &
un grand nombre de connoiffances ont rendu
également propre à la défenfe des Citoyens &
aux objets les plus élevés de l'Adminiſtration . Cer
Ecrit lui donnera des droits éternels à la recon-
( 1 ) M, Lefparat , Avocat au Parlement de Paris,
70 MERCURE
noiffance de fon Pays. Les voeux qu'il excite , les
efpérances qu'il fait naître , la confiance qu'
infpire , font des fentimers que tous les bons
François font jaloux de faire pafler dans "ame
de leurs concitoyens . Cette afbition , qui fut
toujours la mienne , jaffic mes Ĉfort .
La dette de la France , de beaucoup plus foible
que celle de l'Angleterre , eft cependant
énorme. Son excès , ainfi que les effets , prouvent
la néceffité de chercher les moyens de la libérer.
Une dette qui doit pefer de plus en plus fur les
peuples , par le progrès des intérêts & par celui
des impôts , eft de toutes les maladies politiques ,
celle dont la guérifon intéreffe le plus les Gouvernemens
qui en font attaqués. Chez eux les
fruits de la terre , ainfi que les produits de l'induftrie
, vont fe perdre , au grand dommage de
la Nation , dans les mains de fes créanciers , qui
font communément les membres les plus oififs.
Le Prince n'a plus les moyens de protéger fon
peuple , de ranimer l'Agriculture , & d'encourager
les Arts . Le Corps Politique cft réduit à un
véritable état de langueur , & dans l'impuifance
d'affeoir les dépenfes d'une guerre devenue quelquefois
néceffairs , fes provinces feroient la proie
de fes rivaux , ceux-ci n'avoient pas à guérir
chez eux-mêmes des plaies fouvent plus profondes.
Dans des circonftances femblables , un Ecaivain
Anglois , Davenant , mettoit fous les yeux
de les compatriotes , il y a près d'un fiècle , le
devoir qui les obligeoit à propofer avec confiance,
& à exécuter avec courage , tout ce qui feroit falutaire
à la Patrie . Il les inviteit à chercher enfin
les moyens de donner à la Nation la certitude
qu'elle feroit liberée la première. Peu d'an
nées après la publication de fes Mémoires , FAngleterre
a créé le fonds d'amortiflement , qui eft
devenu la bafe la plus folide de fop crédit, &
DE FRANCE. 71
qui l'eût entièrement libérée , fi , à cette époque ,
les principes qui font les feuls véritables en cette
matière , avoient été mieux connus .
Chaque François aujourd'hui voit à fon Pays
les mêmes befoins. Ses rivaux en éprouvent de
plus grands encore ; & leur fituation garantit à
la France l'efpoir d'une libération plus prompte ,
lorfqu'elle aura la volonté de l'entreprendre. Le
Corps Politique, au même inftant, reprendroit toute
fa vigueur. Entre les grandes Nations , la France
verroit la première le retour des beaux jours :
comme Puiffance Militaire , elle auroit la fupériorité
par l'étendue des efforts dont elle feroit
capable. Comme Puiffance Commercante , elle
l'auroit encore ; les Nations ſes rivales n'auroient
pas pu diminuer dans la même proportion les
impôts qui affectent chez elles l'induftrie . Dèslors
elles ne pourroient pas même dans le commerce
, entrer avec elle en concurrence. Les ca
pitaux que l'amortiſſement général feroit rentrer
dans la circulation , iroient auffi-tôt dans les
provinces & dans les campagnes féconder les
germes naturels de la richeffe publique , en ranimant
l'induftrie du Cultivateur, du Manufacturier,
& du Commerçant ; jufque dans les marchés étrangers
, ils feroient régner fes Négocians par fe
taux de l'intérêt de fon argent. L'opulence géné
rale confirmeroit bientôt cette ancienne maxime
que là où l'intérêt eft bas , toutes les richeffes
abondent en quelque lieu que fe tranfporte le
Négociant, qui ne rend que trois pour cent des
fonds qu'il emprunte , il exclut celui qui doit
rendre fixpour cent des capitaux que fon coinmerce
emploie. Ces avantages font ceux que Davenant
promettoit à fa Nation , fi elle étoit libérée la première.
Mais , bien plus qu'à l'Angleterre , cette
ambition.convient à la France. J'invoquerai ici
Le témoignage d'un autre Ecrivain Anglois,
ya MERCURE
55
30
·
D-
>
non moins célèbre , & plus moderne , le Docteur
Smith. Dans une étendue prefque le triple de
» celle des trois Royaumes de l'Angleterre , la
» France , fituée fur deux mers , a une population
d'environ vingt - quatre millions d'habitans
» un fol meilleur , un climat plus propice , des
productions plus variées , une culture plus an-
» ciennement établie , une civilifation qui remonte
à des époques plus reculées , une quantité
plus grande de tout ce qui ne peut être
formé que par une longue fuite de fiècles ,
un plus grand nombre de villes confidérables
qui font la fource d'une confommation plus
» forte « ; enfin depuis Dunkerque , dans les Pays-
Bas , jufqu'à Antibes , en Provence , autant de
pores en activité que dans les trois Royaumes de
l'Angleterre. La différence eft donc toute entière
en faveur de la France : elle doit aux feules productions
de fon fol , l'affluence des Etrangers dans
fes ports ; & fi les capitaux que fa dette publique
abforbe , refluent jamais dans fon commerce
fes flottes iront encore chercher avec avantage
les productions étrangères qui auront été jufqu'à
cette époque l'aliment de la Marine Angloife.
Mais le tableau d'une telle profpérité ne laifferoit
que des regrets , après avoir excité des défirs ; fi
la Nation étoit fans moyens pour les accomplir.
Or ces moyens dans l'Ouvrage dont on rend
compte , font autant de principes démontrés.
Cet Ouvrage préfente deux parties parfaitement
diftinétcs. La première eft la théorie de l'amortiffement
des dettes publiques ; la feconde en eft
la pratique. Je fuivrai l'ordre que l'Auteur s'eft
lui-même preferit. Il commence par développer
les fuites effrayantes de l'accumulation progreffive
des dettes permanentes de l'Etat ; enfuite il
parcoure les époques où la libération des dettes
de la France à été tentée. Mais les Caiffes d'amortiffement
DE FRANCE. 73
mortiffement qui ont été créées jufqu à ce moment ,
ont toutes cu des bafes trop peu folides . Il en a
réfulté leur impuiffance abfolue à produire l'effet
qu'on devoit en attendre. Ce reproche n'eft pas
feulement fait aux Caifles d'amortiffement qui
ont été établies en France ; il s'adreffe également
à celle que les Anglois ont formée chez eux en
1716 ; la précaution qu'ils ont prise de ne confier
qu'au Parlement le foin de leur libération
a été trompée. Ce puiflant Protecteur de la fortune
publique a détourné de fa véritable deftination
le fonds qui devoit être un jour le falut
de l'Angleterre. Il a été employé aux dépenfes
extraordinaires de toutes les guerres ruincufes que
la Nation a voulu entreprendre ; » il en résulte
qu'aujourd'hui le peuple Anglois eft écrasé par
» une maffe énorme de dettes permanentes , dont
» il cft à peine en fon pouvoir d'acquitter feu-
» lement les intérêts annucls « : Grande leçon
donnée aux Nations , qui feront déformais convaincues
de la néceffité d'opérer l'amortifiement.
de leurs dettes , & d'aflurer la profpérité de leur
Gouvernement !
ככ
"Chaque fois qu'une Nation emprunte , elle fe
prépare pour l'avenir des embarras infiniment plus
cruels , fi elle conftitue des rentes permanentes
au lieu de rentes à temps ; celles- ci trouvent dans
la Loi même de leur conftitution la néceflité
impéricufe de leur entier amortiflement, La France
acquitte encore aujourd'hui des rentes conftituées ,
il y a plus de deux fiècles , fous le règne de Charles
IX. La conduite des villes du Brabant eft un
exemple bien digne d'être fuivi. Tous leurs cmprunts
font en rentes à temps , & accompagnés
d'impôts qui commencent & ceffent avec eux ,
après en avoir acquitté les arrérages & en avoir
remboursé les capitaux.
Cependant il eft un remède encore pour les
No,L. 8 Mars 1788 . D
74
MERCURE
ל כ
Nations qui n'ont point eu la même fageffe, » Il
» leur refte à s'interdire pour toujours les conf-
» titutions de rentes perpétuelles , & même à con-
» vertir , au gré des Rentiers , en rentes à
temps ,
» forcément rembourfables , toutes les rentes déjà
» conftituées , dont la charge feroit éternelle.
> En France , l'excès du mal a déjà néceffité ,
» du moins en partie , l'ufage de ce remède. Le
progrès des dettes permanentes , & le difcrédit
» dans lequel cette eſpèce de créance eft tombée ,
» ont forcé à ne plus ouvrir que des emprunts
» en rentes viagères , les feules dans lesquelles
33
on cût encore quelque confiance. Mais les em-
» prunts publics n'étant plus ouverts que dans
» cette forme , il en a refulté une concurrence
beaucoup moins grande des Prêteurs : ce qui a
» fait monter l'intérêt viager à un taux exor-
" bitant. Ces emprunts fe font trouvés forcément,
» fermés , d'abord pour ceux qui défiroient placer
» autrement qu'à fonds perdus , & enfuite pour
les Capitaliftes avancés en age qui n'y trou-
» voient pas un intérêt proportionné à la briéveté
» de leurs jours. Or ces deux claffes renferment
» les Capitaliftes les plus forts «c.
A ces inconvéniens , il en eft un dernier qu'il
convient d'ajouter. » Ces emprunts retirent de
» la circulation , des capitaux immenſes ; parce
» que les fonds qui font placés en viager ne
» peuvent fe négocier qu'avec une perte énorme,
» Or afin de parer à la fois aux inconvéniens
» des rentes perpétuelles dont il réfulte des charges
» permanentes , & à ceux des rentes viagères
» qui , dans la forme actuelle , diminuent la con-
>> currence des Capitaliſtes , on devoit ne plus
» offrir que deux efpèces de rentes , celles à vie
» & celles à temps fixe , mais mieux calculées & au
» choix des Prêteurs.
5)
Pour cet effet , il falloit , . déterminer
DE FRANCE. 75
ככ
"
» par des règles fùres , faciles & expéditives , la
jufte quotité de l'intérêt viager , fur une ou
» deux têtes , pour les différens âges , fuivant le
» taux de l'intérêt perpétuel , au cours du temps.
» 29. Déclarer ces fortes de rentes tranfpor-
» tables fur des têtes de même âge , & même
» converfibles en rentes à temps fixe , à la réquifition
des Rentiers , felon leur âge au temps.
de la converfion , fous la condition , d'une fur-
» vie de quelques mois , & en faifant payer une
» indemnité convenable pour les rifques auxquels
» ils auroient été préfumés avoir l'intention de fe
» fouftraire par ces converfions ou ces tranſports.
3º. Déterminer , par des méthodes égale-
» ment sûres & expéditives , la vraie quotité des
⚫ rentes à temps fixe , fuivant leurs différentes
durées , & à raiſon du taux de l'intérêt au
» cours des conftitutions.
"
"3
03
כ כ
» 4. Laifler aux Prêteurs la liberté de placer leur
capital , foit en rente viagère fur une ou fur.
» deux têtes de tous âges , foit en rente à temps.
fixe , de telle durée qu'ils auroient jugé à propos
, de manière cependant que la fomme to-
» tale des arrérages de leurs rentes à temps
» n'auroit jamais pu excéder le double de leur
capital , & encore de manière que leur revenu
» annuel n'eût jamais été de plus du double de
» l'intérêt perpétuel qu'il devoit éteindre.
35
ככ
ככ
fixe
5. Pour les Prêteurs qui auroient préféré.
» la rentrée de leur capital en un feul payement ,
» laiſer la faculté de déléguer au Caiffier des
amortiffemens , fous la garantie de l'Etat , les
» rentes à temps fixe qui leur auroient été confti-
» tuées ; à la charge par celui - ci , de les rembourfer
en une feule fois , dans le cours de la
» révolution de leur rente & de leur en payer
» l'intérêt , tous les ans jufqu'au remboursement.
» 6º. Et enfin , dans le cas des conftitutions de
2
D 2
76
MERCURE
» rentes à temps fixe , laiffer aux Prêteurs l'op-
» tion d'une reconnoiffance au Portear , ou d'un
» contrat dans la forme ordinaire .
» Si tous ces emprunts avoient été faits de cette
» manière , on auroit ceflé d'augmenter la maffe
» des dettes permanentes de l'Etat ; & les nou-
» veaux fonds qu'il a fallu faire pour le payement
כ
des arrérages annuels de chaque nouvel em-
" prant , feroient devenus , avec le temps , difro-
→ nibles Four la totalité ; ils l'auroient même été
plus tôt que ceux qui ont été faits Four les
rentes viagères de toute efpèce , qui ont été créées
jufqu'à préfent ; & par conféquent` on auroit
pu préparer pour des époques bien plus rappro
chées , l'amortiflement général des charges de
» l'Etat.
"
» Il convient donc de tenter aujourd'hui , pour
la totalité des dettes permanentes , ce qu'il eût
» fallu exécuter dès l'origine pour chaque cm-
» prunt. On trouveroit dans cette opération l'a-
» vantage précieux & inefpéré d'affurer non fcu-
» lement des reffources pour toutes les guerres
qui pourront furvenir , mais encore de faire en
» temps de paix des améliorations trè intéreflantes
pour la profpérité publique . Il feroit même
poffible de décharger le peuple de la totalité
» des impôts les plus onéreux. Ce feroit l'effet
» infaillible d'une opération qui rendroit difpo-
כ כ
nible , avec le temps , un revenu de plus de
» deux cent millions , deftiné , quant à préfent , au
» feul payement des arrérages perpétuels & viagers
de la dette publique.
Mais il faudroit aux Nations obérées une paix
» éternelle pour affurer leur libération fans em
ployer aucun autre moyen ; & l'expérience du
paffé a malheureuſement démontré, que fur 21
années , on doit à peine compter 14 ans de paix
contre 7 de guerre. Ainfi les peuples que leur
25
DE FRANCE. ·77
ל כ
53
53
rang oblige d'entrer dans toutes les divifions
qui agitent l'Europe , font dans la néceflité de
50 mettre en- réferve , pendant chaque année de
paix , le tiers des dépenfes extraordinaires d'une
année de guerre. En France , où cet extraordinaire
eft d'environ 180 millions, il faudroit donc,
pendant chaque année de paix , une réserve d'environ
60 millions . Mais cette précaution em-
» pêcheroit feulement que la première guerre n'ajoutât
de nouvelles dettes aux anciennes ; &
pour amortir les charges qui lui font restées
des guerres précédentes , il faudroit à la France
» un effort plus confidérable , qui eft cependant
» en fon pouvoir : elle a de grands avantages
55 pour fe procurer tout enfemble l'équivalent de
» cette référve , & l'amortiffement de fes anciennes
dettes . Il s'éteint chez elle tous les ans
» pour environ douze cent mille livres de rentes
viagères ; ainfi chaque année elle acquiert un re-
» venu diſponible de 1,200,000 livres , qui feroit
» aliéné en cas de guerre , pour un capital de
24 millions au denier vingt ; l'accroiflement
fucceffif du numéraire , & celui de l'induftrie ,
» procurent en outre chaque année , dans le revenu
public , une augmentation de deux millions
«. L'Auteur en fait entrer la moitié dans la
réferve de l'extraordinaire des guerres. Or cette
moitié fuppofée d'un million , feroit aliénée
encore dans les mêmes circonftances , pour un
autre capital de 20 millions. Ces deux objets
réunis font déjà l'équivalent d'une réferve de
millions tous les ans ; il ne faut plus ajouter
qu'environ 20 millions chaque année pour compléter
le fonds de la première guerre.
ככ
44
Mais en fe renfermant dans cette feule précaution
, la France ne feroit que fe maintenir dans le
même état ; » l'économie que la paix procureroit ,
» feroit un jour abfcrbée par les dépenfes de la
Ꭰ ;
8
MERCURE
» guerre. Si donc la Nation vouloit affurer l'as -
» mortiffement de fes dettes, & en même temps
» l'extraordinaire de fes dépenfes pour les années
de guerre , il faudroit qu'elle porrât à 30 mil-
» lions au moins , au lieu de 20 millions , l'ext
cédant de la réferve annuelle «<.
L'Auteur ne diffimule cependant pas que les
extinctions viagères , Paccroiffement fucceffif du
revenu public , & une réferve annuelle de 30
millions , ne produiroient aucune amélioration ;
» fi , après avoir fixé les époques des divers rembourfemens
, l'Etat n'étoit point obligé à leur
* exécution , auffi ftrictement qu'il l'eft déjà au
payement des arrérages , afin qu'il foit impoffible
aux Adminiftrateurs publics qui doivent fe
fuccéder , d'en arrêter le cours «<.
L'Auteur affure l'exécution de ces rembourfemens
, lorfqu'il demande qu'il ne foit plus créé
de rentes perpétuelles , & que toutes celles qui
exiftent foient converties au gré des Rentiers , en
annuités viagères , ou à temps fixe ; parce qu'a
lors l'Etat feroit obligé envers chaque Créan-
» cier , par des contrats en forme , & non par
des Edits auxquels il est toujours facile de déroger.
A l'inftant où ce plan feroit adopté , la
Nation auroit la certitude de voir l'amortiffement
général s'accomplir , & cette conviction
donneroit au crédit public toute l'extenfion dont
» il eft fufceptible. Le taux de l'intérêt baifferoit
" naturellement , & procureroit , dans le fonds
ود
annuel d'amortiffement , une augmentation qui
» fuffiroit feule pour produire les plus grands ef-
30 fets. Une reffource de cette nature à fait , en
22 1716 , le fonds principal & prefque unique de
l'Angleterre , fi utile à cette Nation , tant
» qu'elle n'en a point abufé. Le fonds d'amortiffement
de la Hollande en 1655 , & celui de
'Frat Eccléfiaftique en 1685 , fe font formés de
ככ
DE FRANCE. 19
a.
» la même manière « La France a dans fes
mains les moyens de fe procurer tous ces avantages.
Elle ouvrira fans doute les yeux fur
l'expérience heureufe que l'Angleterre en
faite depuis 1623 que l'intérêt étoit chez elle
à dix pour cent. Les noms des Citoyens qui
ont démontré la néceffité de ces opérations.
Thomas Culpeper , Jofias Child , J. Bernard , y
font à jamais glorieux & chers. En France , l'Auteur
qui a le premier indiqué , dans l'Ouvrage
dont on rend compte , les moyens d'obtenir les
mêmes fuccès , n'a pas de moindres droits à notre
reconnoiffance.
>
,
La feconde Partie démontre les méthodes , explique
les formules , & confirme par des exemples
le calcul , foit des rentes viagères fur une ou
fur deux têtes , foit de celles à temps fixe ,
quels que foient le taux de l'intérêt , la durée
de la rente , & l'ordre des payemens . On y trouve
des modèles pour la converfion des rentes via
gères en annuités à temps fixe. Les formules que
Auteur employe ne font il eft vrai , que des
approximations ; mais elles ont toute la précision
qui eft néceffaire dans les opérations du commerce
& de la finance. L'intelligence de fes méthodes
ne demande aucun effort ; leur ufage eft à la
portée des plus foibles Arithméticiens ; leur fimplicité
, ainfi que leur fécondité , étonneront ceux
mêmes qui font initiés dans les plus hautes Ma
thématiques. Les matières qui y font traitées , &
les méthodes qu'il renferme , feront donc regarder
cet Ouvrage comme un véritable Manuel de
finance tranfcendante.
Mais le plan de liquidation que la première
Partie renferme , fera - t - il adopté en France ,
où il faudroit pour fon exécution un excédant
de revenu de trente millions ? La difficulté de
fe le procurer actuellement ne doit point être un
D 4
89 MERCURE
obftacle , parce qu'aujourd'hui ctte difficulté
peut être vaincue , & que plus tard le mal pourroit
ne plus avoir de remède. La première guerre
occafionnera une dépenfe extraordinaire de 180
millions au moins par année , ou de 12 à 13 cents
millions en 6 ou 7 ans. Alors il faudra trouver
un excédant de revenu de près de 100 millions ,
uniquement deftiné à maintenir la balance , &
acquitter , fans effoir d'amélioration , les emprunts
de toure cfpèce qu'il aura faliu ouvrir à des taux
exceffifs , foit en viager , foit forme de loterie .
par
Au lieu qu'aujourd'hui l'effort infiniment moindre ,
qui porteroit à 30 millons l'excédant des revenus
, aflureroit dès à préfent , outre la libération
publique , les moyens encore de foutenir toutes
les guerres qui feront néceffaires , fans qu'il en réfultat
jamais de nouvelles furcharges.
Elle a
L'Angleterre , qui s'impofé elle-même , étonne
aujourd'hui l'Europe par l'énormité des fubfides
auxquels elle s'eft d'elle - même foumife. Elle a
employé le feul remède qui dût fermer les plaies
qui lui font reflécs de la dernière guerre.
de nouveau confirmé cette maxime de Bacon fon
Chancelier : Les fubfides volontaires n'épuifentjamais
une Nation , parce qu'à défaut de force , il
lui refte du courage. Cependant il vient auffi, dans
les Monarchies , un moment où le Ministère eft
enfin contraint de demander à la Nation des efforts
plus puiffans , après avoir épuisé toutes les
reffources que l'économie & la réforme des abus
pouvoient lui offrir. Alors il en obtient des actes
de courage , parce que les moyens des peuples font
autres , felon qu'il faut fatisfaire les caprices d'un
Miniftre déprédateur , ou feconder les voeux d'un
Prince jaloux de fonder far des bafes folides la
profpérité de fon royaume ; & depuis que d'excellens
Ouvrages ont inftruit la France de la véritable
pofition , fi les François n'avoient pas pris
DE FRANCE.. 8t
les fentimens que leur fituation exige , il feroit
arrivé dans ce Royaume le contraire de ce qu'on
a vu dans tant d'autres pays , où les vertus patriotiques
font néés des écrits qui en ont fans ceffe parlé
Le langage.
Cet Article nous a été envoyé par M. DE LA
ROCQUE , Valet de Chambre de la Reine , Auteur
de la Caiffe des Epargnes du peuple ( 1 ).
( Note de l'Auteur. ) L'humanité s'eft intéreffée
au fuccès de cet Ouvrage , & ,fon exécution cft
enfin accordée aux voeux des malheureux.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Vendredi 21 Février , on a repréfenté
pour la première fois l'Optimiste ou
l'Homme content de tout , Comédie en cinq
Actes & en vers , par M. Collin d'Harleville .
M. de Prinville doit à la Nature un caractère
heureux , fans doute , & qui fait
exception à tous les autres. Il penfe , & il
fe l'eft perfuadé par une longue habitude ,
qu'il y a très -peu de mal fur la terre , &
que , le plus fouvent , tout y eft bien . Il eſt
fur-tour très-content de fon fort. Il habite
( 1 ) Imprimé chez Didot jeune , en 1786 .
DS
82 . MERCURE
1
la Touraine , où il a une terre , & , felon lui ,
la Touraine eft le plus beau pays du monde
comme fon château eft le plus beau château
du Royaume. H a une femme dure ,
acariâtre , impérieufe ; il trouve qu'elle a du
caractère , & il ne Fen aime pas moins.
Un orage éclate ; il ne confidère point le
danger , & s'occupe avec ivreffe du beau
fpectacle qui en réfulte. On vient lui dire
que le tonnerre eft tombé fur fa grange &
qu'il y a mis le feu ; il s'en confole parce
qu'il auroit pu tomber fur le château. Il a
une fille charmante qu'il s'eft propofé de
marier à M. de Morinval, fon ami , homme
d'un caractère abfolument oppofé au fien ,
qui n'eſt content de rien , qui ne croit pas
au bonheur ; & quoique fa fille n'aime
point Morinval , il s'obtine à croire qu'elle
l'adore , par tendreffe pour l'une & par amiié
pour l'autre. Il réfléchit avec complaifance
fur les avantages de fa deftinée : Je
fuis , dit-il 2
Je fuis homme
Européen , François , Tourangeau , Gentilhomme ;
Je pouvois naître Turc , Limousin !
Il fe reproche non feulement de contrarier
Morinval dans fes idées , mais prefque de
le plaindre , parce que peut-être il aime le
chagrin.
Voilà quelques-uns des traits qui carac
terifent FOptimifme de M. de Prinville ;
voyons comment ce perfonnage eſt mis en
DE FRANCE. 83
jeu par les fituations un peu importantes
dans lefquelles M. Collin l'a placé.
,
Tandis que Prinville deftinoit fa fille
Angélique à devenir la femme de Morinval
, le hafard a conduit dans fa terre un
jeune homme qu'on appelle Belfort. Comme
une des habitudes de ce bonhomme eft de
croire aux honnêtes gens , il reçoit Belfort
avec intérêt , le retient au château , l'attache
à fa perfonne en qualité de Secrétaire
trouve bon qu'il apprenne à fa fille la Langue
Angloife , fans prendre aucune information
fur ce qu'il eft ou fur ce qu'il n'eft pas. Le
Maître devient bientôt amoureux de fon
Ecolière , à laquelle il infpire une paffion
auffi vive que celle qu'il éprouve . Egalement
timides & délicats , les deux jeunes
gens gardent le plus profond filence für
la pofition de leur coeur ; mais Madame de
Rozelle , nièce de M. de Prinville , a deviné
en partie leur fecret ; elle fait parler Rofe ,
jeune perfonne élevée auprès d'Angélique ,
& qu'elle croit dans fa confidence : enfin ,
par des piéges adroits , elle force Belfort
à lui dévoiler tout le mystère. Elle apprend
qu'il aime fa coufine , qu'il s'appelle
Dormeuil , qu'il eft fils d'un Maréchal de
Camp , homme qui a bien fervi le Roi , &
que la pallion du jeu a ruiné fans reffource ;
que , contraint a quitter l'état militaire qu'il
avoit embraffe , il à changé de nom par
pudeur, & qu'il cherchoit les moyens d'exifter
honnêtement , quand les circonftances
D 6
$4
MERCURE
l'ont rapproché de M. de Prinville & d'An
gélique. Madame de Fozelle voudroit poùvoir
fervir Belfort ; mais elle fent combien
d'obftacles s'oppofent à fon bonheur ; cependant
elle conçoit quelque eſpérance de
fuccès , & c'eft dans un événement malheureux
qu'elle la trouve. M. de Prinville
a laiffé à Paris une femme de cent mille
écus , entre les mains d'un M. Dorval , fon
ami , qu'il croit un honnête homme &
dont il ne redoute rien , quoiqu'il foit
joueur , parce que , dit-il , il est heureux au
jeu. Ce M. Dorval a joué , il a perdu une
fomme de fix cent mille livres , où les cent
mille écus de Prinville font pour moitié.
On en apprend la nouvelle. Madame de
Prinville éclate : Prinville fait fes réflexions ;
on n'a pas befoin d'une grande fortune
d'un nombreux domeftique , de recevoir
beaucoup de monde pour être heureux ;
il fera des fuppreffions , des économies ,
vivra pour la famille & pour fes amis :
mais la femme ne veut pas refter en Touraine
, elle veut vendre la terre , & aller
vivre à Paris. Prinville croit que les idées
fur lefquelles fa femme appuie fa réfolution
peuvent être juftes ; il fe foumet. Angélique
efpère qu'au moins la perte de la
fortune de fon père dégoûtera M. de Morinval
de fon hymen ; Prinville s'y attend,
& il fe réfigne. Morinval , dont le caractère
inquiet & mécontent fe développe dans
chacune des scènes où il paroît ; fe difpofoit
DE FRANCE.
en effet à renoncer à la main d'Angélique ,
quand il vient à connoître le malheur de fon
ami, & prend la ferme réfolution de devenir
fon gendre , par la raifon même qu'il n'eſt
plus heureux. Cet incident détermine Belfort
à quitter le château ; il va fuir , lorſqu'un
courrier lui remet , devant Madame de Ro
zelle , une lettre de fon père qui l'attend ,
fans délai , à la poſte voiſine, & qui fupplie
cette même Dame , qu'il connoît depuis
long - temps , de s'y rendre avec lui . Mamade
de Rozelle s'y rend en effet avec
Belfort. Pendant ce temps -là , Angélique
a déclaré à Morinval qu'elle ne l'aime
point ; elle a fait le même aveu à fon père.
Celui- ci eft très embarraffé , car il ne veut
pas que fa fille foit malheureufe : Morinval
le tire fur le champ d'embarras ; il fait qu'il
n'eſt point aimé , mais il fait auffi qu'un autre
afu plaire , que c'eft Belfort qu'on aime ;
& comme ce jeune homme eft fans fortune ,
Morinval propofe de lui donner la terre pour
dot , fi Prinville confent à fon union avec
Angélique . L'excellent homme eft ivre de
joie, pénétré de reconnoiffance , émerveillé
de la générofité de fon ami : Eh ! quoi ,
s'écrie- t-il ,
Eh quoi ! mon cher ami , vous faites des heureux ,
Et vous doutez encor fi vous l'êtes vous-même !
Il fort tranfporté pour apprendre cet évènement
à fa femme ; mais bientôt il revient
affligé , & convenant tout haut qu'un homme
St
MERCURE
peut fe chagriner une fois dansfa vie, Madame
de Prinville ne veut pas accepter Belfort
pour gendre ; c'eft , dit- elle , un aventurier
, un homme fans nom. Les propofitions
avantageufes de Morinval ne lui font
point changer de façon de penfer , elle
les refufe , & Morinval fe retire plein d'humeur
, en demandant s'il peut croire que
tout eft bien , quand on refufe par opiniâtreté
la fortune dont il faifoit de grand
coeur le facrifice au plaifir de faire des heureux.
La fituation de Prinville eft vraiment
cruelle dans cette circonftance ; mais l'Auteur
, qui n'a pas voulu qu'il eût - tort , &
qui d'ailleurs a eu raifon de ne pas dévouer
un homme auffi intéreffant que Prinville ;
à une affliction profonde & durable , ne
ly laiffe pas long - temps. Meffieurs Dormeuil
père & fils paroiffent avec Madame
de Rozelle . Le premier déclare qu'il
fe préfente pour acheter la terre de Prinville
; il fe fait connoître , il avoue qu'il
s'étoit ruiné au jeu & qu'il vient de réparer
toutes fes pertes en y gagnant fix cent
mille livres à un joueur appelé Dorval , ce
que l'on a déjà appris , en partie , par
la
lettre qu'il a écrite à fon fils. Mais c'est
notre bien que vous avez gagné ? obſerve ,
Madame de Prinville. Eh bien , reprend le
Maréchal- de Camp , j'achète votre terre cent
mille écus , l'argent fera pour vous & la
terre pour votre fille , fi vous confentez
l'unir à mon fils. Angélique treffaille , elle
&
DE FRANCE. 87
ле ne fait pas que Dormeuil le fils n'eft autre
que Belfort , elle l'apprend avec joie ; Madame
de Prinville confent à tout ; la gaîté
& le bonheur rentrent dans l'ame de l'Op
timiſte , qui récapitule tout ce qui lui eft
arrivé dans la journée , qui s'écrie plaifamment
:
Et fans avoir joué , moi , je prends ma revanche ;
qui regrette que Morinval ne foit plus là ,
pour être témoin de fon bonheur , & qui
conclet enfin de tous les évènemens qu'il
a récapitulés , qu'il a raifon de dire que
tout est bien.
焦
J:
Si l'Optimifte n'eft pas un caractère idéal,
c'eft au moins un caractère très-ráre , &
que l'on ne rencontre guère dans la fociété.
Comment en effet fe convaincre
que tout eft bien , quand , outre les maux
phyfiques attachés à la pauvre humanité,
on eft fans ceffe contrarié , affligé , déſeſpéré
dans les affections les plus chères
dans l'amitié , dans l'amour , dans les fentimens
qui tiennent le plus au bonheur
quand on eft pourfuivi par la całomnie ,
accablé par le crédit , par l'abus du pou+
voir , tourmenté par les caractères difficil
les ou malveillans dont on eft entouré
trahi dans fa confiance , & ruiné par des
banqueroutes ? Cette exiftence , qui eft , du
plus au moins , celle de tous les hommes
réunis en corps civils , eft plus capable de
faire des Mifanthropes que des Optimistes ,
+
"
88 MERCURE
& s'il eft plus heureux de s'accoutumer
à tout voir en bien qu'à tout voir en
mal , il nous femble que cette habitude
amène auffi de grands inconvéniens ; qu'elle
conduit à la négligence , à la légèreté , à
l'infouciance , défauts qui peuvent entraîner
la ruine de celui qui s'y livre ,
comme celle de toutes les perfonnes dont le
fort eft attaché au fien. Un homine qui a de
la raifon, du fens , de la philofophie, ne croit
pas que tout eft bien ( 1 ) , il ne croit pas
non plus que tout eft mal ; il fait que
l'un et compenfé par l'autre , il fouffe
avec patience , il jouit avec plaifir : ennemi
des vices fans en être le frondeur ,
ami de la vertu fans en être pallivement le
martyr , il ne perd pas fon temps & fa
logique à combattre ou à foutenir des
idées vagues ou métaphyfiques ; il eſt vertueux
& raifonnable , & n'eft point Zénonite
, Mifanthrope , ni Optimifte. L'Optimifme
n'eft qu'un fyftême brillant élevé par
des Sophiftes , & contre lequel l'évidence
dépofe tous les jours. Il n'eft pourtant pas
impoffible que ce fyftême , qui alors cefferoit
d'en être un , foit une idée innée &
propre à un caractère par exception ; mais
( 1 ) Leibnitz dit que tout eft au mieux poffible ;
eft-ce- la dire que tout est bien ? Une épidémie enlève
80,000 hommes fur 100,000 ; les 20,000 reftans
font pour le mieux poffible ; mais ce mieux poffible
me prouve que tout n'eft pas bien.
DE FRANCE. 89
cette idée ne peut naître , fe développer
& s'accroître que chez un homme doux ,
fenfible , bon , généreux ,, compatiffant ,
dévoré de l'amour du bien & de l'humanité
, & M. de Prinville à ce caractère .
Une des créatures les plus excellentes qui
ait habité la terre , a été , fans contredit ,
l'illuftre Fénelon , Archevêque de Cambrai .
Il avoit , au fuprême degré , toutes les qualités
que nous venons de détailler . Il y
joignoit une piété vive , un grand amour &
une grande confiance dans la Divinité . Autli
eft- ce dans cette ame fi bonne , fi délicate ,
fi fufceptible de toutes les impreflions nobles
, honnêtes & douces , que le fyftême
du Quiétifme s'eft trouvé établi , non pas
comme un fyftême , mais comme une idée
innée , comme un fentiment qui lui étoit
naturel , & dont il avoit befoin pour être
heureux. Si l'on y veut bien réfléchir , ce
fyftême étoit à la Théologie ce que l'Optimifme
eft à la Morale ; & il a encouru
les cenfures eccléfiaftiques , non pas parce
qu'on le croyoit dangereux dans un caractère
( 1 ) Il ne faut pas confondre le Quiétisme de
Fénélon avec celui que le Prêtre la Combe avoit
adopté d'après les idées de Molinos . Le Quiétifine
de l'Archevêque de Cambray confiftoit en un repos
entier de l'ame für la droiture de fes intentions ,
& fur les décrets immuables d'un Dieu juſte , bon
& miféricordieux . Celui de Molinos alloit beaucoup
plus loin , & pouvoit fervir d'excufe aux crreurs de
tous les genres.
no MERGURE
tel que celui de Fénélon , mais parce qu'il
devoit néceffairement être adopté par des
ames imbues de fentimens très étrangers
à celle de l'Archevêque de Cambrai , &
qu'il en pouvoit réfulter de très - grands
abus. Nous croyons que ceux qui peuvent
naître de l'Optimisme érigé en règle de conduite
, ne feroient pas moins dangereux
que ceux du Quiétifme érigé en principe.
théologique mais nous fommes éloignés
de penfer que M. Collin doive encourir les
cenfures philofophiques pour un ſentiment
qui honore fon ame, & qu'il a plutôt apperçu
dans les combinaifons dramatiques qui lui
étoient néceffaires , qu'il ne l'a examiné
avec les lumières de fa raifon. On lui doit
beaucoup d'éloges pour l'art & l'adreffe
qu'il a employés à rendre vraisemblable &
intéreffant un caractère dont on peut contefter
la vérité, Il eft difficile de trouver
un homme plus aimable & dont on défirât
plus d'être aimé , que M. de Prinville ;
mais on eft faché de le voir quelquefois
répondre très - foiblement aux difcours du
mécontent Morinval , qui a fouvent raiſon
contre lui ; on fouffre de voir fon fort
attaché à celui d'une femme que l'on pourroit
appeler méchante , & qui femble fe
faire un jeu de le tourmenter tandis
-qu'elle ne devroit avoir qu'un caractère
contrariant & difficile. C'étoit une inten
tion très heureufe & très - comique que
celle de faire contrafter le tempérament
-
›
DE FRANCE 9X
tranquille du mari , & le tempérament
bilieux de la femme ; c'étoit une imitation
adroite & détournée de Molière , qui rend
un Mifanthrope amoureux d'une Coquette ;
mais il auroit fallu que M. Collin imita
en tout fon modèle , & qu'il ne chargeât
pas trop le contrafte. M. Collin a montré
bien plus d'adreffe en préfentant fon perfonnage
heureux pendant trois Actes , pour
mettre enfuite fa conftance à l'épreuve ,
pour l'affliger un inftant , & pour le rendre
enfin à fon fyftême , à fes idées ,
fes jouillances , à fa chimère , fi l'on veut,
avec plus d'énergie & d'abandon que jamais.
C'eft- là établir , développer & fuivre
un caractère jufqu'à la fin , comme il a
été conçu & expofé. Le retour de M. de
Prinville vers le bonheur, fait d'autant plus
de plaifir au dénouement , qu'on le rap
pelle de lui avoir entendu dire :
Il faut plaindre celui qui jamais ne s'afflige ,
Il n'a pas le bonheur de fe voir confolé.
à
Et il n'y a qu'un homme né pour obte
nir de juftes & de longs fuccès , qui fachę
appercevoir & faifir ces rapprochemens
qui tiennent à la connoiffance & au fentiment
de l'Art Dramatique.
L'action de l'Optimiste eft mieux intri
guée que celle de l'Inconftant , Comédie du
même Auteur ; elle a une marche mieux
fuivie , plus de liaifon & d'intérêt mais
elle languit un peu dans les trois premiers
92 MERCURE
Actes , qui vivent plutôt par les détails que
par le concours des incidens. Le dénouement
, quoique préparé par les aveux que
fait Belfort à Madame de Rozelle au commencement
du fecond Acte , eft un peu
forcé. L'arrivée fubite de M. Dormeuil le
Maréchal de Camp, rappelle beaucoup celle
du vieillard Anfelme , au cinquième Acté
de l'Avare ; & fi l'on a condamné ce dénouement
chez Molière , il n'eft pas probable
qu'on l'approuve chez M. Collin
quoiqu'il ne foit pas aufli romanefque dans
l'Optimiste que dans l'Avare : d'ailleurs ce
dénouement inftruit quelques perfonnages
de ce que tous les Spectateurs favent déjà,
& cela feul le rendroit défectueux & foible.
Toutes ces obfervations ne nous empêcheront
pas d'avouer que l'Optimiste eft un
Ouvrage plein de mérite & qui annonce
un grand talent que le ftyle en eft pur &
bon , la morale douce & intéreffante , le
dialogue vrai , vif & ferré , le principal caractère
bien deffiné , bien développé , bien
fuivi , bien conftant avec lui-même ; que
M. Collin a dans l'efprit & dans l'imagination
des reffources dont peu d'Auteurs
pourroient donner des preuves auffi brillantes
& auffi nombreuſes ; enfin , que cet
Ecrivain doit être confidéré comme un
digne imitateur des premiers Auteurs comiques
de la Scène Françoife.
La Pièce , fort bien jouée dans fon enfemble
, doit une grande partie de fon effet
DE FRANCE.
93
an jeu vrai , naturel , aimable & fenti de
M. Molé dans le rôle de l'Optimiste ; cet
Acteur y eft vraiment admirable . Mlle .
Joly a mérité des applaudiffemens dans le
petit rôle de Roſe , perſonnage naïf & ingénu
, abfolument étranger à l'emploi des
Soubrettes , & qu'elle a rendu avec grace :
Le rôle très -paflif de Morinval a été auffi
fort bien joué par M. Vanhove. Ce perfonnage
n'a de vigueur qu'au troisième
Acte , c'eft là qu'il eft remarquable par la
chaleur avec laquelle il tonne contre les
abus & contre le mal qu'il voit par-tout :
c'est là qu'il dit ces deux vers qui ont été
applaudis avec tranfport , & que tout le
monde a retenus :
On ne fait ce que c'cft que de payer les dettes ,
Et de ſa bienfaiſance on remplit les Gazettes.
ANNONCES ET NOTICES.
ONN vient de mettre en vente à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , N°. 18 .
De l'Importance des opinions religieufes ; par
M. Necker ; Volume in- 8 ° . de plus de 500 pag.
Prix , 5 liv. broché.
Le même en papier fin , 6 liv . br ,
Le Tome IXe. & dernier de Hiftoire Naturelle
des Minéraux , contenant le Traité fur - l'Aimant ,
& de fes ufages ; par M. de Buffon ; in - 12 . Prix ,
3- liy. blanc ou broché , 3 liv, 10 f. relié,
94 MERCURE
MAPPE-MONDE & les quatre parties du
Monde , comprenant 1'EUROPE , l'ASIE , l'AFRIQUE
& l'AMÉRIQUE , de deuxfeuilles , coloriées à la
Hollandoife, 16 liv. chacune ; coloriées , coupées
& collées fur toile , avec leur étui . Prix du tout
48 liv. A Paris , chez Crépy, rue Saint-Jacques ,
No. 252.
Ces Cartes , qui ont été accueillies favorablement
du Public , doivent leur exécution à M.
Moithey , Ingenieur-Géographe du Roi , qui les
a projetées , particulièrement pour l'étude de la
Geographie & la lecture des Journaux & voyages
faits dans l'un & l'autre hémisphère.
Las Illuftres Modernes ; 4c. & fc. Livraiſons.
Prix , 12 liv. chaque Cahier in - folio. A Paris
chez Moureau , Lib. , quai des Auguftins , No. 24.
Cet Ouvrage , enrichi de cent dix Portraits ,
eft diftribué en dix Livraifons , dont il en paroît
une le Lundi de chaque femaine. Les deux Livraiſons
que nous annonçons contiennent les Portraits
de MAIRAN , RABELAIS , GILBERT DE
VOISIN , le Chancelier d'AGUESSEAU , de La
CHAMBRE, SERVANDONI , Louis RACINE, LOUISPHILIPPE
, Duc d'Orléans , Jérôme FRANK ,
MASSILLON , CLÉMENT XI , Jeanne GRAY ,
LUTHER , l'Abbé NOLLET , l'Abbé de ST CYRAN ,
MOLINA , CHEVERT, le Maréchal de LOWENDAL ,
Charles BORROMÉE , & Henri de SPONDE.
HISTOIRE de la Grèce , repréſentée par Figures
, accompagnée d'an Précis hiftorique ; par M.
P. Silvain Maréchal ; pour laquelle on foufcrit à
Paris , chez Mixelle , rue Chriftine , la première
porte cochère à droite par la rue Dauphine ; &
chez Cailleau , Imp. Lib. , rue Galande.
C
Il paroît trois Livraiſons où Cahiers de cette
intéresante Collection. Chaque Cahier in-4°. eft
DE FRANCE.
95
compofé de 4 Eftampes , imprimé fur beau colombier
, en noir ou colorié , avec le texte fur
papier fin d'Angoulême ; les Eftampes fur vélin
coloriées , & le texte fur Annonay fatiné , 6 liv.
Les Précis hiftoriques nous ont paru fort bien
faits ; & les Eftampes ont le mérite d'un bon bu
rin & d'une heureuſe compofition .
LES Etourdis , ou le Mort fuppofé , Comédie
en 3 Actes en vers , repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi ,
lesVendredi 14 Décembre 1787 ; & à Verſailles ,
devant Leurs Majeftés , le 11 Janvier 1788. Prix ,
Bof. A Paris , chez Bailly , Lib. , rue S. Honoré ,
vis-à-vis la Barrière des Sergens.
Cette Pièce , qui eft facilement & ingénieufe
ment écrite , a joui d'un fuccès mérité. Il y a
beaucoup de gaîté , & des fituations dramatiques.
Elle annonce un véritable talent pour la Comédie.
AVANTAGES des Caiſſes établies en faveur
des Veuves dans plufieurs Gouvernemens , & démonftration
de leurs calculs ; par l'Auteur de la
Caiffe des épargnes du Peuple. A Paris , chez Didot
jeune, & Royez, Lib. , quai des Auguftins ; Bailly,
rue S. Honoré ; Defenne & Hardouin , au Palais-
Royal.
PETITE Bibliothèque des Théatres. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ; & Brunet ,
Lib. , rue de Marivaux , place du Théatre Italien.
Le fuccès de cette Collection eft auffi conftant
que mérité. La rédaction a toujours le mérite de
beaucoup de recherches faites avec foin . Ce dernier
Volume eft le 16e. des Comédies du Théatre
François. Il renferme SIDNEY & le MÉCHANT de
Greffet , & le CONSENTEMENT FORCÉ de Guyot
de Merville,
960 MERCURE DE FRANCE .
TARIF des Cuivres laminés & préparés pour la
couverture des Bâtimens & Monumens publics ,
approuvé de MM . des Académies Royales des
Sciences & d'Architecture . Brochure in. 8 ° . de 20
pages . A Paris , chez le Sr. Bonnot & Compagnie,
Entrepreneur de la Manufacture , rue du Harlay ,
au Marais , Nº . 11 , près le Boulevart.
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Concerto pour le Clavecin
ou le Forté-
Piano , deux Violons
, Alto , Bafle , Cors & Hautbois
, adlibitum , exécuté au Concert
Spirituel
par
Mlle. Paradis
; par L. Kozeluch
. Prix , 6 livres ,
formant
le N ° . 49 du Journal
de Pièces de Clavecin
, par différens
Auteurs
. Prix de l'Abonnem
,
Tur les 12 Numéros
, 30 liv, port franc par la
Pofte.
N°. so du Journal de Pièces de Clavecin ,
par différens Auteurs , contenant une Symphonie
d'Haydn , avec Violon & Baffe , intitulée la Reine
de France , arrangée par M. Charpentier. Prix ,
3 liv. 12 f. Même adreffe.
A
TABL. E.
M. Collin d'Harlev lle Calendrier Muſical.
A Madame ***.
96
49 Réflexions
69
༡༠ :
Charades , Enig. & Log.
Erennes du Parnaffe.
52.
Comélie Fringife.. 81 "
53 Annonces & Notices.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr . le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 8
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 7 Mars 1788 .
RAULI N.
SUPPLEMENT,
CONTENANT
LES PROSPECTUS ET AVIS
DE LA LIBRAIRIE *
PROJET DE L'YVETTE.
PROSPECTUS DE SOUSCRIPTION
avec un Supplément.
M. DE FER DE LA NOUERRE ,
autorifé par Arrêt du Confeil du 3 du mois
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publication
des Profetus & Avis particuliers de la Librairie ,
dans le Mercure , le Journal de Genève & la Gazette de
France.
Au moyen de cette Feuille , les Profpecus qui cidevant
fe perdoient & n'étoient pas lus du Public , le conferveront
au moins autant que chaque Journal. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du rirage , du pliage , &c. devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour chaque page du Mercure , tiré à
nze mille , feront , en petit romain , de 30 liv . 15 fous , &
en philofophie , 21 liv. Chaque page qui aura été inférée
dans le Mercure , pourra être auffi inférée dans le Journal de
Genève , tiré à 3500 , pour 10 liv. 12 f. 6 den .; chaque
colonne de la Gazette de France , tirée à 6000
en petit somain , 31 liv . 15 fous , &c. Outre le prix cideffus
, on doit donner au Rédacteur du Mercure un exem
plaire des Livresnouveaux annoncés dans chaque Profpe&us
Supplém. Nº. 10. 8 Mars 1788. *
coutera
( 2 )
de Novembre dernier , à faire exécuter le
projet de l'Yvette , prévient les Propriétaires
des Maifons de Paris , qu'il eft dans l'in
tention de leur faire partager les bénéfices
de ce projet , en offrant , pour en jouir à
perpétuité , de leur donner le muid d'eau
pour la fomme de 216 livres , au lieu de
1050 livres que la Compagnie des Pompes
à feu fait payer pour la même quantité (1 ) ,
à la charge pure & fimple d'acquitter au
moment où l'on fe fera infcrite , le tiers
(a ) On fait que la Compagnie des Pompes à
feu vend le muid d'eau so liv. par année , &
qu'elle fait payer en fus de ce prix , une preanière
année d'avance , pour lui tenir lien des
menus frais relatifs à la pofe de fes conduites. On
eft donc autorifé à dire que l'on donnepour 2161.
la même quantité d'eau que la Compagnie des
Pompes à feu fait payer 1050 livres puifque
4000 liv. font cenfées repréfenter le capital de
so liv.
On ajoutera ici , en faveur des perfonnes
qui ignoreroient ce que l'on entend par un muid
d'eau , que c'eft un droit qui confifte dans la
faculté de pouvoir exiger qu'il foit fourni à
perpétuité 280 pintes d'eau par jour , ou cnviron
huit voies , à la maiſon qui aura acquis
ledit droit. On faura encore que ce droit équivaut
à ce que l'on appelle deux lignes d'eau , out
à la foixante douzième partie d'un pouce d'eau ,
lequel pouce d'eau eft une nefure de convenrion
, & non géométrique , qui eſt ſuppoſée donner
14 pintes par minute ou 72 muids en
vingt-quatre heures.
(3 )
du montant de la foufcription , l'autre tiers
au premier Juillet prochain , époque à la
quelle les eaux de la première partie du
projer général feront arrivées au réfervoir
de diftribution , & l'autre tiers lorfque l'eau
aura été conduite à portée de la maifon
qui aura été défignée par la foufcrip
tion (1)..
Chaque Soufcripteur jouira , indépendame
ment de ce premier avantage , du droit
(1) L'intention de M. de Fer étant d'établir
foixante Fontaines publiques , qui feront diftribuées
dans les différens quartiers de Paris ,
méme les plus éloignés , tels que le fauxbourg
du Roule , la Barrière - Blanche , les fauxbourgs
de Saint-Denis, Saint - Martin , & Saint-Antoine,
de Saint-Victor & de Vaugirard ; Fontaines que
exigeront néceffairement le placement des condunes
dans toutes les rues principales , tout
Propriétaire de maifon peut être affuré que l'eau
qu'il défirera lui fera délivrée très prochaine
ment, par les arrangemens qui ont été pris à
ce fujet. On ne négligera point d'ajouter que
toute l'eau fera conduire & diftribuée par des
conduites en fer & en plomb , afin d'éviter les
reproches que les tuyaux de bois n'ont ceffe
d'occafionner à la Compagnie des Pompes à
feu.
On doit encore remarquer que l'eau qui fera
conduite par le canal de l'Yvette devant arriver
au point le plus haut de Paris , les Pro
priétaires jouiront prefque généralement de l'avantage
de pouvoir à volonté établir un réfer
voir à tel étage de leur maifon qui leur conviendra
le mieux.
* ij
de pouvoir, jufq'au premier Janvier 1790,
exiger qu'il lui foit fourni à perpétuité
une quantité d'eau triple de la quantité
pour laquelle il aura foufcrit au prix de
360 livres le muid.
Les perfonnes qui foufcriront pour
muids deau & au- deffus , & qui payeront
comptant la totalité du montant de leur
foufcription , auront un autre avantage .
Elles jouiront pendant dix années , à compter
du premier Janvier 1792 , jufques &
compris le 1 Décembre 1802 , d'un droit
de partage dans le tiers du produit de
l'affaire générale . Ce terme de dix années ,
fixé pour le droit de partage , fera même
prorogé jufqu'à l'époque où chaque Soufcripteur
fera rempli du triple de fa miſe
s'il arrivoit que , dans ledit terme des dix années
indiquées , il n'est pas reçu ce bénéfice.
2
Enfin, les foufcriptions feront reçuespour
un demi - muid d'eau , afin de faciliter aux
petits ménages le moyen de participer aux
avantages que l'on vient d'expofer ( 1 ).
La foufcription eft préfentement ouverte ,
( 1 ) Pour donner une idée de l'avantage que
préfente le projet dont il s'agit , & combien
il méritoit l'attention férieufe que le Gouvernement
y a apportée , on fera obferver que le
prix de l'eau pouvant être confidéré comme
étant réglé à raison de deux fous la voie , les
perfonnes qui en confomment quatre voies par
jour , payent annuellement une fomme de 146
livres , fomme qui repréfente un capital de 2920
& fera irrévocablement fermée au premier
Avril prochain , terme après lequel le muid
d'eau fera vendu , au lieu de 216 livres ,
ainfi qu'on vient de l'annoncer , $40 liv.-
ou 27 livres annuellement , conformément
au prix qui en a été réglé par l'Arrêt du
Confeil relatif à l'exécution de ce projet.
On voit par cet expofé , que le Soufcripreu
le moins bien traité ayant le droit de
fe faire délivrer une quantité d'eau triple
de la quantité pour laquelle il aura foufcrit ,
pourra , en cédant ce droit , obtenir gratuitement
la quantité d'eau qu'il voudra con
ferver , puifqu'il aura la facilité de pouvoir
vendres 40 liv . le muid d'eau qui ne lui aura
couté que o livres. Quant aux perfonnes
qui auront fouferit pour trois muids d'eau
& au deffus , il eft fenfible qu'indépendamment
de l'avantage d'avoir gratuitement l'eau
qu'elles auront défirée , elles jouiront du
bénéfice certain d'être affurées de toucher
le triple de leur mife ; mais ce bénéfice
fera probablement beaucoup plus confidérable
, comme il eft aifé de s'en convaincre ,
*
livres , dont la préfente foufcription leur donne
la facilité de fe libérer pour 108 liv . Mais cer :
exposé a un autre but ; il fert à démontrer que
celui même qui ne conſomme qu'une demi- vole
d'eau par jour, a encore intérêt à s'abonner
puifque certe demi-voie lui coute trois fois davantage
que ne lui couteroient les quatre voiess
que l'abonnement propofé lui procureroit .
( 6 )
en réfléchiffant que la maffe d'eau (1 ) que
les rivières d'Yvette & de Bièvre donnent
le facilité de diftribuer , peut être regardée
'comme une propriété de plus de cent
vingt millions , dont une partie majeure
fera mife en valeur à l'époque indiquée
pour le partage de fon produit . L
On s'adrellera pour foufcrire , au Burcau
général de l'Yvette , rue Guénégaud , N° . 30,
où l'on trouvera les renfeignemens que
l'on pourra défirer . Mais l'on obferve que les
époques fixées par le préfent Profpectus ,
foit pour les payemens , foit pour les droits
que l'on acquerra en fouferivant , feront
de rigueur abfolue , & que tout Soufcrip-
(1 ) M. de Fer a publié l'année dernière un
Livre intitulé , la Science des Canaux navigables ,
dans lequel il a inféré tous les détails que l'on
peut défirer fur le projet dont il s'agit . Ce
Livre , en 3 vol. in 8 , fe trouve chez l'Auteur,
rue Guénégaud , n° . 30 ; & chez Bailly
& de Senne , Libraires au Palais Royal.
On trouve chez le même Auteur la Carte
Elémentaire de la Navigation du Royaume , avec
le Mémoire qui y eft relatif.
M. de Fer ayant été follicité de mettre , dans
le Journal de Paris , la Lettre qui eft relative
à la démonſtration de l'excellente qualité des
eaux des rivières d'Yvette & de Bièvre , prévient
les perfonnes qui conferveroient quelque
doute à ce fujet , qu'elles peuvent s'adreffer à
M. d'Arcet , de l'Académie Royale des Sciences ,
dont les lumières & la probité ne peuvent être
fufpectes.
( 7 )
teur qui n'aura pas rempli fes engagemens
auxdites époques , ou qui aura négligé de
réclamer. Les droits , en fera déchu , & ne
pourra même exiger la reftitution de fes premières
mifes.
On prévientde plus les perfonnes qui fouf.
eriront, qu'à compter du jour où elles recevront
les eaux qu'on fe fera engagé de leur
livrer , la maifon qui les recevra fera chargée
de payer annuellement › pour l'entretien
des conduites , un droit non rachetable .
qui fera réglé de gré à. gré pour les fouf
criptions au deffus de trois muids d'eau ,
mais qui demeurera invariablement fixé à
6 livres par chaque muid , ou par chaque
demi-muid , Forfque la foufcription ne fera
que pour cette petite quantité..
Enfin , l'on annonce que l'on ne recevra
de foufcription que jufqu'à la concurrence
de 70,000 muids.
N. B. Les Maifons Royales , les Hôpi
taux , les Communautés Religieufes , jouiront
des droits énoncés dans ce Profpectus ,
& neferont tenus , pour l'entretien des conduites
générales , que d'un fimple droit de
3 livres 10 fols par muid.. i
Cependant , comme il convenoit , dans le
cas où le nombre des Soufcripteurs feroit in
uffifant pour fournir aux dépenfes qu'exige
' exécution du projet , d'affurer à ces Soufripteurs
la folidité du marché que l'on fait
vec eux , il a été ouvert une autre fouf
( 8)
eription abfolument indépendante de celleque
l'on vient de préfenter.
Cette autre foufcription a été formée
de 4800 portions d'intérêts ( 1 ) dans l'affaire
générale , de chacune 1200 livres , payables
en 12 années , à raifon de 100 livres par
année , & dont le produit, montant à 480,000
livres pour chacune defdites douze années
eft uniquement deftiné aux travaux & acquifitions
néceffaires à la diftribution des
eaux.
Quant aux bénéfices que chaque Intérefle
dans cette autre foufcription peut raifonnablement
efpérer , il eft évident , d'après ce
qui a été dit ci- deffus , qu'à l'époque de la
dernière mife de fonds , il aura droit à une
propriété immenfe , & que cependant i
aura touché des dividendes annuels d'auran
plus étendus , que les premières foufcrip
tions auront été plus nombreufes , & qu'i
ne fe fera fait aucune dépenfe pour la dif
tribution des eaux , que l'on ne fe for
affuré d'avance de l'intérêt au mois de di
pour cent du montant de la dépenfe..
Cette foufcription fe fait par une fimpl
infcription fur les regiftres de M. de Fer
(1) On a fuppofé l'affaire divifée en quatt
cents fous , & chaque fou en douze deniers
ainfi on doit entendre par la portion d'intéri
dont il s'agit , que cetre portion repréfente u
denier de l'affaire générale.
( و ر
que tout Soufcripteur fera maître de fe
faire ouvrir , foit au moment où il fouferira
, pour connoître les conditions auxquelles
l'Auteur cède aux Intéreffés l'affaire
générale , foit à l'époque de la diftribution
des dividendes , diftribution qui fera rendue
publique chaque année par la voie de
l'impreffion , & accompagnée d'un état
au´vrai de la ſituation de l'affaire générale.
+
Ces registres feront au furplus foumis à
l'infpection immédiate du Gouvernement
& les fonds provenant des foufcriptions ,
jufqu'à concurrence de 400,000 livres , refteront
dépofés entre les mains du Tréforier
de la Ville de Paris , pour l'emploi en être
fait par M. de Fer , le tout conformément
à ce qui a été ordonné à ce fujer par l'Arrêt
du Confeil qui autorife l'exécution du projer
général.
SUPPLÉMENT.
Depuis la publication des premiers exemplaires
du Profpectus ci- deffus , plufieurs perfonnes ayant
défiré acquitter en un feul payement les por
tions d'intérêts de 1200 liv . dont il eft fait
mention dans la deuxième foufcription , au
lieu de payer 100 liv . par année pendant 12
ans , ainſi qu'on l'a propofé , on les prévient
que fi elles étoient encore dans , cette intention
, elles ne payeront que 940. liv . , au lieu
defdites 1200 liv. , afin qu'elles profitent par
cette remife de l'avance qu'elles feront cenfe
avoir faite à l'affaire générale.. On ajoute que
plufieurs Soufcripteurs ayant paru inquiets fur
La dépense qu'ils auroient à faire pour l'éta
1
( ro )
"
bffement des réfervoirs néceffaires pour re
cevoir la quantité d'eau pour laquelle ils auroient
foufcrit , qu'il leur fera libre de ne point
avoir de réſervoirs , en fe fervant de robinets
tels qu'il leur fera indiqué , à la charge de payer
3 liv. par année pour chacun de ces robinets
qu'ils défireroient placer pour leur commodité
particulière ; l'intention de M. de Fer étant que
Feau qu'il fe propofe de diftribuer , foit comme
elle eft à Rome, toujours en mouvement dans
toutes les conduites , afin d'éviter que venant
à croupir dans quelques-unes defdites conduites ,
elles ne deviennent impotables , comme la diftribution
par réſervoir ne ceffe de le faire reprocher
à la Compagnie des Pompes à feu ,
malgré l'attention infinie qu'elle prendà ce fujet.
On ajoutera ici quelques détails relatifs au
plan de finances de cette entreprife.
II y a deux fortes d'actions abfolument diftinates.
Des actions de 1200 liv . payables en
douze années , à raifon de 100 liv . par année
qui repréfentent les Intéreffés dans l'affaire gé
nérale , & des actions de 648 liv. qui doivent ,
à l'époque de l'année 1802 , avoir produit, à
leur Propriétaire , au moins 1944 liv. & peutêtre
plus dir double de cette fomme , & qui
cependant leur donne un droit d'eau perpétuel
de trois muids d'eau par jour , indépendam
ment de la faculté de pouvoir exiger qu'il leur
foit fourni neuf autres muids au prix de 360
Kv.. le muid ..
L'action de 648 livres peut conféquemment
être regardée comme devant donner un béné
fice de 5184 livres , tandis que l'action de 1200
v. en doit donner un , à la même époque ,
cinq fois plus fort ou d'environ 25,000 liv
I refte maintenant à démontrer comment,
le dividende des act ons de 100 livres , qui
·
fera diffribué en Janvier prochain , fera exceflif.
Pour ce , il fuffit de favoir que le produit
de la vente des actions de 648 livres eſt deſtiné
entièrement à former ce dividende , & qu'il eft
naturel de penfer , comme l'expérience n'a
ceffé de le confirmer , par la quantité de Soufcripteurs
qui s'accroit journellement , que tout
Propriétaire de maifon ayant pu réfléchir qu'il
pouvoit fe procurer la jouiffance d'une grande
quantité d'eau , l'on ne dira pas feulement gra.
quitement , mais encore avec la certitude d'un
placement de fonds à un intérêt excelfif, il ne
négligera pas un tel avantage , fur-tout lorfqu'il
aura reconnu que les bruits que l'on n'a
ceffé de répandre contre l'entreprise de l'Yvette
font abfolument faux & calomnieux , qu'il faura
que les ouvrages du Canal font entamés , que
l'adjudication de ces ouvrages a été donnée
fous la condition expreffe qu'ils feroient achevés
dans le courant du mois de Mai prochain , &
que la dépenfe de ces mêmes ouvrages étant
de beaucoup inférieure à celle qui avoit été annoncée,
il n'y a plus à craindre qu'il y ait en
erreur , lorfqu'on a avancé qu'à moins d'un million
de dépenfe on pouvoit amener plus de
280 mille muids d'eau par jour au point le
plus élevé de la Capitale.
C'est ici le moment de répondre à l'objec
tion fuivante. On voit bien , n'a - t - on ceffé de
dire , comment le dividende à donner au mo's
de Janvier prochain aux actions de 100 liv. ,
peut être exceffif , mais on ne voit pas comment
ce dividende continuera d'exister les années
fuivantes , fur - tout lorfqu'il faudra rembourfer
les actions de 648 livres , ainfi que le
bénéfice qu'on leur promer. A cela on répond :
on doit diftribuer moins de 60,000 muids d'eau
( 12 )
avec lefdites actions de 648 livres ; ainfi , " pour
gage de ces mêmes actions , il reftera conféquemment
plus de 220 mille muids d'eau au
prix de 540 livres le muid ; donc en faifant le
calcul , on voit que le gage dont il s'agit eſt
tellement affuré , qu'il ne peut y avoir aucun
doute fur la poffibilité de tenir tous les engagemens
que l'on a contractés avec le Public . Le
feul regret qu'on éprouve en ce moment , eft
celui d'être obligé de répéter que la foufcription
fera , ainfi qu'il a été annoncé , rigoureufement
fermée le premier Avril prochain.
Avec Approbation & Permiffion.
-
Le Sieur MOUTARD , Libraire - Imprimeur de la
REINE , rue des Mathurins , hôtel Cluni , vient
de mettre en vente les articles fuivans.
HISTOIRE des Membres de l'Académie Fran
çoite , morts depuis 1700 jufqu'en 1771 , par M.
Dalembert , 6 vol. in- 12 . rel. 18 1.
N. B. Le tome 1er. , qui a patu en 1779 , fous le titre
d'Eloge des Académiciens , fe détache pour les perfonnes
qui l'ont acquis précédemment.
Géométrie Souterraine , Elémentaire , Théorique
& Pratique , où l'on traite des fillons ou
veines minérales , avec des Tables , qui , fans
calcul , indiquent la valeur des deux côtés de
tout triangle rectangle ; par M. Duhamel , de
l'Académie Royale des Sciences. Imprimerie
Royale , in-4. broch. 15 1 .
Le même Libr. mettra en vente Lundi 10 Mars 1788,
Les Mémoires de l'Académie des Sciences ,
année 1785 , in-4 . Prix , en feuilles ,
L'Art du Potier d'Etain , approuvé par MM. de
l'Ac. des Sc. in-fol. avec 32 Pl. Prix ,
La & approuvé A Paris , ces Mars 1788 .
15 1.
22 1. 8 f.
CAILLEAU ,
Adjoint.
JOURNAL POLITIQUE
D E
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 18 Février 1788.
DIVERS Emigrans des Provinces -Unies
qui s'étoient réfugiés ici , ont reçu ordre
de la Régence , le 7 de ce mois , de fortir
en 48 heures de la ville & de fon territoire.
Quelques-uns ont paffé à Altena ,
d'autres à Brême."
On fe rappelle qu'il y a un an M. Beling
, Officier de marine Anglois , fut
chargé par l'Impératrice de Ruffie de reconnoître
les côtes de la mer Glaciale
jufqu'à l'extrémité orientale & feptentrionale
de l'Afie . Suivant les dernières nouvelles
reçues par la Cour de Péterfbourg,
l'intrépide Voyageur , après avoir traverfé
heureuſement toute la Sibérie , a fait conftruire
un bâtiment propre à cette dangereuſe
navigation : il a defcendu le Kolima ,
N°. o. 8 Mars 1788.
( 50 )
& au mois de mai dernier eft forti de
l'embouchure de ce fleuve , pour reconnoître
, en longeant la côte , le Cap où le
célèbre Cook termina fes reconnoiffances
& dont il avoit fixé la pofition différemment
de tous les Voyageurs Ruffes qui
l'avoient précédé . Si les glaces favorifent
l'audace intrépide de M. Beling , il tentera
de doubler le Cap Tchutzkoy , & de
revenir au Kamtschatka.
On parle publiquement à Varfovie d'un
nouveau partage projeté par différentes
Cours , & fuivant lequel on donneroit au
Roi de Pruffe la Grande Pologne , & toute
la côte fur la Baltique , y compris le Duché
de Courlande .
La Bourgeoifie de la ville de Dantzick
a préfenté au Magiftrat les plus fortes remontrances
au fujet de la décadence de
fon commerce , menacé d'une ruine infaillible.
Le Magiftrat a délibéré fur cette
requête , & envoyé enfuite un exprès à
Varfovie , avec des dépêches fur cet objet.
Il eft décidé que le Grand Duc de Ruffie
ne fe rendra pas à l'armée de M. de Romanzof.
De Vienne , le 20 Février.
C'eft le 10 qu'a été rendue publique la
Déclaration de guerre qui aura été remife
à la Porte Ottomane de la part de
l'Empereur , par le Baron de Herbert-
Rathkaal , fon Internonce . En voici la
圈
teneur :
« L'Europe entière fait que la Cour Impériale
& Royale n'a ceffé , depuis un grand nombre
d'années , de donner à la Porte Ottomane des
preuves manifeftes de fa bonne foi & de fa fincérité
, en maintenant la tranquillité & les relations
de bon voifinage , en employant tous fes
foins à écarter , par une médiation amiable , ce
qui auroit pu contribuer à amener une rupture
entre l'Empire Ottoman & fes autres voiſins. »
« La Cour Impériale & Royale a donné trèsrécemment
une preuve convaincante de fon défir
de conferver la paix , à l'occaſion des derniers différends
furvenues entre la Ruffie & la Porte. Elle
s'eft jointe à la Cour de France , fon alliée , pour
les applanir. Comme le contenu des traités fubfiftans
entre ces deux Empires , établit expreffément la
juftice des prétentions de la Cour de Ruffie , & qu'au
furplus S. M. l'Impératrice fe montroit difpofée
à un arrangement raifonnable , la Cour Impériale
& Royale ne doutoit nullement de réuffir par les
foins , réunis à ceux de la Cour de France , à prévenir
l'éclat d'une guerre , & à conſerver la tranquillité.
Mais la conduite de la Porte Ottomane
dans cette occurrence , fut auffi étrange qu'inattendue
, car , bien éloignée de prêter l'oreille aux
repréſentations fincères & preffantes des Cours de
Vienne & de Verſailles , elle ne donna pas même
le temps néceffaire à l'Envoyé de Ruffie pour fe
procurer de fa Cour de nouvelles inftructions ; Elle
exigea de lui de figner un acte formel , par lequel
cij
( 52 )
la convention de commerce faite entre la Ruffie
& la Porte , & la tranſaction relative à la ceffion
de la péninfule de la Crimée , fuffent déclarées
nulles & non avenues . Lorfque ce Miniſtre refufa
de fatisfaire à cette demande , qui outrepaffoit les
pouvoirs d'un Miniftre , il fut arrêté au mépris
manifefte du droit des gens , & transféré comme
prifonnier au château des Sept-Tours : cet acte de
violence fut fuivi de la déclaration de guerre contre
la Ruffie. Malgré cette pofition critique des af
faires , S. M. I. ne perdit pas encore toute efpérance
de prévenir des hoftilités effectives ; Elle
fonda fon efpoir fur la préfomption que la Porte
écouteroit les repréfentations réunies de tous les
Ambaffadeurs & Miniftres Etrangers réfidans à
Conftantinople ; qu'Elle fe détermineroit à rendre
la liberté à l'Envoyé de Ruffie ; qu'Elle donneroit
une fatisfaction convenable à l'Impératrice , pour
la violation manifefte du droit des gens , commife
contre la perfonne de fon Miniftre , & que
par ce moyen Elle rétabliroit du moins la poſſibilité
de renouer les négociations d'un arrangement
amiable. »
« Mais la Porte détruifit elle- même cette attente
; Elle commença les hoftilités : par cette conduite
, Elle a mis la Cour Impériale de Ruffie dans
l'indifpenfable néceffité de prendre les armes , & ,
pour fa jufte défenſe , de repouffer la force par la
force. »
« La Porte n'ignore pas les liens étroits d'amitié
& d'alliance qui exiftent entre les Cours de
Vienne & de Pétersbourg ; on les lui a fait connoître
, avec toutes les fuités néceffaires qui doi
vent en réſulter , tant verbalement que par écrit ,
& nommément vers la fin de l'année 1783 , dans
53 )
des reprefentations auffi énergiques que bien intentionnées
. »
« La Porte doit donc s'en prendre à Elle feule ,
fi S. M. I , après avoir obfervé à fon égard , pendant
une longue fuite d'années , un voifinage pacifique
, & après avoir employé dans toutes les
occurrences fes foins à détourner par ſa médiation
tout ce qui pouvoit amener une rupture , fe voit
enfin engagée & forcée à remplir , de la manière
la plus étendue, fes devoirs d'amie fidèle & d'alliée
de S. M. l'Imp. de Ruffie , & de prendre une part
active à la guerre. »
« Les confidérations ci- deffus expofées font efpérer
avec confiance , à S. M. I. , que toute l'Europe
approuvera fes mefures , & qu'elle les accompagnera
de voeux fincères pour le fuccès de
fes armes contre l'Ennemi commun de la Chrétienté.
»
Les premières hoftilités ont immédiatement
fuivi cette Déclaration , comme
on le verra par le précis fuivant des nouvelles
que la Cour vient de faire publier.
Auffitôt après la publication de la déclaration de
guerre contre la Porte Ottomane, le 9 de ce mois , le
Général de Vins , Commandant des troupes dans la
Croatie, chargea le Colonel Peharnik , Chef du Régiment
de frontière des Ogulins , d'attaquer le fort de
Drefnik. Ce Colonel fe rendit devant cette place ,
& fomma le Commandant de la rendre. Celui - ci
répondit par le feu du canon ; le nôtre fut fi vif
& fi bien dirigé , que la place a été prefqu'entièrement
incendiée , & la plus grande partie de
la garnifon brûlée ou tuée ; le refte fe fauva dans
un petit fort qui fut emporté le lendemain . Trente
c iij
(654 )
Turcs y ont été tués , & foixante dix faits priſonniers.
Le Lieutenant - colonel de Kenfewich ayant
paffé la rivière d'Una , a attaqué le château de
Dubifa , mais fans fuccès , & avec perte de plufieurs
hommes.
---
-
Une dépêche que le Lieutenant- général de
Wartenfleben a expédiée de Weiskirchen, apprend
que les hoftilités ont été commencées de ce côtélà
, le 12 de ce mois. Un détachement de
troupes s'eft emparé à Rama de 5 bateaux chargés de
farine , d'avoine , &c .; deux autres détachemens
ont mis le feu à 4 gros navires de commerce près
de Gradifca , & ont fait conduire environ 40
autres bateaux fur le rivage Autrichien ; à cette
occafion il y a eu une efcarmouche , dans laquelle
le Lieutenant ittig a été bleffé dangereufement.
Le Major-général de Papilla , après avoir envoyé
le Manifefte au Pacha de New- Orfowa , a
fait occuper le Vieux- Orfowa par 400 hommes.
Ony a pris 80 Turcs.- La fortereffe de Gradifca
a été fommée le 9 de ce mois ; fur ſon refus , on a
commencé auffitôt le jeu des batteries , qui ont
détruit le même jour plufieurs navires , endommagé
les murs de la fortereffe en plufieurs endroits
, & mis le feu aux maiſons des faubourgs.
Le lendemain on a continué le jeu des batteries ,
qui ont fait au mur une brêche confidérable. Les
troupes fe préparent à paffer la Save , & à pénétrer
dans cette fortereffe , dont la garniſon eſt
de 400 hommes.
L'Apothicairerie de campagne a ordre
de fe trouver le 1. avril à Fullok , où
fera le quartier général . - On a engagé
mille Chirurgiens pour les hôpitaux ambulans.
爨
( 55
.
Par un Décret de la Cour, du 10 , il eft
permis aux Sujets Turcs qui fe propoſent
de refter dans les Provinces de S. M. I. ,
pour leurs affaires de commerce , de les
continuer fans obftacle. Suivant ce même
Décret , il fera accordé des paffe-ports à
ceux de ces Sujets qui voudront retourner
chez eux , auffitôt que la Porte aura
établi la réciprocité à l'égard des Sujets
de l'Empereur.
De Francfort -fur-le-Mein , le 23 Février.
En voyant le nombre immenfe de
troupes Autrichiennes & Ruffes , qui vont
agir de concert contre les Turcs , l'étendue
de pays qu'elles doivent couvrir ou
attaquer , la difficulté des fubfiftances dans
des Provinces qui manquent également
de vivres pour les hommes & pour les
chevaux , l'embarras des charrois d'équipages
dans des routes impraticables , l'imagination
eft prefque effrayée des obftacles
que deux grandes armées doivent
voir s'augmenter à chaque pas qu'elles
feront en avant , après avoir quitté la
rive du Danube . Ceci explique la longueur
des préparatifs des deux Cours Impériales
, & femble néceffiter pour elles
la plus grande célérité d'exécution dans
leurs projets , fous peine de voir ajouter
à tous ces obftacles la puiffance d'une alliée
c iv
( 56 )
formidable de la Porte : cette alliée terrible
eft la pefte , dont le germe accompagne
toujours les armées Turques . Voilà
cependant toute voie de conciliation fermée.
On a beaucoup parlé ici , écrit- on de
Berlin , d'une triple alliance entre notre
Cour , l'Angleterre & la Hollande. Mais
il paroît que l'on a préféré de conclure
des traités particuliers . Les Négociations
entre notre Cour & la Hollande fe font
à Berlin , & font déja très - avancées . L'Angleterre
traite en particulier à la Haye
avec les Provinces - Unies . Ces mêmes
lettres ajoutent que le Roi n'avoit demandé
ni reçu de fubfides en argent de
la République , mais que les Etats de
Hollande avoient donné une gratification
aux troupes de S. M. qui ont fervi à la
dernière expédition.
La partie de ces troupes qui font encore
en Hollande , doivent retourner dans
le mois de mars à leurs anciens quartiers
de cantonnement .
Il fe confirme que le Comte de Brühl ,
Major- général d'Infanterie , ira à Munich
en qualité de Miniftre Plénipotentiaire du
Roi de Pruffe .
Le Prince Henri de Pruffe eft reparti
de Berlin, le 9 février , pour Rhinfberg .
( 57 )
On dit que ce Prince fera inceffamment
un voyage à Pétersbourg.
On croit favoir aujourd'hui , pofitivement
, que l'on avoit tenté des démarches
pour faire accéder l'Electeur Palatin
Duc de Bavière à l'alliance Germanique.
Le Duc des Deux - Ponts defiroit
cette acceffion. Le Nonce à Munich &
le Baron de Sickingen y travailloient. Les
négociations étoient entamées pour réconcilier
les Cours de Munich & des Deux-
Ponts. Le Comte de Brezinheim devoit
avoir la Seigneurie de Mindelheim , à
condition que l'Ele &eur incorporât à l'héritage
de la Bavière le Marquifat de Bergop-
Zoom ; mais ces négociations ont été
rompues on affure que le père Frank ,
l'Evêque Hafelin & le Miniftre Impérial
ont fait échouer cet arrangement .
Le dernier dénombrement de la Bohême fait en
1784 , en porte la population à 2,265,867 ames ;
fa furface eft de-961 milles carrés. Le nombre des.
Juifs furpaffe cent mille ; on fait monter les Proteftans
de la confeffion Hélvétique à 15,110 , &
à 9,050 ceux de la confeffion d'Ausbourg. On
compre en Bohême 244 villes , 303 bourgs &
11,284 villages. Les revenus d'Etat ordinaires
font un objet annuel de 5,270.488 florins ;
les extraordinaires montent à 1,834,342 ; florins.
Ce royaume eft riche en mines d'argent ;
celles de Joachimfthal , Gottes- Galle & Catherineberg
ont fourni , dans l'efpace de fix années ,
61,677 marcs. Les mines de Ratibofchiz & -
CV
( 58 )
d'Altvofchiz , appartenantes au Prince de Schevarzenberg
, ont donné en 1779 plus de 9 ,coo marcs
Depuis 1777 on a établi dans ce
qui réuffiffent.
d'argent.
-
royaume des Ecoles d'induftrie
raux ,
ESPAGNE
De Madrid , le 10 Février.
Le Gouvernement vient de donner ordre
aux trois départemens de marine , de
faire équiper fans retard tous les vaiffeaux
de guerre qui s'y trouvent. On y envoie
de toutes parts des bois de conftruction ,
des ancres , des cordages & autres appaainfi
que des munitions de guerre
& de bouche . Le vaiffeau la Caftille & le
tranſport la Sainte Florentine fortiront inceffamment
de Cadix pour paffer à la
Havane avec des provifions , des troupes
& quelques Officiers , qui doivent en revenir
avec les vaiffeaux neufs le Saint-
Charles , le Saint Pierre d'Alcantara & la
frégate la Glorieufe.
Don Jean d'Arans , Chef d'efcadre ,
s'eft embarqué fur le vaiffeau la Caftille ,
& va remplacer Don François Morules
dans le commandement général de la
marine à la Havane .
En 1787 il est entré dans le port de
Barcelone 1147 bâtimens de différentes
Nations , parmi lesquels 751 Eſpagnols ,
( 59 )
135 François , 112 Anglois , 24 Hollandois
, 25 Napolitains .
Il est entré en 1787 , dans le port de
Saint - Lucar de Barameda , 126 bâtimens ,
dont 37 Eſpagnols , 2 François , 48 Anglois
,
, 15 Hollandois , 13 Danois , 7 Sué .
dois , un Impérial , 2 Vénitiens & un
Génois.
, 7
On écrit de Cadix , que les vaiſſe aux le Saint-
François-d'Affife & le Saint- Antoine y font heureufement
arrivés de Carthagène avec beaucoup de
richeffes pour S. M. & pour le Commerce.
Il fe trouve déja dans le même port fix vaiffeaux
de ligne & fix frégates , prêts à partir. Une de
celle-ci do t reconduire à Conftantinople l'Envoyé
du Grand Seigneur ; une autre doit prendre l'Ambaffadeur
du Roi de Maroc , & le débarquer à
Tanger.
GRAND E-BRETAGNE
De Londres , le 26 Février.
M. Burke n'a terminé que le 18 , fixième
jour du procès de M. Haflings , fa fameufe
hirangue préliminaire , dont nous
avons parlé au Journal précédent. Dans
cette Audience il acheva la peinture dramatique
des tragédies exercées dans l'Inde
par les créatures de M. Haftings ; il toucha
fi fortement deux ou trois A&trices
préfentes , & Mde . Sheridan , qu'elles
éclatèrent en gémiffemens. Après cette
cvj
( 60 )
grande Scène , l'Orateur réfuma les délits
dont il chargeoit M. Haftings , & les fondemens
généraux de cette Accufation .
Enfuite M. Fox demanda au nom du
Comité , que les charges fuffent entendues
, diſcutées , prouvées & jugées article
par article ; que l'Accufé fût tenu
de répondre à chacune d'elles féparément
, après que les Commiffaires auroient
fourni leurs preuves , & que le
Tribunal , au lieu d'un feul procès , en
jugeât 22 , c'est- à- dire , qu'il rendît autant
de Sentences qu'il y avoit d'Accufations.
Le Chancelier ayant répondu que cette
forme ne pouvoit être fuivie fans le confentement
de l'Accufé , fes Confeils s'y
oppofèrent formellement ; ils motivèrent
ce refus fur le droit inconteftable qu'avoit
leur Client d'entendre la totalité des
Accufations & des preuves alléguées contre
lui , avant de donner ſa réponſe ; ils
s'appuyèrent de la loi , de l'ufage , de
l'équité naturelle . M. Fox leur répliqua
par un Difcours où il montra tout l'efprit ,
toute l'adreffe & la variété de connoiffances
qui diftinguent fi éminemment cet
Orateur. La décifion de cet incident capital
fut remife à la Chambre Haute , qui
s'en eft occupée le 21. Ce jour - là donc,
Milord Chancelier , après avoir rapporté
la demande de M. Fox , la combattit par
( 61 )
un Difcours d'une heure & demie , avec la
fupériorité de lumières & la vigueur de
raiſonnement qui lui font propres . Il
prouva que cette marche étoit contraire
à toutes les règles , à l'ufage , à toute
équité. Le Comte de Stanhope , en rejetant
également une pareille forme de procéder
, propofa , par mezzo termine , de
claffer , non les charges , mais les délits ,
en raffemblant , par exemple , toutes les
inculpations de péculat dans un article ,
celles d'oppreffion dans un autre , & c. & c .
Après quelques débats , Lord Stanhope
ayant retiré fa Motion , on difcuta le fond
même de la queftion . Lord Coventry foutint
qu'on ne pouvoit fans injuftice priver
l'Accufé des formes de défenſe que
la loi a ftatuées en fa faveur . Le Comte
d'Abington dit que , fi la Divinité même
étoit jugée par la méthode que demandoit
le Comité d'IMPEACHMENT , infailliblement
elle feroit condamnée . Lord Lougborough
ſoutint avec beaucoup de fagacité
l'avis contraire , qui fut de nouveau combattu
par les Lords Stormont , Grantley
Carlisle. Enfuite la Chambre étant allée
aux voix , la queftion fut décidée en faveur
de M. Haftings , à la grande pluralité
de 88 voix contre 33 .
"
Le 22 , feptième Séance de la Cour,
des Pairs , où le Chancelier a fignifié au
( 62 )
Comité la décifion de la Chambre. Ce
même jour , M. Fox a ouvert la difcuffion
de la première charge , concernant
l'affaire de Benares & de Cheyt - Sing.
Dans un Difcours de cinq heures , il a déployé
tous les talens qu'on lui connoît.
Nous reviendrons dans huit jours à ce
morceau brillant , écouté par une affluence
d'Auditeurs plus nombreufe qu'elle
ne l'avoit été encore . Dans la huitième
Séance , M. Grey , l'un des Commiffaires ,
a terminé la difcuffion commencée par
M. Fox ; après quoi on a paflé à la
duction & à la lecture des papiers qui forment
, fur cette première charge , le corps
de preuves des Accufateurs .
pro-
Les ennemis de M. Haftings font irrités
, & les Spectateurs indifférens , furpris
de la férénité profonde de cet Accufé.
Regardant tout ce qui fe paffe &
tout ce qu'il entend comme un rêve
il n'a pas laiffé paroître la plus légère apparence
de trouble. Pendant la harangue
de M. Burke , un des amis de M. Haflings ,
voyant le fang- froid avec lequel il écoutoit
ce torrent d'inculpations , lui demanda
en riant , pourquoi tant d'éloquence ne
lui donnoit aucune émotion ? « C'eſt que
je connois mieux qu'aucun des Auditeurs
ici préfens , répliqua- t -il , la valeur
à laquelle l'authenticité des faits
( 63 )
» réduira ces paroles , & que bientôt
» j'aurai à mon tour le droit de me
» faire entendre. « Cette tranquille fermeté
l'accompagne dans l'intérieur de ſa
maiſon comme à la Barre du Tribunal .
C'eft durant les féances feulement , qu'il
eft fous la garde du Chevalier Molyneux ;
cet Huillier de la Baguette-Noire le remet
à fes Cautions au fortir de l'Affemblée.
Rentré chez lui , M. Haftings ne
reçoit perfonne ; il paffe la foirée avec
fes Confeils , ou écrit des notes fur ce qui
a été dit dans la féance , & termine la
journée par une partie de tridtrac avec
fa famille.
L'occupation que ce Procès donne aux
deux Chambres , ralentit néceffairement
les opérations Parlementaires. L'une des
plus importantes , a été le Bill qui reftreint
de nouveau les liaiſons commerciales des
Antilles Angloifes avec les Etats- Unis.
On jugera des motifs & de la nature de
cet A&te , par le difcours fuivant de M.
Grenville , qui l'a propofé.
« Quand le Bill , dit M. Grenville , qui reftreignoit
le commerce entre les Etats - Unis & nos cofonies
des Indes occidentales , fut préfenté pour la
première fois , les Oppofans affurèrent avec confiance
que jamais les ifles ne pourroient être fournies
de provifions & de bois par l'Amérique , &
qu'elles n'y trouveroient pas le débit de leur rum.
Heureufement une expérience de 4 ans a diffipé
( 64 )
ces préjugés & ces terreurs. Perfonne ne s'oppoferoit
probablement à l'établiſſement permanent
de cette branche de commerce réciproque ; branche
qui avoit augmenté la marine marchande Angloife
de 40 à 50,000 tonneaux , & fourni de l'occupation
à plus de 5,000 Matelots. La feconde partie
du réglement à laquelle il vouloit donner de la
ftabilité , étoit les reftrictions de commerce entre
les colonies d'Amérique qui restent à la Grande-
Bretagne , & les Etats-Unis. Cette mefure étoit
nécefitée par la rivalité de ces colonies & des
Etats-Unis : ne pouvant s'affifter réciproquement
du produit de leurs manufactures & de leur induſtrie
, ils ne manqueroient pas de faire un commerce
de contrebande , & de pénétrer dans les
ifles , d'où politiquement on devoit écarter les
Américains-Unis. Quant au commerce entre les
mêmes Etats-Unis & la Grande-Bretagne , il étoit
à défirer qu'on n'innovât rien à cet égard. L'on
s'efforce en Amérique de former un Gouvernement
fédératif ; il faut l'attendre , & laiffer mûrir
les circonftances on fera toujours à même de
changer à cette époque les réglemens provifoires
de commerce en traités ftables & permanens. Jufques-
là , point d'avances ; la Grande-Bretagne en
avoit fait affez aux Etats -Unis. Elle avoit admis
leurs vaiffeaux dans fes ports , à des conditions
plus favorables que celles des Nations privilégiées .
L'Amérique ingrate n'avoit pas payé l'Angleterre
de retour ; au contraire. Au refte , quelque indulgence
que l'Angleterre voulût bien témoigner
elle fe devoit à elle-même de ne pas tolérer plus
long-temps cette ingratitude. Cependant on
pouvoit encore prendre patience une année : la
crife ne tarderoit pas ; mais fi alors l'Amérique
s'opiniâtroit à maltraiter l'Angleterre , celle- çi fe--
roit en droit de lui faire porter la peine du talion ,
& heureufement elle le pouvoit. »
-
( 65 )
« M. Grenville conclut par la motion , qu'il fût
» donné à l'Orateur des inftructions pour rédiger
» & préfenter à la Chambre un Bil , portant ré-
» glement perpétuel de commerce entre les Etats-
» Unis d'Amérique & les ifles de S. M. fituées
>> aux Indes occidentales , ainſi qu'entre les colo-
» nies de S , M. en Amérique & les mêmes Etats-
» Unis d'Amérique. »
D'après la motion de M. Grenville ,
le Bill a été renvoyé en Comité , & rapporté
le 21 à la Chambre , qui lui a donné
fa fan&tion.
Le même jour ( 21 ) , la Chambre af.
femblée en Comité de fubfides , réfolut
d'accorder une fomme de 600,000 liv.
fterlings , pour conftruire & réparer les
vaiffeaux de guerre en 1788 , & une
fomme de 750,000. liv . fter. pour les
dépenfes ordinaires de la Marine , y
compris les demi - paies pendant la même
année.
Quoique ordinairement le rang d'ancienneté
détermine les promotions navales , cet ufage , de
temps en temps , a fouffert des exceptions. Dans
la promotion d'Amiraux , faite l'année dernière ,
on a omis les Capitaines Thompson , Digbydent,
Laforey & Balfour , plus anciens que quelques-uns
des contr'Amiraux nommés. Ces Capitaines s'étant
toujours diftingués par leur bravoure & par leur
bonne conduite , cette omiffion a paru injufte à
quelques perfonnes ; & en conféquence , lord
Rawdon a fait , le 20 , à la Chambre haute , la motion
: « Qu'il fût préfenté une adreffe à S. M.
» en la priant de prendre en confidération les fer(
66 )
» vices des Capitaines oubliés dans la dernière
» Promotion. » Mylord Howe , Chef de l'Amirauté
, juftifia cette exception , & s'oppofa à toute
intervention du Parlement dans le choix des Amiraux.
Le Comte de Sandwich foutint le même
avis , avec autant d'efprit que de folidité ; il
prouva les fu eftes confèquences qui réfulteroient
de cette influence du Parlement fur les promotions
navales , les brigues qu'elle améneroit de la
part des amis , des parens , des femmes des Candidats
, le ridicule & le défordre que jetteroient ces
follicitations fur le corps de la marine. Ces raifons
entraînèrent l'avis général , & la motion fut réjetée
fans divifion de fuffrages. M. Baftard l'ayant
préfentée aux Communes le 21 , elle n'a pas été
mieux accueillie ; M. Bastard lui - même l'a retirée.
Dans la féance du 20 , les Communes
ont admis à la pluralité d'une feule voix
(32 contre 31 ) la propofition faite par M.
Vanfittart , d'interdire aux voitures publiques
de voyager le dimanche pendant le
fervice divin , c'eſt - à - dire , depuis dix
heures du matin jufqu'à cinq de l'aprèsmidi.
Le même jour , la Chambre pourfuivit l'examen
du témoignage de M. Farrer fur le jugement
de Nunducomar. Il eft réfulté des dépofitions de ce
Membre des Communes , interpellé par les Accufateurs
mêmes du Chevalier Elijah- Impey , (que
tous les Juges de la Cour fuprême de Calcutta
avoient pleinement approuvé la Sentence de ce
Raïa ; que leur avis unanime & celui des Jurés ,
fut de poursuivre les témoins produits par Nunducomar,
comme évidemment parjures ; qu'enfin , le
prifonnier avoit éprouvé toutes les bontés poffibles
( 67 )
de la part de la Cour , & en particulier du Chevalier
Elijah-Impey. M. Rous fut enfuite appelé
& entendu ; il exhiba la proclamation de S. M. ,
publiée à Calcutta le 3 juin 1762 ,pour mettre en pratique
dans le Bengale les Loix criminelles d'Angleterre.
Untroifième témoin, M. Toltfrie, fut encore
examiné , & la fuite de cet examen renvoyée à
demain , Mercredi,
Le 25, M. Pitt a demandé aux Communes
un Bill qui levât tous les doutes fur le pouvoir confié
au Bureau du Contrôle , d'envoyer des troupes -
dans l'Inde , & de les payer des revenus de la
Compagnie. Cette motion a été très-vivement diſputée
: nous rendrons compte de ces débats , que
leur étendue ne nous permet pas d'extraire en ce
moment , & qui fe terminèrent,par le confentement
de la Chambre, à entendre la première lecture du
Bill.
On a reçu des dépêches du Commodore
Cosby , qui commande l'efcadre ftationnée
dans la Méditerranée ; elles font
datées de Gênes , où le trouvoit , le 24 du
mois dernier , le Trufty de 50 canons , que
monte ce Commodore.
La frégate l'Ambufcade de 32 canons ,
commandée par le Capitaine Ohara , eft
complettement équipée pour le dehors :
on la croit deftinée à porter des dépêches
dans l'Inde . L'Endymion , le Sherne ,
l'Acteon & la Gorgone de 44 canons , ont
été , le 20 , retirés de commiffion à Portfmouth.
Le différend de la Cour des Dire&eurs
de la Compagnie des Indes avec le Bu(
68 )
reau de Contrôle , s'est aggravé de plus
en plus. Cette Cour , après des débats
très-longs , a refufé , à la pluralité de 13
voix contre 10 , fon confentement à l'envoi
des quatre nouveaux régimens dans
l'Inde . La requête fuivante, que la Direction
a prefentée au Roi à ce fujet , mettra
le Le&eur à même d'apprécier les
motifs de cette Oppofition.
« La mefure à laquelle les fupplians réſiſtent ,
eft celle d'envoyer dans l'Inde quatre nouveaux
régimens d'infanterie , confiftants chacun en 710
hommes & le nombre complet d'Officiers. Les
fupplians ont vu avec reconnoiffance le fein paternel
avec lequel V. M. a pris cette réſolution
pour la défenfe des poffeffions Angloiſes dans l'Inde ,
dans un temps où il y avoit raiſon de craindre que
ce pays ne fût bientôt entraîné dans une guerre ,
& que les Indes orientales n'attiraffent directement
l'attention de l'ennemi. Dans cet état d'urgence
, les fupplians acceptèrent avec gratitude
l'offre gracieufe de V. M. , perfuadés que dans
l'état où étoient alors les affaires publiques , il auroit
été extrêmement difficile de trouver des hommes
pour augmenter leurs établifiemens , & que la néceffité
du moment les juftifieroit d'avoir oublié toute
autre confidération ; mais le changement heureux
qui eft furvenu dans les affaires publiques a été tel ,
qu'il détruit la poffibilité d'aucune juftification ou
excufe de la part des fupplians , & les oblige d'adopter
( à l'exemple de ce que V, M. a fait dans
cette circonftance pour le public ) le plan d'économie
& de régularité que les lois leur preſcrivent ,
fur-tout depuis que les anticipations & les charges
énormes dont la Compagnie eft actuellement ac(
69
69 )
cablée , démontrent la néceffité abfolue de l'économie
la plus rigide & la plus exacte . »
« Les fupplians ont fcrupuleufement obéi aux
lois promulguées ( la 24. année de George III ,
chap. 25 , fect. 40. ) dans la vue « d'amener tous
» les retranchemens & les réductions praticables
» dans les établiffemens civils & militaires de
» l'Inde , de retrancher les dépenfes inutiles , &
» d'introduire une jufte & louable économie dans
" toutes les branches. » En conféquence les fupplians
, de concert avec les honorables Commiffaires
pour les affaires de l'Inde , ont fixé un
établiffement de paix , par lequel plus de 500 Officiers
furnuméraires de différens rangs ont été réduits
à un ordre de paie dans lequel on accorde
"paie entière à ceux qui restent dans l'Inde , & demipaie
à ceux qui font revenus en Europe. »
« Les fupplians ont vu avec reconnoiffance l'attention
gracieuſe que V. M. a accordée aux repréſentations
que fes miniftres lui ont faites à la fin
de la dernière guerre , pour retirer de l'Inde les
régimens les plus incomplets , & pour en incorporer
les hommes dans des régimens plus nombreux ,
-opération qui formoit une épargne confidérable
pourla Compagnie. Cette circonftance encourage les
fupplians à efpérer que V. M. daignera écouter
leur requête actuelle. »
« Etils repréfentent humblement, que le nombre
d'hommes qu'on fe propofe d'envoyer dans l'Inde ,
n'excède pas celui qui feroit néceffaire pour com
pletter les Corps d'Européens qui fervent déjà
dans cette partie du monde. Les fupplians n'ont
été informés d'aucun événement qui puiffe rendre
néceffaire d'augmenter l'établiſſement actuel ; ce-
-pendant leur deffein n'eft point de s'oppoſer au
defir que les Miniftres de V. M. témoignent d'augmenter
les forces militaires de l'Inde. Ainfi , en
( 70 ) )
"
admettant qu'il faille envoyer de nouveaux régimens .
après que ceux qui y font auront été complettés ,
les fupplians ne doutent pas qu'avec l'affiſtance des
Miniftres de V. M. , ils ne foient en état de lever
un nombre d'hommes fuffifant , & de leur donner
des Officiers pris parmi les Officiers furnuméraires
de la Compagnie. Cet arrangement produira de
grandes épargnes, & mettra la cour des Directeurs
dans lecas de ne pouvoirpas être accufée de chercher
à enfreindre les difpofitions de l'acte du Parlement
(de la 24. année du règne de George III ) , qui leur
« ordonnent d'obſerver dans leurs promotions l'or-
» dre d'ancienneté ; de ne point envoyer dans l'Inde
» unnombre de perfonnes plus confidérable que ce-
» luiquieft néceffaire pour remplacer les vacances. »>
Les fupplians ne peuvent s'empêcher de témoigner
leurs craintes que le nombre des nouveaux
Officiers envoyés dans l'Inde , avec les régimens
propofés , ne foit confidéré comme une infraction
audit acte. »
» Les fupplians demandent la permiffion de
préfenter à V. M. une autre objection au projet
d'envoyer de nouveaux régimens en temps de paix,
& fur-tout avec l'apparence d'un ſyſtème permanent.
En effet , quelqu'important que paroiffe aux
fupplians ce qu'ils ont expofé jufqu'ici , ils confidèrent
le mécontentement qui réſulteroit de l'éloignement
des Officiers fupérieurs de la Compagnie
dans l'Inde , comme un objet qui mérite
la plus grande attention dans l'examen de cette
meſure. »
« Selon la loi actuelle , tout Officier portant
dans l'Inde une commiffion de V. M. doit être
préféré aux Officiers de la Compagnie ayant le
même rang : les Officiers les plus nouveaux com-
-mandant ainfi aux anciens. Cet ordre établi lors
même que l'affiftance des troupes de V. M. dans
( 71 )
l'inde ne fembloit devoir être que momentanée ,
a caufé beaucoup de mécontentement & de jaloufie
. Les Officiers des nouveaux régimens éloigneront
plus de 1800 Officiers . >>
« Les fupplians prient humblement V. M.
de prendre en confidération la fituation de 1800
hommes , qui , remplis d'une ardeur militaire , &
convaincus d'avoir bien mérité de leur patrie , ſe
trouveroient dégradés à leurs propres yeux , à
ceux de leurs propres troupes , de leurs concitoyens
& de tout l'Indoftan , en voyant les Officiers de
quatre régimens avancés à leur détriment , & ce à
perpétuité. C'eft fans doute une diſtinction honorable
de porter pour la vie une commiffion
de V. M. & d'avancer régulièrement dans tous
les rangs du fervice militaire Britannique. Mais
les Officiers de la Compagnie , quoique d'une fphère
inférieure , méritent également la faveur & la
protection de V. M.; leur fidélité eft auffi inébranlable
, leur courage auffi éprouvé , leurs fervices
auffi éclatans en proportion que ceux des
Officiers de votre fervice. En combattant pour
la Compagnie , ils ont augmenté fes poffeffions '
dont la Nation retire tant d'avantages , & ils ont
étendu les bornes de l'Empire de V. M. Les fupplians
prennent la liberté de repréſenter humblement
à V. M. que cette mefure ne fauroit manquer
d'exciter de la jaloufie & du dégoût , & qu'elle peut
empêcher cette unanimité qui feule peut les mettre
en état d'agir avec vigueur. »
« Quoique encouragés par la ſituation actuelle,
comme la plus favorable à leurs humbles fupplications
, les fupplians ont été depuis long- temps
inftruits de ce mal , & en ont depuis long- temps
redouté les effets . Les Officiers de la Compagnie
dans l'Inde ont déjà préfenté des requêtes à V. M.
pour y porter remède , & pour rendre juſtice à
( 72 )
un Corps qui a la confcience intime de fes nombreux
fuccès . Les fupplians efpèrent que V. M.
daignera avoir égard à leurs réclamations, & qu'Elle
voudra bien accorder aux officiers de la Compagnie
l'égalité de rang avec les Officiers de V. M.
felon la date de leurs commiffions , tant qu'ils ferviront
dans l'Inde . »
« Les Supplians demandent la permiffion d'annoncer
à V. M. qu'ils font prêts à payer toutes
les dépenfes qui ont eu lieu pour la levée de
ces quatre régimens ; étant perfuadés qu'avec l'affiftance
des Miniftres de V. M. ils feront en état
delever toutes les forces quipourront être néceſſaires
pour la défenſe des Indes orientales , à des termes
beaucoup moins onéreux pour la Compagnie , ils
fe trouvent forcés , par la confidération de leurs
devoirs publics , par une jufte furveillance aux
finances de la Compagnie , par leurs idées de juftice
envers des individus , par leur aveugle obéiſſance
aux lois , mais fur- tout par leurs vivés alarmes
fur les effets que cette mefure pourroit produire
dans l'Inde , de fupplier inftamment V. M. de
condeſcendre à leur humble requête , en retirant
lefdits régimens , & en accordant aux fupplians tel
foulagement que V.M.dans fa fageffe , jugera devoir
être convenable. »
La Direction a convoqué une Affemblée
générale des Propriétaires , & l'on
ne s'attend pas à y trouver plus de condefcendance.
Dans l'état mis fous les yeux des deux
Chambres , la femaine dernière , par M.
Newland, & fur lequel eft porté le fonds
acheté par les Commiffaires chargés de la
réduction de la dette publique , n'eft point
compris
( 73 )
> compris l'emploi d'un autre furplus fur le
revenu de l'année dernière. Ce furplus ,
indépendamment de plus d'un million déja
placé , monte à 400,000 ou 500,000 1. ft.
On ne peut en faire l'emploi fans un ordre
particulier du Parlement. Ces furplus
joints à l'intérêt croiffant fur le fonds déja
acheté pour le public , & aux 25,000 1. de
courtes annuités qui en font partie , porteront
les placemens de l'année préſente à
plus du double de ceux de l'année dernière
, & chaque année l'augmentation
s'accroîtra en proportion des placemens
faits.
L'importation annuelle du charbon de terre
dans le port de Londres , eft d'environ 700,000
chaldrons , qui font vendus par 3,000 détailleurs .
Cependant une compagnie de 40 Marchands feulement
, étoit parvenue à monopolifer la vente du
charbon , au moyen de certaines primes que les
Propriétaires des mines de charbon de terre de
Newcaſtle leur accordoient , au mépris des loix
paffées en Parlement la 9. année du règne de la
Reine Anne , & la 3. du règne de Georges II.
Les primes que cette Compagnie recevoit montoient
par an à environ 30,000 l. ft . Le Parlement
va mettre fin à ces abus.
Le Major-général Ohara a mandé de
Gibraltar , au Chevalier John Thomas
Townshend , fils & Secrétaire du Lord
Sidney , que la pefte exerçoit fes ravages
dans les territoires de Bey du Naſcara.
En conféquence de cet avis , le Bureau
N°. 10. 8 Mars 1788 . d
( 74 )
da Confeil a enjoint aux Commiffaires
des Douanes de prévenir tous les Officiers
des ports extérieurs , d'obſerver avec
la plus grande attention les vaiffeaux qui
arriveroient de ces endroits , & de les
examiner avec tout le foin & l'exactitude
poffibles.
L'anecdote fuivante fert à démontrer combien
l'intérêt l'emporte fur les fentimens d'humanité.
Un vaiffeau faifant route pour un maxché avec de
la chair humaine , le Capitaine , dans l'intention de
rafraîchir fon bétail vivant , permit à ceux qui
voudroient fe baigner, de fe mettre à la mer autour
du vaiffeau qui étoit pris d'un calme plat . Ils
n'y furent pas plutôt, qu'un requin faifit le pied
d'un d'entr'eux , précifément au- deffus de la cheville.
Le Capitaine voulut jeter auffitôt une corde
au bleffé , mais le Chirurgien s'y oppofa , en lui
obfervant qu'il étoit inutile, qu'on n'en feroit aucun
cas fur le marché , & qu'il n'en réfulteroit que de
la dépenfe pour les propriétaires , en cherchant à
lui fauver la vie. Pendant qu'ils étoient en pourparler
, l'animal vorace, attiré par le premier morceau
, revint une feconde fois , & déroba pour
toujours à leurs yeux la malheureufe victime.
Un Officier de l'armée du Général
Mathews , prifonnière à la fin de la dernière
guerre , chez Tippoo Saïb , vient
de publier une Hiftoire détaillée , très - intéreffante
, des événemens militaires qui
ont eu lieu à cette époque , fur la côte
de Malabar . Nous rapporterons fucceffivement
quelques fragmens de cer ou
rage ; l'Auteur, entr'autres , y dévoile
( 75 )
en ces termes les circonstances de la mort
funefte du Général Mathews.
« Le Général Matthews mourut le 7 ſeptembre
1-83 . Depuis près de trois femaines il n'avoit pas
changé de linge , craignant que celui qu'on lui
fourniroit ne fût empoifonné , comme il favoit que
l'étoient les vivres que le Keeladar lui envoyoit
tous les jours. D'après la manière dont Tippoo
traita d'abord ce Général , il fut aifé de preffentir
qu'il vouloit s'en défaire. Certainement il lui
auroit laiffé fon Etat -Major , durant le temps de
fa captivité , s'il s'étoit propofé d'en agir comme
l'exigeoit le rang du Prifonnier ; mais au contraire,
il commença par enfreindre la capitulation folemnelle
,faite avec le Général & fes Officiers. L'infortuné
Matthews fut donc féparé de toute la petite
armée prifonnière , & jeté dans un cachot fangeux
, où on l'enferma fous forte garde : on lui
enleva fon bagage , fes habits , & jufqu'aux moindres
chofes ; on écarta de lui fes ferviteurs , & on
le chargea de chaînes ; enfin , pour donner la dernière
touche à cet horrible tableau , on s'en défit
par le poiſon. »
Quand il eut appris, en combinant des circonftances
fufpectes & des indices fournis par fes
gardes mêmes , que telle étoit l'intention du Sultan
, il refufa de goûter des alimens que le Keeladar
lui faifoit paffer à jours réglés. Touchés de
compaffion , des foldats & jufqu'à des valets de
prifon lui donnèrent de temps en temps de leurs
propres vivres. >>
«Le Havalder, fpécialement chargé du Géné al ,
conniva d'abord à ces actes d'humanité , & témoigna
combien il répugnoit à remplir le rô'e
affreux dont on l'avoit chargé ; mais quand on e
fut apperçu que le Général traînoit fa malheureu e
dij
( 76 )
avec
exiftence plus long-temps qu'on ne le vouloit , le
Keeladar manda le Havalder & lui dit qu'il
payeroit de fa tête la durée de cette vie importune.
Le Havalder communiqua fes ordres ,
les menaces qui les accompagnoient , à fon malheureux
Priſonnier , auquel il ne reſta plus que
le choix de mourir de faim ou de poifon. Čet
inftin&t prefque invincible qui nous attache à l'exiftence
, combattit pendant quelques jours dans
l'ame du Général , avec le fentiment impérieux
d'une faim dévorante. Enfin , la rage l'emporta ;
il mangea des mets empoisonnés & but , foit pour
appaifer les tourmens d'une foif brûlante , foit
pour abréger fes fouffrances. Six heures après ce
fatal repas on le trouva mort. »
--
« Tel eft , ajoute l'Hiftorien , le véritable &
fidèle récit de la mort du Lieutenant - général
Matthews , fur laquelle on a varié . Voici comment
ces particularités font venues à notre connoiffance.
En inftruifant le Keeladar de la mort du Génétal
, on ajouta qu'on avoit trouvé dans ſon cachot
un plat de cuivre fur lequel il y avoit quelque
chofe d'écrit , qu'on fuppofa avoir été tracé avec
une fourchette qui lui étoit reftée . Ce plat fut apporté
au Miniftre , qui fit lire & interprêter les
caractères par un Européen au ſervice du Sultan. >>
Tel eft l'énorme accroiffement de la
ville de Londres , que la recette des taxes
de la feule Paroiffe de Marybonne , qui fe
montoit , il y a quelques annés , à 900 1 .
fterl. , en produit annuellement 29,000.
On peut citer le trait fuivant comme un de
ceux qui prouvent le mieux les viciffitudes de la
fortune, Le, dece mois eft mort dans le faubourg
de Southwark , un Savetier âgé de 89 ans. Il avoit
d'abord été Officier dans le fervice militaire , &
( 77 )
vendit enfuite fa commiffion. Il devint Négociant
en the; mais il quitta bientôt cet état pour entrer
de nouveau au fervice de l'Impératrice de Ruffie.
Quelque temps après il tua en duel un autre Officier
, & fe réfugia en Angleterre ; il n'y avoit pas
long-temps qu'il y féjournoit , lorſqu'il fut con
traint d'accepter l'emploi de commis pour tenir les
livres chez un Marchand de drap en gros . Son
maître étant mort , il établit une boutique de
Chandelier. Ses affaires s'étant dérangées , il fit
banqueroute ; depuis ce moment , le malheur le
pourfuivit fans relâche , & le réduifit à embraſſer
le métier de Savetier , qu'il a exercé jufqu'à fa
mort.
Extrait d'une lettre d'un Officier à bord du Sirius,
P'un des vaiffeaux qui compofent la dernière flotte envoyée
à la Baie Botanique , en date de Rio Janeiro ,
le 28 août 1787.
« Nous avons eu un paffage plus heureux que
nous ne devions nous y attendre dans cette faifon
de l'année. Notre traversée de la rade de Spithéad
à Ténériffe n'a été que de trois femaines . Nous
avons refté dans la baie de Sainte - Croix depuis
le 3 juin jufqu'au 10; pendant ce temps la flotte
a embarqué de l'eau , du vin , &c. Nous nous
fommes auffi procuré quelques végétaux ; mais
comme c'étoit leur hiver , ils étoient fort rares ;
ce qui nous a été très-fenfible. Le thermomètre y
marquoit 72°. , & le baromètre 30. 10. "
« La flotte mit à la voile de Ténériffe , le 10
juin , pour les ifles du Cap-Verd , dans l'intention',
ję crois , de toucher à Saint-Jacques , où l'on efpéroit
fe pourvoir abondamment de fruits , de végétaux
, &c. Nous fîmes route pour la baie de
Porto-Praya , & en approchâmes de deux milles ;
mais les vents étant variables & contraires pour
diij
( 78 )
entrer dans la baie , nous fumes contraints , à notre
grand déplaifir , de longer la côte & de prendre
le large. Le temps étoit extrêmement chaud.
Le thermomètre étoit à 82º, & demi , & le baro
mètre à 30P. 14. , qui étoit la plus grande hauseur
qu'il eût encore marquée depuis notre départ
'Angleterre. »
huit
Ainfi trompés dans notre efpérance , nous
fimes route pour le Bréfil ; nous traverfâmes la
ligne le 15 juillet , par les 26 d. 10 m. à l'oueft de
Greenwich , & nous eûmes connoiffance de Rio
Janeiro le 6 août , tout le monde à bord de la
flotte étant en bonne fanté , au- delà même de ce
qu'on efpéroit. A bord de notre vaiffeau il n'y
avoit pas eu un feul malade . Les criminels paffagers
fe portent fort bien , il n'en eft mort que
& la plupart étoient avancés en âge , & ruinés
des maladies qu'ils avoient éprouvées en prifon
avant leur embarquement. On en a eu le plus
grand foin ; on a embarqué pour eux des fruits ,
des végétaux & de la viande fraîche à tous les
ports où nous avons touché. Je fouhaite que nous
Toyons auffi heureux le refte du voyage. Le Capitaine
Phillip a le plus grand foin de la flotte, &
il mérite beaucoup d'éloges par le bon ordre qu'il
y a établi . »
?
« Les Officiers ont été reçus dans ce port ( Rie
Janeiro ) avec beaucoup plus d'égards que tous
les Officiers Anglois qui y font venus avant nous.
On nous permet de nous promener dans la ville
& jufqu'à cinq milles aux environs de la ville ,
fans gardes pour nous garder. C'eft ce que les Portugais
ne permettent jamais , tant ils font
jaloux de ne pas laiffer les étrangers prendre
connoiffance du pays , qui eft fort montagneux
jufqu'à 20 ou 30 lieues de la ville. L'horifon eft
( 79 )
borné par des montagnes au pied defquelles font
de fertiles vallées. »
« Rio Janeiro eft la capitale du Bréfil , & le
fiége du Vice-Roi . Il y a un palais & plufieurs
autres édifices remarquables , environ 20 églifes ,
& 9 monastères & couvents. C'eft une grande
ville , fort riche & très-peuplée . Sa baie feroit
aflez vafte pour contenir toutes les forces maritimes
de l'europe , & il y a depuis 20 juſqu'à
120 braffes d'eau. Elle eft défendue par 14 batreries.
»
" Les habitans vivent avec un luxe efféminé ; ils
aiment la pompe, & fe montrent rarement dans les
rues, excepté le foir, & encore eft-ce dans des chaifes
ou dans des palanquins portés par des nègres. Les
femmes vont en chaifes à porteurs ; enfin les gens
de diftinction ne vont prefque point dans les rues....
On voit à tous les coins de rues l'image de quelque
Saint devant laquelle les habitans ôtent leur chapeau.
La nuit , les nègres s'affemblent autour .
pour y prier Dieu ; ils y chantent des hymnes ,"
& font un bruit que l'on entend à une diſtance
confidérable de la ville .... »
« Nous comptons partir dimanche prochain
pour le Cap de Bonne-Efpérance , »
Cette flotte deftinée pour la baie Botanique,
eft arrivée le 13 octobre au Cap de
Bonne- Efpérance , & elle a dû en repar-:
rir quelques jours après le 3 novembre.
Marie Warduer eft morte à Chelfea ,
à l'âge de 100 ans . Elle avoit été mariée 3
fois , & avoit eu 21 enfans , dont quinze
font vivans , & tous mariés. Le nombre
( 80 )
de fes enfans , petits- enfans & arrières petits
enfans eft de 72.
:
FRANC.E.
De Verfailles , le 27 Février.
Le fieur Lagrange a eu l'honneur de
préfenter à la Reine l'Hiftoire d'Elifabeth ,
Reine d'Angleterre , par Mademoiſelle de.
Kéralio (1).
Le Comte de Châteaubriand , le Comte
de Tinteniac & le Chevalier Dulac , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préfentés au Roi , ont eu , le 21 , celui de
monter dans les voitures de Sa Majefté , &
de la fuivre à la chaffe.
Le 24 , la Vicomteffe de Balincourt a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteffe
de Balincourt.
De Paris , le 5 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 5
janvier 1788, portant fuppreffion du Confeil
des Prifes , au 1. avril 1788.
er
Autre du février 1788 , 7 qui décharge les fieurs
Commiffaires nommés pour l'exécution de l'Arrêt
du Confeil du 19 avril 1727 ; ordonne que les
(1 ) Cet Ouvrage , qui forme 5 vol . in-8°. , se trouve
chez le sieur Lagrange , rue Saint - Honoré , près du
Palais-Royal.
L
( 81 )
fonds affectés au foulagement des Communautes
de Filles Religieufes , feront , ainfi que ceux affi
gnés en faveur des Eglifes & Edifices facrés , diftribués
fuivant l'état qui en fera annuellement arrêté
par Sa Majesté.
Autre du 16 février 1788 , par lequel
Sa Majesté nomme une Commiffion pour
l'examen , la vérification & l'arrêté des
états de fes revenus , ainfi que des charges
qui y font affignées pour 1788 ; & ordonne
que lesdits états , après avoir été
rapportés au Confeil , feront enfuite imprimés
& publiés .
Le Roi ayant pris connoiffance du travail fait
par fes ordres , pour la rédaction des états des
recettes & des dépenfes du Tréfor Royal , dont
S. M. a ordonné l'impreffion & la publication ; &
S. M. ayant intention que la plus exacte vérification
fur pièces juftificatives de toutes les différentes
parties de ces états en précède la publication,
& en affure l'authenticité ; Elle a reconnu
que les états des recettes , & des charges que ces
recettes fupportent avant d'arriver au Tréfor
Royal , préfentent des détails dont la multitude
& la complication exigent de la difcuffion & des
connoiffances particulières ; qu'au contraire , les
états des dépenfes certifiés par les différens Ordonnateurs
ne préfentent aucune incertitude : S. M.
a réfolu en conféquence de confier l'examen des
états des recettes & charges affignées fur icelles ,
dreffés pour la préfente année 1788 , à quatre
perfonnes qu'Elle s'eft propofé de choisir entre
celles qui font le plus verfées dans la connoiffance
defdites parties , & dont la réputation lui paroît
la plus capable de fixer la confiance publique :
S. M, a auſſi jugé convenable , qu'après l'examen
dv
( 82 )
le plus approfondi & la vérification la plus exacte
des pièces , lefdits Commiffaires fignent conjointement
lefdits états , pour attefter leur entière
exactitude , & leur imprimer l'authenticité la
moins fufceptible d'incertitude. A quoi voulant
pourvoir, le Roi a ordonné que les états dreffés
de chacune des parties de fes revenus & des
charges affignées fur icelles pour l'année 1788 ,
feront remis aux fieurs de Saint- Amand , Fermiergénéral
; Baron , Receveur-général des Finances ;
de Salverte , Adminiftrateur-général de fes Domaines
, & Didelot , Régiffeur - général , pour , par
lefdits quatre Commiffaires , examiner lefdits états
conjointement , les arrêter & les figner ; & après
le compte détaillé qui en fera rendu à S. M. , en
fon Confeil , être enfuite lefdits états imprimés &
publiés.
Autre du 15 février 1788 , par lequel
S. M. fupprime les différentes places
d'Infpe&eurs- généraux des Manufactures ,
d'Infpe&teurs- généraux du Commerce , de
Cominiffaires - généraux du Commerce ;
établit cinq Inspecteurs -généraux du Commerce,
dont le premier aura le titre d'Inf
pecteur-général Directeur du Commerce ; le
fecond , d'Infpecteur-général- Directeur des
Manufactures ; & les trois autres , d'Infpecteurs
généraux du Commerce & des Manufactures
; & règle les fonctions desdites
places.
Les 20 , 21 & 22 du mois dernier , le
baromètre eft defcendu ici au- deffous de
27 pouces. Rarement , fuivant quelques
( 83 )
Météorologiftes
, on a vu à Paris le mer- cure auffi bas , fans apprendre
par la fuite quelque
phénomène
extraordinaire
fur- venu à cette époque
en quelque
lieu du globe. On veut que les tremblemens
de
terre de Lisbonne
& de la Calabre
, aient
été ainfi indiqués
par l'abaiffement
du ba- romètre
. Quoi quil en foit de tous ces
à
raiſonnemens
, nous ne tarderons
pas favoir
s'il y a quelque
fondement
à ces
conje&tures.
"
on a dif-
Parmi les morts nombreux
que l'excef
five humidité
& les pluies interminables
du mois dernier
ont enlevés
tingué
M. le Marquis
d'Oun
, Miniftre d'Etat , ci - devant
Ambaffadeur
de S. M.
à la Cour d'Espagne
, & M. Rigoley
de Juvigny
, Littérateur
eftimable
, quoique trop exclufivement
zélé pour la gloire des grands
Ecrivains
du dernier
fiècle.
« Le nommé
Connaben
, ancien foldat , bou- langer de profeffion
, & retiré à Vievy , bourg de la Beauce , traverſoit
la place , ayant encore
fes manches
retrouffées
, & les bras nuds , lorf , qu'il fe fentit affailli par une louve qui lui déchira les bras en quantité
d'endroits
, & lui fit entre autres une bleffure
très-profonde
. Cet infortuné jugeant à l'acharnement
de cet animal qu'il étoit enragé , vit qu'il n'y avoit plus à chercher
pour lui de falut , & qu'il ne lui reftoit que l'espoir de
préferver
la contrée du retour de cet accident. Il s'arma de courage , faifit la louve par la langue ,
& tomba fur elle en la terraffant
. Elle lui macha
d vj
( 84 )
d'abord la main , la lui perça en
quantité
d'endroits ,
&
profitant du
moment où fon pied
venoit de
gliffer , elle lui fauta au
vifage , lui
emporta le
nez & la joue , lui
arracha
deux
dents & leurs
avéoles , avec un
morceau de la
mâchoire.
Après
l'avoir
couvert de plaies , elle
s'éloigna à la
lumière
d'un
garde-chaffe , qui étoit
accouru aux cris du
pauvre
boulanger. Père de
plufieurs
enfans en basâge
& dans
l'indigence , if reçut
d'abord des aumônes
de
toutes parts. Le
Seigneur du lieu
envoya
chercher M.
Hervé,
Chirurgien de
Monfieur , à
Mondoubleau , qui traite
avec
fuccès
l'hydrophobie
; il
adminiſtra au patien:
plufieurs
remèdes,
entr'autres
l'alkali
volatil-fluor , & des
pillules
antifpafmodiques
qui le
calmèrent fur le
champ.
Les
remèdes
ayant été
donnés à
grande doſe ( vu
que le cas étoit
urgent ) lui ont
tellement
affoibli
l'eftomac , qu'il a été
obligé de
quitter fon
métier ,
&
pouvant
encore
moins
travailler à la terre ,.
il est
réduit à
faire lire
quelques
petits
enfans
& fe
trouve dans le
befoin le plus
preffant ; il
jouit
d'ailleurs
d'une affez
bonne fanté , au
grand
étonnement de tout le
monde ; car
dû
s'inoculer par la
falive, on ne
pouvoit
guère
la rage ayant
efpérer une
parfaite
guérifon . «<
« Les
perfonnes
charitables qui
voudront bien,
tendre
quelques
fecours à
Connaben ,
auront la
bonté de
remettre leurs
aumônes à M. le Marquis
de
Beaunon-les-
Sigogne , ( hôtel de la Rochelle
, rue de
Grenelle ,
faubourg S.
Germain . ) »
Le Roi a
figné
dernièrement
l'emplacement
des
quatre
nouveaux
Hôpitaux de
cette
capitale ,
d'après le plan
donné par
M. le
Baron de
Breteuil. Le
couvent de
Ste.
Perrine de
Chaillot n'eft
plus
compris
dans ce plan. Le
premier
Hôpital fera
( 85 )
à l'Ecole Militaire , le fecond au couvent
de la Roquette S. Antoine , le troisième
à l'Hôpital S. Louis , & le quatrième à
l'Hofpice de Sainte-Anne , faubourg Saint-
Jacques ; de forte qu'il y aura deux Hôpitaux
de chaque côté de la rivière , &
I'Hôtel- Dieu au centre , fervira toujours
de dépôt.
Une Compagnie de Capitaliftes a préſenté au
Miniftre un plan , au moyen duquel il feroit pris,
au-deffous de Charenton , une dérivation de la
Seine , pour en former un Canal de Navigation qui
longeroit le Faubourg Montmartre , & qui fe rendroit
par la ligne la plus courte , au-deffous de
Saint-Germain . Tous les bateaux qui remontent
la rivière , & qui perdent un temps infini à parcourir
fes finuofités , gagneroient infiniment à
l'exécution de ce beau projet , ainfi que les villages
qui fe trouveroient à portée du canal , & qui
s'en ferviroient pour tranfporter à beaucoup moins
de frais leurs denrées dans la Capitale.
Il eft queftion auffi de tirer une dérivation de
la rivière d'Oife pour l'amener directement à
Paris , fans aller faire un long détour à Conflans
Sainte-Honorine , pour remonter enfuite la Seine .
Ce projet ne feroit pas moins utile au commerce
que la Picardie fait à Paris.
LeSamedi 9 de cemois , entre 6 & 8 heures après
le foleil couché , on apperçut tout- à-coup au ſudoueft
de Lille , un très-grand nombre de flammes ,
ou gerbes de feu , élevées perpendiculairement
au-deffus de l'atmofphère , dans la moyenne région
de l'air. La couleur de feu de ces flammes étoit,
dans le principe , d'un jaune pâle ; elles reſtèrent
pendant quelque temps comme fufpendues &
( 86 )
immobiles dans leur pofition ; enfuite la colonne
s'ébranla , & dirigea fa marche vers l'eft puis
tout-à coup la gerbe qui précédoit toutes les autres
, s'étant diffipée par un éclair qui brilla extraordinairement
, toutes les flammes fe réunirent
& formèrent une feule maffe de feu d'un rouge
de fang très-vif , qui répandoit au loin la lumière
la plus éclatante , & continua fa marche dans cet
état , toujours à la même élévation . Enfin cette
maffe fe déploya peu-à- peu & fe divifa en deux
parties ; l'une fuivit la route de l'eft , & l'autre prit
celle de l'oueſt . Leur lumière redevint alors d'un
pâle clair , de forte que l'on voyoit très- diftinctement
les étoiles à travers la nuée de feu qui fe
portoit à l'oueſt.
Il y a eu à Bordeaux & fes faubourgs ,
dans le cours de 1787 , 2922 enfans légitimes
, 668 enfans naturels , 941 mariages ,
& 3347 morts.
En 1786 , il y eut 3174 naiffances légitimes
, 658 enfans naturels , 971 mariages ,
4591 morts.
Il réfulte de cet état que le nombre
des naiffances de l'année 1787 a excédé
celui des morts de 243 , & que , comparé
avec l'année 1786 , les naiffances font
diminuées , en 1787 , de 252 ; les mariages
de 32 , & que les morts font diminués.
de 1244.
16 février 1788.
« L'adjudication des travaux du canal de l'Yvette
» ayant été donnée fous la condition expreffe qu'ils
» feroient achevés dans le courant du mois de mai
» prochain, M.de Fer de la Nouerre, conceffionnaire
( 87 )
·
» de cette entrepriſe , dont l'intention eft de conve-
» querinceffamment une affemblée générale de fa
Compagnie , fupplie les perfonnes qui fe font
» fait infcrire dans fes bureaux pour être intéreffées
dans ladite entreprife , qu'elles ayent à acquitter
» avant la fin du préfent mois de février , le mon-
» tant defdites portions , fans quoi elles feront
» déchues de tous droits à cet égard . On ajoute
» que les actions de 648 liv. qui donnent la prc-
» priété perpétuelle de 3 muids d'eau par jour,
» indépendamment du bénéfice du triple de leur:
» capital dans l'efpace de 15 années , font maintenant
en diftribution ; & l'on prévient que pour
» être admis au confeil de l'affemblée de la Compagnie
avec voix délibérative , il faut être pro-
" priétaire de 150 portions d'intérêt de chacune
» 100 liv . & de dix defdites actions de 648 liv. ;›
»
on obfervera ici en faveur des perfonnes qui
» n'auroient point reçu le profpectus de l'entrepriſe
» de l'Yvette , que chacune des actions de 648 liv.
» dont on vient de parler , affure un dividende
» pour le mois de janvier prochain de 6 pour
» 100 à cent partions d'intérêt de 100 liv. , d'où il
» eft démontré que ce dividende fera néceffaire-
» ment confidérable pour chacune defdites por-
» tions. »
« De FER DE la Nouerre. »
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1.de ce
mois , font : 81 , 42 , 30 , 82 & 64.
Payeurs de rente , fix derniers mois de
1787, font toujours à la lettre A.
( 88 )
PROVINCES - UNIES.
De la Haye, le 27 Février.
On voit fe développer par degrés les
évènemens qui devoient fuivre la dernière
révolution , ou qu'elle a rendus néceffaires.
L'armée entière va être refondue fur un
nouveau plan. Le projet duPrinceStadthouder
à cet égard ayant été agréé par L. H.P ,
cette Affemblée l'a communiqué aux Provinces
refpe&ives , avec le rapport du
Confeil d'Etat. La Cavalerie ', qui n'étoit
que de 3,542 Maîtres , fera portée à 5,453
par l'augmentation des Compagnies , &
par l'addition de deux Régimens nouveaux
, l'un de Dragons légers , l'autre
de Huffards. L'Infanterie , compoſée jufqu'ici
de 17,100 hommes , le fera de
30,596 ; ainfi la totalité de l'armée
montera à 36,051 hommes , au lieu de
30,642 dont elle étoit compofée auparavant.
Cette nouvelle formation entraînera
une dépenſe additionnelle de 8 à
900,000 florins.
Sur la propofition des Députés de la
ville d'Enckhuifen , les Etats de Hollande
ont arrêté , le 15 , de conferver & de
maintenir l'ancienne Conftitution , ainfi
que le Stadthouderat - héréditaire dans la
maifon d'Orange- Naffau. Dans ce but ,
( 89 )
L. H. P. ont résolu d'exiger des Bourgeois
, Communautés , Bourgeoifies armées
, un ferment dont la formule porte:
« Nous promettons & jurons d'être fidèles à
» la préfente Conftitution de la province de
» Hollande & de Weft- Frife , confiſtant dans la
» libre & fouveraine Régence de L. N. & G.P. ,
» les Seigneurs États de cette Province , telle
» qu'elle a eu lieu depuis l'établiffement de cette
» République , avec ladignité de Stadthouder -hé
» réditaire , de Gouverneur , Capitaine & Amiral-
» général , héréditaire dans l'illuftre maifon d'O-
» range , de la manière qu'elle a été conférée par
» la réfolution de L. N. & G. P. , du 16 novem-
» bre 1747 , & que S. A. S. Mgr. le Stadthouderhéréditaire
en a pris poffeffion en 1766. »
3
Les Régences de Leyde & de Harlem ,
ont fubi le changement pour lequel les
Commiffaires du Stadthouder , d'après le
pouvoir que lui ont délégué les Etats de
Hollande , s'étoient rendus dans ces deux
villes . Le Confeil de Harlem eft renouvelé
en entier ; celui de Leyde partiellement.
Le 25 , les États de Hollande ont arrêté
l'Amniftie générale que leur avoit
propofée le Stadthouder ; elle a été immédiatement
rendue publique. Des effets
de cet acte , font exclus néanmoins :
Tous les Régens , Membres ou Miniftres de
Régence , ou hauts Colléges du pays , tant de
Police que de Justice , qui , 1º . en féduisant des
habitans par argent , promeffes ou menaces , ont
tâché d'opérer la ruine de la conftitution & de la
forme du Gouvernement. »
( 90 )
- 2º.Ceux qui, par des correfpondances illicites
avec des Etrangers , ont confpiré & intrigué , afin
d'introduire des troupes étrangères dans le pays ;
ou qui ont abufé du nom & de l'autorité du
fouverain en traitant avec des puiſſances étran
gères. »
« 3 ° . Ceux qui , en inventant ou divulgant
de faux bruits de deffeins hoftiles contre cette
province , ont alarmé le pays , & l'ont mis dans
un état de défenfe tout-à-fait inutile , & pour
lequel on a dépensé les deniers du pays d'une mas
ière impardonnable. »
« 4°. Ceux qui ont dreffé l'Acte de Confédéra
tion que l'on a commencé à figner à Amfterdam ,
au mois d'août 1786 , ou qui ont contribué à
faire des propofitions aux prétendues affemblées
du peuple pour renverfer la conftitution , & fpécialement
les auteurs de la propofition faite à une
telle affemblée , le 17 juillet 1787."
« En outre L. N. & G. P. excluent provifionnellement
de cette amnistie & grace , toutes
perfonnes , foit Régens , Membres of Miniftres des
Colléges de Régence & de Juſtice , foit les particu
liers qui ont été les moteurs , auteurs & de la dépofition
des Régens légitimes , ou de ceux qui étoient;
en droit de prétendre à la nomination de Régens
dans quelques villes & lieux ; en outre ceux qui
ont donné l'ordre d'affembler de petites armées
bourgeoifes & les ont fait marcher , ainfi que
ceux qui en ont dirigé les opérations , en ont eu
le commandement , ou y ont fait la fonction de
prétendus fecrétaires ; ceux qui ont criminellement
faifi , arrêté ou menacé les Régens illégitimement
démis , ainfi que quelques- uns de leurs concitoyens ;
ceux qui ont donné l'ordre de prendre des mumitions
dans les arfenaux du pays , de s'emparer
des portes des villes , fans connoiffance préalable &
( 91 )
le confentement de la Régence , ou d'interrompre
de quelque autre manière criminelle les délibé
rations des Régens légitimes ; ceux enfin qui
ont donné l'ordre d'ouvrir les éclufes & de percer
les digues pour inonder le pays , après que la
réfolution de L. N. & G. P. de ne point faire
de réſiſtance aux troupes de S. M. Prufhienne , étoit
venue à leur connoiffance. »
u Tous les Miniftres de l'Evangile & Eccléfiaftiques
d'autres Religions , qui , renonçant aux devoirs
de leur état , ont porté les armes & été
membres de fociétés armées , ou qui ont affifté
aux dépofitions criminelles de Régens légitimes ;
les propriétaires & rédacteurs des papiers publics ,
Hiftori che courant , Vaderlandfche courant , les
deux intitulés Nederlandſche courant , & la Zuid
Hollandefche courant , le Politicke Kruyer & le
Spectator met den Bril ; & enfin tous ceux qui fe
font rendus coupables de meurtres & d'actes de
violence contre leurs concitoyens , ou d'autres
excès énormes. »
« Malgré toutes ces exceptions , quiconque
pourroit douter s'il eft compris dans l'amniftie ,
aura la liberté de s'adreffer , dans l'efpace de trois
mois après la publication de ladite amnistie , à
L. N. & G. P. , en les priant d'être compris
dans le pardon général , à quoi L. N. & G. P.
jugeront comme Elles le trouveront à propos. »
Les États -Généraux ont arrêté , par
une publication folemnelle , la célébration
générale d'un jour d'actions de graces &
de prières , fixé au 19 mars .
Suivant le bruit général , le Traité d'alliance
entre la Cour de Berlin & la République
, a été agréé unanimement par les
( 92 )
Sept Provinces. La garantie de la Conftitution
actuelle & du Stadthouderat-héréditaire
dans la maiſon d'Orange- Naſſau , en
eft une des claufes principales.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 1er. Mars 1788 .
L'Archevêque de Malines , dont nous
avons annoncé l'opiniâtre réfiftance dans
l'affaire du Séminaire-Général , quoiqu'il
eût manifefté à Vienne des fentimens
tout oppofés , eft en procès avec le Confeil
même de Malines . Cette Cour , par
Arrêt du 22 février , a défendu à ce
Prélat de faire enfeigner la Théologie
dans fon Séminaire Archiepifcopal , fous
peine de mille écus d'amende . L'Archevêque
eft revenu fur cette fentence par un
mémoire , où il déclare que de droit divin
il doit enfeigner la Théologie ; que les
priviléges de la Province lui affurent le
droit d'enfeigner la Théologie ; qu'il ne pourroit
obéir à fon Souverain fans offenser
Dieu, & qu'ainfi il eft autorisé par l'infpiration
Divine à demander que la Cour
fufpende l'exécution de l'Arrêt , juſqu'à
plus ample informé .
Nous devons à la vérité & à la juftice ,
de publier la lettre fuivante , qui nous a
été adreffée à l'occafion d'un article:
( 93 )
erroné que nous avions puifé dans une
Feuille Allemande , fans doute mal inſtruite.
Munich , ce 12 février 1788.
« Meffieurs ,
>
« On lit dans votre Journal , no. 4, page 159
» que la dîme qui doit fe lever fur tous les biens
» rentes & revenus des Evêchés , Chapitres , Cou-
» vens, &c. de la Bavière, eſt deſtinée à l'entretien
» du Nonce Apoftolique & de l'Evêque Hoeflelin ,
» de Cherfonèfe. Vous fentez , Meffieurs , com-
» bien il feroit odieux pour le Souverain & hu-
» miliant pour les deux Prélats dont il s'agit
» s'il falloit mettre un impôt fur le Clergé de
» tout un pays pour leur procurer leur fubfiftance.
» Le Clergé de Bavière contribue , comme dans
» tous les Gouvernemens bien ordonnés
» charges publiques , & cette contribution ſe lève
» fous le nom de Dime. Ce n'eſt pas une im-
» pofition nouvelle introduite en Bavière à l'oc-
» cafion du Nonce qui y réfide. La dîme eccléaux
de
fiaftique y a eu lieu dans tous les temps felon
» l'exigence des cas ; mais la perception en eft
» devenue plus régulière depuis l'année 1759.
» Depuis cette époque , elle s'eft renouvelée ,
» l'agrément du Saint Siége , de cinq en cinq ans ,
» & c'eft avec le même agrément qu'on vient
» de la prolonger pour dix ans. Vous voyez par
» là , Meffieurs , que l'affertion odieufe qui vous
» a été communiquée , eft entièrement deſtituée
» de fondement. Vous voudrez bien la rectifier ,
» & inférer cette lettre dans une de vos feuilles
» pour mieux informer le public. Je fuis , & c. »
L'Evêque de CHersonèse. »
( 94 )
·
Paragraphe extrait des Papiers Anglois.
L'efprit de réforme paroît avoir auffi gagné la
Monarchie Espagnole ; le Ministère femble s'occuper
avec activité à la mettre dans un état florif
fant , & à vouloir faire plufieurs réformes ; toutefois
la Commiffion qui a été nommée pour
examiner les fondations religieufes & autres affaires
fpirituelles , travaille fans relâche ; mais juſqu'à
préfent , il ne tranfpire rien de fes opérations ,
finon , qu'il a été envoyé des mandemens aux
Supérieurs des Ordres Religieux de St. Benoît ,
de St. Bernard , de St. Auguftin , de la Trinité
& des Chartreux , de réformer les abus qui fe
font gliffés dans leurs inftitutions. On dit auffi
qu'on traite d'une contribution d'argent , vraiſemblablement
pour fubvenir aux dépenses extraordinaires
qui fe font à préfent à la Marine , comme
étant un des objets principaux qui continuent
maintenant à fixer l'attention de notre Souverain.
Il fe remarque que les conftructions fe pouffent
avec la plus grande activité dans tous les chantiers
du Royaume , & il paroît que la Régence
a deffein de porter la Marine à cent vaiffeaux de
ligne , tant pour défendre efficacement nos vaſtes
& riches Poffeffions , que pour rendre en temps
de Guerre le commerce refpectable par notre pavillon
, & pour nous mettre fur le même pied avec
les puiffances qui prétendent à l'empire exclufif
de la mer. ( Gazette d'Amfterdam , nº. 14. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exacti
nude du Paragraphe ci-deſſus ) .
((^95 ).
Caufe extraite du Journal des Cauſes célèbres ( 1).
: L'année dernière , le nommé Chrétien fervoit ,
en qualité de domeftique , chez le fieur Berthe-
Beau , officier de la Reine , chargé des affaires du
comte de Teffé , & demeurant à l'hôtel de ce
nom dans la ville du Mans . Son maître lui donne
à porter , chez un notaire de cette ville , une fomme
de fix mille livres en argent blanc , renfermée en
quatre facs de toile. Cet argent n'arriva point à
fa deftination . Chrétien fut tenté de s'en accommoder
, & fuccomba à la tentation ; mais il avoit
fur cet argent des deffeins qui ne font pas ordi-
'naires : il projettoit de faire briller ces écus aux
d'une belle dont il étoit épris , & cela pouyeux
voit aider à commencer un petit ménage. Du
moins , quelques jours après , il fe rend au bourg
de Saint-Germain d'Andrefy , & y époufe , dans
toutes les formes , une fille mineure , nommée
Geneviève Pichereau. On ignore fi ce furent fes
nouvelles amours qui lui firent oublier fon devoir &
la probité ; mais il eft certain que fa paffion devoit
être violente , puifqu'elle lui fit oublier qu'il
étoit marié du 10 février 1774 , avec Julienné
Léturmy, à la paroiffe de Songé dans le Maine ;
que fa femme étoit vivante , & mère de trois enfans
exiftans ; ou que s'il s'en fouvint , il franchit
d'un coup tous ces obftacles. Mais il ne fut pas
affez adroit pour dérober à la connoiffance publique
, & fon vol domeſtique , & fon double ma-
(1 ) On souscrit en tout temps pour ce Journal chez
M. Desessarts , Avocat, rue du Théâtre- François ; et
chez Mérigot le jeune, Lib . quai des Augustins. Prix 181.
pour Paris , et 24 liv. pour la Province.
( 96 )
riage. Auffi il ne jouit pas long - temps des douceurs
qu'il s'étoit promifes de ce double délit.
Dénoncé & arrêté, on lui fit fon procès à la Sénéchauffée
du Mans , & il fut jugé dans toute la
rigueur des loix : la fentence le condamna à être
pendu , & fon corps à être expofé fur les fourches
patibulaires de la ville. Sur l'appel à minimâ ,
fa peine a été adoucie. Le Parlement de Paris
ayant trouvé dans les faits du procès & dans fes
lumières , des motifs d'adouciffement , l'a feulement
, par fon arrêt du 12 octobre dernier , con- J.A
damné à être attaché au carcan dans le marché
du Mans, ayant une quenouille fous chaque bras ,
& un écriteau portant : voleur & bigame ; à être
fouetté & marqué , & envoyé aux galères pour
neuf années. Sans doute que l'infamie dont le
coupable eft pour jamais & bien juſtement flétri
fuffit bien pour éteindre toute rivalité entre fes
deux malheureuſes femmes , & qu'aucune des deux
ne regrette une union fi finiftre & fi odieuſe ; mais
les plus à plaindre font les trois enfans , infortunées
& innocentes victimes du crime de leur
père.
M. le Procureur-général a appelé comme d'abus
du fecond mariage , fuivant les formes ufitées.
Le fieur Berthereau n'a pas perdu fes fix mille
livres en entier : il y en avoit une fomme de fix
cens livres remiſe à la pofte pour être envoyée
à un négociant d'Alençon , & il a été autorité à
la reprendre des mains du receveur de la poſte.
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 11. )
SAMEDI 15 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de 53'ss" le matin , & de 54' 8 " le foir.
PHASES
de la
JOURS
du
MOIS.
NOMS DES SAINTS. de
LUNE.
ffam. Aubin , Evêque. 24
4 D Latare. 25
lundi Ste Cunegonde. 26
4 mard. Cafimir , Roi. 27
merc. Virgile. 28
jeudi. Ste Colette. 29
Vend. Ste Perpétue.
30
ONL
ley , a 11
Temps moyen
au Midi yrai.
H.
O 12 28
12 16
2
11 49
11 31
20
S
50
70 35
19
10
46
29
72
figmnioidfhie..
8 fam. Jean de Dieu.
D. Paffion. 9
10 lundi Ste Doctrovée.
mard. Quarante Martyre.
12 merc. Grégoire.
13 jeudi Ste Euphrafie.
14 vend. La Compaffion.
15 fam. Zacharie , Prêtre.
16 6 D. Rameaux.
17 lundi Ste Gertrude , Vierge .
18 mard. Lubin , Evêque..
19 mere, Jofeph.
21 vend. Saint
.42 m.
du foir.
8
P.Q
Test,
10 h 28 m.
PRINTEMPS. 12
20 jeudi Joachim.
22 fam. Epaphrodite.
dumatin
23 Dim. PASQUES.
24 lundi Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
16 merc. Ludger.
27 jeudi. Jean , Ermite.
18 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
30 1 D. Quafimodo.
21 lundi. L'ANNONCIATION.
SOP. L.
26 le 22 ,20
17 h. 9 m
18 damatin.
19
20
21
CD.C
22 le 29, 34
23 h. 34 m.
124) da foir.
COURS DES EEFETS PUBLICS. 1788.
ROEYLFuFAnEUdTXiS.3.
Mardi4. Merc. S.
Jeudi6. Vend. Samedi8.
Actions.
Does
2040.42220044040.2..
1265.
393. 393.
S
42
710
Emprunt Oct.
Id. Décembre 82.56
Lot. d'Avril .... 710.
Lor. d'Octobre.. 535.
Emprunt 125 ms.4
Id. 80 millions .......
Sans Bulletin ....6.
39 395
CHANGES dus
Amf$4
Lond. 2918
L1a8m8..
Mad., ial i316
Cadix 1416d.
Liv. 100.
Gên.. 94.
5.6.67. 5.6. 55-56... Lyon. Bee,
710.9.8..17.0.778..0.1..990...
Bulletin..... 75 76 75 7576.75
Viager, 1787 ... 45 5.5 33.
1009 .... Emprunt 120ms. 10099
535.36. CHANGESdu8.
Amft.$4
455.
6.8.9.7.6.7.6.
.......77..66..
56.566.53.6.
1009 ..... 1008.7. 5. 1004. 3.4. 1003auP.
Ch.d. Empt .... 265.6426464 264 64. 264.63 ... 263 262.
Caffe d'Efcompt. 90.. 4490. 95. 4490 .... 4485. 80.. 4480. 72. 446062..
E.V. Bord ..... 686 689
sec. non fort .... 752.50.
690.
Ham. 188
Lond. 2916
Mad.. 141 186d,
Cadix 14' 176.
Liv.
100
Gên.. 94
Lyon. Pe
Payeurs, fix dernierle
689 ... 690 ..... 690.
7.5.0. 45..7.774..44..865...
mois 1737, let
urs
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 MARS 1788.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
POUR être mis au bas du Portrait de
Madame ELISABETH , peint par
Mme GUYARD, expofe au dernier Sallon.
Q UEL triomphe pour la Peinture
Dans ce chef- d'oeuvre de Guyard !
Le Tableau fait honneur à l'Art ,
Et le Modèle à la Nature.
( Par le Vicomte de Gabrielli. )
'N°. 11. 15 Mars 1788., & BlusĘ
KE
98
MERCURE
LE NOURRISSON du pays de Caux ,
FABLI A U
IMBERT , votre Mufe fertile
Eft toujours sûre de charmer ;
Fidelle au fentiment , élégante & facile ,
Le tableau le plus froid , elle fait l'animer.
Eh ! qui pourroit ne pas aimer
Le petit-fils du Bourgeois d'Abbeville ( 1 ) !
Il m'intéreffe , & je prétends rimer
Conte pareil ; prêtez -moi votre ſtyle ,
Puifque votre Muſe fertile
Eft toujours sûre de charmer ,
Dans la féconde & riante Neuftrie
Vivoit certain Seigneur dont je tairai le nom.
Briller , jouir , telle étoit ſa manię ;
La joie & le bonheur habitoient fa maiſon.
Toujours nombreufe compagnie ,
Feftins , Concerts , & plaifirs à foiſon .
Si Monfieur dépenfoit , de fon côté Madame
N'épargnoit rien. Tous deux n'avoient qu'un fils ,
Elevé fous leurs yeux , dans leur propre logis ;
Senfible , intéreffant , doué d'une belle ame ,
Qu'accompagnoit un fens exquis.
(1 ) Note de l'Auteur. Conte très- agréable de M, Imbert ,
& auquel celui- ci, au style près, pourroit fervir de pendante
DE FRANCE. 99
De cet enfant , deux luftres formoient l'âge .
On voit déjà que fes parens ,
En diffipant fon héritage ,
Lui préparoient un jour des chagrins bien cuifans.
Cette réflexion ne fe préſentant guère
A leur efpritom s'anufoit toujours :
Puis , quand l'argent manquoit , on vendoit une
terre..
d.
Aux ufuriers bientôt on eut recours.
Laffés d'accorder des fecours ,
Et d'être mal payés , ils fermèrent leur bourfe,
Il fallut vendre enfin , pour dernière reffource ,
Le château que l'on habitoit , "
Et le feul bien qui leur reftoit,
Dès-lors l'effroyable Misère ,
Aux membres décharnés , aux genoux chancelans ,
Fixa chez eux fa demeure ordinaire.
L'un après l'autre on renvoya les gens ;
On retrancha chevaux , meute , équipages.
La Nourrice jufqu'à ce jour o
N'avoit rien touché de fes gages , 2.
Et s'éloignoit pourtant fans efpoir de retour,
La voyant fur le point de quitter la demeure ,
Son Elève s'afflige & pleure ;
Il fe fouille , il n'a point d'argents
Il voudroit bien pourtant récompenfer fa Bonne?
Que fera donc ce pauvre enfant ?
Il court chercher au même inftant
E a
1:00
MERCURE
Son plus bel habit , le lui donne :
Tiens , lui dit-il en l'embraffant,
Prends cet habit , prends , ma chère Nourrice ;
Je voudrois faire plus , mais fois bien sûre au moins
Que , fi le Ciel quelque jour m'eſt propice ,
Mon coeur reconnoiffant fçaura payer tes foins.
Aimable enfant ! puiffent les deftinées ,
Secondant à l'envi tes penchans généreux ,
T'accorder de grands biens & de longues années ;
Et puiffent tes vertus , du fuccès couronnées ,
Te rendre heureux toi-même en faifant des heureux !
( Par Mme, Laugier de Grand-Champ. )
LA Prévoyance paternelle. a
UN pauvre venoit d'être père ;
On fe difoit , que deviendra
Cet enfant qui le nourrira !
Irus manque du néceſſaire :
Mon Dieu ! leur dit le pauvre hère ,
Il fera plus heureux que moi ;
Souvent pour être trop ingambe ,
Je n'ai mangé que du pain bis ;
Je vais , ... en lui rompant la jambe
Donner un état à mon fils.
( Par M. le Comte de la M...)
DE FRANCE. IOT
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Poiſſon , celur
de l'Enigme eft Charbon, celui du Logogriphe
eft Souci, où l'on trouve Io, Soc , Suc, Cu,
Oui , Sou , Sou , Si , Ou , Cos , Cou.
CHARADE.
Pour les Amans , mon premier a des charmes ; OUR
Mon fecond fur ton cou flotte négligemment ; .
Et pour mon tout , par un attrait puiffant
1.
L'Amour a dépofé fes armes.
( Par L. de Rochemont. )
ENIGME.
FILs d'une mère mépriſée ,
J'ai le plus bizarre deftin ; "3
Je parle grec , françois , latin }
J'excite fouvent la rifée ,
Quelquefois l'applaudiffement.
C'eſt par mon fecours qu'un Amant
A fa chère Amante fe lic
En dépit de l'éloignement :
Mais, malgré ces marques de vie ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , langue , ni ſentiment.
( Par M. de L***** . )
102 MERCURE
JE
LOGO GRIP HE. ----
E fuis utile au monde ; & le crime & l'honneur
Reçoivent par mes foins la gloire ou Pinfamie ;
La chute des Etats , les efforts du génie ,
C'eft fur ces grands objets que s'affied ma grandeur.
Le Temps brife à mes pieds fa faux vaine , impuif-
*fante ;
a
Et mon pouvoir magique évoquant des tombeaux
Les Miniftres, les Rois , les Savans , les Héros ,
Rend au monde étonné leur ombre renaiſſante .
De mes huit pieds, Lecteur , les divers changemens
T'offriront tour à tour le nom de ta Bergère ;
Du plaifir , de la joie , un des naïfs enfans ,
Qui , jouant für Iris , te la rendent bien chère ;
Ce Maître à qui tu dois ton reſpect, ton araour;"
Ce métal , dont l'abus read les coeurs infenfibles ;
Ce temps fi défiré contre les feux du jour ,
On fortant du boudoir , les Beautés font viſibles ;
Un mot doux , enivrant , marquant l'intimité ;
Une note ; un oifeau ; l'homme qui t'importune ,
Fléau , las trop fréquent dans la Société ;
De nos champs , de nos bois la mefure cominrune' ;
Une paffion forte ; une charmante fleurs
Un des enfans du luxe , étoffe précieuſe ,
Qui de l'humble indigent diftingue la grandeur :
Enfin , chez les Anciens une ville fameufe.
(Par M. Garnier, Commaire Feudifte. )
DE FRANCE. 193
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU général de l'Empire Othoman
divifé en deux Parties , dont l'une com
prend la Légiflation Mahometane, l'autre
l'Hiftoire de l'Empire Othoman . Dédié
au ROI DE SUÈDE, par M. de M***
D'OHS SON , Chevalier de l'Ordre de
Wafa, Secrétaire de S. M. S. , ci-devant
fon Interprète & Chargé d'Affaires à la
Cour de Conftantinople. Ouvrage enrichi
de Figures. Tome Ier.; in-folio. A Paris,
de l'Imprimerie de MONSIEUR.
LE Difcours préliminaire qui accompagna
, l'année dernière , le Profpectus de ce
fuperbe Ouvrage , & qui fut rapporté à la
fuite du Mercure de France , a fait connoître
le plan , la nature , l'importance de cette
entreprife : le premier Volume , aujourd'hui
publié , en commence l'exécution & en
juftifie le deffein.
Nous avons dit ailleurs , & nous répéte- ,
rons que jufqu'ici , à l'exception de l'Hif
toire Othomane du Prince Cantemir , &
de quelques morceaux épars dans les Voya-
E 4
104 MERCURE V
ges , ou dans les Livres qui ont traité de
a Légiflation religieufe des Mahométans ,
nous n'avions fur le Code général , fur les
principes des Coutumes , & fur les Annales
de l'Empire Othoman , que des erreurs ou
des lumières incertaines. Quand les récits.
& les opinions contradictoires des Ecrivains
ne prouveroient pas cette vérité , elle deviendroit
palpable à la lecture de l'Ouvrage
de M. de M*** d'Ohlſon ( 1 ) .
On nous avoit dit & redit conftamment
que l'univerfalité des Loix Othomanes étoit
comprife dans le Cour'ann , & voici un
Code immenfe de Loix Religieufes, Civiles,
Politiques , Militaires , refté inconnu à nos
Voyageurs ; quoique , depuis des fiècles , il
format la règle & la pratique de l'Empire.
Si donc fes Loix mêine ont échappé à ceux
qui prétendoient le décrire , quelle opinion
prendre de leurs jugemens ? Comment
n'auront- ils pas confondu les abus de l'Adminiftration
avec les principes du Gouver-
( 1 ) Il faut excepter de cette foule d'Auteurs
deux hommes qui avoient pénétré l'efprit général
de la Loi Mufulmane & le vrai caractère du Gouvernement
Othoman ; ce font Voltaire , dont le jugeanent
étoit fi droit lorfque les préventions ne l'égaroient
pas ; & M. Porter , Envoyé Britannique à
Conftantinople . Quant au Prince Cantemir , fon
Ouvrage cft une Chronique très- abrégée ; les règnes
les plus mémorables difparoiffent dans ces Annales
chronologiques , dont l'Auteur , mécontent
de la Porte , n'eft pas toujours impartial.
DE FRANCE. 105
ر
nement , les préjugés avec la Doctrine
l'inobfervation de la Loi avec la Loi même ?
Dans les peintures inexactes qu'on a tracées
des Coutumes , des moeurs & des cérémonies
Othomanes , le but & l'origine
de ces ufages ont donné lieu à mille méprifes
la connoiffance approfondie de la
Légiflation , du Culte & de l'Hiftoire , peut
aider feule à en rendre raifon ; alors ce
qui paroiffoit ridicule devient fenfé. Veuton
étudier le cours des viciffitudes politiques
de cet Empire ? il faut en rechercher
les caufes. Elles font difcerner ce qui fut
accidentel de ce qui eft néceffaire, l'ouvrage
des circonstances des effets de vices fondamentaux
, enfin les remèdes qu'on peut tirer
de la Légiflation contre les abus.
1
Mais l'on apperçoit facilement la difficulté
de ces recherches fur les Loix , fur la
Religion , fur l'Hiftoire , chez une Nation
peu communicative , à qui fes dogmes &
fon ignorance même infpirent le mépris des
Etrangers , qui s'inquiète de leur curiofité
& aux yeux de laquelle l'inveftigation de
fes ufages par un Infidèle , peut paroître
une profanation. D'ailleurs la croyance religieufe
qui nous fépare des Muſulmans
s'étend également dans la Société ; il eft
donc prefque impoffible de s'inftruire bien
dans un pays où l'on ne forme aucunes
liaifons de confiance. L'accès auprès des
Grands , des Officiers d'Etat , des Gens
de Loi , feuls dépofitaires de la ſcience , eft
ES!
106 MERCURE
rarement ouvert. La Langue , le choix des
Livres à confulter , les éclairciffemens qu'ils
exigent , font de nouveaux obſtacles. Les
eût-on tous furmontés , il refteroit encore
à vaincre le pire de tous , celui de fes propres
préventions. Combien d'années avant
d'avoir triomphe de l'empire de nos habirudes
, & d'être en état de porter fur des
moeurs abfolument nouvelles à nos yeux ,
un jugement libre des impreffions par lef
quelles notre intelligence a été fubjuguée
au milieu de nos concitoyens ?
M. le Chevalier de M*** étoit à l'abri
de ces préjugés , puiſqu'il eft né à Conftantinople
, & qu'il a quitté la Turquie
pour la première fois , âgé de plus de 40
ans. Mais lui - même a expofé , dans fon
Difcours préliminaire , fes titres à la con- ´
fiance publique ; ils font tels , que les Othomans
eux-mêmes rendent hommage à fes
profondes connoiffances & à fa fagacité.
C'eft fur la Religion que porte l'édifice
entier de la Conftitution de l'Empire ; c'eft
en leur qualité de fucceffeurs des Califes
, que fes Souverains font en droit de
le gouverner ; ici les deux glaives font
réunis , aucune diftinction entre le facerdoce
& le pouvoir fuprême. Les Loix Canoniques
font par conféquent chez les Mufulmans
des Loix politiques fondamentales
; Loix d'autant plus facrées , qu'elles
forment le feul titre dès Souverains à l'autorité
, le ſeul lien des Peuples à l'obéiffanse .
DE FRANCE. 107
Les obligations qui dérivent de ce Code
Théocratique , reçoivent de l'enthouſiaſme
religieux une force infiniment fupérieure à
l'influence mobile & paffagère de l'opinion.
Il en résulte un Gouvernement defpotique
dans le fens primitif de ce mot , c'est-àdire
, une réunion de tous les attributs de
la fouveraineté abfolue dans les mains du
dépofitaire du Califat , mais nullement
un Gouvernement arbitraire le Prince ne
commande & n'eft obéi , qu'en vertu de
Loix fixées , dont le renverfement ou la
feule altération mettroit en péril & fon
trône & fon exiſtence.
Le Code Univerfel dont M. de M*** nous
procure la connoiffance , porte le nom de
Multeka : il fut rédigé fous Suleyman I, par
le célèbre Imam Ibrahim -Haleby ; c'eft le
réfumé de tous les anciens Livres Canoniques
, des décifions des Imams Fondateurs
des quatre Rits orthodoxes , & le Recueil
général des règles de Jurifprudence & d'Adminiftration
publique. Quant aux Dogmes
de l'lflamifme , ils forment un Ouvrage
féparé , qui fert d'introduction & de fondement
au Code Multeka. Omer - Neffefy
compofa au commencement du douzième
fiècle ( Ere Chrétienne ) , un Abrégé de
tous les Livres de Légiflation religieuſe •
cer Abrégé , avec les Commentaires fubfé
quens , préfente en LVIII articles de Foi
l'effence de la Doctrine Mufulmane .
M. de M*** ayant commencé fon Ou-
E 6
108
MERCURE
vrage par le Code religieux , la partie dogmatique
de ce Code eft développée & traitée
la première ; viennent enfuite la Partie rituelle
& la partie morale : cette dernière ,
ainfi que l'article du jeûne & celui du pélerinage
de la Mecque , l'un des plus curieux
de ce Recueil , ont été renvoyés au
fecond Volume.
Il ne faut pas croire que ce tableau du
Code religieux fe réduife à l'énoncé du
Texte Canonique , à la Traduction de fes
Commentaires , ni à des glofes fur la Jurifprudence
& le Catéchifme Muſulmans ,
femblables à celles dont nos Docteurs ont
orné ou déshonoré le Droit Romain . Le
Texte & les Commentaires confacrés de la
Légiflation religieufe , font ordinairement
très-courts. Leur intelligence comme leur
intérêt réfultent des Obfervations & des.
difcours généraux qui fuivent chaque Chapitre
& chaque Code . Dans le cadre de
ces Obfervations , fruit des recherches &
du travail infatigable de M. de M *** , il
a raffemblé l'Hiftoire des opinions chez les
Mahométans , celle des Coutumes & des
préjugés d'où naquit l'efprit de leur Culte
& de leur Légiflation , les variations de la
Doctrine religieufe , une multitude de faits
qui en déterminent le caractère & l'application
; enfin , les fuperftitions introduites
par le temps , ' repoullées par la Loi , & dont
P'influence, trop fouvent victorieufe, décida
plufieurs fois du fort de l'Empire.
DE FRANCE. 109
L'Auteur , maître de fon fujet , en a clairement
formé & diftribué le plan . Malgré
la prodigieufe variété des matières , il les
a claffées dans le plus grand ordre , & ce
mérite , maintenant fi rare , de la méthode ,
eft la plus fûre preuve des forces de l'Ecrivain
.
›
Dans le cours de quelques pages , M. de
M *** a tracé le tableau des révolutions
opérées en différens fiècles & dans plufieurs
Etats Mahométans , par les fchifmes , les
controverfes , & les difputes de Religion .
Ces divifions qui partagèrent le Califat , &
qui enfanglantèrent l'Orient , avoient été
jufqu'ici une fource d'hypothèſes pour les
Savans. M. de M*** a éclairci ces obfcu-
Tités hiftoriques, en développant rapidement
& avec exactitude , la nature de ces fchifmes
, qui prirent naiffance immédiatement
après la mort de Mohammed.
La plus éclatante de ces héréfies fépare
encore aujourd'hui les Perfes & les Othomans.
Elle fut adoptée par le Schah Ifmaël
, Fondateur de la Maiſon des Sophis .
Selim régnoit alors à Conftantinople ; il fe
mit à la tête d'une puiffante armée pour
combattre l'héréfiarque , & fit précéder cette
expédition d'une lettre ou fommation écrite
de fa main au Schah Iſmaël. Cette miffive
peint l'efprit du fiècle , le ftyle oriental , le
génie particulier , & l'érudition de Selim
l'un des Héros de la race Othomane.
?
Après avoir reproché au Schah Iſmaël
ΧΙΟ MERCURE
و د
و د
"
"
و د
ود
fes impiétés , fes cruautés , fes profanations
, il continue en lui difant : » Enflammé
» du défir d'affermir d'une part le Muſulmanifme
, & de l'autre de délivrer de ton
joug les Peuples , les Nations , les foibles
" créatures qui gémiffent fous le poids de
» ton impiété & de ton oppreffion tyrannique
, nous avons réfolu de quitter nos
» ornemens impériaux , pour nous revêtir
» de la cuiraffe , de déployer nos drapeaux
» toujours heureux & triomphans , de met-
» tre fur pied nos armées invincibles , de
» tirer nos armes du fourreau de notre
» colère & de notre indignation , & de
» faire marcher nos troupes , dont le fabre
» ne fait grace à perfonne , dont la lance
" porte des coups inorrels, & dont la flèche
» atteint l'ennemi jufque dans la conftella-
» tion du Sagittaire . En conféquence de
» cette réfolution noble & ferme , nous
» fommes entrés en campagne ; nous avons
déjà traversé le canal de Conftantinople
» & marchant fous les ailes de la protec-
» tion & de l'affiftance du Très -Haut , nous
efpérons aller bientôt t'abattre le bras
» de méchanceté & de tyrannie ; t'ôter de
la tête ces fumées de grandeur & d'héroïfme
qui te caufent d'affreux étourdiffemens
; délivrer les foibles & les opprimés
du joug de ta domination ; t'é-
" touffer enfin dans ces mêmes tourbillons
» de flammes & de fumée , que vomiffent
» de toutes parts les incendies de tes pro-
و د
و د
ود
ود
و د
DE FRANCE. III
» jets pervers ; vérifiant par là fur ta per-
» fonne le proverbe qui dit : Celui qui
» sème des épines ne peut moiffonner que
» des afflictions & des amertumes . Cepen-
» dant , pour nous conformer à l'efprit de
» la Loi de notre Saint Prophète , nous
voulons , avant que d'en venir aux armes
» te préfenter , au lieu du fabre , le facré
Cour'ann , & t'exhorter ainfi à embraſler
la Foi orthodoxe : c'eſt pourquoi nous
t'écrivons la préfente Lettre Impériale.
>>
•
Chaque homme a un naturel différent ,
» & l'espèce humaine eft comme les mines ,
" d'or & d'argent. Il eft des hommes dont
le caractère pervers forme une feconde
» Nature ; ce font des Nègres qu'on s'efforceroit
en vain de blanchir. Il en eft
» d'autres qui fe corrigent , qui reviennent
» de leurs erreurs & de leurs égaremens ;
mais chez eux , le mal n'eft pas invétéré ,
" parce qu'attentifs fur eux - mêmes , ils
répriment les inclinations vicieufes de la
» Nature .
»
"
}
» Nous t'exhortons en conféquence à
» rentrer en toi-même , à renoncer à tes
» erreurs , & à marcher d'un pas ferme
» vers la voie du falut ...... Mais fi , pour
» ton malheur , tu perfiffes dans ton égarement
, tu verras bientôt ces vaftes plaines
qui font fous ta main de tyrannie & d'ufurpation
, garnies de nos tentes & de nos
» brillantes enfeignes , & couvertes de nos
» armes victorieufes . Ce fera là que s'exer
"3
"
و د
112
MERCURE
"
» ceront la valeur & l'intrépidité , & que
s'accompliront les décrets arrêtés dans le
Confeil fecret du Très -Haut , qui eft le
· Dieu des armées , & Souverain Juge des
» actions humaines. Au refte , falut à qui
» fuit la voie du falut «.
93
"
"
Cette Lettre fingulière fe trouve dans les
anciennes Annales de la Monarchie , rédigées
par le Mouphty Hiftorien , Sad- ed din
Effendy. Le Schah Ifmael y répondit dans
un ftyle plus laconique & moins étudié ,
inais auffi fier & auffi arrogant. Les évènemens
de cette première guerre entre les
Othomans Sunnys & les Perfans Schys ,
juftifièrent le ton de Selim I , vainqueur partout
, conquérant de la Syrie , de l Egypte
de la Mecque , de Médine , & de tout le
Hidjeaz.
L'article de la prédeſtination eft un des
plus importans de ce Volume ; il démontre
la faulleté des opinions que les Voyageurs
ont répandues à ce fujet. Ce dogme , par
la Loi même que rapporte M. de M***
s'applique exclufivement à l'état fpirituel de
l'homme ; fon extenfion aux chofes temporelles
eft l'ouvrage du préjugé réfumons
quelques paffages de cette difcuffion qui
fixe tous les doutes.
" Le fatalifme , chez les Mufulmans , fe
» réduit à ces trois points généraux : 1 ° . que
la prédeftination ne regarde que l'état
fpirituel 2 ° . qu'elle n'embraffe pas tout
» le genre humain , mais feulement une
"
"
DE FRANCE. 113
כ
partie des mortels , prédeftinés , avant
feur naiffance , à être du nombre des élus
» ou des réprouvés : 3 ° qu'elle n'a aucun
» rapport à l'état moral , civil & politi-
» que , parce que dans les principes de la
» Religion , l'homme n'eft jamais privé de
" fon libre arbitre «. Telle est l'opinion
des Mouphrys & de tous les Docteurs de
la Loi. Malgré ces reftrictions légales ,..
un préjugé toujours dominant étend l'influence
du fataliſine aux actions civiles &
morales. Le Peuple , les efprits vulgaires
les Monarques quelquefois , en font im-
- bus. De là , cette eſpèce d'engourdiffement
léthargique où vit la Nation Mufulmane
& la réfignation avec laquelle elle fupporte
fans trop d'examen, les évènemens fâcheux,
Tes accidens particuliers , & les malheurs publics.
و د
ce
» Le Mufulman qui voit fa fortune ré-
» duite en cendres ou enlevée par une main
» avide , l'individu frappé de la contagion ,
» le Marin qui périt au pied d'un rocher
» par l'inhabilité du Pilote , le malade vic-
» time de l'ignorance d'un Empirique , tous
» fe foumettent à leur malheureux fort ".
Cependant l'influence de ce fyftême défaftreux
n'eft pas toujours également puiffante
; plufieurs Chefs de la Religion &
de l'Etat ont fu y réfifter. Omer donna ce
falutaire exemple en fuyant la pefte qui défoloit
la Syrie ; Bajezid II & d'autres , appuyés
fur les principes de la Loi , fur les
*
114 MERCURE..
préceptes & la pratique conftante des quatre
premiers Califes , eurent la même fagéffe
; elle pourroit devenir générale , d'autant
plus aifément , qu'on combattroit le
préjugé cóntraire, le Cour'ann à la main .
ور
ود
"
Rien de fi oppofé d'ailleurs au dogme
» du fatalifme , que la conduite journa- .
» lière des Mufulmans . Ceux même qui l'adoptent
d'une manière abfolue, ne laiffent »
" pas de recourir aux reffources de l'Art ,
» de la Science , de l'intrigue , de la pro-
» tection , pour foulager leurs maux , pour
» avancer leur fortune , feconder leur am-
" bition. Les Califes , & les Sultans qui
» ont fait mettre à mort tant de Princes
» collatéraux , dans la feule vue de préve-
» nir des troubles ou d'affurer le trône à
leurs propres enfans , n'ont affurément
pas confulté la prédeftination , en pro-
" nonçant ces arrêts barbares « . -
وو
Il est une autre caufe puiffante du maintien
de ce préjugé , que M. de M *** indique
& développe avec beaucoup de fagacité.
Ce n'eft point par défaut de lumières
ou de raifon , que l'on voit fouvent des
Miniftres attribuer aux arrêts du Ciel , le.
fort de l'Etat en général ; cette feinte eft .
l'ouvrage de la Politique. » Le fatalifme fert
» de bouclier contre les fureurs du Peuple
» dans tous les évènemens fâcheux . Tandis
que , d'un côté , il eft careflé
» des ames foibles & indolentes , qui s'ent
» font un orciller far lequel ils pofent la
"
ور
par
DE FRANCE.
MIS
"
tête & s'endorment ; de l'autre , il fert
» d'arme tranchante dans les mains habiles
» & vigoureufes, pour exécuter fans plain-
» tes ni murmares , des projets de la poli-
» tique & de l'ambition . Les efprits élevés,
» loin de fe laiffer enchaîner par des opinions
vulgaires , s'en fervent au con-
» traire , felon les circonftances. Ainfi ces
» préjugés , quelque funeftes qu'ils foient
produifent fouvent d'heureux effets. Ils .
» foutiennent & relèvent la valeur de la
» Nation , & garantiffent quelquefois l'Etat
» de ces convulfions que les malheurs publics
entraînent après eux . «.
"
3?
Peu de parties de l'Hiftoire d'Orient ont.
été jufqu'ici plus enveloppées de ténèbres
aux yeux des Européens , que le tableau des
-roits, des dynaſties, des révolutions du Ca-,
lifat. On n'avoit pas même une généalogie
exacte de ces Pontifes , ni la Carte géogra-.
phique de leur domination . L'Anglois Sale ,
tout judicieux & inftruit qu'il étoit, a commis
de graves erreurs à cet égard dans fes
favantes Obfervations fur le Mahométifme.;
En confultant & en comparant les feules
fources authentiques , M. d'Ohffon a tracé
d'une main fure , l'Abrégé hiftorique de l'élévation
rapide , du déclin & de la chute
de cette immenfe Monarchie. Ce morceau ,
où le trouvent réfumées en quelques pages
les plus vaftes connoiffances , éclaire en
quelque forte tour le reste de l'Ouvrage.
On y voit , felon la remarque profonde de
116 MERCURE
و ر
و ر
و د
و ر
1
» l'Auteur , que Mohammed , qui fit des
Arabes une Nation de foldats , un Peuple
de Héros , eût rendu fa puillance
plus vafte & plus durable que celle des
Romains , fi , à leur exemple , il eut fair
précéder les conquêtes par l'établiffement
» d'une fage Adminiſtration , ou fi fes fuc-
» ceffeurs , marchant fur fes traces , euffent
» fuivi l'efprit de fon plan , & adopté les
» maximes des deux premiers Califes , fur-
» tout d'Omer , l'un des plus grands Hommes
qu'ait produits l'Afie «.
ود
Le facerdoce des fucceffeurs de ces quatre
premiers Vicaires du Prophète , ayant été
conftamment regardé comme un Califat
imparfait , les Chefs de la Maiſon Othomane
, en héritant de cette dignité ſuprême
depuis Selim I , ne prennent que le titre
d'Imans des Mufulmans . Sous cette dénomination
fixée par la Loi , ils font Pontifes
fuprêmes , comme ils font Souverains
fous celle de Sultan.*:
"
La Religion ayant rendu ces deux pouvoirs
indivifibles , & fixé l'unité du commandement
, il en résulte , 1 ° . que les Etats Mufulmans
ne peuvent avoir d'autre Conftitution
que la Monarchie : 2 ° . que les Souverains
doivent s'interdire tout partage d'autorité
, & tout démembrement.
» Par une fuite de ces principes , tous
" les Souverains qui fuivent les quatre Rits
» orthodoxes , font envifagés comme au-
» tant de Membres réunis fous l'autorité
DE FRANCE. 117
facerdotale du Grand Seigneur , en fa
qualité de premier Iman & de Vicaire
» de Mohammed . Les uns ,
, כ
"3
و ر
pereur de Maroc , les tels que l'Em-
Princes
» cantons de l'Arabie , des Indes & du
refte de l'Orient , ne reconnoiffent que
fon autorité fpirituelle ; les autres, comme
» les trois Régences d'Afrique , rendent
" encore hommage à fa fouveraineté temporelle
ور
De ce point de doctrine , encore plus
que des confidérations politiques, naquirent
les plus fortes oppofitions au démembrement
de la Crimée , & à l'indépendance
de fon Chef , au moment de la paix de
Cainardjé. Le Kan devoit refter fous la
fuprématie fpirituelle du Grand- Seigneur ,
les Mollas & les Cadis à fa nomination.
On fent , d'après cela , combien fut épineufe
la négociation fubféquente , que termina
, en 1779 , la Convention d'Agnaly-
Cawak ; négociation qui eût échoué, » fans
» l'habileté de M. le Comte de St.- Prieft ,
dont la fageffe fut concilier les intérêts
de la Religion d'une part , & ceux de
» la politique de l'autre , entre les deux
»" Puiffances contractantes ".
2
Nous pafferions les bornes où nous devons
nous renfermer , en nous arrêtant à
la multitude de détails didactiques , hiftoriques
ou defcriptifs , qu'offrent les Chapitres
de la Prière de la Circoncifion , des
Sepultures , des Prêches , de la Dime au718
MERCURE
monière. En lifant ces morceaux du plus
grand intérêt , les Savans même feront forcés
d'avouer que nous ne connoiffions pas plus
la doctrine , les moeurs & les coutumes
des Othomans , que nous ne connoiffons
celles de la Nubie.
Dans les obfervations explicatives du Chapitre
V , Liv. III , qui traite des temples ,
M. d'Chiffon a raffemblé une foule de traits
curicux , & de notions utiles fur les Mofquées
, fur les Imarcths , foit Hôtelleries ,
où l'on diftribue chaque jour aux Etudians
pauvres & aux indigens , du pain , du
mouton , des légumes , & une petite libéralité
en argent , fur les Hôpitaux des ma--
lades & ceux des foux ; fur les Ecoles
publiques ; fur les Colleges Medrelles. Ce
dernier article met le Public à portée d'apprécier
l'état actuel des connoiffances chez
les Othomans , auffi éloignés encore de nos
"lumières , qu'ils le font de la barbarie qu'on
leur a fi légèrement reprochée dans quelques
livres nouveaux . Le morceau des Bibliothèques
publiques eft un Supplément
de celui dont nous venons de parler : l'Auteur
y rapporte l'Hiftoire authentique de
I'Imprimerie à Conftantinople , le Fethwa
très fenfé , & le Refcrit non moins fage "
du Grand- Seigneur pour autorifer & proté
ger cet Art, enfin la nomenclature des Livres
imprimés. Ce premier Volume eft terminé
par l'article des Wakfs , foit biens confacrés
aux Mofquées ou à des fondations,
-
DE FRANCE. 119
C'est une des parties de ce Livre qu'il faut
lire avec le plus d'attention ; les Wakfs
intéreffant à la fois la Religion , la Politi
que & les Finances de l'Empire. Aucun
étranger n'avoit encore bien connu les
règles , l'ufage , les divifions , & le régime
de ces dépôts , qu'on a ridiculement confondus
avec les donations pieufes de l'Europe
Chrétienne.
1
>
Cet Ouvrage mémorable eft écrit d'un
ftyle fage & conforme au fujet. Point de
déclamations , de plaifanteries infipides
de réflexions bavardes ; nul apprêt : dans les
matières didactiques , l'Auteur eft clair &
précis ; dans les defcriptions & les récits ,
rapide & foutenu . Ce feroit faire injure à
un livre de ce genre , que de célébrer la
magnificence de fon exécution typographique.
C'eft -un des plus beaux monumens
de l'Imprimerie Françoife : les gravures
ont été conduites par des Artiſtes diftingués
, & feront encore plus importantes
dans le fecond volume , que M. d'Ohffon
va mertre fous preffe au premier jour,
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
120 M E.R.C.U RE
F
NOUVEAUX Contes Arabes , ou Supplé
ment aux Mille & une Nuits , fuivis de
Mélanges de Littérature Orientale & de
Lettres , par M. l'Abbé *** . A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
·
L'IDEE de donner un Supplément aux
Mille & une Nuits , eft heureuſe . Le fuccès
de cette première Traduction a été ſi général
, qu'il eft étonnant qu'on ne nous en
ait point donné de fréquentes Imitations.
Nous n'avons eu que les Contes des Génies
qui aient été fupportables ; les autres
Productions du même genre s'éloignent
-trop de la réferve & de la décence de l'A
-pologue , de cette auftérité morale qui a
fur-tout fait eftimer les Fables d'Efope. On
pouvoit comparer nos Contes Orientaux
-écrits en France , à ces Fables Sibaritiques ,
qui ne retraçoient que des actions plaifantes
ou lafcives. On pouvoit même aller
plus loin , & les affimiler aux fictions
Libyques, Ciliciennes ou Cipriaques , qui ,
au lieu d'être des Apologues , n'étoient
en effet que des Romans. Affurément Martin
Luther , qui affiniloit l'Apologue ancien
aux Livres facrés , auroit bien un autre
langage , s'il y avoit retrouvé le ton de
nos Modernes . Le Recueil des fictions Grec-
3
·
ques
DE FRANCE. 121
1
ques ferviroit , au befoin , de Commentaire
à l'Hiftoire de la Grèce. La plupart peignent
autant les affaires publiques , que
les moeurs privées . L'Apologue , dit Saint
Auguftin , n'eſt point un menfonge , il eſt
plutôt une image de la vérité . Efope
Phèdre , & les plus habiles Conteurs , ont
recueilli des Proverbes courans , & c'eft
en cela que leurs fictions font intéreffantes
, & rendent fidèlement l'efprit & le caractère
des peuples pour lefquels ils trayailloient.
Leurs moralités étoient des
Sentences déjà reçues. Il étoit même eſſentiel
de ne point s'écarter de cette Morale
pure , qui étoit la bafe des devoirs & des
récompenfes , & qui fuppléoit , par l'influence
qu'elle avoit fur les efprits , à
l'infuffifance des Loix. De là vient que
Salomon invitoit les peuples à interpréter
la Parabole , qui n'étoit qu'une Sentence
allégorifée.
1
Ut detur parvulis afturia , adolefcenti fapientia &
intellectus.
1
On exigeoit en outre que l'Auteur de l'Apologue
& de la Fable narrât avec rapidité
, qu'il refferrât fon plan , & qu'il ne
fît pas un Roman. Le femper ad eventum
feftina, tant recommandé par Horace , s'appliquoit
fur- tout à la Fable , au Conte ,
à l'Apologue.
2
On fait que les Fables font venues des
No. 11 , 15 Mars 1788,
F
122 MERCURE !
,
Orientaux , que les Indiens , les Hébreux ,
les Perfes , les Egyptiens , les ont prifes &
confervées ; on a cru que la crainte du Defpote
a déterminé les Fabuliftes Orientaux
à s'envelopper d'un voile : fi cela étoit , il
faudroit croire qu'il y a eu par- tout des
Defposes, ce qui feroit contre la vérité hiftorique.
Il eft plus naturel de penser que
l'Allégorie eft une production du climat
Oriental, comme la Phyſique l'a été du Nord.
On trouve le ton & le voilę oriental , dans
l'Ecriture-Sainte . Joatham , fils de Gédéon
fait connoître aux peuples de Sichem la
faute qu'ils avoient commife d'élire Abimelech
pour leur Roi. Joas , Roi d'Ifraël
youlant confondre Amafias , Roi de Juda ,
qui le déficit au combat , lui dit que le
Chardon du Liban voulant époufer la fille
du Cèdre , fur foulé aux pieds par les bêtes
de la campagne. Certainement Joas ni Joatham
n'ont craint les Defpotes ; ils fe font
exprimés comme on devoir parler à des
peuples , dont toute la fageffe étoit renfermée
dans les Paraboles , les Enigmes , les
Hieroglyphes , les Apologues & les Fables,
Récapitulons maintenant les trois fortes
de mérite qu'on exige dans les Contes ou
Apologues Orientaux ; briéveté, morale épuréc,
allufions caractériſtiques. L'Auteur des
Mille & une Nuits n'a pas toujours atteint
se but , & il s'en faut bien qu'il y ait couru ,
celui du nouveau Recueil peut , à plus
jufte titre , fe flatter d'y être parvenu . Ses
DE FRANCE. 123
,
Contes n'ont point trop d'étendue , fa morale
eft bonne ; le fujet eft en général établi
fur une Sentence reconnue & fur ce que
Phèdre & Elope ont avoué être les Proverbes
courans , l'expreffion de la fageffe
& de l'opinion vulgaire . Quant aux allufions
& aux reffemblances nationales , l'Auteur
ne paroît point s'être affez attaché à
les faifir , & rien , dans le vrai , n'eft moins
facile. Il fait quelquefois s'approprier les
métaphores , les inverfions & les allégories
Orientales. Les expreflions font fouvent heureuſes,
& fouvent il trouve la couleur propre.
Nous aurions défiré, dans les dénouemens
de fes Contes, plus de variété , & une
teinte un peu plus gaie. Mais il n'en eft
point qui ne foit intéreffant . Il aime à retracer
les vertus d'une bonne mère , d'un
bon père , & les graces de l'enfance . On
peut lire le Conte qui a pour titre l'Horof
cope , l'Hiftoire de Meleckschah & de
· Schahkadoun , celle de Mach Allah & de
Beherdjour.
→
Les Contes font fuivis d'un Recueil d'Anecdotes
Orientales , qui font bien choifies.
La royauté feroit une belle chofe , fi
elle duroit toujours , difoit Kofroès . - Si
elle duroit toujours , elle ne feroit pas venue
jufqu'à nous. Quatre chofes dont il faus
fe défier , l'amitié des Grands , les careffes
d'une femme , les complimens d'un rival ,
la chaleur du foleil pendant l'hiver. Rien
de tout cela n'eſt permanent. Quelque
-
F 2
124 MERCURE
traits divers précèdent des Fragmens érotiques
tirés de divers Auteurs Arabes . Le
premier Fragment nous a paru rempli de
chaleur , & d'une douce volupté. Des penfées
détachées, des Elégies fuivent ces Fragmens.
Les Adages qu'on y a joints font peu
communs ; la morale n'en eft point triviale ,
-
-
Le Savant eft dans fa patrie , ce que l'or
eft dans le creufet qui l'épure. Il n'y a
que la mort qui faffe taire l'efpérance .
Chaque jour de ta vie eft un feuillet de ton
hiftoire. Le premier degré de la colère ,
c'eft la folie ; le dernier , c'eft le repentir.-
Un Roi n'a plus d'amis , un envieux plus
de repos , un menteur plus de crédit. -
N'efpérez pas recueillir où vous n'avez point
femé, Il ne faut qu'un peu de fiel pour
gâter beaucoup de miel . -Le grand Homme
eft un but contre lequel l'Envie dirige fes
traits,
Ce Volume eft terminé par des Lettres
fur la Littérature Arabe , qui annoncent
une lecture fuivie de tous les Auteurs qui
ont recueilli les Ouvrages des Fabuliftes
anciens & modernes. Les différens caractères
de l'Apologue chez les Grecs & chez
les Arabes , font bien faifis & diftingués,
L'Auteur auroit pu s'étayer de quelques
citations qui auroient rendu fa diflertation
précieufe & utile, Il pouvoit préfenter un
tableau inftructif de la Littérature des Arabes,
trop peu connus ; car notre Littérature
reffemble à notre Médecine ; l'une & l'autre
DE FRANCE. 125
doivent tout aux Efpagnols , & ceux- ci tout
aux Arabes. On fe plaint en France de lá
multiplicité des Génies , & de l'abondance
des Ecrivains ; trouvera-t-on cependant un
Chanfonnier auffi fécond qu'Albufarage,Auteur
des Agani , ou Vaudevilles Orientaux ,
qui a compofé 117 Volumes durant une
très-courte vie ? Des recherches fur la Lit
térature ancienne des Arabes , feroient trèscurieuſes
, & ferviroient à rectifier l'erreur
dans laquelle des Ecrivains tombent fouvent
à l'égard d'un peuple qu'on accufe injuftement
d'ignorance . L'Auteur croit qu'Elope
& Lockman ne font qu'un ; mais s'il avoit
confulté l'Alcoran , il fauroit que ce livte
facré fixe l'existence de Lockman au temps
du Roi David , ou de Jofias ; ce qui ne
s'accorde guère au règne de Créfus , où vivoit
Elope. Le portrait que Plutarque fait
d'Efope , n'eft pas le même que celui qui
nous a été tranfmis de Lockman , qui reffemble
bien plus à Bidpai , & qui pouvoit
n'être qu'un avec ce fage Indien. Les Italiens
viennent de publier un Ouvrage intitulé
Litteratura Turchefe, qui remplit à peu
près l'objet que nous propofons à l'Auteur
des nouveaux Contes Arabes. Il en résulte
des noticns vraies fur les Lettres & les
Sciences tranfmifes par les Arabes aux Turcs.
On y voit qu'elles font beaucoup au deffus
du préjugé que nous en avions . Les Voya
geurs Chandler , Milady Montague , Pockoke
, Wekler , nous avoient donné des
F3
126
MERCURE
·
connoiffances qu'on n'a pas voulu adopter
fur le compte des Orientaux , qu'on s'eft
opiniâtré de ne confidérer que du côté de
l'imagination , & par conféquent des Apologues
& des Contes , que toutes les Nations
ont imités tant bien que mal ; fans
trop être jaloux de fe rapprocher du modèle .
Nous encourageons M. l'Abbé ... à donner
une fuite à fon Recueil ; il n'eft pas douteux
qu'à mesure qu'il exercera fa plume ,
fon ftyle ne gagne & pour la correction &
pour la phrafe grammaticale. Nous l'exhortons
à l'animer davantage ; car la froideur
nuit à toutes les productions , & encore
plus au genre Oriental ; & dans ce genre ,
il faut préfenter la raifon non pas tant par
des raifonnemens , que par le fentiment &
par les images.
ÉPITRE à mon Père ; par M. J. de
CHENIER. A Paris , de l'Imprimerie
de Monfieur.
LORSQUE M. Thomas , dans l'Ode fur le
Temps , couronnée à l'Académie Françoife,
livra fon ame vertueuse à ce beau mouvement
:
Que ma mère , long- temps témoin de ma tendreffe,
Reçoive mes tributs de reſpect & d'amour ,
DE FRANCE. 117
des gens d'un goût fort noble fans doute,
& d'un efprit fort délicat , mais à qui l'Académie
, les Lettres , & les fentimens de
la Nature n'avoient pas le bonheur de
plaire , firent d'excellentes plaifanteries fur
la niaiferie de ce grand enfant , qui parloit
au Public de fa chère mère . Ils oublieient,
à la vérité , qu'Horace nous a beaucoup
entretenus de fon père & de la reconnoiffance
qu'il lui devoit , & que cette piété
filiale qui anime fes Ecrits , a fait refpecter
le père & le fils .
Lorfque l'éloquent Rouffeau , dans fon
éloquent Difcours fur l'origine & les fondemens
de l'inégalité parmi les hommes ,
érigea un monument fimple & majestueux
à la mémoire de fon père , ce morceau , qui
honoroit également fon coeur & fes talens ,
fut blâmé par les mêmes cenfeurs : il n'avoit
point alors leur faveur , il n'étoit pas encore
brouillé avec les Philofophes . Depuis ce
temps , ceux qui avoient d'abord eflayé de
le rendre ridicule , l'ont déifié ; mais on a
perdu le droit de rendre hommage au talent
, quand on a commencé à l'infulter
par envie , & qu'on ne le loue qu'en haine
de ceux à qui on veut l'oppofer. Avant
MM. Thomas & Rouffeau , M. Greffer.
avoit adreffé à fa four une fort belle Epitre
, vive expreffion de tendreffe & de re-
Connoiffance.
Ces exemples d'hommages publics rendus
à la Nature , ont produit leur effet ;
F 4
128
MERCURE
$
ils ont été imités : les hommages de cè
genre fe font multipliés , quand on a ceffé
de craindre le ridicule ; l'honneur en eft
dû à ceux qui ont ofé le braver , entraînés
par un fentiment pur & vrai. On a vn dans
ces derniers temps beaucoup de Dédicaces
à mon Père, à ma Mère , à mon Frère ,
à ma Soeur, à mon Ami. C'eft fur-tout en
matière de fentiment qu'il ne faut pas imiter
, & qu'il faut parler d'après fon coeur .
Le finge eft né pour être imitateur ;
Mais l'homme doit agir d'après fon coeur.
Cependant ces hommages nous feront - ils
déformais interdits , parce qu'ils ont été
rendus avec fuccès par d'autres ? Non ; il
refte toujours un moyen de prouver qu'on
a été entraîné par le fentiment & non pas
par la mode ; c'eft de peindre ce fentiment
avec vérité , avec fimplicité , fans exagération
, fans emphafe , fans toutes ces fauffes
chaleurs qui viennent d'une tête exaltée &
non d'un coeur touché. Par exemple , lorfque
M. de Chenier dit à Monfieur fon
père , qui a fervi l'Etat avec honneur dans
plufieurs Cours étrangères , & qui nous a
donné une Hiftoire de Maroc , d'après des'
connoiffances prifes fur les lieux pendant
le long féjour qu'il y a fait:
3
Ton nom chez les François ne fera pas fans gloires
Tous les vrais Citoyens chériront ta mémoire :
DE FRANCE. 129
Leur eftime t'eft due ; & tes fils , à leur tour "
Scauront , n'en doute pas , la conquérir un jour......
De ma mère & de toi nous aurons en partage
Des biens plus précieux, un plus grand héritage ;
Nous aurons les vertus , ces richeſſes du coeur ,
Un fouvenir fans tache , & des tréfors d'honneur,
Une ame fière & pure , incapable de crainte ,
Et l'amour de la gloire , & la liberté fainte .
Voilà véritablement ce qu'un fils bien né
doit dire à des parens eftimables & eftimés,
il n'y a point là d'exagération , point de
forfanterie une fenfibilité douce & vraie
anime ce tableau des vertus paternelles &
ce voeu de les imiter ; elle a infpiré autli
les vers fuivans :
Il laiffe un digne exemple à ceux qui le ſuivront ,
Sous les Dieux , fous les Loix courbant for noble
front ,
Chéri de fes pareils , béni des fiens qu'il aime ,."
En guerre avec le fort , en paix avec foi -même ,
Sachant mêler fes pleurs aux pleurs de fes amis
Et fenfible fur-tout aux maux de fon pays.
Dans les vers fuivans, le Poëte a voulu lutter
contre Horace :
Quel eft donc ce vaiſſeau fi voiſin du naufrage ?
Fier de fon nom royal , il dédaignoit l'orage ;
Et depuis fa naiſſance ignorant les revers
Sembloit l'ifle fameufe errante fur les mers.
ES
f
13༠ MERCURE ,
Maintenant il chancelle & ſes voiles frémiffent,
Ses mâts font renverfés , fes antennes gémiſſent.
Ni fes triples remparts tout chargés de foldats ,
Ni cent foudres d'airain qui lancent le trépas ,
NNíi les Lis glorieux dont fa poupe eft ornée ,
Ne vaincront les Autans & la mer effrénée ,
Si , d'écueil en écueil , fon Pilote égaré ,
Ne connoît point les flots dont il eſt entouré.
O Nocher ! garde-toi de ces gouffres rapides ,
Fuis ces rocs menaçans , crains ces fables perfides :
Quand Neptune irrité ne t'offre que la mort ,
Nocher , cède à Neptune , & rentre dans le port !
Il eft évident que l'Auteur avoit en vue
ices ftrophes :
Onavis , referent in mare te novi
Fluctus ! ô quid agis ? fortiter occupa
Portum ; nonne vides , us
Nudum remigio latus ,
Et malus celeri faucius Africo ,
Antennæque gemant , ac fine funibus.
Vix durare carina
Poffint imperiofius
Equor ? non tibi funt integra lintea ,
" Non Di , quos iterùm preffa voces malo,
Quamvis Pontica pinus ,
Sylvafilia nobilis ,
'Jaltes & genus , & nomen inutile
Nil pictis timidus navita puppibus
DE FRANC E. 1-31
Fidit : tu , nifi ventis
Debes ludibrium cave.
Nous ne ferions pas furpris qu'un Lecteur
peu attentif , ou ne donnant du moins
à cette pièce que cette attention commune
qu'on donne à des vers , n'en faisît pas
aifément l'enſemble & la marche ; mais il
y trouvera de beaux vers dans plus d'un
genre , & il fentira la modeftie de l'Auteur
dans cette Epigraphe tirée de Tacite : Hic
interim liber profeffione pietatis ; aut
laudatus erit , aut excufatus.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Vendredí 29 Février , on a repréſenté
pour la première fors Méléagre , Tragéd e
en cinq Actes & en Vers , par M. le Mercier
, âgé de feize ans.
Alexandre Hardy , un fieur Boiffin de
Gattardon , Benférade , Bourfault , la Grange-
Chancel , & Jolly , ont traité ce fujet fucceffivement
, & tous d'une manière trèsmalheureufe.
F G
132 MERCURE
On connoît l'hiftoire de Méléagre . Il
étoit fils d'Enée , Roi de Calydon . Althée
ſa mère , vit , en lui donnant le jour , les
Parques jeter un tifon dans le feu , en
difant : Cet enfant vivra tant que durera ce
tifon. Althée fe faifit du tifon , l'éteignit ,
& le garda foigneufement. Un fanglier
ravagea le pays de Calydon . Méléagre tua
ce fanglier , & fit hommage de ſa hure à
la Princeffe Atalante . Les frères d'Althée
en furent jaloux ; Méléagre les tua , &
époufa la Princeffe. Althée vengea fes frères
en jetant au feu le tifon fatal . Méléagré
mourut, & Althée fe poignarda de défeſpoir.
Un tel fujet eft ingrat , & difficile à
porter au Théatre d'une manière fatisfaifante.
M. le Mercier en a fenti la difficuké
, & il en a refait la fable en partie.
Du tifon qui n'eft point noble , il a fait un
flambeau que les Furies jettent dans un brafier
ardent, qu'Althée en arrache, qu'elle dépofe
aux pieds de la ftatue de Diane , &
qui doit s'éteindre avec la vie de Méléagre .
Atalante n'eft plus une Chaffereffe, c'effiune
jeune Princeffe bonne , douce , humaine
fenfible , qui a enlevé aux autels de Diane
un enfant qu'on alloit immoler en facrifice ,
& qui , par cette pitié facrilège , a allumé
le courroux de la Déeffe . Celle-ci
a envoyé un fléau qui ravage le pays de
Calydon. Pour appaifer le Ciel , le Grand-
Prêtre Zoroas annonce qu'il faut immoler
l'auteur du forfait. On choifir Méléagre pour
DE FRANCE.
133
en être le Sacrificateur ; il juré avec ferment
qu'il enfoncera le couteau dans le
fein du coupable . Cependant Zoroas brûle
de feux illegitimes pour Atalante ; il lui
fait la déclaration. Un filence de mépris
eft la réponse de la Princeffe. Zoroas furieux
cherche à fe venger ; il fait que c'eft
Atalante qui a outragé Diane , il la nomine
au Roi Plexippe , oncle de Méléagre. A
peine le jeune Prince eft-il inftruit da
fatal mystère , qu'il déclare que c'eft lui , &
non la Princeffe , qui eft l'auteur du crime ;
ce qui occafionne entre les deux Amans
un débat qui rappelle celui d'Olinde &
de Sophronie dans la Jérufalem du Taffe.
L'iffue du débat n'eſt pas la même ; Atalante
donne des preuves de fon attentat ;
c'eft elle qui mourra ; mais Méléagre refuſe
de l'immoler. Il apprend la paffion de Zoroas
pour Atalante ; il en inftruit fa mère
& le Roi , qui forcent le Grand - Prêtre à
expier le crime de la Princeffe en la
facrifiant lui - même. Zoroas frémit ; il
balance , le remords l'emporte , il déclare
fon crime , & fe poignarde , aux
pieds de l'autel. Méléagre ignore cet évè
nement ; brûlant du défir d'arracher
fon Amante à la mort , il veut forcer le
temple , enlever la Princeffe : le Roi & fa
Garde s'oppofent à fes efforts . Dans fa
fureur, il tue Plexippe ; Althée , au défefpoir
de la mort de fon frère , appelle la vengeance
du Ciel für la tête de fon fils ;
1
134 T
MERCURE
elle tombe dans le délire , arrache le flambeau
qu'elle avoit allumé aux pieds de la
ftatue de Diane , l'éteint , & Méléagre vient
mourir auprès de fa mère , en difant :
Périffe , comme moi , tout mortel téméraire
Qui porte fur fon Prince une main fanguinaire.
Cette Fable , toute fingulière qu'elle eft ;
nous paroît plus forte & plus raiſonnable
que ne fembloit le promettre l'âge de M.
le Mercier le trait mythologique y eft ennobli
, & les moyens qui ont fuppléé ceux
que l'Auteur a écartés de fon fujet , annoncent
un germe de goût fait pour fe -
développer heureufement. Il feroit ridicule
de multiplier les critiques fur l'Ouvrage
d'un autli jeune homme que M. le Mercier.
Mais comme le parti qu'il a pris
de refondre fa Pièce entièrement , annonce
un vrai courage & un amour éclairé pour
la Littérature ; il n'eft pas hors de propos
de l'engager à fonger qu'il y a peut-être trop
de hardieffe à porter fur la Scène un Grand-
Prêtre brûlant de feux illégitimes , & difant
à fon Confident , d'une manière un
peu crue , en parlant de la Princeffe dont
il eft amoureux :
L'eſpoir de la féduire eſt tout ce qui me reſte.
Il faut auffi lui obferver que le fpectacle
d'Althée éteignant le flambeau à la lumière
duquel eft attachée la vie de fon fils , eft
DE FRANCE. 135
un fpectacle révoltant , malgré le délire où
elle eft plongée . La Grange- Chancel , qui a
débuté dans la carrière tragique , au même
âge que M. le Mercier , par la Tragédie
de Jugurtha , a fait depuis un Méléagre.
Il s'eft bien gardé de faire jeter au feu le
tifon fatal par la mère du jeune Prince ;
il l'a tranfporté dans les mains de Déjanire
, Rivale d'Atalante & Maîtreffe outragée
de Méléagre. Au refte , ce dénouement ,
de quelque manière qu'il foit amené , fera
toujours peu d'effet , parce que les Spectateurs
ont perdu l'habitude de s'intéreffer à
des évènemens furnaturels , fur-tout lorfqu'ils
font attachés à d'auffi petites cauſes
que l'entière confomption d'un morceau de
2- bois , ou l'extinction d'un flambeau. Le
ftyle de la Pièce eft jeune , comme fon Auteur
; mais on y apperçoit fouvent de la
chaleur , de l'énergie , de l'ame, & de l'imagination.
Au total , il eft étonnant que dans
un âge auffi tendre , on ſe foit tiré, auffi heureuſement
d'un Ouvrage auffi difficile qu'une
Tragédie dont l'action roule fur un fond
dénué d'intérêt.
COMÉDIE ITALIENNE,
LE Lundi 3 Mars , on a donné la première
repréſentation de Julien & Colette , ou
la Milice , Comédie en un Acte & en Profe ,
136 MERCURE
mêlée de Mufique de la compofition de M.
Trial le fils , âgé de quinze ans.
Julien aime Colette , il en eft aimé ; mais
le Franc , père de Colette , l'a promiſe en
mariage à M. Guillemot , neveu de M. Germain
, Subdélégué de l'Intendance. On va
tirer la milice ; Julien prie M. Germain de
lui faire tomber le billet noir. Puifqu'il
ne peut pas époufer Colette , il veut fervir
Je Roi. M. Germain fe fait preffer , remet
le billet noir à Julien , en lui recomman
dant de tirer comme les autres. Le parti
extrême qu'avoit pris ce jeune payfan , te-,
noit autarit à une querelle qu'il avoit eue
avec Colette , qu'au refus de le Franc ; il
fe réconcilie avec fa Maîtrelle , revient fur
fa réfolution , prie M. Germain de faire confentir
le Franc au mariage de fa fille avec
celui de Guillemot ou de lui qui n'aura pas,
le billet noir. On croit n'avoir rien à rifquer
d'y confentir ; on y confent. Julien
& Guillemot tirent les derniers ; Julien
laiffe tomber le billet noir , en prend un
blanc , & M. Guillemot , devenu Milicien ,
eft obligé de renoncer à fa Maîtreffe , qu'il
voit paffer dans les bras de fon Rival.
Nous ne dirons rien de cette petite Pièce,
qui a été faite uniquement pour aider le
jeune M. Trial 'à faire effai de les talens fous
les yeux des Connoiffeurs. Cet effai a été
heureux. Depuis longtemps le nom de
Trial eft cher aux Amateurs de Spectacles.
DE FRANCE. 137
L'Auteur de la Mufique de la Fête de Flore
a laiffé après lui des regrets dont fon talent
l'avoit rendu digne. Pendant vingt ans ,
Mme. Trial a joui des fuffrages publics
& d'une eftime plus honorable encore ; M.
Trial eft aujourd'hui un des Acteurs les
plus goûtés du théatre Italien : voilà bien
des caufes capables d'affurer à M. Trial le
fils , l'indulgence générale. Le germe de talent
qu'il a montré dans la Mufique de Julien
& Colette , lui a valu plus que cette
indulgence , il lui a fait multiplier les encouragemens
les plus flatteurs. On a diftingué
de l'intelligence dans fes accompagnemens
, de la vérité dans fes motifs de
chant , des traits heureux , & une bonne facture.
On a fur-tout remarqué un Quatuor
très-bien dialógué & d'une très -bonne entente
de compofition & de diftribution . C'eſt
à M. Trial le fils qu'eft maintenant confié
le foin de fa réputation naiffante. Que ce premier
fuccès ne l'éblouiffe pas ; qu'il fonge à
fonâge , à fon inexpérience ; qu'il ne prenne,
pas un vol trop haur , & qu'il fe fouvienne
fur-tout qu'il eft comme chargé de repréfenter
à la Nation les talens aimables de
feu Trial fon oncle , que la mort a moiffonné
fi-tôt & fi.malheureuſement.
Le Samedi 8 Mars , on a fait la clôture
de ce théatre par une repréfentatión de
l'Amantftatue , des Etourdis , & des Soli138
MERCURE
taires de Normandie. Ce Spectacle a été ter
miné par la fin du Bail , ou le Repas des
Fermiers , Divertiffement en profe & en
Vaudevilles, pour tenir lieu de Compliment.
•
Des Fermiers dont le bail finit , attendent
Finftant où leur Maître doit le renouveler ;
pleins de confiance en fes bontés , ils font
tranquilles & joyeux . Blaife , Amant de Toinette
, eft le feul qui ait du fouci . Le Bailli
a dû voir le Seigneur pour lui faire approuver
les claufes du nouveau bail ; il ne
paroit pas , cela inquiète Blaife . Enfin
fe Bailli s'avance : le Maître approuve tout ;
mais il va partir ; il ne pourra figner le
bail qu'à fon retour , & il faut lui donner
le pot de vin du bail avant fon départ
par un compliment en vers par des couplets
c'est l'ufage , il faut s'y foumettre.
Aucun des Fermiers ne peut faire des vers ni
des couplets , & le Bailli fe charge de retourner
vers le Seigneur, pour le prier de difpenfer
fes bons Serviteurs d'une chofe qui leur
eft abfolument impoflible. On remet la lecture
du bail à trois femaines. Le Bailli fort en
raffurant tous les Payfans , qui l'entourent
pendant qu'il s'en va , en lui chantant , en
parties & en choeur , fur l'Air du Menuet
de la Chaffe de la Garde :
Sur-tout , dites-lut bien que fi nous refufons
Ce jufte hommage ,
C'eft que nous fentons
DE FRANCE. 139
-
Que par notre filence au moins nous exprimons
Bien davantage
Que nous n'en dirions .
Les Fermiers fe retirent d'un côté , le Bailli
de l'autre' ; & le rideau tombe.
Ce Compliment , dont on avoit applaudi
quelques couplets au commencement , a finj
par déplaire, parce qu'il étoit chargé de détails
longs , inutiles , par conféquent froids. Il
nous paroît , malgré cela , que le Public l'a
traité avec beaucoup de rigueur. Nous y
avons diftingué ce qu'il faut pour faire le
mérite d'un opufcule de ce genre , de l'efprit
, & des traits , mais aujourd'hui le Public
devient exigeant fur tout ce qui
mérite l'indulgence , & indulgent fur tout
ce qui pourroit , à jufte titre , exciter fa
févérité avec une telle difpofition d'efprit
chez les Juges de l'Art dramatique , un Auteur
ne peut plus guère attribuer qu'au
hafard fa chute ou fon fuccès : d'ailleurs ,
comme un bon Compliment de clôture ne
fauroit faire le plus petit honneur à fon
Auteur , il y a au moins de l'inconféquence
à le juger très-févérement quand il eft médiocre.
Que diroit-on d'un homme qui répondroit
par des foufflers , à quelqu'un qui
lui diroit des chofes honnêtes ?
140 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
THE General Advertiſer for Great Britani
Ireland ant the united states of America. Prix de
la Soufcription, 48 liv . pour 52 Numéros. A Paris ,
chez Piffot , Lib. , quai des Auguftins.
La Langue Angloife a fait de fi grands progrès
en France depuis nombre d'années , qu'on ne
fçauroit donc trop encourager une pareille entreprife
, qui , offrant journellement aux Amateurs la
copie ou l'extrait fidèle de tout ce que les Papiers ,
Journaux , Magafins , Pamphlets Anglois & Américains
, fourniffent de plus intéreffant dans tous
les genres , ne peut qu'être accueillie par une claffe
nombreufe de Lecteurs. Ce Journal préfente aux
perfonnes qui font animées du défir d'étudier cette
Langue , les moyens de l'apprendre en peu de
temps , & de fe perfectionner dans la Littérature
Angloife : avec un pareil Ouvrage qui eft vraiment
encyclopédique , on peut fe paffer d'acheter beaucoup
de Livres. Enfin il eft annoncé avec éloge ,
même dans les Papiers Anglois. » Telle eft , dit
London Chronicle , 18 Décembre 1787, ia paffion
régnante ( ZAGNING ) de la Langue Angloife , que
les Editeurs font prefque affures du fuccès « .
Il paroît 9 Numéros , que nous avons examinés
avec la plus ftricte attention ; & on ne fçauroit
rendre trop de juftice à la correction & exactitude ,
aux foins & à la beauté du caractère qui règnent
dans ces Numéros.
DISCOURS pour la diftribution des Prix de
Vertu , inftitués en faveur des Pauvres de l'HôpiDE
FRANCE. 141
-
tal Général de Touloufe ; prononcé dans l'Eglife
de S. Nicolas, le Dimanche 2 Septembre 1787 ,
par M. l'Abbé Calvel , de l'Académie des Sciences,
Infcriptions & Belles Lettres de Châlons- fur-
Marne , du Mufée de Touloufe , & c. imprimé à
la demande de MM . les Adminiftrateurs , au bénéfice
de l'Hôpital Général. A Touloufe , chez
D. Defcloffan , Maître-ès-Arts , Impr. de l'Académie
des Sciences.
圜
ANALYSE du Livre fur les moyens de rendre
les Hôpitaux utiles & de perfectionner la Médecine
; par M. du Laurens , ancien Médecin des
Camps , Armées & Marine du Roi ; adreffée à
Adminiſtration. Brochure in- 8 ° . de 32 pages. A
Paris , chez Royez , Lib . , quai des Auguftins.
Nous avons parlé de l'Ouvrage eftimable dont
cette Brochure n'eft que l'analyſe.
DISCOURS prononcés dans des Affemblées de
Religieux ; in-8° . de 108 pages. A Paris , chez
Charles-Pierre Berton , Lib. , rue S. Victor.
Le premier de ces titres traite du refpect que
les Religieux fe doivent à eux - mêmes ; il y eft
encore plus queftion de celui qu'ils doivent exiger
d'autrui. Au reſte , on peut bien paffer cet éloge ,
qui eſt aſſez bien fait , à un état contre qui on
fe permet affez fouvent des fatires injuftes."
I
DISCOURS prononcé par M. Louvet , Avocat
au Parlement, le 1 Décembre 1787, à l'Ouverture
des Conférences de l'Ordre des Avocats , en l'Affemblée
tenue à leur Bibliothèque, & préfidée par
M. Gerbier , Bâtonnier de l'Ordre. In-8 ° . de 30
pages. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris , chez
Méquignon , Lib . , au Palais.
L'Auteur de ce Difcours a eu pour but d'examiner
pourquoi , fans le fecours des dignités , des
142
MERCURE
grades , de la naiflancé , l'Avocat jouit d'une
grande confidération ; c'eft le coup d'effai d'un
jeune Avocat , qui annonce un talent vrai . Dans
l'éloge qu'il fait de fa profeffion , peut-être l'accufera-
t-on de mettre quelquefois ce qu'il défire
à la place de ce qui eft ; mais cet enthouſiaſme
dans un jeune homme n'eft que le fentiment de
la perfection & le défir d'y arriver.
TRAITÉ fur la manière d'empailler & de conferver
les Animaux , les Pelleteries & les Laines ;
par M. l'Abbé Maneffe , Chanoine Régulier de
Saint-Jean-des- Vignes de Soiffons , Prieur - Curé de
Brauges. In 12. A Paris , chez Guillot , Libr . ,
ruc S. Jacques.
-
Cet Ouvrage , muni d'une Approbation honorable
de l'Académie des Sciences , fera très-utile
aux perfonnes qui font des Collections du genre
dont il traite.
EUVRES poétiques de Mme, du Bocage , des
Académies de Padoue , Bologne , Rome , Lyon &
Rouen ; 2 Vol . petit format. A Paris , chez Nyon
l'aîné , Lib. , rue du Jardinet.
Cette jolie édition contient le Paradis terreftre
la Mort d'Abel, Poëmes ; les Amazones, Tragédie ;
la Colombiade , & des Poéfies diverfes .. Le nom
de l'Auteur eft connu , & le mérite des Ouvrages
eft depuis long-temps apprécié,
LES Dragées de la Smaritaine , à l'Auteur de
l'Almanach publié fous fon nom , pour 1788 .
Prix , 12 f. br. A Paris , au Château de la Samaritaine
; & fe trouve chez Delray , Lib. , quai des
Auguftins , No. 37.
C'est une critique de l'Almanach de la Samaritaine.
- DE FRANCE. 143
GRAMMAIRE Françoife Alphabétique , ou
Traité complet de la Lecture Françoiſe , conte→
nant la meilleure manière d'apprendre à lire en
très -peu de temps & parfaitement fans changer
notre orthographe . Ouvrage d'un père pour les
enfans ; par M. Bertrand , Avocat , Bailli & Subdélégué
de Trelon. In - 8 ° . Prix , 3 liv. A Paris',
chez l'Auteur , rue Neuve-Sainte- Catherine , près
la Place Royale , No. 8.
Cet Ouvrage eft peu fufceptible d'analyſe ; il
faut l'avoir lu tout entier pour pouvoir en apprécier
le mérite. Le fyftême d'une nouvelle épellation
, qui a pour bafe le rapport toujours confonnant
& fenfible du fon de chaque lettre avec
Je fon compofé qui résulte de leur union ; les
différens fons des mêmes lettres défignés en faveur
des jeunes enfans par des accens , & pour les plus
âgés , par des règles & des exemples : en un mot ,
tout l'enfemble de l'Ouvrage que nous annonçons
promet non ſeulement aux enfans de tout age ,
mais aux grandes perfonnes , les progrès les plus .
rapides & les plus conftans .
>
DICTIONNAIRE de Mufique , dans lequel on
fimplific les définitions Mathématiques & Phyfi
ques qui ont rapport à cet Art ; avec des Remarques
impartiales fur les Poëtes Lyriques , les Verfificateurs
, les Compofiteurs , Acteurs , Exécutans,
&c. &c. & c.
Les difcours trop favans ne parlent qu'aux oreilles.
par J. J. O. de Meude - Monpas , Chevalier . A
Paris , chez Knapen & fils , Lib . -Imp. de la Cour.
des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Nous reviendrons inceffamment fur cet Ouvrage .
NOUVELLES Etrennes aux Amateurs de Guitare
, contenant des Airs de différens ftyles , par
M. Haydn ; fuivies de Romances & Chanfons ,
par M. Cambini ; avec Préludes , Ritournelles &
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Airs de Guitare , par M. Porro , Φυν. 7c.
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JOURNAL de Guitare , ou Choix d'Airs nouveaux
de tous les caractères , avec Préludes , Accompagnemens
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marques pour l'inftruction ; par M. Porro , Profeffeur
de Mufique & de Guitare. Chaque Cahier
de 6 ou 8 Planches de mufique paroîtra le 15 de
chaque mois. Soufcription pour 12 Cahiers , 181.
y compris les ETRENNES , que les Soufcripteurs
recevront gratis avec le premier Cahier ; féparément,
2 liv. Chez l'Auteur, rue Michel -le- Comte ,
No. 26.
LE Tombeau de l'immortel Chevalier GLUCK ,
pour le Clavecin , dédié à fes Admirateurs , par
M. Vernier. La Mufique y annonce la mort de
l'immortel Chevalier ; elle y peint l'excès de la douleur
dans un morceau très-rapide ; l'accablement de
la douleur dans un andante ; & dès le 4e. morceau ,
la confolation , gratiofo. Se vend 4 liv. 8 fous. A
Paris , chez Mme. Baillon , rue du Petit-Repoſoir,
près la place des Victoires.
V₁ERS.
Le Nourriffon.
TABLE.
97 Nouveaux Contes Arabes . 120
98 Fpître à mon Père, 126
131 La Prévoyance paternelle . 100 Comédie Françoife.
Charade, Enig. & Legog. 101 Comédie Italienne . 41 , 135
Tableau général. 103 Annonces & Notices. 149
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 15
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle ca
empêcher l'impreffion . A Paris , le 14 Mars 1788 .
GUIDI , ancien Gentilhomme ordinaire
du Roi , & Cenfeur Royal,
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De
Varfovie , le 12 Février 1788 .
Les
dernières
dépêches de
l'Ukraine
portent, que le 27 janvier une bande d'environ
400
Bohémiens &
Vallaques furprit
nuitamment la
douane de Balta fur
les
frontières
Ottomanes , tua le
Caiffier
& deux
autres
Employés , &
emporta
39,000
florins en argent
comptant. Ce
brigandage
ayant été
dénoncé au Général
Bielak , qui fe
trouvoit dans le voifinage
, il
détacha 300
Cavaliers qui pourfuivirent
les
voleurs
jufques fur le territoire
Ottoman , où les ayant
atteints &
attaqués , ils en
prirent 200 ,
rapportèrent
l'argent
volé , & en fus
environ
60,000
florins qu'ils
trouvèrent dans leur
caiffe. Les Turcs ,
inftruits du
motif de
cette
pourſuite , non -
feulement ne s'y
No. 11. 15 Mars 1788.
( 98 )
font point oppofés , mais ont offert encore
leur affiftance en toute occafion pareille.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Février.
Le Gouvernement a reçu de nouvelles
dépêches du Général de Vins , Commandant
du Corps d'armée en Croatie ; elles
font datées du 19 , confirment les petits
évènemens que nous avons rapportés ,
& ajoutent à ce récit quelques particularités
ultérieures. « La prife de Drefnik par
le Colonel Peharnik , dit le Général de
Vins , a fait prendre à l'armée une autre
pofition ; fon aile droite s'étend juſqu'au
pied des montagnes de Pliffivicza , de forte
qu'actuellement le paffage à Bihacz eft
ouvert. L'attaque de Sturlich , exécu
tée en même temps que celle de Drefnik,
par le Lieutenant-Colonel de Rukavina.
fut très -vive. Les Turcs , fommés de fe
rendre , firent feu ; ce qui aigrit tellement
nos troupes , qu'elles pouffèrent l'attaque
avec tant de vivacité , que le fort fut bientôt
emporté : tous les Turcs , fans exception
, furent tués . Le nombre des morts
& bleffés , de notre côté , monte à environ
50 ; le Lieutenant- Colonel & le Sous-
Lieutenant Draffenowick fe trouvent par
mi ces derniers. — L'attaque du château
-
(
99
de Dubiza a été infru&ueufe ; le Lieute
nant
Colonel de
Kneſevick , qui en étoit
chargé , fut obligé de fe retirer & de repaffer
la rivière
d'Unna. 87
hommes ,
tant
Officiers que Soldats , ont été tués
de notre côté ; le nombre des bleffés eft
de 354 hommes . »
Les
dernières
dépêches de
Péterwaradin
, du 16
février ,
apprenoient que l'on
continuoit encore les
attaques contre la
fortereffe de
Gradiska.
Aujourd'hui , on
dit cette place
emportée.
er
mars.
Le départ de
l'Empereur & de l'Archiduc
François de
Tojcane paroît aujourd'hui
fixé du 27 de ce mois au 1º .
- La
Chancellerie de guerre & fes
Bureaux
ſe
rendent la
femaine
prochaine au quartier
général à Futack. Le Prince Charles
de
Lichtenftein a fait prendre les devans à
fes
équipages de
campagne ; les 19 bataillons
nouveaux qui paffent en
Hongrie ,
formeront fous les
ordres un Corps particulier.
Malgré le
nombre de nos forces
actuelles ,
l'Empereur vient
d'exiger des
Etats de
Hongrie 46,000 recrues. La Bohême
, la
Gallicie font
également affujetties
à une
nouvelle levée. Notre
Capitale
eft
obligée de fournir 2000 recrues. Les
troupes du
quartier de l'Inn font en
marche pour le rendre à la grande armée ;
il ne refte à
Scharding qu'un
bataillon
e ij
( 100 )
d'Invalides , & l'on enrôle tout ce qui
eft en état de porter les armes ,
fans excepter
même les hommes mariés . On
préfume qu'on tentera d'attaquer à la
fois , au mois de mars , Belgrade , Choczim
, Bihacz , &c . Sans la plus grande
célérité , accompagnée de fuccès , la
campagne pourroit devenir très- dangereufe
, même par l'immenfité de troupes
qui vont fe jeter fur les Ottomans .
Le 18 , l'Empereur a tenu un Confeil
extraordinaire qui a duré plus de 8 heures .
Tous les Miniftres & les Chefs de Départemens
y avoient été appelés. Le Maréchal
de Haddick , en fa qualité de Préfident
du Confeil de la guerre , ne quittera
point cette Capitale. M. de Laudhon
n'eft pas encore affez bien rétabli pour
fe mettre à la tête d'une armée ; ainfi
l'on ne doute plus que celle de Hongrie
ne foit commandée en chef par le Feldt-
Maréchal Comte de Lafcy.
On apprend de Triefte que l'on a abandonné
le projet de fortifier le château &
le môle , & que pour mettre cette place
en fûreté , il a été décidé d'établir des
batteries flottantes par-tout où elles feront
jugées néceffaires à fa défenſe. - On
affure que de pareilles batteries feront
ſtationnées dans les ports de Fiume , Bucchari
, Zeng & Porto - Ré , &c.
42 -
1
( 101 )
De Francfort -fur- le- Mein , le 1er , Mars.
Les gens avides de nouvelles fe font un
jeu d'en répandre chaque jour , qui n'ont
pas l'ombre de vraiſemblance. Depuis que
T'Empereur a déclaré la guerre à la Porte
Ottomane , on entretient le Public crédule
de batailles , d'actions fanglantes ,
de prifes de fortereffes,&c. & on ne fonge
pas que l'hiver , & fur-tout le mauvais
temps , général dans toute l'Europe , rendent
impoffibles les entrepriſes importantes.
Depuis plus de deux mois la température
eft fi variable , que les gens les
plus âgés ne fe fouviennent pas d'un pareil
hiver. S'il neige un jour , il pleut
l'autre ; la neige , les gelées , les pluies fe
fuccèdent avec une rapidité incroyable ;
les rivières débordent , les chemins font
devenus impraticables : malgré cela , on
fait marcher de grands Corps d'armée ,
on imagine des combats ; mais comment
tranfporter du canon & tous les attirails
néceffaires à la guerre ? Soyons de bonne
foi , & réduifons ces grands faits ,
prifes de fortereffes importantes , à quelques
efcarmouches , à l'occupation de
quelques petits forts ou retranchemens
fur la frontière . Avant le mois d'avril
on ne pourra rien entreprendre d'imces
e iij
( 102 )
portant dans le pays où eft le théâtre de
la guerre
.
Ces petits lieux de Drefnik , de Sturlich,
&c. n'ont de remarquable que l'aſpérité
de leurs noms ; à peine les trouve- t-on
fur la carte. Dubiza eft un château un peu
plus important , entouré de quelques paliffades.
Un Gazetier ingénieux vient de terminer
la guerre avec tant de préciſion &
de bonheur , qu'on ne peut fe refuſer à
mettre le Public dans la confidence de fon
fecret.
« Suivant les avis les plus fûrs , & les raifonne-
» mens les mieux fondés , dit-il , on peut croire
» que cette guerre n'aura pas de fuite , & ne fera
» pas auffi fanglante qu'on devroit le craindre. Les
» Turcs feront la tus complettement à la première
» occafion ; on coupera la tête au Grand-Vir
» & au Capitan Pacha ; le Divan accordera tout
» ce qu'on lui demandera , & fur- tout l'argent
» pour payer les verges dont on l'aura fouetté ,
» & on fera la paix en fe déteftant dans l'ame. »
« On ne parle ici , écrit - on de Dreſde ,
" que de l'évènement tragique arrivé le
» 7 de ce mois dans la maifon de la
» Comteffe de Calenberg , Dame du Pa-
» lais de l'Electrice. Voici le fait :
» Un domeftique de la Comteffe
» nommé Frédéric , forma le projet d'af-.
» faffiner fa maîtreffe , la Comteffe fa fille
» & la femme de chambre. Pendant que
( 103 )
L
» la Comteffe prenoit fon café avec trois
» Eccléfiaftiques qui avoient dîné chez
» elle , ce malheureux , un couteau à la
» main , fondit fur la femme de chambre,
» & lui porta plufieurs coups . Le bruit
» ayant fait accourir les perfonnes de la
» maiſon , & nommément la jeune Com-
» teffe , le meurtrier quitta fa première
» victime , fe jeta fur la Comteffe , & lui
» donna un coup de couteau qui effleura
» l'oreille. Les Eccléfiaftiques étant fur-
» venus , l'un d'eux faifit l'affaffin , &
» procura aux Comteffes , mère & fille ,
» le temps de fe mettre en fûreté. Le
» meurtrier fe démena , parvint à ſe dé-
" gager , & entra dans la chambre à
» coucher de la Comteffe qu'il ferma fur
» lui . La garde arrive , on enfonce la
» porte , & on trouve l'affaffin baigné
» dans fon fang , dans le lit de la Comsteffe
: il s'étoit donné plufieurs coups
» de couteau à la gorge , mais fans avoir
» le temps ou la force d'achever . On l'a
» transféré à l'hôpital ; s'il guérit , on lui
» fera fon procès , qui probablement dé-
» couvrira le motif de cet inconcevable
» affaffinat , exécuté en plein jour , & dans
» une maiſon peuplée . Heureufement le
» couteau dont s'eft fervi le meurtrier
» étoit arrondi comme les couteaux An-
» glois . »
e iy
( 104 )
ITALIE .
De Livourne , le 6 Février.
Il est arrivé dernièrement dans ce port ,
quatre gros navires venant de différens
ports de la Turquie Européenne ; ils ont
amené une grande quantité de Grecs , qui
viennent fe réfugier en Italie avec leurs
richeffes . Parmi les paffagers de Conftantinople
, on diftingue un jeune Turc , fils
d'un Pacha qui réfide dans cette capitale .
Ce jeune homme fait plufieurs langues
d'Europe ; il fait , avec beaucoup de graces ,
l'apologie de fa nation , & cherche à prouver
qu'elle n'eft pas auffi barbare qu'on le
croit . On ne connoît pas encore l'objet
de fon voyage.
On apprend d'Alger que le Dey de cette
Régence a défendu à fes Corfaires de mettre
en mer. Cette Régence compte donner
à la Porte quelques fecours d'argent
fans compter l'envoi des vaiffeaux de
guerre & de quelques frégates qu'on
arme pour le Grand- Seigneur. Les mêmes
préparatifs , dit-on , fe font à Tunis & à
Tripoli.
ESPAGNE.
De Madrid , le 18 Février.
La fanté de l'Infant fe rétablit fenfiblement
.
( 105 )
Le père Lozano , Religieux de Saint
François , a été exilé à Guadalaxara, pour
avoir prêché dans fon Eglife un fermon
au fujet de la contrebande.
corne
Marie Majoral , native de Cafarrubios , veuve
depuis 16 ans , & âgée de 0 , avoit à l'extrémité
du front & à la naiffance des cheveux , une éminence
fongueufe d'une couleur cendrée , de laquelle
fortoient trois branches diftin&tes & noueuſes ,
d'une grande folidité , & fort approchante de la
de cerf , tant par la couleur que par la fubftance
& la figure. Les deux branches latérales
étoient affez courtes , mais celle du centre avoit
quatre pouces ; elle excédoit même cette mefure
, & s'étoit recourbée vers fon vifage jufqu'à
lui couvrir l'oeil droit. Les deux branches latérales
avoient également crû confidérablement, mais toutes
fe caffoient facilement au moindre choc, bien qu'elles
fuffent de la groffeur du doigt. Ces efpèces de
cornes remucient toutes les fois que la femme ridoit
le front ; ce qui prouve qu'elles étoient attachées
feulement au péricrâne & non au crâne ,
comme on étoit d'abord tenté de le croire , &
qu'elles tiroient de cette enveloppe les fucs néceffaires
à leur végétation . Ces excroiffances étoient
compofées dans leur intérieur d'une fubftance nicdullaire
peu dure , affez fpongiéufe , d'une couleur
affez claire , leur écorce extérieure plus dure
moins fpongieufe , & d'une couleur moins foncée ,
mais au total d'une fubftance fort folide. Marie
Majoral eft d'ailleurs très - bien conftituée , trèsfaine
, robufte , & promet de vivre encore longtemps.
Ce ne fut que deux ans après fon veuvage
& âgée d'environ 56 ans , qu'elle reffentit des maux
de tête très - violens , accompagnés de convulfions
>
e vi
( 106 )
:
fréquentes. A cette indifpofition fuccéda la difformité
extraordinaire dont nous venons de parler ; &
toutes les fois que cette femme reffentoit quelque
effort , ou quelque coup dans cette partie , les
maux de tête & les convulfions reparoiffoient.
Marie Majoral a été vue & examinée ici au mois
de novembre dernier.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 4 Mars.
M. John Adams , Miniftre Plénipotentiaire
des Etats - Unis d'Amérique , a eu ,
le 20 fév . , fon audience de congé de S. M. , à
laquelle il a été préfenté par le Marquis
de Carmarthen , principal Secrétaire d'Etat
au Département des Affaires étrangères
.
La huitième Séance des Pairs à Weftminfter-
Hall a été occupée , comme nous
l'avons dit précédemment , par les Difcours
de MM. Fox & Grey , chargés d'établir
la première Accufation contre M.
Haftings , concernant les affaires de Benarès.
Comme nous n'avons pas entendu
ces harangues , & que nous ne pouvons
nous en former une idée que d'après l'imparfaite
tradition des Papiers Anglois
c'eft leur ouvrage qu'on va lire le
feul devoir de ne rien taire nous engage
à le communiquer à nos Le&eurs.
( 107 )
M. Fox commença par déclarer que les Commiffaires
de la Chambre des Communes fe foumettoient
volontiers à la décifion deleurs Seigneuries , perfuadés,
d'après leur confiance en la juftice de leur caufe,
que quelque forme de procédure qu'on adoptât , fûtce
la plus favorable au Prifonnier , il étoit impoffible
qu'ils viffent tromper leur attente , & le Coupable
échapper à un impéachment fi motivé.
« Je fuis fier , ajouta - t - il , du caractère fous
lequel je parois devant cet augufte Tribunal ; oui ,
MILORDS , je m'honore d'être un des Commiffaires
employés dans une pourfuite votée par les
Repréſentans du Peuple , au nom de toutes les
Communes de la Grande-Bretagne : affurément on
ne doit pas me fuppofer une vanité perſonnelle ,
mais ce noble orgueil qui doit fe faire fentir au
coeur de tout Anglois , de quelque rang qu'il foit ,
à la vue du grand & frappant exemple d'une
Conftitution qui a pourvu aux moyens d'affujertir
les Accufés du rang le plus diftingué , à l'examen
public de leur conduite , & au châtiment s'ils
font coupables. Qui ne reconnoîtroit dans cette
loi la fauve-garde des libertés , des droits , des
priviléges , & enfin de tout ce qui peut être cher
un Anglois , & l'enorgueillir de porter ce nom ?
Coexiftante à la Conftitution Britannique , elle eft
plus effentielle à fa confervation que la loi commune
d'Angleterre ( Common Law , & même
que les loix écrites & réglementaires du Royaume.
C'est par fa force qu'elle les maintient ; elle juge
les Juges , & foumet à fa puiffance irréfiftible
ceux qui autrement échapperoient aux Tribunaux .
Invoquée dans une foule de conjonctures difficiles ,
elle a toujours rempli l'attente de la Nation ; &
cependant , qui le croiroit ? nous venons de voir
quelques perfonnes affecter d'en ignorer l'exiſtence ,
e vj
( 108 )
ou la traiter avec une légèreté dérifoire . C'eſt leur
mépris , leur ignorance prétendue qui ont échauffé
mon zèle , & qui me rappellent fon importance.
Permettez que j'ajoute que nulle caufe portée à
votre augufte Tribunal n'égalera jamais celle d'aujourd'hui.
Vous vous fouvenez que tous les anciens
impeachmens , ou du moins la plupart de
ceux dont l'Hiſtoire nous a tranfmis la connoiffance
, furent le fruit foudain de la rage & de la fureur
d'un parti nombreux&triomphant. Mais quelle
différence dans le procès qui nous occupe ! Après
une longue & pénible inftruction , une conviction
pleine & entière , des délibérations exemptes de chaleur
, & des vues perfonnelles , des accufations de
crimes & de malverfations ont été portées devant
la Chambre des Communes , contre Warren Haftings
, Ecuyer ; & par qui ? par le parti qu'on
n'ignoroit pas être le plus foible. Je ne difconviendrai
pas que de longues & violentes conteftations
ont divifé à cet égard les deux côtés de la Chambre
; mais telle a été la force de la conviction réfultante
de l'examen des charges (1) , qu'à la gloire immortelle
de la Chambre des Communes de l'Angleterre
( 2 ) , ils fe font réunis pour mettre en
( 1 ) Dites la force d'une intrigue , dont nous réservons
le détail et la preuve à nos Lecteurs , après le
jugement de ce procès ; intrigue dont les dupes se
repentent bien aujourd'hui du secours qu'ils lui ont
prêté.
(2 ) La gloire immortelle de l'Angleterre seroit de
renoncer ses usurpations dans l'Inde , at lieu de
poursuivre les Administrateurs de ces conquêtes ; de
commencer par être juste , avant d'accuser les Gouverneurs
qu'elle charge 2. sous peine de la vie , du
maintien de ses injustices ; de restituer aux Indiens
les millions qu'elle fait lever sur eux par ses Agens
et pour le service de sa Compagnie orientale ; de
( 109 )
caufe devant vos Seigneuries , une perfonne que
les difcuffions paroiffoient charger de grands crimes
& de haute inconduite. Ils ont montré à l'Inde &
au monde entier que la Juftice de la Nation n'a
jamais oublié , ou négligé la vengeance de tous
ceux qui ont droit à ſa protection. »
A la fuite de ce préambule , le Morning-
Chronicle , qui nous l'a fourni , réfume
en dix lignes la partie historique &
contentieufe de, ce Difcours ; juftifiant
enfuite cette réferve , il ajoute : « On
imagine bien que M. Fox employa
» toute fon éloquence à placer chaque
particularité dans le jour le plus défa-
» vorable à M. Haftings , & qu'il n'épar-
» gna aucun trait propre à envenimer la
» conduite de l'Accufé . Nous craindrions
» d'être peu refpe&tueux envers l'augufte
» Tribunal qui inftruit ce procès , & in-
>>
juftes envers M. Haftings ou envers
» fes Accufateurs , fi nous tentions de
» détailler ce Difcours de M. Fox. ›
Quelques autres Feuilles Angloifes ont
imité ce fcrupule du fieur Woodfall , Edideur
du Morning Chronicle , l'une des
Gazettes les plus décentes , les plus impartiales
, & la plus eftimée , depuis longprouver
par ses actions , et non par ses harangues , ce
zéle à venger les droits de l'Indostan ; de substitucr
enfin au despotisme et à la féodalité qui l'oppriment
de temps immémorial , la grande Charte et le Bill des
droits .
( 116 )
temps , pour le rapport des débats Parlementaires.
En effet , il faute aux yeux
que dans un combat où tout le péril eft
du côté de l'Accufé , & toute la fûreté
du côté des Accufateurs , c'eft offenfer
l'équité que de fe permettre la moindre
inexactitude au défavantage du premier ;
mais comme , jufqu'à un certain point , ces
confidérations n'ont pas la même force
hors de l'Angleterre , nous placerons ici
le précis ou prétendu précis de l'hiftoiré
des évènemens de Benarès , tel qu'on l'attribue
à M. Fox & à M. Grey, dans des
Gazettes Angloifes dont nous rapportons
littéralement la traduction d'après le
Courier de l'Europe ( 1 ) . Les notes que
nousy joignons prouveront l'injuftice d'of
frir ce fquelette comme l'ouvrage de deux
Orateurs , trop prudens pour s'être permis
, dans une occafion fi grave , des
"
( 1 ) Cette Feuille eft exacte & impartiale dans
fes extraits des débats Parlementaires ; elle n'eft
pas refponfable des fautes qui peuvent échapper
aux Gazettes Angloifes , auxquelles elle eft obligée
de s'en rapporter , & on ne peut lui reprocher
, comme à d'autres Feuilles du Continent
de défigurer indignement l'original de ces Papiers
Anglois , d'y fubftituer des inventions , des impoftures
criminelles , des altérations d'autant plus
lâches , que ces menfonges , étrangers aux plus
vénals folliculaires de Londres , font conftamment
dirigés contre l'Accufé.
( 111 )
contradictions palpables , des réticences
odieufes & d'infidèles allégués . M. Fox en
particulier , l'homine d'Europe peut être
du plus grand talent , digne de gouverner
un Empire , tandis que fes Affociés le harangueroient
; M. Fox , dont le génie & la
capacité font fi fort au- deffus du babil
oratoire d'un parleur , n'a furement pas
avancé ce qu'on va lire .
» Il obferva qu'en l'année 1764 , le vifir
Sujah-Dowlah avoit accordé l'inveftiture de Benarès
à Bullwant-Sing , fous la feule condition de
payer un tribut annuel de 22 lacks de roupies
( 1 ) . Lors du décès de Bullwant- Sing , en
1770 , cette conceffion avoit été renouvelée en
faveur de fon fils Cheyt-Sing, le Rajah actuel ,
aux mêmes conditions ; elle lui avoit été confirmée
en 1773 , Jans que cela fût néceffaire ( 2 ) ; mais
M. Haftings avoit figné cette dernière conceffion
(1 ) Bulwant- Sing ne fut jamais Vaſſal ni Zémindar des
quatre Sircars de Benarès ; il étoit fimple Aumil , Collec
teur & Fermier des revenus . Par le traité d'Ellahabad ,
en 1765 , entré Sujah- Dowla & la Compagnie Angloiſe ,
il fut maintenu dans (on emploi , moyennant une rente
fixe ; & dans l'article 7 de ce traité , il eſt qualifié de
fimple Fermier de ces diftricts . Le mot d'inveftiture eft done
ici impropre , quoiqu'il ne foit pas employé fans deſſein ,
comme on le verra plus bas .
--
(2 ) Rien au contraire n'étoit plus néceffaire. Le traité.
d'Ellahabad n'avoit pas rendu héréditaire la conceffion
faite à Bulwant Sing. A ſa mort , ſa place retomboit dans
les mains du Souverain. Cheyt-Sing ne put obtenir de l'occuper
que par une offrande à Sujah -Dowle de 17 lacks
(200,000 l . ft. ) & d'une augmentation de deux lacks & demi
(30,000 I. . )fur le prix annuel de fon bail . Non-feulement
M. Hapings figna & garantit cette conceffion ( Sunnud ) ,
qui éleva Cheye-Sing au rang de Zémindar , il en fut encore
le promoteur.
( 112 )
A
comme témoin & garant de la part de la compagnie
des Indes. En 1775 , Afoph Ul Dowlah ,
fils et fucceffeur de Sujah -Dowlah , avoit jugé à
propos de demander au Rajah une avance de 5
lacks de roupies fur le tribut annuel . M. Briſtow
, qui réfidoit alors à la cour du vifir , s'opposa
avec fermeté à cette extorfion , par l'ordre
exprès de M. Haftings , comme étant garant du
dernier traité le Rajah étoit à cette époque regardé
& traité comme l'ami & l'allié de la compagnie
; & l'intervention de M. Briflow avoit
empêché le vifir Afoph Ul Dowlah de perfifter
dans fa demande. Dans le courant de là même
année 1775 , le droit de fouveraineté que le vifir
avoit fur le Rajah , & fur fon diſtrict , ainſi que
le tribut annuel , avoient été transférés à la compagnie.
Mais les priviléges de cette fouveraineté
avoient-ils été plus augmentés que lorfqu'elle appartenoit
au poffeffeur primitif ? N'auroit-il pas
été étrange & abfurde de dire au Rajah : » Lorf-
» que vous étiez tributaire du vifir , la compagnie
>> vous fervoit de garant , & vos priviléges étoient
» en fûreté. Mais en changeant de maître , vous
» avez perdu votre défenfe ; & en devenant tributaire
de la Compagnie , vous reftez fans pro-
» tecteur, & vos priviléges , ainfi que votre indé-
» pendance , font anéantis. » L'abfurdité de ce
langage étoit palpable ; cependant c'étoit là le
fyftême de conduite que M. aftings avoit adopté
à l'égard du Rajah. Il importoit fort peu de favoir
s'il falloit confidérer le Rajah comme un
prince indépendant , ou comme un fimple Zemindar
( tributaire à bail ) . M. Haftings avoit beaucoup
contribué à le faire regarder comme un
Prince indépendant, puifqu'il l'avoit fait revêtir
par le Confeil , du droit de battre monnoie , & de
l'exécution de la juftice criminelle dans fon`dif(
113 )
-
trict (3 ) . Par le traité , le Rajah devoit conferver
fes priviléges & fes poffeffions" tant qu'il
payeroit régulièrement fon fubfide , & qu'il feroit
fidèle au fouverain. Par cette fidélité le Rajah étoit
feulement tenu à affifter la Compagnie dans fes
guerres , à ne point moleſter ſes alliés , & à n'avoir
aucune liaiſon avec ſes ennemis ; mais M.
Haftings exigeoit une foumiffion paffive . N'avoitil
pas dit dans fa defenſe devant les Communes ,
que par fouveraineté , il entendoit un pouvoir arbitraire
, & que le pouvoir arbitraire étoit cet
état où la volonté du fouverain eft tout , & les
droits du fujet rien ( 4 ) ? Perſonne avant M.
(3 ) Comment M. Fox auroit-il avancé que le fyftême
de M. Haftings , à l'égard de Cheyt-Sing , avoit été d'anéantir
les priviléges & l'indépendance de ce Rajah ; & deux
lignes plus bas , que M. Haftings avoit contribué à rendre
ce même Rajah plus indépendant , comme augmenter fes
prérogatives?
ע י
(4) M. Burke a également affirmé devant la Cour des
Pairs , que M. Haftings , dans fa Défenſe à la Barre des
Communes, avoit placé la Souveraineté dans le deſpotisme ,
-& qu'il le regardoit comme le meilleur Gouvernement. Nos
Lecteurs feront étonnés , je penfe , d'apprendre que M.
Haftings a avancé précisément le contraire . Parlant d'abord
du fait , il dit, p. 33 : « Comment pourroit-on nier l'exiftence
de plufieurs principes defpotiques dans le Gou-
» vernement Mogol ; & par-tout où se trouvent ces
principes , les pouvoirs du Souverain ne font- ils pas
» tout , & ceux des Sujets rien ? » Et pour ne laiffer aucun
doute fur fon opinion à ce fujet , il ajoute , p. 36 : " Le
» droit d'impofer des peines pécuniaires eft général &
» arbitraire dans l'Indoftan ; mais eft- ce moi qui fuis ref-
» ponfable de cet ufage tyrannique ? C'est un vice inhérent
au Gouvernement Mogol. Sans doute il feroit in-
» finiment heureux pour les habitans de l'Afie que les
defpotiques inftituts de Jengheaz-Khawn ou de Tamer-
» lan fiffent place à l'efprit généreux de la Légiflation
» Britannique . Combien ferois - je fatisfait fi la pourfuite
» dont je fuis l'objet , accéléroit un évènement fi favo-
" rable aux intérêts de l'humanité ! » A la page 37 : « En
» paffant dans nos mains , les droits de Souveraineté fur
39
( 114 )
-
Haftings n'avoit certainement mieux défini le
pouvoir arbitraire. Mais étoit- ce dans ce fens qu'il
falloit entendre le contrat paffé entre la Compagnie
& le Rajah ? M. Haftings pouvoit-il dire
au Rajah : » Payez- moi le tribut ; -foyez obéif-
» fant; donnez-moi tout ce queje vous demanderai
, &je vous affure que je ne vous deman-
» derai plus rien enfuite. » Mais dans ce cas , où
étoit la compenfation qui doit fe trouver dans
tous les contrats ? Quoi ! le Rajah devoit payer
fon tribut , obéir à tous les ordres qui lui étoient
donnés , & s'entendre dire , s'il avoit ofé murmurer
: » ma volonté , comme fouverain , eſt tout ;
& vos droits , comme fujet, ne font rien. » Avoit
on eu en vue ce pouvoir arbitraire , lorfqu'on
avoit accordé au Rajah le privilége de faire battre
monnoie , & d'exécuter la juftice criminelle dans
fon diſtrict ? La claufe même par laquelle M. Haf-
» Benarès étoient réglés , appuyés , établis par les Loix ,
» par les Coutumes , par les Ufages de l'Empire Mogol ,
» & non par les Statuts du Parlement d'Angleterre. Moa
» devoir me conſtituoit l'inſtrument involontaire de l'exer-
» cice de ces droits , tels que je les avois reçus . » « L'hiftoire
» de l'Inde , pourfait- il p. 38 , eft celle du defpotifme ; le def-
» potifme conduit néceffairement à la rébellion . Vérité qui
» m'avoit décidé à tirer Cheyt-Sing de l'aviliffante condition
" de Zémindar , pour l'élever à celle de Prince tributaire &
» Vaffal de la Compagnie . Voilà dans quels termes M.
Haftings a été l'apologiste du defpotifme oriental . Apprenons
ici au Public , puifque l'occafion fe préfente , l'hiſtoire
de cette défenſe de l'Accufé devant les Communes. Ce ne
fut ni trois mois , ni trois ſemaines qu'on donna à M. H.
pour dreffer cette minute de 90 pages in-folio , mais trois
jours ! trois jours pour répondre à 280 pages in-folio d'Accufations
, trois jours pour rendre compte de 13 années
d'Adminiſtration suprême ! Encore n'eut -il que 24 heures
avant, connoiffance de quelques-unes des dernières charges.
Cependant c'eſt à épier , à citer , à agraver les moindres
contradictions , les plus minutieufes erreurs de cette minute
, rédigée précipitamment par cinq perfonnes diffé
rentes , que fe dirige l'adreffe de fes Accufateurs.
( us )
tings s'étoit réſervé le pouvoir d'impofer une
amende au Rajah , fi l'argent monnoyé ſe trouvoit
être au-deffous d'un certain tarif , ne prouvoit-
elle pas que le Rajah devoit jouir de ce droit
de fouveraineté ? Se réfervoit-on une pareille.
claufe , lorfque la volonté du fouverain étoit tout?
Le dernier traité qui confirmoit les droits du Rajah
de Benarès , avoit été conclu en 1775 , & ce
n'avoit été qu'en 1778 , c'eft- à-dire , trois ans
après , que M. Haftings avoit jugé à-propos de le
violer , en demandant au Rajah une fomme additionelle
de 5 lacks de roupies , ( 50,0001 . ft. )
fous prétexte de bruits de guerre avec la France,
dans un moment où il y avoit dans le tréfor
un furplus de deux crores de roupies , ou deux
millions fterlings ( ); mais la caufe réelle de
cette extorfion , étoit le reffentiment perfonnel
que M. Haftings avoit contre le Rajah , depuis
que celui- ci avoit eu l'imprudence de faire féliciter
Sir John Clavering , fur le bruit qui s'étoit
répandu qu'il devoit être bientôt nommé Gouverneur
général. Inde ira , & la victime devoit être
immolée (6) . Le malhe , reux Rajah avoit été , en
(5) Ces bruits de guerre , ce prétexte , étoient tout fimplementune
lettre officielle de M. Baldwin, Conful Britannique
au Caire , qui donnoit avis à M. Haftings de la rupture.
A entendre l'Auteur quelconque de ce Difcours , on croiroit
que le caprice du Gouverneur-général fuppofoit un
danger fictif pour piller le Rajah .
(6) Dites , pour être vrai , qu'arrivés dans l'Inde avec
le projet de perdre M. Haftings , & de lui fuccéder , fes
trois Oppofans dans le Confeil , & qui en formoient la
majorité , ne cefsèrent de lui fufciter des obftacles , des
réfiftances , des défobéiffances de la part des Sujets de la
Compagnie ; qu'ils avoient porté Cheyt- Sing à oublier,avec
une atroce ingratitude , les bienfaits de M. Haftings , à intervenir
dans ces démêlés , & à le regarder d'avance comme
expalíé du Gouvernement - général . Nous allons voir
file reffentiment de cette conduite eut quelque part aux
-évènemens fuivans.
( 116 )
conféquence de cette haine , dépouillé de toute
fon autorité , & exilé de fes poffeffions . Quel
avoit été fon crime ? N'avoit-il pas payé nonfeulement
fon tribut , mais même l'amende qui
lui avoit été impofée les deux années précédentes
(7) ? Comment M. Haftings avoit-il juftifié
fon infraction des droits du Rajah ? En difant
que M. Francis y avoit concouru , & que la cour
(7) Quelle réputation réfifteroit à une pareille diffection
d'époques , de faits , de circonftances intermédiaires !
La guerre étant certaine , M. Haftings remit le 9 juillet
1778 , au Confeil de Bengale , le plan général des augmentations
de forces militaires que néceffitoit l'occurrence
, il fut agréé à l'unanimité. Tous les diftricts fubor.
donnés à l'autorité de la Compagnie furent appelés à fupporter
leur part de la défenfe générale . Quel motif auroit
fait excepter le Rajah de Benarès de ce fubfide univerfel
? Comme Zémir.dar , comme Tributaire de la Compagnie
, fa taxe, fixée par un traité formel , ne pouvoit être
augmentée ; elle ne le fut jamais , ni en temps de paix ,
ni en temps de guerre. Mais outre cette relation de
Zémindar , il en avoit une feconde avec la Compagnie ,
celle de Vaffal. Or , en cette qualité de Prince ou de
Seigneur , dont il étoit redevable à la politique de M.
Haftings , il étoit tenu , en temps de guerre , au fervice
militaire envers fon Souverain . Les loix , la coutume conftante
, le fyftême de féodalité reçu dans l'Indoftan , le lui
impofoient , comme elles l'impofent en cas pareil aux.
Princes tributaires de la Porte Ottomane , comine en Europe
même , les taxes ordinaires ne diſpenſent pas les Sujets
de la levée des milices en temps de guerre . M. Haftings
ne fit donc rien que de jufte , de régulier , de néceffaire
, en demandant à Cheyt - Sing d'entretenir trois
bataillons de Cipayes pour fa quote-part : ce Rajah defira que
cette charge fût acquittée en argent , & on la régla à cinq
lacks de roupies , pendant la guerre uniquement. Obfervez
bien que le quadruple fardeau & la durée de cette guerre ,
qui devoit effacer de l'Inde le nom Anglois , M. Haflings dut
les foutenir , fans recevoir une guinée de la Métropole . Et
ce font des Membres du Parlement , de ce même Parlement
qui prodiguoit deux cents millions ft . à perdre l'Amérique ,
qui déclarent M. Haftings criminelde n'avoir pas fu défendre
l'Inde contre les François , les Marattes , le Soubah du Decan
& Hyder-Ali , avec deux CRORES DE ROUPIES ..
"
( 117 )
des directeurs l'avoit approuvée. M. Francis n'avoit
donné fon confentement qu'à fa réquifition
(8) , croyant que ce pouvoit être un préſent
volontaire du Rajah ; mais il s'étoit oppofé formellement
à ce que cette fomme s'exigeât comme
un droit , quant à l'approbation des directeurs ;
c'étoit un moyen de défenſe bien foible ; on
étoit affuré d'obtenir leur approbation , pour tout
ce qui faifoit valoir leurs intérêts ; & un acte
d'injuftice ne ceffoit pas d'être injuſte , malgré
l'approbation des directeurs (9) . »
» M. Fox obferva enfuite que le confeil du
Bengale avoit recommandé au Rajah de lever
deux mille hommes de cavalerie qui devoient
être envoyés pour la défenſe commune de ſes
Etats , & qu'ils devoient être payés à un certain
taux , s'ils venoient à être employés au ſervice
de la compagnie. Cet arrangement s'étoit fait
comme entre deux puiffances égales ; c'étoit à
tous égards un traité fubfidiaire ; & cependant
M. Haltings avoit fondé fur cette convention ,›
fes prétentions à un pouvoir arbitraire fur le
Rajah : ne vaudroit-il pas autant dire que S. M.
peut réclamer la fouveraineté de Heffe-Caffel ,
parce qu'elle a conclu un traité fubfidiaire avec
le prince qui gouverne ce pays ( 10) ? M. Haſ-
(8) Qui croira que M. Francis , ennemi mortel de M.
Haftings , ait confenti , pour lui faire plaifir , à une injuftice
qui lui étoit démontrée ? Comment pouvoit-il regarder
ce fubfide militaire comme un préfent volontaire
du Rajah , puifque le droit de l'exiger fut difcuté dans le
Confeil? &c. &c.
(9) Il eft à préfumer néanmoins que les Directeurs de
la Compagnie font de meilleurs juges de leurs intérêts
que les Orateurs du Parlement . Or fi , comme ils le
difent , M. Haftings avoit mis à feu & à fang , dépeuplé
, pillé , anéanti les domaines de la Compagnie par
des extorfions à fon profit , cette Gaur l'eût-elle remercié
pour la troifième fois , le 28 juin 1785 , de ſes bongs ,
fidèles & fignalés fervices ?
(10) Quelle comparaiſon , bon Dieu ! d'un traité de
( 118 )
tings , après avoir employé tous les moyens pour
provoquer le Rajah à la défobéiffance (11 ) ,
voyant que fa foumiffion & fa patience n'avoient
point de bornes , avoit converti la recommandation
du confeil en demande péremptoire , &
avoit exigé que le Rajah fournit à fes propres
dépens , & non à ceux de la compagnie , les
deux mille hommes de cavalerie : le Rajah avoit
repréſenté qu'il lui étoit impoffibie de fournir ce
nombre ; on l'avoit alors réduit à celui de mille ;
& Cheyt-Sing avoit offert treize cents hommes ,
y compris 500 fufiliers ; il avoit fait plus pour
fe mettre à l'abri de toute autre oppreffion , il
avoit cherché à fe concilier l'amitié & la protection
de M. Haftings , en lui faifant un préſent
de 20,000 livres ſterlings ( 12) . »
« Permettez-moi de vous faire obferver
, continua M. Fox en terminant
Souverain. Souverain , avec l'arrangement d'un Vaffal
à l'égard de fon Suzerain .
( 11 ) M. Haftings employa au contraire tous les moyens
de le faire rentrer dans l'obéiffance , en ne ceffant de l'avertir
des faites dont le menaçoit fon refus de contribuer
au fubfide militaire, & les vains prétextes dont il les étayoit.
( 12) Sans doute l'Analyte Anglois de M. Fox a jugé
fuperflu de donner l'hiftoire complette de ce préfent. Il a
cru inutile d'ajouter que pas un fchelling de ces 20,000 !.
fterl. n'entra dans les mains de M. Haftings , qu'elles
furent livrées par l'Agent même de Cheye - Sing à M.
Croftes , Sous-Tréforier de la Compagnie , déposées dans
fa caiffe , employées pour fon compte , annoncées à la
Cour des Directeurs par M. Hastings. Deux fois antérieurement
le Gouverneur-général avoit refufé cette
fomme ; mais le Confeil , fous prétexte d'économie , s'étant
oppofé au projet infiniment fage d'une expédition
contre Madajee Scindia , pour repouffer ce Chefdes Marattes
jufqu'au territoire de la Nation , & faciliter ainfi
les Négociations de paix , M. Haftings fut forcé de recourir
à l'offre qu'il avoit rejetée . Tous ces faits , & ceux
qui précèdent , feront prouvés dans le temps , par des
témoignages & des pièces juftificatives authentiques.
( 119 )
qu'il auroit été prefqu'impoffible de fuivre
ce procès , il y a quelques années , faute
de documens ; mais qu'aujourd'hui tous
les événemens arrivés dans l'Inde font
publiquement
& généralement connus au
Parlement & à la Nation , grace aux travaux
zélés & à l'habileté de M. Burke.
Oui , Mrs. , le génie fublime d'un fimple
particulier a arraché le voile qui nous
cachoit la vérité , & montré dans toute
leur noirceur les crimes énormes & variés
qui ont fouillé l'honneur du nom Anglois ,
& flétri le caractère national dans l'Inde.
Réhabilitez la gloire de la Patrie ; vengezla
; détrompez des millions d'hommes fondés
jufqu'ici à attribuer les fautés d'un
feul à toute la Nation ; en un mot, fi
Warren Haftings eft coupable , qu'il foit
puni, & que fon châtiment juftifie & abfolve
les généreux Bretons. « Les yeux de
» l'Europe entière font ouverts fur la
» Chambre Haute , répéta plufieurs fois
M. Fox , qui effaya de convaincre les
» Pairs qu'ils fe déshonoreroient s'ils ne
» trouvoient pas le Prifonnier coupable, »
M. Grey fuivit M. Fox ; & après avoir
répété les affertions de fon Confrère , il
ajouta :
« En vain M. Haftings avoit prétendu
justifier ſes exactions fur les principes de la
féodalité. Sans doute , felon les loix féo(
120 )
dales , le vaffal étoit obligé d'accompagner
fon fouverain à la guerre , & de lui
fournir des troupes ; mais le temps de
ce fervice , & ce qu'il devoit contribuer ,
étoient définis d'une manière claire & précife
, & le fuzerain n'avoit point le droit
d'écrâfer fon vaffal , & d'exiger de lui ,
arbitrairement , au- delà de fon contingent ;
encore moins de le punir arbitrairement
( 1 ) . »
» Entr'autres crimes reprochés au Rajah
par M. Haftings , étoit celui d'avoir différé
à payer les cinq lacks de roupies qu'on
l'avoit fommé de fournir au-delà de fon
tribut ordinaire , & d'avoir laiffé régner
de grands défordres dans fes États . A la
première accufation , le Rajah avoir ré-
(1) Ce contingent , qu'il faut encore une fois
diftinguer du tribut ordinaire ou de la rente que
paye le Tenancier , n'avoit été réglé par aucun
traité. Les circonſtances & l'équité devoient feules
en déterminer l'étendue. Il ne s'éleva dans le Confeil
de Bengale , où fiégeoit M. Francis , aucune
objection fur la quotité de ce contingent militaire,
Quant à l'amende par laquelle M. Haftings vouloit
punir la défobéiffance & le manque de fidé
lité reprochés à Cheyt-Sing , elle n'étoit pas plus
arbitraire que les peines auxquelles il s'étoit foumis ,
au cas qu'il altérât la monnoie , lorfqu'on lui céda
le privilége de la frapper. Le Souverain qui avoit
le droit de le châtier pour cette prévarication , à
plus forte raiſon étoit autorifé à le faire pour le
crime de félonie.
pondu
( 121 )
pondu que ce délai devoit être imputé
au réfident Anglois (2 ) . Quant à la feconde
, elle étoit auffi fauffe qu'odieuſe.
La police la mieux réglée , l'adminiftration
la plus rigide , n'étoient pas toujours capables
de prévenir les crimes des individus.
Le Rajah avoit été auffi accufé
d'avoir enfoui des tréfors immenfes. C'étoit
, fans doute , une faute très-grave ;.
elle avoit été la caufe du voyage de M.
Haftings à Benarès : c'eft ce qui a produit
les événemens extraordinaires & tragiques
qui s'en font fuivis ( 3 ) . »
-
(2 ) Il ne fit jamais une pareille réponſe , &
prétexta toujours fon impu ffance. Ce fut la veuve
de Balwant- Sing & le Rajah , fucceffeur de Cheyt-
Sing , qui allégèrent long-temps après que le délai
de leur Miniftre à acquitter le tribut , devoit être
attribué à M. Marckham , alors réfident à Benarès.
(3 ) Remarquez bien qu'après avoir répété en
cent pamphlets , dans les Communes , dans les
articles d'impeachment , que le fubfide exigé de
Cheyt-Sing étoit d'autant plus tortionnaire , que
ce Rajah fe trouvoit hors d'état de l'acquitter , on
nous dit aujourd'hui qu'il poffédoit d'immenfes
tréfors convoités par M. Haftings. Si le Rajah
jouiffoit d'une telle opulence , fa réſiſtance à acquitter
la part du fubfide militaire , & le menfonge
de fa prétendue pauvreté ne juſtifioient- ils pas le
foupçon de fa déloyauté ? Si au contraire fes reffources
étoient réellement épuisées comment
poffédoit- il des tréfors ? Comment M. Haftings
pouvoit-il fonger à dépouiller un homme , dont
No. 11. 15 Mars 1788. f
( 122 )
« Arrivé à Benarès , M. Haftings avoit
fait arrêter le Rajah de la manière la plus
ignominieufe (4 ) , dit M. Grey, & Cheit - Sing
n'avoit répondu à ces outrages qu'en s'humiliant
devant fon implacable ennemi ;
qu'en lui faisant préfenter les remontrances
les plus refpectueufes ; qu'en lui écri
vant , » qu'il étoit fon efclave , qu'il pou-
» voit faire de lui ce qu'il voudroit ; mais
» que s'il en vouloit à fa vie , il le fupplioit
de ne pas le livrer à d'autres mains
» qu'aux fiennes . » Les fréquentes remontrances
du Rajah ayant été fans
effet , une troupe tumultueuſe de ſes ſujets
avoit paffé la rivière aux environs
de Ramnagur , & fondant à l'improviste
fur les Anglois qui gardoient le Rajah ,
les avoit maffacrés , & avoit délivré le prifonnier.
M. Haftings devoit répondre de
ce carnage . Celui qui femoit , devoit néceffairement
être regardé comme l'auteur
de la récolte . L'oppreffion produiſoit naturellement
la réfiftance ; & lorfque cette
réfiftance entraînoit des fuites funeftes ,
on n'auroit pu tirer annuellement
5 lacks de roupies
Chaque ligne de ces harangues
préfente de pareilles contradictions
.
(4) Faux , abfolument faux. Il fut arrêté fans
violences perfonnelles , fans menaces , fans danger
pour fa vie. M. Haftings lui en donna l'afſurance
la plus pofitive.
123 )
c'étoit à l'oppreffeur qu'il falloit les imputer
, &c. &c. (5) . »
» M. Haftings s'étoit encore rendu coupable
d'autres crimes , en faifant affiéger
par le major Popham la fortereffe de Bedjeygur
, où la femme & la mère du Rajah
réfidoient , & en excitant la foldatefque
au pillage & à la rapine. N'avoit- il pas
écrit au major Popham : » que le meilleur
» moyen de faire rendre la fortereffe à
» difcrétion , étoit de rejeter toute offre de
» négociation ; qu'il craignoit que la Be-
» gum ne fruftrât les vainqueurs d'une
» partie confidérable du butin , fi on la
» laiffoit fe retirerfans la fouiller ; & qu'il
feroit très-fâché que les officiers & les
» foldats perdiffent la moindre partie de
»
la récompenfe qu'ils avoient fi juftement
» méritée ? « En conféquence la fortereffe
s'étoit rendue ; tout avoit été pillé ; les
princeffes avoient été entièrement dépouillées
(6) . Etoit - ce ainfi qu'Alexandre ,
(5) La fuite du procès éclaircira completement
l'hiftoire défigurée de cette révolte.
(6 ) Quel récit ! Comment fuppofer que ce
foient-là les affértions d'un Membre des Communes
d'Angleterre ! M. Haflings agréa les propres
articles de capitulation offerts par la mère du Rajah .
Lorfqu'il apprit qu'à la retraite de cette femme &
de fes gens , les Cipayes de la Compagnie avoient
pillé les effets qu'elle emportoit , il étoit à plufieurs
milles du fort ; il écrivit au Major Popham de
fij
( 124 )
auquel on n'avoit pas craint de comparer
M. Haftings , s'étoit comporté envers la
mère & la femme de Darius M. Haltings
avoit prétendu qu'il n'avoit fait le
voyage de Benarès que pour enrichir la
Compagnie ; mais à peine s'étoit - il vu
maître du produit du pillage de la fortereffe
de Bidjegur , qui fe montoit à 250,000 ) .
ft., qu'il l'avoit diftribué aux troupes (7).
A la vérité , fur les repréſentations du Confeil
, il avoit voulu reprendre cette fomme
en forme d'emprunt ; mais les troupes le
connoiffoient trop bien pour fe fier à lui.
pourfuivre les pillards , de les obliger à reftitution
, de les punir exemplairement , & de promettre
toutes récompenfes pour la réparation d'une
brèche, à la capitulation auffi deshonorante. Jamais
il n'émana de fa main un ordre , une invitation
à ce brigandage.
(7) Pour apprécier cette affertion , citons quelques
lignes d'unelettre au procès , écrite par M. Haftings,
le 14 9bre, 1781 , au Major Popham , au fujet de
ce pillage. «J'apprends avec douleur la diftribution
» prématurée des tréfors faifis à Bidjegur. Ignorez-
vous , & les foldats ignorent- ils que ce butia
militaire appartient à la Compagnie ? J'aurois employé
mes follicitations aupres d'elle pour faire
accorder aux troupes cette récompenfe de leurs
» fervices ; mais j'étois loin de croire qu'ils s'en
» empareroient de cette manière? Sufpendez donc
tonte diftribution ultérieure du dividende, juf.
qu'à l'arrivée des ordres de la Cour des Di-
» recteurs , &c. & c . »
( 125 )
Ce ftratagême ne lui ayant pas réuffi , il
avoir tâché de tirer d'autres reffources
d'un pays déjà épuifé . Il avoit en vain
nommé des collecteurs , qui tyranniſés par
lui , tyrannifoient les cultivateurs : le pays
s'étoit dépeuplé ; & trois ans après , lorfqu'il
avoit été vifiter de nouveau ce
malheureux pays , il n'avoit trouvé que
des villes défertes , des villages ruinés , des
champs en friche , & la famine faifant les
plus grands ravages ; il n'y avoit trouvé
d'autres habitans que des vieillards &
des infirmes , qui n'avoient pas pu prendre
la fuite des voleurs , des affaffins , des
tigres qui laiffoient par-tout des traces de
leur férocné ( 8) . Sous le gouvernement
de Cheit - Sing, au contraire , les champs
étoient cultivés ; les villes & les villages
remplis d'habitans ; la campagne reffembloit
à un jardin , & les cultivateurs étoient
( 8 ) Tableau bon à placer dans un couplet de
tragédie. Les témoins que l'on produira fur cette
charge , les lettres reçues par la Compagnie , les
informations les plus certaines prouveront que
depuis l'expulfion de Cheyt-Sing , Benarès s'eit
accru de près de 3000 maifons , & que jamais
la Province ne fut plus tranquille , plus protégée ,
ni mieux cultivée. Deo -Sing , il est vrai , Miniftre
du fucceffeur de Cheyt-Sing, commit beaucoup
de rapines dans le pays ; mais dès que ces
défordres furent connus de M. Haftings , il fit
éloigner fur le champ ce Péculateur.
f nj
( 126 )
•
heureux . Les principaux marchands de
l'Inde fe rendoient à Benarès ; c'étoit la
banque de l'Inde , & elle renfermoit les
tréfors appartenans aux Marattes , aux
Jaiks , aux Saiks . Les Européens ainfi que
les Indiens alloient réfider dans cette ville
floriffante que M. Haftings avoit dépeuplée
, &c . «
1
Ce n'eft pas , comme on le fent , dans
les affirmations hardies des harangueurs
refpectifs qu'il faut chercher la vérité ; elle
doit fortir des preuves & de l'inftruction
juridique. Les 9 & 10. Séances de la
Cour ont été confacrées à recevoir , à
lire , à examiner les documens produits par
les Accufateurs fur la première charge .
M. Anftruther a préſenté , le 9. jour , les
commiffions officielles des Gouverneursgénéraux
& celle de M. Haftings ; enfuite
le Traité portant conceffion de la
Souveraineté de Benarès à la Compagnie
par Sujah- Dowla ; la ratification du fucceffeur
de ce Vifir , & le contrat avec
Cheyt-Sing. De ces pièces , il réfulte clairement
, ce qui n'a jamais été contefté ,
que fous aucuns prétextes la rente de ce
Zémindar ne pouvoit être portée au -delà
de la fomme réglée par le contrat . Nous
avons vu que ni en paix ni en guerre M.
Haftings n'avoit furchargé le bail de ce
Tributaire. Quant au rapport ultérieur des
( 127 )
Papiers Anglois fur tout autre réfultat de
ces Traités , des Lettres , extraits de Lettres
qui les appuient , il eft plein de contradictions.
Dans le Difcours de M. Fox , ils
font dire à cet Orateur , ainfi qu'on l'a
lu , que le Nabab d'Oude avoit tranfmis
à la Compagnie la Souveraineté de Benarès
; qu'on avoit enfuite ajouté quelques
priviléges à l'emploi de Cheyt Sing ; qu'il
étoit devenu Prince feudataire , & c . Aujourd'hui
ils impriment hardiment que la
lecture des preuves a démontré , de la manière
la plus pofitive , qu'on avoit cédé à
Cheyt- Sing tous les droits de Souverain ,
&c. Jufqu'à ce que ces Gazettes fe foient
accordées dans leurs rapports oppofés ,
nous répéterons que le für moyen de ne
rien entendre à ce procès , c'eft de s'en
tenir à la lecture des Feuilles publiques .
La fuire des preuves écrites offertes à
la Barre , eut pour objet d'impliquer l'Accufé
de défobéiffance à la Compagnie
pour avoir rappelé M. Fowke , Réfident à
Benarès , en lui fubftituant M. Marckham.
M. Fox , qui apparemment fentit qu'infifter
fur un fait acceffoire , au lieu de juftifier
l'imputation de tant de délits atroces
fuppofés commis à Benarès , c'étoit donner
une prévention défavorable , prétendit
que ce changement de Réfident indiquoit
les deffeins de M. Haftings contre leRajah.
9
fiv
( 128 )
Le 10. jour on a continué la lecture de
ces Minutes , Lettres , Confultations ; & le-
II . , on a procédé à l'Audition des témoins .
Le Comité a fait entendre MM. Stables ,
Calcraft & Benn : nous rapporterons dans
la fuite ces dépofitions , ou plutôt ce qu'on
en débite , ainfi que l'incident que fit naître
le récollement de ces témoins , entre le
Comité d'impéachment & les Confeils de
l'Accufé. Ce débat termina la Séance.
Les Pairs étant rentrés dans leur Chambre ,
le Chancelier propofa de foumettre l'importante
queftion que venoient d'agiter
les Parties , à la décifion des Grands Juges.
Ceux- ci ont demandé du temps pour cet
examen ; après leur réponſe , le Chancelier
ajourna au 10 avril la reprife des Séances
pour l'inftruction du Procès . Cet ajournement
eft néceffité par l'abfence prochaine
des Grands Juges , obligés d'aller tenir les
feffions du terme dans les Comtés.
On équipe à Plimouth , par ordre du
Gouvernement, plufieurs vaiffeaux de 300
à 450 tonneaux , deftinés à importer du
bois de conftru&ion des établiffemens Anglois
de l'Amérique feptentrionale , pour
l'approvifionnement des chantiers de Sa
Majefté .
Le Jupiter de 50 canons , monté par le Commodore
Parker ; le Solebay de 32 , Capitaine
Holloway; le Maidstone de 28 , Capitaine Hewcomb
; la Sibille de 28 , Capitaine Bikerton , &
( 129 )
1
le Bonetta de 16 , font arrivés le 2 Janvier de
I'Amérique à la Barbade.
Il a été envoyé , le 22 , des ordres à Chatham ,
d'y équiper le Roebuck de 44 canons , pour fervir
de vaiffeau hôpital , mais on ignore encore où il
fera ftationné. L'Union de 90 , eft - déja équipé
pour faire le même fervice à Blackftakes , & il
doit mettre à la voile dans peu de jours . Il doit
être conftruit un nouveau vaiffeau de 110 canons
dans ce chantier fur la forme du Royal- Georges ,
& de même force.
Le 27 on a reçu l'ordre d'équiper dans ce même
chantier , comme vaiffeau de garde , l'Arrogant de
74 canons , qui eft en ordinaire. Il doit remplacer
Irréfiftible de même force , monté par le Capitaine
Andrew Snape Hammond: le Capitaine Harvey
doit commander l'Arrogant , dont l'équipage complet
fera de 400 hommes.
D'après les derniers états reçus de l'Inde ,
datés de la fin de 1786 , il manquoit à
cette époque plus de 1500 foldats pour
porteraucomplet les troupes Européennes,
qui font compofées d'un régiment de Dragons
, & de cinq régimens d'Infanterie.
Le déficit , en particulier dans le 52º .
régiment , étoit de plus de 600 hommes ,
& de près de 300 dans la 36e . Les vaiffeaux
expédiés l'année dernière pour l'Inde
y ont tranfporté 860 recrues .
Les quatre régimens qu'on fe propofe
d'envoyer dans l'Inde , portent à 77 le
nombre total des régimens d'Infanterie de
l'établiffement de la Grande - Bretagne .
Chacun de ces quatre Corps fera compofé
f v
( 130 )
de 710 foldats . Ils font maintenant complets
, & arrivés dans les ports où ils doivent
s'embarquer. Nous avons parlé de
l'oppofition de la Cour des Dire & eurs à
cet envoi , & préfenté leurs motifs . Ils en
ont fait juge l'Affemblée générale des
A&ionnaires , qui , le 23 , s'eft trouvée en
nombre égal , 371 pour , & 371 contre
la propofition d'envoyer dans l'Inde de nouvelles
troupes au compte de la Compagnie.
Le fort , felon la règle de l'Affemblée
en pareil cas , a décidé la querelle en faveur
des refufans. Pendant ce temps , lettres ,
requêtes , nouveaux ordres , négociations
entre le Gouvernement & la Compagnie .
Sur ces entrefaites , M. Pitt , pour trancher
la queftion , a demandé au Parlementle
Bill dont nous avons parlé au Journal précédent
, demande fuivie de débats dont
voici le précis fuccinct ..
« Les Directeurs de la Compagnie des Indes ,
dit M. Pitt , qui , dans un moment de danger
, avoient acquiefcé à l'envoi dans l'Inde des
troupes que la Compagnie défrayèroit , s'oppofoient
maintenant à cette réfolution . Les Miniftres
avoient jugé alors ces mefures utiles , &
même les feules qui puffent fauver l'Inde. Le danger
du moment évanoui , le Bureau du Contrôle
avoit jugé néceffaire d'établir à demeure dans l'Inde ,
des forces militaires plus confidérables que celles
qu'on y avoit eues jufqu'à préfent . Cependant
les Directeurs perfiftoient dans leur oppofition . En
conféquence , la Chambre étoit forcée d'examiner
( 131 )
la queftion fous ces deux points de vue : Le Roi
a- t-il le droit d'envoyer des troupes dans les diffe
rentes parties de fes domaines , pour les protéger ?
Perfonne , dit M. Pitt , ne lui difputera ce droit.
Secondement Sur qui doivent porter les frais de
l'entretien de ces troupes ? Il ne feroit pas plus difficile
de répondre à cette queſtion qu'à la première.
Affurément , les revenus d'un pays fi bien défendu ,
devoient être appliqués aux frais qu'entraînoit ſa
protection . "
« Tous les pouvoirs politiques poffédés auparavant
par les Directeurs de la Compagnie des Indes ,
étoient actuellement dans les mains du Bureau de
Contrôle ; fi la Compagnie refufoit d'admettre les
troupes fur fes vaiffeaux , elle donnoit lieu par
cet entêtement à des frais de tranſport inutiles
& exorbitans frais que la Chambre feroit obligée
de faire acquitter für les revenus de l'Inde . La
feule queftion à examiner , c'étoit le droit du
Bureau de Contrôle , d'envoyer des troupes audehors.
La meilleure réponſe à cette queſtion , fe
trouvoit dans -un acte , à fon avis , clair & explicite.
Mais comme il s'étoit élevé des doutes , il
faifoit une motion tendante à affurer par un Bill
le pouvoir délégué au Bureau de Contrôle , d'envoyer
des troupes dans l'Inde , & de les faire défrayer
fur les revenus de ce pays. »
« M. Baring prétendit que le pouvoir du Bureau
de Contrôle , & même celui de S. M. , d'envoyer
des troupes dans l'Inde , n'étoit pas illimité ,
& déclara que la réfiftance de la Compagnie des
Indes en cette occafion , lui paroiffoit conftitutionnelle
& légale . Il fit quelques obfervations fur ce
qu'on écartoit les propofitions faites par la Compagnie
au mois d'août , de renforcer fes établiffemens
par fes propres troupes , & pria la Chambre
de fufpendre fon opinion fur la question , jufqu'à
――
f vj
( 132 )
ce qu'on eût produit devant elle les papiers qui
pourroient l'éclaircir. »
a Le Chancelier de l'Echiquier fe difculpa de
vouloir procéder à ce Bill trop précipitamment.
Il n'en demandoit pas une feconde lecture avant
jeudi ; & oin de fe refufer à ce qu'on éclairât
la Chambre fur ce fujet , il le defiroit, »
« M. Fox dit qu'il rejetoit fans difficulté le
bill à fa première préfentation , parce que le T. H.
Membre n'avoit établi aucunes raifons plaufibles
de le paffer en bill déclaratoire. Il s'appuya
fur l'embarras qui réfulteroit néceffairement pour
la Chambre , d'être requife de donner de pareils
actes , toutes les fois qu'un petit nombre de Gens
de Loi fe trouveroit d'un avis différent fur la
nature d'un ftatur." Il compara les pouvoirs
qu'on attribuoit au Bureau de Contrôle , & ceux
déterminés dans le bill de l'Inde , qu'il avoit eu
l'honneur d'offrir à la Chambre , il y a quelques
années. Par cet acte , le droit de patronage du
Bureau étoit bien moins étendu . Que refteroitil
à la difpofition de la Cour des Directeurs , fi
le Bureau de Contrôle avoit le droit de difpofer,
de tous les emplois civils & militaires , & d'ap
pliquer les revenus de l'Inde à couvrir les frais
que la défenfe de la Compagnie occafionnoit ?
Quels fonds refteroit - il pour l'amélioration du
commerce , fi le département politique les abforboit
en entier ? Quelle différence y avoit- il à
dépouiller la Compagnie de fes pouvoirs , de la
manière propofée , ou de celle qu'il avoit ftatuée
fon ancien bill , à l'époque de l'établiſſement
de ce Bureau de Contrôle ; fe feroit - on determiné
à le créer , s'il eût demandé des pouvoirs auffi
étendus que
ceux qu'on vouloit lui attribuer aujourd'hui
? Ces obfervations lui paroiffoient fufffantes
pour rejeter la motion. »
par
( 133 )
---
M. Dundas exprima fa fatisfaction de voir arri
ver inceffamment le jour où il trouveroit une
occafion favorable de fe mêler des affaires de
l'Inde ( 1 ). I appuya les droits du Bureau de
Contrôle fur les revenus de l'Inde , & prétendit
que dans un cas de néceffité , il pourroit légalement
en dépenfer jufqu'au dernier fou , fans rien
laiſſer à l'amélioration du commerce. Il y avoit
une différence effentielle entre les deux bills de
M. Fox & de M. Pitt ; la motion n'étoit point
déplacée , quoique l'acte pûr être clair , & le
Gouvernement fe trouvoit autorifé par la loi à
l'exercice des pouvoirs difputés,
« Il pourroit arriver , que pendant les débats
réfultans d'une réſiſtance opiniâtre , & la confection
d'une ordonnance du Gouvernement pour
contraindre la Compagnie à l'obéiffance , l'Inde
paffât au pouvoir de l'ennemi , & fût perdue pour
jamais. Il étoit donc néceffaire d'avoir un bill
déclaratoire qui levât tous les doutes. »
« M.Fox affirma de nouveau que le fyftême ac
tuellement adopté , favorifoit le patronage du Gouvernement
, au moins autant que lui , M. Fox ,
avoit pu le faire par fon ancien bill ; le droit & que
illimité d'appliquer arbitrairement les revenus
mettoit abfolument l'Inde entre les mains du Eureau
de Contrôle . »
*
M. Baring dit que fi l'on privoit la Compagnie
de fes revenus , elle pourroit , en conféquence
, fermer fa tréforerie dans Leadenhall-
(1 ) Probablement il y a ici quelque méprise ma
licieuse du Rédacteur Anglois de ce débat , car le
jour à venir dont parle M. Dundas , est arrivé depuis
4 ans . Personne n'ignore qu'il est le grand Administrateur
et l'Arbitre des affaires de l'Inde dans le Bureau
de Contrôle. Les jaloux vont jusqu'à le regarder
comme Vice-Roi de cette contrée.
( 134 )
1
freet. Il entra dans quelques particularités relativement
aux affemblées tenues à ce fujet , &
témoigna qu'il defiroit que le bill fût retardé
de quelques jours , parce qu'il favoit qu'il y
auroit encore une affemblée le jeudi fuivant. »
« M. Francis relevant ce qu'avoit dit M. Dundas
, lui demanda , « s'il prétendoit faire entendre
» que 1 Inde fût actuellement en danger ? »>
« M. Dundas répliqua , qu'il étoit toujours prêt
à répondre à quelque queftion qu'on lui fit ,pourvu
que ce fût franchement & fans mauvaiſe intention
; mais qu'il ne feroit pas affez fou pour répliquer
à celle de l'Honorable Membre ; s'il le
faifoit , il mériteroit d'avoir la tête tranchée , en
punition de fa perverfité & de fa folie.
"}
Le Colonel Barré alla droit au fait , en
difant qu'il ne voyait en tout cela qu'une
difpute de patronage entre le bureau de
Contrôle & les Dire&eurs pour la nomination
des Officiers. La première lecture
du Bill ayant été réfolue , la Compagnie
arrêta une pétition pour demander d'êtte
entendue à la Barre par Avocats , ce qui
lui a été accordé . Le 3 , hier , jour de la
feconde leâure du Bill , MM . Exskine &
Rous ont plaidé la Caufe des Actionnaires
pardevant les Communes ; ce qui n'a pas
empêché la Chambre de remettre le Bill
enComité général qui s'affemblera demain,
& où il recevra probablement fa fan &tion.
Cette décifion , qui entraîne le départ des
régimens , qui charge la Compagnie de
leur entretien , malgré fes réclamations ,
( 135 )
& qui femble mettre entre les mains du
Bureau de Contrôle tout le pouvoir exécutif
de l'Inde , a été prife à la pluralité
de 242 voix contre 142. Nous reviendrons
à cette Séance , dont les détails font
importans.
Le 27 février , M. Francis prononça
devant la Chambre une longue hiftoire
des motifs , circonftances , événemens qui
avoient précédé , accompagné & fuivi
l'avis ouvert par lui , de brûler honteufement
la requête de Nunducomar. L'eſpace
nous manque pour cette apologie infiniment
curieufe , que nous remettrons au
Journal fuivant . On a fuivi l'interrogatoire
des témoins interpellés par l'accufateur du
Chevalier Elijah- Impey; M. Francis , à la
requête de cet Accufateur , fera lui -même
entendu demain , quoique fon difcours &
fa conduite ayent clairement manifefté
depuis long - temps ce qu'il croit , ou ce
qu'il penfe fur cette affaire.
Les Négocians de Liverpool, intéreffés à
la Traite des Nègres , qui avoient d'abord
nommé 12 Délégués pour défendre leur
caufe au Parlement , en ont reftraint le
nombre à trois ..
Liverpool fera ruiné , dit- on , fi l'on abolit
ce commerce. Ce Port expédie tous les
ans pour l'Afrique plus de 100 vaiffeaux
port de quatre à 500 tonneaux , & il du
( 136 )
exporte annuellement pour plus de deux
millions fterlings de marchandiſes, dont les
deux tiers font de fabriques Angloifes , &
le refte marchandifes des Indes.
On raconte un vol affez plaifant qui s'eſt fait ,
ily a quelques jours, à Truro, dans le Cornouailles.
Un fermier de la paroiffe de Gwinear , revenoit
de la ville à cheval , entre fix & fept heures du
foir , lorfqu'un voleur fortant hors d'un foffé ,
faifit le cheval pár la bride , le tira près d'untertre ,
& fauta en croupe. Il faifit auffitôt d'une main
les deux bras du fermier , & de l'autre lui vola
fa bourfe qui contenoit 46 fchellings ; lui fouhaitant
alors le bon foir , il coula à bas du cheval &
s'échappa. Le fermier étoit accompagné , lors du
vol , d'un de fes voifins qui s'enfuit auffi vîte que
fa peur & fon cheval pouvoient le lui permettre.
Ce vaillant homme a pourtant avoué qu'il n'avoit
dans le moment qu'un schelling dans fa poche.
FRANCE.
De Verfailles , le 5 Mars.
M. Eden , Envoyé Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de la Cour de
Londres , eut une audience particulière
du Roi , pendant laquelle , après avoir
remis fes lettres de créance , il prit congé
de Sa Majefté. Il fut conduit à cette
audience , ainfi qu'à celle de la Reine &
de la Famille Royale , par M. Tolozan ,
Introducteur des Ambaffadeurs ; M. de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi ,
( 137 )
pour la conduite des Ambaffadeurs , prẻ-
cédoit.
Le Comte de Soran , le Comte de
Gourjault & le Comte Victor de Vibraye,
qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 25
février, celui de monter dans les voitures
de Sa Majefté & de la fuivre à la chaffe .
Le Comte de Vichy , le Comte de Laudun , le
Comte de Tourdonnet & le Chevalier de Touchimbert
, qui avoient eu l'honneur d'être préfeatés
au Roi , ont eu , le 29 du mois dernier ,
celui de monter dans les voitures de S. M. , & de
la fuivre à la chaffe.
Le 2 de ce mois , le Comte de Luxembourg ,
Capitaine des Gardes-du - Corps du Roi , en furvivance
, a prêté ferment entre les mains de Sa
Majefté , en qualité de Lieutenant-général de la
Flandre & du Hainaut .
Le même jour , le Comte de Montmorency a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi & à la Reine
par Monfeigneur Comte d'Artois , en qualité de
fon Capitaine des Gardes , en furvivance du Bailli
de Cruffol.
Ce jour , la Comteffe d'Eftampes , la Vicomteffe
de Wargemont & la Vicomteffe de la Rochelambert
, ont eu l'honneur d'être préſentées à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la première
, par la Marquife d'Eftampes ; la feconde ,
par la Comteffe de Canonville ; & la troisième ,
par la Comteffe de la Rochelambert.
De Paris , le 12 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 16
février , qui ordonne qu'à la requête &
( 138 )
pourfuite du fieur Lorry , Infpe&teur- général
du Domaine , il fera procédé à
l'exécution de l'Arrêt du 29 décembre
dernier , portant établiffement d'une Commiffion
pour l'examen de l'échange du
Comté de Sancerre , & que tous jugemens
d'inftruction dans cette affaire feront
rendus au Confeil royal des Finances &
du Commerce.
Autre , du 11 février 1788 , qui ordonne qu'il
fera fait un Réglement général qui fixera les droits.
auxquels feront affujetties pour l'avenir les Mouffelines
, Toiles blanches & peintes des fabriques
d'Alface, lors de leur introduction dans le Royaume
; & règle les dédommagemens dus aux Fabricans
de cette Province , pour l'inexécution des Arrêts
des 13 novembre 1785 & 26 janvier 1786.
'Autre , du 8 décembre 1787, portant établiffement
d'un Comité d'Adminiftration pour l'exécu
tion de l'Edit du mois de juin dernier , concernant
la fuppreffion du droit d'Ancrage fur les navires
François, de celui de Leftage & Déleftage, & axres.
« Le Miniftère vient d'accueillir & de
récompenfer M. de Barneville , inventeur
d'une machine nouvelle de filature pour
le coton ; au moyen de cette machine
une feule ouvrière peut filer une livre de
coton affez fin pour en faire un fil de
500,000 aunes de long , tandis que les
belles filatures de l'Inde n'en donnent que
140,000. Cette découverte , fi ce qu'on
dit eft vrai , peut retenir en France une
branche très-importante de commerce , que
( 139 )
les Indiens , les Anglois , & enfin les Suiffes
nous avoient enlevée , & qui pourroit fe
naturaliſer chez nous. >> (Nous foupçonnons
qu'il y a un zéro de trop dans le nombre
des aunes mentionnées plus haut . )
« L'Abbé Mandres , Curé de Donneley
, Evêché de Metz , dont les Papiers
publics ont annoncé les expériences faites
fur la Seine pour la remonte des bateaux ,
vient de les répéter avec le même fuccès
, au confluent du Rhin & de l'Ill .
Cette nouvelle expérience eft d'autant
plus belle que des bans de fable , des
finuofités , des arbres couchés fous les
eaux , & des courans rapides rendent la
navigation difficile & périlleufe dans cette
partie du fleuve . Au mois de décembre
dernier , il a également remonté & defcendu
le pont de Khell à Strasbourg, Cette
remonte s'opère par le moyen d'un levier
moteur, de l'invention de M. l'Abbé
Mandres. Cette découverte lui a mérité
Fapprobation de l'Ac . des Sc. & la protection
du Gouvernement. Af. de Lorraine. )
« On mande de Châlons-fur-faône , qu'on y a
» commencé des travaux confidérables , tendans
» à embellir & à augmenter beaucoup l'enceinte
» de cette ville. Le Roi a fait don à la province
» de Bourgogne , de la citadelle de Châlons , avec
» permiffion d'en détruire les fortifications , &
» d'en vendre les terreins , à charge par les ac-
» quéreurs d'y bâtir . Cette nouvelle ville doit
( 140 )
»
» devenir , en peu de temps , une p'ace de com-
» merce d'autant plus importante , qu'elle est située
fur le canal du Charollais , qui joindra l'océan
» à la méditerranée , par la faône & la loire . On ne
» doute pas que la province de Bourgogne n'ac
" cueille avec fatisfaction les commerçans étrangers
» qui voudront profiter de la circonfiance pour for-
» mer de grands établiffemens dans une des villes
» de France la plus heureufement fituée par
» la fertilité de fon fol , la beauté du pays , & qui
» peut devenir l'entrepôt d'un commerce utile. >>
Les doutes que la calomnie a jetés fur
la pureté du zèle de M. le Cauchois , Défenfeur
de la fille Salmon , ne pouvoient
mieux être réfutés que par fa Cliente
même. Elle vient de nous adreffer
2
l'occafion de la mort récente de M. le
Cauchois , une lettre , que les égards dus à
la mémoire de cet Avocat nous prefcrivent
de faire connoître.
u Nangis en Gátinois , le 25 février 1788 .
» Meffieurs ,
" Je fuis informée en cet inftant de la mort de
M. le Cauchois , Avocat au Parlement de Normandie
, mon défenfeur & mon libérateur . Mon
affliction s'accroît encore de ce que je n'ai pu prodiguer
mes foins à un homme qui m'étoit fi cher.
Eloignée de lui de plus de vingt lieues , je n'ai pas
même fu fa maladie , dont la durée n'a été que
de peu de jours. Oui , Meffieurs , je proteſte qué
fans cela il n'eût été ſecouru & fervi par aucune
autre que par moi ; & fi la confervation de fes
jours n'eût pas été accordée à mon zèle & à mes
voeux , j'euffe du moins goûté la double confolation
de remplir le plus facré de mes devoirs ,
( 141 )
& d'adoucir un pen l'amertume des derniers momens
de mon bienfaiteur. ».
« Il eft préfumable, Meffieurs , qu'on ne s'acharnera
pas contre la mémoire de M. le Cauchois ,
comme on l'a fait avec tant d'indignité à l'époque
où il fut fi juftement comblé de gloire. Ses ennemis
fe contenteront fans doute de la fecrette joie
de l'avoir conduit au tombeau dans un âge fi peu.
avancé , après y avoir précipité ſa vénérable mère ,
âgée de près de quatre-vingt-dix ans. Mais s'il
étoit quelqu'un affez lâche , affez vil pour faire
revivre des calomnies auxquelles on n'avoit même
pas fu donner l'ombre de la vraiſemblance , &
que j'ai déjà détruites entièrement , je veux que
cetimpofteur odieux , quel qu'il puiffe être , trouve
d'avance dans un nouveau démenti de ma part
toute la confufion qu'il méritera . Je déclare donc
que le défintéreffement de M. le Cauchois à mon
égard ne le céda point au courage qui a opéré
mon falut , & quia excité l'admiration univerfelle.
Ce n'eft pas encore dire affez ; j'ajoute qu'il n'eut
jamais avec moi aucun procédé que pût défavouer
la plus févère délicateſſe. »
K Daignez , Meffieurs , être en même temps
les dépofitaires & les organes de mes regrets fur
la pertedont je fuis accablée. Auffi long- temps que
je refpirerai , mon coeur gardera le fouvenir le
plus tendre de celui dont je tiens une feconde
vie , l'honneur , & une exiftence avantageufe , qui
eût été le bonheur même , fi j'euffe vu cet homma
refpectable jouir du fort dont il étoit digne , &a...
« SALMON , Femme Savary. »
P. S. « On s'appercevra aifément que cette
lettre n'a pas été rédigée par moi : je l'avoue ;
mais fi elle eft d'une plume étrangère , mon coeur
a dicté tout ce qu'elle exprime ; encore le langage
m'en parcît-il bien foible. I n'eft perfonne aflez
éloquent pour bien rendre ce qui fe paſſe en moi, »
( 142 )
Les Payeurs de rente , fix derniers mois
de 1787 , font à la lettre C.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 8 Mars 1788 .
Une partie des troupes de nos Provin
ces vont être déplacées de nouveau . Selon
le bruit public , le régiment de Bender
, actuellement à Laxembourg , va rerourner
dans le Brifgaw.
Quelques Gazettes ont annoncé la mort
du célèbre do&teur Franklin ; mais la nouvelle
de cette perte manque jufqu'ici de
fondement ; & il paroît qu'on a confondu
cet homme de génie , fi précieux à l'Amérique
, avec fon fils , zélé loyalifte & ancien
Gouverneur de la Nouvelle Jerſey.
Le Baron de Nagel , nouveau miniftre
Plénipotentiaire & Envoyé extraordinaire
de L. H. P. à Londres , eft parti , le 2 , de
la Haye pour fa deftination . On parle
du rappel du Comte de Rechteren & du
Baron de Dedem ; le premier, miniftre des
Etats- Généraux à Pétersbourg ; le fecond,
à Conftantinople .
On apprend de Paris , que M. Necker
vient d'y publier un nouvel Ouvrage auffi
intéreffant par fon objet , que par le caractère
de fon Auteur. Il traite de l'Importance
des opinions religieufes ( 1 ) ; importance
(1 ) Se´vend à Paris , Hôtel de Thou, rue des Poitevins,
( 143 )
faifie par la pluralité des Philofophes de
tous les fiècles , indiquée paffagèrement
par Montefquieu , par l'abbé de Mably &
quelques autres , mais dont l'examen &
les preuves n'avoient encore été approfondis
par aucun Ecrivain . Les uns
ont travaillé à renverfer tous les principes
religieux , les autres à les raffermir ;
perfonne n'en avoit démontré l'influence,
l'utilité , la néceffité fous tous les rapports
de la Société civile , comme vient
de le faire M. Necker. I eft difficile de
réunir une plus faine Philofophie à autant
de fenfibilité , une raiſon plus vigoureufe à
l'amour de l'ordre , à l'obſervation jufte
des foibleffes comme des intérêts de l'humanité
. Ces modernes Tufculanes , où l'illuftre
Auteur fe montre auffi grand homme
d'Etat que Moralifte pénétrant , pourroient
fervir de manuel aux Gouvernemens
, de fyftême de philofophie aux fages
, de confolation aux malheureux .
M. Necker y annonce par un Avertif
fement, qu'il va répondre jufqu'à l'évidence
au fecond Mémoire de M. de Calonne , &
maintenir en fon entier lafoi due au Compte
rendu au Roi en 1781 .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Il paroît que la bonne intelligence entre les
Turcs & la Pologne ne fera pas de longue durée.
2
144 )
Déja un des Pachas , Commandant fur les frontières
, a déclaré de la part du Divan : « Que fi
» la Pologne ne s'oppofoit à l'entrée des Trou-
» pes Autrichiennes & Ruffes dans la République ,.
" on à leur paffage fur fon Territoire , la Porte
» feroit entrer 50,000 hommes en Pologne , pour..
" y agir contre ellës .» ( Gazette d'Amfterdam ,
n°. 18. )
Les miniftres de Sa H. ont tenu des Conférences
extraordinaires & fréquentes ; mais le public
a remarqué que le Capitan-Pacha n'y avoit
pas affifté. Les uns difent que le Grand-Vifir ne l'y
avoit point invité , & ils en infèrent un refroidiffe-.
ment marqué furvenu entre ces anciens amis : d'autres
foutiennent , avec plus de probabilité , que le
rufé Amiral ne voulant être refponfable de rien ,
ni envers fon maître , ni envers la nation , ſe ſeroit
excufé , en prétextant une incommodité , &
les foins qui l'appellent fans ceffe à l'Arfenal.
Quoi qu'il en foit , le réfultat des délibérations des
Miniftres a été d'expédier différens ordres aux
Pachas qui commandent dans la Macédoine, en
Bofnie , en Servie , en Bulgarie , en Romélie, &
aux Hofpodars de Moldavie & de Valachie. D'après
certains indices , on eft ici perfuadé qu'il eſt.
queftion de recruter tout homme qu'on trouvera
capable de porter les armes , & de l'envoyer vers
Belgrade , Vidin & Banfalucca , auffi bien que
d'amaffer dans les mêmes Provinces des grains de
toute espèce pour les magaſins . Si jamais on pou
voit exécuter des ordres pareils , il eft certain
que la Porte pourroit avoir en deux mois de tems
400 mille hommes fur le Danube , les Afiatiques
y compris. ( Courier du Bas- Rhin , nº. 18. )
·
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exact
sude d'aucuns des Paragraphes ci-deffus ).
MERCURE
DE FRANCE .
( N °. 12. )
SAMEDI 22 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1er au 31 les
jours croiffent de 53'ssle matin , & de 54" 8 " le foir.
Temps atoyen
au Midi vrai
H. M. S.
12 18
JOURS
du
Mos.
3. PHASES
NOMS DES SAINTS. de de la
D LUNE
fam. Aubin , Evêque.. 14
4.D. Latare.
16
lundi Ste. Cunegonde.. 26 12
mard. Cafimir , Roi..
11 49
merc. Virgile.. 28 11 35
jeudi . Ste Colette.. 291
7 vend. Ste Perpétue.
30 8 fam. Jean de Dieu..
ONL
17 , à 11
111 10
11
O 10
о
midi.e
9 D. Paffion..
rolindi ste Doctrovée.
mar . Quarante Martyrs,
merc. Gregoire.
jeudi , Ste Euphrafic.
vend. La Compaffion.
fam . Zacharie , Prêtre.
6 6D Rameaux.
lundi Ste Gertrude , Vierge.
8 mard. Lubin , Evêque...
9 merc. Jofeph .
to jeudi Joachim .
21 vend Saint
PRINTEMPS
ajfam. Epaphrodite.
Dim. PASQUES
4 landi. Gabriel.
35 mand. Ste Catherine de S..
26 mere. Ludger.
27 fendi. Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi..
Le fam, Rupert , Evêque..
30 1D Qualimodo.
lundi.LANNONCIATION:
h. 42 m.
da foir..
8.0
9 le 15, às
10 h. 28 m.
11
dumaciu
12
13
14
OPL
16 k22, do
h. 9 m.
18 dumatin
19
20
CD. Q
22 le 29, à4
23 h. 34 in.
24 du foir.
COURS DES EFFETS PUBLICS 1788 CHANGES du12.
Aift$4
Lond.19
EFFETS ROYAUX. Lundi to. Mardi 11. Merc. 12. Jeudi 13. Vend. 14. Samedi15 Ham. 188
Actions
es
2040. 27
Mad1418
Cadix14' 176.
Liv Ico
396.1E3.m97p6.rGO.33u13ec.99999n99nt..77766t57.....:.: 94.
761D8.é.7c1.e.m4..b5L5r.8yeBI-o.1esd$.n7e:. ,
Lor d'Aveil.. 709. 8.1.708. 768.7708.709 ...... 709.10.
Lot. d'Octobre..136.
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757575
Bee Id, so millions.
Sans Balleria .... 6161.7.87.7448747774673
Bulletin. 75 75-75 75-7570
Viager, 1787.6.5 6.6.6.6.6 64.66$ 45
Emprunt taom 1002.au pait ... pair. 1005.4100431004
ch.d. Empe 161.61.160.61. 260 263 ... 263.63 26463
Caille d'Efcompt. 4450. 40.4440.245 4466.75 4470. 734-66.446857
E. V. Bord ..... 690. 690 690.
Senon fort 745 745 745
...66.99.00..
745.
CHANGESidru
Amf4$t.
Lond.
29
Ham. 1884.
Mad.. 118!
Cadix14 116
Liv. ico.
Gen., 941
von.ee
Payeurs fix dern.ers
mois 1737 ét.C
MERCURE
DE FRANCE. "
SAMEDI 22 MARS 1788.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
A M. le Chevalier DE FLORIAN ; qui
vient d'obtenir la Croix de S. Louis , &
ne place à l'Académie Françoife,
AINST INSI vous obtenez , fur mille Concurrens
De ce double laurier la gloire méritée .
Sans doute vous avez des Protecteurs puiffans ,
Ruth , Pallas & Thalie , Eftelle & Galatée.
( Par M. de la Mothe. )
No. 12. 22 Mars 1788.
146 MERCURE
AUX MANES
De M. LE CAUCHOIS , Avocat au
Parlement de Rouen , Défenfeur & Libérateur
de la fille SALMON,
Tor , qu'on eût autrefois déifié dans Rome ,
Généreux LX CAVCHOIS , coeur fublime , grand
homme ,
C'en eft fait ; tu n'es plus ..... & la mort fans pitié
Frappe du même coup & ta tête fi chère
Et tant d'infortunés de qui tu fus le père ,
Hélas ! & l'amitié !
AINSI , lorſque naguère , à ton zèle héroïque,
L'Univers accordoit la couronne Civique ,
Elle devoit bientôt faire place au cyprès !
Si ton bonheur du moins eût été fans nuage ! ...
Mais l'Envie en frémit , & foudain de fa rage
Tu fentis tous les traits ,
Ton bras victorieux que guidoit le génie ,
A peine a , pour SALMON , vaincu la calomnie ,
A peine fous tes pieds le monftre eft abattu
Contraint d'abandonner fa première victime ,
Il s'indigne, il s'agite ,... & par un plus grand crime,
Attaque ta vertų.
DE FRANCE. 147
i
QUELS Coups il te porta ! quel tiſſu d'impoſtures
Ourdirent contre toi fes mains lâches , impures !
Dois-je ici retracer un reproché outrageant....
Mais un mot , un feul mot en abfout ta belle ame ;
On t'ofoit reprocher le gain le plus infame ,
Et tu meurs indigent.....
CHEZ la Poftérité , qui pour toi vient de naître
Qui fçaura te venger en te faifant connaître ,
D'unanimes honneurs te feront décernés.
La tombe déformais doit protéger ta gloire ;
Et l'on verra , fuivis d'une longue mémoire ,
Tes jours trop tôt bornés.
Si yenger l'innocent eſt un mérite infigne ,
Si du plus noble état c'eſt l'emploi le plus digne,
Qui doit- on plus que toi refpecter & chétir ?
Va , je l'oſe promettre à tes Manes paiſibles .
Tant qu'il exiftera quelques ames fenfibles ,
Ton nom ne peut périr.
O combien de regrets à ton heure fuprême !
Thémis s'eft affligée , oui , Thémis elle-même :
Eh quel homme de bien n'a pas pleuré ſur toi !
Mais vois de ton ami l'affliction profonde ;
Nulle ne la furpaffe .... & SALMON ſeule au monde
Te pleure autant que moi,
( Par M. D*** . T***. )
148 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Mattreſſe , celui
de l'Enigine eft Papier , celui du Logogripho
eft Hiftoire , où l'on trouve Iris, Ris,
Roi , Or, Soir, Toi , Si , Oie , Sot , Toife,
Ire, Rofe, Soie Tir,
CHARADE.
ON premier , cher Leeteur , fe fert de mon
dernier ,
Pour pouvoir , à fon aife , avaler mon entier,
( Par M. le Comte de R. A. F, 】
ÉNIGM E.
Sous quatre points bien différens
Confidère mon exiſtence ;
Le premier , avec abondance ,
T'offre un des plus riches préfens
Que faffe tous les ans Pomone
Le fecond , un tiffu charmant
Qui décore un appartement ,
Dont la richeſſe nous étonne j
1
DE FRANCE. 149
Sous mon troisième rapport ,
Je fuis peut-être moins utile ;
L'on me forge dans une ville
Où je donne fouvent la mort ;
Je prends le nom de ma Patrie
Qui fait mon quatrième point.
Pour nous voir , il faut aller loin ;
Car nous logcons dans la Syrie.
A ces quatre points défunis
Peut s'appliquer ma nature ;
Mon nom d'une feule ftructure ,
Te les préfente tous unis.
( Par M. Lambert , Avocat en Parl. ) ;
LOGO GRIPHE.
DE mortels infenfés , monument immortel ,
Mon front audacieux porte jufqués au ciel
Du néant des humains l'orgueilleux témoignage ;
Et l'injure des temps , & l'effort de l'orage ,
Se font contre moi feul vainement réunis ;
Seul je réfifte aux coups de ces fiers ennemis.
Je foutiens fur huit pieds ma maffe épouvantable,
Décompofe , Lecteur ; enfuite ouvre la Fable ;
Lis le nom d'un Amant fameux
par fes malheurs ,
Qui, fitu n'es de fer , t'arracheront des pleurs ;
G 3
150 MERCURE
D'un vieillard accablé ſous ſa triſte Patrie ,
Qui perdit à la fois & l'Empire & la vie;
D'une Princeffe aimable , & de qui les beanx yeux
Tinrent long-temps captif un Guerrier généreux :
Mais c'en eft trop , laiffons l'Hiftoire fabuleuſe .
Je t'offre dans l'Europe une ville fameufe,
Auffi bien qu'un 'duché portant le même nom ;
Ge que le Laboureur , au temps de la moiffon ,
Recueille avec grand foin ; ce que fur ton vifage
Imprimera des ans l'irréparable outrage ;
De tous les biens le plus délicieux ,
Mais auffi le plus rare , & fouvent dangereux ;
Un oifeau babillard , que mainte & mainte fille
Pour fe dédommager du filence des grilles
A foin d'avoir dans fon couvent ;
Cinq Pontifes Romains , & celui d'à préfent ;
De l'homme la plus belle & plus noble partic ,
Qui ac finira point avecque notre vie ;
Enfin de Melpomene , un enfant naturel ,
Et ce qui très-fouvent rend un homme cruel.
(Par M. C... du Breuil, Off, de Marine.)
DE FRANCE. ist
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE de l'ancienne Grèce , de fes.
Colonies , & de fes conquêtes , depuis les
premiers temps jufqu'à la divifion de
l'Empire Macédonien dans l'Orient. On
y a joint l'Hiftoire de la Littérature , de
la Philofophie & des Beaux- Arts . Traduite
de l'Anglois de JOHN GILLIES ;
avec des Cartes ; par M. CARRA , de
la Bibliothèque du Roi. 6 Vol. in - 8°.
Prix , 4 liv. chaque Volume br. , 5 live
rel. , & 4 liv. 10 f. br. franc de port par
la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Lib. ,
Hôtel de Mefgrigny , rue des Poitevins.
QUE
UELQUE connue que foit l'Hiftoire de
la Grèce , quelque nombreux que foient les
différens Ouvrages qui ont parlé tantôt des
moeurs, tantôt des ligues , tantôt des guerres,
tantôt du commerce des différentes Colonies
Grecques , & plus fouvent des démêlés de
Sparte & de Lacédémone , des entrepriſes
de Xercès , de Darius , de Philippe & d'A,
lexandre ; quoique la guerre de Troie , le
G 4
192 MERCURE
règne de Théfée & l'Ariftocratie des Ar
chontes foient gravés dans toutes les têtes ,
l'Hiftoire générale des Grecs fera de toutes
les Hiftoires la plus intéreffante , la plus
variée , & la plus agréable à lire ; on aimera
toujours à s'entretenir d'un peuple aimable
& belliqueux , qui a fervi de modèle
dans tous les genres aux autres Nations ,
& qui a dans fes faftes une foule de traits
& une phyfionomie qu'on n'a plus retrouvés
ailleurs. La politique des Etats modernes
y a pris des leçons journalières. Toutes les
formes de Gouvernement depuis l'Etat populaire
jufqu'à la Monarchie la plus abfolue
, depuis la fimple Régence jufqu'au
Defpotifme , s'y trouvent avec une vigueur
ou des excès également dignes d'être obfervés
& médités. La liberté & la tyrannie
y eurent des autels & des chaînes : des ligues
bien entendues & fagement combinées
, ont par intervalles ramené la Conftitution
à ces Etats mixtes , où l'obéiffance
& l'autorité fe trouvèrent dans un équilibre
admirable. Là fut imaginée pour la
première fois , certe fédération de plufieurs
Etats , qui , en confervant leur indépendance
individuelle , compofoient une République
guerrière auffi-tôt qu'il falloit conquérir
ou fe défendre. Là les Magiſtrats
étoient tout ce qu'un homme peut être ,
un fage , un héros un mortel , qui ne
comptoit pour rien le fang verfé pour la
Patrie : là on vit auffi des défordres affreux ;
DE FRANCE.
153
& après cette guerre du Péloponnèle que le
voluptueux Périclès fufcita pour être difpenſé
de rendre les comptes , on vit toute,
la Grèce avilie , trembler devant Alexan1-
dre , n'avoir à Chéronée ni Généraux ni
foldats , & enfin remercier les Dieux de
la mort du Roi de Macédoine , qu'ils n'ofoient
plus combattre. Un décret folennel ,
avoit déjà honoré le lâche Paufanias , qui
fut le meurtrier de Philippe . Alors il y avoit
long-temps que Socrate avoit pris la ciguë ;
alors Phocion avoit été perfécuté ; alors Démofthène
amufoit par des allégories an Peuple
délicat & fenfible qu'il falloit ménager.
On avoit des Philofophes , des Statuaires ,
des Courtifanes , des Peintres , des Hiftoriens.
Les théatres outrageoient la vertu . On
aimoit fes plaifirs bien plus que la Patrie ;
on confentoit volontiers à être efclave
pourvu que rien ne troublât les jouiffances
privées. Philippe avoit affez méprifé les Grecs,
pour leur rendre tous les prifonniers . Qu'avoit
- il à craindre ce n'étoient plus des
hommes. Qui ne fera frappé de l'effet que
produit dans les Etats la corruption des habitans
! Elle feule a vaincu la Grèce . Ce n'eft ,
point l'homme qu'il faut compter dans un
pays , ni fa valeur (pécifique , des fujets efféminés
n'en ont point.C'eftpar eux que les
Monarchies s'écroulent , & que les Républiques
font affervies . Athènes eut dans fon
fein les mêmes forces pendant qu'elle domina
avec tant de gloire , & pendant qu'elle
1
GS.
154
MERCURE
fervit avec tant d'ignominie. Elle avoit vingt
mille Citoyens lorfqu'elle défendit les Grecs
contre les Perfes , qu'elle difputa l'Empire
à Lacédémone , & qu'elle attaqua la Sicile.
Elle en avoit vingt mille long - temps après ,
Forfque Démétrius de Phalère les dénombra
, comme dans un marché l'on compte des
troupeaux. Philippe avoit déjà dit : Jen'enfonce
point une porte de ville , que je n'aye
tenté de l'ouvrir avec une clef d'or. Le Sénat
& les Orateurs étoient ftipendiés , les fuffrages
étoient vendus ; le Sénateur ne favoit
plus qu'applaudir aux théatres , admirer des
mbleaux, & recevoir l'or de Philippe. Le
jeune guerrier ne rougiffoit point de promener
fur le Pyrée fa courtifane bien aimée
: l'Orateur animé dans la Tribune , d'un
zèle faux , déclanoit contre Philippe , &
fe gardoit de fixer l'attention des Athéniens
fur les dangers qui les menaçoient. Cependant
c'eft- là le fiècle qu'on a pompeufe
ment nommé le beau fiècle de Périclès.
Depuis quand les Arts & les Sciences ontils
ры donner un nom aufli beau à un fiè
cle fans moeurs , où des Peintres , des Statuaires
, des Poëtes , font , s'il eft permis
de s'exprimer air , les Penfionnaires d'un
Etat opulent & corrompu , qui , fatigué de
gloire , cherche une autre renommée , &
une illuftration qui n'eft plus celle des conquêtes
, des moeurs , & d'une bonne légiflation
? Je rentre , fans le vouloir , dans le
fyftême de J. J. Rouffeau , qui alla trop loin
DE FRANCE. 155
en accufant les Sciences de corrompre les
moeurs. Il auroit au contraire préfenté une
vérité effrayante , s'il eût dit que les Sciences
& les beaux Arts ne peuvent fleurir que
parmi le luxe , & que le luxe amène la corruption
, & que les Arts vont de front avec
elle. Il fuffit d'interroger les Annales des Nations
, pour y trouver ces triftes preuves.
Etre libre , rarement vertueuse , recevoir des
Maîtres , paffer par tous les degrés de la
corruption & de la fervitude , perdre tout
moeurs énergie , richeffes induſtrie
confidération , & enfin arrivée à ce terme ,
reconquérir de nouveau fa liberté , fes
moeurs & fa prépondérance , pour les reperdre
encore : voilà la Grèce , voilà
P'Hiftoire des Peuples du Monde . La ligue
Achéenne ralentit pendant quelques inftans
la chute de la Grèce , que le Coloffe Romain
fit enfin courber fous fon poids. Quelles
grandes leçons il en doit réſulter pour
le Lecteur qui fe trouve mené de l'Hiftoire
de la Grèce à celle de Rome , qui voit les
deux plus grandes Puiffances fe lier , s'amalgamer
, & l'une difparoître & s'effacer fous
les coups de la plus belliqueufe des Nations !
Mais Rome ne reproduit point à fes yeux les
brillantes couleurs de la Grèce ! La dégrada
tion des Romains a un autre degré de baf
feffe , & des fuites bien plus affreufes. Les
Grecs furent aimables pendant qu'ils ext
piroient , les Romains étoient des monftres
odieux. La Grèce fut vaincue quand elle
G 6
156 MERCURE
ne fut plus fe fervir de fón épée ; Rome
périt par le couteau , par le poiſon , & par
des alfafinats fans nombre. La Grèce arrêteit
fes vainqueurs par le fpectacle de fes
merveilles , & par fes chef- d'oeuvres. Des
fers du Macédonien , elle patla fans convulfion
fous le joug Romain ; il lui refta
le regret de n'avoir pas fu concilier Athè
nes & Lacédémone , dont l'union auroit
retardé fa chute , & de n'avoir pas fecondé
les efforts de l'Achaïe , qui pouvoit lui
rendre toute fa gloire . Les Grecs enfin furent
vaincus par les vainqueurs de la Macédoine
: mais qui difperfa l'Empire Ro
main ? On ne le fait que trop : des Barbares
raffemblés à la hâte , qui forçoient tour à
Four des barrières mal défendues ; la Grèce
devint l'école de Rome ; celle- ci ne fit pás
le même préfent aux peuplades qui la foumirent.
L'Auteur de l'Hiftoire de la Grèce a le
mérite d'avoir fu réunir dans un feul corps ,
& d'une manière fatisfaifante , les faſtes de
toutes les Républiques de la Grèce. Chaque
peuple n'occupe ni trop ni trop peut
d'étendue , chacun intéreffe ; on retrouve
leurs principaux traits & leur conftitution .
On fent que la République d'Athènes remplit
le premier plan de ce vafte tableau
Ceft la deftinée des Etats qui ont régné par
les beaux Arts. Sparte revient avec des ca
Factères qui piquent moins Fattention &
la curiofité. On lira avec plaifir tous les
DE FRANCE. 157
détails fur Carthage & fur les Colonies
commerçantes. Nous ne pouvons généralifer
notre opinion fur cet important Ouvrage
, parce que les deux premiers Volumes
dont nous rendons compte , finiffent ,
à peu de choſe près , à la priſe de Samos
à cette oque qui mit un terme au bonheur
des armes Athéniennes, & qui procura
à cette République une paix de neuf années
employées aux douceurs d'une vie efféminée
, qui furent trop chèrement payées. 1
L'Auteur écrit fagement ; il développe
l'efprit des conquêtes , les motifs des guer
Fes. Quelquefois il rapproche les cauſes &
en fait fortir des traits de lumière ; mais
ce dernier mérite ne lui eft point familier.
laiffe ces rapprochemens à faire à fon
Lecteur Il ne paroît point vouloir y mettre
cet efprit philofophique qui eft fi néceffaire
à l'Hiftoire. Mais comme il eft doué d'un
bon efprit , qu'il eft fans fyftême , qu'il a
fait un choix fage de matériaux , & qu'il
fait marcher autant qu'il le peut toutes les
parties enfemble , cet efprit philofophique
devient prefque un réfultat pour un homme
qui fait méditer en fecret. Nous ne dirons
point que l'Auteur a réuni & concilié les
Fragmens épars de l'Hiftoire de la Grèce en
un récit lié&non interrompu projet difficile,
à la vérité , & entièrement neuf , mais cer
tainement bien calculé pour exciter un plair
fir réel&perfectionner férieuſement l'inftruc
tion. Ce projet a été exécuté plufieurs fois
158 MERCURE
par des Ecrivains François. Nous avions
plus que des Fragmens fur la Grèce : nous
regrettons que l'Auteur n'ait pas davantage
mis à contribution les Académiciens , qui ,
dans le Recueil des Mémoires de l'Académie
Royale des Belles- Lettres , & dans des
Differtations particulières ont éclairé du
flambeau de l'érudition plufieurs branches
de ce tronc fertile. La quantité des bons Ouvrages
écrits fur la Grèce eft immenſe , &
tous les objets ont fervi de matière à d'excellentes
Differtations , dont l'Auteur auroi
pu s'enrichir. Si nous ne favions point tout ce
qu'un Etranger gagne ou perd fous la plume
de fes Traducteurs , nous prononcerions
fur le ftyle de l'Auteur ; mais ce feroit hafarder
notre jugement : quelques citations
empruntées à fon Traducteur , en donneront
peut-être une idée fuffifante. Il nous femble
que les récits des batailles de Mainthon
des Thermopyles , de Salamine , de Platée ,
de Micalé , & les commencemens de la
guerre du Péloponnèle , pouvoient être plus
brillans & plus animés. Ils font du même
ton que les détails fur Lycurgue , Solon &
Dracon ; c'est toujours la même fobriété
& la même fagelle . Ce défaut reffort moins
dans cette Hiftoire qui abonde en tableaux ,
que dans toute autre où la variété des images
couvre la froideur du Compofiteur. Les
citations qui vour fuivre en feront des
preuves. » Les Inftitutions & les Coutumes
de la Crète ( t. 1. p. 63 ) préfentoient un
>
DE FRANCE. 189
לכ
»
tableau d'une compofition plus régulière ,
» & d'un coloris plus harmonieux que ce
» qu'on pouvoit voir dans aucune partie du
" Continent de la Grèce : différentes Sociétés
» d'hommes libres , tous réunis fous le même
» Gouvernement , tous égaux entre eux , &
" tous fervis par des Efclaves : aucune pro-
» priété particulière de territoire ; les hom
» mes mangeant à des tables publiques , &
>> leurs familles fubfiftant des provifions com
munes ; la jeunele formée régulièrement
aux exercices de la gymnaſtique , de la na
≫vigation , & de la guerre : des moeurs févères
, maintenues par des Loix rigoureufes:
les honneurs accordés comme une récompenfe
à l'âge & au mérite ſeulement : enfin
la Communauté entière reconnoiffant la
» prérogative d'un Roi héréditaire qui tenoit
» fon autorité de Jupiter, mais qui n'étoit re-
» gardé comme protégé des Dieux , qu'autant
» qu'il continuoit d'obferver la Juſtice, & de
» maintenir les priviléges inaliénables de fes
»fujets . Frappé des inſtitutions falutaires qui
» régnoient dans cette Ifle floriffante , Théfée
les contempla avec admiration , & plein
» des nobles impreflions qu'elles avoient
» faites fur fon génie, il réfolut , en arrivant
» au trône de fon père , de les imiter & de
» les promulguer dans fa patrie. L'ignorance
» des Athéniens n'étoit pas à la vérité fuf-
» ceptible de recevoir l'introduction des
331
Loix écrites ; mais les villages épars de
l'Attique furent bientôt déterminés à
160 MERCURE !
» adopter les Réglemens de la capitale , à
» s'unir dans les cérémonies communes de
" Religion , à reconnoître les obligations
33
réciproques des fujets , à refpecter , en
" temps de paix comme durant la guerre ,
» la prérogative facrée de la Majefté Royale.
" Ces inftitutions furent infenfiblement
adoptées par les provinces vaifines . Au
» commencement de la guerre de Troie ,
» tous les Etats de la Grèce avoient embraffé
» un fyftême uniforme de Gouvernement,
" en conciliant l'efprit indépendant de l'Eu
ropéen libre , avec le caractère reſpec
" tueux de l'Égyptien , & la fuperftition
" de l'Afiatique. Cette fingulière forme de
" Conftitution , dont les matériaux fem-
39
-
bloient incompatibles entre eux , fe trouve
» cependant très - propre aux grands exploits
» & aux entrepriſes vaftes. Tel fut le point
» d'où partirent les fédérations publiques:
& partielles des Etats de la Grèce. «..
Nous défirerions que les bornes de cer
extrait nous permiffent de citer différens
morceaux fur la Langue Grecque , fur la
Mufique , fur l'éducation , fur les moeurs ,
fur quelques inftitutions , & fur cet amour
de la Patrie , qui fit graver aux Thermopy
les fur le tombeau de deux frères : Etranger,
va dire à Lacédémone que nous fommes
morts ici pour obéir à fes divines Loix. Nous
allons finir par la peinture des moeurs des
femmes . Exclues du commerce focial ,
les femmes Grecques étoient rigoureuſement
DE FRANCE. 161
confinées dans les appartemens les plus retirés
, & employées dans les plus bas offices
de l'économie domeftique. On penfoit qu'il
étoit indécent de leur part de fe communiquer
au dehors , à moins que ce ne fût.
pour fuivre une proceffion , pour accompagner
des funérailles , ou pour affifter à
d'autres cérémonies religieufes . Dans ces
occafions même , leur conduite étoit attentivement
furveillée , & fouvent interpré,
tée malignement . La plus innocente liberté
étoit regardée comme un manque de pudeur
, & leur réputation un fois fouillée
par la plus légère imprudence, ne pouvoit
plus fe rétablir enfuite. On ne leur per
mettoit rien qui pût divertir leur efprit de
ces occupations ferviles dans lefquelles elles
étoient condamnées à paffer leur vie. La
moindre familiarité avec des étrangers étoit
regardée comme une offenfe dangereufe
& une intimité ou une liaiſon quelconque
au delà des murs de leur maifon , comme
un crime odieux. Les Loix mêmes d'Athènes
confirmoient cette miférable dégradation.
C'étoit par des inftitutions aufli peu
équitables , que la plus aimable portion de
l'efpèce humaine fe trouvoit outragée chez
un Peuple le plus poli d ailleurs & le plus
éclairé de toute l'Antiquité les femmes
étoient totalement exclues de ces arts &
de ces divertiffemens auxquels leurs graces
naturelles auroient ajouté de nouveaux.agré◄
mens. Leur principale vertu étoit la réſerve,
&
-162 MERCURE
;
& leur pointd'honneur , l'économie. —Voilà
le beau temps de la Grèce. - Voyons celui
de Périclès. Ce tableau fera bien changé.
Mais du temps de Périclès , il parut à Athènes
une claffe de femines plus hardies , qui ſe
dépouillèrent de la modeftie naturelle , dédaignèrent
les vertus forcées , vengèrent
les priviléges violés de leur sèxe . L'Afie
mère Patrie de la volupté , produifit fes Courtifanes
dangereufes , dont les mouvemens
lafcifs & les occupations impudiques s'ac
cordoient avec la morale relâchée des foniens
, & fe trouvoient même excités &
encouragés par la corruption de la fuperf
sition Païenne. On avoit érigé dans la plupart
des Colonies Grecques d'Afie , des
temples à la Vénus Terreftre , où les Cour
fanes n'étoient pas fimplement tolérées,
mais honorées comme Prêtrelles de cette
Divinité complaifante. La riche & commerçante
Cité de Corinthe importa la première
cette innovation de l'Orient ; & telle
eft l'extravagance de l'efprit humain , qu'a
près la retraite forcée de Xercès , les Ma
giftrats de cette République attribuèrent le
falut de leur pays à la puiffante interceffion
de ces Prêtreffes , dont ils firent peindre les
portraits aux dépens du Public , comme les
Athéniens avoient fait peindre ceux de leurs
guerriers qui gagnèrent la bataille de Marathon.
Le caractère perfonnel d'Afpafie
donna pour un temps de l'éclat à une profeffion
qui devoit naturellement tomber
DE FRANCE. 163.
--
dans le mépris. Son exemple & fes leçons
formèrent à Athènes une école dans laquelle
fa dangereufe profeffion étoit réduite en
fyftême. La parure , la tournure voluptueufe
, & les artifices de cette elaffe de femmes,
devinrent de plus en plus féduifans &
dangereux , & Athènes dès- lors fut la première
école du plaifir & du vice , comme
de la Littérature & de la Philofophie .
En ne paroiffant peindre qu'une portion
des Peuples , l'Hiftorien peint toute la corruption
de la Grèce : il excufe autant que
cela eft poffible , un Ecrivain qui préfère
fes Sciences & les Arts aux bonnes moeurs ,
l'ufage qu'on faifoit de ces mêmes Arts
proftitués , aux peintures licencieufes , & à
Japothéole des Hiftoriens. - Mais , dit-il
ce malheureux effet des Arts n'étoit que la
vapeur qui accompagne le foleil , puifque
la Peinture , l'Architecture , & par- deffus
tout la Sculpture , atteignirent le plus haut
degré de fplendeur dans le fiècle de Périclès
, & répandirent une gloire particulière
fur cette période de l'Hiftoire Athénienne ,
non feulement par un grand développe
ment des facultés du génie , mais par l'ap
plication qu'on en fit à des objets nobles
& utiles. Cette apologie a été fouvent
répétée , & n'eft pas fans quelque fondement
, puifque, par un malheur inévitable ,
les Sciences & les beaux Arts ont befoin de
rouver les efprits amollis , & beaucoup de
matériaux pour élever leurs chef- d'oeuvres.
-
164 MERCURE
Nous nous propofons de faire connoftre
dans ce Journal , les Volumes III , IV ,
& VI qui doivent terminer cette Hiftoire
intéreffante.
ESSA1 fur l'Adminiftration des Colonies
Françoifes , & particulièrement d'une
partie de celles de Saint- Domingue ;
avec 2 Cartes & Tableaux geographiques
& politiques ; in - 8 ° . Se trouve à
Paris , chez Monory , Lib., rue de l'ancienne
Comédie Françoife.
DANS Cet Effai , il n'eft point queftion
du commerce des Colonies . On n'y prétend
pas non plus nous entretenir uniquement
des abus d'Adminiftration ; ils ont été affez
approfondis par tous ceux qui ont voulu
écrire fur les Colonies.
» Il femble , dit- on dans un court Aver-
» ` tiſſement , qu'on n'a pas affez remarqué
» l'influence que pourroit avoir fur leur
» commerce , une bonne Adminiſtration
» intérieure dans nos Colonies . Des Colons
attachés au fol & au climat qui les ont
» vus naître , par de bonnes Loix , par un
» régime de municipalité , qui trouveroient
» chez eux des reffources pour l'éducation
» de leurs enfans ; de tels Colons penfeDA
FRANCE
165
roient & fe conduiroient différemment
de ceux qui , ne ſe regardant que comme
tranfplantés momentanément dans leurs
ifles , forcent leur culture , & emploient
tous les moyens poffibles pour amaller
des richeffes deftinées à être diffipées en
» Europe «.
C'est donc ici un plan d'Adminiftration
fondé fur des bafes & des principes conftants
, à l'abri du defpotifme militaire , &
exempt de cette mobilité continuelle dans
les vûes & dans la conduite des Adminiftrateurs
qui fe font fuccédés l'un à l'autre
dans nos Colonies ; c'eft un édifice régulier
qu'on propofe : Non tam ſpectandum eft
quid factum eft , ' quàm quid fieri debeat.
༣ . La divifion géographique & politique de
la partie Françoife de Saint Domingue , dont
l'Auteur de cet Ouvrage voudroit faire la
bafe de fon projet , eft indiquée par la
Nature même : les communications ne peuvent
aifément fe faire du nord à l'oueft
ou au midi de la Colonie , que par mer ou
en paffant par le territoire Efpagnol ; l'accroiffement
de fa population , le développement
dont fes cultures font encore fufceptibles
, tour , juſqu'à une différence de
climat qui s'y fait fentir , concourt à former
de cette immenfe Colonie trois provinces
diftinctes & féparées : l'Auteur les dénomme ,
& c'eft celle qui , du nom de notre augufte
Reine , eft appelée Antonine , qu'il choifit
166 MERCURES
comme la plus convenable pour y faire l'ef
fai de fon projet.
Une des meilleures inftitutions fociales ,
celle qui devroit rendre toutes les autres
infiniment faciles , c'eft la municipalité . Les
Romains l'avoient adoptée dans toutes les
Cités de leur Empire. Dans les choſes ef
fentielles au Gouvernement , les Romains
avoient un plan uniforme dont ils ne s'écartoient
jamais. L'Auteur de l'Effai fubdivife
la province Antonine en douze Communes
, qu'il appelle Cités , en prenant ce
not dans fon ancienne acception . Leur
organiſation eft fimple , & il attribue aux
Officiers municipaux , des fonctions que
n'ont plus depuis long - temps les Municipalités
de notre France.
D'après ce plan , on conſidérera les Echevins
des Cités de la province Antonine
comme Officiers municipaux , & de plus
comme Officiers choifis pour veiller à la
tutelle des mineurs , & pour délibérer dans
les affaires qui concerneront leurs biens ;
comme Affeffeurs & Confeillers nés , des
`Préfets ( c'eſt - à - dire , des Sénéchaux ) en
matière criminelle feulement ; & enfin comme
Miniftres , des contrats paffés entre les
habitans de leurs Cités. Ils feront encore
dépofitaires des biens vacans, jufqu'à la réclamation
juridique que les héritiers peuvent
en faire.
Sans doute qu'à l'époque où toutes les
provinces du royaume viennent d'obtenir
DE FRANCE. 167
des Adminiſtrations , nos poffeflions coloniales
ne feront pas jugées indignes d'un
pareil bienfait. C'eft à une Adminiftration
provinciale , eft- il dit à la page 68,
» qu'eſt réſervé la profpérité & le bonheur
de nos Colonies : à l'aide de cette
» inſtitution ſimple, elles parviendront à fe
former une Conſtitution , d'après laquelle
» les chofes qui doivent fe faire, pourront fe
faire d'elles-mêmes fuffifamment bien fur
» les lieux , fans que les Miniftres ou leurs
Bureaux foient obligés de ramener fans
ceffe à eux l'Adminiftration des moindres
détails , & fans qu'ils ayent befoin d'y
concourir autrement que par la protec
tion générale que le Gouvernement doit
» à tous les Citoyens ".
ود
وو
??
Les Communes & les Juridictions des
douze Cités de l'Antonine , feront élémentaires
de l'Affemblée provinciale : fa compofition
fe trouve en conféquence être telle
que l'exige néceffairement un pays où il
n'y a que des propriétaires ; où il n'y a
point d'Ordre du Clergé , ni d'Ordre de la
Nobleffe , ni même un tiers Etat. Les Officiers
municipaux de la capitale de la province
, formeront le Bureau de la Commiffion
intermédiaire.
L'Ordre judiciaire eft encore très-informe
à Saint - Domingue ; à proprement parler ,
il n'y a jamais eu de Magiftrature . L'Auteur,
dans la compofition des Cours de Juftice
qu'il propofe , défireroit qu'il fût accordé.
1268
MERCURE
un Parlement à cette importante Colonie ;
il regarde cet établiſſement comme trèspropre
à opérer une grande & avantageufe
révolution dans l'efprit des Colons. A l'occafion
de l'inamovibilité des Offices , il fait
la queſtion fuivante : Seroit- il d'une bonne
politique d'admettre dans le régime de nos
Colonies , cette inamovibilité des Offices ?
D'après la manière dont cette propofition
eft amenée , on peut préfumer que le fentiment
de l'Auteur de l'Ouvrage eft pour la
négative.
Le Parlement de Saint-Domingue fiégera
dans la capitale de la province de Lartibo-
´nite , qui fera en même temps la métropole
des trois provinces. Les deux autres provinces
auront chacune un Plaid provincial
, appelé Préfecture , dont les attribu
tions feront réglées d'après la nature des
affaires qui ont communément lieu à Saint-
Domingue chaque Cité aura auffi fa Juridiction
particulière , appelée auffi Préfecture.
Un des grands avantages qui doivent réfulter
de ces nouveaux principes d'ordre dans
´nos Colonies , fera celui d'attacher les Propriétaires
d'habitations fur leur fol , en leur
procurant quelques occupations publiques
dont ils fe trouveront honorés. C'eft un des
motifs qui ont déterminé , au mois de Juin
787 , l'établiffement d'une Affemblée Coloniale
aux ifles de la Martinique & de
la Guadeloupe ; mais l'expérience feule apprendra
DE FRANCE. 169
prendra i l'objet qu'on s'eft propofé fera
parfaitement rempli ; car dans ce nouvel
établiffement , tout porte encore l'empreinte
de l'efprit militaire : point de bafe élémentaire
qui fixe les droits & les devoirs des
propriétaires ; ils ne font autorifés à délibérer
fur aucun objet qu'en préſence des
Gouverneurs & Commandans , de l'Intendant
& des principaux Officiers d'Adminiftration
, &c. On fait de toutes ces difpofitions
le rempart de l'autorité des Chefs ,
& du pouvoir qu'ils exercent au nom du
Roi ; mais ce font des règles , ce font des
Loix fixes , c'eft une Adminiftration fondée
fur de bons principes , fur des bafes folides
, qui devroient être le foutien de l'autorité
, & le gage de la liberté des Peuples.
En divifant les pouvoirs civils , & en
les rendant indépendans dans chacune des
trois provinces , on établit en même temps
dans ce projet une hiérarchie militaire
dont le réfultat eft , que la difpofition en
chef des armes fe trouve toute entière entre
les mains d'un Commandant - Général
du département . Cette Conftitution nous a
paru fimple & belle : le pouvoir militaire
toujours entreprenant , y eft circonfcrit des
Les véritables bornes , & cela , d'après l'efprit
même des Ordonnances & des Arrêts
du Confeil , qui ont été jufqu'à préfent des
barrières infufifantes.
Nous exhortons à lire dans l'Ouvrage
même , les articles qui concernent l'Inten-
No. 12. 22 Mars 1788 .
H
170 MERCUREC
dant de la province Antonine , l'Adminif
tration de la Marine , ainfi que l'Adminiftration
religieufe , & les Commiffaires du
Confeil dans cette province.
On ne peut difconvenir que ce projet
ne préfente un mécanisme fimple , propre
à être adapté à la Constitution phyfique de
Saint- Domingue ; convenable au génie de
fes habitans , capable de former parmi eux
un efprit public & patriotique , & digne
au moins d'être ellayé ,
و د
+
Parmi les vûes judicieufes dont cet Effai
eft rempli , on en trouve une à la page 79,
en note , qui nous a paru , finon bonne dans
la pratique , au moins très fpécieuſe en
théorie : Si on appliquoit , y eft- il dit ,
à l'encouragement de la population des
Nègres , les mêmes primes que le Gou-
» vernement accorde pour leur traite , il
en réfulteroit fans doute deux grands
» biens. Le premier feroit d'avoir par-tout ,
» & peu à peu, des Nègres créoles & acclimatés
le fecond , la fuppreffion du
commerce & de la navigation des côtes
» d'Afrique , qui eft fi deftructive de l'ef
ور
ce humaine . Nous croyons que le
uvernement nes en rapportera pas aux
Arinateurs de la côte de Guinée , pour décider
cette nouvelle queftion d'Adminif
tration
En finiffant fon Ouvrage , l'Auteur femble
croire n'avoir fait qu'un rêve politique.
Tout fon projet , en effet , pourroit bien
DE FRANCE 171
n'être qu'un beau rêve ; mais au moins c'eft
celui d'un honnête homme , & il eft rempli
de chofes utiles . On réſiſtera d'abord , felon
l'ufage , au bien dont il ne propoſe , dans
ce moment - ci , que de faire un effai ;
on finira par en profiter. L'expérience nous
apprend , que le bien , dès qu'il eft montré
, dès qu'il eft apperçu , eft un germe
qui fructifie pour une génération ou pour
une autre. Propofons toujours le bien , ne
fut ce que pour épargner à nos neveux ces
dédains , ces froideurs , ces plaifanteries ,
ces contradictions qu'il faut que toute idée
de bienfaiſance publique éprouve : nous
aurons beaucoup avancé ce bien même que
nous n'aurons pas vu exécuter , que nous
aurons même vu rejeter.
RECHERCHES fur la nature & les caufes
de la richeffe des Nations , traduites de
l'Anglois de M. SMITH ; 2 Vol. in- 8 °.
A Paris , chez P. J. Duplain , Libraire ,
Cour du Commerce , rue de l'ancienne
• Comédie Françoife. Prix , 10 liv. broch.
& 12 liv. reliés.
ONOn n'hésitera pas de mettre ces Recherches
au rang des Productions qui font le
plus d'honneur à notre Siècle & à l'efprit
humain , fi on confidère , d'une part , la
force & l'étendue de génie qu'elles fuppc-
H 2
172 MERCURE
fent ; & de l'autre , l'extrême importance
des vérités généralement ignorées
l'Auteur y a mifes dans le plus grand jour.
> que
Dans ce Livre que nous annonçons
l'Auteur part d'un fait lumineux pour éclai
rer enfuite un immenfe horizon , c'eſt-àdire
, pour développer les principes , & ,
pour ainfi dire , la contexture de l'organilation
des fociétés civilifées , les vices que
des circonstances particulières ont introduits
parmi les Nations de l'Europe moderne ,
& les fâcheux effets qui en réſultent.
Le fait par où débute M. Smith , eſt la
prodigieufe multiplication d'Ouvrages, due à
la perfection qu'acquierent les facultés productives
du travail , par la divifion où la
diftribution du travail même , partagé convenablement
entre les différens Ouvriers
qui ont chacun leur tâche & concourent
tous au même but. On voit ainfi , dès le
premier Chapitre , la fource de toutes les
Sciences , de tous les Arts & de tous les
Métiers , & la caufe de cette variété prefque
infinie d'occupations & de talens , qui
met entre des hommes , nés avec d'égales
difpofitions , une fi grande différence , que
forgueilleux Financier a peine à reconnoître
fon femblable dans un homme de la
claffe du peuple. On y voit ce qui donne
la fupériorité aux peuples civilifés fur les
peuples barbares , & d'où vient celle des
Nations plus civilifées fur celles qui le
fent moins, Mais pour décider une quefDE
FRANCE. 173
tion où l'amour-propre de chacune a tant
d'intérêt , il faut les comparer plutôt
relativement à leurs Manufactures , qu'à
leur Agriculture ; car celle - ci n'étant pas
fufceptible de la même féparation de tâ
ches , il eſt tout fimple que les Nations les
plus avancées & les plus opulentes l'emportent
moins par ce côté que par l'autre.
L'Ouvrage eft divifé en cinq Livres. La
icheffe d'une Nation confiftant dans l'abondance
des chofes néceffaires , commodes
, agréables , qu'elle fe procure annuellement
par fon travail , on montre dans le
Ier. comment le travail procure cette abondance
, & comment elle fe répand jufque
dans les derniers rangs du peuple.
: Le travail étant toujours en proportion
avec les fonds qui le mettent en mouvement
, le lle. Livre traite de la nature , de
l'accumulation des fonds , & des diverfes
quantités de travail qu'ils font agir fuivant
les divers emplois qu'on en fait.
Le III . , des circonftances qui ont déterminé
machinalement la Politique de l'Europe
à encourager l'application des fonds
aux Arts , aux Manufactures & au Commerce
, plutôt qu'à l'Agriculture .
Le IVe. , des Syftêmes d'économie politique
, & de leur influence , non feulement
fur les opinions des Savans , mais far
la conduite publique des Etats & des Princes.
Le Ve. , qui traite du revenu du Səuverain
, des impôts , &c. et comme un ap-
H ;
174
MERCURE
pendice naturel aux quatre autres , où il
eft queftion du revenu du grand corps du
Peuple.
La voix prefque unanime de l'Angleterre
pour placer cette Production de M.
Smith à côté de l'Esprit des Loix , malgrẻ
le peu de rapport des deux Ouvrages , &
la réputation dont jouiffoit déjà l'Auteur
par la Théorie des Sentimens moraux , ne
pouvoient qu'exciter le défir d'en voir une
Traduction dans notre Langue. L'Auteur
de la Vie de M. Turgot fut le premier
qui témoigna publiquement ce défir. Il fait
en peu de mots un bel éloge de ce Livre ,
en difant » qu'il eft trop peu connu pour
» le bonheur de l'Europe ". En effet, fi les
lumières qu'on peut y puifer venoient à
fe répondre & à changer l'opinion , les erreurs
les plus fatales à l'humanité difparoîtroient
, & les hommes feroicnt gouvernés
par les principes de juftice & de raifon
, qui peuvent rendre moins malheureuſe
notre exiſtence .
و ر
En 1778 , il fe fit hors de France une
Traduction de cet Ouvrage , ' qui , quoique
deftinée pour Paris , n'a pu y parvenir, par
l'empreffement des Etrangers à l'enlever.
Deux ans après , une autre fut annoncée en
Hollande , dont il n'y a eu ici qu'un petit
nombre d'exemplaires. Cette dernière s'étant
trouvée différente de la première , &
plus foignée , c'eft d'après celle ci conférée,
conjointement avec celle de 1778, fur
DE FRANCE.
175
l'original anglois , qu'a été faite l'Edition
que nous annonçons. La fituation actuelle
des efprits & des affaires dans ce Royaume
, donne lieu d'efpérer que cet impor
tant Ouvrage, trouvera parmi nous des Lecteurs
capables d'en profiter.
4
VARIÉTÉ S.
2721
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
M。ONSIEUR
LES Lettres viennent de perdre M. SAVARY ,
mon compatriote , Auteur de la Traduction du
Coran & des Lettres fur l'Egypte. Il eft mort à
Paris le 4 Février , d'une obftruction au foie , &
d'une hydropifie qui en étoit la fuite , l'une 8
l'autre occafionnée par une vie trop fédentaire ,
& par un excès de travail.
M. Savary étoit né à Vitré en Bretagne . Il fit
fes études au Coliége de Rennes , où je fus pendant
plufieurs années témoin de fes fuccès. J'en
fortis avant lui. M. le Chevalier de Parny y étu
dioit dans le même temps.
-
Rennes offre peu de refources à un jeune
homme dont l'imagination cft active , fur tout
quand cette activité le porte du côté des Arts &
des Lettres . M. Savary en fortit en 1775 , &
partit peu de temps après pour 1Egypte , où il
féjourna pres de trois ans.
H 4
176 MERCURE
Là cette ardeur inquiète qui jufqu'alors n'avoit
été pour lui qu'un tourment , devint une paffion
utile, qu'alimentèrent fans relâche l'étude de la
Langue Arabe , la recherche des Monumens antiques
, & l'examen des Mours nationales.
Après avoir quitté l'Egypte , il fe rendit aux
Ifles de l'Archipel , qu'il parcourut pendant plus
de dix-huit mois. Ce temps fuffit à peine pour
fatisfaire fon efprit obfervateur & fa curiofité
naturelle .
De retour en France en 1780 , fes premiers
momens furent confacrés à fa famille & à fes
amis. Il vint enfuite à Paris , la tête remplie de
projets de voyages , & du déŵr de les rendre
utiles à fa Patrie.
Il propofa dans un Mémoire, de retourner en
Egypte , & de remonter le long du Nil jufqu'à fa
fource ; dans un autre , de parcourir les Oafis & le
Delta , pour y rechercher d'anciens Manufcrits
( projet dont il fait mention à la fin de fes Lettres
fur l'Egypte ) ; dans un troifième , d'aller par terre
jufqu'aux Indes , &c .
Enfin , dégoûté de plans & de propofitions inutiles
, il réfolut de rester à Paris , ayant pour
toute fortune un porte - feuille rempli des matériaux
de plufieurs Ouvrages , & déformais pour
Route ambition celle des fuccès littéraires.
L'un de ces Ouvrages étoit entièrement fini.
Il en avoit même envoyé le Manufcrit à l'un de
fes amis long - temps avant fon retour : c'eſt la
Traduction du Coran. Il la revit avec foin , &
la publia peu de temps après .
L'accueil que reçut cette première Production ,
encouragea M. Savary à rédiger fon Voyage en
Egypte. Il fit paroître en 1785 fon premier Volume
, qui fut bientôt fuivi des deux autres ..
DE FRANCE. 177
>
·
Jamais un Ouvrage de ce genre n'eut un fuəcès
plus brillant . Je n'ignore pas les reproches
qu'on lui a faits depuis peu ; mais fans vouloir
examiner quelques points qu'il faut laiffer difcuter
aux Savans , je dirai du moins , relativement
au ftyle , qu'il n'y en a point de particulièrement
affigné aux Foyages , non plus qu'au Roman
non plus qu'à l'Hiftoire ; que le ftyle de Clarifle
n'eft point celui de Tom Jones ; ni le ftyle de
Cleveland , celui de Gil-blas ; ni le ſtyle de la
nouvelle Héloïfe , celui du Sopha : que parmi
les Hiftoriens , il n'y a pas plus de rapport entre
Hérodote & Tite Live , qu'entre Thucydide &
Sallufte ou qu'entre Xénophon & Tacite :
qu'enfin un Voyageur écrit & doit écrire , comme
il a vu , avec chaleur , avec feu , avec enthoufiafme
, fi la grandeur & la beauté des objets lui
a fait éprouver des fenfations vives & profondes ;
que c'eſt à fon ame de peindre tout ce que fon
ame a fenti ; que fi une claffe nombreuſe de
Lecteurs ne veut apprendre de lui que l'existence ,
la pofition & la forme des chofes , les Loix les
moeurs & les coutumes des hommes , il en eft
peut-être une aufli nombreuſe qui aime à puiſer
dans fes peintures les émotions qu'il a éprouyées
lui-même , à l'afpect de ces grands & antiques
monumens , de ce ciel nouveau pour lui ,
de cette terre féconde , de ces productions extraordinaires
, & de ces peuples que nous nonmons
Barbares , chez qui fe confervent encore
tant de traces des anciennes moeurs.
Quant à l'exactitude des faits , voici tout ce
que j'en fais. Je me trouvai l'année dernière chez
M. Savary , lorfqu'il reçut la vifite d'un Voyageur
arrivant d'Egypte , qui lui rendit compte de
la fenfation que fes Lettres y avoient produite
lorfqu'elles y furent apportées par un Négociant
François . » Eh bien ! dit M. Sayary , on me con¬
H 5
178 MERCURE
» tefte ici des faits & des détails fur lefquels vous
» pouvez me rendre juftice. Je ne fais , répondit
le Voyageur , s'ils font regardés comme fabu-
» leux à Paris ; mais ils paffent pour très - vrais
au Caire «<.
M. Savary travailloit alors à fon Dictionnaire
Arabe. La Grammaire qu'il devoit y joindre étoit
finie. La féchereffe & la difficulté de ce travail
loin de le rebuter , l'engageoient au contraire à
s'y livrer avec plus d'ardeur. » J'ai hâté , me difoit
- il un jour , d'être délivré de mon gros
Livre , & de quitter l'Arabie pour la Grèce « .
כ כ
Son voyage dans les Ifles de l'Archipel lui revenoit
fans ceffe dans l'efprit. Il avoit bien pu ,
par fagefle , s'interdire de feuilleter les Notes &
les Lettres dont il devoit compofer ce nouvel
Ouvrage mais il ne pouvoit de même défendre
à fa mémoire de lui rappeler fouvent des lieux
dont un féjour de près de deux années lui avoit
laiffé de profonds fouvenirs.
Cependant fa fanté commençoit à s'altérer.
L'obftruction du foie s'étoit formée. Ses amis obtinrent
de lui que , pendant le printemps , qu'il
alloit paffer à la campagne , il feroit les remèdes
néceffaires, & ce qui lui coutoit beaucoup davantage
, qu'il s'abftiendroit de tout travail .
A peine convalefcent , il fe donna tout entier
à la rédaction de fon Voyage de Grèce. Ce fut
pendant l'été & l'automne , l'objet de tous les
foins & de toutes les penfées. Une fauté robuſte
auroit à peine réfifté à une application auffi continue
, & à la chaleur d'une compofition eu fon
imagination & fon ame avoient toujours part.
Ses incommodités revinrent avec l'hiver ; &
malgré tous les fecours de l'Art , l'ebAruation fut
bientôt fivic d'une hydroyific déclarée ..
DE FRANCE. 179
Il ne put revenir à Paris qu'au commencement
de l'année . Son état étoit déſeſpéré : il le fentit
bientôt lui - même ; mais fon courage & fa férénité
ne l'abandonnèrent point ; il les a confervés
jufqu'au dernier moment ; & il eft mort , pour
ainfi dire , en donnant tous fes foins à l'impreffion
de fes Lettres fur la Grèce.
Le premier Volume va paroître . A l'intérêt du
fujet fe joindra celui d'une circonftance auffi touchante.
On pourra le regarder comme le dernier'
chant du cygae.
Tous ceux qui ont connu ce Littérateur eftimable
, rendent juftice à fes qualités morales , à
l'amabilité de fon commerce , à la bonté de fon
coeur , à la sûreté de fon caractère..
Ennemi juré du manége & de l'intrigue , il
n'exiſtoit que pour les Lettres & l'amitié .
Un efprit délicat & cultivé , une gaîté douce
& franche , une mémoire heureufe , une imagi
nation riante , & l'heureux talent de raconter
fans s'épuifer ni ife répéter jamais , rendoient fa
fociété auf amyfante pour fes amis , que fon attachement
leur étoit précieux.
Incapable de démigrement & d'envie , il louoit
tout ce qui étoit louable ; & quoique fenfible
aux éloges , il n'étoit point ennemi des confeils.
Fuyant par goût tout éclat , tout appareil , &
peu répandu dans le monde , mais ami plein de
chaleur & d'égards ,, bon frère , excellent fils ,
culevé dans la fleur de l'âge , il laiffe une mère ,
un frère & des amis inconfolables .
Je lavois retrouvé depuis trop peu de temps ,
pour me flatter d'être de ces derniers ; mais je
l'avois affez vu pour concevoir & partager tous
leurs regrets.
J'ai l'honneur d'être , MONSIEUR
Vorre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , GINGUENÉ ,
182 MERCUREC
On propofe les mêmes Prix pour l'année
prochaine , c'eft- à - dire , une Médaille
de la valeur de 1500 liv . pour la meilleure
Tragédie Lyrique ; une autre de la valeur
de yoo liv. pour la Tragédie qui obtiendra
le fecond rang ; & une troifième de 600 1.
pour le meilleur Opéra - Ballet , Paftorale
ou Comédie Lyrique .
Les Poëmes deftinés au Concours doivent
être remis , avant le 1 Février 178 ,
à M. SUARD , de, l'Académie Françoife ,
Secrétaire du Comité des Examinateurs.
Les Auteurs ne fe feront point connoître ,
& mettront feulement leur nom , avec une
devife , dans un papier cacheté.
r
On croit devoir prévenir les Gens de
Lettres qui fe propofent de concourir , que
l'objet de l'Administration , dans l'inftitution
de ces Prix , étant d'encourager les Ecrivains
d'un talent diftingué à fe livrer à la
compofition des Poemes Lyriques , l'invention
dans le plan & dans la conduite , l'élégance
& la correction du ftyle , font deux
mérites indifpenfables , fans lefquels aucun
Ouvrage ne peut prétendre au Prix .
I
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON
7
Na fait la clôture de ce théatre par
une repréſentation d'Athalie , Tragédie de
Racine , fuivie du Babillard , Comédie de
>
DE FRANCE. 183
Boiffy , en un Acte & eh Vers. Entre les
deux Pièces , M. Grammont a prononcé le
difcours qui fuit.
"
» S'il eft vrai que l'Art de la Comédie ,
qui exige le concours de tous les Arts , foit
une des mefures les plus certaines de l'efprit
humain , fi fa marche a été , comme
celle des Empires , qu'elle fe foit élevée ,
qu'elle foit tombée avec eux , & que chaque
Nation puiffe étre jugée fur fon théatre
; s'il cft vrai fur - tout , que le théatre
François foit le premier de l'Europe : eft- il
donc étonnant que la Nation Françoife s'honore
du fien , & qu'elle place fon orgueil
près des titres de fa gloire ? Mais plus cette
vérité me frappe , & plus elle doit m'effrayer,
moi , qui me trouve chargé du dangereux
honneur de parler à des Juges qui peuvent
me demander compte des Chef- d'oeuvres
dont ils nous ont fait les dépofitaires . Aufli ,
Meffieurs , n'aurois je pas la hardieffe de
paroître à vos yeux , fic'étoit en mon nom
qu'il fallût ici porter la parole. Interprète
de ceux que vous avez tant de fois comblés
de vos faveurs , je me cache fous leurs.
titres , je difparois fous leur gloire ; & l'hommage
qu'ils m'ont chargé de vous offrir
ne doit rien à la main qui le préfente . C'eſt
pour eux qu'il m'eft doux de réclamer votre
indulgence , puifqu'ils ont eu vos applau
diffemens , & de vous parler de leur reconnoiffance
, puifqu'ils ont fait vos plaiſirs “
184 MERCURE
" Je fens , Meffieurs , que votre goût
étant la feule règle de vos critiques & de
vos éloges , c'eſt à ce tribunal que l'Auteur
& l'Acteur viennent également reffortir ;
avec cette différence entre eux , que votre
févérité pour l'Auteur ne tombe prefque
jamais que fur la première repréſentation
de fa Pièce , & qu'une fois forti de cette
épreuve , il voit votre indulgence fe changer
en eftime & en admiration , tandis que cette
févérité eft de tous les jours pour l'Acteur ,
& ne s'endort jamais pour lui . Mais cette
différence entre les deux deſtinées est fondée
en juftice. Quand le génie a donné fes
productions , il a rempli fa tâche ; il en eſt
quitte envers fon fiècle ; & le fiècle , qui -
veut à fon tour s'acquitter avec lui , ne
ceffe de crier aux Acteurs : Rendez - nous
Cinna , rendez-nous Tartuffe. Notre tâche
n'eft donc jamais remplie nous fommes
chaque jour refponfables d'un grand Ecrivain
à un grand Peuple. Vous avez , Meffieurs
, qu'avec tant de Chef- d'oeuvres un
Acteur et toujours fans excufe , & que fi
vos plaifirs & vos tréfors font dans nos
mains , le fuccès & le revers font dans les
vôtres : vous favez auffi que l'heureux accord
d'un grand Acteur & d'un grand Ecrivain
multiplie les triomphes de l'Art , & les
beaux jours d'une Nation . C'eſt ce qu'avoit
bien fenti le premier Poëté du fiècle préfent
, loffque retiré dans les jardins folitaires
de Ferney , il y régnoit paifiblement
DE FRANCE. 185
avec la Philofophie , tandis que le fublime
Le Kain , reffufcitant chaque jour Mahomet
& Vendôme , lui faifoit des conquêtes dans
le pays des Arts , rajeuniffoit, fa mémoire ,
& s'alfocioit à fon immortalité « .
» Tel eft le modèle que j'oferois me propofer
, fi javois eu le bonheur de le voir ; mais
n'ayant que la tradition de fes talens & defa
gloire, je ne puis compter que fur les confeils
de tous ceux que la perfection de ce grand
Acteur a tant de fois ravis : c'eft à eux à ne pas
m'écrafer de la comparaifon , en dirigeant
mes études fur leurs fouvenirs ; & vous , Meffieurs
, daignez feconder mes efforts , ſou--
tenir mon zèle , pour que je parvienne un
jour à vous offrir l'ombre de ce que vous
avez perdu «.
Ce Compliment a été très-bien accueilli ,
& M. Grammont avoit été très - vivement
applaudi , pour fon propre compte , en fe
préfentant pour le prononcer. Nous ne
pouvons qu'applaudir au zèle & aux projets
d'étude de cet Acteur, dont on a beaucoup
attendu , dont on attend encore ,
& qui a des droits aux encouragemens publics
. Nous l'invitons à profiter des con
feils & des lumières de ceux qui , pour
bien connoître comment le fublime Le Kain
approfondiffoit les grands caractères qu'il
avoit à repréfenter , ont eux-mêmes approfondi
fon talent , fes travaux , l'ont fuivi
dans fes réflexions , & font ainfi parvenus
186 MERCURE
à favoir , par la réunion de quels moyens
il produifoit dans fes rôles des effets dignes
de la Tragédie dans toute fa grandeur , &
fubjuguoit avec un égal fuccès l'efprit &
l'ame des Spectateurs . Mais nous l'exhortons
à ne leur pas accorder à tous un égal degré
de confiance. Il en eft qui n'ont vu dans
le talent de Le Kain qu'un talent de fyftême
& de combinaiſon , qui retracent par imitation
ce qu'ils appellent fa manière , &
qui font par conféquent plus capables d'arrêter
les progrès d'un talent naturel , que
de lui donner l'effor. Le foyer du talent de
Le Kain étoit dans fon coeur ; c'eſt auffi là
qu'étoit le fecret des moyens qui lui ont
réellement valu fa gloire. Tout Comédien
qui ne fera pas né comme lui avec l'amour
paflionné de fon état , cherchera vainement
de la réputation : il pourra imiter Le Kain ,
mais il l'imitera fans honneur, & s'il parvenoit
à en être l'ombre , fes fuccès feroient
pallagers comme elle.
Nous ne ferons aucune obfervation fur
ce Difcours dont la forme nous a parue
ambitieufe : nous défiterions feulement fa→
voir pourquoi l'hommage que M. Grammont
a offert au Public au nom des Comédions
qui lui font chers , ne devoit rien
à la main qui l'a préfenté. Nous n'avons rien
conçu à cet aveu, qui nous a femblé trèsbizarre
, & qui le feroit encore beaucoup
quand il ne feroit que modefte.
DE FRANCE. 187
ANNONCES ET NOTICES.
LES
Es prémices de ma jeuneſſe , ou Arlequin Héros
dans le Royaume de Cathai , en l'an du Seigneur
12012 ; par B. F. D. Chereufi ; in- 12 . A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue du Fauxbourg
Saint-Honoré , près de la rue d'Anjou , visà-
vis le N° . & ; & chez les Marchands de Nouveautés.
Arlequin , Héros de ce Roman , né Savetier ,
& devenu Elève d'un Médecin , acquiert des connoiffances
dans ce nouvel état ; & l'ambition s'empare
de fon ame. Il s'introduit à la Cour , guérit
Ja petite chienne de la Reine , fervice qui l'élève
au grade , affurément très-peu analogue , de Général
d'Armée . Le hafard remporte pour lui des
victoires dont on fait honneur à fon mérite ; il
eft comblé d'honneurs : mais la guérifon d'un
petit chien ayant élevé fa fortune , le refus de
guérir un chat la renverfe , & notre Héros reprend
fon premier état.
Tel eft le fujet de ce petit Roman , qui annonce
de l'efprit , de la gaité , & de la philofophic .
DISSERTATION fur le Caoutchouc , -plus connu
fous le nom de Gomme élastique. Prix , 3 livres
avec Figures coloriées , ze. édition . A Paris , chez
l'Auteur , M. Duc'hoz , rue de la Harpe , au deffus
du Collège d'Harcourt . == Differtation fur la
Claufic -Trappe , reconnue comme fpécifique dans
les Fièvres intermittentes , propre à remplacer le
Quinquina. Par le même. Prix , 4 liv . , avec Fig.
coloriées. Differtation fur la Violette & la Penfée.
Prix , 4 liv . , avec Figutes coloriées.
188 MERCURE
ABREGE d'Hiftoire Naturelle pour l'inftruction
de la Jeuneffe , imité de l'allemand de M. Raff ,
Profeffeur d'Hiftoire & de Géographie à Goettin
gue ; par M. Perrault. 2 Vol . in- 8 ° . , avec Fig.
A Strasbourg , chez Amand Koenig , Libr. ; & à
Paris , chez Barrois le jeune , quai des Auguftins.
a
L'Auteur de cet Ouvrage a adopté la forme du
Dialogue. Quelques incorrections de ftyle n'empêcheront
pas qu'il ne puiffe être utile . Le but de
l'Auteur à été , non pas de faire de profonds Naturaliftes
, mais de préparer les jeunes gens à le devenir
; & tout y eft mis à leur portée, feul moyen
de réaffir dans ce projet.
LAMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
XI . Volume. La foufcription pour les 12 Vol. ,
en papier fin , eft de 13 liv . 4 1. pour Paris , & de
16 liv. 4 ር. pour la Province , port franc par 。
Pofte papier ordinaire , 10 liv . 4 f. port franc
par la Pofte.
Le Petit Grandiffon , IVe. Vol. Ce Voume cft
le XIe. de la foufcription pour les 12 Volumes
de Sandfort & Merton , & du Petit Grandiffon ,
13 liv, f. pap. fin , & 8 liv. 12 f. pap. ordin.
S'adreffer à Paris , à M. le Prince , au Bureau
de l'Ami des Enfans , rue de l'Univerfité , No. 28.
L'ART de la Guerre fur mer , ou Tactique
navale , affujettie à de nouveaux principes & à
un nouvel ordre de bataille ; par M. le Vicomte
de Grenier , Chef de divifion des Armées navales.
In-4° . Prix , 6 liv . br . A Paris , de l'Imprimerie
´de Didot l'aîné ; & fe trouve chez Didot fils aîné ,
Jombert jeune , Lib. , rue Dauphine .
Cet Ouvrage , dans lequel l'Auteur ne traite
pas une matière qui lui foit étrangère , préfente
DE FRANCE. 189
de nouveaux principes , un nouveau fyftême de
Tactique navale. Nous ne prononcerons point fur
des affertions qui trouveront fans doute des contradicteurs
, & qui par-là mèneront peut - être à
des découvertes utiles.
MEMORIAL pittorefque de la France , ou Recueil
de toutes les belles actions , traits de courage
, de bienfaifance , de patriotifine & d'humanité
, depuis le règne de Henri IV jufqu'à nos
jours ; par M. L. B.; avec des Planches gravées
en couleur par M. Janinct , d'après les deffeins
des plus célèbres Artiftes ; 6e. Livraiſon. A Paris ,
chez M. Janinet , rue Haute - Feuille , N° . s ; &
chez Didot jeune , Imp - Lib. , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage intéreffant , inftructif & amufant ,
a été commencé par M. de Machy ; il appartient
à préfent à M. Janinet , qui vient d'en acquérir
le privilége, Le Cahier que nous annonçons eft
le premier que M. Janinet donne au Public ; il
p'eft pas inférieur à ceux que M. de Machy a pu
bliés . Le trait qu'il préfente eft connu , & ne sçauroit
l'être affez ; c'eft Henri IV promenant fon
fils à califourchon fur fes reins , furpris par un
Ambaffadeur , auquel il demande s'il a des enfans
; & fur la réponſe affirmative , continuant
fon jeu en difant : En ce cas , je puis achever le
tour de la chambre.
On promet que les Livraiſons fe fuccéderont
rapidement.
VOYAGES Imaginaires , Romanefques , Merveilleux
, Allégoriques , Amufans , Comiques &
Critiques ; fuivis des Songes & Vifions , & des
Romans Cabaliftiques , ornés de Figures ; 10e.
Livraiſon , contenant le Voyage de Nicolas Kli
mius dans le Monde fouterrain , la Relation d'un
Voyage du Pôle Arctique au Pôle Antarctique par
le centre du Monde , Lamekis ou Voyages dans
la Terre intérieure,
190 MERCURE
Cette Collection formera 40 Volumes in- 8 °. ,
dont le prix eft de 3 liv. 12 f. le Volume broché ,
avec 2 Planches.
Il paroîtra régulièrement 2 Volumes par mois.
On continue de s'infcrire pour cette Collection ,
à Paris , rue & hôtel Serpente , chez CUCHET ,
Libraire , Editeur des OEuvres de Le Sage , '17 vol .
in- 8 . , avec Fig. ; de celles de l'Abbé Prévolt ,
39 vol. idem & du Cabinet des Fées , 37 vol.
in- 8 ° . & in- 12 , avec & fans Figures.
UVRES choifes du Comte de Treffan ; Ire.
Livraiſon , contenant l'Amadis de Gaule . 2 Vol.
in- 8 ° . , avec Figures.
Ces OEuvres formeront 12 Vol . in - 8 °. , ornés
du Portrait de l'Auteur ; & contiendront l'Amadis
de Gaule , l'extrait de Roland l'amoureux , Roland
furicux , Corps d'extraits de Romans de
Chevalerie , Mélanges & OEuvres pofthumes en
vers & en profe , Lettres du Roi de Pruffe , du-
Rai de Pologne , & de Voltaire , au Comte de
Treflan.
On délivrera 2 Vol . de deux en deux mois. Le
prix eft de liv. 4 f. le Volume broché , avec 2.
Planches.
On s'infcrit à Paris , chez CUCHET , Lib. , rue
& hôtel Serpente ; & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
RECUEIL de so Eftampes deftinées à erner
toutes les éditions d'Homère . Ouvrage divifé en
huit Livraiſons , format in - 88. 2e. Livraiſon ,
papier de France . Prix , 6 liv. A Paris , chez M.
Ponce, rue S. Hyacinthe, Nº. 19.
On en a tiré quelques exemplaires de même
format que l'édition qui ſe vend chez M. Didot.
DE FRANCE. 191
RASOIRS , COUTEAUX , & autres objets , chez
le Sr. LETHIEN , Coutelier de la REINE & de
Mgr . le Duc D'ORLEANS . A Paris , rue Neuve-
Saint-Merry , près l'Hôtel Jabach , Nº. 55.
Le zèle du Sr. Lethien tend toujours à perfectionner
les ouvrages , & fe manifeſte par d'heureux
fuccès. Il vient de faire un Couteau à piéde-
Roi , plus agréable & plus commode que ce
qu'on avoit fait dans ce genre-la . Prix , 24 liv . à
Jame de Damas corroyé , & 48 liv . en vrai Damas
à garantie. Il avoit , avant , mis en vente des Rafoirs
à fix lames & à rabot d'argent , toutes détachées
, avec lesquelles on fe rafe fans courir
le rifque de fe couper , faites en Damas corroyé
& raffiné au feu , & trempé avec des fels qui les
fent réfifter aux barbes les plus fortes. Ces lames
ont un avantage bien précieux , fur celles mêmes
d'Angleterre , en ce qu'elles n'ont jamais befoin
d'être repaffées fur la meule , mais feulement fur
la pierre à l'huile , ou fur un cuir préparé avec
une compofition nouvelle qui les ravive & leur
conferve leur première qualité ; ce cuir ne fe
trouve que chez lui . Voici quelques autres objets
avec leur prix.
Rafoir à fix lames , à rabot d'argent , renfer
més dans une boîte d'ébène , avec un cuir , le
tout dans un étui de maroquin , 24 liv. Un Rafoir
avec fon rabot d'argent , 9 liv. Rafoir à fix lames
, à rabot d'argent , en vrai Damas , à garantie
, même boîte & même étui , avec un cuir
48 liv. Un Rafoir en vrai Damas , avec fon rabot
, à garantic , 27 Hv. Couteaux à deux lames ,
dont une en vrai Damas , & l'autre en or , avec
une cuiller , fourchette , falière , auffi en or ,
avec leur médaillon , un canif & un tire - bouchon
, qui fe démontent très - aifément , en trois
parties , 360 liv. Couteaux faits de même , &
dans le même goût , en argent , 72 liv. Des Ser192
MERCURE DE FRANCE .
pettes
où il y a quatre pièces ; favoir , une lame ,
un greffoir , un éculonnoir , une fcie qui ne s'engage
jamais dans le bois verd , première qualité ,
12 liv ; feconde qualité , 9 liv . Des Cifeaux d'un
aden fin , bien poli , avec leur étui auffi en acier ,
qui s'ôte facilement par le moyen d'un petit reffort
fini dans la dernière perfection ; de manière
qu'en voyant les Cifeaux , on n'apperçoit pas
l'étui qui les renferme : on peut les porter fus
foi fans craindre de fe bleffer. On en trouve depuis
6 liv . juſqu'à 12 liv. &c. &c .
7 AIRS des Manequins on la bonne Fée , Pièce
du Recueil des Guenilles dramatiques , mis en
mufique par un Amateur. Prix , 3 liv . , ou 30 f.
pour ceux qui ont le Recueil. A Genève , chez F.
Dufart ; & à Paris , chez Hilaire, Lib. , rue Haute-
Feuille , Nº. s .
QUATRAIN.
TABL E.
145 Efai.
Recherches.
Aux Manes de M. Le Cau-}
Variétés .
chois. 146
Académie.
164
171
175
180
Charade , Enig. Logog. 148 Académie Roy. de Muſiq. 181
Hiftoire de l'ancienne Grèce . Comédie Françoife.
151 Annonces & Notices.
APPROBATION.1
782
187
J'ai lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ,
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 22
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puifle en
empêcher l'impreffion . A Paris , le 21 Mars 1788.
SELIS , Cenfeur Royal..
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
LE
POLOGNE.
De Varfovie , le 20 Février 1788.
E Reis - Effendi Feizi- Suleyman , écriton
de Conftantinople , a été nommé Pacha
à trois queues & Séraskier de Sophia ; on
le fuppofe deftiné à une expédition contre
le rebelle Mahmud Pacha . Sa place eft
donnée au Vice- Chancelier Rachid- Effendi,
dont on eftime généralement les
talens & le caractère .
;
Les troupes Ruffes qui occupent l'Ukraine
ont été jufqu'ici dans l'inaction
elles montent au plus à 22,000 hommes
qui n'ont pas encore été renforcés , ni
réunis aux Autrichiens. Cette jonction
cependant eft attendue d'un jour à l'autre,
vu la proximité des deux armées ; mais
l'hiver met obftacle à toute opération . Le
N°. 12. 22 Mars 1788.
1
g
( 146 )
Feld- Maréchal Romanzof n'eft point encore
à l'armée .
Depuis environ 14 jours la Viftule eft
prife de glace , & la terre couverte
de neige ; ce qui facilite beaucoup le
tranſport des vivres. Le prix des denrées
eft un peu diminué , à l'exception de celui
de l'avoine .
On affure aujourd'hui , pofitivement ,
que le Divan a pris la réſolution de faire
entrer des troupes en Pologne , ſi la République
ne prend les mefures les plus
promptes pour en faire fortir les Ruffes.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 3 Mars.
Le premier de ce mois , de grand
matin , l'Empereur eft parti pour Triefte.
Il fe propofe de vifiter le cordon des
troupes le long des côtes , & de fe rendre
enfuite au quartier général de Futak , où
il compte arriver le 20 ou le 24. Il eft
accompagné du Général Comte de Brown,
du Lieutenant- Colonel Bourguignon &
du Major Bourgeois. Le Prince Charles de
Lichtenftein & M. de Lafcy font également
partis pour l'armée de Hongrie. Avant
( 147 )
fon départ , l'Empereur a fait un teftament
, dont il a été remis une copie vidimée
& cachetée au Grand Chancelier
Prince de Kaunitz , & une ſeconde copie
au Vice-Chancelier Prince de Colloredo.
La réfiftance qu'ont oppofée les Ottomans
à l'attaque de quelques petits forts
délabrés , de quelques miférables châteaux
défendus par unfimple foffé , indique à quel
degré cette guerre fera meurtrière . Nous
les furpafferons en diſcipline & en tactique,
mais non pas en courage ; le leur eft exalté
par le fanatifine & par l'approche du dangerqui
menace l'Empire entier en Europe.
Auffi , quoique les ruines d'où nous venons
de les chaffer fur les bords de l'Unna
& de la Save , fuffent prefque fans garnifons
& fans défenfes , quoique les Turcs
aient eu à repouffer des hoftilités à l'inftant
même où nous venions de leur déclarer
la guerre , ils ont à - peu- près partout
refufé les fommations . On avoit efpéré
que Gradiska , fortereffe qu'on peut
dire démantelée , & défendue uniquement
par 400 hommes , plutôt Habitans de la
ville que Soldats , fe rendroit au premier
coup de canon ; mais il a fallu multiplier
les batteries , faire brêche fans pouvoir
entrer dans la place , en détruire les édig
ij
( 148 )
fices fans vaincre l'opiniâtreté de la garnifon
, & le décider à un affaut dont on
attend les détails d'un moment à l'autre.
Il eft hors de doute que Gradiska ne foit
emporté ; mais à quel prix ? C'est ce qu'on
ne fait point encore. Des avis récens annoncent
même qu'on a abandonné l'entreprife.
Le vieux Orfowa , a été également
fommé , à ce qu'on répand. Une feule
Compagnie de quatre - vingt Janiffaires
qui y étoit cantonnée , a été menacée
du fil de l'épée , fi elle faifoit réſiſtance ;
& l'on débite qu'une fois rendue , on l'a
transférée à Temefwar. Ondit Bihacz emporté
d'affaut avec perte d'un Lieutenant-
Colonel , de deux Officiers & 50 Soldats
tués. Que ces avis foient authentiques ou
non , ils ne font que prématurés , car ces
endroits doivent fuccomber à meſure
qu'on les attaquera. Suivant une lettre
de Carlſtadt en Croatie , du 18 février
avant de commencer le fiége de Gradiska ,
on fomma la garnifon de fe rendre. Les
Turcs répondirent qu'ils fe battroient
tant que leurs têtes tiendroient fur leurs
épaules. On commença la canonnade , on
la continua tout le jour ; les Affiégés y
répondirent coup pour coup ; les maiſons
( 149 )
ayant été incendiées , ils fe font retirés
dans les cafemates. Encore une demidouzaine
de débris en notre puiffance , &
nous ferons maîtres des deux bords de
l'Unna. Cette rivière traverſe la frontière
de la Bofnie du midi au nord , & fe
jette dans la Save au- deffous de Veliska.
On a exécuté , fans beaucoup de peine ,
deux coups de mains différens fur deux
convois de 60 bateaux qui navigeoient
fur le Danube & fur la Save , fans fe douter
d'une rupture. L'Empereur a ordonné de
diftribuer ce butin aux troupes , de qui
les Munitionnaires de l'armée pourront les
acheter .
Voici la liste & la diftribution des Généraux
inveftis du commandement de nos
troupes contre les Ottomans .
1º. Le Lieutenant Feld-Maréchal de
Vins, en Croatie , dans la Dalmatie & fur
les côtes : 2°. le Lieutenant Feld- Maréchal
Comte de Mitrowsky, en Esclavonie
& dans la Syrmie : 3°. le Feld- Maréchal
Comte de Lafcy aura le commandement-
général de la grande armée dans la
haute Hongrie , près de Futack , vis -à - vis
de Péterwaradin ; en fon abfence , c'eft le
g 11]
( 150 )
Général de Clairfait qui commande , &
fous celui-ci le Baron d'Alvinzy : 4°. dans
le bannat de Temefwar , le Lieutenant
Feld-Maréchal de Wartensleben : 5º . en
Tranfilvanie , le Général de Fabris : 6º . dans
la Buckowine , le Prince de Cobourg. On
fait monter à 217,416 hommes le nombre
des troupes Autrichiennes raffemblées
actuellement fur nos frontières.
Lorfque le Major de Harbach , accompagné
de l'Interprête Impérial , Conftantin
Popp , fe rendit à Belgrade pour y fignifier
au Pacha qui y commande, la déclaration de
guerre , celui- ci le reçut très -poliment , le
fit affeoir , lui préfenta à la bouche une pipe
de tabac , ce qui eft une civilité Turque ,
& lui dit : « Mon ami , vous ne m'ap-
» prenez rien qui m'étonne ; je fuis de-
» puis long - temps préparé à cet évène-
» ment ; dites cependant à mon cama-
» rade de guerre , le Général Mitrowsky,
» que je lui ferai remettre ma réponſe
» par écrit. » Alors 25 Spahis accompagnèrent
le Major , fans lui faire la moindre
violence , jufques fur les bords de la
Save , où une barque avec pavillon blanc
vint le prendre pour le conduire à la rive
oppofée. Le Pacha ne tarda effectivement
point à faire parvenir fa réponſe ; mais
tout ce qui en a tranfpiré , c'eft que la
( 151 )
Porte y déclare n'avoir donné aucun fujet
de rupture , & qu'elle fe repofe fur la bonté
de fa caufe , fur la juftice du Tout-Puiffant ,
&la protection du Prophète. Avant le départ
du Major , le Pacha lui fit préfent d'une
paire de beaux piftolets & de deux mouchoirs
à la Turque.
Il eft arrivé , depuis 15 jours , des Couriers
fréquens de l'armée du Prince de
Saxe- Cobourg, qui , felon l'opinion générale
, demande des renforts. Le bruit s'étoit
même accrédité que l'Hofpodar de
Walachie , à la tête d'un Corps de Tartaavoit
attaque le Prince , refté maître
du champ de bataille , après une action
très-meurtrière ; mais cette nouvelle , fans
date , demeure fans confirmation .
res ,
On affure toujours que Belgrade fera
inveftie dans peu de jours. Cette fortereffe
importante eft amplement pourvue de
munitions de guerre . Elle domine le Danube
, & il fera très- difficile de l'attaquer
de ce côté-là . On l'a fortifiée du côté de
terre de nouvelles lignes de circonvallation
avec des redoutes ; tout le gros canon
a été tranſporté au fort de la montagne
, & les ouvrages au-deffous font hériffés
de canons de 6 livres de balles . On
croit que cette fortereffe fera affiégée en
g iv
( 142 )
règle , & que F'on a formé le projet de la
bloquer , pour la forcer de fe rendre par
capitulation.
Les dernières dépêches de Péterwaradin
, du 22 février , ne contiennent que
la relation de l'entreprife fur la fortereffe
de Semendria , qui n'a pas réuffi . Le détachement
de troupes qui avoit traversé
le Danube , a été obligé de le repaffer ;
3 Officiers & 26 Soldats ont été bleffés
& 8 hommes tués.
Les 19 bataillons d'Infanterie qui fe rendront
fucceffivement à la grande armée , font : la Tour,
Avefperg, Rottenberg, Preiff, Ferdinand de Tofcane,
Stein , Deutchmeifter , Pellegrini , Tillier, Langlois ,
Charles de Tofcane , Lafcy, Laudon , Empereur ,
Pallavicini , Wallès , Wolfembuttel, Wartensleben
& Brechainville. A ces bataillons fe joindront cinq
bataillons de la Lombardie Autrichienne , & les
deux régimens de Cavalerie de Naffau &
d'Anfpach.
De Francfort-fur- le-Mein, le 8 Mars.
On répand que l'Empereur prendra à
fon fervice un Corps de troupes de Bavière
& de Wirtemberg. La miffion récente
de M. de Gailing , Envoyé du Duc
de Deux-Ponts à Berlin , eft relative , å
ce qu'on croit , à ce fubfide auxiliaire que
( 153 )
fourniroit l'Electeur-Palatin à la Cour
de Vienne.
―
Le dernier Confeil extraordinaire que
l'Empereur fit affembler le 19 février , fut
occafionné , felon quelques conjectures ,
par des dépêches de Conftantinople , dans
lefquelles le Divan propofoit des offres
particulières à S. M. I. , qui n'a pas crù
devoir les accepter. Au refte , il ne
faut pas s'imaginer que lá Porte fe foit
endormie fur les deffeins de ce Monarque
, comme les Gazettes l'ont répandu :
la formation , le cantonnement , la deftination
des armées ont été changés d'après
la vraisemblance de ces nouvelles
hoftilités. Il a été envoyé des ordres en
Afie de faire marcher fur le champ une
nouvelle armée de 60,000 hommes , qui
joindra celles de Beffarabie & de Moldavie.
On fait qu'il étoit arrivé à Vienne , vers
la fin du mois dernier , un Courier du
Prince de Saxe-Cobourg , Général- Commandant
dans la Bukovine . La Cour n'a'
rien publié de ces dépêches ; on a fup-'
pléé à ce filence en débitant que le
Prince ayant fait avancer une partie
de fon armée dans la Moldavie jufqu'à
la rivière du Pruth , afin de ferrer
davantage la fortereffe de Choczim , il y
avoit eu une eſcarmouche très-vive entre
g v
( 154 )
l'avant -garde de ce Corps & un gros détachement
de Tartares , qui après une
opiniâtre réfiftance & une perte de plus de
cinq mille hommes , furent obligés de fe replier
fur Choczim ; la perte du côté des
Autrichiens n'avoit pas été moins confidérable.
Des lettres particulières nom-.
moient les trois bataillons de Pelegrini ,
de Charles de Tofcane & de Samuel Giulay,
comme prodigieufement maltraités
dans cette action , ainfi que les Huffards
Sicules de Seckler ; mais la nouvelle de cet
évènement n'a jufqu'ici aucun caractère
d'authenticité .
ESPAGNE,
De Madrid , le 25 Février.
L'état de l'Infant Don Ferdinand continue
à donner plus d'efpérance de rétabliffement.
L'Ambaffadeur du Grand - Seigneur ira
demain au Pardo recevoir fon audience de
congé , & partira dans dix jours pour
Conftantinople.
Il arriva le 22 deux Couriers étrangers
adreffés au Roi. Rien n'a encore tranfpiré
des dépêches qu'ils ont apportées : on fait
feulement que deux ou trois heures après
leur arrivée , il a été envoyé à Cadix & au
( 155 )
Ferrol des ordres pour armer 4 vaiffeaux'
de plus & 2 frégates.
Nous apprenons par les dernières lettres
de Cadix qu'on y attend à tout moment.
Don Ferdinand d'Avy , pour commander
4 vaiffeaux de ligne & fix frégates armés
dans ce port & celui de Carthagène . Elles
ajoutent qu'on y arme encore 3 vaiffeaux
& 3 frégates , & confirment la nouvelle
du naufrage d'un navire Hollandois , fur
la cargaifon duquel la Banque eft intéreffée
pour 100 mille piaftres. On affure que
cette perte en occafionnera une de plus
de 500 mille piaftres pour le commerce
de Cadix.
1
ITALIE.
De Rome, le 15 Février.
On vient de trouver dans une excavation
faite au tombeau de Néron , hors la
porte del Popolo , un beau parquet en
mofaïque , entouré de guirlandes de pierres
dures , parfemé de lapis- lazuli.
Le Cardinal d'Yorck , en fe réſervant de
demeurer incognito Duc d'Yorck , &c.
n'a point abandonné les prétentions de fa
maifon , ainfi qu'on en jugera par un acte
de fa main , dreffé pendant la maladie du
feu Comte d'Albany.
« Nous , Henri- Marie-Benoit Clément , Cardinal-
Duc d'Yorck , fils puîné de Jacques III , Roi
g vj
( 156 )
d'Angleterre , nous voyant fur le point , confor
mément aux avis que nous avons reçus de Florence
, fous la date du 23 janvier de la préfente
année , de perdre le Séréniffime Charles Edouard ,
notre très - cher frère , fucceffeur légitime de
Jacques III , aux royaumes d'Angleterre , de
France , d'Ecoffe , d'Irlande , &c. , nous déclarons
& proteftons , dans les formes les plus valides ,
avec toute la folemnité poffible , & de toute autre
manière qui peut tendre à nous acquitter de ce.
que nous devons à notre Royale Perfonne & à
notre Patrie , qu'au cas que notre Séréniffime frère
vint à mourir ( ce qu'à Dieu ne plaife ) , nous réclamons
pour nous-même le droit de fucceffion
directe aux royaumes d'Angleterre , &c. &c.;
droit contre lequel on ne peut oppoſer , ni devant
Dieu , ni devant les hommes , le caractère facré
d'Evêque dont nous nous trouvons revêtu ; & attendu
les fâcheufes circonstances où se trouve
notre Royale Famille , ainfi que pour nous éviter
des difficultés & des embarras , nous entendons
retenir volontairement d'ici - là le titre ( qui ne
nous conviendroit plus dans le cas fufdit ) de Duc
d'Yorck , avec tous fes droits & compétences
ainfi que nous en avons uſé juſqu'ici , & cela par
forme d'incognito. A cet effet , nous renouvelons
toutes proteftations & déclarations néceffaires , de
la manière fufdite, & avec la plus grande force &
folemnité poffibles , que nous ne prétendons point
( en confervant volontairement & par manière
d'incognito , le titre de Duc d'Yorck dans des actes
publics ou privés , faits ou à faire , ) préjudicier
& encore moins renoncer jamais aux conféquences
du fufdit droit de fucceffion & d'appartenance
que nous avons & prétendons avoir & retenir
toujours & en tout temps fur lefdits royaumes ,
& à tout ce qui nous revient , comme au vrai ,
,
( 157 )
plus proche & légitime héritier de notre Royale
Famille , nonobftant les titres & actes fufdits , dont
nous n'entendons nous fervir que comme voulant
garder l'incognito. Enfin , nous déclarons expreffément
être notre volonté , que dans la préfente
proteftation foit auffi comprife celle , qu'après qu'il
aura plu à Dieu de difpofer de notre perfonne ,
les droits de fucceffion à la Couronne d'Angleterre
, &c. foient dévolus dans toute leur force &
vigueur au Prince auquel ils appartiendront dejure,
par la proximité du Sang : cela devant être ainfi ,
& c. & non autrement , &c. »
« Donné dans le Palais de notre réſidence , ce
27 janvier 1784. n
·De Naples , le 25 Février.
Feu l'Archevêque de Capoue avoit
laiffé , par teftament, une fomme de près
de 40 mille ducats , pour l'embelliffement
de l'Eglife Cathédrale de cette ville . La
Junte Suprême des abus confidérant
cet emploi comme fuperflu , s'eft affemblée
pour délibérer s'il ne feroit pas plus
convenable d'employer cette fomme au
defsèchement des marais voifins de Bayes ,
& au rétabliffement de l'ancien port de.
Mifène.
Voici la fubftance des Réglemens qui ont paru
concernant les réformes militaires L'Infanterie
fera compofée de 20 régimens , dont 16 vétérans ,
nationaux & vallons , & les 4 autres étrangers.
Chaque régiment fera divifé en trois bataillons ,
deux defquels font appelés de campagne, & l'autre
de garnifon. Chacun des 16 premiers régimens
( 158 )
fera de 1100 hommes en temps de paix , & de
1700 en temps de guerre , avec une addition de
600 hommes de milices-provinces , qui devront
être enrégimentés & difciplinés , de manière qu'ils
puiffent au premier ordre rejoindre leurs régimens
refpectifs. Les quatre régimens étrangers feront
conftamment maintenus felon l'établiſſement de
guerre , c'est-à-dire , de 1700 hommes.- La Cavalerie
confiftera toujours dans les huit régimens
actuels , dont chacun fera compofé fixement de
quatre efcadrons de campagne , & d'un demi-efcadron
de réferve , formant en tout 674 hommes.
Deux régimens compoferont une brigade , & les
Corps de réſerve de chaque régiment formeront
une cinquième brigade. La paie , tant de la
Cavalerie que de l'Infanterie , a été conſidérablement
augmentée.
« M. Galanti , dans le premier volume
qui vient de paroître de fa géographie des
deux Siciles , ouvrage dont les matériaux
lui ont été fournis par ordre du Gouvernement
, porte les revenus du Clergé à
neuf millions de ducats ; ceux de l'ordre
de Malte , à 79,000 ducats , & ce que
nous payons à Rome , à 59,000 par an .
Il y a à Naples 1,500 familles nobles ; il
y en a 4,500 dans les provinces . Les Tribunaux
, avec leurs dépendances , occupent
26,000 hommes. Il meurt par an
environ 600 perfonnes affaffinées , fans
compter les affaffinats méthodiques opérés
par 12,400 Médecins qui fe trouvent
dans le royaume. Le nombre des Ecclé- ›
fiaftiques féculiers , religieux & religieufes
( 159 )
eft de près de cent mille. La population
totale du royaume eft de 4,780,000 ames ;
fuivant les calculs de M. Galanti , elle
pourroit s'élever à 10 millions . Ce premier
volume ne traite que du royaume de
Naples , fans y comprendre la Sicile . ».
GRANDE - BRETAGNE
De Londres , le 11 Mars.
Le Baron de Nagel , nouvellement arrivé
, a été préfenté au Roi & à la Reine
en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
des Etats-Généraux . Son prédéceffeur , le
Baron de Lynden , a pris fon audience de
congé . Notre Miniftre à la Haye , le Chevalier
Harris , prend également le caractère
additionnel d'Ambaffadeur Extraordinaire
auprès de L. H. P. On dit le Traité
entre les deux Etats conclu & même
figné , malgré tous les contes des Agioteurs
, répétés dans les Gazettes & commentés
par les Politiques à la journée .
Il s'eft tenu ces jours derniers une affemblée
du Bureau de Commerce , pour
prendre ultérieurement en confidération
l'abolition du commerce des Nègres.
Lord Hawkesbury y a préfidé ; M. Pitt &
plufieurs Membres du Cabinet s'y font
rencontrés.
Les Nouvelliftes ont fait agréer au Gou(
160 )
vernement l'avitaillement d'une efcadre
Ruffe dans nos ports . Cette eſcadre , difent
- ils , de vingt vaiffeaux de lignefeulement,
eft attendue dans l'Humber vers le
milieu d'avril. M. Thornton , ajoutent- ils ,
eft chargé par l'Impératrice de Ruffie de
paffer un marché pour 40 bâtimens de tranf
port , de 400 tonneaux , fur lesquels feront
embarqués 16,000 hommes de troupes
qui accompagneront fon efcadre dans la
Méditerranée.
On croit que M. John Adams , ci- devant
Miniftre Plénipotentiaire des Etats-
Unis , ne fera remplacé ici que par un
fimple Conful chargé de traiter les affaires
relatives au Commerce .
Le Prince Guillaume Henri lera nommé
au commandement de la frégate l'Andromède
de 32 canons , fur laquelle il partira
de Plimouth , dans le courant d'avril , pour
fe rendre à Halifax , Nouvelle Ecoffe.
Comme on ne connoît qu'imparfaite
ment la diftribution des troupes Britanniques
en temps de paix , nous donnerons
un relevé exact de la répartition actuelle
de cette armée.
En Angleterre.
18 Régimens de Cavalerie & de Dragons.
2 Bataillons d'Artillerie.
Bataillons des Gardes.
15 Régimens d' nfanterie , outre le dix-feptième
qui eft àJerſey & à Guernesey.
( 161 )
En Irlande.
12 Régimens de Cavalerie & de Dragons..
1 Régiment d'Artillerie.
A Gibraltar.
Bataillon d'Artillerie.
Bataillons d'Infanterie..
En Amérique.
1 Bataillon d'Artillerie.
Aux Ifles.
1r Bataillons d'Infanterie. ( Il y a auffi aux Iffes
quelques Compagnies d'Infanterie , d'Artillerie du
Bataillon ſtationné en Amérique , & les troifième &
quatrième bataillons du foixantième régiment nouvellement
levé , doivent s'y rendre de Chatham . )
Dans l'Inde.
Le 19. régiment de Dragons.
9
5 Régimens d'Infanterie , indépendamment des
quatre nouvellement levés , favoir, le foixante-quatorzième,
le foixante-quinzième , le foixante-feizième,
& le foixante- dix-feptième qui vont s'y rendre.
La onzième Séance du procès de M.
Haflings a immédiatement précédé
l'ajournement au 10 avril , ainfi que nous
le dîmes il y a huit jours , en promettant
quelque détail fur l'efpèce de preuves par
témoins , qui réfulta de l'enquête touchant
l'affaire de Benarès. Ce font les Accufateurs
qui produifirent ces témoins : M.
Stables, entendu le premier , dit qu'en 1763
& 1764 , étant Officier de l'armée qui
marcha dans la province de Benarès , il
avoit vu Bulwant Sing ; qu'il l'avoit regardé
comme une perfonne confidérable
་
( 162 )
dans le pays ; que les Habitans paroiffoient
lui être fort attachés , & que la
contrée étoit peuplée & bien cultivée . On
fent qu'un témoignage auffi vague , auffi
peu fatisfaifant pour la folution des queftions
en litige , ne prouve en faveur d'aucune
des Parties.
Le Major Calcraft , interrogé enfuite ,
dit qu'il étoit Aide - de - camp du Major
Popham dans le détachement qui fit le
fiége de Bidjegur ; que les tréfors trouvés
dans ce fort furent pillés par les Affiégeans
, & , à ce qu'il avoit cru , fur l'autorité
d'une lettre de M. Haftings au Major
Popham ; que le lendemain on s'étoit partagé
le butin, montant à 25 lacks de roupies
; qu'il fut envoyé , lui M. Calcraft
à M. Haftings qui fe trouvoit à Chunar ,
éloigné de 40 a 50 milles du lieu de la
fcène , pour lui en apprendre les circonf.
tances ; que M. Haftings témoigna le plus
vif mécontentement de ce pillage des Soldats
, à l'inftant où la Compagnie étoit
elle -même dénuée de reffources ; qu'il
objecta à M. Haftings fa lettre au Major
Popham, comme autorifant ce fac ; que
M. H. le nia formellement , & s'éleva de
nouveau contre un acte auffi précipité ,
commis fans lui en référer ; qu'il répondit
à cela , que dans la guerre des Rohillas les
troupes ayant été privées du butin , elles
( 163 )
avoient craint de manquer leur coup une
feconde fois. Il avoit apporté, ajoute- il , une
épée au Gouverneur- général & un fervice
de vaiffelle à Mde . Haftings, préfens des Officiers
; mais ces effets ayant été remis à un
tiers , il ne favoit point s'ils avoient été reçus
par les Donataires , & il n'en avoit plus
entendu parler. Le Dépofant , felon le
London Chronicle , s'égaya beaucoup fur
ce pillage , & fut un témoin fort plaifant.
Savoir jufqu'à quel point un des Co - partageans
du butin étoit croyable , en en
conftatant le plus ou moins de légitimité ,
c'eft une queftion que nous laiffons à
d'autres de décider.
M. Benn fut produit enfuite de la part
du Comité Accufateur , pour prouver que
pendant qu'il étoit Vice - Réfident à Benarès
, la province étoit tellement minée depuis
l'expulfion de Cheyt-Sing , la culture ,
la population tellement anéanties , que les
Miniftres du nouveau Rajah ne pouvoient
plus acquitter le tribut , & c . A la grande
furpriſe du Comité , M. Benn lui donna
un démenti formel fur tous ces points , &
prouva le contraire. Après la confrontation
, M. Anftruther , l'un des Commiffaires
de l'impeachment , fe crut en droit de
queftionner de nouveau ce témoin rebelle ,
& de lui demander fi devant le Comité
( 164 )
des Communes , il n'avoit pas dépofé différemment
fur quelques articles. A cette
queftion , M. Law , l'un des Confeils de
l'Accufé , fe leva ; il repréfenta qu'il étoit
contraire à la pratique de toutes les Cours
de Juftice de foumettre un témoin à une
enquête nouvelle , une fois la confrontation
finie , & que c'étoit la première fois
qu'on voyoit des Accufateurs chercher à
décrier les témoins de leur propre choix.
M. Fox cita le cas du Lord Lovat , & prétendit
que cet interrogatoire inufité avoit
pour but de rafraîchir la mémoire du Dépofant.
M. Adams foutint que c'étoit un
malheur pour le Comité d'être forcéde produire
des témoins qui avoient eu des relations
avec l'Accufe, & qu'il falloit fe fervir
de tous les moyens de leur arracher la
vérité. M. Law reprit la parole , & répéta
qu'il étoit inoui que des Accufateurs,après
avoit produit , examiné , confronté leurs
témoins , & ne trouvant pas leurs dépofitions
conformes à leurs vues , s'efforçaffent
de les infirmer , en jetant des doutes
fur la crédibilité des Dépofans , M. Plomer,
fecond Confeil , appuya cette thèſe de
nouveaux argumens , auxquels M. Fox répliqua
en diftinguant les formes des Cours
de Juftice ordinaires , d'avec les formes
du Tribunal actuel , &c. Après ce débat ,
les Pairs s'ajournèrent , & remirent , ainfi
( 165 )
que nous l'avons dit , la queftion à l'exa
men des Grands Juges.
L'Enquête inftituée contre le Chevalier
Elijah - Impey , & le violent démêlé du
Bureau de Contrôle avec les Directeurs
de la Compagnie des Indes , ont abforbé
l'attention de la Chambre des Communes,
la femaine paffée. Quant au premier objet,
autant les dénonciateurs de l'ancien Juge
de Calcutta ont mis d'empreffement
d'activité , même de fougue à l'accufer ;
autant ils font lents aujourd'hui dans l'examen
de l'accufation . Chaque femaine ils
demandent de nouveaux délais , & l'ordre
du jour est toujours renvoyé . Le 5 , le
Chevalier Gilbert Elliot , organe de la
dénonciation , propofa de remettre le Comité
d'Enquête au 16 Avril prochain.
M. Burke appuya cette motion fur le prétexte
du repos dont les accufateurs avoient
befoin ; mais le Chevalier Sutton & le
Major Scott rejettèrent la demande & le
motif. « Vous avez accufé , leur dit ce
dernier, le Chevalier Impey d'un afſaſſinag
prémédité & juridique. Le frère même
de l'honorable Baronet ( M. Gilbert Elliot
eft impliqué dans cette affaire ; vous avez
prétendu que vos preuves , vos témoins ,
tout étoit prêt , & vous venez nous demander
un délai de fept femaines ! Ce n'eft
plus le moment de perdre ainfi le temps .
( 166 )
ni de différer. Je m'oppofe à la motion . On
nous annonce que M. Francis doit être
entendu contre l'accufé ; je l'attends avec
impatience ; mes queftions le forceront
bien d'avouer la vérité , & je ferai connoître
alors à la Chambre la valeur du
long difcours qu'il a prononcé , en l'appellant
une défenfe contre les attaques du
Chevalier Impey. » M. Gilbert Elliot fut
obligé de retirer fa motion , & le Comité
ajourné au lendemain ; mais de nouveaux
arrangemens ont encore prolongé de huit
jours le retard de cet interrogatoire.
C'eft ici le lieu de donner ce fameux
Difcours , annoncé depuis 3 femaines , par
M. Francis.
« Il dit qu'il avoit toujours été déterminé
à ne prendre aucune part dans les pourfuites
contre Sir Elijah-Impey , & qu'après une pareille
déclaration , faite & obfervée religieufement depuis
deux ans , il devoit s'attendre à une neutralité
entière de la part de Sir Elijah contre
lequel il n'avoit jamais agi , jufqu'à cette heure
ni directement , ni indirectement. -Au lieu de refpecter
cette neutralité , Sir Elijah s'étoit permis
de l'attaquer dans fa défenfe. Il ne lui difputoit pas
le droit de la faire comme il l'entendroit ; mais
étoit-il prudent d'accufer les autres au lieu de fe
juftifierfoi-même? Au refte , Sir Elijah ayant adopté
cette méthode , que la Chambre avoit même ferblé
lui permettre , il fe croyoit également autorifé
à fe venger de la même manière ; & s'il lui
arrivoit de s'écarter de la fimple défenſe , ce ne
feroit qu'en fuivant les traces de Sir Elijah , &
·
avec l'approbation ( )
167
de la Chambre , du moins
ofoit-il s'en flatter , puifqu'elle avoit paru la donner
à la marche de fon Adverfaire. Il fe plaignit
du traitement qu'il avoit reçu dans cette Chambre
de quelques Membres qui s'étoient permis de l'attaquer
avec une arrogance fans exemple ; fa pofition
avoit été particulièrement défagréable dans
les derniers débats , s'étant toujours trouvé entre
l'enclume & le marteau. Après cette longue préface
que nous abrégeons , il paffa à fa propre défenfe
, & établit l'état de la queftion . On l'accufoit
, lui , le Général Clavering & le Colonel Monfon,
dans l'affaire de Nunducomar , de s'être réunis pour
propofer que le libelle par lequel ce Rajah attaquoit
fes Juges , fût brûlé , & les minutes rayées
en conféquence des regiftres du Confeil fecret . -
Le Comité étoit prié de bien pefer les moyens
par lefquels Sir Elijah-Impey avoit eu connoiffance
du libelle & des procédures auxquelles il
avoit donné lieu. »
« Le 16 août 1775 , le libelle contre les Juges
fut remis fur le Bureau du Confeil , & M. Haftings
propofa d'en envoyer copie à tous les Juges . Je
m'oppofai , dit M. Francis , à cette motion , &
je fus d'avis qu'on le brûlât. M. Haflings fit obferver
que cela feroit peu utile , tant qu'il en refteroit
des minutes ; fur quoi j'ajoutai , qu'il n'y
avoit qu'à biffer ces minutes, & détruire toutes les
traductions de cet écrit. On fe rangea unanimement
à mon avis ; & fi je n'avois entendu Sir
Elijah en parler à la Barre , je ferois demeuré per
fuadé qu'il n'en reftoit pas de trace. Mais il eft
évident que , quoique M. Haftings ait donné fon
confentement à la deftruction de la pièce originale
& des traductions , il en a néanmoins confervé
une , fur laquelle il a fait des changemens de
fa propre main , & qu'il a remis à Sir Elijah . Dé(
168 )
1
couvrir ainfi & révéler les opérations du Confeil
fecret , c'eft non-feulement enfreindre les loix de
l'honneur , mais même celles du ferment ; & M.
Haftings , en donnant connoiffance à Sir Elijah
Impey de ces tranfactions , fournit une preuve
démonftrative de fa collufion avec Sir Elijah ,
qui , malgré fon défaveu , étoit inftruit des accufations
contre M. Haftings , contenues dans le libelle
de Nunducomar. La défenfe du Général
Clavering, relativement à fes procédés particuliers
, doit différer néceſſairement beaucoup de la
défenſe de fa conduite commune avec le Colonel
Monfon& avec moi , fi l'on nous confidère comme
agillant de concert. Je commencerai néanmoins
par juftifier ce dernier point, me réfervant de dé
fendre enfuite féparément le Général Clavering,
Le 14 août 1775 , après l'exécution de Nunducomar,
le Général Clavering produifit à la Cour
les charges de ce Rajah , que je ne regardai que
comme des articles généraux & vagues. A la prochaine
affemblée du Confeil , on en apporta une
traduction correcte. Je propofai de rejeter ces
charges , & de les traiter commeun libelle. Je me
crus bien fondé à agir ainfi , & ce que je dis au
Confeil dans cette occafion , je fuis prêt à le redire
devant le Comité. Mes motifs pour regarder la
requête de Nunducomar comme un libelle , étoient
que ce papier venoit d'un homme alluellementmort,
qu'ilsn'offroientaucunepreuve.de ce qu'ilcontenoit,
& rien fur quoi on pútfaire fond. J'ai toujours regardé
, & regarderai toujours comme un libelle
qui ne mérite ni attention , ni confiance , toute
accufation auffi peu appuyée ; je trouvois d'ailleurs
d'autres raifons de le condamner comme tel :
Nunducomar attaquoit en général la Cour de Jufsice
; il cenfuroit la conduite de tous les Juges
qui y fiégeoient. Le foupçon de procédures
tortionnaires
( 169 )
-
tortionnaires & abufives ne portoit que fur Elijah-
Impey, quoiqu'on accufât auffi le Juge , Le Maître ,
d'avoir agi avec une violence extrêmement criminelle
; on ne regardoit pas Le Maître comme
l'inftrument de M. Haflings , mais plutôt comme
celui de Sir Elijah. Suivant la requête , le Juge
Hyde étoit parfaitement neutre dans l'affaire , &
Sir R. Chambers un très- honnête homme. En
outre , ce qui nous détermina à ne point foutenir
cette requête , ce fut le danger qu'il y auroit cu
à le faire , danger qui auroit compromis notre fureté
perfonnelle. Quand le Général Clavering nous
l'apporta , le Colonel Monfon me tira à part dans
une autre pièce , & me témoigna qu'il foupçonnoit
une collufion entre M. Haftings & Sir Elijah-
Impey, & qu'il craignoit que le Général ne
fût expofé aux plus grands dangers , fi on ne
trouvoit moyen de faire rejeter la requête à quelque
prix que ce fût. Le Colonel Monfon ajouta , que le
Général avoit fait une choſe bien indifcrette en
s'expofant ainfi lui-même ; que les Juges poufferoient
l'affaire jufqu'où elle pourroit aller ; qu'ils
avoient déja trempé leurs mains dans le fang
pour fauver M. Haftings , & que fi on leur renvoyoit
la requête , il en résulteroit probablement
les conféquences les plus fatales pour le Général
Clavering, & des dangers perfonnels pour euxmêmes
( 1 ) . "
(1) Quoi ! ces trois Membres formant la majorité
du Conseil , convaincus de cet infâme attentat des
Juges , faisoient brûler par la main du bourreau une
plainte de la victime de cet attentat ! Ils flétrissoient la
mémoire du Martyr, parce qu'il étoit more ! Ils savoient
que son supplice étoit un a sassinat concerté entre M.
Hastings et le Chevalier Impey , et ils dévouoient aux
flammes un écrit qui constatoit la certitude de ce for
fait , comme n'étant qu'une accusation vague !
No. 12. 22 Mars 1788 .
h
( 170 )
« Telles furent les raifons générales fur lesquelles
M. Francis entreprit de juftifier la conduite du
Général Clavering , du Colonel Monſon & là fienne
propre , en fe décidant à brûler cette requête
comme un libelle , & à en biffer les minutes.
Après cela , il entra dans la défenſe de la conduite
particulière du Général , qui, dit-il, étoit un homme
de l'honneur le plus délicat & de la juftice la plus
intègre. Quant à l'objection que le Général avoit
femblé acquiefcer à la fentence de Nunducomar
puifqu'ayant reçu fa requête quelques jours avant
fon fupplice , il l'avoit gardée fur fon bureau.
M. Francis nial'acquiefcement du Général , &
établit fes raiſons pour n'avoir pas préſenté la
requête de Nunducomar , en faveur de qui il en
avoit déja paru plufieurs , auxquelles on n'avoit
fait aucune attention . Il ajouta que les Juges
avoit écrit au Confeil , que les requêtes ou lettres
adreffées aux Cours de Juftice étoient contraires à
la Conftitution Angloife , & que l'offenſe étoit
d'autant plus grande que ces lettres venoient de
perfonnes d'un rang plus élevé. En conféquence ,
le Général Clavering s'étoit abftenu de préfenter
cette requête , de crainte de nuire à l'infortuné
Nunducomar , & peut- être d'avancer fon fupplice.
M. Francis effaya enfuite de difculper les filles
du Général , qui étoient allées rendre vifite à Nunducomar
dans fa priſon ; accufation que l'on n'a
mife en avant , dit - il , que pour fortifier ce qu'on
avoit déja infinué , qu'il exiftoit un projet tour.
formé de fouftraire de vive force Nunducomar à
fon châtiment. La conduite de ces dames fut exemp'aire
, & mérita les louanges de tous les coeurs
fenfibles . Les duretés qu'avoit éprouvées un
vieillard de 70 ans , forcé , d'après les principes de
fa religion , de s'abftenir abfolument de toute
nourriture pendant 60 heures , faute d'eau pour
-
( 171 )
faire les ablutions préliminaires , avoient éveillé
l'indignation & la pitié de tous les Habitans de '
Calcutta. C'eft par un principe de vertu & d'hu- >
manité que ces Dames rendirent viſite au malheu
reux Rajah . Je fuis allé le voir moi- même comme
les perfonnes les plus diftinguées de Calcutta ;
comme elles , je fuis allé m'informer de fa fanté.
Je ne vois pas en quoi ces vifites font blâmables ,
peut- être même les devoit-on à la qualité de Nunducomar
, qui avoit été autrefois premier Miniftre
dans fon pays , & d'une des Caftes les plus diftinguées
de fa religion. J'espère que les circonftances
que je viens d'établir détruiront entièrement
aux yeux du Comité , les accufations portées
contre moi par Sir Elijah , & je déclare que mon
récit eft auffi vrai que fi je le faifois devant une
Cour de Juſtice , fous la foi du ferment. Qu'on
me permette de faire obferver encore que M.
-Haftings & Sir Elijah-Impey ont toujours eu pour
méthode conftante , en ſe défendant à la Barre de
cette Chambre , de m'attaquer , de me défigner
comme leur ennemi perfonnel. Au refte , c'est
une inimitié dont je fuis fier ; je me trouve honoré
d'avoir de pareils Accufateurs , & j'espère être
éternellement ennemi , non de leur perfonne ,
mais de leurs actions , de leur caractère & de leur
coeur. »
Les queftions qu'entraîne la difpute
aduelle au fujet de l'envoi de quatre nouveaux
régimens dans l'inde , font de la
plus haute importance . Cet incident touche
aux bafes de la Conftitution nationale
. On repoufla en 1784 , le Bill de
M. Fox , comme attentoire aux Chartres
de la Compagnie , comme déléguant des
hij
( 172 )
pouvoirs immenfes aux Commiffaires
chargés de la Surintendance des affaires
de l'Inde , comme tendant à mettre entre
les mains d'une faction ou d'un miniítère
, l'influence , les richeffes , le patronage,
la régie des intérêts civils , militai
res & commerciaux de cette contrée.
Plus modéré en apparence , le Bill de M.
Pittparut conferveràla Compagnie l'exercice
de fes droits effentiels , en le foumettant
au contrôle fuprême d'un Bureau
nommé par le Roi ou par fes Miniftres.
Il étoit aifé de preffentir un choc
prochain entre deux autorités dont les
limites reftoient auffi indéterminées . Dans
le cas actuel , tous les argumens paffés
contre le Bill de M. Fox, pouvoient être
rétorqués contre la mefure a&uelle du
Gouvernement
. Quel patronage à exercer,
que de places à diftribuer, que de créa
tures à acquérir, s'il reftoit à ladifcrétion du
Bureau de Contrôle , de créer des emplois ,
d'envoyer des régimens , de difpofer des
revenus de la Compagnie , & de refter
maître en quelque forte de l'Adminiftration
entière de fes domaines , en la privant
de tout droit de négative ! Plufieurs
confidérations fecondaires , telles que le
paffe - droit fait aux Officiers furnuméraires
actuellement dans l'Inde , &c. venoient
à l'appui de ces grands principes ;
( 173 )
--
mais la Cour des Dire&eurs en fe divifant
( 13 contre 10) les Actionnaires euxmêmes
partagés en nombre égal fur la
queftion , enfin une majorité de 70 voix
contre la motion faite devant ces A&tionnaires
de nommer un Comité chargé d'examiner
la conduite du Bureau de Contrôle ,
ont donné de grands avantages au Miniftre.
Le 5 , l'ordre du jour portant que l'Orateur
quittât la chaire , & que le Bill fût
inis en Comité, la queftion principale fut
débattue avec tant d'acharnement , qu'à
fept heures du matin les Communes fiégeoient
encore . Plufieurs membres refpectables
& indépendans , du nombre de
ceux qui obéiffent à leur conſcience ſeule ,
& non aux fophismes d'un parti , combattirent
le Miniftre , en faveur de
qui il ne fe trouva qu'une majorité de
57 voix ( 182 contre 125) . L'efpace nous
manque pour rendre le débat en entier ;
ainfi , plutôt que d'offrir des lambeaux
fecs & découfus de plufieurs difcours,
nous rapporterons dans leur plénitude
quelques- uns des plus remarquables . Voici,
entr'autres , de quelle manière s'expliqua
le Colonel Barré , véteran refpe &table
par fes lumières & fa conduite politique ,
& que fes indifpofitions avoient éloigné de
la Chambre depuis quelque temps .
« Un honorable & favant Orateur , qui s'eſt
expliqué un des premiers dans le débat actuel ,
hiij
( 174 )
a affuré que ce n'étoit point ici une queftion de
- politique , mais feulement de loi . Quant à moi , je
déclare queje ne fuis pas Jurifconfulte ; j'ai jufqu'à
préfent rempli mon iôle , au moyen de ma dofe
fuffifante de fens commun , & je ne vois rien dans
l'affaire prefente où le bon fens ordinaire ne puiffe
- atteindre Les deux favans Membres auxquels j'ai
fait allufion , & les Confeils de la Compagnie ont
beaucoup parlé d'un Bill de l'Inde admis dans cette
Chambre , mais rejeté dans celle des Lords , airfi
que d'un autre Bill de l'Inde , revêtu de la farction
légiflative & devenu loi ( 1 ) . Je n'ai affifté à la
difcuffion ni du premier ni du fecond ; j'étois malade
à Bath : en conféquence , je ne fuis pas au
fait des idées qu'ils ont fait naître à la Chambre.
Cependant j'ai entendu dire que le premier avcit
excité de violentes réclamations , & qu'on s'en
étoit plaint généralement , comme d'une attaque
violente , portée fans néceffité aux droits de la
-Compagnie des Indes , affurés par une Chartre ,
& comme d'une innovation dangereufe dans la
conſtitution . J'ai lu le fecond Bill , après qu'il a
été revêtu du fceau d'un acte du Parlement ; &
je dirai franchement que je n'ai pu m'empêcher
d'y voir des procédés trop durs contre les Directeurs
de la Compagnie des Indes . J'en parlai même
à quelques-uns de ces Directeurs , & leur demandai
comment ils avoient laiffé paffer un pareil
Bill fans réfiftance & avec la fanction de leur
acquiefcement. Ils me répondirent que le fecond
Bill donnoit tacitement & d'une manière obfcure,
au Bureau de Contrôle , des pouvoirs dangereux
pour la Cour des Directeurs , & qu'ils étoient
(1 ) Les deux Bills , l'un de M. Fox , proposé en
1783 , et qui culbuta son Auteur , ainsi que ses Associes
; l'autre de M. Pitt , en 1784.
( 175 )
auffi maltraités par ce Bill que par le premier ;
mais qu'ils fe confioient à l'Adminiſtration qui
l'avoit introduit , qu'ils ne doutoient point qu'elle
n'exerçât ces pouvoirs avec la modération convenable.
Le Bill interprétatif eft - il une preuve
de cette modération ? »
« L'Honorable & Savant Membre qui a parlé
un des premiers dans ce débat , en traitant les
différens effets des deux Bills de l'Inde , a dit que le
premier auroit tué la Cour des Directeurs & celle
des Propriétaires , tandis que l'autre ſe contentoit
de foumettre le patient à un régime benin. Le
Bill interprétatif fait- il partie de ce régime benin ?
Je ne rendrois pas juftice aux moeurs , à la conduite
& au caractère du T. H. Membre qui
préfide au Bureau de Contrôle , fi je le regardois
comme une perfonne faite pour adminiftrer un
régime benin. Ce n'a jamais été fa coutume de donner
de pareils récipés : fes habitudes ont toujours été bien
différentes. La Chambre fe fouvient encore du traitement
benin qu'il vouloit adminiftrer aux infurgens
d'Amérique ; c'eft en les affamant qu'il pretendoit
les guérir. ( 1 ) »
« Le Colonel Barré condamna enfuite les mefures
embraffées comme peu fages , & fur-tout comme
totalement contraires à l'économie. »
« De deux partis , continua -t - il , on n'a pas
mánqué de choifir le pire. Souffrir que la Com
pagnie des Indes levât quatre régimens , ou envoyât
2826 hommes de recrues , fans les faire comman ~
der par des Officiers du Roi , auroit été un parti
(1 ) Le Colonel Barré a ici en yue M. Dundas
Trésorier de la Marine , et Dictateur du Bureau de
Contrôle , lequel , après avoir voulu réduire les Américains
par famine , est depuis quelque temps l'un des
plus zèlés défenseurs des Indiens.
h iv
( 176 )
fage & économique ; les envoyer comme de nou
veaux régimens , étoit directement le contraire.
Quatre régimens Royaux coûtoient annuellement
50,000 liv . fterl . en temps de paix , & près de
80,000 en temps de guerre. Affurément on auroit
pu entretenir les troupes de la Compagnie à infiniment
moins de frais. "
K
Après s'être étendu fur cet article , le Colonel
Barré prit folemnellement le ciel à témoin ,
qu'une caufe beaucoup plus férieufe , plus impor
tante qu'aucun des objets qu'il venoit d'établir
l'amenoit devant la Chambre . »
cc . Je vois ici , dit-il , un fyftême de patronage ;
je perce dans le fond de l'affaire , & j'y difcerne
un plan formé & mûrement conçu. J'ai vu , encore
un coup , Meffieurs , ce qu'a indiqué le T. H.
Membre affis au- deffous de moi , ce que m'a confirmé
l'idée de n'employer que des troupes royales
dans l'Inde , le deffein formel de s'emparer de la
nomination à toutes les places de la Compagnie
des Indes , & de la dépouiller entièrement de fon
droit de Patronage . Je ne faurois me le diffimuler ,
c'eft un plan régulier & progreffif , & le Bill
interprétatif actuellement fous nos yeux , n'eft qu'un
pas de plus pour arriver au but qu'on s'eft propofé.
Je conjure les Membres de la Chambre de
fe mettre à temps fur leurs gardes , d'examiner
foigneufement ce qui fe paffe autour d'eux , & fur
toutes chofes de ne point faire de démarche ifolée,
mais de bien confidérer cet objet dans fon enſemble.
Je me permettrai même une queftion . Le Bureau
de Contrôle actuel n'a-t- il pas déja traverſé le
droit de Patronage de la Compagnie ? S'eſt-il borné
même à le faire quant au militaire & au civil ,
& n'a-t-il pas été jufqu'à empiéter fur fon Pa
tronage de Commerce ? Dans la dernière contef
tation , la Cour des Directeurs de la Compagnie
177 )
a jugé à propos d'imprimer fon journal ; pièce
qui a prouvé évidemment que ces Directeurs font
meilleurs juges de la quantité de forces militaires
qu'il faut à leurs poffeffions dans l'Inde , que le
Bureau de Contrôle. »
"
Qui concevroit l'obftination de ce Bureau à
ordonner l'envoi de 4 régimens Royaux , après
avoir prétendu que le pied militaire , en temps
de paix , étoit trop confidérable , & avoir exigé
une réduction ? Plufieurs des Directeurs de la Compagnie
étoient des gens de poids , de mérite &
d'honneur. C'étoit l'intérêt de la patrie de compter
des hommes de ce caractère à la tête de la direction
; mais fi elle fe voyoit continuellement harraffée
de conteftations avec le Bureau de Contrôle ,
& forcée de renoncer à fon difcernement comme
à fes droits , les Directeurs feroient dans la fuite ,
non ,des hommes refpectables , fenfibles , propres
à remplir leurs places , mais des individus infignifians
, fans caractère , fans crédit , que l'on tireroit
peut-être de la plus baffe claffe des Marchands.
Dans le fait , ils ne formeroient guère
qu'un tribunal femblable à celui des Gentoux , &
auquel on pourroit envoyer le T. H. Membre
( M. Dundas ) dans un palanquin , avec des efclaves
à fes côtés , pour l'éventer lorfqu'il pafferoit. L'ex--
périence avoit dû apprendre avec quelle rapidité
la force militaire s'accroiffoit chez tous les peuples ,
même chez ceux dont la conſtitution étoit la plus
libre , & qui voyoient avec le plus de peine une
armée permanente. »
« Je fuis entré au Parlement pour la première
fois en 1763 , & à cette époque , l'infanterie ( c'eſt
fur-tout à l'infanterie que je m'attache , parce que
je la regarde comme l'effence d'une armée ) , étoit
d'environ 83 bataillons ; tandis que la lifte mil→
taire en temps de paix , à la fin de la guerre de
h v
( 178 )
t
1741 , n'excéda pas 45 bataillons ; de forte que leur
nombre avoit prefque doublé dans le cours de
quelques années , & que les dépenfes avoient auffi
doublé à la charge de la Nation. »
Vous voyez , Meffieurs , pourfuivit l'Orateur ,
que l'immenfe Patronage de l'Inde , la nomination
à tous les emplois , va tomber néceffairement entre
les mains de la Couronne. Et croyez- vous qu'on
puiffe y laiffer ce dépôt fans danger ? Pour moi ,
je voudrois qu'il reftât où il peut refer plus fùrement
, favoir , dans Leaden- hall-fireet , avec la
Cour des Directeurs . Une telle étendue de Patro
nage , dans les mains de quelque Miniſtre que ce
foit , offre une tentation trop grande pour n'être
pas dangereufe. J'avouerai que le Ministre actuel
a donné, dans un grand nombre d'occafions , de fortes
preuves de fon intégrité ; mais qui répondroit de
Îui en l'expofantàune pareille convoitife ?L'homme
le plus honnête n'y rélifteroit peut-être pas . D'ailleurs
, ne devons- nous porter nos regards que fur
le préfent ? Je crois en ma confcience la Chambre
aquelle des Communes auffi vertueufe qu'aucune
qui ait jamais exifté ; mais ne peut- il pas venir
un Miniftre corrompu , une Chambre des Communes
corrompue ? Songez alors quelle affreufe
conféquence il en résulteroit ? On eft effrayé feulement
en y penfant. Le chemin à la fortune dans
l'armée, eft naturellement progreffif & lent. Il
pourra furvenir un moment fatal , où l'on regarde a
un brevet miniftériel comme un bon pour l'opulence.
Au lieu de l'attendre de la fubordination & de
l'exercice de devoirs pénibles , on auroit recours
à ces moyens fubits de l'acquérir. La rapine &
le pillage feroient oublier la gloire & les conquêtes.
On peut même être fûr que ceux qui
auront amaflé une fortune par des moyens fi bas ,
fi dégradans pour l'humanité , fi injurieux pour
179 )
le nom de la Grande- Bretagne , fentant l'indifpenfable
befoin de la fûreté & de la protection ,
feront prêts à l'acheter à tout prix . Ils trouveront
des moyens de s'introduire dans cette Chambre ,
& dans leur reconnoiffance ils appuyeront de toutes
leurs forces les mesures du Miniftre dont ils feront
les créatures. L'exemple gagnera ; on trouvera doux
& commode d'arriver fi rapidement à la fortune ,
& bientôt le ministère aura toute la Chambre à
fes ordres. »
сс Suppofons , au contraire , que la nomination
aux emplois militaires & civils refte entre les
mains de la Cour des Directeurs ; le pis qui puiffe
arriver , fera que ces Directeurs difpofent des places
en faveur de leurs parens & de leurs amis . Le
torrent qui dans le premier cas auroit enveloppé
la conftitution , fe partagera fans danger en une
foule de ruiffeaux , & fes branches feront fi nombreufes
qu'aucune ne pourra prendre affez de confiftance
pour entraîner l'Etat par fa force . Des hommes
honnêtes acquerront par des moyens également honnêtes
& dans un temps raifonnable, une fortune médiocre;
fi leurambition leur fait defirer d'occuper une
place dans cette Chambre , ils fe fentiront indépendans
, & n'auront point à ramper devant un Miniftre
fuperbe , qui leur feroit payer cher fes fourires
; ils n'auront point de detttes de reconnoiffance
à acquitter ; mais ils agiront d'après leur confcience
, & feront le bien pour eux- mêmes & pour
leur patrie . Un petit nombre de ceux qui m'écou
tent peuvent fe rappeler combien nous avons lutté ,
il y a quelques années , contre l'influence de la
Cour dans cette Chambre , & quelle peine nous
avons eu à en arrêter les progrès . Nous décidâmes
que l'influence de la Couronne s'étoit accrue
, s'accroiffoit , & devoit être diminuée . Je
pris un rôle actif dans ces débats , & j'eus le
hvj
( 180 )
bonheur de réuffir , ainfi que ceux qui me firent
l'honneur de me feconder ; mais nous n'agîmes point
en deffous;notre conduitefranche & ouverte put être
infpectée par tous les Habitans de cette Capitale.
Pour vous , Meffieurs , je vous le déclare
vous ne fauriez trop vous mettre fur vos gardes ;
je vous conjure donc , au nom du bien public
de confidérer le premier pas que vous allez faire :
il peut vous conduire au danger ; & je protefte folemnellement
que fi le Bill préfent eft accepté
je le regarde comme un coup de poignard porté
à la conftitution.
Le Colonel Fullarton cenfura fous un
autre point de vue le Bill explicatif demandé
par le Miniftre ; mais nous fommes
forcés de remettre fa discuffion à d'autres
temps. Le rapport du Bill étant fixé
au 7 , ce jour là M. Pitt expofa fort au
long les limites & les reftrictions qu'il
avoit deffein d'ajouter à l'acte , afin de
lever les principaux inconvéniens qui
avoient paru en réfulter . Ces modifications
n'en furent pas moins combattues ,
mais inutilement ; 182 voix ayant voté
contre 112 pour la motion du Miniftre ,
que le Bill fut de nouveau renvoyé en
Comité , avec fes claufes reftri&tives.
Hier , M. Fitt fit paffer la première &
la feconde lectures de ces claufes au nombre
de quatre , & le rapport en eft fixé à
demain. Nous reviendrons fur les attaques
& les défenfes refpectives de ces diverfes
féances le pas rétrograde auquel
?
1
( 181 )
le Miniftre s'eft déterminé , a raffermi fa
marche , & paroît avoir fait tomber au
moins une partie des oppofitions menaçantes
& prefque générales qu'avoit fait
naître la première teneur du Bill.
Le 7 , également , le Secrétaire de la
Guerre a préfenté l'état de réduction arrêté
dans les troupes de la Maifon du Roi ,
c'est - à-dire , dans les Gardes- du - Corps &
les Grenadiers à Cheval. Ce nouveau
plan forme une économie de 24000 l . fterl .
On avoit alloué une penfion de 1200 1.
fterl. par forme d'indemnité au Duc de
Northumberland , qui l'a noblement refu .
fée , & au Lord Howard , tous deux Colonels
des Grenadiers à Cheval. Lord Howard
aura le 4 Régiment de Dragons ,
que fait vaquer dans l'inftant la mort tragique
du Général Carpenter , Ecuyer de
S. M. Attaqué de mélancolie , il fortit à
cheval famedi dernier , à 5 heures du matin
, & on ne le revit plus . Ses domestiques
almés ayant fait des recherches ,
trouva fon chapeau , quelques heures
après fon cadavre, fur la pièce d'eau d'Hydepark
, qu'on nomme Serpentine River.
Le Roi & le Public ont vivement regretté
ce militaire , particulièrement eftimé de
Sa Majesté .
on
( 182 )
FRANCE.
De Verfailles , le 12 Mars.
Le 2 , M. Gautier , premier Préfident
du Confeil Souverain de Corſe , arrivé ici
par congé , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi par le Garde- des - Sceaux .
Le Vicomte de la Rivière - Prédange ,
qui avoit eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu , le 8 , celui de monter dans
les voitures de Sa Majefté & de la fuivre
à la chaffe .
Le inême jour , le Marquis du Chilleau ,
Commandeur de l'Ordre royal & Militaire
de S. Louis , que le Roi a nommé Gouverneur
général de Saint Domingue & des
autres Ifles françoifes de l'Amérique fousle-
vent , a eu l'honneur de faire fes remerciemens
à Sa Majefté , lui étant préſenté
par le Comte de la Luzerne , Secrétaire
d'Etat au Département de la Marine.
De Paris , le 19 Mars.
Nous avons parlé , le mois dernier , des
nouvelles qu'on avoit reçues du Baron de
Beauvois , Correfpondant de l'Académie ,
& qu'on difoit prêt à paffer en Amérique.
Une lettre de ce Naturalifte , en date du
4 Juillet 1787 , a diffipé les craintes fur fa
fanté. Il comptoit alors fe rendre au Benin ,
( 183 )
}
dont le Roi lui promettoit toutes les facilités
néceffaires à fes recherches . Du
Benin , il continuera fes obfervations à
Owere , & il fe propofe de remonter la
rivière Formofe , meine jufqu'aux montagnes
, s'il le peut. Les travaux de M. de
Beauvois font d'autant plus intéreffans ,
qu'ils ont pour objet un pays jufqu'ici
prefque inconnu aux Naturaliftes.
Le tableau de la population de la ville
& faubourgs de Ronen pendant l'année
1787, offre , fuivant le Journal de Normandie
:
3056 naiffances , 842 mariages , 2507
morts , 19 profeffions religieufes , dont 3
d'hommes & 16 de femmes.
Il en résulte qu'il y a eu cette année 7
naiffances 66 mariages de plus qu'en
1786 , & 181 morts de moins.
Le calcul des trois dernières années
éunies, donne , pour chaque année , 3094
naiffances , 787 mariages & 2676 morts .
On lit dans le Courier Maritime le rapport
fuivant , fait à l'Amirauté par le fieur
Herblin , Armateur arrivé de Guinée &
d'Amérique à Honfleur , le 24 février
dernier.
Sorti de ce port le 9 feptembre 1787 , pour
la traite des Noirs en Afrique , ce Capitaine eft
arrivé à Gorée le 28 décembre fuivant ; il en a
appareillé le 2 février 1787 , pour ſe rendre au
Gabon , où ayant abordé le 22 du même mois ,
( 184 )
il a traité 229 captifs de tout âge & de différent
fexe , & racheté par humanité fix hommes blancs ,
qui étoient efclaves du Roi Batavia. Il en a ramené
trois fur fon bord : les trois autres ont été
dépofés fur le navire de M. de Villeneuve , au
Cap. »
« Le fieur Herblin étant au Gabon , à environ
une lieue de terre , a eu connoiſſance d'un navire
naufragé , dont il a fauvé 4 canons de fer , de
livres de balle , 30 braffes de cable , 17 poulies
& un haut de tuyau en fonte d'environ 50 livres
de poids. »
« Il eft parti de la côte d'Afrique le 30 juillet
1787 , & eft arrivé au Cap le 1. octobre , avec
94 Nègres feulement , les autres étant morts par
révolte ou de maladie. »
« Le Prince Noir de l'ifle des Perroquets a donné
au fieur Herblin une ma que d'eftime , qui fait
autant d'honneur au Prince qu'au Capitaine , en
lui confiant la Princeffe Quircana , fa fille , âgée
de 14 ans , pour lui faire voir la France , &
l'y faire inftruire . »
« Cette jeune Princeffe , actuellement à Honfleur
, & que fon tuteur doit bientôt conduire à
Paris , offre un de ces phénomènes qu'on a beaucoup
étudiés , & fur lefquels on a toujours raifonné
fans être encore parvenu à en deviner la
caufe. Née d'un père & d'une mère extrêmement
noirs , toute fa peau eft blanche , mais d'un blanc
fale & livide ; cependant lorfqu'ellé reçoit quelqu'impreffion
vive , ou qu'elle a fort chaud , fon
teint s'anime & fe colore d'un rouge plus foncé
que celui des Européennes. L'iris de fes yeux ,
affez bien fendus., eft rouffe , & la prunelle noire.
Son regard involontairement mobile ne fixe jamais.
Son nez un peu camu eft beaucoup moins
écrafé que celui des Négreffes ordinaires. Elle a
( 185 )
leur démarche & leur maintien , les pieds plats
& affez grands , les doigts de la main fort longs ,
la tête couverte d'une laine blanche , tirant fur
le blond-roux Un feul de fes frères lui reffemble ,
les autres & toutes fes foeurs font du plus beau
noir. »
La Princeffe Quircana , au rapport du Capitaine
qui entend fon idiôme , a de l'efprit &
la conception vive & facile. Elle n'articule encore
que quelques mots de François. »
On doit accélérer cette année les travaux
de Cherbourg. Avant le mois de
juin on fera en état de couler quatre caiffes
coniques : celles qui ont fouffert feront
réparées avant ce temps-là. Les digues
ou jetées ne font affaiffées que de neuf
pieds , au lieu de quinze ou vingt fur lefquels
on pouvoit compter.
Des travaux non moins importans font
ordonnés pour Breft. On va exécuter le
projet de fortifications qui lui manquent
du côté de terre ; car c'eft par- là feulement
que Breft pouvoit être attaqué. On
enfermera dans ces fortifications une éminence
qui domine la ville ; & l'ancienne
citadelle pourra fervir alors de magaſin au
port à qui elle eft très néceffaire pour cet
objet. Ces travaux pourront fufpendre les
conftruations ; mais on ne s'occupe pas
moins à amaffer des matériaux ; & de
nouvelles gabarres vont partir pour le
nord, où elles vont chercher ce qu'on y
a acheté cette année pour le compte du
Roi. (J. G. de France. )
( 186 )
.
La Société Royale de Médecine a tenu
le 12 février dernier , une Séance publique
, dans laquelle elle a diſtribué &
proposé les prix fuivans.
Prix diftribué.
La Société Royale de Médecine avoit pronofé
dans fa Séance du 7 mars 1786 , pour fujet d'un
prix de la valeur de 600 liv. , fondé par le Roi ,
la queftion fuivante :
Déterminer quelles font les circonftances les plus
favorables au développement du vice ferophulux ,
& rechercher quels font les moyens , foit diététiques ,
foit médicinaux , d'en retarder les progrès , d'en diminuer
l'intensité , & de prévenir les maladies fecondaires
dont ce vice peut être la cauſe.
L'acceffit a été adjugé à M. Pujol , Médecin des
Hôpitaux , & Affocié Reg icole de la Société
Royale de Médecine à Caitres .
Prix remis.
La Société avoit propofé dans fa Séance publique
du 15 février 1795 , un prix fondé par
le Roi , & dont la diftribution a été différée dans
celle du 29 août 1786. Le fujet de ce prix , de
la valeur de 1200 livres, étoit la queftion fuivante :
Déterminer par l'examen comparé des pro riétés
phyfiques & chimiques , la nature des Laits defemme ,
de vache , de chèvre , ineffe , de brebis & dejument.
La Sociétépropofe de nouveau la même queftion
pour fujet d'un prix de la valeur de 1200 livres
qui fera diftribué dans la Séance publique du carême
en 1790.
Les Mémoires feront remis avant le premier
décembre 1789 ce terme eft de rigueur.
Prix propofe.
La Société propofe pour fujet d'un prix de la
valeur de 600 livres fondé par le Roi , la queſtion
fuivante :
( 187 )
Déterminer dans le traitement des maladies pour
lefquelles les différens exutoires font indiqués , 1 °.
quels font les cas où l'on doit donner la préférence
à l'un d'eux fur les autres ; 2. dans quels cas on
doit les appliquer foit à la plus grande diftance du
fiége de la maladie , foit fur les parties les plus voi
fines , foit fur le lieu même de la douleur.
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
du carême de 1790 , & les Memoires feront remis
avant le premier décembre 1789 : ce terme eft
de rigueur.
Les Mémoires qui concourront à ces Prix , feront
adreffés francs de port à M. VICQ D'AZYR , Secrétaire
perpétuel de la Société Royale de Médecine
,, rue des Petits - Auguſtins , nº. 2 , avec des
billets cachetés , contenant le nom de l'Auteur ,
la même épigraphe que le Mémoire.
&
La Société Royale croit qu'il eft intéreffant de
fixer l'attention des Médecins fur la maladie qu'on
pourroit appeler endurciffement du tiffu cellulaire.
En conféquence elle pro ofe pour premier Programme
de ce nouvaau Prix qu'elle a porté pour
cette fois à 600 livres , la queftion fuivante:
Rechercherquelles font les caufes de l'endurciffement
du tiffu cellulaire auquel plufi urs enfans nouveauxnés
font fujets , & quel doit en être le traitement ,
foit préfervatif, foit curatif?
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
du carême 1789. Les Mémoires doivent être envoyés
avant le premier janvier de la même année .
Ce terme eft de rigueur.
Après l'annonce & la diftribution des Prix
on a lu un mémoire de MM . Delafſone père &
Cornette , fur les altérations que l'air éprouve par
les différentes fubftances que l'on emploie en
fumigations dans les hôpitaux & dans les chambres
des malades .
*
( 188 )
M. Vicq d'Azyr, Secrétaire perpétuel,a lu l'éloge
de MM. Lefevre des Hayes , Courdois de la
Mothe & Thion de la Chaume , affociés & correfpondans
de la Société.
M. Caille a lu un mémoire fur les inflammations
lentes ou chroniques .
M. de Fourcroy en a lu un fur le gaz azotique
confidéré relativement à la reſpiration .
La Séance a été terminée par la lecture que M.
Vicq d'Azyr a faite de l'éloge de M. le Comte de
Vergennes.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 49 , 16 , 75 , 46 & 26.
Payeurs de rente , fix derniers mois de
1787 , font toujours à la lettre C.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 15 Mars 1788.
C'eft l'Univerfité de Louvain , & toujours
l'Univerfité de Louvain qui occupe
le Gouvernement & le Public de nos Provinces.
14 Membres de ce Corps avoient
différé, de tout temps , de la pluralité , &
s'étoient , par conféquent . foumis aux
ordres de l'Empereur. Les 25 oppofans ,
au contraire , ayant perfifté dans leur réfiftance
, le Recteur , qui fe trouvoit de
leur parti , a été démis & remplacé par un
Profeffeur du nombre des 14 obéiffans.
Le nouveau Chef convoqua l'Univerfité
le 21 , le 22 , le 27 , le 28 février , aucun
des réfractaires ne parut . Nonobftant leur
( 189 )
abfence , on lut dans l'affemblée du 27
les cinq décrets du Gouvernement ; mais
quoique le dernier de ces décrets porte
caffation de tout emploi Académique cor.-
tre ceux qui s'abfenteroient de nouveau ,
nul des vingt - cinq ne fe préfenta . L'ufige
fixe au dernier de février le changement
de Recteur. L'oppofition s'eft donc
affemblée ce jour - là dans un Collége
particulier, & a réélu ce même Recteur
caffé par le Gouvernement. On a également
choifi des Doyens des Facultés ; ainfi
Voilà un fchifme parfait. En attendant
qu'on rétabliffe l'unité , le Recteur légitime,
en conféquence de fes pouvoirs , a
caffé tous les Employés de l'Univerfité ,
qui , fans raifon légitime , ne s'étoient
pas rendus à l'affemblée du 28 février.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Un écolier d'Oxfort a mis récemment fur la
porte d'un Apothicaire , l'infcription fuivante :
Hic venditur
Catharticum. Emeticum. Narcoticum.
Et omne quod exit in um
Præter
Remedium.
Il a été annoncé dans des Feuilles publiques de
la Hollande, que le Sénat de Hambourg avoit publié
une Ordonnance , enjoignant à tous les Hollandois
qui fe font retirés à Hambourg pour ſe ſouftraire
aufort qui les attendoit dans leur Patrie , de quitter
cette ville dans l'efpace de deux fois 24 heures. Les
( 190 )
Gazettes les plus accréditées déclarent cette nouvelle
abfolument mal - fondée , & en attribuent
l'invention à l'acharnement avec lequel l'efprit
de Parti continue de régner dans la République.
( Gazette de Leyde , nº. 20. )
N. B. ( Nous ne garantiffons la vérité ni l'exactitudedes
Paragraphes ci-deſſus ).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
BAILLIAGE CRIMINEL DE ST. DIZIER.
Accufation de vol.
Deux familles honnêtes d'Artifans , Lenoble ,
Marchand & faifeur de feaux , & Bourgeois , jardinier
, vivoient à St. Dizier dans la plus étroite
liaifon ; ils étoient bien éloignés de penfer qu'ils
deviendroient un jour , l'un coupable , & l'autre
victime d'une accufation capitale . - Un vol fait
à Bourgeois , la nuit du 5 au 6juin 1786 , d'une
fomme de 1008 1. , cachée dans fa cave , & dont
il n'a pu découvrir l'auteur , a jeté dans fon efprit
des nuages fur le compte de Lenoble fils
vivant chez fon père , vieillard refpectable qui
jouiffoit d'une très-bonne réputation , réputation
foutenue par le fils marié lui -même , & ayant
femme & enfans . -Ce même jour 5 juin , Bourgeois
& fa femme étoient allés , fur les 9 heures du
foir , fouhaiter une bonne fête à Claude Lenoble ,
& lui porter pour bouquet de la pâtiſſerie & une
bouteille de vin ; ils l'avoient trouvé à table avec
fa femme , fa belle- mère , fon compagnon &
un garçon Tonnellier. Lenoble , déja ivre lors
de leur arrivée , ayant voulu boire encore
avec eux , fe trouva incommodé , & fut obligé
de fortir pour aller fe coucher. Sa femme , après
( 191 )
avoir ſuivi ſon mari pour voir s'il n'avoit pas
befoin de quelque fecours , revint après qu'il fut
couché , faire les excufes à la compagnie , qui
refta jufqu'à minuit . - Bourgeois , quatre mois
aprèscette époque , s'eft imaginé , pour la première
fois , que l'abfence de Lenoble pendant les trois
heures qu'ils avoient été chez lui , avoit eu pour
motif de profiter de ce moment pour aller lui
voler fon argent.
Des bruits répandus par Bourgeois fur le compte
de Lenoble , comme foupçonné d'être l'auteur du
vol du 5 juin , accrédités de plus accrédités de plus en plus , le
déterminèrent à fe pourvoir contre Bourgeois , &
à le pourfuivre en réparation publique. Ce
fut le 14 février 1787 , que Lenoble fit affigner
Bourgeois. Lenoble ne favoit pas qu'il y avoit eu
une plainte en vol , rendue le 18 janvier , contre
les auteurs du vol du 5 juin , dénoncée à M. le
Procureur du Roi le 13 octobre 1786 , qui n'avoit
pas cru devoir y donner fuites , faute de défignation
fuffifante de l'auteur du vol & des témoins à
entendre . Cependant les bruits publics qui continuoient
de fe répandre contre Lenoble , ranimèrent
le zèle du Procureur du Roi. Bourgeois
inftruit des poursuites que Lenoble alloit faire contre
lui en réparation , avoit produit quelques témoins
affidés. Les témoins affignés à la requête du miniftère
public , fur la dénonciation de Bourgeois ,
ont été entendus les 27 & 28 février . Le réfultat
de l'information a été un décert de prife de
corps contre Lenoble. Le 16 mars , il s'eſt rendu
en prifon ; le 17 , il a fubi fon interrogatoire ;
il a répondu fur tous les points , & il a fingu
lièrement convaincu le juge de fon alibi dans
le moment où le délit avoit été comm's ,
adminiftrant la preuve qu'il étoit couché & malade
chez lui. Confronté aux témoins les 24 &
en
( 192 )
28 mars , il a confondu leur témoignage , & ad
miniftré des preuves de fubornation fi frappantes ,
que M. le Procureur du Roi a rendu une deuxième
plainte contre Gueudelot & autres. Par
cette double inftruction , l'innocence de Lenoble
a été mife dans tout fon jour. La Sentence de
St. Dizier , du feptembre 1787 , a renvoyé François
Claude Lenoble de l'accufation principale
contre lui intentée par M. le Procureur du Roi
en fa première plainte ; & fur la feconde plainte
en fubornation de témoins , a condamné François,
Gaudelot en trois mois de prifon , a mis les autres
parties , ainfi que Bourgeois & fa femme hors de
Cour fur le furplus de leurs demandes.
-
PARLEMENT DE Dijon.
Cette Cour à rendu le 30 avril 1787, un Arrêt ,
qui , conformément au réquifitoire de M. le Procureur
Général , ordonne que l'article VII de
la déclaration du Roi , du août 1721 , fera ·
» exécuté felon fa forme & teneur en confé-
» quence , enjoint à tous les Entrepofeurs de Tabac
» du reffort de la Cour , de vendre & débiter..
" leTabac endetail , parlivre, demi-livre , quar-
» teron , onces , demi - onces, & quelque modique
» que foit la demande , au prix de l'entrepôt. -
» Leur fait très-expreffes inhibitions & défenfes,
" de le vendre à un plus haut prix , ni d'exiger
» d'autres & plus grands droits , à peine de con-
" cuffion, Cet arrêt a été imprimé , lu , publié
, affiché & envoyé dans toutes les Jurifdictions
des Traites & des Elections du reffort dela Cour.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 13. )
SAMEDI 29 Mars 1788.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du 1. au 31 les
jours croiffent de ss ss" le matin , & de 54' 8 " le foir.
JOURS
du
MOLS.
MONS DES SAINTS.
fam. Aubin , Eveque.
2 & D. Latare.
lundi Ste Cunegonde,
mard. Cafimir , Roi,
mere. Virgile.
4
6 jeudi Ste Colette.
vend. Ste Perpétue
PHASES Temps moyen
de de la eu Midi vrai.
DUNE.
24
25
26
H M. S
IL 28
B 16
12
49
35
II 20
N. L 11
le
1.42 m.
8 fam. Jean de Dieu.
D. Paffion
to lundi Ste Do&trovée.
armard Quatante Martyrs.
11 mere. Grégoire.
13jeadi Sre Euphrafie.
14 vend. La Compaffion.
fam. Zacharie , Prêtre.
du foir.
oh. fignifie midi.
16 6 D. Rameaus .
lundi Ste Certrude , Vierge.
18 mard, Lubin , Evêque. ΤΙ
lets as
10 h. 28 m.
dumatin.
19 merc. Jofeph. PRINTEMPS . 12
20 jeudi Joachim . 33
21 vend. V. Saint.
22 fam. Epaphrodite.
23 Dim. PASQUES.
24 lundi. Gabriel.
25 mard. Ste Catherine de S.
26 merc. Ludger.
27 jeudi Jean , Ermite.
28 vend. Gontrand , Roi.
29 fam. Rupert , Evêque.
301 D. Qurfimodo.
lundi. ANNONCIATION.
OP. L
16 le 22 , do
17 h.s 131
18 dumatin.
19
20
21
CD.Q
22 le 298 4
23 h. 34 m.
du foir
19
29
12
8 54
37
19
PUECBFOLFUDIE1R7ECT8SSSS8..
ROEMYFLMaFAuerEn1U1rd1Td87cXi9.Si.,..
Actions ....
2025 ..... 2030.35..2025.27.
D.es 1256.
Emprunt Oct. 397 .... 397. 397
Id. Décembre
82.70
Lot. d'Avril ... 709 ......
710.11.713..16
..
Lot, d'Octobre..53
Emprunt 125 m³, 41347-5.4. ms.
40.
CHANGESdu19
Amft
.$4
Lond. 29.1
lam 188
1418Mfa6d.d..
1C7a1d16i4dx.
1L0i.0.v.
sên.. 944.
Lyon. Bce,
Payeurs, fix derniers
mois 1787, ict. C.
$ 38.40.539
millio8ln0ds..
Sans Bulletin .. 63.7.7.1631.
Bulletin. 7577.78.79.78.79.
Viager, 1787 ...
Emprunt 120m
1004
Ch.d. Empt .... 263
1003.2.. 1001.2.3
263.63..263.
4460.65.d4'4Ef6Cc5ao.imf8pl0.te.
E.V. Bord .... 690 ...... 690.
690 ....
Sér. non fort ...
745 745
ཞིགས་ ་ ་་་ ་ དེ་ན་ ་ ་སྤྱན་ གྱིས་
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 MARS 1788 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Aune Dame célèbre par fa beauté ,
depuis par fes Ouvrages .
ENTRE le Dieu du Pinde & la Mère des Ris ,
Le Sort a partagé les faveurs qu'il te donne.
Souveraine des coeurs , de tes attraits épris ,
Le'myrte en ton printemps compofuit ta couroni e
Anjourd'hui tes talens enchaînent les efprits ,
Et le laurier des Arts embellit ton automne.
Ainfi tu ne vois plus les rofes de Cypris
Que dans les vers galans d'Ovide & de Pétrone .
En faifant aux pompons fuccéder les Ecrits ,
Tu n'as fait que changer de trône
( Par M. Bordeaux. )
No. 13. 29 Mars 1788,
194
MERCURE
JEAN ET MON PROCUREUR ,
Conte épigrammatique.
JEAN me devoit une piftole
Qu'il ne vouloit pas me payer ,
Quoiqu'il m'eût donné fa parole ,
A fon refus , j'allai trouver Bartole :
? Oh ! oh ! dit-il , nous le ferons plier ;
Soyez tranquille «. Il plaide ; mais ma caufe
Coute , en dix ans , cent piftoles de frais.
Pour conferver mon bien & vivre en paix ,
Très-fermement je me propofe
De fuir avec grand foin Jean & mon Procureur :
L'un ne me ſait donner que de fauffes paroles ,
Et l'autre en plaidoyers confomme mes piſtoles,
Adiçu la caufe , argent & débiteur.
Si cependant on veut apprendre
Lequel des deux je fuis de plus grand coeur ;
Ce n'eft pas Jean , mais c'eſt mon Procureur ;
L'un donne fa parole , & l'autre fait la vendre,
( Par M, Simon , D. T. )
1
DE FRANCE. 195
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Chiendent, celui
de l'Enigme eft Damas , celui du Logogriphe
eft Pyramide , où l'on trouve Pyrame
Priam, Armide, Parme, Epi, Ride, Ami,
Pie, Pie, Ame , Drame , Ire.
CHARADE.
EN triomphe dans Rome , un généreux Guerrier
Entre d'abord fur mon premier.
Il parcourt mon fecond ; & puis d'un air tranquille
Il va rejoindre mon entier ;
Trouvant que ce dernier métier
Etoit tout auffi noble & beaucoup plus utile.
( Par M. de Loubaiffin , Ch . de S. Louis. )
SUR de
ENIGM E.
OUR de bientôt renaître , Eglé , pour que mon fort
Des Dieux mêmes jaloux dût exciter l'envie ,
Que ne puis-je devoir la mort
A qui fait me donner , à chaque inftant , la vie !
Par un jeune Proc. à B***. )
I 2
196 .
MERCURE
LOGO GRIPHE.
PRECEDE de plaifirs & ſuivi d'alégreffe ;
Chaque année on me voit devancer le Printemps ;
Malgré cet appareil , j'infpire la triſteſſe ,
Et pour mes Sectateurs je dure trop long-temps :
Chacun fe plaint de moi , dit que je l'incommode ;
Pour éviter cela , l'on m'arrange à fa mode ;
Et tel qui m'entreprend a peine à me finir.
Dérangez mes fix pieds , vous allez voir venir
Certain nombre de mots dont je donne la liſte ;
Vous y verrez d'abord un Saint Evangéliſte ;
Un entre-mets friand ; l'attribut d'un Forçat ;
Ce qu'il faut au Cuerrier
pour
aller au combat;
Celle qui , dans fon ſein , vons donna l'exiſtence' ;
Certain Religieux très-connu dans la France ;
Ce que l'on veut avoir quand on veut guerrcycr ...
A youloir dire tout , je pourroir ennuyer.
(Par M. Cornu père , Abonné. )
DE FRANCE. 197.
f
+
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Métamorphofes d'Ovide , en Vers
François , avec des Notes ; par M. de
SAINT - ANGE , Livre V. A Paris, chez
Moutard , Imp.-Lib. de la REINE , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
I. E mérite de cette Traduction & de fon
Auteur , eft connu depuis long- temps . L'Auteur
s'excufe dans une courte Préface , ún
peu plaintive , de ne pas avancer plus rapidement
dans fon Ouvrage ; mais cette
fage lenteur , fi recommandée par Horace
- && par Boileau , ebam mérite s'il en réfukte
une plus grande perfection ; il parle de chagrins
littéraires , de critiques injuſtes , d'éloges
perfides , de découragemens de toute
- etpèce ; eh bien ! c'eſt par cette route qu'il
-fauvaller à la gloire , il n'y en a point d'autre :
& puis , difons tour ; trop d'Ecrivains fe plaignent
ou fe vantent d'ennemis que fouvent
ils n'ont pas ; on pourroit dire à la plupart
Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même,; .
& heureux ceux à qui on pourroit dire :
( N° . 1. ) I 3
198
MERCURE
"
Seul vous vous haïffez lorfque chacun vous aime.
Un jugement févère , jufte ou injufte , ne
prouve pas toujours une difpofition ennemie
, il peut ne prouver qu'une opinion ;
tout cela ne doit point nous arrêter dans
la carrière ; allons toujours à notre but.
Un Auteur , fur - tout un Poëte , aime
que dans le compte qu'on tend de fon Ouvrage
, on cite beaucoup ; il à raiſon , c'eſt
à l'Ouvrage à fe recommander lui-même ;
e'eft à faire connoftre l'Ouvrage que fe borne
le devoir du Journaliſte ; s'il differte , s'it
compare, s'iljuge , il fait moins alors la fonction
de Journaliste proprement dit , que d'un
Rhéteur ou Littérateur , qui , à l'occafion
du Livre dont il rend compte comme Jourmalifte
, expofe fes principes fur le goût &
la Littérature , & en fait une application
particulière à ce Livre. Ce n'eſt pas que
nous blamions cette méthode , ou que nousy
renoncions ; au contraire , nous nous propofons
d'y revenir dans d'autres occafions ;
aujourd'hui feulement ,& fans tirer à con-
Léquence, pour varier, ou par d'autres raifons
particulières , nous nous bornerons ftrictement
à l'emploi de Journaliſtes ; nous citerons
, fans mêler à nos citations ni louanges
ni critiques ; le Public jugera. Nous allons
mettre fous fes yeux trois grands morceaux
de ce cinquième Livre , en plaçant l'original
à côté de la copie , pour que le Lecteur
faſſe lui-même la comparaiſon fans être
$
DE FRANCE. 199
dirigé , prévenu , difpofé ou indiſpoſé par
aucun figne ni d'approbation ni de cenfure.
Auffi bien l'Ouvrage & les talens du Traducteur
font connus & jugés depuis longtemps.
FABLE DE PERSÉE.
Verùm ubi virtutem turbæfuccumbere vidit ;
Auxilium , Perfeus , quoniamfic cogitis ipfi ,
Dixit , ab hofte petam : vultus avertite veftros ,
Si quis amicus adeft : & Gorgonis extulit ora .
Quære alium , tua quem moveant miracula , dixit
Thefcelus atque manu jaculum fatale parabat
Mittere, in hoc hæfit fignum de marmore geflu.
Proximus huic Ampyx : animi pleniffima magni
Pectora Lyncida gladio petit : inque petendo
Dextera diriguit , nec citrà mota nec ultrà eft.
At Nileus, qui fe genitum feptemplice Nilo
Ementitus erat , clypeo quoque fluminafeptem
"Argento partim , partim cælaverat quro ;
Afpice , ait , Perfeu , noftræ primordia gentis :
Magnaferes tacitas folatia mortis ad umbras ,
A tanto cecidiffe viro. Pars ultima vocis
In medio fuppreffafono eft : adapertaque velle
Ora loqui credas , nec funt eapervia verbis.…………..
Pænitet injufti tunc denique Phinca belli.
Sed quid agat? fimulacra videt diverfafiguris ,
Agnofcitque fuos , & nomine quemque vocatos
Pofcit opem , credenfque parum fibi , proxima tangit
I 4
200 MERCURE
Corpora : marmor erant . Avertitur, atque itafupplex
Confeffafque manus obliquaque brachia tendens ,
Vincis , ait , Perfeu : remove fera monftra , tuæque
Saxificos vultus , quæcumque ea , tolle Medufa ;
Tolle , precor : non nos odium , regnive cupido
Compulit ad bellum pro conjuge movimus arma.
Caufa fuit meritis melior tua , tempore noflra :
Non ceffiffe piger. Nihil , 6 fortiffime , præter
Hanc animam , concede mihi ; tua cætera funto.
Talia dicenti , neque eum , quem voce rogabat ,
Refpicere audenti , Quod , ait , timidiffime Phineử,
Et poffum tribuiffe , & magnum munus inerti eft,
Pɔne metum , tribuam : nullo violabere ferro.
Quin etiam manfura dabo monumenta per ævum :
Inque domo foceri femperfpectabere noſiri ,
Ut meafe fponfi foletur imagine conjux.
Dixit: & inpartem Phorcynida tranftulit illam ,
Ad quam fe trepido Phineus obverterat ore.
Tùm quoque conanti fita flettere lumina cervix
Diriguit , faxoque oculorum induruit humor.
Sed tamen os timidum, vultufque in marmorefupplex,
Submiffæque manus , facieſque obnoxia manfit.
Perfée en vain toujours combat avec chaleur.
Le nombre eût à la fin accablé la valeur.
Puifqu'il faut employer ma dernière défenſe ,
Dit-il , mon ennemi va venger mon offenſe.
S'il eft quelque Guerrier qui me ferve en ces lieux ,
Qu'il détourne la tête & qu'il ferme les yeux.
DE FRANCE. 201
Il découvre à ces mots la tête de Médufe .
Cherche ailleurs des efprits qu'un vain preſtige
working abuſe ,
Dit Thefcèle ; & tout prêt à décocher un dard ,
Son bras refte en fufpens , glacé par un regard.
Amphix lève le bras fur le brave Lyncide ,
Et fent roidir les nerfs de fa main homicide.
Le fuperbe Nilée au regard plein d'orgueil ,
Se vante que jadis le Nil fut fon aïeul .
}
T
Son éca d'or , empreint des fept bouches du fleuve,
Porte de fa naiflance une éclatante preuve.
Meurs de ma main , Perfée , & connois ton vaininqueur,
sa
Et du moins chez les Morts emporte cet honneuri
Il dit , & devient pierro . Immobile & farouche ,
Pour infulter encore , il femble ouvrir la bouche.
Phinée enfin fe trouble : il reconnoît fon crime ,
Et de les attentats frémit d'être victime.
Il tremble , ilde repent. Que peut-il faire alors ?
Immobiles , les fiens n'ont plus qu'un vain dehors ;
Il réconnoît leurs traits , les nomme , les appelle ,
Et veut douter encor d'un afpect infidèle ;
Il les touche , & fa main confirme fes - regards.
Humble , tendant les mains , baillant les yeux hagards
de
Tu triomphes, Perfée , & ma haine eſt vaincue
Dit-il ; écarte au moins ce monftre qui me tue.
Ni la foif de régner , tu le fais bien , hélas !
Ni la foif de ton fang n'a point armé mon bras . /
-202 MERCURE
Non je redemandois une époufe enlevée .
On me promit fa foi , fi ton bras l'a fauvée.
Je cède à mon Vainqueur les droits de mon amour
Qu'il poffède Andromède , & me laiſſe le jour .
Humilié , confus , & la tête baiffée ,
Il n'ofe , en lui parlant , envifager Perféc.
Sois sûr , dit le Héros , de recevoir de moi
Le prix , le digne prix d'un lâche tel que toi.
Des exploits de ce jour , téinoin sûr & durable ,
Je veux que déformais tu fois invulnérable.
Je veux qu'en ce licu même Andromède à jamais,
En perdant ton amour, retrouve au moins tes traits.
Le Vainqueur , à ces mots , de l'afpect homicide ,
Pourſuit, le monſtre en main, les regards du perfide.
Il veut fe détourner ; mais cet objet fatal
A déjà de fes yeux endurci le criſtal .
Enfin il eft ftatue , & fon vifage exprime
La honte , la noirceur , la baffeffe du crime.
FABLES de Pyrénée & des Piérides .
Minerve vifite les Mufes & veut voir la
Fontaine d'Hypocrène.
Fama novi fontis noftras pervenit ad aures,
Dura Medufai quem præpetis ungula rupit.
Is mihi caufa via : volui mirabile monftrum
Cernere : vidi ipfum materno fanguine nafci……….....
Qua mirata diù falas pedis iftibus undas
Silvarum lucos circumfpicit antiquarum„
DE FRANCE. 203
Antraque , & innumeris diſtinctas floribus herbas :
Felicefque vocat pariter ftudiique locique
Mnemonidas.
Et gratam fortem , tute modò fimus , habemus .
Sed (vetitum eft adeò fceleri nikil !) omnia terrent
Virgineas mentes , dirufque antè ora Pyreneus.....
Daulia Threicio Phocæaque milite rura
Ceperat ille ferox , injuftaque regna tenebat.
Templa petebamus Parnaffia : vidit euntes ,
Noftraque fallaci veneratus numina cultu ,
Mnemonides ( cognôrat enim ) confiftite , dixit ,
Nec dubitate , precor , tecto grave fidus & imbrem ;
Imber erat, vitare meo : fubiere minores
Sæpe cafas Superi. Di&tis & tempore motæ
Annuimufque viro , primafque intravimus ædes,p´.
Defierant imbres , vidloque Aquilonibus Auftro ,
Fufca repurgato fugiebant nubila coelo.
Impetus ire fuit. Clauditfua te&ta Pyreneus ,
Vimque parat , quam nos fumptis effugimus alis.
Ipfe , fecuturo fimilis , fletit arduus arce ; .
Quâque via eft vobis , erit & mihi , dixit , eádem
Seque jacit vecors è fumma culmine turris ;
Et cadit in vultus, difcuffifque offibus oris ,
Tundit humum moriens fcelerato fanguine tinatam.
Les
PPiérides défient les Mufes , & chantent
par impiété la guerre des Géans , la fuite
des Dieux , & leur métamorphofe en ani
maux divers."
I 6
204 MERCURE
Bella canit Superúm , falfoque in honore Gigantes
Ponit , & extenuat magnorum falta Deorum ,
Emifunque imâ de fede Typhoëa terræ
Calitibusfeciffe metum , cunétofque dediffe
Terga fuga , donec feffos Egyptia tellus
Ceperit , & feptem difcretus in oftia Nilus.
Huc quoque terrigenam veniffe Typhoëa narrat ;
Et fe mentitis Superos celaffe figuris ;
Duxque gregis , dixit , fit Jupiter , undè recurvis¸
Nunc quoqueformatus Lilys eft cum cornibus Ammon.
Delius in corvo proles Semeleïa Capro ,
Fele foror Phabi , nivea Saturnia vaecâ ,
Pifce Venus latuit , Cyllenius Ibidis alis.
La fource qu'un Courfier , fifameux par fes ailes ,
Sur le fommet d'un roc fit jaillir dans les airs , `
Du bruit de fa merveille étonne l'Univers.
Le fang de la Gorgone à mes yeux le fit naître ,
L'Hypocrène en naquit , & je viens la connaître.
Admirant de ces caux la chute ſourcilleuſe ,
Ces vieux & fombres bois , ces vallons pleins de
Acurs ,
La Déeſſe s'écrie : Heureufes les neuf Soeurs
De réunir en paix , dans cette folitude ,
Aux charmes d'un beau lieu les charmes de l'étude !
Heureux notre deftin , s'il étoit plus tranquille !
Des Vierges fans défenſe , Amantes de la paix ,
DE FRANCE.
205
Ont à craindre en tout temps l'audace & les forfaits,
Les attentats récens du cruel Pyrénée . ...
Ses Thraces inhumains , aux combats aguerris ,
Occupoient la Phocide & les champs de Daulis,
Nous fuivions le chemin de la double colliné.
Le Tyran vient à nous : Filles de Mrémofine ,
Dit-il , diffimulant fes odieux projets ,
L'orage vous menace ; entrez dans mon palais : ^
+ Arrêtez y vos pas. Les Dieux ; loin des Profanes ,
Quelquefois font entrés fous de fimples cabanes. 7
Nous acceptons fon offre, & nous cédons an temps.
Mais à peine vainqueur des pluvieux Autans ,
L'Aquilon de fon fouffle eût diffipé l'orage ,
Nous fortions ; l'infolent nous ferme le paffage.
Il veut nous infulter ; mais déjà le pervers
Nous voit fuir , loin de lui , par le vague des airs.
Son tranfport forcené redouble à cette vue . !
Oui , la route des airs comme à vous n'eft connue,
Nous dit-il ; & pouffé par fon aveugle amour ,
Il monte, pour nous fuivre, au fommet d'une tour.
Il veut voler , il tombe ; & dans fa rage extrême ,
Ecrafé fur la pierre , il fe punit lui-même.
Préludant fur fon luth , l'une de nos Riyales
Chanté alors ces combats & ces guerres fatales
Où l'on vit les Géans efcalader les Cieux.
Elle abaiffe à deffein ce que firent les Dieux ,
Quand la Terre contre eux vomit l'affreux Typhée,
Et des Titans hardis relève le trophée.
206 MERCURE
Elle chante leur Chef , vainqueur de Jupiter ;
Répandant la terreur aux plaines de l'Ether ,
Les Dieux, chaffés du Ciel, forcés, dans leur défaite,
De chercher dans l'Egypte une indigne retraite ,
Et près du Nil errans entre les fept canaux ,
Prenant , pour le cacher , des formes d'animaux.
Glorieux changement pour la troupe immortelle !
Jupiter fut Belier , & c'eft de là , dit-elle ,
Qu'un Belier , en Libye , eſt l'emblême d'Ammon.
Junon fe fit Géniffe ; & la foeur d'Apollon ,
Diane , d'une Chatte emprunte la fourrure.
Lui-même d'un Corbeau prend la noire figure.
Bacchus fe change en Bouc , & Mercure en Ibis.
Le fier Dieu des combats heurle comme Anubis ;
Et Vénus d'un Poiffon a la forme hideufe.
FABLE de l'enlèvement de Proferpine
Prima Ceres unco glebam dimovit aratro ;
Prima dedit fruges alimentaque mitia terris ,
Prima dedit leges. Cereris fumus omnia munus :
Illa canenda mihi eft. Utinam modò dicere poffem
Carmina digna Deâ ! Certè Dea carmine digna eft.
Vafta Gigantais ingefta eft infula membris
Trinacris ; & magnis fubjectum molibus urget
Ethereas aufum fperare Typhoëa fedes.
Nititur ille quidem , pugnatque refurgerefæpe :
Dextra fed Aufonio manus eft ſubjećta Peloro ;
Lava , Pachyne , tibi ; Lilybao crura přemuntur ;
Degravat Etna caput : fub quâ refupinus arenas
DE FRANCE. 207
Ejedat , flammamque fero vomit ore Typhæus.
Sape remoliri luétatur pondera terra ;
Oppidaque & magnos evolvere corpore montes.
Indè tremit tellus , & Rex paver ipfe filentüm
Nepateat ,latoque folum retegatur hiatu ;
Immiffufque dies trepidantes terreat umbras.
Hanc metuens cladem , tenebrofâ fede Tyrannus
Exierat....... Vides hunc Erycina vagantem ,
Monte fuo refidens , natumque amplexa volucrem ;
Arma , manufque meæ , mea , na e , potentia , dixit ,
Illa , quibus fuperas omnes, cape tela , Cupido......
Ille pharetram
Solvit , & , arbitrio matris , de millefagittis
Unam fepofuit : fed quâ nec acutior ulla.
Nec minus incerta eft, nec quæ magis audiat arcum &
Oppofitoque genu curvavitflexile cornu ,
Inque cor hamatá percuffit arundine Ditem.
Haud procul Ennæis lacus eft à Manibus , altæ
Nomine Pergus , aquæ : non illo plura Cayfler
Carmina Cygnorum labentibus audit in undis.
Silva coronat aquas, cingens latus omne , fuifque
Frondibus , ut vele , Phæbcos fubmovet ignes.
Frigora dant rami , Tyrios humus humida flores.
Perpetuum ver eft. Quo dum Proferpina luco
Ludit , & aut violas , aut candida lilia carpit :
Dumque puellari ftudio calathofque finumque
Implet , & æquales certat fuperare legendo ;
Panefimul vifa eft , dilectaque , raptaque Diti :
Ufque adeò properatur Amor ! Dea errita , mafio
208
MERCURE
Et matrem & comites , fed matrem fæpiùs , ore
Clamat : & , utfummâ veſtem laniârat ab orâ ,
Collecti flores tunicis cecidere remiffis :
Tantaquefimplicitas puerilibus adfuit annis ,
Hæc quoque virgineum movit jaktura dolorem .
Raptor agit currus ; & nomine quemque vocatos
Exhortatur equos : quorum per collajubafque
Excutit obfcurâ tinƐtás ferrugine habenas.
1
Cérès a la première apporté dans le Monde
Des blés à gerbes d'or la femence féconde.
L'Homme lui doit le foc qui nourrit l'Univers :-
L'Homme lui doit fes loix ; & je lui dois mes vers.
Plût au Ciel que du moins mes chants foient dignes
d'elle !
Ce chef des noirs Titans , dont l'audace rebelle !
Ofa dans l'Empirée attaquer Jupiter
Gémit fous la Sicile aux cachots de l'Enfer.
Il voudroit fous fon poids fe foulever encore ;
Mais ici le Pachin , là les rocs de Pélore ,
Répriment de fes bras les impuiffans efforts.
Le vafte Lilybée enfevelit fon corps .
L'Etna couvre la tête ; & du fond de ce gouffre
Il exhale fa rage en noirs torrens de foufre .
Il s'agite en fes fers , il lutte , & quelquefois
Des Monts & des Cités veut fecouer le poids.
La terre en a tremblé jufqu'au centre du Monde.
Plutón craint dans l'Enfer que fa voûte profonde
Ne çoule , & qu'un rayon de l'Aftre qui nous luit
N'épouvante les morts dans l'éternelle nuit.
L
DE FRA NC E. 209
·
Ce Dieu fort de l'Erèbe .....
Vénus , le voit , fourit ; empreffée , elle appelle
Le bel Enfant ailé : Viens , mon fils , lui dit-elle ,
Ma gloire , mon appui , le vengeur de mes droits ;
Arme-toi , prends ton arc.....
Vénus parle , & l'Amour , à ſes leçons docile ,
Prépare un trait aigu qu'il choifit entre mille.
Nul , da nerf qui réfifte & fiffle fous les doigts ,
Ne fuit mieux le ſignal & n'entend mieux la‘voix.
L'Enfant, fur fon genou , courbe fon arc fidèle .
Le trait vole , & du Dieu perce le coeur rebelle.
Non loin des murs d'Enna, murs chéris. de Cérès,
Le lac Pergufe étend fon canal toujours frais .
Le Caiftre jamais ne vit fur fon rivage
Plus de chantres ailés hume&ter leur plumage.
Un bois ceint ce beau lac , & forme en fon contour
Un dôme de verdure impénétrable au jour.
L'ombre donne au gazon une fraîcheur plus vive.
Un éternel printemps fleurit fus cette rive .
Tandis que Proferpine , en ces rians bofquets ,
Cueille l'émail des prés , affortit des bouquets ,
Et qu'ardente au butin , d'une moiffon vermeille ,
A l'envi de fes Soeurs elle emplit fa corbeille ,
Pluton la voit preffé d'un amoureux tourment ,
Voir , l'aimer , l'enlever , n'eft pour lui qu'un mo-
:
ment.
La vierge , entre fes bras , pâlit, tremble , s'écrie ;
Elle appelle fa mère & fa fuite chérie .....
Sa mère... Mais hélas ! elle l'appelle en vain ;.
Les fleurs de fa corbeille échappent de fon fein :
210
MERCURE
O candeur de fon âge ! en ce défordre horrible ,
Un malheur fi léger la trouve encor ſenſible.
Pluton pouffe fon char , excite fes courfiers ,
Les nomme , les anime , & fur leurs crins altiers ,
Preffe, agite leurs freins , teints d'une noire écume.
M. de Saint - Ange ne nous reprochera
pas d'avoir cité trop peu de fes vers , & fes
Détracteurs , s'il en a , feront obligés de
convenir que nous aurions pu citer encore
d'autres morceaux d'un mérite égal. Ovide
dans cette dernière Fable , a imité plufieurs
endroits d'Homère & de Virgile , entre autrcs
celui d'Homère , que Boileau a gendu
ainfi :
L'Enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie.
Pluton fort de fon trône , il pâlit , il s'écrie ;
Il a peur que ee Dieu , dans cet affreux féjour ,
D'un coup de fon trident ne faffe entrer le jour ,
Et par le centre ouvert de la terre ébranléc ,
Ne faffe voir du Styx la rive défolée ;
Ne découvre aux vivans cet Empire odieux ,
Abhorré des mortels & craint même des Dieux.
Virgile avoit imité cet endroit d'Homère ,
& la Traduction de Boileau femble s'appliquer
à la fois à l'original , & à quelques
traits de l'imitation.
Umbrofa penitùs patuere caverna.
Non fecùs ac fi quá penitùs vi terra dehifcens
>
DE FRANCE. 211
Infernas referet fedes , & regna recludat
Pallida , Diis invifa fuperque immane barathrum
Cernatur , trepidentque immiffo lumine Manes.
Les foulèvemens de l'Etna caufés par les
efforts d'un Géant accablé de ce poids ,
avoient auffi été décrits par Virgile avec
plus de force encore qu'ils ne le font dans
Ovide.
Horrificis juxtà tonat Etna ruinis ,
Interdumque atram prorumpit ad æthera nubem
Turbine fumantem picco & candente favilla.
Interdum fcopulos avulfaque vifcera montis
Erigit eructans liquefactaque faxafub auras
Cum gemitu glomerat , fundoque exaftuat imo :
Fama eft , Enceladi femiuftum fulmine corpus
Urgeri mole hác , ingentemque infuper Etnam
Impofitam , ruptis flammam expirare caminis:
Et feffum quoties mutat latus , intremere omnem
Murmure Trinacriam, & cælum fubtexere fama.
,
Quinault , dans l'Opéra de Proferpine , a
imité, peut-être en partie d'après Virgile
mais certainement d'après Ovide , la peinture
& des foulèvemens de l'Etna, & des
efforts du Géant , & de la terreur des Manes,
& des foins que Pluton fe donne pour raffermir
fon Empire.
Les fuperbes Géans , armés contre les Dieux ,
Ne nous donnent plus d'épouvante ;
212 MERCURE
Ils font enfevelis fous la maffe pefante
Des montsqu'ils entafloient pour attaquer les Cieux.
Nous avons vu tomber leur Chef audacieux
Sous une montagne brûlante :
Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux
Les reftes enflammés de fa rage mourante ;
Jupiter eft victorieux , .
Et tout cède à l'effort de fa main foudroyante .
Les efforts d'un Géant , qu'on croyoit accablé ,
Ont fait encor gémir le Ciel , la Terre & l'Onde,
Mon Empire s'en eft troublé ;
Jufqu'au centre du Monde
Mon trône en a tremblé.
L'affreux Typhon , avec fa vaine rage ,
Trébuche enfin dans des gouffres fans fonds.
L'éclat du jour ne s'ouvre aucun paffage ,
Pour pénétrer les Royaumes profonds
Qui me font échus en partage .
Le Ciel ne craindra plus que fes fiers ennemis
Se relèvent jamais de leur chute mortelle ;
Et du Monde ébranlé par leur fureur rebelle ,
Les fondemens font raffermis.
Ovide a encore imité Virgile dans l'invocá-
- tion de Vénus à fon fils .
1
Ergò his aligerum diétis affatur amorem :
Nate , mea vires , mea magna potentia , folys
Nate , Patris fummi qui tela Tiphoëa témnis ;
Ad te confugio , & fupplex tua numina pofco.
DE FRANCE, 243
Quant aux vers de Boileau & de Quinault ,
on peut les comparer avec ceux qui y correfpondent
dans la Traduction de M. de
Saint - Ange.
DISCOURS fur les meilleurs moyens de
faire naître & d'encourager le Patriotifme
dans une Monarchie , fans gêner
ou affoiblir en rien l'étendue de pouvoir
& d'exécution qui eft propre à ce genre
de Gouvernement ; qui a remporté lé
Prix , au jugement de l'Académie de
Châlons-fur-Marne , le 25 Août 1787 ;
par M. MATHON DE LA COUR , des
Académies de Lyon & de Villefranche ,
de la Société Royale d'Agriculture e
Lyon , &c. &c.
Montrez-moi mon vainqueur , & je cours
l'embraffer ,
A Paris , chez Cuchet , Libraire , rue &
hôtel Serpente ; Gattey , aux Galeries du
Palais-Royal , Nº , 14, Prix , 1 1.4f,
ATTACHÉ fincèrement , dit M. Mathon
, à la conftitution de fon pays , il
a cherché à plaire qu'aux bons efprits
& n'a point cru devoir , aux dépens de
214 MERCURE
la vérité , faire parade d'une fauffe énergie.
Il n'a point dit que pour exciter le Patriotifme
il falloit que les Monarchies devinffent
des Républiques , parce qu'il ne le
penfe pas, que ce feroit dire une abfurdité,
& intervertir la queſtion propofée par l'Académie.
Il ne s'agit donc pas d'examiner fi le
Patriotifme proprement dit , a dans les
Monarchies une acception claire , s'il y a
beaucoup , ou peu , ou point de Patriotifme
dans un Etat Monarchique , & s'il
peut y en avoir . M. Mathon ne pouvoit ,
d'après les principes, fe permettre çet examen.
C'eût été auffi s'écarter de la queftion
, ou plutôt faire fentir à l'Académie
que le fujet n'étoit pas auffi fufceptible
d'analyfe qu'elle le penfoit. Rapprochons
l'opinion de Montefquieu fur les Monarchies,
de celle de l'Académie de Châlons ,
& nos Lecteurs trouveront que la queftion
étoit jugée d'avance . Dans les Monarchies
, la politique fait faire de grandes
chofes par les moyens les plus fimples
, comme dans les plus belles inachines
l'Art emploie auffi peu de mouvemens
, de forces , de roues , qu'il eft poffible
.
Je me hâte, & je marche à grands pas ,
afin qu'on ne croie pas que je faffe une Satire
du Gouvernement Monarchique. Non : s'il
manque d'un reffort , il en a un autre
l'honneur qui règne comme un Monarque
DE FRANCE. 215
fur le Prince & fur le peuple , l'honneur
fe mêlant par-tout , entre dans toutes les
façons de penfer & toutes les manières.
de fentir , & dirige même les principes. -
Voyons comment Montefquieu caractériſe
le Patriotifme, & à quel genre de Gouvernement
il convient il fuffit de lire fon
Chapitre de l'éducation dans le Gouvernement
Républicain , pour y trouver la définition
de l'amour de la Patrie : cet amour
dit - il , demandant. une préférence continuelle
de l'intérêt public au fien propre ,
donne toutes les vertus particulières : elles
ne font que cette préférence. Cet amour
eft fingulièrement affecté aux Démocraties.
Dans elles feules le Gouvernement eft confié
à chaque Citoyen . Or le Gouvernement
eft comme toutes les chofes du monde ;
pour le conferver , il faut l'aimer. L'amour
de l'égalité dans une Démocratie borne
l'ambition au feul défir , au feul bonheur
de rendre de plus grands fervices à ſa Patrie
que
les autres Citoyens, Mais c'eſt dans
les Monarchies que l'on verra autour du
Prince les fujets recevoir fes rayons : c'eft
là que chacun tenant un plus grand ef
pace peut exercer ces vertus qui donnent
à l'ame non pas de l'indépendance , mais
de la grandeur...... Les Monarchies font
fondées fur l'honneur , & la nature de
l'honneur eft d'avoir pour Cenfeur tout
l'univers. Tout homme qui y manque eft
foumis aux reproches de ceux mêmes qui
216 MERCURE
―
n'en ont point. Citons encore Montefquieu
, pour trouver les meilleurs moyens
de faire naître & d'encourager ce qu'on
a voulu appeler le Patriotifme dans une
Monarchie ; ce grand Ecrivain les avoit
indiqués d'une manière convenable à ce
genre de Gouvernement . - Les moeurs du
Prince , dit- il , contribuent autant à la liberté
, que les Loix : il peut comme elles
faire des hommes des bêtes , & des bêtes
faire des hommes . S'il aime les ames libres
, il aura des fujets s'il aime les
ames baffes , il aura des efclaves. Veut- il
favoir le grand art de régner ? qu'il approche
de lui l'honneur & la vertu , qu'il
appelle le mérite perfonnel. Il peut même
jeter quelquefois les yeux fur les talens.
Qu'il ne craigne point ces rivaux qu'on
appelle les hommes de mérite ; il leur
eft égal dès qu'il les aime qu'il gagne
le coeur , mais qu'il ne captive point l'efprit
; qu'il fe rende populaire il doit
être flatté de l'amour du moindre de fes
fujets , ce font toujours des hommes ; le
peuple demande fi peu d'égards , qu'il eſt
jufte de les lui accorder ; l'infinie diſtance
qui eft entre le Souverain & lui , empêche
bien qu'il ne le gêne : qu'exorable
à la prière il foit ferme contre les demandes
, qu'il fache que fon peuple jouit de
fes refus & fes Courtifans de fes graces,
Nous allons examiner maintenant comment
ce texte fi bien établi par Montefquieu
,
DE FRANCE. 217
-
quieu , a été étendu , fondu , & difcuté.
Jufqu'ici on a dû s'appercevoir que nos objections
ne portent que fur la queſtion , &
nullement fur M. Mathon , à qui nous
avons des éloges à donner pour le parti
qu'il en a fu tirer. Son intention eft droite,
fes principes font vertueux. Il commence
fon Difcours par des opinions qui ne peuvent
que l'honorer en combattant le fyfteme
de l'intérêt perfonnel avec franchife & une
forte d'indignation , Si l'immortel Newton
, dit M. Mathon, a découvert la grande
loi de la Nature dans l'attraction des corps,
je démontrerai qu'il exifte auffi une attraction
des ames ; que fi cette douce & tendre
bienveillance dont l'attraction contribua à
former les fociétés & fert à en maintenir
l'harmonie , s'unit fouvent à un fentiment
d'intérêt perfonnel, elle en eft quelquefois
abfolument indépendante. L'Auteur entre
enfuite en matière, & diftingue l'amour de
la Patrie, du Patriotifme, Mais la diftinction
nous a paru revenir à un feul point , qui eft
l'amourde la Patrie confidéré dans les moeurs
privées. S'élevant enfuite plus haut , il
fe diffimule point que l'amour de la Patrie
n'ait un degré d'intérêt de plus dans les
Républiques. Ici on fent que l'Auteur a de
la peine à fortir du cercle vicieux où la
nature de la queftion l'a entraîné. Ses efforts
pour prouver Texiftence du Patriotifme
dans les Monarchies, & fes argumens
, puifés dans Montefquieu , en font
N°. 13. 15 Mars 1988.
K
218
MERCURE
une preuve. On le voit fuivre cet Ecrivain
célèbre , mefurer avec lui le diamètre qui
convient aux Etats Démocratiques , & la
vafte circonférence que les Monarchies peuvent
embraffer , & dans laquelle elles n'ont
pas cependant enfermé ce Patriotifme , qui
eft un enfant des Républiques , que nous
avons remplacé par l'honneur. M. Mathon
l'a auffi bien fenti que nous , & il fait bien
que celui qui aime la ville où il eſt né
comme un Républicain chérit fa Patrie , n'eſt
pas pour cela un Républicain. Celui - là n'aimoit
pas fa cité , non feulement parce qu'il
'y étoit né , mais parce qu'il avoit fa part
de la pleine puiffance ; & c'eft cet amour feul
qu'on peut nommer Patriotifme , amour de
la Patrie.
Dans la feconde Partie de fon Difcours ,
M. Mathon cherche à ranimer le feu facré
du Patriotisme, & à l'étendre, Puiffe-t-il y
parvenir ! Son début réfout en peu de mots
la partie de la queſtion . - Pour aimer vraiment
fa Patrie , il faut y être content de
y
fon fort , & rien ne difpofe mieux à la bienfaifance
& à défirer le bonheur de ce qui nous
entoure , que d'être foi- même heureux. Le
bonheur des peuples, qui devroit être le premier
but de toutė Adminiſtration , peut donc
être regardé comme l'une des bafes fans
lefquelles il ne fçauroit y avoir de Patriotifme
, Ces idées font de toute vérité , &
indiquent le remède. Nous venons de citer
Montefquieu, qui a dit auffi la même chofe,
DE FRANCE. 219
& qui femble avoir guidé l'Auteur en lui
montrant le grand reflort des moeurs , qui
eft l'unique bafe du bonheur des Monarchies.
Mais il exifte , dit M. Mathon , dans
les Monarchies , ou plutôt dans les Etats
d'une vafte étendue , deux ennemis auffi
dangereux pour les moeurs , que, funeftes
au Patriotifine ; ce font l'extrême inégalité .
des richelles , & le luxe qui en eft la fuite....
Un Gouvernement fage doit remplir , dans
le Corps politique , les fonctions du coeur
dans le corps humain ; il faut qu'il repouffe
avec force , qu'il falle refluer jufqu'aux
extrémités les plus éloignées de l'Etat , &
jufque dans fes moindres fibres , les richelles
qui en font le fang & la vie ; qu'il
prévienne les engorgemens ; qu'il le défie
de toutes les opérations d'où réfulteroient
des fortunes trop grandes & trop fubites ;
qu'il divife ou réforme les places trop lucratives
; qu'il faffe porter principalement
aux riches le fardeau des impôts , & réſerve
avec complaifance , les graces , les priviléges
, les exemptions pour la claffe du peuple
la plus indigente. Je fouhaiterois encore
qu'il s'efforçat d'affoiblir dans l'opinion publique
le préjugé pernicieux qui fait eſtimer
les richeffes plus qu'elles ne valent , & qu'il
fe défiât des importunes demandes de ceux
qui n'ont déjà qu'une trop grande fortune
dont ils abufent, Et qu'eft- il befoin que les
gens en place foient entourés d'un falte qui
n'eft
eft propre qu'à attirer les plus vils para
K 2
225
MERCURE
—
fites & les plus lâches flatteurs , ou de ces
vaines fuperfluités qui ne peuvent que les
diftraire , les corrompre , leur enlever un
temps qui appartient à l'Etat , & les rendre
nuls ou dangereux ? Ce morceau, qui
eft bien écrit , réunit encore le mérite d'exprimer
des principes vrais & des vûes
Tages on doit regretter que la forme oratoire
de ce Difcours ait exclu des développemens
que la nature du fujet rendoit néceffaires.
J. J. Rouffeau a offert un modèle
dont on ne doit point s'écarter toutes les fois
qu'on a à réfoudre une queftion importante
qui fort du genre du panégyrique on
de l'éloge , qui pofe également fur les
conftitutions des Etats , & fur le droit naturel
: alors on peut rentrer en foi-même ,
s'entretenir avec foi , fe prouver à foi des
vérités qu'on va s'efforcer de prouver avec
éloquence à fes Lecteurs ou à fes Juges.
Les détails alors s'ennobliffent. Tout ce qui
eft technique prend de l'intérêt , & la meilleure
preuve tient lieu de la plus vive profopopée
. Eh ! comment craindroit- on d'en
dire trop , & d'être commun , quand il s'agit
de la Patrie & du Patriotifme ? Dans
quelle gêne ceux qui diftribuent de pareils
Lujets , ne mettent- ils pas le Candidat à qui
ils préfentent , au lieu d'un programme oratoire
, une queſtion du genre de celle où
Montefquieu n'a pas pu concilier tous les
fuffrages ? Nos obfervations , nous le répétons
avec plaifir , ne tombent point fur M,
DE FRANCE. 221
- ·
Mathon , dont l'Ouvrage eft digne d'eftime.
I fuit les progrès du luxe , & l'attaque indiftinctement
dans le Peuple , dans les
Grands , dans l'Adminiſtration. Que ne ditil
pas pour engager les Souverains à faire
des facrifices utiles ? Le Souverain recueille
toujours , dit M. Mathon , une portion de
tout ce qu'on fait croître , de tout ce qu'on
produit : il entre en partage de tout ce qu'on
gagne ; il reçoit une portion de tout ce
qu'on donne. Il n'eft point de circulation
dans les richeffes , dans les denrées ou les
objets d'industrie , qui ne faffe à chaque
inftant refluer fur lui de nouveaux avantages.
Tout Adminiftrateur qui fépare l'intérêt
du Prince de celui du Peuple , trompe
Fun & opprime l'autre. M. Mathon n'a
point manqué de tirer parti de l'établiffement
des Affemblées provinciales , qui , en
effet , peuvent faire naître le Patriotifme ,
& font peut- être l'unique moyen fufceptible
d'être mis en ufage dans les Monarchies
, pour le reproduire & le conferver.
Ici M. Mathon cite l'Ouvrage de M. d'Argenfon
, qui a dû beaucoup à l'érudition
de fon nouvel Editeur , qui , à fon tour
s'eft approprié , dans fes immenfes lectures
une foule d'idées & de fyftêmes , dont il
devoit compte aux Anciens & aux Contemporains.
De Réal n'a pas même été à
l'abri de fes recherches. M. Mathon de la
Cour paffe enfuite à l'éducation des enfans
, qui , ainfi que l'avoit obfervé Mon
K3
222 MERCURE
teſquieu , eſt la première baſe des moeurs ,
lefquelles donnent naillance aux Loix , &
foutiennent les Conflitutions ; il veut qu'il
y ait des fêtes , des prix , des décorations
pour la vertu. La Role de Salenci vient fe
placer fous fa plume , & embellit le tableau
qu'il préfente à l'imagination des Lecteurs.
Nous répéteronse avec lui , que les Gouvernemens
ne font pas allez occupés à récompenfer
la vertu & qu'il femble qu'ils ne
favent que punir le vice: M. Mathon défire
que la Capitale ne dévore plus la fubl
tance de l'Etat , & que le Souverain renvoie
dans les provinces , les Courtifans ,
qui, à coup fury y deviendroient trèsntiles
. Voulez - vous achever , ajoute- t-il ,
dans vos provinces , la révolution que la
préfence & le féjour des Grands y aura préparée
faites fur toutes les parties de votre
Empire une répartition plus égale de vos
bienfaits. Par-tout on eft occupé de vous
fervir : vous levez des impôts par - tout : ne
yous contentez donc pas de répandre les
graces autour de vous. Soyez les pères de
tout votre Peuple ; que le mérite , les ta
lens & la vertu , attirent par- tout vos regards.
La vertu fer- tout eft une de ces
plantes précieufes qu'on ne peut arracher
de fon fol natal fans danger , & qu'un autre
ciel voit dégénérer ou périr ; il ne lui faut
que de l'ombre & un air pur : ne fouffrez pas
que fon humble féjour devienne un defert ,
& qu'en arrachant les plantes qui l'entou
DE FRANCE. 223
rent , on flétriffe fes racines , & qu'on rende
fes fruits inutiles. M. Mathon forme le
même voeu que le Chancelier l'Hôpital n'a
cellé d'exprimer , en défirant que les Rois
voyagent dans leurs provinces . Augufte ne
voyagea plus, & céla au Peuple l'arrivée &
le départ des Courriers des provinces ; alors
la Politique Romaine , & l'état du Citoyen ,
changèrent, L'Hiftorien de Rome vit alors
un cabinet élever devant lui une porte qui
enferma des fecrets : il fut trompé , & en
impofa à la poftérité. Trajan fut adoré
parce qu'il vifitoit fes provinces , & qu'il en
rapporta le projet d'ajouter à la diftribu
tion de l'Annone , un bienfait inoui en
donnant au Peuple non du blé , mais du
pain. Un bon Roi y feroit fouvent ému
jufqu'aux larmes , & comme Trajan , il voudroit
doubler fes bienfaits. On a dû juger
du ftyle de M. Mathon par les différences
citations que nous nous fommes permifes.
Point de faux brillant , nulle enluminure.
C'est celui d'un Ecrivain fage dont la plume
eft très - exercée , & qui a la chaleur convenable
au fentiment qu'il veut peindre.
i
K 4
@24 MERCURE
VARIÉTÉS.
ON a répandu un Proſpectus qui annonce par
foufcription ou infcription , chez le Sr. Belin ,
à Paris , & chez le Sr. Treuflet , à Strasbourg ,
un Cours d'Education , ou Leçons hebdomadaires ,
amufantes & inftructives , in-8 ; par M. l'Abbé
de BALESTRIER DE CANILLAC , de diverſes Académies
, & par une Sociéte de Gens de Lettres.
Nous fommes chargés d'annoncer , que vu l'importance
de tout ce qui tient à l'inftruction & à
l'éducation de la Jeuneffe , la permiffion de faire
paroître cet Ouvrage par feuilles détachées , avoit
été refuſée à l'Auteur , & que c'eft contre l'aven
du Gouvernement qu'il a diſtribué ce Profpectus.
En conféquence il a été fait défenfes aux Libraires
qui y font indiqués , de recevoir aucune
feufcription ; & le Privilège accordé pour l'On ,
vrage a été révoqué.
DE FRANCE. 125
SPECTACLES.
RÉFLEXION'S fur les caufes de la décadence
de la Comédie en France , contenant un coup
d'oeilfur le travail fait aux Théatres François
& Italien , pour l'augmentation du Répertoire
pendant la dernière année Dramatique ; ( 16/
Avril 1787 au 8 Mars 1788. ) .
JAMAIS le goût des Spectacles n'a été plus
général. Ce goût , devenu exceffif , a déjà été la
caufe de la décadence de notreThéatre ; il menace
encore d'être celle de fa chute totale . C'eft au moment
où les Juges des Arts fe multiplient davantage,
que les Arts font le plus mal jugés, que les
talens médiocres abondent, qu'ils trouvent de la
protection chez les faux Connoiffeurs , & que
le talent véritable rencontre le plus d'obſtacles
à fon effor. Nous en fommes à ce moment , & l'on
peut être furpris fansdoute, que la Nation qui a ledroit
de s'enorgueillir d'avoir vu naître dans fon
fein des hommes tels que Molière , Corneille ,
Racine , Regnard , Deffouches , Crébillon , Voltaire
, fe foit raffafiée de leurs Chef d'oeuvres au
point de leur préférer des productions dont tout
le mérite confifte en un jargon brillanté , en un
amas de tableaux accumulés , de fituations forcées
, invraisemblables , & dans lefquels le goût ,
la Nature & la vérité font blefiés à chaque
page. Cette révolution , qui s'eft opérée prefque
fubitement , tient à plufieurs caufes dont
K.S
226 MERCURE
nous allons entreprendre de développer quelques
-unes .
Tout efprit n'eft pas propre à une obfervation
profonde , & la Comédie, telle qu'elle doit
exifter pour être intéreffante , utile & morale
fans pour cela rien perdre de fa- gaité , demande
un génie obfervateur , un coup d'oeil exercé ,
& une grande habitude de lire dans le coeur humain
, d'en deviner les myftères , & d'en fonder
la profondeur. Quelques Ecrivains , dénués de
ces qualités indifpenfables pour un Auteur comique
, mais entraînés vers la carrière du thếatre
par le charme attirant des fuccès públics qu'on
y peut rencontrer , ont fait une poétique à leur
manière . Les uns ont couvert de toutes les reffources
d'un efprit fuperficiel , mais, féduifant ,
le vide de leurs idées ; ils ont brodé de Madrigaux
, de pointes , de farcafines , le fquelette
de leurs intrigues , & ils font venus à bout d'en'
impofer par un vain éclat. Les autres , également
étrangeres à la fierté de Melpomène
& à la grace de Thalie , ont imaginé de donner
au Théatre un but nouveau , d'autres effets.
Comme il eft plus facile de peindre les
actions extérieures des hommes , que de defcendre
dans leur ame pour y puifer la connoiffance
de leurs fentimens fecrets , ils ont effaye
de préfenter fur la Scène les évènemens domeftiques
qui affligent trop fouvent les Citoyens
des grandes villes , de les preffer les uns fur les
antres , d'en charger les couleurs , de leur donner
une teinte fombre & douloureufe , de multiplier
les incidens , les furpriſes , les tableaux , &
deformer de tout cela un enfemble propre à tromper
les efprits , à arracher des fanglots , à brifer
les coeurs les plus endurcis . Tout ce qui eft neuf,
quel qu'ilfoit , & de quelque manière qu'il le foit ,
a des droits fur l'admiration du Peuple François.
DE FRANCE.
217
Ce genre inconnu a été goûté , fuivi , adopté
préféré exclufivement à tous autres , & infenfiblement
il a détourné du goût des chofes fimples
& raifonnables . Au Théatre , c'eſt la multitude
qui juge , & certainement ce n'eft pas la
multitude qui eft inftruite . Or , en admettant
fur la Scène le genre qu'on eft convenu d'appeler
Drame , c'étoit conjurer contre la Comédie ,
parce que le plus grand nombre des Juges
du Théatre étant inhabile à l'obfervation ,
fufceptible de fe fatiguer aifément par une
attention continuelle , devoit néceffairement
préférer le plaifir des yeux à celui de la raiſon
l'effet brutal des paffions à leur développement
philofophique , fes caractères exagérés aux ca-?
ractères naturels , & la complication des mouvemiens
à la marche tranquille & douce d'une action
unique , vraisemblable, & fagement conduite.
Où les excès font de mife , la vérité n'a plus
d'attraits. Dès qu'on a trouvé bon que l'on jargonnât
au Théatre comme dans les boudoirs , &
qu'on y fût ému comme dans les prifons ou à
la Grève , on a ceffé d'aimer la bonite Comédie .
On n'a pas reléguéMolière au fond durépertoire ,
parce que l'éclat de fon nom & de fa jufte réputation
lui ont évité cette injure ; mais on l'a néglige
, on l'a pen joué , mal joué , peu fuivi ,
prefque abandonné , & l'on a traité très - rigoureufement
ceux qui l'ayant voulu prendre pour
modèle , ont cherché fur fes pas des fuccès qu'il
leur étoit impoffible d'obtenir de la part de Ju
ges ignorans ou blafés , qui ne fentoient plus
même le mérite de leur inimitable Maître. Qu'en
eft - il refulté que plus avides des jouiffances dir
moment, que d'une gloire permanente & acofuffet
à force de courage & de perfeverance) , ceux- ci
fe font jetés fous les étendards du mauvais goût ,
ont oublié leurs principes , & ont contribué ,
K 6
228 MERCURE
de leur part , à faper les fondemens de l'Art de
la Comédie. Voilà la première caufe de fa décadence.
Paffons à une autre.
Pour que le Théatre d'une Nation acquière &
conferve de la gloire , il faut non feulement de
bons Auteurs , mais encore de bons Comédiens ,
& ce n'eft que de leur accord heureux , que
peut naître le point de perfection dont il à befoin
pour la mériter. Tant que l'Opéra comique
n'a été qu'un Spectacle fubordonné , il n'a pas
été dangereux ; mais il eft devenu un Spectacle
capital , & il n'a pas tarde à devenir un des plus
redoutables ennemis de la Comédie proprement
dite. La facilité d'y plaire fans d'autres fecours
que ceux d'une jolie figure& d'une voix agréable,
a bientôt fait tourner vers ce genre tous les jeunes
gens qui fe deftinoient au Théatre; & comme
il ne falloit pas beancoup d'efprit , beaucoup
d'études , beaucoup d'intelligence pour chanter
une Ariette ou une Romance, ils ont négligé abfolument
l'art de la parole . Pour fuppléer à l'effet
que doit produire la fenfibilité dans certaines
fituations , on a eu recours aux cris , aux éclats
aux emportemens convulfifs ; ony a accoutumé
le Public : & on lui a fi bien fait un befoin de .
l'Opéra bouffon ou de laComédie lyrique, qu'àu
jourd'hui , dans les trois quarts des villes de la
Province, on ne joue que très- rarement la Tragédie
, très-peu la Comédie , fouvent le Drame ,
& prefque toujours l'Opéra comique. A Ver
failles, tout auprès de la Capitale, c'eſt une troupe
de Chanteurs qui fait les frais des repréfentations
on a voulu , l'année dernière , y placer .
une troupe de Comédiens ; elle n'a pas pu s'y ,
foutenir. Comment la Comédie ne dégénéreroitelle
pas , quand de toutes parts des Acteurs man--
quent aux Auteurs , quand les uns & les autres :
manquent d'un Public digne de les former; enfin, ›
DE FRANCE. 229°
quand , loin de l'encourager , on eft fans ceffe
difpofé à la facrifier à un genre qui la dénature,
& qui n'a emprunté d'elle quelques-uns de fes
refforts , que pour les employer à fa ruine ?
Quand la Comédie étoit goûtée en Province ,
quand elle y trouvoit des Juges éclairés , les
jeunes Comédiens alloient y faire leurs premières
études , recevoir des leçons de goût , perfectionner
leurs talens , & au bout de quelques
années on les voyoit revenir dans la Capitale ,
en repeupler les Théatres , & y mériter des applaudiffemens
que leurs travaux leur avoient préparés
d'avance. Comme ils avoient été entraînés
vers leur Art par un goût irréſiſtible , par une
paffion infurmontable ; comme ils l'avoient étudié,
approfondi , ils étoient des hommes inftruits
, ils pouvoient communiquer des lumiè
res aux jeunes Auteurs qui les alloient confulter
; ils leur applaniffoient le chemin d'une carrière
difficile , & leur fervoient de guide dans
les fentiers des fuccès & de la réputation . C'eft
à l'expérience de Mlle. Quinault, que l'Auteur
de la Métromanie alla s'éclairer fur fes forces ,
fur fon génie & fur fes défauts. Aujourd'hui les
Acteurs , même médiocres , font rares ; la Ca
pitale ne peut plus rien attendre de la Province,
que des Chanteurs , & la Comédie feroit fur
le point de manquer de fujets , fi une Adminiſtration
bienfaifante & protectrice de notre
théatre , n'y avoit pas pourvu par des moyens
dont nous parlerons tout à l'heure . Ce qui
doit affliger le plus les vrais Amateurs du Théatre
, c'eft que ce n'eft point le goût dominant
d'un état où l'on peut trouver de la gloire ,
ce n'eft point l'amour des fuccès qui fait à préfent
des Comédiens , c'eft l'amour de l'argent ,
de la richeffe. Les fuffrages publics , on en jouit
quand on les obtient ; quand on ne les mérite
230 MERCURE
pas , on s'en paffe , & la part entière après la
quelle on foupire , & pour laquelle on intrigue
fans ceffe , confole non pas feulement de l'abfence
des fuccès , mais de la honte elle -même.
Ah ! ce n'eft point avec des fpéculations de ce
genre , que les Baron , les Dufrène , les Préville
, & quelques Acteurs dont nous poffèdons
encore les talens , ont acquis l'illuftration qui
demeurera attachée à leur nom , & qui les rendra
chers encore à nos neveux .
Mais ce qui , en étendant le goût des Spectacles
jufque dans les dernières claffes de la
Société , a le plus contribué à la perte de la Comédie
, c'est la multiplicité des petits Theatres
qui inondent la Capitale. C'eft là que des Auteurs
licencieux , que des Verfificateurs obfcurs ,
que des Ecrivains faméliques portent en foule
des Ouvrages où la raifon , la morale , la vertu ,
la délicateffe , les bienféances , le goût , font outrages
d'une manière pitoyable. C'est là que la
jeuneffe , attirée par la liberté qui y règne , par
les femmes galantes qui y abondent , va perdre
fon éducation , l'idée du beau , du vrai , du
noble , de tout ce qui eft décent , de tout ce
qui eft honnête. C'eft là que la curiofité conduit
d'abord , & qu'enfuite l'habitude & les
circondances entraînent le plus fouvent les
perfonnes qui devroient former la bonne compagnie
, & qu'elles apprennent à fe dégoûter
des productions faites pour parler à l'ame , à
l'efprit , à la raifon . Eft-il poffible que ceux qui
fe font accoutumés à rire aux farces dégoûtantes ,
aux boiffonneries . miférables , aux plates facéties
qui compofent tout le comique fouvent
obfcène & repouffant des prétendues Comédies
qu'on y joue , voient avec intérêt repréfenter
le Mifanthrope , le Philofophe marié , l'Ecole
des Mères , & tant d'autres Ouvrages moraux ,
DE FRANCE. 231
qui ont fait l'honneur du Théatre François ?
Non; cela ne fe peut pas. Il en eft du moral
comme du phyfique. On ne peut pas accoutumer
fon palais aux liqueurs fortes , aux aliens
frelates , fans y perdre une partie de la fineffe
, de la délicateffe de fon goût , fans finir
même par s'en priver tout-à-fait . L'efprit & la
raifon fe dénaturent de même par l'abus des
repréſentations crapn'eufes , par l'habitude du
comique bas & trivial ; & quand on a pu fe
ravaler affez pour partager , avec une espèce
de volupté , les groffes & fales jouiffances de
la plus vile populace , il n'eft pas préfummable
que l'on puiffe remonter enfuite juqu'à celles
qui font faites pour des coeurs délicats & pour
des têtes raisonnables. Si nous avons vu depuis
quelques années des Pièces d'un certain genre
fe préfenter effrontément fur la Scène Fran
çoife , y obtenir de longs & incroyables fuc
cès , faire une fenfation générale dans le Royaume
, & aller infecter les Théatres de la Province
, après avoir déshonoré celui de la Capitale
, c'eft à l'influence des petits Théatres fur
les idées publiques , qu'il faut attribuer leur
fuccès. Sans eux , jamais le peuple Parifien
tout léger qu'il puiffe être , ne fe feroit oublié
au point de voir tantôt régénérer avec plaifir
les vieilles guipures de la Tragi-Comédie , tantôt
prolonger en cinq Actes les indécentes intrigues
de quelques Comédies de Dancourt ,
de le Grand , ou d'autres Auteurs auffi licencieux.
Eh ! de quelle utilité font ils donc ,"
ces petits Théatres , aujourd'hui fi nombreux ?
Nous en cherchons la néceffité , nous ne la
voyons pas quant aux inconvéniens défaftreux
qu'ils entraînent , nous les trouvons fans les
chercher. Il faut , dit - on , des Spectacles an
Peuple. Oui , puifqu'on l'y a accoutumé ; mais
232 MERCURE
pourquoi lui en a-t-on fait une habitude ? Y at
-il gagné du côté des moeurs ? Non ; au contraire
, il y a appris beaucoup de chofes qu'il
ignoroit , qu'il n'avoit pas befoin de favoir , &
il s'y eft familiarifé avec la honte . Comment ?
Le voici. Il en a vu les Acteurs , les Actrices
jouir d'une certaine aifance ; il a vu que ces der-i
nières, quand elles étoient jolies , y étoient entourées
d'adorateurs , de protecteurs , d'amis
comme celles des grands Théatres , & la pente qui
entraîne tout homme à quitter des travaux pénibles
, la facilité évidente d'y pouvoir briller fans
talens , lui a fait imaginer d'arracher fes enfans
à l'étatutile , mais honnête quoique fervile , auquel
ils étoient destinés par leur naiffance , pour
en faire des Baladins , des Actrices , des Danfeurs
ou des Danfeufes. Les Théatres des Bou
leyarts font couverts de petits libertins , de
filles proftituées avant l'âge , qui doivent le
jour à des Artifans , dont peut- être la groffièreprobité
feroit demeurée intacte , s'ils n'avoient
pas trouvé dans ces cloaques du vice & du mau-
Vais goût , des caufes de féduction qui la leur
ont fait perdre. C'est réellement un tableau affligeant
que celui de tous ces enfans, de tous ces
jeunes gens de l'un & de l'autre sèxe , flétris ,
décolorés , pâles , foibles , décharnés , portant
fur leur phyfionomie le certificat de leur inconduite
, & le figae des maladies qui les rongent.
Si tous ces petits malheureux n'euffent pas été
dévoués à l'infamie par des parens avides , ils
auroient vécu tranquilles dans leur fphère , ils
feroient devenus des époux , des pères , ils auroient
donné à la Patrie des citoyens , des artifans
ou des foldats ; & non feulement ils font
perdus pour elle , mais ils laifferont après
eux leur exemple à fuivre à d'autres enfans ,
qui enchériront peut être encore fur leurs
DE FRANCE. 233
❤
vices & furleurs excès . Nous pourrions étendre
če tableau ; mais nous n'avons voulu qu'indiquer
les dangers qui font attachés à la multiplicité
des petits Theatres. Ce font eux qui ont
commencé la ruine du goût & la dépravation des
moeurs du Peuple ; ils l'achèveront , fi l'on n'y
met pas promptement ordre : voilà tout ce que
nous voulions dire. Puiffe-t- on nous entendre ,
& porter fans délai remède à un mal imminent
& tout à l'heure irréparable ! L'extinction de
quelques uns de ces Théatres eft néceffaire.
Si l'exiftence de tous paroît l'être , par les fecours
pécuniaires qu'en tire annuellement l'Académie
Royale de Mufique ; que l'on fonge que
le Spectacle cft devenu un befoin ; que les treteaux
dont la ville eft couverte , font fréquentés
non feulement par le peuple , mais par tous les
ordres de la Société que la plupart de ceux
qui s'y rendent fe rejetteront par néceffite fur
les Theatres Royaux , & que l'Opéra eft aujourd'hui
un fpecicle affez intéreffant , affez ,
généralement goûté , pour que les recettes en
deviennent excellentes , & qu'elles fuffifent à
fes dépenfes , fur-tout s'il eft conduit par une
Administration fage , éclairéé & attentive.
Il eft bon , fans doute , que la Comédie proprement
dite ne fe joue pas feulement fur le
Théatre François . Tous les talens , tous les
Artiſtes ont befoin d'un aiguillon qui les ftimule,
qui les réveille , qui les force à penser à la fatisfaction
du Public , en les faifant fonger à
leurs intérêts ; & la rivalité de deux Theatres
peut feule entretenir l'émulation , le zèle & le
travail . Les Auteurs , convaincus de cette vé
rité , ont long - temps demandé une feconde
Troupe. Si l'on n'a pas tout - à - fait répondu
à leurs voeux , au moins y a-t- on répondu en
partie , en rendant aux Comédiens Italiens le
234
MERCURE
droit dont ils s'étoient inconfidérément fevrés ;
de jouer la Comédie Françoife . Puifque voici
déjà un fimulacre de cette feconde Troupe tant
défirée , pourquoi ne lui pas donner une exiftence
réelle ? Ne vaut il pas mieux que les Auteurs
confacrent leurs veilles à travailler pour
un Théatre Royal , que pour des treteaux honteux
, où ils riſqueroient de perdre leur goût ,
leur délicateffe & leurs principes ? Ce qui arrête
l'effor du genre François au Théatre Italien ,
c'eft encore la fureur des petits Spectacles. Tout
le monde s'y porte de préférence , & on abandonne
la Comédie Italienne , fur le prétexte
qu'elle ne joue pas des Ouvrages auffi gais
que ceux que l'on repréfente ailleurs . Quelle
abfurdité ! Des faits la démontrent. Lašlės de
s'entendre faire fans ceffe un reproche ridicule
, les Comédiens Italiens ont effayé de
repréfenter quelques-unes de ces Pièces qu'on
les accufoit de méprifer fans raifon . Ils en ont
choifi deux ou trois , qui font tombées ; & ces
chutes , auxquelles on auroit dû s'attendre , leur
ont fur le champ attiré un autre reproche , celui
de donner des Comédies inférieures en mérite
à celles que l'on applaudit fur le Théatre
des Variétés . Il n'eft pas plus fondé que le premier.
Il eft des tableaux qui font propres à certains
cadres , qui s'y trouvent dans le jour qui leur
convient , & qui feroient abfolument déplacés
dans d'autres . Il en eft de même des Pièces de
Théatre ; telle qui réuffit dans un Spectacle , tomberoit
fur une autre Scène ; & telle tombe ici ,
qui réuffiroit là. Nous ne connoiffons guère aux
Variétés que Guerre ouverte qui eût pu avoir du
fuccès au Théatre Italien : nous difons qui eût
pu , car nous n'oferions pas en répondre ; l'intrigue
en eft forte & attachante ; mais le ftyle
en eft miférable. Le Revenant , Affaut de FourDE
FRANCE. 235
1
beries , la Nuit aux Aventures , & beaucoup
d'autres Pièces qui y attirent l'affluence , auroient
échoué fur la Scène Italienne . Le Bon Père ,
l'Indiferette, la Double Tromperie , qui n'y ont
point eu de fuccès , auroient réuffi aux Variétés.
Ce qui nous porte à le croire , c'eft que
les Dupes & les Auteurs de qualité , Pièces tombées
au Théatre Italien , ont eu , fous d'autres
titres , du fuccès fur celui de l'Ambigu - Comique.
Que MM . les Comédiens Italiens fe confolent
donc d'un reproche plus défagréable ,
comme nous le leur avons déjà dit , que férieux
& fondè ; qu'ils n'écoutent point les difcours
toujours équivoques de ceux qui frondent par
ton, par habitude, ou par befoin ; qu'ils écartent
de leur Théatre tous les Ouvrages qui n'en
font pas dignes , & qu'ils repréfentent avec foin
ceux qui peuvent y plaire. La Comédie des
Etourdis prouve qu'il y a chez eux un nombre de
talens fuffifant pour faire le fuccès de quelques
Pièces ; qu'ils follicitent leurs Supérieurs pour
en obtenir une grande Amoureufe , un jeune
Amoureux, & un Valet , dont leur genre François
a encore befoin ; alors ils verront accourir
à leur fpectacle les Auteurs & le Public , & le
tableau de leur travail annuel ceffera d'être auffi
affligeant que celui que nous allons préfenter.
THEATRE ITALIEN . On y a donné cette an
née vingt-cinq Pièces nouvelles , & l'on y en
a remis trois . Les trois remifes font : Le Poëte
fuppofe, par M. Laujon , mufique de M. Champein
; Sancho Pança , Opéra comique de feu
Poinfinet , mufique de M. Philidor ; & la Vie
efl un Songe , Comédie de Boiffy. Celle ci eft
tombée à la première repréſentation .
Fellamar & Tom Jones , Comédie de M. Defforges,
en cinq Actes & en vers ; Azémia ou les
436
MERCURE
Sauvages , Opéra comique de MM . de la Cha
beauffière & d'Aleyrac ; le Minutieux , Comédie
en un Acte ; la Négreffe , Opéra en vaudevilles ,
par M. Radet ; Isabelle & Rofalvo , Opéra comique
, de MM. Patrat & Propiac ; Pauline & Val
mont , Comédie en deux Actes , par M. Bodart ;
les Promeffes de Mariage , Op. com. de MM. Desforges
& Berton ; Renaud d'Aft , Op. com. de
MM. Radet & Barré, mufique de M. d'Aleyrac ;
Lanlaire , Parodie de Tarare ; la Fille Garçon ,
Opéra comique , mufique de M. de S. Georges ;
Dormenon & Beauval, Op. com. par MM.... ;
les Gens de Lettres , Comédie en cinq Actes , par
M. Fabre d'Eglantine ; Celeftine & Olivier , Co
médie en trois A&t. par M. de Magnytot , mufi
que de M. Bruni ; Indifcretie fans le favoir,
Comédie en deux A&tes ; Berthe & Pepin , Comédie
en trois Actes , mufique de M. Deshayes ;
Natalie , Drame en trois A&tes ; l'Amant à l'épreuve
, Comédie en trois Actes , mufique de
M. Berton; les Etourdis , Comédie en trois A&tes
& en vers ; le Prifonnier Anglois , Comédie en
trois Actes , par M. Desfontaines , mufique de
M. Gretry; Sophie & Derville , Comédie en deux
Actes , par Mlle. de S. Léger ; les Solitaires de
Normandie , Opéra en vaudevilles , par M. de
Piis ; les deux Sérénades , Opéra com. en deux
A&tes , par M. Goulard , mufique de M. d'Aley-
La Double Tromperie , Comédie en trois
A&tes ; & Julien & Colete , Opéra comique en
un A&te , mufique de M. Trial le fils . Telles
font , en y plaçant pour deux Ouvrages le Prifonnier
Anglois , parce qu'il a été entièrement
refondu de fa première à fa feconde repréſentation
, les vingt-cinq Pièces nouvelles qu'on a
données à ce Théatre pendant le cours de l'an .
née. Six d'entre elles font tombées fans retour
à leur première repréfentation ; d'autres ont
DE FRANCE . 237
été données deux ou trois fois , & c'eft le plus
grand nombre , fans pouvoir aller au delà .
*
THEATRE FRANÇOIS. Les Comédiens de ce
Spectacle ont montré autant de zèle que les
Comédiens Italiens , & ils ont été plus heureux.
Leur travail confifte en quatorze Pièces nouvelles
, & huit Pièces remifes . Ouvrages nou
veaux. Hercule au mont Eta , Tragédie en cinq
Actes , par M. le Fevre ; l'Ecole des Pères
Comédie en cinq Actes par M. Pieyre ; les Amis
à l'Epreuve , Comédie en un Acte par le même ;
Antigone ou la Piété Fraternelle, Tragédie en cinq
Actes ; le Prix Académique , Comédie en un
Acte ; Augufta, Tragédie en cinq Actes, par M.
Fabre d'Eglantine ; la Maifon de Molière , Comé
die en quatre A&tes ; Rofaline & Floricourt , Comédie
en deux Ates ; les Rivaux , Comédie
jen cinq Actes ; Odmar & Zulna , Tragédie en
cinq Actes , par M, de Maifonneuve , la Reffen
blance , Comédie en trois A &tes ; les Réputa
tions , Comédie en cinq Actes ; l'Optimiste , Comédie
en cinq Actes , par M. Collin d'Harle
ville; & Meleagre , Tragédie en cinq Actes , par
M. le Mercier. Ouvrages remis . Coriolin , Trag.
par M. de la Harpe ; Brifeis , Tragédie par M.
Poinfinet de Sivry ; Zuma , Tragédie par M.
le Fevre ; l'Amour ufe , Comédie de Deftouches ,
réduite en trois Actes ; Atrée & Thyefte , Trag.
de Crébillon ; Hamlet, Tragédie de M. Ducis :
à quoi nous ajouterons la remife de l'Ecole
des Bourgeois , & de la Métamorphofe amoureuſe ,
pour le répertoire de la Cour. Quelques- uns de
ces Ouvrages font tombés , mais les autres
ont eu la plupart un grand fuccès. Ce qui a furtout
attiré l'affluence à la Comédie Françoife
c'est le mouvement continuel qu'elle a donné
à fon répertoire , & la variété qui en eft réfultée
pour les repréſentations. Nous aimons à voir
238
MERCURE
, ain les Comédiens du premier Théatre du
Monde exciter la curiofité , fixer l'attention ,fur
eux , & appeler l'oeil du Public & des Auteurs
fur les bons modèles , fur les Chef-d'oeuvres
dont ils font les dépofitaires .. Ce zèle , cette afdeur
, ces foins , ce courage , rendront un grand
fervice à l'Art . Nous les en félicitons , nous les
engageons à les continuer , & nous les affurons
qu'ils auront la gloire d'arrêter la chute de la
Comédie , au moment même qu'elle paroît le
plus prochaine.
"
Ce qui peut non feulement retarder la chute
de ce bel Art , mais encore contribuer à fa régé
nération c'eft l'établiffement moderne d'une
Ecole Royale de Déclamation , Ecole qui eft
aujourd'hui dans toute fa vigueur. Puifque la
Province ne peut plus fournir de Sujets à la
Capitale , il étoit néceffaire , indifpenfable , qu'on
cherchât les moyens d'en former ; & par qui
auroient- ils pu l'être mieux que par des Comédiens
, dont les uns ont été dignes de fervir de
modèles , & dont les autres ont puifé dans l'étude
du talent de nos plus excellens Acteurs , les
connoiffances qu'ils ont acquifes ? Nous favons
bien , nous nous en fommes convaincus par l'obfervation
, que le talent de la Comédie ne s'infpire
point , mais le germe s'en développe , il
eft fufceptible d'être perfectionné par les bons
avis , & c'eft à quoi l'Ecole Royale fera trèsutile.
Les Sujets qu'un génie bouillant , qu'une
paffion décidée pour l'Art Dramatique fait courir
vers cette carrière , n'ont pas befoin de Maitres
; cela eft vrai : mais ces Sujets font rares ,
ils l'ont même toujours été , & il en eft beaucoup
d'autres qui ont befoin d'être avertis de
leurs forces , de leurs moyens , de leurs reffources
qu'ils ignorent encore , ou dont la
timidité, l'inexpérience leur interdifent l'ufage.1
DE FRANCE.
239
Sous les yeux & à l'aide des leçons de Maîtres
éclairés, ils s'inftruiront de ce qu'ils peuvent faire;
& quand on ne prendroit dans l'Ecole Royale
qu'un débit raifonnable , les traditions de la
bonne Comédie , un maintien décent , & l'hạ-
bitude première de la Scène , ce feroit encore
une inftitution utile que cet établiſſement , &
dont les Amateurs du Théatre devroient favoir
gré à l'Adminiftration qui l'a fondée & qui la
protège .
ANNONCES ET
NOTICES.
DISCOURS fur la Question : » Quel eft le
» moyen le plus propre à favorifer & augmenter
>
la population en Berri « ; par M. Félix Pallet ,
Avocat en Parlement & au Bailliage de Berri ,
Siége Préfidial de Bourges , Hiftorien du Berri
de l'Académie d'Orléans , & Rédacteur des Affiches
de Bourges ; in-4° . A Bourges , chez J. B.
Prévot , Lib. , & au Bureau des Affiches , rue de
la Porte neuve ; & à Paris , chez Née de la Rochelle
, Lib. , rue du Hurepoix ; & Monory , rue .
de la Comédie Françoife.
Ce Difcours a concouru pour
le Prix propofé
par l'Affemblée
Provinciale du Berri,
PROCES-VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale des Duchés de Lorraine & de Bar
tenue à Nanci dans le mois d'Août. 1787 ; in-4°.
A Nanci, chez H. Haener , Imp. ; & fe trouve à
Paris , chez Née de la Rochelle , Lib . , rue du
Hurepoix, No, 13. Prix , 1- liv. 16 f.
240 MERCURE DE FRANCE,
Procès-verbal des Séances de l'Affemblée Provinciale
de l'Orléanois , tenue à Orléans le 6
Septembre 1787 ; in-4°. A Orléans , de l'Imprimerie
de Couret de Villeneuve ; & à Paris , même
adreffe & même prix.
Procès-verbal des Séances de l'Affemblée Provinciale
d'Auvergne , tenue à Clermont - Ferrand
dans le mois de Novembre 1787 ; in-4° . A Clermont-
Ferrand, de l'Imprimerie d'Antoine Delcros;
& à Paris , même adreffe. Prix , 7 liv. 10 ſ. 1
CARTE de la Mer Noire. Prix , 1 liv . 4 f. A
Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente .
Cette Carte doit fervir à l'intelligence du » Commerce
de la Mer Noire « , par M. Peyffonnel, Ouvrage
important dont nous avons rendu compte.
VERS.
TABLE.
Jean & mon Proc. , Conte Difcours.
193
epigrammatique. 193 Variétés.
Charade, Enig. & Logog. 195 Spectacles.
Les Métamorphofes a’Ovide. Annonces & Notices.
ΑΙ
APPROBATION.
197
243
244
225
239
J'ai lu , pat ordre de Mgr. le Garde des Sceaux ;
le MERCURE DE FRANCE , pour le Samedi 29
Mars 1788. Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 28 Mars 1788.
SELIS , Cenfeur Royal.
JOURNAL POLITIQUE
D.E
BRUXELLES.
RUSSI E.
De Pétersbourg, le 12 Février 1788.
Le départ du Grand Duc pour l'armée ,
foit de Romanzof , foit de Repnin , eft
différé jufqu'au mois de mai . On vient de
déclarer à la Cour la groffeffe de la Grande
Ducheffe. Il règne ici beaucoup de
maladies , qu'on attribue à l'intempérie.
Il a été expédié à Cronftatd de nouveaux
ordres de l'Amirauté , pour accélérer
l'armement de l'efcadre .
On vient de finir ici l'impreffion du
Cour'ann , que S. M. I. a fait exécuter
à l'ufage de les Sujets Mahométans . Le
Prince de Wafemskoy en a dirigé les tra-
-vaux. Cette édition eft la 4. du Cour'ann ,
sexécutée en langue Arabe ; la première
parut à Venife en 1530 ; la feconde , à
No. 13. 31 Mars 1788 .
h
( 194 )
Hambourg, en 1694 ; & la troiſième , à
Padoue , en 1698.
Pendant l'année dernière on a compté
dans cette réfidence 1,416 mariages
6,628 naiffances & 4,180 morts.
POLOG NE. -
De Varfovie, le 29 Février 1788.
La fermentation qui ne s'eft jamais
éteinte à Dantzick , depuis que le commerce
de cette ville fe trouve dans la dépendance
du Roi de Pruffe , a repris de
nouvelles forces . Pendant que la Ruſſie
& la Pologne font occupées d'autres circonftances
plus importantes , un parti
très- nombreux du Peuple & de la Bourgeoifie
a formé le projet de changer de
Suzerain .
On a cru le moment venu de recouvrer
la liberté du commerce , en lui fubordonnant
celle de la ville . La Régence
& les gens riches s'opposent à cette révolution
, & emploient , pour la prévenir,
autant de moyens que le refte du Peuple
en met a la faire réuffir. Notre Cour a
envoyé à Dantzick le Confeiller de Légation
Sartorius , en exhortant le Magiftrat
à mainten la tranquillité & l'état
at.uel des chofes , jufqu'à la convocation
de la prochaiuc Diète. Cette Affemblée
( 195 )
pourroit bien être accélérée , & précéder
une Diète extraordinaire . Celle - ci eft
demandée par un grand nombre de
Magnats peu favorables aux deux Cours
Impériales. Dans cette oppofition fe trouve
de nouveau le Prince Charles de Radziwill,
Palatin de Wilna , fi maltraité par
les Ruffes anciennement , & dont les
revers les plus défaftreux n'ont pas abattu
le patriotifme . Son château Ducal de
Nielwietz eft le rendez-vous d'une foule
de Nobles ; il a augmenté fon cortége
domeftique , & affermé pour fix ans la
coupe de fes bois en Lithuanie , à une
compagnie de Négocians , qui par anticipation
lui a payé une fomme de 80 mille
ducats. La déclaration de guerre de l'Empereur
à la Porte Ottomane a été publiée
dans toute la République , & même à
notre petite armée , malgré l'oppofition
de plufieurs Membres du Confeil Permanent.
Suivant les derniers rapports du Comte Potocki ,
Palatin de Ruffie , qui commande les troupes de la
Couronne fur les frontières , les forces Ottomanes
ont refpecté jufqu'à préfent le territoire de la République.
Il y a quelque temps que le Pacha de
Choczim écrivit au Comte Potocki , « que le Grand
Vifir lui avoit témoigné fon étonnement , que la
» Pologne eût permis de fi bonne grace que les
» Ruffes entraffent dans l'Ukraine , & y priffent
» des avantages qui pourroient devenir nuifibles à
» l'Empire Ottoman , ajoutant , que par ce prohij
( 196 )
» cédé la Porte fe trouveroit en droit de fuivre
» fon ennemi par-tout où fes forces le trouve-
» roient. » Le Palatin de Ruffie lui a répondu :
« Que la foibleffe de la République , relativement
» aux forces de l'Empire Ruffe , étoit une raifon
» fuffifante pour l'excufer qu'elle ne fe fût pas
» oppofée à main armée à des troupes auffi fu-
» périeures en nombre ; que cependant le Roi &
» le Confeil-Permanent avoient refufé la demande
» que le Réfident Impérial avoit faite , pour que
» la Pologne permît le libre paffage par les Pala-
» tinats limitrophes ; circonftance qui feule de-
» voit ôter tout foupçon que la République prît
9
la moindre part au fuccès des armes combinées
» des deux Cours Impériales contre les Etats Ot-
» tomans. » Les Commandans Turcs de leur
côté , fans commettre des hoftilités , témoignent
néanmoins affez qu'ils ne regardent point la Pologne
comme leur amie. Quelques Soldats ayant
déferté du régiment d'Infanterie du Prince Lubomirski
, celui- ci écrivit au Pacha d'Ogliari , qui
commande les troupes Ottomanes fur cette partie
de la frontière , pour qu'il lui livrât ces transfuges.
Le Pacha répondit poliment, « que la Porte
» n'étoit point dans l'ufage de livrer ceux qui ve-
» noient fe mettre fous fa protection , qu'ainfi il
» ne pouvoit le prêter à fa réquifition ; mais qu'il
» lui confeilloit de confier les poftes avancés à
des gens fur lefquels il pût compter . >>
- A la première nouvelle de cette déclaration
de guerre , l'armée du Prince de
Saxe-Cobourg s'étoit avancée de Snyatim à
Czernowitz fur le Pruth. Ce mouvement
indiquoit avec évidence un projet fur
Choczim : en effet , le Général de Witt 9
Commandant de Kaminieck , mande au
( 197 )
Gouvernement que les Autrichiens font
entrés en Moldavie , que le Prince de
Saxe-Cobourg a offert une capitulation
au Pacha de Choczim , en le menaçant
d'être exterminé , lui , fa garnifon & les
habitans de la ville , par les Ruffes , fi
l'on attendoit leur arrivée. Le Pacha a
demandé , au nom de fon Divan , un délai
de 12 jours , pour rendre une réponſe définitive.
L'on ignore encore fi ce délai a
été accordé , mais l'on parle du blocus.
de la place , refferrée de toutes parts. II
ne s'y trouve , fuivant les avis Autrichiens ,
que 3,000 hommes de garnifon ; l'on
ajoute qu'une divifion de l'armée Ruffe
s'eft portée de manière à couper chemin
aux 30 mille Tartares que commande le
nouveau Khan ; enfin , on prétend que
quelques détachemens de Cavalerie Ruffe
fe font déja réunis aux Autrichiens , en
attendant la jonction générale. De ces
avis confus & imparfaits , il eft difficile
de rien conclure , encore moins peut- on
fe former une idée jufte de la pofition ,
des mouvemens , de la véritable force des
armées belligérantes de ce côté là . Celle
des Alliés en ce moment eft à peine de
40 à 50 mille hommes. Dans la dernière
guerre , le Prince Alexandre Gallitzin
attaqua Choczim à la tête de 107 mille
hommes , fut repouffé , battu , ainfi que
hiij
( 198 )
le Général Profarowski; la fortereffe ne
fut emportée qu'au troifième fiège , &
ne l'eût pas été , fi le Grand Vifir avoit
eu la fageffe de fe laiffer conduire par le
valeureux & pénétrant Karaman -Pacha .
Quelle eft aujourd'hui la véritable force de
la garnifon? Quelle armée peut l'appuyer?
Y a - t-il ou non des troupes Ottomanes
en affez grand nombre pour défendre
les fameufes lignes de cette place ? C'eft
ce que l'on ne dit point ; & comme les
Ottomans n'ont pas de Gazettes ni de
Bulletins officieux , qui deux fois par ſemaine
exagèrent leurs forces , annoncent
leurs avantages , ou indiquent & déguifent
leur fituation , rien de plus incertain
ni de plus puéril que toutes les conjectures
& les raifonnemens dans cette circonftance.
On parle , il eft vrai , d'un renégat
Hongrois , nommé Corzi , autrefois
Colonel au fervice Impérial , qui.commande
30 mille Turcs dans le voisinage
de Choczim ; mais , en vue de pareilles
forces , comment le Prince de Cobourg , à
moins de compter fur la trahifon du Pacha
de Choczim , auroit- il efpéré aucun fuccès
de fa fommation ? Peu de jours fuffiront
à l'éclairciffement de cette énigme.
Le Confeiller- privé Sartorius eft de
retour , & il a remis au Roi fon rapport
de la fituation a&tuelle de Dantzick..On
( 199 )
7
croit que S. M. fera remettre un mémoire
aux Cours de Pétersbourg & de Berlin ,
pour les déterminer à prendre en férieuſe
confidération l'exiftence politique & le
commerce de cette ville .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 10 Mars.
L'Empereur , accompagné du Lieutenant-
général Comte de Kinsky , & des
autres perfonnes que nous avons nommées
, eft arrivé le ier. de ce mois à Gratz.
Il s'eft rendu chez le Général d'Artillerie
de Langlois , qu'une maladie retient
au lit , & eft reparti le lendemain de grand
matin , fe rendant par Cilli & Laybach à
Triefte , où S. M. fera arrivée le 4 de ce
mois.
Nous avons donné un réfumé fuccinct
des petits faits d'armes que nous ont appris
les Gazettes de la Cour juſqu'au 2
de ce mois . Nous ne reviendrons pas fur
la longue énumération des bateaux pris
ou brûlés fur la Save & le Danube . Ni le
vieux Gradiska , ni Semendria , n'ont pu
être enlevés. La première de ces fortereffes
eft , à ce qu'on dit , un monceau
de ruines du côté de la Save . Suivant les
uns , on a dédaigné d'y entrer , parce que
cette place eft hors d'état de nuire ; fuihiv
( 200 )
vant d'autres , un renfort de 1,500 hommes
que la garnifon a reçu de Banjulaka
auroit rendu dangereufe, pour le moment ,
toute entrepriſe ultérieure . Il fe répand
que le Général de Wartensleben en perfonne
, a renouvelé , le 19 février , l'attaque
de Semendria , inutilement tentée
le 17.
Ces premières opérations , dont on avoit
cru le fuccès fi facile , femblent nous préfager
que fi nous remportons quelquesavantages
dans cette campagne , nous les
devrons à la grande fupériorité du nombre
& de notre tactique , mais nullement à
celle de courage . Les Bofniaques abhorrent
les Croates & les Efclavons ; on verfera
bien du fang avant que de les foumettre
àune nouvelle domination . Lorſque
la Maifon d'Autriche demanda à la Porte , il
y a 3 ans , une nouvelle démarcation & la
ceffion des diftri&ts en deçà de l'Unna ,
les Bofniaques proteftèrent à Conftantinople
contre cette ceffion , & dirent à la
Porte que fi elle ne vouloit pas fairela guerre
pour cet objet , ils demandoient la liberté
de fe défendre eux - mêmes contre leurs
voifins.
« Il ne faut pas croire , dit une lettre
particulière reçue de l'armée , qu'il nous
fera auffi facile de vaincre qu'on affe &te
de le publier , fans doute pour nous ôter
( 201 )
l'honneur de la victoire . Tout porte å
nous perfuader que cette guerre fera meurtrière
. Tout ce qu'on dit de l'ignorance
& du peu de difcipline de nos ennemis ,
eft fondé fur une vieille prévention . Les
Turcs n'ont pas notre difcipline , mais ils
ont la leur , qui pourroit nous caufer beaucoup
d'embarras , fi leur artillerie , d'ailleurs
inférieure à la nôtre , eft fervie par
des Etrangers , & il paroît qu'il y en a
beaucoup parmi eux. »
La Gazette de Gratz a parlé d'une
feconde entrepriſe infructueuſe fur Belgrade,
dont on avoit feulement eu le même
foupçon. Cette Feuille a même publié la
lettre officielle du Baron de Bubenhoven ,
au régiment des Chevaux légers de Kinsky,
dont il eft Colonel , en les complimentant
de leur bonne conduite dans cette
occafion ; en voici la traduction ,
« MM. les Officiers , Bas - Officiers & Soldats
ayant montré à la feconde tentative faite fur Belgrade
, tout le zèle , toute l'activité , tout le courage
qu'on peut jamais attendre d'une bonne & vaillante
troupe , ce feroit une preuve véritable de mon infenfibilité
, fi cette glorieufe conduite ne m'avoit
caufé , comme Commandant & témoin oculaire ,
une fenfation de joie & de fatisfaction parfaite. Ce
fentiment agréable ne fera point paffager , mais
l'impreffion s'en confervera profondément dans
mon coeur pendant toute ma vie . Comme cepen❤
dant cette déclaration feroit encore un foible hommage
de la reconnoiffance que j'ai de vos fervices ,
hv
( 202 )
je fuis autorifé ( & j'en faifis l'occafion avec empreffement
& plaifir ) à vous faire part d'une lettre
que M. le Général Baron d'Alvinzy m'a écrite à
ce fujet , dans les termes fuivans :
<с Monfieur , recevez les affurances fincères de
» la vive reconnoiffance que je vous dois , &
» au régiment que vous commández : Je m'acquitte
» de ce devoir avec une forte de contentement
» intérieur inexprimable , & je vous prie , mon
» cher Colonel , d'agréer ce témoignage de ma
?>
profonde gratitude , & d'en faire part à MM.
» les Officiers & à tout le régiment . Non , je
» n'oublierai jamais le zèle , l'activité infatigable ,
» l'ordre & l'exactitude admirables dont ils ont
» donné de fi belles preuves en cette occafion , &
» que je crois être fans exemple. Combien il eft.
" à regretter qu'après tant de fatigues , tant d'ef-
>> forts pénibles , ils n'aient pu recueillir la
» moindre branche de laurier ! En attendant une
occafion plus heureufe , je crois ne pouvoir leur
» donner une preuve plus fenfible de ma recon-
» noiffance fans bornes , qu'en vous communi-
» quant ce que j'ai écrit là- deffus à S. M. , pour
» rendre à votre brave régiment toute la justice
» qu'il mérite. » Le voici :
de
"
« Je ne puis m'empêcher , dans cette occafion ,
faire l'éloge à V. M. de l'activité & de l'intelligence
avec lefquelles le Colonel Baron de Bubenhoven
avec deux divifions du régiment fous fes ordres , a
formé & maintenu , pendant trois jours & trois nuits ,
par le temps le plus rude , un cordon de 10 milles
en longueur ; & l'on doit àla vérité de dire que la conduite
admirable du Colonel , de même que le zèle &
l'activité defa troupe , font peut- être uniques en leur
genre. Ils méritent encore de nouveaux remercimens ,
pour avoir fifagement entretenu leur cordon , qu'iln’a
pu rien tranfpirer de ce côté de nos mouvemens, »
( 203 )
« Ayez la complaifance de faire part de tout
» ceci à MM . les Officiers , & de faire favoir à
" tous vos braves Chevaux- légers , combien je les
>> eftime ; combien cette conduite les honore. »
J'ai l'honneur d'être , &c.
BARON ALVINZY.
Le Comte de Caramelli di Caftiglione
Flattet , Chevalier de l'Ordre de Marie-
Thérèſe , Chambellan , Conſeiller intime
& de guerre de S. M. I. , Général de Cavalerie
, & Chef d'un régiment de Cavalerie
, eft mort ici le 29 février , dans la
73º, année de fon âge .
Le Comte de Collowrath , Chef de la
Chancellerie d'Autriche & de Bohême
eft dangereufement malade . La fanté
du Maréchal de Laudon eſt toujours chancellante
.
Pendant l'année dernière on a compté
à Infpruck & aux trois villages qui y appartiennent
, 344 naiffances , 94 mariages
& 415 morts.
De Francfort -fur-le- Mein , le 15 Mars.
En obfervant que , depuis deux mois , à
peine a- t- on reçu un feul avis authentique
de Conftantinople , que toutes les
lettres de cette Capitale , ou reftent enfevelies
à leur arrivée , ou ne parlent que
de détails inutiles ; que les Turcs n'écrivant
à perfonne , laiffent le champ libre
h vj
( 204 )
à toutes les inventions ; que
le rapport
des opérations de la guerre ne nous parvient
que par des Gazettes officielles ; enfin
, que les faits les plus certains font oubliés
, avant qu'on ait le temps d'en conftater
la vérité , on fera peu furpris de ne
lire fur l'état actuel de l'Europe orientale
, que des nouvelles découfues & des
raifonnemens fyftématiques fur ces nouvelles.
Nous ne pouvons encore donner
aucun enfemble à ces récits épars & fufpects
, ni en faire fortir un point de vue
clair & fatisfaifant..
4
Plufieurs Gazettes de l'Empire contredifent
fouvent celle de Vienne , & lui oppofent
des correfpondances réelles ou
fiatives , qui changent abfolument la nature
des faits ; elles affirment , par exemple
,
, que , fuivant des lettres de Funfkirchen
( Cinq-Eglifes ) , le feu de l'Artillerie
Autrichienne a en effet occafionné de
grands dégâts à la fortereffe du vieux
Gradiska , mais que les Turcs ont montré
tant de fermeté , qu'on n'a pas jugé à
Propos de tenter un affaut , & que leur
feu a également endommagé la fortereffe
Autrichienne de New- Gradiska qui eft
vis- à-vis. En général , les Turcs fe défendent
mieux qu'on ne l'auroit cru , &
ils difputent avec opiniâtreté chaque pouce
de terrain. Depuis Gradiska jufqu'à Bi(
205 )
haz , ils ont 17 forts que l'on emportera ,
mais en perdant beaucoup de monde.
Quelques lettres de l'Esclavonie annoncent
que les Turcs ont pris aux Autrichiens
cinq bâtimens de tranſport , & qu'à cette
occafion le Brigadier Brentano , accouru
pour les reprendre , a perdu la vie .
Voici l'itinéraire de l'Empereur : le 4,
à Triefte ; le 6 , à Fiume ; le 8 , à Zengh ;
le 10 , à Carlstadt ; le 14 , aux environs
de Novi ; le 16 , à Gradiſka ; le 17 , à
Brod ; le 19 , à Ratscha ; le 20 , à Ruma ,
où le Maréchal de Lafcy joindra S. M.;
le 22 , à Semlin , & le 25 , à Péterwaradin.
Le payfan Palifch , Saxon de naiffance ,
que fes connoiffances aftronomiques ont
rendu célèbre , & que l'Académie royale
de Londres reçut au nombre de fes Correfpondans
, eft mort au village de Prolis
en Saxe , où il n'a ceffe jufqu'à fa fin de
partager fes foins entre l'agriculture & les
obfervations aftronomiques. C'eft lui qui
le premier découvrit la comète de 1738 .
D'après le dernier dénombrement du Margraviat
de Brandebourg-Anfpach , cette Principauté , renfermée
dans une furface de 54 milles carrés , contient
une population de 200,960 perfonnes.
ESPAGNE.
De Madrid , le 5 Mars.
Depuis le 20 du mois paffé , il a plu
( 206 )
fi prodigieufement dans les deux Caftilles
& au royaume de Léon , que le Tage , le
Tormes & plufieurs autres rivières ont
débordé & caufé beaucoup de dégâts à
Aranjuez , principalement aux jardins du
Prince , que le Tage a emportés ; à Salamanque
& à Medina- del - Campo , où 52
maifons fe font écroulées , & à Valladolid
, à Tordefillas & Confuegra , où, après
un ouragan très- violent , on a reffenti une
fecouffe de tremblement de terre.
L'Affemb'ée de la Banque Royale , qui avoit
commencé le 24 février , à 9 heures du matin ,
n'a fini que le lendemain à 7 heures : il s'y eft.
trouvé , au commencement , 704 Votans ; ce nombre
a diminué après les premiers, débats , & dans
la nuit la première propofition a employé 5 heures ,
encore n'a-t-on pu s'accorder parfaitement. Les
Votans ont été moins difficiles pour les autres objets
de difcuffion : les motifs des débats rouloient
fur-tout fur le prétendu déficit des 100 millions de
réaux , fur une perte de 26 millions de réaux qu'on
foutenoit avoir été occafionnée par la fourniture
des vivres , & fur les banqueroutes que la Banque
a fupportées , particulièrement celle de Montalde ,
Entrepreneur & Directeur du Spectacle. Sur le
premier objet , M. Cabarrus raffura l'Affemblée ,
en leur difant qu'il y avoit dans la caiffe 300 millions
de réaux; d'autres certifièrent que la perte fur la
fourniture des vivres ne montoit qu'à 4 millions de
réaux , & que les bénéfices à faire excéderoient
cette fomme de beaucoup . Enfin il fut décidé de
nommer 9 Commiffaires , chargés d'examiner &
de vérifier les comptes ; qu'il feroit réparti un di(
207 )
vidende de 100 réaux par action , ou de 5 pour
cent fur le capital de chacune , & que M. le Comte
de la Corogna feroit élu premier Directeur , à la
place du Comte d'Altamira , qui en conferveroit
tous les honneurs ; & que quant aux autres Directeurs
, rien ne feroit encore déterminé.
ITALIE.
De Rome , le 26 Février.
En continuant l'excavation commencée.
près la fépulture de Néron , on a trouvé
un autre pavé en mofaïque blanc & noir ,
repréſentant au milieu un Mercure affis
fur une chèvre marine , tenant d'une
main un caducée , & de l'autre un ruban
, avec lequel il femble guider la chèvre
; dans les quatre angles font repréfentés
des dauphins qui
l'accompagnent.
Leurs Eminences les Cardinaux Aquaviva
font morts en cette ville ; l'un , le 29
du mois dernier ; & l'autre , le 4 de ce
mois.
Les deux projets qu'on avoit donné
pour détourner le cours du Tibre , & pour
affranchir le port de Ripagrande , éprouvent
une grande oppofition , & on affure
que les Cardinaux Borromei & Albani ont
fait directement au Pape des repréſentations
à ce fujet.
( 208 )
De Naples , le 29 Février.
La formation nouvelle de l'Artillerie',
& la publication du Code militaire ne tar--
deront pas à être connues. L'on a pris
de la première l'opinion la plus avanta
geufe , d'après les talens , l'expérience &
l'excellent jugement de M. de Pommereul
, Chevalier de St. Louis , & Commandant
le détachement d'Artillerie qui
nous a été envoyé de France. Cet Offi
cier , qui a mérité l'eftime générale par
fon caractère perfonnel autant que par
fes lumières , vient d'être élevé au grade
de Brigadier des armées , & nommé Infpecteur
général de l'Artillerie des deux
Siciles.
La frégate Napolitaine la Cérès de 44
canons , eft revenue de Londres , où elle
avoit été porter les préfens de porcelaine
que S. M. Napolitaine deftinoit au Roi
d'Angleterre . Elle a ramené de Londres
une corvette neuve , qui doit fervir de
paquebot entre Naples & Palerme.
GRANDE -
BRETAGNE.
De Londres , le 18 Mars .
La ftérilité abfolue de toute efpèce d'événemens
depuis quinze jours , a été
( 209 )
compenfée par la variété & la chaleur des
débats , qu'a excités dans les Communes ,
la détermination fixe des prérogatives du
Bureau de Contrôle , relativement à l'Adminiftration
de l'Inde . C'eft pour la fixième
fois, & ce ne fera pas la dernière , que
cette question du degré de dépendance où
la Compagnie doit être du Gouvernement
, agite les efprits , & alarme des intérêts
puiflans. Nous avons indiqué précédemment
la gravité & les faces diverfes de
cette difcuffion. Nous avons vu les terreurs
qu'elle a infpirées , même à d'excellens
efprits , libres de l'efclavage de parti ,
l'oppofition nombreufe qui en eft réfultée ,
& la déférence que le Miniftre a cru devoir
à une opinion affez générale . Ses ennemis
lui ont fu fort mauvais gré de cette
condeſcendance ; ils euffent préféré , de fa
part , un orgueilleux entêtement à fon
refpe &t pour la Conftitution ; mais en corrigeant
lui- même fon propre ouvrage , en
offrant de prévenir les dangers qu'auroit
pu entraîner fon Bill explicatif, il l'a fait
avec une nobleffe , une candeur , une
énergie , dont nos Lecteurs verront la
preuve dans fon Difcours prononcé le 7 .
« Les difcuffions , dit-il , auxquelles le Bill actuel a
donné lieu , en font à mon avis une des plus importantes
queftions foumifes à l'examen de cette Chambre.
Unequeftion qui tient aux principes conftitutionnels
, qu'elle peut affecter effentiellement . -
( 210 )
la
Sincèrement attaché à ces principes , j'efpère les
défendre jufqu'à la mort. Je ne crois pas que
Chambre y tienne moins aujourd'hui que lorfqu'elle
rejeta le Bill d'un T. H. M. ( M. Fox ) .
Elle doit me rendre la juftice de croire que je
les reſpecte comme elle , & je défie qui que ce foit
de prouver que j'aie jamais agi contradictoirement
à ces bafes de notre liberté & de notre bonheur
public. C'eft fur ces fondemens que je veux affeoir
mon Bill & la preuve de mon caractère. Si j'étois
affez aveugle pour les abandonner ces principes
facrés , je mériterois de perdre le témoignage de
mon coeur , l'eftime de mon pays & la bienveillance
de cette augufte affemblée . On a infinué que
je m'en étois écarté : je prie la Chambre de vouloir
bien faire attention à ma réponfe ; je l'exige même.
Si ces infinuations font calomnieuſes , on doit à
mon caractère la juftice de m'entendre ; fi elles font
vraies , je trouverai le châtiment de ma défection
dans ma défection même ; elle m'aviliroit au point
que le luftre d'aucune place ne pourroit me réhabiliter
. »
« Et d'abord , je déclare qu'il n'y a pas une
feule des affertions des Membres de l'oppofition
que je n'engage la Chambre à examiner avec le
plus grand foin. Je n'ai pas prétendu qu'elle
votât en faveur du Bill , fimplement parce qu'elle
le verroit néceffaire , ou entièrement d'accord
avec les principes de l'acte de la 24° . année du
règne de Sa Majefté. Si la Chambre a vu
dans la conduite du Bureau de Contrôle quelque '
malverſation évidente qui , à fon avis , rende dangereufe
l'existence ultérieure de fes pouvoirs , qu'on
aboliffe l'acte qui les lui confère . J'ai fouvent
établi qu'il n'étoit pas queftion de donner aucun
droit de Patronage au Bureau de Contrôle ; que
ce n'étoit pas là l'efprit du Bill. Je perfifte dans
( 211 )
cette déclaration. J'ai encore établi qu'il ne propofoit
pas davantage d'autorifer Sa Majesté à tenir
fur pied une armée indépendante ; & cette opinion
fera toujours la mienne , car je regarderois
cette autoriſation comme directement contraire au
premier principe de la conſtitution . Il y a plus ;
file Bill contient un mot qui femble menacer
l'Etat de ce danger , je crois la Chambre obligée
ou à le rejeter , ou à y mettre des reſtrictions qui
puiffent contrebalancer le mal. Affurément , s'il
donnoit le droit de Patronage , s'il établiſſoit une
armée permanente , s'il cuvroit la porte à la venalité
des emplois , ou mettoit les revenus de la
Compagnie entre les mains de ceux qui nommeroient
à fes places , je le défavouerois comme
contraire à mes principes. Qu'on le démontre ,
& je ferai le premier à me ranger du parti de
l'oppofition contre tout homme qui oferoit préfenter
un Bill auffi attentatoire à la conftitution
Britannique . Si la Loi n'a pas encore mis en
vigueur des reftrictions , des contrepoids , qu'elle
le faffe ; fi ceux qui exiftent font infuffifans, qu'elle
les fortifie & en ajoute de nouveaux . »
" De ce que le Bureau de Contrôle auroit entre
fes mains les revenus , il ne s'enfuivroit pas qu'il
pût foudoyer une armée dans l'Inde fans l'approbation
du Parlement . Ne faudroit- il pas que la
Chambre en eût connoiffance par l'état militaire
qu'on lui préfente tous les ans , & par les formalités
qu'exige le Bill de mutinerie ? Le Bureau
de Contrôle n'eft pas en état de payer une feule
roupie à un foldat illégalement incorporé , & affurément
je ne prétends pas le fouftraire à cette
dépendance légitime ; mais fi les pouvoirs qui lui
reſtent après toutes ces reftrictions vous paroiffent
er core dangereux , ne fouffrez pas , Meffieurs ,
qu'ils foient jamais adoptés, »>
( 212 )
Un Honorable Baronnet , ( Sir James Johnftone
) a dit dans un débat antérieur , qu'il étoit
arrivé à la Chambre avec une défiance générale
contre fes Membres. - Je prie la Chambre d'agir
en cette occafion , d'après les principes de l'Honorable
Baronnet. Quand elle foumet à ſon examen
une queftion d'une fi grande importance ,
il eft du devoir de tous de ne procéder qu'avec
la plus grande circonfpection : le mien eft de refpecter
particulièrement ces foupçons , d'y avoir
égard , d'eſſayer de les diffiper ; & les repréſentans
de la Nation qui m'écoutent , ne rempliront
ce qu'elle attend d'eux , qu'autant qu'ils furveilleront
d'un oeil vigilant & jaloux les principes de
la Conftitution , au maintien de laquelle je fuis fincèrement
attaché , puifque c'eft fur mon zèle pour
fa confervation , que je veux fonder mon caractère
public dans le monde , & l'eftime que je
defire d'obtenir de cette Chambre, »
« Ona avancé que la conduite du Bureau de Contrôle
annonçoit la corruption , & qu'il exercoit un
Patronage illégitime. Le feul acte marqué de Patronage
, a été de mettre à la tête de quatre régimens
des Officiers à demi- paie , & de décharger
airfi l'Angleterre d'une folde de 30,000 livres par
an. Le préfent Bill ne réclame pas d'autre patronage
que celui que la Chambre a adopté ; il
ne s'oppofe point aux nouvelles reſtrictions qu'on
voudra y mettre. La différence entre mon Bill
& celui du T. H. Membre de l'oppoſition ( M.
Fox ) , eft que le fien envahiffoit toutes les nominations
militaires fans reſtriction , & toutes les
affaires politiques de la Compagnie & fon commerce
entier. Le mien embraffe uniquement la
furintendance du militaire , du civil & des revenus.
Ufurpe-t-il quelque droit de Patronage , petit ou
grand ? On peut employer , & je demande même
( 213 )
qu'on emploie les reftrictions convenables pour
le limiter : je renonce même à ce droit fi on l'exige ;
mais le Bill de l'Honorable Membre engloboit ,
envahiffoit tout , fans pudeur , & étoit directe
ment contraire aux principes fondamentaux de la
conftitution . Et maintenant le T. H. Membre ſe
fonde pour invectiver contre mon Bill , fur ce qu'il
demande une partie de ce qu'il prenoit en totalité
! En conféquence de fes invectives , il fait
flotter fièrement fon drapeau , fe glorifie du nombre
des fatellites qui marchent fous fa bannière , &
a la petiteffe de croire qu'il a humilié la Chambre ,
& s'eft bien vengé de ce qu'elle l'a détrôné il y
a quatre ans , de la place d'où il l'accabloit de
fon defpotifme. »
« Je déclare à la face de la Nation , & devant
cette Chambre compofée de fes repréſentans ,
que je ne pourrois admettre le tranfport du
Patronage à la Couronne , fans mentir à mes
principes , à mes actions , à ma confcience ; tandis
que mon adverfaire , pour peu qu'il veuille
agir conféquemment à fes principes & à fa conduite
antérieure , doit tenir à ce même Patronage
dans toute fon étendue , à laquelle je veux des
modifications. Je crois , je me flatte , que la refpectable
majorité qui a voté avec moi dans le
dernier débat , n'a agi comme moi , que parce
qu'elle a fenti comme moi , que parce qu'elle a
adopté les principes que j'établis . Je fomme ces
Meffieurs d'ajouter les reftrictions néceffaires au
Bill , & de défendre la conftitution avec le même
zèle qu'ils ont fait éclater en rejetant le Bill de
mon adverfaire. Et afin d'être plus fûr d'avoir les
aperçus néceffaires pour empêcher qu'on n'envoie
dans l'Inde des régimens fans l'approbation du
Parlement , & pour prévenir le mauvais emploi
des revenus , je me propofe de faire la motion
( 214 )
fuivante que quand le rapport du Bill aura
» été fait à la Chambre , il foit renvoyé à un nou-
» veau Comité , qui foit autorifé à recevoir les
» claufes explicatives & les reftrictions tendantes
» à en limiter les pouvoirs.
ככ
« Enfin , s'il eft probable que ce pouvoir entraîne
le Patronage , rejetons - le . Car je maintiendrai
toujours qu'on ne doit pas laiffer au Bureau
une telle difpofition des places , à moins de trouver
aux inconvéniens des remèdes efficaces qui en
garantiffent furement , ou , pour mieux dire , qui les
previennent. Par le Bill de 1784 , le Bureau
de Contrôle a le droit de difpofer des revenus
de l'Inde , pour la défenſe de l'Inde , de quelque
manière qu'il le juge à propos , pourvu qu'il y
foit légalement autorifé. Je crois que tels font les
vrais principes de l'acte & leur fens réel . — Je
vous demanderai donc , Meffieurs , fi vous croyez
que le Bill , lorfqu'il fut publié , & ces pouvoirs
donnés au Bureau de Contrôle , aient été entendus
comme je vous les définis ? Ne point les
donner , n'auroit-ce pas été difpenfer le Bureau
de Contrôle de répondre de la défenſe de l'Inde ?
Et la conduite de ce Bureau ne fe trouva-t-elle pas
toujours foumise à l'inſpection du Parlement ? -
Prétendra -t-on que le Parlement a voulu que ces
revenus reſtaffent entre les mains de la Compagnie,
qu'il a déclarée incapable d'en être la dépofitaire ?
Depuis que le Bureau s'eft mêlé de leur régie,
il en a augmenté les bénéfices d'un million & demi
fterl. Eft-il vraisemblable que quand le Parlement
a voulu pourvoir à l'adminiftration la plus économique
du fervice civil & militaire de la Compagnie
, il ait abandonné fes revenus à la déprédation
& à la négligence ? On doit s'attendre que
la Cour des Directeurs négligera le foin de l'Etat
territorial & civil de l'Inde , pour ne s'occuper
que de l'amélioration de fon commerce , du foin
( 215 )
de groffir fes capitaux ; c'est ce qui doit arriver ,
fur-tout à cette époque , d'une expiration prochaine
de fes priviléges , dont le renouvellement eft au
moins douteux. Le premier devoir des Miniftres
de S. M. eft d'affurer la tranquillité des Indiens ;
le ſecond , de garantir leurs poffeffions territoriales ,
& de les défendre contre les entrepriſes des Européens
ou des Naturels du pays ; le troiſième , de
faire payer exactement les perfonnes qui ont avancé
leurs fonds à la Compagnie , & l'ont mise en état
de fe défendre dans les derniers dangers qu'elle
a courus : alors , & feulement alors , ils peuvent
s'occuper de l'amélioration de fon commerce & de
la bonification des capitaux. »
« Je prie la Chambre de confidérer quelle étoit
la fituation de la Compagnie à l'inſtitution du
Bureau de Contrôle. On convenoit généralement
alors de l'infuffifance de fes fonds à Londres pour
faire face à fes dettes dans le Royaume , & l'on
avouoit que fes affaires dans l'Inde paroiffoient
menacées d'une ruine inévitable. Cependant depuis
l'établiffement & l'intervention de ce Bureau , on
a difpofé de fonds plus confidérabies que jamais
pour le Commerce , rétabli le crédit de la Compagnie
dans l'Inde , payé fes dettes dans la Métropole
, & affuré les poffeffions de fes propriétaires
dans l'Inde : voilà ce qu'on doit à l'intervention
du Bureau de Contrôle (1 ), intervention
que les Membres de l'oppofition ofent trouver contraire
à l'interprétation de l'acte , & attentatoire aux
•
(1) Tout cela avoit été préparé et exécuté en
grande partie avant l'érection de ce ureau. Il n'a fait
que suivre le plan des réformes , profiter des derniers
actes de l'Administration
Budget de l'Inde , présenté l'a
Dundas lui-même , en est une
M.
Hastings
M.
ée dernière .
Leave demonstrative.
( 216 )
droits dela Compagnie. Faites attention , MM, à cet
exercice de l'autorité du Bureau ; & daignez me dire
fices pouvoirs n'étoient pas néceffaires aux premiers
pour affurer nos poffeffions Indiennes. En 1785 , il
étoit notoireque le tréfor de laCompagnie dansl'Inde
contenoit à peine de quoi payer les arrérages de l'armée.
Le Bureau envoya immédiatement unordre de
payerles troupes de préférence à toute autre créance.
On ne pouvoit fe difpenfer de donner ce pouvoir
à ceux qui répondoient de la fureté de l'Inde.
Suppofez-en , un inftant , le Bureau de Contrôle
dénué , je ne vois plus qu'un Corps miférable ,
infignifiant& inutile. Je fais qu'un T. H. Membre,
( M. Fox ) a déclaré que le Contrôle , privé de
ces pouvoirs , ne pourroit agir efficacement , &
que les lui accorder , feroit violer les priviléges
de la Compagnie. Mais je me permets d'infirmer
ces dernières parties de l'affertion , & je défie le
T. H. Membre de réuffir avec fon adreffe verfatile
, à lui donner feulement un certain degré de
vraisemblance. Il faut confidérer le Contrôle
comme un département rée ! & effectif , auffi refponfable
des omiffions dans fes devoirs, que de tout
acte illégal qu'il pourroit fe permettre . Or vous
-fentez combien il eft abfurde de le charger de
- la défenfe d'un grand pays , & de lui retiret en
même temps le nerf de la guerre. Non , Meffieurs ,
il eft impoffible que cette Chambre ait exigé ce
qui paffe les forces humaines , autrement elle auroit
chargé le Bureau d'un dépôt pénible , accablant,
d'un devoir auquel elle l'auroit forcé de manquer.
Je vois les Membres de ce Tribunal dégradé , errer
à l'aventure , ans principes pour les guider , fans
bafe de laquel ils puiffent partir , fans but vers
lequel ils doive tendre ; à moins qu'on ne lear
la le droit d'aiquer les revenus , aux objets
queces mêmesreve doivent fervir à conferver. »
» Quelques
( 217 )
→
" Quelques Membres ont dit pendant les derniers
débats , qu'avec le pouvoir de difpofer des
revénus pour la défenſe de l'Inde, il pourroit arriver
que le Bureau de Contrôle,, abufant de fon autorité ,
foudoyât des fonds des Indes Orientales ,
pes dans les Indes
Occidentales. La conquête de
des trou.
L'Amérique doit être faite en
Allemagne
autrefois une perfonne dont la
mémoire m'infdifoit
pire la plus profonde vénération ( Lord Chatham ,
père de l'Orateur );
maintenant on parodie cette
politique , en nous difant qu'on pourroit défendre
auffi l'Inde en
Amérique. Cette
fuppofition eft
abfurde ; & fi le Bureau la réalifoit , il.fercit évidamment
puniflable.
difficulté, Le Bureau , a-t-on dit ,
pourroit dé- On a élevé une autre
penfer les revenus fous la couleur de fervices
fecrets &
occafionnels . Mais cette feconde fuppofition
est
également abfurde ; car en
admettant
que cette
monftruenfe iniquité pût avoir lieu
elle feroit bientôt
découverte , & punie par les
châtimens les plus févères. Au refte ,
Meffieurs ,
la conduite du Bureau de
Contrôle l'auroit dû
mettre à l'abri de ces
infinuations
calomnieufes
& je fuis fûr qu'il n'y a encore donné aucun prétexte.
Quant à moi ,
perfonne n'eft plus difpofé ,
malgré mon eftime & ma confiance pour ce Corps ,
à
foufcrire à toutes les
reftrictions par
lesquelles
on voudra
contrebalancer fa trop grande influence ;
& fi quelque Membré peut propofer des contrepoids
nouveaux ou plus puiffans contre le droit
de
Patronage dans te Bureau , qu'il comptefur ma
voix, je ferai le premier à la lui donner. »
« Un H.
Membre du parti de
l'oppofition ( M.
Sheridan ) , qui fait mettre dans
quelques-uns de
fes difcours ,
beaucoup
d'imagination, dans d'autres
un efprit
étincelant , de folid s
raifonnnemens dans
plufieurs , dans tous de
l'éloquence , mais dans
* Nº. 13. 31 Mars 1788.
i
1
( 218 )
-
un petit nombre feulement de la vérité & de la
juftice , a remarqué , mercredi , qu'il étoit étrange que celui qui s'étoit montré fi partialement
le Miniftre
de la Prérogative , changeât de rôle pour prendre le caractère de Défenfeur des libertés du
peuple. La façon dont j'ai défendu la prérogative
Royale , n'eft point un préjugé contre moi. Je me fuis attaché aux vrais principes de la conftitution
; j'ai été foutenu par les fentimens loyaux
du peuple , qui doit bien plus attendre en faveur
de fa liberté , des défenfeurs d'une prérogative
qui fait partie de la Conftitution
, que de ceux qui
l'attaquent, »
(Ici le Chancelier de l'Echiquier fit diverfes
obfervations furle Bill de mutinerie & le Bill des
droits , qu'il prouva n'être pas rédigés en termes
affez forts en faveur des droits du peuple. Il fit
entendre qu'il defiroit qu'on les corrigeât à cet
égard , & qu'il fe prêteroit de bon coeur à ce qu'on
fubftituât des expreffions qui affuraffent encore
mieux ces droits facrés. Il ajouta qu'il defiroit auffi
de voir le Bill actuel conçu de manière à ne point
emporter la nomination aux emplois , & à ne
donner aucun ombrage à la conftitution . Il établit
ces dernières mefures comme indifpenfablement
néceffaires. ) "
« M. Sheridan , qui répliqua immédiatement
à M. Pitt, commença par rejeter avec mépris les com- plimens que venoit de lui adreffer le Miniftre fur
fon éloquence imaginative
, fouvent dépourvue
de juſtice & de vérité. Continuant
enfuite le cours
de fes perfonnalités
, fuivies de raifonnemens
vigou- reux , il ajouta que ce T. H. Membre l'avoit ac--
café, lui & fes amis , d'être les ennemis des pré- rogatives de la Couronne , & s'étoit déclaré nonfeulement
le champion de ces prérogatives
s'il
mais le protecteur des priviléges du Peuple ; avoit entendu appeler ennemi des prérogatives
( 219 )
ceux qui n'étoient point , comme lui , les agens
d'une troupe obfcure de Confeillers cachés , qui ,
fe retranchant derrière le Trône , mettoient la
Conftitution & le Trône lui - même en danger ;
s'il avoit voulu dire , que parce qu'ils ne vouloient
pas permettre que l'on enfreignît les priviléges
de la Chambre , ils étoient les ennemis des pré- ,
rogatives hoftiles à la Conftitution , ils fe glorifioient
de ce titre , & ils ne changeroient jamais
de principes ; mais il nioit que les perfonnes qui
penfoient comme lui , fuffent ennemies de ces prérogatives
que la Conftitution a fagement placées
dans les mains du premier Magiftrat du Royaume ;
ces prérogatives étoient auffi néceffaires au bonheur
des Sujets , qu'elles étoient honorables pour le
Souverain. Le Miniftre avoit fans doute raifon ·
de dire qu'il étoit le partifan des prérogatives ;
rien n'étoit plus vrai , quelles qu'elles fuffent : il
étoit toujours prêt à les foutenir ; mais comment
ofoit-il s'arroger l'honneur de fe dire le protec
teur des priviléges du Peuple , lui qui ne s'étoit
fait encore connoître dans la carrière politique.
que par des attaques contre ces priviléges ? Après
avoir commencé par envahir les droits de la Chambre,
fon fecond effai avoit été contre la liberté des
élections. Sous prétexte de former des réglemens
de commerce entre l'Angleterre & l'Irlande , il
avoit voulu enlever à ce dernier Royaume tous fes
priviléges ; on l'avoit vu enfuite défendre les fyf
têmes d'un homme à projets ( 1 ) , qui vouloit fubftituer
à la défenſe conftitutionnelle de l'Etat ( celle
de fa Marine ) , des plans romanefques de fortification
, dans lefquels il avoit échoué . Chaque
pas qu'il a fait dans l'Adminiſtration depuis qu'il
y eft parvenu , a en effet prouvé le defir d'étendre
(1) Le Duc de Richmond.
>
i ij
( 220 ) les prérogatives
de la Couronne ; c'eſt fur- tout
en cherchant à augmenter le nombre des troupes qu'il a fait voir fes difpofitions. Des befoins fictifs avoient été annoncés , des dangers inconnus avoient
été préfentés , & il n'avoit que trop bien réuffi
à faire adopter fes idées : telles étoient les preuves
de la protection qu'il avoit accordée aux priviléges
da peuple. ».
» On avoit cependant vu la Chambre , fe repofant
fur fes intentions , fe laiffer aller à l'opinion
qu'il refpectoit la Conſtitution du pays ; il defiroit
plus que perfonne qu'il pût être prouvé que cet
Honorable Membre la refpectoit , parce qu'il en
fentoit la néceffité. Ses amis parloient de fa conf- .
cience , & à chaque faux pas qu'il avoit fait , ils
croyoient qu'il fuffifoit , pour l'excufer , de dire
qu'il avoit été trompé. Ils avoient dit , au fujet
du Bill préfenté à la Chambre , que fa religion
avoit été furprife ; que l'origine de ce Bill étoit
un mauvais confeil , & non pas une mauvaiſe
intention ; il n'étoit point éloigné de le croire ,
& il efpéroit prouver que la chofe étoit ainfi. Il
convenoit , avec fes admirateurs , qu'il étoit entouré
degensbien capables de le mal confeiller; mais
c'étoit fa faute originairement , s'il s'étoit l'é avec
des gensqui ne pouvoient paslui donner de meilleurs
confeils que ceux qu'il faivoit ; il regrettoit avec
tout le monde qu'il n'eût pas été plus vigilant avant
de former ces liaiſons , & il étoit à defirer que
fa confcience le rendit plus attentif & plus délicat
fur le choix des perforines avec lesquelles il s'af
focios. Son Honorable Ami , M. Fox , avoiten
cette occafion un triomphe complét : chaque partie
de fon Bill pour le gouvernement
de l'Inde étoit
démontrée jufte par la conduite du Miniftre luimême
, qui , pendant qu'il cenfuroit encore ce
Bill , préfenté à la Chambre y a quatre ans ,
( 221 )
on défendoit un autre qui étoit dix fois plus violent
fur tous les points qu'il avoit condamnés : la conduite
qu'il avoit tenue à cet égard étoit curieufe.
Il avoit d'abord mis flamberge au vent , & parlé
de l'importance de fon plan dans les termes les
plus perfuafifs ; fon Bill avoit enfuite été gliffé
adroitement dans la Chambre , fans parler des dangers
qu'il pouvoit entraîner , ni de fon étendue :
on l'avoit lu à la hâte une première & feconde
fois ; mais étant pris fur le fait , voyant qu'il étoit
découvert , & que non-feulement les oppofans ,
mais que toute la Chambre avoit pris l'alarme ,
il avoit , d'une voix timide & d'un ton radouci ,
parlé des dangers que pouvoit renfermer ce Bill ,
& requis humblement , lui-même , qu'il fût interprêté
de manière à ce qu'il n'en réſultât aucun
inconvénient pour la Conftitution. Cette loi , qui
portoit d'abord avec elle la terreur & l'effroi
& qui entraînoit néceffairement tout le mal qui
pouvoit être fait à la Conftitution Britannique ,
qui avoit paru en première inftance avec tous
les fymptômes de l'audace & de l'arrogance , fe
préfentoit enfuite chamarrée de réticences que l'on
y avoit ajoutées . Ces réticences étoient arrivées
-à tergo , quand le Miniftre avoit vu que fon premier
Bill n'avoit pas pu paffer. Le plan originaire
étoit de porter un coup mortel à la Conſtitution ;
mais le tyle: ayant été furpris dans la main qui
alloit frapper , le Miniftre avoit demandé comme
une grace qu'on voulût bien l'enchaîner , &c. &c. »
« Une des grandes objections faites au Bill
qu'avoit préfenté M. Fox , étoit qu'il enlevoit tout
le Patronage de l'Inde aux Directeurs de la Compagnie.
Cela étoit vrai , mais c'étoit noblement
& ouvertement qu'il s'étoit montré , tandis que
par la réferve du Bill paffé en 1784 , qui permettoit
de rappeler & de fufpendre tous les Of
i ij
( 222 )
ficiers dont le Bureau de Contrôle n'approuvoit
point la nomination , on s'étoit arrogé les mêmes
droits d'une manière clandeftine & honteufe. M.
Sheridan fit voir ce qu'il dénomma les contradictions
qui fe trouvoient , non -feulement dans le
Bill de 1784 , mais dans le Bill explicatif luimême
; il oppofa les claufes de ces deux Bills à
celui qu'avoit préfenté M. Fox , & finit par demander
à la Chambre fi ce qu'elle venoit de
voir ne fuffifoit pas pour la guérir de fa confiance.
Le Miniftre lui avoit appris que fon devoir étoit
de foupçonner fes intentions ; on avoit vu que ce
n'étoit qu'au moment où il n'avoit pu accomplir
fon pojet , qu'il s'étoit déclaré prêt à fe laiffer
guider , & à réparer fa faute. »
M. Dundas parla enfuite d'une manière
vague & embarraffée ; il célébra les opérations
financières du Bureau de Contrôle ,
& infifta particulièrement fur l'étendue
qu'il avoit donnée au commerce du coton ;
fur quoi M. Sheridan prenant la parole ,
dit : « j'ai queftionné M. Dundas fur le
» danger de la Conftitution , & il m'entre-
» tient de coton. «<
M. Burke fuivit enfuite : « il loua M.
» Pitt de la pénitence qu'il venoit de faire,
» en revêtant le fac & la cendre ; mais
» fon orgueil perçoit au travers de cette
-
humiliation il fe couvroit de cendre
» avec dignité ; il portoit le fac comme
» une robe de pourpre. La canaille qui,
» fous l'étendard de Lord George Gordon,
avoit mis Londres en péril , étoit mille
( 223 )
» fois moins méprifable que celle qui s'étoit
» emparée des places du Minifière en 1784.
» Si la première eût détruit la Banque ,
» la richeffe nationale auroit pu la faire
» renaître ; fi elle eût démoli Saint-Paul,
» la piété des fidèles eût reconftruit cette
» Cathédrale. Mais la canaille infenfée ,
" ( the mad mob ) de 1784 avoit détruit
» la Chambre des Communes , détruit
» les meilleurs amis du peuple : heureuſe-
» ment , il efpéroit qu'aujourd'hui , fem-
» blable au phénix , cette Chambre alloit
» renaître de fes cendres. La fumée des
» gouttes chaudes du nouveau rum dont
» on l'avoit enivrée , étant maintenant éva-
» porée , il pouvoit lui demander fi , forf-
» qu'elle adopta les opinions des cerveaux
» brûlés de quelques jeunes politiques , elle
s'attendoit à voir paroître un jour le
» Bill actuel , &c. »
M. Burke ayant terminé cette fuite élégante
de figures & d'invectives populaires
, fans y mêler un feul raifonnement
qui allât à la queftion , elle fut traitée fucceffivement
par MM . Baring , Rolle ,
Baftard , Young, le Major Scott , & enfin
par M. Fox , devant qui s'effacent toujours
les périodes , les métaphores , les
déclamations des autres Orateurs de fon
parti. Il parla très-long-temps avec autant
d'efprit que de force & de logique ; mais
iiv
( 224 )
l'étendue de fon difcours ne nous permet
pas de le rapporter.
Une majorité de foixante-fept voix s'étant
déclarée en faveur de la motion de
M. Pitt, le Bill avec les nouvelles claufes,
fut renvoyé en Comité ,& le rapport
en a été fait le 12. Cejour là , a paru um
nouvel Athlète , Irlandois d'origine , &
qu'on n'avoit point encore vu à la Cham
bre durant cette feffion. Cer Athlère eft
M. Flood , bien connu par fa véhémence ;
il combattit le Bill par une infinité d'argumens
nouveaux , malgré l'étendue des
premiers débats ; enfuite le refte de la
féance fe perdit en digreffions & en altercations
perfonnelles. M. Hardinge, folliciseur
de la Reine, s'étant permis dans fon
difcours de dire que l'oppofition de M. Powis
(1 ) au Bill explicatif, le dégradoir aux
yeux de la Chambre ; on eria à l'Ordre de
toutes parts; l'Orateur voulut fe juftifier ;
les clameurs augmentèrent , & M. Hardinge
fut obligé de fe rétracter. Il eut encore
à foutenir un nouvel affaut des amis
de Lord North , dont il avoit appelé le
gouvernement corrompu , pervers & déteftable.
Ces altercations finies, à minuit le
´(1 ) M. Powis , Représentant du Comte de Northamp
ton , est un des Membres de la Chambre les plus respectables
et les plus indépendans. Il n'est l'esclave d'aucun
parti.
( 225 )
rapport du Bill fut admis à la majorité de
88 voix (210 contre 122.)
Le lendemain 13 , M. Fox fit fa motion,
qu'on peut appeler annuelle , pour
la révocation de la taxe des boutiques ,
taxe peut-être jufte , mais au moins peu
populaire. Lord Hood , l'Alderman Watfon
, les Chevaliers John Miller, Edouard
Aftley, George Howard , M. le Mefurer &
d'autres partifans du Miniftre, votèrent pour
le rappel de la taxe , qui, définitivement, a
été confervée à la pluralité de 141 voix
contre 98. Dans le cours du débat , Sir
Gregory Page Turner égaya la difcuffion
en propofant deux nouvelles taxes à fubftituer
à celle des boutiques : Nos cha .
peaux , dit - il , font déja taxés ; fi à cette
impofition on en ajoutoit une feconde
» fur les fouliers , nous ferions alors taxés
» de la tête aux pieds ; mais les fouliers
» étant une des néceffités de la vie , il
faut les laiffer francs ; je propoferois
» plutôt de taxer les chiens ; fi la charge
de l'impôt en fait pendre quelques centaines
, la viande dont on les nourrit re-
» mettra l'abondance dans le Marché. II
» ne feroit pas mal non plus d'impofer
» tous les mauvais quolibets dont font
" farcis nos papiers publics. >>
La troifième & dernière lecture du
Bill , le 14 , a été précédée de nouveaux
( 226 )
débats , auffi longs & non moins férieux.
que ceux dont nous venons de rendre
compte. Malgré tant de réfiftance , le
Miniftre a encore triomphé par une majorité
de 127 voix contre 75. Le Bill
ayant été lu , M. Sheridan propofa d'en
limiter la durée au renouvellement des
Chartres de la Compagnie ; mais cette
claufe fut rejetée , & le Bill fanctionné
fans divifion de fuffrages.
De l'épreuve des Communes , cet
acte légiflatif a paffé à celle de la Chambre-
Haute , où , le 17 , il a fait recommencer
avec la même chaleur cette
guerre d'opinions . Le Duc de Norfolk
demanda qu'avant la feconde lecture du
Bill, on entendît à la Barre les confeils
de la Compagnie. Milord Porchefter , de
fon côté , fit la motion de référer cet
acte explicatif, comme point de loi , aux
douze Grands Juges : une majorité de
43 fuffrages fit rejeter ces deux motions.
Le Bill ayant été lu , les débats fe
renouvelèrent lorsqu'il fut queftion de le
porter en comité. Le Chancelier, les Lords
Hawkesbury , Walfingham , Richmond ,
Howe, défendirent la motion , qui fut attaquée
avec vivacité par les Lords Stormont ,
Carlisle , Rawdon , Sandwich , & le Marquis
de Lanfdown. Nonobftant ce flot
d'argumens , 75 Pairs contre 27 déci(
227 )
dèrent que le Bill iroit au Comité. Dans
huit jours , nous reprendrons l'analyſe
rapide de ces différentes féances.
Pendant ces difputes de parti , les vaiſſeaux , les
troupes reftent immobiles , ce qui entraîne pour la
Compagnie une dépenſe journalière de 500 l . ft.
Un plaifant réduifant cette fomme à 480 liv . fterl .
par jour , en tire le nombre rond de 20 liv. fterl.
par heure , & calcule , d'après cela , ce qu'il en coûte
à la Compagnie , en éloquence , pour les débats
des deux premières Séances feulement.
M. Erskine a parlé 5 heures & demie , 1301. ft.
M. Rous , 2 heures ,
Sir Grey Cooper , 1 heure ,
M. John Scott , 1 heure & demie ,
Colonel Barré , une demi-heure ,..
Col. Fullarton , une demi-heure ,..
M. Grenville , 1 heure ,.
M. Powis , une demi-heure ,
M. Baftard , un quart- d'heure ,.
M. Thornton , un quart-d'heure,.
M. Shéridan , 2 heures un quart ,.
M. Dundas , 3 heures un quart ,.
M. Pulteney , un quart-d'heure ,
M. Baring , un quart-d'heure ,
M. Fox , I heure
40
20
3༠
10
IO
20
10
5
5.
45
50
5
5.
3 quarts , 35
.440 1. ft.
TOTAL ...
Les infortunés Actionnaires , ajoute le Calculateur
, ne pourroient-ils pas s'écrier :
Fecifti probe ; incertior fum multùm quam dudum ?
Le 10 , les Communes ont accordé
à M. Gilbert , de préfenter fon Bill , annoncé
depuis l'année dernière , pour le
foulagement & l'emploi des pauvres. Il
V]
( 228 )
a été réglé qu'il en feroit fait une première
lecture ; qu'il feroit enfaite imprimé,
& que la feconde lecture n'auroir lieu
qu'à la Seffion prochaine , afin de donner
le temps aux Membres du Parlement de
pefer & d'examiner mûrement ce projet
de loi.
a Lorfque M. Gilbert occupa l'année dernière
la Chambre de cet objet , il cita entr'autres exemples
de la pauvreté & de la dépreffion de certains individus
recommandables , celui d'un pauvre Curé
Gallois , qui , avec 30 liv. fterl. ( moins de 700
liv. tournois ) , foutenoit une femme & cinq enfans
. Un Membre des Communes , attentif à cette
particularité , en fit part au Duc de Chandos. Ce
Seigneur , frappé de la malheureuſe fituation du
Miniftre , pria fon ami de prendre des informations
fur la vérité de ce récit & fur le caractère de
l'homme, & le chargeant , files circonstances étoient
telles qu'on les dépeignoit,de luipréfenter un billet
de banque de zo liv. fterl. avec l'affurance de fa protection
à l'avenir. Le particulier trouva dans la
perfonne du Curé un homme de mérite , entonré
d'enfans à demi-nads , mais élevés de manière à
faire honneur à l'affiduité & aux principes de leur
père. Le préfent vint fort à propos , on l'accepta
avec reconnoiffance , & il amera dans la famille
un changement très-heureux. Mais la bienfaisance
du Duc ne fe borna pas là. Un bénéfice d'environ
100 liv . fterl. par an s'étant préfenté à fa nomination
quelques jours après , il y nomma, de fon propre
mouvement, le bon Curé , & lui écrivit une lettre
dans laquelle il fe difoit heureux de pouvoir contribuer
au bonheur d'un galant homme, »›
Les Communes d'Irlande avoient paffé
( 229 )
un Bill qui réduifoit de fix à cinq pour
cent , l'intérêt légal de l'argent dans ce
Royaume , mais cet A&te , porté à la Chambre
des Pairs , y a été rejeté par une
majorité de onze voix , après un débat
long , & une information très- ſcrupuleufe.
Les nouvelles clautes par lesquelles M.
Pitt, a limité fon Bill de l'Inde , font les
fuivantes .
Par la première , le Bureau de Contrôle ne
pourra ordonner le paiement d'aucunes troupes,
que l'état de ces troupes n'ait été conftaté par la
Chambre , qui fixera leur paiement ſur leur nombre
déterminé.
La 2. , avec un amendement propofé par M.
Baring, & adopté par le Miniftre , ne permet
au Bureau de Contrôle d'accorder aucune augmentation
de falaires que fur la demande des Directeurs
; & cette augmentation , fes motifs , fa
quotité , feront foumis à la Chambre pour être
approuvés par elle .
La 3. porte qu'aucune gratification ni récompenfe
ne fera accordée aux Employés de la Compagnie
, fans l'autorifation du Parlement.
e
La 4. règle que tous les ans , dans quatre mois ,
à compter du 1er mars , il fera mis fous les yeux
de la Chambre , un état des revenus & des dépenfes
de la Compagnie des Indes.
FRANC E..
De Verfailles , le 19 Mars.
Le Roi a nommé à l'Abbaye du Mont230
)
Saint-Michel , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
d'Avranches , l'Evêque de Metz ,
Grand-Aumônier de France ; & à l'Abbaye
de Saint-Nicolas-aux-Bois , même
Ordre , Diocèfe de Laon , l'Evêque-
Duc de Laon , Grand- Aumônier de la
Reine .
Le 16 , dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Monfieur , de Madame , de Monfeigneur
Comte d'Artois , & de Madame Elifabeth de
France, s'eft rendu à la Chapelle du Château , où ,
après avoir affifté à la Bénédiction des Palmes & à
la Proceffion , il a entendu la Grand'Meffe , chantée
par fa Mufique , & célébrée par l'Abbé de
Ganderatz , Chapelain de la grande Chapelle. La
Comteffe François de Beaumont y a fait la quête.
Ce jour , Leurs Majeftés & la Famile Royale
ont figné le contrat de mariage du Comte de Gouvello
, Capitaine de Dragons au régiment de Monfieur
, avec la Comteffe de Dampierre , Chanoineffe
d'Epinal.
La Comteffe de Poret a eu , le même jour
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale par la Comteffe de Sommièvre ,
Dame pour accompagner Madame Adélaïde de
France.
Le lendemain , Madame Elifabeth de France
s'eft rendue à l'Eglife de la Paroiffe Notre-Dame ,
où elle a communié des mains de l'Evêque de
Senlis , premier Aumônier du Roi ; la Comteffe
Diane de Polignac , fa Dame d'honneur , & la
Marquife de Sérent , fa Dame d'atours , tenant la
nappe.
Madame Adélaïde de France s'eft également
rendue , le même jour , à la même Eglife , où elle
a communié des mains de l'Evêque de Pergame ,
( +231 )
fon premier Aumônier ; la Ducheffe de Beauvil
liers , première Douairière , Dame pour accompa
fa gner cette Princeffe , & la Ducheffe de Laval ,
Dame d'atours , tenant la nappe.
Madame Victoire de France sy eft auffi rendue
, le même jour , & y a communié des mains
de l'Evêque d'Evreux , fon premier Aumônier; la
Princeffe de Chimay , Dame pour accompagner
cette Princeffe , & la Vicomteffe de Talaru , Dame
pour accompagner Madame Adélaïde , tenant la
nappe.
Le 19 , Monfieur s'eft rendu en cérémonie
à l'Eglife de la Paroiffe Notre- Dame , où il à
communié des mains de l'Evêque de Séez , fon
premier Aumônier ; le Duc d'Havré & le Duc de
Lévis , Capitaines des Gardes-du- Corps de ce
Prince , tenant la nappe.
De Paris , le 26 Mars.
Edit du Roi , donné à Verfailles au mois
de janvier 1788 , regiftré en la Chambre
des Comptes le 15 mars fuivant , portant
fuppreffion de diverfes Charges de la Maifon
de la Reine .
« Louis, &c. Par notre Réglement du 9 Août
dernier , nous avons annoncé que la Reine , notre
chère époufe & compagne , defirant concourir
avec nous à l'exécution des projets d'économie
qu'exige en ce moment l'état de nos finances ,
avoit arrêté un plan de réforme pour les dépenfes
de fa Maifon , qui devoit produire un bénéfice
actuel pour le Tréfor Royal de plus de neuf cents
mille livres ; il auroit été fatisfaifant pour nous que
cette opération eût pu s'exécuter fans exiger aucune
fuppreffion des Charges de la Maiſon de la Reine ;
mais nous avons reconnu qu'il étoit impoffible
( 232 )
d'établir les économies propofées fans retrancher
un nombre affez confidérable de ces Charges , furtout
dans la partie des Offices où elles font le plus .
multipliées. Ces Charges ayant été par leur inftitution
affimilées , tant pour leurs priviléges que
pour leurs fonctions , à celles qui exiftoient ci-devant
dans notre Maifon , nous avons penſé qu'il
étoit de notre juftice d'en traiter les titulaires avec
la même faveur dont nous avions ufé envers les
Officiers de notre Maiſon , lors de la réforme que
nous y avons faite par notre Edit du mois d'Août
1780. En conféquence , après avoir arrêté & liquidé
les finances des Charges compriſes dans la
fuppreffion , d'après les états qui nous ont été
fournis , nous avons réfolu d'en ordonner le rembourfement
dins l'efpace de cinq années, en payant
en attendant cinq pour cent d'intérêt fans retenue ,
& en laiffant aux Titulaires la faculté de convertir
le tout ou partie des capitaux en rentes viagères ,
foit à dix pour cent fur leur tête , foit à neuf pour
cent fur leur tête & celle de leurs femmes où de
l'un de leurs enfans ; l'une & l'autre rente fujettes
au dixième. Le même principe de juftice nous a
déterminé à conferver à ceux des Officiers fupprimés
après vingt ans de fervice , ou dont les
pères auroient poffédé des Offices dans notre
Maifon ou dans celle de la Reine , la jouiffance
pendant leur vie des priviléges attachés à leurs
Charges, comme s'ils en étoient encore Titulaires, &
à ordonner que les veuve, & les enfans d'aucuns
defdits Officiers qui feroient morts en poffeffion de
leurs Charges avant la publication de notre préſent
Edit , en foient remboursés . A ces caufes , &c . »
Edit du Roi, donné à Verfailles au mois
de février 1788 , regiftré en Parlement le
14 mars fuivant , par lequel le Roi ordonne
la démolition ou la vente des châ(
233 )
teaux de la Muette , Madrid , Vincennes
& Blois , & l'aliénation de celles des maifons
dont S. M. eft propriétaire à Paris ,
& qui ne font pas comprifes dans les plans
& projets définitivement arrêtés pour l'ifolement
du château du Louvre.
PAYS- BAS.
9
De Bruxelles , le 22 Mars 1788.
Le Gouvernement paroît enfin avoir
adopté un parti de rigueur pour mettre
fin au ſcandale dont l'Univerfité de Louvain
le fatigue , ainfi que toute l'Europe ,
pour des billevefées qui auroient mis nos
Provinces en cendres fi les habitans
avoient partagé cette étrange refiftance .
Le premier efcadron des dragons d'Ar
berg , le 3. bataillon de Ligne & un ba
taillon de Clairfait , font entrés , le 3,
à Louvain ; deux canons font braqués
fur la place , les gardes nombreuſes , &
les patrouilles fréquentes. L'arrivée de ces
troupes avoit été précédée de quelques
événemens dont nous rendrons compte
brièvement. Les Oppofans , comme nous
l'avons dit , déclarèrent un schifme formel
, en s'affemblant au Collège du Pore,
& en défignant pour Recteur le Docteur
Clavers, caffé par le Gouvernement , des
Doyens , & c . Le 29 février , on entoura
de gardes ce Collège du Porc , dont les
( 234 )
Profeffeurs n'ofèrent s'affembler , crainte
d'être arrêtés . En effet , l'ordre de les conftituer
prifonniers étoit précis & vigoureux
; le nouveau Redeur l'avoit communiqué
par lettre à chacun des réfractaires
. Une feconde miffive du même
Supérieur leur notifia leur caffation de
toutes charges & fonations Académiques,
les menaçant d'employer la force en cas
d'ultérieure défobéiffance .
· Celle des Etudians a fuivi l'expulfion
des Maîtres. La plupart s'étant abſentés
des leçons , le Gouvernement a cru les
ramener par un refcrit que nous devons
rapporter.
« Marie Chriftine , &c. Albert , &c . Vénérables ,
chers & bien-amés. Etant informés que depuis le
15 janvier , jour fixé pour l'ouverture de leçons
publiques de Théologie dans l'Univerfité de Louvain
, fur le pied prefcrit par l'Empereur , aucun
Théologien ne s'y eft préfenté , pas même ceux
qui jouiffent dans les différens Colleges des bourfes
fondées pour les études de cette fcience ; nous
avons jugé qu'il étoit de la juftice , autant que
convenable d'ailleurs , de pourvoir efficacement à
ce qu'on n'abufe pas ainfi des reffources des Colléges
ni des fondations , qui ne font établis qu'en
faveur de ceux qui fréquentent les Ecoles publiques
de Théologie ; en conféquence , nous vous
chargeons par la préfente, de l'avis du Confeil Royal
du Gouvernement , d'émaner & de faire afficher
dans la journée de demain , un mandement portant
ordre à tous les Théologiens de fréquenter , fans
faute , les leçons publiques de Théologie , à com235
)
hencer au plus tard du lundi 10 de ce mois ; à
peine contre ceux qui n'y comparoîtront pas ce
jour-là , & ne continueront pas de les fréquenter
avec l'attention & l'affiduité requises , d'être rayés
de la matricule , & contraints de fortir des Colléges
; & à peine , au furplus , contre ceux qui
font pourvus de quelques bourfes ou fondations ,
d'en être privés ; peine que vous , Recteur , aurez
à décréter & à faire exécuter fans diffimulation ,
à la charge de ceux qui feront trouvés défaillans.
Nous nous attendons d'autant plus aux effets
de leur foumiffion , qu'outre que les devoirs de
citoyens & de bons chrétiens fe réuniffent pour
les y déterminer , on ne peut regarder la conduite
contraire qu'ils ont tenue jufqu'ici , que comme
l'effet d'une féduction répréhenfible , & qu'il feroit
fâcheux pour eux de devenir victimes des pi'ges
qu'on leur a tendus. A tant , vénérables , chers &
bien amés , Dieu vous ait en fa fainte garde. >>
Nonobftant ces menaces , la défertion
eft devenue générale. Les Étudians en
philofophie ont quitté leur College &
la Ville même , en menaçant de leur
vengeance ceux de leurs camarades qui
rentreroient à l'Univerfité . Tous les penfionnaires,
à l'exception de trois Irlandois ,
ont auffi quitté la Ville : cet exemple a
été imité par les Séminariftes Nationaux .
L'anniverfaire du Prince Statdhouder ,
le 8 , a été célébré avec éclat , par une
illumination générale dans les Sept- Provinces
-Unies , excepté à Nimègue , à
Arneim & Zuphten en Guèldre , les Régences
ayant craint que cette allégreffe ne
( 236 )
1
devint fatale au repos public. On apprend
cependant , que la fête n'a été troublée
par aucun excès . A Amfterdam , entr'autres
, elle a été célébrée avec autant de
calme que dans les temps paifibles .
Le Chevalier Harris a revêtu le cara&
ère d'Ambaffadeur extraordinaire &
Plénipotentiaire de la Grande - Bretagne ,
& a remis en cette qualité , au Préfident
de L. H. P. , la lettre de créance
de S. M. B.
Le lendemain , S. E. a rendu en pompe
'une vifite de cérémonie au Prince Statdhouder,
qui la lui a rendue le jour fuivantt.
Diverfes Feuilles publiques ont rapporté
un défaftre arrivé fur la côte de
Coromandel , défaftre dont on ne paroît
pas être encore inftruit en Angleterre ,
& dont les particularités fe trouvent dans
la lettre fuivante , écrite de Tranquebar, le
13 juin 1787.
« Toute la côte de Coromandel , particulièrement
la partie du Nord , a effuyé , le 20 du mois
dernier, un ouragan , dont les effets ont été des plus
terribles. Le 17 mai , le vent commença à fouffler
du nord-est avec violence . Le 18 , il augmenta en
force , & le ciel fe couvrit de nuages épais :le 19 ,
il annonçoit déjà une tempête formelle par des
grains continuels & un horizon tout- à- fait obfcurci.
Enfin le 20 , l'ouragan éclata avec une fureur ,
dont il fera d'autant plus difficile de perdre le
fouvenir , que les traces en font profondes , &
qu'on ne réparera pas aifément les ravages dont
( 237 )
le pays offre par-tout le fpectacle. Il n'eft prefque
pas d'endroit fur cette côte , tant dans la partie
qu'occupent les Danois & les Hollandois , que
dans celle qui avoifine les établiffemens Anglois ,
qui n'ait été dévasté . Un diſtrict , nommé Uppora,
habité par des Tifferands , a été englouti avec
tous ces infortunés par la mer , qui s'éleva à 14
pieds au- deffus du niveau , & inonda la contrée
à quelques lieues de diſtance. L'on ne fauroit calculer
le nombre d'habitans qui ont péri dans l'eau :
dans nos environs on le fait monter à 12 ou 13
mille hommes. Dans les diftris Anglois , cette
perte n'eft pas moins confidérable. L'on compte
que 9 dixièmes parties de la population de ces
contrées a péri. Jagernaporam , place appartenant
aux Hollandois , eft totalement ruinée . La ville de
Coringa n'existe plus : tout a été entraîné par les
vagues ; & de tous les habitans , 4 ou 5 hommes
feulement ont pu fauver leur vie fur des palmiers.
L'irruption fubite de la mer , qui s'éleva tout-àcoup
à une hauteur où on ne l'a jamais vue ,
empêcha le malheureux peuple de cette contrée
de trouver fon falut dans une prompte fuite . D'ail
leurs l'inondation étoit générale , & part-tout où
l'on portoit les pas , l'eau étoit déjà montée plus
haut que les maifons les plus élevées ; celles - ci
ne purent réfifter au choc des vague , il n'en
refta que peu fur pied ; les plus gros arbres furent
renverfés, déracinés & emportés ; les navires furent
jetés fur la terre , & firent naufrage au milieu des
champs. Le ciel n'a repris fa férénité que lentement
: la force du vent a duré , quoiqu'à un moindre
degré , jufqu'au 28 mai . Alors les eaux , qui
étoient entrées fur les terres jufqu'à la diftance de
dix lieues du rivage , fe retirerent , & l'on vit
toute la contrée jonchée de débris de maifons.
de vaiffeaux , de meubles , fur-tout de cadavres .
?
( 238 )
Ceux-ci font en fi grand nombre , qu'on craint
avec raifon que l'air n'en foit infecté. Le dégât du
pays ne préſente en même-temps que la plus triſte
perfpective. »
Les derniers Couriers ne nous apprennent
rien d'ultérieur fur les événemens
dans la Moldavie. La fommation faite au
Pacha de Choczim par le Prince de Saxe-
Cobourg, paroît confifter fimplement dans
l'envoi de la Déclaration de guerre à ce
Pacha. Celui - ci a commencé par incendier
les faubourgs de la place , & par fe
mettre en pofture de défenſe . Les Ruffes
de ce côté là manquent de vivres & d'artillerie
, & dans l'état de foibleffe où ils
ſe trouvent , prefque tout le fardeau des
premières expéditions retomberoit fur les
Autrichiens.
L'on croit que le Général de Vins , en informant
l'Empereur de la réfiftance opiniâtre & intrépide
que faifoient par-tout les Turcs , lui a
repréſenté qu'au lieu d'attaquer pendant l'hiver les
petites places Ottomanes qui bordent la Frontière ,
toutes bien pourvues de troupes & d'artillerie , &
de facrifier ainfi un grand nombre de braves gens ,
il feroit beaucoup plus avantageux de différer ces
opérations , jufqu'à ce qu'une faifon plus favorable
permît le tranſport de l'artillerie néceffaire , & que
l'armée entrant & campant en Bofnie , pût foutenir
les attaques de fes divers détachemens. L'on
ne doute point que l'Empereur ne fuive ce confeil
, vu que l'expérience a appris que le projet
adopté jufqu'à préfent , & fondé apparemment fur
l'idée qu'on avoit de la foibleffe de l'ennemi ,
d'emporter fucceffivement les places Ottomanes ’
( 239 )
par des coups de main , eft abfolument impraticable.
Quant aux plus récentes dépêches de la
Croatie , elles font arrivées le 4 , avec
la mince particularité fuivante .
Le Major général de Wallifch ayant appris qu'un
détachement de Turcs fe rendoit vers Gerp , Of
trovicza & Bihacz , détacha le Major Monachevich
avec, 600 hommes à Grahovoh , pour s'oppofer à
la marche de l'ennemi . Ce Major, arrivé à fon poſte
le 26 février , fut inftruit qu'un corps de Turcs
venant de Glamoch , s'étoit pofté près Sobora , fur
la rivière d'Unna ; il s'y rendit avec fa troupe
attaqua l'ennemi , le battit , & força les fuyards
de fe jeter dans la rivière , où le plus grand nombre
a péri. Le combat a duré près de trois heures :
40 Turcs font reftés fur la place.
Le 28 février , un détachement de Turcs attaqua
un pofte près de Szerp ; l'action a duré une heure :
l'ennemi n'a pas pu le forcer & s'eft retiré. Nous
avons eu 6 morts & 8 bleffés .
L'attaque que l'ennemi a tentée le 2 mars , fur
Paunovaz , n'a pas mieux réuffi ; notre perte
en tués & bleffés à cette occafion monte à 26
hommes.
P. S. M. du M** . de la Pl **. a pris la peine , dans
le Journal de Paris , du 24 mars , de nous apprendre
ce que fignifioit le mot impeachment , & de s'étonner
de notre ignorance à cet égard. Il fonde fa critique
fur ce que nous avons parlé des articles d'impeachment
portés contre le Chevalier Impey, & des fix
charges qui compofent cet impeachment . M. du M**.
de la Pl**. nous permettra-t-il de lui faire obſerver
qu'avant lui nous avons donné dans ce Journal , au
moins dix fois , la définition de l'impeachment , décret
d'accufation émané de la Chambre Baffe , & fou
mis aujugement de la Cour des Pairs. Si ce Journal
( 240 )
devoit renfermer des leçons de Jutifprudence Angloffe
, il nous eût été fort aifé de développer cette
définition ; mais quiconque a lu l'hiftoire d'Angleterre
, Blackflone , ou Delolme , en fait là - deflus plus
que nous ne pouvions lui en enſeigner. Les articles
d'impeachement , les charges qui compofent l'impeas,
chment du Chevalier Impey , font les articles d'accufation
dénoncés à la Chambre , & qu'elle convertira
ou non en Bill d'impeachment. L'accufateur , impetitor
, demande & motive la pourſuite impeachment
; les Communes la convertiffent en Acte ou
Bill ; da Chambre Haute , Cour Suprême de Juftice
, prononce fur ce Bill . Nous ne nous fommes
donc fervi d'aucun terme impropre . Si M. du M**.
della Pllifoit des Papiers & les pamphlets Anglois,
il auroit trouvé parmi ces derniers , The articles of
Impeachment exhibitedagainf SirElijah-Impey, &c.
Ce n'est ici , ce me femble , qu'une chicane de
mots. Nous avons renvoyé ceux de nos Lecteurs ,
curieux de s'inftruire de cette forme de procédure,,.
au grand Recueil des State Trials. On peut recourir
encore au Dictionnaire Anglois des termes de loix ,
par M. Jacob , &c nous ferions peut-être dans le cas
de prouver à M. duM**. de la Pl**. que ces recueils
nous font probablementauffi familiers qu'à lui.
Son érudition eûtété mienx employée à relever
urte groffière & ,volontaire erreur de quelques
Feuilles publiques , qui ont appelé l'impeachment de
M. Haflings , un JUGEMENT. C'est à cette erreur
d'intention que M. du M. de laPl , pouvoit ap
pliquer fes remarques , en rappelant la belle maxime
d'un des plus célèbres Jurifconfultes de la
Grande-Bretagne , It is the glorious prerogative of
Englishmen not to admit a fuppofition of guilt , before
trial. "C'EST LA GLORIEUSE PRÉROGATIVE DES
ANGLOIS , DE NE JAMAIS ADMETTRE LA SUPPOSITION
DU CRIME, AVANT LE JUGEMENT,
LIVRES NOUVEAUX.
CUVRES du Préfident || Pénitens & des Confef-
Bouhier , recueillies &
mifes en ordre , avec des
Notes & Additions , par
M. Joly de Bevy, in -folio,
tome II , Dijon , Frantin ;
Paris , Delalain , aîné ,
rue Saint-Jacques.
||
feurs , in- 8. le même.
Confiderations fur l'Ef
prit & les Meeurs , in-8.
Gaftelier , rue Neuve-
Notre - Dame.
Les Vifites du jour de
l'an , ou les Étrennes de
1788 ; le même.
Papiers tableaux propres
à la confection des
Terricts , in - 4 . par M.
Aubry de Saint - Vibert ,
rue de la Vieille- Monnoie.
La Vie de Frédéric ,
Baron de Trenck , traduite
de l'Allemand , par
M. le Tourneur , 3 vol .
in-12.avec fig. prix, 7 liv.
10f. brochés, & 8 liv. f.
francs de port par la pofte
dans tout le Royauine ,
Buiffon , rue des Roiteins
, n . 13.
Inftitutiones Juris Ca- en
nonici , ftudio Martin
2 vol. in- 12 ; Nyon , via
dicta du Jardinet.
Théatre de Sophocle ,
trad. parM.de Rochefort,
a vol. in- 8. le même.
Harangues tirées des
principaux Hiftorians
Grecs, trad. par M.Auger,
2 vol. in-8. le même.
La fin du Bail , ou le
Repas des Fermiers , Divertisement,
en profe &
vaudevilles , pour la
clôture de la Comédie
Italienne ; Belin , rue
Saint-Jacques.
R
La Vertu calomniée
2 part. in- 12. Lagrange
rue Saint-Honoré.
Lettres de Mademoiſelle
Mal -Aiffé à Madame de
C ***, in-12 . le même.
Réflexions fur le projet
Procès-verbal de l'Af- d'éloigner du milieu de
femblée de Picardie, in -4. Paris les tueries de bef-
Onfroi , quai des Auguftiaux & les fonderies des
fuifs , in-8. Gueffier , rue
Traité des devoirs des de la Harpe.
tins.
Principes de cavalerie ,
par M. de Boifdeffre ,
in- 12. Didor , fils aîné ,
rue Dauphine.
Hiftoire de la Vie de
nonville ; Simon , rue
Pagevin.
Quatrième Cahier d'A
rabefques , delinés par
Lavallée - Poullin ; les
Jefus Chrift , par M.Com- frères Guyot, rue Sainr
pans, 2 vol. in- 12 . Varin,
rue du Petit Pont.
GRAVURES.
Le Défir amoureux ,
Eftampe , par Mexelle ,
jeune , Pavart , rue Saint
Jacques.
Vues des principaux
Jardins Anglois qui font
en France, no. 2 , Erme- Il
Jacques .
Vue de la Maifon de
M. Roulleau , au bas de
Montmartre , & celle de
l'Orangerie de l'Hôtel de
Boifgelin; les frères Cam
pion , rue Saint-Jacques.
Coftumes Espagnols ,
troifième Livrailon , gras
vés par M. de Verre, rue
des Grands degrés,n ° .17.
Le prix de l'abonnement eft de trente livres pou
Paris ; trente-deux livres pour la Province. Il faut
affranchir le port des lettres & de l'argent. On fouf
crit hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'adreffen
au lieur Gura , Directeur du Bureau du Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères