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1787, 05-06, n. 18-26 (5, 12, 19, 26 mai, 2, 9, 16, 23, 30 juin)
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MERCURE
DE FRANCE,
=
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours;les Pièces Fugitives nouvelles
envers& enproſe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Désouvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spec
racles; les Causes Célebres ;les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts; lesAvis particuliers , &c. &c.
SAMEDIS ΜΑΙ 1787 .
biolbna
APARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou;
rue des Poitevins , Nº. 17 .
Avec Apprciation & Brevet du Roi.
A
TABLE
PIÈCES
Du mois d'Avril 1787.
INCES FUGITIVES .
Colbert & Louvois ,
Couplets,
Romance Marotique ,
Eſſai d'un Traité Elémentaire
3 deMorale, 69
LesAstronomiques , 71
6La Science dela Législation ,
104
49 Opuscules Poétiques,
116
Lejeune Moineau , Fable ,
Chanson, 51
Quatrain à Mme la Vicomtesse
de C*** . 97
Ga'erie de l'Ancienne Cour ,
119
Commentaires de César , 127
151 Vers à Mme la Marquise de Le Bhagwat Geeta ,
la P ..... 98 La Journéedes Enfans, 165
Traduction de l'Ode d'Ho- Histoire Abrégéede l'Eglife ,
race ,
ib. 169
Couplets à MmePé*** , 99 VARIÉτές .
Cranſon àMme la Marquise Lettre au Rédacteur du Merd'El
... , 101 cure,
AM. l'Abbé de Moncy, 145 SPECTACLES .
Idylle à Zulmé ,
L'Oranger , Fable ,
6
26
14 Concert Spirituel , 32 , 171
148 Acad. Royale deMusiq. 77 ,
Charades, Enigmes & Logo- 133 , 177
gryphes , 7 , 13 , 102 , 149. Comédie Françoise , 34, 84,
NOUVELLES LITTÉR .
Cuvres de Cicéron ,
182
9 ComédieItalienne , 88 , 183
Essaisur le Lait , 22Annonces& Notices , 43 ,194,
@uvres choifiesdeM. Dorat, 142 , 187
55
A Paris de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe, près S. Come.
Compl, sets
nijhoff
7410
24009
MERC URE
DE FRANCE. -
SAMEDI S MAI 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
SUR la Perte de M. DE VERGENNES.
L'AMOUR 'AMOUR du bien public fans ceſſe l'anima ;
Pour ſervir ſa patrie il fut tout entreprendre ;
Et les pleurs qu'à la mort la France lui donna ,
Sont les ſeuls qu'il lui fit répandre.
(ParM. Villiers. )
MERCURE
Bouts- rimés qu'on avoit proposés.
I.
Des aquilons fougueux je brave la.. bouraſque ,
Pourvu que du gibier je ſente le. fumet ;
Quandje cours après lui, plus léger que le Basque ,
J'oublie en bordiſſant la Cour & le . • plumet.
Dans les champs, ſur les monts je ne
crainspoint la. fièvre
Qui tourmente un Joueur courbé ſur un
Mes amis , croyez-moi , celui qui court le
Eſt sûr de retarder l'inſtant du .
billard.
lièvre
corbillard.
..
•
( Par M. B. , ancien Officier de Dragons. )
II.
L'on vit Damon braver le vent & la.. bouraſques
Atable, de fon rôt ſavourant le . .. fumet ,
Fortune vint le voir en courant comme un Basque;
Il porta tour-à-tour la robe & le. .. plumet;
Sut vivre fans chagrin, fans aucun mal ni fièvre ,
Fut grand joueur de dame ainſi que de billard.
Hier , pauvre Damon ! las , tu courois le lièvre ,
Et l'on court aujourd'hui pour voir ton corbillard.
i
S
DE FRANCE.
III.
• .. ATABLE bien afſis je nargue la
Quand;'ytrouve bon vin , gibier à bon
J'en forstoujours agile & légercommeun
J'exclus de mes plaiſirs petit- maître &..
Mon régime à coup sûr lui donneroit la
Je bloque à volonté dans le jeu du.
Tour-à-tour j'aime &bois, je danſe &
cours le.
bourasque ,
fumet;
Basque ;
plumet ;
fièvre .
bil.ard;
lièvre ;
C'eſt ainſi que j'attends ma place au .. corbillard.
(Par un Abonné. )
IV.
DES Autans déchaînés affrontant la
Certain Chaffeur vantoit du gibier le...
Grand amateur de gloire , & courant
.. bourasque,
fumet ;
comme un . .. Basque,
UnChevalier vantoit le caſque & le. plumet.
Tous deux étoient heureux; mais la terrible
• fièvre ,
Vifitant unmatin le couple ba. billard,
Prend mon brave Chaſſeur au gîte comme
un .. lièvre ,
Et n'offre au Chevalier qu'un fatal . .. corbillard.
(Par M. Laurent de Charleville. )
A iij
6 MERCURE
V.
SALOMON nous l'adit , ici tout eſt .
De la perdrix au point nous goûtons le
.. bourasque.
fumet ,
Basque,
Tandis que la mort trotte après nous
comme un. •
Moiſſonnant le robin , le bourgeois, le plumet.
• Cette fille du ſtyx , la dévorante
Nous carambole tous ſur le vaſte.
..
Et tel qui dans les champs aujourd'hui
court le.
Dormira dès demain au fond d'un .
fièvre,
. • billard;
lièvre ,
• • corbillard.
...
VI.
A LA Cour , où chacun doit craindre la bouraſque,
La faveur est un plat d'un merveilleux.. fumet
La fortune en ce lieu va toujours comme
un. .. Basque ,
Ne reſpectant jamais ni rabat ni. .. plumet.
A plus d'un grand Seigneur elle donnela füvre ,
Soit qu'il perde auloto, ſoit qu'il gagne au billard;
L'intrigue donne à tous des oreilles de.. lièvre;
Et pour eux la diſgrâce eſt un vrai. corbillard. ..
( Par M. D. A. S. G. D. P. D. F. )
DE FRANCE. 7.
VIL
Le calme eft tôt ou tard ſuivi de la.
Des mets les plus exquis ſavourant le.
Lindor étoit robuſte , agile comme un
Et promenoit l'Amour ſous ſon heureux
Que vois-je ? ô ciel ! il meurtvictime de la
-
•
bouraſque.
fumet ,
Basque
plumet.
fièvre.
Maîtreffe , Pharaon, jeu de Paulme &...
La truffe , le bon vin, la perdrix & le ...
billard ,
lièvre ,
Tout fuit.... je ne vois plus qu'un morne corbillard.
( Par le Berger du Gouzon. )
VIIL.
L'INQUIET courtiſan craignant une
Souvent d'un bon repas ne prend que le
Sans ceffeon l'apperçoit courir ainſi qu'un
On voit briller par- tout ſon ſuperbe
Le moindre événement va lui donner la
. bouraſque ,
fumet;
Basque ;
• plumet.
fièvre :
Tout auffi balloté qu'une boule au. .. billard,
Il a moinsde repos que n'en goûte le... lièvre ,
Etn'eſt tranquille enfin que dans le corbillard.
(Par M. Laucothe. )
IX.
En auromne , en hiver je brave la... bouraſque ;
Suivant avec mon chien le gabier au. fumet ,
J'arpenre les forêts,& courant comme un Bosque,
1 J'abandonne ſans peine au faquin le .. plumet.
Aiv
४ MERCURE
En m'exerçant ainfi je ne crains point la fievre.
De retour au logis je monte à mon . billard;
La, j'attends fort gaiement qu'on ait
ſervi le .
Aqui de mon carnier je fis un.
..
...
....
lièvre,
corbillard.
(Par un Amateur de la Chaffe. )
Bouts - rimés à remplir :
ARBRE ,
CORAIL,
MARBRE ,
BERCAIL,
VANILLE,
SEUIL ,
CHENILLE ,
ÉCUEIL.
Explication de la Charade , de l'énigme &
duLogogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Mouchoir ; celui
de l'Enigme eſt Anachronisme ; celui du Logogryphe
eſt Odeur , où l'on trouve Ode ,
roue , Oder ( rivière où le Duc Léopold de
Brunswick a terminé glorieuſement ſa carvière.
)
DE FRANCE.
9
CHARADE.
UN
Nmotlatin , Lecteur,, tedonne mon premier;
Ettu manges mon tout lorſqu'il eſt mon dernier,
(Par M. H.... , Commis de la Guerre. )
ÉNIGME.
LECTEUR , je naquis au moulin :
Déjàtu vois non ignorance ;
Mais doucement, ne juges point d'avance ;
Vois plutôt combien le deſtin
Eſt pour moi fantaſque & bizarre !
Je plais en même-temps au prodigue , à l'avare ,
Pourvu que je fois en valeur ;
On me trouve chez l'Imprimeur
Comme chez l'homme de Finance ;
Tantôt je ſuis un vrai puits de ſcience ;
Le plus ſouvent je ſuis vraiment un fot ;
Quelquefois je dis tout , ou bienje ne dis mot;
Je ſers l'amant & fa maîtreffe;
1.
Je fais le mal, je fais le bien;
Mais c'eſt ſur-tout lorſqu'on me preffe
Que je ne fais refuſer rien ;
Enfin je ſuis par-tout , chez le Marchand dépice ,
Le Copiſte & le Parfumeur ;
Chez tous ces Meſſieurs de justice;
Ay
10 MERCURE
Dans vos mains, chez un Procureur ;
Chez l'Avocat & le Notaire ,
Bien m'eux encor chez un Libraire ;
Mais le beau de la vérité ,
C'eſt que par moi l'on connoît l'art de plaire ,
Et que je conduirai Voltaire
Al'immortalité.
(Par M. L... , Chirurgien Ma des Dragons
de la Rochefoucauld. )
LOGOGRYPΗ Ε.
LECTEUR , ſous deux aſpects ſi tu me confidères,
Deux différens caractères.
S'offriront à tes regards.
Sous l'un je peux foudroyer les remparts ,
Sous l'autre je vole légère.
Sous l'un je plais au militaire ,
Sous le ſecond je plais au fat ;
Toujours on me voit au combat,
Toujours je ſuis à la toilette.
Ma victoire devient complette
Quand on fait que toujours je reſte féminin.
Je marche ſur fix pieds le ſoir & le matin.
Décompoſes mon corps, cherches &delibères
Tu verras un pays ignoré de nos pères ;
Le méal enchanteur & toujours recherché;
Unton de la mutique ; un ficuve d'Italic;
DE FRANCE, 1
Une ville de Normandie ;
Un reſſort d'une montre , avec la qualité
Que doit av oir tout corps pour ne pas être tendre ;
Ce que dans une ville on doit toujours trouver ;
Ce qui dans la muſique àdeux doit ſejouer ;
Ce qu'Horace ſur-tout a ſu ſi bien nous rendre ;
Ce que.... Mais c'eſt aſſez ,& je me tais ;
Carun peu plus je me découvrirois.
(Par M. de Bourrienne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ZOROASTRE , Confucius & Mahomet ,
comparés comme Sectaires , Législateurs
&Moralistes , avec le Tableau de leurs
Dogmes,de leurs Loix & de leur Morale;
par M. de Paſtorer , Conſeiller de la Cour
des Aides , de l'Académie des Infcriptions
& Belles - Lettres, de celles de Madrid ,
Florence , Cortone , &c. &c .
Infirına quamquam nequeant fubfiftere vires ,
Incipiam tamen. Tibulle, Liv. 4, Élég. 1 .
A Paris , chez Buiffon, Libraire , hôtel de
Meſgrigny, rue des Poitevins. Prix , 4 liv .
10 fols broché.
Les premiers éloges ſont dûs au choix de
ee ſujet, le plus beau & le plus philoſophi
Avj
12 MERCURE
que qui pût être propoſé par uneCompagnie
ſavante. On ne fauroit enſuite donner trop
d'éloges à la méthode parfaite par laquelle
M. de Paftoret a fu , par des diviſions & fubdiviſions
heureuſes , fimplifier ce ſujet naturellement
compliqué ; car les diviſions , en
même- temps qu'elles ſemblent multiplier les
objets , les ſimplifient en rendant leurs rapports
plus ſenſibles ,&leur parallèle plus aiſé.
M. de Paftoret traite d'abord en particulier
de ces trois fameux Légiflateurs , comme s'il
n'avoit que chacun d'eux à confidérer ; il
donne une idée de leur vie , de leurs moeurs ,
de leur caractère , de leurs dogmes , de leurs
Loix religieuſes , civiles , criminelles , morales;
& fuivant toujours le même ordre pour
chacun d'eux , il met le Lecteur en état de
prononcer entre-eux fur chacun des objets
reſpectifs ; mais il lui épargne encore le travail
de ce rapprochement, il le fait lui-même ,
&montre comment chacun de ces trois
grands Hommes , inférieur aux deux autres
fur certains objets , reprend la ſupériorité ſur
d'autres objets. Indépendamment même de
ces points de comparaiſon fournis par leurs
écrits&par leur doctrine dogmatique , légiflative
& morale, il les fuit encore dans tous
leurs rapports perſonnels , en ſorte qu'il ne
manque rien au parallèle , & que chacun de
ces perſonnages contribue tour à tour à faire
mieux connoître les deux autres par les avanrages
qu'il a fur eux ou qu'ils ont fur lui ,
comme leurs écrits comparés ſur les mêmes
DE FRANCE . 13
1
objets , donnent une idée plus exacte de leurs
vues & de leurs lumières reſpectives.
La première queſtion qui ſe préſente ſur
Zoroastre c'eſt : a t'il exifté ? La ſeconde :y
a-t'il eu plusieurs Zoroastres ? L'opinion à
laquelle il paroîtqu'il fauts'en tenir , eſt qu'il
n'y a eu qu'un ſeul Zoroastre , qu'il étoit Perſan
, & qu'il vivoit ſous le règne de Darius ,
fils d'Hyſtaſpe. On croit qu'il fut dans ſa jeuneſſe
eſclave d'un Prophète Iſraëlite , mais
en ignore quel fut ce Prophète , car on les
nomme preſque tous ; on trouve du rapport
entre les loix de Zoroastre & celles de Moïse ;
avant de les publier , il s'étoit enſeveli dans
la retraite , au milieu des montagnes , pour
les méditer , & peut- être pour en préparer le
ſuccès à la faveur de prétendues infpirations
ou révélations ; aufli cette retraite eſt-elle
nommée par ſes Diſciples le Voyage de Zoroastre
vers le trône d'Ormusd. Il vécut 77
ans , & cette vie a paru longue , puiſque ſelon
une formule uſitée dans la célébration du
mariage , le Prêtre ſouhaite aux mariés de
vivre autant que Zoroastre.
Quant aux dogmes de Zoroastre , ce qui
les diftingue le plus particulièrement eſt la
vénération pour le feu. Le feu , ſuivant Zoroaftre
, eſt l'enfant d'Ormusd , c'eſt le principe
univerſeldu mouvement & de la vie ;
ilne fait point partie des peines de l'enfer ,
tel que Zoroastre l'a conçu. Employer l'eau
pour éteindre le feu , ſe oit une profanation
punie de mort; les Perſes ne remédient aux
14 MERCURE
incendies qu'en étouffant le feu avec de la
terre , des pierres , des tuiles. Souffler le feu
avec la bouche eſt encore une autre profanation
; c'eſt même manquer de reſpect au feu
que de diminuer fon éclat en l'expoſant au
ſoleil; les autres élémens ont part aufli à ce
reſpect , & reçoivent quelques hommages.
Dans tous les banquets de heligion , qui
étoient fréquens & nombreux , les riches
étoient obligés , par les loix de Zoroastre ,
d'envoyer aux pauvres des mets & de l'argent
pour prendre part à la fête.
La fouillure de l'impureté ſe contractoit
facilement; ainſi les purifications étoient d'un
grand uſage. Les Prêtres avoient des droits
pécuniaires pour cette cérémonie ; & lorfqu'ils
étoient malades , les Médecins qui les
traitoient , n'avoient pour tout honoraire que
leurs prières.
Les loix de Zoroastre invitoient puiſſamment
au mariage. C'eſt un crime énorme de
la partd'un père , d'un frère , d'un tuteur , de
refuſer un époux à la file nubile qui le de
mande. Elle - même devient coupable fi elle
parvient à l'âge de dix-huit ans fans être mariée;
& fi elle meurt vierge , l'enfer l'attend .
Pour éviter ce malheur , les fiançailles ſe
font dès- l'enfance ; aujourd'hui même encore
on les fait à deux ou trois ans dans le Guzarat ;
& auffitôt que la nubilité ſe déclare , le mariage
eſt célébré.
La parenté ne rendoit pas le mariage inceftueux,
ce fut au contraire une raiſon pour
DE FRANCE.
15
l'autoriſer. La loi yinvita ſur-tout entre couſins
germains. Les Perſes crurent, comme les
Juifs , qu'une veuve pouvoit épouſer le frère
de fon mari mort ; mais les Juifs l'exigeoient ,
les Perſesſe contentèrent de le permettre.
Par une ſuite de ces principes , l'impuiffance
étoit flétrie parmi les Perſes; ils la regardoient
comme la punition honteuſe de
quelque crime ſecret, infligée par la Divinité.
Comme tout ſe rapportoit à l'encouragement
de la population , il étoit défendu aux
femmes de ſe marier, lorſqu'elles ne pouvoient
plus avoir d'enfans , & les Rois de
Perſe faifoient des préſens chaque année à
ceux de leurs ſujets qui avoient le plus d'enfans.
Remplir le devoir conjugal une fois au
moins tous les neufjours , eſt une des principales
obligations impoſées au mari.
Zoroastre prononce la peine de mort.contre
un enfant qui répond trois fois à ſon père
ou à ſa mère , ou qui manque trois fois de
leur obéir.
Les pères&mères ne doivent point apprendre
à leurs enfans avant l'âge de cinq ans , ce
que c'eſt que le bien&le mal.
M.de Paſtoret, en rapportant les loix morales
de Zoroastre , obſerve que les Légiflateurs
anciens s'étoient plus attachés que les
modernes à veiller fur les moeurs des Ci
toyens.
"Ne remettez jamais une bonne action an
→ lendemain.
16 MERCURE
ود
>>Ce n'eſt pas aſſez de faire le bien., il faut
le faire avec ſoin & avec intelligence.
>>Celui qui sème des grains eſt auſſi grand
>> devant Ormusd que s'il avoit donné l'être
ود
ود
à cent créatures.
» Le meilleur des Rois eft celui qui rend
la campagne fertile. ,
Telles font les maximes morales les plus
remarquables de Zoroastre.
Dans les loix criminelles , le Légiflateur
paroît s'être attaché à rendre la punition du
coupable profitable aux honnêtes gens. Par
exemple, un des moyens d'expier un crime,
eſt de donner une jeune vierge en mariage à
unSectateur pieux de Zoroastre , ou de céder
àun homme juſte un terrein fertile , ou de
fournir à des Laboureurs les inftrumens ou
les animaux propres au labourage ; cependant
la confiſcation n'avoit point lieu.
Les animaux ſont auſſi ſous la protection
des loix ; il eſt défendu , ſous des peines expreſſes,
de tuer ceux qui font jeunes & qui
peuvent encore être utiles , un agneau , un
chevreau , un coq , une poule , un boeuf, un
cheval; il eft defendu même de frapper les
beſtiaux , de leur faire aucun mal; il eſt enjoint
de leur fournir les chofes dont ils ont
beſoin , de les garantir des rigueurs de la
ſaiſon , & la négligence en pareil cas eſt réputée
un délit.
Apropos de l'infanticide , M. de Paftoret
obſerve avec raiſon que la rigueur excellive
avec laquelle on puniſſoit une fille qui avoit
DE FRANCE. 17
eu le malheur de ſe laiſſer ſéduire, la forçoit
de recourir à ce crime qui outrage la Nature
dans la plus douce de ſes affections.
On rapporte la naiſſance de Confucius à
Pan 551 avant J. C. Loin de s'enfermer dans
la folitude comme les Philoſophes de fon
temps &de ſon pays , il porta ſa doctrine à
laCour des Rois, devint premier Miniſtre du
Royaume de Lou à la Chine , & réforma fa
patrie , qui en avoit beſoin. Il tomba aiſément
dans la diſgrâce d'un Maître , qui , malgre
ſes leçons & ſes exemples , s'étoit jeté
dans les bras de la inolleſſe. Après avoir vécu
dans l'élévation&dans la richeſſe, il éprouva
l'indigence aux approches de la vieilleffe , &
foutint ſon malheur avec beaucoup de conftance&
de dignité. Il a écrit les Annales du
Royaume de Lou ; & outre les Livres appelés
claſſiques , &que ſes Diſciples ont commentés
en les rédigeant, il fut le Rédacteur , &
peut être conſidéré en quelque forte comme
l'Auteur du Chou - King ; il a commencé
l'Yking, Ouvrage attribué à Fohi , & pour
lequel il étoit rempli d'admiration. Il pleura
enmourant ſur ſa patrie. « J'ai tâché , dit il ,
de rendre mes Concitoyens meilleurs ;
l'édifice eſt tombé , tout eſt détruit. Il n'eſt
>> plus de ſages. Les Rois refuſent de ſuivre
» mes maximes,je ne ſuis plus utile ſur la
>> terre, il eſt temps que je la quitte. Il mou
>> rutdans le Royaume de Lou , ſa patrie ,
ود
ود l'an 479 avant J. C., neuf ans avant la
>> naiſſance de Socrate.>>Autant fa perſonne
18 MERCURE
avoit été négligée dans les derniers temps,
autant ſa mémoire fut en vénération ; le Roi
lui même ſentit la perte qu'il avoit faite , &
s'écriadans ſa douleur : " Le ciel eſt mécon-
» tent de moi , puiſqu'il m'enlève Confu-
>> cius. » Ce Philoſophe conſerva toujours ,
au milieu des plus grands dangers comme au
milieu des plus grands malheurs, une âme ferme,
tranquille & inaltérable , & c'eſt ce qui
le caractériſe particulièrement.
Tous les Lettrés ont adopté les dogmes de
Confucius. M. de Paſtoret traite ici avec
quelquedétail la fameuſe queſtion de l'Atheïf
me desChinois ; il rapporte les opinions des
Savans & les raiſons ſur leſquelles les uns&
les autres ſe fondent ; mais il ne décide rien.
En tout, cet ouvrage eſt fait avec beaucoup de
fageffe.
Ce qui concerne le culte des eſprits & le
culte des ancêtres , eſt expoſé autſi avec ſoin.
Confucius fut favorable à l'art divinatoire ;
il prétend dans un de ſes Livres que les regards
pénétrans du Sage percent les ténèbres
de l'avenir & en découvrent d'avance les ſecrets.
Au reſte , Confucius n'eſt pas l'inventeur
de cet art chimérique; il faut , dit M. de
Paftoret , l'obſerver pour ſa gloire .
Les Diſciples de Confucius pouffent plus
loin qu'aucune Nation la tolérance religieufe.
Confucius eft regardé comme le Légiflateur
de la Chine ; la muſique à la Chine fut
toujours unie à la Légiflation ; la néceſſité de
DE FRANCE.
19
faire marcher de front ces deux ſciences eft
une opinion aufſſi ancienne à la Chine que la
monarchie. La muſique étoit encore unie à
la morale. Poſſeder ſon âme en paix , diſent
les Chinois, être modeſte & fincère , avoir
ladroiture& la conſtance en partage , aimer
tout le monde,& fur- tout ceux de qui l'on
tient la vie : voilà les vertus que la muſique
doit inſpirer , & qu'il faut abſolument acquérir
ſi l'on veut mériter le nom de Muficien....
Le ciel , en faiſant naître l'homme , a
misdans ſon coeur le fondement de toutes les
vertus ; la muſique les met au grand jour ;
elle doit manifeſter ce qui ſe paſſe dans le
ecoeur. La muſique voluptueuſe ne produit
que trop d'effets ſur le coeurdes hommes. Dès
qu'elle le fait entendre, toutes les paſſions ſe
réveillent. Alors on ne cherche plus que les
moyens de les fatisfaire , & l'on ne defire
plus qu'ane telle muſique. La muſique ſage ,
au contraire , s'accorde avec les coeurs qui
ſont portés à la vertu; elle les entretient dans
la fageſſe.
Confucius invite les Juges à devenir ſouvent
conciliateurs. " Qu'eſt ce , dit- il , que la
- gloire acquiſe à entendre plaider une caufe
» & à prononcer des Arrêts , ſi on la com-
>> pare à celle de tarir la ſource des procès , &
d'environner le trône de la justice de tant
de vertus , qu'elle n'ait plus beſoin de faire
éclater ſa puiſſance ? »
ود
ود
"
C'eſtune erreur aſſez répandue en Europe
que l'infanticide eſt permis à la Chine. " Mais
20 MERCURE
>> où font , dit M. de Paſtoret , les preuves
>> d'une affertion ſi affligeante ? Où eſt la loi
> ſur laquelle eſt fondée cette horrible puif-
>> ſance ? Par- tout , au contraire , j'entends le
>> Légiflateur invoquer l'humanité ; par- tout
> il fait ſentir avec énergie le charme , la né-
>> ceffité , l'intérêt de chérir ſes ſemblables.
>> Dira- t'on qu'il n'a pas prononcé de peine
>> contre ce forfait ? C'eſt qu'il n'a pu croire
> à ſon exiſtence. Quelques exemples qu'en
>> ont fourni un petit nombre d'hommes
>> méprifables , retomberoient- ils fur la Na-
» tion entière?>> On a mieux fait que de prononcer
des peines contre ce crime , on a efſayé
de le prévenir. Le Gouvernement ſe
charge aujourd'hui des enfans dont la nourriture&
l'éducation feroient un fardeau trop
peſant pour leurs parens.
On fait que la morale tient le premier rang
parmi les Sciences cultivées à laChine . M. de
Paſtoret expoſe ici celle de Confucius & fes
préceptes fur tous les devoirs. Ce Légiflareur
a pouffé l'attention juſqu'à déterminer
l'étendue & les bornes que doit avoir l'empire
de la mode & des uſages. La ſageſſe &
ود laprobité ne plaiſent, diſoit- il , qu'autant
>> qu'elles ſe plient aux bienſéances. Suivez
" les moeurs de votre ſiècle dans tout ce qui
>> n'eſt pas oppoſé à la vertu . >>
Confucius s'eſt peint lui - même dans le
portrait qu'il a tracé du véritable ſage. « Le
> ſage n'ambitionne rien au- delà de ce qu'il
>> eft. Riche & en place , il dépenſe avec noDE
FRANCE. 21
:
>>bleſſe & repréſente avec dignité. Obscur
>> & indigent , il vit en pauvre ſans chercher
• àſe donner en ſpectacle. Eſt- il dans l'afflic-
» tion&le malheur ? Il fait être malheureux
» & affligé. Dans quelque ſituation qu'il ſe
>> trouve , il eſt lui-même & content de fon
ود fort..... Jamais l'indignation n'aigrit ſon
» coeur; jamais le murmure ne ſouille ſes
>>lèvres..... Tous les obſtacles s'applaniffent
- devant le ſage; les voies où il marche ſont
" droites & faciles , parce qu'il ne cherche
>>qu'à remplir ſa deſtinée. Se perfectionner
» & travailler à la perfection des autres , eſt
>> unde ſes ſoins les plus tendres.... Dès qu'il
ود ſe montre, il fixe tous les regards. Il ſem-
>> ble ne ſe donner aucun mouvement , & il
>> produit une révolution générale dans les
>> moeurs publiques. Il paroîtcomme entraînd
>> par le cours des événemens , & il exécuté
>> les projets les plus vaſtes. "
La Mecque fut le berceau de Mahomet. Sa
famille y étoit illuſtre & riche ; la Tribu dans
laquelle il naquit tenoit le premier rang dans
ſa patrie; mais il ne jouit jamais des richeſſes
qu'avoient poſſédées ſes ancêtres : le commercefut
fa reſſource; ilymérita par ſa bonne- foi
le furnom honorable d'Élamin , c'est-à- dire ,
homme sûr & fidèle. Sa retraite myſtérieuſe
dans une grotte du Mont-Hara , reſſemble
beaucoup à ce que les Perſes appellent le
Voyage de Zoroastre vers letrône d'Ormusd.
Mahomet fut un impoſteur ſans doute ; mais
M. de Paſtoret juge qu'il a été calomnié fur di
22 MERCURE
vers points , & il prend la peine de le juſtifier
; il prétend, par exemple , que Mahomet
ne s'arrogea point ledon des miracles , comine
l'ont dit pluſieurs Auteurs ; il cite de lui des
traits de générosité eſtimables ; en un mot , il
le réhabilite autant qu'on peut réhabiliter un
impoſteur , qui dicte ſes volontés & exerce
ſes vengeances au nom de Dieu.
Eh quoi ! tout factieux qui penſe avec courage ,
Doit donner aux mortels un nouvel eſclavage?
Il a droit de tromper s'il trompe avec grandeur ?
Mahomet mourut âgé de ſoixante - trois
ans , dans la onzième année de l'hégire , & la
vingt-troiſième de ſon prétendu apoftolat. On
ſait que l'hegire eſt l'époque de ſa fuite à Médine,
lorſqu'il fut condamné à mort par les
Mecquois , & que cette époque ſe rapporté
à l'an 622 de notre ère. Voici le portrait que
M. de Paſtorer fait de Mahomet , d'après
Abulféda. " Mahomet avoit reçude la Nature
>> une intelligence ſupérieure , une raiſon
>> exquiſe, une mémoire prodigieuſe. Il par-
>> loit peu & ſe plaiſoit dans le filence. Son
ود front étoit toujours ferein, ſa converſation
>> étoit agréable & ſon caractère égal. Juſte
> envers tous..... Un parent , un étranger ,
" l'homme puiſſant ou le foible ne faifoient
>> jamais pencher la balance dans ſes mains.
2. Il ne mépriſoit point le pauvre à cauſe de
"
»
ſa pauvreté, & ne révéroit point le riche
àcauſe de ſes richeſſes ..... Il écoutoit avec
:
DE FRANCE.
23
>> patience celui qui lui parloit , & ne ſe le-
>> voit jamais le premier..... Conquérant de
>>l'Arabie , il s'aſſeyoit ſouvent à terre , allumoit
ſon feu , & préparoit de ſes propres
mains àmanger à ſes hôtes. Maître de tant
>> de tréſors , il les répandoit généreuſement,
» & ne gardoit pour ſa maiſon que le ſimple
>> néceſſaire. On dit de lui qu'il furpaſſa les
30 hommes en quatre choſes , en valeur , en
>> libéralité , à la lutte ,& en vigueur dans le
> mariage. Il diſoit ſouvent que Dieu avoit
>> créé deux choſes pour le bonheur des hu-
> mains , les femmes &les parfums. »
Sesdogmes ontdu moins le méritede proferire
l'idolâtrie & d'établir l'unité de Dieu.
M. de Paſtoret finit cet article par justifier
Mahomet de diverſes erreurs qui lui ont été
fauſſement attribuées; mais ilavoue enmêmetemps
que ſes impoſtures font affez nombreuſes
pour qu'on lui épargne celles dont il
n'eſt pas coupable.
C'eſt dans leCoran ſeul,que nous appelons
l'Alcoran , qu'on trouve & les dogmes de
Mahomet&toutes ſes loix religieuſes , civiles
, criminelles , morales; ainſi cet article de
Mahometdans toutes ſes parries , eſt une analyſe
méthodique & profonde de l'Alcoran.
Mahomet a été fort attaqué ſur la morale
principalement'; M. de Paſtoret le juſtifie encore
folidementſur ce point ,& fait voir que
Mahomet a preſque recommandé toutes les
vertus ſociales , toutes les vertus utiles.
En comparant ces trois fameux Légifla
24 MERCURE
teurs par leurs qualités perſonnelles & indépendamment
de leurs écrits , Confucius eft
plus eſtimable que ſes deux rivaux , il inſpire
plus d'intérêt & de vénération .
En les coinparant comme fondateurs de
Religions , la ſupériorité eſt toute entière du
côté de Mahomet. Le fils de Zoroastre alla
prêcher au loin les erreurs de son père ;
Omar , Ali & quelques autres étendirent
celles de Mahomet ; & Confucius fonda
l'école la plus nombreuſe & la plus floriſſante.
Mais il s'en faut bien que définitivement leur
deſtinée ait été la même. De ces trois Sectes ,
l'une ( celle de Confucius ) remplit , il eſt
vrai , un Empire puiſſant ( la Chine) ; mais
elle eſt bornée à cet Empire. L'autre ( celle de
Zoroastre , livrée à l'humiliation & à l'opprobre
, eſt à peine connue dans quelques coins
de l'Aſie ; " tandis que la troiſième, ( celle de
Mahomet ) répandue dans toutes les partiesde
la terre , domine ſur les contrées les
>>plus fertiles , & voit ſes Diſciples , opprefſeurs
de la Grèce eſclave , s'aſſeoir ſur le
trône des Céſars , dans l'ancienne capitale
du monde . C'eſt elle qui a preſque anéanti
la Religion de Zoroastre , en conquérant
la Perſe & les Empires voiſins.
ود
ود
ود
وو
"
ود
Si on compare Zoroastre , Confucius &
Mahomet comme Législateurs , c'eſt Zoroaftre
qui a la ſupériorité ; on trouve chez les
deux autres des réglemens particuliers , pleins
de ſageſſe & dignes de grands éloges; mais
ceux de Zoroaftre ont une liaiſon , un enchaînement
DE FRANCE.
25
nement qui manquent aux deux autres ; " on
2 ſent qu'une méditation profonde avoit dif-
>> poſé la chaîne des idées & des loix de co
>> grand Homme. » Les autres ont de belles
parties de legiſlation , lui ſeul a une légiflation
entière , réfléchie , combinée , dirigéé
vers le bien ſur un plan uniforme; & dans
les loix même qui paroiſſent ſemblables chez
les trois Lég: ſlateurs , Zoroastre mérite prefque
toujours la préférence , parce qu'il fait
mieux ceque les autres ont voulu faire. Sa legiflation
criminelle ſur- tout a le mérite de
tendre toujours directement & fenfiblement
à l'utilité publique .
Enfin fi on compare les trois Légiflateurs
comme Moraliſtes , c'eſt Confucius qui l'emporte;
il étend ſa morale juſqu'au pardon des
injures ; il ne permet d'autre vengeance que
de nouveaux bienfairs ; les deux autres permettent
la vengeance proprement dite , &
tous deux , fur-tout Mahomet , ſe la font
trop permife. " Ce qui donne à Confucius la
>> prépondérance morale , c'est qu'il avoit
" mieux approfondi le coeur huir ain , que
ſes préceptes font pour tous les âges &
>> toutes les Nations; que loin de ſe borner ,
ود
comme les autres , à quelques points prin-
> cipaux, iln'en eſt aucun qu'iln'ait épuiſé; »
cependant il les réduit à un petit nombre de
devoirs dont il démontre que l'obſervation
eſt également facile& néceſſaire. " Tantôt il
۔ود
fixe ſes regards ſur la vieilleſſe , & ordonne
>> envers elle des ſentimens reſpectueux ;
N° . 18 , 5 Mai 1787. B
20 MERCURE
ود
ود
tantôt il les porte fur l'enfance , en ſurveille
les premières inclinations & en ré-
>> prime les penchans; tantôt il deſcend dans
ود les foyers domeſtiques pour y exciter ces
>> vertus paiſibles , garantes du bonheur de
>> ceux qui les habitent ; tantôt il ſuit dans
>> leur carrière les adminiſtrateurs publics ,
>> trace d'une manière neuve & fublime les
>> qualités eſſentielles à ces dépofitaires de
ود l'autorité des Rois, les effraye moins par
» l'importance & la difficulté de leurs de-
» voirs , qu'il ne les encourage par le plaifir
ود
ود
&la gloire de les remplir; tantôt il s'élève
>> juſqu'au trône des Souverains , & leur ré-
>>>pète ces vérités devenues vulgaires , ſi l'on
>> veut, mais pourtant trop négligées , qu'ils
doivent veiller nuit & jour à la proſpérité
>>> de la Nation , qu'ils font les pères de leurs
> peuples ,& que ce titre ſacré doit être l'ob-
» jet & la meſure de l'exercice de leur puif-
>> ſance; enfin , que la félicité du Prince eſt
> attachée au bonheur de ſes ſujets , parce
>> qu'elle doit l'être à leur eſtime. »
Avant de comparer ainſi les trois Légif-
1ateurs ſur des objets où ils ont chacun à leur
tour la préférence , l'Auteur avoit comparé
les ſiècles où ils ont vécu , il avoit examiné le
point d'où chacun d'eux étoit parti ; il avoit
expoſé l'état de la Perſe avant Zoroaftre
celui de la Chine avant Confucius , celui de
l'Arabie avant Mahomet ; ce ſont trois morceaux
d'hiſtoire&de politique très-ſavans &
Cun grand prix,
,
DE FRANCE. 27
Lorſque l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres avoit propoſé ce beau ſujet ,
M. de Paſtoret n'étant point encore admis
dans cette Compagnie , avoit concouru pour
le Prix; dans l'intervale du concours au jugement,
l'Académie, qui avoit d'autres preuves
des talens&des connoiſſances de ce jeune
Magiſtrat , s'étoit empreſſée de l'adopter , de
forte qu'il étoit Membre de l'Académie au
moment où le prix fut adjugé ; mais il n'étoit
pasdans le cas de la loi qui exclud du con .
cours les Membres de l'Académie , puiſqu'au
temps de la compoſition il n'étoit point de
l'Académie ; cette Compagnie n'a donc vu
dans cette occurrence fingulière qu'une juſtification
ſurabondante , mais agréable , du
choix qu'elle avoit fait de la perſonne de
l'Auteur , & elle l'a félicité comme Confrère
du prix qu'elle lui avoit décerné comme ſon
Juge.
د
SANDFORT & MERTON Traduction
libre de l'Anglois , par M. *** , petit format.
A Paris , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerſité , au coin de
celle du Bac , Nº. 28 ; s'adreſſer à M. le
Prince, Directeur. *
PARMIles Ouvrages écrits pour les enfans,
celui que nous annonçons eſt regardé comme
* LaTraduction de cetOuvrage ,&celledu Petit
Grandiſſon,ſedonnent par Souſcription en 12 vol:;
Bij
28 MERCURE
undes plus utiles & des plus agréables ; & le
ſtyle qu'a choiſi le Traducteur eſt parfaitement
analogue au genre de l'Ouvrage : une
fimplicité qui n'eſt pas fans élégance , & une
élégance qui n'ôte rien au naturel .
C'eſt un cours d'éducation auquel on a
donné la forme du Roman. Les Héros font
deux enfans , l'un Payfan , l'autre Noble ,
élevés par un maître commun; les actions de
leur vie ,& les leçons qu'on leur donne , ne
forment qu'une même Hiſtoire. L'Ouvrage
commence preſque par le portrait des deux
enfans,qui est tracé avec autant d'intérêt que
de vérité. « Tommy Merton , à peine âgé de
ود
ود
ود
fix ans, lorſque ſon père arriva en Europe ,
étoit né avec des diſpoſitions très-heureuſes
, que l'on parvint bientôt à corrompre
• par un excès aveugle de complaifance. On
ور l'avoit entouré dès le berceau, d'une foule
>> d'eſclaves , auxquels il avoit été défendu de
le contrarier dans aucunede ſes fantaifies ...
Sa mère avoit conçu pour lui une tendreſſe
ſi exceſſive , qu'elle ne lui refuſoit
„ rien de tout ce qu'il paroiſſoit defirer. Les
ود
ود
ود
"
ود larmes de ſon fils lui cauſoient des éva-
>> nouiflemens ; & jamais elle ne voulut con-
ود ſentir qu'on lui montrât à lire , parce qu'il
>> s'étoit plaint d'un violent mal de tête au
premier eſſai de fon alphabet. »
on en publie un tous les moi , Le prix eſt de 13 liv ,
4fols pour Paris , & de 16 liv. 4 fols pour la Province,
port franc par la poſte. Ilen paroît 6 vol.
DE FRANCE.
29
1
i
Sa mauvaiſe éducation le rend déjà malheureux
, commeimportun àtout le monde.
" Si ſamère prenoit le thé avec d'autres fem-
>> mes, au lieu d'attendre que ſon tour vint
d'être fervi , il grimpoit ſur une chaife ,
→ s'elançoit fur la table , s'emparoit des rôties
>>> au beurre & du gâteau , & renverſoit les
"
ود
ود
taſſes à droite & à gauche en fe relevant....
>> Il s'expoſoit tous les jours à des accidens
fâcheux. Ses mains étoient continuelle-
>> ment enfanglantées des bleſſures qu'il , ſe
faifoit avec les couteaux . En voulant examiner
tout ce qu'il voyoit hors de fa por-
>> tée , il lui romboit quelquefois de lourds
fardeaux fur la téte; & il faillit un jour
>> s'échauder tout le corps , en maniant fans
>> précaution ure theïere d'eau bouillante. »
"
ود
Cette manière de peindre un enfant mal
élevé, comme puni déjà lui-même de ſa mauvaiſe
éducation par les accidens préſens qui
en font les effets, a une forte de nouveauté
qui répond au but moral de-l Auteur. " Élevé,
>> ajoute-t'il , dans l'inaction & la molleſſe ,
>> il éprouvrit des langueurs continuelles.
" C'étoit affez de quelques gouttes de pluie ,
>> ou d'un ſoufile de vent pour l'enrhumer ;
& le moindre rayon de foleil lui donnoit
la fièvre.>>> ود
Près de l'endroit que Merton ( c'eft le père
de l'enfant ) avoit choiſi pour ſa réſidence ,
ſe trouvoit un enfant du même âge , fils d'un
payfan , & dont le portrait forme un parfait
contraſte avec celui qu'on vient de lire. La
Biij
30
MERCURE
ruſtique éducation qu'il a reçue la rendu
aufli robuſte , que Tommy étoit foible & languiffant.
" On ne voyoit point Henri , ( c'eſt
>> le nomdupetit payſan) comme les petits
>> garçons du village , grimper ſur les arbres
>> pour enlever les nids des pauvres oiſeaux.
"
Îl étoit loin de ſe faire un amusement cruel
d'arracher les aîles des mouches & des pa-
> pillons , ou de jeter des pierres aux chiens.
Au contraire , il ſe plaifoit à careffer les
>> chevaux , à faire manger les brebis dans ſa
>> main, & à nourrir les oiſeaux du voiſinage,
>> lorſque la terre étoit couverte de neige &
>> de frimats . »
C'eſt par un ſervice eſſentiel que Henri ſe
fit connoître à Tommy. Celui- ci ayant marché
ſur un ferpent, étoit prêt à être déchiré
par le reptile , qui s'étoit entortillé autour de
fa jambe. Henri , qui l'apperçoit dans ce
preffantdanger, le délivreavecautantd'adreſſe
que de courage. Cette aventure l'ayant fait
connoître des parens de Tommy, le père, qui
eſt charmé de ſa converſation , defire qu'il
foit élevé en commun avec ſon fils , par le
• Curé du lieu , M. Barlow , qui a déjà commencé
gratuitement l'éducation du jeune
Henri . Ce font les procédés de ce M. Barlow
envers ces deux enfans, qui compofent le
fonds de cet Ouvrage intéreſſant.
M. Barlow a autant de probité que de jugement
& d'inſtruction. Son ſyſtème d'éducation
eſt fort ſimple; il tend à faire aimer à fes
deux élèves tout ce qu'il veut leur appren
DE FRANCE.
31
dre. Il fait plus , il leur en fait fentir auparavant
le beſoin &la néceflité par leur propre
expérience. Comme les deux enfans ne ſe
quittent plus , ce qu'ils voyent , ce qu'ils rencontrent
dans leur promenade excite leur
curiofué ; & M. Barlow, par la manière dont
il leur répond , leur inſpire le defir de s'en
inftruire par eux-mêmes. C'eſt ainſi que ſes
deux élèves lui deinandent des leçons d'arithmétique,
de méchanique , d'aſtronomie, &c.
parce que des effets curieux de ces ſciences
leur font juger combien elles peuvent ſervir à
leur bien être on à leur amuſement. Henri ,
qui eſt beaucoup plus avancé phyſiquement
& moralement que fon camarade Tommy ,
devient pour ce dernier un objet d'émulation.
Comme dans les beſoins phyſiques le
maître laiſſe ſouvent Tommy aux priſes avec
la Nature, & qu'il lui fait remarquer qu'un
payſan , groſſièrement élevé , eſt plus propre
que lui à ſe tirer d'affaire en pareil cas , il
travaille ainſi à le guérir des préjugés de la
naiffance.
Laſeuleobſervation critiqueque nous aient
fourni les deux élèves , c'eſt que l'Auteur ,
pour avoir trop donné à Henri & d'inftruction
& de ſageſſe , ſemble lui avoir ôté un
peu des grâces de fon âge.C'eſt une perfection
trop précoce, qui le fait eſtimer,& qui le fait
paroître un peu moins aimable.
La méthode de M. Barlow, en inferuifant
fes élèves , c'eſt à-dire, encaufant avec eux ,
eft de leur raconter de temps en temps des
Biv
32 MERCURE
hiſtoires , qui , en les amusant , gravent dans
leur mémoire la morale qui convient à la circonſtance.
Ces hiſtoires ſont quelquefois tirées
d'autres ouvrages , quelquefois font des
fujets d'imagination qu'ils liſent eux- mêmes ;
& c'eſt cet attrait qui a fait deſirer à Tommy
deſavoir lire.
Le jeune Tommy n'eſt bientôt plus reconnoiffable
. Il eſt devenu ſenſible au plaifir
d'obliger; mais il ſe trompe quelquefois dans
la manière. Par exemple , ayant trouvé un
petit payſan qui manque de pain & d'habits ,
il court vite chez ſon maître fans rien dire à
perfonne, prend du pain& le porte auflitôt
au petit garçon , avec un paquer de ſes propres
habits. M. Barlow , en louant ſa ſenſibilité
, ne manque pas de lui faire remarquer
qu'il a donné ce qui ne lui appartenoit pas ;
car enfin, lui dit il, le pain étoit à moi , vos
habits à vos parens , & vous n'avez conſulté
ni vos parens ni moi . A ce propos il lui raconte
l'anecdote ſuivante. " Cyrus étoit fils
ود d'unRoi puiffant. Il avoit pluſieurs maîtres
>> que Cambyfe , fon père , avoit chargés de
> lui apprendre fur- tout à diftinguer le bien
ود du mal , & à pratiquer la juſtice. Un foir
» Cambyfe lui demanda ce qui lui étoit arrivé
ود dans la journée. J'ai été puni, lui répond t
» Cyrus , pour une ſentence injuſte que j'ai
>> prononcée. En me promenant avec mon
Gouverneur , nous avons rencontré deux
>> jeunes garçons , dont l'un étoit grand , &
M
30 l'autre petit. Celui- ci avoit une robe trop
DE FRANCE.
33
>> longue pour ſa taille: celui-là , au con-
>> traire , en avoit une qui lui deſcendoit à
ود
»
ود
ود
peine juſqu'aux genoux , &dont les manches
ſembloient le ferrer. Le grand garçon
avoit d'abord propoſé au petit de changer
de vêtemens , parce qu'alors chacun d'eux
>>> en auroit un qui lui conviendroit mieux
>> que celui qu'il portoit. Mais le petit garçon
"
ود
n'a pas voulu accéder à cet arrangement ;
ſur quoi le premier lui a pris fa robe de
>> force, & lui adonné la ſienne. Ils en étoient
à ſe diſputer lorſque nous ſommes arrivés .
Ils font convenus de me prendre pour juge
de leur querelle. J'ai decidé que le petit
>> garçon ſe contenteroit de la petite robe,
>> & que le grand garderoit la plus longue.
2
"
" Voila le jugement pour lequel mon Gou-
> verneur m'a puni. Comment, lui dit Cam-
>> byſe , eſt- ce que la robe courte ne conve-
>> noit pas mieux au petit garçon , & la plus
>>longue au plus grand ? Oui , mon père ,
> répondit Cyrus ; mais mon Gouverneur
ود m'a fait ſentirque je n'avois pas éré nommé
>> pour décider laquelle des deux robes alloit
>>>le mieux à la taille de chacun des jeunes
ود garçons; mais s'il étoit juſte que l'un osât
» s'emparer de la robe de Pautre fans fon
> conſentement. C'eſt pourquoi je recon-
دم nois que ma fentence étoit d'une grande
>>> injustice , & que j'ai bien mérité d'être
>> repris. >>>
La ſeptième partie qui complette tout ce
qui a paru juſqu'ici de l'Ouvrage original , eft
By
34 MERCURE
nne des plus intéreſſantes , peut- être celle
qu'on lira avec le plus de plaiſir. Elle préfente
une grande épreuve pour les deux élèves.
Tommy va paffer quelques jours dans
la maiſon taternelle avec ſon camarade. Ils
trouvent- là une brillante & nombreuſe com
pagnie ; mais il s'en faut bien qu'ils y trouvent
les leçons & les exemples de leur fage
Précepteur. Des femmes frivoles , des jeunes
gens qui joignent la fottiſe à la fatuité , n'y
montrent que de grands airs , & n'y diſent
que des folies. Cette épreuve eſt bien diverfement
foutenue par ces deux élèves. Tommy
eſt rareffé , loué juſqu'à l'adulation ; Henri
eft negligé , mépriſé même & infulté; le premier
ne tarde pas à reprendre ſes premiers
travers; l'autreoppoſe à l'exemple une ſageſſe
incorruptible , & à l'injure tantôt une indifférence
ſtoïque , tantôt une noble fermeté.
Ce changement de moeurs dans Tommy altère
juſqu'à ſon amitié pour ſon jeune camarade;
& c'eſt le coup le plus fenfible pour
Henri. Combien il eſt intéreſſant au moment
où il ſe trouve en butte aux dédains , aux farcaſmes
, aux infultes les plus graves des noutveaux
amis de Tommy ! il repouſſe leurs
injures avec autant de ſens que de fermeté;
&comme les groſſiers jeunes gens ofent ent
venir juſqu'aux coups , il leur prouve que fon
courage & ſes forces phyſiques égalent fa
raifon&fon bon eſprit. Mais au moment où
Tommy s'oublie juſqu'à s'en mêler & à le
frapper au viſage , il n'a plus ni force ni cou
٤٠
ود
ود
"
DE FPIANCE. 35
rage. La conſtance du pauvre Sandfort ne
fut pas à l'épreuve de ce traitement. Il détourna
la tête , en s'écriant d'une voix étouffée
: Ah ! Tommy , Tommy ! je n'aurois
>> jamais cru que vous puiſſiez me traiter
d'une ſi indigne manière ; & couvrant fon
>> viſage de ſes deux mains, il laiſſa échapper
>> un torrent de larmes. ”
ود
Le généreux Henri ne ſe venge de cette
ingratitude de ſon ami qu'en lui rendantun
nouveau ſervice qui lui ſauve la vie.
On prévoit qu'il en coûtera beaucoup de
peines & de nouveaux foins au ſage M. Barlow
pour détruire dans Tommy le mal qu'a
faitdans fon eſprit un affez courte abſence.
L'Auteur François nous donnera la fuite à
meſure qu'elle paroîtra en Angleterre ; il n'a
pas cru devoir traduire exactement., il ne
donne qu'une imitation libre , & cette imitation
mérite beaucoup d'éloges.
Au reſte, cet Ouvrage , par ſa forme &
fonplan, offre une double utilité; il peut concourir
à l'éducation des jeunes gens ,&diriger
leursMaîtres pour la manière de les élever.
Bvj
36 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Les repréſentations d'Alcindor ſe continuent
toujours avec un ſuccès d'autant moins
équivoque , qu'il eſt fondé ſur les recettes.
Nous reviendrons ſur le mérite des différentes
parties de cet Ouvrage. *
COMÉDIE ITALIENNE.
:
LaComédie de Fellanar & Tom - Jones
que nous avons annoncée dans le dernier;
Mercure , eft une ſuite de Tom Jones à
Londres.
Quinze années , ou à peu près , ſe ſont
écoulées depuis que Sophie Weſternn eft
* Il y a une faute eſſentielle à corriger dans le
dernier Nº. , à la fin de l'article Académie Royale de
Mufique. Il faut lice ainh : les décorations...... font
le plus grand honneur à M. Boulay , qui les a exécurées
ſur les deſſins de M. Paris. Les ballets .....
épondent parfaitement à l'idée qu'on a conçue de
M. Gandel te jeune , actuellement Maître des
Ballets.
DE FRANCE.
37
devenue l'épouſe de Tom-Jones . Celui- ci eft
entré dans la Marine, oùs protégé par Milord
Fellamar , il eſt monté au grade de Commodore.
La goutte a haté la vieilleſſe de
Weſternn , qui s'eſt vu forcé de renoncer à
la chaſſe , ſa paffion favorite. Le vieillard s'eſt
retiré dans une terre voiſine de Londres qui
lui a été cédée par Lord Fellamar. Il y vit
avec ſa fille , fa petite- fille Sophie âgée de
quinze ans , M. Alworthy , Miladi Bellaſton ,
Partridge devenu l'époux de Mme Miller ;
& le Lord Fellamar y paffe tout le temps.
qu'il peur conſacrer à l'amitié. Jones , qu'on
appelle Milord Summer , a été mis à la tête
d'une flotte chargée d'une opération importante;
il a cru devoir négliger de ſuivre les
ordres qu'il a reçus du Ministère , &, plein
du ſeul amour de fon pays, il a livré à la
flotte ennemie une bataille qui a été ſuivie
d'une victoire déciſive. Telle eſt l'avantſcène
de Fellamar & Tom-Jones. Pallons à
Paction.
Fellamar aime la jeune Sophie , & il n'ofe
déclarer ſon amour, parce qu'il ſe croit dans
un âge où il eſt difficile de plaire. Il a quarante
ans. Sophie aime Fellamar, & ne crois
pas poſſible que le Lord la trouve digne de
lui. Miladi Bellaſton , ancienne amante &
depuis perſécutrice de Jones , a cherché pendant
quinze ans le moyen de ſe venger de la
preférence que Jones a donnée à Sophie
Weſternn; enfin elle le trouve dans la paftion
que la jeune Sophiea infpirée au Lord. Elle
38 MERCURE.
féduit Partridge,vient à boutde lui perfuader
que Fellamar aime Lady Summer, & qu'il eſt
important de découvrir ce myſtère pour le
bonheurdeJones. Partridge, en conféquence,
fouſtrait le porte-feuille de Fellamar & le
remet à Milady Bellaſton , qui y prend un
billet où le Lord parle de ſon amour pour
Sophie. Sur l'équivoque du nom , la furie
bâtit fou projet ; elle préſente à Weſternn &
àM. Alvorthy la générofité du Lord ſous les
couleurs les plus défavorables. Il a avancé
Jones dans la Marine , premièrement pour
l'éloigner , ſecondement dans l'eſpoir que les
haſards de la guerre pourroient le délivrer
d'un rival dangereux , & le billet volé vient
appuyer l'impoſture & convaincre les vieillards.
Cependant Sophie, qui ne ſe doute de
rien , attend avec impatience le retour de
fon époux ,& s'alarme tous les jours davan
rage de l'affreuſe mélancolie dans laquelle eſt
tombée ſa fille. Elle la queſtionne fur fon
état , elle prie le généreux Lord de découvrir
lacauſede ſon chagrin. Fellamar l'interroge ;
tout annonce le trouble & l'amour de la
jeune perfonne : néanmoins Fellamar ne devinepoint
ſon ſecret. On apporte les papiers
publics; ils annoncent que la flotte du Commodore
Jones a été diſperſée près du port ,
&qu'on le croit péri avec ſon vaiſſeau. Cette
nouvelle dechire tous les coeurs ; Weſternt
ne peut plus ſe contenir ; il éclate contre le
Lord , dont l'inébranlable générofiré ne fe
dément point , & qui , tout accuſé qu'il eſt
DE FRANCE.
39
par des ingrats , ne penſe qu'à ſauver Jones
de lapunition dûe à ſa défobéitſance. Jones
n'a point péri avec fon vaiſſeau; il apprend
le fortquile menace ; il veut pourtant voir
fa famille, l'embraffer & fuir. Il deſcend à
rerre, arrive chez Weſternn, où il trouve tout
le monde dans la défolation ; mais il ne peut
confentir à croire que Fellamar foit coupable.
Un exprès interrompt cette converſation
déchirante; il apporte un billet où l'on donne
avisà Jones qu'il va être arrêté , qu'il n'a pas
un inſtant à perdre , s'il veut échapper au
dangerquilemenace.M.Alworthy engage fon
neveu à ſe retirer; il vale faire, il n'eſt plus
temps. Les gardes de l'Amirauté s'en emparent.
Une partie de la famille ignore ſa détention,&
Lady Summer profite de l'abſence
de fon mari pour fonder encore le coeur de
fa fillequi lui avoue non-feulement fa tendreſſe
pour le Lord, mais encore qu'elle eft
jalouſe d'elle. La tendreſſe raiſonnable de la
mère rétablit le calme dans le coeur de la
jeune perfonne. Jones, conduiràl'Amirauté, a
été jugé&condamné à mort; on a commuéfa
peine enun exil perpétuel. Il vient lui-même
apprendre fon fort à ſa famille : ce qui le tue,
cen'estpasfeulementl'ingratitudedefonpays,
c'eſtplus encore l'indifférence duLord , qui le
premier a figné fon arrêt. Al'inſtant où l'on
éclate contre Fellamar, il entre. On l'accable
de reproches; il écoute avec un fang froid
ſtoïque , & répond enfin que Tom-Jones a
mérité l'animadverfion des foix , qu'il a dûle
40
MERCURE
condamner comme Juge ,& enfuite le ſervir
comme ami. Il lui remet des lettres-de-grace;
la famille tombe à ſes genoux, & le fuit pour
aller ſe jeter aux pieds du Roi. Le Roi reçoit
avec bonté la famillede Jones,& donne pour
lui à Fellamar un brevet d'Amiral qu'il doit
tenir ſecret pendant quelque temps. Tout le
monde eſt àpeu-près heureux; mais il manque
à Jones de s'éclaircir avec Fellamar du billet
fatal. Une converſation entre les deux amis
force le Lord d'avouer à Jones quel eſt le
véritable objet de ſa paffion. Jones eft enchanté
, il peut donc entrer pour quelque
choſedans le bonheur de ſon ami. Le Lord
qui s'obſtine à ne pas ſe croire capable d'infpirer
de l'amour, veut forcer Jones au filence;
mais celui- ci veut à ſon tour interroger ſa
fille. Il la mande, fait cacher le Lord dans un
cabinet , & découvre dans une très- tendre
explication que le Lord eſt aimé. Le Lord
tombe aux genoux de la jeune Sophie ; toute
la famille entre en cet inſtant. Partridge
avone fa faute: Miladi Bellafton , inftruite de
la double explication , s'eſt déjà retirée pour
toujours,& lajoie rentre dans tous les coeurs,
Il y a bien des réflexions à faire fur le
plan de cetre Comédie & fur les refforts qui
en mettent l'action en mouvement. Il nous
paroît d'abord que Milady Bellaiton garde
bien long- temps un projet de vengeance für
lequel elle ne devroit avoir aucun efpoir, & il
eſt bien étonnant que ce projet ait du fuccès
même pendant un infant.Weſternn & Alwor
DE FRANCE. 41
thy ſe croyent convaincus que Lady Bellaſton
leur a dit la vérité , quand elle leur montre
le billet qu'elle a pris dans le porte- feuille
de Fellamar. Ils font bien légers. Ne connoiffent-
ils pas Lady Bellaſton depuis longtemps
? N'ont- ils pas été informés de ſes pre-
:miers attentats contre Jones ? Où a-t-elle
trouvé ce biller ? on ne s'en informe pas. Il
y a deux Sophies dans la maiſon , laquelle
aime-t-il ? Est-ce la mère , eft-cela fille ? Mais
tout le monde a ſu ſon amour pour la mère !
Belle raiſon de le croire coupable ! Le billet
n'eſt écrit à perſonne ; c'eſt l'effufion d'un coeur
qui ſe foulage; il eſt équivoque , donc il y a
du doute. Et quand meme Fellamar aimeroit
encore Lady Summer, s'il ne lui a point parlé
de fon amour, depuis quinze ans , comme
elle le déclare; s'il l'a gardé dans ſon coeur ,
s'il n'a confié fon ſecret qu'à un papier que
lehaſard a égaré ; doit- on , peut-on le foupconner
d'une noirccur , lui , le protecteur de
Jones , le bienfaiteur de la famille , l'ami de
Weſternn , à qui il a cédé , par ſenſibilité ,
une terre qu'il aimoit beaucoup ? Difons le: la
crédu'ité des vieillards nous ſemble très - déraifonnable.
L'obftination de Fellamar à caher
l'amour que lui inſpire la jeune Sophie,
ne nous paroît pas moins fufceptible de reproches.
Ii a quarante ans ; il eſt modeſte &
genéreux , quoique grand ſeigneur ; cela ſans
loute eſt rare, mais poſſible. Que ſa timidité
Le retienne donc pendant quelque temps, à la
bonne heure; mais qu'il n'entende pas ce
42 MERCURE
que lui dit Sophie , quand, en lui parlant de
Sir Harris ſon neveu , elle laiſſe échapper ces
mots : s'il vous eût reſſemblé! qu'il garde le
filence quand on l'accuſe d'etre le per
fécuteur , l'ennemi de Jones, l'amant caché
de fa femme , on ne conçoit rien à cette conduite.
Nous pourrions auili faire quelques
obſervations ſur la rapidité des événemens
qui arrivent à Jones depuis le commencement
du troiſième acte juſqu'à la fin de la
Pièce. Il fait naufrage , vient chez lui , eſt
arrêté , jugé , condamné à la mort , à l'exil ,
obtient fa grace , va remercier le Roi , eft
fait Amiral , tout cela dans le cours de deux
actes & demi. Il nous ſemble que c'eſt reculerun
peu trop les bornes de la vraiſemblance
dramatique. Nous voilà débarraffes
des remarques critiques que nous avions
à faire ; entrons dans le détail de ce que l'ouvrage
a de louable , d'intéreſſant & d'eſtimable.
Le Perſonnage d'Alworthy eft foible , mais
c'eſt le ſeul qui n'ait pas une phyfionomie
bien prononcée. Weſternn eſt tout-à- la-fois
attachant& comique; ſa bruſquerie, fa bonhommie,
ſes regrets ſur les plaiſirs auxquels il
eſt forcéde renoncer, ſa tendreſſe pour ſes
enfans, fon amitié pour Fellamar, ſes vieilles
* Nous en pourrions faire d'autres; mais il nous
ſemble qu'un Critique doit parder des défauts que
tout le monde ne voit pas , & non de ceux que tour
le monde apperçoir.
DE FRANCE. 43
préventions contre la Nobleffe , toutes ces
nuances en font un caractère très- original..
Fellamar amoureux , noble, fier , génereux
ſenſible & toujours bienfaiſant , eſt un perſonnage
qui donne de l'humanité une idée
grande & confolante ; malheureuſement les
modèles en font rares. Lady Summer, bonne
fille , tendre mère , épouſe ſenſible & fage ;
Sophie, jeune , aimable, tendre&courageuſe
contre elle-même à l'âge où les paſſions ſeules
ordinairement font la loi , font deux figures
placées avec art & intelligence dans un tableaudont
elles doublent l'intérêt. Les ſcènes
entre Sophie & Fellamar , entre Lady Sunmer
& Sophie , font faites de main de
Maître; elles font filées avec une intelligence
infinie. Le dénouement fur- tout nous paroît
digne de beaucoup d'éloges. Il eſt prévu des
le milieudu quatrième acte ; car il eſt impoffible
qu'avec un peu d'habitudedu théâtre,
on n'y devine pas que Fellamar époufera
Sophie , & néanmoins il eſt très- intéreſlant.
Les moyens que l'Auteur emploie pour
forcer Fellamar & Sophie à un aveu qu'ils
ont déjà fait devant le ſpectateur , mais qu'at
tendent tous les perſonnages , font auſſi bien
rendus que bien faifis , & le caractère de
paternité qu'y développe Jones , eſt fait pour
plaire aux âmes ſenſibles. Le ſtyle eſt quel
quefois négligé; on yremarque un uſage trop
fréquent des adjectifs qui y accompagnent
fidèlement leurs ſubſtantifs; mais il a de la
noblefſe, ſouventde la fermeté , & quelque-
-
44
MERCURE
:
fois de la Poéfie: le dialogue a de la rapi
dité & de la chaleur. Nous n'examinerons
point ſi cet ouvrage eſt ſupérieur ou non à
Tom-Jones à Londres & à la Femme jaloufe,
mais nous oferons aſſurer qu'il ne peut qu'ajouter
beaucoup à la réputation de M. Desforges.
On doit regarder cet Auteur comme
Phomme le plus capable d'arrêter la chûtedu
genre françois à la Comédie Italienne :fipergama
dextrâ defendi poffent.
ANNONCES ET
NOTICES .1
LA vingt- deuxième Livraison de l'Encyclopédie
par ordre de Matière, paroîtra le Lundi 14 Mai prochain.
Cette Livraiſon ea compoſée du Tome I ,
première Partie de la Médecine , du Tome III ,
première Partie, de l'Hiſtoire Naturel'e , contenant
toute l'Hiſtoire des Poiſſons ; du Toine IV , deuxième
Partie des Arts & Métiers ; du Tome III,
première Partie de l'Art Militaire. Le prix de cette
Livraiſon eſt de 22 liv. en feuilles , & de 24 liv.
brochée. La vingt-troiſième Livraiſon paroîtra fix
femaines après. Les
Souſcripteurs peuvent être aflurés
qu'on donnera cinq Livraiſons cette année ,
ainſi qu'elles ont eu lieu les précédentes années.
Dans ces cinq Livraiſons on comprend deux Volumes
de Planches, dontun compoſe l'Atlas . Il y a
quatre ans qu'on en eſt occupé.
COSTUMES &
Annales des grands
Théâtres de
DE FRA
rapf
rons
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Desme
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S.
die
10
1,
I,
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1-
1,
2.
C
X
,
a
)
Parisen Figures au lavis &
ciété de Gens de Lettres &
pour lequel on ſouſcrit à Paris
Bureau , rue Haure feuille,qu
Arcs , nº. f . Prix , l'in- 8 . ;
36 liv. pour laProvince , & lia
&42 liv. pour la Province.
GetOuvrage paroît obtenis
travailler, par de nouveaux e
intereſſant,
DISCOURS pour la Fête
Royale de Saint- Cyr , prono
Dames de Saint Louis, le 27
5. A. R. Madame Elifabeth de
par M. l'Abbé du Serre- Figon
AParis , de l'Imprimerie de CL
Roi , rue de Sorbonne, & fe
Libraire, rue S. Victor , & Lef
duRoufe.
C'eſt ſansdoute une belle id
viſion que d'avoir envisagé cett
fête patriotique & comme fate
penfons, comme le Cenfeur de
écrit avec une ſimpliciténoble &
y reconnoît F'Auteur du Panégy
rète, dont nous avons rendu co
Le Paysan & la Payfann
Dangers dela Vilte , &c , p
Bretonne , 4 Vol. in- 12. Pix ,
Paris, chez la Veuve Duchefne ,
Jacques , près la Place Cambrai
La néceſſité de prévenir ou c
neux l'inconvénient des contre- f
Libraire à réunir ces deux Ouvra
d'uneplus grande correction, il
46 MERCURE
Edicion nouvelle deux autres avantages non moins
importans. Le premier , c'eſt de mestre de ſuite les
événemens des deux Ouvrages , qui ne font réellement
qu'uneHiſtoire, en fupprimant tous les renvois
&toutes les répétitions;leſecond, qui tient au fonds
de l'Ouvrage, c'eſt que le but moral lui paroît plus
fortement exprimé par des Notes fréquentes , & furtout
par la gradation de la corruption du Paylan & de
Ja Payſanne pervertis , exprimée en marge par les pas
qu'ils fontvers la perverfion. Il eſpère auſſique les Lettres
religieuſes& touchantes feront plus d'effet comme
étant mieux amenées ,& frappant ſur des objets plus
préſens, que lorſque les deux Ouvrages du Payſan&
dela Payfanne ſont ſéparés. Reſte à ſavoir ſi, par cette
combinaiſon , ce premier Roman , qui a jouid'un ſuccès
très-mérité , n'aura rien perdu de ſon mérite de
proportion, mérite néceſſaire àtoutes les productions
de l'efprit.
Les Perſonnes qui voudront ajouter les cent vingt
Figures à cette Édition, payeront de plus 15 liv. On
vend toujours ſéparément le Payſan perverti , 4 Vo!.
quatre-vingt-deux Figures, Prix , 18 liv, brochés . La
Pay anne pervertie, 4Vol. trente huit Figures. Prix ,
12 liv. brochés,
NOUVEAU Chocolat gommeux , qu'on ne trouve
qu'a Paris , chez le ſieur Duthu , Marchand Épicier-
Droguiſte , rue Saint Denis , preſque vis-à-vis Sainte
Cpportune,
Beaucour de Perſonnes ayant demandé des éclairciſſemens
fur la nature de ce Chocolat, ſur ſon goût &
ſur ſes propriétés, nous dirons que cet aliment médicamenteux
joirt à l'agrément du goût & à celui du
coup-d'oeil , des propriétés béchiques& adouciſſantes
qui en rendent l'uſage précieux pour les maladies de
poitrine &d'eſtomac , pour le genre nerveux trop
ſenſible,les humeurs acres , &c.
DE FRANCE.
47
On fait ceChocolat à l'eau ou au lait, ainſi que le
Chocolat ordinaire; mais il faut le faire bouillir trèsdoucement,
& pas plus de deux minutes , afin de ne
rien faire évaporer de ſes principes volatils & baliamiques.
Pluſieurs Perſonnes n'étant poirt dans l'uſage d'en
prendre le matin à déjeuner , ont témoigné le defir
d'en avoir en paſtilles pour les manger comme des
bonbons; on prévient que le ſieur Duthu en fait aufli
fous cette dernière forme.
La répuration qu'ont acquiſe les Chocolats de
ſanté & à la vanille du ſieur Duthu ayant déjà
éveillé les contre- facteurs , pour obvier à cet abus ,
chaque livre de ces Chocolats portera ſa ſignature
outre une étiquette avec ſon adreſſe.
LE Sicut DUBUISSON , Marchand de Rouge de
la Reine, de ſociété avec la Demoiselle LANGLET ,
rue des Ciſeaux , près de l'Abbaye Saint Germain ,
vientdedonner auRouge qu'ils fabriquent , un degré
de perfectiondans le coloris qui ne laiſſe rienàdeſis,
rer; ceRouge eſt du plus grand éclat ,& fa qualité
végétaledepuislong tems reconnue,raſſure contre les
dangersquipeuvent réſulter d'une mauvaiſe compofition.
Prix , 6 , 12& 18 liv, le pot.
SIX Duos agréables&faciles pour un Violon &
un Violoncelle , ou pour deux Violoncelles , par M.
Zozime Boutroy, de l'Académie Royale de Mufique
, Auteur du Planiſphère ou Boufſole harmonique.
Prix, 7 liv. 4 fols, - Symphonie à grand
Orchestre, par le même. Pour la commodité des
petits Orchestres , on a mis les ſolo de Haut-Bois
dans les Violons, & ceux des Cors dans l'Alto. Prix,
3 liv. 12 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue Neuve
Saint Denis, au Nom de Jeſus.
La Baſſe étant chiffrée selon les principes du Plat
48 MERCURE
mithèse , les Perſonnes qui defireront en prendre
connoillance trouveront ledit Ouvrage chez l'Auteur.
DEUXIÈME Concerto pour le Clavecin , avec
Violons , Alto & Baffe , Cors & Haut- Bois à volonté,
par M. J. D. Hermann , OEuvre III. Prix ,
6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue d'Anjou , Fauxbourg
Saint Honoré , no . 133 .
NUMÉROS 193 , 94 , 95 & 96 du Journal
d'Ariettes Italiennes , dédiés à la Reine , contenant
une Scène de Cimaroſa. Prix , 3 liv. 12 fols ; un
Air de Bianchi , un de Sacchini & un d'Anfofi .
Prix , 2 liv. 8 fols chaque. L'abonnement pour
vingt- quatre Numéros eſt de 36 liv. & 42 liv. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique de
la Famille Royale, rue Saint Honoré , près ceile de
la Lingerie , à la Règle d'or.
QUATRAIN UATRAINfur
TABLE.
lapertede homet,
M. de Vergennes , 3 Sandfort & Merion ,
Bouts rimés, 4icadémieRoy. de Mufi.
Charade, Enigme& Logogry Comédie Italienne ,
phe,
Zoroastre, Confucius & Ma
9 Annonces &Notices,
APPROΒΑΤΙΟΝ .
11
29
36
ib.
44
J'ai lu ,par ordre deMgi le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedis Mai 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher limpresion . A
Paris , le 4 Mai 1787. RAULIN.
i
JOURNAL POLITIQUE
DE
" BRUXELLES .
DANEMARCK.
De Copenhague , le 7 Avril.
TACommiſſion, chargée d'examiner les
améliorations projettées au fort des payfans,
en leur donnant plus de liberté , &
l'exemption des corvées ſeigneuriales , a
reçu ordre de ſuſpendre ſon rapport. Cet
événement en a amené un autre , dont tout
le monde eſt occupé. M. Erichſen, Conſeiller
des Finances , l'un des principaux membres
de cette Commiſſion, & Protecteur
déclaré de la liberté des payſans , paſſant le
30 Mars ſur le pont qui mene de cette Capitale
à Chriſtianshaven, fit arrêter ſon car.
roffe, ouvrit la portiere , & s'élança dans le
canal. Sur le champ on s'empreſſa à le ſauver
, mais il étoit mort de la chûte.
N°. 18,5 Mai 1787. a
( 2 )
Il exiſte en Norwege une grande miniere
d'argent a Kongsberg , & une miniere de cuivre
à Roraas , que l'on exploite depuis environ un
fiécle & demi . Le bénéfice que l'on en a retiré ,
monte à plus de 36 millions de rixdalers. Indépendamment
de cesdeux minieres, ony en compte
encore to de cuivre , 17 de fer , une de cobalt ,
une d'alun & une ſa'ine.Toutes ces mines rapportent
par an un bénéfice net de plus d'un
million.
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 17 Avril.
La valeur des préſens que l'Impératrice`
deRuffie diſtribuera dans ſon voyage monte
, à ce qu'on aſſure , outre les pelleteries , à
1,200,000 roubles. On ajoute que cette
Souveraine a fait remettre deux millions de
roubles au Roi de Pologne , pour l'indemnifer
des frais de fon voyage.
Pendant l'année derniere , le nombre des batimens
arrivés à Dantzick , a monté à 1,625 ,
dont 707 fur leur left. Ce nombre confiftoit en
152 Anglois , 98 Holandois , 28 François , Efpagnols,
241 Suédois , 410 Danois , 16 Norwégiens,
7de Breme , 8 de Hambourg , ro de Lubeck
, 9 de la Livonie , 19 de Reſtok , 13 de la
Pomeranie , & 1 bâtiment neuf, Les bâtimens ,
qui en ſont fortis, ont été au nombre de 1,011 ,
dont 142 pour l'Angleterre , 50 pour la Hollande,
68 pour la France , 36 pour l'Eſpagne , 214
pour la Suéde , 433 pour le Danemarck , is pour
laNorwege , s pour Breme , 2 pour Hambourg,
pour Lubeck , 8 pour la Livonie , 16 pour
(3)
,
Roflok
Wifmar .
10 pour la Pomeranie , & I pour
De Berlin, le 16 Avril.
Le 6 au foir , le corps de S. A. R. la
Princeſſe Amélis de Pruffe fut déposé à la
Cathédrale, ſans pompe & ſans cérémonie ,
pendant la nuit. Elle n'étoit accompagnée
que des perſonnes de ſa maiſon : elle l'avoit
exigé par une diſpoſition de ſa propre main,
du 14 Février 1780. Les ſeuls fils du Prince
Ferdinand de Pruſſe ſe trouverent à la Ca
thédrale , pour donner à leur tante la derniere
marque de leur artachement. Cette
Princeſſe eſt morte avec beaucoup de fermeté.
D'abord après la mort de ſon frere ,
elle demanda le fauteuil ſur lequel ce grand
Homme avoit expiré , & elle y a rendu
l'ame comme lui.
On aflure que cette Princeſſe a laiſſe
un tréſor de quatre millions de Dhalers
en argent comptant. Elle a fait dans ſon
teftament des penfions à toutes les perfonnes
atrachées à fon ſervice. Cette Princeſſe
avoit répandu beaucoup de bienfaits ,
&entre autres elle faifoit élever à ſes dépens
quinze jeunes gens pauvres , mais de
familles honnêtes. Cet établiſſement ſera ,
diton, continué.
Jacob Piper , payſan , eſt mortà Nevendorf,
dans la rose. année de ſon âge. Sa
poſtérité vivante eſt compofés de 34 individus.
22
( 4 )
La Chambre des domaines de Breſlaw a
fait annoncer , qu'elle diſtribueroit des prix
à ceux qui s'occuperont des améliorations
des fabriques & manufactures du pays.
L'importation des marchandiſes étrangeres
dans la Siléſie , depuis 1780 juſqu'en 1785 :
amonté à la ſomme de 33,338,646 dahlers
&l'exportation des marchandiſes de Siléſie
à40,943,618 .
Le 18, écrit- on de Varſovie, en datedu 28
Marsdernier, les Princes Staniflas & Joſeph
Poniatowski , neveux du Roi , prirent congé
de S. M. , & partirent de Berdiczew pour
Kiof. Le 19 , le Roi coucha à Pawolocz :
le Prince Potemkin , le Comte de Stakelberg
, le Comte de Braniki & le Prince de
Naſſau ſe trouverent à l'arrivée de S. Mà
Zaſtow ; le lendemain 20 , le Roi arriva à
Kiof. Les troupes Ottomannes ſe renforcent
à Oczakof, Bender , Iſmailow & Brailow ,
&ferment le paſſage ſur le Dnieſter à ceux
qui viennent de la Moldavie.
La Princeſſe Frédérique , fille ainée du
Roi , vient d'être nommée Abbeſſe de
Quedlinbourg , à la place de la Princeſſe
Amélie.
De Vienne, le 16 Avril.
Enfin l'Empereur s'eſt mis en route pour
la Crimée , le 11 de ce mois. Comme Sa
Maj . ſe rend en droiture à Cherſon , elle a
( 5 )
du ſuſpendre ſon départ , juſqu'à ce que
l'impératrice de Ruſſie fût près de quitter
Kiof. D'ici , notre Monarque ſe rend à
Brunn; le 12 elle partira pour Olmutz; le
13 pour Altſchein; le 14 pour Pializ; le 15
pour Podjurze; le 16 pour Wielicza ; le 17
pour Bochnia; le 18 pour Dembicko; le 19
pour Janiflaw , & le 20 pour Lemberg. De
cette derniere ville où S. M. ſéjournera 48
heures , elle dirigera ſa route ſur Brody ,
d'où elle compte arriver à Cherſon enhuit
jours.
Le Cardinal de Franckenberg , Arche
vêquede Malines , eſt reparti pour les Pays-
Bas.
D'après des lettres de Conſtantinople du
10 Mars , la Porte , ferme dans ſes refus ,
continuoit les plus grands préparatifs ; elle
avoit ordonné qu'on payât trois mois de
folde aux Janiſſaires : on parloit enfin de
porter les forces de terre à 200 mille hom. ,
qui ſe rendroient à Siliftrie où on leur tra
ceroit un camp .
Suivant des nouvelles plus récentes du
25 Mars , un bruit vague couroit à Conftantinople
, que le Capitan-Pacha avoit été
entierement défait par les Beys , & pris luimême
dans le combat.
«Un des politiques de cette Capitale , a
>> offert de parier dernierement ix ducats
>>contre un , que l'Empereur ira juſqu'à
>>Cherſon , ainſique l'Impératrice de Rudies
a3
( 6 )
»que cette Souveraine s'y fera couronther
>> folemnellement ; & que la fublime Porte
>>y enverra un Pacha à trois queues , pour
>>>honorer la fête & complimenter leurs
>> Majestés Impériales.
Les 12 vieillards , auxquels l'Empereur
a lavé les pieds le Jeudi ſaint , comptoient
enſemble 992 ans.
L'Empereur a donné des ordres pour
abattre les bois & arbuſtes dans les iſtes entre
Semlin & Belgrade. Ces ifles favoriſent
beaucoup le commerce de contrebande.
Le 29 Mars, le Confiftoire Archiepifcopal
de Prague a fait prendre poffeffion du
Cercle d'Egra, qui juſqu'à préſent avoit fait
partiedudioceſede l'Evêché de Ratisbonne.
On écrit de Neuſaz en Hongrie , qu'un
ouragan terrible, qui a commencé le 13
Mars, &duré pendant 6 jours confécutifs ,
y a causé des dommages conſidérables.
Pluſieurs bâtimens chargés de blé & de
bois ont été engloutis fur le Danube.
On prétend qu'il s'eſt pailé une affaire
ſanglante près de Caffa entre un Corps de
Ruſſes & les Tartares , mais ce bruit exige
confirmation .
De Francfort , le 21 Avril.
Hier , écrivoit-on de Buckebourg , en
date du 28 Mars, nous fûmes pendant quelque
temps dans les plus vives allarmes . Le
LieutenantGénéral de Losberg avoit reçu
( 7 )
avis , que le régiment Pruffien deWaldeck
& 2 bataillons de Grenadiers é oient en
marche, l'un venant de Minden , les autres
de Halberstadt. Il fe mit auſſitôt en état de
défenſe , fit rappeller de la campagne les
Huſſards & les Chaſſeurs , pour les placer
aux poſtes avancés; des canons furent po'ntés
àl'entrée des portes , & tout fut prêt à
faire la plus vigoureuſe réſiſtance , lorſqu'on
vint annoncer que c'étoit une fauffe allarme
, & que les troupes , qu'on difoit en
pleine marche , n'étoientpas forties de leurs
quartiers..
Le 2 de ce mois,le Conſeil Aulique a
arrêté , au nom de l'Empereur , d'ecrire au
Landgrave regnant de Hefe Caffel , « qu'il
>>n'ignoroit pas que dans les années 1753 ,
» 1756 & 1757, les enfans da feu Comte
>>Frédéric Erneste de la Lippe-Alverdiſſen
>>avoient été reconnus pour être de même
>>condition que leur pere , & maintenus
>>dans la poffeffion de l'héritage pater-
>>>nel , ſauf au Landgrave de ſe pourvoir
>> au Péritoire s'il le jugeoit à
>> que le teu Landgrave , ſon précédeſſeur ,
>>avoit accordé l'inveſtiture des pays de la
> Lippe Schaumbourg à Philippe - Erneſte
>>de la Lippe Alve diſſen; que ce Land-
>> grave avoit laifſé prendre paiſiblement
» en 1777 à ce même Philippe-Erneste la
>>poſſeſſion de ces pays ,& qu'il avoit con-
>> firmé en 1780 le contrat de mariage di
, propos;
a 4
( 8 )
>>Comte Philippe Erneste avec la Princeſſe
>> de Heſſe - Philipſthal , dans lequel cette
>>> Princeſſle avoit été établie, le cas échéant ,
>> tutrice des enfans qu'elle auroit , & ré-
>>gente de tous les pays de Schaumbourg ,
>> poſſédés par fon époux , & qu'enfin lui-
>> même avoit laiſſé jouir tranquillement ce
>>Comte Philippe - Erneste de toures ſes
>>poſſeſſions juſqu'à ſa mort arrivée le 13
>> Février dernier; que S. M. I. avoit appris
>>avec ſurpriſe que le Landgrave s'étoit em-
>> paré à main armée , le 17 Février , de
>> tout le Comté de Schaumbourg , appe
>> tenant à la maiſon de la Lippe , contre la
>> teneur de la paix publique &de celle de
>>> Westphalie , qu'il avoit forcé les ſerviteurs&
les ſujets de cette maiſon à lui prê-
>> ter le ferment de fidélité , & qu'il s'étoit
>> approprié toutes les caiſſes& les archives ;
>> que S. M. déſapprouvoit ce procédé arbi-
>> traire du Landgrave , qu'elle annulloit la
>>priſe de poffeſſion dudit Comté de
>>Schaumbourg , comme contraire aux loix
>> fondamenta'es de l'Empire , & qu'elle lui
>> ordonnoit de reſtituer à la Comteffe-
>>> douairiere , comme tutrice de ſes enfans ,
> les archives & toutes les caiſſes , & de
>> remettre les choſes ſur le même pied où
>> e'les étoient avant le 17 Février , ſous
>> peine d'y être contraint par les Princes-
>> Directeurs du Cercle du Bas Rhin & de
>> Westphalie , qui y feront autoriſés ſuffi-
>> ſamment.
(و )
La ſeconde partie de ce Décret porte en
ſubſtance :
>>MM. les Directeurs des Cercles ſeront fans
doute informés de la maniere illégale dont Mr.
le Landgrave s'eſt conduit vis-à- vis de la comteſſe
Douairiere de la Lippe.Schaumbourg. S.
M. I. , en qualité de Chef ſuprême de l'Empire ,
& comme chargé du maintien de la paix publique
&c. , a fait , ſous la date de ce jour,
ſentir àMr. le Landgrave , toute l'incongruité
de ſa démarche , en lui ordonnant , après avoir
caffé & annullé tout ce qu'il a fait dans l
Comté de la Lippe-Schaumbourg , d'en faire
inceſſamment ſortir ſes troupes &c.
* Au cas que contre toute attente , Mr. le
Landgrave n'obtempere pas inceſſamment -
cet ordre, S. M. I. charge gracieuſementMrs
les Directeurs des cercles de réunir leurs forces
pour l'y obliger à ſes frais &c. , leur enjoignantde
faire afficher ces Patentes , de protégerà
l'avenir efficacement la Comteſſe de la
Lippe-Schaumbourg , ainſi que ſon fils , &d'informer
S. M. I. dans deux mois , tout au plus
tard, de la maniere dont ils auront exécuté
ceci. Qu'il fos: notifié à tous les ſujets de la
Lippe-Schaumbourg. que S. M. les releve du
ſerment qu'ils ont été forcés de prêter à Mr.
le Landgrave de Heſſe-Caffel , & que c'eſt à
la Comteſſe Douairiere de la Lippe-Schaumbourg
, comme Tutrice de ſon fils & leur ſeule
Souveraine , qu'ils devront à l'avenir foi , hommage
& obéiſſance. S. M. I.ſe flatte que les
dits ſujets s'y prêteront de bon gré. Ceux qui
s'y refuferont devant s'attendre à être punis
rigoureuſement.
En vertu de ce Décret, le Landgrave a
as
( 10 )
retiré, le6de ce mois , pluſieurs Régimens
du Comté de la Lippe Schaumbourg, &
les a répartis dans le diſtrict de ce Comté
qui lui appartient depuis long-temps. Les
deux ſeuls régimens de vieux &jeune Lofberg
font encore à Buckebourg & dans les
Bailliages qui endépendent.
Le Comte de Walmoden - Gimborn ,
Grand-Ecuyer, Général des troupes de l'Electeur
d'Hanovre , & Chef des Gardes du
Corps , a été élevé à la dignité de Prince du
S.Empire.
LeBaron de Dalberg a obtenu le 14 , à
la pluralité des voix, la Coadjutorerie de
l'Evêché de Worms , dont l'Electeur de
Mayence eft Evêque regnant.
On écrit de Bâle , que le 23 Mars , la
Princeſſe épouſe du Prince de Waldeck ,
Général au ſervice de l'Empereur , y eft
accouché d'une Princeſſe, nommée au baptême
Chriftine Frédérique Augufte.
Le Roi de Pruffe a nommé le Major Gé
néral de Lengerfeld , Inſpecteur de tous les
enrôlemens militaires qui ſe feront enAllemagne
pour le ſervice Pruſſien. Ce Général
ſe trouve actuellement dans cette ville.
Pendant l'année derniere , dit le Docteur Buf
ching, le nombre des mariages dans Évêché
d'Osnabruck s'eſt élevé à 1,291 , celui des naiffances
à4,784, & celui des morts à 4,441 ; beaucoupd'enfans
font morts de la petite vérole. Suivant
le même Ecrivain , on a comptédepuis 1774
juſqu'en 1783 incluſivement, 5,750 mariages ,
( 11 )
23,291 naiſſances& 17333 morts. Dans le Comtéde
la Lippe ,il s'eſt trouvé parmi les naiſſances
767 enfans illégitimes , ce qui fait le trentieme
des naiſſances. Dans le nombre des morts on
enacompté 41 qui ont pouffé leur carriere de
90 à 100 & plus. Les mariages , les naiſſances
& les morts de deux Communautés depuis
1774 juſqu'en 1780 manquent dans cet
état.
UnJournal politique fort eſtimé vient de
publier pluſieurs lettres de M. Fabricius ,
datées de Kiel , Octobre 1786. Ces lettres ,
que l'Auteur a compoſées d'après ſon Journat
de voyage en Ruffie, ont pour objet les
villes de Pétersbourg & de Copenhague .
Voici un extrait de celle concernant Pétersbourg.
«Cette ville , quoique mal ſituée , est trèsconſidérable
aujourd'hui par ſon étendue. Elleparoîtaſſezbien
peuplée, mais pas à beaucoup près ,
comme elle pourroit l'être . Les grandes & magnifiques
entrepriſes de l'Impératrice & le luxe
de ſa Cour n'ont pas peu contribué à y augmenter
la population , qui par cela même , ne
peut être conſidérée que comme précaire , n'étant
pas fondée fur ce qui conftitue les moy ne
permanents de ſubſiſtance , les fabriques & le
commerce. On porte communément cette po
pulation à 200,000 ames ; mais je penſe qu'elle
n'excéde pas 120,000 , y compris fa garniſon
qui est comporte de 20,000 hommes Il est vrai
que les états desRégimens en fourniffent un plus
grand nombre; maisdesRégimens ne font jamais
complets en temps de paix. Le comm.ree
de cette ville eſt à peu près dans la même hou
a6
( 12 )
tion où étoit celui de tout le Nord au temps de
Ja Ligue des villes Anſéatiques. Les Etrangers y
importent leurs marchandiſes , les vendent euxmêmes
, achetent les productions Ruſſes & les
exportent auſſi . Les commiſſions ſont mêmes entre
les mains des Etrangers , qui à la vérité ſont
établis à Pétersbourg , mais dont la plupart retournent
dans leur patrie , après avoir amaſſé
quelque fortune. Il eſt vrai que l'on a commencé
à établir des Négocians Ruſſes & que l'on a accordé
pluſieurs avantages aux bâtimens nationaux
; mais ces Négocians n'ont ni liaiſons , ni
crédit au-dehors , & les marins Ruſſes ne ſont
pas encore affez inſtruits dans l'art de la navigation.
Selon toutes les apparences , il faut au
moins encore un fiécle avant que la Ruſſie ſoit
en état d'exporter elle-même ſes productions &
d'importer les marchandiſes étrangeres dont elle
a beſoin. Parmi les Négocians , les Allemands
font les plus nombreux, les Anglois , les plus
riches & les plus chers à la Nation. -Le com
merce des Ruſſes en Chine , par les caravanes , a
ceſſé entiérement depuis 1781. Les Ruſſes y portoientdes
pelleseries , & prenoient en retour dos
thés &d'autres marchandises; ils gagnoient beaucoupdans
ce trafic . On attribue à la dureté & à la
hauteur des Officiers & Employés Ruſſes l'anéantiſſement
de ce commerce avantageux , que l'on
ne pourra rétablir que très-difficilement . La Ruffie
ſe voit obligée aujourd'hui de tirer de la Hollande
& de l'Angleterre les marchandifes Chinoiſes
dont elle a beſoin . - La balance du
commerce de la Ruſſe eſt difficile à déterminer.
Si l'on confulte les regiſtres des Douanes & les
calculs de Guidenſtadt , elle paroît être en fa
faveur ; mais ces états ne font pas connoître le
commerce frauduleux qui eſt conſidérable en
( 13 )
}
Rußie. D'ailleurs , les marchandiſes qui y en
trent , ont une valeur beaucoup plus forte que
celles qui en ſortent , & qui ne conſiſtent que
dans des productions brutes & groſſieres. Le défautdu
numéraire & le grand nombre des billets
de Banque qui font encirculation , font préſumer
que la balance du commerce n'est pas en ſa
faveur. »
ESPAGNE.
De Madrid , le 6 Avril.
DonAntoineAlcedo , Capitaine des Gardes
Eſpagnoles , qui travaille au Dictionnaire
des deux Amériques , a reçu ordre du
Roi de reſter à Madrid pendant neuf mois ,
fans faire de fervice , S. M voulant lui
donner le temps & le loiſir de finir un orvrage
auſſi eſſentiel.
Le Confulat de Cadix , avons nous dit
précédemment , a fait préſent au Comte de
Fernand Nunez , Miniftre de notre Cour à
Lisbonne, de deux tableaux, dont l'un repréſente
le naufrage du S. Pierre d'Alcantara
, & l'autre les travaux des plongeurs
qui en ſauvent la cargaifon. La maniere
dont le Miniſtre a accueilli ce préſent , eft
conſignée dans une lettre qu'il a adreſſée au
Conſulat de Cadix , le 17 Janvier dernier ,
&dont voici l'extrait.
>> J'ai reconnu à ma très- grande ſurpriſe , que
les barres qui ſoutiennent les cadres , aing
que les anneauxdeſtinés à leur collocation ,
>>font d'or maſſif ; & j'ai ſu depuis que leur
בכ
( 14 )
valeur étoit de 120 mille réaux de vellon,
Quoique cette magnificence caractériſe ſans
>>doute la manière noble de penſer de votre
>>>illuftre Corps , elle ne ſaurait augmenter à
>> mes yeux la valeur d'un don déjà fi précieux
>> pour moi par les témoignages ſi flatteurs qui
>> l'accompagnent : confidérant d'ailleurs que
cette ſomme eſt le fruit du malheur des
>> infortunés & eſtimables Sujets de votre auguſte
Souverain , il m'a paru plus juſte de la faire
>ſervir à leur confolation : c'eſt ce qui m'a
>> engagé à la deſtiner à la ré-édification d'une
>ancienne maiſon de charité , qui a ſubſiſté dans
> ma Ville de Fernand-Nunez , & que le temps
>> à détruite , & à commencer l'ouvrage d'un
>> cimetiere public , que j'avois depuis long-
>> temps fait le projet de faire bâtir ſur une
élévation, qui eſt dans les environs. L'expé-
>> rience de ces deux dernieres années , pendant
>> leſquelles cette ville a tant ſouffert des épide-
טנ
mies , qui yont regné, augmentoit journelle-
>>ment mon defir d'y faire ces deux établiſſemens
, que je ſouffrois de n'avoir pu y faire
encore.
3>Quant aux deux Tableaux , ils ſeront conf
>> ti'ués dans ma maiſon , par voie de ſubſti
>> tution , pour y perpétuer àjamais le ſouvenir
> de l'événement , ainſi que celui de ma reconnoiffance:
j'en ferai faire deux Gravures par
>un Artiſte de notre Académie de S. Fernando ,
> pour en former deux Eſtampes , dont l'une
>portera letitre de Malheur imprévu , & l'autre
le Bonheur inattendu. C'eſt ainſi qu j'aurai
la fatisfaction de rendre public lemérite du
>>P>eintre ,& le témoignage de ma reconnoif-
>> fance. Dès que cet Ouvrage ſera fini , je
vous en ferai paſſer pluſieurs exemplaires ,
( 15 )
!
pour qu'ils foient diſtribués parmi les prin.
>cipaux d'entre nous>>
La Police a fait arrêter une compagnie
de filoux , qui avoit des correſpondans &
des confreres dans différentes villes du
Royaume, où les bijoux volés ſe vendoient
avec plus de ſécurité pour la ſociété. On
en a pris so &quelques receleuſes. Le Capitaine
les a trahis , & pour prix de la dénonciation
il a été renvoié libre.
On apprend d'Alicante , que depuis l'arrivée
de M. d'Expilly , il eſt entré dans ce
port une ourque & un chebeck venant
d'Alger avec 300 eſclaves rachetés , & que
la Cour de Naples a fait avec cette Régence
une treve de trois mois, & qu'on y
traitedu rachat des eſclaves de ce Royaume.
Lesdernieres lettres duPérou & de Buenos-
Ayres annoncent le naufrage d'un vaiſ
ſeau de la Compagnie des Philippines dont
on ignore la cargaifon. こ
M. de Fernand Nunnez , notre Ambaffadeur
en Portugal , vient dêtre nommé
pour remplacer à Verfailles le Comte d'Aranda
qui revient àMadrid.
ITALIE.
D'Ancone, le 25 Mars.
Suivant les nouvelles les plus recentesde
la Boſnie , la ville de Scopié , dans la Ro(
16 )
mélie, a failli d'être le théâtre d'un affreux
carnage. Le Pacha rébelle de Scurari s'étant
emparéde Scopié , en avoit donné le
commandement à un affaflin, nommé Batal.
Inſtruit de cet événement , le Grand-
Seigneur envoia le Pacha à trois queues ,
Gouverneur de la Romélie , pour chaffer
les rébelles de cette place. Celui-ci expédia
à Scopié l'ordre d'y tenir prêts les vivres
néceſſaires pour ſa perſonne & pour fa
Cour, ainſi qu'il eſt d'uſage dans ces circonſtances.
Au lieu d'obéir , le Comman .
dant rébelle déchira le papier qui contenoit
l'ordre, & fit répondre qu'il étoit plus dif
poſé à raſſembler une armée de 40 mille
hommes , qu'à exécuter ce qu'on demandoit.
Le Pacha irrité fit alors notifier aux
principaux habitans , qu'ils euſſent à ſe déclarer
ou pour le Souverain , ou pour le Pacha
de Scutari . Dans le premier cas , il exigeoit
en preuve de leur fidélité la tête de
Batal; dans le ſecond, il les menaçoit de
paſſer au fil de l'épée tous les habitans audeſſus
de 9 ans. Ceux- ci s'étant concertés
engagerent Batal à ſe rendre à leur affemblée
, où ils lui couperent la tête , qui fut
auflitôt envoiée au Pacha de Romélie , & la
ville rentra ſous l'obéiſſance du Grand- Seigneur.
Les troupes de Batal tenterent quelques
mouvemens : mais elles furent contenues
& miſes en fuite par les gens du pays.
On ajoute que ce même Pacha s'eſt mis
auſſitôt en marche vers Scopié avec des
,
( 17 )
forces conſidérables & un grand train d'artillerie
: ces préparatifs font croire qu'il a
deſſeind'affiéger la ville de Scutari .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 21 Avril.
L'Envoyéde Tripoli , qui ſetrouvoit icidepuis
quelque tems , s'eſt embarqué ſur la frégate
le Carysfort, avec les préſens du Roiau
Bey; préſens qu'on évalue à quinze mille livres
ſterl.
Les deux Chambres du Parlement , qui
avoient pris leurs vacances pendant les fêtes
dePâques , ſe ſont raſſemblées le 16.
Le 18 , le Chancelier de l'Echiquier demanda
la permiffion de préſenter un Bill
qui autorisat les Lords de la Tréſorerie , à
affermer la taxe ſur les poſtes aux chevaux
àtels adjudicataires qui ſe preſenteroient.
Cette demande fut accordée ſans difficulté ;
mais il eſt probable que le Bill occafionnera
de grands débats. Dans la même Séance,
M. Brett , Lord de l'Amirauté , propoſa
une adreſſe au Roi pour le ſupplier d'augmenter
les penſions accordées aux veuves
des Chirurgiens & Bas Officiers de la Marine
; ces penſions , de 20 liv. ſterl. , ne
ſuffiſant pas à leur ſubſiſtance. La motion
futacceptée.
Le même jour 18 , M. Francis produiſit
une nouvelle charge contre M. Hastings ,
( 18 )
relative à l'ufurpation de Zémindarats dans
le Bengale. La moitié du difcours de l'Orateur
roula ſur ſes affaires perſonnelles & fur
P'hiſtoire de ſes inimitiés avec M. Haftings. II
apprità la chambre que ,lorſque lui , M. Francis
, avoit été envoyé comme Membre du
Conſeil à Calcutta , il avoit la plus haute eftime
pour l'Accuſé ; mais que cet Accuſé
ayant différé d'opinionaveclui, il s'enfuivoit
Timpoſſibilité qu'ilne fût pas un déprédateur ,
un brouillon ,unſcélérat , puiſque lui étoitun
parfaithonnête homme. Il ajouta qu'en effet
il s'étoit battu en duel avec l'homme qu'il
pourſuivoit; mais qu'on étoit le meilleur ami
de celui avec qui l'on ſe battoit , lorſque le
combat n'avoit pour objet ni une maitreſſe ,
ni une rivalité décidée; que par conféquent ,
puiſque laſeule guerre des Marattes avoit armé
fonbras contre M. Haſtings , un ſi noble
ſujet de querelle étouffoit toute idée de refſentiment,
poſtérieur àl'inſtant où elle avoit
été vuidée ; qu'enfin , ayant été bleſſé & renduà
la vie par ſon antagoniſte , il n'avoit pas
cru pouvoir mieux lui témoigner ſa reconnoiſſance
, &, fur-tout , le feu de fon patriotiſme
, qu'en le harce'ant d'altercations ,
d'accufations,de libelles ,&d'intrigues pendant
fix ans. Toute extraordinaire que cette
conduite pouvoit paroître , la Chambre n'y
verroit que mieux la pureté de ſes intentions ,
la vérité , ſon zele , & la vertu d'un homme
public. It est vrai qu'on l'avoit accuſé de n'avoir
tracaffé & calomnié M. Haſtings au
!
Bengale & en Angleterre, que par déſeſpoir
de n'avoir pu lui arracher ſa place , d'acoir
manqué le projet de lui ſuccéder , de s'être
fait expulferde la direction de la Compagnie
des Indes; mais fon caractere étoit au deſſus
de pareils ſoupçons: & l'on ſavoit bien qu'il
n'étoit pas homme àſe laiſſer entraîner par de
ſemblables motifs.
Après cet exorde d'une demi-heure, M..
Francis développa fon accufation , dont le
fommaire eſt que les Zémindarats étant des
eſpeces de fiefs ou de tenures inamovibles ,
& qui ſe tranfmettoient d'une génération à
P'autre , M. Hastings étoit ſouverainement
coupable d'avoir difpofé du revenu des Zémendars
, en les affermant à des Exacteurs ,
ſes protégés. Cette queſtion politique del'étenduedudroitdesZémindarats
fut enviſagée
très differemment par M. Pitt & d'autres ;
mais , nonobitant leurs argumens , ce Chef
d'accuſation fut admis à la pluralité de ſeize
vox; 71 contre ss ayant opiné à le recevoir.
Le 19 la Chambre des Pairs entendit une ſeconde
lecture du bill relatif au Traité de commerce
conclu avec la France , & à la conſolidasion
des droits. Le Comte de Coventry fit l'apologie
du bill , & termina fon diſcours par la
morior que le bill fût mis en comité . Cette
mot occafionua de violens débats. Plufieurs
Pa Meter Pautres le Vicomte de Stormont ,
présendiren ffociation des deux objets
téunis dans le bill ét it 'n atentat formel confre
laconflitution; l'ordre conftant& invariable
( 20 )
de la Chambre portant littéralement ce qui
fuit Annexer aucune motion étrangere au
>> bill d'aide ou de ſubſide , eſt un acte anti-
>> parlementaire & deſtructif du principe de la
>> Conſtitution ». Mais malgré ces argumens &
beaucoup d'autres , la motion paſſa à la pluralité
de 70 voix contre 29 .
Différens états de finance furent mis , ce
jour 19 , fur le Bureau de la Chambre des
Communes , entr'autres , celui du fond d'amortitlement
aus Avril 1787; d'où il réfulte
que les ſommes , exiſtantes dans cette caiffe
àla diſpoſition du Parlement , montent à
1,226,072 1. 10 fols 11 deniers &demi ſterl.
Aujourd'hui M. Pitt ouvre le Porte-feuilledes
finances , dont les différens comptes ſéparés
ont paſſe ſous les yeux de la Chambre.
Apeine le Miniſtere a-t-il annoncé dans le
Parlement d'Irlande la concluſion prochaine
duTraité avecle Portugal,que le commerce
a embraſſé avec avidité cette nouvelle branche
de négoce. Le 7 de ce mois , plus de
12000 pieces de toiles ont été enregiſtrées à
la Douane pour Porto. Elles ſeront embarquées
ſur quatre bâtimens qui ſe préparent
àmettre inceſſamment à la voile.
Le Parlement d'Irlande n'attend plus
pour terminer la ſeſſion que le projet d'une
éducation publique , propoſé par M. Orde.
Ce traité avec le Portugal eſt , dit on ,
terminé. La principale difficulté qu'il a rencontrée
, a été le choix de l'année d'après
laquelle on formeroit le tableau du com
( 21
merce entre les deux nations. La Cour de
Portugal propoſoit l'année 1785 ; le Miniſtère
Anglois , l'année 1783 ; enfin , on a
reconnu que l'année la plus recente donneroit
les baſes les plus sûres. En prenant une
année moyenne , la balance ne s'eſt trouvée
favorable à l'Angleterre , que de 90,000 liv.
fterl. Le Portugal a ſenti qu'il étoit de ſon
intérêt de s'en tenir à l'eſprit du traité de
Methuen.
En conféquence du nouveau Traité , les
droits ſur les vins de Portugal , à leur entrée
enAngleterre , feront diminués de 161.
ſterl. par tonneau , réduction qui doit faire
baiſſer de deux ſchelings le prix de la bouteille
de vin de Portugal.
On prérend que M. Pitt propoſera , à
la rentrée du Parlement, de réduire pendant
quelque temps les droits ſur les vins
d'Eſpagne , d'Iralie & de Hongrie , & de
mettre un impôt additionnel de trois pour
100furtoutes les liqueurs ſpiritueuſes importées
de Hollande dans la Grande-Bretagne.
Le 10du mois prochain eſt le terme fixé
pour l'abolition des anciennes taxes fur les
eaux de vie , vins , rhums de l'Étranger , &
pour l'établiſſement des nouveaux droits.
Les Chiens , les Chevaux anglois , dit le
PublicAdvertiſer , ſont devenus un objet de
commerce aſſez important en France. Dans
l'eſpace d'un mois, il a été débarqué plus de
300 couples de Chiens ; les droits n'étant
( 22 ) ...
que de deux fols par tête , à leur importation.
LesChevaux font également courus à Paris .
D'après des avis certains , il eſt conſtant
qu'au commencement de Mars dernier , il y
avoit en cette ville 679 Chevaux anglois en
vente , & que le 3 de ce mois , il n'en reftoit
que 19 d'invendus.
Le Docteur Herschell a preſque achevé
fon nouveau teleſcope. Il aura plus de 40
pieds de long , & 4 pieds 9 pouces de diametre:
l'on aſſure que ſa puiſſance ſurpaſſera
cellede tous les télescopes faits juſquà ce
jour. Outre les deux ſatellitesdu Georgium
Sidue, découverts dernièrement , cet Aftronome
eſpère , à l'aide de ſon nouvel inttrument
, appercevoir pluſieurs autres fatellites
de cette planette.
Le Comité ſecret , formé à l'Hôtel de la
Compagnie des Indes , a examiné avec la
plus grande attention les papiers & les té .
moins touchant l'affaire de M. Haftings.
Lord Macartney a été interrogé le 14 ,
M. Middleton pareillement , & avec la plus
ſcrupuleuſe attention. Le Comité ne fera en
état de faire fon rapport que dans dix jours ;
M. Burke du moins a demandé le 17 un
répi à la Chanibre des Communes , qui , ce
jour-là , devoit entendre le rapport de ce
Comité.
Le Jugement de M. Haſtings par la
C' ambre haute pouvant être regardé comme
arrêté , & méme to mant aujourd'hu. le
( 23 )
deſir de l'illuſtre accufé , on nous faura gré
de dire quelque choſe des formes uſitées
dans cette circonſtance. Voici celles qu'on
fuivit en 1709 , ſous la ReineAnne , lorfque
le Docteur Sacheverel fut décreté par
les Communes , devant la Chambre des
Pairs , pour avoir ofë prêcher en chaire le
dogme de la non-réſiſtance aux Ros , &
leur pouvoir comme émané de la Divinité ;
propoſitions qui le firent condamner à la
pluralité de 17 voix .
Les Communes envoient d'abord un Meſſage
aux Lords , pour leur annoncer qu'elles ont accuíé
N... de certains crimes & malverſations, &
qu'elles produiront les articles ſpécifiques de l'impeachment
, lorſqu'il en ſera temps ; que l'accuſé
eſt ſous la garde du Sergent d'armes , & prêt à
être remis ès mains de l'Huiſſierà verge noire (1 ).
Les Lords nomment alors un Comité qu'ils
chargent d'examiner de quelle maniere il doit
être procédé ,&de leur en faire le rapport.
Après ces préliminaires , qui durent néceſſairement
quelques jours , les Communes envoient
les articles de l'impeachment , au nom des Chevaliers
, Citoyens&Bourgeois de la Grande Breta-
-gne, aſſemblés enParlement ,& au nomde toutes
Les Communautés du Royaume.On fait alors lecture
de l'impeachment dans la Chambre des Pairs ,
après laquelle l'accuſé eſt remis ſous la garde de
'Huiffier à verge noire.
Il paroît à la Barre , où il ſe met à genoux :
c'eſtdans cette poſture qu'on lui lit les articles .
Cela fait, le Lord Chancelier lui demande ce
qu'il a à dire pour ſa juſt fication ?
(1) Officier de la Chambre des Pairs.
( 24 )
L'accufé demande alors qu'il lui ſoit donné
copie des chefs d'accuſation ; qu'il lui foit accordé
un temps convenable pour y répondre ; un
conſeil pour l'affifter , &c . &c . Enfin il demande
àêtre élargi fous caution.On commence par décider
ces premiers points.y
Lorique le tems fixé pour répondre eſt expiré ,
l'accuſé ſe rend à la Barre de la Chambre des
Pairs , où il remet ſa réponſe àgenoux. On en
fait lecture , & l'original eſt envoyé aux Communes
, qui prennent cette réponſe en conſidération
, & la rendent enſuite , en déclarant qu'elles
ſont prêtes à fournir leurs preuves.
Les Lords fixent alors un jour pour commencer
l'inſtruction du procès. Les Communes leur font
ſavoir qu'elles ſont prêtes ,& requierent que L. S.
faflent préparer des fiéges convenables à la Barre
pour leurs Députés.
La Chambre des Pairs préſente une Adreſſe à
S. M. pour la fupplier de donner des ordres pour
qu'il ſoit érigé un amphithéâtre dans la ſalle de
Westminster , pour y faire l'inſtruction du procès.
Lorſque tout eft prêt, les Lords en font part
aux Communes. Les Juges ont ordre d'affifter au
procès. Les témoins font appellés , & toute autre
affaire eſt ſufpendue , tant que le procès d'impeachment
dure.
Le jour du procès , les Pairs ſe rendent à leur
Chambre en robes de cérémonie , ſe mettent en
prieres , & s'ajournent à la falle de Westminster ,
où ils ſe rendent de la maniere ſuivante.
Les Greffiers , Ics Rapporteurs de la Cour de
Chancellerie & les Juges ouvrent la Proceffion .
L'Huiſſier à verge noire vient enſuite , & les
Lords marchent doux à deux , felon leur rang.
Le Sergent d'armes précéde le Lord Chancelier ,
&
( 25 )
&reſte dans la Chambre pour annoncer l'ouver
ture de la Séance.
Arrivés d'ans la ſalle , le Chancelier demande
laChambre de permettre que les Juges ſoient
couverts. Ou mande alors le priſonnier à la
Barre , où il ſe met à genoux juſqu'à ce qu'on
lui ordonne de ſe lever. On fait la lecture de
l'impeachment , de la réponſe de l'accuſé , & de la
réplique des Communes , & on leur annonce
qu'elles peuvent adminiſtrer des preuves de leurs
allégations.
Les Membres de la Chambre des Communes
doivent ſe trouver dans la ſalle avant que les
Lords yarrivent. Il n'y a que les Pairs& les Juges
qui puiſſent étre couverts.
Toutes les avenues de la ſalle ſont gardés ,
&perſonne n'y peut être admis fans des billets ,
qui ſont diſtribués par le Lord Chambeilan .
Enfin , on procéde à l'inſtruction du procès ,
qui s'inſtruit en pluſieurs Séances , & le jugement
eſt rendu à la réquisition de l'Orateur des
Communes.
Lorſque l'accuſe n'eſt point Pair du Royaume ,
le Chancelier préſide au procès ; mais lorſque
c'eſt unPair , le Roi nomme unCommiſſaire qui
fait lesfonctionsdeGrand-Sénéchal d'Angleterre .
On a fort bien obſervé que,quelle que foit
l'iſſue de ce procès , elle fera honneur à la
Conſtitution Britannique. Si M. Haſtings
eſt abſous , e'le prouvera que ni le mérite
desplus grands ſervices , ni le crédit , ni les
richeſſes nepeuvent touſtraire un Adminiftrateur
à l'examen que la Nation a droit de
lui faire fubir. S'il eſt condamné , elle prouvera
que ces mêmes conſidérations font
N°. 18,5 Mai 1787. b
(126. )
(
impuiſſantes à faire prévaloir un exemple
d'intpunité , qu'il eſt pernicieux de donner
en faveur des gens en place.
On voit encore dans la ville de Leiceſter,
la maiſon où Richard III paſſa la nuit qui
précéda le jour de la bataille de Bofworth ,
&l'on conſerve dans les archives de cette
ville , une anecdote qui prouve combien ce
Prince étoit défiant.
Un lit de bois extrêmement lourd & embarraſſant
, étoit toujours conduit à la ſuite de Richard
parmi ſes bagages , ſous prétexte qu'il
ne pouvoit dormir que dans ce lit. Il y avoit
fait pratiquer des couliſſes à ſecret , dans lefquelles
il metroit ſon argent , qui étoit caché
ſous ne piece de bois creusée , qui avoit l'air
d'être fort lourde , & qui l'étoit auſſi par ce
qu'elle renfermoit. Après la journée fatale où
Richard fut vaincu par le Duc de Richmond ,
ſes troupes entrerent dans Leiceſter , & tous les
partiſans de Richard furent pillés , mais le lit en
queſtion échappa à la rapacité du vainqueur ,
comme un effet inutile & de peu de valeur. Le
propriétaire de la maiſon ayant découvert quelque
tems après le tréſor caché , devint tout-àcoup
riche & opulent , ſans que l'on pât en
deviner la cauſe. Il acheta des terres , & parvint
enfin à la dignité de Maire de Leiceſter.
Quelques années après, la femme de cet homme ,
devenue veuve , fut aſſaffinée par ſa ſervante ,
qui avoit été miſe dans la confidence , & la
trouvaii e ne fut connue du public que par
Pinſtruction du procès de cette femme & de fes
complices.
Le Morning Chronick vient de rappor
( 27 )
ter une anecdote du dernier ſiecle , qui a
donné lieu , je crois , àje ne fcais quel Roman
, & que nous traduitons dans ſa ſimplicité
hiſtorique.
Pocahusta étoit fille de Powhatan , Chef d'une
Tribu de Sauvages dans la Virginie ; le pere
d'un caract.re aktier & féroce; ta fille au contraire
d'une ame tendre & beaucoup plus ſenfible
que ne l'ont bien des femmes des pays
policés de l'Europe.
Elle étoit dans ſa douzieme année , lorſque
le Capitaine Smith , Officier Anglois plein de
bravoure , d'intelligence & d'humanité , eut le
malheur d'être pris par les ſauvages. Il étoit
parfaitement connu de ces peuples , qui le redoutoient
& l'eſtimoient également. En effet ,
quo que l'intérêt de ſa propre conſervation l'eût
quelquefeis obligé de prendre les armes contre
ces barbares , il avoit ſouvent interpoſe avec
ſuccès ſa médiation entr'eux & les Anglois.
Le Chef ſauvage ſe porta envers ce brave
Officier aux derniers excès de l'arrogance & de
la cruauté. Le Capitaine Smith fut promené en
triomphe dans toutes les Tribus , traité magnifiquement
pendant ce voyage , & envoyé au ſupplice
immédiatement après ſon retour .
Le moment fatal étant arrivé , le captif fut
étendu ſur la terre. La pierre qui devoit faciliter
l'exécution avoit été placée ſous ſa tête ,
&le Tomack étoit déjà levé , lorſque Pocahunta
ſe précipica ſur le corps du Capitaine , & le
ferrant étroitement dans ſes bras , s'écria : Si
vous le tuez , c'est moi qui recevrai le premier
coup ! Ces mots furent accompagnés d'un torrent
de larmes. Le pere , tout impitoyable qu'il
étoit , ne put réſiſter à ce ſpectacle , la nature
b 2
( 28 )
& l'humanité reprirent leurs droits fur fon
coeur , & le Capitaine Smith dut la vie à la
ſenſibilité d'un enfant. Néanmoins par un caprice
digne de Powhatan , il mit à cette grace
une condition qui la rendoit à-peu-près nulle.
Il exigea du Prisonnier qu'il lui procurât une
certaine quantité de munitions , quoiqu'il ne
voulût ni le relâcher ſur ſa parole , ni même
lui permettre d'écrire un mot à ſes amis , pour
leur apprendre où il étoit. La ſagacité du Capitaine
Smith lui ſuggéra cependant un moyen de
ſe tirer d'affaire. Il dit a Powhatan que ſi quelqu'un
de ſes ſauvages vouloit porter une planche
à James Town , il lui feroit trouver fous
un arbre , à jour nommé , tous les articles
qu'il demandoit. Le Barbare y ayant conſenti ,
M. Smith traça en peu de mots fur laplanche
la poſition où il ſe trouvoir.Le Meffager s'acquitta
de fa commiffion , & Powhatan ayant en
effet trouvé ſous l'arbre déſigné les articles en
queſtion , Smith fut conſidéré dans tout le pays
comme un magicien.
Quelques Papiers rapportent l'hiſtoriette
fuivante.
Un indigent ayant été derniérement ramaffer
du bois dans une forêt voiſine d'Hydepark , vit
unGentilhomme bien mis , ayant une épée au
côté & une cocarde à ſon chapeau , qui ſe promenoit
d'un air triſte & rêveur. Ce pauvre homme
croyant que c'étoit un Officier qui venait là
pour ſe battre en duel , ſe cacha derriere un
rocher. Le Gentilhomme s'approcha de cet endroit
, ouvrit un papier qu'il lut d'un air fort
ému & qu'il déchira. Il tira enſuite un piſtolet
de ſa poche , regarda l'amerce & battit la pierre
avec une clef. Après avoir jetté ſon chapeau à
( 19 )
?
zerve , il appuya le piſtolet ſur ſon front ; l'a
morce prit , le coup ne partit point. L'homme
qui s'étoit caché , s'élança ſur l'Officier & lui
arracha fon arme à feu ; mais celui ci mit l'épée
à la main & voulut en percer ton libérateur qui
lui dit tranquillement : « Frappez ; je crains aufli
- peu la mort que vous , mais j'ai plus de cou-
>> rage. Il y a plus de 10 ans que je vis dans les
>> peines & dans l'indigence , &je laiffe àDieu
>>> teul le ſoin de mettre la fin à mes maux.
LeGentilhomme , frappé de cette réponſe , refta
un moment immobile , verſa des larmes &
tira ſa bourſe qu'il fic accepter à cet honnête
vieillard , lui promettant de profiter de ſa leçon .
Il prit enſuite fon nom & fon adreſſe , & lui fit
jurer de ne faire aucunes perquiſitionsà ſon ſujet.
FRANCE.
De Versailles , le 27 Avril.
Le 17 de ce mois , Leurs Majestés & la
Famille Royale ont ſigné le contrat de ma
riage du Vicomte de Wal, Officier au régiment
du Roi , Infanterie , avec Demoifelie
de Chabor.
L'Abbé de Fénélon a eu , le 17 , Thonneur
de préſenter au Roi les deux premiers
volumes des oeuvres de Fénélon , dont Sa
Majesté avoit daigné agréer la dédicace , &
qui font imprimés par Didot l'aîné.
L'Evêque de Limoges a, le 4 du mois
dernier , prêté ferment, entre les mains de
Monfieur, en qualité de premier Aumônier
L b3
:
( 30 )
decePrince , en ſurvivance de l'Evêque de
Seez ; il a eu , le même jour , l'honneur d'être
préſenté, en cette qualité , au Roi & à
la Reine , par Monfieur.
Le 21 de ce mois , le Comte Falque de
Montchenu , le Comte Alexandre de Rava
bere, le Comte de Florian de Kergorlay &
le Baron d'Anſtrude , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi, ont eu celui
de monter dans les voitures de Sa Majesté
&de la fuivre à la chaſſe.
Le lendemain , la dame de Lamoignon
&la Marquiſe de Fleury ont eu l'honneur
d'être préſentées au Roi , à la Reine & à la
Famille Royale , la premiere par la Baronne
deMontboiffier , &la ſeconde par la Ducheſſe
de Fleury.
Ce jour , le Duc d'Harcourt , Gouverneur
de Monſeigneur le Dauphin , a , en
cette qua'ité , préſenté à Leurs Majestés le
'Chevalier d'Allonville,Maréchaldes Camps
&Armées du Roi , & le Chevalier du Puget
, Meſtre -de- Camp d'artillerie . Sous-
Gouverneurs de Monſeigneur le Dauphin ;
l'Abbé de Moncroc , Grand-Vicaire de
Langres , & l'Abbé Corbin , ſes Inſtituteurs ,
&l'Abbé Buiſſon , ſon Lecteur.
:
La Cour a pris le deuil , le 26 de ce
mois , pour onze jours , à l'occaſion de la
mort de laPrinceſſeAnne Amélie de Pruſſe ,
Abbeſſe de Quedlinbourg , tante du Roi.
De Paris , le 2 Mai.
Lettres patentes du Roi , du 6 Décembre
( 31 )
1786 , regiſtrées en Parlement le 19 Janvier
1787 , concernant la réciprocité à érablir
entre la France & les Etats du Prince-
Evêque de Bâle , par rapport à la Juriſprudence
des Faillites .
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du re
Mars 1787 , qui fixe l'ouverture du Chapitre
ordinaire des Cordeliers de la Province
de France , au 18 Juin prochain .
Idem , qui ordonne que les Conſtitutions
nouvelles des Cordeliers , & Bref du Pape
ſur icelles , du 9 Août 1771 , enregiſtrées au
Parlement de Paris , feront inceſſamment
préſentées aux divers autres Parlemens du
Royaume , pour y ſubir la même formalité.
Lettres-Patentes du Roi , en forme d'Edit >
du mois d'Août 1785 , regiſtrées en Parlement
le 17 Février 1787 ; par lesquelles Sa Majefté
fait don à Mgr. le Comte d'Artois , à titre &
par ſupplément d'apanage , de la mouvance fur
les Terres de Saint-Valery & Roc-de-Cayeux ;
diſtrait cette mouvance du Comté d'Amiens , &
l'um't au Comté de Ponthieu .
Idem, du mois de Février 1786 , regiſtrées en
Parlement le 17 Février 1787 ; portant don à
Mgr. le Comte d'Artois , à titre & par ſupplément
d'apanage , des Domaines & Seigneuries
de Doullens & de Montreuil- for-Mer.
Arrêt du Conſeil d'Erat du Roi , & Lettres-
Patentes fur icelui , données à Versailles le 19
Février 1787 , regiſtrées en la Cour des Aides
Je 14Mars audit an ; qui augmentent les déductions
accordées aux Propriétaires , Vignerons
...
b4
( 32 )
&Laboureurs ſur les boiſſons provenant de leurs
récoltes.
L'Etat général de la population du département
de Flandre & d'Artois pour l'année
1786 , préſente un total de 31903 naiffances
, dont 16323 garçons & 15581 filles.
Le nombre des mariages eſt de 7697 , &
ce'ui des morts dans lemême département ,
a été de 27340 , dont 13939 hommes &
134-1 femmes. Il y a eu 136 profeffions relig
euſes. La population de la ville de Lille
en particulier , néanmoins comprife dans
l'état général ci-deſſus ) donne un réſultat
de 2814 naiſſances & 1945 morts. Le nombre
des mariages a été dans cette ville de
603. Comparaiſon faite du préſent état
avec celui de 1785 , il réfulte que la population
eſt augmentée de 2779 individus.
Nous recevons du dioceſe de Tulles , la
Lertre ſuivante , que nous nous empreffons
de rendre publique .
« Le nommé Albert, de la petite villed'Eg'e-
>>>tons en Limoufin , annonce depuis long-tems
>des diſpoſitions qui étonnent & qui n'aurcient
>> beſoin que d'un guide zélé & charitable pour
>> en faire une eſpece de prodige dans plus d'un
> genre.
» Ce jeune homme, fils d'un marchandde vin,
→→→ qui n'a pu lui laiſſer qu'à peine de quoi vivre ,
>>ayant cinq autres enfants pour partager une for-
>>>tune très médiocre , a perdu la vue à l'âge de
>trois ans .
>>>Tous les ouvrages manuels , quelque com
>>>pliqués qu'ils ſoient, lui paroiſſent faciles , & if
>> en eſt peu qu'il n'exécute.
( 33 )
Il travaille au tour , en menuiserie, & ilfait
>>>des tables de toilette ,de petites commodes ,
>> des boëtes fermant au ſecret , des métiers à rédes
rouets à filer le coton des échevaux
à engrenages , il ſe ſert facilement de l'équerre
»&du compas .
zeall ,
>> Il ſculpte en bois , il fait des coquillages ,
> des oiſeaux , il imite parfaitement les figures
>groteſques qui nous vi ennent d'Allemagne &
>>>d'ailleurs.
» En fer , il n'eſt rien qu'il ne faſſe avec la
>> lime. L'horlogerie ne lui eſt point étrangeres ,
>> il raccommode les pendules , & remet , avec
>>>autant de préciſion que defolidité , les dents
>> qui peuvent leur manquer.
Il fait en os différens petits ouvrages très-
>>>agréables : dans ce moment , il vient de finir
>un pupitre à ſoutenir des feuilles de muſique ,
>>& qu'on peut appeller le chef-d'oeuvre d'un
>> aveugle.
•Ce pupitre eſt d'une délicateſſe extrême : il
>> eſt formé de quinze pieces ou lames réunies
>> par des goupilles avec roſettes , d'une fineſſe
>> exceſſive: il ſe plie dans un étui qui fait lui-
›même partiedela machine en lui ſervant de
>> baſe. Cet étui n'a que trois pouces&demi de
>> long , fur ſept lignes de large.
Ouvert & déployé , il a ſept pouces de lar-
>> geur , fur neuf pouces de hauteur.
Deux fleurs de lys avec un coeur , le tout
» en cuivre , ſont au ſommet & en réuniſſent
les parties.
>>>Il joue encore paſſablementde pluſieurs inf-
> trumens , il en a fait même quelques-uns ,
>> entr'autres un pfaltérium , dont il ſaiſit le me-
>>> chaniſme , en une ſeule fois qu'il eût occaſion
>> d'en toucher.
bs
( 34 )
> Indépendamment des diſpoſitions fi mar-
>> quées pour les travaux manuels, cet aveugle
en annonce infiniment pour ceux de l'eſprit ,
>& depuis qu'il a entendu parler des foins gé-
* néreux que ſe donne M. Haüy pour l'édu-
:
ca ion des aveugles , il envie le fortdes éleves
>> de ce Philantrope zélé & bienfaiſant ; ma's
>> ſes moyens ne lui laiſſent pas entrevoir la
>> poſſibilité de jamais jouir de ce précieux &
>>>conſolant avantage.
» Si la Société Philantropique de Paris pou-
>>>voit cependant porter ſes bienfaits juſques
>> dans les Provinces , Albert en ſercit vérita-
>>>b>lement digne» .
BARGY , Curé d'Eglettons.
DAMBERT, Juge & Subdélégué de la petite
ville d'Eglettons.
L'annonce que nous avons faite dernierement
d'une Société de bienfaisance , à Vendôme
, d'après le deſir de cette Société , que
nous ne connoiſſons en aucune maniere , a
donné lieu à quelques reſſentimens ſur le
lieu meme, &à des explicarions qu'on nous
priede rendre publiques, ce que nous allons
faire, fans entrer le moins du monde dans
cette controverſe.
« Les Vendômois ſont enchantés d'apprendre
>>>par une lettre du 13 Février 1787 , inférée
>> au Mercure de France polit.art. Paris , 14 Avril
» 1787 , Nº. 15 , qu'il y a une Société établie
dans leur ville ſous le nom de Société
de Bienfaisance .
>>Mais ce n'eſt pas le tout que d'étre bien-
>>faisant , il faut être vrai.
>> 10. La miſere n'eſt point extrême , dans ce
>moment à Vendôme. MM. les Curés , les Ma(
35 )
!
1
>>giftrats , Monſeigneur l'Evêque de Blois ,
>>>M. l'Intendant d'Orléans , les premiers de fa
ville en ſeroient inſtruits & y remédieroient .
>> 28. Il eſt faux qu'il y ait plus de 1500 pauvres
infcrits fur les regiſtres des Curés.
3°. Il n'y a point de femmes qui accouchent
>>>ſur la paille , fans linge , fans bouillon , &
>> leurs enfans ne meurent point fans ſubſiſtance.
>> Qu'on me cire le hameau le plus barbare ,
& le plus fauvage , où proportionnellement à
>> la maniere de vivre , une accouchée ſetrouve
>>dans un tel abandon , je ſouſcrirai à cette im-
>putation
>>Mais à Vendôme , où la claſſe du peuple la
>>>plus indigente eſt la plus compatiſſante , où
>>>les Curés reſpectables font inſtruirs fur-le-
>> champ du beſoin des malheureux , où dans
chaque quartier il ſe trouve des femmes zélées
& atives , des dames aiſées & charitable ."
>>>4°. Qu'il y ait des dames de la ville qui
ſe raſſemblent tous les premiers vendredis
de chaque mois pour recueillir des charités :
>> on l'ignoreit ; & c'eſt pour elles un éloge.
>>> Que ce ſot déſormais une leçon , un encou-
>> ragement , il pourra avoir fon utilité.
>> Mais qu'on ne vienne pas dire que latroi-
> ſieme portion de ces charités eſt pour les
>>Chirurgiens , les Accoucheurs & les médica-
Je ſuis autorité mens àdémentir cette ..
>>>affertion , foit pour le paſſé , ſoit pour l'avenir.
Elle répugneroit à ieur charité & à leur
> déſintéreſſement.
>> S'ils font dans le cas de répandre gratuite-
>ment les bienfaits de leur profeſſion , ils ne
>> demandent pas qu'on prenne la trompettepour
>>>les publier ; mais avancer qu'on les paie des
deniers deſtinés aux charités , c'eſt contre ce
b6
( 36 )
>menſonge que leur délicateſſe leur preſcrit de
>> réclamer.
>> Les dames charitables qui cachent avec
tant de ſoin la main qui donne , doivent être
aufli choquées de voir l'oeuvre de leur bien-
>> faiſance dévoilée , que MM. les Bénédictins
»& les PP. de l'Oratoire , de ſe voir louer
de venir au ſecours des femmes en couche:
>>>Les bienfaits fans nombre de ces Communau-
>> tés Chrétiennes & reſpectables , dédaignent
>> avec raiſon une publicité qui tiendroit d'une
adulacion indécente , & fi contraire à leur
>>> modeſtie.
BEAUSSIER DE LA BAUCHARDIERE , Médecin
de MONSIEUR , Frere du Roi , Correſpondant
de la Société Royale de Médécine.
A Vendôme , ce 22 Avril 1787.
Meſfire Charles-François-Emmanuel de
Nadau du Treil , Ecuyer , Sieur du Treil ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , ancien Gouverneur de la Guade
loupe, eſt mort à la Grandterre de ladite
ifle, dont il étoit natif, le 2 Janvier dernier
, âgé de 83 ans 8 mois & demi , pere
d'une nombreuſe poſtérité, diftinguée par le
luftre de ſes alliances & par ſes ſervices militaires
, que ceux de ce nom ne ceſſent de
rendre dans les Colonies , depuis plus de
150 ans.
Emeric-Joſeph de Durfort , Duc de Civrac,
Baron de Lalande , Comte de Blaignac
, Chevalier des Ordres du Roi , Chevalier
d'honneur de Madame Victoire de.
France , ci-devant Ambaſſadeur de S. M. à
Naples , à Veniſe , & auprès de l'Empereur
( 37
ப
&de l'Impératrice-Reine, eſt mort à Paris,
le 8 du mois dernier .
Les Numéros ſortis au Tirage de la
LoterieRoyale de France , le 1 de ce mois ,
font: 82 , 44, 46, 88 & 62 .
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 30 Avril.
L'examen des droits du peuple , pour
lequel il a été queſtion de nommer des
Commiſſaires , dans la Province de Hollande
, n'offre pas une tournure favorable
, & entraînera probablement quelque
événement déciſif. La partie armée de la
Bourgeoisie d'Amſterdam ayant obligé la
Régence de cette ville à rappeller trois
des cinq Députés aux Etats qui avoient voté
contre le gré des Patriotes ; ces trois
Conſeillers ont remis aux Etats un Mémoire
juſtificatif; & malgré toutes les raifons
du Parti contraire , l'Ordre Equestre
&les neuf villes qui votent avec lui , ont
fait décider que ce Mémoire feroit pris en
conſidération..
D'après cette réunion de la Majorité des
Régens contre le Parti Patriote , on a tra
vaillé à renouveller ce Conſeil lui même.
En confequence ceux des Bourgeois armés
qui adhérent au Patriotiſme , ont demandé
le 21 à laRégence ,& par une Requête formelle
, la démiſſion de neuf Conſeillers qu
leur font ombrage. Dans cette Requête ils
parlent au nom de la chere Patrie, de la liv
( 38 ) 1
berté inestimable , de la sûreté de la Ville &
du repos public ; enfin de tout ce qui leur eft
plus cher & plus précieux : & ils concluent
par exiger que les neut Conſeillers abandonneut
leurs charges , afin que les Bourgeois
puiffent retou ner dans leurs maisons avec
ce contentement parfait auquel ils ont droit
de prétendre. Le Conſeil damiterdam a répondu
qu'il n'étoit pas en droit de dépoſer
ainſi ſes propres Membres , & que cet Acte
feroit contraire à la hoi fondamentale de
1658 .
Il vient de ſe former à la Haye une
Société , com, oſée de quatre claſſes , dont
la premiere compte quelques Membres de
l'Ordre Equestre Lejeune Comtede Bentinck
de Rhoon , fils du Seigneur de même nom, qui
fit la révolution de 1748 , en eſt le Préſident.
Certe Société doit faire contre poids aux
Affociations Patriotiques; il s'en forme de
pareilles & fur le même plan à Amſterdam ,
à Rotterdam & en d'autres villes .
La nouvelle Régence d'Utrecht vient de
défendre formellement aux Receveurs des
deniers publics de la ville & de ſon district ,
de verſer aucuns deniers dans la caiſſe des
Etats à Amersfoort , ce qui les mettra peut.
être , ſi cette meſure a quelques ſuires ,hots
dé at de payer leur quore part à la Généra
livé. Du reſte , certe ville d'Utrecht est toujours
dans la même ſituation : on vient d'ordonner
de n'ouvrir les portes qu'à 7 heures
( 39 )
:
1
du matin, & de laiſſer ſeulement le guichet
ouvert pour les gens de pied.
Un quidam , habillé en Heyduque, portant
un large fab e à ſon côté , & mine rebarbative ,
parcouroit les environs deGroningue , & alloit
de village en village, répandant parmi les
payſans , tantôt qu'il étoit envoyé du Roi de
Pruffe , tantôt commis par le Prince d'Orange ,
pour leur annoncer que dans peu ils verroient
arriver quelques milliers d'hommes pour mettre
les Patriotes à la raiſon , & établir Mgr. le
Stadhouderdans tous ſes droits. Quelque grotesque
que für une telle miffion , & l'homme qui
en paroiffoit chargé , le menu peuple , qui n'y
regarde pas de ſi près , s'attroupoit autour de
kui , & groffiffoit peu a peu ſa ſuite. Accueilli ,
fêté chez les payſans , il commençoit a prendre
une certaine conſiſtance , & l'on ne fait trop
ce qui en ſeroit reſulté, ſi les bons Citoyens
n'euffent enfin ouvert les yeux fur cette farce
inconcevable. La juſtice s'étant miſe à ſes troufſes
, deux fergens voulurent mettre la main
fur lui dans un village où ils le rencontrerent
après bien des recherches; mais le Miſſionnaire
mettant le ſabre à la main ſe défendit fi vaillamment
qu'il ſe débarraſſa des deux gens de la
police , & gagna au pied. Il auroit probablement
réuſſia ſe fauver , ſi le Corps Franc d'un
village voiſin ( Winschoten ] averti à tems
n'eût envoyé ſur le champ douze hommes
commandés par un Caporal , & bien armés ,
qui tombant à l'improviſte ſur le furibond, l'obligerentde
ſe rendre àdiſcrétion. Il a été conduit
à la priſon criminelle , & il ne tardera
pas probablement à recevoir le prix de ſes
ſervices (Gazette d'Utrecht ) .
Hier , M. Dhom , Miniſtre de laCout de Pruſſe,
( 40 )
écrit-on de Bonn- le 12 Avril, & l'Envoyé de la
Cour Palatine ſe ſont rendus en cette ville pour
prendre avec Son Alteſſe Electorale quelques
metures touchant l'affaire de Heſſe-Caffet , & l'on
eſt convenu que ſi le Landgrave ne ſe conformoit
point aux intentions du Cercle, ainſi que de l'Empire
en général , on feroit mar her 10 mille hommes
de troupes Pruſſiennes , 2 mille des troupes
Palatines & 1200 hommes des troupes de Munſter.
Ces réſolutions n'auront pas de ſuites , fi, comme
'on le dit , fans aucune voie de force , le Landgravea
fait fortir les troupes du Comté de Buckebourg.
« Le Jugement de la commiſſion du Châte-
>>let de Paris , dans l'affaire de MM. Tourton
> & Ravel , a été ſuivi d'un ſurfis de huit jours
>> que ces banquiers ont obtenu pour prendre
>>>des arrangemens avec les porteurs de lettres-
>>de change falfifiées. Pendant cet intervalle ,
> les autres Banquiers , tant étrangers que na-
>>>tionaux , ſe ſont occupés de l'importance de
> ce Jugement pour la Jurisprudence des lettres-
>> de- change ; il paroît en réſulter le danger
>de mettre la signature des accepteurs à la
merci de tous les fauſſaires adroits ; & ce
danger imminent a fait la matiere d'une con-
> férence tenue avec les premiers Banquiers de
> cette Capitale . On afſure qu'il en eſt réſulté
>> un Mémoire très- intéreſſant & très- lumineux ,
» qui a été remis au Miniſtre ; & pendant l'exa-
> men qui en va être fait , on accorde un nou-
>>>veau ſurſis à l'exécution du Jugement de la
Commiffion . La précaution d'accepter les
>>>lettres-de-change , remédie bien en partie au
danger des falifications; mais on croit qu'il
feroit important d'adapter , en faveur de la
>>sûreté publique , la loi d'Angleterre , qui in
( 41 )
>>flige la peine de mort contre tout homme
>> qui altere un billet de change , & on aſſure
que le Gouvernement va s'occuper de ce
>>p>oint eſſentielde légiſlation criminelle. M. de
Mirbeck , célebre Avocat au Conſeil , a
rédigé le Mémoire des Banquiers , qui va
>>>paroître ſur cette matiere.
Le jardin du Palais-Royal va réunir une
>nouvelle décoration.Le grand quarré de gazon
>>> ſera converti en une grande falle , creusée
>> à 15 pieds en terre , & élevée de pieds au-
>>deſſus du fol. Des colonnes & des vitrages
- entoureront cette falle : elle ſera couverte
>enplomb , & au-deſſus ſeront placés des oran-
>>gers , qui formeront des allées entourées d'une
balustrade & de banquettes; un canal entourera
le tout. Dans l'intérieur de la ſalle , le
>> célebre Ecuyer Aſtley fera ſes exercices dans
>>la faifon convenable de l'année; & pendant
>>> l'hiver , cette ſalle ſervira de promenade
>> chaude & commode pour le public ».
On répand le bruit que l'Impératrice de
Ruſſie proje te de rendre la Couronne de
Po'ogne héréditaire , & de l'aſſurer à fon
petit-fils le Prince Conſtantin. Les lettres de
Varſovie, fans faire mention de ceste conjecture
, contiennent les détails ſuivans ſur
ce qui ſe paſſe à Kiof.
Les dernieres nouvelles de Kiof nous ont confirmé
que le Roi eſt parfaitement rétabli du
voyage , durant lequel il a été obligé de faire
une partie du chemin à pied , à cauſe des routes
abſolument gâtées par les glaces & la pluye. La
réception que lui a faite l'Impératrice deRuſſe,
a été conforme aux ſentimens d'amitié dont elle
Thonore;& entre autres preuves qu'elle lui ena
( 42 )
données , eſt la franchiſe de tous droits accor
dée aux productions Polonoiſes , qui pafferent
par le port de Cherſon. La préſence de deux Souverains
à Kiof , & l'attente d'un troiſſeme , y
ont attiré entre autres trois Grands -d'Espagne ,
les Princes de Ligne , de Naſſau & de Belmonte.
Quoique la cherté de toute eſpece de vivres
& de commodités augmente chaque jour , elle
ne diminue en rien laconſommation journaliere
d'un ſi grand nombre de perſonnes du premier
rang , peu accoûtumée à ſe paſſer des objets de
luxe ou de fimple agrément . L'on affure que
l'Impératrice a chargé Madame la Comteffe
Branicka , Epouſe du Grand-Général de ce nom
& niece du Prince Potemkin , du ſoin d'approviſionner
ſa table à raiſon de cing mille roubles
par jour. Cependant la difette n'eſt pas le ſeul
désagrément qui empeche que la joie & la farisfaction
foient pures & complettes à Kiof. L'on
avoit remarqué que le Feld-Maréchal Comte
de Romanzow , vivant éloigné de la cour , netoit
pas fort lié avec le Prince Potenkin. le
ſéjour de l'Impératrice dans la Province , dont le
premier de ces ſeigneurs a le Gouvernement ,
les ayant raſſembles tous les deux à Kiovie ,
l'on croit avoir remarqué des traces de mefintelligence
; & l'on prétend que le Comte de
Romanzow ſe plaint de la deſtitution de plufieurs
anciens Officiers , dont il connoit le mérite, &
qui ont été remplacés par des jeunes gens , eſtimés
, il est vrai , peut- être , à jufte titre , par
le Prince Potemkin , mais qui manquent encore
d'expérience & de réputation militaire. Une ſeconde
circonstance de la même eſpece , c'eſt le
refroidiſſement entre notre Roi & le Prince
Adam Czartoryski , qui s'est rendu à Kiof avec
* les autres chefs du parti oppoſé à notre monarque
...
( 43 )
Nous negarantiſſons pas les rapports répan
dus au ſujet de la réponſe que lui a fait l'Impératrice.
Des intérêts majeurs ſemblent occuper
aujourd'hui cette Souveraine , ſi l'on en doit
juger par le nombre d'exprès , qui arrivent à
Kiof, & qui en partent tous les jours. Les Avis
qu'on a reçus touchant les diſpoſitions de la
Porte, n'ont point apporté de changement à
cellede notre Cabinet . L'époque approche fans
doute , où elles pourront ſe développer.
Le fameux Comte de Cagliostro , qui a
abandonné ſubitement l'Angleterre , fe
trouve aujourd'hui , dit on , à Bienne en
Suitſe , où il va tenter de ſe ré nir au Pafteur.
Lavater de Zurich , pour établir une
nouvelle Jérusalem , & d'autres inſtitutions
dont on parle en ces termes dans une lettre
d'Allemagne.
... Le magnériſme ou plutôt le fomnambu-
>> lifme ſe propage rapidement ici , tandis que
.M. Lavater cherche à accréditer ces idées
>> par les correſpondances ſecrettes qui ne le
>>>ſontpourtant que pourles profanes , & fur tout
>pour ſes partiſans; on it blit par- tout des leges
où on s'occupe à faire des proſelytes magnéti-
.>> feurs & magnétiſés. Il y a des loges à Caris-
" rche , Mannheim , Deux- Ponts , Mayence ,
>> Breme. Les gens fenfes s'en moquent , mais
" il y a des endroits où il eſt dangereux de
-> rire de ces ſottiſes , parce que les amis réunis
cherchent par tout à gagner d'abord les
>> hommes puiſſans , & cabalent contre les
incrédules . Il y a déja par - ci par là
* des fomnambules qui ne d'fent pas ſeu-
>> lement quelle médecine il faudra prendre
>> pour guérir , mais quel article de foi il faut
-
( 44 )
>>>adopter pour n'être pas damné. Per- ci par-là
>> les tomnambules dans les pays proteftans of
>donnent aux malases de prendre de l'eau bé-
>>> nite, & à le soumettre à des cérémonies du
>> culte catholique pour guérir. Un grand nom-
>>>bre de gens les plus éclairés de l'Allemagne ,
>> qui jou ffent d'une réputation diftinguée , ſe
font déclarés hardiment contre cette nou-
>>> veauté nuiſible à la ſanté , aux moeurs
Wieland a écrit un excellent morceau ſur le
>magnétiſme. Il a fait grande fenfationenAlemagne
, attendu que Wieland eſt du petit
>> nombre des écrivains Allemands dont les ouvrages
font lus par les gens du monde.
Parag, extraits des Papiers Angl. & autres.
:
?
১
On mande de Calcutta en date du 21 .
O&obre 1786. un fait qui prouveroit que le
Tigre ne fuit pas toujours à l'approchedu feu .
Un petit Navire de Ganjan , ayant eu une
traverſée plus longue qu'on ne s'y étoit attendu ,
manqua d'eau & de provifions. étant près des
l'Iſſe Saugar ,fix Européens ſe rendirent à terre
pour aller à la recherche de proviſions fraiches.
Ayant trouvé des Cocos , il s'engagerent un
peu avant dans l'Iſle pour en ramaſſer. La nuit
étant venue , & le Navire étant à quelque diltance
, ces fix perſonnes crurent qu'elles pouvoient
paſſer la nuit dans une vieille Pagode
qu'elles trouverent fur leur chemin , au lieu
de retourner à bord. Elles allumerent un grand
feu à l'entrée , & convinrent que deux d'entre
elles feroient à leur tour la garde pendant la
nuit , & donneroient l'alarme en cas de danger ,
( 45 )
précaution que la ſolitude du lieu leur fit regarder
comme néceſſaire. Le fort tomba ſur un
orfevre& graveur de cette ville, qui ſe trouvoit
avec eux. Dans le milieu de la nuit , un
Tigre s'approcha & s'élança , en ſautant par
deffus le feu, fur ce malheureux jeune homme .
Cet animal féroce donna de la tête contre le
mur de la Pagode , ce qui les renverſa l'un
& l'autre; ils roulerent fur le feu deux ou
trois fois fans que le Tigre lachât priſe. Dans
la matinée , ſes compagnons trouvérent à quelque
diſtance , les os des cuiſſes & des jambes
de cetre malheureuſe victime entiérement dépouillésde
chair. Gazette d'Utrecht nº 34 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS. GRAND CHAMBRE .
CAUSE entre la demoiselle D... , les enfans naturels
du ſieur B... les héritiers maternels duſieur
B... fils Et le ſieur B... pere , héritier des
meubles de fonfils. Fille séduite parunhomme
marié , dommages-intérêts demandés& accordés .
penfion alimentaire demandée pour des bâtards
adultérins , contre laſucceſſion du pere naturel.
L'opinion de l'Auteur du Traité de la ſéduction
, dit qu'il n'eſt point dû des dommages co
intérêts à une fille qui s'abandonne àunhomme
marié , parce que n'ayant pas l'eſpoir d'un mariage
légitime , ſa faute ne peut être excuſée ,
& que l'honnêteté publique s'oproſe à des avantages
qui pourroient tendre à favoriſer la débauche
, reçoit néanmoins une exception , dars
lecas où la ſéduction eſt exercée par un homme
marić , vis-à- vis d'une fille dont l'âge , le défaut
d'expérience , de jugement &de réflexion
( 46 )
ne lui donnent ni les moyens , ni la force d'éviter
le danger . Un pere , héritier des meubles
de ſon fils , ne peut le défendre de l'action en
dommages & intérêts , formée par la concutine
de ſon fils , en lui oppoſant qu'il n'en eſt point
dû à une fille qui s'abandonne à un homme ma-,
rié, fur-tout lorſque ce pere a connu , toléré &
favoriſé les égaremens de ſon fils. Le paie
ment des dommages - intérêts & penſions alimentaires
accordes à la fille ſéduite & à ſes enfans
, doir être ſupporté, ſoit par les héritiers
des meubles , ſoit par ceux des propres , chacun
en proportion de ce qu'ils profitent de la
ſucceſſion. Tels ſont les trois points jugés par
l'Arrêt rendu dans cette cauſe. Le fieur B..
fils , marié , ſans enfans , âgé de 38 ans , tenant
un état opulent , & appellé à une fortune confidérable
, avoit téduit une jeune cuvriere , âgée
de 14 ans , la demoiselle D... , fille de paren's
honnêtes , mais pauvres ; il l'avoit attirée chez
lui , & avoit vécu avec elle pendant quelque
temps . La dame B ... s'étant apperçue du défordre'de
ſon mari , ſe vit forcée de quitter ſa maifon.
Le ſieur B ... a eu de fon commerce illicite
avec la demoiselle D... une fille & un gar
çon , qu'il a fait baptiſer comme enfans 1 gitimes
de lui & de la demoiselle B... ſon épouſe.
Quelque temps après la naiſſance de ces enfans ,
le fieur B... s'est déterminé à quitter Paris , pour
a'ler demeurer avec la demoiselle D... , aux
environs de Dreux. Il proit que le fieur B ...
pere étoit inſtruit de la conduite de ſon fils , &
qu'il la toléroit , puiſque dans des lettres, qu'il
lui écrivoit , il faisoit des complimens & amitiés
à la demoiselle D... , lui recommandant d'avoir
ſoin de la ſanté de ſon fils , & embraſſant la
petite famille. Le ſieur B... fils mourut en
( 47 )
..
1785 , laiſſant pour héritiers , ſon pere pour les
mobilier , & pluſieurs parens éloignés , héritiers
des propres évalués à 10000 liv. , mais dont le
pere , aux termes de la Coutume de Dreux , de->
voit avoir l'uſufruit pendant la vie. La demoiſelle
D ... forma au Bailliage de Dreux , contre
le ſieur B... pere & les héritiers maternels de
ſon fils , une demande en dommages - intérêts
pour elle , & en penfion alimentaire pour ſes
enfans naturels. -Les adverſaires de la demoifelle
D ... l'ont foutenue non-recevable & mal
fondée dans ſa demande en dommages- intérêts ,
fur le fondement qu'il n'en étoit point dû à une
fille, qui ſciemment s'étoit abandonnée à un
homme marié . -A l'égard des enfans , le
fieur B a offert d'en prendre ſoin ; & les héritiers
maternels ont foutenu que , ne retirant aucun
avantage dans le moment préſent de la ſuc-:
ceffion , mais ſimplementune nue propriété, ils
ne pouvoient être forcés à contribuer au paiementdes
penſions demandées.- Dans cet état ,
Sentence duBailliage de Dreux eſt intervenue ,
qui a débouté lademoiſcile D... de ſa demande
en dommages- intérêts , & à l'égard des enfans ,
a condamné les héritiers àà payerà la mere, pour
chacun des enfans, une pention alimentaire de
600 liv . La demoiselle D ... & les héritiers
ont interjetté appel de la Sentence. La demoifelle
en ce que la Sentence lui avoit refuſé des
dommages- intérêts , elle oppofoit au principe
qu'on vouloit faire valoir contre elle , fon extreme
jeuneſſe , ſon inexpérience & l'âge de ſon
ſéducteur ; elle oppoſoit au ſieur B... la parfaire
connoiſſance qu'il avoit de la conduite de ſon:
fils , fon approbation tacite & les témoignages
d'amitié qu'il lui donnoit & à ſes enfans , dans
des lettres qu'il écrivoit à ſon fils . Les hé
(48)
ritiers de leur côté ſe plaignoient de ce que les
pentions adjugées aux enfans étoient trop fortes.
Le ſieur B ... croyoit remplir tout ce qui
eſt dù à des bâtards adultérins , en ſe chargeant
de leur nourriture & entrerien , juſqu'à l'âge où
ils pourroient apprendre un métier.. La demoiſelle
D... répliquoit au ſieur B... que ſes offres
évoient inſuffiſantes pour déſintéreſſer ſes enfans,
que fon grand âge de 86 ans ne donnoit pas
l'espérance d'une longue vie , pour completter
leur éducation , & qu'en cas de mort , il faudroit
plaider de nouveau contre la ſucceſſion ,
pour fixer des penſions que la juſtice ne pouvoit
leur refuſer.-La demoiselle D... répondoit
aux héritiers maternels , que la circonſtance
dont ils vouleient ſe prévaloir, de n'être héritiers
que d'une nue propriété , ne pouvoit tirer
àconſequence , & ne pouvoit les diſpenſer de
contribuer au paiement des penſions , attendu
leur prochainejouiſſance de cette nue propriété
grevée à la vérité d'uſufruit , mais ſur une têtet
de 86 ans. Dans ces circonstances un Arrêt du
20 Mai 1786 , a mis l'appellation & ce au néant ,
émendant, en ce que la demoiſelle D... avoit
été déboutée de ſa demande endommages- intérêts
, a condamné le ſieur B... ſeul à lui payer
3000 liv. de dommages intérêts. Le ſurplus de
la Sentence , relatif à la fixation des 600 liv. de
penfion pour chaque enfant , ſortiſſant ſon plein!
&&entier effet leſquelles penſions de 600 liv. ,
le ſieurB ... ſera tenu de payer & avancer ſeul,
pendant la vie , & après lui , ſera payée par
chacun des héritiers maternels , dans la proportion
de ce qu'ils recueillerontde la ſucceſſion ;
a condamné le ſieur B ... & les héritiers aux dépens
envers la demoiselle D... , a condamné
celle-ci à aumôner 3 liv. au pain des pauvres
priſonniers de la Conciergerie.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 MAI 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION propojée pour le Buste du
Général WASHINGTON, *
PATRIOTE ATRIOTE fans fanatiſme,
Guerrier humain , tranquille au ſein des factions ,
Atoutes les vertus, comme à ſes actions ,
Il imprima le ſceau de l'Héroïſme :
Aux champs Américains fonda la liberté;
Puis rentra dans la foule environné de gloire ,
Avec cette ſimplicité
Qui le fit admirer juſques dans la victoire.
(ParM. Nogent, Receveur des Fermes a Avalon.)
* Note de l'Auteur. On a profité en partie des idées
Contenues dans une Lettre inférée au Journal de Paris,
du 16 Décembre 1786.
No. 19 , 12 Mai 1787. C
1
so
MERCURE
L'Homme du Monde & le Solitaire.
UN jeune homme , ayant tout pour plaire dans
lemonde ,
Et mettant un grand prix à ſes plaiſirs trompeurs,
Vint un jour viſiter la retraite profonde
D'un Sage , revenu des humaines erreurs.
Il ne concevoit pas qu'on pût paſſer ſa vie ,
Loin de ce qu'il nommoit la bonne compagnie ;
Aplus forte raiſon devoit-il s'étonner ,
Qu'à s'enterrer vivant on pût ſe condamner.
Il venoit ſur ce point interroger l'Hermite ,
Qui devina d'abord l'objet de ſa viſite.
Le vieillard , quand ſon hôte eut tout bien viſité,
(On a bientôt tout vu chez un Anachorète )
Satisfit en ces mots ſa curiofité :
« Jeune homme, lui dit-il , vous voyez ma retraite ,
• Elle eſt ſimple & bornée; un modique jardin ,
> Qu'arroſe & fertiliſe une ſource d'eau pure ,
> Un petit bois , un champ cultivé de ma main :
>> Voilà la pauvreté conforme à la nature ,
>> Que du nom de richeſſe on doit ſeule appeler,
>> Et qui fait en ces lieux l'aiſance de ma vie;
>> Je jouis d'une paix que rien ne vient troubler ;
• A moi-même je ſuis toute ma compagnie.
DE FRANCE.
SI
« J'AI vécu comme vous au ſein des voluptés ;
>> L'Amour , ce doux fantôme , occupa ma penſée;
» Son ombre m'attiroit auprès de cent Beautés ;
>> Mais quelle étoit l'erreur de monâme inſenſée !
>> En poursuivant par- tout l'amour & le plaiſir ,
Je n'ai jamais trouvé qu'ennui , que repentir.
• Je crusque pour l'amour ma recherche étantvaine,
> Peut- être l'amitié donneroit moins de peine ;
>> Tout flattoit à l'envi ce conſolant eſpoir;
20 En public , en ſecret chacun diſoit avoir
• Ce bien où j'aſpirois , bonheur d'une âme pure,
• Un ami , doux beſoin donné par la Nature.
* Je vis que je cherchois un fantôme nouveau ,
>> Et je fus dupe encor , ainſi qu'auprès des Belles.
» JEUNE HOMME , vous voyez maintenant tout ea
beau ;
> Mais quand de faux amis, des femmes infidelles
>> Vous auront comme à moi fait voir la vérité,
> Vous comprendrez alors comment on peut ſe plaire
Loin du vain tourbillon nommé ſociété ,
* Qu l'on voit réunis le vice & la misère ,
- Ou , ſous les noms trompeurs de parent& d'ami ,
> L'homme dénaturéde l'homme eſt l'ennemi.
» Sous de noires couleurs c'eſt peindre la Nature,
>> Dit en l'interrompant notre jeune mondain.
>> Un Sage garde en tout une juſte meſure ,
C
52
MERCURE
>> Et vous chargez un peu ce pauvre genre-humain.
>> Pour moi, je vois encor tout ſous une autre faces
» Je verrai comme vous peut- être à votre place.
« Vous fûtes à la mienne; aigri par le malheur ,
>> Et ne jouiſſant plus des rêves du bonheur ,
» Vivre dans un déſert à votre âge eſt ſageſſe ;
>> Mais ce ſeroit , je crois , folie en majeuneſſe. >>
Lu matin de la vie eſt différent du ſoir ;
Jeune, on voittout riant; vieux, on voit tout en noir.
(Par M. le Méteyer , Secrétaire du Roi. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Biscuit ; celui
de l'énigme eſt Papier ; celui du Logogryphe
eſt Poudre , où l'on trouve Pérou, or ,
ré , Pô , Eu , roue , dur , duo , Ode.
-
DANS
CHARADE.
ANS tes bras voir , tenir expirant ton premier
A la fleur du dernier ,
Le jour même de ton entier ;
Gémir trente ans inconfolable ,
Boby, quel fortplus déplorable!
DE FRANCE
ÉNIGME.
Je ſuis aux yeux du Militaire
Un très-hautdegré de grandeur.
L'Alteſſe même en France eſt fière
Dece brillant figne d'honneur.
Au Barreau , dans le Monastère ,
A la Cour , dans le Sanctuaire ,
Je porte éclat ,gloire , ſplendeur ;
C'eſt à la main qu'on me révère :
Mais ſur l'épaule , ô ſort contraire!
Chacun me tient à déshonneur.
( Par M. le Chevalier de S.... .... )
LOGOGRYPHE.
CHACUN CHACUN fubit mes loix, da fceptre à la houlette.
Souventje viens à toi ſans tambour ni trompette.
Nul ne peut m échapper; & malgré mille pleurs
Je remplis l'Univers d'épouvante & d'horreurs.
Mais fi dans mes fix pieds je ſuis ſi redoutable ,
Au contraire avec cinq je pourrois à ta table ,
Raſſemblant tes amis pour boire àta ſanté ,
T'amuſer , cher Lecteur , ranimer ta gaké.
Décompoſe mon tout, tu trouveras ſans peine
Ces champs fleuris où paiiſent les moutons ;
Cu)
54
MERCURE
Celui qui les nourrit & qui toujours les mène ;
De la muſique un de ſept tons ;
Ce que fait celui qui promène;
Plas , une prépoſition ,
Et ce qui ſuit une négation ;
De ta cuiſine un ustensile ;
Ce qu'il faut avoir au piquet ;
Cequi ſert fort ſouvent au ſiège d'une ville ;
Un adverbe latin; d'un chaſſeur le filet ;
Enfin un Évêché de la Haute-Provence.
Ne devines-tu pas ? En ce cas recommence.
Adieu , mon cher Lecteur ,
Dieu te garde de moi ; car àtous je fais peur.
( Par M. l'Abbéde Cuvillers , de Than. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
LA Religion conſidérée comme l'unique base
du bonheur & de la véritable Philofophie ;
par Mme la Marquiſe de Sillery , ci-devant
la Comteffe de Genlis. A Paris , à l'Imprimerie
Polytype; chez Plaffan , rue des
Poitevins , hôtel de Thou , & à Orléans ,
chez Couret de Villeneuve , Imprimeur
du Roi. Vol. in -8°.
CE titre n'annonce d'abord qu'un Livre
édifiant ; mais ce Livre eſt polémique : ony
DE FRANCE
. 55
1
expose, ony réfute les principes des prétendus
Philoſophes modernes ; &, fous ce nom ,
c'eſt aux plus illuftres Écrivains de ce ſiècle
les uns morts depuis peu , les autres encore
vivans, que l'Auteur déclare la guerre ; car
c'eſt la guerre la plus folemnellement déclarée
& l'hoſtilité la plus caractériſée.
Bella ,horrida bella. .....
Non Simois tibi , nec Xanthus , nec Dorica caftra
Defuerint..... nec Teucris addita Juno
Uſquam aberit.
Les gens du monde qui ne cherchent &
ne voient dans ce ſchiſme de la Littérature
qu'un amusement pour leur oiſiveté , redoubleront
ici d'attention : cette attaque leur paroîtra
digne de leur curioſité ; les athletes
fontde force à rendre le combat intéreſſant ;
l'attaque eft vigoureuſe, l'aſſaillante a fait ſes
preuves; on fait avec quel eſprit , quel goûr,
quelle grâce elle écrit ; on fait combien elle
eſt inſtruite : elle marche depuis dix ans de
ſuccès en ſuccès ; la voix publique la met au
rang des premiers Écrivains de la Nation ,
contre qui elle ſe déclare aujourd'hui.
Bellatrix, audetque viris concurrere virgo .
Ils ont eux-mêmes applaudi publiquement à
ſes premières productions, ils lui applaudiroient
encore, s'il ne falloit pas un effort plus
qu'humain pour rendre complettement juftice
à un ennemi déclaré.
Mais elle , eft- elle bien juſte à leur égard ?
Civ
56 MERCURE
Quand on les attaque ſur les talens, ils font
affez défendus par leur gloire ; quand on les
attaque ſur les principes & les ſentimens ,
c'eſt une difcuffion toujours facheuſe , dans
laquelle nous ne voulons abſolument point
entrer : ils ne font que trop bons pour ſe
défendre ! & quant àceux qui viennent de
diſparoître , que nous regretterons longtemps
, & que nous ne remplacerons peutêtre
jamais , l'honneur de les défendre & de
les venger, ſemble appartenir d'une manière
particulière à ceux qui ſont déſignés dans
Ouvrage même, comme faifant cauſe commune
avec eux. Il n'y aura peut-être que trop
de vengeurs & de vengeances.
Ciel ! détourne les coups que ce moment prépare!
Les motifs peuvent tout juſtifier ; l'amour de
Ja Religion eſt un motifſuffifant pour combattre
ceux qu'on regarde comme ennemis
de la Religion: à la vérité , celui qu'on attaque
ne ſuppoſe guères à ſon adverfaire des
motifs aufli purs ; mais a-t'on le droit de
fcruter les coeurs ? Et quand on ſe rappelle
les grands & refpectables devoirs impofés à
l'Auteur , doit-on s'étonner de la ſévérité de
ſes principes , & doit- on lui ſuppoſer d'autres
motifs que ceux qu'elle allègue elle-même ?
Écoutons-la fur cet article.
" Pourroit- on m'accuſer, dit-elle , d'avoir
>> critiqué avec trop d'amertume de tels Ou-
» vrages ? Comme mère & comme inſtitu-
>> trice , n'ai -je pas dû dévoiler , autant queje
DE, FRANCE. 57
• le puis, des deſleins &des principes ſi per-
>> nicieux? N'ai -je pas dû chercher à préſer-
> ver la jeuneſſe d'une admiration dange-
>> reuſe& peu fondée pour des hommes qui
>> ont voulu détruire tout ce qu'ily a de plus
>> utile& de plus ſacré ?>>
Certainement, s'il étoit démontré à tout
le monde qu'ils aient voulu détruire tout ce
qu'il y a de plus utile & de plus ſacré , ils auroient
tout le monde pour ennemi ; & donc
la choſe eſt démontrée pour l'Auteur , la
voilà juſtifiée quant à ſes motifs perſonnels.
Elle fait qu'on attribue àdes reſſentimens
ſecrets cette violente hoftilité qui avoit pourtant
été précédée de quelques autres , àla vérité
moins fortes. Voici comment elle s'exprime
à ce ſujet. " Des opinions & des fen-
> timens inſpirés par la conſcience , & fon-
> dés ſur la vérité, doivent être invariables ;
» aufli trouve-t'on dans mes premiers Ou
>>vrages , & dans tous ceux que j'ai faits ,
> les mêmes idées que je développe ici fur
> les prétendus Philofophes , fur la Philofo-
>>phie moderne & fur la Religion.Mes cri-
>> tiques font , je l'oſe dire , auſſi impartiales
➤ que mes intentions ſont pures...... Avant
>> que mes Lettres fur l'Education euffent
>> paru , je n'avois point d'ennemis , on
➤ n'avoitjamais rien écrit contre moi; j'avois
>> reçu au contraire des témoignages univerels
d'une indulgence exceſſive. Dans cette
> ſituation , je me décidai cependant à pur-
→ blier les Lettres, dans lesquelles j'expri
CF
58 MERCURE
» mois , avec toute la force dont je ſuis ca-
>> pable , les ſentimens , les principes & les
>> opinions qu'on retrouve dans cet Ouvrage.
>> Voilà donc une preuve indubitable que ce
>> n'est pas le reffentiment qui m'infpire au-
>> jourd'hui. Et d'ailleurs , d'où viendroit ce
>> reffentiment? Quel mal m'a- t'on fait? Quel
>> malpeut-on me faire ? Socrate diſoit à fon
ود eſclave: Je te battrois , fi je n'étois pas en
>> colère; pour moi,je puis finon battre , du
» moins attaquer; car j'ai conſervé tout mon
>> fang-froid. Enfin je ne fais point haïr ; c'eſt
>> une faculté philofophique qui me manque
>> abſolument. >>
Nous ſavons que toutes ces proteſtations
neperfuadent jamais les parties intéreſſées ni
leurs partiſans ; mais elles peuvent faire impreſſion
ſur les perſonnes impartiales & fans
intérêt, & nous devons donner acte à l'Auteur
de ſes déclarations.
Parcourons quelques-uns de ſes jugemens.
Que la Philofophie eſt haïffable , lotf-
>> qu'elle debire gravement des paradoxes fi
>>>contraires àl'humanité! »
'Il s'agit des hôpitaux , établiſſement que
M. de Monteſquieu& l'Auteur de la nouvelle
Vie de M. Turgot , ne regardent pas comme
indistinctement utile.
« Quoi de plus révoltant , s'écrie Mme de
>> Sillery , qu'un homme jouiſſant d'une par-
>> faite ſanté & de toutes les fuperfluités de
>> la vie , qui s'enferme dans fon cabinet pour
>> fupprimer d'un trait de plume tous les hô
DE FRANCE.
59
» pitaux , & qui veut prouver que l'on de-
>> vroit ôter cette dernière refſource à corte
>> multituded'infortunés , qui périroient ſaus
>> ces établiſſemens ! ود
Le principe de cette indignation eſt humain
& vertueux ; mais un juſte ſentiment
de pitié rend l'Auteur infuſte; ceux qui déſapprouvent
les hôpitaux , demandent qu'on
yfupplée d'une manière plus utile au Public,
ils veulent que les pauvres ſoient nourris &
lesmalades traités , mais par d'autres moyens :
M. de Monteſquieu, dans le même Chapitre ,
dit formellement que l'Etat doit à tous les
Citoyens une fubſiſtance aſſurée , la nourriture,
un vêtement convenable & un genre de
vie qui nefoit point contraire à lafanté Estce-
là vouloir qu'on meure faute de retfources
?
En lifant cet Ouvrage , & quelques autres
de Mme de Sillery , qui ſuppoſent une fi
grande connoiffance de la Bible & une fi
vaſte érudition religieuſe , on n'eſt pas peti
furpris que ce ſoit M. de Voltaire qui ait raifon
contre Mmede Sillery , dans leur oppofition
fur un paſſage de l'Exode.
« M. de Voltaire s'étonne , dit- elle , que
>> des Lévites aient pu exterminer vingt-trois
" mille hommes qui avoient adoré le veau
>> d'or . Il ſemble, à l'entendre, que ce fut une
>> poignée de Prêtres qui extermina une ar-
>> mee; & l'Écriture dit que ce fut la Tribu
>> entière de Lévi , compoſée au moins de
>> douze mille hommes , qui s'arma contie
Cvj
60 MERCURE
>> cette idolatrie , & qu'il n'y eut qu'environ
>> trois mille hommes qui furent punis de
>> mortpour ce crime.Alors , que deviennent
>> tous les raiſonnemens , toutes les déclama-
>> tions du critique ſur l'impoſſibilaté que des
» Lévites aient exterminé vingt- trois mille
» hommes , quand il ſe trouveque ce furent
> douze mille hommes qui en tuèrent trois
" mille? »
Les raiſonnemens de M. de Voltaire n'en
portent pas moins à faux; mais qu'on ouvre
l'Exode , Chapitre 32 , vers 28 , & on verra
qu'ily eut environ vingt- trois mille hommes
de tues en ce jour- là.
Le jugement que Mme la Marquiſe de
Sillery porte ſur M. de Voltaire , ce jugement
pris dans la généralité , offre une réflexion
confolante , c'eſt qu'il n'eſt pas au pouvoir
d'un eſprit éclairé , joint à un coeur ſenſible ,
d'être véritablement injuſte à l'égard du mérite
éminent qu'il n'aime pas. Mmede Sillery
n'eſt pas favorablement diſpoſée ſans doute
pour M. de Voltaire. Les principes ſévères
dont elle fait profeſſion, contraſtent trop avec
la liberté ſouvent licentieuſe de cet Auteur;
elle juge avec rigueur toutes ces folies, toutes
ces gaîrés qu'il s'eſt tant permiſes, fur- tout
dans fa vieilleſſe , & que l'indulgence du Public
lui paſſoit en faveur de ſon âge , de fa
gloire , & peut- être de ſon éloignement ; elle
condamne auſſi, comme contraires aux moeurs
&contenant une philoſophie pour le moins
ſuſpecte , ces Romans allégoriques ſi ingéDE
FRANCE. GI
nieux , & que tout le monde trouve ſi charmans
, nommément Zadig; mais elle parle
avec une juſte & tendre admiration de ſes
Tragédies , même de ce Mahomet , que nous
avons long-temps banni du Théâtre , comme
préſentant une allégorie tranſparente & dangereuſe
, tandis que le Pape , & quel Pape !
(Benoît XIV) en recevoit l'hommage avec reconnoiffance
, comme d'une leçon utile contre
le fanatiſme.
« Pourquoi , s'écrie Madame de Sillery ,
>> pourquoi faut-il que cet homme extraor-
>> dinaire n'ait jamais eu l'idée de la véritable
>>gloire ! ſuppoſons qu'avec cet eſprit en-
>> chanteur & ces rares talens il eût toujours
>> reſpecté la Religion , les moeurs & la vé-
" rité. Il n'eût point été chef de parti, il eût
>> fait moins de bruit ; il eût obtenu plus
>>tard peut être une réputation éclatante ;
» mais mille fois plus grand & plus heu-
>> reux , il eût pu dire aufli :
Je ne dois qu'à moi feul toute ma renommée.
>> Et quelle renommée ! il auroit toujours
>>été le premier Poëte de ſon ſiècle ; avec
» de l'impartialité , de la ſageſſe& des prin-
>> cipes vertueux , il pouvoit être le meilleur
>>Hiſtorien de ſa Nation. Nous n'aurions de
>>lui ni Zapata , ni l'A. B. C. , ni le Diction
>> naire Philoſophique,ni cette multitude de
> Libelles & d'Ouvrages auffi mauvais que
>> licentieux , qui forment la plus grande.
>> partie de ſes OEuvres; mais nous aurions
62 MERCURE
> quelques Tragédies de plus. N'en euffions-
>> nous qu'une auffi belle qu'Alzire ou Ma-
>>homet , qui pourroit ne pas préférer une
>> telle production à tout ce fatras d'impiétés
» & d'injures , également faftidieux & révoltant?
> ود
Mme de Sillery parle encore ailleurs de
ces chef- d'oeuvres dramatiques qui feront à
jamais les délices de la Nation ; mais elle
trouve le Commentaire de M. de Voltairé
fur Corneille minutieux & ſouvent injufte ;
minutieux , on le ſent ; mais l'Auteur répond
qu'il veut inftruire ſur la langue les jeunes
gens& les étrangers; injufte , on croit le ſentir
quelquefois ; cependant l'objection embarraffe
, le critique fait illufion , & ce feroit
peut-être un Ouvrage de goût fort utile
qu'un examen impartial , on on oferoit prononcer
entre Corneille & Voltaire , fans enthouſiaſme
& fans préjugé.
د
Mine de Sillery paroît ſoupçonner qu'en
faiſant ce Commentaire fur Corneille , M. de
Voltaire réſiſtoit par ſyſtème aux impreſſions
qu'il éprouvoit.
" Avec quelle nobleſſe , dit- elle , & quelle
>> énergie un homme tel que M. de Voltaire,
» n'eût- il pas écrit ces remarques , s'il ſe fût ود
livré ſans contrainte aux impreſſions qu'il
> recevoit !
ود Enfin , s'il eût apprécié avec équité les
> talens & le mérite des Auteurs célèbres ,
>> il nous auroit laiffe des Mélanges de Litté-
• rature, qui formeroient fans doute le cours
DE FRANCE. 63
>> d'inſtruction le plus parfait en ce genre.
>>Telle eſt la gloire éclatante , ſolide & pure
ود dont il eût pujouir ! la paix , le bonheur
» & l'admiration univerſelle en euſſent été
lesfruits. " ود
On pourroit ſans doute , ſans Voltairomanie
, affoiblir beaucoup toutes ces critiques
, ajouter beaucoup à ce peu d'éloges ;
mais enfin on ne peut nier qu'il n'y ait dans
ce jugement de grands traits de juſtice & de
vérité , quoique toujours plus voiſins de la
ſévérité que de l'indulgence.
Le portrait de Rouſſeau ( Jean-Jacques )
eſt auſſi très- remarquable ; en voici quelques
traits .
* Les vérités éternelles de la Religion
étoient dans ſon coeur , on le ſent à la ma-
>> nière forte & touchante dont il les ex-
» prime.
Mais il a dit le pour & le contre!
" Il fut égaré par un orgueil exceſſif; il
>> méconnut auſſi la véritable gloire ; il vou-
>> lut ne reſſembler à perfonne ..... Trop fier
>> & trop grand pour ſe plier aux foupleſſes
» & au manège de l'intrigue , trop avide de
ود ſuccèspourſe livrerfranchement àlabonne
>> cauſe , & pour rejeter tous les artifices qui
> peuvent acquérir des partiſans , trop fen-
ود
"
fible enfin pour adopter entièrement tout
le ſyſtème philofophique, il prit des partis
>> mitoyens , il parut flotter entre l'erreur & ,
la vérité , difpofition qui naturellement
>> plait à notre foibleſſe. Des traits d'une
MERCURE
> morale admirable lui gagnèrent tous les
ود
gens de bien. Quels que foient ſes égare-
> mens , qui pourroit mépriſer ou haïr celui
» qui a parlé tant de fois de la vertu d'une
> manière ſi perfuafive , fi attrayante & fi
> fublime ! des peintures licentieuſes , des
>> principes dangereux , mais cependant voilés
>> avec art , montrés avec une adreſſe ſédui
>> ſante , devoient plaire généralement......
> Les Eccléſiaſtiques & les dévots lui ont
> tous pardonné au fond de l'ame ce qu'il a
>> écrit contre la Religion, en faveur des hom-
> mages ſi répétés qu'il a rendus àl'Évangile ;
دج
les femmes , comme je l'ai remarqué dans
• Adèle & Théodore...... lui ont aufli par-
>>donné d'avoir parle d'elles avec mépris ,
>> parce qu'il en parle toujours avec le ton de
* lapaffion. "
Mme de Sillery a , ſur les contradictions f
fréquentes dans Rouffeau , une idée particulière,&
qui nous paroît neuve ; il nous femble
qu'on les avoit attribuées juſqu'à préſent
à la mobilité extrême de ſon imagination ,
qui luipréſentoit tour-à-tour avec la même
force les objets contradictoires & les côtés
oppoſés du même objer ; Mme de Sillery croit
ces contradictions volontaires & ſyſtematiques
, & il faut avouer qu'elle appuie cette
opinion de raiſonnemens bien plautibles .
" Il avoit profondément calculé, dit- elle,
> les moyens d'obtenir des applaudiſſemens
>> univerſels & une réputation brillante ......
► Peut- on penfer qu'un homme, né avectant
DE FRANCE. 65
>> de raiſon , d'eſprit , de lumières & de gé-
" nie , ait continuellement foutenu le pour
" & le contre fans s'en appercevoir ? Dans
" ſon ſyſtème de ménagemens adroits , avec
>> cette fureur de ſe diſtinguer , de briller , de
- plaire à tout le monde, Rouſſeau pouvoit-
ود
ود
......
il être conféquent ? Il ſentit bien qu'en
voulant exercer ſon éloquence fur toute
forte de ſujets , il feroit néceſſairement le
>> plus inconféquent de tous les hommes; il
>> s'y décida , certain de paroître du moins le
>> plus brillant & le plus original Lorf-
>>que Rouſſeau ſe permet des contradictions
• fi frappantes, fi groſſières.... peut- on croire
>> qu'iln'aitpas remarque lui-même ces étran-
>>ges inconféquences ? ..... Cet excès d'incon-
> ſéquence dans un homme qui avoit autant
>> d'art, autant de pénétration&de lumières ,
> nepouvoit êtrequ'undéfaut réfléchi , quan
>> abandon volontaire de la raifon: il ne cher-
>> che jamais à pallier ſon inconfequence :
on voit clairement qu'il a pris fon parti à
>> cet égard : il a répondu à pluſieurs criti-
" ques de ſes Ouvrages , en paſſant toujours
> ſous filence les reproches de contradic-
>> tions , & ne les corrigeantou ne les dégui-
>> fant dans aucune des éditions qu'il a faites
>>depuis ces critiques. "
Tout cela est obſervé vraiſemblablement
avec beaucoup de juſteffe , & certainement
avec beaucoup de fineſſe. On peut dire que
cela eſt démontré autant qu'il eſt poſſible de
démontrer dans l'ordre moral.
66
MERCURE
Dans une note ſur Paſcal , Mme de Sillery
eite , d'après les Auteurs du nouveau Dictionnaire
Hiſtorique , ce jugement ſur les Lettres
Provinciales . « Les meilleures Comédies de
ود
ود
Molière n'ont pas plus de ſel , & Boffuet
n'a rien de plus éloquent. » C'eſt M. de
Voltaire qui a dit dans le Siècle de Louis XIV,
article du Janſeniſme : « Les meilleures Co-
>> médies de Molière n'ont pas plus de ſel
> que les premières Lettres Provinciales ,
23
Boffuet n'a rien de plus fublime que les
>> dernières. » Les Auteurs du Dictionnaire
Hiſtorique , obligés, par la nature de leur Ouvrage
, d'emprunter de toutes parts & d'abréger
tour , n'ont parlé que d'après M. de Voltaire.
Un des grands mérites de l'Ouvrage de
Mme de Sillery , mérite qui a manqué àbeaucoup
d'écrits polémiques faits en faveur de
la Religion , eſt la netteté , la préciſion avec
laquelle l'Auteur s'exprime ſur la tolérance,&
la manière dont elle fonde ſur l'Évangile
même , ce dogme de la tolérance & la condamnation
de l'Inquifition. Nous nous empreffons
de prendre acte de ces grandes &
importantes vérités.
" Pourquoi le Tribunal de l'Inquifition ne
>> prononce-t'il pas l'arrêt de mort ? C'eſt que
» l'Évangile réprouve trop formellement ce
zèle fanguinaire. Mais l'inquifition fait
bien que telle formule de jugement fera
condamner le coupable à la mort. Ainfi ,
>> elle feint de reſpecter les loix facrées de
و د
ود
و د
✓ DE FRANCE. 67
» l'Évangile, & elle les outrage & les enfreint
>> en paroiſſant s'y ſoumettre & les ſuivre.
>>Elle joint alors l'hypocrifie à l'inhumanité.
ود Celui qui violeouvertement une loi , peut
>> être moins coupable que celui qui cherche
>> à l'éluder : il eſt poſſible que le crime du
>> premier ſoit l'effet de l'ignorance ; mais il
ود eſt évidentque le ſecond agit contre le té-
>> moignage de ſa conſcience.....
>>De tous les égaremens de l'eſprit hu-
>> main , le plus inconcevable eſt ce zèle ſan-
>> guinaire qui croit honorer Dieu en donnant
la mort à celui qui l'offenſe.... Abréger
les jours de l'impie , c'eſt lui ôter les
> moyens de ſe convertir, c'eſt priver Dieu
d'une âme que le temps auroit pu lui ren-
• dre. Peut-être cet homme n'est-il encore
» qu'à la moitié de ſa carrière ; êtes - vous
>>donc affure que le temps , les réflexions ,
ود
ود la vieilleſſe ne changerontpoint ſes ſenti-
» mens ? ....... Vous lui accordez un délai de
> quelques jours , & Dieu lui en donne un
> de pluſieurs années, d'un demi- fiècle peut-
ود
ود
être , & vous oſez prévenir les effets de
lamiféricorde divine....Je vois dans l'Evan-
>> gile à chaque ligne l'ordre pofitif de ſup
porter , de tolérer ceux qui s'égarent , &
>> de ne chercher à les ramener que par la
>> patience , l'indulgence & la douceur. "
ود
C'eſt le cas de dire avec M.de Voltaire :
Que ce langage eſt cher à mon coeur combattu !
Continuons à tirer de ce Livre , qui exci68
MERCURE
tera tant de haine , des raiſons puiſſantes
d'aimer l'Auteur & de révérer ſes talens .
Parallèle de la bienfaisance mondaine & de
la charité chrétienne.
• La bienfaiſance mondaine..... produit
>> quelques actions d'oſtentation , & non des
>>actions ſurprenantes & fublimes ; elle n'eft
> excitée que par des objets préfens & pa-
>> thétiques , ou par l'orgueil & le defir de ſe
>>diftinguer. La charité chrétienne , égale-
>> ment courageuſe , active & tendre , s'oc-
>> cupe ſans relâche du ſoin touchant de fou-
» lager l'humanité ſouffrante : c'eſt elle qui
» découvre ces réduits obfcurs , habités pat
>> des mères déſolées ou des orphelins fans
>> appui; c'eſt elle qui , s'elevant au deſſus des
>> cramtes les plus naturelles , ne redoute ni
>>la contagion ni la fatigue; c'eſt elle qui con-
» duit dans ces refpectables aſyles , où l'on
>> trouve à chaque pas le ſpectacle déchirant
2
de la douleur& de la mort ; c'eſt elle qui
>> pénètre dans le fond des cachors. Elle y
confole l'innocent opprimé , & le coupa-
>> ble même y peut prétendre à ſes ſecours :
> il fouffre , c'eſt aſſez pour elle. En ſacrifiant
tous les plaiſirs, les agrémens de la
>>vie , la fortune, la liberté , la ſanté; en ſe
dévouant ſans réſerve au ſoin des mal-
>> heureux , elle n'aſpire ni à la gloire ni à
> l'eſtime des homines ; elle fait mieux que
>>dédaigner les louanges , elle ne penſe pas
ود
وو
DE FRANCE. 69
ود
>> qu'on en doive à ſes actions , elle croit ne
>> remplir que des devoirs. On vante beaucoup
la bienfaiſance , à peine parle- t'on de
>>la charité chretienne ,, ppaarrce qu'elle ſe ca-
>>che , parce qu'elle n'exige point de recon-
>> noiffance , & ne ſe plaint jamais des in-
>>grats. Le Chrétien ne regarde les richeſſes
ود
ود
que comme un dépôt que la Providence
lui confie pour le foulagement des mal-
• heureux. Le Philoſophe dit à l'infortuné :
» Je vous donne,je vous facrifie; le Chré-
>> tien dit: Je vous rends ,je remplis l'obli-
» gation qui m'estimpofee. Le premierpenſe
» qu'il fait contracter une dette ſacrée , le
>> dernier croit acquitter la ſienne. »
Voilà certainement un morceau qu'on admireroit
dans Maſlillon,& dans tous les Orateurs
Chrétiens les plus éloquens.
Mme de Sillery accufe les Philofophes de
ne pas affez admirer nos affociarions chrétiennes
formées en faveur de l'humanité ſouffrante.
Eh bien ! nous ofons nous placer ici
entre elle & les Philoſophes , & répondre
pour ceux ci qu'il ne s'en trouvera aucun qui
n'applaudiſſe hautement à ce tableau touchant
, où les Soeurs de la Charité ſont rendues
fi reſpectables .
" Combien ils feroient ſurpris qu'un ſexe
>> foible& delicat pút avoir la force de fur-
>> monter des dégoûts qui ſemblent invin-
>>cioles , de ſupporter la vue d'objets qui
>> révoltent les fens,de triompher de la coin-
>> paſſion même qui les conduit& les anime ,
70
MERCURE
» ou , pour mieux dire , de n'éprouver ce
>> ſentiment qu'avec une mâle énergie , fans
>> aucun mélange de crainte ou de foibleſſe ,
24 & de ne connoître enfin de la pitié que
>> ce qu'elle peut inſpirer d'utile & de ſu-
» blime. Cependant , on voit ſans admira-
„ tion les Soeurs de la Charité exercer con-
>> tinuellement parmi nous ces fonctions fa-
>> crées ; on les voit chercher , recueillir ,
>> ſecourir , veiller l'infortuné , panfer les
>> plaies du pauvre , le confoler , le foigner
>> avec une adreſſe ingénieuſe , un courage
>> héroïque , une douceur , une patience que
" rien ne rebute. Errantes , actives , infati-
>> gables , elles n'ont point d'habitation fixe ,
>> elles vont où l'humanité les appelle , elles
ود
ود
ſont où la maladie & la douleur implorent
leurs fecours , tantôt dans les priſons & les
>> hôpitaux , tantôt ſous les toits couverts
وو de chaume , ſouvent elles font appelées
» dans les palais : vouées volontairement à
>> la pauvreté , elles mépriſent les richeſſes;
در mais elles donnent au riche fouffrant des
>>ſoins purs & déſintéreſſes , elles ſe refuſent
ود à tous les témoignages de la reconnoif-
>> ſance qu'elles inſpirent: leur offrir le plus
>>léger ſalaire , ſeroit à leurs yeux un outrage.
"
ود
Telle eſt la Charité Chrétienne, tels ſont
les travaux auxquels elle ſe conſacre ſans
>>ceffe dans le ſéjour même du luxe & de
" la corruption. »
Ajoutons , & c'eſt en traçant de tels tableaux
qu'on fait aimer la Religion à ceux
DE FRANCE. 71
mémes à qui les buchers , les maſſacres publics
, la perfécution , l'intolérance pourroient
avoir inſpiré d'injuſtes préventions
contre elle. Jamais la partie contentieuſe &
polémique ne fera autant d'effet ſur les efprits
, que ces traits d'onction en font ſur les
coeurs.
S'il y a de la dévotion , il y a auſſi , à ce
qu'il nous ſemble , de la philoſophie dans ce
parallèle du repos & du bonheur.
ود
« Les Champs Élysées des Payens furent
ſans doute créés par une imagination riante
> & ſage. Les ombres heureuſes , dépouillées
» àjamais de paffions &de defirs , ſe prome-
>> noient dans des bocages toujours verds , &
>> s'entretenoient paiſiblement. Voilà l'image
>> monotone & tranquille des doux loiſirs &
>> du repos , & non de la félicité. C'eſt ſur
" la terre que l'homme doit chercher le repos
au défaut du bonheur qu'il n'y ſauroit
trouver. C'eſt ſur la terre qu'il doit modérer
ſes defirs , parce que rien ne peut les
>> fatisfaire ; c'eſt ſur la terre enfin que la
ود
ود raiſon lui preſcrit de n'aimer avec excès
>> aucun objet créé , puiſque tout attache
>> ment paſſionné , même le plus légitime ,
>> n'eſt pour lui qu'une ſource intariſſable de
>> mortelles inquiétudes & de peines déchi-
>>rantes. Mais cependant ce n'eſt point en
" vain que le créateur l'a doué de cette ſen-
>> ſibilité active qu'il eſt obligé de répimer
>> fans ceſſe. Quelques inſtans du bonheur vif
>> &paſſager qu'elle procure, lui donnentdu
72 MERCURE
> moins l'idée de la veritable felicité. Il ſent
> que la faculté d'aimer peut feule la pro-
>> duire; mais fera-ce en s'attachant paffion-
>>nement àdes créatures imparfaites & fra-
>> giles comme lui , & avec l'affreuſe certi-
» tude d'en être ſéparé tôt ou tard par la
>> mort ? ...... Et pour jamais....... Non fans
• doute. Aimer avec ardeur , avec tranſport ,
» & cependant ſans inquietude , ſans jalou-
>> fie ; trouver dans l'objet de ſon amour le
>> modèle unique de la perfection , le voir
>> au comble de la gloire & ſouverain ab-
> ſolu de tout ce qui exiſte Voilà l'idée.
>> raviffante & fublime de la ſuprême feli-
>> cité ; & tel eſt l'avenir éternel que la Re-
>> ligion promet à la vertu. >>
....
Nous finirons par où l'Auteur finit ellemême,
par les dernières paroles qu'elle adreſſe
àl'aine de ſes auguſtes Élèves.
« Je n'oublierai dans aucun temps que la
>> permiſſion d'aller chercher des infortunés ,
>> de les ſoigner , de les ſecourir , fut tou-
>> jours la ſeule récompenſe que mes Élèves
"
>>
m'aient demandée. Puiſſent- ils eux-mêmes
» ne perdre jamais le ſouvenir de ces pures
jouiſſances ! ..... Vous connoîtrez aufli ,
" Monſeigneur, tous les devoirs de l'amitié ;
>> vous avez lu dans les Saintes Écritures qu'il
• ne faut pas dire àfon ami: revenez demain ,
lorſqu'on peut l'obliger ſur le champ.
Vous faurez choiſir des amis vertueux ;
> vous faurez apprécier le bonheur de pou-
• voir leur être utile; vous ne vous conten
"
33
- terez
DE FRANCE.
73
>> terez pas d'en faiſir les moyens , vous les
>> chercherez, & vous fentirez combien il eſt
>> plus doux de prévenir que d'accorder.......
ود Telles font les douces eſpérances que je
>> conçois; ſi vous ne les juſtifiez pas , Mon-
>> ſeigneur , vous ferez jugé avec ſévérité ;
>> vous n'aurez pour excuſe ni le malheur
" d'avoir reçu une éducation négligée , ni le
» manque d'inſtruction& de lumières. Mais
> vous remplirez , Monſeigneur , tous les
>> voeux que ma tendreſſe peut fornier pour
>> votre bonheur& votre gloire; j'oferai dire-
» que cette récompenſe eſt dûe aux foins fi
>> purs que je vous ai conſacrés ; c'eſt la
ور
"
ſeule que je defire&qui puiile me fatisfaire.
Au fond de la retraite où j'irai finic
mes jours , je ne goûterai pas la douceur
d'être témoin de vos ſuccès; mais la Re-
>>>nommée m'en inſtruira ; & alors avec le
>> doux ſentiment de l'Apôtre qui parloit de
ود
ود
ſes Diſciples vertueux , je pourrai dire
>> autfi: Je n'ai point de plus grandejoie que
» d'opprendre que mes enfans marchent dans
→ lavérité."
Au milieu de tous les orages que ce Livra
excite & excitera , & que l'Auteur a fans
doute prévus, il doit nous être permis de
dire , ( après l'avoir prouvé par tant d'exemples
, auxquels nous autions pu en ajouter
tant d'autres ) qu'il y a bien peu de livres
depiete auffi bien écrits , & encore moins de
Livres polémiques , qui ( à travers de grands
treits de ſévérite ) laiſſent échapper autant
No. 19 , 12 Mai 1787 . D
MERCURE
:
:
:
74
de traits d'onction , de mouvemens pathétiques
& de ſentimens aimables. Il ne nous
..laille qu'un regret , c'eſt de voir la diverſité
des principes jeter des ſemences de haine &
dedifcorde entre des eſprits faits pour s'aimer
& pour s'eſtimer.
Le Muficien Pratique , ou Leçons qui conduisent
les Élèves dans l'Art du Contrepoint
, en leur enfeignant la manière de
compofer correctement toute eſpèce de Mufique;
Ouvrage compoſé dans les Principes
des Confervatoires d'Italie , & mis dans
P'ordre le plus fimple & le plus clair , par
il Signor Franceſco Azopardi , Maître de
Chapellede Malte; traduit de l'Italien par
M. Framery , Surintendant de la Mufique
de Mgr. Comte D'ARTOIS ; avec des Notes
du Traducteur pour en faciliter l'intelligence.
2 vol. in 8°. un de diſcours & un
de muſique. Prix , 9 liv. A Paris , chez
Leduc , au magaſin de Muſique & d'Inftrumens
, rue du Roule , No. 6 ; & aux
Adreſſes ordinaires de Muſique .
Ce titre, & quelques idées répandues dans
la Préface du Traducteur , annoncent que cet
Ouvrage eſt purement pratique ; que fans
s'embarraffer d'une théorie vague & infuffifante
, comme l'eſt celle de la baffe fondamentale
, l'Auteur mène pas àpas fon Élève
dans toutes les routes de Tharmonie , & lui
explique, non pas les cauſes & l'enchaînement
DE FRANCE.
75
des règles , mais ſeulement leur application.
Si dans tous les Arts la pratique a de grands
avantages ſur la théorie; fi le meilleurGeomètre
, qui n'a jamais manié les outils , eſt
moins en état de faire un ſimple ouvrage de
méchanique que l'Artiſan le plus borné , cela
eft viai, fur- tout en muſique , Art preſque
entièrement arbitraire , dans lequel on n'a
point créé de ſyſteme qui ne ſoit à chaque
inftant démenti par le goût. Celui de la baſſe
fondamentale eſt utile fans doute , en ce qu'il
raſſemble les loix éparſes de l'harmonie , &
qu'il les preſente fous un point de vue plus
rapproche. Il peut étre bon pour ceux à qui
l'Art eſt déjà connu; mais il eſt inſuffifant ,
& peut être dangereux pour le faire connoître.
L'étude de la compoſition , dit le Tra-
" ducteur , en devient plus facile; mais cette
*>> facilité même eſt un inconvénient ; les
ود
"
"
"
idées n'ont pas le temps de ſe fixer dans
-> l'eſprit; on n'apprend point à écrire , ob-
-> jet le plus néceſlaire & le plus important :
connoiffant à la fois toutes les notes d'ứn
accord, l'Écolier eſt incertain de celle quil
doit choiſir pour balle. Ajoutons que le
> ſyſtème de la baſſe fondamentale ne rend
pas raiſon de tout ce qui ſe pratique en
harmonie , & que le choix desnotes , quand
>> on écrit à deux parties , n'est pas du tout
le même que quand on écrit à trois ou
àquatre.
ود
"
ود
ود
» La plus excellente des méthodes , dit- il
>> plus loin , feroit celle qui , participant des
Dij
76 MERCURE
ود
"
deux autres , préſenteroit à l'Écolier , par
le moyen de la baile fondamentale , le tableau
clair&précis des loix de l'harmonie ,
» & le ramèneroit enſuite ſur ſes pas, le con-
גנ
גכ duiroit dans tous les détours de ce laby-
>> rinthe , pour en bien graver les routes dans
גג ſa mémoire , de manière à ce qu'il ne
>> courre pas le riſque de s'y égarer. »
Un préjugé de plus contre cette méthode ,
c'eſt le peu de ſuccès des Élèves formés par
elle; on ne trouve preſque aucun de ſes partiſans
parmi nos Compoſiteurs les plusdiftingués.
Il n'eſt donc pas douteux que la fimple
routine ne doive lui être préférée , quelques
inconvéniens qu'elle ait d'ailleurs. Examinons
maintenant dans quei ordre M. Azopardi
en préſente ici les préceptes.
Il commence par faire connoître les confonnances
& les diſſonnances , élémens dont
eſt formée toute eſpèce de contre - point ; il
n'entend point par ces mots , comme les partiſans
de la balle fondamentale , les accords
complets, mais ſeulement deux fons entendus
enſemble,&cette idée plus ſimple, en devient
beaucoup plus claire. Après avoir détaillé les
différens intervalles, & avoir dit de quels fons
ils font compoſés, il paſſe aux différens mouvemens
qu'on peut leur donner , c'eſt- à- dire ,
à la manière de les faire marcher enſemble. Il
indiqueles notes d'accompagnement que doit
ou que peut avoir chacune des cordes de la
gamme. C'eſt , ſi l'on veut , la règle de l'oc
tave, règle qu'on a eu tort d'attaquer, même
DE FRANCE.
77
,
avecd'excellentes raiſons. Onn'a pas affez
>> ſenti , dit le Traducteur dans une note
>> combien il étoit utile aux Commençans de
>> connoître quels font les accords qu'on fait
>> ordinairement ſur les notes progreſſives
» de l'échelle , en attendait qu'une plus
>> grande connoiſſance de l'harmonie les met-
>> te à portée de les varier.
Chemin faiſant , l'Auteur vous fait connoître
les marches proſcrites , comme celles
par octavess , par quintes , &c. Mais il faut
convenir qu'il étend les proſcriptions trop
Join . Le Traducteur cherche en vain à l'en
juftifier; il eſt certain que la plupart des accords
interdus par M. Azopardi , font aujourd'hui
d'un commun usage ; il ne peut
l'ignorer , & il auroit dû nous épargner ces
préceptes de la vieille école qui , maintenant,
ne fontplus ſuivis nulle part.
Après vous avoir donné les notes qui peuvent
marcher enſemble à deux parties , vous
avoir indiqué la route qu'elles pouvoient fuivre
, ileſt convenable de vous apprendre dans
quel cas & comme elles peuvent s'arrêter :
c'eſt ce que fait l'Auteur en traitant des différentes
cadences qui ſervent à diviſer & à
clorre la phraſe muſicale. On voit combien
cette progreſſion eſt naturel'e. L'Élève eſt en
état maintenant d'ecrire du contre point ; on
le lui diviſe en deux eſpèces , dont la ſeconde
admet des diſſonnances; la nature de ces diffonnances
lui eft connue , il n'a donc plus à
ſavoir que la manière d'en fauver l'aſpérité :
Diij
78 MERCURE
de là des règles fur leur préparation & fur
leur réſolution.
On connoît en harmonie des marches de
baſſes régulières & ſymétriques. Ce font des
mouveinens ſemblables entre- eux que laballe
fuit pendant quelque temps. L'Auteur indique
à l'élève les différens accords qui peuvent
être employés dans ces cas qui ſe rencontrent
fréquemment. Ils'agit à préſent de
paffer d'un ton à l'autre : c'eſt ce qui s'appelle
moduler. On en apprend ici les differentes
manières .
Lorſque l'élèvé s'eſt exercé à compoſer à
deux parties , on lui enſeigne à compofer à
trois. Les confonnances alors ,juſqu'ici compoſcés
de deux notes , ont beſoin d'en avoir
ime troiſième qui s'accorde avec les deux premières.
C'est le ſujer de ce Chapitre. On y.
indique de quels intervalles ſe peuvent accompagner
les confonnances & les diffonnances.
Enfuite de nouvelles règles , ou plutôt
une plus grande extenfion des mêmes règles
lorſqu'il s'agit de compofer à quatre parties
, ce que l'Auteur appel'e diſpoſition . La
plus importante de ces règles concerne la mas
nière de mettre la baſſe ſous les parties : il
donne la connoiffance de la marche , des for
mes qui conviennent à cette partie principale
, pour produire le meilleur effer. Cette
fection eft terminée par des notions plus détaillées
fur l'art de moduler.
C'eſt alors que l'Auteur entre dans ane
carrière plus étendue; il traite à fond des
:
79 DE FRANCE.
imitations , eſpèce de beautés qui tient à l'art
lui-même , & qui plaît à l'oreille , indépendamment
de toute expreffion. Cette forte de
contrainteque la muſiques'impoſe, eſt ce qui
lui donne de la conſiſtance, de la grâce , un
butparticulier.On auroit peine à rendre raifon
du plaiſir qu'on y trouve ; mais on s'y livre
involontairement toutes les fois que le Compoſiteur
préſente les imitationsavec adrefle&
ſans en abufer. Il faut convenir que les fugues
, les canons , &c . n'offrent fouvent que
des abus de ce genre. Lorſqu'un morceau de
muſique où l'on n'exprime rien ne préfente
que ces difficultés vaincues aux dépens de la
beauté du chant , la ſurpriſe qu'il cauſe ne
fauve pas les Auditeurs de l'ennui ; cependant
il eſt bon de connoître les formes de ces
differens morceaux pour n'en ufer qu'a-pro
pos& fobrement. L'Auteur entre à cet égard
dans de très grands détails. Il donne des for
mules extrêmement commodes pour le ren
verſement des parties: fugues , canons de
toure eſpèce , il n'a rien oublié. Il finit fon
Ouvrage par des conſeils généraux fur l'art
de former ſon ſtyle en muſique; on y reconnoît
beaucoup de fageffe & de goût . En général
ce traité nous paroit très méthodique ;
les exemples font excellens , & c'eſt le feul
que nous connoiffions en France de ce genre,
Il y a quelques détails diffus & inutiles que
le Traducteur auroit bien fait de retrancher ,
à moins qu'il n'ait eu de fortes raiſons de traduire
exactement fon original; mais les notes
Dv
80 MERCURE
qu'il y a répandues jettent beaucoup de clarté
fur plufieurs endroits qui auroient pu paroître
obſcurs. Nous ne parlons pas du ſtyle; il
a toute la fimplicité qui convient à un Ouvrage
didactique , deſtiné principalement aux
jeunes gens.
ANUEL des Oififs, contenantſept cent
folies& plus , avec des Notes , queplusieurs
ont oubliées , & que beaucoup ignorent, ou
Charades, par le Doyen des Sages. De l'ImprimeriedesQuinze-
vingts, chez Edipe, au
Sphynx; &fevend a Paris , chez Leboucher ,
Libraire , au Châtelet , quai de Gèvres , à la
Prudence , I Vol. in- 8 °. Prix , 6 liv. brochés
, & en papier , 7 liv. 10 fols.
Il feroit ficile de s'égayer ſur le titre & le
ſujet de cet Ouvrage. Deux volumes de Charades
, faites & publiées par un ſeul Auteur,
peuvent ouvrir un affez beau champ à la plaifanterie;
& l'on peutyreconnoître le caractère
de ce ſiècle ſi contradictoire dans ſes goûts ,
qui fait marcher de méme front la ſcience &
la frivolité , l'amour des Ouvrages fublimes &
celui du calembour.
Hâtons nous de dire que l'Auteur de cet
étonnant Ouvrage a donné des preuves d'un
talent plus grave &plus eſtimable , qu'il jouit
d'une eſtime méritée àpluſieurs égards ; & que
Jemotifde lapublicité de ſon Livre eſt reſpectable
pour tous les coeurs ſenſibles . Ceux qui
auront acheté ce Livre , outre le plaiſir de
DE FRANCE. 81
lacurioſité fatisfaite , auront celui d'avoir con
tribué à un acte d'humanité ; car l'Auteur ,
déjà connu par des actions de bienfaiſance qui
ont été annoncées dans la Partie Politique de
ce Journal , en a conſacré le produit au foulagement
des Pauvres.
On peut ajouter que les Charades ſont accompagnées
de Notes , qui rachetent la frivolitédu
genre,& annoncent un homme inſtruit
dans plus d'une matière. Nous ne ferons ici
aucune citation; mais c'eſt de cet Ouvrage
qu'eſt tirée la Charade que nous avons inférée
dans ce Numéro, afin qu'on puiſſe juger
de la manière de l'Auteur.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
On a repréſenté, pour la première fois,
le jeudi 3 de ce mois , Azémia , ou les Sauvages
, Comédie en trois Actes , par M. de
la Chabeauffière , Muſique de M. d'Aleyrac.
Cet Ouvrage a ére repréſenté devant la
Cour , au dernier voyage de Fontainebleau ;
il portoit alors pour ſecond titre , le Nouveau
Robinfor : depuis, les Auteurs y ont fait des
changemens conſidérables , principalement
au troiſième Acte , que l'on peut regarder
comme abſolument neuf. Voici la fable de
Dv
32 MERCURE
cette Comédie , telle qu'on la joue aujourd'hui.
La Scène eſt dans une île déſerte où les
Sauvages deſcendent quelquefois. Depuis
douze ans Édouin eſt abordé dans cette île
après avoir fait naufrage ſur ſes côtes , avec
ſa fille Azémia , qu'il a ſeule arrachée aux
fureurs de la mer. En parcourant l'ile , il a
trouvé un enfant qui y a été laitſé par fon
père , Milord Atkinson. Un billet attaché au
col de l'enfant l'a inſtruit qu'il ſe nommoit
Profper , & que le malheureux auteur de
fes jours ſe propoſoit , ſi ſa deſtinée ceſſoit
d'être auffi rigoureuſe, de venir le reprendre ,
&de prouver ſa reconnoiffance à celui qui auroit
conſervé fes jours. Édouin a donc élevé
enſemble Profper & fa fille , mais il a caché
à Profper la difference de ſon ſexe à celui
d'Azémia ; il lui a fait des femmes une peinture
effrayante , & il l'entretient autant
qu'il eſt poſſible dans l'idée qu'il lui en a
donnée. Azémia fait qu'elle eſt femme , &
malgré les défenſes d'Edouin , preſſée par
l'indifcrétion naturelle à ſon ſexe , à fon
âge , au ſentiment qu'elle éprouve ; entraînée
par la tendreſſe ingénue de Profper ,
elle lui dévoile tout le myſtère. Certe découverte
met les jeunes gens à la gêne pendant
un inſtant. Pudeur d'un côté , timidité
de l'autre; ils éprouvent un embarras que
leur confiance mutuelle diffipe bientôt. Ils
entendent du bruit & fe retirent. Un varfſem
Eſpagnol a été porté vers l'île par les
DE FRANCE. 83
courans. Une partie de l'équipage eſt defcendue
à terre pour reconnoître le pays.
Don Alvar , ſuivi de ſon valet Fabrice , &
de quelques Soldats , veut favoir ſi l'ile eſt
habitée. La curioſité entraîne, Azémia , elle
paroît accompagnée de Profper. Sa vue en-
Hâme Don Alvar , qui ne manque pas de
lui propoſer de venir habiter des lieux plus
dignes de fes charmes. La jaloufie emporte
Profper qui menace ; les efprits s'échauffent ,
Édouin entre , reconnoît des Européens ,
leur demande de le rendre à ſa patrie. Alvar
conſent à ſe charger de ſa fille & de lui ,
mais il ne veut point enmener Proſper.
Édouin & Azémia refuſent d'abandonner
leur jeune ami ; ils aiment mieux reſter
dans leurs forêts. Alvar & ſa ſuite ſe retirent
en formant le projet de ſe venger.
Au ſecond Acte , la Scène ſe paſſe dans
la nuit : on voit entrer deux Anglois , dont
le vaiſſeau s'eſt briſe ſur les rochers qui
avoiſinent l'ile , & qui ſe ſont ſeuls ſauvés
du naufrage. L'un d'eux eſt Milord Atkinfon.
Après que celui-ci a déploré ſon ſort , fon
ami , qui a été à la découverte , vient l'avertir
qu'il y a quelqu'un dans l'ile , & qu'on
approche : les Anglois ſe cachent pour obſerver
& pour entendre. La ſuite de Don
Alvar vient mystérieuſement parler du projet
d'enlever Azémia ; Atkinfon indigné ſe
promet bien de s'oppoſer à l'exécution de
cedeſſein : tout le monde ſe retire.Édouin
& Profper paroiffent. Après une converfa
D vj
84 MERCURE
tion où le père d'Azemia promet à Prof
per de le matier dans un an , ti Milord At
kinfon ne ſe pretente pas dans ce delai ,
&répond , tant bien que mal , aux queftions
que lui fait le jeune homme fur
les devoirs des époux ; Édouin renferme
Profper dans la grotte qui lui fert de retraite
particulière , & va achever quelques
travaux , dont l'ont détourné les événe
mens de la journée. Azémia ſeule vient
cauſer avec Proſper , fur la douceur d'aimer
, de devenir époux , puis elle ſe retire
de peur d'être ſurpriſe. Atkinfon n'a pu
rencontrer les ravifleurs , il revient triflement
, gémit ſur ſa deſtinée; Profper l'enrend,
& il eſt ému; il l'appelle , le confole,
lui indique la retraite d'Édouin , comment
il y parviendra. Pendant qu'il s'explique
, la ſuite d'Alvar entre , profite des
renſeignemens que le jeune homme donne
à Milord , & s'introduit chez Azémia.
Édouin arrive , il entend un étranger parler
à Profper , il s'inquiète , Profper le raſſure ;
c'eſt un malheureux qui a beſoin d'un aſyle.
>> N'ayez aucune inquiétude , dit l'étranger ,
>> vous feriez ſenſible à mon fort fi vous
connoiffiez les malheurs de Milord Ar-
>> kinſon. » A ce nom Profper ſe précipite
aux pieds de ſon père, & puis tandis que
Milord embraſſe le fauveur de fon fils , il
va à la grotte d'Azémia ; il en revient plein
de trouble, elle a diſparu. Édouin ſe déſeſpère
; Milord qui fait tout , demande des
DE FRANCE. 8
armes , & part avec ſon ami , Edouin &
Profper à la pourſuite des raviffeurs .
La Scène change au troiſième Acte , &
repréſente une autre partie de l'ile ; Don
Alvar y attend ſa ſuite avec impatience ;
comme elle tarde , il ordonne à Fabrice , fon
valet , de l'attendre & de faire conduire
Azémia au vaiſſeau , auſſi tôt qu'elle paroîtra.
Fabrice , refté ſeul , s'occupe du bonheur de
revoir ſon pays , ſa femme & fa famille ;
il entend du bruit , il croit que c'eſt la ſuite
de Don Alvar ; ce ſont les Sauvages qui l'entourent
, l'examinent , & finiſſent par l'enchaîner
au pied d'un arbre. Mais l'inquiétude
de Don Alvar le ramène bientôt; ſa
vue effraye les Sauvages qui prennent la
fuite , il délivre Fabrice & le renvoie au
vaiſſeau. Azémia paroît en defordre , elle
vient ſe jeter dans les bras de Don Alvar ,
implore ſa protection , lui demande juſtice
des raviffeurs qui veulent l'enlever à fon
père& à ſon ami. Cette confiance ingénue
rend à Don Alvar toute ſa généroſité , & il
lui promet de la rendre à ſon père. A l'inftant
paroiſſent Édouin , Profper , Atkinfon
& l'Anglois ; ils veulent ſe précipiter ſur
Alvar , Azémia le couvre de fon corps,
P'appelle fon protecteur , ſon bienfaiteur ;
la colere d'Édouin &de ſes amis diſparoît :
mais Alvar ne veut pas jouir d'une eſtime
uſurpée , il avoue ſon projet& fes remords ;
1 veut rendre Édouin à ſa patrie , & quoique
ſa Nation foit ennemie de celle d'Atkinson,
86 MERCURE
/
il lui propoſe de ſe livrer à ſa foi , & de
tout attendre de ſes ſoins. Atkinson s'abandonne
à la géneroſité d'Alvar , conſent au
mariage de Profper avec Azémia , & comme
le vent eſt bon , on ſe hâte de ſe remettre
en mer.
Le ſecond titre de cet Ouvrage feroit préfumer
que les Sauvages y jouent un rôle intéreſſant
& utile , & cependant il n'en est
rien. Ils paroiffent pendant l'ouverture , y
exécutent quelques danſes groteſques , &
prennent la fuite au bruit d'un coup de
fuſil que tire Édouin : ils ne reparoiffent
plus qu'au troiſième Acte pour faire peur à
Fabrice , & pour épouvanter , derrière la
couliffe , les raviſſeurs d'Azémia. Quand on
donne deux titres à une production , le ſecond
doit être encore plus rigoureuſement'
juſte que le premier , & jeter quelque jour
fur le fonds de l'Ouvrage. Celui- ci eft abfoluiment
nul. Quand les Auteurs voudront- ils
ſe perfuader que le choix d'un titre n'eſt rien
moins qu'indifférent,& que l'intelligenced'un
écrit quelconque tient beaucoup à l'idée , plus
ou moins exacte , qu'il en donne ?
Nous n'examinerons pas combien l'intrigue
de cette Comédie eſt romaneſque .
Bien des gens prétendent que les bornes de
la vraiſemblance dramatique doivent être
plus étendues pour la Comédie-Opéra que
pour la Comédie proprement dite , &
nous ſommes très-diſpoſes à en convenir
ſi l'on veu : mais, en accordant ce prinDE
FRANCE. 87
cipe , ſans toutefois examiner s'il eſt fondé
en raiſon , nous obſerverons que les Airteurs
de Comédies-Opéra , en étendant ainſi
leurs droits , ne peuvent que renoncer à
une partie de l'eſtime que l'on doit à ceux
qui obtiennent des ſuccès mérités , en ſe
renfermant dans les bornes de l'art. Quand
on ſe permet de conduire dans un coin
du monde , au même jour , à la même
heure , & à-peu-près avec les mêmes intentions
, des perſonnages partis de ſes quatre
points cardinaux , il n'est pas difficile d'amener
des tableaux , des ſurpriſes , des fituations
, des effers; de faire naître des incidens
, de préſenter des contraſtes : il eſt
très difficile, au contraire , de toucher , d'intéreſſer
, de plaire en n'offrant que des fituations
fimples & naturelles , en parlant
toujours à la vraiſemblance & à la raifon ,
& en n'employant d'autres incidens que
ceux qui peuvent naître du choc des caractères
, ou des événemens ordinaires de la
vie. Il faut d'ailleurs bien diftinguer les
moeurs dramatiques , des moeurs romaneſques.
Le romancier eſt encore plus libre
dans la contexture de ſa fable , que le Poëre
Épique ne l'eſt dans la fienne'; il peut accumuler
les événemens dans ſon Ouvrage ,
parce qu'il peut en étendre la durée à un
grand nombre d'années ; quant à l'Auteur
Dramatique , il eſt circonferit dans le cercle
très étroit de vingt quatre heures , & il ne
peut pas ſe permettre de trop preffer les évé
88 MERCURE
nemens , fans courir le riſque de ceſſer
d'interetler en renonçant à la vraiſemblance.
Si l'on ne conçoit pas la poſlibilité d'une
action , il eſt douteux qu'on puifle y prendre
de l'interer ; cette vraiſemblance que l'on
exige au Théâtre , & dont nos Auteurs s'occupent
fi peu , eſt donc un des reſſorts les
plus intéreſfans pour parvenir à plaire , à
toucher & à produire une illufion réelle.Ce te
manière de voir eſt-elle conforme aux véritables
principes & à la raiſon ? Nous nous en
rapportons aux connoiffeurs.
L'Auteur d'Azémia eſt un homme de beaucoup
d'eſprit , deja connu par des productions
qui ont eu des ſuccès. Le ſtyle de celle ci a
de la grâce , de la fraîcheur , & il rend fouvent
d'une manière très - agréable des idées
très-piquantes. La candeur d'Azémia & l'ingénuité
de Profper donnent lieu quelquefois
à des Scènes attachantes.
On a donné de grands applaudiſſemens à
la muſique. L'ouverture a eu un très grand
ſuccès. En voici le deſſin. Après quelques
meſures d'un ſtyle doux & tranquille , le rideau
ſe lève; des canots abordent , & des
Sauvages deſcendent dans l'Ifle. Les modulations
alors prennent un ton plus prononcé;
les Sauvages obſervent , ſe rapprochent , ſe
réuniſſent ; le caractère de la muſique devient'
propre à la danſe , & du fein de l'orcheſtre
s'élève le fameux air des Sauvages de notre
grand Rameau , qui fert de baſe à l'harmonie.
Cette idée heureuſe & bien exécutée
DE FRANCE. 89
fait d'autant plus d'honneur à M. d'Aleyrac ,
qu'elle doit être conſidérée comme un hommage
rendu à Rameau , dont le génie & les
talens ont été trop têt oubliés par la Nation
ingrate & légère dont il a fait les délices
pendant trente ans. Le petit choeur de Conjuré
au ſecond Acte, mis en oppofition avec
la partie de chant des deux Anglois qui les
écoutent& les obſervent , eſt bien apperçu ,
il a une couleur bien propre à la ſituation.
Nous avons remarqué de la foibleffe dans
quelques morceaux ; mais par tout de l'eſprit,
de la fietſe & une grande connoiffance de
la Scène.
Ladécoration du premier Acte , qui repréſente
la mer dans le fond, des rochers dans
l'éloignement , & deux grottes à la droite &
à la gauche du Théâtre , eſt d'un effet vrai
&pittoreſque.
La Pièce eſt jouée avec ſoin. Dire que le
rôle d'Azémia eſt rendu par Mme Dugazon ,
c'eſt annoncer ſuffifaminent que c'eſt celui
de tous qui a produit leplusd'effer. ١٢
*
१०
MERCURE
A
ANNONCES ET NOTICES.
Vinaigres du fteur MAILLE , à Paris , en
fon magasin , rue S. André des-Arcs.
UNE fatalité attachée à la carrière des Arts & des
talens , c'est qu'on y marche toujours entre deux
écueils , l'envie & l'obſcurité. Celui qui échoue eft
puni par l'abandon du Public , & celui qui réuffit ,
éveille tout-à-la- fois les efforts de l'envie & les pro- ,
jets de la cupidité.
いい
Tel a écé le fort du fieur Maille , dont nous avons
pris plaiſir à faire connoître les he i cux travaux ,
stones au'il g en annonçant une d
faites dans fon Art , en parlant des nombreux objets
qu'il a inventés ou perfectionnés. Ne pouvant
lui dérober une réputation & une confiance juflement
acquiſes , des rivaux jaloux ſe fout efforcés
d'ufurper l'une & l'autre , s'il étoit poffible ; ils ont
voulu faire tourner fon nom & fon talent au profit
deleur fortaue ; & en contrefaiſant fes différens Vinaigres
, ils ont emprunté jusqu'a , ſes étiquettes
pour tromper le Public, dont ils n'ont pu gaguer
comme lui la confiance . Quand le feul defir de
rendre juſtice à cet Artiſte ne nous feroit pas un devoir
de dénoncer ce brigandage , nous y ferions
pouflés par un motif plus puifiant encore , par l'intérêt
public. Dans des objets de pure curiofité , les
contrefactions ſont puniſſables fans doute ; mais la
ſuite n'en est point funeſte; dans celles dont il s'agit
ici , elles peuvent ataquer la ſanté des Citoyens. Il
eſt donc indiſpenſable de prémunir le Public &
pour ne nous arrêter qu'à un ſeul des objets falfifiés ,
DE FRANCE. 91
nous allons indiquer la manière de diftinguer ſon
véritable Vinaigre de Rouge de celui qui eſt contrefait.
En jetant ſur un linge blanc quelques gouttes de
ee Vinaigre , elles y laiſſent , bien également fondu,
cet incarnat, ce coloris naturel qui embellit le teint,
celui qui est contrefait ne laiſſe qu'une eſpèce de
violet , qu'on ne peat fondre également. Le Vinaigre
da ſieur Maille contient des propriétés balfamiques
qui ne peuvent porter aucune atteinte à la
fraîcheur de la peau ; & l'on fent combien il eft poffible
que fes procédés mal imités deviennent d'un
ufage dangereux. Au reſte , la couleur en eſt plus,
belle encore lorſqu'on l'emploie le ſoir en ſe couchart
, parce que l'épiderme a eu le temps de s'en,
pénétrer doucement pendant la nuir.
Les ripaux Vinaigres qu'on effie auffi de
contrefaire foot: aigreRomain,d سحم
priété et de blanchir les derts , de les affermir dans
leurs alvéoles , & de s'oppoſer aux progrès de la
caric; propriétés qui font anestées par nombre d'Of-
Aciers qui , dans la dernière guerre d'Amérique
l'ont employé avec le plus grand faccès.
و ا
Le Vinaigre pour over le feu cu Rafoir , nouvellement
perfectionné parl Auteur , qui en a rendu
l'odeur plus agréable encore , en y ajoutantpluſieurs
urs balfamiques, Ce Vinaigre , en raffraichiffant
la peau,prévient les boutons & les dartres farineuſes,
Le Vinaigre à l'usage de la Ga derobe ; outre
qu'il est d'un uſage agréable pour les Dames , il eſt
encore très-utile dans les cas d'hémorroïdes & autres
maladies particulières au foxe.
Et le nouveau Lait de Vinaigre, imaginé depuis
peu pour ôter les marques de couches & les taches
da roufleur. Nous l'avons annoncé au moment de
ſa nouveauté; & le ſuccès qu'il n'a pas cette d'obtenir
depuis , a'justifié nos éloges.
92
MERCURE
Au reſte , un moyen bien aſſuré pour avoir de ſes
véritablesVinaigres , c'eſt de s'adreſſer directement
à fon magaſin , le ſeul qu'il ait dans Paris , rae
S. André des-Arcs. Ce magafin, richement & agréablement
décoré , ne préſente pas uniquement des
idées de luxe à ceux qui avent obſerver & juger ;
il atteſte les ſuccès du ſieur Maile , & annonce fe
foin & la propreté qu'il apporte dans tous les procédés
de fon Art.
OEUVRES de Fenélon , in- 4°. premier& fecond
Volumes . Prix , 23 liv. en feuilles , & 25 liv. 4 fols
brochés encarton . A l'aris, de l'Imprimerie de Didot
1 aîné rue Pavée Saint- André.
Cette Edition , délice au Roi , eſt enrichie de
quelques Ouvrages de cet illuftre Auteur qui ne
font point connus, & que fa famille a raffemblés
avec grand foir. On ne lira point feas le plus grand
iare de ce fremt in respectable, miſe à la
tête de cette Édition S , & qui compote le premier
Volume.
O tiré quelques Exemplaires für papier grand
raiſin fuperfin , qui ſe vendront 36 liv. chaque Vo
lume broché en carton .
MEMOIRES du Baron de Tottſur les Turcs & les
Tartares , 2 Vol. in- 4°. A Amſterdam & ſe trouve
à Paris , chez Laurent , Libraire , que de Tournon , &
dans les principales Villes des Pays Bas.
Le ſuccès qu'a obtenu cet Ouvrage nous diſpenſe
derevenir ſur ſon éloge; nous nous bornerons à dire
quel'in 4º. que nous annonçons eſt préf rable à l'in •
.. parce que l'Auteur, fans rien faire perdre
aux agrémens de ſon ſtile , l'a rendu plus correct
dans cette Editions qu'il y a far des changemens
pour ajouter tantôt à la clarté , tantôt à la précifion ;
&parce que ceste Edition eft enrichie de feize Plan-
!
DE FRANCE. 93
ches deſſinées par l'Auteur , dont le talent dans ce
genreeft plutôt d'un Artiſte que d'un fimple Amateur.
Il y a joint une Réponſe à M. Peyſſonel .
Ils'eſt fait de cet Ouvrage de nombreuſes contre
façons qui fourmillent de fautes,
EXTRAIT'S de Lucien & de Xénophon , tra
duits par M. l'Abbé Gail , Docteur Agrégé de l'Univerſité
de Paris, 2 Volumes in- 12. A Paris , chez
l'Auteur , au College d'Harcour ; Brocas , Libraire ,
rue S. Jacques ; Nyon , Libraire , au pavillon des
Quatre- Nations ; Colas , Libraire , Place de Sor
bonne , & Lejay , Libraire , rue neuve des Petits-
Champs,
Les Dialogues de Lucien , qu'avoient traduits M.
l'Abbé Gail, avoient obtenu un ſuccès auſſi général
que mérité ; & l'Univerſité dont il eſt Membre l'avoit
invité à pourſoivre un travail fi heureuſement
commencé, La nouvelle Traduction que nous annonçons,
juſtifie ce ſuffrage honorable , & le ſuccès de
fon premier Effai, Il a fait imprimer auffi le texte
ſéparément dans un Volume à part, afin d'être parlà
utile aux Colléges, où l'on ne permet pas les
traductions à toutes fortes d'Écoliers, & pour laiſſer
aux Perſonnes qui ne ſont point curieuſes de l'original
la liberté de n'acheter que ſa Traduction,
C'eſt une bonne Traduction de plus ſortie du ſein
de l'Univerſité.
Cet Ouvrage eſt dédié à M. le Pelletier de
Morfontaine , Prévôt des Marchands , &c.
Chaque Volume ſe vend ſéparément broche;
celui de la Trad ction 2 liv. ; celui du Texte grec
ſe vend ou complet ou par parties; complet 2 liv.
10 fols pat patie , la premièr 2 fols; la feconde
12 folk ; la troisième 14 fols , & la qua
trième 12 ſols.
9+
MERCURE
DISSERTATION fur le Commerce , traduite.du
Latin de M. le Marquis de Belloni , Banquier Romain ,
*ded.ée à M. L *** , ar cien Lieutenant Ginéral de
Police de Paris , par M. F. Roufleau , Brochure in-
8 °. A Paris , chez Gaſtellier , Libraire , Parvis Notre-
Dame.
Cette Differtation eſtimée a déjà été traduite. Les
*circonstances rendent plus intéreſſans que jamais les
principes qu'elle renferme.
TRAITĖ d'Économie Politique , embraſſant toutes
Ses branches, fuite annoncée du produit & droit aes Comunes
& autres biens , ou dernières Parties du Traité,
dédié à la Monarchie Françoiſe ,& pré enté au Roi en
1782 parun Honoraire de pluſieurs Académies des
Sciences & Arts , de la plupart des Sociétés Royales
d'Agriculture , in - 8 ° . Prix , 3 liv. broché. A Paris ,
chez Cellot , Imprimeur- Libraire , rue des grands
* Auguſtins , & Royez , Libraire , quai des Auguftins.
Le Chirurgien- Dentiſte owtraité des Dents , avec
des Obfervtions & des Réflexions furpluſieurs casfin-
-gulier, Ouvrage enrichi de quarante- deux Planchesen
taille douce , par Pierre Fauchard , Denrifte à Paris ,
troiſièmeÉdition, revue, congée& confidérablement
augmentée, 2 Vol. in 12. A Paris, chez Servières , Libraire
, rue S. Jean de Beauvais .
Les différentes Éditions de cet Ouvrage annoncent
fou fuccès& fon uulité.
SYMPHONIE COncertante à quatre mains ou pour
deux Piano-Forte , par M. J. I. Adam , OEuvre V,
Prix , 4 liv. 4 fols, A Paris, chez l'Aweur , rue des
Vieux Auguftins , maiſon d'un Marchand de Vin en
gios.
RECUEIL de Romances & Chansons avec ForteDE
FRANCE.
95
:
Piano ou Harpe , par M. Fodor l'aîné. Prix , 6 liv.
A Paris, chez l'Auteur , rue Taitbout, maiſon d'un
Sellier.
-
NUMÉRO I de la deuxième année du Journal de
Guittare composé depetites Pièces , Sonates & Airs
avec Accompagnement , Violon ad libitum ſéparé du
Journal, par M. Vidal , Profeſſeur de Mutique &
de Guittare , un Cahier par mois. Prix, 3 liv. chaque.
Abonnement 24 liv. franc de port. Recueil
dejolis Airs arrangés pour deux Clarinettes ,
parM. Simonin, Muficien de M. le Duc de Montmorency.
Prix ; ; liv. 12 fols. - Cinquième Re-
: cueil de petits Airs variés pour la Guittare , par M.
Vidal. Prix , 4 liv. 16 tols. Six Duetti pour
• deux Violons , par M. A. Chapelle , Muſicien ordipaire
da Concert Spirituel & du Théâtre Italien.
OEuvre X. Prix , 6 liv. port franc. A Paris , chez
M. Vidal , aux Soirées Eſpagnoles , Magaſin de
Muſique , rue de Richelieu , entre celle de Menars
&la rue Neuve Saint Marc , n° . 99.
-
RONDEAU nouveau Italien & François , avec
Accompagnement de Violons , Haut Bois , Cors ,
Alto & Baffe , par Cimarofa , mis au jour par M.
Santineri. Prix , 2 liv, 8 fols. A Paris , chez l'Éditeur,
rue de la Vieille Monnoie, hôtel du Saint-
-Elprit.
PARTITION du Roi Theodore à Venise , Opéra
Héroï- Comique en deux Actes & en vers , parodić
fur la Muſique de M. Giovanni Paiſiello par M.
▲ Molinę , dédié à M. le Baron de Bagge. Prix ,
24 liv. A Paris , chez Coufineau père & fils , Luthiers
de la Reine, tue des Poulies,
Cette Partition n'eſt point celle qui ſe joue à
96 MERCURE
Verſailles; celle-ci eſt en vers , & toute la Musique
yeſt confervée. Le ſecond Acte paroîtra dans le
cours du mois.
Nous avons rétabli dans letitre le nom de M.
Paiſiello mal écri: ſur cette Partition ainſi que par
pluſieurs Journaliſtes.
NUMEROS 19 à 26 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix ,
1 liv. 4 fols chaque Numéro. Abonnement 30 liv.
pour cinquante-deux Numéros. Même Adreſſe que
ci-deſſus.
NUMEROS 4 & 5 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs. Prix , ſéparément 2 liv. Abonnement 15
& 18 liv , A Paris , chez M. Bornet l'aîné , rue Tiquetonne
, n °, 10.
TABLE.
:
INSCRIPTION pourle Buste l'unique base du bonheur&
du Général Washington , 49
L'Homme du Monde & le
Solitaire ,
dela véritable Philofophie ,
50 LeMusicien Pratique ,
Charade, Enigme & Logo- Manuel des Oififs ,
gryphe, 12 Comédie Italienne ,
LaReligion considérée comme Annonces & Notices ,
APPROΒΑΤΙΟ Ν.
14
74
80
8
१०
J'AI la, par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux,le
Mercurede France , pour le Samedi 12 Mai 1787. Jen'y
ai sen trouvé qui puiffe en crapêcher l'impreffion. А
Paris, le 1 Mai 1987. RAULIN.
1
:
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 Avril.
U commencement du mois , unCapi-
Ataine Américain apris fur fon bord 4.
filles, choiſies parmi les plus jeunes de celles
qui ſont enfermées dans la Maiſon de correction
, pour les tranſporter à Philadelphie.
Ala nouvelle de cet embarquement , pluſieurs
autres filles de mauvaiſe vie , mais libres
, ont demandé leur paſſage, dans l'efpérance
de trouver un établiſſement en
Amérique.
Pluſieurs Gazettes , & encore plus de
perſonnes dans la converfation , confondent
l'ancienne Cherfon, qui donnoit fon nom à
la péninſule de la Cherſonele Taurique &
dont on ne retrouve que des traces incertai
N°. 19 , 12 Mai 1787 . C
(50 )
nes , avec la ville de ce nom où ſe rend l'Impératricede
Ruſſie , New- Kherson , bien loin
d'être en Crimée, eſt ſituée ſur le Nieper ,
dans la petiteTartarie, à environ dix lieses
de la Mer- Noire. A peine à deux lieues de
diſtance d'Oczakof , elle eſt placée ſur le
même terrain , où étoit autrefois la redoute
Alexandrofsky. En 1778 , le 30 Octobre ,
leGénérat Ruſſe Hannibal pofa les tondemens
de cette ville , qui fut peuplée pardes
émigrans ou aventuriers de toutes les nations.
En 1782 , il s'y érablit une Compagnie
Angloiſe pour le commerce du chanvre,
de la potaſſe, &des bois de conftruction.
Dans la même année , l'Impératrice y
fonda un comptoir de banque , avec un
fonds de 300,000 roubles. En 1783 , on
évaluoit la population de Kherſon à 50000 ;
mais cedénombrement ſemble fort exagéré.
800 pieces de canon bordent les remparts
de cette ville , dont les chantiers ſont confidérables.
Ony a conſtruit 7 vaiſſeaux de 66
can. , 20 frégates&d'autres petits bâtimens.
Il existe encore une autre ville de Cherfon
près de la côte orientale de la Mer-Noire.
De Berlin, le 23 Avril.
La ville de Minden a envoié ici des Députés
chargés d'une Supplique au Roi , à
qui elle demande: 1º. l'exemption de l'enrôlement
forcé en faveur des enfans mâles
quinaiffent dans la ville; c'est-à-dire, qu'en
( 51 )
venant au monde , ils ne ſoient pas in crits
comme ſoldats, ainſi que les autres mâles
nouveaux nés dans la domination de S. M.;
2°. le paiement de dix mille rixdalers dûs à
la ville par le Gouvernement pour des fourrages
, liv és pendant la guerre de ſept ans ;
3°. la permiſſion de conſtruire une Maiſon
de charité. S. M. a accordé ces trois demandes
, & a donné fix mille écus pour conftruire
la Maiſon de charité.
On préſume que l'année prochaine l'armee
Praffienne prendra'on nouvel Uniforme:
ledrap en ſeraplus fin,& les habits
plus longs devront ſervir deux ans. Le
PrinceHenri projette un nouveau voyage ,
en Ita'ie , ſuivant les uns; en Suiſſe , ſelon
d'autres ; en France , d'après de troiſiemes
conjectures.
C'eſt aux bons offices de notre Cour
qu'eſt dû le parti qu'a pris le Landgrave de
Heſſe Caffel d'evacuer le Comté de Buckebourg:
notre Gouvernement I a annoncé au
Public en ces termes :
«Il eſt connu , qu'après la mort du Comte Philippe-
Erneſte de Schaumbourg-Lippe , arrivée le
15 Février, le Landgrave de Heſſe-Caſſel fit occuper
le 17 Février la ville deBuckebourg& tout
leComté de Lippe-Schaumbourg par ſes troupes,
parce qu'il regardoit ce pays comme un Fief ouvert
à laMaiſonde Heffe Caffei , & que la capacitédu
jeune Comte mineur de laLippe à ſuccéder
dans les droits de la famille , lui paroifſoit
fufceptible de conteſtation. Il en eſt réſulté les
C2
( 12 )
mouvemens connus dans l'Empire ; & le Directoire
des Cercles du Bas-Rhin & de Westphal e a
atreſſé des Monitoires réitérés au Landgrave, auquel
le Conſeil-Aulique de l'Empire a auffi en.
voyé des Décrets , pour qu'il eût à évacuer le
Comtéde la Lippe-Schaumbourg.Mais c'eſt princopalement
S. M. Pruſſienne , qui a pris cette affsire
à coeur avec zèle , tant en qualité de Chef &
de Directeur du Cercle de Westphalie , que comme
ami de l'illuftre Maiſon de Heſſe ; & eile a
employé ſes bons offices près du Landgrave avec
tant de ſuccès , que ce Prince, par une lettre qu'il
a écrite à S. M. , en date du 16 Avril , lui a déclaré
, & qu'il avoit donné ordre à ſon Lieutenant-
Général de Lossberg de retirer ſur le champ
toutes ses troupes de la partie du Comté de
" Schaumbourg , qu'il avoit fait occuper , avea
réſerve de tous ſes droits. » Ainfi , cet événement
important , qui avoit cauſé une ſi vive ſenſation
dans tout le Corps Germanique , & qui menaçoit
d'avoir des fuites , non- ſeulement trèsdéfagréables
dans leur principe , mais dont il étoit
impoffible de prévoit l'étendue , a été heureuſement
redreſſé par l'interpofition patriotique de
S. M. , & l'affaire a été ramenée au mode légalement
preſcrit dans l'Empire.n
בג
que
On apprend que le Duc d'Yorck , Evêd'Ofnabruck
, a donné le grade de Lieutenant
à l'Enſeigne de Wind , Officier Hanovérien
, qui a fi fidellement & fi cousageuſement
défendu la petite fortereſſe de
Wilhemſtein , pour la Comreſſe de la Lippe,
On a publié ici quelques Lettres originales
du feu Roi , écrites pendant la guerre de
ſept ans , à la Comtelſe de Camas , née de
Brandt , épouſe du Comte de Camas , Com
( 53 )
mandant de Francfort ſur l'Oder , & atta .
chée au ſervice de la Reine qu'elle avoit fuivie
àMagdebourg, lorſque la Famille royale
s'y réfugia. Cette correſpondance familiere
prouve ledegré de gaieté qu'avoit conſervé
le Roi , au milieu des détreſſes de la guerre,
& annonce par tout un coeur très ſenſible à
l'amitié. Nous allons tranfcrire quelquesunes
de ces lettres .
A Neustadt , 11 Novembre 1760 .
Je ſuis exact à vous répondre & empreflé à vous
ſatisfaire. Il eſt ſingulier , comme l'åge ſe rencontre.
Depuis 4 ans , j'ai renoncé aux ſoupés ,
comme incompatibles avec le métier que je ſuis
obligé de faire ; & les jours de marche , mon diné
confte dans une taſſe de chocolat. Nous avons
couru comme des fous , tout enflés de notre victoire
, effaserfi nous pouvions chaffer les Autrichiens
de Dreſde ; ils ſe font moqués de nous du
hautde leurs montagnes,je ſuis revenu fur mes.
pas , comme un petit garçon , me cacher de dépρις
dans un des plus maudits villages de la Saxe.
Apréſent , il faut chaifer de Freyberg & de
Chemnitz Meßieurs les Cercles , pour avoir de
quoi vivre & nous placer.
C'eſt, je vous jure ,une chienne de vie , qu'excepré
Don Quichotte , perſonne n'a, menée que
moi. Tout ce pain , tout ce défordre , qui ne
finit point , m'a fi fort vieilli , que vous aurez
peine à me reconnoî re. Du côté droit de la tère,
les cheveux me font tout gris ; mes dents fe caffent&
me tombent ;j'ai le visage ridé , comme
les falbalas d'une juppe ; le dos vouté , comme un
Maine de la Trappe. Je vous préviens fur tout
cela, afin qu'en cas que nous nous voyions en-
C3
(154 )
core enchair&en os, vous nevous trouviez pas
trop choquée de ma figure. Il ne me reſte que le
coeur , qui n'eſt point changé , & qui conſervera ,
autant que je reſpirerai , les ſentimens d'eſtime &
d'une tendre amitié pour ma bonne Maman.
Adieu.
Ce 3. (1)
En vérité , ma bonne Maman , vous êtes bien
experte , & je vous félicite de vous connoître i
bien en hydropifie. L'aventure qui vient d'arriver
eſt tout ordinaire ; il n'y a point de Cour , point
de Couvent même , où cela n'arrive. Moi , qui
fuis fort indulgent pour les foibleiſes de notre efpece,
je ne lapide point les holes d'honneur qui
fontdes enfans. Eltes perpétuent l'eſpece, au lieu
que ces farouches politiques la détruiſent par
Jeurs guerres funeftes, Je vous avoue que j'aime
mieux ces tempéramens trop tendres , que ces
dragons de chaſteté qui déchirent leurs femblables
, ou ces femmes tracaffieres , foncièrement
méchantes & malfaiſantes . Qu'on éleve bien cet
enfant , qu'on ne proßitue point une famille , &
qu'on faſſe , fans ſeandde , fortir cere papyre
fille de la Cour , en ménageant la réputation zutant
que poſſible.
Nous aurons la paix , ma bonne Maman , &je
me propoſe bien de rire entrequatre yeux , quand
j'aurai le plaifir de vous revoir. Adieu , ma bonne
Maman, je vous embraffe.
A Meiffen , le 20.-
Je vous envoie , ma bonne Maman , une bagatelle
pour vous faire reſſouvenir de moi. Vous
pouvez vous ſervir de cette tabatiere pour y
mettre du rouge , ou des mouches , ou du tabac ,
(1) Cette lettre est donnée ſans date, par égard pour
la perſonne que concernoit l'aventure dont le Roi parle .
Cene perfonne eſt morte aujourd'hui.
( 55)
cu des dragfes , ou des pillu'es; mais à quelque
emploi que vous la deſtiniez , pentez au moins ,
en voyant ce chien , cet embleme de la fidélité ,
que celui qui vous l'envoie paſſe en attachement
pour vous la fidélité de tous les chiens de l'univers
, & que ſon dévouement pour votre perfonne
n'a rien decommun avec la fragilité de la matiere
qu'on fabrique ici. J'ai commandé ici de la
porcelaine pour tout le monde: pour Schonhaufen,
pour mes belles-fooeurs ; en un mot , je ne
fuis richeà préſent qu'en cetre fragile matiere;
j'eſpere que ceux qui en recevront , la prendront
pour bon argent. Car nous ſommes des gueux ,
ma bonneMaman;il ne nousrete que l'honneur,
la cape, l'épée&dela porcelaine.
Adieu , ma che e & bonne Maman. S'il plaît
au ciel , je vous verrai encore face à face , & je
réitérerai de vive voix ce quej'ai dit ; mais quoi
que je faſſe ,je n'exprimerai que très-imparfaitementtout
ceque mon coeur penſe ſur votre ſujet.
APéterswalde ce 19 Octobre 1762 .
Je voudrois pouvoir prendre tous les jours une
fortereſſe , ma bonne Maman , pour recevoir de
vosainables lettres. Maisdes imbécilles de Commandans
m'en perdent ſouvent d'une façon honteu'e;
& quandj'ai des Empereurs qui me veu-
Jent du bien...... Jugez après cela dela jolie
ſituation où je me trouve. Si notre Empereur
vivoit encore , nous aurions la paix cet hiver ,&
vous pourriez retourner de plein ſant dans votre
paradis ſablonneux de Berlin. Mais le Public ,
qui ſe flatte, acru ſans raiſon que la paix ſuivroit
lapriſe de Schweidnitz. Vous avez peut- être efpéré
que cela pourroit être ; mais je vous aſſure ,
autant que j'y puiſſe comprendre , que nos ennemisn'ont
encore aucune envie de s'accommoder
Jugez après cela, s'il feroit prudent de retourner
C4
( 56 )
àBerlin , au riſque de s'enfuir à Spandau à la
premiere alarme.
,
&
Vous me parlez de la pauvre Finette. Hélas !
ma bonne Maman , depuis fix ans , je ne plains
plus les morts , mais bien les vivans. C'est une
chienne de vie que celle que nous menons , & il
r'y a aucun regret ày donner. Je vous fouhaite
beaucoup de patience , ma bonne Maman
toutes les proſpérités dont ces temps calamiteux
ſont ſuſceptibles ; fur-tout , que vous conferviez
votre bonne humeur , le plus grand& le plus réel
tréſor que la fortune puiſſe nous donner. Pour
moi , ma vieille amitié & l'eſtime que je vous
ai vouée ne ſe démentiront jam is. Je ſuis sûr
que vous en êtes perfuadée. Adieu , ma bonne
Maman.
A Dahlen le 6 Mars 1763 .
Je vous reverrai donc , ma bonne Maman , &
j'eſpere que ce ſera ſur la fin de ce mois ou au
commencement d'Avril , & j'eſpere de vous trouver
aufli bien que je vous ai quitrée. Pour moi ,
vous me trouverez vieilli & preſque radoteux ,
gris comme mes ânes , perdant tous les jours
une dent , & à demi éclopé par la goutte ; mais
votre indulgence ſupportera les infirmités de
l'âge , & nous parlerons du vieux temps.
Voilà notre bon Margrave de Bareuth qui
vient de mourir. Cela me cauſe une véritable
peine. Nous perdons des amis , & les ennemis paroiffent
vouloir durer en éternité . Ahlana, bonne
Maman , que je crains Berlin & les vuides que je
trouverai ! Mais je ne penſerai qu'à vous , & je me
ferai illufion fur le reſte . Soyez perfuadée du plaifir
que je me fais de vous affurer de vive voix de
la véritable eſtime & de l'amitié que je vous conſerverai
juſqu'au tombeau .
Le 2. Juin 1763 .
Ma bonne Maman , votre lettre & votre ſouve
( 57 )
vir m'ont fait unvéritable plaifir, parce qu'ils font
d's marques que votre fanté va mieux . On m'affare
qu'il n'y a aucun danger,& que vous vous remettrez
tout- à- fait. Ma foeur va a river dans une
heure d'ici . Je vous avoue que cela me fait grand
plaifir . Tâ hez , ma bonne Maman , à mettre le
nez àl'air. Le grand air eft la louveraine médecine
; il vous remettra du baume dans le fang ,
vous guérira cout-a-fait. Pour moi,je m'y antereffe
fincerement. Vous connoiffez mon vieux
coeur , qui est toujours le meme & qui ett fait pour ,
vous aimer tant qu'il exiftera Adieu , ma bonge
Mam..n. Ajez bien ſoin de vous remettre , & ne
m'cutiez pas.
,
Je montrerai votre lettre , ma bonne Maman ,
ana foeur, qui ſera charmée de ce que vous perfezà
elle. Jeregrette à 14 vérité de ne pointjouir
ici de votre perſonne. Mais je trouve que vous
avez grande raiſon de vous ménager , & dans le
fond , je pourrois fort peu profiter ici de vorre
aimable compagnie. Car nous ſommes comme
dans une Diéte générale du St. Empire Romain
environnés de 30 Princes & Princeſſes ; & d'ailleurs
, mes infirmités m'empêchent d'aſſiſter å
tous les banquets. Je me trouve aux grandes
folemnités, & je tache de prendre quelque repos
entre deux. Le vieux Bacon inſulte à mes
jambes eſtropiées ; il a coura avec le Prince Fréderic
, à qui ſe dévancera. Pour moi , qui me
traine en cloche-pied , à peu-près comme une
torrmë ; je vois la rapi lité de leur courſe , ainſi
qu'un paralytique qui aſſiſteroit à un baller de
Denis (.) .
Bon foir , ma bonne Maman ; j'eſpere de vous
revoir , quand mes jambes me reviendront , &
(1) Maite de ba'lets qui avoit éré à Berlin .
CS
( 58 )
que je pourrai grimper les eſcaliers du château
qui menent àvotre paradis. Je ſuis à jamais le
plus ancien de vos adorateurs.
FRÉDÉRIC.
Probablementle Roiprolongera 'on féjour
à Porzdam juſqu'au temps des revues; &
après celle de Berlin , vers la fin de Mai ,
S. M. ſe rendra dans la nouvelle Marche , la
Pomeranie, le Magdebourg & la Pruſſe.
Le teſtament de la Princeſſe Amélie a été
ouvert. Pa mi les legs confidérables , cette
Princefle a aſſigné à l'Eglise cathédrale de
Berlin 25000 rixdalers ; à la maison d'Oranienbourg
5000, & 11000 à fon Inſtitut
pour l'éducation de is jeunes gens de tamilles
bourgeoiles. Le college de Joachimſthal
aura abibliotheque &fon cabinet de
minéraux & de méchanique. Elle a donné
fon palais ſous les tilleuls , avec tous les
meubles, au Prince Royal , & celui dans la
rue de Guillauine au Prince Louis, ſecond
fils de S. M. Le Roi eft légataire univertel.
: Une Patente royale, qu'on vient depublier
, leve la defente d'exporter l'or & l'argent
, foit en especes, foit en lingots, des
états de S. M. , & permet cette exportation
àcommencer du i Ju'n prochain.
Le Roi a affigné un fonds de plus de 150,000
écus à la Sléfie La répartition de cette fomme
fe fera de la maniere ſuivante; favoir , 18. 8০০০
ecus aux Villes de Guivan & de Herrnftat , qui
ont été minées dans la guerre de ſept ans; 2º.
26,937 pour la conſtruction & la rép ration de
maiſons dans cing Villes ; 3°. 6,336 pourlaconf
( 59 )
truction en briques des cheminées à Ramfleu &
Polkviz;4°. 16,333 pour la confiruction de quelques
Eglifes & Ecoles; 5. 8,594 pour le ſoutien
de quelques Fabri jues ; 6°. 44,748 pour la réparation
des dommages caufés par le débordement
des rivieras; 7°. 12,342pour l'ét .blife nent d'une
chauffée ;8°. 10,000 pour la réparation des chemins
, 90. 21,005 pour des établiſſemens ufités ;
&enfin, 10. 2000 à la Communauté de Neiſſe ,
pour la mettre en état d'entretenir un Maître
d'Ecole.
t.
:
De Vienne , le 23 Avril.
Le jour même de ſon départ , le 11 dece
mois , S. M. I. est arrivée à Brünn , dont
elle a viſité très - ſoigneuſement l'Hôpital .
Nous apprenons de Jaſſy, que le nouveau
Prince de Moldavie , Alexande Ypsilantis y
eſt arrivé , & qu'il a déjà commencé fon
administration. L'évaſion de ſon Prédéceſſeur,
le Prince Maurocordato , eſt certaine : Il a
laiſſe la Princeſſe , ſon Epouse , & toute
fa Famille dans la plus grande détrelſe ,
ayant enlevé à cette Dame infortunér jufqu'à
les Bijoux , & l'ayant laiffée dans la
miſere avec ſes enfans . Le Firman de la
dépofition da Prince Murocordato étoit
conçu dans les termes les plus modérés
Rien ne pouvoit tui faire craindre les effets
ordinaires de la diſgrace ; & il ſembloit que
la Porte elle-même avoit cherché à aloucir
fon fort, en diſſimulant les motifs de fon
mécontentement , &des raisons qu'elle avoit
de ſuſpecter ſa fidélité. Cependant il a préféré
une fuitehonteule àtous ſes devoirs.
4 C6.
( 60 )
De Francfort , le 28 Avril.
Maximilien Procope , Comte de Toërring
Fettenbach , Chano'ne Official de Ratisbonne
& Prévôt de la Collégiale de Straubing
, a été élu le 20 , Prince Evêque de
Ratisbonne. Depuis environ 120 ans , il n'y
avoit pas eu d'Evêque tiré du ſein du Chapitre
, & le dernier élu étoit auſſi un Comte
deToërring.
M. le Baron d'Oxenstiernn , Miniſtre de
Suede , s'eſt légitimé à la Diete, le 19 dece
mois , pour le fuffrage de la Pomeranie antérieure.
L'on connoît aujourd'hui les fix demandes
faites par la Ruſſie à la Porte , & les réponſes
de Sa Hauteſſe. Voici les unes& les
autres .
La Ruffie demande :
>> 1 °. Que la Porte reconnoiſle comme
>>dépendans & ſujets de l'Empire Ruffe les
>>habitans de la Géorgie , dont le Prince
>>>Heraclius eſt le chef.
>> 2 °. Que la Porte s'engage à faire ceſſer
>> les hoſtilités des Tartares Lesghis & Abazas.
>> 3 °. Que les différends qui ſe font éle-
>>>vés touchant les mines de fel , entre le
>> gouvernement d'Oczakow , près du Bo
rifthene , & le gouvernement Ruffe de
Kilburn ,; ſitué à la pointe de la preſqu'île
בכ
de la Crimée , foient applanis.
( 61 )
>> 4°. Que le Miniftare Ottoman nes'op-
>>po'e plus à l'établiſſement d'un Conful
>> Ruffe à Warna , du côté de l'embouchure
>> du Danube.
>> 5°. Que la Porte s'explique ſur les rai-
>>fons des armemens confidérables qu'elle
>> fait , tant fur terre que fur mer.
>>> 6°. Que le Ministere Ottoman mette
>>fin à l'oppreſſion des provinces de Mol-
>> davie & de Va'ashie , à laquelle le chan-
>> gement continuel de leur Prince donne
>> lieu.
La Porte a répondu , le 15 Février, à ces
demande , article par article , comme il fuir:
>> 1 °. Que les Géorgiens ont été de toat
>>temps conſidérés , comme dépendans &
>>tributaires de l'Empire Orroman , & qu'il
>>n'ajamais été queſtion de leur dépendance
>> de la Ruffie ; ce qui a été confirmé & dé-
>> montré par l'art . 23 duTraité de Kainad-
>>gi , fans qu'il ait été fait alors de la part
>>>de la Ruſſie , la moindre mention de cette
>>prétendue dépendance.
>> 2°.Que le Mniſtere Ottoman avoit
>>déja déclaré plus d'une fois l'indépendan
>> ce des Tartares Lesghis & Abazas , & que
>>par conféquent le Gouvernement n'avoit
>>>ni le pouvoir ni le droit de ſe comporter ,
>>>au milieu de leurs mouvemens , différem-
>>> ment que comme neutre . :
>>>3 °. Que les différends ſurvenus entre le
>> gouvernement d'Oczakow & celui de
( 62 )
>> Kilburn , n'étoient pas de nature à mériter
>une conférence miniſtérielle , & qu'ils
>>pourroient facilement être appłanis par un
>>>Interprete Ruſſe & quelques Miniſtres ſu-
>> balternes de la ChancellerieTurque.
>>>4°. Que la Porte reconnoît en effet ſon
>>>obligation d'accorder l'établiſſement des
>>>Confuls Ruſſes , par tout où leur com-
>> merce l'exigera , mais que relativement à
>>l'oppoſition de Warna , indépendamment
>> de ce que cette échelle ne peut être d'au-
>>cune utilité quelconque au commerce de
>>>la Ruffie , de quelque nature qu'il puiſſe
> être , le Gouvernement s'étoit déja expli-
>>qué , ily a'ong temps, fur les raiſons qui
>> occaſionno'ent cette difficulté; qu'on de-
>>>voit l'a tribue: plutôt à la ſituationdu lieu
>>& au naturel de ſes habitans , qui refufent
>>abfolument l'admiffion d'un Conful , qu'à
>>>une réſiſtance or iniâtre à cette demandes
» qu'on avoit déja communiqué à la Cour
>>deRuffie toutes ces raifons , &que le Mi-
> niſtere Ottoman l'avoit même ſolicitée
5de la maniere la plus amicale , de ſe dé-
>> fiſter de cette demande , & de choiſir fur
» ces mêmes côtes , mais dans un autre en-
>>>droit , un lieu propre à l'établiſſemem
>>> d'un Conful .
>> 5°. Qu'il étoit très-naturel que la Porte
>> ſe mît dans le même état de défenſe que
>> ſos vo, fins; que ces ar nementnedevoient
> être jugés d'aucune conféquence , and
( 63 )
>>iong temps que les mouvemens de fos
>>voisins ne troub'eroient pas fon repos.
>> 60. Qu'à l'égard des vexations dans la
>>>Valachie & la Moldavie , la Porte avoit
>> le plus grand intérêt qu'elles n'euſſont pas
>> lieu ; qu'au contraire le bon ordre y fût
>>maintenu , &qu'en conféquence eile ne
>> négligeroit pas d'avoir ſoin des habitans
de ces Provinces.
Les deux eſcadres préparées dans le port
de Conftantinople feront compoſées des
vaiſſeaux ſuivans :
Lapremiere , aura le Muſtapta , de 80 canons
PEllaBaffa, de 80 ; l'Achmet , de 70 , le Capitaine,
de60;laMuleyAdélaïde, de 60 ; l'Ali Remphan ,
de60,'aDalaHaurowna,de 54 ; la Derviſe , 50;
l'EllaDrago,de46 ; & des fregates , la Hamife ,
leZadire, le Tranachete & l' Ak:maine. L'Efcadre
deHaſſan conſiſte en to vaiſſeaux de force & de 3
frégates , qui font : l'Elir BJorak , de 76 canons;
leHamet Rubrique ,de 70; la Mosquina , de
70; la Reala Zoraïde , de 70; la Zabide , de 60;
le.Melino, de 60 ; la Ba barocine , de 14 , le Padrique,
de 50; la Moneffe, de so ; P'Elmir Jose , de
40;& les frégates , Rapiffeu,Zandor & Zelaïde. Il
ya encoredans le port , ajoutent les memes lettres,
plus de 26 autres vaiſſeaux de ligne , outre
les frégates&les galeres, prêts à être équipés à la
premiere certitude des hoſtilités.
Chaque jour amene fur ces futures holilités
des bruits différens. D'une part , des
lettres de Conſtantino le , din 25 Mars , annonçoient
le Capitan Pacha battu & captif
enEgypte, de l'autre, des lettres de même
( 64 )
date & du même lieu , reçues à Vienne , parlent
d'une victoire du même Amiral', rem
portée le 26 Février ſur les Boys , dont trois
font reſtés ſur le champ de bataille. Dans
cette incertitude , il faut ſe garder d'adopter
légerement une autre nouvelle écrite du
Bannat , les Avril ; favoir , que le Miniſt e
de Ruffie à Conftantinople eſt gardé à vue
par des Janniſſaires , & n'ofe ples fortir de
fon palais ; qu'on lui a accordé 40 jours
pour donner une réponſe cathégorique fur
les intentions de ſa Souveraine, & que l'animoſité
du peuple contre les Ruffes étoit
montée au dernier période.
La garnison Heſtoiſea quitté Hagenberg,
&le Commandant de la fortereſſe de Wilhelmſtein
en a fait prendre poſſeſſion au
nom de la Comtele domairiere de la Lippe-
Schaumbourg; il a fait enlever les placards
du Landgrave , & mettre à leur place ceux
de ſa Souveraine .
Le régiment Heſſois de Losberg , qui étoit
en garnifon à Buckebourg, a reçu également
ordre de quitter cette ville , & de fe
rendre à Rinteln. Le régiment de Buckebourg
, que le Landgrave de Heffe avoit
envolé à Rinteln , reviendra à Buckebourg .
On fait aujourd'hui que le voyage
Nonce Zoglio , réſidant à Munich , avoit
pour objet de conférer avec l'Evêque de
Spire fur les moyens de ren tre inutiles les
demandes des Archevêques d'Allemagne.
du
( 65 )
J'entrevue de ces deux Prélats eut lieu, le
25 Mars , à Waghæn'el , près de Manheint
où se trouverent auſſi le Baron d'Oberndorf,
Miniftre dirigeant de l'Electeur de Baviere
à Manheim , le Conſeiler d'Erat de
Kunzman , & les Conſeillers privés Schmidt
&Wolf. ;
Des lettres de Biſtriz en Tranſylvanie ,
datées du 27 Mars , nous apprennent que
l'on a réparti cent pieces de campagne parmi
les troupes qui ſe trouvent dans ceste
Principauté.
Depuis quinze jours , écrit- on de Vienne ,
on envoie beaucoup de garçons boulangers
aux Régimens qui font en Hongrie..
Voici comment M. Fabricius termine fa
re'arion de Petersbourg , dont nous avons
donné la premiere partie au Journal précédent.
« Pour favoriſer le commerce , on a établi une
Bourſe à côté de la Douane ; mais cet édifice ,.
conſtrait en bois , eſt petit & peu commode:
Tout l'avantage de ce bâtiment confifte dans la
proximité de la Newa & de la place du déchar- :
gement des navires . Toutes les marchandises
étrangeres font débarquées ſur cette place pour
être viſitées par les Employés de la Douane.
Avant cette vifite , elles ne peuvent pas entrer
dans la ville. On a commencé l'année derniere
de bâtir une nouvelle Bourſe ; & ce bâtiment
eft achevé , il ſera , ſans contredit , le plus
beau de cette eſpece en Europe ; il ſera placé de
l'autre côté de la Douane , ſur une grande place ;
mais il ſe trouvera plus éloigné de la Newa.
( 66 )
-
Vis -à vis de la Douane ſont ſitués lesgrands
magaſins de la Couronne , que l'on loue aux Négocians
étrangers pour y dépoſer leurs marchandifes.
Les marchandiſes nationales ſont gardées
dans d'autres magaſins qui appartiennent auſſi
à la Couronne. On évalue le loyer aannnnuueel de
ces magaſins de 20 à 10,000 roubles. Les
Réglemens pour la perception des droits font
très - compliqués ; on fait perdre inutilement
beaucoup de temps auxNégocians & aux Voyageurs.
Malgré les précautions les plus minutieu-
Yes , le commerce de contrebande eſt conſidérableen
Ruffie , & il paroît que les Employés s'atzachent
plutôt à bien remplir les formalités prefcrites
, qu'à veilir à la fraude & à l'empêcher.
Les Fabriques de Pétersbourg ſont peu
importantes . Celle de porcelaine , qui eſt ſituée
àenviron 6 werſts au- deſſus de la ville , eſt exploitée
pour le compte de l'Impératrice , &ne
travaille que pour la Cour; elle tire de l'Ukraine
l'argile pour les creufets &les moules , &de la
Siberie,la terre de porcelaine , qui , quoique
bonne , n'eſt ni auſſi belle , ni auſſi blanche que
celle de Miſnie. La Manufacture de tapifferie eff
auffi entretenue aux frais de l'Impératrice. Les
ouvrages que l'on y fait lont beaux , mais trop
chers pour les particuliers. La Fabrique
de fayence mérite à peine qu'on la cite ; la marchandiſe
qu'elle fournit eſt lourde & de peu de
conféquence pour lecommerce. On affure que
lavente de la fayence ne ſuffit pas même à fon
entretien.- -La Manufacture des marchandiſes
métalliques eſt peut-être la ſeale qui ſe
ſoutienne preſqu'entièrement par les propres
forces ; la direction en eſt confiée au fils du cé
lebre Aftronome Euler. -Le Prince Potemkin
a fait établir une Vegreric près du Couvent
1
( 67 )
d'Alexandre-Newsky ; le verre que l'on y fabrique
eſt blanc & folide. La cherté du combuftible
& de la main-d'oeuvre fait préſumer que
le Prince ne retire aucun avantage de cet établiſſement,
»
ESPAGNE.
DeMadrid, le 14 Mars.
Le Duc d'Oſſonne mourut Dimanche
dernier , à trois heures du matin. Le Roi a
permis qu'on lui rendit les honneurs de
Lieutenant-Général, comme s'il avoit été
de ſervice dans cette capitale. Il laiſſe à la
Duchelle ſa veuve 24 mille ducats de rente ,
800 mile réaux en argent , fon palais meub'é
, & 250 actions de la Banque royale. Ce
Seigneur a fait un legs de 400 mille réaux
àla Ducheſſe deBenavent ſa forur. Il arécompensé
dedifférentes penſions ſes Pages ,
ſes Officiers& les domeſtiques de fa maifon
, fai ant remiſe à tous les vaffaux de ce
qu'ils pouvoient lui devoir.
Un fameux contrebandier , appelé le Carabinier
, ayant été pris & conduit ici dans
la Semaine ſainte, le Roi lui a fait grace de
la vie , &a commué en une priſon perpétuelle
la peine de mort à laquelle il étoit
condamné.
Le Mercredi ſaint , les Emploiés des fermes
aux portes de cette Capitale , arrêterent
un voiturier qui portoit des jambons , dans
168 )
le nombre deſquels il s'en trouva pluſieurs
fourrés de rubans de foie & d'autres colifichets
de modes Françoi.es .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 1 Mai.
Le 20 du mois dernier , S. M.ſe rendit
en cérémonie à la Chambe des Pairs. ' O.
rateur & les Députés des Communes étant
à la barre , Elle donna fon conſentement
royal à un acte du Parlement, << pour révo-
>>> quer divers droits de Douane & d'Accife ,
>>> lear en ſubſtituer d'autres , & en réunir
>> l'application à celle des autres droits qui
>> conſtituent le revenu public; pour per-
>> mettre l'importation de certaines mar-
>> chandies du produit ou des fabriques des
>>Etats Européens du Roi de France ; & enfin
pour appliquer certaines fommes en
>> excédant dans l'Echiquier , à la réduction
>>> de la dette nationale » .
Voilà donccetre mémorable &doubleo-ération
du traité avec la France , & de la fim
pl fication des droits réunis en un feal, revêtue
de la ſanction néceſſaire. La derniere
de ces deux meſures va introduire un grand
changement dans l'Adminiſtration des Finances
, & des bonifications confidérables .
Le Chevalier Thomas Vroughton , Envoyé
extraordinaire de S. M. en Suède , qui fe
trouvoit ici par congé, va repartir avec le
( 69 )
caractere de Miniſtre Plénipotentiaire auprès
de la même Cour ; il doit y négocier un
Traité de Commerce.
M. William Faulkner a été nommé E: -
voyé extraordinaire en Toſcane , à la place
du Chevalier Mann , décédé l'année derniere.
La direction de la Compagnie des Indes,
va expédier des dépêches par voie de terre à
Bombay , d'où elles paſſeront à Milord
Cornwallis dans le Bengale.
Le 20 d'Avril , la Chambre s'étant formée
en comité de ſubſides ,M. Pitt fit l'ouverture
du Bugdet,& preſenta d'une maniere
claire & fuccinte , l'état des Finances pour
l'année courante.
>>>Meſſieurs , dit il , je ſuis charmé d'annoncer
>>>à la Chambre qu'il m'eſt poſſi le de prendre
>> beaucoup moins ſur ſon tems aujourd hui , que
>> je n'ai été forcé de le faire juſqu'à préſent en
>> pareilles circonstances , pour remplir toute l'é
tendue de mes devoirs. Il ne ſera pas moins
>> fatisfaiſant pour vous , de voir l'état de nos
>>Finances ſoumis à votre examen , répondre à
>> tout ce que vous vous en étiez promis , & vous
>>convaincre que mes eſpérances n'étoient ni
> factées ni exigérées . On a amplement pourva
>>>au ſervice de l'année courante, quoiqu'il ait ét
* impoſſible de réduire encore pluſieurs départe-
> mens dipendieux , à l'économie où nous les
>> ramenerons ; économie que le Comité choiside
la derniere Seffion regardoit, dans ſon rapport,
comme le pied convenable ſur lequel il falloit
>>les maintenir durant la paix. On ne s'eſt pas
( 70 )
> moins attaché à ſuivre le plande diminution de
•ladette nationale , & l'on a fourni régulière-
>>ment le million ſterling deſtiné à cetuſage ,
» à l'échéance des paiemensde 250,000 1. cha-
➤ que trimestre.
Le Chancelierde l'Echiquier récapitula alors
lesdifférens articles votés & à voter.
Montant desfon.mes du premier article..
Pour 18,000 matelots.
Pour l'ordinaire de la Marine.
Pour l'extraordinaire. • .
•
Total des fonds pour leſervice de la
Marine. .
1. ft.
936,000-
• 700,000
650,000
.2,286,000
Il convint que cet état ſurpaſſoit l'eſtimation
faite par le Comité des Finances de l'année dermere
, qui ne portoit cet article qu'à 1,800,000 1.
tandis que l'excédant de cette année étoit de
486,000 1. au-delà de ce qu'on pouvoit regarder
comme dépenſe conſtante à l'avenir en tems de
paix.
..
1. Ae
Onavoté pour l'armée. • 1,411,069
Pour l'extraordinaire de l'armée ,
Etats-Majors , gardes& garnisons.
Ladépenſe conſtante pour l'entretiende
ce ſervice , en tems de paix ,
avoit été portée par le Comité , à. •
Somme au- deſſous de celle qu'il
faut réeliement , de.
• 420,000
1,831,069
1,600,000
231,069
On a compris dans ce dernier article une.
ſomme d'environ 50,000 1. pour appreviſionner
د
( 71 )
les Loyaliſtes nouvellement établis dans laNou
velle-Ecoffe.
Les fonds de l'Artillerie & du Génie (Ordnance)
ont été portés à 328,5571. , fomme prefqu'équivalente
à l'eſtimation du Comité.
Le montant des ſervices , connus ſous le nom
de Services divers , ( Miſallaneous ) eſt d'environ
328,000 livres.D'autres emplois particuliers tels
que la confection des chemins dans les montagnes
d'Ecoffe, les améliorations dans la Nouvelle-
Ecoſſe , l'entretien du Mufæum Britanique ,
'&c. montent à environ 96,000 1.
Il eſt un autre article de Subſides qu'il eſt indiſpenſable
devoter encore cette année; ſavoir,
les ſommes néceſſaires pour remplir les déficit
des différens fonds appropriés.
Le Chancelier , après avoir fait connoître la
nature de ces déficit ,& montré comment ils devoient
leur naiſſance à l'ancien ſyſtême des hypothéques
ou appropriations , par lequel chaque taxe
ou objet particulier de revenu , approprié au
paiement d'une ou pluſieurs annuités particulieres,
étoit porté à une ſomme fixe , égale à
ces annuités , obſerva que fi les fonds réſultans
de cette taxe ne s'élevoient point à l'eſtimation ,
on rempliſſoit le déficit par des ſommes priſes
dans la Caiſſed'Amortiſſement ; caifle compoſée
du ſurplus des autres fonds appropriés, & qui garantit
tous les autres au Public. Il ajouta qu'on
préſentoit aujourd'hui pour la derniere fois à la
Chambre des Communes cet article de ſuoſides.
Lebiil nouveau qui conſolide les droits de douanes
, aboliroit toutes les appropriations de cette
nature , & reverferoit la maſſe entiere du revenu
dans une ſeute caiſſe .
Réſumant enfin les divers articles éconcés cideſſus,
le Chancelier de l'Echiquier établit les
( 72 )
dépenses courantes de Pannée zauelle , indépendainment
des intérêts de la dette nationale , & du
million ſterling contacré à ſa rédemption annuelle
, ſur le pied de 6,775.000 1. ft .
Il paſſa de-là au tableau des voies & moyens qui
devoient balancer cette dépenſe . Voici lénumération
de ces reſſources.
Le produit de la taxe ſur les terres
& ſur la drêche pouvoit s'eftimer à 2,750,000 l.
Le ſuperflu de certain revenus ,
formant le fond d'amortiſſement
(finking fund ) qui alloit étre empoyé
après ce quartier à faire les
appoints de l'intérêt dû aux créanciers
publics , avant d'être employé
à la rédemption de la dette nationale ,
eſtde
Ce qui eſt dû par les agens de l'armée,
dont une partie eſt déja payée ,
& dont le total peut être porté
à 240,000 liv. ſterl. dont on a déja
reçu
Et dont il reſte à recevoir la
fomme de
i es arrérages du produit de certains
droits & impôts qui ne font
point encore payés.
Il doit réſulter pour le revenu ,
des avantages du plan de conſolidation
; fur- tout pour les droits impofés
fur les batifles , qui ne feront
plus introduites par par les contrebandiers
: on peut eſtimer cet article
au moins à
Le produit du droit additionnel fur
les planches , & des épargnes ocса-
Gonnées par l'abolition des fractions
1,226,000
60,000
180,000
400,000
100,000
fur
( 73 )
fur les droits de douanes , formera au
moins un objetde 322,000
La tomme qui devoit être payée
par la compagnie des Indes , & qui
feroit appliquée au ſervice de la préſente
année, étoit de
:
250,000
L'accroiffement du revenu de la
douane, provenant de l'augmentation
du commerce par l'effet des
traités conclus , &c. peut être eſtimé
à 250,000
M. Pitt ajouta encore pluſieurs autres objets à
l'état qui précede , comme formant les reſſources
del'année courante ,& porta le montant du total
de la recette à 6,767,000 1. st .; ſur quoi n'ayant
beſoin que de 6,676,000 1. ft. il y auroit un
furplus de 91,000 1. ft.
aLe revenude l'année dernière auroit dû , con-
>>tinua M: Pitt , s'élever beaucoup plus haut ;
mais il s'eft trouvé un déficit de 750,000 1. ft.
>>> dans le produit des Douanes , & en voici les
>>>cauſes. Nos exportations & importations ont
>>>été rallenties , & ſuſpendues par l'incertitude
des divers traités de commerce conclús récemment
, & de ceux que nous ſommes actuelle-
>>ment occupés à négocier avec les Puiſſances
>>Etrangeres. De plus la mauvaiſe récolte
>> de nos Ifles d'Amérique , a conſidérablement
,
diminué , l'année derniere , l'importation des
>> produits de ces Colonies ; ſur le ſeul article
>> du ſucre , il s'eſt trouvé un déficit dn 350.000
1. ft .; mias la ſaiſon préſente promet de dédom-
>>mager amplement les Illes & le revenu public
>> de ces non - valeurs . Notre commerce avec
l'Etranger , n'étant plus gêné par l'incertitude
>>de nos rapports avec les autres Nations , re
>> prendra toute ſa force;& les Douanes , le pro-
N°. 19 , 12 Mai 1787. d
(74)
duit que nous avons lieu d'en attendre. Far le
- ſeul article de l'importation des vins & eaux-
-de-vie de France , ce produit ſera augmenté
de 250,000 1. ft.
Le Miniſtre paſſa enſuite à l'expoſé d'un
nouveau plan , pour la circulation des billets
de l'Echiquier remis à la Banque ; plan que
la briéveté & l'obſcurité des papiers Anglois
àce ſujet , nous empêche de rapporter aujourd'hui
; enſuite il fit la motion « que la
>> ſomme de 1,200,000 liv. ſteri . reftant du
>> fonds d'amortiſſement, fût accordée àS.M.
>> pour les dépenſes courantes de l'année,
Après quelques attaques de MM. Fox, Shéridan,&
c .;&les repliques du Miniſtre & d'autresMembres,
le Comité admit la réſolution,
dont le rapport fut fait à la Chambre le 23 .
Cejour-là , le Chevalier Grey Cooper renouvella
les objections qui furent combattues
avec le même ſuccès ; les réſolutions du
Comité de ſubſides ayant paſſe , ſans divi-
Gon.
Le 24 , le Chevalier Gilbert Elliot annonça
de ſa part une motion prochaine
d'impeachment contre Sir Elija Impey , cidevant
premier Juge du Bengale ; mais
M. Dundas ayant fait ſentir que la Seffion
étoit trop avancée pour s'occuper d'une
affairede cette nature,elle fut remiſe à l'année
prochaine.
Le même jour, il s'éleva une converſation
relative aux Finances du Prince de Galles ,
àpropos d'une motion que doir faire l'Al
175.1
Herman Newham , en faveur du revenude
cet héritier du Trône. Le Miniſtre interpella
cet Alderman ſur la nature &l'érendue
de la motion qu'il annonçoit. M. Newham
ſe renferma dans des généralités , auxquelles
il eſt revenu le 27 , & hier encore ,
&qui ont occaſionné une converſation de
la plus grande vivacité entre pluſieurs Membres.
M. Rolle ayant inſinué quelques mots
les jours précédens , ſur le bruit d'un mariage
ſecret du Prince , qui intéreſſoit également
l'Eglife & l'Etat , M. Sheridan en prit occaſion
de traiter ce Membre, d'un mérite diftingué
, avec une arrogance qui indigna le
Ministre & l'Intéreſſé. Nous reviendrons
ſur cette querelle; il ſuffit pour le moment
de dire que tout indique de la partdu Gouvernement
, & par conféquent de S. M. une
oppoſition décidée à la motion future de
M. Newham. Tous les gens ſenſés la déſapprouvent,&
elle aura les trois quarts de la
Chambre contre elle.
Il fut auſſi queſtion, le 24, de révoquer la
taxedes boutiques , contre laquelle il a été
préſenté pluſieurs adreſſes ; M. Fox porta la
parole.
3
Il aſſura que cette taxe , très-onéreuſe par ellemême
, étoit d'ailleurs injuſte , puiſqu'elle se
portoit que ſur une partie de la Nation , & que
laplupart des riches en étoient exempts. M. Pitt
foutint au contraire que toutes les taxes de cette
nature étoient d'autant plus raiſonnables, qu'elles
ne tomboientjamais réellement ſur leMarchand
d2
(176 )
mais ſur leConſommateur qui les payoit ſouvent
avec uſure , par l'augmentation du prix de la
marchandise. La Chambre étant allée aux voix,
la motionde M. Fox fut rejettée par une majoritéde
183 contre 147 .
Après demain la Chambre des Communes
recevra le rapport du Comité , nommé
pour rédiger les articles de dénonciation
contre M. Hastings.
On vient de lancer à Gravefend le Coloffus
, vaiſſeau neuf de 74 canons , qui , après
avoir pris ſes mâts & agrès , fera mis en ordinaire
à Sherneſs .
Depuis l'ouverture du Budget , tous les
fonds publics ont hauffé; les 3 pour 100.
conſolidés font à 77 & demi .
Le prix de l'aſſurance ſur les vaiſſeaux & marchandiſes
deſtinées pour la Méditerranée , a
hauffé depuis peu de I liv. 10 fols pour cent.
L'aſſurance pour les marchandises de Ruffie
a été fixée à 3 pour cent.
L'aſſurance fſur les vaiſſeaux & marchandiſes.
des Etats-Unis eſt de 10 pour cent , & celle ſur
les marchandiſes Portugaiſes , de 6 pour cent ,
attendu que cette derniere Puiſſance a une efcadre
dans la Méditerranée pour protéger ſon
commerce , & que les Américains n'en ont point..
LeDuc de Gloceſtera , dit-on , écrit ici
que ſon intention étoit de faire cette année
un voyage à Conftantinople , & dans d'autres
parties du Levant.
FRANCE.
De Versailles , le 2 Mai.
Monſeigneur le Dauphin étant âgé de
(フラー)
cinq ans&fept mois, le Roi s'eſt déterminé
à le faire paſſer aux hommes. Le Duc de
Harcourt, fon Gouverneur , fes deux Sous-
Gouverneurs , & les autres perſonnes que le
Roiavoit choiſies pour être emploiées à une
réducation aufli importante, ſe ſonten conféquence
rendues , le de ce mois , vers les
onze heures du matin, dans le grand Cabinet
de Sa Majeſté. La Ducheſſe de Polignac,
Gouvernante des Enfans de France , accompagnée
de la Comteffe de Soucy &de la
Marquiſe de Villefort, Sous-Gouvernantes ,
ainſi que du ſervice du berceau , y a amené
Monſeigneur le Dauphin , & , après qu'il a
été renda compre au Roi de l'état de la fantéde
ce Prince,duquel il avoit été , le même
jour , à huit heures du matin , dreſſé
procès-verbal par la Faculté , le Roi a reçu
Monſeigneur le Dauphin des mains de la
Ducheſſe de Polignac , à laquelle Sa Majeſté
atémoigné ſa ſatisfaction , des ſoins qu'elle
apris de ce Prince , & l'a remis au Duc de
Harcourt , qui , après avoir conduit Monſeigneur
le Dauphin chez la Reine , l'a accompagné
pour ſe rendre à l'appartement qui lui
avoit été préparéstos folij
L'Archevêque de Toulouſe , que le Roi a
nomméChefdu Conſeil royal des Finances,
a, encette qualité , prêté ferment , le 3 , entre
les mains de Sa Majeſté. Le même jour ,
il eſt entréau Conſeil commeMiniſtred'Etat;
(78 )
&il a eu l'honneur de faire fes révérences
la Reine & à la Famille royale.
M. Laurens de Villedeuil , Intendantde
Rouen, que le Roi a nommé à la place de
Contrôleur-général des Finances , vacante
par la démiffiondu fieur de Fourqueux ,a
eu, le 6 de ce mois , l'honneur defaire ſes
remerciemens à Sa Majesté , étant préſenté
par l'Archevêque de Toulouſe , Miniftre
d'Etat, Chef du Conſeil royaldes Finances.
Le ſieur Lagrange a eu l'honneur de préſenter
au Roi , l'Histoire d'Elifabeth , Reine
d'Angleterre , par Mademoiselle de Kéra
lio (2) .
M. de la Croix , Avocat au Parlement,a pré
ſenté au Roi & à la Famille Royale , un ouvrage
qui a pour titre , Conſidérations fur la Société&fur
les oyensde ramener &laSécuritédansfon
fein (1).
1
l'ordre
De Paris, te Mai
2
1
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 30
Janvier 1787 , portant Privilege excluſif,
pendant quinze ans , pour le doublement
du Charbon de Terre dans toute l'étendue
du Royaume. gl..
17 :
Ce privilége eſt accordé au ſieur Coffe,
1:
(1) Elle forme 3 vol. in-s , & fe vend chez le ſieur
Lagrange, rue s. Honoré , vis à-vis le Lycée. Nous en
rendrons compte inceſſamment dans le Mercure.
(2) Cet ouvrage , qui ſe trouve à Paris chez Royez ,
renferme des idées ſur la réformation de la Légiflation
ximinelle,&des vues ſur l'adminiſtration desProvinces.
( 79 )
,
ancien entrepreneur de la manufacture royale
de Cloux , établie à Laon , lequel a trouvé
le ſecret de préparer , avec le marc de raiſn
dilillé une matiere , qui , mêlée avec le
charbon de terre ordinaire , lui donne une
qualité, & en augmente le volume du double.
Cette préparation enleve au charbon
de terre la plus grande partie de ſon acide
fulphureux qu'elle remplace par beaucoup
de phlogiſtique , & le rend propre à forger
les plus groſſes pieces en fer & en acier,
ſans être obligé d'y ajouter du Charbon de
bois; par le moyen de ce mélange , les ſoudures
les plus conſidérables peuvent ſe faire fans
l'addition d'abſorbans : il rend le fer trèsmalléable
, ſans l'aigrir ni le faire couler
dans la chaude; il donne une qualité ſupérieure
aux inftrumens tranchans , & il peut
être employé avec avantage dans les manus
factures d'armes , atteliers où l'on travaille
le for & l'acier ; les qualités de ce charbon
préparéont été conſtatées enpartie par l'Académie
royale des ſciences , dont deux
bres ont aſſiſté à un eſſai fait à l'hôtel de
Mortagne, ainſi qu'il réſulte de fon rapport
du ſept Janvier mil ſept cent quatre-vingt
fix ; & d'autres expériences , auxquelles il a
été procédé depuis , prouvent qu'on peut éta
mer & fouder le cuivre avec ce charbon
ce qui n'a jamais pu ſe faire qu'avec le charbon
de beis; enfin , ce qui doit rendre la
découverte dont il s'agit infiniment précieuſeà
l'érat , c'est qu'elle réunit le triple avantage
de procurer aux cultivateurs de la plupart
des provinces le moyen de titer parti des
marcs de raiſin qui leur font inutiles & qu'ils
jettent , de diminuer la conſommation du
memd
4
( 80 )
charbon de bois , qui devient très rare , aing
que celle du charbon de terre , & de faire
jouir les communautés d'une modération dans
le prix.
L'Abbé de Saint-Aulaire , Aumônier ordinaire
de la Reine , Vicaire général de
Soiffons , &Abbé del'Abbaye deCoulomb ,
dioceſe de Chartres , eſt mort à Paris , les
du mois dernier , âgé de 49 ans .
L'on a reçu , par la voie d'Eſpagne , la
triſte nouvelle du naufrage de deux canots
de l'eſcadre de M. de la Peyrouſe , ſur les
côtes de la Californie. Une letre écrite à
bord de cette eſcadre , &qu'on a eu la bonté
denous communiquer, fait en ces termes le
récit de cet accident ,&de quelques autres
circonſtances de ce périlleux voyage.
Le 23 Septembre 1786.-
DeMONTEREY dans laCaliforniefeptentrionale.
, nous
Nous voilà enfin parvenus aux termes de
nos courſes ſur les côtes de l'Amérique ſeptentrionale
; depuis ma lettre de Talenquara ,
nous avons toujours été à la mer , & nous fommes
parvenus juſqu'au ſoixantième, degré de
latitude nord. Avant que d'y arriver
avons touché à l'ifle de Pâques , pour aller vérifier
fi les habitans avoient été une nation cultivant
les arts , & fi les monumens dont parle
Cook , étoient les traces de leur ancienne induftrie
: nous y avons trouvé un peuple d'une belle
race , mais affez miférable ; cultivateur affez
( 81 )
,
intelligent &induſtrieux , mais fans forme de
gouvernement politique , dénué même de pirogues
, mais nageurs comme des poiffons ; leurs
Ifles chargées de ces ſtatues mais toutes fans
goût & fans proportion. A la place de ces antiquités
brillantes, ils jouiſſent d'un avantage
moderne bien plus précieux ; c'eſt une race charmante
de jolies filles & femmes , les plus aimables
du monde; une pague leur ceint les reins ,
cache ce qu'il faut cacher , & laiſſe tout le haut
du corps à découvert ; & c'eſt par une centaine
de ces jolies Sauvages , que nous fumes reçus à
terre.
>>Quelle différence avec les illes Sandwich ?
Nous avons touché à celle de Mowée ; Cook y
a paſſé , & ya laiſſé des traces bien cruelles de
fon paffage. J'oſe pouvoir affurer qu'il n'y a pas
un être dans ces iſles , qui ne ſoit couvert de
ſymptômes de la maladie vénérienne. Auſſi ne
ſommes-nous reſtés que trois ou quatre heures
dans cette ile ; en emportant à la vérité une
collection complette d'armes , d'habillemens ,
de curiofités , de patates. Ces deux derniers articles,
joints aux poiſſons que nous avons péchés
le long de la route , nous ont entretenu en parfaite
ſanté, juſqu'aunorddel'Amérique. Là ont
commencé nos découvertes & nos malheurs , c'eſt
le mot. Dès l'inſtant que nous avons vu le mont
S. Elie , juſqu'à celui qui nous a rendu à Monterey
, nous avons été contrariés par les vents ,
les brumes épaiſſes , & les calmes. Pour comble ,
dans un port que nous avons découvert , deux
canots chargés d'Officiers & des meilleurs Matelots
des deux bâtimens , allant ſonder la paſſe ,
plutôt pour leur inſtruction & leur plaifir , que
pour l'utilité & la néceſſité , ont été engloutis
Tous les eaux ; & d'un ſeul coup , nous avons
ds
( 82 )
perdu 21 perſonnes , les deux fils de M. de ha
Borde ont été victimes de leur empreſſement à
fecourir notre canot , & en voulant le ſauver , le
leur a chaviré , & ils ont péri. Il y a cu 6 Officiers
de noyés ; depuis ce temps là , la triſteſſe
la plus profonde a été générale ſur les deux bâtimens.
M. de la Peyrouſe perd à ce naufrageun
de ſes neveux , jeune Officier de la plus grande
eſpérance, moi un amidans le chevalierde Pierrevert
».
•Monterey, où nous ſommes,& d'où nous partons
demain , eſt ce que les Eſpagnols nomment
Prefidio. C'eſt un Fort très-mal conſtruit , ou
plutôt quatre murs qui renferment la maiſon du
Gouverneur &d'un ſecond Officier , & celle d'une
vingtaine de ſoldats. Ils n'ont d'autre état que de
protéger les Miſſionnaires qui font répandus le
long de cette côte , & qui font tout ce qu'ils peuvent
pour convertir & civiliſer les Indiens de ce
pays. Ce n'est pas choſe facile , fur-tout plus
avant dans les terres où ils ſont méchans , ſavent
très-bien ſe battre , le montrent quelquefois , &
mangent& le Miſionnaire & les E'pagnols qui le
défendent. Ilya environ quatre ans qu'ils en ont
tué 80 & emmené 40 prifonniers ; ceux des environs
de Monterey ſont plus doux & plus tranquilles
, le village qui eſt autour de la Miſſion
n'eſthabité que parun tas de faineans qui viennent
ſe faire baptifer pour avoir de quoi manger ; ils
vivent fort miférablement , mais ils font la priere
Jematin&& le foir , ce qui ſuffit aux Miffionnaires.
Pas un mot de Ville Eſpagnole , &ils ne font pas
60 individus de cette nation : auſſi aucune refſource
ici . En récompenſe , la chaſſe la plus abondante.
Je vais tâcher d'emporter en France d'une
race de perdrix de ce pays qui eſt très -jolie, elles
Cont huppées , je les nourrirai avec ſoin ;
( 83 )
la collection d'oiſeaux y fera intéreſſante ».
Tu ne peux plus m'écrire à préſent qu'à l'Ifle
de France , où nous ferons dans 18 ou 20 mois.
Nous partons d'ici pour aller viſiter les Ifles Mariannes
& les Carolines , de-là à Manille , de-là
à Macao , de-là ſur les Côtes de la Chine & du
Japon , puis dans la mer de Tartarie , & au Kamt
chatska , du Kamtſchatska , nous traverſons la
mer du Sud pour venir à la nouvelle Zelande. De
là nous tournons la nouvelle Hollande , depuis le
cap de Van- Diemen juſqu'à ſapartie la plus nord,
en cotoyant ſous l'Oueſt pour le déterminer. Delà
en droiture à l'Iſle de France , à Madagascar ,
au Cap de Bonne -Eſpérance , &c.
N. B. Que depuis 14 mois que nous ſomme,
partis , nous n'avons pas un ſeul malade à bord.
Les Administrateurs de l'Hôtel-Dieu de
Lyon ont ouvert une Souſcription d'une
fomme de 9 1200 liv. dont ils avoient beſoin
pour établir 300 nouveaux lits , & ſe mettre
par ce moyen en état de ne placer qu'un
ſeul malade dans un lit. Non ſeulement les
foumifiions ont rempli cet objet ; mais elles
fourniſſent un excédant qui doit être em.
ploié à la conſtruction d'une nouvelle infixmerie.
M. l'Abbé de L.. nous adreſſe de Montauban
l'eſquiſſe d'un projet , propre à fixer l'attention
, & que nous allons publier , ſans
contredire ni appuier les idées de l'Auteur.
>> De touttems , nous écrit-il ,on a fait des
châteaux en Eſpagne ; & il n'y a pas de mince
Bourgeois , qui en ſe promenant fous la halle de
La petite ville , ne réforme l'Etat , & n'en re
d6
( 84 )
fonde la conftitution. J'ai donc, comme les autres
, fait des commentaires ſur l'Abbé de Saint-
Pierre , ſur l'ami des hommes , fur M. Necker.
De mille objets d'adminiſtration politique , je
n'offrirai mes réflexions que ſur un ſeul , qui ne
me paroît pas avoir été juſqu'ici traité avec aſſez
d'intérêt ; il s'agit des milices.
J'ai été pluſieurs fois témoin de la déſolation
& du déſeſpoir dans lesquels un billet noir de
milice plonge toute un famille : j'ai vu un pere
mourir de douleur dans l'année du départ de fon
fils tombé au ſort : j'ai vu plus d'un jeunehomme
ſe mutiler cruellement ou s'empoiſonner les
chairs pour ſe faire des plaies. J'ai vu ce qu'on
appelle les honnêtes gens , des Curés , des Gentilshommes
, des Avocats , des Notaires , atteſter
fauſſement que certains garçons étoient à leur
ſervice , leurs clercs ou ſecrétaires . J'ai vu des
Profeſſeurs de college donner des atteſtations ou
certificats d'étude actuelle à des gens qui n'étoient
rien moins qu'étudians ; & tous ces Meffieurs
croyoient faire une oeuvre méritoire , en garantiffant
ainſi un jeune homme de la milice ,
fans penſer qu'ils ſe rendoient peut- être par-là
coupables de la perte de celui qui marchoit à
fa place.
Je ne parlerai point de toutes les manoeuvres &
de toutes les eſcroqueries qui ſe font à l'occaſion
dutirage du fort. Les Secrétaires des Subdélégués,
Commiſſaires dans cette partie , les Chirurgiens
chargés de la viſite des ſujets & de la délivrance
des exoines , du moins les toiſeurs , ne
ſont pas toujours incorruptibles. Un autre in
convenient c'eſt laperte du tems que font les
jeunes payſans pour s'aſſembler & ſe tranſporter
quelquefois à deux ou trois lieues ; les folies &
les dépenses que font au cabaret ceux qui ont été
( 85 )
affez heureux pour échapper au billet noir; les
batteries & quelquefois les moris occafionnées
par les efforts qu'on fait pour ſaiſir les abfens ou
fugitifs. Tous ces inconvéniens ſont fréquents ,
même depuis les ſages diſpoſitions de la dernière
Ordonnance concernant les milices. Mais ce que
j'ai vu de plus , c'eſt à Thionville , dans la guerre
de 1741 , un cimetiere qu'on appelloit le bataillon
quarré , & qu'on avoit fait exprès pour enterrer
les miliciens de trois bataillons qui y étoient
engarniſon , & dont il mourut les deux tiers ,
fans autre maladie que l'ennui & le regret d'avoir
été arrachés à leur charrue ou à leur
troupeau.
Il s'offre un moyen de ſuppléer au tirage du
fort& aux claſſes des matelots.
* C'eſt de prendre les enfans trouvés : on en
reçoit dans les hôpitaux , ſuivant le calcul de
M. Necker , environ 40 mille tous les ans. Il
n'y a pas d'apparence que ce nombre vienne à
diminuer. Sur 40 mille enfans trouvés , on doit
compter 20 mille måles : ôtons de ce nombre
la moitié pour les imbéciles , aveugles , muets ,
fourds , extrêmement boiteux , cul-de-jatte , rachitiques
, & ceux qui meurent avant l'âge de 14
ans; il nous en reſtera dix mille , qui à cet âge ,
après avoir appris leur religion , un peu à lire ,
écrire& compter , ſeront tirés , ſavoir ceux qui
ſe trouveront dans les villes maritimes & fur les
côtes , pour la manoeuvre & le ſervice de mer ;
&tous les autres pour le ſervice de terre ,
mieux on n'aime prendre ceux qui feront malfaits,
tant ſoit peu boiteux , borgnes , boffus ,
ou qui paroîtront devoir refter petits , pour
être de ſuite remis à des pêcheurs
des patrons , à des capitaines de vaiſſeaux marchands
, en qualité de mouſſes on matelots , &
fi
à
( 86 )
paſſer de là , après quelques campagnes, dans la
marine royale. Tous les autres paſſeront de ſuite
dans des dépôts entretenus aux dépens de l'Etat ,
oudes ſommes que les différens corps emploient
actuellement pour leurs recrues ; on pourroit y
ajouter encore celles qu'ils emploient pour leur
muſique.
Le gouvernement & le régime de ces dépôts
feront confiés à des Officiers ou bas Officiers,
chargés d'y enſeigner l'exercice , & fi on veut ,
l'équitation & la nage. Pour éviter encore l'oifiveté
, on pourra faire apprendre aux différens
ſujets quelqu'un de ces métiers néceſſaires même
à l'armée , comme de Barbier , de Maréchal ,
de Sellier , de Forgeron , de Charpentier , de
Tailleur ,de Cordonnier.
C'eſt de ces dépôts qu'on tirera , après quatre
ou cinq ans, les ſujets pour recruter l'infanterie ,
la cavalerie , les dragons , l'artillerie, & le Corps
Royal de la Marine ; en conſultant , tant que
faire ſe pourra , le gout & l'inclination des différens
ſujets. Il n'y aura pour eux ni congé , ni
ſemeſtre ; leur état ſera d'être ſoldat toute leur
vie : mais cet état on fera enforte de l'améliorer ,
parune augmentation de paie ,& un peu plus
de conſidération. S'ils font quelqu'action d'éclat ,
qu'ils montrent des ſentimens & une conduite
foutenue , rien n'empêchera qu'ils ne puiſſent
être élevés au grade d'Officier.
Après trente ans de ſervice , ou plutôt ſi leurs
incommodités ou leurs bleſſures l'exigent , ils auront
les Invalides ; mais l'Hôtel ne ſera accordé
qu'à ceux abfolument hors d'état de faire au
cun fervice. Tous les autres invalides ou vérérans
feront repartis ſur les côtes & lesfrontieres ;
poury garder les citadelles forts & châteaux :
ils y feront auffi employés à protéger la levée
( 87 )
des droits dedouanes & de traites, &à empêcher
la contrebande.
On permettra facilement aux foldats de ſe
marier , mais ce ne ſera qu'aux plus ſages & aux
plus beaux hommes. On ne permettra d'ailleurs
à aucun de venir s'établir dans l'intérieur du
Royaume , notamment dans nos campagnes , à
l'exception de quelques Cavaliers ou Dragons
des plus éprouvés& des plus intelligens dont on
recrutera les Maréchauffées du Royauummee..
N'y ayant plus de congés , &les foldats l'étant
pour la vie , dix mille recrues tous les ans , c'eſt
plus qu'il n'en faut en tems de paix : fi en tems
de guerre cela ne ſuffiſoit pas , rien n'empêcheroitqu'on
ne fit des enrôlemens , mais il conviendroit
de ne faire battre la caiffe que dans
les villes qui auroient au-delà de dix ou douze
mille habitans ſi tout cela étoit encore infuffifant
, le gouvernement pourroit prendre à ſa
folte un plus grand nombre de Suiffes , ou
quel ques Régimens Allemands , comme on faifoit
autrefois , & comme font encore les Anglois
& quelques autres Etats de l'Europe. Mais
plusdetiragede fort ,plus de milices forcées . Ces
loteries de malheur , dit M. Necker , ſont la plus
funeſte idée que les gouvernemens aient p
concevoir.
:
J'ai prévu toutes les objections qu'on peut faire
contre ce plan , & je crois avoir de quoi les réfuter
victorieuſement : mais le détail en ſeroit
ennuyeux.
P. S. Nous avons rapporté , N°. 17,
une lettre , fignée Hamarville de Valcourt ,
qui annonçoit l'envoi à Paris d'une ftatue
de bois , trouvée dans la terre , & qui portoit
d'anciens caracteres . Cette lettre eft
( 88 )
une fraude , & le nom d'Hamarvillede Val
court, ſuppoſé.
Les infurrections théâtrales forment en
France une partie conſidérable de l'hiſtoire
des amuſemens publics. Dernierement , la
foldateſque & les ſpectateurs ont encore été
aux priſes , comme on l'apprend par une
lettre de Dunkerque , du 18 Avril ,
Le Spectacle de cette Ville eſt fermé
depuis Lundi dernier , époque où il y a eu
>> beaucoup de tumulte. Le Directeur privilégié
>> a diviſe ſa Troupe & a envoyé , contre le
>> gré du Public , l'Opéra à Douay , où il eſt
> également Directeur. II a ajouté à cette
maladreſſe , l'opinâtreté de vouloir faire
jouer un Acteur qui avoit déjà eſſuyé l'an-
>> née derniere nombre de diſgraces . Sitôt
> que ce nourriſſon de Thalie parut en ſcene ,
le Parterre le hua & le fifila de maniere
>> à ce qu'il ne puiſſe proférer une ſeule parole.
>>L'autorité de la Police du Spectacle parvint
pourtant à faire impofer filence , de
> maniere que la piece du Négociant de
Lyon ſe finit , non fans des petits murmures
, mais la difparition du Directeur
>ſembloit tout-à-fait avoir tranquilliſé les
eſprits , lorſqu'une nouvelle ſeene fit dé-
>> ferier tous les ſpectateurs neutres & raiſon-
>>nables. La toile levée pour repréſenter la
>>> ſeconde piece , le Parterre demanda à toute
force un,Opera , & ne voulut abſolument
pas, ſouffrir qu'on jouât une Comédie. Les
>>>Chefs de la Police eurent dans cette cir-
>confiance recours à la force , & ordonnerent
aux Grenadiers d'entrer dans le Par-
>> terre , qui n'en fut pas plus iutimidé , la
( 89 )
>>bile s'étant échauffée de maniere qu'on
ſembloit ne rien redouter. Les Grenadiers
>> ſe ſaiſirent d'un jeune-homme qui paroiſſoit
un des chefs de cabale ; mais auſſi-tốt
>>toute la jeuneſſe de la ville s'attroupa pour
le délivrer des mains de ſes ſatellites. Dans
>>cette circonſtance délicate , la prudence &
→ l'humanité des Officiers de l'Etat- Major
>> méritent les plus grands éloges & l'eſtime
>>générale. Confidérant la maniere dont les
têtes étoient montées , ils ſacrifierent leur
> autorité au bien public , en ordonnant de
>>>>lacher le jeune-homme qui caufoit cet
>>attroupement. La jeuneſſe porta ſes pas
>>vers la maiſon du Directeur des Spectacles ,
>>> où elle briſa les vitres de fes croifées
>>>(Affiche de Flandres . )
+
>> Le ſieur Tubeuf, qui , par un Arrêt du Conſeil
, a obtenu la conceffion des mines des en-
>> virons de Paris , eſt parvenu à s'affurer de
>> l'existence d'une mine de charbon de terre à
>>> Luzarche , & às'en procurer des fragmens allez
>> conſidérables. Il eſpere , àl'aide d'une galerie
>> qui ſera achevée avant le mois d'Octobre , en
•extraire une aſſez grande quantité pour ali-
>> menter les manufactures de Paris , & épargner
>>>une grande conſommation de bois.
ת
>>> Les perſonnes qui deſireroient avoir de plus
> grands éclairciſſements ſur cette affaire , pour-
>> ront ſe les procurer chez le ſieur Sroune ,
Caiſſier de la Compagnie des Actionnaires ,
>> rue des Bourdonnois; il eſt dépoſitaire d'une
>> des boîtes dans leſquelles les Juges de Luzar-
>> ches ont recueilli le charbon de la mine qui
>> s'exploite dans l'étendue de leur Juſtice ».
1
Une feuille publique de cette Capitale, rapa
porte un trait de générofiré bien intéreſſant à
l'état des perſonnes qui en ſont les auteurs , &
par les malheurs du gentilhomme qui en a été
l'objet. Depuis un an,il avoit été forcé de laiſſer
ſes terres incultes faute de fermier pour les exploiter
, &des uſtenſites néceſſaires pour les faire
valoir lui-même. Les habitans de la paroiſſe de
Quitteboeuf , près d'Evreux , en Normandie ,
Généralité de Rouen, ſe ſont empreſſés de venir
àſon ſecours , & de labourer ſes terres pour les
mettre en état de recevoir les menus grains qu'on
y ſeme dans cette ſaiſon : on voyoit arriver , au
bout de chaque champ , huit à dix charrues à la
fois. Non-contens de ce ſervice , ils ont réſolu
de donner aux terres en jacheres tous les labours
néceſſaires pour y ſemer du blé l'automne prochaine.
Ils en ont fait prévenir le propriétaire par
le nommé Marc Loutre ; & par ce meyen ils le
mettent en état de ſe monter en chevaux & en
uſtenfiles après la récolte. Il a trouvé ainſi , dans
des laboureurs , des ſervices & des ſecours qui lui
zuroient été refuſés peut- être par ſes égaux.
L'Académie Royale des Sciences a tenu
une Séance publique , le 18 Avril 1787.
M. le Marquis de Condorcet a lu l'éloge
de M. Guerrard.
M. Legentil a lu un Mémoire ſur les
lunettes binocles .
M. l'Abbé Teffier a lu un Mémoire contenant
des expériences fur différentes effecesde
grains ſemés à Rambouillet.
M. Lavoifier a lu un Mémoire ſur une
nouvelle Langue chimique.
) وا (
M. Méchain , des obſervationsde la Co
mete de 1787.
M. Desfontaines a lu un Mémoire ſur la
maniere dont les Maures d'Afrique cultivent
leurs terres.
En 1783 , Sa Majeſté fit annoncer à l'Acadé
mie, par M. le Comte d'Angiviller , qu'Elle
deſtinoit une ſomme de 12000 livres pour trois
Prix qui devoient être décernés en 1785 , aux
Auteurs , qui , au jugement de cette Compagnie,
auroient propoſé la meilleure maniere de rétablir
ou de perfectionner la Machine actuelle de
Marly , ou de remplacer cette Machine par une
autre. Le premier Prix étoit de 6000 livres ; le
fecond, de 400oliv.; le troiſieme , de 2000 liv.
L'Académie n'ayant pas entièrement été fatis
faitedes pieces qui furent envoyées pour le Cor
cours de 1785 , propoſa le même ſujet pour cette
année 1787 , avec les mêmes Prix. Elle croit
devoir partager le premier de ces Prix , entre la
pièce , no. 8 , dont l'Auteur est M. Gondouin
Deflunis; & la piece , no. 45 , dont l'Auteureft
M. Groelt, éleve des Ponts & Chauffées. A
Le ſecond Prix , entre la piece , nº. 21 , dont
'Auteur eft M. Viallon , Chanoine Régulier &
Bibliothécaire de Sainte-Genevieve;& la piece,
nº. 33 , dont l'Auteur eſt M. Marot.
Le troifieme Prix, entre la pièce , no. 3 , &
dont l'Auteur eſt M. Iucotte fil's, Architete à
Paris;&la piece , nº. 23 , dont l'Auteur eſt
M. Bralle, Ingénieur de laGénéralité de Paris.
Les pieces qui ont paru le plus approcher des
précédentes , font le n°. 1 , dont l'Auteur eſt M.
Dumas, employé aux machines de l'Opéra.
:
( 92
Le n°. 9, dont l'Auteur estM. Dransy , Ingenieur
duRoi.
Y
Le n°. 20, dont l'Auteur eſt M. Villetttee ,, de
S. Germain-en-Laye.
Le n° . 22 .
T
Les numéros 25 & 42 ; l'Auteur de ces deux
pieces eft M. Campmas , Ingénieur Privilégié du
Roi.
G
PAYS - BAS.
9.
6
h
De Bruxelles, le 4 Mai.
L'o iverture du Tribunal ſuprême s'eſt
faite en pompe dans cette ville , le 21 du
mois dernjer. Depuis deux jours , la nour
velle conftitution donnée aux Pays BasAutrichiens
devoit être miſe en vigueur; mais
les Etats de Brabant ont fait à ce ſujet, à
LL.. AA. RR. des repréſentations dont on
attend l'iſſue
L'Evêque de Namur a été réintégré dans
ſes revenus bénéficiaux , & fon exil eft fufpendu.
X
Par une nouvelle Ordonnance de S. M.,
lecafé&la canelle font chargés , outre les
anciennes taxes, d'un nouveau droit d'entréede
trois pour cent.
La deſtitution de neuf Magiſtrats , exigée
à Amſterdam , a été imitée le 23 à Rotterdam.
La Majorité des Régens de cette
ville ayant des fentimens différens de ceux
du Parti patriote , les adhérans à ce parri
ſe ſont rendus à l'Hôtel-de-Ville , & ont def-
2
( 93 )
ticue ſur le champ fept Magiftrats, qu'ils ont
remplacés. On a en même tems révoqué les
Députés de' aRégence aux Etats deHollande,
avec des inſtructions toutes contraires à celles
de leurs prédéceſſeurs. Par ce moyen , le
Parti patriote a tegagné pour l'inſtant, deux
voix à l'Aſſemblée fouveraine, Aufli lorfqu'on
y a délibéré fur les révolutions
opérées dans les deux Régences dont
nous venons de parler, 11 voix contre 8
ont fait décider , que c'étoit là une pure af
faire domestique des deux Municipalités ,
&quele Souverain ne devoit pasy intervenir.
Par cette déciſion , les Députés de Rotterdam
ont été admis à l'Aſſembée , & reconnus
comme légitimes , malgré les pro
teſtations contraires. !
La deſtitution des neuf Régens Amſterdamois
n'est pas confommée; lesBourgeois
ont remis une nouvelle déclaration commi
natoire au Conſeil , & pour peu que l'on
traîne, un nouveau coup de vigueur finira
ce qu'on a glorieuſement commencé.
Les Bourgeois enrégimentés d'Amſterdam
ſe ſont également défaits de quatre de
leurs Colonels , auxquels ils ont fignifié leur
caſſation , ſans autres formes. A
La ville deGouda paroiſſant depuis quelquetemps
rapprocher ſes avisde ceuxdel'Ordre
Equestre & des neuf villes votantes
avec lui , là Bourgeoisie lui a préſenté un
Réglement. La Régence prenant un biais ,
1941
a ſuſpendu ſes réſolutions ſur deux an
ticles ,& a accordé le troiſieme , qui conſiſte
à envoier aux Etats des Députés bien intentionnés
, qui votent toujours comme ceux de
Dordrecht.
La Gontinuité d'efforts , dit le Gazettier
d'Utrecht , tendans à ecrafer le Patriotisme par
la violence , quelques mouvemens de troupes
aux ordres de ceux que la Brave Bourgeoisie
d'Utrecht regarde comme ſes ennemis , firent
croire qu'il étoit plus que jamais tems d'en
venir aux dernieres démarches dictées par ce
Proverbe , fi vis pacem , para tellum. On crut
devoir faire une répétition exacte de tout ce
qu'exigeroit la défenſe de la ville & de la
liberté, fi l'on ſe trouvoit tout-à-coup affailli par
l'ennemi de l'une & de l'autre. A midi partirent
Tept coups de canons , & au même inſtant les
tambours ſe répandirent par toute la ville en
battant le ſignal d'alarme ; ils étoient accompagnés
par les cloches de laGrande Eglife , & la
trompe qui annonce les incendies. En moins
d'une heure tous les bourgeois armés , compofant
les differens corps de milice complette , furent
raſſemblés ſur les différentes places d'armes
, les Canoniers diſtribués à toutes les batteries
des remparts, & les importantes évolutions
de ces derniers ont été auſſitot commencées avec
autant d'activité, que ſi l'on eut été aux priſes
avec l'ennemi . Tous les poſtes étant ſuffisamment
garnis, il reſtoit un corps d'Auxiliaires rangés
en bataille ſur la place dite Munster-Kerkhoff,
avec leurs canons à leur tête; il reftoit pareillement
le corps des chaſſeurs avec leur artillerie
rangés en bataille ſur l'eſplanade oppoſée; ces
deuxcorps étant deſtinés à ſe porter où le beſoin
( و )
pourroit ſe manifeſter , felon les ordres du Con
ſeil de Défense , aſſemblé dans une maiſon près
laGrandeEglife.
Vers les trois heures après-midi , MM. nos
Bourguemaîtres quitterent leur lieud'aſſemblée ,
&allerent viſiter tous les poſtes. On put mieux
reconnoître à quelles ſenſations ce généreux enſemble
donnoit lieu , lorſqu'ils parcoururent les
rangs du Corps d'Auxiliaires en bataille ſur la
place dite Munster-Kerhhoff: & formant un demi
cercledes plus impoſans. Les Magiſtrats l'épée au
côté , & dans le coſtume qu'impoſoit la circonf
tance , ne pouvoient lire dans tous les yeux que
les meilleures diſpoſitions;on croyoit être au mcment
déciſif où ils venoient achever d'exhorter
les troupes à bien faire , & à prouver qu'un Etat
peut réunir aux richeſſes de Carthage les vertus de
Rome. Ils étoient conduits de rang en rang & de
places enplaces , par notre brave Commandant ,
l'appui de notre vertueuſe Magiſtrature ,le WASSINGTHON
de notre Patrie.(Gaz. d'Utrecht. )
Le Washington dont on parle , eſt un
étranger, nommé Gordon , ci devant Sergent
dans la brigade Ecoſſaiſe.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres .
Leurs Nobles Puiſſances les Seigneurs du
Conſeil d'Etat des Provinces-Unies , dans leur
aſſemblée extraordinaire du 28 Avril dernier ,
ont trouvé bon de prendre une réſolution qui défend
à tous Colonels ou Officiers-Comman dans
des Régimens , ou Corps militaires , au ſervice
de l'Etat , de marcher avec leurs troupes ſur le
territoire d'une autre Province , ſans le conſen,
sement du Souverain territorial de la Province
( 96 )
dans laquelle ils pourroient être envoyés , & de
n'obéir à aucun autre ordre à ce contraire. Cette
réſolution du Conſeil d'Etat a déja (té pleinement
approuvée par cinq Provinces , & celle de
Zélande a pris l'affaire ad referendum. ( Gazette
de la Hiye , nº. 52. )
Le 11 , à 4 heures de l'après- midi , écriton de
Brünn , nous cûmes la ſatisfaction de voir arriver
ici l'Empereur notre Souverain, S. M. deſcendit
à l'hôtellerie de l'Aigle -Noir & aſſiſta le ſoir au
Spectacle. Le lendemain , elle continua la route
par Leopol & Brody pour Cherfon , où S. M. Г.
prendra fon logement chezſon Conful-Général
en Crimée, M. de Rofarowitz , qui a fait préparer
un appartement de 14 pieces pour ſa réception.
La République de Pologne avoit offert à l'Empe
reur une eſcorte durant ſon paſſage ſur le territoire
Polonais; mais S. M. s'eſt excuſée de l'ace
cepter . L'on compte que ſon abſence ſerade ſeptſemaines.(
Gazette de Leyde , nº. 35. )
Une lettre,particuliere de Bruxelles nous an
nonce que les changemens à faire à la Conſtitution
des Provinces Belgiques ont enfin caufé la
ſenſation qu'on avoit prévue , & que les Etats de
Brabant , affemblés deux fois par jour depuis Mardi
17Avril, ont continué leurs Séances , malgré
tous les empêchemens , s'occupant du maintien
des droits les plus,facrés & les plus importans de
la Province. La même lettre ajoute que le Conſeil
de Brabant & différens Corps , qui tiennent à
la Conftitution , réclament leur indiſſolubilité,
garantie par la Joyeuse-Entrée. L'on ſe flattoit de
convaincre le Souverain de la réalité des réclamations
contre l'altération totale , dont l'ancien ſyc
tême Belgique étoit menacé ,particulièrement
contre l'autorité abſolue des Capitaines des Cercles,
&c. ( Idem.)
A
4
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19. ΜΑΙ 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LERetour d'Arifle dansſes Foyers , Idylle.
LIIEEUUXX ,, Cù Thốmire à fesgenoux
A vu mon fort digne d'ensie ;
Séjour où d'un éclat fi doux
Brilla l'autore de ma vie ;
Enfin je vous revois au pied de ce côteau ,
Antiques foyers de mes pères ;
Je vous revois, campagnes folitaires ,
Je ne vous quite plus ; & j'aurai mon tombeau
Dans ces vallons héréditaires ,
Où le ciel plaça monberceau.
Tantôt ſur les bords d'un ruiſſeau ,
Nº. 20 , 19 Mai 1787 . E
:
7
28 MERCURE
Aflis aux pieds de ma Thémire ,
Aſes tendres accens j'accorderai ma lyre ;
Tantôt j'écouterai le ramage nouveau
Du roſſignol qui , ſous l'ormeau ,
Anime par la voix ces rivages paiſibles ,
Etde fes chants d'amour fait retentir l'écho .
Dans leurs doigts deſſéchés , les parques inflexibles
A leur gré , de mes jours tourneront le fuſeau;
Je fermerai les yeux , & tirant le rideau
Sur la quenouille & le ciſeau ,
Je ſaurai vivre exempt d'alarmes ;
Contre les afſauts du chagrin
L'Amour me prêtera des armes;
Je femerai par tout des fleurs fur mon chemin ;
Etd'un beau jour je goûterai les charmes
Sans m'occuper du lendemain.
De quels doux ſouvenirs mon âme eft agitée !
Le ecoeur me bat.... de pleurs délicieux
Je ſens ma paupière humectée;
Pa les mains de l'Amour , dans ces champêtres lieux
Thémire me fut préſentée;
J'oubliai tout au fond de ces déſerts ,
Je ne visqu'elle & moi dans l'Univers ;
" Dieux ! quels tranſports & quel désire !
C'eſt en vain que je veux les tracer dans mes vers ;
Le coeur peut les ſentir , la voix ne peut les dire,
Dans ces lieux fortunés les innocens plaiſirs
DE FRANCE. 95
Farent toujours en foule offerts à mes deſirs ;
Dans cette enceinte ſolitaire,
Thémire , en ſouriant , me nomina ſon épouxi
En begayant fur le ſein de ſa mère ,
Adèle me nomma ſon père ;
Noms les plus ſaints & les plus doux
Qu'on puiſſe entendre fur la terre.
QUEL bruit fait retentir les airs ?
Tout-à-coup de ces lieux déſerts ,
Des cris ont troublé le filence ;
Par ſes treſſaillemens , des objets les pluschers
Il ſemble que mon coeur m'annonce la préſences
Je ne puis arrêter ſes mouvemens divers ,
Au-devant d'eux on diroit qu'il s'élance.
Mais Thémire déjà paroît dans le lointain
Tenant ſa fille par lamain ,
Gage adoré de l'amour le plus tendre ;
Je les vois du côteau ſe hârer de deſcendre;
Toutes deux me tendent les bras ;
Un aimable déſordre augmente leurs appas.
Dicux ! que ne puis -je les entendre !
Courons au-devant de leurs pas,
Mon coeur perd trop à les attendre,
(ParM. la Tour de la Montagne
1.
: V
1
roo MERCURE
TRADUCTION de l'Ode d'Horace :
DE
Nefit ancilla tibi amorpudori.
El'amour d'une
cíclave ,ami , ne rougis pas ;
Briſéis dans les fers vit un maître terrible,
CetAchille ſans frein juſqu'alors inſenſible,
Brûler pour ſes appas.
Sur les débris fumans de ſapatrie en cendre,
Tecmeffe fubjugua le fils de Télamon;
Et , couvert de lauriers , le fier Agamemnon
Soupira pour Caſſandre.....
ALORS d'unraviſſeur Atride étoit vengé:
Hector, le grand Hector ne vivoit plus.... & Troye
Enfin avoit offert une facile proie
AuGrec découragé.
:
TON eſclave a peut- être une illuftre origine,
Et tu peux t'honorer de la main de Phylis ;
Elle eſt du ſang des Rois; oui.... des Dieux ennemis
Ontcauſe ſa ruine.
:
CELLE qui conſtamment eſt fidelle à l'Amour,
Qui d'an vil intérêt fait défendre ſon âme ,
N'a pas d'obſcurs ayeux , & d'une mère infâme
N'a point reçu le jour.
DE FRANCE.. 101
Crs louanges , crois-moi,ſans deſſein ſontdonnées;
Soisexemptde ſoupçons...Puis-je être encor amant,
Moi qui montre déja ſur un front moins brillant
Quatre fois dix années.
(ParM. D. T. )
Le Bonheur trop acheté, Conte.
LE Comte de Séqueville , d'une famille
noble , ancienne , mais peu fortunée , n'avoit
guères pour héritage qu'un nom , une figure
&un caractère aimables. Tant de mérite ne
pouvoit guères reſter enfoui dans l'obſcurité
d'une province éloignée, qui d'ailleurs ne lui
offroit pas des reſſources bien promptes. Il
vint àParis ; & avec de la conduite , des connoiffances&
fon perſonnel , il pouvoit eſpérer
un établiſſement avantageux. Mais s'il
étoit incapable d'une baſſeſſe , il ne l'étoit pas
desécarts de fon âge: fon goût pour le plaifir,
qui ne ſe meſuroit pas fur la modicité de fa
fortune, le jeta dans quelques -unes des folies
à la mode , & engloutit en quelques mois
Pétroit patrimoine de ſes ancêtres. Il continuoit
de dépenſer ſur ſon crédit & fur l'efpérance
de l'avenir , lorſque le hafard lui Gr
faire connoîllance avec une jeune Demoifelle
orpheline , conſidérablement riche. Sa
naiſſance , quoique diftinguée , n'étoit pas
E
T
:
٢٠١٠
MER CURE
affez illuftre pour compenfer aux yeux d'une
famille de Négocians , l'immenſe difproportion
de ſa fortune. Elle devoit hériter de près
de cent mille livres de rente , & lui n'avoit
plus rien. L'amour est au deſſus de ces calculs,
&la paſſion de la jeune fille pour le Comte
furmonta tous les obitacles. Son Tuteur & fes
collatéraux , mécontens de fon choix , mais
incapables pourtant de violenter ſon inclination
, & de prendre un parti barbare pour
la traverſer , abandonnèrent leur parente
plutôt qu'ils ne la donnèrent. Ils la punirent
d'aimer ſans leur aveu , en ne faifant rien
pour elle , & fon jeune époux la reçurt fans
aucun avantage. Il fallut ,pour foutenir le
nouveau ménage, uſer des expédiens rt ineux,
qui ne font que trop faciles dans la capitale .
La jeune femme étoit auſſi folle de plaifirs
que le mari : tous deux vivoient comme s'ils
euffent joui du double de fon héritage. Le
mari ſe trouva noyé de dettes ; mais enfin le
terme qui devoit tout réparer approchoit ,
&les quatre années qui manquoient à la
majorité de la mineure alloient bientôt ſe
con.pletter. Le Comte , après avoir épuile
tous les moyens de dépenſe , avoit fait conſentir
la femme à une réforme , & ils avoient
arrêté enſemble un plan de retraite à la campagne.
Ils voulurent prendre honnêtement
congé de leurs amis , c'est- à-dire , de leurs
connoiffances , & quitter décemment la capitale.
La Comteſſe propoſa de donner une
fêre le jourde ſa naiſſance , qui arrivoit le
1
DE FRANCE. 103
14 Décembre. Elle ſe promettoit bien d'en
jouir &de ſe livrer à la danſe toute la ſoirée;
mais tout- à- coup elle ſe ſent ſaifie d'une affez
vive douleur dans la cuiffe. Elle l'attribua à
un effort. Cette douleur ne fit qu'augmenter
pendant le diner , au point qu'elle fut obligée
de ſe lever de table. Une Dame qui ſe retira
avec elle , lui dit que le plus sûr remède pour
un effort , étoit de plonger ſa jambe dans l'eau
de puits la plus froide ,& qu'elle ſe ſentiroit
foulagée dans le moment. L'impatience d'un
être qui ſouffre , & d'une jeune femme qui
ſe voit contrariée dans ſon plaifir , la firent
céder àce fatal confeil. Le mari ne ſavoit rien
de ce qui ſe paſſoit dans le cabinet de toilette,
lorſque ſon oreille fut frappée par des
cris douloureux & redoubles. Alarmé jufqu'à
l'effroi , il vole au cabinet & trouve fa
femme dans les agonies de la mort. Il ſe rappelle
auflitôt ce que ſa femme lui avoit dit
quelquefois , que toute ſa famille étoit ſujette
àla gouttedès lejeune âge. Il lui fit adminiſtrer
tous les ſecours de l'art. Malgré ces ſoins , le
Médecin ne donnoit que très-peu d'eſpérance
, ſi l'on ne venoit pas à bout de déplas
cer l'humeur de la tête&de l'eſtomac où elle
s'étoit jetée avec la plus grande violence.
Ainſi , le jour qui s'étoit levé riant pour le
jeune couple , menaçoitde finir dans le deuil.
Dans les intervalles tranquilles , fa malheureuſe
femme prioit le ciel de lui donner au
moins le temps de faire un teftament , ( car
ils n'avoient point eu d'enfans) pour affurer,
Eiv
104 MERCURE
s'il étoit poſſible , au moins une partie de ſa
fortune à l'époux qu'elle aimoit , & dont elle
avoit elle- même comblé la ruine. Mais elle
prioit en vain: en vain on ſe hâta de faire
venir un Notaire; lorſqu'il entroit , elle expira
ſans pouvoir fatisfaire ſon coeur. Le
Comte, foudroyé par cette perte fi cruelle&
ff imprévue , reſta quelques jours dans un
abattement ſtupide. Il ſe voyoit comme dans
un défert , fans appercevoir un ſeul être ſecourable
qui lui tendît la main dans l'abandon
général où il étoit délaiſſé. Il avoit déſobligé
fa famille, en lui faiſant l'affront d'épouſer
la fille d'un Marchand. Il n'avoit guères plus
à eſpérer de celle de ſa malheureuſe femme.
Cependant il ſe flattoit encore que dans la
juſtice , ils ne pourroient pas lui refuſer quelque
dédommagement des dépenſes qu'il n'avoitfaitesque
par complaiſancepour les goûts
deſajeune épouse. Il alla trouver un couſin ,
père d'une fille unique, qui ſe trouvoit alors
Phéritère de tout le bien de ſa coufine. Il
voulut expoſer devant lui ſa touchante ſituation;
mais il n'en reçut que les reproches les
plus humilians , & s'entendit accuſer ſans
ménagement d'avoir baſſement ſurpris le
coeur d'une héritière. Il dédaigna de s'entrerenir
plus long- temps avec une âme auffi fordide;
& il alloit fortir indigné de cetre maifon
inhofpitalière , lorſque la jeune fille
s'echappa de l'appartement , & courut à lui.
Elle le ſupplia, les larmes aux yeux , de ne
pas lui imputer la groſſièreté de fon père
DE FRANCE. 1of
:
elle fit des voeux pour l'âge où elle alloit bientôt
ſe voir la maîtreſſe. Elle le pria d'efperer
encore ,&promit de fléchir ſon père. Il fortit
plein de reconnoiffance pour les procédés
généreux de la fille , mais fans rien attendre
du père. En effet, les vives repréſentations
de la fille ne firent qu'aigrir ce coeur dur ;
& en haine de l'intérêt qu'elle prenoit au
fort du Comte , ilalla trouver tous les four
niffeurs auxquels ildevoït, terminade compte
avec eux. , & devint ſon ſeul créancier , pour
l'accabler fans contradicteur. Bientô.lesmeu
bles font faifis , & le Comte lui- même con
duiten prifon. En y entrant , il forma la réfolution
de tâcher d'y vivre en paix , juſqu'à
ce que ſonbarbare créancier rallentit fa rage,
& qu'un heureux hafard vint l'en délivrer.
Il y avoit quelques ſemaines qu'il étoit habitant
des priſons , négligé , abandonné du
monde entier , fans trouver perſonne qui
voulût être fa caution , lorſqu'il reçut unbillet
de Mite D... Eke y deploroit dans les
termes les plus pathétiques la démarche de
fon père , dont elle n'avoit eu connoiffance
que dujour même: elle le preſſoit d'accepter
une bagatelle , ajoutant que s'il pouvoit imaginer
quelques moyens où elle pût le fervir ,
elle ſe trouveroit heureuſe qu'il la mît à
portée de l'obliger. Juſqu'à ce moment, le
Conte ne l'avoit vue que comme la fille d'un
père ignoble & dur , & qui devoit avoir les
mêmes principes que lui. Ce billet changea
ſes idées. Il s'élevoit en lai mille combats. Il
Ev
106 MERCURE
ne ſavoit s'il devoit accepter ou renvoyer ce
den. La crainte de déplaire à une fille li fenfible&
fi généreuſe , le détermina. Il ſe rappela
les pleurs qu'elle verſoit au moment où
il la quitta ; & en reliſant fon billet , il apperçut
des veſtiges de ſes larmes répandues
fur le papier. Aflis & immobile, & rêvant
profondément à elle , ſon âme s'échauffa par
degrés devant l'image de ſa bienfaitrice ; &
ſe levant avec tranſport ,& les mains jointes ,
il s'écria: pourquoi, ah ! pourquoi n'ai- je pas
cent mille écus de revenu à offrir à cette adorable
créature ! Le ſon de ſa voix le rappela à
lui-même; & auffitôt il fongea qu'il devoit
un remercîment ; mais le malheur n'avoit
point corrompu ſon âme: il impoſa filence à
tout autre ſentiment que la reconnoiffance ,
&répondit ſans nul projet de ſurprendre fon
inclination. Il la ſupplia d'étouffer ſa pitié
pour un infortuné , mais de ne pas le priver
de ſa correfpondance , la feule confolation
qu'il eût dans ſa prifon.
Dansune de ſes lettres, elle lui demandoit
quel plan de vie il formoit, dans le cas où il
viendroit à recouvrer ſa liberté. Il répondit
fans détour que fon deſir étoit de fervir ſon
Roi dans la guerre qui venoit de ſe déclarer ,
fi quelque âme généreuſe& en crédit auprès
du Miniftre ſe chargeoit de lui expoſer ſes
malheurs , l'indignité de ſon créancier , &de
folliciter des lettres de ſurféance; en un mor,
que ſon voeu étoit de ſervir comme Volontaire
dans une guerre où peut- être il pourroit
DE FRANCE. 107
trouver fon meilleur ami dans un boulet de
canon.
Le chagrin , la vie ſédentaire , & fi différente
de celle à laquelle le Comte étoit accoutumé
, l'agitation de ſes eſprits , le jetèrent
dans une fièvre de langueur qui le conduiſit
juſqu'aux portes de la mort. Une ancienne
Domeſtique de ſa généreuſe coufine vint lui
apporter de ſa part quelques gêlées & autres
nourritures légères , & fut étrangement affectée
de l'état déplorable où elle l'avoit trouvé.
Elle le peignit à ſa jeune maîtreffe , qui ,
alarmée ſur ſa ſanté , prit auſſitôt la réſolutionde
le viſiter elle-même , & l'en fit prévenir
une demi- heure auparavant. Le Comte
employa cet intervalle à fe mettre en état de
la recevoir avec un peu plus de décence.
L'effort que lui avoit coûté ce peu d'apprêt ,
avoit preſque épuisé les forces qui lui reftoient
; & il étoit plus mort que vif, lorſque
ſa tremblante &pâle confolatrice entra d'un
paschancelantdans cette maiſon de douleur.
Pendant quelques momens ils ne purent ni
l'un nel'autre ouvrir la bouche; mais une fois
entrée, la modeſtie naturelle à ſon ſexe ſembloit
lui faire ſentir l'inconvenance d'une pareille
viſite rendue à un homme en priſon ,
ſans en avoir été requiſe ni priée. Le Comte,
malgré la foibleſſe , vit la néceſſiré de ranimer
ſes eſprits alarmés de cette idée: il lui exprima
ſa reconnoiffance de cette inestimable
bonté , ſi peu eſpérée de lui. File l'interrompit
, en le priant de ne pas faire mention de
Evj
108 MERCURE
cet article , qui lui faiſoit naître des réflexions
qu'elle ne ſoutiendroit pas aiſement ....
Par obéiſſance à ſes ordres , il changea de converfation
, mais fans pouvoir s'empêcher de
revenir toujours fur ce chapitre. Je trouve ,
Monfieur , lui dit-elle, que votre prudence
va beaucoup plus loin que la mienne; je ne
dois jamais craindre aucun danger de la part
d'un homme ſi circonfpect. Ne m'interprétez
pas mal , lui dit il , avec un foupir qu'il
ne pat étouffer. -- Je crois ne m'être pas méprife
, dit elle ; mais je tâcherai d'eclaircir
vos vrais ſentimens ; & à ces mots elle le
quitta. Elle avoit mis dans ces dernières paroles
une gaîté affectée , qui auroit choqué
le Comte , s'il n'avoit pas vu que ce n'étoir
qu'un voile jeté à deſſein de cacher ſes vrais
fentimens à un homme qui ne paroiſſoit pas
affez ſenſible aux charmesde ſa perſonne.Cependant
pluſieurs jours s'écoulèrent fans qu'il
reçût de ſes nouvelles ;& il les paffa dans un
étar qui ne peut être connu que de ceux qui
enont éprouvé un ſemblable. Ala fin on lui
apporté un paquet; il contenoit une commillion
d'Enſeigne dans un Régiment qui paf
foit en Amérique , & un écrit cacheté , portant
en infcription ces mots: M. O..... , exige
que M. de Sequeville n'ouvre ce billet qu'après
avoir traverſé les mers.-Il y avoit encore
un autre papier en forme de lettre , fans
être cacheté; il l'ouvrit avec précipitation
&y trouva une lettre à vue de cent louis ,
avec quelques mots que voici. " Le veritable
DE FRANCI 109
» amour ne connoît point ces froides réſer-
> ves , les fubtiles diſtinctions , incompati
>> bles avec lui. Quand vous arriverez au lieu
33 de votre deſtination , vous pourrez mieux
> connoître mon coeur & mes ſentimens. "
La lecture de ce billet fut pour le Comte
un coup de poignard. Il s'accuſa d'ingratitude
envers la plus aimable des femmes , &d'avoir
ſubſtitué un faux orgueil à la vraie générofité,
Il ſe décida à facrifier pour toujours ces
vaines diſtinctions qui s'oppoſoient à ſa féli
cité. Il fut élargi dès le jour même , & le
premier uſage qu'il fit de ſa liberté fur d'aller
remercier ſa chère Éléonore , & de prendre
congé d'elle. " Allez , lui dit elle , en lui re-
>>mettant ſon portrait, ſuivez le chemin de
>> la gloire ; ne vous défiez jamais de la Prot
" vidence ni de mon coeur. " Ils réglèrent
enſemble les moyens de leur future correfpondance
, & il s'arracha du ſeul objet qu'il
aiunât fur la terre . 1
Dès qu'il eut joint ſon Régiment , il uſa
du privilége qui lui avoit été donné d'ouvrir
le paquet. Oh ! combien fon amour , fon eft
time & fon admiration.augmentèrent encorel
le contenu en avoit été écrit dans un temps
où elle le croyoit peu ſenſible , ou du moins
trop fcrupuleux. Elle y faiſoît le ſerinent fo
lemnel de ne jamais ſe marier , & auditor
qu'elle feroit enâge de difpofer d'elle-même,
de partager avec lui ſa fortune. Des torrens
de larmes coulèrent de ſes yeux ,& fon coeur
lui fut pour jamais inſéparablement attaché.
110 MERCURE
Il lui écrivit ſur le champ , & ne lui cacha
pas une ſeule penſée ni un ſeul ſentiment
de ſon âme. Dans ſa réponſe elle lui envoya
fon portrait , & fur le revers une deviſe formée
avec ſes cheveux. Préſent inestimable
pour le Comte , dont la ſeule occupation ,
dans les loiſius de ſon état, étoit de contempler
l'image de la plus belle &de la plus généreuſe
des femmes .
Pendant quelque temps leur correfpondance
ſe ſuivit ſans interruption . Enſuite dix
mois s'écoulèrent ſans que le Conite eût aucunes
nouvelles de ſachère Éléonore. L'amour
eſt ingénieux à ſe tourmenter. Il ſe forma
mille images effrayantes: il écrivit lettre ſur
lettre ſans recevoir de réponſe. Le déſeſpoir
le ſaiſir. Elle eſt morte , s'écria-t'ıl ! il ne me
reſte plus qu'à la ſuivre.
Dans le cruel état de ſon âme , ce fut une
joie pour lui d'apprendre qu'on alloit bientôt
avoir une bataille , qui probablement feroit
déciſive. Il fut élevé au grade de Lieutenant.
Un bataillon de ſon Régiment fut
marqué pour un des poſtes les plus dangereux.
Il le ſollicita& l'obtint à regret du Capitaine
qui l'aimoir.
Affis dans ſa tente la veille de ce jour redoutable
, il réfléchiſſoit ſur les événemens de
ſa vie paſſée. Avant que le ſoleil de demain
ود ſe couche, diſoit il en adreſſant la parole
>> au portrait de ſa chère Éléonore , nous fe-
>> rons réunis. » Il amuſoit ſon âme de certe
idée , lorſqu'il entre un Sergent qui lui dit
-
DE FRANCE. 11t
qu'il y avoit un jeune homme qui le cherchoit,&
qui demandoit à être introduit dans
fa tente, ayant à lui remettre des lettres de
France de la dernière importance. Il ſentit
auſſitôt ſon coeur battre violemment dans
ſon ſein; ſa reſpiration devint courte & pé
nible , & il eut bien de la peine à articuler ces
mots : au nom deDieu , que je le voye ! ſoutiens-
moi , grandDieu! que vaisjeapprendre ?
Il voit auſſitôt paroître un jeune honine vêtu
d'un manteau de Huſſard:-Eſt-ce le Lieutenant
Séqueville que je vois?-Le Comte
lui fit un falut. On m'a annoncé , Monfieur ,
lui dit il d'une voix tremblante , que vous
aviez des lettres de France pour moi.- En
voici une ,Monfieur, dit ce jeune homme en
étendant ſa main , qui trembloit auffi.-Le
Comte ſaiſit précipitamment la lettre. Quel
fut ſon trouble en lifant ces lignes :
“
:
Si aprèsun filence de quatre longues an-
» nées votre Éléonore vous eſt encore
ود chère , vous ferez joyeux d'apprendre
" qu'elle vit toujours pour vous ſeul. Si vous
defirez la voir , vous ferez bien-aiſe en-
>> core de ſavoir qu'elle n'eſt pas ført éloignée
"
de vous ; mais fi vous l'aimez avec la ten-
> dreſſe dont elle vous aime , quels feront
>>vos tranſports , votre bonheur , en levant
>> vos yeux pour les fixer ſur eile ! »
Le papier tomba de fa main défaillante : il
leva les yeux , & il vit ſous le déguiſement
'd'un jeune Officier , ſa bien aimée , fa fidelle
Éléonore , depuis ſi long-temps perdue pour
112 MERCURE 2
«
lui. -Grand Dieu , s'écria-t'il les mains
jointes, tu as donc entendu ma prière ! eſt-il
vrai que je la revois encore : Mais auffitôt
l'idée du terrible lendemain , le traveſtiſſe
ment d'Éléonore , l'état d'abandon, où il la
laifferoit dansuncamp, toutes ces idées s'em
parèrent à la fois de fon âme , & l'accablerent.
Oh Dieu ! s'écria t'il dans l'angoifle ,
pourquoi nous rencontrons- nous ici ? -Ces
mots furent un coup de foudre pour fon
amante. Elle le crut infidèle ou inſentible. La
pauvre Éléonore alla tomber fur un fiège ; elle
ſe couvrit le viſage du pan de ſon habit; &
bientôt ſe relevant tout- à- coup : Viens,
compagnedemon pénible & ennuyeux voyage
, viens , ma fidelle Marie , ( cette femme
ſe tenoit à l'entrée de la tente , & le Comte
n'avoit encore fait aucune attention à elle )
partons , nous ſommes importunes ici. Eft- ce
là, en levant les mains vers le ciel , eſt- ce là
Paccueil que je reçois ! Adieu , Séqueville;
mon amour ne vous tourmentera plus.
Elle alloit fortir. Le Comte la ſaiſit par le pan
de fon habit,- " Ah! ne me quittez pas , la
plus chérie des femmes , ne me quittez pas.
Vous ne connoiflez pas l'amour & les peines
cruelles qui tour- à tour déchirent mon ſein. "
Il rejeta fon trouble fur l'idée de ſa mort,
n'ofant lui ouvrir ſon coeur & lui parler du
lendemain. Éléonore raffivrée , prit quelques
rafraichitſemens. La nuit étoit commencée ,
ils convintent de la paffer enſemble dans la
tente. Éléonore lui fit le récit de tout ce qui
DE FRANCE. 113
lui étoit arrivé depuis leur ſéparation ; des
perfécutions de ſon père , qui avoit été jufqu'à
lui montrer un faux certificat de ſa
mort; enfin , de fon évaſion des mains de ce
père barbare , de ſa réſolution de paffer les
mers , accompagnée de ſa fidelle Marie. Pour
éviter les dangers du voyage , elles s'étoient
déguiſées en hommes ; & Éléonore , pour
mettre ſon ſexe en sûreté , avoit pris le coftume
d'un Officier chargé de dépêches pour
Parmée Françoiſe.
Tandis qu'elle pourſuivoit ſon récit , dès
avant le jour le tambour ſonne l'alarme. Séqueville
treffaillit & devint pâle. Éléonore
le vit ,&demanda la cauſe de cette imprefſion.
Il fallut parler. " Et vous , vous , ajoutat'il
, qu'allez-vous devenir ? L'expédition eft
mortelle: j'y périrai ; mais vous , que deviendrez-
vous ? Je mourrai avec vous , réponditelle
avec fermeté; & elle ſe lève auffitôt &
tire ſon épée. J'ai quitté ma patrie , déter-s
minée àpartager votre ſort. Tandis qu'il employoit
toute ſon éloquence pour la diffuader ,
leCapitaineentradans la tente. Allons, Séqueville,
dit-il, préparez-vous, non brave enfant..
Lajournée ſera bien chaude pour nous tous.
- J'aurois preſque ſouhaité , répondit le
Comte,de ne m'être pas tant preffé pour aller
à ce poſte d'honneur & de mort , ayant ici un
jeune Volontaire qui vient m'accompagner..
-Quoi , dit- il , f. jeune & fi courageux , en
s'avançant vers Éleonore ! Je ſuis sûr à vos
yeux que vous n'avez jamais vu les camps.
114 MERCURE
-Mais j'ai paffé à travers bien des dangers,
répondit-elle en rougiffant , & avec le brave
Lieutenant je ne crains pas la mort.
Bien répondu , mon jeune Héros , répliqua
leCapitaine. Comme nous pourrions bien ne
jamais nous revoir, buvons une raſade à notre
ſuccès. Séqueville , vous pouvez nous la
verſer. Ils ſedirent tous trois un éternel adieu .
Au ſecond coup de tambour , Sequeville &
fon amante s'embraſsèrent , & partirent enſemble
à la tête du détachement dévoué. Ce
qu'il avoit prévu arriva en partie. Malgré
leur vigilance & leur valeur , l'ennemi plus
nombreux les ſurprit dans ce défilé , & les
enveloppa. Séqueville fat bleſſe au bras droit
& au côté: Eléonore échappa ſans bleffure ;
mais tous deux forent du nombre des prifonniers.
La nouvelle de ce malheur ſe répandit
dans le camp François. La pauvre Marie , dans
un délire frénétique, couroit dans le camp ,
publiant ſon ſexe & celui du Volontaire déguiſe
, & fupp'ioit le Capitaine d'employer
tous les moyens pour procurer leur élargiſſement.
Heureuſement quelques jours après , le
Capitaine remporta un avantage fur l'ennemi
, & propoſa l'échange des priſonniers.
L'échange fut accepté; & comme Séqueville
ſe trouvoit en état de ſupporter la voiture ,
ils furent tous deux mis en liberté & conduits
àune petite ville voiſine du camp François .
Ce fut - là qu'Eleonore & ſa compagne
quittèrent leurs manteaux de Huffards , &
DE FRANCE.
reptirent leshabits de leur ſexe. Leur aven
ture faifoit le ſujet de toutes les converfations:
Officiers & Soldats étoient empreſſés
de voir une femme fi guerrière. Mais comme
ſon ſexe étoit connu , Séqueville la preſſa de
mettre le comble à fon bonheur , & l'Aumônier
du Régiment unit ces deux ainans , fi
dignes l'un de l'autre.
Enfin Séqueville étoit heureux : nul me
lange de peine ne troubloit ſa félicité; fa
femme avoit atteint ſa majorité . Il avoit en
core la certitude d'embraſſer bientôt le premier
fruit de leurs amours , & tous deux
jouiffoient d'avance de la perſpective prochained'aller
recueillir leur fortune , de quitter
le ſervice , & de fe dédommager de tant
d'années de fouffrances. Ce calme ne fut pas
de longue duree. Quelques mois après leur
mariage , la Comteſſe fut priſe de la petirevérole,
qui ravageoit alors toute la ville ; & ,
cequi ajoutoit au danger de ſa ſituation , elle
étoit enceinte. Séqueville ſe livra aux plus
noirs préſages ; il vit ſa chère Éléonore près
des portes du tombeau. Comme je ſuis marqué
pour le malheur , s'écrioit- il quelquefois!
Enfin une criſe ineſpérée lui rendit fon
épouſe, mais défigurée. Il fir avec joie le ſacrifice
de ſa beauté ;& chaque veftige de fa
maladie , en lui rappelant le danger qu'il
avoit couru de la perdre , ne ſervit qu'à la
rendre plus précieuſe à ſa tendreſſe. Éléonore
ſe voyant toujours aimée, fe confola
de n'être plus belle.
116 MERCURE
Séqueville ſe croyoit alors parfaitement.
heureux. La paix qui ſurvint lui ouvrit le
retour dans ſa patrie. Éléonore recueillit la
fortune que ſon cruel père ne pouvoit plus
lui diſputer; & ils s'entretenoient enſemble
dubonheur mutuel dont ils alloient bientôt
jouir. Elle touchoir au terme d'être mère.
Hélas! que la viede l'homme eſt courte! au
milieude ſes ſonges brillans , Séqueville fut
frappé du plus terrible des revers. Éléonore
fut attaquée d'une maladie violente , après
une couche où elle avoit mis au monde une
fille charmante. " Grand Dieu! diſoit-il ſou
>> vent , dans ſa douleur inconfolable , à fon
> enfant , ſi j'ai eu la force de ſurvivre à ta
>> mère, c'eſt toi qui m'as ſoutenu. » Dégoûté
dès lorsde la capitale& de la ſociété , il s'enfonça
dans une campagne éloignée ; & dans
les premiers accès de ſon chagrin , il fit voeu
de ne jamais quitter cette folitude. Il le tint ,
&quoique jeune, ily acheva ſa longue car
sière , dans une mélancolie que le tems adou,
cit, mais ne put vaincre entièrement; & fon
coeur ſe partagea entre ſes regrets éternels
delamère,& les ſoins de l'éducation de l'en
fant qui lui en retraçoit l'image chérie.
DE FRANCE. 117
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Mariage ; celui
de l'énigme eſt Bâton ; celui du Logogryphe
eſt Trépas , où l'on trouve repas,pré, Pâtre,
ré , pas , près ,pas ( négation ) , rape , as ,
ape, ter, rets ,Apt.
TL
CHARADE.
autrefois ſavoitdonner de mon premier ,
Tel autre adroitement jouoit à mon dernier ,
Que l'on voit aujourd'hui traînés dans mon entier.
ACTIF
ÉNIGME.
15
OTIF autant qu'on le peut être ,
Je fais ſans en avoir décompoſer les corps.
Etquoiqu'un rien me faſſe naître ,
Souventpour me dompter on fait de vains efforts.
Je ſuis nuiſible & néceſſaire :
:
T
i
On me cherche , on me fuit, l'on m'aime , l'on me
craint;
Plusd'un mortel aisément me contraint
De meprêter àtout ce qu'il veut faire.
118 MERCURE
On m'emploie à l'honneur des Dieux ,
Et pluſieurs élémens cèdent à ma puiſſance ;
Un d'eux pourtant détruit mon exiſtence ;
Onpeut m'avoir en tout temps , en tous lieux.
Ici , Lecteur , perds-tu ta thétorique ?
:
Peut- être en me cherchant n'es-tu pas loin de mois
Et dans un ſens méthaphorique
Peut-être même ſuis- je en toi.
(Par M. Fron.... , Avocat à Fougères,
en Bretagne.)
LOGOGRYPHE.
Au
UPublic en tout temps, Lecteur , je ſuis utile;
J'habite la campagne , &rarement la ville;
Sous le chaumeje ſuis plus heureux que les Rois,
Quoique je fois forcé d'obéir à leurs loir.
Dès que l'aſtre du jour vient frapper ma paupière;
Je quitte l'humble toitde ma ſimple chaumière.
Dansmes neufpieds on trouve , en les décompoſant;
Le nom d'un bienheureux ; un jeu très-amuſant;
Un poiffon; un oiſeau ; de Phébus une fille;
A' tous les Boulangers un inſtrument utile ;
Deux notes de muſique; un des quatre élémens ;
Ce qu'un Laboureur fait pour féconder ſes champs;
Un article ; un pronom; trois rivières de France ;
Cedont Dieu compoſa l'homme à ſa reſſemblance,
DE FRANCE.
119
C'en est affiz , Lecteur ; veux- tu me deviner ?
Regardes un peu plus haut, tu pourras me trouver.
(ParM. de la Croix , Elèvede M.l'Abbé Chanterot.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECHERCHESfur les moyensdeprévenir la
Petite Vérole naturelle , & procédés d'une
Société établie à Chester pour cet objet, &
pour rendre l'inoculation générale ; traduit
de l'Anglois de M. Haygarth , D. M.; par
M. de la Roche , Médecin de M. le Duc
d'Orléans & du Régiment des Gardes-
Suiſſes , &c . A Paris , chez Buiffon , Libr.
rue des Poitevins , hôtel de Meſgrigny ,
1786. 1 vol. in 8 °.
PEEUU d'ouvrages ont un objet plus impor
cant que celui- ci ; & quoiqu'il foit public
depuis fix mois , nous croyons utile de fixer
furcette matière l'attention de ceux dont l'intelligence
n'eſt pas abſorbue par les romans
du jour , ou par lesBrochures dont la lecture
eft pour les gens frivoles, l'une des mille manières
d'attendre l'heure du dîner.
Les recherches de M. Haygarth forment
un peu plus de la moitié du petit volume
qui va nous occaper ; une introd ction ou
préface raiſonnée du traducteur , precède le
travail du Medecin Anglois , & le ſurpaſſe
120 MERCURE
par la ſagacité , par l'exactitude analytique
avec laquelle M. de la Roche poſe , en
l'affermiffant , la baſe des eſſais de M. Haygarth.
Celui- ci propoſe une inoculation générale
comme préſervatif de la Petite-Vérole naturelle;
& afin d'en faciliter le ſuccès , il ordonne
dans l'intervalle le ſéqueſtre rigoureux
de tous ceux que pourroit atteindre l'épidémie;
mais pour exécuter ce plan difficile ,
il faut que la Police & les particuliers ſe
prêtent à cette inoculation dans tous les lieux.
Or , s'il est vrai qu'il réſulte une contagion
habituelle & une plus grande mortalité de
la pratique d'inoculer dans les villes ; fi , pour
quelques individus qu'elle ſauve , elle en fait
périr des milliers en alimentant ſans relâche
le foyer de laPetite Vérole naturelle; fi enfin
aucune autorité ne peut ſe permettre d'expoſer
ainſi la pluralitédes citoyens , ſous pré
-texte de racheter le petit nombre de ceux
qui ſe ſoumettent à l'inſertion , ni de forcer
cette pluralité aux précautions néceffaires , le
projetdeM. Haygarth offriroit des obſtacles
inutilesà combattre. M. de la Roche examine
donc les différentes ſuppoſitions que nous
-venons d'énoncer , & cherche à prouver que
les défenſes d'inoculer dans les villes , repoſent
ſur des erreurs ou ſur des préjugés.
" A fuppofer , dit-il , qu'un inoculé com-
- muniquât la Petite - Vérole autant que
celui qui l'auroit priſe naturellement, il y
» a une probabilité à peu près équivalente
„ à
ود
DE FRANCE. 121
:
■ àune certitude morale , que ceux auxquels
" il la communiqueroit , l'auroient puiſée
>> également un peu plus tard; enforte qus
ود ſi l'inoculation augmente lamortalité de
>> la Petite- Vérole da es villes , ce ne peut
» être qu'en expoſant davantage à ſes miaf-
» mes ceux qui, fans cette nouvelle cauſe
" de contagion , ne l'auroient jamais prie .
> ou ne l'auroient eue que dans un âge aflèz
> avancé. Mais outre que l'augmentation de
ود mortalité qui pourroit enrefulter , feroit
>>ſi petite qu'elle ne cauſeroit pas une dimi-
>> nution fenfible for le total; qui ne voit
>> que chacun ayant la liberté de ſe ſervir du
• préſervatif, pour peu que fon uſage s'é-
>> tendit, lenombre des vies qu'il fauveroit,
> furpafferoit bientôt celui des morts qu'on
pourroit légitimement attribuer à cette
cauſe? Ainti donc, à ne confidérer laquef-
» tion que fois ce point de vue , les dangers
>> qui refulteroient de la pratique d'inoculer
> dans les villes, ne feroient que de peu de
>> conféquence, & bevicoup plus que com-
>> penſes par ſes avantages. »
"
Cet argument a coctainement une grande
Erce : ta qu'il fera pas de péfervatif
efficace contre les pidémies de Petite -
Vero'e ,Je palaaf de Pinoculation devient
neceflaire , puipuil diminue infiniment les
meurtres de la maladie, & qu'il n'y expoſe
que des victunes déjà dévouées par l'aniverfalité
de la contagion .M de la Romeva plus.
lojn , & ſe perfuade que l'inoculatum ripand
Ν . 20 , 19 0 1787. F
122 MERCURE
moins fortement cette contagion que la Petite-
Vérole naturelle. Il eſt avéré que celle-ci
devient contagieuſe à l'époque où les boutons
parvenus à leur maturité, commencent à
fecher ; or , moins une Petite- Vérole ſera
abondante , moins elle répandra l'épidémie,
mais il n'y a aucune comparaiſon entre l'éruption
benigne & rare des inoculés ,& celle
de la Petite- Vérole ordinaire : ainſi, inoculer
dans les villes , ce ſeroit diminuer les ſources
de contagion.
L'Auteur éraye enſuite ſon raiſonnement
par les faits : il cite entr'autres l'exemple de
Genève, ſa Patrie, où l'on a beaucoup noculé
depuis trente cinqans , & toujours librement.
Des regiftres morruires qui y font tenus
depuis deux cents ans avec la plus grande
exactitude , il réſulte que la Petite - Vérole
marche par epidémies périodiques tous les
quatre ou cinq ans , & que la fréquence des
inoculations dans l'intervalle n'a rien changé
au retourde ces périodes.
M. de la Roche avoit formé de ces confidérations
un Mémoire remis à la Société
Royale de Médecine , dont les Commiſſaires,
fans combattre poſitivement les principes de
l'Auteur, virentde l'inconvénient à en adopter
les conclufions. Iis obſervèrent que ce n'étoit
pont ici une ſpéculation académique , mais
un objet de ſalubrité publique, ſur lequel le
crì même du préjugé devoit être ſoigneu
fement examiné ; qu'un particulier , un grand
pombre même de particuliers , en ſe foumer
DE FRANCE . 123
tant au dangerde la Petite-Verole naturelle,
puiſque le fort en ordonnoit ainſi , ſeroient
en droit de réclamer contre l'accroiflement
de se danger , par l'inocu'ation qui accroiffort
la maffe de la contagion ; que des Médecins ,
des Corps reſpectables avoient autoriſé ces
idées , qu'elles étoient fortifiées par des expériences
, il eſt vrai, peut- être illuſoires , d'où
il réſultoit que le voisinage de l'inocuation
avoit été funeſte à divers lieux , à Paffy , au
Gros-Caillou ; que cet accroiſſementde mortalité
étoit conftatéparles regiſtres mortuaires
de Londres ; & qu enfin , une pratique utile
àGenève pourroit être pernicieuſe à Paris.
Après avoir analyſé très - fidèlement ce
rapport des Commiflaires , M. de la Roche
ledifcute. Il examine d'abord l'objection trèsſpécieuſetiréede
l'accroiſſement de mortalité
de la Petite Vérole à Londres depuis qu'on
inocule ; fait avoué parleChevalier Pringle &
par lefameux inoculateurDimsdale. Ici,l'Auteur
ſe ſert des armes de M. Odier, fon compatriere
& ſon ami , élève comme lui de la
célèbre Univerſité d'Édimbourg. Dans une
fuite de lettres à M. de Haen , M. Odier , il
y a dix ans , révoqua en doute la cauſe prérenduede
cet accroiſſement de mortalité ; il
fit voir avec beaucoup de ſagacité , qu'on
attribuoit fauſſement à l'inoculation un fait
obſervé avant l'uſage de cette pratique en
Europe ; que dans le ſiècle précédent & au
commencementde celui- ci,la Perite-Vérole
avoit éprouvé diverſes périodes plus ou moins
Fi
124 MERCURE
meurtrières à Londres & à Genève ; que ces
revolutions , durant leſquelles le fleau avoit
moiflonné le plus grand nombre d'individus,
n'avoient jamais été proportionnées aux progrès
de l'inoculation ; & que la rougeole
maladie très diftincte de la Petite -Vérole , &
non inoculée , offroit les mêmes viciffitudes
de rage& de bénignité.
,
La compullion des regiſtres mortuaires de
Londres depuis 1650 juſqu'en 1720 , fournirent
à M. Odier une preuve de fait prépondérante.
On voit par ces tables la Petite-
Vérole faire des ravages prodigieux durant
l'eſpace de dix , vingt ans même ; s'adoucir
en d'autres périodes , recommencer enſuite
plus cruelle, &ne ſuivant jamais une marche
uniforme. La caufe de ces périodes deftructives
elt inconnue ; elle mériteroit même
d'être recherchée : Inais pourquoi attribuer
leur retour à l'inoculation ? Si l'inégalité bien
conftatéedes ravages de la maladie a précédé
cette pratique , pourquoi les mêmes canſes
ne ramèneroient - elles pas le même effer
depuis fon introduction ? Enfin , les progrès
dela mortalité devroient ſuivre exactement
ceux de Pinoculation : or, l'existence de cerre
proportion eft abſolument renverſée par les
tables mortuaires dont M. de la Roche
offre l'expofé.
Il ne penſe pas qu'on puiſſe attaquer çe
corps d'argumens arithmétiques par l'exemple
citédu Gros Caillou & de Paffy. " Ces obfer-
>> vations , dit il, qui ne repoſent que fur des
DE FRANCE. 125
bruits populaires , qui ne font garanties
>> par aucun regiſtre authentique , & par
>> conſequent qu'on ne peut comparer avec
> ce qui s'eſt paſſe dans les mêmes lieux à
>>différentes époques, pourroient tour au
> plus faire naître le ſoupçon de ce qu'on
>>> veut prouver.
L'Auteur me ſemble moins heureux dans
ſes raifonnemens contre le degre d'autorité
qu'on doit accorder au cri du citoyen alarmé,
à la porte duquel l'inoculation poſe un foyer
d'épidémie. Si les précautions pour s'en défendre
étoient infaillibles, ti la vigilance humaine
dans une ville immenfe pouvoit en
atfurer une ſévère exécution ; ſi les citoyens ,
perfuadés des avantages de l'inoculation ,
ceffoient de la craindre par raiſon ou la tole
roient pat parriotifine, la queſtion de fon
établiſſement librene feroitplus un probléme.
Mais comment eſpérer tant de prévoyance
ou de jugement parmi des claſſes d'hommes
inconfiderés par état , ſouvent même par néceffiré
? En bravant leurs terreurs , detruiraton
leurs préjugés ? Et ne doit on aucun
reſpect à ceux qui touchent au premier intérêt
des pères de famille ? Cette queſtion fi
delicate le devient bien davantage, lorſqu'on
cherche l'eſpèce d'autorité qui en impoſeroit
aux citoyens fur cet objet. Employera- t- on la
force & les châtimens pour commander des
précautions que les travaux & les beſoins
journaliers du Peuple lui rendent impraticables?
Si l'on exhorte fans contraindre , il
Fuj
126 MERCURE
faut donc s'en remettre abſolument à l'empire
de la perfuafion .
Et véritablement on ne peut en imaginer
d'autre. C'eſt après avoir calmé les alarmes
populaires , détruit les préventions & s'être
etayé ſur le poids de l'expérience , qu'on
peut affurer par une loi falutaire & une permillion
illimitée d'inoculer , le but fi intéreffant
qui fait l'objet de cet Ouvrage.
En admettant les avantages de l'inoculation,
on gémira fans doute des limites étroites
où elle eft renfermée. Tant qu'elle ne deviendra
pas populaire , tant qu'elle fera un
bienfait réſervé à quelques individus des
claſſes ſupérieures de la ſociété, ſon uriliré
reſtera toujours incertaine aux yeux de la
multitude , & d'un foible ſecours pour l'humanité
en général. Quoiqu'en comparant fes
pertes avec celles qu'occaſionne la Petite-
Vérole naturelle ,ſondanger foit un infiniment
petit , & qu'elle ſauve journellement
un nombre de ſujets que la contagion auroit
enlevés , on ne voit pas en maffe les ravages
de la Perire Vérole diminués depuis l'introduction
de cette pratique. En prenant une
année commune , on trouvera fur les liſtes
mortuaires autant de morts frappés par cette
maladie accidentelle, qu'on en voyoit avant
Pinoculation.
Certe conſidération a déterminé l'établiſſement
de la Société de Cheſter en Angleterre,
deſtinée à encourager une inoculation générale
à des époques fixées , & à empêcher la
:
DE FRANCE . 127
Petite-Vérole naturelle de fe répandre. Les
recherches & les procédés de cette reſpectable
Communauté forment le ſujet de Pouvrage
de M. Haygarth , dont M. de la Roche
nous offre ici la traduction.
Par cette inoculation univerſelle , on fauvoit
effectivement une génération entière ,
& même toutes les générations , en répétant
périodiquement cette meſure , mais en y
joignant l'indifpenſable précaution de fermer
l'entrée à la Petite -Vérole naturelle. M.
Haygarth développe fort bien les divers
moyens de remplir ce dernier but , propoſe
vainement ily a que'ques années, quoiqu'avec
autant de zèle que d'éloquence, par un Medecin
de Paris qui joint le talent du ſtyle aux
plus grandes connoiffances.M. Haygarth part
du même principe que M. Paulet; ſavoir ,
que l'air atmosphérique n'eſt nullement le
véhicule des miafmes varioleux; il démontre
par les lumières de la Phyſique & par l'expérience,
que cette contagion aérienne fe réduiroit
tour au plus à l'atmosphèré de la
chambre dumalade.Aucune vérité ne ſemble
établie d'une manière plus victorieuſe. Si les
contagions rouloient ainfi, fans s'atténuer ,
dans le fluide qui nous environne , toutes les
précautions feroient vaines , & les quaranraines
ridicules. Portés d'un hémisphère à
l'autre par les vents ,les fléaux auroient biertôt
dévaſté tous les lieux , exterminé la race
humaine. Quel eſt l'individu qui échapperoit
àlamaladie , en recevant par la reſpiration ,
Fiv
128 MERCURE
dans la trachée ou les poumons , vingt- cinq
mille fois par jour des ſemences pettilentielles
? Les animaux en ſeroient infectes
comme les hommes ; cependant on a vu des
chiens , un cheval , des finges , prendre la
Petite Vérole par inoculation ; la dureté de
leur épiderme ou le poil qui les couvre les
mettant probablement à l'abri d'une maladie,
dont le contact mediat ou immédiat paroît
être la feule caufe de communication.
Les prefervatifs indiqués par M. Haygarth
nous ſemblent à quelques égards encore plus
précis que ceux annoncés par M. Paulet ;
mais nous ne pouvons entrer dans ces détails
ni dans la fuite d'obſervations curieuſes
&utiles que raffemble le Médecin Anglois.
Onne pourroit fans doute lui objecter raifonnablement
l'imperfection des fuccès de la
Société de Chefler : on demanderoit peurêtre
avec plus de fondeme t, àquoi bon l'inoculation
générale , ii les préſervatifs de la
Petite-Verole font efficaces? S'ils ne le font
pas , quel petit nombre de victimes racheteront
des inocularions qui ne peuvent être
ni forcées ni fimulranées ? Au reſte c'eſt un
doute que j'expoſe , non une question que
je réfous.
L'Écrit important que nous venons de parcourir
, ramène l'homme attentifà une douloureuſe
obſervation . On ne ceſſe de préconiſer
de nouveaux ſyſtèmes ſur la population
: les chimères les plus bizarres , les projets
les plus enthouſiaſtes, les plus étonnans
DE FRANCE. 129
calculs ſe ſuccèdent ſous la plume d'Écrivain's
innocens & pleins de zèle , pour couvrir la
furface des royaumes d'une multitude immenſe
d'habitans. L'Arithmétique politique
érant à la mode depuis une vingtaine d'années
, c'eſt à qui montrera le plus de chiffres
repréſentatifs de ſa population. L'on a vu des
hommes, à qui le Public accordoit du bon
ſens , promettre aux Souverains des milliards
d'hommes , autli facilement que des milliards
d'écus , du moment où l'on voudroit bien
fonger à cultiver la terre; & l'on étoit tenté
de croire , à la lecture de ces magnifiques
annonces , qu'en effet on ne labouroit pas ,
avant que les raiſonneurs nous euffent appris,
du fond de leurs apparremens de Paris , qu'en
confcience il falloit labourer. On a vu paffer
dans leur lanterne magique des colonies immenfes
de nouveaux nés , détruits par d'autres
générations qu'enfantoient d'autres Meraphyficiens
,&de tout cela il eſt réſulté une
vérité que ces grands génies croyoient ignorée
depuis l exiſtence du monde, c'eſt que la
forced'un État eſt dans ſa population.
En conféquence on a fort approfondi les
moyens d'augmenter par - tout le nombre
d'habitans ; mais perſonne n'a fait de livre
fur les moyensd'en empécher ladiminution *.
Il eſt plus ſage cependantde conſerver ce qui
exiſte , que de chercher ce qui, peut être ,
* J'en excepte M. Moheau , dont l'excellent Ouvrage
pourroit fervirde texte à celui que je propoſe.
Fv
130 MERCURE
살
n'exiſtera jamais. Or , quand on examine la
foule de cauſes qui travaillentde toutes parts,
fouvent même ſans être apperçues , à exténuerune
partiede la population , on ſe perfuade
qu'il en eſt de cette branche de légiflation
commede celle des Finances; les quantires
négatives donnent un produit beaucoup
plus certain , que les additions de recette
les voies extraordinaires .
par
Qu'on ſe pénètre donc de la profondeur
de la plaie que fait à la population ce fléau
de la Petite - Vérole , qui augmente d'un
dixième annuellement la mortalité générale
dans les villes ! Et nul effort pour arrêter ces
Lavages permanens ! Et nous reprochons aux
Ottomans leur indifference ſur la peſte , à
nos ayeux leurs léproferies !
Autant la fécurité des Européens à s'endormir
ainfi dans les bras d'une des plus terribles
épidémies qui ayent afflige Thumanité ,
inſpire de ſurpriſe , autant l'on gémit du peu
de ſecours que le progrès des connoiffances
nous a apporté contre la Petite-Vérole. L'inoculation
a pris naiſſance chez des Barbares ;
c'eſt à une femme qu'on doit fon exercice
parmi nous; ſi quelques Savans la célébrèrent
lorſque l'expérience nous en eût appris beaucoup
plus que les Savans , un plus grand
nombre la combattit avec fureur. Ils fe dif
putèrent enfuite fur la Petite- Vérole ellemême
; ils ne s'accordèrent ni fur ſa nature ,
mi ſur ſes effe:s, ni ſur ſon traitement ; l'un
d'eux (M. de laCondamine) en plaça le germe
1
DE FRANCE.
13г
primitif dans la lymphe; un autre dans les
menſtrues ; un troiſième fit voiturer les
uniafmes par l'atmosphère; un quatrième en
infecta par eſſence le cordon ombilical. Boërhaave
& ſes diſciples regardoient la Petire-
Vérole comme une maladie inflammatoire ;
leurs antagoniſtes ont décidé tout le contraire.
L'inoculation a éprouvé enſuite la même
contrariété dans les avis. Le fait de l'accroiffement
de mortalité par la Perite Vérole depuis
qu'on inocule à Londres , avoit entraine les
meilleurs eſprits. Voici M. de la Roche qui
renverſe l'induction qu'on en avoit tirée.
D'Alembert , il eſt vrai , avoit expliqué ce
fait , en l'attribuant à l'uſage des liqueurs
fortes à Londres ; mais comine avant l'année
1740 , on buvoit de l'eau-de-vie dans
cette capitale , & en auffi grande quantité
qu'on l'a fait depuis, cette demonftration ne
ramena perſonne. Celle de M. de la Roche est
d'un autregenre; elle doit avoir un autreeffet..
Quant auxprocédés de la Sociétéde Chefler,
ils peuvent être facilement applicables aux
villages , aux bourgs , aux villes moyennes.
Mais que la Police d'immenfes Capirates.
puitſe furveiller des détails qui ne fouffrent
aucune négligence ; qu'on adopte pour une
population de ſept cent mille habitans un
régime que le patriotiſme, la raifon, la genéroſité
réunies n'ont fait prévaloir en Angleterre
que fort imparfaitement , c'eſt ce
qu'il faut craindre de ne pas voir réaliſer fitôt..
( Cet Article est de M. Mallet du Pan. ),
Evj
132 MERCURE
:
SERMONS pour les principales Fêtes de
l'année &fur diversſujets de Religion &
de Morale , par M. de Marolles , Prêtre.
avol. in- 12. de soo pages chacun, imprimés
avec le caractère de la Collection de
Didot l'aîné , pour l'éducation de Mgr. le
Dauphin . Prix , 7 liv. 10 fols les 2 vol.
relies. A Paris , chez la Veuve Crapart ,
fils , place S. Michel; Leſclapart , Libraire
de MONSIEUR , rue du Roule , & Didor
fils , Jombert jeune , rue Dauphine .
,
CES Diſcours , avant leur impreffion
avoient acquis à leur Auteur , dans pluſieurs
Provinces & dans la Capitale,une réputation
diftinguée parmi nos Orateurs ſacrés ;& la
publicité , qui eſt ſi ſouvent l'écueil d'une célébrité
précoce , ne leur a rien fait perdre de
l'eſtime dont ils jouiffoient. Ne pouvant donner
ici une analyſe d'un fi grand nombre de
Sermons , nous nous contenterons d'indiquer
particulièrement le Panégyrique de J. C. ,
pour le jour de l'Annonciation , celui de la
Ste Vierge pour celui de l'Afſomption , l'Homélie
de l'Epiphanie , les Sermons du péché
mortel , de l'enfer, du reſpect humain , &c.
En général les plans font bien conçus ; il y
ade l'ordre&de la netteté dans les diviſions ;
la marche en eſt claise & naturelle , & des
détails ingénieux s'y mêlent à cette onction
qui convient à l'éloquence ſacrée. Nous ne
DE FRANCE.
133
citerons qu'un paragraphe du Diſcours fur
l'Annonciation. En parlant de l'ingratitude
des hommes pour J. C. , après tout ce qu'il
a fait pour nous , l'Auteur nous la préſente
ſous une image qui , étant plus à notre portée ,
la rend plus ſenſible à ſes Lecteurs .
"
« Si l'on nous rapportoit qu'il eſt ſur la
terre un Souverain ſi prodigue de ſes fa-
> veurs envers un de ſes ſujets , que , non
>> content d'avoir ennobli ſa roture , formé
lui-même ſon eſprit & fon coeur , garanti
ود fa vie au péril de la fienne , il tiendroit
>> encore une couronne fufpendue ſur ſa têrey
» prêt à en ceindre ſon front au moment
> qu'il le defireroit effectivement lui-même ,
ود
دد
R
& qu'on nous ajoutât quepour n fi bon
maitre , ce ſujet n'a que des froideurs ; confultons
notre coeur , interrogeons notre
>> raiſon , n'est - il pas vrai que nous range-
>> rions celui-ci parmi les monftres ? Où de-
>> vez- vous placer chacun de nous , Seigneur ?
>>Où me płacerai -je moi- même ? Dans
un ordre d'ingrats bien plus odieux fans
>>> doute , &c. »
*
134
MERCURE
CLARISSE Harlowe, Traduction nouvelle
&feule complette , par M. le Tourneur ,
faite ſur l'Edition originale, revue par Richardfon;
aveclesplanches en taille douce;
dernière Livraiſon, comprenant les Tomes
8,9 , 10 in 8 ° ., & 11 , 12 , 13 & 14 in 16 .
AGenève, chez Barde, Manget& compagnie;
& ſe trouve àParis , chez Buitfon ,
Libraire , hôtel de Meſgrigny , rue des
Poitevins.
CET Ouvrage eſt actuellement complet;
Pédition in 8°. , en to vol. , coûte 36 liv . br. ,
&41 liv. franc de port par la poſte ; celle
format in- 16. , en 14 vol., coure 18 liv. br. ,
& 2t liv. to fols franc de port par la poſte ;
la même, en papier d'Hollande , 36 liv . br. ,
& 9 tiv. 10 fols franc de port par la poſte.
Depuis long temps cet Ouvrage eſt connu
& inze. L'Abbé Prévôt , en en publiant la
premère Traduction , craignit que la longueur
des dérails n'effrayât l'attention Françoiſe,&
fans doute il eut raiſon. Mais à préient
que le mérite de l'Auteur eſt mieux
ſenti , depuis que Richardfon a obtenu parmi
nous une fi grande eſtime , on a defiré de lire
fon Ouvrage comme il l'avoit conçu. La curiofite
fur le fond étoit fatisfaite , on a voulu
en connoître juſqu'aux moindres détails. Ceux.
que le premier Traducteur a conſervés ont
paru fi vrais , ſi attachans , fi fublimes , qu'on
a regretté ceux qu'il avoit cru devoir retran
DE FRANCE.
135
cher.Onvient de les rétablir,&c'eſt à M. le
Tourneur qu'on doit cet important ſervice.
Nommer le Traducteur &Young & de Shakefreare,
c'eſt vanter affez le mérite de cette
nouvelle verfion.
TABLES Généalogiques des Maiſons Souveraines
de l'Europe , grand in-4°. A Strafbourg
, chez Jean - George Treuttel, Libraire
; à Paris , chez les principaux Libraires.
On fait combien la connoiſſance de la
Généalogie eft effentielle à l'Histoire , &
qu'elle préſente un fit néceſſaire à l'Hiſtorien.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a cru faire un travail urile que d'en faciliter
l'étude à lajeuneſſe. Des Tables claires &
exactes lui ont paru le moyen le plus propre
à y rénifir Celles qu'il a tracées préſentent.
fous un feul pointde vue tous les perſonnages
d'une Famille , les dates de leur naiſſance, de
leurs alliances & de leur mort , avec leurs
principales dignités . Elles marquent en même
temps le rapport des differens degrés & cehri
des branches qui les diviſent entre elles , ainfi
que l'ordre des fucceffions..
On trouve dans ces Tables les enfans naturels
& les bâtards , qui ſouvent ont joué un
rôle dans le monde politique , ou ſont devenus
la tige de Familles illuftres , ainſi que les
branches collarérales des Maiſons régnantes.
CetOuvrage , qui doit avoir plufieurs vo136
MERCURE.
lumes , doit être diviſé en deux parties ; la
première contiendra les Généalogies des Maifons
Souveraines du premier rang , c'est-àdire
, les Impériales & Royales ; & la ſeconde
celles du ſecond ordre , c'est - à-dire , les Maiſons
Électorales & Princières d'Allemagne
&d'Italie.
CetOuvrage eſt fait avec exactitude , premier
mérite de ce genre d'écrit; & la partie
typographique , qui eſt dûe à M. Levrault ,
mérite beaucoup d'éloges , par la beauté&la
difficulté de l'exécution.
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES repréſentations d'Alcindor ſe continuent,
ainſi que nous l'avons dit , avec ſuccès.
On a vu , par l'Extrait que nous en avons
donné , que le plus grand défaut de cet Ouvrage
eſt de manquer d'expoſition. On ne fait
pas affez tôt ou d'une manière affez claire
que le jeune Alcindor cherche à réſiſfter à un
ſentiment qui déjà s'eſt emparé de ſon coeur.
Si l'amour qu'Azélie a pour lui étoit connu
d'avance, peut-être que l'un & l'autre intérefferoit
davantage. L'Auteur a cru que le
Conte qui lui a fourni l'idée de ſon Ouvrage
DE FRANCE, 137
devoit être préſent à la mémoire de tout le
monde ,& il a fenti que le Théâtre de l'Opéra
etant le moins propre de tous aux développemens
, il valoit mieux pécher par un
peu d'obſcurité que par la langueur & l'ennui.
Sa ſeule prétention d'ailleurs a été d'amener
des fêtes agréables , des décorations varices,
un ſpectacle pompeux; il n'a voulu y
mettre d'intérêt que ce qu'il en falloit pour
fixer l'attention,& de patlions que ce qu'en
exigeoit la Muſique. Le Public en revoyant
l'Ouvrage s'eſt familiariſe avec l'intrigue , &
afenti davantage ce qu'elle offre de détails
agréables & piquans.
La Muſique a été auffimieux goûtée : on
y trouve beaucoup de morceaux qui font plus
applaudis à mesure qu'on les entend. Il y a
dansplufieurs motifs de chant, dans preſque
tous les mouvemens d'orchestre une grace ,
une originalité qui diftinguent le talent du
Compofiteur. Peut- être obtiendroit - il plus
d'effets , s'il développoit , ſoutencit davantage
les intentions qu'il annonce , & fur tout
s'il avoit mis dans ſa manière d'écrire plus de
fimplicité. On s'accorde aufli généralement à
defirer plus de naturel dans le récitatif.
Quoi qu'il en ſoit, le ſuccès de cet Ouvrage
fert à prouver une vérité dont l'Adminiftration
de l'Opéra ne paroît pas affez perfuadée;
c'eſt que le gente de la Mythologie
&celui de la Féerie, celui qui admet les fêtes ,
losmachines, les tableaux , la danſe, le fpeetacle,
tous les acceſſoires brillans , convient
138 MERCURE
toujours à ce Théâtre. L'Opera eft fait pour
enchanter tous les ſens à- la- fois,& fon effence
eſt fur-tout la variété. Le ſuccès de quelques
Tragédies qui ont réufli par l'intérêt ſeul du
ſujet aidé de la Muſique,& celui de quelques
autresOuvragesoù règne unegaieté piquante ,
paroiſſent avoir perfuadé à l'Adminiftration
que cesdeux genres extrêmes font feuls cas
pables de plaire ,& que tout autre doit être
exclus ; mais le Public n'eft pas i excluſif.
Pourvu qu'il s'amuſe, il lui importe peu
comment il s'amuſe. Un ſujet qui n'eſt que
gracieux, réuffit auprès de lui tout comme un
fujet intereffant, tout comme un ſujet gai ,
pourvu qu'il foit animé par une Muſique
brillante & pittorefque. Toutes les fois qu'un
Spectacle fatisfera ſes yeux & ſes oreilles , il
fera volontiers grace des vives émotions du
coeur.
ANNONCES ET NOTICES.
LE Peuple inſtruit par ses propres vertus , ou
Cours complet d'Inſtructions & d'Anecdotes recueillies
dans nos meilleurs Auteurs , & raſſemblées pour confacrer
les belles actions du Peuple , & l'encourager
à en rencuveler les exemples , Ouvrage claſſique
principalement destiné au Peuple des Villes & des
Campagnes , & à ſes enfans de l'un & de l'autre
xe, & diftribué de manière à pouvoir ſervir de
DE FRANCE.
139
lecture amusante & d'inſtruction morale chaque
jour de l'ancée , rédigé par M. Bérenger , 2 Vol.
in- 12 de $50 pages chacun. Prix, 6 liv. reliés. A
Paris, chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardiner.
Nous allons tranfcrire ici, pour faire connoître
ce Livre, fur lequel nous reviendrons, le compre
qu'en a rendu M. G... , Directeur de l'Académie de
Lyon, en le lut préſentant au nom de l'Auteur
dans la Séance publique du 24 Avril dernier.
• Il n'y a que le zèle le plus pur pour l'humanité
> qui ait pu inſyirer &exécuter cet Ouvrage, c'est
> un vrai Catéchiſme de bienfaisance ; chaque
jour de l'année offre fa leçon , c'est à- dire , différens
modeles de vertus , tous tirés des dercières
" claſſes du Peuple. Il n'eſt pointde Livre qui foie
> plus propre à rapprocher tones les conditions par
> ie grand lion de l'humanité itn'en eſt point qui
>> par la nature & fon exécution metite mieux de
• devenir un Livre claſſique pour tous les rangs.
> Des inſtructions courtes & de la plus grande
- clarté montrent le but de l'Auteur , & fervent à
diriger l'eſprit & le cooeur des Élèves. M. B...
- déja ſi diſt ngué par fon goût, par la delicatefle
>>> & par tous les mérites linéraires , ſemble n'avoir
20 réſervé à cette production que celui du choix &
>> de la fimplicité; mais cette fimplicité elle -mêine
> eſt l'effet du goût le plus délicat , parce qu' He
> relève encore mieux les traits touchans & fubli-
> mes qui rempliffent cet Ouvrage. >>
Nous n'ajouterons à cet éloge que certe phrafe
qu'on lit dans l'Avertiſſement : Des Colections qui
ne ſuppoſent ni prétentions ni efforts font les délaffemens
les plus honorables d'un Homme de Leures
quand c'eſt le bien public qui les dirige.
CADRANS Horisontaux ave- Equation .
Nous avons promis d'averts du moment où
140 MERCURE
Partifle dont nous avons parlé les 4Novembre &
23 Décembre dernier, auroit fini ſes opérations méridionales
de la France; nous annonçons Jes 43 ,
44, 45 , 46, 47 , 48, 49 , 50 & si degrés de latitude.
Cette pénible & coûteuſe Collection renferme
en outre la France , le Sud de l'Angleterre , la Hollande
, la Flandre , l'Allemagne , la Turquie en Europe,
partie de l'Italie, le Nord de l'Eſpagne & le
Canada, la Pentylvanie , la Cadre , & notre Auteur
offre d'échanger gratis, pourvu qu'il ne fouffre aucun
frais, ceux qui ont été vendus à fon dépôt de
Paris pour autre laritude que 48 degrés so minutes ,
attendu qu'ils ne doivent pas être juſtes au delà de
30 minutes de degrés de latitude. IlTera gravé fur
chaque Cadran le degré qu'l do't avoir à ſa deltination.
M. de Flécheu , connu par plusieurs Ouvrages
approuvés de l'Académie des Sciences , a
bien voulu laider de ſes fumières pour la perfectionde
ces Cadrans. On s'adreſſera pour to tes les
latitudes à l'Artiſte , M. Peter , hôtel des Asturies ,
rue du Serulcre , Fauxbourg Saint German; à Marſeille
, chez le four Givard , rue du Tapis-Verd; à
Bordeaux, chez M. Deville & Compagnie, Négocians.
Le prix eſt de 12 liv. pièce. Les Méridiens
6 liv. Toure autre façon de les faire coûtero't au
moins 120 liv. , & ils ne feroicatpas mieux. Ondonnera
aux Acquéreurs un Imprimé qui en facilitera
l'intelligence .
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel , troisième
Édition , augmentée du Nombre d'or , des Epactes.
& d'un Calendrier lunaire perpétuel. On y a joint
les Éclipſes du Soleil & de la Lune &les Phaſes de
la Lune juſqu'en 1792 , en un petit Cahier ſepare
qui ſera renouvelé à cette époque. Prix , Is liv.
tout encadré , bordures dorées de qui ze lignes ,
ornées de perler. A Paris , chez Didot fls aîné &
DE FRANCE.
141
Jombert jeune , Libra res , rue Dauphine , près le
Pont-Neuf.
Nous avons annoncé ce Calendrier avec éloge.
ROLAND Furieux , Poëme Héroïque de l'Arioſte ,
nouvelle Traduction , par MM. Panckoucke & Framery
, 10 Vol. in- 16 , avec le Texte à côté , d'environ
soo pages chacun. A Paris , chez Piatſan ,
Libraire, hôtel de Thou, rue des Poitevins,
Nous reviendrons fur cet Ouvrage intéreſſant,
fur-tout par la pureté du Texte,& par le ſyſtème de
Traduction que les Auteurs ont adopté.
Les deuxpetits Frères , ou les Vertus de l'Enfance,
Comédie en un Acte & en profe, repréſentée
au Théâtre de l'Ambigu- Comique le 3 Février
1785. A Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire ,
rueGalande,.
Cetre Pièce a eu du ſuccès, Le même ſujet (qui
eſt tiré d'un Conte de M. Imbert ) a réuſh aufli au
Théâtre Italien. Ce font deux frères , dont l'un
n'est qu'un fils naturel , & quitous deux, pour n'être
jamais léparés , & pour jouir des mêmes drous,
prennent le parti de garder le ſecret de la naiffance
illégitione de l'un des deux, projet qui leur réuffit ,
parce que le père n'en connoît aucım des deux quand
il les voit pouria première fois.
Dans cette petite Pièce , c'eſt à l'un des deux enfans(
aindi que dans le Corte imité ) que vient cette
idée de confondre leurs droits. Dans la Pièce jouée
azx Italiens , c'eſt l'oncle qui corçoit ce deſſein, ce
qui fait perdre à ce ſujet de ſon originalité, & le fait
reſſembler à celui de la Tragédie d'Héraclius.
Ge ſujet exigeoit plus d'un Acte.
OEUVRES badines complettes du Comte de
1
142 MERCURE
1
}
r
Caylus , avec figures , deuxième Partie ,Tomes V &
Vi, in- 8 . A Amſterdam; & ſe trouve à Paris ,
chez Vaſſe, Libraire , rue de la Harpe.
Les Dettes,Comédie en deux Aftes & en profe ,
mêlée d' Ariettes , Muſique de M. Champein , repréſentée
pour la première fois à Paris par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi le 8 Janvier 1787 .
& à Verſailles devant Leurs Majestés le 23 Février
ſuivant, par M. Forgeot. Prix , I liv. 4 fols. A
Paris , de l'Imprimerie de Prault , Imprimeur du
Roi.
Cette petite Pièce jouit encore en ce moment d'ua
fuccès mérité. Malgré la gêne que le genre lyrique
impoſe au Poëte , on y ſent par-tout un talent
vraiment comique.
CANADIENS au Tombeau de leur Enfant , E
tampe gravée par Ingouf le jeune, d'après le Tableau
de M. Lebarbier l'aîné , Peintre du Roi.
Prix , 16 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue Poupée--
Saint-André , no . 5.
Cette Eftampe jouit d'un ſuccès décidé & trèsmérité.
Outre un effet & une harmonie qui ſont
ſenables pour tous les yeux , il eſt impoffible que
les Connoiffeurs ne reconnoiffent dans cette Eftampe
un travail fier , décidé & une imitation des
grands Maîtres qui en prouvant les études de ce
Graveur n'ôte rien à l'originalité de ſon burin.
NUMÉROS de la Collection de la Musique de
M. Gréiry arrangé pour le Clavecin , la Harpe &
laGuitture , contenantlesAirsje fuis heureux , & c .
non luiffez- moi , de la foite du Comte d'Albert , &
ceux je veux qu'on ne me gêne en rier . &c. O Blanford!
&c.Ah! quelplaisir, &c. del Amitié àl'épreuve,
DE FRANCE. 143
&mon père avoit , &c. des Mépriſes. Prix , 2 liv.
8 fols chaque Namero. A Paris, chez M. Corbedin
, Place Saint Michel , maiſon du Chandelier.
On peut foufcrire pour dix Numéros.
Les foins qe M. Corbelin donne à cette Collection,
dont il ne publie rien que d'accord avec
l'Auteur& ſous les yeux, doit en aſſurer le ſuccès.
NUMÉROS 197, 98, 99 & 200 du Journal
Ariettes Italiennes, dédié à la Reine , contenant
une Scène de Caruso. Prix , 3 liv. 12 ſols ; un Air
deColla. Prix , 2 liv. 8 ſols; une Scène de Cimaroſa.
Prix, 3 liv. 12 fols , & un Air de Mortellari.
Prix , 2 liv. 8 fols. Abonnement 36 & 42 liv. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique de
la Famille Royale , rue Saint Honoré , près celle
delaLingerie.
NUMEROS 7 , 8 & , des Délaſſenpens de Polymnie,
contenant l'Ariette du jour , &c. mêlés d'ob
ſervations ſur l'Art du Chant & l'expreſſion muſicale
, aveo Violon & Baffe. Prix , ſéparément i liv.
4fols. Abonnement pour trente- Ex Numéros 18 liv.
port franc. A Paris , chez M. Porro & Mme Bail-
Jon, rue du petit Repoſoir , Place des Victoires .
NUMERO4 du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres. Prix, séparément 3 liv. Abonnement
pour douze Numéros 15 liv. franc de port.
- Numéros II à 19 du Journal de Harpe , &
Numéros 21 à 29 du Journal Hebdomadaire , composé
d'Airs , avec Accompagnement de Clavecin ,
arrangés par les meilleurs Maîtres. Prix , féparément
12 fols chaque Numéro . Abonnement pour
cinquante - deux Numéros is liv. pour chaque
Journal. Numéro 21 des Pièces d'Harmonie , -
144
MERCURE
contenant des morceaux arrangés pour deux Clari-
Dettes , deux Cors & deur Baffons , par M. Vanderhagen.
Prix, ſéparément 6 fit. Abonnement pour
douze Nu néros 48 liv. port franc. A Paris, chez
Leduc , au Magaan de Muſiqure & d'leſtrumens ,
rue du Roule , n°. 6.
TROIS Quintetti pour Violon , Violoncelle ,
Flûte , Alto & Baffe, par M. Schlik. Prix, 7 liv.
4 fols. A Lyon , chez Guera , Marchand de Mufique
, Place des Terreaux. Le Violoncelle peut s'exécuter
ſur un Violon .
ERRATA du Mercure du Samedi s Mai,
Article Comédie Italienne.
Page 41. lignes 9 & 10 , laquelle aime-t'il?
licz : laquelle Fellamar aime- t'il ?
TABLE.
LE Retour d'Ariste, dansses
Traduction de l'Ode d'Horace,
naturelle , 119
Foyers , Idylle , 97 Sermons pour les principales
Fêtes de l'année,
Harlowe , 100 Clarisfe
132
124
LeBonheur trop acheté, 101 TablesGénéalogiquesdesMai-
Charace, Exigme & Logogry fons Souveraines de l'Euro-
Phe 1 117
pe
$
135
Recherches fur les moyens de Académie Roy. de Musi. 136
prévenir la Petite - Vérole Annonces &Notices , 138
APPROBATΙΟΝ.
J'ai lu par ordre deMg: le Garde des Sceau le
Mercure de France , pour le Saraedi 19. Mai 1587. Je n'y
a rien trouvé qui puife er ampicher l'impresion . A
Paris, le 18 Mai 1787. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 24 Avril.
EComte de Schlick , Miniſtre plénipo-
Ltentiairede l'Empereur,vient de terminer
ici la négociation relativë à la dette de notre
Cour envers celle de Vienne , pour l'inveltiture
du Holſtein. Le Roi s'eſt engagé à
faire payer pour cet objet 60 mille rixdalers
( 270,000 liv, tournois ) à la Chambre Aulique.
Notre marine , compofée aujourd'hui de
30 vaiſſeaux de ligne & de 12 fregares, reçoit
quelques accroiſſemens. Le mois dernier
, on a lancé la Fionie , de 74 can. , &
l'on acheve en ce moment la conſtruction
fort avancée de deux navires du même rang.
Nous avons parlé fort ſuccinctemen
N°. 20 , 19 Mai 1787 . e
( 98 )
d'une révolte des payfans dans quelques
canrons de la Norwege : ces mouvemens
n'etoient que trop légitimes , à en juger par
les détails ſuivans,
Les Commiſſaires nommés par le Roi font
reſtés ſept ſemaines à Chriſtianſund , où ils ont
reçu les plaintes de toutes les paroiffes de ce
diaria. Il réſulte de leurs recherches , que les
payfans ont été maltraités & vexés , tant par les
Officiers chargés de la perception des impôts ,
que par les bourgeois & marchards qui leur ont
vendu les grains & le tabac à un prix exorbitant
, & le triple de celui auquel ils ſe vendent
dans les autres provinces de la Norwege , & que
quelques Oficiers civils , ſoit ceux prépoſes à
Padminiftration , foit ceux chargés de la rentrée
des deniers du Roi , les ont impofés beaucoup
au- delà de la taxe preſcrite. Trois de ces Officiers
ont été ſuſpendus , & la Commiffion n'a
rien négligé pour tranquillifer les payfans , en
-leur faitant eſpérer juſtice fur les griefs qui paroitfoient
fondes.
Dans fon rapport au Roi , la Commiſſion a
expofé que la miſere générale à laquelle cesse
province eſt réduite , la dire continuelle des
'denrées de premiere néceffité , qui ne vient que
de ce que les terres ne font pas aſſez cultivées ,
font la fource des plaintes des payſans , réduits
à vendre , à très -bas prix , les bois qui font leur
•principale refſource , ce qui les avoid mis dans
Kimpoffibilité de ſe procurer les articles méme
les plus néceſſaires à la vie , & de payer les
taxes; elle a obſervé que le mal ne pouvoit aller
qu'en empirant , fi leGouvernement n'établiſſoir
pas des magafins publics où les habitans pullent
ſe procurer les denrées néceſſaires à un prix modique.
( وو (
Le chefdes payſans révolté s'appelle Chriſtian
Laſthus; il a été pilote côtier , & a tous les calens
néceſſaires pour faire croire de qu'il veut à une
populace aveugle ; il a plaidé , avec beaucoup
de hardieſſe , la cauſe des payſans devant la
Commiffion ; il prétendoit qu'on devoit l'admettre
à toutes les délibérations , & lui permettre
d'en tenir un contre-protocole; ce qui lui a
été refuſé. La Commiſſion eut ordre de le faire
arrêter auffitôt après l'expiration du ſauf con-
-duit qui lui avoit été accordé; mais il étoit fi bien
gardé par les payſans , qu'on n'en put venir à
bout , parce qu'on ne vouloit pas employer la
force. Cependant, après le départ des Commiffaires
, le Capitaine Hammer trouva le moyen
de le ſurprendre chez lui , & de l'emmener prifonnier
à la citadelle de Frédérichs Worms , d'où
il ſera transféré dans celle dAggerhuus à Chrif
tiana , où il étoit attendu le 25 de ce mois. Au
premier bruit de ſon emprisonnement , quelques
centaines de payſans s'étant attroupes , ſe ſaififirent
du Sous-Baillif Dahl , & jurerent de ne le
point rendre vivant ſi l'on ne mettoit pas leur
chef en liberté. Le ſieur Didrichſon , Majorgénéral
, Commandant à Chriſtianſund , après
après avoir réclamé inutilement le ſieur Dahl ,
amarché vers Arndal avec 80 hommes de troupes
réglées , 300 de milice , & quelques pieces
d'artillerie de campagne. Au premier coup de
canon , qui a abattu un arbre à quelque diſtance
de ces payfans , ils ont pris la fuire , abandonwant
leur prifonnier , qui a été ramené à Chriſtianfund.
Quoiqu'il y ait encore de la fermentation dans
'e district d'Aggerhuus , où les payſans font naurellement
portés à ſe ſoulever , on mande que
our attreupement eſt diſſipé , & que le bon ordre
:
C2
( 100 )
:
yſera bientôt rétabli. On écrit même que pour
l'y ramener entièrement , & fixer une adminiftration
qui le maintienne , le Prince Royal fera ,
à ſon retour de Holſtein , un voyage en Norwege.
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 30 Avril.
Suivant nos lettres de Kiof, les préparatifs
s'accélerent pour le départ de l'Impéra
trice, qui doit avoir lieu entre le 15 & le 20
de ce mois.
Pluſieurs Feuilles publiques débitent que
Je Reis Effendi a fait venir le Ministre de la
République de Veniſe à la Porte , & hui a
déclaré que, dans le cas où il éclateroit une
guerre, la République devoit refter neutre ,
ou ſe déclarer contre la Sublime Porte , &
que , fi elle gardoit la plus ſtricte neutralité,
elle devoit rappeler ſes vaiſſeaux dans ſes
ports & les y défarmer inceſſamment , le
Grand-Seigneur lui promettant d'arranger
fon démêlé avecTunis , & de l'affranchir
de tout tribut à cette Régence.
Le Roi de Suede vient de donner une
nouvelle forme à la Caiſſe d'Eſcompte de
Stockolm , qui juſqu'à préſent a été entre
Jesmains d'actionnaires particuliers. Comme
leur privilege expire à la fin de cette année ,
S. M. prend cette caiſſe à fon compte. Les
fonds feront de 24 tonnes d'or, & il y aura
sing directeurs. La neuvelle Ordonnance
( 101 )
eſt datée du 13 de ce mois, & compofés
de 23 articles qui reglent les ſéances , les
prêts , les emprunts , & en général tout ce
qui doit aſſurer la confiance publique à ce
nouvel établiſſement.
De Vienne, le 29 Avril.
Par un Decret du 11 Avril , S. M. I. vient
de diſpenſer les Imprimeurs de la cenſure
préalable des manufcrits , avant de les mettre
ſous preſſe ; mais du moment où ils en
feront fortis , les typographes ſeront tenus
de remettre le premier exemplaire au Cenſeur
, pour en obtenir une permiffion de
débiter l'ouvrage. Si le Cenſeur refuſe ſon
artache , & que néanmoins le livre ſe répande,
l'Imprimeur ou celui qui l'aura foumis
à la cenſure , paiera so florins pour chaque
exemplaire qui ſe trouvera livré au Public.
Les lettres de Conſtantinople , du 25
Mars , confirment le bruit que nous avons
annoncé dernierement , d'une victoire récente
du Capitan- Pacha. Son armée a livré
une bataille ſanglante aux Beys révoltés
près,de Girey , dans la haute Egypte , & les
aentierement défaits . Trois des Beys ont
été faits prifonniers , & décapités ſur le
champ, pour fervir d'exemple à leurs complices.
La repréſentation de ces trois têtes a
été , dit-on , attachée aux portes du Serrail,
Après ce grand ſuccès , l'Amiral Ottoman
63
( 1021
1
:
:
de
eſt revenu à Alexandrie , d'où il aura fait
voile pour Conſtant nople où il eſt attendu
avec impatience. Quoique les circonstances
de cet événement foient détaillées de maniere
à laiſſer peu de doute , on affecte en
Allemagne de contredire cette nouvelle , de
battre& de tuer le Capitan Pacl a , & d'accuſer
la Porte du deſſein d'en impoter par
des victoires imaginaires.
L'Empereur , arrivé le 12 à Olmurz , a
continué le lendemain ſa route fur Alifchein
où il a paſſé la nuit. Le 20 S. M. étoit arrivée
à Lemberg , & l'on attend avec empreſſement
des nouvelles ultérieures & plus
détaillées de ſon voyage.
Par le nouvel Elit contre les banquerou-.
tiers , il eſt ordonné de poursuivre criminellement
ceux qui neprouveront point que
des malheurs ſeuls ont forcé leur faillite ;
d'arrêter ceux qui paroîtront ſuſpects de
fuite , & que ceux qui ne pourront pas donner
à leurs créanciers 88 pour roo , ſeront
déclarés incapables de faire le commerce
ni en leur nom, ni en celui d'autrui ,
ni en ſociété.
Juſqu'au 15 de ce mois, écrit on de Prague
, le temps étoit ſi favorable à la végétation,
que toutes les plantes avoient pouffé
conſidérablement, &que les arbres fruitiers
étoient même en fleurs; mais depuis cette
époque le froid eft revenu , il a gelé , & il eſt
tombé beaucoup de neige.
( 103 )
Les haras que l'Empereur a fait établir à
Mezohegies en Hongrie , ſont aujourd'hui
dans le mei leur état. On peut y recevoir
7000 chevaux. Le nombre des jumens &
jeunes chevaux monte actuellement à près
de 4000 , & celui des étalons à 180. On
éleve dans ces haras des étalons pour les
Etats héréditaires , & des chevaux de remonte
pour la cavalerie. Les jumens , dont
on-ne ſe ſert plus , ſont données gratuitement
à ceux des payſans qui auront vendu
4jeunes chevaux à la Commiſſion pour la
remonte.
On a rapporté le 8 de ce mois à Semlin ,
qu'une bande de voleurs avoit attaqué près
deWidin les courriers venant de Conſtantinople
, & qu'elle s'eſt eamparée de tous
leurs paquets , dont la plupart ont été déchirés.
Le ſeul paquet pour la Cour de
Vienne a été retrouvé fans être ouvert , ni
beaucoup endommagé. Les voleurs ont pris
3600 piastres en argent comptant. On a
trouvé parmi les papies ouverts & déchirés
un beau diamant , mais on ignore à qui il
appartient , & s'il y en avoit encore d'autres.
De Francfort , le 4 Mai.
Trompes par les récits des Feuilles d'Allemagne
& par des lettres particuleres ,
nous annonçâmes au mois de Février, le
départduPrince Frédéric-Guillaume de Wir-
:
e4
( 104 )
:
:
+
:
temberg , de Pétersbourg, comme une évaſion
inopinée. Ce bruit étoit abſolument
faux. Le Prince eſt parti de Pétersbourg , à
la ſuite d'un congé d'un an, obtenu de l'Impératrice
; il eſt parti avec ſes enfans , &
s'eſt rendu non à Berlin , mais auprès de ſa
famille à Montbelliard.
Le Baron de Gummingen , Ministre de la
Cour de Berlin auprès de l'Electeur Palatin ,
eſt arrivé à Munich , le 24 Avril , ainſi que
le nouvel Evêque de Ratisbonne , pour remercier
S. A. E. de la part qu'elle a priſe à
ſon élection.
Le Roi de Pruſſe a renouvellé les réglemens
contre les jeux de haſard. L'amende
de celui qui tiendra banque eſt , ſelon les
cas , depuis 100 juſqu'à mille ducats , &
celle des joueurs depuis so juſqu'à 300. Les
Officiers civils & militaires perdront en outre
leurs places.
On fait que les Proteſtans du Palatinat
ont porté des p'aintes au Conſeil Aulique
contre la Cour Electorale , qui leur a refufé
la tenue d'un Synode. Cette affaire a donné
lieu à un reſcrit , du 26 Mars dernier , par
lequel l'Empereur exhorte l'Electeur à permettre
au Clergé de la Confeſſion Helvétique
, de tenir un fynode en préſence d'un
Commiſſaire Electoral,
Une compagnie de riches Banqu'ers ,
écrit-on de Vienne , a formé le projet d'établir
des bâtimens qui tranſporteront des
:
( 105
marchandises de cette Capitale à Gallacz ,
Conftantinople & Cherfon. La direction
générale de cette entrepriſe ſera établie à
Vienne , & les deux autres directions feront
l'une à Semlin, & l'autre à Gallacz. Ces bâ
timens delcendront ſur le Danube , & iront
à Cherfon , Tangarok , Azof & Conftantinople;
ils y prendront enſuite des marchandiles
de retour , pour les tranſporter à Semlin
, Peſt , Raab & Vienne , d'où on les fera
paſſer ſur le Danube juſqu'à Ulm. Pendant
P'hiver où ce fleuve ſera couvert de glace ,
les tranſports ſe feront par terre. Cette compagnie
, ajoute ton , demande un privilege
pour cette entrepriſe , & on croit qu'elle
l'obtiendra pour 12 années.
ESPAGNE.
De Madrid , le 24 Avril.
Il paroît , au ſujet des cimetieres , une
nouvelle Cédule du Roi , composée de fix
articles. S. M. ordonne de pratiquer hors
des villes& villages , des cimetieres à une
certaine diſtance des habitations , en commençant
par les lieux qui ſe ſont reſſentis
des maladies épidémiques , enſuite par ceux
dont la population eſt la plus conſidérable.
A l'égard des ſépultures permiſes dans les
Eglifes , on doit ſuivre le Rituel Rontain ,
loi 11 , titre 13 , partiei , qui déſigne , à l'ex
cluſion de toute autre,les perſonnes quipeues
: ( 106 )
L
1
:
:
vent être enſevelies dans les Egliſes ; ſavoir,
les Rois , les Reines , leurs enfans , les Evê .
ques , les Prieurs , les Maîtres , les Commandeurs
Prélats des Ordres & des Eglifes conventuelles
, les Grands , les hommes honorab'es
, fondateurs de quelquenouvelle Egliſe
ou de quelque Monastere , & enfin tout
homme clerc ou laïc , digne de cette ſépulture
par ſes bonnes oeuvres & par une vie
fainte , &c.
Il eſt entré à Cadix & à la Corogne 4 frégates
, I paquebot , 1 brigantin & 1 faïque ,
venant de la Havanne , de Vera Cruz & de
Campêche. Ils font chargés pour le compte
du Roi de 234,315 livres de tabacs en poudie&
en feuille , & pour celui des particuliers
d'environ 250 mille piaſtres , de 11532
quintaux de bois de teinture, de ſucres , de
tabac, de cuirs , de graines & d'autres effets.
ITALIE.
De Venise , le to Avril.
Nos forces navales vont être miſes ſur
un pied reſpectable ; & le Sénat manifeſte
clairement ſes intentions à cet égard. On
parle d'une convention ſecrette entre les
Cours de Ruffie , de Vienne & notre République;
convention qui dirigera les mouvemens
de notre flotte dans la mer Adriatique.
Quoi qu'il en ſoit , l'Amiral Emo ayant
reçu l'ordre de ramener ſon eſcadre à Cor(
107 )
&
fou , après avoir fait un détachement compoſé
d'un vaiſſeau & de deux frégates , aux
ordres du nouveau contr'Amical Condulmes,
à appareillé de Mal-he , le 18 Mars , pour
Corfou. En prenant congé du Grand-Maître
, il lui a exprimé fa reconnoiffance
celle de la République , pour les ſecours &
facilités en tout genre, que fon armée rava'e
a trouvé dans ceste ifle. Les bâtimens
deſtinés à reſter dans ces parages , font le
vaiffeau la Sirene , que monte le contr'Amiral
, & les trégares la Vénus & la Pallas , ve
nues dernierement de Corfou , avec des
agrès pour l'efcadre , & dont le commandement
a été donné aux Nobles Bagejo &
Correr.
On vient d'établir ici , par décret du Sénat
, du 28 Décembre & 22 Fevrier dernier,
une nouvelle Loterie très finguliere , diviſée
en quatre claſſes , & qui fera compoſée de
20 mille billets , & de 25.500 lots en prime
. Chaque billet , fourni pour tes quatre
claffes , coûtera so ducats effectifs , ce qui
formera une recette d'un million de ducats
effectits. Cette loterie eſt d'une combinaifon
abfolument différente de toutes celles
qui ont paru juſqu'à préſent, en ce que d'un
côté un même numéro peut gagner juſqu'à
30 lots en 60 combinaiſons différentes , &
que de l'autre , onne peut pas perdre la totalité
de la mife.
6
( 108 )
De Mantoue , le 21 Avril.
Notre vertueux Evêque étant Chanoine
'd'Olmutz , le Chapitre dont il eſt membre
a exigéde lui qu'il obéît à la loi , qui défend
de poſſéder deux bénéfices , en réſignant for
Evêché & ſon Canonicat. En conféquence ,
ce reſpectable Prélat écrivit au Prince de
Kaunitz , que ſon grand âge & le dépériſſement
de ſa ſanté l'obligeoient à abdiquer
ſon Evêché , & à ſe retirer à Olmutz. Le
Miniſtre après avoir mis cette ſupplique
ſous les yeux de l'Empereur , a mandé à notre
Evêque , que S. M. voulant conſerver à
l'Egliſe de Mantoue un Prélat qui en fait
l'ornement & l'édification , il dérogeoit à la
loi en ſa faveur ſeulement, & qu'il étoit libre
de conſerver ſon Evêché & ſon Canonicat.
Le Cardinal Ghilini eſt mort à Turin, le
Mardi Saint , dans fa 69e. année , au moment
où il alloit partir pourAlexandrie ſa
patriè.
い
L'Archi-Ducheffe , Infante de Parme , eſt
accouchée d'une Princeſſe , le 17 de ce
mois, après un travail laborieux de 10heur.
GRANDE - BRETAGNE .
1.
De Londres , le 8 Mai.
Le brave Amiral Sir Lockhart-Ross a été
( 109 )
nommé au commandement de l'eſcadre de
laMéditerranée,& en a fait ſes remercîmens
à Sa Majefté. Cette eſcadre ſera de huit
vaiſſeaux de guerre, dont un de o can .
L'opiniâtreté de l'Oppoſition à mettre au
grand jour les différends du Roi avec le
Prince de Galles , par une motion formelle
en faveurde ce dernier, avoit juſtement alarmé
tous les eſprits ſages du Parlement.
Quoique le Miniſtre eût fait ſentir , avec une
force plus qu'ordinaire , l'incongruité & les
conféquences d'une démarche qui tendoit à
invétérer la diviſion dans le ſeinde la Famille
Royale , ces conſidérations avoient eu peu
d'effet , & quoique convaincus d'avance du
peude ſuccès de leur motion,les moteurs
n'en étoient pas moins décidés à aller en
avant. Heureuſement , la prudence deMr.
Pitt a prévenu cet éclat. Ce Miniſtre qui
chaque jour déploie de nouvelles vertus ,
s'eſt interpolé entre le pere & le fils pour
leur ménager une réconciliation. M. Dundas
s'eſt rendu , de ſa part , chez le Printe de
Galles , avec lequel il eut une conférencede
deux heures , en préſence des Ducs de Cum
berland & de Queensberry. A l'iſſue de cet
entretien , M. Pitt conféra avec le Chancelier,
touchant ſon réſultat ,& en fit le rayport
àS. M. Le bruit courant , aujourd'hui ,
eft , que ces préliminaires ont un heureux
ſuccès ,& que les affaires de Prince s'arrangeront
ſans l'entremiſe du Parlement.
( 110 )
La pourſuite du décret de Mr. Hastings
étant renvoyée à la ſemaine ſuivante , d'après
la demande de M. Burke , qui demande
délais fur délais, les délibérations Parlementaires
ont été réduites , depuis huit jours , à
des motions ſans ſuite , ou à des objets de
législation trop particuliers pour être rapportés
ici. Les ſeuls débats im ortans ont
eu lieu à l'occaſion du Bill qui doit autori
ſer le Miniſtre à affermer lataxe fur les chevaux
de poſte. Pluſieurs Membres impa:-
tiaux voterent contre ce changement , dans
lequel ils crurent appercevoir des atteinte à
la Conftitution. M. Pitt les raſſura , en leur
prouvant que cette meſure , loin d'être nouvelle
, avoit déja lieu pour la collecte des
droits de péage conſacrés à la réparation
des grands chemins ; qu'on n'armoit les
Fermiers Collecteurs d'aucune eſpece d'autorité
; qu'il étoit très - injuſte , lorſque le
Voyageur avoit payé la taxe , qu'elle ehrichît
les Loueurs de chevaux , au lieu d'entrer
dans le tréſor public; enfin , que ce parti en
augmenteroit beaucoup le revenu , en pré
venant les fraudes criantes qui ſe commer
toient.
Dans la Séance du 27 Avril , M. Minchin
propoſa une révision des Loix pénales d'Angleterre.
M. Pitt loua les motifs&le plan de
cette réforme ; mais il demanda que , con
formément aux intentions de M. Minchin ,
( ٢٢٢ )
cet objet fût approfondi & renvoyé à la
prochaine Seffion , ce qui fut agrée d'une
voix unanime.
Cette circonſtance'a renouvellé les regrets
publics ſur la perte des papiers incendiés
chez Mylord Mansfield dans la révolte de
1780. Il s'y trouvoit un plan de ce reſpectable
Magiftrat , pour l'amélioration des
Lox criminelles du Royaume , auquel il
avoit travaillé pendant longues années.
En 1786 on accordoit une gratificarion
de 40 shellings par tonneau, pour la péche
de la baleine : 189 navires part'rent des
ports d'Angleterre & d Ecoffe pour le détroit
de Davis & le Groenland , & emploie.
rent 8134 matelors ou mouſſes . L'année
derniere , le Parlement réduifit la gratification
à 30 shelings par tonneau, & préfuma
que la pêche n'en ſeroit pas moins abondante.
En effet, on a équippé cette année
pour cette deſtination 239 vaiſſeaux , portant
20,090 matelots ou mouffes. Londres
a fourni 205 de ces batimens , l'Ecoffe 30 ,
Liverpool 22 , &c.
Il vient d'être réglé qu'à l'avenir , le corps
des Ingénieurs pren fra le titre de corps des
Ingénieurs Royaix. Il aura rang avec le
Régiment Royal d'Artillerie ,& la place de
ces deux corps fera à la droire de l'armée ,
ſelon le rang d'ancienneté de leurs Officiers.
( 112 )
Les habitans de Dublin ont été fort alar
més le 23 Avril par une forte commotion ,
qui a briſé les vîtres & ébranlé toutes les
mafons . On crut d'abord que c'étoit un
tremblement de terre; mais bientôt on apprit
que cette ſecouſſe avoit été caufée par
l'explosion de deux batteaux chargés de
poudre , qui deſcendoient le canal en venant
du magaſin à poudre de Clondalkin. On afſure
qu'il n'y a eu quedeux hommes de tués
&cinq ou fix de bleſſés .
« Ceux qui déclament , dit le Public Adver-
>> tiſer , contre l'exceſſive autorité accordée au
>>G>ouverneur général duBengale,ne réfléchiffent
> point aſſez à la ſituation des affaires dans l'In
>>de. Comment quelques milliers d'Européens
pourroient-ils contenir 18 millions d'habitans ,
>> ſi ceux-ci n'étoient gouvernés avec une certaine
rigueur ? On vante beaucoup la dou
>> ceur & la fimplicité des Indiens , & tous les
coups d'autorité que le Gouverneur général
a été forcé d'employer , ſont regardés com-
>>>me autant d'actes d'une vexation arbitraire.
>> Mais ceux qui connoiſſent cette partie du
>>monde favent que les Princes Indiens ont , des
>>>puis long-tems , appris à rencherir ſur les vices
>> des Européens. Leurs annales offrent une longue
ſuite des crimes les plus atroces , qui , jamaisaient
avili la nature humaine. Se font-ils
>> le moindre ſcrupule de tremper leurs mains
>dans le fang des ſujets , dans celui de leurs
pamis , de leurs parens , & méme de leurs fre-
>>> res ? Avons nous donc oublié l'atrocité de
( 113 )
Coffin-Ally-Kan , qui , ayant invité les And
>glois à dîner avec lui dans ſa tente , en 1763 ,
>> les fit tous maſſacrer , à l'exception d'un ſeul ?.
>>>Ne nous ſouvient- il plus de la conduite de ſon
→Général Summero , qui , ayant appris que les
>>Anglois s'étoient renfermés dans une mai-
>>>ſon , força les Cipaies d'en enlever le toît,&de
>> tirer ſur eux fans miféricorde; expédition à la
>>>quelle le ſeul Docteur Fullarton ſurvécut ?
>>>Non , fans doute , des faits de cette nature ne
>> ſont pas faits pour êtreoubliés ,&M. Hastings,
qui étoit alors réſident à la cour deCoffin-Kan,
>> dut ſe convaincre quedes hommes auffi traîtres
» & auſſi cruels que les Nabobs Indiens , ne pouvoient
ſervir les intérêts de la Compagnie ,
>>>qu'autant qu'on emploiroit à leur égard , dans
>>>les circonfiances urgentes , l'autorité laplus
ود
>> abſolue ».
Diverſes lettres de Cochin ſur la côte de
Malabar , en date du 26 Octobre dernier ,
peignent en ces termes l'étatdes choſes entre
les Marattes & Tippoo-Saïb .
Tippoo , à la tête d'une armée nombreuſe , eft
dans les environs d'Adorcé , où il fait tous les
préparatifs néceſſaires pour ſes campagnes futures.
Elles feront , à ce que l'on préſume , trèspénibles
pour lui , attendu qu'il aura à combattre
des forces infiniment ſupérieures aux ſiennes. Le
moment qui approche ſera le plus important de
ſavie; fa liberté, ſon Royaume & ſon existence ,
dépendent de l'événement. On peut aisément ſe
figurer combien ſa ſituation doitêtre inquiétante .
Il eſt occupéconftamment à dreſſer des plans &
à diſcipliner ſes troupes , parmi le grand nombre
deſquelles éclate le mécontentement. Il eſt
indubitable qu'elles reſteront inactives dans l'ac
( 114 )
tion ,ou qu'elles paſſeront du côté de l'ennemi.
Cette circonfiance , qui n'eſt pas igncrée de
Tippoo , doit conſidérablement ajouter à fon anxiété.
Il met tout en uſage pour ſe les attacher.
Mais tel eſt le génie du peuple qu'il commande
que, lorſque lahaine ou le mécontentement s'en
font emparés , il eſt très-difficile de les en banir ..
Les Marattes , avec l'armee de Nizam , ont
traverſé , il y a quelque tems le Tambrada , pour
livrer combat à Tippoo ; mais ils ont été obligés
de revenir ſur leurs pas pour ſe procurer du fou->-
rage, parce qu'ils ne pouvoient pas en trouver
dans la poſition où étoit leur camp.
Le Gouvernement vient de porter une
ſérieuſe attention ſur un crime qui ſe commet
en Irlande depuis quelque temps. Des
émiſſaires y volent des enfans pour les vendre
aux patrons des batimens qui vont en
Amérique.
Le Docteur Meggs , Médecin , accrédité
de Portsmouth , étoit allé dernierement vifiter
une famille dans l'île de Wight. Il y
fut retenu fort tard ,& contraint de coucher
chez fon malade. Après avoir vainement,
eſſayé de s'endormir , il ſe leve , ſonne les
domeſtiques , leur dit qu'il ne peut fermer
l'oeil , étant préoccupé de l'idée qu'on affaffine
en ce moment ſa femme & ſes en -
fans. Vainement on chercha à le tranquillifer.
La nuit étoit forte obfcure , & il eut
beaucoup de peine à trouver un bateau pour
faire la traverſée. Arrivé chez lui , il frappa
àlaporte; fa femme vient l'ouvrir , & il
s'empreſſe de lui demander des nouvelles de
( τις )
, lamaiſon , & fur-tout de ſes enfans; enfin
pourquoi elle-même étoit venue ouvrir la
porte ? « Nos enfans ſe portent très bien ,
>> dit- elle , je vous ai ouvert parce que les
>> domeſtiques ont refuſé de le faire , ce que
>> j'ai trouvé très-impertinent ». Le Médecin
fait venir l'un de ces gens & le queſtionne
ſur ſa déſobéiſſance. Après quelques défaites
, ce malheureux ſe jette à ſes genoux , &
lui avoue , qu'en ſon abſence , ils avoient ,
formé le projetde tuer leur maîtreffe & fes
enfans ,&de piller la maison. Le lendemain
matin , ce domeſtique gardé à vue , répéta la
même dépoſition ſous ferment devant le
Magiftrat.
Derniérement , on a joué avec ſuccès fur
leThéâtre de Drurylane , une nouvelleTragédie
de M. Jephſon , intitulée : Julie , &
dont le ſujet eſt tiré d'une aventure trèsréelle
, que le Morning- Chronicle rapporte
en ces termes , d'après le témoignage d'un
Eccléſiaſtique qui en fut un des Acteurs .
En 1726 , John Andrew Gordier , d'origine
Françoiſe , & habitant de l'Ile de Jerſey , où
il avoit une fortune confidérable, diſparut toutà-
coup , à l'inſtant où il alloit épouſer la fiile d'un
marchand de Guernesey. Ses amis , ſes parens ,
la demoiselle même à laquelle il avoit été fiancé,
n'en entendirent plus parler , & les recherches
les plus exactes , faites dans les deux Ifles , ne
purent donner aucuns renseignemens ſur ſamot,
ni ſur le lieu de ſa retraite .
Le tems avoit effacé le ſouvenir de M. Gordier
, quand ſon corps fut retrouvé par hafard à
?
( 116 )
Guernesey, par quelques jeunes garçons qui tra
verſoientune petite baie. Le cadavre , engagé de
force dans le creux d'un rocher dont l'ouverture
étroite lui avoit à peine laiſſé le paſſage , portoit
deux bleſſures au dos & une à la tête.
Cette découverte , accompagnée de preuves
auſſi évidentes de meurtre , jetta l'alarme dans
les deux familles ; en vain renouvella-t-on les
premieres enquêtes , rien ne fortifioit les ſoupçons
, rien n'appuyoit les conjectures ; nul rayon
de lumiere , en un mot , ne conduiſoit au meurtrier.
On ſe contenta de rendre les derniers devoirs
aux reſtes de l'infortuné jeune homme , en
lui faiſant des funérailles ordonnées par la douleur
laplus fincere.
Lamere deGordier reſtoit inconfolable , & la
jeune fiancée gémiſſoit en ſecret de la perte du
ſeul homme qu'elle pût aimer ; auſſi , quoique
forcée en quelque maniere par ſa famille , d'écouter
les voeux d'un jeune Marchand qui avoit
été Commis de ſon pere, étoit-elle bien décidée
intérieurement à ne jamais lui donner la main.
Le bonheur de cettejeune perſonne ſi ſenſible,
fi fidelle à la mémoire de ſon amant , faifoit tout
l'objet des inquiétudes de la malheureuſe mere ,
qui s'étoit accoutumée à la regarder comme ſa
belle- fiile.
Quelques années s'écoulent : MadameGordier
apprend que la vie de ſa fille d'adoption eſt en
danger. Elle ſe réſout à traverſer le bras de mer
qui ſépare les deux iſles , pour lui porter des confolations
, & adoucir ſes douleurs en les partageant.
Accompagnéede ſon frere&du ſeul fils qui lui
reße,elle arrive : le Médecin de Mademoiselle L..
demande le tems de la préparer à cette viſite
inattendue; mais malgré toutes ces précautions ,
( 117 )
la vue de la mere rappella à l'amante le ſouvenir
de ſon fils; le choc fut trop violent , elle s'évanouit
,& il fut difficile de la faire revenir. Madame
Gordier étoit avide des plus petites cir
-conſtances de la derniere entrevue ; elle s'informoit
également de ce qui s'étoit paſſe depuis juf
qu'à la découverte du meurtre de fon fils. La
jeuneperſonne ſe plaiſoit à prolonger ces douloureux
épanchemens; mais les foibleſſes revenant
à chaque inſtant , elle ſe bornoit à exprimer
combien leur départ avoit été tendre , & avec
quelle ardeur elle avoit attend ſon époux le len
demain. Cette mere affligée voyoit ainſi s'éteindre
ſous les yeux une femme ſi digne de devenir
ſa bru , confumée par le chagrin &par l'amour.
Au milieu de leur entretien , tout- à- coup MadameGordier
fond en larmes , en appercevant à
la montre de Mademoiſelie L. un bijou que ſon
fils avoit acheté pour ſa fiancée , à ſon départ de
Jerſey. A peinè la malheureuſe fille eut-elle appris
que ce bijou lui avoit été deſtiné par ſon
amant , qu'on la vit frappée d'horreur , écarter
le bijou avec mépris , tomber dans les bras de
ceux qui pleuroient autour d'elle , & expirer
fans prononcer un feul mot , hors celui , M.
Cl-er- k. Cette mort , ces circonfiances ſemblent
couvrir un myſtere : les yeux fixes & mornes de
tous les affiftans ne trouvent point de larmes ;
leurs bouches immobiles pointde queſtion. Enfin
ils ſortert de ce filence aprèsd'inutiles efforts
pour la rappeller à la vie.
MadameGordier oubliant dans ce moment la
délicateſſe & la profonde ſenſibilité de la vers
sueuſe femme qu'on venoit de perdre , laiſſe
échapper quelques expreſſions défavorables , par
Jeſquelles elle donne à entendre que le meur+
Frier n'était pas inconnu àcelle qu'elle avoit res
( 118 )
gardée comme ſa belle fille. A ce reproche , les
parens irrités , s'indignent qu'on oſe ſouiller par
des ſoupçons auſſi odieux les derniers momens
dune vie fans tache , & à leur tour accablent de
reproches l'accufatrice. Ce trouble appaiſé , & la
raifon commençant à reprendre fon empire , les
amis des deux families s'entremett nt pour les réconcilier
, & leur faire examiner de fang froid
les circonstances qui ontdonné lieu à un emportement
fidéplacé.
Le jeune Gordier ſe rappelle qu'il avoit e tendu
fon frere dire , avant ſon départ , qu'il préſenteroit
le bijou en queſtion le jour même de ſon
mariage. Or , ce mariage n'avoit point eu lieu ,
&pourtant le bijou ſe trouvoit entre les mains
de la perſonne à laquelle il étoit deſtiné. Elle
pouvoit être innocente , mais du moins ies ſoupçons
de fa mere étoient excufables . La foeur de
Mademoiselle L. répondit tranquillement qu'elle
ſe croyoit heureuſe de pouvoir jetter du jour fur
la mépriſe qui venoir de donner lieu à une vive
altercation . « Le bijou que ina foeur porcoit, dit-
«elle , ne lui a point été préſenté par M. Gordier
; mais quelques années après fà mort défaftreuſe
, M. Gaillard , Commerçant eſtimé dans
Jersey , le lui a offert. Il la recherchoit du con-
>> fentement de mes parens , qui auroient voulu ,
» s'il eût été poſſible, la diſtraire de ſa douleur
en faiſant naitre dans ſon ame un nouvel atta-
>> chement. Des bijoux ſe reſſemblent ; celui que
>> M. Gaillard a préſenté à ma ſooeur , n'eſt proba-
>>>blement pas le même qui fut acheté par M.
Gordier »,
La mere de celui- ci avoit eu le tems de revenir
de ſon premier mouvement; elle en fit des
excuſes à la famille , les larmes aux yeux , & de
la maniere la plus touchante. Elle ajouta qu'il
( 119 )
étoit aifé de vérifier ſi c'étoit-là le bijou acheté
par ſon fils ; & qu'en l'ouvrant , on y trouveroit
fon portrait en miniature. La foeur, ni perſonne
de la famille , ne l'avoit vu ouvert , tous ignoroient
cette particularité. Le jeune Gordier pouffa
un reſſort ſecret , & préſenta aux affittans le portrait
garni d'un entourage précieux. La conßernation
fut alors égale , à l'étonnement que cauſoit
cette découverte. Le myſtere étoit expliqué :
on conclut fur le champ que l'horreur de l'affallinat
avoit frappé la malheureuſe fiancée , &
que ſa haine pour le meurtrier avoit achevé de la
tuer. Le mépris avec lequel elle avoit paru vouloir
arracher te bijou de ſa montre , le nom
qu'e'le avoit eſſayé de prononcer , toutes les circonſtances
concourent à porter , à fixer même les
ſoupçons ſur M. Gaillard ( il avoit été clerc , cu
commis de ſon pere ) ; les dernieres fyllabes entrecoupées
de la mourante , ſignifioient le clerc.
L'Eccléſiaſtique préſent, àqui l'on doit le récit
de cette ſcène touchante , érant l'ami commun
de la maiſon Gaillard , & de la famille où il fe
trouvoit alors , engagea cette derniere à mettre
de la modération& du fang froid dans les pourfuites
juridiques Des milliers de circonſtances ,
dit- il , peuvent faire paroître l'innocence coupable.
Il eſpérait , pour l'honneur de l'humanité ,
qu'un galant homme , du caractere de M. Gaillard
, ne pourroit jamais être convaincu d'un
crime auffi odieux. Il ſouhaitoit donc qu'on l'envoyat
chercher dans ces triſtes conjonctures , plutot
comme un homme qui alloit prendre part à
Paffi &' on générale , que comme un meurtrier.
Par ce moyen , s'il ſe trouvoit innocent, comme
il l'eſperoit , ſa réputation n'en recevroit aucune
atteinte ; fi malheureuſement il étoit coupable ,
on prendroit des mesures pour qu'il ne pût s'é-
.
1
( 120 )
-
chapper. Il ajouta , pour faire adopter ſon avis,
qu'unhomme une fois chargé publiquement d'un
meurtre , dans des circonstances qui paroiſſoient
dépoſer auffi fortement contre lui , quoique ſon
innocence pût devenir claire comme le jour pour
ceux qui l'examincient , ne parvenoitjamais à ſe
réhabiliter entièrement dans l'eſprit du public ,
quelqu'irréprochable que pût être ſa vie poſtérieure.
Le plus grand nombre des affiſtans adopta cet
avis; mais il étoit viſible par l'air de Madame
Gordier , qu'elle jugeoit d'avance le prévenu
coupable du meurtre de fon fils . Cependant on
envoie chercher M. Gaillard ; il arrive au bout
de quelques heures. L'impétueuſe Madame Gerdier
ne put ſe retenir en le voyant entrer , &
laccuſa bruſquement d'avoir afſaſſine ſon fils.
M. Gaillard répondit froidement que véritablement
il le connoiſſoit ; mais qu'étant hors de
l'ifle pour affaires, comme l'atteſtoient les perſonnes
chez qui il ſe trouvoit actuellement , il
n'avoit pas vu M. Gordier pluſieurs jours avant
ſadiſparution. « Et ce bijou , dit la mere en le
lui montrant ouvert comme il l'étoit , >> ce bijou
>> eſt une preuve convaincante de votre crime .
>> Vous l'avez donné à la malheureuſe fille que
>> nous pleurons ; il fut acheté par mon fils , &
>>>il l'avoit ſur lui au moment de fa mort. >>> M.
Gaillard nia d'avoir jamais vu le bijou ; alors
la foeur le prenant , & le fermant , lui dit : «Vous
> avez donné ce bijou à ma foeur ennapré-
>>>fence , tel jour , ( en ſpécifiant le jour & le
>> lieu ) vous l'avez preſſée de l'accepter ; elle l'a
>> refuſé ; vous avez infifté. Elle vous le rendit ,
>> & je n'ai pu réuſſir à le lui faire accepter que
>> quand je l'ai attaché à ſa montre : à ma per-
>>fu>afion , elle abien voulu ſe réfoudre à le por-
,
»ter.
( 121 )
>>porte». Ici, quelques fignes de trouble com
mencerent à trahir le coupable : il ſe remit
néanmoins , & regardant le bijou fermé , il
convint l'avoir donné , & prétendit ſeulement
ne pas l'avoir reconnu ouvert , comme il lui avoit
été préſenté d'abord. « Cette bagatele , ajoutat-
il , je l'ai achetée du Jeif Levi , que vous
>>>connoiffez tous , & qui parcourt ces Ifles depuis
plus de vingt ans. Sûrement il nous dira
>>>d'où il lui vient ». L'Eccléſiaſtique ſe félicita
du confeil qu'il avoit donné ; & s'adreffant à MadameGordier
, lu dit : « J'e pere , Madame ,
> que vous attendrez actuellement avec patience
toute l'instruction de l'affaire. La juftification
de M. Gaillard eſt claire & fatisfaiſante ; le
>>>Juif ſeul paroît coupable ; il eſt dans l'Iſſe ,
"& ſera bientôt pris. » L'infortunée mere fut
encore forcée d'avouer qu'elle avoit porté uns
jugement tém' raire ; elle s'en excuſa ſur l'im
pétuoſité de ſon caractere , & fur le concours
des circonstances qui ne lui avoient point laiſſe la
tête libre en cette occaſion : elle finit par faire
des excuſes à M. Gaillard .
G
Celui - ci triomphant , lui conſeilla de prendre
garde une autre fois à ce qu'elle diroit , & la menaça
de 'attaquer enjſtice, en réparation d honneur
, fi le ſien ſouffroit la plus légere atteinte
des inculpations qu'elle s'étoit permiſes légerement.
II déplora beaucoup la mort prématurée
d'une jeune perſonne à laquelle il avoit voué"
l'attachement le plus tendre, & fondit en' armes
en approchant de ſon lit. Au bout de quelques
heures , il prit congéde la compagnie avec la
décence & l'air affligé convenables à la circonftance.
Chacun , la mere même de Gordier , le
jugea innocent.
Il s'écoula quelques jours avant qu'on parvint
Ν". 20 , 19 Mai 1787 .
( 122 )
à trouver le Juif; mais enfin quand le bruit ſe
fut répandu que ce prétendu afſaſſin étoit en
priſon , le remords , la crainte de la honte publique
ſaiſirent le coeur deGaillard , & la veille
du jour qu'il devoit être confronté au juif, il fut
trouvé mort , avec un poignard dans ſa main ,
dont il s'étoit frappé en trois endroits : deux
de ces bleſſures étoient mortelles .
On trouva auſſi ſur ſa table une lettre où il
faiſoit l'aveu de ſon crime , & qu'il terminoit
par ces mots remarquables. » Ceux-là ſeulement
>qui ont ſenti l'impulſion furieuſe d'un amour
>> indomptable , excuſeront le crime que j'ai
>> commis pour obtenir l'incomparable objet qui
>>a>voit porté ledéliredans mes ſens; mais toi,
» ô Pere des miſéricordes ! toi qui as mis ou laiſſe
>> ſe développer dans mon ame ces violens deſirs,
>>>tu pardonneras de criminels efforts pour arri
>>>ver à mon but, en oppoſition à ta toute-puilfante
Providence. »
FRANCE.
De Versailles , le 9 Mai.
Le ſieur Laurens de Villedeuil , Contrôleur
général , a eu l'honneur de faire , en cette qualité
, le 6 de ce mois , ſes révérences à la Reine
&à la Famille royale.
Cejour , la Vicomteſſe de Wall& la Comteſſe
de Néel, ont eu l'honneur d'être préſentées à LL.
Majeſtés & à la Famille Royale , la premiere par
la Comteſſe de Wall , & la ſeconde par la Baronne
de Serant .
LeComte d'Eſterno, Miniftre plénipotentiaire
du Roi , près Sa Majeté le Roi de Pruſſe , de
( 123 )
retour encette Cour par congé, a eu l'honneur
d'être préſenté lemême jour àSaMajesttée,, par
le Comte de Montmorin, Miniſtre &Secrétaire
d'Etat , ayant le département des Affaires Etran
geres.
Le Roi a accordé les entrées de ſa Chambre
au Chevalier d'Allonville & au Chevalier
du Puget , Sous-Gouverneurs de Monſeigneur
le Dauphin .
Leurs Majeſtes & la Famille Royale ont
ſigné le contrat de mariage du Vicomte de
Pontbellanger , Capitaine de Cavalerie au
Régiment de Royal- Lorraine , avec demois
ſelle du Bot du Grégo.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Coulombs
, Ordre de Saint-Benoit , dioceſe de
Chartres, l'Abbé de Saint-Aulaire , Vicairegénéral
de Poitiers; à celle de Beaulieu ,
même Ordre , dioceſe de Limoges , l'Abbé
de Bouillé , Vicaire-général de Vienne ; à
celle de Saint-Aubin-des Bois , Ordre de
Citeaux , dioceſe de Saint-Brieux , l'Abbé
de Bonin , Vicaire général de Vannes ; a
celle de Montfort-la-Canne , Ordre de S.
Auguſtin , dioceſe de Saint-Malo , l'Abbé
Fauchet , Vicaire-général de Bourges ; & à
celle de Saint-Aftier , dioceſe de Périgueux ,
l'Abbé de la Roche , Vicaire - général de
Lombez.
Le 8 de ce mois , le Roi , accompagné de
Monfieur , s'eſt rendu vers midi à la plaine
des Sablons , où il a paſſé en revue le régiment
des Gardes françoiſes & celui des
f2
( 124 ) 1
Suiſſes , Monſeigneur Comte d'Artois, Colonel
de ce dernier Corps , étant à ſa tête.
Les troupes , après avoir fait l'exercice
ont défilé devant Leurs Majestés , devant
Monfieur , Madame & Madame Elifabeth
deFrance.
Le fieur Miller , Officier Anglois , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le plan d'un
vaiſſeau triple , dont ſon pere eſt l'inventeur,
anſi que le plan d'une roue qui fait faire à
ce bâtiment trois à quatre milles par heure
dans les temps les plus calmes.
Le fieur blin a eu auſſi l'honneur de préſenter
au Roila so. livraiſon des portraits des
Gands-hommes , Femmes illuftres & fuiets
mémorables , imprimés,en couleur , dédiéş
à Sa Majeſté (1) .
De Paris , le 17 Mai.
Edit du Roi , porant création defix millions
de rentes viageres ; donné à Verſailles
au mois de Mai 1787 , registré en Parlement
le 7 deldits mois & an.
Louis , par la grace de Dieu , Roi de France
& de Navarre : A tous préſens & à venir ; Salut .
(1) Cer Ouvrage ſe vend chez le ſicur Blin , place
Maubert , n . 17. La se livraifon contient lesportraits
du Duc de Vendôme & ou Maréchal de Berwick
, ainti que les tableaux des batailles de Villavicioth
& d'Almanza : l'exécution de ces morceaux
n'est pas, insigne ac Lintérêt des ſujets , dont les
nodice, con inuent d'être rédigées avec, exactitude.
( 125 )
Voulant remétier aux abus qui s'éro'ent intros
duits dans l'adminiſtration de nos finances , & y
établir l'équilibre ſi defirable entre la recette &
la dépense , Nous avons , à l'exemple de pluſieurs
des Rois nos prédéceſſeurs , convoqué une Aſſemblée
de perſonnes dutinguées par leur naiſſance ,
leurs dignités & leurs charges , & Nous avons elpéré
trouver dans leurs lumieres des remedes &
des ſecours d'autant plus efficaces , que leur voeu,"
dicté par le zèle & la fidélité , Nous répondroit
en quelque forte de celui de ía Nation entiere .
Nos eſpérances n'ont pas été trompées. Après
nous avoir propoſé , ſur différens Mémoires que
nous leur avons fait communiquer , d'utiles &
importantes obſervations , dont nous nous promertons
de faire inceſſamment uſage , les Notables
ſe ſont attachés avec ſoin à reconnoître la
diſproportion qui ſe trouve entre la recette & la
dép nſe ,& à la conftater , autant qu'il étoit poffible
, par l'examen des états qui avoient été mis
fous nosyeux.
La connoiffance du déficit les a amenés à rechercher
les moyens d'y pourvoir. Nous leur
avons d'abord fait connoître l'intention où nous
étions de le diminuer , en acquittant , pendant les
premieres années, les rembourſemens à époques
fixes, & qui en font une partie conſidérable , par
de nouveaux emprunts qui feront d'autant plus
faciles à remplir , que , fans accroître la charge
publique , nous affecterons à chacun d'eux , comme
nous nous le propoſons d'en uſer à l'avenir
pour tous les emprunts auxquels nous ferons
obligés d'avoir recours , une portion déterminée
d'impoſition qui ceſſera avec eux , & tournera
ainfi , après leur entiere extinction , au profit de
nos Sujets.
Unſecond moyende diminuer le déficit , cong
f3
( 128 )
fifte dans les retranchemens & les bonifications,
Nous avons commencé par faire connoître aux
Notables les réductions qu'un premier apperçu
nous avoit fait découvrir , & nous les avons invités
à nous préſenter toutes celles qu'ils croiroient
conciliables avec la sûreté publique & la dignité
de notre Couronne. Nous venons d'examiner , à
ce ſujet , le travail de différens Bureaux , entre
leſque's eſt partagée l'Aſſemblée , & nous avons
reconnu avec ſatisfaction que ces retranchemens
&bonifications pourroient s'élever au moins à
quarante millions , & nos Peuples ne peuvent
douter que , parmi ces retranchemens , ceux qui
nous fontperſonnels & à notreFamille , font auſſi
ceux qui coûteront le moins à notre coeur , & qui
feront le plus promptement exécutés .
Après avoir , par ces deux moyens , diminué
confidérablement le deficit , nous ferons ſans
doute obligés de recourir à des impôts , & nous
ne pouvons penſer , qu'avec un extrême regret ,
que la fidélité à nos engagemens , le ſoutien de
notre Puiſſance&lagloire de laNation nous en
impoſent l'indiſpenſable néceſſité ; mais les précautions
que nous prendrons , d'après les obſervations
des Notables , tant pour aſſurer le choix
&l'affiette deſdits impôts , que pour en proporzionner
la durée , à celles des dépenſes pour lefquelles
ils ſeront établis , les meſures que nous
nous propoſons d'employer pour que le déficit ne
reparoiſſe jamais ; les améliorations & converfions
d'impôts que nous projettons ,& qui procureront
un véritable ſoulagement aux Peuples , dès que
le niveau entre la recette & la dépenſe , une fois
établi , nous permettra de les effectuer ; enfin ,
l'ordre & l'économie que nous mettrons dans
toutes les parties de l'adminiſtration , & dont les
effots font incalculables , nous répondent que le
( 127 )
poids de cette ſurcharge , à laquelle les circonftances
nous contraignent , ſera auſſi adouci qu'il
le peut être , & qu'il ne ſera pas d'une aussi lon,
gue durée que le déficit actuel ſemble le faire
craindre.
Mais ce n'étoit pas aſſez de pourvoir , pour
l'avenir , au déficit qui ſe trouve dans nos finances
, & d'y aſſurer ce niveau , ſans lequel unEtat
ne peut ſubſiſter & ſe ſoutenir avec gloire. Ces
retranchemens , ces bonifications , ces impofitions
, qui ſerviront à l'établir , ne produiront
leur effet que dans les années ſuivantes : & les
Notables ayant reconnu que le déficit de cette
année étoit encore d'environ quatre-vingt-quatre
millions , ils ont juge, comme nous , qu'il étoit
indiſpenſable d'y pourvoir par un ou pluſieurs
emprunts perpétuels ou viagers , qui nous mettroient
à portée de remplir nos engagemens , &
de parvenir aux temps meilleurs auxquels nous
aſpirons. Ils ont auſſi reconnu que ces emprunts
néceſſaires , faiſant partie de la dette publique ,
on ne pouvoit ſe diſpenſer d'en ajouter les inté
rêts au déficit qui avoit été conftaté , & d'y affecter
, ainſi qu'au rembourſement des capitaux de
ceux qui ne ſeroient pas entiérement viagers ,
des fonds particuliers qui fuſſent le gage de la
confiance des prêteurs &de notre fidélité.
Nous déterminerons particulierement quels
feront ces fonds , lorſque , d'après l'avis des Notables
, nous aurons ſxé nos réſolutions ſur l'efpece
d'impoſition qu'il conviendra de préférer ;
mais quelle que ſoit la partie de cette impoſition ,
qui ſera affectée auxdits emprunts , elle ne durera
qu'autant qu'ils dureront eux- mêmes ; & ayant
cru devoit nous arrêter dans ce moment , à raiſondes
circonstances , à un emprunt vinger , nous
avons ſtatué que le bénéfice des extinctions qui
f4
( 128 )
furviendront , ſera , chaque année , employé à la
diminution de la partie de l'impofition quiy ſera
affectée. A ces caufes , &c. , nous avons dit , ſtatué
& ordonné , &c.
1º. Nous avons créé & créons fix millions de
livres actuelles & effectives de rentes viageres ,
qui feront vendues & aliénées à nos chers & bienamés
les Prévôt des Marchands & Echevins de
notre bonne ville de Paris , par les Commiſſaires
de notre Confeil , qui feront par nous nommés ,
à les avoir & prendre ſur tous nos revenus , &
ſpécialement fur ceux qui feront par nous inceffamment
affectés au paiement des arrérages
defdites rentes qui pourront être acquiſes ſur
une feule tête , à raiſon de neuf pour cent ,
puis la naiflance juſqu'à quarante ans ; à raiſon
de dix pour cent , depuis quarante ans juſqu'à
Soixante ans ; à raiſon de onze pour cent , depuis
foixante ans & au- deſſus ; ou à huit pour cent fur
deux têtes , ſans distinction d'âge ; le tout au
choix des acquéreurs .
de-
2º. Les arreragesdeſditesrentesſeront exempts
à tonjours de la retenue du dixieme d'amortiſſement
, des vingtiemes , quatre ſous pour livre du
premier vingtieme , &de toute autre impofition
généralement quelconque qui pourroit avoir Heu
parla fuite.
3º. Les conſtitutions particulieres , qui ne pourront
être moindres de mille livres de principal,
feront faites par leſdits Prevôt des Mrchands
& Echevins ſur le pied ci- deſſus fixé , à
ceuxqui en auront fournis les capitaux endeniers
comptins entre les mains du ſeur de la Borde de
Mereville , Garde de notre Tréſor royal , pour
jouir par les acquéreurs , leur vie durant , foit fur
leur tête, foit ſurcel'es de toutes autres perſonnes
que bon leur ſemblera ; les contrats feront paffes
1
:
( 129 )
pardevant tel Notaire auChâtelet de Paris . que
leſdits aequéreurs voudront choir , qui feront
tenus de leurdélivrer leurſdits contrats fans frais ,
auxquels Notaires ſera parnous pouryu de falaires
raiſonnables .
4°. Le Bureau ſera ouvert en notredit Tréſor
royal immédiatement après l'enregiſtrement de
notre préſent Edit , pour y recevoir les capitaux
deſdites rentes ,qui auront cours en quelque
tems qu'elles ſoient acquiſes , du premier
jour du quartier dans lequel leſdits capitaux auront
été fournis en notre Tréſor royal , dont
mention ſera faite dans les quittances dudit
Garde de notre Tréſor royal ; à l'égard de la
conftiturion deſdits capitaux , nous accordons la
faculté de l'opérer juſqu'au 30 Mars de l'année
1788 incluſivement . paſſé lequel tems la jouiffance
de la rente viagere n'aura plus lieu que du
premier jour du quartier dans lequel la conſtitution
ſera effectuée .
5°. Lesfonds néceſſaires pour le paiement des
arrérages deſdites rentes feront remis , ſelon les
états qui en ſeront arrêtés en notre Conſeil
aux Payeurs deſdites rentes , & pris ſur le produitde
tous nos revenus , ainſi qu'il eſt d'uſage
pour le paiement des arrérages des autres
rentes , tant perpétuelles que viageres , affignées
ſur aucuns de noſdits revenus , ſans que
Jeſdites rentes , préſentement créées , puiffent
être retranchées ni réduites en aucun tems , pour
quelque cauſe & ſous quelque prétexte que ce
puiffe étre.
6°. Les fonds qui demeureront libres par l'effet
des extinctions ſucceſſives des arrérages du lit
Emprunt , feront employés à la diminution de la
portion d'impoſition que nous y aurions ſpécialement
affectée.
fs
( 130 )
7°. Toutes perſonnes , de quelqu'âge , ſexe &
condition que ce puiſſe être , pourront acquérir
leſdites rentes , en faire paſſer les contrats ſous
les noms qu'elles voudront choir , avec les réſerves
de jouiſſance & autres clauſes & conditions
qu'elles jugeront à propos , dont ſera fait menziondans
les quittances du Garde de notre Tréfor
royal , pour en jouir pendant la vie des perſonnes
qu'elles auront choifies , tant par elles que
par celles qu'elles nommeront , quand & ainh
qu'elles l'aviſeront.
8°. Les arrérages deſdites rentes ſeront payés
de fix en fix mois par les Payeurs des rentes de
notre Hôtel-de-Ville , en la même forme & maniere
que les autres rentes viageres , & conformément
aux différens Réglemens qui ont été
faits pour la police deſdites rentes ; la dépenſe
du paiement deſquelles rentes ſera paffée & allouée
ſans difficulté dans les comptes deſdits
Payeurs , conformément aux contrats qui en auront
été paſſés.
9°. Les rentes qui auront été conſtituées ſur
un ſeule tête , ſeront payées juſqu'au jour du décès
de ceux ſur la tête deſquels elles auront été
conſtituées , & celles qui l'auront été ſur deux
têtes , ſeront payées juſqu'au jour du décès du ſurvivant
: le tout à ceux qui ſe trouveront en avoir
droit , en rapportant , avec l'extrait mortuaire
en bonne forme & autres pieces juſtiſicatives ,
la groſſe du contrat de conſtitution , à compter
du jour duquel décès ſeulement , leſdites
rentes demeureront éteintes & amorties à notre
profit.
10°. Les Etrangers non naturaliſés , demeurans
en notre Royaume , même ceux demeurans hors
de notre Royaume , pays, terres & ſeigneuries de
notre obéiſſance, pourront , ainſi quenos propres
( 131 )
Sujets , acquérir leſdites rentes , encore bien
qu'ils fuſſent Sujets de Princes & Etats avec lefquels
nous ferions en guerre : voulons en conféquence
que leſdites rentes & arrérages qui en
feront dûs au jour du décès de ces Rentiers ,
foi-nt exempts de toutes lettres de marque &
de repréſailles , droit d'aubaine , bâtardiſe , confiſcation
ou autres qui pourroient nous appartenir
, auxquels nous avons renoncé & renonçons
, conformément à ce qui eſt ordonné pour
les autres rentes dudit Hôtel-de- Ville
Edit du mois de Décembre 1674 , & autres
ſubſéquens.
, par
11°. S'il ſurvient quelque conteſtation ſur le
paiement des arrérages deſdites rentes viageres ,
formes ou validité des acquits fournis par les
Rentiers , nous en attribuons la connoiffance ,
cour & jurisdiction en premiere inſtance , aux
Prévôt des Marchands & Echevins de notre
bonne ville de Paris , pour être jugée ſommairement
& fans frais , ſauf l'appel en notre
Cour de Parlement de Paris ,ſans préjudice duquel
les Jugemens rendus par leſdits Prevôt des
Marchands & Echevins , feront exécutés par
provifion.
SI DONNONS EN MANDEMENT , &c. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , par le Roi. Signé , LE
BARON DE BRETEUIL. Vifa , DE LAMOIGNON.
Vu au Conſeil , * L'ARCHEVEQUE DE TOULOUSE.
>> Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel
> ſe ſont aſſemblés le 8 de ce mois au cou-
>> vent des Cordeliers de cette ville , & ont
>> tenu un Chapitre auquel a préſidé pour ſa
>> Majesté le Maréchal Duc de Mouchy ,
>>Chevalier - Commandeur des Ordres de
16
( 132 )
>>S. Michel & de S. Eſprit. Après un dif-
>> cours prononcé par le ſieur Pourfin de
Grandchamp , Chevalier & Secrétaire per-
>>pétuel dudit Ordre , le Maréchal Duc de
>>>Mouchy a reçu Chevaliers , au nom du
>>>Roi , les ſieurs Bonniers , Robinet , Fram-
>>boiſier de Bennay , Majault & Bayard de
>>>>la Vingtrie : enſuite tous les Cheva'iers , le
>> Maréchal Duc de Mouchy à leur tête , ſe
>>font rendus proceſſionnellement en l'E-
>> glife dudit Couvent , & ont aſſiſté à la
>> Meſſe ſolemnele qui ſe célébre tous les
>> ans le jour de l'apparition de S. Michel.
Pendant le mois de Mars il eſt entré dans
le port de Bordeaux 23 navires étrangers ,
& 23 François , ſans compter 140 petits
bâtimens de cabotage. Il eſt ſorti du même
port 119 navires étrangers , & 18
François outre 129 petits bâtimens de
cabotage. Pendant le même mois 19 navires
ont été mis en coutume ou chargement ;
& le 1 Avril 11 navires étoient fur divers
chantiers.
,
Les triſtes détails que nous avons donnés
à nos lecteurs du naufrage de deux canots
chargés , appartenant à l'eſcadre de M. de la.
Peyrouſe , ſe retrouvent avec quelques circonſtances
nouvelles , dans une autre lettre
attribuée à un Naturaliſte eſtimé , embarqué
aveclesCircum- navigateurs. Voici comment
il s'exprime , de Monterey le 19 Septembre
1786.
:
( 133 )
«Nous nous félicitions d'avoir été d'un bout
du monde à l'autre ,& d'avoir fréquenté des peuples
réputés barbares ſans avoir perdu un homme
ni verſé une goute de ſang; mais hélas ! notre
Bonheur n'a pas été de longue durée , & la
journée du 13 Juillet nous a coûté bien des
larmes. Nous étions , depuis environ 15 jours ,
dans un port de l'Amérique ſeptentrionale par
la latitude de 27 degrés .
On en vouloit lever la carte & on defiroit
yplacer les fondes , deux canots furent expédiésdelaBouffole
pour cet objet, & un de l'Aftrolabe.
La mer briſoit à l'entrée du port & for.
moit une barre plus ou moins forte, ſelon l'état
de la marée. M. de la Peyrouſe confia à M. d'Efcures
, Chevalier de St. Louis , ( & le plus âgé
des Officiers ) le commandement de cette expédition
, qui devoit être terminée dans la mainée
; il lui donna des inſtructions par écrit ,
qui lui défendoient d'approcher de la barre
parce que la mer y briſoit. Cet ordre étoit
dicté par la prudence , peut-être M. d'Eſcures a
t il négligé de s'y conformer , peut-être a-t-il
été ſurpris par la violence du courant qui commencoit
ſubitement , & fans qu'on l'apperçue
bien ; quoi qu'il en foit, ſon canot fut entraîné
& fubmergé , il avoit avec lui le Chevalier de
Pierrevert , neveu de M. le Bailli de Suffren ,
M. de Moncarn , parent de M. de la Peyrouſe ,
notre premier Pilote , & 7 hommes d'équipage,
les deux autres canots qui étoient aux ordres
deM. d'Eſcures le ſuivoient ; le p'us près étoit
commandé par M. de Boutin , jeune Officier
d'un mérite rare & très- expérimenté pour ſon
åge , il fut auffi entraîné par le courant , fon
canot fut rempli , mais par bonheur il portoit
fur fon plein d'eau. Cet Officier parvint à ſe
( 134 )
mettre debout à la lance , il fut porté comme
un trait par le courant à travers la paſſe jufqu'en
pleine mer , dix fois il manqua d'étre
englouti.A peine échappé du danger , il vuida
ſon canot , il fit de grands mais inutiles efforts
pour ſecourir ſes camarades , & après pluſieurs
heures de recherches , il arriva a notre bord
avec ſon petit équipage qui étoit tout mouillé ,
ſaiſi par le froid & preſque hors d'état de manoeuvrer.
Le troiſieme étoit commandé par M. de la
Borde , ayant avec lui M. de la Borde de
Boutevilliers fon frere , M. de Flaſſan , Enſeigne
& 7 hommes d'équipage , il étoit le plus
éloigné de tous , on a lieu de croire que voyant
le canot de M. d'Eſcures dans l'embarras , ſans
ſavoir par qu'elle raiſon , & voulant lui donner
du ſecours , il s'étoit approché , & que le
courant l'avoit entraîné lui-même , ils ont done
été les victimes de leur générosité. Nous avons
couru pendant 8 jours toute la côte ſans appercevoir
aucuns débris du naufrage. Les Indiens
qui ont vu ces deux canots couler à fond
ont chanté pluſieurs jours des chanſons de mort,
ils ſe ſont montrés ſenſibles à notre douleur , ils
ont fait des recherches de leur côté , & ils ont
trouvé quelques débris de M. d'Eſcures. Nous
avons perdu , par ce malheureux accident , 21
hommes , dont le plus âgé n'avoit que 34 ans ,
& parmi leſquels il y avoit 6 Officiers . Vous
ne ſauriez croire combien eſt grande notre
perte , par leur malheur ; nous avons pleuré
nos amis ; mais non découragés nous ſommes
partis pour continuer notre miffion , & c'eſt
ici où nous avons fait de l'eau & renouvellé
nos provifions pour aller plus loin. Avant de
quitter le lieu du déſaſtre , j'en ai placé la
( 135 )
noticedans une Iſle par une inſcription que j'ai
fait graver , ce qui a engagé M. de la Peyrouſe
ànommer cette Iſle , l'ifle du Cenotaphe.
Le ſamedi 28 d'Avril , par une mer orageuſe
, le navire l'Hercule , Capitaine Pimard , venantdu
Cap François , ſe trouvoit à la rade du
Havre. Six pilotes vont au-devant de ce navire
pour le faire entrer au port ; le danger leur
donne de nouvelles forces , ils luttent contre les
flots , ils deviennent les victimes de leur zèle &
de leur devoir. La barque qui les porte, trop foible
contre une force auſſi puiſſante , chavire ,
& les fix malheureux ſont engloutis dans les
flots ; cinq ont péri , un ſeul a eu aſſez de force
&debonheur pour gagner à la nage le navire,
Ces braves gens laiſſent cinq veuves , & dix- huit
jeunes orphelins , la plupart en bas âge. lis ſeroient
réduits à la plus affreuſe miſere , ſi des
perſonnes charitables ne leur tendent les bras .
Déjà MM. les Négocians , Membres des Chambres
d'aſſurances, leur ont fait un fonds de 15
mille livres ».
Une lettre de S. Omer, du 1 de ce mois ,
inférée dans les Affiches de Flandres , raconte
en ces termes un événement tragique arrivé
dans cette ville.
-Je vous adreſſe le détail d'un aſſaſſinat inoui,
commis hier au foir , ſur un jeune Anglois de
16 à 17 ans , qui demeuroit depuis quelques mois
dans cette ville , chez M. Damart , Apothicaire
On conjecture que cet inſortuné étranger ſe
rendoit à un rendez vous nocturne ſur le rempart
, que lui avoit donné une de ces miférables,
qui outragent & dégradent fans ceſſe la nature.
Il a été arrêté par la ſentinelle , qui , à ce qu'on
aſſure , après quelques pour-parlers , à l'occaſion
1136 )
de cette vile créature , lui a aſſené un coup de
lacroffede fon fufil ſur la tête , percé le flanc
de ſa bayonnette , & l'a enſuite précipité du haut
du rempart , dans les foſſés de la ville , où il eſt
réſté toute la nuit , & où il a perdu beaucoup
de fang. Ses forces étantun peu revenues vers
le matin , il a eu le courage de remonter juſqu'à
la Poterne , & fur les cinq heures on apperçut
un bras qui pafſoit ſous la porte de la ville , faiſant
quelques ſignes qui réclamoient du ſecours.
On s'eſt haté d'ouvrir la porte , & on a trouvé
ce malheureux preſque ſans connoiſſance. On
le porta chez lui , où après les ſecours qui lui
ont été prodigués , il a encore pu déclarer fon
afſaſlin. On a été auſſi-tôt au corps-de-garde , où
on a effectivement trouvé l'auteur de cette ſcélérateſſe
, muni de la bourſe & de la montre de
ſa victime. Le Régiment a dégradé ce matin ce
monſtre , & l'a livré à la Juſtice ſéculiere , qui
ne tardera pas à lui faire fubir la peine due à
l'horreur de ſon crime. Tous les Chirurgiens de
la ville s'empreſſent de porter les ſecours de leur
art au malheureux afſaffine; mais ils n'eſperent
pas le ſauver. »
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 13 Mai .
Le Conſeil de Brabant a adhéré à l'avis ,
aux réſolutions , & à la déclaration que les
Etats de Brabant ont adreſſée à L. A. R. nos
Gouverneurs Généraux ; déclaration , dont
voici la teneur :
MADAME & MONSEIGNEUR ,
Convoqués pour délibérer ſur la Convocation
( 137 )
qui nous a été faite de la part de V. A Roples
pour la continuation des Impôts , nous avons reçu
de nos Députés orsinaires la communication des
repréſentatiors ſucceſſives qu'ils ont eu l'honneur
d'adreſſer à V. A. Royales ; & nous avons applandi
à la confiance avec laquelle ils ſe ſont
ouverts fur la proba ilité de notre concours à tous
les changemens compatibles avec leffence de
notre Conftitution fondamentale. Bien loin que
ces repréſentations aient été ſuivies de quelque
ſuccès , elles font reſtées ſans réponſe , comme
toutes celles que nous avons faites précedemment
fur les différentes infractions aux droits les
plus notoires de la Province. Au lieu du redreſſement
que nous avions lieu d'eſpéter , nous voyons
avec la plus grande douleur , que les deux diplômes
, que V. A. Royales daignerent nous adrefſer
, ainſi que l'Edit des Intendances , qui en
eſt une ſuite , anéantiſſent le Tribunal Dépofitaire
des Loix ; les formes immuables , ſans
leſquelles il n'eſt point de Gouvernement;
toute propriété , toute liberté , & ne laiſſent
qu'une exiſtence abfolument idéale aux Repréſentans
du Peuple.
,
Obligas en cette qualité , non moins que par
Serment folemnel ( dont nous prenons la
très-reſpectueufſe liberté de joindre copie ) de
foutenir de tout notre pouvoir le pacte conſtitutionnel
, juré par S. M. & par ſon pays de
Brabant , nous ne trouvons des termes affez forts
pour exprimer notre confternation à la vue des
infactions multipliées faites à ce contrat facré
contre leſquelles notre devoir nous force
de proteſter.
,
Après avoir épuisé les voies des repréſentations
foumiſes & reſpectueuſes , nous nous trouvons
réduits à faire connoître très-humblement à
( 138 )
Vos Alteſſes Royales que le cri de notre
confcience n nous permet pas de porter notre
conſentement à la continuation ordinaire des
impôts , auſſi longtemps que les infractions
faites àla Joyeuse- Entrée ne feront pas redreſſées ,
ou que les réglemens projettés ne ſeront pas
réformés conformément àla conſtitution ; affurant
d'ailleurs V. A Royales avec un très-profond
reſpect , & d'après notre zele tant de fois
éprouvé , que nous concourrons toujours aux
changemens qui ne feront pas contraires au Pacte
Inaugural , ni aux véritables intérêts du Peuple
que nous repréſentons.
L'acte d'adhéſion du Conſeil de Brabant
eſt exprimé en ces termes :..
Le Confeil de Brabant ayant délibéré ſur le
contenu de la repréſentation que les Etats de Brabant
ont faite hier à V. A. Royales , & dont ils
nous ont remis copie , il a été réſolu de faire connoître
à V. A. R. dans les termes les plus humbles&
les plus reſpectueux , que le même Conſeil
de Brabant , en tant que la choſe le concerne ,
ne peut qu'adhérer à ladite repréſentation des
Etats , & à la Proteſtation y repriſe , & qu'il
croit , qu'en conséquence du Serment , que les
Membres de ce Conſeil ont prêté ſur la Joyeuse-
Entrée , aucun d'eux ne peut , dans les circonſtances
préſentes , entrer en actualité de la
nouvelle Charge pour laquelle il a été déſigné ,
tant& fi long-tems que ce Conſeil ne ſera pas
ſupprimé légalement. Auſſi n'est-ce que dans
ce ſens que les Membres de ce Conſeil , défignés
pour leſdites nouvelles Charges , les ont
acceptées.
Nous avons rapporté la défenſe intimée
par le Conſeil d'Etat des Provinces-Unies ,
( 139 )
àtous les Commandans des Corps militaires
au ſervice de l'Union , de violer la fouveraineté
d'aucune des 7Provinces, en marchant
ſur ſon territoire, fans l'ordre de ſes
Etats. Cette réſolution , adoptée par cinq
Provinces , rejettée par la Hollande ,&que
laZélande a priſe ad referendum, occaſionne
une grande fermentation. Comme elle a été
motivée par des avis vrais ou faux qu'a reçu
le Conſeil d'Etat, de certains ordres donnés
au Général Ryffelt , qui commande le cordon
Hollandois ſur la frontiere d'Utrecht ,
les Officiers qu'on ſuppoſe en avo'r fait la
révélation , viennent d'être deſtitués par les
Etats de Hollande : ces Officiers ſont le Ca
lonel van- der-Duin , le Comte de Rechteren ,
& le Lieutenant - Colonel van-Hogenheim.
Ainſi les deſtitutions militaires ſoivent de
près les deſtitutions civiles.
L'unanimité n'eſt point rétablie à Rotterdam ,
par la démiſſion des ſept Conſeillers , & par l'acceptation
de ceux qui ont été reçus en leurs
places. Ceux qui ont été conſervés font difficulté
de fiéger avec les nouveaux , & l'on craint qu'il
n'en réſulte la néceſſité de changer entièrement
ce Conſeil , ce qui ne ſera pas aiſe .
Les ſociétésde la Haye ſediſſipent d'ellesmêmes
, ainſi qu'on l'avoit prévu. Pluſieurs
perſonnes de marque ont été faire effacer
leurs noms. Bientôt il ne reſtera plus de ces
aſſociations que le ſouvenir d'un projet mal
conçu. ( Gazette d'Utrecht , n° . 34. )
La Société, connue ſous le nom de la vé(
140 )
ritable Société patriotique , ſe continue ici
avec beaucoup de luccès, & ne ceſſe point
d'augmenter chaque jour conſidérablement
par le grand nombre de perſonnes de diftinction,
& des principaux membres de la
Bourgeoifie qui s'y font infcrire , & par con-
Téquent rien de plus faux , que les bruits que
pluſieurs Papiers publics tant de ce pays ,
que de l'Etranger , continuent de répandie,
ſavoir , que pluſieurs membres de ladite Société
en ont fait rayer leurs noms. Nous
pouvons affurer avec certitude , que cette
prétendue radiation n'a eu lieu de la part
d'aucun membre. ( Gazette de la Haye , nº.
56. )
Parag. extraits des Papiers Angl. & autres.
«On écrit de l'Ile de France , que M. Monneron
, qui eſt fort connu & en grand crédit
dans l'Inde a accepté l'offre que lui a faite
Tippo- Saïb , de conduire en France les Ambaffadeurs
, qu'il envoie au Roi. M. Monneron en
conféquence a demandé un navire au Commandant
de l'Iſle de France ; & cette ambaſſade arrivera
ici vers le mois de Juillet. C'eſt pour la
première fois que nous verronsà notre Cour
des Ambaſſadeurs Indiens de nation & d'origine.
» [Gaz. de Leyde , nº.34. [
C'eſt une choſe affez piquante d'entendre le
célebre Philantrope Howard raconter avec cette
douceur qui lui eſt propre , comment il étoit
accueilli dans les pays où l'on n'a pas , comme
(141 )
en Angleterre , le droit d'aller , fans rendre
compte de ſes démarches ; mais où , à chaque
pas, on eſt interrogé comme un criminel , ou
fouillé comme un voleur. M. Howard répondoit
aux ſentinelles qui lui demandoient fon
nom ,& où il alloit : & Meſſieurs, on me nomme
>>> Howard , & je vais dans les priſons » : & on
l'arrêtoit comme un homme ſuſpect. Il diſoit
aux Commis qui venoient pour lui prouver qu'il
portoit de la contrebande : « Meſſieurs , je ne
>porte avec moi que du pain & du lait » ; & ils
le laiſſoient paſſer , le prenant pour un fou. Il eſt
encore agréable d'entendre le bon M. Howard
raconter ſes tentatives pour voir la Baſtille. Le
pont-levis ne s'ouvre point devant lui : il dit
méme que la ſentinelle cria i l'alarme. Il a été
mieux reçu en Eſpagne, dis géoliers de l'Inquiſicion.
Ils lui ont laifé prendre connoiſſance
de leurs cacho: s , dont il ſe propoſe de donner
un plan.
Pour ſe prémunir contre l'air mal fain des
priſons , M. Howard a la precaution , quelques
jours avant de ſe mettre en voyage , de s'abftenir
des liqueurs & des nourritures ordinaires ;
il a ſoin d'atténuer & d'adoucir ſes humeurs ; il
s'accoutume infenfiblement à ne vivre que de
pain & de lait. Une fois en route & en fonction
, il ne fait uſage d'aucun autre aliments
c'eſt ainſi qu'il veille à la conſervation de ſa
ſanté. Il n'eſt pas moins remarquable , par les
précautions qu'il prendpour ſe rémunir , pendart
l'abience , contre le ſentiment amerde la
ſéparation d'avec les ſiens.... Long- temps avant
fon prender départ , il s'iſola dans ſa propre maifon
, de fet amis , de ſa femme , de ſes enfans.
Aalla vivre dans un bâtiment ſitué à l'extrémité
de fon valjardin. C'eſt de là & dès lors , qu'a
( 142 )
:
commencé avec eux ſa correſpondance épiſto
laire . M. Howard eſt revenu deux fois depuis
dans ſa maiſon , ſans jamais interrompre fa correſpondance
, parce qu'il devoit repartir. Il reviendra
peut- être encore p'uſieurs fois chez lui ,
ſans y viſiter aucun de ceux qu'il aime trop pour
les voir; ceux-ci l'aiment aſſez , pour s'impoſer
la même privation. Cet accord ſublime , ces
facrifices pénibles & volontaires , produiſent
l'oeuvre de bienfaiſance & d'humanité , qui va
être conſacré par une ſtatue; & qui ſera dans
la mémoire des hommes , ſans doute, tant qu'il
yaura des nations policées . ( Gaz. d'Utrecht ,
nº. 31. Nouv. de la Repub. des Lett. n°. 19. )
Dans une Egliſe de Salzwadel en Allemagne ,
on lit , dit un témoin oculaire , l'épitaphe ſuivante
d'un Maître de Poſte.
<< Voyageur ne te preſſe pas comme ſi tu
>> étois en poſte : la poſte la plus vite exige
>> qu'on s'arrête à la maiſon de poſte. Ici repo-
>>>ſent les os de M. Mathias Schulzen , très-
>> foumis & très-fidele Maître de poſte de S. M.
>>> le Roi de Pruſſe , à Salzwadel , pendant 25
> ans. Il y arriva en 1655. Par le ſaint baptême
>>>il fut infcrit ſur la carte des poſtes , pour la
>> terre céleste de Canaan. Enſuite il voyagea
>>>avec diftinction dans le pélerinage de la vie ,
>> en parcourant les Ecoles & les Univerſités. II
>>r>emplit ſoigneuſement ſes devoirs de Chrétien
>> dans ſon emploi & les ſoins qu'il entraînoit.
>>L>orſque lapoſte du malheur arriva , il ſe con-
>>duifit d'après la lettre de la conſolation divine.
>> Enfin ſon corps étant affoibli , il ſe tint prêt au
>>>fignal donné de l'arrivée de la poſte de la
>>>mort. Son ame ſe mit en route le 2 de Juin
>> 1711 pour le Paradis , & fon corps fut enſuite
déposé dans ce combeau. Lecteur , dans ton
( 143 )
>pélerinage , penſe toujours à lapoſte prophé-
>>tiquede la mort. Jof. 38 , W. 1. » (Gazette
d'Utrecht n°. 35. )
: Le Miniſtre de Ruſſie , avant de partir , a expoſé
au Divan , qu'ayant fait ſavoir à ſa Souveraine
la négative de la Porte , & les réſolutions
vigoureuſes qu'elle avoit priſes , a répondu au
nom de l'Impératrice , que ni les oppoſitions ni
les préparatifs de guerre , ne pourront ébranler
S. M. , & qu'ainſi l'Impératrice , perfuadée de la
juſtice de ſes demandes , ne s'en déſiſtera jamais ,
&qu'Elle est réſolue de les ſoutenir , dans tous
les cas & par les moyens les plus convenables à
ſadignité &à l'honneur de ſon Empire. (Gazette
de Bruxelles , nº. 38 ) .
>>>La Cour de Berlin a déjà ſolemnellement
fait démentir , le bruit abſurde qu'elle avoit eu
des vues ſur la Coadjutorerie de Mayence , pour
le Prince puîné de Pruſſe. L'on voit avec ſurpriſe
, que malgré cela l'on continue à débiter
cette fable , & à la revêtir de toutes fortes de
circonstances abſolument controuvées . C'eſt aina
qu'on dit dans laGazette univerſelle de Florence ,
nº. 27 , ſous l'article d'Ausbourg , « que ce
>> plan avoit déjà été trouvé dans les papiers de
> Frédéric II ; qu'on s'étoit aſſuré d'un Brefd'é-
>> ligibilité du Pape , pour le Coadjuteur Pruf-
ככ fien , à condition de ſe faire Catholique ;
>> qu'on avoit offert 200 mille florins aux Capitulaires
de Mayence ; que le Comte de Traut-
>> mansdorff avoit été envoyé par l'Empereur ,
>> pour empêcher ce projet ; que dans un ſcrutin
du Chapitre 18 Capitulaires avoient voté
> pour n'élire aucun Coadjuteur que de leur
Corps ; que par-là la négociation ſourde avoit
manqué ; que la Chancellerie Impériale de
>> Vienne en avoit complimenté l'Empereur ,&
» lui avoit proposé de récompenfer les Capitu
(144)
laires qui avoient décliné toute récompenſe ,
>>> pour une action qu'ils avoient faite parprin-
>> cipe de propre conviction . Il eſt incompré
henſible , comment il ſe trouve une perſonne
qui puiſſe inventer & accumuler tant de menfonges
fur un ſeul fait , qui , ſelon toute apparence
, a été forgé à Mayence même par quelqu'un
, qui a cru defſervir la Cour de Berlin , &
rendre ſervice à d'autres , en créantune fiction
circonſtanciée , & en la répandant par nombre
de papiers publics , puisque d'après les recherches
faites il ſe trouve que cette nouvelle a été
envoyée par des lettres circulaires & anonymes
à la plupart des Gazettiers d'Allemagne , de
Hollande , d'Italie. Quoi qu'il en ſoit , la Cour
deBerlin peut provoquer hardiment au témoi
gagagee de l'Electeur & de tous les Capitulaire
de Mayence , & même à celui de la Cour Ipériale
, du Comte de Trautmansdorft , & dư
Souverain Pontife à Rome , qu'il n'y a pas un
mot de vrai àtoutes les circonstances rapportées
ci -deſſus , & que jamais ni le défunt Roi , ni le
Roi regnant de Pruſſe , n'ont manifeſté la moindre
vue ſur des Evêchés quelconques ; mais que
plutôt l'une & l'autre a toujours travaillé publiquement
à exclure des Evêchés les Princes
Souverains , en les conſervant à la Nobleſſe &c.
aux membres des Chapitres. L'on ſe ſouvient
encore des deux lettres publiques que Frédé
ric II écrivit aux Chapitres de Cologne & de
Munfter , lors de l'élection de l'Archiduc Maximilien,
afin de les exhorter à n'élire pour Coadjuteur
qu'un fimple Gentilhomme, membre du
Chapitre,en leur offrant de foutenir dans ce
cas la pluralité du Chapitre , par tous les moyens
conſtitutionnels. C'étoit be ſyſteme de Frédé
ric II; c'eſt encore celui de Frédéric-Guillaumes
(Courie, du Bas-Rhin , nº 3.4.)
1
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 26 ΜΑΙ 1787. A
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à Mme la Comteſſe DE BART
MONT B*, qui me flattoit d'une fortune
prochaine.
DE
E ce qu'un Grand eſt monMécène,
(Le jugeant d'après votre coeur )
Vous en augurez mon bonheur ,
Et volontiers j'y ſouſcris , noble Iſmène;
Cependant lePactole & l'onde d'Hypocrènc
N'ont pas toujours
Un même cours ;
Versdes lieux oppoſés leurpente les entraîne.
Voyez l'immortel Apollons
Voyez les ſoeurs de Melpomene;
Νο. 21 , 26 Mai 1787. G
145 MERCURE
Unberceau de verdure , un tapis de gazon,
Sont pour eux ce qu'eſt Trianon
Pour notre auguſte Souveraine.
Leur nectar favori jaillit d'une fontaine ,
>
Ils ont pour belveders le Pinde & l'Hélican ;
Leurs boullingrins font le ſacrévallon ,
Leur parquet l'émail dela plaine,
Un ciel d'azur leur pavillon ,
Des boſquets de laurier leur parc & leur domaine,
Philomèle leur Amphion ,
Et Pégaſe letur ſert tour-à-tour dans l'arène
De courfier & de Phaeton.....
Le chantre des Henris futun vraiphénomène ,
Il fut à la fortune allier les talens;
Mais le divin Homère , Efope & La Fontaine
Ont- ils vécu, font- ils morts opulens ?
L'opinion contraire eft la moins incertaine.
Eh! que font au bonheur les tréſors de Créſus ?
Le ſage , pour peu qu'il obtienne,
Vitcontent , & préfère , heureux de ſes vertus ,
L'humble tonneau de Diogène
Au vain faſtede Lucullus.
(Par M. l'AbbéDourneau. )
DE FRANCE. 147
Sur une Piqûure d'Aiguille , imitation du
Poëte Latin Jean Bonnefonds.
AIGUILLE IGUILLE au dard trop inhumain ,
Que t'ont fait les doigts de ma Belle ?
Pourquoi de ta pointe cruelle
Bleffer une auffi belle main ,
Une main qui n'eſt point coupable .....
Ces jolis doigts ne font pas faits
Pour éprouver un fort ſemblable ,
Mais bien ſon coeur invulnérable ,
Qui de l'Amour brave les traits ;
Vers ce coeur trop inacceſſible
Que ton ſtylet ſe faſſe jour,
Et fais , en le rendant ſenſible ,
Ce que n'a pu faire l'Amour.
(ParM. le Comtede laMuffe. )
*
Gü
148 MERCURE
ÉPIGRAMME fur M. le Duc DE *** ;
qui me promettoit beaucoup après díné, &
qui m'oublioit à jeun.
PAULI
AUL , rendu généreux par un nectar divin ,
Tu me promets le ſoir monts & merveilles ,
Et le matin , quand tu t'éveilles ,
Tu net'en ſouviens plus: Paul, bois donc le matin.
(Par M. l'Abbé de la Reynie , deplusieurs
Académies. )
Explication de la Charade, de l'Enigme &
duLogogryphedu Mercureprécédent.
Lemot de la Charade eſt Corbillard ; celui
de l'Enigme eſt Feu ; celui du Logogryphe
eſt Laboureur , où l'on trouve Labre , boule ,
Albe , râle , Aurore , rable , la , ré, eau ,
labour, le,leur,le Béra , l'Aube, l'Eure ,
bouc:
DE FRANCE 149
CHARADE à Mile DE ***
Monpremier bien ſouventt'épargneunebleſſure :
Charmante Iris, tu fais mon ſecond avec goût ;
Et chaque jour , hélas ! voit tomber en mon tout
Les chef-d'oeuvres de l'Art & ceux de la Nature.
(Par M. Boinvilliers , à Versailles . )
J
ÉNIGME.
Efais ſouvent verſer des pleurs
Acelledont les ans ont flétri tous les charmes.
Je ſuis un ſujet de douleurs ,
De peine, de gaîté, de plaiſirs& de larmes.
Fort ſouvent avec mon ſecours
Ondonne une fraîcheur , une grâcenouvelle
Ades attraits que tous les jours ,
Malgré tous ſes efforts , voit périr une Belle.
La Belle , en me conſidérant ,
:
Regarde avec plaiſir ſes attraits & ſes charmes;
Elle penſe en riant aux larmes
Que ſes dédains feront répandre à ſon amant ;
Celle àqui laNature avare
N'a pas voulu donner la grâce & les attraits ,
Gin
150
MERCURE
Cherche avec mon fecours ſur ſa mine bizarre,
:
Des charmes qu'elle n'eut jamais.
( Par ur. Écolier de Troisième.)
LOGOGRYPHE.
LECTEUR, ECTEUR , je ſuis desGrands lacompagne ſecrette;
Ce n'est qu'en leur faiſant courbette fur courbette
Que l'on m'obtient ; & veut- on parvenir
Aux dignités ? Veut on en atteindre le faîte ?
Quede mai fagement on ſache ſe munir ,
Etde ſes ennemis on verrala défaite.
Je paſſe ma vie à la Cour ;
AParis cependant je fais quelque ſéjour;
• Chez le Miniftre c'eſt mamaiſon de plaiſance ,
Et le jour qu'ildonne audience ,
J'ai fur-tout ſoin d'y faire un tour.
Mes fix pieds offrent à la vue
Une racine très-connue;
Un dur métal ; un élément ;
Puis un endroit cu paſſe & Prince & mendiant.
Lecteur , de qui l'eſprit rumine,
Devine fi tu peux , devine .
(Par M. D***** , Ecolier de Rhétorique. )
:
DE FRANCE. 151.
NOUVELLES LITTERAIRES.
EssAIfur les Révolutions du Droit François,
par M. Bernardi , de l'Academie des Siences,
Belles-Lettres & Arts de Marſeille. A
Paris, chez Servière ,Libraire , rue S. JeandeBeauvais.
L''HHOOMMMMEE veut être heureux , & laſcience
de la Légiflation , qui feule pourroit affurer
fon bonheur , eſt de toutes les ſciences la
moins avancée. Au milieu des prodiges des
Arts parvenus à leur maturité , & décorant
Pintérieurdes Empires , l'art créateur&confervateur
de tous les autres eſt reſté preſque
dans l'enfance. Dans tous les temps les hommes
ont embelli leur demeure avant d'en af
fermir les fondemens. La plupart des grands
peuples , tant anciens que modernes , n'ont
point eu d'autres Legiſſateurs que la ſuperftition
, le deſpotiſme ou l'efprit d'imitation.
Parcourez tous les âges du monde , vous verrez
d'abord, à l'une des extrémités de la chaîne
des ſiècles , la fuperftition corrompant en
Égypte les loix de l'antique Zoroaftre; l'elprit
d'imitatión les tranſportant de l'Égypte
fur les rochers de l'Attique , & des rochers
Giv
152 MERCURE
de l'Attique ſur l'airain du Capitole ; enfin le
deſpotiſme des Empereurs & des Papes les
détachant du Capitole , & les répandant , à
l'autre extrêmité de la chaîne des ſiècles ,
dans tout le monde chrétien. Ces loix étrangères
& fans ceſſe accrûes de préjugés nouveaux
, fubmergèrent l'ancienne Légiflation
des peuples du Nord , mieux accommodée
au géniede chaque Nation , & naturaliſée en
quelque forte dans les contrées qu'elle gouvernoit.
C'eſt à travers cette confufion des
loix de l'Aſie & del'Europe, que M. Bernardi,
jeune Auteur , couronné des lauriers Académiques
, entreprend de chercher les véritables
fondemens du Gouvernement François.
Il croit les découvrir dans la conſtitutionGermanique
, donnée à nos ancêtres par le génie
dela liberté: Légiflateur dont les loixn'avoient
point, comme celles de Zoroastre & des Mages,
pris la couleur de tous les préjugés des
ſiècles , à travers leſquels elles étoient paffées.
J'eſſaie de donner dans la courte&rapide analyſe
qui fuit , l'eſprit de fon Ouvrage.
Defcendans de ces peuples libres, qui remplirent
l'Univers du bruit de leur valeur , de
ces anciens Germains , dont la corruption de
Rome ne put jamais triompher , les Franes
apportèrent dans les pays qu'ils conquirent
les uſages & les loix de leurs pères. Sous les
Rois des deux premières races , le Gouvernement
François eſt la copie & la repréſentationdu
Gouvernement Germanique. Dans
DE FRANCE. 153
les Germains de Céſar &de Tacite , vous retrouvez
les Francs ; & dans les Francs , les
Germains de Céſar & de Tacite: même ſimplicité
de moeurs , même rudeſſede caractère ,
même reſpect pour la vie du Citoyen , même
liberté civile & politique. En un mot, dans
les premiers âges de notre Monarchie , tout
chez les Francs eſt Germain. Le peuple , maîtrede
la puiſſance législative , de l'aveumême
de ſes Rois , * exerçoit dans les Affemblées
générales de la Nation ſes fonctions de Légif
lateur. Il étoit libre , parce qu'il n'avoit point
d'autre Souverain que ſa volonté , dont fes
loix étoient les regiſtres. Ses loix étoient juf
tes , parce que nul ne peut être injufte en
vers lui-même. Le Monarque chargé de la
puiſſance exécutive , étoit le premier Magif
trat de la France, & la ſource où les Magiftrats
ſubalternes puiſoient leur autorité. Mais cette
fidelle image de la ſageſſe &de la liberté germanique
, altérée d'abord par l'ignorance &
la ſuperſtition , défigurée par la ferocité du
régime féodal. a perdu
tous les traits de ſa reſſemblance avec fon
heureux modèle .
.....
Le règne de Charlemagne eſt la première
époque de la corruption de nos loix. Ce Prince
, en étendant ſon Empire , l'énerva. La
* Une Loi , dit Charles- le- Chauve , ſe fait par
le confentement du Peuple & la conſtiturion du
Roi. Capitul. Carol. Calv. tit. 36, Cap. 6 , 8 . :
Gv
154
MERCURE
proſpérité de la France , ſous ſon gouvernement
, fut le miracle de ſon ſeul génie. Lavie
du Royaume n'étoit point dans la monarchie ,
mais dans leMonarque. Les ſucceſſeursde fon
pouvoir ne le furent pas de ſes talens , &fon
empire mourut en quelque forte avec lui.
En effet , à peine ce Prince at'il fermé les
yeux,qu'on voit débarquer fur nos côtes avec
les Normands le brigandage & la déſolation ,
tandis que , dans l'intérieur du Royaume ,
l'ambition facerdotale eſſaie contre le fucceffeur
deCharlemagne la puiſſance qu'elle tenoit
de Charlemagne , enferme dans un cloître
le Roi & la Royauté , élève ſon trône fur
l'autel , ceint le diademe ſur la Thiare,& fans
autres Soldats, ſi l'on peut le dire , que l'ignorance
des peuples & la foiblefſe des Rois ,
s'avance àla conquête du mondeChrétien.
Cette ufurpation de l'autorité légitime eſt
la ſeconde époque de la corruption de nos
loix: dès lors plus d'unité dans le Gouvernement
, plus de concert dans l'obeiſſance. Les
deux, têtes de l'aigle , comme dit Hobbes ,
font ſéparées. On voit dans un ſeul & même
érat deux Légiflateurs , deux Chefs , deux pa
tries : foumis à des devoirs bizarres & contradictoires
, on ne peut plus être à- la- fois
dévot & citoyen. Rivaux irréconciliables , le
pouvoir légitime & le facerdoce ſe font une
guerre fourde , mais toujours à l'avantage de
Pufurpateur . Le facerdoce n'oppoſe à fon ennemi
qu'une puiſſance inviſible , mais d'au
DE FRANCE. гру
tant plus redoutée , qu'elle eſt plus inconnue;
il prodigue d'utiles miracles , & fait defcendre
le ciel tout armé pour foutenir ſes ufurpations.
Sa politique immortelle , comme
cellede tous les corps , à travers les générations
qui s'éteignent& ſe renouvellent, marche
au pouvoir d'un pas égal & uniforme."
Enfin le véritable Souverain n'eſt plus Souverain,
il n'eſt plusque le Miniſtre & l'Officier
des Prêtres , il n'eſt plus rien.
Ainſis élevoit inſenſiblement ledeſpotiſme
féodal. Cemonftre aux cent bras reſſerre l'au-
⚫torité du Monarque dans le cercle de quelques
villes& de quelques provinces , laiſſe ,
avec une hypocrite foumiſſion au fantôme de
laRoyauté , le ſceptre ,la couronne , & tous
les ſignes de la puiſſance, dont il ufurpe la
réalité , & , comme les afſaffins de Célar
fléchit le genou devant le Souverain pour le
poignarder plus sûrement. A cette époque de
Paviliſſement de la monarchie , plus d'idées
de juftice&de vertu, plus de notion du bien
&dumal , plus d'humanité : par- tout le peuple
, diviſe en grands troupeaux de bérail
&dévoré par ſes conducteurs , par- tout l'antre
du Cyclope. L'eſclavage s'étend fur l'efprit
, ſur les ſens, ſur le coeur. Les élémens
eux-mêmes ne peuvent échapper à la ſervi
tude univerſelle. « Il n'y a point d'élémens
>> que les Hauts-Juſticiers , dit un Auteur ,
» qui a écrit ſur les fiefs , que les Hauts Juf
>> ticiers n'aient voulu s'approprier. La terre
د
Gvj
156 MERCURE
" eſt à eux par les terrages , les champarts,
>> les bordelages , les agriers , les cenfes& les
ود
ود
autres droits fonciers. Ils s'attribuent les
eaux , en s'appropriant les petites rivières
" & les bannalitésdes moulins. L'air eſt à
"
eux, puiſqu'ils prennent en quelques lieux
" un droit à la naiſſance d'un enfant , comme
" un tribut qu'il doit à l'inſtant qu'il reſpite
" l'air. Le feu méme n'eſt pas échappé à leur
domination , puiſqu'ils prennent des rede-
ود
ود
vances de chaque habitant faiſant feu &
> fumée. La force & l'ignorance étoient
alors les ſeules Légiflatrices de l'État ; l'épée
le ſeul Magiftrat de la Nation ; un champ
clos , le temple de toute juſtice. Alors fefiétrirent
les décorations de l'honneur, réſer
vées juſqu'alors à ces vieux Guerriers muti
lés qui préſentoient leurs cicatrices pour
tout titre à la reconnoiſſance publique. "Un
ود château fortifié , dit l'Abbé de Condillac ,
→ donnoit la nobleſſe àun brigand auquel il
>> ſervoit de retraite:on naiſſoitnoble, parce
>> qu'on naiffoitbrigand.» ر
Telle eſt , obſerve M. Bernardi , l'étroite
liaiſon des intérêts des Souverains avec les
intérêts des peuples , que les affranchiſſemens
font le premier moyen dont ſe ſervirent nos
Rois pour reffufciter leur puiſſance. Sous
Charles-le Chauve , l'homme n'a plus fur
l'homme , fon ſemblable , un droit que lui
refuſe la Narure ; l'habitant des villes eft
maître des ſentimens de ſon coeur, de fon
DE FRANCE. 157
honneur , propriétés inaliénables de l'hom-:
me , qui ne peut s'en dépouiller ſans renoncer
àlui-même, fans ceſſend'ètre. La liberté,
ſe répandant peu-à-peu des villes dans tout
le Royaume, fait éclorre dans les campagnes
les moiffons&le commerce,& dans le coe
des citoyens les talens & les vertus ; elle,
transforme les eſclaves en hommes. Les croifades,
felon la remarque de Robertſon , ſemblent
aufli concourir au bonheur des peuples;
la Terre- Sainte devient la ſepulture des tyrans
de l'Europe , & pour la première fois
peut-être la guerre n'eſt pas un mal. A la
même époque les Parlemens formoient au
milieu du Royaume une eſpèce de milice
civile, & faifoient aux ennemis de la puiſi
fance royale une guerre de talens & de probité,
Après une lutie d'environ deux fiècles ,
notre ancienne conſtitution ſembla renaître
& reprendre la vigueur de la jeuneſſe. Nos
bons Rois donnèrent encore à l'Europe le
plus noble & le plus touchant ſpectacle dont
puiſſe jouir l'oeil humain , le ſpectacle, d'un
Prince exerçant au pied d'un hétre , la pres
mière de ſes fonctions , la ſeule par laquelle
les Rois foient véritablement Rois , rendant
lui-même la juſtice à ſon peuple. On voyoit
encore le Souverain dépoſer quelquefois le
manteau de la royauté , & citoyen entre ſes
concitoyens , ſe meler& fe confondre dans
la foule du peuple, communiquer par lui-
1
158 MERCURE
même avec ſes ſujets , écouter lui-même
leurs plaintes, effuyer lui-même leurs larmes ,
&faire grâce à la licence en faveur de la
vérité qu'elle portoit au pied du Trône.
Ileſt un temps dans la vie où l'homme voudroit
s'arrérer. A meſure qu'il s'éloigne de
cetheureux période, on le voit retrograder
par la penſée , &ſe rajeunir en quelque fortes
par ſes ſouvenirs: peut être l'époque des États-
Généraux qui va s'éloigner,eſt- elle lepoint où
J'on eût pu defirer que notre conftitution ſe
fût arrêtée.
Les Romains n'avoient pu fubjuguer par
la force des armes l'eſpritde liberté des peu
plesde la Gaule. Mais le génie du defpotiťme ,
furvivantà ce peupledans fes loix, vint achever
ce que n'avoient pu faire fes Légions.
Richelieu, ce
grand maitre en fait de defpotifme, dirigeant
horizontalement ſurla nation , comme
far un plan , le glaive de la puillance , fit
tomber toutes les rêres qui s'élevoient audeſſus
des autres. De tous leurs privilèges , les
Parlemens ne conſervèrent que celui de faire,
des remontrances , l'unique droit dans l'exerciceduquel
ils repréſentent encore laNationa
Avec les formes bizarres que traînèrent
àleur fuite les loix de l'ancienne&de la nouvelle
Rome , arrivèrent les Procureurs.De la
néceſſité des Procureurs naquirent l'énormité
des dépens , & tous les maux attachés à la
violation de la loi naturelle, qui laiſſe à cha
DE FRANCE.
159
cun le ſoin & le choix de ſa défenſe ..
Notre jurisprudence criminelle ne préſentepas
un tableau moins affligeant. Al'imitation
du Tribunal établi par les Souverains
de Rome contre le crime de lèze- majeſté humaine
, l'intolérance d'une nation voiine
éleva le Tribunal de l'Inquifition contre l'heréſie
, c'est- à-dire , contre le crime de lèzemajeſté
divine ; & elle introduifit fourdement
dans nos Tribunaux , pour toute efpèce
de crimes , l'inſtruction ſecrette , qui
n'eſt ſuivie , même chez elle , que pour les
crimes qu'on appelle d'Inquifition.
Après avoir ſuivi dans leurs développemens
ſucceſſifs les cauſes de la corruptionde
nos Loix civiles & politiques , M. Bernardi
ſoumet aux lumières ſupérieures du Gouvernement
quelques vues ſur la juſtice civile .
Selon M. Bernardi , une exacte diviſion du
Royaume en diſtricts d'une étendue à- peuprès
égale , diviſés eux - mêmes en diſtricts
d'une moindre étendue , & dépendans cha
cun d'une ville du premier , du deuxième ou
du troiſième ordre , qui dépendroit à fon tour
d'un Conſeil Suprême , convoqué une fois
l'an pardes Commiſſaires du Souverain , établiroit
une échelle graduée de jurisdiction ,
qui mettroit la justice à la portée de tous les
Citoyens. Les Tribunaux , ouverts au riche ,
ne ſeroient plus fermés au pauvre.Eſpèce de
Dieux civils faits pour corriger l'inégalité
phyſique par une forte d'égalité morale ,les
1
160 MERCURE
loix ne feroient plus dans un ordre renverſé
de ce qu'elles doivent être ; elles n'ajouteroient
plus la force à la force ,& la foibleſſe
à la foibleffe. L'autorité préſente dans toutes
les parties de la France , porteroit de ſes propresmains,
aux deux extrémités du Royaume,
la peine& h récompenſe ; elle liroit fur les
lieux beaucoup mieux que dans les Écrits infidèles
& menteurs d'une foule d'intermédiaires
, le crime ou l'innocence des accuſés.
Dans l'exécution des jugemens contre les
débiteurs , par exemple , on laiſſeroit quelque
choſe en ufufruit aux perſonnes qui, par
l'âge , nous rappellent un père ou une mère
chérie. Les malédictions du vieillard , dit le
Prophète , hâtent la chûte des Empires. Tous
les Arts utiles font une eſpèce de facerdoce.
Qu'il ne foitdonc pas plus permis d'arrêter
le Laboureur dans ſon champ, que le Prêtre
à l'autel; & que les fonctions de l'état qui
nourrit les hommes, foient facrées comme
celles de l'état qui les ſanctifie.
:
*
DE FRANCE. 161
LES Pſeaumes de David, traduitsfur le
texte hébreu, accompagnés de réflexions
qui en développent lefens , & de notes qui
en éclairciſſent les principales difficultés ;
auxquels on ajoint le texte latin de la
vulgate & la traduction de M. de Sacy.Ouvrage
dédié au Roi: parM. Bauduer , Curé
de Peyruffe- Maffas , au Diocèfe d'Auch ;
2 vol. in - 12 de 425 pages. A Paris , chez
Samſon , Libraire , quai des Auguſtins.
ود
"Encore un nouveau travail ſur les pſeau-
> mes, dit M. l'Abbé Bauduerdansunepréface
très-modeſte ! n'ont-ils donc pas été affez
» traduits & commentés ,&peut- on eſpérer
>> d'éclaircir ce qui ne l'a pas été , d'après les
>> recherches d'un ſi grand nombre d'Au-
>> teurs ? Voilà, je le ſens , la première idée
>> que va faire naître le titre ſeul de cet Ou-
» vrage. »
Il s'agiffoit donc de ſe juſtifier de cette tentative,
& c'eſt ce que fait très bien M. l'Abbé
B ....Il prouve incontestablement la néceflité
d'un nouveau travail fur les Pſeaumes , en
faiſant obſerver que les commentaires ne
ſervent le plus ſouvent qu'à rapporter , à
comparer entr'eux les differens ſens qu'on
donne aux textes , mais qu'ils ne difpenfent
pas d'une traduction. " Jamais , par exemple ,
162 MERCURE
:
:
د
>> dit-iljudicieuſement,onn'entendra comme
il faut une Pièce de poéſie avec les notes
ſeules variorum, ſi l'on ne ſe fait foi-même
>> une traduction mentale d'après leurs di-
>> verſes interprétations. La multiplicité des
>> explications ne fait qu'embrouiller les
» idées , &c.
ود
...
Les Paraphrafes, ajoute-t- il, n'ont pas
>> cet inconvénient; mais elles ont celui de
>>faire diſparoître un grand nombrede beau-
>> tés qu'une traduction bien faite confer-
» vera Le fublime, on le fait, ne s'atteint
> que lorſque l'eſprit s'élève tout- à-coup
>> d'une idée à une autre , malgré l'intervalle
>> immenfe que mettent entre elles une
>> foule d'idées intermédiaires qui les lient.
>> Or, la Paraphrafe d'un Pleaume, au-lieude
>> franchir tout-à-coup cet intervalle , pro-
> mène lentement l'eſprit par toutes ces
>> idées intermédiaires,&de-là il arrive que
>> ce qui nous frappe, nous étonne &nous
>> ravit dans un Preaume , ne nous paroît
>> dans la Paraphraſe qu'une penſée ordi-
» naire. »
Quant aux traductions anciennes & modernes,
M. l'Abbé B. leur reproche le défaut
contraire aux Paraphrafes , celui de laiſſer
aux Preaumes une obſcurité , une incohé
rence apparente qui rebute ceux qui cherchent
àſaiſir le ſens de ces Cantiques divins.
La modeſtie du nouveau Traducteur ne lui
permet pas d'accuſer ſes prédéceffeurs de
grandes infidélités à l'égard du texte ; cepen
DE FRANCE.
163
dant, quoiqu'il paroiſſe incroyablequedetant
de Savans qui ont traduit la Bible, il ne s'en
ſoit pas trouvé un ſeul qui l'ait entendue
parfaitement, on ne peut s'empêcher d'avoir
cetteopinion quand on voit que la Bible de
Sacy, qui fourmille de fautes & de contreſens,
paſſe néanmoins pour la meilleure de
toutes, & eſt la plus généralement adoptée.
Je vais prouver bientôt ce que j'avance ici ;
mais je dois auparavant faire connoître le
nouveau plan de traduction adopté par M.
l'Abbé Bauduer.
Chargé autrefois d'expliquer les Pfeaumes
àde jeunes Eccléſiaſtiques deſtinés à entrer
dans les Ordres, il vit la difficulté qu'ils
avoient à les bien comprendre , & fentit
l'utilitéd'une traduction nouvelle qui ſecondât
mieux que les aurres le defir qu'ils avoient
de les étudier. Il a done cru qu'il falloit leur
préſenter une traduction faite fur l'originai
même; mais pour mettre les Lecteurs à portée
de ſuivre la Vulgate , il l'a jointe à fon
Ouvrage, avec la traduction de Sacy. Il ſe
juſtifie d'avoir employé quelques expreſſions
qui ne paroîtront pas affez conformes au
génie de notre langue,furle defir qu'il a eu
de conſerver autant qu'il étoit poſſible la tournure
de phrafe hébraïque. On ne fauroit trop
le louer de cette fidélité. Une traduction doit
toujours avoir un goût de terroir qui laiffe
deviner le génie de la Langue qu'on a traduite.
Il ne faut pas qu'Homère, Virgile , le
Taſſe & Milton ſoient traduits du même
164 MERCURE
ſtyle , ni qu'aucune de ces traductions ſoit
écrite comme le ſeroit un Ouvrage conçu
enFrançois.
M. l'Abbé B. fait à cette occafion des réflexions
très- ſenſées. " Si un Lettre Chinois ,
>> dit-il, renommé par ſes talens & par ſes
>> connoiſſances, venoit parmi nous , la cu-
>> rioſité nous auroit bientôt attirés auprèsde
> lui ; nous prendrions tous les moyens d'ap-
>> précier ſon mérite , & pour cela bien loin
>> de defirer qu'il ſe revêtît ſelon nos mo-
>> des ,& qu'il prit nos manières, nous aime-
> rions mieux qu'il conſervât les uſages de
ſon pays , quelque peu que nousy futlions
accoutumes. Au lieu d'être fachés qu'il
>>donnât pas toujours à ſes diſcours une
>> tournure françoiſe , nous aimerions mieux
>> l'entendre s'exprimer d'une manière ap-
> prochante du génie de ſa Langue , parce
>> que nous trouverions ſouvent qu'en ſe ſer-
>> vant de ces tournures inuſitées , il ne feroit
>> que donner plus d'énergie à ſes paroles.
"
ne
Voilà comment font affectés ceux qui font
>> pénétrés d'un juſte reſpect pour les Auteurs
>> ſacrés (&même pourles Auteursprofanes),
> ils veulent les voir dans leur coſtume ; &
ود s'ils ne peuvent les entendredans leur Lan-
>> gue naturelle, ils defirent que les Livres en
>> confervent quelque choſe dans la Langue
>> qu'ils empruntent. >>
Tel eſt le parti qu'a pris M. l'Abbé B. , & il
meſemble que ſa traduction n'en a que plus
de force& de nobleſle. Les expreffions même
DE FRANCE. 165
les plus extraordinaires ne choquent jamais
lorſqu'elles préſentent une image juſte , &
qu'elles étendent la penſée. Pour donner
une idée du ſtyle du nouveau Traducteur ,
je vais citer un de ſes Preaumes , & j'en
prendrai l'occaſion de faire remarquer les
endroits où la Vulgate diffère du Texte , &
ceux où Sacy a paru n'entendre ni le Texte ni
laVulgate.
Je tombe ſur l'un des plus beaux , ſur le
dix-huitième: Cæli enarrant gloriam Dei. Lé
latinde la Vulgate eſt entre les mains de tout
lemonde. Voici la traduction de M. l'Abbé
Bauduer.
" Les Cieux dans leur langage publient la
>>gloire du Tour-Puiſſant. Le firmament an-
>> nonce que le Monde eſt l'ouvrage de ſes
» mains. » :
1
Je ne puis juger de l'original hébreu ; mais
àmoins qu'il ne contienne quelque mot négligédans
la Vulgate , il me ſemble que le
Traducteur s'est trompé dans la ſeconde
phraſe. Le latin dir que le firmament atteſte
l'ouvrage de ſes mains , & ne parle pas du
reſte de l'Univers. C'eſt comme s'il diſoit :
Lefirmament, par toutes les merveilles qu'il
étale,prouve qu'il ne peut être forti que des
mains d'un Dieu ; - mais le firmament ne
prouve point que le Monde ſoit ſon ouvrage.
Sacy , qui a traduit Cæli enarrant par cette
foible expreſſion : Les Cieux racontent,ajoute
lefirmamentpublie les ouvrages defes mains ,
cequinemeparoîtpas le ſens de l'original.
166 MERCURE
"
« Le jour répète ce langage au jour, la
nuit le répète à la nuit. »
Cette grande idée eſt exprimée par M.
l'Abbé B. d'une manière éclatante & noble ,
randisque Sacy dit ridiculement : unjour annonce
cette veritéà un autrejour, & une nuit
en donne la connoiffance à une autre nuit.
Qu'est-ce que ce jour qui parle à un autre
jour?&dequelle vérité eſt il queſtion ?
«Ce ne ſont pas des paroles ; ce n'eſt
>> pas une voix dont le ſon ne parviendroit
>> pas à nos oreilles. La voix des Cieux ſe
> répand par toute la terre, leur parole re-
" tentit juſqu'aux derniers confins de l'Uni-
> vers. "
ne
Voilà qui eſt encore exprimé d'une manièredigne
du texte ; écoutez le non-fens de
Sacy : Il n'y a point de langue ni de différent
langage par qui leur voix foit entendue;
leur bruit s'est répandu dans toute la terre, &
leurs parolessefont fait entendre jusqu'aux
extrémités du Monde. Comprend-t'on une
langue&un langage qui entendent ? & pouvoit
on rendre plus miferablement lefonus
corum, le ſon que rendent les Cieux , que
par leur bruit ? Ignore-t-on que les Anciens
croyoientque les Cieux ou les Aftres étoient
folides & fonores , qu'ils étoient même difpoſesdans
les proportions muſicales ? Voyez
le ſonge de Scipion .
" A ces confins même eſt placé le pavillon
du Soleil ; c'eſt de là que cet Aſtre ſe
> montre tel qu'un nouvel époux qui fort
DE FRANCE. 167
-
» de ſa couche nuptiale. Impatient , plein
>> d'ardeur, il s'élance comme un géant danis
,, la carrière. Il part d'une extremité des
Cieux , &décrivant un cercle immenſe , il
>>> arrive à l'autre extrémité ſans que rien
dans ſa courſe ait pu ſe dérober à la cha-
>> leurde ſes rayons . >>
t
Juſqu'ici on a vu que tout le Pleaume
dans la traduction de M. l'Abbé B. eſt conſéquent
,que les idées ſont liées entre- elles ';
ona pu juger au contraire de l'incohérence
qui règne dans celle de Sacy ; mais il a fait
un contre-ſens bien plus étrange. La Vulgate
dit: In Sole pofuit tabernaculum ejus ( Deus,
Dieu bien entendu) & ipfe tanquam fponfus,
&c. Il n'a pas entendu que cet ipſe ſe
rapporte à Sole , & c'eſt Dieu qu'il fait ainſi
promener d'un bout à l'autre de l'Univers.
Peut- être le nouveau Traducteur auroit- il dû
faire fentir davantage in Sole pofuit. Il me
ſemble qu'on doit l'entendre ainfi : Dieu a
établifa demeure dans le Soleil, & cet Aftre
en marchantcomme un nouvel époux qui fort
defa couche nuptiale , s'élance ainſi qu'un
géant pourfournirſa courſe. Je ne voudrois
pas que cette image fût ſurchargée des mors
impatient, plein d'ardeur, décrivant un cercle
immenfe, qui n'ajoutent rien à ſa beauté , &
quine font pas dans l'original. Je fais grace
au Lecteur de la traduction de Sacy.
•Tel est le bel ordre de l'Univers. Mais
» que la loi de Jéhovah paroît plus belle encore!
La loi de Jéhovah eſt parfaite , &
.
168 MERCURE
" rend les ames heureuſes. Ses fidèles Oracles
donnent la ſageſſe aux humbles. Ses
> décrets pleins d'équité portent la joie dans
"
ود le coeur. La clarté de ſes préceptes deffille
>> les yeux. La pureté de ſon culte ne ſera
>>.jamais alterée. Ses jugemens font infailli-
ود bles; ils ſe juſtifient par eux-mêmes. Ses
>> commandemens ſont préférables à des
» monceaux de pierres précieuses ; ils font
>> plus doux que le miel le plus pur. »
:
C'est ici l'un des cas où M. l'Abbé B. a cru
que ſa traduction devoit ſuppléer aux Paraphrafes
& aux Commentaires. Il n'exiſte plus
de liaiſon apparente dans les idees de l'original.
L'Auteur ſacré a établi la puiffance de
Dieu prouvée par les merveilles de l'Univers.
La peinture de la marche du Soleil fort
naturellement de cette première idée comme
une preuve nouvelle. Tout- à-coup il s'écrie :
Lex Domini immaculata convertens animas,
ce qui ne ſe joint plus immédiatement dans
l'efprit . Le Traducteur rétablit cette liaiſon
par l'addition d'une idée intermédiaire. Il eſt
évident qu'il eſt le maître de la choiſir à fon
gré, pourvu qu'elle préſente un ſens raifonnable.
Cependant comme dans ces additions
néceſſairement conjecturales , on ne peut jamais
être sûr d'avoir ſaiſi la véritable penſée
de l'Auteur, il faut en être fobre, & ne les
employer que lorſqu'on y est abſolument
obligé. Peut- être en y réfléchiffant davantage,
le Traducteur auroit- il vu que le texte ne
manque pas autant de connexion qu'on peut
le
DE FRANCE.. 169
lecroired'abord. Si le Pfalmiſte avoit dit ſeulement
: Tout dans l'Univers annonce la
gloire de Dieu;sa Loi est parfaite , & rend
les ames heureuses : N'est-il pas vrai que ces
idées s'enchaînent fort bien l'une à l'autre ,
puifqu'après avoir prouvé la gloire du Tout-
Puiflant , il prouveroit enfuite ſa juſtice ?
Qu'a-t il fait de plus ? Il a peint cette gloire
dont il parloit. Les images qui ſe ſuccédoient
àſes yeux ſe ſont multipliées ſous ſa plume;
c'eſt le privilégedela Poésie. Leur abondance
a pu le détourner pour un moment de fon
idée prémière, mais ne l'en a pas entièrement
ſéparé. Au reſte , jenepropofececiquecomme
un doute ; il n'en eſt pas moins vrai que la
liaiſon ajoutée par le Traducteur ne fait rien
perdre au texte de fa beauté. Ceux qui voudront
ſe donner la peine de comparer cette
traduction à celle de Sacy, verront que la nouvelle,
pleine de grace , d'élégance & de grandeur,
n'en eſtpas moins fidelle&inoins litté
rale, tandis que l'autre , toujours plate &barbare,
manque ſouvent d'exactitude à l'égard
du fens.
" Votre ſerviteur, & mon Dieu , trouve
» en eux ſa lumière;mais ſouvent il tombe ,
» quoiqu'il s'applique à les obferver
La Vulgate dit : Et enimfervus tuus cuftodit
ea, in cuftodiendis illis retributio multa.
Mot à mot: Votre ferviteur les obſerve , &
trouve de grands avantages à les obferver. II
faut néceſſairement qu'il y ait ici une difference
entre le texte hébreu & le latin de la
Nº. 21 , 26 Mai 1787 . H
170 MERCURE
Vulgate. Le ſens adopté par M. l'Abbé B. ne
reffemble en rien à celui de cette ancienne
traduction . Je ne puis décider lequel s'eſt
trompé; mais celui du Traducteur François
me paroît plus confequent que l'autre ,
C'eſt aux Savans à juger s'il eſt exact. Je remarquerai
encore que M. l'Abbé B. a trèsbien
fait de négliger 1'& enim du latin. On
trouve dans toutes les langues de ces particules
expletives qui fervent à indiquer une
liaifon entre deux phrases fans déterminer
précisément quelle eſpèce de liaiſon , telles
que le μενde desGrecs, l'equidem des Latins, le
pure des Italiens, &c. Ces mots ne doivent
point être exprimés en François ; ils ne
doivent pas fur-tout l'être par le mot car ,
comme l'a fait Sacy. Car eſt une conjonction
qui marque une conféquence ; or il n'y
a certainement nulle conféquence entre ces
deux idées . Les commandemens de Dieu
ſont plus doux que le miel, car votre ſerviteur
les garde avec ſoin. On fent combien la
phrafe de Sacy devient ridicule.
" Eh! qui peut connoître ſes propres erreurs
? Effacez mes offenſes ſecrettes
defendez moi fur- tout de l'eſprit d'orgueil :
» qu'il ne domine point en moi ; alors je me
>>conſerverai pur , & j'éviterai des péchés
fans nombre. » "
Me voici encore arrêté. Défendez moi de
Pefprit d'orgueil eſt- il dans le texte hebreu?
Iln'eſt pas dans la Vulgate. Il y a : Ab occulsis
meis munda me & ab alienis parce fervo
DE FRANCE. 171
tuo.Voici comment Sacy l'a rendu: Purifiezmoi,
mon Dieu , de celles qui font cachées
en moi, & préservez votre ferviteurde la coiruption
des étrangers. C'est bien à-peu-près
le fens ,& il ſe lhe affez au verſet qui fuit : St
mei non fuerint dominati, tunc immaculatus
ero : & emundabor a delicto maximo. Sije
n'enfuis point dominé (de la corruption ) je
ferai alorsfans tache, & purifié d'un très
grand péche. Les mots font rendus à peu
prèsdans cette verſion; mais l'idée l'eſt-elle
Voici comme je la conçois Effacez mes
offenfes fecrettes, & défendez-moi de celle's
des autres, c'eſt àdire , de la ſéduction que
produit l'exemple. Sacy a rendu alieris par
étrangers. Iln'a pas compris que c'étoit alienis
delictis , les fautes des autres. Ce qui
ſuit le prouve cependant évidemment. St
mespenchans n'avoient point été dominés ,fi
mei non fuerint dominati, je ferois fans
tache,je ferois purifiéduplus grand de mes
péchés.
fured'idéesne ſeretrouvepoint
dans la traduction de M. l'Abbé Bauduer ;
mais, encore une fois,je ne puis dire s'il atort
ou raifon.
Certe
Puiflent vous être agréables les paroles
» que ma bouche prononce , & les defirs
>> que mon coeur forniedevant vous , ô Jého-
>> vah, mon aſyle &mon libérateur ! »
Le nouveau Traducteur détache cette
phraſe qui eſt liée dans le texte latin; elle eſt
une conféquence de la précédente. Alors , dir
la Vulgate , vous feront agréables les paroles
Hij
172 MERCURE
que ma bouche prononce , & les réflexions
dont mon coeur s'occupe devant vous.
Je me ſuis laiſſe entraîner au defir d'examiner
ce Preaume en entier. On n'en ſera que
plus à portée de juger la manière du nouveau
Traducteur. Il me ſemble avoir par-tout le
*même mérite , la même pureté , la même nobleſſe
de ſtyle jointe à la même fidélité. Je le
faiss'il exiſte des verſions des Preaumes &des
autres partiesde la Bible meilleures que celle
de Sacy (&dans ce cas, pourquoi ne lui font
elles pas préferées?) Mais ſi elle l'emporte fur
les autres , il me ſemble qu'il n'y en a aucune
quipuiſſe être comparée à celle de M. l'Abbé
Bauduer. Ce feroit de ſa part une entrepriſe
très-louable & très-utile de traduire ainſi la
Bible en entier. Les gens du monde que rebute
facilement,un mauvais ſtyle , liroient alors
avec plaifir & fans doute avec fruit un Ouvrage
qui devroit être la baſe de leurs connoffſances,&
qui néanmoins , j'oſe le dire, leur eſt
preſque entièrement inconnu.
( Cet Article eft de M. Framery. )
--
DE FRANCE. 173
VARIÉTÉS.
NECESSITÉ de réglerſespenséespar rapport
au paſſé, au préſent & au futur, Lettre
traduite de l'Anglois.
Pariturpænas peccandifola voluntas;
Namfecus intraſe tacitum qui cogitat ullum ,
Fafti crimen habet. Juv.
For he that but concives a crime in thaught
Contracts the danger of an actual fault. Creech.
L'I'INNTTEENNTTIIOONN du crime en emportela peine ; car
quiconque roule une mauvaiſe penſée dans ſon ame
l'effectue autant qu'il eſt en lui Si au moment de fortir
de la vie , l'homme le plus actif & le plus, laborieux
pouvoit s'en rappeler tous les inſtans d'une manière
diftincte , les placer avec ordre devant ſon imagination
,& en faire une revue exacte , il en trouveroit
bien peu qui fuffent marqués par des effets ſenfibles
& durables ; on ne fauroit croire combien ce
qu'il afait réellement ſeroit en petite proportion avec
ce qu'il auroitpu faire , combien de vides immenfes
&de repos intermédiaires on appercevroit dans la vie
même la plus agitée par les affaires , la plus tourmentée
par les paffions.
Les Philoſophes modernes aſſurent les corps les
plusdurs tellement porreux, que fi on pouvoit comprimer
juſqu'à un parfait degréde ſolidité tous ceux
Hiij
174
MERCURE
A
qui font ſemésdans l'étendue, on pourroit contenir
dansun cube de quelques pieds tous les globes de matières
qui pareiflent remplir de leur tout l'eſpace de
l'infini ; de même ſi l'on raſſembloit tous les momens
de la plus longuevie où l'eſprit & l'ame ont été occupés,
un fiècle entier ſeroitréduit àquelquesſemaines ,
àquelques jours , à quelques heures. L'activité de la
*penséeeſt ſi ſupérieure à celle du corps, qu'il faut fouvent
des années pour exécuter ce que l'ame imagine
&conçoit dans quelques minutes; le plus ſouvent
elle reſte ſpectatrice oiſive du travail par lequel les
pieds & les mains exécutent les ordres qu'elle a
donnés,
Auſſi les ames très-ardentes ne peuvent- elles ſe
renfermer dans les limites des fonctions de leur état.
Sous leurs rentes les Généraux Grecs & Romains cul
tivoient les Lettres , éudioient la Philoſophie , &
Lucain n'a faitque ſe conformer à la véritéhiſtorique
lorſqu'il a dit de Céſar que ce grand Homme obfervoit
le cours des Aftres, & dévoiloit les Loix du Ciel
au milieu des ſoins de la guerre & des apprêts des
combats.
- Media interpralia femper
•Sideribus, calique plagis , fuperiſque vacavi,
Amidthe ſtorms ofWar , With curious eyes ,
Itrace the planets and ſurvey the skies.
Quoique les beſoins de la vie, particulièrement
dans nos conftitutions modernes, n'exigent qu'une
très petite portion de toute l'activité de notre ame , il
eſt probable qu'elle l'exerce toujours plus ou moins ;
mais condamnéeà l'inaction par la Nature , qui exige
peu , & par la Société , qui ne nous demande guères
que l'obéislance nous ne faiſons quepenſer tans agir,
& la plus grande partie du temps nous neſommes capables
que de penſer.
DE FRANCE. 175
De peur qu'une activité ſi inquiète ne devienne
ou inutile ou dangereuse , & que le ſuperflu de l'entendement
ne ſe perde , ce n'est pas une vaine ſpéculation
peut-are d'examiner de quelle manière nous
pouvons gouverner nos pensées , en empêcher les
mouvemens irréguliers , & les revenir dans de fages
Jinvites.
Quelle est la meilleure manière de diriger l'entendamentvers
la connoiffance de la Société? Par quels
degrés doit-il arriver à ſon but? par quels procédés
peut-onleguérir de ſes défauts , & l'accoutumer à
de nouvelles érudes ? Toutes ces recherches ont été
faites par des hommes auffi éclairés que judicieux ,
dont je n'adopterai ni ne rejeterai les observations.
Monobjeteſtplutôtd'avancer la Vertuquela Science ,
&d'éclairer la confcience plus que l'eſprit.
On a négligé cet examen de nos pensées que je
propoſe, faute d'avoir ob'ervé que chacune de nos attions
eft précédée &déterminée par quelques vues de
notre eſprit, & que par contéquent ne pas veiller fur
la pureté de nos pensées , c'eſt laiſſer corrompre la
fource des Vertus & de la Morale. C'est du défor the
denos defirs que naît le défordre de nos actions de
qu'on ſe permet de detirer devient bien, l'objet de
nos eſpérances , & bientôt on agit pour obtenir ce
qu'ona eſpéré.
Du moment qu'on ſe permetde conſidérer ce qu'une
action a d'avantagens phitôt que ce qu'elle a de criminel
, la délicatetle de Fame eſt affoibie; fi l'on
vient à penser qu'on peur de faire avec ſureté, le
remords ne parle plas ,& l'on finir cefir par commettre
avec audace des crimes que l'ame auroit rejetés
avec horreur i elle les avoit crus poffibles , &
dontlapremièreidée nes'eſt préſentée à clie qu'àfon
infu , contre ſa volonté , & comme une vaine
imagination dont elle pouvoit s'amuter tans con-
Léquence.
Hv
176 MERCURE
Confultez leshommes à qui l'amour ou la jalouſie ,
la haine ou l'envie ont fait commettre des crimes,
-tous vous diront avec quelle facilité ils auroient pu
repoutfer la tentation à fa naiſſance, combien il leut
auroit été aifé de détourner l'attention de leur eſprit
và quelque autre objet, combien les plus légères diftractions
amortiſſentſouventles paffions les plus violentes,
& comme il est vrai que c'eſt lorſqu'on rappelle
foi-même ſa paffion , lorſqu'on ſe livre à elle
avec une molle complaiſance, qu'elle renaît comme
Jeferpentqu'on échauffe dans ſon ſeinpourverſer ſur
vous tous fes poifons.
On voit donc combien il importe de tenir l'imagination
fous la garde conſtante de la raiſon , puiſque
c'eſt le ſeul moyen de nous affurerde notre propre
vertu , & que fans cela nous pouvons corrompre nos
scoeurs dans la folitude la plus profonde par des goûts
&des defirs plus pernicieux & plus dominans qu'ils
ne feroient dans le commerce du monde. On oft
ailémerr révolté par les crimes qui ſe montrent d'ar
bord dans toute leur énormité ; mais le développer
ment fucceffif de notre propre malice , protégé par
l'intérêt & déguité par tous les artifices de l illuſion
perfonnelle, nous donne le temps de trouver des dif
tinctions en notre faveur , & la raiſon ſe plie infenfiblement
à l'abſurdité, comme par degrés l'oeil ſe
fait auxténèbres .
Dans cette maladie de l'ame il eſt de la plusgande
conféquenced'appliquerles remèdesdès le commencement,&
c'eft pourquoije m'efforcerai de faire voir
quelles fontles perfées qu'd fautrejeter ou qu'il faur
fuivre par rapport au paflé, au préſent ou au futur ,
dans l'eſpérance de réveiller la vigilance &; l'attention
deceux qui s'abandonnent à des ſonges danger
reux, d'autant plus dangereux que n'étant encore que
des fonges , on le's regarde commeinnocens. i
La confidération du paffé n'eſt bonne qu'autant
DE FRANCE. 177
qu'on en peut tirer des leçons utiles pour l'avenir, &
c'eſt pourquoi en repaſſant toutes les circonstances qui
font l'objet d'un examen ſérieux , un homme devroit
s'arrêter dès les premières penſées pour examiner
comment il a été conduit à ce point , & pourquoi il
continue la réflexion. S'il ſuit avec complaiſance les
détours d'une heureuſe fourberie , les excès d'une
nuit de débauche, le fil d'une intrigue criminelle ,
qu'il rappelle fon imagination comme engagée dans
une fauſſe pourſuire , qu'il repouffe bien loin ces fouvenirs
où le plaifir , fans l'approbation de la conſcience
, fait faire oublier le crime, & qu il les remerte
à un moment où il pourra s'y arrêter avec plus
de sûreté . Ce moment ne manquera pas de venir, car
l'impreſſion du plaisir paſſe va toujours en diminuant,
mais le ſentimentdu crime par rapport à l'avenir
reſte toujours le même
La revue de nos actions faite d'une manière lerieuſe&
impartiale , eſt incontestablement néceſſaire
pournous affetmir ou nous ramener dans le chemin
dela vertu , &c'eſtpour cela qu'elle est recommandée
par les Théologiens ſous le nom d'examen de conſcience
commele premier pas vers le repentir. Cette
pratique eſt ſi néceſſaire que fans ell. nous ferions
d'éternels commençans dans la vie, toujours prêts à
> être féduits par les mêmes appas, égarés par les mêmes
illuſions ; mais pour ne pas perdre le fruit de notre
expérience il faut nous efforcer de voir chaque
choſe comme elle eft , & exciter en nous ces ſentimens
que le grand Auteur de la Nature a destinés à
fuivre ou à accompagner lesbonnes ou les mauvaiſes
actions .
: <<Nelaiffepas'e fommeil s'approcher de tesyeux,
>> dit Pythagore , que tu navesrepaffé uſqu'àtrois
-fois es actions dujour qui fiic. Cù me sjc
>> allé laiſſer égarer? qu'ai-je fait ? qu'a je omis ?
Hy
178 MERCURE
A
:
>> Reprens ainſi depuis la première action & pour-
>> fuis, & à la fin effraye-toi du mal que tu as fait,
» & réjouis -toi du bien.
Nospenfées par rapport au préſent étant déterminées
par les objets que nous avons ſous les yeux
ne fout pas fuje tes à ces dangers , à cette diffipation
que je m'arrête ici à confidérer, mais je ne puis m'einpêcher
dans cet article de prémunir les ames tendres
& déliates, en butte aux forties d'une im gination
qui ſe dérègle , contre un abattement trop
grand& des inquiétudes trop vives , car'les penſées
ne font criminelles qu'autant qu'on les a provoquées ,
& que l'on continue de s'y livrer.
Evil into the mind ofgod er man
May come and cio un approved and leave
No fpot or ftainbehind. Milzon.
C'eſt principalement dans l'avenir que ſe raffemblent
tous les pièges on l'imagination va ſe prendre,
:L'avenircit le hège naturel de la crainte & de l'eſpé-
- rance, avec cere foule d'inquiétudes &de d. firs nés
les uns des autres qui leur doivent tous l'existence.
L'avenir et une mer où l'on voit encore les événemers
&les balards te mêler & fe confondre fans aucun
rapport visible avec leur caufe; nous avors tont
le temps& toure la liberté de faire un choix qui nous
convienne , & nous ne manquors pas d'en profiter,
Prendre & chrif au milieu des avantages poſſibles
en , commeon l'appelle en Droit, in vacuumven'te ,
s'emparer de ce qui n'appartient àperſonne , le danger
qu'ily a c'eit de s'en êter à garder ce dont ons'eft
unefoismis petfuſion quand même ii ſepréfenteroitun
maître. On 'est bientôt permis de fongerrà
sce qu on peut avoir , juſqu'à ce qu'enfin on ſe détermine
àl'obtenir ,&deferepréſenter le bonheurd'une
en
A
DEFRANCE هدو
ftuation particulière , juſqu'à ce qu'on ne puiffe plus
ſe trouver heureux que dans celle-là. Nous ne de-
Viions aנ moins prendre pour objetde nos deſars, rien
qui ſoitaupouvoird'un autre , lfii nous vouons conferver
notre repos , & rien qui ſoit en ſa poffeſſion ,
co
nous voulons conferver notre innocence. Quand
unhomme ſe trouve engagé , meine par une ſoitode
ſentimens honnêtes, àdefirer ce à quoi il n'a point
dedroit , il devroit reculer comine des bor's dun
précipice couvert de fleurs . Celui qui s'imagine qu'il
ferviroit mieuxlePublicdars un poſte élevé que
lulqui le remplit en viendra infent Blomentacroire
que c'eſt un'actede vertu de le fupplanter; && comme
la rivalité a bientôt enfanté la haine, fon empreffe
ment à ſe faifir d'ons milion à laquekelil n'est pas
appelé, lui f. ra commette des crimes quin'étoient
jamais entrés dans ſon premier plan
Ainfi donc celui quiprétend régler ſes actions fur
les principes de la vertu , doit régler les pembes fur
ceux dela raiſon; il faut qu'il éloigne le crune des
avenues de fon coeur &fe fouvienne quetes plaifirs de
J'imagination & les émotions cansées par le defirfont
d'autant plus dangereuse , qu'elles font plus cachésς
puiſqu'alors elles n'ont rien pour leur enimpofer , &
agiffent également danstoutes les poſitions fanslecon
cours des circonstances experieures.
J (BarM. Perrièrese ) b
)
1
13
1
Hvj
182 MERCUREET
Briféîs , & la mort. Il rendau vieillard infor
tuné les corps de ſes enfans , & court chercher
devant Troye la mort qui lui a été
prédite.
Quand cette Tragédie parut pour la première
fois , les Critiques du temps reprochèrent
à M. de Sivry d'avoir fait varier la
tradition conumurie ſur lanaiffance de Brifeis,
&d'avoir donné à la captive d'Achille un caractèred'héroïfme.
L'un de cesdeux reproches
nous paroît mal fonde; Pautre demandoit
une difcution qui le motivat ſuffifamment.
D'abord , Horace a dit : Poetis quid libet audendi
femper fuit... potestas. Il est vrai que
cette liberté doit toujours s'accorder avec la
vraiſemblance & avec la raifon , & peut- être
-M. de Sivry a-t'il un peu bleſſe l'une & l'autre
en faiſantéleverBrifeis parun Troyen. Brisès,
amidePriam,&Gouverneurde Lyrneffe, qui
fait qu'un Oracle a prédit que Brifeis caufecroit
la mort de fon frère , devoit- il lui laiffer
croire qu'elle étoit née: Grecque? N'étoit- ce
pas chercher à aider l'accompliſſement de
Oracle, que de l'élever dans l'eſprit d'une
-nation ennemie du peuple Troyen? Ilnous
ſemble qu'il eût été plis raiſonnable de
faire fauver Brifeis par un Grec , d'attacher
fa reconnoillance à quelques ſignes cerrains ,
dela faire trouverdans une ville Troyenne ,
-où elle auroit été faite prifonnière parAchille,
&, que de ces données auroient pu jaillir tout
naturellement; & la haine du nom Troyen ,
&cle defir de rondge Achille à la Grace , &
:
DE FRANCE. 183
des incidens capables de dévoiler le ſecretde
fa naiſſance. Quant à l'idée qu'a eu l'Auteur
de faire de Briféis une fille de Priam , elle
nous paroît belle, grande & tragique ; & l'infortunée
Princefle hârant, fins ſe connoître ,
lamort de fon frère & la ruine de fon pays,
eft un perſonnage véritablement dramatique
& intereffant. Voilà un de ces refforts qui ,
au Théâtre , produiſent des émotions puiffantes
, un reffort que tous les Écrivains ne
ſont pas faits pour imaginer , & dont quelques-
uns ne concevront jamais le mérite.
Le ſecond reproche eſt d'autant plus déplacé,
que i. de Sivry a ſuivi l'idée d'Ovide
dans le caractère qu'il donne à la fille de
Priam . Qu'on ouvre l'Héroïde que ce Poëre
fait adreffer à Achille par Brifeis , ony verra
ces vers :
10
13
Quid tamer expectas ?Agamemnona pænitet ira :
Etjacet ante tuos Gracia mæſta pedes.
Vince animos iramque tuam , qui cetera vincis ,
Quidlacerat Danaas impiger Hector opes ?
Armacape acide: fed me tamen ante recepta
Etpreme turbatos, Mariefavente, viros.
Ne renferment-ils pas les mêmes chofes àr
pen- près que M. de Sivry met dans la bouche
deBriféis:
Que parlez-vousd'Atride Oubliez fon injure.
Quand je vous fuis rendueétouffez ce murmure.
184 MERCURE
:
Hector , en votre abſence,uſurpe votre gloire ;
De ſes bras tout ſanglans arrachez la victoire.
Il ad'ailleurs conſervé à ſon héroïne les reffources
de ſenſibilité particulières à ſon ſexe
&à fon caractère d'amante d'Achille. Si Ovide
faitdire àBrifeis :
Mittite me Danai; dominum legata rogabo ,
Mixtaque mandatis ofcula multa feram.
Plus ego quàm Phoenix ,plus quàmfacundus Ulyſſes,
Plus ego quam Teucri , credite , frater agam.
M. de Sivry fait direà Ajax par Ulyffe :
Ses regards vont produire un heureux changement,
-Ils n'épargnerort rien pour fléchir un amant.
Achille , par ce charme , eſt facile à ſurprendre';
Briféis fera plus qu'Ajax n'oſe en attendre.
-En voilà plus qu'il n'en faut pour prouver
que M. de Sivry , à qui la connoiffance des
anciens est très- familière , a profité des intentions
d'Ovide , & qu'il les a même embellies.
Nousbornerons àdeux obfervations celles
que nous pourrions nous permettre perfonnellement
fur l'Ouvrage de M. de Sivry.
Premièrement , il nous paroit extraordinaire
que Priam, après avoir recorinu ſa fille,
Jun défende expreffement de decouvrir a fon
amant le ſecret de ſa naiſſance. Que peut-il
réſulter de ce myſtère à l'avantage de Priam
&de Troye ? Rien,Au contraire, putqu'Achille
, après avoir abandonne les Grecs , a
DE FRANCE. 185
fait ſa paix particulière avec Priam , puiſqu'il
lui a rendu un pofte très- important pour le
falut de. Troye , puiſqu'il adore Brifeis , &
qu'il veut l'epoufer, Achille ne peur , en ap
prenant quel eit le père de ſa maîtreffe , que
s'attacher davantage aux intérêts du Roi des
Troyens. La propoſition de Priam paroît ici
d'autant plus naturelle, que tout lemonde fait
qu'après la mort d'Hector, fon père confentit
à accorder à Achille ſa ſoeur Polixène. Mais
que ſeroit devenu l'Oracle qui a prédit que
Brifeis cauferoit la mort d'Hector? Que feroit
devenue l'action de la Tragédie ? Quel
en auroit été le dénouement ? Toutes ces
queſtions , plus aiſées à faire qu'à réfoudre ,
prouvent que rien n'eſt plus difficile que de
faire mouvoir dans une action theîtrale des
refforts fur leſquels la ſaine raiſon n'ait rien
àreprendre.
!
Secondement , lorſque dans Homère Agamemnon
renvoye Brifeis à fon amant , Achille
ne confent point pour cela à combattre les
Troyens ; ce n'est qu'à la mort de Patrocle
qu'il fe revêt de ſon armure ,&qu'il court à
la vengeance. M. de Sivry , en enflammant (
Patrocle&Achille par le moyen de Briféis, a
peut-être ôté de l'énergie à leur caractère.
Que Patrocle , qui n'a pas les mêmes raiſons
qu'Achille pour haïr Agamemnon , ait cédé
aux inſtances des Grecs & à l'héroïfme de
Briféis, à la bonne heure ; mais Achille, l'inexorable
Achille doit- il céder comme Patrocle?
Nous nous trompons peut-être , mais nous
186 MERCURE
croyonsque le fiſe de Thétis, infenfible aux
prièresde fa maîtrefle,&faiſantpourl'amitié
tout ce qu'il a refuſe à l'amour, paroîtroit plus
fier , plus grand, plus admirable.
Malgré ces obſervations , cette Tragédie
eft très - eſtimable ; on y remarque des ſituations
vraiment touchantes. Elle eſt peut-être
d'un ton un peu ſovère pour nos Spectateurs
modernes , qui ne font pas très-veries dans la
connoiffance des beautes antiques ; mais elle
eft faitepour plaire aux gens qui ont confervé
du goût&des lumières. Le ſtyle en eft ferme&
poétique , & nous ne craignons pas de dire
qu'il eſt ſouvent digne d'Homère & du carnesère
du Héros qu'il a chanté.
* Ilſembloit que M. de Sivry ne dût jamais
faire reparoître ſes Ouvrages fur la foène ;
c'étoit au moins ce qu'annonçoient ſes Préfaces
de Briféis & d'Ajax , où il marque le
plusgrand mépris pour les fuffrages de lamultitude;
il reparoit néanmoins après vingt-huit
ans devant ce même Public qu'il a mépriſe ,
*&qui dans cet efpace de temps ne nous paroît
pas avoir redreffé fon goût déjà équivoque
en1759. Lekain ſembloit avoir prévu ce retourde
l'Auteur vers la Scène, dans une Lettre
qu'il lui adreſſa le 14 Septembre 1773 , dent
nous poffedons l'original , & que nous imprimons
pour terminer cet article.
" J'ai reçu, Monfieur, avec une recon-
*> noiſſance bien fincère, le Volume que
» vous n'avez fait l'honneur de m'envoyer ;
>> il n'est pas aufli bien imprimé que celui
DE FRANCE. 187
:
-> qui l'a précédé ; mais il eſt enrichi de
>> petites Pièces charmantes & d'un genre
» qui s'écarte heureuſement de ce larmoyant
>> piteux qui ne produit que des demi-fenfa-
» tions , époque bien triſte de la décadence
» du bon goût & du vrai génie . Le vôtre ,
» Monfieur..... Ne croyez pas que l'appel au
>> petit nombre vous ait brouillé avec le Pu-
>> blic de inanière à ne jamais vous réconci-
ود
"
Tier avec lui. Choiſiſſez ou imaginez un
beau ſujet , & je vous fuis caution que je
>>négocierai votre paix. Si les petits gri-
>>mauds.... ſi tous ceux qui font un bruit du
>> diable avec le ſecours des poignards & un
>>piquet du régiment des Gardes .... fi , dis-je ,
>> tous ces Auteurs qui montrent la rareté,
>> la curioftén'ont pas fait de vos talens route
>>l'eſtime qu'ils devoient en faire , prouvez-
ور leurencoreune fois que l'on peut être un
> homme de mérite fans tous ces ſecours
>> étrangers à l'Art des Racine & des Cor-
>> neitie,&c. Signé, LEKAIN. »
ANNONCES ET NOTICES.
V
12 d'Haïder-Aly Khan, précédée de l'Histoire
de l'ufurpation du pays de Matſfour & autres pays
voifns par ce Prince, ſuivie d'un Récit authentique
des mauvais traitemens qu'ont éprouvés les Anglois
qui furent faits prifonniers de guerre,par son fiis
188 MERCURE
Tippou- Khan ; par François Robſon , ci-devant
Officier au fervire de la Compagnie des Indes Angloiſe,
traduite de l'Anglois, in- 12. A Paris, chez
Regeault, Libraire , rue Saint Jacques.
ANTONIN, Citoyen au milieu des Peuples de
Son umpire, convoqués l'an de Rome 903 ; Lettre
d'unGaulois à un deses amis.
.... Et je n'ai que du zèle.
Brochure in-8 °, de sc pages A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Lejay , Libraire , tue Neuve
des Petits Champs, près le Palais Royal.
Copetit Ouvrage, écrit avec chaleur , avec un
enthonbaſme vraiment patriotique, acquiert un nouveau
prix dans la circonstance intéreſſante où il
paroît.
L'USURIER Dupé, Comédie en un Aite & en
vers , repréſentée pour la première fois à Paris , fur
le Théâtre des Variétés au Palais Royal, le 20 Septembre
1785. Prix, I liv. 4 fols. A Paris, chez
Cailleau, Imprimeur- Libraire , rue Galande.
On voit bien que Criſpin Rival a donné l'idée
de cerre Comédie ; cependant les deux intrigues
font différentes , & celle de l'Ufurier Dupé a des
intentions vraiment comiques , & qui méritent des
éloges.
On trouve chez le même Libraire les Amis du
jour, Comédie en un Afte & en profe, repréſentée
pour la première fois fur le Théâtre des Comédiers
Italiens ordinaires du Roi , par Mme de Beaunoir
; & la triste Journée , ou le Lendemain de
Noces, par le même Auteur, jouée ſur le Théâtre
des Variétés Amuſantes.
BASES pour taxer lepain , par M***., Bro
DE FRANCE. 189
chure in- 8 °. de 12 pages. A Paris, chez les Mar
chands de Nouveaute .
L'objet de cet Ouvrage eſt louable. L'Auteur
defire qu'on puiſſe procéder à la taxe du prix du
pain par des procédér súrs & invariables . Le moyen
quil en donne, part d'une idée fort fimple, mais
claire , & qui rempit ton objet.
CHOIX des Polfies de Pétrarque , traduites de
l'Italien, par M. Lévesque, no veile Édrion corrigée&
augmentée , deux petits Volumes. A Veniſe;
&ſe trouve àParis, chez Hardouin & Gattey , Libraires,
au Palais Royal , nº . 14 .
Riende plus connu que les Poéfies, ou , pour
micux dire , que la réputation de Pétrarque ; mais
toutes les Poffies ne font pas propres à être trat.
duites &àréuſſir en François. C'eſt un Choix que
nous donne aujourd'hui M. Lévesque , & nous
croyons qu'on fera également content du Choix &
de la Traduction. Il a imprimé le Texte à côté,
Cette Traduction a déjà paru ; mais l'Auteur y a
fait des corrections &des changemens heureur .
Moderes du Clergé, ox, Vies édifiantes de
MM. Jean- Augustin Frélat de Sarra , Evêque de
Nantes; Jofeph-Augustin Boursoul , Prêtre de la
Congrégation des Eudistes ; Gabriel- Charles-Jofepk
Moreldela Motte, Chanoine de l'Église de Rennes ,
par l'Auteur de l'Ouvrage des trois Héroïnes Chrétiennes
, 2 Vol. in- 12. Prix , 3 liv. 12 ſols brochés,
AParis , chez Morin , Libraire , rue S. Jacques.
CetOuvrage offre ure lecture édifiante &utile.
Il remplit le but de l'Auteur, perfuadé que l'exemple
eſt un des plus puiſſans encouragemens à la
vertu,
DAPHNIS & Amarillis, Hylas & lesNymphesa
190
MERCURE
deux ſujets faifant perdans , tirés des Eclogues de
Virgile , gravés en couleur. Prix , 6 liv. chaque. A
Paris , chez Vidal , rue de la Harpe, nº. 181 ; Benzut
invenit, Chapuy , Sculp.
COUCHEZ- LA , Eſtampe gravée par Louis Dar
cis , d'après Mouchet. Prix , 4 liv. 10 fols . A
Paris , chez Mouchet, quai de Bourbon , nº . 9 .
Le pendant de cette jolie Eftampe paroîtra inceflamment.
- La Sainte Famille, Eſtampe de 13 pouces c
demi de hauteur ſur 10 pouces de largeur , gravée
d'après le Tableau original de Corrège , par J Barbier.
Prix , 3 liv. en noir, 6 liv. coloriée. Il y a
quelques épreuves avant la lettre. A Paris , chez
Crépy, rue Saint Jacques, près celle de la Parche
m.nerie.
:
• La Reine Artémiſe tenant les cendres de Maufolefon
époux , gravée par C. F. Letellier , d'après
Tournière , Peintre du Roi , Eſtampe de 14 pouces .
de haut fur II de large. Prix , 3 liv. A Paris , chez
Letellier, Graveur , rue des Vieilles-Étuves-Saint-
Honoré , à côté d'un Tonnellier , &chez Leſclapart ,
Libraire, rue du Rou'e.
:
LE Nid d'Amours, deffiné parMlle Papavoine ,
d'après M. Lebarbier l'aîné, Peintre du Roi. Prix ,
6liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Bailly , au coin
de la rue des Bons-Enfans, nº. 18 .
VUE Perspective de la Place de Louis XV & dů
Pont de Louis XVI, commenole en Mars 1787
d'après le projet de M. Perronet. A Paris , chez
Berthault, rue Saint Louis au Marais, près celle du
Parc Royal,u 14. Prix 4liv.
DEFRANCE.
191
SECONDE Vue d'Oftende , priſe du côté de la
mer, gravée par L. J. Maſquelier , d'après O.
Lemay. Priz , 8 liv. A Bruxelles , chez les foeurs
Lemay , Libraires & Marchandes d'Estampes , rue
de Loxum ; & à Paris , chez Maſquelier , Graveur ,
ruc de la Harpe , près la Place S. Michel, nº. 84.
NUMÉROS 39 & 40 du Journal de Pièces de
Clavecin , par différens Auteurs , contenant l'un
une Sonate avec Flûte & Baſion obligés , par M. de
Vienne. Prix , 3 liv, 12 fols , & l'autre une Sonare à
quatre mains , par M. Defentis. Prix, 3 liv. Abon
nement pour douze Numéros 30 liv. franc de
port.-Deux Sonates à quatre mains pour Forte-
Piano, par M. Vanhall, neuvième Livre de Clavecin
, OEuvre XXXII Prix, 6 liv. Ouverture du
Roi Théodore deM. Paifiello, arrangée pour le Clavecin,
Vio'on ad libitum , par M. Fodor. Prix ,
2liv 4 fols. Trois Symphonies à grand Orchestre
, par M.Kozluch , premer Livre de Symphonies
, OEuvre XXII. Prix , 12 liv. A Paris, chez
M. Boyer , rue de Richelieu , Paffage de l'anoren
Café de Foy , & Mme Lemenu , rue du Roule , à la
Clefd'or.
-
PREMIÈRE Symphonic concertante pour deuse
Violons principaux , Violons , Alto & Baffe
Cors, Flates & Haut-Bois ad libitum , par M.
Viotti , exécutée au Concert Spirituel par MM.
Guerillot& Imbault Prix , 6 liv. A Paris , chez
Imbault , Marchand de Muſique , rue Saint Honoré,
entre l'hôtel d'Aligre & la rue des Poulies ,
au Montd'or, n °, 627.
Nous ne craigoons pas que les Amateurs qui vere
zonr cette Symphonie, déſavonent l'éloge que nous
CA
192 . MERCURE
en avons fait en rendant compte de ſon exécution
anConcert, nos 14 & 17.
:
- Stx So-
,
-
La Chiffſe pour le Clavecin , par M. L. Kozeluch
, OEuvre V. Prix , 3 liv. 12 fols.
nates faciles pour le Clavecin , Violon ad libitum
dédises aux jeures Élèves , par M F. Meger ,
Ouvre IV. Prix, 7 liv. 4 fols. - Trois Sonates
pour le Clavecin avec Violon ad libitum, par M. J.
P. Defentis fils , OEuvre I. Prix , 7 liv. 4 fols .
Trois Symphonies à grand orchestre exécutées au
Concert Spirituel, dédiées au Roi de Pruffe, par
M. L. C. Ragué, OEuvre X. Prix , 9 liv. Sonate
pour le Elavecin, par M. Amédée Mozart. Prix ,
3 liv. 12 fols, formant le Numéro 38 du Journal
de Pièces de Clavecin , par différens Auteurs. A
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , paſſage
dú Café de Foy , & chez Mine Lemenu , rue du
Roule, à la Clefd'or.
TABLE.
RÉPONSE à Mme la Com- gryphe ,
-
+
149
zesse de Bart Mont B*, 145 Essai sur les Résolutions du
Sur une Piqûure d'Aiguille , Droit, François , 151
147 Les Preaumés de David, 161
Epigrammefur M. le Duc de Variétés,
**
173
148 Comédie Françoise, 180
Charade, Enigme & Logo- Annonces &Notices ,
APPROBATION.
197
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux, le
Mercurede France,pour le Samedi 26 Mai 1987. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 25 Mai 1787, RAULIN,
SUPPLÉMENT
AU MERCURE * .
Avis du fieur PANCROUCKE , Entrepreneur de
l'Encyclopédie , par ordre de matières , à MM.
les Souſcripteurs , fur le retard qu'a éprouvé la
la vingt-deuxième Livraiſon , ſur le plus grand
-nombrede Volumes qu'aura l'Ouvrage ,&le temps
où ildoit être fini.
L'EMPRESSEMENT que nous témoigne le Public
pour de nouvelles livraiſons , fait ,fans doute,
l'éloge de cet Ouvrage ; mais fi cet empreſſement
et un continuel ſujet de plaintes & d'alarmes ,
*
Cette Feuille de Supplément eſt deſtinée à la publication
des Proſpettus & Avis particuliers de la Librairie .
Au moyen de cette Feuille , les Proſpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure Il y a plus ,
leurs frais ſe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du tirage , du pliage , &c. devenant
uns dépense commune pour chacun d'eux.
La partie littéraire du Mercure n'étant compoſée que de
deux feuilles , on ne pouvait aufli y parler que très-imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences &les Arts.
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv. ,
4pages 84 liv. , &c. Outre le prix ci -deſſus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém. No. 21. 26 Mai 1787. A
*
( 2)
il muit à ſes intérêts, au lieu de le ſervir ; il in
quière l'Entrepreneur , & ne lui laiſſe plus la
liberté d'eſprit néceſſaire pour ſuivre cette entrepriſe
, la plus grande qu'on ait jamais exécutée
dans la Librairie de l'Europe. Que les
Soufcripteurs daignent conſidérer la poſition du
fieur Panckoucke , & se mettre un inftant à fa
place. Plus de cent Hommes de Lettres ſont
Quellement occupés de cet Ouvrage : il y a
des parties , comme la Médecine , qui dépendent
de vingt perſonnes ; & croit-on qu'on
faffe un bon Livre dans un temps déterminé ,
comme une pièce d'étoffe ? Nous avions promis
dans le Proſpectus , & fans doute un peu trop
légèrement , que cet Onvrage , que nous penfions
alors ne devoir compoſer que 53 Volumes
, ſerait fini à la fin de 1787. Or ces engagemens
feront à peu près remplis , puiſqu'il y
aura à la fin de cette année 50 Volumes publiés
, & qu'il faut bien le temps de faire les
Volume excédens ſur leſquels on n'avait pas
compté; nous ne pouvons donner que dix
Volumes par an; il faut faire attention que
cette Encyclopédie étant en perit caractère , la
compofition en est longue & difficile ; que chaque
Volume étant de 95 à 100 feuilles , &d'une
grande juftification (1) , contient la matière de
Volumes in-4°. ordinaire; 25 Imprimeries de
la Capitale en font occupées , & ce n'est qu'à
Paris , où les reffurces &les moyens fort prodigieufement
multipliés , que l'exécution d'un
pareil Ouvrage , fur manuscrit , pouvait avoir
lieu , parce qu'on mène de front trente parties
à la fois . Ainfi , loin de ſe plaindre que l'impreſſion
n'en aille pas aſſez vite , on devrait
(1) On appelle justification , la longueur & la largeur
des pages,
( 3 )
s'étonner qu'on ait pu y mettre autant d'exac
titude & d'ativité.
Tous les Auteurs en retard nous ont donné
leur parole la plus poſitive, la plus folennelle ,
que leurs parties feront achevées dans trois
Qu quatre années au plus tard , en comprenant
cette année courante ; il y aura dans l'année
prochaine des demi-Voluines publiés de tous
les Dictionnaires ; & on compte , à la fin de
cette même année , publier le commencement
du Vocabulaire univerſel , Vocabulaire qui donnera
la jouiſſance prompte & facile de tout ce
qui aura été publié juſqu'alors. S'il y a des parties
qui n'ont point encore paru , comme la
Chirurgie , par M. Louis, la Phyſique , parM.
Monge, c'eſt que leurs Auteurs ontvoulu les
terminer en entier, avant de rien mettre fous
prefle, pourdonner plus d'enſemble & de perfection
à leur travail ; c'eſt faute d'avoir pris
ce parti , qu'on a été obligé de recommencer
quelques Dictionnaires qu'on avoit mis fous
preffe: ily a depuis trois ans un demi -Volume
imprimé de la Théologie , par M. l'Abbé Bergier.
L'Auteur , en avançant fon Ouvrage ,
s'eſt apperçu que pluſieurs articles n'avaient
pas toute la perfection dont ils étaient fufceptibles,
qu'ily avait des omiffions , que fon plan
pouvait étre perfectionné ; il a défiré de le récommencer
, & nous avons fait , quelque depenſe
qu'il en coutât , de facrifice de cette
partice il vient de nous remettre fon manufcrit,
dont il paraitra un Volume cette année ,
&la totalité dans l'année prochaine.
Nous avons traité avec les Gens de Lettres
les plus diftingués, dans la Littérature & les
Sciences . Tous ceux qui font attachés à cet
Ouvrage connaiſſent nos engagemens; ils font
ij
( 4 )
devenus les leurs , puiſqu'ils ont pris part à
l'entrepriſe : & croit- on qu'aucun d'eux voulût
ſe rendre l'objet de l'animadverſion du Public ,
en n'achevant pas la partie pour laquelle il
s'eſt engagé par acte , ou en y apportant des
longueurs dont les Soufcripteurs auraient une
juſte raiſon de ſe plaindre ? Leurs torts feraient
d'antant plus grands , que nous leur avons fouvent
rappelé nos engagemens , communiqué
les craintes & les alarmes des Souſcripteurs ,
& que nous en avons prié quelques-uns avec
instance , s'ils ne prévoyaient pas pouvoir achever
les parties dont ils ſe font chargés , de nous
remettre nos actes , & de nous laiſſer la liberté
de choifir d'autres Coopérateurs .
Notre propre intérêt nous porte à preſſer la
fin de l'exécution de cet Ouvrage ; car nous
favons par expérience , que , dans des entrepriſes
qui ſe donnent par livraiſons séparées , la
lenteur qu'on met à les publier , en met
de la part du Public àles rêtirer , & nous
ayons quelquefois éprouvé , à nos propres dé
pens , que telle grande entrepriſe qui avait
commencé,d'une manière brillante , ne fuffifair
plus à ſes frais vers la fin, nous en pourrions
citer pluſieurs exemples cet excédent de Volumes
qu'aura Encyclopédie , eſt auſſi , ſous
un double point de vue , contraire anx intérêts
de l'Entrepreneur. 18. Il y a de la perte
fur chacun des Volumes que nous devons donner
aux Soufcripteurs à 6 livres ; 28. plus un
Ouvrage eſt en un grand nombre de Volumes ,
&moins on trouve d'acheteurs quand il eft
terminé fi cet oxcédent de Volumes nuit à
nos intérêts , il fert au contraire ceux des
Souſcripteurs , puisqu'ils ne doivent payer ces
Volumes excédens deDiscours, que 6hores au
lieu de tu livres ,
ce - Ceux qui fe plaignent de plus grand hoin
bre de Volumes, nous feraient donc une grande
injuftice , s'ils pouvaient penfer un ſeul inſtant
que nous l'avons nécefiré en autiune manière ,
puiſqu'il eſt contraire à nos intérêts ; & s'ils ſe
retranchaient à nous dire que c'était à nous à
mieux calculer notre entrepriſe, à obliger les Gens
de Lettres àſe renfermer dans le nombre de Vc
lumes annoncés par le Profpectus , nous allons
faire voir que nous avons été entraînés néceſſairementdans
cetexcédent de Volumes;nous n'avons
pu prévoir de qui réellement ne pouvait être
prévus c'eſt l'imperfection de la première Edition
; qui ne pouvait être connue ni calculée ,
qui la néceſſité; & les Gens de Lettres , avec
leſquets , dans cette circonstance , nous faifons
caufe conimune , ne pouvaient pas s'aſſujettir
au nombre de Volumes fixés dans leurs actes ;
&cependant ee fut cette fixation , le travail fare
avec lesGens de Lettres , & le chef Graveur , qui
nous égarerent lors de la publication du Profpe&
us ,& qui nous firent croire que la totaliré
des Volumes de Difcours ne pourrait tour
an p'us s'élever qu'à foixante ou foixante-un
Volumes; & tout devait nous le faire peníer
alors , puiſque ce nombre de Volumes renfermait
à peu près le double des matières de la
première Encyclopédie.
Le Public s'eft engagé , dans cette grande
entrepriſe , par la confiance qu'il a ene en nous ,
&que nous croyons avoir méritée par vingtcinq
années de travaux , qui ſouvent lui ont été
utiles. Qu'il nous la continue cette confiance
qu'il feconde notre zèle & notre courage ;
nous en avons beſoin pour foutenir le poids
de cette énorme entrepriſe. L'Ouvrage ne de-
,
* iij
( 6 )
vait avoir que vingt-ſept diviſions , il en aura
plus de trente-fix (1) . L'Artillerie compofera
un Dictionnaire ſéparé ; il en eſt de même
de la Muſique , des Bois & Forêts , &c. Les
Auteurs l'ont ainsi désiré , & il abien fallu ſe
conformer à leurs volontés. Pluſieurs grandes
Parties ont été oubliées , comine l'Architecture
ancienne & moderne : fallait-il , parce
qu'on les avait omiſes dans le Profpectus , ne
les pas inférer dans l'Ouvrage ? Nous en pr:-
blierons , avec la vingt troiſieme Livraiſon , le
Profpectus , &le Public jugera , par les objets
qu'il embraſſe , ſi on l'a bien fervi en s'en
occupant. C'eſtM. Quatremere de Quincy qui
s'en eft chargé . Cette Partie, ainſi que la Mufique
, feront ſous preſſe le mois prochain .
M. Suard , de l'Académie Françaiſe , M. Framery
, fe font chargés de cette dernière , qui
comprendra la Mufique ancienne &moderne.
Nous comprons auſſi publier cette année un
dorei-Volume des Beaux-Arts , par M. Wa
telet. A fa mort , le manuscrit était paſſe à la
Chambre des Comptes , & de là dans les înains
de M. le Comte d'Angiviller , Directeur géné
ral des Bâtimens ; il a bien voulu nous le faire
remettre à la première demande que nous lui
en avons faite ; cet Ouvrage , dont une Partie
eſt ſous preſſe depuis quatre années , a occupé
M. Watelet toute fa vie , & nous ne craignons
pas d'aſſurer que c'eſt le plus beau travail qui
ait été compoſe ſur la Peinture , la Sculpture
& la Gravure.
Cette Encyclopédie eſt actuellement affez
(1) ly a de ces diviſions , comme P'Hifloire Naturelle
, qui comprennent fept grands Dictionnaires , d'aus
tres en comprensent deux ou trois , &c.
( 7 )
,
avancée, pour que le Public puiſſe en apprécier
les différentes parties;nous le prions de comparer
celles qui font entre ſes mains , avec les
matières correſpondantes de la première Encyclopédie
, & il ſe convaincra que preſque toutes
font refaites à neur, & que les Auteurs n'ont
point trouvé dans l'ancienne , à beaucoup près ,
les ſecours qu'ils en eſpéraient ; c'eſt cette
grande imperfection , nous le répétons , qui a
néceſſiré un plus grand nombre de Volumes
& retardé la publication de plufieurs Parties.
L'Encyclopédie actuelle comprendra cent mille
articles plus que l'autre ; la nomenclature de la
première eſt dans un tel état d'imperfection ,
que l'on n'y retrouve preſque jamais ce qu'on
y cherche. Enfin , fur les 36 grandes parties
dont l'Encyclopédie Méthodique fera compoſée
, il y en a 30 , & nous pourrions les indiquer
, qui n'exiſtent dans aucune Lasque fur le
plan aquel. L'Oayrage fini , il fera le plus crite
de tous les Livres, puiſqu'on y trouvera dans
l'inſtant , au moyen du Vocabulaire univerfel ,
tout ce qu'on pourra avoir beſoin d'y rechercher.
Ce Vocabulaire en liera toutes les Parties
; & chaque Dictionnaire , au moyen des tables
de lecture , devient auſſi un Traité complet
de la Science qu'il renferme.
L'Encyclopédie , conçue & exécutée fur ce
plan , eft le remplacement , pour les perſonnes
qui n'ontpas une grande aifance , d'une Eiblicthèque
qui renfermerait toutes les Sciences ,
toutes les parties de la Littérature , des Arts
& Métiers mécaniques ; enfin tout ce que les
lommes ont conçu , imaginé , créé depuis que
l'Art d'écrire eft inventé;& lorſque nous l'aurons
termince , nous croyons que nous aurons
quelques droits à l'eflime & à la reconnaiſſance
* iy
1 ( $ )
de nos Souſcripteurs , & c'eſt la récompenfe
dont nous sommes le plus jaloux.
Entrons maintenant dans quelques détails fur
la 22°. Livraiſon.
Certe Livraiſon eſt compoſée du Tome I ,
première partie de la Médecine ( 1 ) , miſe en
ordre& publiée par M. Vicq d'Azyr. Du Tome
III , première partie de l'Histoire Naturelle des
Poiffons (2) , parM. Daubenton. Du tome IV ,
deuxième partie des Arts & Métiers mécaniques
( 3 ) . Du Tome III , première partie de
PArt Militaire (4 ) , par M. le Chevalier de
Keralio.
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 livres
broché , & de 22 liv. en feuilles; le port de
chaque Livraiſon eſt au compte des Soufcripteurs
.
Le Dictionnaire des Poiſſons eſt complet dans
- ce demi-Volume ; il eſt précédé d'une intro .
duction qui comient des détails fur leurs écailles
& leurs nageoires , leurs caractères distinctifs
&leur Fommenesature ; fier le frai & les caufs
des poiffons, la pêche , &c.
co
20
>>Un feul homme ne pouvait ſe charger des
>> travaux & des recherches dont la partie de
Médecine contient l'enſemble; l'importance
& la variété des objets qui doivent y être
traités ſont ſi grandes , qu'il était indiſpenfable
de recourir aux lumières des perfonnes
>> les plus exercées dans chaque partie de cette
>> Science . Tel a toujours été mon projet , dit
>> M. Vicq d'Azyr , Editeur de cette Partie.
כ כ
(1) Imprimé chez M. Demonville.
(2) Imprimé chez M. Nyon.
(3) Imprimé chez M. Didot jeuue.
(4) Imprimé chez M. Cellot.
) و(
>> C'eſt ainſi que je l'ai conçt: & annoncé , &
» c'eſt de cette manière que je l'exécute. Plu-
>>> ſieurs de mes Confrères ont bien voulu être
>> mes Coopérateurs. Ils ont choiſi différens
>>articles qu'ils ont rédigés , & à la fin deſquels
>> leur nom eſt inſcrit; cette distribution d'ar-
>> ticles a été faite de forte que chacun des Auteurs
eft chargé d'un ordre particulier de
>> travaux , & d'une des grandes divifions de
>>la Médecine. Ainſi ce Dictionnaire contien-
>>> dra divers Traités , entre leſquels on s'ef-
>>> force d'établir autant de concordance &d'har-
>> monie qu'une pareille rédaction a pu le permettre.,
>>La Collection quej'annonce a pour baſe les
>> articles publiés , dans l'ancienne Encyclopé-
>>die , par MM. de Vandeneſſe , Venel , le
>> Chevalier de Jaucourt , Malouin , Tarin , la
>>Virotte , Bordeu , le Rai , &c. Malgré ces
" fecours , je me ſuis apperçu que la nomen-
>>clature de la partie médicale de l'ancienne
>>Encyclopédie était très-incomplète , & j'ai
>>fait , poury fuppléer, des recherches très -éten-
» dues. Ceux qui compareront notre travail
>>avec celui denos prédéceſſeurs , verront que
>> ce dernier nous a très peu fervi , & que
>>>cet Ouvrage peut être regardé comme nou-
>> veau. La Nofologie , l'Hygiène , la Méde-
» cine vétérinaire , la Médecine légale , la Ju-
>> riſprudencede la Médecine , & la Biographie
>> médicale , ou n'existent point , ou font ab-
>> ſolument tronquées dans l'ancienne Encyclo-
>> pédie : la Chimie y eft imparfaite
>> deſcription d'un très-grand nombre de mala-
>> diesy manque abſolument; jen'ai rien négligé
» pour compléter ce Dictionnaire , en faifant
>> connaitre l'état actuel de la Science que nous
,
&la
* V
( 10 )
>>cultivons. Les recueils de ce genre ont cela
>> d'utile pour ceux qui les font & pour ceux
>> qui les liſent , qu'ils offrent l'Art dans toute
>>>fon étendue; nulle ſource d'inſtruction ne
>> peut être omiſe dans l'ordre alphabétique ,
>> nul article important ne peut être oublié.
30 F'ai fait entrer , dans ce Dictionnaire , l'ex-
>> trait d'un grand nombre d'écrits rares &
>>très-nouveaux, afin qu'il fupplée , autant qu'il
>> en posible , aux grandes Bibliothèques , dont
>> tant de Médecins font éloignés .
>> Enfa nous nous fommes efforcés de don-
» ner à la nomenclature une précifion malheu
>> fement trop rare en Médecine , & dont nulle
>> Science n'a na auſſi grand beroin.
>>Lorfque l'Ouvrage fera achevé , Fes An-
>> teurs réunis publieront un Difcours prélimi-
>> naire très- étendu , qui fera placé en tête du
>>Dictionnaire , & dans lequel le plan &l'ordre
>>> de la lectare feront déterminés «.
Livres nouveaux actuellement en vente, Hôtel de
Thou
, rue des Poitevins , Nº. 18 .
Roland Furieux , Poëme héroïque de l'Ariotte
, nouvelle Trade Gion litrérale & fidèle ,
avec le texte italien à côté de chaque ftance
dédiée à Monseigneurle Comte de Montmorin ,
Ministre des Affaires Etrangères , & Secrétaire
d'Etat , dix Volumes in- 18 , de 550 à 600 pages ,
prix en bl . 30 liv. , br. 32 liv. , rel. 36 liv.
M.Povolery , Profefleur de Langue Italienne,
a fair lesArgumens, & la Table générale des matières
qui fe trouve à la fin du dixième Volume .
Onn'a pas cru devoir conſerver les Argumens
qui ſe trouvent à la tête de chaque Chant des
Editions italiennes , parce que ces Argumens ,
( 11 )
renfermés dans une feule flance , ne donnent
qu'une idée très imparfaite du contenu de chaque
Chant.
Le texte italien a été imprimé fur celui de la
belle Edition in 8°. de Londres , connue ſous
le nom de Molini , & composée avec les types
de Baskerville ; Edition qui paſſe pour trèscorrecte
. M. Povolery s'eſt chargé de la révifion
& correction de toutes les épreuves du
texte italien de cette nouvelle Edition ; il les a
revues juſqu'à trois fois , & non content de
cela, il s'eft adreſſé aux Sayans d Lalie , qui lui
ont procuré des corrections en aftez grand nombre
, de forte que cette Edition aura du moins
l'avantage d'orrir le texte le plus pur & le
plus correct qui ait paru de l'Arioſte.
en
Cette Traduction eft juſqu'à préſent la feule
qu'on ait ofé face paraitre ſtance par ſtance ,
préſence du texte ; on a tâche , autant qu'il
était poſſible, de rendre non fondement la penfée
, mais les idées principales & acceſſoires ;
mais les mots , les images ,les comparaitons dans
leur entier. On s'eſt efforcé , malgré les entraves
de la fidélité la plus ſcrupuleuſe , à laquelle
on s'eſt aſſujetti , de donner au ſtyle du mouvement
, de l'élégance & de la grace. DesTraductions
fur ce plan ont l'avantage de faire difparaître
les difficultés de l'original , ou du moins
de les applanir. Elles font goûrer le génie , l'art
de ce Poëte inimitable; elles diſpenſent de la
gêne de recourir fans ceffe à un Dictionnaire ;
elles font utiles , & aux Italiens qui apprennent
notre Langue , & aux Français qui veulent ap-
Prevent
prendre la Langue Italienne , même à ceux qui
, parce qu'une Langue étrangère eft
rarement affez familière , pour qu'on n'ait pas
quelquefois beſoin de ce ſecours ; & ce qui ne
:
* vj
( 12 )
:
permet pas d'en douter , c'eſt que tous lesTra
ducteurs du Taſſe & de l'Arieſte fourmillent de
fautes &de contre-ſens groffiers .
۱
Il faut s'adreffer , pour tous les objets de la Librairie
de l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins , au
fieur PLASSAN , Libraire ; au ſieur AUBRY , pour
tout ce qui concerne la Gazette de France , & au
fieur GUTH , pour le Mercure de France & le
Journal Historique & Politique de Genève.
د
Dictionnaire critique de la Langue française
; par M. l'Abbé Feraud , Auteurs
du Dictionnaire Grammatical ;
dédié à Monseigneur de Boiſgelin
Archevêque d'Aix. Cet Ouvrage aurd
trois Volumes in - 4° . dont le premier
paraît ; prix , 10 liv. enfeuille le Volume
, non compris le port de Mar-
Seille. Le Tome second paratura au
mois de Septembre prochain & le
troisième & dernier Volume , au mois
de Février 1788 ; le même , grand papier
, prix , 15 liv. chaque Volume ex
feuille: on ne paye rien d'avance
Sefaitseulement infcrire ; lors de la livraiſon
du troisième Volume , on payera
12 liv. le papier ordinaire , & 18 liv.
le grandpapier. AMarseille , chez Jean
Moffy, père &fils , Imprimeurs du Roi;
à Paris , chez Delalain , le jeune , Li-
5
on
( 13 )
braire, rue S. Jacques , No. 13 ; à Lyon,
chez Roffet , Libraire , grande rue Mercière
; & à Bordeaux , chez les frères
Chapuis , Libraires , à la Bourse. :
M. l'Abbé Feraud , connu ſi avantageuſement
dans la République des Lettres par fon
excellent Dictionnaire Grammatical , offre
aujourd'hui au Public un fecond Ouvrage
qui paraît de la plus grande importance ;
le premier Volume promet déjà ce que ſon
ſavant Auteur eft en état de tenir ; ce Dictionnaire
critique levera les difficultés qu'éprouvent
les étrangers pour parler & écrire
la Langue françaiſe , devenue celle de l'Europe.
Les Nationaux eux-mêmes tirerent la
plus grande utilité de l'Ouvrage , puiſqu'il
éclaircira les doutes qui s'élèvent tous les
jours parmi les gens de Lettres les plus exercés
; notre Langue eſt la plus difficile de
toures , & le fecours de la critique lui eſt
indifpenfable.
Entrons dans quelque détail.
1°. M. l'Abbé Feraud traite à fond la
queſtion ſur l'orthographe , qui n'eſt pas encore
fixée parmi nous , & qui varie chaque
jour. Il y a beaucoup de fagacité dans les
raiſons qu'il apporte pour appuyer ſon ſyftême.
2º. Il a l'attention de marquer juſqu'à
laprononciation de chaque inot , ce qu'aucun
Lexicographe n'avait faitjuſqu'ici z en
4
:
( 14 )
préſentant la ſubſtance d'un mot , il indique
la manière de le prononcer.
3º. L'Auteur établit des règles fûres à
l'égard de la profodie.
4°. Il détermine les définitions & acceptions
des mots , & prend toujours la plus
préciſe entre celles que nous offre le Dictionnaire
de l'Académie Françaiſe.
sº. Il fait de très-judicieuſes remarques
fur le régime des verbes , des noms , des adverbes
, des prépoſitions ; fur la conftruetion
des mois , la diftinction des perfonnes
& des choſes dans l'eniploi des mots; fir
le ſens propre , le ſens figuré; fur les différens
ſtyles & leurs nuances ; cette partie
eit entièrement de notre Auteur , & ne
manquera de lui faire beaucoup d'honneur.
6°. Il cite tous les mots nouveaux qui ſe
font introduits dans notre Langue , mots
dont un grand nombre a été adopté par
l'uſage , & dont quelques- uns ne le feront
peut- être jamais , malgré les efforts réitérés
- des Néologues ; ily ajoute des obſervations
qui jettent beaucoup de clarté ſur le ſort réfervé
à toutes ces nouvelles expreflions.
7°. Enfin l'Auteur relève avec tour le
foin poffible , les Gasconiſmes , Provençaliſmes
, Normaniſmes , & autres locutions
vicicules ; ce travail a été pouffé très-loin
de ſa part.
En voilà affez pour établir les avantages
qu'a ce nouveau Dictionnaire fur ceux qui
( 15 )
ont paru; fa grande utilité fe prouve d'ellemare
, & fon fuccès n'eſtpas douteux. Ce
>> n'est pas ici un Ouvrage de pure compi-
>>lation , dir l'Auteur dans la Préface , ce
>>n'est pas non plus ſimplement une nou-
>>velle Edition plus ample du Dictionnaire
>>>Grammatical , c'eſt un Ouvrage tour dif-
>> férent; ce qui fait le principal du premier ,
>>n'est qu'un faible acceſſoire du fécond.
>>Celui-là n'eſt dans le fond qu'une Gram-
>>maire alphabétique plus complette , à la
>> vérité , & miſe dans un arrangement plus
>>commode pour ceux qui veulent conful-
>> ter; celui-ci eſt un vrai Dictionnaire critique
, où la Langue eft complètenient
>> analifće ".
Lu & approuvé , ce 18 Avril 1787. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation . Permis d'improner , ce 18 Avril 1787.
DE CROSNE.
,
:
!
Figures des Métamorphofes d'Ovide ,
adaptées à la Traduction de M. l'Abbé
Banier , gravées d'après les deſſeins de
M. Regnaud , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , par Jacques-Jo-
Seph Coiny , & proposées parfoufcripnon
.
1
CLT Ouvrage , exécuté dans le même format
que les figures des Fables de la Fow(
16 )
,
taine , déjà connues du Publics , eſt ſpécia
lement deſtiné à l'éducation des enfans
& ne devient pas moins intéreſſant pour eux
que les OEuvres du Fabuliſte Français. En.
effet , parmi les connaiſſances d'agrément ,
dont il convient d'enrichir l'eſprit des jeunes
gens , il n'en eſt peut-être pas de plus
Importante que celle de la Mythologie.
Cette Science , en même temps qu'elle
fert comme d'introduction à l'Hiſtoire de
preſque tous les peuples de l'antiquité , eſt
encore d'une néceſſité indiſpenſable pour
l'étude de la Littérature en général , & en
particulier de la Poéfie.
Ce n'eſt enfin qu'avec le flambeau de
cette Science , qu'il eſt permis de pénétrer
dans le fanctuaire desArts , pour y admirer
les production de nos Apelles & de nos
Phidias. En vain le feu de leur génie a-t-il
animé le marbre & la toile , ces chef- d'oeuvres
reſtent muets devant le ſpectateur ignorant
,& ne préfentent à ſes yeux que des
hiéroglyphes inintelligibles.
nous avons
Pour ne rien laiffer à défirer dans une
entrepriſe auffi intéreſſante
obtenu de M. Didot l'aîné , qu'il voulûr bien
ſe charger de l'impreffion du texte. En faifant
cette annonce , c'eſt faire l'éloge le plus
complet de Pexécution typographique de
cetOuvrage , puiſqu'il ne fort rien que de
parfait des preſſes de cet Artiſte célèbre.
Cet Ouvrage fera diviſé par livraiſons ,
qui contiendront chacune fix planches ou
( 17 )
gravures , accompagnées du texte français.
Chaque livraiſon coutera 4 liv. que l'on ne
payera qu'en la recevant , au moyen de
quoi il n'y aura point d'avance à faire.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue
Pierre- Sarafin , Nº . 16, & en Province, chez
les principaux Libraires.
Lu& approuvé ce 27 Février 1787. DE AUVIGNY.
Vu l'Approbation. Permis d'imprimer , le27 Février 1787 .
DE CROSNE .
ETRENNES DU PARNASSE.
PARMI les Almanachs Poétiques , Litréraires
, Lyriques , &c. , que tous les ans on
s'emprefle d'offrir au Public , les Etrennes
du Parnaffe ont occupé long - temps une
place diftinguée . Ce Recueil , en effer, deftiné
à réunir les Poéſies légères & les Bagatelles
agréables , échappées de la plume de
nos meilleurs Ecrivains , a dû fixer l'attention
d'un Public inftruit , qui aimait à y lire
les charmantes Productions de Voltaire ,
Piron , Dorat , Pézay , Colardeau , &c.;
cependant , on ne peut le diffimuler , par
une fatalité fingulière , cet Ouvrage périodique
a dégénéré de fon ancienne gloire .
Peut- être les changemens qu'il a éprouvés
juſqu'alors ont - ils contribué à lui nuire ;
du moins n'en attribuons- nous pas uniquement
la cauſe à la difette des Muſes Fran-
!
:
( 18 )
çaiſes. Sans doute notre Littérature a fait
de grandes pertes depuis quelques années ;
mais on ne nous perfuadera jamais qu'un
champ fi fertile ait été ſubitement frappé
de ſtérilité , quand la Nation peut citer
encore les noms de MM. De Parny , Bouf-
Hers , Pert... , De Lille , Imbert , Léonard ,
La Harpe , Le Mierre , &c. , &c. Des talens
aufli diftingués peuvent nous fournird'atondantes
moiffons ; & les Etrennes du Parnaffe
oſent ſe promettre une part à cette
récolte avec d'autant plus de confiance ,
que le fort de ce Recueil ceſſe d'être incertain
, & qu'il va demeurer irrévocablement
entre les mains d'un homme de Lettres
qui vient de s'en procurer le Privilége.
Le nouveau Rédacteur ſe flatte d'apporter
le goût le plus ſévère dans le choix des
Pièces; feul moyen de rendre à cet Ouvrage
le degré d'eſtime dont il a joui dans
fon origine , & de ſe concilier en même
temps la confiance des bons Ecrivains &
des Lecteurs éclairés.
On fuivra l'ancien plan tracé pour lesEtrennes
du Parnaffe ; c'es-t à- dire qu'elles ne feront
confacrées qu'à la Polfie , & terminées par
une Notice des meilleurs Ouvrages en vers &
en profe qui auront paru dans le cours de
l'année. Les analyſes en feront étendues , raifonnées
, fatisfaifantes en un mot ; & le Rédacteur
, toujours impartial & fidèle aux bons principes
, s'éloignera également de l'adulation dargerenfe
qui enorgueillit la médiocrité , & de
la critique trop rigoureuſe qui déſeſpère &
( y )
rifque fouvent d'étouffer les talens à leur raiffance.
MM. les Auteurs qui nous deſtinent des
Pièces de Poéſie ou des Ouvrages dont ils défirent
qu'on fafle mention , font pries de les
adreffer , francs de porr , avant le premier Oс-
tobre , à M. Belin , Libraire , rue St. Jacques ,
près Saint Yves.
Lu & approuvé , ce : Mai 1787. DE SAUVIGNY.
Vul'Approbation. Permis d'imprimer , ee 1 Mai 1787 .
DE CROSNE.
,
AVISfur le Monde primitif, analysé
& comparé avec le Monde moderne
confidére dans fon génie allégorique ,
dans les allégories auxquelles le conduifit
ce génie ; ou Recherches fur les
Antiquités du Monde , par M. Coun
de Gébelin , Vol. in-4 ° . enrichis de
Cartes, Figures & Vignettes. Prix , br.
113 liv . 8 S. & rel, en veau , 126 liv .
A Paris , chez Durand Neveu , Libraire
, rue Galande , Hôtel de Leffeville
, Nº. 74.
CONTENU DES VOLUMES .
Toommee 1. Hiftoire de Saturne&deCronus;
Hiſtoire de Mercure ; Vie & travaux d'Hercule.
Tome II. Hiſtoire naturelle de la Parole ,
ou Grammaire univerſelle & comparative.
Tome III . Hiſtoire naturelle de la Pa-
1
( 20 )
role , ou Origine du langage & de l'écriture.
Tome IV. Le Monde primitif , confidéré
dans l'Hiſtoire civile , religieuſe & allégorique
du Calendrier.
Tome V. Origines françaiſes, ou Dictionnaire
étymologique de la Langue françaiſe .
Tome VI . Origines latines , ou Dictionnaire
étymologique de la Langue latine
première Partie.
,
Tome VII , faifant ſuite auTome VI , &
forme la deuxième Partie.
Tome VIII. Le Monde primitif , confidéré
dans divers objets concernant l'Hiftoire
, le Blafon , les Voyages des Phéniciens
autour du Monde; les Langues américaines
, ou Differtations mêlées , remplies
de découvertes intéreſſantes.
Tome IX. Origines grecques , ou Dictionnaire
étymologique de la Langue grecque ,
précédé de Recherches nouvelles fur forigine
des Grecs ,&de leur Langue.
On diftribue chez le même Libraire un
avis analyſé du contenu de chaque Volume ,
qui ſe vend ſéparément , broché en carton ,
12 liv. 12 f. & rel. en veau 14liv..
Cet Ouvrage , unique en fon genre , en
répandant des lumières pures & nouvelles
fur la Mythologie , ſur le génie allégorique
des anciens Peuples , fur l'Hiftoire religieufe ,
civile, économique&politique, ſur l'origine
du langage & de la parole , en facilitant
l'étude des Langues & de l'Antiquité , a
mérité à fon Auteur , de la part de toutes
1
( 21 )
les Académies & de tous les vrais Savans ,
la réputation du génie le plus vaſte que la
France ait produit juſqu'à nos jours .
Lu & approuvé , ce 14 Octobre 1786. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation. Perm's d'imprimer , ee 30 Ollobr. 1786.
DE CROSNE.
Avi's fur l'Histoire Univerſelle tradnite de l'an
staiiss,126 Volumes in-8%, dont ilparaît 98Vol.
AParis , chez MOUTARD , Libraire-Imprimeur
de laREINE , rue des Matharins,
LORSQU'ON publia , en 1778 , le Profpectus de
l'Histoire Univerfeile, on annonça que cet Ouvrage
aurait foixante - dix Volumes, on environ.
On n'avait établi ce calcul que d'après lenombre
des Volumes anglais , dont on avait quaratite
trois. On comprait , eu égard au caractère qui y
ef,t employé , à la longueur & à la largeur des
pages , qu'un Volume anglais en ferait un &&
demi des nôtres , ce qui aurait porté le nombre
à foixante-quatre, L'Hiftoire d'Angiterre , qui
n'avaitpas encore paru dans l'original, &t&le Sup
plément qu'on devait ajouter à PHiftoire de chaque
Peuplepourda pouffer jusqu'à nosjours , del
vaientformer environ fixVolumes , ce qui rem
pliſſait nos engagemensam
Mais il avéré vérifié que chaque Volume an
glais a fait plus de deux Volumnes & demi. Ainft
Hiftoine Univerſelle en anglais , en y ajoutant
PHiſtoire d'Angleterre , qui a paru depuis peu,
forme quarante-cinq Volumes, qui , fans aug
mentations, enquraionoprodiit cem quatorze.
La partie géographique était très défectueuse,
on l'a fait refaire en entier , ainſi que les Cartes,
( 22 )
par M. Brion de la Tour , qui a été forcé de lui
donner plus d'étendue .
D'après une traduction allemande très-eftimée,
on a rétabli des faits omispar lesAuteurs
Anglais , & inféré des éclairciſſemens auſſi piquans
que néceſſaires .
Enfin l'Histoire de chaque Peuple finiſſant à
une époque trop reculée , les Traducteurs l'ont
continuée àpeu près juſqu'à nos jours . C'est ainſi
que pour compléter l'Hiſtoire de France , qui
finiſſait à la mort de Louis XIV , on a donné le
précis du règne de Louis XV, & des grandes
opérations qui ont ſignalé l'avènement de Louis
XVI au trône.
Tous ces objets , qui n'entraient pointd'abord
dans le plan des nouveaux Traducteurs , & qu'ils
n'ont embrafié que pour donner à leur Ouvrage
une plus grande perfection , porteront le nembre
desVolumes a 126 , & nous nous obligeons
à délivrer gratis à MM. les Sonſcripteurs les
Volumes qui l'excéderaient.
Les nouveaux Traducteurs eſpèrent queMM.
les Souſcripteurs leur fauront gré des efforts
qu'ils ont faits pour leur donner un Ouvrage
qui , quoiqu'il ne ſoit au fond qu'une traduction ,
devient, pourainſi dire , neufpar les corrections
&les augmentations qu'ils y ont faires.
Depuis long-temps nous n'avonsplus d'exemplaires
complets; nous nous sommes déterminés
à réimprimer les Volumes qui manquent , &nous
ſommes en état de fournir les 36 premiers Volumes
aux perſonnes qui voudront foufcrire , &
les 24 ſuivans à la fin de l'année. Le prix de chaque
Volume eſt toujours de 4 liv. To f. pour les
nouveaux Somcripteurs . Pour la commodité de
ceux qui défixeront le procurer cet Ouvrage ,
nous,laiffons la liberté de n'en prendre que fix
Volumes à la fois.
( 23 ).
Nous invirons MM. les anciens Soufcripteurs
qui ont négligé de fe compléter , à le faire inceffamment;
ils rifqueraient de n'avoir qu'un Ou
vrage imparfait.
Les Tomes 97, 98 & 99 comprennent l'Hiftoire
d'Allemagne ; enfuite viendra l'Hiſtoire
des Provinces-Unies , du Danemarck , &c.
OEUVRESCOMPLETTESDE CICÉRON,
traduction nouvelle, parM. CLÉMENT,
15 à 20 Vol. in-12 , & 9 in-4°. Les 6
premiers Vol. in- 12 & les 2 premiers
de l'édition in-4º paraiffent. AParis,
chez MOUTARD , Libraire- Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurips.
ONdéfirait depuis long- temps une Traduction
complette de Cicéron; il fallait pour
cela trouver un Homme de Lettres bien familiariſé
avec cet Auteur , & qui fût affez
courageux & affez laborieux pour furmonter
toutes les difficultés de cette traduction .
Un Homme de Lettres , avantageuſement
connu , a commencé cette entrepriſe , &
adonné les quatre premiers Volumes; mais
des raiſons particulières l'ayant obligé d'interrompre
ce travail , il a prié M, Clément
de s'en charger , & lui a communiqué fon
plan. Ce dernier vient de donner les tomes
V& VI de format in- 12 , & le tome II de
format in-4°,; & les Gens de Lettres ſont
d'accord ſur lemérite de cette traduction ,
( 24)
& conviennent qu'elle ne pouvait être en
nreilleure main. Les deux premiers Volumes
comprennent tous les Ouvrages de Rhétorique
, & les quatre ſuivans , une partie des
Oraifons. Les tomes VII & VIII, & le tome
III in 4°. , qui probablement termineront
les Oraifons , paraîtront en Novembre prochain.
On a fuivi , pour cette traduction , le texte
& P'ordre de l'édition latine , imprimée chez
MM. Barbou .
Pluſieurs perſonnes auraient défiré avoir
le latinà côté de cette traduction; mais outre
que cela aurait doublé le nombre des Volumes
, c'eût été faire acheter deux fois le
texte aux perſonnes qui l'ont déjà , & ce
texte eût été inutile aux perfonnes qui n'ont
point fait d'études. Une bonne traduction
de Cicéron est faite pour être lue par tous
les gentes de Lecteurs , parce qu'elle eſt accompagnée
deNotes très- inftructives fur les
moeurs & l'Histoire du temps de Cicéron .
L'édition in- 12 va naturellement avec l'édition
latine de MM. Barbou , 14 Volumes
in-12;& celle in-4°., avec l'édition latine
dé M. l'Abbé d'Olivet , Volumes in-4°.
On a tiré ſeulement deux cents exemplaires
de l'édition in- 4° . , grand raiſin , & vingtcinq
ſeulement du très-grand papier. Chaque
Volume in- 4°. grand raiſin , ſe vend
241. en feuilles ,&le très-grandpapier, 361.
Lu & approuvé. A Paris, ce 21 Mai 1787. NYON Paine .
Adjoint .
1
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
:
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 7 Mai .
Uivant
S
une lettre de Kiof , en date du
22 Avril , l'Impératrice de Ruſſie ſéjournoit
encore dans cette ville : mais le Niéper
étant abſolument dégagé de glaces ,
cette Souveraine devoit s'embarquer incef-
- ſamment pour ſe rendre à Cherſon où l'Empereur
la précédera. Plus on approche du
moment de cette entrevue , plus certains
Politiques affectent de croire qu'elle aura
des ſuites importantes pour les Ottomans.
On va juſqu'à ſuppoſer qu'il eſt queſtion entre
les deuxCours Impériales d'un traité de
partage , en vertu duquel on tracera une
ligne de démarcation du ſud au nord , en la
No. 21 , 26 Maj 1787.
( 146 )
-
4
:
:
::
:
1
commençant au golfe de Salonique , & ex
remontant à Belgrade; tout ce qui eſt à
l'oueſt paſſeroit ſous la domination de l'Empereur
, l'Albanie , la Servie , la Boſnie , la
Theffalie & la Morée : tout ce qui eſt à
l'eſt appartiendroit aux Ruſſes , la Moldavie,
la Valachie , la Bulgarie, la Romanie ,
Conſtantinople & le reſte de l'Archipel. Le
papier ſupporte patiemment toutes ces divifions;
& c'eſt peut-être l'unique cauſe qui
détermine les politiques à les adopter d'une
maniere ſi légère. C'eſt peut-être à la même
démangeaiſon d'anticiper ſur les événemens
, qu'il faut attribuer le bruit trèsfaux,
que le Prince de Repnin a ſurpris la
fortereſſe d'Oczakof. Rien n'a encore annoncé
la marche des troupes Ruſſes vers
cette place.
Perſonne ne ſe ſouvient en Iſlande d'un
hiver plus doux que le dernier. Point de
gelées juſqu'au 26 Mars ; mais beaucoup de
pluies & d'orages. En Jutlande les arbres
bourgeonnoient vers la fin de Février , &
Lon voyoit fleurir les plantes printannieres.
On eut en 1779 à peu près la même tempé
rature.
De Berlin , le 6 Mai.
Dimanche prochain , le Roi fera la revue
ſpéciale de notre garniſon. Une partie des
troupes, dont entr'autres les régimens de
Westphalie, & celui des Cuiraſſiers de Rohr,
areçu ordre de ſe tenir prête à entrer en
( 147 )
marche au premier ſignal ; elle fera ſous le
commandement du Général de Gaudi.
Il eſt arrivé à Neiſs , dans la haute Siléſfie ,
un Capitaine Ruſſe, allant en Angleterre ,
comme courrier; il a aſſuré avoir parlé à
l'Empereur , qu'il a rencontré à Lemberg : il
a ajouté que S. M. I. lui a dit devoir partir
de Lemberg , le 20 Avril , pour arriver à
Cherſon, en même temps que l'Impératrice
de Ruffie. Ce courrier a continué ſa route
avec la plus grande diligence , par la Saxe
&la Hollande; il repaſſera, a-t-il dit, bientôt
à Neiſs , pour ſe rendre à Cherſon , avec
les dépêches du Miniſtere Britannique. Suivant
fon rapport , un nouveau Corps de
troupes Ruſſes devoit entrer dans l'Ukraine ,
&lesTurcs de leur côté faifoient de grands
mouvemens ſur les frontieres aux environs
d'Oczakow.
On attend ici pour la revue le Ducd'Yorck
&pluſieurs Princes d'Allemagne. Les enrôlemens
, dit-on , vont être à l'avenir laiſſés à
chaque Régiment , auquel le Roi aſſignera
pour cet objet 6000 rixdalers.On parle auffi
d'une prochaine augmentationdansles fonds
deſtinés à payer les Miniſtres du Roi auprès
des Cours étrangeres.
De Vienne , le 6 Mai.
D'après des lettres de Lemberg , nous
avons appris que l'Empereur y eſt arrivé le
18 Avril , que S. M. s'eſt rendue auſſitôt
ge
( 148 )
chez le Gouverneur. Comte de Brigido ,retenu
dans ſon litpar une indiſpoſition;&vers
leloir, à l'hôtel du Prince deSaxe Cobourg,
Commandant général de la Province . Le
furlendemain marin S. M. I. repartit de
cere ville pour Zamoſc , où elle compre
viſiter les nouvelles colonies établies dans
ees environs.
:
Le 25 Avril le Marquis del Gallo , Miniſtre
plénipotentiaire du Roi des deux Siciles
auprès de cette Cour , eſt arrivé ici. 11
eſt reparti le 27 , pour ſuivre l'Empereur par
Lemberg à Cherſon .
Les voituriers de cette Capitale ſont occupés
à tranſporter du canon & d'autres
munitions de guerre ſur la rive du Danube ,
où on les embarque pour les conduite en
Hongrie. Les Chefs des Régimens de frontieres
font partis pour ſe rendre à leurs Régimens
; ils ont ordre de tenir les troupes en
état de marcher au premier beſoin.
:
De Francfort , le 10 Mai.
Le Margrave & le Prince héréditaire de
Bade ont paflé avec leur ſuite par cette ville,
pour ſe rendre par Weimar à Berlin .
Trois Arrêts de la Chambre Impériale de
Wetzlar , du 21 Mars & des 9 & 12 Avril ,
en reprochant au Sénat & à la Bourgeoifie
d'Aix la Chapelle, leur conduite irréguliere
( 149 )
à l'égard des Bourguemaîtres & des Sénateurs
qu'ils ont expulfés , caffent la députation
des Tribus & la commiſſion de police ,
rétabliſſent dans leurs dignités & fonctions
les Bourguemaîtres expulfés Wylre & Brammerz
, & les Sénateurs Buckholz , Schornftein,
&c . enjoignent àlaBourgeoiſie d'obéir
à leurs Magiſtrats réintégrés , & chargent
les Prince -Directeurs des Cercles du Bas-
Rhin & de la Veſtphalie , de faire exécuter
ces arrêts , de rétablir & de maintenir l'ordre
& le repos à Aix la-Chapelle , même à
ma'n armée.
La Comteſſe douairiere de Buckebourg
arécompenfé ceux de ſes ſerviteurs qui font
reſtés fideles à ſa mailon. Elle a donné un
brevet de Conſeiller de Régence au Confeiller
Konig , qui pendant les troubles a été
l'agent de ſes affaires. Le Capitaine Rotman
, qui commandoit à Wilhelmſtein , a
été élevé au rang de Major , avec une augmentation
d'appointemens , & f'Enteigns
Windt a été fait Lieutenant. La garniſon de
cette place a eu auſſi part a ix bienfaits de la
Comteff:. Le Chancelier & pluſieurs Confeillers
ont été renvolés.
Le Chargé d'affaires de l'Empereur a remis
aux Etats -Généraux une Note dont voici la
ſubſtance : Le Conſeil- Aulique a rendu un Arrêt
con cernant le droit de Douane fur la Meuſe , ap-
1
g3
( 150 )
partenant au Comté de Reckheim , dans le Cerele
de Westphalie. Ce Comté avoit toujours exercé
ce droit , & quoiqu'il y fût maintenu en 1725 par
l'Empereur & le College Electoral , la Hollande ,
de concert avec le Prince-Evêque de Liége , le
lui a conteſté en 1728 , & a fait ôter , à main armée
, les poteaux & les autres marques de péage.
Le Conſeil- Aulique ayant reconnu l'injusticede
ce procédé , autoriſe le Comte de Linden-Afpremont
, poffeffeur actuel du Comté de Reckheim ,
de rétablir les poteaux & les autres marques de
péage ; le maintient dans l'exercice de ſon droit ,
& exhorte le Prince-Evêque de Liège de ne plus
l'y troubler à l'avenir Les Princes- Directeurs du
Cercle de Westphalie ſont chargés de veiller à
l'exécution de cet Arrêt. Le Chargé d'affaires
finit ſa Note , que Sa Maj. Imp. efpéroit que les
Etats -Généraux feroient auſſi de leur côté en
forte que ledit Comte de Linden ne fût plus empêché
dans la jouiſſance de ſon droit , & que la
tranquillité ne fût point interrompue ſur les
frontieres , & que dans le cas contraire , S. M.
emploieroit tous les moyens qu'elle croira propres
pour le maintien de la justice & du repas .
ESPAGNE.
De Madrid , le 30 Avril.
L'on apprend par une lettre écrite d'A'ger
le 22 Mars dernier , qu'il a été ſigné entre le
Dey de cette Régence & S. M. Sicilienne , une
trêve de trois mois , à compter du premier
mars paſſé , intervalle pendant lequel on doit
régler les différends des deux Puiſſances , & conclure
enfuite une paix ſolide.
( 151 )
Les deux vaiſſeaux de la Compagnie royale
'des Philippines , l'Aigle impérial & la Notre-
Dame des Neiges , ſont entrés dans le port de
Cavite , ifle de Manille ; partis de Cadix le 23
Janvier dernier , ils ont mouillé le 30 Avril
au Cap de Bonne-Eſpérance , & le 8 juillet à
la baye de Pimienta : ces vaiſſeaux , dont les
équipages & les paſſagers , au nombre de 362 ,
n'ont perdu qu'un ſeul homme , ont trouvé à
leur arrivée les chargemens qu'on leur avoit préparé
marchandiſes en & fruits de iflede
la Chine , & dans la côte de Coromandel. Ils
ſediſpoſent à repaſſer en Eſpagne au mois de
janvier prochain.
:
cette
Nous apprenons de Santa-Fé que les naturels
du pays continuent à ſe révolter & qu'ils ont
oſe attaquer le fort de la Conception , où plufieurs
de nos officiers & foldats ont étébleſſés
en forçant les afſfiegeans à la retraite .
GRANDE - BRETAGNE
De Londres, le 15 Mai.
En conséquence des préliminaires d'accommodement
entre S. M. &le Prince de
Galles , l'Alderman Newnham a renoncé le
4 à ſa motion. Cependant , on ne fait rien
encore de certain touchant les progrès & le
réſultat des négociations entamées . En voici
l'état actuel , tel du moins qu'il circule affez
généralement.
>> M. Pitt s'eſt rendu le 5 amidi , aupalais de
Carleton , & a eu une conférence avec S. A. R.
dans laquelle le Prince a remis au Miniſtre ſes
84
( 152 )
propofitionspar écrit ,dans lateneur fuivante.
>> 1°. Les dettes du Prince de Galles ſeront
payées , au moins en partie.
20. Il lui ſera accordé une ſomme ſuffiſante
pour achever le palais de Carleton .
>> 3 ° . Son revenu annuel ſera augmenté ſuffiſamment,
pour qu'il ne foit pas dans le cas de
contracter de nouvelles dettes à l'avenir.
» M. Pitt s'eſt retiré avec ces propoſitions , &
les a envoyées le 6 au Roi , à Windfor , par un
exprès , qui a rapporté le lendemain la réponſe
écrite de la main de S. М.
>>Cette réponſe a été remiſe le même jour au
Prince , à Carleton - houſe : elle contient en
fubftance.
>> 1º. Que le Roi étoit charmé de trouver le
Prince diſpoſe à ſoumettre ſes comptes à l'examen
.
27 2º. Qu'il étoit néceſſaire que le Prince ,
non-leulement déterminât le montant total de
ſes dettes , mais encore les particularités qui y
étoient relatives , & qu'il rendit un compte exact
de la maniere dont elles avoient été contractées .
> 3º . Que le Prince devoit s'engager à ne plus
contracter de dettes à l'avenir .
4 °. Que d'après les détails ci- deſſus requis ,
S. M. détermineroit fi les dettes de S. A. R. fe-
Toient payées en totalité ou en partie.
35º . Que S. M. ne croyoit pas qu'il fût néceflaire
d'augmenter les revenus du Prince , tant
qu'il ne feroit pas marié.
>>> Le 8 , le Prince de Galles a envoyé les
Colonels Lake & Stulth & M. Lyte ſon Tréloforier
, chez M. Pitt , avec tous ſes comptes ,
&c. &c. pour qu'il les examinat & en fit fon
papport à S.M.
L'eſcadre deſtinée pour Terre-Neuve fera
:
(153 )
compoſée du Salisbury de so can., du Win
chelsea de 32, de la Roſe de 28 , & du floop
leScorpion de 16 can. Celle de la Méditerranée,
commandée, ainſi que nous l'avons dit,
par le Chevalier Lockhart Roſs , eſt renforcée
de 2 frégates &confiſtera en 8 vaiſſeaux
de guerre dont un de so can. Le Capitaine
Philips , qui s'eſt rendu à Portſmouth le 6de
ce mois , a dû en faire voile cesjours derniers
pour la Baye Botanique , avec la Colonie
qu'il y tranſporte.
Le 7, M. Pitt propoſa à la Chambre des Communes
formée en comité , de remplacer une
partiede la diminution des droits fur les liqueurs
ſpiritueuſes par une addition à la taxe des permiſſions
( licences ) de vendre des liqueurs en
détail.
Mais pour rendre cette impoſition la moins
onéreuſe poſſible , le Miniſtre l'a divifée en dixhuit
portions qui ſeront payées toutes les axfemaines
, & qui produirent un ſupplément de
-revenu d'environ 80,000 liv. fterl. La taxe ne
portera que ſur les tavernes de 10 liv. ſterl . de
loyer & au - deſſus ; les premieres paieront a1. A.
pour leur permiffion annuelle , dont le prix
augmentera de 8 ſchellings par chaque 5 l. ft.
deloyer au deſſus de to I. ft. juſqu'à 50 1. ft .
de loyer excluſivement. Cette motion paſſa ſans
débats.
En 1766 , le Parlement ouvrit quatre ports
francs à la Jamaïque & deux à la Dominique.
I e terme fixé par le Bill, expirant cette
année , Mr. Grenville en propoſa , le 7 , le
renouvellement & l'extenfion à d'autres Iloς
85
( 154 )
ces
Britanniques. LaChambre a adopté cette réſolution
, & l'on prépare un nouveau Bill ,
dont le rapport ſera fait inceſſamment. La
même Séance du 7 fut terminée par l'expofé
très - intéreſſant & attendu depuis pluſieurs
jours , que fit M. Dundas de l'état des Finande
laCompagnie des Indes. Ce Budget
Indien a été dreſſe ſur les piéces juſtificatives
récemment envoyées par Mylord Comte de
Cornwallis, & la circonſtance lui prêtoit un
nouvel intérêt. Si , de ce compte rendu , il
devoit réſulter que les affaires de la Compagnie
ſe trouvent floriſſantes , ſes revenus
améliorés , les réductions faites à propos , la
dette diminuée , la derniere guerre conduite
avecune tel'e économie , que toutes les dépenſes
annuelles n'ont pas monté à la moitiéde
ce qu'a coûté enAmérique le ſeul extraordinaire
des guerres , chaque année ; fi ,
diſons nous, cetableau offroit un éloge continuel
de la derniere Adminiſtration, il donne.
it d'étranges idées des pourſuites actuelles
contre M. Haftings. Auſſi , les deux Partis
Pattendoient avec empreſſement ; mais , en
commençant ſon expofé, Mr. Dundas pria
Jes amis & les ennemis de M. Hastings de ne
point faire intervenir ſon affaire dans la difcuffion
préſente , ce qui fut aſſez fidélement
obſervé. L'érendue du diſcours de M. Dundaspaſſant
les bornes de cette Feuille , nous
nous conten' ons d'en rapporter la ſubſtance
&les réſultars.
( 155 )
> Je vois avec plaiſir , dit-il , que les deux
partis de la Chambre ſont convenus de prendre
les documens envoyés par Lord Cornwallis
pour la baſe de leur opinion. Ne cherchons pas
àdérober à la connoiſſance du public la vraie
fituation des affaires de la Compagnie. La publicité
eſt un principe auquel eſt eſſentiellement
lié la bonne adminiſtration , & l'on ſent
combien il eſt important de la maintenir lorfqu'il
s'agit de poſſeſſions qui produiſent un revenu
annuel de cinq millions ſterlings . Les arrêtés
que j'aurai l'honneur de ſoumettre à l'examendu
comité pour être conſignés dans le journal
de la Chambre , atteſteront aux adminiſtratrons
futures , que cette auguſte afſemblée attend
d'elles un compte exact de leur geſtion . Heureuſement
celui que je vais préſenter offre l'état
le plus favorable , & je regarde ce jour comme
glorieux pour nous.
>>>Les dettes de la Compagnie des Indes dans
le Bengale , montent en tout à 9 millions ſter.
fur leſquels il ſe trouve un million de déductions
effectuées ou très -prochaines. Total de la
dette effective dans l'Inde , .... 8 millions terl .
>> En prenant , ajouta M. Dundas , le moyen
des comptes des années 1781 , 82 & 83 , les revenus
annuels du Bengale ſont des millions ſt .
Mais les années 1784 , 85 & 86 , dont nous n'a
vons pas encore les états , ont été un peu plus
foibles , au rapport de Lord Cornwallis ; ainfi
jene porte ce revenu annuel du Bengale qu'à...
4millions ſterlings . >>
M. Dundas détailla enſuite les dépenſes
générales &particulieres du Bengale, de l'armée,
de la Marine , des frais de perception,
del'établiſſement civil , &c. &c. , d'où il ré
g 6
( 156)
fulto't que la recette excédoit la dépenſe de
185 acks de roupies , foit un million , huit
cens cinquante mille liv. ſterl. (1) En outre ,
Bombay & Madras exigent une remife annuelle
qu'on peur évaluer à 35 lacks ; ce qui
réduit le revenu libre à 150 lacks ,
foit 1,500,000 1. ft.
M. Dundas évaluant enſuite la dette de la
Compagnie en Angleterre , la porta à 8 millions
ſterlings , y compris fon fonds capital.
Il évalua enſuite les produits de ſes ventes de
1787, 1788 & 1789 , fur lesquels , en déduifant
2,102,100 liv. ft. pour le frer , droits de
Douane , &c. , il reſteroit pour ces trois ans
le montant de 5,451,900 liv. fterl.
Réfumant enfin ces différens tableaux ,
P'Orateur eſtima les bénéfices annuels & nets
de la Compagnie aux ſommes ſuivantes :
Commerce des Indes ,
Dit de la Chine ,
Surplus dans le revenu du
Bengale, 150 lacks, ſoit
Total.
1,712,000 1. ft.
1,৪০৩,০০০
1,500,000
5,012,000
Ce commerce quoiqu'avantageux , continue
M. Dundas , pouvoit le devenir biendavantage.
-(1) Nous fuivons ici l'eftimation de M. Dundas , qui
évalue le lack de roupies à 10.000 liv. fterl . Il vaut fouvent
davantage , ſuivant le change de la roupie. Cent
tacks font un crore, foit nu million sterling.
(157 )
Le ſurplus de 150 lackes de roupies que l'on
auroit dans le Bengale , procureroit un commerce
immenſe ſur les lieux. La Compagnie ne
feroit plus obligée de faire ſortir de l'Angleterre
tous les ans , la ſomme de 300,000 liv. ſterl.
pour ce commerce. Cet avantage étoit inappréciable
, & perſonne n'avoit auparavant le droit
de s'y attendre.
Au reſte , qu'on ne s'imaginat point qu'il eût
envue de faire augmerter l'impofition ſur les
terres de l'Inde. Il étoit trop ennemi des exactions
, pour adopter ce ſyſtéme. Son but étoit
au contraire d'introduire une ſécurité permanente
pour la propriété fonciere , parce qu'il
ne pouvoit exiſter ni tranquillité , ni fûreté ,
sant que l'état des propriétés ſeroit incertain.
Pluſieurs perſonnes intelligentes , qui connoiffoient
le local de l'Inde , & qu'il avoit confu'-
tées , lui avoient appris que les Provinces Britanniques
étoient dans une fituation plus heureuſe
& plus floriſſante que les autres. Son defir
étoit de les voir proſpérer davantage encore. Il
eſpéroit qu'elles deviendroient d'aſyle des pauvres
Marattes , & de tous les autres Indiens
malheureux qui voudroient ſe mettre ſous la
protection de laGrande-Bretagne.
La Compagnie pouvoit s'ouvrir encore une
nouvelle ſource de revenu , en améliorant le
commerce de la côte ; c'eſt- à- dire , en exportant
des marchandiſes de l'Angleterre dans les parties
occidentales de l'Inde. Lord Cornwallis paroiſſoit
douter que cette branche de commerce pût devenir
d'une importance aſſez grande pour la nation
, pour mériter d'être entamée. Quant à
Jui , il étoit d'autant plus convaincu des avan
tages qu'elle procureroit , que M. Scort , Négoclant
reſpectable, qui avoit amallé une très
( 158 )
grande fortune ,en commerçant ſur la côteocci
dentale de l'Inde , lui avoit aſſuré que la premiere
année on pouvoit faire un profit de 300.
mille livres ſterlings ; la ſeconde de 500,000 &
la troiſieme de 700,000 ; & pour prouver que
ce projet n'étoit point chimérique , il avoit
voulu s'engager à payer la ſomme de 500,000 1.
fterl. à la Compagnie , fi elle vouloit lui accorder
le monopole de ce commerce. La Compagnie
avoit refuſé d'accéder à cette offre ; & en
cela elle avoit agi ſagement , parce que fi un
particulier pouvoit faire des profits auſſi énormes
en commerçant pendant trois ans , à plus
forte raiſon la Compagnie pouvoit ſe livrer aux
mêmes eſpérances. Il étoit poſſible qu'elle réa-
Jisât par là 700,000 1. ft . de plus annuellement ,
fans compter les profits qu'elle pourroit faire
fur les cotons , &c. qu'elle importeroit. La côte
occidentale de l'Inde deviendroit alors une mine
précieuſe pour la Compagnie : M. Dundas donnamême
à entendre , qu'il avoit été figné des
intructions pour mettre une partie de ce projet
en exécution .
M. Dundas développa enſuite les diverſes
réductions ſur les dépenſes qui avoient été
arrêtées , & conclut que le revenu net du
Bengale s'éleveroit à l'avenir à deux crores ,
ſoit deux millions ſterlings .
Après lui , M. Francis épilogua ſur ces
différens états , qui furent juftifiés , papier
fur table , & la Chambre s'ajourna pour
prendre en conſidération , un autre jour ,
les réſolutions propoſées par M. Dundas.
Le 9, on appella l'Ordre du jour pour entendre
la ſeconde lecture du rapport du Co
( 159 )
mité-Secret , chargé de dreſſer les articles
d'impeachment contre M. Hastings. Mylord
Amiral Hood ſe leva , & s'oppoſa à la motion
pour la ſeconde lecture , dans les termes
ſuivans :
Je ſens comme un autre , & je ſuis prét
reconnoître que les charges portées contre M.
Haſtings, conſidérées en général paroiffent de
la premiere gravité ; mais quand j'obſerve les
motifs de ſa conduite , il eſt juſtifié à mes
yeux. Il y a plus , je le plains beaucoup , &
je ſuis également inquiet au ſujet des principes
ſuivans , que j'ai trop ſouvent entendu énoncerdans
cette Chambre ; qu'un Officier chargé
entems de guerre d'un commandement & d'une
commiffion majeures en pays étranger , n'a pas
le droit de prendre des mefures qui nuiſent à
quelques individus , quoique le plus grand bien
public en réfulte évidemment pour l'Etat.
Non , je n'hésite pas à le dire ; ſi les Repréfentans
de la Nation en Parlement adoptent
cette doctrine , les beaux jours de l'Angleterre
ſont paſſés : en effet , dans quel embarras ,
dans quel découragement ſe trouvera un Officier
plein de courage & de zèle en ſe voyant
réduit à ſe contenter des moyens qu'on lui a ménagés
, & que ſes Commettans ont mis entre
ſes mains , quelqu'inſuffiſans qu'ils ſoient pour
répondre à ce qu'on attend de lui ! Qu'il eſt
cruel pour un homme de ce caractere d'être obligé
de ſe refuſer les reſſources qui font à ſa portée
, qui s'offrent d'elles mêmes , & lui promettent
le falut de ſa Patrie ! Qu'il oſe braver
ces conſidérations , il s'expoſe à être cité à la
barre de cette Chambre comme un coupable ;
les plus brillans ſuccès ne le garantiront pas
( 160 )
14
de cette humiliation ; c'eſt même ce qui peut
lui arrivet de plus heureux ; car fi la fortune
venoit à tromper das meſures priſes avec fagefle
& foutenues avec courage , je ne répondrois
pas à l'infortuné de tout ce qu'il a de
plus cher au monde , pas même de ſa tête. Je
foumets au bon ſens & à l'examen de ſangfroid
& réfléchi de cette Chambre , la poſition
difficile d'un Officier , employé au - dehors &
environné ainſi de circonstances qui , toutes
contribuent à le contrarier. Qu'il eſt malheureux
! qu'il eſt réellement à plaindre ! J'ai conſidéré
murement les circonstances critiques , difficiles
& dangereuſes où se trouvoit M. Haftings
; je l'ai vu , malgré tous ces obftacles qui
ont conftamment contrarié ſes meſures , rendre.
des ſervices ſignalés & méritoires à ſon pays ;
j'ai vu , en un mot, que ce n'est qu'à fon zèle
& à les rares talens que nous devons la conſe-
vation de nos domaines dans l'Inde ; je ne
puis donc me réſoudre à prononcer qu'il eſt
criminel. Je n'accuſe pas M. Haftings ; mais
je ne prétends pas qu'il ne lui ſoit échappé des
fautes dans ſon Adminiſtration ; j'adniers qu'il
en a fait, & j'oſe dire que nul homme chargé
long-tems d'un commandement important audehors
, dans les circonstances malheureuſes de
la guerre , n'en a été tovalement exempt ; je
prends la balance d'une main impartiale ; je
compare les ſervices Ganales & reconnus de
M. Hastings , & j'obéis à ma confcience , en
prononçant que je ne donnerai jamais mon
confentement à ce qu'il parte de cette Chambre
, une ſeule accufation contre lui. En conſéquence
, je m'oppoſe à une ſeconde lecture du
rapport .
Le célebre Wilkes fatisfait d'avoir entendu
( 161 )
le noble Lord s'expliquer d'une maniere i ho
norable & fi impartiale ſur le compte de M.
Haſtings , déclara qu'il s'oppoſoit , ainſi que lui,
à une ſeconde lecture du rapport , comme contenant
des articles d'accuſation établis ſur des
baſes fauſſes. Il ajouta , qu'attentif à toute la
procédure relative au décret de M. Hastings ,
il n'avoit été , ni convaincu par les raiſonnemens
de ſes Accuſateurs , ni fatisfait de leurs
preuves ; & que , quoiqu'ébloui par l'éclat de
leur ſtyle , & admirant l'eſprit qu'ils avoient
fu- mettre dans leurs diſcours , il n'avoit pu ſe
diſimuler la foibleſſe de leur cauſe.
La Chambre avoit même ſur le Bureau des
réfutations victorieuſes de chacune des affertions
du rapport : par exemple la lettre du dernierGouverneur
de l'Inde , Sir John Macpherſon
, qui , dans cette piece du 10 Août 1786,
parle avec la plus grande eſtime des plans de
M. Haftings, & vante le bonheur des natu eis
du pays, vivants ſous le gouvernement Britannique,
eQuant à la proſpérité de la Compagnie
, & au bon état de ſes affaires , il s'en
rapportoit aux diſcours de M. Dundas , delundi
dernier , dans lequel le très-honorable Membre
avoit avancé que c'étoit un jour glorieux pour
l'Angleterre . Si cette aſſertion étoit vraie , il
étoit également vrai que M. Hastings pourroit
ſe glorifier de ce jour , puiſqu'il avoit des
droits incontestables à l'honneur d'avoir jetté
les fondemens de la proſpérité actuelle de la
Compagnie. J'ai vu , dit-il , plus d'une fois
dans le cours de cette procédure , les Accufareurs
emportés de M. Haſtings , le comparer à
Verrès ; mais je prie la Chambre de ſe reppeller
qu'à l'époque où ce Gouverneur inique
fut cité devant le Sénat Romain pour
(162 )
rendre compte de ſa conduite , à peine y avoite
il un ſeul habitant de la Sicile qui n'eût des
griefs à préſenter contre ce monſtre ; tandis
que dans l'affaire qui nous occupe , depuis trois
ans qu'on la pourſuit , ou pour mieux dire ,
qu'on pourſuit M. Haftings , il n'eſt pas venu
de l'Inde une ſeule plainte contre lui ; au contraire
, chaque lettre qui en arrive eſt pleine
d'expreffions de reconnoiſſance & d'eſtime pour
ſon Adminiſtration ; je l'ai examinée , étudiée
dans tous les détails , & je me crois fondé à
prononcer que M. Hastings eſt un politique pro
fond , qui , dans des tems difficiles & périlleux ,
a déployé autant de vigueur & d'intrépidité
pour ſuivre ſes plans , qu'il avoit mis de fagefle&
de ſagacité à les concevoir ».
M. Wilkes pafſant à l'accuſation relative à
raffaire des Begums, ou Princeſſes d'Oude, s'exprima
ainfi :
«M. Haſtings s'eſt conduit à leur égard comme
il devoit le faire , puiſque les Begums
>> étoient révoltées contre le Gouverneur du
>>B>engale auquels elles devoient obéiſſance.
>>On medit qu'elles ont ſauvé la vie à un ou
•deux Officiers Anglois ; cela prouve évidem-
» ment un pouvoir ufurpé de leur part , au-
>>trement elles n'auroient pu donner cette pro-
>> tection dont on veut aujourd'hui tirer une
>> preuve qu'on fait tant valoir en leur faveur.
>>>Le noble Lord eſt convaincu qu'il y avoit
>> quelques fautes à reprocher à M. Hastings ,
>>>Et , quel homme placé dans une ſituation
>> auſſi critique prétendroit n'en avoir jamais
>>>commis ? Celles qu'on reproche à M. Haf-
> tings me rappellent ce que dit M. de Voltaire
, d'un Parlement de France , à la defcente
d'Henry V, un peu avant la bataille
:
( 163 )
d'Azincourt . Les Sages Magiſtrats du Parle
ment ne fouffrirent pas qu'on prit une ſeule
>>>meſure pour s'y oppoſer , avant qu'ils euſſent
>> rendu un Arrêt en bonne forme , qui notifiât
>> la deſcente du Monarque Anglois & de fon
> armée ; en conféquence , le Royaume de
France fut facrifié à une formalité. M. Haf-
>>>tings jugeant plus ſagement , a pris dans
>> toutes les occafions , le parti que lui dictoit
>> la néceffité , en négligeant les petites for-
>> mes ; & fi l'on confidere l'enſemble de la
conduite de M. Haſtings , avec quel ſuccès
> il a oppoſé les armes Britanniques aux François
& aux Hollandois dans l'Inde ; & enfin ,
>>>comme il a ſu préſerver nos poffeffions en
>> cette partie du monde où elles n'ont reçu
>> aucun échec , tandis que par-tout ailleurs ,
>> l'Empire Britannique ſembloit s'écrouler ; on
>> ne peut s'empêcher de rendre juſtice à ſes
talens rares &à ſon activité , & d'être étonné
>> comme moi , qu'une faction dans cette Cham-
>>>bre ſoit parvenue à pouffer la perſécution
>>contre lui auſſi loin&auſſi longtems qu'elle
>> l'a fait; perſécution à laquelle j'eſpere , pour
>>>l'honneur de cette Chambre , qu'une majorité
>>>confidérable mettra fin aujourd'hui. J'ai en-
>>>>tendu un très- honorable Membre déclarer
>>>qu'il avoit dans ſa poche un Motion d'im-
>>>peachment (décret ) contre un noble Lord an
>>>ruban bleu ( 1 ) , qui a perdu la moitié de
> l'Empire Britannique. Hé bien ! on n'a point
>>>fait d'attention à cette déclaration , point
>> entamé de procédure en conféquence ; & néan-
> moins cette Chambre qui laiſſe impuni l'hom-
(1) Lord North afſſocié aujourd'hui aux Pers
Sécuteurs de M. Hastings.
:
( 164 )
3
هل
me coupable d'un crime ſi énorme , continue
>> à ſe montrer aſſez partial & injufte pour
>> perſécuter celui qui a ſauvé l'Inde , l'Inde ,
>> qu'on a nommée le plus beau diamant de la
>couronne Britannique Quant aux reproches
faits à M. Hastings d'avoir , dans pluſieurs
occafions , donné plus d'extenſion qu'il ne
>> le devoit au pouvoir dont il jouiſſoit comme
>> Gouverneur , l'embarras , l'exigence des af-
>>>faires , l'urgence des conjectures durant tout
>ſon gouvernement , l'en justifient aſſez ; &
>>>l'on doit ſe rappeller que cette Chambre a
revêtu depuis Lord Cornwallis de pouvoirs
>> infiniment plus grands que ceux que M. Haf-
>tings s'eſt jamais permis de prendre dans les
>tems qui ſembloient l'en preſſer davantage.
La Chambre a donc reconnu elle - même
>> qu'il falloit qu'un Gouverneur-général de
>> !'Inde pût exercer de tels pouvoirs , il feroit
>> donc abſurde & contradictoire de continuer
à poursuivre & de vouloir punir un homme ,
>>pour avoir pris de lui-même des pouvoirs
>>dont la Légiflation a jugé à propos de revêtir
légalement ſon ſucceſſeur. Au lieu de le trai-
> ter comme Verrès , auquel il ne reſſemble
>> en rien , nous devons , dit - il , le confidérer
comme les Romains conſidererent Sci-
>>pion , lui rendre les mêmes actions de graces
>> qu'ils lui rendirent , & lui conférer les mê-
>> mes titres d'honneurs. En conséquence , j'el-
>>>pere que ce jour verra le décret injurieux
>> porté contre lui , annullé. Je conclus done
>> par voie d'amendement à la motion du noble
Lord à ce que le rapport ſoit lu une ſeconde
>> fois à pareil jour dans trois mois d'ici » .
M. Courtenay repliqua à ces deux diſcours
par une kyrielle d'injures & de quot bets
( 165 )
contreMylord Hood , M. Wilkes & le Lord
Avocat d'Ecofle qui les avoit appuyés. Il
s'aviſa entr'autres d'appeller l'Amical Hood ,
Spectateur de la victoire de Rodney. A ces
mots , un cri à l'Ordre ſe fit entendre de
toutes parts , & le Chevalier Fleming ſe levant
, s'écria que fi la Chambre ne réprimoit
de pareils excis , tout honneur étoit perdu.
M. L'Alderman Townsend dit enſuite qu'il
ne ſe levoit pas pour faire des railleries , des
contes plaifans , encore moins pour s'exprimer
entermes ſi groffiers & fi indecens , que loin
d'être ſupportables dans cette aflemblée , à peine
le ſeroient- ils dans la moindre cotterie où l'on
auroit quelque prétention à la politeffe. Il n'avoit
pas rappellé à l'ordre l'Honorable Membre
qui venoit de parler le dernier , parce qu'il ſe
propoſoit de répondre à tout ce qu'il avoit
avancé; mais il étoit ſurpris que l'Orateur fût
reſté aflis tranquillement , qu'il eût négligé d'arrêter
l'Honorable Membre dans le cours de ſa
harangue , pour lui apprendre qu'on ne ſouffroit
point de pareil langage dans cette Charmbre.
L'Alderman en appella à la candeur & à
la ſenſibilité des membres ; il leur demanda
ſi dans le cours d'un procès criminel , & au
moment même où ils étoient affis , revêtus
du caractere de Grands Jurés , il étoit convenable
os décent de maltraiter un Gentilhomme
debout à leur barre , & dans l'attitude d'un
accuſé , d'une maniere ſi pleine de groffieretés
&de períonalités cruelles.
M. Pitt répondit aux différens argumens
contre la motion originaire , par un diſcours
plein de logique&de ſagacité , dans lequel
( 166)
il examina la queſtion , moins en Homme
d'Erat qu'en Juriſte , & qu'il finit par un
vote pour l'impeachment. Ala levée des ſuffrages
, il s'en trouva 175 pour la ſeconde
lecture du rapport , & 89 contre elle. L'impeachment
, ainſi décidé , M. Burke , accompagné
d'environ so Membres des Communes
, eſt allé , le même jour , dénoncer Mr.
Haftings à la Chambre-Haute , qui reçut le
meſſage , & en fit faire la lecture.
FRANCE .
De Versailles , le 16 Mai.
٢٠
Le to de ce mois , le Roi s'eſt rendu à l'é
gliſe de la paroiſſe Notre-Dame , où il a aſſiſtlé
au ſervice folemnel que les Curés & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverſaire de la
mort de Louis XV. Le ſieur Jacob , Curé de
cette paroiſſe , y a officié. La Reine , Madame ,
Madame Elifabeth de France , & Mesdames Adelaide
& Vitoire de France y ont aſſiſté.
Le lendemain leurs Majestés & les Princefſes
ont auſſi aſſiſté , dans l'Egliſe de la Paroiſſe
Saint-Louis , au ſervice fondé pour le repos de
l'ame de Louis XV , & auquel le fieur Jacob ,
Curé de cette paroiſſe a officié.
Le Marquisde Carvoiſin , le Marquis de la
Roche-Saint-André , le Marquis de Fontange
& le Chevalier de Rollat , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi , ont eu le 7 de
ce mois , celui de monter dans les voitures de
Sa Majesté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le Comte de Lorge , le Marquis de Sainte
( 167 )
Mauris - Châtenois , le Comte de Paroy , le
Comte de Saint-Pern-Ligouyer & le Chevalier
de Bardonnanche , qui avoient eu l'honneurd'étre
préſentés au Roi , ont eu , le 12 de ce
mois , celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le 13 Leurs Majeſtés & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du Prince de
Beaufremont-Liſtenois , avec demoiſelle de la
Vauguyon ; celui du Comte de Gouvernet avec
demoiselle de Dillon , & celui du Vicomte de
Monteſſon , Meſtre-de- camp en ſecond du Régiment
d'Orléans , infanterie , avec demoiselle
de Marliani.
Le même jour , le Marquis de Montbourcher
a prété ſerment entre les mains du Roi , pour
la Lieutenance des quatre Evêchés de la haute-
Bretagne , vacante par la mort du Comte de
Marboeuf,
M. de Trutié de Varreux a auſſi , le même
jour , prêté ſérment , entre les mains de Sa
Majefté en qualité de Lieutenant de Roi dans le
Nivernois.
M. Soulés , auteur de l'Histoire des troubles
de l'Amérique Angloiſe , a eu l'honneur de préſenter
au Roi les trois premiers volumes de cet
ouvrage , dont Sa Majesté a bien voulu agréer
la dédicace. (1 )
De Paris , le 23 Mai.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du
(1) Ils se trouvent à Paris chez l'auteur , nº. 6
rue des mauvaises parole:& chez Buiſſon , rue des
Poitevins , le quatrieme &dernier volume avec les
cartesparoîtra lundi prochain.
( 168 )
Mai 1787, qui déſigne les ports de France
qui feront ouverts le 10 Mai , à l'entrée des
marchandiſes d'Angleterre ; & qui détermine
la quotité des droits perceptibles , en
exécution du Traité de Commerce , & les
plombs à appoſer aux marchandites qui en
font fufceptibles , pour les faire jouir de
l'exemption des droits à la circulation.
Le Roi ayant fixé au to de ce mois l'exécution
du Traité de Commerce , conclu avec le Roi de
laGrande- Bretagne : S. M. a cru devoir prendre
quelques meſures néceſſaires pour faciliter l'exécution
de ce Traité & les liaiſons de commerce
qui doivent en réſulter entre les deux Nations :
En conséquence , S. M. s'eſt déterminée à ouvrir
des Bureaux part culiers , à l'entrée des gazes ,
des toiles , des draps & étoffes de laine & de coton
, & autres marchandises qui proviendront des
manufactures d'Angleterre ou des pays étrangers
, qui font ou pourront être admis au béné
fice de ceTraité , en laiſſant ſubſiſter les Bureaux
anciennement ouverts à l'entrée des marchandiſes
de même eſpece , qui font apportées d'autres
pays , &qui reſtent aſſujetties à de plus forts
droits; S. M. a jugé pareillement devoir fixer ,
autant qu'il ſe pourra , la perception d'après le
poids ou la piecede toutes les marchandises fufceptibles
d'une pareille évaluation , pour préve
mir l'arbitraire des eſtimations à la valeur ; enfin ,
il a paru néceſſaire de faire appofer auxdites
étoffes & marchandises Angloiſes qui en font
fufceptibles , des plombs particuliers , pour éviter
toute confuſion entre leſdites marchandises
& celles qui , pouvant être entrées dans le
Royaume , en fraude des droits , ſcroient dans
le
( 169 )
le cas de la ſaiſie &de la confiscation ; ou celles
qui , telles que les toiles étrangeres , font encore
afſujetties aux droits de circulation , après avoir
payé les droits à l'entrée du Royaume. A quo
youlant pourvoir : Oui le rapport ; Le Ror
ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne
cequi ſuit :
ART. I. Les denrées ou marchandises du crú
ou fabrique d'Angleterre , dont l'introduction a
été permiſe par le Traité de Commerce conclu
entre Sa Majesté Très-Chrétienne & Sa Majefté.
Britannique , ſeront admiſes dès le 10 de ce mois,
àl'entrée du Royaume , par les Bureaux de Ca
lais , Boulogne , le Havre , Rouen , Saint-Malo ,
Nantes , la Rochelle , Bordeaux & Cette ; à la
charge par les propriétaires ou leurs repréſentans
de juftifier , par les certificats des Juges des lieux
ouOfficiers des Douanes , que leſdites denrées ou
marchandiſes ſont du crû ou fabrique d'Angleterre
, & par les lettres de mer& chartes -parties
qu'elles ont été réellement chargées dans l'undes
ports de laGrande Bretagne. Les certificats quz
feront délivrés pour juſtifier l'origine des toiles
de coton fabriquées en Angleterre , feront en
outre mention des marques qui font appoſées
auxdites toiles , pour empêcher qu'elles ne foient
confondues avec les toiles de coton fabriquées
dans les Indes orientales ou dans les autres pays
étrangers.
II. Les droits feront perçus conformément au
tarif annexé au préſent Arrêt pour les draps ,
étoffes & bonneteries de laine & de coton , &ils
feront liquidés & perçus d'après la valeur déclarée
& reconnue véritable fur les autres marchandises
dont l'évaluation au poids ou à la piéce n'a pu
être encore déterminée ; le tout conformément
à l'artięle VI du Traité de Commerce, & à l'artis
N°. 21 , 26 Mai 1787. h
( 170)
cleTer. de la Convention du 15 Janvier dernier:
III . La déclaration des marchandiſes qui doi .
vent lesdroits à la valeur , ſera faire par écrit , &
figrée par les Capitaines des ravires , Commi!-
ſionnaires ou Marchands; elle fera mention des
quantités , qualités & valeur des différentes efpèces
de marchandises qui ſeront contenues dans
chaque baltot, caiffe ou tonneau ; & dans le cas
où les Commis jugeroient que les déclarations
ſeroient au- deſſous de la valeur des marchandiſes,
ils feront les maîtres de la retenir , en payant au
propriétaire le prix des marchandises , fuivant la
valeurqui en aura étédéclarée , & un dixième en
fus , conformément à l'article II de la Convention
du Is Janvier.
IV. La déclaration des marchandises dont les
droits font fixés au poids , déſignera les quantités
de chacune des eſpèces qui , par le Traité de
Commerce , par la Convention du 15 Janvier
dernier , ou par le tarifannexé au préſent Arrêt,
front afſujetties à des droits différens , & fera
mention de leur poids ; & dans le cas où il n'auroit
pas été ſpécifié les diverſes ſortes de marchandises
aſſujetties à des droits différens , & contenues dans les mêmes cailles , balles ou tonneaux
, la perception s'en fera pour le tout au
tauxdu p'us fort droit , auquel partie des marchandiſes
ſe trouveroit aſſujettie.
V. Les draps ou étoffes de laine ou de coton , les toiles de lin ou de chanvre , & les gazes de
ſoie, feront revêtues à chaque piéce , aux pre- miers Bureaux d'entrée désignés dans l'article ler. du préſent Arrêt , ou à la Douane de Paris , d'un
plomb portant d'un côté ces mois : Etoffes ou Toiles étrangeres , & de l'autre côté le nom de la
ville où le plemb aura été appoſé. VI. Les marchandises qui , dans des circonftan(
171 )
ces particulieres , ne devront recevoir les plombs
ci-deſſus mentionnés qu'à la Douane de Paris ,
y ſeront envoyées du premier Bureau de la frontiere,
ſous le gros plomb de la Ferme , & par
acquit à caution.
VII. Les draps & étoffesde laine & de coton
autres que ceux provenant des Fabriques établies
dans les Etats de Sa Majesté Britannique en Europe
, continueront d'être aſſujettis aux droits
fixés par l'Arrêt du 3 Juillet 1692 pour les lainages
, par celui du 2 Mai 1773 pour les cotonneries
, & par celui du 28 Octobre 1781 pour les
bonneteries , & continueront d'être ſoumis ar
paiement des dix ſous pour livre en ſus defdits
droits ; & ne pourront leſdites étoffes & bonneteries
entrer que par les bureaux de Calais & de
Saint-Valery , conformément auxdits Arrêts.
VIII. Les étoffes & bonneteries de laine ,
ve ours & étoffesde coton & les gazes , qui ne
feront pas revêtus des plombs de Fabrique nationale
, ou de ceux preſcrits par l'article Vide
préſent , ou par les anciens Arrêts & Reglemens
pour les marchandises étrangeres , ſeront cenfes
prohibés , & comme tels , ſaiſis par les Employés
de la Ferme générale , qui en poursuivront la
confiſcation avec amende , à la requête de l'Adjudicataire
général des Fermes.
Fait au Conſeil d'Etat du Roi , Sa Majefté y
étant , tenu à Verſailles le ſix Mai mil ſept cent
quatre-vingt- ſept.
Signé , LE CTE . DE MONTMORIN.
N. B. Cer Arrêt , ainſi que le Tarif qui ſuit, ne font
que provifoires.
a 2
ويديفلا
.
( 172 )
TARIF des Droits qui feront perçus aux
ticle Ier. du préſent Arrét , fur les Mar
du Traité de Commerce conclu entre la
DÉNOMINATIONS
Générales .
ÉTCOOFTFODENES.
MESURES.
EVALUATIONS.
Particulieres.
Mouſſelinettes.
Draps fins blancs.
Bafinette.......
Satinette......
lequintal. 2000.
Idem.... 1500.
Velveretes ..... le quintal. 1000.
Piqué blanc ...
Baſin rayé......
Tricot rayé.
Cafimir ,
Cou Ras de Caſtor.
Serge de ſatin ,
cu SatinTurc.
Gilet de Tricot .
Flanelle rayée ..
Tamis ou Burat.
Everteſlingues ..
Flanelle unic .
lequintal. 2000.
le quintal . 1350.
Sagatis écrue ... le quintal, 800.
Bas de laine . ...
Marchandiſes
de même nature ..
ETLOAFIFDNEEES
( 173 )
l'ar entrées du Royaume mentionnées en
chandises ci-après dénommées , en exécution
France & l'Angleterre.
IMPOSITIONS
QUOTITÉ
DROIT TOTALITÉ
additionnel
du Droit
convenues
pardeTraité.
duDroit.
fur les Corons, à percevoir
les Fers & la du quintal
Biere.
12 p. 240. 30.
270.
12 P.
180. 30.
210,
12 p.
120.
30. 150.
12 p . 240. Néant. 240.
12 p.
162. Néant .
16
12 p..
96. Néant. 960
h3
(174 )
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du ter.
Avril 1787 concernant la marque ou plomb
à appofer furles Mouſſelines nationales.
>> Le Roi vient d'accorder aux Officiers
>> du Bureau des Finances de la Généralité
>> de Caën le don de fon portrait en pied.
>> Cette marque précieuſe des bontés de
>>Sa Majesté lui a été annoncée par M. le
>>>Baron de Breteuil , Miniſt e & Secréraire
>> d'Etat , ayant le département de la Nor-
>>mande , & par M. le Comte d'Angivil-
>>>lier , Directer & Ordonnateur général
>> des bât mens du Roi.
« Le lundi , 7 Mai , un vent violent ſoufflant
de Nord- est , le feu prit & ſe manifeſta à la
maiſon d'un particulier du village de Villeneuve
aux Chemins , généralité de Pars , à trois lieues
de St- Florentin, route de cette ville à Troyes,
Le progrès rapide de l'incendie , dans un pays
dont preſque toutes les maiſons ſont couver
tes en paille , en embraſa la majeure pa tie
qui ſe trouva ſous le vent. De 83 maiſons
dont ce petit village étoit compoſé , 48 ont
été la proie des flammes , détruites de fond en
combles , & les Propriétaires fans afyles , fans
hards & fans pain. Trois autres maitons , au
nombre deſquelles ſe trouve le Presbytere ,
dont les granges & écuries ont auſſi été incendiées.
La peste eſt évaluée , ſelon le Procèsverbal
fait ſur le champ , à cent onze mille
trois 'cent ſoixante livres. Quelques fecours
qu'on ſe ſoit empreſſé de donner aux infortunés
habitans de Villeneuve , on n'a pu leur être
que d'une très-foible utilité. Tout le inal étoit
fait avant même qu'on fût arrivé des villages
( 175 )
circonvoigns. En une demi-heure l'embraſement
fut général , en une heure la deſtruction
futcomplette.
>>>La ville de St-Florentin , avertie du malheur
par une immenfe colonne de fumée , &
par les flammeches mêmes qui furent portées
juſques-là , s'empreſſa de procurer aux malbeureux
tous les ſecours poſſibles . Eile fit conduire
la feule pompe qu'elle poſſede au lieu de
l'incen lie , les effets en furent dirigés avec une
intelligence & une intrépidité qu'on peut égaler
, fans doute , mais non furpaſſer. Une Compagnie
du Régiment Dauphin , cavalerie , en
quartier à St Florentin en partit auffi , & vola
au ſecours des infortunés. Elle s'y diſtingua
tant par un travail bien foutenu que par des
ordres donnés avec autant de prudence que
de douceur. Malheureuſement tous ces fecours
n'arriverent , pour ainſi dire , que pour voir
cet affreux tableau dans ſon point de-vue le
plus effrayant , que pour voir un village prefqu'entierement
détruit , que pour entendre les
cris & les gémiſſemens de gens dénués de
tout. On vint cependant à bout de ce qui reſtoit
encore à faire. On préſerva , du délaſtre univerſel
, plus de huit cent pieces de vin reſtées
dans les caves ; mais il fallut les plus grands
efforts,& heureuſement on réuſſit. Le nombre
des perſonnes qui ſe diſtinguerent dans cette
trifte occaſion eſt trop conſidérable pour entrer
ici dans une énumération ».
<<« La Soci té Philantropique , écrit- on de
Senlis , a procuréde grands foulagemens aux
malheureux.
>> Dès le mois de Novembre dernier , la
mendicité a été interdite ; on a claſſé par
h4
( 176 )
:
:
Paroiffe toutes les familles pauvres , valides
ou non valides; elles ſe ſont trouvées au
nombre de 277 , & elles ont été ſecourues
abondamment en nature & en argent pendanttout
le cours de cet hiver.On a ouvert
un attelier de travaux publics pour occuper
les homnaes & les garçons. La filature de
coton étable en 1784 pour la claſſe indigente
, a vu augmenter le nombre de ſes
ouvrieres ; on a diſtribué du chanvre à filer
aux femmes fédentaires par néceſſité. »
<«<Un Payfan du lieu de St. Zacharie , écriton
de Marseille , étoit venu vendre fes denrées
; après la vente un filou lui eſcamota ,
fur la place même , vingt-huit écus qu'il avoit
dans ſa boufe. Ce Paysan , chargé d'une nombreuſe
famile , & dont cette fomme formoit
vraiſemblablement toute la fortune , ne put
foutenir cette perte , & dans le premier accès de
fon déſeſpoir, il tira fon couteau pour s'en percer.
Les femmes qui l'entouroient fauterent fur
lui & parvinrent avec beaucoup de peine à le
défarmer. Jeanne Paſcal , Jardiniere , l'une
'd'elles , vivement affectée de l'état où elle
voyoit cet homme , mit la main à la poche ,
& lui donra les vingt-huit écus qu'on venoit
de lui prendre. Les autres Jardinieres , les Revendeuſes
d'herbages & de fruits applaudirent
à cette bonne ation & voulurent la partager;
elles firent auſſitôt une quête entre elles ,
& firent , par cette cortiſation , les vingt huit
écus volés , qu'elles rembourſerent à Jeanne
Paſcal ».
Lajuſtice nous oblige à publier la lettre
ſuivante , dont l'Auteur réclame l'idée déve
(177 (
loppée dans la lettre de M. l'Abbé L... de
Montauban , que nous avons inférée au
Nº. 19 de ce Journal.
.: Mon intention n'eſt point d'accufer M. l'Abbé
de L.... d'aucun plagiat , parce que je crois
fermement que les mêmes idées , comme je
l'ai dit dans l'un de mes Ouvrages , appartiennent
indiſtinctement & en commun à tous les
hommes ; d'ailleurs M. l'Abbé de L.... n'a furement
point eu communication de mes Manufcrits
; mais comme ils ſont deſtinés à être
publics , je tuis bien aiſe de prévenir auffi l'ac
cuſation de plagiat que l'on pourroit me faire
lorſqu'ils paroîtront .
» En 1779 j'ai concouru au Prix des Adminiftrations
Provinciales , fourni par M. le Baron
de Choiſeul , ambaſſadeur de France à Turin ,
& propoſé par l'Académie de Châlons . La pro
clamation de ce prix a été ſuſpendue en 1780
par ordre ſupérieur ; les Mémoires du concours
furent alors envoyés à l'Adminiſtration , & l'Académie
en diftingua particulierement
entre leſquels le fort du Prix ; le
mien fut de cepetit nombre.
devoit tomber
trois
20
>>>C'eſt dans ce Mémoire , Monfieur , que fe
trouve le même Plan que propoſe aujourd'hui
M. l'Abbé de L ... ( Ici l'Auteur joint la copie
littérale de cette partie de ſon travail fur les
Adminiſtrations Provinciales , extrait de la troifieme
Section , intitulée DES ETABLISSEMENS
SUPÉRIEURS , ou réformes à faire dans la nouvelle
Alministration ; extrait qui contient les mêmes.
vues expofées par M. l'Abbé de L ... ) .
Si cette idée est heureuſe & utile , je n'em
tends plus la revendiquer ſur M. l'Abbé de
L.... , je me borne ſimplement au defir d'em
( 178 )
partager avec lui l'honneur , &conflitant ſeu
lement l'antériorité que j'ai fur lui ; or elle
l'eſt par l'envoi que l'Académie de Châlons a
fait de mon Mémoire en 1780 , par la remiſe
que j'en ai faite moi-même il y a dix buit
mois , à un Membre du Conſeil des Finances
pour être mis ſous les yeux du Miniftre , &
par l'envoi que j'en ai fait il y a peu de tems
à l'un des Miniſtres actuellement en place, &c. » .
GROUBERT DE GROUBENTALL ,
Ecuyer, Avocat en la Cour.
>>> Le 29 Avril , dit une lettre de Lanion
>> en Baffe-Bretagne, la mer au reflux ve
>>>noit de laiffer les barques à fec , lorſque
>>toutà coup elle eſt remontée à la hauteur
>> de 20 pieds , avec tant d'impétuoſité , que
>> les barques remiſes à flot ont été jettées
>> par deſſus le qua'. Au bout d'une demi-
>>>heure , la mer s'eſt retirée avec la même
>> rapidité. Les gens du pays prétendent
>>>avoir obſervé le même phénomene , lors
>> du tremblement de terre de Lisbonne.
Les doutes de M. Feydel ſur la Cochinchine
nous ont fait adreſſfer pluſieurs lettres
analogues , dont nous renvoyons les auteurs
ànotre premiere réponſe , c'eſt à dire , aux
voyageurs même qui ont parlé de ce Royaume.
Il est vrai que M. Mentelle , Hiftorio .
graphe de Monfeigneur Comte d'Artois ,
n'a pas jugé cette réponſe concluante , parce
qu'elle n'était pas puiſée dans ſes Lectures
geographiques pour les enfans , dont nous
ignorions même l'existence. On fait que ce
n'eſt pas dans des livres élémentaires d'édu(
179 )
cation qu'il faut aller chercher des autorités;
mais voici celle de M. Poivre lui-même ,
dont nous n'avions pas ſous les yeux le
voyage vraiment philosophe.
ya
«Les Cochinchinois , dit-il , voiſins deCamboye
du côté du nord , voyant les terres de ce
Royaume abandonnées , ſe ſont emparés , il
quelques années , de celles qui étoient le plus à
Jeur convenance, & ils ont établi une bonne culture.
La Province entiere de Donnay , ainſi uſurpée
ſur le Camboye , eſt aujourd'hui le grenier
de la Cochinchine.
Ce Royaume , l'un des plus conſidérables de la
partie orientale de l'Aſſe , étoit , il n'y a tout au
plus que 150 ans , habitée par une petite nation
barbare & fauvage, comme ſous lenom de Loi ,
qui , ne vivant que de la pêche & de rapines ,
cultivoit peu les terres.
>Un Prince Tonquinois , malheureux dans
la guerre qu'il eut à foutenir contre le Roi
de Tonquin , dont il étoit le Maire du Palais ,
paſſa,avec ſes ſoldats & ceux de ſon parti , la riviere
qui ſépare ce Royaume de celui de la
Cochinchine. Les Sauvages qui habitoient ce
pays s'enfuirent devant les nouveaux arrivés , &
ſeretirerent ſur les montagnes de Triampa.
cc Après quelqueess aannnnééeess de
guerre contreleurs
anciens ennemis qui les pourſuivirent , les.
Tonquinois fagitifs de leur Patrie reſterent pai-.
fibles poſſeſſeurs du pays connu fous le nom de
Cochinchine, qui a 200 lieues d'étendue du nord
au fud , fur une largeur médiocre & très- inégale
de l'eſt à l'ouest .
Alors ils ſe livrerent entierement à l'agriculcure.
Ils commencerent par cultiver le riz , qui
eſt une denrée de premiere néceſlité , patse
h6
( 180 )
qu'elle fait la nourriture ordinaire des peuples
de l'Aſie ; ils ſe ſéparerent en petites peuplades
, qui s'établirent dans les plaines , ſur les
bords des rivieres .
ככ
,
Bientôt la fertilité d'un fol long- tems inculte
récompenfa leurs travaux par l'aoondance
; la population augmenta tellement que
les peuplades couvrant les plaines , les Co-
• chinchinois furent preſſés de s'étendre ſur cel'es
de Camboye. Je n'ai point vu de pays où les
progrès de la population ſoient fi fenibles qu'à
la Cochinchine : ce qu'on peut attribuer , nonſeulement
au climat & à la fertilité des terres ,
mais encore aux moeurs fimples de la nation ,
à la vie fage & laborieuſe des femmes , ainſi
qu'à la multitude d'excellens poiffons , qui , avec
le riz , font la nourriture habituelle du peuple .
>>>Les Cochinchinois cultivent fix eſpeces de
riz, parmi leſquelles il en eſt une qui croît dans
les terres seches & ne demande , comme notre
froment , d'autre eau que celle de la pluie.
» Je ſuis fondé à croire que la culture de ce
grain précieux réuffirait en France , s'il y étoit
femé. ( Ici M. Poivre justifie cette opinion , par
des détails étrangers au but de notre citation ) .
, en
>> Les fix premiers Rois , ajoute t- il , fondateurs
de la Monarchie , gouvernerent la nation ,
comme un pere gouverne ſa famille. Ils établirent
l'empire de la ſeule Loi naturelle
lui obéiſſant les premiers... Leur fucceffeur qui
regne aujourd'hui a hérité de la bonté de leur
coeur; mais il a la foibleffe de ſe laiſſer maisrifer
par ceux qui ſe diſent ſes eſelaves. Ces
malheureux ont eu l'art de ſéparer l'intérêt du
Prince de l'intérêt des Sujets. Ils lui ont inſpiré
la foifdes richeſſes particulieres . L'or abondant ,
tiré des mines ſous fon regne , a commencé
(181 )
par faire négliger l'agriculture. Bientôt intros
duit dans le Palais , il en a été ſuivi de la cor
ruption&du luxe qui en eſt la preuve.
>> Le Prince a été inſenſiblement amené a
mépriſer les habitations ſimples de ſes ance
tres. Il lui a fallu un Palais d'une lieue de
circonférence , enfermé par une muraille de bri
ques , & bâti ſur le modele de celui de Pekin .
Seize cent pieces de canon qui entourent ce
Palais , annoncent au peuple la perte prochaine
de fes droits & de fa liberté .
Il a fallu Palais d'hiver , Palais d'été , &
Palais d'automne. Pour fournir à tant de dépenſe
, l'ancienne impoſition qui ne confiſtoit
que dans une forte de capitation réglée ſur les
facultés phyſiques n'a pas fuffi ; on l'a aug
mentée ; on en a imaginé de nouvelles , qui ,
n'étant plus des offrandes volontaires comme
auparavant , ne peuvent être levées que par la
force , & avec tout l'attirail de la tyrannie. Les
courtiſons intéreſſés à la corruption du Chef ,
lui ont dnné le titre de Roi du Ciel , Vova
tloi: à force de ſe l'entendre donner, il a cru
pouvoir le prendre. Pourquoi , me dit il un jour
Kui-même, ne viens tu pas plus souvent faire ta
cour au Roi du Ciel..
» Ces hommes adroits qui entourent le tróne
&qui en affiegent toutes les avenues , ont eu
P'habileté de ſe ſouſtraire à la justice ordina're
des Magiftrats , & ils profitent de cette exemption
pour aller dans les Provinces vexer &
piller les Laboureurs ; auffi j'ai vu le long des
grands chemins des villages entiers , nouvellement
abandonnés de leurs habitans opprimés.
>>Lorſque le Roi parle de ſes ſujets , il ne
les appelle encore que ſes enfans ; je l'ai vu
affifter, comme fimple particulier , à l'affemblée
( 182 )
1
i
P
L
!
annuelle de la famille , ſuivant l'ancien uſage
de la nation ; aſſemblée à laquelle préſide le
plus ancien , ſans égard aux dignités de ceux
qui ont moins d'âge ; mais il m'a paru qu'il n'y
avoit dans cette pratique , que de la formalité.
On conçoit aisément que là où le Roi du Ciel ſe
préſente , les hommes ne ſont rien ».
On a publié dans les Affiches d'Angers
une lettre de M. l'Intendant de Tours , fur
la culture de la Betterave champêtre , dont
l'utilité nous engage à la mettre ſous les
yeux de nos lecteurs.
« L'Auteur de l'inſtruction ſur la culture de
la Diſette , ou Betterave champétre , a ſimplifié
cegenre de culture, & vient de faire part à l'Ad.
miniſtration de ſon procédé qui épargne la ſemence&
les peines du Cultivateur.
Voilà en quoi il confiſte.
>> Dans le mois de Mars & Avril , le terrein
deſtiné à la culture de la Berterave champêtre
étant bien préparé , fumé & rendu meuble , il
faut choiſir les plus belles graines , les tremper
dans l'eau ordinaire pendant vingt- quatre
beures ,& les faire enſuite reſſuier un moment
pour pouvoir les manier ; on tend un cordeau
fur le champ , comme ſi on vouloit y planter
les racines à diſtance de dix- huit pouces en toμε
fens , on fait avec le petit doigt un petit trou
en terre d'un pouce de profondeur , dans lequel
on metune ſeule graine que l'on recouvre auffitốt
; après dix à douze jours elle leve , & l'on
remarque que chaque graine contient le germe
de quatre à cinq & fix racines qui ſortent de
terre à la fois ; dès que les petites racines montrent
leur quatrieme feuille , il faut avec précaution,
arracher les plus foibles , & ne laiſſer
:
:
:
( 183 )
enplaceque la plus belle & la plus vigoureu.
ſe; dans peu de jours on ſera étonné de leur
accroiffement, pas une ne manque , & de cette
maniere , auſſi ſimple que facile, on épargne la
peine de la tranſplantation , on jouitdes feuilles
quatre à cinq ſemaines plutôt , les racines deviennent
plusgroſſes & pivotent mieux , & dans
une terre inculte il ya une culture de moins à
donner.
>> Comme il eſt dans la nature de cette racine
des'élever hors de terre , on obſervera s'il y en
aquelques-unes qui ne ſe montrent pas affez ,
on leur donnera de l'air en ôtant la terre autour
du coilet , ainſi qu'il eſt indiqué dans l'inf
truction .
>> Ceux qui voudront ſe procurer de la graine,
en trouveront à prix d'argent chez le ſieur la
Planche , rue du Roule , à Paris , auquel ils pourront
s'adreſſer ».
Signé, D'AINE.
>>>Le fieur Dupont, Géometre & Machi-
>> niſte , vient de conſtruire à Jarnac-Cha-
>>>rente , un Canon-Méridien , différent de
>> ceux qui ont paru juſqu'à ce jour ; ce ca-
>>>non eſt fixé par trois barres de fer à une
>> lucarne de ſa maiſon qui avance de trois
>> pieds dans la rue, le verre ardent qui y
>>>met le feu , eſt placé dans le grenier à
>>> l'autre extrémité des barres & à la diſtan-
>> de fix pieds , lorſque le ſoleil eſt au Zé-
>>>nith , & qu'il marque midi fur le méri-
>> dien , un petit automate de fer parr , &
>>>met le feu au canon , & eſt renvoié à ſa
>>piace par l'explosion , l'inſtant d après un
>>>>autre automate ſe rend au canon ,& falue
( 184 )
les ſpectateurs en ôtant fon chapeau , ily
>>> Tous le canon une infcription Latine qui
ſe retourne , & on lit allez diner.
L'Académie Royale des Sciences a pro
pofé differens prix pour les années 1789 &
1791 ; voici l'extrait des Programmes de
certe Compagnie qui les annonce..
Fea M. Romlié de Melty , Conſeiller au
Parlement deParis, a légué à l'Académie Royale
des Sciences un fonds pour deux Prix.
Les ſujets du premier regardent le Syſtôme
généraldu Monde , & l'Agronomie phyfique.
Ce Prix devroit, aux termes du teftamente
diftribuer tous les ans : mais la diminurion des
rentes a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confidérable ,
& on l'avoit porté à 2,500 liv. De nouveaux retranchemens
dans les rentes ont forcé l'Acadé
mie de le réduire , à commencer de 1772 , à la
fomme de 2,000 liv .
Les ſujets du ſecond Prix regardent la Navi
gation &le Commerce.
Ilne ſe donnera que tous les deux ans , & fera
auff de 2,02o liv .
L'Académie avoit propoſe, pour la troiſieme
fois , pour ſujet du Prix de 1787 , La Théorie
des affuran's maritimes. Aucune des Pieces qui
ont été envoyées par ce Concours ne lui a paru
remplir entierement ſes vues. Cependant , parmi
ces Pieces , elle en a remarqué deux qu'elle regarde
comme dignes de récompenfes à différens
égards. La premiere , nº.8 , a pour deviſe :
Illi robur ,& as triplex
Circa pectus erat , &c .
La ſeconde , nº. 7 , a pour deviſe :
Judicis argutum quis non formidat acumen
( 185 )
L'Académie a cru devoir partager la moitiédu
Prixs, qui étoit de 6000 liv entre les deux Pieces
citées , en attribuant 1800 liv. à la Piece n°. 8 ,
& 1200 liv. à la Piece nº . 7 .
L'Auteur de la Piece no. 8 , eſt M. Delacroix,
Profeffeur de Mathématiques à l'Ecole Royale
Militaire. Celui de la Piece n°.7 , eſt M. Bica
quilley,Garde-du- Corps du Roi .
Quant aux 3000 liv . qui reſtent de la totalité
du Prix , l'Académie a cru devoir les deſtiner à
celui qui , à ſon jugement , conftruira les meilleures
Tables , d'après la théorie & les obfervations
pour la pratique du calcul des aſſurances maritimes ;
&elle diftribuera ce Prix dans ſon Affemblée publique
d'après Pâques 1791 .
L'Académie propoſe , pour le ſujet du Prix or
dinaire de l'année 1789 , la queſtion ſuivante :
Eſſayer d'expliquer les expériences qui ont été faites
fur la réſiſtance desfluides , tant en France , en
Italie, en Suède , qu'ailleurs ,ſoit eny appliquant les
méthodes déjà connues , foit en combinant ensemble
ces méthodes ,&faiſantfervir l'une deſupplément à
l'autre ;foit enfin , en établiſſant une nouvelle théorie
qui repréſente au moinsſenſiblement les principaux
phénomenes de la réſiſtance des fluides que les
expériences ont conftatés.
Ceprix ſera de 1000 liv.
Les Savans de toutes les Nations font invités
travailler à ce ſujet , & même les Afſociés
étrangers de l'Académie. Elle s'eſt fait la loi d'exclure
tes Académiciens regnicoles de prétendre
auPrix.
LesOuvrages ne feront reçus quejuſqu'au premier
Septembre 1788 , excluſivement.
L'Académie avoit propofé › pour ſujet d'un
Prix extraordinaire , pour l'année 1787 : La meilleure
maniere de diftribuer , ſuivant des rapports
( 186 )
Jonnés , un volume déterminé d'eau entre les différens
quartiers d'un Vile , en ayant égard aux divers
accidens du terrein , c'est- à dire , aux inégalités
des haureurs des lieux où les eaux doivent être envoyés
aux pentes& auxfinuoſitės du terrein.
L'Académie a trouvé pluſieurs obfervations
utiles , & des détails de pratique intéreſlans ,
dans une Piece qui lui a été envoyée pour ce
fujet, & qui a pour deviſe:
Vænit viliffima rerum hic aqua.
Mais endonnant à cette Piece les juſtes louanges
qu'elle mérite , l'Académie a jugé que l'Auteur -
n'a pas affez approfondi la queſtion : Elle propoſede
nouveau & pour la ſeconde fois , le méme
ſujet pour le Concours de 1789 , avec un Prix
double , qui fera de 2160 liv . & qui ſera diſtribué
àl'aſſemblée publique d'après Pâques.
Les Savans de toutes les Nations font invités à
travailler fur ce ſujet , & même les Aſſociés
étrangers de l'Académie.
Les Ouvrages ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1789 , exclufivement ; ceterme
eftderigueur.
>>La Société Royale des Sciences & des
>Arts de Metz prévient les Auteurs , qui
>> s'occupent des ſujets qu'el'e a propoſés
> or le concours des Prix de cette an-
>> n'e , que l'époque de la remiſe des Mé-
>>moires au Secrétaire perpétuel eſt retardée
>> ju qu'au 1 Juillet 1787 , au lie du r Juin,
>>>indiqué par le Programme inféré dans le
» No. 6 du Mercure de l'année derniere
> 1786.
Les Payeurs des Rentes, 6 derniers mois
de 1786, font à la lettre M.
( 187 )
Les Numéros fortis au Tirage de la
IoterieRoyale de France, le 16de ce mois ,
font : 63 , 76,75 , 19 & 41 .
PAYS - BAS.
De Bruxelles, le 19 Mai.
LL. AA . RR. ont accordé aux repréſentations
des Provinces Belgiques , un ſurfis
dans l'exécution des nouveauxRéglemens ,
par leſquels l'Empereur ſe propo e de les
gouverner. Voici la lettre à ce ſujet , écrite
par nos auguſtes Gouverneurs au Conſeil
deHainault.
MARIE & ALBERT.
Nous vous faiſons les préſentes , pour vous
dire que nous avons vus avec prine , que les
différentes claſſes du peuple ne ſe ſoient pas
éclairées ſur le vrai plan d'organiſation des
Tribunaux de Juſtice : S. M ne l'a donné à
ſes peup'es que comme un bienfait ; nous ne
doutons pas qu'on ouvrira les yeux , & qu'on
reconnoitra le prix du don qu'on vouloit faire
au peuple ; nous fentons qu'il faut un certain
intervalle pour diffier les soupçons & ramener
la confiance. Pendant cet intervalle , nous rendrons
compte à S. M. I. de l'état des choſes .
Nous avons , en conféquence , réſolu de tenir
en ſurſeance tout ce qui concerne l'établiſſement
des nouveaux Tribunaux.
Nous vous chargeons de reprendre toutes vos
fonctions ſous votre premier ferment; il en ſera
de même des Magiſtrats , Judiciaires & autres
Officiers, de quoi vous informerez , par lettre
:
( 188 )
clauſe , le Magiftrat des principales villes , &
les autres principales Judicaturės .
D'après cette dépêche , les Conſeils du
Brabant, Hainaut ,&c. ont rendu , le 8 Mai ,
un,Décret qui déclare la création des nouveaux
tribunaux contraire aux loix fondamentales
du pays , ordonne aux anciens
Magiftrats de continuer leurs fonctions ; &
de regarder comme nuls & non avenus tous
les placards , affiches & ordonnances rendues
illéga'ement & fans les formes preſcrites
pour la publication des Edits. CeDécret
a été publié & affiché dans tous les endroits
accoutumés , & le peuple en a témoigné ſa
joie par des fêtes publiques. On attend à
préſent avec impatience la déciſion de l'Empereur,
touchant les ordres contenus dans
la dépêche de LL. AA. RR. qui ont cédé ,
dans cette circonstance , au voeu des Etats
confiés à leur Gouvernement.
«En vertu d'une Ordonnance du Conseil de
Brabant , il a été publié , le 26 du mois pallé ,
une Déclaration de l'Empereur , par laquelle il
eſt ordonné aux Sujets de S. M. qui navigent fur
-mer , de ne porter d'autre pavillon que celui
d'Autriche , conforme au modele que l'on en
rend public , & de ſe défaire de tout autre dont
ils pourroient s'être ſervi juſqu'à préſent. Les
vaiſſeaux des Sujets Brabançons qui ſe trouvenc
actuellement en mer, feront obligés de prendre
Je nouveau pavillon dès leur entrée dans quelque
port. >>
On écrit deToulon untrait de vengeance
bien extraordinaire. Un Officier de la Marine
, commandant ne frega e , ayont à
faire punir un machot , ouviona au Maître
de l'équipage de l'amatuer à un canon , &
delui diſtribuer cen. comme de ga cette ( corvée
fuftigatoire ). Le Maitre d'équipage s'étant
refuſé à cette execurion , la fubie luimême
par ordre de 1Oficier. Profondément
indigné de ce châtiment qu'il trouvoit
injuſte, il médita en blence ſon projet de
vengeance ; & deux jours après , à l'entrée
de la nuit , pendant que l'Officier étoit de
quart , il ſe leſta lui- même de deux boulets
de canon , l'aborda , le harangua en bref,
le ſaiſit au corps , & ſe précipita avec lui au
fond de la mer , où ils furent tous deux
noyés.
Le déchirement des Provinces- Unies eſt
enfin arrivé au période qu'avoient prévu
depuis deux ans, tous les eſprits fages &
impartiaux. On ſe rappelle les ſcenes qui
eurent lieu à Utrecht à cette époque , &
depuis. Les Etats de la Province ne jugeant
pas leurs délibérations libres dans
cete ville , ſe retirerent à Amersfoort ,
comme on peut encore s'en ſouvenir. Soit
que ces Etats aient eu à craindre pour leur
propre sûreté; ſoit qu'ils aient formé le projet
de réduire à l'obéiſſance du Souverain
la ville d'Utrecht , ce qui dans peu fera
très - éclairci , ils ont demandé aux Etars
de Gueldre les troupes à leur répartition ;
4
( 190 )
cette Province les a accordées. Avant leur
arrivée à Amersfoort, les Etats d'Urrecht ou
les Genéraux auxquels ils ont confié leurs
intérêts , ont fait avancer le 9 , un détachement
du régiment d'Eſſeren au poſte de
Wreeswick, fur le canal du vieux Rhin, nommé
le Vaart. Ce détachement étoit compoſé
de 7 compagnies , ſuivant le Gazetier de
Leyde ; de 8 , felon le Gazetier d'Amſterdam;
de 9, felon le Gazetier d'Utrecht , &
formoit environ 260hommes. A leur approche
, les gens d'Utrecht ont fait fortir 250 à
soo auxiliaires , Volontaires , Chaſſeurs ,
Bourgeois. Vers les 10 heures du ſoir ils ont
étéattaquéspafles nouveaux venus. Cette ef.
carmouche nocturne aduré une demi-heure;
après quoiles troupesréglées ſe ſont retirées ,
laiſſant en leur pouvoir des eſpontons , pluſieurs
caiſſesde tambour , des coffres , & , à
ce que l'on ajoute, leur prêt militaire de
2000 flor. & 21 prifonniers. L'action n'a pas
été meurtriere heureuſement; les Bourgeois
ont perdu M. Viſſer, Lieutenant, fils d'un
Conſeiller , & un canonnier. Les vaincus
ſe font retirés vers Amersfoort , & quelques
- uns d'entr'eux , à ce qu'on dit , en
paſſant par Viane , petite bourgade ſur le
territoire de la Province de Hollande , ont
été arrêtés par ordre des Etats de Hollande ,
comme prifonniers de guerre.
Nous avons rapporté au Journal dernier
ladéfenſe intimée par leConſeil d'Etat aux
( 191 )
Commandans & Officiers des troupes de la
République , de violer l'Acte d'Union &
l'indépendance des Provinces confédérées ,
enmarchantfur le territoire d'aucune d'elles,
fans y être autoriſés par fon Souverain. Les
Erats Généraux ont confirmé de plus fort
certe défenſe, le 8 Mai. En conſequence ,
lorſque les Etats de Hollande & leur Général
Ryſſe't ont ordonné aux Officiers de
leurs Régimens de paſſer ſur le territoire
d'Utrecht , un grand nombre de ces Officiers
liés par leur ferment à I.. H. P. , repréſentant
la République entiere , ont refufé
d'obéir. Nous en avons nommé quelquesuns
précédemment. Il n'eſt reſté que trois
Officiers dans le régimentde Pallardy , en
garniſon à Woerden; les Erats de Hollande
ont été obligés de les congédier tous , & de
faire déſarmer les fo'dats. La même choſe
eſt arrivée au troiſieme bataillon du régiment
Wallon de Grenier , commandé par
le Colonel van- Citers . L. H. P. les Etats-
Généraux ont approuvé la conduite de ces
Officiers , les ont pris ſous leur protection,
&réſolu de les indemnifer de toutes les pertes
qu'ilsauroient à ſouffrir. Cette réſolution
a été priſe à la pluralité de ſix Provinces
contre la ſeule Province de Hollande, com
me de cele de po arſuivre cominellement le
Général Rydelr, que ſes Commettans viennentà
leur tour de prendre ſous leur fauvegarde.
( 192)
Ce démêlé dangereux de la Généralité
entiere , avec la Province de Hollande , n'a
pas intimidé celle ci , qui a envoie à la défenſe
d'Utrecht le Rhingrave de Salm &
fon Corps , ainſi que deux baraillons du
régiment de Grenier. Les Chaſſeurs de
Salm tont dans Utrecht , & le reſte dans les
fauxbourgs.
S'il faut ajouter foi au rapport de quelques
Gazertes , il eſt parti le 12 de Nimegue
une petite armée , compoſée des canonniers
de Muller, des régimens de Plettenberg
, de Douglas , de Baden-Dourlach ,
1 bataillon d'Onderwater , 12 compagnies
de Cavalerie , qui ſe joindront près d'Amersfoort
, aux régimens du Prince héréditaire
, de Heſſe Darmſtadt , de Monster &
d'Efferen , ſous le commandement des Généraux
Majorsde Monſter &van-der-Hoop.
Amſterdam eſt plongé dans l'agitation .
Les 9 Confeillers deftitués , viennent deproteſter
contre l'é'ection de remplacement ,
qui s'est faite , le 7 de ce mois , à l'Hôtelde-
Ville.
La Princeſſe de Nafſau-Weilbourg , foeur
du Stathouder , eſt morte à Kirchem , d'une
maladie de langueur , dans ſa 44. année.
TROISIEME LISTE
Dis Perſonnes qui ont fait leurs Decla ations & Sou
miffions dans les Bureaux du Greffier & du Treforier de
l'Hôtel-de-ville deParis, de contribuer a l'etabliffement
de quatre nouveaux Hopitaux , capables de fuppleer à
l'insuffisance de l'Hotel- Dieu de Paris , annoncé dans
le Prospectus imprimé de l'ordre du Roi , d puis &
compris le 22 Mars 1787 , jusques & compris le 21Avril
Suivant.
N.os Nomsde MM.lesSouſcripteurs. Sommes,
liv. f. d
Rapport du Totalde la 2. Lifte. 2007321
310 M. Mulot d'Auger , Procureur
au Châtelet ........
311 M. Nervet , ancien Receveur
particulier des finances ...
312 M. l'Abbé de *** Clerc de
Saint-Sulpice . ..
313 M. le Maréchal Duc de
Mouchy ..
314 M. Joubert , Tréforier-Général
des Etats de Languedoc.
315 M. " les F. de la R. L. la
'Conſtance de l'ancienOrient.
316 M.lte ***
317 M. Hourcas Tromé , Avocat.
318 M.me Clément , veuve du ſieur
1000
600
10
12000
6000
300
12
162.8.4
Quilleau..... 300 :
319 M. les Clercs de M. de Crufy,
Procureur au Châtelet.... 300
320 M. Edouard F *** .... 24
321 M. Berthelin , Porte- manteau
du Roi ...... 600
322 M. Gros de Luzene , Bourgeois
de Paris.......... 150
2028779.8.4
( 2 )
N.Os NomsdeMM.lesSouſcripteurs. Sommes.
liv. f. d.
De l'autre part ...... 2028779.8.4
323 M. Volan , Garde de la Ville.
324 M. Cottin , Régiſſeur -général
des Vivres de la Marine ..
325 M. Catelin, Maître Menuifier,
fait offre de faire gratuitement
juſqu'àconcurrencede
300 liv. d'ouvrages de Menuiferie.
326M.le Comte de Chambors ,
Gentilhomme d'Honneur
de M. Comte d'Artois ...
327 M. *** Avocat & Procureur
en la Cour , fait offre de fon
miniſtère gratuitement pour
la défenſe des Pauvres &
de leurs intérêts .
328 M. Franchet , Avocat au Parlement......
329 Trois Dames ..
330 M. *** Marchand Mercier...
331 M. Fhilippe , Commis à l'Adminiftration
générale des
Domaires de Sa Majefté ..
332 M.me la Marquiſe D. L. B ..
332 M. le Duc de Charoft ......
334 M. Bien-aimé , ancien Dragon
9
4800
1000
48
30
150
36
1200
12000
du Régimentd'Autichamp..
335 M.lle ***
6
72 ..
336 M. Ricci , Chirurgien-Dentiſte
I de M. Comte d'Artois ...
337 Des Perfonnes attachées à
600
M. le Marquis de la Ravoye .
338 Huit des premiers Médecins
& Chirurgiens du Roi &
42
2048772.8.4
( 3 )
N.Os Noms deMM.lesSoufcripteurs. Sommes.
liv . f. d.
Ci-contre....... 2048772. 8.4
de la Famille Royale.....
24000
339 La ſociété des quatre Fumeurs. 6
340 Trois Dames de la rue Saint-
...
Dominique , Fauxbourg S.-
Germain.
15
341M.le Comte de Nolivos , Lien
3000
tenant - général des Armées
du Roi ..
342 M. J. M & F. Domeſtiques ,
& leurs Amis
343Μ. ***.
....
344M. les Payeurs des Rentes de
l'Hôtel-de-ville , ſuivant leur
délibération du 16 Février
derniert..
345 M." les Directeurs de l'aſſemblée
du Samedi , qui s'eft .
tenue l'hiver dernier à l'hô
tel de Bregy .
346 M. le Marquis de Saiffeval ,
Mefire-de- camp en ſecond
duRégiment de Normandie,
Infanterie .
347M. Maffigny, Maitre Peintre ,
offre de faire la Peinture
des quatre Hôpitaux , &
fur le montant de ſes, mémoires
, après le règlement
fait, promet de verſer une
fomme de 2000 livres . :
348 M. Tourtille Saugrain , En-
12
144.
24000
62. 4.
12000
trepreneur-général des illuminations
de Paris , offre
de donner gratuitement fes
2112011.12.4
( 4)
N.os Noms deMM.lesSoufcripteurs .
De L'autre part.
Sommes.
liv. f. d.
..... 21,12011.12.4
foins on ſes procédés pour
faire éclairer les quatre Hôpiraux
par économie , & en
outre afoufçait pour ......
349 Μ. ***
350 M. David , Graveur de la
Chambre & Cabinet de
Menfieur, Frère du Roi,
Membre de l'Académie de
Berlin , fait offre de graver
le tableau allégorique, propoſé
par M. Lejeune , Peintre
, & de faire don de
la planche, pour que les
cépreuves foient vendues au
profit des Hopitaux.
351 M. Mary , Graveur , fait offre
de graver gramitement les
fceaux& cachets néceſſaires
aux quatre Hôpitaux.
1200
7
6
:
TOTAL ...... 2113217.12.4
COM
EXTRAIT DU PROSPECTUS.
Chaque Souſcripteur fera libre de partager ſa ſouſcription
en fix paiemens égaux , à realiſer dans le cours de
chaque année , pendant les dix ans confécutifs qui feront
fixés pour l'entier achevement de la conſtruction des
quatre Hôpitaux .
Il ſera dreffe un Registré particulier de tous les noms des
Souſcripteurs & des sommes par eux offertes , & ledit
Regiſtre ſera depoſe àdemeure dans les Archives du grand
Bureau d'Administration des Hopitaux de Paris. - )
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours;les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
• Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spec
tacles; les Causes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits,
Arrêts; lesAvis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 JUIN 1787 .
;
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins, Nº. 17.
AvceApprouation & Brevet du Roi.
P
TABLE
Du mois de Mai 1787.
ICES FUGITIVES . Punique base du bonheur&
Quatrain fur la perte de M.
deVergeunes , 3
4
de la véritable Philosophie ,
Inscription pour le Buste du Manuel des Oififs ,
14
Bours rimés ,
LeMuficien Pratique , 74
१०
Général Washington , 49
L'Homme du Monde & le
Solitaire ,
Recherches fur les moyens de
prévenir la Petite- Vérote
na.urelle , 119
50
Le Retour d'Ariste dans ses
Foyers , Idylle , 97
Traductiondi neOde d'Hoa
ce, 100
LeBonheur trop acheté , 1C1
Réponse à Mme la ComreffedeBart
MontB*, 345
132
134
Sermons pour les principales
Fêtes de l'année ,
Clariffe Harlowe,
Tables Généalogiques desMai
Sons Souveraines de Europes
135
Essai sur les Révolutions du
DroitFrançois,
Sur une Piquure d'Aiguille Les Pleaumes de David,
Epigrammefur M. leDuc de Variétés,
***
147
151
173
SPECTACLES . 14
Charades , Enigmes & Logo Académie Roy. de Muſi. 36 ,
gryphes , 9 , 12 , 117 , 149 136
NOUVELLES LITTÉR
Zoroastre , Confucius &Ma
Comédie Françoise , 180
ComédieItalienne, 36,81
homet ,
Sandfort&Merton ,
11 Annonces &Notices , 44 , 90 ,
136, 187 27
LaReligion conſidérée comme
▲Paris de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
ruc de laHarpe, près S.Come,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 JUIN 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. *** qui m'appeloit Abbé.
Vous trahiſſez la vérité ;
Mais vous y trouvez votre compte :
Vous m'appelez Monfieur l'Abbé
Pour que je vous appelle Comte.
(ParM. Portier, Curé en Haute-Bretagne. )
Aj
MERCURE
V
BOUQUET
A Madame la Marquise DE C***.
ous avez beau cacher le jour de votre fête ,
Moi j'ai ſurpris ce ſecret à l'Amour :
C'eſt aujourd'hui. Que tout s'apprête
A célébrer un ſi beau jour,
Pour vous , Æglé , je cours aux champs de Flore
Cueillir les Acurs qu'en dépit de l'hiver
De vos beaux yeux un regard fait éclore.
C'eſt aujourd'hui ce beau jour que j'honore ,
C'eſt aujourd'hui , c'étoit hier ,
Et ce ſera demain encore.
Pour les Belles , pour vous,tendre objetdenos voeux ,
Dont l'Amour même enviroit la conquête ,
Tous les jours ſont des jours heureux,
Tous les jours ſont des jours de fête .
(ParM. de laMothe.)
:
:
DE FRANCE.
5,
LE PHENIX ET LE MOINEAU ,
Fable.
UN
N pauvre Moineau crioit :
• Juſqu'à ce que l'août revienne ,
>>Que faut-il que je devienne ?
>> Je n'ai qu'un peu de millet. >>
A ſa douloureuſe antienne
Pas une âme ne s'éveilloit.
( L'égoïſme par-tout forme des coeurs de roche ,
Et l'infortune a toujours tort. )
Le Phenix l'entend , il s'approche ,
Il s'intéreſſe à ſon malheureux forr.
Le millet , lui dit-il , des grains qu'ici l'on sème ,
Eſt le meilleur à mon gré.
En avez-vous ? - Hélas ! à peine plein un dé.
- N'importe , au point où je l'aime
Je le pairai trop peu par un gros ſac de blé.
Du Mo'neau coulent les larmes.
Il répond: Oiſeau divin ,
> De ton généreux deſſein
- Que ta délicateſſe accroît encor les charmes !
» C'eſtmon bonheur qui te plaît.
>> Ah ! puis- je en être la dupe ?
>>> Plus tu caches ton bienfait
>> Et plus mon coeur s'en occupe.
A iij
6 MERCURE
FIER protecteur , de qui le foible appui
Aide le malheureux bien moins qu'il ne l'offenſe
Imitez du Phénix la douce bienfaiſance ,
Vous ferez aimé comme lui .
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Décadence ; celui
de l'énigme eſt Miroir; celui du Logogryphe
eſt Fayeur, où l'on trouve rave , fer , feu
rue.
CHARADE.
LEE bel art d'Apollon vous offre mon premier;
De tous les végétaux mon ſecond la ſemence.
Lecteur , fi vous voulez connoître mon entier ,
C'eſt un mal dont ſe plaint le beau ſexe de France.
( Par un Amateur du Mercure de France . )
DE FRANCE.
7
ÉNIGME.
J
E ſuis né pour ſervir & petit & grand monde;
Mais fur cette machine ronde
Chacun a fon caprice , & j'ai le mien auſſi ;
Or quoiqu'original , tel qu'il eſt , le voici.
Bonne mine , bon vin , tout cela peu m'importe ;
Par careſſes jamais on n'obtint rien de moi ;
Et fi j'entre chez vous , Lecteur , voici ma loi :
Jordonne que d'abord on me mette à la porte,
Ou bien je jure fur ma foi
De ne rien faire , & reſter coi
Juſqu'à ce qu'on ait fait ce que ma loi comporte.
(Par un Agénois. )
LOGOGRYPH Ε.
Je te prodigue tous les ans , E
Lecteur , les plus riches préſens ;
Et malgré mes ſoins bienfaiſans ,
Sans pitié , ſans miféricorde
Tu me livres , cruel , à la roue , à la corde.
Vainement je me plains , vainement je gémis ,
En redoublant d'efforts tu redoubles mes cris ;
Mais telle eft mon kumeur bizarre ,
Et qui doit fans doute étonner,
1
Aiv
8 MERCURE
Je ne ſais bonqu'à coups de barre :
Auſſi me vois-je abandonner
Quand je ne puis plus rien donner.
,
Je n'ai qu'un pied , huit membres pour ſtructure;
Trois embelliſſoient la ceinture
De la Déeſſe des Amours ,
Et ſe ſont fixés pour toujours
Chez Aglaé, l'honneur de la Nature ;
Ma moitié t'offrira ces momens de repos
Où Lubin , près de ſa Bergère ,
De ſon amour recevant le ſalaire
Vient oublier ſes peines & ſes maux ;
Tu trouveras deux notes de mufique ;
Une Nymphe tendre & pudique
Que Jupiter , ſon cher amant,
Métamorphoſa plaiſamment ;
Cette fleur , reine du parterre ,
Qui nous enchante & nous ravit ,
Etdont l'éclat s'évanouit
Sur le ſein charmara de Glicère ;
Ce titre , l'effroi des Romains ,
Que Louis, ſous un ciel proſpère,
A fu rendre chez les humains
Aufſſi cher & facré que le doux nom de père.
Adicu , c'eſt bien affez exercer ton eſprit ,
Je te l'ai quelquefois fait perdre.... J'ai tout dit.
(Par Mme la Comtesse de L **. )
DE FRANCE.
9
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE des Éloges lus dans les Séances
publiques de la Société Royale de Médecine
, par M. Vicq - d'Azyr , Secrétaire-
Perpétuel de la Société , &c. Cinquième
Cahier. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR , 1786. in- 4°.
La meilleure manière de louer ces Éloges,
eſt d'en citer beaucoup de morceaux , & c'eſt
ce que nous allons faire.
Le premier de ces Éloges eſt celui de M.
Lorry. Son père , & un de ſes frères furent
de célèbres Profeſſeurs en Droit ; ſa mère ,
qui ſe nommoit Madeleine Lafoffe, étoit
parente de Largilière & de Lafoffe , Peintres
fameux de l'École Françoiſe , & de l'illuftre
Auteur de Manlius.
A peine forti du Collége , où il fit , fur
les viſites du jour de l'an , deux vers qu'on
a retenus :
Haceft illa dies quâplebs veſanafurenſque C
Sefugiendo petit, ſeque petendofugit.
& où M. Rollin lui-même avoit pris plaifir
à diriger ſes études littéraires , il ſe partagea
entre l'étude du corps humain dans les aim-
Av
10 MERCURE
phithéâtres , & celle des maladies dans les
hôpitaux.
ود Oh!combienle filence morne&fombre
>> qui règne dans ces aſyles , cette douleur
>> muette&que rien ne diſtrait , ces gémiſſe-
» mens auxquels ne répond point la voix
>> compatiffante de la tendreſſe ou de la pitié ,
>>ces regards inquiets , ces yeux deflèchés
>> par la ſouffrance , où ſe peint la douleur ,
» & qui n'attendent que la préſence de
ود l'amitié pour verſer un torrent de pleurs;
" oh ! combien ce ſpectacle dut lui paroître
>> déchirant & pénible. M. Lorry devenoit
>>> le confolateurde ces malheureux, quilaplu-
ود
ود
ود
part , ſans parens , ſans amis , ſont difpo-
>> ſés à prendre la curiofit même pour de
>> l'intérêt , lorſque la commifération l'accompagne.
Il n'oublia jamais ces imprefſions
vives & profondes. Vous nefavez
>> pas , diſoit- il quelquefois aux gens du
>>>monde , combien il nous en coûte pour
» vous devenir utiles , & dans quelles fources
» amères nous puiſons les connoiffances dont
» vous usezfi nonchalamment. "
Nous avons remarqué dans ce morceau ,
ſenti & bien écrit , deux expreſſions qui ,
par la manière dont elles font employées ,
nous fourniffent une occafion de relever
l'abus des expreſſions trop fortes , dans l'uſage
ordinaire de la langue. Déchirant eft
une des expreſſions les plus fortes qu'on
puiſſe employer en parlant d'intérêt & d'attendriffement
; pénible n'eſt en comparaifon
DE FRANCE. 11
qu'un terme fort Ample; cependant on a
tant abuſé de ce mot déchirant dans la converſation
&dans le ſtyle ordinaire , & on l'a
tant affoıblı par cet abus , que voila un fort
bon écrivain qui ne croit pas pécher contre
les gradations naturelles du ſtyle , en employant
le mot penible après le mot déchirant,
tant celui-ci a perdu de fa force par un
emploi abutif; tandis que lautre n'ayant
jamais éré employé qu'a propos , a conſervé
toute ſa ſignification.
ود
» Humain, compatiſſant , M. Lorry plaifoit
fans efforts. Il n'avoit pas beſoin ,
>> pour paroître affable , d'étudier ſes geſtes ,
>> de donner à un corps robuſte des atti-
>> tudes contraintes , d'adoucir l'éclat de ſa
» voix , de réprimer la fougue de ſa penſée,
>> de cacher les impulfions d'une volonté
>> abfolue..... رد
Les Lecteurs inſtruits reconnoîtront ſans
doute quelqu'un à ce portrait indirect .
>> On accuſoit M. Lorry de ne point te-
>> nir affez à ton avis , &de céder trop fa-
» cilement à ce ui de ſes confrères. D'autres
>> n'y cèdent jamais ; & fi j'avois à choiſir
>> entre ces deux défauts , je préférerois ce-
>>lui qui me laiſſeroit la liberté de travailler
à mon inftruction , & d'abjurer mes er-
>>- reurs..... Il pouſſoit trop loin l'indulgence ,
> ajoute-ton..... Elle eſt ſi ſouvent nécef
> ſaire , & tant de gens en ont beſoin !
D'ailleurs il n'en montra jamais pour les
» méchans.
ود
"
A vj
12 MERCURE
3
C'eſt en effet la feule borne qu'il
faille donner à l'indulgence.
Hélas! tous les humains ont beſoin de clémence.
M. Vicq- d'Azyr , en parlant des vapeurs
ou maux de nerfs , s'exprime ainfi :
>> Dans cette maladie le délire , s'il eſt
>> permis d'employer ici cette expreflion
> avec Boerhaave , ſe borne à un petit
>> nombre d'idées , qu'il exalte ou qu'il af-
ود
foiblit . L'âge , le ſexe , les circonstances ,
T'habitude donnent à quelques organes
>> une énergie dont les autres font prives.
» La ſenſibilité s'accroît , & chaque point
>> des réſeaux où les nerfs s'épanouiflent ,
" devient un foyer de vibrations irrégu-
>>lières , rapides & précipitées : delà cette
mobilité dans les perceptions & dans les
" jugemens , cette inquiétude que fuvent le
ود
" repos & le bonheur , cet ennui su pré-
>> ſent , cette exagération du paſſe, cerre
>> crainte de maux à venir , cette indiffe-
>> rence pour ce qui eſt ſimple , ſérieux &
>>réfléchi , ce penchant pour le fanatiſme
>> en divers genres , pour tout ce qui pro-
>> duit des ébranlemens inattendus , cette
>>diſpoſition à imiter les mouvemens aux-
>> quels l'ame étonnée reſte long- temps at-
>> tentive ; delà , en un mot , tous ces pro- s
>> diges de l'imagination , ſource de tant de
" biens & de maux , inſtrument de tant de
>> révolutions , arme ſi chère à l'impoſture ,
>> for ſouvent victorieuſe dans les entrepriſes
DE FRANCE. 13
>> de l'erreur contre la vérité , ſi puiſſante
>> ſur la multitude , & fi funeſte aux pro-
>> grès de la raiſon. "
M. Vicq- d'Azyr ne ſe montre point favorable
à toutes ces innovations , à toutes
ces merveilles qu'on a voulu , depuis peu ,
introduire dans la Médecine. » Le charlata-
>> nifine , dit- il , eſt poutlé parmi nous à un
>> degré de perfection qu'il auroit été diffi
ود cile de prévoir; l'art d'en impoſer aux
hommes a fait , comme tous les autres
> arts , de grands progrès ; & s'il eſt per-
>>mis à l'amour- propre d'en conclure que
>> nous ſommes devenus plus difficiles à
د tromper , la raiſon n'en eſt pas moins af-
>> fligée , en voyant qu'on nous trompe tou-
>> jours , & que reproduites ſous toutes
ود fortesde formes , l'erreur & l'impoſture
>> ne ceffent de ſubjuguer le genre hu
» main. »
On ne ſera pas fâché de voir les portraits
de Noſtradamus & de Rabelais tracés par
M. Vicq-d'Azyr.
>> Ce Nostradamus , auquel des talens
>> diſtingués , & des ſervices rendus duis le
>> traitement de deuxpeſtes , auroient afſuré
"
ود
une gloire immortelle , ſi , préférant l'ar-:
gent à l'honneur , s'afſociant & ſe dé-
>> vouant au charlataniſme de l'Aftrologie
>> judiciaire , & pouffant à l'excès ce genre
>> de delire qui étoit alors e plus répandu ,
il n'avoit imprimé à fon nom une tache
que nulle puiſſance ne ſauroit effacer ;
"
ود
14
MERCURE
> enfin , cet homme extraordinaire qui ;
>> nourri par des Moines , le devint lui-
» même , & ceſſa bientôt de l'étre ; qui ,
>> après avoir compofe & jone des farces
>> devant la Faculté de Montpellier , fut
» honoré comme fon. reftaurateur , qui
» commenta Hippocrate & Galien , écrivit
>> fur la Religion , ſuivit un Ambafladeur
» à Rome , compoſa un ouvrage , où , fous
>> le voile d'une plaifanterie baffe & grof-
>>fière , il cacha des vérités hardies , une
>> critique ſévère , une ſatyre dans laquelle
» il n'épargna perſonne ; qui déſarma ſes
>> juges en les faiſant rire ,
(Solventur rifu tabula , tu miſſus abibis. )
ود fut le bouffon & l'idole de ſon ſiècle ,&
>> mourut Curé de Meudon , Rabelais en
" un mot. "
Il n'y a , dit notre Orateur Philofophe
& fenfible , il n'y a que ceux dont l'ame
eſt douce & tranquille qui ſe plaiſent aux
champs. » L'avare , l'ambitieux , l'homme
>> ſubjugué par ſes paffions , ne s'apper-
>>çoivent point ſi la Nature eſt riche &
>>feconde , fi le Ciel eſt pur , fi les fleurs
>> répandent leur parfum.
C'eſt ſur-tout aux véritables gens de
Lettres , aux amis de la penſée & du travail
, que la campagne eſt néceſſaire.
Scriptorumchorus omnis amat nemus &fugit urbes.
Nous regrettons ſincèrement de ne pouDE
FRANCE. IS
voir ſuivre M. Vicq- d'Azyr dans l'expoſition
brillante , éloquente & ſavante qu'il fait des
divers ouvrages de M. Lorry ; le Lecteur y
trouveroit , comme nous , la preuve des
plus vaſtes connoiſſances &d'un grand talent,
auffi bien dans l'Orateur que dans
l'Auteur. Finifſons ce qui concerne cet
Éloge , par un trait plus ſimple , mais qui
fait aimer M. Lorry & M. Vicq d'Azyr.
ود
ود
Entouré des enfans de ſon frère , ( le
Profeſſeuren Droit ) M. Lorry vécut céli-
>> bataire ; mais la bienfaiſance avoit réuni
ود ſous ſes yeux , & placé dans ſon coeur
>> toutes les jouiſſances paternelles. »
M. Girod , dont l'Éloge ſuit immédiatement
celui de M. Lorry , eſt celui qui , le
premier , a répandu l'inoculation dans les
campagnes ; les payſans , pleins de confiance
dans ſes lumières , lui amenoient leurs enfans
, en difant : puiſque M. Girod le veut ,
les voilà, qu'il en foit le maî're & qu'il en
diſpoſe. Il inocula dans la Franche-Comté,
ſoit par lui-même , ſoit par ſes coopérateurs ,
plus de vingt-sing mille ſujets. Sa deviſe
étoit : Variolis infitione domitis. Une épidémie
s'étant déclarée à Chatenoy dans le
Bailliage de Dôle , il courut y offrir ſes ſecours;
il fut atteint du mal épidémique &
y fuccomba : » Ne me plains point , dit- il
» à un ami , je meurs ſur le champ de ba-
>> taille. » La ſuite de ces Éloges offre déjà
pluſieurs exemples d'un dévouement femblable.
"Ofons prédire , ajoute l'Orateur ,
16. MERCURE
>> que celui - ce ne ſera pas le dernier. >>
L'Éloge de M. Macquer eſt celui de la
Chimie. Après avoir nommé avec honneur
Beccher , Stalh , Homberg , Lémery , Geoffroy
, Groffe & Boulduc , l'Orateur ajoute
ce portrait du Fameux Rouelle : » mais l'im-
>>pulfion donnée s'affoibliſſoit de jour
ود en jour, lorſqu'un génie bouillant &
>>hardi , réchauffa toutes les têtes du feu
>>de ſon enthouſiaſime , & devint le chef
>> d'une École dont le ſouvenir honorera
R ſon ſiècle & fa Patrie. On venoit de.
>> toutes parts ſe ranger parmi ſes diſciples.
» Son éloquence n'étoit point celle des pa-
>>roles : il préſentoit ſes idées comme laNa-
>> ture offre ſes productions , dans un dé-
ود fordre qui plaiſoit toujours ,&avec une
>>abondance qui ne fatiguoit jamais. Rien
>> ne lui étoit indifferent ; il parloit avec
>> intérêt & chaleur des moindres procédés ,
» & il étoit sûr de fixer l'attention de ſes
» Auditeurs , parce qu'il l'étoit de les émou-
>>yoir. Lorſqu'il s'écrioit : écoutez moi , car
» jefuis le feul qui puiſſe vous démontrer
ود
ود
ces vérités , on ne reconnoiſſoit point
>> dans ce diſcours les expreſſions de l'amour
propre , mais les tranſports d'une ame
>> exaltée par un zèle ſans borne & fans
>> meſure. Ennemi de la routine , il don-
>> noit des ſecouſſes utiles à ce peuple
>> d'hommes froids & minutieux qui , tra-
>>vaillant ſans ceſſe ſur le même plan , &
>> ſuivant toujours la même ligne , ont beDE
FRANCE . 17
> ſoin qu'on rompe quelquefois la trame
>> de leur uniformité. Il écrivit peu , mais
ود
11 inſpira des Écrivains. On recueillit ſes
>>penfees; il fit rejaillir de toutes parts les
>> étincelles de l'émulation , il féconda , il
> multiplia le germe des talens , & fut le
père de tous les Chimiſtes modernes . Ce
ود
ود
tableau n'eſt qu'une foible eſquiſſe des
>> prodiges que Rouelle a opérés parmi
ود nous. "
M. Macquer , ſon diſciple le plus célèbre ,
eut aufli par la Chimie des relations avec
ce fameux M. de la Garaye , de la bienfarfance
duquel nous avons vu un tableau fi
touchant dans Adèle & Théodore ; M. Vicqd'Azyr
en parle ici comme Madame la Marquiſe
de Sillery. " Il exiſtoit alors en Bre-
>> tagne , dit- il , un citoyen que la poſtérité
>> comptera dans le petit nombre de ceux
>> dont la bienfaiſance a illuſtré la mémoire.
> M. le Comte de la Garaye ne jouifloit de
" ſa fortune , comme il ne cultivoit les
>> Sciences , que pour ſe rendre utile à l'humanité.
Les pauvres formoient à ſes yeux
une famille nombreuſe , dont il ſe regar--
> doit comme le père; & le château qu'il
>> tenoit de ſes ancêtres , étoit changé par
ود
ود
ſes ſoins , en un vaſte hofpice peuplé
» de malades & de convalefcens , dont il
ſembloit avoir oublié qu'il étoit le fon-
>> dateur , pour ſe reſtreindre aux fonctions
>> d'économe & d'officier de ſanté. »
ود
M. Macquer alla examiner des procédés
18 MERCURE '
de Chimie relatifs aux médicamens que M.
de la Garaye préparoit pour ſes malades :
ود
ود
Courbe fous le poids des années , M. de
>> la Garaye laiſſoit alors entrevoir à ſes
>> concitoyens le malheur de ſa perte pro-
>> chaine , & cette crainte méloit à la reconnoillance
un ſentiment d'inquiétude ,
>>qui la rendoit plus touchante encore. M.
>», Masquer vit avec attendriſſement ce zèle ,
>> ce dévouement ſans bornes , cet affem-
>> blage de grandes qualités , que tout le
>> monde admire , & que perſonne n'ofe
» imiter. „
Jamais on ne donna de bons avis avec
plus de modeſtie que M. Macquer ; jamais
onne fut juſte avec plus de douceur. Dans
ſes écrits , fur-tout dans ſon Dictionnaire
de Chimie , il mène toujours fon lecteur ,
calme & tranquille , dans les ſentiers de
l'expérience; il ne ceffe d'inſpirer , non de
l'enthouſiaſme ni de l'admiration , mais de
l'eſtime & de la confiance , & fur- tout l'amour
du vrai .
>>On le voyoit peu dans le monde , où
il étoit moins connu que ſes ouvrages ,
» & la conſidération dont il jouiſſoit n'en
>> étoit que plus grande ; car il eſt rare que
» l'on ſoit content de la perſonne dont on
ود admire les écrits , ſoit parce qu'on en
> exige trop , ſoit parce que l'on aime à fur-
>> prendre quelques défauts dans ceux dont
> on eft contraint d'ailleurs de reconnoître
" la ſupériorité. Les hommes célèbres acDE
FRANCE. I19
>> cordent trop ſouvent à d'inutiles viſites,
→ à d'ennuyeuſes invitations des heures dé-
>> robées à leur gloire ou au moins à leur
ود
ود
repos. Ils ne ſavent pas afſſez que l'emprefſement
qu'onleur témoigne n'eſt que de pure
>>curioſité; qu'ils font entourés de juges
>> difficiles à fatisfaire , & qu'au milieu des
> préjugés & des bagatelles dont les grands
>> cercles font occupés , leur langage ne ſau-
>>> roit être accueilli. Les Savans ſont ſur- tout
>> ceux qui s'y montrent avec le moins de
ود ſuccès: on peut les regarder coimame for-
>> mant un peuple peu nombreux , auſtère
>> dans ſes moeurs , fombre dans ſon carac-
>> tère , quelquefois même un peu rude dans
>> ſes manières , & dont les individus ne
> ſont recherchés par les gens du monde ,
que comme desÉtrangers fameux que l'on
veut voir , que l'on ne comprend guères ,
» que l'on ennuie , & dont on est bientôt
» ennuyé. »
ود
ود
M. Macquer portoit dans la ſociété ,
comme dans ſon cabinet, une ſérénité inaltérable
, & une douceur qui plaiſoit à tout
le monde; mais ſon goût naturel l'éloignoit
de ce tourbillon qu'on appelle le monde ,
Il n'eſt permis d'en aimer le fracas
Qu'à l'étourdi qui ne le connoît pas.
ditM. de Voltaire.
Dans ume notice ſur M. Darluc , Botaniſte
habile , M. Vicq-d'Azyr obſerve que l'étude
20 MERCURE
de la Botanique eſt une de celles qu'on cultive
le plus à Aix; » & comment n'aime-
>>roit-on pas cette ſcience dans une ville où
ود nequit Tournefort&Garidel ? Heureuxle
» climat qu'honore la naiſſance d'un grand
>> homme! Son ſouvenir eſt un germe qui
>> reproduit à jamais l'émulation& le ſavoir :
>> ce lieu , dit- on , fut l'aſyle de ſon enfance;
>> cette École fut le théâtre de ſes premiers
>> exercices : là s'ouvrit la rouwe qui le con-
>> duifit à l'immortalité. C'eſt ainſi qu'une
>> ardente jeuneſſe s'excite au travail , &
» qu'ivre d'eſpoir , elle n'eſt point effrayée
ود par l'immenſité d'une carrière dont elle
>> ne voit jamais que le commencement & la
>> fin.
M. Vieq d'Azyr termine ces Éloges par
une réflexion ſur les Éloges.>>On loue trop ,
>> diſent quelques Ariftarques; ils ont raifon
ور
د
ou
s'ils entendent parler de cette faftidieuſe
>> complaiſance avec laquelle on célèbre tout
>> ce que font , écrivent annoncent ,
>>penſent certaines perſonnes, de ce vil trafic
» d'Éloges , que des gens intéreſſes ſe prêrent
» & ſe rendent de toutes parts : dans ces
>> cas & dans tant d'autres , on loue trop
ود : fans doute ; mais s'il s'agit de l'écrivain
>> modefte & laborieux , dont le zèle qui s'é-
>> teint a beſoin qu'on le ranime ; de l'obfervateur
qui ſe dévoue àdes recherches
>> utiles , loin des Puiſſances qui diſtribuent
l'or & la gloire ; je dis qu'on ne loue pas
> aflez; je le dis ſur-tout , & la Societé
ود
ود
DE FRANCE. 21
ود
ود
در
>> Royale le dit avec moi , lorſqu'elle voit
>> diſperſés dans les Provinces des Médecins
» & des Chirurgiens habiles , qui lui conſacrent
tous les fruits de leurs veilles ,
fans ſavoir fi on leur en tiendra quelque
compte , & même ſans le demander ; qui
>> vivant& mourant pour leur pays , croient
> ne faire que leur devoir , & font bien
>> éloignés de penſer qu'il ſubſiſtera quelques
>> traces de ce grand facrifice : je dis qu'on
>> ne loue point affez , & qu'on ne ſauroit
ود trop louer cette eſpèce d'héroïfine in-
» connu dans nos Capitales , où il eſt juſte
>> au moins de lui rendre hommage , fi on
» n'a pas la force de l'imiter. ود
Le plaiſir de citer de beaux morceaux nous
entraîne inſenſiblement trop loin; il faut
nous arrêter ici , & nous borner à dire que
M. Vicq-d'Azyr , dans l'expoſition des opinions
, des ſyſtèmes , des recherches , des
découvertes des Savans , eſt ſavant luimême
, mais ſans ceſſer jamais d'être à la
portée de tout lecteur intelligent ; qu'il eſt
Philoſophe dans ſes réflexions , humain &
aimable dans les ſentimens qu'il laiſſe quelquefois
éclater , mais qu'il n'étale jamais.
On trouve dans ce recueil un diſcours lu
à l'ouverture de la féance du 26 Octobre
1784 , à laquelle le Prince Henri de Pruſſe
aſſiſta . L'Orateur loue ſur-tout ce Prince de
s'étre apperçu qu'il manque quelque choſe
au bonheur de la victoire , & il nous a con
22 MERCURE
ſervé dans une note le trait ſur lequel porte
cer Éloge.
En complimentant le Prince Henri fur
le gain d'une Bataille : " eft- il , lui diſoit-
» on , un bonheur comparable à celui d'un
» Général qui vient de remporter une vic-
>> toire ? » Ce bonheur est grand , répondit
le Prince , mais ily a le lendemain la vifite
de l'Hôpital.
LES Amans d'autrefois , par Mme la
Comteſſe de B...... 3 vol. in- 12 . A Paris ,
chez Couturier , Imprimeur-Libraire , quai
des Auguftins , & Leſclapart , Libraire de
MONSIEUR , rue du Roule, 1787 .
Un Poëme érotique, intitulé Alzémir-le-
Grand, Poëme en proſe , il eſt vrai , mais où
l'imagination a déployé routes ſes richeſſes ;
deux Nouvelles imitées de Bandel , mais imitées
de fi loin , que l'Auteur a beaucoup plus
ajouté qu'il n'a pris à ſon modèle ; Il est bien
temps, ou les Confidences, Conte charmant ,
qui n'eſt imité de perſonne , &que l'Auteur
ſeul pouvoit inventer ; la Marmotte Philo-
Sophe, petit Ouvrage difficile à caractériſer ,
parcequ'il eſt dans le genre de Sterne , &que
fon originalité le met hors de claſſe; Cabriolet,
ou l'Egoiste corrigé , autre Ouvrage d'un
gente neuf; la nouvelle Folle Angloise , &
diverſes poéſies. Voilà ce que nous avons à
examiner en rendant compte des trois vol.
DE FRANCE.
23
deMme la Comteſſe de B ...... Quelle abondance
! quelle variété ! & comment faire un
choix parmi tant de fleurs nouvelles ? Le ſentiment
, la philofophie & la gaîté ſemblent
s'être unis pour dicter à l'aimable Auteur
toutes ces productions intéreſſantes ;&, fem
blables à un Amateur qui entre pour la pre
mière fois dans un jardin émaillé de tous les
dons de Flore , nous reſtons également ſufpendus
entre la roſe éclatante & la douce
violette. Nos Lecteurs attendent cependant
que nous nous décidions , & que nous leur
donnions au moins une légère idée de toutes
les richeffes Littéraires que nous avons ſous
les yeux, Eh bien ! il faut les fatisfaire ; mais
ce que nous citerons leur fera bien regretter
ce que nous pafferons ſous filence , & les
bornes de ce Journal nuiront bien plus à
leurs plaiſirs qu'elles ne contenteront leur
avide curiofité. Tous les Ouvrages que nous
venons de nommer nous plaiſent également ;
mais foit que nous préférions les légers amu
ſemens de l'eſprit aux vives émotions du
coeur, ſoit qu'une plaifanterie philoſophique
nous ſeduiſe plus en ce moment que l'expreffion
de la tendreſſe , nous avouerons que
Cabriolet & la Marmotte ont obtenu nos
amours , & qu'un attrait particulier nous
porte à les faire connoître plutôt que les Nou.
yelles de Bandel , dont on ne peut donner
d'extrait fans les affoiblir , & le Poëme d'Alzémir
, auquel on ne peut toucher fans le
profaner peut- être. Qu'on ſe figure donc un
24
MERCURE
Genie qui avoit des manières agréables , un
luxe défordonné , un jargon découſu , quelquefois
brillant , de l'aiſance , & une forte
d'enjouement , dont les yeux étoient vifs
comme les geftes , qui d'ailleurs étoit bien
perſonnel ; fort content de lui-même , un
peu colère , très- obſtiné , d'une humeur inégale
, parlant beaucoup , n'écoutant rien ,&
qui aimant le bal par- deſſus tout , faiſoit danſer
ſon confeil juſqu'à perdre haleine , dès
qu'il paroiſſoit embarraflé , battoit lui-même
des entrechats avec une légèreté merveilleuſe ,
& après cela opinoit au mieux. C'eſt de ce
Héros fingulier que Mme la Comteffe de
B..... fait l'hiſtoire dans le Conte qui porte le
titre de Cabriolet , ou l'Egoiste corrigé. Nous
ne le ſuivrons point dans les divers événemens
de ſa vie ſaltimbanque & aërienne.
Qu'il ſuffiſe de ſavoir qu'après avoir fait enrager
ſes Miniftres d'État par ſes folies réitérées
, &ſes maîtreſſes par ſes nombreuſes infidélités
; qu'après s'être attiré la haine , &
preſque le mépris de ſes peuples par un
amour de foi exceſſif, une belle & tendre
Princeſſe le ramène à la vertu &à la ſenſibilité
, & transforme en Roi accompli le Menarque
toujours danſeur. On a pu croire d'abord
que cet Ouvrage , intitulé Conte
l'air, n'avoit d'autre mérite que de juſtifier
parfaitement ce titre. Qu'on le life avec attention
, on y verra la morale cachée ſous les
grâces d'une allégorie gaie & ingénieuſe ; on
y verra, àtravers les voiles tranſparens de la
mythologie
en
DE FRANCE.
25
mythologie des Fées, toute la laideur , tous
les dangers , toutes les baffeſſes de l'égoïfime ,
&tous les avantages qu'on retire de l'huma- -
nité , tout ce qu'on gagne à faire du bien à
ſes ſemblables , & tout ce qu'on perd à ne
vivre que pour foi. Deux Auteurs célèbres
ont mis au Théâtre le ſujet très- difficile de
PEgoïfine , & leurs Pièces ont peu réufſi ,
parce que l'Égoïfime eſt un vice froid , & que
la Scène où les paſſions doiventbrûler, ne s'accommode
point de ces perſonnages qui les
concentrent toutes en une. Quel parti en
effet un Auteur Dramatique peut- il tirer d'un
Égoïfte ? Il n'y a point là de choc , point de
contraſte , point de flux & de reflux , point
deces oppofitions heureuſes & imprévues ,
d'où peuvent naître à la fois & le comique
&l'intérêt. Il n'y a qu'une figure de pierre
toujours roide & immobile , & que le génie
de l'Artiſte ne ſauroit animer. Nous croyons
d'ailleurs que pour traiter avec ſuccès l'Homme
perfonnel , il falloit le mettre continuellement
dans des ſituations qui l'exposâſſent
au ridicule , & qu'il excitât le rire autant que
l'excite le Tartufe , qui n'eſt lui-même qu'un
Égoïſte renforcé. Cet art que Molière a mis
dans fon admirable Comédie , ſe retrouve
dans le joli Conte de Cabriolet. Le génie
égoïſte eſt toujours plaiſant , même lorſqu'il
fait une iniuftice : il amuſe même en opprimant
; ſes ſaillies , ſes bruſqueries , ſes boutades,&
fon goût pour les rigaudons déſolent
tout ce qui l'environne;& cependant il n'eſt
Nº. 22 , 2 Juin 1787. B
28 MERCURE
mes la propriété de leurs Ouvrages. « Je ne
ود me fâche pas pour ſi peu, dit elle. Tenez ,
>> je permets qu'on leur diſpute pis encore
>> que les bagatelles dont elles amufent leurs
>> loiſirs. N'y a - t'il pas toujours eu des
ود
" ود
Arhées ? Qu'ils blafphement , & que Dieu
les aßifte. » Elle parcourt dans un autte
endroit une Brochure nouvelle , où on lit
que l'animal & l'homme de génie ſe touchent
" du haut en bas , " ajoute- t'elle en ſouriant
, & elle ſe remet à feuilleter le Livre.
Que de traits charmaus nous pourrions encore
citer , fi nous ne craignions pas de faire
un Livre nous-même! Il fercit injuſte cependant
de quitter celui de Mine la Comtefle de
B....... fans parler de ſes vers ; ils ne procurent
pas moins de plaifir que ſa profe; &
pour s'en convaincre , on n'a qu'à lire les
deux lettres touchantes qu'elle fair écrire à
Louis XIV par Mine de la Valière , & sûrement
on remarquera dans la ſeconde les vers
ſuivans , qu'on ne pourra guères oublier :
t
Il s'éternifera dans la poſtérité ,
Ce malheureux amour par ton coeur rejeté ;
Mais en ſe rappelant ton glorieux empire ,
Quelle tache pour toi qu'une infidélité ,
Par qui bientôt il faudra que j'expire !
On dira : ce Louis qui fut furnommé Grand
Par la voix de l'Europe entière ,
A-t'il donc mérité les honneurs qu'on lui rend?
Il ceffa d'aimer la Valière,
DE FRANCE. 29
Voilà bien des éloges , dira-t'on , mêlés à
bien peu de critique. Nous en convenons , &
nous ne croyons pas pour cela en être moins
amis de la vérité. Lorſqu'on fait d'ailleurs
l'extrait des Ouvrages d'une femme , on ne
doit point s'armer de ces miroirs ardens qui
brûlent & dévorent à une longue diſtance ;
ilfaut au contraire tenir devant le Public une
•de ces glaces fidelles qui réfléchit les traits de
l'Auteur dans toute leur pureté, leur éc at &
leur délicateſſe; & quand ces traits appellent
l'indulgence , & meme l'admiration par la
réunion des qualités les plus rares , il faut , le
premier , donner un utile exemple à la poſtérité,
en tombant à genoux devant l'image
enchantereffe.
( Cet Article nous a été envoyéparM. le
Chevalier de Cub **.)
OBSERVATIONS fur la Virginie , par
M. J*** , traduites de l'Anglois. AParis ,
chez Barrois l'aíné , Libraire , rue du Hurepoix
, près le pont S. Michel. in- 8 °, avec
une carte nouvelle de la Virginie , 1786 .
Ce n'eſt pas d'aujourd'hui , ni dans un feul
pays de l'Europe , qu'un certain ordre d'hommes
a regardé ce qu'on appelle parmi nous
des Philofophes, comme incapables de traiter
&de conduire les affaires publiques. On peut
défendre la philofophie de deux manières. La
premiere , en difant qu'il n'y a point de bons
Biij
32
MERCURE
vières ſe gêlent plus rarement : vérité douce
&flatteufe pour Thomme qui ſe voit amfi
partageant avec la nature le domaine de la
terre , & changeant & renouvelant ſa ſurface
entière pour embellir ſon habitation .
Nous ne ferons qu'indiquer à la page so
le tableau du paſſage de la rivière Patowmack
&de la Sehenandoa au travers des montagnes
bleues , &à la page 56 la deſcription du pont
naturel. L'Auteur y rend dans toute fa force
l'impreffion faite fur lui par ces grands ſpectacles
, & les Lecteurs l'éprouvent avec lui .
De la page 99 à la page 161 , M. J **
combat la théorie du célèbre Auteur de l'Hiftoire
Naturelle fur le continent de l'Amérique
, & juftifie le nouveau monde du reproche
qu'on lui fait de ne produire que des
eſpèces foibles & dégénérées , tant en animaux
qu'en hommes.
Les queſtions de ce genre ſont d'une difcuffion
difficile. Il faut fixer des limites , donner
de la préciſion même aux aſſertions qu'on
combat , &qui en manquent quelquefois , &
à plus forte raiſon aux preuves qu'on y oppoſe.
La Nature a moins de vigueur dansfes
productions en Amérique que dans l'ancien
monde ; lefol, le climat y font moinsfavorables
aux développemens des eſpèces animales,
l'Américain a moins de force, defenfibilité,
d'intelligence , &c. Toutes ces propofitions
générales ont quelque choſe de vague
qui peut nuire à la netteté de la ſolution.
Il nous femble que l'Auteur ſurmonte ces
DE FRANCE .
33
difficultés , & qu'il déploye cette marche circonfpecte
qui caractériſe l'eſprit Américain ,
ou , pour parler avec plus d'exactitude , &
fans décider nous mêmes la queſtion, l'efprit
Européen tranſplanté en Amérique.
M. J ** combat par beaucoup de raiſonnemens
& de faits,l'opinion de l'Écrivain célèbre
que nous venons de citer, qui regarde les
animaux originaires du continent de l'Amérique
, comme généralement plus foibles que
ceux de l'ancien monde , & ceux - ci lorfqu'ils
font tranſplantés dans le nouvera ,
comme éprouvant une dégénération marquée.
Il oppoſe d'abord à ce ſyſtème un fait important
, c'eſt que le continent de l'Amérique
a produit un animal diftinct de l éléphant ,
& beaucoup plus grand que l'éléphant , le
mammout. Il prouve ces deux affertions par
la grandeur & les caractères particuliers des
dents de cet animal, qu'on trouve ſur l'Ohio ,
& beaucoup plus avant vers le Nord , par
Popinion unanime des Européens établis en
Amérique , qui n'ont jamais oui dire qu'on y
eût trouvé des dents d'éléphans , par la conf
titution de l'éléphant qui appartient à la
Zône Torride , & qui ne vit & ne ſe propage
point au-delà du 30 degré de latitude
Nord & Sud , tandis que les dépouilles du
mammout ne commencent à ſe montrer que
vers le 36 ° degré , & ſe retrouvent juſques
ſous le cercle polaire arctique.
Il combat comme arbitraires & inadmi
Bw
34 MERCURE
tibles, par une philofophie ſage & retenue, les
deux fuppofitions à l'aide deſquelles on pourroit
expliquer l'exiſtence des éléphans ſous
le cercle polaire; l'une , qu'un feu central a
autrefois échauffé ces régions qu'il a maintenant
abandonnées ; l'autre , que ces pays du
Nord , où l'on trouve aujourd'hui les os foffiles
de ce grand animal qu'on veut être l'éléphant,
étoient autrefois placés entre les tropiques
, à raiſon du changement arrivé dans
l'obliquité de l'écliptique.
M. J ** analyſe avec beaucoup de ſagacité
les principes de l'opinion qu'il combat , &
qu'il réduit à deux. Le premier , que la chaleur
est moindre,& l'humidité plus grande
dans le continent de l'Amérique, le ſecond ,
que ces deux circonftances ſont défavorables
à la production & au développement des
grands animaux.
Il paffe à M. de Buffon la première de
ces affertions, dont il croit cependant qu'on
ne peut apporter aucune preuve; mais il l'ar
rêre ſur la ſeconde. Il lui oppoſe d'abord ſa
propre opinion , "que les pays un peu froids
conviennentplus à nos boeufs que les pays
>> chauds , & qu'ils font d'autant plus gros &
> plus grands que le climat eſt plus humide;
- que les boeufs de Danemarck , de la Podo-
>> lie & de lUkraine ſont les plus grands de
>> tous. » Hift. Nas . T. 1 , p. 134.
ود
Mais venant enſuite àdes faits ſeuls capa
bles de décider la queſtion , & comparant l'Amérique
à l'Europe , il montre ,par des tables
DE FRANCE.
35
dreſſées ſur des obſervations régulières :
1º Que des animaux communs aux deux
continens , ceux d'Amérique ne ſont pas plus
petits que ceux d'Europe.
2°. Que les animaux particuliers au nouveau
monde ne font pas formés fur une échelle
plus perite que ceux de l'ancien , au moins en
ſe reſtreignant à comparer l'Europe à l'Amérique.
3°. Que les animaux domeſtiques tranfplantés
d'Lurope en Amérique, n'y dégénèrent
pas.
4°. Enfin , que les eſpèces des quad rupèdes
ne fontpas en moindre nombre en Amérique
qu'en Europe.
Toutes ces affertions ſont prouvées par
l'énumération des eſpèces , la notice & la
comparaiſon des poids de chacune ; & nous
ofons dire en general qu'outre l'inſtruction
que peuvent puiterdans cette partie de l'Ouvrage
les Amateurs de l'Histoire Naturelle ,
tous les Lecteurs peuvent y trouver un modèle
de bonne logique & d'excellente difcuffion.
Ce qui ſuit de la page 135 à la page 160 ,
eft encore plus intéreſfant , en ce que ce n'eſt
plus la caute du fol & du climat , mais celle
de l'homme , de l'Américain aborigène que
M. J ** prend en main.
Il juſtifie les Américains du reproche de
foibleffe dans les organes de la generation ,
ou , pour parler plus exactement, il prouve
que cette foibleſſe eſt en eux accidentelle ,
Bvj
36 MERCURE
l'effet de leur manière de vivre & du défaut
d'une nourriture ſaine , abondante & régulière
, que la culture ſeule peut donner. II
présend que leurs facultés intellectuelles &
morales , ne font pas inférieures à celles des
Européens placés dans les mêmes circonitances
qu'eux. Que leur fenfibilité n'eſt pas moindre
, que leur bravoure ne le cède pas à celle
des nations les plus guerrières de l'Europe.
Qu'on trouve chez eux des exemples de générofité
& d'amitié , que les plus beaux traits
connus de l'Histoire n'effacent pas. Que leur
éloquence préfente les plus grandes beaurés.
Enfin , qu'ils ne mé ìtent pas même le reproche
d'infociabilité que quelques Écrivains leur
ont fait, puiſqu'ils vivent dans des bourgs ,
qu'ils traitent leurs affaires publiques en confeil
, & qu'ils ont un caractère & un intérêt
nationaux.
Juſques là l'Auteur n'a combattu que M.
deBuffon , qui ne trouve en Amérique cette
foibleſſe de la Nature en fes productions, que
dans les animaux & les hommes indigènes du
nouveau monde. Ici , & de la page 161 à la
page 166 , M. J** réfute M. l'Abbé Raynal ,
qui a étendu la dégénération juſqu'aux races
Européennes tranfplantées en Amérique , &
ilnous paroîtque c'eſt encore avecplus d'avantage
qu'il ſe mefure avec ce nouvel adverfaire.
C'eſt un argument bien puiſſant en effet
contre cette prétendue dégénération , que de
nommer ſeulement George Washington ,
DE FRANCE.
37
Benjamin Franklm , Rittenhouſe , & les
Adams, & les Hancock , & les Benezer , &
les Gates , & les Starke ,& les Green , & les
Laurens , & l'Auteur lui- même , qui montre
tant de connoiſſances , & de raifon & de talent
, & dont le nom ſerajoint à ceux de ces
hommes éclairés & vertueux qui ont établi
dans le nouveau monde l'empire de la raifon
& le bien inestimable de la liberté.
De la page 166 à la page 198 , on trouve
des details ſur la population Indienne , qui
ne peuvent guères avoir d'intérêt pour des
Européens , mais qui en ont pour les habitans
de cette partie de l'Amérique , auxquels
ils ont été deſtinés .
Ce qui ſuit de la page 198 à la page 217 ,
peut attacher davantage le Lecteur.
On y voit d'abord un plan pour rendre par
degrés la liberté aux noirs , l'Auteur trouvant
avec raiſon des inconvéniens graves & de
grandes difficultés à les affranchir tout-à-coup
au milieu de la race Européenne , moindre
en nombre , & dont les formes & la couleur
ſeroient bientôt altérées par le mêlange , propoſede
faire élever aux dépens du Public les
enfans des noirs , les filles juſqu'à 18 , & les
mâles juſqu'à 21 , de leurdonner enſuite des
terreins en propriété dans les parties intérieures
du pays & des moyens de culture , én
les dé larant libres & indépendans , & en les
protegeant juſqu'à ce qu'ils euffent acquis
alfez de force pour ſe ſoutenir par euxmêmes.
38 MERCURE
On a trop long- temps combattu l'eſclavage
des Nègres , cette pratique horrible , lahonte
de l'humanité , ſans fournir des moyens de le
faire ceffer, On aime à voir ici le ſentiment
& l'amour du bien auffi éclairés , außi précis
dans leurs meſures que la froide raifon .
On doit favoir à l'Auteur d'autant plus de
gré de ce zèle pour l'affranchiſſement des
noirs , qu'à la difference de ceux qui ont
plaidé la cauſe de cette race malheureuſe , il
la croit réellement inférieure à celle des
blancs. Il faut voir les raiſons qu'il apporte
de fon opinion. On y reconnoitra la difference
qu'il faut faire entre le Philofophe autſi
ſage qu'hunain , qui fait déméler le bien
poſſible , de celui qui ne l'eſt pas , & reconnoître
les limites du vrai que paſſent ſans
ceffe les déclamateurs.
A la page 223 , l'Auteur traitant de la population
des États-Unis & des moyens dela
favorifer , dit qu'il ne faut pas s'embarraffer
de hâter fon accroiffement par une importation
forcée d'étrangers , & certe maxime
eſt fort ſage; mais je ne ſuis pas bien frappé
de la raiſon fur laquelle il l'appuie , la crainte
que les étrangers n'apportent leurs vices
leurs préjugés & leur fervilité d'Europe. Je
crois trop a la force des bonnes loix & d'un
bongouvernement ſur l'eſprit& le caractère
deshommes,pour craindre que des Européens
confervent en Amérique les erreurs & les
vices qu'ils y porteroient de notre continent.
En quelque nombre que puiffent aborder les
DE FRANCE.
39
Européens dans ce pays nouveau , ils feront
forcés de s'y diſperſer &de ſe fondre parmi
les anciens habitans ,& ils s'affimileront neceffairement
au peuple au milieu duquel ils
feront venus vivre. L'eſprit de ſuperstition &
de fervitude ne germera pas , & ne prendra
pas de racines dans une terre de lumière &
de liberté. Lorſque l'Auteur veut justifier
fes craintes par la ſuppoſition qu'il fait de
pluſieurs millions d'Américains jetés tout-àcotup
dans un État Européen , & des inconvéniens
dont cette émigration feroit ſuivie,
outre qu'on ne jette point en une fois plufieurs
millions d'habitans dans un pays , il y
aune grande différence entre les deux hypothèſes.
Des Américains tranſplantés en Europe
s'y foumettroient difficilement à tantde
loix oppreflives & vicientes , dont l'habitude
ſeule peut faire ſupporter le jeug , & poirroient
ainſi troubler l'ordre , ou , ſi l'on aime
mieux , la fervitude publique. Mais l'Européen
le plus groſſier , en débarquant à Philadelphie
ou à Boſton , ne pouvant méconnoî
tte les avantages de l'égalité , de la liberté, ſe
familiarifera bientôt avec les moeurs & les
loix du pays qu'il aura choiſi pour afyle , en
y voyant pour lui des moyens puiffans de
bonheur.
J'ajouterai que la véritable raiſon qui doit
éloigner les États-Unis de defirer de grandes
émigrations d'Europe , eft qu'il ne faut pas
que le nombre des hommes ſoit difproportionné
à la quantité des capitaux, fans lesquels
i
40
MERCURE.
ne peut ſe faire un travail utile. Qu'il faut en
un pays nouveau que le travail foit bien
payé au travailleur,&qu'il ceſſeroit de l'ètre
fi laconcurrence à le deriander étoit trop active.
Enfin , ſuivant la comparaiſon ingénieuſe
de Bacon , l'établiſſement d'une Colonie
eft comme la plantation d'une forêt , il
n'en faut rien attendre avant la vingtième
année, & la vingtième année d'une forêt eſt
peut-être la centième d'une Nation.
Mais quoi qu'il en foit de cette légère différence
entre fon opinion & celle que j'expoſe
, il eſt curieux d'obſerver le rapide progrès
de cette population , préſenté dans une
table , de laquelle il réſulte qu'en 1862 , la
Virginie ſeule , partant du fonds de fa population
actuelle , fans le fecours de l'abord des
étrangers, doit avoir quatre millions 540mille
612 habitans, & d'ici à 95 ans , 6 à 7 millions
qui lui donneront 100 perſonnes par mille
quarré , ce qui est à peu près dans la Grande
Bretagne le rapport de la population à l'étendue
du territoire.
On peut confidérer comme finiſſant ici , la
partie phyſique de l'Ouvrage dont nous rendons
compte. La partie politique & morale
occupe le refte du volume , & n'est pas moins
intéreſſante par la forme comme par le fonds.
Lafin au Mercure prochain.
DE FRANCE. 41
BIBLIOTHÈQUE choiſie de Contes, de
Facéties & de Bons Mots. Tomes ; & 4 ,
in- 18. & in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Royez , quai des Auguſtins. ( Contes tirés
des Auteurs Grecs& Latins.)
CETTE Collection ſe continue avec ſuccès ,
&les volumes paroiſſent rapidement l'un
après l'autre.. Les Rédacteurs qui s'étoient
propofé de donner une ſuite de tableaux dérobés
aux anciens & aux modernes , après
avoir débuté par un volume de Contes , mêlés
de Fabliaux & d'Anecdotes Orientales , en
ont publié trois autres conſacrés uniquement
aux Auteurs Grecs , & deux qui forment une
claffe à part , ſous le titre de Folies Sentimentales.
Leur intention eſt de puiſer dans
la ſource féconde que leur ouvre la Littérature
Françoife , depuis les Troubadours ,
pères de la Poésie moderne , juſqu'aux nouvellesde
nos jours. Ces Ouvrages, en confervant
fidèlement leur caractère primitif, recevront
par des mains exercées le ſtyle & les
couleurs du fiècle préſent.
On peut juger par les pièces qui compoſent
les fix volumes qui exiſtent , du ſoin que
prennent les Rédacteurs pour rendre cetre
Collection élégante , variée , complette &
digne enfin des ſuffrages des vrais Littérateurs&
des gens du monde.
• Clémence d'Argelles , Anecdote Provençale
, inſpirant autant d'intérêt que Zéno
42
MERCURE
themis , l'aſyle des Grâces , Conte philoſophique,
rempli de délicateffe &d'agrément ,
La Folle par Amour , la bague d'Hébé font des
compoſitions charmantes , & qui pourront
être reproduits ſur nos Théâtres.
Ces volumes contiennent une production
neuve , ſous le nom d'affections des divers
amans. Nous connoiflions fous ce titre un
Ouvrage de J. Fournier , qui parut pour la
première fois en 1951 , & reimprime en
1743 , lequel n'eſt que la traduction de celui
queParthenius de Nicée , Écrivain du temps
d'Auguſte , abrégea pour fon ami Gallus ,
d'après les anciennes fables milefiennes. Ces
récits , tous très courts , écrits en vieux Fraaçois
, offrent des canevas nombreux dont nos
conteurs modernes pourroient tirer le plus
grand patti.
Perſonne juſqu'ici n'a pouſſé plus loin que
M. Sim... de Tr... le projet de rendre aux Fables
miléſiennes la vie , l'intérêt & les couleurs
antiques qui leur manquent. Dans ces
effais , écrits avec la facilité la plus foignée ,
les connoiffeurs remarqueront une foule de
traits qui annoncent une Littérature étendue ,
l'amour des anciens, & ce charme enfinqu'excitent
dans nos imaginations les fictions de ce
peuple, dont tous les noms heureuxſemblent
nés pour les vers. Les Contes empruntés à ce
Parthenius , & embellis par M. Sim... , font
ici au nombre de douze; fon recueil en contient
trente- fix , qui paroîtront dans les vo
lumes ſuivans de cette Bibliothèque.
DE FRANCE.
43
L'Avertiſſement qui précède le Roman de
Mélicello mérite d'être lu. Il renferme des
réflexions eſſentielles & quelques traits d'érudition
précieux. - L'exécution typographique
joint la propreté à la commodité des
formats , & les gravures en font agréables .
SPECTACLES .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 24 Mai , on a joué , pour la première
fois , Hercule au Mont- ra , Tragedie
en ciuq Actes.
Il y auroit de l'indifcrétion à juger cet Ouvrage
fur la première repréſentation : ce n'eſt
pas qu'elle ait été très-orageuſe ; mais parmi
de très grands applaudiilemens , le Public a
laiſſe échapper quelques murmures , & à la
fin de la Pièce, les avis ont été très diviſés
fur fon mérite. Nous ne ferons donc ici aucune
obfervation ſur cette nouvelle Tragédie ,
dont nous parlerons dans le prochain Mercure,
& que nous rapprocherons de quelquesOuvrages
déjà connus ſur le même ſujet.
Nous remarquerons ſeulement que les rôles
nous ont , en général , paru mal faifis;; ce qui
peut avoir nui beaucoup à l'effet que l'Auteur
s'étoit promis de leurs caractères. Les
repréſentations qui vont ſuivre éclairciront
ou dufiperont nos doutes.
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
VIES des Écrivains étrangers , tant anciens que
modernes , accompagnées de divers morceaux de leurs
Ouvrages , traduits par l'Auteur de leurs Vies.
Dante,fuivi de la Chasteté de Joseph , Scène Françoise,
par M. le Prevoſt d Exmes , Profeffeur Royal
del'École de Chant, & de l'Académie des Sciences
&Belles Lettres de Rouen , in-8°. de 164 pages.
Prix, 2 liv. 8 fols. A l'aris , chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint Jacques , & chez Bailly ,
Libraire , rue Saint Honoré , barrière des Sergens.
M. le Prevoſt d'Exmes annonce des Vies des
Écrivains étrangers ; il commence par celle de
Dante. On nous diſpenſera de faire l'analyſe d'un
Ouvrage qui n'eſt lui même qu'une analyſe. L'Auteur
donne une Vie dérailiée de ce célèbre Poëte ,
avec un extrait du plan & des détails de fa divine
Comédie. La Brochure eft terminée par une ſcène
Françoiſe, dont le ſujer eſt la Chafteté de Joſeph.
On eft furpris de voir là cette eſpèce de Drame , &
on en eft fâché quand on l'a lu.
MINÉRALOGIE nouvelie , ou l'Art de faire des
Eaux Minérales non-feulement pareilles à celles
qu'on trouve dans toute l'Europe , mais encore qui
auront de plus un grand nombre d'autres qualités
propres à remplir toutes les indications possibles , &
les avantages qu'il y auroit à les mettre en usage
contre les malacies les plus rébelles; par M. Laugier
, Docteur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , Membre & Profeffour de l'Univerſité
de Montpellier , in - 8 °. de 16 pages. A Senlis , de
DE FRANCE .
45
l'Imprimerie de N. L. F. Defrocques , Imprimeur ,
& ſe trouve à Paris , chez l'Auteur, rue de Tournon
, n°. 30 , & chez les Marchands de Nouveautés .
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou- Dauphine , nº . 6 .
Ce Volume , le dixième des Romans, renferme
Tristan de Léonois & Artus de Bretagne.
CLARISSE Harlove , Drame en trois Aites &
en profe A Paris , chez Née de la Rochelle , Libraire
, rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel.
Il y a dans cette Pièce, imitée du fameux Roman
de ce nom , des momens d'intérêt & des
Scènes d'effet ; mais l'Auteur a voulu tranſporter ſur
la Scène des tableaux qu'il n'eſt guères poffible de
faire ſupporter que dans un Roman.
VALENTINE, Ou Lettres & Mémoires intéreſ-
Sans d'une famille Angloise , in 12. Prix , I liv.
10 fols. A Lauſanne ; & ſe trouve à Paris , chez
Deſenne , Libraire , au Palais Royal.
LeHéros de ce Roman, finge des petits-maîtres
François , aime Valentine ; mais il voudroit la féduire
ſans l'épouſer. Il la fait enlever; mais enfin un
brave Marin le rappelle à l'honnêteté & à la vertu ,
&il épouſe Valentine qui ſe croyant orpheline retrouve
ſon père, & ce père est précisément ce Marin
qui lui a rendu ſon amant.
TABLEAU Généalogique , Hiſtorique , Chronologique
& Géographique de la Nobleffe , enrichi de
Gravures , par M. le Comte de Waroquier , Offi
cier d'Infanterie , & Penfionnaire du Roi , rue Gitle
Coeur.
On trouve chez Nyon ſeulement les trois premiers
Volumes de cet Ouvrage, contenant , 1º. l'état
46 MERCURE
des vrais Marquis , Comes , Vicomtes & Barons ;
2°. un Traité fur les Bannerets, Bacheliers &
Écuyers , & fleur différence 3º. un Traité (ur
Ies Dignités Féodales & Politiques , les Dignités des
Eccléſiaſtiques , les Dignités des Vidames attachés à
l'Églife , les titres & qualités perfoarelles , les titres
& qualités des Gens-de- Lettres , &c.; 4°. les Généalogies
des Familles . 5. les dépôts où la Nobleſſe
peut avoir recours pour ſes différentes re
cherches , 6 ° , une table des Terres & des Perfontes
titrées; une table des Noms de Famille compris
dans l'Ouvrage , avec le renvoi aux Auteurs qui en
ont dor né les généalogies , & une table de plus de
vingt mille titres originaux que l'Auteur poſsède
dans ſon cabinet. Ouvrage préſenté au Roi le 1
Avril 1786. Prix , 9 liv, les trois Volumes brochés ,
10 liv. 16 fols reliés , & 10 liv. 16 fols brochés
franc de port dans tout le Royaume.
La quatrième et la cinquième Partic ſous preſſe ,
&les autres de fuire .
TABLEAU Héraldique , ou Armorial général &
univerfel , contenant l'explication des Armes des
Provinces , Pays d'États , Gouvernemens , Villes ,
Terres. Seigneuries , celles des Archevêchés , Évêchés,
Chapitres, Abbayes , Prieurés & autres , celles
des Compagnies , des Corps &Communautés , celles
du Clergé & des Bourgeois à qui Sa Majesté
Louis XIV les a permifes par ſon Édit de 1696..
Même adreſſe que ci-deſſus.
Ledéfaut d'un Ouvrage complet ſur les Armoiries
de toutes les Maiſons nobles ou qui jouiſſent
d'un certain rangen France , &c. a fait que depu
plus de dix années l'Auteur s'eſt occupé de cette
compilation, fur laquelle il a recueilli aſſez de matières
pour avoir pluſieurs Volumes de prêts à
Pavance.
:
DE FRANCE.
47
ÉTAT des Étoiles fixes au ſicond fiecle, par
Cl. Ptolémée , comparé à la même position des mêmes
Etoiles en 1786 , avec le I exte Grec & la Traduction
Françoise , par M. l'Abbé Montignor , Chanoine
de Toul, de la Société Royale des Sciences &
Belles - Lettes de Nancy , in -4°. A Nancy , chez
C. S. Lamot , Imprimeur , près les RR. PP. Dominicains
, nº. 239
Cet Ouvrage doit faire plaifir aux Aftronomes.
Le Texte Grec avoit été imprimé ; mais il étoit
devenu très- rare. M. l'Abbé Montignot mérite la
reconnoiſſance des Savans pour les avoir mis, pour
ainſi dire , en poſſeſſion de ce monument curieux.
Il a mis fa Traduction à côté du Texte , & il y a
joint des Notes pour aider à l'intelligence des endroits
difficiles.
: :
4
On continue de débiter avec ſuccès la véritable
Graiffe d'Ours blanche d'Amérique pure & naturelle
, préparée fans feu par les Sauvages. La propriétéde
cette Graiſſeeſt de prévenir la chûte des
cheveux , de les nourrir au point de les faire croître
, de les épaiffir & de lesconferver.
La manière de s'en ſervir est très-facile : il faut
en bien enduire la racine des cheveux avant de ſe
faire coëffer , & le ſoir avant de ſe coucher ; cela
n'empêche point de ſe ſervir de la pommade ordinaire.
CetteGraiſſe réunit la double propriété de guérir
les rhumatiſmes en s'en frottant devant le feu
pendant quelques jours fans interruption .
Le prix des bouteilles cachetées en cire rouge
eft de 3 liv. , 2 liv . & 1 liv. 4 fols.
On s'adreſſera chez les Demoiselles Didier , Marchandes
de Tabac , Place de la vieille Eſtrapade ,.
vis- à-vis la porte du bâtiment de Sainte Geneviève,
48 MERCURE
NUMÉRO 6 de la Collection de Musique de M.
Grétry , pour le Clavecin , le même pour la Harpe ,
contenant l'Air : Je ſuis heureux , &c. , celui non ,
laiſſez-moi , & c. de la ſuite du Comte d'Albert , &
leDuo: Je veux qu'on ne me gêne en rien , de l'Amitie
à l'épreuve , par M. Corbelin , ſeul chargé par
M. Gretry de l'atrargement de ſa Muſique pour
tous les Inftrumens. Prix , 2 liv. 8 fols chaque Numéro.
On peut s'abonner pour dix Numéros chez
M. Corbelin , place Saint Michel, maiſon du Chan.
delier , qui fera parvenir franc de port par la poſte
toute ſa Muſique & celle de M. Grétry .
TROIS Sonates pour le Piano-Forte, avec Accompagnement
de Violon , par M. Hüllmandel ,
OEuvre XIX. Prix , 6 liv. A Paris , chez Saunier , rue
SaintHonoré , au coin de la rue de la Sourdière,
cour du grand Charroi.
TABLE.
VERS à M. ***
31 ciété Royalede Médecine, 9
Bouquet à Mme la Marquise Les Amans d'autrefois , 22
4Obfervations fur la Virginie ,
de C***
Le Phenix & le Moineau , Fable,
29
Bibliothèque choisie de Contes,
Charade, Enigme& Logogry &c.
41
the . 7 Comédie Françoise , 43
Suite des Eloges lus à la So- Annonces&Notices, 4
APPROBATIΟ Ν.
J'ai lu, par ordrede Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juin 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris,le I Juin 178. RAULIN.
!
1
JOURNAL POLITIQUE
i
DE
BRUXELLES.
1
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 14 Mai. 1
LEE Roi de Danemarck a permis aux
matelots de Tes Etats de fervir fur les
navires étrangers , en ſe niuniflant de pallepoits
officiels , &fous une caution de 20
dahlers , accompagnée d'un engagement
écrit de revenir , dans l'eſpace de deux ans ,
aux places de leur département , ſous peine
d'êtretraités comme fauffaires&déferteurs.
Le Profeffeur Schloëzer de Gottingue
vientde détailler en ces termes l'état de la
Compagnie pour la pêche du hareng , éta
blie à Embden.
En 1764 , une Société de Négocians de cette
ville réſolut de faire , à l'exemple des Hollan-
No. 22 , 2 Juin 1787. a
( 2 )
dois , la pêche du hareng dans JaMer du Nord;
elley fixa d'abord un fonds de 60,000 florins , &
ſollicita pour cet établiſſement l'octroi du Roi de
Pruſſe qui le lui accorda ſur le champ. Cette circonſtance
ayant engagé pluſieurs autres sujets de
S.M. de prendre part à cette nouvelle entre priſe,
on fit construire fix bâtimens propres à cette
pêche ; & lorſqu'ils furent achevés , on les équipadans
la maniere qui ſe pratique en Hollande
Ces bâtimens partirent d'Embden pour la premiere
fois le 11 Juin 1770 , & revinrent dans ce
port , après une abſence d'environ 16 ſemaines ,
avec 1825 tonneaux de harengs. Les Hollandois ,
jalouxde ce ſuccès , & en craignant les ſuites , ré
folurent de l'écrafer. Pour cet effet, ils vendirent
leurhareng dans les endroits où cette Compagnie
enavoit auſſi conduit , à un ſi bas prix , que l'on
vit clairement le deſſein de perdre fur cette marchandiſe
, dans la vue d'anéantir l'entrepriſe de
la Compagnie. Le Roi de Pruſſe vint a ſon ſecours.
CeMonarque éclairé la prit ſous ſa proteczion
, lui aſſigna des arrondiſſemens dans ſesEtats
pour y importer excluſivement aux Etrangers le
hareng néceſſaire à la conſommation,, aux prix
que lesHollandois & les Danois les avoient fournis.
précédemment ; & lorſque les Etats de Hollande
adjugerent à chaque bâtiment pêcheur une
prime de 500 florins , qui fut portée enfuite à700
le Roi fit payer pour chaque tonneau de harengs
importés dans ſes Etats par la Compagnie , une
gratification fi forte , que toutes les machinations
de la jaloufie ne purent plus lui nuire. En 1771 ,
le nombre des bâtimens de la Compagnie fut accrû
de 4 , & aujourd'hui , il monte à 45. La moitiédes
Provinces Pruſſiennes peut être fournie
actuellement par la Compagnie , de harengs néceſſaires
à leur consommation ; & fi le Roi actuel
( 3 )
continue à ſoutenir cette entrepriſe, elle ſera dans
quelques années en état , non-ſeulement de faire
elle feule l'approviſionnement de cette marchandiſe
à toutes les Provinces , mais même d'en exporter
à l'Etranger.
Il paſſoit autrefois de fortes ſommes en
Hollande pour le hareng ; mais aujourd'hui la
plus grande partie de cet argent reſte dans les
Etats, du Roi de Pruſſe , puiſque la Compagnie
peut fournic déja actuellement pour plus de
200,000 florins d'harengs. Le bénéfice des Actionnaires
n'a pas été juſqu'à préſent au-deſſous
de 5 pour cent , il a même monté à 7 , & il
eſt probable qu'il montera encore davantage.
La Compagnie occupe à Emden & aux envi
rens plus de 500 ouvriers pour la conſtruction
& la réparation des bâtimens , pour la conftruction
des conneaux , pour le cordage , les fi
lets , &c. Les Matelots à ſon ſervice font aujourd'hui
au nombre de 585 , ſavoir 13 hommes
par bâtiment. On embarque ordinairement pour
16. ſemaines de vivres , que l'on prend dans
cette ville & aux environs. La navigation gagne
beaucoup par les mouvemens de la Compagnie
; les douves , le chanvre , le ſel , & d'autres
articles font tirés la plupart des Provinces
du Roi fur la.Baltique , & importés par mer ,
>& le tranſport des harengs à Hambourg & à
Stettin facilite en même tems l'occaſion d'exporter
d'autres productions du pays & de prendre
des retours .
Nous avons préſenté dans le Numéro
fx de ce Journal une évaluation de la
population de la Ruſſie , tirée du Portefeuille
historique qui s'imprime à Berlin .
Voici un autre état ſur le même objet :
a 2
( 4 )
nous l'empruntons du Docteur Buſching ,
qui l'a pris de la nouvelle Géographie de
l'Empire de Ruſſie , publiée à Pétersbourg
très- récemment par M. Plschniew. Cet
éțat , rédigé ſur les tables du dernier recenfement
, préſente le dénombrement ſuivant
de chaque Gouvernement , ſavoir :
1.Gouvernement d'Archangel ....... 170,300
........ 206,100
d'Elvibourg........ 186,500
26
d'Olonez .
30
4.
de Pétersbourg..... 367,200
deRevel .. 202,305
6. deRiga.........…...... 507,150
de Polok ......... 620,600
81
de Mohilow ....... 662,500
de Smolen ko.. 892,300
9:
dePleskow ........
١٥٠
578,100
11.
de Nowogorod ..... 177.500
de Twr ..... .. 903,600
12.
13.
de Jaroflow ... ..... 740,900
deWolonda .......
14.
556,:00
deKalroma .
15.
...... 815,400
16.
deWladimir. 871,050
17.
de Mofcou......... 883,400
18. de Kaluga ........ , 781,500
deTula.... ..... 876,200
19.
deRefansk..... ....... 869,400
20.
21;
de Tambow........ 887,000
d'Orel......
22.
deKurk
.....
.....
.. 968,300
920,000-
23.
deWorone ch... 809,600
2.4.
de Charkow ....... 78,800
25.
26. de Nowogorod - Sewersk
.......... 742,000
de Thernion ......
27.
741,850
28.
de Kier ........... 795,800
29. deKaterino...... 744,550
( 5 )
30.
31.
de Tauride...
du Caucaſe ...
100,000
48,350
En outre 400 families , & 12,250 Calmouques
Kibites.
32.
deSaratow ........ 624,030
33 . de Penfa .... 640,700
34. d. Niſchneinowgorod. 816,200
35.
deWoeka .. .... 817,100
36. de Kafan . ....... 763,300
37. d.Simbirsk .. ...... 731,000
38. d'Ufa .... ........ 355.598
39.
de Perms.. .. 798,950
40. de Tobolsk.. ..
714,790
41.
42. d'Irkuzk . ...... 375.150
deKoliwan........
43. Les Coſaques du Don.... ...
170,000
200,000
Toral ................ 26,618,148
Selon M. Plschniew , la Nobleffe , le Clergé ,
les troupes de terre & de mer , les perſonnes employées
aux divers Départemens & Tribunaux ,
les Membres des Académies , Univerſités , Séminaires
& maiſons d'éducations , les troupes irrégulieres,
les peaplares vagabondes , les étran
ge's& les Colans de diverſes Nations , ne font
point compris dans ce dénombrement En les y
ajoutant, la population actuelle de la Ruffle
morteroit aoins à trente millions d'ames , ce
qu'on en de croire fort exagéré.
L'Edit du Roi de Suede ,porrant érab'ifſement
d'une Caifle gnérale d'eſcoinpte eft
maintenant public. Cette caiſſe, régie par
5 Directeurs , dont chacun recevra o
rixdalers d'a pointe nens annuels , s'ouvrira
le 1 Septembre prochain. Son fonds fera de
400,000 rixdalers , of de 2,400,000 liv. de
a 3
( 6 )
France. Les effets sûrs y feront eſcomptés;
à raiſon d'un demi pour cent par mois , &
les plus longues dates d'échéance de 6 mois.
Pendant l'année derniere , 363 bâtimens du
port de 3 à 67 lafts , ont paffé par le nouveau
canal de Schlesvik Holſtein. Les bâtimens de
60 lafts & plus étoient la plupart des bâtimens
Suédois chargés de bois , qui , à cauſe de leur
conftruction , n'ont pu traverſer entierement ce
canal avec la totalité de leur cargaiſon. Des
Navigateurs Suédois , Hollandois , Pruffiens , de
Hambourg , de Brême , du Meklenbourg &
d'Oldenbourg ont pris cette route. Les bâtimens
venant de la mer d'Occident étoient au
nombre de 25 & chargés de vin , tabac , eaude-
vie , café , raiſins ſecs , ſucre , firop , huile
de baleine , huile d'olives , briques , harengs ,
&c . , & ceux venant de la Baltique ont monté
ası , dont 32 ont déchargé à Rendsbourg ,
Frideriſtadt & Huſum ; 2 font allés en Hollande
; 1 à Brême & 16 à Hambourg & à Altona;
de ce dernier nombre , 4 étoient chargés
de marchandites de Chine & des Indes orientales
& occidentales . Les marchandiſes de la
Baltique confiftoient en bois , fer , cuivre , goudron
, chanvre , huile , verre & blé. La va
leur des marchandises déclarées a monté à environ
120,000 rixdalers . Ce canai auroit été
plus fréquenté l'année derniere , Gon n'eût pas
été obligé de faire une réparation conſidérabie
qui a empéché le paſſage juſqu'au 17 Avril .
On publiera inceſſamment une carte exacte de
ce canal avec ſes communications.
Le commerce de Memel a occupé l'année
derniere 830 bâtimens.
3
On évalue la cargaison de la Charlotte
( 7 )
Amélie, arrivéenouvellementde Chine à Copenhague
, à plus de 800,000 rixdalers. Le
thé ſeul qu'elle a apporté monte à 1,200,000
liv. peſant. La Compagnie d'Afie attend cet
Eté le retour de deux autres de ſes vaifſeaux.
Le marché pour les marchandiſes de
cette partie du monde ſera conſidérable
cette année à Copenhague. Les Ruffes &
preſque toutes les provinces ſur la Baltique
ont commencé à tirer de cette Compagnie
les marchandiſes des Indes Orientales dont
ils ont beſoin ; & il y a lieu de croire que
leurs commiſſions deviendront plus importantes
d'année en année. On avoit projetté
de vendre le thé du navire la Charlotte à la
Compagnie Angloiſe , mais le marché n'a
pu s'exécuter.
De Berlin, le 13 Mai.
LeRoi a permis à l'Académie des Sciences
de mettre en vente la ſuperbe carte géo.
graphique & militaire de l'Electorat de Saxe
&des pays voiſins , rédigée par le ſieur de
Petri , Lieutenant Colonel du Génie . Cette
carte , qu'il étoit très difficile de ſe procurer
, eſt compoſée de 39 grandes feuilles ;
elle ſera vendue au prix modique de 6 frédérics
d'or ( 120 liv. tournois ).
Le i de ce mois , le Lieutenant Général
de Prittwiz a fait la revue particuliere des
Gens d'armes&des Huſſards d'Eben , & le
a 4
( 8 )
Lieutenant-Général de Mollendorfcelle de
l'Infanterie en gainiſon dans certe Capirale.
Le Roi a permis pour cette année le tranfit
libre des marchandites venant de la foire
de Leipfick , & deſtinées pour la Pologne
&la Ruffie; elles paſſeront par ſes Etats ,
ſans être viſitées , en payant un droit de
tranſitde 3 thalers par quintal.
L'adminiſtration générale du tabac dans
les Etats Pruffiens , établie par le feu Roi ,
il y a 20 ans , étoit devenue une entrepriſe
fi conſidérable , qu'en 1785 la vente de cette
denrée furpalla 28 tonnes d'or ; le bénéfice
net, verſé dans le tréfor , fut de 1,286,289
rixdalers.
De Vienne, le 13 Mai.
les dépêches d'un courrier ex-
Suivante
traordinaire , expédié de Lemberg , le 19
par S. M. I. , elle a dû partir pour Cherfon
le 6 de ce mois. Ce départ qu'a déterminé
une lettre de l'Impératrice arrivée à Lemberg
le 28 Avril , aura été précédé d'un examen
qu'a dû faire l'Empereur du cours du
Nieſter ſur les frontieres de la Moldavie.
S. M. I. voulant s'aſſurer par elle même des
obſtacles à la navigation de ce fleuve , &
des plans deſtinés à les faire difparoître , le
fera accompagner de quelques Ingénieurs ,
vorſés dans Thydraulique. Voici la route
qu'elle ſuivra pourſe rendre à Cherfon.
>> D'abord elle ferendra àBrody où elle ref
:
(و )
terale 7; le 8 , précédée de deux courriers ,
&accompagnéede toute ſa ſuite , elle ſe remettra
en chemin en traverſant la Podolie.
De Brody à Cherfon on a fixé ſept ſtarions
où S. M. trouvera toutes les commodités
queladiſette des lieuxppeerrmmeettttrraadeluiprocurer.
Chaque ſtation eſt éloignéede l'autre
de 7 à 8 poſtes , & on y a fait les meilleurs
arrangemens poſſibles pour lui fournir les
chevaux néceſſaires. On voit par - là que
l'Empereur ſe propoſe d'arriver à Cherfon
le 14. L'Impératrice de ſon côté a dû quitter
Kiof jeudi dernier , le 3 de ce mois. Le
4 elle devoit s'arrêter à Kaniew où le Roi
de Pologne l'attendoit avec un grand nombre
de ſeigneurs Polonois ; & les elle a dû
continuer ſa navigation ſur le Dnieper.
Pour éviter juſqu'a i moindre danger , pluſieurs
bateaux, placés à des diſtances proportionnées
, ont eu ordre de précéder le
bâtiment qui portera cette Souveraine ; &
ſi le cas arrivoit que dans quelque endroit
le paſſage fût trouvé tant ſoit peu périlleux ,
'on a pris les meſures de pouvoir mettre pié
àterre,& continuer le voyage en voitures ,
celles ci ſuivant la Cour fur des bateaux.
Oncompte que le 15 de ce mois l'Impératrice
fera fon entrée à Cherfon .
L'Empereur a donné aux Négocians Barum
& compagnie un privilege de 25 années
, pour l'établiſſement d'un Lombard
en taveur du commerce; les ſommes qu'ils
as
( 10 )
pourront prêter fur gages ne feront pas
moindres de mille florins ; les intérêts annuels
feront de 4 pour 100. La Compagnie
a auſſi la permiſſionde former des bureaux
particuliers dans les principales villes de
Province.
Le procédé de l'amalgame , rectifié par le
Conſeiller de Born , a été auſſi introduit
pour les mines de Joachimſthal. La premiere
opération , qui a parfaitement réuffi ,
a été faite fur 549 quintaux de minerai . On
a ca'culé, qu'au moyen de ce procédé , on
épargne aà Joachimſthal environ mille cordes
de bois par an , & qu'en général on fera
une économie de près de 4 flor. par quintal .
L'Empereur, dit la Gazette de cette ville ,
voulant foutenir & encourager l'induſtrie
des familles Génevoiſes , qui ſont venues
s'établir à Conſtance , a accordé à la maiſon
de commerce Roman , Melly , Roux &
Compagnie, la permiſſion de titrer leurManufacture
de montres & de bijoux , de Manufacture
Impéria'e & Royale , &d'imporser
dans les Etats héréditaires, pendant l'efpace
de 8 années , 16300 montres , à raiſon
de 10 pour cent d'entrée.
Le Prince Ypfilanti , nouvel Hoſpodar
de Moldavie , a fait au commencement
d'Avril ſon entrée publique à Jaſſy , où il
étoit depuis trois ſemaines incognito. Cette
cérémonie s'eft faite avec pompe , & l'allégreſſe
publique a fignalé l'inſtallation du
( II )
Prince, dont la Moldavie a ci devant appris
à connoitre la justice & la générofité.
Les nouvelles du Bannat font affligeantes.
Les bandits y augmentent en nombre ,
& commettent de grands désordres. Pour
arrêter leurs brigandages , & affurer le repos
public , il a fallu mettre des détachedans
mens de les villages aux envi
etroupes
rons de Temeſwar.
Pendant l'année 1786 , on a compté dans
la Bohême 26,166 mariages , dont 698 dans
la ville de Prague , 123,916 naiſſances , dont
63,773 garçons , & 60,143 filles ; les naifſances
à Prague y ſont compriſes avec 2,877 ,
& 89,332 morts , dont 41,790 hommes , &
41,542 perſonnes du ſexe; à Prague les morts
ont été au nombre de 2,396 .
Dans la Gallicie , le relevé des naiſſances,
morts & mariages pendant l'année derniere ,
offre le réſultat ſuivant. Le nombre des nailfinces
a été de 122,525 , dont 63,311 garçons ,
& 59,214 filles ; celui des morts de 92,257 ,
dont 47,452 hommes , & 44,805 perſonnes du
fexe , & celui des mariages de 25,910. -Les
naiſſances à Lemberg ont été au nombre de
1,507 , les morts de 1,056 , & les mariages de
353 .
De Francfort , le 17 Mai.
Différentes lettres duCaire ſemblent cone
firmer les premiers avantages du Capitan-
Pacha , en annonçant ſes nouveaux ſuccès :
c'eſt dans les termes ſuivans que deux dépêches
, l'une du 14 , l'autre du 20 Mars , rap-
:
a 6
( 12 )
portent les derniers événemens qui ont eu
lieu enEgypte.
« Divers Arabes qu'Ifmael Bey , Affan Bey &
Abdik- Facha ont dépéchés au Capitan Pacha ,
nous apprennent que Jaga Bey , ancien Main-
>> meluc de Hallen-Bey , le Kiaya de Mourat
Bey , fon premier eunuque , & divers Cachefs ,
ou Chefs de village , au nombre d'environ 400
"Cavaliers , ont abandonné le parti des rebelles,
" & font venus demander grace au Capitan- Pacha;
ils doivent être ici dans 8 à 10jours . Cette
déſertion annonce très-clairement le triſte état
des rebeiles qui , en effet , manquent de tour.
L'on ignore quelle route ils prendront ; mais
> ce qui peut leur arriver de plus heureux eſt de
pouvoir gagner Heſſouanz, avant que le Capi
tan Paciales atteigne ,parce qu'ils pourroient
alors , quoiqu'avec beaucoup de peines & de
fatigues , ſe réfugier en Abyflinis . Si , au contraire
, ils reſtent du côté d'Eſne , ville de la
• Haute-Egypre , ils tomberont infailliblement
au pouvoir des vainqueurs , ou péritont de
>>> miſere dans les déſerts. Le Capitan- Pacha ne
> s'eſt point encore expliqué fur le régime qu'il
> ſe propoſe d'établir en Egypte; mais on fuppoſe
qu'ily conftituera ; Paches , dont an à Girgé
, un au Caire , & l'autre à Alexandrie , pour
contenir les Beys qui voudroient à l'avenir
3 fuivre l'exemple des rebelles . »
« Il arriva avant hier deux nouveaux Couriers
expédiés au Capitan Pacha par fon Kiaya , &
>> leCapitaine des batteaux qui protégeoient l'armée
de terre. Ce Kiaya , après avoir battu les
>>> fugitifs, remontoit de Nil pour ôter toute com-
>>munication du côté de Heſſouinz. Il arriva
précisément au noment où Ibrahim Bey , avec
( 13 )
quatre batteaux , les ſeuls qu'il avoit pu trou-
>> ver, voguoit ſur le Nil. Avec ſon artillerie , il
> en cou a trois à fond. Ibrahim- Bey eut beau-
>> coup de peine à gagner la terre , où il prit la
fuite avec précipitation ſur un cheval fans
ſelle. Tout le reſte fut noyé , ainſi que les
>> bagages. Quatre Beys ne pouvant rejoindre
Mourar-Bey , ſe ſont cachés , & ſuivant toute
> apparence , ils viendront auſſi deinander grace;
> Mourat-Bey ſe trouve dans une poſition trèsdéfavorable
, parce que , faute de batteaux ,
>> il ne peut plus paſſer le Nil, & l'armée navale
>> du Capitan-Pacha gardant tous les bords , il
>> n'a plus devant lui que des montagnes eſcarpées.
Il manque d'ailleurs de provifions &
>> de munitions ,& on penſe qu'il tombera mort
> ou vif dans les mains du Capiran-Pacha , qui
בכ le pourſuivoit toujours. On doit à l'habi eté.
>> de ſon Kiaya la diviſion des deux Chefs , &
>> c'eſt l'événement le plus heureux pour accélérer
la deſtruction de ces puiſſans Mam-
> melucks , dont la perte eſt plus prochaine
>> que jamais . »
Il faudra voir fi la Porte & le temps ſanctionneront
ces nouvelles favorables , fur
leſquelles il reſte encore beaucoup de doutes.
On ne comprend pas fu tout comment
ces Beys , qui connoiſſent ſi bien 'e caractere
du Capitan Pacha , viennent ſe remettre
volontairement entre ſes mains, malg é
la certitude preſqu'entiere d'être étranglés
ou décollés.
On a obſervé qu'il y a précisément un
fiecle , que la Ruffie s'affranchit di tribut
qu'elle payoit au Khan de Crimée, que
( 14 )
Pierre le Grand envoia fur les frontieres une
armée de 50,000 hommes pour contenir les
Tartares , & qu'il y fit bâtir une ville. Cet
événement date de 1687 , & en 1787 Catherine
II fe rend dans la Crimée , comme
Souveraine de cette preſqu'ifle .
Le montant de la caiſſe d'aſſurance pour incendie
dans le Duché de Brun(wik , s'eſt trouvé
l'année derniere de 16,056,425 rixdaters , qui
forment la valeur de toutes les maiſons du.Duché.
Les dépenſes de cette caiſſe , dans la même
année , en réparations de maiſons incendiées ,
ont monté à 24632 rixdalers.
ITALIE.
De Florence , le 30 Avril.
Le Synode des Archevêques & Evêques
de la Toscane a tenu ſa premiere ſéance, le
23. Le Sénateur Serrifteri a préſidé en qualité
de Commiſſaire du Grand-Duc.
On écrit de Rome , que le Pape eſt parti
le 28 Avril de cette Capitale, pour ſe rendre
à Terracine , où il paſſera 15 jours. Pendant
ce voyage les trois galeres pontificales
font allées croiſer ſur la côte de l'Etat Eccléſiaſtique.
On croit que le Roi de Naples
aura une entrevue à Terracine avec S. S. ,
pour arranger les.difficultés élevées entre les
deux Cours. S. M. Sicilienne perſiſte , diton
, à retenir la nomination de tous les Evêchés
& de toutes les Abbayes de fonRoyau(
15 )
me , & à exiger que toutes les penſions affignées
par le Pape ſur ces bénéfices ne s'élévent
qu'à 20 mille écus Romains , dont 6
mille ſeront deſtinés au Nonce à Naples ,
lequel n'aura plus aucune jurisdiction , &
ſera ſeulement Ambaſſadeur comme ceux
des autres Souverains . Les Romains attendent
avec le plus grand intérêt l'événement
d'une pareille entrevue , ſi elle a lieu » .
>>On débite que deux Juifs Arméniens
étant arrivés à Piſe , leurs amis les ont conduits
à la Cathédrale , pour leur faire voir
les magnifiques portes , faites par Jean de
Boulogne , & dont la ſculpture en bronze
eſt ſi renommée. Les deux Arméniens ayant
paſſéunlinge ſur la ſculpture, pour la mieux
voir , la populace , à ce qu'on dit , a cru que
c'étoit une profanation , & les a maſſacrés
ſur la place. Le Gouvernement, inſtruit de
cette atrocité, a ordonné d'inſtruire un procès
contre les meurtriers .
GRANDE -BRETAGNE.
De Londres , le 22 Mai.
Un Meſſage du Roi , préſenté hier à la
Chanibre des Communes par M. Pitt , a
levé tous les doutes ſur l'arrangement négocié
en faveur du Prince de Galles. S. M. ,
en condeſcendant à augmenter le revenu da
S. A. R. , a bien voulu intercéder elle même
auprès des Communes pour la libération
( 16 )
des dettes de ce Prince. Comme la Nation
les paie a , il eſt à croire qu'elle ne fera pas
appelée deux fois à ce ſacrifice. Voici la traduction
du Mellaga de S. M...
GEORGE Ror ,
«C'el avec un vrai regret que le Roi informe
la Chambre des Communes , que d'après les états
qui ont été mis ſous les yeux de S. M. par le
Prince de Galles , il paroît que S. A R. dotune
fomme confidérable , qui ne peut étre acquinde
de ſon revenu annuel , fans lui rendre impoffible
de foutenir ſon rang & fon état.
« Quelque peine qu'ait toujours cue S. M. de
propoſer une addition aux dépenses de fon peuple
, elle n'a pu réſiſter à ſa tendreſſe paternelie
pour le Prince de Galles , & elle a recours à la
liberté & à l'attachement de ſes fideles communes,
pour réclamer ſon aſſiſtance dans une occafionqui
intéreſle les ſentiments de S. M. & l'honneur
d'une branche auſſi diftinguée de ſa famille
royale.
«S. M. ne pourroit point s'entre à obtenir ,
ne demanderoit pas l'aſſiſtance de la Chambre ,
elle n'étoit pas fondée à eſpérer que le Prince
évitera de contrader de nouvelles dettes àl'avenir.
Ayant cet objet en vue , & defirant vivement
d'éloigner toute eſpece de doutes ſur l'inſuffiſance
des revenus du Prince , le Roi a ordonné
qu'ure ſomme de 10,000 livres ſterl fût
payée de ſa liſte civile, en augmentation de ce
qui eſt allout à S. A R. C'est avec fatisfaction
que Sa Majeſté fait part à la Chambre , que le
Prince a donné les plus fortes aſſurances qu'il
fera tous ſes efforts pour éviter que ses dépenses
n'excédent ſes revenus; & que S. A. R. a formé
un plan détabliſſement fur les principes de la
( 17 )
plus rigoureuſe économie, quoique proportionné
l'honneur de fon rang élevé.
« S. M. ordonnera de faire mettre ſous les
yeuxde ſes fideles communes , les états des ſom.
mes néceſſaires pour payer les dettes de ſon fils ,
& completter les travaux de ſon palais : elle
recommande à ſes fideles Cemmunes de prendre
enconſidération les moyens d'effectuer ces difpofitions.
2
Ce Meſſage ſera pris en conſidération par
laChambre demain Mercredi .
Hier , 21 , M. Burke , accompagné de
quelques autres députés des Communes , fe
rendit à la Chambre haute ,& dit à la Barre :
<<Milords , je ſuis chargé , de la part des
>> Communes , d'informer V. S. que War-
>> ren Haftings , qu'elles vous ont dénoncé ,
>> eſt ſous la garde de leur Sergent d'Armes,
>& , prêt , a été remis à l'Huiffier de la
VS. iugeront
>>Verge noire ,aimitantou ..
>> à propos de l'ordonner ». La Députation,
s'étant retirée , Lord Walſingham fit la motion
de remettre l'accuſé à l'Huiſſier de la
Verge noire , ce qui ayant été agréé, leChe .
valier Francis Molineux , cet Huiffier , conduiſit
M. Hastings à la Barre , où il s'agenouilla.
Immédiatement le Chancelier lui
permit de ſe relever , & ordonna la lecture
des articles de l'impéachment. M. Haſtings ,
ayant demandé que cette lecture de cinq
heures ſe fit en abrégé , le Ducde Richmond
s'y oppoſa ſous prétexte qu'il ne connoiffoit
pas les articles , & qu'il falloit procéder dans
( 18 )
toutes les formes. Deux des Secrétaires de la
Chambre , en ſe relayant , commencerent
cette lecture,durantlaquellela plupartde leurs
Seigneuries allerent ſe rafaîchir. Au bout
d'une heure , Lord Dunmore fir obſerver
que le prifonnier étoit debout , & demanda
qu'on le fit aſſeoir, ce qui fut accordé fur-lechamp.
En vain Lord Townsend , après le
ſeptieme article , ſupplia-t- il qu'on fit grace
à la Chambre & à l'Accuſé du reſte de cette
lecturetout au long;elle s'acheva tel'e quelle:
après quoi , M. Hastings demanda copie des
articles , liberté de préſenter ſes Confeils , &
le tems néceſſaire à ſa défenſe. On le fit reti
rer , & Lord Walſingham propoſa de l'ad
mettre àune caution perſonnelle de 10,0001.
fterl . , & à deux sûretés de 5000 1. ſterl . chaeune.
Après quelques débats peu importans,
on ſe rangea à l'avis din Duc de Norfoick
de ſoumettre le priſonnier à une sûreté de
20,000 l . ft. & à deux cautions de 10,000 1.
ſterl . chacune. Le chancelier fit enſuite obſerver
que le terme de laSeſſion actuelle étoit
trop prochain pour que M. Haſtings eût le
tems de préparer ſa défenſe , & , qu'en
conféquence , il étoit néceſſaire de la fixer
aux premiers jours de la Seſtion furure. Ces
diverſes queſtions étant décidées , M. Haftings
fut rappellé , & le Chancelier l'informa
qu'on lui accordoit copie des articles
de l'impéachment , qu'il eût à produire
ſa défenſe écrite , le ſecond jour de
la prochaine Seſtion , & qu'il étoit libre de
( 19
prendre ſes Conſeils , en les faiſant connoître
à la Chambre. M. Haſtings dit alors
que ſon choix étoit tombé fur MM. Plomer,
Law & Dallas On le requit enfin de préſenter
deux cautions , ce qu'il fit en faiſant approcher
MM. Sullivan & Sumner , qui chacunprêterent
ferment d'une propriété libre
de 10,000 liv. ſterl. , & fignerent leur engagement.
Ils ſe retirerent immédiatement avec
l'Accuſé , mis hors des mains de l'Huiffier à
Verge noire , & la Chambre votal'impreſſion
des articles de l'impéachment.
Nous avons rapporté l'indécent propos deM.
Courtenay, qui , dans une des dernieres ſéances,
avoit appellé Mylord Hood le ſpectateur de la
victoire de Rodney , le 12 Avril 1782. L'Amiral
Hood demanda le 14 de ce mois , dans la ChambredesCommunes
, l'explication de cette offenſe.
Il obſerva qu'une pareille expreffion infultoit
non-ſeulement lui , mais encore l'Amiral Rodney,
qui, en ſa qualité de Commandant en Chef, auroit
dû faire inſtruire ſon procès , 11 eût manque
à ſon devoir dans cette journée. Pluſieurs amis
de M. Courtenaytémoignerent leur ſurpriſe de
ce que Lord Hood infiftoit fur cette incartade ,
après l'éclairciſſement que M. Courtenay avoit
donné lui - même. M. Burke alla plus loin , il
aſſura burleſquement que M. Courtenay , bien loin
d'attacheraucun ſens injurieux à l'expreſſiondont
il s'étoit ſervi , lui avoit déclaré en particulier
que pour bien rendre ſon idée , il auroit dû dire
participant (participator ) , au lieu de ſpectateur.
M. Pitt, un peu moins fubtil , fut d'avis que
la réponſe de M. Courtenay n'étant rien moins
que claire , l'honneur de Lord Hood injuſtement
( 20)
compromis , demandoit une ſatisfaction plus authentique.
En conséquence , le Miniſtre propoſa
que le vote des remercimens de la Chambre à
Lord Hood , fût relu & réimprimé dans le vote
de ce jour. Cette motion de M. Pitt fut approuvée
unanimement , & jointe au déſaveu déja mis
deM. Courtenay , & de ce dernier lui-même. Le
lendemain a terminé cette affaire à la fatisfaction
de l'Amiral .
Le quatrieme , le cinquieme & le ving .
tieme régimens vont s'embarquer à Cork
pour le Canada. Les tranſports qui lesy conduiſent
en raméneront , à ce qu'on préſumé,
les vingt-neuvieme , trente unieme & trentequatrieme
régimens ; mais ce n'eſt-là qu'une
conjecture.
-
La flotte , deſtinée pour BotanyBay , &
commandée par le Commodore Philips , a
fait voile de Portsmouth le 15 de ce mois.
Les Lords de l'Amirauté feront le mois
prochain une inſpection générale de tous les
Vaneaux de la Marine Royale en commiffion,
en ordinaire , & en repartation. Les ordres
du Bureau à ce ſujer ont été envoyés
aux Commandans des differens ports . Les
Commiſſaires de l'Amirauté s'embarqueront
à bord du Yacht l'Auguste. Ils ont ordonné
dernférement la conſtruction de douze trégates
neuves de 40 canons , qui , ſelon les
contrats paffés avec les Conſtructeurs particuliers
, doivent être achevées dans quatre
ans . Sur les chanties royaux on va construire
huit nouveaux vaiſſeaux de ligne; l'un dego,
& les autres de 74 canons .
99
( 27
Can.
Comme nous ſavons que différentes perſonnes
recherchent&ga dent ces liſtes navales,
nous allons donner celle des vaiſſeaux
lancés en Angle erre depuis la paix , conformément
à l'etat que l'Amirauté en a fourni
cette année à la Chambre des Communes.
1784.
Tremendous
Venerable
Can.
74 Woolwich 44
74 Regulus 45
Stately
Indetatigable
6+ Melampus 36
64
Romulus
36
Director
Gorgon
Adventure
Expedition
Guardan
64 Caftor 32
44 Solebay 32
44 Melenger
44 Mermaid
32
32
44 Circe 28.
Experim nt 44Hind 28
Crefcent
Andromeda
36 Squirrel 24
32 Scorpion 18
Dido 28 1786.
Haffar 28 Royal Sovereing 110
Nautilus 16 Impregnable 20
Brisk 16 Theſeus
74
Ferret 16 Saturn 74
1785 Hannibal 74
SaintGeorge 98 Zealous 743
Ramillies 74 Elephant 74
Audacious 74 Bellerophon 74
Majeftie 74 Dover 44.
Terrible 74 Severn 44
Vitorions 74 Aquillon 36
Naflau 61 Blanche
32
Medufa so Terpsichore 32
Chichester 44 Alligator 28
En tout , 20 vaiſſeaux de ligne.
I de so canons.
( 22 )
Total ,
25 Frégates..
4 floops.
50 , conſtruits , ſoit dans les
chantiers royaux,foit dans
ceux des particuliers.
Le Phénix & le Pitt venant du Bengale,
le Duc de Montroſe , le Northumberland
& le Comte de Cornwalis , venant de
la Chine , tous vaiſſeaux de la compagnie
des Indes , font arrivés ſaufs la ſemaine derniere
en différens ports de cette île. Les
deux derniers ont ramené un grand nombre
de paſſagers, entre leſquels ſe trouvent leGénéral
Sloper, & le Général Dalling, ci-devant
Commandant de Madras.
-Depuis le 10 de ce mois que la conſolidation
des droits eſt en activité , il eſt entré à la
Douane une quantité prodigieuſe d'eaux devie
& de liqueurs ſpiritueules. L'eau-de - vie
ſe vend actuellement de 8 à 9 ſols 6 den. , &
le rhum de 6 à 7 ſols 3 den. le Gallon . :
Le Duc de Richmond , Grand- Maitre de l'Artillerie
, a , dit- on , mis tous les yeux du Roi ,
un nouveau projet pour fortifier l'embouchure
de la Tamiſe , de maniere à prévenir les attaques
dont les Hollandois & d'autres nous ont
menacé pendant la derniere guerre. On affure
que ce Seigneur va équiper à ſes frais une frégate
, pour viſiter toutes les côtesd'Angleterre ,
&déterminer celles qui peuvent avoir heſoin
d'une défenſe de l'art..
On arme actuellement un vaiſſeau qui doit
aller à Otahiti prendre des plans de l'arbre à
( 23 )
pain , (bread tree ) & les tranſporter aux îles de
l'Amérique . Ce bâtiment porte tout ce qui eſt
néceſſaire à la conſtruction d'une ſerre chaude, un
Botaniſte & un Jardinier. Le plan de cette expédition
vraiment patriotique , eſt dû au Che
valier Bancks , & le Roi lui -même y prend le
plus grand intérêt. Ce vaiſſeau ſera commandé
par le Capitaine Gore , Compagnon des courſes
du Capitaine Cook. C'eſt Lord Howe qui l'a
nommé à cette place.
Lorſqu'il fut queſtion dans l'origine des
accufations contre M. Hastings , le Chance.
lier déclara dans la Chambre des Lords que
ces charges prétendues ne faisoient pas plus
d'impreſſion fur lui que les Aventures de Robinson
Crusoë , & qu'il auroit été àsouhaiter
pour laCompagniedes Indes & pour l'Etat , que
le vaiſſeau qui ramena le Général Clavering,le
ColonelMonfon , & M. Francis , eût été perdu
dans les flots.
Un malheureux jeune homme qui s'eſt tué de
deux coups de piſtolets dans Queen ftreet , avoit
laiſſé un papier écrit de ſa main , dont voici la
teneurt 11
Mon exemple & celui de mille autres , doit
>> faire détester au Gouvernement & à l'humanité
en général , le premier qui inventa & qui
exécuta l'infernal projet de la loterie. Cen'eſt
½pas que je pense que mon infortune mérite
lacommifération ; j'aurois du ſans doute ne
pas me livres àdes eſpérances auffi illuſoires ,
ni m'abandonnera l'efpoir de pourvoir peutfortune
femme & de deux malheureux
enfans ,en livrant le certain , quelqu'inſuffisant
qu'il fût , pour une chance incertaine,
ديرا
» être au
* し
( 24 )
T
» qui , même en nous réuſſiſſant, laiſſe des remords
, puiſque ſon produit eſt pris injuſte-
>>>ment fur le public.... La vie n'eſt qu'une om-
> bre , un jeu , un véritable ſonge , &c. &c. ».
La nuit du 3 au 4 , entre minuit & une
heure , le paquebot le Calais , Cap . Meriton
, mouillé dans la Tamiſe , fut abordé
par huit hommes armés de piſtolets & de
coutelas. Ces bandits attaquerent dans l'entrepont
le ſecond patron , & lui enleverent
ſonargent , en demandant le Capitaine qui
ne ſe trouvoit pointà bord. Ils pillerent enquite
le bâtiment & les Officiers de la douane
qui étoient à bord , & emporterent ſans
accident pour plus de 100 liv. it. d'effets.
On a depuis arrêté huit de ces pirates d'eau
douce, (terme conſacré enAngleterre ) que
l'on doit examiner inceſſamment.
desde
On a reçu de Dublin , en date du 26 Avril ,
des détails plus certains ſur l'incendie qui a eu
• lieu à Clonduikin , près de cette ville ; ils font
conſignés dans la lettre ſuivante. Les ouvriersdu
moulin à poudre étant fort preſſes , par
mandes multipliées, curent l'imprudence de laiſſer
juſqu'à 260 barils de poudre dans un grenieraudeſlus
de certe partie de la fabrique où ſe fait
la derniere préparation de la poudre. Le jour de
l'accident , la plupart des ouvriers anglois célé
broient la fête de St. George , patron de P.Angleterre.
Denx ſeuls d'entr'eux étoient au tra
vail à l'inſtant où le feu a pris La poële fur
laquelle on fait ſécher la poudre ayant été trop
chauffée, cinq ou fix barils ſe ſont enflamniés
&l'incendie s'eſt auſſi tot communiqué au grenier.
Lexplosion a été terrible àpluſieurs milles
( 25 )
à la ronde , la terre ébranlée , & les perſonnes
qui ſe trouvoient dans le volfinage ont perdu
Ruſage de la vue pendant quelques inſtaris.Des
maiſons ont été découvertes , des fenêtres briſées
, &c. Mais les effets les plus lamentables
ontété fur le lieu même : la maſſe entiere de
l'édifice a été détruite & enlevée dans les airs ;
il n'en rette pas même la trace , & les perſonnes
qui connoiſſoient l'endro't , peuvent à peine ſe
perfuader qu'une ruine aufli complette ait pu
s'opérer dans un ſi court eſpace de temps. Des
corps de maçonnerie, peſant des milliers , ont
été trouvés à la diſtance de cinq ou fix arpens ,
& les champs étoient fillonnés par la violence
avec laquelle les pierres dans l'exploſion avoient
raſe la torre ; les poiſſons d'un étang contigu
ont été tués par la commotion. On a trouve
le corps d'un des hommes dans une carriere
voiſine , avec la tête horriblement écraſée.
Quant à l'autre , on ſuppoſe qu'il a été dé
chiré en morceaux. Cinq ou fix perfonnes ont
été bleſſées , & l'une d'entr'elles eſt en danger.
Le propriétaire du moulin , M. Calubeck , fait
une perte très-confidérable , & d'autant plus
importante que la nation perd dans cette occafion,
un établiſſement important qui avoit
été portéà toute la perfection dont il étoit fuf
ceptible.
:
FRANCE.
De Versailles , le 26 Mai.
1
Le Marquis d'And gnier , le Marquis de
Gras-Préville , le Comte de la Panouſe ,
Capitaine au régiment Dauphin , Dragons ,
le Vicomte d'Orléans , & le Baron d'Allon-
No. 22 , 2 Juin 1787. b
P26 )
ville, qui avoient eu l'honneur d'être préfentés
au Roi , ont eu , le 16 de ce mois ,
celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté , & de la fuivre à la chaſſe.
Le 20 de ce mois , Madame de Villedeuil
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Ducheffe
de Duras , Dame du Palais.
Les ſept Bureaux des Notables ayant terminé
leurs obſervations fur le plan que S. M. leur avoit
fait communiquer , & Monfieur les ayant remiſes
au Roi , ainſi que les arrêtés des différens Bureaux,
S. M. fixa au 25 de ce mois la clôture de
PAffemblée. Eile ſe rendit en conféquence , ce
jour , vers onze heures & demie à l'Aſſemblée
des Notables.
Dès que le Roi fut entré chez lui , les Notables,
à la tête deſquels étoient Monfieur, Monfeigneur
Comted'Artois , le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé , le Duc de Bourbon , le Prince de Conty
& le Duc de Penthièvre , eurent Phonneur de
faire leurs tévérences àS. M. dans fon Cabinet ,
& après s'être diviſés par Bureaux , ils eurent
auffi celui de faire leurs révérences à Monfieur ,
àMonfeigneur Comte d'Artois & aux Princes du
Sang.
Le ſieur des Eſſarts , Avocat , Membre
de pluſieurs Académies , Député de la ville
de Cherbourg , a eu l'honneur de préſenter
au Roi le troiſieme volume in 4. du Dictionnaire
universel de Police , que Sa Majefté
ahonoré de ſa ſouſcription ( 1) .
(1) Cet ouvragese trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur de laReine , que des Mathurins , hótel
de Clugny.
( 27 )
De Paris, le 30 Mai..
Jacques le Harivel , journalier , eſt mort
le 7 à Thorigny en Normandie , âgé de
105 ans , ſans jamais avoir connu ni femme
ni Médecin. La même Généralité a perdu
le mois dernier un autre centenaire, nommé
Jacques Monthégu , décédé le 30 Avril ,
dans la 102 , année. Il n'avoit jamais éré
malade.
Dans l'Aſſemblée des Notables , du 25 de
ce mois , il a été prononcé onze difcours,
On y a entendu ſucceſſivement Sa Majeſté ,
Mgr. le Garde des Sceaux, M. l'Archevêque
de Toulouſe , Chef du Conſeil Royal des
Finances , Monfieur , Frere du Roi , M. de
Dillon , Archevêque de Narbonne , M. d'Aligre
, Premier Préſident du Parlement de
Paris , M. de Nicolaï , Premier Préſident
de la Ghambre des Comptes , M. de Barentin
, Premer-Préfident de la Cour des Aides
de Paris , M. I'Abbé de la Fare , élu Général
des Erats de Bourgogne , M. Angran d'Alle
ay, Lieutenant-Civilau Châtelet deParis,
&M. Le Pelletier , Prévôt des Marchands
de la ville de Par's. Nous allons rapporter
les deux premiers de ces diſcours, érant obligésde
remettre les autres au Journal fuivant.
Difcours du Roi. 1
MESSTURS , en vous appellant autour de moi
pour m'aider de vos confcils , je vous ai choiſis
capables de me dire la vérité , comme ma vo
lonté étoit de l'entendre..
ba
( 28 )
J'ai été content du zele & de l'application que
vous avez porté à l'examen des différens objets
que j'ai fait mettre ſous vos yeux. Je vous ai annoncédes
abus qu'il étoit importantde réformer,
vous me les avez dévoilé fans déguiſement ; vous
m'avez en même temps indiqué les remedes que
vous avezjugé les plus capables d'y remédier.
Aucunne me coûtera pour établir l'ordre & le
maintenir. Il falloit poury parvenir mettre de
niveau la recette & la dépense. C'eſt ce que vous
avez préparé , en conſtatant vous-même le déficit;
enrecevant de ma part l'aſſurance de retranchemens
& de bonifications confidérables ; en
reconnoiſſant la néceſſité des impoſitions queles
circonstances me contraignent àexiger de mes
fujets.
J'ai au moins la conſolation de penser que la
forme de ces impoſitions en allégera le poids , &
que les changemens utiles , qui feront la ſuitede
cette affemblée , les rendront moins ſenſibles.
Le voeu le plus preſſant de mon coeur ſera toujours
ce'ui qui tendra au ſoulagement & au
bonheur de mes peuples.
Vous allez voir , Meffieurs , dans l'expoſé
qui va vous être fait de ce que j'ai réſolu , les
égards que je me propoſe d'avoir pour vos avis.
Discours de M. de Lamoignon , Garde des
Sceaux de France.
MESSIEURS , les travaux que vous terminez
aujourd'hui feront une époque mémorable du
regne de Sa Majeſté. Nos deſcendans les compteront
avec reconnoiſſance parmi les titres de
gloire qui doivent honorer le Roi & fa Nation.
Les auguſtes prédéceſſeurs de Sa Majesté
avoient fréquemment appellé auprès du Tréne
les repréſentans ou l'élite de leur Empire , pour
( 29 )
concerterdes Loix , remédier aux abus , pacifier
des troublas , prévenir des orages , & pour
faire rendre à leur autorité tutélaire la liberté
d'aſſurer le bonheur des peuples. :
On avoir vu trop ſouvent avec douleur dans
cesconſeils nationaux les précieux momens confacrés
à de ſi importantes délibérations , ſe perdre
en vaines diſputes ou en projets chimériques.
Les grands corps de l'Etat ne s'affembloient
preſque jamais que pour ſe diviſer.
Une triſte expérience ſembloit avoir condamné
ces orageuſes aſſemblées à une plus longue
déſuétude , depuis plus d'un fiecle & demi
que l'autorisé royale s'eſt inébranlablement af
fermie.
Le Roi a obſervé dans ſa ſageſſe les changemens
qu'ont amené parmi nous le progrès des
Jumieres , les re'ations de la ſociété & l'habitude
de l'obeiſſance.
Tout étoit calme au-dedans & au dehors de
fon royaume , quand Sa Majesté frappée dans le
filence de ſes Conſeils d'une foule d'abus qui
appelloient de prompts & puiſſans remedes , a
conçu le projetd'inter ogendes Membres diſtingués
des divers ordres de fon Erat , & de leur
confier le plus douloureux ſecret de ſon coeur .
en mettant fous leurs yeux le tableau de ſes
finances.
Sa Majesté vous a choiſi , Meſſieurs , far la
foi de la renommée qui ne trompe jamais les
Rois , pour concourir au rétabliſſement de
l'ordre dans toutes les parties de l'adminiſtra,
tion.
rances.
Vous avez dignement répondu à ſes eſpé-
Vos délibérations ont constamment atteſté
l'union des coeurs & l'unité des principes ; & la
gloiredececoncert unanime commencera ,Met
b3
( 30 )
heurs , à cette Aſſemblée dans les annales de la
Monarchie..
い201 ..
Admis à la noble fonction d'éclairer votre
Souverain fur les plus grands objets de la
proſprité publique , vous avez trouvé toutes
les avenues du Trône ouvertes à la vérité.
Vous avez pefé avee un reſpect religieux dans
vos conférences les facultés du peuple , mais
vous avez cédé à la néceſſiré qui eft la premiere
loi ; & en balançant les beſoins de l'Etat avec
fes moyens , cette Affemblée a préſenté à
PUnivers le ſpectacle touchant d'une géné-
Teufe emulation de facrifices entre le Roi & la
Nation.
Tout vous a été révélé ſans déguiſement : le
myſtere ne convient qu'à la méfiance ou à la
foibleffe!
L'incettitude auroit aggravé le mal , en livrant
aux inquiétudes de l'imagination des befoins
qui fenablent diminuer , dès qu'ils font rigoureuſement
déterminés par la préciſion du
calcul.
i
On a découvert ſous vos yeux le tableau des
revenus & des charges de l'Etat ; & pour la
réduction des dépenses , comme pour l'accroif
Tement & la durée des tributs , le concours
'des différens Bureaux de l'Aſſemblée a formé
le réſultat ſolemnel de l'opinion publique.
:
C'eſt ainfi , Meffieurs , que vous avez été le
conſeil de votre Roi , & que vous avez préparé
& facilité la révolution la plus desirable , fans
autre autorité que celle de la confiance , qui eſt
la premiere de toutes les puiſſances dans le gouvernement
des Etats.
La Nation , fidele à ſon ancien caractere de
Joyauté , n'a fait entendre aux pieds du Trône
que les nobles conſeils de 1 honneur & de cet
( 31 )
amour héréditaire pour ſes Rois , qui eſt le pa
triotiſme des François .
Vous avez cherché le remede d'un défordre
dont la ſoudaine révélation vous a affligé ſans
vous abattre ; & vous l'avez trouvé , comme
le Roi l'avoit prévu , dans l'économie , les re
tranchemens , les bonifications , & dans une
augmentation limitée de tributs .
En exécutant des réformes fi dignes de fon
coeur , le. Roi va être glorieuſement ſecondé
par ſon auguſte Famille.
La Reine , dont la bonté recherche avec tant
d'ardeur les moyens de contribuer à la félicité
publique , s'eſt empreſſée d'ordonner qu'on lui
préſentât le tableau de tout le bien & de tous
les ſacrifices qu'elle peut faire .
Les auguſtes Freres de Sa Majesté , qui viennent
de donner de ſi grands exemples de zele &
de patriotiſme , préparent au tréfor public tous
les foulagemens qu'il peut attendre des réductions
dans leurs Maiſons , & de leur amour pour
les peuples.
Tout fera donc réparé , Meſſieurs , fans ſecouffe
, fans bouleverſement des fortunes , fans
altération dans les principes du Gouvernement ,
& fans aucune de ces infidélités dont le nom
ne doit jamais être proféré devant le Monarque
de la France. ٠١٩
L'Univers entier doit reſpecter une Nation qui
offre à fon Souverain de fi prodigieuſes reffources
; & le crédit public devient plus ſolide aujourd'hui
que jamais , puiſque tous les plans
propoſés dans cette Affemblée ont eu pour baſe
uniforme la religieuſe fidélité du Roi à remplir
ſes engagemens .
Pour atteindre à un but i digne de ſa follicitude,
le coeur du Roi a été profondément af.
b4
( 32 )
fecté de la néceſité d'établir de nouveaux ima
pôts ; mais des facrifices dont Sa Majefté abrégera
fidélement la durée , n'épuiſeront pas un
Royaume qui poſſede tant de ſources fécondes
de richeſſe , la fertilité du ſol , l'induſtrie des
habitans & les vertus perſonnelles de ſon Sour
verain.
La réforme arrêtée ou projettée de pluſieurs
abus ,& le bien permanent que préparent denouvelles
loix concertées avec vous , Meſſieurs , vont
concourir avec ſuccès au foulagement actuel des
peuples.
LaCorvée eſt profcrite; laGabelle eſt jugée ,
les entraves qui génoient le commerce intérieur
&extérieur feront détruites ; & l'Agriculture encouragée
par l'exportation libre des grains , deviendra
de jour en jour plus floriſſante.
Les nouvelles charges des peuples finiront avec
les beſoins qui les fontnaître.
Le Roi a folemnellement promis que le défordre
ne reparoîtroit plus dans ſes finances ; & Sa
Majefté va prendre les meſures les plus etficaces
pour remplir cet engagement ſacrédont vous êtes
les dépofitaires.
Une nouvelle forme dans l'adminiſtration ;
follicitée depuis long-temps par le voeu public ,
&récemment recommandée par les eſſais les plus
heureux , a reçu la tanction du Roi , & va régénérer
tout ſon Royaume,
L'autorité ſuprême de Sa Majefté accordera
aux Adminiſtrations Provinciales les facultés dont
elles ont beſoin pour aſſurer la félicité publique.
Les principes de la conſtitution françoiſe ſeront
reſpectés dam la formation de ces Aſſemblées , &
la Nation ne s'expoſera jamais à perdre un fi
grand bienfait de fon Souverain , puiſqu'elle ne
peut le conſerver qu'en s'en montrant toujours
digne.
( 33 1
)
L'évidence du bien y réunira sous les eſprits.
L'Adminiſtration de l'Etat ſe rapprochera deplus
en plusdu gouvernement &de la vigilance d'une
famille particuliere ; &une répartition plus équitable,
que l'intérêt perſonnel , furveillera ſans
ceſſe , allégera le fardeau des impofitions.
Pour rendre à jamais durables dans ſon Rojaume
les utiles réſultats de vos travaux , le Roi va
imprimer à tousſes bienfaits le ſceau des loix.
Sa Majesté defire que le même eſprit qui vous
anime , Mellieurs , ſe répande dans les Aſſemblées
qu'Elle daigne honorer de ſa confiance ; & Elle
eſpere qu'après avoir montré ſous les yeux un
amour fi éclairé du bien public , vous en déve
lopperez le germe dans toutes ſes Provinces.
>> On mande de Monneren , village du
>>Duché de Luxembourg , près de Sierck ,
>> qu'un maçon étant defcendu ces jours
>> derniers au fond d'un puits de 27 pieds de
>>>profondeur , pour y faire des réparations ,
>>voulut détacher quelques pierres mal
>>unies , ce qui produiſit un éboulement de
>> tout ce qui étoit au-deſſus de lui; une
>> partie des pierres forma heureuſement une
>> voûte ſur ſa tête & autour de lui , de ma-
>>niere qu'il ſe trouva engagé dans ces dé-
>> bris , n'ayant que les jambes &les cuiffes
>>abſolument libres , & poſées dans l'eau
>>qui avoit 4 pieds de profondeur. Il reſta
>> ainſi, depuis 8 heures du matin juſqu'à 6
>> heures du foir , enfeveli ſous 19 pieds de
>> décombres , entendant tout ce qui ſe di-
>> foit à l'orifice du puits , reconnoiffant les
>> affiftans à leur voix. Il indiquoit lui -même
b.s
( 34 )
>>les procédés qu'il croyoit les plus propres
>>>à ſa délivrance , mais ſans être entendu.
>> Au bout de quelques heures de travail ,
>> les ouvriers ayant négligé d'étayer la par-
>> tie du puits qu'ils avoient débarrafſée , il
>> ſe fit un nouvel éboulement qui encerra
>>>un fecond ouvrier. Celui-ci fut bientôt
>>>dégagé; & enfin après 10 heures de travail
>> on parvint à rendre au jour le premier ,
> qui ne ſe trouva nullement incommodé ;
>> il demanda auſſitôt à fumer ſa pipe , & dit
>> n'avoir éprouvé d'autre ſentiment que l'ef-
>> pérance d'être ſecouru .
« Le prix deſtiné par l'Académie de Bordeaux
a récompenſer les actions vertueuſes , a été adjugé,
cette année , à la nommée Simonne Eyraud ,
fille native de la paroiſſe de Salignac en Fronfadois
, habitante de la paroiffe Sainte Croix de
Bordeaux. Cette fille, aujourd'hui âgée de 68
ans , entravers la fin de 1751 , au ſervice de
la dame Macquerre , femme du Portier de la
porte Sainte-Croix. Les ſept premieres années
de ſes gages lui ayant été exactement payées ,
elle en avoit mis en réſerve 260 livres . Le fieur
Macquerre mourut , & laiſſa ſa femme , déjà
avancée en âge , fans aucune reffource , & bientôt
obligée de ſuivre un procès inévitable & donloureux
pour une mere. Simonne Eyraud ne vit
que la douleur de ſa maitrelle , & l'état d'indigence
dans lequel elle alloit ſe trouver ; elle
'écouta que ſon attachement pour elle, commença
par lui remettre les réſerves qu'elle avoit
faites ſur ſes gages , y ajouta , pour fournir aux
frais du procès , le produit d'un petit patrimoine
qui lui étoit échu , ſe dévoua gratuit ment à fon
:
( 35 )
ſervice, conſacra le reſte de ſes jours à être fa
filelle compagne &le ſoutien de la vieilleſſe ; &
depuis 25 ans , (ia duine Macquerre en a maintenant
90 ) conſervant toujours pour elle le
même reſpect , elle la nourrit & l'entretient avec
le même zele & le même déintéreſſement , foit
du produit de ſon travail , ſoit des petits ſecours
qu'elle reçoit des perſonnes qui connoiflent
lebonuſage qu'elle en fait, »
Le Bureau Académique d'Ecriture a tenu le
17 de ce mois à la Bibliotheque du Roi fa
ſéance publique, M. Harger , Secrétaire , l'a
ouverte par la lecture d'un Mémoire dans lequel
il a démontré la néceſſité de ſubſtituer
àl'Ecriture coulée une Ecriture lârarde coule
dont un modèle gravé a été diftribué. Le motif
de ce changement , ainsi que l'a exposé
M. Harger au nom de l'Académie , eft de donner
aux Ecritures curſives la liberté qu'elles
n'ont point par l'ufage de la coulée , où une
partie des lettres qui la compoſent ſe confondent
, & encore pour éviter les falfifications
auxquelles ſe prête la coulce , notamment dans
le mot cent , dont il eſt facile , avec cette Ecricure
, de faire le mot mille. Dans la feconde
partie de fon Mémoire , il a traité de la vérification
des Ecritures , qu'il a dit être appuyée
fur des baſes établies par la Nature; &
ne pas conffter , comme on le prétend , dans
la reſſemblance ou la diſſemb'ance des lettres.
Il s'est étendu fur les conjonctures qu'en attribue
a l'art , & il a fait voir que fi celles du commun
des obfervations font tromperfes ; celles des Experts
, en fuppofant qu'on für les mettre au rang
des conjonctures , font fovaces fur les agens du
mouvement qui font toujours diſpoſes diverſement
dans chaque individu. Il a parlé des inconvéniens
J
b6
36 MERCURE
l'effet de leur manière de vivre & du défaut
d'une nourriture ſaine , abondante & régulière
, que la culture ſeule peut donner. Il
prétend que leurs facultés intellectuelles &
morales , ne font pas inférieures à celles des
Européens placés dans les mêmes circonitances
qu'eux. Que leur fenfibilité n'eſt pas moin
dre , que leur bravoure ne le cède pas à celle
des nations les plus guerrières de l'Europe.
Qu'on trouve chez eux des exemples de générofité
& d'amitié , que les plus beaux traits
connus de l'Histoire n'effacent pas. Que leur
éloquence préfente les plus grandes beaurés.
Enfin , qu'ils ne mé itent pas même le reproche
d'infociabilité que quelquesÉcrivains leur
ont fait, puiſqu'ils vivent dans des bourgs ,
qu'ils traitent leurs affaires publiques en confeil,
& qu'ils ont un caractère & un intérêt
nationaux.
Juſques là l'Auteur n'a combattu que M.
deBuffon , qui ne trouve en Amérique cette
foibleſſe de la Nature en fes productions, que
dans les animaux & les hommes indigènes du
nouveau monde. Ici , & de la page 161 à la
page 166 , M. J** réfute M. l'Abbé Raynal ,
qui a étendu la dégénération juſqu'aux races
Européennes tranfplantées en Amérique , &
ilnous paroîtque c'eſt encore avec plus d'avantage
qu'il ſe meſure avec ce nouvel adverfaire.
C'eſt un argument bien puiſſant en effet
contre cette prétendue dégénération , que de
nommer ſeulement George Washington ,
DE FRANCE.
37
Benjamin Franklm , Rittenhouſe , & les
Adams, & les Hancock , & les Benezet , &
les Gates , & les Starke ,& les Green , & les
Laurens , & l'Auteur lui - même , qui montre
tant de connoiſſances , & de raiſon & de ralent
, & dont le nom ſera joint à ceux de ces
hommes éclairés & vertueux qui ont établi
dans le nouveau monde l'empire de la raifon
& le bien inestimable de la liberté.
De la page 166 à la page 198 , on trouve
des détails ſur la population Indienne , qui
ne peuvent guères avoir d'intérêt pour des
Européens , mais qui en ont pour les habitansde
cette partie de l'Amérique , auxquels
ils ont été deſtinés .
Ce qui ſuit de la page 198 à la page 217 ,
peut attacher davantage le Lecteur.
On y voit d'abord un plan pour rendre par
degrés la liberté aux noirs , l'Auteur trouvant
avec raiſon des inconvéniens graves & de
grandes difficultés à les affranchir tout-à-coup
au milieu de la race Européenne , moindre
en nombre, & dont les formes & la couleur
feroient bientôt altérées par le mêlange , propoſe
de faire élever aux dépens du Public les
enfans des noirs , les filles juſqu'à 18 , & les
mâles juſqu'à 21 , de leur donner enfuite des
terreins en propriété dans les parties intérieures
du pays & des moyens de culture , én
les dé larant libres& indépendans ,& en les
protegeant juſqu'à ce qu'ils euffent acquis
alfez de force pour ſe ſoutenir par euxmêmes.
11
38 MERCURE
:
On a trop long- temps combattu l'eſclavage
des Nègres , cette pratique horrible , la honte
de l'humanité , fans fournir des moyens de le
faire ceffer, On aime à voir ici le ſentiment
& l'amour du bien auffi éclairés , außi précis
dans leurs meſures que la froide raifon.
On doit ſavoir à l'Auteur d'autant plus de
gré de ce zèle pour l'affranchiſſement des
noirs , qu'à la difference de ceux qui ont
plaidé la cauſe de cette race malheureuſe , il
la croit réellement inférieure à celle des
blancs. Il faut voir les raiſons qu'il apporte
de fon opinion. On y reconnoîtra la diffe
rence qu'il faut faire entre le Philoſophe auffi
ſage qu'humain , qui fait démêler le bien
poſſible , de celui qui ne l'eſt pas, & reconnoître
les limites du vrai que paſſent fans
ceſſe les déclamateurs .
A la page 223 , l'Auteur traitant de la population
des États-Unis & des moyens de la
favorifer , dit qu'il ne faut pas s'embarraffer
de hâter fon accroiffement par une importation
forcée d'étrangers , & certe maxime
elt fort ſage; mais je ne ſuis pas bien frappé
de la raiſon fur laquelle il l'appuie , la erainte
que les étrangers n'apportent leurs vices s
leurs préjugés & leur fervilité d'Europe. Je
crois trop a la force des bonnes loix & d'un
bon gouvernement ſur l'eſprit & le caractère
des hommes,pour craindre que des Européens
confervent en Amérique les erreurs & les
vices qu'ils y porteroient de notre continent.
En quelque nombre que puiffent aborder les
DE FRANCE. 39
Européens dans ce pays nouveau , ils feront
forcés de s'y diſperſer &de fe fondre parmi
les anciens habitans ,&ils s'affimileront neceffairement
au peuple au milieu duquel ils
feront venus vivre. L'eſprit de ſuperftition &
de fervitude ne germera pas , & ne prendra
pas de racines dans une terre de lumière &
de liberté. Lorſque l'Auteur veut juſtifier
fes craintes par la ſuppoſition qu'il fait de
pluſieurs millions d'Américains jetés tout-àcotip
dans un État Européen , & des inconvéniens
dont cette émigration ſeroit ſuivie,
outre qu'on ne jette point en une fois plufieurs
millions d'habitans dans un pays , il y
aune grande différence entre les deux hypothèſes.
Des Américains tranſplantés en Europe
s'y foumettroient difficilement à tantde
loix oppreflives & vicieuſes , dont l'habitude
ſeule peut faire ſupporter le jeug , & poirroient
ainſi troubler l'ordre, ou , ſi l'on aime
mieux , la fervitude publique. Mais l'Européen
le plus groſſier, en débarquant à Philadelphie
ou à Boſton , ne pouvant méconnoî
the les avantages de l'égalité ,de la liberré, fe
familiarifera bientôt avec les moeurs & les
loix du pays qu'il aura choiſi pour afyle , en
y voyant pour lui des moyens puiſſans de
bonheur.
J'ajouterai que la véritable raiſon qui doit
éloigner les États- Unis de defirer de grandes
émigrations d'Europe , eft qu'il ne faut pas
que le nombre des hommes foit difproportionné
à laquantité des capitaux , fans lesquels
i
!
40 MERCURE.
ne peut fe faire un travail utile. Qu'il faut en
un pays nouveau que le travail foit bien
payé au travailleur,& qu'il ceſſeroit de l'ètre
fi la concurrence à le demander étoit tropactive.
Enfin , ſuivant la comparaiſon ingénieuſe
de Bacon , l'établiſſement d'une Colonie
eft comme la plantation d'une forêt , il
n'en faut rien attendre avant la vingtième
année , & la vingtième année d'une forêt eft
peut-être la centième d'une Nation.
Mais quoi qu'il en foit de cette légère différence
entre fon opinion & celle que j'expoſe
, il eſt curieux d'obſerver le rapide progrès
de cette population , préſenté dans une
table , de laquelle il réſulte qu'en 1862 , la
Virginie ſeule , partant du fonds de fa population
actuelle , fans le fecours de l'abord des
étrangers, doit avoir quatre millions 540mille
612habitans, & d'ici à 95 ans , 6, à 7 millions
qui lui donneront 100 perſonnes par mille
quarré , ce qui est à peu près dans la Grande
Bretagne le rapport de la population à l'étendue
du territoire .
1
On peut confidérer comme finiſſant ici , la
partie phyſique de l'Ouvrage dont nous rendons
compte. La partie politique & morale
occupe le refte du volume , & n'est pas moins
intéreſſante par la forme comme par le fonds.
Lafin au Mercure prochain.
DE FRANCE. 41
BIBLIOTHÈQUE choisie de Contes , de
Facéties & de Bons Mots. Tomes ; & 4 ,
in- 18. & in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Royez , quai des Augustins. ( Contes tirés
des Auteurs Grecs & Latins. )
CETTE Collection ſe continue avec ſuccès ,
& les volumes paroiffent rapidement l'un
après l'autre.. Les Rédacteurs qui s'étoient
propofé de donner une ſuite de tableaux dérobés
aux anciens & aux modernes , après
avoir débuté par un volume deContes , mêlés
de Fabliaux & d'Anecdotes Orientales , en
ont publié trois autres conſacrés uniquement
aux Auteurs Grecs ,& deux qui forment une
claffe à part , ſous le titre de Folies Sentimentales.
Leur intention eſt de puiſer dans
la ſource féconde que leur ouvre la Littérature
Françoife , depuis les Troubadours ,
pères de la Poésie moderne, juſqu'aux nouvellesde
nos jours. Ces Ouvrages , en confervant
fidèlement leur caractère primitif, recevrontpar
des mains exercées le ſtyle & les
couleurs du ſiècle préſent.
On peur juger par les pièces qui compofentlesffiixxvolumes
qui exiftent , du ſoin que
prennent les Rédacteurs pour rendre cette
Collection élégante , variée , complette &
digne enfin des ſuffrages des vrais Littérateurs&
des gens du monde.
Clémence d'Argelles , Anecdote Provençale
, inſpirant autant d'intérêt que Zéno
42
MERCURE
themis, l'aſyle des Grâces , Conte philoſophique
, rempli de délicateſſe & d'agrément ,
La Follepar Amour , la bague d'Hébé font des
compofitions charmantes , & qui pourront
être reproduits fur nos Théâtres.
Ces volumes contiennent une production
neuve , ſous le nom d'affections des divers
amans. Nous connoillions fous ce titre un
Ouvrage de J. Fournier , qui parut pour la
première fois en 1551 , & reimprime en
1743 , lequel n'est que la traduction de celui
queParthenius de Nicée , Écrivain du temps
d'Auguſte , abrégea pour fon ami Gallus ,
d'après les anciennes fables milefiennes. Ces
récits , tous très courts, écrits en vieux François
, offrent des canevas nombreux dont nos
conteurs modernes pourroient tirer le plus
grandparti.
Perſonne juſqu'ici n'a poufle plus loin que
M. Sim... de Tr... le projet de rendre aux Fables
miléſiennes la vie , l'intérêt & les couleurs
antiques qui leur manquent. Dans ces
eſſais, écrits avec la facilité la plus foignée ,
les connoiffeurs remarqueront une foule de
traits qui annoncent une Littérature étendue ,
l'amour des anciens, & ce charme enfinqu'excitent
dans nos imaginations les fictionsde ce
peuple, dont tous les noms heureuxfemblent
nés pour les vers. Les Contes empruntés à ce
Parthenius , & embellis par M. Sim... , font
ici au nombre de douze; fon recueil en contient
trente- tix , qui paroîtront dans les vo
lumes ſuivans de cette Bibliothèque.
DE FRANCE.
43
L'Avertiſlement qui précède le Roman de
Mélicello mérite d'être lu. Il renferme des
réflexions eſſentielles & quelques traits d'érudition
précieux. -L'exécution typographique
joint la propreté à la commodité des
formats , & les gravures en font agréables .
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 24 Mai , on a joué, pour la première
fois , Hercule au Mont- ra, Tragedie
en ciuq Actes.
Ily auroit de l'indifcrétion à juger cet Ouviage
ſur ſa première repreſentation : ce n'eſt
pas qu'elle air été très-orageuſe ; mais parmi
de très grands applaudiſſemens , le Public a
laiffè échapper quelques murmures , & à la
fin de la Pièce , les avis ont été très diviſés
fur fon mérite. Nous ne ferons donc ici aucune
obfervation ſur cette nouvelle Tragédie ,
dont nous parlerons dans le prochain Mercure
, & que nous rapprocherons de quelquesOuvrages
déjà connus ſur lemême ſujer.
Nous remarquerons ſeulement que les rôles
nous ont , en général, paru mal ſaiſis; ce qui
peut avoir nui beaucoup à l'effet que l'Aureur
s'étoit promis de leurs caractères . Les
repréſentations qui vont ſuivre éclairciront
ou difliperont nos doutes.
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
VIES des Ecrivains étrangers , tant anciens que
modernes , accompagnées de divers morceaux de leurs
Ouvrages , traduits par l'Auteur de leurs Vies .
Dante, fuivi de la Chasteté de Jofeph , scène Françoise,
par M. ie Prevoſt d Exmes, Profeſſeur Royal
del'École de Chant, & de l'Académie des Sciences
& Belles Lettres de Rouen , in -8 °. de 164 pages .
Prix 2 liv. 8 fols. A Paris , chez la Veuve Duc'hefne
, Libraire , rue Saint Jacques , & chez Bailly ,
Libraire , rue Saint Honoré , barrière des Sergens.
M. le Prevoſt d'Exmes annonce des Vies des
Écrivains étrangers ; il commence par celle de
Dante. On nous diſpenſera de faire l'analyſe d'un
Ouvrage qui n'eſt lui même qu'une analyſe. L'Auteur
donne une Vie dérailiée de ce célèbre Poëte ,
avec un extrait du plan & des détails de ſa divine
Comédie. La Brochure eſt terminée par une ſcène
Françoiſe, dont le ſujet eſt la Chaſteré de Joſeph.
On eft furpris de voir là cette eſpèce de Drame , &
on en eft fâché quand on l'a lu.
MINERALOGIE nouvelle , ou l'Art de faire des
Eaux Minérales non-feulement pareilles à celles
qu'on trouve dans toute l'Europe , mais encore qui
auront de plas un grand nombre d'autres qualités
propres à remplir toutes les indications possibles , &
les avantages qu'ily auroit à les mettre en usage
contre les malacies les plus rébelles; par M. Laugier
Docteur en Médecine de PUniverſité de
Montpellier , Membre & Profeffour de l'Univerſité
deMontpellier , in - 8 °. de 16 pages. A Senlis , de
,
DE FRANCE. 45
l'Imprimerie de N. L. F. Deſrocques , Imprimeur ,
& le trouve à Paris , chez l'Auteur , rue de Tournon
, n°. 30 , & chez les Marchands de Nouveautés.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou- Dauphine, nº . 6 .
Ce Volume, le dixième des Romans, renferme
Tristan de Léonois & Artus de Bretagne.
CLARISSE Harlove , Drame en trois Actes &
en profe. A Paris , chez Née de la Rochelle , Libraire
, rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel.
Il y a dans cette Pièce, imitée du fameux Roman
de ce nom , des momens d'intérêt & des
Scènes d'effet; mais l'Auteur a voulu tranſporter fur
la Scène des tableaux qu'il n'eſt guères poffible de
faire ſupporterque dans un Roman.
VALENTINE , ou Lettres & Mémoires intéreſ-
Sans d'une famille Angloiſe , in 12. Prix , I liv.
10 fols. A Lauſanne ; & ſe trouve à Paris , chez
Deſenne, Libraire , au Palais Royal.
Le Héros de ce Roman, finge des petits-maîtres
François , aime Valentine ; mais il voudroit la ſéduire
ſans l'épouſer, Il la fait enlever; mais enfin un
brave Marin le rappelle àl'honnêteté & à la vertu,
& il épouſe Valentine qui ſe croyant orpheline retrouve
ſon père , & ce père eſt précisément ce Marin
qui lui a rendu ſon amant.
TABLEAU Généalogique, Hiftorique , Chronologique
& Géographique de la Nobleffe , enrichi de
Gravures, par M. le Comte de Waroquier , Offi
cier d'Infanterie , & Penſionnaire du Roi , rue GitleCoeur.
On trouve chez Nyon ſeulement les trois premiers
Volumes de cetOuvrage, contenant , 19. l'état
I
46 MERCURE
des,vrais Marquis , Comes , Vicomtes & Barons ;
2°. un Traité fur les Bannerets, Bacheliers &
Écuyers , & br. leur différence 3º. un Traité (ar
les Dignités Féodales & Politiques , les Dignités des
Eccléſiaſtiques , les Dignités des Vidames attachés à
l'Église, les titres & qualités perſonnelles , les titres
& qualités des Gens-de- Lettres , & c.; 4°. les Généalogies
des Familles . 5º. les dépôts où la Nobleſſe
peut avoir recours pour ſes différentes re
cherches , 6 ° , une table des Terres & des Perfonres
titrées; une table des Noms de Famille compris
dans l'Ouvrage, avec le renvoi aux Auteurs qui en
ont dor né les généalogies , & une table de plus de
vingt mille titres orgimaux que Kauteur possède
dans ſon cabinet. Ouvrage préſenté au Roi le 11
Avril 1786. Prix , 9 liv, les trois Volumes brochés,
10 liv. 16 fols reliés , & to liv. 16 fols brochés
franc de port dans tout le Royaume.
La qurtrième etla cinquième Partic ſous preſſe ,
&les autres de fuire .
TABLEAU Héraldique , ou Armorial général &
univerfel , contenant l'explication des Armes des
Provinces , Pays d'États , Gouvernemens , Villes ,
Terres. Seigneuries , celles des Archevêchés , Évêchés,
Chapitres, Abbayes , Prieurés & autres , celles
des Compagnies , des Corps & Communautés , celles
du Clergé & des Bourgeois à qui Sa Majesté
Louis XIV les a permites par ſon Édit de 1696.
Même adreſſe que ci-deſſus.
Ledéfaut d'un Ouvrage complet ſur les Armoiries
de toutes les Maiſons nobles ou qui jouiffent
d'un certain rangen France , &c. a fait que depuis
plus de dix années l'Auteur s'eft occupé de cette
compilation, fur laquelle ila recueilli aſſez de matières
pour avoir pluſieurs Volumes de prêts à
L'avance.
DE FRANCE. 47
ÉTAT des Étoiles fixes au ſicond fiecle, par
Cl. Ptolémée, comparé à la même poſition des mêmes
Eroites en 1786, avec le Texte Grec & la Traduftion
Françoise , par M. l'Abbé Montiguor , Chanoine
de Toul , de la Société Royale des Sciences &&
Belles - Lett es de Nancy , in -4°. A Nancy , chez
C. S. Lamot , Imprimeur, près les RR. PP. Dominicains,
nº. 239
Cet Ouvrage do't faire plaifir aux Aftronomes.
Le Texte Gree avoit été imprimé ; mais il étoit
devenu très- rare. M. l'Abbé Montignot mérite la
reconnoiffance des Savans pour les avoir mis , pour
ainſi dire , en poiſeſſion de ce monument curieux.
Il a mis ſa Traduction à côté du Texte , & il y a
joint des Notes pour aider à l'intelligence des endroits
difficiles .
:
On continue de débiter avec ſuccès la véritable
Graiffe d'Ours blanche d'Amérique pure & naturelle,
préparéefansfeu par les Sauvages. La propriété
de cette Grailſe eſt de prévenir la chûte des
cheveux, de les nourrir au point de les faire croitre
, de les épaiffir & de les conferver.
La manière de s'en ſervir est très-facile : il faut
en bien enduire la racine des cheveux avant de ſe
faire coëffer , & le ſoir avant de ſe coucher ; cela
n'empêche point de ſe ſervir de la pommade ordinaire.
CetteGraiſſe réunit la double propriété de gué
rir les rhumatiſmes en s'en frottant devant le feu
pendant quelques jours fans interruption.
Le prix des bouteilles cachetées en cire rouge
eft de 3 liv. , 2 liv. & 1 liv . 4 ſols.
On s'adreſſera chez les Demoiselles Didier , Marchandes
de Tabac , Place de la vieille Eſtrapade ,.
vis-àvis la porre du bâtiment de Sainte Geneviève,
1
MERCURE
NUMÉRO 6 de la Collection de Musique de M.
Grétry, pour le Clavecin, lemême pour la Harpe,
contenant l'Air: Je ſuis heureux , & c . , celui non ,
laiſſez moi , &c. de la ſuite du Comte d'Albert , &
leDuo: Je veux qu'on ne me gêne en rien , de l'Amitie
à l'épreuve , par M. Corbelin , ſeul chargé par
M. Grétry de l'atrargement de ſa Muſique pour
tous les Inftrumens. Prix , 2 liv. 8 fols chaque Numéro.
On peut s'abonner pour dix Numéros chez
M. Corbelin , place Saint Michel , maiſon du Chan
delier , qui fera parvenir franc de port par la poſte
toute ſa Muſique & celle de M. Grétry .
TROIS Sonates pour le Piano-Forte, avec Accompagnement
de Violon , par M. Hüllmandel ,
Ouvre XIX. Prix , 6 liv. A Paris , chez Saunier , rue
SaintHonoré, au coin de la rue de la Sourdière ,
cour du grand Charroi.
V
TABLE.
***
ERS à M.
Bouquet à Mme laMarquise Les Amans d'autrefois ,
31 ciété Royalede Médecine, 9
22
4Obfervations fur la Virginie, deC***
Le Phénix & le Moineau , Fa- 29
ble , Bibliothèque choisiede Contes,
Charade, Enigme& Logogry
Dhe .
&c. 41
43
4
7 Comédie Françoise ,
Suite des Eloges lus à la So- Annonces &Notices,
APPROBATIΟΝ.
J'ATIlu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juin 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris ,le 1 Juin 1787. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
1
7
BRUXELLES.
1 1
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 14 Mai.
TE Roi de Danemarck
:
:
a permis aux
matelors de ſes Erats de fervir fur les
navires étrangers , en ſe niuniflant de pallepoits
officiels , & fous une caution de 20
dahlers , accompagnée d'un engagement
écrit de revenir , dans l'eſpace de deux ans ,
aux places de leur département , fous peine
d'être traités comme fauffaires & déferteurs.
Le Profeffeur Schloëzer de Gottingue
vient de détailler en ces termes l'état de la
Compagnie pour la pêche du hareng , établie
à Embden.
En 1764 , une Société de Négocians de ceste
ville réſolut de faire , à l'exemple des Hollan-
No. 22, 2 Juin 1787.
a
( 2 )
dois , la pêche du hareng dans Ja Mer du Nord ;
elley fixa d'abord un fonds de 60,000 florins , &
ſollicita pour cet établiſſement l'octroi du Roi de
Pruſſe qui le lui accorda fur le champ. Cette circonſtance
ayant engagé pluſieurs autres sujets de
S. M. de prendre part à cette nouvelle entre priſe,
on fit conftruire fix bâtimens propres à cette
pêche ; & lorſqu'ils furent achevés , on les équipadans
la maniere qui ſe pratique enHollande
Ces bâtimens partirent d'Embden pour la premiere
fois le 11 Juin 1770 , & revinrent dans ce
port , après une abſence d'environ 16 ſemaines ,
avec 1825 tonneaux de harengs. Les Hollandois ,
jalouxde ce ſuccès ,& en craignant les ſuites , réfolurent
de l'écrafer. Pour cet effet , ils vendirent
leurhareng dans les endroits où cette Compagnie
enavoit auffi conduit , à un ſi bas prix , que l'on
vit clairement le deſſein de perdre fur cette marchandiſe
, dans la vue d'anéantir l'entrepriſe de
la Compagnie. Le Roi de Pruſſe vint a ſon ſecours.
CeMonarque éclairé la prit ſous ſa protection
, lui aſſigna des arrondiſſemens dans ſes Ecats
pour y importer excluſivement aux Etrangers le
hareng néceſſaire à la conſommation , aux prix
que lesHollandois & les Danois les avoient fournis
précédemment ;& lorſque les Etats de Hollande
adjugerent à chaque bâtiment pêcheur une
prime de 500 florins , qui fut portée enfuite à 700,
leRoi fit payer pour chaque tonneau de harengs
importés dans ſes Etats par la Compagnie , une
gratification fi forte , que toutes les machinations
de la jaloufie ne purent plus lui nuire. En 1771 ,
le nombre des bâtimens de la Compagnie futaccrû
de 4, & aujourd'hui , il monte à 45. La moitiédes
Provinces Pruſſiennes peut être fournie
actuellement par la Compagnie , de harengs néceſſaires
à leur consommation ; & fi le Roi actuel
( 3 )
continue à ſoutenir cette entrepriſe, elleſera dans
quelques années en état , non - ſeulement de faire
elle ſeule l'approviſionnement de cette marchandiſe
à toutes les Provinces , mais même d'en exporter
à l'Etranger.
Il paſſoit autrefois de fortes ſommes en
Hollande pour le hareng ; mais aujourd'hui la
plus grande partie de cet argent reſte dans les
Etats,du Roi de Pruſſe , puiſque la Compagnie
peut fournir déja actuellement pour plus de
200,000 florins d'harengs. Le bénéfice desActionnaires
n'a pas été juſqu'à préſent au-deſſous
de 5 pour cent , il a même monté à 7 , & il
et probable qu'il montera encore davantage.
La Compagnie occupe à Emden & aux envi
rens plus de 500 ouvriers pour la conſtrution
&la réparation des bâtimens , pour la conftruction
des tonneaux , pour le cordage , les fi
lets , &c. Les Matelots à ſon ſervice ſont aujourd
hui au nombre de 585 , ſavoir 13 hommes
par bâtiment. On embarque ordinairement pour
16 ſemaines de vivres , que l'on prend dans
cette ville & aux environs. La navigation gagne
beaucoup par les mouvemens de la Compagnie
; les douves , le chanvre , le fel , & d'autres
articles font tirés la plupart des Provinces
du Roi fur la.Baltique , & importés par mer ,
>& le tranſport des harengs à Hambourg & à
Stettin facilite en même tems l'occaſion d'exporter
d'autres productions du pays & de prendre
des retours .
Nous avons préſenté dans le Numéro
fix de ce Journal une évaluation de la
population de la Ruſſie, tirée du Portefeuille
historique qui s'imprime à Berlin .
Voici un autre état ſur le même objet :
a 2
( 4 )
:
nous l'empruntons du Docteur Buſching ,
qui l'a pris de la nouvelle Géographie de
l'Empire de Ruſſie, publiée à Pétersbourg
très- récemment par M. Plschniew. Cet
érat , rédigé ſur les tables du dernier recenlement
, préſente le dénombrement ſuivant
de chaque Gouvernement , ſavoir :
1. Gouvernement d'Archangel....... 170,300
d'Olonez. .... 206,100
d'Elvibourg........ 186,500
20
30
4. de Pétersbourg..... 367,200
٢٠
deRevel........... .... 202,305
6. deRiga............. 507,150
75 dePolok ......... 620,600
81 de Mohilow....... 662,500
9:
de Smolen ko...... 892,300
de Pleskow ........ 578,100
11. de Nowogorod ..... 577.500
12. deTwr.... ... 903,600
13.
de Jaroflow ........ 740,900
14. de Wolonda ....... 556,200
15.
de Kaßroma .
...... 815,400
16. deWladimir. ...... 871,050
17. de Mofcou ......... 883,400
18. de Kaluga........ , 781,500
19.
deTula..... .... 875,200
20. de Reſansk ... 869,400
21. de Tambow........ 887,000
22. d'Orel......
.....
968,300
23.
deKurk ..... 920,000
24. de Worone ch........ 809,600
25.
deCharkow ........ 78,800
26. de Nowogorod - Sewersk
......
742,000
27. de Thernion ...... 741,850
28.
deKier............ 795,800
29. deKaterino.Lw.... , 744,550
30.
31 .
deTauride......... 100,000
du Caucaſe ........ 48,350
En outre 400 families , & 12,250 Calmouques
Kibites.
32. de Saratow .. 624,000
33. de Penfa ...... 640,700
34. d. Niſchneinowgorod. 816,200
35. deWæka ... ... 817,100
36. deKafan. ..... ... 763,300
37. d. Simbirsk ........ 731,000
38 . d'Ufa .... ........ 355.598
39.
de Perms .... ... 798,950
40. deTobolsk
...
.... 714,790
41. deKoliwan ........ 170,000
42. d'Irkuzk . ....... 375.150
43. Les Coſaques duDon.. ... 200,000
Toral ................ 26,618,148
Selon M. Plschniew , la Nobleſſe , le Clergé ,
les troupes de terre & de mer , les perſonnes employées
aux divers Départemens & Tribunaux ,
les Membres des Acatémies , Univerſités , Séminaires
& maiſons d'éducations , les troupes irrégulieres,
les peuplares vagabondes, les étran
ge's& les Colans de diveries Nations , ne font
point compris dans ce dénombrement En les y
ajoutant, la population actuelle de la Ruſke
mosteroit asins à trente millions d'ames , ce
qu'on aien de croire fort exagéré.
L'Edit du Roi de Suede ,porrant érab'ifſement
d'une Caifle gmérale d'eſcompte eft
maintenant public. Cette caiſſe , régie par
5 D.rectems , dont chacun recevra 0
rixdalers d'a pointe nens annuels , s'ouvrira
le 1 Septembre prochain. Son fonds fera de
400,000 rixdalers , ofde 2,400,00e liv. de
a 3
( 6 )
France. Les effets sûrsy feront eſcomptés;
à raiſon d'un demi pour cent par mois , &
les plus longues dates d'échéance de 6mois .
Pendant l'année derniere , 363 bâtimens du
port de 3 à 67 lafts , ont paffé par le nouveau
canal de Schlesvik Holſtein. Les bâtimens de
60 lafts & plus étoient la plupart des bâtimens
Suédois chargés de bois , qui , à cauſe de leur
conftruction , n'ont pu traverſer entierement ce
canal avee la totalité de leur cargaiſon. Des
Navigateurs Suédois , Hollandois , Pruffiens , de
Hambourg , de Brême , du Meklenbourg &
d'Oldenbourg ont pris cette route. Les batimens
venant de la mer d'Occident étoient au
nombre de 25 & chargés de vin , tabac , eaude-
vie , café , raiſins ſecs , ſucre , Grop , huile
de baleine , huile d'olives , briques , harengs,
&c. , & ceux venant de la Baltique ont monté
251 , dont 32 ont déchargé à Rendsbourg ,
Frideriſtadt & Huſum ; 2 font allés en Hollande;
1 à Brême & 16 à Hambourg & à Altona;
de ce dernier nombre , 4 étoient chargés
de marchandifes de Chine & des Indes orientales
& occidentales. Les marchandiſes de la
Baltique confiftoient en bois , fer , cuivre , goudron
, chanvre , huile , verre & blé. La va
leur des marchandises déclarées a monté à environ
120,000 rixdalers . Ce canai guroit été
plus fréquenté l'année derniere , Gon n'eût pas
été obligé de faire une réparation conſidérable
qui a empéché le paſſage juſqu'au 17 Avril .
On publiera inceſſamment une carte exacte de
ce canal avec ſes communications.
Le commerce de Memel a occupé l'année
derniere 830 bâtimens.
3
On évalue la cargaison de la Charlotte
( 7 )
Amélie, arrivée nouvellementde Chine àCopenhague
, à plus de 800,000 rixdalers. Le
thé ſeul qu'elle a apporté monte à 1,200,000
liv. peſant. La Compagnie d'Afie attend cet
Eté le retour de deux autres de ſes vaifſeaux.
Le marché pour les marchandiſes de
cette partie du monde ſera conſidérable
cette année à Copenhague. Les Ruffes &
preſque toutes les provinces ſur la Baltique
ont commencé à tirer de cette Compagnie
les marchandiſes des Indes Orientales dont
ils ont beſoin ; & il y a lieu de croire que
leurs commiſſions deviendront plus importantes
d'année en année. On avoit projetté
de vendre le thé du navire la Charlotte à la
Compagnie Angloiſe , mais le marché n'a
pu s'exécuter.
ر ت
De Berlin , le 13 Mai.
Le Roi a permis à l'Académie des Sciences
de mettre en vente la ſuperbe carte géographique
& militaire de l'Electorat de Saxe
& des pays voiſins , rédigée par le ſieur de
Petri , Lieutenant Colonel du Génie. Cette
carte, qu'il étoit très difficile de ſe procurer,
eſt compofée de 39 grandes feuilles ;
elle ſera vendue au prix modique de 6 frédérics
d'or ( 120 liv. tournois ).
Le i de ce mois , le Lieutenant Général
de Prittwiz a fait la revue particuliere des
Gens d'armes&des Huſſards d'Eben , & le
a 4
( 8 )
Lieutenant-Général de Mollendorfcelle de
l'Infanterie en gainiſon dans certe Capirale.
Le Roi a permis pour cette année le tranfit
libre des marchandites venant de la foire
de Leipfick , & deſtinées pour la Pologne
&la Ruffie; elles paſſeront par ſes Etats ,
ſans être viſitées , en payant un droit de
tranſit de 3 thalers par quintal.
L'adminiſtration générale du tabac dans
les Etats Pruffiens , établie par le feu Roi ,
il y a 20 ans , étoit devenue une entrepriſe
fi conſidérable , qu'en 1785 la ventede cette
denrée furpalla 28 tonnes d'or ; le bénéfice
net , verſé dans le tréſor , fut de 1,286,189
rixdalers.
De Vienne, le 13 Mai.
Suivant les dépêches d'un courrier extraordinaire
, expédié de Lemberg, le 19
par S. M. I. , elle a dû partir pour Cherfon
le 6 de ce mois. Ce départ qu'a déterminé
une lettre de l'Impératrice arrivée à Lemberg
le 28 Avril , aura été précédé d'un exa
men qu'a dû faire l'Empereur du cours du
Nieſter ſur les frontieres de la Moldavie.
S. M. I. voulant s'aſſurer par elle même des
obſtacles à la navigation de ce fleuve, &
des plans deſtinés à les faire difparoître , le
fera accompagnier de quelques Ingénieurs ,
verſés dans Thydraulique. Voici la route
qu'elle fuivra pourſe rendre à Cherfon.
>>D'abord elle ferendra àBrodyoù elle ref
(و ) :
terale 7; le 8, précédée de deux courriers ,
&accompagnée de toute ſa ſuite , elle ſe remettra
en chemin en traverſant la Podolie.
De Brody àCherfon on a fixé ſept ſtarions
où S. M. trouvera toutes les commodités
que la difette des lieux permettra de lui procurer.
Chaque ſtation eſt éloignée de l'autre
de 7 à 8 poîtes , & on y a fait les meilleurs
arrangemens poſſibles pour lui fournir les
chevaux néceſſaires. On voit par - là que
l'Empereur ſe propoſe d'arriver à Cherfon
le 14. L'Impératrice de ſon côté a dû quitter
Kiof jeudi dernier , le 3 de ce mois. Le
4 elle devoit s'arrêter à Kaniew où le Roi
de Pologne l'attendoit avec un grand nombre
de ſeigneuts Po'onois ; & les elle a dû
continuer ſa navigation ſur le Dnieper.
Pour éviter juſqu'a i moindre danger , pluſieurs
bateaux, placés à des diſtances proportionnées
, ont eu ordre de précéder le
bâtiment qui portera cette Souveraine ; &
ſi le cas arrivoit que dans quelque endroit
le paſſage fût trouvé tant ſoit peu périlleux ,
'on a pris les mesures de pouvoir mettre pié
à terre ,& continuer le voyage en voitures ,
celles ci ſuivant la Cour fur des bateaux.
Oncompte que le 15 de ce mois l'Impératrice
fera fon entrée à Cherfon .
L'Empereur a donné aux Négocians Barum
& compagnie un privilege de 25 années
, pour l'établiſſement d'un Lombard
en taveur du commerce; les ſommes qu'ils
as
( 10 )
pourront prêter fur gages ne feront pas
moindres de mille florins; les intérêts annuels
feront de 4 pour 100. La Compagnie
a auſſi la permiſſion de former des bureaux
particuliers dans les principales villes de
Province.
Le procédé de l'amalgame , rectifié par le
Conſeiller de Born , a été auſſi introduit
pour les mines de Joachimſthal. La pre .
miere opération , qui a parfaitement réuffi ,
a été faite fur 549 quintaux de minerai. On
a ca'culé, qu'au moyen de ce procédé , on
épargne a à Joachimſthal environ mille cordes
de bois par an , & qu'en général on fera
une économie de près de 4 flor. par quintal .
L'Empereur, dit la Gazette de cette ville ,
voulant foutenir & encourager l'induſtrie
des familles Génevoiſes , qui ſont venues
s'établir à Conſtance , a accordé à la maiſon
de commerce Roman , Melly , Roux &
Compagnie , la permiffion de titrer leur Manufacture
de montres & de bijoux , de Manufacture
Impéria'e & Royale , & d'importer
dans les Etats héréditaires , pendant l'efpace
de 8 années, 16300 montres , à raiſon
de 10 pour cent d'entrée.
Le Prince Ypfilanti , nouvel Hoſpodar
de Moldavie , a fait au commencement
d'Avril ſon entrée publique à Jaſſy , où il
étoit depuis trois ſemaines incognito. Cette
cérémonie s'eft faite avec pompe , & l'allégreſſe
publique a fignalé l'inſtallation du
( II )
Prince, dont la Moldavie a ci devant appris
à connoitre la juſtice & la générofité.
& commet ent de
Les nouvelles du Bannat font affligeantes.
Les banditsyaugmentent en nombre ,
grands défordres. Pour
arrêter leurs brigandages , & affurer le repos
public , il a fallu mettre des détachemens
de troupes dans les villages aux envi
rons de Temeſwar.
Pendant l'année 1786 , on a compté dans
la Bohême 26,166 mariages , dont 698 dans
la ville de Prague , 123,916 naiſſances, dont
63,773 garçons , & 60,143 filles ; les naifſances
à Prague y ſont compriſes avec 2,877 ,
& 89,332 morts , dont 41,790 hommes , &
41,542 perſonnes du ſexe; à Prague les morts
ont été au nombre de 2,396 .
Dans la Gallicie , le relevé des naiſſances,
morts & mariages pendant l'année derniere ,
offre le réſultat ſuivant. Le nombre des nailfances
a été de 122,525 , dont 63,311 garçons ,
& 59,214 filles ; celui des morts de 92,257 ,
dont 47,452 hommes , & 44,805 perſonnes du
fexe, & celui des mariages de 25,910. -Les
naiſſances à Lemberg ont été au nombre de
1,507 , les morts de 1,056 , & les mariages de
353 .
De Francfort , le 17 Mai .
Différentes lettres duCaire ſemblent cone
firmer les premiers avantages du Capitan-
Pacha , en annonçant ſes nouveaux ſuccès :
c'eſtdans les termes ſuivans que deux dépêches
, l'une du 14 , l'autre du 20 Mars , rapa
6
( 12 )
portent les derniers événemens qui ont eu
lieu en Egypte.
«Divers Arabes qu'Ismael Bey , Affan Bey &
Abdik- Pacha ont dépéchés au Capitan Pacha ,
nous apprennent que Jaga Bey, ancien Main-
> meluc de Haifan-Bey , le Kiaya de Mourat
Bey , ſon premier eunuque , & divers Cachefs ,
ou Chefs de village, au nombre d'environ 400 "Cavaliers , ont abandonné le parti des rebelles,
" & font venus demander grace au Capitan-Pacha;
ils doivent être ici dans8 à 10 jours. Cette déſertion annonce très-clairement le triſte éat
des rebelles qui , en effet , manquent de tout.
L'on ignore quelle route ils prendront ; mais
>> ce qui peur leur arriver de plus heureux est de
pouvoir gagner Heſſouang , avant que le Capi
tan Paulia les atteigne , parce qu'ils pourroient
alors , quoiqu'avec beaucoup de peines & de
fatigues , ſe réfugier en Abyflinie . Si , au con. traire , ils reſtent du côté d'Eſne , ville de la
► Haute-Egypre , ils tomberont infailliblement
au pouvoir des vainqueurs , ou péritont de
miſere dans les déſerts. Le Capitan-Pacha ne
>> s'eſt point encore expliqué fur le régime qu'il
ſe propoſe d'établir en Egypte; mais on fuppoſe
qu'ily conftituera ; Paches , dont an àGirgé
, un au Caire , & l'autre à Alexandrie , pour
contenir les Beys qui voudraient à l'avenir
fuivre l'exemple des rebelles. » « Il arriva avant hier deux nouveaux Couriers
expédiés au Capitan Pacha par fon Kiaya , &
> leCapitaine des batteaux qui protégeoientfar-
د د
mée de terre. Ce Kiaya , après avoir battu les
>>>fugitifs, remontoit le Nil pour ôter toute com
> munication du côté de Heſſouinz. Il arrive
a précisément au noment où Ibrahim Bey , avec
( 13 )
quatre batteaux , les ſeuls qu'il avoit pu trou-
>> ver, voguoit ſur le Nil. Avec ſon artillerie , il
› en cou'a trois à fond. Ibrahim-Bey eut beau-
>> coup de peine à gagner la terre , où il prit la
fuite avec précipitation ſur un cheval fans-
>> felle. Tout le reſte fut noyé , ainſi que les
>> bagages. Quatre Beys ne pouvant rejoindre
Mourar-Bey , ſe ſont cachés , & fuivant toute
> apparence , ils viendront auſſi demander grace;
> Mourat-Bey ſe trouve dans une pofition trèsdéfavorable
, parce que , faute de batteaux ,
>> il ne peut plus paſſer le Nil, & l'armée navale
>> du Capitan-Pacha gardant tous les bords , il
>> n'a plus devant lui que des montagnes eſcarpées.
Il manque d'ailleurs de provifions &
de munitions ,& on penſe qu'il tombera mort
>> ou vif dans les mains du Capiran-Pacha , qui
>> le pourſuivoit toujours. On doit à l'habi eté.
de ſon Kiaya la diviſion des deux Chefs , &
> c'eſt l'événement le plus heureux pour accélérer
la deſtruction de ces puiſſans Mam-
» melucks , dont la perte eſt plus prochaine
>que jamais. »
Il faudra voir fi la Porte & le temps ſanctionneront
ces nouvelles favorables , fur
leſquelles il reſte encore beaucoup de dou
tes. On ne comprend pas fu: tour comment
ces Beys , qui connoiffent fi bien 'e caractere
du Capitan Pacha , viennent ſe remettre
volontairement entre ſes mains , malgé
la certitude preſqu'entiere d'être étranglés
ou décollés.
On a obſervé qu'il y a précisément un
fiecle , que la Ruffie s'affranchit di tribut
qu'elle payoit au Khan de Crimée, que
( 14 )
Pierre le Grand envoia fur les frontieres une
armée de 30,000 hommes pour contenir les
Tartares , & qu'il y fit bâtir une ville. Cet
événement date de 1687 , & en 1787 Catherine
II fe rend dans la Crimée , comme
Souveraine de cette preſqu'ifle.
Le montant de la caiſſe d'aſſurance pour incendie
dans le Duché de Brun(wik , s'eſt trouvé
l'année derniere de 16,056,425 rixdaters , qui
forment la valeur de toutes les maiſons du Duché.
Les dépenses de cette caiſſe , dans la même
année , en réparations de maiſons incendiées ,
ont monté à 24632 rixdalers .
ITALIE.
De Florence , le 30 Avril.
Le Synode des Archevêques & Evêques
de la Toscane a tenu ſa premiere ſéance, le
23. Le Sénateur Serrifteri a préſidé en qualité
de Commiſſaire du Grand-Duc.
On écrit de Rome , que le Pape eſt parti
le 28 Avril de cette Capitale, pour ſe rendre
à Terracine , où il paſſera 15 jours. Pendant
ce voyage les trois galeres pontificales
font allées croiſer ſur la côte de l'Etat Eccléſiaſtique.
On croit que le Roi de Naples
aura une entrevue à Terracine avec S. S. ,
pour arranger les.difficultés élevées entre les
deux Cours. S. M. Sicilienne perſiſte , dit
on, à retenir la nomination de tous les Evêchés
&de toutes les Abbayes de fon Royau(
15 )
me, & à exiger que toutes les penſions aflignées
par le Pape ſur ces bénéfices ne s'élévent
qu'à 20 mille écus Romains , dont 6
mille ſeront deſtinés au Nonce à Naples ,
lequel n'aura plus aucune jurifdiction , &
ſera ſeulement Ambaſſadeur comme ceux
des autres Souverains. Les Romains attendent
avec le plus grand intérêt l'événement
d'une pareille entrevue , ſi elle a lieu » .
> On débire que deux Juifs Arméniens
étant arrivés à Pile , leurs amis les ont conduits
à la Cathédrale , pour leur faire voir
les magnifiques portes , faites par Jean de
Boulogne , & dont la ſculpture en bronze
eſt ſi renommée. Les deux Arméniens ayant
paſſé un linge fur la ſculpture, por la mieux
voir , la populace , à ce qu'on dit , a cru que
c'étoit une profanation , & les a maſſacrés
ſur la place. Le Gouvernement, inſtruit de
cette atrocité, a ordonné d'inſtruire un procès
contre les meurtriers.
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 22 Mai.
Un Meſſage du Roi , préſenté hier à la
Chanibre des Communes par M. Pitt , à
levé tous les doutes ſur l'arrangement négocié
en faveur du Prince de Galles. S. M. ,
en condeſcendant à augmenter le revenu da
S. A. R. , a bien voulu intercéder elle même
auprès des Communes pour la libération
( 16 )
des dettes de ce Prince. Comme la Nation
les paie a , il eſt à croire qu'elle ne fera pas
appelée deux fois à ce ſacrifice. Voici la tradiction
du Menage de S. M...
GEORGE Ror ,
«C'el avec un vrai regret que le Roi informe
la Chambre des Communes , que d'après les étais
qui ont été mis ſous les yeux de S. M. par le
Prince de Galles ,il paroît que S. A R. docune
fomme confidérable , qui ne peut étre acquinée
de ſon revenu annuel , fans lui rendre impoffible
de foutenir ſon rang & fon état .
«Quelque peine qu'ait toujours cue S. M. de
propoſer une addition aux dépenses de fon peuple
, elle n'a pu réſiſter à ſa tendreſſe paternelle
pour le Prince de Galles , & elle a recours à la
liberté & à l'attachement de ſes fideles communes,
pour réclamer ſon aſſiſtance dans une occafionqui
intéreſle les ſentiments de S. M. & l'honneur
d'une branche auſſi diſlinguée de fa famille
royale.
«S. M. ne pourroit point s'tentre à obtenir,
ne demanderoit pas l'aſſiſtance de la Chambre, fi
elle n'étoit pas fondée à eſpérer que le Prince
évitera de contrader de nouvelles dettes àPavenir.
Ayant cet objet en vue , & defirant vivement
d'éloigner toute eſpece de doutes fur l'inſuffiſance
des revenus du Prince , le Roi a ordonné
qu'ure ſomme de 10,000 livres ſterl füt
payée de ſa liſte civile, en augmentation de ce
qui eſt allout à S. A R. C'est avec fatisfaction
que Sa Majeſté fait part à la Chambre , que le
Prince a donné les plus fortes affurances qu'il
fera tous les efforts pour éviter que fus dépenses
n'excédent les revenus; & que S. A. R. a formé
un plan détabliſſement fur les principes de la
( 17 )
plus rigoureuſe économie , quoique proportionné
àl'honneur de fon rang élevé.
? «S. M. ordonnera de faire mettre ſous les
yeuxde ſes fideles communes , les états des ſom.
mes néceſſaires pour payer les dettes de ſon fils ,
& completter les travaux de ſon palais : elle
recommande à ſes fideles Cemmunes de prendre
en conſidération les moyens d'effectuer ces difpoſitions.
Ce Meſſage ſera pris en conſidération par
laChan:bre demain Mercredi.
Hier , 21 , M. Burke , accompagné de
quelqnes autres députés des Communes , fe
rendit à la Chambre haute ,& dit à la Barre :
<<Milords , je ſuis chargé , de la part des
>> Communes , d'informer V. S. que War-
>> ren Haſtings , qu'elles vous ont dénoncé ,
>>eſt ſous la garde de leur Sergent d'Armes,
»& , prêt , a été remis à l'Huiffier de la
VS. iugeront
>>Verge noire ,amma ou ....
>> à propos de l'ordonner » . La Députation,
s'étant retirée , Lord Walſingham fit la motionde
remettre l'accuſé à l'Huiſſier de la
Verge noire , ce qui ayant été agréé, leChe .
valier Francis Molineux , cet Huiffier , conduifit
M. Hastings à la Barre , où il s'agenouilla.
Immédiatement le Chancelier lui
permit de ſe relever , & ordonna la lecture
des articles de l'impéachment. M. Haſtings ,
ayant demandé que cette lecture de cinq
heures ſe fit en abrégé , le Ducde Richmond
s'yoppoſa ſous prétexte qu'il ne connoiffoit
pas les articles , & qu'il falloit procéder dans
1
( 18 )
toutes les formes. Deux des Secrétaires de la
Chambre , en ſe relayant , commencerent
cette lecture,durant laquelle la plupartde leurs
Seigneuries allerent ſe rafaîchir. Au bout
d'une heure , Lord Dunmore fit obſerver
que le prifonnier étoit debout , & demanda
qu'on le fit aſſeoir, ce qui fut accordé fur- le
champ. En vain Lord Townsend , après le
ſeptieme article , ſupplia-t- il qu'on fit grace
à la Chambre & à l'Accuſé du reſte de cette
lecturetout au longselle s'acheva tel'e quelle:
après quoi , M. Hastings demanda copie des
articles , liberté de préſenter ſes Con'eils , &
letems néceſſaire à ſa défenſe. On le fit reti
rer , & Lord Walſingham propoſa de l'admettre
àune caution perſonnelle de 10,0001.
fterl., & à deux sûretés de sooo 1. ſterl. chaeune.
Après quelques débats peu importans,
on ſe rangea à l'avis du Ducde N
Nortoick ,
de ſoumettre le priſonnier à une sûreté de
20,000 l. ft. & à deux cautions de 10,000 1.
ſterl. chacune. Le chancelier fit enfuite obſerver
que le terme de laSeſſion actuelle étoit
trop prochain pour que M. Haſtings eût le
tems de préparer ſa défenſe , & , qu'en
conféquence , il étoit néceſſaire de la fixer
aux premiers jours de la Seſſion furure. Ces
diverſes queſtions étant décidées , M. Haftings
fut rappellé , & le Chancelier l'informa
qu'on lui accordoit copie des articles
de l'impéachment , qu'il eût à produire
ſa défenſe écrite , le ſecond jour de
la prochaine Seffion , & qu'il étoit libre de
( 19
prendre ſes Conſeils, en les faiſant connoître
à la Chambre. M. Hastings dit alors
que ſon choix étoit tombé fur MM. Plomer,
Law & Dallas On le requit enfinde preſenter
deux cautions , ce qu'il fit en faiſant approcher
MM. Sullivan & Sumner , qui chacun
prêterent ferment d'une propriété libre
de 10,000 liv. ſterl. , & fignerent leur engagement.
Ils ſe retirerent immédiatement avec
l'Accuſé , mis hors des mains de l'Huiffier à
Verge noire , & la Chambre votal'impreſſion
des articles de l'impéachment.
ود را
Nous avons rapporté l'indécent propos de M.
Courtenay , qui , dans une des dernieres ſéances ,
avoit appellé Mylord Hood le ſpectateur de la
victoire de Rodney , le 12 Avril 1782. L'Amiral
Hood demanda le 14 de ce mois , dans la ChambredesCommunes
, l'explication de cette offenſe .
Il obſerva qu'une pareille expreffion infultoit
non-ſeulement lui, mais encore l'Amiral Rodney ,
qui, en ſa qualité de Commandant en Chef, auroitdû
faire inſtruire ſon procès, eût manque
à ſon devoir dans cette journée. Pluſieurs amis
de M. Courtenay témoignerent leur ſurpriſe de
ce que Lord Hood infiftoit sur cette incartade ,
après l'éclairciſſement que M. Courtenay avoit
donné lui - même. M. Burke alla plus loin , il
aſſura burleſquement que M. Courtenay , bien loin
d'attacheraucun ſens injurieux à l'expreffion dont
il s'étoit ſervi , lui avoit déclaré en particulier
que pour bien rendre ſon idée , il auroit dû dire
participant (participator ) , au lieu de ſpectateur.
M. Pitt , un peu moins fubtil , fut d'avis que
la réponſe de M. Courtenay n'étant rien moins
que claire , l'honneur de Lord Hood injuſtement
( 20 )
A
r
:
compromis , demandoit une ſatisfactionplus authentique.
En conséquence , le Miniſtre propoſa
que le vote des remercimens de la Chambre à
Lord Hood , fût relu & réimprimé dans le vote
dece jour. Cette motion de M. Pitt fut approuvée
unanimement , & jointe au déſaveu déja mis
deM. Courtenay , & de ce dernier lui-même. Le
lendemain a terminé cette affaire à la fatisfaction
de l'Amiral .
Le quatrieme , le cinquieme & le ving .
tieme régimens vont s'embarquer à Cork
pour leCanada. Les tranſports qui lesy conduiſent
en raméneront , à ce qu'on préſumé,
les vingt-neuvieme , trente unieme &trentequatrieme
régimens ; mais ce n'eſt-là qu'une
conjecture.
02-
La flotte , deſtinée pour Botany Bay , &
commandée par le Commodore Philips , a
fait voile de Portsmouth le 15 de ce mois.
Les Lords de l'Amirauté feront le mois
prochain une inſpection générale de tous les
Vancaux de la Marine Royale en commiffion,
en ordinaire, & en repartation. Les ordres
du Bureau à ce ſujer ont été envoyés
aux Commandans des differens ports. Les
Commiſſaires de l'Amirauté s'embarqueront
à bord du Yacht l'Auguste . Ils ont ordonné
dernférement la conſtruction de douze frégates
neuves de 40 canons , qui , felon les
contrats paffés avec les Conſtructeurs particuliers
, doivent être achevées dans quatre
ans. Sur les chanties royaux on va construire
huit nouveaux vaiſſeaux de ligne; l'un dego,
& les autres de 74 canons.
( 27
Can.
Indefatigable
Comme nous ſavons que différentes perſonnes
recherchent & ga dent ces liftes navales,
nous allons donner celle des vaiſſeaux
lancés en Angle erre depuis la paix , conformément
à l'etat que l'Amirauté en a fourni
cette année à la Chambre des Communes.
1784.
Tremendous
Venerable
Stately
Can.
74 Woolwich 44
74 Regulus 45
6+ Melampus 36
64
Romulus
36
Director 64 Caſtor 32
Gorgon 44 Solebay 34
Adventure 44 Melenger 32
Expedition 44 Mermaid 32
Guardian
44 Circe 28
Experim nt 44Hind 28
Crefcent 36 Squirrel 24
Andromeda 32 Scorpion 18
T
Dido 28 1786.
Haffar 28 Royal Sovereing 110
Nautilus 16 Impregnable 20
Brisk 16 Theſeus
74
Ferret 16 Saturn
74
17856M Hannibal
74
SaintGeorge 98 Zealous 743
Ramillies 74 Elephant 74
Audacious 74 Bellerophon 746
Majeftie 74 Dover 44
Terrible 74 Severn 44
Victorions 74 Aquillon
Naffau 61 Blancher
32
Medufa so Terpsichore 32
Chichester 44 Alligator 128
En tout , 20 vaiſſeaux de ligne.
I de so canons.
( 22 )
25 Frégates.
4 floops.
Total , so , conſtruits , ſoit dans les
chantiers royaux, ſoit dans
ceux des particuliers.
Le Phénix & le Pitt venant du Bengale,
le Duc de Montrose , le Northumberland
& le Comte de Comwalis , venant de
la Chine , tous vaiſſeaux de la compagnie
des Indes , font arrivés ſaufs la ſemaine derniere
en différens ports de cette île. Les
deux derniers ont ramené un grand nombre
de paſſagers, entre leſquels ſe trouvent leGénéral
Sloper,& le Général Dalling, ci-devant
Commandant de Madras.
en
Depuis le 10 de ce mois que la confolidation
des droits eſt activité , il eſt entréàla
Douane une quantité prodigieuſe d'eaux devie
&de liqueurs fpiritueules. L'eau-de - vie
ſe vend actuellement de 8 à 9 ſols 6 den. , &
le rhum de 6 à 7 ſols 3 den. le Gallon .
Le Duc de Richmond, Grand- Maitre de l'Artillerie
, a , dit- on, mis ſous les yeux du Roi ,
un nouveau projet pour fortifier l'embouchure
de la Tamiſe , de maniere à prévenir les attaques
dont les Hollandois & d'autres nous ont
menacé pendant la derniere guerre. On affure
que ce Seigneur va équiper à ſes frais une frégate
, pour viſiter toutes les côtes d'Angleterre ,
&déterminer celles qui peuvent avoir heſoin
d'une défenſe de l'art.
On arme actuellement un vaiſſeau qui doit
aller à Otahiti prendre des plans de l'arbre à
( 23 )
pain , (bread tree ) & les tranſporter aux îlesde
l'Amérique. Ce bâtiment porte tout ce qui eſt
néceſſaire à laconſtrution d'une ſerre chaude, un
Botaniſte & un Jardinier. Le plan de cette expédition
vraiment patriotique , eſt dû au Che
valier Bancks , & le Roi lui- même y prend le
plus grand intérêt. Ce vaiſſeau ſera commandé
par le Capitaine Gore , Compagnon des courſes
du Capitaine Cook. C'eſt Lord Howe qui l'a
nommé à cette place.
Lorsqu'il fut queſtion dans l'origine des
accufations contre M. Hastings , le Chance.
lier déclara dans la Chambre des Lords que
ces charges prétendues ne faisoient pas plus
d'impreſſion fur lui que les Aventures de Robinson
Crusoë , & qu'il auroit été àSouhaiter
pour la Compagnie des Indes & pour l'Etat, que
te vaiſſeau qui ramena le Général Clavering,le
Colonel Monfon , & M. Francis , eût été perdu
dans les flots.
Un malheureux jeune homme qui s'eſt tué de
deux coups de piſtolets dans Queen fireet , avoit
laiſſé un papier écrit de ſa main , dont voici la
reneurt 7
-> Mon exemple & celui de mille autres , doit
>> faire détester an Gouvernement & à l'humanité
en général , le premier qui inventa & qui
exécuta l'infernal projet de la loterie. Cen'eft
>> pas que je pense que mon infortune mérite
>> la commifération ; j'aurois du ſans doute ne
pas me lignes à des eſpérances auſſi illuſoires ,
ni mabandonner à l'efpoir de pourvoir peut-
>>etre au fortune femme & de deux malheu
reux enfans en livrant le certain , quelqu'in-
>> ſuffifant qu'il fût , pour une chance incertaine ,
( 24)
» qui , même en nous réuſſiſſant , laiſſe des remords
, puiſque ſon produit eſt pris injuſte
>>> ment fur le public.... La vie n'eſt qu'une om-
>>bre , un jeu , un véritable ſonge , &c. &c. ».
La nuit du 3 au 4 , entre minuit & une
heure , le paquebot le Calais , Cap. Meriton
, mouillé dans la Tamiſe, fut abordé
par huit hommes armés de piſtolets & de
coutelas. Ces bandits attaquerent dans l'entrepont
le ſecond patron , & lui enleverent
ſon argent , en demandant le Capitaine qui
ne ſe trouvoit point à bord. Ils pillerent en-
Quite le bâtiment & les Officiers de la douane
qui étoient à bord , & emporterent fans
accident pour plus de 100 liv. ft. d'effers.
On a depuis arrêté huit de ces pirates d'eau
douce , ( terme confacré en Angleterre ) que
l'on doit exam ner inceſſamment.
On a reçu de Dublin , en date du 26 Avril ,
des détails plus certains ſur l'incendie qui a eu
• lieu à Clonduikin , près de cette ville ; ils font
conſignés dans la lettre ſuivante. Les ou friersdu
moulin à poudre étant fort preſſés , par des de
mandes multipliées, eurentl'imprudence de laiſſer
juſqu'à 260 barils de poudre dansun grenieraudeſlus,
de certe partie de la fabrique où ſe fait
la derniere préparation de la poudre. Le jour de
l'accident , la plupart des ouvriers anglois célé
broient la fête de St. George , patron de P.Angleterre.
Deux feuls d'entr'eux écolent au tra
vail à l'inſtant où le feu a pris La poële fur
laquelle on fait ſécher la poudre ayant été trop
chauffée,cinq ou fix barils ſe font enflamniés
&l'incendie s'eſt auſſi- tôt communiqué au grenier.
Lexplosion a été terrible àpluſieurs milles
( 25 )
ont
à la ronde , la terre ébranlée , & les
perſonnes
qui ſe
trouvoient dans le voisinage ont perdu
Ruſage de la vue pendant
quelques inſtatis . Des
maiſons ont été
découvertes , des fenêtres briſées
, &c. Mais les effets les plus
lamentables
ont été fur le lieu même : la maſſe entiere de
T'édifice a été
détruite &
enlevée dans les airs ;
il n'en rette pas même la trace , & les
perſonnes
qui
connoiſſoient l'endro't , peuvent à peine ſe
perfuader qu'une ruine aufli
complette ait pu
s'opérer dans un ſi court eſpace de temps. Des
corps de
maçonnerie , peſant des milliers
été trouvés à la diſtance de cinq ou fix arpens ,
& les champs étoient fillonnés par la
violence
avec laquelle les pierres dans
l'exploſion avoient
raſe la torre ; les poiſſons d'un étang contigu
ont été tués par la
commotion. On a trouvé
le corps d'un des
hommes dans une
carriere
voiſine avec la tête
horriblement
écrasée.
Quant à l'autre , on ſuppoſe qu'il a été dé
chiré en
morceaux. Cinq ou fix
perſonnes ont
été bleſſées , & l'une
d'entr'elles eſt en danger.
Le
propriétaire du moulin , M.
Caldbeck , fait
une perte trèsconfiderable
, & d'autant plus
importante que la nation perd dans cette occaſion
, un
établiſſement
important qui avoic
été porté à toute la
perfection dont il étoit fuf
ceptible. FRANCE .
De
Versailles , le 26 Mai.
Le
Marquis
d'Andignier , le
Marquis de
Gras-Préville , le Comte de la Panouſe ,
Capitaine au
régiment
Dauphin , Dragons ,
le
Vicomte
d'Orléans , & le Baron
d'Allon-
N°. 22 , 2 Juin 1787 .
b
P26 )
:
ville, qui avoient eu l'honneur d'être préſentés
au Roi , ont eu , le 16 de ce mois ,
celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté , & de la ſuivre à la chaſſe.
Le 20 de ce mois , Madame de Villedeuil
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Ducheſſe
de Duras , Dame du Palais.
Les ſept Bureaux des Notables ayant terminé
leurs obfervations fur le plan que S. M. leur avoit
fait communiquer , & Monfieur les ayant remiſes
au Roi , ainſi que les arrêtés des différens Bureaux
, S. M. fixa au 25 de ce mois la clôture de
PAffemblée. Eile ſe rendit en conféquence , ce
jour , vers onze heures & demie à l'Afiemblée
des Notables.
Dèsque leRoi futentré chez lui ,les Notables,
à la tête deſquels étoient Monfieur, Monfeigneur
Comte d'Artois , le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé, leDuc de Bourbon , le Prince de Conty
& le Duc de Penthièvre , eurent Phonneur de
faire leurs révérences à S. M. dans fon Cabinet ,
& après s'être diviſés par Bureaux , ils eurent
aufli celui de faire leurs révérences à Monfieur ,
àMonfeigneur Comte d'Artois & aux Princes du
Sang.
Le ſieur des Effarts , Avocat , Membre
depluſieurs Académies , Député de la ville
de Cherbourg , a eu l'honneur de préſenter
au Roi le troiſieme volume in 4.du Dictionnaire
univerfel de Police , que Sa Majesté
a honoré de ſa ſouſcription (1).
(1 ) Cet ouvrage se trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur de laReine, que des Mathurins , hótel
de Clugny.
( 27 )
De Paris, le 30 Mai.
Jacques le Harivel , journalier , eſt mort
le 7 à Thorigny en Normandie , âgé de
105 ans , ſans jamais avoir connu ni femme
ni Médecin. La même Généralité a perdu
le mois dernier un autre centenaire , nommé
Jacques Monthégu , décédé le 30 Avril ,
dans la 102 , année. Il n'avoit jamais éré
malade.
Dans l'Aſſemblée des Notables , du 25 de
ce mois , il a été prononcé onze difcours.
On y a entendu ſucceſſivement Sa Majefté,
Mgr . le Garde des Sceaux, M. l'Archevêque
de Toulouſe , Chef du Conseil Royal des
Finances , Monfieur , Frere du Roi , M. de
Dillon , Archevêque de Narbonne , M. d'Aligre
, Premier Preſident du Parlement de
Paris , M. de Nicolaï , Premier Préſident
de la Chambre des Comptes ,M. de Barentin
, Premier- Préſident de la Cour des Aides
de Paris , M. l'Abbé de la Fare , éluGénéral
des Erats de Bourgogne , M. Angran d'Alle
ay, Lieutenant- Civilau Châtelet deParis,
&M. Le Pelletier , Prévôt des Marchands
de la ville de Par's. Nous allons rapporter
les deux premiers de ces diſcours,érant obligésde
remettre les autres au Journal ſuivant.
Difcours du Roi,
;
MESSTURS , en vous appellant autour de moi
pour m'aider de vos conſeils , je vous ai choifis
capables de me dire la vérité , comme ma volonté
étoit de l'entendre.
ba
( 28 )
J'ai été content du zele & de l'application que
vous avez porté à l'examen des différens objets
quej'ai fait mettre ſous vos yeux. Je vous ai annoncédes
abus qu'il étoit important de réformer,
vous me les avez dévoilé ſans déguiſement ; vous
m'avez en même-temps indiquéles remedes que
vous avez jugé les plus capables d'y remédier.
Aucun ne me coûtera pour établir l'ordre & le
maintenir. Il falloit pour y parvenir mettre de
niveau la recette & la dépense . C'eſt ce que vous
avez préparé , en conſtatant vous-même le déficit;
en recevantde ma partl'aſſurance de retranchemens
& de bonifications conſidérables ; en
reconnoiſſant la néceſſité des impoſitions queles
circonstances me contraignent àexiger de mes
fujets.
J'ai au moins la conſolation de penſer que la
formede ces impoſitions en allégera le poids ,&
qne les changemens utiles , qui feront la ſuitede
cette afſemblée , les rendront moins fenfibles.
Le voeu le plus preſſant de mon coeur fera toujours
ce'ui qui tendra au ſoulagement & au
bonheur de mes peuples.
Vous allez voir , Meffieurs , dans l'expoſé
qui va vous être fait de ce que j'ai réſolu , les
égards que je me propoſe d'avoir pour vos avis.
Discours de M. de Lamoignon , Garde des
Sceaux de France.
MESSIEURS , les travaux que vous terminez
aujourd'hui feront une époque mémorable du
regne de Sa Majeſté. Nos deſcendans les compteront
avec reconnoiffance parmi les titres de
gloire qui doivent honorer le Roi & fa Nation .
Les auguſtes prédéceſſeurs de Sa Majefté
avoient fréquemment appellé auprès du Tréne
les repréſentans ou l'élite de leur Empire , pour
( 19 )
concerter des Loix , remédier aux abus ; pacifier
des troubles , prévenir desorages,& pour
faire rendre à leur autorité tutélaire la liberté
d'aſſurer le bonheur des peuples.
On avoir vu trop ſouvent avec douleur dans
ces conſeils nationaux les précieux momens.conſacrésà
de ſi importantes délibérations , ſe perdre
en vaines diſputes ou en projets chimériques.
Les grands corps de l'Etat ne s'affembloient
preſque jamais que pour ſediviſer.
Une triſte expérience ſembloit avoir condamné
ces orageuſes aſſemblées à une plus longue
déſuétude , depuis plus d'un fiecle & demi
que l'autorité royale s'eſt inébranlablement affermie.
Le Roi a obſervé dans ſa ſageſſe les changemens
qu'ont amené parmi nous le progrès des
Jumieres , les re'ations de la ſociété & l'habitude
de l'obeiſſance.
Tout étoit calme au-dedans & au dehors de
fon royaume , quand Sa Majesté frappée dans le
filence de ſes Conſeils d'une foule d'abus qui
appelloient de prompts & puiſſans remedes , a
conçu le projet d'inter ogendes Membres diſtingués
des divers ordres de fon Erat , & de leur
confier le plus douloureux ſecret de ſon coeur .
en mettant ſous leurs yeux le tableau de ſes
finances.
Sa Majesté vous a choiſi , Meſſieurs , far ba
foi de la renommée qui ne trompe jamais les
Rois , pour concourir au rétabliſſement de
l'ordre dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion.
rances,
Vous avez dignement répondu à ſes eſpé-
Vos délibérations ont conftamment atteſté
J'union des coeurs & l'unité des principes ; & la
gloiredeco concertunanime commencera ,Met
b3
( 30 )
heurs , à cette Aſſemblée dans les annales de la
Monarchie.. 7 .
Admis à la noble fonction d'éclairer votre
Souverain ſur les plus grands objets de la
proſpérité publique , vous avez trouvé toutes
les avenues du Trône ouvertes à la vérité.
Vous avez pefé avee un reſpect religieux dans
vos conférences les facultés du peuple , mais
vous avez cédé à la néceſſiré qui eft la premiere
loi; & en balançant les beſoins de l'Etat avec
fes moyens , cette Affemblée a préſenté à
P'Univers le ſpectacle tonchant d'une généreufe
émulation de facrifices entre le Roi & la
Nation.
Tout vous a été révélé ſans déguiſement : le
myſtere ne convient qu'à la méfiance ou à la
foibleffe!
L'incertitude auroit aggravé le mal , en livrant
aux inquiétudes de l'imagination des befoins
qui ſemblent diminuer , dès qu'ils font rigoureuſement
déterminés par la préciſion du
calcul.
i
On a découvert ſous vos yeux le tableau des
revenus & des charges de l'Etat ; & pour la
réduction des dépenses , comme pour l'accroif-
Tement & la durée des tributs , le concours
des différens Bureaux de l'Aſſemblée a formé
le réſultat ſolemnel de l'opinion publique.
C'eſt ainfi , Meſſieurs , que vous avez été le
conſeil de votre Roi , & que vous avez préparé
& facilité la révolution la plus defirable, fans
autre autorité que celle de la confiance , qui eft
lapremiere de toutes les puiſſances dans le gouvernement
des Etats.
La Nation , fidele à ſon ancien caractere de
Joyauté , n'a fait entendre aux pieds du Trône
que les nobles conſeils de I honneur & de cet
( 31 )
amour héréditaire pour ſes Rois , qui eft, le pa
triotiſme des François.
Vous avez cherché le remede d'un défordre
dont la ſoudaine révélation vous a affligé fans
vous abattre ; & vous l'avez trouvé comme
le Roi l'avoit prévu , dans l'économie , les retranchemens
, les bonifications , & dans une
augmentation limitée de tributs.
En exécutant des réformes fi dignes de fon
coeur , le Roi va être glorieuſement ſecondé
par fon auguſte Famille.
La Reine , dont la bonté recherche avec tant
d'ardeur les moyens de contribuer à la félicité
publique , s'eſt empreſſée d'ordonner qu'on lui
préſenta: le tableau de tout le bien & de tous
les facrifices qu'elle peut faire.
Les auguſtes Freres de Sa Majeſté , qui viennent
de donner de ſi grands exemples de zele &
de patriotiſme , préparent au tréfor public tous
les foulagemens qu'il peut attendre des réductions
dans leurs Maiſons , & de leur amour pour
les peuples.
Tout ſera donc réparé , Meſſieurs , fans ſecouffe
, fans bouleverſement des fortunes , ſans
altération dans les principes du Gouvernement ,
& fans aucune de ces infidélités dont le nom
ne doit jamais être proféré devant le Monarque
de la France.
L'Univers entier doit reſpecter une Nation qui
offre à ſon Souverain de ſi prodigieuſes reffources
; & le crédit public devient plus ſolide aujourd'hui
que jamais , puiſque tous les plans
propoſés dans cette Affemblée ont eu pour baſe
uniforme la religieuſe fidélité du Roi à remplir
ſes
engagemens .
Pour atteindre à un but ſi digne de ſa follicitude,
le coeur du Roia été profondément af,
b4
( 32 )
feté de la néceſité d'établir de nouveaux ima
pôts; mais des facrifices dont Sa Majefié abrégera
fidélement la durée , n'épuiſeront pas un
Royaume qui poſſede tant de ſources fécondes
de richeſſe , la fertilité du ſol , l'induſtrie des
habitans & les vertus perſonnelles de ſon Sou,
verain.
La réforme arrêtée ou projettée de pluſieurs
abus ,& le bien permanent que préparent denouvelles
loix concertées avec vous , Meſſieurs, vont
concourir avec ſuccès au foulagement actuel des
peuples.
LaCorvée eſt proſcrite ; laGabelle eſt jugée,
les entraves qui génoient le commerce intérieur
&extérieurferont détruites ; &l'Agriculture encouragée
par l'exportation libre des grains , deviendra
de jour en jour plus floriſſante.
Les nouvelles charges des peuples finiront avec
les beſoins qui les fontnaître.
Le Roi a folemnellement promis que le défordre
ne reparoîtroit plus dans ſes finances ; & Sa
Majefté va prendre les meſures les plus etficaces
pour remplir cet engagement ſacrédont vous êtes
les dépofitaires.
Une nouvelle forme dans l'adminiſtration ,
follicitée depuis long-temps par le voeu public ,
&récemment recommandée par les eſſais les plus
heureux , a reçu la tanction du Roi , & va régénérer
tout fon Royaume.
L'autorité ſuprême de Sa Majefté accordera
aux Adminiſtrations Provinciales les facultés dont
elles ont beſoin pour aſſurer la félicité publique .
Les principes de la conſtitution françoiſe ſeront
reſpectés dans la formation de ces Aſſemblées , &
la Nation ne s'expoſera jamais à perdre un fi
grand bienfait de fon Souverain , puiſqu'elle ne
eut le conſerver qu'en s'en montrant toujours
agne.
( 33 )
L'évidence du bien y réunira sous les eſprits.
L'Adminiſtration de l'Etat ſe rapprochera de plus
en plus du gouvernement & de la vigilance d'une
famille particuliere ; & une répartition plus équitable
, que l'intérêt perſonnel , furveillera ians
ceffe , allégera le fardeau des impofitions.
Pour rendre à jamais durables dans ſon Rojaume
les utiles réſultats de vos travaux , le Roi va
imprimer à tous ſes bienfaits le ſceau des loix.
Sa Majesté defire que le même eſprit qui vous
anime , Mellieurs , ſe répande dans les Aſſemblées
qu'Elle daigne honorer de ſa confiance ; & Elle
efpere qu'après avoir montré ſous tes yeux un
amour fi éclairé du bien public , vous en déve
lopperez le germe dans toutes ſes Provinces.
>> On mande de Monneren , village du
>>Duché de Luxembourg , près de Sierck ,
>> qu'un maçon étant defcendu ces jours
>> derniers au fond d'un puits de 27 pieds de
>>profondeur , pour y faire des réparations ,
>>voulut détacher quelques pierres mal
>> unies , ce qui produiſit un éboulement de
>> tout ce qui étoit au-deſſus de lui ; une
>>>partie des pierres forma heureuſement une
>> voûte ſur ſa tête & autour de lui , de ma-
"niere qu'il ſe trouva engagé dans ces dé-
>> bris , n'ayant que lesjambes &les cuiffes
>>>abfolument libres , & pofees dans l'eau ,
>>>qui avoit4 pieds de profondeur. Il reſta
>>>ainſi , depuis 8 heures du matin juſqu'à 6
>> heures du foir , enseveli ſous 19 pieds de
› décombres , entendant tout ce qui ſe di-
>>>foit à l'orifice du puits , reconnoiſſant les
>> aſſiſtans à leur voix. Il indiquoit lui -même
b.s.
( 34 )
>>les procédés qu'il croyoit les plus propres
>>à ſa délivrance , mais ſans être entendu.
>> Au bout de quelques heures de travail,
>> les ouvriers ayant négligé d'étayer la par-
>> tie du puits qu'ils avoient débarraffée , il
>> ſe fit un nouvel éboulement qui encerra
>>> un fecond ouvrier. Celui-ci fut bientôt
>> dégagé ; & enfin après 10 heures de travail
>> on parvint à rendre au jour le premier ,
>> qui ne ſe trouva nullement incommodé ;
>> il demanda auſſitôt à fumer ſa pipe, & dit
>> n'avoir éprouvé d'autre ſentiment que l'ef-
55 pérance d'être ſecouru .
« Le prix deſtiné par l'Académie de Bordeaux
récompenſer les actions vertueuſes , a été adjugé,
cette année , à la nommée Simonne Eyraud ,
fille native de la paroiſſe de Salignac en Fronfadois
, habitante de la paroiffe Sainte Croix de
Bordeaux. Cette fille, aujourd'hui âgée de 68
ans , entravers la fin de 1751 , au ſervice de
la dame Macquerre , femme du Portier de la
porte Sainte-Croix. Les ſept premieres années
de ſes gages lui ayant été exactement payées ,
elle en avoit mis en réſerve 260 livres . Le fieur
Macquerre mourut , & lailla ſa femme , déjà
avancée en âge , fans aucune reffource , & bientôt
obligée de ſuivre un procès inévitable & don-
Joureux pour une mere. Simonne Eyraud ne vit
que la douleur de ſa maitrelle , & l'état d'indigence
dans lequel elle alloit ſe trouver ; elle
n'écouta que ſon attachement pour elle , commença
par lui remettre les réſerves qu'elle avoit
faites ſur ſes gages , y ajouta , pour fournir aux
frais du procès , le produit d'un petit patrimoine
qui lui étoit échu , fe dévoua gratuit ment à fon
( 35 )
ſervice, conſacra le reſte de ſes jours à être fa
filelle compagne & le ſoutien de fa vieilleffe ; &
depuis 25 ans , (la drine Macquerre en a maintenant
90 ) conſervant toujours pour elle le
même reſpect , elle la nourrit & l'entretient avec
lemême zele & le même déſintéreſſement , foit
du produit de fon travail , foit des petits ſecours
qu'elle reçoit des perſonnes qui connoiffent
lebon uſage qu'elle en fait, >>>
Le Bureau Académique d'Ecriture a tenu le
17 de ce mois à la Bibliotheque du Roi fa
ſéance publique . M. Harger , Secrétaire , l'a
ouverte par la lecture d'un Mémoire dans lequel
il a démontré la néceſſité de ſubſtituer
à l'Ecriture coulée une Ecriture tårarde couée .
dont un modèle gravé a été diſtribué. Le motif
de ce changement , ainsi que l'a exposé
M. Harger au nom de l'Académie , eft de don
ner aux Ecritures curſives la liberté qu'elles
n'ont point par l'ufage de la coulée , où une
partie des lettres qui la compoſent ſe confondent,
& encore pour éviter les falfificationsS
auxquelles ſe prête la coulée, notamment dans
le mot cent, dont il eſt facile , avec cette Ecriture,
de faire le mot mille, Dans la feconde
partie de fon Mémoire , il a traité de la vérification
des Ecritures , qu'il a dit être appuyde
fur des baſes établies par la Nature; &
ne pas confifter , comme on le prétend , dans
la reſſemblance ou la diſſemb'ance des lettres .
Il s'est étendu fur les conjonctures qu'en attribue
à l'art , & il a fait voir que fi celles du commun
des obfervations font trompettfes celles des Exeperts,
en fuppofunt quien fut les mettre au rang
des conjonctures , font fondées fur les agens de
mouvement qui font toujours difpoles diverſement
dans chaque individu. Il a parlé des inconvéniens
b6
( 36 )
qui réſultent des fignatures indéchiffrables , notama
ment de cel'es de la plupart des Notaires , que
perſonte aujourd'hui ne peut lire. M. Blin , Adjoint
&Secrétaire , en a lu un ſur la néceſſité de joindre
l'enſeignement de laGrammaire françoiſe à
celui de l'Ecriture.
M Deffalle , Aflocié , a traitédes beautés de
l'art d'écrire qu'il a oppoſées aux idées peu favorables
& trop communes que l'on en a. Il a
propoſé d'adopter une écriture perpendiculaire ,
qui , fuivant lui , eſt plus naturelle , & qu'il
trouve néceſſaire ſur tout depuis que l'uſage
eſt de faire aoprendre à écrire aux enfans avant
que leur corps ait acquis aſſez de force pour ne
craindre aucun accident. M. d'Autrepe , Directeur
, a terminé la féance par quelques réflexions
ſur les avantages qu'a procuré l'établiffement
de ce Bureau académique , par l'émulation
parmi les perſonnes du ſexe , & parmi les
Maîtres de Province. Il a été délivré enſuite
des médailles d'encouragement ; l'une à Mademoiſelle
Beſſa , Maîtreſſe d'écriture à Paris ›
aſpirante à une place d'Adjointe audit Bureau ;
l'autre à un jeune homme de 12 à 13 ans ,
fils de M. Malavergne , Maître Ecrivain à la
Réole en Bazadois : les ouvrages , tant de ladite
Demoiselle Beffa , que du fieur Malavergne
fils , ont été exposés dans l'aſemblée , &
ont reçu des applaudiſſemens juſtement merires.
Les Payeurs des Rentes, 6 derniers mois
de 1786 , font à la lettre M.
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 25 Mai.
2
La fituation des Provinces Unies eſt en(
37
core àpeu près telle que nous l'avons décrite
au Journal dernier. Le 13 il y a eu une
rencontre entre que'ques Cavaliers du régi
ment de Thuyl, à la tête deſquels le Général
van-der-Hoop faiſoit une reconnoiſſance , &
un pati de chaſſeurs & houſſards delalegion
de Salm. Les Etats aſſemblés à Amersfoort
ont porté plainte à ceux de Hollande contre
cette attaque , qu'ils attribuent à la Légion
de Salm. Les Etats de Hollande , à ce que
difent les Gazettes du Parti , ont réſolu d'écrire
au Général van Ryſſelt , de lui faire
le rapportde cette affaire , &de lui ordonner
, ſi le cas l'exige , de réprimer ces houffards
, & de tenir ſes troupes ſur la défenfive.
On ajoute que le Conſeil d'Etat a autorifé
les Erats de Gueldres & d'Utrecht à tirer
des magaſins de la Généralité , l'artillerie &
les munitions dont ils pourroient avoir beſoin.
Ce même Conſeil a prié, les Erats
de Hollande de ſuſpendre la démiſſion des
Officiers qui ne veulent pas ſe ſoumettre à
entrer ſur le territoire d'Utrecht; mais les
Etats ont confirmé leur révolution.
Les Etats d'Overyſſel ont envoyé , à ce
qu'on rapporte , un Député à chacune des
fix autres Provinces , pour les engager'à une
ſuſpenſion d'hoftilités. Les mêmes Etats
viennent d'abolir le Réglement de 1675. Il
n'y apoint encore de nouvelle Loi Provin(
38 )
ciale ; mais les projets en ſont ſur le Bureau.
M. le Chevalier Harris , Envoyé- Extraordinaire
& Miniſtre plénipotentiaire de Sa
Majeſté Britannique à la Haye , eſt parti le
19 pour Londres , où il conduit ſa lemme
& ſes enfans , & doù il ſe ta de retour dans
un mois. M. Gom , Secrétaire de Légation ,
reſte chargé des Affaires.
Le Marquis de Venuti , Directeur de la
Fabrique Royale de Porcelaine à Naples , a
trouvé dans les ruines de l'ancienne Minturne
, près de Gariglian , une infinité d'énormes
colonnes de Cipolin & d'autres pierres
, un buſte tronqué en baſalte, repréfentant
un grand Sphynx , & une ſtatue de
Caligula , en marbre blanc , & dont la tête
eft trèsbien conſervée , circonstance trèsrare,
vu qu'après la mort de ce tyran, le
Sénat rendit un décret pour ordonner la
deſtruction de toutes ſes images. Parmi les
différens antiques tirés de cette fouille, on
cite encore une ſtatue de femme, dont la
cocfure & le voile ſemblant annoncer un
coſtume religieux. Certaines perſonnes
croient qu'elle repréſentela nymphe Marica ,
Déefle turélaire de Minturne : mais il eſt
plus probable que c'eſt plutôt une de fes
Prêtreſſes.
En vertud'un uſage très-ancien, les meubles du
Palais Pontifical à Rome font renouvellestous les
( 39 )
12ans,& les anciens font donnés à la famille du
Pape.L'époque de ce renouvellement étant arrivée,
on profica d'une abſence du S. Pere pour remeublér
ſes appartemens a neuf. Le Souverain
Pontife qui ignoroit cette coutume, fut très-furprisde
la métamorphofe , & il déclara que dorénavantilne
fouffriroit plus un pareil abus .
Les deux lions antiques de marbre blanc ,
qui ornoient l'escalier de la Villa Medici ,
vont ête tranſportés à Florence , où ils
feront déposés dans la célèbre galerie de
cette ville.
:
Parag extraits des Pap. Angl. & autres .
Le 4 Mai ,le Procureur-Général d'Irlande a
averti le Parlement de ce Royaume de l'enlévementde
Lord Gormantown, âgé de 12 ans . Il dit
que ce jeune Seigneur avoit été enlevé d'une maniere
clandeftine , dans le mois deDécembre dernier,
gu'il avoit paffé par l'Angleterre avec la
plus grande précipitation , accompagné d'un Prêwe
& d'un Officier au ſervice del'Autriche ; que
de-là on l'avoit fait paffer en France , où il avoit
éré pendant quelque tems enfermé dans un Collége
, d'où il avoit été transféré dans la Principauté
de Liège , où il est maintenant ſurveillé & gardé
à vue , par une vieille grand'mere & un oncle
quieſt leplus proche héritier de la famille , qui
font de 5 on 6000 liv. fterl. de rente. En vain on
avoit fignifié à l'oncle un décret de la Chancelleries
fous le grand ſceau de l'Irlande , pour le
ſommer de rendre le mineur ;il avoit répondu à
-cet ordre de la maniere ſuivante :
(40 )
«Attendu qu'il m'a été remis ( à moi Jericho
Preſton , Conſeiller Eccléſiaſtique & privé de
S. A. le Prince de Liège ) un lambeau de parchemin,
auquel pendoit un morceau de cire ,
>>>& que l'on m'a dit que ledit lambeau de parche-
> minétoit un ordre de la Cour de la Chancelle-
>>>rie d'Irlande , & que le ſuſdit morceau de cire
>> portoit l'empreinte du grand Sceau du Royau-
>>>me d'Irlande ; j'ai demandé au Meſſager fi fon
>> intention étoit de me ſoumettre à une Jurifdic-
> tion étrangere , proteſtant contre la validité&
>> la fignification qui m'a été faite de ce parche-
>> min , &c. »
Le Procureur-Général conclut de cet expoſé ,
qu'il étoit néceſſaire de paſſer un Bill qui rendit
cet oncle inhabile à ſuccéder aux biens de la famille
PreſtondeGormanſtown. Le Bill fut reçu
&lu pour la premiere fois. (Gazetër. )
On lit dans un papier étranger (Réol Zeitung)
*l'anecdote ſuivante .
•Lorſque la Pologne ſe vit au moment d'être
>> partagée , il vint auprès du Roi pluſieurs
>>>Grands du Royaume , les principaux auteurs
>> des malheureux troubles , qui firent à S. M.
>> les reproches les plus amers . Le Roi les entendit
l'un après l'autre fort tranquillement ;
mais voyant que leurs injuftes reproches ne
finiſfoient point , ilprit fon chapeau , & lejet-
>> tant par terre , leur dit : Jeſuis las , Meſſieurs ,
> de vous entendre ; le partage de notre malheureuse
בנ
parrie est une fuite de votre ambition , de vos
>>diffentions continuelles & de vos éternellesdif-
>> putes ; c'est à cela ſeul que vous pouvez jetter
>> la faute avec fondement. Pour ce qui me regarde ,
>> quand il ne me refleroit qu'autant de terrein que
> ce chapeau peut en couvrir , je ferai pourtant aux
>>yeux de toute l'Europe votre légitime , mais mal
( 41 )
heureux Roi , & le témoin digne de compaffion
de vos brouilleries . »
(Gazette de la Haye , nº.59 . )
Lebruit eftconſtant à Vienne , depuis quelque
jours , que M. de Bulgakow , avant de partir
de Conſtantinople , avoit eu une courie
conférence avec un des Miniſtres de la Porte ,
dans laquelle il avoit fait ſentir à ce dernier
l'impoſſibilité où l'impératrice ſa Souveraine , ſe
trouvoit de ſe déſiſter de la demande qu'elle
avoit faite concernant la Beſſarabie , cette province
étant incontestablement une dépendance
de la Crimée. Du reſte cette grande flotte compoſée
de vaiſſeaux de ligne , dont les Feuilles
publiques ont parlé , n'existe point dans le
canal de Conſtantinople ; & la petite eſcadre
d'obſervation que S. H. deſtinoit pour les parages
d'Oczakow n'avoit pas encore mis à la
voile, comme on l'a gratuitement ſuppoſe.
(Courier du Bas-Rhin , n°. 40. )
Ons'étoit attendu , écrit- on de Pétersbourg
que notre Miniftere auroit prolongé pour la fe
conde fois l'exécution littérale du Traité de
commerce , qui ſubſiſte entre la Ruffie & l'An
gleterre, dont le terme étoit expiré il y a trois
mois , & dont la prolongation a fini le premier
de ce mois ; mais le 16 , le Conſul Anglois
ayant reçu une lettre de Kiovie , qui lui a éré
écrite par M. Fitzherbert , Miniſtre Anglois ,
réſident auprès de notre Cour , ce Conſul s'eft
rendu à la Bourſe , & a ſignifié aux Négocians
Anglois qu'à l'avenir , ils devoient ſe conformer
pour les paiemens des droits & autres opérations
mercantilles , auxNations qui n'ont aucun traité
de commerce avec la Ruffie , & que même ils
devoient payer les droits en rixdhalers. Notre
Cabinet , à ce qu'on ajoute , a fait fignifier aux
( 44 )
unCorps de troupes près d'Oczakow , n'ont d'au
trebut que de te mettre à l'abri , fans ſe départir
néanmoins de la desenfive ; enun mot , qu'il eſt
fort probable que tout reſtera en paix, ſi l'Empereurn'entre
point dans les projets que pourra lui
préſenter le Cabinet de Pétersbourg , ou plutôt
quelque Seigneur qui abeaucoup d'influence , &
qu'on fait avoir formé des deſſeins très- vaſtés
pour a ſplendeur du Trône de Ruſſie , mais trèspeu
agréables à pluſieurs Puiſſances de l'Europe.
(Gazette de Leyte , nº. 40.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
CONSEIL DU Ror.
4
1
Iln'eſt perſonne qui n'ait entendu parler de
la malheureuſe affaire de l'Hermite de Bourgogne.
Effayons d'en tracer les principales circonstances.
-La nuit du sau 6 Décembre 1780 , plufieurs
voleurs enfoncerent la portede ſon hermitage,
& après l'avoir garoté & lui avoir bouché
les yeux , après l'avoir excédé de coups , lui
avoir fait les menaces les plus effrayantes , pour
favoir l'endroit où était fon argent , ils lui volerent
neuflouis & demi , & s'en allerent en le
laiſfant fur fon lit. -Ciny habitans d'Aignayle-
Duc furent accuſés par l'Hermite , qui crut
avoir reconnu la voix de quelques - uns : leur
procès fut inſtruit. Une Sentence du Bailliage
deChâtillon avoit condamné Vauriot , l'un des
malheureux accuſés , à être pendu , & avoit pro
noncé un furfis à l'égard des autres . - Un
Arrêt du Parlement de Dijon , en infirmant la
*Sentence , a condamné Claude Gentil , autre
( 45 )
des accuſés , à être pendu , Vauriot aux galeres
perpétuelles où il eſt mort depuis , a prononcé
un plus amplement informé indéfini contre les
deux autres , & enfin un hors de Cour contre
ledernier. - Depuis ce Jugement , il paroît
que les véritables voleurs ont été découverts ,
condamnés & fuppliciés pour le même crime à
Montargis. Les familles de ceux qui n'exiltent
plus & ceux qui vient encore , ſe ſont
pourvus en reviſion devant le Roi , & ont obzenu
le 18Décembre dernier , un Arrêt qui renvoie
l'affaire au Parlement de Dijon. M. Godard
Avocat au Parlement de Paris , déjà connu par
différens Mémoires , a entrepris la défenſe des
cinq malheureux qui ont été jugés par ce Par-
Jement , & il n'eſt pas reſté au-deſſous d'une
tâche fi noble & fi importante. Son Mémoire
annonce beaucoup de talens , & fixera ſürement
P'attention publique. L'Auteur a rendu le
récit des faits très intéreſſant; fa narration eſt
ſimple: une circonſtance contribue même à la
rendre encore plus attendriſſante ; c'eſt la maladie
de la mere de trois des accuſés. Dans la
nuit du 5 au 6 Décembre , cette femme torchoit
à ſon dernier moment; fas enfans luiprodiguoient
tous les ſecours de la pieté filiale ; les
atesde religion & d'humanité qui ſe paſſoient
dans la maiſon de la mere Gentil , & les ſcenes
d'horreurs & d'atrocités , dont au même inſtant
J'hermitage retentiſſoit , formen: un contrafle
digne d'attacher les Lecteurs. - M. Godard
d.viſe ſes moyens en deux parties. Dans la premiere
, il établit que fes cliens ne ſont pas
coupables ; il diſcute avec beaucoup d'ordre les
indices qui ont pu déterminer leur condamna-
•tion& les faire diſparoître. - Dans la feconde
il ramaffe les preuves de l'innocence des accu(
46 )
fes , & les circonstances qui excluent toute pof
fibilité du crime qu'on leur impute: Dans
une diſcuſſion aufli étendue , fans négliger les
moyens particuliers de ſa cauſe , M. Godard ſe
livre à l'examen d'objets d'intérêt public ; il fait
même agrandir ſon ſujet , en traitant ces quef
tionsfi fouvent agitées , des effets que doivent
avoir les témoignages des plaignans , des dé-
"nonciateurs & des témoins néceffaires , & dù
danger de juger d'après les indices . M. Godsid
releve avec force le danger des indices , & il s'é
crie , après avoir ramiffe une multitude d'exem
ples où les indices ont envoyé des innotes à
la mort : a Science trompeufe & funeſte des indices
, devez-vous reparoître encore dans nos
Une >>>Livres & dans nos Tribunaux
choſe à remarquer , c'eſt le parti que M. Go
dard a pris dans certe queflion importante du
témoignarge des plaignans & des dénonciateurs ,
prenant un milieu entre ceux qui veulent que
ce témoignage faſſe une foi entiere , & ceux
qui prétendent qu'on ne doit jamais les entendre.
L'Auteur du Mémoire , après avoir exposé les
inconvéniens de ces témoignages , veut qu'on
les reçoive , mais ſeulement pour éclairer l'oeil
des Juges , pour leur indiquer où ils pourront
trouver des preuves & non pas pour fervir de
moyen de condamnation. Nous regrettens de ne
pouvoir citer aucun des morceaux que nous annonçons;
ils font trop étendus pour être placés
dans notre Feuille , & nous renvoyons nos Lecteurs
au Mémoire de M. Godard : c'eſt dans ce
Mémoire qu'il faut voir auffi les réponſes du
malheureux Claude Gentil , lorsqu'avant d'être
conduit au fupplice , il fut appliqué à la quef
tion extraordinaire . L'éloquence de la douleur
& de la réfignation ne fauroit aller plus loin.
( 47 )
Au lieu d'aveux , on n'arrache de lui que des
proteſtations d'innocence , de la plus grande
énergie , des invocations religieuſes vraiment
fublimes : cet endroit du Mémoire eſt d'un intérêt
déchirant. - Nous finirons en tranfcrivant
un morceau qui a le double mérite d'être
relatif à un objet important , & de contenir un
é'oge parfaitement amené d'un nom cher à la
Magiftrature & à l'humanité , envers lequel M.
Godard femble s'être chargé d'être l'interprete
de tous les coeurs . Avant d'en venir à la
grande preuve de l'innocence de ſes cliens , qui
réſulte de la découverte des coupables , il dit :
Cette grande erreur , au moyen du ca-
>> ractere d'évidence qu'elle va encore acquérir
, va faire de la cauſe de cing malheureux
une cauſe nationale, à laquelle les citoyens
de tous les ordres prendront part , puiſqu'elle
5les preffera detourner leur attention fur eux.
>> mêmes , & elle déterminera enfin , n'en dou
-
tons pas , cette réforme defirée depuis fi long-
>> temps & avec tant de raiſon dans notre Légiflation
criminelle ; elle forcera toutes les ames
>>>ſenſibles de gémir ſur l'impoffibilité de répa-
>> rer les maux qu'elle a causes ; & la peine de
>mort qui ſeule rend ces maux irréparables , au
לי
lieu d'être prodiguée , comme elle est aujour-
>>d'hui pour toutes les eſpeces de crimes , fera ou
>> détruite , ou réſervée ſeulement pour les
>> grands forfaits , elle donnera lieu d'examiner
>> s'il ne ſeroit pas néceſſaire de laiſſer entre la
>>>condamnation & l'exécution un intervalle .
> pendant lequel la vérité aureit le temps de
>>>parvenir aux Juges, lorſqu'ils ſe feronttrompés
, elle fera retentir aux oreilles du Légifla-
>> teur ces paroles touchantes de l'un des accu-
> ſés , de l'un de ceux qui n'existent plus : on
( 48 )
>> mefait un tort irréparable pour moi & les miens;
on a dit : voilà un pauvre homme qui eſt ſeul
avecses enfans , qui n'aura point de défense , il
faut tâcher de le perdre ; & les accufes auront
>>un défenſeur; & par un de ces effets admira-
>>bles de la Previdence , qui ſemble avoir confié
>> à une famille d'élection le ſoin de répandre
>> l'un des plus grands bienfaits qu'elle deſtinoit
àla France : ce ſera le deſcendant de Lamoigion
, de ce génie , ami de l'humanité , qui
» en 1675 , lors de la réformation des anciennes
>>O>rdonnances , demandoit avec tant d'intérêt
»que les accuſés euffent un Conſeil, ce fera luit ,
»l'héritier de ſes vertus & de ſes lumieres ,
acomme de fon nom , qui reprenant après plus
>>de cent ans , les pensées immortelles de fon
aïeul , leur fera donner par le Souverain , la
>> ſanction qui leur eſt due , & obtiendra de la
>>juftice bienfaisante du Monarque , un nou-
>> veau Code , dont le premier objet fera le
>> bonheur de cet Empire , & qui éclairera en-
>fuite les Nations étrangeres , comme les
»Codes récens de deux grands Princes de l'Eu-
>> rope éclairentactuellement la nôtre. »- Ce
Mémoire eſt ſuivi d'une conſultation , dans laquelle
on a trouvé le moyen de réunir en quatre
ou cinq pages , & d'une maniere grande & forte
des réflexions judicieuſes , avecun réſultat frappant
de tous les principaux moyens qui prouvent
L'innocence des accuſés. Ce travail eſt de
M.Target ; I eſt auſſi ſouſcrit de MM. Sanfon ,
Bâtonnier , Thétion , Martineau , de la Croix ,
Blonde , Hardouin de la Reynerie , Fournel , Ronhomme
de Comeyras , Hemi , la Cretelle , de Seze
&Bonnét. Nous rendrons compte de l'Arrêt definitif
qui interviendra au Parlement de Dijon,
aufitôt que nous en aurons connoiffance,
-
( 47 )
Au lieu d'aveux , on n'arrache de lui que des
proteſtations d'innocence , de la plus grande
énergie , des invocations religieufes vraiment
fublimes : cet endroit du Mémoire eſt d'un intérêt
déchirant. Nous finirons en tranfcrivantun
morceau qui a le double mérite d'être
relatif à un objet important , &de contenir un
é'oge parfaitement amené d'un nom cher à la
Magiftrature & à l'humanité , envers lequel M.
Godard femble s'être chargé d'être l'interprete
detous les coeurs . Avant d'en venir à la
grande preuve de l'innocence de ſes cliens , qui
réſulte de la découverte des coupables , il dit :
בג
Cette grande erreur , au moyen du ca-
>> ractere d'évidence qu'elle va encore acquérir
, va faire de la cauſe de cing malheureux
une cauſe nationale , à laquelle les citoyehs
3 de tous les ordres prendront part, puiſqu'elle
5 les preffera de tourner leur attention fur eux.
>>mêmes , & elle déterminera enfin , n'en dou
>>tons pas , cette réformedefirée depuis fi long-
>> temps & avec tant de raiſon dans notre Légif-
>> lation criminelle ; elle forcera toutes les ames
>>>ſenſibles de gémir ſur l'impoffibilité de répa-
>> rer les maux qu'elle a cauſes ; & la peine de
>> mort qui ſeule rend ces maux irréparables , au
>> lieu d'être prodiguée , comme elle est aujour-
,
d'hui pourtoutesles eſpeces de crimes , ſera ou
>>>détruite ou réſervée ſeulement pour les
>>>grands forfaits , elle donnera lieu d'examiner
> s'il ne ſeroit pas néceſſaire de laiſſer entre la
>> condamnation & l'exécution un intervalle ,
>>pendant lequel la vérité auroit le temps de
>>parvenir aux Juges, lorſqu'ils ſe feront trom-
>>>pés , elle fera retentir aux oreilles du Légifla-
>> teur ces paroles touchanres de l'un des accи-
>> ſes , de l'un de ceux qui n'exiſtent plus : on
( 48 )
>> mefait un tort irréparable pour moi & les miens ;
on a dit : voilà un pauvre homme qui estseul
avec ses enfans , qui n'aura point de défense , il
faut tâcher de le perdre ; & les accufes auront
>> un défenſeur; & par un de ces effets admira-
»bles de la Previdence , qui ſemble avoir confié
>> à une famille d'élection le ſoin de répandre
»l'un des plus grands bienfaits qu'elle deſlinoit
à la France : ce ſera le deſcendant de Lamoi-
» gnon , de ce génie , ami de l'humanité , qui
»en 1675 , lors de la réformation des anciennes
>>> Ordonnances , demandoit avec tant d'intérêt
» que les accuſés euffent un Conſeil, ce fera luit .
P'héritier de ſes vertus & de ſes lumieres ,
acomme de fon nom , qui reprenant après plus
>>de cent ans , les pensées immorteles de fon
>>aïeul , leur fera donner par le Souverain , la
>> ſanction qui leur eſt due , & obtiendra de la
>>juſtice bienfaiſante du Monarque , un nou-
>> veau Code , dont le premier objet fera le
>>bonheur de cet Empire , & qui éclairera en-
1
fuite les Nations étrangeres , comme les
>> Codes récens de deux grands Princes de l'Eu-
>> rope éclairentactuellement la nôtre. »-Ce
Mémoire eſt ſuivi d'une conſultation , dans laquelle
on a trouvé le moyen de réunirenquatre
ou cinq pages, &d'une maniere grande&forte
des réflexions judicieuſes , avec un réſultat frappant
de tous les principaux moyens qui prouvent
l'innocence des accuſés. - Ce travail eſt de
M. Target;il eſt auſſi ſouſcrit deMM. Sanfon ,
Bâtonnier , Thétion , Martineau , de la Croix ,
Blonde , Hardouin de la Reynerie , Fournel , Ron
homme de Comeyras , Hemi , la Cretelle, de Seze
&Bonnét. Nous rendrons compte de l'Arrêt definitif
qui interviendra au Parlement de Dijon,
aufitôt que nous en aurons connoiffance .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE,
AMA FEMME , qui paroiſſoit mécontente
defon efprit. "
LORSQUE TO ORSQUE ton eſprit étincelle ,
Peux- tu bien ne le croire pas ?
Ofe donc , & fraîche & fi belle ,
Douter auſſi de ses appas .
De tant demoyens de ſéduire
Que nulle autre ne réunit ,
Un tout ſeul pourroit te ſuffire;
Et celui-là , c'eſt ton eſprit.
Don précieux de la Nature ,
Jamais il n'offre aucun travers :
No. 23 , 9 Juin 1787. C
:
رم
MERCURE
Il n'eſt point bouffi de lecture ,
Et tu n'écris proſe ni vers .
Un mot que profère ta bouche
Eſt toujours quelque mot charmant:
Combien il me plaît & me touche
Alors qu'il peint le ſentiment !
Du tact , un gracieux langage ,
Voilà ton lot : c'eſt tout avoir ;
La femme a le goût en partage
Etdoit ſe paſſer du ſavoir.
ENCOR moins le hargneux puriſme ,
Sexe aimable , est-il fait pour vous.
Le beau ſujet qu'un ſoléciſme
Pour quereller un pauvre époux !
Je ris de la ſottiſe exwême
D'une femme , juré Docteur:
Vénus m'ennuîroit elle- même
Si Vénus ſe faiſoit Auteur.
COMME une autre tu pourrois l'êtres
Mais fuis de ſi pénibles ſoins ;
J'y perdrois ton amour , peut- être ,
Et certes , je t'aimerois moins,
Qu'a tes yeux ma bibliothèque
N'ait edeunprix , je le conçoi ,
:
DE FRANCE. I
Laiſſe Églé commenter Sénèque ;
Lui-même écaroitd'après toi.
Ет moi , que toujours en vit ſuivre
Et le Pinode& ſes citoyens ,
Je donnerois mon dernier Livre
Pour un ſeul de tes catretiens.
REVIENS de ton erreur profonde;
Grois le meilleur de tes amis ;
Quand on fait plaire à tout le monde ,
Se plaire à foi même eſt permis.
Sur moi qu'on lance l'épigramme;
Doublemeor je l'ai mérité.
Mon Heroine , c'est ma femire ,
Je louc ... , & diş la vérité.
( Par M. D *, T****. )
:
1
ROMANCE.
TOUTE til - lestea lon tré-for que-cha-cun
coux que chacun guette ; mais pour cet-tegen-
C
52
MERCURE
DE
tille em-pler - te pas n'eſt beſoin d'avoir de
Por, pas n'eſt beſom d'avoir de l'or.
Pour conquérir ce joli bien,
Pour mettre à fin cette entrepriſe ,
De l'Amour il faut l'entremiſe .
Lui ſeul endonne le ( bis )
COMMENT Voulez-vous ſans cela
Tenter une telle conquête ,
Tout votre amour est dans la tête ,
Pas n'eſt aſſez d'en avoir là . ( bis )
ENTRE- NOUS ſoit dit ſans humeur ,
Ne marchandez plus ma tendreſſe,
L'or peut payer une maîtreſſe ,
Mais ne ſauroit payer le corur.
(Muſique deM. Eloüis,paroles de M...... )
DE FRANCE.
3
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphedu Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Migraine ; celui
del'énigme eſt Verrou ; celui du Logogryphe
eſt Preffoir , où l'on trouve ris,foir si rés
Io, rofe, Roi.
D'UN
CHARADE .
Un grand nombre de fooeurs l'aînée eſt mon
premier ;
Unde nos Rois obtint pour ſurnom mon dernier ;
Un Poëte a chanté la mort de mon entier.
(Par M. C.... de Châteauchinon. )
ÉNIGME.
L'ON
'ON a ſouvent recours à moi
Pour marquer ſa reconnoiſſance ;
Sans être contraire à la loi
J'en change ſouvent l'ordonnance.
Dès autrefois comme aujourd'hui
Ames aînés l'on me préfère ;
Et fans me nommer comme lui
Je porte le nom de mon père.
(ParM. Lagache fils.)
Cm
54
MERCURE
J'EXI
LOGOGRYPΗ Ε.
EXIISSTTEE Avant les temps;les principes divers.
Qui du monde arrange font l'ordre qu'on admire ,
Pêle-mêle , diffus, fans liens, fans concerts ,
Formoient le vaſte état ſoumis à mon empire.
J'ai conſervé mes droits ; je règne chez les Dieux;
L'homme , l'être ſentant & le corps infenfible ,
Tous éprouvent les maux que je verſe ſur eux ,
Et tremblent à l'aspect de mon flambeau terrible;
J'égorge le Berger, je renverſe les Rois ;
La vengeance , la rage & la foule des crimes
Dans mon coeur plein de fiel enfantés par ma voix,
Miniſtres aſſidus , immolent mes victimes.
Je marche ſur huit pieds; en les décompofant
Tu trouveras , Lecteur , ton Souverain , ton maire;
Le nom que l'on lui donne à lui-même parlant ;
Ce que dès ta naiſſance en ton coeur tu ſens naître ;
D'un petit peuple aîlé le fruit utile & pur ;
Undes enfans chéris de l'aimable harmonie;
L'attribut d'un Chaſieur; l'emblême d'un coeur dur ;
Un mouvement affreux , voiſin de la furie ;
Ce qui marque la joie , exprime la douteur ;
Ce qu'amènent les ans & que Corinne abhorre;
Le funèbre lien que craint le malfaiteur;
Enfin ce vil métal dont la ſoif te dévore.
DE FRANCE.
SS
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS fur l'origine des Municipalités
Diocésaines de Languedoc , fur leur formation
& leur nature , &fur leur influence
dans l'Affemblée Générale.
NOUS ous pouvons d'un ſeul mot inſpirer une
prévention bien favorable pour ce Difcours :
il eſtde M.Albiffon, Auteur des Loix Municipales
de Languedoc , Ouvrage dont les premiers
Volumes car été annoncés il y a deux
ans dersee Journal, ce Difcours fert d'introduction
en quatrième Volume de ce grand
Ouvrage , wrals i Auteur a cru devoir en imprimer
des ezt amphires a part ; & on doit lui
en ſavoir gre , puifque c'eſt un moyen de le
répanate davantage .
A-ton oloin de remarquer combien eſt
heureux poor la publication d'un Ouvrage
fur les Adminiftrations Municipales , le moment
où la première Monarchie de l'Europe
va établir autant d'adminiſtrations à peu près
du même genre qu'elle a de Provinces ?
Ces anciennes Adminiſtrations Provinciales
, dont les proſpérités font plus évidenres
encore que les défauts qu'on leur reproche,
font les plus sûrs garans des avantages qu'on
attend des nouvelles; quelque confiance que
Ci
36 MERCURE
mérite la raiſon , l'expérience en obtient davantage.
S'il n'y avoit eu aucune inſtitution
de ce genre dans la France , le génie qui les
auroit conçues n'auroit peut-être pas oſé les
propofer. Les Gens d'Affaires lui aurorent dit:
les affaires nese traitent pas ainfi ; les Politiques
des cabinets : vous faites- là un beau
roman qui pourroit être bon dans l'Utopie ;
les Érudits : cela ne s'est jamais vu dans la
Monarchie ; tout le monde à peu - près : vous
êtes un homme à ſyſtême. Mais ces monumens
antiques , reſpectés par le temps , ont
défendu les idées nouvelles qui ſe ſont appuyées
ſur leurs exemples.
L'objet de ce Diſcours n'eſt pas de faire
connoître l'organiſation des États du Languedoc,
tableau plus vaſte que M. Albiffon a
tracé dignement dans le corps de l'Ouvrage.
Il n'eſt queſtion ici que des Municipalités
Diocésaines qui émanent des États du Languedoc
, qui en font aujourd'hui une partie
effentielle , & qui méritent une attention
particulière , foit par leur concours au bien
immenſe que font les États à la Province ,
ſoit parce qu'elles peuvent préſenter à toutes
les Adminiſtrations Provinciales qu'on va érablir
, un modèle que quelques- uns pourront
imiter avec ſuccès.
Quelle est la nature des Municipalités Diocésaines?
Quelle en eſt l'origine ? Et par qui ſont elles
compofées ?
Quelles en font les fonctions , & quelle en
DE FRANCE.
57
eſt l'influence , ſoit ſur les États, foit fur la
Province de Languedos ?
Telles ſont à peu près les queſtions qu'on
peut faire ſur cette inſtitution politique , &
Je Diſcours de M. Albiſſon ſatisfait parfaitement
à preſque toutes.
Les États de Languedoc prennent leur origine
dans les Conſtitutions Municipales que
les Romains avoient laiſſées ou données aux
Provinces des Gaules. Leur origine touche à
ces temps où l'art de conftituer les Gouvernemens
& de leur donner de ſages loix, étoit
l'art le plus cultivé,& preſque le ſeul honoré.
L'établiſſement des Municipalités Diocéfaines
eſt poſtérieur de beaucoup de ſiècles :
elles ont pris naiſſance au moment où les
Loix des Fiefs , qui ont gouverné pendant
trois cens ans le Royaume , commençoient à
perdre de leur empire ; il paroît qu'elles ont
contribué à l'abolition de la féodalité dans le
Midi de la France.
Les Loix des Fiefs , quoiqu'elles aient régi
pendant des ſiècles tous les Royaumes de
l'Europe , avoient cela de particulier qu'elles
n'étoient point des décrets émanés d'une autorité
ſuprême qui ſoumettoit àelle ungrand
nombre d'hommes. C'étoient une multitude
infiniede conventions particulières , c'étoient
des traités entre un homme , & un homme ;
entre un Seigneur & fon Vaffal; les conditions
de chaque traité étoient à-la- fois le titre
&les termes de la puiffance& de l'obéifſance.
Celui qui éroic le Vaffal d'un Seigneur, étoit le
Cv
58 MERCURE
Seigneur d'un autre Vaſſal; &dans cette chaî
ne de pouvoirs &de foumitlions, le pouvoir
du Seigneur n'alloit jamais juſqu'a l'arrière-
Vallal , il s'arrétoit au Vaifal , où commençoit
un autre pouvoir , une autre fouinillion , &,
pour ainſi dire, un a tre Gouvernement.
Tout cela étoit deja connu ; mais M. Albillon
le fait mieux connoître encore ; & voir
&montrerune choſe d'une manière plus fenible,
c'eft preſqu'une découverte.
L'effet le plus lingulier &le plus confidérable
de cet établiſſement des Fiefs, c'est que
tandis que preſque tous les hommes prives
étoientdevenus des Souverains, les vrais Souverains
, les Rois étoient devenus des hommes
prives. Leur puiflance , comme toutes
les autres puiflances, s'arrêtout à leurs Vaffaux.
Cependant ce titre augufte , ce nom de
Rois , ils l'avoient confervé , & toutes les
grandes idées que ce nom réveille n'etoient
pas totalement effacées.
Il retta toujours comme une ombre de dif
tinction entre la Suzerainete & la Souveraineté;
& ce que nos Rois ne pouvoient pas
exiger des arrières -Vatfaux comme Sazerains
, ils l'obrenoient comme Souverains .
On avoit gardé quelque mémoire de la
puiſſance univerſelle que les Rois avoient
exercée fur la Nation entière; & quand les
Rois, qui ne commandoient plus , prioient ;
Vaff.ux & arrières - Valfaux , la Nation entière
ſe plaifoit quelquefois à obéir à cette
prière.
DE FRANCE.
رو
Les autres Seigneurs n'avoient guères des
Vallaux qu'autour d'eux & dans une ſeule
Province ; les Rois en avoient dans toutes les
Provinces de la France , puiſque les Souverains
de ces Provinces étoient leurs Vaffaux.
L'étendue de l'eſpace où s'exerçoit leur auto .
rité bornée , leur conſerva to jours au loin
desrelations qui devoient faire reprendre un
jour toute fon étendue à leur autorité même.
Ils tenoient l'oeil fur le Royaume entier ,
qui n'étoit plus à eux ; ce qu'ils ne demandoient
pas pour le Roi , ils le demandoient
pour le Royaume; & à ce titre les arrièrès-
Valfaux leur accordoient quelquefois des ſecours
& des ſubſides avec la permiflion des
Suzerains immédiats.
Dans le douzième , dans le treizième &
dans le quatorzième fiècle , nos Rois firent
beaucoup de ces demandes , & les arrières-
Vaſſauxde plusieurs Provinces ſe plurent à
les fatisfaire , quoique les Seigneurs en priffent
quelquefois des alarmes.
Mais pour obtenir des arrières -Vaffaux ce
qu'on n'avoit pas le droit d'exiger d'eux , il
fallout les affembler. Les Officiers de nos Monarques
les affemblèrent donc dans les divers
Cantons , dans les divers Diocères du Languedoc.
Lorne les arrières Vaffaux accordorent
au Rot ce qu'il demandoit , ils procédoient
eux-mêmes dans ces Affemblées à la
collecte de l'argent promis , à la fixation de ce
que devoit donner chacun ſuivant fes fa
Cvj
60 MERCURE
cultés ; & voilà l'origine des Municipalités
Diocésaines du Languedoc. :
M. d'Albiffon prouve , par des faits & par
des titres , qu'elles exiſtoient dès le quatorzième
ſiècle , & qu'elles ne furent point modelées
ſur les Diocèſes Eccléſiaſtiques , comme
l'ont penſé les Auteurs de l'Hiſtoire du Languedoc
, puiſqu'il y a ſouvent pluſieurs Municipalités
Diocéſaines dans un ſeul Diocèſe.
Ecclefiaftique , & que ſouvent pluſieurs Diocèfes
Ecclefiaftiques ſont compris dans une
ſeule Municipalité Diocésaine.
Les Municipalités Diocéſaines de Languedoc
font donc proprement l'union économique
de pluſieurs Municipalités locales , ou
COMMUNAUTÉS, qui partagent entre- elles
d'après un tarifcommun , une portion déterminée
des charges générales de laProvince,
&les dépenses qu'il leur est permis defaire
pour les besoins ou l'avantage de leur district
Diocésain. Placées entre l'administration générale
de la Province & les administrationslocales;
ÉMANÉES directement de la première
, & tenant à celle-cipar les rapports les
plus intimes & les plus intéreſſans, elles ont
perfectionné peu- à-peu l'organiſation de ce
grand corps , & forment aujourd'hui le complément
defa hiérarchie municipale. Cette
inftitution particulière au ſyſtême municipal
du Languedoc , n'a trouvé fon modèle nulle
Fart: bornéedans les commencemens à la répartition
des impoſitions générales , elle est
devenue depuis,par laseule force du principe
DE FRANCE. 61.
fondamentalde la conſtitution de la Province ,
un des refforts les plus actifs defon adminiftration
, & le moyen , peut-être leplusfimple
& leplus sûr , de lier le bien particulier
biengénéral.
au
M. d'Albiffon vient de nous apprendre
ſansdoute ce qu'il y a de plus important à favoir
ſur l'origine d'une inſtitution ſi intéreſſante.
Je voudrois cependant qu'il me fût
permis de lui faire quelques queſtions.
M. d'Albiſſon dit que les Municipalités
Diocéſaines ſont émanées des États de Languedoc.
Comment en ſont-elles émanées ,
puiſque M. d'Albiſſon en attribue l'origine
aux convocations faites par nos Rois , des arrières
- Vaſſaux de la Couronne pour la demande
dequelques ſubſides?
Si elles n'en ſont pas émanées, ce qui paroît
démontré, mais que les États ſe les ayent
incorporées , à quelle époque & comment
s'eſt faite certe incorporation ? Comment les
États ont-ils fubordonné à leur pouvoir , un
pouvoir indépendant d'eux par ſon origine?
Comment s'eſt pu faire cette réunion ſi
intime & fi heureuſe entre une inſtitution
qui tient auxConſtitutions Romaines , & une
inſtitutionquitient aux conſtitutions féodales?
Je ferai une autre queſtion encore à M.
d'Albiffon; car les queſtions ne ſont impolies
que pour ceux qui ne ſavent pas y répondre.
Comment,durant ces trois cens années, où
la France fut gouvernée comme un Fief, plutôt
que comme une Monarchie , où toutes les
62. MERCURE
Provinces étoient foumiſes à des Ducs , à des
Comtes, à des Viguiers , comment refta- t'il
quelques tracesdes Étatsde Languedoc ? Comment
ces Etats , au premier moment du retour
des loix , de la raiſon & de la justice ,
eurent-ils, atlez d'énergie pour s'affimiler les
Municipalités Diocésaines formées, fans leur
intervention , par un autre pouvoir & pour
d'autres beſoins ?
Ces queſtions font faciles àfaire, & très-difficiles
peut èrre à réfoudre; c'eſt pour celaque
nous les avons propoſées à M. d'Albiffon.
Mais il ne faut pas entreprendre d'y répondre
, il faut les laiffer là, fi on n'est pas
en étar de les décider par des faits qu'on ne
pourra pas contefter, & par des details qui
rendront la ſolution claire & fentible dans
tous les points.
C'eſt la mode aujourd'hui de demander en
tout genre des idées générales , & il arrive
delà qu'on nenous donne quedes idées vagues.
Il faudroit qu'on sût une bonne fois qu'une
idée générale n'eſt rien pour quiconque ne
poſsède pas tous les faits ou toutes les idées
dedetaildont elle est le réſultat.
Que cette formule eſt orgueilleuſe & com
mode! Je fupprime les idees intern.édiaires.
Non, ne les ſupprimez pas , ou je croirai
qu'elles vous manquent. Donnez les moi ;
car elles font des preuves dont votre allertion
aun beſoin extreme. Que ſignifie ce délain
des idées intermediaires ? Elles font très louvent
les plus difficiles à découvrir & à expri
DE FRANCE 63
nier. Voyez , écoutez les hommes;les idées ,
les maximes générales ſont dans la bouche de
tous ; les hommes d'eſprit ſont les ſeuls qui
apperçoivent les dérails , les preuves de ces
maximes , & le talent confiſte à embellir la
vérite fans lui donner d'autre parure que fon
ſeul développement. Que craignez vous ?
Quand un principe général a de la grandeur
&de la vérité , tout ce qui ſert à le mettre
dans unjour éclatant a de l'intérêt. Mais Tacite.....
mais Montesquieu..... Eh ! laiſſez-là
Montesquieu & Tacite, ils font trop grands
pour ſervir d'exemple. Examinez bien d'ailleurs
ce qu'on appelle idéesgénerales dans ces
deux Écrivains ; vous verrez que ce font des
refultats très-profonds& très érendus ,&que
ces réſultats , à meſure qu'on les confidère ,
laiffent voir toutes les idees de détail dont ils
font formés.
M. d'Albiffon donne tous les détails néceffaires
pour nous apprendre par qui & comment
les Municipalités Diocefalnes ſontcompoſées.
Les Barons & les Évêques , membres efſentiels
des États de la Province ; les Confuls
de la Ville principale des Diocèſes ; les Adminiftrateurs
des Communautés , qui ont droit
de députer à ces Affemblées; les premiers Officiers
de Justice des lieux où elles te tiennent
, ceux - ci pour droit d'aſſiſtance feulement
fans voix deliberative ; tels font les
principaux Membres des Municipalités Diocéfames.
Le Souverain y eft repréfenté par un
64 MERCURE
Délégué des Commiſſaires qui ont préſidé
pour lui aux États de la Province.
Les Municipalités Diocésaines ne ſont ni
des communautés ni des corporations ; ce
font des Tribunaux , ou plutôt encore des
conſeils d'adminiſtration dont les Membres
n'ont d'autre pouvoir , d'autre devoir &d'autredroitque
celui d'aller porter leurs lumières
&de dire leur avis dans ces Affemblées ; ils
n'ont pas & ils ne peuvent pas avoir des intérêts
ſéparés de ceux du Diocèſe , & leur
pouvoir ſe perd dans le pouvoirdes États, qui
rejettent , rectifient , modifient & changent
à feur gré tout ce que les Municipalités Diocéſaines
ont délibéré.
Elles peuvent éclairer l'Aſſemblée desÉtats
où réſident les pouvoirs de la Province ; mais
elles ne peuvent pas autre choſe.
Elles ont cependant des Syndics, des Secré
taires-Greffiers pour tenir compte & regiſtre
desvues qui ont eté propoſées , admiſes ou
rejetées , pour que les lumières ſe tranſmettent
de l'Aſſemblée d'une année à l'Aſſemblée
de l'année ſuivante , pour que celles qui ont
étéacquiſesne fe perdentjamais,tandis qu'on
pourra toujours en acquérir de nouvelles. Un
tel regiſtre eſt , pour ainſi dire , un tréſor où
une Province garde & accumule inceſſamment
ſes lumières.
M. d'Albiffon paroît embarraſſé de dénombrer
tous les avantages que le Languedoc retire
de ſes Municipalités Diocésaines. Il faut
lire dans le Diſcours même ce tableau ſi inté
DE FRANCE. 65
reſſant de tous les biens qui réſultent du concours&
de la réunion des lumières.
Nous nous contenterons de rapporterquelques
effets remarquables de l'eſprit qui anime
les MunicipalitésDiocésaines." Elles ont été
" les premières àreconnoître combien il étoit
>> important d'arrêter le cours des ravages ,
>> ou plutôt des affaflinats que commettoient
> dans les campagnes ces prétendues Sages-
>> femmes , dont l'inexpérience & la témé-
>> rité ajoutant aux douleurs de la Nature ,
» détruiſoient ſouvent ſon ouvrage , & l'ef-
>> pérance des générations à venir ; & elles
> ont peut- être la gloire d'avoir mine la
>> même ſollicitude à de plus vaſtes adminif-
> trations. Pluſieurs d'entre-elles ont établi
ود dans leur diſtrict des Cours d'inſtruction
>> gratuite ; d'autres défraient les femmes
» qui vont ſuivre les Cours établis dans les
Diocèſes voiſins ; & quelques - unes ont
fondé des prix annuels pour celles qui en
> auroient le mieux profité.
ود
"
وو
>>Les maladies des beſtiaux , livrées pen-
>> dant long- temps aux haſards d'une routine
>> aveugle , ont auſſi excité leur attention. Les
> plus intéreſſées à la conſervation & à l'accroiffement
de cette ſorte de richeſſe , ont
» envoyé aux Écoles Vétérinaires de Cha-
" renton & de Lyon , & entretenu aux dé-
>> pens du Diocèſe , pendant pluſieurs an-
>> nées , des Élèves qui ont juſtifié le choix
» qu'elles en avoient fait ,&qui feront bien-
ود tôt fleurir dans le Languedoc cettebranche
>> précieuſe de l'art de guérir.
66 MERCURE
" La plupart des Communautés étoient
>> notoirement dans l'impuiſſance de ſoute-
>>nir les dépenfes de conſtruction , & d'entretien
des chemins de traverſe néceſſaires
>> pour aboutir de tous les points de la Pro-
ود vince aux grandes routes Diocésaines &
>> Provinciales; les Municipalités Diocésai-
>> nes ſont venues à leur ſecours , foit en leur
>> prêtant les ſommes deſtinées à la conftruc-
>> tion , & en ſe chargeant du payement des
" intérêts juſqu'au rembourſement , ſoit en
>>chargeant le Diocèſe de l'entretien des
>> nouveaux chemins de traverſe que les
Communautés feroient conftruire , ou des
>> anciens chemins qu'elles mettroient en
bon état , foit par d'autres moyens appro-
>> priés aux beſoins & aux facultés des
>> Diocèſes.
ود
م
>>Ces ſecours , ajoute M. d'Albiffon , ces
ſecours diftribués avec une ſage meſure &
>> un difcernement éclairé ; dirigés par cet
>> eſprit de règle & d'économie qui déter-
> mine & borne toujours les emprunts au
» moment & à l'érendue du beſoin , & tend
>> toujours à la libération par des rembourſemens
progreffifs & proportionnés aux
>> facultés; ces ſecours porteront infenfible-
>> ment les communications intérieures à un
>> degré de perfection qu'il étoit plus aisé
>> d'imaginer que d'eſpérer...
Voilà ce que raconte de la Province de
Languedoc un homme qui y vit , un homme
d'un efprit ſage & éclairé, qui ne peut pas
être trompé par de faufles apparences , &
DE FRANCE 67
qui ne peut pas vouloir tromper par le tableau
d'un bonheur qui ne ſeroit pas ſous les yeux.
Voilà le bien que l'homme qui va préſider
aux Finances du Royaume, a eu pendant vingt
ans ſous les yeux , & qu'il a produit luimême
en grande partie dans le Diocèſe dont
il gouvernoit les Autels,& dont il éclairoit
l'Adminiſtration. Quel motif de hautes eſpérances
pour le Royaume entier confié à fes
lumières ! car les eſprits ſupérieurs trouvent
dans ce qui accableroit les eſprits médiocres ,
dans la multitude & dans l'étendue de leurs
fonctions,des moyens de les remplir avec plus
de facilité de génie & plus de grandeur.
Voilà le bien , voilà les hommes enfin, &
voilà les Miniſtres qu'ont produits ces Écrivains
tant décriés, tant perfécutés pour avoir
porté les diſcuſſions & les principes d'une
faine philoſophie dans la ſcience de l'économie&
de l'adminiſtration des États. Ils n'ont
pas fait naître , diſent leurs ennemis , un épi
de bled. Ils en ont couvert les champs & les
provinces; ils ont fingulièrement étendu l'agriculturedans
toute l'Europe, en la faiſant honorer
davantage ; en décriant les loix prohibitives
qui prohiboient fur-tout les progrès
de la culture & du commerce ; en faiſant ou
en indiquant des expériences qui étendoient
ła routine du Laboureur par les lumières de
la phyſique & de la chimie ; en faiſant ouvrir
de nouveaux canaux & de nouveaux
chemins qui font multiplier les fruits de l'agriculture
qu'ils diftribuent , & c. &c. Le génie ,
68 MERCURE
comme l'éternel , dont il eſt la plus pure &la
plus immédiate émanation , opère fur la matière
par la penfee , & des millions de bras
travaillenttous lesjours fur le globe mis en action
, & guidés par ſes volontés. Mais l'ignorance
& l'envie ne voient que la main qui
dirige le foc , & celle qui sème ou qui moifſonne
le bled. A leur jugement Archimède
&Vitruve n'ont rien fait; ce ſont les Menui
fiers ,'les Forgerons &les Mâçons qui élèvent
& embelliffent nos demeures.
Je ne finirai pas cet extrait ſans avoir ob
ſervé que dans le plan des Adminiftrations
Provinciales , conçu par M. Turgot , il devoit
y avoir auffi entre les Communautés&
les Affemblées des Provinces , des Affemblées
intermédiaires de Cantons ou Diocèſes.
Eſt- ce l'exemple du Languedoc qui lui avoit
donné cette idée ?Ou avoit-il conçu par ſon
génie ceque les circonstances, ily a pluſieurs
ſiècles , ont produit dans le Languedoc ? Il eſt
impoſſible de n'ètre pas frappé de ce rapprochement
lorſqu'on a lu le Diſcours de M. d'Albiffon
& la Vie de M. Turgot , Ouvrage excellent
, où l'Auteur , en développant les idées
d'un grand Miniſtre, qui n'avoit montré tout
ſon eſprit que dans ſes converſations, a donné
à tous les Empires & à tous les Adminiſtrateurs
les principes les plus ſimples , les plus
lumineux & les plus profonds ; Ouvrage
qu'on ne peut pas beaucoup goûter quand on
n'a que le talent avec lequel on fait de jolis
Drames & des Contes agréables , mais que
DE FRANCE. 69
parcela même on ne devroit pas avoir la prétention
d'apprécier: Ouvrage qu'on ne trouve
pas écrit en François lorſqu'on n'entend pas
la langue du génie & de la ſcience de l'Adminiſtration
; mais qui est fait pour ajouter
au nombre des bienfaits que l'Europe a reçus
de la langue françoiſe. On a cru étouffer le
ſuccès de cet excellent Ouvrage , trop peu
répandu encore , en le faiſant décrier par des
hommes qui ont l'autorité d'une grande renommée
; mais on devroit favoir que le génie
qui a le pouvoir d'établir ſa gloire , n'a pas
celui de détruire la gloire des autres ; & que
lorſqu'il a le malheur de haïr ce qui lui refſemble
, il a le malheur encore de partager
avec lui pendant les fiècles , les hommages &
la reconnoiffance des hommes.
( CetArticle eft de M. Garat. )
SUITE des Obfervations fur la Virginie
par M. J***.
DANS cette partie de ſonOuvrage , l'Homme
d'Etat expoſe&difcute la conſtitution ,
la légiflation civile , criminelle , religieuſe ,
l'adminiſtration économiqueintérieure,&divers
objets de la politique extérieure de ſon
pays. J'indiquerai encore rapidement ce qu'il
enditde plus intéreſſant.
Après avoir tracé l'hiſtoire des premiers
temps de l'établiſſement de la Virginie , il
tranſcrit , d'après les regiſtresde la Colonie ,
70
MERCURE
une pièce bien importante , qui n'avoit jamais
eté imprimée , les articles de la convention
pafice en 1651 , entre les Commiffaires
du Parlement d'Angleterre d'une part ,
& les Habitans de la Virginie aſſembles en
conteil , leur Gouverneur à leur tête , pour
remettre la Colonie ſous l'obéiſſance de la
République d'Angleterre. On voit que cette
convention , qui eſt déclarée un acte volontaire
, & non forcé par la conquête , affuroit
aux Virginiens le territoire que les chartes
des premiers Rois leur avoient attribué , toutes
les libertés & priviléges des Citoyens Anglois
, la liberté du commerce avec tous les
pays & toutes les nations , l'affranchiſſement
de toute taxe , douanes & impofitions quelconques
, ſans le conſentement de l'affemblée
générale , l'exemption de tout établiſſement
d'une force militaire , étrangère chez eux ,
&c. A côté de cette convention , l'Auteur
place les atteintes qu'y ont données les Rois ,
& le Parlement d'Angleterre. " Les Colonies ,
dit-il, ont été taxées au-dedans & au -dehors ;
leurs intérêts facrifiés à ceux de quelques
individus , citoyens de la Grande-Bretagne ;
leur législation fufpendue, leurs chartesan
nullées, le procès par les Jurés fupprimé ;
les Américains traduits au-delà de l'Atlantique
pardevant des Tribunaux étrangers ;
leurs remontrances laiſſees fans réponſe
eux-mêmes repréſentés comme des lâches
dans la Métropole & dans toutes les Cours
de l'Europe enfin des troupes ont éré en-
د
DE FRANCE.
71
voyées pour les ſoumettre à ces violences ,
&ont commencé les hoſtilités . On ne nous
a laiſſe que l'alternative entre la réſiſtance
&une ſoumiflion fans condition & ſans réſerve.
Forcés par tant d'injustices , nous en
avons appelé aux armes , nous nous ſommes
déclarés indépendans , nous nous ſommes
confédérés en une grande République pour
aſſurer à chaque Etat les avantages des forces
réunies de tous ; chaque Etat s'eſt donné
une nouvelle forme de gouvernement : voici
l'eſquifledu nôtre.»
Il eſt difficile , ce ſemble , de tracer un
tableau plus animé d'un grand évènement
&de ſes cauſes , & de preſenter d'une manière
plus intéreſſante , l'exemple conſolant
d'une grande oppreffion trompée dans ſes
vues& punie par ſes injustices mêmes.
L'Auteur indique enfuite différens vices
dans la conſtitution de Virginie. " Elle s'eſt
ود formée , dit- il ,dans un terms où la ſcience
• dugouvernement étoit encore neuve pour
» nous , & où l'expérience ne nous avoit
" pas encore éclairés. Il ne faut donc pas
>> s'étonner d'y reconnoître de très- grands
défauts», ود
Et dans quelle nation n'en peut on pas
dire autant ? La liberté de l'examen & de
la diſcuſſion dans une matière ſi importante ,
eſt le réſultat naturel de ce principe ; mais
ce n'est pas par- tout qu'on en fait tirer cette
conféquence. Si l'exemple peut conduire un
jour les Gouvernemens d'Europe à laiffer
72
MERCORE
libres, & à favorifer même chez eux de pa-'
reilles diſcuſſions , les Ecrivains trouveront
dans celles de M. J***. , ſur le mêmeſujet ,
un modèle de la ſageſle & de la modération
qui peut rendre leurs travaux moins
inquietans pour l'autorité & en même
tems plus utiles .
د
Aux pages 278 , 279 & 280 , on trouvera
des détails précieux pour les perſonnes
bienfaiſantes , qui s'occupent aujourd'hui parmi
nous avec tant de zèle , des ſecours à donner
aux pauvres ,& fur-tout aux malades , &
dela police des mendians & vagabonds.
De la page 289 à la page 296 , l'Auteur
propoſe ſes idées ſur la légiflation tant civile
que criminelle. C'eſt une de ſes vues de
changer les loix de ſucceſſion ab inteftat ,
& de régler que les terres & tous les biens
meubles de toute perſonne morte fans avoir
fait de teftament ; ſoient partagés également
entre tous ſes enfans , ou repréſentans au
même degré. Heureuſe l'Amérique , ſi elle
adopte cetteloi , qui toute ſeule peut contribuer
puiſſamment au bonheur d'une nation ,
en corrigeant& en prévenant, au moins en
grandepartie, le plusgrand vice des ſociétés
l'excès de l'inegalité.
C'eſt là encore que l'Auteur propoſe d'établir
, entre les délits & les peines , cette
ſage proportion , qui , depuis l'excellent ouvrage
du Marquis Beccaria , eſt l'objet des
recherches de tant d'hommes éclairés. On
>
pourra diſputer à M. J***. ſa diftribution
des
DE FRANCE. 73
des peines , mais l'échelle qu'il donne ſera
utile en excitant à en former d'autres , &
cen'eſt que par la comparaiſon , qu'on peut
ſe conduire vers le meilleur choix.
Un autre objet bien important qu'a traité
l'Auteur Américain , eſt l'éducation. Il trace
unplan dont il faut voir le développement,
&dont le réſultat ſeroit d'enſeigner à tous
les enfans du pays , à lire , à écrire & l'arithmétique
uſuelle , & d'en former annuellement
dix aux frais du public , qui , ayant
du talent , ſeroient trèsbien inftruirs dans
les langues grecque & latine , & dans les
parties tranfcendantes de la ſcience du calcul
; & dix autres de talens encore ſupérieurs
, qui , à ces connoillances , ajouteroient
toutes celles auxquelles leur génie les au
roit tournés.
On peut voir que ce plan ne multiplie
pas le nombre des ſujets élevés aux depens
du public , à l'excès où nous le voyons dans
beaucoup d'États de l'Europe , & notamment
en Angleterre. C'eſt une queſtion de
ſavoir fi des ſecours gratuits , même ainſi
bornés , fontdans les principes d'une bonne
adminiſtration ; s'il ne ſeroit pas mieux de
laiſſer l'art d'enſeigner & le métier d'ap
prendre entièrement libres , & leurs fuccès
fondés uniquement ſur l'émulation & les
moyers des concurrens. Les Sciences , ainſi
que toutes lesautres occupationsdeshommes,
doivent fournir à ceux qui s'en occupent la
ſubſiſtance d'abord , &puis , feion leur im
Nº. 23,9 Juin 1787. D
74 MERCURE
portance & leur difficulté , un certain degré
d'aiſance. Cette récompenſe du travail
eſt le motif qui y porte les hommes qui ſe
fentent capables de le faire bien,.
Mais fi les dépenſes duGouvernement augmentent
la concurrence des travailleurs fans
meſure , en ouvrant des Écoles gratuites ,
la récompenſe des talens devient fi foible,
-qu'elle n'eſt plus un aiguillon ſuffifant. Au
reſte , ces maximes mêmes , toutes vraies
qu'elles font dans un État de ſociété, bien
organife , ceffent peut-être de l'être dans
les pays où les vices de la Conftitution &
-de la Légiflation ont amené l'excès de toutes
les inégalités , lorſque 1 a plus grande
*partie d'un peuple eſt trop pauvre pour pouvoir
donner à ſes enfans cette inſtruction
première & groſſière qui diftingue les peuples
civilifes , il faut bien que le Gouvernement
y établiſſe l'inftruction gratuite, ſans
laquelle l'ignotance& la barbarie répandroient
-leurs ténèbres & leurs déſordres.
En finillant fur, cet article , je ne puis
m'empêcher de tranſcrire une belle maxime
que l'Auteur donne comme fondamentale
dans tout ſyſtême d'éducation. « La plus im-
-> porrante des vues qu'on peut s'y propoſer,
„ dit-il , eſt de mettre le peuple en état
" d'être lui-même le premier défenſeur &
le gardien sûr de ſa liberté. Tout Gou-
>> vernement dégénère , quand le ſoin de ſa
» confervation n'eſt confié qu'aux ſeuls Magiftrats
, à quelque titre que ce foit. Les
८
DE FRANCE.
75
> peuples peuvent ſeuls garder fûrement ce
*» dépôt , &c . » .
:
i
Je craindrois d'affoiblir ce que l'Auteur
dit fur latelerance civile ,de la page 305 à
la page 315. Cette caule , ſi ſouvent défendue
, & qu'on peut regarder aujourd'hui
comme gagnée auprès de tous les Gouver
nemens éclairés , eſt plaidée par M. J**.
avec autant de vérité que de chaleur.
د
Suivent des détails intéreſſans ſur les
ouvrages & édifices publics, des obſervations
d'une phyſique éclairée ſur la conſtruction
des maifons un tableau des exportations
annuelles de Virginie en produits de fon
fol ,des remarques ſur la culture du tabac ,
&fur les avantages de la culture du froment
pour les progrès d'un pays nouveau,&c.
• Ce que l'Auteur dit des Manufactures, eſt
parfaitement conforme aux principes de la
liberté du commerce , qui , graces aux progrès
des lumières , vont ſe répandant & s'établiffant
, malgré toutes les réſiſtances des
préjugés & de l'intérêt. Les Gouvernemens
Européens y trouveront de quoi ſe raffurer,
d'ici à pluſieurs fiècles , contre la crainte de
perdre la vente de leurs ouvrages manufac
turés à l'Amérique à la ſuire des progrès de
cepeuple nouveau. " La préférence que nous
>> donnons , dit- il, à l'Agriculture fur tou-
>> tes autres occupations ,nous fera certaine-
>> ment revenir à cultiver des matières pre-
>> mières pour les échanger avec les Européens
, contre des productions d'une in
Dij
76 MERCURE
>> duſtrie plus recherchée , que l'Amérique
>> ne peut pas exercer elle même. Tant que
>> nous aurons des terres à cultiver , il vaut
- mieux , pour nous , porter des denrées &
> des matières premières aux Manufactu-
" riets Européens , que d'établirdes manu-
>> factures ».
Le compte que l'Auteur donne de la dépenſe
publique & du revenu public qui y
fournit , eſt digne d'attention. M. J** eftime
qu'il en coûte au peuple de Virginie envi
ron 4 liv. de notre monnoie par tête pour
être protégé par le Gouvernement dans ſa
propriété & dans ſes biens , & jouir de tous
les avantages d'un gouvernement libre , &
à la République en totalité 47,571 guinées ,
un peu moins de 2 millions de notre monnoie
pour un peu plus de soo,oco habitans,
Il calcule aufli que la ſomme qui forme le
revenu public de la Grande Bretagne , divifée
de la même manière entre les habirans ,
féroit pour chacun une charge 16 fois plus
grande. Je ne fais pas quels font les élémens
dont il forme ce calcul , mais ſi nous ſuppoſons
400 millions de revenu &huit millions
d'habitans de la Grande-Bretagne , l'Irlande
non-compriſe , l'impôt par rête ſera
de so liv. , & par confequent , relativement
à celui des Virginiens , à-peu - près
comme re eſt à 1. En appliquant le cal-
Eul à la France , ſa population étant eftimée
de 24 millions , & l'impôt de 600mllions
, l'impôt par tête ſera de as livres ,
DE
FRANCE.
77
& à celui des Virginiens environ comme
6 a 1.
J'obſerverai cependant que cetre méthode
d'eſtimer la peſanteur comparée des impôts
de pluſieurs Nations, ne peut donner aucune
notionjuſte de leur état véritable & de l'action
del'impôt fur leur bien- être. Laraiſon de cela
eſt que ce ne font pas les hommes qui payent,
ce font leurs facultés, ou, ce qui eft la même
choſe , ils ne payent qu'avec leurs facultés ,
c'est-à-dire, avec le produit de leur travail
ſeconde & alimenté par une certaine quantité
de capitaux. Or, ces capitaux & ce produit
ne font point du tout en raifon du
nombre des hommes. On conçoit bien aifément
que cent mille habitans des pays
opprimés par le
Gouvernement Turc, ne peuvent
pas payer autant d'impôts , ou ne peuvent
pas les payer auſſi facilement & fans
en être grevés , que cent mille hommes de
la même claſſe de citoyens , habitans de
I'Yorkshire , de la Châtellenie de Lille ou du
Milanois.
J'ajouterai une remarque
importante ,
c'eſt que la dépenſe publique d'un peuple
naiſſfant , doit être
neceffaitement plus forte
relativement à ſes facultés , que celle d'une
nation plus avancée , & qui jouiroit d'une
bonne adminiftration. Comme , ou plutôt
par la raiſon que l'avance de capital d'un
homme qui fait une entrepriſe de culture
dans un pays nouveau, eſt toujours dans
les premières années infiniment plus grande
Diii
78 MERCURE
en proportion de ſes produits , que dans les
années ſubſéquentes , parce que les produits
eux-mêmes augmentent en plus grande raiſon
que les avances. Ainsi lorſqu'une nation a
des chemins àfaire,des édifices publics àélever,
une marine à former , tandis qu'il faut d'un
autre côté qu'elle aſſemble des capitaux de
culture, qu'elle bâtiſſe des maiſons, qu'elle les
pourvoie de tout ce qui est néceſſaire à la vie,
qu'elle ouvre la terre pour la première fois,,
fa depenſe publique peut abſorber un to ,
ou un 20º du revenu de tous les citoyens ;
mais après les progrès de la civiliſation &
de la richeſſe , la 40° , la soº partie de ce
révenu peut fournir à une grande dépenſe
publique, & à tous les beſoins communs de
la ſociété.
Il me reſte à dire un mot des vues de.
P'Auteur Américain fur la Navigation com-.
merçante & la Marine militaire de fon pays.
" Peut- être , dit- il , pour éloigner de nous ,
>>autant qu'il eft poffible , toutes les ocea-
ود
ود
ſions de guerre , nous conviendroit - il
d'abandonner l'Océan aux autres Nations ,
parce que c'eſt là le ſeul champ où nous,
>> pouvons courir riſque d'être expoſes à
رد leurs violences ; laiſſons les autres peuples
>> nous apporter les chofes dont nous man-
» quons , & remporter celles qui forment
ود
notre fuperflu; tournens tous nos citoyens
>> vers la culture des terres ; il ſera temps
ود de chercher de l'emploi ſur lamer , quand
>> la terre ne nous en fournira plus aucun ».
DEFRANCE
. 79
Mais en cette matière , on ne peut pas .
plus donner un conſeil que faire une loi. Si
la culture des terres doit donner plus de
on laiſſera la profits que la Navigation
Navigation pour la culture ; ſi elle en donne
de moindres , la Navigation fera préférée ;.
& fi en mêlant juſqu'à un certain point ces
deux genres , on obtient de plus grands produits
, ce mélange ſe fera , & ce qu'il faut
bien confidérer , l'intérêt de tous les individus
, ici comme dans tous les autres cas ,
fera l'intérét public.
Quoi qu'il en ſoit de cette obſervation ,
la réflexion de l'Auteur , ou plutôt la vérité.
qu'elle énonce , doit conduire les Gouvernemens
Europeens à ne pas craindre , autant
qu'ils paroiſlent le faire , les progrès de la
Navigation des Américains aux dépens de
la leur. Les Américains auront d'ici à longtemps
plus d'intérêt à cultiver leurs terres
qu'à ſe faire navigateurs , même pour eux ,
& à plus forte raiſon pour les autres nations
de l'Europe. D'où il faut conclure l'inutilité
des loix prohibitives dont on s'arme
contre- eux .
Je finis en laiſſant entendre l'Auteur luimême
parlant avec éloquence , le langage de
la raiſon , de l'humanité & de la ſaine politique
, contre la guerre , ce fleau du genre
humain.
ود
" Peuple naiſſant que nous ſommes, poffedant
unvaſte pays , que nous pouvons cou-
>>> vrir d'hommes heureux , nous devons di
DIV
80 MERCURE
>>> riger vers ce ſeul objet toutes les forces
que la Nature nous donne , &nous bien
>>garder d'en expoſer la moindre portion
>> à ladeſtruction qu'entraîne la guerre. Nous
> devons nous efforcer conſtamment de cul-
> tiver l'amitié de routes les Nations , même
>> de celle dont nous avons eu le plus à nous
>> plaindre , aujourd'hui que nous ſomines
>> parvenus à nous affranchir de ſa tyrannie.
>>Notre intérêt eft d'ouvrir toutes les portes
» au commerce , de briſer toutes les chaînes
>> dont on l'a chargé , de donner une entière
> liberté à tous lesEtats du monde d'apporrer&
de vendre dans nos Ports tous les ob-
>> jets de nos beſoins , en leur demandant la
même liberté pour nous dans les leurs.
Jamais l'Arithmérique politique ne s'eſt
>> laiffée aller à une erreur plus groffière ,
que lorſqu'elle s'eſt employée àperfuader
>> auxNations qu'il étoit de leur intérêt d'en-
>> treprendre une guerre. Si l'argent qu'il en
* coûte pour acquérir par une longue guerre
>> une petite ville ou un petit territoire , le
>>droit de couper du bois là, de pêcher de
3.3
" la morue ici ; étoit dépensé à améliorer
>> le pays que la Nation poſsède déjà , à y
>> ouvrir des routes , à rendre ſes rivières
> navigables , à conſtruire des ports , à perfectionner
tous les arts , & trouver du
travail & de l'emploi pour les pauvres ,
il n'y a point d'État que cette conduite
>>ne rendit plus fort , plus riche & plus
> heureux que la guerre , ſuivie des ples
"
ود
ود
DE FRANCE. 81
>>brillans ſuccès. J'eſpère que cette ſage
>> politique ſera la nôtre ,&c. » .
HISTOIRE d'Henri III , Roi de France &
de Pologne, par M. l'Abbé de Sauvigny ,
in-8°. de 244 pages. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez Regnault , Libraire, rue S. Jacques.
Heureuſement pour la France elle compte
peu de Rois auili foibles que Henri III , dont
les bonnes qualités tournerent également au
détriment de la Nation , parce qu'il avoit
perdu la confiance du Peuple , & parce qu'il
ne ſavoit point agir à propos. Il vit ( choſe
rare dans une Monarchie ) la Nobleſſe , le
Clergé & le Peuple contre lui. Seul contre
tous , obligé de flotter entre les partis , les
inftans de fermeté dont il fut capable hâtèrent
ſa mort. Qu'on ne diſe point, après le Préfident
Hénault , qu'une Nobleſſe inquiette &
ambitieuſe renverſe ou ébranle le Trône.On
fe tromperoit. C'eſt la Nobleſſe qui l'a ſoutenu
ſous Louis le jeune, ſous Charles V,
&qui a reconquis pour Charles VII les plus
belles Provinces du Royaume. Que ne dut
pont Henri II à ſa Nobleffe? Que feroit
devenu Henri IV ſans la Nobleſſe ? Elle eft
l'amede a conſtitution monarchique.
Le règne de Henri III preſente à-peu-près
tous les extrêmes dans toutes les factions.
C'eſt un conflit de tous les pouvoirs, tou
Dy
$2 MERCURE
jours croisés , toujours menaçans , toujours
heurtés. On paſſe de l'excès du defpotifme
aux plus humiliantes complaiſances. On pille
les ſujets ,& on les aſſemble enfuite pour les
confulter. On viole les immunités Eccléſiaftiques
; on vend les biens du Clergé , & on
le redoute. On aliène à plus bas prix les domaines
, & on foutient qu'ils fout inaliénables;
& l'Édit de 1582 ordonne la confection
d'un terrier exact. On commet les plus
affreuſes injuftices , & on recueille un Code
fait pour honorer les meilleurs règnes. Du
fanatifme à la plus révoltante debauche il
n'y a point de nuance. Le front maſque hier
& chargé des grelots du carnaval , ſe cache le
lendemain ſous le capuchon d'un Pénitent
gris ou noir. Par tout le Roi n'agit qu'en fubalterne
, & partout il eſt ſeul chargé de
l'exécration publique. Sa bonté mème d'eſt
regardée que comme un defaut de caractère ;
&quand il ſe ſouvient enfin qu'il eſt Roi ,
on le traite comme un vil affaffin. Quelle
étrange deſtinée !
Nous avons moins à louer l'exécution de
fon Ouvrage. C'est moins une hiſtoire qu'un
tableau hiſtorique trop rapide, parfemé de
courtes réflexions ſouvent contradictoires ,
ſouvent manquant de juſteſſe. Qu'on life
Mézerai ( que nous ne citons cependant point
comme le modèle des Hiſtoriens ), on voit
un homme vrai , ferme, dont les principes
font établis fur les baſes fondamentales-du
bonheur public. Il peint avec la couleur
DE FRANCE. 83
propte; il ne craintpointde mécontenter par- .
fonne. Ilpréſente l'Hiſtoire ; & l'Hiſtoire ne
pardonne jamais à ceux qui ont démériré. Mézęrai
n'ajuſte jamais fon opinion aux convenances
verſatiles du moment. Il ne tient .
point la main fermée , de peur d'en laiffer
échapper une vérité. Il aime à la produire , à
la montrer, quelles qu'en puiſſent être pour
lui les ſuites. En peignant Mézerai , nous
avons dit ce que doit être un Hiftorien. Courage
, vérité , lumières : voilà ſa deviſe. S'il
en a une autre , iln'ira point à la Poftérité , & :
il n'obtiendra point la confiance des contemporains.
M. l'Abbé de Sauvigny n'a point ignoré.
que le règne de Henri III a exercé bien des
plumes depuis l'avènement de la Maiſon régnante.
La Race des Valois étant éteinte , celle
des Médicis ayant également fini , on n'a
point reſpecté leur mémoire. Ceux qui
avoient craint le courroux de leurs deſcen-,
dans ont eu la baffeffe d'entaſſer outrages fur
outrages. L'idole etoit renverſee. Il falloit
bien la traîner dans la fange. Aucun défenfeur
ne s'eſt élevé. D'ailleurs , c'étoit un contraſte
frappant que relevoit encore plus l'éelat
du règne de Henri IV. Ainſi les matériaux
ne manquent point à l'Écrivain. Jamais
peut- être les contemporains n'ont laiſſe à la
Poſtérité autant de monumens pour écrire
Phiſtoire d'un règne quelconque. On doit
donc exiger de celui qui entreprend cette
Hiftoire , une exactitude marquée , une con-
D vj
84 MERCURE
1
noiſſance profonde des Perſonnages , des événemens
& des cauſes , des détails enfin fur
les faits. La nouvelle Hiſtoire ne remplit
pas ces conditions. On n'y prend que des
notions infuffifantes ; on n'eſt jamais arrêté.
Que de matériaux l'Auteur auroit cependant
trouvés dans les manufcrits de Dupuy &
dans les Hiſtoires imprimées ! De combien
detraits il auroit éclairé fon Ouvrage ! Son
Hiſtoire auroit acquis ces formes qui ne permettent
plus au Lecteur d'avoir des doutes
fur la reſſemblance des portraits &des caractères
qu'on lui préfente.
Le ſtyle de M. l'Abbé de Sauvigny n'a pas
affez de couleur; il n'a pas le caractère propre
à le faire arriver au but qu'il s'eft propoſé.
Ce but eſt évidemment marqué dans ſonOuvrage,&
lui donne des droits à l'eſtime publique;
c'eſt de contribuer àjeter des lumières
ſur les grands intérêts qui , dans cette circonſtance,
occupent tous lesbonsCitoyens,&
àinfluer fur le bonheur que nous avons droit
d'en eſpérer.
DE FRANCE. 85
ÉPITRE à mon Poële, dédiée à mes Amis,
par M. l'Abbé de L***. Brochure in- 8°.
A Paris , chez les Marchands de Nou
veautés.
CETTE Brochure ne fixe l'attention ni par
un titre important, ni par ſon étendue. Mais
dès que les yeux en ontparcouru la première
page, on eft retenu par l'attrait d'un talent
vrai & aimable , qui ne tarde pas à ſe faire
remarquer ; & l'on s'apperçoit que ce n'eſt
pasunede ces futilités fi fort àla mode , qui
ſemblentn'afpirer à obtenir un regard que par
lafingularité de leurtitre.
Le Poëte, en s'adreſſant à ſon Poële , a
pour but de parler des plaiſirs qu'il goûte
avec ſes amisdans ſa retraite , &de ceux que
lui procurent les Poëtes anciens & modernes.
Huit vers de compliment adreſſés au Poêle
bienfaiteur , amènent cette tirade facile, harmonieuſe&
poétique :
Lorſque tyrans nouveaux de l'empire des airs ,
Lesvents ofent flétrir la riante parure
Denos champs désolés qu'ils changent endéſerts,
Et fatiguent nostoits par leur affreux murmure;
Quanddu pâle Phébus le diſque nébuleux
Sous des tapis de neige a voilé la Nature,
Etd'un blane monatone importune nos yeux :
Oqu'il eſt doux alors d'environner en groupe
Deton étroitcontour l'eſpace irrégulier ,
Oùleplus pareſſeux de la frileuſe traupe
86 MERCURE
1
Brû'e d'avoir un rang , fût- ce même au dernier!
Il gliffe adroitement une jambe timide ,
Et s'applaulit de voir qu'il n'eſt point épić ;
Avec ſa large main un autre plus avide
De ta chaude ſurface envahit la moitié ;
Celui-ci trop modeſte, & qui tout bas ſoupire
Du partage inégal qui le tient exilé,
Eft contents'il a pu , dans ſon coin reculé ,
T'effleurer de ſes doigts , qu'à l'inſtant il retire.
Celui-là, de ton tube affrontant la chaleur ,
Ofe le careffer d'une main familière ;
Un feu vengeur punit le jeune téméraire :
Sa grimace & fon geſte ont trahi ſa douleur.
C'eſt autour de ce Podle , & avec ſes amis ,
que le Poëte s'entretient ,& qu'il appelle les.
favoris du Parnaffe Grec, Latin & François ,
ce qui lui fournit l'occaſion de célébrer quelques
Auteurs vivans , & de leur rendre en
éloges les plaiſirs qu'ils lui ont donnés. Vient:
enſuite un repas très amical, avec des pommes
que le Poëte laiſſe cuire à fon four; repas
dont la deſcription eſt auſſi grie que poétique.
Quand ſes convives ſe ſont retirés , le
Poële charme alors la folitude du Poëte , qui
s'aſſoupit ſouvent, & qui revoit quelquefois
en rêve ſa patrie qu'il a quittée.
Oui , je crois habiter ton vallon enchanteur ,
O Limoux ! * je vois l'Aude & ſa rive fleurie;
*Limoux , patrie de l'Auteur.
DEFRANCE. 87.
J'embraſſe avec tranſport une mère attendrie.
Ah! le deſtin jaloux qui m'ôta mon bonheur ,
N'a pu môter du moins ma douce rêverie.
Opénates facrés ! ô toits de mes aïeux !
Quand renaîtront pour moi ces jours délicieux ,
Que j'ai vu s'écouler trop tôt pour ma tendreſſe !
De mes chaſtes plaiſirs qui me rendra l'ivre ſe ?
J'aimois , j'étois aimé , c'étoient là tous mes voeux;
Et j'avois épuiſé le ſecret d'être heureux.
Reçois de ma douleur l'expreſſion ſincère,
ma p'us tendre amie ! ô reſpectable mère !
Jete dois le tribut de mes juſtes regrets:
Rappeler mes pla ſirs , c'eſt nommer tes bienfaits,&c.
Il y a de la ſenſibilité dans cette tirade ; &
elle prouve que l'Auteur peut prendre plu-,
fieurs tons avec ſuccès. Peut- être n'eſt il pas
inutile de l'inviter à érte plus ſévère ſur le
choix de ſes rimes. Pleurer ne rime point
avec confoler, ni amufer avec intéreſſer , ni
admettre avec maitre , &c. L'exactitude de la
rime est néceſſaire à Pharmonie du vers François;
& elle coûte moins qu'on n'imagine ,
quand on a fu de bonne heure en contracter
l'habitude. 1
L!
:
88 MERCURE
1
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
Les repréſentations d'Hercule au Mont-
Era , qui ont ſuivi la première , ont été
mieux rendues , les caractères des perſonnages
ont été mieux ſaiſis , & le mérite de
l'Ouvrage, auquel on a fait quelques changemens
, a été plus généralement ſenti.
Sophocle & Sénèque ont traité ce ſujer.
Rotrou , qui avoit étudié les anciens , a fait
un Hercule mourant , dont voici la Fable
abrégée.
Hercule aime Iole. Lole aime Arcas. Déjanire
eſt jalouſe d'lole. Le Centaure Neffus
a remis en mourant àDéjanire unecornepleine
defonfang,& lui a dit, en parlant d'Herule:
Tache
Un de ſes vêtemens de ce ſang précieux ,
S'il eſt jamais bleffé d'autres que de tes yeux ;
Il aura la vertu de te rendre ſon âme ,
Etle fera brûter de ſa première flamme.
En conféquence Déjanire donne à Hercule
une chemise tachée de ce ſang Hercule ne
tarde pas a en éprouver le funeſte effer. Déjanire
, au déteſpoir , ſe tue. Hercule ap
DE FRANCE. 89
prend ſa mort & la cauſe de ſon crime : ilfe
rappelle alors qu'un Oracle lui a dit autrefois
Appui des Dieux & des humains ,
Victorieux Alcide ,
Un qui fera mortpar tes mains
Sera ton homicide.
Ilſedétermine à mourir; il dreſſe un bûcher ,
y monte, & l'allume lui-même , après avoir
ordonné à Philoctère d'immoler Arcas ſur
ſon tombeau. Philoctère eſt ſur le point de
conſommer le fatal ſacrifice ſous les yeux de
la miſérable Iole. Le tonnerre éclate , le ciel ;
s'ouvre ; Hercule deſcend dans une gloire, il
pardonne enDieu l'outrage qu'il vouloit venger
en homme ,& Iole épouſe Arcas.
Il paroît que cet Ouvrage eut beaucoup de
ſuccès en 1632. Le Dictionnaire Dramatique
en faitun très-grand éloge. Il y a en effet des
beautés dans le rôle d'Hercule ; mais le plus
ſouvent ce caractère eſt outré & giganteſque.
L'action d'ailleurs eſt double. Le Héros meurt
entre le 4º & le sº Acte , & le cinquième
eſt rempli par le péril que court Arcas. Ce
défaut étoit coinmun à preſque toutes les
Pièces du temps , & fert d'excuſe à Rotrou ,
qui fit repréfenter ſon Hercule quatre ans
avant le Cid.
e
En 1761 , M. Marmontel a fait jouer à
l'Opéra un Hercule mourant , dont nous allons
donner auffi une courte ana yle.
Déjanire , exilée de la Cour de ſon père ,
१० MERCURE
小
:
attend le retour d'Hercule, au pied du Mont-
Eta. Hylus , fon fils , annonce l'arrivée de
fon père. Hercule revient en effet ; il amène
avec lui une Princeſſe , ſa priſonnière , dont
fon fils eft amoureux. Mais l'amour du père
s'oppoſe au bonheur du fils . La jalouſe Déjanire
fait préſent à ſon époux d'une robe
reinte du ſang de Neffus. La robe fatale lui
fait éprouver les plus cruels tourmens. Il ſe
précipite dans les flammes d'un bûcher qu'il
afait dreffer; mais à l'inſtant où il va être
confumé , Jupiter deſcend environné de la
cour céleste. Le bûcher ſe change en un char
qui porte Hercule au rang des Dieux,
Cet Ouvrage n'eut qu'un foible ſuccès , &
l'on n'en ſera point ſurpris , fi l'on confidère
que le gente admiratif est très-déplacé ſur le
Théâtre de l'Opéra. Le rôle d'Hercule eſt
fier & noble , & l'Auteur a eu le bon eſprit
de ne point l'exagérer comme preſque tous
ceux qui l'avoient , avant lui , préſenté fur la
Scène.
Paſſons à l'analyſe de la Tragédie nouvelle.
: Déjanire attend Hercule ; dans ſon impatience
, eile ordonne à fon fils Hyllus d'aller
au- devant de lui.Bientôt on apprend qu'il revient
, & qu'il amène avec lui la Princeſſe
Iole , Iole, qu'Hyllus a vue à la Cour de fon
père, & dont il eſt épris. La jaloufie tourmenteDéjanire
, qui n'apprend qu'avec tranfportque
fon fils eft aimé,& qui ſe diſpoſe à
lui faire époufer la Princefle. Hercule paroîr;
il a purgé la terre des monftres qui l'infef
DE FRANCE. 24
toient ; il a puni le crime, vengé l'innocence;,
il a promis un facrifice à fon père, en conféquence
il veut qu'on élève un bûcher ſur le
Mont- ra; les Dieux feront connoître quelle .
eſt la victime qu'on y doit immoler. Hercule
eft amoureux d'Iole; mais il rougit de fon
amour , il en fait l'aveu à Hyllus , à qui il fe
propoſe de la céder. Hyllus lui avoue à fon:
tour qu'il aime & qu'il eſt aimé. Un fentiment
jaloux trouble le coeur du Héros , dont
l'orgueil s'indigne de ce qu'on a penſé à difpoſer
de ſa captive fans fon aveu. Déjanite
fait préſent à Hercule d'une ceinture trempée
dans le fang de Neffus. Le poifon qu'elle
renferme ſe communique & déchire les entrailles
du Héros , qui appelle en vain les
Dieux à ſon ſecours. Déjanire meurt dans le
déſeſpoir; Hyllus, ſon fils, porte àHercule
ſon repentir,fes dernières paroles , & lui explique
l'erreur cruelle qui a caufé fon crime.
Neſſus l'a trompée en mourant.Ace mot le,
Héros retrouve ſa ſérénité; un Oracle lui a
prédit qu'aucun homme vivant ne cauferoit
la mort: fon heure est arrivée. Il fait affembler
fon peuple ; diſpoſe d'Iole en faveur,
d'Hyllus , de ſes flèches en faveur de Philoc-;
tère; allume le bûcher , s'annonce pour la
victime que les Dieux attendent , s'élance au
milieu des flammes , du ſein deſquelles s'élève
un char qui le porte triomphant dans
P'Olympe.
Cette Tragédie peut faire honneur à
fon Auteur dans l'eſprit du petit nombre
92 MERCURE
de connoiffeurs capables d'apprécier la
difficulté d'en traiter le ſujetd une manière
intéreſſante; mais nous necroyons pas qu'elle
obtienne un grand ſuccès au Théâtre. Dans
les premiers jours du Théâtre François , on
pouvoit ſuivre , avec une certaine curiofité ,
le developpement des caractères de ces Hé
ros imaginaires , dont la Mythologie nous a
tranfimis la tradition. Aujourd'hui , on demande
des caractères vrais , des Perſonnages
réels , des Héros qui tiennent davantage à
Thumanité : on veut enfin que les Auteurs
Dramatiques préſentent l'homine àl'homme.
Tout plaît aux eſprits neufs , mais pour plaire
aux elprits exercés dès long - remps , à des
eſprits raiſalliés peut-être par une ſucceſſion
d'excellensOuvrages, il fautdes refforts neufs,
des moyens qui ſachent à la fois plaire&intéreffer
,& qui attaquent plutôt l'âme que l'admiration
. L'Auteur d'Herculenousparoîtdoué
du talent néceſſaire pour traiterdes ſujets du
genredont nous venons de parler : il adonné
àſon Hérosun caractère intéreſlant & noble;
il l'a placé dans des ſituations , où la foibleſſe
attachée aux paſſions , le rend auſſi atrachant
que fier ; il lui a donné une teinte
de Philofophie qui contraſte très -bien avec
les torts que lui donne ſon coeur tendre &
fon caractère emporté. Le ſtyle de l'Ouvrage
ade la fermeré , de la nobleſſe ; ony remarque
des idées grandes & belles , rendues avec
autant de clarté que de correction . Il ne
manque fans doute à cette Tragédie , dont la
DE FRANCE.
93
marche n'eſt pas bien rapide , d'autre raiſon
de ſuccès que celle d'un fonds raoins connu ,
& plus fufceptible de conterver , pendant
tout le cours de fon action , cet intérêt de
curiofité , un des plus sûrs moyens de fixer
l'attention , & de ſe ſaiſir de l'ame comme de
l'eſprit des Spectateurs.
Au Numéro prochain , les articles de la
Comédie Italienne & celui de l'Ecole des
Pères , Comédie en cinq Actes , jouée avec
ſuccès à la Comédie Françoiſe le premier de
ce mois.
ANNONCES ET NOTICES.
LETTRES fur le defir deplaire, fuivies de ce que
c'est que l'occaſion , Conte Moral, par l'Auteur des
Erreurs d'une jo'ie Femme , in-8°. de 102 pages.
Prix, I liv. 16 fols. A Paris, chez Hardouin &
Gattey, Libraires , au Palais Royal .
Le Roman des Erreurs d'une jolie Femme a
joui d'un ſuccès mérité , & c'eſt un préjugé en fa-
*veur des Lettres & du Conte qu'on annonce comme
ſortis de la même plume. Le ſujet de ces Lettres eſt
un peu vague; c'eſt la peinture d'une femme ſans
ceffe occupée du projet de plaire à tout le monde ;
ma's ce cadre ſert à offrir une galerie de portraits
dont pluſieurs prouvent que l'Auteur a le talent
d'obſerver. Le Conte qui termine cette Brochure
eſt une idée heureuſe; mais le genre ne nous per
met pas d'en offrir l'analyſe, quoique ce ſoit un
ConteMora's
94
MERCURE
%
CHOIX Méthodique de Livres fur l'Éducation
propre aux deux Sexes depuis le premier age dans
tous les états , fuivi d'une Notice de Livres Elé
mentaires & Claſſiques qui peuvent être mis dans les
mains desjeunes Gens. A Paris , chez Royez , Libraire
, quai des Auguftins , à la defcente du Pont-
Neuf.
On s'ett propoſé de raſſembler un corps de Livres
utiles à l'Éducation , & dont quelques - uns , malgré
leur mérite , étoient oubliés ou négligés , ou trop
peu répandus.On les a diftribués dans cette Notice
ſous des diviſions qui ſutfiſent pour indiquer l'ordre
dans lequel on peut s'en fervir, 1
Le même Libraire a arrangé fes Bibliothèques en
miniatures pour renfermer un choix de ces Livres ,
& former des prix d'encouragement. Ces boëtes fermant
à c'ef confervent propres leurs Livres , & les
empêchent de s'égarer.
TROIS Estampes du Chevalier Strange , Graveur
duRoi,& premier Graveur de Sa Majefté Britannique,
l'une repréſentant l'Apotheose de deux jeunes
Princes, fi's du Roi d'Angleterre , peintes par Weft;
les autres deux Portraits faiſant pendans , de Raphaël
, peints par lui-même , & de Sapho , par Carlo
Doici . (Les trois originaux ſout à Florence, dans les
PalaisAltoviſi & Corfini ).
Ces trois Eſtampes ſoutiennent la réputation de
leur Auteur, & c'eſt en faire un grand éloge. Il a fu
varier ſa manière dans ces differens fujets. L'Apothéoſe
, par la douceur de l'expreſſion , préſente , pour
ainſi dire , un calme céleste qui parle à l'ame.
ESTAMPE gravée d'après le Tableau original de
Carlo Cignani , par Maffard , Graveur du Roi , en
fon Académic Royale de Peinture & Sculpture. A
Paris , chez l'Auteur,s rue & porte Saint Jacques ,
12. 122.
DE
FRANCE .
Cette belle Estampe eft digue des autres Ouvrages 95
qui ont fait connoître le talent diftingué de M. Maffard.
Elle ne peut qu'obtenir le ſuftrage univerſel
des
Connoiffeurs .
HISTOIRE du Charbon de terre & de la Tourbe ,
Suivie de la Méthode d'épurer ces deux combustibles,
& d'en employer avec utilité & avantage les différens
produits , par M. Pfeiffer , ancien Conteiller
intime de S. M. Praffienne , & Profeſſeur de l'Univerſité
de Mayence , Ouvrage traduit de l'Allemand ,
un Volume in- 12 . A Paris , chez P. Delormel , Inprimeur
- Libraire , rue
Bailly , Libraire , rue Saint Honoré, près la Bar- du Foin-Saint- Jacques ;
rière des Sergens , & Defenne , Libraire, au Palais
Royal.
Cet Ouvrage d'un Auteur dont le nom inſpire la
confiance, & que la difette de bois rend plus que
¡ mais néceſſaire , tire un nouveau degré d'utiliré
de la feconde Partie, où l'on enfeigne les
moyens d'épurer deux
combustibles qui peuvent
ainſi devenir précieux. 44
Le Répertoire amusant, Étrennes dédiées aux
Gens de goût , contenant un Choix de
Morceaux
de Poésie desChanſons , des Contes , des Énigmes ,
des Anecdotes , &c. , année 1787 , in - 16 . A Londres;
& fe trouve à Paris, chez Fournier , Libraire,
ru da Hurevoix, quai des Auguſtons.
Ce Recueil paroit
annuellement ; il s'y trouve
quelquefois des. Pièces qui ne ſé trouvent point
ailleurs, parmi d'autres qui ne devroient ſe trouver
nulle part.
EDITE à Colorne, Opéra en troisActes, repré
ferté à Verſailles le 4 Janvier 1786 , & au Théâtre
de l'Académie Royale de Muſique le premier Fé96
MERCURE
vrier 1787, mis en Muſique par A. SACCHINI , avec
cette Épigraphe :
... Sitôt que d'un traitde ſes fatales mains
La Parque l'eût ravi du nombre des humains,
On reconnut le prix de ſa Muſe éclipſée.
Se vond à Paris, dans la maiſon où est décédé l'Auteur,
chez le ſieur Soldato, rue de Richelieu ,
nº. 15. Prix , 24 liv.
Il eſt inutile de rappeler le mérite afſſez connu de
cet Ouvrage, qui a eu le ſuccès le plus éclatant. Il
fuffitde dire que cette Partition ſe vend au profit de
la famille de l'Auteur , famille qu'une ſuite d'infortunes
arendu pauvre , & qui ne ſe ſoutenoit que
par ſes bienfaits. Il eſt doux en ſe procurart ure
jou'ſſance pareille à celle qu'on doit attendre de
cetteMuſique de ſonger qu'on fait en même - temps
une bonne actior .
AMA Femme ,
TABLE.
49 Virginie, 69
Romance , 51 Histoired'Henri III, Roi'de
Cherade, Enigme & Logo France, επ
gryphe, 53 Epltre à mon Poële , $5
Discours fur l'origine des Mu Comédie Françoise , $8
nicipalités , $5 Annonces & Notices,
Suite des Observationsſurla
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'ai lu, par ordrede Mgr. le Garde-des-Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 9 Juin 1987. Je n'y
si rien trouvé qui puiffe ca empêcher l'impreffion. A
Paris, le 8 Juin 1987. RAU.LIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES :
ALLEMAGNE
De Hambourg , le 21 Mai.
MAlgré l'affectarion de quelques Feuilles
publiques à repréſenter , depuis quelques
mois , les affaires de laPorte enEgypte,
comme ruinées fans retour , le Capitan-
Pacha , comme fugisif , enfermé, tué , & c
ſes ſuccès décififs ne font plus douteux , &
l'on peut regarder l'Egypte comme reconquife
fur les Beys. Cette importante révolution
eſt confirmée par des lettres authentiquesde
Conftantinople ,en date du 25 Avril,
&qui diſent :
«Des Tartares expédiés par le Capitan
>> Pacha , ont apporté la nouvelle d'une der-
> niere bataille qui a été déciſive. Les troupes
N°. 23 , 9 Juin 1787. C
( 50 )
des Rebelles ont été entierement détruites ;
plufieurs des Bess ont été tués ; Murath &
» Ibrahim , après avoir perdu tous leurs équi-
>>>pages & leurs tréſors , ont été forcés de ſe
>jetter dans les montagnes qui ſéparent le Nil
>>>de la Mer rouge , & dont on prétend en
Egypte , que jamais aucun fugitif n'eſt re-
>>>venu , parce qu'ils y périſſent faute de fubſiſtances
, ou font maſſacrés par les Ara'es
qui habitent quelques districts de catre ſtérile
>contrée. Le Capitan Pacha alloit s'embarquer
lorſqu'il a fait partir ſes Couriers . Sui-
>> vant toure apparence , il ne tardera pas à
> arriver ici avec les tréſors conſidérables qu'il
a recueillis.
>> L'Envoyé de Ruſſie auprès de cet Empire
> a mis à la voile avant hier , & l'Internonce
>> Impérial , le 18 de ce mois , pour Cherſon 1 .
>>L'arrivée prochaine de l'Impératrice de
>>>Ruffie & de l'Empereur Joſeph II , dit
>>>une lettre de Cherſon , met ici tout en
>> mouvement. Il ne ſe paſe pas de jour
>> qu'il n'arrive des troupes Ruſſes , foit
>> pour renforcer la garniſon de cette ville ,
>> foit pour former un corps d'ob'ervation
>>> du côté d'Oczakofoù les troupes Muful-
>> manes ſont en grand nombre. Ces pré-
>> paratifs ne font point hoftiles , mais commandés
feulement par la prudence. »
Pendant l'année 1786 on a compté à Pétersbourg
6137 naiſlances , dont 3227 garçons
, & 2910 filles ; 7738 morts , dont
$981 hommes , 1757 perſonnes du fexe , &
$508 mariages,
i
: S'il n'y a point d'erreur dans les chiffres ,
ondoit être ſurpris de la grande diſproportion
de la mortalité deshommes à celle des
temmes, & il ſeroit intéreſſant d'en rechercher
la cauſe.
De Berlin , le 19 Mai.
La grande revue dans cette Capitale eſt
fixée aux 21 , 22 & 23 de ce mois. Le 25 ,
le Roi ſe rendra à Magdebourg ; S. M. reviendra
à Berlin le 29 , & le 1 Juin elle ira
dans la Pomeranie&la Pruſſe.
S. M. voulant obvier aux abus que les
ſuites des Ambaſladeurs & Miniſtres étrangeas
occa'ionnoient ici , eny introduiſant ,
ſous le prétexte de franchiſe , des objets de
contrebande , vient de donner un réglement
détaillé à ce ſujet. Le Miniſtre des affaires
étrangeres a fait remettre à tous les
Ambaſſadeurs , Miniſtres & Envoiés des
Puiffances étrangeres , une note à ce ſujet ,
accompagnée d'une liſte très-étendue des
effets prohibés dans le royaume, pour qu'à
l'avenir leurs fuires & domeſtiques aient à
s'y conformer , fous peine d'être compris
dans le nombre de ceux qui font la contrebande.
Voici le contenu de cette note
Le Roi ayant trouvé convenable , à l'exemple
de la plupart des autres Cours de l'Europe , de
déterminer d'une maniere préciſe , & propre à
obvier pour l'avenir à toutes difficultés , les
franchiſes accordées à la premiere entrée des effets
C2
( 52 )
deMrs. les Miniſtres étrangers, réſidens, chargés
d'affaires , accrédités à la Cour de Sa Majesté ,
nous avons l'honneur , Mrs. , de vous envoyer
ci- joint pour votre information , & pour la di
rection future de Mrs. vos Succeſſeurs , le Réglement
qui ſera ſuivi dorénavant à cet égard ,
avec la note des marchandises , dont l'importation
eſt prohibée dans les Etats de Sa Majeſté.
Berlin le 29 Avril 1787.
Le 13 , la Colonie des réfugiés Proteftans
de Bohême , qui s'établit ici en 1732 ,
a têté un Jubilé de so ans , en mémoire
du premier ſervice divin qu'elle a célébré
dans l'Egliſe quele Roi Frédéric Guillaume I
leur fir batir , & à laquelle il avoit nommé
deux Miniſtres , qui depuis cette époque ,
ſont paiés de la Caiſſe royale.
: Il a paru ici dans la Librairie de Voſſune
relationdu ſéjour du Comte de Cagliostro à
Mittau , en 1779 , &de ſes opérations
magiques dans cette ville , par Madame de
Recke, née Comteſſe de Medem & foeur de
la Ducheſſe de Courlande. Cet écrit piquant
& authentique est très recherché.
De Vienne , le 20 Mai.
L'Empereur a effectivement viſité le cours
du Nieſter , & a jugé peu favorablement le
projet formé de le rendre navigable; projet
dont il ne ſera plus queſtion. S. M. eſt revenue
le 3 à Lemberg , d'où elle eſt part e le 6
pour Cherfon ; elle compte y arriver en fix
ou fept jours.
( 53 )
Lesdifférends des Archevêques de l'Em
pire avec le S. Siege atront des ſuites plus
ſerieuſes qu'on ne croyoit ; & elles ne finiront
pas fans une révolution totale dans la
Hiérarchie eccléſiaſtique.Cependant les évêques
ne ſont pas tous d'accord avec leurs
Métropol tans , & pluſieurs paroiſſent vou-
Joir faire cauſe commune avec la Cour de
Rome. Celui de Spire entr'autres doit avoir
écrit depuis quelque temps à l'Empereur ,
pour ſe plaindre des arrangemens pris au
Congrès d'Ems , tenu ſans la convocation
&l'intervention des Evêques. Il prie S. M.
de ne point confirmer les réſolutions qui y
ont été arrêtées , avant que les Evêques n'y
aient donné leur avis & leur conſentement.
L'Empereur a répondu que les projets
des Archevêques lui étoient agréables & lui
paroiffoient conformes tant au bien être de
la raiſon , & à la diſcipline de la primitive
Eglie , qu'à la conſtitution de l'Empire &
aux privileges de ſes Membres; qu'il eſpé
roit en conféquence que les Evêques & autres
Princes , tant laïcs qu'eccléſiaſtiques , de
l'Empire y accédero'ent : qu'il lui recommandoit
en particulier de coopérer l'un des
premiers à cebut falutaire , après en avor
concerté avec les Métropolitains & les autres
fuffragans .
Un Décret de l'Empereur , du 12 Avril
défend, ſous peine de mille ducats d'amende,
ou d'un emprisonnement de 6 mois ,
C3
( 54 )
aux accoucheurs ou ſages femmes , d'adminiſtrer
le baptême aux enfans des Juifs ,
contre le gré des peres & meres , auxquels ,
ajoute S. M. , appartiennent leurs enfans
en pleine propriété , & qui pour cette raiſon
, ont ſeuls le droit d'admettre ou de
refuſer le baptême.
S. M. a rencontré dans le cercle de Sambor
un payſan qui cultive les arbres fruitiers
avec autant d'intelligence que de ſuccès.
Satisfaite de l'induſtrie de cet utile cultivateur
, elle a daigné le récompenfer par
une médaille d'or qu'elle a attaché elle-même
à ſon habit.
Le Chevalier Keith , Miniſtre Britannique
auprès de notre Cour , a eu une longue
conférence avec le Prince de Kaunitz , qui ,
à l'iſſue , a expédié un courrier à S. M. On
préſume que cet entretien étoit relatif au
Traité projetté d'alliance & de commerce
entre les deux nations.
On prétend que Mahmud Pacha , déclaré
rébelle par la Porte Ottomanne , eſt ſoutenu
par quelque Puiſſance Européenne Son
armée , à ce qu'on dit , forte de près de
80,000 hommes , eſt répartie en Cavalerie,
Infanterie & Artillerie , & exércée continuellement.
Il a établi auſſi des bas Officiers , &
donné à chaque diviſion des tambours , des
fires & des Muſiciens. La diſcipline qu'il
fait obſerver à ſes troupes eſt exacte ; il pazoît
être aimé de fon armée , à laquelle il
( 55 )
fait diftribuer avec exactitude le pain & la
paie.
De Francfort , le 24 Mai.
Le Duc de Brunswick a réſolu l'aboli
tion de toutes les Loteries dans ſes Etats .
Il eſt entré dans Aix la Chapelle 408
hommesdes troupes Palatines , des garni
fons de Duffeldorf & Juliers , pour y main
tenir l'ordre & la tranquillité publique.
Suivant quelques Feuilles Allemandes
les revenus que tire le Stathouder de ſes
poſſeſſions en Allemagne, confiftent rº. en
116,921 flor. de la Principauté de Naſſau-
Dillenbourg ; 2 °. en 118,391 flor. de celle
de Siegen ; 3 °. en 84,091 flor. de celle de
Dietz; 4°. en 53,280 flor. de celle de Hadamar;
50.6200 du Comté de Spiegelberg
; en 18,333 flor. des fonderies & forges,
& 63.222 flor. d'autres petits revenus
desquatre Principautés.C'eſt entout403,639
flor. Le contingent que le Prince paie à
l'Empire & aux Cercles monte à 1781 flor. ,
&la dépenſe annuelle à 289,016 flor .
ESPAGNE.
De Madrid, le 12 Mai.
On écrit de Cadix que l'eſcadre d'évolutions
, aux ordres de M. de Langara , eft
fortie de ce port , le 16 du mois paſſé : elle
aura dû rencontrer celle du Ferrol, qui étoit
)
C4
( 56 )
enmerdepuis le9. Cetteefcadre doit croifer
40 jours , ſans toucher à aucun port.
Quoique la Cour n'ait pas lieu d'être
contente de tout ce qui vient de ſe paſſer à
Alger , pendant le ſéjour qu'y a fait le
Comte d'Expilly , S. M. a bien voulu , fur
lademande faite par le Dey, ordonner qu'il
ſeroit frappé dans ſes Hôtels des Monnoies
pour fix millions de piaſtres en differentes
monnoies , depuis la piaſtre juſqu'au demi
réal , aux armes de la Régence , à la charge
par le Dey de fournir les matieres , & de
payer tous les frais de fabrication.
On mande de Cadix , qu'en conféquence
des ordres du Roi , on y travaille jour &
nuit à équipper 3 vaiſſeaux & 8 frégates qui
doivent partir pour l'Amérique avec le
S. Julien. Celui ci eſt toujours deſtiné pour
le Mexique où il doittranſporter le nouveau
Viceroi. Deux des autres le ſont pour Buenos
-Aires , & le reſte pour le détroit de
Magellan. Cet armement ſi précipité eſt occaſionné
, dit-on , par une ſuite de nouvelles
que la Cour a reçues depuis trois mois ſur
certains événemens qui ſe paſſent dans ces
contrées.
L'épouſe d'un Brigadier des armées avoit
été accuſée d'avoir tenté d'empo ſonner fon
mari dans du chocolat ; ſur les premieres
préſomptions cette dame & s de ſes domeftiques
furent arrêtés. D'après la procédure ,
S. M. a ordonné que le mari paſſe à Valen
1377
ce, &que la femme reſte au couvent de
Pinto. Si dans un an , ſon mari meurt , elle
aura la tête tranchée ; dans le cas contraire ,
l'un & l'autre auront la liberté de ſe réunir.
Les dernieres lettres d'Alger , du 26
Avril ont déterminé S. M. à ordonner une
quarantaine rigoureuſe de so jours à tout
bâtiment venant de cette côte , avec défenſe
de débarquer aucune marchandiſe. Le
22 il étoit mort à Alger en 24 heures onze
Chrétiens , 27 Juifs , 184 Maures. En Janvier
dernier la peſte y a enlevé 335 perſonnes
; en Février 557; en Mars 1534& en
Avril 3721 , en tout 6147.
GRANDE - BRETAGNE
De Londres, le 29 Mai.
M. Pitt dépoſa le 23 ſur le bureau de la
Chambre des Communes , l'état des revenus&
des dépenſes du Prince de Galles ,
pendant les trois années de ſon établiſſement;
état dont il réſulte que , durant cet
intervalle , la dépenſe du Prince a excédé la
recette de 161,110 liv. ſteri. Le lendemain,
la Chambre vota unanimement une Adreſſe
en réponſe au meſſage de S. M. « Nous ap
>> prenons avec la plus vive ſatisfact on , y
diſent les Communes , que le Prince
>> donné à Sa Majeſté les plus fortes affic-
>>>rances de fon attention à balancer à la
১০ a
( 58 )'
>>venir ſes dépenſes ſur ſes revenus , &qu'il
>>>a établi des réglemens dans ſa maiſon
>>>propres à convaincre S. M. de l'exécution
>>>rigoureuſe du plan adopté par S. A. R. »
Les Communes prient en même tems S. M.
d'avancer , ſur la liſte civile , la ſomme de
161,000 liv. ſterl. pour acquitter les dettes
du Prince , & celle de 20,000 liv. ft. pour
achever les travaux du palais de Carleton;
ſommes que la Chambre s'engage à rembourſer
à S. M. Trois jours avant, le Prince
s'étoit rendu au palais de Bukingham , fur
l'invitation du Roi qui eut avec lui uns
conférence de trois heures , & qui le préſenta
enſuite à la Reine & aux Princeſſes.
Après cette entrevue qu'on aſſure avoir été
touchante , S. A. R. a repris tous les Officiers
de ſa maiſon , & cet heureux rapprochement
de la Famille Royale a été célébré
par des illuminations multipliées dans la
Capitale.
Ces jours derniers , le Roi a paſſé en ro
vue ſes différens régimens des Gardes à pied
&à cheval , ainſi que pluſieurs régimens de
Dragons.
Le Chevalier James Harris, Ambaſſadeur
auprès des Erats-Généraux , eſt arrivé ici le
22. Il a eu le lendemain une conférence
très-longue avec S. M. ainſi qu'avec le Miniſtre;
audiences qui ont occaſionné un
Conſeil extraordinaire des Miniſtres , tenu
le 25 & le 26 chez le Marquis de Camar
( 59 )
then , au ſujet des troubles actuels de la
Hollande.
Le Commodore Jonfthone, gagna le 22 à
laChambre Haute fon procès avec le Ca
pitaine Sutton , qu'il avoit démonté après
la journée de Porto- Praya , & qui le pourſuivoit
en dommages & intérêts. Le Commodore
n'a ſurvécu que deux jours à ſa victoire
; il eſt mort Jeudi dernier aux bains
de Bristol , d'une maladie cancereuſe trèscruelle
, & dont il a foutenu les douleurs &
la fin avec la plus grande fermeté.
Les nouveaux réglemens pour le commerce
avec la France , ont été mis en vigueur
en Irlande le 14 de ce mois , c'est-àdire
, quatre jours plus tard qu'en Angleterre.
La Cour d'Eſpagne vient , dit-on , de
régler que les toiles d'Irlande ſeroient reçues
dans les ports Eſpagnols ſur le pied établi,
pour les nations les plus favoriſées.
Le Phanix , vaiſſeau de la Compagnie
des Indes , qui vient d'arriver à Deptford ,
aapporté environ 150 moutons du Cap de
Bonne-Eſpérance , & 3 vaches du Bengale.
Il a auſſi à bord un ſuperbe étalon Arabe ,
de couleur grife. Ce cheval a déjà couté
dit- on , y compris l'achat , la nourriture&
le paſſage, 1510 liv. ſterl .
FRANCE.
De Versailles , le 2 Juin.
Le Comte de la Mote Baracé , le Comte de
C6
( 60 )
Suſſey de Mélay , le Comte d'Aiguirande , le
Marquis de Senonnes , le Chevalier du Piefis de
Grénedan , & le Commandeur de Ferrette , qui
avoient eu l'honneur d'être préſentés au Roi , oης
cu , le 24 Mai , celui de monter dans les voitures
de S. M. &de la ſuivre à la chaſſe.
Le 27 du même mois , jour de la Pentecôte,
les Chevaliers - Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Eſprit s'étant aſſemblés , vers
les onze heures&demie du matin , dans le grand
Cabinet du Roi , Sa Majesté , devant laquelle marchoient
deux Maffiers de la Chambre , portant
leurs maſſes , fortit de ſon appartement pour ſe
rendre à la Chapelle , précédée de Monfieur , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Son Alteffe
Royale Monſeigneur le Duc d Angoulême , vêtu
enhabit deNovice, du Duc d'Orléans, du Prince
de Condé , du, Duc de Bourbon , du Prince de
Conty, duDucde Penthièvre, &des Chevaliers-
Commandeurs & Offiiers de l'Ordre du Saint-
Eſprit. Le Roi , après la Grand - Meſſe , chantée
par ſa Muſique & célébrée par l'Evêque d'Autun,
Prélat-Commandeur de l'Ordre , monta ſur fon
trône , & reçut Chevalier de l'Ordre du Saint-
Eſprit , Son Alteſſe Royale Monseigneur le Duc
d'Angoulême. Sa Majesté fut enſuite reconduite
àſonappartement , en obſervant l'ordre dans lequel
elle en étoit fortie. La Reine , Madame &
Madame Elifabeth de France aſſiſterent ,dans une
des Tribunes , à la Grand -Meffe à laquelle la
Comteffede Sérent fit la quête.
L'après midi , le Roi & la Famille Royale ,
après avoir entendu le Sermon ; prononcé par
'Abbé du Serre Figon , aſſiſterens aux Vepres
chantées par laMuſique de Sa Majesté , & auxquelles
l'Abbé de Ganderatz , Chapelain de la
Grande-Chapelle , officia.
( 61 )
Ce jour , Leurs Majestés Couperent à leur grand
couvert ; pendant le repas , la Muſique du Roi
exécuta différens morceaux ſous la conduite du
fheur Girouſt , Surintendant de la Muſique de Sa
Majeſté.
Le même jour , la Vicomteſſe du Hautier a eu
P'honneur d'etre préſentée à Leurs Majeſtés & à
la Famille Royale , par la Marquiſe de Tourdonnet.
Le ſieur Soulés , Auteur de l'Histoire des troubles
de l'Amérique Angloiſe , a eu l'honneur de
préſenter au Roi le 4e.volume de cet Ouvrage ,
contenant les cartes ( r) .
De Paris , le 6 Juin.
Arrêt de la Cour des Monnoies , du 21
Avril 1787 , portant Réglement général
pour le Commerce des matieres & marchandises
d'or & d'argent.
Ordonnance du Roi , du 1. Mai 1787 ,
pour attacher aux neuf Eſcadres établies par
f'Ordonnance du 1. Janvier 1786 , les Entretenus
de la Marine deſtinés pour la Mer.
Fin des Discours prononcés dans l'Assemblée
des Notables.
Discours de M. D B BRIENNE , Archevêque de
Toulouse , Chefdu Conseil Royal des Finances.
MESSIEURS , le Roi m'a ordonné de remettre
(1 ) Il se trouve à Paris , chez l Aureur , rue des
Mauvaises-Paroles n°.6 , & Buiſſon , rue des
Poirevias. Prix des 4 vol. 16 liv. broc. & 18 , port
frane, par la Pofte.
( 62 )
enpeude mots fous vosyeux, le réſultat de vos
délibérations , & le précis des réſolutions que Sa
Majeſté a formées en conféquence. L'Affemblée
yverra le bien auquel eile a concouru , & celui
que le Roi prépare : elle y remarquera fur-tout
la fatisfaction & la confiance de Sa Majesté , juſte
récompenſe de votre zele pour ſon ſervice , & le
bien de l'Etat .
Les troubles & les diffenfions , ſuite ordinaire
des guerres civiles , & que le regne glorieux de
Henri IV n'avoit pu entierement éteindre ,
avoient obligé Louis XIII à ramener à ſon Conſeil
, l'adminiſtration directe des moindres détails
. Tout alors dut être ſoumis immédiatement
à l'autorité , pour qu'elle pût reprendre ſes
droits , & elle dut avoir d'autant plus d'action ,
qu'elle avoit eu moins d'influence. Le Roi n'a
pas cru qu'un régime dicté par les circonstances ,
dut fubfifter lorſque ces circonstances n'exiftoient
plus. Il a ſenti que plus l'autorité avoit
de force , plus elle pouvoit avoir de confiance ,
&que ce ne ſeroit pas l'affoiblir , mais l'éclairer
& mêmela rendre plus active , que de remettre
à des aſſemblées provinciales , une partie de
l'adminiſtration .
Sa Majeſté s'eft en conféquence déterminée à
en établir dans toutes les provinces de fon
Royaume où il n'y auroit pas d'Erats particuliers
, & Elle a cru devoir vous confulter ſur la
formation & la compoſition de ces aſſemblées.
Sa Majeſté a vu avec ſatisfaction , & les peuples
verront avec reconnoiſſance , qu'aucun ſentiment
, aucun préjugé perſonnel , n'ont influé
dans vos délibérations, Vous avez penſé que la
nation étoitune , & que tousles ordres , tous les
corps, toutes les aſſociations particulieres dont
elle étoit compoſée, ne pouvoit avoir d'autres
( 63 )
intérêts que les fiens.Vous avez , en confe
quence , abjuré toute diſtinction , lorſqu'il feroit
queſtion de contribuer aux charges publiques;
la liberté civile , étendue à tous les Etats ,
n'admet plus ces taxes particulieres , veſtiges
malheureux de la fervitude dont elles ont été la
compenfation. Le gouvernement mieux ordonné
, rejette en conféquence toutes ces exemptions
pécuniaires qui ont été la fuite de ces ta
xes , & il n'eſt plus permis de penfer que celui
qui recueille moins doive payer davantage.
Unis , affimilés par une antique aſſociation, les
deux premiers Ordres en ont refferré les liens
fans jalouffe ni rivalité ; & lorſqu'ils ont réclamé
des formes & des privileges , l'opinion des députés
des villes qui s'eſt jointe à leurs instances , a
bien fait voirque l'amour du bien public avoit
ſeul dité leurs réclamations.
Le Roi eſt bien éloigné , Meſſieurs , de vouloirdonner
atteinte à ces formes & à ces privileges.
Il fait qu'il y a dans une Monarchie des
diftinctions qu'il eſt important de conſerver ;
que l'égalité abſolue ne convient qu'aux Etats
purement républicains ou deſpotiques; qu'une
égale contribution ne ſuppoſe pas la confufion
des rangs &des conditions ; que les formes anciennes
font Ja ſauve-garde de la conſtitution
& que leur ombre mémé doit être ménagée ,
lorſqu'elles font obligées de céder à l'utilité gé
nérale.
,
C'eſtd'aprèsces principes que feront établies
les Affemblées Provinciales. Les deux premiers
Ordres y auront la préſidence & la préféance
dont ils ont toujours joui dans les Affemblées
Nationales ; & cette prérogative ne peut leur
être précieuſe qu'autant qu'elle tourne à l'avantage
des peuples. Cen'eſt pasune vaine égalité
(64 )
démentie à chaque inſtant pardes beſoins toujours
renaiſſans , que le peuple a întérêt de réclamer;
c'eſtdu ſecours & de l'appui que ſa foibleſſe
invoque ; & c'eſt dans le Cergé & la Nobleffe
qu'il peut & doit les trouver. Ces tems
malheureux, pendant leſquels les Nobles étoient
les fleaux des campagnes , n'exiſtent plus . Leur
préſence en éloigne l'oppreffion& la mifere; &
dès qu'une fois il eſt convenu que la contribution
doit être égale& également répartie, l'élévation
des Grands n'eſt plus qu'un moyen de défendre
le foible , de foulager ſes peines , & d'aſſurer
l'accés de ſes réclamations.
Puiſqu'un ſeul & même intérêt doit animer
les trois Ordres , on pourrot croire que chacun
devroit avoir un égal nombre de repréſentans.
Les deux premiers ont préféré d'être confondus
& réunis; & par-là le Tiers-Etat , aſſuré
de réunir àlui ſeul autant de voix que le Clergé
& la Nobleffe enſemble , ne craindra jamais
qu'aucun intérêt particulier n'en égare les ſuffrages.
Il eſt juſte d'ailleurs que cette portiondes
fujets de Sa Majeſté , ſi nombreuſe , ſi intéreſſante
, & fi digne de ſa protection , reçoive au
moins , par le nombre des voix , une compenfation
de l'influence que donnent néceſſairement
la richeſſe , les dignités & la naiſſance .
En ſuivant les même vues , le Roi ordonnera
que les fuffrages ne ſoient pas recueillis par
ordre , mais par tête. La pluralité des opinions
des Ordres ne repréſente pas toujours cette pluralité
réelle , qui ſeule exprime véritablement le
voeu d'une Aſſemblée.
Excepté la premiere convocation , perſonne
ne fera partie des Aſſemblées Provinciales qu'il
n'ait été élu ; & fi Sa Majesté ſe réſerve d'approuver
le choix qui aura été fait du Président ,
( 65 )
ce choix ne pourra jamais tomber que fur un
Membre de l'Aſſemblée , & qui en aura réuni
les fuffrages.
La forme des élections , celle des aſſemblées
fubordonnées à l'aſſemblée générale , tout ce
qui concerne les unes & les autres , ſera déterminé
d'après ces premieres baſes , & aufli d'après
les circonstances locales auxquelles Sa Majesté ſe
propoſe d'avoir égard. L'uniformité des principes
n'entraine pas toujours l'uniformité des
moyens , & le Roi ne regardera pas comme indignesde
fon attention , les ménagemens que
peuvent exiger des coutumes & desulages auxquels
il eſt poſſible que les peuples de certaines
Provinces attachent leur bonheur.
L'activité des Aſſemblées Provinciales ſera
déterminée de maniere qu'elle puiſſe procurer
tous les avantages pour lesquels elles sont établies.
Le Roi eſt bien perfuadé que des Aſſemblées
qui lui devront leur exiſtence , en ſentiront
aſſez le prix , pour ne pas s'expofer à la
perdre en abuſant de ſa confiance; & le pou- voir néceſſaire pour l'exécution ſe concilie facilement
avec l'intervention indiſpenſable de l'autorité
, & la furveillancede ceux qui font chargésde
ſes ordres.
Le Roi commencera par ſuivre à cet égard ,
les réglemens dont l'expérience a confirmé la
ſageſte dans les Provinces de Guyenne & de
Berri . Si quelques articles de ces réglemens
ont beſoin d'être modifiés , Sa Majesté recevra
les Mémoires qui lui feront envoyés par les
Aſſemblées Provinciales. Elle ne négligera rien
pour porter à ſa perfection ce grand & important
étab'iſſement , qui immortaliſera ſon
regne , par les biens fans nombre qu'il doit
produire.
( 66 )
۱۰
,
Un des grands objets qui feront confiés aux
'Administrations Provinciales , eſt la confect on
des chemins & peut- être l'existence de ces
Adminiſtrations étoit -elle néceſſaire pour affurer
Pabolition de la Corvée en nature . Tout le
monde étoit frappé depuis long-tems de la rigueur
& de l'injuſtice de cet impôt terrible ,
dont la durée parmi nous fera l'étonnement des
fiècles ſuivants. Mais l'impoſition en argent
avoit auſſi ſes abus & ſes inconvéniens ; on pouvoit
craindre ſon intervention : on diſoit que
dans des tems malheureux , elle pourroit fubfifter
, & la Corvée en nature être rétablie. La
confiance manquoit , & fans elle , le bien même
ne peut s'opérer. L'établiſſement des Affemblées
Provinciales diſſipera ces inquiétudes ; les travaux
publics ne feront plus arrofés des larmes
du pauvre & du malheureux; les fonds deſtinés
àces travaux ne pourront étre emp'oyés à d'autres
vlages , & chaque propriétaire contribuera ,
fans regret , à des ouvrages délibérés & dirigés
par ceux qu'il aura choiſis lui-même pour ſes
repréſenrans.
La Loi qui détruira la Corvée ſera encore
un de ces bienfaits ſignalés qui illuſtreront le
regne de Sa Majeſte; elle répandra la joie dans
les campagnes , en même tems que la libre
exportation des grains animera l'agriculture ,
&entretiendra l'abondance. Les criſes qui affl. -
gent quelquefois les Etats, deviennent preſque
toujours l'époque d'heureuſes révolution , L'horreur
des guerres civiles a donné naiſſance à ces
belles ordonances , qui font encore parmi nous
la regle des jugemens . Da ſein d'un déſordre
pallager , naîtront des inſtitutions utiles qui en
sépareront le malheur & le feront oublier .
Unde ces changemens importans ſera le recus
( 67 )
lement des Traites à l'extrême frontiere . Des
barrieres mnombrables fémeroient les Provinces
du même Royaume , & les rendoient étrangeres
les unes aux autres . Le Roi en conſommera.
la deſtruction , tentée , méditée depuis plus de
trente ans , & qu'il lui étoit réſervé d'opérer.
Si les intérêts particuliers de quelques Provinces
peuvent demander des délais ; fi les rapports
des Traites avec la perception de laGabelle
, peuvent faire croire que les unes ne
peuvent être auffi utilement changées , tant que
l'autre ſubſiſtera , le Roi trouvera dans la liaiſon
même de ces deux objets , une raiſon de plus.
de s'en occuper ſans interruption. Il avoit fongé
à adoucir le régime de la Gabelle ; vous avez
pensé , Meffieurs , qu'un impôt vicieux en luimême
ne pouvoit être amélioré : la nation
n'oubliera pas que cette grande pensée eſt due
au Prince auguſte qui , en l'absence de Sa Majeſté
, a préndé cette Aſſemblée ; elle n'oubliera
pas l'ardeur généreuſe avec laquelle ſon auguſte
Frere l'a ſuivie & protégée : fideles à leur impulfion
, vous avez fait naître dans le coeur du
Roi l'eſpérance d'effacer juſqu'au nom du plus
fâcheux des impôts ; & quoique l'expreffion de
la fatisfaction paroiffe convenir mieux à la Majeſté
Royale , Sa Majesté me permet de vous dire
qu'Elle a vivement reſſenti la délibération de
l'Aſſemblée à ce ſujer : c'eſt la ſervir de la maniere
la plus chere à ſon coeur , que de lui
montrer qu'un grand bien n'eſt pas impoflible.
Le Roi vous a ausi conſultés ſur le régime de
ſes Forêts &de ſes Domaines.Vous avez fait , fur
les Mémoires qui vous ont été communiqués ,
pluſieurs obſervations qui produiront d'utiles
améliorations.
Mais ce n'étoit pas aſſez , Messieurs , d'avoir
168 )
ainfi concouru , par vos avis , à l'exécution des
grands projets que Sa Majesté méditoit pour le
bonheurde ſes peuples ; une tâche plus pénible
&plus douloureuſe , vous reſtoit à remplir , &
vous avez fu en vois y livrant , concilier
tout ce que vous deviez au Roi & au peuple ;
leurs intérêts ſont en effet les mêmes , et le moment
le plus terrible pour un Etat , ſeroit celui
où ils leroient ſéparés ou contraires .
Un déficit énorme vous avoit été annoncé dès
la premiere ſéance de cette Aſſemblee. Vous
avez ſenti que puiſque la plaie de l'Etat étoit
connue , il falloit la ſonder dans ſa profondeur ;
que le plus grand malheur pour une Nation
puiſſante , étoit de n'être pas éclairée ſur l'étendue
des maux auxquels elle avoit à remédier , &
que ſi la circonſtance devoit la porter à des
efforts extraordinaires , il falloit au moins s'aſſurer
à quel point ces efforts devoient s'étendre ou
s'arrêter.
-
Le Roi a approuvé votre zele ; il vous a
communiqué tous les états qui étoient entre ſes
mains , & après un examen pénible , vous avez
conſt té , autant qu'il étoit en votre pouvoir ,
ledéficit dont il falloit établir la réalité. Quelques
Bureaux l'ont porté entre cent trente
¢ quarante millions. Quelques-uns l'ont
pqrté encore plus haus ; le terme moyen qui
réſulte de leurs recherches , peut être fixé à cent
quarante millions ; triſte , mais importante vérité,
dont la connoiſſance eſt due à votre zele.
Le plus grand ſervice que vous ayez pu rendre
à l'Etat , a été d'avoir preſque entièrement diffipé
le nuage qui empêchoitde connoître au juſte la
fituation des finances .
On nepeut fans doute , Meffieurs , s'empêcherd'être
trappé d'un déficit fi conſidérable;
( 69 )
mais qu'on ne croye pas qu'il eſt impoſſible de
le faire diſparoître. Une grande Nation peut
éprouver de grandes ſecouſſes ; mais elle ne
fuccombe jamais , &dès que le mal eſt connu ,
la néceſſité du remede aſſure ſon efficacité .
Pluſieurs depenſes qui forment ce déficit , ſont
occaſionnées par des rembourſemens à époques
fixes , qui paſſent cinquante millions . Ces rembourſemens
peuvent être opérés pardes einprunts
fucce fifs , qui reculeront un peu la libération ;
mais pas affez pour nuire au crédit public; &
celui-ci , bien ménagé , empechera que ces
emprunts ne ſoient une nouvelle charge pour
l'Etat .
Si , dans une grande fortune particuliere , il y
atoujours des reſſources , comment n'y en au
roit-il pas à eſpérer dans celles d'un grand
Royaume ? La principale eſt l'ordre & l'économie
; vous avez indiqué à Sa Majesté des retranchemens
& des bonifications ; Elle vous
avoit prévenus en vous faiſant connoitre plufleurs
économies qu'elle avoit ordonnées ; &
depuis , Elle vous a aſſuré qu'Elle les porteroit
au moins à quarante millions , & vous ne devez
pas être étonnés ſi elles n'ont pas encore été
réaliſées : les abus qui s'introduiſent inſenſiblement
, ne peuvent aussi en un moment être réformés.
Une dépenſe inutile peut être attachée
à un ſervice néceſſaire , auquel il faut ſuffire
àmoins de frais; ce ſeroit une eſpece dedéſordre
que de remédier au déſordre même , avec
précipitation. Deja la Reine a recherché Ellemême
& fait rechercher encore tous les retranchemens
dont ſa Maiſon eſt ſuſceptible ;
déja les Princes , Freres du Roi , ſe propoſent
de remettre au Tréfor-Royal , une partie des
Commes qu'ils en reçoivent ; déja le Roi a
,
( 70 )
ordonné à ſes Miniſtres , & à tous les ordonnateurs
, de préparer toutes les économies que
chaque partie peut ſupporter. La bouche , la
vénerie , les écuries , les poftes , les baras , les
dons , les graces , le plus grand comme le plus
foible des départemens , tout ſubira l'examen
que les circonstances rendent néceſſaires ; chaque
eſpece de dépenſe recevra la réduction ,
chaque eſpece de recette la bonification qui lui
eſt propre. La volonté de Sa Majesté vous eft
connue ; Elle ne vous a pas demandé de ſuppléer
à ces quarante millions , qui doivent être
produits par les bonifications qu'Elle ſe propoſe.
L'année ne ſe paſſera pas fans qu'elles ſoient
exécutées ou évidemment préparées , & ce
court délai ne ſervira qu'à aſſurer le ſuccès &
la durée des meſures que Sa Majeſté aura préparées.
..
Cesemprunts & ces bonifications réduiront le
déficit à cinquante millions ; & encore faut- il
compterdans ces cinquante millions , quinze à
feize millions de dépenſes , qui auront un terme,
&qui par là ne demandent que pour un tems les
moyens d'y fatisfaire.
Ces cinquante millions ne pourront être fans
-doute comblés , ſans de nouveaux impôts. Sa
Majefté ne l'a vu & ne l'a annoncé qu'avec dou-
Jeur. Vous avez partagé ſa peine , & hélité vousmêmes
fur le choix des impôts. Le Roi péſera
vos obſervations; ſe décidera pour l'impofition
la moins onéreuse , pour celle qui établira
le plus l'égalité ſi désirable entre les contribuables,
pour celle qui portera le moins ſur le
commerce & l'induſtrie ; enfin pour celles dont
les frais& la perception feront moins fenfibles :
s'il n'eſt pas en ton pouvoir d'affranchir ſes
peuples d'une charge nouvelle , il eſt dans ſon
( 71 )
coeur d'en adoucir le poids , &d'en abréger la
durée.
Cette intention de Sa Majesté eſt clairement
exprimée par le précautions qu'Elle a annoncées
aux Bureaux , & qu'El'e ſe propoſe de prendre
pour que le déficit actuel ne ſe reproduiſe
jamais.
En conféquence de ces précautions , Sa Ma
jeſté ſe propoſe de faire publier , dès la fin de
cette année , (& Eile eſpere qu'Elle en aura la
poffibilité ) un état exact de la recette & de la
dépenſe , & fi la néceſſité évidente d'une augmentation
de revenu exige , dès le moment ,
que les impoſitions foient accrues , Sa Majeſté
ne les portera au taux juge jusqu'à ce moment
néceſſaire , que lorſque cet état , fait avec préciſion
& exactitude , ne laiſſera aucun doute fur
le produit des premiers impôts qui auront été
établis , fur le réſultat des retranchemens &
bonifications annoncés ; enfin ſur le déficit qui
pourroit reſter encore après que toutes cesbonifications
auront été portées au moins à quarante
millions.
Cet état de rece'te &de dépenſe ſera diſcuté
& arrêté dans un Conſeil de finance , dont Sa
Majesté fera connoître dans peu la compoſition.
Eile ſent l'infuffisance de celui qui exiſte , &
fur- tout des fonctions qui lui font attribuées.
C'eſt dans un Conſeil de finance qu'Elle veut
que les emprunts , les impors , toutes les grandes
opérations foient concertés ; c'eſt dans un Confeil
de finance qu'Elle entend que ſoit faite &
vérifiée tous les ans la diaribution des revenus
publics entre lesDépartemens ; c'eſt par ce Con-
Teil&la publicité de ſes réſultats , que Sa Majesté
ſe garantira des ſurpriſes &des erreurs. Louis
XIV en avoit conçu lanéceſſité ,leRoi ne tardera
( 72 )
pas à faire revivre & perfectionner cetteeffentielle
inſtitution.
Ajoutez à ces deux grandes précautions , la
publication annuelle du montant de la dette
publique , & des fonds qui lui ſeront affectés ;
ajoutez la réduction & la publication des dons ,
des graces & des penſions ; ajoutez l'engagement
d'affecter à chaque emprunt un fonds qui lui
ſerve de gage ; ajoutez le rapprochement de la
comptabilité & la réduction des acquiis de comptant
, aux ſeules dépenses pour lesquelles ils
font abfolument néceſſaires , & vous verrez ,
Meſſieurs , découler de ces principes d'ordre
inaltérables , la réformation des principaux
abus , pour la ſuppreſsion deſquels Sa Majefté
vous a appellés. Il en exiſtera ſans doute encore ;
&comment ſuppoſer qu'ils pourront être totalement
détruits dans une grande Monarchie ?
Mais au moins ceux qui seront connus , ne
feront pas négligés ; ceux qui feront inévitables
, ne feront pas protégés ; ceux qui ſauront ,
pour un tems , ſe ſouſtraire à laréforme , n'échapperont
pas au defir de la procurer. Ce defir
contant dans Sa Majeſté les fera peut - être
s'évanouir d'eux-mêmes. « Les regles les plus
>>>auſteres , diſoit un grand Miniſtre àune afleme
>>> blée de Notables , ſont & ſemblent dou-
>>>ces aux eſprits les plus déréglés , quand
>> elles n'ont en effet , comme en apparence ,
autre but que le bien public & le ſoutien de
l'Etat . Nul n'oſera ſe plaindre , ajoutoit- il ,
>> quand on ne fera aucune choſe qui n'ait cette
fin , & quand le Roi même , qui , en tel
cas , eſt au-deſſus des regles , voudra ſervir
>> d'exemple «,
Telles font , Meſſieurs , les afſurances que
vous allez reporter à vos concitoyens ; & fi
quelques-uns
( 73 )
quelques uns vous demandoient avec inquiétude
ce qu'a donc profuit certe longue & célebre
Affemblée ? Vous leur direz avec confiance ,
que la Nation y a reçu de ſon Souverain une
nouvel e vie & une nouvele existence dans les
Aflembiées Provinciales ; que l'égalité de la
contribution , la ſuppreſſion de la Corvée en
nature , la liberté du commerce des Grains y
ont été établies par le voeu national ; que les
Traites , les Gabelles , pluſieurs droits onéreux
ſeront détruits ou confidérablement adoucis ;
vous leur direz que la dette publique eſt ſolidement
aſſurée , que la balance ſera poſée entre
la recette & la dépenſe , que celle ci fora inceſſamment
diminuée , que l'autre ſera proportionnée
aux beſoins réels ; vous leur ajouterez
qu'il leur en coûtera des ſacrifices ; mais que ces
facrifices feront ménagés avec ſoin , qu'ils porteront
principalement fur les p'us aifés , qu'ils
ne dureront qu'autant que la néceſsité d'y avoir
recours ſubſiſtera : vous leur direz enfin que ces
eſpérances vous ont été données par le Roi
même , & que vous en avez pour gage les
précautions qu'il a priſes , & qu'il vous a communiquées.
Ce que vous direz à vos concitoyens , les
Nations étrangeres ſe le diront à elles-mêmes.
Juſqu'à préſent elles n'ont connu la France que
par des apperçus &des conjectures : maintenant
elles peuventjuger de l'immensité de ſes reffources.
La criſe actuelle deviendra l'époque d'une
nouvelle ſplendeur ; & fi les vues du Roi ſont
fidelement remplies , je ne crains pas de dire
que la ſituation du Royaume ſera plus aſſurée
&plus impoſante qu'elle ne l'a jamais été. 11
eſt encore pofsible de porter au plus haut point
le bonheur au -dedans & la conſidération au de-
N°. 23 , 9 Juin 1787 . d
( 74)
hors. Il ne faut que de l'ordre dans un grand
Royaume , & il n'eſt rien que les peuples ne
doivent attendre des intentions paternelles de
SaMajefté.
Discours de MONSIEUR , Frere du Roi.
SIRE ,
L'honneur que j'ai d'être le premier des
Gentilshommes que Votre Majesté a convoqués
à cette Affemblée , m'eſt bien précieux en ce
moment , puiſqu'il me procure l'avantage d'être
leur organe auprès de Vous. Confultés par
Votre Majesté ſur les affaires le plus importantes
de l'Etat , nous nous sommes acquittés du devoir
qu'Elle nous avoit impoſe , avec ce zele ,
cette franchiſe & cette loyauté qui furentdans
tous les tems les caracteres diſtinctifs de la Nobleffe
Françoiſe. Votre Majesté a daigné nous
dire qu'Elle étoit fatisfaite de nos travaux ; c'eſt
la récompenſe la plus flatteuſe que nous enpuffions
eſpérer. Il ne nous reſte plus qu'à fupplier
Votre Majesté d'accueillir avec bonté les affu
rances de notre reſpect, de notre amour & de.
notre reconnoiſſance pour la confiance dont Elle
abien voulu nous honorer .
Discours de M. DILLON, Archevêque de Narbonne.
SIRE ,
Le Clergé de votre Royaume a toujours tenu
à honneur & à gloire d'être un des premiers
anneux de la chaine nationale .
Nous diſions à Votre Majesté , lors de notre
derniere ailemblée, ( & c'eſt le langage que
nous ont tranfmis les Pontifes vénérables , qui
ca: perpétué d'âge en age la célébrité del'Eglife .
Gallicane) que la qualité de Miniſtres des aute's
a outoit encore aux devoirs que nous impoſe
celle de Sujets & de Ciroyens ces d fpo .
firmons ne ſe démentiront jamais , & chacun de
nous s'eſt empreflé de déclarer fans certe auguste
( 75 )
aſſemblée , combien nous étions éloignés de
toute prétention , qui pût aggraver le fardeau
des contributions publiques. Penſer autrement ,
eût été manquer à l'eſprit de la religion , dont
nous ſommes les Mipiſtres. Il n'exittera jamais
aucune nuance dans l'ordre ſocial , fur laquelle
la religion ne répande l'impreſſion de ſa grandeur
, de fon utilité & de ſa bienfaiſance.
Nous avons réclamé la conſervation de nos
formes ; elles tiennent à la conſtitution de la
Monarchie , elles repoſent , ainſi que toutes les
propriétés ſous la garde des loix & ſous la protection
ſpéciale de Votre Majeſté.
Nous reſpectons , nous chériſſons les liens qui
pous ſont communs avec tous les ſujets qui vivent
ſous vos loix ; & aux leçons de zels , de patrio.
tiſme , de dévouement à votre Perſonne ſacrée
que notre Miniſtere nous preſcrit de donner à
nos concitoyens , nous ajouterons toujours la
plus puiſſance de toutes , celle de l'exemple.
Daigne le Dieu , qui veille à la conſervation
de cet Empire , écarter les obſtacles qui pourroient
s'oppoſer à laprompte exécution des plans
d'ordre , de justice & d'économie , que votre
ſageſſe a formés !
Puiſſe le concours des forces & des volontés
particulieres hâter le rapprochement de l'époque
heureuſe , où le développement & l'action de
Lous les refforts de cette puiſſante Monarchie
doivent lui faire goûter le bonheur qu'Elle a
droit de ſe promettre de la tendre affection d'un
Roi pour ſon Peuple , & de l'amour inépuiſable
d'un Peuple pour ſon Roi !
Discours de M. D'ALIGRE , premiers Président
du Parlement de Paris.
SIRB ,
Le zele ſeul a dicté les ſentimens que vous
d2
( 76 )
nous avez permis de dépoſer aux pieds de votre
Trône au commencement de cette aſſemblée
mémorable. Permettez que le même intérêt
pour la gloire de votre régne & pour le bon-
Leur de vos Sujets nous dicte encore à la fin de
ces féances les expreffions de l'amour & du
reſpect dont vos peuples ſont pénétrés pour
Votre Majeté.
Les Notables arimés par une émulation pae
triotique ont tous concouru avec une égale activité
à vous propoſer les moyens qu'il ont jugé
les plus utiles pour ſeconder les vues de Votre
Majefté ; ils ont vu avec effroi la profondeur du
mal.
Une adminiſtration prudente & meſurée doit
aujourd'hui rafſurer la Nation contre les ſuites
fâcheuſes , dont votre Parlement avoit prévu
plus d'une fois les conféquences .
Les promeſſes que Votre Majefté a bien voulu
faire , & dont la publicité eſt annoncée dans
tout le Royaume , vont conſoler vos peuples,
& leur faire entrevoir l'avenir le plus heureux .
Les différens plans propoſés à Votre Majefté ,
mérivent la délibération la plus réfléchie . Le rems
qu'Elle veut prendre pour faire connoire ſes
volontés, ne peut que ranimer & affermir la confiance
publique.
Il ſeroit indifcret à nous , Sire dans ce moment
, d'ofer indiquer les objets qui pourroient
de préférence mériter votre choix . C'eſt à votre
prudence qu'il appartient de déterminer vos
fages réſolutions. Le filence le plus reſpectueux
, eſt dans ce moment notre ſeul partage ;
daignez , Sire , en ſuivant les mouvemens de
vore coeur , & de votre amour pour vos Sujets ,
maintenir l'ordre que vous allez étaber dans
vos finances , & recevoir les humbles hommages
( 77-)
que nous ditent la tendreſſe , l'amour & le refpeét
dont toute la Nation eſt pénétrée pour Votre
Majesté.
Discours de M. DE NICOLAY , Premier Président
de la Chambre des Comptes de Paris .
SIRE ,
La Chambre des Comptes s'unit par ma voix
aux fenomens de cette auguſte Affemblée. Elle
vouloit faire entendre l'accent de ſa douleur ,
mais elle ranime ſes eſpérances , en voyant
Votre Majesté s'éclairer ſur les beſoins de ſes
peuples , & laiiler approcher la vérité du Trông .
Diffimuler nos malheurs , ce ſeroit affoiblir la
gloire de les réparer. Votre Majeſté vient de
me urer l'abime , fon coeur en a fremi , ſon courage
& notre amour vont bientôt en combler la
profondeur.
Les Puiſſances rivales de la France, l'Europe
entiere ont été inſtruites de nos défaſtres ; hatons-
nous de leur annoncer que Votre Majesté
va les faire oublier ; hâtons- nous de leur montrer
ce que peut l'exemple du Monarque ſur une Nation
libre &généreuſe.
Vous gouvernez , Sire , les moeurs publiques ,
ces abus deſtructeurs qui précipitoient l'Etat fue
le penchantde ſa ruine, aujourd'hui dévoilés &
déjà flétris par l'opinion , ne ſoutiendront point
vos regards; votre ſageſſe les fera diſparoître ,
comme les ombres de la nuit ſe diſſipent à la
clarté du jour .
Les loix ſont la fauve-garde des Empires ; la
France repoſe auſſi à l'ombre de ſa légifſlation :
mais il eſt un genre de ſtabilité qui lui eft propre
&qui fait fon bonheur ; c'eſt l'amour réciproque
du Souverain & d- s peuples.
Premier Potentat de l'univers , vos ſujets ,
Sire , ſe glorifient de vous dire , comme autred
3
( 78 )
fois,Pline àcet Empereur, les délices du genre
humain & le modele des Rois : la Nation ne
peut être heureuſe ſans vous ; vous ne pouvez l'être
Jans elle.
Les Notables rendus à leurs concitoyens .
enorgueillis de l'eſtime deleur Maître, après avoir
plaidé les intérêts de vorre gloire en plaidant pour
la patrie aux pieds du Tróne ,auront encore des
confolations à offrir en annonçant des facrifices.
Ils diront que l'immuable probité a gravé en
caracteres ineffaçables dans le coeur de Votre
Majefté , l'obligation des réformes & la volonté
de les effectuer. Ils garantiront à vos ſujets
que les nouveaux fubfides , dont l'accablante
néceflité vous déchire , n'auront que la durée des
beſoins.
Ils préſenteront l'émulation du bien public ,
embråfant tous les coeurs , & voire Royale Famille
s'empreſſant àdonner les premiers exemples
du patriotifme.
*
Ils diront que notre Souveraine , fi digne de
régner ſur les François, vient de ſe montrer rout
ce que devoit être l'auguſte Compagne du Roi ,
&la Mere du Dauphin.
Ils annonceront les jours déſirés de l'économie
, le rétabliſſement de l'ordre , l'égale diftribution
des charges publiques , toutes les fources
de la proſpérité feront rétablies & mieux dirigées;
& la Nation attendrie verra dans cette régénération
l'aurore du regne le plus heureux de
la Monarchie.
Puiffe l'affemblée des Notables , Sire , devenir
l'époque de votre bonheur &de votre gloire ;
puiſſe l'amour pour nos Souverains , ce ſen iment
précieux qui nous diftingue autant des autres
Nations , que votre Race s'éleve au- deſſus
des Rois de l'univers , s'accroître & s'étendre
( 79 )
encore ; puiſſent reſter à jamais gravées au
fond de nos coeurs ces paroles d'un Auteur
célebre.
«Je rends graces au ciel de m'avoir fait naître
> dans un fiecle &sous le gouvernement où je vis,
» & de ce qu'il a voulu que j'obéiſſe à ceux qu'il
» m'a fait aimer ».
Que ces expreffions touchantes paſſent de bon
che en bouche , qu'elles deviennent un cantique
pational , & qu'elles foient comme la prophétie
da regne de Votre Majené.
Difcours de M. DE BARENTIN , Premier Préfident
de la Cour des Aydes de Paris.
Cette Affemblée fera à jamais époque dans les
SIRE ,
Annales de la Monarchie.
Une heureuſe harmonie a , dès le premier
inftant , uni tous ſes membres : une noble franchiſe
, & l'expreſſion de la vérité ont accompagné
toutes leurs délibérations . Un reſpect profond
, un amour fans bornes , un intérêt vif &
fiscere à la gloire de Votre Majesté ſuffiſoient
pour animer& foutenir leur courage..
L'exécution des réformes que Votre Majesté
diſpoſe , & les foutagemens qu'elle promet fuccoflivement
àun peuple qui l'adore , & qu'ette
chérit , préparent à la Nation des jours plus
fortunés.
Ils atteſteront à la poſtérité que Votre Majeté
s'occupe fans ceffe du bonheur de ſes ſujets. Ils
apprendront à l'univers enior gastles ont les
reffources d'un grand Empire.
Discours de MP'Abbé DE LA FARRE , EluGénéral
du Clergé des Etats de Bourgogne.
SIRE,
Qu'el foit außi permis aux Pays d'Erats le voare
Royaume d'exprimer à Votre Majesté les
d 4
( 80 )
fentimens d'amour & de fidélité dont ils font
pénétrés ; la plus belle de leurs prérogatives eft
de porter librement aux pieds du trône les tributs
que reclament les beſoins de l'Etat. Pleins
de confiance dans la parole ſacrée de Votre
Majeté & dans celle des Rois , vos auguſtes prédécelleurs
, les Députés des Pays d'Etats vont
porter à leurs concitoyens l'affurance que les
privileges des corps & des provinces , ces reſtes
antiques Et précieux des formes de la conſtitution
nationale , feront religieuſement confervés
& maintenus ; ils leur retraceront les plans de
bienfaiſance, d'ordre & d'économie que Votre
Majené a conçus ; & tous enſemble réuniront
leurs voeux pour la gloire de leur Monarque ,
& pour la plus grande proſpérité de ce
Royaume.
Discours de M. ANGRAN D'ALLERAY , Lieutenant-
Civil au Châtelet de Paris.
SIRE;
Le reſpect me ſeroit une loi de me tenir dans
le filence , s'il m'étoit poſſible de renoncer au
glorieux avantage de joindre un nouvel hommage
aux juites acclamations de l'auguſte Atſembiée
, à laquelle Votre Majesté a daigné
m'appeller.
Je m'abſtiendrai de parler des matieres importantes
dont les Bureaux ſe ſont occupés : il
me ſuffit d'obſerver qu'elles y ont été traitées
dans l'eſprit & par les principes des loix. Mais
ſeul de ma claſſe , j'oſe croire qu'il m'eſt permis ,
que je dois même lui déférer le témoignage des
tranſports d'admiration , de reconnoiſſance , de
fidélité , d'amour & de zele , non-ſeulement de
la Compagnie à laquelle il lui a plu de m'attacher
, mais également de toutes les Jurisdictions
( 81 )
anxquelles Votre Majeſté a confié le premier degré
de l'adminiſtration de ſa juſtice.
Discours de M. LE PELLETIER , Prevot des
Marchands de la Vile de Paris .
SIRE ,
It est heureux , il eſt ho orable pour moi d'être
aujourd'hui , dans cette Aſſemblée auguſte ,
P'organe & l'interprete de votre bonne Ville de
Paris , dont le patrimoine le plus cher a toujours
éré le bonheur de ſes Maitres . Votre bonne Ville
de Paris , Sire , ne peut aujourd hui que répéter
les voeux de tous les Ordres , de toutes les Villes
de votre Royaume. Leur dévouement , leurs
fentimens for egeux. Vote Majesté eût été
l'exemple & le motele du meilleur de nos Rois ,
fi notre destinée toujours heureuſe ne l'avoit réſervée
à notre propre bonheur. Tous vos fuje: s ,
Sire vous font également chers. Quelle con-
Iciation pour vos provinces , en apprenant les
facrifices perſonnels que daigne faire V. Maj. &
tout ce qui l'environne , en y ajoutant les propres
paroles de Vorre Majesté , que ce ſont ceux
qui coûtent le moins à fon coeur , en voyant
enfin que Votre Majesté deſtine & conſacre ces
memes facrifices à la partie la plus indigente.&
peut- être , juſqu'à vous , Sire , la plus oubliée
de vos Sujets.
Depuis votre avénement au Trône , Sire , vos
regards paternels ſe ſont toujours portés fur
cette claſſe ſi intéreſſante qui vivifie l'Etat , le
nourrit par ſes travaux , le régénere par de nouveaux
ſujets qui apprennent en naiſſant à aimer
leurs Maitres, àles bénir avec leurs peres , àvivre
& à mourir pour leurs Rois.
Je dois à la Province , dont il avoit plu à
Votre Majefté de me confier l'adminiſtration ,
ce tribut aufli pur que vrai des ſentimens qui ne
ds
( 82 )
s'y éteindront jamais , des bienfaits que Votre
Majesté m'avoit ordonné en la quittant d'y répandre
, pour réparer les défaires qu'elle venoit
d'éprouver. Cette claſſe d'hommes , Sire , eſtle
tréſor , la premiere richeffe , la ſeule richeffe
inépuiſable d'un grand Empire. Dans cette
bonne & excellente Nation , l'amour des Maitres
eſt un héritage qui ſe tranſmet d'age en
âge.
Votre Majeſté a joui dans ſa Province de Normandiedu
raviſſement , des acclamations de fon
peuple , du plus grand bonheur d'un bon Roi ,
celui d'être aimé. Combien doublera l'impatiencede
vos ſujets , de ceux auſquels il refße à
ajouter à la même faveur dont Votre Majesté ,
toujours jufte , ne les privera pas , le tribut de
leur reconnoiſſance. Il ne nous reſte plus ,
Sire , qu'à les mettre & les laiſſer ſous la
fauve - garde des bontés paternelles de Votre
Majeft .
Puiffent nos neveux , Sire , jouir long- temps
du bonheur de vivre ſous les loix de Vore
Majefté. Daignez réaliſer les espérances que
vous donnez à vos peuples que vous aimez &
qui vous aiment. Le ſeul , le vrai bonheur
d'un grand Roi , eſt dans la felicité publique ,
&la félicité de vos Peuples, peut ſeule faire
Ja pro ſpérité , la gloire & le bonheur de votre
regne.
Après avoir rapporté la nouvelle répandued'un
événement tragique , arrivé ſurune
frégate Françoife à Smyine , nous nous
croyons obligés de rendre publique la lettre
ſuivante qui nous eft adreſſee de Toulon.
Toulon le 20 Mai 1787.
Monfieur ,
> Il s'étoit répandu vers le 8 ou le 10Avril le
( 83 )
>> bruit d'une catastrophe arrivée à M. de F.****,
>> Lieutenant en pied ſur la Frégate la Flêche ,
»& à fon Maître d'Equipage , nommé G,*** ;
en voici le précis.
>> Le ſecond Maître d'Equipage ayant été pour
>une cauſe légere condamné par M. de F.*** a
>> être amarré ſur un canon , & à y recevoir 30
>>coups de corde , ce Lieutenant commit le pre.
>>>mier Maitse G.*** pour appliquer les coups .
>>>Celui - ci humilié & choqué du cho'x qu'on
faisoit de lui , répondit que de pareilles ma-
>>>nævres étoient étrangeres a ſon état ; & com-
>> me il perſiſtoit dans le refus , malgré les menaces
du Lieutenant , il fut condamné à les
recevoir lui meme. Ce dernier traitement
>>>parut moins ignominieux à un innocent qu'il
ne l'eût été en faiſant une fonction fi au-
>>>deſſous de ſon état & de les sentimens, II
>>>reçoit les 30 coups fans murmurer ; cache
>> tout reſſentiment. Quelques jours après il ſe
>>>leve une furieuſe tempête , G. * * * charge
>>>ſes poches de boulets , & s'adreſſant à M. de
F. *** : tu m'as déshonoré , dit - il , je ne
>> fauroit ſurvivre à cette infamie , mais tu vas
>périr avec moi ; & faurant auſſi-tôt ſur lui ,
il l'embraffe ferrement, & ſe précipite avec
>>>lui dans les Hots , dont l'agitation ne permet
-pas de pouvoir les en tirer.
Ce n'eſt pas fans fondement qu'on a dousé
>> à Toulon de la prétendue catastrophe arrivée
à bord de la Frégate la Fléche. On prétend
>>que l'auteur, qui n'eſt guere connu, l'a fabriquée
>>pour d'exemple à un Capitaine de Vaif.
12.
Gervir
ſeaux, fi connu par ſa cruauté , que tous les
>>marins fuyoient pour ſe ſouſtraire au malheur
•de faire campagne ſous lui... La reddition de
>>compte faite aux Chefs de la Marine dans ce
d6
( 84 )
"Port , concernant les mouvemens de cette Fré-
>>>gate , depuis ſon départ juſqu'au mois de
>>>mars , fignée par M. Truguet , Capitaine de
>>> ladite Frégate , & par M. de F. ***. , fon
>>>Lieutenant , poſtérieurement à l'époque de la
aprétendue catastrophe , a tranquilliſe les ef-
>prits.
>> Moi-même j'ai reçu de M.S.mon beau- frère,
Négociant à Smyrne , deux lettres , dans la
>>>premiere deſquelles il me parle de M. Brun-
>>B>oiffiere , éleve Commiſſaire , ( mon ancien
>>>éleve ) , actuellement Ecrivain fur la Flêche ;
>& dans la derniere que j'ai reçu en date du
>> 20 Mars , il ne me dit rien de cette Frégate.
>> A cette époque une pareille catastrophe au-
>> roit été connue dans cette échelle ; puiſqu'on
>>l>apublioit à Toulon vers le 8 ou 10 Avril.>>>
J'ai l'honneur d'être , S.
On a reçu avis de la perte , dans le débouquement
de St. Domingue , du navire
les Deux Soeurs , Capitaine Hélène , attendu
des Cayes.
Le navire de le Georges & Party , Capitaine
Caulk, venant de Baltimore , rapporte
qu'à 30 lieues à la hauteur des Bermudes , if
a eu connoiffance de beaucoup de débris .
Le 25 d'Avril, il a eu connoiſſance d'un navire
de Nantes , venant des Cayes - Saint-
Louis. Ce navire étoit en très- mauvais érat.
Le 30 dudit , il a rencontré le navire l'Argus
, de Saint-Malo , allant à la pêche ; le
Capitaine lui dit avoir beaucoup fouffert,
ayant eſſuyé différentes tempêtes .
( 85 )
>> Le Navire la Sainte Adélaïde de Nantes ,
s'eſt perdu près Cayenne , l'Equipage a été fauvé..
Le Washington , revenant de Boſton , s'eſt
perdu le 3 Mai , près Concarneau ; partie de
l'Equipage ſauvé.
« Le Romulus du Havre , a été rencon ré dans
Ja Manche , abandonné de tout 1 Equipage , ayant
huit pieds & demi d'eau dans la calle , par une
Frégate Angloiſe qui l'a mené à Plymouth ;
le Capitaine eſt arrivé au Havre avec ſon Equipage:
Ce Navire étoit parti de Nantes.
>> Le Navire l'Yvonne , Capitaine Mille ,
deſtiné à venir du Port au Prince à la Rochelle ,
perdu ſur les Cayes ; l'Equipage ſauvé.
>>>Le Lutin , Capitaine Ramijard , venant de
la côte d'Or , perdu près l'iſſe de Calu ; l'Equipage
& la Gargaiſon ſauvés «.
Sur la démiſſion du ſieur Berthier
>> Cenſeur Royal , Généalogiſte en ſurvi-
>> vance de l'Ordre de Saint- Lazare , & qui
>> étoit chargé par intérim de l'exercice des
>> fonctions de la charge de Genéalgifte des
>> Ordres du Roi , dont il s'eſt acquitté à la
>> fatisfaction de ſes ſupérieurs , Sa Majeſte
>> a choisi pour exercer les mêmes fonc-
>> tions le ſieur Chérin , fils du dernier Ti-
>> tulaire , & l'a pourvu de la place de Gé .
>> néalogiſte de l'Ordre de Saint - Lazare. >>
Une ſeconde lettre inférée dans les Affiches
de Flandres , conſtate l'horrible afſaſſinat
commis ſur un jeune Anglois à Saint-
Omer , & en éclaircit les circonftances.
Ce jeune Anglois âgé de 15 ans & demi,
n'étoit à Saint Omer que depuis trois ſemaines,
pour achever ſon éducation. Il ne s'occupois
( 86 )
fans relâche depuis l'époque de fon arrivée dans
cette Ville , à l'étude des ſciences & des arts ,
¬amment à cellede notre langue. Cen'éco
ordinairement que vers les 6x heures du ſoir
qu'il alloit méditer le long du rempart , fur fon
travail de la journée , & il rentroit régulierement
à l'heure du ſouper. Le jour où ſa mauvaiſe
étoile le conduifit vers le lieu de ſes délaffemens
ordinaires, il ne fortit de chez lui que vers
les fix heures & demie du foir. Arivé auBal
tion , die Saint -Venant , la ſentinelle lui fie figne
depaffer parterriere l'artillerie , dont il eſt hériffe
& le ſuivit. L'affaffin ayant rejoint fa viotime
derriere le parc , il lui affena fur le front
un coup de la croſſe de ſon arme qui la terraffa,
fondit for elle à grand coups de pieds dans
l'eſtomac & finit par lui plonger fa bayonnette
dans le côté gauche. Le meurtrier croyant avoir
mis le termeà ſon atrocité , traîna cet infortuné
étranger juſqu'à l'embouchure d'un tuyau en
maçonnerie , qui ſert à éclairer le fouterrain
de ce baſtion & l'y précipita de trente pieds
dehauteur. Cette chûte eff-oyable , & la perte du
fang de ce jeune malheureux ne purent , par
un prodige inoui de la providence , terminer
fes jours. Ce fut au lever de l'aurore du len-
-demain qu'il reprit un peu ſes ſens , frappé de
fe trouver dans un lieu qu'il a appellé dans ſa
dépoſition un cachor, il chercha à en fortir.
Heureuſement il apperçut quelques rayons de
jourau-deſſus de la porte de la galerie qui conduit
au fouterrain au bas de laquelle il y avoit
une ouverture d'un pied & demi en quarré. Tout
épuiſé qu'il étoit , il est encore la force & le
courage de s'y traîner quoiqué éloigné de plus
de ſoixante pas , & y étant parvenu , il s'efforça
d'y paſſer. Il avoit déjà la moitié du corpsen
,
( 87 )
dehors , lorſque la ſentinelle de ce poſte l'apperçut;
après pluſieurs qui vive , le malheureux
jeune homme crut que ce factionnaire étoit fon
afſaſſin ; il fit un effort pour fe retirer ; mais
Payant couché en joue & menacé de tirer fur
lui , s'il bougeoit , il reſta dans cette pénible
ſituation , juſqu'à ce qu'il vint enfin à lui. La
ſentinelle s'imagina d'abord que c'étoit un contrebandier
qui cherchoit à s'introduire dans la
Ville ; mais hélas ! elle en fut bientôt défabufée.
Elle l'aida enſuite à le débaraſſer & le
conduifit dans ſa guérite. Un inſtant après fon
brave Libérateur appercut un particulier , il l'appella
& le pria d'informer fon Caporal de cet
Evenement & de venir au plus vite chercher fa
capture. Le Caporal & deux Fufi iers ne tarderent
pas àvenir au ſecours de ce jeune malheureux;
ils le porterent auſſi tôt à leur corpsde
garde. Cet infortuné étoit ſans fouliers &
ils tenterent à lui mettre fon chapeau , qu'il
tenoit dans les mains , fur la tête , vu qu'elle
étoit très-enflée. On le porta enfuite au corpde-
garde de la place , où l'Officier chargé par
le Magiftrat de veiller à la police , & qu'on
nomme ici le petit Bailli , fut appellé , ainfi
qu'un Chirurgien & un interprete. Le premier
ayant mis les appareils néceſſaires à ſes plaies ,
& le ſecond ayant dit qui il étoit, on le porra
dans ſa penſion , chez M. Damart , Apothicaire.
Le petit bailli , qui fait en matiere criminelle
les fonctions de partie publique , rendit à l'inf
tant pleinte de cet aſſailinat; le Magiftrat s'etant
aſſemblé à ce ſujet , extraordinairement , à
dix heures & demie du matin , le même jour ,
il intervint un jugement qui permit d'informer ,
& qui ordonna que le Commiſſaire nommé à
cet effet , ſe tranfporteroit tant dans la chambre
( 88 )
,
du bleſſé pour recevoir ſa dépoſition , que dans
le fouterrein pour tenir procès-verbal de tout
ce qui pourroit ſervir à la preuve du délit. A
onze heures le Commiſſaire nommé ſe rendit au
domicile du jeune étranger ou il le trouva
dans un état qu'à peine avoit il prononcé quelques
paroles , il lui ſurvenoit un aſſoupiſſement
qui forçoit à chaque inſtant de ſuſpendre la
rédaction de ſa dépoſition. Comme elle inculpoit
un militaire , l'Officier de Juſtice fit réquerir
le Major de Place de l'aſſiſſer dans la
viſite qu'it alloit faire du ſouterrain . S'étant rendu
à cette réquisition , ils s'y tranſporterent &
y trouverent diverſes traces de fang fraîchement
répandu , les fouliers & les boucles à environ
dix pas les uns des autres ; enfin deux gants
dont l'un étoit taché de fang. Le lendemain il
fut procédé à l'audition des témoins , & il intervint
, le même jour , un décret de priſede-
corps contre le foldat qui étoit de faction
le 28 , depuis fix juſqu'à neuf heures du ſoir
au Baſtion de Saint- Venant. Dès le 29 au matin
, M. le Commandant avoit eu la ſage
précaution de s'aſſurer du monſtre que la dépoſition
du jeune Anglois avoit déſigné , & que
pluſieurs indices décéloient , quoiqu'on n'eût
rien trouvé fur lui , pour faire la preuve de ſon
crime, le jeune homme ayant la bourſe ſur lui ;
mais la montre , quelques recherches qu'on ait
faites dans le fouterrein & aux alentours , n'a
pû juſqu'à ce jour être retrouvée. Le Magiftrat
auroit certainement déjà prononcé ſur le fort
de cet homme execrab'e , s'il n'étoit ſurvenu
un de ces incidens que les conflits de jurifdictions
occafionnent & qui arrêtent ſouvent le
cours de la justice. L'Etat - Major prétend que
• ce délit eſt de la compétence du Conſeil de
( 89 )
guerre en conféquence & malgré le décret
décerné par le Juge ordinaire , il a refuſé de
laiffer transférer le criminel dans les priſons de
la Ville ; ce qui s'eſt oppoſé à lui faire fubir
les interrogatoires néceſſaires à la conviction
& qu'on ne Pait confronté à ſa victime , ſeul
moyen d'obtenir du coupable l'aveu de fon cri
me. La providence , toujours juſte , qui ne permet
jamais que le crime reſte impuni , daigne
prolonger les jours de l'infortune jeune homme ;
oneſpère méme beaucoup de le mettre hors de
danger. On attend de jour à autre la décifion
de la Cour , à laquelle des deux Jurifditions
doit appartenir le droit de juger cet affaire.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous voyons par les Papiers Anglois qui
racon ent aufli ce crime atroce , que lejeune
infortuné dont il eſt queſtion eſt de Londres
même , & qu'il ſe nomme Maitis
Le fieur Beauvais , Graveur , rue Saint-Jeande-
Beauvais , vient de mettre au jour une Carte
qui repréſente l'aſpect de l'éclipfe du foleil du
15 de ce mois. Les calculs ont été faits par le
fieur Rotrou , ſuivant les tables de la lune du
célebre Euler , publiées par le fiear Jeaurat ,
dans le volume de la Connoiſſance des Tems ,
pour 1786. Selon les calculs da ſieur Rotrou
le contact des deux diſques , au commencement
de l'éclipſe , ſe fera à très-peu de ſecondes
de degrés , au- deſſous du centre du ſoleil ,
du côté de l'occident , ſavoir , dans la partie
auſtrale du ſoleil , & à la droite de l'obſervateur.
,
La plus grande phaſe de l'éclipſe arrivera à 6
heures , 16 minutes 10 ſecondes ; alors la partie
éclipſéedu ſoleil ſera de 14 minutes 6 ſecondes;
) وه (
Lapartie éclairée ſera de 17 minutes 30 ſecondes
&la diſtance des cornes de l'éclipſe fera de 26
minutes 34 ſecondes. Ce qu'il fera bon de remarquer
enſuite , c'eſt qu'à 5 heures 36 minutes
30 fecondes ; les cornes de l'éclipſe ſeront paralleles
à l'horizon ; alors la partie éclipſée du
ſoleil ſera de 9 minutes 30 ſecondes ; la partie
éclairée , de 21 minutes 56 ſecondes ; &la diftance
des cornes de l'éclipſe , de 23 minutes
6fcondes.
La fin de l'éclipſe , qui arrivera à 6 heures
1 minute 14 ſecondes , fe fera dans la partie
fuper eure du côté de l'orient ; c'est - à- dire ,
dans la partie boréale du ſoleil , & à gauche.
Ce dernier contact du limbe folaire avec le
limbe lunaire , ſe fera de maniere que la direction
du centre du ſoleil , à ce dernier point de
contact , formera , avec le vertical , un angle
de 21 degrés . La Carte du fieur Rotrou ne peut
manquer d'intéreſſer les obfervateurs zélés pour
les progrès de l'Aſtronomie pratique; car elle
les préviendra fur toutes les obſervations qu'il
conviendra de faire dans toutes les circonstances
de l'éclipſe.
Les Payeurs des Rentes, 6derniers mois
de1786 , font à la letre M.
Les Numéros fortis au Tirage de la
I oterieRoyale de France, le i de ce mois ,
font : 54, 19 , 60 , 87 & 46.
PAYS-BAS.
De Bruxelles, le 31 Mai.
Entreles repréſentations adreſſées à l'Em
)
و ا
(
pereur par les Etats de la plupart des Pro
vinces Belgiques , contre les changemens
projettés dans leur Conſtitution , on a furtout
diftingué celle des Etats de Flandre ,
comme alliant la décence à la fermeté , &
comme mani'eſtant avec évidence le véritable
objet des plantes de ces Provinces.
Voici la teneur de cette piece importante.
Nous la rapportons en entier, parce qu'el e
mettra nos lecteurs affez au fait de la queftion.
Sire , diſent-ils , que V. M. daigne permettre
aux Députés des Etats de Flandre , ſpécialement
autorisés à cette fin par leurs principaux',
repréſentans les Etats de la même province ,
d'expoſer leur profondes doléances au pied de
ſon trône , & d'y réclamer avec tout le reſpect
poñible , l'obſervation préciſe & exacte du traité
folemnelement juré au jour de l'auguſte cérémonie
de ſon inauguration , comme comte de
Fiandre.
Notre devoir , Sire , ne nous permet pas de
diffimuler à V. M. l'abattement , la conſternation
& l'effroi , où plongent tous ſes fideles
Tujets de la province de Flandre , les atteintes
multipliées portées à leurs conftitutions , les
diſpoſitions nouvelles & alarmantes qui ont été
Turpriſes à la religion de V. M. Le mécontentement
& le murmure percent de toutes parts.
Déjà l'on redoute pour la perte de ſa liberté ,
de fon honneur , de ſes biens , de tous les objets
les plus importans , fur lesquels ces conftitutions
inviolables nous raffuroient de la maniere la plus
pofitive.
Daignez vous rappeller , Sire , que ce font
( 92 )
ces mêmes conſtitutions que V. M. nous 2
garanties par une lettre lignée de ſa propre
main , écrite le le demain de la mort de feue
l'impératrice Reine de glorieuſe mémoire , ſon
augufte mere. Ce font ces meme, conſtitutions
que le 31 Juillet 1781 , S A. R. le duc Albert
de Saxe Teſchen nous a jurées folennendement
au nom de V. M. for 1s Saints Evangiles , devant
toutela Nation affemblée & en prefence de
votre Séréniffine Soeur S. A. R. l'Archiducheffe
Marie- Chriftine. C'eſt après avoir reçu
la preſtation de ce ferment , que le Clergé , les
Grand Vaffaux , les Villes , Pays , Châtellenies
& Métiers de la province de Flandre , vous
jurerent de leur côté , foi , fidé ice & hommage ,
comme à leur légitime Comte & Souverain.
Ce pacte précieux , réciproque , inviolable ,
ade tous tems fait le bonheur de la Flandre ;
dans tous les temps il a été le même , avant &
Tous les Ducs de Bourgogne , à chaque avinement
d'un nouveau Souverain , & fpecialement
à celui de V. M. Il a confiamment & fcrupuleuſement
été renouvellé de part & d'autre avec
tout l'appareil qui convient à une aufli importante
& majestueuſe cérémonie. C'eſt ſur cette
ba'e facrée & inébranlable qu'étoit fondée la
sûreté de nos libertés , de nos vies , de nos propriétés
, de tous nos droits , de toutes nos prérogatives
. Ce pacte cimenté par 14 religion du
ferment , eſt mis à l'abri de toute inſtabilité par
le plus faint & le plus indiſſolublo des noeuds ,
par leſquels on puiſſe lier les conventions humaines
, & depuis que les Provinces Belgiques
ſont paſſées ſous l'auguſte &heureuſe domination
de la Maiſon d'Autriche , il a été garanti même
par les Puiſſances Etrangeres.
Mais rien ne nous raffare plus fur l'immuta
( 93 )
bilité de cette conſtitution que la parole facrée
de V. M. , que le ferment ſolemnel qu'elle a
prêté à cet égard.
Qu'il foit permis , Sire , d'en retracer ici
les expreffions , elles font chires & nullement
équivoques :
Que V. M. maintiendra cette Province dans
tous ses priviléges , costumes & ufi es , tant ecclefiastiques
que séculiers , & que S. M. , comme
Comte de Flanke, ne souffrira port que rien foic
altéré ou diminué , en l'un ou l'autre d'iceux .
,
Cependant , Sire , les diſpoſitions nouvelles
émanées ſous le nom de V. M. bouleverſent ,
détruiſent , anéantiflent toute cette conftitution
que vous avez fi folemneilement jurée. Eles
portent la détolation & la perplexité dans le
coeur des citoyens de tous les rangs. Mais nous
ſommes per'uadés , Sire que votre religion
aura été furpr fe , qu'on vous aura caché le véritable
état des chofes , qu'on aura négligé de
vous repréſenter & les droits qui nous font acquis
, & les obligations que V. M. a contráctées
; nous avons la meme conviction , Sire ,
qu'il fuffira d'inſtruire V. M. fur toutes les
atteintes portées à ce pode facré & conflitutionnel
, pour obtenir de la rigion & de a juftice
un redreſſement com let à tous les égards ,
Le plus fentiel , le prenier de nos droits ,
celui qui de temps a été gravé en caracteres
ineffaçables dans le coeur des Flamars , qui nous
eſt aſſuré par la nature , parune infinité de loix
des ſouverains prédecelleurs de V. M. , par le
ferment qu'ils ont tous prêté à leurs inaugura
tions , par celui que V. M. a prété elle-même :
c'est qu'il ne pour être fait aucure force ni violence
à aucun hab'rant du pays , que tant les ect efiafti-
-ques que les feculiers en corps en biens bwent
( 94 )
être traités par justi e & fentence , devant leur
juze naturel, fans pouvoir fouffrir aucune atteinte
dans leur droit de propriété.
D'après ce principe fondé ſur le droit naturel
& ſur les loix fondamentales de l'Etat , il n'eſt
pas poffible , Sire , (daignez permettre l'effuſion
de nos coeurs& de nos fentimens ) qu'ayant juré
de ne jamais exercer de pouvoir que confor
mément à ces loix , nous puiſſions nous perfuader
que votre équité ait pu ſe laiſſer induire à
ne pas obſerver une auffi ſainte promeiſe , ſi
votre religion n'avoit été ſurpriſe. Cependant ,
Sire, cette promeſſe étoit évidemment enfreinte
par l'attribution d'un pouvoir arbitraire & illimité
d'abord accordé aux Incendans , & modéré
depuis , à certains égards.
Sous le regne de V. M. , dont l'oeil vigilant
et perpétuellement ouvert ſur toutes les parties
de l'adminiſtration , on pourroit peut- être n'éprouver
que légérement & en partie les funeſtes
Luites d'une telle attribution. Mais ſous un
Prince moins actif ou diſtrait par d'autres occupations
, quels malheurs n'auroit on pas à redouter
d'un ſemblable établiſſement ? Quelle
refſource , quel aſyle reſteroit- il au citoyen pour
ſe mettre à l'abri des rapines , des perlécutions ,
des violences , que pourroit exercer une foule
de gens , prépotés & fubal ernes , armés d'un
pouvoir abſolu , dont il eû fi facile , & dont on -
eſt ſi tenté d'abuſer , ſur- tout lorſqu'on s'en
trouve inopinément revétu ?
La fuppreffion des Abbayes , Chapitres &
autres Communautés Religieuſes , dont l'exifsonce
est également aſſurée par le pacte inaugural
, porteroit auffi un coup mortel à cette
couſtitution , & feroit une violation ouverte du
droit de propriété ſi inviolablement reſpecté
( 95 )
par toute la terre & chez toutes les nations ,
même celles qui gémiſſent ſous le joug mont
trueux du deſporitme.
Sire , l'Etat eccléſiaſtique & religieux eſtapprouvédans
les terres de votre domination aux
Pays Bas. Vous en avez juré ſolemnellement la
conſervation ; d'oùil ſuit , qu'en l'embraſſant , on
acquiert un état légal qui ne doit pas être moins
ſtable que celui de tout autre citoyen , & que
par conséquent on ne peut en être dépouillé
ma'gré foi , & lorſqu'on n'a pas commis de
délit qui puiſſe mériter cette peine.
D'ailleurs , Sire , en tous temps le; Abbayes ,
Chapitres & Maiſons Religieuſes ont procuré le
bien- être de notre Province ; pluſieurs des villes
peuplées & opulentes dont ſa ſurface eſt couverte
, leur doivent leur exiſtence ; la ville de
Gand entr'autres , l'une des plus conſidérables
de l'Europe , doit la ſienne à deux Abbayes ,
dont l'une a depuis été convertie en Chapitre,
L'érection des nouveaux Tribunaux que
V. M, a trouvé à propos d'établir , cauſe auti
de tous côtes les plus violentes réclamations .
Par cette inſtitution , les vaſſaux de V. M.
&ſes autres fideles ſujets de la Flandre , ſans
qu'eux ni les repréſentans de la Nation ayent
été entendus ni conſu tés en aucune maniere , ſe
trouvent privés tout d'un coup , les uns de leurs.
jurifditions , qui faisoient une partie de leur
patrimoine , les autres des emplois ( 1 ) qu'ils
(1 ) Sans s'arrêter au préjudi e fait au Préfident&
Gens au Conseil en Flandre , ainsi qu'aux
Tribunaux des Lieutenans-Civils très- utilement inf
Ditués à Gand & à Termonde par Charles V, en
( 96 )
adminiſtroient avec l'intelligence & l'intégrité
requiſes : & preſque tous avoient acquis cette
potfeffion à titre onéreux .
Au furplus , quoiqu'il ſoit vrai que la Flandre
, la plus conſidérable cependant des Provinces
Belgiques , ne jouiſſoit pasde l'avantag,e
d'avoir , ainſi que le Brabant & le Hainaut , un
Tribunal Souverain jugeant par Arret ; elle
avoit cependant un Confeil Provincial auquel
reffortidoient les autres Cours fubaifernes de la
Province , & qui étoit à cet égard un vrai Tribunal
d'Appel , dont la conſervation étoit d'autant
plus précieuſe , qu'il étoit ſitué dans la
ville capitale & au centre de la Flandre.
Tout est encore innové à cet égard par les
nouvelles dispoſtions ; la province n'a plus
méme chez elle un tribunal de cette catégorie;
le Conſeil d'Appellation eſt placé hors de la
province , où les uſages & les coutumes de
Flandre , que V. M. a auffi jaré de maintenir ,
font étrangers & peut être ignorés ou peu connus
des Juges . Des extrémitées maritimes & oc- ,
cidentales de la Province , après que les cauſes
les plus importantes auront été jugées en première
inſtance , quelquefo's par un ſeul homme
nommé Juge Royal ou réteur , l'on fera forcé
de recourir à un Tribunal d'Appel , éloigné de
trente lieues & davantage. Le Conſeil Sourerain
de Malines étoit à la vérité à une égale
1540 & 1544 , l'en compte en Fandre plus de
80000 personnes leſées par l'introduction du nouveau
Reelement de la Frocédure Civile , dont le
defive efement . ſelon justice & équite , doit paffer
des mibions de fiorins..
4
diftance ,
( 97 )
diſtance , mais au moins le Conſeil d'Appel étoit
au milieu de la Province.
L'abolition atitraire de la Députation des
Etats , repréſentans perpétuels de la Nation ,
eſt encore unedes infractions les plus graves &
les plus effrayantes à notre conſtitution. On y
ſubſtitue l'ombre d'un Deputé aggrégé à un
Conſeil établi hors de la Province. Quelle conhance
un ſemblable Repréſentant peut- il jamais
inſpirer au peuple , ou à ſes commettans ? Si
ce ſyſtême anticonſtitutionel pouvoit avoir lieu ,
notre exiſtence politique ſeroit ſappée par ſes
fondemens ; il ne reſtoit plus qu'un vain fimulacre
de nos Etats , qui font la baſe & les gardiens
nés de notre Conftitution.
Ce n'eſt pas , Sire , que nous voulions maintenir
les abus , s'il en exiſte , dans quelque
partie de l'adminiſtration; mais nous ne pouvons ,
fans manquer au ſerment que nous avons prêté
à V. M. , coopérer àaucune innovation , nila
voir naître ſans réclamation , dès qu'elle bleſſe
cette conſtitution que nous avons , ainfi que
V. M. , juré de ſoutenir inviolablement. Les
Etats de Flandre , dont les Membres ſont nés
&élevés au ſein de la Province , connoiffent
mieux que tous autres ſon ſol, ſes productions ,
ſes richeſſes , ſes forces , ſes beſoins & ſes refſources.
Ils dorneront toujours volontiers les
mains aux améliorations que la ſageſſe de V. M.
&ſon zèle pour le ſoulagement de ſes peuples ,
lui dicteront ; mais dès qu'il s'agit de choſes
qui intéreſſent ou peuvent intéreſfer la Conſtitution
, il eſt manifeſte qu'il faut à cet égard
le conſentement des deux parties , qui ont intervenu
au pacte inaugural , & ſe ſont liées
réciproquement par la religion du ferment.
Nous concourrons toujours avec empreſſe
N°. 23 , 9 Juin 1787.
( 98 )
ment aux vues de V. M. pour le bien public ;
& nous ne doutons nullement , Sire , que les
Etats n'acquiefcent aux changemens & améliorations
que vous pourrez leur propoſer , dès
qu'ils feront compatibles avec le maintien de
notre Conftitution .
Nous ſommes perfuadés que V. M. eſt dans
les mêmes ſentimens , & que jamais elle n'eût
pu ſe réſoudre , avec connoiſſance de cauſe , à
anéantir des droits auſſi ſolemnellement jurés .
Cette augufte & fainte cérémonie par laquelle
vous vous êtes lié envers votre peuple de Flandre
, n'a pas été une formalité illuſoire & de
pure oftentation , elle a eu un objet déterminé ,
facré & inviolable.
Oui , Sire , la religion de V. M. a été évidemment
ſurpriſe. Nous vivons ſous un Souverain
juſte , éclairé , philoſophe , ami des hommes , des
loix&de la vérité. Il ſuffira de la lui montrer pour
qu'il la faififfe & qu'il révoque toutes les infractions
qu'on a faites en ſon nom aux conſtitutions
qu'ilajurées.
Qu'il nous foit permis encore de repréſenter à
V. M. qu'en négligeant la voie ſimple & aufli naturelle
que légale du concours des Etats pour
toutes les innovations qui peuvent toucher à la
conſtitution , les changemens qu'on veut eſſayer
d'y faire , outre qu'ils ne peuvent acquérir aucune
conſiſtance , font toujours précipités & peu analogues
au bien du pays ; ils produiſent quantité
d'injustices & d'irrégularités particulieres . Les
plus fideles Sujets entrent en défiance , l'on craint
l'esclavage & toutes les ſuites du pouvoir arbitraire.
Les loix ſont méconnues , la Jurisprudence&
les adminiſtrations en déſordre, le commerce
dépérit , le crédit national s'anéantit ſans retour ;
enfin , tour ſe bouleverſe , au détriment des Ci
( وو (
toyens , & fans aucun bien-être pour le Prince.
Daignez jetter , Sire , un regard favorable fur
latriſte ſituation des habitans d'une des plus fertiles
& jadis des plus heureuſes Provinces de l'Europe,
qui contribue plus qu'aucune autre Province
Belgique dans les tublides qui ſe paient à V. M.
Cette conſtitution précieuſe que l'on veut enfreindre,
a fait pendant pluſieurs fiécles ſon luure & fa
proſpérité . Sa population , l'induſtrie de ſes habitans
, ſes fabriques , ſon commerce, ſa navigation,
ſon agriculture , les villes nombreuſes & opulentes,
la quantité de ſes bourgs & villages où l'aifance
& P'activité reſpirent par-tour,tout l'atteſte ;
maisla perte de cette même conſtitution entraîneroit
bientot celle de tous ces avantages , & produiroit
un dérangement général dans tous les Etats .
V.M. adaigné faire éprouver ſes bontés paternelles
à ceux de ſes Sujets qui , dans ſes pays héré-
-ditaires , languiffoient encore ſous l'oppreffion
d'une ſervitudehonteuſe. Elle les a réintégrés dans
la dignité d'hommes dont ils ſembloient déchus ,
c'eſt un garant pour nous qu'elle ne voudra pas
replonger dans un ſemblable état de dégradation
&d'anéantiſſement, un peuple qui en eſt ſorti depuis
long-tems , qui toujours s'eſt ſignalé par ſon
dévouement envers ſes Princes , & pendant la
guerre& pendant la paix. Un peuple qui en fait
de commerce & d'agriculture , a été , pour ainſi
dire , l'Inſtituteur des autres pays de l'Europe ,
qui a égaté ou furpaffé dans les Lettres & les Arts
lesNations qui y ont le plus excellé. Les chefsd'oeuvres
de nos Maîtres font recherchés par toute
l'Europe. Par-tout ils ont établi la réputation &
la gloire des Flamands .
:
Dagnez , Sire , rétablir parmi nous le repos
& la tranquillité , malheureuſement altérés par
l'anxiété qui trouble tous les individus eccléſiaſti
€ 2
( 100 )
ques&féculiers,tous égalementjalouxde la conſervation
de leurs propriétés&de leurs droits ;
nous nedemandons , Sire , que des chofes juſtes ,
&qui nous font dûes & aſſurées par le ferment
prêté à votre inauguration .
Aces cauſes , nous venons avec les plus vives
&les plus refpectueuſes inſtances nous proſterner
au pied du Trône , & vous ſupplier , Sire , de
nous maintenir dans la conſervation de tous les
avantages qui nous font aſſurés par le ferment
inaugural de V. M.
De révoquer en conféquence les Edits portant
atteintes à notre conſtitution & à nos droits .
De rétablir en Flandre un Conſeil d'appellation,
où les fideles Sujets de cette Province puifſent
obtenir droit & jaſtice par desJuges inflruits
dans leurs loix & coutumes .
D'aſſurer la conſervation des Abbayes , Chapitres
& Communautés Eccléſiatiques & Religieuſes
, de pourvoir d'Abbés Réguliers les Maiſons
ſans Chefs , ainſi qu'il a toujours été fait , &
de ne pas en établir de Commendataires.
De ne plus ſupprimer de Maiſons Religieuſes
&de confier aux Etats l'adminiſtration de celles
qui ont ſubi ce fort en Flandre.
De conſerver aux Magiſtrats des villes & chatellenies
reſpectives , l'adminiſtration de la police
&des deniers publics .
D'ordonner que tout Commiſſaire départi ſera
ſoumis à la conſtitution du pays & à l'Etat , ſans
pouvoir empiéter en aucune maniere ſur les
droits & priviléges appartenans aux Magiſtrats .
De conſerver à la Jurisdiction ordinaire , comme
de coutume , la tutelle des mineurs ,& tout
ce qui en dépend , par la ſeule raiſon que cette
matiere ne concerne point les Tribunaux de Ju
nice , mais confifle notamment dans une ſurveil
( 101 )
lance confiée aux chefs - tuteurs des pupilles, ſelon
les loix.
De conſerver la députation des Etats & leurs
affemblées dans la Capitale de la Province ſur le
pied actuel , en leur confervant auſſi l'adminiſtration
des deniers publics .
Nous fupplions enfin , au cas que quelque innovation
fût jugée néceflaire , de ne pas l'introduire
ſans le concours des Etats , qui , s'il en
arrivoit autrement , ne pourroient s'abſtenir , le
pacte inaugural à la main , de réclamer & de proteſter
contre toutes les infractions qui en r. fulteroient.
Nous ſommes avec le plus profond reſpect ,&c.
Onvoit par cette lecture, que le différend
entre les Provinces Belgigues & leur Sonverain
porte d'abord ſur le Pacte inaugiral
qui affujettit l'Empereur à ne rien innover
dans les loix du pays , fans le confencement
des Etats , & enfuite (ur ces innovations
même. Ce Pacte eſt ce qu'on appelle
en Brabant la Joyeuse-Entrée dont beau .
coup de Nouvelliſtes &de curieux parlent
ſans la connoître . Elle forme un recueil de
59 articles , relatifs aux anciens privileges ,
dont le Souverain , à fon inauguration ,jure
l'obſervation aux Etats de Brabant & de
Limbourg ſeulement. Le texte original de
cette charte eſt écrit dans l'ancien Flamand ;
elle comprend encore 15 additions , faites
fous Philippe le Bon & fous Charles V.
Pluſieurs de ces clauſes ſont vagues ou mi
e 3
nutieuſes , & le Comte de Nény , dans ſes
Mémoires hiftoriques ſur les Pays -Bas , dit
qu'ily regne des obfcurités , quiſouvent ont
donné lieu aux Etats de former des prétentions
auffi déplacées que peu foutenables. L'art.
58 confirme très-explicitement >> aux Pré-
->> lats , Nobles , Villes & à tous ſujets du
>>>pays de Brabant & d'Outre- Meuſe , tous
>>>les droits , franchiſes , privileges , chartres ,
>> coutumes & ufages .
Quant aux dérogations contre leſquelles
on réclame , elles ont pour objet d'abord
l'établiſſement d'Intendans ou Cariraines
de Cercles , avec un pouvoir très érendu
dépendant du Souverain & indépendant des
Etats; enſuite une réforme dans l'Ordre Judiciaire
& dans la conſtitution des Tribunaux.
Les Etats de Flandres ſe plaignent ,
comme on l'a vu, de ce que cette réforme
laiſſe ſans fonctions 8000 gens de loi ou de
juſtice ; d'où l'on peut induire qu'elle n'étoit
pas fans utilité. La ſuppreffion des Monafteres
dont quelques villes de Flandre ſurtout
étoient ſurchargées , forme encore un
des principaux griels des Etats.
Au reſte , il eſt aiſé de voir par ce ſeul
expoſé , que l'intérêt des Etats peut n'être
pas ici en tout celui du peuple. On ſe
tromperoit encore groffierement, en croyant
que ces Etats forment exactement le Peuple ,
laNation , deux mots dont les hypocrites
& les enthouſiaſtes abuſent aujourd'hui ,
( 103 )
comme dans les ſiecles d'un autre fanatifme
, on abuſoit de celui de la Divinité. Les
Etats de Brabant ſont compoſés de treize
Prélats , de Barons , foit Nobles de différens
titres , & des Députés des trois ſeules
villes de Louvain , Braxelles & Anvers ; ces
derniers forment ce qu'on appelle le Tiers-
Etat. Comme les Etats ne s'aſſemblent que
deux fois par an , ils font dans l'intervalle
repréſentés par une Députation de dix
Membres de leur corps. La compoſition
des Erats de Flandres étoit autrefois auſſi
peu populaire : le Clergé , les villes de
Gand, Bruges & le pays franc de Bruges
avoient ſeuls droit d'y envoyer des Députés.
Le reſte de la Province qu'on avoit exelu
, eut recours au Souverain , qui en 1754
dorna voix & entrée dans l'Aſſemblée des
Etats à quatre villes de plus & à neuf Châtellenies
ou diſtricts. Ainſi la pluralité des
Etats de Flandre tient de la condeſcendance
de feue l'Impératrice Reine ſon acceſſion
à l'Aff.mblée , acceſſion contre laquelle les
quare anciens Colleges des Etats s'éleverent
if utilement. Le Clergé, la Nobleſſe &
leTie s-Etatcompofent également les Etats
de Hainaut , où le dernier de ces trois Ordres
a 68 Membres , dont 42 pour la ſeute
ville de Mons .
L'Univerſité de Louvain s'eſt auſſi miſe
en mouvemen , & a député trois de ſes
Membres aux Etats de Brabant , avec des
( 104 )
plaintes ameres fur la réforme qu'a ſubi cet
établiſſement.
Dans le Duché de Limbourg au contraire
, à Ath en Hainaut , les nouveaux Tribunaux
de Juſtice ont été reçus avec allégreffe.
Nonobſtant ces difpofitions de quelques
diftricts , les Etats de Brabant perféverent
dans leur ſyſtéme de fermeté , & ont refufé
les fubfides de cette année. On attend avec
une extrême impatience les ré olutions que
prendra l'Empereur dans ces conjonctures .
Dans quelques Feuilles publiques on a
inféré une prétendue lettre de Verſai les , qui
donne en ces termes des nouvelles directes
de Kiof& de Cherfon .
« On a reçu ici des nouvelles très - fraîches de
>> Kiovie , puiſqu'elles ne ſont datées que du 22
>>> Avril , & que le Courier n'eſt parti que le lendemain.
A cette époque , le Borſthène étoit
>> preſque débarraffé des glaces ; mais il étoit fur-
>> venu des pluies , & par conféquent des inonda-
>> tions , qui ne permettoient guères àl'Impéra-
>>tricede Ruffie de quitter cette ville avant le 7
>> ou le 8 de ce mois. La peinture qu'on fait de ce
>>>ſéjour n'eſt pas for. attrayante. On s'y ennuyoic
>>complettement , malgré les 60 Muficiens que le
>> Prince Potemkin a attachés à ſa ſuite , & qui
>> font le ſeul amusement de la ( our. Kiovie eft
une ville qui n'eſt composée que de mauvalles
barraques , froides & incommodes . Les rues
>> n'étant point pavées , il arrive que depuis le
dégel les chevaux ſont plongés dans la boue
>>juſqu'aux fangles. D'ailleurs , touty eft d'une
>> cherté fi prodigieuse , que le plus riche des
( 105 )
:
5 Voyageurs a été obligé de diminuer fadépenſe
>de moitié. Ce n'eſt-là encore qu'une eſquiffe
>> des traits qu'offrent les lettres venues de cet
>> endroit. Au reſte , elles ne font mention d'au-
>> cun projet hoſtile des Ruffes ; & la prétendue
ſurpriſe d'Oczakow, qu'on attribuoit au Prince
Repnin , eſt tombée entiérement. C'eſt ici l'oc-
>> cafion de donner l'état de la Marine Ruffe dans
>> la Mer- Noire ; elle est d'autant plus intéreſ
>> ſante , qu'on ne peut compter ſur ſon authen-
בכ
ricité , & qu'elle doit ſurprendre tous ceux qui
n'auroient jamais imaginé que la Ruffie eût
d'auffi grandes forces dans cette Mer. On y
compte 3 navires de 74 piéces de canon ; le
>> premier très-lourd , les deux autres meilleurs ,
>> l'artillerie de bronze ; 2 navires de 66 piéces ,
*>> comme nos fſoixante quatre ; 3 de so ; le premier
fort lourd , les deux autres meilleurs ;
>une ſeule batterie de 28 , canons de 24 ſur les
gaillards , 22 de 12 livres ; 12 bâtimens de 40
piéces , du calibre de 18 en batterie & de 9 fur
>> les gaillards ; 5 bâtimens de 36 piéces ; 4 de
» 26 ; 6 de 20 ; 7 de 16 ; 3 de 14 ; 2 de 12 ; en
> tout , 40bâtimens & 340 piéces de canon. Les
>>>Frégates , depuis 36 & au-deſſous , ſont bien
» conſtruites & marchent bien . Il y a dans les ma-
>> gafins du bois pour deux autres vaiſſeaux ſeule-
> ment; mais ſur le Fleuve Cuban , une belle
forêt ; il y a auſſi grande abondance de chanvre
>& de fer. On compte à Cherſon 4050 Matelors,
>> & à Sébastopole , 6000, tous caſernés & en uni-
>> forme. Onvoit encore àTaganrock 3 ou 4 fré-
>>gates qui vont repaffer à Cherſon , & fur la Mer
>>> Caſpienne , 12 petites corvettes de 12 à 18
canons. »
La plupart de ces détails font ou faux ou
exagérés. L'état de la Marine Ruſſe ſur la
( 106 )
:
mer Noire eſt enflé de moitié : au lieu de
40 vaiſſeaux de guierre , il n'y avoit à Chetfon
& ailleurs , au commencement de l'arinée
derniere , que 15 bâtimens , dont s vaifſeaux
de ligne. La fable des 10,000 matelots
cafernés à Cherfon & à Sébastopol's ne mérite
pas de réfutation. 10,000 matelots caſernés
ſuppoſeroient un commerce qui en
occupe au moins 20,000. Les p'us fortes
Puiſſances maritimes de l'Europe auroient
bien de la peine à réunir ainfi , en temps de
paix , dix mille mate'ots dans un ſeul port ,
& on va les placer dans les déferts de la
Tartarie !
Il faut ranger également dans le nombre
des nouvelles ſuſpectes , celle que contient
une lettre qu'on fait venir de Londres , le
15 de ce mois , & qui dit :
• On a fait le relevé des droits d'importation
>> qui ont été perçus dans les Douanes le premier
jour que les navires François ont été admis dans
>>>les ports d'Angleterre , & ces droits ſe ſontélé-
>> vés , dans ce premier jour ſeul , à la ſomme de
>> fix mille liv. fterlings.On peut conclure de ce
>> fait que l'activité du commerce eſt très grande.
>>> Les Calculateurs voud -oient connoître de mê-
→ me la fomme des droits perçus dans les ports de
>> France à la même époque , fur des cargaiſons
>>>Angloiſes , pour faire une comparaiſon du prémier
réſultat de l'exécution du Traité de com-
>>>merce; mais peut- être ſe tromperoit- on en pré-
>>>nant une pareille baſe , le premier moment
>>>d'une liberté long-tems inconnue a occafionné
>> des ſpéculations extraordinaires de toute eſpece.
( 107 )
>>> La conſommation oppoſée des marchandiſes ré-
>>> ciproques , déterminera déſormais le nomore &
→ la qualité des envois , & chaque Nation ne man-
>> quera pas de combiner attentivement la nature
>> des marchandises dont il eſt important à fon
>>>agriculture & à ſon induſtrie de favorifer l'im.
>> portation & l'exportation réciproques . Ce n'eſt
>> donc qu'après une expérience de quelque tems
>>>qu'on aura une connoillance exacte des vérita-
>>>bles effets de la liberté des échanges , ft pulée
>> par je dernier Traité. »
Les ports d'Angleterre ont été ouverts le
10 ; il faudroit donc qu'en cinq jours le
Gouvernement eut reçu le relevé général
dont il eſt queſtion, ce qui eſt ſans aucune
vraiſemblance. Six mille liv. fterl. de droits
n'annonceroient pas d'ailleurs des cargaifons
bien conſidérables ni bien multipliés ;
& il eſt à croire que cette valeur a été encore
plus forte.
Nous avons reçu pluſieurs lettres relatives
au projet de recruter les armées d'Enfans-
Trouvés , proposé dans l'un de nos Journaux
par M. l'Abbé de L. & M. Grouber de
Groubenthall; mais ces diſcuſſions font trop
étrangeres à l'objet de cet Ouvrage, pour y
être publiées. Un Militaire prétend , dans
une de ces lettres , que les Enfans- Trouvés
ne font pas dignes d'être ſoldats . Nous
nous rangeons plus volontiers au ſentiment
très bien expofé dans la lettre ſuivante.
*Monfieur ,
Je viens de lire dans le Mercure du iz
Mai de cette année , un projet auſſi ſurprenant
( 108 )
→ que barbare ; c'eſt celui de prendre les enfans
strouvés pour en faire des foldats & des matelots
à vie. Quoi ! de bien qu'on leur fait en
>>les recevant dans les Hopitaux , en les éle-
>>>vant , donne-t- il e droit de diſpoſer de leur
>>>liberté ? eft- il aucune convenance politique
➤ qui puiſſe autoriſer un abus ? Ces malheureux
enfans ne sont- ils point affez à plaindre par
>>>la privation de leurs parens , lans que vous
>>>en exigiez pour prix des ſecours que vous
» leur avez accordés , qu'ils embraſſent un état
>>> pour lequel ils peuvent avoir une grande aver-
>>fion ? Sont-ils votre propriété pour que vous
> ayez le droit d'en diſpoſer auſſi abſolument ?
>>> Il n'y aurait que les beaux hommes qui au-
>> roient la liberté de ſe marier , ajoute - t- on.
>>>Vraiment cette maniere de condamner ainfi de
>> hommes àun éternel célibat , parce qu'ils ont eu
>> le malheur d'être abandonnés de leurs parens :
>>doit paroître étonnante à tout eſprit juſte , à
tout coeur ſenſible .
>> C'eſt ainſi que la manie des projets fait
>> éclore les plus injuſtes ſiſtemes; c'eſt ainſi qu'on
>>>oublie les plus impreſcriptibles droits de l'hu-
>>manité , pour donner un air d'importance -à
>> de prétendus plans patriotiques. Je n'ai pu
>>voir ſans horreur ce nouveau genre d'eſclavage
, ainſi propoſe de ſang froid. Veuillez
➡je vous prie inferer cette legere réclamation
>>contre une pareille innovation; non pas qu'on
>>doive craindre de la voir s'effectuer , mais
>>parce qu'il ſemble utile de rendre publique
pole peu de conſidération qu'elle mérite «.
PEUCHET.
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 16 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERSET EN PROSE.
LES DEUX ROSES , Imitation
d'un Poëte Latin.
D'
UNE Rofe an vif incarnat,
Erd'une Roſe ſans éclat,
Je fais un préſent àGlycère ;
Que.ce bouquet àma Bergère
Faffe connoître mon état ;
A
Des deux Rofes lans doute l'une
Peindra la flamme de mon coeur ,
L'autre de mon teint la pâleur , :
Toutes les deux mon infortune.
(Par un Membre de la Société Littéraire
: deS. Pierrde-e-Pliguen.) ؟
Nº. 24 , 16 Juin 1787 . E
98
MERCURE
LE RICHE PARVENU ET L'INDIGENT.
Dans ce fiècledefer levisetriomphant
Abeau lever un front rayonnant d'impudence ;
Il craintde la vertu quelquefois l'afcendant.
L'orgueilleux Dorilas , fier de ſon opulence ,
Révoltoit tout Paris par ſon faſte inſolent ,
Tandis que l'humble Ariſte , ami de ſon enfance,
Pour prix de les vertus languiſſoit dans l'oubli.
Aforcede forfaits l'on s'étoit enrichi ,
L'autre n'avoit pour bien que ſa ſeule innocence.
" Que je vous plains ! » lui dit le nouveau parvenu ,
De ce ton de pitié dont le malheur s'offenſe.
* Je vois trop aux baillons dont vous êtes vêtu ,
• Que vous avez ſujet d'accuſer la fortune.
Languiriez-vous ainſi dans la foule commune
» Si le fort cût daignévous traiter comme moi? -
:
Metraiter comme vous ,dit Ariſte ! ch ! pourquoi ?
Qu'ai-je donc fait pour plaire àl'aveugleDéeſſe?
Ai-je bleſſé Thonneur ? ufé de fauſſeté ?
Peut on me reprocher une indigne ſoupleffe?
Ma-t'on vu me fouiller d'aucune lâcheté ?
Ramper aty preds des Grands , les flatter dans leurs
jong?
Now, yai sonypurs gande ce front nobie & fereinDE
FRANCE. 99
1
Qui ſied à la vertu , dont j'ai fait mes délices :
Je n'ai donc pas le droit d'accuſer les caprices
De la Divinité qui vous ſervit ſi bien.
Le ton mâle d'Ariſte effraya mon faquin ,
Qu'un regard de mépris acheva de confondre ,
Et qui fuit à l'inſtant ſans oſer lui répondre.
(Par M. Nogent , Receveur des Fermes à Avalon.)
ÉPIGRAMME.
PIERRE , dit-on ,, au ciel achette une couronne
Endennant aux pauvres ſonbien ;
Mais plût à Dieu qu'il ne leur donnat rien ,
Etqu'il ne pût rien à perfonne.
(ParM. Lugnier. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
duLogogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Abel; celui de
l'Enigme eſt Testament; celui du Logogryphe
eft Difcorde , où l'ontrouve Roi, Sire,defir,
cire,fi,corroc, ire, ris, cri, ride, corde, or
Eij
100 MERCURE
LE
CHARADE.
Es blonds cheveux d'Églé flottent fur mon premier
;
J'aime de Philomèle entendre mon dernier ;
Chaque foir Apollon va revoir mon entier.
(ParM. Berthier , Officier au Régiment
dePicardie. )
-
ÉNIGM E.
ENTRE les mains de quelque Belle
Je fais ſoulager le tourment
Qu'une abſence longue & cruelle
Fait fentir à ſon tendre amant.
J'étois au chemin de la gloire
Sur la tête du grand Henri ,
Lor que courant à la victoire
Il combattoit aux champs d'Ivri.
Ailleurs , ſans être ſanguinaire ,
Dirigeant un trait meurtrier ,
-J'ai fait embraſſer la pouſſière
Aplus d'un courageux Guerrier.
(ParMmeNavarre, Penfionnaire du Roi. )
DE FRANCE. 101
J
LOGOGRYPΗ Ε.
'HABITE de Paris les plus ſales quartiers ;
Le ſang chez moi ſe trouve empreint ſur les murailles.
Ici , des coeurs fumans; là , des débris d'entrailles ;
Enfin j'offre par- tout & morts & meurtriers.
Dans les neuf pieds qui compoſent mon être ,
Ami Lecteur , tu vas bientôt connoître
Unlégume commun; un terrein inégal ;
Une plante ; un chemin ; un léger animal ;
Du char le plus brillant un ſoutien néceſſaire ;
D'un peuple aîlé la retraite ordinaire ;
Ce que craint un piéton; de femme un vêtements
Un terme que toujours prononce un tendre amant ;
De Franceune Province; un inſtrument ſonore;
La femme de ton fils ; enfin l'on trouve encore
L'homme à qui la fortune a prodigué ſes dons ;
Le ſéjour de nos Rois & celui des Bourbons.
(Par M.le Comte de V....... )
0
E ii)
101 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECUEIL de Comédies nouvelles, in- 80.
:
3
AParis, chez Prault, Imprimeur du Roi ,
quai des Auguſtins , à l'Immortalité.
Il eſt difficile de décider fi on a lieu de ſe plaindre
ou de ſe louer de la fécondité de notre Littérature
moderne. Sur ce point le Public & Ics Journaliſtes
ne font point d'accord: rien de plus commun.en
effet que d'ertendre les gens du monde ſe récrier
fur la quantité de Livres qui paroiffent , tandis que
les Journaliſtes au contraire ſe plaignent de manquer
de matériaux. Sans vouloir examiner ici qui
eft-ce qui a tort ou reifon , nous obſerverons que
chez les Anciens l'amour des Lettres s'eſt toujours
manifeſté par le nombre des productions auxquelles
il a donné naiſſance , & il nous feroit aifé de prouver
que malg, é la difficulté d'avoir des Livres dont
Jes exemplaires ne pouvoient ſe multiplier que par
das copies manufcrites , les Auteurs étoient parmi
euz& plus nombreux & plus féconds qu'ils ne le
fontde nos jours; c'eſt ſur-tout dans le genre Dramatique
que la balance penche en leur faveur. On
faitque Térence rapportcit à Rome cent huit Comédies,
toutes traduites ou imitées de Ménandre, lorfqu'il
cut le malheur de périr dans les flots . Ménandre
avoit done composé au moins cent huit Comedies
. Cette fécondité eſt déjà bien étonnante ; mais
ce n'eſt pas ce qui doit le plus nous ſurprendre.
DE FRANCE.
103
1
Toutes cesPièces avoient été destinées à être re
préſentées ; combien ne falloit-il donc pas de Théâtres?
combiende facilité à apprendre & à jouer les
Pièces nouvelles pour qu'un Auteur put eſpéier
defaire jouer cent huit Comédies ! Suppoſons que
Ménandre eût écrit en France,& qu'il eût été roue
contemporain: comme il n'y aguères que le Theatre
de laCapitale ſur lequel on eſſaye des Ouvrages
nouveaux , & qu'une pièce n'y eſt jouée communtment
que deux ou trois ans après la première lecture
, on voit qu'il auroit fal'u que ſa vie eût égalé
celle des anciens Patriarches, pour qu'il eût éprouvé
la fatisfaction de voir repréſenter tous ſesOuvrages.
Cette réflexion fuffit pour nous faire appercevoir
que de toutes les branches de la Littérature , c'eſt
cel'e du Théâtre qui est la moins encouragée ; &
l'Auteur de l'Avertiſſement qui eſt à la tête des Comédies
que nous annonçons,a raiſon d'obſerver que
Je Públic entendroit mal fes intérêts s'il refuſoic
d'accueillir les Ouvrages Dramatiques qui ne kui
parviennent que par la voie de Fimpreffion . Ce
qu'il dit à ce ſujet & ce qu'il ajoute fur beaucoup
d'autres raiſons , toutes bien fondées , qui empêchentles
gens du monde de donner leurs Ouvrages
aux Comédiens , nous a paru très-jaſte, mais trèsinutile
pour prévenir le Public en faveur de ceux
dont nous allons rendre compte Il ſuffiſoit de dire :
Voici desPièces de Théâtre qui ne font ni des imitations
de l'étranger , ni des Romans mis en dialogues,
des Pièces en cinq Actes dont la marche eſt
fimple & naturelle, le ftyle facile, ingénieux &
agréable, le but moral & utile; des Pièces très-différentes
entre- elles par le ton & par le costume ,
pui'que l'une repréſente les moeurs du village &
l'autre celles des gens du monde: & quel eft l'Auteur
de cet Ouvrage ? Une femme de qualité qui ,
loinde ſe prévaloir des avantages que fon état , &
E iv
104 MERCURE
fe
fur tout ſes talens& fes connoiffances pouvoient lui
donaer , a toujours travaillé dans le filence & dans la
fetraite, contente d'amufer ſes loiſirs , & ne
livrant au plaifir de compoſer que lorſque ſa ſanté,
malheureuſement trop foible, l'empêchoit de pourfuivre
des études plus appliquantes *.
Ou l'eſprit du ſiècle en général , & en particulier
celui de la Nation Françoiſe eſt bien changé , ou il
n'en fautpas davantage pour qu'un ſentiment d'eſtime
&d'intérêt devance & prépare le jugement que le
I ecteur doit porter ſur des Ouvrages qui auront ,
nous ofons l'affurer, d'autres droits à ſon fuffrage.
La première Pièce qui s'offrira à ſes yeux , eft intitulée
l'Afcendant de la Vertu , ou la Paysanne
Philofophe. Voici en peu de mots quel en est le plan
&lamarche. La Comteffe de Réfilly , femme âgée ,
qui vivoit dans ſes terres, s'étoit plu à élever une
jeune Payſanne, & lui avoit laiffé en mourant une
fortune affez conſidérable pour fon état. Monique ,
c'eſt le nom de cette Payſanne , après avoir perdu
ſa bienfaitrice , étoit restée attachée à la bellefiile
de celle- ci , qui élevoit un fils unique , objet de
fes eſpérances; mais ce jeune homme parvenu à
l'âge où il faut entier dans le monde , & vivre à
Paris & à la Cour , ne put échapper aux dangers de
la jeuneffe , & perdit bientôt le fruit de la bonne
*Nous ſommes inſtruits que Mme. la Marquiſe de
Gl.... s'étant particulièrement attachée à l'étude des
Langues étrangeres , a non-feulement entrepris de faire
connoître par des traductions fidelles , l'ancien Théâtre
Eſpagnol, imais auli de faciliter l'intelligence de Shakepear
par des Commentaires françois, fur les endroits les
plus difficiles que le texte a juſqu'ici préſenté aux Anglois
même , & aux Anglois les plus admirateurs de ce
Poëte célèbre. Il eſtà defirer de toute façon qu'elle puiſſe
continuer ſes travaux & les rendre publics.
DE FRANCE. 105
éducation qu'il avoit reçue. Sa mère l'apprit avec
douteur. Bientôt après ſe voyant attaquée d'une maladie
mortelle , elle confia ſes chagrins à Monique ;
& prévoyant que ſi ſon fils revenoit un jour dans
ſes terres, ſes égaremens pourroient être funeſtes à
ſes vaſſaux , elle la conjura de le rappeler à ſon
devoir , elle pouſſa même la prévoyance juſqu'à lui
confier une lettre pour fon nouveau Seigneur , afin
qu'elie pût s'en préva'oir au beſoin . Monique, après
la mort de la Comteſſe,a quitté le Château ; elie a
repris ſon état de Payſanne, & dans la fruga'ité
qu'elle s'eft impotée elle a trouvé les moyens de faire
du bien autour d'elle; mais plaignant les matheurs
* de l'humanité ſans eſtimer les hommes plus qu'ils ne
leméritent , elle fait que fi la bienfaifance dont ils
éprouvent les effets leur eft chère dans quelques inftans,
la fupériorité que donne l'aifance leur est
odicuſedans tous les temps ; e'le fait auſſi que les
lecours ne doivent être accoudés qu'aux véritables
beſoins, & ne doivent pas ſervir à encourager le
déréglement ou la pareſſe; elle emploie donc'tout
le crédit qu'elle a acquis dans le Village à ſurv.iller
les Payfans , &à les empêcher de tomber dans
I misère, tandis que la plus grande partie de ſa
Fortune eft conſacrée àles fouleger dans la détreffe .
Mais ſes remontrances font publiques & ſes bienfaits
font cachés ; c'eſt toujours par le Curé qu'elle
les fait répandre, & on ignore de quelles mains ils
yennent: il en réſulte que Monique eft plus crainte
qu'elle n'eſt aimée. Mais c'eſt dans ſes foyers mêmes
qu'elle a concentré ſes affections & qu'elle trouve la
récompenſe de ſa charité; elle eft marraine de la
fille de Bérard , Jardinier du Chateau ; elle s'eft
chargée de cet enfant , & l'a élevé dans ſa maiſon ,
où elle avoit recueilli auſſi un orphelin nommé
Alexis , auquel elle a vou'u ſervir de mère. Ces
jeunes gens grandiſſant enſemble , ont conçu l'un
Ev
106 MERCURE
pour l'autre une tendreſſe qui est bientôt devenue un
véritable amour: elle s'eſt propoſée de les unir; mais
defirant éprouver le caractère & la paffion du jeune
'homme, elle a voulu qu'il fit une abience de trois
ans,& l'a envoyé ſervir dans le régiment du Conte
de Refilly. Celui- ci , dans on voyage qu'il afaitàfa
terre , a vu Pauline, c'eſt le nom de la jeune perſonne
élevée par Monique; il en eſt devenu amoureux
; cependant cette paffion naiſſante a bientôt
cédéauxdillipations du grand monde il revient ſuivi
d'Alexis que ſa protectrice a mandé dans le delſeinde
le marier avec Pauline. La paffion duComte
ſe rallume , & d'abord il n'entrevoit d'autre, obita-
"cle que la furveillance-& la ſévérité de Monique;
s'eſt pour s'en affranchir qu'il engage le père de
Pauline àla réclamer , & qu'il fait ſemblant de proréger
le fils d'an de ſes fermiers qui la recherche ca
mariage. Les moyens puiflaus & adroits que le
Comte emploie pour parvenir à ſes fins; la force&
Lapréfence d'eſprit de Monique qui les rend inuti-
Tes; l'amour fimple & naïf des deux jeunes gens;
les caractères heureuſement nuancés des deux
Payfans, tous les deux intéreſſes, mais l'un ſubril &
refé, l'autre facile & fimple , compoſent & foutiennentl'intérêt
de cette Pièce juſqu'à la fin du qua
tricine Acte, où le Comre ſe reſout à frapper un
sour décifif en récourant aux voies de la justice ,
& en employant fonProcureur fiſcal, eſpèce de peronnage
très connu au Théâtre , mais préſenté ici
Tous des formes neuves & piquantes ; enfin Moni
que ne trouve plus d'autre expédient pour dérober
Pauline aux pièges que le Comte ne ceffe de lui
ten ' ,que de la marier fur- l-echamp&fans qu'il en
porfle aveir connoiffance. Il eft quatre heures du
marin,& le jous ne luit pas encore lorſque Monique,
qui a déjà envoyé àl'Église ceux qu'elle appelle
tos enfans,&qui eft restéedans ſa maiſon pour que
DE FRANCE. 107
perfonne ne puiſſe y pénétrer , & apprendre ainſi
quePaul ne n'y eft plus, fort elle-même pour obſerver
fi tout est tranquille autour du Château ; mais un
mot qu'elle entend lui fait connoître que toutes ies
averues de ſa maiſon ſont occupées ; c'eſt que le
Comtequi avoit apperçu la veille au ſoir quelques
mouvemens dont il ignoroit la cauſe , avoit imaginé
queMonique vouloit envoyer Pauline dans un Couvent
voifin , & qu il s'étoit déterminé à l'enlever des
qu'elle fortiroir de ſa maiſon. Monique, pour gagnerdu
temps& pour déconcerter ces odieux projets,
s'enveloppe d'un voile , & proférant quelques
mots qui fervent à tromper ſes ennemis , elle fait
enfortequ'ils la prennent pour Pauline , & qu'ils ſe
faififfent d'elle. Le Comte court ſe jeter aux piedsde
celle qu'il prend pour la maîtreſſe, lui renouvele
P'offre de ſa main, car ſa paſſion l'avoit déjà décidé
àcedernier effort , & lui propoſe de le ſuivre au
Château; alors Monique jette ſon voile, & profite
delaconfusion du Comte pour lui faire ſentir vivement
les conféquences de l'égarement auquel il s'eſt
Kivré: mais celui -ci toujours aveuglé par ſa paffion
perfiſte à vouloir s'emparer de Pauline à quelque
prixquece ſoit. II la crois dans la maiſon de Monique,&
il en demande la clef, que celle-ci lui refuſe
peremptoiremer. Cependant un des émiſſaires
du Comte arrive, & dit qu'il n'a trouvé perſonne
d'éveilé, fi ce n'eſt le Curé , qui rentroit chez lui
comme cing heures fonnoient. C'était précisément
Theure convenue avec le Paſteur , & Monique eft
affurée déformais que ſes enfans font unis par des
liens induſolubles.... Cing heures! s'écrie-t- elle avee
tranſport, tenez, Monseigneur, voila la clef, leur
forteft affure; ils font mariés. Le Comte reſte un
moment interdit ; mais de rabattement il paffe
bientôt à la fureur en voyant paroiure les deux
amans qui viennent rejoindre lens mère ; il met
Evj
108 MERCURE
l'épée à la main, & s'avance vers Alexis , lorſque
Monique ſe jetant entre eux , tire de ſon ſein lalette
que la mère du Comte de Réfilly lui avoit laffée en
mourant: lifez, dit- elle , & frappez si vous l'ofiz.
Le Comte ſe ſa fit de la lettre , s'attendrit en la lifant.
Revenu à lui-mêmeil pardonne aux jeunes époux ,
Qu'il veut encore enrichir de fes bienfaits , & remer
ciantMonique qui l'a arrêté ſur le bord de l'abîme ,
il lui confie le ſoin de fes vaſſaux , car il va s'éloignerjuſqu'à
ce que le temps &les regrets le rendent
digne de la revoir.
En traçant ici cette légère eſquiſſe, nous n'avons
eu d'autre objet que de faire voir combien la marche
de la Pièce eſt fimple& naturelle ; mais ce n'eft
qu'en lifant l'Ouvrage menie qu'on pourra juger du
plus grandmérite que l'Auteur aità nos yeux , celui
d'avoir mis fur la scène un caractère neuf & par
faitement foutenu , d'avoir employé un dialogue
facile & animé , & ſemé d'une infinité de traits piquans,
toujours amenés par le ſituation , & tellement
exempts de prétentions qu'ils paroiffent plutôt
échappés aux perſonnages qu'imaginés par l'Auteur;
entin d'avoir repréſenté les moeurs & les paflions
dans les inlividus d'un état inférieur comme dans
ceux d'un rang élevé, moyen fécond trop négligé
de nos jours, par lequel on parvient à diftinguer les
mêmes fentimens par des nuances variées , à reproduire
d'une manière plus attachante des intérêts
qui dans le fond font les mêmes chez tous les hommes
, & qui ne peuvent manquer de fatiguer par
lear uniformité, toutes les fois qu'ils font concentrés
dans une feule claſſe de la ſociété, & encore dans
celle où ils ont le moins de naïveté ou d'énergie.
On s'étonnera fans doute de voir les Payſans fi
bien repréſentés par un Auteur que fon état & fon
ſexe même, ont dû empêcher plus que tout autre
de fe mêler parmi eux ; mais peut- être n'est-ce
DE FRANCE.
109
dans le fond que de ſon talent dont il faut s'étonner
; quand c'eſt le talent ſeul qui détermine à
écrire , on ne s'occupe que de ce qui méri e véritablement
l'obſervation on ne fuit pas les rotes
battues, on cherche la Nature par-tout où elle fe
cache , & on parvient à la farfir. Ici chacun , nonfeulement
agit d'après fon caractère , mais parle le
langage qui lui eft propre. uelques perſonnes , &
fur tout les gens du monde, pourront trouver que
cene fidélité au coftume ramène trop ſouventle patois
des Payfars ; mais fans admettre ou rejerer
cette critique , nous dirons feulement que ce patois
même a le mérite d'être parfaitement imité , co qui
eſt plus rare qu'on ne penſe; car dans la plupart des
Comédies les Payfans ne parlent qu'un patois de
Théâtre , & non pas celui da Village. Au refte ,
ceux qui meieet beaucoup de pris à ce qu'on appelle
le bon ton & au langage de la meilleure com
pagnie, retroaveront lon & l'autre dans toute leur
pureté en lifant la Fauffe Sensibilizé.
Le caractère de cette Pièce est fi différent de celut
de la première, qu'on ſeroit tenté de croire que
l'Auteur a vo tu faire un tour de force en lescop
poſant l'un à l'antre. Mme de Fonte fe , voule
jeune&belle, mais exaltée par une fenfib besexab
gérée dont elle tient une eſpèce d'école, eft devel
nue le coryphée de ces fociétés , où les fontimiend
de l'amour & de l'amitié font fans cette analylés
bien mieux enfeignés que fentis. Le Comte de
Melcourt, jeune homme diftingué par des aven
tures brillantes , n'a pas tardé à te lier avec elle ; i
aété convenu entre leurs amis communs , d'abord
qu'ils devoient s'aimer , & enfuite qu'ils s'aimoient
àla folie. A force de l'entendre dire ils l'ont cen
eux- mêmes; leur mariage eſt arrêté; il doit ſe faire
à Paſſy , chez la Comteſſe de Belmont , tante de
Mme de Fonrofe, où les prétendus amans ſe trou-:
I10 MERCURE
vent réunis ; mais l'ame de Mme de Fonrofe eft &
accoutumée aux agitations , aus tourmens, qu'il eſt
impoſſible qu'elle ſoutienne la ſituation inattendae
où elle ſe trouve de n'avoir rien à craindre , à regretter
ou à defirer ; Heureuſement pour ele
qu'un de tes amis eſt ou doit être dans l'afliction ;
il aperdu ſa maîtreſſe il y a quelque temps , & comme
il étoit enrôlé autli parmi les ames parfaites , nul
deure qu'il ne lui ſoit fidèle , même après fa mort;
nul doute encore que le bonheur dont ſes amis vont
jouir n'éveille , n'aigriſſe ſa douleur au point même
de compromettre ſavie. Pleine de cette idée, quelques
mots qu'elle interprête mal , lui fontcroire que
fon ami eſt effectivement malade ; auflitet voila le
mariage retardé. La Comteffe , qui eſt une bonne
perſonne bien ſimple , mais bien perſonnelle , eft
fatiguée depuis long-temps de la préſence de fa
nièce&des contrariétés qui en fontune fuite nécef
faire; elle veut que le mariage ſe conclue à quelque
prix que ce ſoit ; d'ailleurs elle a une fille qui n'eſt
pas riche,& qui doit ſe marier le même jour avec
JeBaron, jeune homme peu ſpirituel , pupille& difciple
de Mme de Fonroſe. A la vérité Émilie ,
c'eſt lenom de cette fille, dont les manières font
douces& fimples, mais dont le coeur vraiment ſenfible&
délicat eft guidé par un eſprittrès- pénétrant ,
Emilie n'aime pas le Baron ; elle a un penchant
très-décidé pour le Comte, penchant qu'elle diffimule
tant qu'elle le croit véritablement amoureux
deſa cousine , &qu'elle n'est pas ſuffi(ammentéclairée
ſur la nature du fentiment qu'ils ont l'un pour
J'autre. Il ne s'agit dans les premiers Actes de la
Pièce que de hâter le mariage de Mme de Fonroſe.
Pour ſe débarraſſer des ſoins inquiets qu'elle veut
donner au Chevalier fon ami , on imagine de lui
dire qu'il vientde mourir de douleur, ce qui auroit
réufli parfaitement à lui faire prendre fon pari fi
DE FRANCE. 111
malheureuſement le Chevalier n'avoit paru très-
Inopinément & très à contre temps. En effet , en
partant pour fon régiment il vient prendre congéde
ſon amie qu'il n'avoit pas vue depuis pluſieurs
mois .... Quel remède à cet incident ? Par bonheur
on a appris d'un valetde chambre du Comte que ce
Chevalierfi malheureux & fi intéreſſaut a une nou
velle maîtreiſe , & que cette maîtreffe eſt une
femme très-mépriſable par ſa conduite & très-pen
piquante par ſa figure;il ne reſte plus d'autre parti
que de détromper Mme de Fonroſe. Elle n'eſt plus
Pafly; elle est allée à Daris voir les amis du Chevalier
; car elle a remarqué de la réſerve , de l'embarras
dans la converfarion qu'elle a ene avec lui ;
elle craint qu'il ne ſoit plus le même pour elle ; elle
eraint que fon mariage , que ce facrifice fait à
L'amour ne l'ait éloigné du temple de l'amitié. A
fonretour ondoit lui montrer un recueil de chanfons
& d'épigrammes qui tympaniſent le Chevalier,
&couvrent de ridicule ſon inconſtance & ſon nouveau
choix ; ce moyen a bien quelques dangers
; on appréhendede la révoſter &de l'aliéner's
mais le haſard a voulu qu'elle ait rencontré dans
fon chemin une petite Payſanne qui gardoit des
moutons ,& qui pleuroit, parce que fon père l'avoit
battue& féparée de ſon coufin qu'elle aimoit : c'étoit,
à la falcré, àla maufladerie près , une Héroïne
deRoman toute trouvée : elle l'a fait monter dans
ſa voiture , & l'a amenée chez ſa rante. Cette her
xeuſediverfion, cettenouvelle pâture pour ſa fenft
bilité l'a mife dans une difpofition plus favorable:
elle ſe laiffe détromper fur le Chevalier ; elle sit
même de ſon erreur .&confent à donner fa main au
Comte, qui voit affez triftement arriver cette concluſion
fi defirée,& qui paroît plus touchéde devenir
le coufin d'Émilie que le mari de Mme de Fonrefe.
Ainfi àla fin du quatrième Acts on croit Etre
112 MERCURE
au dénouement , & voir la Pièce finir d'ure manière
peu fatisfaiſante pour le Spectateur , qui est loin de
defirer une pareille union. Cette marche tout-à fait
contraire à celle de la plupart des Comédies , où le
noeud ſe mêle & fe refferre de plus en plus juſqu'au
cinquième Acte, nous paroît d'autant plus ingénieuſe
qu'elle amène un dénouement gai & piquant.
Au commencement du cinquième Acte on voit
arriver des ouvriers qui arrangent le fallon pour
une eſpèce de fête , & l'ornent de gurlandes & de
berceaux de Aeurs . Les Acteurs , tous habitans de la
maiton, ſe raffemblent, & la compagne eft augmentée
de la petite Payſanne , dont Mme de Fenro'e
ne veut plus ſe ſéparer, & dont la maufladerie
& limpertinence produiſent des effets comique &
plaifans. Il eſt encore de bonne heure les amis
qu'onattend de Paris ne font pas près d'arriver , on
parle d'une lecture ; mais il faut quelque choſe
d'analogue au lieu & à la fituation; le Comre n'a
riende nouveau à propoſer , ſi ce n'eſt une dernière
Édition des Poéfies de Haller. << De Haller ! s'é-
>> crieMme de Fortofe, comme vous dites cela ! fe
>> n'ai apporté qu'une nouvelle Édition de Haber !
>> eh! que pour- on avoir de mieux Allez , allez
vite la chercher, Dieu ! quel bonheur ! quand
vous auriez eu le preſſen; ment de la ſcène qui va
fe paffer , vous n'auriez pu mieux choifir, Hal
ler, le tondre Haller, de mande à être lu ſous le
>> feuillage, au milieu des fours & des ames fim
>> plescomme les nôtres . Heller ! c'eſt ma paflion .
* Je neconpois de lui que fon Épitie à Mariannes
» mais quel chefd'ouvre de fentiment! - On
imagine ailement l'effet que doit produue la lecture
de cette Épure où Haller exprime e manière 6
que
dure
touchante les regigis lui laiffe la mmoorrtt prématurée
de ſa femme. A chaque phrafe , à chaque ligne
elle eft interrompuc par les exclamations , par les
DE FRANCE.
113
fanglots de Mme de Fonroſe, & fur- tout par l'é-
Joge de l'Auteur. - « O que fon amour devoir
>> être aimable! s'écrie t elle, c'eſt que rien ne lai
manque , prei ez garde à cela chaleur , vérité ,
>> naturel , graces naïves , il a tout; mais ce qui
>> charme encore plus, ce qui le fait adorer , c'eſt
> ce ſentement unique conſervé juſqu'au tombeau ,
> & qu'on peut appeler le phénix de la ſenſibilité :
> en vérité je ne vois rien à quoi on puiffe le com
- parer ! =- Qu'à lui-même , répond naïvement
leComte: il s'eſt ſurpaſſé dans ſa ſeconde Épître.
-Une ſeconde Épître à Marianne ! C'eſt divin . ---
Oh , non, c'eſt à la ſeconde femme, & cette Épître
eſt bien ſupérieure à la première : je la regarde
comme ſon chef- d'oeuvre. Jugez de la ſurpriſe de
> Mme de Fonroſe. Haller! l'incomparable Halier ,
* après avoir tant aimé ſa première femme en au
* roit pris une ſeconde! Mais cette colère , cette
indignation retombe bientôt ſur le Comte , qui a
trouvé la choſe toute fimple. « Sans doute , lui dit-
>> elle , ſi la mort tranchoit mes jours vous pleure
riez comme Haller , & vous vous conſoleriez
comme ui ... » Elle ſe lève : elle part précipitamment,
& emmène avec elle fa Payſanne & fon
pille le Baron , au grand contentement de tout le
monde , & fur tour du Comte , qui heureuſement
éclairé tur la véri able ſituation de ſon coeur , &
dégagé de ſes engagemens , offre fa main à Émilie ,
quum Paccepte avec joie. Cependant Toinette , fuivante
de Mme de Fonrole , aime le valet-de- .
chambre du Comte , & devoit l'épouser. Prête à partir
avec ſa maîtreſſe , elle n'a pu diffimuler ſes ro
grets : « C'eſt un fi bon garçon , a-t- elle dit , il a
>> rendu ſa première femme fi heureuſe !>>> A ces
mots toute la colère de Mme de Forroſe s'ett ranimée:
elle n'a pas voulu qre ſa femme-de-chambre
la ſuivir , & elle a fait partir ſa voiture ſi bruſque-
-
114 MERCURE
ment que lapauvre fille en a été renverſée ,&même
unpeubieffée. Le récit qu'elle fait de cet événement
met le dernier trait zu caractère de Mme de Fonrofe;
car tandis que celle ci renonce à ſon amant
parcequ'il conçoit qu'on peut ſe marier deux fois,
Foincite,plus fimple&plus raisonnable, ſedétermine
parun motiftout oppofé, &trouve que puiſque ſon
prétenduarendu heureuſe ſa première femme , elle
adroitd'eſpérer aufli leméme bonheur. On obferverapeut
êtrequeMmede Fonroſe étant veuve &
prêteà fe remarier, paroît en contradition avec les
principes: mais elle prévient elle-même cette objection
en établiſſant,&pour cette fois avec toute
raifon , une diftinction très- marquée entreun mariage
de convenance & un mariage d'inclination .
CettePièce, où l'intrigue eſt moins fimple & la
marche moins rapide que dans la précédente, dif
férencequi ne doit être imputée qu'à la nature du
fujet , a un grand mérite de couleur & de détail,
&fur tout celui de conſerver de la vérité, de la
délicateffe& de la meſure dans la peinture même de
Vexagération & de la folie. C'eſt l'art d'un habile
Muſicien qui fait tirer des effets doux & agréables
dun inftrument dont les fons font naturellement
trop forts & trop perçane. Le ſentiment délicat &
caché qu Émilie a pour le Comte, le penchant qui ,
fous la forme d'un tendre intérêt, le ramène fans
ceffe vers elle, penchant naturel qui contraſte à
merveille avec cet amour dopinion dont laMarquife&
lui ſont p'us occupés qu'animés , & qui de
leur rête n'eſt pas encore deſcendu dans leur cocar ,
jet.ent un intérêt très-agréable ſur toute la Pière, &
repolent doucement le Spectateur lorſqu'il commence
à être fatigué de tant d'extravagances. Un
autre mérite de cet Ouvrage, qu'il feroit d'aurant
plus injuste de paſſer ſous filence qu'il devient plus
lare de jour en jour, c'eſt que la gaieté y trouve
DE FRANCE. 11
toujours place, même dans la peinture des moeurs
de la bonne compagnie, & que d'un fujer qui paroîtpendant
long-temps prêter plus à la fineſſe des
détails qu'aux effets du Theatre , naît enfin un
dénouement neaf& ſaillant. On pourra peut-être
reprocher à l'Auteur que ſes moyens d'action &
d'intérêt ne ſont pas toujours affez concentrés dans
les Acteurs de la Pièce&dans le lieu de la Scène , &
qu'il y aaquelques fils de l'intrigue qui paroiffent
s'étendre au delà du ſujet principal; mais ce ſont des
inconvéniens difficiles à éviter quand on veut ſe conformer
au monde plutôt qu'au Théâtre , & ils ſe
trouvent ici comppeennftéess ppaarr des réſultats dont on
feroitdifficilement le ſacrifice .
Lalongueur de cet Extrait ne nous permet de
parjerdu Nouvelliſte Provincial que pour dire que
cepetit Ouvrage, qui n'a nulle prétention, reſpire
d'un bout à l'autre la gaieté qui convient à cegenre.
Nous ſommes abfolument de l'avis de l'Éditeur ,
lorſqu'il obſerve dans fon Avertiſſement que cette
Pièce eſtune preuve que l'Auteur nes'eſt pas aſſervi
augoût du ſiècle dont il a fi bien préſenté les mecurs
dans la Fauſſe Sensibilité. Il faut en effet, dit- il
>> dans cet Avertiſlement , être bien attaché à ſes
>> principes ou à la tournure de ſon eſprit pour ou-
» blier que dans ce temps-ci une Pièce en deux Actes,
>> en unActe,& plus courte encore s'il eſt poſſible ,
>doit pourtant contenir du bel-eſprit , du peri-
>> fiage & des madrigaux : il n'y a rien de tout
-celadans le Nouvelliſte Provincial ; mais peut-
>> être en le lifant retrouvera-t- on cette eſpèce do rire
>> auquel on ſe livre fi volontiers loríque l'eſpriz
déſintéreſté par la légèreté du fujer , ne croit plus
>> avoir rien àjuger, »
Nous ſommes perfuadés que l'Éditeur ne s'eſt pas
nompé en formant cette conjecture.
116 MERCURE
GUIDE des Amateurs & des Voyageurs
àParis, ou Description raiſonnéede cette
Ville,desa Banlieue & de tout ce qu'on
y trouve de remarquable , enrichie de vues
perspectives des principauxMonumens modernes;
par M. Thiery , avec cette Épigraphe
:
:
Miratur portas , ftrepitumque & ftrata viarum.
Virg. Énćid. Lib. 1 .
2 vol in- 12 . Prix , 9 liv. reliés. A Paris ,
chez Hardouin & Gattey , Libraires , au
Palais Royal , Nos 13 & 14.
Vous trouverez dans ce Livre un guide
fidèle & commode pour tous ceux qui veulent
porter leurs regards ſur les monumens
anciens & modernes de cette Capirale , &
fur les differens morceaux de peinture ,
ſculpture , gravure & architecture qui y font
raffemblés. Il vous indiquera les établiſſemens
qui y ont été formés , les manufactures qui
y font établies', les cabinets curieux que l'on
y trouve ,& enfin tous les autres objets intéreſſans
que Paris renferment. Vous y trouverez
le détail des cabinets particuliers , tracé
ſous les yeux des Amateurs propriétaires ; &
à cet égard ce Livre vous paroîtra avoir
un très-grand avantage ſur toutes les autres
deſcriptions de ce genre , qui d'ailleurs ne parlent
point de laBanlieue. Vous ſaurez beaucoup
de gré à l'Auteur de l'immenſité de re-
د
DE FRANCE. 117
cherches qu'il lui a fallu faire ſur une multitude
innombrable d'objets qu'il a eu à vérifier
pour ne vous rien laiffer a detirer ſur ſon
exactitude. Il a diviſe ſon Ouvrage en deux
parties , pour ſe conformer à la ſituation de
cette ville , ſéparée en deux par le lit de la
Seine. Le premier Tome enbraffe la partie
du Nord , depuis Neuilly juſqu'au pont de
Charenton. Vous y lirez d'abord avec intérêt
une differtation fur l'origine de cette ville &
fes accroiffemens ſucceſſifs , ainſi que fur
l'antiquité de lajurisdiction municipale. Voici
ce qu'il nous dit ſur l'origine des armes de la
ville, qui , comme vous ſavez , ont un vaifſeau
pour embleme.
" Les Romains , devenus maîtres de cette
> ville , ne tardèrent pas à reconnoître l'in-
>> telligence de ſes habitans pour la naviga-
>> tion. Ils enprofitèrent , ainſi que de l'avan-
> tage de ſa ſituation , pour y former un en-
» trepôt de voitures par eau , à l'effet de
>> tranſporter les proviſions & munitions ne-
ود
ور
ceffaires à la ſubſiſtance des légions qu'ils
avoient miſes en garniſon dans les villes
>>voiſines . Defirant ouvrir en même-temps
>> un commerce utile entre les Provinces
>> traverſées par la Seine, la Marne & l'Oife ,
>>ils établirent à Lutèce , l'an 702 de Rome ,
>> cinquante-un ans avant l'Ere Chrétienne ,
>> une Compagnie de Négocians par eau ,
>> ſous le nom de NAUTES , Nauta.CesCom-
>> pagnies , compoſées de ce qu'il y a de plus
118 MERCURE
> distingué dans la ville, eurent de grands
>>priviléges. >>>
Comme un Ouvrage de ce genre n'eſt pas
ſuſceptible d'analyſe , je me bornerai dans
cette annonce à relever quelques notes curieuſes
ou intéreſſantes. J'avoue à ma honte
quej'ignorois que Pierre Corneille fût enterré
dans l'Égliſe de S. Roch , & pluſieurs perfonnes
qui ne le ſavoient peut- être pas , feront
bien aiſes de l'apprendre. Mais elles y chercheroient
en vain ſa tombe pour y porter les
hommagesdûs à ſa mémoire. Rien n'annonce
que les cendres de ce grand Homme y repofent.
Cependant , qui mérita mieux que lui
les honneurs d'une épitaphe ? La célèbre
Mme Deshoulières , Régnier des Marais ,
mauvais Poëte &bon Grammairien , & Alexandre
Lainez , bel-eſprit de ſociété , repofentdans
la même Églife.
Vous ſaurez aufli que l'hôtel des Fermes
Générales fut autrefois leTemple des Muſes,
l'aſyle des Savans& le berceau de l'Académie
Françoiſe. Alors le Chancelier Séguier , Prorecteur
éclairé des Sciences, des Arts & des
talens , en étoit propriétaire. Devenu Chef
de l'Académie après la mort du Cardinal de
Richelieu , les Aſſemblées s'en tiurent à cet
hôtel juſqu'en 1673 , que Louis XIV lui accorda
une ſalle au Louvre.
Vous vous figuriez peut- être que les Académiciens
ont toujours eu pour fiège un fauteuil.
Eh bien ! Lachez que le Directeur ſeul
avoit ce droit. Mais le Cardinal d'Eſtrées ,
DE FRANCE. 119
devenu très- infirme , & cherchant un adouciſſement
à ſon état dans l'affiduité aux Afſemblées
de l'Académie , demanda qu'il lui
fût permis d'apporter un ſiège plus commode
que les chaiſes, quiétoient alors en uſage. On
en rendit compte au Roi , qui , prévoyant
les conféquences d'une pareille diſtinction ,
ordonna à l'Intendant du Garde-Meuble de
faire porter quarante fauteuils à l'Académie ,
& confirma par- là , & pour toujours , une
parfaite égalité,
Si vous voulez ſavoir l'origine d'une autre
Académie , & bien autre à tous égards dans
toute la force du terme , je veux dire de
l'Académie Royale de Muſique , vous l'apprendrez
encore. Vous ſaurez qu'elle doitfes
premiers commencemens à Jean - Antoine
Baïf, né à Venise , pendant que ſon père y
étoit Ambaſſadeur. Il fut le premier parmi
les François qui tenta l'accord de la Poéſie
Françoiſe avec la muſique. Aſſocié avec un
nommé Thibaud de Courville, Baïf établit
dans fa mai'on une Académie de Muſique ,
aurorilée par Lettres-Patentes de Charles IX,
qui s'en déclara le Protecteur & le premier
Auditeur; de ſorte que l'Opéra naquit en
France au milieu des horreurs des guerres
civiles & du fanatiſme , A Courville fuccéda
Jacques Manduit , Poëte & excellent Muficien.
Tous les ballets & maſcarades exécutés
ſous le règne de Henri III , le furent fous leur
conduite.
L'Abbé Perrin,attaché àGaſton de France,
120 MERCURE
hafarda en 1659 une Pastorale que Cambert ,
Organiſte de S. Honoré , mit en muſique
avec le plus grand ſuccès. Ces Auteurs s'affocièrent
le Marquis de Sourdiac , très riche
&très- grand Machiniſte. L'intérêt divifa ces
Entrepreneurs en 1671 , après une première
repréſentation de Pomone , qu'ils firent jouer
dans unjeude paulme, rue Mazarine , en face
de celle de Guénegaud. Le Marquis de Sourdeac,
fous prétexte de ſes avances , s'empara
de la recette. Perrin , piqué de ce procedé,
ſe dégoûta de l'Opéra , & confentit que le
Roi en transférât le privilége à Lulli. Vous
favez le reſte ; vous ſavez quels furent les
ſuccès de ce Muſicien célèbre,ſi bien ſecondé
de Quinault pour la poéſie lyrique , & de Vigarini
pour les machines.
Pour rendre ſa deſcription plus intéreſſante
, l'Auteur y a ſemé quelques notes ; les
unes étymologiques & hiſtoriques , ont été
appliquées aux objets qui en étoient ſuſceptibles;
les autres offrent un précis de la vie
des Artiftes fameux des trois Écoles , & des
documens pour connoître la manière de chacun
à l'inſpection de leurs chef- d'oeuvres.
Parmi les premières , je citerai celle qui regarde
la Gazette de France. Elle doit ſon établiſſement
à Théophrafte Renaudot , Médecin
de Loudun , qui vint s'établir à Paris vers
l'an 1623. Il recueilloit toutes les nouvelles
qu'il pouvoit ſe procurer pour en amuſer ſes
malades , ce qui lui donna de la vogue , &
lui fuggéra l'idée de raſſembler ces nouvelles
fur
t
DE FRANCE.
fur des feuilles volantes , pour les débiter au
Public. Pour les rendre plus curieuſes , il établittine
correſpondance en divers pays, foll:-
cita Louis XIII pour avoir un privilégė , &
l'obtinten 1632.Voilà l'origine de la Gazette :
voici l'étymologie de fon nom. Long-temps
avant cette époque , on liſoit à Veniſe des
feuilles à peu-près pareilles , pour la lecture
deſquelles on payoit una gazetta ,'petite pièce
de monnoie , d'où eſt venu en France le moc
deGazette.
Vous ferez bien-aiſe de relire cette anecdote
ſur le Nautre. Après avoir deſſiné les
beaux jardins de Sceaux , de Chantilly , de
Verſailles , de Trianon , de Meudon , des
Tuileries & le Parterre du Tibre à Fontainebleau
,il demanda au Roi la permiſſion d'aller
en Italie y acquérir encore de nouvelles connoiſſances.
Mais il n'y vit rien de comparable
à cequ'il avoit fait en France. Le Pape Innocent
XI , inſtruit de ſon ſéjour à Rome, defira
le voir, & lui donna une audience aſſez
longue , à la fin de laquelle le Nautre s'écria :
« Je ne me ſoucie plus de mourir; j'ai vu les
>> deux plus grands Hommes du monde ,
> Votre Sainteté & le Roi mon maître. - Il
>> y a grande différence , dit le Pape. Le Roi
>> eſt ungrand Prince victorieux; je ſuis un
>> pauvre Prêtre , ſerviteur des ſerviteurs de
» Dieu; il eſt jeune & je ſuis vieux. » Le
Nautre , charméde cette réponſe , frappa fur
l'épaule du Pape , en lui diſant : " Mon Ré-
>> vérend Père , vous vous portez bien: vous
No. 24 , 16 Juin 1787. F
122 MERCURE
>> enterrerez tout le Sacré Collége. » Ce pro
noſtic fit rire le Pape. Le Nautre , funfibies
ment touché , & des bontés dont Sa Sainteté
l'honoroit , & de l'eſtime fingulière qu'elle
avoit pour Louis XIV , ne contulta plus que
les mouvemens de ſon enthouſiafme ; il étoit
fi fort dans l'habitude d'embraſſer ceux qui
publioient les louanges de ſon Maître , qu'il
ſejeta au cou du Pape ,& l'embrafla.
Les planches du premier volume font au
nombre de ſept , repréſentant les principaux
monumens modernes qui embelliffent Paris,
&dont pluſieurs n'avoient pas encore été
gravés.
Vous verrez dans le ſecond volume la defcription
de la Cité & de rout le côté du Midi,
depuis le village d'Ivri juſqu'à Meudon. Il eſt
également orné de cinq gravures des plus
beaux monumens qui décorent cette partie
de la ville. Elles offrent toutes de très -jolis
détails, agréablement rendus parM. Jourdan ,
d'après le deſſin de l'Auteur lui - même , qui
leur adonné un effet pittoreſque. Vous jugerez
par-là qu'il eſt Artiſte , qu'il avoit plus
qu'un autre Écrivain le droit de décrire les
monumens des Arts& les chefd'oeuvres des
grands Maîtres enPeinture, enSculpture &
enArchitecture.
:
DE
FRANCE.
12
ACADÉMIES.
ACADÉMIE
FRANÇOISE.
LE Lundi 4 de cemois , l'Académie Françoiſe
a tenu ſa Séance publique pour la rés
ception de M. de Rhulières. L'aſſemblée
étoit très nombreuſe & très-brillante. Trois
miniftres , connus par leur amour pour les
Lettres , toujours inséparables de l'amour du
bien public , l'ont honorée de leur préſence.
• Le récipiendiaire a ouvert la Seance par
un difcours où l'on a remarqué à la fois une
extrême fineſſedans les idées,une méthode
peucommunedans la compoſition, les tranfitions
les plus adroites, & un ſtyle toujours
pur & toujours élégant.
Laréponſede M. le Marquis de Chatelux
eſtpleine de traits ingénieux &piquans. En
caractériſant le mérite des productions inédiresdu
nouvel Académicien , elle a fait jouir
d'avance M. de Rhulières de toute la réputation
que l'impreſſion ſeule ſembloit devoir
lui procurer.
M. l'abbé de Lille a terminé la Séance par
la lecture d'un poëme ſur l'art de peindre en
vers les payſages poëtiques . Cet ouvrage n'eſt
point , comme quelques perſonnes ont paru
le croite, un ſupplément au poëme des Jar-
:
Fij
124 MERCURE
dins, maisunmorceau de poësie à part. L'Auteur
, dont le but principal étoit d'apprendre
àrendre plus touchantes les beautés de la
campagne , donne le précepte & l'exemple.
L'épiſode ſur la Corvée , amené avec beaucoup
d'art , a produit une impreſſion preſque
théâtrale ; un frémiſſement général s'eſt fait
ſentir dans l'aſſemblée à ces deux vers :
LaCorvée! àce nomles cabanes gémiſſent
Les fruits ſontdefſéchés , les moiſſons ſe flétriſſent.
C'eſt avec une adreſſe infinie que le poëte ;
en amenant le Roi ſur ces chemins qui ne
feront plus arroſés que des larmes de la reconnoiſſance
, lui fait recueillir le prix de fa
bonté dans les lieux mêmes où elle s'eſt
exercée.
On a fur-tout goûté la manière dont l'Auteur
a ſu intéreſſer non-ſeulement aux habis
tans de la campagne , aux animaux qui la
peuplent & la fécondent , mais encore aux
êtres inanimés , qui ceſſent de l'être dans ſa
poéſie : auſſi peut-on appliquer avec juſtice
M. l'abbé de Lille un de ſes vers les plus
applaudis :
Et votre heureuſe adreſſe
Nous ſurprendpourun arbre unmomentdetendreſſe,
L
DE FRANCE.
125
SPECTACLES.
'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné Vendredi dernier la première
repréſentation de Tarare, paroles de M. de
Beaumarchais , muſique de M. Saliéri. Nous
allons , ſuivant notre ufage , donner une analyſe
duPoëme, ſans yjoindreaucun jugement.
Nousnous endiſpenſeronsd'autantplusvolontiers
que cetOpéra probablement occupera
long- tems le Theatre ; & qu'ayant beaucoup
plus de choſes à y examiner que dans tout
autre Ouvrage , nous ferons vraiſemblablement
obligés d'y revenir plus d'une fois .
Ellayons d'abord de faire connoître le Prologue:
quoique nous l'ayons ſous les yeux ,
ce n'eſt pas une tâche facile ,& nous deman
dons pardon d'avance à nos Lecteurs , fi nous
y laiſſons quelque obſcurité.
Ceuxqui enont entendudes lectures particulières
, ceux même qui ont vu quelques
répétitions , ont cru que ce Prologue repréſentoit
la création dumonde : ce n'eſt point
celadutout. LeGÉNIE de la réproduction des
Étres , la Nature , paroît occupée à former
une nouvelle génération aux dépens des générations
paffées , en raſſemblant leurs élé
-Finj
126 MERCURE
mens diſperſes dans l'immenſité. C'eft ce
qu'elle dit à ſon amant, le GÉNIE du Feu ,
qui préſide au Soleil. Ainfi le monde exiſte
depuis long-temps à l'époque où cette action
ſe paffe. La Nature s'amuſe à faire connoître
d'avance au Génie quelques unsdes Etres qui
font ſur le point d'habiter la terre ; elle
fait paroître leurs oinbres devant lui. Ces
ombres expriment dans un choeur l'étonnement
que leur cauſe le ſentiment de leur exif
tence prématurée. Mais comme ilsn'ont reçu
cette fortede vie que de la Nature ſeule,&
fans le concours du Génie du Feu, ils font
ſans goûts , ſans defirs , fans paſſions. Cependant
aux queſtions que leur fait le Génie ,
quelques-unes de ces ombres laiſſent échapperdes
traits qui décèlent leur futur caractère.
L'une , à qui ildemande fi elle veut être
belle , répond : Suis-je donc fans appas ?
L'autre dit: qu'elle voudroit tout foumettre.
Une troiſième ne defire que d'être aimée. Les
homeres font moins animés. Le Génie en
choifit deux , dont l'un doit être un Soldat &
l'autre un Roi . Il leur demande lequel vent
l'être , & ce titre n'excite l'envie d'aucun des
deux. Enfans , leur dit la Nature ,
.. Il vous manque de naître
Pour penſer bien différemment.
Enfin , par le pouvoir du Génie , l'un devient
Atar , Koi d'Ormus , & l'autre Tarare , fim
ple Soldat, d'une naiſſance obſcure. Le choeur
:
DE FRANCE.
127
qui , comme nous l'avons dit , n'a encore au
*cune paffion , s'écrie :
Obienfaiſante Déité!
Ne fouffrez pas que rien altère
Notre touchante égalité.
La Nature & le Génie s'empreſſent d'éteindre
en eux ce germe d'une grande idée , & les
font rentrer dans le néant. Par leur puiſſance
ces deux Divinités font écouler quarante ans
en un clin -d'oeil; ainſi c'eſt quarante ans après
cette époque que commence l'action de
Tarare.
Au premier Acte , qui ſe paſſe dans une
falle du palais d'Ormus , Atar, Roi de cette
ville, paroît furieux contre Tarare. Calpigi,
Chef des Eunuques , demande en vain ſa
grâce , repréſente auTyran que ce brave Soldat
l'aſauvé du trépas à travers le torrent
d'Arface.....
Eh! quel eſt donc ſon crime , hélas!
ATAR.
D'être heureux , Calpigi , quand ſon Roi ne l'eſt pas,
Avar lui reproche ſur - tout l'amour que le
peuple a pour lui, & de ce qu'il ſe contente
d'une feule femme. Mais il va la lui faire
enlever. Altamort, le fils du Grand - Prêtre ,
en a reçu l'ordre , & vient en annoncer l'exécution.
Affafie vient d'être ravie àſa demeure
champêtre
Sans qu'elle ait deviné qui la veut , qui l'enlève.
Fiv
T25 MERCURE
Le Tyran veut lui donner une fère , & la
commande pour le lendemain . Aftafie arrive
au déſeſpoir , mais ſa peine redouble quand
elle apprend qu'elle eſt dans le palais d'Atar.
Elle s'évanouit : un Eſclave dit au Sultan qu'il
la croit morte ,& ce mot lui vaut un coup de
poignard. Elle revient à elle ,& on l'entraîne
dans le Sérail. Bientôt on annonce que Tarare
pleure la perte qu'il a faite. Il l'attribue à un
Corfaire , & demande qu'il lui ſoit permis
d'allerla chercherſur les mers,&de ſe venger.
Atar lui reproche de pleurer une femme.
Cependant Calpigi vient lui annoncer qu'Irza
(c'eſt le nouveau nom que le Roi a donné à
fa favorite) eft revenue à la vie. Il en paroît
joyeux; & Tarare , charmé de le trouver ſenfible
, le conjure au nom de cette Irza de confentir
à ce qu'il lui demande. Le Tyran , pour
jouir davantage de l'infortune de Tarare , y
confent , à condition qu'il ſouhaitera que
cetre Irza le rende heureux. Le Héros prononce
ce voeu , & le Roi lui permet d'armer
une eſcadre. Il veut qu'Altamort l'accompagne
,& lui donne l'ordre ſecret de ſe défaire
de lui. Reſté ſeul, il s'applaudit de cer expédient
, qui le débarraſſe de l'objetdeſajaloufie
fans lailler de ſoupçon contre lui , & il court
chez fa nouvelle conquête.
Le ſecond Acte eſt dans la place publique ,
devant le temple de Brama. Le Grand-Prétre
Arthénée demande un entretien ſecret au
Sultan.Il lui annonce que des Sauvages Chrésiens
menacent d'envahir ces lieux; il veus
DE FRANCE.
129
qu'on courre à la vengeance. Arar eſt étonné
qu'un Bramine , qui ne ſe permettroit pasde
verſer le ſang du plus vil animal , defire de
voir à la guerre couler le ſang humain. Le
Prêtre , qui paroît peu attaché à ſa croyance ,
l'eſt beaucoup à ſon intérêt. Il fait entendre
au Roi que le ſien eſt lié à celui du trône. II
s'agit doncde donner à l'armée un Général.
Il veut en regler le choix avec le Roi , pour
l'infinuer enſuite aux enfans des augures ,
qui doivent le nommer d'après l'inſpiration
du ciel. Le Sultan choiſit Altamort , fils de ce
même Bramine , & lui confie le projet qu'il a
conçu de faire mourir Tarare. Le Grand-
Prêtre ſe felicite :
Opolitique conſommée!
Jetiens le ſecret de l'État ,
: Et fais mon fils Chefde l'armée.
Tarare paroît. Il eſt inquiet d'un ſigne que
lui a fait Calpigi. Cet Eunuque arrive , & lui
apprend que c'eſt ſon Aſtaſie elle- même qui
eſtdans le Sérail d'Atar , ſous le nom d'Irza ,
& que c'eſt Altamort qui l'a ravie. Il lui offre
en même temps de l'introduire la nuit dans
les jardins , au moyen d'une échelle inviſible.
Cependant le Peuple & les Prêtres s'allemblent
pour le choix d'un Général. Arthenée
inſtruit le plus ſimple des enfans des augures ,
& lui dit de ne prononcer que ce que le ciel
lui inſpirera.
Ah! s'il vous inſpiroit de nommer Akamort !
Fy
139
MERCURE
L'ENFANT.
Je l'en fupplicrai tant , mon père ,
Qu'il me l'inſpirera , j'eſpère.
2
Quand les préparatifs de la cérémonie ſont
achevés , l'Enfant, élevé ſur un pavois , rend
fon oracle , & prononce au hafard Tarare
Les Soldats répètent ce nom avec tranſport.
2
ARTHENIE.
Peuple, c'eſt une erreur; mon fils , que Dieu vous
touche.
L'ENFANT.
22
2
Le ciel m'inſpiroit Altamort ,
Tarare eſt ſorti de ma bouche.
Le peuple regarde ce choix comme plus stirement
émanédu ciel. Altamort s'en offenſe;
il s'élève une querelle entre Tarare & lui,
Leurs glaives ſont déjà levés. Le Grand- Prêtre
les ſépare; mais Tarare donne à fon rival
un rendez vous pour cefoir dans la plaine ,
&un autre à Calpigi pour cette nuit au ver
ger du Sérail. On revér ce Héros des marques
du commandement, ce qui termine l'Acte .
Au troiſième , Calpigi eſt fort éronné de
voir dans ces mêmes jardins l'appareil d'une
fére. Qui a pu l'ordonner ? Moi, dit le Sultan ,
qui ne l'avois demandée que pour le lendemain,
maisqui la veux tout de ſuite.LeChef
des Eunuques eſt fort embarraffé. C'eſt en ce
heu que doit ſe rendre Tarare: il n'a nul
DE FRANCE.
131
moyen de le prévenir...... Tous mes Acteurs
font difperfes.
ATAR.
Du bruit autour d'Irza ; qu'on danſe , & c'eſt affen
CALPIGI .
On croira voir ce: Spectacles de France ,
Où tout va bien pourvu qu'on danſe.
Un ordre abſolu le contraint , il part. Pendant
ce remps , Atar ſe fait raconter le combat
dans lequel Tarare a tué Altamort. La
fete commence. C'eſt une fête Européenne ;
ce font nos moeurs oppoſées à celles de
l'Afie ; celles de la Cour oppoſées à celles
du village ; la coquetterie oppoſée au ſentiment.
Atar , enchanté de cette fère , demande
àCalpigi fon hiſtoire.
Mais pour amuſer mon amante
Anime ton récit d'une gaîté piquante.
Calpigi la chante en effet très- gaîment ; mais
il ſe propoſe d'y méler un nom qui lui rendra
la nuit. Ce nom eſt celui de Tarare , qu'il
amène adroitement à l'inſtant où il apperçoit
ce Héros eſcalader les murs du Serail. Ce
nom ſe répète comme à l'ordinaire. Aftafie
s'évanouit , le Tyran furieux renverſe la table,
tire ſon poignard; tout le monde s'enfuit.
On tranſporre Aſtaſe chez elle , & Atar
y entre en laiſſant fa fimarre & ſes brode .
quins à la porte. Pendant ce tumulte, Tarate
132 MERCURE
eſt deſcendu , il rencontre Calpigi ſans le reconnoître,&
eft prêtà le poignarder. Ilraconte
ledanger qu'il a couru pour arriver au Sérail.
Son ami le revêt de l'attirail d'un eſclave noir
&muet , en tui recommandant de ſe garder
dedireun ſeul mot. Ils ſont prêts d'entrer chez
Aſtaſie. La ſimarre du Sultan qu'ils trouvent
àla porte annonce qu'il eft chez cette belle.
Tarare ſe livre au déſeſpoir , invoque à grands
cris Brama , malgré les remontrances de Calpigi;
le Sultan paroît,Tarare rombelaface contre
terre. Quel infolentici .... ditleTyran d'un
ton terrible. L'Eunuque eſt fort embarraffé ....
Cemuet a eu peur , il crie...... Atar heureuſement
eſt plus occupé des mépris qu'il vient
d'éprouver de la part de la Sultane. Ilraconte
avec fureur cequi vient deſe paffer, ilveut
s'en aller : Calpigi lui préſente ſa fimarre.
Rattache auſſi mon brodequin
Sur le corps de cetAfricain.
Cet Africain eft Tarare. Toujours en proie à
ſa rage, le Tyran forme mille projets. Il veut
couper la tête à l'Eſclave qu'il foule aux
pieds , l'envoyer à la Sultane , en lui diſant
que c'eſt celle de fon époux. Calpigi lui fait
voir aiſément le peu d'utilité de cette barbarie.
Il change d'idée. Pour ſe venger d'elle , il
veut la faire épouſer àce vil muet , & l'expoſer
enſuite à la riſée du Sérail. Calpigi n'a
garde de l'en détourner. Atar , fort content
de lui-même , s'éloigne. Tarare , qui le croit
parti , jetre loin delui fon maſque,& refpire.
DE FRANCE. 133
Le Sultan revient en s'applaudiſſant de l'effer
que ſonprojet aura.Calpigi lui porte toujours
ſa ſimarre devant les yeux , pour l'empêcher
de voir Tarare ſans maſque. Quand cet embarras
a affez duré , leRoi part tout de bon ,
& Tarare , en remerciant Brama , termine le
troiſième Acte.
Aſtaſie ouvre le quatrième , en exhalant
ſesdouleursdans le ſein de Spinette , qui veut
en vain la conſoler. Calpigi vient leur annoncer
l'ordre du Sultan , qui denne à Irza
pour époux le plus vil des Eſclaves. Quand il
eſt parti , Aſtaſie , au déſeſpoir , gagne Spinette
, & l'engage à prendre ſa place. C'eſt
elle en effet qui eſt cachée ſous les habits de
la Sultane , quand Tarare vient ſous ſes habits
de nègre muer. Elle trouve ſa figure fort
laide; mais elle n'eſt pas mécontente de ſa
taille. Elle approuve ſur tout l'air reſpectueux
avec lequel il ſe proſterne devant elle.
Elle dit quelques mots , & Tarare , qui reconnoît
à la voix que ce n'eſt point Aftafie ,
ſe felicite de n'avoir point parlé. Continuant
de jouer le rôle de la Sultane , Spinerte parle
de Tarare ; celui- ci répète indifcrèrement
fon noin , &le trahit ainfi. Il forge un roman
pour ſe tirer d'affaire. Spinette, qui n'eſt pas
difficulrueuſe , veut au moins le voir , lui ôte
ſon maſque , le trouve charmant , & lui en
fait très- naïvement l'aveu. Tarare en est fort
importuné,lorſque des Soldats viennent pour
s'emparerde ſa perſonne. Calpigi , qui ne perd
pas fonHéros de vue, s'oppoſe à eux à la tête
$34
MERCURE
de fes Eunuques. Le Sultan a changé d'avis ;
il veut que l'affreux muet ſoit pris, maffolé,
&jeté dans le canal. Calpigi s'en charge ; le
Chefdes Soldats a ordre d'en être témoin; le
Chefdes Euuques , pouffe à bout , nomme
Tarare pour fufpendre au moins ſon ſupplice.
Les Soldats fentent avec douleur que
rien ne peut le fauver. Calpigi , certain qu'il
y va de la vie de tous deux , s'échappe du
Sérail pour prendre de nouvelles meſures qui
doivent être farales au Tyran.
Au cinquième Acte , Atar examine avec
avidité le bûcher deſtiné à Tarare au milieu
d'une des cours du palais. Le Grand- Prêtre
Arthénée , accablé de la mort de fon fils , a
érémandé pour condanner Tarare. Il donne
au Sultan un conferd affez ſage.
Sans avoir l'air de le connoître,
Il falloit poignarder le traître.
Jetremble qu'il ne foit trop tard. :
LeHéros paroît; il brave la mort&le Sultan,
qu'il étonne beaucoup, en lui diſant que cetre
beauté qu'il a dans ſon Strail n'est point la
véritable Aſtaſie.Atar ordonne qu'on l'amène.
Elle vient avec Spinette , qui répond à la demande
du Sultan :
Une eſclave fidèle , hélas ! ſubſtituée
Innocemment , caufa le défordre & l'erreur.
Le Roi , trompé par cette équivoque , condamne
la Sultane à la mort. Cependant
Tarare , au pied de ſon bûcher , ne voit
DE FRANCE.
135
perfonne & eſt trompé comme les autres.
Le Grand-Prêtre lève contre eux l'étendard
de la mort , déchire celui de la vie , & la
cérémonie préparatoire de leur fupplice eſt
accompagnée de prières. Aſtaſie qui croit Tarare
un étranger , comme il la dit à Spinette,
lui demande pardon. Il reconnoît ſa voix , &
ilstombentdans les bras l'un de l'autre. Nouvelle
fureur du Tyran qui veut d'abord les
faire périr d'un ſeul coup; mais ilfefent
altéré de leurs peines , il a foif de les voir
fouffrir. Combattu par un reſte d'amour ,
Atar ordonne enfin que Tarare ſeul périfſe.
Aſtaſie armée d'un poignard , menace de
s'en frapper ſi l'on fait un ſeul pas vers ſon
époux.
Pendant que le Sultan eſt dans cette incertitude
, on vient lui dire que les portes
du Sérail font forcées , & l'on voit Calpigi
qui vient délivrer Tarare à la tête des ſoldats..
Ce Héros indigné de devoir la vie àune
rébellion , harangue l'armée , la fait rentrer
dans le devoir , l'oblige de ſe proſterner aux.
pieds du Monarque , & vient demander la
grace des coupables. Atar,plus furieux que
jamais du pouvoir que Tarare a ſur l'efprit
du peuple , ſe poignarde en lui diſant que
c'eſt à lui de régner.
CALPI61,
Tous les torts de fon règne, un ſeul mot fes répare.
Il laiſſe le trône à Tarare.
"
Ce Héros le refuſe. Le Chefdes Soldats
136 MERCURE
lui dit qu'il eſt le priſonnier du peuple , &
doit lui obéir.
Nous abuferions de tes chaînes
Pour te couronner malgré toi .
Arthenée lui-même contraint de céder au
voeu général , lui préſente le diadême royal,
&reconnoit des Dieux fuprêmes. Tarare ſe
rend à la fin , mais ilgarde ſes fers.
Ils feront à jamais ma royale ceinture ;
Puiffent- ils atteſter à la race future
Que du grand nom de Roi ſi j'acceptai l'éclat,
Ce fut pour m'enchaîner au bonheur de l'État.
On célèbre cet événement. Les Perſonnags
s'éloignent , la Muſique diminue , change
d'effet , des nuages couvrent le Théâtre
la Nature &le Génie du feu reparoiffent
pour annoncer la morale de cet Ouvrage.
Mortel, qui quetu fois , Prince , Brame , ou Soldat ,
Homme! ta grandeur fur la terre
N'appartient point à ton état ,
Elle eſt toute à ton caractère.
On s'attendoit que la première Repréſentation
ſeroittrès orageuſe , elle a au contraire
été fort tranquille. Quelques endroits du
Poëme ontexcité de légers murmures ; beaucoup
d'autres ont été fort applaudis , tels
que des ſituations , plufieurs morceaux de
Muſique & le jeu des Acteurs , qui , dans
aucun Ouvrage peut - être , n'ont montré
:
DE FRANCE: 137
autant de talent. Le ſuccès a été complet ;
& s'il n'y a pas eu d'enthouſiaſme , l'Opéra
n'en a été que mieux jugé. Cependant à la
fin on a demandé les Auteurs avec une forte
de frénéſie . M. Salieri ſeul a paru.
COMÉDIE FRANÇOISE:
LEvendredi premier Juin, on a donné pour
la première fois l'Ecole des Pères, Com.die
en cinq Actes & en vers.
Dans le nombre des pièces déjà connues
fous ce titre , il en eſt deux qu'il faut diftinguer;
les autres ne valent pas qu'on en faſſe
mention.
La première est de Baron. C'eſt une imitation
des Adelphes de Térence. Deux jeunes
gens élevés , l'un par ſon père , & l'autre par
fon oncle , dans des ſyſtêmes différens , tombent
à peu près dans les mêmes erreurs , &
les vieillards font forcés d'ouvrir les yeux fur
cequ'ily ade ridicule &de dangereux mê.ne
à adopter , pour l'éducation, des principes excluſifs.
Cet ouvrage, qui a été joué avec quelque
fuccès en 1705 , offre quelques caractères
bien foutenus, des Scènes adroitement filées ;
mais le mélange des moeurs Grecques &des
moeurs Françoiſes en rend l'intérêt foible&
Tintention morale difficile à faifir .
La ſeconde eſt de Piron. Elle est plus connue
ſous le titredes Fils ingrats. Un père a
mis ſes trois fils en poſſeſſionde ſes biens ; il
138 MERCURE.
eſpère que l'un d'eux épouſera la fille d'un
ami ruiné , à qui il a eu les plus grandes
obligations. Leur refus lui dévoile leur ingratitude
, & parun moyen adroit il vient àbout
detromper leuravarice ,&de lesremettre ſous
ſadépendance. CetteComédie,jouée en 1728,
n'eſt pas fans mérite; elle est tour-à-tour larmoyante&
gaie; Piron, le plus grand ennemi
desDrames , par caractère & par ebſtination ,
s'eft reproché ce mélange dans la Préface qu'il
amiſe à la têtede la pièce , &peut-être at'il
eu tort. Il étoit difficile , dans un ſujet de
cerre naturé , de parvenir à préfenter utilement
une leçon aux pères , fans parler au
coeur ; & nous regardons la ſemonce que
Piron s'eſt faite à lui-même , comme l'effet
d'une ſevérité outrée, ou de l'opinâtreté à
foutenir le ſyſtême qu'il avoit adopté publiquement
contre le genre de la Chauffee.
Voici la fable de la nouvelle Ecole des
Pères.
Deux amis ont chacun deux enfans , un
garçon&une fille. Pour refferrer les noeuds
de leur amitié , ils ſe ſont propoſes d'unir
leurs enfans par un double mariage. L'un
d'eux s'appelle M. de Courval ; &c'eſt fur
lui& fon fils, nommé Saint- Fonds, que roule
tout l'intérêt. M. de Courval s'eſt remarié
avec une femine jeune & aimable , qu'un
certain Dorfigny, aventurier adroit , intrizant
&fouple eft fur le point d'égarer. Son fils ,
follement épris d'une femme publique , dont
les affaires font dans l'étatle plus déſeſpéré,
DE FRANCE .
139
{
ala foibleſſe de chercher à emprunter pour
elle trois cents louis dont elle a beſoin. N'y
pouvant parvenir, il prie l'Intendant de fon
père de lui prêter une ſomme qu'il vient de
recevoir , & qu'il promet de rendre avant
l'arrivée de ſon père alors abſent. L'Intendant,
qui ſoupçonne que Saint- Fonds veut
parvenir à ſe procurer cette ſomme par
quelque moyen illicite , en parle à M. de
Courval , qui lui remet la clef du ſecrétaire
où la ſomme eft renfermée , & lui
ordonne de la donner à ſon rils. Après une
converſation très touchante entre le père
&lefils, celui- ci ouvre le ſecrétaire , y trouve
un billet de ſon père qui ſe termine par ces
mots : acceptez & ne dérobez pas. Saint-
Fonds cor fondu, déchiré de remords , ouvre
lesyeux fur ſes égaremens. Pendant que tout
cela ſe paſſe , M. de Courval s'occupe auíli
d'éclairer ſa jeune épouſe ſur le caractère de
l'aventurier qui a furpris fon eſtime & à qui
elle veur faire épouſer la fille de fon mari :
il en vient à bout. On donne à la miférable
qui a féduit Saint- Fonds , la ſomme dont
elle a beſoin , à condition qu'elle quittera la
ville ; elle part la nuit même avec l'aventurier;
le calme renaît & les quatre jeunes gens
font unis.
Cet ouvrage a obtenu un beau ſuccès. Il
y a de l'obſcurité dans l'expofition , & un
peu de complication dans les fils qui font
mouvoirl'action ; on eft même un peu étonné
de voir deux hommes raisonnables ſe deci40
MERCURE
der à marier un jeune homme à l'inſtant
même où il fortdes plus grands égaremens ,
&où fa converfion doit être au moins douteuſe.
Malgréces défauts&d'autresqu'il feroit
poffibléde faire remarquer,mais pour leſquels
un premier ouvrage réclame l'indulgence ,
on doità l'Auteur des encouragemens & des
éloges. Sa morale eſt douce , pure & propre à
tous les états. M. de Courval eſt un modèle
pour les pères& pour les époux. Le moyen
qu'il emploie pour parler à l'âme de fon fils
& lui ouvrir les yeux ſur l'atrocité de l'actionqu'il
vacommettre, eſt noble , touchant
&plein d'effet , & fa conduite avec la jeune
épouſe n'eſt pas moins recommandable. Dans
la pofition de M. de Courval , un mari a beſoin
d'autant de courage que de prudence ;
il doit à fon honneur , il doit à l'opinion , il
doità la faibleſſe humaine des ſacrifices d'une
eſpècedifférente. Indulgent, ferme , ſenſible
&philofophe , M. de Courval remplit tous
ſes devoirs , & la ſageſſe de ſes procédés
amène les choſes à la fin la plus heureuſe.
Tous les maris n'ont pas le même courage ;
mais tous les aventuriers ne font pas auſſi
circonſpects que Dorfigny , & toutes les
femmes que l'on cherche à ramener à elles
mêmes n'ont pas les vertus de Madame de
Courval. Le ftyle a de la prolixité , mais il
eft clair, facile& fimple. L'Auteur ſe nomme
M. Pierre , & cette production fait encore
plus d'honneur à ſon âme qu'à fon eſprit.
Le rôle de M. de Courval eſt rendu -
DE FRANCE. 141
d'une manière vraiment ſupérieure par M.
Vanhove.
ANNONCES ET NOTICES.
M
ÉMOIREfur les Maladies les plusfamilièresà
Rochefort, avec des Obſervations fur les Maladies
qui ont régnédans l'Armée Navale combinée pendant
la campagne de 1779 , par M. Lucadou , Me
decin de la Marine dans ce département, & chargé
des fonctions de premier Médecin dans cetteArmée,
in-8º. A Paris, chez Guillot , Libraire, rue Saint
Jacques.
Le ſuffrage de M. Poiſſonnier , à qui cet Ou
vrage eſt dédié , a engagé l'Auteur à le donner au
Public ; il doit auſſi ſervir de recommandation à
l'Ouvrage auprès de ce même Public,
ÉLOGE Historique de Pigal, célèbre Sculpteur
Suivi d'un Mémoire fur la Sculpture en France,
avecfonPortrait. A Londres; & ſe trouve à Paris,
chez Hardouin & Gattey , Libraires , au Palais
Royal; Lecomte , Libraire , au Paſſage du Louvre,
&chez les Marchands de Nouveautés.
On lit avec intérêt cette Hiſtoire des travaux de
ce célèbre Sculpteur , & l'on aime la justice qui
lui eſt rendue par fon Panegyriſte. Il n'a pas
borné ſon zèle au ſeul éloge de Pigal; il a célébré
l'Art lui - même. Cette Brochure eſt terminée par
un Mémoire écrit avec enthouhaſmeſur la Sculpture ,
&qui lui donne des droits à la reconnoiſſance de
ceux qui s'y distinguent.
142
MERCURE
PETITE Bibliothèque des Théâtres , Tome IV
du Théâtre de l'Opéra. A Paris , chez Belin ,Libraire
, rue Saint Jacques , & Brunet, Libraire , rue
de Marivaux, Place du Théâtre Italien , chez lefquelson
ſouſcrit.
Ce Volume contient Roland, le Temple de la
Paix & l'Armide de Quinault, avec l'Ernelinde
dePoinfinet.
NOUVEAU Recueil Historique d'Antiquités Grecques
& Romaines en forme de Dictionnaire , pour
faciliter l'intelligence des Auteurs Grecs & Latins,
parM. Furgault, Profeſſeur Émérite de l'Univerſité,
in- 12 de 600 pages. Prix, s liv. relé. A Paris,
chez Brocas, Libraire , rue Saint Jacques ; Bailly ,
Lib aire , rue Saint Honoré; Nyon jeune , Libraire,
Place des Quatre-Na ions , & Barbou , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
On ne peut que louer l'idée & l'exécution de
cet Ouvrage, que l'Auteur vient d'améliorer encore
en le revoyant avec ſoin.
ANTONIUS Jacquier , nonus Superior Generalis
Congregationis Miffionis , peint par Rabillon,
gravé par Beiffon. Se vend à Paris, chez Jaufret,
Marchand d'Eſtampes , rue de la Féronnerie
n°. 2 , & chez Pasquier , rue Saint Jacques, vis àvis
le College de Louis- le-Grand. Prix , I liv.
16fols.
Ge Portrait, qui a de l'expreſſion , eſt gravé avec
unburin ferme& intelligent.
PHILOSOPHE moderne & Philosophe ancien .
deux Estampes faiſant pendans , gravées par Chevillet
, l'une d'après Caravaggio , l'autre d'après
Baader. Prix , I liv. to fols chaque. A Paris , chez
l'Auteur , rue des Maçons , nº. 14.
DE FRANCE.
143
ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de Lorraine
, contenant les principaux Événemens de cette
Hiftoire , deux gros Volumes in - 12. A Paris , chez
Guillor, Libraire , rue Saint Jacques.
Le ſuccès de la Méthode Hiſtorique adoptée par
le Préſident Hénault eft reconnu & incontestable.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons a cru
devoir préférer cette manière à l'Hiſtoire de ſon
Pays, Hiſtoire qui n'eſt pas ſans intérêt pour le
nôtre. Il a indiqué dans une colonne particulière les
Hiſtoriens qu'il a ſuivi , & on trouve à la fin de
fon Abrégéune Notice ſur la Poſtérité de Claude I.
de Lorraine, Duc de Guiſe, une liste des Maiſons
de l'ancienne Chevalerie, avec un Dictionnaire Topographique
des lieux qui ſont dans les Duchés de
Lorraine & de Bar.
DICTIONNAIRE du Droit des Tailles , ou
Conférence raisonnée des Edits, Déclarations du
Roi, Arrêts & Réglemens de la Cour des Comptes ,
Aides & Finances de Normandie & des autres Cours
du Royaume rendus sur cette matière , & fur les
Exemptions & Priviléges qui y ont rapport ; par
M. Loiſel de Boiſmarc, Avocat à Lifieux , 2 Vol.
in- 12. Prix , s liv. broches. A Caën , chez G.
Leroy, Imprimeur, rue Notre- Dame ; & à Paris ,
chez Delalain lejeune , Libraire, rue S. Jacques , &
chez Froulié , Libraire , quai des Auguſtins.
CetOuvrage préſente plus d'utilité que d'agrément.
L'Auteur a cru la forme du Dictionnaire plus
propre au ſujet. Après une définition exacte de
chaque mot, on trouve, dit l'Auteur, l'indication
& le rapprochement des différens Textes des Loix
qui y ont rapport, avec les modifications apportées
lors de l'enregistrement & vérification dans les
Cours; les Arrêts de réglement & les déciſions par
uculières auxquelles cesTextes ontdonné lieu font
144
MERCURE
enfuite rapportés, avec les moyens qui ont été plaidés
par les Avocats des Parties.
NUMEROS du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , compoſé d'Airs de différens genres , arrangés
pour deux Violons ou deux Violoncelles. Ils
peuvent ſe jouer ſur un Inſtrument ſeul. Abonnement
15 & 18 liv, Séparément 2 liv. On ſouſcrit à
Paris , chez M. Bornet l'aîné, Profeſſeur deMuſique
&de Violon , rue Tiquetonne , n°, 10,
CONCERTO pour le Clavecin ou le Piano-Forte;
dédié à M. le Marquis Ducreſt , composé par M.
Duſſek. Prix , 6 liv.-Numéro 41 du Journal de
Pièces de Clavecin , par différens Auteurs. Prix de
l'Abonnement pour les douze Numéros 30 liv.
port franc. A Paris , chez Boyer , rue de Richelieu,
l'ancien Café de Foy , & chez Mme Lemenu , tuc
du Roule, à la Clef d'or.
TABLE.
Les deux Roses , 97) velles , 1102
gent ,
Epigramme,
Le Riche parvenu & l'Indi Guide des Amateurs & des
Gaarade, Exigme & Logogry Académie Roy. de Mulig. 125
98 Voyageurs à Paris ,
99 Académie Françoise,
116
123
phe. 100 Comédie Françoise,
Recueil de Comédies nou- Annonces&Notices,
137
141
APPROΒΑΤΙON.
J'ai in,par ordredeMgr le Garde des Sceaux,le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Juin 1987. Je n'y
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris, te 15 Juin 1989. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 28 Mai.
If our
I. paſſe pour conſtant que l'entrevue de
du Roi de Pologne
a eu lieu le 6 de ce mois , à bord de
la Galere Impériale qui ſe trouvoit fur le
Dnieper. Le lendemain S. M. I. a fait lever
l'ancre , & a defcendu le fleuve. Ce départ
formoit , dit- on , un coup- d'oeil aufli brillant
que fingulier. 22 galeres attachées les
unes aux autres compofolent cette flotille ,
& ſembloient un village ambulant. Ces bâtimens
ſe communiquent , de maniere à
rendre le ſervice de S. M. I. auſſi commode
& auſſi complet qu'il pourroit l'être à Pé-
N°. 24 , 16 Juin 1787.
( 110 )
tersbourg. On a ménagé ſept appartemens
&une ſalle à manger de 40 perſonnes dans
la Galere Impériale. Le Prince Potemkin a
la ſienne particuliere , ainſi que le Comte de
Tzornichef ; les Miniſtres Etrangers font
réunis fur une troiſieme, me blée comme
les précédentes avec magnificence. Celle
qui porte les dames de la Cour contient
dans le centre un veſtibule ovale , aurour
duquel on a percé des cellules pour les lits.
Toutes les galeres font à mâts & voiles , ce
qui foulagera les rameurs, ſi le vent eſt iavorable.
Ceste flotille commandée par un Amiral
poate mille foldats : un elcadron de
Cuirafliers fait le ſervice à bord du yacht
de l'impératrice.
M. Sohloëzer , Proteſſeur de Cortingue ,
dont le Recueil nous a fourni plufieurs
foisdes morceaux dignes d'attention, a préſenté
dernierement des détails exacts fur les
nouveaux canaux projettés en Rufie. Le
role étonnant que joue aujourd'hui cet Empire
dans la politique de l'Europe , doit attacher
la curioſité ſur les différentes reffources
qu'il peut employer au ſoutien de ſa
puiſſance.
LeGouvernement , dit M. Schloëzer, ſepropoſe
de faire exécuter trois grands projets , dont
le premier a pour objet la réunion de la mer
Cafpienne avec la Mer blanche , par un canal
long de 20 werſt , qui unira la riviere méridionale
de Kiltma fur les frontieres de la Permie
)
ז
(
& d'Uning , à la riviere ſeptentrionale de ge
nom. Le plan de cette conimunication a été
tracé par M. de Suchtelen , Lieutenant Colonel
du Cops du Génie. Pour s'en faire une idée
nette , il faut fuivre ſur la carte de Ruffie , le
Wolga , depuis Allracan , juſqu'aux environs de
Kafan , où la riviere de Kana ſe jette dans ce
Heuve. On le remonte enſuite juſqu'à Czerdin ,
dans la Permie: à 35 werſt de cette ville , il
prend la riviere de Permskaja , que M. de Suchdelen
appelle la Kilema méridionale , & que
l'on peut rendre navigable à to werſt de ſa
fource. De cette même ſource eſt formée la
Kiltma ſeptentrionale, qui , for pluſieurs cartes ,
porte le nom de Siranfca , & qui peut également
être rendue navigable a 10 werk de la
ſource. En réuniſſant ces deux points par un
canal de 20 werſt , qui n'aura beſoin que de
deux écluſes , on deſcendra de la Wiltma ſeptentrionale
dans la riviere de Wyczegda , qui
tombe dans la Dwina. Celle-ci , à Archangel ,
ſe jette dans la Mer blanche. Ce Canal , en
même temps , ouvrira au port d'Archangel ,
ue communication avec la Sibérie , puiſque
les rivieres Guſtovaja & Belaja ſe jettent
dans la Kama., M. de Suckdelen , Eleve du Général
Hollandois Dumoulin , a levé lui-même
fur les lieux les plans de cet important ouvrage.
A fon retour , il les préſenta à l'Impératrice
, qui lui donna l'ordre de Wladimir ,
& le charge , en même temps , de l'exécution
des travaux. Selon M. de Suchdelen , ils pourront
coûter 4 à 500,000 roubles. Ce canal ſera
commencé l'année prochaine, & fini en 6 ans .
500 ouvriers que M. Suchdelen conduit cette
année fur les lieux , feront d'abord employés
àachever les premiers préparatifs .
f2
( 112 )
Le ſecond canal doit lier la Baltique à la mer
Caſpienne par la réunion des rivieres de Vytegra
& de Koſcha , qui communiquera au lac
d'Onega & au lac blanc. Leplan de ce canal ,
qui aura60 werſt de longueur ,a été levé tur les
lieux par M. de With , Hollandois , Major au
Corps Impérial du Génie. -En remontant la
Newa depuis Crenſtadt , on entre près de
Schluſſelbourgdans le canal de Ladoga. Lorfqu'on
a paflé ce canal& le lac de ce nom , on ſe
rend , par la riviere de Swir , dans le lac d'Onega
, qui communique à la riviere de Wytegra.
C'eſt cette riviere que l'on projette d'unir
celle de Koſcha par un canal. La derniere
riviere conduit enſuite dans le lac blanc ( Belo
Ozero ) , d'où l'on peut ſe rendre par la riviere
de Szekma , dans le Wolga , qui conduit enſuite
à la mer Caſpienne. Il exiſte déjà une
autre communication entre la Baltique& la mer
Caſpienne par le canal de Wyſznei Weloczok
dans leGouvernement de Novogorod , qui joint
les rivieres de Twertza & de Mſta . Ce canal ,
établi ſous Pierre le Grand , par un Négociant
nommé Serdakof, n'a que trois werſt de longueur.
Les cataractes reconnues indestructibles
qui ſont dans la Mſta , rendent ce paſſage trèspérilleux
en deſcendant le canal , où il y a im
poſſibilité de remonter la Mita. Ces inconvé
niens & ces dangers feront évités par le nouveau
canal ; mais il faut , pour l'établir , plus de
40 écluſes. Cette entrepriſe, très-diſpendicuſe ,
eſt arrêtée à la vérité , mais les travaux ne feront
pas encore commencés cette année,
L'objet du treiſieme projet , eſtd'unir la Bala
tique à la Mer Noire , par la conſtruction d'un
double canal dans la Ruſſie blanche , qui ouveira
une communication entre Cherſon , Pés
( 113 )
tersbourg & Riga. Les plans de ce canal font
levés ſous la direction de M. Frofon de Treves ,
Lieutenant-Colonel du Corps du Génie. Ce
double canal , s'il eſt exécuté , ſera une des plus
mémorables &des plus utiles entrepriſes , faites
ſous le regne de l'Impératrics actuelle ; il aura
environ 200werſt de longueur , & coûtera audelà
de 8 millions de roubles. On paſſe du
lacd'Ilmen , ſituédans le Gouvernement de Novogorod
, dans la riviere de Lowat , qu'il faut
rendre navigable juſqu'à Weliki- Luki. De là ,
oncreuſeraun canal de la longueurde 108 werſt ,
juſqu'à la dwine ou dune. Sur cette riviere ,
on deſcendra à Witepski ; là on creuſera un ſecond
canal de la longueurde 80 werſt , qui ouvrira
une communication avec la riviere d'Orleyka,
qui conduitdans le Dnieper , lequel ſe jette
dans la Mer noire. De cette maniere , les bâtimensvenant
de la Mer noire à Cherſon , pourront,
par cette double jonction de rivieres ,
conduire les marchandises juſqu'à Pétersbourg
& à Riga , puiſque la dwine conduiſoit dans
ce dernier port, & l'on ſe rendroit à Péterfbourg
ſur le lac d'Ilmen , qui conduit dans la
riviere de Wolchow ; de là on paſſeroit dans le
lac de Ladoga , & enſuite dans le canal de
Schluffelbourg.
De Berlin , le 27 Mai.
C'eſt le 22 que le Roi a paſſé en revue la
garniſon de cette ville , dont il a été parfaitement
fatisfait ; fatisfaction qu'il a témoignée
très-vivement au Général de Mol-
Lendorf , notre Gouverneur. Cet Officier
diftingué vient d'être élevé au grade deGéc3
( 114 )
néral en chef d'Infanterie , ainſi que le due
regnant de Brunswick & M. de Wunſch.
S. M. a nommé en même tems quatre Généraux
de Cavalerie , quarre Lieutenans
Généraux & cinq Majors Généraux d'Infanterie
, cinq Lieutenans-Généraux & quatre
Majors Généraux de Cavalerie.
Avant hier matin,le Roi eſt parti de Potsdam
pour Magdebourg , où il fera la revue
des Régimens qui y font aſſemblés.
Le 19 , il y eut un grand dîner chez le
Roi à Charlottenbourg. S. M. admit à fa
rable le Duc d'Yorck , le Duc de Mecklenbourg
, le Margrave de Bade, les Princes
héréditaires de Bade , de Heſſe Darmſtadt ,
le Duc Frédéric de Brunswick & pluſieurs
Généraux & Miniftres . :
Un ordre du Roi , du 7 de ce mois , autoriſe
les hôre's des monnoies etablies dans
les Etats de S. M. à frapper des ducats , dont
le fin ſera de 23 karats & 8 grains , & 67
pieces péferont un marc de Cologne. Ces
eſpeces d'or n'auront point de prix déterminé
, & elles feront regardées comme une
marchandise. Cependant 'orſque ces ducats
feront complets & fans altération , on les
prendra aux caiſſes royales , fur le même
pied que ceux d'Hollande , & ils auront
chacun la valeur de 3 rixda'ers, eſpece d argent.
De Francfort , le 31 Mai.
Les Commiſſaires Directoriaux du Cer(
115 )
r'e du Bas Rhin , au nombre desquels ſe
trouvoit pour le Duchéde Cleves; it. Dolha
Miniftre plénipotentiaire du Roi de Pruffe ,
font entres dans Aix-la Chapelle avec les
300 hommes de troupes Palatines. Aucun
mouvement n'a troublé la tranquillité : i's
ont entendu les Députés des deux partis
qui diviſolent la ville , & l'élection des
Bourguemeſtres s'eſt faite le23 ſans tumulte
ni défordre. Pour prévenir toute inſurrection
, les Commiſſaires avoient fait occuper
par les troupes la place & les avenues
de l'Hôtel-de-Ville , dont on n'a laiſſé approcher
que les Electeurs.
La ville d'Aix la-Chapelle , dit un Journal ,
eſt une des plus anciennes villes libres de l'Em .
pited'Allemagne. Elle renferme 4,000 masons
&une population de 23,000 ames . L'éque
de Liège y exerce la Jurifdiction Ecclésiastique .
Les Ducs de Juliers font les protecteurs nés.
Les mines , dans fon territoire, fourniſſent de
la calamine , du fer , du plomb & du charbon
de terre. Cette ville eſt très-commerçante. Les
manufactures de draps, de marchendiſes de cui
vre, de laiton & d'aiguilles , ſont connues. On
évalue de 10 à 12,000 pieces le drap que l'on
y fabrique ; chaque piece de 100 annes de
Brabant , &de la valeur , l'une portant l'autre ,
de 200 rixdalers , ce qui produit près de deux
millions.
Nous trouvons dans une lettre de Varfo
vie les détails ultérieurs que voici , touchant
l'entrevue de l Impératrice de Ruſſie avec le
Roi de Pologne.
f4
( 116 )
Le6, à dix heures du matin, l'Impératrice fie
prévenir leRoidePolognede ſon arrivée ,& l'in
vita à venir à bord du Yacht où étoit S. M. I. Les
ancres furent jettées devant l'Hôtel qu'habitoit le
Roi Sa Maj . Polon . accompagnée de ſa niece ,
laMarechale de Mniszech ,&d'une grande ſuite ,
ſe rendit auprèsde l'Impératrice. Les cérémonies
de réception finies , on te mit à rable ; l'Impératrice
ſe plaça entre le Roi & l'Ambaſſadeur de
l'Empereur. Le repas fini , les deux Souverains
eurent une entrevue particulière quł dura une
heure entiere. Le Roi fit enfuite une vifice , ſous
le nom de Comte de Poniatowski , à pluſieurs
Danes de la ſuite de S. M. Imp.; & , après avoir
pris congé de I Impératrice , il retourna à bord
de la chaloupe impériale pour ſe faire reconduire
àterre. Le ſieur de Momonof fut chargé de la
part de l'Impératricede remettre au Roi l'Ordre
de Saint-André richement garni en diamans. Le
Roi décora enfuite ce Seigneur de l'Ordre de
PAigle-blanc. Pluſieurs Seigneurs Polonois furentdécorés
à cette occafion desOrdres de l'Impé
ratrice ,& d'autres reçurent des bagues&des tabatieres
précieuſes . -Le Roidonna le ſoir un
grand fouper à la Suite de l'Impératrice,& fit tirer
un feu d'artifice qui repréſenta l'éruption d'un
volcn . Le lendemain de grand matin ,
la flot lle leva l'ancre pour faire route à Krémenif
chuk, où l'impératrice ſe fera mettre à terre pour
continuer en voiture le chemin de Cherfon , cù
S. Maj . I. arrivera au plus tard le 16de ce mois .
Elley reſtera juſqu'au 22,& ira enſuite au Cuban
&dans la Tauride; Elle compte revenir à Péterfbourg
par Pultawa , Miſna & Mofcou.
Dans la nuit du 16 au 17 de ce mois , la
ſalle de ſpectacle à Caffel a été réduite en
( 117 )
cendres , par une incendie dont on ignore
encore l'origine.
: ESPAGNE.
De Madrid , le 20 Mai.
VO
Selon les dernieres nouvelles d'Alger, la
trêve de 4 mois , conclue entre cette Régence&
le Roi de Naples , n'a point eu fon
effet. Le Dey a donné ordre àſes corfaires
de fortir& de courre ſus contre les bâtimens
Napolitains. Le Commiſſaire de cette
derniere Puiſſance a fait les plus vives réclamations
; on lui a répondu que la trêve regardoit
les bâtimens de guerre& ceux armés
en guerre par les ſujets de SM. S.:
mais en aucune maniere les bâtin marchands.
Le Commiſſaire de S. M.Saa demandé
au Dey d'expédier un Exprès à ſa
Cour pour lui rendre compte de cer incident,
ce qui lui a été refuſé ; & les Co
res Barbareſques ſont ſortis pour exécu
les ordres du Dey : la Méditerranée va en
être infeſtée. Ce concours de trois Puif.an..
ces à ſo liciter la paix auprès de la Régence
a enhardi ſes demandes & aceru ſon arogance.
LeDey l'a pouſlée au point d'exiger
du Portugal , pour prix d'une pacificarion
précaire , un milion de crusades , & un
tribut annuel proport onné à cette fomm e.
Auſſi M. de Landrefet , Plénipotentiaire de
laCour de LisbonneàAlger, vat il letetirer.
fs
r
( 118 )
ITALIE
De Florence , le 15 Mai.
Le Concile national continue ſes ſéances
avec la plus grande affiduité , trois fois par
femaine.
LeGrand-Duc a fait ſavoiràtous les Evêques
de la Toſcane , par une lettre circulaire
, en date du 14 Avril dernier, que tous
les Chanoines , excepté ceux des Collégiales
dans les villes , feroient employés au
ſoin des ames Le Diznitaire du Chapitre
ſera en même temps Curé,& les Chanoines
devront ſe regarder comme dépendans de
lui , & affifter dans les fonctions du ſaine
Mini
A
cor
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le s Juir .
Le 30 du mois dernier , le Roi s'eſt rendu
à la Chambre Haute , avec les cérémonies
ufitées. Après y avoir donné fon confentement
aux derniers Bills paſſés dans la
Setfion , S. M. prorogea le Parlement , en
prononçant le Difcours ſuivant.
Mylords & Meſſieurs ,
Je ne puis terminer cette feſſion du Parlement
, fans vous témoigner combien je ſuis
fatisfait du zele & de l'affiduité avec lesquelé
( 119 )
vous vous êtes appliqués aux objets importans
que j'avois recommandés à votre attention , &
fans vous faire en même-tems mes remercimens
particuliers des preuves que vous avez données
de votre affection pour ma famille & pour le
Gouvernement.
Les afſurances que les Puiffances étrangeres
m'ont données de leurs diſpoſitions favorables
envers ce pays & la continuation de la tranquillité
générale en Europe , me caufent une
grande fatisfaction. Mais il regne malheureuſe.
ment , au fein des Etats des Provinces-Unies ,
des diffenfions que mon amitié pour la République
& mes voeux ardens pour ſon bonheurs
ne me permettent d'envifager qu'avecla plus vive
douleur.
,
Meſſieurs de la Chambre des Communes ..
Votre empreſſement à accorder les fubfides
néceffaires & la largeſſe avec laquelle vous avez
pourvu aux différens établiſſemens , exigent mes
remercimens les plus finceres.
Je vois avec une ſatisfaction particuliere , que
vous avez en même tems été à portée de fournir
la fomme appliquée à la réduction annuelle
de ladette nationnale , Cans charger mon peuple
de nouveaux fardeaux.
Mylords & Meffieurs ,
J'éprouve un plaior extrême en penfant aux
meſures que vous avez priſes pour me mettre
en état d'effectuer le traité de navigation & de
commerce avec le RoiTrès-Chrétien , ainſi que
pour faciliter la perception & fimplifier les
comptes des différentes branches du revenu ,
qui , je l'eſpere , produiront les plus gran's
avantages. Je ſuis pareillement perfuadé qu'a
votre retour dans vos Comtés reſpectifs , vous
vous appliquerez de toutes vos forces à fervir
f6
( 120 )
l'exécution des moyens adoptéssppoouurr prévenir
le commerce Alicite , pour maintenir le bon
ordre , & pour faire fleurir l'induſtrie parmi les
différentes claſſes de mes ſujets.
Le Prince de Galles a été attaqué la ſemaine
derniere , au ſortir du bal , d'une
fiévre inflammatoire , dont la violence avoit
d'abord alarmé les Médecins. Quatre faignées
& les poudres de James que S. A. R.
apriſes avec ſuccès , ont diminué la fiévre le
28; depuis , l'érat du Prince a diſſipé les inquiétudes
, & l'on ſe flatte que la force de
ſon tempéramment abrégera ſa convalefcence.
Le Roi , la Reine & trois des Princeſſes
leurs files ont été voir , le 26 , la belle brafferie
de Mr. Whitbread. Les objets qui ont
principalement attiré l'attention de Leurs
Majeftés font, une pompe à feu , de l'invention
deM. Bolton , de Birmingham,queM,
Whitbread a le premier appliquée aux opérations
de la braſſerie; un réſervoir qui contenoit
3007 barils de bierre , une cierne de
pierre , dans laquelle la Reine & les Princefſes
ſont entrées. Ce vaſſeau peut contenir
4,000 barilsde bierre , & la célèbre tonnede
Heidelberg n'eſt rien en comparaiton. Quoique
M. Whitbread ait épargné beaucoup de
bras enétabliſſant différentes méchaniques ,
ſa fabrique occupe encore 200 hommes &
80 chevaux , fans compter l'atrelier des futailles.
Leurs Majestés ont pafſé quatre heures
à examiner toutes les parties de l'édifice ,
( 121 )
&ſe ſont fait expliquer les détails de chaque
machine par l'Ingénieur M. Watt. Elles ont
enſuite pris des rafraîchiſſemens qui leur
avoient été préparés avec magnificence , &
ont témoigné leur fatisfaction de tous les
déta's de cet établiſſement , auſſi vaſte
qu'utile.
- Le 30 Mai , la cauſe de Lady Strathmore,
contre M. Bowes fon mari & les autres complices
du rapt de cette Dame , qu'ils emmenerent
de force dans le nord du Royaume ,
a été jugée au Banc du Roi. Nous avons fait
connoître les détails de cette affaire ; il fuffrra
de dire ici , qu'après une plaidoirie de ſept
heures, les Jurés ont trouvé M. Bowes & ses
complices COUPABLES. I.e prononcé de la
peine n'auralieu qu'au terme prochain.
Les fameux Concerts annuels de l'Abbaye
de Westminster ont commencé le 28 , exécuts
par huit cens Muficiens en amphithéâtre
, en prélence de trois mille auditeurs ,
entre leſque's Leurs Majestés , la Famille
Roya'e , toute la Cour , & les perſonnes diltinguées
de la ville & des provinces. On eft
forti dans le raviſſement de la beauté du
Spectacle , de la ſupériorité , de l'enſemble ,
&de l'effer de l'exécution. On fait que ces
Concerts font uniquement remp'is par les
Oratorio d Handel. Les bénéfices en ſont
con acrés au foulagement des Muſiciens
pauvres ou âgés , & à divers Hôpitaux. A la
répétition qui a précédé le premier Concert,
( 122 )
les billets ſe vendoient unedemi- guinée , &
e'le a rapporté deux mille 129 livres sterlings .
On apprendde Gibraltar , que les ouvrages
commencés ſur les plans du Général Elliot,
font preſque entierement achevés. On affure ,
qu'au moyen de ces nouvelles forrifications ,
la place deviendra preſque imprenable Selon
les mêmes avis, la peſte fait toujours les plus
grands ravages ſur les côtes de Barbarie , &
empêche la garniſon de tirer comme cidevant
, ſes proviſions de l'Afrique. La Méditerranée
eſt toujours infeſtée de Pirates, & le
commercey eft preſque totalement interrompu.
,
Le Nabab d'Arcot ayant demandé au
Roi un Médecin Anglois , S. M. a chargéle
Chevalier George Baker de choiſir un ſujet
propre à cet emploi , & c'eſt , dit- on , le
Docteur Paul Jodrell , Membre du Collége
de Médecine , & l'un des Médecins de l'Hô
pital de Londres , qui doit paſſer auprès du
Prince Indien .
FRANCE.
De Versailles , le 6 Juin.
;
Le Roi & la Famille Royale fignerent ,
le 24 du mois dernier, le contrat de maria .
ge du Comte Gustave de Sparre , avec de
moiſelle de la Toiſon de Rocheblanche.
La Vicomteſſe de la Luzerne a eu , le
29 du mois dernier , l'honneur d'être préſentéeàLeurs
Majestés par Madame Victoire
de France , en qualité de Dame pour ac
compagner cette Princeſſe.
( 123 )
4
Le Marquis de Roſſel , ancien Capitaine
de vaiſſeaux, a eu, le 1 de ce mois , Thonneur
de préſenter à Sa Majeſté le tableau
qu'il a peint , repréſentant le combat de
M. de la Motte-Piquet , du 18 Décembre
1779 , devant le Fort- royal de la Martinique.
Il avoit pareillement eu l'honneur de
préſenter ci-devant, à Sa Majeſté , le tableau
repréſentant le combat du Bailli de Suffren ,
donné dans la rade de Praya , le 16 Avril
1781 .
Le Comte Hyacinthe de Bordéru , le
Comte de Melar, le Comte de Voiſins , le
Comte d'Avaugour de Beloian , le Marquis
de Charry-des Gouttes , & le Vicomte de
Montagu-Favol , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi , ont eu , le 2 , celui
demonter dans les voitures de Sa Majesté ,
&de la ſuivre à la chaſſe.
C
Leurs Majestés & la Famille Royale one
figné , le 3 , le contrat de mariage du Vicomte
de Séran , Capitaine au Régiment
Royal Navarre , avec demoiselle Fyot-la-
Marche de Dracy.
Cejour , la Comteſſe deGouvernet a eu
P'honneur d'être préſentée àLeurs Majestés
&à la Famille Royale, par la Marquiſe de
laTour-du-Pin .
Le fieur de Mauſſion , Maître des Requêtes
, que le Roi a nommé Intendant de
Rouen , a eu , le même jour , l'honneur de
faire fes remerciemens àSa Majesté, àla-
८
( 124 )
quelle il a été préſenté par le ſieur de Villedeuil
, Contrôleur-général des Finances .
De Paris , le 13 Juin.
>> Le 7 de ce mois , M. le Duc de Niver-
>>>nois eſt entré au Conſeil en qualité de
>>> Miniſtre d'Etat.
-
>> M. Lamoignon de Malesherbes , Mi-
>>>>niſtre d'Etat , y eſt auſſi rentré le même
>jour.
>> Le Roi , ayant ſubſtiruéun ſeulConfeil
>> ſous la dénomination de Conſeil Royal
>> des finances &du commerce , aux deux
>> qui ſubſiſtoient auparavant ſéparément
>> ſous la même dénomination , Sa Majesté
> a, le 9, tenu le premier Conſeil Royal des
>> finances & du commerce , qui étoit com-
>> poſé du ſieur de Lamoignon, Garde-des-
>> Sceaux , du Duc de Nivernois , Miniſtre
>> d'Etat , du Maréchal de Caſtries , Minif-
>> tre & Secrétaire d'Etat , au Département
> de la Marine , du Maréchal de Ségur ,
>>Miniſtre & Secrétaire d'Etat , au Départe
> ment de la Guerre ; de l'Archevêque de
>>>Toulouſe , Miniſtre d'Etat , & Chef du
>> Conſeil Royal des finances , du Marquis
» d'Offun , Miniſtre d'Etat, du Baron de
>> Breteüil , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ,
>> ayant le Département de la Maiſon du
>>>Roi , du Comte de Montmorin , Minif--
>> tre & Secrétaire d'Etat , au département
>>>des Affaires Etrangeres , des fieurs La(
125 )
>>moignon de Malesherbes , & Bouvard
>>de Fourqueux , Miniſtres d'Etat , du Con-
>> trôleur Général des Finances , &des fieurs,
>> d'Ormeſſon & Lambert, Conſeillers d'E-
» tat.
Réglement fait par le Roi , pour la formarion
de fon Conſeil royal des Finances
&du Commerce; du 5 Juin 1787 .
SA MAJESTÉ conſidérant que le Conſeil des
finances & celui du commerce , tels qu'ils font
actuellement , ne peuvent remplir les vues
qu'Elle a annoncées auxNotables de ſon Royaume
être dans l'intention de ſuivre , pour aſſurer
& maintenir le bon ordre dans toutes les parties
de l'Adminiſtration , Elle a jugé à propos de
leur ſubſtituer un Conſeil royal des finances &
du commerce , qui ſera compofé des perſonnes
qu'Elle aura jugéles plus dignes de la confiance ,
&auquel Confeil feront portées les affaires les
plus importantes concernant la finance & le
commerce. Sa Majeſté trouvera quelqu'économie
dans la réunion de ces deux Conſeils en un
ſeul : Elle rapprochera des affaires qui doivent
être liées & déterminées d'après les mêmes principes;
& fur- tout Elle eſpere trouver , dans la
confiſtance & l'activité qu'elle donnera à ce
Conſeil , l'avantagede ſe préſerver des erreurs .
des ſurpriſes & des variations auxquelles une
grande Adminiſtration eſt expoſee. ARTICLE PREMIER. Toutes les opérations de
finance & de commerce qui étoient ou devoient
être ci-devant portées au Confeil royal des finances,
& au Conſeil royal du commerce , le ſe- ront à l'avenir à un ſeul & même Confil , qui
fera appelé le Confeil royal des finances & du
commerce.
( 126 )
11. Ledit Conſeil ſera compoſédu Chancelier
ou Garde des Sceaux.
Du Chef du Confeil royal des finances & du
commerce.
Des Miniftres d'Etat .
Du Contrôleur général des finances.
Et de deux Conſeillers d'Etat.
III . Lorſqu'il s'agira d'affaires de commerce.
le Secretaire d'Etat ayant le département de la
Marine , y ſera toujours appelé , quandmême il
n'auroit pas la qualité de Minifire.
IV. Tous ceux qui entreront au Confei! royal
des finances&du commerce, ſoit qu'ils en foient
Membres , ſoit qu'ils n'y ſoient appelés qu'à raiſon
de certaines affaires , obſerveront entr'eux
l'ordre de ſéance établi ſuivant les principes &
les ufages du Conſeil .
V. Le Conſeil royal des finances & du commerce
s'aſſemblera auſſi ſouvent qu'il ſera néceſ
faire , & jamais moins d'une fois par mois.
VI. Le Chef du Conſeil roya des finances &
du commerce tiendra chez lui , auſſi ſouvent
qu'il ſera néceſſaire , & amais moins d'une fois
tous les quinze jours , un comité avec le Contrôleur
général des finances , les deux Conſeillers
d'Etat , Membres dudit Confeil , & telies
autres perſonnes qu'il appartiendra , ſoit faiſant
partie dudit Conſeil , ſoit ayant part à l'Adminißration
des finances & du commerce , pour
préparer les matieres qui pourront être portees
au Confeil,
VII. Les Emprunts , les Impôts , les affaires
principa'es concernant les domaines du Roi & les
divers revenus publics , & généralement toutes.
les grandes opérations de finance feront portées
audit Confeil.
VIII. Tous les ans la diftribution des fonds
( 127 )
entre les différens départemens , fera faite au
même Conſeil.
IX. Pour que cette diſtribution des revenus
publics , entre les différens départemens , foit
faite avec juftice & proportion , l'état de la dépenſe
, que chaque Ordonnateur jugera néceſſaire
pour le cours de l'année qui doit ſuivre , après
avoir été préalablement communiqué au Contro
leur - Général des finances ,fera rapporté léparément
, en une ou pluſieurs fois , au Conſeil royal
des finances & du commerce , par les Secretaires
d'Etat des Affaires étrangeres ,de la Guerre &
de la Marine , pour toutes les dépenſes de leurs
départemens reſpectifs, & par le Secrétaire d'Etat
delaMaiſondeRoipourtoutes les dépentes compriſes
dans l'état deladite Maiſon . Lefdits Secrétaires
d'Etat feront à cet effet , s'ils n'étoient pas
Miniſtres , appellés audit Confeil , lorſqu'il fera
queſtionde rapporter leſdites dépenſes : toutes les
autres feront rapportée par le Contrôleur Géné
ral : ſe réſervant Sa Majesté d'appellerit Conſeil,
fi Elle le juge néceſſaire , les Ordonnateurs
particuliers , pour en recevoir les éclairciffemens
qu'Elle voudra leur demander ; & lorſque
tous les états auront été examinés & difcutés , le
Roi déterminera les fonds qui feront aſſignés à
chaque département. :
X. Si , dans le cours de l'année , il ſurvient
quelque dépente imprévue dans un département ,
l'Ordonnateur qu'elle regardera , fera de même
qu'il eſt preſcrit ci - deffus, remettre au Confeil
royal des finances & du commerce l'état des fonds
qui lui ſeront néceſſaires ,& ily ſera ſtatuépar Sa
Majesté après que la demande aura été comparée
avec les moyens d'y ſatisfaire.
XI. L'état des fonds de l'année ſuivante ſera
toujours fait & arrêté au Conſeil royal des finan-
:
( 128 )
čes&du commerce dans le moisde Décembre ,&
rendu public par la voie de l'impreſſion .
La vérification des dépenſes ſera faite au mois
de Janvier ou de Février de chaque année.
XII.Un regiſtre ſera tenude tout ce qui aura été
déterminé par le Roi au Conſeil royal des finances
&du commerce. Ce regiſtre ſera rédigé par le
Contrôleur-Général qui lepréſentera au Roi à la
féance ſuivante pour être approuvé & figné par Sa
Majeſté.
XIII . Le Chancelier ouGarde des Sceaux , le
Chefdu Confeil royal de finances & du commerce
, les Miniſtres d'Etat , le Contrôleur-Général
des finances , jouiſſant déjà d'un traitement à
raiſonde leurs places ,& toutes autres perfonnes
, qui , à caufe d'une charge , fonction ou emploi
déterminé , pourroient par la ſuite obtenir
l'honneur d'entrer au Conſeil royal des finances
&du commerce ,ne pourront prétendre , ſous
prétexte de cette admiffion , aucuns gages ni trairemens
particuliers , en ſorte que les deux Confeillers
d'Etat ſeront déſormais les ſeuls Membres
du Conſeil , à qui il ſera accordé un traitement.
XIV. Sa Majeſtlé voulant donner une preuve
de ſa fatisfaction aux ſeurs Boutin & Lenoir , cidevantConſeillers
au Conſeil royal des finances,
ainſi qu'aux fieurs de la Michodiere , de Monthyon
& de Montholon , ci-devant Conſeiliers au
Conſeil royal du commerce , ſon intention eſt
qu'ils continuent de jouir des traitemens qui leur
ont été accordés à raiſonde leur entrée auxdits
Conſeils , juſqu'à ce que Sa Majeſté , en les employant
comme elle ſe le propoſe , leur ait procuré
untraitement équivalent ou fupérieur.
Fait à Verſailles le cinq Juin mil ſept cent
quatre-vingt-ſept.
Signé LOUIS. Et plus bas , LE BARON DE
BRETEVIL.
( 129 )
Ordonnance du Roi , du 22 Mars 1787 ,
concernant la Compagnie des Gardes de la
Porte.
Réglement du 28 Janvier 1787 , ſur l'entretien
, garde & conſervation des vaiſſeaux,
&für le fervice des Officiers de la Marine
dansles ports.
LeTraitéde Navigation &de Commerce
entre la France & la Ruffie, conclu à Péterfbourg
le 11 Janvier dernier , eſt de la teneur
ſuivante :
Aunom de la très-fainte & indiviſible Trinité.
-Sa Majefté le Roi de France & Sa Majesté l'Ima
pératrice de toutes les Ruflies , defirant encoura
ger le Commerce & la Navigation directs entre
leurs Sujets reſpectifs , par la confection d'un
Traité d'amitié , de commerce & de navigation
, ont choifi & nommé à cet effet pour leurs
Piénipotentiaires : ſavoir , Sa Majesté le Roi de
France & de Navarre , le ſieur Louis-Philippe ,
Comte de Ségur , Chevalier de l'Ordre royal &
militaire de Saint- Louis , Commandeur des Ordres
de Saint-Lazare & de Notre - Dame - du-
Mont-Carmel , Membre de l'aſſociation AméricainedeCincin
Cincinnatus , Colonel de Dragons , fon
Miniſtre plénipotentaire auprès de Sa Majeſté
l'Impératrice de toutes les Ruſſies ; & Sa Majesté
l'Impératrice de toutes les Ruſſies, le ſieur Jean ,
Comte d'Oſtermann , ſon Vice-Chancelier , Conſeiller
privé actuel , Sénateur & Chevalier des
Ordres de Saint-André , de Saint-Alexandre-
Nevsky, Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir
de la premiere claſſe , & de Sainte-Anne; le
fieurAlexandre , Comte de Woronzow , Conſeiller
privé aquel , Sénateur-Préſident du Collége
(130 ).
,
de Commerce , Chambellan actuel , & Chevalier
de l'Ordre de Saint -Alexandre - Nevsky , &
Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir de la
premiere claffe ; le ſieur Alexandre , Conte de
Bezborodko , premier Maitre de fa Cour , Conſeiller
privé, Directeur général des Poſtes &
Chevalier de l'Ordre de Saint Alexandre- Nevsky,
&Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir de la
premiere claffe; &le feur Arcadie de Marcoff,
Confeiller d'Erat actuel , Membre du Colléged s
Affaires étrangeres , &Grand-Croix de l'Ordre
de Saint Wlasimir de la seconde clatie. Leſquels
Plénipotentiaires , après s'être refpe&ivement
communiqué leurs pleins- pouvoirs , font entrés
en confcrence , & ayant mûrement difcuté la matiere
, ont concm & arrêté les articles ſuivans :
1°. Il y aura une paix perpétuelle , bonne intelligence
& fincere amitié entre Sa Majeſté le
Roi de France ,& Sa Majesté l'Impératrice de
toutes les Ruffies , leurs héritiers & fucceffeurs de
part&d'autre , ainſi qu'entre leurs Sujets reſpectifs
. A cet effet,lesHautes Parties contractantes
s'engagent , tant pour elles-mêmes , que pour
leurshéritiers & fucceffeurs , & leurs ſujets , fans
aucune exception , non- ſeulement à éviter tout
cequi pourroit tourner à leur préjudice reſpectif,
mais encore à ſe donner mutuellement des
témoignages d'affection &de bienveillance , tant
parterre que par mer & dans les eaux douces , à
s'entr'aider par toutes fortes de ſecours & de
bons offices , en ce qui concerne le commerce &
lanavigation.
2º: Les ſujets François jouiront en Ruſſie, ainſi
que les ſujets Ruſſes en France , d'une parfaite
liberté de commerce , conformément aux loix &
réglemens qui ſubſiſtent dans les deux Monarchies
, ſans qu'on puiſſe les troubler ni inquiéter
en aucune maniere.
( 131 )
3°. Une parfaite liberté de conſcience ſera accordée
aux ſujets François en Ruffie, conformément
aux principes d'une entiere tolérance qu'on
y accorde à toutes les religions . Ils pourront librement
s'acquitter des devoirs & vaquer au culte
de leur religion , tant dans leurs maisons , que
dans les Eglifes publiques qui y font établies ,
fans éprouverjamais la moindre difficulté à cet
égard. Les ſujets Ruſſes en France jouiront également
d'une parfaite liberté du culte de leur religion
dans leurs propres maiſons , à l'égal des
autres Notions qui ont des Trai.és de commerce
avec la France.
د
14°. Les deux Puiſſances contractantes accor-/
dent à leurs ſujets reſpectifs , dans tous les pays
de leur domination , où la navigation&le commerce
ſont permis , les droits , franchiſes &
exemptions , donty jouiſſent les Nations Européennes
les plus favoriſées & veulent qu'en
conféquence i's profitent de tous les avantages ,
au moyendeſquels leur commerce pourra s'étendre
& fleurir , de façon cependant qu'à l'excер-
tion des ſuſdits droits , franchiſes & prérogatives ,
autant qu'elles leur feront rommément accordées
ci-deſſous , ils foient foumis dans leur commerce
&trafic aux tarifs , ordonnances & loix établies
dans les Etats reſpectifs.
5°. Dans tous les ports & grandes villes de
commerce des Etats reſpectifs , dont l'entrée &
le commerce font ouverts aux Nations Européennes
, les deux Puiſſances contractantes pourront
établir des Confuls généraux , Confuls &
Vice- confuls , qui jouiront de part & d'autre
des priviléges , prerogatives & immunités atrachées
à ces places , dans le pays de leur réſidence
; mais , pour ce qui regarde le jugement
de leurs affaires , & relativement aux Tribunaux
(132 )
des lieux où ils réſident , ils ſeront traités comme
ceux des Nations les plus favorisées , avec lefquelles
les deux Puiſſances ont des Traités de
commerce. Les ſuſdits Confuls-généraux , Confuls
ou Vice-confuls ne pourront point être choifis
àl'avenir parmi les ſujets nés de la Puiſſance
chez laquelle ils doivent réſider , à moins qu'ils
n'aient obtenu une permiffion expreffe de pouvoir
être accrédités auprès d'elle en cette qualité.
Au reſte , cette exception ne fauroit avoir
un effet rétroactif à l'égard de ceux qui auroient
été nommés aux ſuſd tes places avant la confection
du préſent Traité.
6°. Les Confuls- généraux , Confuls ou Vice-
Conſuls des deux Puiſſances contractantes , auront
reſpectivement l'autorité excluſive fur les
équipages des navires de leur Nation dans les
ports de leur réſidence , tant pour la police générale
des gens de mer , que pour la diſcuſion
&le jugement des conteſtations qui pourront
s'élever entre les équipages.
7°. Lorſque les ſujets commerçans de l'une ou
del'autredes Puiſſances contractantes auront entre
eux des procès ou autres affaires à régier , ils pourront,
d'un conſentement mutuel, s'adreſſer à leurs
propresConfuls,& les déciſions de ceux- ci ſeront
non ſeulement valables & légales , mais ils auront
le droit de demander , en cas de beſoin , mainforte
au Gouvernement pour faire exécuter leur
Sentence . Si l'une des deux Parties ne conſentoit
pas à recourir à l'autorité de fon propre Conful ,
elle pourra s'adreffer aux Tribunaux ordinaires
du lieu de ſa réſidence , & toutes les deux ſeront
tenuesde s'y ſoumettre. En cas d'avarie ſur un
bâtiment François , ſi les François ſeuls en ont
ſouffert , les Confuls-géréraux , Confuls ouVice-
Conſuls de France en prendront connoiſſance , &
feront
( 133 )
feront chargés de régler ce qui y aura rapport ;
de même ſi , dans ce cas , les Ruffes ſont ſeuls
à ſouffrir des avaries ſurvenues dans un bâtiment
Ruſſe, les Confuls généraux , Confuls ou Vice-
Confuls Rufles en prendront connoiffance , &
feront chargés de régler ce qui y aura rapport.
8°. Toutes les affaires des Marchands François
trafiquans en Ruflie , feront foumiſes aux Tribunaux
établis pour les affaires des Négocians , où
elles ſeront jugées promptement , d'après les loix
qui y fornt en vigueur , ainſi que cela ſe pratique
avec les autres Nations qui ont des Traités de
commerce avec la Cour de Ruſſie. Les ſujets
Ruſſes , dans les Etats de Sa Majesté Très-Chrétienne
, feront également ſous la protection des
loix du Royaume , & traités , à cet égard ,
comme les autres Nations qui ont des Traités
de commerce avec la France.
9°. Les ſujets des Hautes-Parties contractantes
pourront s'aſſembler avec leurs Confuls en corps
de factorie, & faire entr'eux , pour l'intérêt commun
de la factorie, les arrangemens qui leur conviendront
, en tant qu'ils n'auront rien de contraire
aux loix , ſtatuts & réglemens du pays ow
de l'endroit où ils ſeront établis.
10°. Les ſujets desHautes-Parties contractantes
paieront , pour leurs marchandises , les douanes &
autres droits fixés par les tarifs actuellement en
force , ou qui exiſteront à l'avenir dans les Etats
reſpectifs ; mais , pour encourager le commerce
des ſujets ruffes avec la France , Sa Majesté Très-
Chrétienne leur accorde en totalité l'exemption
du droit de fret établi dans les ports de ſon
Royaume ſur les navires étrangers ; fi ce n'eſt
lorſque lcs navires ruſſes chargeront des marchandiſes
de France dans un port de France ,
pour les tranſporter dans un autre port du même
No. 25 , 16 Juin 1787. 6
l 134 )
Royaume , & lesydéchargeront, auquel cas leſdits
navires acquitteront le droitdont il s'agit , auffi
long-tems que les autres Nations feront obligées
de l'aequitter. En réciprocité de cet avantage, Sa
Maj . Imp. , voulant auſſi de fon côté promonvoirla
navigation directe des ſujets François aveq
ſes Etats ,leur accorde la prérogative de pouvoir
acquitter les droitsde douanes , dans toute l'éten
duede ſon Empire, en monnoie courante de Ruf.
fie , ſans être aſſujettis àles payer comme ci - devant
en rixdalers , de façon que , pour chaque
rixdale , il ne ſera exigé d'eux que cent vingtcinq
copeks ; mais la ſuſdite facilité n'aura point
lieu dans le port de Riga , où les ſujets Ruſſes
eux-mêmes doivent payer les droits de douane ,
pour toute eſpece de marchandiſes , en rixdalers
effectifs.
11°. Afin de favoriſer encore plus particulière.
ment le commerce direct entre les Provinces méridionales
des Etats reſpectifs , Sa Majefté Très
Chrétienne entend que les denrées & marchandifesRuffes,
venant des ports de la mer Noire dans
celui de Marseille ou autres , ſoient exemptes du
droit de 20 pour 1oo& de 10 fols par livre , qui
font enſemble 30 pour 100 , que les Etrangers
ſont obligés de payer pour les marchandises du
Levant qu'ils y introduiſent , à condition que les
Capitaines des bâtimens Ruſſes fourniront la
preuve authentique par des certificats des Confuls
ou Vice -Confuls de France , ou , à leur dé
faut , des Douaniers qu Juges locaux , que ces
denrées ou marchandiſes ſont du crû de la Ruffie ,
&ont été expédiées deſdits ports,& non d'autres,
non-plus que d'aucune place de la dominationde
la Porte Ottomane ,
Il eſt convenu que les vaiſſeaux Ruſſes , expé
diés des ports de la mer Noire , ne pourront abor
( 235 )
der que dans ceux de Marseille &de Toulon ,le
ſeuls où il ſoit permisde ſe préſenter.
Quant aux droits qui ſe perçoivent dans les
pons de la Méditerranée ſur les vaiſſeaux & le
marchandises étrangeres , le Roi Très- Chrétien
déclare que les bâtimens Ruſſes venan de la mer
Noire, feront traités à l'égal des François.
En faveur de cet avantage , Sa Majesté Imp .
s'engageà faire participer les Négocians François
àcelui accordé à ſes ſujets par de fixieme article ..
de ſon édit du 27 Septembre 1782 , fervant c'introduction
au tarifgénéral des douanes de Ruſſie,
énoncé en ces termes : « Quoiq e ce tarif général
doive ſervir auti pour tous nos ports
>> ſitués ſur la mer Noire & fur ce le d Afooh, ce-
➤ pendant nous diminuons dans ledits ports
>> d'un quart les droits fixés par ce tar f, afin d'y
encourager le commerce de nos fujets , & des
>>>Nations avec lesquelles nous ftipulerous , à cor
égard , des avantages réciproques , en compen-
>> ſation des prérogatives qu'elles accorderont à
notre commerce ; excluant cependant de cette
diminution les marchandiſes nommément ſpé-
> cifiés dans le préſent tarif, comme devant payer
>> les mêmes droits dans les ports de la merNoire ,
>>>que dans les autres douanes de notre Empire ,
>>>auſſi-bien que celles pour lesquelles le prétent
> tarifdétermine les droits particuliers dans les
>ports de la mer Noire».
La Suite à l'Ordinaire prochain.
1e 7 Mai , vers midi &demi , le feu ſe
manifeſta dans la chaumiere d'un vigneron
àVilleneuve- le Chemin , Diocese de Sens.
Ce bâtiment couvert on paille fit embraſé
en un inſtant , &le vent qui ſouffloit alors
g '
1136)
N.E. avee beaucoup de violence , porta les
flammes fur tout le reſte du village , & jufqu'à
la derniere mailon du côté du midi. II
fut bientôt inmpoſlible d'en arrêter les progrès.
M. Potier , Bailli & Maire de la ville
de Saint-Florentin , diſtante de trois lieues ,
y fit conduire une pompe ; deux Officiers
du régimens Dauphin Cavalerie , en garnifon
dans cette ville , à la tête d'un détachement
, M. de Fontaine - Moreau , Lieutenant
de Maréchauffée , & fes Cavaliers , M.
de Verbruges , Ingénieur des ponts & chaufſées
, s'y rendirent en trois quarts d'heure ,
menant les pompiers en croupe ; mais on
ne put parvenir qu'à ſauver 35 maiſons ,
fur 90 , dont le village étoit compoſé. L'incendie
a duré juſqu'au ſoir du lendemain ,
&l'on a la douleur de compter 45 familles
fans aſyle , fans habits , ſans pain & ſans
fourages pour les beſtiaux , dont quelquesuns
ont péri dans les flammes.
La perte générale de Villeneuve - le-
Chemin eſt évaluée dans le procès -verbal à
111,360 liv. tant en bâtimens , que grains ,
vins de pluſieurs récoltes , meubles es&effets.
Une lettre authentique du dioceſe de
Coutances , en date du 3 de ce mois , nous
apprend le trait ſuivant :
Le ſieur Allain , Curé de la ſeconde portion
de la Paroiſſe de Percy , ayant appris que
Verdier s'étoit retiré chez une de ſes tantes le
II Mai dernier , conçut le projet de l'arrêter.
Il communiqua fon deffein au fieur Lemaitre,
( 137 )
Vicaire de la premiere portion : celui-ci aps
prouva le zele du ſieur Allain , & offrit de ſe
joindre à lui.
Ils allerent directement chez la tante deVerdier
, & feignirent une quête pour la fonte des
cloches de la Paroiſſe. Lorſqu'ils furent entrés
dans la maison de cette femme , ils monterent
directement à une petite chambre où étoit Verdier.
Sur une petite table ſe trouvoient fix pif
tolets , dont quatre à deux coups . Le Vicaire
s'en empara ; & le Curé , ſans donner le temps
à Verdier de ſe reconnoître , le ſaiſit au collet .
Verdier & le Curé ſe battirent environ un quart
d'heure , la tante monta armée d'un levier , en
porta un coup ſur la tête du Curé , mais il
tint toujours ferme. Le Vicaire déſarina cette
femme ; & Verdier voyant qu'il ne pouvoit
s'échapper , prit ſon couteau ,& en auroit percé
le Curé , ſans le Vicaire qui para le coup , &
qui en fut quitte pour une légere bleſſure à la
main.
Le Curé & le Vicaire entraînerent Verdier
hors la maison , appellerent les voiſins . On
l'attacha au pied d'un pommier ; & la Maréchauffée
de Villedieu- les-Poëles , ayant été avertie
, vint le prendre le lendemain matin , &
le conduifit dans les priſons du Bailliage criminel
de Coutances.
La nuit du 31 au premier de ce mois , le
Curé Allain a encore arrêté un de ces voleurs .
Un ſecond ne s'échappa qu'à la faveur d'un
trou qu'il pratiqua dans une couverture en
chaume » .
>> La paroiſſe de Gamarde en Chaloſſe ,
généralité de Pau & de Bayonne , vient de
donner une preuve de bonne intelligence ,
3
( 138 )
de follicitude & d'humanité , qui mérite
biende figurer dans les rapports de bienfaifance
. Les Syndics & habitans de la paroiſſe
deGamarde, généralité de Pau&Bayonne ,
prirent le 18 Mars dernier , la déliberation
de ſe ſomettre à rembourſer , au moyen
d'une contribution générale , aux propriétaires
des boru's emploiés au labourage , le
prix de ces utiles animaux , qui viendront à
mourir par maladies ou autres cas imprévus.
Suite des Prix & Sujets propofés par l'Académie
des Sciences.
Un Amateur éclairé des Sciences , a propoſé
à l'Académie de ſe charger du jugement
d'un Prix , fur la queßion ſuivante : Onfuppofe ,
1°. qiun vaiſſeau connu de poids , de forme , &
de pofition , se meuve sur lafurface de la mer ,
Supposée plane & horisonta'e , avec une viceffe don
née , & parallèlement à fi quille. 2°. Qu'une
cauſe quelconque faffe naître , ſur la firface de ba
mer , une onde ou lame circulaire unique , dont le
centre foit placé sur le prolongement de la quille ,
& dont on connoiſſe la forme ,
à l'origine , Ou
dans un certain inſtant , à ſa durée . 3 ° . Que cette
lame , en vertu defa viteſſe , atteigne le vaiſſeaus
cela posé , on demande les changemens que la lame
fera naître dans les mouvemens du vaiſſeau , foit
par le choc , foit par la différence des preffions.
ou
Cette propofition a été acceptée par l'Académie
, & elte devoit donner , dans (on Affemblée
pablique d'après Pâques 1787 , à l'Auteur
du meilleur des Mémoires qui lui auroient été
envoyés fur ce ſujet ,une Médaille d'or de la valeur
de 240 liv. Mais n'ayant reçu aucune Piece
( 139 )
pour le Concours , l'Académie propoſe de nou
veau le même ſujet pour l'année 1788.
Les Ouvrages ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1788 excluſivement; ce ternie
eſt de rigueur.
M.de Gaule , Ingénieur de la Marine , avoit
prié l'Académie de ſe charger du jugement d'un
Prix qui devoit être distrioné à l'Aſſemblée publique
d'après Pâques 1785 , ſur la queſtion fuis
vante :
Ny auroit -il pas des moyens pour placer en
mer , le long des côtes de France , dans les parties
qui er font susceptibles , des esplanades ou digues
artificielles , qui , dans les gros tems , puif-
Sent fervir à rompre l'impétuofité de la mer ,&
Sous le vent desquelles un Navire du Roi , du Commerce
, ou toutes autres embarcations , qui n'ont
d'auire reſſource que la côte , puiſſent , eny mouillant
, y trouver un afyle où ils n'aient d'autres
efforts à vaincre que celui du vent , dont la ré
Sistance peut étre diminuée par les manoeuvres ufitées
en pareille circonstance ?
L'Académie n'ayant point reçu alors de Piece
qui remp'ît l'objet deſuré , propoſa de nouveau
le même ſujet pour cette année 1787. Elle ſe
trouve aujourd'hui dans le même cas ; & M. de
Gaule en ayant été informé , prie l'Académie
d'annoncer qu'il retire le Prix.
L'Académie avoit proposé en 1785 , pour ſujet
fur l'Hiſtoire Naturelle , de déterminer quelle
étoit la meilleure méthode d'étudier & de décrire
'Histoire Naturelle Minéralogique d'une grande
Province. Elle a reçu cinq Mémoires fur ce
ſujet , parmi leſquels l'Académie en a diftinguć
trois. Ces Mémoires , ſurtout celui du nº.
annoncent des Naturaliſtes éclairés , qui joignent
à beaucoup de connoiſſances en Minéra
84
( 140 )
logie , l'habitude d'obſerver. Mais l'Académie
a vu avec regret , qu'en s'écartant de fon objet,
les Auteursde cesMémoires ſe ſont plutôt
attachés à raſſembler une fuite nombreuſe de
faits connus la plupart , qu'à développer une
méthode propre à les reconnoître , à les difcuter
, & à les rapprocher ſous le point de vue
le plus inſtructif. En conséquence , elle a cru
devoir abandonner ce ſujet. Elle propoſe donc ,
pour ſujet du nouveau Prix , de faire connoitre
, quelssont les ind ces certains & non équivoques
des mines de charbon de terre , & les conftitutions
particulières des pays oùellesse trouvent :
Quelle est la nature & la difpofition des ſubſtances
différentes , qui non ſeulement fervent d'enveloppe
aux fillons de ce minéral , ſuivant leurs qua-
Lités, mais encore forment les bancs de roche inserposés
entre ſes couches , les crans & les barremens
qui en dérangent ou en interceptent les veines,
sant dans leur direction que dans leur inclinaison
oupendage.
Le Prix ſera de 1500 liv.
Les Mémoires ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1789.
L'Académie avoit propoſé pour ſujetd'un des
Prix qu'elle devoit diſtribuerdans ſa ſéance pu-
Blique d'après Pâques 1787 , la recherche des
moyens par lesquels onpourroitgarantir les Broyeurs
de couleurs des maladies qui les attaquent fréquemment
, & qui font la suite de leur travail.
Mais l'un des Mémoires ayant rempli à cet
égard une des parties du Programme , iln'a préſenté
, ſur une autre plus importante , que des
idées générales & auxquelles il a été conduit
par l'expofé même de ce Programme.
L'Académiedefiroit qu'on indiquâtdes moyens
capables d'écarter , autant qu'il ſeroitpoſſible , les
(141 )
accidens auxquels ſontexpofés les Broyeurs de
couleurs,ſoit enemployant quelque machinebien
entendue , qui , par elle même , exécutât complétement
ce qu'il y a le plus à craindre pour eux
dans leurs opérations , ſoit en faiſant uſage d'un
moyen , fimplement préſervatif , à la faveur
duquel , dans la maniere uſitée de broyer les
couleurs , on pût renfermer &contenir les émanations
dangereuſes qu'elles produiſent ; pourvu
cependant que ce dernier moyen ne s'oppoſât pas
à la facilité du travail , fur-tout à celle de raíſembler
les couleurs à pluſieurs repriſes , & à
meſure que ces Ouvriers les ont étendues ſous
la molette , pour les fondre enſemble & les
broyer parfaitement.
Elle propoſe en conféquence le même ſujet
pour l'année 1788 , & annonce un prix double,
c'eſt-à-dire , la ſomme de 2160 liv. qui fera
accordée , ſoit totalement en argent , foit en
une médaille d'er de 1080 liv. & le reſte en
argent , au choix de l'Auteur qui aura le mieux
traité ce ſujet intéreſſant.
Les Ouvrages ne feront reçus que juſqu'au
premier Février 1789 excluſivement ; ce terme
eft de rigueur.
" PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 7 Juin.
Le 29 du mois dernier & les jours ſuivans
ont été marqués ici par des événemens extraordinaires
, qui ont entraîné le rétabliſſement
abſolu de l'ancien régime. La circonſpection
du Gouvernement , ſes efforts
gs
( 142 )
pour tranquillifer les eſprits , la ſufpenfion
proviſoire des nouvelles inſtitutions , accompagnée
de reſcrits qu'on croyoit propres
à détruire les préventions , n'ont fervi
qu'à accroître la défiance & la fermentation.
Elle s'eſt d'abord manifeſtée par une
requête très-énergique des Corporations de
Bruxelles aux Etats de Brabant , dans laquelle
les requérans réclamoient entr'autres
M. de Hondt, Négociant de Bruxelles , enlevé
d'autorité & transféré à Vienne. Les
Corporations alloient même juſqu'à fupplier
les Etats d'exiger un ôtage du Gouvernement
, pour répondre de la sûreté de
M. de Hondt , & déclarerent qu'ils perdroient
la vie , avant de laiſſer conſommer
leur fervitude. Le même jour les Erats s'occuperent
de cette requête , &firentde nouvelles
repréſentations non moins véhémenres
à LL. AA. RR. En voici le contenu.
MADAME ET MONSEIGNEUR ,
Nous avons ſupplié V. A. R. par tant de rea
montrances ; nous vous avons conjuré , Séréniffimes
Gouverneurs Généraux , par tous les droits,
par tous les motifs les plus ſacrés , que V. A. R.
daignaſſent faire ceſſer au plutôt juſqu'aux traces
des infractions de nos privileges , en rejettant
tout confeil , qui ne meneroit pas à l'unique
objet de rétablir l'ordre Conſtitutionel , juré ſi
folemnellement au nom du Souverain. Nous
avons eu l'honneur de faire parvenir à V. A. R.
nos Doléances articulées ; tous les points , que
nous avons préſentés , ſont clairement , évidem
(143 )
que par
mentdéterminés parle Pacte Inaugurable. Cependant
toute la nation voit avec une douleur ,
qu'elle retient à peine , que nos reclamations
non-ſeulement n'ont pas produit le redreſſement
juſte& indiſpenſable de ſes griefs , mais
des moyens détournés on tâche de reculer &
d'éluder la fatisfaction , qu'elle a droit d'attendre
fans délai. Elle eſt convaincue avec raiſon ,qu'il
est hors du pouvoir du Prince defaire des diſpoſitions
contraires àdes privileges, fondés fur les plus
Saints engagemens.
Comment toute la nation n'entreroit- elle pas
dans la plus grande défiance , en voyant fortir
encore récemment la Déclaration au nom de
l'Empereur & Roi , ſous la date d'avant -hier , où
Pon ſuppoſe que ce ſont des prétendues affertions
& infinuations fur certains points isolés , qui répandent
l'inquiétude parmi les bons ſujets , tandis
qu'il eſt d'une parfaite notoriété que cette
véhémente inquiétude tire ſa ſource du ſyſtème
pris , & qu'on tâche de ſoutenir , de bouleverſer
tous les droits ; que , juſqu'au nom de la Juftise,
tout eſt enveloppé dans l'illuſion , dont on s'obftinedepréſenter
le preſtige.
Que V. A. R. daignent attacher leurs regards
ſur la Requéte , que les Corporations de Bruxelles,
tant pour elles que comme conſtituées par
d'autres Membres des Villes , viennent de nous
faire parvenir. Nous ne pouvons que nous joindre
entièrement à la demande comme à tout
l'objet de octte Requête .
Il eſt tems , Séréniſſimes Gouverneurs - Généraus
, que V. A. R. entendent les cris d'un Peuple
outragé dans tous ſes droits , outragé dans la
maniere, dont on continue d'équivoquer ſur uno
ſatisfaction , qui n'a rien que de légitime , qui
ne ſoit fondé ſur un Pacte , dont la force eft cong
6
( 144)
nue de l'Univers entier. Que V. A. R. , comme
repréſentans de l'Empereur , faſſent enfin atten
zion à la continuité & à l'énergie de toutes nos
Remontrances , fur- tout à cette vérité plus que
certaine , que le Monarque est dans l'heureuſe impuiſſance
de contrevenir légalement à ses engagemens
. Que V. A. R. daignent déclarer , pour
rétablir le calme & la paix , « que toutes les
>> enfreintes de la Joyeuse-Entrée ſeront redref-
>>ſées ſans le moindre délai ». Nous sommes
avec un très-profond reſpect , MADAME ET MONSEIGNEUR
, de V. A. R. les très-humbles & trèsobéiſſans
ſerviteurs , les Prélats , Nobles &Députés
des Chefs- Villes , représentant les Trois-
Etats de ce pays & Duché de BRABANT. Signé
DE COOK. Par Ordonnance de notre Affemblée générale,
tenue à Bruxelles le 26 Mai 1787.
L'effervescence pouffée au comble qu'on
appercevoit dans le public,& la violence de
la remontrance , déterminerent les Gouverneurs
à répondre aux Etats , le 28 , dans les
termes ſuivans :
« Très-Révérends , Révérends Peres en.Dieu .
nobles, chers & bien amés. Ayant reçu & examiné
les repréſentations que vous nous avez
adreſſées le 15 de ce mois , nous les avons por
tées avec empreſſement à la ſouveraine connoifſance
de l'Empereur , comme nous l'avons fait à
l'égard de toutes celles qui les ont précédées &
celles qui les ont ſuivies : enpropoſant à S. M.
l'es vores & les moyens les plus conformes à la
conſtitution& au voeu de la nation , bien certains
quevous répoſant ſur nosfoins&nos ſentimens ,
comme fur ce que nous avons déclaré & vous
déclarons encore par la préſente , vous attendrez
aveeautant de confiance que de tranquillité la
( 145 )
réſolution que l'éloignement actuel de S. M. doit
néceſſairement retarder ».
<<Et pour ne rien vous laiſſer à defirer en attendant,
ſur ce que vous devez vous promettre
de notre fincérité comme de notre influence ,
nous vous répétons & confirmons ici , ce que
nous avons déja déclaré par notre dépêche da
28 Avril , relativement aux Abbayes dont les
chefs ont le droit de ſiéger dans votre afſemblée,
&que nous ne balançons pas de confirmer dès à
préſent la confiance où vous devez être , que Sa
Majefté fera obſerver exactement ſur cette partie
de vos repréſentations , tout ce qui ſe trouve
exprimé à cet égardtant dans laJoyeuſe Entrée ,
que dans le concordat de 1564.
>>Nous nous promettons de recevoir dans peu
une réſolution favorable de l'Empereur pour la
nomination aux dignités d'abbés&d'abbeſſes des
abbayes , qui font actuellement vacantes.
S'il s'agifſoit de changement à l'égard des
chapitres , monaftères , ou autres établiſſemens
pieux , on n'y procéderoit que d'une maniere qui
ne bleſſeroit en rien la conſtitution .
,
Les vues de S. M. ſur l'emploi,des biens
des maiſons Religieuſes ſupprimées , ainfi que
desConfrairies , portant ſur un emploi également
conforme à la justice & au plus grand bien de
la religion & de l'humanité nous ſommes
convaincus d'avance , que vous étant connues
& développées , comme elles le ſeront dans
tous leurs détails , il ne vous refſtera aucun doute
ſur l'important uſage auquel l'Empereur les deftine
, & S. M. recevra certainement avec autant
de plaifir que de confiance, ce que vous pourriez
avoir à propoſer de plus utile relativement
au but dont elle s'occupe ,d'après les regles de la
conſtitution & des loix : vous prévenant que nous
( 146 )
avons reſolu desſuſpendre en attendant toute
vente ultérieure des biens des maiſons ſuppri
mées.
>>> L'établiſſement des nouveaux Tribunaux de
Juſtice eſt déja révoqué dans le fait par le rétabliſſement
actuel des anciensTribunaux; & quant
àce qui regarde le nouveau réglement pour la
procédure civile, nous avons réſolu de le tenir
en ſuſpens & de donner d'abord à cet effet les
ordresnéceſſaires ( 1 ) .
>> Il ne ſera fait de la part du Gouvernementgénéral
, aucune interdiction dans l'adminiſtration
de la juſtice qui ſoit ou puiſſe être contraire
à la Joyeuse Entrée.
>> Le diplôme concernant la nouvelle orga
niſation duGouvernement ayant été communiqué
par ordre exprès de l'Empereur , nous devons
attendre ſur votre demande à cet égard les intentions
ultérieures de S. M. , vous prévenant
au reſte qu'il n'opere & n'opérera en attendant
que relativement aux ſeuls points qui ne
font point contraires à la Joyeuse Entrée : que
l'article des ſceaux ne porte que far ceux qui
étoient ci-devant ſous la garde du chef & préfident
de l'ancien conſeil privé , & que les expéditions
pour la province de Brabant , feront
toujours ſignées par nous , & contrefignées par
un fecretaire , ayant patentes pour figner en
Brabant.
>>>Nous avons réſolu de faire ceffer l'établifſement
des Intendances , ainſi que les fonctions
(1) En effet , il fut publié le même jour une Déclaration
de l'Empereur & Roi , portant furféance
au nouveau réglement de laprocédure civile , comme
s'enfuit(
147 )
des Intendans &de leurs Commiſſaires , ce qui
fera l'objet d'une déclaration qui ſera portée
d'abord ( 1 ) .
>>> Nous porterons avec plaiſir à la ſouveraine
connoiſſancede l'Empereur, les inſtances que vous
réiterez pour la continuation de la députation.
>> Vous ne devez pas douter que l'intention
de S. M. ne ſoit d'obſerver à l'égard de la
Chambre des Comptes & du pays de Limbourg
& Outre- Meuſe , ce que la Joyeuse Entrée établit
à l'égard de l'une & de l'autre.
>> Nous avons réſolu de pourvoir d'abord d'une
maniere qui donnera plein appaiſement ſur ce
que vous nous avez repréſenté à l'égard des
corps de métiers: Nous avons déjà agréé à cet
effet un nouvel Edit qui paroîtra inceffamment.
>> Nous avons pourvu de même à l'objet de
vos repréſentations & à celles des nations de
cette ville , concernant l'adminiſtration du canal
, à l'égard duquel nous avons réſolu de rétablir
les choſes ſur l'ancien pied , comme vous
en ſerez informés par les diſpoſitions dont nous.
asons déjà ordonné l'expédition , & qui ſeront
dépêchés inceſſamment .
>>>Quant à ce qui touche le Négociant de
Hondt , nous nous en remettons à la dépêche
de ce jour , que vous avez déjà reçue & dont
nous vous confirmons encore le contenu.
* Après ces diverſes explications , après ces
diſpoſitions également conformes à vos inſtances
(1 ) Cette Déclaration fut auſſi portée le même
jour ſous ce titre : Déclaration de l'Empereur &
Roi,portant fuppreffion des Intendances. Du
28 Mai 1787.
( 148 )
&à la Joyeuse Entrée, après cet expofé fincere
de nos principes & de nos sentimens , nous
croyons avoir lieu d'attendre de la confiance
de la nation , qu'appaisée ſur ſes doutes & ſur
ſes inquiétudes , elle dirigera ſa conduite , d'après
les mouvemens de ſa confiance dans l'équité
& la justice de l'Empereur , comme dans ſon
amour pour ſes fideles ſujets.
» A quoi nous ajouterons , que fi indépendammentdes
objets touchés ci-deſſus , il en étoit
d'autres à l'égard deſquels il exiſteroit une infraction
à la Joyeuse Entrée , nous y diſpoſerons
d'après les principes de notre préſente dépêche.
A tant , très-révérends , révérends peres
en Dieu , nobles chers & bien- amés , Dieu
vous ait en ſa ſainte garde. De Bruxelles , le
28 Mai 1787. Paraphé Bel. Vt. figné Marie &
Albert. Plus bas étoit par ordonnance de L. A. R.
contreſigné De Reul.
,
Le lendemain mardi, le mécontentement
général éclata de toutes parts. On exigea de
LL. AA. RR. qu'elles ſe décidaſſent à une
révocation abſolue & non proviſoire des
infractions a la Joyeuse Entrée. L'Archiducheffe&
fon époux ſe rendirent au Conſeil
Royal , avec le Miniſtre , Comte de Belgiojoſo
, qui fut hué en ſortant , &
obligé d'accélérer le pas de ſes chevaux.
L'Amman ou Bourgmestre, M. de Berg ,
fut environné de la multitude , preſſé dans
ſa marche , & n'arriva chez lui qu'après 2
heures de trajet dans ſa voiture. Pendant
que la populace ramaſſoit dix couronnes
qu'il avoit jettées , il ſe refugia dans ſon Hôtel
, dont on arracha la ſonnette , avec des
( 149 )
menacesde faire pis , & des huées générales.
LL.. AA. RR. étoient préſentes à cette
ſcène. Lorſque la foule arriva vers la grandgarde
, les foldats rentrerent avec leurs armes
, dans la crainte que le peuple ne s'en
emparât. A cinq heures , les Frats , les Comſeillers
, &c . &c. &c. s'aſſemblerent à la
Cour, & retournerent enſuite à l'Hôtel- de-
'Ville, les Gouverneurs Généraux perſiſtant
àrefuſer d'aller plus loin qu'ils ne l'avoient
fait. Unſeul membre des Etats reſta auprès
d'eux , & leur donna une heure pour ſe décider.
L'un des Seigneurs les plus conſidérables
des Etats dit en pleine Aſſemblée ,
que ſi cette déciſion tardoit , on alloit arborer
l'étendard de la République. Toute
la grande place étoit inveſtie par la multitude
, la cocarde au chapeau , & le Lion
Belgique fur l'eſtomach. 4 à 500 payfans
poſtés à l'une des portes de la ville menaçoient
d'incendier le château. Dans cette
extrémité le Gouvernement ne vit pas d'autre
parti que d'uſer des pleins pouvoirs de
l'Empereur , de donner la ſanction ſouveraine
à la conſervation des anciennes formes
, & depromettre le renvoi des perſonnes
ſuſpectes aux Etats. Le Baron de Martini
, Commiſſaire Impérial pour la réforme
des Tribunaux de Juſtice quitta Bruxelles
pendant la nuit , ainſi que M. de Reuff&
M. de Berg. On ſuppoſe le premier parti
pour Vienne où l'on a dépêché ſur le champ
( 150 )
un des Secrétaires du Gouvernement.
Le 31 , les différens Corps ont été remercier
LL. AA. RR. Jn nombre de Bourgeois
s'eſt attelé à leurs voitures pour les
conduire à la Comédie, des Notaires & des
Procurers fervant de valets de pied , les
Comédiens en tête avec leur muſique , &c.
Cette étrange ſcene a fini par desfeux dejoie.
L'on ré and que le frere de M. de Berg,
Capitaine de Cercle à Luxembourg , y a été
aſſalliné par la canaille , parce qu'il vouloit
, difent les aſſaſſins , piller la chapelle de
la Vierge. Il est àſouhaiter que la nouvelle
de cette fanatique atrocité ne ſe confirme
pas.
L. H. P. les Etats Généraux ont ré olu ,
fur la propoſitiondu membre de la province
d'Utrecht , d'autoriſer &de prier le Confeil
d'Etat, en conféquence des précédentes
réſo'utions priſes à cet égard , de faire fignifier
au plutôt à tous les Officiers , qui
font fuſpendus, ou difpentés , & qui n'ont
pas encore été remplacés par les Etats de
Holande , dans les différens Régimens , à
cauſe de l'obſervation des ordres différens
qui leur ont été donnés de la part de laGénéralité
, en conformité de leur ferment
primitif , qu'ils aient à ſe conſidérer comme
rétablis dans leurs charges , & que chacun
reprenne en la qualité reſpective le commandement
; enjoignant & ordonnant à
tous les Officiers ſubalternes , bas Officiers
( 151 )
&foldats , de les reconnoître & de leur
obéir ; de plus que tous les Officiers réfractaires
au ferment prêté à la G néralité , ſe
trouvent proviffonnellement ſuſpendus de
tous les poſtes dont ils font revêtus , & pour
leſquels ils ont prêté ferment à la Généra
lité, de qui ils ont reçu leurs commiffions.
Qu'enfin il fera ordonné à tous les Régimens
, actuellement cantonnés dans la
province de Hollande, de ne ſe laiffer défarmer
par l'ordre de qui que ce foit , excepté
par le commandement de L. H. P. ou
du Conſeil d'Etat.
Au contraire il a été réſolu le même jour
à l'aſſemblée des Erats de Hollande , d'ordonner
aux troupes qui font ſur la répartition
de leur Province , de ne reſpecter aucun
ordre quelconque du Conſeil d'Erat ou
de L. H. P. , fous peine de leur indigna
tion, & enfuite il a été ordonné au Général
de Ryffel de prendre les précautions nécef
faires à cet égard. En même temps la propoſition
d'un des membres d'interdire à
l'aſſemblée des Erats Généraux , qui ſe déclarent
ennemis de la province de Hollande,
le territoire de cette derniere province,
a été rendue commiſſoriale. ( Gazette d'Amfterdam.
)
Le Chevalier Harris , Envoié extraordinaire
d'Angleterre auprès de L. H. P. eft
revenu à la Haye , le i de ce mois .
Nous avons reçu une piece trop intéref(
152 )
Fante ſous tous ſes rapports , pour ne pas
la communiquer en ſon entier à nos lecteurs.
C'eſt l'ordre de la proceſſion &des
autres Cérémonies religieuſes , qui doivent
avoir lieu le 5 & le 9 Juin 1787 , pour la
dédicace du College Francklin , au bourg
&dans le Comté de Lancaſtre en Amérique.
Le 5 Juin , à trois heures après-midi , il ſe
złendra une aſſemblée des Adminiſtrateurs du
Collége dans la Maiſon de la Cour de Juſtice
du Comté , où ſe fera le choix des Officiers du
Bureau & des Profeſſeurs du Collége .
Le Mercredi , 6 Juin , à neuf heures du matin,
les perſonnes mentionnées dans la Liſte ſuivante
, s'aſſembleront au même endroit , & ſe
rendront proceſſionnellement , deux à deux , à
l'Egliſe Allemande Luthérienne , dans l'ordre
fuivant.
1. Le Sherif& le Colonel du Comté.
2. Les Ecoliers.
3. Les Profeffeurs.
4. Le Préfident , le Vice - Préſident , & le
Secretaire du Bureau , & les Membres du
Bureau.
5. La Corporation du Bourg , & les Juges de
Paix.
6. Le Préſident , les Secretaires , & les Membres
de l'Egliſe réformée.
7. La Congrégation Luthérienne.
8. LesAnciens & les Officiers de la Congrégation
presbytérienne Angloiſe.
9. Les Officiers de laCongrégation des Casholiques
Remains.
( 153 )
10. Les Officiers de la Congrégation des Proa
tekans Epiſcopaux.
11. Les Officiers de la Congrégation des
Moraves.
12. La Corporation de la Congrégation des
Réformés .
13. Les Miniftres Evangéliques Luthériens.
14. Le Lieutenant & les Officiers de la Milice
du Comté .
15. Les Citoyens&Etrangers,
Après qu'on fera placé dans l'Eglife , la céré
monie de la Dédicace du Collége ſe fera de la
maniere ſuivante.
1 °. Des Prieres en Allemand devant l'Autel,
2º. L'Ode ſuivante en Anglois.
Premiere Strophe,
Salut à vous Rives du Conestogoe , Régions
fertiles & favoriſées des Cieux : Salut. Terre
choiſie ſur laquelle s'éleve le Collége de Franklin
, rien que de bon ne peut ſe montrer ici. La
ſcience ne vient jamais ſeule. La paix & l'abon
dance marchent à ſa ſuite , tandis que le Ciel la
conduit par lamain.
II. Strophe.
Protégée par les ſoins de Jehovah , fon édi
fice s'éleve , les rayons brillans de la vertu ſe
repandent de ſes ſublimes hauteurs , l'erreur
fuit vers d'autres climats , en entraînant avec
alle ſon obſcur& vil cortége , l'Orgueil , la Dif
corde & la Superſtition.
Premiere Antiftrophe .
Gloire à toi Créateur. Ta lumiere & tagloire
réjouiſſent les bons , & affligent les méchans.
Chaſſe de parmi nous le vice & la folie; confacre
cet heureux jour. Verſe une double béné
diction ſur cetteRégion favorisée , où la ſcienge
1
( 114 )
s'unit à une religion douce & tolérante pour t'adreſſer
l'hymne de la reconnoiſſance.
II. Antiftrophe.
Nous tous, en aidant à ce glorieux travail,
nous báriffons ſur Chrift la pierre angulaire ,
nos murs ontdes directions diverſes ; mais notre
édifice eſt un. Une religion pure , une ſcience
paiſible unies enſemble peuventdéfier toute efpece
d'ennemis , & notre ouvrage retera de
boutpendant toute la durée destemps.
3°. Un Hymne en Allemand.
•
4. Un Sermon en Allemand. :
5°. Un Solo fait de la premiere Strophe de
P'Hymne Allemand.
6°. Un Sermon enAnglois.
7°. Un Solo de la ſeconde Strophe de l'Ode
Angloiſe , répétée en Allemand.
8°. Prieres en Anglois devant l'Autel .
9º. Imitation ou Paraphraſe du dix-neuvieme
&du cent trente-deuxieme I'ſeaume par le Docteur
Watts.
I. Où irons- nous pour chercher & trouver une
demeure pour notre Dieu , un lieu où daigne
habiter l'eſprit éternel parmi les enfans de la
chair & du fang?
II . Le Dieu de Jacob a choiſi anciennement
pour demeure la Montagne de Sion , & la Montagne
de Sion eft encore ſa demeure , ſon Egliſe
eftconſacréepar ſa préſence.
111. C'est ici , dit le Seigneur , que je fixe
rai mon trône & mon regne pour jamais.
C'eſt ici que je ferai connoître mon pouvoir
&ma bonté , & que ma parole répandra tous
Les biens.
IV. C'eſt ici que le pauvre viendra remplie
ſonamedu painsivant de ma parole, & que le
( 155 )
pécheur te préſentant à ma porte , recevra de
moi une douce nourriture.
V. Mes Prêtres , mes Miniſtres , revêtus de
ma grace , & ornés de ma vérité , brilleront
d'un plus grand éclat, que celui dont Aaron
brilla jamais dans ſes plus riches récemens.
VI. Comme le Soleil , la Lune & les Etoiles
portent la gloire du Très-Haut autour de la
zerre , fans jamais s'arrêter; ainſi la vérité dans
ſa courſe une fois commencée , ne laiſſera aucun
endroit du globe qu'elle ne frappe & n'éclaire de
ſes rayons.
VII . Non , fon Evangile ne ceſſera point de
ſe répandre juſe u à ce qu'il ait parcouru le monde
entier, juſqu'à ce que Chriſt ait béni toutes les
Nations qui voient la lumiere , & qui ſentent la
chaleur du Sole
10. Une Ode en Allemand.
11. Une Collecte pour le bénéfice de l'établiſſement
.
La Proceſſion returner a la Maiſon de July
tice dans le méme ordre .
Parag. extraits des Papiers Angl. & autres.
Depuis le 12 , écrit-on de Vienne , deux
Couriers ont été expédiés en toute diligence
à l'Empereur , avec ordre de pouffer jusqu'à
Cherfon. Ils ſont porteurs d'avis intéreſſans
fur les affaires actuelles des Pays-Bas. Le Prince
de Kaunitz n'a rien ote prendre ſur lui ,
& malheureusement l'absence de l'Empereur
entraînera des délais dangereux. Ce contre
temps ah tera d'autant plus vivement l'Empe
reur , qu'il ne prévoyoit point d'obstacles d'une
nasare aufli grave ; on ne croit pas que le Gouvernement
général ait été autoriſé àdonner aux
Etat de Brabant l'aſſurance , qu'ils conſerve,
( 156)
rolent les anciennes Formes , à l'exception de
l'ordre judiciaire. Le 8 de ce mois , l'Empereur
aexpédié de Brody ſur les Frontieres de la Pologne
, de nouveaux ordres pour M. de Belgiojoſo
, qui lui ont été envoyés avant-hier. Ce
Prince étant encore à Brody le 8 , on ne croit
plus qu'il aft pu arriver le 12 à Cherfon. On ate
send ici S. M. Imp. pour le 15 du mois prochain,&
l'on fait qu'Elle reviendra par laHaute-
Hongrie. Lors du coup de canon tiré ſur l'EGcaut,
il y a trois ans , ce Monarque étoit abſent
de même , & cette circonflance influera fur fa
détermination ; & l'on attend faréſolution finale
avec laplus grande impatience.
Depuis huit jours , il n'est ici queſtion que des
nouvelles allarmantes qui nous viennent coup fer
coup des Pays Bas, & tous les eſprits font dans
l'inquiétude ſur les ſuites de cette malheureuſe
affaire. Le ſyſtême adopté par l'Empereur ,
d'une adminiſtration uniforme en tous pointsdans
les diverſes parties de ſes Domaines ; ſyſteme
exécuté enHongrie avec tant de facilité , tient
trop à coeur à ce Monarque pour qu'on puiſſe
attendre qu'il s'en déſiſte , & les avantages qui
en réſulteront , font trop évidens pour ne pas
l'emporter ſur les efforts que peut coûter l'exécution.
Auſſi le crí public eſt-il ici , que l'on va
rappeller des Pays-Bas les Régimens nationaux
poury en ſubſtituer d'autres en plus grand nombre,
ce qui ſeroit d'une augure ſiniſtre.
L'Empereur qui devoit arriver ſur les Fron
fieres de la Hongrie le premier du mois prochain,
ſera peut-être en cette réſidence dès le
6, fi les Couriers qui lui ont été expédiés le
12 & le 15 de ce mois , trouvent S. M. Imp.
partie de Cherfon. ( Gazette d'Amſterdam
45
4
C
1
53110
MERCURE
:
DE FRANCE.
SAMEDI 23 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE TEMPS PRÉSENT.
Ο
Ndefire ſouvent les maux que l'on n'a pas.
On vante nos aïeux, la trempe de leurs'âmes,
Etleurs preux Chevaliers avides de combats ,
Dérruiſant les humains pour amafer les Dames.
Moi qui , grâce à Louis, fommeille& vis en paix,
Je laiſſe déclamer , j'admire & je me tais.
L'AMBITIEUX jadis , ignorant politique ,
*Étoit& mal- adroit & cruel à-la- fois ;
Son humeur , à préſent, eſt douce & pacifique ;
Acourir les Bureaux , à ramper chez les Rois
:
: 1
Il paſſe ſes beauxjours & ſouvent ſon automne ,
Pour un titre pompeux qui n'éblouit perſonne.
N°. 25 , 23 Juin 1787. G
د
:
146 MERCURE
A SPARTE , à Sibaris , en tous temps, en tous lieux ,
Sous des noms différens on voit régner le vice.
Si nous ſommes ſoumis à ce monſtre odieux ,
Du moins on ne voit plus l'orgueil & l'avarice
Anos triſtes débats intéreſſant les cieux ,
Emprunter le ſecours d'un Moine factieux .
Ils ne ſe montrent plus ſous ces formes bizarres ;
De plus douces couleurs ils marchent embellis.
Nous étions autrefois vicieux & barbares :
Nous ſommes à préſent vicieux & polis .
(Par M. Pouchon , de Nifmes. )
Acrostiche qu'on avoit proposé.
I.
!
◄AIN éclat des grandeurs , titres , poſtes brillans ,
n qui l'homme ſuperbe établit ſa fortune,
ien ne peut vous fauver des injures du temps .
rands , petits , tout finit , cède à la loi commune,
mt le mérite ſeul en peut être excepté.
Zé pour l'honneur des lys , ce Sage reſpecté,
Zégligeanttous les droits qu'un fol orgueil s'arroge ,
n acquit de plus sûrs à l'immortalité .
on Maître l'a pleuré: c'eſt ſon plus bel éloge,
(Par M.de Boisbrunet , Capitaine au Régimene
Angoumois , Infanteris, )
DE FRANCE. 147
II.
ous qui deſirez vivre au Temple de Mémoire ,
t voir fur votre nom célébré dans l'Histoire
ejaillir un éclat juſtement mérité :
rands ! pleurez , imitez un mortel reſpecté,
xpiré ſous les coups des parques inhumaines.
Zon , Miniſtre jamais ne fut plus vertuzux ,
Z i trépas ne cauſa de plus ſenſibles peines :
trangers & François , en ce jour malheureux ,
se font tous réunis pour regretter Vergennes.
(Par M. le Prince de Béthane- Hesdigueul ,
Chevalier des Ordres du Roi de Pologne. )
III.
< RAI , ſimple dans ſes moeurs , ce ſage Politique
n père bienfaiſant veilla ſur les François ,
établit le commerce avec la paix publique ,
agna le coeur des Rois & l'amour des ſujets ,
trendit libre enfin la ſuperbe Amérique .
Z'imitant pas les Grands , il en fut eſtimé ;
Z'écoutant que ſon coeur , il adoroit ſon Maîtres
tl'ami de Louis étoit digne de l'être ;
sully du grand Henri mérita d'être aimé.
( ParM. l'Abbé Caron . )
Gi
148 MERCURE
IV.
IENS , reçois le tribut qu'aux vertus doit la terres
ntends , ombre chérie , entends l'Europe entière
egretter le Miniſtre , objetde ſon amour ,
émir ſur le malheur qui l'a privé du jour ,
tredire cent fois , dans la douleur profonde:
Z'aguère il reſpiroit pour le bonheur du monde ;
Z otre hémisphère enpaix béniſſoit ſes travaux ;
nnemi d'un vain faſte où l'orgueilleux ſe fonde,
ses vertus éclipſoient la gloire des Héros.
(Par M. Laurent de Charleville. )
V.
< AINQUEURS ! par vos combats ſur la terre & ſur
l'onde ,
rendez vos ſuccès à l'ombre des canons;
epaiſſez- vousdes maux que vouscauſez au monde;
oûtez fuperbement la gloire de vos noms ;
nfilence je fais le bonheur de la terre ,
Z 'aſpirant qu'à ce bien, la liberté des mers
Ze laiſſe, par mes foins , plus de morifs de guerre,
ttje cimente enfin la paix de l'Univers
sanscraindre ni braver lajalouſeAngleterre.
:
(Par M. Lacoste Montaufier. )
DEFRANCE .
149
VI.
ERGENNE eſt dans la tombe , & fon nom ſeul
nous refte .
mporté dans ſon vol au faîte des grandeurs ,
eſpecté par les Rois , il régna fur nos coeurs.
rand dans le cabinet , dans ſes ſuccès modeſte ,
ſt-il un fort plus beau que ne fut ſon deſtin ?
Z 'a- t'il pas mérité que la main de l'envie
Z'osât porter atteinte au bonheur de ſa vie ?
nfin par fon trepas , nous la ſſant Montmorin ,
on fort fur en tout temps de fervir la partie.
(Par M. Raymond. )
Acroftiche qu'on propose :
POLITIQUE .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Couchant ; celui
del'énigme eſt Plume ; celui du Logogryphe
eſt Boucherie , où l'on trouve chou , roche ,
rue , ruë, biche, roue , ruche , boue , robe,
Cher , Brie, cor , bru , riche , Cour.
Gii)
150
MERCURE
CHARADE.
UN desſept frères en muſfique
Compoſe toujours mon premier ;
Chaque être porte avec lui mon dernier ,
Enguerre encore il eſt mis en pratique;
Et l'on trouve dans mon entier
Une calamité publique.
(Par M. Baraion , Commis au Bureau
duDomaine. )
ENIGME.
Sans ANS rien changer , ou bienje vole,
Ou bienje ſers à découvrir qui vole ,
Ou bien je donne un petit air fripon
Atout individu portant coëffe & jupon.
(Parun Membre de la Ch. Litt. de Chantpy.)
LOGOGRYPΗ Ε.
UN moment , voudrez-vous m'entendre ?
Un arbre rare en nos vergers;
Le Dieu des bois & des Bergers ;
La moitié d'un nom doux & tendre ,
DE FRANCE.
Avec un vignoble excellent ;
Letemps marqué pour la carrière
Que fournit dans le firmament
L'aſtre brillant qui nous éclaire ;
C'eſt ce que mon petit talent
Peut , ſans autre métamorphoſe ,
Avec quatre pieds ſeulement ,
Tirer du mot qu'on vous propoſe.
Lecteur , pour vous en aviſer ,
Je vous invite à ſoulager
Celui qui manque de la choſe.
( Par un Abonné. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
HISTOIRE d'Elifabeth , Reine d'Angle
terre , tirée des Écrits originaux Anglois ,
d'Actes , Lettres , & autres Pièces manufcrites
qui n'ont pas encore paru ; par Mile
de Kéralio , de l'Académie d'Arras. Première
& feconde Livraiſons , 3 vol. in - 8 °.
Prix , 15 liv. broché. A Paris, chez l'Auteur
, rue de Grammont , Nº. 17 , & chez
Lagrange , Libraire , rue S. Honoré , vis- àvis
le Lycée , 1787 .
ILexiſte une foule accablante d'Hiſtoires,'
d'Hiſtoriographes , & très - peu d'Hiftoriens.
Giv
152 MERCURE
Juſqu'ici nous n'avions pas vu en France
d'Hiſtorienne ; Mlle de Kéralio , je penſe, eſt
la première Femme qui ait appliqué ſes talens
à ce genre qui exige les forces réunies
du jugement , de la ſagacité , de l'érudition;
d'un caractère & d'un eſprit également droits
&élevés.
Acette particularité , ſe joint ici celle du
choix même de PAuteur, traçant la vie de
deux Femmes , (car Marie Stuart occupe au
moins la moitié de cette Hiſtoire ); lune ,
célèbre par ſes talens, l'autre par ſes inforrunes
; toutes deux Reines. La première
ayant montré l'excès des faibleſſes de fon
fexe & les fublimes qualités desplus grands
Hommes : la ſeconde,dont la nature& l'éducation
avoient fait la Princeſſe la plus aimable
, fans en faire une Souveraine capable
de régner ſur des factions. Elifabeth , née au
milieu des tempéres & pour les diliper;
Marie pour en étre la victime; chacuned'elles
enfin , ayant cultivé les Lettres , parlé
latin , reçu & fait des vers.
Nous n'avions dans notre langue aucune
vie d'Elifabeth celle de Cambden, en Anglais
, manque de profondeur & d'exactitude.
Leti mérite encore moins de confiance;
on n'en doit aucune à un Romancier
qui fabriquoit des manufcrits, & qui juftifoit
ſes infidélités , en affurant , comme d'au
tres prétendus Hiſtoriens l'ont fait après lui ,
que les chofes inventées faisoient plus deplaifir
que les vraies. Le règne d'Elifabeth oc
DE FRANCE.
153
cupe près de trois volumes de l'hiſtoire générale
de Hume , dans la traduction Françoiſe
de cet Ouvrage; mais ceux qui aiment à s'inftruire
, defirent encore plus de détails ſur une
époque auſſi mémorable.
" J'offre au Public, dit Mlle de Kéralio ,
>> le fruit de dix ans d'études , de recher-
>> ches & de travaux. En effet , elle déploie
dans cette hiſtoire une profuſion de
connoiſſances; & non-feulement celles qui
étoientpropres à ſon ſujet, mais encore celles
qui y font analogues. Par exemple, elle
a raſſemblé dans un Diſcours préliminaire
le Tableau du Gouvernement Anglois à ſes
différens âges : à travers quelques inexactitudes,
on apperçoit dans l'enſemble de ce
morceau , la ſcience d'un Jurifconfulte , &
quelquefois la ſageſſe d'un politique éclairé.
Peut-être l'Auteur auroir-t-il dû ſe borner à
P'analyſe de la conſtitution fondamentale de
l'Angleterre , fans énumérer ſes cours de
juſtice , leurs formes , leur compétence : détails
plusconvenables àun traité de droit poſitif,
qu'a l'introduction d'un Ouvrage hiftorique.
Elifaberh , obſerve fort bien Mile
de Kéralio, n'établit pas la liberté, mais elle la
prépara par ſon gouvernement jufte , ſage
&régulier.
Le premier volume qui fuit certe Introduction,
eſt abſolument préparatoire: il comprend
en raccourci les règnes d'Henri VIII ,
d'Edouard VI , & de Marie. Elifabethe
ayant affermi & réglé la grande revolution.
Gv
154
MERCURE
qui , dans ce ſiècle , ſépara l'Angleterre
de l'Égliſe Romaine , l'Auteur a cru devoir
remonter aux événemens qui précédèrent
cette époque ; mais l'étendue de
ce tableau lui ôte de la netteté : l'oeil ſe
perd fur trop de détails , on attend avec quelque
impatience Elifabeth qui doit ſe trouver
au bout de cette longue avenue , & où
on l'apperçoit fugitivement , adolefcente ,
malheureuſe , prifonnière , & ne devant la
confervation de ſa vie qu'à la politique de
Philippe II. " Lorſqu'il jugea , par l'age , la
ود mauvaiſe ſanté,les infirmités de Marie,
>> dit Mlle de Kéralio , qu'il n'en devoit
>> point eſpérer d'enfans , & que même ſa
>>vie ne pouvoit être longue , il vit que
ود
ود
ود
ود
ſi l'on facrifioit Elifabeth aux ſoupçons
de la Reine , la couronne d'Angleterre pafferoit
fur la tête de Marie Stuart , Reine
d'Écoffe; il penſa que la France devien-
>> droit trop puiffante par la réunion de deux
>> Royaumes , & crut qu'en ſe conſervant
>> l'eſpoir d'épouſer Elifabeth, la reconnoif-
>> fance lui feroit obtenir de certe Princeſſe
>> des droits plus étendus ſur le Gouverne-
>> ment de l'Angleterre. >>
De cepetit nombre de détails fuccincts &
confondus , fur la première jeuneſle d'Elifabeth
, P'Hiſtorienne paſſe , dans le ſecond
rome, à l'abrégé des commencemens du règne
de cette Reine. Le premier Parlement
qu'elle affembla , lui demanda par requête
de ſe choiſir un mari, tant l'on étoit loin
DE FRANCE.
ISS
encore de lui ſoupçonner ces talens qui
maitrisèrent l'Angleterre pour en fixer la
gloire. Il eſt curieux d'entendre la réponſe
d'une Princeſſe de vingt - cinq ans à cette
demande du corps national. " Le reſpect ,
>> dit-elle , & l'attachement qui ont dicté
>> votre requête ine font agréables , quoique
>> le ſujet ne m'en plaiſe nullement. Je ſuis
>>perfuadée que le Ciel m'a fait naître pour
>> ne ſonger en toute choſe qu'à ſa gloire ,
» & j'ai fait choix de l'etat le plus dégagé
>> du ſoin des choſes humaines : fi les al-
>> liances qui m'ont été propoſées , & les
>>dangers que j'ai courus , avoient pu me
>> déterminer à prendre le titre de femme ,
>> j'aurois fait un choix , & j'y ai penſé dans
ود
le tems que j'étois ſimple citoyenne. Mais
>> aujourd'hui , que le ſoin du Royanime
>> m'eſt confié , il ſeroit imprudent à moid'y
> joindre les embarras qui font la ſuite né-
رد
ceſſaire du mariage. J'ai fait choix d'un
>> mari , c'eſt le Royaume d'Angleterre ; &
>> voilà le gage de cette alliance. « A ces
mots , elle leur montra l'anneau qu'elle
avoit reçu à ſon couronnement; puis elle
reprit : " Citoyens , ne dites point que je
ود
ſuis ſans enfans; vous tous , & tous les
» Anglois êtes les miens...... Si je perfifte
ود
dans la réſolution de demeurer libre , ſans
>> doute la Providence , vos conſeils , & mes
>> propres vues me choiſiront un ſucceſſeur
>> plus digne peut-être de vous gouverner
» qu'un héritier direct: ſouvent la poſtérité
Gvj
156 MERCURE
ود
ود
des bons Rois dégénère. Quant à moi, je
delire pour ma mémoire & la gloire de
>> mon nom , qu'on puiſſe graver lur mon
>> tombeau : Vì git ELISABETH , qui vécut
ود &mourut Vierge, & Reined'Angleterre."
On reconnoît déjà dans cette harangue ,
ce mêlange de fierté & d'artifice qui compoſa
le caractère d'Elifabeth, & cette fermeté
de ton qu'elle prit en 1588 , avec tant
d'énergie & de ſuccès , au camp de Tilbury.
Chacun fait que les premiers actes de
fon adminiſtration furent de fixer la religion
de l'état, la liturgie, la diſpoſition des bénéfices,&
la paix publique. Dans une page, Mlle
de Kéralio préſente le réſumé de ces glorieux
commencemens. " La face de l'Angle-
>> terre , dit elle , fut changée dans quel-
» ques mois ; la Reine s'attribua , par un
>>écrit public , le titre de Chef Suprême de
>> l'Églife Anglicane , diſant qu'après Dieu ,
>> elle avoit l'autorité ſouveraine de fon
>> Royaume , fans qu'aucune puiſſance eût
33
ود
le droit& le pouvoir de s'y oppoſer. Telles
furent les opérations d'une Femme de
» vingt- cinq ans, juſqu'alors , ou prifonnière
> ou enfevelie dans une profonde folitude ,
» qui , fans expérience dans l'art de gou-
>> verner , prenoit les rênes de l'Empire dans
» un tems où tout , au-dedans & au-dehors,
>.>>étoit dangereux. Avant l'année révolue ,
> elle avoit affranchi ſes états du joug ElDE
FRANCE. 1'57
>>pagnol , rétabli les Loix promulguées par
>> Henri VIII & fon fils, fait la paix avec
>> la France & l'Écoſſe , ſoumis l'ambition.
» & fixé les opinions. Une profonde pru-
>> dence avoit créé ce grand ouvrage ; une
» fermeté inébranlable le défendit contre
>> l'intrigue , & ne permit jamais qu'on y
» portât la plus légère atteinte. »
Cet affermiſſement de la Réformation ,
préparé par les horreurs du règne de Marie ,
achevé par la douceur politique d'Elifabeth ,
peint à la fois le génie & le caractère de
cette Princeſſe. L'Auteur a recueilli les grands.
traits de ce tableau , mais en les difperfant ,
ce qui rend le point-de-vue un peu vague.
C'eſt au ſein du fanatiſme le plus fanguinaire
, à l'inſtant où les bûchers de l'intolérance
fumoientde toutes parts, lorſque deux
religions rivales ſe combattoient en Angleterre
avec acharnement , lorſqu'Elifabeth
avoit à redouter les complots des Catholiques
, lambition de la Régente d'Écoffe
les intrigues des Guiſes , de Catherine de
Médicis , de Philippe II , les anathêmes dés
Papes , la moitié de la haute Nobleffe & du
haut Clergé de ſon Royaume , tous les Catholiques
d'Irlande & d'Écoſſe ſoulevés
par ces intrigues , qu'elle réunit l'Empire
& le Sacerdoce , cimente les fondemens de
la Religion Anglicane , en impoſe aux factions
comine àlenthouhaſme, fans violence,
fans perfecutions , ſans échafauds. On voit
Elifabeth ſuivre conftamment les principes
158 MERCURE
د
qui, depuis, ont guidé les Princes juſtes &
éclairés : il est vrai qu'elle refuſa des Temples
aux Catholiques ; mais la crainte
bien fondée de rallumer l'incendie qu'elle
éteignoit , explique ce refus. D'ailleurs ,
Elifabeth ne troubla la confcience ne
força l'opinion de perſonne. Chacun reſta
maître de ſa penſée, de ſes biens , de fon
état, quel que fût ſon ſymbole: la clémence
de la Reine épargna même des perfécuteurs
atroces , qui , tels que Bonner , avoient été
les miniftres des fureurs de Marie. Cependant
elle ne ſouffrit pas que, ſous prétexte
de confcience , on attentat à ſon autorité ,
ni qu'on troublât l'état; elle réprima le fanatiſme
perturbateur , & fans s'inquiéter
des dogmes de ſes Sujets , elle en exigea
le reſpect de la Loi , & le ferment de ſuprématie
, devenu lui - même une Loi fondamentale.
C'eſt donc très-injuſtement que
des Ecrivains paſſionnés lui ont reproché ſes
interceffions généreuſes en faveur des Proteſtans
étrangers , tandis qu'elle privoit les
Catholiques d'Angleterre de l'exercice public
de leur culte. Elle ne demanda point
à Philippe II ni au Roi de France d'ouvrir
des Égliſes aux Réformés , mais d'épargner
leur fang ; & lorſqu'un Souverain donne luimême
, au milieu des complots , l'exemple de
cette juſtice , il eſt pardonnable de le rappeler
aux Arbitres du fort des Hommes.
Quant auxpenſeurs, non moins extrêmes ,
qui ont blamé Eliſabeth d'avoir fait doni-
:
>
1
:
DE FRANCE .
159
ner une religion , au- lieu d'établir l'égalité
abſolue des ſectes & des cultes ; nous obſerverons
qu'il eſt fort aiſé de gouverner
ainſi les fiècles antérieurs dans leur cabinet;
mais que lorſqu'il s'agit , dans les
tems d'enthouſiaſine , d'empêcher des religions
, dénaturées par le fanatiſme , de s'entrégorger
& de perdre l'Etat, on n'y parvient
pas fans fubordination. Leur abandonner à
toutes un pouvoir égal , c'eſt leur délivrer
un ordre de ſe battre. Il ne faut pas fans
doute en laiſſer dominer aucune pour opprimer
les confciences; mais en ne forçant
aucune ſecte à adhérer au culte national ,
la prudence & la politique doivent leur
preſcrire de le reſpecter. D'ailleurs il ne s'agiffoit
point en Angleterre d'une doctrine
Théologique: la Loi de l'Etat ordonnoit de
regarder le Souverain & non le Pape, comme
chef de la Religion : c'étoit là une inſtitution
purement civile , à laquelle toute déſobéiſſance
devoit être regardée du même
oeil qu'une révolte contre le pouvoir légiflatif.
C'eſt à quoi n'ont fait aucune attention
la foule d'écrivains qui ont accuſé le
Gouvernement Anglois d'intolérance. Sous
Elifabeth , ſous Guillaume III , les Loix
s'armèrent contre les principes politiques
des Catholiquesd'Angleterre , beaucoup plus
que contre leurs principes religieux ; &
les Catholiques Anglois étant redevenus des
ſujets fidèles & paiſibles , le Parlement, enfin
revenu de ſes terreurs, a aboli les Loix
160 MERCURE
ſévères que les circonstances avoient autrefois
paru néceſſiter.
Mlle de Kéralio réſume très -judicieuſement
les peines infinies qu'éprouva Eliſabeth
à confolider ſes deſſeins. Sa gloire ,
>>dit elle , étoit de triompher par une vigi-
>> lance continuelle de tous les événemens-
>> contraires à ſes vues , d'oppoſer une ac-
>> tivité infatigable aux entrepriſes lentes
>> de quelques-uns de ſes ennemis ; d'arrê-
» ter par ſa modération les démarches pré-
> cipitées de quelques autres ; d'obſerver
" ſans relâche les Cours étrangères , de pé-
>> nétrer leurs deſſeins,de prévenir tous les
>> projets qu'on pouvoit former contr'elle
> dans ſonRoyaume...... Lorſque dans le
>> moment de la colere du Pape, elle triom-
>> phe d'une révolte excitée dans ſes Pro-
>> vinces ,des intrigues forméesdans ſa Cours
» on voit, par les papiers du tems , qu'elle
> avoit de fortes inquiétudes , qu'elle balan
>> çoit fur le choix des moyens , qu'elle en
>>peſoit les confequences , qu'elle écrivoit
> elle même à ſes ſujets & à ſes amis dans
>> les différentes Cours , à ſes Ambaſfadeurs
» & aux Commandans de ſes Places fron-
>> tières. La grandeur & le bonheur de fon
>> Peuple , acquis fous ſon règne , ne furent
» dus qu'à un travail conftant& laborieux,
>> à des réflexions longues&profondes , aux
>> lumières de l'expérience ,à la connoiffance
>> des hommes , & àla prevoyance qui en
> eft le fruit..» 4
;
:
1
DE FRANCE. 161
L'Hiſtorienne indique , ſans les développer,
les rapports de la puiſſance Souveraine
&de celle du Parlement , ſous le règne d'Elifabeth.
Quoique l'Aſſemblée Nationale n'eût
encore ni les prérogatives , ni l'influence
qu'elle acquit dans le ſiècle ſuivant , &
qu'elle a fi bienconſervées; quoique les droits
de la Couronne, indéterminés par la Loi , fufſent
ſouvent arbitraires , & que des uſages
tyranniques euflent prévalu même ſur des
ſtaturs , Eliſabeth ne put entamer le rempart
de la Conftitution , c'est-à-dire, le privilége
de refufer des fubfides. Ni ledefpotifme
d'Henri VIII , ni celui de Marie n'avoient
ébranlé le Parlement , qui , s'attachant à ce
Palladiuun de la liberté politique , la ſauva
du naufrage général pour la porter enfuite
à côté du trône. Cette fermeté du Parlement
prouve combien Voltaire , le P. Hénault
& d'autres ont eu tort d'attribuer à
la ſervile docilité des Anglois, les quatre révolutions
de culte qui ſe ſuccédèrent depuis
Henri VIII. Le Gouvernement changeoit de
religion , ſans que la nation partageât cette
inconftance. Dans l'eſpèce d'équilibre où
fe trouvoient les differentes ſectes , celle
qu'adoptoit le Souverain devenoitdominante;
mais la croyance générale ne varioit pas.
Confidérée dans ſes opérations légiflatives&
d'adminiſtration , cette Princefle étonnante
ſe montre par - tout , dans l'agriculrure
, les arts , le commerce , les manufactures
, le foulagement du Peuple, la naviga
:
162 MERCURE
tion. Tant de grandeur & de ſageſſe , il faut
l'avouer , occupe bien peu de place dans les
trois volumes que nous analyſons. Leur eftimable
Auteur ne paſſe pas moins légèrement
ſur les immortelles entrepriſes des
Hawkins , des Willougby , des Drake , des
Raleigh , des Forbisher , dont le génie &
l'intrépidité jettent un ſi grand luftre fur
cette mémorable époque. Point de détails
un peu circonſtanciés qui nous mettent à
portée d'approfondir le caractère de Walfingham,
de Bacon , de Cecil , & d'autres
Homines d'état auxquels Élifabeth dût une
partie de ſa gloire. Ces omiffions tiennent
ſouvent au défaut général de cet Ouvrage ,
où l'Hiſtoire d'Eliſabeth ne paroîtquelquefois
qu'un épiſode. La véritable Héroïne eſt
ici Marie Stuart : fes aventures, ſes fautes ,
ſes malheurs , ſon apologie, forment plus de
la moitié du livre. Si l'on ajoute à certe longue
digreſſion , celles où l'Auteur ſe laiſſe
entraîner par les guerres civiles de France
& des Pays-Bas, dont quelques traits principaux
auroient ſuffi , on concevra pourquoi
Elifabeth n'eſt dans ces trois volumes
qu'un perſonnage preſque acceſſoire. Le vice
du plan répand de la confuſion dans les matières
, dont le fil , très- fréquemment interrompu
, ne ſe renoue pas toujours de manière
à conduire le Lecteur : quand il a beſoin
de fa mémoire pour ſentir les tranfitions,
bien rarement ſe préſentent-elles à ſon efprit
ſans l'embarraſſer.
DE FRANCE
163
Il eſt très-naturel que les infortunes de
Marie Stuart , & ſes qualités , touchent une
ame ſenſible & noble; mais peut-être Mlle
de Kéralio s'eſt-elle trop exclufivement livrée
à l'impulfion de ce reſpectable ſentiment.
On apperçoit de la réſerve dans les
éloges qu'elle donne à Elifabeth, de l'abandon
dans ceux qu'elle prodigue à la Reine
d'Écoffe. L'Hiſtorienne a défendu celle - ci
par toutes les armes de l'érudition & de
la critique; elle réfute avec étendue Huine,
Robertfon , Buchanan , tous les Hiftoriens
contraires à Marie , & renforce les opinions
de Gilbert Stuart , dont l'Ouvrage eſt connu
de tous ceux qui ont cultivé la Littérature Angloiſe.
Delà , une prolixité inévitable dans
cette déduction , & les mémorables événemens
du règne d'Elifabeth traités avec brièveté.
Mlle de Kéralio ne laiſſe pas une excuſe
à la Reine d'Angleterre , dans fon inimitié
contre Marie , fi ce n'eſt par les faits ,
du moins par les raiſonnemens. On fent
bien que toute diſcuſſion ſeroit ici hors de
place; mais nous perſiſtons à croire que ſi
'Hiſtorienne a rendu Marie infiniment intéreſſante
, ce n'eſt ni par les vertus ni par
les talens néceſſaires ſur le trône : talens &
caractère qui manquèrent dans la ſuite à
tous les Stuards, lorſque leur étoile les mit à
la tête d'une Nation qu'on ne peut gouverner
ſans en être digne.
Le troiſième volume finit en 1973 ; un
quatrième doit achever cette Hiſtoire d'Eli
164 MERCURE
fabeth& celle de Marie. Il embraſſera , par
confequent, trente annees pleines de grands
événemens , & confirmera ce que nous
avons dit du défaut de proportion entre les
parties de cet important Ouvrage.
Comme Mlle de Kéralio deſtine un sº.
volume aux Pièces juftificatives , elle auroit
pu foulager les trois premiers de pluſieurs
difcuffions & notes critiques qui coupent
déſayaéablement la narration. Il importe de
montrer avec exactitude le réſultat de ſtes
recherches; mais il n'importe pas également
d'expoſer toujours les recherches mêmes.Au
refte , nous fommes très eloignes de blámer
par cette réflexion, l'érudition profonde qui
fait l'un des mérites de cetOuvrage : on n'a
pas à craindre qu'aujourd'hui ce mérite devienne
contagieux,& ce n'eſt plus le tems
où l'on perfuadera aux faiſeurs de phrates,
de déclamations,de conjectures & de tentences
appelées philoſophiques ,que les connoiffancesnes'acquièrent
pas encompofantun
livre tous les ans; que pour juger les evenemens,
les Hommes, les Nations,&étre autoriſé
à induire de ce jugement des maximes
générales, ilfaut avoirapprofondi les uns&les
autres par la ſcience&par la réflexion ; en
un mot, que pour écrire des faits , il faut les
ſavoir. Accoutumés , comme ils le font depuis
quelque tems , à des fquelettes hiftoriques
qu'on intitule : Hiſtoires raisonnees
Philofophiques , Générales ,&àdes tableaux
de fantaiſie, où l'on ne trouve ni critique ,
DE FRANCE. 165
ni preuves , ni certitude, beaucoup de Lecteurs
s'effrayeront des recherches de Mlle de
Keralio; mais les Hommes ſenſés de tous
les pays la dédommageront de ce dédain.
Les morceaux que nous avons cités donnent
une idée du ſtyle de cette Hiſtoire; il
eſt en général plus ſage qu'élevé, plus égal
que rapide, rarement éloquent ,& quelquefois
trop didactique. La marche même de
l'Ouvrage , chargé de détails en quelques endroits
, communique à l'élocution une plénitude
qui en rallentit le mouvement. En diviſant
mieux ſes matières , en les coupant
par chapitres ou par époques, Mlle de Kéralio
eût donné à ſon ſtyle plus d'aiſance &
de force, à ſes tableaux plus d'effet , & au
Lecteur plus de ſenſations. Malgré ces taches
, peu d'Ouvrages modernes méritent
une part auſſi diſtinguée dans l'eſtime publique
, & feront accueillis plus favorablement
de toutes les Nations de l'Europe .
( Cet Article estde M. Mallet-du-Pan. )
166 MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
AVANT d'entretenir nos Lecteurs du
Poëme de Tarare , qui nous entraînera peurêtre
dans un long examen , nous allons leur
parler de la manière dont les rôles ont été
rendus ,de la beauté , de la richeſſe des acceſſoires
, de l'exécution en général, & nous
nous étendrons enſuite ſur le mérite particulier
de la muſique.
Il eſt fâcheux que les Journaliſtes ſe foient
habitués à louer preſque indiſtinctement tous
ceux qui concourent à l'exécution d'un OuvrageDramatique.
En abuſant ainſi de l'éloge,
devenu bannal , ils lui ont ôté tout ſon prix.
Tel Acteur qui aura rendu ſon rôle avec un
talent réel , pourra-t'il être ſenſible à des
louanges qu'il voit proſtituées à un talent
médiocre , ou à celui dont le rôle infignifiant
& privé de nuances marquées , n'étoit fufceptible
d'aucun de ces mouvemens qui diftinguent
le grand Acteur ? Ces éloges , qui
ne font plus que des formulesde convention ,
n'ont donc riende flatteur pour ceux à qui on
DE FRANCE. 167
les prodigue; cependant on les a rendus indiſpenſables.
S'en abſtenir feroit une diſtinction
humiliante , dont les Acteurs auroient
raiſon d'ètre offenfes ; & cet oubli, pour le
Public accoutumé à les voir, équivaudroit à
une critique.
Pour remédier , s'il eſt poſſible, à cet abus ,
convenons de nous y prendre d'une autre
manière ; ne louons que les Acteurs dont les
rôles auront offert des nuances délicates à
ſaiſir ; qui , placés dans des ſituations variées ,
auront fu donner à chacune d'elles le ton différent
qui leur convenoit. Ne parlons point
des autres , ou contentons nous d'en dire
-qu'ils ont fait tout ce qu'ils pouvoient faire
qu'on n'a rien à leur reprocher. L'éloge ainfi
donné avec plus de réſerve , reprendra toute
ſon énergie , pourra ſervir de récompenſe
aux uns ,d'encouragement aux autres ; il ſera
même alors un véritable adouciſſement à la
critique qu'il faudra quelquefois ſe permettre.
En louant tout , il n'eſt plus permis de
blâmer que ce qui eſt entièrement mauvais ;
car ſi vous mêlez la critique & la louange ,
l'Acteur qui ne voit dans celle- ci qu'un protocole
d'uſage , ne ſera plus ſenſible qu'à
l'amertume de celle là,
- Nous devons ajouter , pour nous faire
mieux entendre , que ce n'eſt pas ſur l'importance
des rôles que nous meſurerons nos éloges,
mais fur leur difficulté; que ce n'eſt pas
ſur le talent général des Acteurs , mais fur
168 MERCURE
celui qu'ils auront été à portée de montrer
dans l'Ouvrage dont nous rendrons compte,
quenous pourrons n'avoir rien à dire des pre
miers perſonnages d'une Pièce , tandis que
nous nous arrêterons ſur des rôles en apparence
moins importans. Par exemple , dans
l'Opéra de Tarare , Aſtaſie eſt le premier
rôle de femme; il eſt rempli par Mlle Maillard
avec toute la dignité , toure la grâce ,
toute la ſenſibilité que ce rôle exige ; mais
cesqualités n'ont rien d'extraordinaire. Mile
Maillard les a déjà prouvées dans d'autres
rôles , & en a même montré de plus difficiles
à réunir. Aſtaſie eſt une jeune femme arrachée
à fon époux ; elle est toujours gémif--
ſante , toujours dans la même ſituation. Si
F'Actrice avoit voulu donner plus de variété
àfon rôle elle auroit mal fait. Ce n'eſt donc
la faute de perſonne, c'eſt le ſujet qui l'a voulu
ainfi.
Le rôle d'Atar lui-même, quoique le premier
de la Pièce, eſt à-peu-près dans le même
cas. C'eſt un Tyran toujours féroce; il l'eſt
dans ſa haine , dans ſa vengeance , dans ſes
plaifirs, juſquesdans ſes momens indifférens.
Il falloit pour jouer ce rôle un Acteur doué
de force , de nobleſſe, & d'une portion d'intelligence
ſuffifante pour foutenir un caractère
vigoureuſement prononcé. Ce ne ſeroit
pas louer M. Chéron que de dire qu'il a réuni
ces qualités , aſſurément ilen poſsède de plus
rares. Il a montré dans le rôle d'Edipe tout
ce
DE FRANCE. 169
ce dont il étoit capable ; mais le rôle d'Atar
n'étoit pas fufceptible des mémes développemens.
Un excellent Acteur eſt celui qui ne
metdans fon rôle que ce qui doity être. L'Auteur
lui-même ne peuty mettre que ce que
le ſujet lui permet. Ilnous ſemble qu'il y auroit
quelque choſe d'injurieux à louer un Acteur
célèbre ſur des choſes d'un mérite ordinaire.
C'eſt comme fi nous vantions la fuperbe
voix de M. Cheron & de Mile Maillard.
Nous ne parlerons pas davantage du rôle
d'Altamort. Il eſt preſque nul dans tout l'Ouvrage,
exceptédans le momentde la querelle
avec Tarare. Il exige alors de la chaleur &de
Ja nobleffe: M. Châ eaufort n'y a rien laille à
defirer; mais ſi nous le remarquons , c'eſt que
cetActeur eft depuis peu de temps au Theatre,
pour lequel il annonce de grandes difpoſitions.
Nous avons dejà eu l'occafion de
dire combien il a d'intelligence : il n'a donc
eu ni pu avoir dans le rôle d'Altamort aucun
merite particulier.
Mais il n'en eſt pas de même des rôles de
Tarare , de Calpigi, de Spinette & du Grand-
Prétre Arthénee. Celui- ci fourbe , hypocrite ,
ambitieux , devoit avoir deux caractères ; l'un
àmontrer aux perſonnages avec leſquels il ett
en Scène ; l'autre , à laiſſer entrevoir au Public.
Cet homme qui n'eſt rien moins que naturellement
doux , eſt pourtant toujours doucereux.
Voyez avec quel patelinage il endoctrine
le jeune enfant des Augures! voyez
Nº. 25 , 23 Juin 1787 . H
170 MERCURE
avec quelle réſignation apparente il couronne
Tarare au dénouement ! voulez-vous ſavoir
cependant quel eſt ſon caractère véritable ? Il
le décèle à la première Scène, lorſqu'il encourage
fon Souverain à répandre le ſang des
ennemis. Tout ce rôle eſt rendu par M.Chardini
avec beaucoup de profondeur & de
fineſſe , & il mérite d'autant plus d'éloges ,
que c'eſt la première fois qu'il a occafion de
développer les talensd'Acteur. CommeChanteur
, il n'en mérite pas moins; mais ce talent
eſt plus connu en lui. Nous remarquerons
feulement qu'il en donne des preuves plus
fréquentes depuis que le Public, touchéde
fon zèle&de ſa conſtance , lui accorde enfin
des encouragemens dont il l'avoit trop longtemps
privé. Nous devons auffi une diſtingtion
à la manière dont il chante le petit air:
Ainsi qu'une abeille , parce qu'en y mettant
toute la liaiſon , toute la grâce dont eſt fufceptible
un joli chant, ila ſu ſedéfendre d'une
certaine affectation qu'on peut quelquefois
reprocher aux Chanteurs de ce Théâtre,
On favoit tout ce que Mlle Gavaudan cadetre
a de gaîté, de légèreté , de fineffe &de
malice, elle en a déjàdonné des preuves dans
plus d'un rôle ; mais foit que celuide Spinette
s'y prête encore davantage , ſoit que cette Actrice
ait le mérite particulier de paroître toujours
nouvelle , il nous ſemble qu'elle n'a
jamais été aufli piquante qu'elle l'eft ici . Elle
met un charme inconcevable dans la manière
:
DE FRANCE. 171
:
dont elle chante à Calpigi le petit air du quatrième
Acte , & , deux Scènes après , le duo
avec Tarare , duo fort joli par kui même , &
auquel ſa gaîté donne un agrément de plus.
Mlle Gavaudan n'a que fix mots à dire dans
toute la Pièce , & de ces fix elle en dit trois
d'une façon tout-à fait remarquable.
De tous les rôles de cet Opéra , celui de
Calpigi eſt le plus extraordinaire àce Théâtre ,
c'eſt même le ſeul qui répande fur cet Ouvrage
un vernis de nouveauté. Calpigi eſt un
Eſclave Italien , une de ces malheureuſes victimes
du goût muſical que la ville de Naples
fournit à l'Italie , & qui par une ſuite d'aventures
ſe trouve occuper l'une des premières
places dans le Sérail du Roi d'Ormus. Leſte ,
adroit , fouple , intrigant , mais généreux &
ſenſible, il s'eſt enthouſiaſmé pour les grandes
qualités de Tarare,&mille fois il expoſe ſa
vie pour le ſervir. C'eſt une eſpèce de Figaro
, mais placé dans des circonstances plus
nobles; on ſent tout ce qu'il falloit de talent
pour remplir un pareil rôle , & M. Rouffeau
s'en acquitte avec un art infini . Je dis de l'art,
malgré la légèreté , l'aiſance , le naturel avec
lequel il le joue; car il faut beaucoup d'art
pour paroître ſimple & vrai. Il eft charmant
dans mille endroits ; mais il rend fur- tout
d'une manière ſupérieure la Scène d'embarras
où il doit dérober Tarare , déguiſé en muet ,
aux regards du Sultan jaloux. Nous ne parlons
pas de la manière dont il chante: on fait tout
ce qu'il vaut à cet égard. Ce ſont ſes talensde
Hij
174 MERCURE
Comédien qui ſont ſur-tout dignesd'éloges,
&fur leſquels nous inſiſtons le plus , parce
qu'on les lui connoiſſoit moins.
D'après les principes que nous avons poſés
fur les éloges, il ſembleroit que nous n'en devons
aucun à M. Lainez , chargé du rôle de
Tarare . Cet Acteur, rempli d'un amour pour
Con état, qui ne lui permet de négliger aucun
rôle, ſe montre dans tous , comme dans
celui-là , plein de grâce , de nobleſſe, d'intelligence
& de chaleur; mais il nous a paru cependant
que , placé ici dans des ſituations qui ne
font pas communes à ceThéâtre , il porte ces
qualités àun plus hautdegré. C'eſt ſur-tout par
fon intelligence profonde & par ſa nobleffe
qu'ily eft remarquable. Indigné du titre d'efclaye
donné à fon Aftafie , avec quel intérêr
il en trace le portrait ! dans ſa querelle avec
Alramort, comme il cache & laifle pourtant
appercevoir l'agitation de ſon âme ! comme il
fait diftinguer le fang froid de la froideur!
voyez le ſous les pieds d'Atar , revêtu des
habits d'un Eſclave nègre , couvert d'un maf
que qui ôte à ſa phyfionomie tout fon jeu ,
comme il fait cependant annoblir cette pofition
aviliffante ! avec quelle chaleur pittoreſque
il déploie ce vers : Je franchirai cette
barrière impénétrable ! Et la Scène avec Spinette,
& celle du dénouement où il demande
la grâce des rebelles qui l'ont voulu délivrer,
&vingt autres endroits qu'il fautbien taire .
Cet Acteur qui , du côté de la voix , doit peu
à la Nature , prouve juſqu'à quel point le vé
1
1
DE FRANCE.
175
fitable talent eft capable de s'élever à lui
feul.
Certainement nous ne laifferons pas fans
éloges le jeune Carbonel , ce docile enfant
des Augures. Dans l'âge où l'on n'a ordinairement
que des prétentions , il annonce te
grande intelligence ; il a très bien faifi l'efprit
de fon rêle , & il parent avoir eu pour
ſes maîtres tout le dévouement qu'il anhonce
envers le Ministre de Brama. La voix
de deffusdesenfans eſt ordinairement criarde ,
la fienne eft douce , fonere , intenfe , &d'une
juſteſſe parfaite. Il eſt à defirer que la nature
la lui conferve , & l'on peut prédire qu'alors
il deviendra pour ce theatre un ſujet bien précieux.
Si tous les acteurs ont coticourt à rendre
parfaite l'execution de cet ouvrage , les autres
partiesn'ontpas été négligees.Lesdécorations,
extrêmement riches & nobles , font toutes
d'un goût excellent. Le payſage du prologue
• eſt d'une fraîcheur délicieuſe , & l'extérieur
du temple de Brama d'une grande vérité.
Quelques perſonnes en ont trouvé le coloris
trop blanc , elles n'ont pas pris garde que
c'eſt un effet local , & que dans ce climat
brûlant,leſoleil dévore la couleur de la pierre.
L'intérieur de ce même temple eſt d'une
grande magnificence , & la cour du palais
deſtinée au fupplice de Tarare , joint à la
même vérité de coſtume une diſpoſition trèsfavorable
au tableau qui doit la remplir.
Nous ne devons pas oublier l'illumination
H
174 MERCURE
des jardins du Serail, où la perſpective eſt
obſervée avec beaucoup d'art ni lidée,
fort jolie d'avoir fait reparoître dans l'éloignement
cette même illumination à travers
les fenêtresdu fallon qui lui fuccéde.
Il y a peu de danſe dans cet ouvrage. On
ne peut compter que la fête donnée par Calpigi.
Elle a paru un peu longue , & l'idee
en a été peu goûtée; mais cette idée appar .
tient à l'auteur des paroles & non au maitre
des bullets qui n'a fait que l'exécuter. Il a
patu bizarre que l'Italien Calpigi ait imaginé ,
pour amuſer un fouverain d'Afie , de lai
préſenter des perſonnages de la Cour de
France, fous Louis XIV, & des payſans en
taffetas , qui ne font d'aucun pays. Suivant
te que nous avons établi plus haut , nous
ne parlerons point des danſeurs. En effet ,
dire queMelles Saunier, Guimard , Langlois ,
Miller , dire que MM. Gardel, Veftris , Nivelon
, Laurent , qui danſent toujours parfaitement
, ont parfaitementdanſé , ce ne feroit
pas une choſe nouvelle ni piquante, ces éloges
périodiques ſont trop au- deſſous de leurs
talens.
L'orcheſtre a été excellent , parce que l'orcheſtre
de l'Opéra, toujours bien conduit, eft
toujours excellent , & que l'eſtime méritée
que lesperſonnes qui le compoſent ont pour
le muficien , a encore ajouté un nouvel intérêt
à leur zèle ordinaire. On n'a pas toujours
entendu les paroles , malgré le ſoin que
M. de Beaumarchais exigeait aux répétitions
DE FRANCE. 175
pour obſerver les piano , & pour engager
les acteurs à prononcer. Nous en dirons la
raiſon enparlant de la muſique; la faute n'en
eſt ni à l'orcheſtre , ni aux acteurs.
On a prétendu que M. de Beaumarchais
avoit donné aux chanteurs des choeurs une
nouvelle vie ; qu'il les avoit rendus plus participans
à l'action qu'ils ne l'avoient jamais
été. Nous n'avons pas vu cette différence. Les
choeurs font très-bien rendus, mais il nous
ſemble que depuis que M. Gluck a réellement
créé cette partie, ils le font dans tous les
Opéras aufli- bien que dans celui- ci , chaque
fois que le choeur eſt placé en ſituation.
Nousnous ſommes étendus plus qu'il n'eſt
d'uſage ſur l'éloge des acteurs , & nous avons
eru le devoir , aux peines extraordinaires que
cet ouvrage leur a données. Il ne nous reſte
pas affez d'eſpace pour parler de la muſique.
Nous nous contenterons de dire qu'on y a
trouvé des beautés du premier ordre ; qu'en
général elle a parfaitement réuſſi : nous en
réſervons l'examen détaillé pour le prochain
numéro. Il ne s'agit pas ici d'un éloge vague
& infignifiant. On peut jeter une louange
au-devant d'un auteur médiocre , dont l'ouvrage
ne vaut pas la difcutlion : les talens de
M. Salieri , & fes nouveaux efforts méritent
une attention plus particulière , & dans cet
examen nous nous permettrons la critique
avec d'autant plus de courage , qu'il nous pa
roît digne de l'entendre , & que les beautés
Ηιν
176 MERCURE
de cette nouvelle production l'emportentde
beaucoup fur fes défauts.
:
JE paffe
VARIÉTES.
LES GUICHETS
ma vie avec un homme de beau
coup d'eſprit, qui emploie constamment tout
ce qu'il en a a décrier gaiement l'eſpèce humame
, dont lui &moi faiſons partie , à me
prouver que les hommes font & feront toujours
, & fans remède , méchans & malheureux
, que les ſociétés vont fans celle de mal
en pis; que les tentatives de ceux qui cherchent
a éclairer l'homme , à le rendre meil
leur , à corriger les abus , &c. font inutiles
&leurs eſpérances chimériques.
Mon homme d'eſprit eſt ſans doute plus
philofophe que moi, puiſqu'il ſe reſigne à fa
deftinée qui l'a mis au nombre de ces êtres
dont il dit tant de mal; ou peut être penſet-
il ( avec beaucoup de raiſon ) qu'on ne lui
appliquera pas à lui-même tout ce qu'il dit
deplaifant contre leurs vices& leurs ridicucules.
Mais , pour moi , j'avoue que moins
aſſuré qu'on veuille faire la même exception
en ma faveur , je ne m'accommode point
d'une fatyre générale de l'eſpèce à laquelle
j'appartiens. J'ai peur que le bout du biton
de Scapin në porte ſurmes épaules. J'ai donc
DE FRANCE. 177
été quelquefois impatientéde fesplaintes &&
de ſes plaifanteries , & j'ai defiré que les
tunes fuffent moins éloquentes , & les autres
moins piquantes , éloge que je leur dois,
en même temps que ma philoſophie me les
fait regarder comme injuftes.
Ce fentiment m'a conduit quelquefois ,
en ſociété , à répondre à ſes épigrammes
par de fort bons raisonnemens ; mais cette
méthode m'a rarement réuili. D'abord je ne
l'ai point perfuadé du tout , & , d'un autre
côté, nos auditeurs aimant mieux le rire
que le raiſonner , ont continué de rire de l'efpèce
, & d'eux-mêmes & de moi , & n'ont
ri que plus fort à meſure qu'ils me voyoient
m'affliger & m'animer davantage. Ces petits
dégoûts in'ont déterminéà recueillir pour moi
feul & pour un petit nombre de philantropes
comme moi , les raiſons que t'ai quel
quefois oppoſées aux détracteurs de l'humanité
, pour prouver , non pas que l'homme
eſt un étre parfait , mais qu'il n'eſt pas auſli
monstrueuſement ridicule, ni auffi effentiellement
méchant , ni fur-tout auffi incorri
gible qu'on le dir.
Mais une apologie ſérieuſe &complette de
l'eſpèce humaine contre les miſantropes , eſt
un ouvrage dont le caractère & l'étendue ne
permettent pas qu'on en enrichiffe le Mercure
; & en attendant que je la rende publique
, j'ai cru pouvoir pouffer à mon antagoniſte
un argument d'autant plusembarratiane
pour lui , qu'il ne s'y attend point , & que je
Hy
178 MERCURE
:
l'attaque par un côté qu'il ne penſe peint à
couvrir.
Ilne voit en moi qu'un philoſophebien ſpéculatif,
perdu dans la plus haute métaphyque
, chimérique dans ſes ſyſtèmes , faure
d'obſerver des faits ſenſibles& frappanspour
les hommes les plus grofliers. Je le prendrai
doncbien au dépourvu ſi je trouve dans un
fait de ce genre, ſimple , manifeſte , ſous les
yeux de tout Paris & ſous les fiens , fi je
trouve , dis- je , dans ce fait une démonstration
de la perfectibilité de l'eſpèce humaine ,& de
fa marche actuelle & progreflive vers tout le
bonheur & toutes les lumières dont peuvent
ètre ſuſceptibles des êtres ſenſibles & intel-
Ligens.
Pour exécuter mon projet , je ſuis forcé
de prendre les choſes d'un peu loin ; mais
qu'importe ſi j'arrive à mon but , & fi j'y
conduis mes lecteurs.
On fait que lejardin & le palais des Tuileries
, la longue galerie du Louvre & le
Louvre ſéparent le fauxbourg S. Germain du
quartier du Palais Royal , de celui de la place
Vendôme & d'une partie du fauxbourg S.
Honoré.
Lorſque je fuis arrivé à Paris en 1740 , la
communication entre ces deux parties de la
Ville ne ſe faifoit que par trois petits paflages
appelés guichets , ouverts au-dellous de
La galerie du Louvre , dont le premier , en
defcendant du Pont-royal, étoit celui qui dé-
Bouche encore aujourd'hui dans la rue S, Nii
1
DE FRANCE.
179
aiſe, le ſecond , vis- à-vis la rue S. Thomas
du Louvre , & le troiſième , dans la rue rromenteau
.
aux
la
Cet état des choſes étoit fort incommode.
Tous les carroſſes venant du fauxbourg S.
Germain par le Pont-royal , pour aller
quartiers du Palais royal , de S.Roch&de
place Vendôme , étoient obligés de paffer
par unde ces guichets. 'Aux heures des affaires
& des ſpectacles , ces paſſages étoient
embarralfes de longues files de voitures : les
gens de pied y riſquoient leur vie , & les accidens
étoient frequens.
J'avois été ſouvent témoin des inconvéniens
de ce défaut de communication , mais
j'en avois été médiocrement frappé juſqu'à
ce qu'un foir , en l'année 1750 , revenant
d'entendre la Serva Padrona & le bouffon
Manelli & Jéliotte & mademoiſelle Fel àl'Opéra
, je vis écrâfer contre une borne du guichet
, un malheureux père de famille. Échappé
moi-méme avec peine au danger , je revins
chez moi tout troublé. Le lendemain ,
au café , je déclamai avec beaucoup de vivacité
contre les carroſſes,& furtout contre la
barbarie qui laiffoit ſubſiſter les cauſes du
malheur dont j'avois été témoin .
Je répétois , à cette occafion , ce que j'avois
oui dire ſouvent, qu'il falloit ouvrir un
quatrième guichet plus près du Pont-royal ,
qui donneroit dans le Carouſel. Je prouvois à
ma manière le beſoin preſſant qui demandoit
cette nouvelle communication , & j'ex-
Hvj
180 MERCURE
primois vivement le defir&l'eſpérancede la
voir bientôt ouverte , lorſqu'une eſpèce de
Magiftrat , qui avoit épousé la fille d'un Officier
des Ecuries , me dit dédaigneuſement
que je parlois en jeune homme , & de chofes
que je n'entendois pas ; que les change
mens les plus petits en apparence , avoient
ſouvent des ſuites très importantes ; que dans
l'espèce préſente il y auroit des inconvéniens
graves que je ne pouvois pas prévoir , mais
qu'il alloit m'expliquer : que cette facilité de
plus donnée au public diminueroit le nombre
ou l'emploi des fiacres; que ce feroitmettre
un affez grand nombre de perſonnes
à l'aumône , & attaquer la propriétédes pri
vilégiés qui jouiffent du droit de faire voiturer
le public ; que l'emploi des prairies qui
fourniffent les fourrages à la Capitale feroit
réduit , & que comme les terres n'en étoient
bonnes qu'à porter du foin , il en réſulteroit
une diminution notable de culture , &c.Nos
Rois , difoit-il encore à demi voix , pouvant
d'un jouràl'autre revenir faire leur demeure.
dans la Capitale , il ſeroit imprudent d'établat
fi près du palais des Tuileries une
communication au moyen de laquelle , dans
une émeute populaire , le fauxbourg S. Germain
&le fauxbourg S. Honoré pourroient
fe donner trop facilement la main. Il n'étoiť
pas non plus décent , ſelon lui , que le peu
plepaſsât ſi près du palais du Roi , il falloir
craindre la trop grande familiarité qui eft
dans le caractère françois, &c.
DE FRANCE. 181
Enfin il ajoutoit , d'après la poſition des
écuries duRoi , qui s'étendent , comine on
fait , depuis le palais juſqu'à l'imprimerie
royale , que l'ouverture propoſée couperoit
un beau filet d'écurie & prendroit la place de
fix chevaux du Roi.
J'avoue que toutes ces raifons ne me tou
choient guère. Je répondis vertement à mon
Magiſtrat ; mais je fus plus embarraſle des
objections d'un petit vieillard , un peu moroſe
, qui ſavoit Tacite & la Rochefoucault
par coeur , & qui , après avoir hauffe les
épaules à toutes les preuves de mon antago
niſte , me dit :mon enfant , ce que vous de
mandez ne ſe fera jamais ; apprenez que dans
éepays-ci on ne déplace jamais des chevaux
pour des hommes ; que dans les monarchies ,
on ne fait jamais rien pour le peuple; &
puis, me dit il avez - vous remarqué que
tout le long de la galerie du Louvre il y a
des échoppes bien ſales , où l'on vend de la
Vieille ferraille & de vieux ſouliers , & que
pout ouvrir de nouveaux pallages il en fau
droit ôter cinq à-fix. Or , ces échoppes appar
Hennent ar neveu du bâtard de l'apothicaire
du ſecrétaire , &c. , & jamais on ne vaincra
unobſtacle ſi puiſfant.
Je ne ſais comment cet honnête- homme
m'affligeoit fans me perfuader. Je défendois
mes eſpérances contre la mifantropie&même
contre les faits , car le guichet ne s'ouvroin
point.
J'avois , depuis bien des années , lamon
182 MERCURE
tification de voir mes eſpérances deçues ,
lorſque je quittai la Capitale au commencement
de 1758 ; j'y reviens au commencement
de 1759 , &je trouve non pas
ſeulement un , mais trois nouveaux guichets
ouverts fous lagalerie du Louvre dans le voifinage
du Pont royal ; un pour les carroffes &
deux pour les gens de pied, débouchant dans
le Carouſel. Je ne puis dire combien ce petit
fait me frappa fortement.
Je fis dès- lors des réflexions profondes&
confolantes fur ce changement. Je voyois
qu'on avoit triomphe des craintes des politiques.
Ces échoppes , qui paroifloient aufli
folidement établies que te Louvre lui même ,
avoient cédé. J'étois fur - tout frappé de la
facilité avec laquelle on avoit déplacé fix
chevaux de carroffe.La circonſtance des deux.
guichets pour le paffage des gens de pied
épanouifloit mon aime , parce que j'y voyois ,
de la part de l'Adminiſtration , quelque foin,
du Peuple. Enfin, dès ce moment, j'ai cru
que tous les abus pouvoient ſe réformer.
inſenſiblement , tous les paffages obftrués
s'ouvrir , toutes les lumières ſe répandre ,&
que les ſociétés politiques pouvoient , avec
le tems , arriver à un degré de bonheur qui
leur eſt encore inconnu .
Mais mes raifounemens & ma conviction
ont pris un nouveau degré de force , lorfqu'en
1784 , & feulement 27 ans après la
première opération , j'ai vu s'élargir encore
les trois nouveaux guichets & s'en ouvrir
DE FRANCE. 183
deux de plus. Ces faits m'ont paru témoigner
ſi hautement en faveur de mon opinion
, qu'il ne me reſte plus aucun doute
& que je ne penſe pas qu'il en puiſſe reſter
dans l'eſprit de tout homme dont la miſantropie
n'épargnera pas le jugement .
On me dira , fans doute ironiquement ,
que de choſes dans un guichet ! mais ceux
qui n'y verront pas tout ce que j'y vois ,
ne connoîtront pas la marche de l'eſprit
humain. Elle est la même dans toutes les
routes ouvertes devant lui. Ne voit - on
pas que les obſtacles qui empêchent la
réformation de tous les genres d'abus , &
l'amélioration de l'état des fociétés , ſont
les mêmes que ceux qui devoient empêcher
éternellement l'ouverture des guichets ? Que
ce ſont auſſi des craintes puériles , de fautfes
vues politiques , de petits intérêts , de miférables
uſages, de chétifs établiſſemens trèsreſſemblans
à des échoppes , des chevaux de
carrofle à réformer cu à déplacer, &c. & que
les mêmes cauſes qui en moins de trente
ans ont fait ouvrir juſqu'à cinq guichets
fous une aile du palais de nos Rois , c'eſt-àdire
le befon & l'opinion , en feront ouvrir
beaucoup d'autres.
Je fais grace à mes lecteurs du développement
oratoire, de l'énumération éloquente
que je pourrois ajouter ici , & je me borne
àdire : il s'ouvre donc des guichets !
Je tiens donc mon homme d'eſprit pour
battu deformais dans toutes fes déclarations
184
MERCURE
contre la nature humaine , & ma philofo
phie eſpérante & confolante , pour la ſeule
vraie ; & toutes les fois qu'il cherchera
me noircir l'efprit de fes craintes ,je lui répondrai
: & les guichets?
LETTRE & MM. les Rédacteurs du Mercure
de France, fur l'Expofition des Tableaux
des Elèves de la Peinture à la Place
Dauphine.
TANT
ANT qu'il ne vous déplaira point, Meffieurs,
d'imprimer mes obſervations fur les Tableaux que
lesÉlèves de la Peinture expoſent à la Place Dauphine,
je ferai exact à vous les adreſſer. Lorſque
J'ai haſardé, pour la première fois, de me charger
publiquement de cette tâche , plus délicate au fond
qu'elle ne le paroît d'abord , je vous ai expliqué
dans quel ſyſteme je voulois la remplir. Ce ſyltême
eft toujours le même. Je ne juge point des
Profeffeurs,mais des Élèves. J'ai à prononcer non
furdes modèles , mais fur des eſſais . Je dois donc
plus d'encouragement que de critique , plus d'indulgence
que de ſévérité; & fi je ſuis quelquefois forcé
d'avoir recours à la dernère , ce ne peut être que
contre ceux des Élèves qui annoncent ou une médiocrité
incurable, ou l'ignorance des principes , ou
Dien un goût équivoque , ſoit dans le choix des
ſujets , ſoitdans la manière de les traiter . Je vous ai
promis auffi de garder le filence fur certaines compoſitions,
& je crois que ce filence eſt ſage. Il eſt
des Maîtres&des Parens qui , ſans réfléchir ſur la
foibleſſe naturelle àl'âge de leurs jeunes Élèves ou
DE FRANCE. 185
de lents jeunes enfans, les engagent à expoſer leurs
premières étule aux regards du Public, & les forcent
ainsi à faire leurs premiers pas dans la carnière
fous l'a'p et le plus défavorable. Faut- il ajouter à
l'inco ſejuice de Maires ou des Parens une.critique
hâtive promott ée & désespérante ? Il y auroitde'a
cru ute. J'ai vu à l'Expoſtion dontje vais
vous entreteni de véritables monftres, mais comme
je connoifois l'âge des Élèves qui les avoient crayonnés
, j'ai tenti pour eux ci une pirié d'intérêt , &
pourleurs guides ignorans une pitié de mépris. Tel
est le fortdes Arts libres , que tout le monde a le
droitde fe préſencer dans la carrière comme Amateur
, comme Artiſte ou comme Maître ; & puiſque
les inédiocres fort partout les plus infolens & res
pus audacieux , il ne faut pas s'étonner ſi les mauvais
Maures & les petits taiens y forment le plus
grand nombre.
Je re vous entretiendrai pas longuement fur
rexpofition de cette année Une grande abondance
de Portraits ne peur dorrer ' ieu qu'a ne fuire d'obſervations
monotones & faftidienſes : en confé
quence je ne parlerai en détail que de ceux qui me
forceront àune critique ou à des éloges détaillér.
En entant dans la petite enceinte qui forme
galerie , j'ai éré frappé par un grand Tableas repréſentantune
femme affife &jetant les yeux far le
Journal de Mufique. L'incorrection du deſſin , la
peſanteur de la figuré , ſa poſe contrainte & gê é
m'ont encore moins déplu que l'indécence de fon attitude.
Une énorme gorge preſqu'entièrement décou
verte, un ton de chair mou, un abandon prelque
laſcif voilà ce qui n'a principalement repoutlé,
moi & tous ceut qui s'en font approchés. Comme
P'Aureur de ce Tableau est une Demoiselle ( l'auriez
vouscru, Meſheurs ? ) je me diſpenſerai de la nommet.
Jel'engagerai à ſe bion perfuader que l'expref
186 MERCURE
fionde ladécence & de la pudeur doit toujours ſe
rencontrer ſous le pinceau des perſonnes de ſon ſexe,
&qu'une femme ne doit jamais ſe permettre ce que
l'on condamneroit à coup- sûr dans un homme. Cette
Demoiſelle a expoſé plufieurs Portraits , un entreautresqui
repréſente un jeune homme réfléchiſſant
fur une lecture qu'il vient de faire. Ce Tableau laiffe
à defirer du côté du Deſſin ; mais il a de l'effet & de
la vérité.
MileBernard , dont je vous ai parlé l'année dernière
avec é'ogesen mérite encore cette année. Deux
Deffins pleins d'eſprit & de fineffe , un Portrait au
pastel rempli de graces & d'expreſſion la doivent
faire regarder , par celles qui courent la même carrière
, comme une rivale très redoutable .
MlleAlexandre eſt ce qu'el'e a été dans les deux
précédentes années. Dans les Portraits qu'elle a expoſés
je n'ai rien vu qui annonçât qu'elle eût perfectionnéfontalent.
Qu'eliey fonge féricuſement. Dans
lesArts , quand on n'avance plus , on recule.
Je ne dirai pas la même chose de Ml'e Duvivier.
Un enfant de dix ans qui s'amuſe avec un tambour ,
& le Portrait d'un jeune homme aſſis tenant à la
main une lettre qu'il vient de lire méritent une diftinction
particulière. Le Portrait de l'enfant eſt plus
remarquable par le ton vrai des acceſſoires & des
droffes , que par la figure qui m'a ſemblée lourde.
Ce'ui du jeune homme eſt d'un très- bon (ffer ; peutêtre
les proportions n'en font-elles pas très -exactes ,
fur-tout depuis la hanche droite ſquau genou ;
mais le caractère de la tête eſt aimable; ſon expreffion
est bien ſentie, & le ton de couleur n'eſt pas
fans harmonie,
Un feul Portrait de Mme Bogard a fixé l'oeil des
Connoiffeurs. Il eſt deſſiné avec correction , exécuté
avec fineffe, & le caractère eſt plein de vérité.
Je n'ai distingué de M. François Duval qu'un
:
DE FRANCE. 187
ſeul Payſage. Le fire on est heureuſement choifi ;
mais le ton en eſt généralement trop rougeâtre. Η
peut excufer ce ton par le coup de jour qui éclaire
fonTableau; mais l'effet n'en eſt point agréable , &
voilà où conduit ſouvent le mauvais choix des accidens
dans une compofition.
Des Miniatures par M. Bourdier ont obtenu des
fuffrages. Un Tableau de genre repréſentant un
Baſte en terre cuite & d'autres objets de nature
morte éclairés par une lampe dont la lumière est
cachée par un garde-vue , a inérité un examen particulier.
Le ton de couleur de cette compoſition eft
pénible; mais M. Bourdier a vaincu en grande partie
les difficultés de ſon ſujet. Il auroit dû s'appercevoirpourtantque
la Hamme de ſa lampe ſe montre fi
fortement qu'elle menace de brûler fon garde- vue .
M. du Perreux , Amateur , qui s'est déjà diftingué
par plufieurs produtions estimables , a acquis de
nouveaux droits aux éloges par quatre Paylages
agréables. Tous ces Tableaux ont du goût & de
l'effet; mais la couleur laiſſe à defirer. Trop de ſoin
&de recherche nuiſent ſouvent à la vérité.
Quelques Tableaux de genre font honneur à M.
Creville, qui , l'année dernière , en avoir déjà expofé
quelques-uns qui m'ont paru fort eftimables.
J'ai oub iéà la précédente Expoſition de vous parler
deM. Enfantin , mateur , &c'eſt un tort que je me
reprocherois s'il ne m'avoit pas mis àmême de le réparer
cette année. Un Portrait du Roi en miniature ,
un autre de M. Larive dans le genre du Camée , &
d'autres Portraits en miniature méritent d'être
cités avantageuſement , & patent en faveur du
talent de leur Auteur. Un feul qui repréſente un
jeune homme en habit gris , & qui eſt va juſqu'à la
ceinture , m'a paru manquer d'a-plorab , & trop
fort de proportions.
Il y a de la vérité& de l'effet dans quelques Ta
188 MERCURE
bleaux de M. Delaurney , principalement dans celui
qui repréſente une immenfe allée couverte. Les
effers de lumère en font bons , & les groupes de
perſonnages qui la garniſſent y font adroitement
diftribués.
Je re fais que! eft lejeune homme qui a expoſé un
Tableau de bataille. Il y a de la chaleur dans la
compofition ; mais il y a de l'incorrection dans le
Deffin , de la duretédans les effets , & de la confufion
dans les figures . Il eſt un Art qu'ua Peintre de
batailles doit étudier , celui de jeter de l'ordre au
fein du dévo dre même,
Les Conad fleurs ſe ſont réunis pour accorder
leurs fuffrages à deux Paysages de M. Lazarre
Bruandet . Les plans en font bien décidés , les effets
de la lumière bien ménagés , les fites bien choifis , &
leur enſemble a de l'accord & de l'harmonie. J'ai
remarqué avec plaifir queles objets en étoient variés
&nombreux fans confufion:
Au baš d'un deſſin aux trois crayons étoit écrit :
definé d'après nature par une Demoiselle de douze
ans. Ce deſſin a excité la curiofité des Amateurs , &
même celle de quelques-uns de nos plus habiles
Profeffeurs. Il est vrai , ſpirituel , facile , & plein
d'expreilion. On ne fautoit , dans un âge auffi tendre
, s'annoncer avec de plus heureuſes diſpoſitions.
Je vous ai parlé il y a deux ans des deſſins deMile
Nanine Vallain. Cette Artiſte a expoſé cette année
fix tableaux peints à l'huile , remarquables par une
manière affez ferme , & un ton de couleur trèsagréable.
Une figure de femme repréſentant
l'étude a principalement fixé mon attention.
La pore n'en est pas neuve , les proportions en
font fautives à quelques égards. Le bras droit , par
exemple, eft long & maigre , mais le caractère de
tere eft excellent ; l'ombre qui ſe répand ſur l
:
DE FRANCE. 189
figure baiffée , loin de rien ôter à l'expreſſion , y
ajoute au contraire quelque choſe de piquant. Le
tableau est bien éclairé ; le ton de couleur eft
fuave & harmonieux. Mais il eſt un peu froid ; &
quand on peaſe à l'âge de l'Artiſte, on en est
très-étonné.
J'ai dit , l'année dernière, que ſi Mlle le Roulx
de la Ville , continuoit à étudier ſon Art avec la
même affiduité & le même courage , elle acquerroit
bientôt un talent diftingué. Le tableau qu'elle a expoſé
cette année me confirme dans mon opinion.
Il repréſente Clariſſe Harlowe chez l'Archer. La
compoſitionde cetableau estbien entendue. On y
voit la victime de Lovelace à genoux devant une
table chargée de quelques lettres , ſon coude appuyé
furlebordde latable,& la tête appuyée ſur ſa main.
Le caractère de la tête eſt douloureux, mais ce n'eſt
pointceluid'une femmeque la douleurabat, c'eſtcelui
d'une âme forte encore , & fupérieure par fon courage
aux chagrins qui l'oppreffent . C'eſt par l'art de
choiſir , de ſentir & de rendre de pareilles expreſ
fions qu'un Peintre annonce le vrai germe du talent.
Le jour qui éclaire la priſon eſt double & heureu
ſement contrafté. Il vient à grands jets , par une fenêtre
grillée , percer les maſſes d'ombre que les rideaux
d'un lit épaiſiſſent an milieu de ce ſombre
aſyle , & par une porte qui s'ouvre à la partie ops
poſée , ſur laquelle on diftingue deux perſonnages
qui obſerventClariffe , un jour qui paroît venir d'un
certain éloignement , répand quelques foibles rayons,
Remarquer quelques légères taches dans cette compoſition
, nous paroît abſolument inutile. Il vaut
mieux engager Mile le Roulx a ſuivre un genre qui
paroît propre à la nature de ſon talent , & dans
lequel fon premier eſſai ne fauroit obtenir trop
d'éloges.
Je me tairat ſur le reſte , Meſſieurs. L'extrême
190 MERCURE
andace ou l'extrême ignorance doivent être miſes fur
la même ligne. Si je p'ains la foibleffe qu'on abufe ,
je mépriſe l'orgueil qui fait tout ofer. Je ferai ſeukament
obferver aux perfonnes qui expoſent leurs
productions à la place Dauphine , le jour de l'Octave
de la Fête - Dieu , que , depuis quelques années , cette
eſpèce de galerie excite la curiofité générale , que
plus les juges te mulepitert , plus il eſt difficie de
réunir la pluraliré des tuffrages , & que bientôt en ſe
verra contraint à employer , en rendant compre de
leurs Ouvrages , une ſévérité qui n'a point eu licu
juſqu'à préfent. Qu'elles expoſent donc moins légèrement
, comme le font la plupart , des compofitions
médiocres ou à peine efquifiées , & que celles qui
n'auront pas encore à offrir un talent prêt à ſe développer
, enla ſſent au moins apperceveir l'espérance
pour l'avenir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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les plus dificiles , faire connoître avec exactitude
les outils& les machines employées
par les divers Artiſans qui travaillent pour
nos beſoins , nos commodités ou nos plaifirs
, parler un langage intelligible aux plus
ignorans , pouffer la préciſion au point qu'un
homme doué de quelques talens puitle ,
après une lecture attentive , exécuter luimême
les procédés de tous les Arts ; c'était
un Ouvrage défiré depuis long-temps , mais
que l'extrême difficulté faisoit déſeſpérer de
voir paraître. Les illuftres Auteurs des Cahiers
des Arts & Métiers ont prévu les
obſtacles; ils les ont braves , & le ſuccès
a paflé leurs eſpérances. Leur entrepriſe
fait une époque mérzorable dans l'Hiſtoire
des Arts , elle illuſtre notre Siècle , elle fait
honneur à la France , cù l'on a oſé la former;
elle rendra chers à la Poſtérité la plus
reculée les noms des Savans qui y ont genéreusement
conſacré leurs talens & leurs
travaux.
Cet Ouvrage n'est pas ſeulement deftiné
( 3 )
à ce Siècle éclairé , où les Arts commencent
à être cultivés avec tout le ſoin qu'ils
méritent : on a travaillé pour les races futures;
& fi , par un concours de circonftances
que l'on peut imaginer , les Sciences
& les Arts éprouvent jamais une révolution
pareille à celle qui a ſuivi les beaux jours
d'Athènes & de Rome , il importera beaucoup
à nos neveux d'avoir la Deſcription
exacte & détaillée de tous les Arts. Si les
Anciens , qui érigèrent des autels aux Inventeurs
de quelques Arts , avoient été plus
ſoigneux d'en conferver les détails mécaniques
; s'ils nous avoient laiſſé la Deſcription
de tous ceux qui étoient connus &
exercés de leur temps , nous ne ſerions pas
dans l'incertitude ou dans l'ignorance fur
pluſieurs de leurs Ouvrages : on n'auroit pas
vu dans les temps ténébreux qui ſuivirent
les Siècles de Périclès & d'Augutte , les Métiers
les plus néceſſaires ignorés , ou trèsgroſſiérement
exercés.
Ainſi nos neveux , avec ces Deſcriptions
, feront en état de profiter de nos lumières
, de juger du terme où demeureront
les Arts avec nous , de leurs progrès juſques
à eux, enfin de ce qui reſte à faire
pour les porter au degré de perfection dont
ils ſont ſuſceptibles .
Si les Arts mécaniques avoient été eſtimés
autant qu'ils font eſtimables , il y a longtemps
que tous leurs procédés auroient été
décrits. Mais , il faut en convenir , nous
* ij
( 4)
avons trop avili dans nos vains préjugés
ceux qui exercent les Arts ; nous avons
dédaigné de nous occuper ſérieuſement
d'eux & de leurs travaux. Ce font cependant
ces Ouvriers , fi ignobles au jugement
borné de tant d'eſprits ſuperficiels , ce font
ces Ouvriers , trop injustement méprifés ,
qui pourvoient ànos beſoins , multiplient en
mille manières nos jouiſſances & nos plaifirs.
S'il eſt quelques Arts frivoles , il en eſt
un grand nombre d'autres qui font , au jugement
de tous , néceſſaires, indiſpenſables
même , & qui méritent par-là toute l'attention
des Philoſophes.
ou
د
Aidés par des Deſcriptions bien faites ,
les Artiſans qui voudront lire , pourront
déſormais sünſtruire ſur leurs Métiers
abréger ou ſimplifier leurs manoeuvres , en
connoître les raiſons , apprendre à perfectionner
leurs ouvrages. Tous les ſecrets des
Arts ſe dévoileront pour l'utilité commune,
Ce qui ſe fait dans un pays pourra être
imité par tout , s'il eſt bon&utile ,
corrigé , s'il eſt des pratiques qui méritent
la préférence. Rapprochés par leurs befoins
mutuels , les hommes , qui méconnoiſſent
trop ſouvent les liens de la Nature , feront
plus intimément unis par la communication
de leurs lumières. Rien ne pourra ſe perdre
déſormais , & ce qui aura été conna
de nos jours , le ſera pour toute la ſuite
des Siècles.
Il ſeroit fort utile ſans doute que chaque
( 5 )
Ouvrier , joignant quelque théorie à la pratique
, pût lire la Deſcription de ſon Art;
mais il l'eſt encore plus que les Manufacturiers
foient bien inſtruits des pratiques
de celui qu'ils font exercer. D'ordinaire le
Fabricant eft diftingué des Artifans ; ceuxci
travaillent pour le compte de celui-là ;
ceux-ci agiffent , forment , exécutent ; celui-
là fait travailler , paye & revend. Sonvent
le Fabricant , content d'un ouvrage
qu'il eſt sûr de débiter , ne va point au
delà & ne cherche pas mieux. Son profit
eſt aſſuré , c'en eſt aſſez pour lui; il ne
contribue point à la perfection de la manufacture
, qu'il ne connoit quelquefois que
comme Marchand, qu'il n'a point étudice
comme Praticien. Que cet homme utile ,
qui communément a reçu quelque éducation
, s'applique à connoître les détails du
métier , bientôt les Ouvriers mieux dirigés
travailleront avec plus d'intelligence , & la
manufacture ſera perfectionnée au profit
de l'Etat . Il conviendroit donc à tout. Fabricant
de lire les Deſcriptions de l'Art
qui l'occupe.
Il eſt certain d'ailleurs que la célérité du
travail contribue également à perfeofuenner
l'ouvrage & à en diminuer le pax, Cette
célérité dépend fur-tout de la mukirude
des Ouvriers raſſemblés avec ordre , & du
partage qu'ils favent faire entre eux des
différentes manoeuvres. C'eſt là principalement
ce qui fait la perfection des manu
* iij
( 6 )
factures d'Angleterre. L'ouvrage le plus fimple
paſſe ſucceſſivement par une multitude
de mains avant que d'être fini. Chaque opération
occupe un Ouvrier différent , qui ,
en la répétant fans ceffe, apprend àla faire
avec autant de viteffe que d'exactitude. Il
réfulte de là, que l'ouvrage fait avec promptitude
, eſt plus exact & à meilleur prix.
Si avec cela le goût ſe perfectionne par
I inſpection de perſonnes intelligentes , qui
aient fu étudier la théorie , bientôt il n'y
aura rien à défirer ; on parviendra à économiſer
le temps & la matière , toujours
précieufe , ne fût-ce que par la quantité.
C'eſt ainſi que l'étude de l'Art , rendue facile
par de bonnes Defcriptions, peut éclairet
, diriger un Fabricant , qui , fans ces
fecours , s'en tiendroit peut- être toujours
aux rottes battues , quoiqu'inexactes.
Je ne dirai pas , avec un Ecrivain célèbre
, que toute perſonne qui eft en état
de recevoir une bonne éducation , devroit
apprendre à exercer un Art mécanique . Ce
que l'on a regardé comme un paradoxe ,
pourroit être appuyé de bien des raiſons
plus folides qu'on ne penſe commmunément.
Mais je ne crains pas de ſoutenir
qu'il eſt honteux pour ceux qui ont quelques
talens & quelque loiſir , d'ignorer entiérement
la pratique des Arts qui s'exercent
autour d'eux , fouvent ſous leurs yeux
& pour leur uſage. On apprendroit du
moins à connoître les ouvrages bien tra
( 1 )
vaillés ; on encourageroit l'Artiſan en vifitant
fon ateliers on l'engageroit à eſtimer
ſa vocation ; quelquefois même on ſe mettroit
en état de le diriger.
Pour peu que l'on y réfléchifle, on fea
tira que le genre humain a tiré bien plus
d'utilité réelle des Arts mécaniques que des
Arts libéraux , que tout le monde étudie
dans la jeuneſſe , & que chacun ſe pique
de connoître lorſqu'il a reçu une bonne
éducation . C'étoit l'idée du Chancelier
Bacon : Les plus grands hommes d'Etat
ont regardé cette partie des connoiffances
humaines & l'indeſtrie qui les applique ,
comme la ſource des richeſſes d'une Nation.
Il eſt donc évident que les Deſcriptions des
Arts conviennent également aux Ouvriers
& aux Artiſans , aux Fabricans & aux
Manufacturiers , aux Philoſophes & aux
Naturaliſtes , aux Géomètres & aux Chí
miſtes , aux perſonnes riches & curieuſes ,
aux Académiciens qui déſirent ſincérement
le bien public , enfin à tous les Citoyens
qui ont quelques lumières & quelque loiſir.
C'eſt donc ici un Cuvrage pour tous les
ordres & pour tous les états. Il importe
plus ou moins à tous de lire & d'étudier
ces.Deſcriptions , & il importe extrêmement
à la Société que ces Deſcriptions
foient fimples , exactes , & lues de toute
forte de perſonnes. On ne ſçauroit donc
rendre cet Ouvrage trop commun , ni pren-
* iv
( 8 )
dre trop de foin pour le mettre à la ponée
du plus grand nombre.. C'eſt le but qu'on
s'eft propoſe en vendant ſéparément chaque
Art, dont veici le Catalogue.
1
CATALOGUE DES ARTS ET MÉTIERS.
CHARBONNIER , par M. Duhamel
du Monceau....
2Ancres ( Fabrique des ), par MM.
11. 12 f.
de Reaumur & Duhamel..... 3 4
3 Chandelier , par M. Duhamel du
Monceau... 2 2
4 Epinglier , par MM. de Reaumur
&Duhamel..... .. 4 12
5 Papetier , par M. de la Lande .. 10
6 Fer (Forges& fourneaux à) , par
MM. de Courtivron&Bouchu ,
Ire & IIe Sections ..
10
4 16
7 Ardoifier , par M. Fougeroux de
Bondaroy.. 3
8
8 Cirier , par M. Duhamel du Mon-
5 14
6
ceau.
9 Parcheminier, par M. de la Lande.
10 Cuirs dorés , par M. Fougeroux de
Bondaroy
11 Fer ( Forges& fourneaux à) , par
MM.de Courtivron &Bouchu,
IIIe Sction .......
12 -IVe Section , Traité du Fer , par
M. Swedemborg , traduit
parles mêmes.....
ceau..
13 Cartier, par M. Duhamel duMon-
14 Cartonnier , par M. de la Lande ...
15 Fer fondu ( Art d'adoucir le ) , par
M. de Reaumur ............
16 Chamoiseur , par M. de la Lande ..
2
2
86
88
2 16
I 10
6
2 16
)
و
(
17 Tonnelier , par M. Fougeroux de
Bondaroy. ...... 31. 126.
18 Raffinage dufucre , par M. Duhamel
du Monceau ...
..... 5
19 Tanneur , par M. de la Lande ...
20 Cuivre rouge converti enjaune , par
M. Gallon........
5
8
6
21 Drapier , par M. Duhamel du
Monceau.
9
22 Chapelier, par M. l'Abbé Noilet .. 4
23 Megiffier , par M. de la Lande ....
24 Couvreur , par M. Duhamel du
10
2 4
Monceau...
3
25 Tapis de la Savonnerie , par le
même..
.. 2 2
26 Ratine des Etoffes de laine , par le
même..
... 2
27 Maroquinier , par D. de la Lande. I 12
28 Hongroyeur , par le même ...... I 10
29 Chaufournier , par le même ..... 6 2
30 Orgues , par D. Bedos , Ire Partie. 18
31 Paumier & Raquetier, par M. de
Garfault ..
3
32 Corroyeur , par M. dela Lande ... 3
33 Tuilier & Briquetier (Supplém. ) ,
1 par M. Jars ...
34 Meunier , Vermicellier , Boulanger ,
par M. Malouin ..
M.deGarfault
35 Perruquier. Baigneur-Etuviste , par
36 Serrurier , par M. Duhamel du
...... ....
...
Monceau..
37 Cordonnier , par M. deGarfault ..
38 Instrumens de Mathématiques (divifiondes
), & Microscope , parM.
le Duc de Chaulne ...
39 Charbon de terre , par M. Morand ,
13
3
20
3
• 7
Ire Partie , ( Mines ) ......... 9
4
4
4
* V
( 10 )
40 Fil de fer ou d'archal , par M. Duhamel
du Monceau ........
41 Menuifier , par M. Roubo ( Mc-
31. cof.
nriferie dormante), Ire Partie... 18
42 Tailleur , par M. de Garfault.... 6
43 Orgues, par D. Bedos, II & IIIe
Parties..
44 Menuifier , par M. Roubo , IIe
Partie (Menuiserie dormante ,
celle des Eglifes , & l'Art du
Trait)....
45 Brodeur, par M. de Saint-Aubin ,
Deffinateur...
46 Indigotier , par M. de Beauvais de
Rafeau......
47 Charbon de bois ( Supplém. ) , par
M. Duhamel ....... ...
20
45
4 4
6 б
14
même..... I 16
49 Menuifier , par M. Roubo , Me
Partie , Ire Section ( Caroffier) . 19 4
4
48 Colles ( Art de faire les) , par le
50 Pipes à tabac , par M. Duhamel.
51 Lingère, par M. de Garfault....
52 Coutelier, par M. Perret, Ire Part.
(De la Courelleric proprement
dite. )... ...
•
3
25 16
6
53 Porcelaine, par M. le Comte de
Milly.
54 Relieur, par M. Dudin ...... 7
55 Coutelier en ouvrages communs, par
M. Fougeroux ....
16 Coutelier pour les inftrumens de Chirurgie,
parM. Perret , Ile Part .
Ire Section .... ..
$7 Menuisier , par M. Roubo , IIIe
4
3 15
18
Partie , Ile Section (Moubles). 19
58 Etoffes defoie (Fabrique des) , par
M. Paulet, Fabricant , Ire & He
4
( 11 )
Sctions ( Devidage des foies
reintes, & ourdiffage des chaines). 201.001.
39 Plombier , Fontainier, par M. ***... 15
12
60 Potier de terre , par M. Duhamel
du Monceau...
61 Distillateur des eaux-fortes , par M.
Demachy..
.....
62 Coutelier pour les inftrumens de Chirurgie
, par M. Perret , IIe Part .
Ile Section ....
63 Charbon de terre , par M. Morand,
IIe Partie ( De l'extraction , de
lufage & du commerce du Charbon
de terre ).....
...
64 Charbon de terre, par M. Morand ,
I! Partie , IIIe Section ( Exp'oitation
, commerce & ufage du
Charbon de terre) .... ..
65 Etoffes de foie (Fabrique des ), par
M. Paulet , III & IVe Section
(E:offes unies , rayées & façonnees)......
66 Bourrelier & Sellier , par M. de
Garfault.......
67 Peinture fur verre, &Vitrier, par M.
leVieit..
7 4
9 18
18
18 18
15
7
4
4
88
Partie , Iife Section Ebeniſte) . 22
12
68 Menuifier , par M. Roubo , IIIe
69 Instrumens d'Astronomie , par M.
leMonnier.
70 Etoffes de foie , par M. Paulet, Ve
Partie ou Section ( L'Art du
Remiffeur ) ....
9
6
4
71 Menuifier, par M. Roubo , II
Partie , IVe Section ( Treillageur)
. Fin de l'Ouvrage ...... 25 16
4 72 Amidonnier , par M. Duhamel .. 1
73 Savonnier , par le même ........ 3 18
4
vj
( 12 )
74 Distillateur- Liquorifle , par M. Demachy......
:. .. 91. 18f.
75 Tourneur, par M. Halot, Ire Partie. 24
76 Etoffes de foie , par M. Paulet ,
Vie Section (L'Art de peigner). 16 16
77 Criblier , par M. Fougeroux.... I
78 Charbon de terre , par M. Morand ,
IIe Partie , IVe Section (Art
d'exploiter les mines)......... 15
79 Charbon de terre , par M. Morand ,
Ile Partie , ſuite de la IVe Section
( Différentes manières d'employerle
Charbon de terre) ..... 11
4
30 Table desMatières , qui peut fervir
de Dictionnaire , ſuivi des
opérations pour fondre le fer
avec les braiſes de charbonde
terre. Fin de l'Ouvrage .... 86
81 Etoffes de foie ( Fabrique des ) ,
par M. Paulet , VII Section ,
IrePartie. (Taffetas , Serges &
Sarins unis).
nière Partie ..
.....
18 8
24
12 15
82 Orgues , par D. Bedos , IVe & der-
83 Etoffes de foie , VIIe Section , fuite
de la Ire Partie. ( Fabrique des
Taffetas& Serges )....
84 -Section IIIe. Diviſion de laTre
Partie (Taffetas brillantés, les
Cannelés , les Cirfakas , les
Droguets , les Pruffiennes, les
Egyptiennes, lesAmboifiennes
&les Muſulmanes )......... 18 12
85 Construction des vaiſſeaux....... II
( 13 )
ARTS NOUVEAUX.
86 Etoffes en laines rafes & sèches ,
unies & croifces (L'Art du Fabricant
d' ) , par M. Roland de la
Platière .. 71. 46
87 Etoffes en laines ( L'Art de préparer&
d'imprimer les ) , fuivi de
l'Art de fabriquer les Pannes
ou Peluches , les Velours façon
d'Utrecht , & les Moquettes ,
&c. , par le même...... .... 4 6
88 F'elours de coton ( L'Art du Fabricant
de ) , précédé d'une Differtation
fur la nature , le choix
&la préparation des matières ,
& fuivi d'un Traité de la teinture
& de l'impreſſion des Etoffes
de ces mêmes matières , par
le même.... .. 7 16
89 BArt de la Voilure, par M. Romm.
90 L'Art du Maçon , par M. Lucotte. 10
91 Tuilier& Briquetier , par MM. Du-
8
4
hamel , Fourcroy& Gallon ...
92 L'Art du Layetier , par M. Roubo.
5
8
4 16
Sous preffe.
L'Art du Potier d'étain , par M. Salmon.
L'Art du Fabricant d'étoffes de foie , VIIe Section
, le Partie par M. Paulet.
Réimpreffion.
La Teinture en foie , par M. Macquer.
L'Art de laMâture , par M. Romm.
(14) 1
L'Edirion in-4° . est en 19 vol. &peut fairefuite
àla Collection des Mémoires de l'Académie des
Sciences. Nous croyons devoir ici donner le détail
dechaque volume.
LeTome Ier contient l'Art du Meûnier , du
Boulanger , du Vermicellier.
Tome II ... Les quatre Sections ſur les Fers.
Tome III ..
Tome IV ..
L'Art du Charbonnier.
L'Art du Tourneur.
--du Chamoiſeur.
-du Mégiſſier .
-du Corroyeur.
-du Parcheininier.
-de l'Hongroyeur.
-du Maroquinier .
-des Cuirs dorés & argentés.
-du Cordonnier .
--du Paumier-Raquetier , & de
laPaume.
(L'Art du Tuilier-Briquetier.
--du Couvreur.
du Chaufournier.
-de faire le Papier .
--du Cartonnier & Cartier.
L'Art du Serrurier.
Tomes V & --du Chandelier.
VI......--d'exploiter les Mines de Char-
Tome VII..
bon de terre .
L'Art de la Draperie .
--de frifer ouratiner les Eroffes
de laine.
de faire les Tapis , façon de
Turquie.
-du Chapelier.
-du Tonnelier.
de convertir le Cuivre en
Laiton.
--de l'Epinglier.
( 15 )
Tome VIII .
L'Art de l'Indigotier.
-de la Porcelaine.
-du Potier de terre.
-de faire les Pipes.
de faire les Colles .
de l'Amidonnier.
-du Savonnier.
--du Relieur.
Tomes IXSLes fix premières Partie de l'Art
& X.... du Fabricant d'Etoffes de foie.
Tomes XI
(L'Art du Distillateur d'Eaux- fortes.
----Liquorifte .
& XII ...
--du Vinaigrier .
Tome ХИI .
L'Art de la Peinture ſur verre , &
de la Vitrerie.
--du Plombier- Fontainier.
L'Art du Perruquier.
--du Tailleur , Couturière , &
Marchande de Modes .
-de la Lingère.
Tome XIV.
-du Brodeur.
Tome XV .
du Cirier.
du Criblier .
--du Coutelier.
-du Bourrelier & Sellier.
--du Mouleur en plâtre.
L'Art de la Fabrique des Ancres.
-de forger des Enclumes .
-d'adoucir le fer fondu.
-du Faiſeur de Peignes d'acier.
-de faire le Fil d'archal.
-de raffiner le Sucre.
--d'affiner l'Argent
Tome XVI . Contenant les trois premières
Sections de la ſeconde Partie
( 16 )
de l'Art d'exploiter les Mines
de Charbon de terre .
Tome XVII . Contenant la quatrième Section
de la ſeconde Partie de l'Art
d'exploiter les Mines de Charbonde
terre.
Tome XVIII .
Contenant la Table analytique
de l'Art d'exploiter les Mines
de Charbon .
Nouvelle Méthode pour diviſer
les Inſtrumens de Mathématique
& d'Aftronomie.
La Defcription d'un Microſcope
&de différens Micromètres.
L'Art du Serrurier .
--de préparer & d'imprimer
les Etoffes en laine.
Tome XIX..--du Fabricant de Velours de
coton.
-du Fabricant d'Etoffes en
laine.
--du Tourbier.
Le tome 20 fous preſſe.
A l'exception de l'Art du Menuifier & du
Facteur d'orgues , cette édition eſt preſque
auſſi complette que l'Edition originale , in-fol.
On ſe propoſe d'imprimer ces deux Arts importans
, & de faire marcher enſemble ces deux
éditions .
Comme l'edition in-4° . a été principalement
deſtinée à faire fuite aux Mémoires de l'Académie
des Sciences , les cahiers des Arts ne fe féparent
pas , mais chaque volume ſe vend , ſeparé
, 12 liv. en feuilles.
Les perſonnes qui prendront les 19 vol. à
la fois ,s, ne les payeront que 10 liv. le vol, en
feuilles , c'est-à -dire 190 liv.
1
( 17 )
Note des Mémoires de l'Académie des Sciences&
des Belles- Lettres , qui se trouvent chez le même
Libraire.
Académie des Belles- Lettres & des Infcriptions ,
43 vol. in-4°. br. 12 liv . chaque vol.
La même , 100 vol . in- 12 , à 3 liv. le vol .
N. B. Ces 100 vol. contiennent les 41 premiers
vol. in -4°.; les vol. in- 12 , qui doivent
contenir les tomes 42 & 43 , in-4°. , ſous
preſſe.
Note des derniers volumes des Mémoires de l'Académie
des Sciences , qui ont paru.
Académie des Sciences , année 1784 ,
blanc .
Les Tables , tome IX , in-4°. , blanc .....
in-4°. ,
15 liv.
12 liv.
Les Savans Etrangers , tome XI , in - 4°. ,
blanc.
..
15 liv.
Les Machines , tome. VII , in- 4 ° . , bl . 21 liv.
Les Prix , tomes 7 , 8 & 9 , in-4 . , blanc , à
12 liv. chaque vol.
Les fix premiers volumes manquent , & feront
réimprimés .
Académie des, Sciences , depuis 1666 juſqu'en
1778.
171 vol. in - 129. , blanc , à 2 liv. le volume ,
en prenant la Collection entière.
Les vol. pris ſéparément ſe vendent 3 liv.
en feuilles. On va réimprimer les années 1779
&fuivantes.
D'après cette Note , les perſonnes qui n'ont
pas ces Ouvrages complets , verront aisément
ce qui leur manque.
Elles ſont priées de ne pas négliger de ſe
compléter.
( 18 )
LES SIÈCLES CHRÉTIENS ,
ou Histoire du Chriftianiſme dansfon
établiſſement & ses progrès , depuis
Jésus- Chrift jusqu'à nos jours , parM.
l'Abbé.... nouvelle édition , corrigée
& augmentée , 10 Volumes in - 12 de
fix àfept cents pages chacun. Prix 30
liv. rel. A Paris , chez GUEFFIER
Libraire- Imprimeur , rue de la Harpe;
& MOUTARD , Libraire- Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurins.
Sous l'empire & la direction de la Providence
, tous les évènemens de l'ordre politique
& moral n'ont jamais cu pourbar
que l'établiſſement , la conſervation & la
durée de la vraie Religion. Tout s'y rapporte
, & dans l'ancienne économie dont
le Législateur des Hébreux fut le Miniſtre ,
& ſous le nouveau culte dont J. C. eſ.t
l'auteur. Cette idée , ſi grande & fi vraie , ſelon
toutes les applicationsqu'on en peut faire,
le ſavant Evêque de Meaux l'a développée
d'une manière admirable, dans ce Diſcours
fublime qu'il a écrit pour l'inſtruction du
fils unique de Louis XIV ; Ouvrage inmor-,
tel, qui , ſuivant la judicieuſe remarque,
de Voltaire , n'a point eu de modèle parmi
ceux des Anciens , & n'aura jamais de copie
qu'on puiffe lui comparer parmi les
plus belles Productions des Modernes.
1
( 19 )
Boſſuet a réuni dans ce chef- d'oeuvre tout
ce que les recherches de l'érudition ont de
plus rare & de plus sûr , à tout ce que l'eloquence
des penſées , des images & du
ſtyle peut infpirer de plus noble , pour établir
& rendre ſenſible cette grande vérité ,
trop ignorée de ceux qui n'ont jamais bien
réfléchi ſur les moyens que Dieu fait fervir
à l'accompliſſement de ſes deſſeins.
Cette idée frappante de l'immortel Auteur
du Difcours ſur l'Hiftoire Univerſelle,
a été le germe de l'Ouvrage déjà connu
ſous le titre de Siècles Chrétiens, ou Hifzoire
du Chriftianisme dansson établiſſement
&fes progrès , depuis J. C. jusqu'à
nosjours. Ce n'est pas que l'Auteur ait eu
la rémérité de s'élever en rival d'un Ecrivan
inimitable , & juſtement comparé à
l'aigle dont le vol perce la nue. Un génie
tout de feu , tel que Boffuet , peut bien
échauffer l'eſprit , exciter à des efforts généreux
, inſpirer la noble audace de marcher
après lui , quoique de loin; mais plus
on l'admire , plus on ſent toate ſa ſupériorité
, moins on ſe croit en état d'atteindre
à ſa hauteur. Authi , quand l'Auteur des Siècles
Chrétiens a dit , qu'une penſée de
Boſſuet a fait naître le projet de l'Ouvrage
que nous annonçons , ce n'eſt , dans ſon intention
, qu'un hommage de vénération &
de reconncillance qu'il a voulu rendre à
ee grard Homine.
Ceux qui ont regardé les Siècles Chré
( 10 )
tiens comme une Hiſtoire de l'Eglife , &
ceux qui n'y ont vu qu'un abrégé de toutes
celles qui ont été publiées juſqu'à préſent,
par de ſavans Hiſtoriographes des différentes
Communions Chrétiennes , ſe ſont mépris
également ſur le principal objet & le
caractère diſtinctif de cet Ouvrage. C'eſt
tout à la fois & quelque choſe de plus
concis , & quelque choſe de plus étendu
que tous les Ecrits anciens ou modernes ,
mis au jour en différents temps ſur le
même ſujet. Ainfi pluſieurs Journaliſtes
quí l'ont analyſé , quelques-uns même de
ceux qui l'ont jugé du ton le plus tranchant
, n'en ont pas ſaiſi le plan, le genre
& le but. En effet , le deſſein de l'Auteur
a été de tracer , de fiècle en fiècle , l'or
dre & l'enchaînement perpétuel des révolutions
de l'Univers , conſidérées dans leurs
rapports intimes & néceſſaires avec l'exécution
des vûes de Dieu , dans l'établiſſement
& les progrès du Chriftianiſme , qu'il
prend à l'époque de ſa naiſſance , & qu'il
conduit , en ſuivant le cours des âges ,
juſqu'au temps préſent, dans toutes les contrées
de la Terre où la lumière a pénétré.
Sous chaque ſiècle il examine quel a été
l'état des Puiſſances politiques , des Empires
& des Gouvernemens ; celui de l'efprit
humain par rapport aux Sciences ſpéculatives
, à la Philoſophie , à la Morale ,
aux Lettres & aux Arts ; celui du génie
& des moeurs de toutes les Nations; en-
1
( 21 )
in celui des opinions , des vérités & des
erreurs , en montrant comment tout cela,
ordonné , modifié par la ſouveraine Puifſance
, a toujours influé ſur les deſtinées
plus ou moins proſpères de la Religion
Chrétienne dans ſes divers états de foibleffe
& de force , de combats & de triomphes ,
de grandeur & de ſtabilité. Tel eſt le plan
que l'Auteur a ſuivi ; & ce plan , qui eſt
le même ſous chaque ſiècle , ſe développe
avec plus ou moins d'étendue , ſuivant la
nature , l'importance & la variété des objets
qui s'offrent à ſon pinceau. Ainfi chaque
période préſente au Lecteur l'enſemble
de l'Hiſtoire civile , philoſophique & litté
raire dans ſes liaiſons avec celle du Chriftianiſme
, & fon influence ſur les affaires
de la Religion. Les ſujets ſont traités ſéparément
, & chacun d'eux forme un tableau
qui en embraſſe tous les détails effentiels
&tous les acceſſoires ; en forte qu'on les
ſaiſit d'un ſeul coup d'oeil , & que , par
cette marche ſimple & lumineuſe , ils ſe
gravent dans la mémoire, ſans embarras &
ſans confufion.
La première Edition n'étoit qu'en neuf
volumes ; la ſeconde, qui eſt l'objet de cette
Notice , en a dix , la plupart de fix à ſept
cents pages. L'Auteur a profité de toutes les
obſervations qui lui ont été communiquées ,
pour y faire les corrections , additions , extenfions
de vues & de détails ; en un mot ,
les améliorations de tout genre qui lui ont
( 22 )
paru néceſſaires , d'après ſes propres réfle
xions , & l'examen rigoureux auquel il a
foumis ſon travail , ſoit avant , ſoit pendant
le temps de la réimpreſſion. Outre le tableau
du dix-huitième Siècle , qui fait partie
dudixième Volume , & qui complette l'exécutiondu
vaſteplan de l'Auteur , il n'y a pas
depage où l'on ne trouve des changemens
conſidérables, fansparler d'un grand nombre
d'articles importans & abfolument neufs,
qui ſont répandus dans le corps de l'Ouvrage.
On voit par ce court expofé, combien
la nouvelle Edition des Siècles Chrétiens ,
que les ſieurs GUEFFIER& MOUTARD viennentde
mettre en vente, eſt plus étendue
plus correcte & plus ſoignée que la précédente.
Nous la croyons digne encore de l'empreſſement
du Public, par l'attention que les
deuxLibraires ont donnée à la partie typographique
, & fur-tout le ſieur GUEFFIER
qui en a dirigé l'impreſſion .
Le fieur Moutard , Libraire , rue des Mathurins
vient de mettre en vente
,
Le grand Livre des Peintres , ou l'Art de la
Peinture , conſidéré dans toutes fes parties , &
démontré par principes ; par Gérard de Laireſſe
, traduit du Hollandois , avec 35 Planches
en taille douce. 2 vol . in-4°. bl. 24 liv. rel. 30 liv.
OEuvres complettes d'Antoine Raphaël Mengs ,
premier Peintre du Roi d'Eſpagne , contenant
différens Traités ſur la théorie de la Peinture,
traduit de l'Italien. 2 vol. in-48. blanc , 18 liv.
rel. , 24 liv.
----
1
- ( 23 )
PROCÈS - VERBAUX des Séances de
l'Assemblée Provinciale de Haute-
Guienne, tenues ès années 1779,1780 ,
1782 , 1784 & 1786. Propoſés par
Souſcription .AParis, chezCRAPART,
Libraire , place Saint-Michel , à l'entrée
de la rue d'Enfer , No. 129 .
Le régime des Adminiſtrations Provinciales,
propoſé depuis long- temps par lesmeilleurs
Ecrivains politiques , comme le ſeul
moyende ranimer le patriotiſme & de vivifier
l'Agriculture en France , a enfin déterminé
, en 1778 & 1779 , le Gouvernement
à en ordonner l'eſſai dans les Provinces
de Berry & de Haute-Guienne. Le
ſuccès a furpallé toute attente , malgré les
obſtacles que l'eſprit fiſcal & l'intérêt perſonnel
y ont apportés.
Le ſieurCRAPART , défirant concourir aux
vues du Gouvernement qui vient d'ordonner
çe Régime pour toutes les Provinces de
France , propoſe de faire une ſeconde Edition
des Procès-verbaux des Séances des
Aſſemblées Provinciales de Haute Guienne ,
pour les années 1779 , 1780 , 1782 & 1784,
dont la première Edition eſt déjà épuiſée.
Au moyen du Procès-verbal de l'année dernière
, 1786 , qui eſt ſous preſſe , il pourra
donner la Collection complette de ce par
fait modèle d'adminiſtration,
1
( 24 )
Cependant , pour ne pas s'engager dans
une dépenſe trop conſidérable fans utilité
publique , le ſieur CRAPART croit devoir
ne faire imprimer que le nombre d'exemplaires
pour lesquels on aura foufcrit d'ici
au 15 Juillet prochain. Cette Collection ,
diftribuée en cinq tomes in-4°. ( leſquels
feront brochés en deux volumes de plus
de huit cents pages chacun) , fera de dixhuit
livres , dont il ſera payé neuf livres
en ſouſcrivant. Le ſieur CRAPART s'engagera
à la délivrer dans le mois d'Août prochain.
La dernière partie de cette Collection ,
qui n'a point encore paru , eſt bien faite
pour ranimer l'intérêt que les autres ont
inſpiré. Les grandes vûes qui n'avoient été
que propoſées dans les précédentes Affemblées
, y font développées & délibérées.
Telles ſont celles concernant les Cadaftres ,
&celles des grandes lignes de communication
, &c.
,
N. B. On pourra ſe procurer cetteCollection
, franchhee de port, par la Pofte,
moyennant trois livres au delà du prix de
la Soufcription , en s'adreſſant directement
audit ſieur CRAPART, & en affranchiſſant
la lettre de demande & l'argent.
Lu&approuvé. AParis, ce 19 Juin 1787. NYON l'olné ,
Adjoins
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE:
De Vienne , le 3 Juin.
IES Juifs font dans l'ufage d'enterror
leurs morts , preſqu'auffitôt après leur
-décès. Cette dangereuſe pratique ayant donné
lieu dernierement à un enterrement trop
précipité, l'Empereur vient de défendre aux
Juifs de fes Etats , d'enterrer leurs morts
avant 48 heures , à moins qu'ils ne foient
décédés d'une maladie contagieuſe.
Suivant les dernieres nouvelles du voyage
de l'Empereur , S. M. eſt arrivée le 14
Mai à Cherſon. Deux jours avant elle avoit
eu une entrevue à Korſun avec le Roi de
Pologne , à qui elle rendit viſite , ſous le
N°. 25 , 23 Juin 1787 .
( 158 )
nom de Comte de Falckenſtein. Les deux
Monarques s'entretinrent pendant 1 heure;
après quoi divers Seigneurs Polonois furent
préſentés à l'Empereur.
Une Ordonnance du zo Février , publiée
le mois dernier en Hongrie , limite à 26 le
nombre des fêtes dans l'Egliſe Catholique
du ritGrec.
L'Ambaſſadeur de Veniſe a été en conférence
avec le Grand Chancelier Prince de
Kaunitz , pour lui communiquer , dit- on ,
le projet de la Porte Ottomane , d'envoyer
une flotte dans la mer Adriatique ,
dans l'intention de réduire le Pacha rébelle
de Scutari.
Un payſan étant occupé à creuſer un
foſſé près de Zinkendorf en Hongrie , a déterréune
urne qui contenoit près de 15 liv.
peſant de monnoies d'argent antiques. Il a
remis ces monnoies à la Chambre des fipances
d'Oedenbourg.
Les Régimens en garniſon dans cetteCapitale
& le Corps d'Artillerie ont rappelé
leurs ſemeſtriers , & l'on continue d'acheter
des chevaux de ſomme.
On croit que l'Empereur ſera de retour
ici du 6 au 10 de ce mois .
Un corps de 4000 hommes de troupes
Ottomannes eſt arrivé à Ifmaïlof, & un autre
corps de la même force eft à l'embouchure
du Danube. Ces deux corps font definés
à renforcer les garniſons dans laBeſſaabie
.
1
( 159 )
De Francfort , le 7 Juin .
Le Landgrave de Heſſe Caſſel , dans la
vued'encourager & de faciliter le commerce
de Carlshafen , a agréé le projet d'établir
une chauſlée , depuis cet endroit juſqu'à
Caffel , & ordonné de le mettre à exécution.
Le 26 Mai ce Prince a paffé ſes troupes
en revue , & leur a fa't exécuter pluſieurs
manoeuvres. Le 28 , les Régimens font retournés
dans leurs quartiers. S. A. S. eſt
allée depuis à ſon château de Wabern , d'où
elle ſe rendra à Hanau & à Wilbe'msbad.
Le nouveau Réglement militaire , donné
par le Roi de Pruſſe à fon armée , ayant réduit
à 4 les drapeaux de chaque Régiment ,
les autres drapeaux ont été remis le 24 Mai
à l'arſenal . Le même Réglement porte qu'à
l'avenir chaque Régiment ſera formé de
deux bataillons de Mouſquetaires & d'un
de Grenadiers , & que chaque bataillon fera
compoſé de 4 compagnies .
On vend à Vienne une gravure allégorique,
relative au Congrès d'Ems. Elle repréſente
les 4 Archevêques d'Allemagne
allis autour d'une table ronde , fur laquelle
ſont placés les Decrets des Conciles de Bâle
&de Conſtance. Pluſieurs morceaux de
papiers déchirés ſont diſperſés par terre; ils
font l'emblême des abus qui ſe ſont gliffés
ſucceſſivement dans l'Eglife , & que l'on
veut réformer. La falle d'aſſemblée est dé
h2
( 160 )
corée des portraits de l'Empereur & du Pape;
le premier avec l'inscription : Advocatus
Ecclefiæ ; & l'autre avec celle : Primas Ecclefiæ.
Dans le fond on apperçoit un Nonce
partant , & un autre Nonce arrivant.
ESPAGNE.
De Madrid, le 27 Mai.
Lorſqu'on conftruifit des digues à Carthagene
pour mettre les vaiſſeaux à ſec &
les caréner , on établit des pompes à chaîne;
mais on s'eſt apperçu que ces machines
fatiguolent infiniment les ouvriers ,& abrégeoient
la vie des criminels deſtinés à cefervice.
On a donc ſubſtitué à ces pompes
des pompes à feu , très bien exécutées par
le ſieur Antoine Delgado , à qui le Roi a accordé
une penſion viagere.
Une eſcadre de 9 Corſaires Algériens ,
dont un chebeç de 34 can. , a mis à la voile
le 9 du mois dernier , ſous le commandement
du Reis Mohammed- Selemi. Six de ces
corfaires font au compte de la Régence ,
les autres à celui des particuliers. Ils feront
ſuivis de cinq galeres à rames , qui doivent
mettre en mer au commencement de Juin.
La peſte continue ſes ravages à Alger , où
il meurt journellement 200 perſonnes.
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 12 Juin.
Il ne reſte plus d'alarmes ſur la vie du
!
( 161 )
Prince de Galles , dont la guériſon a été
aufli prompte , que la maladie avoit été
violente. On a été obligé de le faigner ſept
fois. La fiévre eſt arrêtée , & les Médecins
de S. A. R. l'ont déclaré abſolument hors de
danger. On a répandu qu'un Courier aroit
porté au Duc d'Yorck , à Hanovre , la nouve'le
du péril où se trouvoit le Prince de
Galles , & l'avis de revenir en Angleterre ;
mais ces bruits paroiſſent n'avoir aucun fon
dement.
Il eſt plus certain que l'état de la Hollande
occupe journelleinent notre Cabinet.
Le 4, M. Dickens , Meſſager d'Etat , fut envoyé
à laHaye, avec des dépêches pour le
Cheval er Harris. Le 7 , il ſe tint un Confeil
très long chez le Marquis de Carmarthen ,
Secrétaire d'Etat au département de l'Etranger,&
à l'iſſus duquel on expédia un nouveau
Comier pour la même deſtination.
Journellement il arrive ici un grand nombre
de paffagers Hollandois ; chaque paqire
bor de Harwich en eſt rempli. Dans leur
nombre ſe troivent des perfonnes du premier
rang. La Banque a également reçu des
ſommes très conſidérables , que les principales
maiſons d'Amſterdam & d'autres villes
mettent en sûre é.
Vendredi dernier , l'Amirauté a expédié
Fordre d'équiper fur le champ fix vaiſſeaux
de ligne & autant de groſſes frégates pour
en former une eſcadre d'obſervation , dout
63
( 162 )
le commandement eſt donné au Comme
dore Levefon Gower.
Le même jour , on a lancé à Deptford ,
avec le plus grand ſuccès , & au concours
d'une foule de ſpectateurs , l'Orion , vaiſſeau
neuf de 74 canons.
Le Viceroi d'Irlande , en prorogeant le
Parlement de ce Royaume , a adreſſé aux
deux Chambres une harangue qui a eu l'approbation
générale ici comme à Dublin , &
dontvoici la traduction .
Milerds & Meffieurs ,
,
En mettant un terme aux travaux auxquels
vous vous êtes livrés pendant cette ceffion
j'ai la fatisfaction de vous apprendre que S. M.
a donné une approbation entiere aux meſures
ſages & énergiques qui ont ſignalé votre zèle
pour la conſervation de la paix publique , &
la tranquillité du Royaume. Je ferai exécuter
avec fermeté vos difpofitions ſalutaires pour
affurer les Loix , pour faire reſpecter , ſans aucune
distinction , les propriétés ainſi que les
perſonnes. Voire conduite paffle m'eſt un sûr
garant des diſpoſitions où vous êtes de me donner
avec perſévérance l'appui le plus fincere.
Je ſuis également convaincu que vous emploirez
Toute votre influence ſur l'eſprit du peuple,
pour graver dans ſon eſprit une connoiſſance
profonde des dommages que des troubles locaux
& même momentanés peuvent caufer au
bien général & à la proſpérité de l'Etat . Avertiſlez,
la Nation , que l'eſprit bienfaifant & toujours
éveillé du Corps Législatif , qui le porte
à encourager l'induſtrie & les entrepriſes uti
les ,fera toujours préparé auſſià punir les excès
-
( 163 )
qui accompagnent toujours la pareſſe , les dé
fordres & la licence .
Meſieurs de la Chambre des Communes,
Je vous remercie , au nom de S. M. , du
plaifir avec lequel vous avez pourvu aux dépenſes
néceſſaires au Gouvernement . Vous pou
vez être aſſurés que les fonds que vous avez
accordés feront fidelement appliqués aux objets
auxque's vous les avez deſtinés.
Les moyens que vous avez adoptés pour accroître
le crédit public , & pour diminuer la
dette Nationale , répondent à votre ſageſſe , à
l'amour de la patrie qui a toujours animé le
Parlement d'Irlande.
Milords & Meſſieurs ,
Le traité de commerce avec la France , dans
lequel on remarque les plus grands égards pour
les intérêts de l'Irlande , ouvre à l'induſtrie
de ce Royaume une carriere nouvelle dans la
quelle elle ſera excitée & foutenue par les encouragemens
les plus grands , & par les perfpectives
les plus flatteuſes. La Cour de Lisbonne
a annoncé que l'Irlande avoit le droit
de participer aux Traités entre le Portugal &
la Grande-Bretagne. Voilà des témoignages
non équivoques de l'affection paternelle de
S. M. envers l'Irlande , & des confirmations
nouvelles de la réſolution gracieuſe où eſt le
Roi , de conſidérer à l'avenir les intérêts de
laGrande-Bretagne & ceux de l'Irlande , comme
inſéparables . Ce principe , en uniſſant les ref.
ſources infinies de l'Empire , & les ſentimens
de tous les ſujets qui le compoſent , donne
une force plus grande & une sûreté plus refpectable
àtoutes ſes parties ; & ce principe , d'où
découleront tant de biens , vient d'être confo-
Lidé par les arrangemens que vous venez de
h4
( 164 )
1
prendre avec la ſageſſe qui vous eſt ordinaire ,
dans les Loix de la Navigation.
Le Roi eſt touché & reconnoiſſant de l'attachement
& de la loyauté de ſes fideles ſujets
d'Irlande , & S. M. m'a expreſſement ordonné
de vous aſſurer de ſa protection pleine de grace
&debonté.
Pour me conformer aux intentions du Roi ,
jedois m'attacher à connoître tout ce qui peut
contribuer au bonheurde ce Royaume , ce but
glorieux eſt celui qui ſoutient le plus mon ambition
, & ce ne ſera jamais que ſur cette
baſe que j'oferai fonder l'eſpoir d'acquérir des
droits aux fuffrages , à la confiance & à la confie
dération du peuple de l'Irlande ..
On peut juger de l'étendue des économies
que M. Pitt a introduites dans les divers
départemens par un ſeul article. Tous
les ans on dépenſoit 4000 liv. ſterl, pour le
papier que confomme laChambre desCommunes;
le Miniſtre a réduit cette dépenſe à
700 liv. fterl. Le même article pour laTréforerie
coûtoit so00 liv. fterl.; il n'eſt plus
que de 1200 liv. ſterl. Tous les autres Bureaux
ont été réduits dans les mêmes proportions
M. Whitbread , dont la Famille Royale
a viſite la braſſerie , a un établiſſement fi
prodigieux , que dans l'année derniere on y
abraflé 143,058 barils de bierre forte.
Un habile Méchanicien , qui demeure dans
une ville de Province , à près de 100 milles
N. N. O. de Londres , a trouvé le moyen de
rendre le poids aux guinées légeres. Il fait un
trou dans la guinée avec un poinçon , & il
:
( 165 )
ypaffe un petit fil d'or qu'il rive des deux
côtés ; ce fil ſoffit pour faire pencher la ba -
lance , & la guinée , que tout le monde rejettoit
, devient alors commerçable . Il s'eſt daja:
tenu pluſieurs conſultations pour favoir filon
pouvoit pourſuivre cet homme ; mais comme
il ne diminue , ne defigure , ni ne détériore
les eſpeces , il eſquivera fûrement la loi commune
à toutes les eſpeces de faux - monnoyeurs ,
s'il ſe fait des pourſuites contre lui.
Le feu Lord Chatham demandoit un jour
au Docteur Henniker , comment il définiffoit
l'esprit ; Mylord , répondit le Docte ir ,
Cefprit est comme une pension que V. S.donneroit
àfon très humble ferviteur ; ce feroit
une bonne choſe bien appliquée. Le même
Docteur comparoit nos Miniſtres dont l'éloignementfuit
très - ſouvent de près l'avénement
aux places , à une chandelle d'un liard
qui ſe conſume l'inſtant après qu'on l'a al-
Jumée.
FRANCE.
De Versailles , le 14 Juin.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Fontenelles ,
Ortre de S. Auguſtin , diocèse de Luçon , l'Abbé
de Freſne , Doyen & Vicaire- général du même
diocèſe ; à celle de Beuil , Ordre de Citeaux , diocèſe
de Limoges , l'Abbé de la Londe , Vicairegénéral
d'Autun ; à celle de Cantimpré , Ordre
de S. Augustin , diocèſe de Cambrai , le ſi ur de
Mory, Religieux de la même Abbaye ; à celle de
Sainte-Marie de Pont-à-Mouflon, Orire de Prémontré
, diocèle de Toul , le ſieur Lallemant ,
( 166)
Prieur clauſtral de la même Abbaye ; à celle de
Saint- Georges , Ordre de S. Auguſtin , diocèſe
d'Angers , PAbbé Jean- François de Mallian ,
Aumônier de Madame ; & à celle de Perrayneuf ,
Ordre de Prémontré , diocèſe d'Angers , l'Abbé
Jean-Baptiste de Mallian , auſſi Aumônier de
Madame ; les deux dernieres Abbayes , ſur la
nomination & préſentation de Monfieur, en vertu
defon apanage .
Le 10 de ce mois , le Duc de la Vauguyon ,
Ambaſſadeur extraordinaire & plénipotentiaire
du Roi près Sa Majesté Catholique , a eu l'honneur
de prendre congé pour retourner à Madrid,
étant préſenté à Sa Majesté par le Comte de
Montmorin , Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires étrangeres.
Le fieur Dutillet de Villars , Héraut- Roid'Armes
des Ordres du Roi , porteur d'une lettre
de S. M. pour l'Infant-Duc de Parme , & des
marques de l'Ordre du Saint-Eſprit qu'Elle envoyoit
au Prince D. Louis , ſon fils , vient de
rapporter , avec la réponſe de l'Infant Duc , le
procès-verbal de la réception du jeune Prince.
Ce procès -verbal , dreſſé par le Comte de Flavigny
, Miniftre plénipotentiaire du Roi à la Cour
de Parme , porte que , le 12 Novembre dernier ,
jour fixé pour cette cérémonie , l'Infant , le jeune
Prince , vêtu en Novice , le Miniſtre plénipotentiaire
, & les perſonnes déſignées pour repréſenter
les Officiers des Ordres de S. M., ſe rendirent
proceffionnellement , & chacun à leur rang , de
l'appartement de l'Infant-Duc , à l'Egliſe des
Dominicains , au milieu d'une double haie que
formoit le Régiment des Gardes. Après la Meſſe ,
à laquelle l'Evêque de Parme officia pontificalement
, l'Infant-Duc , ſur ſon trône , revêtit des
marques de l'Ordre du Saint-Esprit , le Prince
( 167 )
héréditaire , & reçut ſon ſerment. Une Cour
nombreuſe & brillante , ainſi que le goût & la
magnificence qui régnoient dans la décoration
de l'Eglife , ont concouru à la pompe de cette
cérémonie , à laquelle le Duc de Gloceſter & fa
famille ont affifté.
De Paris , le 20 Juin .
Réglement fait par le Roi pour l'adminiſtration
de ſes finances & du commerce,
dus Juin 1787.
Le Roi ayant , par ſon Reglement de cejourd'hui
, déterminé la formation de ſon Conſeil
royal des Finances & Commerce , Sa Majesté
s'eſt fait rendre compte du nombre & de la
compoſition des divers Bureaux & Départemens
qui ont été établis pour l'inſtruction & adminiftration
des affaires de Finance & de Commerce;
& ayant reconnu qu'il en réſultoit un
état de dépenſe conſidérable , que les conjectures
préſentes nepouvoient plus comporter , Elle a
juge , non fans regret , à caufe des ſervices
qu'Elle reconnoît avec larisfaction lui avoir été
rendas par les Magiſtras qui en ont été chargés
juſqu'à préfent , qu'Elle devoit en ce moment,
à ſes peuples , le ſacrifice de réformer l'ordre
actuel &de le ſimplifier le plus qu'il feroit poffible
, fans toutefois nuire au bien du ſervice ni à
P'expédition des affaires .
En conféquence , après avoir examiné l'étendue
du travail néceſſaire , Elle a penſe qu'il
pouvoit être exécuté en le répartiſſant à quatre
départemens pour la Finance , à la tête de chacun
desquels Elle prépoſeroit un Magiftrat de
fon Confeil , ſous le titre d'Intendant des Finan
h6
( 168 )
ces, l'Edit du mois de juin 1777 , qui a fupprimé
les offices de ce nom , ſubſiſtant néanmoins
dans ſon entier ; & à un ſeul pour le
Commerce , qu'Elle confieroit auffi à un Magiſtrat
de fon Conſeil , ſous le titre d'Intendant du
Commerce. Aquoi voulant pourvoir : Sa Majesté
a fait& arrêté le préſent Réglement.
Article premier. Les commiſſions d'Intendans
de Département & d'Intendans du Commerce ,
actuellement exiſtantes , feront & demeureront
dès-à-préſent révoquées & ſupprimées , & tous
Ies appointemens , gages & traitemens qui ont
été réglés & fixés à ce titre , feront en conféquence
rayés & retranchés de l'état des Finances,
à compter du premier Janvier prochain ; Sa
Majesté ſe réſervant de donner aux Magiftrats
qui en ont été pourvus , de nouvelles marques de
fa confiance, à mesure que les circonstances le lui
permettront.
II. Tous les différens départemens , auſſi à
compter de ce jour, feront réduits au nombre
de cinq , ſavoir , quatre pour la Finance , dont
le travail ſera réparti à quatre Magiſtrats du
Conſeil , qui auront le titre d'Intendans des Fimances,
& un ſeul pour le Commerce , qui ſera
aufli confié à un Magistrat du Conſeil , ſous le
titre d'Intendant du Commerce. Les uns & les
autres s'acquitteront , ſous les ordres du Contrôleur
général des Finances , des fonctions qui
leur feront confiées , aux mêmes rang & honneurs
que les Intendans de départemens , fupprimés
par le préſent Reglement. Se réſerve Sa
Majeſté de leur régler le traitement qu'elle jugera
néceflaire.
III. Leſdits quatre Intendans des Finances &
l'Intendant du Commerce , feront égaux entr'eux;
& il ne ſera obſervé à leur égard , d'aus
1
1
( 169 )
Me ordre& diftin&ion que conformément à leur
rang au Confeil .
Pour cette fois , ils feront choiſis parmi les
Intendans actuels des Départemens , & du Commerce
; & par la fuite ils ſeront pris de préférence
parmi ceuxdes Commiſſaires départis dans
les Provinces , que Sa Majesté jugera à propos
de choiſir , ſans néanmoins que leſdites
places d'Intendans des Finances& du Commerce
puiſſent être conſervées par eux lorſqu'ils parviendront
au rang de Conſeillers d'Etat .
IV. Il ſera à chacun deſdits Intendans des Finances
& du Commerce , expédié une commif
Hon particuliere contenant le détail des parties
d'adminiſtration , du travail & inſtruction defquelles
i's feront chargés.
V. Le Comité d'Adminiſtration & tous les
Départemens particuliers confiés àd'autres per
Tonnes , même à des Magiftrats du Conſeil , demeureront
également & dès à préſent ſupprimés.
En conféquence, les traitemens qui avoient
été réglés , tant à cauſe du Comité d'Adminiftration
qu'à raiſon deſdits départemens , ferontretranchés
des états de dépenſe , à compter du
premier Janvier prochain ; ſe réſervant Sa
Majesté , de donner aux perfonnes auxquelles
ils avoient été accordés des marques de fa fatisfaction
.
VI. Les quatre Départemens de Finance
comprendront :
L'un , tous les objets confiés à l'Adminiſtration
des Domaines & Bois , & Droits doma-
Riaux , les Péages , Paſſages , Pontonnages ,
Bacs , Pêcheries & Moulins , Hallages , Minages
, Havages & autres objets de ce genre ,
& l'exécution des Arrêts des Août 1777 ,
15 Août & 11 Septembre 1779, & 5 Mai
1783.
5
( 170 )
Le ſecond, les objets confiés à la Ferme gé
nérale , ſoit à titrede Bail ,ſoità titre de Régie ,
& ceux confiés à la Régie générale des Aides &
droits y réunis.
Le troiſieme , les Impoſitions , les Municipalités
, les Otrois & Finances des villes , les Bus
reaux des Finances .
Et le quatrieme , les Ponts & Chauffées ,
les Travaux des Ports de Commerce , la Police
du Roulage , & en outre les Hôpitaux , les Priſons
, les Dépôts de mendicité , & la diftribution
gratuite des remedes dans les Provinces .
Le Département du Commerce aura tous les
objets actuellement répartis aux quatre Intendans
du Commerce.
Le Contrôleur général ſe réſervera immédiatement
les Parties caſuelles , les Mines , les Loteries
, la Compagnie des Indes , les Monnoies ,
les Ecoles de médecine vétérinaire , les Epizooties
, le Travail relatif aux ſubſiſtances , les
Affemblées provinciales , les Forges de la
Chauſſade , les Fonderies à la maniere angloiſe ,
l'Etabliſſement des cryſtaux de la Reine àMontcenis
, les affaires de la Corſe , la balance du
Commerce , les Poudres & Salpêtres , les Etapes
, les Convois militaires, les Meſſageries , &c.
& généralement toutes les parties non compriſes
dans leſdits cinq Départemens , quoique préſentement
non exprimées.
VII. Les Intendans des Finances & celui du
Commerce feront , enſemble ou ſéparément ,
ſelon que les circonſtances l'exigeront , appelés
au Comité qui , aux termes du Reglement de
ce jour , fait pour le Conſeil royal des Finances
& du Commerce , doit ſe tenir tous
les quinze jours au moins , chez le Chef dudit
Confeil , avec le Contrôleur général & los
( 171 )
deux Conſeillers d'Etat , membres de ce Con.
feil , & ils y rapporteront les grandes affaires
de leur département, qui doivent être portées
audit Comité.
VIII . Les affaires contentieuſes de chaque
Département continueront d'être renvoyées par
be Contrôleur général devant les Conſeillers d'Etat
compoſantle Comité contentieux.
Quatre Maîtres des Requêtes feront attachés
audit Comité pour y rapporter les affaires qui
devront y être portées , ſuivant la diftribution
qui leur en ſera faite par le Préſident du Comité ,
auquel néanmoins il ſera loiſible , en cas de
néceſſité , de confier quelques affaires à tels autres
Maîtres des Requêtes qu'il jugera convenable
. A l'effet de quoi ſupprime , dès-à-préfent
Sa Majesté , au- delà dudit nombre de
quatre , toutes les places de Maîtres des Requêtes-
Rapporteurs , Maîtres des Requêtes furnuméraires
, & Maîtres des Requêtes adjoints
qui avoient été établis près le Comité contentieux
, ainſi que tous les traitemens qui ont
été attribués à chacun d'eux , le quels feront retranchés
des états de dépenſe , à compter du premier
Janvier prochain .
Les avis du Comité contentieux feront remis
au Contrôleur général , & les Arrêts ſeront
rendus fur le rapport du Préſident du
Comité , à moins , toutefois , que l'affaire
ne fût telle qu'il dût en être rendu compte à
Sa Majefté.
FAIT à Verfailles, le cinq Juin mil ſept cens
quatre-vingt-fept.
Signé LOUIS , Et plus bas , LE BARON
DE BRETEVIL .
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 14
Mai 1786 , interprétatif dos articles II & III
( 172 )
de celui du 26 Novembre 1785 , portant
impoſition d'un droit de fix livres par quintal
de ſalpêtre, &de quinze livres parquintal
de poudres qui entreront dans le royaume.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 10 Septembre
1786 , qui proroge juſqu'au 1er. Août
1789 , la permiſſion accordée par l'Arrêt du 28
Juin 1783 , d'introduire aux Iſles du Vent , dans
les ports d'entrepôt , les Noirs de Traite étrangere
, avec une diminution de droits à l'entrée ;
qui permet , pendant le même temps , l'exportation
du ſucre brut de l'ifle de Sainte- Lucie à
l'Etranger , en acquittant les droits du Domaine
d'Occident & qui porte àDeux Cens livres par
tête la Prime accordés par l'Arrêt du Conſeil
du 16 Octobre 1784 , aux Négocians François ,
fur les Noirs de Traite Françoite , qui feront introduits
dans le port des Cayes St.-Louis à Saint-
Domingue pour l'approvifionnement de la
partie du Sud de ladite Ifle , en obſervant les
formalités preſcrites .
,
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 14
Mai 1786 , qui porte à quatorze ſous , au
lieu de douze ſous , le prix de chaque livre
de Salpêtre brut , qui ſera levé dans les magaſins
de la Régie des poudres & ſalpêtres ,
à compter du i Juillet 1786.
D'après les ordres que M. le Maréchal de
Caftries a adreſſes le 28 du mois dernier , à MM.
Jes Echevins & Députés de la Chambre du
Commerce de Marseille , MM. les Négocians
&Armateurs de cette place ſont avertis que ,
fur l'offre que la Compagnie de la gomme du
Sénégal a fait au Roi de ſe charger des dépenſes
( 173 )
locales de la Colonie , Sa Majeſté a trouvé cona
venable de proroger fon privilége juſques au
mois de Juillet 1796 , &d'y comprendre la Traite
de Noirs , de l'or , du morphile ,de la cire& de
tous les articles dont cette partie eſt ſuſceptible ;
quel'Arrét rendu àce ſujet le 10 Novembre 1786
fixe les limitesde ce privilége entre le Cap-Blanc
& le Cap - Verd ; que d'un autre côté, les bâtımens
de la Compagnie ne pourront ſe montrer
dans la partie entre le Cap-Verd & le Cap-
Tagrin , que pour traiter des vivres , & qu'indépendamment
des dépenſes de la Colonia dont la
Compagnie eft chargée , il lui eſt preſcrit par le
méme Arrêt d'importer annuellement 400 Noirs
àCayenne.
MM. les Echevins & Députés de la Chambre.
du Commerce préviennent MM. Les Négocians
&Armateurs , conformément aux intentions du
Miniftre , qu'en conféquence de ces difpofitions ,
ils ne peuvent plus expédier leurs navires que
pour les côtes de cette portion d'Afrique , depuis
leCap-Verdjuſques au Cap-Tagrin , & que dans
ces limites même , il ne leur eſt pas perm's de
traiter de la gomme, dont la Traite a été exclufivement
accordée à la Compagnie dans la riviere
ou Colonie du Sénégal & dépendances . ( Journal
deProvence. )
>>>Le mercredi 6 de ce mois vers midi ,
>> un violent incendie a éclaré au palais des
>>> Thusleries , dans les combles du pavillon
>>de Flore. Malgré la promptitude des fe-
>>> cours , on n'a pu ſe rendre maître du feu
>>>que vers les trois heures. Les pompiers
>> ont fait des coupures, tant du côté des
>>>appartemens de la Reine , que du côté
1
>>de la galerie des Plans. Toute la char
( 174 )
>> pente du pavillon s'eſt abîmée avec un
>> fracas horrible. La ſolidité d'une voûte
>>>qui ſe trouve à la hauteur de la corniche ,
>> a réſiſté heureuſement à cette chûte , de
>> maniere que les appartemens inférieurs
>> ont fort peu fouffert. La direction du vent
>> du nord portoit les flammes du côté de la
>> riviere ; & c'eſt ce qui a préſervé les ap-
>> partemens inférieurs de S. M. On attribue
>> cet incendie à la négligence de quelque
>> habitant des combles de ce pavillon ».
MM. Hazon , Boullé , Mauduit , Peyre
&Guillaumot , Commiſſaires nommés de
l'Académie d'Architecture ont fait un Rapport
très favorable d'une nouvelle conſtruction
de voûtes & planchers en briques légeres
& creuſes , par le fieur Goblet , Maître
Carreleur , rue Coupeau à Paris , foumiſe à
leur examen. Voici la ſubſtance de ceRapport
qui contient la deſcription de ces plan -
chers.
Nous avons vu , diſent les Commiſſaires ,
1º. un plancher de fix pieds en quarré , établi
fur unbâti de charpente , poſe ſur quatre piliers
&retenu dans ledit aſſemblage , par de ſimples
chevilles , & au moyen de la coupe pratiquée
dans les piéces de bois , dont eſt formé le plans
cher ; cette voûte , abſolument platte , a été expoſée
à toutes les intempéries de l'air , depuis
l'automne dernier , juſqu'au moment actuel ,
après lui avoir fait ſupporter un poids de 1200 liv.
2°. Le ſieur Goblet a fait conſtruire à côté de
fon four un autre plancher quarré de 12 pieds de
eété , retenu d'une part entre une ſolive parals
1
( 175)
lele au mur du four & le même four , & latéra
lement par une cloiſon affez mauvaiſe , de fix
pouces d'épaiſſeur , & par un mur en terre &
moelons , de dix à onze pouces ; ce même plancher
eſt conſtruit avec des briques de huit pouces
de long , quarrées dans leur partie ſupérieure , &
terminées circulairement par le bas ; il n'y a que
fix pouces de bombement , & quoique ſoutenu
par des appuis auſſi foibles , il ſupporte journellement
un poids de quinze à vingt milliers en
glaiſe , deſtinée aux travaux des ouvriers établis
dans cette partie .
3º. Nous avons encore vu un troifiéme plancher
de 24 pieds de long ſur 8 de large , qui n'a
que 10 pouces de fleche. Ce plancher , retenu à
ſes deux extrémités par des poteaux montans ,
ſolidement arrêtés par des contre - fiches , eft
adoflé d'une part àun pignon par des bandes de
fer ſcellées dans le mur & cramponnées , & une
piéce de bois horisontale qui fait l'office du mur
de cloifon .
Au-deſſus de ce plancher & ſur les mêmes di
menfions dans le plan , on a conßruit une voûte
de 10 pieds de hauteur ſous clef, percée à l'une
de ſes extrémités , d'une porte de deux pieds &
demi de large , ſur fix de haut , & à l'autre extrémité
, d'une eſpece de manſarde , montante
à la même hauteur dans la voûte , depuis la furface
du plancher ,juſqu'au sommet de la porte &
de la croisée dont on vient de parler ; leess doffe
rets ſont conſtruits avec des briques creuſes ,
enboîtées & liées les unes dans les autres , par des
faillies en retraite , pratiquées en leur extrémité,
de maniere que le tout préſente une conſtruction
à peu-près ſemblable à celle qui auroit été faite
au-deſſus des reins de ladite voûte , par un mue
en moëlon ou en pierre ,de petit appareil , aves
( 176 )
unegrande différence de légéreté, causée, comm
me on le voit , par le vuide des briques dont
il eſt formé.
4°. Au-deſſus de ladite voûte , on a commencé
une voûte ogive , formée de pareilles oriques ,
poſées de champ , ſuivant la courbure de la
voûte , &devant fervir de toît à celle qui eff
immédiatement au-deſſous .
Afin de diminuer la pouffée , tant du plancher
dont nous venons de parler , que de la
voûte qui eſt au- deſſus , ainſi que pour modérer
l'effort caufé par le gonflement du plâtre , on
a diſpoſé de quatre pieds en quatre pieds dediftance
des tirans de fer de deux pouces de largé ,
fur trois lignes d'épaiſſeur , tant audit plancher
qu'à la voute qui eſt au- deſſus , au moyen de
quoi, le tout nous a paru d'une très-grande folidité.
5º. Enfin , à côté de ce plancher , & joignant
le pignon auquel il eſt adoſſé , on a conftruit un
toit avec des briques de même forme que celles
employées à la voûte ogive dont nous venons de
parler ; ce toît , ſur la pente ordinaire , n'a point
d'autre tuile que la ſurface ſupérieure des briques,
dontil eſt formé ,& n'a ni lates , ni chevrons.
Nous ne doutons pas que ces moyens de bâtir ,
employés par des Conſtructeurs habites & éclairés
, ne préſentent des avantages nombreux, foit
àraiſon de l'incombustibilité de ces fortes de
voûtes, ſoit à raiſon de leur plus grande légéreté.
On peut même eſpérer de diminuer l emploi
du fer , ſi l'on conſtruit avec un excellent
mortier , au lieu de plâtre ,dont le gonflement
produitdes effets ſouvent nuiſibles à la ſolidité.
L'Académie Royale des Belles - Lettres
d'Arras a tenu une Séance publique le 18
› Mars dernier.
( 177 )
Le Secrétaire en fit l'ouverture & déclara
que l'Académie n'avoit pas décerné de prix
fur cette queſtion :
«Quelles furent autrefois les différentes bran-
>ches de commerce dans les contrées qui for-
>>>ment préſentement la Province d'Artois , en
remontant au tems des Gaulois ? Quelles ont
>> été les cauſes de leur décadence , & quels
>> ſeroient les moyyeennss de les rétablir , notam-
➤ment les Manufactures d'Arras >> ?
L'Académie propoſe ce Prix une troiſieme
fois pour Pâques 1790 ; les Mémoires devant
être remis avant le premier Décembre 1789 .
L'Académie avoit propoſé cette autre queſ
tion :
«Eſt- il avantageux de réduire le nombre des
chemins dans le territoire des Provinces d'Ar-
>> tois , & de donner à ceux que l'on conſer-
>>>veroit une largeur ſuffiſante pour être plan
>> tés ? Indiquer , dans le cas de l'affirmative ,
>> les moyens d'opérer cette réduction »..
Elle a fait auſſi ſeulement une mention họ-
norable du Mémoire n°. 6 , dont l'Auteur eft
M. Delegorgue , le jeune , Avocat.
Après l'ouverture , M. de Champmorin ,
Major au Corps Royal du Génie , lut un Difcours
propre à mettre dans un nouveau jour la
gloire du Maréchal de Vauban.
Le Secrétaire lut le Diſcours de remerciment
de M. le Baron de Courſet , nouvel Académicien
Honoraire , auquel M. de Robespierre , Direcseur
, répondit.
M. le Gay lut trois pieces de vers.
M. Lenglet lut un Fragment ſur le mariage:
Le Secrétaire lut le Difcours de remerciment
de Mademoiselle de Keralio , Académicienne
Honoraire.
( 178)
M. deRobespierre y répondit. Il félicita l'Aca
démie fur le choix qu'elle avoit fait d'une perſonne
auſſi intéreſſante par les charmes de ſon
eſprit , & par l'étendue de ſes connoiſſances ,
que par les graces de ſon ſexe. Il examina ,
cette occaſion , s'il étoit avantageux d'admet
tre les femmes dans les Compagnies littéraires,
& prouva que l'introduction de cet uſage feroit
utile aux femmes & aux Académies , & opé
reroit par conféquent le bien public.
M. Taranget lut un Diſcours ſur la Végé
tation.
M. Goſſe lut une Epitre de 400 vers à M. B.
de R.
Le Secrétaire termina la ſéance par la lecture
de trois Odes anacreontiques de M. Roman
, Académicien Honoratre.
L'Académie renouvelle ſon annonce de l'année
derniere , que , vers Pâques de 1788 , elle
décerneroit uu Prix au Mémoire qui auroit le
mieux traité la queſſion ſuivaate :
«Quelle est la meilleure méthode à employer
> pour faire des pâturages propres à multiplier
les beſtiaux en Artois » ?
LesMémoires ſeront adreſſés , francs deport,
au Secrétaire-Perpétuel de l'Académie, à Arras ,
ou ſous le couvert de M. l'Intendant de Fiandres
& Artois , à Lille ; & on ne délibérera
que ſur ceux qui ſeront reçus avant le premier
Décembre 1787 .
Ce Prix ſera une Médaille d'or de la valeur
de 500 livres, ou pareille ſomme en eſpeces.
L'Académie décernera un Prix ſemblable ,
vers Pâques de l'année 1789 , au Mémoire dans
lequel on aura donné les meilleurs moyens de
multiplier les têtes à laine dans la Province d'Arzois
, & de prourer aux laines une qualité plus parfaite.
( 179 )
A la même époque , l'Académie décernera
un autre Prix de la même valeur de 500 livres ,
au Mémoire dans lequel on aura indiqué la
meilleure maniere de rendre invariables les bornes
champêtres.
Les Auteurs feront tenus de remettre leurs
Mémoires pour ces deux prix , avant le pre
mier Décembre 1788 .
François -Anne- Louis , Marquis de Lordat
, Seigneur de Lordat & du Lordadois ,
Baron des Etats de la province de Languedoc
, Mestre de- camp de Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre royal& militaire de S. Louis ,
de Saint-Jean de Jérusalem , & Commandeur
de l'Ordre de Saint Lazare , eſt mort ,
le 14 du mois dernier , dans ſon château de
Bram, dans le Haut- Languedoc .
L'Académie de Marſeille tint ſa ſéance publique
d'après Pâques le 18 Avril. Après le
diſcours de M. Seimandi , directeur , on lut des
extraits des trois Mémoires couronnés. Le premier
, fur l'Education des Abeil'es ; le fond,
fur le Caprier , & le troiſieme , fur une nouvelle
Machine propre à pêcher le corail. M. Béraud
de l'Oratoire eſt auteur de ces trois Mémoires .
M. Bardon , élu Académicien , & M. de la
Lauziere prononcerent leur Diſcours de réception
, auxquels M. Seimandi répondit ; & Μ.
de Villeneuve fit la lecture d'une differtation
fur les Troubadours .
L'Académie propoſe de nouveau , pour ſujet
des prix de 1788 , quels sont les eſpeces de
Vers marins qui attaquent les Navites dans les
( 180 )
ports de la Province , & quelle ſcroit la mé
thode de les en préſerver ; 2°. Si la plante appellée
vulgairement , Barbe de Renard, connue
des Botaniſtes , ſous le nom de TragacanthaMalfilienfis
, eſt la même que celle qu'on cultive
dans le Levant , pour en extraire la gomme
adragant , & quelle ſeroit la maniere de la culriver
avec ſuccès , pour en extraire cette
gomme.
Et pour l'année 1789 , quels sont les moyens
d'étendre & de perfectionner la culture du
Kali en Provence , d'en extraire la foude , &
quels font les terrains les plus propres à cettе
culture.
Les Mémoires doivent être adreſſés en double
copie avant la fin de Décembre , à M. Bertrand,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , rue du
Thubaneau . Les Auteurs doivent affranchir le
port , & éviter de ſe faire connoître.
Suite du Traité de Commerce entre la France
&la Russie.
Sa Majesté Très -Chrétienne , pour contribuerde
ſon mieux à l'extenſion du commerce
&de la navigation directe des ſujets de Sa Majesté
Impériale dans les Etats de ſa domination , leur
accorde encore les avantages fuivans : 1 °. Les fers
de Ruffie en bares ou en aſſortiment , lorſqu'ils
feront importés ſur des vaiſſeaux François ou Rufſes
, ne feront afſujettis qu'aux mêmes droits que
paient ou paieront les fers de la Nation Européenne
la plus favoriſée. 2°. Les fuifs en pain , &
3º. les cires jaunes & blanches , en balles & en
grain , venant de Ruffie , jouiront d'une diminuzion
de 20 pour 100 fur les droits d'entrée que
paient
( 181 )
paient aujourd'hui en France les ſuſdites denrées
par le tarif actuel. Il eſt entendu que cette diminution
n'aura lieu que lorſque ces denrées ſeront
tranſportées ſur des navires François ou Ruſſes.
En compenſation de cet avantage , Sa Maj . l'Impératrice
de Ruffie accorde , 1°. que tous les vins
de France , hors ceux de Bourgogne & de Champagne,
qui feront importés en Ruſſie par les ports
de la mer Baltique & de la mer Blanche , ſur des
navires François ou Ruſſes ,&, pour le compte
des ſujets reſpectifs , y jouiront d'une diminution
detrois roules de droits d'entrée ſur chaque oxhofft
ou barique de deux cents quarante bouteilles
, de maniere qu'au lieu de quinze roubles ,
qu'en vertu dutarifgénéral, ces vins ont payéjufqu'ici
par oxhoffe , ils ne paieront à l'avenir que
douze roubles ; & lorſque ceſdits vins entreront
en Ruſſie par les portsde la mer Noire , & fous
la même condition d'être propriété Françoiſe our
Ruffe , & chargés ſur des navires appartenans à
l'une ou à l'aurre Nation , ils jouiront , outre la
diminution ſuſdite , du bénéfice de 25 pour 100
que le tarif général accorde pour l'encouragementdu
commerce des poris de la mer Noire , &
parconféquent les droits d'entrée de ces vins y
feront réduits à neufroubles par oxhofft ; il s'erſuit
qu'auſſiot que les vins en queſtion cefferont
d'être propriété Françoiſe ou Ruſſe , ou qu'ils ſeront
importés dans les ports de Ruſſie for des navires
étrangers , ils ne pourront plus participer
auxavantagesſuſmentionnés, mais ils ſeront ſtricxement
aſſujettis au tarif. 2°. Les vins de Champagne&
deBourgogne jouirontd'une diminution
dedix
copecks par bouteille de droits d'entrée
dans les ports de la mer Baltique & de la mer
Blanche ; de forte que le premier de ces vins, qui,
d'après le tarif général , a payé juſqu'ici 60 co-
N°. 25 , 23 Juin 1787. i
:
( 182)
pecks par bouteille , ne paiera plus que so copecks
,& l'autre ſera porté de 50 à 40 coperks
parbouteille. Il fera , outre cela , accordé à ces
yins , en lus de ladite diminution , le bénéficede
25 pour com pour les ports de la mer Noire ,
moyennant lequel les droits d'entrée pour la
Champagney feront réduits à 57 & demi copechs
par bouteille ;& ceux deBourgogne à 30 copecks
par bouteille: dans l'un toutefois comme dans
P'autre cas , cette importation ſe fera également
furdes navi es François ou Ruſſes , & pour le
compte des ſujets reſpectifs ; puiſque , fi ces vins
n'étoientpas de la propriété de l'une ou de l'autre
Nation , ou qu'ils fuſſent importés ſur des navires
étrangers , ils feront abfolument ſoumis au tarit
général. 3º. Les ſavons de Marseille, que les fu
jetsFrançois importerontdans les EtatsdeRuffie,
jouiront pareillement d'une diminution de
droits; de forte qu'au lieu de 6 roubles par poud
qu'ils ont payés juſqu'à préſent , ils ne feront plus
Loumis qu'à la même taxe que paient actuellement
les pareils de Veniſe & de Turquie, ſavoir un
rouble par poud.
1. Le but des Hautes-Parties contractantes ,
enaccordant les avantages fiipulés dans les articles
précédens 10 , 11 & 12 , étant uniques
ment d'encourager le commerce & la navigation
directs entre les deux Monarchies , leş
sujets reſpectifs ne jouiront deſdites prerogatives
& exemptions , qu'à condition de prouver
la propriété de leurs marchandises par des certificats
en due forme , & les deux Puiſſances
contractantes s'engagent réciproquement à pu-
Mier , chacune de ſon côté , une défenſe expreſſe
à leurs ſujets d'abuſer de ces avantages ,
en ſe donnant pour propriétaires de navires ou
de marchandises qui ne leur appartiendroient
( 183 )
pas , ſous peine à celui ou à ceux qui auroient
ainſi fraudé les droits , en prétant leur nom à
quelque au re négociant étranger , d'être traités
ſelon la rigeur des loix & réglemens émanés à
cet égard dans les Etats reſpectifs.
14°. Pour conſtater la propriété Ruſſe des
marchandiſes importées en France , on devra
produire des certificats de Confuls - généraux ,
Confuls ou Vice-confuls de France , réſidans en
Ruſſie , rédigés en due forme; mais ſi le navire a
fait voile d'un port où il n'y ait pas de Confulgénéral
,Conful ou Vice-conful deFrance, on fe
contentera d'un certificat de la Douane ou du
Magiſtrat du lieu d'où le navire aura été expédié.
Leſdits Confuls- généraux , Confuls ou Viceconfuls
ne pourront rien exiger au --delà d'un
rouble pour l'expédition , ſoit d'un tel certificat
, ſoit d'un acquit à caution ou autre document
néceſſaire. Pour conſtater pareillement la
proprieté Françoiſedes marchandises importées
en Ruffie , on devra produire des certificats en
dûe forme des Confuls- généraux , Confuls ou
Vice- contuls de Ruſſie refidans en France ; mais
ſi le navire a fait voile d'un port où il n'y ait.
pas de Conful-général , Conful ou Vice-conful
deRuffie , on ſecontentera de pareils certificats ,
foit du Magiſtrat du lieu , ſoit de la Douane ou
detelle autre perſonne prépoſée à cet effet. Les
Confuls-géneraux , Confuls ou Vice- confuls de
Ruſtie en France , ne pourront rien exiger audelà
de la valeur d'un rouble réduit en monnoie
de France , pour l'expédition d'un tel
certificat ou autre document de cette eſpèce.
15°. Les Hautes-Parties contractantes comviennent
que leurs Confuls-généraux , Confuls
on Vice-confuls , négocians & marchands qui
ne feront point naturaliſés , jouiront récipres
2
( 184 )
quementdans lesdeuxEtatsdetoutes les exemp
tions d'impôts & charges perfonnelles dontjouifſent
ou jouiront dans les mêmes Etats les Conſuls-
généraux , Confuls ou Vice- confuls ; négocians
& marchands de la Nation la plus favorifée,
Les ſujets reſpectifs qui obtiendront des lettres
de naturalité ou le droit de bourgeoiſie , ſoit en
France , ſoit en Ruſſie , feront tenus à ſupporter
les mêmes charges& taxes impoſées ſur les ſujets
nésde l'Etat , attendu qu'ils jouiront auſſi d'une
parfaite égalité d'avantages avec ceux-ci.
16°. Les Nations qui font liées avec la Françe
pardes Traités de commerce , étant affranchies
du droit d'aubaine dans lesEtats de Sa Majefté
Très-Chrétienne,elle conſent que les ſujetsRuffes
ne ſoient pas réputés aubains en France ,& con.
ſéquemment ils ſeront exempts dudroitd'aubaine
ou autre droit ſemblable , ſous quelle dénominationqu'il
puiſſe être; ils pourront librement difpoſerparteſtament
, donation ou autrement , de
leurs biens meubles & immeubles , en faveur de
telles perſonnes que bon leur ſemblera , & lefdits
biens délaiſſés par la mort d'un ſujet Rufſe ,
ferontdévolus ſans le moindre obſtacle à ſes héritiers
légitimes par teſtament ou ab inteftat , ſoit
qu'ils réſident en France ou ailleurs , ſans qu'ils
aient beſoin d'obtenir de lettres de naturalité ,
&ſansque l'effet de cette conceſſion puiſſe leur
être conteſté ou empêché , ſous quelque prétexte
que ce ſoit. Ils feront également exempts du droit
de détraction ou autre de ce genre , auſſi longtems
qu'il n'en fera point établi de pareils dans
Les Etats de Sa Majesté l'Impératrice de routes
lesRuffies. Les ſuſdits héritierspréſens, ainſi que
les exécuteurs teftamentaires , pourront ſe mettre
en polletion de l'héritage dès qu'ils auront léga
( 185 )
lement fatisfait aux formalités preſcrites par les
loix de Sa Majesté Très- Chrétienne , & ils difpoſeront
, felon leur bon plaifir , de l'héritage
qui leur ſera échu , après avoir acquitté les autres
droits établis par les loix & non déſignés
dans le préſent article.
Mais ſi les héritiers étoient abſens ou mineurs ,
&parconféquent hors d'état de faire valoir leurs
droits , dans ce cas , l'inventaire de toute la fucceffion
devra être fait ſous l'autorité des jugesdu
lieu par unNoraire public , accompagné duConful
ou Vice- conful de Ruffie , s'il y en a un dans
l'endroit , & ſous l'inſpection du Procureur da
Roi ou du Procureur- fiſcal , & s'il n'yavoit pas de
Conful ouVice-conful dans l'endroit, on appellera
comme témoins deux perſonnes dignes de foi.
Après ce préalable , la ſucceſſion ſera déposée
entre les mains da Conful ou Vice-conful , ou
à ſon défaut , entre les mains de deux perſonnes
déſignées par le Procureur du Roi ou le Procureur-
fiſcal , afin que le ſdits biens foient gardés
pour les légitimes héritiers ou véritables propriétaires
.En cas qu'il yait des mineurs , & qu'il
ne le préſentat en France aucun parent qui pûc
remplir par proviſion la turèle ou curatelle ,
elle fera confiée au Conful ou Vice- conful de
Ruffie , ou à fon défaut , àune perſonne défignée
par le Procureur du Roi , ou le Procureurfiſcal
, juſqu'à ce que les parens du defunt aient
nommmé un tuteur ou curateur ; dans le cas
où ils'éleveroit des conteſtations ſur l'héritage
d'un Ruffe mort en France , les tribunaux du
lieu où les biens du défunt ſe trouveront , devront
juger le procès ſuivant les loix de la
France.
Quoique les Ruſſes doivent jouir en France
detous les droits attachés à la propriété, demême
iz
( 186 )
que les François , & l'acquérir par les mêmes
voies légitimes , fans avoir beſoin de lettres de
naturalicé pendant le tems de leur ſéjour dans
le Royaume , ils ne pourront néanmoins, conformément
aux loix établies pour les étrangers, poffeder
aucun office, dignités, bénéfices, ni remplir
aucune fonction publique, à moins d'avoir obtenu
des lettres - patentes à ce néceſſaire , dûment
enregiſtrées dans les Cours ſouveraines du
Royaume.
Bien que le droit d'aubaine n'exifle pas en
Rullie , Sa Majesté l'Impératrice de toutes les
Ruffies , afin de prévenir tout doute quelconque
à cet égard , s'engage à faire jouir , dans toute
L'étendue de ſon Empire , les ſujets du Roi Très-
Chrétien d'une entiere & parfaite réciprocité ,.
relativement aux ftipulations renfermées dans
le préſent article.
17°. Pour prévenir les fraudes des droits de
douane, ſoit par la contrebande , foit de quel-,
qu'autre maniere , les Hautes-Parties contrac-.
tantes conviennent réciproquement , que , pour
tout ce qui regarde la viſite des navires matchands
, les déclarations des marchandises , le
tems de les préſenter , la maniere de les vérifier
, & en général pour tout ce qui concerne les
précautions à prendre contre la contrebande &
les peines à inftiger aux contrebandiers , l'on
obſervera , dans chaque pays , les loix , réglemens&
coutumes qui y ſont établis ou qu'on y
établira à l'avenir. Dans tous les cas fufnentionnés,
les deux Puiſſances contractantes s'engagent
réciproquement à ne pas traiter les ſujets
reſpectifs avec plus de rigueur que ne le font
leurs propres ſujets lorſqu'ils tombent dans les
mêmes contraventions.
18°. Lorſque les navires François ou Ruſſes ,
( 187 )
feront obligés , ſoit par des tempêtes , ſoit pour
ſe ſouſtraire à la pourſuite des ennemis ou de
quelque pirate , ou enfin pour quelqu'autre acci
deat , de ſe réfugier dans les ports des Etats refpetits
, ils pourront s'y radouber , ſe pourvoir
de toutes les choſes néceſſaires , & ſe inettre en
mer librement , ſans ſubir la moindre viſite , ni
payer aucuns droits de douane ni d'entrée , excepté
ſeulement les droits de fanaux & de ports ,
pourvu que , pendant leur ſéjour dans ces poris ,
on ne tire aucunes marchandiſes deſdits navires ,
encore plus , qu'on n'expoſe quoi que ce foit
en vente ; mais fi le maître ou patron d'un tel
navire jugeoit àpropos de vendre quelque marchandise
, il ſera tenuà ſe conformer aux loix ,
ordonnances & tarifa de l'endroit où il aura
atordé.
19°. Les vaifſſeaux de guerre des deux Puiffances
contractantes trouveront également dans les
Etats reſpectifs , les rades , rivieres , ports &
havres ouverts , pour entrer ou fortir , demeurer
à l'ancre tant qu'il leur ſera néceſſaire , fans
fubir aucune vifite , en ſe conformant aux loix
générales de police , & à celles des bureaux
de ſanté établis dans les Etats retpectifs . Dans
les poris fortifiés des villes où il y a garniſon ,
il ne pourra pas entrer plus de cinq vaſſeaux de
guerre à la fois , à moins qu'on ait obtenu la
permiffion pour un plus grand nombre. On faci
litera auxdits vaiſſeaux de guerre les moyens d'e
ſe ravitailler & radouber dans les ports refpec
tifs , en leur fourniſſant les vivres & rafraichif
ſemens au prix courant , francs & libres de
droits de douane , ainſi que les agrès , bois ,
cordages & apparauxqui leur ferort néceſſaires ,
au prix courant des arfenaux des Etns refpec.
14
(188 )
ifs, autant que le beſoin preffantde l'Etat n'y
mettra point un obſtacle légitime.
20°. Les Hautes- Parties contractantes , pour
éviter toutes les difficultés auxquelles les différens
pavillons & les différens grades des Officiers
donnent lieu , lorſqu'il eſt queſtion des
faluts en mer ou à l'entrée des ports , ſont convenues
de déclarer qu'à l'avenir les faluts n'auront
plus lieu ni en mer, ni à l'entrée des
ports , entre les vaiſſeanx des deux Nations ,
de quelque eſpece qu'ils foient , & quelque
foit le grade des Officiers qui les commanderont.
21 ° . Aucun vaiſſeau de guerre d'une des Puiffances
contractantes , ni perſonne de ſon équipage
, ne pourra être arrêté dans les ports
de l'autre Puiſſance. Les commandans defdits
vaiſſeaux devront s'abstenir crupuleusementde
donner aucun aſyle for leur bord aux déferteurs
, contrebandiers, fugitifs quels qu'ils foient,
criminels ou ma faiteurs , & ne devront faire
aucune difficulté de les livrer , à la réquifition
du Gouvernement .
22°. Aucun bâtiment marchand des ſujets refpectifs
, ni perfonne de ſon équipage , ne pourra
être arrêté , ni les marchandiſes ſaifies dans les
ports de l'autre Puiſſance , excepté le cas de faifie
ou d'arrêt de juſtice, ſoit pour dettes perſonnelles
contractéesd ans le pays même par les proprié- ,
taires du navire ou de ſa cargaiſon , ſoit pour
avoir reçu à bord des marchandiſes déclarées.
contrebande par le tarif des douanes , ſoit pour
y avoir récélé des effets qui auroient été cachés
par des banqueroutiers ou autres débiteurs , au
préjudice de leurs créanciers légitimes , ſoit pour
avoir voulu favoriſer la fuite ou l'évation de
quelque déſerteur des troupes de terre ou de
( 189 )
mer , de contrebandiers , ou de quelqu'autre individa
que ce ſoit qui ne ſeroit pas muni d'un
paſſeport légal , de tels fugitifs devant être remis
auGouvernement , auſſi bien que les criminels
qui auroient pu ſe réfugier ſur un tel
navire ; mais le Gouvernement , dans les Etats
reſpectifs , apportera une attention particuliere
à ce que leſdits navires ne ſoient pas retenus
plus long -tems qu'il ne ſera abſolument néceffaire.
Dans tous les cas ſuſmentionnés , ainſi
qu'à l'égard des délits perſonnels , chacun ſera
foumis aux peines établies par les loix du pays où
le navire & l'équipage auront abordé , & l'on y
procédera ſelon les formes judiciairos de l'endroit
où le délit aura été commis .
23°. Si un matelot deſerte de fon vaiſſeau , il
ſera livré à la réquisition du maître ou patron de
l'équipage auquel il appartiendra , & en cas de
rebellion , le propriétaire du navire ou le patron
de l'équipage pourra requérir main- forte pour.
ranger les révoltés à leur devoir, ce que leGouvernement
, dans les Etats reſpectifs , devra s'empreſſer
de lui accorder, ainſi que tous les ſecours
dont il pourroit avoir beſoin pour continter fon
voyage ſans riſque& fans retard.
24°. Les navires de l'une des Hautes-Parties
contractantes ne pourront , ſous aucun prétexte,
êtrecontraints, en tems de guerre, de ſervir dans
les flottes ou eſcadres de l'autre , ni de ſe déchargerd'aucun
tranſport.
25°. Les vaiſſeaux François ou Ruſſes , ainſi
que leur équipage , tant matelots que paſſagers ,
foit nationaux , ſoit même ſujets d'une Puffance
étrangere , recevront , dans les Etats refpectifs ,
toute l'aſiſtance & protection qu'on doit atrendre
d'une Puiſſance mie ; & aucun individu ,
appartenant à l'équipage deſdits navires , non
is
( 190 )
plus que les paſſagers , ne pourra étre forcé
d'entrer malgré lui , au ſervice de l'autre Puif.
ſance; ne pourront cependant, reſter à l'abri de
cette derniere franchiſe , les ſujets de chacune
des deux Puiſſances contractantes qui fe trouveront
à bord , appartenans à l'autre; leſquels ſujets
elles feront toujours libres de réclamer.
La fin à l'ordinaire prochain.
Les Payeurs des Rentes, 6derniers mois
de 1786 , font à la lettre M.
Les Numéros fortis au Tirage de la
LoterieRoyale de France, le 16de ce mois ,
font : 56, 88 , 32 , 57 & 84.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 14 Juin.
Dans l'incertitude des conféquences qui
pourront ſuivre les derniers événemens furvenus
dans nos provinces , il importe de recueillir
tous les actes publics qui y ſont relatifs.
L'un des plus intéreſſans de ces Actes
eſt ladépêche envoiée aux Etats de Brabant
le 30 Mai , à onze heures du ſoir , par laquelle
leGouvernement a conſenti à toutes
les demandes qui ont occaſionné un mouvenent
général. En voici la teneur.
Marie-Christine,&c. Albert-Casimir , &c. Lieutemans
, Gouverneurs & Capitaines généraux des
Pays-Bas , &c. &c. &c.
« Très- Révérends , Révérends Peres en Dieu,
nobles , chers & bien amés , fur la reprefen(
191 )
tation de ce jour que vos députés nous ont
remife ,nous vous déclarons que quant à votre
demande de tenir en ſurféance abfolue & parfaite
, fans limitation ni exception quelconque ,
toutes les diſpoſitions contraires , directement
ou indirectement , à la joyeuse entrée ou aux
droits , franchiſes , privileges , chartres , coutumes
, uſages , & autres droits quelconques ,
publics ou particuliers : que de plus , les infractions
y faites ſeront , ſans limitation ni exception
quelconque , inceſſamment redreſſees
& miſes dans le même état , comme elles ont
été d'ici depuis deux cens ans : en outre que
nous déclarions que nous nous confions pleinement
que S. M. confirinera ſans réſerve la
déclaration que nous ferions à ce ſujet , nous
vous accordons entierement cette demande.
>>>Quant à la demande que vous nous faites,
d'éloigner de notre conſeil les perſonnes fufpectes,
fur leſquelles tombent , ſelon vorre repréſentation
, l'indignation publique , nous vous
accordons encore cette demande , vous chargeant
de nous préſenter les griefs que vous
croyez avoir à ce ſujet, & vous prévenant , au
furplus , que nous dirigerons immédiatement
par nous mêmes toutes les affaires quelconques
du Gouvernement.
>>Quant à l'objet du dernier article de votre
repréſentation , tendant à ce que nous ordonnions
abſolument que le Miniſtre ſaſſe voir le
pouvoir que S. M. lui auroit donné pour faire
les changemens relatifs aux infractions & bouleverſemens
du pate conſtitutionel , nous vous
déclarons , avec toute la ſincérité dont nous
ſommes capables , & dont vous devez être bien
convaincus , que ces changemens , qui cefTent
abſolument maintenant ,n'ont été faits qu'en
i6
( 192 )
vertu des intentions & ordres de Sa Majesté
qui nous ont été adreſſés & notifiés , & nommément
en vertu de deux diplômes en date du
premier Janvier 1787 , deſqueiles on vous montrera
, lorſque vous le déſirerez , comme aux
Syndics des Nations , les originaux mêmes , de
maniere que le Miniſtre n'a eu , ni dû avoir ,
aucun autre pouvoir à cet égard.A tant très-
Révérends , Révérends Peres en Dieu , nobles,
chers & bien amés , Dieu vous ait en ſa fainte
garde. De Bruxelles , le 30 Mai 1787. Paraphé
Cr. Vt. ſigné, Marie & Albert. Plus bas étoit
par ordonnancede leurs AlteſſesRoyales , contreſigné
de Reul.
Il n'eſt pas inutile de préſenter ici la marche
de cette réſiſtance des Provinces Belgiques.
Le 26 Avril , les Etats ſe bornerent à
demander une introduction légale des nouveaux
Tribunaux , & propoſerent dans ce
but un plan de conciliation. Le lendemain
ce plan fut agréé par L. A. R. Dans leurs
remontrances du 30, les Etats firent d'ultérieures
objections , & requirent la ſuſpenfion
des Tribunaux ; une dépêche du 7 Mai
la leur accorda. Le 30 Avril , Pautorité des
Capitaines de Cercles fut reſtreinte par le
Gouvernement : on voulut davantage; une
déclaration du 16 Mai fatisfit aux defirs des
Etats. Nouvelles remontrances plus fortes;
&le 28 , ces Intendances furent totalement
fupprimées. Enfin le 30 Mai , encouragés
par tant de conceſſions , les Etats
exigerent la révocation générale de tous les
actes du Souverain ; nous avons vu com(
193 )
4
ment & à la ſuite de que's incidens , ces
dernieres prétentions ont été fatisfaites.
Voilà donc la cohue des Avocats , Procureurs
, Notaires , gens de chicane rétablis
avec les anciens Tribunaux , & la nouvelle
procédure, qui tendoit à économiſer les procès
, la bourſe & le temps des plaideurs ,
anéantie : les Evêques diſpenſés de la fubor.
dination ſouveraine pour l'exécution de
leurs Mandemens , les Confrairies , les Proceffions
, les Dédicaces diſpendieuſes rérablies;
ainſi que les Abbaies & les Couvens ,
dont la ſuppreſſion , combinée avec celle
des gens de robe, a puiſſamment contribué
au foulevement général dont nous avons
été témoins.
La nuit du 28 au 29 du mois dernier , il
s'éleva une émeute violente à Amſterdam ,
dans laquelle les deux partis en vinrent aux
mains. Il y eut pluſieurs morts & blefſés
, vingt - huit à trente maiſons ſaccagées
, entr'autres celles des Bourguemeftres
Beels & Rendorp. On a ſauvé celle du
Bourguemeſtre Dedel qui étoit déjà aſſaillie.
Quelques-uns des ſéditieux pris dans cette
rencontre ont été exemplairement punis .
S. A. S. le Stathouder a adreſſé aux Etats
Généraux une Déclaration rendue publique
, dans laquelle le Prince ſe plaint avec
amertume de la conduite des Erats de Hollande
à fon égard, rappelle les événemens
qui ont uni les Etats de Gueldres & d'U-
1
( 194 )
trecht , redemande le commandement de
la Haye , & invite les Provinces ainſi que
lés Régens , à concourrir avec lui au rétabliſſement
des droits de l'Union , de la concorde&
de la proſpérité dans la République.
Ce Prince eſt arrivé à Amersfoort le 9
dece mois, pour inſpecter les troupes qui y
ſont campées , & a liégé aux Etats .
Le Conſeil -d'Etat a propoſé aux Etats-Géné
raux unplande conciliation . Les points préliminaires
font , que la Province de Hollande
retire ſa protection à la ville d'Utrecht , &
rappellera toutes les troupes qu'elle a déja fait
paſſer ſur ſon territoire; que la Gueldre & les
Etats d'Utrecht , retireront , huit jours après ,
leurs troupes & les feront rentrer en Gueldre ;
que Ja Hollande ordonnera auſſi aux Auxiliaires
de quitter Utrecht , & que les Erats Généraux
feront médiateurs & garants de l'accommodement.
Cette propoſition a été priſe
ad Referendum par toutes les Provinces . (Gaz.
d'Amsterdam , Nº. 46 ) .
,
Les troupes mal intentionnées , qui forment
le cordon de la province de Hol .
lande ont preſque levé l'érendard de la
rébellion ; les régimens qui ſont dans
des villes ou forts fur la frontiere , ont
déja déclaré ne vouloir obéir qu'aux Etats-
Généraux , & ſe moquent formellement des
ordres des Etats de Hollande. Pluſieurs
Officiers démis , caffés & déja remplacés par
d'autres , que les Etats de Hollande avoient
déja nommés , font revenus à leurs Réginens
, depuis la publication du Manifeſte
!
1
1
--
(195 )
du Stathouder , & ont repris leur rang &
leur ſervice , en chaſſant ceux qu'on avoit
nommé à leur place. ( Gazette d'Amſterdam ,
n°. 46.)
Les Officiers des Gardes Hollandoiſes ,
Infanterie , ayant été ſommés par ordre des
Etats de Hollande , de s'expliquer clairement
fur leur diſpoſition actuelle à obéir ,
ou à ne pas obéir aux ordres qui leur ſeront
donnés de la part de L. N. & G. P.;
ſept ſeulement ont répondu être fideles aux
Etats de Hollande, tous les autres 'ont demandé
du temps pour s'examiner & pour
répondre. ( Idem. )
Ileſt partid'Amſterdam un détachement
de 300Bourgeoisarmés ,diviſés ens Compagnies
, ayant tous leurs Officiers &Bas-
Officiers , commandés par le Capitaine de
Wilde , en qualité de Lieutenant - Colenel
, pour ſe rendre à Muyden, petite vil'e
à trois lieues d'Amſterdam , place importante
à cauſe des Ecluſes , au moyen defquelles
on pourroit inonder notre ville. II
eſt pareillement forti de Harlem un détachementde
cent-cinquante Bourgeois, pour
ſe rendre à Nieuwerſluis , às lieues de Harlem,
afin d'y tenir auſſi garnison , & po'r
la même raiſon qu'à Muyden, Ces deux places
ſont ſur le cordon Hollan lois ; mais a
désobéifſſance de quelques Régimens &la
mauvaiſe intention de quelques aitres ont
néceſſité ces précautions. ( Gazette d'Amfterdam
, nº. 47.)
( 196 )
Les Etats de Hollande ont écrità tous
les Régimens à leur folde,de même qu'aux
bataillons & compagnies détachées auffi à
leur folde , de partir ſur le champ pour ren
trer en Hollande, ſous peine d'être caffés
comme déſobéiſſans. [ Idem. ]
Résolution de Leurs Hautes Puissances , les
Etats Généraux , du 8 Juin .
>>Que tous les Officiers & foldats qui
>>> auront obſervé les ordres &le ferment
» de L. H. P. , & qui s'y conformeront à
>> l'avenir , peuvent s'en rapporter à la pro-
>>>tection de L. H. P. , & à la continuation
>> de la paie de leurs gages & foldes , à l'é-
>> chéance des jours fixés , pour le compre
>> de la Généralité , & qu'il ſe fera uns né-
>>gociation de deux cent mille florins , proviſionnellement
pour le compte des Pro-
>>>vinces de Gueldres , Utrecht & Frife ,
>> ſous la garantie de L. H. P. , fans aucune
>> charge pour la province de Zélande .
: >> Arrêtée & réſolue par la Gueldre , Zé-
>> lande , Utrecht & la Frife.
Les Etats de Gueldres & d'Utrecht ont
réſolu d'accorder aux troupes qui ſe trouvent
dans leurs provinces, une augmentation
de 12 fols de ſolde par ſemaine , à :
compter du 4de ce mois.
Les Députés de la ville d'Amſterdam ont
fait le 7 aux Etats de Hollande la propoſition
ſuivante :
«Qu'il soit nommé une Commiffion , com-
1
( 197 )
> poſée d'un petit nombre de Membres de cetre
>Aſſemblée , ne paſſant pas le nombre de cing ,
>> en y joignant deux des Membres du Confeil.
Député , réſidant à la Haye , ainſi qu'une Per-
>>> ſonne capable , dûment à ce ſalariée , en qua-
➤lité de Secrétaire , au choix de ces Commif-
>> ſaires , & d'accorder, à cette Commiſſion des
>> pouvoirs affez amples , pour les mettre à même
,
de prendre & de faire exécuter des meſures
>efficaces & telles qu'elles jugeront les plus
>> propres à repouſſer toutes attaques contre cette
> Province & la ville d'Utrecht , & à faire
>> échouer toutes les ma hinations ſecreates ou
>> publiques de leurs Ennemis ou de ceux de
« leurs Confédérés ; avee qualification ulté-
>>rieure d'affigner , pour exécuter efficacement
>>& ſans délai toutes ces meſures , telles Per-
>> ſonnes qu'ils y jugeront propres ; d'em-
>>>ployer à cet effet l'argent de la Province; de
>> récompenfer ceux d'entre les Militaires , qui
>> ſe diftingueront parmi les autres en zele & en
obéiſſance aux ordres du Souverain , & à
-ceux de ladite Commiſſion; enfin à prendre
au Service & à la Solde tels Corps de Volontaires
parmi les Bourgeoiſies & les Affocia-
>>>tions des Villes , & du Plat-Pays de Hollande ,
>> qui voudront ſe laiſſer employer au ſervice
>> de la chere Patric , & à la défenſe des Con-
>> fédérés :
: > Qu'afin d'être de la plus grande utilité pofeſible
pour le ſervice de la Patrie , &de faire
>> (ortir à ſes ordres la plus prompte expédition ,
>> la ſuſdite Commiſſion devroit fiéger dans le
>> Cordon méme , ou près de l'endroit où ſiege
le Commandant en chef de la Milice de cette
>>>Province : Que de plus , elle devroit tenir
>> correſpondance avec la Commiſſion perfon
( 198 )
-nelle , établie par réſolutionde L. N. & Gr
>> Puiſſances le 6 Septembre 1786 , & réſidant à
la Haye , & agir de concert avec elle : Qu'enfin
cette Commiffion ne ſera pas tenue de
» donner ouverture préalable de ſes délibérastions
ni réſolutions , mais qu'il ſuffira , qu'a-
>> près les avoir effectuées , elle en fafle rapport
à l'Affemblée de L. N. & Gr. Puiſſances ,
>>lorſque le ſecret des affaires le permettra : le
>> Vénérable Conſeil autoriſant d'ailleurs fes Dé-
>> putés au nom de la Ville , de faire la ſuſdite
>> Propoſition , le plutôt poſſible , & d infifter le
>> plus fortement qu'ils pourront ſur une promp-
>>>te conclufion , en déclarant , qu'il ne veut
>> pas être re ponſable des ſuites préjudiciables
»& funefes , que le délai des délibérations fur
>cette Propofition, ſa rejection , ou fon affi-
>>bliſſement pourroit entraîner pour la chere Pa-
>>trie , pour ſa Liberté , & pour les Citoyens
>> qui reſpectent le Gouvernement ». (Gazette
de Leyde , No. 47 ) .
Les villes de Dordrecht, Harlem, Leyde ,
Rotterdam, Schiedam, Schoonhoven , Alck -
maar', Monnikendam & Purmerend ont
accédé fur le champ à cette propoſition .
L'Ordre Equestre , Delft , la Brille , Gouda ,
Gorcum , Hoorn , Enckuifen , Edam & Medenblick
ort refuſé de s'expliquer tout de
fuite : on leur a donné le reſte de la ſemaine
pour ſe décider; mais leur refus n'empêchera
pas que la réſolution ne ſoit prefe
puiſqu'elle a en ſa faveur 10 voix afſurées.
Les Etats Généraux & le Conſeil d'Etat
aſſemblés à l'ext aordinaire , Dimanche dermier,
10 de ce mois, ont pris la réfolution
(199)
de ſuſpendreleGénéral vanRyffelqui commande
les troupes de la province de Hollande
, de ſa commiffion & fonctions de
Général Major , lui interdiſant tout.commandement
, ſous peine de caſſation & de
pourſuite criminel'e. Défenſe à tous Officies
& Commandans d'obéir à aucun ordre
de ce Général .
La ville d'Utrecht ayant convoqué pour
le 11 une aſſemblée d'Etats dans ſon ſein ,
ſous promeſſe d'une ſauve-garde envers les
membres qui voudroient s'y rendre , cette
aſſemblée a eu lieu le jour nommé. Il s'y
eſt trouvé deux membres da premier Ordre
, l'ancien Clergé, le ſeul Comte de
Boërzelaar pour la Nobleſſe , dix membres
de la nouvelle Régence d'Utrecht , & deux
de chacunedes villes de Montfoort &Wyck.
Le Comtede Boëtzelar y a déclaré, au nom :
de l'Ordre Equestre, qu'ils rega doient unanimement
cette afſſemblée comune illegit me
& nulle; après quoi ils'eſt levé & a quitté la
falle.
>> La premiere procédure faite par la Pré-
>>vôté de Troyes contre les condamnés de
>>>Chaumont , écriton de Paris , ayant été
>>>demandée par le Conſeil du Roi , vient
>>>d'être remiſe au Rapporteur; & on croit
>> que vers la fin de ce mois cette grande
>>affaire ſera jugée au Conſeil. Le Mémoire
>>de M. Dupaty eſt devenu public; & l'opi-
>> nion commune eſt que la Requête en
>> caſſation des Condamnés ſera admife,
(200 )
>>Nous avons déja parlé , dit une autre
>> lettre de Paris , de la réclamation preſque
>> univerſelle de tous les Banquiers de l'Eu-
>> rope, contre le Jugement de la Commif-
>>fion du Châteler , dans 'affaire des Let-
>> tres de - change , falſifiées & tirées ſur
>>MM. Tourton& Ravel. Ce Jugement ,
>>d>iſoient les Banquiers, mettoit les Banquiers
les plus honnêtes à la merci du
> premier faufſaire. Un Mémoire au Roi
>>>qui vient d'être publié par eux , & rédigé
>>>par M. de Mirbeck , Avocat aux Conſeils ,
>>>expofe les morifs de cette réclamation.
>> On avoit dit déjà que fi la Commiſſion
>>>avoit jugé dabord les falfifications , on
>>>auroit tiré de grandes lumieres de la pro-
>> cédure faire à cet égard ſur lesvéritables
>> auteurs du fax, &que le Jugement ſub-
>>>ſéquent de la validité des lettres furchargées
, auroit une bale plus certaine. Le
>>Mémoire dont nous parlons conclut à ce
>>>que le Jugement de la Commiſſion ſoit
>>>réformé pour l'utilité & la sûreté générale
>>>de la Banque & du Commerce.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres.
Quoiqu'on ne parle en public àVienne , des affaires
du Pays- Bas , qu'avec la derniere prudence,
il eſt certain que les Miniſtres en ſont très-a'larmés.
L'on apprend que L. A. R. les Gouver .
neurs généraux ayant eu des raiſons ſumſantes
pour prêter l'oreille aux remontrances des Etats
duBrabant, leur ont ordonné que , d'après une
( 201 )
ſi favorable réponſe , ils devoient ſe ſéparer ;
mais que les ſuſdits Etats avoient répondu ,
qu'ils demeureroient aſſemblés juſqu'à ce que
l'Empereur lui-même leur eût donné les aſſurances
qu'ils exigent , & qu'en attendant ils ne
permettroient pas qu'on levât aucune impoſizion.
L'on débite de plus , que les fuſdits Etats
s'étoient adreſſés aux Rois d: France & de
Suéde , comme garants de la paix de Westphalie
, en réclamant leurs priviléges , de même
auſſi au Roi de Pruſſe , offrant , à ce qu'on dit ,
de ſe joindre à la confédération Germanique.
Cependant , quoi qu'il en ſoit, il eſt certain que
l'on a fait demander aux Régimens de notre
Garnison , s'ils pourroient faire revenir , dans
l'eſpace de deux ou trois jours , les ſoldats qui
font en ſémeſtre , & les mettre en état de marcher.
(Gazette dee laHaie).
«Les ordres qui ſont émanés depuis quelques
jours de la Chancellerie de guerre à Vienne
, intriguent beaucoup nes politiques. Suivant
ces ordres , il eſt enjoint à tous lesRégimens
cantonnés en Hongrie & en Autriche
de ſe tenir prêts à marcher au premier ſignal ;
on dit même que ceuxde Cavalerie , en Hongrie
, ont eu ordre de ſe pourvoir de tous
Jes chevaux dont il pourroient avoir beſoin
en pareil cas. Des munitions & provifions de
toute eſpece , qu'on ramaſſe dans quelques provinces
, fourniſſent encore matiere à divers raiſonnemens.
( Courrier du Bas Rhin , No. 45 ),
Mercredi au foir , un petit bateau ponté arriva
près de Waterford; pluſieurs jeunes gens& Demoiſelles
de Bristol , qui avoient voulu faire un
diné en mer , s'étoient embarqués dans ce port
avec des proviſions pour un repas; ils ont été
obligés de jeûner pendant quatre jours , ayant
( 202 )
été pouffés à la mer par un vent des plus vie
lens; ils ont eu les agrémens d'une tempête en
regle ; un jeûne des plus auſteres ; le mal de mer
pendant tout le temps qu'a duré leur partie de
plaifir , & à peu près les honneurs d'un naufrage.
Il faut les avoir vus pour juger du plaiſir qu'ils
ont eu de fe trouver à terre.
Il ya environ trois ſemaines , qu'à Roſgull ,
dans la Province de Donnegal , une fille charmante
, du nom de Fanny M'Bride , après avoir
danfé toute une nuit , tomba dans une eſpece de
léchargie , qui dura dix jours : le onzieme elle
s'éveilla , comme d'un long ſommeil , bailla
deux ou trois fois , frotta ſes mains , en regardant
tout autour d'elle , & enſuite expira tout
debon.
On enterraDimanche dernier, dans le Cimetiere
de Roſenallis , dans le Comté de la Reine
(Queen's Country ) , le cadavre le plus énorme
pour la groſſeur , qu'on ait jamais vu dans ce
Royaume , depuis Pinnacoule , fameux géant
Irlandais. Le cercueil petoit 644 liv. , & étoit
porré pardes jeunes gens forts , qui ſe relayoient
alterrativement: ils étoient au nombre de trente.
Cet homme extraordinaire , nommé Roger
Byrne , qui demeuroit près de Borros , en Offory,
eſt mort dans la cinquante-quatrieme année
de ſon âge , d'une fuffocation , occafionnée
par un excès de graiſſe qui avoit arrêté le jeu
des poumons. Il peloit98 liv. de plus que le fameux
Bright de Malden, qui en peſoit $41 , &
dans la veſte duquel on pouvoit renfermer ſept
hommes ordinaires . ( Courier de l'Europe ,
Nº. 44).
Cinq Négocians Maroquains , Tripolitains &
Arméniens , venus de Livourne àPite, fur la fin
du mois dernier , allerent dernierement vikter
( 203 )
Ja Cathédrale & le Cimetiere , remarquable par
les chefs-d'oeuvre qu'ils renferment. Le Cimetiere
, fur tout, eſt rempli de pluſieurs tombeaux
de marbre. Ces Négocians s'étant arrêtés à les
conſidérer , s'aviſerent dejetter des pierres contre
ces monumens , pour diftinguer au ſon , à ce
qu'ils ont dit , la qualité du marbre dont ils
-étoient compolés. Des enfans qui s'en apperçu
rent , crurent qu'ils avoient voulu faire outrage
à un Crucifix , qui étoit à quelque diſtance des
tombeaux ; dans cette idée , ils donnerent l'alarme
en criant par- tout , que les Turs avoient
lapidé leur Crucifix . Ces malheureux les ayant
battus pour ſe ſouſtraire à leurs injures , devinrent
bientôt la proie de tout un peuple fanatique,
acharné à venger de la maniere la plus
barbare fon Dieu , qu'il a cru outrage . Ils furent
auſſitôt afſaillis de toutes parts à coups de pierres
&de bâtons; deux d'entre eux furent aſſez heureux
pourgagnerlapoſte , & échapper à la fureur
forcenéedes pourſuivans ; undes trois au
tres fut maſſacré par la multitude , qui outragea
ſon cadavre même après ſa mort. Un autre s'é
tant retiré dans une auberge , ſe déroba àfleurs
coups; le dernier , qui étoit le plus jeune de
tous , dangereuſement bleſſe , s'enfuit dans l'hôtel
du Miniſtre plénipotentiaire de Ruſſie , où il
trouva un aſyle contre leurs pourſuites. Le peu
ple s'aſſembla autour de ſa retraite , criant d'une
veix menaçante : cet impie a outrage notre Dieu ;
il faut qu'il meure. Cette ſcene horrible a duré
depuis midi juſqu'à deux heures après minuit.
Les Sbirres & la Milice bourgeoiſe n'ont pu empêcher
le crime dont s'eſt rendue coupable cette
malheureuſe populace. Un corps de dragons eſt
parvenu enfin àdiſperſer cette troupe acharnée,
L'humanité ſi indignement outragée réclame , en
( 204)
faveurdes malheureuſes victimes de cet affreux
attentat , un acte éclarant de la Juſtice ſouveraine.
( Courier de l'Eurape , No. 44 ) .
Le Gazetteer dit , que le Meſſager d'Etat
Flint , (Courier du Cabinet ) qui fut expédié
d'ici la ſemaine derniere poouurr llaaHaye,aétéarrêté
, &que ſes dépêches lui ont été enlevées
par les Patriotesde Hollande. Il a cependant remis
ſes intructions ſecrettes au Chevalier James
Harris ; mais deux lettres adreſſées au Duc
d'York par Lord Sydney font , dit- on , tom
bées entre leurs mains.On ignore fi elles contenoient
quelque avis important ; mais cet événement
nous montre comment ils procédent , &
que les Patriotes regardent l'Angleterre comme
ayant pris un parti déciif dans leurs querelles
avec le Stadhouder. ( Courier de l'Europe ,
N°. 45).
,
La déclaration faite par Sa Majesté dans le
Diſcours qu'elle prononça le jour de la clôture
du Parlement nous indique , dit la même
feuille, la part que le Gouvernement a intentionde
prendre dans les troubles qui agitent la
Hollande. Elle annonce auſſi qu'il fut expédié
hier au ſoir un Courier de Cabinet à Sir James
Harris à la Haye , avec ordre de quitter la
Hollande , à moins que la médiation de la Cour
Britannique , pour rétablir le Stadhouder dans
ſes droits , ne ſoit acceptée. Un autre Courier
de Cabinet a eu ordre de ſe tenir prêt au Bureau
du Marquis de Carmarthen , pour partir pour le
même lieu au premier moment. (Idem).
4
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE à M. LAVERNE , Docteur en
Médecine , Secrétaire de la Faculté de
Paris.
FAVORI
1
t
AVORI d'Eſculape , auxhumains néceſſaire ,
Hoimme ainable, indulgent , ami tendre& fincère ,
Qui des Beaux-Arts chéris les nourriffons ,
Dontl'eſprit pénétrant fait , dans ſamarche obſcuse .
Surprendre la Nature ,
Et rétablir les loix par ſespropres leçons :
REVERRONS- NOUS encor ces charmantes ſoirées
Al'étude, aux loiſirs , à l'amour conſacrées,
ما
:
N°. 26 , 30 Juin 1787. I
194 MERCURE
Đù , réunis chez toi par la gaîté ,
Noyant les préjugés dans des flots de Champagne
Verſé par ſa compagne ,
Chacun parloit , buvoit, chantoit en liberté.
QUELQUEFOIS agités de leur noble délire ,
La nuit , le verre en main , des maîtres de la lyre
•Nous compations les chef- d'oeuvres divers ;
Tandis que , pourſuivant ſa brûlante carrière ,
Le Dieu de la lumière
Nous retrouvoit encore à déclamer leurs vers .
IVRESSE de l'eſprit , trompeuſe confiance ,
Qui de nos jeunes coeurs flattiez l'inſouciance ,
Vous n'êtes plus ; à nos devoirs rendus ,
Il ne nous reſte , hélas ! des plaifirs du bel âge ,
Que le triſte avantage
De regretter des jours ſi doucement perdus.
INSENSE , je croyois , honorant mes ſemblables ,
Que dans leurs jugemens les mortels équitables
Du beau , du ben, étoient toujours épris !
Non , non , moncher Laverne , il n'eſt point demérite
Dont l'orgueil ne s'irrite ,
Point de vertu dont l'or nediſpute le prix.
Des enfans d'Apollon la lumière importune
Déplutdans tous les temps à l'aveugle fortune.
-
DE FRANCE. 195
Par le travail combattons ſon erreur ;
Inſtruits par les écarts d'une ardente jeuneſſe ,
Songeons à la vieilleſſe :
Il faut que la raiſon nous conduiſe au bonheur.
MÉRITONS qu'à ſon tour Minerve nous inſpire;
Des Belles trop long-temps le dangereux empire
Trompa nos coeurs dans leurs fers arrêtés ;
A force de tålens vengeons-nous des cruelles ,
Et que les infidelles.
Apprennent à rougir de nous avoir quittés.
VIENS , Déciſe des Arts , viens conſoler ma vie ;
Accorde à mes travaux les ſuccès du génie :
J'ai conne moi beſoin de ton ſecours ;
Amène ſur tes pas les filles de mémoire;
Sageſſe , Amité, Gloire ,
Faites-moi , s'il ſe peut , oublier nes amours.
( Par M. François , Peintre. )
1
196 MERCURE
STANCES
AuMaréchal Duc DE MOUCHI , lors de
fonpaſſage àMonregeau , petite ville du
Comtéde Comminges.
LA
A ſplendeur de ces lieux égale
L'éclat du plus brillant féjour ,
La pompe d'une capitale
Et le ſpectacle d'une Cour.
: SUIVI de nombreuſes cohortes ,
Un Héros favori de Mars ,
Monregeau , courbe ſous tes portes
Un front blanchi dans les hafards.
D'ARPAJON banais la mémoire ,
Entends les Nymphes de ces caux *
Murmurer une hymne à ta gloire .
Et t'appeler ſous leurs roſeaux.
FIXE ton char , ſage Noailles ;
A leurs ondes livre ton corps
La gloire brille dans Verſailles ,
La ſanté règne ſur leurs bords.
(Par M. l'Abbé ***, )
* Les Eaux fameuſes de Bagnères , de Bigorre & de
Bagnères de Luchon.
DE FRANCE 197
PETIT PIERRE DE BARCELONETTE ,
Anecdote.
VERS les dernières Fêtes de Noël , je paſſai
au bureau de la pofte aux lettres pour affranchir
quelque argent que j'envoyois à un ancien
Domeftique. Je ne fais quelle douce fatisfaction
, melée d'un ſot orgueil , chatouilloit
mon coeur , en allant faire une pure action
dejuſtice que ce vain ſentiment tâchoit
de me repréſenter comme un acte de bienfaiſance.
Mais il le faut confeffer, je me fentis
intérieurement très-humilié par la comparaifon
que je fus bientôt obligé de faire de
mes ſentimens avec ceux du perſonnage dont
on va lire la converſation.
Ah ! fi le petit peuple avoit ſes Hiſtoriens ,
ſi au lieu d'épier tes ridicules pour les expofer
fur nos Theatres , nos Écrivains devenoient
les peintres naïfs des vertus qui brillent
ſi ſouvent dans l'obſcurité de ces clatſes
infimes , on l'enpobliroit à ſes propres yeux ,
ce pauvre peuple; il ſeroit plus aimé , plus
honoré. Eh ! qui ne fait que ces faciles récompanfes
ont toujours été le mobile des plus
grandes actions chez les peuples anciens ? La
plus pure vertu ſe nourrit ſecrètement de l'efpoir
de n'étre pas oubliée. Les claíles qu'un
inique préjugé prive de toute marque de confideration
, ne peuvent être compofees que
Iiij
198 MERCURE
de vils eſclaves..... Que de traits d'héroïlme
n'a t'on pas dû jadis à de ſimples branches de
chêne oude laurier ?Dénonçons donc au Public
, au Gouvernement , à la pofterité , ces
vertus fans faite & fans égoïtime , qui s'ignorent
, pour ainſi dire , elles- mêmes , & ne
fouffrons pas qu'on calomnie la portion la
plus nombreuſe, la plus utile & la plus refpectable
des enfans de notre patrie.
Il eſt temps d'arriver enfin à la petite Anecdore
que le Lecteur attend peut- être avec
impatience. Je lui promets un plaifir fi fon
coeur eft fait pour fentir l'aimable ſimplicité
de la nature & de la vraie vertu.
-Je vais donc à la poſte aux lettres. Je
traverſe la cour ,je parviens à ces falles hautes
, où dix Commis affairés font encages
dans leurs retranchemens à barreaux , & prenant
place ( en attendant mon tour) non loin
d'un long tuyau de poële , je me trouve aflis
à côté d'un jeune Montagnard, veſte rouffe ,
cheveux liffes & ronds ,
:
Et ſentant bien plus fort , mais non pas mieux que
rofes.
Unmot de provençal que je lui adreſſai nous
eut bientôt fait lier conversation à mi- voix.
-D'où éres- vous ? (d'ounté ſias, coupaire?)
-Et , d'auprès de Barcelonette , repondt'il
en patois.
1
-Que faites- vous à Paris ?
-Et , je joue de la vièle , je chante digo
Jeaneto , ti vouas ti louga ; j'accompagne
1
DE FRANCE. 199
tant que je puis le magicien de la lanterne ;
je cours les porcherons & les boulevards pour
y faire danſer le peuple , ( le peuple! ) ah !
Monfieur , continue -t'il , dans ce Paris
fans pair, c'eſt tout que d'avoir un talent
agréable!
- Oui , vraiment , mon ami , c'eſt tout
que cela , & je connois des farceurs & des
baladins qui ont équipage..... Mais avec ton
talent agréable tu dois gagner gros ! font-ce
tes épargnes que tu envoies au pays ? Est- ce
pour acheter quelque pièce de terre , & la
joindre, comme vous faites tous , à un petit
héritage ?
-Pauvre de moi ! s'écria-t'il en hauſſant
les épaules , je ſuis né tout nud , comme je
mourrai ; quand je vins à Paris , vers mes
neuf à dix ans , pour y ramoner les cheminées
, je ne reçus de mes parens que 24 fols
&un coup de pied au cul. ( Je cite ſes propres
paroles ; c'eſt apparemment là une ofpècede
manumiffion. )
-Tes parens font donc bien durs ?
-Oh! non , Monfieur , c'eſt ſeulement
qu'ils étoient bien pauvres. Ils font tous
morts , & c'eſt bien heureux quand on n'a
rien.
Et à qui , mon enfant , à qui va done
rout cet argent que tu tiens là dans ce morceau
de toile? Il me ſemble qu'ily en a beaucoup
!
-Beaucoup ! hélas, non. Il n'y a que dixhuit
franes.
)
Liv
200 MERCURE
-Ah! ah! je devine ; tu auras mis à la
loterie , & le bonheur....
-Oh ! que nani , je ne ſuis pas fi bère !
je ne fais pas payer avec ce que je tiens , ce
que je ne tiendrai jamais.
-Pardon , mon ami , pardon; je te faifois
injure. La loterie est un impotſur les mauvaiſes
têtes , & la tienne ne me paroît pas
faite pour cette capitation. Mais comment
peut-il n'y avoir que 18 liv. dans ce gros
paquet?
Dame ! c'eſt qu'ils font tels que je les
ai gagnés. Ils fortent de la tire - lire ; ce font
mes économies d'un an. Tenez , voyez
plutôt.
Je regardai avec une curieuſe compaffion
cette offrande exprimée de la fueur d'un
malheureux , & je commençai à me douter
que peut-être c'étoit là un de ces facrifices
qu'il ne faut pas eſtimer par la modicité intrinsèque
du den: je me rappelai avec attendriſſement
le denier de la veuve dans l' Evan
gile ,& le jugement qu'en portoit le ſupreme
appréciateur des actions humaines. Je
regardai donc dans ſa main , & je vis là toutes
les menues & groffes monnoies de la nation ,
depuis le large écu de fix livres juſqu'à l'humble
liard glacé de verd de gris. Les gros fols y
abondoient fur-tout ,& enfloient le petit fac
dix fois plus qu'il n'auroit dû l'être.
-Mais à qui enfin peux-tu donc envoyer
cela? Serois tu marié là-bas?
-Marié ? mon dieu non ! fi je l'étois , je
DE FRANCE. 201
feroisdonsbien malheureux de vivre à deux
cent lieues de ma femme !
Et vous , Monfieur , poursuivit- il, envoyezvous
auffi cela au pays? ( en touchant un petit
paquer que je tenois dans ma main) fans doute
c'eſt de l'or. Ah ! de grâce , montrez moi donc
un louis d'or tout neuf, que je ſache comment
ils font faits.
- J'en tire un de ma bourſe , & le lui
montre. It le regarde auſlitôt de tous fes yeux,
&le baiſedeux fois du côté de l'image.
tu
Tu ne veux donc pas m'apprendre qui
penfionnes à Barcelonetre !
-Oh!fi fait , ſi fait, mon cher Monfieur.
Je ne fais ni publier ni cacher toujours une
bonne action ; & ce ne doit pas être un grand
péché que de donner bonne opinion de ſoi ,
quandon y eft engagé par les circonstances.
-Fort bien. Tu parles comme un ſage ....
Ehbien !
- Eh bien , j'envoie , je vous l'avoue , mes
petites épargnes à la bonne Catherine Merlotte
, qui , après la mort de ma mère , ſe
chargea de moi pauvret , me nourrit de fon
lait , & me foigna comme ſon enfant. Elle
eſt bien infirme à préſent , ma pauvre nourrice;
ces 18 liv. la feront vivoter pendant
l'hiver. Dans le beau temps , elle travaille ,
elle glane , elle va au bois , & l'année ſe
paſſe tant bien que mal.
Le récit du Montagnard m'attachoit , comme
le Diſcours du Payſan du Danube dans
LaFontaine; fon ton fur-tour, ce ton ni fac-
Iv
202 MERCURE
tice , ni exagére , vrai comme la nature , &
finiple comme la vertu , me penetroit & me
charmoit l'âme. Je me comparois à lui avec
un défavantage contriftant pour mon amourpropre.
-Mon ami , lui dis-je , écoute : ce doit
être une rareté àBarcelonette &dans ſa banlieue,
que de voir le portrait en orde notte
bon Roi , que tu baifois tout à-l'heure avec
tant de tendreſſe & en véritable François.
Ces louis viennent d'être frappés , tu le lais;
ils font rares&beaux. Donne-moi cette mon
noie que tu tiens - là , & qui me fera grand
plaifir , & prends ce louis en échange. Tu
Paffranchiras ; car il faut qu'il arrive tout entier
, & le même , s'il eſt poſſible , chez ta
pauvre Catherine. Laiffe- moi t'arranger tout
cela au bureau devant toi , & ſans qu'il t'en
coûte rien.
-Mon dieu , Monfieur , que vous êtes
bon! ah! fi vous ſaviez le plaiſir qu'elle aura
de recevoir tout un louis d'or de ſon cher
Petit Pierre ! elle croira que je ſuis riche ,
&la pauvre femme en pleurera de joie .
- Petit Pierre , mon ami , tu ne fais pas
celleque tu me cauſes toi-même , en me devoilant
ingénûment ta boune âme ! .... Mais ,
dis-moi , que te reſte t'il dans ta poche ?
Parle franchement; rien, peut- être ?
- Oh! Monfieur , je vous vois venir avec
votre question. Il neme reſte rien à la vérité ;
mais n'ai je pas ma vièle? Ne ſommes - nous
pas aux fetes ? Tout le monde danſera. Je ga
DE FRANCE.
104
gnerai un écu par jour plus ou moins. Vous
voyez bien , Monfieur , que je n'ai beſoin de
rien. J'accepte avec joie& reconnoiffance ces
fix francs pour ma mère nourrice; mais du
reſte, je tiens que tant qu'on peut gagner ſa
vie avec ſes bras , il ne faut pas tendre la
main. L'honneur me dit ça , là , dans ma
confcience ; & je n'aime pas à contrarier ſa
voix.
Je reſtai confondu d'entendre ainſi parler
un homme dont les dehors paroiffoient auffi
incultes que rebutans. Je m'écriai avec Molière
: Où diable l'honnêteté va-t'elle se nicher!
Puiffent de pareils traits , bien plus communs
qu'on ne penſe , ajouter à l'amour des
honnêtes gens pour le peuple !
(ParM. Bérenger. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Famine ; celui
de l'Enigme eſt Mouche ; celui du Logogryphe
eſt Pain , où l'on trouve pin, Pan, pa (filant
moitié de papa ) , Ai ( vignoble de Champagne)
, an.
Ivj
204
MERCURE
Ο
CHARADE.
Ndéjeûne avec mon premier ;
L'hiver mon dernier vous attire ;
Si l'on veut à- la-fois s'amuſer & s'inſtruire ,
Il faut aller à mon entier.
ON
ÉNIGM E.
Ntrouve en moi tout ce qu'onveut ,
Or , argent , fruit , animal , vertu , vice.
Dans mon ſein attrape qui peuss
Il s'ouvre pour qu'on s'enrichiffe ;
J'en ai d'autant mieux le moyen
Qu'en offrant tout je ne perds rien.
(Par un Ancien Militaire. )
LOGOGRYPΗ Ε.
DEl'erreur &de l'ignorance
Yous voyez un enfant gâté.
Sur douze pieds je me balance
Avue g âce & légèreté;
Si vous brifez mon exiſtence ,
Sans peine alors vous trouverez
DE FRANCE. 205
Un nom adoré de la France ;
Le local que vous habitez ;
Enſuite un écueil ſe préſente ;
Je vois le nocher infernal ;
Un frait ; un fleuve; un animal ;
Et des Poëtes la ſervants ;
Contre tout orage un abri ;
L'arme aux Philiſtins fi fatale s
De l'avare un métal chéri ;
Et desCélars la capitale.
Je recèle encore an Prophète;
Une fleur le ſuit pas à pas;
D'un montje découvre la tête ;
Je vous conduis à ce repas
Où l'eau fut en bon vin changée ,
Et sûrement cela ſe fit
An grand plaifir de l'aſſemblée.
Je crois en avoir aſſez dit.
Adieu , LeAeur , bonne mé noire.
De grâre , n'oubliez jamais
Que je fais grand to ti l'Histoire
Quand je me mêle dans les faits.
( Par M. C. de G. , Officier au Régiment
deBoulonnois. ).
*
206 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife, le Lundi 10 Juin 1787 , à la
Réception de M. de Rulhière. A Paris ,
chez Demonville , Imprimeur-Libraire de
l'Académie Françoiſe , rue Chriſtine , aux
Armes de Dombes , 1787 .
LE nom de M. de Rulhière rappelle tout de
ſuite le Diſcours en vers fur les Disputes ,
Pièce charmante , que caractériſent unheureux
mélange d'eſprit & de philoſophie , un
ton de plaiſanterie excellent, l'art de préfenter
les objets ſous leur point de vue juſte ,
l'art auffi difficile de combattre des erreurs
fans morgue , & de ridiculifer des opinions
ſans perfiftlage une verlification vive, ferme
&facile; enfin l'élégance ,la pureté du ſtyle ,
&ce goût tous les jours plus rare , qui proportionne
le ton au ſujet. On fait lesDisputes
par coeur ; & quand un Poëte a donne à la
mémoire des connoiffeurs deux cent vers de
plus à retenir , ſon éloge , ce ſemble , eft
déjà fait. Cette excellente Pièce ſur les Dif
putes,dit très-bien M. le Marquis de Chaftellux,
dans ſa réponſe au Diſcours du nouvel
Académicien , fit dire à Voltaire , avec l'autorité
de fon grand âge & de ſa grande renomDEFRANCE.
107
mée: lifez , ceci est du bon temps. Ce grand
homme la fit imprimer avec ſes Ecrits , comme
Raphaël & Rubens , ajoute ingénieuſement
le Directeur de l'Académie ', expofoient
ſouvent parmi leurs tableaux ceux des Jules
&desWandyck.
Cette partie du Public pour laquelle les
Gens-de-Lettres ſont preſque des étrangers,&
quineles connoît que par l'impreſſion de leurs
Ouvrages, a pujuſqu'ici ne voit dans M. de kulhièrequel'Auteurpleinde
talentde cette Pièce
des Disputes, de quelques contes piquans par
le ſujet& par l'exécution , & d'une Epitre fur
le renverſement de ſa fortune , adreſſee à
M. de Chamfort,& imprimée, ilya douze ans,
dans l'Almanach des Muſes , Épître où l'on
trouve les plus nobles principes de la philephie
, les plus brillantes couleurs de la poéne ,
&les apperçus les plus fins d'un eſprit obſervateur.
Mais les Gens - de - Lettres & cette claffe
diftinguée d' Amateurs , qui eſt la première à
recevoir comme à juger leur opinion , & qui
recherche les productions ſecrettes du talent,
ſont depuis longtemps accoutumés à
conſidérer dans M. de Rulhière l'Historien
profond & le Philofophe politique. Enfin,
l'Académie Françoiſe , qui le reçoit dans fon
ſein, révèle dimportans travaux en les récompenfant
, & jouit de cette belle prérogative
, qui ſemble être un droit du premier
Corps Littéraire de la Nation , de créer pour
des Écrits dont elle a la confidence ,une célé-,
208 MERCURE
brité proportionnée dont elle garantit lajultice.
Comme il y a des hommes qui veulent
à toute force avoir la liberté de leurs jugemens
, & qu'on auroit mauvaiſe grâce à les
en blâmer , le Diſcours de M. de Rulhière
nous met en état de les fatisfaire; il prouve
précisément le mérite dont l'Academie nous
avertit , juftifie ainſi les fuffrages , & force
ceshommes incrédules dont nous parlons , à
penfer enfin comme l'élite des Gens-de-Lertres
& des connoiffeurs.
L'Académicien auquel M. de Rulhière fuccède
, eſt M. l'Abbé de Boismont , Orateur
facré , qui en commençant & en finiffant
ſa carrière oratoire , eut en chaire la fingulière
occaſion de fortir de la route commune
du Sermon & de l'Oraiſon Funèbre ,
en prononçant au nom du Chapitre de Rouen
unDifcours où il annonçoit ſa grâce à un cou
pable infortuné ,& en prononçant à Paris au
nom de l'humanité un Diſcours dont l'objet
étoit d'invoquer la charité politique pour un
hofpice deſtiné aux Militaires & aux Prètres
délaiſſés dans leurs maladies. M. l'Abbé de
Boismont eut le talent des vers agréables ,
talent que le Public ne lui connoiffoit pas , &
qu'il se garda bien , dit M. de Rulhière , de
négligerdans aucun temps defa vie. On prépare
une Édition complette de ſes OEuvres.
Le nouvel Académicien dit à cette occaſion
une choſe fort ingénieuſe. Ce n'estpoint à de
tels Éditeurs , ( la reconnoiffance & le goût )
qu'il faut rappeter cet ancient tableau , ou
DE FRANCE. 209
plutôt cet ancien emblême dans lequel on
voyoit Minervefaisant battre de verges lefatyre
Marfias pour avoir ramaſſe uneflûte que
laDeeffe avoitjetée.
M. de Rulhière a trouvé dans l'éloge de
M.l'Abbé de Boiſmont le ſujet d'une de ces
difcuffions Littéraires , qui ſont ordinairement
depuis Voltaire l'objet de ces Diſcours.
C'eſt la comparaiſon des Ouvrages de cet
Orateur avec les circonstances publiques
qui ont contribué àformerfon goût &fes talens.
Ce plan nous paroît aufli heureux qu'adroit
, en ce que fa marche hiſtorique a le
double avantage de préſenter à l'Académie
ſes tirres de gloire dans l'éloge des grands
Hommes de ce ſiècle , & de rappeler dans
M. de Rulhière ſes titres à la célébrité comme
Hiſtorien , en amenant des tablea ix pour
leſquels il faut emprunter le pinceau deTacite.
On aime à voir le Peintre des Troubles
du Nord & du levant , tracer P'histoire de la
révolution qui s'eſt opérée depuis quarante
ans dans les Lettres Françoiſes , la lire en préſence
de l'Aca lémie , semblable comme il
le dit lui -même , à Herodote lifat dans les
jeux olympiques les évenemens célèbres de la
Grèce.
Fontenelle , Voltaire , Monteſquieu , M. de
Buffon , J. J. Rouſſeau font les Auteurs de
cette révolution . M. de Relhière les a peints
avec autant de juſteſſe que d'eforir. Lorſque
l'opinion publique ett fixée, lorſque des hommes
dignes de cette reſpectable fonction ont
:
210 MERCURE
fait ſervir leur talent à caractériſer le génie ,
Il eſt difficile de dife ſur les mêmes objets
des chofes nouvelles. M. de Rulhière a vaincu
cette difficulté. Il a parlé de Fontenelle , fans
répéter l'éloge ſi profondément ingénieux
qu'en a fait M. Garat. Après l'éloquent éloge
de Voltaire par M. de la Harpe , le nouvel
Académicien trouve encore quelques couleurs
pour le portraitde cet homme etonnant
, qui long- temps régnafur lascènefans
régnerfur nos opinions , & qui naturalifoit
parmi nous les découvertes des Philofophes
Anglois. Enfin les notes excellentesde la fable
allégorique de l'Aigle & du Hitou , ont
encore laiſſé à M. de Kulhière quelques traits
à ſaiſir du génie de J. J. Roufleau& de l'Hiftorien
de la Nature.
Il eſt d'uſage dans tun Diſcours de Réception
à l'Académie Françoiſe , de louer le Cardinal
de Richelieu , fon fondateur. La diriculté
dont nous patlions tout- à l'heure , eft
la même pour cet objer. M. de Rulhière ayant
faitde cet article un morceaudu ton de l'Hiftoire
, nous allons le rapporter ici , comme
une preuve de ſon talent dans ce genre , &
comme unmodèle de penſées &de ſtyle.
ود
• Les plus dangereuſes factions agitoient
alors le Royaume ; il avoit abattu , mais
> avec une prudente modération , celle que
>> long-temps on avoit craint. Un Édit mé-
>> morable , & dont enfin nous pouvo is dire
» qu'on oublia trop tôt la profonde ſageffe,
>> l'Edit de grâce, accordé aux Calviniftes ,
DE FRANCE. 211
» vaincus & preſque déſarmés , achevoit
>>d'éteindre nos guerres de Religion ; & Ri-
>> chelieu , ſi ſouvent inexorable , avoit ter-
>> miné ces longues & ſanglantes diffentions
>> par la victoire & par la clémence. Mais
» l'ambition des Grands , & fur - tout cette
>> jalouſie de faveur , la plus terrible paffion
" des Cours , excitoient autour de lui de fré-
>> quens orages ; tout le forçoit d'affermir , &
>> par-là même d'accroître fans ceffe fa pro
>> pre autorité qu'il avoit ſu confondre avec
l'autorité Royale. Un code de nouvelles
>> Loix , deſtinées par leur effrayante ſevé-
ود
ود
rité à prévenir ou à diſſiper tous les com-
>> plots , venoit d'être promulgué ; & parmi
>> ces Loix , il y en avoit une qui profcrivoit
>> rigoureuſement toutes les Affemblées. Ce-
>> pendant il apprit que le charme d'une fo-
" ciété ſtudieuſe , le mutuel intérêt de s'infe
>> truire , l'ardeur de ſe perfectionner réci-
>> proquement par de généreuſes critiques,
ود
"
ود
ود
raſſembloient encore fréquemment , &
>> en ſecret , des hommes dont les talens
» étoient avoués , dont les Ouvrages jouifſoient
de l'eſtime publique. Quelques-uns
étoient liés avec les Grands , dont il redoutoit
les deſſeins ; d'autres ſuivoient cette
>> Religion vaincue , dont il laiſſoit fubfifter
les temples , & dont il ruinoit les aſyles
fortifiés . Il vit fans crainte & fans ombrage
- cette innocente infraction de ſes loix; il
voulut ſeulement que leurs études ne fufſent
plus folitaires ; que leurs conférences
ود
ود
”
212 MERCURE .
ود
> ne fuſſent plus myſtérieuſes , que la pro
tection dont les Grands vouloient les ho
>> norer , fût un honneur public pour les
Grands eux -mêmes; & qu'enfin la ſocieté
des Hommes de Lettres entre - eux , de-
>> vint , après la celebrité de leurs Ouvrages,
>> leurplus clèbre récompenfe. "
"
"
Dans la foule des morceaux à citer du Dif
cours de M. deRulhière , il nous ſemble qu'il
faut choiſir de préférence ceux qui , par leur
objet , par des idées philofophiques & neuves
, par des expreffions lumineuſes , énergiques
& profondes, enfin par la phyfionomie
de l'hiftoire , caractérisent particulièrement
le talentde l'Auteur. Celui ci eſt du nombre.
« Mon fejet me conduit à des ſouvenirs
>> douloureux; il me force à rappeler la perte
>> d'un Prince , dont les vertus , acquites
>>dans le filence & au pied du trône , revi
>> vent aujourd hui dans toute la gloire qui
ود leur étoit dûe ,& fur le trêne même; mais
> quand nous perdîmes le Dauphin , père du
> Prince qui nous gouverne , nous trem-
>> blions pour un avenir incertain , & rout
>> ſemblo't aggraver ce malheur. La Nation ,
> aigrie par de longues infortunes , imputoit
> les defaſtres aux fautes: l'eſpérance & la
ور crainte fixoient également tous les regards
>> ſur le jeune Héritier du pouvoir fuprême.
>>Ses vertus , long-temps enveloppées d'une
>>ſage réſerve , fortoient enfin de cette ef-
>> pèce de nuage , & commençoient à ſe
> montrerdans tout leur éclat. On fe flattoit
DE FRANCE.
213
>> que , parvenu à l'âge de tout voir , de tout
>> obſerver , de tout retenir, la Cour auroit
» du moins à redouter en lui un cenfeur
رد
muet , mais dont les ſecrettes obſervations
deviendroient pour l'avenir des arrers de
>> faveur ou de diſgrâce ; & la perte d'un
• Prince qui ne regnoit pas encore , parut
>> preſque un changeinent de règne. »
Le dernier trait de ce morceau est une de
ces idées qui ne peuvent venir qu'à un eſprit
très - philoſophique , parce qu'elles font le
réſultat d'une obſervation profonde , & du
recueillement de la penſée.
L'eſprit, que la diſcuſſion farigueroit , furtout
dans un auditoire , ſi elle étoit prolongée
, eſt dans ce Diſcours de temps en temps
égayé par quelques traits piquans naturellement
amenés , & par des details faits pour
être généralement goûtés , par ce qu'ils montrent&
par ce qu'ils voilent ; tels , par exeınple,
que le morceau d'un ton contraſtant fur
les devotes du grand monde , morceau dont
l'effet fur l'auditoire fut ſans doute celui que
l'Auteur s'en étoit promis .
On fait gré à M. de Rulhière de rapporter
ce mot du Dauphin , père du Roi , qui carac
tériſe ti bien la modeſtie. Un fameux Artiſte ,
dont le ciſeau a immortaliſé les traits de plufieurs
grands Hommes , lui ayant demandé
de faire fon buſte , il répondit: un jour, peutêtre!
On apprend avec autant de plaisir un
mot peu connu de Fontenelle dans ſa centième
année. Il le dit àl'occation du ton adir
214 MERCURE
matif qu'il entendoit autour de lui , & qui
étoit l'abus du nouveau caractère d'eſprit ame
né par la révolution des Lettres & de la philofophie.
Je suis effrayé, diſoit-il , de l'horrible
certitude que je rencontre àpréfentpas
tout.
Nous avons mis le Lecteur à portée de
juger , par ces citations , que le Difcours de
M. de Rulhière eſt l'Ouvrage d'un eſprit fupérieur
, qu'il reſpire l'amour des Lettres; que
l'Écrivain plein de goût , le penſeur éclairé
s'y montrent avec éclat , & qu'il ſe diftingue
par cette meſure dans les penſees, qui eſt le
tact du Philofophe. Nous laitſons à d'autres
Critiques le ſoin de relever quelques légères
négligences de ſtyle , & de temps en temps
un peu de recherche dans l'oppoſition des
pentées & des mots.
La réponſe de M. le Marquis de Chatellux ,
Directeur de l'Académie , pleine de penſées
ingénieuſes , grandes & philofophiques , &
d'une louange délicate , exprimées avec élégance
, eſt digne de l'Auteur diftingué du Livre
de la Félicité Publique. Les deux Orateurs
n'ont pas perdu l'heureuſe occafion
d'exprimer les ſentimens de la Nation pour
cette Affemblée mémorable , qui doit faire
époque dans l'Histoire de la France , & , ce
qui eft plus intéreſſant, dans ſon bonheur.
:
1
DE FRANCE. 215
CONSIDÉRATIONS fur la Société , & fur
les moyens de ramener l'ordre & lajécurité
dans fon fein. 2 vol. in- 12. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguftins.
Nous avons déjà fait connoître une parrie
des idées que renferme cet ouvrage , qui
reparoît aujourd'hui ſous un titre plus analogue
à ſon objet , & avec des additions
qui ajoutent à fon utilité. « Les Allemands ,
ود
ود
dit l'Auteur , en lui faiſant l'honneur de
le traduire , ont prouvé qu'ils ne le ran-
>> geoient pas dans la claffe de nos produe-
>> tions frivoles ».
Et en effet , il n'y a rien de moins frivale
que les ſujets qui y ſont traités. L'Auteur
y a approfondi les queſtions qui touchent
de plús près à l'ordre public , à l'adminiſtration
de la justice , & à la réformation des
moeurs .
Dans les premiers Chapitres, M. de laCroix
remonte à l'origine de la civiliſation. Il en
obſerve les avantages, & les vices qu'elle a
fait naître; il examine les réglemens que l'on
a oppoſés aux injustices , aux troubles que la
force , que l'eſprit de domination ont maltiplies.
Il indique les moyens de prévenir les erreurs
funeſtes à l'innocence , dans un chapitre
qu'il a intitulé des faitsjustificatifs . Ses
raiſonnemons ſont fortifiés d'exemples & de
216 MERCURE
citations qui leur donnent beaucoup d'autorité.
L'Auteur a eu l'art d'adoucir le ſombre de
ſes tableaux , par des images d'une reime
agreable. Après avoir établi la première propriete
de l'homme , il décrit l'origine de la
ſeconde : maintenant que le Cultivateur
>>> repoſe mollement ſur ſes gerbes amonce-
"
ود
"
lees ; qu'étendu ſur le gazon , il fuit de
l'oeil ſon troupeau errant dans la prairie,
>> une révolution inſentiple change tout fon
» étre , ſes ſens ſe developpent & fe perfectionnent.
Déjà il entend mieux le chant
des oiſeaux. Son oreille eſt attentive an
>> murmure des fontaines , l'éclat des Heurs
charme ſes yeux , & il ſe plaît davantage
à refpirer l'odeur qu'elles exhalent : cette
>> créature ſemblable à lui , qui a moins de
"
ود
ود
ود
ود
force mais plus de graces , qui fuit fans
>> crainte , & s'éloigne pour étre pourſuivie,
celle enón que la Nature n'a voulu que
rendre aimable , n'avoit pas toujours le
>> pouvoirde l'attirer. Aujourd'hui ſi ſes ſens
> ne la defirent pas , ſon coeur en a beſoin ;
> lorſqu'il l'apperçoit , il ne court plus à
ود elle avec une eſpèce de fureur , il s'en
>> approche doucement , & ſemble vouloir
ود la raffurer. Ses mains trouvent du plaific
à la toucher ,& fes regards à la parcou-
» rir ; fon objet n'eſt plus ſeulement de
» jouir , il defire encore de plaire. Il craint
» qu'elle ne s'éloigne , il lui fait une chaîne
> de ſes bras , qui la preſſent ſur ſon coeur ;
il
DE FRANCE.
217
> il dirige ainſi ſes pas vers ſa cabane qu'il
> lummentre , & dont il va lui offrir les 20
" richelles qu'elle renferme: ce qu'il a n'eſt
» dejà plus à lui. O Amour ! il n'y a point
➡ de propriété devant toi ; tout t'appartient :
>> ce que tu nous laiſſes eſt un don » .
Les amisde l'humanité ſauront gré à M. de
la Croix d'avoir , le premier , plaidé la cauſe
des enfans de quatorze ans , qu'une foumiffion
trop aveugle a entraînés dans la contrebande
du fel , & qu'une loi ſevère condamne
à la peine des Galères .
Le Chapitre des priſons d'Etat offre une
peinture vraiment touchante de la ſituation
-du malheureux qui y eſt renfermé : « Qui
peut , dit M. de la Croix , refuſer ſa pitié
à un étre que la Nature avoit rendu libre ,
>> auquel elle adonné le beſoin de ſe tranf-
>> porter d'un lieu dans un autre , de pro-
» mener ſes regards ſur des objets divers,à
-> quiellea accordé undoux penchant àferap-
>> procher de ſes ſemblables, à leurcommu-
> niquer ſespenſées,&qui ſe voit condamné
90 à neplus parcourir qu'un eſpace rétréci ,
> pour lequel lefol immenfe qu'il habitoit ,
ود ſe trouve tout-à-coup réduit à quelques
>> pieds , dont le coeur ne peut plus produire
» que de ſtériles ſentimens , qui n'aplus que
ود les mêmes objets à voir , les mêmes voix
>> à entendre , les mêmes actions à repéter ,
>> crfi) , dont tous les jours ſont enveloppés
» de la plus trifie uniformité : ſon imagina .
tion ne lui rappelle que desjouillances per
N° . 26 , 30 Juin 1787. K
218 MERCURE
>> dues , ne lui ramène que des regrets accumulés
, & ne lui offre que des privations
éternelles». ود
ود
ور
Dans le Chapitre des délits moraux , il
s'élève avec indignation contre les maris qui
rendent leurs épouſes victimes de leurs infidélités.
" Je le demande , dit-il , à tous ceux
>> qui me lifent , & qui ont quelques idées
de la juſtice dans le coeur , un homme qui,
ſous le titre d'époux , & fous le voile du
>> plus doux des devoirs , porte indifferem-
>> ment la deſtruction dans le ſein de ſa
compagne , n'opère til pas un mal aufli
cruel , n'eſt- il pas auſſi puniſſable que l'afſaffin
qui abuſe de la ſécurité du voyageur
>> pour lui donner la mort ?
ود
"
>> Lorſque les hommes font arrivés à un
» certain degré de dépravation , les délits
>> moraux ſe multiplient à un tel point , que
>> tenter d'en arrêter les progrès , c'eſt rif-
> quer de jeter l'alarme dans toutela ſociété;-
ود le réformateur eſt envisagé comme un
» perturbateur.... Malheureux , reſtez donc
àjamais dans la fange du vice ; défendez
> avec fureur le droit que vous prétendez
>> avoir de vous jouer de votre existence &
de celle de vos ſemblables , protégez de
>> toute votre éloquence , de tout vorre pou-
» voir la proſtitution , le fléau de l'hymen ;
>> ne ſouffrez pas qu'on interdiſe à celui qui
ود s'en eft approché, la faculte de rapporter
>> dans le ſein de la ſageſſe , de la fidélité, le
poiſon de la debauche. Quant à moi , je
T
DE FRANCE. 219
"
د
le déclare , je tiens pour criminel de lèze
humanité l'homme ou la femme qui , ne
calculant que ſes plaiſirs ou ſes intérêts ,
» s'abandonne aux deſirs qu'il éprouve ou
» qu'il inſpire , ſans s'inquiéter s'il ne pro-
» pagera pas un mal dont les ravages ſont ſi
✔ funeſtes à l'eſpèce humaine. >>
Nous voudrions pouvoir rendre uncompre
plus étendu de cet Ouvrage ; mais nous invitons
nos Lecteurs à ſuivre les idées de l'Auteur
dans les Chapitres où il traite de l'infanticide
, de l'adminiſtration des Provinces , des
charges & des emplois , des duels. Tous ces
ſujets font diſcutés avec une ſage retenue.
« Si j'euſfe été , dit M. de la Croix , moins
>> occupé de produire quelque bien , mes
>> réflexions euſſent été plus touchantes , j'au-
ود
»
rois donné à mon ſtyle plus de chaleur &
d'éclat ; mais lorſqu'on ne ſe propoſe que
» d'être utile , il faut ſavoir immoler aux circhaſtances
toute idée d'une vaine renom-
» mée. La difficulté pour celui qui s'occupe
de légiflation n'eſt pas de tout détruire &
d'établir un nouveau plan , c'eſt en confer-
>> vant celui qui exiſte , d'indiquer des chan-
>> gemens qui puiſſent ſe concilier avec les
>> principes reçus & conſolidés par l'uſage :
voila quel a été l'objet de mon tra ail , &
ce qui lui a mérité le ſuffrage de plufieurs
» Magiftrats. >>
ود
Kj
220 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Nous avons promis de rendre compte de
la muſique de Tarare ; fans diffimuler les reproches
qu'on peut lui faire , nous allons tâ
cherd'en relever les beautes.
M. Salieri , Maître de Muſique de S. M.
Impériale , qui en eſt l'Auteur , eft connu
depuis long- temps des Amateurs François
par des Opéras bouffons Italiens , dont pluſieurs
ont beaucoup réuffi. On y trouve en
effet un chant piquant , ſpirituel, agréable ,
avec peut- être un peu trop de recherche dans
l'emploi des inftrumens. Fixé à Vienne , &
excité par les fuccès mérités de M. Gluck ,
M. Salieri a fenti les avantages de la réforme
apportée dans la muſique dramatique par ce
Grand Maitre. Il a embraſſe ſon ſyſteme , &
les Danaïdes font le premier Ouvrage qu'il
ait fait pour nous. Dire que M. Gluck a palle
lo g-temps pour en être l'Auteur, c'eſt aflez
en faire l'éloge. Quoique cette Pièce n'ait jamais
attiré la foule , la mufique jouit parmi
nous d'une grande eſtime. Celle des Horaces ,
qu'il a donnés enfuite , n'a pas aufii bien
reulli; mais Tarare a entièrement relevé ſa
DE FRANCE. 221
gloire ,& la place de M. Salieri eſt déſormais ..
fixée parmi les grands Compoſiteurs.
Ce qui a nui aux Horaces , c'eſt que le
Compoſiteur , dans la crainte de retarder l'action
, qu'il a cru devoir être toujours rapide ,
a réſervé pour l'orcheſtre ſeul les idées muſicales
que lui inſpiroit la Nature ,& n'a prefque
rien donné à la voix. Il y a plus d'airs
dans les Danaïdes , & cette muſique a plu
davantage. Il y en a beaucoup dans Tarare ,
& ſon ſuccès eft complet. Cependant cette
habitude de facrifier la voix à l'orchestre ſe
fait encore ſentir dans ce dernier Ouvrage.
M. Saliéri a beaucoup travaillé la ſymphonie
pour la rendre intereſſante , & quelquefois
elle ne l'eſt qu'aux dépens du chant. D'ailleurs
les effets multipliés y chargent ſouvent
1harmonie , & les paroles ne font plus enten
dues. Avec quelque ſoin que les Acteurs prononcent
, avec quelqu'attention que les Sym-
_phoniſtes obfervent les piano , toutes les fois
que le chant ne ſe détachera pas fur le fond
clair d'une harmonie fimple , l'orcille ne parviendra
jamais à le faifir. Lorſque le Compo
fiteur a quelque raifon de tirer fes effets de
l'orchestre, il faut alors que le chant foit nul,
l'empire de l'expreffion eft indiviſible.
Le Prologue de Tarare eft peu propre à la
muſique; aufli ce n'eſt pas là que le Compofiteur
a montré ſes talens. Il y a même un
choeur chanté par les Ombres , tandis que le
Génie anime Atar & Tarare , dans lequel on
eſt faché de retrouver le motifmeſquin d'un
Kuj
221 MERCURE
de nos airs les plus connus. Mais le ſuivant:
O bienfaisante Déité! dont la ſituation eft
plus intéreſſante, eſt d'un chant fort agréable
, & d'autant plus flatteur , qu'il eſt exécuté
à demi- voix.
Il n'y a point d'airs dans les deux premiè
resScènes de la Pièce. Le récitatif, ainſi que
celui de tout l'Ouvrage , eft fait avec beaucoup
d'intelligence , de naturel , de vérité ,
ſeules qualités que puiſſe avoir du récitatif.
Quelquefois , comme nous l'avons dit , il eſt
un peu trop chargé d'inſtrumens. La ſymphonie,
fur tout dans le récit , ne doit ſervir qu'à
exprimer ce que les paroles font forcées de
fous-entendre ; chaque fois que les paroles
n'ont pas beſoin de ce ſupplément , ce qui
doit arriver ſouvent dans la Scène , la fymphonie
eſt inutile , infignifiante , & de- là
nuifible; elle ne fert qu'à fatiguer l'oreille
parun bruit continuel. Le choeur chanté par
Ies Eſclares , lorſqu'on amène Aſtaſie dans le
Sérail, eſt noble , pompeux , d'une belle harmonie
, il fait beaucoup d'effer. Ces paroles
de l'épouse de Tarare : Quoi, cruel,par cet
attentat, pouvoient produire un bel air. Atar
tout entier à fon admiration ,& ſa ſuite dans
un refpectueux filence , aiffoient le temps à
cette femme outragée d'exhaler ſes plaintes
& fa douleur. C'étoit la place d'un beau morceau:
leCompoſiteur ne l'a pas remplie.
Le trouble avec lequel s'annonce Tarare
eſt fort bien. C'étoit le cas , ainſi que l'a fait
M. Salieri , d'accompagner le récitatif, & de
DE FRANCE. 223
donner à la partie inſtrumentale ce mouvement
que la voix ne pouvoit rendre complettement.
L'effet en eſt d'autant meilleur , qu'il
ſert à détacher davantage l'air : Astafie estune
Déeffe , cantabilé d'un chant délicieux. Le
morceau fuivant , chanté par Atar : Qu'astu
donc fait de ton male courage , a un fort
beau motif; l'Auteur y a mêlé très- ingénieuſement
les plaintes de Tarare , qui le
font reffortir encore davantage. Peut - être
exigeroit il plus de développement ; mais la
longueur de l'Ouvrage n'a pas permis au Muficien
de donner à tous les morceaux l'érendue
dont ils avoient beſoin. On voit qu'il a
été ſouvent obligé de trop reſtreindre ſes
idées , &quelques morceaux y ont perdu .
Le trio qui eſt à la fin de cette Scène a été
fort goûté, ſur tout à cauſe du trait comique
de Calpigi ; & quoiqu'on applaudiſſe enfuite
le monologue d'Atar , qui finit l'Acte , & dans
lequel en effet il y a des traits de chant fort
heureux , peut- être l'Acte ſe termineroit il
d'une manière plus brillante par ce trio , dont
l'effet eſt plus nombreux,
Dans la ſeconde Scène du deuxième Acte ;
le Grand- Prêtre chante un morceau , dont le
rhythine paroiffoit favorable à la muſique ,
inus dontl'idée& la fituation ne font propres
qu'a du récitatif; aufli le Compofiteur incertain
n'a- t'il fait ni l'un ni l'autre. Il en eſt réſulté
un morceau ſans effet, dans lequel le
Muſicien accélère & ralentit le mouvement
fans aucune raiſon bien déterminante. Ce dé
:
Kiv
224 MERCURE
fautſe fait fentir dans une partie de la Scène.
Elle est compoſée de phrafes de chant deuchéesqui
ſe ſuccèdent ſans s'arrêter ſur aucun
motif. Au reſte, ilétoit difficile de s'en tirer.
Elle est trop longue pour être route en récitatif
ſample , & il n'y avoit pas moyen d'y
placer des airs .Une mélodie vague étoit tout
ce que le Compoſiteur pouvoity mettre.
Le monologue d'Arthenée ſe termine d'une
manière ingénieuſe , & qui ne nous paroit
pas affez ſentie par les Spectateurs. CeGrand
Prêtre ambitieux , livré à ſes réflexions , s'arrête
fur une réticence; la ſymphonie y fup
plée ; fans interruption elle change toutcoup
d'expreſſion à l'arrivée de Tarare , &
parune tranfition heureuſe annonce les tentimens
violens & triſtes dont ce Héros eft
agité. La Scène ſuivante entre Tarare & cal
pigi eft en ſimple récitatif. Il a toute la repidité
que la ſituation exige , & amène fort
bien l'air de Tarare : Pour la revoir jef- enchirai
cette barrière impénétrable , air d'effer ,
chanté par M. Lainez avec une chaleur qui
contribue encore à ſon ſuccès.
Le mérite de la Scène de féduction entre
Arthenée & l'enfant des Augures , eſt tout
entier à l'Auteur du Poëme. On y diftingue
pourtant le joli petit air: Ainſi qu'une abeilie.
On applaudit avec tranſport le choeur cù
les Soldats répètent le nom de Tarare , qui
vientd'étre prononcé par l'enfant. Il ade la
chaleur , de l'harmonie ,& eſt fort bien alforti
à la fituation; mais il faut convenir qu'il
DE FRANCE. 221
doir plus ſon ſuccès à l'effet dramatique qu'a
fon mérite muſical. Il y a certainement beaucoup
plus de génie & de facture dans le choeur
qui termine l'acte: Brama ,si la vertu t'eſt
chère ; ce morceau eſt fait pour honorer
davantage le Compofiteur.
>
Le récit du combat avec Alt mort , au troiſième
Acte , étoit très- difficile à faire , & le
Muficien ne paroît pas avoir entièrement
vaincu cette difficulté. Les images ſucceſſives
que le chantne fauroit exprimer , qu'on laiſſe
àpeindre à l'orchestre, qui ne peut les rendre
que par des traits vagues & ifolés , na
femblent pas du reffort de la muſique. Comparable
en ce point à la peinture , fes moyens
font impuiſſans pour repréſenter une action
fugitive ; c'eſt à cet Art ſur tout que convient
la règle de l'unité. M. Salieri a beaucoup
mieux rendu un morceau du même genre
dans le même Acte. C'eſt le récit de la manière
dont Tarare a eſcaladé les murs du Sérail.
Il règne en effet plus d'unité dans ce tableau.
Les ſeules maſſes que le Muficien y ait
introduites , font la rapidité de la fuite dè
Tarare , & l'alarme que cauſe dans la ville la
découverte de ſon deflein. Ces images étoient
très muſicales , &le Compofiteur en a tiré un
grand parti. Nous ne dirons qu'un mot de la
fete donnée à Aftafie. Elle contient quelques
airs de chant fort agréables , & des airs de
danſe très - jolis. Mais nous remarquerons
davantage l'adreſſe avec laquelle le trouble,
te délire d'Atar , la diverſité des ſenti-
Ky
226 MERCURE
mens qui l'agitent ſont ſentis & rendus.
Le récitatif rapide , quand il le faut , a tour
jours l'accompagnement qui lui eft propre.
Cependant cette Scène où le Tyran prend le
corps de Tarare pour marche-pred, ne fait
pas tout l'effet qu'on attendoit de la ſituation
&de fonmérite muſical.Cela vientpeut- être
de ce qu'elle finit par un duo très - médiocre
qui la prolonge outre meſure ,&de ce que le
monologue de Tarare qui lui ſuccède , & qui
termine l'Acte , n'est qu'un chant de récitatifencore
plus meſquin. C'étoit aſſurément
le casde faire exhaler à ce Héros dans un bel
air les ſentimens qu'il a tenus contraints pendant
une Scène ſi longue. Il reſpire , il eſt en
sûreté ; rien ne le preſſe. Que de ſentimers
n'avoit- il pas à nous exprimer?
Ily a peu de choſes à remarquer dans le
quatrième Acte. L'air d'Aftafie , d'une tour--
nure affez commune , a la forme & l'expreffionde
tous les chants mineurs. Nous ne diroi
s rien du petit air de Spinette ; mais nous
devons les plus grands éloges à fon duo avec
Tarare , où tous les charmes de la fineſſe , de
l'eſprit , de la grâce &de la mélodie ſemblent
réunis. Ce morceau méritoit bien d'enlever
tous les fuffrages. Cet Acte finit par un air
d'effer , extrêmement favorable à la voix de
M. Rouffeau , qui le chante parfaitement.
Toute la Scène lugubre du fupplice de
Tarare , au cinquième Acte , eſt d'une compoſition
ſuperbe. La marche, les choeurs, le
trio, fur-tout le choeur de Prières , accom
DE FRANCE. 227
pagné d'une timbale voilée & de quelques
fons de la cloche du Beffroy. Ce morceau fait
friffonner ; il est vrai que tout le Spectacle y
contribue ; mais c'eſt un grand mérite au
Muſicien d'avoir ſu ajouter encore à l'horreur
de la fituation. Tout Compoſiteur ſans doute
l'auroit auffi bien ſentie ; mais celui qui l'a
rendue d'une manière auſſi neuve annonce
fans contredit le plus grand talent. Après ce
morceau , & beaucoup d'autres qu'on admire
dans cet Ouvrage , on doit tout attendre de
M. Saliéri. Il s'eſt plus occupé de la voix dans
cetOpéra que dans les précédens , & il peut
voir aujourd'hui ce qu'il y gagne ; il doit être
perfuadé que le beau chant a toujours ſur
l'âme des Auditeurs un empire irréſiſtible;
qu'il en eft de convenables à toutes les paffions
, même les plus violentes , & qu'un bel
air ne nuit jamais à l'action quand il eſt bien
placé.
Nous avons rendu juſtice avec plaifir aux
beautés reconnues de cet Opéra. Nous avons
relevé avec courage ce que nous y avons trouvé
de défectueux d'après l'opinion du Public
& la nôtre; & fi nous nous ſommes montrés
ſévères , c'eſt autant par eſtime pour leCompoſiteur
que par amour pour fon Art. Quand
un Artiſte s'élève comme M. Saliéri au rang
des modèles , il eſt important que les jeunes
gens qui l'étudient apprennent à diftinguer
dans ſamanière ce qu'il eſt bon de ſuivre , &
ce qu'il eſt prudent d'éviter.
Kvj
228 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
IL eſt permis de s'honorer de l'eſtime d'un Miniſtre
rare , & vous me permettrez de donner une
analyſe ſuccinte des Differtations que M. le Comte
deHertzberg a lues dans les Séances de l'Académie
des Sciences de Berlin , dont il eſt Curateur. Vous
ſerez convaincu qu'il eſt peu d'Hommes d'état qui ,
comme lui , aientjoint au génie des affaires publiques
l'érudition la plus riche & la plus variée , &
Part d'écrire auſſi bien en François que dans ſa langue
maternelle. Toutes les Differtations de M. le
Comte de Hertzberg roulent fur des matières de
première importance. Le réſultat en eſt preſque
toujours une notice exacte & lumineuſe de la fitiation,
de la politique , de l'adminiſtration & des reffources
de la Pruffe. On y trouve auth une difcuf
fion profonde des grandes baſes d'une législation
épurée&du bonheur des Peuples .
La première Differtation traite de la ſupériorité
desGermains fur les Romains , & prouve que le
Nord de la Germanie ou Teutonie , entre le Rhin &
la Viſtule , & fur-tout la Monarchie Fruffienne eft
la patrie originaire de ces Nations héroïques qui
dans la fameuſe migration des Peuples one détruit
l'Empire Romaio,&ont fondéles principalesMonarchies
de l'Europe. L'Auteur indiqueenpeude mors les
DE FRANCE.
229
cauſes de la deſtruction des Républiques & des Etats
de la Grèce , de l'Empire Romain,&trouve dans la
Nation Germanique l'ennemi le plus redoutable de
cette dernière Puiſſance. En effet , Céfar en paffart
deux fois le Rhin , Drufus & Germanicus en poufſantjuſqu'au
Veſer & à l'Elbe , n'ont fait que des incu
fions dans la grande Germanie, qui est toujours
reftée libre . Les terribles défaites des légions de Varus
& de Lollius bornèrent les conquêtes des Romains
. Le Rhin & le Danube leur ſervirent de limite
dans l'Occident , comme l'Euphrate l'étoit dans
l'Orient. Les réunions que les petites Peuplades firent
enfin fous les dénominations de Francs, d'Allemands,
de Suèves, de Vandales , de Goths , de Bourguignons
, de Saxons & de Rugiens qui déchirèrent le
coloſſe Romain , ſont ſuivies & préſentées avec beaucoup
de méthode. Toutes les o igines ſont ramenées
à la ſeule & unique , au nord de la Germanie , qui
est Vagina & Officina Gentium, le berceau de
toutes les Nations. M. le Comte de Hertzberg a l'art
de rendre ſon érudition intéreſfante ſans l'afforblir ,
&fans négliger les preuves néceſſaires dans un ſujet
auffi grave.
A côté de ce Difcours il faut placer celui ſur la révolution
des États , & particulièrement fur celles de
l'Allemagne. Toutes les ſecouſſes qui ont bouleversé
les Empires anciens ſont sapportées avec le trair qui
les caractériſe. Si 'a Germanie , plus heureuſe que les
Nations qui ont figuré avant elle ſur la ſcène du
Monde , n'a jamais été entièrement allujétie ; & fi
alle eſt ce qu'elle fut du temps de Camille , de Céſar ,
&c . , elle le doit à fa fituation ſuivant Tacite. La
Germanie , dit cet Hiftorien , étoir un pays trop
éloigné des Nations du Sud, trop difficile à aborder
pat terre& par mer, & fur-tout d'un climat & d'un
terroir fi rudes que perſonne ne voudroit y demeurer
qui n'y fut né. M. le Comte de Hertzberg combat
230
MERCURE
i
l'opinion de Tacite , & attribue ce bonheur à une
cauſe plus honorable , à la valeur des Geumairs & à
ladeſtinée qui les marqua non pour ſub'r des rένο-
lutions, mais pour fonder les Monarchies modernes.
La Conftitution Germanique raſſure l'Auteur fur fa
durée, & le voeu qui lui échappe fait l'éloge de fon
-coeur. Il eſpère qu'on n'aura plus à craindre des révolutions
trop dangereuſes depuis que la Conftitution
Germanique a été fi bien conſolidée par des
Loix, par des Traités, par les garanties & par la
diftribution heureuſe & proportionnée du pouvoir
&des forces des différens Membres de cet Empire,
&depuis que les Puiſſances de l'Europe ont formé, à
l'exemple de Frédéric II , des armées permanentes
bien entretenues , bien diſciplinées , dont l'entretien
coûte à la vérité aux Sujets , mais qui les garantit
du mal infiniment plus grand de ces irruptions imprévues
qui ont autrefois entièrement ruiné les plus
beaux pays. « L'Histoire ne ſera plus intéreſſance
>> par le tableau brillant , mais affligeant des révο-
>>>lutions , des conquêtes , des comtats & de ce
> qu'on appelle à tort de grands événemens. Les
>> Souverains ne pourront plus immortaliſer leurs
>règnes& 'eurs noms qu'en avançant l'Agriculture
, le Commerce& toute la proſpérité interne
>> de leurs États. >> On ſe plaît à voir ces maximes
confignées par un Homme d'Étar, dont l'exemp'e
eſt toujours ſi prépondérant. L'humanité ſourit
toutes les fois qu'elle apperçoit la Philofophie aflie
auprès du Trone!
La meilleure forme des Gouvernemens eft encore
un des ſujets difcutés par M. le Comte de Hertzberg ,
qui ſemble ne ſavoir ſe délaſſer des grandes occupations
du Ministère que par des Differtations d'une
utilité&d'une ſupériorité marquées. Mais qui peut
réſoudre cette queſtion qui intéreſſe l'humanité &
-tous les États ? L'expérience nous a trop appris que
DE FRANCE.
231
tous les Gouvernemens font bons& mauvais , & que
le medium est le ſeul point de convenance où l'on
doive s'arrêter. Depuis Ariftote juſqu'à Locke tout
ce qu'on a écrit a été à-peu-près perdu. Après avoir
paflé en revue toutes les formes de Gouvernement ,
M. le Comte de Hertzberg accorde la préférence à
laMonarchie. Montesquieu fut critiqué pour l'avoir
penfé , & les Démocrates eurent tort. Qui n'aimeroit
la Monarchie dont M. le Comte de Hertzberg
parle ! La meilleure forme de Gouvernement , dit-il ,
eſt celle d'uneMonarchie libre dans laquelle un ſeul
Souverain réunit dans ſa ſeule perſonne le pouvoir
législatif& exécutif, mais où il obſerve& ne change
ras fans une néceſſité urgente & viſible des loix
fondamentales , ou du moins des règles qui aſſurent
aux ſujets leur propriété& leur état, & où il établit&
laiſſe ſubſiſter des Corps intermédiaires ou
des États Provinciaux, qui, ſans participer au pouvoir
législatif, ont la faculté de s'aſſembler en certains
temps , de délibérer ſur la ſituation & les beſoins
de l'État, d'en faire des rapports & des repréſentatious
au Souverain , & de concourir ainſi avec ſa
permiſſion & ſous ſes auſpices à l'adminiſtration intérieure&
civile. Ces Ordres ou États Provinciaux
ne ſavroient être mieux compoſés que de la Nob'effe
héréditaire ou des Poffeffeurs des terres qui
font immédiatement, & autant que le Souverain , intéreſſés
à la conſervation & au bien de l'État , des
Repréſentans des Villes qui le font auſſi , mais
moins que les terriers par l'inſtabilité de leur étar ,
& à mon avis auffi de quelques Repréſentans des
Cutivat urs ou des Payſans, fur- tout fi les Souverains
étoient d'avis de leur donner en cens héréditaires
leurs Domaines-Terriers , ce que je regarde
comme le moyen le plus propre d'avancer l'Agriculture
& la Population d'un Etat au plus have
degré poſſible. Le Clergéne doit pas faire une claffe
232 MERCURE.
particulière des Etats , mais appartenir plurde à
l'Ordre de la Nobleffe par rapport aux grandes
poffeffions qu'il a ordinairement dans chaque Etzt.
Il ſeroit fuperfu d'ajouter la moinde réflexion à
cet expofe. Il n'eſt aucune Monarchie qui ne ſe
trouvật bien d'une Constitution auffi fagement modifiée.
M.le Comte de Hertzberg paſſe e: fuite à une
autre Differtation , & dans celle - ci il nous fait part
de ſes réflexions ſur la force des Etats & for leur
puiſſance relative & proportionnelle. Il en conclut
que l'érendue du terrein & le degré de population
ne fufficent pas pour déterminer exactement lapuiffance
d'un Erat & pour décider de ſa ſupériorité.
C'eſt la ſituation d'un Empire , la forme de fon
Gouvernement, le caractère de ſes habitans qui
conſtituent fa ſupériorité réelle. Les preuves ſe mul
tiplient ſous la plume de M. le Comte de Hertzberg,
& on fait avec lui un Cours de Politique &
d'Hiftoire ancienne.
Dans fon Difcours ſur la population des Etats &
fur celle de la Pruſſe, il dit que la grande population
d'un Erat eſt la principale baſe de ſon bonheur, &
fur-tout de ſa puiſſance quand un Gouvernement
fage fait en tirer parti . Combien de vues profondes
jailliſſentde cette ſeule idée ! Afſurément le Souverain
qui fera perfuadé qu'il lui importe de mukiplier
ſa population ne ſera ni deſpote ni tyran. Il ne
préſentera point des fers à ſes ſujets, mais une infinité
d'encouragemens. Si les marchés font abondans
, a dit un Voyageur célèbre, fi les denrées ſont
àbas prix , je ne demande plus ſi la population
manque, car je devine qu'elle abonde , & je ne me
fuis jamais trempé. Pour donner un tableau auſti
parlant de la félicité publique , il faut qu'un Roi ait
fu mettre en ufage tous les moyens de bonheur , de
tolérance&de protection. Il entroic naturellem
DE FRANCE.
233
\
dans le plan de l'Auteur de parler de la population
des temps anciens . J'ai lu un Ouvrage imprimé
chez Rozet en 1771, dans lequel on prouvoitqu'elle
a été plus grande autrefois. On fuisoit avec une
bonhomme fit gulière ces Ecrivains Eccléſiaſtiques
trop habiles à créer des prodiges. M. le Comte de
Hertzberg s'élève à ſon tour contre ces affertions ,
&prétend avec taiſon que les Gouvernemens anciens
ont dû être contraires à la population par la
nature & le nonibre de leuis guerres , & en partic
par le grand nombre d'esclaves qu'ils entretencient.
Des foldats , des eſciaves ! Eit-ce avec eux qu'on
peuple les Etats ? A-t-on pu ajouter foi à ces Hiftoriens
qui d'un naitde plume recrutoient cert mille
combattansi M. le Comte de Hertzberg , en rappé-
Jant par quels moyens la Prulle a doublé le nombre
de ſes ſujets , rouvre ure des bieffures de la France
en parlant des émigrations occafionnées par la révocation
de FEdt de Nantes , dont Louis XIV fe
repentit enfin à la mort.
M. le Comte de Hertzberg analyſe dans le ſeptième
Difcours les fources de la véritable richefledes
Etats, les baſes de la balance du commerce & celle
du pouvoir. Agriculture , Induſtrie : voilà ſes deux
points d'arpei . Le reſte découle de ces deux principes
, d'où l'on voit fortir la balance du pouvoir.
Cerre dernière, qu'on a cru l'ouvrage de la politique
modeine , & un motnouveau, fubftitué à celui déqui
libre tant recommandé per le Cardinal de Richelieu,
eſt auſſi ancienne que les Empires. M. le Comte de
Hertzberg en obſerve les déviations depuis la guerre
du Péloponèse juſqu'aux Romains, & chez les Modeines
juſqu'à la paix d Utrecht. Elle a été la caufe
ou le prétexte de preſque toutes nos guerres. J'invite
ceux qui aiment à méditer (ur de grands objets
à lire attentivement cet excellent Difcours.
Je ne puis trop recommander en même temps la
234
MERCURE
lecturede la Differtation contenant des Anecdotes
du règne de Frédéric Guillaume leGrand, Ecoteur
de Braudebourg , & un détail neuf & affurtment
peu connu des exploits maritimes dece Prince,
On y voir Frederic Guillaume, n'ayant en 1640 que
les trois Provinces de Brandebourg, de la Pruffe, da
Clèves , éparſes , défcuplées, dé armées, anéanties
par la gueire de trente ans , ne pouvant fubfifter
dans la marche , & obligé de ſe retirer dans la
Pruffe. On le revoit huit :is après raffermiſſant fes
États à la paix de Westphalie , acquérant la Poméranie,
le Magdebourg, le Halberstadt, Minden ,
aflurant à fon Duché de Prufſe , par la paix de
Weblau , la ſouveraineté. On le voit former cette
armée de deux cent mille hommes prête à agrandir
ou à affurer la puiſſance. Reſpecté par Louis XIV,
il traite toujours de pair avec lui. M. le Comte de
Hertzberg préſente toures ſes expédi ions maritimes
, auxquelles il dat la conquête de la Pomeranie ,
&ne diffunu'e point les tentatives inuikes pour l'é
bliſſement d'ane Compagnie Africaine. L'Auteur a
été obligé de compulfer tre quantité immenfe de
Vo'umes pour donner un précis clair & sûr des
travaux maritimes de Frédéric Guillaume .
Le dernier & huitième Diſcours est un Mémoire
Hiſtorique ſur la dernière année de la vie de Fréderic
II; il est terminé par l'Avant- Propos de
'Hiſtoire de ce Roi écrite par lui-même. M. le
Comte de Hertzberg parle fans prétention. & fans
convulfion oratoire fun Roi qui l'aimoit, d'un Souverain
que l'Europe reſpectoit , & dont la renommée
s'eft entièrement emparé. Il le peint autant
dans la vie privée que dans la vie publique. On
trouve une chaîne de travaux utiles, une tête forte,
une raiſon ſupérieure continuel ement exercée ,
point de foibleſſes. Le Roi ſe montre juſqu'à la
mort. Apeine apperçoit-on l'homme aux approches
DE FRANCE. 235
des derniers momens de Frederic IL. Quel grand
exemple il laifle à tous les Souverains ! Sans doute
on eut tout de ne vouloir trouver dans ce Monarque
qu'un Guerrier, parce qu'il ſavoit vaincre comme
Célar. Depuis bien des années il avoit mérité une
plus douce célébritée. Son adminiſtration intéreure,
ſes nombreuſes améliorations , ſes largeffes
aux Culivateurs , aux Manufacturiors , à la Nobleſſe,
à tous les ordres de ſujets ; la multiplicité des
établiſſemens utiles , ſon attention à ſuivre tous ces
détails journaliers d'une bienfaiſance politique &
éclairée , le placeront au-deſſus de beaucoup de
Rois qu'on a vantés. Il écrivit comme Célar, étudia
la Nature comme Pline , protégea les Arts comme
Ptolomée; & quand on a lu le Mémoire de ſon
Miniſtre, on répète avec tranſport ce que Voltaire en
diſoit prématurément :
Philofophe des Rois que ma carrière est belle !
J'irai de Sans-Souci par un chemin de fleurs
AuxChamps Élyfiens parler à Marc-Aurèle
Du plus grand deſes Succeffeurs.
ASallufte jaloux je lirai votre Hiſtoire ,
ALycurgue vos Loix, à Virgile vos Vers.
Je furprendrai les morts; ils ne pourront m'en croire
Nul d'eux n'a raſſemblé tant de talens divers.
Sel'y n'apas peu contribué à faire aimer Henri IV.
M. le Comte de Hertzberg aura atteint le même
bur à l'égard de Frédéric II .
Nous allons jou'r de tous les Écrits de ce grand
Roi ; cette portion de ſon génie aura de quoi nous
étonner. Son Succeſſeurdigne de lui, & qui aime la
vérité comme lui , ne déroberarior à la Poſtérité. Je
ferai à portée de vous entretenir des exploits & de
da conduite d'un Roi dont le portrait encore impar-
Git a été manqué par la précipitation de ceux que
236 MERCURE
l'ont entrepris. Mes correſpondances me donnent
des facilité & des notionssûres qu'ils n'ont pas CDS,
La Collection des Diſcours de M. le Comtede
Hertzberg qui fera publiée à Paris, formcraus Re
cueil précieux. On y ajoutera l'Histoire polnique de
laguerre de'eptans, celle de Bavière & du parnaze
de la Pologne ; car depuis l'année 1750 l'Auteur a
compoſe toutes les Pièces publiques de la Cour de
Berlin. Il fera curi ux de confronter Fouvrage du
Roi à celui de fon Miniſtre. Je tâcherai de traduire
les Ecrits compofés en Langue Allemande que M.
leComte de Herzberg m'a adreſſes , & qui complesteront
le Recueil. Ce fera avec un plaifir bien
fenti que je parlerai de Frédéric II , & que je prierai
à fon fage Miniſtre un juſte tribus d'éloges. Mes
motifs font connus de ceux qui favent que cette
Cour ne peut me devenir étrangère. J'ai pensé que
vos Lecteurs accueilleroient une No ice dans laquelle
il eft question effentiellement d'un grand Roi &
d'un Miniſtre célèbre dans la Politique & dans la
Littérature, Cedouble phénomène est peu commün.
J'ai 'honneur , &c. DE MAYER.
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Provinciales , fur leur formation , fur l'Impôt
Territorial & fur les Traites , in - 8°. A Londres ;
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DE FRANCE . 237
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quai des Augstins , & la Veuve Hériſſant, Imprimeur
Libraire , rne Neuve Notre Dame.
Nous avons eu pluſieurs fois occaſion de rendre
juſtice à ce bel Ouvrage , très bien exécuté dans
toutes ſes parties. Cette nouvelle Livraiſon mérite
les mêmes éloges. Ceſt la ſeconde du ſecond
Volume.
L'on paiera 9 liv, en ſouſcrivant, 9 liv. pour
chaque Cahier , composé de fix Estampes. Il y en
aura huit de ce nombre , & deux de huit Estampes ;
ſavoir, le cinquième & le dixième , pour chacun
deſquels on paiera 12 liv. Ces dix Livraiſons
feront les deux premiers Volumes. Pour le troiam-
Volume , qui paroîtra en entier , comme
nous l'avons dit , avec dix Estampes , l'on paiera
is liv. , les 9 liv. que l'on paye en ſouſcrivant étant
imputées ſur ce Volume.
ÉLÉMENS d'Orthographe , on Méthode pour
apprendre cette Science parfaitement en très- peu de
temps fans être obligé de prendre un Maitre , par
M. Pollet , ancien Receveur des Domaines du Roi ,
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Sauveur , nº.34-
"M. Pollet avoit annoncé au Public qu'il enſeignoit
l'Orthographe en trente Leçons . It paroît certain
qu'il a eu des ſuccès , & c'eſt un préjugé faverable
pour l'Ouvrage dans lequel il a expofé & cxpliqué
ſa Méthode.
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aux Iſtituteurs, aux Gens de la campagne , aux
Curés for- tour. Il doit avoir une ſuite ; mais on ne
fixe aucune époque. Chaque Volume ſera ordinairement
diviſé en fix Parties principal.s; la première
contiendra les objets relatifs à la thyſique & à la
Chimie; la deuxième , des Obſervations choifies fue
l'Hygiène & la Thérapeutique ; la troiſième ſera
compofce d'Obſervations rares de Médecine , de
Phénomènes de la Nature ; la quatrième, de remèdes
reconnus pour certains ; la cinquième, de Détails
curieux d'Histoire Naturelle , & la ſixième , de ce
qui concerne l'Économie turale & domeftique.
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Le ſuccès des Fables de La Fontaine par cet Artiſte
doit faire bien augurer de cette nouvelle Entreprife
La première Livraiſon qui paroît , confirme ce
préjugé. Il y a du ſoin, de la netteté & de la grace
Hans les Estampes qui la compoſent.
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Adreſſe que ci-deſſus.
-
TABLE.
ODE à M. Laverne , 193 Discours prononcés dans l'AStances
au Duc de Mouchi , cadémie Françoise, 206
19,6Confiderationsfur la Société .
Petit Pierre de Barcelonette
Anecdote ,
215
197AcadémieRoy. deMuliq. 220
Choade, Enigme& Logogry Varié és ,
pire.
228
204 Annonces &Notices, 235
APPROBATION.
Satin,par ordre deMgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 30 Juin 1987. Je n'y
ai rien trouvé cui paiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris, le 29 Juin 1789. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
:
DE
BRUXELLES.
:
DANEMARCK.
De Copenhague , le 6 Juin.
D
Après le dénombrement des habitans
de cette Capitale, fait le premier Novembre
dernier , ſa population monte à
$7,801 ames , dont 44,6,5 hommes &
43,146 femmes . Dans ce nombre ſe trouvent
1454 Juifs. La Cour , la garniſon St
la Marine ne ſont point compriſes dans ce
calcul; en 1785 on a comote 9790 individus
à la Cour , de troupes de terre , de marine&
de matelots .
De Berlin, le 12 Juin.
Le premierde ce mois, le Roi partit de
Nº. 27, 30 Juin 1787.
( 206 )
Charlottembourg pour Cuſtrin , où S. Ma
paffé en revue les troupes de la Pomeranie,
&d'où elle eſt deretour depuis hier. LeMargrave,
le Prince héréditaire & le Prince Louis
deBade ſont retournés avec leur ſuite àCarlsrühe.
S. M. a décoré le Prince héréditaire
de Heſſe - Darmſtadt , ſon beau frere, du
grand Ordre de l'Aigle Noir.
Il ſe fait un mouvement dans beaucoup
de nos Régimens qui changent de quartiers
. Les deux bataillons de Grenadiers
de Meuſel & de Droſte , qui étoient àMagdebourg
, joignent leurs Régimens en
Westphalie. Gaudi , Eckartsberg & Eichman
ſe rendent à Weſel ; Woldeck le jeune
àMinden. Les dix compagnies de l'Infanterie
légere de Muller feront augmentées de
deux compagnies de Grenadiers : un des
bataillons va à Calbe , l'autre à Burg. (Duché
de Magdebourg.) Trois bataillons de.
Natalis partent auffi pour Burg , & le quatrieme
pour Magdebourg. Ces déplacemens
en ont occafionné de très conſidérables dans
la plupart des Régimens.
L'Hiſtoire Naturelle vient de perdre
M. Charlas Gustave Jablonski , Membre de
la Société de Halle , pour les progrès de
'Histoire Naturelle. Ce ſavant eſt mort
icile 25 Mai , dans la trentieme année de
ſon âge. Il eſt auteur du systéme naturel
des Infectes. Il avoit engagé fon pere , déjà
vieux , à entreprendre un voyage à Surinam,
( 207 )
:
pouryfaire des recherches ſur pluſieurs parries
de l'Hiſtoire Naturelle : le lendemain de
l'enterrement du fis , eſt arrivée la premiere
caiſſe que le pere lui avoit expédiée.
De Vienne , le 10 Juin.
La crue du Nieper& les vents contraires
ayant ralenti la navigation de l'Impératrice
deRuſſie ſur ce fleuve, on n'eſpéroit pas qu'elle
entrâtdansCherſon avant le 19 Mai . Trois
jours auparavant , l'Empereur arrivé le 14 ,
s'étoit mis en route pour aller au devant de
cette Princeſſe . Parune ſuite de ce retard, on
n'attendoit gueres notre Monarque à Brody
que dans les premiers jours de ce mois. Le
Miniſtère lui a expédié la nouvelle des événemens
ſurvenus dans les Pays Bas , & l'on
attend inceſſamment ſes ordres à ce ſujet.
Par ordre de ce Prince , les ſieurs Bargun
& Compagnie , Banquiers , ont ouvert ici
une eſpece de Lombard à l'usage du commerce
, ſous le nom de Caiſſe commerciale de
Prét & d'Efcompte . Pour de modiques intérêts
, elle avancera des ſommes ſur effets ,
maisons , terres , hypothèques , lettres dechange
& autres papiers de valeur reconnue.
Le 29 du mois dernier , les Régimens
cantonnés en Styrie ſe ſont mis en marche
pour ſe rendre au camp de Perrau .
On vient de commettre un vol confidé
rable dans le Palais Impérial. Des vo'eur
ſe ſont introduits dans un appartemen
ka
(208)
meublé à neuf , & en ont enlevé les ga
lons d'or , des tapiſſeries , de beaux tar
bleaux , &c.
Cinq Régimens d'Infanterie Allemande
doivent ſe rendre dans la Gallicie. Iis ont
ordre de s'y recruter dans des cantonneanens
qu'on leur aflignera .
UnbataillonduRegimentde Toscanae , en
garnison dans cette Capitale , a reçu ordre
demarcher fur les frontieres de la Gallisia.
Les dernieres lettres de Conftantinople
nous apprennent que l'on travaille fans ceſſe
dans l'arfenal à la conſtruction des bâtimens
de guerre; que les 9 & 10 Avril , dix vaifſeaux
ont mis à l'ancre à une certaine diſtance
de l'arfenal , & que cette diviſion ſera
jointe par une autre pour aller enſemble
dans la Mer-Blanche , entre le 12 & le 16
Mai.
De Francfort , le 15 Juin.
UnJournal Allemand vient de citer deux
anecdotes , extraites , à ce qu'il dit , d'une Vie
de Frédéric II , actuellement ſous preſſe ;
nous allons les rapporter , ſans les garantir
, quelque vraiſemblance qu'elles aient
d'ailleurs.
>>Pendant le ſéjour forcé de Frédéric à
Cuſtrin, le Préſident de la Chambre fit au
Roi Frédéric Guillaume le rapport ſuivant :
J'ai l'honneur d'envoyer à VotreMajefté
ois relations de laChambre des Guerres &
Domaines de la Nouvelle-Marche. Deux
(209 )
ont été copiées de la propre main de Son
Alteffe Royale le Prince de Pruſſe : il n'a
fait que figner la troiſieme » .
Le Roi écrivit en marge : Il nefuffit pas
que Fritz (1) figne , il faut qu'il travaille lui
méme.
<<L'infortuné de Catt, condamné à perdre
la tête pour avoir voulu accompagner
Frédéric dans ſes voyages , étoit âgé de
vingt deax ans , & Lieutenant dans le Régiment
des Gendarmes. Son pere & fon
grand-pere étoient encore vivans. Le premierétoit
Général , & le fecon 1 Feld- Maréchal
Général au ſervice du Roi. Le Roi fit
juger d'abord lejeune de Cart par le Confeil
de Guerre. On le condamna à la forre
reffe. Le vindicatit Frédéric-Guillaume , qui
fentoit qu'après ſa mort fon fils dédomnia
ge oit amplement de Catt de cette puniton
, changea , de ſa propre autorité , là
peine de cet in'ortuné , & prononça la Sentence
fuivante :
« Le Lieutenant de Catt ayant été jugé
par le Conſeil de Guerre , a été condaniné
par ledit Conſeil a être enfermé dans une
fortereſſe ; mais Sa Majeſté ne voit pas pourquoi
on a prononcé une Sentence ſi douce
pourun crime ſi atroce ; & à l'avenir elle
ne peut plus avoir que peu ou point de confiance
dans la fidélité de ſes Officiers & de
ſes Confeülers ; mais Sa Majeſte a été auſſi
(1) Diminuif de Frédéric.
k3
( 219 )
à l'école ,& elle a appris le proverbe : Fist
juftitia, & pereat mindus or , afin que perſonne
ne s'ingere plus d'en agir anfi , &
qu'on ne puifle pas s'appuyer d'un tel
exemple , Sa Majeſté ſe trouve obligée de
prononcer el'e même la Sentence , & de
donner un exemple de Juſtice. Comme il
s'agit ici d'un crime de Leze- Majesté , d'au
tant plus grave qu'il a été commis par un
des Officiers de l'armée , qui doivent tous
être fideles à Sa Majesté, & fur-tout par un
Officier du Corps des Gendarmes , auquel
on a confié la garde du Corps de Sa Majeſté
&de fa famille, ce ne ſeroit point une
peine au deſſus de ſon crime de le condamner
à être déchiré avec destenailles ardentes,
puis pendu à un gibet : cependant Sa Majeſté
ayant égard à ſa famille , a bien voulu
mitiger cette peine , & le condamner à être
décapité».
FRÉDÉRIC GUILLAUME.
Berlin , ce 2 Novembre 1730 .
Les de ce mois , le grand Chapitre de
Mayence ſe rendit à l'Egliſe Cathédrale , &
y élut unanimement & folemnellement , en
préſence du Comte de Trautmanſdorf, Miniſtre
Impérial , le Baron Charles- Théodore-
Antoine-Marie de Dalberg , pour Coadjuteur
à l'Archevêché. Après l'élection , on chanta
un Te Deum ſous la décharge du canon de la
fortereffe.
I c 4 de ce mois , la Princeſſe regnante de
(211 )
la Tour & Taxis , ſoeur du Duc de Wirtemberg,
eſt morte dans ſa 53e. année
Les émigrations recommencent dans quel
ques parties de l'Allemagne. Le goût de
changer de pays a gagné fur tous les Sujets
de la Principauté de Fulde ; ils ſe rendent
par bandes à Vienne pour être tranſportés
de là dans le Bannat de Témeſwar. Sept
grands villages font devenus vuiles en peu
detemps. Les habitans du Cercle de Souabe,
& nommément du Marggraviat de Bade ,
s'en vont auſſi , dans la frivole eſpérance
d'être mieux ailleurs .
Des lettres de Pétersbourg affirnment que
l'on équipe , par ordre de l'Impératrice , une
frégate de 36 can. , & trois autres bâtimens
qui doivent prendre la route du Cap - de-
Bonne Eſpérance. Le Capitaine Moulofsky
commandera cette petite eſcadre.
ITALIE.
De Florence , le 25 Mai.
Le 20 Mai 1787 , le peuple de la ville de Prato,
Dioceſe de Piſtoie , ayant vu manquer le coller
de la Vierge appel ée de la ceinture , & craignant
avec fondement que dans la nuit on ne voulût détruire
l'autel dédié à cette Vierge , s'attroupa
vers le foir. Le Vicaire Royal accouru , ne put
calmer le tumulte. Le grand nombre des révoltés
, que l'on fait monter à douze mille , a
donné lieu de ſoupçonner que , dès le Vendredi
, on avoit prémédité ce ſoulévement. Les
k4
7(12 )
Mutins prirent par force les clefs de la Cathe
drale & de l'Evêché qu'ils parcoururent, en proteftant
qu'ils cherchoient quelques Ouvriers venus
de Florence pour démolir cet autel , & qu'ils
alloient les maſſacrer. Heureuſement on ne les
trouva point. Le Vicaire-Royal fut obligé des'évader&
de ſe cacher ; les révoltés enleverent de
l'Egliſe la chaire de l'Evêque , & la brûlerent au
milieu de la place avec les mitres , habits de Pré-
Jat , tous les livres modernes , & Elits publiés
récemment , qui leur tomberent fous la main.
Après minuit, ils allerent au Seminaire,brûlerent
pareillement les livres & les écritures; les Seminariſtes
même s'enfuirent & ſe diſperſerent. Enfuite
les révoltés ſe rendirent chez le fieur Morandi
, Archiprêtre de la Vierge des prifons , le
firent lever , le conduifirent à la Vierge de la ceinture
; & , au milieu d'une grande illumination de
bougies , volées de toutes parts , ils lui firent jurer
qu'il adoreroit dorénavant cette image , & nе
diroit plus le Canon de la Meſſe à voix haute , fe-
Jon l'ordonnance de Monfeigneur Ricci , Evéque
de Piftoie & de Prato. Ils coururent enfuire chez
le Curé Trave attaché à Mgr. Ricci , lequel ,
nuds picus &
main, demanda la vie au peuple, & l'obtint . Ils ſe
porterent enſuite avec la même violence à l'Eglife
de la Vierge dusecours , mais le Curé s'en étoit
déjà enfui : on brûla ſes livres , ſes papiers & fon
chapeau orné d'un cordon vert , diflinction accordée
par Mgr. Ricci à tous les Curés. Enſuite les
brûleurs entrerentdans toutes les maiſons & autres
lieux où l'on avoit fupprimé quelqu'Image
ou quelque Statue , & les remirent en place , en
faiſant une proceffion avec le Chrift mort , cé-
Jebre par ſes miracles . Ils ont expoſé ce Chriſt à
L'adoration publique fur le maître-autel de laCa
.م
en chemire , un Grucma z 14
( 213 )
thédrale. Ils y ont fait chanter la grand'Meffe ,
& ont dit que le jour ſuivant ils le rapporteroient
dans l'Eglife de Sainte-Urſule , d'où ils l'avoient
tiré . Le peuple a voulu auſſi que la Vierge de la
ceinture fût exposée , & que l'on donnât avec ellè
la bénédiction ; enſuite il eſt entré en chantant
danstoutes lesEgliſes. Les cloches ont fonné pendant
l'émeute.
Les mutins étoient tous des gens du peuple &
des payſans; on n'a remarqué parmi eux aucune
perſonne diftinguée , ni même des Prêtrés ni deš
Moines. On a envoyé de cette Capitale , qui n'eff
éloignée que dix milles , un détachement de foldats;
&l'on dit pluſieurs chefs de ce pieux foulé
vement arrêtés .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 19 Juin.
Le 10 , leGouvernement a reçu de nouvelles
dépêches de Hollande. Les Miniſtres
ont eu une longue conférence le lendemain
chez le premier Lord de la Tréforerie,
Lord Howe& le Duc de Richmond ont afſiſté
à ce Conſeil qui a duré quelques heures,
&à l'iſſue duquel on a expédié des Meſſagers
à diverſes Cours étrangeres.
Le 8 , M. Faulkner a pris congé de S. M. ,
étant fur fon départ pour Dreſde , où il va
réſider en qualité de Miniſtre Britannique.
On preffe à Portsmouth l'équipement de
P'Edgar , de 74can. , du Magnificent& du Bedford,
aufli de74can. & de l'Ardent , de 64.
ks
( 214)
Le Ganges , de 74 can. , eſt déja à Spithéad,
où ſe rendront inceſſamment d'autres vaifſeaux
de Plymouth & de Chatham. On
avoit répandu le bruit de l'expédition de
quelques ordres pour la preſſe des matelots ,
mais fans fondement. On a ſuffisamment de
volontaires pour l'eſcadre qui va mettre en
mer. Le Commodore Levefon Gower qui la
commandera , & les Capitaines Swinfon ,
Mann,Berkley,ont pris congé de S. M. depuis
quelques jours. Toutes les commiffions font
fignées à l'Amirauté & expédiées. On perſiſte
à dire que cet armement ira croifer fur
les côtes de Hollande.
Les Négocians Anglois , à Amſterdam ,
ont trèsbien fait de ſe raire fur le parti
qu'ils prendroient , en cas d'une rupture , &
de refuſer même de faire connoître leurs
ſentimens dans les querelles actuelles. Ils
font redevables à cette diferétiondeleur tranquillité
& du bonheur d'être , en Hollande ,
les ſeuls individus qui n'aient rien à craindre
pour leurs propriétés & leurs perſonnes.
Les manufactures de coton & les laineries
de Mancheſter avoient d'abord hauffé conſidérablement
de prix, attendu les demandes
multipliées qui en avoient été faites. Mais
les fabriques ayant amplement fourni aux
beſoins de l'Etranger , le prix de ces articles
a repris fon premier taux.
Ily a aquellement à Londres pluſieurs François
envoyés par le Ministere de France , pour
wifter les célebres Hôpitaux de cette Capitale,&
(215 )
lui en rendre compte. Les Anglois ſont ſur cet
objet infiniment plus avancés que leurs voiſins,&
toutes les ames ſenſibles apprendront , ſansdoute,
avec plaiſir , que le ſoulagement de l'humanité
fouffrante ait été un des premiers fruits de la correſpondance
réciproque , établie entre les deux
Nations . Le roi a donné des ordres pour que les
Commiſſaires François ( car tel eſt en effe: leur
titre ) euſſent non -feulement un libre accès dans
les hôpitaux de Greenwich & de Chelſéa , mais
encore les renſeignemens les plus exacts ſur tous
les détails de leur adminiſtration.
Selon une lettre écrite du Bengale , la
Compagnie a déjà remboursé une partie des
dettes qu'elle a contractées pendant la guerre
dern'ere. Lord Clive difoit au Parlement
, lorſqu'il lui rendoit compte de ſa
conduite , que les revenus de l'Inde , s'ils
étoient adminiſtrés convenablement , ſuffirojent
non ſeulement à rétablir les affaires
de la Compagnie , mais même à réduire la
dette nationale de la Grande-Bretagne. Les
Employés de la Compagnie n'accumulent
plus des tréſors aux dépens de leurs Commettans.
Il n'y a plus d'uſures exorbitantes ,
de marchés ſcandaleux , de monopoles infâmes
. Un ſyſtême général d'ordre & d'économie
a prévalu dans toutes les parties ; en
un mot , ſi les choſes continuent fur le pied
où elles font , les affaires de la Compagnie
iront mieux qu'elles n'ont jamais été.
Le Général Haldimand , ancien Gouverneur
du Canada , vient d'être condamné ,
à Guidhall , à 200 liv. ſterl. de dommages ,
k6
( 216 )
L
Гол
Machand de vin de Québec,
Hay , efpion & agent avéré des
America'ns , pen'anr la derniere guerre ,&
que le General Haldimand avoit fait enfermer.
Le General Elliot eſt menacé d'un
ſemblable p ocès. Lord Rodney l'a déjà effuyé
; ainfi , on aura vules trois Commandans
, à qui l'Angleterre doit ſon falut &fa
gloire dans la derniere guerre , traduits en
jugement. Le troiſieme , que nous avons ici
en vue , eſt M. Haftings .
Puiſque nous ſommes ramenés à ce
célebre Opprimé, nous préſenterons fur les
procédés dont il eſt l'objet , quelques remarques
, propres à tenir le public en garde
contre des déclamations &des impoſtures ,
repérées de feuille en feuille par des Gazetiers
fans ſcrupules comme ſans connoiffances
, & dont cependant , on entend
quel quefois citer l'autorité par les Gens du
monde , & même par des Gens de lettres.
Les applau liſſemens univerſels donnés à
Padminiſtration de M. Hastings , foit dans
l'Inde , foit en Angleterre , font de notoriété
publique. Jusqu'à l'inſtant où une Cabale
intéreſſée a formé le projet de le frustrer ,
par une perfécution juridique , des récom
penſes qui l'attendoient , il étoit couvert
de témoignages éclatans d'approbation :
aucun fa't n'eſt plus authentique. Lorſqu'au
milieu de ce concert d'éloges & de remersiemens;
lorſqu'à la ſuite des ſervices les
( 217 )
plus mémorables & les mieux reconnus ,
qu'un Citoyen ait jamais rendus à ſa patrie,
tout à coup , ce Citoyen eſt repréſenté com
me un tyran auffi incapable que forcené; oh !
afſſurément , ce ne ſera pas fans des preuves
bien lumineuſes , bien demonftratives , qu'un
homme ſenſé & jufte accordera ſa confiance
à ce roman de la haine & de l'intérêt perfonnel.
Or, dans cette foule de harangues &de
pamphlets deſtinés à établir la vérité de ces
accufations , & qui ont entraîné la pluralité
des Communes , nous chercherons en vain,
ces preuves , ces témoignages , ces actes
poſitifs , qui ſeuls déterminent la certitude
des faits ; difons plus , on n'y trouvera
pas même ce qui peut en faire préſumer
la vraiſemblance.
On a peint la deſtruction des Rohillas ,
par M. Haftings , comme Voltaire dans la
Henriade nous peint la Saint Barthélémi.
De ces brigands féroces qui déſoloient tous
leurs voiſins , on en a fait des agneaux timides
qui tomboient ſous le fer du boucher.
Mais par quels faits a-t-on prouvé l'innocence
de ces ufurpateurs , & démenti les
évenemens qui légitimerent leur expulfion ?
Par aucun qui puiſſe obtenir créance dans
l'eſprit d'un lecteur équitable. Rien de plus
pathétique que le tableau tracé par M.
Sheridan du traitement infigé aux Princeſſes
d'Oude; mais l'Orateur a-t-il le moins
( 218 )
dumondedémontré,que cesfemmesn'étoient
pas complices de Cheyt- Sing , qu'elles n'alloient
pas les ſecourir de leurs tréſors & de
leur influence ; qu'enfin les meſures du
Gouverneur-général , qui les traita en en
nemies , n'étoient pas inſpirées par le danger
le plus imminent ? Quant aux outrages
qu'on prétend avoir accompagné cette
exécution, fuſſent-ils prouvés, a ton exhibé
aucun ordre de M. Hastings à ce ſujet ?
Chaque article d'accufation fournit la
même remarque. Des conféquences, des reproches
, des invectives tirées de faits ou
altérés,ou faux, ou du moins dénués de toute
authenticité. Juſqu'à celle des papiers incomplets&
tronqués, fournis à la Chambre
par les accuſateurs , eſt un objet de doute.
Si l'on obſerve enſuite la nature & le
nombre des articles d' Impeachment , les intmenſes
détails dont chaque fait eſt embarraſſé,
la multitude de connoiſſances que
néceſſitent l'examen & le caractere des évenemens
dont il eſt queſtion , les obfcurités
qu'y a jetté une bibliotheque d'ouvrages
de parti depuis dix ans , tant de rapports
contradictoires , tant d'intérêts en mouvement
, peut- on croire qu'il exiſte dans les
Communes Britanniques , en Angleterre, en
Europe , fix hommes en état de prononcer
comme Hiſtoriens , comme Juges , comme
Particuliers délicats , fur des opérations faires
àcinq mille lieues de nous , dans une con-
4
1
( 219 )
tréeoù,depuis la languejuſqu'aux coutumes,
tout eſt abfolument étranger à l'Europe.
Ces ignorances inévitables ſont préciſément
la ſource des imputations , auxquelles
les Commandans les plus diſtingués ont été
fouvent en bure à leur retour. Il eſt ſi aifé
de répandre des doutes perfides , de femer
une confufion de récits , de ſuppoſer &
d'inventer , lorſqu'on parle à des auditeurs
dont pas un ne peut contredire , ni éclaircir ,
ni comprendre ce galimathias hiſtorique.
Voilà ce qui précipita La Bourdonnais dans
les cachors de la Baſtille , & Dupleix dans
l'oppreffion .
Ces manoeuvres , il eſt vrai , toutes puiffantes
à préparer des persécutions & un
jugement en regle , viennent échouer devant
les Tribunaux où les prévarications
de l'art Oratoire perdent leur crédit. C'eſt
donc ce jugement qu'il faut attendre , en
ſuſpendant le ſien propre , & en ſe défiant
des préjugés.
Il en eſt un qui ne mériteroit pas un
regard , fi on ne le voyoit ſur les lévres ,
& même ſous la plume de gens que leur
zele ne défend pas de l'injustice. Ils mettent
en fait qu'un Gouverneur général du Bengale
est néceſſairement un monftre ; que
puiſque des Commandans Anglois ont abuſé
de leur pouvoir dans l'Inde , tous les Commandans
ſont des fripons ou des imbécilles ;
qu'on ne peut gouverner enAſie ſans la met(
220 )
tre à feu &à fang ; enfin , qu'innocent of
coupable, bienfaiteur de fon pays ou traitre
à l'Etat , M. Hastings doit payer de fa vie
les outrages que d'autres ont fait dans l'Inde
à l'humanité. Et cerrejustice eft réclamée par
des Ecrivains , par des perfonnes, ardentes à
fe foulever contre l'injustice & contre tout
attentat fur la liberté perſonnelle ?
La majorité des Communes qui a prononcé
l'Impéachment, fourniroit un fujerplus
ſpécieux de prévention , à ceux qui ignorent
les cauſes ſecrettes de cette poursuite. Ce
n'eſt pas ici le lieu de les révéler. Mais quand
on faura , en général , que l'animofité de
quelques-uns des Chefs de l'Oppofition a
pris ſa ſourcedansles refus de M. Hastings ,
de placer quelques unes de leurs créatures
qu'il jugeoit indignes des emplois follicités;
qu'à ces ennemis ſe ſont joints ceux que
la jalouſie avoit faits à M. Haſtings dans
l'Inde même; ( de-là ce Comité ſecret nommé
il y a quelques années, forme des plus ardens
antagoniſtes du Gouverneur-Général ,
& où ſe compofa le foyer des accufations
d'aujourd'hui ; ) que l'Accuſé avoit hautement
déſapprouvé le Bul de M. Fox , Bill excellent
pour l'Inde peut- être , mais qui en foumettant
cette contrée aux Miniſtres , leur
eût bientôt foumis l'Angleterre même ; que
des ambitieux du parti opposé à ce même
M. Fox , Membres dominans du Bureau de
Inde actuel , & jaloux d'y conferver leur
( 221 )
fuprématie , ont vu avec effroi M. Hastings ,
appellé par le voeu public & celui du Cabinet
, à la Pairie & à la Préſidence de ce Bureau
; que , pour l'en écarter ,ils ſe font un
moment réunis à leurs propres adverfaires ;
enfin qu'ils ont entraîné dans cette ligue
M. Pitt , par des ſéductions , dont un Miniſtre
, quelque vertueux qu'il ſoit , a plus
qu'un autrede la peineà ſe garantir, on ne s'é
tonnera plus de cette pluralité en faveur de
l'Impéachment. Ce qui cauſeroit plus de furpriſe
, c'eſt que cette majorité n'ait pas éré
plus conſidérable ; c'eſt que les Membres
les plus indépendans , tels que M. Dempster
& d'autres , des amis de M. Pitt, tels que
M. Hamilton , de ſes partiſans déclarés ,
te's que Lord Hood, Lord Mulgrave, M. Wilkes
, & c. &c. &c. aient ofé défendre contre
une pareille phalange , l'Accuſé qu'elle alloit
percer.
Mais le but fecret de cette intrigue ne
ſera pas atteint. Ce n'eſt pas une ſentence
prompte de la Cour des Pairs; c'étoit une
égratignure éternelle de la Chambre des
Communes qu'on vouloit imprimer ſur
M. Haftings . On ſe flattoit qu'il n'auroit le
temps ni de recueillir ſes témoins , ni d'éclaircir
des faits lointains , ni de juſtifier des
tranſactions qui ſembloient exiger de longues
recherches dans le Bengale. En attendant
, il fût reſté ſous le glaive de ſon Décret
& de l'opinion publique. Cette artificieuſe
combinaiſon manquera fon effet ;
(222 )
M. Haflings ſera jugé par une Cour impartiale
& incorruptible , jugé , dis-je , malgré
ceux qui l'ont appellé enjugement. En deux
mois de la Seſſion prochaine , ce grand
procès ſera confommé.
Nous n'avons rien dit ici des calomnies
débitées ſur la fortune de M. Haftings. Ces
groſſieres impoſtures tombent d'elles-mêmes.
Nous affirmerons ſealement que cette
opulence n'approche pas de celle qu'oạt
acquis dans l'Inde de ſimples Négocians ;
que perſonne au contraire n'a donné plus
que M. Haftings , d'inſignes preuves de défintéreſſement.
Ila reçu en préſens , & pour
luifeul , de divers Princes Indiens , plus de
cinq cent mille liv . fterl. ces ſommes ont
été conflamment & fidellement remites à la
Compagnie des Indes. Eſtil beaucoup de
Commandans , auſſi puiſſans que l'étoit
M. Hastings , qui , après plus de 20 années
de ſervices éclatans , pénibles & difpendieux
, ſe ſeroient piques du fcrupule d'enrichir
leurs Commettans, des témoignages
de reconnoiſſance qu'i's auroient dû à leur
mérite perſonnel (1) ?
Dans un ouvrage récent,&urile à bien
des égards , qu'on vientde publier en France,
l'Aureur s'eſt permis de dire , en dénom
brant les richeſſes rapportées de l'Inde par
les Anglois : on porte à 30 ou 40 millions
la fortune de M. Haftings . Et d'où l'Ecri-
(1)M. Haftings a été emploić plus de 20 ans dans l'in
de,dont 13 enqualité deGouverneur-Général du Bengale.
1
( 223 )
vain ſait- il cela ? A-t-il fait l'inventaire de
celui dont il compte les tréſors? Oferoit- il
affirmer ce fait devant un tribunal ; & com
ment imprime-t-on ce qu'on craindroit de
dépoſer en Justice ? Comment ſur - tout
l'imprime t- on, ſans égard pour la ſituation
d'un Accuſé dans les liens d'une pourſuite
criminelle , &probablement ſur l'a ſtorité de
quelque libe'le Anglois ? Si des Ecrivains ,
d'ailleurs eftimables , ſe laiſſent aller à de
pareilles légeretés , quel fléau ne ſera donc
pas l'art dangereux de l'impreſſion!
a
Nos lecteurs auront obſervé l'impétueuſe
précipitation avec laquelle la Chambre
des Communes décidé l'Impeachment.
On n'a pas daigné écouter plu
ſieurs Membres, moitié par l'ennui du firjer,
moitié par eſprit de cabale. Dans le
nombre des Orateurs , privés a'nfi par la
bruſquerie des délibérations , du droit de
ſe faire entendre , ſe trouve un des premiers
&des plus reſpectables Magiſtrats de l'Angleterre.
Nous allons donner la traduction
dudiſcours qu'il devoit prononcer aux derniers
débats ; difcours plein de raiſon & de
véritable force , & propre à confirmer les
idées que nous venons de développer ( 1 ) .
(1) Nous savons qu'un François d'un mérite diftingué,
à qui 16 ans de séjour dans l'Inde , & un emploi important
ont donné le droit d'avoir un avis , a pris la plume
dans ſon indignation contre les perfécureurs de M. Hafrings,
& préſentera fa conduite , dont il a été témoin,
ſous ſes véritables couleurs .
1
( 224)
En confondant artificieusement les actes &
lés événemens d'une Administration de treisa
années , avec ceux d'une autre Adminidration ,
antérieure ; en s'appuyant des principes d'une
fauſſe politique , de faits ſuppoſés , d'obligations
fabriquées , on a tu faire de Paccufation
contre M. Hastings , un myſtere ſi compliqué ,
fi obfcur que , pour le comprendre , il faut une
étude longue & pénible. Peu de gens ont le
loiſir , moins encore la volonté d'examiner les
Procédures volumineuſes & incohérentes , produites
juſqu'ici pour la prouver.
Jalouſes de jaſtifier le caractere public de
M. Hastings , & voulant éluder les difficultés ,
beaucoup de perſonnes ont prétendu contrebalancer
, par les ſervices généralement reconnus
, les fautes que ſes Accuſateurs lui reprochoient;
d'autres ont eu recours au principe
de la raiſon d'Etat , qui preſcrit ſouventune con
duite & des meſures inconciliables avec la ſtricts
équité morale.
Mais ces deux expédiens ſuppoſent l'admiffion
d'un corps de détréel ; corps de délit, cependan
QUI N'A ÉTỂ ENCORE CONSTATÉ PAR AUCUNIE
PREUVES ! ( car , que que étrange que cela puiſſe
paroître , après les déclamations répandues dans
cette Chambre contre M. Hastings , toutes les
allégations encore fur le Bureau, quoique follicitées
à l'inſtance de ſes Perſécuteurs , dépo
ſent en ſa faveur.) Ces délcarations ne doiventelles
pas révolter tous les coeurs juſtes & honnêtes
, 6 , au lieu de délits , l'enſemble de ſa
vie & le réſultat de ſa conduite , ont imprimé
fur fon adminiſtration les caracteres de la fidélité
& de l'intégrité la plus ferupuleuſe ?
En effet , ce n'eſt pas en détail qu'il faut
examiner un Homme Public. Qu'on me permette
(225 )
en
une comparaiſon: le moindre pas de chaque
petite roue , le plus léger mouvement du reflort
dans une grande machine a ſes propr étés particulieres
, ſes effets locaux , indépendamment
de ſa poſition relative dans la combinaiſon de
l'enſemble. Une aſſemblée d'hommes abfolument
ignorans en méchanique , prononceroit auffi raifonnablement
ſur la bonté d'une montre ,
la prenant piece par piece , & en critiquant les
parties qui lacompoſent , qu'une Affemblée populaire
qui voudroit juger d'une Adminiſtration
longue & compliquée par l'examen de quelques
faits . La compétence de chaque individu ſe
borne , dans le premier cas , à voir ſi l'aiguille
marque l'heure juſte ; dans le ſecond , tout
homme qui connoît ( ce que chacunpeut connoi
tre , s'il le veut ) , les événemens de l'admini
tration de M. Haſtings , eſt en état d'apprécier
le caractere qui les a dirigés.
C'eſt là l'épreuve à laquelle je veux ſoumettre
l'homme , qu'on a préſenté comme
l'objet de la Juſtice nationale , l'homme que
les votes de ce jour doivent décharger , ou
remettre à un Tribunal dont le, Jugement ,
s'il ne confirme point le rapport défavorable
ou vont nous entraîner les Accuſateurs , répandra
une honte ineffaçable ſur toute leur
Procédure.
2 Les crimes dont on accuſe M. Haſtings dans
les articles mis actuellement ſous les yeux de
la Chambre , font d'avoir abuſé du grand dé
pôt que la Compagnie des Indes & la Nation
lui avoient confié ; d'avoir facrifié les intérêts
de l'une & de l'autre ; détruit la confiance due
à leur parole ; déshonoré le nom & le caractere
Anglois par des actes de prodigalité , de
péculat , de corruption , d'extorfion , de déſo
( 226 )
béiſſance aux ordres; par la violation des traités,
l'injustice , l'inhumanité , l'oppreffion , la violence
& l'effuſion du ſang innocent; par des
outrages faits à la propriété, aux coutumes des
femmes du pays & aux devoirs qu'impoſent les
liens du fang ; & pour completter cette horrible
peinture , d'avoir abuſe du courage des
Officiers & Soldats Anglois , en verfant le ſang
de pluſſeurs milliers d'hommes pour fatisfaire
une avarice fordide , une ambition déſordonnée
&fa vengeance perſonnelle. Par ces horreurs,
de riches Provinces , nous dit-on , on été transformées
en théâtre de déſolation , les Villages
dévaſtés , les Habitans opprimés & mis en fuite,
le commerce décourage , la Compagnie menacée
de voir s'anéantir rapidement fes revenus.
Ala vue de cet effrayant tableau , l'obſervateur
le moins profond tirera une conféquence
qui s'offre d'elle-même. L'Auteur atroce de tant
d'énormités a dû fortir des mains de la nature ,
inclinée à tous les vices , & marquer ſa trace dans
le chemin du crime , de maniere à exciter une
défiance , une terreur univerſelle dans tous ceux
qui l'approchoient. Les perſonnes qui connoilfent
particulierement M. Hastings , peuvent
répondre , mieux que d'autres , ſi ſon caractere
privé offre de pareils traits. Pour moi , je trouve
dans les Journaux de cette Chambre , qu'après
avoir paffé au ſervice quelques années de ſa
jeuneſſe dans le Bengale , ceux qui l'y avoient
employé le jugerent fi digne de leur confiance ,
&certainement perſonne n'étoit plus à même
de prononcer ſur ſon mérite avec connoiflance
de cauſe , qu'ils le choiſfrent pour ſuccéder au
Gouverneur du Fort S. George. On dérogea
même en ſa faveur , aux regles ordinaires des
( 227 )
promotions , puiſqu'il n'avoit jamais ſervi dans
cet établiſſement . Je trouve encore dans ces
mêmes Journaux , qu'avant d'arriver à cet
Office , il avoit été deſtiné au Gouvernement
du Bengale , & qu'il fut confirmé dans ce dernier
avec un titre plus conſidérable , par quatre
actes du Corps législatif paffés en 1773 ,
1778 , 1779 & 1781. Quoique pluſieurs des
actions qui forment les griefs actuels contre
M. Hastings , euſſent eu lieu , & fuffent publiquement
connues de la Chambre avant ſa troi
fieme confirmation dans ce Gouvernement , le
plus grand nombre même avant la quatrieme ,
perſonne ne s'en étoit encore prévalu pour traverſer
le renouvellement de ſes pouvoirs : tout
ſe taiſoit, juſqu'à ſes ennemis ; & , ce qu'il y
a de plus étonnant , c'eſt que ce font les gens
qui ſe réuniſſent aujourd'hui pour le perſécuter,
qui renouvelloient & conformoient alors fa nomination
au gouvernement du Bengale. Il eſt
donc évident que cette prétendue notoriété pus
blique ſur la dépravation de ſon caractere , n'exiftoità
aucune de ces époques ; qu'il n'étoit point ,
& n'eſt point l'homme dont on nous trace, le
portrait dans les chefs d'accuſation préſentés à
cette aſſemblée. Mais ſuivons le dans les actes
de ſon Adminiſtration , les mieux connus & les
plus certains.
Il paroît , d'après les documens tirés des
archives de cette Chambre , que les principales
Puiſſances de l'Inde s'étoient confédérées
avec la France pour chaffer la Nation Angloiſe
de ſes établiſſemens . Qu'a fait M. Haſtings ? II
a d'abord diſſous cette confédération , en ſe conciliant
quelques-uns des Princes , & en faiſant
une diverſion militaire fur le territoire des aueres
; il a ſu enſuite fournir des ſecours aſſez
( 228 )
àtemps aux autres Gouverneurs , pour les mettre
en état de foutenir avec ſuccès les guerres
reſpectives où ils étoient engagés ; guerres qu'il
eſt parvenu à terminer par une paix honorabie
&permanente. Eftice là , Meffeurs , la conduite
d'un homme inſpiré uniquement par l'avarice
, l'ambition cu la vengeance perſonnelle ?
Au contraire , il eſt évident que toutes les
meſures utiles priſes à cette époque miraculeuſe
de notre hiſtoire , & c'eſt M. Haftings qui
les a toutes conçues , n'ont pu procéder que
du zele d'un Citoyen qui s'oublie entiérement
pour ne s'occuper que de ſes devoirs , & qui leur
facrifie tous ſes imérêts particuliers , toutes ſes
conſidérations perſonnelles. Je peux vous citer
en preuves incontestables , le tranſport d'une
armée avec ſa caiffe militaire & fes proviſions ,
envoyée au ſecours de la Province de Carnate ,
dans une ſaiſon rendue, fi dangereufe par les
Mouflons , que les ordres de la Compagnie défendent
aux vaiſſeaux de reſter à l'ancre au lieu
de leurdestination , & les obligent à rentrer dans
les ports. Je vous citerai la marche d'un déta
chement auxiliaire à travers un pays ennemi ,
&fur une route occupée par une armée , qu'il
apourtant fu déterminer , par ſa profonde politique
, à lui ouvrir le paſſage , & qui vint
reprendre ſon pofte , après qu'il Peut ef
fectué. Je vous citerai le Nabab Nizam - Ally.
Cown qu'il eſt parvenu àdétacher de la confé
dération formée par ce Prince même ; la mars
che d'une armée Argloiſe des bords duGange
juſqu'à Surate , à travers des régions que la main
duGéographe n'avoitpoint encore tracées , pour
aller au fecours des forces militaires de laGran.
de-Bretagne , & rétablir la gloire de fon nom
dans les pamics occidentales de l'Inde ; Madajete
( 229 )
jee Sindia , le plus puiffant des Chefs Maratzes
, abandonnant la cauſe commune de ſes alliés
en armes , & devenant entre les mains de M.
Hiftings un instrument de paix ; enfio, la tranquillité
, l'abondance , une ſécurité non troublées ,
maintenues dans les provinces de ſa dépendance
immédiate , malgré les redoutables ennemis qui
l'environnoient , tandisque les deux autres Colonies
étoient enveloppées dans les horreurs d'une
guerre défaſtreuſe.
Quoique je me ſois interdit l'examen des articles
ſéparés & des ſujets qui y tiennent , cependant
il s'offre une circonstance dans Thif–
toire de l'infurrection à Benares , qui entre fi
bien dans mon plan, que je ferois tort à M. Haf
tings de négliger de m'en ſervir.
Quand, après le maſſacre des Cypaïes , par
Jeſquels Cheyt - Sing fut arrêté dans Be.
nares , & les autres pertes ſubſéquentes , M. Hafrings
ſe trouva contraint de ſe refagier dans la
fortereffe de Chunar , à deux cens milles de ſes
poftes, militaires les moins éloignés , avec qui
toute communication lui étoit coupée ; au premier
bruit de ſon danger, les troupes volerent
de chaque quartier à ſon ſecours ; la plupart fans
être appellées , & même en contravention aux
ordres poſitifs du Gouvernement ; elles déployerent
un zele fi ardent pour le tirer de cette fituation
embarraffante , qu'une Province que la rébellion
avoit entierement arrachée de ſes mais ,
fut entiérement reconquiſe dans l'eſpace de trente
& un jours ; mais , dira- t on c'eſt une fable ;
non , Meſſieurs , le nombre des témoins en
garantit la vérité ; il eſt impoſſible que l'hiſtoire
d'un fait qui a eu des milliers d'acteurs , ſoit
une fable , & je ne voudrois que cette ſeule
preuve pour porter la conviction de l'innocence
N°. 27 , 30 Juin 1787.
2
1.1
( 230 )
de M. Haftings dans toutes les ames honnêtes
&impartiales , & pour refuter complettement
toutesses accuſations intentées contre lui. -Des
Officiers des Officiers anglois ne s'écartent point
de leur devoir , quelles que puiſſent être les circonſtances
dans lesquelles on le leur impoſe ; cependant
le danger de M.Hastings afait exception;
ils ſe font écartés , dans cette conjoncture , de la
lig: e immuable de ce devoir ; & fi l'on déployoik
contr'eux la même rigueur qu'on montre contre
lui , les Commandans ſeroient expoſés à être
cités zu Conſeil de Guerre , & punis d'après les
Ordonnances. Qui ofera prétendre qu'oubliant
l'honneur de leur pays , & s'expoſant à fon refſentiment
, des hommes de ce caractere aient
pu ſe réunir , animés d'un même eſprit d'atrachement
, pour le ſoutient illégitime d'une caufe
déshonorée par la violation de la foi nationale
, la rapacité , l'oppreſſion , l'animoſité perfonnelle
, & pour la défenſe d'un homme qui
n'auroit fait d'eux que les vils inſtrumens de fa
propre ambition & de ſon avarice ?
Les témoins qui ont comparu dans cette
affaire devant la Chambre , ont tous été appellés
pour ſeconder les pourſuites. Cependant toutes
leurs dépoſitions ont été en faveur de M.
Hastings , à moinsque ſes ennemis n'en veulent
excepter celles duCapitaine Marſaek,de M. Thomas
Mercer , & de M. Peter Moore. Mais M.
Hattings n'a pas beſoin d'appeller à ſon ſecours
les déclarations équivoques de quelques témoins
fubornés. Ses témoignages ſont dans les archives
de cette Chambre . L'Accufé y invoquera
les acclamations réunies de ſes Maitres, de ſes
Commettans , de ſes Compagnons de ſervice ,
de ſes Concitoyens , des Soldats marchants ſous
fes ordres , & même des prétendues Victimes
des forfaits que la calomnie lui impute.
( 231 )
,
Les propriétaires de la Compagnie des Indes
orientales , dont on l'accuſe d'avoir ſacrifié lâchement
les intérêts aux fiens ont acrole
hautement le contraire par des votes de remer
cimens , & des applaudiſſemens ſi ſouvent répétés
, que leur nombre échappe à ma mémoire.
Les Directeurs de la Compagnie , dont on
l'accuſe d'avoir mépriſé les ordres , en y déſobéiſſant
formellement & avec opiniâtreté , l'ont
perſonnellement & unanimément remercié des
ſervices qu'il a rendus.
Ses Compagnons de ſervice , les ſujets de
la Grande Bretagne immédiatement ſoumis à
ſon autorité dans l'Inde , & qui , comme ils
en ont été les témoins les plus compétens , en
auroient été également les victimes les plus à
plaindre , lui ont adreſſé en Corps , au moment
de ſon départ , leurs remercimens , leurs éloges
&leurs regrets.
Les Officiers du Bengale , dont il eſt accuſé
d'avoir dégradé le caractere , en les faiſant
ſervir d'inſtrumens à ſes forfaits , ont atteſté
dans un acte , revêtu de plus de 600 fignatures
, qu'ils lui avoient connu un zèle & une
vigilance infatigables pour tous les objets de
leur devoir , & l'ont remercié d'avoir fait reffortir
leurs ſervices par la maniere judicieuſe dont
il les a employés.
Ce ne ſont pas là les fuffrages que l'adolalation
ſervile met aux pieds d'un Protecteur ,
ni ceux que le regard ſevere d'un homme puiſſant
arrache à la crainte : ceux qui les ont accordés
, euſſent-ils été capables de cette baſſeſſe ,
en étoient diſpenſés , puiſque M. Haſtings avoit
déja ceſté d'être Gouverneur , quand la premiere
de ces Adreſſes lui a été préſentée , &
12
(1232)
que la derniere l'est venu chercher pluſieurs
mois après ſon départ , & ſéparé de ceux qui
l'offroient , par la moitié du globe.
NizamAlly Cawn, Subadar du Décan, &Madajee
Scindia , premic Commandant des forces
Marattes , tenant tous deux le premier rang parmi
les puiſſances de l'Inde , dont on l'accuſed'avoir
trompé la confiance en la foi & Phonneur
de la Grande Bretagne , ont écrit auRoi
& à la Compagnie , des,lettres qui témoignoient
combien ils reſpectens fon caractere ,
& quelles obligations ils ont à ſa justice & à
ſa bonne foi . Ces témoignages ont été accompagnés
de circonstances qui leur prétent
une force peu commune. Les lettres de Scindia,
aturibuant avec beaucoup de délicateſſe l'origine
de la guerre à un mal entendu dans le
Gouvernement de Bombay , donnent à- M.
Hastings ſeul le mérite de l'avoir terminée ; &
même paroiffant craindre d'en dire trop peu ,
il ajoute qu'une guerre commencée avec les
hoftilités de l'animoſité nationale la plus irrirée,
eſt devenue , par la fage &bienfaiſante
interpoſition du Gouverneur du Bengale , un
traité de réunion, d'intérêts & d'amitié perpétuelle.
La lettre de Nizam Ally Cawn étoit
accompagnée d'un Argument encore plus fort.
-Un préfent, confiitant en un ſeul objet ,
deſtiné à un grand Monarque ., & que , par
conféquent , on peut préſumer être d'une valeur
confidérable ; eh bien ! ce préſent , au lieu
de_le faire pafles à ſa deſtination par la voie
du Gouvernement actuel du Bengale , & de
Paffirer ainfi contre le riſque d'être ſouſtržit
& diverti à d'autres uſages , on l'a confié de
préférence à un Individu fans qualité, fans titre
officiel , qui , s'il avoit ſeulement la dixieme
partie de l'avidité dont ſes Perfécuteurs fe
"
( 233 )
font efforcés de l'encacher, auroitepu ſe l'approprier
impunement. On n'eût fûrement jamais
remis un pareil dépôt entre des mains
ſuſpectes ; il falloit une probité intacte , & dont
la notoriété exclut toute défiance. Cependant ,
zelle eſt la fatalité de l'étoile de M. Hastings ,
& l'imbécillité du Public , qu'un fait qui prouvoit
plus en ſa faveur que tout ce que peut
dire & perfuader Péloquence la plus adroite ,
a été empoiſonné méme dans ces murs par la
calomnie, & a fourni matiere aux farcafmes &
aux dérifions des efuries faux.
Parmi les Chefs Indiens , que dans les charages
contre M. Hastings on prétend avoir fouffert
de ſes vexations , on trouve Fyzoola Cawn ,
le feul Chof furvivant de la tribu des Rohillas
; & Mosuffer Jung , Nabab de Ferruckabad.
Ce qui les concerne forme deux articles
diſtincts , & deux Chefs particuliers d'accufation.
Cependant la Chambre poffede les copies
authentiques de deux lettres qu'ils ont éorites
àM. Macpherson , fuccelleur de M. Hastings ,
en le priant d'avoir pour eux les mêmes bontés
qu'ils ont éprouvées long-tems & invariablement
de la part de ſon Prédéceſſeur.
Où font ils donc ceux qui ſe plaignent de
Mr. Haſtings ? ce n'eſt pas la Compagnie
dont il a foutenu les intérêts ; ce ne font
pas les Directeurs , dont ſa conduite a rendu
l'Administration brillante ; ce n'eſt pas la nation
Britannique ( cette Chambre n'eſt pas la
nation Britannique ), dont il a étendu la profpérivé
& la gloire ; ce ne ſont pas les Princes
de l'Inde qui ont formellement reconnu fa
justice & la bonne foi ; ce ne ſont pas fes
Compagnons de ſervice qui ont participé à l'honneur
& aux avantages de ſes ſuccès ; enfin , ce
i3
( 234)
ne font pas les habitans du Bengale , ces millions
d'hommes qu'il a gouvernés ſeul par intervalles
, & fur leſquels il a partagé le pouvoir
&non l'abus du deſpotiſme , durant treize années
d'une Administration , diftinguée par une
plus grande variété d'événemens & de conjonctures
difficiles , qu'aucune autre que l'histoire
puiffe citer. Ces peuples ont appris la perſecution
de M. Hastings , plus de fix mois avant
les dernieres dépeches qui nous aient été envoyées
du Bengale. Eh bien ! il ne s'eſt pas
encore élevé une ſeule voix , durant tout cet
eſpace de tems , pour demander la réparation
des dommages mutipliés , que cet Homme de
fang , de rapine & d'oppreffion a fait fouffrir ,
nous affure-ton avec confiance , non -ſeulement
à des individus , mais à des villages dévoués à
la dévaſtation , même à des provinces entieres
ravagées &défolées ! Eft-il donc dans la nature
que toute uneNation quiagémi des années ſous
le joug d'un tyran cruel , retienne ſes plaintes ,
ſouffre que ſes griefs ſe perdent dans un filence
, dans un oubli abſolu , quand elle voit
fon Oppreffeur opprimé à ſon tour , & fa conduite
difcutée dans un procès criminel ? Non ,
cela eſt impoffible. Il en ſuitdonc néceſſairement
cetteconclufion oppofte , que , puiſque les ſeuls
auteurs de cette perſécution ont formé des plaintes
contre M. Haftings , eux ſeuls ont des raiſons
de ſe plaindre de lui. Quelles ſont-elles ces raifons?
C'eſt ce qu'eux ſeuls peuvent nous dire.
Juſqu'à ce qu'ils les manifeſtent , le Public ſera
fondé à conclure que , quoiqu'il en puiſſe être ,
M. Haflings n'a juſtifié leur haine par aucune offenſe
morale , & que , pour cela même , ils ta
fent ce qu'ils ne pourroient dire ſans s'avouer coupables.
1
( 235 )
FRANCE.
De Versailles , le 20 Juin.
Le 17 de ce mois , MM. de Bonnaire de
Forges , Douet de la Boullaye, Blondel ,
Chaumont de la Milliere , & de Tolozan ,
Maîtres des Requêtes , préſentés au Roi par
le Contrôleur général des finances , ont eu
l'honneur de faire leurs remerciemens à Sa
Majeſté ; le premier , en qualité d'Intendant
des finances au Departement des Domaines
& bois & droits domaniaux ; le ſecond , en
qualité d'Intendant des finances au Débartement
de la Ferme-générale & de la Régiegénérale
des Aides & droits y réunis , le
troifieme, en qua'ité d'Intendant des finances
au Département des Impoſitions ; le
quatrieme, en qualité d'Intendant des finances
auDépartement des Ponts & Chauflées;
& le cinquieme , en qualité d'Intendant
au Département du Commerce.
Marie Sophie -Hélene-Béatrix de France ,
Fille du Roi , eſt morte ici , le 19 de ce
mois, âgée de 11 mois & 10 jours . Le corps
de cette Princeſſe , qui a été tranſporté, le
même jour , au Palais de Trianon , en a
été transféré , le lendemain , à l'Abbaye
royale de Saint-Denys , où il a été inhumé
en y arrivant , & fans aucun cérémonial ,
conformément aux ordres du Roi.
14
(236 )
De Paris , le 27 Jun.
Réglement concernant les élçyes de la
Marine , du 28 Janvier 1787.
Ordonnance du Roi, du 6 Mai 1787,
concernant les Eleves -Conftructeurs des
Ports marchands.
Editdu Roi , donné a Versailles au mois
de Juin 1787 , regiſtré en Parlement le 22
deflits mois & an , portant création d'Afſemblées
Provinciales.
Louis , &c. Les heureux offers qu'ont produit
les Administrations Provinciales établies , pat
*forme d'Eflai , dans les Provinces de Haute-
Guyenne & de Berry , ayant rempli les eſpérancesque
nous en avions conçues , nous avions
cru qu'il étoit remps d'étendre le même bienfait
aux autres Proonces de notre Royaume. Nous
avions été confirmé dans cette révolution par
les délibérations unanimes des Notables que
nous avons appellés auprès de nous , & qui ,
en nous faifant d'utiles obſervations ſur la
forme de cet Etabliſſement , nous ont fupplié
avec inſtance de ne pas différer à faire jouir
tous nos ſujets des avantages fans nombre
qu'il doit produire : nous déférons à leur voeu
avec fatisfaction ; & tandis que par un meileur
ordre dans les finances , & par la plus
grande économie dans les dépenfes , nous travaillerons
à diminuer la maſſe des impôts , nous
eſpérons qu'une inſtitution bien combinée en
allégera le poids par une plus exacte répartition,
& rendra facile l'exécution des plans que
nous avons formés pour la félicité publique , A
( 237 )
ces cauſes & autres , &c. Nous avons ordonné
ce qui fuit :
ART. ler. Il fera , dans toutes les Provinces
de notre Royaume où il n'y a point d'Etats
provinciaux , & ſuivant la divifion qui fera par
nous déterminée , inceſſamment établi une ou
plufieurs Affemblées Provinciales , & fuivant que
les circonstances locales l'exigeront , des Ailemb'ées
particulieresde Districts & de Communautés
, & pendant les intervalles de la tenue defdites
Aflemblées , des Commiſſions intermédiaires
, les unes & les autres compoſées d'aucUNS
de nos ſujets des trois Ordres payant les impoſitions
foncieres ou perfonnelles dans lefdites
Provinces , Districts & Communautés ,& ce dans
Je nombre qui ſera par nous fixé proportionnellement
à la force & à l'étendue deſdites Provinces
, Districts & Communautés , fans ntarimoins
que le nombre des perſonnes choiſies dans
les deux premiers Ordres puiſſe ſurpaſſer le
nombre des perſonnes choities pour le Tiets-
Etat , & les voix feront recueillies par tête
alternativement entre les Membres de différens
Ordres.
II . Lesdites Affemblées Provinciales feront par
elles-mêmes , ou par les Aſſemblées ou Commiffions
qui leur feront ſubordonnées , chargées,
fous notre autorité & celle de notre Confeil ,
de la répartition & aſſiette de toutes les impofitions
foncieres & perſonnelles , tant de celles
dont le produit doit être porté en notre Tréfor
royal , que de celles qui ont ou auront lieu pour
les chemins , ouvrages publics , indemnités , encouragemens
, réparations d'égliſes & des prefbyteres
, & autres dépenses quelconques propres
auxdites Provinces , ou aux Districts & Communautés
qui en dépendent, Voulons que lef
is
( 238 )
dites dépenſes , ſoit qu'elles foient communes
auxdites Provinces , ſoit qu'elles foient particulieres
à quelques Diſtricas ou Communautés
, foient , ſuivant leur nature , délibérées ou
ſuivies , approuvées ou ſurveillées par leſdites
Aſſemblées Provinciales , ou par les Aſſemblées
ou Commiſſions qui leur feront fubordonnées ,
leur attribuant , ſous notre autorité & furveillance
, ainſi qu'il ſera par nous déterminé , tous
les pouvoirs & facultés à ce néceſſaires.
III. Les Procureurs-Syndics qui feront établis
près de chacune deſdites Aſſemblées Provinciales
& de Diſtricts pourront , en leurs noms
& comme leurs Repréſentans , préſenter toutes
requêtes , former toutes demandes , & introduire
toutes inſtances pardevant les Juges qui en
doivent connoître , & même intervenir dans
toutes les affaires générales ou particulieres ,
qui pourront intéreſſer lesdites Provinces ou
Diſtricas , & les poursuivre au nom desdites
Affemblées , après toutefois qu'ils y auront été
autoriſés par elles ou par les Commiſſions insermédiaires
.
IV. La préſidence deſdites Aſſemblées & Com.
miſions intermédiaires ſera toujours confiée
à un Membre du Clergé ou de la Nobleſſe ,
&elle ne pourra jamais être perpétuelle.
V. Il ſera loiſible auxdites Affemblées Provinciales
, de nous faire toutes repréſentations&
de nous adreſſer tels projets qu'elles jugeront
utiles au bien de nos peuples , fans cependant
que ſous prétexte deſdites repréſentations ou
projets , l'affiette ou le recouvrement des Impofitions
établies , ou qui pourront l'être , puifſent
, à raifon deſdites repréſentations ou pro
jets , éprouver aucun obstacle ni délai. Voulons
dès-à-préſent qu'ily ſoit audit cas procédé dans
fo: me actuellement exiſtante.
( 239 )
VI. Nous nous réſervons de déterminer , par
des Réglemens particuliers , ce qui regarde la
premiere convocation desdites Aſſemblées , leur
compoſition & celle des Commiſſions intermédiaires
, ainſi que leur police & tout ce qui
peut concerner leur organiſation & leurs fonctions
, & ce conformément à ce qui eſt prefcrit
par ces préſentes , & à ce que pourront
exiger les beſoins particuliers , coutumes &
uſages desdites Provinces.
Suite du Traité de Commerce entre la Franc
& la Ruffie.
26 ° Lorſqu'une des Hautes-Parties contractantes
ſera en guerre contre d'autres Etats , les
fujets de l'autre Puiſſance contractante n'en continuerontpas
moins leur navigation & leur commerce
avec ces mêmes Etats , pourvu qu'ils s'aftreignent
àne point leur fournir les effets réputés
contrebande , comme il ſera ſpécifié ci après :Sa
Majesté Très-Chrétienne ſaiſit , avec plaifir , cette
eccaſion de faire connoître la parfaite conformité
de les principes fiur le cas dont il s'agit, avec ceux
que Sa Majetté l'Impératrice de toutes les Ruſſies
a manifeſtés pour la sûreté & l'avantage du commerce
des Nations neutres , dans ſa Déclaration
du 28 février 1780.
27°. Les Hautes- Parties contractantes s'engagent
en conféquence , lorſqu'elles feront en
guerre avec quelque Puiſſance que ce ſoit , à
obſerver ſcrupuleuſement les principes fondamentaux
des droits du commerce & de la navigation
marchande des Peuples neutres , & nommément
les quatre axiomes ſuivans : 1º. Que les
vailleaux neutres pourront naviguer librement
i6
( 240 )
de port en port & fur les côtes des Nations en
guerre. 2°. Que les effets appartenans aux fu ets
des Puiſſances en guerre , feront libres fur les
vaiſſeaux neutres , à l'exception de la contrebande
de guerre , comme il ſera détaillé ciaprès.
3. Que , pour déterminer ce qui caracté.
riſe un port bloqué , on n'accordera cette dénomination
qu'à celui qui ſera attaqué par un
nombre de vaiſſeaux proportionné à la force de
la Place , & qui en feront fuffisamment proches
, pour qu'il y ait un danger évident d'enarer
dans leur port. 4°. Que les vaiffeaux neutres
ne pourront être arrêtés que fur de jufles
cauſes & des faits évidens qui feront jugés
fans retard ; que la procédure ſera uniforme ,
prompte & légale ; & qu'outre les dédommagemens
qu'on accordera toujours à ceux qui en
auront fouffert ſans avoir été en faute , il fera
donné une fatisfaction complete pour l'infulte
faite au pavillon.
28°. En conféquence de ces principes , les
Hautes-Parties contractantes s'engagent réciproquement
, en cas que l'une d'entres elles fût en
guerre contre quelque Puiſſance que ce foit , de
n'attaquer jamais les vaiſſeaux de ſes ennemis
que hors de la portée du canon des côtés de ſon
Allié. Elle s'obligent de même mutuellement
d'obſerver la plus parfaite neutralité dans les
ports , havres , golfes & autres eaux compriſes
ſous le nom d'eaux cloſes, que leur appartiens
nent reſpectivement .
Π
29°. On comprendra, ſous le nom de marchandiſes
de contrebande de guerre ou défendues
, les armes à feu , canons , arquebuſes ,
fufils , mortiers , pétards , bombes , grenades ,
fauciſſes , cercles poiſſés , affûts , fourchettes
, bandoulieres , poudre à canon , meches ,
(241 )
falpêtre , balles , piques , épées , morions , cafques,
cuiraffes, hallebardes, javelines, fourreaux,
de piſtolets , baudriers , felles & brides , & tous
autres ſemblables genres d'armes & d'inſtrumens
de guerre fervans à l'uſage des troupes. On en
excepte cependant la quantité qui peut être
néceſſaire pour la défenſe du navire & de ceux
qui en compoſent l'équipage. Mais tous les
effets & marchandises qui ne ſont pas nommément
ſpécifiés dans le préſent article , paſſeront
librement fans être aſſujettis à la moindre difficulté
, & ne pourront jamais être réputés munitions
de guerre ou navales , ni ſujets par conféquent
à être confiſqués .
30 ° . Quoique , par l'article 29 , la contrebande
de guerre ſoit fi clairement exprimée
que tout ce qui n'y eſt pas nommément ſpécifié
, doit être entierement & à l'abri de toute
ſaiſie; cependant les Hautes- Parties contrac
tantes voulant ne laiſſer aucun doute fur de
telles matieres , jugent à propos de ſtipuler
qu'en cas de guerre de l'une d'entre Elles, contre
quelqu'autre Etat que ce ſoit , les ſujets de
l'autre Puiſſance contractante , qui ſera reſtée
neutre dans cette guerre , pourront librement
acheter on faire conſtruire , pour leur propre
compte & en quelque tems que ce foit , autant
de navires qu'ils voudront chez la Puiſſance en
guerre avec l'autre partie contractante , ſans
fire aſſujettis à aucune difficulté de la part
de celle - ci , à condition que leſdits navires
foient munis de tous les documens néceſſaires
pour conſtater la propriété légale des ſujets de la
Puiſlance neutre.
31°. Lorſqu'une des deux Puiſſances contractantes
fera engagée dans une guerre contra
quelqu'autre Etat , ſes vaiſſeaux de guerre ou
( 242 )
armateurs particuliers , auront le droit de faire
lavilite des navires marchands appartenans aux
ſujets de l'autre Puiſſance contractante qu'ils
rencontreront navigans ſans eſcorte ſur les côtes
ou pleine mer. Mais en même temps qu'il eft
expreffément défendu à ces derniers de jetter
aucun papier en mer dans un tel cas , il n'eft
pas moins ſtrictement ordonné auxdies vaiſſeaux
de guerre ou armateurs , de ne jamais s'approcher
deſdits navires marchands qu'à la dittance
au plus de la demi-portée du canon : & afin
de prévenir tout déſordre & violence , les Hautes.
Parties contractantes conviennent que les premiers
ne pourront jamais envoyer au - delà de
deux ou trois hommes dans leurs chaloupes à
bord des derniers , pour faire examiner les paſſeports&
lettres de mer , qui conſtateront la propriété
& les chargemens deſdits navires marchands
. Et , pour mieux prévenir tous accidens ,
les Hautes-Parties contractantes ſont convenues
réciproquement de ſe communiquer la forme
des documens & des lettres de mer , & den
joindre les modeles aux ratifications.
Mais , en cas que ces navires marchands
fuffent eſcortés par un ou pluſieurs vaiſſeaux
de guerre , la fimple déclaration de l'Officier
commandant de l'eſcorte , que leſdits navires
n'ont à bord aucune contrebande de guerre ,
devra futtire pour qu'aucune viſite n'ait lieu.
32°. Des qu'il aura apparu , par l'inſpection
des documens des navires marchands rencontrés
en mer , ou par l'aſſurance verbale de
l'officier commandant leur eſcorte , qu'ils ne ſe
font point chargés de contrebande de guerre ,
il pourront aufli-tot con inuer librement leur
route. Maisfi , malgré cela,leſdits navires marchands
étoient moleſtés ou endommagés , de
( 243 )
quelque maniere que ce ſoit , par les vaiſſeaux
de guerre ou armateurs de la Puiſſance belligérante
, les commandans de ces derniers répondront
, en leurs perſonnes & leurs biens ,
de toutes les pertes & dommages qu'il auront
occafionnés ; & il ſera de plus accordé une réparation
fatisfaiſante pour l'inſulte faite au Pavillon
.
33°. En cas qu'un tel navire marchand ainfi
viſité en mer , eût à bord de la contrebande de
guerre , il ne fera point permis de briſer les
écoutilles , ni d'ouvrir aucune caiſſe , coffre ,
malle , ballots ou tonneaux , ni déranger quoique
ce ſoit dudit navire. Le Patron dudit bâtiment
pourra même , s'il le juge à propos, livrer fur-lechamp
la contrebande de guerre à ſon capteur ,
lequel devra ſe contenter de cet abandon volontaire
, ſans rerenir , moleſter ni inquiéter , en
aucune maniere , le navire ni l'équipage , qui
pourra , dès ce moment même , poursuivre ſa
route en toute liberté. Mais s'il refuſe de livrer
la contrebande de guerre dont il ſeroit chargé ,
le capteur aura ſeulement le droit de l'emmener
dans un port , où l'on inſtruira fon procès devant
les Juges de l'Amirauté , ſelon les loix & formes
judiciaires de cet endroit , & après qu on aura
rendu là-deſſus une fentence définitive , les ſeules
marchandises reconrces pour contrebande de
guerre, feront confiſquées , & tous les autres effets
non déſignés dans l'article 29 , feront fidélement
rendus , il ne ſera pas permis d'en revenir quoi
que ce ſoit ſous prétexte de frais ou d'amende .
Le patron d'un tel navire , ou ſon repréfèn.
tant, ne ſera point obligéd'attendre , maigré lui ,
la fin de la procédure ; mais il pourra ſe remature
en mer librement avec fon vaiſſean , tout fon
équipage & le reſte de ſacargaiſon , auffitôt qu'il
( 244 )
aura livré volontairement la contrebande de
guerre qu'il avoit à borit
34°. En cas de guerre de l'une des Hautes-
Parties contractantes contre quelqu'autre Etat,
les ſujets de ſes ennemis qui se trouveront au
ſervice de la Puiffance contractance qui fera rence
neutre dans cette guerre , ou ceux d'entr'eux qui
feront naturalifés ou auront acquis le droit ce
bourgeoifie dans ſes Etats , même pendant in
guerre , feront envisagés , par l'autre Ponie Lei
gérante , & traités ſur le meme pied que les foets
nés de la Puiſſance neutre , fans la moindre différence
entre les uns & les autres.
La fin à l'ordinaire prochain.
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 23 Juin.
Il s'est é'e édans le Séminaire de Luxem
bourg des diſputes du même genre que
celles qui ont éclaté dans celui de Loavan.
Les livres élémentaires que l'on vouloit remettre
aux Théo'ogiens ont été rejettés.
Un Profeſſeur s'eſt joint aux Séminariſtes .
Les démarches du Recteur , pour les appaifer
, ont été inutiles. Ils répandent des libelles
, & refuſent toute obéiſſance. On a
envoié un exprès à Vienne , pour rendre
compte au Gouvernement de cette infurrection
ſcholaſtique.
>>>La ville de Feyde a pris , le 13 , la ré-
>>>folution de faire àl'Aſſemblée des Etats
>> de Hollande , la propoſition d'envoyer
( 245 )
>> une députation aux Etats Généraux , pour
>> les fonimer d'abroger dans deux fois 24
>>> heures , toutes les reſolutions priſes de-
و د
כ כ
puis trois femings , a prej dice de la
>> Souveraine é de la p ovince de Hollande ;
>>> & fatte de cela , de décarer ſo emnel-
>> lement l'Union romoue avec les trois
>> provinces de Zélande , de Gueldres &
>> de Frite. [ Gazette d'Amsterdam, nº. 48. ]
La garnison d'Oudewater , ville de
>> Hollande, & iune des places frontieres de
>>>cette Province & de celle d'Utrecht, com-
>> poſée du troiſieme bataillon de Grenier
»& de deux bataillons de Stuart , a ren-
>> fermé dans la tour le Commandant van
>>> Citters & les Officiers , nommés par les
>>>Etats de Hollande pour remplacer les
>>>Officiers défobéiflans; enfeite cette gar-
>> niſon révoltée a désarmé la Bourgeoifie
>> & une cinquantaine d'Auxiliaires , & en-
>> fin ayant encloué le canon , elle a quitté
>>>ſon poſte , &s'eſt retirée armes & bagages
>> en plein jour. [ Idem . ]
C'eſt le Lieutenant Colonel Balneavis ,
du régiment de Stuart , Brigade Ecoſſaiſe ,
qui , déguifé , dit on , en payſan , s'eft introduit
dans Oudewarer, & en a emmené
la garniſon. Les Etats de Hollande, à ce
qu'on ajoute , ont promis deux mille ducats
àquiconque livreroit cet Officier entre leurs
mains.
>> La garniſon de Gorcum , ville de la Sud(
246 )
>>Hollande, fituée ſur la Meuſe , preſque
>> ſur la frontiere de Gueldre , &féparée du
>> pays de la Généralité par le fleuve qui bai-
> ne les murs , a délerté en plein jour,
>> rambour battant , enſeignes déployées :
>> cette garniton étoit compoſée du régi-
>>>ment de Waldeck, quatre bataillons , & du
>>>regiment des Mariniers de Salm , deux
>> bataillons , formant un corps de 1800
>>>hommes. La garnifon de Geertruyden-
>>berg , composée de deux bataillons de
>>>Suyllard , a auſſi déſerté. [ Gazette &Amfterdam
, nº. 49. ]
>>MM. les Députes d'Over-Yſſel & de
>>>Groningue , envoiés à Utrecht , puis à la
>> Haye , pour travailler à une médiation ,
>>>font revenus , & ne voyant pas de poſſi-
>>bilité à un accommodement , font repar-
>> tis pour leurs provinces reſpectives , fans
>>>avoir la fatisfaction d'avoir rempli leur
>> commiſſion. [ Idem. ]
Les Etats de Hollande , après avoir changé
la propofition d'Amſterdam en réſolution , ont
nommé une Commiſſion , chargée de pleins pouvoirs
pour faire agir les troupes du Cordon & fe
ſervir d'autres moyens propres à la défenſe de la
Ville d'Utrecht &de leur province : Cette Commiſſion
eſt compoſée de M. Camerling de Harlem
,M. Blok , de Leyde , M. de Wit , d'Amfterdam
, M. van Toulon ,de Gouda , & M. Foreeſt
, d'Alkmaar. Cette Commiſſion ſe portera
inceſſamment ſur la frontiere. ( idem . )
L'es villes de Dordrecht , de Leyde , de Schiedam
ſe ſont expliquées aux Etats de Hollande
( 247 )
& de Weftrife , touchant la ſuſpenfion générale
du Prince d Orange dans toutes les charges ,
dont la province l'a revê u ; les autres villes ne
tarderont pas à s'expliquer à ce ſujet . ( Idem. )
L'Impératricede Rudie eſt arrivee à Cherfon
, le 23 Mai , & en eft repartie le 27
pour la Tauride , ainſi que l'Empereur. Les
premiers récits à ce ſujet ſont contenus dans
une lettre de Vienne , du 6 Juin , dont voici
l'extrait.
Le 18 Mai , à 5 ou fix lieues de Catharinaflaw,
l'Empereur apprit que l'Impératrice ſe trouvoit
fur le Dnieper , non loin de la Ville que nous
venonsde nommer , où l'on travailloit à dégager
ſon yacht qui avoit touché ſur un banc de fable.
L'Impératrice fut en même temps informée que
ſon auguſte allié venoit à ſa rencontre. Elle ordonna
fur le champ qu'on amenât une chaloupe
dans laquelse elle deſcendit pour mettre pied à
terre. Comme la plus grande partie de la ſuite
de l'Impératrice n'étoit pas encore arrivée , les
deux Monarques monterent en voiture accompagnés
de l'Ambaſſadeur Comte de Cobenzel & du
Général Comte de Kinsky . Ce fut à Catharinaflow
où L. M. I. ſéjournerent , qu'elles eurent le
premier entretien en particulier. Le lendemain
on continua le voyage par terre & à petites journées.
Enfin le 23 Mai , Cherſon ſe vit honoré
pour la premiere fois de la préſence d'un Empereur
des Romains , & d'une Impératrice de
Ruffie. A l'arrivée de L. M. f. l'artillerie de la
place , ainſi que celle de la flotte qui mouilloit
dans le port , firent une triple décharge , & le
ronffement de tant de canons , inufité dans le
voiſinage d'Oczakow , a dû faire ſans doute quelque
impreſſion ſur la garniſon de cette fortereſſe.
( 248 )
-
Du reße , les bornes de ceste lettre ne nous per
mettant pas d'entrer pour le préſent dans les af
etaisde tout ce qui s'eſtpalé àCherfon daes eetre
circonflance memorable , neus y reviendrons w 결을
autre fois. Nous rous contenterons de direrque
I'Empereur a paffé une bonne partiede la journée
du 24 à travailler avec fos Secrétaires , & a
expédier nombre d'affaires qui regardent i admi
niftration de fes Etats. Par le meme Courer qus
S. M. I. dépécha dans la nuit du 24 au 25 , &
qui deſcendit à l'hôtel du Prince de Kaunitz , le
3 de ce mois , nous apprimes que l'Empereur
s'étoit déterminé à accompagner l'impératrice
dans la tou née que certe Princeſſe ſe propoſoit
de faire en Tauride , vers le 27 ou 28 de Mai , &
cette nouvelle, ainſi que celle infiniment intéreflante
pour nous , lavoir que l'Empereur conninue
de jouir d'une parfaite farté , vient d'érre
confirmée par un fecond Courier de Chettoa ,
arrivé hier en cetre Capitale ,& qui a annonce le
départ des auguſtes Voyageurs , comme ayant ou
lieu le 27 , jour aueuel ce même Courier avoit
éré expédié. Pendants jours , les fêtes & les divertiſſemens
à Cherfon s'étoient fuccédés , fans
preſque aucune interruption , & dans les intervalles
, les deux Souverains & leurs Minares
refpectifs avoient paru fort occupés,
Leis de ce mois , il s'eſt é evé à Anvers
une fédision , accompagnée des derniers
excès , & pour le motifle plus léger , li ce
n'eſt le plus abſurde. En arendant que nous
donnions des détails exacts fur cet évanement
, nous allons préſenter le récit qu'en
fait la Gazette de Leyde , No. 5 .
( 249 )
>>>Dans le tems qu'on attendoit avec impaz
tience la Ratification de 1 Empereur , le Peu.
>> ple d'Anvers apprit , que les Officiers , déſignés
>> pour les Intendances de Cercles , que L. A. R.
>>> venoient de ſupprimer , tenoientdans un Cou-
>> vent des Affembléesjecrettes . Il n'en fallut pas
>> davantage pour l'irriter & le porter à des
>> voyes de fait , que juſq'ici l'on avoit ſu évi
>> ter. La multitude ſe rendit le 15 a ſoir en
foule devantle Couvent & le força. Le ſieur
van Dilft , l'un des Capitaines , le premier
>> Commiſaire Schorel , & tous les autres , qui
> y étoient aſſemblés , eurent le bonheur de ſe
>>>ſauver : Mais le ſecond Commiſſaire , M. de
<< Tol , qui tenta de s'échapper déguisé en femme,
fut reconnu par un garçon : Il voulut le
faire taire, en lui offrant la bourſe: Mais le
>> garçon , mépriſant ſon or , lui jetta la bourfe
>> au viſage ; & la foule voyant ce dont il étoit
>> querion , le faiſit , le jetta par terre , & l'au
>> roit maltraité davantage , ſi quelques Magif-
» trats n'avoient réuſſi à le tirer de leurs mains :
>> Ils le conduifirent àl'Hôtel de Ville; mais im
>>>médiatement il ſe raſſembla devant la porte
>> plus de 17000 perſonnes , demandant à grands
cris , que M. de Tol fût mer. pieds nus à la
cePrifon crimincile. Les Magiftrats fatisfirent à
>> ce defir : Cependant les feditieux , non con-
>> tens de cette vengeance, le porterent à la
>>>Maiſon du Prifonnier , qu'ils fouillerent ; &
>>>ils éroiect ſur le point de la piller , lorſqu'ils
» en furent détournés par les exhortations du
>> Doyen de la Cathedrale, qui demeure dans ce
>>>quartier. Alors ils ſe jetreront fur les maisons
>> des Geurs Stevens & Loesberg , quils aceufoient
>> de menopole dans le Commerce de Beurre &
Poudre à canon : Ces deux maiſons & un edi-
>>>fice public furent totalement pillés , & ure
( 250 )
vingtaine d'autres auroient ſubi le même forni
>> ſans la préſence du Duc d'Ahremberg , de
Baron de Hovre , de l'Abbé de St. Bernard , de
>>>notre Evêque , & de pluſieurs autres perſonnes
>>de marque : Secondées par les Eccléfiaftiques de
>>>tous les Ordres & appuyées par quelques cen.
taines de Bourgeois armés , elles firent ren-
>>trer le Peuple dans le devoir. Ce qui aveit
•ſur-tout animé ſa fureur , c'eſt qu'il trouva
>>dans le Couvent une ſalle tout-à-fait préparée
>>>pour la tenue d'une Aſſemblée , & un Burea
>>> avec des Papiers ,par leſquels il conſtoit que
>>>les Intendances des Cercles , quoiqu'en appa
>> rence ſupprimées par L. A. R. , étoient encore
>>>en pleine activité. Hier trois Maiſons ont été
> également pillées à Lier. A Malines , où les
>mêmes excès étoient à craindre , on les a pré-
>> venus par les Patrouilles que font 80 Bour-
>> geois-Volontaires ſous les ordres des Bourgue-
>> maîtres «.
Parag. extraits des PapiersAngl. & autres .
→Parmi les détails qu'on a reçus ſuceſſivement
àVienne de tout ce qui s'eſt paffé aux Pays- Bas
depuis le 17 avril , ainſi que parmi les griefs que
les Etats de Flandres & de Brabant ont allégués
dans leurs remontrances , rien n'a tant
choqué les perſonnes de bon ſens , que la démarche
faite en dernier lieu par l'Univerſité de
Louvain, qui a cru apparemment pouvoir profiter
des troubles pour ſe ſouſtraire aux réformes
utiles auxquelles ſe ſont aſſujetties avec la plus
grande fatisfaction & avec l'applaudiſſement de
toutes les claſſes de Vienne , de Pavie , de Prague
, de Bude , &c. Il eſt ſurprenant que l'U(
251 )
niverſité de Louvain ait pu trouver des membres
affez audacieux pour ſe charger de la députation
odieuſe de porter aux Etats des plaintes
contre ſes réglemens qui n'ont d'autre but que
l'enſeignement des ſciences utiles & l'éloigne.
ment des opinions dictées par un dangereux
anatiſme. Il n'eſt pas moins étonnant qu'en
même tems que les membres de cette Univerfité
prêchent la morale la plus rigide & la plus
ſévere , ils ne ſe faffent pas le moindre ſcrupule
de manquer aux devoirs & à la fidélité de
ſujets obéiſſans. Il eſt probable que cette conduite
inconſidérée de l'Univerſité de Louvain
amenera une révolution dans toutes les Univerſités
des pays héréditaires , laquelle pourra
faire époque dans les annales de la Monarchie
&de l'Eglife. ( Courier du Bas-Rhin , nº. 46. )
L'Accommodement du S. Siége avec la Cour
Naples, paroît être fort éloigné,s'il n'eſt même
rompu. On aſſure que des perſonnes fort éclairées
ont démontré les inconvéniens qu'il y auroit
à accorder au Pape 90 mille écus de penfion
ſur les Evêchés Napolitains. Elle regarde
tout concordat entre les deux Cours comme contraire
à l'éſprit de l'Evangile & de la religion
en général , & prétendent que le Souverain ne
peut point diſpoſer des biens que ſes ſujets ont
donné aux Egliſes , en faveur d'un Prince étranger
; qu'il eſt injuſte & honteux que le Pape aie
le droit d'affigner ſur ces Egliſes des penfions à
des perſonnes qui ,bien que ſujets du Roi , deviennent
, par ce bienfait , partiſans ſecrets de
la Cour de Rome ; enfin , qu'un pareil arrangement
prolongeroit les mêmes déſordres , qui
ont accablé les deux Siciles pendant tant de
fiécles . On ne fait point encore l'influence
que ces fortes repréſentations pourront avoir ſur
de
( 252 )
lanégociation decette affaire. (Gazetre de Flow
тенсе , п . 44. )
On a vua Verſailles pluſieurs liftesdesPrefidens
des affemblées provinciales , déja nommés
par le Roi. Elles font généralement affez fau
tives: En voici une qui , fans pouvoir être donnée
pour authentique , ne laiffe pas d'étre la
meilleure de toutes celles quel'on a répandues.
On nomme pour le Lyonnois l'Archevêque de
Lyon , en Touraine ,l'Archevêque de Tours;
pour l'Angoumois, le Duc de la Rochefoucauld;
en Limousin , le Duc d'Ayen ; en Picardie , le
Duc d'Havré ; en Hainaut , le Duc de Croy ;
pour l'Orléanois , le Duc de Luxembourg ; pour
Alençon , le Maréchal de Broglie; en Franche-
Conté , le Comte de Choiſeul-la-Baume'; en
Champagne , l'Archevêque de Rheims , en Gafa
cogne , l'Archevêque d'Auch ; en Lorraine , PEveque
de Nancy; en Poitou , l'EvêquedePoitiers;
pour la Baffe-Guyenne , l'Archevêque de
Bordeaux , à Sens , le Duc du Chatelet; à Senlis ,
l'Evêque de Senlis. On voit par ces deux derniers
Préſidens , que l'Isle de France aura deux
Affemblés Provinciales. ( Gazette de Leyde ,
пр. 46.)
Depuis quelques jours le bruit s'eſt répandu'
ici ( Florence ) que leRoi de Sardaigne , offenté
des vexations exercées par les Genois envers les
Bergers du Piémont qui menoient Paître leurs
troupeaux fur le territoire de la République , a
fait envahir quatre châteaux près de Savene.
Le Sénat de Gènes a aufſirôt expédié trois courriers
, dont l'un à Paris , l'autre à Vienne , pour
implorer l'affifiance &la médiation du Roi de
France& de l'Empereur ; le troificine au Corps
Helvétique , auquel la République a demandé
un corps de fix mille
DE FRANCE,
=
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours;les Pièces Fugitives nouvelles
envers& enproſe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Désouvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spec
racles; les Causes Célebres ;les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts; lesAvis particuliers , &c. &c.
SAMEDIS ΜΑΙ 1787 .
biolbna
APARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou;
rue des Poitevins , Nº. 17 .
Avec Apprciation & Brevet du Roi.
A
TABLE
PIÈCES
Du mois d'Avril 1787.
INCES FUGITIVES .
Colbert & Louvois ,
Couplets,
Romance Marotique ,
Eſſai d'un Traité Elémentaire
3 deMorale, 69
LesAstronomiques , 71
6La Science dela Législation ,
104
49 Opuscules Poétiques,
116
Lejeune Moineau , Fable ,
Chanson, 51
Quatrain à Mme la Vicomtesse
de C*** . 97
Ga'erie de l'Ancienne Cour ,
119
Commentaires de César , 127
151 Vers à Mme la Marquise de Le Bhagwat Geeta ,
la P ..... 98 La Journéedes Enfans, 165
Traduction de l'Ode d'Ho- Histoire Abrégéede l'Eglife ,
race ,
ib. 169
Couplets à MmePé*** , 99 VARIÉτές .
Cranſon àMme la Marquise Lettre au Rédacteur du Merd'El
... , 101 cure,
AM. l'Abbé de Moncy, 145 SPECTACLES .
Idylle à Zulmé ,
L'Oranger , Fable ,
6
26
14 Concert Spirituel , 32 , 171
148 Acad. Royale deMusiq. 77 ,
Charades, Enigmes & Logo- 133 , 177
gryphes , 7 , 13 , 102 , 149. Comédie Françoise , 34, 84,
NOUVELLES LITTÉR .
Cuvres de Cicéron ,
182
9 ComédieItalienne , 88 , 183
Essaisur le Lait , 22Annonces& Notices , 43 ,194,
@uvres choifiesdeM. Dorat, 142 , 187
55
A Paris de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe, près S. Come.
Compl, sets
nijhoff
7410
24009
MERC URE
DE FRANCE. -
SAMEDI S MAI 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
SUR la Perte de M. DE VERGENNES.
L'AMOUR 'AMOUR du bien public fans ceſſe l'anima ;
Pour ſervir ſa patrie il fut tout entreprendre ;
Et les pleurs qu'à la mort la France lui donna ,
Sont les ſeuls qu'il lui fit répandre.
(ParM. Villiers. )
MERCURE
Bouts- rimés qu'on avoit proposés.
I.
Des aquilons fougueux je brave la.. bouraſque ,
Pourvu que du gibier je ſente le. fumet ;
Quandje cours après lui, plus léger que le Basque ,
J'oublie en bordiſſant la Cour & le . • plumet.
Dans les champs, ſur les monts je ne
crainspoint la. fièvre
Qui tourmente un Joueur courbé ſur un
Mes amis , croyez-moi , celui qui court le
Eſt sûr de retarder l'inſtant du .
billard.
lièvre
corbillard.
..
•
( Par M. B. , ancien Officier de Dragons. )
II.
L'on vit Damon braver le vent & la.. bouraſques
Atable, de fon rôt ſavourant le . .. fumet ,
Fortune vint le voir en courant comme un Basque;
Il porta tour-à-tour la robe & le. .. plumet;
Sut vivre fans chagrin, fans aucun mal ni fièvre ,
Fut grand joueur de dame ainſi que de billard.
Hier , pauvre Damon ! las , tu courois le lièvre ,
Et l'on court aujourd'hui pour voir ton corbillard.
i
S
DE FRANCE.
III.
• .. ATABLE bien afſis je nargue la
Quand;'ytrouve bon vin , gibier à bon
J'en forstoujours agile & légercommeun
J'exclus de mes plaiſirs petit- maître &..
Mon régime à coup sûr lui donneroit la
Je bloque à volonté dans le jeu du.
Tour-à-tour j'aime &bois, je danſe &
cours le.
bourasque ,
fumet;
Basque ;
plumet ;
fièvre .
bil.ard;
lièvre ;
C'eſt ainſi que j'attends ma place au .. corbillard.
(Par un Abonné. )
IV.
DES Autans déchaînés affrontant la
Certain Chaffeur vantoit du gibier le...
Grand amateur de gloire , & courant
.. bourasque,
fumet ;
comme un . .. Basque,
UnChevalier vantoit le caſque & le. plumet.
Tous deux étoient heureux; mais la terrible
• fièvre ,
Vifitant unmatin le couple ba. billard,
Prend mon brave Chaſſeur au gîte comme
un .. lièvre ,
Et n'offre au Chevalier qu'un fatal . .. corbillard.
(Par M. Laurent de Charleville. )
A iij
6 MERCURE
V.
SALOMON nous l'adit , ici tout eſt .
De la perdrix au point nous goûtons le
.. bourasque.
fumet ,
Basque,
Tandis que la mort trotte après nous
comme un. •
Moiſſonnant le robin , le bourgeois, le plumet.
• Cette fille du ſtyx , la dévorante
Nous carambole tous ſur le vaſte.
..
Et tel qui dans les champs aujourd'hui
court le.
Dormira dès demain au fond d'un .
fièvre,
. • billard;
lièvre ,
• • corbillard.
...
VI.
A LA Cour , où chacun doit craindre la bouraſque,
La faveur est un plat d'un merveilleux.. fumet
La fortune en ce lieu va toujours comme
un. .. Basque ,
Ne reſpectant jamais ni rabat ni. .. plumet.
A plus d'un grand Seigneur elle donnela füvre ,
Soit qu'il perde auloto, ſoit qu'il gagne au billard;
L'intrigue donne à tous des oreilles de.. lièvre;
Et pour eux la diſgrâce eſt un vrai. corbillard. ..
( Par M. D. A. S. G. D. P. D. F. )
DE FRANCE. 7.
VIL
Le calme eft tôt ou tard ſuivi de la.
Des mets les plus exquis ſavourant le.
Lindor étoit robuſte , agile comme un
Et promenoit l'Amour ſous ſon heureux
Que vois-je ? ô ciel ! il meurtvictime de la
-
•
bouraſque.
fumet ,
Basque
plumet.
fièvre.
Maîtreffe , Pharaon, jeu de Paulme &...
La truffe , le bon vin, la perdrix & le ...
billard ,
lièvre ,
Tout fuit.... je ne vois plus qu'un morne corbillard.
( Par le Berger du Gouzon. )
VIIL.
L'INQUIET courtiſan craignant une
Souvent d'un bon repas ne prend que le
Sans ceffeon l'apperçoit courir ainſi qu'un
On voit briller par- tout ſon ſuperbe
Le moindre événement va lui donner la
. bouraſque ,
fumet;
Basque ;
• plumet.
fièvre :
Tout auffi balloté qu'une boule au. .. billard,
Il a moinsde repos que n'en goûte le... lièvre ,
Etn'eſt tranquille enfin que dans le corbillard.
(Par M. Laucothe. )
IX.
En auromne , en hiver je brave la... bouraſque ;
Suivant avec mon chien le gabier au. fumet ,
J'arpenre les forêts,& courant comme un Bosque,
1 J'abandonne ſans peine au faquin le .. plumet.
Aiv
४ MERCURE
En m'exerçant ainfi je ne crains point la fievre.
De retour au logis je monte à mon . billard;
La, j'attends fort gaiement qu'on ait
ſervi le .
Aqui de mon carnier je fis un.
..
...
....
lièvre,
corbillard.
(Par un Amateur de la Chaffe. )
Bouts - rimés à remplir :
ARBRE ,
CORAIL,
MARBRE ,
BERCAIL,
VANILLE,
SEUIL ,
CHENILLE ,
ÉCUEIL.
Explication de la Charade , de l'énigme &
duLogogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Mouchoir ; celui
de l'Enigme eſt Anachronisme ; celui du Logogryphe
eſt Odeur , où l'on trouve Ode ,
roue , Oder ( rivière où le Duc Léopold de
Brunswick a terminé glorieuſement ſa carvière.
)
DE FRANCE.
9
CHARADE.
UN
Nmotlatin , Lecteur,, tedonne mon premier;
Ettu manges mon tout lorſqu'il eſt mon dernier,
(Par M. H.... , Commis de la Guerre. )
ÉNIGME.
LECTEUR , je naquis au moulin :
Déjàtu vois non ignorance ;
Mais doucement, ne juges point d'avance ;
Vois plutôt combien le deſtin
Eſt pour moi fantaſque & bizarre !
Je plais en même-temps au prodigue , à l'avare ,
Pourvu que je fois en valeur ;
On me trouve chez l'Imprimeur
Comme chez l'homme de Finance ;
Tantôt je ſuis un vrai puits de ſcience ;
Le plus ſouvent je ſuis vraiment un fot ;
Quelquefois je dis tout , ou bienje ne dis mot;
Je ſers l'amant & fa maîtreffe;
1.
Je fais le mal, je fais le bien;
Mais c'eſt ſur-tout lorſqu'on me preffe
Que je ne fais refuſer rien ;
Enfin je ſuis par-tout , chez le Marchand dépice ,
Le Copiſte & le Parfumeur ;
Chez tous ces Meſſieurs de justice;
Ay
10 MERCURE
Dans vos mains, chez un Procureur ;
Chez l'Avocat & le Notaire ,
Bien m'eux encor chez un Libraire ;
Mais le beau de la vérité ,
C'eſt que par moi l'on connoît l'art de plaire ,
Et que je conduirai Voltaire
Al'immortalité.
(Par M. L... , Chirurgien Ma des Dragons
de la Rochefoucauld. )
LOGOGRYPΗ Ε.
LECTEUR , ſous deux aſpects ſi tu me confidères,
Deux différens caractères.
S'offriront à tes regards.
Sous l'un je peux foudroyer les remparts ,
Sous l'autre je vole légère.
Sous l'un je plais au militaire ,
Sous le ſecond je plais au fat ;
Toujours on me voit au combat,
Toujours je ſuis à la toilette.
Ma victoire devient complette
Quand on fait que toujours je reſte féminin.
Je marche ſur fix pieds le ſoir & le matin.
Décompoſes mon corps, cherches &delibères
Tu verras un pays ignoré de nos pères ;
Le méal enchanteur & toujours recherché;
Unton de la mutique ; un ficuve d'Italic;
DE FRANCE, 1
Une ville de Normandie ;
Un reſſort d'une montre , avec la qualité
Que doit av oir tout corps pour ne pas être tendre ;
Ce que dans une ville on doit toujours trouver ;
Ce qui dans la muſique àdeux doit ſejouer ;
Ce qu'Horace ſur-tout a ſu ſi bien nous rendre ;
Ce que.... Mais c'eſt aſſez ,& je me tais ;
Carun peu plus je me découvrirois.
(Par M. de Bourrienne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ZOROASTRE , Confucius & Mahomet ,
comparés comme Sectaires , Législateurs
&Moralistes , avec le Tableau de leurs
Dogmes,de leurs Loix & de leur Morale;
par M. de Paſtorer , Conſeiller de la Cour
des Aides , de l'Académie des Infcriptions
& Belles - Lettres, de celles de Madrid ,
Florence , Cortone , &c. &c .
Infirına quamquam nequeant fubfiftere vires ,
Incipiam tamen. Tibulle, Liv. 4, Élég. 1 .
A Paris , chez Buiffon, Libraire , hôtel de
Meſgrigny, rue des Poitevins. Prix , 4 liv .
10 fols broché.
Les premiers éloges ſont dûs au choix de
ee ſujet, le plus beau & le plus philoſophi
Avj
12 MERCURE
que qui pût être propoſé par uneCompagnie
ſavante. On ne fauroit enſuite donner trop
d'éloges à la méthode parfaite par laquelle
M. de Paftoret a fu , par des diviſions & fubdiviſions
heureuſes , fimplifier ce ſujet naturellement
compliqué ; car les diviſions , en
même- temps qu'elles ſemblent multiplier les
objets , les ſimplifient en rendant leurs rapports
plus ſenſibles ,&leur parallèle plus aiſé.
M. de Paftoret traite d'abord en particulier
de ces trois fameux Légiflateurs , comme s'il
n'avoit que chacun d'eux à confidérer ; il
donne une idée de leur vie , de leurs moeurs ,
de leur caractère , de leurs dogmes , de leurs
Loix religieuſes , civiles , criminelles , morales;
& fuivant toujours le même ordre pour
chacun d'eux , il met le Lecteur en état de
prononcer entre-eux fur chacun des objets
reſpectifs ; mais il lui épargne encore le travail
de ce rapprochement, il le fait lui-même ,
&montre comment chacun de ces trois
grands Hommes , inférieur aux deux autres
fur certains objets , reprend la ſupériorité ſur
d'autres objets. Indépendamment même de
ces points de comparaiſon fournis par leurs
écrits&par leur doctrine dogmatique , légiflative
& morale, il les fuit encore dans tous
leurs rapports perſonnels , en ſorte qu'il ne
manque rien au parallèle , & que chacun de
ces perſonnages contribue tour à tour à faire
mieux connoître les deux autres par les avanrages
qu'il a fur eux ou qu'ils ont fur lui ,
comme leurs écrits comparés ſur les mêmes
DE FRANCE . 13
1
objets , donnent une idée plus exacte de leurs
vues & de leurs lumières reſpectives.
La première queſtion qui ſe préſente ſur
Zoroastre c'eſt : a t'il exifté ? La ſeconde :y
a-t'il eu plusieurs Zoroastres ? L'opinion à
laquelle il paroîtqu'il fauts'en tenir , eſt qu'il
n'y a eu qu'un ſeul Zoroastre , qu'il étoit Perſan
, & qu'il vivoit ſous le règne de Darius ,
fils d'Hyſtaſpe. On croit qu'il fut dans ſa jeuneſſe
eſclave d'un Prophète Iſraëlite , mais
en ignore quel fut ce Prophète , car on les
nomme preſque tous ; on trouve du rapport
entre les loix de Zoroastre & celles de Moïse ;
avant de les publier , il s'étoit enſeveli dans
la retraite , au milieu des montagnes , pour
les méditer , & peut- être pour en préparer le
ſuccès à la faveur de prétendues infpirations
ou révélations ; aufli cette retraite eſt-elle
nommée par ſes Diſciples le Voyage de Zoroastre
vers le trône d'Ormusd. Il vécut 77
ans , & cette vie a paru longue , puiſque ſelon
une formule uſitée dans la célébration du
mariage , le Prêtre ſouhaite aux mariés de
vivre autant que Zoroastre.
Quant aux dogmes de Zoroastre , ce qui
les diftingue le plus particulièrement eſt la
vénération pour le feu. Le feu , ſuivant Zoroaftre
, eſt l'enfant d'Ormusd , c'eſt le principe
univerſeldu mouvement & de la vie ;
ilne fait point partie des peines de l'enfer ,
tel que Zoroastre l'a conçu. Employer l'eau
pour éteindre le feu , ſe oit une profanation
punie de mort; les Perſes ne remédient aux
14 MERCURE
incendies qu'en étouffant le feu avec de la
terre , des pierres , des tuiles. Souffler le feu
avec la bouche eſt encore une autre profanation
; c'eſt même manquer de reſpect au feu
que de diminuer fon éclat en l'expoſant au
ſoleil; les autres élémens ont part aufli à ce
reſpect , & reçoivent quelques hommages.
Dans tous les banquets de heligion , qui
étoient fréquens & nombreux , les riches
étoient obligés , par les loix de Zoroastre ,
d'envoyer aux pauvres des mets & de l'argent
pour prendre part à la fête.
La fouillure de l'impureté ſe contractoit
facilement; ainſi les purifications étoient d'un
grand uſage. Les Prêtres avoient des droits
pécuniaires pour cette cérémonie ; & lorfqu'ils
étoient malades , les Médecins qui les
traitoient , n'avoient pour tout honoraire que
leurs prières.
Les loix de Zoroastre invitoient puiſſamment
au mariage. C'eſt un crime énorme de
la partd'un père , d'un frère , d'un tuteur , de
refuſer un époux à la file nubile qui le de
mande. Elle - même devient coupable fi elle
parvient à l'âge de dix-huit ans fans être mariée;
& fi elle meurt vierge , l'enfer l'attend .
Pour éviter ce malheur , les fiançailles ſe
font dès- l'enfance ; aujourd'hui même encore
on les fait à deux ou trois ans dans le Guzarat ;
& auffitôt que la nubilité ſe déclare , le mariage
eſt célébré.
La parenté ne rendoit pas le mariage inceftueux,
ce fut au contraire une raiſon pour
DE FRANCE.
15
l'autoriſer. La loi yinvita ſur-tout entre couſins
germains. Les Perſes crurent, comme les
Juifs , qu'une veuve pouvoit épouſer le frère
de fon mari mort ; mais les Juifs l'exigeoient ,
les Perſesſe contentèrent de le permettre.
Par une ſuite de ces principes , l'impuiffance
étoit flétrie parmi les Perſes; ils la regardoient
comme la punition honteuſe de
quelque crime ſecret, infligée par la Divinité.
Comme tout ſe rapportoit à l'encouragement
de la population , il étoit défendu aux
femmes de ſe marier, lorſqu'elles ne pouvoient
plus avoir d'enfans , & les Rois de
Perſe faifoient des préſens chaque année à
ceux de leurs ſujets qui avoient le plus d'enfans.
Remplir le devoir conjugal une fois au
moins tous les neufjours , eſt une des principales
obligations impoſées au mari.
Zoroastre prononce la peine de mort.contre
un enfant qui répond trois fois à ſon père
ou à ſa mère , ou qui manque trois fois de
leur obéir.
Les pères&mères ne doivent point apprendre
à leurs enfans avant l'âge de cinq ans , ce
que c'eſt que le bien&le mal.
M.de Paſtoret, en rapportant les loix morales
de Zoroastre , obſerve que les Légiflateurs
anciens s'étoient plus attachés que les
modernes à veiller fur les moeurs des Ci
toyens.
"Ne remettez jamais une bonne action an
→ lendemain.
16 MERCURE
ود
>>Ce n'eſt pas aſſez de faire le bien., il faut
le faire avec ſoin & avec intelligence.
>>Celui qui sème des grains eſt auſſi grand
>> devant Ormusd que s'il avoit donné l'être
ود
ود
à cent créatures.
» Le meilleur des Rois eft celui qui rend
la campagne fertile. ,
Telles font les maximes morales les plus
remarquables de Zoroastre.
Dans les loix criminelles , le Légiflateur
paroît s'être attaché à rendre la punition du
coupable profitable aux honnêtes gens. Par
exemple, un des moyens d'expier un crime,
eſt de donner une jeune vierge en mariage à
unSectateur pieux de Zoroastre , ou de céder
àun homme juſte un terrein fertile , ou de
fournir à des Laboureurs les inftrumens ou
les animaux propres au labourage ; cependant
la confiſcation n'avoit point lieu.
Les animaux ſont auſſi ſous la protection
des loix ; il eſt défendu , ſous des peines expreſſes,
de tuer ceux qui font jeunes & qui
peuvent encore être utiles , un agneau , un
chevreau , un coq , une poule , un boeuf, un
cheval; il eft defendu même de frapper les
beſtiaux , de leur faire aucun mal; il eſt enjoint
de leur fournir les chofes dont ils ont
beſoin , de les garantir des rigueurs de la
ſaiſon , & la négligence en pareil cas eſt réputée
un délit.
Apropos de l'infanticide , M. de Paftoret
obſerve avec raiſon que la rigueur excellive
avec laquelle on puniſſoit une fille qui avoit
DE FRANCE. 17
eu le malheur de ſe laiſſer ſéduire, la forçoit
de recourir à ce crime qui outrage la Nature
dans la plus douce de ſes affections.
On rapporte la naiſſance de Confucius à
Pan 551 avant J. C. Loin de s'enfermer dans
la folitude comme les Philoſophes de fon
temps &de ſon pays , il porta ſa doctrine à
laCour des Rois, devint premier Miniſtre du
Royaume de Lou à la Chine , & réforma fa
patrie , qui en avoit beſoin. Il tomba aiſément
dans la diſgrâce d'un Maître , qui , malgre
ſes leçons & ſes exemples , s'étoit jeté
dans les bras de la inolleſſe. Après avoir vécu
dans l'élévation&dans la richeſſe, il éprouva
l'indigence aux approches de la vieilleffe , &
foutint ſon malheur avec beaucoup de conftance&
de dignité. Il a écrit les Annales du
Royaume de Lou ; & outre les Livres appelés
claſſiques , &que ſes Diſciples ont commentés
en les rédigeant, il fut le Rédacteur , &
peut être conſidéré en quelque forte comme
l'Auteur du Chou - King ; il a commencé
l'Yking, Ouvrage attribué à Fohi , & pour
lequel il étoit rempli d'admiration. Il pleura
enmourant ſur ſa patrie. « J'ai tâché , dit il ,
de rendre mes Concitoyens meilleurs ;
l'édifice eſt tombé , tout eſt détruit. Il n'eſt
>> plus de ſages. Les Rois refuſent de ſuivre
» mes maximes,je ne ſuis plus utile ſur la
>> terre, il eſt temps que je la quitte. Il mou
>> rutdans le Royaume de Lou , ſa patrie ,
ود
ود l'an 479 avant J. C., neuf ans avant la
>> naiſſance de Socrate.>>Autant fa perſonne
18 MERCURE
avoit été négligée dans les derniers temps,
autant ſa mémoire fut en vénération ; le Roi
lui même ſentit la perte qu'il avoit faite , &
s'écriadans ſa douleur : " Le ciel eſt mécon-
» tent de moi , puiſqu'il m'enlève Confu-
>> cius. » Ce Philoſophe conſerva toujours ,
au milieu des plus grands dangers comme au
milieu des plus grands malheurs, une âme ferme,
tranquille & inaltérable , & c'eſt ce qui
le caractériſe particulièrement.
Tous les Lettrés ont adopté les dogmes de
Confucius. M. de Paſtoret traite ici avec
quelquedétail la fameuſe queſtion de l'Atheïf
me desChinois ; il rapporte les opinions des
Savans & les raiſons ſur leſquelles les uns&
les autres ſe fondent ; mais il ne décide rien.
En tout, cet ouvrage eſt fait avec beaucoup de
fageffe.
Ce qui concerne le culte des eſprits & le
culte des ancêtres , eſt expoſé autſi avec ſoin.
Confucius fut favorable à l'art divinatoire ;
il prétend dans un de ſes Livres que les regards
pénétrans du Sage percent les ténèbres
de l'avenir & en découvrent d'avance les ſecrets.
Au reſte , Confucius n'eſt pas l'inventeur
de cet art chimérique; il faut , dit M. de
Paftoret , l'obſerver pour ſa gloire .
Les Diſciples de Confucius pouffent plus
loin qu'aucune Nation la tolérance religieufe.
Confucius eft regardé comme le Légiflateur
de la Chine ; la muſique à la Chine fut
toujours unie à la Légiflation ; la néceſſité de
DE FRANCE.
19
faire marcher de front ces deux ſciences eft
une opinion aufſſi ancienne à la Chine que la
monarchie. La muſique étoit encore unie à
la morale. Poſſeder ſon âme en paix , diſent
les Chinois, être modeſte & fincère , avoir
ladroiture& la conſtance en partage , aimer
tout le monde,& fur- tout ceux de qui l'on
tient la vie : voilà les vertus que la muſique
doit inſpirer , & qu'il faut abſolument acquérir
ſi l'on veut mériter le nom de Muficien....
Le ciel , en faiſant naître l'homme , a
misdans ſon coeur le fondement de toutes les
vertus ; la muſique les met au grand jour ;
elle doit manifeſter ce qui ſe paſſe dans le
ecoeur. La muſique voluptueuſe ne produit
que trop d'effets ſur le coeurdes hommes. Dès
qu'elle le fait entendre, toutes les paſſions ſe
réveillent. Alors on ne cherche plus que les
moyens de les fatisfaire , & l'on ne defire
plus qu'ane telle muſique. La muſique ſage ,
au contraire , s'accorde avec les coeurs qui
ſont portés à la vertu; elle les entretient dans
la fageſſe.
Confucius invite les Juges à devenir ſouvent
conciliateurs. " Qu'eſt ce , dit- il , que la
- gloire acquiſe à entendre plaider une caufe
» & à prononcer des Arrêts , ſi on la com-
>> pare à celle de tarir la ſource des procès , &
d'environner le trône de la justice de tant
de vertus , qu'elle n'ait plus beſoin de faire
éclater ſa puiſſance ? »
ود
ود
"
C'eſtune erreur aſſez répandue en Europe
que l'infanticide eſt permis à la Chine. " Mais
20 MERCURE
>> où font , dit M. de Paſtoret , les preuves
>> d'une affertion ſi affligeante ? Où eſt la loi
> ſur laquelle eſt fondée cette horrible puif-
>> ſance ? Par- tout , au contraire , j'entends le
>> Légiflateur invoquer l'humanité ; par- tout
> il fait ſentir avec énergie le charme , la né-
>> ceffité , l'intérêt de chérir ſes ſemblables.
>> Dira- t'on qu'il n'a pas prononcé de peine
>> contre ce forfait ? C'eſt qu'il n'a pu croire
> à ſon exiſtence. Quelques exemples qu'en
>> ont fourni un petit nombre d'hommes
>> méprifables , retomberoient- ils fur la Na-
» tion entière?>> On a mieux fait que de prononcer
des peines contre ce crime , on a efſayé
de le prévenir. Le Gouvernement ſe
charge aujourd'hui des enfans dont la nourriture&
l'éducation feroient un fardeau trop
peſant pour leurs parens.
On fait que la morale tient le premier rang
parmi les Sciences cultivées à laChine . M. de
Paſtoret expoſe ici celle de Confucius & fes
préceptes fur tous les devoirs. Ce Légiflareur
a pouffé l'attention juſqu'à déterminer
l'étendue & les bornes que doit avoir l'empire
de la mode & des uſages. La ſageſſe &
ود laprobité ne plaiſent, diſoit- il , qu'autant
>> qu'elles ſe plient aux bienſéances. Suivez
" les moeurs de votre ſiècle dans tout ce qui
>> n'eſt pas oppoſé à la vertu . >>
Confucius s'eſt peint lui - même dans le
portrait qu'il a tracé du véritable ſage. « Le
> ſage n'ambitionne rien au- delà de ce qu'il
>> eft. Riche & en place , il dépenſe avec noDE
FRANCE. 21
:
>>bleſſe & repréſente avec dignité. Obscur
>> & indigent , il vit en pauvre ſans chercher
• àſe donner en ſpectacle. Eſt- il dans l'afflic-
» tion&le malheur ? Il fait être malheureux
» & affligé. Dans quelque ſituation qu'il ſe
>> trouve , il eſt lui-même & content de fon
ود fort..... Jamais l'indignation n'aigrit ſon
» coeur; jamais le murmure ne ſouille ſes
>>lèvres..... Tous les obſtacles s'applaniffent
- devant le ſage; les voies où il marche ſont
" droites & faciles , parce qu'il ne cherche
>>qu'à remplir ſa deſtinée. Se perfectionner
» & travailler à la perfection des autres , eſt
>> unde ſes ſoins les plus tendres.... Dès qu'il
ود ſe montre, il fixe tous les regards. Il ſem-
>> ble ne ſe donner aucun mouvement , & il
>> produit une révolution générale dans les
>> moeurs publiques. Il paroîtcomme entraînd
>> par le cours des événemens , & il exécuté
>> les projets les plus vaſtes. "
La Mecque fut le berceau de Mahomet. Sa
famille y étoit illuſtre & riche ; la Tribu dans
laquelle il naquit tenoit le premier rang dans
ſa patrie; mais il ne jouit jamais des richeſſes
qu'avoient poſſédées ſes ancêtres : le commercefut
fa reſſource; ilymérita par ſa bonne- foi
le furnom honorable d'Élamin , c'est-à- dire ,
homme sûr & fidèle. Sa retraite myſtérieuſe
dans une grotte du Mont-Hara , reſſemble
beaucoup à ce que les Perſes appellent le
Voyage de Zoroastre vers letrône d'Ormusd.
Mahomet fut un impoſteur ſans doute ; mais
M. de Paſtoret juge qu'il a été calomnié fur di
22 MERCURE
vers points , & il prend la peine de le juſtifier
; il prétend, par exemple , que Mahomet
ne s'arrogea point ledon des miracles , comine
l'ont dit pluſieurs Auteurs ; il cite de lui des
traits de générosité eſtimables ; en un mot , il
le réhabilite autant qu'on peut réhabiliter un
impoſteur , qui dicte ſes volontés & exerce
ſes vengeances au nom de Dieu.
Eh quoi ! tout factieux qui penſe avec courage ,
Doit donner aux mortels un nouvel eſclavage?
Il a droit de tromper s'il trompe avec grandeur ?
Mahomet mourut âgé de ſoixante - trois
ans , dans la onzième année de l'hégire , & la
vingt-troiſième de ſon prétendu apoftolat. On
ſait que l'hegire eſt l'époque de ſa fuite à Médine,
lorſqu'il fut condamné à mort par les
Mecquois , & que cette époque ſe rapporté
à l'an 622 de notre ère. Voici le portrait que
M. de Paſtorer fait de Mahomet , d'après
Abulféda. " Mahomet avoit reçude la Nature
>> une intelligence ſupérieure , une raiſon
>> exquiſe, une mémoire prodigieuſe. Il par-
>> loit peu & ſe plaiſoit dans le filence. Son
ود front étoit toujours ferein, ſa converſation
>> étoit agréable & ſon caractère égal. Juſte
> envers tous..... Un parent , un étranger ,
" l'homme puiſſant ou le foible ne faifoient
>> jamais pencher la balance dans ſes mains.
2. Il ne mépriſoit point le pauvre à cauſe de
"
»
ſa pauvreté, & ne révéroit point le riche
àcauſe de ſes richeſſes ..... Il écoutoit avec
:
DE FRANCE.
23
>> patience celui qui lui parloit , & ne ſe le-
>> voit jamais le premier..... Conquérant de
>>l'Arabie , il s'aſſeyoit ſouvent à terre , allumoit
ſon feu , & préparoit de ſes propres
mains àmanger à ſes hôtes. Maître de tant
>> de tréſors , il les répandoit généreuſement,
» & ne gardoit pour ſa maiſon que le ſimple
>> néceſſaire. On dit de lui qu'il furpaſſa les
30 hommes en quatre choſes , en valeur , en
>> libéralité , à la lutte ,& en vigueur dans le
> mariage. Il diſoit ſouvent que Dieu avoit
>> créé deux choſes pour le bonheur des hu-
> mains , les femmes &les parfums. »
Sesdogmes ontdu moins le méritede proferire
l'idolâtrie & d'établir l'unité de Dieu.
M. de Paſtoret finit cet article par justifier
Mahomet de diverſes erreurs qui lui ont été
fauſſement attribuées; mais ilavoue enmêmetemps
que ſes impoſtures font affez nombreuſes
pour qu'on lui épargne celles dont il
n'eſt pas coupable.
C'eſt dans leCoran ſeul,que nous appelons
l'Alcoran , qu'on trouve & les dogmes de
Mahomet&toutes ſes loix religieuſes , civiles
, criminelles , morales; ainſi cet article de
Mahometdans toutes ſes parries , eſt une analyſe
méthodique & profonde de l'Alcoran.
Mahomet a été fort attaqué ſur la morale
principalement'; M. de Paſtoret le juſtifie encore
folidementſur ce point ,& fait voir que
Mahomet a preſque recommandé toutes les
vertus ſociales , toutes les vertus utiles.
En comparant ces trois fameux Légifla
24 MERCURE
teurs par leurs qualités perſonnelles & indépendamment
de leurs écrits , Confucius eft
plus eſtimable que ſes deux rivaux , il inſpire
plus d'intérêt & de vénération .
En les coinparant comme fondateurs de
Religions , la ſupériorité eſt toute entière du
côté de Mahomet. Le fils de Zoroastre alla
prêcher au loin les erreurs de son père ;
Omar , Ali & quelques autres étendirent
celles de Mahomet ; & Confucius fonda
l'école la plus nombreuſe & la plus floriſſante.
Mais il s'en faut bien que définitivement leur
deſtinée ait été la même. De ces trois Sectes ,
l'une ( celle de Confucius ) remplit , il eſt
vrai , un Empire puiſſant ( la Chine) ; mais
elle eſt bornée à cet Empire. L'autre ( celle de
Zoroastre , livrée à l'humiliation & à l'opprobre
, eſt à peine connue dans quelques coins
de l'Aſie ; " tandis que la troiſième, ( celle de
Mahomet ) répandue dans toutes les partiesde
la terre , domine ſur les contrées les
>>plus fertiles , & voit ſes Diſciples , opprefſeurs
de la Grèce eſclave , s'aſſeoir ſur le
trône des Céſars , dans l'ancienne capitale
du monde . C'eſt elle qui a preſque anéanti
la Religion de Zoroastre , en conquérant
la Perſe & les Empires voiſins.
ود
ود
ود
وو
"
ود
Si on compare Zoroastre , Confucius &
Mahomet comme Législateurs , c'eſt Zoroaftre
qui a la ſupériorité ; on trouve chez les
deux autres des réglemens particuliers , pleins
de ſageſſe & dignes de grands éloges; mais
ceux de Zoroaftre ont une liaiſon , un enchaînement
DE FRANCE.
25
nement qui manquent aux deux autres ; " on
2 ſent qu'une méditation profonde avoit dif-
>> poſé la chaîne des idées & des loix de co
>> grand Homme. » Les autres ont de belles
parties de legiſlation , lui ſeul a une légiflation
entière , réfléchie , combinée , dirigéé
vers le bien ſur un plan uniforme; & dans
les loix même qui paroiſſent ſemblables chez
les trois Lég: ſlateurs , Zoroastre mérite prefque
toujours la préférence , parce qu'il fait
mieux ceque les autres ont voulu faire. Sa legiflation
criminelle ſur- tout a le mérite de
tendre toujours directement & fenfiblement
à l'utilité publique .
Enfin fi on compare les trois Légiflateurs
comme Moraliſtes , c'eſt Confucius qui l'emporte;
il étend ſa morale juſqu'au pardon des
injures ; il ne permet d'autre vengeance que
de nouveaux bienfairs ; les deux autres permettent
la vengeance proprement dite , &
tous deux , fur-tout Mahomet , ſe la font
trop permife. " Ce qui donne à Confucius la
>> prépondérance morale , c'est qu'il avoit
" mieux approfondi le coeur huir ain , que
ſes préceptes font pour tous les âges &
>> toutes les Nations; que loin de ſe borner ,
ود
comme les autres , à quelques points prin-
> cipaux, iln'en eſt aucun qu'iln'ait épuiſé; »
cependant il les réduit à un petit nombre de
devoirs dont il démontre que l'obſervation
eſt également facile& néceſſaire. " Tantôt il
۔ود
fixe ſes regards ſur la vieilleſſe , & ordonne
>> envers elle des ſentimens reſpectueux ;
N° . 18 , 5 Mai 1787. B
20 MERCURE
ود
ود
tantôt il les porte fur l'enfance , en ſurveille
les premières inclinations & en ré-
>> prime les penchans; tantôt il deſcend dans
ود les foyers domeſtiques pour y exciter ces
>> vertus paiſibles , garantes du bonheur de
>> ceux qui les habitent ; tantôt il ſuit dans
>> leur carrière les adminiſtrateurs publics ,
>> trace d'une manière neuve & fublime les
>> qualités eſſentielles à ces dépofitaires de
ود l'autorité des Rois, les effraye moins par
» l'importance & la difficulté de leurs de-
» voirs , qu'il ne les encourage par le plaifir
ود
ود
&la gloire de les remplir; tantôt il s'élève
>> juſqu'au trône des Souverains , & leur ré-
>>>pète ces vérités devenues vulgaires , ſi l'on
>> veut, mais pourtant trop négligées , qu'ils
doivent veiller nuit & jour à la proſpérité
>>> de la Nation , qu'ils font les pères de leurs
> peuples ,& que ce titre ſacré doit être l'ob-
» jet & la meſure de l'exercice de leur puif-
>> ſance; enfin , que la félicité du Prince eſt
> attachée au bonheur de ſes ſujets , parce
>> qu'elle doit l'être à leur eſtime. »
Avant de comparer ainſi les trois Légif-
1ateurs ſur des objets où ils ont chacun à leur
tour la préférence , l'Auteur avoit comparé
les ſiècles où ils ont vécu , il avoit examiné le
point d'où chacun d'eux étoit parti ; il avoit
expoſé l'état de la Perſe avant Zoroaftre
celui de la Chine avant Confucius , celui de
l'Arabie avant Mahomet ; ce ſont trois morceaux
d'hiſtoire&de politique très-ſavans &
Cun grand prix,
,
DE FRANCE. 27
Lorſque l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres avoit propoſé ce beau ſujet ,
M. de Paſtoret n'étant point encore admis
dans cette Compagnie , avoit concouru pour
le Prix; dans l'intervale du concours au jugement,
l'Académie, qui avoit d'autres preuves
des talens&des connoiſſances de ce jeune
Magiſtrat , s'étoit empreſſée de l'adopter , de
forte qu'il étoit Membre de l'Académie au
moment où le prix fut adjugé ; mais il n'étoit
pasdans le cas de la loi qui exclud du con .
cours les Membres de l'Académie , puiſqu'au
temps de la compoſition il n'étoit point de
l'Académie ; cette Compagnie n'a donc vu
dans cette occurrence fingulière qu'une juſtification
ſurabondante , mais agréable , du
choix qu'elle avoit fait de la perſonne de
l'Auteur , & elle l'a félicité comme Confrère
du prix qu'elle lui avoit décerné comme ſon
Juge.
د
SANDFORT & MERTON Traduction
libre de l'Anglois , par M. *** , petit format.
A Paris , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerſité , au coin de
celle du Bac , Nº. 28 ; s'adreſſer à M. le
Prince, Directeur. *
PARMIles Ouvrages écrits pour les enfans,
celui que nous annonçons eſt regardé comme
* LaTraduction de cetOuvrage ,&celledu Petit
Grandiſſon,ſedonnent par Souſcription en 12 vol:;
Bij
28 MERCURE
undes plus utiles & des plus agréables ; & le
ſtyle qu'a choiſi le Traducteur eſt parfaitement
analogue au genre de l'Ouvrage : une
fimplicité qui n'eſt pas fans élégance , & une
élégance qui n'ôte rien au naturel .
C'eſt un cours d'éducation auquel on a
donné la forme du Roman. Les Héros font
deux enfans , l'un Payfan , l'autre Noble ,
élevés par un maître commun; les actions de
leur vie ,& les leçons qu'on leur donne , ne
forment qu'une même Hiſtoire. L'Ouvrage
commence preſque par le portrait des deux
enfans,qui est tracé avec autant d'intérêt que
de vérité. « Tommy Merton , à peine âgé de
ود
ود
ود
fix ans, lorſque ſon père arriva en Europe ,
étoit né avec des diſpoſitions très-heureuſes
, que l'on parvint bientôt à corrompre
• par un excès aveugle de complaifance. On
ور l'avoit entouré dès le berceau, d'une foule
>> d'eſclaves , auxquels il avoit été défendu de
le contrarier dans aucunede ſes fantaifies ...
Sa mère avoit conçu pour lui une tendreſſe
ſi exceſſive , qu'elle ne lui refuſoit
„ rien de tout ce qu'il paroiſſoit defirer. Les
ود
ود
ود
"
ود larmes de ſon fils lui cauſoient des éva-
>> nouiflemens ; & jamais elle ne voulut con-
ود ſentir qu'on lui montrât à lire , parce qu'il
>> s'étoit plaint d'un violent mal de tête au
premier eſſai de fon alphabet. »
on en publie un tous les moi , Le prix eſt de 13 liv ,
4fols pour Paris , & de 16 liv. 4 fols pour la Province,
port franc par la poſte. Ilen paroît 6 vol.
DE FRANCE.
29
1
i
Sa mauvaiſe éducation le rend déjà malheureux
, commeimportun àtout le monde.
" Si ſamère prenoit le thé avec d'autres fem-
>> mes, au lieu d'attendre que ſon tour vint
d'être fervi , il grimpoit ſur une chaife ,
→ s'elançoit fur la table , s'emparoit des rôties
>>> au beurre & du gâteau , & renverſoit les
"
ود
ود
taſſes à droite & à gauche en fe relevant....
>> Il s'expoſoit tous les jours à des accidens
fâcheux. Ses mains étoient continuelle-
>> ment enfanglantées des bleſſures qu'il , ſe
faifoit avec les couteaux . En voulant examiner
tout ce qu'il voyoit hors de fa por-
>> tée , il lui romboit quelquefois de lourds
fardeaux fur la téte; & il faillit un jour
>> s'échauder tout le corps , en maniant fans
>> précaution ure theïere d'eau bouillante. »
"
ود
Cette manière de peindre un enfant mal
élevé, comme puni déjà lui-même de ſa mauvaiſe
éducation par les accidens préſens qui
en font les effets, a une forte de nouveauté
qui répond au but moral de-l Auteur. " Élevé,
>> ajoute-t'il , dans l'inaction & la molleſſe ,
>> il éprouvrit des langueurs continuelles.
" C'étoit affez de quelques gouttes de pluie ,
>> ou d'un ſoufile de vent pour l'enrhumer ;
& le moindre rayon de foleil lui donnoit
la fièvre.>>> ود
Près de l'endroit que Merton ( c'eft le père
de l'enfant ) avoit choiſi pour ſa réſidence ,
ſe trouvoit un enfant du même âge , fils d'un
payfan , & dont le portrait forme un parfait
contraſte avec celui qu'on vient de lire. La
Biij
30
MERCURE
ruſtique éducation qu'il a reçue la rendu
aufli robuſte , que Tommy étoit foible & languiffant.
" On ne voyoit point Henri , ( c'eſt
>> le nomdupetit payſan) comme les petits
>> garçons du village , grimper ſur les arbres
>> pour enlever les nids des pauvres oiſeaux.
"
Îl étoit loin de ſe faire un amusement cruel
d'arracher les aîles des mouches & des pa-
> pillons , ou de jeter des pierres aux chiens.
Au contraire , il ſe plaifoit à careffer les
>> chevaux , à faire manger les brebis dans ſa
>> main, & à nourrir les oiſeaux du voiſinage,
>> lorſque la terre étoit couverte de neige &
>> de frimats . »
C'eſt par un ſervice eſſentiel que Henri ſe
fit connoître à Tommy. Celui- ci ayant marché
ſur un ferpent, étoit prêt à être déchiré
par le reptile , qui s'étoit entortillé autour de
fa jambe. Henri , qui l'apperçoit dans ce
preffantdanger, le délivreavecautantd'adreſſe
que de courage. Cette aventure l'ayant fait
connoître des parens de Tommy, le père, qui
eſt charmé de ſa converſation , defire qu'il
foit élevé en commun avec ſon fils , par le
• Curé du lieu , M. Barlow , qui a déjà commencé
gratuitement l'éducation du jeune
Henri . Ce font les procédés de ce M. Barlow
envers ces deux enfans, qui compofent le
fonds de cet Ouvrage intéreſſant.
M. Barlow a autant de probité que de jugement
& d'inſtruction. Son ſyſtème d'éducation
eſt fort ſimple; il tend à faire aimer à fes
deux élèves tout ce qu'il veut leur appren
DE FRANCE.
31
dre. Il fait plus , il leur en fait fentir auparavant
le beſoin &la néceflité par leur propre
expérience. Comme les deux enfans ne ſe
quittent plus , ce qu'ils voyent , ce qu'ils rencontrent
dans leur promenade excite leur
curiofué ; & M. Barlow, par la manière dont
il leur répond , leur inſpire le defir de s'en
inftruire par eux-mêmes. C'eſt ainſi que ſes
deux élèves lui deinandent des leçons d'arithmétique,
de méchanique , d'aſtronomie, &c.
parce que des effets curieux de ces ſciences
leur font juger combien elles peuvent ſervir à
leur bien être on à leur amuſement. Henri ,
qui eſt beaucoup plus avancé phyſiquement
& moralement que fon camarade Tommy ,
devient pour ce dernier un objet d'émulation.
Comme dans les beſoins phyſiques le
maître laiſſe ſouvent Tommy aux priſes avec
la Nature, & qu'il lui fait remarquer qu'un
payſan , groſſièrement élevé , eſt plus propre
que lui à ſe tirer d'affaire en pareil cas , il
travaille ainſi à le guérir des préjugés de la
naiffance.
Laſeuleobſervation critiqueque nous aient
fourni les deux élèves , c'eſt que l'Auteur ,
pour avoir trop donné à Henri & d'inftruction
& de ſageſſe , ſemble lui avoir ôté un
peu des grâces de fon âge.C'eſt une perfection
trop précoce, qui le fait eſtimer,& qui le fait
paroître un peu moins aimable.
La méthode de M. Barlow, en inferuifant
fes élèves , c'eſt à-dire, encaufant avec eux ,
eft de leur raconter de temps en temps des
Biv
32 MERCURE
hiſtoires , qui , en les amusant , gravent dans
leur mémoire la morale qui convient à la circonſtance.
Ces hiſtoires ſont quelquefois tirées
d'autres ouvrages , quelquefois font des
fujets d'imagination qu'ils liſent eux- mêmes ;
& c'eſt cet attrait qui a fait deſirer à Tommy
deſavoir lire.
Le jeune Tommy n'eſt bientôt plus reconnoiffable
. Il eſt devenu ſenſible au plaifir
d'obliger; mais il ſe trompe quelquefois dans
la manière. Par exemple , ayant trouvé un
petit payſan qui manque de pain & d'habits ,
il court vite chez ſon maître fans rien dire à
perfonne, prend du pain& le porte auflitôt
au petit garçon , avec un paquer de ſes propres
habits. M. Barlow , en louant ſa ſenſibilité
, ne manque pas de lui faire remarquer
qu'il a donné ce qui ne lui appartenoit pas ;
car enfin, lui dit il, le pain étoit à moi , vos
habits à vos parens , & vous n'avez conſulté
ni vos parens ni moi . A ce propos il lui raconte
l'anecdote ſuivante. " Cyrus étoit fils
ود d'unRoi puiffant. Il avoit pluſieurs maîtres
>> que Cambyfe , fon père , avoit chargés de
> lui apprendre fur- tout à diftinguer le bien
ود du mal , & à pratiquer la juſtice. Un foir
» Cambyfe lui demanda ce qui lui étoit arrivé
ود dans la journée. J'ai été puni, lui répond t
» Cyrus , pour une ſentence injuſte que j'ai
>> prononcée. En me promenant avec mon
Gouverneur , nous avons rencontré deux
>> jeunes garçons , dont l'un étoit grand , &
M
30 l'autre petit. Celui- ci avoit une robe trop
DE FRANCE.
33
>> longue pour ſa taille: celui-là , au con-
>> traire , en avoit une qui lui deſcendoit à
ود
»
ود
ود
peine juſqu'aux genoux , &dont les manches
ſembloient le ferrer. Le grand garçon
avoit d'abord propoſé au petit de changer
de vêtemens , parce qu'alors chacun d'eux
>>> en auroit un qui lui conviendroit mieux
>> que celui qu'il portoit. Mais le petit garçon
"
ود
n'a pas voulu accéder à cet arrangement ;
ſur quoi le premier lui a pris fa robe de
>> force, & lui adonné la ſienne. Ils en étoient
à ſe diſputer lorſque nous ſommes arrivés .
Ils font convenus de me prendre pour juge
de leur querelle. J'ai decidé que le petit
>> garçon ſe contenteroit de la petite robe,
>> & que le grand garderoit la plus longue.
2
"
" Voila le jugement pour lequel mon Gou-
> verneur m'a puni. Comment, lui dit Cam-
>> byſe , eſt- ce que la robe courte ne conve-
>> noit pas mieux au petit garçon , & la plus
>>longue au plus grand ? Oui , mon père ,
> répondit Cyrus ; mais mon Gouverneur
ود m'a fait ſentirque je n'avois pas éré nommé
>> pour décider laquelle des deux robes alloit
>>>le mieux à la taille de chacun des jeunes
ود garçons; mais s'il étoit juſte que l'un osât
» s'emparer de la robe de Pautre fans fon
> conſentement. C'eſt pourquoi je recon-
دم nois que ma fentence étoit d'une grande
>>> injustice , & que j'ai bien mérité d'être
>> repris. >>>
La ſeptième partie qui complette tout ce
qui a paru juſqu'ici de l'Ouvrage original , eft
By
34 MERCURE
nne des plus intéreſſantes , peut- être celle
qu'on lira avec le plus de plaiſir. Elle préfente
une grande épreuve pour les deux élèves.
Tommy va paffer quelques jours dans
la maiſon taternelle avec ſon camarade. Ils
trouvent- là une brillante & nombreuſe com
pagnie ; mais il s'en faut bien qu'ils y trouvent
les leçons & les exemples de leur fage
Précepteur. Des femmes frivoles , des jeunes
gens qui joignent la fottiſe à la fatuité , n'y
montrent que de grands airs , & n'y diſent
que des folies. Cette épreuve eſt bien diverfement
foutenue par ces deux élèves. Tommy
eſt rareffé , loué juſqu'à l'adulation ; Henri
eft negligé , mépriſé même & infulté; le premier
ne tarde pas à reprendre ſes premiers
travers; l'autreoppoſe à l'exemple une ſageſſe
incorruptible , & à l'injure tantôt une indifférence
ſtoïque , tantôt une noble fermeté.
Ce changement de moeurs dans Tommy altère
juſqu'à ſon amitié pour ſon jeune camarade;
& c'eſt le coup le plus fenfible pour
Henri. Combien il eſt intéreſſant au moment
où il ſe trouve en butte aux dédains , aux farcaſmes
, aux infultes les plus graves des noutveaux
amis de Tommy ! il repouſſe leurs
injures avec autant de ſens que de fermeté;
&comme les groſſiers jeunes gens ofent ent
venir juſqu'aux coups , il leur prouve que fon
courage & ſes forces phyſiques égalent fa
raifon&fon bon eſprit. Mais au moment où
Tommy s'oublie juſqu'à s'en mêler & à le
frapper au viſage , il n'a plus ni force ni cou
٤٠
ود
ود
"
DE FPIANCE. 35
rage. La conſtance du pauvre Sandfort ne
fut pas à l'épreuve de ce traitement. Il détourna
la tête , en s'écriant d'une voix étouffée
: Ah ! Tommy , Tommy ! je n'aurois
>> jamais cru que vous puiſſiez me traiter
d'une ſi indigne manière ; & couvrant fon
>> viſage de ſes deux mains, il laiſſa échapper
>> un torrent de larmes. ”
ود
Le généreux Henri ne ſe venge de cette
ingratitude de ſon ami qu'en lui rendantun
nouveau ſervice qui lui ſauve la vie.
On prévoit qu'il en coûtera beaucoup de
peines & de nouveaux foins au ſage M. Barlow
pour détruire dans Tommy le mal qu'a
faitdans fon eſprit un affez courte abſence.
L'Auteur François nous donnera la fuite à
meſure qu'elle paroîtra en Angleterre ; il n'a
pas cru devoir traduire exactement., il ne
donne qu'une imitation libre , & cette imitation
mérite beaucoup d'éloges.
Au reſte, cet Ouvrage , par ſa forme &
fonplan, offre une double utilité; il peut concourir
à l'éducation des jeunes gens ,&diriger
leursMaîtres pour la manière de les élever.
Bvj
36 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Les repréſentations d'Alcindor ſe continuent
toujours avec un ſuccès d'autant moins
équivoque , qu'il eſt fondé ſur les recettes.
Nous reviendrons ſur le mérite des différentes
parties de cet Ouvrage. *
COMÉDIE ITALIENNE.
:
LaComédie de Fellanar & Tom - Jones
que nous avons annoncée dans le dernier;
Mercure , eft une ſuite de Tom Jones à
Londres.
Quinze années , ou à peu près , ſe ſont
écoulées depuis que Sophie Weſternn eft
* Il y a une faute eſſentielle à corriger dans le
dernier Nº. , à la fin de l'article Académie Royale de
Mufique. Il faut lice ainh : les décorations...... font
le plus grand honneur à M. Boulay , qui les a exécurées
ſur les deſſins de M. Paris. Les ballets .....
épondent parfaitement à l'idée qu'on a conçue de
M. Gandel te jeune , actuellement Maître des
Ballets.
DE FRANCE.
37
devenue l'épouſe de Tom-Jones . Celui- ci eft
entré dans la Marine, oùs protégé par Milord
Fellamar , il eſt monté au grade de Commodore.
La goutte a haté la vieilleſſe de
Weſternn , qui s'eſt vu forcé de renoncer à
la chaſſe , ſa paffion favorite. Le vieillard s'eſt
retiré dans une terre voiſine de Londres qui
lui a été cédée par Lord Fellamar. Il y vit
avec ſa fille , fa petite- fille Sophie âgée de
quinze ans , M. Alworthy , Miladi Bellaſton ,
Partridge devenu l'époux de Mme Miller ;
& le Lord Fellamar y paffe tout le temps.
qu'il peur conſacrer à l'amitié. Jones , qu'on
appelle Milord Summer , a été mis à la tête
d'une flotte chargée d'une opération importante;
il a cru devoir négliger de ſuivre les
ordres qu'il a reçus du Ministère , &, plein
du ſeul amour de fon pays, il a livré à la
flotte ennemie une bataille qui a été ſuivie
d'une victoire déciſive. Telle eſt l'avantſcène
de Fellamar & Tom-Jones. Pallons à
Paction.
Fellamar aime la jeune Sophie , & il n'ofe
déclarer ſon amour, parce qu'il ſe croit dans
un âge où il eſt difficile de plaire. Il a quarante
ans. Sophie aime Fellamar, & ne crois
pas poſſible que le Lord la trouve digne de
lui. Miladi Bellaſton , ancienne amante &
depuis perſécutrice de Jones , a cherché pendant
quinze ans le moyen de ſe venger de la
preférence que Jones a donnée à Sophie
Weſternn; enfin elle le trouve dans la paftion
que la jeune Sophiea infpirée au Lord. Elle
38 MERCURE.
féduit Partridge,vient à boutde lui perfuader
que Fellamar aime Lady Summer, & qu'il eſt
important de découvrir ce myſtère pour le
bonheurdeJones. Partridge, en conféquence,
fouſtrait le porte-feuille de Fellamar & le
remet à Milady Bellaſton , qui y prend un
billet où le Lord parle de ſon amour pour
Sophie. Sur l'équivoque du nom , la furie
bâtit fou projet ; elle préſente à Weſternn &
àM. Alvorthy la générofité du Lord ſous les
couleurs les plus défavorables. Il a avancé
Jones dans la Marine , premièrement pour
l'éloigner , ſecondement dans l'eſpoir que les
haſards de la guerre pourroient le délivrer
d'un rival dangereux , & le billet volé vient
appuyer l'impoſture & convaincre les vieillards.
Cependant Sophie, qui ne ſe doute de
rien , attend avec impatience le retour de
fon époux ,& s'alarme tous les jours davan
rage de l'affreuſe mélancolie dans laquelle eſt
tombée ſa fille. Elle la queſtionne fur fon
état , elle prie le généreux Lord de découvrir
lacauſede ſon chagrin. Fellamar l'interroge ;
tout annonce le trouble & l'amour de la
jeune perfonne : néanmoins Fellamar ne devinepoint
ſon ſecret. On apporte les papiers
publics; ils annoncent que la flotte du Commodore
Jones a été diſperſée près du port ,
&qu'on le croit péri avec ſon vaiſſeau. Cette
nouvelle dechire tous les coeurs ; Weſternt
ne peut plus ſe contenir ; il éclate contre le
Lord , dont l'inébranlable générofiré ne fe
dément point , & qui , tout accuſé qu'il eſt
DE FRANCE.
39
par des ingrats , ne penſe qu'à ſauver Jones
de lapunition dûe à ſa défobéitſance. Jones
n'a point péri avec fon vaiſſeau; il apprend
le fortquile menace ; il veut pourtant voir
fa famille, l'embraffer & fuir. Il deſcend à
rerre, arrive chez Weſternn, où il trouve tout
le monde dans la défolation ; mais il ne peut
confentir à croire que Fellamar foit coupable.
Un exprès interrompt cette converſation
déchirante; il apporte un billet où l'on donne
avisà Jones qu'il va être arrêté , qu'il n'a pas
un inſtant à perdre , s'il veut échapper au
dangerquilemenace.M.Alworthy engage fon
neveu à ſe retirer; il vale faire, il n'eſt plus
temps. Les gardes de l'Amirauté s'en emparent.
Une partie de la famille ignore ſa détention,&
Lady Summer profite de l'abſence
de fon mari pour fonder encore le coeur de
fa fillequi lui avoue non-feulement fa tendreſſe
pour le Lord, mais encore qu'elle eft
jalouſe d'elle. La tendreſſe raiſonnable de la
mère rétablit le calme dans le coeur de la
jeune perfonne. Jones, conduiràl'Amirauté, a
été jugé&condamné à mort; on a commuéfa
peine enun exil perpétuel. Il vient lui-même
apprendre fon fort à ſa famille : ce qui le tue,
cen'estpasfeulementl'ingratitudedefonpays,
c'eſtplus encore l'indifférence duLord , qui le
premier a figné fon arrêt. Al'inſtant où l'on
éclate contre Fellamar, il entre. On l'accable
de reproches; il écoute avec un fang froid
ſtoïque , & répond enfin que Tom-Jones a
mérité l'animadverfion des foix , qu'il a dûle
40
MERCURE
condamner comme Juge ,& enfuite le ſervir
comme ami. Il lui remet des lettres-de-grace;
la famille tombe à ſes genoux, & le fuit pour
aller ſe jeter aux pieds du Roi. Le Roi reçoit
avec bonté la famillede Jones,& donne pour
lui à Fellamar un brevet d'Amiral qu'il doit
tenir ſecret pendant quelque temps. Tout le
monde eſt àpeu-près heureux; mais il manque
à Jones de s'éclaircir avec Fellamar du billet
fatal. Une converſation entre les deux amis
force le Lord d'avouer à Jones quel eſt le
véritable objet de ſa paffion. Jones eft enchanté
, il peut donc entrer pour quelque
choſedans le bonheur de ſon ami. Le Lord
qui s'obſtine à ne pas ſe croire capable d'infpirer
de l'amour, veut forcer Jones au filence;
mais celui- ci veut à ſon tour interroger ſa
fille. Il la mande, fait cacher le Lord dans un
cabinet , & découvre dans une très- tendre
explication que le Lord eſt aimé. Le Lord
tombe aux genoux de la jeune Sophie ; toute
la famille entre en cet inſtant. Partridge
avone fa faute: Miladi Bellafton , inftruite de
la double explication , s'eſt déjà retirée pour
toujours,& lajoie rentre dans tous les coeurs,
Il y a bien des réflexions à faire fur le
plan de cetre Comédie & fur les refforts qui
en mettent l'action en mouvement. Il nous
paroît d'abord que Milady Bellaiton garde
bien long- temps un projet de vengeance für
lequel elle ne devroit avoir aucun efpoir, & il
eſt bien étonnant que ce projet ait du fuccès
même pendant un infant.Weſternn & Alwor
DE FRANCE. 41
thy ſe croyent convaincus que Lady Bellaſton
leur a dit la vérité , quand elle leur montre
le billet qu'elle a pris dans le porte- feuille
de Fellamar. Ils font bien légers. Ne connoiffent-
ils pas Lady Bellaſton depuis longtemps
? N'ont- ils pas été informés de ſes pre-
:miers attentats contre Jones ? Où a-t-elle
trouvé ce biller ? on ne s'en informe pas. Il
y a deux Sophies dans la maiſon , laquelle
aime-t-il ? Est-ce la mère , eft-cela fille ? Mais
tout le monde a ſu ſon amour pour la mère !
Belle raiſon de le croire coupable ! Le billet
n'eſt écrit à perſonne ; c'eſt l'effufion d'un coeur
qui ſe foulage; il eſt équivoque , donc il y a
du doute. Et quand meme Fellamar aimeroit
encore Lady Summer, s'il ne lui a point parlé
de fon amour, depuis quinze ans , comme
elle le déclare; s'il l'a gardé dans ſon coeur ,
s'il n'a confié fon ſecret qu'à un papier que
lehaſard a égaré ; doit- on , peut-on le foupconner
d'une noirccur , lui , le protecteur de
Jones , le bienfaiteur de la famille , l'ami de
Weſternn , à qui il a cédé , par ſenſibilité ,
une terre qu'il aimoit beaucoup ? Difons le: la
crédu'ité des vieillards nous ſemble très - déraifonnable.
L'obftination de Fellamar à caher
l'amour que lui inſpire la jeune Sophie,
ne nous paroît pas moins fufceptible de reproches.
Ii a quarante ans ; il eſt modeſte &
genéreux , quoique grand ſeigneur ; cela ſans
loute eſt rare, mais poſſible. Que ſa timidité
Le retienne donc pendant quelque temps, à la
bonne heure; mais qu'il n'entende pas ce
42 MERCURE
que lui dit Sophie , quand, en lui parlant de
Sir Harris ſon neveu , elle laiſſe échapper ces
mots : s'il vous eût reſſemblé! qu'il garde le
filence quand on l'accuſe d'etre le per
fécuteur , l'ennemi de Jones, l'amant caché
de fa femme , on ne conçoit rien à cette conduite.
Nous pourrions auili faire quelques
obſervations ſur la rapidité des événemens
qui arrivent à Jones depuis le commencement
du troiſième acte juſqu'à la fin de la
Pièce. Il fait naufrage , vient chez lui , eſt
arrêté , jugé , condamné à la mort , à l'exil ,
obtient fa grace , va remercier le Roi , eft
fait Amiral , tout cela dans le cours de deux
actes & demi. Il nous ſemble que c'eſt reculerun
peu trop les bornes de la vraiſemblance
dramatique. Nous voilà débarraffes
des remarques critiques que nous avions
à faire ; entrons dans le détail de ce que l'ouvrage
a de louable , d'intéreſſant & d'eſtimable.
Le Perſonnage d'Alworthy eft foible , mais
c'eſt le ſeul qui n'ait pas une phyfionomie
bien prononcée. Weſternn eſt tout-à- la-fois
attachant& comique; ſa bruſquerie, fa bonhommie,
ſes regrets ſur les plaiſirs auxquels il
eſt forcéde renoncer, ſa tendreſſe pour ſes
enfans, fon amitié pour Fellamar, ſes vieilles
* Nous en pourrions faire d'autres; mais il nous
ſemble qu'un Critique doit parder des défauts que
tout le monde ne voit pas , & non de ceux que tour
le monde apperçoir.
DE FRANCE. 43
préventions contre la Nobleffe , toutes ces
nuances en font un caractère très- original..
Fellamar amoureux , noble, fier , génereux
ſenſible & toujours bienfaiſant , eſt un perſonnage
qui donne de l'humanité une idée
grande & confolante ; malheureuſement les
modèles en font rares. Lady Summer, bonne
fille , tendre mère , épouſe ſenſible & fage ;
Sophie, jeune , aimable, tendre&courageuſe
contre elle-même à l'âge où les paſſions ſeules
ordinairement font la loi , font deux figures
placées avec art & intelligence dans un tableaudont
elles doublent l'intérêt. Les ſcènes
entre Sophie & Fellamar , entre Lady Sunmer
& Sophie , font faites de main de
Maître; elles font filées avec une intelligence
infinie. Le dénouement fur- tout nous paroît
digne de beaucoup d'éloges. Il eſt prévu des
le milieudu quatrième acte ; car il eſt impoffible
qu'avec un peu d'habitudedu théâtre,
on n'y devine pas que Fellamar époufera
Sophie , & néanmoins il eſt très- intéreſlant.
Les moyens que l'Auteur emploie pour
forcer Fellamar & Sophie à un aveu qu'ils
ont déjà fait devant le ſpectateur , mais qu'at
tendent tous les perſonnages , font auſſi bien
rendus que bien faifis , & le caractère de
paternité qu'y développe Jones , eſt fait pour
plaire aux âmes ſenſibles. Le ſtyle eſt quel
quefois négligé; on yremarque un uſage trop
fréquent des adjectifs qui y accompagnent
fidèlement leurs ſubſtantifs; mais il a de la
noblefſe, ſouventde la fermeté , & quelque-
-
44
MERCURE
:
fois de la Poéfie: le dialogue a de la rapi
dité & de la chaleur. Nous n'examinerons
point ſi cet ouvrage eſt ſupérieur ou non à
Tom-Jones à Londres & à la Femme jaloufe,
mais nous oferons aſſurer qu'il ne peut qu'ajouter
beaucoup à la réputation de M. Desforges.
On doit regarder cet Auteur comme
Phomme le plus capable d'arrêter la chûtedu
genre françois à la Comédie Italienne :fipergama
dextrâ defendi poffent.
ANNONCES ET
NOTICES .1
LA vingt- deuxième Livraison de l'Encyclopédie
par ordre de Matière, paroîtra le Lundi 14 Mai prochain.
Cette Livraiſon ea compoſée du Tome I ,
première Partie de la Médecine , du Tome III ,
première Partie, de l'Hiſtoire Naturel'e , contenant
toute l'Hiſtoire des Poiſſons ; du Toine IV , deuxième
Partie des Arts & Métiers ; du Tome III,
première Partie de l'Art Militaire. Le prix de cette
Livraiſon eſt de 22 liv. en feuilles , & de 24 liv.
brochée. La vingt-troiſième Livraiſon paroîtra fix
femaines après. Les
Souſcripteurs peuvent être aflurés
qu'on donnera cinq Livraiſons cette année ,
ainſi qu'elles ont eu lieu les précédentes années.
Dans ces cinq Livraiſons on comprend deux Volumes
de Planches, dontun compoſe l'Atlas . Il y a
quatre ans qu'on en eſt occupé.
COSTUMES &
Annales des grands
Théâtres de
DE FRA
rapf
rons
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Desme
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S.
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1,
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C
X
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a
)
Parisen Figures au lavis &
ciété de Gens de Lettres &
pour lequel on ſouſcrit à Paris
Bureau , rue Haure feuille,qu
Arcs , nº. f . Prix , l'in- 8 . ;
36 liv. pour laProvince , & lia
&42 liv. pour la Province.
GetOuvrage paroît obtenis
travailler, par de nouveaux e
intereſſant,
DISCOURS pour la Fête
Royale de Saint- Cyr , prono
Dames de Saint Louis, le 27
5. A. R. Madame Elifabeth de
par M. l'Abbé du Serre- Figon
AParis , de l'Imprimerie de CL
Roi , rue de Sorbonne, & fe
Libraire, rue S. Victor , & Lef
duRoufe.
C'eſt ſansdoute une belle id
viſion que d'avoir envisagé cett
fête patriotique & comme fate
penfons, comme le Cenfeur de
écrit avec une ſimpliciténoble &
y reconnoît F'Auteur du Panégy
rète, dont nous avons rendu co
Le Paysan & la Payfann
Dangers dela Vilte , &c , p
Bretonne , 4 Vol. in- 12. Pix ,
Paris, chez la Veuve Duchefne ,
Jacques , près la Place Cambrai
La néceſſité de prévenir ou c
neux l'inconvénient des contre- f
Libraire à réunir ces deux Ouvra
d'uneplus grande correction, il
46 MERCURE
Edicion nouvelle deux autres avantages non moins
importans. Le premier , c'eſt de mestre de ſuite les
événemens des deux Ouvrages , qui ne font réellement
qu'uneHiſtoire, en fupprimant tous les renvois
&toutes les répétitions;leſecond, qui tient au fonds
de l'Ouvrage, c'eſt que le but moral lui paroît plus
fortement exprimé par des Notes fréquentes , & furtout
par la gradation de la corruption du Paylan & de
Ja Payſanne pervertis , exprimée en marge par les pas
qu'ils fontvers la perverfion. Il eſpère auſſique les Lettres
religieuſes& touchantes feront plus d'effet comme
étant mieux amenées ,& frappant ſur des objets plus
préſens, que lorſque les deux Ouvrages du Payſan&
dela Payfanne ſont ſéparés. Reſte à ſavoir ſi, par cette
combinaiſon , ce premier Roman , qui a jouid'un ſuccès
très-mérité , n'aura rien perdu de ſon mérite de
proportion, mérite néceſſaire àtoutes les productions
de l'efprit.
Les Perſonnes qui voudront ajouter les cent vingt
Figures à cette Édition, payeront de plus 15 liv. On
vend toujours ſéparément le Payſan perverti , 4 Vo!.
quatre-vingt-deux Figures, Prix , 18 liv, brochés . La
Pay anne pervertie, 4Vol. trente huit Figures. Prix ,
12 liv. brochés,
NOUVEAU Chocolat gommeux , qu'on ne trouve
qu'a Paris , chez le ſieur Duthu , Marchand Épicier-
Droguiſte , rue Saint Denis , preſque vis-à-vis Sainte
Cpportune,
Beaucour de Perſonnes ayant demandé des éclairciſſemens
fur la nature de ce Chocolat, ſur ſon goût &
ſur ſes propriétés, nous dirons que cet aliment médicamenteux
joirt à l'agrément du goût & à celui du
coup-d'oeil , des propriétés béchiques& adouciſſantes
qui en rendent l'uſage précieux pour les maladies de
poitrine &d'eſtomac , pour le genre nerveux trop
ſenſible,les humeurs acres , &c.
DE FRANCE.
47
On fait ceChocolat à l'eau ou au lait, ainſi que le
Chocolat ordinaire; mais il faut le faire bouillir trèsdoucement,
& pas plus de deux minutes , afin de ne
rien faire évaporer de ſes principes volatils & baliamiques.
Pluſieurs Perſonnes n'étant poirt dans l'uſage d'en
prendre le matin à déjeuner , ont témoigné le defir
d'en avoir en paſtilles pour les manger comme des
bonbons; on prévient que le ſieur Duthu en fait aufli
fous cette dernière forme.
La répuration qu'ont acquiſe les Chocolats de
ſanté & à la vanille du ſieur Duthu ayant déjà
éveillé les contre- facteurs , pour obvier à cet abus ,
chaque livre de ces Chocolats portera ſa ſignature
outre une étiquette avec ſon adreſſe.
LE Sicut DUBUISSON , Marchand de Rouge de
la Reine, de ſociété avec la Demoiselle LANGLET ,
rue des Ciſeaux , près de l'Abbaye Saint Germain ,
vientdedonner auRouge qu'ils fabriquent , un degré
de perfectiondans le coloris qui ne laiſſe rienàdeſis,
rer; ceRouge eſt du plus grand éclat ,& fa qualité
végétaledepuislong tems reconnue,raſſure contre les
dangersquipeuvent réſulter d'une mauvaiſe compofition.
Prix , 6 , 12& 18 liv, le pot.
SIX Duos agréables&faciles pour un Violon &
un Violoncelle , ou pour deux Violoncelles , par M.
Zozime Boutroy, de l'Académie Royale de Mufique
, Auteur du Planiſphère ou Boufſole harmonique.
Prix, 7 liv. 4 fols, - Symphonie à grand
Orchestre, par le même. Pour la commodité des
petits Orchestres , on a mis les ſolo de Haut-Bois
dans les Violons, & ceux des Cors dans l'Alto. Prix,
3 liv. 12 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue Neuve
Saint Denis, au Nom de Jeſus.
La Baſſe étant chiffrée selon les principes du Plat
48 MERCURE
mithèse , les Perſonnes qui defireront en prendre
connoillance trouveront ledit Ouvrage chez l'Auteur.
DEUXIÈME Concerto pour le Clavecin , avec
Violons , Alto & Baffe , Cors & Haut- Bois à volonté,
par M. J. D. Hermann , OEuvre III. Prix ,
6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue d'Anjou , Fauxbourg
Saint Honoré , no . 133 .
NUMÉROS 193 , 94 , 95 & 96 du Journal
d'Ariettes Italiennes , dédiés à la Reine , contenant
une Scène de Cimaroſa. Prix , 3 liv. 12 fols ; un
Air de Bianchi , un de Sacchini & un d'Anfofi .
Prix , 2 liv. 8 fols chaque. L'abonnement pour
vingt- quatre Numéros eſt de 36 liv. & 42 liv. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique de
la Famille Royale, rue Saint Honoré , près ceile de
la Lingerie , à la Règle d'or.
QUATRAIN UATRAINfur
TABLE.
lapertede homet,
M. de Vergennes , 3 Sandfort & Merion ,
Bouts rimés, 4icadémieRoy. de Mufi.
Charade, Enigme& Logogry Comédie Italienne ,
phe,
Zoroastre, Confucius & Ma
9 Annonces &Notices,
APPROΒΑΤΙΟΝ .
11
29
36
ib.
44
J'ai lu ,par ordre deMgi le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedis Mai 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher limpresion . A
Paris , le 4 Mai 1787. RAULIN.
i
JOURNAL POLITIQUE
DE
" BRUXELLES .
DANEMARCK.
De Copenhague , le 7 Avril.
TACommiſſion, chargée d'examiner les
améliorations projettées au fort des payfans,
en leur donnant plus de liberté , &
l'exemption des corvées ſeigneuriales , a
reçu ordre de ſuſpendre ſon rapport. Cet
événement en a amené un autre , dont tout
le monde eſt occupé. M. Erichſen, Conſeiller
des Finances , l'un des principaux membres
de cette Commiſſion, & Protecteur
déclaré de la liberté des payſans , paſſant le
30 Mars ſur le pont qui mene de cette Capitale
à Chriſtianshaven, fit arrêter ſon car.
roffe, ouvrit la portiere , & s'élança dans le
canal. Sur le champ on s'empreſſa à le ſauver
, mais il étoit mort de la chûte.
N°. 18,5 Mai 1787. a
( 2 )
Il exiſte en Norwege une grande miniere
d'argent a Kongsberg , & une miniere de cuivre
à Roraas , que l'on exploite depuis environ un
fiécle & demi . Le bénéfice que l'on en a retiré ,
monte à plus de 36 millions de rixdalers. Indépendamment
de cesdeux minieres, ony en compte
encore to de cuivre , 17 de fer , une de cobalt ,
une d'alun & une ſa'ine.Toutes ces mines rapportent
par an un bénéfice net de plus d'un
million.
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 17 Avril.
La valeur des préſens que l'Impératrice`
deRuffie diſtribuera dans ſon voyage monte
, à ce qu'on aſſure , outre les pelleteries , à
1,200,000 roubles. On ajoute que cette
Souveraine a fait remettre deux millions de
roubles au Roi de Pologne , pour l'indemnifer
des frais de fon voyage.
Pendant l'année derniere , le nombre des batimens
arrivés à Dantzick , a monté à 1,625 ,
dont 707 fur leur left. Ce nombre confiftoit en
152 Anglois , 98 Holandois , 28 François , Efpagnols,
241 Suédois , 410 Danois , 16 Norwégiens,
7de Breme , 8 de Hambourg , ro de Lubeck
, 9 de la Livonie , 19 de Reſtok , 13 de la
Pomeranie , & 1 bâtiment neuf, Les bâtimens ,
qui en ſont fortis, ont été au nombre de 1,011 ,
dont 142 pour l'Angleterre , 50 pour la Hollande,
68 pour la France , 36 pour l'Eſpagne , 214
pour la Suéde , 433 pour le Danemarck , is pour
laNorwege , s pour Breme , 2 pour Hambourg,
pour Lubeck , 8 pour la Livonie , 16 pour
(3)
,
Roflok
Wifmar .
10 pour la Pomeranie , & I pour
De Berlin, le 16 Avril.
Le 6 au foir , le corps de S. A. R. la
Princeſſe Amélis de Pruffe fut déposé à la
Cathédrale, ſans pompe & ſans cérémonie ,
pendant la nuit. Elle n'étoit accompagnée
que des perſonnes de ſa maiſon : elle l'avoit
exigé par une diſpoſition de ſa propre main,
du 14 Février 1780. Les ſeuls fils du Prince
Ferdinand de Pruſſe ſe trouverent à la Ca
thédrale , pour donner à leur tante la derniere
marque de leur artachement. Cette
Princeſſe eſt morte avec beaucoup de fermeté.
D'abord après la mort de ſon frere ,
elle demanda le fauteuil ſur lequel ce grand
Homme avoit expiré , & elle y a rendu
l'ame comme lui.
On aflure que cette Princeſſe a laiſſe
un tréſor de quatre millions de Dhalers
en argent comptant. Elle a fait dans ſon
teftament des penfions à toutes les perfonnes
atrachées à fon ſervice. Cette Princeſſe
avoit répandu beaucoup de bienfaits ,
&entre autres elle faifoit élever à ſes dépens
quinze jeunes gens pauvres , mais de
familles honnêtes. Cet établiſſement ſera ,
diton, continué.
Jacob Piper , payſan , eſt mortà Nevendorf,
dans la rose. année de ſon âge. Sa
poſtérité vivante eſt compofés de 34 individus.
22
( 4 )
La Chambre des domaines de Breſlaw a
fait annoncer , qu'elle diſtribueroit des prix
à ceux qui s'occuperont des améliorations
des fabriques & manufactures du pays.
L'importation des marchandiſes étrangeres
dans la Siléſie , depuis 1780 juſqu'en 1785 :
amonté à la ſomme de 33,338,646 dahlers
&l'exportation des marchandiſes de Siléſie
à40,943,618 .
Le 18, écrit- on de Varſovie, en datedu 28
Marsdernier, les Princes Staniflas & Joſeph
Poniatowski , neveux du Roi , prirent congé
de S. M. , & partirent de Berdiczew pour
Kiof. Le 19 , le Roi coucha à Pawolocz :
le Prince Potemkin , le Comte de Stakelberg
, le Comte de Braniki & le Prince de
Naſſau ſe trouverent à l'arrivée de S. Mà
Zaſtow ; le lendemain 20 , le Roi arriva à
Kiof. Les troupes Ottomannes ſe renforcent
à Oczakof, Bender , Iſmailow & Brailow ,
&ferment le paſſage ſur le Dnieſter à ceux
qui viennent de la Moldavie.
La Princeſſe Frédérique , fille ainée du
Roi , vient d'être nommée Abbeſſe de
Quedlinbourg , à la place de la Princeſſe
Amélie.
De Vienne, le 16 Avril.
Enfin l'Empereur s'eſt mis en route pour
la Crimée , le 11 de ce mois. Comme Sa
Maj . ſe rend en droiture à Cherſon , elle a
( 5 )
du ſuſpendre ſon départ , juſqu'à ce que
l'impératrice de Ruſſie fût près de quitter
Kiof. D'ici , notre Monarque ſe rend à
Brunn; le 12 elle partira pour Olmutz; le
13 pour Altſchein; le 14 pour Pializ; le 15
pour Podjurze; le 16 pour Wielicza ; le 17
pour Bochnia; le 18 pour Dembicko; le 19
pour Janiflaw , & le 20 pour Lemberg. De
cette derniere ville où S. M. ſéjournera 48
heures , elle dirigera ſa route ſur Brody ,
d'où elle compte arriver à Cherſon enhuit
jours.
Le Cardinal de Franckenberg , Arche
vêquede Malines , eſt reparti pour les Pays-
Bas.
D'après des lettres de Conſtantinople du
10 Mars , la Porte , ferme dans ſes refus ,
continuoit les plus grands préparatifs ; elle
avoit ordonné qu'on payât trois mois de
folde aux Janiſſaires : on parloit enfin de
porter les forces de terre à 200 mille hom. ,
qui ſe rendroient à Siliftrie où on leur tra
ceroit un camp .
Suivant des nouvelles plus récentes du
25 Mars , un bruit vague couroit à Conftantinople
, que le Capitan-Pacha avoit été
entierement défait par les Beys , & pris luimême
dans le combat.
«Un des politiques de cette Capitale , a
>> offert de parier dernierement ix ducats
>>contre un , que l'Empereur ira juſqu'à
>>Cherſon , ainſique l'Impératrice de Rudies
a3
( 6 )
»que cette Souveraine s'y fera couronther
>> folemnellement ; & que la fublime Porte
>>y enverra un Pacha à trois queues , pour
>>>honorer la fête & complimenter leurs
>> Majestés Impériales.
Les 12 vieillards , auxquels l'Empereur
a lavé les pieds le Jeudi ſaint , comptoient
enſemble 992 ans.
L'Empereur a donné des ordres pour
abattre les bois & arbuſtes dans les iſtes entre
Semlin & Belgrade. Ces ifles favoriſent
beaucoup le commerce de contrebande.
Le 29 Mars, le Confiftoire Archiepifcopal
de Prague a fait prendre poffeffion du
Cercle d'Egra, qui juſqu'à préſent avoit fait
partiedudioceſede l'Evêché de Ratisbonne.
On écrit de Neuſaz en Hongrie , qu'un
ouragan terrible, qui a commencé le 13
Mars, &duré pendant 6 jours confécutifs ,
y a causé des dommages conſidérables.
Pluſieurs bâtimens chargés de blé & de
bois ont été engloutis fur le Danube.
On prétend qu'il s'eſt pailé une affaire
ſanglante près de Caffa entre un Corps de
Ruſſes & les Tartares , mais ce bruit exige
confirmation .
De Francfort , le 21 Avril.
Hier , écrivoit-on de Buckebourg , en
date du 28 Mars, nous fûmes pendant quelque
temps dans les plus vives allarmes . Le
LieutenantGénéral de Losberg avoit reçu
( 7 )
avis , que le régiment Pruffien deWaldeck
& 2 bataillons de Grenadiers é oient en
marche, l'un venant de Minden , les autres
de Halberstadt. Il fe mit auſſitôt en état de
défenſe , fit rappeller de la campagne les
Huſſards & les Chaſſeurs , pour les placer
aux poſtes avancés; des canons furent po'ntés
àl'entrée des portes , & tout fut prêt à
faire la plus vigoureuſe réſiſtance , lorſqu'on
vint annoncer que c'étoit une fauffe allarme
, & que les troupes , qu'on difoit en
pleine marche , n'étoientpas forties de leurs
quartiers..
Le 2 de ce mois,le Conſeil Aulique a
arrêté , au nom de l'Empereur , d'ecrire au
Landgrave regnant de Hefe Caffel , « qu'il
>>n'ignoroit pas que dans les années 1753 ,
» 1756 & 1757, les enfans da feu Comte
>>Frédéric Erneste de la Lippe-Alverdiſſen
>>avoient été reconnus pour être de même
>>condition que leur pere , & maintenus
>>dans la poffeffion de l'héritage pater-
>>>nel , ſauf au Landgrave de ſe pourvoir
>> au Péritoire s'il le jugeoit à
>> que le teu Landgrave , ſon précédeſſeur ,
>>avoit accordé l'inveſtiture des pays de la
> Lippe Schaumbourg à Philippe - Erneſte
>>de la Lippe Alve diſſen; que ce Land-
>> grave avoit laifſé prendre paiſiblement
» en 1777 à ce même Philippe-Erneste la
>>poſſeſſion de ces pays ,& qu'il avoit con-
>> firmé en 1780 le contrat de mariage di
, propos;
a 4
( 8 )
>>Comte Philippe Erneste avec la Princeſſe
>> de Heſſe - Philipſthal , dans lequel cette
>>> Princeſſle avoit été établie, le cas échéant ,
>> tutrice des enfans qu'elle auroit , & ré-
>>gente de tous les pays de Schaumbourg ,
>> poſſédés par fon époux , & qu'enfin lui-
>> même avoit laiſſé jouir tranquillement ce
>>Comte Philippe - Erneste de toures ſes
>>poſſeſſions juſqu'à ſa mort arrivée le 13
>> Février dernier; que S. M. I. avoit appris
>>avec ſurpriſe que le Landgrave s'étoit em-
>> paré à main armée , le 17 Février , de
>> tout le Comté de Schaumbourg , appe
>> tenant à la maiſon de la Lippe , contre la
>> teneur de la paix publique &de celle de
>>> Westphalie , qu'il avoit forcé les ſerviteurs&
les ſujets de cette maiſon à lui prê-
>> ter le ferment de fidélité , & qu'il s'étoit
>> approprié toutes les caiſſes& les archives ;
>> que S. M. déſapprouvoit ce procédé arbi-
>> traire du Landgrave , qu'elle annulloit la
>>priſe de poffeſſion dudit Comté de
>>Schaumbourg , comme contraire aux loix
>> fondamenta'es de l'Empire , & qu'elle lui
>> ordonnoit de reſtituer à la Comteffe-
>>> douairiere , comme tutrice de ſes enfans ,
> les archives & toutes les caiſſes , & de
>> remettre les choſes ſur le même pied où
>> e'les étoient avant le 17 Février , ſous
>> peine d'y être contraint par les Princes-
>> Directeurs du Cercle du Bas Rhin & de
>> Westphalie , qui y feront autoriſés ſuffi-
>> ſamment.
(و )
La ſeconde partie de ce Décret porte en
ſubſtance :
>>MM. les Directeurs des Cercles ſeront fans
doute informés de la maniere illégale dont Mr.
le Landgrave s'eſt conduit vis-à- vis de la comteſſe
Douairiere de la Lippe.Schaumbourg. S.
M. I. , en qualité de Chef ſuprême de l'Empire ,
& comme chargé du maintien de la paix publique
&c. , a fait , ſous la date de ce jour,
ſentir àMr. le Landgrave , toute l'incongruité
de ſa démarche , en lui ordonnant , après avoir
caffé & annullé tout ce qu'il a fait dans l
Comté de la Lippe-Schaumbourg , d'en faire
inceſſamment ſortir ſes troupes &c.
* Au cas que contre toute attente , Mr. le
Landgrave n'obtempere pas inceſſamment -
cet ordre, S. M. I. charge gracieuſementMrs
les Directeurs des cercles de réunir leurs forces
pour l'y obliger à ſes frais &c. , leur enjoignantde
faire afficher ces Patentes , de protégerà
l'avenir efficacement la Comteſſe de la
Lippe-Schaumbourg , ainſi que ſon fils , &d'informer
S. M. I. dans deux mois , tout au plus
tard, de la maniere dont ils auront exécuté
ceci. Qu'il fos: notifié à tous les ſujets de la
Lippe-Schaumbourg. que S. M. les releve du
ſerment qu'ils ont été forcés de prêter à Mr.
le Landgrave de Heſſe-Caffel , & que c'eſt à
la Comteſſe Douairiere de la Lippe-Schaumbourg
, comme Tutrice de ſon fils & leur ſeule
Souveraine , qu'ils devront à l'avenir foi , hommage
& obéiſſance. S. M. I.ſe flatte que les
dits ſujets s'y prêteront de bon gré. Ceux qui
s'y refuferont devant s'attendre à être punis
rigoureuſement.
En vertu de ce Décret, le Landgrave a
as
( 10 )
retiré, le6de ce mois , pluſieurs Régimens
du Comté de la Lippe Schaumbourg, &
les a répartis dans le diſtrict de ce Comté
qui lui appartient depuis long-temps. Les
deux ſeuls régimens de vieux &jeune Lofberg
font encore à Buckebourg & dans les
Bailliages qui endépendent.
Le Comte de Walmoden - Gimborn ,
Grand-Ecuyer, Général des troupes de l'Electeur
d'Hanovre , & Chef des Gardes du
Corps , a été élevé à la dignité de Prince du
S.Empire.
LeBaron de Dalberg a obtenu le 14 , à
la pluralité des voix, la Coadjutorerie de
l'Evêché de Worms , dont l'Electeur de
Mayence eft Evêque regnant.
On écrit de Bâle , que le 23 Mars , la
Princeſſe épouſe du Prince de Waldeck ,
Général au ſervice de l'Empereur , y eft
accouché d'une Princeſſe, nommée au baptême
Chriftine Frédérique Augufte.
Le Roi de Pruffe a nommé le Major Gé
néral de Lengerfeld , Inſpecteur de tous les
enrôlemens militaires qui ſe feront enAllemagne
pour le ſervice Pruſſien. Ce Général
ſe trouve actuellement dans cette ville.
Pendant l'année derniere , dit le Docteur Buf
ching, le nombre des mariages dans Évêché
d'Osnabruck s'eſt élevé à 1,291 , celui des naiffances
à4,784, & celui des morts à 4,441 ; beaucoupd'enfans
font morts de la petite vérole. Suivant
le même Ecrivain , on a comptédepuis 1774
juſqu'en 1783 incluſivement, 5,750 mariages ,
( 11 )
23,291 naiſſances& 17333 morts. Dans le Comtéde
la Lippe ,il s'eſt trouvé parmi les naiſſances
767 enfans illégitimes , ce qui fait le trentieme
des naiſſances. Dans le nombre des morts on
enacompté 41 qui ont pouffé leur carriere de
90 à 100 & plus. Les mariages , les naiſſances
& les morts de deux Communautés depuis
1774 juſqu'en 1780 manquent dans cet
état.
UnJournal politique fort eſtimé vient de
publier pluſieurs lettres de M. Fabricius ,
datées de Kiel , Octobre 1786. Ces lettres ,
que l'Auteur a compoſées d'après ſon Journat
de voyage en Ruffie, ont pour objet les
villes de Pétersbourg & de Copenhague .
Voici un extrait de celle concernant Pétersbourg.
«Cette ville , quoique mal ſituée , est trèsconſidérable
aujourd'hui par ſon étendue. Elleparoîtaſſezbien
peuplée, mais pas à beaucoup près ,
comme elle pourroit l'être . Les grandes & magnifiques
entrepriſes de l'Impératrice & le luxe
de ſa Cour n'ont pas peu contribué à y augmenter
la population , qui par cela même , ne
peut être conſidérée que comme précaire , n'étant
pas fondée fur ce qui conftitue les moy ne
permanents de ſubſiſtance , les fabriques & le
commerce. On porte communément cette po
pulation à 200,000 ames ; mais je penſe qu'elle
n'excéde pas 120,000 , y compris fa garniſon
qui est comporte de 20,000 hommes Il est vrai
que les états desRégimens en fourniffent un plus
grand nombre; maisdesRégimens ne font jamais
complets en temps de paix. Le comm.ree
de cette ville eſt à peu près dans la même hou
a6
( 12 )
tion où étoit celui de tout le Nord au temps de
Ja Ligue des villes Anſéatiques. Les Etrangers y
importent leurs marchandiſes , les vendent euxmêmes
, achetent les productions Ruſſes & les
exportent auſſi . Les commiſſions ſont mêmes entre
les mains des Etrangers , qui à la vérité ſont
établis à Pétersbourg , mais dont la plupart retournent
dans leur patrie , après avoir amaſſé
quelque fortune. Il eſt vrai que l'on a commencé
à établir des Négocians Ruſſes & que l'on a accordé
pluſieurs avantages aux bâtimens nationaux
; mais ces Négocians n'ont ni liaiſons , ni
crédit au-dehors , & les marins Ruſſes ne ſont
pas encore affez inſtruits dans l'art de la navigation.
Selon toutes les apparences , il faut au
moins encore un fiécle avant que la Ruſſie ſoit
en état d'exporter elle-même ſes productions &
d'importer les marchandiſes étrangeres dont elle
a beſoin. Parmi les Négocians , les Allemands
font les plus nombreux, les Anglois , les plus
riches & les plus chers à la Nation. -Le com
merce des Ruſſes en Chine , par les caravanes , a
ceſſé entiérement depuis 1781. Les Ruſſes y portoientdes
pelleseries , & prenoient en retour dos
thés &d'autres marchandises; ils gagnoient beaucoupdans
ce trafic . On attribue à la dureté & à la
hauteur des Officiers & Employés Ruſſes l'anéantiſſement
de ce commerce avantageux , que l'on
ne pourra rétablir que très-difficilement . La Ruffie
ſe voit obligée aujourd'hui de tirer de la Hollande
& de l'Angleterre les marchandifes Chinoiſes
dont elle a beſoin . - La balance du
commerce de la Ruſſe eſt difficile à déterminer.
Si l'on confulte les regiſtres des Douanes & les
calculs de Guidenſtadt , elle paroît être en fa
faveur ; mais ces états ne font pas connoître le
commerce frauduleux qui eſt conſidérable en
( 13 )
}
Rußie. D'ailleurs , les marchandiſes qui y en
trent , ont une valeur beaucoup plus forte que
celles qui en ſortent , & qui ne conſiſtent que
dans des productions brutes & groſſieres. Le défautdu
numéraire & le grand nombre des billets
de Banque qui font encirculation , font préſumer
que la balance du commerce n'est pas en ſa
faveur. »
ESPAGNE.
De Madrid , le 6 Avril.
DonAntoineAlcedo , Capitaine des Gardes
Eſpagnoles , qui travaille au Dictionnaire
des deux Amériques , a reçu ordre du
Roi de reſter à Madrid pendant neuf mois ,
fans faire de fervice , S. M voulant lui
donner le temps & le loiſir de finir un orvrage
auſſi eſſentiel.
Le Confulat de Cadix , avons nous dit
précédemment , a fait préſent au Comte de
Fernand Nunez , Miniftre de notre Cour à
Lisbonne, de deux tableaux, dont l'un repréſente
le naufrage du S. Pierre d'Alcantara
, & l'autre les travaux des plongeurs
qui en ſauvent la cargaifon. La maniere
dont le Miniſtre a accueilli ce préſent , eft
conſignée dans une lettre qu'il a adreſſée au
Conſulat de Cadix , le 17 Janvier dernier ,
&dont voici l'extrait.
>> J'ai reconnu à ma très- grande ſurpriſe , que
les barres qui ſoutiennent les cadres , aing
que les anneauxdeſtinés à leur collocation ,
>>font d'or maſſif ; & j'ai ſu depuis que leur
בכ
( 14 )
valeur étoit de 120 mille réaux de vellon,
Quoique cette magnificence caractériſe ſans
>>doute la manière noble de penſer de votre
>>>illuftre Corps , elle ne ſaurait augmenter à
>> mes yeux la valeur d'un don déjà fi précieux
>> pour moi par les témoignages ſi flatteurs qui
>> l'accompagnent : confidérant d'ailleurs que
cette ſomme eſt le fruit du malheur des
>> infortunés & eſtimables Sujets de votre auguſte
Souverain , il m'a paru plus juſte de la faire
>ſervir à leur confolation : c'eſt ce qui m'a
>> engagé à la deſtiner à la ré-édification d'une
>ancienne maiſon de charité , qui a ſubſiſté dans
> ma Ville de Fernand-Nunez , & que le temps
>> à détruite , & à commencer l'ouvrage d'un
>> cimetiere public , que j'avois depuis long-
>> temps fait le projet de faire bâtir ſur une
élévation, qui eſt dans les environs. L'expé-
>> rience de ces deux dernieres années , pendant
>> leſquelles cette ville a tant ſouffert des épide-
טנ
mies , qui yont regné, augmentoit journelle-
>>ment mon defir d'y faire ces deux établiſſemens
, que je ſouffrois de n'avoir pu y faire
encore.
3>Quant aux deux Tableaux , ils ſeront conf
>> ti'ués dans ma maiſon , par voie de ſubſti
>> tution , pour y perpétuer àjamais le ſouvenir
> de l'événement , ainſi que celui de ma reconnoiffance:
j'en ferai faire deux Gravures par
>un Artiſte de notre Académie de S. Fernando ,
> pour en former deux Eſtampes , dont l'une
>portera letitre de Malheur imprévu , & l'autre
le Bonheur inattendu. C'eſt ainſi qu j'aurai
la fatisfaction de rendre public lemérite du
>>P>eintre ,& le témoignage de ma reconnoif-
>> fance. Dès que cet Ouvrage ſera fini , je
vous en ferai paſſer pluſieurs exemplaires ,
( 15 )
!
pour qu'ils foient diſtribués parmi les prin.
>cipaux d'entre nous>>
La Police a fait arrêter une compagnie
de filoux , qui avoit des correſpondans &
des confreres dans différentes villes du
Royaume, où les bijoux volés ſe vendoient
avec plus de ſécurité pour la ſociété. On
en a pris so &quelques receleuſes. Le Capitaine
les a trahis , & pour prix de la dénonciation
il a été renvoié libre.
On apprend d'Alicante , que depuis l'arrivée
de M. d'Expilly , il eſt entré dans ce
port une ourque & un chebeck venant
d'Alger avec 300 eſclaves rachetés , & que
la Cour de Naples a fait avec cette Régence
une treve de trois mois, & qu'on y
traitedu rachat des eſclaves de ce Royaume.
Lesdernieres lettres duPérou & de Buenos-
Ayres annoncent le naufrage d'un vaiſ
ſeau de la Compagnie des Philippines dont
on ignore la cargaifon. こ
M. de Fernand Nunnez , notre Ambaffadeur
en Portugal , vient dêtre nommé
pour remplacer à Verfailles le Comte d'Aranda
qui revient àMadrid.
ITALIE.
D'Ancone, le 25 Mars.
Suivant les nouvelles les plus recentesde
la Boſnie , la ville de Scopié , dans la Ro(
16 )
mélie, a failli d'être le théâtre d'un affreux
carnage. Le Pacha rébelle de Scurari s'étant
emparéde Scopié , en avoit donné le
commandement à un affaflin, nommé Batal.
Inſtruit de cet événement , le Grand-
Seigneur envoia le Pacha à trois queues ,
Gouverneur de la Romélie , pour chaffer
les rébelles de cette place. Celui-ci expédia
à Scopié l'ordre d'y tenir prêts les vivres
néceſſaires pour ſa perſonne & pour fa
Cour, ainſi qu'il eſt d'uſage dans ces circonſtances.
Au lieu d'obéir , le Comman .
dant rébelle déchira le papier qui contenoit
l'ordre, & fit répondre qu'il étoit plus dif
poſé à raſſembler une armée de 40 mille
hommes , qu'à exécuter ce qu'on demandoit.
Le Pacha irrité fit alors notifier aux
principaux habitans , qu'ils euſſent à ſe déclarer
ou pour le Souverain , ou pour le Pacha
de Scutari . Dans le premier cas , il exigeoit
en preuve de leur fidélité la tête de
Batal; dans le ſecond, il les menaçoit de
paſſer au fil de l'épée tous les habitans audeſſus
de 9 ans. Ceux- ci s'étant concertés
engagerent Batal à ſe rendre à leur affemblée
, où ils lui couperent la tête , qui fut
auflitôt envoiée au Pacha de Romélie , & la
ville rentra ſous l'obéiſſance du Grand- Seigneur.
Les troupes de Batal tenterent quelques
mouvemens : mais elles furent contenues
& miſes en fuite par les gens du pays.
On ajoute que ce même Pacha s'eſt mis
auſſitôt en marche vers Scopié avec des
,
( 17 )
forces conſidérables & un grand train d'artillerie
: ces préparatifs font croire qu'il a
deſſeind'affiéger la ville de Scutari .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 21 Avril.
L'Envoyéde Tripoli , qui ſetrouvoit icidepuis
quelque tems , s'eſt embarqué ſur la frégate
le Carysfort, avec les préſens du Roiau
Bey; préſens qu'on évalue à quinze mille livres
ſterl.
Les deux Chambres du Parlement , qui
avoient pris leurs vacances pendant les fêtes
dePâques , ſe ſont raſſemblées le 16.
Le 18 , le Chancelier de l'Echiquier demanda
la permiffion de préſenter un Bill
qui autorisat les Lords de la Tréſorerie , à
affermer la taxe ſur les poſtes aux chevaux
àtels adjudicataires qui ſe preſenteroient.
Cette demande fut accordée ſans difficulté ;
mais il eſt probable que le Bill occafionnera
de grands débats. Dans la même Séance,
M. Brett , Lord de l'Amirauté , propoſa
une adreſſe au Roi pour le ſupplier d'augmenter
les penſions accordées aux veuves
des Chirurgiens & Bas Officiers de la Marine
; ces penſions , de 20 liv. ſterl. , ne
ſuffiſant pas à leur ſubſiſtance. La motion
futacceptée.
Le même jour 18 , M. Francis produiſit
une nouvelle charge contre M. Hastings ,
( 18 )
relative à l'ufurpation de Zémindarats dans
le Bengale. La moitié du difcours de l'Orateur
roula ſur ſes affaires perſonnelles & fur
P'hiſtoire de ſes inimitiés avec M. Haftings. II
apprità la chambre que ,lorſque lui , M. Francis
, avoit été envoyé comme Membre du
Conſeil à Calcutta , il avoit la plus haute eftime
pour l'Accuſé ; mais que cet Accuſé
ayant différé d'opinionaveclui, il s'enfuivoit
Timpoſſibilité qu'ilne fût pas un déprédateur ,
un brouillon ,unſcélérat , puiſque lui étoitun
parfaithonnête homme. Il ajouta qu'en effet
il s'étoit battu en duel avec l'homme qu'il
pourſuivoit; mais qu'on étoit le meilleur ami
de celui avec qui l'on ſe battoit , lorſque le
combat n'avoit pour objet ni une maitreſſe ,
ni une rivalité décidée; que par conféquent ,
puiſque laſeule guerre des Marattes avoit armé
fonbras contre M. Haſtings , un ſi noble
ſujet de querelle étouffoit toute idée de refſentiment,
poſtérieur àl'inſtant où elle avoit
été vuidée ; qu'enfin , ayant été bleſſé & renduà
la vie par ſon antagoniſte , il n'avoit pas
cru pouvoir mieux lui témoigner ſa reconnoiſſance
, &, fur-tout , le feu de fon patriotiſme
, qu'en le harce'ant d'altercations ,
d'accufations,de libelles ,&d'intrigues pendant
fix ans. Toute extraordinaire que cette
conduite pouvoit paroître , la Chambre n'y
verroit que mieux la pureté de ſes intentions ,
la vérité , ſon zele , & la vertu d'un homme
public. It est vrai qu'on l'avoit accuſé de n'avoir
tracaffé & calomnié M. Haſtings au
!
Bengale & en Angleterre, que par déſeſpoir
de n'avoir pu lui arracher ſa place , d'acoir
manqué le projet de lui ſuccéder , de s'être
fait expulferde la direction de la Compagnie
des Indes; mais fon caractere étoit au deſſus
de pareils ſoupçons: & l'on ſavoit bien qu'il
n'étoit pas homme àſe laiſſer entraîner par de
ſemblables motifs.
Après cet exorde d'une demi-heure, M..
Francis développa fon accufation , dont le
fommaire eſt que les Zémindarats étant des
eſpeces de fiefs ou de tenures inamovibles ,
& qui ſe tranfmettoient d'une génération à
P'autre , M. Hastings étoit ſouverainement
coupable d'avoir difpofé du revenu des Zémendars
, en les affermant à des Exacteurs ,
ſes protégés. Cette queſtion politique del'étenduedudroitdesZémindarats
fut enviſagée
très differemment par M. Pitt & d'autres ;
mais , nonobitant leurs argumens , ce Chef
d'accuſation fut admis à la pluralité de ſeize
vox; 71 contre ss ayant opiné à le recevoir.
Le 19 la Chambre des Pairs entendit une ſeconde
lecture du bill relatif au Traité de commerce
conclu avec la France , & à la conſolidasion
des droits. Le Comte de Coventry fit l'apologie
du bill , & termina fon diſcours par la
morior que le bill fût mis en comité . Cette
mot occafionua de violens débats. Plufieurs
Pa Meter Pautres le Vicomte de Stormont ,
présendiren ffociation des deux objets
téunis dans le bill ét it 'n atentat formel confre
laconflitution; l'ordre conftant& invariable
( 20 )
de la Chambre portant littéralement ce qui
fuit Annexer aucune motion étrangere au
>> bill d'aide ou de ſubſide , eſt un acte anti-
>> parlementaire & deſtructif du principe de la
>> Conſtitution ». Mais malgré ces argumens &
beaucoup d'autres , la motion paſſa à la pluralité
de 70 voix contre 29 .
Différens états de finance furent mis , ce
jour 19 , fur le Bureau de la Chambre des
Communes , entr'autres , celui du fond d'amortitlement
aus Avril 1787; d'où il réfulte
que les ſommes , exiſtantes dans cette caiffe
àla diſpoſition du Parlement , montent à
1,226,072 1. 10 fols 11 deniers &demi ſterl.
Aujourd'hui M. Pitt ouvre le Porte-feuilledes
finances , dont les différens comptes ſéparés
ont paſſe ſous les yeux de la Chambre.
Apeine le Miniſtere a-t-il annoncé dans le
Parlement d'Irlande la concluſion prochaine
duTraité avecle Portugal,que le commerce
a embraſſé avec avidité cette nouvelle branche
de négoce. Le 7 de ce mois , plus de
12000 pieces de toiles ont été enregiſtrées à
la Douane pour Porto. Elles ſeront embarquées
ſur quatre bâtimens qui ſe préparent
àmettre inceſſamment à la voile.
Le Parlement d'Irlande n'attend plus
pour terminer la ſeſſion que le projet d'une
éducation publique , propoſé par M. Orde.
Ce traité avec le Portugal eſt , dit on ,
terminé. La principale difficulté qu'il a rencontrée
, a été le choix de l'année d'après
laquelle on formeroit le tableau du com
( 21
merce entre les deux nations. La Cour de
Portugal propoſoit l'année 1785 ; le Miniſtère
Anglois , l'année 1783 ; enfin , on a
reconnu que l'année la plus recente donneroit
les baſes les plus sûres. En prenant une
année moyenne , la balance ne s'eſt trouvée
favorable à l'Angleterre , que de 90,000 liv.
fterl. Le Portugal a ſenti qu'il étoit de ſon
intérêt de s'en tenir à l'eſprit du traité de
Methuen.
En conféquence du nouveau Traité , les
droits ſur les vins de Portugal , à leur entrée
enAngleterre , feront diminués de 161.
ſterl. par tonneau , réduction qui doit faire
baiſſer de deux ſchelings le prix de la bouteille
de vin de Portugal.
On prérend que M. Pitt propoſera , à
la rentrée du Parlement, de réduire pendant
quelque temps les droits ſur les vins
d'Eſpagne , d'Iralie & de Hongrie , & de
mettre un impôt additionnel de trois pour
100furtoutes les liqueurs ſpiritueuſes importées
de Hollande dans la Grande-Bretagne.
Le 10du mois prochain eſt le terme fixé
pour l'abolition des anciennes taxes fur les
eaux de vie , vins , rhums de l'Étranger , &
pour l'établiſſement des nouveaux droits.
Les Chiens , les Chevaux anglois , dit le
PublicAdvertiſer , ſont devenus un objet de
commerce aſſez important en France. Dans
l'eſpace d'un mois, il a été débarqué plus de
300 couples de Chiens ; les droits n'étant
( 22 ) ...
que de deux fols par tête , à leur importation.
LesChevaux font également courus à Paris .
D'après des avis certains , il eſt conſtant
qu'au commencement de Mars dernier , il y
avoit en cette ville 679 Chevaux anglois en
vente , & que le 3 de ce mois , il n'en reftoit
que 19 d'invendus.
Le Docteur Herschell a preſque achevé
fon nouveau teleſcope. Il aura plus de 40
pieds de long , & 4 pieds 9 pouces de diametre:
l'on aſſure que ſa puiſſance ſurpaſſera
cellede tous les télescopes faits juſquà ce
jour. Outre les deux ſatellitesdu Georgium
Sidue, découverts dernièrement , cet Aftronome
eſpère , à l'aide de ſon nouvel inttrument
, appercevoir pluſieurs autres fatellites
de cette planette.
Le Comité ſecret , formé à l'Hôtel de la
Compagnie des Indes , a examiné avec la
plus grande attention les papiers & les té .
moins touchant l'affaire de M. Haftings.
Lord Macartney a été interrogé le 14 ,
M. Middleton pareillement , & avec la plus
ſcrupuleuſe attention. Le Comité ne fera en
état de faire fon rapport que dans dix jours ;
M. Burke du moins a demandé le 17 un
répi à la Chanibre des Communes , qui , ce
jour-là , devoit entendre le rapport de ce
Comité.
Le Jugement de M. Haſtings par la
C' ambre haute pouvant être regardé comme
arrêté , & méme to mant aujourd'hu. le
( 23 )
deſir de l'illuſtre accufé , on nous faura gré
de dire quelque choſe des formes uſitées
dans cette circonſtance. Voici celles qu'on
fuivit en 1709 , ſous la ReineAnne , lorfque
le Docteur Sacheverel fut décreté par
les Communes , devant la Chambre des
Pairs , pour avoir ofë prêcher en chaire le
dogme de la non-réſiſtance aux Ros , &
leur pouvoir comme émané de la Divinité ;
propoſitions qui le firent condamner à la
pluralité de 17 voix .
Les Communes envoient d'abord un Meſſage
aux Lords , pour leur annoncer qu'elles ont accuíé
N... de certains crimes & malverſations, &
qu'elles produiront les articles ſpécifiques de l'impeachment
, lorſqu'il en ſera temps ; que l'accuſé
eſt ſous la garde du Sergent d'armes , & prêt à
être remis ès mains de l'Huiſſierà verge noire (1 ).
Les Lords nomment alors un Comité qu'ils
chargent d'examiner de quelle maniere il doit
être procédé ,&de leur en faire le rapport.
Après ces préliminaires , qui durent néceſſairement
quelques jours , les Communes envoient
les articles de l'impeachment , au nom des Chevaliers
, Citoyens&Bourgeois de la Grande Breta-
-gne, aſſemblés enParlement ,& au nomde toutes
Les Communautés du Royaume.On fait alors lecture
de l'impeachment dans la Chambre des Pairs ,
après laquelle l'accuſé eſt remis ſous la garde de
'Huiffier à verge noire.
Il paroît à la Barre , où il ſe met à genoux :
c'eſtdans cette poſture qu'on lui lit les articles .
Cela fait, le Lord Chancelier lui demande ce
qu'il a à dire pour ſa juſt fication ?
(1) Officier de la Chambre des Pairs.
( 24 )
L'accufé demande alors qu'il lui ſoit donné
copie des chefs d'accuſation ; qu'il lui foit accordé
un temps convenable pour y répondre ; un
conſeil pour l'affifter , &c . &c . Enfin il demande
àêtre élargi fous caution.On commence par décider
ces premiers points.y
Lorique le tems fixé pour répondre eſt expiré ,
l'accuſé ſe rend à la Barre de la Chambre des
Pairs , où il remet ſa réponſe àgenoux. On en
fait lecture , & l'original eſt envoyé aux Communes
, qui prennent cette réponſe en conſidération
, & la rendent enſuite , en déclarant qu'elles
ſont prêtes à fournir leurs preuves.
Les Lords fixent alors un jour pour commencer
l'inſtruction du procès. Les Communes leur font
ſavoir qu'elles ſont prêtes ,& requierent que L. S.
faflent préparer des fiéges convenables à la Barre
pour leurs Députés.
La Chambre des Pairs préſente une Adreſſe à
S. M. pour la fupplier de donner des ordres pour
qu'il ſoit érigé un amphithéâtre dans la ſalle de
Westminster , pour y faire l'inſtruction du procès.
Lorſque tout eft prêt, les Lords en font part
aux Communes. Les Juges ont ordre d'affifter au
procès. Les témoins font appellés , & toute autre
affaire eſt ſufpendue , tant que le procès d'impeachment
dure.
Le jour du procès , les Pairs ſe rendent à leur
Chambre en robes de cérémonie , ſe mettent en
prieres , & s'ajournent à la falle de Westminster ,
où ils ſe rendent de la maniere ſuivante.
Les Greffiers , Ics Rapporteurs de la Cour de
Chancellerie & les Juges ouvrent la Proceffion .
L'Huiſſier à verge noire vient enſuite , & les
Lords marchent doux à deux , felon leur rang.
Le Sergent d'armes précéde le Lord Chancelier ,
&
( 25 )
&reſte dans la Chambre pour annoncer l'ouver
ture de la Séance.
Arrivés d'ans la ſalle , le Chancelier demande
laChambre de permettre que les Juges ſoient
couverts. Ou mande alors le priſonnier à la
Barre , où il ſe met à genoux juſqu'à ce qu'on
lui ordonne de ſe lever. On fait la lecture de
l'impeachment , de la réponſe de l'accuſé , & de la
réplique des Communes , & on leur annonce
qu'elles peuvent adminiſtrer des preuves de leurs
allégations.
Les Membres de la Chambre des Communes
doivent ſe trouver dans la ſalle avant que les
Lords yarrivent. Il n'y a que les Pairs& les Juges
qui puiſſent étre couverts.
Toutes les avenues de la ſalle ſont gardés ,
&perſonne n'y peut être admis fans des billets ,
qui ſont diſtribués par le Lord Chambeilan .
Enfin , on procéde à l'inſtruction du procès ,
qui s'inſtruit en pluſieurs Séances , & le jugement
eſt rendu à la réquisition de l'Orateur des
Communes.
Lorſque l'accuſe n'eſt point Pair du Royaume ,
le Chancelier préſide au procès ; mais lorſque
c'eſt unPair , le Roi nomme unCommiſſaire qui
fait lesfonctionsdeGrand-Sénéchal d'Angleterre .
On a fort bien obſervé que,quelle que foit
l'iſſue de ce procès , elle fera honneur à la
Conſtitution Britannique. Si M. Haſtings
eſt abſous , e'le prouvera que ni le mérite
desplus grands ſervices , ni le crédit , ni les
richeſſes nepeuvent touſtraire un Adminiftrateur
à l'examen que la Nation a droit de
lui faire fubir. S'il eſt condamné , elle prouvera
que ces mêmes conſidérations font
N°. 18,5 Mai 1787. b
(126. )
(
impuiſſantes à faire prévaloir un exemple
d'intpunité , qu'il eſt pernicieux de donner
en faveur des gens en place.
On voit encore dans la ville de Leiceſter,
la maiſon où Richard III paſſa la nuit qui
précéda le jour de la bataille de Bofworth ,
&l'on conſerve dans les archives de cette
ville , une anecdote qui prouve combien ce
Prince étoit défiant.
Un lit de bois extrêmement lourd & embarraſſant
, étoit toujours conduit à la ſuite de Richard
parmi ſes bagages , ſous prétexte qu'il
ne pouvoit dormir que dans ce lit. Il y avoit
fait pratiquer des couliſſes à ſecret , dans lefquelles
il metroit ſon argent , qui étoit caché
ſous ne piece de bois creusée , qui avoit l'air
d'être fort lourde , & qui l'étoit auſſi par ce
qu'elle renfermoit. Après la journée fatale où
Richard fut vaincu par le Duc de Richmond ,
ſes troupes entrerent dans Leiceſter , & tous les
partiſans de Richard furent pillés , mais le lit en
queſtion échappa à la rapacité du vainqueur ,
comme un effet inutile & de peu de valeur. Le
propriétaire de la maiſon ayant découvert quelque
tems après le tréſor caché , devint tout-àcoup
riche & opulent , ſans que l'on pât en
deviner la cauſe. Il acheta des terres , & parvint
enfin à la dignité de Maire de Leiceſter.
Quelques années après, la femme de cet homme ,
devenue veuve , fut aſſaffinée par ſa ſervante ,
qui avoit été miſe dans la confidence , & la
trouvaii e ne fut connue du public que par
Pinſtruction du procès de cette femme & de fes
complices.
Le Morning Chronick vient de rappor
( 27 )
ter une anecdote du dernier ſiecle , qui a
donné lieu , je crois , àje ne fcais quel Roman
, & que nous traduitons dans ſa ſimplicité
hiſtorique.
Pocahusta étoit fille de Powhatan , Chef d'une
Tribu de Sauvages dans la Virginie ; le pere
d'un caract.re aktier & féroce; ta fille au contraire
d'une ame tendre & beaucoup plus ſenfible
que ne l'ont bien des femmes des pays
policés de l'Europe.
Elle étoit dans ſa douzieme année , lorſque
le Capitaine Smith , Officier Anglois plein de
bravoure , d'intelligence & d'humanité , eut le
malheur d'être pris par les ſauvages. Il étoit
parfaitement connu de ces peuples , qui le redoutoient
& l'eſtimoient également. En effet ,
quo que l'intérêt de ſa propre conſervation l'eût
quelquefeis obligé de prendre les armes contre
ces barbares , il avoit ſouvent interpoſe avec
ſuccès ſa médiation entr'eux & les Anglois.
Le Chef ſauvage ſe porta envers ce brave
Officier aux derniers excès de l'arrogance & de
la cruauté. Le Capitaine Smith fut promené en
triomphe dans toutes les Tribus , traité magnifiquement
pendant ce voyage , & envoyé au ſupplice
immédiatement après ſon retour .
Le moment fatal étant arrivé , le captif fut
étendu ſur la terre. La pierre qui devoit faciliter
l'exécution avoit été placée ſous ſa tête ,
&le Tomack étoit déjà levé , lorſque Pocahunta
ſe précipica ſur le corps du Capitaine , & le
ferrant étroitement dans ſes bras , s'écria : Si
vous le tuez , c'est moi qui recevrai le premier
coup ! Ces mots furent accompagnés d'un torrent
de larmes. Le pere , tout impitoyable qu'il
étoit , ne put réſiſter à ce ſpectacle , la nature
b 2
( 28 )
& l'humanité reprirent leurs droits fur fon
coeur , & le Capitaine Smith dut la vie à la
ſenſibilité d'un enfant. Néanmoins par un caprice
digne de Powhatan , il mit à cette grace
une condition qui la rendoit à-peu-près nulle.
Il exigea du Prisonnier qu'il lui procurât une
certaine quantité de munitions , quoiqu'il ne
voulût ni le relâcher ſur ſa parole , ni même
lui permettre d'écrire un mot à ſes amis , pour
leur apprendre où il étoit. La ſagacité du Capitaine
Smith lui ſuggéra cependant un moyen de
ſe tirer d'affaire. Il dit a Powhatan que ſi quelqu'un
de ſes ſauvages vouloit porter une planche
à James Town , il lui feroit trouver fous
un arbre , à jour nommé , tous les articles
qu'il demandoit. Le Barbare y ayant conſenti ,
M. Smith traça en peu de mots fur laplanche
la poſition où il ſe trouvoir.Le Meffager s'acquitta
de fa commiffion , & Powhatan ayant en
effet trouvé ſous l'arbre déſigné les articles en
queſtion , Smith fut conſidéré dans tout le pays
comme un magicien.
Quelques Papiers rapportent l'hiſtoriette
fuivante.
Un indigent ayant été derniérement ramaffer
du bois dans une forêt voiſine d'Hydepark , vit
unGentilhomme bien mis , ayant une épée au
côté & une cocarde à ſon chapeau , qui ſe promenoit
d'un air triſte & rêveur. Ce pauvre homme
croyant que c'étoit un Officier qui venait là
pour ſe battre en duel , ſe cacha derriere un
rocher. Le Gentilhomme s'approcha de cet endroit
, ouvrit un papier qu'il lut d'un air fort
ému & qu'il déchira. Il tira enſuite un piſtolet
de ſa poche , regarda l'amerce & battit la pierre
avec une clef. Après avoir jetté ſon chapeau à
( 19 )
?
zerve , il appuya le piſtolet ſur ſon front ; l'a
morce prit , le coup ne partit point. L'homme
qui s'étoit caché , s'élança ſur l'Officier & lui
arracha fon arme à feu ; mais celui ci mit l'épée
à la main & voulut en percer ton libérateur qui
lui dit tranquillement : « Frappez ; je crains aufli
- peu la mort que vous , mais j'ai plus de cou-
>> rage. Il y a plus de 10 ans que je vis dans les
>> peines & dans l'indigence , &je laiffe àDieu
>>> teul le ſoin de mettre la fin à mes maux.
LeGentilhomme , frappé de cette réponſe , refta
un moment immobile , verſa des larmes &
tira ſa bourſe qu'il fic accepter à cet honnête
vieillard , lui promettant de profiter de ſa leçon .
Il prit enſuite fon nom & fon adreſſe , & lui fit
jurer de ne faire aucunes perquiſitionsà ſon ſujet.
FRANCE.
De Versailles , le 27 Avril.
Le 17 de ce mois , Leurs Majestés & la
Famille Royale ont ſigné le contrat de ma
riage du Vicomte de Wal, Officier au régiment
du Roi , Infanterie , avec Demoifelie
de Chabor.
L'Abbé de Fénélon a eu , le 17 , Thonneur
de préſenter au Roi les deux premiers
volumes des oeuvres de Fénélon , dont Sa
Majesté avoit daigné agréer la dédicace , &
qui font imprimés par Didot l'aîné.
L'Evêque de Limoges a, le 4 du mois
dernier , prêté ferment, entre les mains de
Monfieur, en qualité de premier Aumônier
L b3
:
( 30 )
decePrince , en ſurvivance de l'Evêque de
Seez ; il a eu , le même jour , l'honneur d'être
préſenté, en cette qualité , au Roi & à
la Reine , par Monfieur.
Le 21 de ce mois , le Comte Falque de
Montchenu , le Comte Alexandre de Rava
bere, le Comte de Florian de Kergorlay &
le Baron d'Anſtrude , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi, ont eu celui
de monter dans les voitures de Sa Majesté
&de la fuivre à la chaſſe.
Le lendemain , la dame de Lamoignon
&la Marquiſe de Fleury ont eu l'honneur
d'être préſentées au Roi , à la Reine & à la
Famille Royale , la premiere par la Baronne
deMontboiffier , &la ſeconde par la Ducheſſe
de Fleury.
Ce jour , le Duc d'Harcourt , Gouverneur
de Monſeigneur le Dauphin , a , en
cette qua'ité , préſenté à Leurs Majestés le
'Chevalier d'Allonville,Maréchaldes Camps
&Armées du Roi , & le Chevalier du Puget
, Meſtre -de- Camp d'artillerie . Sous-
Gouverneurs de Monſeigneur le Dauphin ;
l'Abbé de Moncroc , Grand-Vicaire de
Langres , & l'Abbé Corbin , ſes Inſtituteurs ,
&l'Abbé Buiſſon , ſon Lecteur.
:
La Cour a pris le deuil , le 26 de ce
mois , pour onze jours , à l'occaſion de la
mort de laPrinceſſeAnne Amélie de Pruſſe ,
Abbeſſe de Quedlinbourg , tante du Roi.
De Paris , le 2 Mai.
Lettres patentes du Roi , du 6 Décembre
( 31 )
1786 , regiſtrées en Parlement le 19 Janvier
1787 , concernant la réciprocité à érablir
entre la France & les Etats du Prince-
Evêque de Bâle , par rapport à la Juriſprudence
des Faillites .
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du re
Mars 1787 , qui fixe l'ouverture du Chapitre
ordinaire des Cordeliers de la Province
de France , au 18 Juin prochain .
Idem , qui ordonne que les Conſtitutions
nouvelles des Cordeliers , & Bref du Pape
ſur icelles , du 9 Août 1771 , enregiſtrées au
Parlement de Paris , feront inceſſamment
préſentées aux divers autres Parlemens du
Royaume , pour y ſubir la même formalité.
Lettres-Patentes du Roi , en forme d'Edit >
du mois d'Août 1785 , regiſtrées en Parlement
le 17 Février 1787 ; par lesquelles Sa Majefté
fait don à Mgr. le Comte d'Artois , à titre &
par ſupplément d'apanage , de la mouvance fur
les Terres de Saint-Valery & Roc-de-Cayeux ;
diſtrait cette mouvance du Comté d'Amiens , &
l'um't au Comté de Ponthieu .
Idem, du mois de Février 1786 , regiſtrées en
Parlement le 17 Février 1787 ; portant don à
Mgr. le Comte d'Artois , à titre & par ſupplément
d'apanage , des Domaines & Seigneuries
de Doullens & de Montreuil- for-Mer.
Arrêt du Conſeil d'Erat du Roi , & Lettres-
Patentes fur icelui , données à Versailles le 19
Février 1787 , regiſtrées en la Cour des Aides
Je 14Mars audit an ; qui augmentent les déductions
accordées aux Propriétaires , Vignerons
...
b4
( 32 )
&Laboureurs ſur les boiſſons provenant de leurs
récoltes.
L'Etat général de la population du département
de Flandre & d'Artois pour l'année
1786 , préſente un total de 31903 naiffances
, dont 16323 garçons & 15581 filles.
Le nombre des mariages eſt de 7697 , &
ce'ui des morts dans lemême département ,
a été de 27340 , dont 13939 hommes &
134-1 femmes. Il y a eu 136 profeffions relig
euſes. La population de la ville de Lille
en particulier , néanmoins comprife dans
l'état général ci-deſſus ) donne un réſultat
de 2814 naiſſances & 1945 morts. Le nombre
des mariages a été dans cette ville de
603. Comparaiſon faite du préſent état
avec celui de 1785 , il réfulte que la population
eſt augmentée de 2779 individus.
Nous recevons du dioceſe de Tulles , la
Lertre ſuivante , que nous nous empreffons
de rendre publique .
« Le nommé Albert, de la petite villed'Eg'e-
>>>tons en Limoufin , annonce depuis long-tems
>des diſpoſitions qui étonnent & qui n'aurcient
>> beſoin que d'un guide zélé & charitable pour
>> en faire une eſpece de prodige dans plus d'un
> genre.
» Ce jeune homme, fils d'un marchandde vin,
→→→ qui n'a pu lui laiſſer qu'à peine de quoi vivre ,
>>ayant cinq autres enfants pour partager une for-
>>>tune très médiocre , a perdu la vue à l'âge de
>trois ans .
>>>Tous les ouvrages manuels , quelque com
>>>pliqués qu'ils ſoient, lui paroiſſent faciles , & if
>> en eſt peu qu'il n'exécute.
( 33 )
Il travaille au tour , en menuiserie, & ilfait
>>>des tables de toilette ,de petites commodes ,
>> des boëtes fermant au ſecret , des métiers à rédes
rouets à filer le coton des échevaux
à engrenages , il ſe ſert facilement de l'équerre
»&du compas .
zeall ,
>> Il ſculpte en bois , il fait des coquillages ,
> des oiſeaux , il imite parfaitement les figures
>groteſques qui nous vi ennent d'Allemagne &
>>>d'ailleurs.
» En fer , il n'eſt rien qu'il ne faſſe avec la
>> lime. L'horlogerie ne lui eſt point étrangeres ,
>> il raccommode les pendules , & remet , avec
>>>autant de préciſion que defolidité , les dents
>> qui peuvent leur manquer.
Il fait en os différens petits ouvrages très-
>>>agréables : dans ce moment , il vient de finir
>un pupitre à ſoutenir des feuilles de muſique ,
>>& qu'on peut appeller le chef-d'oeuvre d'un
>> aveugle.
•Ce pupitre eſt d'une délicateſſe extrême : il
>> eſt formé de quinze pieces ou lames réunies
>> par des goupilles avec roſettes , d'une fineſſe
>> exceſſive: il ſe plie dans un étui qui fait lui-
›même partiedela machine en lui ſervant de
>> baſe. Cet étui n'a que trois pouces&demi de
>> long , fur ſept lignes de large.
Ouvert & déployé , il a ſept pouces de lar-
>> geur , fur neuf pouces de hauteur.
Deux fleurs de lys avec un coeur , le tout
» en cuivre , ſont au ſommet & en réuniſſent
les parties.
>>>Il joue encore paſſablementde pluſieurs inf-
> trumens , il en a fait même quelques-uns ,
>> entr'autres un pfaltérium , dont il ſaiſit le me-
>>> chaniſme , en une ſeule fois qu'il eût occaſion
>> d'en toucher.
bs
( 34 )
> Indépendamment des diſpoſitions fi mar-
>> quées pour les travaux manuels, cet aveugle
en annonce infiniment pour ceux de l'eſprit ,
>& depuis qu'il a entendu parler des foins gé-
* néreux que ſe donne M. Haüy pour l'édu-
:
ca ion des aveugles , il envie le fortdes éleves
>> de ce Philantrope zélé & bienfaiſant ; ma's
>> ſes moyens ne lui laiſſent pas entrevoir la
>> poſſibilité de jamais jouir de ce précieux &
>>>conſolant avantage.
» Si la Société Philantropique de Paris pou-
>>>voit cependant porter ſes bienfaits juſques
>> dans les Provinces , Albert en ſercit vérita-
>>>b>lement digne» .
BARGY , Curé d'Eglettons.
DAMBERT, Juge & Subdélégué de la petite
ville d'Eglettons.
L'annonce que nous avons faite dernierement
d'une Société de bienfaisance , à Vendôme
, d'après le deſir de cette Société , que
nous ne connoiſſons en aucune maniere , a
donné lieu à quelques reſſentimens ſur le
lieu meme, &à des explicarions qu'on nous
priede rendre publiques, ce que nous allons
faire, fans entrer le moins du monde dans
cette controverſe.
« Les Vendômois ſont enchantés d'apprendre
>>>par une lettre du 13 Février 1787 , inférée
>> au Mercure de France polit.art. Paris , 14 Avril
» 1787 , Nº. 15 , qu'il y a une Société établie
dans leur ville ſous le nom de Société
de Bienfaisance .
>>Mais ce n'eſt pas le tout que d'étre bien-
>>faisant , il faut être vrai.
>> 10. La miſere n'eſt point extrême , dans ce
>moment à Vendôme. MM. les Curés , les Ma(
35 )
!
1
>>giftrats , Monſeigneur l'Evêque de Blois ,
>>>M. l'Intendant d'Orléans , les premiers de fa
ville en ſeroient inſtruits & y remédieroient .
>> 28. Il eſt faux qu'il y ait plus de 1500 pauvres
infcrits fur les regiſtres des Curés.
3°. Il n'y a point de femmes qui accouchent
>>>ſur la paille , fans linge , fans bouillon , &
>> leurs enfans ne meurent point fans ſubſiſtance.
>> Qu'on me cire le hameau le plus barbare ,
& le plus fauvage , où proportionnellement à
>> la maniere de vivre , une accouchée ſetrouve
>>dans un tel abandon , je ſouſcrirai à cette im-
>putation
>>Mais à Vendôme , où la claſſe du peuple la
>>>plus indigente eſt la plus compatiſſante , où
>>>les Curés reſpectables font inſtruirs fur-le-
>> champ du beſoin des malheureux , où dans
chaque quartier il ſe trouve des femmes zélées
& atives , des dames aiſées & charitable ."
>>>4°. Qu'il y ait des dames de la ville qui
ſe raſſemblent tous les premiers vendredis
de chaque mois pour recueillir des charités :
>> on l'ignoreit ; & c'eſt pour elles un éloge.
>>> Que ce ſot déſormais une leçon , un encou-
>> ragement , il pourra avoir fon utilité.
>> Mais qu'on ne vienne pas dire que latroi-
> ſieme portion de ces charités eſt pour les
>>Chirurgiens , les Accoucheurs & les médica-
Je ſuis autorité mens àdémentir cette ..
>>>affertion , foit pour le paſſé , ſoit pour l'avenir.
Elle répugneroit à ieur charité & à leur
> déſintéreſſement.
>> S'ils font dans le cas de répandre gratuite-
>ment les bienfaits de leur profeſſion , ils ne
>> demandent pas qu'on prenne la trompettepour
>>>les publier ; mais avancer qu'on les paie des
deniers deſtinés aux charités , c'eſt contre ce
b6
( 36 )
>menſonge que leur délicateſſe leur preſcrit de
>> réclamer.
>> Les dames charitables qui cachent avec
tant de ſoin la main qui donne , doivent être
aufli choquées de voir l'oeuvre de leur bien-
>> faiſance dévoilée , que MM. les Bénédictins
»& les PP. de l'Oratoire , de ſe voir louer
de venir au ſecours des femmes en couche:
>>>Les bienfaits fans nombre de ces Communau-
>> tés Chrétiennes & reſpectables , dédaignent
>> avec raiſon une publicité qui tiendroit d'une
adulacion indécente , & fi contraire à leur
>>> modeſtie.
BEAUSSIER DE LA BAUCHARDIERE , Médecin
de MONSIEUR , Frere du Roi , Correſpondant
de la Société Royale de Médécine.
A Vendôme , ce 22 Avril 1787.
Meſfire Charles-François-Emmanuel de
Nadau du Treil , Ecuyer , Sieur du Treil ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , ancien Gouverneur de la Guade
loupe, eſt mort à la Grandterre de ladite
ifle, dont il étoit natif, le 2 Janvier dernier
, âgé de 83 ans 8 mois & demi , pere
d'une nombreuſe poſtérité, diftinguée par le
luftre de ſes alliances & par ſes ſervices militaires
, que ceux de ce nom ne ceſſent de
rendre dans les Colonies , depuis plus de
150 ans.
Emeric-Joſeph de Durfort , Duc de Civrac,
Baron de Lalande , Comte de Blaignac
, Chevalier des Ordres du Roi , Chevalier
d'honneur de Madame Victoire de.
France , ci-devant Ambaſſadeur de S. M. à
Naples , à Veniſe , & auprès de l'Empereur
( 37
ப
&de l'Impératrice-Reine, eſt mort à Paris,
le 8 du mois dernier .
Les Numéros ſortis au Tirage de la
LoterieRoyale de France , le 1 de ce mois ,
font: 82 , 44, 46, 88 & 62 .
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 30 Avril.
L'examen des droits du peuple , pour
lequel il a été queſtion de nommer des
Commiſſaires , dans la Province de Hollande
, n'offre pas une tournure favorable
, & entraînera probablement quelque
événement déciſif. La partie armée de la
Bourgeoisie d'Amſterdam ayant obligé la
Régence de cette ville à rappeller trois
des cinq Députés aux Etats qui avoient voté
contre le gré des Patriotes ; ces trois
Conſeillers ont remis aux Etats un Mémoire
juſtificatif; & malgré toutes les raifons
du Parti contraire , l'Ordre Equestre
&les neuf villes qui votent avec lui , ont
fait décider que ce Mémoire feroit pris en
conſidération..
D'après cette réunion de la Majorité des
Régens contre le Parti Patriote , on a tra
vaillé à renouveller ce Conſeil lui même.
En confequence ceux des Bourgeois armés
qui adhérent au Patriotiſme , ont demandé
le 21 à laRégence ,& par une Requête formelle
, la démiſſion de neuf Conſeillers qu
leur font ombrage. Dans cette Requête ils
parlent au nom de la chere Patrie, de la liv
( 38 ) 1
berté inestimable , de la sûreté de la Ville &
du repos public ; enfin de tout ce qui leur eft
plus cher & plus précieux : & ils concluent
par exiger que les neut Conſeillers abandonneut
leurs charges , afin que les Bourgeois
puiffent retou ner dans leurs maisons avec
ce contentement parfait auquel ils ont droit
de prétendre. Le Conſeil damiterdam a répondu
qu'il n'étoit pas en droit de dépoſer
ainſi ſes propres Membres , & que cet Acte
feroit contraire à la hoi fondamentale de
1658 .
Il vient de ſe former à la Haye une
Société , com, oſée de quatre claſſes , dont
la premiere compte quelques Membres de
l'Ordre Equestre Lejeune Comtede Bentinck
de Rhoon , fils du Seigneur de même nom, qui
fit la révolution de 1748 , en eſt le Préſident.
Certe Société doit faire contre poids aux
Affociations Patriotiques; il s'en forme de
pareilles & fur le même plan à Amſterdam ,
à Rotterdam & en d'autres villes .
La nouvelle Régence d'Utrecht vient de
défendre formellement aux Receveurs des
deniers publics de la ville & de ſon district ,
de verſer aucuns deniers dans la caiſſe des
Etats à Amersfoort , ce qui les mettra peut.
être , ſi cette meſure a quelques ſuires ,hots
dé at de payer leur quore part à la Généra
livé. Du reſte , certe ville d'Utrecht est toujours
dans la même ſituation : on vient d'ordonner
de n'ouvrir les portes qu'à 7 heures
( 39 )
:
1
du matin, & de laiſſer ſeulement le guichet
ouvert pour les gens de pied.
Un quidam , habillé en Heyduque, portant
un large fab e à ſon côté , & mine rebarbative ,
parcouroit les environs deGroningue , & alloit
de village en village, répandant parmi les
payſans , tantôt qu'il étoit envoyé du Roi de
Pruffe , tantôt commis par le Prince d'Orange ,
pour leur annoncer que dans peu ils verroient
arriver quelques milliers d'hommes pour mettre
les Patriotes à la raiſon , & établir Mgr. le
Stadhouderdans tous ſes droits. Quelque grotesque
que für une telle miffion , & l'homme qui
en paroiffoit chargé , le menu peuple , qui n'y
regarde pas de ſi près , s'attroupoit autour de
kui , & groffiffoit peu a peu ſa ſuite. Accueilli ,
fêté chez les payſans , il commençoit a prendre
une certaine conſiſtance , & l'on ne fait trop
ce qui en ſeroit reſulté, ſi les bons Citoyens
n'euffent enfin ouvert les yeux fur cette farce
inconcevable. La juſtice s'étant miſe à ſes troufſes
, deux fergens voulurent mettre la main
fur lui dans un village où ils le rencontrerent
après bien des recherches; mais le Miſſionnaire
mettant le ſabre à la main ſe défendit fi vaillamment
qu'il ſe débarraſſa des deux gens de la
police , & gagna au pied. Il auroit probablement
réuſſia ſe fauver , ſi le Corps Franc d'un
village voiſin ( Winschoten ] averti à tems
n'eût envoyé ſur le champ douze hommes
commandés par un Caporal , & bien armés ,
qui tombant à l'improviſte ſur le furibond, l'obligerentde
ſe rendre àdiſcrétion. Il a été conduit
à la priſon criminelle , & il ne tardera
pas probablement à recevoir le prix de ſes
ſervices (Gazette d'Utrecht ) .
Hier , M. Dhom , Miniſtre de laCout de Pruſſe,
( 40 )
écrit-on de Bonn- le 12 Avril, & l'Envoyé de la
Cour Palatine ſe ſont rendus en cette ville pour
prendre avec Son Alteſſe Electorale quelques
metures touchant l'affaire de Heſſe-Caffet , & l'on
eſt convenu que ſi le Landgrave ne ſe conformoit
point aux intentions du Cercle, ainſi que de l'Empire
en général , on feroit mar her 10 mille hommes
de troupes Pruſſiennes , 2 mille des troupes
Palatines & 1200 hommes des troupes de Munſter.
Ces réſolutions n'auront pas de ſuites , fi, comme
'on le dit , fans aucune voie de force , le Landgravea
fait fortir les troupes du Comté de Buckebourg.
« Le Jugement de la commiſſion du Châte-
>>let de Paris , dans l'affaire de MM. Tourton
> & Ravel , a été ſuivi d'un ſurfis de huit jours
>> que ces banquiers ont obtenu pour prendre
>>>des arrangemens avec les porteurs de lettres-
>>de change falfifiées. Pendant cet intervalle ,
> les autres Banquiers , tant étrangers que na-
>>>tionaux , ſe ſont occupés de l'importance de
> ce Jugement pour la Jurisprudence des lettres-
>> de- change ; il paroît en réſulter le danger
>de mettre la signature des accepteurs à la
merci de tous les fauſſaires adroits ; & ce
danger imminent a fait la matiere d'une con-
> férence tenue avec les premiers Banquiers de
> cette Capitale . On afſure qu'il en eſt réſulté
>> un Mémoire très- intéreſſant & très- lumineux ,
» qui a été remis au Miniſtre ; & pendant l'exa-
> men qui en va être fait , on accorde un nou-
>>>veau ſurſis à l'exécution du Jugement de la
Commiffion . La précaution d'accepter les
>>>lettres-de-change , remédie bien en partie au
danger des falifications; mais on croit qu'il
feroit important d'adapter , en faveur de la
>>sûreté publique , la loi d'Angleterre , qui in
( 41 )
>>flige la peine de mort contre tout homme
>> qui altere un billet de change , & on aſſure
que le Gouvernement va s'occuper de ce
>>p>oint eſſentielde légiſlation criminelle. M. de
Mirbeck , célebre Avocat au Conſeil , a
rédigé le Mémoire des Banquiers , qui va
>>>paroître ſur cette matiere.
Le jardin du Palais-Royal va réunir une
>nouvelle décoration.Le grand quarré de gazon
>>> ſera converti en une grande falle , creusée
>> à 15 pieds en terre , & élevée de pieds au-
>>deſſus du fol. Des colonnes & des vitrages
- entoureront cette falle : elle ſera couverte
>enplomb , & au-deſſus ſeront placés des oran-
>>gers , qui formeront des allées entourées d'une
balustrade & de banquettes; un canal entourera
le tout. Dans l'intérieur de la ſalle , le
>> célebre Ecuyer Aſtley fera ſes exercices dans
>>la faifon convenable de l'année; & pendant
>>> l'hiver , cette ſalle ſervira de promenade
>> chaude & commode pour le public ».
On répand le bruit que l'Impératrice de
Ruſſie proje te de rendre la Couronne de
Po'ogne héréditaire , & de l'aſſurer à fon
petit-fils le Prince Conſtantin. Les lettres de
Varſovie, fans faire mention de ceste conjecture
, contiennent les détails ſuivans ſur
ce qui ſe paſſe à Kiof.
Les dernieres nouvelles de Kiof nous ont confirmé
que le Roi eſt parfaitement rétabli du
voyage , durant lequel il a été obligé de faire
une partie du chemin à pied , à cauſe des routes
abſolument gâtées par les glaces & la pluye. La
réception que lui a faite l'Impératrice deRuſſe,
a été conforme aux ſentimens d'amitié dont elle
Thonore;& entre autres preuves qu'elle lui ena
( 42 )
données , eſt la franchiſe de tous droits accor
dée aux productions Polonoiſes , qui pafferent
par le port de Cherſon. La préſence de deux Souverains
à Kiof , & l'attente d'un troiſſeme , y
ont attiré entre autres trois Grands -d'Espagne ,
les Princes de Ligne , de Naſſau & de Belmonte.
Quoique la cherté de toute eſpece de vivres
& de commodités augmente chaque jour , elle
ne diminue en rien laconſommation journaliere
d'un ſi grand nombre de perſonnes du premier
rang , peu accoûtumée à ſe paſſer des objets de
luxe ou de fimple agrément . L'on affure que
l'Impératrice a chargé Madame la Comteffe
Branicka , Epouſe du Grand-Général de ce nom
& niece du Prince Potemkin , du ſoin d'approviſionner
ſa table à raiſon de cing mille roubles
par jour. Cependant la difette n'eſt pas le ſeul
désagrément qui empeche que la joie & la farisfaction
foient pures & complettes à Kiof. L'on
avoit remarqué que le Feld-Maréchal Comte
de Romanzow , vivant éloigné de la cour , netoit
pas fort lié avec le Prince Potenkin. le
ſéjour de l'Impératrice dans la Province , dont le
premier de ces ſeigneurs a le Gouvernement ,
les ayant raſſembles tous les deux à Kiovie ,
l'on croit avoir remarqué des traces de mefintelligence
; & l'on prétend que le Comte de
Romanzow ſe plaint de la deſtitution de plufieurs
anciens Officiers , dont il connoit le mérite, &
qui ont été remplacés par des jeunes gens , eſtimés
, il est vrai , peut- être , à jufte titre , par
le Prince Potemkin , mais qui manquent encore
d'expérience & de réputation militaire. Une ſeconde
circonstance de la même eſpece , c'eſt le
refroidiſſement entre notre Roi & le Prince
Adam Czartoryski , qui s'est rendu à Kiof avec
* les autres chefs du parti oppoſé à notre monarque
...
( 43 )
Nous negarantiſſons pas les rapports répan
dus au ſujet de la réponſe que lui a fait l'Impératrice.
Des intérêts majeurs ſemblent occuper
aujourd'hui cette Souveraine , ſi l'on en doit
juger par le nombre d'exprès , qui arrivent à
Kiof, & qui en partent tous les jours. Les Avis
qu'on a reçus touchant les diſpoſitions de la
Porte, n'ont point apporté de changement à
cellede notre Cabinet . L'époque approche fans
doute , où elles pourront ſe développer.
Le fameux Comte de Cagliostro , qui a
abandonné ſubitement l'Angleterre , fe
trouve aujourd'hui , dit on , à Bienne en
Suitſe , où il va tenter de ſe ré nir au Pafteur.
Lavater de Zurich , pour établir une
nouvelle Jérusalem , & d'autres inſtitutions
dont on parle en ces termes dans une lettre
d'Allemagne.
... Le magnériſme ou plutôt le fomnambu-
>> lifme ſe propage rapidement ici , tandis que
.M. Lavater cherche à accréditer ces idées
>> par les correſpondances ſecrettes qui ne le
>>>ſontpourtant que pourles profanes , & fur tout
>pour ſes partiſans; on it blit par- tout des leges
où on s'occupe à faire des proſelytes magnéti-
.>> feurs & magnétiſés. Il y a des loges à Caris-
" rche , Mannheim , Deux- Ponts , Mayence ,
>> Breme. Les gens fenfes s'en moquent , mais
" il y a des endroits où il eſt dangereux de
-> rire de ces ſottiſes , parce que les amis réunis
cherchent par tout à gagner d'abord les
>> hommes puiſſans , & cabalent contre les
incrédules . Il y a déja par - ci par là
* des fomnambules qui ne d'fent pas ſeu-
>> lement quelle médecine il faudra prendre
>> pour guérir , mais quel article de foi il faut
-
( 44 )
>>>adopter pour n'être pas damné. Per- ci par-là
>> les tomnambules dans les pays proteftans of
>donnent aux malases de prendre de l'eau bé-
>>> nite, & à le soumettre à des cérémonies du
>> culte catholique pour guérir. Un grand nom-
>>>bre de gens les plus éclairés de l'Allemagne ,
>> qui jou ffent d'une réputation diftinguée , ſe
font déclarés hardiment contre cette nou-
>>> veauté nuiſible à la ſanté , aux moeurs
Wieland a écrit un excellent morceau ſur le
>magnétiſme. Il a fait grande fenfationenAlemagne
, attendu que Wieland eſt du petit
>> nombre des écrivains Allemands dont les ouvrages
font lus par les gens du monde.
Parag, extraits des Papiers Angl. & autres.
:
?
১
On mande de Calcutta en date du 21 .
O&obre 1786. un fait qui prouveroit que le
Tigre ne fuit pas toujours à l'approchedu feu .
Un petit Navire de Ganjan , ayant eu une
traverſée plus longue qu'on ne s'y étoit attendu ,
manqua d'eau & de provifions. étant près des
l'Iſſe Saugar ,fix Européens ſe rendirent à terre
pour aller à la recherche de proviſions fraiches.
Ayant trouvé des Cocos , il s'engagerent un
peu avant dans l'Iſle pour en ramaſſer. La nuit
étant venue , & le Navire étant à quelque diltance
, ces fix perſonnes crurent qu'elles pouvoient
paſſer la nuit dans une vieille Pagode
qu'elles trouverent fur leur chemin , au lieu
de retourner à bord. Elles allumerent un grand
feu à l'entrée , & convinrent que deux d'entre
elles feroient à leur tour la garde pendant la
nuit , & donneroient l'alarme en cas de danger ,
( 45 )
précaution que la ſolitude du lieu leur fit regarder
comme néceſſaire. Le fort tomba ſur un
orfevre& graveur de cette ville, qui ſe trouvoit
avec eux. Dans le milieu de la nuit , un
Tigre s'approcha & s'élança , en ſautant par
deffus le feu, fur ce malheureux jeune homme .
Cet animal féroce donna de la tête contre le
mur de la Pagode , ce qui les renverſa l'un
& l'autre; ils roulerent fur le feu deux ou
trois fois fans que le Tigre lachât priſe. Dans
la matinée , ſes compagnons trouvérent à quelque
diſtance , les os des cuiſſes & des jambes
de cetre malheureuſe victime entiérement dépouillésde
chair. Gazette d'Utrecht nº 34 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS. GRAND CHAMBRE .
CAUSE entre la demoiselle D... , les enfans naturels
du ſieur B... les héritiers maternels duſieur
B... fils Et le ſieur B... pere , héritier des
meubles de fonfils. Fille séduite parunhomme
marié , dommages-intérêts demandés& accordés .
penfion alimentaire demandée pour des bâtards
adultérins , contre laſucceſſion du pere naturel.
L'opinion de l'Auteur du Traité de la ſéduction
, dit qu'il n'eſt point dû des dommages co
intérêts à une fille qui s'abandonne àunhomme
marié , parce que n'ayant pas l'eſpoir d'un mariage
légitime , ſa faute ne peut être excuſée ,
& que l'honnêteté publique s'oproſe à des avantages
qui pourroient tendre à favoriſer la débauche
, reçoit néanmoins une exception , dars
lecas où la ſéduction eſt exercée par un homme
marić , vis-à- vis d'une fille dont l'âge , le défaut
d'expérience , de jugement &de réflexion
( 46 )
ne lui donnent ni les moyens , ni la force d'éviter
le danger . Un pere , héritier des meubles
de ſon fils , ne peut le défendre de l'action en
dommages & intérêts , formée par la concutine
de ſon fils , en lui oppoſant qu'il n'en eſt point
dû à une fille qui s'abandonne à un homme ma-,
rié, fur-tout lorſque ce pere a connu , toléré &
favoriſé les égaremens de ſon fils. Le paie
ment des dommages - intérêts & penſions alimentaires
accordes à la fille ſéduite & à ſes enfans
, doir être ſupporté, ſoit par les héritiers
des meubles , ſoit par ceux des propres , chacun
en proportion de ce qu'ils profitent de la
ſucceſſion. Tels ſont les trois points jugés par
l'Arrêt rendu dans cette cauſe. Le fieur B..
fils , marié , ſans enfans , âgé de 38 ans , tenant
un état opulent , & appellé à une fortune confidérable
, avoit téduit une jeune cuvriere , âgée
de 14 ans , la demoiselle D... , fille de paren's
honnêtes , mais pauvres ; il l'avoit attirée chez
lui , & avoit vécu avec elle pendant quelque
temps . La dame B ... s'étant apperçue du défordre'de
ſon mari , ſe vit forcée de quitter ſa maifon.
Le ſieur B ... a eu de fon commerce illicite
avec la demoiselle D... une fille & un gar
çon , qu'il a fait baptiſer comme enfans 1 gitimes
de lui & de la demoiselle B... ſon épouſe.
Quelque temps après la naiſſance de ces enfans ,
le fieur B... s'est déterminé à quitter Paris , pour
a'ler demeurer avec la demoiselle D... , aux
environs de Dreux. Il proit que le fieur B ...
pere étoit inſtruit de la conduite de ſon fils , &
qu'il la toléroit , puiſque dans des lettres, qu'il
lui écrivoit , il faisoit des complimens & amitiés
à la demoiselle D... , lui recommandant d'avoir
ſoin de la ſanté de ſon fils , & embraſſant la
petite famille. Le ſieur B... fils mourut en
( 47 )
..
1785 , laiſſant pour héritiers , ſon pere pour les
mobilier , & pluſieurs parens éloignés , héritiers
des propres évalués à 10000 liv. , mais dont le
pere , aux termes de la Coutume de Dreux , de->
voit avoir l'uſufruit pendant la vie. La demoiſelle
D ... forma au Bailliage de Dreux , contre
le ſieur B... pere & les héritiers maternels de
ſon fils , une demande en dommages - intérêts
pour elle , & en penfion alimentaire pour ſes
enfans naturels. -Les adverſaires de la demoifelle
D ... l'ont foutenue non-recevable & mal
fondée dans ſa demande en dommages- intérêts ,
fur le fondement qu'il n'en étoit point dû à une
fille, qui ſciemment s'étoit abandonnée à un
homme marié . -A l'égard des enfans , le
fieur B a offert d'en prendre ſoin ; & les héritiers
maternels ont foutenu que , ne retirant aucun
avantage dans le moment préſent de la ſuc-:
ceffion , mais ſimplementune nue propriété, ils
ne pouvoient être forcés à contribuer au paiementdes
penſions demandées.- Dans cet état ,
Sentence duBailliage de Dreux eſt intervenue ,
qui a débouté lademoiſcile D... de ſa demande
en dommages- intérêts , & à l'égard des enfans ,
a condamné les héritiers àà payerà la mere, pour
chacun des enfans, une pention alimentaire de
600 liv . La demoiselle D ... & les héritiers
ont interjetté appel de la Sentence. La demoifelle
en ce que la Sentence lui avoit refuſé des
dommages- intérêts , elle oppofoit au principe
qu'on vouloit faire valoir contre elle , fon extreme
jeuneſſe , ſon inexpérience & l'âge de ſon
ſéducteur ; elle oppoſoit au ſieur B... la parfaire
connoiſſance qu'il avoit de la conduite de ſon:
fils , fon approbation tacite & les témoignages
d'amitié qu'il lui donnoit & à ſes enfans , dans
des lettres qu'il écrivoit à ſon fils . Les hé
(48)
ritiers de leur côté ſe plaignoient de ce que les
pentions adjugées aux enfans étoient trop fortes.
Le ſieur B ... croyoit remplir tout ce qui
eſt dù à des bâtards adultérins , en ſe chargeant
de leur nourriture & entrerien , juſqu'à l'âge où
ils pourroient apprendre un métier.. La demoiſelle
D... répliquoit au ſieur B... que ſes offres
évoient inſuffiſantes pour déſintéreſſer ſes enfans,
que fon grand âge de 86 ans ne donnoit pas
l'espérance d'une longue vie , pour completter
leur éducation , & qu'en cas de mort , il faudroit
plaider de nouveau contre la ſucceſſion ,
pour fixer des penſions que la juſtice ne pouvoit
leur refuſer.-La demoiselle D... répondoit
aux héritiers maternels , que la circonſtance
dont ils vouleient ſe prévaloir, de n'être héritiers
que d'une nue propriété , ne pouvoit tirer
àconſequence , & ne pouvoit les diſpenſer de
contribuer au paiement des penſions , attendu
leur prochainejouiſſance de cette nue propriété
grevée à la vérité d'uſufruit , mais ſur une têtet
de 86 ans. Dans ces circonstances un Arrêt du
20 Mai 1786 , a mis l'appellation & ce au néant ,
émendant, en ce que la demoiſelle D... avoit
été déboutée de ſa demande endommages- intérêts
, a condamné le ſieur B... ſeul à lui payer
3000 liv. de dommages intérêts. Le ſurplus de
la Sentence , relatif à la fixation des 600 liv. de
penfion pour chaque enfant , ſortiſſant ſon plein!
&&entier effet leſquelles penſions de 600 liv. ,
le ſieurB ... ſera tenu de payer & avancer ſeul,
pendant la vie , & après lui , ſera payée par
chacun des héritiers maternels , dans la proportion
de ce qu'ils recueillerontde la ſucceſſion ;
a condamné le ſieur B ... & les héritiers aux dépens
envers la demoiselle D... , a condamné
celle-ci à aumôner 3 liv. au pain des pauvres
priſonniers de la Conciergerie.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 MAI 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
INSCRIPTION propojée pour le Buste du
Général WASHINGTON, *
PATRIOTE ATRIOTE fans fanatiſme,
Guerrier humain , tranquille au ſein des factions ,
Atoutes les vertus, comme à ſes actions ,
Il imprima le ſceau de l'Héroïſme :
Aux champs Américains fonda la liberté;
Puis rentra dans la foule environné de gloire ,
Avec cette ſimplicité
Qui le fit admirer juſques dans la victoire.
(ParM. Nogent, Receveur des Fermes a Avalon.)
* Note de l'Auteur. On a profité en partie des idées
Contenues dans une Lettre inférée au Journal de Paris,
du 16 Décembre 1786.
No. 19 , 12 Mai 1787. C
1
so
MERCURE
L'Homme du Monde & le Solitaire.
UN jeune homme , ayant tout pour plaire dans
lemonde ,
Et mettant un grand prix à ſes plaiſirs trompeurs,
Vint un jour viſiter la retraite profonde
D'un Sage , revenu des humaines erreurs.
Il ne concevoit pas qu'on pût paſſer ſa vie ,
Loin de ce qu'il nommoit la bonne compagnie ;
Aplus forte raiſon devoit-il s'étonner ,
Qu'à s'enterrer vivant on pût ſe condamner.
Il venoit ſur ce point interroger l'Hermite ,
Qui devina d'abord l'objet de ſa viſite.
Le vieillard , quand ſon hôte eut tout bien viſité,
(On a bientôt tout vu chez un Anachorète )
Satisfit en ces mots ſa curiofité :
« Jeune homme, lui dit-il , vous voyez ma retraite ,
• Elle eſt ſimple & bornée; un modique jardin ,
> Qu'arroſe & fertiliſe une ſource d'eau pure ,
> Un petit bois , un champ cultivé de ma main :
>> Voilà la pauvreté conforme à la nature ,
>> Que du nom de richeſſe on doit ſeule appeler,
>> Et qui fait en ces lieux l'aiſance de ma vie;
>> Je jouis d'une paix que rien ne vient troubler ;
• A moi-même je ſuis toute ma compagnie.
DE FRANCE.
SI
« J'AI vécu comme vous au ſein des voluptés ;
>> L'Amour , ce doux fantôme , occupa ma penſée;
» Son ombre m'attiroit auprès de cent Beautés ;
>> Mais quelle étoit l'erreur de monâme inſenſée !
>> En poursuivant par- tout l'amour & le plaiſir ,
Je n'ai jamais trouvé qu'ennui , que repentir.
• Je crusque pour l'amour ma recherche étantvaine,
> Peut- être l'amitié donneroit moins de peine ;
>> Tout flattoit à l'envi ce conſolant eſpoir;
20 En public , en ſecret chacun diſoit avoir
• Ce bien où j'aſpirois , bonheur d'une âme pure,
• Un ami , doux beſoin donné par la Nature.
* Je vis que je cherchois un fantôme nouveau ,
>> Et je fus dupe encor , ainſi qu'auprès des Belles.
» JEUNE HOMME , vous voyez maintenant tout ea
beau ;
> Mais quand de faux amis, des femmes infidelles
>> Vous auront comme à moi fait voir la vérité,
> Vous comprendrez alors comment on peut ſe plaire
Loin du vain tourbillon nommé ſociété ,
* Qu l'on voit réunis le vice & la misère ,
- Ou , ſous les noms trompeurs de parent& d'ami ,
> L'homme dénaturéde l'homme eſt l'ennemi.
» Sous de noires couleurs c'eſt peindre la Nature,
>> Dit en l'interrompant notre jeune mondain.
>> Un Sage garde en tout une juſte meſure ,
C
52
MERCURE
>> Et vous chargez un peu ce pauvre genre-humain.
>> Pour moi, je vois encor tout ſous une autre faces
» Je verrai comme vous peut- être à votre place.
« Vous fûtes à la mienne; aigri par le malheur ,
>> Et ne jouiſſant plus des rêves du bonheur ,
» Vivre dans un déſert à votre âge eſt ſageſſe ;
>> Mais ce ſeroit , je crois , folie en majeuneſſe. >>
Lu matin de la vie eſt différent du ſoir ;
Jeune, on voittout riant; vieux, on voit tout en noir.
(Par M. le Méteyer , Secrétaire du Roi. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Biscuit ; celui
de l'énigme eſt Papier ; celui du Logogryphe
eſt Poudre , où l'on trouve Pérou, or ,
ré , Pô , Eu , roue , dur , duo , Ode.
-
DANS
CHARADE.
ANS tes bras voir , tenir expirant ton premier
A la fleur du dernier ,
Le jour même de ton entier ;
Gémir trente ans inconfolable ,
Boby, quel fortplus déplorable!
DE FRANCE
ÉNIGME.
Je ſuis aux yeux du Militaire
Un très-hautdegré de grandeur.
L'Alteſſe même en France eſt fière
Dece brillant figne d'honneur.
Au Barreau , dans le Monastère ,
A la Cour , dans le Sanctuaire ,
Je porte éclat ,gloire , ſplendeur ;
C'eſt à la main qu'on me révère :
Mais ſur l'épaule , ô ſort contraire!
Chacun me tient à déshonneur.
( Par M. le Chevalier de S.... .... )
LOGOGRYPHE.
CHACUN CHACUN fubit mes loix, da fceptre à la houlette.
Souventje viens à toi ſans tambour ni trompette.
Nul ne peut m échapper; & malgré mille pleurs
Je remplis l'Univers d'épouvante & d'horreurs.
Mais fi dans mes fix pieds je ſuis ſi redoutable ,
Au contraire avec cinq je pourrois à ta table ,
Raſſemblant tes amis pour boire àta ſanté ,
T'amuſer , cher Lecteur , ranimer ta gaké.
Décompoſe mon tout, tu trouveras ſans peine
Ces champs fleuris où paiiſent les moutons ;
Cu)
54
MERCURE
Celui qui les nourrit & qui toujours les mène ;
De la muſique un de ſept tons ;
Ce que fait celui qui promène;
Plas , une prépoſition ,
Et ce qui ſuit une négation ;
De ta cuiſine un ustensile ;
Ce qu'il faut avoir au piquet ;
Cequi ſert fort ſouvent au ſiège d'une ville ;
Un adverbe latin; d'un chaſſeur le filet ;
Enfin un Évêché de la Haute-Provence.
Ne devines-tu pas ? En ce cas recommence.
Adieu , mon cher Lecteur ,
Dieu te garde de moi ; car àtous je fais peur.
( Par M. l'Abbéde Cuvillers , de Than. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
LA Religion conſidérée comme l'unique base
du bonheur & de la véritable Philofophie ;
par Mme la Marquiſe de Sillery , ci-devant
la Comteffe de Genlis. A Paris , à l'Imprimerie
Polytype; chez Plaffan , rue des
Poitevins , hôtel de Thou , & à Orléans ,
chez Couret de Villeneuve , Imprimeur
du Roi. Vol. in -8°.
CE titre n'annonce d'abord qu'un Livre
édifiant ; mais ce Livre eſt polémique : ony
DE FRANCE
. 55
1
expose, ony réfute les principes des prétendus
Philoſophes modernes ; &, fous ce nom ,
c'eſt aux plus illuftres Écrivains de ce ſiècle
les uns morts depuis peu , les autres encore
vivans, que l'Auteur déclare la guerre ; car
c'eſt la guerre la plus folemnellement déclarée
& l'hoſtilité la plus caractériſée.
Bella ,horrida bella. .....
Non Simois tibi , nec Xanthus , nec Dorica caftra
Defuerint..... nec Teucris addita Juno
Uſquam aberit.
Les gens du monde qui ne cherchent &
ne voient dans ce ſchiſme de la Littérature
qu'un amusement pour leur oiſiveté , redoubleront
ici d'attention : cette attaque leur paroîtra
digne de leur curioſité ; les athletes
fontde force à rendre le combat intéreſſant ;
l'attaque eft vigoureuſe, l'aſſaillante a fait ſes
preuves; on fait avec quel eſprit , quel goûr,
quelle grâce elle écrit ; on fait combien elle
eſt inſtruite : elle marche depuis dix ans de
ſuccès en ſuccès ; la voix publique la met au
rang des premiers Écrivains de la Nation ,
contre qui elle ſe déclare aujourd'hui.
Bellatrix, audetque viris concurrere virgo .
Ils ont eux-mêmes applaudi publiquement à
ſes premières productions, ils lui applaudiroient
encore, s'il ne falloit pas un effort plus
qu'humain pour rendre complettement juftice
à un ennemi déclaré.
Mais elle , eft- elle bien juſte à leur égard ?
Civ
56 MERCURE
Quand on les attaque ſur les talens, ils font
affez défendus par leur gloire ; quand on les
attaque ſur les principes & les ſentimens ,
c'eſt une difcuffion toujours facheuſe , dans
laquelle nous ne voulons abſolument point
entrer : ils ne font que trop bons pour ſe
défendre ! & quant àceux qui viennent de
diſparoître , que nous regretterons longtemps
, & que nous ne remplacerons peutêtre
jamais , l'honneur de les défendre & de
les venger, ſemble appartenir d'une manière
particulière à ceux qui ſont déſignés dans
Ouvrage même, comme faifant cauſe commune
avec eux. Il n'y aura peut-être que trop
de vengeurs & de vengeances.
Ciel ! détourne les coups que ce moment prépare!
Les motifs peuvent tout juſtifier ; l'amour de
Ja Religion eſt un motifſuffifant pour combattre
ceux qu'on regarde comme ennemis
de la Religion: à la vérité , celui qu'on attaque
ne ſuppoſe guères à ſon adverfaire des
motifs aufli purs ; mais a-t'on le droit de
fcruter les coeurs ? Et quand on ſe rappelle
les grands & refpectables devoirs impofés à
l'Auteur , doit-on s'étonner de la ſévérité de
ſes principes , & doit- on lui ſuppoſer d'autres
motifs que ceux qu'elle allègue elle-même ?
Écoutons-la fur cet article.
" Pourroit- on m'accuſer, dit-elle , d'avoir
>> critiqué avec trop d'amertume de tels Ou-
» vrages ? Comme mère & comme inſtitu-
>> trice , n'ai -je pas dû dévoiler , autant queje
DE, FRANCE. 57
• le puis, des deſleins &des principes ſi per-
>> nicieux? N'ai -je pas dû chercher à préſer-
> ver la jeuneſſe d'une admiration dange-
>> reuſe& peu fondée pour des hommes qui
>> ont voulu détruire tout ce qu'ily a de plus
>> utile& de plus ſacré ?>>
Certainement, s'il étoit démontré à tout
le monde qu'ils aient voulu détruire tout ce
qu'il y a de plus utile & de plus ſacré , ils auroient
tout le monde pour ennemi ; & donc
la choſe eſt démontrée pour l'Auteur , la
voilà juſtifiée quant à ſes motifs perſonnels.
Elle fait qu'on attribue àdes reſſentimens
ſecrets cette violente hoftilité qui avoit pourtant
été précédée de quelques autres , àla vérité
moins fortes. Voici comment elle s'exprime
à ce ſujet. " Des opinions & des fen-
> timens inſpirés par la conſcience , & fon-
> dés ſur la vérité, doivent être invariables ;
» aufli trouve-t'on dans mes premiers Ou
>>vrages , & dans tous ceux que j'ai faits ,
> les mêmes idées que je développe ici fur
> les prétendus Philofophes , fur la Philofo-
>>phie moderne & fur la Religion.Mes cri-
>> tiques font , je l'oſe dire , auſſi impartiales
➤ que mes intentions ſont pures...... Avant
>> que mes Lettres fur l'Education euffent
>> paru , je n'avois point d'ennemis , on
➤ n'avoitjamais rien écrit contre moi; j'avois
>> reçu au contraire des témoignages univerels
d'une indulgence exceſſive. Dans cette
> ſituation , je me décidai cependant à pur-
→ blier les Lettres, dans lesquelles j'expri
CF
58 MERCURE
» mois , avec toute la force dont je ſuis ca-
>> pable , les ſentimens , les principes & les
>> opinions qu'on retrouve dans cet Ouvrage.
>> Voilà donc une preuve indubitable que ce
>> n'est pas le reffentiment qui m'infpire au-
>> jourd'hui. Et d'ailleurs , d'où viendroit ce
>> reffentiment? Quel mal m'a- t'on fait? Quel
>> malpeut-on me faire ? Socrate diſoit à fon
ود eſclave: Je te battrois , fi je n'étois pas en
>> colère; pour moi,je puis finon battre , du
» moins attaquer; car j'ai conſervé tout mon
>> fang-froid. Enfin je ne fais point haïr ; c'eſt
>> une faculté philofophique qui me manque
>> abſolument. >>
Nous ſavons que toutes ces proteſtations
neperfuadent jamais les parties intéreſſées ni
leurs partiſans ; mais elles peuvent faire impreſſion
ſur les perſonnes impartiales & fans
intérêt, & nous devons donner acte à l'Auteur
de ſes déclarations.
Parcourons quelques-uns de ſes jugemens.
Que la Philofophie eſt haïffable , lotf-
>> qu'elle debire gravement des paradoxes fi
>>>contraires àl'humanité! »
'Il s'agit des hôpitaux , établiſſement que
M. de Monteſquieu& l'Auteur de la nouvelle
Vie de M. Turgot , ne regardent pas comme
indistinctement utile.
« Quoi de plus révoltant , s'écrie Mme de
>> Sillery , qu'un homme jouiſſant d'une par-
>> faite ſanté & de toutes les fuperfluités de
>> la vie , qui s'enferme dans fon cabinet pour
>> fupprimer d'un trait de plume tous les hô
DE FRANCE.
59
» pitaux , & qui veut prouver que l'on de-
>> vroit ôter cette dernière refſource à corte
>> multituded'infortunés , qui périroient ſaus
>> ces établiſſemens ! ود
Le principe de cette indignation eſt humain
& vertueux ; mais un juſte ſentiment
de pitié rend l'Auteur infuſte; ceux qui déſapprouvent
les hôpitaux , demandent qu'on
yfupplée d'une manière plus utile au Public,
ils veulent que les pauvres ſoient nourris &
lesmalades traités , mais par d'autres moyens :
M. de Monteſquieu, dans le même Chapitre ,
dit formellement que l'Etat doit à tous les
Citoyens une fubſiſtance aſſurée , la nourriture,
un vêtement convenable & un genre de
vie qui nefoit point contraire à lafanté Estce-
là vouloir qu'on meure faute de retfources
?
En lifant cet Ouvrage , & quelques autres
de Mme de Sillery , qui ſuppoſent une fi
grande connoiffance de la Bible & une fi
vaſte érudition religieuſe , on n'eſt pas peti
furpris que ce ſoit M. de Voltaire qui ait raifon
contre Mmede Sillery , dans leur oppofition
fur un paſſage de l'Exode.
« M. de Voltaire s'étonne , dit- elle , que
>> des Lévites aient pu exterminer vingt-trois
" mille hommes qui avoient adoré le veau
>> d'or . Il ſemble, à l'entendre, que ce fut une
>> poignée de Prêtres qui extermina une ar-
>> mee; & l'Écriture dit que ce fut la Tribu
>> entière de Lévi , compoſée au moins de
>> douze mille hommes , qui s'arma contie
Cvj
60 MERCURE
>> cette idolatrie , & qu'il n'y eut qu'environ
>> trois mille hommes qui furent punis de
>> mortpour ce crime.Alors , que deviennent
>> tous les raiſonnemens , toutes les déclama-
>> tions du critique ſur l'impoſſibilaté que des
» Lévites aient exterminé vingt- trois mille
» hommes , quand il ſe trouveque ce furent
> douze mille hommes qui en tuèrent trois
" mille? »
Les raiſonnemens de M. de Voltaire n'en
portent pas moins à faux; mais qu'on ouvre
l'Exode , Chapitre 32 , vers 28 , & on verra
qu'ily eut environ vingt- trois mille hommes
de tues en ce jour- là.
Le jugement que Mme la Marquiſe de
Sillery porte ſur M. de Voltaire , ce jugement
pris dans la généralité , offre une réflexion
confolante , c'eſt qu'il n'eſt pas au pouvoir
d'un eſprit éclairé , joint à un coeur ſenſible ,
d'être véritablement injuſte à l'égard du mérite
éminent qu'il n'aime pas. Mmede Sillery
n'eſt pas favorablement diſpoſée ſans doute
pour M. de Voltaire. Les principes ſévères
dont elle fait profeſſion, contraſtent trop avec
la liberté ſouvent licentieuſe de cet Auteur;
elle juge avec rigueur toutes ces folies, toutes
ces gaîrés qu'il s'eſt tant permiſes, fur- tout
dans fa vieilleſſe , & que l'indulgence du Public
lui paſſoit en faveur de ſon âge , de fa
gloire , & peut- être de ſon éloignement ; elle
condamne auſſi, comme contraires aux moeurs
&contenant une philoſophie pour le moins
ſuſpecte , ces Romans allégoriques ſi ingéDE
FRANCE. GI
nieux , & que tout le monde trouve ſi charmans
, nommément Zadig; mais elle parle
avec une juſte & tendre admiration de ſes
Tragédies , même de ce Mahomet , que nous
avons long-temps banni du Théâtre , comme
préſentant une allégorie tranſparente & dangereuſe
, tandis que le Pape , & quel Pape !
(Benoît XIV) en recevoit l'hommage avec reconnoiffance
, comme d'une leçon utile contre
le fanatiſme.
« Pourquoi , s'écrie Madame de Sillery ,
>> pourquoi faut-il que cet homme extraor-
>> dinaire n'ait jamais eu l'idée de la véritable
>>gloire ! ſuppoſons qu'avec cet eſprit en-
>> chanteur & ces rares talens il eût toujours
>> reſpecté la Religion , les moeurs & la vé-
" rité. Il n'eût point été chef de parti, il eût
>> fait moins de bruit ; il eût obtenu plus
>>tard peut être une réputation éclatante ;
» mais mille fois plus grand & plus heu-
>> reux , il eût pu dire aufli :
Je ne dois qu'à moi feul toute ma renommée.
>> Et quelle renommée ! il auroit toujours
>>été le premier Poëte de ſon ſiècle ; avec
» de l'impartialité , de la ſageſſe& des prin-
>> cipes vertueux , il pouvoit être le meilleur
>>Hiſtorien de ſa Nation. Nous n'aurions de
>>lui ni Zapata , ni l'A. B. C. , ni le Diction
>> naire Philoſophique,ni cette multitude de
> Libelles & d'Ouvrages auffi mauvais que
>> licentieux , qui forment la plus grande.
>> partie de ſes OEuvres; mais nous aurions
62 MERCURE
> quelques Tragédies de plus. N'en euffions-
>> nous qu'une auffi belle qu'Alzire ou Ma-
>>homet , qui pourroit ne pas préférer une
>> telle production à tout ce fatras d'impiétés
» & d'injures , également faftidieux & révoltant?
> ود
Mme de Sillery parle encore ailleurs de
ces chef- d'oeuvres dramatiques qui feront à
jamais les délices de la Nation ; mais elle
trouve le Commentaire de M. de Voltairé
fur Corneille minutieux & ſouvent injufte ;
minutieux , on le ſent ; mais l'Auteur répond
qu'il veut inftruire ſur la langue les jeunes
gens& les étrangers; injufte , on croit le ſentir
quelquefois ; cependant l'objection embarraffe
, le critique fait illufion , & ce feroit
peut-être un Ouvrage de goût fort utile
qu'un examen impartial , on on oferoit prononcer
entre Corneille & Voltaire , fans enthouſiaſme
& fans préjugé.
د
Mine de Sillery paroît ſoupçonner qu'en
faiſant ce Commentaire fur Corneille , M. de
Voltaire réſiſtoit par ſyſtème aux impreſſions
qu'il éprouvoit.
" Avec quelle nobleſſe , dit- elle , & quelle
>> énergie un homme tel que M. de Voltaire,
» n'eût- il pas écrit ces remarques , s'il ſe fût ود
livré ſans contrainte aux impreſſions qu'il
> recevoit !
ود Enfin , s'il eût apprécié avec équité les
> talens & le mérite des Auteurs célèbres ,
>> il nous auroit laiffe des Mélanges de Litté-
• rature, qui formeroient fans doute le cours
DE FRANCE. 63
>> d'inſtruction le plus parfait en ce genre.
>>Telle eſt la gloire éclatante , ſolide & pure
ود dont il eût pujouir ! la paix , le bonheur
» & l'admiration univerſelle en euſſent été
lesfruits. " ود
On pourroit ſans doute , ſans Voltairomanie
, affoiblir beaucoup toutes ces critiques
, ajouter beaucoup à ce peu d'éloges ;
mais enfin on ne peut nier qu'il n'y ait dans
ce jugement de grands traits de juſtice & de
vérité , quoique toujours plus voiſins de la
ſévérité que de l'indulgence.
Le portrait de Rouſſeau ( Jean-Jacques )
eſt auſſi très- remarquable ; en voici quelques
traits .
* Les vérités éternelles de la Religion
étoient dans ſon coeur , on le ſent à la ma-
>> nière forte & touchante dont il les ex-
» prime.
Mais il a dit le pour & le contre!
" Il fut égaré par un orgueil exceſſif; il
>> méconnut auſſi la véritable gloire ; il vou-
>> lut ne reſſembler à perfonne ..... Trop fier
>> & trop grand pour ſe plier aux foupleſſes
» & au manège de l'intrigue , trop avide de
ود ſuccèspourſe livrerfranchement àlabonne
>> cauſe , & pour rejeter tous les artifices qui
> peuvent acquérir des partiſans , trop fen-
ود
"
fible enfin pour adopter entièrement tout
le ſyſtème philofophique, il prit des partis
>> mitoyens , il parut flotter entre l'erreur & ,
la vérité , difpofition qui naturellement
>> plait à notre foibleſſe. Des traits d'une
MERCURE
> morale admirable lui gagnèrent tous les
ود
gens de bien. Quels que foient ſes égare-
> mens , qui pourroit mépriſer ou haïr celui
» qui a parlé tant de fois de la vertu d'une
> manière ſi perfuafive , fi attrayante & fi
> fublime ! des peintures licentieuſes , des
>> principes dangereux , mais cependant voilés
>> avec art , montrés avec une adreſſe ſédui
>> ſante , devoient plaire généralement......
> Les Eccléſiaſtiques & les dévots lui ont
> tous pardonné au fond de l'ame ce qu'il a
>> écrit contre la Religion, en faveur des hom-
> mages ſi répétés qu'il a rendus àl'Évangile ;
دج
les femmes , comme je l'ai remarqué dans
• Adèle & Théodore...... lui ont aufli par-
>>donné d'avoir parle d'elles avec mépris ,
>> parce qu'il en parle toujours avec le ton de
* lapaffion. "
Mme de Sillery a , ſur les contradictions f
fréquentes dans Rouffeau , une idée particulière,&
qui nous paroît neuve ; il nous femble
qu'on les avoit attribuées juſqu'à préſent
à la mobilité extrême de ſon imagination ,
qui luipréſentoit tour-à-tour avec la même
force les objets contradictoires & les côtés
oppoſés du même objer ; Mme de Sillery croit
ces contradictions volontaires & ſyſtematiques
, & il faut avouer qu'elle appuie cette
opinion de raiſonnemens bien plautibles .
" Il avoit profondément calculé, dit- elle,
> les moyens d'obtenir des applaudiſſemens
>> univerſels & une réputation brillante ......
► Peut- on penfer qu'un homme, né avectant
DE FRANCE. 65
>> de raiſon , d'eſprit , de lumières & de gé-
" nie , ait continuellement foutenu le pour
" & le contre fans s'en appercevoir ? Dans
" ſon ſyſtème de ménagemens adroits , avec
>> cette fureur de ſe diſtinguer , de briller , de
- plaire à tout le monde, Rouſſeau pouvoit-
ود
ود
......
il être conféquent ? Il ſentit bien qu'en
voulant exercer ſon éloquence fur toute
forte de ſujets , il feroit néceſſairement le
>> plus inconféquent de tous les hommes; il
>> s'y décida , certain de paroître du moins le
>> plus brillant & le plus original Lorf-
>>que Rouſſeau ſe permet des contradictions
• fi frappantes, fi groſſières.... peut- on croire
>> qu'iln'aitpas remarque lui-même ces étran-
>>ges inconféquences ? ..... Cet excès d'incon-
> ſéquence dans un homme qui avoit autant
>> d'art, autant de pénétration&de lumières ,
> nepouvoit êtrequ'undéfaut réfléchi , quan
>> abandon volontaire de la raifon: il ne cher-
>> che jamais à pallier ſon inconfequence :
on voit clairement qu'il a pris fon parti à
>> cet égard : il a répondu à pluſieurs criti-
" ques de ſes Ouvrages , en paſſant toujours
> ſous filence les reproches de contradic-
>> tions , & ne les corrigeantou ne les dégui-
>> fant dans aucune des éditions qu'il a faites
>>depuis ces critiques. "
Tout cela est obſervé vraiſemblablement
avec beaucoup de juſteffe , & certainement
avec beaucoup de fineſſe. On peut dire que
cela eſt démontré autant qu'il eſt poſſible de
démontrer dans l'ordre moral.
66
MERCURE
Dans une note ſur Paſcal , Mme de Sillery
eite , d'après les Auteurs du nouveau Dictionnaire
Hiſtorique , ce jugement ſur les Lettres
Provinciales . « Les meilleures Comédies de
ود
ود
Molière n'ont pas plus de ſel , & Boffuet
n'a rien de plus éloquent. » C'eſt M. de
Voltaire qui a dit dans le Siècle de Louis XIV,
article du Janſeniſme : « Les meilleures Co-
>> médies de Molière n'ont pas plus de ſel
> que les premières Lettres Provinciales ,
23
Boffuet n'a rien de plus fublime que les
>> dernières. » Les Auteurs du Dictionnaire
Hiſtorique , obligés, par la nature de leur Ouvrage
, d'emprunter de toutes parts & d'abréger
tour , n'ont parlé que d'après M. de Voltaire.
Un des grands mérites de l'Ouvrage de
Mme de Sillery , mérite qui a manqué àbeaucoup
d'écrits polémiques faits en faveur de
la Religion , eſt la netteté , la préciſion avec
laquelle l'Auteur s'exprime ſur la tolérance,&
la manière dont elle fonde ſur l'Évangile
même , ce dogme de la tolérance & la condamnation
de l'Inquifition. Nous nous empreffons
de prendre acte de ces grandes &
importantes vérités.
" Pourquoi le Tribunal de l'Inquifition ne
>> prononce-t'il pas l'arrêt de mort ? C'eſt que
» l'Évangile réprouve trop formellement ce
zèle fanguinaire. Mais l'inquifition fait
bien que telle formule de jugement fera
condamner le coupable à la mort. Ainfi ,
>> elle feint de reſpecter les loix facrées de
و د
ود
و د
✓ DE FRANCE. 67
» l'Évangile, & elle les outrage & les enfreint
>> en paroiſſant s'y ſoumettre & les ſuivre.
>>Elle joint alors l'hypocrifie à l'inhumanité.
ود Celui qui violeouvertement une loi , peut
>> être moins coupable que celui qui cherche
>> à l'éluder : il eſt poſſible que le crime du
>> premier ſoit l'effet de l'ignorance ; mais il
ود eſt évidentque le ſecond agit contre le té-
>> moignage de ſa conſcience.....
>>De tous les égaremens de l'eſprit hu-
>> main , le plus inconcevable eſt ce zèle ſan-
>> guinaire qui croit honorer Dieu en donnant
la mort à celui qui l'offenſe.... Abréger
les jours de l'impie , c'eſt lui ôter les
> moyens de ſe convertir, c'eſt priver Dieu
d'une âme que le temps auroit pu lui ren-
• dre. Peut-être cet homme n'est-il encore
» qu'à la moitié de ſa carrière ; êtes - vous
>>donc affure que le temps , les réflexions ,
ود
ود la vieilleſſe ne changerontpoint ſes ſenti-
» mens ? ....... Vous lui accordez un délai de
> quelques jours , & Dieu lui en donne un
> de pluſieurs années, d'un demi- fiècle peut-
ود
ود
être , & vous oſez prévenir les effets de
lamiféricorde divine....Je vois dans l'Evan-
>> gile à chaque ligne l'ordre pofitif de ſup
porter , de tolérer ceux qui s'égarent , &
>> de ne chercher à les ramener que par la
>> patience , l'indulgence & la douceur. "
ود
C'eſt le cas de dire avec M.de Voltaire :
Que ce langage eſt cher à mon coeur combattu !
Continuons à tirer de ce Livre , qui exci68
MERCURE
tera tant de haine , des raiſons puiſſantes
d'aimer l'Auteur & de révérer ſes talens .
Parallèle de la bienfaisance mondaine & de
la charité chrétienne.
• La bienfaiſance mondaine..... produit
>> quelques actions d'oſtentation , & non des
>>actions ſurprenantes & fublimes ; elle n'eft
> excitée que par des objets préfens & pa-
>> thétiques , ou par l'orgueil & le defir de ſe
>>diftinguer. La charité chrétienne , égale-
>> ment courageuſe , active & tendre , s'oc-
>> cupe ſans relâche du ſoin touchant de fou-
» lager l'humanité ſouffrante : c'eſt elle qui
» découvre ces réduits obfcurs , habités pat
>> des mères déſolées ou des orphelins fans
>> appui; c'eſt elle qui , s'elevant au deſſus des
>> cramtes les plus naturelles , ne redoute ni
>>la contagion ni la fatigue; c'eſt elle qui con-
» duit dans ces refpectables aſyles , où l'on
>> trouve à chaque pas le ſpectacle déchirant
2
de la douleur& de la mort ; c'eſt elle qui
>> pénètre dans le fond des cachors. Elle y
confole l'innocent opprimé , & le coupa-
>> ble même y peut prétendre à ſes ſecours :
> il fouffre , c'eſt aſſez pour elle. En ſacrifiant
tous les plaiſirs, les agrémens de la
>>vie , la fortune, la liberté , la ſanté; en ſe
dévouant ſans réſerve au ſoin des mal-
>> heureux , elle n'aſpire ni à la gloire ni à
> l'eſtime des homines ; elle fait mieux que
>>dédaigner les louanges , elle ne penſe pas
ود
وو
DE FRANCE. 69
ود
>> qu'on en doive à ſes actions , elle croit ne
>> remplir que des devoirs. On vante beaucoup
la bienfaiſance , à peine parle- t'on de
>>la charité chretienne ,, ppaarrce qu'elle ſe ca-
>>che , parce qu'elle n'exige point de recon-
>> noiffance , & ne ſe plaint jamais des in-
>>grats. Le Chrétien ne regarde les richeſſes
ود
ود
que comme un dépôt que la Providence
lui confie pour le foulagement des mal-
• heureux. Le Philoſophe dit à l'infortuné :
» Je vous donne,je vous facrifie; le Chré-
>> tien dit: Je vous rends ,je remplis l'obli-
» gation qui m'estimpofee. Le premierpenſe
» qu'il fait contracter une dette ſacrée , le
>> dernier croit acquitter la ſienne. »
Voilà certainement un morceau qu'on admireroit
dans Maſlillon,& dans tous les Orateurs
Chrétiens les plus éloquens.
Mme de Sillery accufe les Philofophes de
ne pas affez admirer nos affociarions chrétiennes
formées en faveur de l'humanité ſouffrante.
Eh bien ! nous ofons nous placer ici
entre elle & les Philoſophes , & répondre
pour ceux ci qu'il ne s'en trouvera aucun qui
n'applaudiſſe hautement à ce tableau touchant
, où les Soeurs de la Charité ſont rendues
fi reſpectables .
" Combien ils feroient ſurpris qu'un ſexe
>> foible& delicat pút avoir la force de fur-
>> monter des dégoûts qui ſemblent invin-
>>cioles , de ſupporter la vue d'objets qui
>> révoltent les fens,de triompher de la coin-
>> paſſion même qui les conduit& les anime ,
70
MERCURE
» ou , pour mieux dire , de n'éprouver ce
>> ſentiment qu'avec une mâle énergie , fans
>> aucun mélange de crainte ou de foibleſſe ,
24 & de ne connoître enfin de la pitié que
>> ce qu'elle peut inſpirer d'utile & de ſu-
» blime. Cependant , on voit ſans admira-
„ tion les Soeurs de la Charité exercer con-
>> tinuellement parmi nous ces fonctions fa-
>> crées ; on les voit chercher , recueillir ,
>> ſecourir , veiller l'infortuné , panfer les
>> plaies du pauvre , le confoler , le foigner
>> avec une adreſſe ingénieuſe , un courage
>> héroïque , une douceur , une patience que
" rien ne rebute. Errantes , actives , infati-
>> gables , elles n'ont point d'habitation fixe ,
>> elles vont où l'humanité les appelle , elles
ود
ود
ſont où la maladie & la douleur implorent
leurs fecours , tantôt dans les priſons & les
>> hôpitaux , tantôt ſous les toits couverts
وو de chaume , ſouvent elles font appelées
» dans les palais : vouées volontairement à
>> la pauvreté , elles mépriſent les richeſſes;
در mais elles donnent au riche fouffrant des
>>ſoins purs & déſintéreſſes , elles ſe refuſent
ود à tous les témoignages de la reconnoif-
>> ſance qu'elles inſpirent: leur offrir le plus
>>léger ſalaire , ſeroit à leurs yeux un outrage.
"
ود
Telle eſt la Charité Chrétienne, tels ſont
les travaux auxquels elle ſe conſacre ſans
>>ceffe dans le ſéjour même du luxe & de
" la corruption. »
Ajoutons , & c'eſt en traçant de tels tableaux
qu'on fait aimer la Religion à ceux
DE FRANCE. 71
mémes à qui les buchers , les maſſacres publics
, la perfécution , l'intolérance pourroient
avoir inſpiré d'injuſtes préventions
contre elle. Jamais la partie contentieuſe &
polémique ne fera autant d'effet ſur les efprits
, que ces traits d'onction en font ſur les
coeurs.
S'il y a de la dévotion , il y a auſſi , à ce
qu'il nous ſemble , de la philoſophie dans ce
parallèle du repos & du bonheur.
ود
« Les Champs Élysées des Payens furent
ſans doute créés par une imagination riante
> & ſage. Les ombres heureuſes , dépouillées
» àjamais de paffions &de defirs , ſe prome-
>> noient dans des bocages toujours verds , &
>> s'entretenoient paiſiblement. Voilà l'image
>> monotone & tranquille des doux loiſirs &
>> du repos , & non de la félicité. C'eſt ſur
" la terre que l'homme doit chercher le repos
au défaut du bonheur qu'il n'y ſauroit
trouver. C'eſt ſur la terre qu'il doit modérer
ſes defirs , parce que rien ne peut les
>> fatisfaire ; c'eſt ſur la terre enfin que la
ود
ود raiſon lui preſcrit de n'aimer avec excès
>> aucun objet créé , puiſque tout attache
>> ment paſſionné , même le plus légitime ,
>> n'eſt pour lui qu'une ſource intariſſable de
>> mortelles inquiétudes & de peines déchi-
>>rantes. Mais cependant ce n'eſt point en
" vain que le créateur l'a doué de cette ſen-
>> ſibilité active qu'il eſt obligé de répimer
>> fans ceſſe. Quelques inſtans du bonheur vif
>> &paſſager qu'elle procure, lui donnentdu
72 MERCURE
> moins l'idée de la veritable felicité. Il ſent
> que la faculté d'aimer peut feule la pro-
>> duire; mais fera-ce en s'attachant paffion-
>>nement àdes créatures imparfaites & fra-
>> giles comme lui , & avec l'affreuſe certi-
» tude d'en être ſéparé tôt ou tard par la
>> mort ? ...... Et pour jamais....... Non fans
• doute. Aimer avec ardeur , avec tranſport ,
» & cependant ſans inquietude , ſans jalou-
>> fie ; trouver dans l'objet de ſon amour le
>> modèle unique de la perfection , le voir
>> au comble de la gloire & ſouverain ab-
> ſolu de tout ce qui exiſte Voilà l'idée.
>> raviffante & fublime de la ſuprême feli-
>> cité ; & tel eſt l'avenir éternel que la Re-
>> ligion promet à la vertu. >>
....
Nous finirons par où l'Auteur finit ellemême,
par les dernières paroles qu'elle adreſſe
àl'aine de ſes auguſtes Élèves.
« Je n'oublierai dans aucun temps que la
>> permiſſion d'aller chercher des infortunés ,
>> de les ſoigner , de les ſecourir , fut tou-
>> jours la ſeule récompenſe que mes Élèves
"
>>
m'aient demandée. Puiſſent- ils eux-mêmes
» ne perdre jamais le ſouvenir de ces pures
jouiſſances ! ..... Vous connoîtrez aufli ,
" Monſeigneur, tous les devoirs de l'amitié ;
>> vous avez lu dans les Saintes Écritures qu'il
• ne faut pas dire àfon ami: revenez demain ,
lorſqu'on peut l'obliger ſur le champ.
Vous faurez choiſir des amis vertueux ;
> vous faurez apprécier le bonheur de pou-
• voir leur être utile; vous ne vous conten
"
33
- terez
DE FRANCE.
73
>> terez pas d'en faiſir les moyens , vous les
>> chercherez, & vous fentirez combien il eſt
>> plus doux de prévenir que d'accorder.......
ود Telles font les douces eſpérances que je
>> conçois; ſi vous ne les juſtifiez pas , Mon-
>> ſeigneur , vous ferez jugé avec ſévérité ;
>> vous n'aurez pour excuſe ni le malheur
" d'avoir reçu une éducation négligée , ni le
» manque d'inſtruction& de lumières. Mais
> vous remplirez , Monſeigneur , tous les
>> voeux que ma tendreſſe peut fornier pour
>> votre bonheur& votre gloire; j'oferai dire-
» que cette récompenſe eſt dûe aux foins fi
>> purs que je vous ai conſacrés ; c'eſt la
ور
"
ſeule que je defire&qui puiile me fatisfaire.
Au fond de la retraite où j'irai finic
mes jours , je ne goûterai pas la douceur
d'être témoin de vos ſuccès; mais la Re-
>>>nommée m'en inſtruira ; & alors avec le
>> doux ſentiment de l'Apôtre qui parloit de
ود
ود
ſes Diſciples vertueux , je pourrai dire
>> autfi: Je n'ai point de plus grandejoie que
» d'opprendre que mes enfans marchent dans
→ lavérité."
Au milieu de tous les orages que ce Livra
excite & excitera , & que l'Auteur a fans
doute prévus, il doit nous être permis de
dire , ( après l'avoir prouvé par tant d'exemples
, auxquels nous autions pu en ajouter
tant d'autres ) qu'il y a bien peu de livres
depiete auffi bien écrits , & encore moins de
Livres polémiques , qui ( à travers de grands
treits de ſévérite ) laiſſent échapper autant
No. 19 , 12 Mai 1787 . D
MERCURE
:
:
:
74
de traits d'onction , de mouvemens pathétiques
& de ſentimens aimables. Il ne nous
..laille qu'un regret , c'eſt de voir la diverſité
des principes jeter des ſemences de haine &
dedifcorde entre des eſprits faits pour s'aimer
& pour s'eſtimer.
Le Muficien Pratique , ou Leçons qui conduisent
les Élèves dans l'Art du Contrepoint
, en leur enfeignant la manière de
compofer correctement toute eſpèce de Mufique;
Ouvrage compoſé dans les Principes
des Confervatoires d'Italie , & mis dans
P'ordre le plus fimple & le plus clair , par
il Signor Franceſco Azopardi , Maître de
Chapellede Malte; traduit de l'Italien par
M. Framery , Surintendant de la Mufique
de Mgr. Comte D'ARTOIS ; avec des Notes
du Traducteur pour en faciliter l'intelligence.
2 vol. in 8°. un de diſcours & un
de muſique. Prix , 9 liv. A Paris , chez
Leduc , au magaſin de Muſique & d'Inftrumens
, rue du Roule , No. 6 ; & aux
Adreſſes ordinaires de Muſique .
Ce titre, & quelques idées répandues dans
la Préface du Traducteur , annoncent que cet
Ouvrage eſt purement pratique ; que fans
s'embarraffer d'une théorie vague & infuffifante
, comme l'eſt celle de la baffe fondamentale
, l'Auteur mène pas àpas fon Élève
dans toutes les routes de Tharmonie , & lui
explique, non pas les cauſes & l'enchaînement
DE FRANCE.
75
des règles , mais ſeulement leur application.
Si dans tous les Arts la pratique a de grands
avantages ſur la théorie; fi le meilleurGeomètre
, qui n'a jamais manié les outils , eſt
moins en état de faire un ſimple ouvrage de
méchanique que l'Artiſan le plus borné , cela
eft viai, fur- tout en muſique , Art preſque
entièrement arbitraire , dans lequel on n'a
point créé de ſyſteme qui ne ſoit à chaque
inftant démenti par le goût. Celui de la baſſe
fondamentale eſt utile fans doute , en ce qu'il
raſſemble les loix éparſes de l'harmonie , &
qu'il les preſente fous un point de vue plus
rapproche. Il peut étre bon pour ceux à qui
l'Art eſt déjà connu; mais il eſt inſuffifant ,
& peut être dangereux pour le faire connoître.
L'étude de la compoſition , dit le Tra-
" ducteur , en devient plus facile; mais cette
*>> facilité même eſt un inconvénient ; les
ود
"
"
"
idées n'ont pas le temps de ſe fixer dans
-> l'eſprit; on n'apprend point à écrire , ob-
-> jet le plus néceſlaire & le plus important :
connoiffant à la fois toutes les notes d'ứn
accord, l'Écolier eſt incertain de celle quil
doit choiſir pour balle. Ajoutons que le
> ſyſtème de la baſſe fondamentale ne rend
pas raiſon de tout ce qui ſe pratique en
harmonie , & que le choix desnotes , quand
>> on écrit à deux parties , n'est pas du tout
le même que quand on écrit à trois ou
àquatre.
ود
"
ود
ود
» La plus excellente des méthodes , dit- il
>> plus loin , feroit celle qui , participant des
Dij
76 MERCURE
ود
"
deux autres , préſenteroit à l'Écolier , par
le moyen de la baile fondamentale , le tableau
clair&précis des loix de l'harmonie ,
» & le ramèneroit enſuite ſur ſes pas, le con-
גנ
גכ duiroit dans tous les détours de ce laby-
>> rinthe , pour en bien graver les routes dans
גג ſa mémoire , de manière à ce qu'il ne
>> courre pas le riſque de s'y égarer. »
Un préjugé de plus contre cette méthode ,
c'eſt le peu de ſuccès des Élèves formés par
elle; on ne trouve preſque aucun de ſes partiſans
parmi nos Compoſiteurs les plusdiftingués.
Il n'eſt donc pas douteux que la fimple
routine ne doive lui être préférée , quelques
inconvéniens qu'elle ait d'ailleurs. Examinons
maintenant dans quei ordre M. Azopardi
en préſente ici les préceptes.
Il commence par faire connoître les confonnances
& les diſſonnances , élémens dont
eſt formée toute eſpèce de contre - point ; il
n'entend point par ces mots , comme les partiſans
de la balle fondamentale , les accords
complets, mais ſeulement deux fons entendus
enſemble,&cette idée plus ſimple, en devient
beaucoup plus claire. Après avoir détaillé les
différens intervalles, & avoir dit de quels fons
ils font compoſés, il paſſe aux différens mouvemens
qu'on peut leur donner , c'eſt- à- dire ,
à la manière de les faire marcher enſemble. Il
indiqueles notes d'accompagnement que doit
ou que peut avoir chacune des cordes de la
gamme. C'eſt , ſi l'on veut , la règle de l'oc
tave, règle qu'on a eu tort d'attaquer, même
DE FRANCE.
77
,
avecd'excellentes raiſons. Onn'a pas affez
>> ſenti , dit le Traducteur dans une note
>> combien il étoit utile aux Commençans de
>> connoître quels font les accords qu'on fait
>> ordinairement ſur les notes progreſſives
» de l'échelle , en attendait qu'une plus
>> grande connoiſſance de l'harmonie les met-
>> te à portée de les varier.
Chemin faiſant , l'Auteur vous fait connoître
les marches proſcrites , comme celles
par octavess , par quintes , &c. Mais il faut
convenir qu'il étend les proſcriptions trop
Join . Le Traducteur cherche en vain à l'en
juftifier; il eſt certain que la plupart des accords
interdus par M. Azopardi , font aujourd'hui
d'un commun usage ; il ne peut
l'ignorer , & il auroit dû nous épargner ces
préceptes de la vieille école qui , maintenant,
ne fontplus ſuivis nulle part.
Après vous avoir donné les notes qui peuvent
marcher enſemble à deux parties , vous
avoir indiqué la route qu'elles pouvoient fuivre
, ileſt convenable de vous apprendre dans
quel cas & comme elles peuvent s'arrêter :
c'eſt ce que fait l'Auteur en traitant des différentes
cadences qui ſervent à diviſer & à
clorre la phraſe muſicale. On voit combien
cette progreſſion eſt naturel'e. L'Élève eſt en
état maintenant d'ecrire du contre point ; on
le lui diviſe en deux eſpèces , dont la ſeconde
admet des diſſonnances; la nature de ces diffonnances
lui eft connue , il n'a donc plus à
ſavoir que la manière d'en fauver l'aſpérité :
Diij
78 MERCURE
de là des règles fur leur préparation & fur
leur réſolution.
On connoît en harmonie des marches de
baſſes régulières & ſymétriques. Ce font des
mouveinens ſemblables entre- eux que laballe
fuit pendant quelque temps. L'Auteur indique
à l'élève les différens accords qui peuvent
être employés dans ces cas qui ſe rencontrent
fréquemment. Ils'agit à préſent de
paffer d'un ton à l'autre : c'eſt ce qui s'appelle
moduler. On en apprend ici les differentes
manières .
Lorſque l'élèvé s'eſt exercé à compoſer à
deux parties , on lui enſeigne à compofer à
trois. Les confonnances alors ,juſqu'ici compoſcés
de deux notes , ont beſoin d'en avoir
ime troiſième qui s'accorde avec les deux premières.
C'est le ſujer de ce Chapitre. On y.
indique de quels intervalles ſe peuvent accompagner
les confonnances & les diffonnances.
Enfuite de nouvelles règles , ou plutôt
une plus grande extenfion des mêmes règles
lorſqu'il s'agit de compofer à quatre parties
, ce que l'Auteur appel'e diſpoſition . La
plus importante de ces règles concerne la mas
nière de mettre la baſſe ſous les parties : il
donne la connoiffance de la marche , des for
mes qui conviennent à cette partie principale
, pour produire le meilleur effer. Cette
fection eft terminée par des notions plus détaillées
fur l'art de moduler.
C'eſt alors que l'Auteur entre dans ane
carrière plus étendue; il traite à fond des
:
79 DE FRANCE.
imitations , eſpèce de beautés qui tient à l'art
lui-même , & qui plaît à l'oreille , indépendamment
de toute expreffion. Cette forte de
contrainteque la muſiques'impoſe, eſt ce qui
lui donne de la conſiſtance, de la grâce , un
butparticulier.On auroit peine à rendre raifon
du plaiſir qu'on y trouve ; mais on s'y livre
involontairement toutes les fois que le Compoſiteur
préſente les imitationsavec adrefle&
ſans en abufer. Il faut convenir que les fugues
, les canons , &c . n'offrent fouvent que
des abus de ce genre. Lorſqu'un morceau de
muſique où l'on n'exprime rien ne préfente
que ces difficultés vaincues aux dépens de la
beauté du chant , la ſurpriſe qu'il cauſe ne
fauve pas les Auditeurs de l'ennui ; cependant
il eſt bon de connoître les formes de ces
differens morceaux pour n'en ufer qu'a-pro
pos& fobrement. L'Auteur entre à cet égard
dans de très grands détails. Il donne des for
mules extrêmement commodes pour le ren
verſement des parties: fugues , canons de
toure eſpèce , il n'a rien oublié. Il finit fon
Ouvrage par des conſeils généraux fur l'art
de former ſon ſtyle en muſique; on y reconnoît
beaucoup de fageffe & de goût . En général
ce traité nous paroit très méthodique ;
les exemples font excellens , & c'eſt le feul
que nous connoiffions en France de ce genre,
Il y a quelques détails diffus & inutiles que
le Traducteur auroit bien fait de retrancher ,
à moins qu'il n'ait eu de fortes raiſons de traduire
exactement fon original; mais les notes
Dv
80 MERCURE
qu'il y a répandues jettent beaucoup de clarté
fur plufieurs endroits qui auroient pu paroître
obſcurs. Nous ne parlons pas du ſtyle; il
a toute la fimplicité qui convient à un Ouvrage
didactique , deſtiné principalement aux
jeunes gens.
ANUEL des Oififs, contenantſept cent
folies& plus , avec des Notes , queplusieurs
ont oubliées , & que beaucoup ignorent, ou
Charades, par le Doyen des Sages. De l'ImprimeriedesQuinze-
vingts, chez Edipe, au
Sphynx; &fevend a Paris , chez Leboucher ,
Libraire , au Châtelet , quai de Gèvres , à la
Prudence , I Vol. in- 8 °. Prix , 6 liv. brochés
, & en papier , 7 liv. 10 fols.
Il feroit ficile de s'égayer ſur le titre & le
ſujet de cet Ouvrage. Deux volumes de Charades
, faites & publiées par un ſeul Auteur,
peuvent ouvrir un affez beau champ à la plaifanterie;
& l'on peutyreconnoître le caractère
de ce ſiècle ſi contradictoire dans ſes goûts ,
qui fait marcher de méme front la ſcience &
la frivolité , l'amour des Ouvrages fublimes &
celui du calembour.
Hâtons nous de dire que l'Auteur de cet
étonnant Ouvrage a donné des preuves d'un
talent plus grave &plus eſtimable , qu'il jouit
d'une eſtime méritée àpluſieurs égards ; & que
Jemotifde lapublicité de ſon Livre eſt reſpectable
pour tous les coeurs ſenſibles . Ceux qui
auront acheté ce Livre , outre le plaiſir de
DE FRANCE. 81
lacurioſité fatisfaite , auront celui d'avoir con
tribué à un acte d'humanité ; car l'Auteur ,
déjà connu par des actions de bienfaiſance qui
ont été annoncées dans la Partie Politique de
ce Journal , en a conſacré le produit au foulagement
des Pauvres.
On peut ajouter que les Charades ſont accompagnées
de Notes , qui rachetent la frivolitédu
genre,& annoncent un homme inſtruit
dans plus d'une matière. Nous ne ferons ici
aucune citation; mais c'eſt de cet Ouvrage
qu'eſt tirée la Charade que nous avons inférée
dans ce Numéro, afin qu'on puiſſe juger
de la manière de l'Auteur.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
On a repréſenté, pour la première fois,
le jeudi 3 de ce mois , Azémia , ou les Sauvages
, Comédie en trois Actes , par M. de
la Chabeauffière , Muſique de M. d'Aleyrac.
Cet Ouvrage a ére repréſenté devant la
Cour , au dernier voyage de Fontainebleau ;
il portoit alors pour ſecond titre , le Nouveau
Robinfor : depuis, les Auteurs y ont fait des
changemens conſidérables , principalement
au troiſième Acte , que l'on peut regarder
comme abſolument neuf. Voici la fable de
Dv
32 MERCURE
cette Comédie , telle qu'on la joue aujourd'hui.
La Scène eſt dans une île déſerte où les
Sauvages deſcendent quelquefois. Depuis
douze ans Édouin eſt abordé dans cette île
après avoir fait naufrage ſur ſes côtes , avec
ſa fille Azémia , qu'il a ſeule arrachée aux
fureurs de la mer. En parcourant l'ile , il a
trouvé un enfant qui y a été laitſé par fon
père , Milord Atkinson. Un billet attaché au
col de l'enfant l'a inſtruit qu'il ſe nommoit
Profper , & que le malheureux auteur de
fes jours ſe propoſoit , ſi ſa deſtinée ceſſoit
d'être auffi rigoureuſe, de venir le reprendre ,
&de prouver ſa reconnoiffance à celui qui auroit
conſervé fes jours. Édouin a donc élevé
enſemble Profper & fa fille , mais il a caché
à Profper la difference de ſon ſexe à celui
d'Azémia ; il lui a fait des femmes une peinture
effrayante , & il l'entretient autant
qu'il eſt poſſible dans l'idée qu'il lui en a
donnée. Azémia fait qu'elle eſt femme , &
malgré les défenſes d'Edouin , preſſée par
l'indifcrétion naturelle à ſon ſexe , à fon
âge , au ſentiment qu'elle éprouve ; entraînée
par la tendreſſe ingénue de Profper ,
elle lui dévoile tout le myſtère. Certe découverte
met les jeunes gens à la gêne pendant
un inſtant. Pudeur d'un côté , timidité
de l'autre; ils éprouvent un embarras que
leur confiance mutuelle diffipe bientôt. Ils
entendent du bruit & fe retirent. Un varfſem
Eſpagnol a été porté vers l'île par les
DE FRANCE. 83
courans. Une partie de l'équipage eſt defcendue
à terre pour reconnoître le pays.
Don Alvar , ſuivi de ſon valet Fabrice , &
de quelques Soldats , veut favoir ſi l'ile eſt
habitée. La curioſité entraîne, Azémia , elle
paroît accompagnée de Profper. Sa vue en-
Hâme Don Alvar , qui ne manque pas de
lui propoſer de venir habiter des lieux plus
dignes de fes charmes. La jaloufie emporte
Profper qui menace ; les efprits s'échauffent ,
Édouin entre , reconnoît des Européens ,
leur demande de le rendre à ſa patrie. Alvar
conſent à ſe charger de ſa fille & de lui ,
mais il ne veut point enmener Proſper.
Édouin & Azémia refuſent d'abandonner
leur jeune ami ; ils aiment mieux reſter
dans leurs forêts. Alvar & ſa ſuite ſe retirent
en formant le projet de ſe venger.
Au ſecond Acte , la Scène ſe paſſe dans
la nuit : on voit entrer deux Anglois , dont
le vaiſſeau s'eſt briſe ſur les rochers qui
avoiſinent l'ile , & qui ſe ſont ſeuls ſauvés
du naufrage. L'un d'eux eſt Milord Atkinfon.
Après que celui-ci a déploré ſon ſort , fon
ami , qui a été à la découverte , vient l'avertir
qu'il y a quelqu'un dans l'ile , & qu'on
approche : les Anglois ſe cachent pour obſerver
& pour entendre. La ſuite de Don
Alvar vient mystérieuſement parler du projet
d'enlever Azémia ; Atkinfon indigné ſe
promet bien de s'oppoſer à l'exécution de
cedeſſein : tout le monde ſe retire.Édouin
& Profper paroiffent. Après une converfa
D vj
84 MERCURE
tion où le père d'Azemia promet à Prof
per de le matier dans un an , ti Milord At
kinfon ne ſe pretente pas dans ce delai ,
&répond , tant bien que mal , aux queftions
que lui fait le jeune homme fur
les devoirs des époux ; Édouin renferme
Profper dans la grotte qui lui fert de retraite
particulière , & va achever quelques
travaux , dont l'ont détourné les événe
mens de la journée. Azémia ſeule vient
cauſer avec Proſper , fur la douceur d'aimer
, de devenir époux , puis elle ſe retire
de peur d'être ſurpriſe. Atkinfon n'a pu
rencontrer les ravifleurs , il revient triflement
, gémit ſur ſa deſtinée; Profper l'enrend,
& il eſt ému; il l'appelle , le confole,
lui indique la retraite d'Édouin , comment
il y parviendra. Pendant qu'il s'explique
, la ſuite d'Alvar entre , profite des
renſeignemens que le jeune homme donne
à Milord , & s'introduit chez Azémia.
Édouin arrive , il entend un étranger parler
à Profper , il s'inquiète , Profper le raſſure ;
c'eſt un malheureux qui a beſoin d'un aſyle.
>> N'ayez aucune inquiétude , dit l'étranger ,
>> vous feriez ſenſible à mon fort fi vous
connoiffiez les malheurs de Milord Ar-
>> kinſon. » A ce nom Profper ſe précipite
aux pieds de ſon père, & puis tandis que
Milord embraſſe le fauveur de fon fils , il
va à la grotte d'Azémia ; il en revient plein
de trouble, elle a diſparu. Édouin ſe déſeſpère
; Milord qui fait tout , demande des
DE FRANCE. 8
armes , & part avec ſon ami , Edouin &
Profper à la pourſuite des raviffeurs .
La Scène change au troiſième Acte , &
repréſente une autre partie de l'ile ; Don
Alvar y attend ſa ſuite avec impatience ;
comme elle tarde , il ordonne à Fabrice , fon
valet , de l'attendre & de faire conduire
Azémia au vaiſſeau , auſſi tôt qu'elle paroîtra.
Fabrice , refté ſeul , s'occupe du bonheur de
revoir ſon pays , ſa femme & fa famille ;
il entend du bruit , il croit que c'eſt la ſuite
de Don Alvar ; ce ſont les Sauvages qui l'entourent
, l'examinent , & finiſſent par l'enchaîner
au pied d'un arbre. Mais l'inquiétude
de Don Alvar le ramène bientôt; ſa
vue effraye les Sauvages qui prennent la
fuite , il délivre Fabrice & le renvoie au
vaiſſeau. Azémia paroît en defordre , elle
vient ſe jeter dans les bras de Don Alvar ,
implore ſa protection , lui demande juſtice
des raviffeurs qui veulent l'enlever à fon
père& à ſon ami. Cette confiance ingénue
rend à Don Alvar toute ſa généroſité , & il
lui promet de la rendre à ſon père. A l'inftant
paroiſſent Édouin , Profper , Atkinfon
& l'Anglois ; ils veulent ſe précipiter ſur
Alvar , Azémia le couvre de fon corps,
P'appelle fon protecteur , ſon bienfaiteur ;
la colere d'Édouin &de ſes amis diſparoît :
mais Alvar ne veut pas jouir d'une eſtime
uſurpée , il avoue ſon projet& fes remords ;
1 veut rendre Édouin à ſa patrie , & quoique
ſa Nation foit ennemie de celle d'Atkinson,
86 MERCURE
/
il lui propoſe de ſe livrer à ſa foi , & de
tout attendre de ſes ſoins. Atkinson s'abandonne
à la géneroſité d'Alvar , conſent au
mariage de Profper avec Azémia , & comme
le vent eſt bon , on ſe hâte de ſe remettre
en mer.
Le ſecond titre de cet Ouvrage feroit préfumer
que les Sauvages y jouent un rôle intéreſſant
& utile , & cependant il n'en est
rien. Ils paroiffent pendant l'ouverture , y
exécutent quelques danſes groteſques , &
prennent la fuite au bruit d'un coup de
fuſil que tire Édouin : ils ne reparoiffent
plus qu'au troiſième Acte pour faire peur à
Fabrice , & pour épouvanter , derrière la
couliffe , les raviſſeurs d'Azémia. Quand on
donne deux titres à une production , le ſecond
doit être encore plus rigoureuſement'
juſte que le premier , & jeter quelque jour
fur le fonds de l'Ouvrage. Celui- ci eft abfoluiment
nul. Quand les Auteurs voudront- ils
ſe perfuader que le choix d'un titre n'eſt rien
moins qu'indifférent,& que l'intelligenced'un
écrit quelconque tient beaucoup à l'idée , plus
ou moins exacte , qu'il en donne ?
Nous n'examinerons pas combien l'intrigue
de cette Comédie eſt romaneſque .
Bien des gens prétendent que les bornes de
la vraiſemblance dramatique doivent être
plus étendues pour la Comédie-Opéra que
pour la Comédie proprement dite , &
nous ſommes très-diſpoſes à en convenir
ſi l'on veu : mais, en accordant ce prinDE
FRANCE. 87
cipe , ſans toutefois examiner s'il eſt fondé
en raiſon , nous obſerverons que les Airteurs
de Comédies-Opéra , en étendant ainſi
leurs droits , ne peuvent que renoncer à
une partie de l'eſtime que l'on doit à ceux
qui obtiennent des ſuccès mérités , en ſe
renfermant dans les bornes de l'art. Quand
on ſe permet de conduire dans un coin
du monde , au même jour , à la même
heure , & à-peu-près avec les mêmes intentions
, des perſonnages partis de ſes quatre
points cardinaux , il n'est pas difficile d'amener
des tableaux , des ſurpriſes , des fituations
, des effers; de faire naître des incidens
, de préſenter des contraſtes : il eſt
très difficile, au contraire , de toucher , d'intéreſſer
, de plaire en n'offrant que des fituations
fimples & naturelles , en parlant
toujours à la vraiſemblance & à la raifon ,
& en n'employant d'autres incidens que
ceux qui peuvent naître du choc des caractères
, ou des événemens ordinaires de la
vie. Il faut d'ailleurs bien diftinguer les
moeurs dramatiques , des moeurs romaneſques.
Le romancier eſt encore plus libre
dans la contexture de ſa fable , que le Poëre
Épique ne l'eſt dans la fienne'; il peut accumuler
les événemens dans ſon Ouvrage ,
parce qu'il peut en étendre la durée à un
grand nombre d'années ; quant à l'Auteur
Dramatique , il eſt circonferit dans le cercle
très étroit de vingt quatre heures , & il ne
peut pas ſe permettre de trop preffer les évé
88 MERCURE
nemens , fans courir le riſque de ceſſer
d'interetler en renonçant à la vraiſemblance.
Si l'on ne conçoit pas la poſlibilité d'une
action , il eſt douteux qu'on puifle y prendre
de l'interer ; cette vraiſemblance que l'on
exige au Théâtre , & dont nos Auteurs s'occupent
fi peu , eſt donc un des reſſorts les
plus intéreſfans pour parvenir à plaire , à
toucher & à produire une illufion réelle.Ce te
manière de voir eſt-elle conforme aux véritables
principes & à la raiſon ? Nous nous en
rapportons aux connoiffeurs.
L'Auteur d'Azémia eſt un homme de beaucoup
d'eſprit , deja connu par des productions
qui ont eu des ſuccès. Le ſtyle de celle ci a
de la grâce , de la fraîcheur , & il rend fouvent
d'une manière très - agréable des idées
très-piquantes. La candeur d'Azémia & l'ingénuité
de Profper donnent lieu quelquefois
à des Scènes attachantes.
On a donné de grands applaudiſſemens à
la muſique. L'ouverture a eu un très grand
ſuccès. En voici le deſſin. Après quelques
meſures d'un ſtyle doux & tranquille , le rideau
ſe lève; des canots abordent , & des
Sauvages deſcendent dans l'Ifle. Les modulations
alors prennent un ton plus prononcé;
les Sauvages obſervent , ſe rapprochent , ſe
réuniſſent ; le caractère de la muſique devient'
propre à la danſe , & du fein de l'orcheſtre
s'élève le fameux air des Sauvages de notre
grand Rameau , qui fert de baſe à l'harmonie.
Cette idée heureuſe & bien exécutée
DE FRANCE. 89
fait d'autant plus d'honneur à M. d'Aleyrac ,
qu'elle doit être conſidérée comme un hommage
rendu à Rameau , dont le génie & les
talens ont été trop têt oubliés par la Nation
ingrate & légère dont il a fait les délices
pendant trente ans. Le petit choeur de Conjuré
au ſecond Acte, mis en oppofition avec
la partie de chant des deux Anglois qui les
écoutent& les obſervent , eſt bien apperçu ,
il a une couleur bien propre à la ſituation.
Nous avons remarqué de la foibleffe dans
quelques morceaux ; mais par tout de l'eſprit,
de la fietſe & une grande connoiffance de
la Scène.
Ladécoration du premier Acte , qui repréſente
la mer dans le fond, des rochers dans
l'éloignement , & deux grottes à la droite &
à la gauche du Théâtre , eſt d'un effet vrai
&pittoreſque.
La Pièce eſt jouée avec ſoin. Dire que le
rôle d'Azémia eſt rendu par Mme Dugazon ,
c'eſt annoncer ſuffifaminent que c'eſt celui
de tous qui a produit leplusd'effer. ١٢
*
१०
MERCURE
A
ANNONCES ET NOTICES.
Vinaigres du fteur MAILLE , à Paris , en
fon magasin , rue S. André des-Arcs.
UNE fatalité attachée à la carrière des Arts & des
talens , c'est qu'on y marche toujours entre deux
écueils , l'envie & l'obſcurité. Celui qui échoue eft
puni par l'abandon du Public , & celui qui réuffit ,
éveille tout-à-la- fois les efforts de l'envie & les pro- ,
jets de la cupidité.
いい
Tel a écé le fort du fieur Maille , dont nous avons
pris plaiſir à faire connoître les he i cux travaux ,
stones au'il g en annonçant une d
faites dans fon Art , en parlant des nombreux objets
qu'il a inventés ou perfectionnés. Ne pouvant
lui dérober une réputation & une confiance juflement
acquiſes , des rivaux jaloux ſe fout efforcés
d'ufurper l'une & l'autre , s'il étoit poffible ; ils ont
voulu faire tourner fon nom & fon talent au profit
deleur fortaue ; & en contrefaiſant fes différens Vinaigres
, ils ont emprunté jusqu'a , ſes étiquettes
pour tromper le Public, dont ils n'ont pu gaguer
comme lui la confiance . Quand le feul defir de
rendre juſtice à cet Artiſte ne nous feroit pas un devoir
de dénoncer ce brigandage , nous y ferions
pouflés par un motif plus puifiant encore , par l'intérêt
public. Dans des objets de pure curiofité , les
contrefactions ſont puniſſables fans doute ; mais la
ſuite n'en est point funeſte; dans celles dont il s'agit
ici , elles peuvent ataquer la ſanté des Citoyens. Il
eſt donc indiſpenſable de prémunir le Public &
pour ne nous arrêter qu'à un ſeul des objets falfifiés ,
DE FRANCE. 91
nous allons indiquer la manière de diftinguer ſon
véritable Vinaigre de Rouge de celui qui eſt contrefait.
En jetant ſur un linge blanc quelques gouttes de
ee Vinaigre , elles y laiſſent , bien également fondu,
cet incarnat, ce coloris naturel qui embellit le teint,
celui qui est contrefait ne laiſſe qu'une eſpèce de
violet , qu'on ne peat fondre également. Le Vinaigre
da ſieur Maille contient des propriétés balfamiques
qui ne peuvent porter aucune atteinte à la
fraîcheur de la peau ; & l'on fent combien il eft poffible
que fes procédés mal imités deviennent d'un
ufage dangereux. Au reſte , la couleur en eſt plus,
belle encore lorſqu'on l'emploie le ſoir en ſe couchart
, parce que l'épiderme a eu le temps de s'en,
pénétrer doucement pendant la nuir.
Les ripaux Vinaigres qu'on effie auffi de
contrefaire foot: aigreRomain,d سحم
priété et de blanchir les derts , de les affermir dans
leurs alvéoles , & de s'oppoſer aux progrès de la
caric; propriétés qui font anestées par nombre d'Of-
Aciers qui , dans la dernière guerre d'Amérique
l'ont employé avec le plus grand faccès.
و ا
Le Vinaigre pour over le feu cu Rafoir , nouvellement
perfectionné parl Auteur , qui en a rendu
l'odeur plus agréable encore , en y ajoutantpluſieurs
urs balfamiques, Ce Vinaigre , en raffraichiffant
la peau,prévient les boutons & les dartres farineuſes,
Le Vinaigre à l'usage de la Ga derobe ; outre
qu'il est d'un uſage agréable pour les Dames , il eſt
encore très-utile dans les cas d'hémorroïdes & autres
maladies particulières au foxe.
Et le nouveau Lait de Vinaigre, imaginé depuis
peu pour ôter les marques de couches & les taches
da roufleur. Nous l'avons annoncé au moment de
ſa nouveauté; & le ſuccès qu'il n'a pas cette d'obtenir
depuis , a'justifié nos éloges.
92
MERCURE
Au reſte , un moyen bien aſſuré pour avoir de ſes
véritablesVinaigres , c'eſt de s'adreſſer directement
à fon magaſin , le ſeul qu'il ait dans Paris , rae
S. André des-Arcs. Ce magafin, richement & agréablement
décoré , ne préſente pas uniquement des
idées de luxe à ceux qui avent obſerver & juger ;
il atteſte les ſuccès du ſieur Maile , & annonce fe
foin & la propreté qu'il apporte dans tous les procédés
de fon Art.
OEUVRES de Fenélon , in- 4°. premier& fecond
Volumes . Prix , 23 liv. en feuilles , & 25 liv. 4 fols
brochés encarton . A l'aris, de l'Imprimerie de Didot
1 aîné rue Pavée Saint- André.
Cette Edition , délice au Roi , eſt enrichie de
quelques Ouvrages de cet illuftre Auteur qui ne
font point connus, & que fa famille a raffemblés
avec grand foir. On ne lira point feas le plus grand
iare de ce fremt in respectable, miſe à la
tête de cette Édition S , & qui compote le premier
Volume.
O tiré quelques Exemplaires für papier grand
raiſin fuperfin , qui ſe vendront 36 liv. chaque Vo
lume broché en carton .
MEMOIRES du Baron de Tottſur les Turcs & les
Tartares , 2 Vol. in- 4°. A Amſterdam & ſe trouve
à Paris , chez Laurent , Libraire , que de Tournon , &
dans les principales Villes des Pays Bas.
Le ſuccès qu'a obtenu cet Ouvrage nous diſpenſe
derevenir ſur ſon éloge; nous nous bornerons à dire
quel'in 4º. que nous annonçons eſt préf rable à l'in •
.. parce que l'Auteur, fans rien faire perdre
aux agrémens de ſon ſtile , l'a rendu plus correct
dans cette Editions qu'il y a far des changemens
pour ajouter tantôt à la clarté , tantôt à la précifion ;
&parce que ceste Edition eft enrichie de feize Plan-
!
DE FRANCE. 93
ches deſſinées par l'Auteur , dont le talent dans ce
genreeft plutôt d'un Artiſte que d'un fimple Amateur.
Il y a joint une Réponſe à M. Peyſſonel .
Ils'eſt fait de cet Ouvrage de nombreuſes contre
façons qui fourmillent de fautes,
EXTRAIT'S de Lucien & de Xénophon , tra
duits par M. l'Abbé Gail , Docteur Agrégé de l'Univerſité
de Paris, 2 Volumes in- 12. A Paris , chez
l'Auteur , au College d'Harcour ; Brocas , Libraire ,
rue S. Jacques ; Nyon , Libraire , au pavillon des
Quatre- Nations ; Colas , Libraire , Place de Sor
bonne , & Lejay , Libraire , rue neuve des Petits-
Champs,
Les Dialogues de Lucien , qu'avoient traduits M.
l'Abbé Gail, avoient obtenu un ſuccès auſſi général
que mérité ; & l'Univerſité dont il eſt Membre l'avoit
invité à pourſoivre un travail fi heureuſement
commencé, La nouvelle Traduction que nous annonçons,
juſtifie ce ſuffrage honorable , & le ſuccès de
fon premier Effai, Il a fait imprimer auffi le texte
ſéparément dans un Volume à part, afin d'être parlà
utile aux Colléges, où l'on ne permet pas les
traductions à toutes fortes d'Écoliers, & pour laiſſer
aux Perſonnes qui ne ſont point curieuſes de l'original
la liberté de n'acheter que ſa Traduction,
C'eſt une bonne Traduction de plus ſortie du ſein
de l'Univerſité.
Cet Ouvrage eſt dédié à M. le Pelletier de
Morfontaine , Prévôt des Marchands , &c.
Chaque Volume ſe vend ſéparément broche;
celui de la Trad ction 2 liv. ; celui du Texte grec
ſe vend ou complet ou par parties; complet 2 liv.
10 fols pat patie , la premièr 2 fols; la feconde
12 folk ; la troisième 14 fols , & la qua
trième 12 ſols.
9+
MERCURE
DISSERTATION fur le Commerce , traduite.du
Latin de M. le Marquis de Belloni , Banquier Romain ,
*ded.ée à M. L *** , ar cien Lieutenant Ginéral de
Police de Paris , par M. F. Roufleau , Brochure in-
8 °. A Paris , chez Gaſtellier , Libraire , Parvis Notre-
Dame.
Cette Differtation eſtimée a déjà été traduite. Les
*circonstances rendent plus intéreſſans que jamais les
principes qu'elle renferme.
TRAITĖ d'Économie Politique , embraſſant toutes
Ses branches, fuite annoncée du produit & droit aes Comunes
& autres biens , ou dernières Parties du Traité,
dédié à la Monarchie Françoiſe ,& pré enté au Roi en
1782 parun Honoraire de pluſieurs Académies des
Sciences & Arts , de la plupart des Sociétés Royales
d'Agriculture , in - 8 ° . Prix , 3 liv. broché. A Paris ,
chez Cellot , Imprimeur- Libraire , rue des grands
* Auguſtins , & Royez , Libraire , quai des Auguftins.
Le Chirurgien- Dentiſte owtraité des Dents , avec
des Obfervtions & des Réflexions furpluſieurs casfin-
-gulier, Ouvrage enrichi de quarante- deux Planchesen
taille douce , par Pierre Fauchard , Denrifte à Paris ,
troiſièmeÉdition, revue, congée& confidérablement
augmentée, 2 Vol. in 12. A Paris, chez Servières , Libraire
, rue S. Jean de Beauvais .
Les différentes Éditions de cet Ouvrage annoncent
fou fuccès& fon uulité.
SYMPHONIE COncertante à quatre mains ou pour
deux Piano-Forte , par M. J. I. Adam , OEuvre V,
Prix , 4 liv. 4 fols, A Paris, chez l'Aweur , rue des
Vieux Auguftins , maiſon d'un Marchand de Vin en
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FRANCE.
95
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A Paris, chez l'Auteur , rue Taitbout, maiſon d'un
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avec Accompagnement , Violon ad libitum ſéparé du
Journal, par M. Vidal , Profeſſeur de Mutique &
de Guittare , un Cahier par mois. Prix, 3 liv. chaque.
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dejolis Airs arrangés pour deux Clarinettes ,
parM. Simonin, Muficien de M. le Duc de Montmorency.
Prix ; ; liv. 12 fols. - Cinquième Re-
: cueil de petits Airs variés pour la Guittare , par M.
Vidal. Prix , 4 liv. 16 tols. Six Duetti pour
• deux Violons , par M. A. Chapelle , Muſicien ordipaire
da Concert Spirituel & du Théâtre Italien.
OEuvre X. Prix , 6 liv. port franc. A Paris , chez
M. Vidal , aux Soirées Eſpagnoles , Magaſin de
Muſique , rue de Richelieu , entre celle de Menars
&la rue Neuve Saint Marc , n° . 99.
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RONDEAU nouveau Italien & François , avec
Accompagnement de Violons , Haut Bois , Cors ,
Alto & Baffe , par Cimarofa , mis au jour par M.
Santineri. Prix , 2 liv, 8 fols. A Paris , chez l'Éditeur,
rue de la Vieille Monnoie, hôtel du Saint-
-Elprit.
PARTITION du Roi Theodore à Venise , Opéra
Héroï- Comique en deux Actes & en vers , parodić
fur la Muſique de M. Giovanni Paiſiello par M.
▲ Molinę , dédié à M. le Baron de Bagge. Prix ,
24 liv. A Paris , chez Coufineau père & fils , Luthiers
de la Reine, tue des Poulies,
Cette Partition n'eſt point celle qui ſe joue à
96 MERCURE
Verſailles; celle-ci eſt en vers , & toute la Musique
yeſt confervée. Le ſecond Acte paroîtra dans le
cours du mois.
Nous avons rétabli dans letitre le nom de M.
Paiſiello mal écri: ſur cette Partition ainſi que par
pluſieurs Journaliſtes.
NUMEROS 19 à 26 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix ,
1 liv. 4 fols chaque Numéro. Abonnement 30 liv.
pour cinquante-deux Numéros. Même Adreſſe que
ci-deſſus.
NUMEROS 4 & 5 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs. Prix , ſéparément 2 liv. Abonnement 15
& 18 liv , A Paris , chez M. Bornet l'aîné , rue Tiquetonne
, n °, 10.
TABLE.
:
INSCRIPTION pourle Buste l'unique base du bonheur&
du Général Washington , 49
L'Homme du Monde & le
Solitaire ,
dela véritable Philofophie ,
50 LeMusicien Pratique ,
Charade, Enigme & Logo- Manuel des Oififs ,
gryphe, 12 Comédie Italienne ,
LaReligion considérée comme Annonces & Notices ,
APPROΒΑΤΙΟ Ν.
14
74
80
8
१०
J'AI la, par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux,le
Mercurede France , pour le Samedi 12 Mai 1787. Jen'y
ai sen trouvé qui puiffe en crapêcher l'impreffion. А
Paris, le 1 Mai 1987. RAULIN.
1
:
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 Avril.
U commencement du mois , unCapi-
Ataine Américain apris fur fon bord 4.
filles, choiſies parmi les plus jeunes de celles
qui ſont enfermées dans la Maiſon de correction
, pour les tranſporter à Philadelphie.
Ala nouvelle de cet embarquement , pluſieurs
autres filles de mauvaiſe vie , mais libres
, ont demandé leur paſſage, dans l'efpérance
de trouver un établiſſement en
Amérique.
Pluſieurs Gazettes , & encore plus de
perſonnes dans la converfation , confondent
l'ancienne Cherfon, qui donnoit fon nom à
la péninſule de la Cherſonele Taurique &
dont on ne retrouve que des traces incertai
N°. 19 , 12 Mai 1787 . C
(50 )
nes , avec la ville de ce nom où ſe rend l'Impératricede
Ruſſie , New- Kherson , bien loin
d'être en Crimée, eſt ſituée ſur le Nieper ,
dans la petiteTartarie, à environ dix lieses
de la Mer- Noire. A peine à deux lieues de
diſtance d'Oczakof , elle eſt placée ſur le
même terrain , où étoit autrefois la redoute
Alexandrofsky. En 1778 , le 30 Octobre ,
leGénérat Ruſſe Hannibal pofa les tondemens
de cette ville , qui fut peuplée pardes
émigrans ou aventuriers de toutes les nations.
En 1782 , il s'y érablit une Compagnie
Angloiſe pour le commerce du chanvre,
de la potaſſe, &des bois de conftruction.
Dans la même année , l'Impératrice y
fonda un comptoir de banque , avec un
fonds de 300,000 roubles. En 1783 , on
évaluoit la population de Kherſon à 50000 ;
mais cedénombrement ſemble fort exagéré.
800 pieces de canon bordent les remparts
de cette ville , dont les chantiers ſont confidérables.
Ony a conſtruit 7 vaiſſeaux de 66
can. , 20 frégates&d'autres petits bâtimens.
Il existe encore une autre ville de Cherfon
près de la côte orientale de la Mer-Noire.
De Berlin, le 23 Avril.
La ville de Minden a envoié ici des Députés
chargés d'une Supplique au Roi , à
qui elle demande: 1º. l'exemption de l'enrôlement
forcé en faveur des enfans mâles
quinaiffent dans la ville; c'est-à-dire, qu'en
( 51 )
venant au monde , ils ne ſoient pas in crits
comme ſoldats, ainſi que les autres mâles
nouveaux nés dans la domination de S. M.;
2°. le paiement de dix mille rixdalers dûs à
la ville par le Gouvernement pour des fourrages
, liv és pendant la guerre de ſept ans ;
3°. la permiſſion de conſtruire une Maiſon
de charité. S. M. a accordé ces trois demandes
, & a donné fix mille écus pour conftruire
la Maiſon de charité.
On préſume que l'année prochaine l'armee
Praffienne prendra'on nouvel Uniforme:
ledrap en ſeraplus fin,& les habits
plus longs devront ſervir deux ans. Le
PrinceHenri projette un nouveau voyage ,
en Ita'ie , ſuivant les uns; en Suiſſe , ſelon
d'autres ; en France , d'après de troiſiemes
conjectures.
C'eſt aux bons offices de notre Cour
qu'eſt dû le parti qu'a pris le Landgrave de
Heſſe Caffel d'evacuer le Comté de Buckebourg:
notre Gouvernement I a annoncé au
Public en ces termes :
«Il eſt connu , qu'après la mort du Comte Philippe-
Erneſte de Schaumbourg-Lippe , arrivée le
15 Février, le Landgrave de Heſſe-Caſſel fit occuper
le 17 Février la ville deBuckebourg& tout
leComté de Lippe-Schaumbourg par ſes troupes,
parce qu'il regardoit ce pays comme un Fief ouvert
à laMaiſonde Heffe Caffei , & que la capacitédu
jeune Comte mineur de laLippe à ſuccéder
dans les droits de la famille , lui paroifſoit
fufceptible de conteſtation. Il en eſt réſulté les
C2
( 12 )
mouvemens connus dans l'Empire ; & le Directoire
des Cercles du Bas-Rhin & de Westphal e a
atreſſé des Monitoires réitérés au Landgrave, auquel
le Conſeil-Aulique de l'Empire a auffi en.
voyé des Décrets , pour qu'il eût à évacuer le
Comtéde la Lippe-Schaumbourg.Mais c'eſt princopalement
S. M. Pruſſienne , qui a pris cette affsire
à coeur avec zèle , tant en qualité de Chef &
de Directeur du Cercle de Westphalie , que comme
ami de l'illuftre Maiſon de Heſſe ; & eile a
employé ſes bons offices près du Landgrave avec
tant de ſuccès , que ce Prince, par une lettre qu'il
a écrite à S. M. , en date du 16 Avril , lui a déclaré
, & qu'il avoit donné ordre à ſon Lieutenant-
Général de Lossberg de retirer ſur le champ
toutes ses troupes de la partie du Comté de
" Schaumbourg , qu'il avoit fait occuper , avea
réſerve de tous ſes droits. » Ainfi , cet événement
important , qui avoit cauſé une ſi vive ſenſation
dans tout le Corps Germanique , & qui menaçoit
d'avoir des fuites , non- ſeulement trèsdéfagréables
dans leur principe , mais dont il étoit
impoffible de prévoit l'étendue , a été heureuſement
redreſſé par l'interpofition patriotique de
S. M. , & l'affaire a été ramenée au mode légalement
preſcrit dans l'Empire.n
בג
que
On apprend que le Duc d'Yorck , Evêd'Ofnabruck
, a donné le grade de Lieutenant
à l'Enſeigne de Wind , Officier Hanovérien
, qui a fi fidellement & fi cousageuſement
défendu la petite fortereſſe de
Wilhemſtein , pour la Comreſſe de la Lippe,
On a publié ici quelques Lettres originales
du feu Roi , écrites pendant la guerre de
ſept ans , à la Comtelſe de Camas , née de
Brandt , épouſe du Comte de Camas , Com
( 53 )
mandant de Francfort ſur l'Oder , & atta .
chée au ſervice de la Reine qu'elle avoit fuivie
àMagdebourg, lorſque la Famille royale
s'y réfugia. Cette correſpondance familiere
prouve ledegré de gaieté qu'avoit conſervé
le Roi , au milieu des détreſſes de la guerre,
& annonce par tout un coeur très ſenſible à
l'amitié. Nous allons tranfcrire quelquesunes
de ces lettres .
A Neustadt , 11 Novembre 1760 .
Je ſuis exact à vous répondre & empreflé à vous
ſatisfaire. Il eſt ſingulier , comme l'åge ſe rencontre.
Depuis 4 ans , j'ai renoncé aux ſoupés ,
comme incompatibles avec le métier que je ſuis
obligé de faire ; & les jours de marche , mon diné
confte dans une taſſe de chocolat. Nous avons
couru comme des fous , tout enflés de notre victoire
, effaserfi nous pouvions chaffer les Autrichiens
de Dreſde ; ils ſe font moqués de nous du
hautde leurs montagnes,je ſuis revenu fur mes.
pas , comme un petit garçon , me cacher de dépρις
dans un des plus maudits villages de la Saxe.
Apréſent , il faut chaifer de Freyberg & de
Chemnitz Meßieurs les Cercles , pour avoir de
quoi vivre & nous placer.
C'eſt, je vous jure ,une chienne de vie , qu'excepré
Don Quichotte , perſonne n'a, menée que
moi. Tout ce pain , tout ce défordre , qui ne
finit point , m'a fi fort vieilli , que vous aurez
peine à me reconnoî re. Du côté droit de la tère,
les cheveux me font tout gris ; mes dents fe caffent&
me tombent ;j'ai le visage ridé , comme
les falbalas d'une juppe ; le dos vouté , comme un
Maine de la Trappe. Je vous préviens fur tout
cela, afin qu'en cas que nous nous voyions en-
C3
(154 )
core enchair&en os, vous nevous trouviez pas
trop choquée de ma figure. Il ne me reſte que le
coeur , qui n'eſt point changé , & qui conſervera ,
autant que je reſpirerai , les ſentimens d'eſtime &
d'une tendre amitié pour ma bonne Maman.
Adieu.
Ce 3. (1)
En vérité , ma bonne Maman , vous êtes bien
experte , & je vous félicite de vous connoître i
bien en hydropifie. L'aventure qui vient d'arriver
eſt tout ordinaire ; il n'y a point de Cour , point
de Couvent même , où cela n'arrive. Moi , qui
fuis fort indulgent pour les foibleiſes de notre efpece,
je ne lapide point les holes d'honneur qui
fontdes enfans. Eltes perpétuent l'eſpece, au lieu
que ces farouches politiques la détruiſent par
Jeurs guerres funeftes, Je vous avoue que j'aime
mieux ces tempéramens trop tendres , que ces
dragons de chaſteté qui déchirent leurs femblables
, ou ces femmes tracaffieres , foncièrement
méchantes & malfaiſantes . Qu'on éleve bien cet
enfant , qu'on ne proßitue point une famille , &
qu'on faſſe , fans ſeandde , fortir cere papyre
fille de la Cour , en ménageant la réputation zutant
que poſſible.
Nous aurons la paix , ma bonne Maman , &je
me propoſe bien de rire entrequatre yeux , quand
j'aurai le plaifir de vous revoir. Adieu , ma bonne
Maman, je vous embraffe.
A Meiffen , le 20.-
Je vous envoie , ma bonne Maman , une bagatelle
pour vous faire reſſouvenir de moi. Vous
pouvez vous ſervir de cette tabatiere pour y
mettre du rouge , ou des mouches , ou du tabac ,
(1) Cette lettre est donnée ſans date, par égard pour
la perſonne que concernoit l'aventure dont le Roi parle .
Cene perfonne eſt morte aujourd'hui.
( 55)
cu des dragfes , ou des pillu'es; mais à quelque
emploi que vous la deſtiniez , pentez au moins ,
en voyant ce chien , cet embleme de la fidélité ,
que celui qui vous l'envoie paſſe en attachement
pour vous la fidélité de tous les chiens de l'univers
, & que ſon dévouement pour votre perfonne
n'a rien decommun avec la fragilité de la matiere
qu'on fabrique ici. J'ai commandé ici de la
porcelaine pour tout le monde: pour Schonhaufen,
pour mes belles-fooeurs ; en un mot , je ne
fuis richeà préſent qu'en cetre fragile matiere;
j'eſpere que ceux qui en recevront , la prendront
pour bon argent. Car nous ſommes des gueux ,
ma bonneMaman;il ne nousrete que l'honneur,
la cape, l'épée&dela porcelaine.
Adieu , ma che e & bonne Maman. S'il plaît
au ciel , je vous verrai encore face à face , & je
réitérerai de vive voix ce quej'ai dit ; mais quoi
que je faſſe ,je n'exprimerai que très-imparfaitementtout
ceque mon coeur penſe ſur votre ſujet.
APéterswalde ce 19 Octobre 1762 .
Je voudrois pouvoir prendre tous les jours une
fortereſſe , ma bonne Maman , pour recevoir de
vosainables lettres. Maisdes imbécilles de Commandans
m'en perdent ſouvent d'une façon honteu'e;
& quandj'ai des Empereurs qui me veu-
Jent du bien...... Jugez après cela dela jolie
ſituation où je me trouve. Si notre Empereur
vivoit encore , nous aurions la paix cet hiver ,&
vous pourriez retourner de plein ſant dans votre
paradis ſablonneux de Berlin. Mais le Public ,
qui ſe flatte, acru ſans raiſon que la paix ſuivroit
lapriſe de Schweidnitz. Vous avez peut- être efpéré
que cela pourroit être ; mais je vous aſſure ,
autant que j'y puiſſe comprendre , que nos ennemisn'ont
encore aucune envie de s'accommoder
Jugez après cela, s'il feroit prudent de retourner
C4
( 56 )
àBerlin , au riſque de s'enfuir à Spandau à la
premiere alarme.
,
&
Vous me parlez de la pauvre Finette. Hélas !
ma bonne Maman , depuis fix ans , je ne plains
plus les morts , mais bien les vivans. C'est une
chienne de vie que celle que nous menons , & il
r'y a aucun regret ày donner. Je vous fouhaite
beaucoup de patience , ma bonne Maman
toutes les proſpérités dont ces temps calamiteux
ſont ſuſceptibles ; fur-tout , que vous conferviez
votre bonne humeur , le plus grand& le plus réel
tréſor que la fortune puiſſe nous donner. Pour
moi , ma vieille amitié & l'eſtime que je vous
ai vouée ne ſe démentiront jam is. Je ſuis sûr
que vous en êtes perfuadée. Adieu , ma bonne
Maman.
A Dahlen le 6 Mars 1763 .
Je vous reverrai donc , ma bonne Maman , &
j'eſpere que ce ſera ſur la fin de ce mois ou au
commencement d'Avril , & j'eſpere de vous trouver
aufli bien que je vous ai quitrée. Pour moi ,
vous me trouverez vieilli & preſque radoteux ,
gris comme mes ânes , perdant tous les jours
une dent , & à demi éclopé par la goutte ; mais
votre indulgence ſupportera les infirmités de
l'âge , & nous parlerons du vieux temps.
Voilà notre bon Margrave de Bareuth qui
vient de mourir. Cela me cauſe une véritable
peine. Nous perdons des amis , & les ennemis paroiffent
vouloir durer en éternité . Ahlana, bonne
Maman , que je crains Berlin & les vuides que je
trouverai ! Mais je ne penſerai qu'à vous , & je me
ferai illufion fur le reſte . Soyez perfuadée du plaifir
que je me fais de vous affurer de vive voix de
la véritable eſtime & de l'amitié que je vous conſerverai
juſqu'au tombeau .
Le 2. Juin 1763 .
Ma bonne Maman , votre lettre & votre ſouve
( 57 )
vir m'ont fait unvéritable plaifir, parce qu'ils font
d's marques que votre fanté va mieux . On m'affare
qu'il n'y a aucun danger,& que vous vous remettrez
tout- à- fait. Ma foeur va a river dans une
heure d'ici . Je vous avoue que cela me fait grand
plaifir . Tâ hez , ma bonne Maman , à mettre le
nez àl'air. Le grand air eft la louveraine médecine
; il vous remettra du baume dans le fang ,
vous guérira cout-a-fait. Pour moi,je m'y antereffe
fincerement. Vous connoiffez mon vieux
coeur , qui est toujours le meme & qui ett fait pour ,
vous aimer tant qu'il exiftera Adieu , ma bonge
Mam..n. Ajez bien ſoin de vous remettre , & ne
m'cutiez pas.
,
Je montrerai votre lettre , ma bonne Maman ,
ana foeur, qui ſera charmée de ce que vous perfezà
elle. Jeregrette à 14 vérité de ne pointjouir
ici de votre perſonne. Mais je trouve que vous
avez grande raiſon de vous ménager , & dans le
fond , je pourrois fort peu profiter ici de vorre
aimable compagnie. Car nous ſommes comme
dans une Diéte générale du St. Empire Romain
environnés de 30 Princes & Princeſſes ; & d'ailleurs
, mes infirmités m'empêchent d'aſſiſter å
tous les banquets. Je me trouve aux grandes
folemnités, & je tache de prendre quelque repos
entre deux. Le vieux Bacon inſulte à mes
jambes eſtropiées ; il a coura avec le Prince Fréderic
, à qui ſe dévancera. Pour moi , qui me
traine en cloche-pied , à peu-près comme une
torrmë ; je vois la rapi lité de leur courſe , ainſi
qu'un paralytique qui aſſiſteroit à un baller de
Denis (.) .
Bon foir , ma bonne Maman ; j'eſpere de vous
revoir , quand mes jambes me reviendront , &
(1) Maite de ba'lets qui avoit éré à Berlin .
CS
( 58 )
que je pourrai grimper les eſcaliers du château
qui menent àvotre paradis. Je ſuis à jamais le
plus ancien de vos adorateurs.
FRÉDÉRIC.
Probablementle Roiprolongera 'on féjour
à Porzdam juſqu'au temps des revues; &
après celle de Berlin , vers la fin de Mai ,
S. M. ſe rendra dans la nouvelle Marche , la
Pomeranie, le Magdebourg & la Pruſſe.
Le teſtament de la Princeſſe Amélie a été
ouvert. Pa mi les legs confidérables , cette
Princefle a aſſigné à l'Eglise cathédrale de
Berlin 25000 rixdalers ; à la maison d'Oranienbourg
5000, & 11000 à fon Inſtitut
pour l'éducation de is jeunes gens de tamilles
bourgeoiles. Le college de Joachimſthal
aura abibliotheque &fon cabinet de
minéraux & de méchanique. Elle a donné
fon palais ſous les tilleuls , avec tous les
meubles, au Prince Royal , & celui dans la
rue de Guillauine au Prince Louis, ſecond
fils de S. M. Le Roi eft légataire univertel.
: Une Patente royale, qu'on vient depublier
, leve la defente d'exporter l'or & l'argent
, foit en especes, foit en lingots, des
états de S. M. , & permet cette exportation
àcommencer du i Ju'n prochain.
Le Roi a affigné un fonds de plus de 150,000
écus à la Sléfie La répartition de cette fomme
fe fera de la maniere ſuivante; favoir , 18. 8০০০
ecus aux Villes de Guivan & de Herrnftat , qui
ont été minées dans la guerre de ſept ans; 2º.
26,937 pour la conſtruction & la rép ration de
maiſons dans cing Villes ; 3°. 6,336 pourlaconf
( 59 )
truction en briques des cheminées à Ramfleu &
Polkviz;4°. 16,333 pour la confiruction de quelques
Eglifes & Ecoles; 5. 8,594 pour le ſoutien
de quelques Fabri jues ; 6°. 44,748 pour la réparation
des dommages caufés par le débordement
des rivieras; 7°. 12,342pour l'ét .blife nent d'une
chauffée ;8°. 10,000 pour la réparation des chemins
, 90. 21,005 pour des établiſſemens ufités ;
&enfin, 10. 2000 à la Communauté de Neiſſe ,
pour la mettre en état d'entretenir un Maître
d'Ecole.
t.
:
De Vienne , le 23 Avril.
Le jour même de ſon départ , le 11 dece
mois , S. M. I. est arrivée à Brünn , dont
elle a viſité très - ſoigneuſement l'Hôpital .
Nous apprenons de Jaſſy, que le nouveau
Prince de Moldavie , Alexande Ypsilantis y
eſt arrivé , & qu'il a déjà commencé fon
administration. L'évaſion de ſon Prédéceſſeur,
le Prince Maurocordato , eſt certaine : Il a
laiſſe la Princeſſe , ſon Epouse , & toute
fa Famille dans la plus grande détrelſe ,
ayant enlevé à cette Dame infortunér jufqu'à
les Bijoux , & l'ayant laiffée dans la
miſere avec ſes enfans . Le Firman de la
dépofition da Prince Murocordato étoit
conçu dans les termes les plus modérés
Rien ne pouvoit tui faire craindre les effets
ordinaires de la diſgrace ; & il ſembloit que
la Porte elle-même avoit cherché à aloucir
fon fort, en diſſimulant les motifs de fon
mécontentement , &des raisons qu'elle avoit
de ſuſpecter ſa fidélité. Cependant il a préféré
une fuitehonteule àtous ſes devoirs.
4 C6.
( 60 )
De Francfort , le 28 Avril.
Maximilien Procope , Comte de Toërring
Fettenbach , Chano'ne Official de Ratisbonne
& Prévôt de la Collégiale de Straubing
, a été élu le 20 , Prince Evêque de
Ratisbonne. Depuis environ 120 ans , il n'y
avoit pas eu d'Evêque tiré du ſein du Chapitre
, & le dernier élu étoit auſſi un Comte
deToërring.
M. le Baron d'Oxenstiernn , Miniſtre de
Suede , s'eſt légitimé à la Diete, le 19 dece
mois , pour le fuffrage de la Pomeranie antérieure.
L'on connoît aujourd'hui les fix demandes
faites par la Ruſſie à la Porte , & les réponſes
de Sa Hauteſſe. Voici les unes& les
autres .
La Ruffie demande :
>> 1 °. Que la Porte reconnoiſle comme
>>dépendans & ſujets de l'Empire Ruffe les
>>habitans de la Géorgie , dont le Prince
>>>Heraclius eſt le chef.
>> 2 °. Que la Porte s'engage à faire ceſſer
>> les hoſtilités des Tartares Lesghis & Abazas.
>> 3 °. Que les différends qui ſe font éle-
>>>vés touchant les mines de fel , entre le
>> gouvernement d'Oczakow , près du Bo
rifthene , & le gouvernement Ruffe de
Kilburn ,; ſitué à la pointe de la preſqu'île
בכ
de la Crimée , foient applanis.
( 61 )
>> 4°. Que le Miniftare Ottoman nes'op-
>>po'e plus à l'établiſſement d'un Conful
>> Ruffe à Warna , du côté de l'embouchure
>> du Danube.
>> 5°. Que la Porte s'explique ſur les rai-
>>fons des armemens confidérables qu'elle
>> fait , tant fur terre que fur mer.
>>> 6°. Que le Ministere Ottoman mette
>>fin à l'oppreſſion des provinces de Mol-
>> davie & de Va'ashie , à laquelle le chan-
>> gement continuel de leur Prince donne
>> lieu.
La Porte a répondu , le 15 Février, à ces
demande , article par article , comme il fuir:
>> 1 °. Que les Géorgiens ont été de toat
>>temps conſidérés , comme dépendans &
>>tributaires de l'Empire Orroman , & qu'il
>>n'ajamais été queſtion de leur dépendance
>> de la Ruffie ; ce qui a été confirmé & dé-
>> montré par l'art . 23 duTraité de Kainad-
>>gi , fans qu'il ait été fait alors de la part
>>>de la Ruſſie , la moindre mention de cette
>>prétendue dépendance.
>> 2°.Que le Mniſtere Ottoman avoit
>>déja déclaré plus d'une fois l'indépendan
>> ce des Tartares Lesghis & Abazas , & que
>>par conféquent le Gouvernement n'avoit
>>>ni le pouvoir ni le droit de ſe comporter ,
>>>au milieu de leurs mouvemens , différem-
>>> ment que comme neutre . :
>>>3 °. Que les différends ſurvenus entre le
>> gouvernement d'Oczakow & celui de
( 62 )
>> Kilburn , n'étoient pas de nature à mériter
>une conférence miniſtérielle , & qu'ils
>>pourroient facilement être appłanis par un
>>>Interprete Ruſſe & quelques Miniſtres ſu-
>> balternes de la ChancellerieTurque.
>>>4°. Que la Porte reconnoît en effet ſon
>>>obligation d'accorder l'établiſſement des
>>>Confuls Ruſſes , par tout où leur com-
>> merce l'exigera , mais que relativement à
>>l'oppoſition de Warna , indépendamment
>> de ce que cette échelle ne peut être d'au-
>>cune utilité quelconque au commerce de
>>>la Ruffie , de quelque nature qu'il puiſſe
> être , le Gouvernement s'étoit déja expli-
>>qué , ily a'ong temps, fur les raiſons qui
>> occaſionno'ent cette difficulté; qu'on de-
>>>voit l'a tribue: plutôt à la ſituationdu lieu
>>& au naturel de ſes habitans , qui refufent
>>abfolument l'admiffion d'un Conful , qu'à
>>>une réſiſtance or iniâtre à cette demandes
» qu'on avoit déja communiqué à la Cour
>>deRuffie toutes ces raifons , &que le Mi-
> niſtere Ottoman l'avoit même ſolicitée
5de la maniere la plus amicale , de ſe dé-
>> fiſter de cette demande , & de choiſir fur
» ces mêmes côtes , mais dans un autre en-
>>>droit , un lieu propre à l'établiſſemem
>>> d'un Conful .
>> 5°. Qu'il étoit très-naturel que la Porte
>> ſe mît dans le même état de défenſe que
>> ſos vo, fins; que ces ar nementnedevoient
> être jugés d'aucune conféquence , and
( 63 )
>>iong temps que les mouvemens de fos
>>voisins ne troub'eroient pas fon repos.
>> 60. Qu'à l'égard des vexations dans la
>>>Valachie & la Moldavie , la Porte avoit
>> le plus grand intérêt qu'elles n'euſſont pas
>> lieu ; qu'au contraire le bon ordre y fût
>>maintenu , &qu'en conféquence eile ne
>> négligeroit pas d'avoir ſoin des habitans
de ces Provinces.
Les deux eſcadres préparées dans le port
de Conftantinople feront compoſées des
vaiſſeaux ſuivans :
Lapremiere , aura le Muſtapta , de 80 canons
PEllaBaffa, de 80 ; l'Achmet , de 70 , le Capitaine,
de60;laMuleyAdélaïde, de 60 ; l'Ali Remphan ,
de60,'aDalaHaurowna,de 54 ; la Derviſe , 50;
l'EllaDrago,de46 ; & des fregates , la Hamife ,
leZadire, le Tranachete & l' Ak:maine. L'Efcadre
deHaſſan conſiſte en to vaiſſeaux de force & de 3
frégates , qui font : l'Elir BJorak , de 76 canons;
leHamet Rubrique ,de 70; la Mosquina , de
70; la Reala Zoraïde , de 70; la Zabide , de 60;
le.Melino, de 60 ; la Ba barocine , de 14 , le Padrique,
de 50; la Moneffe, de so ; P'Elmir Jose , de
40;& les frégates , Rapiffeu,Zandor & Zelaïde. Il
ya encoredans le port , ajoutent les memes lettres,
plus de 26 autres vaiſſeaux de ligne , outre
les frégates&les galeres, prêts à être équipés à la
premiere certitude des hoſtilités.
Chaque jour amene fur ces futures holilités
des bruits différens. D'une part , des
lettres de Conſtantino le , din 25 Mars , annonçoient
le Capitan Pacha battu & captif
enEgypte, de l'autre, des lettres de même
( 64 )
date & du même lieu , reçues à Vienne , parlent
d'une victoire du même Amiral', rem
portée le 26 Février ſur les Boys , dont trois
font reſtés ſur le champ de bataille. Dans
cette incertitude , il faut ſe garder d'adopter
légerement une autre nouvelle écrite du
Bannat , les Avril ; favoir , que le Miniſt e
de Ruffie à Conftantinople eſt gardé à vue
par des Janniſſaires , & n'ofe ples fortir de
fon palais ; qu'on lui a accordé 40 jours
pour donner une réponſe cathégorique fur
les intentions de ſa Souveraine, & que l'animoſité
du peuple contre les Ruffes étoit
montée au dernier période.
La garnison Heſtoiſea quitté Hagenberg,
&le Commandant de la fortereſſe de Wilhelmſtein
en a fait prendre poſſeſſion au
nom de la Comtele domairiere de la Lippe-
Schaumbourg; il a fait enlever les placards
du Landgrave , & mettre à leur place ceux
de ſa Souveraine .
Le régiment Heſſois de Losberg , qui étoit
en garnifon à Buckebourg, a reçu également
ordre de quitter cette ville , & de fe
rendre à Rinteln. Le régiment de Buckebourg
, que le Landgrave de Heffe avoit
envolé à Rinteln , reviendra à Buckebourg .
On fait aujourd'hui que le voyage
Nonce Zoglio , réſidant à Munich , avoit
pour objet de conférer avec l'Evêque de
Spire fur les moyens de ren tre inutiles les
demandes des Archevêques d'Allemagne.
du
( 65 )
J'entrevue de ces deux Prélats eut lieu, le
25 Mars , à Waghæn'el , près de Manheint
où se trouverent auſſi le Baron d'Oberndorf,
Miniftre dirigeant de l'Electeur de Baviere
à Manheim , le Conſeiler d'Erat de
Kunzman , & les Conſeillers privés Schmidt
&Wolf. ;
Des lettres de Biſtriz en Tranſylvanie ,
datées du 27 Mars , nous apprennent que
l'on a réparti cent pieces de campagne parmi
les troupes qui ſe trouvent dans ceste
Principauté.
Depuis quinze jours , écrit- on de Vienne ,
on envoie beaucoup de garçons boulangers
aux Régimens qui font en Hongrie..
Voici comment M. Fabricius termine fa
re'arion de Petersbourg , dont nous avons
donné la premiere partie au Journal précédent.
« Pour favoriſer le commerce , on a établi une
Bourſe à côté de la Douane ; mais cet édifice ,.
conſtrait en bois , eſt petit & peu commode:
Tout l'avantage de ce bâtiment confifte dans la
proximité de la Newa & de la place du déchar- :
gement des navires . Toutes les marchandises
étrangeres font débarquées ſur cette place pour
être viſitées par les Employés de la Douane.
Avant cette vifite , elles ne peuvent pas entrer
dans la ville. On a commencé l'année derniere
de bâtir une nouvelle Bourſe ; & ce bâtiment
eft achevé , il ſera , ſans contredit , le plus
beau de cette eſpece en Europe ; il ſera placé de
l'autre côté de la Douane , ſur une grande place ;
mais il ſe trouvera plus éloigné de la Newa.
( 66 )
-
Vis -à vis de la Douane ſont ſitués lesgrands
magaſins de la Couronne , que l'on loue aux Négocians
étrangers pour y dépoſer leurs marchandifes.
Les marchandiſes nationales ſont gardées
dans d'autres magaſins qui appartiennent auſſi
à la Couronne. On évalue le loyer aannnnuueel de
ces magaſins de 20 à 10,000 roubles. Les
Réglemens pour la perception des droits font
très - compliqués ; on fait perdre inutilement
beaucoup de temps auxNégocians & aux Voyageurs.
Malgré les précautions les plus minutieu-
Yes , le commerce de contrebande eſt conſidérableen
Ruffie , & il paroît que les Employés s'atzachent
plutôt à bien remplir les formalités prefcrites
, qu'à veilir à la fraude & à l'empêcher.
Les Fabriques de Pétersbourg ſont peu
importantes . Celle de porcelaine , qui eſt ſituée
àenviron 6 werſts au- deſſus de la ville , eſt exploitée
pour le compte de l'Impératrice , &ne
travaille que pour la Cour; elle tire de l'Ukraine
l'argile pour les creufets &les moules , &de la
Siberie,la terre de porcelaine , qui , quoique
bonne , n'eſt ni auſſi belle , ni auſſi blanche que
celle de Miſnie. La Manufacture de tapifferie eff
auffi entretenue aux frais de l'Impératrice. Les
ouvrages que l'on y fait lont beaux , mais trop
chers pour les particuliers. La Fabrique
de fayence mérite à peine qu'on la cite ; la marchandiſe
qu'elle fournit eſt lourde & de peu de
conféquence pour lecommerce. On affure que
lavente de la fayence ne ſuffit pas même à fon
entretien.- -La Manufacture des marchandiſes
métalliques eſt peut-être la ſeale qui ſe
ſoutienne preſqu'entièrement par les propres
forces ; la direction en eſt confiée au fils du cé
lebre Aftronome Euler. -Le Prince Potemkin
a fait établir une Vegreric près du Couvent
1
( 67 )
d'Alexandre-Newsky ; le verre que l'on y fabrique
eſt blanc & folide. La cherté du combuftible
& de la main-d'oeuvre fait préſumer que
le Prince ne retire aucun avantage de cet établiſſement,
»
ESPAGNE.
DeMadrid, le 14 Mars.
Le Duc d'Oſſonne mourut Dimanche
dernier , à trois heures du matin. Le Roi a
permis qu'on lui rendit les honneurs de
Lieutenant-Général, comme s'il avoit été
de ſervice dans cette capitale. Il laiſſe à la
Duchelle ſa veuve 24 mille ducats de rente ,
800 mile réaux en argent , fon palais meub'é
, & 250 actions de la Banque royale. Ce
Seigneur a fait un legs de 400 mille réaux
àla Ducheſſe deBenavent ſa forur. Il arécompensé
dedifférentes penſions ſes Pages ,
ſes Officiers& les domeſtiques de fa maifon
, fai ant remiſe à tous les vaffaux de ce
qu'ils pouvoient lui devoir.
Un fameux contrebandier , appelé le Carabinier
, ayant été pris & conduit ici dans
la Semaine ſainte, le Roi lui a fait grace de
la vie , &a commué en une priſon perpétuelle
la peine de mort à laquelle il étoit
condamné.
Le Mercredi ſaint , les Emploiés des fermes
aux portes de cette Capitale , arrêterent
un voiturier qui portoit des jambons , dans
168 )
le nombre deſquels il s'en trouva pluſieurs
fourrés de rubans de foie & d'autres colifichets
de modes Françoi.es .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 1 Mai.
Le 20 du mois dernier , S. M.ſe rendit
en cérémonie à la Chambe des Pairs. ' O.
rateur & les Députés des Communes étant
à la barre , Elle donna fon conſentement
royal à un acte du Parlement, << pour révo-
>>> quer divers droits de Douane & d'Accife ,
>>> lear en ſubſtituer d'autres , & en réunir
>> l'application à celle des autres droits qui
>> conſtituent le revenu public; pour per-
>> mettre l'importation de certaines mar-
>> chandies du produit ou des fabriques des
>>Etats Européens du Roi de France ; & enfin
pour appliquer certaines fommes en
>> excédant dans l'Echiquier , à la réduction
>>> de la dette nationale » .
Voilà donccetre mémorable &doubleo-ération
du traité avec la France , & de la fim
pl fication des droits réunis en un feal, revêtue
de la ſanction néceſſaire. La derniere
de ces deux meſures va introduire un grand
changement dans l'Adminiſtration des Finances
, & des bonifications confidérables .
Le Chevalier Thomas Vroughton , Envoyé
extraordinaire de S. M. en Suède , qui fe
trouvoit ici par congé, va repartir avec le
( 69 )
caractere de Miniſtre Plénipotentiaire auprès
de la même Cour ; il doit y négocier un
Traité de Commerce.
M. William Faulkner a été nommé E: -
voyé extraordinaire en Toſcane , à la place
du Chevalier Mann , décédé l'année derniere.
La direction de la Compagnie des Indes,
va expédier des dépêches par voie de terre à
Bombay , d'où elles paſſeront à Milord
Cornwallis dans le Bengale.
Le 20 d'Avril , la Chambre s'étant formée
en comité de ſubſides ,M. Pitt fit l'ouverture
du Bugdet,& preſenta d'une maniere
claire & fuccinte , l'état des Finances pour
l'année courante.
>>>Meſſieurs , dit il , je ſuis charmé d'annoncer
>>>à la Chambre qu'il m'eſt poſſi le de prendre
>> beaucoup moins ſur ſon tems aujourd hui , que
>> je n'ai été forcé de le faire juſqu'à préſent en
>> pareilles circonstances , pour remplir toute l'é
tendue de mes devoirs. Il ne ſera pas moins
>> fatisfaiſant pour vous , de voir l'état de nos
>>Finances ſoumis à votre examen , répondre à
>> tout ce que vous vous en étiez promis , & vous
>>convaincre que mes eſpérances n'étoient ni
> factées ni exigérées . On a amplement pourva
>>>au ſervice de l'année courante, quoiqu'il ait ét
* impoſſible de réduire encore pluſieurs départe-
> mens dipendieux , à l'économie où nous les
>> ramenerons ; économie que le Comité choiside
la derniere Seffion regardoit, dans ſon rapport,
comme le pied convenable ſur lequel il falloit
>>les maintenir durant la paix. On ne s'eſt pas
( 70 )
> moins attaché à ſuivre le plande diminution de
•ladette nationale , & l'on a fourni régulière-
>>ment le million ſterling deſtiné à cetuſage ,
» à l'échéance des paiemensde 250,000 1. cha-
➤ que trimestre.
Le Chancelierde l'Echiquier récapitula alors
lesdifférens articles votés & à voter.
Montant desfon.mes du premier article..
Pour 18,000 matelots.
Pour l'ordinaire de la Marine.
Pour l'extraordinaire. • .
•
Total des fonds pour leſervice de la
Marine. .
1. ft.
936,000-
• 700,000
650,000
.2,286,000
Il convint que cet état ſurpaſſoit l'eſtimation
faite par le Comité des Finances de l'année dermere
, qui ne portoit cet article qu'à 1,800,000 1.
tandis que l'excédant de cette année étoit de
486,000 1. au-delà de ce qu'on pouvoit regarder
comme dépenſe conſtante à l'avenir en tems de
paix.
..
1. Ae
Onavoté pour l'armée. • 1,411,069
Pour l'extraordinaire de l'armée ,
Etats-Majors , gardes& garnisons.
Ladépenſe conſtante pour l'entretiende
ce ſervice , en tems de paix ,
avoit été portée par le Comité , à. •
Somme au- deſſous de celle qu'il
faut réeliement , de.
• 420,000
1,831,069
1,600,000
231,069
On a compris dans ce dernier article une.
ſomme d'environ 50,000 1. pour appreviſionner
د
( 71 )
les Loyaliſtes nouvellement établis dans laNou
velle-Ecoffe.
Les fonds de l'Artillerie & du Génie (Ordnance)
ont été portés à 328,5571. , fomme prefqu'équivalente
à l'eſtimation du Comité.
Le montant des ſervices , connus ſous le nom
de Services divers , ( Miſallaneous ) eſt d'environ
328,000 livres.D'autres emplois particuliers tels
que la confection des chemins dans les montagnes
d'Ecoffe, les améliorations dans la Nouvelle-
Ecoſſe , l'entretien du Mufæum Britanique ,
'&c. montent à environ 96,000 1.
Il eſt un autre article de Subſides qu'il eſt indiſpenſable
devoter encore cette année; ſavoir,
les ſommes néceſſaires pour remplir les déficit
des différens fonds appropriés.
Le Chancelier , après avoir fait connoître la
nature de ces déficit ,& montré comment ils devoient
leur naiſſance à l'ancien ſyſtême des hypothéques
ou appropriations , par lequel chaque taxe
ou objet particulier de revenu , approprié au
paiement d'une ou pluſieurs annuités particulieres,
étoit porté à une ſomme fixe , égale à
ces annuités , obſerva que fi les fonds réſultans
de cette taxe ne s'élevoient point à l'eſtimation ,
on rempliſſoit le déficit par des ſommes priſes
dans la Caiſſed'Amortiſſement ; caifle compoſée
du ſurplus des autres fonds appropriés, & qui garantit
tous les autres au Public. Il ajouta qu'on
préſentoit aujourd'hui pour la derniere fois à la
Chambre des Communes cet article de ſuoſides.
Lebiil nouveau qui conſolide les droits de douanes
, aboliroit toutes les appropriations de cette
nature , & reverferoit la maſſe entiere du revenu
dans une ſeute caiſſe .
Réſumant enfin les divers articles éconcés cideſſus,
le Chancelier de l'Echiquier établit les
( 72 )
dépenses courantes de Pannée zauelle , indépendainment
des intérêts de la dette nationale , & du
million ſterling contacré à ſa rédemption annuelle
, ſur le pied de 6,775.000 1. ft .
Il paſſa de-là au tableau des voies & moyens qui
devoient balancer cette dépenſe . Voici lénumération
de ces reſſources.
Le produit de la taxe ſur les terres
& ſur la drêche pouvoit s'eftimer à 2,750,000 l.
Le ſuperflu de certain revenus ,
formant le fond d'amortiſſement
(finking fund ) qui alloit étre empoyé
après ce quartier à faire les
appoints de l'intérêt dû aux créanciers
publics , avant d'être employé
à la rédemption de la dette nationale ,
eſtde
Ce qui eſt dû par les agens de l'armée,
dont une partie eſt déja payée ,
& dont le total peut être porté
à 240,000 liv. ſterl. dont on a déja
reçu
Et dont il reſte à recevoir la
fomme de
i es arrérages du produit de certains
droits & impôts qui ne font
point encore payés.
Il doit réſulter pour le revenu ,
des avantages du plan de conſolidation
; fur- tout pour les droits impofés
fur les batifles , qui ne feront
plus introduites par par les contrebandiers
: on peut eſtimer cet article
au moins à
Le produit du droit additionnel fur
les planches , & des épargnes ocса-
Gonnées par l'abolition des fractions
1,226,000
60,000
180,000
400,000
100,000
fur
( 73 )
fur les droits de douanes , formera au
moins un objetde 322,000
La tomme qui devoit être payée
par la compagnie des Indes , & qui
feroit appliquée au ſervice de la préſente
année, étoit de
:
250,000
L'accroiffement du revenu de la
douane, provenant de l'augmentation
du commerce par l'effet des
traités conclus , &c. peut être eſtimé
à 250,000
M. Pitt ajouta encore pluſieurs autres objets à
l'état qui précede , comme formant les reſſources
del'année courante ,& porta le montant du total
de la recette à 6,767,000 1. st .; ſur quoi n'ayant
beſoin que de 6,676,000 1. ft. il y auroit un
furplus de 91,000 1. ft.
aLe revenude l'année dernière auroit dû , con-
>>tinua M: Pitt , s'élever beaucoup plus haut ;
mais il s'eft trouvé un déficit de 750,000 1. ft.
>>> dans le produit des Douanes , & en voici les
>>>cauſes. Nos exportations & importations ont
>>>été rallenties , & ſuſpendues par l'incertitude
des divers traités de commerce conclús récemment
, & de ceux que nous ſommes actuelle-
>>ment occupés à négocier avec les Puiſſances
>>Etrangeres. De plus la mauvaiſe récolte
>> de nos Ifles d'Amérique , a conſidérablement
,
diminué , l'année derniere , l'importation des
>> produits de ces Colonies ; ſur le ſeul article
>> du ſucre , il s'eſt trouvé un déficit dn 350.000
1. ft .; mias la ſaiſon préſente promet de dédom-
>>mager amplement les Illes & le revenu public
>> de ces non - valeurs . Notre commerce avec
l'Etranger , n'étant plus gêné par l'incertitude
>>de nos rapports avec les autres Nations , re
>> prendra toute ſa force;& les Douanes , le pro-
N°. 19 , 12 Mai 1787. d
(74)
duit que nous avons lieu d'en attendre. Far le
- ſeul article de l'importation des vins & eaux-
-de-vie de France , ce produit ſera augmenté
de 250,000 1. ft.
Le Miniſtre paſſa enſuite à l'expoſé d'un
nouveau plan , pour la circulation des billets
de l'Echiquier remis à la Banque ; plan que
la briéveté & l'obſcurité des papiers Anglois
àce ſujet , nous empêche de rapporter aujourd'hui
; enſuite il fit la motion « que la
>> ſomme de 1,200,000 liv. ſteri . reftant du
>> fonds d'amortiſſement, fût accordée àS.M.
>> pour les dépenſes courantes de l'année,
Après quelques attaques de MM. Fox, Shéridan,&
c .;&les repliques du Miniſtre & d'autresMembres,
le Comité admit la réſolution,
dont le rapport fut fait à la Chambre le 23 .
Cejour-là , le Chevalier Grey Cooper renouvella
les objections qui furent combattues
avec le même ſuccès ; les réſolutions du
Comité de ſubſides ayant paſſe , ſans divi-
Gon.
Le 24 , le Chevalier Gilbert Elliot annonça
de ſa part une motion prochaine
d'impeachment contre Sir Elija Impey , cidevant
premier Juge du Bengale ; mais
M. Dundas ayant fait ſentir que la Seffion
étoit trop avancée pour s'occuper d'une
affairede cette nature,elle fut remiſe à l'année
prochaine.
Le même jour, il s'éleva une converſation
relative aux Finances du Prince de Galles ,
àpropos d'une motion que doir faire l'Al
175.1
Herman Newham , en faveur du revenude
cet héritier du Trône. Le Miniſtre interpella
cet Alderman ſur la nature &l'érendue
de la motion qu'il annonçoit. M. Newham
ſe renferma dans des généralités , auxquelles
il eſt revenu le 27 , & hier encore ,
&qui ont occaſionné une converſation de
la plus grande vivacité entre pluſieurs Membres.
M. Rolle ayant inſinué quelques mots
les jours précédens , ſur le bruit d'un mariage
ſecret du Prince , qui intéreſſoit également
l'Eglife & l'Etat , M. Sheridan en prit occaſion
de traiter ce Membre, d'un mérite diftingué
, avec une arrogance qui indigna le
Ministre & l'Intéreſſé. Nous reviendrons
ſur cette querelle; il ſuffit pour le moment
de dire que tout indique de la partdu Gouvernement
, & par conféquent de S. M. une
oppoſition décidée à la motion future de
M. Newham. Tous les gens ſenſés la déſapprouvent,&
elle aura les trois quarts de la
Chambre contre elle.
Il fut auſſi queſtion, le 24, de révoquer la
taxedes boutiques , contre laquelle il a été
préſenté pluſieurs adreſſes ; M. Fox porta la
parole.
3
Il aſſura que cette taxe , très-onéreuſe par ellemême
, étoit d'ailleurs injuſte , puiſqu'elle se
portoit que ſur une partie de la Nation , & que
laplupart des riches en étoient exempts. M. Pitt
foutint au contraire que toutes les taxes de cette
nature étoient d'autant plus raiſonnables, qu'elles
ne tomboientjamais réellement ſur leMarchand
d2
(176 )
mais ſur leConſommateur qui les payoit ſouvent
avec uſure , par l'augmentation du prix de la
marchandise. La Chambre étant allée aux voix,
la motionde M. Fox fut rejettée par une majoritéde
183 contre 147 .
Après demain la Chambre des Communes
recevra le rapport du Comité , nommé
pour rédiger les articles de dénonciation
contre M. Hastings.
On vient de lancer à Gravefend le Coloffus
, vaiſſeau neuf de 74 canons , qui , après
avoir pris ſes mâts & agrès , fera mis en ordinaire
à Sherneſs .
Depuis l'ouverture du Budget , tous les
fonds publics ont hauffé; les 3 pour 100.
conſolidés font à 77 & demi .
Le prix de l'aſſurance ſur les vaiſſeaux & marchandiſes
deſtinées pour la Méditerranée , a
hauffé depuis peu de I liv. 10 fols pour cent.
L'aſſurance pour les marchandises de Ruffie
a été fixée à 3 pour cent.
L'aſſurance fſur les vaiſſeaux & marchandiſes.
des Etats-Unis eſt de 10 pour cent , & celle ſur
les marchandiſes Portugaiſes , de 6 pour cent ,
attendu que cette derniere Puiſſance a une efcadre
dans la Méditerranée pour protéger ſon
commerce , & que les Américains n'en ont point..
LeDuc de Gloceſtera , dit-on , écrit ici
que ſon intention étoit de faire cette année
un voyage à Conftantinople , & dans d'autres
parties du Levant.
FRANCE.
De Versailles , le 2 Mai.
Monſeigneur le Dauphin étant âgé de
(フラー)
cinq ans&fept mois, le Roi s'eſt déterminé
à le faire paſſer aux hommes. Le Duc de
Harcourt, fon Gouverneur , fes deux Sous-
Gouverneurs , & les autres perſonnes que le
Roiavoit choiſies pour être emploiées à une
réducation aufli importante, ſe ſonten conféquence
rendues , le de ce mois , vers les
onze heures du matin, dans le grand Cabinet
de Sa Majeſté. La Ducheſſe de Polignac,
Gouvernante des Enfans de France , accompagnée
de la Comteffe de Soucy &de la
Marquiſe de Villefort, Sous-Gouvernantes ,
ainſi que du ſervice du berceau , y a amené
Monſeigneur le Dauphin , & , après qu'il a
été renda compre au Roi de l'état de la fantéde
ce Prince,duquel il avoit été , le même
jour , à huit heures du matin , dreſſé
procès-verbal par la Faculté , le Roi a reçu
Monſeigneur le Dauphin des mains de la
Ducheſſe de Polignac , à laquelle Sa Majeſté
atémoigné ſa ſatisfaction , des ſoins qu'elle
apris de ce Prince , & l'a remis au Duc de
Harcourt , qui , après avoir conduit Monſeigneur
le Dauphin chez la Reine , l'a accompagné
pour ſe rendre à l'appartement qui lui
avoit été préparéstos folij
L'Archevêque de Toulouſe , que le Roi a
nomméChefdu Conſeil royal des Finances,
a, encette qualité , prêté ferment , le 3 , entre
les mains de Sa Majeſté. Le même jour ,
il eſt entréau Conſeil commeMiniſtred'Etat;
(78 )
&il a eu l'honneur de faire fes révérences
la Reine & à la Famille royale.
M. Laurens de Villedeuil , Intendantde
Rouen, que le Roi a nommé à la place de
Contrôleur-général des Finances , vacante
par la démiffiondu fieur de Fourqueux ,a
eu, le 6 de ce mois , l'honneur defaire ſes
remerciemens à Sa Majesté , étant préſenté
par l'Archevêque de Toulouſe , Miniftre
d'Etat, Chef du Conſeil royaldes Finances.
Le ſieur Lagrange a eu l'honneur de préſenter
au Roi , l'Histoire d'Elifabeth , Reine
d'Angleterre , par Mademoiselle de Kéra
lio (2) .
M. de la Croix , Avocat au Parlement,a pré
ſenté au Roi & à la Famille Royale , un ouvrage
qui a pour titre , Conſidérations fur la Société&fur
les oyensde ramener &laSécuritédansfon
fein (1).
1
l'ordre
De Paris, te Mai
2
1
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 30
Janvier 1787 , portant Privilege excluſif,
pendant quinze ans , pour le doublement
du Charbon de Terre dans toute l'étendue
du Royaume. gl..
17 :
Ce privilége eſt accordé au ſieur Coffe,
1:
(1) Elle forme 3 vol. in-s , & fe vend chez le ſieur
Lagrange, rue s. Honoré , vis à-vis le Lycée. Nous en
rendrons compte inceſſamment dans le Mercure.
(2) Cet ouvrage , qui ſe trouve à Paris chez Royez ,
renferme des idées ſur la réformation de la Légiflation
ximinelle,&des vues ſur l'adminiſtration desProvinces.
( 79 )
,
ancien entrepreneur de la manufacture royale
de Cloux , établie à Laon , lequel a trouvé
le ſecret de préparer , avec le marc de raiſn
dilillé une matiere , qui , mêlée avec le
charbon de terre ordinaire , lui donne une
qualité, & en augmente le volume du double.
Cette préparation enleve au charbon
de terre la plus grande partie de ſon acide
fulphureux qu'elle remplace par beaucoup
de phlogiſtique , & le rend propre à forger
les plus groſſes pieces en fer & en acier,
ſans être obligé d'y ajouter du Charbon de
bois; par le moyen de ce mélange , les ſoudures
les plus conſidérables peuvent ſe faire fans
l'addition d'abſorbans : il rend le fer trèsmalléable
, ſans l'aigrir ni le faire couler
dans la chaude; il donne une qualité ſupérieure
aux inftrumens tranchans , & il peut
être employé avec avantage dans les manus
factures d'armes , atteliers où l'on travaille
le for & l'acier ; les qualités de ce charbon
préparéont été conſtatées enpartie par l'Académie
royale des ſciences , dont deux
bres ont aſſiſté à un eſſai fait à l'hôtel de
Mortagne, ainſi qu'il réſulte de fon rapport
du ſept Janvier mil ſept cent quatre-vingt
fix ; & d'autres expériences , auxquelles il a
été procédé depuis , prouvent qu'on peut éta
mer & fouder le cuivre avec ce charbon
ce qui n'a jamais pu ſe faire qu'avec le charbon
de beis; enfin , ce qui doit rendre la
découverte dont il s'agit infiniment précieuſeà
l'érat , c'est qu'elle réunit le triple avantage
de procurer aux cultivateurs de la plupart
des provinces le moyen de titer parti des
marcs de raiſin qui leur font inutiles & qu'ils
jettent , de diminuer la conſommation du
memd
4
( 80 )
charbon de bois , qui devient très rare , aing
que celle du charbon de terre , & de faire
jouir les communautés d'une modération dans
le prix.
L'Abbé de Saint-Aulaire , Aumônier ordinaire
de la Reine , Vicaire général de
Soiffons , &Abbé del'Abbaye deCoulomb ,
dioceſe de Chartres , eſt mort à Paris , les
du mois dernier , âgé de 49 ans .
L'on a reçu , par la voie d'Eſpagne , la
triſte nouvelle du naufrage de deux canots
de l'eſcadre de M. de la Peyrouſe , ſur les
côtes de la Californie. Une letre écrite à
bord de cette eſcadre , &qu'on a eu la bonté
denous communiquer, fait en ces termes le
récit de cet accident ,&de quelques autres
circonſtances de ce périlleux voyage.
Le 23 Septembre 1786.-
DeMONTEREY dans laCaliforniefeptentrionale.
, nous
Nous voilà enfin parvenus aux termes de
nos courſes ſur les côtes de l'Amérique ſeptentrionale
; depuis ma lettre de Talenquara ,
nous avons toujours été à la mer , & nous fommes
parvenus juſqu'au ſoixantième, degré de
latitude nord. Avant que d'y arriver
avons touché à l'ifle de Pâques , pour aller vérifier
fi les habitans avoient été une nation cultivant
les arts , & fi les monumens dont parle
Cook , étoient les traces de leur ancienne induftrie
: nous y avons trouvé un peuple d'une belle
race , mais affez miférable ; cultivateur affez
( 81 )
,
intelligent &induſtrieux , mais fans forme de
gouvernement politique , dénué même de pirogues
, mais nageurs comme des poiffons ; leurs
Ifles chargées de ces ſtatues mais toutes fans
goût & fans proportion. A la place de ces antiquités
brillantes, ils jouiſſent d'un avantage
moderne bien plus précieux ; c'eſt une race charmante
de jolies filles & femmes , les plus aimables
du monde; une pague leur ceint les reins ,
cache ce qu'il faut cacher , & laiſſe tout le haut
du corps à découvert ; & c'eſt par une centaine
de ces jolies Sauvages , que nous fumes reçus à
terre.
>>Quelle différence avec les illes Sandwich ?
Nous avons touché à celle de Mowée ; Cook y
a paſſé , & ya laiſſé des traces bien cruelles de
fon paffage. J'oſe pouvoir affurer qu'il n'y a pas
un être dans ces iſles , qui ne ſoit couvert de
ſymptômes de la maladie vénérienne. Auſſi ne
ſommes-nous reſtés que trois ou quatre heures
dans cette ile ; en emportant à la vérité une
collection complette d'armes , d'habillemens ,
de curiofités , de patates. Ces deux derniers articles,
joints aux poiſſons que nous avons péchés
le long de la route , nous ont entretenu en parfaite
ſanté, juſqu'aunorddel'Amérique. Là ont
commencé nos découvertes & nos malheurs , c'eſt
le mot. Dès l'inſtant que nous avons vu le mont
S. Elie , juſqu'à celui qui nous a rendu à Monterey
, nous avons été contrariés par les vents ,
les brumes épaiſſes , & les calmes. Pour comble ,
dans un port que nous avons découvert , deux
canots chargés d'Officiers & des meilleurs Matelots
des deux bâtimens , allant ſonder la paſſe ,
plutôt pour leur inſtruction & leur plaifir , que
pour l'utilité & la néceſſité , ont été engloutis
Tous les eaux ; & d'un ſeul coup , nous avons
ds
( 82 )
perdu 21 perſonnes , les deux fils de M. de ha
Borde ont été victimes de leur empreſſement à
fecourir notre canot , & en voulant le ſauver , le
leur a chaviré , & ils ont péri. Il y a cu 6 Officiers
de noyés ; depuis ce temps là , la triſteſſe
la plus profonde a été générale ſur les deux bâtimens.
M. de la Peyrouſe perd à ce naufrageun
de ſes neveux , jeune Officier de la plus grande
eſpérance, moi un amidans le chevalierde Pierrevert
».
•Monterey, où nous ſommes,& d'où nous partons
demain , eſt ce que les Eſpagnols nomment
Prefidio. C'eſt un Fort très-mal conſtruit , ou
plutôt quatre murs qui renferment la maiſon du
Gouverneur &d'un ſecond Officier , & celle d'une
vingtaine de ſoldats. Ils n'ont d'autre état que de
protéger les Miſſionnaires qui font répandus le
long de cette côte , & qui font tout ce qu'ils peuvent
pour convertir & civiliſer les Indiens de ce
pays. Ce n'est pas choſe facile , fur-tout plus
avant dans les terres où ils ſont méchans , ſavent
très-bien ſe battre , le montrent quelquefois , &
mangent& le Miſionnaire & les E'pagnols qui le
défendent. Ilya environ quatre ans qu'ils en ont
tué 80 & emmené 40 prifonniers ; ceux des environs
de Monterey ſont plus doux & plus tranquilles
, le village qui eſt autour de la Miſſion
n'eſthabité que parun tas de faineans qui viennent
ſe faire baptifer pour avoir de quoi manger ; ils
vivent fort miférablement , mais ils font la priere
Jematin&& le foir , ce qui ſuffit aux Miffionnaires.
Pas un mot de Ville Eſpagnole , &ils ne font pas
60 individus de cette nation : auſſi aucune refſource
ici . En récompenſe , la chaſſe la plus abondante.
Je vais tâcher d'emporter en France d'une
race de perdrix de ce pays qui eſt très -jolie, elles
Cont huppées , je les nourrirai avec ſoin ;
( 83 )
la collection d'oiſeaux y fera intéreſſante ».
Tu ne peux plus m'écrire à préſent qu'à l'Ifle
de France , où nous ferons dans 18 ou 20 mois.
Nous partons d'ici pour aller viſiter les Ifles Mariannes
& les Carolines , de-là à Manille , de-là
à Macao , de-là ſur les Côtes de la Chine & du
Japon , puis dans la mer de Tartarie , & au Kamt
chatska , du Kamtſchatska , nous traverſons la
mer du Sud pour venir à la nouvelle Zelande. De
là nous tournons la nouvelle Hollande , depuis le
cap de Van- Diemen juſqu'à ſapartie la plus nord,
en cotoyant ſous l'Oueſt pour le déterminer. Delà
en droiture à l'Iſle de France , à Madagascar ,
au Cap de Bonne -Eſpérance , &c.
N. B. Que depuis 14 mois que nous ſomme,
partis , nous n'avons pas un ſeul malade à bord.
Les Administrateurs de l'Hôtel-Dieu de
Lyon ont ouvert une Souſcription d'une
fomme de 9 1200 liv. dont ils avoient beſoin
pour établir 300 nouveaux lits , & ſe mettre
par ce moyen en état de ne placer qu'un
ſeul malade dans un lit. Non ſeulement les
foumifiions ont rempli cet objet ; mais elles
fourniſſent un excédant qui doit être em.
ploié à la conſtruction d'une nouvelle infixmerie.
M. l'Abbé de L.. nous adreſſe de Montauban
l'eſquiſſe d'un projet , propre à fixer l'attention
, & que nous allons publier , ſans
contredire ni appuier les idées de l'Auteur.
>> De touttems , nous écrit-il ,on a fait des
châteaux en Eſpagne ; & il n'y a pas de mince
Bourgeois , qui en ſe promenant fous la halle de
La petite ville , ne réforme l'Etat , & n'en re
d6
( 84 )
fonde la conftitution. J'ai donc, comme les autres
, fait des commentaires ſur l'Abbé de Saint-
Pierre , ſur l'ami des hommes , fur M. Necker.
De mille objets d'adminiſtration politique , je
n'offrirai mes réflexions que ſur un ſeul , qui ne
me paroît pas avoir été juſqu'ici traité avec aſſez
d'intérêt ; il s'agit des milices.
J'ai été pluſieurs fois témoin de la déſolation
& du déſeſpoir dans lesquels un billet noir de
milice plonge toute un famille : j'ai vu un pere
mourir de douleur dans l'année du départ de fon
fils tombé au ſort : j'ai vu plus d'un jeunehomme
ſe mutiler cruellement ou s'empoiſonner les
chairs pour ſe faire des plaies. J'ai vu ce qu'on
appelle les honnêtes gens , des Curés , des Gentilshommes
, des Avocats , des Notaires , atteſter
fauſſement que certains garçons étoient à leur
ſervice , leurs clercs ou ſecrétaires . J'ai vu des
Profeſſeurs de college donner des atteſtations ou
certificats d'étude actuelle à des gens qui n'étoient
rien moins qu'étudians ; & tous ces Meffieurs
croyoient faire une oeuvre méritoire , en garantiffant
ainſi un jeune homme de la milice ,
fans penſer qu'ils ſe rendoient peut- être par-là
coupables de la perte de celui qui marchoit à
fa place.
Je ne parlerai point de toutes les manoeuvres &
de toutes les eſcroqueries qui ſe font à l'occaſion
dutirage du fort. Les Secrétaires des Subdélégués,
Commiſſaires dans cette partie , les Chirurgiens
chargés de la viſite des ſujets & de la délivrance
des exoines , du moins les toiſeurs , ne
ſont pas toujours incorruptibles. Un autre in
convenient c'eſt laperte du tems que font les
jeunes payſans pour s'aſſembler & ſe tranſporter
quelquefois à deux ou trois lieues ; les folies &
les dépenses que font au cabaret ceux qui ont été
( 85 )
affez heureux pour échapper au billet noir; les
batteries & quelquefois les moris occafionnées
par les efforts qu'on fait pour ſaiſir les abfens ou
fugitifs. Tous ces inconvéniens ſont fréquents ,
même depuis les ſages diſpoſitions de la dernière
Ordonnance concernant les milices. Mais ce que
j'ai vu de plus , c'eſt à Thionville , dans la guerre
de 1741 , un cimetiere qu'on appelloit le bataillon
quarré , & qu'on avoit fait exprès pour enterrer
les miliciens de trois bataillons qui y étoient
engarniſon , & dont il mourut les deux tiers ,
fans autre maladie que l'ennui & le regret d'avoir
été arrachés à leur charrue ou à leur
troupeau.
Il s'offre un moyen de ſuppléer au tirage du
fort& aux claſſes des matelots.
* C'eſt de prendre les enfans trouvés : on en
reçoit dans les hôpitaux , ſuivant le calcul de
M. Necker , environ 40 mille tous les ans. Il
n'y a pas d'apparence que ce nombre vienne à
diminuer. Sur 40 mille enfans trouvés , on doit
compter 20 mille måles : ôtons de ce nombre
la moitié pour les imbéciles , aveugles , muets ,
fourds , extrêmement boiteux , cul-de-jatte , rachitiques
, & ceux qui meurent avant l'âge de 14
ans; il nous en reſtera dix mille , qui à cet âge ,
après avoir appris leur religion , un peu à lire ,
écrire& compter , ſeront tirés , ſavoir ceux qui
ſe trouveront dans les villes maritimes & fur les
côtes , pour la manoeuvre & le ſervice de mer ;
&tous les autres pour le ſervice de terre ,
mieux on n'aime prendre ceux qui feront malfaits,
tant ſoit peu boiteux , borgnes , boffus ,
ou qui paroîtront devoir refter petits , pour
être de ſuite remis à des pêcheurs
des patrons , à des capitaines de vaiſſeaux marchands
, en qualité de mouſſes on matelots , &
fi
à
( 86 )
paſſer de là , après quelques campagnes, dans la
marine royale. Tous les autres paſſeront de ſuite
dans des dépôts entretenus aux dépens de l'Etat ,
oudes ſommes que les différens corps emploient
actuellement pour leurs recrues ; on pourroit y
ajouter encore celles qu'ils emploient pour leur
muſique.
Le gouvernement & le régime de ces dépôts
feront confiés à des Officiers ou bas Officiers,
chargés d'y enſeigner l'exercice , & fi on veut ,
l'équitation & la nage. Pour éviter encore l'oifiveté
, on pourra faire apprendre aux différens
ſujets quelqu'un de ces métiers néceſſaires même
à l'armée , comme de Barbier , de Maréchal ,
de Sellier , de Forgeron , de Charpentier , de
Tailleur ,de Cordonnier.
C'eſt de ces dépôts qu'on tirera , après quatre
ou cinq ans, les ſujets pour recruter l'infanterie ,
la cavalerie , les dragons , l'artillerie, & le Corps
Royal de la Marine ; en conſultant , tant que
faire ſe pourra , le gout & l'inclination des différens
ſujets. Il n'y aura pour eux ni congé , ni
ſemeſtre ; leur état ſera d'être ſoldat toute leur
vie : mais cet état on fera enforte de l'améliorer ,
parune augmentation de paie ,& un peu plus
de conſidération. S'ils font quelqu'action d'éclat ,
qu'ils montrent des ſentimens & une conduite
foutenue , rien n'empêchera qu'ils ne puiſſent
être élevés au grade d'Officier.
Après trente ans de ſervice , ou plutôt ſi leurs
incommodités ou leurs bleſſures l'exigent , ils auront
les Invalides ; mais l'Hôtel ne ſera accordé
qu'à ceux abfolument hors d'état de faire au
cun fervice. Tous les autres invalides ou vérérans
feront repartis ſur les côtes & lesfrontieres ;
poury garder les citadelles forts & châteaux :
ils y feront auffi employés à protéger la levée
( 87 )
des droits dedouanes & de traites, &à empêcher
la contrebande.
On permettra facilement aux foldats de ſe
marier , mais ce ne ſera qu'aux plus ſages & aux
plus beaux hommes. On ne permettra d'ailleurs
à aucun de venir s'établir dans l'intérieur du
Royaume , notamment dans nos campagnes , à
l'exception de quelques Cavaliers ou Dragons
des plus éprouvés& des plus intelligens dont on
recrutera les Maréchauffées du Royauummee..
N'y ayant plus de congés , &les foldats l'étant
pour la vie , dix mille recrues tous les ans , c'eſt
plus qu'il n'en faut en tems de paix : fi en tems
de guerre cela ne ſuffiſoit pas , rien n'empêcheroitqu'on
ne fit des enrôlemens , mais il conviendroit
de ne faire battre la caiffe que dans
les villes qui auroient au-delà de dix ou douze
mille habitans ſi tout cela étoit encore infuffifant
, le gouvernement pourroit prendre à ſa
folte un plus grand nombre de Suiffes , ou
quel ques Régimens Allemands , comme on faifoit
autrefois , & comme font encore les Anglois
& quelques autres Etats de l'Europe. Mais
plusdetiragede fort ,plus de milices forcées . Ces
loteries de malheur , dit M. Necker , ſont la plus
funeſte idée que les gouvernemens aient p
concevoir.
:
J'ai prévu toutes les objections qu'on peut faire
contre ce plan , & je crois avoir de quoi les réfuter
victorieuſement : mais le détail en ſeroit
ennuyeux.
P. S. Nous avons rapporté , N°. 17,
une lettre , fignée Hamarville de Valcourt ,
qui annonçoit l'envoi à Paris d'une ftatue
de bois , trouvée dans la terre , & qui portoit
d'anciens caracteres . Cette lettre eft
( 88 )
une fraude , & le nom d'Hamarvillede Val
court, ſuppoſé.
Les infurrections théâtrales forment en
France une partie conſidérable de l'hiſtoire
des amuſemens publics. Dernierement , la
foldateſque & les ſpectateurs ont encore été
aux priſes , comme on l'apprend par une
lettre de Dunkerque , du 18 Avril ,
Le Spectacle de cette Ville eſt fermé
depuis Lundi dernier , époque où il y a eu
>> beaucoup de tumulte. Le Directeur privilégié
>> a diviſe ſa Troupe & a envoyé , contre le
>> gré du Public , l'Opéra à Douay , où il eſt
> également Directeur. II a ajouté à cette
maladreſſe , l'opinâtreté de vouloir faire
jouer un Acteur qui avoit déjà eſſuyé l'an-
>> née derniere nombre de diſgraces . Sitôt
> que ce nourriſſon de Thalie parut en ſcene ,
le Parterre le hua & le fifila de maniere
>> à ce qu'il ne puiſſe proférer une ſeule parole.
>>L'autorité de la Police du Spectacle parvint
pourtant à faire impofer filence , de
> maniere que la piece du Négociant de
Lyon ſe finit , non fans des petits murmures
, mais la difparition du Directeur
>ſembloit tout-à-fait avoir tranquilliſé les
eſprits , lorſqu'une nouvelle ſeene fit dé-
>> ferier tous les ſpectateurs neutres & raiſon-
>>nables. La toile levée pour repréſenter la
>>> ſeconde piece , le Parterre demanda à toute
force un,Opera , & ne voulut abſolument
pas, ſouffrir qu'on jouât une Comédie. Les
>>>Chefs de la Police eurent dans cette cir-
>confiance recours à la force , & ordonnerent
aux Grenadiers d'entrer dans le Par-
>> terre , qui n'en fut pas plus iutimidé , la
( 89 )
>>bile s'étant échauffée de maniere qu'on
ſembloit ne rien redouter. Les Grenadiers
>> ſe ſaiſirent d'un jeune-homme qui paroiſſoit
un des chefs de cabale ; mais auſſi-tốt
>>toute la jeuneſſe de la ville s'attroupa pour
le délivrer des mains de ſes ſatellites. Dans
>>cette circonſtance délicate , la prudence &
→ l'humanité des Officiers de l'Etat- Major
>> méritent les plus grands éloges & l'eſtime
>>générale. Confidérant la maniere dont les
têtes étoient montées , ils ſacrifierent leur
> autorité au bien public , en ordonnant de
>>>>lacher le jeune-homme qui caufoit cet
>>attroupement. La jeuneſſe porta ſes pas
>>vers la maiſon du Directeur des Spectacles ,
>>> où elle briſa les vitres de fes croifées
>>>(Affiche de Flandres . )
+
>> Le ſieur Tubeuf, qui , par un Arrêt du Conſeil
, a obtenu la conceffion des mines des en-
>> virons de Paris , eſt parvenu à s'affurer de
>> l'existence d'une mine de charbon de terre à
>>> Luzarche , & às'en procurer des fragmens allez
>> conſidérables. Il eſpere , àl'aide d'une galerie
>> qui ſera achevée avant le mois d'Octobre , en
•extraire une aſſez grande quantité pour ali-
>> menter les manufactures de Paris , & épargner
>>>une grande conſommation de bois.
ת
>>> Les perſonnes qui deſireroient avoir de plus
> grands éclairciſſements ſur cette affaire , pour-
>> ront ſe les procurer chez le ſieur Sroune ,
Caiſſier de la Compagnie des Actionnaires ,
>> rue des Bourdonnois; il eſt dépoſitaire d'une
>> des boîtes dans leſquelles les Juges de Luzar-
>> ches ont recueilli le charbon de la mine qui
>> s'exploite dans l'étendue de leur Juſtice ».
1
Une feuille publique de cette Capitale, rapa
porte un trait de générofiré bien intéreſſant à
l'état des perſonnes qui en ſont les auteurs , &
par les malheurs du gentilhomme qui en a été
l'objet. Depuis un an,il avoit été forcé de laiſſer
ſes terres incultes faute de fermier pour les exploiter
, &des uſtenſites néceſſaires pour les faire
valoir lui-même. Les habitans de la paroiſſe de
Quitteboeuf , près d'Evreux , en Normandie ,
Généralité de Rouen, ſe ſont empreſſés de venir
àſon ſecours , & de labourer ſes terres pour les
mettre en état de recevoir les menus grains qu'on
y ſeme dans cette ſaiſon : on voyoit arriver , au
bout de chaque champ , huit à dix charrues à la
fois. Non-contens de ce ſervice , ils ont réſolu
de donner aux terres en jacheres tous les labours
néceſſaires pour y ſemer du blé l'automne prochaine.
Ils en ont fait prévenir le propriétaire par
le nommé Marc Loutre ; & par ce meyen ils le
mettent en état de ſe monter en chevaux & en
uſtenfiles après la récolte. Il a trouvé ainſi , dans
des laboureurs , des ſervices & des ſecours qui lui
zuroient été refuſés peut- être par ſes égaux.
L'Académie Royale des Sciences a tenu
une Séance publique , le 18 Avril 1787.
M. le Marquis de Condorcet a lu l'éloge
de M. Guerrard.
M. Legentil a lu un Mémoire ſur les
lunettes binocles .
M. l'Abbé Teffier a lu un Mémoire contenant
des expériences fur différentes effecesde
grains ſemés à Rambouillet.
M. Lavoifier a lu un Mémoire ſur une
nouvelle Langue chimique.
) وا (
M. Méchain , des obſervationsde la Co
mete de 1787.
M. Desfontaines a lu un Mémoire ſur la
maniere dont les Maures d'Afrique cultivent
leurs terres.
En 1783 , Sa Majeſté fit annoncer à l'Acadé
mie, par M. le Comte d'Angiviller , qu'Elle
deſtinoit une ſomme de 12000 livres pour trois
Prix qui devoient être décernés en 1785 , aux
Auteurs , qui , au jugement de cette Compagnie,
auroient propoſé la meilleure maniere de rétablir
ou de perfectionner la Machine actuelle de
Marly , ou de remplacer cette Machine par une
autre. Le premier Prix étoit de 6000 livres ; le
fecond, de 400oliv.; le troiſieme , de 2000 liv.
L'Académie n'ayant pas entièrement été fatis
faitedes pieces qui furent envoyées pour le Cor
cours de 1785 , propoſa le même ſujet pour cette
année 1787 , avec les mêmes Prix. Elle croit
devoir partager le premier de ces Prix , entre la
pièce , no. 8 , dont l'Auteur est M. Gondouin
Deflunis; & la piece , no. 45 , dont l'Auteureft
M. Groelt, éleve des Ponts & Chauffées. A
Le ſecond Prix , entre la piece , nº. 21 , dont
'Auteur eft M. Viallon , Chanoine Régulier &
Bibliothécaire de Sainte-Genevieve;& la piece,
nº. 33 , dont l'Auteur eſt M. Marot.
Le troifieme Prix, entre la pièce , no. 3 , &
dont l'Auteur eſt M. Iucotte fil's, Architete à
Paris;&la piece , nº. 23 , dont l'Auteur eſt
M. Bralle, Ingénieur de laGénéralité de Paris.
Les pieces qui ont paru le plus approcher des
précédentes , font le n°. 1 , dont l'Auteur eſt M.
Dumas, employé aux machines de l'Opéra.
:
( 92
Le n°. 9, dont l'Auteur estM. Dransy , Ingenieur
duRoi.
Y
Le n°. 20, dont l'Auteur eſt M. Villetttee ,, de
S. Germain-en-Laye.
Le n° . 22 .
T
Les numéros 25 & 42 ; l'Auteur de ces deux
pieces eft M. Campmas , Ingénieur Privilégié du
Roi.
G
PAYS - BAS.
9.
6
h
De Bruxelles, le 4 Mai.
L'o iverture du Tribunal ſuprême s'eſt
faite en pompe dans cette ville , le 21 du
mois dernjer. Depuis deux jours , la nour
velle conftitution donnée aux Pays BasAutrichiens
devoit être miſe en vigueur; mais
les Etats de Brabant ont fait à ce ſujet, à
LL.. AA. RR. des repréſentations dont on
attend l'iſſue
L'Evêque de Namur a été réintégré dans
ſes revenus bénéficiaux , & fon exil eft fufpendu.
X
Par une nouvelle Ordonnance de S. M.,
lecafé&la canelle font chargés , outre les
anciennes taxes, d'un nouveau droit d'entréede
trois pour cent.
La deſtitution de neuf Magiſtrats , exigée
à Amſterdam , a été imitée le 23 à Rotterdam.
La Majorité des Régens de cette
ville ayant des fentimens différens de ceux
du Parti patriote , les adhérans à ce parri
ſe ſont rendus à l'Hôtel-de-Ville , & ont def-
2
( 93 )
ticue ſur le champ fept Magiftrats, qu'ils ont
remplacés. On a en même tems révoqué les
Députés de' aRégence aux Etats deHollande,
avec des inſtructions toutes contraires à celles
de leurs prédéceſſeurs. Par ce moyen , le
Parti patriote a tegagné pour l'inſtant, deux
voix à l'Aſſemblée fouveraine, Aufli lorfqu'on
y a délibéré fur les révolutions
opérées dans les deux Régences dont
nous venons de parler, 11 voix contre 8
ont fait décider , que c'étoit là une pure af
faire domestique des deux Municipalités ,
&quele Souverain ne devoit pasy intervenir.
Par cette déciſion , les Députés de Rotterdam
ont été admis à l'Aſſembée , & reconnus
comme légitimes , malgré les pro
teſtations contraires. !
La deſtitution des neuf Régens Amſterdamois
n'est pas confommée; lesBourgeois
ont remis une nouvelle déclaration commi
natoire au Conſeil , & pour peu que l'on
traîne, un nouveau coup de vigueur finira
ce qu'on a glorieuſement commencé.
Les Bourgeois enrégimentés d'Amſterdam
ſe ſont également défaits de quatre de
leurs Colonels , auxquels ils ont fignifié leur
caſſation , ſans autres formes. A
La ville deGouda paroiſſant depuis quelquetemps
rapprocher ſes avisde ceuxdel'Ordre
Equestre & des neuf villes votantes
avec lui , là Bourgeoisie lui a préſenté un
Réglement. La Régence prenant un biais ,
1941
a ſuſpendu ſes réſolutions ſur deux an
ticles ,& a accordé le troiſieme , qui conſiſte
à envoier aux Etats des Députés bien intentionnés
, qui votent toujours comme ceux de
Dordrecht.
La Gontinuité d'efforts , dit le Gazettier
d'Utrecht , tendans à ecrafer le Patriotisme par
la violence , quelques mouvemens de troupes
aux ordres de ceux que la Brave Bourgeoisie
d'Utrecht regarde comme ſes ennemis , firent
croire qu'il étoit plus que jamais tems d'en
venir aux dernieres démarches dictées par ce
Proverbe , fi vis pacem , para tellum. On crut
devoir faire une répétition exacte de tout ce
qu'exigeroit la défenſe de la ville & de la
liberté, fi l'on ſe trouvoit tout-à-coup affailli par
l'ennemi de l'une & de l'autre. A midi partirent
Tept coups de canons , & au même inſtant les
tambours ſe répandirent par toute la ville en
battant le ſignal d'alarme ; ils étoient accompagnés
par les cloches de laGrande Eglife , & la
trompe qui annonce les incendies. En moins
d'une heure tous les bourgeois armés , compofant
les differens corps de milice complette , furent
raſſemblés ſur les différentes places d'armes
, les Canoniers diſtribués à toutes les batteries
des remparts, & les importantes évolutions
de ces derniers ont été auſſitot commencées avec
autant d'activité, que ſi l'on eut été aux priſes
avec l'ennemi . Tous les poſtes étant ſuffisamment
garnis, il reſtoit un corps d'Auxiliaires rangés
en bataille ſur la place dite Munster-Kerkhoff,
avec leurs canons à leur tête; il reftoit pareillement
le corps des chaſſeurs avec leur artillerie
rangés en bataille ſur l'eſplanade oppoſée; ces
deuxcorps étant deſtinés à ſe porter où le beſoin
( و )
pourroit ſe manifeſter , felon les ordres du Con
ſeil de Défense , aſſemblé dans une maiſon près
laGrandeEglife.
Vers les trois heures après-midi , MM. nos
Bourguemaîtres quitterent leur lieud'aſſemblée ,
&allerent viſiter tous les poſtes. On put mieux
reconnoître à quelles ſenſations ce généreux enſemble
donnoit lieu , lorſqu'ils parcoururent les
rangs du Corps d'Auxiliaires en bataille ſur la
place dite Munster-Kerhhoff: & formant un demi
cercledes plus impoſans. Les Magiſtrats l'épée au
côté , & dans le coſtume qu'impoſoit la circonf
tance , ne pouvoient lire dans tous les yeux que
les meilleures diſpoſitions;on croyoit être au mcment
déciſif où ils venoient achever d'exhorter
les troupes à bien faire , & à prouver qu'un Etat
peut réunir aux richeſſes de Carthage les vertus de
Rome. Ils étoient conduits de rang en rang & de
places enplaces , par notre brave Commandant ,
l'appui de notre vertueuſe Magiſtrature ,le WASSINGTHON
de notre Patrie.(Gaz. d'Utrecht. )
Le Washington dont on parle , eſt un
étranger, nommé Gordon , ci devant Sergent
dans la brigade Ecoſſaiſe.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres .
Leurs Nobles Puiſſances les Seigneurs du
Conſeil d'Etat des Provinces-Unies , dans leur
aſſemblée extraordinaire du 28 Avril dernier ,
ont trouvé bon de prendre une réſolution qui défend
à tous Colonels ou Officiers-Comman dans
des Régimens , ou Corps militaires , au ſervice
de l'Etat , de marcher avec leurs troupes ſur le
territoire d'une autre Province , ſans le conſen,
sement du Souverain territorial de la Province
( 96 )
dans laquelle ils pourroient être envoyés , & de
n'obéir à aucun autre ordre à ce contraire. Cette
réſolution du Conſeil d'Etat a déja (té pleinement
approuvée par cinq Provinces , & celle de
Zélande a pris l'affaire ad referendum. ( Gazette
de la Hiye , nº. 52. )
Le 11 , à 4 heures de l'après- midi , écriton de
Brünn , nous cûmes la ſatisfaction de voir arriver
ici l'Empereur notre Souverain, S. M. deſcendit
à l'hôtellerie de l'Aigle -Noir & aſſiſta le ſoir au
Spectacle. Le lendemain , elle continua la route
par Leopol & Brody pour Cherfon , où S. M. Г.
prendra fon logement chezſon Conful-Général
en Crimée, M. de Rofarowitz , qui a fait préparer
un appartement de 14 pieces pour ſa réception.
La République de Pologne avoit offert à l'Empe
reur une eſcorte durant ſon paſſage ſur le territoire
Polonais; mais S. M. s'eſt excuſée de l'ace
cepter . L'on compte que ſon abſence ſerade ſeptſemaines.(
Gazette de Leyde , nº. 35. )
Une lettre,particuliere de Bruxelles nous an
nonce que les changemens à faire à la Conſtitution
des Provinces Belgiques ont enfin caufé la
ſenſation qu'on avoit prévue , & que les Etats de
Brabant , affemblés deux fois par jour depuis Mardi
17Avril, ont continué leurs Séances , malgré
tous les empêchemens , s'occupant du maintien
des droits les plus,facrés & les plus importans de
la Province. La même lettre ajoute que le Conſeil
de Brabant & différens Corps , qui tiennent à
la Conftitution , réclament leur indiſſolubilité,
garantie par la Joyeuse-Entrée. L'on ſe flattoit de
convaincre le Souverain de la réalité des réclamations
contre l'altération totale , dont l'ancien ſyc
tême Belgique étoit menacé ,particulièrement
contre l'autorité abſolue des Capitaines des Cercles,
&c. ( Idem.)
A
4
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19. ΜΑΙ 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LERetour d'Arifle dansſes Foyers , Idylle.
LIIEEUUXX ,, Cù Thốmire à fesgenoux
A vu mon fort digne d'ensie ;
Séjour où d'un éclat fi doux
Brilla l'autore de ma vie ;
Enfin je vous revois au pied de ce côteau ,
Antiques foyers de mes pères ;
Je vous revois, campagnes folitaires ,
Je ne vous quite plus ; & j'aurai mon tombeau
Dans ces vallons héréditaires ,
Où le ciel plaça monberceau.
Tantôt ſur les bords d'un ruiſſeau ,
Nº. 20 , 19 Mai 1787 . E
:
7
28 MERCURE
Aflis aux pieds de ma Thémire ,
Aſes tendres accens j'accorderai ma lyre ;
Tantôt j'écouterai le ramage nouveau
Du roſſignol qui , ſous l'ormeau ,
Anime par la voix ces rivages paiſibles ,
Etde fes chants d'amour fait retentir l'écho .
Dans leurs doigts deſſéchés , les parques inflexibles
A leur gré , de mes jours tourneront le fuſeau;
Je fermerai les yeux , & tirant le rideau
Sur la quenouille & le ciſeau ,
Je ſaurai vivre exempt d'alarmes ;
Contre les afſauts du chagrin
L'Amour me prêtera des armes;
Je femerai par tout des fleurs fur mon chemin ;
Etd'un beau jour je goûterai les charmes
Sans m'occuper du lendemain.
De quels doux ſouvenirs mon âme eft agitée !
Le ecoeur me bat.... de pleurs délicieux
Je ſens ma paupière humectée;
Pa les mains de l'Amour , dans ces champêtres lieux
Thémire me fut préſentée;
J'oubliai tout au fond de ces déſerts ,
Je ne visqu'elle & moi dans l'Univers ;
" Dieux ! quels tranſports & quel désire !
C'eſt en vain que je veux les tracer dans mes vers ;
Le coeur peut les ſentir , la voix ne peut les dire,
Dans ces lieux fortunés les innocens plaiſirs
DE FRANCE. 95
Farent toujours en foule offerts à mes deſirs ;
Dans cette enceinte ſolitaire,
Thémire , en ſouriant , me nomina ſon épouxi
En begayant fur le ſein de ſa mère ,
Adèle me nomma ſon père ;
Noms les plus ſaints & les plus doux
Qu'on puiſſe entendre fur la terre.
QUEL bruit fait retentir les airs ?
Tout-à-coup de ces lieux déſerts ,
Des cris ont troublé le filence ;
Par ſes treſſaillemens , des objets les pluschers
Il ſemble que mon coeur m'annonce la préſences
Je ne puis arrêter ſes mouvemens divers ,
Au-devant d'eux on diroit qu'il s'élance.
Mais Thémire déjà paroît dans le lointain
Tenant ſa fille par lamain ,
Gage adoré de l'amour le plus tendre ;
Je les vois du côteau ſe hârer de deſcendre;
Toutes deux me tendent les bras ;
Un aimable déſordre augmente leurs appas.
Dicux ! que ne puis -je les entendre !
Courons au-devant de leurs pas,
Mon coeur perd trop à les attendre,
(ParM. la Tour de la Montagne
1.
: V
1
roo MERCURE
TRADUCTION de l'Ode d'Horace :
DE
Nefit ancilla tibi amorpudori.
El'amour d'une
cíclave ,ami , ne rougis pas ;
Briſéis dans les fers vit un maître terrible,
CetAchille ſans frein juſqu'alors inſenſible,
Brûler pour ſes appas.
Sur les débris fumans de ſapatrie en cendre,
Tecmeffe fubjugua le fils de Télamon;
Et , couvert de lauriers , le fier Agamemnon
Soupira pour Caſſandre.....
ALORS d'unraviſſeur Atride étoit vengé:
Hector, le grand Hector ne vivoit plus.... & Troye
Enfin avoit offert une facile proie
AuGrec découragé.
:
TON eſclave a peut- être une illuftre origine,
Et tu peux t'honorer de la main de Phylis ;
Elle eſt du ſang des Rois; oui.... des Dieux ennemis
Ontcauſe ſa ruine.
:
CELLE qui conſtamment eſt fidelle à l'Amour,
Qui d'an vil intérêt fait défendre ſon âme ,
N'a pas d'obſcurs ayeux , & d'une mère infâme
N'a point reçu le jour.
DE FRANCE.. 101
Crs louanges , crois-moi,ſans deſſein ſontdonnées;
Soisexemptde ſoupçons...Puis-je être encor amant,
Moi qui montre déja ſur un front moins brillant
Quatre fois dix années.
(ParM. D. T. )
Le Bonheur trop acheté, Conte.
LE Comte de Séqueville , d'une famille
noble , ancienne , mais peu fortunée , n'avoit
guères pour héritage qu'un nom , une figure
&un caractère aimables. Tant de mérite ne
pouvoit guères reſter enfoui dans l'obſcurité
d'une province éloignée, qui d'ailleurs ne lui
offroit pas des reſſources bien promptes. Il
vint àParis ; & avec de la conduite , des connoiffances&
fon perſonnel , il pouvoit eſpérer
un établiſſement avantageux. Mais s'il
étoit incapable d'une baſſeſſe , il ne l'étoit pas
desécarts de fon âge: fon goût pour le plaifir,
qui ne ſe meſuroit pas fur la modicité de fa
fortune, le jeta dans quelques -unes des folies
à la mode , & engloutit en quelques mois
Pétroit patrimoine de ſes ancêtres. Il continuoit
de dépenſer ſur ſon crédit & fur l'efpérance
de l'avenir , lorſque le hafard lui Gr
faire connoîllance avec une jeune Demoifelle
orpheline , conſidérablement riche. Sa
naiſſance , quoique diftinguée , n'étoit pas
E
T
:
٢٠١٠
MER CURE
affez illuftre pour compenfer aux yeux d'une
famille de Négocians , l'immenſe difproportion
de ſa fortune. Elle devoit hériter de près
de cent mille livres de rente , & lui n'avoit
plus rien. L'amour est au deſſus de ces calculs,
&la paſſion de la jeune fille pour le Comte
furmonta tous les obitacles. Son Tuteur & fes
collatéraux , mécontens de fon choix , mais
incapables pourtant de violenter ſon inclination
, & de prendre un parti barbare pour
la traverſer , abandonnèrent leur parente
plutôt qu'ils ne la donnèrent. Ils la punirent
d'aimer ſans leur aveu , en ne faifant rien
pour elle , & fon jeune époux la reçurt fans
aucun avantage. Il fallut ,pour foutenir le
nouveau ménage, uſer des expédiens rt ineux,
qui ne font que trop faciles dans la capitale .
La jeune femme étoit auſſi folle de plaifirs
que le mari : tous deux vivoient comme s'ils
euffent joui du double de fon héritage. Le
mari ſe trouva noyé de dettes ; mais enfin le
terme qui devoit tout réparer approchoit ,
&les quatre années qui manquoient à la
majorité de la mineure alloient bientôt ſe
con.pletter. Le Comte , après avoir épuile
tous les moyens de dépenſe , avoit fait conſentir
la femme à une réforme , & ils avoient
arrêté enſemble un plan de retraite à la campagne.
Ils voulurent prendre honnêtement
congé de leurs amis , c'est- à-dire , de leurs
connoiffances , & quitter décemment la capitale.
La Comteſſe propoſa de donner une
fêre le jourde ſa naiſſance , qui arrivoit le
1
DE FRANCE. 103
14 Décembre. Elle ſe promettoit bien d'en
jouir &de ſe livrer à la danſe toute la ſoirée;
mais tout- à- coup elle ſe ſent ſaifie d'une affez
vive douleur dans la cuiffe. Elle l'attribua à
un effort. Cette douleur ne fit qu'augmenter
pendant le diner , au point qu'elle fut obligée
de ſe lever de table. Une Dame qui ſe retira
avec elle , lui dit que le plus sûr remède pour
un effort , étoit de plonger ſa jambe dans l'eau
de puits la plus froide ,& qu'elle ſe ſentiroit
foulagée dans le moment. L'impatience d'un
être qui ſouffre , & d'une jeune femme qui
ſe voit contrariée dans ſon plaifir , la firent
céder àce fatal confeil. Le mari ne ſavoit rien
de ce qui ſe paſſoit dans le cabinet de toilette,
lorſque ſon oreille fut frappée par des
cris douloureux & redoubles. Alarmé jufqu'à
l'effroi , il vole au cabinet & trouve fa
femme dans les agonies de la mort. Il ſe rappelle
auflitôt ce que ſa femme lui avoit dit
quelquefois , que toute ſa famille étoit ſujette
àla gouttedès lejeune âge. Il lui fit adminiſtrer
tous les ſecours de l'art. Malgré ces ſoins , le
Médecin ne donnoit que très-peu d'eſpérance
, ſi l'on ne venoit pas à bout de déplas
cer l'humeur de la tête&de l'eſtomac où elle
s'étoit jetée avec la plus grande violence.
Ainſi , le jour qui s'étoit levé riant pour le
jeune couple , menaçoitde finir dans le deuil.
Dans les intervalles tranquilles , fa malheureuſe
femme prioit le ciel de lui donner au
moins le temps de faire un teftament , ( car
ils n'avoient point eu d'enfans) pour affurer,
Eiv
104 MERCURE
s'il étoit poſſible , au moins une partie de ſa
fortune à l'époux qu'elle aimoit , & dont elle
avoit elle- même comblé la ruine. Mais elle
prioit en vain: en vain on ſe hâta de faire
venir un Notaire; lorſqu'il entroit , elle expira
ſans pouvoir fatisfaire ſon coeur. Le
Comte, foudroyé par cette perte fi cruelle&
ff imprévue , reſta quelques jours dans un
abattement ſtupide. Il ſe voyoit comme dans
un défert , fans appercevoir un ſeul être ſecourable
qui lui tendît la main dans l'abandon
général où il étoit délaiſſé. Il avoit déſobligé
fa famille, en lui faiſant l'affront d'épouſer
la fille d'un Marchand. Il n'avoit guères plus
à eſpérer de celle de ſa malheureuſe femme.
Cependant il ſe flattoit encore que dans la
juſtice , ils ne pourroient pas lui refuſer quelque
dédommagement des dépenſes qu'il n'avoitfaitesque
par complaiſancepour les goûts
deſajeune épouse. Il alla trouver un couſin ,
père d'une fille unique, qui ſe trouvoit alors
Phéritère de tout le bien de ſa coufine. Il
voulut expoſer devant lui ſa touchante ſituation;
mais il n'en reçut que les reproches les
plus humilians , & s'entendit accuſer ſans
ménagement d'avoir baſſement ſurpris le
coeur d'une héritière. Il dédaigna de s'entrerenir
plus long- temps avec une âme auffi fordide;
& il alloit fortir indigné de cetre maifon
inhofpitalière , lorſque la jeune fille
s'echappa de l'appartement , & courut à lui.
Elle le ſupplia, les larmes aux yeux , de ne
pas lui imputer la groſſièreté de fon père
DE FRANCE. 1of
:
elle fit des voeux pour l'âge où elle alloit bientôt
ſe voir la maîtreſſe. Elle le pria d'efperer
encore ,&promit de fléchir ſon père. Il fortit
plein de reconnoiffance pour les procédés
généreux de la fille , mais fans rien attendre
du père. En effet, les vives repréſentations
de la fille ne firent qu'aigrir ce coeur dur ;
& en haine de l'intérêt qu'elle prenoit au
fort du Comte , ilalla trouver tous les four
niffeurs auxquels ildevoït, terminade compte
avec eux. , & devint ſon ſeul créancier , pour
l'accabler fans contradicteur. Bientô.lesmeu
bles font faifis , & le Comte lui- même con
duiten prifon. En y entrant , il forma la réfolution
de tâcher d'y vivre en paix , juſqu'à
ce que ſonbarbare créancier rallentit fa rage,
& qu'un heureux hafard vint l'en délivrer.
Il y avoit quelques ſemaines qu'il étoit habitant
des priſons , négligé , abandonné du
monde entier , fans trouver perſonne qui
voulût être fa caution , lorſqu'il reçut unbillet
de Mite D... Eke y deploroit dans les
termes les plus pathétiques la démarche de
fon père , dont elle n'avoit eu connoiffance
que dujour même: elle le preſſoit d'accepter
une bagatelle , ajoutant que s'il pouvoit imaginer
quelques moyens où elle pût le fervir ,
elle ſe trouveroit heureuſe qu'il la mît à
portée de l'obliger. Juſqu'à ce moment, le
Conte ne l'avoit vue que comme la fille d'un
père ignoble & dur , & qui devoit avoir les
mêmes principes que lui. Ce billet changea
ſes idées. Il s'élevoit en lai mille combats. Il
Ev
106 MERCURE
ne ſavoit s'il devoit accepter ou renvoyer ce
den. La crainte de déplaire à une fille li fenfible&
fi généreuſe , le détermina. Il ſe rappela
les pleurs qu'elle verſoit au moment où
il la quitta ; & en reliſant fon billet , il apperçut
des veſtiges de ſes larmes répandues
fur le papier. Aflis & immobile, & rêvant
profondément à elle , ſon âme s'échauffa par
degrés devant l'image de ſa bienfaitrice ; &
ſe levant avec tranſport ,& les mains jointes ,
il s'écria: pourquoi, ah ! pourquoi n'ai- je pas
cent mille écus de revenu à offrir à cette adorable
créature ! Le ſon de ſa voix le rappela à
lui-même; & auffitôt il fongea qu'il devoit
un remercîment ; mais le malheur n'avoit
point corrompu ſon âme: il impoſa filence à
tout autre ſentiment que la reconnoiffance ,
&répondit ſans nul projet de ſurprendre fon
inclination. Il la ſupplia d'étouffer ſa pitié
pour un infortuné , mais de ne pas le priver
de ſa correfpondance , la feule confolation
qu'il eût dans ſa prifon.
Dansune de ſes lettres, elle lui demandoit
quel plan de vie il formoit, dans le cas où il
viendroit à recouvrer ſa liberté. Il répondit
fans détour que fon deſir étoit de fervir ſon
Roi dans la guerre qui venoit de ſe déclarer ,
fi quelque âme généreuſe& en crédit auprès
du Miniftre ſe chargeoit de lui expoſer ſes
malheurs , l'indignité de ſon créancier , &de
folliciter des lettres de ſurféance; en un mor,
que ſon voeu étoit de ſervir comme Volontaire
dans une guerre où peut- être il pourroit
DE FRANCE. 107
trouver fon meilleur ami dans un boulet de
canon.
Le chagrin , la vie ſédentaire , & fi différente
de celle à laquelle le Comte étoit accoutumé
, l'agitation de ſes eſprits , le jetèrent
dans une fièvre de langueur qui le conduiſit
juſqu'aux portes de la mort. Une ancienne
Domeſtique de ſa généreuſe coufine vint lui
apporter de ſa part quelques gêlées & autres
nourritures légères , & fut étrangement affectée
de l'état déplorable où elle l'avoit trouvé.
Elle le peignit à ſa jeune maîtreffe , qui ,
alarmée ſur ſa ſanté , prit auſſitôt la réſolutionde
le viſiter elle-même , & l'en fit prévenir
une demi- heure auparavant. Le Comte
employa cet intervalle à fe mettre en état de
la recevoir avec un peu plus de décence.
L'effort que lui avoit coûté ce peu d'apprêt ,
avoit preſque épuisé les forces qui lui reftoient
; & il étoit plus mort que vif, lorſque
ſa tremblante &pâle confolatrice entra d'un
paschancelantdans cette maiſon de douleur.
Pendant quelques momens ils ne purent ni
l'un nel'autre ouvrir la bouche; mais une fois
entrée, la modeſtie naturelle à ſon ſexe ſembloit
lui faire ſentir l'inconvenance d'une pareille
viſite rendue à un homme en priſon ,
ſans en avoir été requiſe ni priée. Le Comte,
malgré la foibleſſe , vit la néceſſiré de ranimer
ſes eſprits alarmés de cette idée: il lui exprima
ſa reconnoiffance de cette inestimable
bonté , ſi peu eſpérée de lui. File l'interrompit
, en le priant de ne pas faire mention de
Evj
108 MERCURE
cet article , qui lui faiſoit naître des réflexions
qu'elle ne ſoutiendroit pas aiſement ....
Par obéiſſance à ſes ordres , il changea de converfation
, mais fans pouvoir s'empêcher de
revenir toujours fur ce chapitre. Je trouve ,
Monfieur , lui dit-elle, que votre prudence
va beaucoup plus loin que la mienne; je ne
dois jamais craindre aucun danger de la part
d'un homme ſi circonfpect. Ne m'interprétez
pas mal , lui dit il , avec un foupir qu'il
ne pat étouffer. -- Je crois ne m'être pas méprife
, dit elle ; mais je tâcherai d'eclaircir
vos vrais ſentimens ; & à ces mots elle le
quitta. Elle avoit mis dans ces dernières paroles
une gaîté affectée , qui auroit choqué
le Comte , s'il n'avoit pas vu que ce n'étoir
qu'un voile jeté à deſſein de cacher ſes vrais
fentimens à un homme qui ne paroiſſoit pas
affez ſenſible aux charmesde ſa perſonne.Cependant
pluſieurs jours s'écoulèrent fans qu'il
reçût de ſes nouvelles ;& il les paffa dans un
étar qui ne peut être connu que de ceux qui
enont éprouvé un ſemblable. Ala fin on lui
apporté un paquet; il contenoit une commillion
d'Enſeigne dans un Régiment qui paf
foit en Amérique , & un écrit cacheté , portant
en infcription ces mots: M. O..... , exige
que M. de Sequeville n'ouvre ce billet qu'après
avoir traverſé les mers.-Il y avoit encore
un autre papier en forme de lettre , fans
être cacheté; il l'ouvrit avec précipitation
&y trouva une lettre à vue de cent louis ,
avec quelques mots que voici. " Le veritable
DE FRANCI 109
» amour ne connoît point ces froides réſer-
> ves , les fubtiles diſtinctions , incompati
>> bles avec lui. Quand vous arriverez au lieu
33 de votre deſtination , vous pourrez mieux
> connoître mon coeur & mes ſentimens. "
La lecture de ce billet fut pour le Comte
un coup de poignard. Il s'accuſa d'ingratitude
envers la plus aimable des femmes , &d'avoir
ſubſtitué un faux orgueil à la vraie générofité,
Il ſe décida à facrifier pour toujours ces
vaines diſtinctions qui s'oppoſoient à ſa féli
cité. Il fut élargi dès le jour même , & le
premier uſage qu'il fit de ſa liberté fur d'aller
remercier ſa chère Éléonore , & de prendre
congé d'elle. " Allez , lui dit elle , en lui re-
>>mettant ſon portrait, ſuivez le chemin de
>> la gloire ; ne vous défiez jamais de la Prot
" vidence ni de mon coeur. " Ils réglèrent
enſemble les moyens de leur future correfpondance
, & il s'arracha du ſeul objet qu'il
aiunât fur la terre . 1
Dès qu'il eut joint ſon Régiment , il uſa
du privilége qui lui avoit été donné d'ouvrir
le paquet. Oh ! combien fon amour , fon eft
time & fon admiration.augmentèrent encorel
le contenu en avoit été écrit dans un temps
où elle le croyoit peu ſenſible , ou du moins
trop fcrupuleux. Elle y faiſoît le ſerinent fo
lemnel de ne jamais ſe marier , & auditor
qu'elle feroit enâge de difpofer d'elle-même,
de partager avec lui ſa fortune. Des torrens
de larmes coulèrent de ſes yeux ,& fon coeur
lui fut pour jamais inſéparablement attaché.
110 MERCURE
Il lui écrivit ſur le champ , & ne lui cacha
pas une ſeule penſée ni un ſeul ſentiment
de ſon âme. Dans ſa réponſe elle lui envoya
fon portrait , & fur le revers une deviſe formée
avec ſes cheveux. Préſent inestimable
pour le Comte , dont la ſeule occupation ,
dans les loiſius de ſon état, étoit de contempler
l'image de la plus belle &de la plus généreuſe
des femmes .
Pendant quelque temps leur correfpondance
ſe ſuivit ſans interruption . Enſuite dix
mois s'écoulèrent ſans que le Conite eût aucunes
nouvelles de ſachère Éléonore. L'amour
eſt ingénieux à ſe tourmenter. Il ſe forma
mille images effrayantes: il écrivit lettre ſur
lettre ſans recevoir de réponſe. Le déſeſpoir
le ſaiſir. Elle eſt morte , s'écria-t'ıl ! il ne me
reſte plus qu'à la ſuivre.
Dans le cruel état de ſon âme , ce fut une
joie pour lui d'apprendre qu'on alloit bientôt
avoir une bataille , qui probablement feroit
déciſive. Il fut élevé au grade de Lieutenant.
Un bataillon de ſon Régiment fut
marqué pour un des poſtes les plus dangereux.
Il le ſollicita& l'obtint à regret du Capitaine
qui l'aimoir.
Affis dans ſa tente la veille de ce jour redoutable
, il réfléchiſſoit ſur les événemens de
ſa vie paſſée. Avant que le ſoleil de demain
ود ſe couche, diſoit il en adreſſant la parole
>> au portrait de ſa chère Éléonore , nous fe-
>> rons réunis. » Il amuſoit ſon âme de certe
idée , lorſqu'il entre un Sergent qui lui dit
-
DE FRANCE. 11t
qu'il y avoit un jeune homme qui le cherchoit,&
qui demandoit à être introduit dans
fa tente, ayant à lui remettre des lettres de
France de la dernière importance. Il ſentit
auſſitôt ſon coeur battre violemment dans
ſon ſein; ſa reſpiration devint courte & pé
nible , & il eut bien de la peine à articuler ces
mots : au nom deDieu , que je le voye ! ſoutiens-
moi , grandDieu! que vaisjeapprendre ?
Il voit auſſitôt paroître un jeune honine vêtu
d'un manteau de Huſſard:-Eſt-ce le Lieutenant
Séqueville que je vois?-Le Comte
lui fit un falut. On m'a annoncé , Monfieur ,
lui dit il d'une voix tremblante , que vous
aviez des lettres de France pour moi.- En
voici une ,Monfieur, dit ce jeune homme en
étendant ſa main , qui trembloit auffi.-Le
Comte ſaiſit précipitamment la lettre. Quel
fut ſon trouble en lifant ces lignes :
“
:
Si aprèsun filence de quatre longues an-
» nées votre Éléonore vous eſt encore
ود chère , vous ferez joyeux d'apprendre
" qu'elle vit toujours pour vous ſeul. Si vous
defirez la voir , vous ferez bien-aiſe en-
>> core de ſavoir qu'elle n'eſt pas ført éloignée
"
de vous ; mais fi vous l'aimez avec la ten-
> dreſſe dont elle vous aime , quels feront
>>vos tranſports , votre bonheur , en levant
>> vos yeux pour les fixer ſur eile ! »
Le papier tomba de fa main défaillante : il
leva les yeux , & il vit ſous le déguiſement
'd'un jeune Officier , ſa bien aimée , fa fidelle
Éléonore , depuis ſi long-temps perdue pour
112 MERCURE 2
«
lui. -Grand Dieu , s'écria-t'il les mains
jointes, tu as donc entendu ma prière ! eſt-il
vrai que je la revois encore : Mais auffitôt
l'idée du terrible lendemain , le traveſtiſſe
ment d'Éléonore , l'état d'abandon, où il la
laifferoit dansuncamp, toutes ces idées s'em
parèrent à la fois de fon âme , & l'accablerent.
Oh Dieu ! s'écria t'il dans l'angoifle ,
pourquoi nous rencontrons- nous ici ? -Ces
mots furent un coup de foudre pour fon
amante. Elle le crut infidèle ou inſentible. La
pauvre Éléonore alla tomber fur un fiège ; elle
ſe couvrit le viſage du pan de ſon habit; &
bientôt ſe relevant tout- à- coup : Viens,
compagnedemon pénible & ennuyeux voyage
, viens , ma fidelle Marie , ( cette femme
ſe tenoit à l'entrée de la tente , & le Comte
n'avoit encore fait aucune attention à elle )
partons , nous ſommes importunes ici. Eft- ce
là, en levant les mains vers le ciel , eſt- ce là
Paccueil que je reçois ! Adieu , Séqueville;
mon amour ne vous tourmentera plus.
Elle alloit fortir. Le Comte la ſaiſit par le pan
de fon habit,- " Ah! ne me quittez pas , la
plus chérie des femmes , ne me quittez pas.
Vous ne connoiflez pas l'amour & les peines
cruelles qui tour- à tour déchirent mon ſein. "
Il rejeta fon trouble fur l'idée de ſa mort,
n'ofant lui ouvrir ſon coeur & lui parler du
lendemain. Éléonore raffivrée , prit quelques
rafraichitſemens. La nuit étoit commencée ,
ils convintent de la paffer enſemble dans la
tente. Éléonore lui fit le récit de tout ce qui
DE FRANCE. 113
lui étoit arrivé depuis leur ſéparation ; des
perfécutions de ſon père , qui avoit été jufqu'à
lui montrer un faux certificat de ſa
mort; enfin , de fon évaſion des mains de ce
père barbare , de ſa réſolution de paffer les
mers , accompagnée de ſa fidelle Marie. Pour
éviter les dangers du voyage , elles s'étoient
déguiſées en hommes ; & Éléonore , pour
mettre ſon ſexe en sûreté , avoit pris le coftume
d'un Officier chargé de dépêches pour
Parmée Françoiſe.
Tandis qu'elle pourſuivoit ſon récit , dès
avant le jour le tambour ſonne l'alarme. Séqueville
treffaillit & devint pâle. Éléonore
le vit ,&demanda la cauſe de cette imprefſion.
Il fallut parler. " Et vous , vous , ajoutat'il
, qu'allez-vous devenir ? L'expédition eft
mortelle: j'y périrai ; mais vous , que deviendrez-
vous ? Je mourrai avec vous , réponditelle
avec fermeté; & elle ſe lève auffitôt &
tire ſon épée. J'ai quitté ma patrie , déter-s
minée àpartager votre ſort. Tandis qu'il employoit
toute ſon éloquence pour la diffuader ,
leCapitaineentradans la tente. Allons, Séqueville,
dit-il, préparez-vous, non brave enfant..
Lajournée ſera bien chaude pour nous tous.
- J'aurois preſque ſouhaité , répondit le
Comte,de ne m'être pas tant preffé pour aller
à ce poſte d'honneur & de mort , ayant ici un
jeune Volontaire qui vient m'accompagner..
-Quoi , dit- il , f. jeune & fi courageux , en
s'avançant vers Éleonore ! Je ſuis sûr à vos
yeux que vous n'avez jamais vu les camps.
114 MERCURE
-Mais j'ai paffé à travers bien des dangers,
répondit-elle en rougiffant , & avec le brave
Lieutenant je ne crains pas la mort.
Bien répondu , mon jeune Héros , répliqua
leCapitaine. Comme nous pourrions bien ne
jamais nous revoir, buvons une raſade à notre
ſuccès. Séqueville , vous pouvez nous la
verſer. Ils ſedirent tous trois un éternel adieu .
Au ſecond coup de tambour , Sequeville &
fon amante s'embraſsèrent , & partirent enſemble
à la tête du détachement dévoué. Ce
qu'il avoit prévu arriva en partie. Malgré
leur vigilance & leur valeur , l'ennemi plus
nombreux les ſurprit dans ce défilé , & les
enveloppa. Séqueville fat bleſſe au bras droit
& au côté: Eléonore échappa ſans bleffure ;
mais tous deux forent du nombre des prifonniers.
La nouvelle de ce malheur ſe répandit
dans le camp François. La pauvre Marie , dans
un délire frénétique, couroit dans le camp ,
publiant ſon ſexe & celui du Volontaire déguiſe
, & fupp'ioit le Capitaine d'employer
tous les moyens pour procurer leur élargiſſement.
Heureuſement quelques jours après , le
Capitaine remporta un avantage fur l'ennemi
, & propoſa l'échange des priſonniers.
L'échange fut accepté; & comme Séqueville
ſe trouvoit en état de ſupporter la voiture ,
ils furent tous deux mis en liberté & conduits
àune petite ville voiſine du camp François .
Ce fut - là qu'Eleonore & ſa compagne
quittèrent leurs manteaux de Huffards , &
DE FRANCE.
reptirent leshabits de leur ſexe. Leur aven
ture faifoit le ſujet de toutes les converfations:
Officiers & Soldats étoient empreſſés
de voir une femme fi guerrière. Mais comme
ſon ſexe étoit connu , Séqueville la preſſa de
mettre le comble à fon bonheur , & l'Aumônier
du Régiment unit ces deux ainans , fi
dignes l'un de l'autre.
Enfin Séqueville étoit heureux : nul me
lange de peine ne troubloit ſa félicité; fa
femme avoit atteint ſa majorité . Il avoit en
core la certitude d'embraſſer bientôt le premier
fruit de leurs amours , & tous deux
jouiffoient d'avance de la perſpective prochained'aller
recueillir leur fortune , de quitter
le ſervice , & de fe dédommager de tant
d'années de fouffrances. Ce calme ne fut pas
de longue duree. Quelques mois après leur
mariage , la Comteſſe fut priſe de la petirevérole,
qui ravageoit alors toute la ville ; & ,
cequi ajoutoit au danger de ſa ſituation , elle
étoit enceinte. Séqueville ſe livra aux plus
noirs préſages ; il vit ſa chère Éléonore près
des portes du tombeau. Comme je ſuis marqué
pour le malheur , s'écrioit- il quelquefois!
Enfin une criſe ineſpérée lui rendit fon
épouſe, mais défigurée. Il fir avec joie le ſacrifice
de ſa beauté ;& chaque veftige de fa
maladie , en lui rappelant le danger qu'il
avoit couru de la perdre , ne ſervit qu'à la
rendre plus précieuſe à ſa tendreſſe. Éléonore
ſe voyant toujours aimée, fe confola
de n'être plus belle.
116 MERCURE
Séqueville ſe croyoit alors parfaitement.
heureux. La paix qui ſurvint lui ouvrit le
retour dans ſa patrie. Éléonore recueillit la
fortune que ſon cruel père ne pouvoit plus
lui diſputer; & ils s'entretenoient enſemble
dubonheur mutuel dont ils alloient bientôt
jouir. Elle touchoir au terme d'être mère.
Hélas! que la viede l'homme eſt courte! au
milieude ſes ſonges brillans , Séqueville fut
frappé du plus terrible des revers. Éléonore
fut attaquée d'une maladie violente , après
une couche où elle avoit mis au monde une
fille charmante. " Grand Dieu! diſoit-il ſou
>> vent , dans ſa douleur inconfolable , à fon
> enfant , ſi j'ai eu la force de ſurvivre à ta
>> mère, c'eſt toi qui m'as ſoutenu. » Dégoûté
dès lorsde la capitale& de la ſociété , il s'enfonça
dans une campagne éloignée ; & dans
les premiers accès de ſon chagrin , il fit voeu
de ne jamais quitter cette folitude. Il le tint ,
&quoique jeune, ily acheva ſa longue car
sière , dans une mélancolie que le tems adou,
cit, mais ne put vaincre entièrement; & fon
coeur ſe partagea entre ſes regrets éternels
delamère,& les ſoins de l'éducation de l'en
fant qui lui en retraçoit l'image chérie.
DE FRANCE. 117
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Mariage ; celui
de l'énigme eſt Bâton ; celui du Logogryphe
eſt Trépas , où l'on trouve repas,pré, Pâtre,
ré , pas , près ,pas ( négation ) , rape , as ,
ape, ter, rets ,Apt.
TL
CHARADE.
autrefois ſavoitdonner de mon premier ,
Tel autre adroitement jouoit à mon dernier ,
Que l'on voit aujourd'hui traînés dans mon entier.
ACTIF
ÉNIGME.
15
OTIF autant qu'on le peut être ,
Je fais ſans en avoir décompoſer les corps.
Etquoiqu'un rien me faſſe naître ,
Souventpour me dompter on fait de vains efforts.
Je ſuis nuiſible & néceſſaire :
:
T
i
On me cherche , on me fuit, l'on m'aime , l'on me
craint;
Plusd'un mortel aisément me contraint
De meprêter àtout ce qu'il veut faire.
118 MERCURE
On m'emploie à l'honneur des Dieux ,
Et pluſieurs élémens cèdent à ma puiſſance ;
Un d'eux pourtant détruit mon exiſtence ;
Onpeut m'avoir en tout temps , en tous lieux.
Ici , Lecteur , perds-tu ta thétorique ?
:
Peut- être en me cherchant n'es-tu pas loin de mois
Et dans un ſens méthaphorique
Peut-être même ſuis- je en toi.
(Par M. Fron.... , Avocat à Fougères,
en Bretagne.)
LOGOGRYPHE.
Au
UPublic en tout temps, Lecteur , je ſuis utile;
J'habite la campagne , &rarement la ville;
Sous le chaumeje ſuis plus heureux que les Rois,
Quoique je fois forcé d'obéir à leurs loir.
Dès que l'aſtre du jour vient frapper ma paupière;
Je quitte l'humble toitde ma ſimple chaumière.
Dansmes neufpieds on trouve , en les décompoſant;
Le nom d'un bienheureux ; un jeu très-amuſant;
Un poiffon; un oiſeau ; de Phébus une fille;
A' tous les Boulangers un inſtrument utile ;
Deux notes de muſique; un des quatre élémens ;
Ce qu'un Laboureur fait pour féconder ſes champs;
Un article ; un pronom; trois rivières de France ;
Cedont Dieu compoſa l'homme à ſa reſſemblance,
DE FRANCE.
119
C'en est affiz , Lecteur ; veux- tu me deviner ?
Regardes un peu plus haut, tu pourras me trouver.
(ParM. de la Croix , Elèvede M.l'Abbé Chanterot.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECHERCHESfur les moyensdeprévenir la
Petite Vérole naturelle , & procédés d'une
Société établie à Chester pour cet objet, &
pour rendre l'inoculation générale ; traduit
de l'Anglois de M. Haygarth , D. M.; par
M. de la Roche , Médecin de M. le Duc
d'Orléans & du Régiment des Gardes-
Suiſſes , &c . A Paris , chez Buiffon , Libr.
rue des Poitevins , hôtel de Meſgrigny ,
1786. 1 vol. in 8 °.
PEEUU d'ouvrages ont un objet plus impor
cant que celui- ci ; & quoiqu'il foit public
depuis fix mois , nous croyons utile de fixer
furcette matière l'attention de ceux dont l'intelligence
n'eſt pas abſorbue par les romans
du jour , ou par lesBrochures dont la lecture
eft pour les gens frivoles, l'une des mille manières
d'attendre l'heure du dîner.
Les recherches de M. Haygarth forment
un peu plus de la moitié du petit volume
qui va nous occaper ; une introd ction ou
préface raiſonnée du traducteur , precède le
travail du Medecin Anglois , & le ſurpaſſe
120 MERCURE
par la ſagacité , par l'exactitude analytique
avec laquelle M. de la Roche poſe , en
l'affermiffant , la baſe des eſſais de M. Haygarth.
Celui- ci propoſe une inoculation générale
comme préſervatif de la Petite-Vérole naturelle;
& afin d'en faciliter le ſuccès , il ordonne
dans l'intervalle le ſéqueſtre rigoureux
de tous ceux que pourroit atteindre l'épidémie;
mais pour exécuter ce plan difficile ,
il faut que la Police & les particuliers ſe
prêtent à cette inoculation dans tous les lieux.
Or , s'il est vrai qu'il réſulte une contagion
habituelle & une plus grande mortalité de
la pratique d'inoculer dans les villes ; fi , pour
quelques individus qu'elle ſauve , elle en fait
périr des milliers en alimentant ſans relâche
le foyer de laPetite Vérole naturelle; fi enfin
aucune autorité ne peut ſe permettre d'expoſer
ainſi la pluralitédes citoyens , ſous pré
-texte de racheter le petit nombre de ceux
qui ſe ſoumettent à l'inſertion , ni de forcer
cette pluralité aux précautions néceffaires , le
projetdeM. Haygarth offriroit des obſtacles
inutilesà combattre. M. de la Roche examine
donc les différentes ſuppoſitions que nous
-venons d'énoncer , & cherche à prouver que
les défenſes d'inoculer dans les villes , repoſent
ſur des erreurs ou ſur des préjugés.
" A fuppofer , dit-il , qu'un inoculé com-
- muniquât la Petite - Vérole autant que
celui qui l'auroit priſe naturellement, il y
» a une probabilité à peu près équivalente
„ à
ود
DE FRANCE. 121
:
■ àune certitude morale , que ceux auxquels
" il la communiqueroit , l'auroient puiſée
>> également un peu plus tard; enforte qus
ود ſi l'inoculation augmente lamortalité de
>> la Petite- Vérole da es villes , ce ne peut
» être qu'en expoſant davantage à ſes miaf-
» mes ceux qui, fans cette nouvelle cauſe
" de contagion , ne l'auroient jamais prie .
> ou ne l'auroient eue que dans un âge aflèz
> avancé. Mais outre que l'augmentation de
ود mortalité qui pourroit enrefulter , feroit
>>ſi petite qu'elle ne cauſeroit pas une dimi-
>> nution fenfible for le total; qui ne voit
>> que chacun ayant la liberté de ſe ſervir du
• préſervatif, pour peu que fon uſage s'é-
>> tendit, lenombre des vies qu'il fauveroit,
> furpafferoit bientôt celui des morts qu'on
pourroit légitimement attribuer à cette
cauſe? Ainti donc, à ne confidérer laquef-
» tion que fois ce point de vue , les dangers
>> qui refulteroient de la pratique d'inoculer
> dans les villes, ne feroient que de peu de
>> conféquence, & bevicoup plus que com-
>> penſes par ſes avantages. »
"
Cet argument a coctainement une grande
Erce : ta qu'il fera pas de péfervatif
efficace contre les pidémies de Petite -
Vero'e ,Je palaaf de Pinoculation devient
neceflaire , puipuil diminue infiniment les
meurtres de la maladie, & qu'il n'y expoſe
que des victunes déjà dévouées par l'aniverfalité
de la contagion .M de la Romeva plus.
lojn , & ſe perfuade que l'inoculatum ripand
Ν . 20 , 19 0 1787. F
122 MERCURE
moins fortement cette contagion que la Petite-
Vérole naturelle. Il eſt avéré que celle-ci
devient contagieuſe à l'époque où les boutons
parvenus à leur maturité, commencent à
fecher ; or , moins une Petite- Vérole ſera
abondante , moins elle répandra l'épidémie,
mais il n'y a aucune comparaiſon entre l'éruption
benigne & rare des inoculés ,& celle
de la Petite- Vérole ordinaire : ainſi, inoculer
dans les villes , ce ſeroit diminuer les ſources
de contagion.
L'Auteur éraye enſuite ſon raiſonnement
par les faits : il cite entr'autres l'exemple de
Genève, ſa Patrie, où l'on a beaucoup noculé
depuis trente cinqans , & toujours librement.
Des regiftres morruires qui y font tenus
depuis deux cents ans avec la plus grande
exactitude , il réſulte que la Petite - Vérole
marche par epidémies périodiques tous les
quatre ou cinq ans , & que la fréquence des
inoculations dans l'intervalle n'a rien changé
au retourde ces périodes.
M. de la Roche avoit formé de ces confidérations
un Mémoire remis à la Société
Royale de Médecine , dont les Commiſſaires,
fans combattre poſitivement les principes de
l'Auteur, virentde l'inconvénient à en adopter
les conclufions. Iis obſervèrent que ce n'étoit
pont ici une ſpéculation académique , mais
un objet de ſalubrité publique, ſur lequel le
crì même du préjugé devoit être ſoigneu
fement examiné ; qu'un particulier , un grand
pombre même de particuliers , en ſe foumer
DE FRANCE . 123
tant au dangerde la Petite-Verole naturelle,
puiſque le fort en ordonnoit ainſi , ſeroient
en droit de réclamer contre l'accroiflement
de se danger , par l'inocu'ation qui accroiffort
la maffe de la contagion ; que des Médecins ,
des Corps reſpectables avoient autoriſé ces
idées , qu'elles étoient fortifiées par des expériences
, il eſt vrai, peut- être illuſoires , d'où
il réſultoit que le voisinage de l'inocuation
avoit été funeſte à divers lieux , à Paffy , au
Gros-Caillou ; que cet accroiſſementde mortalité
étoit conftatéparles regiſtres mortuaires
de Londres ; & qu enfin , une pratique utile
àGenève pourroit être pernicieuſe à Paris.
Après avoir analyſé très - fidèlement ce
rapport des Commiflaires , M. de la Roche
ledifcute. Il examine d'abord l'objection trèsſpécieuſetiréede
l'accroiſſement de mortalité
de la Petite Vérole à Londres depuis qu'on
inocule ; fait avoué parleChevalier Pringle &
par lefameux inoculateurDimsdale. Ici,l'Auteur
ſe ſert des armes de M. Odier, fon compatriere
& ſon ami , élève comme lui de la
célèbre Univerſité d'Édimbourg. Dans une
fuite de lettres à M. de Haen , M. Odier , il
y a dix ans , révoqua en doute la cauſe prérenduede
cet accroiſſement de mortalité ; il
fit voir avec beaucoup de ſagacité , qu'on
attribuoit fauſſement à l'inoculation un fait
obſervé avant l'uſage de cette pratique en
Europe ; que dans le ſiècle précédent & au
commencementde celui- ci,la Perite-Vérole
avoit éprouvé diverſes périodes plus ou moins
Fi
124 MERCURE
meurtrières à Londres & à Genève ; que ces
revolutions , durant leſquelles le fleau avoit
moiflonné le plus grand nombre d'individus,
n'avoient jamais été proportionnées aux progrès
de l'inoculation ; & que la rougeole
maladie très diftincte de la Petite -Vérole , &
non inoculée , offroit les mêmes viciffitudes
de rage& de bénignité.
,
La compullion des regiſtres mortuaires de
Londres depuis 1650 juſqu'en 1720 , fournirent
à M. Odier une preuve de fait prépondérante.
On voit par ces tables la Petite-
Vérole faire des ravages prodigieux durant
l'eſpace de dix , vingt ans même ; s'adoucir
en d'autres périodes , recommencer enſuite
plus cruelle, &ne ſuivant jamais une marche
uniforme. La caufe de ces périodes deftructives
elt inconnue ; elle mériteroit même
d'être recherchée : Inais pourquoi attribuer
leur retour à l'inoculation ? Si l'inégalité bien
conftatéedes ravages de la maladie a précédé
cette pratique , pourquoi les mêmes canſes
ne ramèneroient - elles pas le même effer
depuis fon introduction ? Enfin , les progrès
dela mortalité devroient ſuivre exactement
ceux de Pinoculation : or, l'existence de cerre
proportion eft abſolument renverſée par les
tables mortuaires dont M. de la Roche
offre l'expofé.
Il ne penſe pas qu'on puiſſe attaquer çe
corps d'argumens arithmétiques par l'exemple
citédu Gros Caillou & de Paffy. " Ces obfer-
>> vations , dit il, qui ne repoſent que fur des
DE FRANCE. 125
bruits populaires , qui ne font garanties
>> par aucun regiſtre authentique , & par
>> conſequent qu'on ne peut comparer avec
> ce qui s'eſt paſſe dans les mêmes lieux à
>>différentes époques, pourroient tour au
> plus faire naître le ſoupçon de ce qu'on
>>> veut prouver.
L'Auteur me ſemble moins heureux dans
ſes raifonnemens contre le degre d'autorité
qu'on doit accorder au cri du citoyen alarmé,
à la porte duquel l'inoculation poſe un foyer
d'épidémie. Si les précautions pour s'en défendre
étoient infaillibles, ti la vigilance humaine
dans une ville immenfe pouvoit en
atfurer une ſévère exécution ; ſi les citoyens ,
perfuadés des avantages de l'inoculation ,
ceffoient de la craindre par raiſon ou la tole
roient pat parriotifine, la queſtion de fon
établiſſement librene feroitplus un probléme.
Mais comment eſpérer tant de prévoyance
ou de jugement parmi des claſſes d'hommes
inconfiderés par état , ſouvent même par néceffiré
? En bravant leurs terreurs , detruiraton
leurs préjugés ? Et ne doit on aucun
reſpect à ceux qui touchent au premier intérêt
des pères de famille ? Cette queſtion fi
delicate le devient bien davantage, lorſqu'on
cherche l'eſpèce d'autorité qui en impoſeroit
aux citoyens fur cet objet. Employera- t- on la
force & les châtimens pour commander des
précautions que les travaux & les beſoins
journaliers du Peuple lui rendent impraticables?
Si l'on exhorte fans contraindre , il
Fuj
126 MERCURE
faut donc s'en remettre abſolument à l'empire
de la perfuafion .
Et véritablement on ne peut en imaginer
d'autre. C'eſt après avoir calmé les alarmes
populaires , détruit les préventions & s'être
etayé ſur le poids de l'expérience , qu'on
peut affurer par une loi falutaire & une permillion
illimitée d'inoculer , le but fi intéreffant
qui fait l'objet de cet Ouvrage.
En admettant les avantages de l'inoculation,
on gémira fans doute des limites étroites
où elle eft renfermée. Tant qu'elle ne deviendra
pas populaire , tant qu'elle fera un
bienfait réſervé à quelques individus des
claſſes ſupérieures de la ſociété, ſon uriliré
reſtera toujours incertaine aux yeux de la
multitude , & d'un foible ſecours pour l'humanité
en général. Quoiqu'en comparant fes
pertes avec celles qu'occaſionne la Petite-
Vérole naturelle ,ſondanger foit un infiniment
petit , & qu'elle ſauve journellement
un nombre de ſujets que la contagion auroit
enlevés , on ne voit pas en maffe les ravages
de la Perire Vérole diminués depuis l'introduction
de cette pratique. En prenant une
année commune , on trouvera fur les liſtes
mortuaires autant de morts frappés par cette
maladie accidentelle, qu'on en voyoit avant
Pinoculation.
Certe conſidération a déterminé l'établiſſement
de la Société de Cheſter en Angleterre,
deſtinée à encourager une inoculation générale
à des époques fixées , & à empêcher la
:
DE FRANCE . 127
Petite-Vérole naturelle de fe répandre. Les
recherches & les procédés de cette reſpectable
Communauté forment le ſujet de Pouvrage
de M. Haygarth , dont M. de la Roche
nous offre ici la traduction.
Par cette inoculation univerſelle , on fauvoit
effectivement une génération entière ,
& même toutes les générations , en répétant
périodiquement cette meſure , mais en y
joignant l'indifpenſable précaution de fermer
l'entrée à la Petite -Vérole naturelle. M.
Haygarth développe fort bien les divers
moyens de remplir ce dernier but , propoſe
vainement ily a que'ques années, quoiqu'avec
autant de zèle que d'éloquence, par un Medecin
de Paris qui joint le talent du ſtyle aux
plus grandes connoiffances.M. Haygarth part
du même principe que M. Paulet; ſavoir ,
que l'air atmosphérique n'eſt nullement le
véhicule des miafmes varioleux; il démontre
par les lumières de la Phyſique & par l'expérience,
que cette contagion aérienne fe réduiroit
tour au plus à l'atmosphèré de la
chambre dumalade.Aucune vérité ne ſemble
établie d'une manière plus victorieuſe. Si les
contagions rouloient ainfi, fans s'atténuer ,
dans le fluide qui nous environne , toutes les
précautions feroient vaines , & les quaranraines
ridicules. Portés d'un hémisphère à
l'autre par les vents ,les fléaux auroient biertôt
dévaſté tous les lieux , exterminé la race
humaine. Quel eſt l'individu qui échapperoit
àlamaladie , en recevant par la reſpiration ,
Fiv
128 MERCURE
dans la trachée ou les poumons , vingt- cinq
mille fois par jour des ſemences pettilentielles
? Les animaux en ſeroient infectes
comme les hommes ; cependant on a vu des
chiens , un cheval , des finges , prendre la
Petite Vérole par inoculation ; la dureté de
leur épiderme ou le poil qui les couvre les
mettant probablement à l'abri d'une maladie,
dont le contact mediat ou immédiat paroît
être la feule caufe de communication.
Les prefervatifs indiqués par M. Haygarth
nous ſemblent à quelques égards encore plus
précis que ceux annoncés par M. Paulet ;
mais nous ne pouvons entrer dans ces détails
ni dans la fuite d'obſervations curieuſes
&utiles que raffemble le Médecin Anglois.
Onne pourroit fans doute lui objecter raifonnablement
l'imperfection des fuccès de la
Société de Chefler : on demanderoit peurêtre
avec plus de fondeme t, àquoi bon l'inoculation
générale , ii les préſervatifs de la
Petite-Verole font efficaces? S'ils ne le font
pas , quel petit nombre de victimes racheteront
des inocularions qui ne peuvent être
ni forcées ni fimulranées ? Au reſte c'eſt un
doute que j'expoſe , non une question que
je réfous.
L'Écrit important que nous venons de parcourir
, ramène l'homme attentifà une douloureuſe
obſervation . On ne ceſſe de préconiſer
de nouveaux ſyſtèmes ſur la population
: les chimères les plus bizarres , les projets
les plus enthouſiaſtes, les plus étonnans
DE FRANCE. 129
calculs ſe ſuccèdent ſous la plume d'Écrivain's
innocens & pleins de zèle , pour couvrir la
furface des royaumes d'une multitude immenſe
d'habitans. L'Arithmétique politique
érant à la mode depuis une vingtaine d'années
, c'eſt à qui montrera le plus de chiffres
repréſentatifs de ſa population. L'on a vu des
hommes, à qui le Public accordoit du bon
ſens , promettre aux Souverains des milliards
d'hommes , autli facilement que des milliards
d'écus , du moment où l'on voudroit bien
fonger à cultiver la terre; & l'on étoit tenté
de croire , à la lecture de ces magnifiques
annonces , qu'en effet on ne labouroit pas ,
avant que les raiſonneurs nous euffent appris,
du fond de leurs apparremens de Paris , qu'en
confcience il falloit labourer. On a vu paffer
dans leur lanterne magique des colonies immenfes
de nouveaux nés , détruits par d'autres
générations qu'enfantoient d'autres Meraphyficiens
,&de tout cela il eſt réſulté une
vérité que ces grands génies croyoient ignorée
depuis l exiſtence du monde, c'eſt que la
forced'un État eſt dans ſa population.
En conféquence on a fort approfondi les
moyens d'augmenter par - tout le nombre
d'habitans ; mais perſonne n'a fait de livre
fur les moyensd'en empécher ladiminution *.
Il eſt plus ſage cependantde conſerver ce qui
exiſte , que de chercher ce qui, peut être ,
* J'en excepte M. Moheau , dont l'excellent Ouvrage
pourroit fervirde texte à celui que je propoſe.
Fv
130 MERCURE
살
n'exiſtera jamais. Or , quand on examine la
foule de cauſes qui travaillentde toutes parts,
fouvent même ſans être apperçues , à exténuerune
partiede la population , on ſe perfuade
qu'il en eſt de cette branche de légiflation
commede celle des Finances; les quantires
négatives donnent un produit beaucoup
plus certain , que les additions de recette
les voies extraordinaires .
par
Qu'on ſe pénètre donc de la profondeur
de la plaie que fait à la population ce fléau
de la Petite - Vérole , qui augmente d'un
dixième annuellement la mortalité générale
dans les villes ! Et nul effort pour arrêter ces
Lavages permanens ! Et nous reprochons aux
Ottomans leur indifference ſur la peſte , à
nos ayeux leurs léproferies !
Autant la fécurité des Européens à s'endormir
ainfi dans les bras d'une des plus terribles
épidémies qui ayent afflige Thumanité ,
inſpire de ſurpriſe , autant l'on gémit du peu
de ſecours que le progrès des connoiffances
nous a apporté contre la Petite-Vérole. L'inoculation
a pris naiſſance chez des Barbares ;
c'eſt à une femme qu'on doit fon exercice
parmi nous; ſi quelques Savans la célébrèrent
lorſque l'expérience nous en eût appris beaucoup
plus que les Savans , un plus grand
nombre la combattit avec fureur. Ils fe dif
putèrent enfuite fur la Petite- Vérole ellemême
; ils ne s'accordèrent ni fur ſa nature ,
mi ſur ſes effe:s, ni ſur ſon traitement ; l'un
d'eux (M. de laCondamine) en plaça le germe
1
DE FRANCE.
13г
primitif dans la lymphe; un autre dans les
menſtrues ; un troiſième fit voiturer les
uniafmes par l'atmosphère; un quatrième en
infecta par eſſence le cordon ombilical. Boërhaave
& ſes diſciples regardoient la Petire-
Vérole comme une maladie inflammatoire ;
leurs antagoniſtes ont décidé tout le contraire.
L'inoculation a éprouvé enſuite la même
contrariété dans les avis. Le fait de l'accroiffement
de mortalité par la Perite Vérole depuis
qu'on inocule à Londres , avoit entraine les
meilleurs eſprits. Voici M. de la Roche qui
renverſe l'induction qu'on en avoit tirée.
D'Alembert , il eſt vrai , avoit expliqué ce
fait , en l'attribuant à l'uſage des liqueurs
fortes à Londres ; mais comine avant l'année
1740 , on buvoit de l'eau-de-vie dans
cette capitale , & en auffi grande quantité
qu'on l'a fait depuis, cette demonftration ne
ramena perſonne. Celle de M. de la Roche est
d'un autregenre; elle doit avoir un autreeffet..
Quant auxprocédés de la Sociétéde Chefler,
ils peuvent être facilement applicables aux
villages , aux bourgs , aux villes moyennes.
Mais que la Police d'immenfes Capirates.
puitſe furveiller des détails qui ne fouffrent
aucune négligence ; qu'on adopte pour une
population de ſept cent mille habitans un
régime que le patriotiſme, la raifon, la genéroſité
réunies n'ont fait prévaloir en Angleterre
que fort imparfaitement , c'eſt ce
qu'il faut craindre de ne pas voir réaliſer fitôt..
( Cet Article est de M. Mallet du Pan. ),
Evj
132 MERCURE
:
SERMONS pour les principales Fêtes de
l'année &fur diversſujets de Religion &
de Morale , par M. de Marolles , Prêtre.
avol. in- 12. de soo pages chacun, imprimés
avec le caractère de la Collection de
Didot l'aîné , pour l'éducation de Mgr. le
Dauphin . Prix , 7 liv. 10 fols les 2 vol.
relies. A Paris , chez la Veuve Crapart ,
fils , place S. Michel; Leſclapart , Libraire
de MONSIEUR , rue du Roule , & Didor
fils , Jombert jeune , rue Dauphine .
,
CES Diſcours , avant leur impreffion
avoient acquis à leur Auteur , dans pluſieurs
Provinces & dans la Capitale,une réputation
diftinguée parmi nos Orateurs ſacrés ;& la
publicité , qui eſt ſi ſouvent l'écueil d'une célébrité
précoce , ne leur a rien fait perdre de
l'eſtime dont ils jouiffoient. Ne pouvant donner
ici une analyſe d'un fi grand nombre de
Sermons , nous nous contenterons d'indiquer
particulièrement le Panégyrique de J. C. ,
pour le jour de l'Annonciation , celui de la
Ste Vierge pour celui de l'Afſomption , l'Homélie
de l'Epiphanie , les Sermons du péché
mortel , de l'enfer, du reſpect humain , &c.
En général les plans font bien conçus ; il y
ade l'ordre&de la netteté dans les diviſions ;
la marche en eſt claise & naturelle , & des
détails ingénieux s'y mêlent à cette onction
qui convient à l'éloquence ſacrée. Nous ne
DE FRANCE.
133
citerons qu'un paragraphe du Diſcours fur
l'Annonciation. En parlant de l'ingratitude
des hommes pour J. C. , après tout ce qu'il
a fait pour nous , l'Auteur nous la préſente
ſous une image qui , étant plus à notre portée ,
la rend plus ſenſible à ſes Lecteurs .
"
« Si l'on nous rapportoit qu'il eſt ſur la
terre un Souverain ſi prodigue de ſes fa-
> veurs envers un de ſes ſujets , que , non
>> content d'avoir ennobli ſa roture , formé
lui-même ſon eſprit & fon coeur , garanti
ود fa vie au péril de la fienne , il tiendroit
>> encore une couronne fufpendue ſur ſa têrey
» prêt à en ceindre ſon front au moment
> qu'il le defireroit effectivement lui-même ,
ود
دد
R
& qu'on nous ajoutât quepour n fi bon
maitre , ce ſujet n'a que des froideurs ; confultons
notre coeur , interrogeons notre
>> raiſon , n'est - il pas vrai que nous range-
>> rions celui-ci parmi les monftres ? Où de-
>> vez- vous placer chacun de nous , Seigneur ?
>>Où me płacerai -je moi- même ? Dans
un ordre d'ingrats bien plus odieux fans
>>> doute , &c. »
*
134
MERCURE
CLARISSE Harlowe, Traduction nouvelle
&feule complette , par M. le Tourneur ,
faite ſur l'Edition originale, revue par Richardfon;
aveclesplanches en taille douce;
dernière Livraiſon, comprenant les Tomes
8,9 , 10 in 8 ° ., & 11 , 12 , 13 & 14 in 16 .
AGenève, chez Barde, Manget& compagnie;
& ſe trouve àParis , chez Buitfon ,
Libraire , hôtel de Meſgrigny , rue des
Poitevins.
CET Ouvrage eſt actuellement complet;
Pédition in 8°. , en to vol. , coûte 36 liv . br. ,
&41 liv. franc de port par la poſte ; celle
format in- 16. , en 14 vol., coure 18 liv. br. ,
& 2t liv. to fols franc de port par la poſte ;
la même, en papier d'Hollande , 36 liv . br. ,
& 9 tiv. 10 fols franc de port par la poſte.
Depuis long temps cet Ouvrage eſt connu
& inze. L'Abbé Prévôt , en en publiant la
premère Traduction , craignit que la longueur
des dérails n'effrayât l'attention Françoiſe,&
fans doute il eut raiſon. Mais à préient
que le mérite de l'Auteur eſt mieux
ſenti , depuis que Richardfon a obtenu parmi
nous une fi grande eſtime , on a defiré de lire
fon Ouvrage comme il l'avoit conçu. La curiofite
fur le fond étoit fatisfaite , on a voulu
en connoître juſqu'aux moindres détails. Ceux.
que le premier Traducteur a conſervés ont
paru fi vrais , ſi attachans , fi fublimes , qu'on
a regretté ceux qu'il avoit cru devoir retran
DE FRANCE.
135
cher.Onvient de les rétablir,&c'eſt à M. le
Tourneur qu'on doit cet important ſervice.
Nommer le Traducteur &Young & de Shakefreare,
c'eſt vanter affez le mérite de cette
nouvelle verfion.
TABLES Généalogiques des Maiſons Souveraines
de l'Europe , grand in-4°. A Strafbourg
, chez Jean - George Treuttel, Libraire
; à Paris , chez les principaux Libraires.
On fait combien la connoiſſance de la
Généalogie eft effentielle à l'Histoire , &
qu'elle préſente un fit néceſſaire à l'Hiſtorien.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a cru faire un travail urile que d'en faciliter
l'étude à lajeuneſſe. Des Tables claires &
exactes lui ont paru le moyen le plus propre
à y rénifir Celles qu'il a tracées préſentent.
fous un feul pointde vue tous les perſonnages
d'une Famille , les dates de leur naiſſance, de
leurs alliances & de leur mort , avec leurs
principales dignités . Elles marquent en même
temps le rapport des differens degrés & cehri
des branches qui les diviſent entre elles , ainfi
que l'ordre des fucceffions..
On trouve dans ces Tables les enfans naturels
& les bâtards , qui ſouvent ont joué un
rôle dans le monde politique , ou ſont devenus
la tige de Familles illuftres , ainſi que les
branches collarérales des Maiſons régnantes.
CetOuvrage , qui doit avoir plufieurs vo136
MERCURE.
lumes , doit être diviſé en deux parties ; la
première contiendra les Généalogies des Maifons
Souveraines du premier rang , c'est-àdire
, les Impériales & Royales ; & la ſeconde
celles du ſecond ordre , c'est - à-dire , les Maiſons
Électorales & Princières d'Allemagne
&d'Italie.
CetOuvrage eſt fait avec exactitude , premier
mérite de ce genre d'écrit; & la partie
typographique , qui eſt dûe à M. Levrault ,
mérite beaucoup d'éloges , par la beauté&la
difficulté de l'exécution.
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES repréſentations d'Alcindor ſe continuent,
ainſi que nous l'avons dit , avec ſuccès.
On a vu , par l'Extrait que nous en avons
donné , que le plus grand défaut de cet Ouvrage
eſt de manquer d'expoſition. On ne fait
pas affez tôt ou d'une manière affez claire
que le jeune Alcindor cherche à réſiſfter à un
ſentiment qui déjà s'eſt emparé de ſon coeur.
Si l'amour qu'Azélie a pour lui étoit connu
d'avance, peut-être que l'un & l'autre intérefferoit
davantage. L'Auteur a cru que le
Conte qui lui a fourni l'idée de ſon Ouvrage
DE FRANCE, 137
devoit être préſent à la mémoire de tout le
monde ,& il a fenti que le Théâtre de l'Opéra
etant le moins propre de tous aux développemens
, il valoit mieux pécher par un
peu d'obſcurité que par la langueur & l'ennui.
Sa ſeule prétention d'ailleurs a été d'amener
des fêtes agréables , des décorations varices,
un ſpectacle pompeux; il n'a voulu y
mettre d'intérêt que ce qu'il en falloit pour
fixer l'attention,& de patlions que ce qu'en
exigeoit la Muſique. Le Public en revoyant
l'Ouvrage s'eſt familiariſe avec l'intrigue , &
afenti davantage ce qu'elle offre de détails
agréables & piquans.
La Muſique a été auffimieux goûtée : on
y trouve beaucoup de morceaux qui font plus
applaudis à mesure qu'on les entend. Il y a
dansplufieurs motifs de chant, dans preſque
tous les mouvemens d'orchestre une grace ,
une originalité qui diftinguent le talent du
Compofiteur. Peut- être obtiendroit - il plus
d'effets , s'il développoit , ſoutencit davantage
les intentions qu'il annonce , & fur tout
s'il avoit mis dans ſa manière d'écrire plus de
fimplicité. On s'accorde aufli généralement à
defirer plus de naturel dans le récitatif.
Quoi qu'il en ſoit, le ſuccès de cet Ouvrage
fert à prouver une vérité dont l'Adminiftration
de l'Opéra ne paroît pas affez perfuadée;
c'eſt que le gente de la Mythologie
&celui de la Féerie, celui qui admet les fêtes ,
losmachines, les tableaux , la danſe, le fpeetacle,
tous les acceſſoires brillans , convient
138 MERCURE
toujours à ce Théâtre. L'Opera eft fait pour
enchanter tous les ſens à- la- fois,& fon effence
eſt fur-tout la variété. Le ſuccès de quelques
Tragédies qui ont réufli par l'intérêt ſeul du
ſujet aidé de la Muſique,& celui de quelques
autresOuvragesoù règne unegaieté piquante ,
paroiſſent avoir perfuadé à l'Adminiftration
que cesdeux genres extrêmes font feuls cas
pables de plaire ,& que tout autre doit être
exclus ; mais le Public n'eft pas i excluſif.
Pourvu qu'il s'amuſe, il lui importe peu
comment il s'amuſe. Un ſujet qui n'eſt que
gracieux, réuffit auprès de lui tout comme un
fujet intereffant, tout comme un ſujet gai ,
pourvu qu'il foit animé par une Muſique
brillante & pittorefque. Toutes les fois qu'un
Spectacle fatisfera ſes yeux & ſes oreilles , il
fera volontiers grace des vives émotions du
coeur.
ANNONCES ET NOTICES.
LE Peuple inſtruit par ses propres vertus , ou
Cours complet d'Inſtructions & d'Anecdotes recueillies
dans nos meilleurs Auteurs , & raſſemblées pour confacrer
les belles actions du Peuple , & l'encourager
à en rencuveler les exemples , Ouvrage claſſique
principalement destiné au Peuple des Villes & des
Campagnes , & à ſes enfans de l'un & de l'autre
xe, & diftribué de manière à pouvoir ſervir de
DE FRANCE.
139
lecture amusante & d'inſtruction morale chaque
jour de l'ancée , rédigé par M. Bérenger , 2 Vol.
in- 12 de $50 pages chacun. Prix, 6 liv. reliés. A
Paris, chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardiner.
Nous allons tranfcrire ici, pour faire connoître
ce Livre, fur lequel nous reviendrons, le compre
qu'en a rendu M. G... , Directeur de l'Académie de
Lyon, en le lut préſentant au nom de l'Auteur
dans la Séance publique du 24 Avril dernier.
• Il n'y a que le zèle le plus pur pour l'humanité
> qui ait pu inſyirer &exécuter cet Ouvrage, c'est
> un vrai Catéchiſme de bienfaisance ; chaque
jour de l'année offre fa leçon , c'est à- dire , différens
modeles de vertus , tous tirés des dercières
" claſſes du Peuple. Il n'eſt pointde Livre qui foie
> plus propre à rapprocher tones les conditions par
> ie grand lion de l'humanité itn'en eſt point qui
>> par la nature & fon exécution metite mieux de
• devenir un Livre claſſique pour tous les rangs.
> Des inſtructions courtes & de la plus grande
- clarté montrent le but de l'Auteur , & fervent à
diriger l'eſprit & le cooeur des Élèves. M. B...
- déja ſi diſt ngué par fon goût, par la delicatefle
>>> & par tous les mérites linéraires , ſemble n'avoir
20 réſervé à cette production que celui du choix &
>> de la fimplicité; mais cette fimplicité elle -mêine
> eſt l'effet du goût le plus délicat , parce qu' He
> relève encore mieux les traits touchans & fubli-
> mes qui rempliffent cet Ouvrage. >>
Nous n'ajouterons à cet éloge que certe phrafe
qu'on lit dans l'Avertiſſement : Des Colections qui
ne ſuppoſent ni prétentions ni efforts font les délaffemens
les plus honorables d'un Homme de Leures
quand c'eſt le bien public qui les dirige.
CADRANS Horisontaux ave- Equation .
Nous avons promis d'averts du moment où
140 MERCURE
Partifle dont nous avons parlé les 4Novembre &
23 Décembre dernier, auroit fini ſes opérations méridionales
de la France; nous annonçons Jes 43 ,
44, 45 , 46, 47 , 48, 49 , 50 & si degrés de latitude.
Cette pénible & coûteuſe Collection renferme
en outre la France , le Sud de l'Angleterre , la Hollande
, la Flandre , l'Allemagne , la Turquie en Europe,
partie de l'Italie, le Nord de l'Eſpagne & le
Canada, la Pentylvanie , la Cadre , & notre Auteur
offre d'échanger gratis, pourvu qu'il ne fouffre aucun
frais, ceux qui ont été vendus à fon dépôt de
Paris pour autre laritude que 48 degrés so minutes ,
attendu qu'ils ne doivent pas être juſtes au delà de
30 minutes de degrés de latitude. IlTera gravé fur
chaque Cadran le degré qu'l do't avoir à ſa deltination.
M. de Flécheu , connu par plusieurs Ouvrages
approuvés de l'Académie des Sciences , a
bien voulu laider de ſes fumières pour la perfectionde
ces Cadrans. On s'adreſſera pour to tes les
latitudes à l'Artiſte , M. Peter , hôtel des Asturies ,
rue du Serulcre , Fauxbourg Saint German; à Marſeille
, chez le four Givard , rue du Tapis-Verd; à
Bordeaux, chez M. Deville & Compagnie, Négocians.
Le prix eſt de 12 liv. pièce. Les Méridiens
6 liv. Toure autre façon de les faire coûtero't au
moins 120 liv. , & ils ne feroicatpas mieux. Ondonnera
aux Acquéreurs un Imprimé qui en facilitera
l'intelligence .
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel , troisième
Édition , augmentée du Nombre d'or , des Epactes.
& d'un Calendrier lunaire perpétuel. On y a joint
les Éclipſes du Soleil & de la Lune &les Phaſes de
la Lune juſqu'en 1792 , en un petit Cahier ſepare
qui ſera renouvelé à cette époque. Prix , Is liv.
tout encadré , bordures dorées de qui ze lignes ,
ornées de perler. A Paris , chez Didot fls aîné &
DE FRANCE.
141
Jombert jeune , Libra res , rue Dauphine , près le
Pont-Neuf.
Nous avons annoncé ce Calendrier avec éloge.
ROLAND Furieux , Poëme Héroïque de l'Arioſte ,
nouvelle Traduction , par MM. Panckoucke & Framery
, 10 Vol. in- 16 , avec le Texte à côté , d'environ
soo pages chacun. A Paris , chez Piatſan ,
Libraire, hôtel de Thou, rue des Poitevins,
Nous reviendrons fur cet Ouvrage intéreſſant,
fur-tout par la pureté du Texte,& par le ſyſtème de
Traduction que les Auteurs ont adopté.
Les deuxpetits Frères , ou les Vertus de l'Enfance,
Comédie en un Acte & en profe, repréſentée
au Théâtre de l'Ambigu- Comique le 3 Février
1785. A Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire ,
rueGalande,.
Cetre Pièce a eu du ſuccès, Le même ſujet (qui
eſt tiré d'un Conte de M. Imbert ) a réuſh aufli au
Théâtre Italien. Ce font deux frères , dont l'un
n'est qu'un fils naturel , & quitous deux, pour n'être
jamais léparés , & pour jouir des mêmes drous,
prennent le parti de garder le ſecret de la naiffance
illégitione de l'un des deux, projet qui leur réuffit ,
parce que le père n'en connoît aucım des deux quand
il les voit pouria première fois.
Dans cette petite Pièce , c'eſt à l'un des deux enfans(
aindi que dans le Corte imité ) que vient cette
idée de confondre leurs droits. Dans la Pièce jouée
azx Italiens , c'eſt l'oncle qui corçoit ce deſſein, ce
qui fait perdre à ce ſujet de ſon originalité, & le fait
reſſembler à celui de la Tragédie d'Héraclius.
Ge ſujet exigeoit plus d'un Acte.
OEUVRES badines complettes du Comte de
1
142 MERCURE
1
}
r
Caylus , avec figures , deuxième Partie ,Tomes V &
Vi, in- 8 . A Amſterdam; & ſe trouve à Paris ,
chez Vaſſe, Libraire , rue de la Harpe.
Les Dettes,Comédie en deux Aftes & en profe ,
mêlée d' Ariettes , Muſique de M. Champein , repréſentée
pour la première fois à Paris par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi le 8 Janvier 1787 .
& à Verſailles devant Leurs Majestés le 23 Février
ſuivant, par M. Forgeot. Prix , I liv. 4 fols. A
Paris , de l'Imprimerie de Prault , Imprimeur du
Roi.
Cette petite Pièce jouit encore en ce moment d'ua
fuccès mérité. Malgré la gêne que le genre lyrique
impoſe au Poëte , on y ſent par-tout un talent
vraiment comique.
CANADIENS au Tombeau de leur Enfant , E
tampe gravée par Ingouf le jeune, d'après le Tableau
de M. Lebarbier l'aîné , Peintre du Roi.
Prix , 16 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue Poupée--
Saint-André , no . 5.
Cette Eftampe jouit d'un ſuccès décidé & trèsmérité.
Outre un effet & une harmonie qui ſont
ſenables pour tous les yeux , il eſt impoffible que
les Connoiffeurs ne reconnoiffent dans cette Eftampe
un travail fier , décidé & une imitation des
grands Maîtres qui en prouvant les études de ce
Graveur n'ôte rien à l'originalité de ſon burin.
NUMÉROS de la Collection de la Musique de
M. Gréiry arrangé pour le Clavecin , la Harpe &
laGuitture , contenantlesAirsje fuis heureux , & c .
non luiffez- moi , de la foite du Comte d'Albert , &
ceux je veux qu'on ne me gêne en rier . &c. O Blanford!
&c.Ah! quelplaisir, &c. del Amitié àl'épreuve,
DE FRANCE. 143
&mon père avoit , &c. des Mépriſes. Prix , 2 liv.
8 fols chaque Namero. A Paris, chez M. Corbedin
, Place Saint Michel , maiſon du Chandelier.
On peut foufcrire pour dix Numéros.
Les foins qe M. Corbelin donne à cette Collection,
dont il ne publie rien que d'accord avec
l'Auteur& ſous les yeux, doit en aſſurer le ſuccès.
NUMÉROS 197, 98, 99 & 200 du Journal
Ariettes Italiennes, dédié à la Reine , contenant
une Scène de Caruso. Prix , 3 liv. 12 ſols ; un Air
deColla. Prix , 2 liv. 8 ſols; une Scène de Cimaroſa.
Prix, 3 liv. 12 fols , & un Air de Mortellari.
Prix , 2 liv. 8 fols. Abonnement 36 & 42 liv. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique de
la Famille Royale , rue Saint Honoré , près celle
delaLingerie.
NUMEROS 7 , 8 & , des Délaſſenpens de Polymnie,
contenant l'Ariette du jour , &c. mêlés d'ob
ſervations ſur l'Art du Chant & l'expreſſion muſicale
, aveo Violon & Baffe. Prix , ſéparément i liv.
4fols. Abonnement pour trente- Ex Numéros 18 liv.
port franc. A Paris , chez M. Porro & Mme Bail-
Jon, rue du petit Repoſoir , Place des Victoires .
NUMERO4 du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres. Prix, séparément 3 liv. Abonnement
pour douze Numéros 15 liv. franc de port.
- Numéros II à 19 du Journal de Harpe , &
Numéros 21 à 29 du Journal Hebdomadaire , composé
d'Airs , avec Accompagnement de Clavecin ,
arrangés par les meilleurs Maîtres. Prix , féparément
12 fols chaque Numéro . Abonnement pour
cinquante - deux Numéros is liv. pour chaque
Journal. Numéro 21 des Pièces d'Harmonie , -
144
MERCURE
contenant des morceaux arrangés pour deux Clari-
Dettes , deux Cors & deur Baffons , par M. Vanderhagen.
Prix, ſéparément 6 fit. Abonnement pour
douze Nu néros 48 liv. port franc. A Paris, chez
Leduc , au Magaan de Muſiqure & d'leſtrumens ,
rue du Roule , n°. 6.
TROIS Quintetti pour Violon , Violoncelle ,
Flûte , Alto & Baffe, par M. Schlik. Prix, 7 liv.
4 fols. A Lyon , chez Guera , Marchand de Mufique
, Place des Terreaux. Le Violoncelle peut s'exécuter
ſur un Violon .
ERRATA du Mercure du Samedi s Mai,
Article Comédie Italienne.
Page 41. lignes 9 & 10 , laquelle aime-t'il?
licz : laquelle Fellamar aime- t'il ?
TABLE.
LE Retour d'Ariste, dansses
Traduction de l'Ode d'Horace,
naturelle , 119
Foyers , Idylle , 97 Sermons pour les principales
Fêtes de l'année,
Harlowe , 100 Clarisfe
132
124
LeBonheur trop acheté, 101 TablesGénéalogiquesdesMai-
Charace, Exigme & Logogry fons Souveraines de l'Euro-
Phe 1 117
pe
$
135
Recherches fur les moyens de Académie Roy. de Musi. 136
prévenir la Petite - Vérole Annonces &Notices , 138
APPROBATΙΟΝ.
J'ai lu par ordre deMg: le Garde des Sceau le
Mercure de France , pour le Saraedi 19. Mai 1587. Je n'y
a rien trouvé qui puife er ampicher l'impresion . A
Paris, le 18 Mai 1787. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 24 Avril.
EComte de Schlick , Miniſtre plénipo-
Ltentiairede l'Empereur,vient de terminer
ici la négociation relativë à la dette de notre
Cour envers celle de Vienne , pour l'inveltiture
du Holſtein. Le Roi s'eſt engagé à
faire payer pour cet objet 60 mille rixdalers
( 270,000 liv, tournois ) à la Chambre Aulique.
Notre marine , compofée aujourd'hui de
30 vaiſſeaux de ligne & de 12 fregares, reçoit
quelques accroiſſemens. Le mois dernier
, on a lancé la Fionie , de 74 can. , &
l'on acheve en ce moment la conſtruction
fort avancée de deux navires du même rang.
Nous avons parlé fort ſuccinctemen
N°. 20 , 19 Mai 1787 . e
( 98 )
d'une révolte des payfans dans quelques
canrons de la Norwege : ces mouvemens
n'etoient que trop légitimes , à en juger par
les détails ſuivans,
Les Commiſſaires nommés par le Roi font
reſtés ſept ſemaines à Chriſtianſund , où ils ont
reçu les plaintes de toutes les paroiffes de ce
diaria. Il réſulte de leurs recherches , que les
payfans ont été maltraités & vexés , tant par les
Officiers chargés de la perception des impôts ,
que par les bourgeois & marchards qui leur ont
vendu les grains & le tabac à un prix exorbitant
, & le triple de celui auquel ils ſe vendent
dans les autres provinces de la Norwege , & que
quelques Oficiers civils , ſoit ceux prépoſes à
Padminiftration , foit ceux chargés de la rentrée
des deniers du Roi , les ont impofés beaucoup
au- delà de la taxe preſcrite. Trois de ces Officiers
ont été ſuſpendus , & la Commiffion n'a
rien négligé pour tranquillifer les payfans , en
-leur faitant eſpérer juſtice fur les griefs qui paroitfoient
fondes.
Dans fon rapport au Roi , la Commiſſion a
expofé que la miſere générale à laquelle cesse
province eſt réduite , la dire continuelle des
'denrées de premiere néceffité , qui ne vient que
de ce que les terres ne font pas aſſez cultivées ,
font la fource des plaintes des payſans , réduits
à vendre , à très -bas prix , les bois qui font leur
•principale refſource , ce qui les avoid mis dans
Kimpoffibilité de ſe procurer les articles méme
les plus néceſſaires à la vie , & de payer les
taxes; elle a obſervé que le mal ne pouvoit aller
qu'en empirant , fi leGouvernement n'établiſſoir
pas des magafins publics où les habitans pullent
ſe procurer les denrées néceſſaires à un prix modique.
( وو (
Le chefdes payſans révolté s'appelle Chriſtian
Laſthus; il a été pilote côtier , & a tous les calens
néceſſaires pour faire croire de qu'il veut à une
populace aveugle ; il a plaidé , avec beaucoup
de hardieſſe , la cauſe des payſans devant la
Commiffion ; il prétendoit qu'on devoit l'admettre
à toutes les délibérations , & lui permettre
d'en tenir un contre-protocole; ce qui lui a
été refuſé. La Commiſſion eut ordre de le faire
arrêter auffitôt après l'expiration du ſauf con-
-duit qui lui avoit été accordé; mais il étoit fi bien
gardé par les payſans , qu'on n'en put venir à
bout , parce qu'on ne vouloit pas employer la
force. Cependant, après le départ des Commiffaires
, le Capitaine Hammer trouva le moyen
de le ſurprendre chez lui , & de l'emmener prifonnier
à la citadelle de Frédérichs Worms , d'où
il ſera transféré dans celle dAggerhuus à Chrif
tiana , où il étoit attendu le 25 de ce mois. Au
premier bruit de ſon emprisonnement , quelques
centaines de payſans s'étant attroupes , ſe ſaififirent
du Sous-Baillif Dahl , & jurerent de ne le
point rendre vivant ſi l'on ne mettoit pas leur
chef en liberté. Le ſieur Didrichſon , Majorgénéral
, Commandant à Chriſtianſund , après
après avoir réclamé inutilement le ſieur Dahl ,
amarché vers Arndal avec 80 hommes de troupes
réglées , 300 de milice , & quelques pieces
d'artillerie de campagne. Au premier coup de
canon , qui a abattu un arbre à quelque diſtance
de ces payfans , ils ont pris la fuire , abandonwant
leur prifonnier , qui a été ramené à Chriſtianfund.
Quoiqu'il y ait encore de la fermentation dans
'e district d'Aggerhuus , où les payſans font naurellement
portés à ſe ſoulever , on mande que
our attreupement eſt diſſipé , & que le bon ordre
:
C2
( 100 )
:
yſera bientôt rétabli. On écrit même que pour
l'y ramener entièrement , & fixer une adminiftration
qui le maintienne , le Prince Royal fera ,
à ſon retour de Holſtein , un voyage en Norwege.
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 30 Avril.
Suivant nos lettres de Kiof, les préparatifs
s'accélerent pour le départ de l'Impéra
trice, qui doit avoir lieu entre le 15 & le 20
de ce mois.
Pluſieurs Feuilles publiques débitent que
Je Reis Effendi a fait venir le Ministre de la
République de Veniſe à la Porte , & hui a
déclaré que, dans le cas où il éclateroit une
guerre, la République devoit refter neutre ,
ou ſe déclarer contre la Sublime Porte , &
que , fi elle gardoit la plus ſtricte neutralité,
elle devoit rappeler ſes vaiſſeaux dans ſes
ports & les y défarmer inceſſamment , le
Grand-Seigneur lui promettant d'arranger
fon démêlé avecTunis , & de l'affranchir
de tout tribut à cette Régence.
Le Roi de Suede vient de donner une
nouvelle forme à la Caiſſe d'Eſcompte de
Stockolm , qui juſqu'à préſent a été entre
Jesmains d'actionnaires particuliers. Comme
leur privilege expire à la fin de cette année ,
S. M. prend cette caiſſe à fon compte. Les
fonds feront de 24 tonnes d'or, & il y aura
sing directeurs. La neuvelle Ordonnance
( 101 )
eſt datée du 13 de ce mois, & compofés
de 23 articles qui reglent les ſéances , les
prêts , les emprunts , & en général tout ce
qui doit aſſurer la confiance publique à ce
nouvel établiſſement.
De Vienne, le 29 Avril.
Par un Decret du 11 Avril , S. M. I. vient
de diſpenſer les Imprimeurs de la cenſure
préalable des manufcrits , avant de les mettre
ſous preſſe ; mais du moment où ils en
feront fortis , les typographes ſeront tenus
de remettre le premier exemplaire au Cenſeur
, pour en obtenir une permiffion de
débiter l'ouvrage. Si le Cenſeur refuſe ſon
artache , & que néanmoins le livre ſe répande,
l'Imprimeur ou celui qui l'aura foumis
à la cenſure , paiera so florins pour chaque
exemplaire qui ſe trouvera livré au Public.
Les lettres de Conſtantinople , du 25
Mars , confirment le bruit que nous avons
annoncé dernierement , d'une victoire récente
du Capitan- Pacha. Son armée a livré
une bataille ſanglante aux Beys révoltés
près,de Girey , dans la haute Egypte , & les
aentierement défaits . Trois des Beys ont
été faits prifonniers , & décapités ſur le
champ, pour fervir d'exemple à leurs complices.
La repréſentation de ces trois têtes a
été , dit-on , attachée aux portes du Serrail,
Après ce grand ſuccès , l'Amiral Ottoman
63
( 1021
1
:
:
de
eſt revenu à Alexandrie , d'où il aura fait
voile pour Conſtant nople où il eſt attendu
avec impatience. Quoique les circonstances
de cet événement foient détaillées de maniere
à laiſſer peu de doute , on affecte en
Allemagne de contredire cette nouvelle , de
battre& de tuer le Capitan Pacl a , & d'accuſer
la Porte du deſſein d'en impoter par
des victoires imaginaires.
L'Empereur , arrivé le 12 à Olmurz , a
continué le lendemain ſa route fur Alifchein
où il a paſſé la nuit. Le 20 S. M. étoit arrivée
à Lemberg , & l'on attend avec empreſſement
des nouvelles ultérieures & plus
détaillées de ſon voyage.
Par le nouvel Elit contre les banquerou-.
tiers , il eſt ordonné de poursuivre criminellement
ceux qui neprouveront point que
des malheurs ſeuls ont forcé leur faillite ;
d'arrêter ceux qui paroîtront ſuſpects de
fuite , & que ceux qui ne pourront pas donner
à leurs créanciers 88 pour roo , ſeront
déclarés incapables de faire le commerce
ni en leur nom, ni en celui d'autrui ,
ni en ſociété.
Juſqu'au 15 de ce mois, écrit on de Prague
, le temps étoit ſi favorable à la végétation,
que toutes les plantes avoient pouffé
conſidérablement, &que les arbres fruitiers
étoient même en fleurs; mais depuis cette
époque le froid eft revenu , il a gelé , & il eſt
tombé beaucoup de neige.
( 103 )
Les haras que l'Empereur a fait établir à
Mezohegies en Hongrie , ſont aujourd'hui
dans le mei leur état. On peut y recevoir
7000 chevaux. Le nombre des jumens &
jeunes chevaux monte actuellement à près
de 4000 , & celui des étalons à 180. On
éleve dans ces haras des étalons pour les
Etats héréditaires , & des chevaux de remonte
pour la cavalerie. Les jumens , dont
on-ne ſe ſert plus , ſont données gratuitement
à ceux des payſans qui auront vendu
4jeunes chevaux à la Commiſſion pour la
remonte.
On a rapporté le 8 de ce mois à Semlin ,
qu'une bande de voleurs avoit attaqué près
deWidin les courriers venant de Conſtantinople
, & qu'elle s'eſt eamparée de tous
leurs paquets , dont la plupart ont été déchirés.
Le ſeul paquet pour la Cour de
Vienne a été retrouvé fans être ouvert , ni
beaucoup endommagé. Les voleurs ont pris
3600 piastres en argent comptant. On a
trouvé parmi les papies ouverts & déchirés
un beau diamant , mais on ignore à qui il
appartient , & s'il y en avoit encore d'autres.
De Francfort , le 4 Mai.
Trompes par les récits des Feuilles d'Allemagne
& par des lettres particuleres ,
nous annonçâmes au mois de Février, le
départduPrince Frédéric-Guillaume de Wir-
:
e4
( 104 )
:
:
+
:
temberg , de Pétersbourg, comme une évaſion
inopinée. Ce bruit étoit abſolument
faux. Le Prince eſt parti de Pétersbourg , à
la ſuite d'un congé d'un an, obtenu de l'Impératrice
; il eſt parti avec ſes enfans , &
s'eſt rendu non à Berlin , mais auprès de ſa
famille à Montbelliard.
Le Baron de Gummingen , Ministre de la
Cour de Berlin auprès de l'Electeur Palatin ,
eſt arrivé à Munich , le 24 Avril , ainſi que
le nouvel Evêque de Ratisbonne , pour remercier
S. A. E. de la part qu'elle a priſe à
ſon élection.
Le Roi de Pruſſe a renouvellé les réglemens
contre les jeux de haſard. L'amende
de celui qui tiendra banque eſt , ſelon les
cas , depuis 100 juſqu'à mille ducats , &
celle des joueurs depuis so juſqu'à 300. Les
Officiers civils & militaires perdront en outre
leurs places.
On fait que les Proteſtans du Palatinat
ont porté des p'aintes au Conſeil Aulique
contre la Cour Electorale , qui leur a refufé
la tenue d'un Synode. Cette affaire a donné
lieu à un reſcrit , du 26 Mars dernier , par
lequel l'Empereur exhorte l'Electeur à permettre
au Clergé de la Confeſſion Helvétique
, de tenir un fynode en préſence d'un
Commiſſaire Electoral,
Une compagnie de riches Banqu'ers ,
écrit-on de Vienne , a formé le projet d'établir
des bâtimens qui tranſporteront des
:
( 105
marchandises de cette Capitale à Gallacz ,
Conftantinople & Cherfon. La direction
générale de cette entrepriſe ſera établie à
Vienne , & les deux autres directions feront
l'une à Semlin, & l'autre à Gallacz. Ces bâ
timens delcendront ſur le Danube , & iront
à Cherfon , Tangarok , Azof & Conftantinople;
ils y prendront enſuite des marchandiles
de retour , pour les tranſporter à Semlin
, Peſt , Raab & Vienne , d'où on les fera
paſſer ſur le Danube juſqu'à Ulm. Pendant
P'hiver où ce fleuve ſera couvert de glace ,
les tranſports ſe feront par terre. Cette compagnie
, ajoute ton , demande un privilege
pour cette entrepriſe , & on croit qu'elle
l'obtiendra pour 12 années.
ESPAGNE.
De Madrid , le 24 Avril.
Il paroît , au ſujet des cimetieres , une
nouvelle Cédule du Roi , composée de fix
articles. S. M. ordonne de pratiquer hors
des villes& villages , des cimetieres à une
certaine diſtance des habitations , en commençant
par les lieux qui ſe ſont reſſentis
des maladies épidémiques , enſuite par ceux
dont la population eſt la plus conſidérable.
A l'égard des ſépultures permiſes dans les
Eglifes , on doit ſuivre le Rituel Rontain ,
loi 11 , titre 13 , partiei , qui déſigne , à l'ex
cluſion de toute autre,les perſonnes quipeues
: ( 106 )
L
1
:
:
vent être enſevelies dans les Egliſes ; ſavoir,
les Rois , les Reines , leurs enfans , les Evê .
ques , les Prieurs , les Maîtres , les Commandeurs
Prélats des Ordres & des Eglifes conventuelles
, les Grands , les hommes honorab'es
, fondateurs de quelquenouvelle Egliſe
ou de quelque Monastere , & enfin tout
homme clerc ou laïc , digne de cette ſépulture
par ſes bonnes oeuvres & par une vie
fainte , &c.
Il eſt entré à Cadix & à la Corogne 4 frégates
, I paquebot , 1 brigantin & 1 faïque ,
venant de la Havanne , de Vera Cruz & de
Campêche. Ils font chargés pour le compte
du Roi de 234,315 livres de tabacs en poudie&
en feuille , & pour celui des particuliers
d'environ 250 mille piaſtres , de 11532
quintaux de bois de teinture, de ſucres , de
tabac, de cuirs , de graines & d'autres effets.
ITALIE.
De Venise , le to Avril.
Nos forces navales vont être miſes ſur
un pied reſpectable ; & le Sénat manifeſte
clairement ſes intentions à cet égard. On
parle d'une convention ſecrette entre les
Cours de Ruffie , de Vienne & notre République;
convention qui dirigera les mouvemens
de notre flotte dans la mer Adriatique.
Quoi qu'il en ſoit , l'Amiral Emo ayant
reçu l'ordre de ramener ſon eſcadre à Cor(
107 )
&
fou , après avoir fait un détachement compoſé
d'un vaiſſeau & de deux frégates , aux
ordres du nouveau contr'Amical Condulmes,
à appareillé de Mal-he , le 18 Mars , pour
Corfou. En prenant congé du Grand-Maître
, il lui a exprimé fa reconnoiffance
celle de la République , pour les ſecours &
facilités en tout genre, que fon armée rava'e
a trouvé dans ceste ifle. Les bâtimens
deſtinés à reſter dans ces parages , font le
vaiffeau la Sirene , que monte le contr'Amiral
, & les trégares la Vénus & la Pallas , ve
nues dernierement de Corfou , avec des
agrès pour l'efcadre , & dont le commandement
a été donné aux Nobles Bagejo &
Correr.
On vient d'établir ici , par décret du Sénat
, du 28 Décembre & 22 Fevrier dernier,
une nouvelle Loterie très finguliere , diviſée
en quatre claſſes , & qui fera compoſée de
20 mille billets , & de 25.500 lots en prime
. Chaque billet , fourni pour tes quatre
claffes , coûtera so ducats effectifs , ce qui
formera une recette d'un million de ducats
effectits. Cette loterie eſt d'une combinaifon
abfolument différente de toutes celles
qui ont paru juſqu'à préſent, en ce que d'un
côté un même numéro peut gagner juſqu'à
30 lots en 60 combinaiſons différentes , &
que de l'autre , onne peut pas perdre la totalité
de la mife.
6
( 108 )
De Mantoue , le 21 Avril.
Notre vertueux Evêque étant Chanoine
'd'Olmutz , le Chapitre dont il eſt membre
a exigéde lui qu'il obéît à la loi , qui défend
de poſſéder deux bénéfices , en réſignant for
Evêché & ſon Canonicat. En conféquence ,
ce reſpectable Prélat écrivit au Prince de
Kaunitz , que ſon grand âge & le dépériſſement
de ſa ſanté l'obligeoient à abdiquer
ſon Evêché , & à ſe retirer à Olmutz. Le
Miniſtre après avoir mis cette ſupplique
ſous les yeux de l'Empereur , a mandé à notre
Evêque , que S. M. voulant conſerver à
l'Egliſe de Mantoue un Prélat qui en fait
l'ornement & l'édification , il dérogeoit à la
loi en ſa faveur ſeulement, & qu'il étoit libre
de conſerver ſon Evêché & ſon Canonicat.
Le Cardinal Ghilini eſt mort à Turin, le
Mardi Saint , dans fa 69e. année , au moment
où il alloit partir pourAlexandrie ſa
patriè.
い
L'Archi-Ducheffe , Infante de Parme , eſt
accouchée d'une Princeſſe , le 17 de ce
mois, après un travail laborieux de 10heur.
GRANDE - BRETAGNE .
1.
De Londres , le 8 Mai.
Le brave Amiral Sir Lockhart-Ross a été
( 109 )
nommé au commandement de l'eſcadre de
laMéditerranée,& en a fait ſes remercîmens
à Sa Majefté. Cette eſcadre ſera de huit
vaiſſeaux de guerre, dont un de o can .
L'opiniâtreté de l'Oppoſition à mettre au
grand jour les différends du Roi avec le
Prince de Galles , par une motion formelle
en faveurde ce dernier, avoit juſtement alarmé
tous les eſprits ſages du Parlement.
Quoique le Miniſtre eût fait ſentir , avec une
force plus qu'ordinaire , l'incongruité & les
conféquences d'une démarche qui tendoit à
invétérer la diviſion dans le ſeinde la Famille
Royale , ces conſidérations avoient eu peu
d'effet , & quoique convaincus d'avance du
peude ſuccès de leur motion,les moteurs
n'en étoient pas moins décidés à aller en
avant. Heureuſement , la prudence deMr.
Pitt a prévenu cet éclat. Ce Miniſtre qui
chaque jour déploie de nouvelles vertus ,
s'eſt interpolé entre le pere & le fils pour
leur ménager une réconciliation. M. Dundas
s'eſt rendu , de ſa part , chez le Printe de
Galles , avec lequel il eut une conférencede
deux heures , en préſence des Ducs de Cum
berland & de Queensberry. A l'iſſue de cet
entretien , M. Pitt conféra avec le Chancelier,
touchant ſon réſultat ,& en fit le rayport
àS. M. Le bruit courant , aujourd'hui ,
eft , que ces préliminaires ont un heureux
ſuccès ,& que les affaires de Prince s'arrangeront
ſans l'entremiſe du Parlement.
( 110 )
La pourſuite du décret de Mr. Hastings
étant renvoyée à la ſemaine ſuivante , d'après
la demande de M. Burke , qui demande
délais fur délais, les délibérations Parlementaires
ont été réduites , depuis huit jours , à
des motions ſans ſuite , ou à des objets de
législation trop particuliers pour être rapportés
ici. Les ſeuls débats im ortans ont
eu lieu à l'occaſion du Bill qui doit autori
ſer le Miniſtre à affermer lataxe fur les chevaux
de poſte. Pluſieurs Membres impa:-
tiaux voterent contre ce changement , dans
lequel ils crurent appercevoir des atteinte à
la Conftitution. M. Pitt les raſſura , en leur
prouvant que cette meſure , loin d'être nouvelle
, avoit déja lieu pour la collecte des
droits de péage conſacrés à la réparation
des grands chemins ; qu'on n'armoit les
Fermiers Collecteurs d'aucune eſpece d'autorité
; qu'il étoit très - injuſte , lorſque le
Voyageur avoit payé la taxe , qu'elle ehrichît
les Loueurs de chevaux , au lieu d'entrer
dans le tréſor public; enfin , que ce parti en
augmenteroit beaucoup le revenu , en pré
venant les fraudes criantes qui ſe commer
toient.
Dans la Séance du 27 Avril , M. Minchin
propoſa une révision des Loix pénales d'Angleterre.
M. Pitt loua les motifs&le plan de
cette réforme ; mais il demanda que , con
formément aux intentions de M. Minchin ,
( ٢٢٢ )
cet objet fût approfondi & renvoyé à la
prochaine Seffion , ce qui fut agrée d'une
voix unanime.
Cette circonſtance'a renouvellé les regrets
publics ſur la perte des papiers incendiés
chez Mylord Mansfield dans la révolte de
1780. Il s'y trouvoit un plan de ce reſpectable
Magiftrat , pour l'amélioration des
Lox criminelles du Royaume , auquel il
avoit travaillé pendant longues années.
En 1786 on accordoit une gratificarion
de 40 shellings par tonneau, pour la péche
de la baleine : 189 navires part'rent des
ports d'Angleterre & d Ecoffe pour le détroit
de Davis & le Groenland , & emploie.
rent 8134 matelors ou mouſſes . L'année
derniere , le Parlement réduifit la gratification
à 30 shelings par tonneau, & préfuma
que la pêche n'en ſeroit pas moins abondante.
En effet, on a équippé cette année
pour cette deſtination 239 vaiſſeaux , portant
20,090 matelots ou mouffes. Londres
a fourni 205 de ces batimens , l'Ecoffe 30 ,
Liverpool 22 , &c.
Il vient d'être réglé qu'à l'avenir , le corps
des Ingénieurs pren fra le titre de corps des
Ingénieurs Royaix. Il aura rang avec le
Régiment Royal d'Artillerie ,& la place de
ces deux corps fera à la droire de l'armée ,
ſelon le rang d'ancienneté de leurs Officiers.
( 112 )
Les habitans de Dublin ont été fort alar
més le 23 Avril par une forte commotion ,
qui a briſé les vîtres & ébranlé toutes les
mafons . On crut d'abord que c'étoit un
tremblement de terre; mais bientôt on apprit
que cette ſecouſſe avoit été caufée par
l'explosion de deux batteaux chargés de
poudre , qui deſcendoient le canal en venant
du magaſin à poudre de Clondalkin. On afſure
qu'il n'y a eu quedeux hommes de tués
&cinq ou fix de bleſſés .
« Ceux qui déclament , dit le Public Adver-
>> tiſer , contre l'exceſſive autorité accordée au
>>G>ouverneur général duBengale,ne réfléchiffent
> point aſſez à la ſituation des affaires dans l'In
>>de. Comment quelques milliers d'Européens
pourroient-ils contenir 18 millions d'habitans ,
>> ſi ceux-ci n'étoient gouvernés avec une certaine
rigueur ? On vante beaucoup la dou
>> ceur & la fimplicité des Indiens , & tous les
coups d'autorité que le Gouverneur général
a été forcé d'employer , ſont regardés com-
>>>me autant d'actes d'une vexation arbitraire.
>> Mais ceux qui connoiſſent cette partie du
>>monde favent que les Princes Indiens ont , des
>>>puis long-tems , appris à rencherir ſur les vices
>> des Européens. Leurs annales offrent une longue
ſuite des crimes les plus atroces , qui , jamaisaient
avili la nature humaine. Se font-ils
>> le moindre ſcrupule de tremper leurs mains
>dans le fang des ſujets , dans celui de leurs
pamis , de leurs parens , & méme de leurs fre-
>>> res ? Avons nous donc oublié l'atrocité de
( 113 )
Coffin-Ally-Kan , qui , ayant invité les And
>glois à dîner avec lui dans ſa tente , en 1763 ,
>> les fit tous maſſacrer , à l'exception d'un ſeul ?.
>>>Ne nous ſouvient- il plus de la conduite de ſon
→Général Summero , qui , ayant appris que les
>>Anglois s'étoient renfermés dans une mai-
>>>ſon , força les Cipaies d'en enlever le toît,&de
>> tirer ſur eux fans miféricorde; expédition à la
>>>quelle le ſeul Docteur Fullarton ſurvécut ?
>>>Non , fans doute , des faits de cette nature ne
>> ſont pas faits pour êtreoubliés ,&M. Hastings,
qui étoit alors réſident à la cour deCoffin-Kan,
>> dut ſe convaincre quedes hommes auffi traîtres
» & auſſi cruels que les Nabobs Indiens , ne pouvoient
ſervir les intérêts de la Compagnie ,
>>>qu'autant qu'on emploiroit à leur égard , dans
>>>les circonfiances urgentes , l'autorité laplus
ود
>> abſolue ».
Diverſes lettres de Cochin ſur la côte de
Malabar , en date du 26 Octobre dernier ,
peignent en ces termes l'étatdes choſes entre
les Marattes & Tippoo-Saïb .
Tippoo , à la tête d'une armée nombreuſe , eft
dans les environs d'Adorcé , où il fait tous les
préparatifs néceſſaires pour ſes campagnes futures.
Elles feront , à ce que l'on préſume , trèspénibles
pour lui , attendu qu'il aura à combattre
des forces infiniment ſupérieures aux ſiennes. Le
moment qui approche ſera le plus important de
ſavie; fa liberté, ſon Royaume & ſon existence ,
dépendent de l'événement. On peut aisément ſe
figurer combien ſa ſituation doitêtre inquiétante .
Il eſt occupéconftamment à dreſſer des plans &
à diſcipliner ſes troupes , parmi le grand nombre
deſquelles éclate le mécontentement. Il eſt
indubitable qu'elles reſteront inactives dans l'ac
( 114 )
tion ,ou qu'elles paſſeront du côté de l'ennemi.
Cette circonfiance , qui n'eſt pas igncrée de
Tippoo , doit conſidérablement ajouter à fon anxiété.
Il met tout en uſage pour ſe les attacher.
Mais tel eſt le génie du peuple qu'il commande
que, lorſque lahaine ou le mécontentement s'en
font emparés , il eſt très-difficile de les en banir ..
Les Marattes , avec l'armee de Nizam , ont
traverſé , il y a quelque tems le Tambrada , pour
livrer combat à Tippoo ; mais ils ont été obligés
de revenir ſur leurs pas pour ſe procurer du fou->-
rage, parce qu'ils ne pouvoient pas en trouver
dans la poſition où étoit leur camp.
Le Gouvernement vient de porter une
ſérieuſe attention ſur un crime qui ſe commet
en Irlande depuis quelque temps. Des
émiſſaires y volent des enfans pour les vendre
aux patrons des batimens qui vont en
Amérique.
Le Docteur Meggs , Médecin , accrédité
de Portsmouth , étoit allé dernierement vifiter
une famille dans l'île de Wight. Il y
fut retenu fort tard ,& contraint de coucher
chez fon malade. Après avoir vainement,
eſſayé de s'endormir , il ſe leve , ſonne les
domeſtiques , leur dit qu'il ne peut fermer
l'oeil , étant préoccupé de l'idée qu'on affaffine
en ce moment ſa femme & ſes en -
fans. Vainement on chercha à le tranquillifer.
La nuit étoit forte obfcure , & il eut
beaucoup de peine à trouver un bateau pour
faire la traverſée. Arrivé chez lui , il frappa
àlaporte; fa femme vient l'ouvrir , & il
s'empreſſe de lui demander des nouvelles de
( τις )
, lamaiſon , & fur-tout de ſes enfans; enfin
pourquoi elle-même étoit venue ouvrir la
porte ? « Nos enfans ſe portent très bien ,
>> dit- elle , je vous ai ouvert parce que les
>> domeſtiques ont refuſé de le faire , ce que
>> j'ai trouvé très-impertinent ». Le Médecin
fait venir l'un de ces gens & le queſtionne
ſur ſa déſobéiſſance. Après quelques défaites
, ce malheureux ſe jette à ſes genoux , &
lui avoue , qu'en ſon abſence , ils avoient ,
formé le projetde tuer leur maîtreffe & fes
enfans ,&de piller la maison. Le lendemain
matin , ce domeſtique gardé à vue , répéta la
même dépoſition ſous ferment devant le
Magiftrat.
Derniérement , on a joué avec ſuccès fur
leThéâtre de Drurylane , une nouvelleTragédie
de M. Jephſon , intitulée : Julie , &
dont le ſujet eſt tiré d'une aventure trèsréelle
, que le Morning- Chronicle rapporte
en ces termes , d'après le témoignage d'un
Eccléſiaſtique qui en fut un des Acteurs .
En 1726 , John Andrew Gordier , d'origine
Françoiſe , & habitant de l'Ile de Jerſey , où
il avoit une fortune confidérable, diſparut toutà-
coup , à l'inſtant où il alloit épouſer la fiile d'un
marchand de Guernesey. Ses amis , ſes parens ,
la demoiselle même à laquelle il avoit été fiancé,
n'en entendirent plus parler , & les recherches
les plus exactes , faites dans les deux Ifles , ne
purent donner aucuns renseignemens ſur ſamot,
ni ſur le lieu de ſa retraite .
Le tems avoit effacé le ſouvenir de M. Gordier
, quand ſon corps fut retrouvé par hafard à
?
( 116 )
Guernesey, par quelques jeunes garçons qui tra
verſoientune petite baie. Le cadavre , engagé de
force dans le creux d'un rocher dont l'ouverture
étroite lui avoit à peine laiſſé le paſſage , portoit
deux bleſſures au dos & une à la tête.
Cette découverte , accompagnée de preuves
auſſi évidentes de meurtre , jetta l'alarme dans
les deux familles ; en vain renouvella-t-on les
premieres enquêtes , rien ne fortifioit les ſoupçons
, rien n'appuyoit les conjectures ; nul rayon
de lumiere , en un mot , ne conduiſoit au meurtrier.
On ſe contenta de rendre les derniers devoirs
aux reſtes de l'infortuné jeune homme , en
lui faiſant des funérailles ordonnées par la douleur
laplus fincere.
Lamere deGordier reſtoit inconfolable , & la
jeune fiancée gémiſſoit en ſecret de la perte du
ſeul homme qu'elle pût aimer ; auſſi , quoique
forcée en quelque maniere par ſa famille , d'écouter
les voeux d'un jeune Marchand qui avoit
été Commis de ſon pere, étoit-elle bien décidée
intérieurement à ne jamais lui donner la main.
Le bonheur de cettejeune perſonne ſi ſenſible,
fi fidelle à la mémoire de ſon amant , faifoit tout
l'objet des inquiétudes de la malheureuſe mere ,
qui s'étoit accoutumée à la regarder comme ſa
belle- fiile.
Quelques années s'écoulent : MadameGordier
apprend que la vie de ſa fille d'adoption eſt en
danger. Elle ſe réſout à traverſer le bras de mer
qui ſépare les deux iſles , pour lui porter des confolations
, & adoucir ſes douleurs en les partageant.
Accompagnéede ſon frere&du ſeul fils qui lui
reße,elle arrive : le Médecin de Mademoiselle L..
demande le tems de la préparer à cette viſite
inattendue; mais malgré toutes ces précautions ,
( 117 )
la vue de la mere rappella à l'amante le ſouvenir
de ſon fils; le choc fut trop violent , elle s'évanouit
,& il fut difficile de la faire revenir. Madame
Gordier étoit avide des plus petites cir
-conſtances de la derniere entrevue ; elle s'informoit
également de ce qui s'étoit paſſe depuis juf
qu'à la découverte du meurtre de fon fils. La
jeuneperſonne ſe plaiſoit à prolonger ces douloureux
épanchemens; mais les foibleſſes revenant
à chaque inſtant , elle ſe bornoit à exprimer
combien leur départ avoit été tendre , & avec
quelle ardeur elle avoit attend ſon époux le len
demain. Cette mere affligée voyoit ainſi s'éteindre
ſous les yeux une femme ſi digne de devenir
ſa bru , confumée par le chagrin &par l'amour.
Au milieu de leur entretien , tout- à- coup MadameGordier
fond en larmes , en appercevant à
la montre de Mademoiſelie L. un bijou que ſon
fils avoit acheté pour ſa fiancée , à ſon départ de
Jerſey. A peinè la malheureuſe fille eut-elle appris
que ce bijou lui avoit été deſtiné par ſon
amant , qu'on la vit frappée d'horreur , écarter
le bijou avec mépris , tomber dans les bras de
ceux qui pleuroient autour d'elle , & expirer
fans prononcer un feul mot , hors celui , M.
Cl-er- k. Cette mort , ces circonfiances ſemblent
couvrir un myſtere : les yeux fixes & mornes de
tous les affiftans ne trouvent point de larmes ;
leurs bouches immobiles pointde queſtion. Enfin
ils ſortert de ce filence aprèsd'inutiles efforts
pour la rappeller à la vie.
MadameGordier oubliant dans ce moment la
délicateſſe & la profonde ſenſibilité de la vers
sueuſe femme qu'on venoit de perdre , laiſſe
échapper quelques expreſſions défavorables , par
Jeſquelles elle donne à entendre que le meur+
Frier n'était pas inconnu àcelle qu'elle avoit res
( 118 )
gardée comme ſa belle fille. A ce reproche , les
parens irrités , s'indignent qu'on oſe ſouiller par
des ſoupçons auſſi odieux les derniers momens
dune vie fans tache , & à leur tour accablent de
reproches l'accufatrice. Ce trouble appaiſé , & la
raifon commençant à reprendre fon empire , les
amis des deux families s'entremett nt pour les réconcilier
, & leur faire examiner de fang froid
les circonstances qui ontdonné lieu à un emportement
fidéplacé.
Le jeune Gordier ſe rappelle qu'il avoit e tendu
fon frere dire , avant ſon départ , qu'il préſenteroit
le bijou en queſtion le jour même de ſon
mariage. Or , ce mariage n'avoit point eu lieu ,
&pourtant le bijou ſe trouvoit entre les mains
de la perſonne à laquelle il étoit deſtiné. Elle
pouvoit être innocente , mais du moins ies ſoupçons
de fa mere étoient excufables . La foeur de
Mademoiselle L. répondit tranquillement qu'elle
ſe croyoit heureuſe de pouvoir jetter du jour fur
la mépriſe qui venoir de donner lieu à une vive
altercation . « Le bijou que ina foeur porcoit, dit-
«elle , ne lui a point été préſenté par M. Gordier
; mais quelques années après fà mort défaftreuſe
, M. Gaillard , Commerçant eſtimé dans
Jersey , le lui a offert. Il la recherchoit du con-
>> fentement de mes parens , qui auroient voulu ,
» s'il eût été poſſible, la diſtraire de ſa douleur
en faiſant naitre dans ſon ame un nouvel atta-
>> chement. Des bijoux ſe reſſemblent ; celui que
>> M. Gaillard a préſenté à ma ſooeur , n'eſt proba-
>>>blement pas le même qui fut acheté par M.
Gordier »,
La mere de celui- ci avoit eu le tems de revenir
de ſon premier mouvement; elle en fit des
excuſes à la famille , les larmes aux yeux , & de
la maniere la plus touchante. Elle ajouta qu'il
( 119 )
étoit aifé de vérifier ſi c'étoit-là le bijou acheté
par ſon fils ; & qu'en l'ouvrant , on y trouveroit
fon portrait en miniature. La foeur, ni perſonne
de la famille , ne l'avoit vu ouvert , tous ignoroient
cette particularité. Le jeune Gordier pouffa
un reſſort ſecret , & préſenta aux affittans le portrait
garni d'un entourage précieux. La conßernation
fut alors égale , à l'étonnement que cauſoit
cette découverte. Le myſtere étoit expliqué :
on conclut fur le champ que l'horreur de l'affallinat
avoit frappé la malheureuſe fiancée , &
que ſa haine pour le meurtrier avoit achevé de la
tuer. Le mépris avec lequel elle avoit paru vouloir
arracher te bijou de ſa montre , le nom
qu'e'le avoit eſſayé de prononcer , toutes les circonſtances
concourent à porter , à fixer même les
ſoupçons ſur M. Gaillard ( il avoit été clerc , cu
commis de ſon pere ) ; les dernieres fyllabes entrecoupées
de la mourante , ſignifioient le clerc.
L'Eccléſiaſtique préſent, àqui l'on doit le récit
de cette ſcène touchante , érant l'ami commun
de la maiſon Gaillard , & de la famille où il fe
trouvoit alors , engagea cette derniere à mettre
de la modération& du fang froid dans les pourfuites
juridiques Des milliers de circonſtances ,
dit- il , peuvent faire paroître l'innocence coupable.
Il eſpérait , pour l'honneur de l'humanité ,
qu'un galant homme , du caractere de M. Gaillard
, ne pourroit jamais être convaincu d'un
crime auffi odieux. Il ſouhaitoit donc qu'on l'envoyat
chercher dans ces triſtes conjonctures , plutot
comme un homme qui alloit prendre part à
Paffi &' on générale , que comme un meurtrier.
Par ce moyen , s'il ſe trouvoit innocent, comme
il l'eſperoit , ſa réputation n'en recevroit aucune
atteinte ; fi malheureuſement il étoit coupable ,
on prendroit des mesures pour qu'il ne pût s'é-
.
1
( 120 )
-
chapper. Il ajouta , pour faire adopter ſon avis,
qu'unhomme une fois chargé publiquement d'un
meurtre , dans des circonstances qui paroiſſoient
dépoſer auffi fortement contre lui , quoique ſon
innocence pût devenir claire comme le jour pour
ceux qui l'examincient , ne parvenoitjamais à ſe
réhabiliter entièrement dans l'eſprit du public ,
quelqu'irréprochable que pût être ſa vie poſtérieure.
Le plus grand nombre des affiſtans adopta cet
avis; mais il étoit viſible par l'air de Madame
Gordier , qu'elle jugeoit d'avance le prévenu
coupable du meurtre de fon fils . Cependant on
envoie chercher M. Gaillard ; il arrive au bout
de quelques heures. L'impétueuſe Madame Gerdier
ne put ſe retenir en le voyant entrer , &
laccuſa bruſquement d'avoir afſaſſine ſon fils.
M. Gaillard répondit froidement que véritablement
il le connoiſſoit ; mais qu'étant hors de
l'ifle pour affaires, comme l'atteſtoient les perſonnes
chez qui il ſe trouvoit actuellement , il
n'avoit pas vu M. Gordier pluſieurs jours avant
ſadiſparution. « Et ce bijou , dit la mere en le
lui montrant ouvert comme il l'étoit , >> ce bijou
>> eſt une preuve convaincante de votre crime .
>> Vous l'avez donné à la malheureuſe fille que
>> nous pleurons ; il fut acheté par mon fils , &
>>>il l'avoit ſur lui au moment de fa mort. >>> M.
Gaillard nia d'avoir jamais vu le bijou ; alors
la foeur le prenant , & le fermant , lui dit : «Vous
> avez donné ce bijou à ma foeur ennapré-
>>>fence , tel jour , ( en ſpécifiant le jour & le
>> lieu ) vous l'avez preſſée de l'accepter ; elle l'a
>> refuſé ; vous avez infifté. Elle vous le rendit ,
>> & je n'ai pu réuſſir à le lui faire accepter que
>> quand je l'ai attaché à ſa montre : à ma per-
>>fu>afion , elle abien voulu ſe réfoudre à le por-
,
»ter.
( 121 )
>>porte». Ici, quelques fignes de trouble com
mencerent à trahir le coupable : il ſe remit
néanmoins , & regardant le bijou fermé , il
convint l'avoir donné , & prétendit ſeulement
ne pas l'avoir reconnu ouvert , comme il lui avoit
été préſenté d'abord. « Cette bagatele , ajoutat-
il , je l'ai achetée du Jeif Levi , que vous
>>>connoiffez tous , & qui parcourt ces Ifles depuis
plus de vingt ans. Sûrement il nous dira
>>>d'où il lui vient ». L'Eccléſiaſtique ſe félicita
du confeil qu'il avoit donné ; & s'adreffant à MadameGordier
, lu dit : « J'e pere , Madame ,
> que vous attendrez actuellement avec patience
toute l'instruction de l'affaire. La juftification
de M. Gaillard eſt claire & fatisfaiſante ; le
>>>Juif ſeul paroît coupable ; il eſt dans l'Iſſe ,
"& ſera bientôt pris. » L'infortunée mere fut
encore forcée d'avouer qu'elle avoit porté uns
jugement tém' raire ; elle s'en excuſa ſur l'im
pétuoſité de ſon caractere , & fur le concours
des circonstances qui ne lui avoient point laiſſe la
tête libre en cette occaſion : elle finit par faire
des excuſes à M. Gaillard .
G
Celui - ci triomphant , lui conſeilla de prendre
garde une autre fois à ce qu'elle diroit , & la menaça
de 'attaquer enjſtice, en réparation d honneur
, fi le ſien ſouffroit la plus légere atteinte
des inculpations qu'elle s'étoit permiſes légerement.
II déplora beaucoup la mort prématurée
d'une jeune perſonne à laquelle il avoit voué"
l'attachement le plus tendre, & fondit en' armes
en approchant de ſon lit. Au bout de quelques
heures , il prit congéde la compagnie avec la
décence & l'air affligé convenables à la circonftance.
Chacun , la mere même de Gordier , le
jugea innocent.
Il s'écoula quelques jours avant qu'on parvint
Ν". 20 , 19 Mai 1787 .
( 122 )
à trouver le Juif; mais enfin quand le bruit ſe
fut répandu que ce prétendu afſaſſin étoit en
priſon , le remords , la crainte de la honte publique
ſaiſirent le coeur deGaillard , & la veille
du jour qu'il devoit être confronté au juif, il fut
trouvé mort , avec un poignard dans ſa main ,
dont il s'étoit frappé en trois endroits : deux
de ces bleſſures étoient mortelles .
On trouva auſſi ſur ſa table une lettre où il
faiſoit l'aveu de ſon crime , & qu'il terminoit
par ces mots remarquables. » Ceux-là ſeulement
>qui ont ſenti l'impulſion furieuſe d'un amour
>> indomptable , excuſeront le crime que j'ai
>> commis pour obtenir l'incomparable objet qui
>>a>voit porté ledéliredans mes ſens; mais toi,
» ô Pere des miſéricordes ! toi qui as mis ou laiſſe
>> ſe développer dans mon ame ces violens deſirs,
>>>tu pardonneras de criminels efforts pour arri
>>>ver à mon but, en oppoſition à ta toute-puilfante
Providence. »
FRANCE.
De Versailles , le 9 Mai.
Le ſieur Laurens de Villedeuil , Contrôleur
général , a eu l'honneur de faire , en cette qualité
, le 6 de ce mois , ſes révérences à la Reine
&à la Famille royale.
Cejour , la Vicomteſſe de Wall& la Comteſſe
de Néel, ont eu l'honneur d'être préſentées à LL.
Majeſtés & à la Famille Royale , la premiere par
la Comteſſe de Wall , & la ſeconde par la Baronne
de Serant .
LeComte d'Eſterno, Miniftre plénipotentiaire
du Roi , près Sa Majeté le Roi de Pruſſe , de
( 123 )
retour encette Cour par congé, a eu l'honneur
d'être préſenté lemême jour àSaMajesttée,, par
le Comte de Montmorin, Miniſtre &Secrétaire
d'Etat , ayant le département des Affaires Etran
geres.
Le Roi a accordé les entrées de ſa Chambre
au Chevalier d'Allonville & au Chevalier
du Puget , Sous-Gouverneurs de Monſeigneur
le Dauphin .
Leurs Majeſtes & la Famille Royale ont
ſigné le contrat de mariage du Vicomte de
Pontbellanger , Capitaine de Cavalerie au
Régiment de Royal- Lorraine , avec demois
ſelle du Bot du Grégo.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Coulombs
, Ordre de Saint-Benoit , dioceſe de
Chartres, l'Abbé de Saint-Aulaire , Vicairegénéral
de Poitiers; à celle de Beaulieu ,
même Ordre , dioceſe de Limoges , l'Abbé
de Bouillé , Vicaire-général de Vienne ; à
celle de Saint-Aubin-des Bois , Ordre de
Citeaux , dioceſe de Saint-Brieux , l'Abbé
de Bonin , Vicaire général de Vannes ; a
celle de Montfort-la-Canne , Ordre de S.
Auguſtin , dioceſe de Saint-Malo , l'Abbé
Fauchet , Vicaire-général de Bourges ; & à
celle de Saint-Aftier , dioceſe de Périgueux ,
l'Abbé de la Roche , Vicaire - général de
Lombez.
Le 8 de ce mois , le Roi , accompagné de
Monfieur , s'eſt rendu vers midi à la plaine
des Sablons , où il a paſſé en revue le régiment
des Gardes françoiſes & celui des
f2
( 124 ) 1
Suiſſes , Monſeigneur Comte d'Artois, Colonel
de ce dernier Corps , étant à ſa tête.
Les troupes , après avoir fait l'exercice
ont défilé devant Leurs Majestés , devant
Monfieur , Madame & Madame Elifabeth
deFrance.
Le fieur Miller , Officier Anglois , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le plan d'un
vaiſſeau triple , dont ſon pere eſt l'inventeur,
anſi que le plan d'une roue qui fait faire à
ce bâtiment trois à quatre milles par heure
dans les temps les plus calmes.
Le fieur blin a eu auſſi l'honneur de préſenter
au Roila so. livraiſon des portraits des
Gands-hommes , Femmes illuftres & fuiets
mémorables , imprimés,en couleur , dédiéş
à Sa Majeſté (1) .
De Paris , le 17 Mai.
Edit du Roi , porant création defix millions
de rentes viageres ; donné à Verſailles
au mois de Mai 1787 , registré en Parlement
le 7 deldits mois & an.
Louis , par la grace de Dieu , Roi de France
& de Navarre : A tous préſens & à venir ; Salut .
(1) Cer Ouvrage ſe vend chez le ſicur Blin , place
Maubert , n . 17. La se livraifon contient lesportraits
du Duc de Vendôme & ou Maréchal de Berwick
, ainti que les tableaux des batailles de Villavicioth
& d'Almanza : l'exécution de ces morceaux
n'est pas, insigne ac Lintérêt des ſujets , dont les
nodice, con inuent d'être rédigées avec, exactitude.
( 125 )
Voulant remétier aux abus qui s'éro'ent intros
duits dans l'adminiſtration de nos finances , & y
établir l'équilibre ſi defirable entre la recette &
la dépense , Nous avons , à l'exemple de pluſieurs
des Rois nos prédéceſſeurs , convoqué une Aſſemblée
de perſonnes dutinguées par leur naiſſance ,
leurs dignités & leurs charges , & Nous avons elpéré
trouver dans leurs lumieres des remedes &
des ſecours d'autant plus efficaces , que leur voeu,"
dicté par le zèle & la fidélité , Nous répondroit
en quelque forte de celui de ía Nation entiere .
Nos eſpérances n'ont pas été trompées. Après
nous avoir propoſé , ſur différens Mémoires que
nous leur avons fait communiquer , d'utiles &
importantes obſervations , dont nous nous promertons
de faire inceſſamment uſage , les Notables
ſe ſont attachés avec ſoin à reconnoître la
diſproportion qui ſe trouve entre la recette & la
dép nſe ,& à la conftater , autant qu'il étoit poffible
, par l'examen des états qui avoient été mis
fous nosyeux.
La connoiffance du déficit les a amenés à rechercher
les moyens d'y pourvoir. Nous leur
avons d'abord fait connoître l'intention où nous
étions de le diminuer , en acquittant , pendant les
premieres années, les rembourſemens à époques
fixes, & qui en font une partie conſidérable , par
de nouveaux emprunts qui feront d'autant plus
faciles à remplir , que , fans accroître la charge
publique , nous affecterons à chacun d'eux , comme
nous nous le propoſons d'en uſer à l'avenir
pour tous les emprunts auxquels nous ferons
obligés d'avoir recours , une portion déterminée
d'impoſition qui ceſſera avec eux , & tournera
ainfi , après leur entiere extinction , au profit de
nos Sujets.
Unſecond moyende diminuer le déficit , cong
f3
( 128 )
fifte dans les retranchemens & les bonifications,
Nous avons commencé par faire connoître aux
Notables les réductions qu'un premier apperçu
nous avoit fait découvrir , & nous les avons invités
à nous préſenter toutes celles qu'ils croiroient
conciliables avec la sûreté publique & la dignité
de notre Couronne. Nous venons d'examiner , à
ce ſujet , le travail de différens Bureaux , entre
leſque's eſt partagée l'Aſſemblée , & nous avons
reconnu avec ſatisfaction que ces retranchemens
&bonifications pourroient s'élever au moins à
quarante millions , & nos Peuples ne peuvent
douter que , parmi ces retranchemens , ceux qui
nous fontperſonnels & à notreFamille , font auſſi
ceux qui coûteront le moins à notre coeur , & qui
feront le plus promptement exécutés .
Après avoir , par ces deux moyens , diminué
confidérablement le deficit , nous ferons ſans
doute obligés de recourir à des impôts , & nous
ne pouvons penſer , qu'avec un extrême regret ,
que la fidélité à nos engagemens , le ſoutien de
notre Puiſſance&lagloire de laNation nous en
impoſent l'indiſpenſable néceſſité ; mais les précautions
que nous prendrons , d'après les obſervations
des Notables , tant pour aſſurer le choix
&l'affiette deſdits impôts , que pour en proporzionner
la durée , à celles des dépenſes pour lefquelles
ils ſeront établis , les meſures que nous
nous propoſons d'employer pour que le déficit ne
reparoiſſe jamais ; les améliorations & converfions
d'impôts que nous projettons ,& qui procureront
un véritable ſoulagement aux Peuples , dès que
le niveau entre la recette & la dépenſe , une fois
établi , nous permettra de les effectuer ; enfin ,
l'ordre & l'économie que nous mettrons dans
toutes les parties de l'adminiſtration , & dont les
effots font incalculables , nous répondent que le
( 127 )
poids de cette ſurcharge , à laquelle les circonftances
nous contraignent , ſera auſſi adouci qu'il
le peut être , & qu'il ne ſera pas d'une aussi lon,
gue durée que le déficit actuel ſemble le faire
craindre.
Mais ce n'étoit pas aſſez de pourvoir , pour
l'avenir , au déficit qui ſe trouve dans nos finances
, & d'y aſſurer ce niveau , ſans lequel unEtat
ne peut ſubſiſter & ſe ſoutenir avec gloire. Ces
retranchemens , ces bonifications , ces impofitions
, qui ſerviront à l'établir , ne produiront
leur effet que dans les années ſuivantes : & les
Notables ayant reconnu que le déficit de cette
année étoit encore d'environ quatre-vingt-quatre
millions , ils ont juge, comme nous , qu'il étoit
indiſpenſable d'y pourvoir par un ou pluſieurs
emprunts perpétuels ou viagers , qui nous mettroient
à portée de remplir nos engagemens , &
de parvenir aux temps meilleurs auxquels nous
aſpirons. Ils ont auſſi reconnu que ces emprunts
néceſſaires , faiſant partie de la dette publique ,
on ne pouvoit ſe diſpenſer d'en ajouter les inté
rêts au déficit qui avoit été conftaté , & d'y affecter
, ainſi qu'au rembourſement des capitaux de
ceux qui ne ſeroient pas entiérement viagers ,
des fonds particuliers qui fuſſent le gage de la
confiance des prêteurs &de notre fidélité.
Nous déterminerons particulierement quels
feront ces fonds , lorſque , d'après l'avis des Notables
, nous aurons ſxé nos réſolutions ſur l'efpece
d'impoſition qu'il conviendra de préférer ;
mais quelle que ſoit la partie de cette impoſition ,
qui ſera affectée auxdits emprunts , elle ne durera
qu'autant qu'ils dureront eux- mêmes ; & ayant
cru devoit nous arrêter dans ce moment , à raiſondes
circonstances , à un emprunt vinger , nous
avons ſtatué que le bénéfice des extinctions qui
f4
( 128 )
furviendront , ſera , chaque année , employé à la
diminution de la partie de l'impofition quiy ſera
affectée. A ces caufes , &c. , nous avons dit , ſtatué
& ordonné , &c.
1º. Nous avons créé & créons fix millions de
livres actuelles & effectives de rentes viageres ,
qui feront vendues & aliénées à nos chers & bienamés
les Prévôt des Marchands & Echevins de
notre bonne ville de Paris , par les Commiſſaires
de notre Confeil , qui feront par nous nommés ,
à les avoir & prendre ſur tous nos revenus , &
ſpécialement fur ceux qui feront par nous inceffamment
affectés au paiement des arrérages
defdites rentes qui pourront être acquiſes ſur
une feule tête , à raiſon de neuf pour cent ,
puis la naiflance juſqu'à quarante ans ; à raiſon
de dix pour cent , depuis quarante ans juſqu'à
Soixante ans ; à raiſon de onze pour cent , depuis
foixante ans & au- deſſus ; ou à huit pour cent fur
deux têtes , ſans distinction d'âge ; le tout au
choix des acquéreurs .
de-
2º. Les arreragesdeſditesrentesſeront exempts
à tonjours de la retenue du dixieme d'amortiſſement
, des vingtiemes , quatre ſous pour livre du
premier vingtieme , &de toute autre impofition
généralement quelconque qui pourroit avoir Heu
parla fuite.
3º. Les conſtitutions particulieres , qui ne pourront
être moindres de mille livres de principal,
feront faites par leſdits Prevôt des Mrchands
& Echevins ſur le pied ci- deſſus fixé , à
ceuxqui en auront fournis les capitaux endeniers
comptins entre les mains du ſeur de la Borde de
Mereville , Garde de notre Tréſor royal , pour
jouir par les acquéreurs , leur vie durant , foit fur
leur tête, foit ſurcel'es de toutes autres perſonnes
que bon leur ſemblera ; les contrats feront paffes
1
:
( 129 )
pardevant tel Notaire auChâtelet de Paris . que
leſdits aequéreurs voudront choir , qui feront
tenus de leurdélivrer leurſdits contrats fans frais ,
auxquels Notaires ſera parnous pouryu de falaires
raiſonnables .
4°. Le Bureau ſera ouvert en notredit Tréſor
royal immédiatement après l'enregiſtrement de
notre préſent Edit , pour y recevoir les capitaux
deſdites rentes ,qui auront cours en quelque
tems qu'elles ſoient acquiſes , du premier
jour du quartier dans lequel leſdits capitaux auront
été fournis en notre Tréſor royal , dont
mention ſera faite dans les quittances dudit
Garde de notre Tréſor royal ; à l'égard de la
conftiturion deſdits capitaux , nous accordons la
faculté de l'opérer juſqu'au 30 Mars de l'année
1788 incluſivement . paſſé lequel tems la jouiffance
de la rente viagere n'aura plus lieu que du
premier jour du quartier dans lequel la conſtitution
ſera effectuée .
5°. Lesfonds néceſſaires pour le paiement des
arrérages deſdites rentes feront remis , ſelon les
états qui en ſeront arrêtés en notre Conſeil
aux Payeurs deſdites rentes , & pris ſur le produitde
tous nos revenus , ainſi qu'il eſt d'uſage
pour le paiement des arrérages des autres
rentes , tant perpétuelles que viageres , affignées
ſur aucuns de noſdits revenus , ſans que
Jeſdites rentes , préſentement créées , puiffent
être retranchées ni réduites en aucun tems , pour
quelque cauſe & ſous quelque prétexte que ce
puiffe étre.
6°. Les fonds qui demeureront libres par l'effet
des extinctions ſucceſſives des arrérages du lit
Emprunt , feront employés à la diminution de la
portion d'impoſition que nous y aurions ſpécialement
affectée.
fs
( 130 )
7°. Toutes perſonnes , de quelqu'âge , ſexe &
condition que ce puiſſe être , pourront acquérir
leſdites rentes , en faire paſſer les contrats ſous
les noms qu'elles voudront choir , avec les réſerves
de jouiſſance & autres clauſes & conditions
qu'elles jugeront à propos , dont ſera fait menziondans
les quittances du Garde de notre Tréfor
royal , pour en jouir pendant la vie des perſonnes
qu'elles auront choifies , tant par elles que
par celles qu'elles nommeront , quand & ainh
qu'elles l'aviſeront.
8°. Les arrérages deſdites rentes ſeront payés
de fix en fix mois par les Payeurs des rentes de
notre Hôtel-de-Ville , en la même forme & maniere
que les autres rentes viageres , & conformément
aux différens Réglemens qui ont été
faits pour la police deſdites rentes ; la dépenſe
du paiement deſquelles rentes ſera paffée & allouée
ſans difficulté dans les comptes deſdits
Payeurs , conformément aux contrats qui en auront
été paſſés.
9°. Les rentes qui auront été conſtituées ſur
un ſeule tête , ſeront payées juſqu'au jour du décès
de ceux ſur la tête deſquels elles auront été
conſtituées , & celles qui l'auront été ſur deux
têtes , ſeront payées juſqu'au jour du décès du ſurvivant
: le tout à ceux qui ſe trouveront en avoir
droit , en rapportant , avec l'extrait mortuaire
en bonne forme & autres pieces juſtiſicatives ,
la groſſe du contrat de conſtitution , à compter
du jour duquel décès ſeulement , leſdites
rentes demeureront éteintes & amorties à notre
profit.
10°. Les Etrangers non naturaliſés , demeurans
en notre Royaume , même ceux demeurans hors
de notre Royaume , pays, terres & ſeigneuries de
notre obéiſſance, pourront , ainſi quenos propres
( 131 )
Sujets , acquérir leſdites rentes , encore bien
qu'ils fuſſent Sujets de Princes & Etats avec lefquels
nous ferions en guerre : voulons en conféquence
que leſdites rentes & arrérages qui en
feront dûs au jour du décès de ces Rentiers ,
foi-nt exempts de toutes lettres de marque &
de repréſailles , droit d'aubaine , bâtardiſe , confiſcation
ou autres qui pourroient nous appartenir
, auxquels nous avons renoncé & renonçons
, conformément à ce qui eſt ordonné pour
les autres rentes dudit Hôtel-de- Ville
Edit du mois de Décembre 1674 , & autres
ſubſéquens.
, par
11°. S'il ſurvient quelque conteſtation ſur le
paiement des arrérages deſdites rentes viageres ,
formes ou validité des acquits fournis par les
Rentiers , nous en attribuons la connoiffance ,
cour & jurisdiction en premiere inſtance , aux
Prévôt des Marchands & Echevins de notre
bonne ville de Paris , pour être jugée ſommairement
& fans frais , ſauf l'appel en notre
Cour de Parlement de Paris ,ſans préjudice duquel
les Jugemens rendus par leſdits Prevôt des
Marchands & Echevins , feront exécutés par
provifion.
SI DONNONS EN MANDEMENT , &c. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , par le Roi. Signé , LE
BARON DE BRETEUIL. Vifa , DE LAMOIGNON.
Vu au Conſeil , * L'ARCHEVEQUE DE TOULOUSE.
>> Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel
> ſe ſont aſſemblés le 8 de ce mois au cou-
>> vent des Cordeliers de cette ville , & ont
>> tenu un Chapitre auquel a préſidé pour ſa
>> Majesté le Maréchal Duc de Mouchy ,
>>Chevalier - Commandeur des Ordres de
16
( 132 )
>>S. Michel & de S. Eſprit. Après un dif-
>> cours prononcé par le ſieur Pourfin de
Grandchamp , Chevalier & Secrétaire per-
>>pétuel dudit Ordre , le Maréchal Duc de
>>>Mouchy a reçu Chevaliers , au nom du
>>>Roi , les ſieurs Bonniers , Robinet , Fram-
>>boiſier de Bennay , Majault & Bayard de
>>>>la Vingtrie : enſuite tous les Cheva'iers , le
>> Maréchal Duc de Mouchy à leur tête , ſe
>>font rendus proceſſionnellement en l'E-
>> glife dudit Couvent , & ont aſſiſté à la
>> Meſſe ſolemnele qui ſe célébre tous les
>> ans le jour de l'apparition de S. Michel.
Pendant le mois de Mars il eſt entré dans
le port de Bordeaux 23 navires étrangers ,
& 23 François , ſans compter 140 petits
bâtimens de cabotage. Il eſt ſorti du même
port 119 navires étrangers , & 18
François outre 129 petits bâtimens de
cabotage. Pendant le même mois 19 navires
ont été mis en coutume ou chargement ;
& le 1 Avril 11 navires étoient fur divers
chantiers.
,
Les triſtes détails que nous avons donnés
à nos lecteurs du naufrage de deux canots
chargés , appartenant à l'eſcadre de M. de la.
Peyrouſe , ſe retrouvent avec quelques circonſtances
nouvelles , dans une autre lettre
attribuée à un Naturaliſte eſtimé , embarqué
aveclesCircum- navigateurs. Voici comment
il s'exprime , de Monterey le 19 Septembre
1786.
:
( 133 )
«Nous nous félicitions d'avoir été d'un bout
du monde à l'autre ,& d'avoir fréquenté des peuples
réputés barbares ſans avoir perdu un homme
ni verſé une goute de ſang; mais hélas ! notre
Bonheur n'a pas été de longue durée , & la
journée du 13 Juillet nous a coûté bien des
larmes. Nous étions , depuis environ 15 jours ,
dans un port de l'Amérique ſeptentrionale par
la latitude de 27 degrés .
On en vouloit lever la carte & on defiroit
yplacer les fondes , deux canots furent expédiésdelaBouffole
pour cet objet, & un de l'Aftrolabe.
La mer briſoit à l'entrée du port & for.
moit une barre plus ou moins forte, ſelon l'état
de la marée. M. de la Peyrouſe confia à M. d'Efcures
, Chevalier de St. Louis , ( & le plus âgé
des Officiers ) le commandement de cette expédition
, qui devoit être terminée dans la mainée
; il lui donna des inſtructions par écrit ,
qui lui défendoient d'approcher de la barre
parce que la mer y briſoit. Cet ordre étoit
dicté par la prudence , peut-être M. d'Eſcures a
t il négligé de s'y conformer , peut-être a-t-il
été ſurpris par la violence du courant qui commencoit
ſubitement , & fans qu'on l'apperçue
bien ; quoi qu'il en foit, ſon canot fut entraîné
& fubmergé , il avoit avec lui le Chevalier de
Pierrevert , neveu de M. le Bailli de Suffren ,
M. de Moncarn , parent de M. de la Peyrouſe ,
notre premier Pilote , & 7 hommes d'équipage,
les deux autres canots qui étoient aux ordres
deM. d'Eſcures le ſuivoient ; le p'us près étoit
commandé par M. de Boutin , jeune Officier
d'un mérite rare & très- expérimenté pour ſon
åge , il fut auffi entraîné par le courant , fon
canot fut rempli , mais par bonheur il portoit
fur fon plein d'eau. Cet Officier parvint à ſe
( 134 )
mettre debout à la lance , il fut porté comme
un trait par le courant à travers la paſſe jufqu'en
pleine mer , dix fois il manqua d'étre
englouti.A peine échappé du danger , il vuida
ſon canot , il fit de grands mais inutiles efforts
pour ſecourir ſes camarades , & après pluſieurs
heures de recherches , il arriva a notre bord
avec ſon petit équipage qui étoit tout mouillé ,
ſaiſi par le froid & preſque hors d'état de manoeuvrer.
Le troiſieme étoit commandé par M. de la
Borde , ayant avec lui M. de la Borde de
Boutevilliers fon frere , M. de Flaſſan , Enſeigne
& 7 hommes d'équipage , il étoit le plus
éloigné de tous , on a lieu de croire que voyant
le canot de M. d'Eſcures dans l'embarras , ſans
ſavoir par qu'elle raiſon , & voulant lui donner
du ſecours , il s'étoit approché , & que le
courant l'avoit entraîné lui-même , ils ont done
été les victimes de leur générosité. Nous avons
couru pendant 8 jours toute la côte ſans appercevoir
aucuns débris du naufrage. Les Indiens
qui ont vu ces deux canots couler à fond
ont chanté pluſieurs jours des chanſons de mort,
ils ſe ſont montrés ſenſibles à notre douleur , ils
ont fait des recherches de leur côté , & ils ont
trouvé quelques débris de M. d'Eſcures. Nous
avons perdu , par ce malheureux accident , 21
hommes , dont le plus âgé n'avoit que 34 ans ,
& parmi leſquels il y avoit 6 Officiers . Vous
ne ſauriez croire combien eſt grande notre
perte , par leur malheur ; nous avons pleuré
nos amis ; mais non découragés nous ſommes
partis pour continuer notre miffion , & c'eſt
ici où nous avons fait de l'eau & renouvellé
nos provifions pour aller plus loin. Avant de
quitter le lieu du déſaſtre , j'en ai placé la
( 135 )
noticedans une Iſle par une inſcription que j'ai
fait graver , ce qui a engagé M. de la Peyrouſe
ànommer cette Iſle , l'ifle du Cenotaphe.
Le ſamedi 28 d'Avril , par une mer orageuſe
, le navire l'Hercule , Capitaine Pimard , venantdu
Cap François , ſe trouvoit à la rade du
Havre. Six pilotes vont au-devant de ce navire
pour le faire entrer au port ; le danger leur
donne de nouvelles forces , ils luttent contre les
flots , ils deviennent les victimes de leur zèle &
de leur devoir. La barque qui les porte, trop foible
contre une force auſſi puiſſante , chavire ,
& les fix malheureux ſont engloutis dans les
flots ; cinq ont péri , un ſeul a eu aſſez de force
&debonheur pour gagner à la nage le navire,
Ces braves gens laiſſent cinq veuves , & dix- huit
jeunes orphelins , la plupart en bas âge. lis ſeroient
réduits à la plus affreuſe miſere , ſi des
perſonnes charitables ne leur tendent les bras .
Déjà MM. les Négocians , Membres des Chambres
d'aſſurances, leur ont fait un fonds de 15
mille livres ».
Une lettre de S. Omer, du 1 de ce mois ,
inférée dans les Affiches de Flandres , raconte
en ces termes un événement tragique arrivé
dans cette ville.
-Je vous adreſſe le détail d'un aſſaſſinat inoui,
commis hier au foir , ſur un jeune Anglois de
16 à 17 ans , qui demeuroit depuis quelques mois
dans cette ville , chez M. Damart , Apothicaire
On conjecture que cet inſortuné étranger ſe
rendoit à un rendez vous nocturne ſur le rempart
, que lui avoit donné une de ces miférables,
qui outragent & dégradent fans ceſſe la nature.
Il a été arrêté par la ſentinelle , qui , à ce qu'on
aſſure , après quelques pour-parlers , à l'occaſion
1136 )
de cette vile créature , lui a aſſené un coup de
lacroffede fon fufil ſur la tête , percé le flanc
de ſa bayonnette , & l'a enſuite précipité du haut
du rempart , dans les foſſés de la ville , où il eſt
réſté toute la nuit , & où il a perdu beaucoup
de fang. Ses forces étantun peu revenues vers
le matin , il a eu le courage de remonter juſqu'à
la Poterne , & fur les cinq heures on apperçut
un bras qui pafſoit ſous la porte de la ville , faiſant
quelques ſignes qui réclamoient du ſecours.
On s'eſt haté d'ouvrir la porte , & on a trouvé
ce malheureux preſque ſans connoiſſance. On
le porta chez lui , où après les ſecours qui lui
ont été prodigués , il a encore pu déclarer fon
afſaſlin. On a été auſſi-tôt au corps-de-garde , où
on a effectivement trouvé l'auteur de cette ſcélérateſſe
, muni de la bourſe & de la montre de
ſa victime. Le Régiment a dégradé ce matin ce
monſtre , & l'a livré à la Juſtice ſéculiere , qui
ne tardera pas à lui faire fubir la peine due à
l'horreur de ſon crime. Tous les Chirurgiens de
la ville s'empreſſent de porter les ſecours de leur
art au malheureux afſaffine; mais ils n'eſperent
pas le ſauver. »
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 13 Mai .
Le Conſeil de Brabant a adhéré à l'avis ,
aux réſolutions , & à la déclaration que les
Etats de Brabant ont adreſſée à L. A. R. nos
Gouverneurs Généraux ; déclaration , dont
voici la teneur :
MADAME & MONSEIGNEUR ,
Convoqués pour délibérer ſur la Convocation
( 137 )
qui nous a été faite de la part de V. A Roples
pour la continuation des Impôts , nous avons reçu
de nos Députés orsinaires la communication des
repréſentatiors ſucceſſives qu'ils ont eu l'honneur
d'adreſſer à V. A. Royales ; & nous avons applandi
à la confiance avec laquelle ils ſe ſont
ouverts fur la proba ilité de notre concours à tous
les changemens compatibles avec leffence de
notre Conftitution fondamentale. Bien loin que
ces repréſentations aient été ſuivies de quelque
ſuccès , elles font reſtées ſans réponſe , comme
toutes celles que nous avons faites précedemment
fur les différentes infractions aux droits les
plus notoires de la Province. Au lieu du redreſſement
que nous avions lieu d'eſpéter , nous voyons
avec la plus grande douleur , que les deux diplômes
, que V. A. Royales daignerent nous adrefſer
, ainſi que l'Edit des Intendances , qui en
eſt une ſuite , anéantiſſent le Tribunal Dépofitaire
des Loix ; les formes immuables , ſans
leſquelles il n'eſt point de Gouvernement;
toute propriété , toute liberté , & ne laiſſent
qu'une exiſtence abfolument idéale aux Repréſentans
du Peuple.
,
Obligas en cette qualité , non moins que par
Serment folemnel ( dont nous prenons la
très-reſpectueufſe liberté de joindre copie ) de
foutenir de tout notre pouvoir le pacte conſtitutionnel
, juré par S. M. & par ſon pays de
Brabant , nous ne trouvons des termes affez forts
pour exprimer notre confternation à la vue des
infactions multipliées faites à ce contrat facré
contre leſquelles notre devoir nous force
de proteſter.
,
Après avoir épuisé les voies des repréſentations
foumiſes & reſpectueuſes , nous nous trouvons
réduits à faire connoître très-humblement à
( 138 )
Vos Alteſſes Royales que le cri de notre
confcience n nous permet pas de porter notre
conſentement à la continuation ordinaire des
impôts , auſſi longtemps que les infractions
faites àla Joyeuse- Entrée ne feront pas redreſſées ,
ou que les réglemens projettés ne ſeront pas
réformés conformément àla conſtitution ; affurant
d'ailleurs V. A Royales avec un très-profond
reſpect , & d'après notre zele tant de fois
éprouvé , que nous concourrons toujours aux
changemens qui ne feront pas contraires au Pacte
Inaugural , ni aux véritables intérêts du Peuple
que nous repréſentons.
L'acte d'adhéſion du Conſeil de Brabant
eſt exprimé en ces termes :..
Le Confeil de Brabant ayant délibéré ſur le
contenu de la repréſentation que les Etats de Brabant
ont faite hier à V. A. Royales , & dont ils
nous ont remis copie , il a été réſolu de faire connoître
à V. A. R. dans les termes les plus humbles&
les plus reſpectueux , que le même Conſeil
de Brabant , en tant que la choſe le concerne ,
ne peut qu'adhérer à ladite repréſentation des
Etats , & à la Proteſtation y repriſe , & qu'il
croit , qu'en conséquence du Serment , que les
Membres de ce Conſeil ont prêté ſur la Joyeuse-
Entrée , aucun d'eux ne peut , dans les circonſtances
préſentes , entrer en actualité de la
nouvelle Charge pour laquelle il a été déſigné ,
tant& fi long-tems que ce Conſeil ne ſera pas
ſupprimé légalement. Auſſi n'est-ce que dans
ce ſens que les Membres de ce Conſeil , défignés
pour leſdites nouvelles Charges , les ont
acceptées.
Nous avons rapporté la défenſe intimée
par le Conſeil d'Etat des Provinces-Unies ,
( 139 )
àtous les Commandans des Corps militaires
au ſervice de l'Union , de violer la fouveraineté
d'aucune des 7Provinces, en marchant
ſur ſon territoire, fans l'ordre de ſes
Etats. Cette réſolution , adoptée par cinq
Provinces , rejettée par la Hollande ,&que
laZélande a priſe ad referendum, occaſionne
une grande fermentation. Comme elle a été
motivée par des avis vrais ou faux qu'a reçu
le Conſeil d'Etat, de certains ordres donnés
au Général Ryffelt , qui commande le cordon
Hollandois ſur la frontiere d'Utrecht ,
les Officiers qu'on ſuppoſe en avo'r fait la
révélation , viennent d'être deſtitués par les
Etats de Hollande : ces Officiers ſont le Ca
lonel van- der-Duin , le Comte de Rechteren ,
& le Lieutenant - Colonel van-Hogenheim.
Ainſi les deſtitutions militaires ſoivent de
près les deſtitutions civiles.
L'unanimité n'eſt point rétablie à Rotterdam ,
par la démiſſion des ſept Conſeillers , & par l'acceptation
de ceux qui ont été reçus en leurs
places. Ceux qui ont été conſervés font difficulté
de fiéger avec les nouveaux , & l'on craint qu'il
n'en réſulte la néceſſité de changer entièrement
ce Conſeil , ce qui ne ſera pas aiſe .
Les ſociétésde la Haye ſediſſipent d'ellesmêmes
, ainſi qu'on l'avoit prévu. Pluſieurs
perſonnes de marque ont été faire effacer
leurs noms. Bientôt il ne reſtera plus de ces
aſſociations que le ſouvenir d'un projet mal
conçu. ( Gazette d'Utrecht , n° . 34. )
La Société, connue ſous le nom de la vé(
140 )
ritable Société patriotique , ſe continue ici
avec beaucoup de luccès, & ne ceſſe point
d'augmenter chaque jour conſidérablement
par le grand nombre de perſonnes de diftinction,
& des principaux membres de la
Bourgeoifie qui s'y font infcrire , & par con-
Téquent rien de plus faux , que les bruits que
pluſieurs Papiers publics tant de ce pays ,
que de l'Etranger , continuent de répandie,
ſavoir , que pluſieurs membres de ladite Société
en ont fait rayer leurs noms. Nous
pouvons affurer avec certitude , que cette
prétendue radiation n'a eu lieu de la part
d'aucun membre. ( Gazette de la Haye , nº.
56. )
Parag. extraits des Papiers Angl. & autres.
«On écrit de l'Ile de France , que M. Monneron
, qui eſt fort connu & en grand crédit
dans l'Inde a accepté l'offre que lui a faite
Tippo- Saïb , de conduire en France les Ambaffadeurs
, qu'il envoie au Roi. M. Monneron en
conféquence a demandé un navire au Commandant
de l'Iſle de France ; & cette ambaſſade arrivera
ici vers le mois de Juillet. C'eſt pour la
première fois que nous verronsà notre Cour
des Ambaſſadeurs Indiens de nation & d'origine.
» [Gaz. de Leyde , nº.34. [
C'eſt une choſe affez piquante d'entendre le
célebre Philantrope Howard raconter avec cette
douceur qui lui eſt propre , comment il étoit
accueilli dans les pays où l'on n'a pas , comme
(141 )
en Angleterre , le droit d'aller , fans rendre
compte de ſes démarches ; mais où , à chaque
pas, on eſt interrogé comme un criminel , ou
fouillé comme un voleur. M. Howard répondoit
aux ſentinelles qui lui demandoient fon
nom ,& où il alloit : & Meſſieurs, on me nomme
>>> Howard , & je vais dans les priſons » : & on
l'arrêtoit comme un homme ſuſpect. Il diſoit
aux Commis qui venoient pour lui prouver qu'il
portoit de la contrebande : « Meſſieurs , je ne
>porte avec moi que du pain & du lait » ; & ils
le laiſſoient paſſer , le prenant pour un fou. Il eſt
encore agréable d'entendre le bon M. Howard
raconter ſes tentatives pour voir la Baſtille. Le
pont-levis ne s'ouvre point devant lui : il dit
méme que la ſentinelle cria i l'alarme. Il a été
mieux reçu en Eſpagne, dis géoliers de l'Inquiſicion.
Ils lui ont laifé prendre connoiſſance
de leurs cacho: s , dont il ſe propoſe de donner
un plan.
Pour ſe prémunir contre l'air mal fain des
priſons , M. Howard a la precaution , quelques
jours avant de ſe mettre en voyage , de s'abftenir
des liqueurs & des nourritures ordinaires ;
il a ſoin d'atténuer & d'adoucir ſes humeurs ; il
s'accoutume infenfiblement à ne vivre que de
pain & de lait. Une fois en route & en fonction
, il ne fait uſage d'aucun autre aliments
c'eſt ainſi qu'il veille à la conſervation de ſa
ſanté. Il n'eſt pas moins remarquable , par les
précautions qu'il prendpour ſe rémunir , pendart
l'abience , contre le ſentiment amerde la
ſéparation d'avec les ſiens.... Long- temps avant
fon prender départ , il s'iſola dans ſa propre maifon
, de fet amis , de ſa femme , de ſes enfans.
Aalla vivre dans un bâtiment ſitué à l'extrémité
de fon valjardin. C'eſt de là & dès lors , qu'a
( 142 )
:
commencé avec eux ſa correſpondance épiſto
laire . M. Howard eſt revenu deux fois depuis
dans ſa maiſon , ſans jamais interrompre fa correſpondance
, parce qu'il devoit repartir. Il reviendra
peut- être encore p'uſieurs fois chez lui ,
ſans y viſiter aucun de ceux qu'il aime trop pour
les voir; ceux-ci l'aiment aſſez , pour s'impoſer
la même privation. Cet accord ſublime , ces
facrifices pénibles & volontaires , produiſent
l'oeuvre de bienfaiſance & d'humanité , qui va
être conſacré par une ſtatue; & qui ſera dans
la mémoire des hommes , ſans doute, tant qu'il
yaura des nations policées . ( Gaz. d'Utrecht ,
nº. 31. Nouv. de la Repub. des Lett. n°. 19. )
Dans une Egliſe de Salzwadel en Allemagne ,
on lit , dit un témoin oculaire , l'épitaphe ſuivante
d'un Maître de Poſte.
<< Voyageur ne te preſſe pas comme ſi tu
>> étois en poſte : la poſte la plus vite exige
>> qu'on s'arrête à la maiſon de poſte. Ici repo-
>>>ſent les os de M. Mathias Schulzen , très-
>> foumis & très-fidele Maître de poſte de S. M.
>>> le Roi de Pruſſe , à Salzwadel , pendant 25
> ans. Il y arriva en 1655. Par le ſaint baptême
>>>il fut infcrit ſur la carte des poſtes , pour la
>> terre céleste de Canaan. Enſuite il voyagea
>>>avec diftinction dans le pélerinage de la vie ,
>> en parcourant les Ecoles & les Univerſités. II
>>r>emplit ſoigneuſement ſes devoirs de Chrétien
>> dans ſon emploi & les ſoins qu'il entraînoit.
>>L>orſque lapoſte du malheur arriva , il ſe con-
>>duifit d'après la lettre de la conſolation divine.
>> Enfin ſon corps étant affoibli , il ſe tint prêt au
>>>fignal donné de l'arrivée de la poſte de la
>>>mort. Son ame ſe mit en route le 2 de Juin
>> 1711 pour le Paradis , & fon corps fut enſuite
déposé dans ce combeau. Lecteur , dans ton
( 143 )
>pélerinage , penſe toujours à lapoſte prophé-
>>tiquede la mort. Jof. 38 , W. 1. » (Gazette
d'Utrecht n°. 35. )
: Le Miniſtre de Ruſſie , avant de partir , a expoſé
au Divan , qu'ayant fait ſavoir à ſa Souveraine
la négative de la Porte , & les réſolutions
vigoureuſes qu'elle avoit priſes , a répondu au
nom de l'Impératrice , que ni les oppoſitions ni
les préparatifs de guerre , ne pourront ébranler
S. M. , & qu'ainſi l'Impératrice , perfuadée de la
juſtice de ſes demandes , ne s'en déſiſtera jamais ,
&qu'Elle est réſolue de les ſoutenir , dans tous
les cas & par les moyens les plus convenables à
ſadignité &à l'honneur de ſon Empire. (Gazette
de Bruxelles , nº. 38 ) .
>>>La Cour de Berlin a déjà ſolemnellement
fait démentir , le bruit abſurde qu'elle avoit eu
des vues ſur la Coadjutorerie de Mayence , pour
le Prince puîné de Pruſſe. L'on voit avec ſurpriſe
, que malgré cela l'on continue à débiter
cette fable , & à la revêtir de toutes fortes de
circonstances abſolument controuvées . C'eſt aina
qu'on dit dans laGazette univerſelle de Florence ,
nº. 27 , ſous l'article d'Ausbourg , « que ce
>> plan avoit déjà été trouvé dans les papiers de
> Frédéric II ; qu'on s'étoit aſſuré d'un Brefd'é-
>> ligibilité du Pape , pour le Coadjuteur Pruf-
ככ fien , à condition de ſe faire Catholique ;
>> qu'on avoit offert 200 mille florins aux Capitulaires
de Mayence ; que le Comte de Traut-
>> mansdorff avoit été envoyé par l'Empereur ,
>> pour empêcher ce projet ; que dans un ſcrutin
du Chapitre 18 Capitulaires avoient voté
> pour n'élire aucun Coadjuteur que de leur
Corps ; que par-là la négociation ſourde avoit
manqué ; que la Chancellerie Impériale de
>> Vienne en avoit complimenté l'Empereur ,&
» lui avoit proposé de récompenfer les Capitu
(144)
laires qui avoient décliné toute récompenſe ,
>>> pour une action qu'ils avoient faite parprin-
>> cipe de propre conviction . Il eſt incompré
henſible , comment il ſe trouve une perſonne
qui puiſſe inventer & accumuler tant de menfonges
fur un ſeul fait , qui , ſelon toute apparence
, a été forgé à Mayence même par quelqu'un
, qui a cru defſervir la Cour de Berlin , &
rendre ſervice à d'autres , en créantune fiction
circonſtanciée , & en la répandant par nombre
de papiers publics , puisque d'après les recherches
faites il ſe trouve que cette nouvelle a été
envoyée par des lettres circulaires & anonymes
à la plupart des Gazettiers d'Allemagne , de
Hollande , d'Italie. Quoi qu'il en ſoit , la Cour
deBerlin peut provoquer hardiment au témoi
gagagee de l'Electeur & de tous les Capitulaire
de Mayence , & même à celui de la Cour Ipériale
, du Comte de Trautmansdorft , & dư
Souverain Pontife à Rome , qu'il n'y a pas un
mot de vrai àtoutes les circonstances rapportées
ci -deſſus , & que jamais ni le défunt Roi , ni le
Roi regnant de Pruſſe , n'ont manifeſté la moindre
vue ſur des Evêchés quelconques ; mais que
plutôt l'une & l'autre a toujours travaillé publiquement
à exclure des Evêchés les Princes
Souverains , en les conſervant à la Nobleſſe &c.
aux membres des Chapitres. L'on ſe ſouvient
encore des deux lettres publiques que Frédé
ric II écrivit aux Chapitres de Cologne & de
Munfter , lors de l'élection de l'Archiduc Maximilien,
afin de les exhorter à n'élire pour Coadjuteur
qu'un fimple Gentilhomme, membre du
Chapitre,en leur offrant de foutenir dans ce
cas la pluralité du Chapitre , par tous les moyens
conſtitutionnels. C'étoit be ſyſteme de Frédé
ric II; c'eſt encore celui de Frédéric-Guillaumes
(Courie, du Bas-Rhin , nº 3.4.)
1
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 26 ΜΑΙ 1787. A
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à Mme la Comteſſe DE BART
MONT B*, qui me flattoit d'une fortune
prochaine.
DE
E ce qu'un Grand eſt monMécène,
(Le jugeant d'après votre coeur )
Vous en augurez mon bonheur ,
Et volontiers j'y ſouſcris , noble Iſmène;
Cependant lePactole & l'onde d'Hypocrènc
N'ont pas toujours
Un même cours ;
Versdes lieux oppoſés leurpente les entraîne.
Voyez l'immortel Apollons
Voyez les ſoeurs de Melpomene;
Νο. 21 , 26 Mai 1787. G
145 MERCURE
Unberceau de verdure , un tapis de gazon,
Sont pour eux ce qu'eſt Trianon
Pour notre auguſte Souveraine.
Leur nectar favori jaillit d'une fontaine ,
>
Ils ont pour belveders le Pinde & l'Hélican ;
Leurs boullingrins font le ſacrévallon ,
Leur parquet l'émail dela plaine,
Un ciel d'azur leur pavillon ,
Des boſquets de laurier leur parc & leur domaine,
Philomèle leur Amphion ,
Et Pégaſe letur ſert tour-à-tour dans l'arène
De courfier & de Phaeton.....
Le chantre des Henris futun vraiphénomène ,
Il fut à la fortune allier les talens;
Mais le divin Homère , Efope & La Fontaine
Ont- ils vécu, font- ils morts opulens ?
L'opinion contraire eft la moins incertaine.
Eh! que font au bonheur les tréſors de Créſus ?
Le ſage , pour peu qu'il obtienne,
Vitcontent , & préfère , heureux de ſes vertus ,
L'humble tonneau de Diogène
Au vain faſtede Lucullus.
(Par M. l'AbbéDourneau. )
DE FRANCE. 147
Sur une Piqûure d'Aiguille , imitation du
Poëte Latin Jean Bonnefonds.
AIGUILLE IGUILLE au dard trop inhumain ,
Que t'ont fait les doigts de ma Belle ?
Pourquoi de ta pointe cruelle
Bleffer une auffi belle main ,
Une main qui n'eſt point coupable .....
Ces jolis doigts ne font pas faits
Pour éprouver un fort ſemblable ,
Mais bien ſon coeur invulnérable ,
Qui de l'Amour brave les traits ;
Vers ce coeur trop inacceſſible
Que ton ſtylet ſe faſſe jour,
Et fais , en le rendant ſenſible ,
Ce que n'a pu faire l'Amour.
(ParM. le Comtede laMuffe. )
*
Gü
148 MERCURE
ÉPIGRAMME fur M. le Duc DE *** ;
qui me promettoit beaucoup après díné, &
qui m'oublioit à jeun.
PAULI
AUL , rendu généreux par un nectar divin ,
Tu me promets le ſoir monts & merveilles ,
Et le matin , quand tu t'éveilles ,
Tu net'en ſouviens plus: Paul, bois donc le matin.
(Par M. l'Abbé de la Reynie , deplusieurs
Académies. )
Explication de la Charade, de l'Enigme &
duLogogryphedu Mercureprécédent.
Lemot de la Charade eſt Corbillard ; celui
de l'Enigme eſt Feu ; celui du Logogryphe
eſt Laboureur , où l'on trouve Labre , boule ,
Albe , râle , Aurore , rable , la , ré, eau ,
labour, le,leur,le Béra , l'Aube, l'Eure ,
bouc:
DE FRANCE 149
CHARADE à Mile DE ***
Monpremier bien ſouventt'épargneunebleſſure :
Charmante Iris, tu fais mon ſecond avec goût ;
Et chaque jour , hélas ! voit tomber en mon tout
Les chef-d'oeuvres de l'Art & ceux de la Nature.
(Par M. Boinvilliers , à Versailles . )
J
ÉNIGME.
Efais ſouvent verſer des pleurs
Acelledont les ans ont flétri tous les charmes.
Je ſuis un ſujet de douleurs ,
De peine, de gaîté, de plaiſirs& de larmes.
Fort ſouvent avec mon ſecours
Ondonne une fraîcheur , une grâcenouvelle
Ades attraits que tous les jours ,
Malgré tous ſes efforts , voit périr une Belle.
La Belle , en me conſidérant ,
:
Regarde avec plaiſir ſes attraits & ſes charmes;
Elle penſe en riant aux larmes
Que ſes dédains feront répandre à ſon amant ;
Celle àqui laNature avare
N'a pas voulu donner la grâce & les attraits ,
Gin
150
MERCURE
Cherche avec mon fecours ſur ſa mine bizarre,
:
Des charmes qu'elle n'eut jamais.
( Par ur. Écolier de Troisième.)
LOGOGRYPHE.
LECTEUR, ECTEUR , je ſuis desGrands lacompagne ſecrette;
Ce n'est qu'en leur faiſant courbette fur courbette
Que l'on m'obtient ; & veut- on parvenir
Aux dignités ? Veut on en atteindre le faîte ?
Quede mai fagement on ſache ſe munir ,
Etde ſes ennemis on verrala défaite.
Je paſſe ma vie à la Cour ;
AParis cependant je fais quelque ſéjour;
• Chez le Miniftre c'eſt mamaiſon de plaiſance ,
Et le jour qu'ildonne audience ,
J'ai fur-tout ſoin d'y faire un tour.
Mes fix pieds offrent à la vue
Une racine très-connue;
Un dur métal ; un élément ;
Puis un endroit cu paſſe & Prince & mendiant.
Lecteur , de qui l'eſprit rumine,
Devine fi tu peux , devine .
(Par M. D***** , Ecolier de Rhétorique. )
:
DE FRANCE. 151.
NOUVELLES LITTERAIRES.
EssAIfur les Révolutions du Droit François,
par M. Bernardi , de l'Academie des Siences,
Belles-Lettres & Arts de Marſeille. A
Paris, chez Servière ,Libraire , rue S. JeandeBeauvais.
L''HHOOMMMMEE veut être heureux , & laſcience
de la Légiflation , qui feule pourroit affurer
fon bonheur , eſt de toutes les ſciences la
moins avancée. Au milieu des prodiges des
Arts parvenus à leur maturité , & décorant
Pintérieurdes Empires , l'art créateur&confervateur
de tous les autres eſt reſté preſque
dans l'enfance. Dans tous les temps les hommes
ont embelli leur demeure avant d'en af
fermir les fondemens. La plupart des grands
peuples , tant anciens que modernes , n'ont
point eu d'autres Legiſſateurs que la ſuperftition
, le deſpotiſme ou l'efprit d'imitation.
Parcourez tous les âges du monde , vous verrez
d'abord, à l'une des extrémités de la chaîne
des ſiècles , la fuperftition corrompant en
Égypte les loix de l'antique Zoroaftre; l'elprit
d'imitatión les tranſportant de l'Égypte
fur les rochers de l'Attique , & des rochers
Giv
152 MERCURE
de l'Attique ſur l'airain du Capitole ; enfin le
deſpotiſme des Empereurs & des Papes les
détachant du Capitole , & les répandant , à
l'autre extrêmité de la chaîne des ſiècles ,
dans tout le monde chrétien. Ces loix étrangères
& fans ceſſe accrûes de préjugés nouveaux
, fubmergèrent l'ancienne Légiflation
des peuples du Nord , mieux accommodée
au géniede chaque Nation , & naturaliſée en
quelque forte dans les contrées qu'elle gouvernoit.
C'eſt à travers cette confufion des
loix de l'Aſie & del'Europe, que M. Bernardi,
jeune Auteur , couronné des lauriers Académiques
, entreprend de chercher les véritables
fondemens du Gouvernement François.
Il croit les découvrir dans la conſtitutionGermanique
, donnée à nos ancêtres par le génie
dela liberté: Légiflateur dont les loixn'avoient
point, comme celles de Zoroastre & des Mages,
pris la couleur de tous les préjugés des
ſiècles , à travers leſquels elles étoient paffées.
J'eſſaie de donner dans la courte&rapide analyſe
qui fuit , l'eſprit de fon Ouvrage.
Defcendans de ces peuples libres, qui remplirent
l'Univers du bruit de leur valeur , de
ces anciens Germains , dont la corruption de
Rome ne put jamais triompher , les Franes
apportèrent dans les pays qu'ils conquirent
les uſages & les loix de leurs pères. Sous les
Rois des deux premières races , le Gouvernement
François eſt la copie & la repréſentationdu
Gouvernement Germanique. Dans
DE FRANCE. 153
les Germains de Céſar &de Tacite , vous retrouvez
les Francs ; & dans les Francs , les
Germains de Céſar & de Tacite: même ſimplicité
de moeurs , même rudeſſede caractère ,
même reſpect pour la vie du Citoyen , même
liberté civile & politique. En un mot, dans
les premiers âges de notre Monarchie , tout
chez les Francs eſt Germain. Le peuple , maîtrede
la puiſſance législative , de l'aveumême
de ſes Rois , * exerçoit dans les Affemblées
générales de la Nation ſes fonctions de Légif
lateur. Il étoit libre , parce qu'il n'avoit point
d'autre Souverain que ſa volonté , dont fes
loix étoient les regiſtres. Ses loix étoient juf
tes , parce que nul ne peut être injufte en
vers lui-même. Le Monarque chargé de la
puiſſance exécutive , étoit le premier Magif
trat de la France, & la ſource où les Magiftrats
ſubalternes puiſoient leur autorité. Mais cette
fidelle image de la ſageſſe &de la liberté germanique
, altérée d'abord par l'ignorance &
la ſuperſtition , défigurée par la ferocité du
régime féodal. a perdu
tous les traits de ſa reſſemblance avec fon
heureux modèle .
.....
Le règne de Charlemagne eſt la première
époque de la corruption de nos loix. Ce Prince
, en étendant ſon Empire , l'énerva. La
* Une Loi , dit Charles- le- Chauve , ſe fait par
le confentement du Peuple & la conſtiturion du
Roi. Capitul. Carol. Calv. tit. 36, Cap. 6 , 8 . :
Gv
154
MERCURE
proſpérité de la France , ſous ſon gouvernement
, fut le miracle de ſon ſeul génie. Lavie
du Royaume n'étoit point dans la monarchie ,
mais dans leMonarque. Les ſucceſſeursde fon
pouvoir ne le furent pas de ſes talens , &fon
empire mourut en quelque forte avec lui.
En effet , à peine ce Prince at'il fermé les
yeux,qu'on voit débarquer fur nos côtes avec
les Normands le brigandage & la déſolation ,
tandis que , dans l'intérieur du Royaume ,
l'ambition facerdotale eſſaie contre le fucceffeur
deCharlemagne la puiſſance qu'elle tenoit
de Charlemagne , enferme dans un cloître
le Roi & la Royauté , élève ſon trône fur
l'autel , ceint le diademe ſur la Thiare,& fans
autres Soldats, ſi l'on peut le dire , que l'ignorance
des peuples & la foiblefſe des Rois ,
s'avance àla conquête du mondeChrétien.
Cette ufurpation de l'autorité légitime eſt
la ſeconde époque de la corruption de nos
loix: dès lors plus d'unité dans le Gouvernement
, plus de concert dans l'obeiſſance. Les
deux, têtes de l'aigle , comme dit Hobbes ,
font ſéparées. On voit dans un ſeul & même
érat deux Légiflateurs , deux Chefs , deux pa
tries : foumis à des devoirs bizarres & contradictoires
, on ne peut plus être à- la- fois
dévot & citoyen. Rivaux irréconciliables , le
pouvoir légitime & le facerdoce ſe font une
guerre fourde , mais toujours à l'avantage de
Pufurpateur . Le facerdoce n'oppoſe à fon ennemi
qu'une puiſſance inviſible , mais d'au
DE FRANCE. гру
tant plus redoutée , qu'elle eſt plus inconnue;
il prodigue d'utiles miracles , & fait defcendre
le ciel tout armé pour foutenir ſes ufurpations.
Sa politique immortelle , comme
cellede tous les corps , à travers les générations
qui s'éteignent& ſe renouvellent, marche
au pouvoir d'un pas égal & uniforme."
Enfin le véritable Souverain n'eſt plus Souverain,
il n'eſt plusque le Miniſtre & l'Officier
des Prêtres , il n'eſt plus rien.
Ainſis élevoit inſenſiblement ledeſpotiſme
féodal. Cemonftre aux cent bras reſſerre l'au-
⚫torité du Monarque dans le cercle de quelques
villes& de quelques provinces , laiſſe ,
avec une hypocrite foumiſſion au fantôme de
laRoyauté , le ſceptre ,la couronne , & tous
les ſignes de la puiſſance, dont il ufurpe la
réalité , & , comme les afſaffins de Célar
fléchit le genou devant le Souverain pour le
poignarder plus sûrement. A cette époque de
Paviliſſement de la monarchie , plus d'idées
de juftice&de vertu, plus de notion du bien
&dumal , plus d'humanité : par- tout le peuple
, diviſe en grands troupeaux de bérail
&dévoré par ſes conducteurs , par- tout l'antre
du Cyclope. L'eſclavage s'étend fur l'efprit
, ſur les ſens, ſur le coeur. Les élémens
eux-mêmes ne peuvent échapper à la ſervi
tude univerſelle. « Il n'y a point d'élémens
>> que les Hauts-Juſticiers , dit un Auteur ,
» qui a écrit ſur les fiefs , que les Hauts Juf
>> ticiers n'aient voulu s'approprier. La terre
د
Gvj
156 MERCURE
" eſt à eux par les terrages , les champarts,
>> les bordelages , les agriers , les cenfes& les
ود
ود
autres droits fonciers. Ils s'attribuent les
eaux , en s'appropriant les petites rivières
" & les bannalitésdes moulins. L'air eſt à
"
eux, puiſqu'ils prennent en quelques lieux
" un droit à la naiſſance d'un enfant , comme
" un tribut qu'il doit à l'inſtant qu'il reſpite
" l'air. Le feu méme n'eſt pas échappé à leur
domination , puiſqu'ils prennent des rede-
ود
ود
vances de chaque habitant faiſant feu &
> fumée. La force & l'ignorance étoient
alors les ſeules Légiflatrices de l'État ; l'épée
le ſeul Magiftrat de la Nation ; un champ
clos , le temple de toute juſtice. Alors fefiétrirent
les décorations de l'honneur, réſer
vées juſqu'alors à ces vieux Guerriers muti
lés qui préſentoient leurs cicatrices pour
tout titre à la reconnoiſſance publique. "Un
ود château fortifié , dit l'Abbé de Condillac ,
→ donnoit la nobleſſe àun brigand auquel il
>> ſervoit de retraite:on naiſſoitnoble, parce
>> qu'on naiffoitbrigand.» ر
Telle eſt , obſerve M. Bernardi , l'étroite
liaiſon des intérêts des Souverains avec les
intérêts des peuples , que les affranchiſſemens
font le premier moyen dont ſe ſervirent nos
Rois pour reffufciter leur puiſſance. Sous
Charles-le Chauve , l'homme n'a plus fur
l'homme , fon ſemblable , un droit que lui
refuſe la Narure ; l'habitant des villes eft
maître des ſentimens de ſon coeur, de fon
DE FRANCE. 157
honneur , propriétés inaliénables de l'hom-:
me , qui ne peut s'en dépouiller ſans renoncer
àlui-même, fans ceſſend'ètre. La liberté,
ſe répandant peu-à-peu des villes dans tout
le Royaume, fait éclorre dans les campagnes
les moiffons&le commerce,& dans le coe
des citoyens les talens & les vertus ; elle,
transforme les eſclaves en hommes. Les croifades,
felon la remarque de Robertſon , ſemblent
aufli concourir au bonheur des peuples;
la Terre- Sainte devient la ſepulture des tyrans
de l'Europe , & pour la première fois
peut-être la guerre n'eſt pas un mal. A la
même époque les Parlemens formoient au
milieu du Royaume une eſpèce de milice
civile, & faifoient aux ennemis de la puiſi
fance royale une guerre de talens & de probité,
Après une lutie d'environ deux fiècles ,
notre ancienne conſtitution ſembla renaître
& reprendre la vigueur de la jeuneſſe. Nos
bons Rois donnèrent encore à l'Europe le
plus noble & le plus touchant ſpectacle dont
puiſſe jouir l'oeil humain , le ſpectacle, d'un
Prince exerçant au pied d'un hétre , la pres
mière de ſes fonctions , la ſeule par laquelle
les Rois foient véritablement Rois , rendant
lui-même la juſtice à ſon peuple. On voyoit
encore le Souverain dépoſer quelquefois le
manteau de la royauté , & citoyen entre ſes
concitoyens , ſe meler& fe confondre dans
la foule du peuple, communiquer par lui-
1
158 MERCURE
même avec ſes ſujets , écouter lui-même
leurs plaintes, effuyer lui-même leurs larmes ,
&faire grâce à la licence en faveur de la
vérité qu'elle portoit au pied du Trône.
Ileſt un temps dans la vie où l'homme voudroit
s'arrérer. A meſure qu'il s'éloigne de
cetheureux période, on le voit retrograder
par la penſée , &ſe rajeunir en quelque fortes
par ſes ſouvenirs: peut être l'époque des États-
Généraux qui va s'éloigner,eſt- elle lepoint où
J'on eût pu defirer que notre conftitution ſe
fût arrêtée.
Les Romains n'avoient pu fubjuguer par
la force des armes l'eſpritde liberté des peu
plesde la Gaule. Mais le génie du defpotiťme ,
furvivantà ce peupledans fes loix, vint achever
ce que n'avoient pu faire fes Légions.
Richelieu, ce
grand maitre en fait de defpotifme, dirigeant
horizontalement ſurla nation , comme
far un plan , le glaive de la puillance , fit
tomber toutes les rêres qui s'élevoient audeſſus
des autres. De tous leurs privilèges , les
Parlemens ne conſervèrent que celui de faire,
des remontrances , l'unique droit dans l'exerciceduquel
ils repréſentent encore laNationa
Avec les formes bizarres que traînèrent
àleur fuite les loix de l'ancienne&de la nouvelle
Rome , arrivèrent les Procureurs.De la
néceſſité des Procureurs naquirent l'énormité
des dépens , & tous les maux attachés à la
violation de la loi naturelle, qui laiſſe à cha
DE FRANCE.
159
cun le ſoin & le choix de ſa défenſe ..
Notre jurisprudence criminelle ne préſentepas
un tableau moins affligeant. Al'imitation
du Tribunal établi par les Souverains
de Rome contre le crime de lèze- majeſté humaine
, l'intolérance d'une nation voiine
éleva le Tribunal de l'Inquifition contre l'heréſie
, c'est- à-dire , contre le crime de lèzemajeſté
divine ; & elle introduifit fourdement
dans nos Tribunaux , pour toute efpèce
de crimes , l'inſtruction ſecrette , qui
n'eſt ſuivie , même chez elle , que pour les
crimes qu'on appelle d'Inquifition.
Après avoir ſuivi dans leurs développemens
ſucceſſifs les cauſes de la corruptionde
nos Loix civiles & politiques , M. Bernardi
ſoumet aux lumières ſupérieures du Gouvernement
quelques vues ſur la juſtice civile .
Selon M. Bernardi , une exacte diviſion du
Royaume en diſtricts d'une étendue à- peuprès
égale , diviſés eux - mêmes en diſtricts
d'une moindre étendue , & dépendans cha
cun d'une ville du premier , du deuxième ou
du troiſième ordre , qui dépendroit à fon tour
d'un Conſeil Suprême , convoqué une fois
l'an pardes Commiſſaires du Souverain , établiroit
une échelle graduée de jurisdiction ,
qui mettroit la justice à la portée de tous les
Citoyens. Les Tribunaux , ouverts au riche ,
ne ſeroient plus fermés au pauvre.Eſpèce de
Dieux civils faits pour corriger l'inégalité
phyſique par une forte d'égalité morale ,les
1
160 MERCURE
loix ne feroient plus dans un ordre renverſé
de ce qu'elles doivent être ; elles n'ajouteroient
plus la force à la force ,& la foibleſſe
à la foibleffe. L'autorité préſente dans toutes
les parties de la France , porteroit de ſes propresmains,
aux deux extrémités du Royaume,
la peine& h récompenſe ; elle liroit fur les
lieux beaucoup mieux que dans les Écrits infidèles
& menteurs d'une foule d'intermédiaires
, le crime ou l'innocence des accuſés.
Dans l'exécution des jugemens contre les
débiteurs , par exemple , on laiſſeroit quelque
choſe en ufufruit aux perſonnes qui, par
l'âge , nous rappellent un père ou une mère
chérie. Les malédictions du vieillard , dit le
Prophète , hâtent la chûte des Empires. Tous
les Arts utiles font une eſpèce de facerdoce.
Qu'il ne foitdonc pas plus permis d'arrêter
le Laboureur dans ſon champ, que le Prêtre
à l'autel; & que les fonctions de l'état qui
nourrit les hommes, foient facrées comme
celles de l'état qui les ſanctifie.
:
*
DE FRANCE. 161
LES Pſeaumes de David, traduitsfur le
texte hébreu, accompagnés de réflexions
qui en développent lefens , & de notes qui
en éclairciſſent les principales difficultés ;
auxquels on ajoint le texte latin de la
vulgate & la traduction de M. de Sacy.Ouvrage
dédié au Roi: parM. Bauduer , Curé
de Peyruffe- Maffas , au Diocèfe d'Auch ;
2 vol. in - 12 de 425 pages. A Paris , chez
Samſon , Libraire , quai des Auguſtins.
ود
"Encore un nouveau travail ſur les pſeau-
> mes, dit M. l'Abbé Bauduerdansunepréface
très-modeſte ! n'ont-ils donc pas été affez
» traduits & commentés ,&peut- on eſpérer
>> d'éclaircir ce qui ne l'a pas été , d'après les
>> recherches d'un ſi grand nombre d'Au-
>> teurs ? Voilà, je le ſens , la première idée
>> que va faire naître le titre ſeul de cet Ou-
» vrage. »
Il s'agiffoit donc de ſe juſtifier de cette tentative,
& c'eſt ce que fait très bien M. l'Abbé
B ....Il prouve incontestablement la néceflité
d'un nouveau travail fur les Pſeaumes , en
faiſant obſerver que les commentaires ne
ſervent le plus ſouvent qu'à rapporter , à
comparer entr'eux les differens ſens qu'on
donne aux textes , mais qu'ils ne difpenfent
pas d'une traduction. " Jamais , par exemple ,
162 MERCURE
:
:
د
>> dit-iljudicieuſement,onn'entendra comme
il faut une Pièce de poéſie avec les notes
ſeules variorum, ſi l'on ne ſe fait foi-même
>> une traduction mentale d'après leurs di-
>> verſes interprétations. La multiplicité des
>> explications ne fait qu'embrouiller les
» idées , &c.
ود
...
Les Paraphrafes, ajoute-t- il, n'ont pas
>> cet inconvénient; mais elles ont celui de
>>faire diſparoître un grand nombrede beau-
>> tés qu'une traduction bien faite confer-
» vera Le fublime, on le fait, ne s'atteint
> que lorſque l'eſprit s'élève tout- à-coup
>> d'une idée à une autre , malgré l'intervalle
>> immenfe que mettent entre elles une
>> foule d'idées intermédiaires qui les lient.
>> Or, la Paraphrafe d'un Pleaume, au-lieude
>> franchir tout-à-coup cet intervalle , pro-
> mène lentement l'eſprit par toutes ces
>> idées intermédiaires,&de-là il arrive que
>> ce qui nous frappe, nous étonne &nous
>> ravit dans un Preaume , ne nous paroît
>> dans la Paraphraſe qu'une penſée ordi-
» naire. »
Quant aux traductions anciennes & modernes,
M. l'Abbé B. leur reproche le défaut
contraire aux Paraphrafes , celui de laiſſer
aux Preaumes une obſcurité , une incohé
rence apparente qui rebute ceux qui cherchent
àſaiſir le ſens de ces Cantiques divins.
La modeſtie du nouveau Traducteur ne lui
permet pas d'accuſer ſes prédéceffeurs de
grandes infidélités à l'égard du texte ; cepen
DE FRANCE.
163
dant, quoiqu'il paroiſſe incroyablequedetant
de Savans qui ont traduit la Bible, il ne s'en
ſoit pas trouvé un ſeul qui l'ait entendue
parfaitement, on ne peut s'empêcher d'avoir
cetteopinion quand on voit que la Bible de
Sacy, qui fourmille de fautes & de contreſens,
paſſe néanmoins pour la meilleure de
toutes, & eſt la plus généralement adoptée.
Je vais prouver bientôt ce que j'avance ici ;
mais je dois auparavant faire connoître le
nouveau plan de traduction adopté par M.
l'Abbé Bauduer.
Chargé autrefois d'expliquer les Pfeaumes
àde jeunes Eccléſiaſtiques deſtinés à entrer
dans les Ordres, il vit la difficulté qu'ils
avoient à les bien comprendre , & fentit
l'utilitéd'une traduction nouvelle qui ſecondât
mieux que les aurres le defir qu'ils avoient
de les étudier. Il a done cru qu'il falloit leur
préſenter une traduction faite fur l'originai
même; mais pour mettre les Lecteurs à portée
de ſuivre la Vulgate , il l'a jointe à fon
Ouvrage, avec la traduction de Sacy. Il ſe
juſtifie d'avoir employé quelques expreſſions
qui ne paroîtront pas affez conformes au
génie de notre langue,furle defir qu'il a eu
de conſerver autant qu'il étoit poſſible la tournure
de phrafe hébraïque. On ne fauroit trop
le louer de cette fidélité. Une traduction doit
toujours avoir un goût de terroir qui laiffe
deviner le génie de la Langue qu'on a traduite.
Il ne faut pas qu'Homère, Virgile , le
Taſſe & Milton ſoient traduits du même
164 MERCURE
ſtyle , ni qu'aucune de ces traductions ſoit
écrite comme le ſeroit un Ouvrage conçu
enFrançois.
M. l'Abbé B. fait à cette occafion des réflexions
très- ſenſées. " Si un Lettre Chinois ,
>> dit-il, renommé par ſes talens & par ſes
>> connoiſſances, venoit parmi nous , la cu-
>> rioſité nous auroit bientôt attirés auprèsde
> lui ; nous prendrions tous les moyens d'ap-
>> précier ſon mérite , & pour cela bien loin
>> de defirer qu'il ſe revêtît ſelon nos mo-
>> des ,& qu'il prit nos manières, nous aime-
> rions mieux qu'il conſervât les uſages de
ſon pays , quelque peu que nousy futlions
accoutumes. Au lieu d'être fachés qu'il
>>donnât pas toujours à ſes diſcours une
>> tournure françoiſe , nous aimerions mieux
>> l'entendre s'exprimer d'une manière ap-
> prochante du génie de ſa Langue , parce
>> que nous trouverions ſouvent qu'en ſe ſer-
>> vant de ces tournures inuſitées , il ne feroit
>> que donner plus d'énergie à ſes paroles.
"
ne
Voilà comment font affectés ceux qui font
>> pénétrés d'un juſte reſpect pour les Auteurs
>> ſacrés (&même pourles Auteursprofanes),
> ils veulent les voir dans leur coſtume ; &
ود s'ils ne peuvent les entendredans leur Lan-
>> gue naturelle, ils defirent que les Livres en
>> confervent quelque choſe dans la Langue
>> qu'ils empruntent. >>
Tel eſt le parti qu'a pris M. l'Abbé B. , & il
meſemble que ſa traduction n'en a que plus
de force& de nobleſle. Les expreffions même
DE FRANCE. 165
les plus extraordinaires ne choquent jamais
lorſqu'elles préſentent une image juſte , &
qu'elles étendent la penſée. Pour donner
une idée du ſtyle du nouveau Traducteur ,
je vais citer un de ſes Preaumes , & j'en
prendrai l'occaſion de faire remarquer les
endroits où la Vulgate diffère du Texte , &
ceux où Sacy a paru n'entendre ni le Texte ni
laVulgate.
Je tombe ſur l'un des plus beaux , ſur le
dix-huitième: Cæli enarrant gloriam Dei. Lé
latinde la Vulgate eſt entre les mains de tout
lemonde. Voici la traduction de M. l'Abbé
Bauduer.
" Les Cieux dans leur langage publient la
>>gloire du Tour-Puiſſant. Le firmament an-
>> nonce que le Monde eſt l'ouvrage de ſes
» mains. » :
1
Je ne puis juger de l'original hébreu ; mais
àmoins qu'il ne contienne quelque mot négligédans
la Vulgate , il me ſemble que le
Traducteur s'est trompé dans la ſeconde
phraſe. Le latin dir que le firmament atteſte
l'ouvrage de ſes mains , & ne parle pas du
reſte de l'Univers. C'eſt comme s'il diſoit :
Lefirmament, par toutes les merveilles qu'il
étale,prouve qu'il ne peut être forti que des
mains d'un Dieu ; - mais le firmament ne
prouve point que le Monde ſoit ſon ouvrage.
Sacy , qui a traduit Cæli enarrant par cette
foible expreſſion : Les Cieux racontent,ajoute
lefirmamentpublie les ouvrages defes mains ,
cequinemeparoîtpas le ſens de l'original.
166 MERCURE
"
« Le jour répète ce langage au jour, la
nuit le répète à la nuit. »
Cette grande idée eſt exprimée par M.
l'Abbé B. d'une manière éclatante & noble ,
randisque Sacy dit ridiculement : unjour annonce
cette veritéà un autrejour, & une nuit
en donne la connoiffance à une autre nuit.
Qu'est-ce que ce jour qui parle à un autre
jour?&dequelle vérité eſt il queſtion ?
«Ce ne ſont pas des paroles ; ce n'eſt
>> pas une voix dont le ſon ne parviendroit
>> pas à nos oreilles. La voix des Cieux ſe
> répand par toute la terre, leur parole re-
" tentit juſqu'aux derniers confins de l'Uni-
> vers. "
ne
Voilà qui eſt encore exprimé d'une manièredigne
du texte ; écoutez le non-fens de
Sacy : Il n'y a point de langue ni de différent
langage par qui leur voix foit entendue;
leur bruit s'est répandu dans toute la terre, &
leurs parolessefont fait entendre jusqu'aux
extrémités du Monde. Comprend-t'on une
langue&un langage qui entendent ? & pouvoit
on rendre plus miferablement lefonus
corum, le ſon que rendent les Cieux , que
par leur bruit ? Ignore-t-on que les Anciens
croyoientque les Cieux ou les Aftres étoient
folides & fonores , qu'ils étoient même difpoſesdans
les proportions muſicales ? Voyez
le ſonge de Scipion .
" A ces confins même eſt placé le pavillon
du Soleil ; c'eſt de là que cet Aſtre ſe
> montre tel qu'un nouvel époux qui fort
DE FRANCE. 167
-
» de ſa couche nuptiale. Impatient , plein
>> d'ardeur, il s'élance comme un géant danis
,, la carrière. Il part d'une extremité des
Cieux , &décrivant un cercle immenſe , il
>>> arrive à l'autre extrémité ſans que rien
dans ſa courſe ait pu ſe dérober à la cha-
>> leurde ſes rayons . >>
t
Juſqu'ici on a vu que tout le Pleaume
dans la traduction de M. l'Abbé B. eſt conſéquent
,que les idées ſont liées entre- elles ';
ona pu juger au contraire de l'incohérence
qui règne dans celle de Sacy ; mais il a fait
un contre-ſens bien plus étrange. La Vulgate
dit: In Sole pofuit tabernaculum ejus ( Deus,
Dieu bien entendu) & ipfe tanquam fponfus,
&c. Il n'a pas entendu que cet ipſe ſe
rapporte à Sole , & c'eſt Dieu qu'il fait ainſi
promener d'un bout à l'autre de l'Univers.
Peut- être le nouveau Traducteur auroit- il dû
faire fentir davantage in Sole pofuit. Il me
ſemble qu'on doit l'entendre ainfi : Dieu a
établifa demeure dans le Soleil, & cet Aftre
en marchantcomme un nouvel époux qui fort
defa couche nuptiale , s'élance ainſi qu'un
géant pourfournirſa courſe. Je ne voudrois
pas que cette image fût ſurchargée des mors
impatient, plein d'ardeur, décrivant un cercle
immenfe, qui n'ajoutent rien à ſa beauté , &
quine font pas dans l'original. Je fais grace
au Lecteur de la traduction de Sacy.
•Tel est le bel ordre de l'Univers. Mais
» que la loi de Jéhovah paroît plus belle encore!
La loi de Jéhovah eſt parfaite , &
.
168 MERCURE
" rend les ames heureuſes. Ses fidèles Oracles
donnent la ſageſſe aux humbles. Ses
> décrets pleins d'équité portent la joie dans
"
ود le coeur. La clarté de ſes préceptes deffille
>> les yeux. La pureté de ſon culte ne ſera
>>.jamais alterée. Ses jugemens font infailli-
ود bles; ils ſe juſtifient par eux-mêmes. Ses
>> commandemens ſont préférables à des
» monceaux de pierres précieuses ; ils font
>> plus doux que le miel le plus pur. »
:
C'est ici l'un des cas où M. l'Abbé B. a cru
que ſa traduction devoit ſuppléer aux Paraphrafes
& aux Commentaires. Il n'exiſte plus
de liaiſon apparente dans les idees de l'original.
L'Auteur ſacré a établi la puiffance de
Dieu prouvée par les merveilles de l'Univers.
La peinture de la marche du Soleil fort
naturellement de cette première idée comme
une preuve nouvelle. Tout- à-coup il s'écrie :
Lex Domini immaculata convertens animas,
ce qui ne ſe joint plus immédiatement dans
l'efprit . Le Traducteur rétablit cette liaiſon
par l'addition d'une idée intermédiaire. Il eſt
évident qu'il eſt le maître de la choiſir à fon
gré, pourvu qu'elle préſente un ſens raifonnable.
Cependant comme dans ces additions
néceſſairement conjecturales , on ne peut jamais
être sûr d'avoir ſaiſi la véritable penſée
de l'Auteur, il faut en être fobre, & ne les
employer que lorſqu'on y est abſolument
obligé. Peut- être en y réfléchiffant davantage,
le Traducteur auroit- il vu que le texte ne
manque pas autant de connexion qu'on peut
le
DE FRANCE.. 169
lecroired'abord. Si le Pfalmiſte avoit dit ſeulement
: Tout dans l'Univers annonce la
gloire de Dieu;sa Loi est parfaite , & rend
les ames heureuses : N'est-il pas vrai que ces
idées s'enchaînent fort bien l'une à l'autre ,
puifqu'après avoir prouvé la gloire du Tout-
Puiflant , il prouveroit enfuite ſa juſtice ?
Qu'a-t il fait de plus ? Il a peint cette gloire
dont il parloit. Les images qui ſe ſuccédoient
àſes yeux ſe ſont multipliées ſous ſa plume;
c'eſt le privilégedela Poésie. Leur abondance
a pu le détourner pour un moment de fon
idée prémière, mais ne l'en a pas entièrement
ſéparé. Au reſte , jenepropofececiquecomme
un doute ; il n'en eſt pas moins vrai que la
liaiſon ajoutée par le Traducteur ne fait rien
perdre au texte de fa beauté. Ceux qui voudront
ſe donner la peine de comparer cette
traduction à celle de Sacy, verront que la nouvelle,
pleine de grace , d'élégance & de grandeur,
n'en eſtpas moins fidelle&inoins litté
rale, tandis que l'autre , toujours plate &barbare,
manque ſouvent d'exactitude à l'égard
du fens.
" Votre ſerviteur, & mon Dieu , trouve
» en eux ſa lumière;mais ſouvent il tombe ,
» quoiqu'il s'applique à les obferver
La Vulgate dit : Et enimfervus tuus cuftodit
ea, in cuftodiendis illis retributio multa.
Mot à mot: Votre ferviteur les obſerve , &
trouve de grands avantages à les obferver. II
faut néceſſairement qu'il y ait ici une difference
entre le texte hébreu & le latin de la
Nº. 21 , 26 Mai 1787 . H
170 MERCURE
Vulgate. Le ſens adopté par M. l'Abbé B. ne
reffemble en rien à celui de cette ancienne
traduction . Je ne puis décider lequel s'eſt
trompé; mais celui du Traducteur François
me paroît plus confequent que l'autre ,
C'eſt aux Savans à juger s'il eſt exact. Je remarquerai
encore que M. l'Abbé B. a trèsbien
fait de négliger 1'& enim du latin. On
trouve dans toutes les langues de ces particules
expletives qui fervent à indiquer une
liaifon entre deux phrases fans déterminer
précisément quelle eſpèce de liaiſon , telles
que le μενde desGrecs, l'equidem des Latins, le
pure des Italiens, &c. Ces mots ne doivent
point être exprimés en François ; ils ne
doivent pas fur-tout l'être par le mot car ,
comme l'a fait Sacy. Car eſt une conjonction
qui marque une conféquence ; or il n'y
a certainement nulle conféquence entre ces
deux idées . Les commandemens de Dieu
ſont plus doux que le miel, car votre ſerviteur
les garde avec ſoin. On fent combien la
phrafe de Sacy devient ridicule.
" Eh! qui peut connoître ſes propres erreurs
? Effacez mes offenſes ſecrettes
defendez moi fur- tout de l'eſprit d'orgueil :
» qu'il ne domine point en moi ; alors je me
>>conſerverai pur , & j'éviterai des péchés
fans nombre. » "
Me voici encore arrêté. Défendez moi de
Pefprit d'orgueil eſt- il dans le texte hebreu?
Iln'eſt pas dans la Vulgate. Il y a : Ab occulsis
meis munda me & ab alienis parce fervo
DE FRANCE. 171
tuo.Voici comment Sacy l'a rendu: Purifiezmoi,
mon Dieu , de celles qui font cachées
en moi, & préservez votre ferviteurde la coiruption
des étrangers. C'est bien à-peu-près
le fens ,& il ſe lhe affez au verſet qui fuit : St
mei non fuerint dominati, tunc immaculatus
ero : & emundabor a delicto maximo. Sije
n'enfuis point dominé (de la corruption ) je
ferai alorsfans tache, & purifié d'un très
grand péche. Les mots font rendus à peu
prèsdans cette verſion; mais l'idée l'eſt-elle
Voici comme je la conçois Effacez mes
offenfes fecrettes, & défendez-moi de celle's
des autres, c'eſt àdire , de la ſéduction que
produit l'exemple. Sacy a rendu alieris par
étrangers. Iln'a pas compris que c'étoit alienis
delictis , les fautes des autres. Ce qui
ſuit le prouve cependant évidemment. St
mespenchans n'avoient point été dominés ,fi
mei non fuerint dominati, je ferois fans
tache,je ferois purifiéduplus grand de mes
péchés.
fured'idéesne ſeretrouvepoint
dans la traduction de M. l'Abbé Bauduer ;
mais, encore une fois,je ne puis dire s'il atort
ou raifon.
Certe
Puiflent vous être agréables les paroles
» que ma bouche prononce , & les defirs
>> que mon coeur forniedevant vous , ô Jého-
>> vah, mon aſyle &mon libérateur ! »
Le nouveau Traducteur détache cette
phraſe qui eſt liée dans le texte latin; elle eſt
une conféquence de la précédente. Alors , dir
la Vulgate , vous feront agréables les paroles
Hij
172 MERCURE
que ma bouche prononce , & les réflexions
dont mon coeur s'occupe devant vous.
Je me ſuis laiſſe entraîner au defir d'examiner
ce Preaume en entier. On n'en ſera que
plus à portée de juger la manière du nouveau
Traducteur. Il me ſemble avoir par-tout le
*même mérite , la même pureté , la même nobleſſe
de ſtyle jointe à la même fidélité. Je le
faiss'il exiſte des verſions des Preaumes &des
autres partiesde la Bible meilleures que celle
de Sacy (&dans ce cas, pourquoi ne lui font
elles pas préferées?) Mais ſi elle l'emporte fur
les autres , il me ſemble qu'il n'y en a aucune
quipuiſſe être comparée à celle de M. l'Abbé
Bauduer. Ce feroit de ſa part une entrepriſe
très-louable & très-utile de traduire ainſi la
Bible en entier. Les gens du monde que rebute
facilement,un mauvais ſtyle , liroient alors
avec plaifir & fans doute avec fruit un Ouvrage
qui devroit être la baſe de leurs connoffſances,&
qui néanmoins , j'oſe le dire, leur eſt
preſque entièrement inconnu.
( Cet Article eft de M. Framery. )
--
DE FRANCE. 173
VARIÉTÉS.
NECESSITÉ de réglerſespenséespar rapport
au paſſé, au préſent & au futur, Lettre
traduite de l'Anglois.
Pariturpænas peccandifola voluntas;
Namfecus intraſe tacitum qui cogitat ullum ,
Fafti crimen habet. Juv.
For he that but concives a crime in thaught
Contracts the danger of an actual fault. Creech.
L'I'INNTTEENNTTIIOONN du crime en emportela peine ; car
quiconque roule une mauvaiſe penſée dans ſon ame
l'effectue autant qu'il eſt en lui Si au moment de fortir
de la vie , l'homme le plus actif & le plus, laborieux
pouvoit s'en rappeler tous les inſtans d'une manière
diftincte , les placer avec ordre devant ſon imagination
,& en faire une revue exacte , il en trouveroit
bien peu qui fuffent marqués par des effets ſenfibles
& durables ; on ne fauroit croire combien ce
qu'il afait réellement ſeroit en petite proportion avec
ce qu'il auroitpu faire , combien de vides immenfes
&de repos intermédiaires on appercevroit dans la vie
même la plus agitée par les affaires , la plus tourmentée
par les paffions.
Les Philoſophes modernes aſſurent les corps les
plusdurs tellement porreux, que fi on pouvoit comprimer
juſqu'à un parfait degréde ſolidité tous ceux
Hiij
174
MERCURE
A
qui font ſemésdans l'étendue, on pourroit contenir
dansun cube de quelques pieds tous les globes de matières
qui pareiflent remplir de leur tout l'eſpace de
l'infini ; de même ſi l'on raſſembloit tous les momens
de la plus longuevie où l'eſprit & l'ame ont été occupés,
un fiècle entier ſeroitréduit àquelquesſemaines ,
àquelques jours , à quelques heures. L'activité de la
*penséeeſt ſi ſupérieure à celle du corps, qu'il faut fouvent
des années pour exécuter ce que l'ame imagine
&conçoit dans quelques minutes; le plus ſouvent
elle reſte ſpectatrice oiſive du travail par lequel les
pieds & les mains exécutent les ordres qu'elle a
donnés,
Auſſi les ames très-ardentes ne peuvent- elles ſe
renfermer dans les limites des fonctions de leur état.
Sous leurs rentes les Généraux Grecs & Romains cul
tivoient les Lettres , éudioient la Philoſophie , &
Lucain n'a faitque ſe conformer à la véritéhiſtorique
lorſqu'il a dit de Céſar que ce grand Homme obfervoit
le cours des Aftres, & dévoiloit les Loix du Ciel
au milieu des ſoins de la guerre & des apprêts des
combats.
- Media interpralia femper
•Sideribus, calique plagis , fuperiſque vacavi,
Amidthe ſtorms ofWar , With curious eyes ,
Itrace the planets and ſurvey the skies.
Quoique les beſoins de la vie, particulièrement
dans nos conftitutions modernes, n'exigent qu'une
très petite portion de toute l'activité de notre ame , il
eſt probable qu'elle l'exerce toujours plus ou moins ;
mais condamnéeà l'inaction par la Nature , qui exige
peu , & par la Société , qui ne nous demande guères
que l'obéislance nous ne faiſons quepenſer tans agir,
& la plus grande partie du temps nous neſommes capables
que de penſer.
DE FRANCE. 175
De peur qu'une activité ſi inquiète ne devienne
ou inutile ou dangereuse , & que le ſuperflu de l'entendement
ne ſe perde , ce n'est pas une vaine ſpéculation
peut-are d'examiner de quelle manière nous
pouvons gouverner nos pensées , en empêcher les
mouvemens irréguliers , & les revenir dans de fages
Jinvites.
Quelle est la meilleure manière de diriger l'entendamentvers
la connoiffance de la Société? Par quels
degrés doit-il arriver à ſon but? par quels procédés
peut-onleguérir de ſes défauts , & l'accoutumer à
de nouvelles érudes ? Toutes ces recherches ont été
faites par des hommes auffi éclairés que judicieux ,
dont je n'adopterai ni ne rejeterai les observations.
Monobjeteſtplutôtd'avancer la Vertuquela Science ,
&d'éclairer la confcience plus que l'eſprit.
On a négligé cet examen de nos pensées que je
propoſe, faute d'avoir ob'ervé que chacune de nos attions
eft précédée &déterminée par quelques vues de
notre eſprit, & que par contéquent ne pas veiller fur
la pureté de nos pensées , c'eſt laiſſer corrompre la
fource des Vertus & de la Morale. C'est du défor the
denos defirs que naît le défordre de nos actions de
qu'on ſe permet de detirer devient bien, l'objet de
nos eſpérances , & bientôt on agit pour obtenir ce
qu'ona eſpéré.
Du moment qu'on ſe permetde conſidérer ce qu'une
action a d'avantagens phitôt que ce qu'elle a de criminel
, la délicatetle de Fame eſt affoibie; fi l'on
vient à penser qu'on peur de faire avec ſureté, le
remords ne parle plas ,& l'on finir cefir par commettre
avec audace des crimes que l'ame auroit rejetés
avec horreur i elle les avoit crus poffibles , &
dontlapremièreidée nes'eſt préſentée à clie qu'àfon
infu , contre ſa volonté , & comme une vaine
imagination dont elle pouvoit s'amuter tans con-
Léquence.
Hv
176 MERCURE
Confultez leshommes à qui l'amour ou la jalouſie ,
la haine ou l'envie ont fait commettre des crimes,
-tous vous diront avec quelle facilité ils auroient pu
repoutfer la tentation à fa naiſſance, combien il leut
auroit été aifé de détourner l'attention de leur eſprit
và quelque autre objet, combien les plus légères diftractions
amortiſſentſouventles paffions les plus violentes,
& comme il est vrai que c'eſt lorſqu'on rappelle
foi-même ſa paffion , lorſqu'on ſe livre à elle
avec une molle complaiſance, qu'elle renaît comme
Jeferpentqu'on échauffe dans ſon ſeinpourverſer ſur
vous tous fes poifons.
On voit donc combien il importe de tenir l'imagination
fous la garde conſtante de la raiſon , puiſque
c'eſt le ſeul moyen de nous affurerde notre propre
vertu , & que fans cela nous pouvons corrompre nos
scoeurs dans la folitude la plus profonde par des goûts
&des defirs plus pernicieux & plus dominans qu'ils
ne feroient dans le commerce du monde. On oft
ailémerr révolté par les crimes qui ſe montrent d'ar
bord dans toute leur énormité ; mais le développer
ment fucceffif de notre propre malice , protégé par
l'intérêt & déguité par tous les artifices de l illuſion
perfonnelle, nous donne le temps de trouver des dif
tinctions en notre faveur , & la raiſon ſe plie infenfiblement
à l'abſurdité, comme par degrés l'oeil ſe
fait auxténèbres .
Dans cette maladie de l'ame il eſt de la plusgande
conféquenced'appliquerles remèdesdès le commencement,&
c'eft pourquoije m'efforcerai de faire voir
quelles fontles perfées qu'd fautrejeter ou qu'il faur
fuivre par rapport au paflé, au préſent ou au futur ,
dans l'eſpérance de réveiller la vigilance &; l'attention
deceux qui s'abandonnent à des ſonges danger
reux, d'autant plus dangereux que n'étant encore que
des fonges , on le's regarde commeinnocens. i
La confidération du paffé n'eſt bonne qu'autant
DE FRANCE. 177
qu'on en peut tirer des leçons utiles pour l'avenir, &
c'eſt pourquoi en repaſſant toutes les circonstances qui
font l'objet d'un examen ſérieux , un homme devroit
s'arrêter dès les premières penſées pour examiner
comment il a été conduit à ce point , & pourquoi il
continue la réflexion. S'il ſuit avec complaiſance les
détours d'une heureuſe fourberie , les excès d'une
nuit de débauche, le fil d'une intrigue criminelle ,
qu'il rappelle fon imagination comme engagée dans
une fauſſe pourſuire , qu'il repouffe bien loin ces fouvenirs
où le plaifir , fans l'approbation de la conſcience
, fait faire oublier le crime, & qu il les remerte
à un moment où il pourra s'y arrêter avec plus
de sûreté . Ce moment ne manquera pas de venir, car
l'impreſſion du plaisir paſſe va toujours en diminuant,
mais le ſentimentdu crime par rapport à l'avenir
reſte toujours le même
La revue de nos actions faite d'une manière lerieuſe&
impartiale , eſt incontestablement néceſſaire
pournous affetmir ou nous ramener dans le chemin
dela vertu , &c'eſtpour cela qu'elle est recommandée
par les Théologiens ſous le nom d'examen de conſcience
commele premier pas vers le repentir. Cette
pratique eſt ſi néceſſaire que fans ell. nous ferions
d'éternels commençans dans la vie, toujours prêts à
> être féduits par les mêmes appas, égarés par les mêmes
illuſions ; mais pour ne pas perdre le fruit de notre
expérience il faut nous efforcer de voir chaque
choſe comme elle eft , & exciter en nous ces ſentimens
que le grand Auteur de la Nature a destinés à
fuivre ou à accompagner lesbonnes ou les mauvaiſes
actions .
: <<Nelaiffepas'e fommeil s'approcher de tesyeux,
>> dit Pythagore , que tu navesrepaffé uſqu'àtrois
-fois es actions dujour qui fiic. Cù me sjc
>> allé laiſſer égarer? qu'ai-je fait ? qu'a je omis ?
Hy
178 MERCURE
A
:
>> Reprens ainſi depuis la première action & pour-
>> fuis, & à la fin effraye-toi du mal que tu as fait,
» & réjouis -toi du bien.
Nospenfées par rapport au préſent étant déterminées
par les objets que nous avons ſous les yeux
ne fout pas fuje tes à ces dangers , à cette diffipation
que je m'arrête ici à confidérer, mais je ne puis m'einpêcher
dans cet article de prémunir les ames tendres
& déliates, en butte aux forties d'une im gination
qui ſe dérègle , contre un abattement trop
grand& des inquiétudes trop vives , car'les penſées
ne font criminelles qu'autant qu'on les a provoquées ,
& que l'on continue de s'y livrer.
Evil into the mind ofgod er man
May come and cio un approved and leave
No fpot or ftainbehind. Milzon.
C'eſt principalement dans l'avenir que ſe raffemblent
tous les pièges on l'imagination va ſe prendre,
:L'avenircit le hège naturel de la crainte & de l'eſpé-
- rance, avec cere foule d'inquiétudes &de d. firs nés
les uns des autres qui leur doivent tous l'existence.
L'avenir et une mer où l'on voit encore les événemers
&les balards te mêler & fe confondre fans aucun
rapport visible avec leur caufe; nous avors tont
le temps& toure la liberté de faire un choix qui nous
convienne , & nous ne manquors pas d'en profiter,
Prendre & chrif au milieu des avantages poſſibles
en , commeon l'appelle en Droit, in vacuumven'te ,
s'emparer de ce qui n'appartient àperſonne , le danger
qu'ily a c'eit de s'en êter à garder ce dont ons'eft
unefoismis petfuſion quand même ii ſepréfenteroitun
maître. On 'est bientôt permis de fongerrà
sce qu on peut avoir , juſqu'à ce qu'enfin on ſe détermine
àl'obtenir ,&deferepréſenter le bonheurd'une
en
A
DEFRANCE هدو
ftuation particulière , juſqu'à ce qu'on ne puiffe plus
ſe trouver heureux que dans celle-là. Nous ne de-
Viions aנ moins prendre pour objetde nos deſars, rien
qui ſoitaupouvoird'un autre , lfii nous vouons conferver
notre repos , & rien qui ſoit en ſa poffeſſion ,
co
nous voulons conferver notre innocence. Quand
unhomme ſe trouve engagé , meine par une ſoitode
ſentimens honnêtes, àdefirer ce à quoi il n'a point
dedroit , il devroit reculer comine des bor's dun
précipice couvert de fleurs . Celui qui s'imagine qu'il
ferviroit mieuxlePublicdars un poſte élevé que
lulqui le remplit en viendra infent Blomentacroire
que c'eſt un'actede vertu de le fupplanter; && comme
la rivalité a bientôt enfanté la haine, fon empreffe
ment à ſe faifir d'ons milion à laquekelil n'est pas
appelé, lui f. ra commette des crimes quin'étoient
jamais entrés dans ſon premier plan
Ainfi donc celui quiprétend régler ſes actions fur
les principes de la vertu , doit régler les pembes fur
ceux dela raiſon; il faut qu'il éloigne le crune des
avenues de fon coeur &fe fouvienne quetes plaifirs de
J'imagination & les émotions cansées par le defirfont
d'autant plus dangereuse , qu'elles font plus cachésς
puiſqu'alors elles n'ont rien pour leur enimpofer , &
agiffent également danstoutes les poſitions fanslecon
cours des circonstances experieures.
J (BarM. Perrièrese ) b
)
1
13
1
Hvj
182 MERCUREET
Briféîs , & la mort. Il rendau vieillard infor
tuné les corps de ſes enfans , & court chercher
devant Troye la mort qui lui a été
prédite.
Quand cette Tragédie parut pour la première
fois , les Critiques du temps reprochèrent
à M. de Sivry d'avoir fait varier la
tradition conumurie ſur lanaiffance de Brifeis,
&d'avoir donné à la captive d'Achille un caractèred'héroïfme.
L'un de cesdeux reproches
nous paroît mal fonde; Pautre demandoit
une difcution qui le motivat ſuffifamment.
D'abord , Horace a dit : Poetis quid libet audendi
femper fuit... potestas. Il est vrai que
cette liberté doit toujours s'accorder avec la
vraiſemblance & avec la raifon , & peut- être
-M. de Sivry a-t'il un peu bleſſe l'une & l'autre
en faiſantéleverBrifeis parun Troyen. Brisès,
amidePriam,&Gouverneurde Lyrneffe, qui
fait qu'un Oracle a prédit que Brifeis caufecroit
la mort de fon frère , devoit- il lui laiffer
croire qu'elle étoit née: Grecque? N'étoit- ce
pas chercher à aider l'accompliſſement de
Oracle, que de l'élever dans l'eſprit d'une
-nation ennemie du peuple Troyen? Ilnous
ſemble qu'il eût été plis raiſonnable de
faire fauver Brifeis par un Grec , d'attacher
fa reconnoillance à quelques ſignes cerrains ,
dela faire trouverdans une ville Troyenne ,
-où elle auroit été faite prifonnière parAchille,
&, que de ces données auroient pu jaillir tout
naturellement; & la haine du nom Troyen ,
&cle defir de rondge Achille à la Grace , &
:
DE FRANCE. 183
des incidens capables de dévoiler le ſecretde
fa naiſſance. Quant à l'idée qu'a eu l'Auteur
de faire de Briféis une fille de Priam , elle
nous paroît belle, grande & tragique ; & l'infortunée
Princefle hârant, fins ſe connoître ,
lamort de fon frère & la ruine de fon pays,
eft un perſonnage véritablement dramatique
& intereffant. Voilà un de ces refforts qui ,
au Théâtre , produiſent des émotions puiffantes
, un reffort que tous les Écrivains ne
ſont pas faits pour imaginer , & dont quelques-
uns ne concevront jamais le mérite.
Le ſecond reproche eſt d'autant plus déplacé,
que i. de Sivry a ſuivi l'idée d'Ovide
dans le caractère qu'il donne à la fille de
Priam . Qu'on ouvre l'Héroïde que ce Poëre
fait adreffer à Achille par Brifeis , ony verra
ces vers :
10
13
Quid tamer expectas ?Agamemnona pænitet ira :
Etjacet ante tuos Gracia mæſta pedes.
Vince animos iramque tuam , qui cetera vincis ,
Quidlacerat Danaas impiger Hector opes ?
Armacape acide: fed me tamen ante recepta
Etpreme turbatos, Mariefavente, viros.
Ne renferment-ils pas les mêmes chofes àr
pen- près que M. de Sivry met dans la bouche
deBriféis:
Que parlez-vousd'Atride Oubliez fon injure.
Quand je vous fuis rendueétouffez ce murmure.
184 MERCURE
:
Hector , en votre abſence,uſurpe votre gloire ;
De ſes bras tout ſanglans arrachez la victoire.
Il ad'ailleurs conſervé à ſon héroïne les reffources
de ſenſibilité particulières à ſon ſexe
&à fon caractère d'amante d'Achille. Si Ovide
faitdire àBrifeis :
Mittite me Danai; dominum legata rogabo ,
Mixtaque mandatis ofcula multa feram.
Plus ego quàm Phoenix ,plus quàmfacundus Ulyſſes,
Plus ego quam Teucri , credite , frater agam.
M. de Sivry fait direà Ajax par Ulyffe :
Ses regards vont produire un heureux changement,
-Ils n'épargnerort rien pour fléchir un amant.
Achille , par ce charme , eſt facile à ſurprendre';
Briféis fera plus qu'Ajax n'oſe en attendre.
-En voilà plus qu'il n'en faut pour prouver
que M. de Sivry , à qui la connoiffance des
anciens est très- familière , a profité des intentions
d'Ovide , & qu'il les a même embellies.
Nousbornerons àdeux obfervations celles
que nous pourrions nous permettre perfonnellement
fur l'Ouvrage de M. de Sivry.
Premièrement , il nous paroit extraordinaire
que Priam, après avoir recorinu ſa fille,
Jun défende expreffement de decouvrir a fon
amant le ſecret de ſa naiſſance. Que peut-il
réſulter de ce myſtère à l'avantage de Priam
&de Troye ? Rien,Au contraire, putqu'Achille
, après avoir abandonne les Grecs , a
DE FRANCE. 185
fait ſa paix particulière avec Priam , puiſqu'il
lui a rendu un pofte très- important pour le
falut de. Troye , puiſqu'il adore Brifeis , &
qu'il veut l'epoufer, Achille ne peur , en ap
prenant quel eit le père de ſa maîtreffe , que
s'attacher davantage aux intérêts du Roi des
Troyens. La propoſition de Priam paroît ici
d'autant plus naturelle, que tout lemonde fait
qu'après la mort d'Hector, fon père confentit
à accorder à Achille ſa ſoeur Polixène. Mais
que ſeroit devenu l'Oracle qui a prédit que
Brifeis cauferoit la mort d'Hector? Que feroit
devenue l'action de la Tragédie ? Quel
en auroit été le dénouement ? Toutes ces
queſtions , plus aiſées à faire qu'à réfoudre ,
prouvent que rien n'eſt plus difficile que de
faire mouvoir dans une action theîtrale des
refforts fur leſquels la ſaine raiſon n'ait rien
àreprendre.
!
Secondement , lorſque dans Homère Agamemnon
renvoye Brifeis à fon amant , Achille
ne confent point pour cela à combattre les
Troyens ; ce n'est qu'à la mort de Patrocle
qu'il fe revêt de ſon armure ,&qu'il court à
la vengeance. M. de Sivry , en enflammant (
Patrocle&Achille par le moyen de Briféis, a
peut-être ôté de l'énergie à leur caractère.
Que Patrocle , qui n'a pas les mêmes raiſons
qu'Achille pour haïr Agamemnon , ait cédé
aux inſtances des Grecs & à l'héroïfme de
Briféis, à la bonne heure ; mais Achille, l'inexorable
Achille doit- il céder comme Patrocle?
Nous nous trompons peut-être , mais nous
186 MERCURE
croyonsque le fiſe de Thétis, infenfible aux
prièresde fa maîtrefle,&faiſantpourl'amitié
tout ce qu'il a refuſe à l'amour, paroîtroit plus
fier , plus grand, plus admirable.
Malgré ces obſervations , cette Tragédie
eft très - eſtimable ; on y remarque des ſituations
vraiment touchantes. Elle eſt peut-être
d'un ton un peu ſovère pour nos Spectateurs
modernes , qui ne font pas très-veries dans la
connoiffance des beautes antiques ; mais elle
eft faitepour plaire aux gens qui ont confervé
du goût&des lumières. Le ſtyle en eft ferme&
poétique , & nous ne craignons pas de dire
qu'il eſt ſouvent digne d'Homère & du carnesère
du Héros qu'il a chanté.
* Ilſembloit que M. de Sivry ne dût jamais
faire reparoître ſes Ouvrages fur la foène ;
c'étoit au moins ce qu'annonçoient ſes Préfaces
de Briféis & d'Ajax , où il marque le
plusgrand mépris pour les fuffrages de lamultitude;
il reparoit néanmoins après vingt-huit
ans devant ce même Public qu'il a mépriſe ,
*&qui dans cet efpace de temps ne nous paroît
pas avoir redreffé fon goût déjà équivoque
en1759. Lekain ſembloit avoir prévu ce retourde
l'Auteur vers la Scène, dans une Lettre
qu'il lui adreſſa le 14 Septembre 1773 , dent
nous poffedons l'original , & que nous imprimons
pour terminer cet article.
" J'ai reçu, Monfieur, avec une recon-
*> noiſſance bien fincère, le Volume que
» vous n'avez fait l'honneur de m'envoyer ;
>> il n'est pas aufli bien imprimé que celui
DE FRANCE. 187
:
-> qui l'a précédé ; mais il eſt enrichi de
>> petites Pièces charmantes & d'un genre
» qui s'écarte heureuſement de ce larmoyant
>> piteux qui ne produit que des demi-fenfa-
» tions , époque bien triſte de la décadence
» du bon goût & du vrai génie . Le vôtre ,
» Monfieur..... Ne croyez pas que l'appel au
>> petit nombre vous ait brouillé avec le Pu-
>> blic de inanière à ne jamais vous réconci-
ود
"
Tier avec lui. Choiſiſſez ou imaginez un
beau ſujet , & je vous fuis caution que je
>>négocierai votre paix. Si les petits gri-
>>mauds.... ſi tous ceux qui font un bruit du
>> diable avec le ſecours des poignards & un
>>piquet du régiment des Gardes .... fi , dis-je ,
>> tous ces Auteurs qui montrent la rareté,
>> la curioftén'ont pas fait de vos talens route
>>l'eſtime qu'ils devoient en faire , prouvez-
ور leurencoreune fois que l'on peut être un
> homme de mérite fans tous ces ſecours
>> étrangers à l'Art des Racine & des Cor-
>> neitie,&c. Signé, LEKAIN. »
ANNONCES ET NOTICES.
V
12 d'Haïder-Aly Khan, précédée de l'Histoire
de l'ufurpation du pays de Matſfour & autres pays
voifns par ce Prince, ſuivie d'un Récit authentique
des mauvais traitemens qu'ont éprouvés les Anglois
qui furent faits prifonniers de guerre,par son fiis
188 MERCURE
Tippou- Khan ; par François Robſon , ci-devant
Officier au fervire de la Compagnie des Indes Angloiſe,
traduite de l'Anglois, in- 12. A Paris, chez
Regeault, Libraire , rue Saint Jacques.
ANTONIN, Citoyen au milieu des Peuples de
Son umpire, convoqués l'an de Rome 903 ; Lettre
d'unGaulois à un deses amis.
.... Et je n'ai que du zèle.
Brochure in-8 °, de sc pages A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Lejay , Libraire , tue Neuve
des Petits Champs, près le Palais Royal.
Copetit Ouvrage, écrit avec chaleur , avec un
enthonbaſme vraiment patriotique, acquiert un nouveau
prix dans la circonstance intéreſſante où il
paroît.
L'USURIER Dupé, Comédie en un Aite & en
vers , repréſentée pour la première fois à Paris , fur
le Théâtre des Variétés au Palais Royal, le 20 Septembre
1785. Prix, I liv. 4 fols. A Paris, chez
Cailleau, Imprimeur- Libraire , rue Galande.
On voit bien que Criſpin Rival a donné l'idée
de cerre Comédie ; cependant les deux intrigues
font différentes , & celle de l'Ufurier Dupé a des
intentions vraiment comiques , & qui méritent des
éloges.
On trouve chez le même Libraire les Amis du
jour, Comédie en un Afte & en profe, repréſentée
pour la première fois fur le Théâtre des Comédiers
Italiens ordinaires du Roi , par Mme de Beaunoir
; & la triste Journée , ou le Lendemain de
Noces, par le même Auteur, jouée ſur le Théâtre
des Variétés Amuſantes.
BASES pour taxer lepain , par M***., Bro
DE FRANCE. 189
chure in- 8 °. de 12 pages. A Paris, chez les Mar
chands de Nouveaute .
L'objet de cet Ouvrage eſt louable. L'Auteur
defire qu'on puiſſe procéder à la taxe du prix du
pain par des procédér súrs & invariables . Le moyen
quil en donne, part d'une idée fort fimple, mais
claire , & qui rempit ton objet.
CHOIX des Polfies de Pétrarque , traduites de
l'Italien, par M. Lévesque, no veile Édrion corrigée&
augmentée , deux petits Volumes. A Veniſe;
&ſe trouve àParis, chez Hardouin & Gattey , Libraires,
au Palais Royal , nº . 14 .
Riende plus connu que les Poéfies, ou , pour
micux dire , que la réputation de Pétrarque ; mais
toutes les Poffies ne font pas propres à être trat.
duites &àréuſſir en François. C'eſt un Choix que
nous donne aujourd'hui M. Lévesque , & nous
croyons qu'on fera également content du Choix &
de la Traduction. Il a imprimé le Texte à côté,
Cette Traduction a déjà paru ; mais l'Auteur y a
fait des corrections &des changemens heureur .
Moderes du Clergé, ox, Vies édifiantes de
MM. Jean- Augustin Frélat de Sarra , Evêque de
Nantes; Jofeph-Augustin Boursoul , Prêtre de la
Congrégation des Eudistes ; Gabriel- Charles-Jofepk
Moreldela Motte, Chanoine de l'Église de Rennes ,
par l'Auteur de l'Ouvrage des trois Héroïnes Chrétiennes
, 2 Vol. in- 12. Prix , 3 liv. 12 ſols brochés,
AParis , chez Morin , Libraire , rue S. Jacques.
CetOuvrage offre ure lecture édifiante &utile.
Il remplit le but de l'Auteur, perfuadé que l'exemple
eſt un des plus puiſſans encouragemens à la
vertu,
DAPHNIS & Amarillis, Hylas & lesNymphesa
190
MERCURE
deux ſujets faifant perdans , tirés des Eclogues de
Virgile , gravés en couleur. Prix , 6 liv. chaque. A
Paris , chez Vidal , rue de la Harpe, nº. 181 ; Benzut
invenit, Chapuy , Sculp.
COUCHEZ- LA , Eſtampe gravée par Louis Dar
cis , d'après Mouchet. Prix , 4 liv. 10 fols . A
Paris , chez Mouchet, quai de Bourbon , nº . 9 .
Le pendant de cette jolie Eftampe paroîtra inceflamment.
- La Sainte Famille, Eſtampe de 13 pouces c
demi de hauteur ſur 10 pouces de largeur , gravée
d'après le Tableau original de Corrège , par J Barbier.
Prix , 3 liv. en noir, 6 liv. coloriée. Il y a
quelques épreuves avant la lettre. A Paris , chez
Crépy, rue Saint Jacques, près celle de la Parche
m.nerie.
:
• La Reine Artémiſe tenant les cendres de Maufolefon
époux , gravée par C. F. Letellier , d'après
Tournière , Peintre du Roi , Eſtampe de 14 pouces .
de haut fur II de large. Prix , 3 liv. A Paris , chez
Letellier, Graveur , rue des Vieilles-Étuves-Saint-
Honoré , à côté d'un Tonnellier , &chez Leſclapart ,
Libraire, rue du Rou'e.
:
LE Nid d'Amours, deffiné parMlle Papavoine ,
d'après M. Lebarbier l'aîné, Peintre du Roi. Prix ,
6liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Bailly , au coin
de la rue des Bons-Enfans, nº. 18 .
VUE Perspective de la Place de Louis XV & dů
Pont de Louis XVI, commenole en Mars 1787
d'après le projet de M. Perronet. A Paris , chez
Berthault, rue Saint Louis au Marais, près celle du
Parc Royal,u 14. Prix 4liv.
DEFRANCE.
191
SECONDE Vue d'Oftende , priſe du côté de la
mer, gravée par L. J. Maſquelier , d'après O.
Lemay. Priz , 8 liv. A Bruxelles , chez les foeurs
Lemay , Libraires & Marchandes d'Estampes , rue
de Loxum ; & à Paris , chez Maſquelier , Graveur ,
ruc de la Harpe , près la Place S. Michel, nº. 84.
NUMÉROS 39 & 40 du Journal de Pièces de
Clavecin , par différens Auteurs , contenant l'un
une Sonate avec Flûte & Baſion obligés , par M. de
Vienne. Prix , 3 liv, 12 fols , & l'autre une Sonare à
quatre mains , par M. Defentis. Prix, 3 liv. Abon
nement pour douze Numéros 30 liv. franc de
port.-Deux Sonates à quatre mains pour Forte-
Piano, par M. Vanhall, neuvième Livre de Clavecin
, OEuvre XXXII Prix, 6 liv. Ouverture du
Roi Théodore deM. Paifiello, arrangée pour le Clavecin,
Vio'on ad libitum , par M. Fodor. Prix ,
2liv 4 fols. Trois Symphonies à grand Orchestre
, par M.Kozluch , premer Livre de Symphonies
, OEuvre XXII. Prix , 12 liv. A Paris, chez
M. Boyer , rue de Richelieu , Paffage de l'anoren
Café de Foy , & Mme Lemenu , rue du Roule , à la
Clefd'or.
-
PREMIÈRE Symphonic concertante pour deuse
Violons principaux , Violons , Alto & Baffe
Cors, Flates & Haut-Bois ad libitum , par M.
Viotti , exécutée au Concert Spirituel par MM.
Guerillot& Imbault Prix , 6 liv. A Paris , chez
Imbault , Marchand de Muſique , rue Saint Honoré,
entre l'hôtel d'Aligre & la rue des Poulies ,
au Montd'or, n °, 627.
Nous ne craigoons pas que les Amateurs qui vere
zonr cette Symphonie, déſavonent l'éloge que nous
CA
192 . MERCURE
en avons fait en rendant compte de ſon exécution
anConcert, nos 14 & 17.
:
- Stx So-
,
-
La Chiffſe pour le Clavecin , par M. L. Kozeluch
, OEuvre V. Prix , 3 liv. 12 fols.
nates faciles pour le Clavecin , Violon ad libitum
dédises aux jeures Élèves , par M F. Meger ,
Ouvre IV. Prix, 7 liv. 4 fols. - Trois Sonates
pour le Clavecin avec Violon ad libitum, par M. J.
P. Defentis fils , OEuvre I. Prix , 7 liv. 4 fols .
Trois Symphonies à grand orchestre exécutées au
Concert Spirituel, dédiées au Roi de Pruffe, par
M. L. C. Ragué, OEuvre X. Prix , 9 liv. Sonate
pour le Elavecin, par M. Amédée Mozart. Prix ,
3 liv. 12 fols, formant le Numéro 38 du Journal
de Pièces de Clavecin , par différens Auteurs. A
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , paſſage
dú Café de Foy , & chez Mine Lemenu , rue du
Roule, à la Clefd'or.
TABLE.
RÉPONSE à Mme la Com- gryphe ,
-
+
149
zesse de Bart Mont B*, 145 Essai sur les Résolutions du
Sur une Piqûure d'Aiguille , Droit, François , 151
147 Les Preaumés de David, 161
Epigrammefur M. le Duc de Variétés,
**
173
148 Comédie Françoise, 180
Charade, Enigme & Logo- Annonces &Notices ,
APPROBATION.
197
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux, le
Mercurede France,pour le Samedi 26 Mai 1987. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 25 Mai 1787, RAULIN,
SUPPLÉMENT
AU MERCURE * .
Avis du fieur PANCROUCKE , Entrepreneur de
l'Encyclopédie , par ordre de matières , à MM.
les Souſcripteurs , fur le retard qu'a éprouvé la
la vingt-deuxième Livraiſon , ſur le plus grand
-nombrede Volumes qu'aura l'Ouvrage ,&le temps
où ildoit être fini.
L'EMPRESSEMENT que nous témoigne le Public
pour de nouvelles livraiſons , fait ,fans doute,
l'éloge de cet Ouvrage ; mais fi cet empreſſement
et un continuel ſujet de plaintes & d'alarmes ,
*
Cette Feuille de Supplément eſt deſtinée à la publication
des Proſpettus & Avis particuliers de la Librairie .
Au moyen de cette Feuille , les Proſpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure Il y a plus ,
leurs frais ſe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du tirage , du pliage , &c. devenant
uns dépense commune pour chacun d'eux.
La partie littéraire du Mercure n'étant compoſée que de
deux feuilles , on ne pouvait aufli y parler que très-imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences &les Arts.
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv. ,
4pages 84 liv. , &c. Outre le prix ci -deſſus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém. No. 21. 26 Mai 1787. A
*
( 2)
il muit à ſes intérêts, au lieu de le ſervir ; il in
quière l'Entrepreneur , & ne lui laiſſe plus la
liberté d'eſprit néceſſaire pour ſuivre cette entrepriſe
, la plus grande qu'on ait jamais exécutée
dans la Librairie de l'Europe. Que les
Soufcripteurs daignent conſidérer la poſition du
fieur Panckoucke , & se mettre un inftant à fa
place. Plus de cent Hommes de Lettres ſont
Quellement occupés de cet Ouvrage : il y a
des parties , comme la Médecine , qui dépendent
de vingt perſonnes ; & croit-on qu'on
faffe un bon Livre dans un temps déterminé ,
comme une pièce d'étoffe ? Nous avions promis
dans le Proſpectus , & fans doute un peu trop
légèrement , que cet Onvrage , que nous penfions
alors ne devoir compoſer que 53 Volumes
, ſerait fini à la fin de 1787. Or ces engagemens
feront à peu près remplis , puiſqu'il y
aura à la fin de cette année 50 Volumes publiés
, & qu'il faut bien le temps de faire les
Volume excédens ſur leſquels on n'avait pas
compté; nous ne pouvons donner que dix
Volumes par an; il faut faire attention que
cette Encyclopédie étant en perit caractère , la
compofition en est longue & difficile ; que chaque
Volume étant de 95 à 100 feuilles , &d'une
grande juftification (1) , contient la matière de
Volumes in-4°. ordinaire; 25 Imprimeries de
la Capitale en font occupées , & ce n'est qu'à
Paris , où les reffurces &les moyens fort prodigieufement
multipliés , que l'exécution d'un
pareil Ouvrage , fur manuscrit , pouvait avoir
lieu , parce qu'on mène de front trente parties
à la fois . Ainfi , loin de ſe plaindre que l'impreſſion
n'en aille pas aſſez vite , on devrait
(1) On appelle justification , la longueur & la largeur
des pages,
( 3 )
s'étonner qu'on ait pu y mettre autant d'exac
titude & d'ativité.
Tous les Auteurs en retard nous ont donné
leur parole la plus poſitive, la plus folennelle ,
que leurs parties feront achevées dans trois
Qu quatre années au plus tard , en comprenant
cette année courante ; il y aura dans l'année
prochaine des demi-Voluines publiés de tous
les Dictionnaires ; & on compte , à la fin de
cette même année , publier le commencement
du Vocabulaire univerſel , Vocabulaire qui donnera
la jouiſſance prompte & facile de tout ce
qui aura été publié juſqu'alors. S'il y a des parties
qui n'ont point encore paru , comme la
Chirurgie , par M. Louis, la Phyſique , parM.
Monge, c'eſt que leurs Auteurs ontvoulu les
terminer en entier, avant de rien mettre fous
prefle, pourdonner plus d'enſemble & de perfection
à leur travail ; c'eſt faute d'avoir pris
ce parti , qu'on a été obligé de recommencer
quelques Dictionnaires qu'on avoit mis fous
preffe: ily a depuis trois ans un demi -Volume
imprimé de la Théologie , par M. l'Abbé Bergier.
L'Auteur , en avançant fon Ouvrage ,
s'eſt apperçu que pluſieurs articles n'avaient
pas toute la perfection dont ils étaient fufceptibles,
qu'ily avait des omiffions , que fon plan
pouvait étre perfectionné ; il a défiré de le récommencer
, & nous avons fait , quelque depenſe
qu'il en coutât , de facrifice de cette
partice il vient de nous remettre fon manufcrit,
dont il paraitra un Volume cette année ,
&la totalité dans l'année prochaine.
Nous avons traité avec les Gens de Lettres
les plus diftingués, dans la Littérature & les
Sciences . Tous ceux qui font attachés à cet
Ouvrage connaiſſent nos engagemens; ils font
ij
( 4 )
devenus les leurs , puiſqu'ils ont pris part à
l'entrepriſe : & croit- on qu'aucun d'eux voulût
ſe rendre l'objet de l'animadverſion du Public ,
en n'achevant pas la partie pour laquelle il
s'eſt engagé par acte , ou en y apportant des
longueurs dont les Soufcripteurs auraient une
juſte raiſon de ſe plaindre ? Leurs torts feraient
d'antant plus grands , que nous leur avons fouvent
rappelé nos engagemens , communiqué
les craintes & les alarmes des Souſcripteurs ,
& que nous en avons prié quelques-uns avec
instance , s'ils ne prévoyaient pas pouvoir achever
les parties dont ils ſe font chargés , de nous
remettre nos actes , & de nous laiſſer la liberté
de choifir d'autres Coopérateurs .
Notre propre intérêt nous porte à preſſer la
fin de l'exécution de cet Ouvrage ; car nous
favons par expérience , que , dans des entrepriſes
qui ſe donnent par livraiſons séparées , la
lenteur qu'on met à les publier , en met
de la part du Public àles rêtirer , & nous
ayons quelquefois éprouvé , à nos propres dé
pens , que telle grande entrepriſe qui avait
commencé,d'une manière brillante , ne fuffifair
plus à ſes frais vers la fin, nous en pourrions
citer pluſieurs exemples cet excédent de Volumes
qu'aura Encyclopédie , eſt auſſi , ſous
un double point de vue , contraire anx intérêts
de l'Entrepreneur. 18. Il y a de la perte
fur chacun des Volumes que nous devons donner
aux Soufcripteurs à 6 livres ; 28. plus un
Ouvrage eſt en un grand nombre de Volumes ,
&moins on trouve d'acheteurs quand il eft
terminé fi cet oxcédent de Volumes nuit à
nos intérêts , il fert au contraire ceux des
Souſcripteurs , puisqu'ils ne doivent payer ces
Volumes excédens deDiscours, que 6hores au
lieu de tu livres ,
ce - Ceux qui fe plaignent de plus grand hoin
bre de Volumes, nous feraient donc une grande
injuftice , s'ils pouvaient penfer un ſeul inſtant
que nous l'avons nécefiré en autiune manière ,
puiſqu'il eſt contraire à nos intérêts ; & s'ils ſe
retranchaient à nous dire que c'était à nous à
mieux calculer notre entrepriſe, à obliger les Gens
de Lettres àſe renfermer dans le nombre de Vc
lumes annoncés par le Profpectus , nous allons
faire voir que nous avons été entraînés néceſſairementdans
cetexcédent de Volumes;nous n'avons
pu prévoir de qui réellement ne pouvait être
prévus c'eſt l'imperfection de la première Edition
; qui ne pouvait être connue ni calculée ,
qui la néceſſité; & les Gens de Lettres , avec
leſquets , dans cette circonstance , nous faifons
caufe conimune , ne pouvaient pas s'aſſujettir
au nombre de Volumes fixés dans leurs actes ;
&cependant ee fut cette fixation , le travail fare
avec lesGens de Lettres , & le chef Graveur , qui
nous égarerent lors de la publication du Profpe&
us ,& qui nous firent croire que la totaliré
des Volumes de Difcours ne pourrait tour
an p'us s'élever qu'à foixante ou foixante-un
Volumes; & tout devait nous le faire peníer
alors , puiſque ce nombre de Volumes renfermait
à peu près le double des matières de la
première Encyclopédie.
Le Public s'eft engagé , dans cette grande
entrepriſe , par la confiance qu'il a ene en nous ,
&que nous croyons avoir méritée par vingtcinq
années de travaux , qui ſouvent lui ont été
utiles. Qu'il nous la continue cette confiance
qu'il feconde notre zèle & notre courage ;
nous en avons beſoin pour foutenir le poids
de cette énorme entrepriſe. L'Ouvrage ne de-
,
* iij
( 6 )
vait avoir que vingt-ſept diviſions , il en aura
plus de trente-fix (1) . L'Artillerie compofera
un Dictionnaire ſéparé ; il en eſt de même
de la Muſique , des Bois & Forêts , &c. Les
Auteurs l'ont ainsi désiré , & il abien fallu ſe
conformer à leurs volontés. Pluſieurs grandes
Parties ont été oubliées , comine l'Architecture
ancienne & moderne : fallait-il , parce
qu'on les avait omiſes dans le Profpectus , ne
les pas inférer dans l'Ouvrage ? Nous en pr:-
blierons , avec la vingt troiſieme Livraiſon , le
Profpectus , &le Public jugera , par les objets
qu'il embraſſe , ſi on l'a bien fervi en s'en
occupant. C'eſtM. Quatremere de Quincy qui
s'en eft chargé . Cette Partie, ainſi que la Mufique
, feront ſous preſſe le mois prochain .
M. Suard , de l'Académie Françaiſe , M. Framery
, fe font chargés de cette dernière , qui
comprendra la Mufique ancienne &moderne.
Nous comprons auſſi publier cette année un
dorei-Volume des Beaux-Arts , par M. Wa
telet. A fa mort , le manuscrit était paſſe à la
Chambre des Comptes , & de là dans les înains
de M. le Comte d'Angiviller , Directeur géné
ral des Bâtimens ; il a bien voulu nous le faire
remettre à la première demande que nous lui
en avons faite ; cet Ouvrage , dont une Partie
eſt ſous preſſe depuis quatre années , a occupé
M. Watelet toute fa vie , & nous ne craignons
pas d'aſſurer que c'eſt le plus beau travail qui
ait été compoſe ſur la Peinture , la Sculpture
& la Gravure.
Cette Encyclopédie eſt actuellement affez
(1) ly a de ces diviſions , comme P'Hifloire Naturelle
, qui comprennent fept grands Dictionnaires , d'aus
tres en comprensent deux ou trois , &c.
( 7 )
,
avancée, pour que le Public puiſſe en apprécier
les différentes parties;nous le prions de comparer
celles qui font entre ſes mains , avec les
matières correſpondantes de la première Encyclopédie
, & il ſe convaincra que preſque toutes
font refaites à neur, & que les Auteurs n'ont
point trouvé dans l'ancienne , à beaucoup près ,
les ſecours qu'ils en eſpéraient ; c'eſt cette
grande imperfection , nous le répétons , qui a
néceſſiré un plus grand nombre de Volumes
& retardé la publication de plufieurs Parties.
L'Encyclopédie actuelle comprendra cent mille
articles plus que l'autre ; la nomenclature de la
première eſt dans un tel état d'imperfection ,
que l'on n'y retrouve preſque jamais ce qu'on
y cherche. Enfin , fur les 36 grandes parties
dont l'Encyclopédie Méthodique fera compoſée
, il y en a 30 , & nous pourrions les indiquer
, qui n'exiſtent dans aucune Lasque fur le
plan aquel. L'Oayrage fini , il fera le plus crite
de tous les Livres, puiſqu'on y trouvera dans
l'inſtant , au moyen du Vocabulaire univerfel ,
tout ce qu'on pourra avoir beſoin d'y rechercher.
Ce Vocabulaire en liera toutes les Parties
; & chaque Dictionnaire , au moyen des tables
de lecture , devient auſſi un Traité complet
de la Science qu'il renferme.
L'Encyclopédie , conçue & exécutée fur ce
plan , eft le remplacement , pour les perſonnes
qui n'ontpas une grande aifance , d'une Eiblicthèque
qui renfermerait toutes les Sciences ,
toutes les parties de la Littérature , des Arts
& Métiers mécaniques ; enfin tout ce que les
lommes ont conçu , imaginé , créé depuis que
l'Art d'écrire eft inventé;& lorſque nous l'aurons
termince , nous croyons que nous aurons
quelques droits à l'eflime & à la reconnaiſſance
* iy
1 ( $ )
de nos Souſcripteurs , & c'eſt la récompenfe
dont nous sommes le plus jaloux.
Entrons maintenant dans quelques détails fur
la 22°. Livraiſon.
Certe Livraiſon eſt compoſée du Tome I ,
première partie de la Médecine ( 1 ) , miſe en
ordre& publiée par M. Vicq d'Azyr. Du Tome
III , première partie de l'Histoire Naturelle des
Poiffons (2) , parM. Daubenton. Du tome IV ,
deuxième partie des Arts & Métiers mécaniques
( 3 ) . Du Tome III , première partie de
PArt Militaire (4 ) , par M. le Chevalier de
Keralio.
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 livres
broché , & de 22 liv. en feuilles; le port de
chaque Livraiſon eſt au compte des Soufcripteurs
.
Le Dictionnaire des Poiſſons eſt complet dans
- ce demi-Volume ; il eſt précédé d'une intro .
duction qui comient des détails fur leurs écailles
& leurs nageoires , leurs caractères distinctifs
&leur Fommenesature ; fier le frai & les caufs
des poiffons, la pêche , &c.
co
20
>>Un feul homme ne pouvait ſe charger des
>> travaux & des recherches dont la partie de
Médecine contient l'enſemble; l'importance
& la variété des objets qui doivent y être
traités ſont ſi grandes , qu'il était indiſpenfable
de recourir aux lumières des perfonnes
>> les plus exercées dans chaque partie de cette
>> Science . Tel a toujours été mon projet , dit
>> M. Vicq d'Azyr , Editeur de cette Partie.
כ כ
(1) Imprimé chez M. Demonville.
(2) Imprimé chez M. Nyon.
(3) Imprimé chez M. Didot jeuue.
(4) Imprimé chez M. Cellot.
) و(
>> C'eſt ainſi que je l'ai conçt: & annoncé , &
» c'eſt de cette manière que je l'exécute. Plu-
>>> ſieurs de mes Confrères ont bien voulu être
>> mes Coopérateurs. Ils ont choiſi différens
>>articles qu'ils ont rédigés , & à la fin deſquels
>> leur nom eſt inſcrit; cette distribution d'ar-
>> ticles a été faite de forte que chacun des Auteurs
eft chargé d'un ordre particulier de
>> travaux , & d'une des grandes divifions de
>>la Médecine. Ainſi ce Dictionnaire contien-
>>> dra divers Traités , entre leſquels on s'ef-
>>> force d'établir autant de concordance &d'har-
>> monie qu'une pareille rédaction a pu le permettre.,
>>La Collection quej'annonce a pour baſe les
>> articles publiés , dans l'ancienne Encyclopé-
>>die , par MM. de Vandeneſſe , Venel , le
>> Chevalier de Jaucourt , Malouin , Tarin , la
>>Virotte , Bordeu , le Rai , &c. Malgré ces
" fecours , je me ſuis apperçu que la nomen-
>>clature de la partie médicale de l'ancienne
>>Encyclopédie était très-incomplète , & j'ai
>>fait , poury fuppléer, des recherches très -éten-
» dues. Ceux qui compareront notre travail
>>avec celui denos prédéceſſeurs , verront que
>> ce dernier nous a très peu fervi , & que
>>>cet Ouvrage peut être regardé comme nou-
>> veau. La Nofologie , l'Hygiène , la Méde-
» cine vétérinaire , la Médecine légale , la Ju-
>> riſprudencede la Médecine , & la Biographie
>> médicale , ou n'existent point , ou font ab-
>> ſolument tronquées dans l'ancienne Encyclo-
>> pédie : la Chimie y eft imparfaite
>> deſcription d'un très-grand nombre de mala-
>> diesy manque abſolument; jen'ai rien négligé
» pour compléter ce Dictionnaire , en faifant
>> connaitre l'état actuel de la Science que nous
,
&la
* V
( 10 )
>>cultivons. Les recueils de ce genre ont cela
>> d'utile pour ceux qui les font & pour ceux
>> qui les liſent , qu'ils offrent l'Art dans toute
>>>fon étendue; nulle ſource d'inſtruction ne
>> peut être omiſe dans l'ordre alphabétique ,
>> nul article important ne peut être oublié.
30 F'ai fait entrer , dans ce Dictionnaire , l'ex-
>> trait d'un grand nombre d'écrits rares &
>>très-nouveaux, afin qu'il fupplée , autant qu'il
>> en posible , aux grandes Bibliothèques , dont
>> tant de Médecins font éloignés .
>> Enfa nous nous fommes efforcés de don-
» ner à la nomenclature une précifion malheu
>> fement trop rare en Médecine , & dont nulle
>> Science n'a na auſſi grand beroin.
>>Lorfque l'Ouvrage fera achevé , Fes An-
>> teurs réunis publieront un Difcours prélimi-
>> naire très- étendu , qui fera placé en tête du
>>Dictionnaire , & dans lequel le plan &l'ordre
>>> de la lectare feront déterminés «.
Livres nouveaux actuellement en vente, Hôtel de
Thou
, rue des Poitevins , Nº. 18 .
Roland Furieux , Poëme héroïque de l'Ariotte
, nouvelle Trade Gion litrérale & fidèle ,
avec le texte italien à côté de chaque ftance
dédiée à Monseigneurle Comte de Montmorin ,
Ministre des Affaires Etrangères , & Secrétaire
d'Etat , dix Volumes in- 18 , de 550 à 600 pages ,
prix en bl . 30 liv. , br. 32 liv. , rel. 36 liv.
M.Povolery , Profefleur de Langue Italienne,
a fair lesArgumens, & la Table générale des matières
qui fe trouve à la fin du dixième Volume .
Onn'a pas cru devoir conſerver les Argumens
qui ſe trouvent à la tête de chaque Chant des
Editions italiennes , parce que ces Argumens ,
( 11 )
renfermés dans une feule flance , ne donnent
qu'une idée très imparfaite du contenu de chaque
Chant.
Le texte italien a été imprimé fur celui de la
belle Edition in 8°. de Londres , connue ſous
le nom de Molini , & composée avec les types
de Baskerville ; Edition qui paſſe pour trèscorrecte
. M. Povolery s'eſt chargé de la révifion
& correction de toutes les épreuves du
texte italien de cette nouvelle Edition ; il les a
revues juſqu'à trois fois , & non content de
cela, il s'eft adreſſé aux Sayans d Lalie , qui lui
ont procuré des corrections en aftez grand nombre
, de forte que cette Edition aura du moins
l'avantage d'orrir le texte le plus pur & le
plus correct qui ait paru de l'Arioſte.
en
Cette Traduction eft juſqu'à préſent la feule
qu'on ait ofé face paraitre ſtance par ſtance ,
préſence du texte ; on a tâche , autant qu'il
était poſſible, de rendre non fondement la penfée
, mais les idées principales & acceſſoires ;
mais les mots , les images ,les comparaitons dans
leur entier. On s'eſt efforcé , malgré les entraves
de la fidélité la plus ſcrupuleuſe , à laquelle
on s'eſt aſſujetti , de donner au ſtyle du mouvement
, de l'élégance & de la grace. DesTraductions
fur ce plan ont l'avantage de faire difparaître
les difficultés de l'original , ou du moins
de les applanir. Elles font goûrer le génie , l'art
de ce Poëte inimitable; elles diſpenſent de la
gêne de recourir fans ceffe à un Dictionnaire ;
elles font utiles , & aux Italiens qui apprennent
notre Langue , & aux Français qui veulent ap-
Prevent
prendre la Langue Italienne , même à ceux qui
, parce qu'une Langue étrangère eft
rarement affez familière , pour qu'on n'ait pas
quelquefois beſoin de ce ſecours ; & ce qui ne
:
* vj
( 12 )
:
permet pas d'en douter , c'eſt que tous lesTra
ducteurs du Taſſe & de l'Arieſte fourmillent de
fautes &de contre-ſens groffiers .
۱
Il faut s'adreffer , pour tous les objets de la Librairie
de l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins , au
fieur PLASSAN , Libraire ; au ſieur AUBRY , pour
tout ce qui concerne la Gazette de France , & au
fieur GUTH , pour le Mercure de France & le
Journal Historique & Politique de Genève.
د
Dictionnaire critique de la Langue française
; par M. l'Abbé Feraud , Auteurs
du Dictionnaire Grammatical ;
dédié à Monseigneur de Boiſgelin
Archevêque d'Aix. Cet Ouvrage aurd
trois Volumes in - 4° . dont le premier
paraît ; prix , 10 liv. enfeuille le Volume
, non compris le port de Mar-
Seille. Le Tome second paratura au
mois de Septembre prochain & le
troisième & dernier Volume , au mois
de Février 1788 ; le même , grand papier
, prix , 15 liv. chaque Volume ex
feuille: on ne paye rien d'avance
Sefaitseulement infcrire ; lors de la livraiſon
du troisième Volume , on payera
12 liv. le papier ordinaire , & 18 liv.
le grandpapier. AMarseille , chez Jean
Moffy, père &fils , Imprimeurs du Roi;
à Paris , chez Delalain , le jeune , Li-
5
on
( 13 )
braire, rue S. Jacques , No. 13 ; à Lyon,
chez Roffet , Libraire , grande rue Mercière
; & à Bordeaux , chez les frères
Chapuis , Libraires , à la Bourse. :
M. l'Abbé Feraud , connu ſi avantageuſement
dans la République des Lettres par fon
excellent Dictionnaire Grammatical , offre
aujourd'hui au Public un fecond Ouvrage
qui paraît de la plus grande importance ;
le premier Volume promet déjà ce que ſon
ſavant Auteur eft en état de tenir ; ce Dictionnaire
critique levera les difficultés qu'éprouvent
les étrangers pour parler & écrire
la Langue françaiſe , devenue celle de l'Europe.
Les Nationaux eux-mêmes tirerent la
plus grande utilité de l'Ouvrage , puiſqu'il
éclaircira les doutes qui s'élèvent tous les
jours parmi les gens de Lettres les plus exercés
; notre Langue eſt la plus difficile de
toures , & le fecours de la critique lui eſt
indifpenfable.
Entrons dans quelque détail.
1°. M. l'Abbé Feraud traite à fond la
queſtion ſur l'orthographe , qui n'eſt pas encore
fixée parmi nous , & qui varie chaque
jour. Il y a beaucoup de fagacité dans les
raiſons qu'il apporte pour appuyer ſon ſyftême.
2º. Il a l'attention de marquer juſqu'à
laprononciation de chaque inot , ce qu'aucun
Lexicographe n'avait faitjuſqu'ici z en
4
:
( 14 )
préſentant la ſubſtance d'un mot , il indique
la manière de le prononcer.
3º. L'Auteur établit des règles fûres à
l'égard de la profodie.
4°. Il détermine les définitions & acceptions
des mots , & prend toujours la plus
préciſe entre celles que nous offre le Dictionnaire
de l'Académie Françaiſe.
sº. Il fait de très-judicieuſes remarques
fur le régime des verbes , des noms , des adverbes
, des prépoſitions ; fur la conftruetion
des mois , la diftinction des perfonnes
& des choſes dans l'eniploi des mots; fir
le ſens propre , le ſens figuré; fur les différens
ſtyles & leurs nuances ; cette partie
eit entièrement de notre Auteur , & ne
manquera de lui faire beaucoup d'honneur.
6°. Il cite tous les mots nouveaux qui ſe
font introduits dans notre Langue , mots
dont un grand nombre a été adopté par
l'uſage , & dont quelques- uns ne le feront
peut- être jamais , malgré les efforts réitérés
- des Néologues ; ily ajoute des obſervations
qui jettent beaucoup de clarté ſur le ſort réfervé
à toutes ces nouvelles expreflions.
7°. Enfin l'Auteur relève avec tour le
foin poffible , les Gasconiſmes , Provençaliſmes
, Normaniſmes , & autres locutions
vicicules ; ce travail a été pouffé très-loin
de ſa part.
En voilà affez pour établir les avantages
qu'a ce nouveau Dictionnaire fur ceux qui
( 15 )
ont paru; fa grande utilité fe prouve d'ellemare
, & fon fuccès n'eſtpas douteux. Ce
>> n'est pas ici un Ouvrage de pure compi-
>>lation , dir l'Auteur dans la Préface , ce
>>n'est pas non plus ſimplement une nou-
>>velle Edition plus ample du Dictionnaire
>>>Grammatical , c'eſt un Ouvrage tour dif-
>> férent; ce qui fait le principal du premier ,
>>n'est qu'un faible acceſſoire du fécond.
>>Celui-là n'eſt dans le fond qu'une Gram-
>>maire alphabétique plus complette , à la
>> vérité , & miſe dans un arrangement plus
>>commode pour ceux qui veulent conful-
>> ter; celui-ci eſt un vrai Dictionnaire critique
, où la Langue eft complètenient
>> analifće ".
Lu & approuvé , ce 18 Avril 1787. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation . Permis d'improner , ce 18 Avril 1787.
DE CROSNE.
,
:
!
Figures des Métamorphofes d'Ovide ,
adaptées à la Traduction de M. l'Abbé
Banier , gravées d'après les deſſeins de
M. Regnaud , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , par Jacques-Jo-
Seph Coiny , & proposées parfoufcripnon
.
1
CLT Ouvrage , exécuté dans le même format
que les figures des Fables de la Fow(
16 )
,
taine , déjà connues du Publics , eſt ſpécia
lement deſtiné à l'éducation des enfans
& ne devient pas moins intéreſſant pour eux
que les OEuvres du Fabuliſte Français. En.
effet , parmi les connaiſſances d'agrément ,
dont il convient d'enrichir l'eſprit des jeunes
gens , il n'en eſt peut-être pas de plus
Importante que celle de la Mythologie.
Cette Science , en même temps qu'elle
fert comme d'introduction à l'Hiſtoire de
preſque tous les peuples de l'antiquité , eſt
encore d'une néceſſité indiſpenſable pour
l'étude de la Littérature en général , & en
particulier de la Poéfie.
Ce n'eſt enfin qu'avec le flambeau de
cette Science , qu'il eſt permis de pénétrer
dans le fanctuaire desArts , pour y admirer
les production de nos Apelles & de nos
Phidias. En vain le feu de leur génie a-t-il
animé le marbre & la toile , ces chef- d'oeuvres
reſtent muets devant le ſpectateur ignorant
,& ne préfentent à ſes yeux que des
hiéroglyphes inintelligibles.
nous avons
Pour ne rien laiffer à défirer dans une
entrepriſe auffi intéreſſante
obtenu de M. Didot l'aîné , qu'il voulûr bien
ſe charger de l'impreffion du texte. En faifant
cette annonce , c'eſt faire l'éloge le plus
complet de Pexécution typographique de
cetOuvrage , puiſqu'il ne fort rien que de
parfait des preſſes de cet Artiſte célèbre.
Cet Ouvrage fera diviſé par livraiſons ,
qui contiendront chacune fix planches ou
( 17 )
gravures , accompagnées du texte français.
Chaque livraiſon coutera 4 liv. que l'on ne
payera qu'en la recevant , au moyen de
quoi il n'y aura point d'avance à faire.
On foufcrit à Paris , chez l'Auteur , rue
Pierre- Sarafin , Nº . 16, & en Province, chez
les principaux Libraires.
Lu& approuvé ce 27 Février 1787. DE AUVIGNY.
Vu l'Approbation. Permis d'imprimer , le27 Février 1787 .
DE CROSNE .
ETRENNES DU PARNASSE.
PARMI les Almanachs Poétiques , Litréraires
, Lyriques , &c. , que tous les ans on
s'emprefle d'offrir au Public , les Etrennes
du Parnaffe ont occupé long - temps une
place diftinguée . Ce Recueil , en effer, deftiné
à réunir les Poéſies légères & les Bagatelles
agréables , échappées de la plume de
nos meilleurs Ecrivains , a dû fixer l'attention
d'un Public inftruit , qui aimait à y lire
les charmantes Productions de Voltaire ,
Piron , Dorat , Pézay , Colardeau , &c.;
cependant , on ne peut le diffimuler , par
une fatalité fingulière , cet Ouvrage périodique
a dégénéré de fon ancienne gloire .
Peut- être les changemens qu'il a éprouvés
juſqu'alors ont - ils contribué à lui nuire ;
du moins n'en attribuons- nous pas uniquement
la cauſe à la difette des Muſes Fran-
!
:
( 18 )
çaiſes. Sans doute notre Littérature a fait
de grandes pertes depuis quelques années ;
mais on ne nous perfuadera jamais qu'un
champ fi fertile ait été ſubitement frappé
de ſtérilité , quand la Nation peut citer
encore les noms de MM. De Parny , Bouf-
Hers , Pert... , De Lille , Imbert , Léonard ,
La Harpe , Le Mierre , &c. , &c. Des talens
aufli diftingués peuvent nous fournird'atondantes
moiffons ; & les Etrennes du Parnaffe
oſent ſe promettre une part à cette
récolte avec d'autant plus de confiance ,
que le fort de ce Recueil ceſſe d'être incertain
, & qu'il va demeurer irrévocablement
entre les mains d'un homme de Lettres
qui vient de s'en procurer le Privilége.
Le nouveau Rédacteur ſe flatte d'apporter
le goût le plus ſévère dans le choix des
Pièces; feul moyen de rendre à cet Ouvrage
le degré d'eſtime dont il a joui dans
fon origine , & de ſe concilier en même
temps la confiance des bons Ecrivains &
des Lecteurs éclairés.
On fuivra l'ancien plan tracé pour lesEtrennes
du Parnaffe ; c'es-t à- dire qu'elles ne feront
confacrées qu'à la Polfie , & terminées par
une Notice des meilleurs Ouvrages en vers &
en profe qui auront paru dans le cours de
l'année. Les analyſes en feront étendues , raifonnées
, fatisfaifantes en un mot ; & le Rédacteur
, toujours impartial & fidèle aux bons principes
, s'éloignera également de l'adulation dargerenfe
qui enorgueillit la médiocrité , & de
la critique trop rigoureuſe qui déſeſpère &
( y )
rifque fouvent d'étouffer les talens à leur raiffance.
MM. les Auteurs qui nous deſtinent des
Pièces de Poéſie ou des Ouvrages dont ils défirent
qu'on fafle mention , font pries de les
adreffer , francs de porr , avant le premier Oс-
tobre , à M. Belin , Libraire , rue St. Jacques ,
près Saint Yves.
Lu & approuvé , ce : Mai 1787. DE SAUVIGNY.
Vul'Approbation. Permis d'imprimer , ee 1 Mai 1787 .
DE CROSNE.
,
AVISfur le Monde primitif, analysé
& comparé avec le Monde moderne
confidére dans fon génie allégorique ,
dans les allégories auxquelles le conduifit
ce génie ; ou Recherches fur les
Antiquités du Monde , par M. Coun
de Gébelin , Vol. in-4 ° . enrichis de
Cartes, Figures & Vignettes. Prix , br.
113 liv . 8 S. & rel, en veau , 126 liv .
A Paris , chez Durand Neveu , Libraire
, rue Galande , Hôtel de Leffeville
, Nº. 74.
CONTENU DES VOLUMES .
Toommee 1. Hiftoire de Saturne&deCronus;
Hiſtoire de Mercure ; Vie & travaux d'Hercule.
Tome II. Hiſtoire naturelle de la Parole ,
ou Grammaire univerſelle & comparative.
Tome III . Hiſtoire naturelle de la Pa-
1
( 20 )
role , ou Origine du langage & de l'écriture.
Tome IV. Le Monde primitif , confidéré
dans l'Hiſtoire civile , religieuſe & allégorique
du Calendrier.
Tome V. Origines françaiſes, ou Dictionnaire
étymologique de la Langue françaiſe .
Tome VI . Origines latines , ou Dictionnaire
étymologique de la Langue latine
première Partie.
,
Tome VII , faifant ſuite auTome VI , &
forme la deuxième Partie.
Tome VIII. Le Monde primitif , confidéré
dans divers objets concernant l'Hiftoire
, le Blafon , les Voyages des Phéniciens
autour du Monde; les Langues américaines
, ou Differtations mêlées , remplies
de découvertes intéreſſantes.
Tome IX. Origines grecques , ou Dictionnaire
étymologique de la Langue grecque ,
précédé de Recherches nouvelles fur forigine
des Grecs ,&de leur Langue.
On diftribue chez le même Libraire un
avis analyſé du contenu de chaque Volume ,
qui ſe vend ſéparément , broché en carton ,
12 liv. 12 f. & rel. en veau 14liv..
Cet Ouvrage , unique en fon genre , en
répandant des lumières pures & nouvelles
fur la Mythologie , ſur le génie allégorique
des anciens Peuples , fur l'Hiftoire religieufe ,
civile, économique&politique, ſur l'origine
du langage & de la parole , en facilitant
l'étude des Langues & de l'Antiquité , a
mérité à fon Auteur , de la part de toutes
1
( 21 )
les Académies & de tous les vrais Savans ,
la réputation du génie le plus vaſte que la
France ait produit juſqu'à nos jours .
Lu & approuvé , ce 14 Octobre 1786. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation. Perm's d'imprimer , ee 30 Ollobr. 1786.
DE CROSNE.
Avi's fur l'Histoire Univerſelle tradnite de l'an
staiiss,126 Volumes in-8%, dont ilparaît 98Vol.
AParis , chez MOUTARD , Libraire-Imprimeur
de laREINE , rue des Matharins,
LORSQU'ON publia , en 1778 , le Profpectus de
l'Histoire Univerfeile, on annonça que cet Ouvrage
aurait foixante - dix Volumes, on environ.
On n'avait établi ce calcul que d'après lenombre
des Volumes anglais , dont on avait quaratite
trois. On comprait , eu égard au caractère qui y
ef,t employé , à la longueur & à la largeur des
pages , qu'un Volume anglais en ferait un &&
demi des nôtres , ce qui aurait porté le nombre
à foixante-quatre, L'Hiftoire d'Angiterre , qui
n'avaitpas encore paru dans l'original, &t&le Sup
plément qu'on devait ajouter à PHiftoire de chaque
Peuplepourda pouffer jusqu'à nosjours , del
vaientformer environ fixVolumes , ce qui rem
pliſſait nos engagemensam
Mais il avéré vérifié que chaque Volume an
glais a fait plus de deux Volumnes & demi. Ainft
Hiftoine Univerſelle en anglais , en y ajoutant
PHiſtoire d'Angleterre , qui a paru depuis peu,
forme quarante-cinq Volumes, qui , fans aug
mentations, enquraionoprodiit cem quatorze.
La partie géographique était très défectueuse,
on l'a fait refaire en entier , ainſi que les Cartes,
( 22 )
par M. Brion de la Tour , qui a été forcé de lui
donner plus d'étendue .
D'après une traduction allemande très-eftimée,
on a rétabli des faits omispar lesAuteurs
Anglais , & inféré des éclairciſſemens auſſi piquans
que néceſſaires .
Enfin l'Histoire de chaque Peuple finiſſant à
une époque trop reculée , les Traducteurs l'ont
continuée àpeu près juſqu'à nos jours . C'est ainſi
que pour compléter l'Hiſtoire de France , qui
finiſſait à la mort de Louis XIV , on a donné le
précis du règne de Louis XV, & des grandes
opérations qui ont ſignalé l'avènement de Louis
XVI au trône.
Tous ces objets , qui n'entraient pointd'abord
dans le plan des nouveaux Traducteurs , & qu'ils
n'ont embrafié que pour donner à leur Ouvrage
une plus grande perfection , porteront le nembre
desVolumes a 126 , & nous nous obligeons
à délivrer gratis à MM. les Sonſcripteurs les
Volumes qui l'excéderaient.
Les nouveaux Traducteurs eſpèrent queMM.
les Souſcripteurs leur fauront gré des efforts
qu'ils ont faits pour leur donner un Ouvrage
qui , quoiqu'il ne ſoit au fond qu'une traduction ,
devient, pourainſi dire , neufpar les corrections
&les augmentations qu'ils y ont faires.
Depuis long-temps nous n'avonsplus d'exemplaires
complets; nous nous sommes déterminés
à réimprimer les Volumes qui manquent , &nous
ſommes en état de fournir les 36 premiers Volumes
aux perſonnes qui voudront foufcrire , &
les 24 ſuivans à la fin de l'année. Le prix de chaque
Volume eſt toujours de 4 liv. To f. pour les
nouveaux Somcripteurs . Pour la commodité de
ceux qui défixeront le procurer cet Ouvrage ,
nous,laiffons la liberté de n'en prendre que fix
Volumes à la fois.
( 23 ).
Nous invirons MM. les anciens Soufcripteurs
qui ont négligé de fe compléter , à le faire inceffamment;
ils rifqueraient de n'avoir qu'un Ou
vrage imparfait.
Les Tomes 97, 98 & 99 comprennent l'Hiftoire
d'Allemagne ; enfuite viendra l'Hiſtoire
des Provinces-Unies , du Danemarck , &c.
OEUVRESCOMPLETTESDE CICÉRON,
traduction nouvelle, parM. CLÉMENT,
15 à 20 Vol. in-12 , & 9 in-4°. Les 6
premiers Vol. in- 12 & les 2 premiers
de l'édition in-4º paraiffent. AParis,
chez MOUTARD , Libraire- Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurips.
ONdéfirait depuis long- temps une Traduction
complette de Cicéron; il fallait pour
cela trouver un Homme de Lettres bien familiariſé
avec cet Auteur , & qui fût affez
courageux & affez laborieux pour furmonter
toutes les difficultés de cette traduction .
Un Homme de Lettres , avantageuſement
connu , a commencé cette entrepriſe , &
adonné les quatre premiers Volumes; mais
des raiſons particulières l'ayant obligé d'interrompre
ce travail , il a prié M, Clément
de s'en charger , & lui a communiqué fon
plan. Ce dernier vient de donner les tomes
V& VI de format in- 12 , & le tome II de
format in-4°,; & les Gens de Lettres ſont
d'accord ſur lemérite de cette traduction ,
( 24)
& conviennent qu'elle ne pouvait être en
nreilleure main. Les deux premiers Volumes
comprennent tous les Ouvrages de Rhétorique
, & les quatre ſuivans , une partie des
Oraifons. Les tomes VII & VIII, & le tome
III in 4°. , qui probablement termineront
les Oraifons , paraîtront en Novembre prochain.
On a fuivi , pour cette traduction , le texte
& P'ordre de l'édition latine , imprimée chez
MM. Barbou .
Pluſieurs perſonnes auraient défiré avoir
le latinà côté de cette traduction; mais outre
que cela aurait doublé le nombre des Volumes
, c'eût été faire acheter deux fois le
texte aux perſonnes qui l'ont déjà , & ce
texte eût été inutile aux perfonnes qui n'ont
point fait d'études. Une bonne traduction
de Cicéron est faite pour être lue par tous
les gentes de Lecteurs , parce qu'elle eſt accompagnée
deNotes très- inftructives fur les
moeurs & l'Histoire du temps de Cicéron .
L'édition in- 12 va naturellement avec l'édition
latine de MM. Barbou , 14 Volumes
in-12;& celle in-4°., avec l'édition latine
dé M. l'Abbé d'Olivet , Volumes in-4°.
On a tiré ſeulement deux cents exemplaires
de l'édition in- 4° . , grand raiſin , & vingtcinq
ſeulement du très-grand papier. Chaque
Volume in- 4°. grand raiſin , ſe vend
241. en feuilles ,&le très-grandpapier, 361.
Lu & approuvé. A Paris, ce 21 Mai 1787. NYON Paine .
Adjoint .
1
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
:
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 7 Mai .
Uivant
S
une lettre de Kiof , en date du
22 Avril , l'Impératrice de Ruſſie ſéjournoit
encore dans cette ville : mais le Niéper
étant abſolument dégagé de glaces ,
cette Souveraine devoit s'embarquer incef-
- ſamment pour ſe rendre à Cherſon où l'Empereur
la précédera. Plus on approche du
moment de cette entrevue , plus certains
Politiques affectent de croire qu'elle aura
des ſuites importantes pour les Ottomans.
On va juſqu'à ſuppoſer qu'il eſt queſtion entre
les deuxCours Impériales d'un traité de
partage , en vertu duquel on tracera une
ligne de démarcation du ſud au nord , en la
No. 21 , 26 Maj 1787.
( 146 )
-
4
:
:
::
:
1
commençant au golfe de Salonique , & ex
remontant à Belgrade; tout ce qui eſt à
l'oueſt paſſeroit ſous la domination de l'Empereur
, l'Albanie , la Servie , la Boſnie , la
Theffalie & la Morée : tout ce qui eſt à
l'eſt appartiendroit aux Ruſſes , la Moldavie,
la Valachie , la Bulgarie, la Romanie ,
Conſtantinople & le reſte de l'Archipel. Le
papier ſupporte patiemment toutes ces divifions;
& c'eſt peut-être l'unique cauſe qui
détermine les politiques à les adopter d'une
maniere ſi légère. C'eſt peut-être à la même
démangeaiſon d'anticiper ſur les événemens
, qu'il faut attribuer le bruit trèsfaux,
que le Prince de Repnin a ſurpris la
fortereſſe d'Oczakof. Rien n'a encore annoncé
la marche des troupes Ruſſes vers
cette place.
Perſonne ne ſe ſouvient en Iſlande d'un
hiver plus doux que le dernier. Point de
gelées juſqu'au 26 Mars ; mais beaucoup de
pluies & d'orages. En Jutlande les arbres
bourgeonnoient vers la fin de Février , &
Lon voyoit fleurir les plantes printannieres.
On eut en 1779 à peu près la même tempé
rature.
De Berlin , le 6 Mai.
Dimanche prochain , le Roi fera la revue
ſpéciale de notre garniſon. Une partie des
troupes, dont entr'autres les régimens de
Westphalie, & celui des Cuiraſſiers de Rohr,
areçu ordre de ſe tenir prête à entrer en
( 147 )
marche au premier ſignal ; elle fera ſous le
commandement du Général de Gaudi.
Il eſt arrivé à Neiſs , dans la haute Siléſfie ,
un Capitaine Ruſſe, allant en Angleterre ,
comme courrier; il a aſſuré avoir parlé à
l'Empereur , qu'il a rencontré à Lemberg : il
a ajouté que S. M. I. lui a dit devoir partir
de Lemberg , le 20 Avril , pour arriver à
Cherſon, en même temps que l'Impératrice
de Ruffie. Ce courrier a continué ſa route
avec la plus grande diligence , par la Saxe
&la Hollande; il repaſſera, a-t-il dit, bientôt
à Neiſs , pour ſe rendre à Cherſon , avec
les dépêches du Miniſtere Britannique. Suivant
fon rapport , un nouveau Corps de
troupes Ruſſes devoit entrer dans l'Ukraine ,
&lesTurcs de leur côté faifoient de grands
mouvemens ſur les frontieres aux environs
d'Oczakow.
On attend ici pour la revue le Ducd'Yorck
&pluſieurs Princes d'Allemagne. Les enrôlemens
, dit-on , vont être à l'avenir laiſſés à
chaque Régiment , auquel le Roi aſſignera
pour cet objet 6000 rixdalers.On parle auffi
d'une prochaine augmentationdansles fonds
deſtinés à payer les Miniſtres du Roi auprès
des Cours étrangeres.
De Vienne , le 6 Mai.
D'après des lettres de Lemberg , nous
avons appris que l'Empereur y eſt arrivé le
18 Avril , que S. M. s'eſt rendue auſſitôt
ge
( 148 )
chez le Gouverneur. Comte de Brigido ,retenu
dans ſon litpar une indiſpoſition;&vers
leloir, à l'hôtel du Prince deSaxe Cobourg,
Commandant général de la Province . Le
furlendemain marin S. M. I. repartit de
cere ville pour Zamoſc , où elle compre
viſiter les nouvelles colonies établies dans
ees environs.
:
Le 25 Avril le Marquis del Gallo , Miniſtre
plénipotentiaire du Roi des deux Siciles
auprès de cette Cour , eſt arrivé ici. 11
eſt reparti le 27 , pour ſuivre l'Empereur par
Lemberg à Cherſon .
Les voituriers de cette Capitale ſont occupés
à tranſporter du canon & d'autres
munitions de guerre ſur la rive du Danube ,
où on les embarque pour les conduite en
Hongrie. Les Chefs des Régimens de frontieres
font partis pour ſe rendre à leurs Régimens
; ils ont ordre de tenir les troupes en
état de marcher au premier beſoin.
:
De Francfort , le 10 Mai.
Le Margrave & le Prince héréditaire de
Bade ont paflé avec leur ſuite par cette ville,
pour ſe rendre par Weimar à Berlin .
Trois Arrêts de la Chambre Impériale de
Wetzlar , du 21 Mars & des 9 & 12 Avril ,
en reprochant au Sénat & à la Bourgeoifie
d'Aix la Chapelle, leur conduite irréguliere
( 149 )
à l'égard des Bourguemaîtres & des Sénateurs
qu'ils ont expulfés , caffent la députation
des Tribus & la commiſſion de police ,
rétabliſſent dans leurs dignités & fonctions
les Bourguemaîtres expulfés Wylre & Brammerz
, & les Sénateurs Buckholz , Schornftein,
&c . enjoignent àlaBourgeoiſie d'obéir
à leurs Magiſtrats réintégrés , & chargent
les Prince -Directeurs des Cercles du Bas-
Rhin & de la Veſtphalie , de faire exécuter
ces arrêts , de rétablir & de maintenir l'ordre
& le repos à Aix la-Chapelle , même à
ma'n armée.
La Comteſſe douairiere de Buckebourg
arécompenfé ceux de ſes ſerviteurs qui font
reſtés fideles à ſa mailon. Elle a donné un
brevet de Conſeiller de Régence au Confeiller
Konig , qui pendant les troubles a été
l'agent de ſes affaires. Le Capitaine Rotman
, qui commandoit à Wilhelmſtein , a
été élevé au rang de Major , avec une augmentation
d'appointemens , & f'Enteigns
Windt a été fait Lieutenant. La garniſon de
cette place a eu auſſi part a ix bienfaits de la
Comteff:. Le Chancelier & pluſieurs Confeillers
ont été renvolés.
Le Chargé d'affaires de l'Empereur a remis
aux Etats -Généraux une Note dont voici la
ſubſtance : Le Conſeil- Aulique a rendu un Arrêt
con cernant le droit de Douane fur la Meuſe , ap-
1
g3
( 150 )
partenant au Comté de Reckheim , dans le Cerele
de Westphalie. Ce Comté avoit toujours exercé
ce droit , & quoiqu'il y fût maintenu en 1725 par
l'Empereur & le College Electoral , la Hollande ,
de concert avec le Prince-Evêque de Liége , le
lui a conteſté en 1728 , & a fait ôter , à main armée
, les poteaux & les autres marques de péage.
Le Conſeil- Aulique ayant reconnu l'injusticede
ce procédé , autoriſe le Comte de Linden-Afpremont
, poffeffeur actuel du Comté de Reckheim ,
de rétablir les poteaux & les autres marques de
péage ; le maintient dans l'exercice de ſon droit ,
& exhorte le Prince-Evêque de Liège de ne plus
l'y troubler à l'avenir Les Princes- Directeurs du
Cercle de Westphalie ſont chargés de veiller à
l'exécution de cet Arrêt. Le Chargé d'affaires
finit ſa Note , que Sa Maj. Imp. efpéroit que les
Etats -Généraux feroient auſſi de leur côté en
forte que ledit Comte de Linden ne fût plus empêché
dans la jouiſſance de ſon droit , & que la
tranquillité ne fût point interrompue ſur les
frontieres , & que dans le cas contraire , S. M.
emploieroit tous les moyens qu'elle croira propres
pour le maintien de la justice & du repas .
ESPAGNE.
De Madrid , le 30 Avril.
L'on apprend par une lettre écrite d'A'ger
le 22 Mars dernier , qu'il a été ſigné entre le
Dey de cette Régence & S. M. Sicilienne , une
trêve de trois mois , à compter du premier
mars paſſé , intervalle pendant lequel on doit
régler les différends des deux Puiſſances , & conclure
enfuite une paix ſolide.
( 151 )
Les deux vaiſſeaux de la Compagnie royale
'des Philippines , l'Aigle impérial & la Notre-
Dame des Neiges , ſont entrés dans le port de
Cavite , ifle de Manille ; partis de Cadix le 23
Janvier dernier , ils ont mouillé le 30 Avril
au Cap de Bonne-Eſpérance , & le 8 juillet à
la baye de Pimienta : ces vaiſſeaux , dont les
équipages & les paſſagers , au nombre de 362 ,
n'ont perdu qu'un ſeul homme , ont trouvé à
leur arrivée les chargemens qu'on leur avoit préparé
marchandiſes en & fruits de iflede
la Chine , & dans la côte de Coromandel. Ils
ſediſpoſent à repaſſer en Eſpagne au mois de
janvier prochain.
:
cette
Nous apprenons de Santa-Fé que les naturels
du pays continuent à ſe révolter & qu'ils ont
oſe attaquer le fort de la Conception , où plufieurs
de nos officiers & foldats ont étébleſſés
en forçant les afſfiegeans à la retraite .
GRANDE - BRETAGNE
De Londres, le 15 Mai.
En conséquence des préliminaires d'accommodement
entre S. M. &le Prince de
Galles , l'Alderman Newnham a renoncé le
4 à ſa motion. Cependant , on ne fait rien
encore de certain touchant les progrès & le
réſultat des négociations entamées . En voici
l'état actuel , tel du moins qu'il circule affez
généralement.
>> M. Pitt s'eſt rendu le 5 amidi , aupalais de
Carleton , & a eu une conférence avec S. A. R.
dans laquelle le Prince a remis au Miniſtre ſes
84
( 152 )
propofitionspar écrit ,dans lateneur fuivante.
>> 1°. Les dettes du Prince de Galles ſeront
payées , au moins en partie.
20. Il lui ſera accordé une ſomme ſuffiſante
pour achever le palais de Carleton .
>> 3 ° . Son revenu annuel ſera augmenté ſuffiſamment,
pour qu'il ne foit pas dans le cas de
contracter de nouvelles dettes à l'avenir.
» M. Pitt s'eſt retiré avec ces propoſitions , &
les a envoyées le 6 au Roi , à Windfor , par un
exprès , qui a rapporté le lendemain la réponſe
écrite de la main de S. М.
>>Cette réponſe a été remiſe le même jour au
Prince , à Carleton - houſe : elle contient en
fubftance.
>> 1º. Que le Roi étoit charmé de trouver le
Prince diſpoſe à ſoumettre ſes comptes à l'examen
.
27 2º. Qu'il étoit néceſſaire que le Prince ,
non-leulement déterminât le montant total de
ſes dettes , mais encore les particularités qui y
étoient relatives , & qu'il rendit un compte exact
de la maniere dont elles avoient été contractées .
> 3º . Que le Prince devoit s'engager à ne plus
contracter de dettes à l'avenir .
4 °. Que d'après les détails ci- deſſus requis ,
S. M. détermineroit fi les dettes de S. A. R. fe-
Toient payées en totalité ou en partie.
35º . Que S. M. ne croyoit pas qu'il fût néceflaire
d'augmenter les revenus du Prince , tant
qu'il ne feroit pas marié.
>>> Le 8 , le Prince de Galles a envoyé les
Colonels Lake & Stulth & M. Lyte ſon Tréloforier
, chez M. Pitt , avec tous ſes comptes ,
&c. &c. pour qu'il les examinat & en fit fon
papport à S.M.
L'eſcadre deſtinée pour Terre-Neuve fera
:
(153 )
compoſée du Salisbury de so can., du Win
chelsea de 32, de la Roſe de 28 , & du floop
leScorpion de 16 can. Celle de la Méditerranée,
commandée, ainſi que nous l'avons dit,
par le Chevalier Lockhart Roſs , eſt renforcée
de 2 frégates &confiſtera en 8 vaiſſeaux
de guerre dont un de so can. Le Capitaine
Philips , qui s'eſt rendu à Portſmouth le 6de
ce mois , a dû en faire voile cesjours derniers
pour la Baye Botanique , avec la Colonie
qu'il y tranſporte.
Le 7, M. Pitt propoſa à la Chambre des Communes
formée en comité , de remplacer une
partiede la diminution des droits fur les liqueurs
ſpiritueuſes par une addition à la taxe des permiſſions
( licences ) de vendre des liqueurs en
détail.
Mais pour rendre cette impoſition la moins
onéreuſe poſſible , le Miniſtre l'a divifée en dixhuit
portions qui ſeront payées toutes les axfemaines
, & qui produirent un ſupplément de
-revenu d'environ 80,000 liv. fterl. La taxe ne
portera que ſur les tavernes de 10 liv. ſterl . de
loyer & au - deſſus ; les premieres paieront a1. A.
pour leur permiffion annuelle , dont le prix
augmentera de 8 ſchellings par chaque 5 l. ft.
deloyer au deſſus de to I. ft. juſqu'à 50 1. ft .
de loyer excluſivement. Cette motion paſſa ſans
débats.
En 1766 , le Parlement ouvrit quatre ports
francs à la Jamaïque & deux à la Dominique.
I e terme fixé par le Bill, expirant cette
année , Mr. Grenville en propoſa , le 7 , le
renouvellement & l'extenfion à d'autres Iloς
85
( 154 )
ces
Britanniques. LaChambre a adopté cette réſolution
, & l'on prépare un nouveau Bill ,
dont le rapport ſera fait inceſſamment. La
même Séance du 7 fut terminée par l'expofé
très - intéreſſant & attendu depuis pluſieurs
jours , que fit M. Dundas de l'état des Finande
laCompagnie des Indes. Ce Budget
Indien a été dreſſe ſur les piéces juſtificatives
récemment envoyées par Mylord Comte de
Cornwallis, & la circonſtance lui prêtoit un
nouvel intérêt. Si , de ce compte rendu , il
devoit réſulter que les affaires de la Compagnie
ſe trouvent floriſſantes , ſes revenus
améliorés , les réductions faites à propos , la
dette diminuée , la derniere guerre conduite
avecune tel'e économie , que toutes les dépenſes
annuelles n'ont pas monté à la moitiéde
ce qu'a coûté enAmérique le ſeul extraordinaire
des guerres , chaque année ; fi ,
diſons nous, cetableau offroit un éloge continuel
de la derniere Adminiſtration, il donne.
it d'étranges idées des pourſuites actuelles
contre M. Haftings. Auſſi , les deux Partis
Pattendoient avec empreſſement ; mais , en
commençant ſon expofé, Mr. Dundas pria
Jes amis & les ennemis de M. Hastings de ne
point faire intervenir ſon affaire dans la difcuffion
préſente , ce qui fut aſſez fidélement
obſervé. L'érendue du diſcours de M. Dundaspaſſant
les bornes de cette Feuille , nous
nous conten' ons d'en rapporter la ſubſtance
&les réſultars.
( 155 )
> Je vois avec plaiſir , dit-il , que les deux
partis de la Chambre ſont convenus de prendre
les documens envoyés par Lord Cornwallis
pour la baſe de leur opinion. Ne cherchons pas
àdérober à la connoiſſance du public la vraie
fituation des affaires de la Compagnie. La publicité
eſt un principe auquel eſt eſſentiellement
lié la bonne adminiſtration , & l'on ſent
combien il eſt important de la maintenir lorfqu'il
s'agit de poſſeſſions qui produiſent un revenu
annuel de cinq millions ſterlings . Les arrêtés
que j'aurai l'honneur de ſoumettre à l'examendu
comité pour être conſignés dans le journal
de la Chambre , atteſteront aux adminiſtratrons
futures , que cette auguſte afſemblée attend
d'elles un compte exact de leur geſtion . Heureuſement
celui que je vais préſenter offre l'état
le plus favorable , & je regarde ce jour comme
glorieux pour nous.
>>>Les dettes de la Compagnie des Indes dans
le Bengale , montent en tout à 9 millions ſter.
fur leſquels il ſe trouve un million de déductions
effectuées ou très -prochaines. Total de la
dette effective dans l'Inde , .... 8 millions terl .
>> En prenant , ajouta M. Dundas , le moyen
des comptes des années 1781 , 82 & 83 , les revenus
annuels du Bengale ſont des millions ſt .
Mais les années 1784 , 85 & 86 , dont nous n'a
vons pas encore les états , ont été un peu plus
foibles , au rapport de Lord Cornwallis ; ainfi
jene porte ce revenu annuel du Bengale qu'à...
4millions ſterlings . >>
M. Dundas détailla enſuite les dépenſes
générales &particulieres du Bengale, de l'armée,
de la Marine , des frais de perception,
del'établiſſement civil , &c. &c. , d'où il ré
g 6
( 156)
fulto't que la recette excédoit la dépenſe de
185 acks de roupies , foit un million , huit
cens cinquante mille liv. ſterl. (1) En outre ,
Bombay & Madras exigent une remife annuelle
qu'on peur évaluer à 35 lacks ; ce qui
réduit le revenu libre à 150 lacks ,
foit 1,500,000 1. ft.
M. Dundas évaluant enſuite la dette de la
Compagnie en Angleterre , la porta à 8 millions
ſterlings , y compris fon fonds capital.
Il évalua enſuite les produits de ſes ventes de
1787, 1788 & 1789 , fur lesquels , en déduifant
2,102,100 liv. ft. pour le frer , droits de
Douane , &c. , il reſteroit pour ces trois ans
le montant de 5,451,900 liv. fterl.
Réfumant enfin ces différens tableaux ,
P'Orateur eſtima les bénéfices annuels & nets
de la Compagnie aux ſommes ſuivantes :
Commerce des Indes ,
Dit de la Chine ,
Surplus dans le revenu du
Bengale, 150 lacks, ſoit
Total.
1,712,000 1. ft.
1,৪০৩,০০০
1,500,000
5,012,000
Ce commerce quoiqu'avantageux , continue
M. Dundas , pouvoit le devenir biendavantage.
-(1) Nous fuivons ici l'eftimation de M. Dundas , qui
évalue le lack de roupies à 10.000 liv. fterl . Il vaut fouvent
davantage , ſuivant le change de la roupie. Cent
tacks font un crore, foit nu million sterling.
(157 )
Le ſurplus de 150 lackes de roupies que l'on
auroit dans le Bengale , procureroit un commerce
immenſe ſur les lieux. La Compagnie ne
feroit plus obligée de faire ſortir de l'Angleterre
tous les ans , la ſomme de 300,000 liv. ſterl.
pour ce commerce. Cet avantage étoit inappréciable
, & perſonne n'avoit auparavant le droit
de s'y attendre.
Au reſte , qu'on ne s'imaginat point qu'il eût
envue de faire augmerter l'impofition ſur les
terres de l'Inde. Il étoit trop ennemi des exactions
, pour adopter ce ſyſtéme. Son but étoit
au contraire d'introduire une ſécurité permanente
pour la propriété fonciere , parce qu'il
ne pouvoit exiſter ni tranquillité , ni fûreté ,
sant que l'état des propriétés ſeroit incertain.
Pluſieurs perſonnes intelligentes , qui connoiffoient
le local de l'Inde , & qu'il avoit confu'-
tées , lui avoient appris que les Provinces Britanniques
étoient dans une fituation plus heureuſe
& plus floriſſante que les autres. Son defir
étoit de les voir proſpérer davantage encore. Il
eſpéroit qu'elles deviendroient d'aſyle des pauvres
Marattes , & de tous les autres Indiens
malheureux qui voudroient ſe mettre ſous la
protection de laGrande-Bretagne.
La Compagnie pouvoit s'ouvrir encore une
nouvelle ſource de revenu , en améliorant le
commerce de la côte ; c'eſt- à- dire , en exportant
des marchandiſes de l'Angleterre dans les parties
occidentales de l'Inde. Lord Cornwallis paroiſſoit
douter que cette branche de commerce pût devenir
d'une importance aſſez grande pour la nation
, pour mériter d'être entamée. Quant à
Jui , il étoit d'autant plus convaincu des avan
tages qu'elle procureroit , que M. Scort , Négoclant
reſpectable, qui avoit amallé une très
( 158 )
grande fortune ,en commerçant ſur la côteocci
dentale de l'Inde , lui avoit aſſuré que la premiere
année on pouvoit faire un profit de 300.
mille livres ſterlings ; la ſeconde de 500,000 &
la troiſieme de 700,000 ; & pour prouver que
ce projet n'étoit point chimérique , il avoit
voulu s'engager à payer la ſomme de 500,000 1.
fterl. à la Compagnie , fi elle vouloit lui accorder
le monopole de ce commerce. La Compagnie
avoit refuſé d'accéder à cette offre ; & en
cela elle avoit agi ſagement , parce que fi un
particulier pouvoit faire des profits auſſi énormes
en commerçant pendant trois ans , à plus
forte raiſon la Compagnie pouvoit ſe livrer aux
mêmes eſpérances. Il étoit poſſible qu'elle réa-
Jisât par là 700,000 1. ft . de plus annuellement ,
fans compter les profits qu'elle pourroit faire
fur les cotons , &c. qu'elle importeroit. La côte
occidentale de l'Inde deviendroit alors une mine
précieuſe pour la Compagnie : M. Dundas donnamême
à entendre , qu'il avoit été figné des
intructions pour mettre une partie de ce projet
en exécution .
M. Dundas développa enſuite les diverſes
réductions ſur les dépenſes qui avoient été
arrêtées , & conclut que le revenu net du
Bengale s'éleveroit à l'avenir à deux crores ,
ſoit deux millions ſterlings .
Après lui , M. Francis épilogua ſur ces
différens états , qui furent juftifiés , papier
fur table , & la Chambre s'ajourna pour
prendre en conſidération , un autre jour ,
les réſolutions propoſées par M. Dundas.
Le 9, on appella l'Ordre du jour pour entendre
la ſeconde lecture du rapport du Co
( 159 )
mité-Secret , chargé de dreſſer les articles
d'impeachment contre M. Hastings. Mylord
Amiral Hood ſe leva , & s'oppoſa à la motion
pour la ſeconde lecture , dans les termes
ſuivans :
Je ſens comme un autre , & je ſuis prét
reconnoître que les charges portées contre M.
Haſtings, conſidérées en général paroiffent de
la premiere gravité ; mais quand j'obſerve les
motifs de ſa conduite , il eſt juſtifié à mes
yeux. Il y a plus , je le plains beaucoup , &
je ſuis également inquiet au ſujet des principes
ſuivans , que j'ai trop ſouvent entendu énoncerdans
cette Chambre ; qu'un Officier chargé
entems de guerre d'un commandement & d'une
commiffion majeures en pays étranger , n'a pas
le droit de prendre des mefures qui nuiſent à
quelques individus , quoique le plus grand bien
public en réfulte évidemment pour l'Etat.
Non , je n'hésite pas à le dire ; ſi les Repréfentans
de la Nation en Parlement adoptent
cette doctrine , les beaux jours de l'Angleterre
ſont paſſés : en effet , dans quel embarras ,
dans quel découragement ſe trouvera un Officier
plein de courage & de zèle en ſe voyant
réduit à ſe contenter des moyens qu'on lui a ménagés
, & que ſes Commettans ont mis entre
ſes mains , quelqu'inſuffiſans qu'ils ſoient pour
répondre à ce qu'on attend de lui ! Qu'il eſt
cruel pour un homme de ce caractere d'être obligé
de ſe refuſer les reſſources qui font à ſa portée
, qui s'offrent d'elles mêmes , & lui promettent
le falut de ſa Patrie ! Qu'il oſe braver
ces conſidérations , il s'expoſe à être cité à la
barre de cette Chambre comme un coupable ;
les plus brillans ſuccès ne le garantiront pas
( 160 )
14
de cette humiliation ; c'eſt même ce qui peut
lui arrivet de plus heureux ; car fi la fortune
venoit à tromper das meſures priſes avec fagefle
& foutenues avec courage , je ne répondrois
pas à l'infortuné de tout ce qu'il a de
plus cher au monde , pas même de ſa tête. Je
foumets au bon ſens & à l'examen de ſangfroid
& réfléchi de cette Chambre , la poſition
difficile d'un Officier , employé au - dehors &
environné ainſi de circonstances qui , toutes
contribuent à le contrarier. Qu'il eſt malheureux
! qu'il eſt réellement à plaindre ! J'ai conſidéré
murement les circonstances critiques , difficiles
& dangereuſes où se trouvoit M. Haftings
; je l'ai vu , malgré tous ces obftacles qui
ont conftamment contrarié ſes meſures , rendre.
des ſervices ſignalés & méritoires à ſon pays ;
j'ai vu , en un mot, que ce n'est qu'à fon zèle
& à les rares talens que nous devons la conſe-
vation de nos domaines dans l'Inde ; je ne
puis donc me réſoudre à prononcer qu'il eſt
criminel. Je n'accuſe pas M. Haftings ; mais
je ne prétends pas qu'il ne lui ſoit échappé des
fautes dans ſon Adminiſtration ; j'adniers qu'il
en a fait, & j'oſe dire que nul homme chargé
long-tems d'un commandement important audehors
, dans les circonstances malheureuſes de
la guerre , n'en a été tovalement exempt ; je
prends la balance d'une main impartiale ; je
compare les ſervices Ganales & reconnus de
M. Hastings , & j'obéis à ma confcience , en
prononçant que je ne donnerai jamais mon
confentement à ce qu'il parte de cette Chambre
, une ſeule accufation contre lui. En conſéquence
, je m'oppoſe à une ſeconde lecture du
rapport .
Le célebre Wilkes fatisfait d'avoir entendu
( 161 )
le noble Lord s'expliquer d'une maniere i ho
norable & fi impartiale ſur le compte de M.
Haſtings , déclara qu'il s'oppoſoit , ainſi que lui,
à une ſeconde lecture du rapport , comme contenant
des articles d'accuſation établis ſur des
baſes fauſſes. Il ajouta , qu'attentif à toute la
procédure relative au décret de M. Hastings ,
il n'avoit été , ni convaincu par les raiſonnemens
de ſes Accuſateurs , ni fatisfait de leurs
preuves ; & que , quoiqu'ébloui par l'éclat de
leur ſtyle , & admirant l'eſprit qu'ils avoient
fu- mettre dans leurs diſcours , il n'avoit pu ſe
diſimuler la foibleſſe de leur cauſe.
La Chambre avoit même ſur le Bureau des
réfutations victorieuſes de chacune des affertions
du rapport : par exemple la lettre du dernierGouverneur
de l'Inde , Sir John Macpherſon
, qui , dans cette piece du 10 Août 1786,
parle avec la plus grande eſtime des plans de
M. Haftings, & vante le bonheur des natu eis
du pays, vivants ſous le gouvernement Britannique,
eQuant à la proſpérité de la Compagnie
, & au bon état de ſes affaires , il s'en
rapportoit aux diſcours de M. Dundas , delundi
dernier , dans lequel le très-honorable Membre
avoit avancé que c'étoit un jour glorieux pour
l'Angleterre . Si cette aſſertion étoit vraie , il
étoit également vrai que M. Hastings pourroit
ſe glorifier de ce jour , puiſqu'il avoit des
droits incontestables à l'honneur d'avoir jetté
les fondemens de la proſpérité actuelle de la
Compagnie. J'ai vu , dit-il , plus d'une fois
dans le cours de cette procédure , les Accufareurs
emportés de M. Haſtings , le comparer à
Verrès ; mais je prie la Chambre de ſe reppeller
qu'à l'époque où ce Gouverneur inique
fut cité devant le Sénat Romain pour
(162 )
rendre compte de ſa conduite , à peine y avoite
il un ſeul habitant de la Sicile qui n'eût des
griefs à préſenter contre ce monſtre ; tandis
que dans l'affaire qui nous occupe , depuis trois
ans qu'on la pourſuit , ou pour mieux dire ,
qu'on pourſuit M. Haftings , il n'eſt pas venu
de l'Inde une ſeule plainte contre lui ; au contraire
, chaque lettre qui en arrive eſt pleine
d'expreffions de reconnoiſſance & d'eſtime pour
ſon Adminiſtration ; je l'ai examinée , étudiée
dans tous les détails , & je me crois fondé à
prononcer que M. Hastings eſt un politique pro
fond , qui , dans des tems difficiles & périlleux ,
a déployé autant de vigueur & d'intrépidité
pour ſuivre ſes plans , qu'il avoit mis de fagefle&
de ſagacité à les concevoir ».
M. Wilkes pafſant à l'accuſation relative à
raffaire des Begums, ou Princeſſes d'Oude, s'exprima
ainfi :
«M. Haſtings s'eſt conduit à leur égard comme
il devoit le faire , puiſque les Begums
>> étoient révoltées contre le Gouverneur du
>>B>engale auquels elles devoient obéiſſance.
>>On medit qu'elles ont ſauvé la vie à un ou
•deux Officiers Anglois ; cela prouve évidem-
» ment un pouvoir ufurpé de leur part , au-
>>trement elles n'auroient pu donner cette pro-
>> tection dont on veut aujourd'hui tirer une
>> preuve qu'on fait tant valoir en leur faveur.
>>>Le noble Lord eſt convaincu qu'il y avoit
>> quelques fautes à reprocher à M. Hastings ,
>>>Et , quel homme placé dans une ſituation
>> auſſi critique prétendroit n'en avoir jamais
>>>commis ? Celles qu'on reproche à M. Haf-
> tings me rappellent ce que dit M. de Voltaire
, d'un Parlement de France , à la defcente
d'Henry V, un peu avant la bataille
:
( 163 )
d'Azincourt . Les Sages Magiſtrats du Parle
ment ne fouffrirent pas qu'on prit une ſeule
>>>meſure pour s'y oppoſer , avant qu'ils euſſent
>> rendu un Arrêt en bonne forme , qui notifiât
>> la deſcente du Monarque Anglois & de fon
> armée ; en conféquence , le Royaume de
France fut facrifié à une formalité. M. Haf-
>>>tings jugeant plus ſagement , a pris dans
>> toutes les occafions , le parti que lui dictoit
>> la néceffité , en négligeant les petites for-
>> mes ; & fi l'on confidere l'enſemble de la
conduite de M. Haſtings , avec quel ſuccès
> il a oppoſé les armes Britanniques aux François
& aux Hollandois dans l'Inde ; & enfin ,
>>>comme il a ſu préſerver nos poffeffions en
>> cette partie du monde où elles n'ont reçu
>> aucun échec , tandis que par-tout ailleurs ,
>> l'Empire Britannique ſembloit s'écrouler ; on
>> ne peut s'empêcher de rendre juſtice à ſes
talens rares &à ſon activité , & d'être étonné
>> comme moi , qu'une faction dans cette Cham-
>>>bre ſoit parvenue à pouffer la perſécution
>>contre lui auſſi loin&auſſi longtems qu'elle
>> l'a fait; perſécution à laquelle j'eſpere , pour
>>>l'honneur de cette Chambre , qu'une majorité
>>>confidérable mettra fin aujourd'hui. J'ai en-
>>>>tendu un très- honorable Membre déclarer
>>>qu'il avoit dans ſa poche un Motion d'im-
>>>peachment (décret ) contre un noble Lord an
>>>ruban bleu ( 1 ) , qui a perdu la moitié de
> l'Empire Britannique. Hé bien ! on n'a point
>>>fait d'attention à cette déclaration , point
>> entamé de procédure en conféquence ; & néan-
> moins cette Chambre qui laiſſe impuni l'hom-
(1) Lord North afſſocié aujourd'hui aux Pers
Sécuteurs de M. Hastings.
:
( 164 )
3
هل
me coupable d'un crime ſi énorme , continue
>> à ſe montrer aſſez partial & injufte pour
>> perſécuter celui qui a ſauvé l'Inde , l'Inde ,
>> qu'on a nommée le plus beau diamant de la
>couronne Britannique Quant aux reproches
faits à M. Hastings d'avoir , dans pluſieurs
occafions , donné plus d'extenſion qu'il ne
>> le devoit au pouvoir dont il jouiſſoit comme
>> Gouverneur , l'embarras , l'exigence des af-
>>>faires , l'urgence des conjectures durant tout
>ſon gouvernement , l'en justifient aſſez ; &
>>>l'on doit ſe rappeller que cette Chambre a
revêtu depuis Lord Cornwallis de pouvoirs
>> infiniment plus grands que ceux que M. Haf-
>tings s'eſt jamais permis de prendre dans les
>tems qui ſembloient l'en preſſer davantage.
La Chambre a donc reconnu elle - même
>> qu'il falloit qu'un Gouverneur-général de
>> !'Inde pût exercer de tels pouvoirs , il feroit
>> donc abſurde & contradictoire de continuer
à poursuivre & de vouloir punir un homme ,
>>pour avoir pris de lui-même des pouvoirs
>>dont la Légiflation a jugé à propos de revêtir
légalement ſon ſucceſſeur. Au lieu de le trai-
> ter comme Verrès , auquel il ne reſſemble
>> en rien , nous devons , dit - il , le confidérer
comme les Romains conſidererent Sci-
>>pion , lui rendre les mêmes actions de graces
>> qu'ils lui rendirent , & lui conférer les mê-
>> mes titres d'honneurs. En conséquence , j'el-
>>>pere que ce jour verra le décret injurieux
>> porté contre lui , annullé. Je conclus done
>> par voie d'amendement à la motion du noble
Lord à ce que le rapport ſoit lu une ſeconde
>> fois à pareil jour dans trois mois d'ici » .
M. Courtenay repliqua à ces deux diſcours
par une kyrielle d'injures & de quot bets
( 165 )
contreMylord Hood , M. Wilkes & le Lord
Avocat d'Ecofle qui les avoit appuyés. Il
s'aviſa entr'autres d'appeller l'Amical Hood ,
Spectateur de la victoire de Rodney. A ces
mots , un cri à l'Ordre ſe fit entendre de
toutes parts , & le Chevalier Fleming ſe levant
, s'écria que fi la Chambre ne réprimoit
de pareils excis , tout honneur étoit perdu.
M. L'Alderman Townsend dit enſuite qu'il
ne ſe levoit pas pour faire des railleries , des
contes plaifans , encore moins pour s'exprimer
entermes ſi groffiers & fi indecens , que loin
d'être ſupportables dans cette aflemblée , à peine
le ſeroient- ils dans la moindre cotterie où l'on
auroit quelque prétention à la politeffe. Il n'avoit
pas rappellé à l'ordre l'Honorable Membre
qui venoit de parler le dernier , parce qu'il ſe
propoſoit de répondre à tout ce qu'il avoit
avancé; mais il étoit ſurpris que l'Orateur fût
reſté aflis tranquillement , qu'il eût négligé d'arrêter
l'Honorable Membre dans le cours de ſa
harangue , pour lui apprendre qu'on ne ſouffroit
point de pareil langage dans cette Charmbre.
L'Alderman en appella à la candeur & à
la ſenſibilité des membres ; il leur demanda
ſi dans le cours d'un procès criminel , & au
moment même où ils étoient affis , revêtus
du caractere de Grands Jurés , il étoit convenable
os décent de maltraiter un Gentilhomme
debout à leur barre , & dans l'attitude d'un
accuſé , d'une maniere ſi pleine de groffieretés
&de períonalités cruelles.
M. Pitt répondit aux différens argumens
contre la motion originaire , par un diſcours
plein de logique&de ſagacité , dans lequel
( 166)
il examina la queſtion , moins en Homme
d'Erat qu'en Juriſte , & qu'il finit par un
vote pour l'impeachment. Ala levée des ſuffrages
, il s'en trouva 175 pour la ſeconde
lecture du rapport , & 89 contre elle. L'impeachment
, ainſi décidé , M. Burke , accompagné
d'environ so Membres des Communes
, eſt allé , le même jour , dénoncer Mr.
Haftings à la Chambre-Haute , qui reçut le
meſſage , & en fit faire la lecture.
FRANCE .
De Versailles , le 16 Mai.
٢٠
Le to de ce mois , le Roi s'eſt rendu à l'é
gliſe de la paroiſſe Notre-Dame , où il a aſſiſtlé
au ſervice folemnel que les Curés & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverſaire de la
mort de Louis XV. Le ſieur Jacob , Curé de
cette paroiſſe , y a officié. La Reine , Madame ,
Madame Elifabeth de France , & Mesdames Adelaide
& Vitoire de France y ont aſſiſté.
Le lendemain leurs Majestés & les Princefſes
ont auſſi aſſiſté , dans l'Egliſe de la Paroiſſe
Saint-Louis , au ſervice fondé pour le repos de
l'ame de Louis XV , & auquel le fieur Jacob ,
Curé de cette paroiſſe a officié.
Le Marquisde Carvoiſin , le Marquis de la
Roche-Saint-André , le Marquis de Fontange
& le Chevalier de Rollat , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi , ont eu le 7 de
ce mois , celui de monter dans les voitures de
Sa Majesté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le Comte de Lorge , le Marquis de Sainte
( 167 )
Mauris - Châtenois , le Comte de Paroy , le
Comte de Saint-Pern-Ligouyer & le Chevalier
de Bardonnanche , qui avoient eu l'honneurd'étre
préſentés au Roi , ont eu , le 12 de ce
mois , celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le 13 Leurs Majeſtés & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du Prince de
Beaufremont-Liſtenois , avec demoiſelle de la
Vauguyon ; celui du Comte de Gouvernet avec
demoiselle de Dillon , & celui du Vicomte de
Monteſſon , Meſtre-de- camp en ſecond du Régiment
d'Orléans , infanterie , avec demoiselle
de Marliani.
Le même jour , le Marquis de Montbourcher
a prété ſerment entre les mains du Roi , pour
la Lieutenance des quatre Evêchés de la haute-
Bretagne , vacante par la mort du Comte de
Marboeuf,
M. de Trutié de Varreux a auſſi , le même
jour , prêté ſérment , entre les mains de Sa
Majefté en qualité de Lieutenant de Roi dans le
Nivernois.
M. Soulés , auteur de l'Histoire des troubles
de l'Amérique Angloiſe , a eu l'honneur de préſenter
au Roi les trois premiers volumes de cet
ouvrage , dont Sa Majesté a bien voulu agréer
la dédicace. (1 )
De Paris , le 23 Mai.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du
(1) Ils se trouvent à Paris chez l'auteur , nº. 6
rue des mauvaises parole:& chez Buiſſon , rue des
Poitevins , le quatrieme &dernier volume avec les
cartesparoîtra lundi prochain.
( 168 )
Mai 1787, qui déſigne les ports de France
qui feront ouverts le 10 Mai , à l'entrée des
marchandiſes d'Angleterre ; & qui détermine
la quotité des droits perceptibles , en
exécution du Traité de Commerce , & les
plombs à appoſer aux marchandites qui en
font fufceptibles , pour les faire jouir de
l'exemption des droits à la circulation.
Le Roi ayant fixé au to de ce mois l'exécution
du Traité de Commerce , conclu avec le Roi de
laGrande- Bretagne : S. M. a cru devoir prendre
quelques meſures néceſſaires pour faciliter l'exécution
de ce Traité & les liaiſons de commerce
qui doivent en réſulter entre les deux Nations :
En conséquence , S. M. s'eſt déterminée à ouvrir
des Bureaux part culiers , à l'entrée des gazes ,
des toiles , des draps & étoffes de laine & de coton
, & autres marchandises qui proviendront des
manufactures d'Angleterre ou des pays étrangers
, qui font ou pourront être admis au béné
fice de ceTraité , en laiſſant ſubſiſter les Bureaux
anciennement ouverts à l'entrée des marchandiſes
de même eſpece , qui font apportées d'autres
pays , &qui reſtent aſſujetties à de plus forts
droits; S. M. a jugé pareillement devoir fixer ,
autant qu'il ſe pourra , la perception d'après le
poids ou la piecede toutes les marchandises fufceptibles
d'une pareille évaluation , pour préve
mir l'arbitraire des eſtimations à la valeur ; enfin ,
il a paru néceſſaire de faire appofer auxdites
étoffes & marchandises Angloiſes qui en font
fufceptibles , des plombs particuliers , pour éviter
toute confuſion entre leſdites marchandises
& celles qui , pouvant être entrées dans le
Royaume , en fraude des droits , ſcroient dans
le
( 169 )
le cas de la ſaiſie &de la confiscation ; ou celles
qui , telles que les toiles étrangeres , font encore
afſujetties aux droits de circulation , après avoir
payé les droits à l'entrée du Royaume. A quo
youlant pourvoir : Oui le rapport ; Le Ror
ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne
cequi ſuit :
ART. I. Les denrées ou marchandises du crú
ou fabrique d'Angleterre , dont l'introduction a
été permiſe par le Traité de Commerce conclu
entre Sa Majesté Très-Chrétienne & Sa Majefté.
Britannique , ſeront admiſes dès le 10 de ce mois,
àl'entrée du Royaume , par les Bureaux de Ca
lais , Boulogne , le Havre , Rouen , Saint-Malo ,
Nantes , la Rochelle , Bordeaux & Cette ; à la
charge par les propriétaires ou leurs repréſentans
de juftifier , par les certificats des Juges des lieux
ouOfficiers des Douanes , que leſdites denrées ou
marchandiſes ſont du crû ou fabrique d'Angleterre
, & par les lettres de mer& chartes -parties
qu'elles ont été réellement chargées dans l'undes
ports de laGrande Bretagne. Les certificats quz
feront délivrés pour juſtifier l'origine des toiles
de coton fabriquées en Angleterre , feront en
outre mention des marques qui font appoſées
auxdites toiles , pour empêcher qu'elles ne foient
confondues avec les toiles de coton fabriquées
dans les Indes orientales ou dans les autres pays
étrangers.
II. Les droits feront perçus conformément au
tarif annexé au préſent Arrêt pour les draps ,
étoffes & bonneteries de laine & de coton , &ils
feront liquidés & perçus d'après la valeur déclarée
& reconnue véritable fur les autres marchandises
dont l'évaluation au poids ou à la piéce n'a pu
être encore déterminée ; le tout conformément
à l'artięle VI du Traité de Commerce, & à l'artis
N°. 21 , 26 Mai 1787. h
( 170)
cleTer. de la Convention du 15 Janvier dernier:
III . La déclaration des marchandiſes qui doi .
vent lesdroits à la valeur , ſera faire par écrit , &
figrée par les Capitaines des ravires , Commi!-
ſionnaires ou Marchands; elle fera mention des
quantités , qualités & valeur des différentes efpèces
de marchandises qui ſeront contenues dans
chaque baltot, caiffe ou tonneau ; & dans le cas
où les Commis jugeroient que les déclarations
ſeroient au- deſſous de la valeur des marchandiſes,
ils feront les maîtres de la retenir , en payant au
propriétaire le prix des marchandises , fuivant la
valeurqui en aura étédéclarée , & un dixième en
fus , conformément à l'article II de la Convention
du Is Janvier.
IV. La déclaration des marchandises dont les
droits font fixés au poids , déſignera les quantités
de chacune des eſpèces qui , par le Traité de
Commerce , par la Convention du 15 Janvier
dernier , ou par le tarifannexé au préſent Arrêt,
front afſujetties à des droits différens , & fera
mention de leur poids ; & dans le cas où il n'auroit
pas été ſpécifié les diverſes ſortes de marchandises
aſſujetties à des droits différens , & contenues dans les mêmes cailles , balles ou tonneaux
, la perception s'en fera pour le tout au
tauxdu p'us fort droit , auquel partie des marchandiſes
ſe trouveroit aſſujettie.
V. Les draps ou étoffes de laine ou de coton , les toiles de lin ou de chanvre , & les gazes de
ſoie, feront revêtues à chaque piéce , aux pre- miers Bureaux d'entrée désignés dans l'article ler. du préſent Arrêt , ou à la Douane de Paris , d'un
plomb portant d'un côté ces mois : Etoffes ou Toiles étrangeres , & de l'autre côté le nom de la
ville où le plemb aura été appoſé. VI. Les marchandises qui , dans des circonftan(
171 )
ces particulieres , ne devront recevoir les plombs
ci-deſſus mentionnés qu'à la Douane de Paris ,
y ſeront envoyées du premier Bureau de la frontiere,
ſous le gros plomb de la Ferme , & par
acquit à caution.
VII. Les draps & étoffesde laine & de coton
autres que ceux provenant des Fabriques établies
dans les Etats de Sa Majesté Britannique en Europe
, continueront d'être aſſujettis aux droits
fixés par l'Arrêt du 3 Juillet 1692 pour les lainages
, par celui du 2 Mai 1773 pour les cotonneries
, & par celui du 28 Octobre 1781 pour les
bonneteries , & continueront d'être ſoumis ar
paiement des dix ſous pour livre en ſus defdits
droits ; & ne pourront leſdites étoffes & bonneteries
entrer que par les bureaux de Calais & de
Saint-Valery , conformément auxdits Arrêts.
VIII. Les étoffes & bonneteries de laine ,
ve ours & étoffesde coton & les gazes , qui ne
feront pas revêtus des plombs de Fabrique nationale
, ou de ceux preſcrits par l'article Vide
préſent , ou par les anciens Arrêts & Reglemens
pour les marchandises étrangeres , ſeront cenfes
prohibés , & comme tels , ſaiſis par les Employés
de la Ferme générale , qui en poursuivront la
confiſcation avec amende , à la requête de l'Adjudicataire
général des Fermes.
Fait au Conſeil d'Etat du Roi , Sa Majefté y
étant , tenu à Verſailles le ſix Mai mil ſept cent
quatre-vingt- ſept.
Signé , LE CTE . DE MONTMORIN.
N. B. Cer Arrêt , ainſi que le Tarif qui ſuit, ne font
que provifoires.
a 2
ويديفلا
.
( 172 )
TARIF des Droits qui feront perçus aux
ticle Ier. du préſent Arrét , fur les Mar
du Traité de Commerce conclu entre la
DÉNOMINATIONS
Générales .
ÉTCOOFTFODENES.
MESURES.
EVALUATIONS.
Particulieres.
Mouſſelinettes.
Draps fins blancs.
Bafinette.......
Satinette......
lequintal. 2000.
Idem.... 1500.
Velveretes ..... le quintal. 1000.
Piqué blanc ...
Baſin rayé......
Tricot rayé.
Cafimir ,
Cou Ras de Caſtor.
Serge de ſatin ,
cu SatinTurc.
Gilet de Tricot .
Flanelle rayée ..
Tamis ou Burat.
Everteſlingues ..
Flanelle unic .
lequintal. 2000.
le quintal . 1350.
Sagatis écrue ... le quintal, 800.
Bas de laine . ...
Marchandiſes
de même nature ..
ETLOAFIFDNEEES
( 173 )
l'ar entrées du Royaume mentionnées en
chandises ci-après dénommées , en exécution
France & l'Angleterre.
IMPOSITIONS
QUOTITÉ
DROIT TOTALITÉ
additionnel
du Droit
convenues
pardeTraité.
duDroit.
fur les Corons, à percevoir
les Fers & la du quintal
Biere.
12 p. 240. 30.
270.
12 P.
180. 30.
210,
12 p.
120.
30. 150.
12 p . 240. Néant. 240.
12 p.
162. Néant .
16
12 p..
96. Néant. 960
h3
(174 )
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du ter.
Avril 1787 concernant la marque ou plomb
à appofer furles Mouſſelines nationales.
>> Le Roi vient d'accorder aux Officiers
>> du Bureau des Finances de la Généralité
>> de Caën le don de fon portrait en pied.
>> Cette marque précieuſe des bontés de
>>Sa Majesté lui a été annoncée par M. le
>>>Baron de Breteuil , Miniſt e & Secréraire
>> d'Etat , ayant le département de la Nor-
>>mande , & par M. le Comte d'Angivil-
>>>lier , Directer & Ordonnateur général
>> des bât mens du Roi.
« Le lundi , 7 Mai , un vent violent ſoufflant
de Nord- est , le feu prit & ſe manifeſta à la
maiſon d'un particulier du village de Villeneuve
aux Chemins , généralité de Pars , à trois lieues
de St- Florentin, route de cette ville à Troyes,
Le progrès rapide de l'incendie , dans un pays
dont preſque toutes les maiſons ſont couver
tes en paille , en embraſa la majeure pa tie
qui ſe trouva ſous le vent. De 83 maiſons
dont ce petit village étoit compoſé , 48 ont
été la proie des flammes , détruites de fond en
combles , & les Propriétaires fans afyles , fans
hards & fans pain. Trois autres maitons , au
nombre deſquelles ſe trouve le Presbytere ,
dont les granges & écuries ont auſſi été incendiées.
La peste eſt évaluée , ſelon le Procèsverbal
fait ſur le champ , à cent onze mille
trois 'cent ſoixante livres. Quelques fecours
qu'on ſe ſoit empreſſé de donner aux infortunés
habitans de Villeneuve , on n'a pu leur être
que d'une très-foible utilité. Tout le inal étoit
fait avant même qu'on fût arrivé des villages
( 175 )
circonvoigns. En une demi-heure l'embraſement
fut général , en une heure la deſtruction
futcomplette.
>>>La ville de St-Florentin , avertie du malheur
par une immenfe colonne de fumée , &
par les flammeches mêmes qui furent portées
juſques-là , s'empreſſa de procurer aux malbeureux
tous les ſecours poſſibles . Eile fit conduire
la feule pompe qu'elle poſſede au lieu de
l'incen lie , les effets en furent dirigés avec une
intelligence & une intrépidité qu'on peut égaler
, fans doute , mais non furpaſſer. Une Compagnie
du Régiment Dauphin , cavalerie , en
quartier à St Florentin en partit auffi , & vola
au ſecours des infortunés. Elle s'y diſtingua
tant par un travail bien foutenu que par des
ordres donnés avec autant de prudence que
de douceur. Malheureuſement tous ces fecours
n'arriverent , pour ainſi dire , que pour voir
cet affreux tableau dans ſon point de-vue le
plus effrayant , que pour voir un village prefqu'entierement
détruit , que pour entendre les
cris & les gémiſſemens de gens dénués de
tout. On vint cependant à bout de ce qui reſtoit
encore à faire. On préſerva , du délaſtre univerſel
, plus de huit cent pieces de vin reſtées
dans les caves ; mais il fallut les plus grands
efforts,& heureuſement on réuſſit. Le nombre
des perſonnes qui ſe diſtinguerent dans cette
trifte occaſion eſt trop conſidérable pour entrer
ici dans une énumération ».
<<« La Soci té Philantropique , écrit- on de
Senlis , a procuréde grands foulagemens aux
malheureux.
>> Dès le mois de Novembre dernier , la
mendicité a été interdite ; on a claſſé par
h4
( 176 )
:
:
Paroiffe toutes les familles pauvres , valides
ou non valides; elles ſe ſont trouvées au
nombre de 277 , & elles ont été ſecourues
abondamment en nature & en argent pendanttout
le cours de cet hiver.On a ouvert
un attelier de travaux publics pour occuper
les homnaes & les garçons. La filature de
coton étable en 1784 pour la claſſe indigente
, a vu augmenter le nombre de ſes
ouvrieres ; on a diſtribué du chanvre à filer
aux femmes fédentaires par néceſſité. »
<«<Un Payfan du lieu de St. Zacharie , écriton
de Marseille , étoit venu vendre fes denrées
; après la vente un filou lui eſcamota ,
fur la place même , vingt-huit écus qu'il avoit
dans ſa boufe. Ce Paysan , chargé d'une nombreuſe
famile , & dont cette fomme formoit
vraiſemblablement toute la fortune , ne put
foutenir cette perte , & dans le premier accès de
fon déſeſpoir, il tira fon couteau pour s'en percer.
Les femmes qui l'entouroient fauterent fur
lui & parvinrent avec beaucoup de peine à le
défarmer. Jeanne Paſcal , Jardiniere , l'une
'd'elles , vivement affectée de l'état où elle
voyoit cet homme , mit la main à la poche ,
& lui donra les vingt-huit écus qu'on venoit
de lui prendre. Les autres Jardinieres , les Revendeuſes
d'herbages & de fruits applaudirent
à cette bonne ation & voulurent la partager;
elles firent auſſitôt une quête entre elles ,
& firent , par cette cortiſation , les vingt huit
écus volés , qu'elles rembourſerent à Jeanne
Paſcal ».
Lajuſtice nous oblige à publier la lettre
ſuivante , dont l'Auteur réclame l'idée déve
(177 (
loppée dans la lettre de M. l'Abbé L... de
Montauban , que nous avons inférée au
Nº. 19 de ce Journal.
.: Mon intention n'eſt point d'accufer M. l'Abbé
de L.... d'aucun plagiat , parce que je crois
fermement que les mêmes idées , comme je
l'ai dit dans l'un de mes Ouvrages , appartiennent
indiſtinctement & en commun à tous les
hommes ; d'ailleurs M. l'Abbé de L.... n'a furement
point eu communication de mes Manufcrits
; mais comme ils ſont deſtinés à être
publics , je tuis bien aiſe de prévenir auffi l'ac
cuſation de plagiat que l'on pourroit me faire
lorſqu'ils paroîtront .
» En 1779 j'ai concouru au Prix des Adminiftrations
Provinciales , fourni par M. le Baron
de Choiſeul , ambaſſadeur de France à Turin ,
& propoſé par l'Académie de Châlons . La pro
clamation de ce prix a été ſuſpendue en 1780
par ordre ſupérieur ; les Mémoires du concours
furent alors envoyés à l'Adminiſtration , & l'Académie
en diftingua particulierement
entre leſquels le fort du Prix ; le
mien fut de cepetit nombre.
devoit tomber
trois
20
>>>C'eſt dans ce Mémoire , Monfieur , que fe
trouve le même Plan que propoſe aujourd'hui
M. l'Abbé de L ... ( Ici l'Auteur joint la copie
littérale de cette partie de ſon travail fur les
Adminiſtrations Provinciales , extrait de la troifieme
Section , intitulée DES ETABLISSEMENS
SUPÉRIEURS , ou réformes à faire dans la nouvelle
Alministration ; extrait qui contient les mêmes.
vues expofées par M. l'Abbé de L ... ) .
Si cette idée est heureuſe & utile , je n'em
tends plus la revendiquer ſur M. l'Abbé de
L.... , je me borne ſimplement au defir d'em
( 178 )
partager avec lui l'honneur , &conflitant ſeu
lement l'antériorité que j'ai fur lui ; or elle
l'eſt par l'envoi que l'Académie de Châlons a
fait de mon Mémoire en 1780 , par la remiſe
que j'en ai faite moi-même il y a dix buit
mois , à un Membre du Conſeil des Finances
pour être mis ſous les yeux du Miniftre , &
par l'envoi que j'en ai fait il y a peu de tems
à l'un des Miniſtres actuellement en place, &c. » .
GROUBERT DE GROUBENTALL ,
Ecuyer, Avocat en la Cour.
>>> Le 29 Avril , dit une lettre de Lanion
>> en Baffe-Bretagne, la mer au reflux ve
>>>noit de laiffer les barques à fec , lorſque
>>toutà coup elle eſt remontée à la hauteur
>> de 20 pieds , avec tant d'impétuoſité , que
>> les barques remiſes à flot ont été jettées
>> par deſſus le qua'. Au bout d'une demi-
>>>heure , la mer s'eſt retirée avec la même
>> rapidité. Les gens du pays prétendent
>>>avoir obſervé le même phénomene , lors
>> du tremblement de terre de Lisbonne.
Les doutes de M. Feydel ſur la Cochinchine
nous ont fait adreſſfer pluſieurs lettres
analogues , dont nous renvoyons les auteurs
ànotre premiere réponſe , c'eſt à dire , aux
voyageurs même qui ont parlé de ce Royaume.
Il est vrai que M. Mentelle , Hiftorio .
graphe de Monfeigneur Comte d'Artois ,
n'a pas jugé cette réponſe concluante , parce
qu'elle n'était pas puiſée dans ſes Lectures
geographiques pour les enfans , dont nous
ignorions même l'existence. On fait que ce
n'eſt pas dans des livres élémentaires d'édu(
179 )
cation qu'il faut aller chercher des autorités;
mais voici celle de M. Poivre lui-même ,
dont nous n'avions pas ſous les yeux le
voyage vraiment philosophe.
ya
«Les Cochinchinois , dit-il , voiſins deCamboye
du côté du nord , voyant les terres de ce
Royaume abandonnées , ſe ſont emparés , il
quelques années , de celles qui étoient le plus à
Jeur convenance, & ils ont établi une bonne culture.
La Province entiere de Donnay , ainſi uſurpée
ſur le Camboye , eſt aujourd'hui le grenier
de la Cochinchine.
Ce Royaume , l'un des plus conſidérables de la
partie orientale de l'Aſſe , étoit , il n'y a tout au
plus que 150 ans , habitée par une petite nation
barbare & fauvage, comme ſous lenom de Loi ,
qui , ne vivant que de la pêche & de rapines ,
cultivoit peu les terres.
>Un Prince Tonquinois , malheureux dans
la guerre qu'il eut à foutenir contre le Roi
de Tonquin , dont il étoit le Maire du Palais ,
paſſa,avec ſes ſoldats & ceux de ſon parti , la riviere
qui ſépare ce Royaume de celui de la
Cochinchine. Les Sauvages qui habitoient ce
pays s'enfuirent devant les nouveaux arrivés , &
ſeretirerent ſur les montagnes de Triampa.
cc Après quelqueess aannnnééeess de
guerre contreleurs
anciens ennemis qui les pourſuivirent , les.
Tonquinois fagitifs de leur Patrie reſterent pai-.
fibles poſſeſſeurs du pays connu fous le nom de
Cochinchine, qui a 200 lieues d'étendue du nord
au fud , fur une largeur médiocre & très- inégale
de l'eſt à l'ouest .
Alors ils ſe livrerent entierement à l'agriculcure.
Ils commencerent par cultiver le riz , qui
eſt une denrée de premiere néceſlité , patse
h6
( 180 )
qu'elle fait la nourriture ordinaire des peuples
de l'Aſie ; ils ſe ſéparerent en petites peuplades
, qui s'établirent dans les plaines , ſur les
bords des rivieres .
ככ
,
Bientôt la fertilité d'un fol long- tems inculte
récompenfa leurs travaux par l'aoondance
; la population augmenta tellement que
les peuplades couvrant les plaines , les Co-
• chinchinois furent preſſés de s'étendre ſur cel'es
de Camboye. Je n'ai point vu de pays où les
progrès de la population ſoient fi fenibles qu'à
la Cochinchine : ce qu'on peut attribuer , nonſeulement
au climat & à la fertilité des terres ,
mais encore aux moeurs fimples de la nation ,
à la vie fage & laborieuſe des femmes , ainſi
qu'à la multitude d'excellens poiffons , qui , avec
le riz , font la nourriture habituelle du peuple .
>>>Les Cochinchinois cultivent fix eſpeces de
riz, parmi leſquelles il en eſt une qui croît dans
les terres seches & ne demande , comme notre
froment , d'autre eau que celle de la pluie.
» Je ſuis fondé à croire que la culture de ce
grain précieux réuffirait en France , s'il y étoit
femé. ( Ici M. Poivre justifie cette opinion , par
des détails étrangers au but de notre citation ) .
, en
>> Les fix premiers Rois , ajoute t- il , fondateurs
de la Monarchie , gouvernerent la nation ,
comme un pere gouverne ſa famille. Ils établirent
l'empire de la ſeule Loi naturelle
lui obéiſſant les premiers... Leur fucceffeur qui
regne aujourd'hui a hérité de la bonté de leur
coeur; mais il a la foibleffe de ſe laiſſer maisrifer
par ceux qui ſe diſent ſes eſelaves. Ces
malheureux ont eu l'art de ſéparer l'intérêt du
Prince de l'intérêt des Sujets. Ils lui ont inſpiré
la foifdes richeſſes particulieres . L'or abondant ,
tiré des mines ſous fon regne , a commencé
(181 )
par faire négliger l'agriculture. Bientôt intros
duit dans le Palais , il en a été ſuivi de la cor
ruption&du luxe qui en eſt la preuve.
>> Le Prince a été inſenſiblement amené a
mépriſer les habitations ſimples de ſes ance
tres. Il lui a fallu un Palais d'une lieue de
circonférence , enfermé par une muraille de bri
ques , & bâti ſur le modele de celui de Pekin .
Seize cent pieces de canon qui entourent ce
Palais , annoncent au peuple la perte prochaine
de fes droits & de fa liberté .
Il a fallu Palais d'hiver , Palais d'été , &
Palais d'automne. Pour fournir à tant de dépenſe
, l'ancienne impoſition qui ne confiſtoit
que dans une forte de capitation réglée ſur les
facultés phyſiques n'a pas fuffi ; on l'a aug
mentée ; on en a imaginé de nouvelles , qui ,
n'étant plus des offrandes volontaires comme
auparavant , ne peuvent être levées que par la
force , & avec tout l'attirail de la tyrannie. Les
courtiſons intéreſſés à la corruption du Chef ,
lui ont dnné le titre de Roi du Ciel , Vova
tloi: à force de ſe l'entendre donner, il a cru
pouvoir le prendre. Pourquoi , me dit il un jour
Kui-même, ne viens tu pas plus souvent faire ta
cour au Roi du Ciel..
» Ces hommes adroits qui entourent le tróne
&qui en affiegent toutes les avenues , ont eu
P'habileté de ſe ſouſtraire à la justice ordina're
des Magiftrats , & ils profitent de cette exemption
pour aller dans les Provinces vexer &
piller les Laboureurs ; auffi j'ai vu le long des
grands chemins des villages entiers , nouvellement
abandonnés de leurs habitans opprimés.
>>Lorſque le Roi parle de ſes ſujets , il ne
les appelle encore que ſes enfans ; je l'ai vu
affifter, comme fimple particulier , à l'affemblée
( 182 )
1
i
P
L
!
annuelle de la famille , ſuivant l'ancien uſage
de la nation ; aſſemblée à laquelle préſide le
plus ancien , ſans égard aux dignités de ceux
qui ont moins d'âge ; mais il m'a paru qu'il n'y
avoit dans cette pratique , que de la formalité.
On conçoit aisément que là où le Roi du Ciel ſe
préſente , les hommes ne ſont rien ».
On a publié dans les Affiches d'Angers
une lettre de M. l'Intendant de Tours , fur
la culture de la Betterave champêtre , dont
l'utilité nous engage à la mettre ſous les
yeux de nos lecteurs.
« L'Auteur de l'inſtruction ſur la culture de
la Diſette , ou Betterave champétre , a ſimplifié
cegenre de culture, & vient de faire part à l'Ad.
miniſtration de ſon procédé qui épargne la ſemence&
les peines du Cultivateur.
Voilà en quoi il confiſte.
>> Dans le mois de Mars & Avril , le terrein
deſtiné à la culture de la Berterave champêtre
étant bien préparé , fumé & rendu meuble , il
faut choiſir les plus belles graines , les tremper
dans l'eau ordinaire pendant vingt- quatre
beures ,& les faire enſuite reſſuier un moment
pour pouvoir les manier ; on tend un cordeau
fur le champ , comme ſi on vouloit y planter
les racines à diſtance de dix- huit pouces en toμε
fens , on fait avec le petit doigt un petit trou
en terre d'un pouce de profondeur , dans lequel
on metune ſeule graine que l'on recouvre auffitốt
; après dix à douze jours elle leve , & l'on
remarque que chaque graine contient le germe
de quatre à cinq & fix racines qui ſortent de
terre à la fois ; dès que les petites racines montrent
leur quatrieme feuille , il faut avec précaution,
arracher les plus foibles , & ne laiſſer
:
:
:
( 183 )
enplaceque la plus belle & la plus vigoureu.
ſe; dans peu de jours on ſera étonné de leur
accroiffement, pas une ne manque , & de cette
maniere , auſſi ſimple que facile, on épargne la
peine de la tranſplantation , on jouitdes feuilles
quatre à cinq ſemaines plutôt , les racines deviennent
plusgroſſes & pivotent mieux , & dans
une terre inculte il ya une culture de moins à
donner.
>> Comme il eſt dans la nature de cette racine
des'élever hors de terre , on obſervera s'il y en
aquelques-unes qui ne ſe montrent pas affez ,
on leur donnera de l'air en ôtant la terre autour
du coilet , ainſi qu'il eſt indiqué dans l'inf
truction .
>> Ceux qui voudront ſe procurer de la graine,
en trouveront à prix d'argent chez le ſieur la
Planche , rue du Roule , à Paris , auquel ils pourront
s'adreſſer ».
Signé, D'AINE.
>>>Le fieur Dupont, Géometre & Machi-
>> niſte , vient de conſtruire à Jarnac-Cha-
>>>rente , un Canon-Méridien , différent de
>> ceux qui ont paru juſqu'à ce jour ; ce ca-
>>>non eſt fixé par trois barres de fer à une
>> lucarne de ſa maiſon qui avance de trois
>> pieds dans la rue, le verre ardent qui y
>>>met le feu , eſt placé dans le grenier à
>>> l'autre extrémité des barres & à la diſtan-
>> de fix pieds , lorſque le ſoleil eſt au Zé-
>>>nith , & qu'il marque midi fur le méri-
>> dien , un petit automate de fer parr , &
>>>met le feu au canon , & eſt renvoié à ſa
>>piace par l'explosion , l'inſtant d après un
>>>>autre automate ſe rend au canon ,& falue
( 184 )
les ſpectateurs en ôtant fon chapeau , ily
>>> Tous le canon une infcription Latine qui
ſe retourne , & on lit allez diner.
L'Académie Royale des Sciences a pro
pofé differens prix pour les années 1789 &
1791 ; voici l'extrait des Programmes de
certe Compagnie qui les annonce..
Fea M. Romlié de Melty , Conſeiller au
Parlement deParis, a légué à l'Académie Royale
des Sciences un fonds pour deux Prix.
Les ſujets du premier regardent le Syſtôme
généraldu Monde , & l'Agronomie phyfique.
Ce Prix devroit, aux termes du teftamente
diftribuer tous les ans : mais la diminurion des
rentes a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confidérable ,
& on l'avoit porté à 2,500 liv. De nouveaux retranchemens
dans les rentes ont forcé l'Acadé
mie de le réduire , à commencer de 1772 , à la
fomme de 2,000 liv .
Les ſujets du ſecond Prix regardent la Navi
gation &le Commerce.
Ilne ſe donnera que tous les deux ans , & fera
auff de 2,02o liv .
L'Académie avoit propoſe, pour la troiſieme
fois , pour ſujet du Prix de 1787 , La Théorie
des affuran's maritimes. Aucune des Pieces qui
ont été envoyées par ce Concours ne lui a paru
remplir entierement ſes vues. Cependant , parmi
ces Pieces , elle en a remarqué deux qu'elle regarde
comme dignes de récompenfes à différens
égards. La premiere , nº.8 , a pour deviſe :
Illi robur ,& as triplex
Circa pectus erat , &c .
La ſeconde , nº. 7 , a pour deviſe :
Judicis argutum quis non formidat acumen
( 185 )
L'Académie a cru devoir partager la moitiédu
Prixs, qui étoit de 6000 liv entre les deux Pieces
citées , en attribuant 1800 liv. à la Piece n°. 8 ,
& 1200 liv. à la Piece nº . 7 .
L'Auteur de la Piece no. 8 , eſt M. Delacroix,
Profeffeur de Mathématiques à l'Ecole Royale
Militaire. Celui de la Piece n°.7 , eſt M. Bica
quilley,Garde-du- Corps du Roi .
Quant aux 3000 liv . qui reſtent de la totalité
du Prix , l'Académie a cru devoir les deſtiner à
celui qui , à ſon jugement , conftruira les meilleures
Tables , d'après la théorie & les obfervations
pour la pratique du calcul des aſſurances maritimes ;
&elle diftribuera ce Prix dans ſon Affemblée publique
d'après Pâques 1791 .
L'Académie propoſe , pour le ſujet du Prix or
dinaire de l'année 1789 , la queſtion ſuivante :
Eſſayer d'expliquer les expériences qui ont été faites
fur la réſiſtance desfluides , tant en France , en
Italie, en Suède , qu'ailleurs ,ſoit eny appliquant les
méthodes déjà connues , foit en combinant ensemble
ces méthodes ,&faiſantfervir l'une deſupplément à
l'autre ;foit enfin , en établiſſant une nouvelle théorie
qui repréſente au moinsſenſiblement les principaux
phénomenes de la réſiſtance des fluides que les
expériences ont conftatés.
Ceprix ſera de 1000 liv.
Les Savans de toutes les Nations font invités
travailler à ce ſujet , & même les Afſociés
étrangers de l'Académie. Elle s'eſt fait la loi d'exclure
tes Académiciens regnicoles de prétendre
auPrix.
LesOuvrages ne feront reçus quejuſqu'au premier
Septembre 1788 , excluſivement.
L'Académie avoit propofé › pour ſujet d'un
Prix extraordinaire , pour l'année 1787 : La meilleure
maniere de diftribuer , ſuivant des rapports
( 186 )
Jonnés , un volume déterminé d'eau entre les différens
quartiers d'un Vile , en ayant égard aux divers
accidens du terrein , c'est- à dire , aux inégalités
des haureurs des lieux où les eaux doivent être envoyés
aux pentes& auxfinuoſitės du terrein.
L'Académie a trouvé pluſieurs obfervations
utiles , & des détails de pratique intéreſlans ,
dans une Piece qui lui a été envoyée pour ce
fujet, & qui a pour deviſe:
Vænit viliffima rerum hic aqua.
Mais endonnant à cette Piece les juſtes louanges
qu'elle mérite , l'Académie a jugé que l'Auteur -
n'a pas affez approfondi la queſtion : Elle propoſede
nouveau & pour la ſeconde fois , le méme
ſujet pour le Concours de 1789 , avec un Prix
double , qui fera de 2160 liv . & qui ſera diſtribué
àl'aſſemblée publique d'après Pâques.
Les Savans de toutes les Nations font invités à
travailler fur ce ſujet , & même les Aſſociés
étrangers de l'Académie.
Les Ouvrages ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1789 , exclufivement ; ceterme
eftderigueur.
>>La Société Royale des Sciences & des
>Arts de Metz prévient les Auteurs , qui
>> s'occupent des ſujets qu'el'e a propoſés
> or le concours des Prix de cette an-
>> n'e , que l'époque de la remiſe des Mé-
>>moires au Secrétaire perpétuel eſt retardée
>> ju qu'au 1 Juillet 1787 , au lie du r Juin,
>>>indiqué par le Programme inféré dans le
» No. 6 du Mercure de l'année derniere
> 1786.
Les Payeurs des Rentes, 6 derniers mois
de 1786, font à la lettre M.
( 187 )
Les Numéros fortis au Tirage de la
IoterieRoyale de France, le 16de ce mois ,
font : 63 , 76,75 , 19 & 41 .
PAYS - BAS.
De Bruxelles, le 19 Mai.
LL. AA . RR. ont accordé aux repréſentations
des Provinces Belgiques , un ſurfis
dans l'exécution des nouveauxRéglemens ,
par leſquels l'Empereur ſe propo e de les
gouverner. Voici la lettre à ce ſujet , écrite
par nos auguſtes Gouverneurs au Conſeil
deHainault.
MARIE & ALBERT.
Nous vous faiſons les préſentes , pour vous
dire que nous avons vus avec prine , que les
différentes claſſes du peuple ne ſe ſoient pas
éclairées ſur le vrai plan d'organiſation des
Tribunaux de Juſtice : S. M ne l'a donné à
ſes peup'es que comme un bienfait ; nous ne
doutons pas qu'on ouvrira les yeux , & qu'on
reconnoitra le prix du don qu'on vouloit faire
au peuple ; nous fentons qu'il faut un certain
intervalle pour diffier les soupçons & ramener
la confiance. Pendant cet intervalle , nous rendrons
compte à S. M. I. de l'état des choſes .
Nous avons , en conféquence , réſolu de tenir
en ſurſeance tout ce qui concerne l'établiſſement
des nouveaux Tribunaux.
Nous vous chargeons de reprendre toutes vos
fonctions ſous votre premier ferment; il en ſera
de même des Magiſtrats , Judiciaires & autres
Officiers, de quoi vous informerez , par lettre
:
( 188 )
clauſe , le Magiftrat des principales villes , &
les autres principales Judicaturės .
D'après cette dépêche , les Conſeils du
Brabant, Hainaut ,&c. ont rendu , le 8 Mai ,
un,Décret qui déclare la création des nouveaux
tribunaux contraire aux loix fondamentales
du pays , ordonne aux anciens
Magiftrats de continuer leurs fonctions ; &
de regarder comme nuls & non avenus tous
les placards , affiches & ordonnances rendues
illéga'ement & fans les formes preſcrites
pour la publication des Edits. CeDécret
a été publié & affiché dans tous les endroits
accoutumés , & le peuple en a témoigné ſa
joie par des fêtes publiques. On attend à
préſent avec impatience la déciſion de l'Empereur,
touchant les ordres contenus dans
la dépêche de LL. AA. RR. qui ont cédé ,
dans cette circonstance , au voeu des Etats
confiés à leur Gouvernement.
«En vertu d'une Ordonnance du Conseil de
Brabant , il a été publié , le 26 du mois pallé ,
une Déclaration de l'Empereur , par laquelle il
eſt ordonné aux Sujets de S. M. qui navigent fur
-mer , de ne porter d'autre pavillon que celui
d'Autriche , conforme au modele que l'on en
rend public , & de ſe défaire de tout autre dont
ils pourroient s'être ſervi juſqu'à préſent. Les
vaiſſeaux des Sujets Brabançons qui ſe trouvenc
actuellement en mer, feront obligés de prendre
Je nouveau pavillon dès leur entrée dans quelque
port. >>
On écrit deToulon untrait de vengeance
bien extraordinaire. Un Officier de la Marine
, commandant ne frega e , ayont à
faire punir un machot , ouviona au Maître
de l'équipage de l'amatuer à un canon , &
delui diſtribuer cen. comme de ga cette ( corvée
fuftigatoire ). Le Maitre d'équipage s'étant
refuſé à cette execurion , la fubie luimême
par ordre de 1Oficier. Profondément
indigné de ce châtiment qu'il trouvoit
injuſte, il médita en blence ſon projet de
vengeance ; & deux jours après , à l'entrée
de la nuit , pendant que l'Officier étoit de
quart , il ſe leſta lui- même de deux boulets
de canon , l'aborda , le harangua en bref,
le ſaiſit au corps , & ſe précipita avec lui au
fond de la mer , où ils furent tous deux
noyés.
Le déchirement des Provinces- Unies eſt
enfin arrivé au période qu'avoient prévu
depuis deux ans, tous les eſprits fages &
impartiaux. On ſe rappelle les ſcenes qui
eurent lieu à Utrecht à cette époque , &
depuis. Les Etats de la Province ne jugeant
pas leurs délibérations libres dans
cete ville , ſe retirerent à Amersfoort ,
comme on peut encore s'en ſouvenir. Soit
que ces Etats aient eu à craindre pour leur
propre sûreté; ſoit qu'ils aient formé le projet
de réduire à l'obéiſſance du Souverain
la ville d'Utrecht , ce qui dans peu fera
très - éclairci , ils ont demandé aux Etars
de Gueldre les troupes à leur répartition ;
4
( 190 )
cette Province les a accordées. Avant leur
arrivée à Amersfoort, les Etats d'Urrecht ou
les Genéraux auxquels ils ont confié leurs
intérêts , ont fait avancer le 9 , un détachement
du régiment d'Eſſeren au poſte de
Wreeswick, fur le canal du vieux Rhin, nommé
le Vaart. Ce détachement étoit compoſé
de 7 compagnies , ſuivant le Gazetier de
Leyde ; de 8 , felon le Gazetier d'Amſterdam;
de 9, felon le Gazetier d'Utrecht , &
formoit environ 260hommes. A leur approche
, les gens d'Utrecht ont fait fortir 250 à
soo auxiliaires , Volontaires , Chaſſeurs ,
Bourgeois. Vers les 10 heures du ſoir ils ont
étéattaquéspafles nouveaux venus. Cette ef.
carmouche nocturne aduré une demi-heure;
après quoiles troupesréglées ſe ſont retirées ,
laiſſant en leur pouvoir des eſpontons , pluſieurs
caiſſesde tambour , des coffres , & , à
ce que l'on ajoute, leur prêt militaire de
2000 flor. & 21 prifonniers. L'action n'a pas
été meurtriere heureuſement; les Bourgeois
ont perdu M. Viſſer, Lieutenant, fils d'un
Conſeiller , & un canonnier. Les vaincus
ſe font retirés vers Amersfoort , & quelques
- uns d'entr'eux , à ce qu'on dit , en
paſſant par Viane , petite bourgade ſur le
territoire de la Province de Hollande , ont
été arrêtés par ordre des Etats de Hollande ,
comme prifonniers de guerre.
Nous avons rapporté au Journal dernier
ladéfenſe intimée par leConſeil d'Etat aux
( 191 )
Commandans & Officiers des troupes de la
République , de violer l'Acte d'Union &
l'indépendance des Provinces confédérées ,
enmarchantfur le territoire d'aucune d'elles,
fans y être autoriſés par fon Souverain. Les
Erats Généraux ont confirmé de plus fort
certe défenſe, le 8 Mai. En conſequence ,
lorſque les Etats de Hollande & leur Général
Ryſſe't ont ordonné aux Officiers de
leurs Régimens de paſſer ſur le territoire
d'Utrecht , un grand nombre de ces Officiers
liés par leur ferment à I.. H. P. , repréſentant
la République entiere , ont refufé
d'obéir. Nous en avons nommé quelquesuns
précédemment. Il n'eſt reſté que trois
Officiers dans le régimentde Pallardy , en
garniſon à Woerden; les Erats de Hollande
ont été obligés de les congédier tous , & de
faire déſarmer les fo'dats. La même choſe
eſt arrivée au troiſieme bataillon du régiment
Wallon de Grenier , commandé par
le Colonel van- Citers . L. H. P. les Etats-
Généraux ont approuvé la conduite de ces
Officiers , les ont pris ſous leur protection,
&réſolu de les indemnifer de toutes les pertes
qu'ilsauroient à ſouffrir. Cette réſolution
a été priſe à la pluralité de ſix Provinces
contre la ſeule Province de Hollande, com
me de cele de po arſuivre cominellement le
Général Rydelr, que ſes Commettans viennentà
leur tour de prendre ſous leur fauvegarde.
( 192)
Ce démêlé dangereux de la Généralité
entiere , avec la Province de Hollande , n'a
pas intimidé celle ci , qui a envoie à la défenſe
d'Utrecht le Rhingrave de Salm &
fon Corps , ainſi que deux baraillons du
régiment de Grenier. Les Chaſſeurs de
Salm tont dans Utrecht , & le reſte dans les
fauxbourgs.
S'il faut ajouter foi au rapport de quelques
Gazertes , il eſt parti le 12 de Nimegue
une petite armée , compoſée des canonniers
de Muller, des régimens de Plettenberg
, de Douglas , de Baden-Dourlach ,
1 bataillon d'Onderwater , 12 compagnies
de Cavalerie , qui ſe joindront près d'Amersfoort
, aux régimens du Prince héréditaire
, de Heſſe Darmſtadt , de Monster &
d'Efferen , ſous le commandement des Généraux
Majorsde Monſter &van-der-Hoop.
Amſterdam eſt plongé dans l'agitation .
Les 9 Confeillers deftitués , viennent deproteſter
contre l'é'ection de remplacement ,
qui s'est faite , le 7 de ce mois , à l'Hôtelde-
Ville.
La Princeſſe de Nafſau-Weilbourg , foeur
du Stathouder , eſt morte à Kirchem , d'une
maladie de langueur , dans ſa 44. année.
TROISIEME LISTE
Dis Perſonnes qui ont fait leurs Decla ations & Sou
miffions dans les Bureaux du Greffier & du Treforier de
l'Hôtel-de-ville deParis, de contribuer a l'etabliffement
de quatre nouveaux Hopitaux , capables de fuppleer à
l'insuffisance de l'Hotel- Dieu de Paris , annoncé dans
le Prospectus imprimé de l'ordre du Roi , d puis &
compris le 22 Mars 1787 , jusques & compris le 21Avril
Suivant.
N.os Nomsde MM.lesSouſcripteurs. Sommes,
liv. f. d
Rapport du Totalde la 2. Lifte. 2007321
310 M. Mulot d'Auger , Procureur
au Châtelet ........
311 M. Nervet , ancien Receveur
particulier des finances ...
312 M. l'Abbé de *** Clerc de
Saint-Sulpice . ..
313 M. le Maréchal Duc de
Mouchy ..
314 M. Joubert , Tréforier-Général
des Etats de Languedoc.
315 M. " les F. de la R. L. la
'Conſtance de l'ancienOrient.
316 M.lte ***
317 M. Hourcas Tromé , Avocat.
318 M.me Clément , veuve du ſieur
1000
600
10
12000
6000
300
12
162.8.4
Quilleau..... 300 :
319 M. les Clercs de M. de Crufy,
Procureur au Châtelet.... 300
320 M. Edouard F *** .... 24
321 M. Berthelin , Porte- manteau
du Roi ...... 600
322 M. Gros de Luzene , Bourgeois
de Paris.......... 150
2028779.8.4
( 2 )
N.Os NomsdeMM.lesSouſcripteurs. Sommes.
liv. f. d.
De l'autre part ...... 2028779.8.4
323 M. Volan , Garde de la Ville.
324 M. Cottin , Régiſſeur -général
des Vivres de la Marine ..
325 M. Catelin, Maître Menuifier,
fait offre de faire gratuitement
juſqu'àconcurrencede
300 liv. d'ouvrages de Menuiferie.
326M.le Comte de Chambors ,
Gentilhomme d'Honneur
de M. Comte d'Artois ...
327 M. *** Avocat & Procureur
en la Cour , fait offre de fon
miniſtère gratuitement pour
la défenſe des Pauvres &
de leurs intérêts .
328 M. Franchet , Avocat au Parlement......
329 Trois Dames ..
330 M. *** Marchand Mercier...
331 M. Fhilippe , Commis à l'Adminiftration
générale des
Domaires de Sa Majefté ..
332 M.me la Marquiſe D. L. B ..
332 M. le Duc de Charoft ......
334 M. Bien-aimé , ancien Dragon
9
4800
1000
48
30
150
36
1200
12000
du Régimentd'Autichamp..
335 M.lle ***
6
72 ..
336 M. Ricci , Chirurgien-Dentiſte
I de M. Comte d'Artois ...
337 Des Perfonnes attachées à
600
M. le Marquis de la Ravoye .
338 Huit des premiers Médecins
& Chirurgiens du Roi &
42
2048772.8.4
( 3 )
N.Os Noms deMM.lesSoufcripteurs. Sommes.
liv . f. d.
Ci-contre....... 2048772. 8.4
de la Famille Royale.....
24000
339 La ſociété des quatre Fumeurs. 6
340 Trois Dames de la rue Saint-
...
Dominique , Fauxbourg S.-
Germain.
15
341M.le Comte de Nolivos , Lien
3000
tenant - général des Armées
du Roi ..
342 M. J. M & F. Domeſtiques ,
& leurs Amis
343Μ. ***.
....
344M. les Payeurs des Rentes de
l'Hôtel-de-ville , ſuivant leur
délibération du 16 Février
derniert..
345 M." les Directeurs de l'aſſemblée
du Samedi , qui s'eft .
tenue l'hiver dernier à l'hô
tel de Bregy .
346 M. le Marquis de Saiffeval ,
Mefire-de- camp en ſecond
duRégiment de Normandie,
Infanterie .
347M. Maffigny, Maitre Peintre ,
offre de faire la Peinture
des quatre Hôpitaux , &
fur le montant de ſes, mémoires
, après le règlement
fait, promet de verſer une
fomme de 2000 livres . :
348 M. Tourtille Saugrain , En-
12
144.
24000
62. 4.
12000
trepreneur-général des illuminations
de Paris , offre
de donner gratuitement fes
2112011.12.4
( 4)
N.os Noms deMM.lesSoufcripteurs .
De L'autre part.
Sommes.
liv. f. d.
..... 21,12011.12.4
foins on ſes procédés pour
faire éclairer les quatre Hôpiraux
par économie , & en
outre afoufçait pour ......
349 Μ. ***
350 M. David , Graveur de la
Chambre & Cabinet de
Menfieur, Frère du Roi,
Membre de l'Académie de
Berlin , fait offre de graver
le tableau allégorique, propoſé
par M. Lejeune , Peintre
, & de faire don de
la planche, pour que les
cépreuves foient vendues au
profit des Hopitaux.
351 M. Mary , Graveur , fait offre
de graver gramitement les
fceaux& cachets néceſſaires
aux quatre Hôpitaux.
1200
7
6
:
TOTAL ...... 2113217.12.4
COM
EXTRAIT DU PROSPECTUS.
Chaque Souſcripteur fera libre de partager ſa ſouſcription
en fix paiemens égaux , à realiſer dans le cours de
chaque année , pendant les dix ans confécutifs qui feront
fixés pour l'entier achevement de la conſtruction des
quatre Hôpitaux .
Il ſera dreffe un Registré particulier de tous les noms des
Souſcripteurs & des sommes par eux offertes , & ledit
Regiſtre ſera depoſe àdemeure dans les Archives du grand
Bureau d'Administration des Hopitaux de Paris. - )
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours;les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
• Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spec
tacles; les Causes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits,
Arrêts; lesAvis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 JUIN 1787 .
;
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins, Nº. 17.
AvceApprouation & Brevet du Roi.
P
TABLE
Du mois de Mai 1787.
ICES FUGITIVES . Punique base du bonheur&
Quatrain fur la perte de M.
deVergeunes , 3
4
de la véritable Philosophie ,
Inscription pour le Buste du Manuel des Oififs ,
14
Bours rimés ,
LeMuficien Pratique , 74
१०
Général Washington , 49
L'Homme du Monde & le
Solitaire ,
Recherches fur les moyens de
prévenir la Petite- Vérote
na.urelle , 119
50
Le Retour d'Ariste dans ses
Foyers , Idylle , 97
Traductiondi neOde d'Hoa
ce, 100
LeBonheur trop acheté , 1C1
Réponse à Mme la ComreffedeBart
MontB*, 345
132
134
Sermons pour les principales
Fêtes de l'année ,
Clariffe Harlowe,
Tables Généalogiques desMai
Sons Souveraines de Europes
135
Essai sur les Révolutions du
DroitFrançois,
Sur une Piquure d'Aiguille Les Pleaumes de David,
Epigrammefur M. leDuc de Variétés,
***
147
151
173
SPECTACLES . 14
Charades , Enigmes & Logo Académie Roy. de Muſi. 36 ,
gryphes , 9 , 12 , 117 , 149 136
NOUVELLES LITTÉR
Zoroastre , Confucius &Ma
Comédie Françoise , 180
ComédieItalienne, 36,81
homet ,
Sandfort&Merton ,
11 Annonces &Notices , 44 , 90 ,
136, 187 27
LaReligion conſidérée comme
▲Paris de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
ruc de laHarpe, près S.Come,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 JUIN 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. *** qui m'appeloit Abbé.
Vous trahiſſez la vérité ;
Mais vous y trouvez votre compte :
Vous m'appelez Monfieur l'Abbé
Pour que je vous appelle Comte.
(ParM. Portier, Curé en Haute-Bretagne. )
Aj
MERCURE
V
BOUQUET
A Madame la Marquise DE C***.
ous avez beau cacher le jour de votre fête ,
Moi j'ai ſurpris ce ſecret à l'Amour :
C'eſt aujourd'hui. Que tout s'apprête
A célébrer un ſi beau jour,
Pour vous , Æglé , je cours aux champs de Flore
Cueillir les Acurs qu'en dépit de l'hiver
De vos beaux yeux un regard fait éclore.
C'eſt aujourd'hui ce beau jour que j'honore ,
C'eſt aujourd'hui , c'étoit hier ,
Et ce ſera demain encore.
Pour les Belles , pour vous,tendre objetdenos voeux ,
Dont l'Amour même enviroit la conquête ,
Tous les jours ſont des jours heureux,
Tous les jours ſont des jours de fête .
(ParM. de laMothe.)
:
:
DE FRANCE.
5,
LE PHENIX ET LE MOINEAU ,
Fable.
UN
N pauvre Moineau crioit :
• Juſqu'à ce que l'août revienne ,
>>Que faut-il que je devienne ?
>> Je n'ai qu'un peu de millet. >>
A ſa douloureuſe antienne
Pas une âme ne s'éveilloit.
( L'égoïſme par-tout forme des coeurs de roche ,
Et l'infortune a toujours tort. )
Le Phenix l'entend , il s'approche ,
Il s'intéreſſe à ſon malheureux forr.
Le millet , lui dit-il , des grains qu'ici l'on sème ,
Eſt le meilleur à mon gré.
En avez-vous ? - Hélas ! à peine plein un dé.
- N'importe , au point où je l'aime
Je le pairai trop peu par un gros ſac de blé.
Du Mo'neau coulent les larmes.
Il répond: Oiſeau divin ,
> De ton généreux deſſein
- Que ta délicateſſe accroît encor les charmes !
» C'eſtmon bonheur qui te plaît.
>> Ah ! puis- je en être la dupe ?
>>> Plus tu caches ton bienfait
>> Et plus mon coeur s'en occupe.
A iij
6 MERCURE
FIER protecteur , de qui le foible appui
Aide le malheureux bien moins qu'il ne l'offenſe
Imitez du Phénix la douce bienfaiſance ,
Vous ferez aimé comme lui .
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Décadence ; celui
de l'énigme eſt Miroir; celui du Logogryphe
eſt Fayeur, où l'on trouve rave , fer , feu
rue.
CHARADE.
LEE bel art d'Apollon vous offre mon premier;
De tous les végétaux mon ſecond la ſemence.
Lecteur , fi vous voulez connoître mon entier ,
C'eſt un mal dont ſe plaint le beau ſexe de France.
( Par un Amateur du Mercure de France . )
DE FRANCE.
7
ÉNIGME.
J
E ſuis né pour ſervir & petit & grand monde;
Mais fur cette machine ronde
Chacun a fon caprice , & j'ai le mien auſſi ;
Or quoiqu'original , tel qu'il eſt , le voici.
Bonne mine , bon vin , tout cela peu m'importe ;
Par careſſes jamais on n'obtint rien de moi ;
Et fi j'entre chez vous , Lecteur , voici ma loi :
Jordonne que d'abord on me mette à la porte,
Ou bien je jure fur ma foi
De ne rien faire , & reſter coi
Juſqu'à ce qu'on ait fait ce que ma loi comporte.
(Par un Agénois. )
LOGOGRYPH Ε.
Je te prodigue tous les ans , E
Lecteur , les plus riches préſens ;
Et malgré mes ſoins bienfaiſans ,
Sans pitié , ſans miféricorde
Tu me livres , cruel , à la roue , à la corde.
Vainement je me plains , vainement je gémis ,
En redoublant d'efforts tu redoubles mes cris ;
Mais telle eft mon kumeur bizarre ,
Et qui doit fans doute étonner,
1
Aiv
8 MERCURE
Je ne ſais bonqu'à coups de barre :
Auſſi me vois-je abandonner
Quand je ne puis plus rien donner.
,
Je n'ai qu'un pied , huit membres pour ſtructure;
Trois embelliſſoient la ceinture
De la Déeſſe des Amours ,
Et ſe ſont fixés pour toujours
Chez Aglaé, l'honneur de la Nature ;
Ma moitié t'offrira ces momens de repos
Où Lubin , près de ſa Bergère ,
De ſon amour recevant le ſalaire
Vient oublier ſes peines & ſes maux ;
Tu trouveras deux notes de mufique ;
Une Nymphe tendre & pudique
Que Jupiter , ſon cher amant,
Métamorphoſa plaiſamment ;
Cette fleur , reine du parterre ,
Qui nous enchante & nous ravit ,
Etdont l'éclat s'évanouit
Sur le ſein charmara de Glicère ;
Ce titre , l'effroi des Romains ,
Que Louis, ſous un ciel proſpère,
A fu rendre chez les humains
Aufſſi cher & facré que le doux nom de père.
Adicu , c'eſt bien affez exercer ton eſprit ,
Je te l'ai quelquefois fait perdre.... J'ai tout dit.
(Par Mme la Comtesse de L **. )
DE FRANCE.
9
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE des Éloges lus dans les Séances
publiques de la Société Royale de Médecine
, par M. Vicq - d'Azyr , Secrétaire-
Perpétuel de la Société , &c. Cinquième
Cahier. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR , 1786. in- 4°.
La meilleure manière de louer ces Éloges,
eſt d'en citer beaucoup de morceaux , & c'eſt
ce que nous allons faire.
Le premier de ces Éloges eſt celui de M.
Lorry. Son père , & un de ſes frères furent
de célèbres Profeſſeurs en Droit ; ſa mère ,
qui ſe nommoit Madeleine Lafoffe, étoit
parente de Largilière & de Lafoffe , Peintres
fameux de l'École Françoiſe , & de l'illuftre
Auteur de Manlius.
A peine forti du Collége , où il fit , fur
les viſites du jour de l'an , deux vers qu'on
a retenus :
Haceft illa dies quâplebs veſanafurenſque C
Sefugiendo petit, ſeque petendofugit.
& où M. Rollin lui-même avoit pris plaifir
à diriger ſes études littéraires , il ſe partagea
entre l'étude du corps humain dans les aim-
Av
10 MERCURE
phithéâtres , & celle des maladies dans les
hôpitaux.
ود Oh!combienle filence morne&fombre
>> qui règne dans ces aſyles , cette douleur
>> muette&que rien ne diſtrait , ces gémiſſe-
» mens auxquels ne répond point la voix
>> compatiffante de la tendreſſe ou de la pitié ,
>>ces regards inquiets , ces yeux deflèchés
>> par la ſouffrance , où ſe peint la douleur ,
» & qui n'attendent que la préſence de
ود l'amitié pour verſer un torrent de pleurs;
" oh ! combien ce ſpectacle dut lui paroître
>> déchirant & pénible. M. Lorry devenoit
>>> le confolateurde ces malheureux, quilaplu-
ود
ود
ود
part , ſans parens , ſans amis , ſont difpo-
>> ſés à prendre la curiofit même pour de
>> l'intérêt , lorſque la commifération l'accompagne.
Il n'oublia jamais ces imprefſions
vives & profondes. Vous nefavez
>> pas , diſoit- il quelquefois aux gens du
>>>monde , combien il nous en coûte pour
» vous devenir utiles , & dans quelles fources
» amères nous puiſons les connoiffances dont
» vous usezfi nonchalamment. "
Nous avons remarqué dans ce morceau ,
ſenti & bien écrit , deux expreſſions qui ,
par la manière dont elles font employées ,
nous fourniffent une occafion de relever
l'abus des expreſſions trop fortes , dans l'uſage
ordinaire de la langue. Déchirant eft
une des expreſſions les plus fortes qu'on
puiſſe employer en parlant d'intérêt & d'attendriffement
; pénible n'eſt en comparaifon
DE FRANCE. 11
qu'un terme fort Ample; cependant on a
tant abuſé de ce mot déchirant dans la converſation
&dans le ſtyle ordinaire , & on l'a
tant affoıblı par cet abus , que voila un fort
bon écrivain qui ne croit pas pécher contre
les gradations naturelles du ſtyle , en employant
le mot penible après le mot déchirant,
tant celui-ci a perdu de fa force par un
emploi abutif; tandis que lautre n'ayant
jamais éré employé qu'a propos , a conſervé
toute ſa ſignification.
ود
» Humain, compatiſſant , M. Lorry plaifoit
fans efforts. Il n'avoit pas beſoin ,
>> pour paroître affable , d'étudier ſes geſtes ,
>> de donner à un corps robuſte des atti-
>> tudes contraintes , d'adoucir l'éclat de ſa
» voix , de réprimer la fougue de ſa penſée,
>> de cacher les impulfions d'une volonté
>> abfolue..... رد
Les Lecteurs inſtruits reconnoîtront ſans
doute quelqu'un à ce portrait indirect .
>> On accuſoit M. Lorry de ne point te-
>> nir affez à ton avis , &de céder trop fa-
» cilement à ce ui de ſes confrères. D'autres
>> n'y cèdent jamais ; & fi j'avois à choiſir
>> entre ces deux défauts , je préférerois ce-
>>lui qui me laiſſeroit la liberté de travailler
à mon inftruction , & d'abjurer mes er-
>>- reurs..... Il pouſſoit trop loin l'indulgence ,
> ajoute-ton..... Elle eſt ſi ſouvent nécef
> ſaire , & tant de gens en ont beſoin !
D'ailleurs il n'en montra jamais pour les
» méchans.
ود
"
A vj
12 MERCURE
3
C'eſt en effet la feule borne qu'il
faille donner à l'indulgence.
Hélas! tous les humains ont beſoin de clémence.
M. Vicq- d'Azyr , en parlant des vapeurs
ou maux de nerfs , s'exprime ainfi :
>> Dans cette maladie le délire , s'il eſt
>> permis d'employer ici cette expreflion
> avec Boerhaave , ſe borne à un petit
>> nombre d'idées , qu'il exalte ou qu'il af-
ود
foiblit . L'âge , le ſexe , les circonstances ,
T'habitude donnent à quelques organes
>> une énergie dont les autres font prives.
» La ſenſibilité s'accroît , & chaque point
>> des réſeaux où les nerfs s'épanouiflent ,
" devient un foyer de vibrations irrégu-
>>lières , rapides & précipitées : delà cette
mobilité dans les perceptions & dans les
" jugemens , cette inquiétude que fuvent le
ود
" repos & le bonheur , cet ennui su pré-
>> ſent , cette exagération du paſſe, cerre
>> crainte de maux à venir , cette indiffe-
>> rence pour ce qui eſt ſimple , ſérieux &
>>réfléchi , ce penchant pour le fanatiſme
>> en divers genres , pour tout ce qui pro-
>> duit des ébranlemens inattendus , cette
>>diſpoſition à imiter les mouvemens aux-
>> quels l'ame étonnée reſte long- temps at-
>> tentive ; delà , en un mot , tous ces pro- s
>> diges de l'imagination , ſource de tant de
" biens & de maux , inſtrument de tant de
>> révolutions , arme ſi chère à l'impoſture ,
>> for ſouvent victorieuſe dans les entrepriſes
DE FRANCE. 13
>> de l'erreur contre la vérité , ſi puiſſante
>> ſur la multitude , & fi funeſte aux pro-
>> grès de la raiſon. "
M. Vicq- d'Azyr ne ſe montre point favorable
à toutes ces innovations , à toutes
ces merveilles qu'on a voulu , depuis peu ,
introduire dans la Médecine. » Le charlata-
>> nifine , dit- il , eſt poutlé parmi nous à un
>> degré de perfection qu'il auroit été diffi
ود cile de prévoir; l'art d'en impoſer aux
hommes a fait , comme tous les autres
> arts , de grands progrès ; & s'il eſt per-
>>mis à l'amour- propre d'en conclure que
>> nous ſommes devenus plus difficiles à
د tromper , la raiſon n'en eſt pas moins af-
>> fligée , en voyant qu'on nous trompe tou-
>> jours , & que reproduites ſous toutes
ود fortesde formes , l'erreur & l'impoſture
>> ne ceffent de ſubjuguer le genre hu
» main. »
On ne ſera pas fâché de voir les portraits
de Noſtradamus & de Rabelais tracés par
M. Vicq-d'Azyr.
>> Ce Nostradamus , auquel des talens
>> diſtingués , & des ſervices rendus duis le
>> traitement de deuxpeſtes , auroient afſuré
"
ود
une gloire immortelle , ſi , préférant l'ar-:
gent à l'honneur , s'afſociant & ſe dé-
>> vouant au charlataniſme de l'Aftrologie
>> judiciaire , & pouffant à l'excès ce genre
>> de delire qui étoit alors e plus répandu ,
il n'avoit imprimé à fon nom une tache
que nulle puiſſance ne ſauroit effacer ;
"
ود
14
MERCURE
> enfin , cet homme extraordinaire qui ;
>> nourri par des Moines , le devint lui-
» même , & ceſſa bientôt de l'étre ; qui ,
>> après avoir compofe & jone des farces
>> devant la Faculté de Montpellier , fut
» honoré comme fon. reftaurateur , qui
» commenta Hippocrate & Galien , écrivit
>> fur la Religion , ſuivit un Ambafladeur
» à Rome , compoſa un ouvrage , où , fous
>> le voile d'une plaifanterie baffe & grof-
>>fière , il cacha des vérités hardies , une
>> critique ſévère , une ſatyre dans laquelle
» il n'épargna perſonne ; qui déſarma ſes
>> juges en les faiſant rire ,
(Solventur rifu tabula , tu miſſus abibis. )
ود fut le bouffon & l'idole de ſon ſiècle ,&
>> mourut Curé de Meudon , Rabelais en
" un mot. "
Il n'y a , dit notre Orateur Philofophe
& fenfible , il n'y a que ceux dont l'ame
eſt douce & tranquille qui ſe plaiſent aux
champs. » L'avare , l'ambitieux , l'homme
>> ſubjugué par ſes paffions , ne s'apper-
>>çoivent point ſi la Nature eſt riche &
>>feconde , fi le Ciel eſt pur , fi les fleurs
>> répandent leur parfum.
C'eſt ſur-tout aux véritables gens de
Lettres , aux amis de la penſée & du travail
, que la campagne eſt néceſſaire.
Scriptorumchorus omnis amat nemus &fugit urbes.
Nous regrettons ſincèrement de ne pouDE
FRANCE. IS
voir ſuivre M. Vicq- d'Azyr dans l'expoſition
brillante , éloquente & ſavante qu'il fait des
divers ouvrages de M. Lorry ; le Lecteur y
trouveroit , comme nous , la preuve des
plus vaſtes connoiſſances &d'un grand talent,
auffi bien dans l'Orateur que dans
l'Auteur. Finifſons ce qui concerne cet
Éloge , par un trait plus ſimple , mais qui
fait aimer M. Lorry & M. Vicq d'Azyr.
ود
ود
Entouré des enfans de ſon frère , ( le
Profeſſeuren Droit ) M. Lorry vécut céli-
>> bataire ; mais la bienfaiſance avoit réuni
ود ſous ſes yeux , & placé dans ſon coeur
>> toutes les jouiſſances paternelles. »
M. Girod , dont l'Éloge ſuit immédiatement
celui de M. Lorry , eſt celui qui , le
premier , a répandu l'inoculation dans les
campagnes ; les payſans , pleins de confiance
dans ſes lumières , lui amenoient leurs enfans
, en difant : puiſque M. Girod le veut ,
les voilà, qu'il en foit le maî're & qu'il en
diſpoſe. Il inocula dans la Franche-Comté,
ſoit par lui-même , ſoit par ſes coopérateurs ,
plus de vingt-sing mille ſujets. Sa deviſe
étoit : Variolis infitione domitis. Une épidémie
s'étant déclarée à Chatenoy dans le
Bailliage de Dôle , il courut y offrir ſes ſecours;
il fut atteint du mal épidémique &
y fuccomba : » Ne me plains point , dit- il
» à un ami , je meurs ſur le champ de ba-
>> taille. » La ſuite de ces Éloges offre déjà
pluſieurs exemples d'un dévouement femblable.
"Ofons prédire , ajoute l'Orateur ,
16. MERCURE
>> que celui - ce ne ſera pas le dernier. >>
L'Éloge de M. Macquer eſt celui de la
Chimie. Après avoir nommé avec honneur
Beccher , Stalh , Homberg , Lémery , Geoffroy
, Groffe & Boulduc , l'Orateur ajoute
ce portrait du Fameux Rouelle : » mais l'im-
>>pulfion donnée s'affoibliſſoit de jour
ود en jour, lorſqu'un génie bouillant &
>>hardi , réchauffa toutes les têtes du feu
>>de ſon enthouſiaſime , & devint le chef
>> d'une École dont le ſouvenir honorera
R ſon ſiècle & fa Patrie. On venoit de.
>> toutes parts ſe ranger parmi ſes diſciples.
» Son éloquence n'étoit point celle des pa-
>>roles : il préſentoit ſes idées comme laNa-
>> ture offre ſes productions , dans un dé-
ود fordre qui plaiſoit toujours ,&avec une
>>abondance qui ne fatiguoit jamais. Rien
>> ne lui étoit indifferent ; il parloit avec
>> intérêt & chaleur des moindres procédés ,
» & il étoit sûr de fixer l'attention de ſes
» Auditeurs , parce qu'il l'étoit de les émou-
>>yoir. Lorſqu'il s'écrioit : écoutez moi , car
» jefuis le feul qui puiſſe vous démontrer
ود
ود
ces vérités , on ne reconnoiſſoit point
>> dans ce diſcours les expreſſions de l'amour
propre , mais les tranſports d'une ame
>> exaltée par un zèle ſans borne & fans
>> meſure. Ennemi de la routine , il don-
>> noit des ſecouſſes utiles à ce peuple
>> d'hommes froids & minutieux qui , tra-
>>vaillant ſans ceſſe ſur le même plan , &
>> ſuivant toujours la même ligne , ont beDE
FRANCE . 17
> ſoin qu'on rompe quelquefois la trame
>> de leur uniformité. Il écrivit peu , mais
ود
11 inſpira des Écrivains. On recueillit ſes
>>penfees; il fit rejaillir de toutes parts les
>> étincelles de l'émulation , il féconda , il
> multiplia le germe des talens , & fut le
père de tous les Chimiſtes modernes . Ce
ود
ود
tableau n'eſt qu'une foible eſquiſſe des
>> prodiges que Rouelle a opérés parmi
ود nous. "
M. Macquer , ſon diſciple le plus célèbre ,
eut aufli par la Chimie des relations avec
ce fameux M. de la Garaye , de la bienfarfance
duquel nous avons vu un tableau fi
touchant dans Adèle & Théodore ; M. Vicqd'Azyr
en parle ici comme Madame la Marquiſe
de Sillery. " Il exiſtoit alors en Bre-
>> tagne , dit- il , un citoyen que la poſtérité
>> comptera dans le petit nombre de ceux
>> dont la bienfaiſance a illuſtré la mémoire.
> M. le Comte de la Garaye ne jouifloit de
" ſa fortune , comme il ne cultivoit les
>> Sciences , que pour ſe rendre utile à l'humanité.
Les pauvres formoient à ſes yeux
une famille nombreuſe , dont il ſe regar--
> doit comme le père; & le château qu'il
>> tenoit de ſes ancêtres , étoit changé par
ود
ود
ſes ſoins , en un vaſte hofpice peuplé
» de malades & de convalefcens , dont il
ſembloit avoir oublié qu'il étoit le fon-
>> dateur , pour ſe reſtreindre aux fonctions
>> d'économe & d'officier de ſanté. »
ود
M. Macquer alla examiner des procédés
18 MERCURE '
de Chimie relatifs aux médicamens que M.
de la Garaye préparoit pour ſes malades :
ود
ود
Courbe fous le poids des années , M. de
>> la Garaye laiſſoit alors entrevoir à ſes
>> concitoyens le malheur de ſa perte pro-
>> chaine , & cette crainte méloit à la reconnoillance
un ſentiment d'inquiétude ,
>>qui la rendoit plus touchante encore. M.
>», Masquer vit avec attendriſſement ce zèle ,
>> ce dévouement ſans bornes , cet affem-
>> blage de grandes qualités , que tout le
>> monde admire , & que perſonne n'ofe
» imiter. „
Jamais on ne donna de bons avis avec
plus de modeſtie que M. Macquer ; jamais
onne fut juſte avec plus de douceur. Dans
ſes écrits , fur-tout dans ſon Dictionnaire
de Chimie , il mène toujours fon lecteur ,
calme & tranquille , dans les ſentiers de
l'expérience; il ne ceffe d'inſpirer , non de
l'enthouſiaſme ni de l'admiration , mais de
l'eſtime & de la confiance , & fur- tout l'amour
du vrai .
>>On le voyoit peu dans le monde , où
il étoit moins connu que ſes ouvrages ,
» & la conſidération dont il jouiſſoit n'en
>> étoit que plus grande ; car il eſt rare que
» l'on ſoit content de la perſonne dont on
ود admire les écrits , ſoit parce qu'on en
> exige trop , ſoit parce que l'on aime à fur-
>> prendre quelques défauts dans ceux dont
> on eft contraint d'ailleurs de reconnoître
" la ſupériorité. Les hommes célèbres acDE
FRANCE. I19
>> cordent trop ſouvent à d'inutiles viſites,
→ à d'ennuyeuſes invitations des heures dé-
>> robées à leur gloire ou au moins à leur
ود
ود
repos. Ils ne ſavent pas afſſez que l'emprefſement
qu'onleur témoigne n'eſt que de pure
>>curioſité; qu'ils font entourés de juges
>> difficiles à fatisfaire , & qu'au milieu des
> préjugés & des bagatelles dont les grands
>> cercles font occupés , leur langage ne ſau-
>>> roit être accueilli. Les Savans ſont ſur- tout
>> ceux qui s'y montrent avec le moins de
ود ſuccès: on peut les regarder coimame for-
>> mant un peuple peu nombreux , auſtère
>> dans ſes moeurs , fombre dans ſon carac-
>> tère , quelquefois même un peu rude dans
>> ſes manières , & dont les individus ne
> ſont recherchés par les gens du monde ,
que comme desÉtrangers fameux que l'on
veut voir , que l'on ne comprend guères ,
» que l'on ennuie , & dont on est bientôt
» ennuyé. »
ود
ود
M. Macquer portoit dans la ſociété ,
comme dans ſon cabinet, une ſérénité inaltérable
, & une douceur qui plaiſoit à tout
le monde; mais ſon goût naturel l'éloignoit
de ce tourbillon qu'on appelle le monde ,
Il n'eſt permis d'en aimer le fracas
Qu'à l'étourdi qui ne le connoît pas.
ditM. de Voltaire.
Dans ume notice ſur M. Darluc , Botaniſte
habile , M. Vicq-d'Azyr obſerve que l'étude
20 MERCURE
de la Botanique eſt une de celles qu'on cultive
le plus à Aix; » & comment n'aime-
>>roit-on pas cette ſcience dans une ville où
ود nequit Tournefort&Garidel ? Heureuxle
» climat qu'honore la naiſſance d'un grand
>> homme! Son ſouvenir eſt un germe qui
>> reproduit à jamais l'émulation& le ſavoir :
>> ce lieu , dit- on , fut l'aſyle de ſon enfance;
>> cette École fut le théâtre de ſes premiers
>> exercices : là s'ouvrit la rouwe qui le con-
>> duifit à l'immortalité. C'eſt ainſi qu'une
>> ardente jeuneſſe s'excite au travail , &
» qu'ivre d'eſpoir , elle n'eſt point effrayée
ود par l'immenſité d'une carrière dont elle
>> ne voit jamais que le commencement & la
>> fin.
M. Vieq d'Azyr termine ces Éloges par
une réflexion ſur les Éloges.>>On loue trop ,
>> diſent quelques Ariftarques; ils ont raifon
ور
د
ou
s'ils entendent parler de cette faftidieuſe
>> complaiſance avec laquelle on célèbre tout
>> ce que font , écrivent annoncent ,
>>penſent certaines perſonnes, de ce vil trafic
» d'Éloges , que des gens intéreſſes ſe prêrent
» & ſe rendent de toutes parts : dans ces
>> cas & dans tant d'autres , on loue trop
ود : fans doute ; mais s'il s'agit de l'écrivain
>> modefte & laborieux , dont le zèle qui s'é-
>> teint a beſoin qu'on le ranime ; de l'obfervateur
qui ſe dévoue àdes recherches
>> utiles , loin des Puiſſances qui diſtribuent
l'or & la gloire ; je dis qu'on ne loue pas
> aflez; je le dis ſur-tout , & la Societé
ود
ود
DE FRANCE. 21
ود
ود
در
>> Royale le dit avec moi , lorſqu'elle voit
>> diſperſés dans les Provinces des Médecins
» & des Chirurgiens habiles , qui lui conſacrent
tous les fruits de leurs veilles ,
fans ſavoir fi on leur en tiendra quelque
compte , & même ſans le demander ; qui
>> vivant& mourant pour leur pays , croient
> ne faire que leur devoir , & font bien
>> éloignés de penſer qu'il ſubſiſtera quelques
>> traces de ce grand facrifice : je dis qu'on
>> ne loue point affez , & qu'on ne ſauroit
ود trop louer cette eſpèce d'héroïfine in-
» connu dans nos Capitales , où il eſt juſte
>> au moins de lui rendre hommage , fi on
» n'a pas la force de l'imiter. ود
Le plaiſir de citer de beaux morceaux nous
entraîne inſenſiblement trop loin; il faut
nous arrêter ici , & nous borner à dire que
M. Vicq-d'Azyr , dans l'expoſition des opinions
, des ſyſtèmes , des recherches , des
découvertes des Savans , eſt ſavant luimême
, mais ſans ceſſer jamais d'être à la
portée de tout lecteur intelligent ; qu'il eſt
Philoſophe dans ſes réflexions , humain &
aimable dans les ſentimens qu'il laiſſe quelquefois
éclater , mais qu'il n'étale jamais.
On trouve dans ce recueil un diſcours lu
à l'ouverture de la féance du 26 Octobre
1784 , à laquelle le Prince Henri de Pruſſe
aſſiſta . L'Orateur loue ſur-tout ce Prince de
s'étre apperçu qu'il manque quelque choſe
au bonheur de la victoire , & il nous a con
22 MERCURE
ſervé dans une note le trait ſur lequel porte
cer Éloge.
En complimentant le Prince Henri fur
le gain d'une Bataille : " eft- il , lui diſoit-
» on , un bonheur comparable à celui d'un
» Général qui vient de remporter une vic-
>> toire ? » Ce bonheur est grand , répondit
le Prince , mais ily a le lendemain la vifite
de l'Hôpital.
LES Amans d'autrefois , par Mme la
Comteſſe de B...... 3 vol. in- 12 . A Paris ,
chez Couturier , Imprimeur-Libraire , quai
des Auguftins , & Leſclapart , Libraire de
MONSIEUR , rue du Roule, 1787 .
Un Poëme érotique, intitulé Alzémir-le-
Grand, Poëme en proſe , il eſt vrai , mais où
l'imagination a déployé routes ſes richeſſes ;
deux Nouvelles imitées de Bandel , mais imitées
de fi loin , que l'Auteur a beaucoup plus
ajouté qu'il n'a pris à ſon modèle ; Il est bien
temps, ou les Confidences, Conte charmant ,
qui n'eſt imité de perſonne , &que l'Auteur
ſeul pouvoit inventer ; la Marmotte Philo-
Sophe, petit Ouvrage difficile à caractériſer ,
parcequ'il eſt dans le genre de Sterne , &que
fon originalité le met hors de claſſe; Cabriolet,
ou l'Egoiste corrigé , autre Ouvrage d'un
gente neuf; la nouvelle Folle Angloise , &
diverſes poéſies. Voilà ce que nous avons à
examiner en rendant compte des trois vol.
DE FRANCE.
23
deMme la Comteſſe de B ...... Quelle abondance
! quelle variété ! & comment faire un
choix parmi tant de fleurs nouvelles ? Le ſentiment
, la philofophie & la gaîté ſemblent
s'être unis pour dicter à l'aimable Auteur
toutes ces productions intéreſſantes ;&, fem
blables à un Amateur qui entre pour la pre
mière fois dans un jardin émaillé de tous les
dons de Flore , nous reſtons également ſufpendus
entre la roſe éclatante & la douce
violette. Nos Lecteurs attendent cependant
que nous nous décidions , & que nous leur
donnions au moins une légère idée de toutes
les richeffes Littéraires que nous avons ſous
les yeux, Eh bien ! il faut les fatisfaire ; mais
ce que nous citerons leur fera bien regretter
ce que nous pafferons ſous filence , & les
bornes de ce Journal nuiront bien plus à
leurs plaiſirs qu'elles ne contenteront leur
avide curiofité. Tous les Ouvrages que nous
venons de nommer nous plaiſent également ;
mais foit que nous préférions les légers amu
ſemens de l'eſprit aux vives émotions du
coeur, ſoit qu'une plaifanterie philoſophique
nous ſeduiſe plus en ce moment que l'expreffion
de la tendreſſe , nous avouerons que
Cabriolet & la Marmotte ont obtenu nos
amours , & qu'un attrait particulier nous
porte à les faire connoître plutôt que les Nou.
yelles de Bandel , dont on ne peut donner
d'extrait fans les affoiblir , & le Poëme d'Alzémir
, auquel on ne peut toucher fans le
profaner peut- être. Qu'on ſe figure donc un
24
MERCURE
Genie qui avoit des manières agréables , un
luxe défordonné , un jargon découſu , quelquefois
brillant , de l'aiſance , & une forte
d'enjouement , dont les yeux étoient vifs
comme les geftes , qui d'ailleurs étoit bien
perſonnel ; fort content de lui-même , un
peu colère , très- obſtiné , d'une humeur inégale
, parlant beaucoup , n'écoutant rien ,&
qui aimant le bal par- deſſus tout , faiſoit danſer
ſon confeil juſqu'à perdre haleine , dès
qu'il paroiſſoit embarraflé , battoit lui-même
des entrechats avec une légèreté merveilleuſe ,
& après cela opinoit au mieux. C'eſt de ce
Héros fingulier que Mme la Comteffe de
B..... fait l'hiſtoire dans le Conte qui porte le
titre de Cabriolet , ou l'Egoiste corrigé. Nous
ne le ſuivrons point dans les divers événemens
de ſa vie ſaltimbanque & aërienne.
Qu'il ſuffiſe de ſavoir qu'après avoir fait enrager
ſes Miniftres d'État par ſes folies réitérées
, &ſes maîtreſſes par ſes nombreuſes infidélités
; qu'après s'être attiré la haine , &
preſque le mépris de ſes peuples par un
amour de foi exceſſif, une belle & tendre
Princeſſe le ramène à la vertu &à la ſenſibilité
, & transforme en Roi accompli le Menarque
toujours danſeur. On a pu croire d'abord
que cet Ouvrage , intitulé Conte
l'air, n'avoit d'autre mérite que de juſtifier
parfaitement ce titre. Qu'on le life avec attention
, on y verra la morale cachée ſous les
grâces d'une allégorie gaie & ingénieuſe ; on
y verra, àtravers les voiles tranſparens de la
mythologie
en
DE FRANCE.
25
mythologie des Fées, toute la laideur , tous
les dangers , toutes les baffeſſes de l'égoïfime ,
&tous les avantages qu'on retire de l'huma- -
nité , tout ce qu'on gagne à faire du bien à
ſes ſemblables , & tout ce qu'on perd à ne
vivre que pour foi. Deux Auteurs célèbres
ont mis au Théâtre le ſujet très- difficile de
PEgoïfine , & leurs Pièces ont peu réufſi ,
parce que l'Égoïfime eſt un vice froid , & que
la Scène où les paſſions doiventbrûler, ne s'accommode
point de ces perſonnages qui les
concentrent toutes en une. Quel parti en
effet un Auteur Dramatique peut- il tirer d'un
Égoïfte ? Il n'y a point là de choc , point de
contraſte , point de flux & de reflux , point
deces oppofitions heureuſes & imprévues ,
d'où peuvent naître à la fois & le comique
&l'intérêt. Il n'y a qu'une figure de pierre
toujours roide & immobile , & que le génie
de l'Artiſte ne ſauroit animer. Nous croyons
d'ailleurs que pour traiter avec ſuccès l'Homme
perfonnel , il falloit le mettre continuellement
dans des ſituations qui l'exposâſſent
au ridicule , & qu'il excitât le rire autant que
l'excite le Tartufe , qui n'eſt lui-même qu'un
Égoïſte renforcé. Cet art que Molière a mis
dans fon admirable Comédie , ſe retrouve
dans le joli Conte de Cabriolet. Le génie
égoïſte eſt toujours plaiſant , même lorſqu'il
fait une iniuftice : il amuſe même en opprimant
; ſes ſaillies , ſes bruſqueries , ſes boutades,&
fon goût pour les rigaudons déſolent
tout ce qui l'environne;& cependant il n'eſt
Nº. 22 , 2 Juin 1787. B
28 MERCURE
mes la propriété de leurs Ouvrages. « Je ne
ود me fâche pas pour ſi peu, dit elle. Tenez ,
>> je permets qu'on leur diſpute pis encore
>> que les bagatelles dont elles amufent leurs
>> loiſirs. N'y a - t'il pas toujours eu des
ود
" ود
Arhées ? Qu'ils blafphement , & que Dieu
les aßifte. » Elle parcourt dans un autte
endroit une Brochure nouvelle , où on lit
que l'animal & l'homme de génie ſe touchent
" du haut en bas , " ajoute- t'elle en ſouriant
, & elle ſe remet à feuilleter le Livre.
Que de traits charmaus nous pourrions encore
citer , fi nous ne craignions pas de faire
un Livre nous-même! Il fercit injuſte cependant
de quitter celui de Mine la Comtefle de
B....... fans parler de ſes vers ; ils ne procurent
pas moins de plaifir que ſa profe; &
pour s'en convaincre , on n'a qu'à lire les
deux lettres touchantes qu'elle fair écrire à
Louis XIV par Mine de la Valière , & sûrement
on remarquera dans la ſeconde les vers
ſuivans , qu'on ne pourra guères oublier :
t
Il s'éternifera dans la poſtérité ,
Ce malheureux amour par ton coeur rejeté ;
Mais en ſe rappelant ton glorieux empire ,
Quelle tache pour toi qu'une infidélité ,
Par qui bientôt il faudra que j'expire !
On dira : ce Louis qui fut furnommé Grand
Par la voix de l'Europe entière ,
A-t'il donc mérité les honneurs qu'on lui rend?
Il ceffa d'aimer la Valière,
DE FRANCE. 29
Voilà bien des éloges , dira-t'on , mêlés à
bien peu de critique. Nous en convenons , &
nous ne croyons pas pour cela en être moins
amis de la vérité. Lorſqu'on fait d'ailleurs
l'extrait des Ouvrages d'une femme , on ne
doit point s'armer de ces miroirs ardens qui
brûlent & dévorent à une longue diſtance ;
ilfaut au contraire tenir devant le Public une
•de ces glaces fidelles qui réfléchit les traits de
l'Auteur dans toute leur pureté, leur éc at &
leur délicateſſe; & quand ces traits appellent
l'indulgence , & meme l'admiration par la
réunion des qualités les plus rares , il faut , le
premier , donner un utile exemple à la poſtérité,
en tombant à genoux devant l'image
enchantereffe.
( Cet Article nous a été envoyéparM. le
Chevalier de Cub **.)
OBSERVATIONS fur la Virginie , par
M. J*** , traduites de l'Anglois. AParis ,
chez Barrois l'aíné , Libraire , rue du Hurepoix
, près le pont S. Michel. in- 8 °, avec
une carte nouvelle de la Virginie , 1786 .
Ce n'eſt pas d'aujourd'hui , ni dans un feul
pays de l'Europe , qu'un certain ordre d'hommes
a regardé ce qu'on appelle parmi nous
des Philofophes, comme incapables de traiter
&de conduire les affaires publiques. On peut
défendre la philofophie de deux manières. La
premiere , en difant qu'il n'y a point de bons
Biij
32
MERCURE
vières ſe gêlent plus rarement : vérité douce
&flatteufe pour Thomme qui ſe voit amfi
partageant avec la nature le domaine de la
terre , & changeant & renouvelant ſa ſurface
entière pour embellir ſon habitation .
Nous ne ferons qu'indiquer à la page so
le tableau du paſſage de la rivière Patowmack
&de la Sehenandoa au travers des montagnes
bleues , &à la page 56 la deſcription du pont
naturel. L'Auteur y rend dans toute fa force
l'impreffion faite fur lui par ces grands ſpectacles
, & les Lecteurs l'éprouvent avec lui .
De la page 99 à la page 161 , M. J **
combat la théorie du célèbre Auteur de l'Hiftoire
Naturelle fur le continent de l'Amérique
, & juftifie le nouveau monde du reproche
qu'on lui fait de ne produire que des
eſpèces foibles & dégénérées , tant en animaux
qu'en hommes.
Les queſtions de ce genre ſont d'une difcuffion
difficile. Il faut fixer des limites , donner
de la préciſion même aux aſſertions qu'on
combat , &qui en manquent quelquefois , &
à plus forte raiſon aux preuves qu'on y oppoſe.
La Nature a moins de vigueur dansfes
productions en Amérique que dans l'ancien
monde ; lefol, le climat y font moinsfavorables
aux développemens des eſpèces animales,
l'Américain a moins de force, defenfibilité,
d'intelligence , &c. Toutes ces propofitions
générales ont quelque choſe de vague
qui peut nuire à la netteté de la ſolution.
Il nous femble que l'Auteur ſurmonte ces
DE FRANCE .
33
difficultés , & qu'il déploye cette marche circonfpecte
qui caractériſe l'eſprit Américain ,
ou , pour parler avec plus d'exactitude , &
fans décider nous mêmes la queſtion, l'efprit
Européen tranſplanté en Amérique.
M. J ** combat par beaucoup de raiſonnemens
& de faits,l'opinion de l'Écrivain célèbre
que nous venons de citer, qui regarde les
animaux originaires du continent de l'Amérique
, comme généralement plus foibles que
ceux de l'ancien monde , & ceux - ci lorfqu'ils
font tranſplantés dans le nouvera ,
comme éprouvant une dégénération marquée.
Il oppoſe d'abord à ce ſyſtème un fait important
, c'eſt que le continent de l'Amérique
a produit un animal diftinct de l éléphant ,
& beaucoup plus grand que l'éléphant , le
mammout. Il prouve ces deux affertions par
la grandeur & les caractères particuliers des
dents de cet animal, qu'on trouve ſur l'Ohio ,
& beaucoup plus avant vers le Nord , par
Popinion unanime des Européens établis en
Amérique , qui n'ont jamais oui dire qu'on y
eût trouvé des dents d'éléphans , par la conf
titution de l'éléphant qui appartient à la
Zône Torride , & qui ne vit & ne ſe propage
point au-delà du 30 degré de latitude
Nord & Sud , tandis que les dépouilles du
mammout ne commencent à ſe montrer que
vers le 36 ° degré , & ſe retrouvent juſques
ſous le cercle polaire arctique.
Il combat comme arbitraires & inadmi
Bw
34 MERCURE
tibles, par une philofophie ſage & retenue, les
deux fuppofitions à l'aide deſquelles on pourroit
expliquer l'exiſtence des éléphans ſous
le cercle polaire; l'une , qu'un feu central a
autrefois échauffé ces régions qu'il a maintenant
abandonnées ; l'autre , que ces pays du
Nord , où l'on trouve aujourd'hui les os foffiles
de ce grand animal qu'on veut être l'éléphant,
étoient autrefois placés entre les tropiques
, à raiſon du changement arrivé dans
l'obliquité de l'écliptique.
M. J ** analyſe avec beaucoup de ſagacité
les principes de l'opinion qu'il combat , &
qu'il réduit à deux. Le premier , que la chaleur
est moindre,& l'humidité plus grande
dans le continent de l'Amérique, le ſecond ,
que ces deux circonftances ſont défavorables
à la production & au développement des
grands animaux.
Il paffe à M. de Buffon la première de
ces affertions, dont il croit cependant qu'on
ne peut apporter aucune preuve; mais il l'ar
rêre ſur la ſeconde. Il lui oppoſe d'abord ſa
propre opinion , "que les pays un peu froids
conviennentplus à nos boeufs que les pays
>> chauds , & qu'ils font d'autant plus gros &
> plus grands que le climat eſt plus humide;
- que les boeufs de Danemarck , de la Podo-
>> lie & de lUkraine ſont les plus grands de
>> tous. » Hift. Nas . T. 1 , p. 134.
ود
Mais venant enſuite àdes faits ſeuls capa
bles de décider la queſtion , & comparant l'Amérique
à l'Europe , il montre ,par des tables
DE FRANCE.
35
dreſſées ſur des obſervations régulières :
1º Que des animaux communs aux deux
continens , ceux d'Amérique ne ſont pas plus
petits que ceux d'Europe.
2°. Que les animaux particuliers au nouveau
monde ne font pas formés fur une échelle
plus perite que ceux de l'ancien , au moins en
ſe reſtreignant à comparer l'Europe à l'Amérique.
3°. Que les animaux domeſtiques tranfplantés
d'Lurope en Amérique, n'y dégénèrent
pas.
4°. Enfin , que les eſpèces des quad rupèdes
ne fontpas en moindre nombre en Amérique
qu'en Europe.
Toutes ces affertions ſont prouvées par
l'énumération des eſpèces , la notice & la
comparaiſon des poids de chacune ; & nous
ofons dire en general qu'outre l'inſtruction
que peuvent puiterdans cette partie de l'Ouvrage
les Amateurs de l'Histoire Naturelle ,
tous les Lecteurs peuvent y trouver un modèle
de bonne logique & d'excellente difcuffion.
Ce qui ſuit de la page 135 à la page 160 ,
eft encore plus intéreſfant , en ce que ce n'eſt
plus la caute du fol & du climat , mais celle
de l'homme , de l'Américain aborigène que
M. J ** prend en main.
Il juſtifie les Américains du reproche de
foibleffe dans les organes de la generation ,
ou , pour parler plus exactement, il prouve
que cette foibleſſe eſt en eux accidentelle ,
Bvj
36 MERCURE
l'effet de leur manière de vivre & du défaut
d'une nourriture ſaine , abondante & régulière
, que la culture ſeule peut donner. II
présend que leurs facultés intellectuelles &
morales , ne font pas inférieures à celles des
Européens placés dans les mêmes circonitances
qu'eux. Que leur fenfibilité n'eſt pas moindre
, que leur bravoure ne le cède pas à celle
des nations les plus guerrières de l'Europe.
Qu'on trouve chez eux des exemples de générofité
& d'amitié , que les plus beaux traits
connus de l'Histoire n'effacent pas. Que leur
éloquence préfente les plus grandes beaurés.
Enfin , qu'ils ne mé ìtent pas même le reproche
d'infociabilité que quelques Écrivains leur
ont fait, puiſqu'ils vivent dans des bourgs ,
qu'ils traitent leurs affaires publiques en confeil
, & qu'ils ont un caractère & un intérêt
nationaux.
Juſques là l'Auteur n'a combattu que M.
deBuffon , qui ne trouve en Amérique cette
foibleſſe de la Nature en fes productions, que
dans les animaux & les hommes indigènes du
nouveau monde. Ici , & de la page 161 à la
page 166 , M. J** réfute M. l'Abbé Raynal ,
qui a étendu la dégénération juſqu'aux races
Européennes tranfplantées en Amérique , &
ilnous paroîtque c'eſt encore avecplus d'avantage
qu'il ſe mefure avec ce nouvel adverfaire.
C'eſt un argument bien puiſſant en effet
contre cette prétendue dégénération , que de
nommer ſeulement George Washington ,
DE FRANCE.
37
Benjamin Franklm , Rittenhouſe , & les
Adams, & les Hancock , & les Benezer , &
les Gates , & les Starke ,& les Green , & les
Laurens , & l'Auteur lui- même , qui montre
tant de connoiſſances , & de raifon & de talent
, & dont le nom ſerajoint à ceux de ces
hommes éclairés & vertueux qui ont établi
dans le nouveau monde l'empire de la raifon
& le bien inestimable de la liberté.
De la page 166 à la page 198 , on trouve
des details ſur la population Indienne , qui
ne peuvent guères avoir d'intérêt pour des
Européens , mais qui en ont pour les habitans
de cette partie de l'Amérique , auxquels
ils ont été deſtinés .
Ce qui ſuit de la page 198 à la page 217 ,
peut attacher davantage le Lecteur.
On y voit d'abord un plan pour rendre par
degrés la liberté aux noirs , l'Auteur trouvant
avec raiſon des inconvéniens graves & de
grandes difficultés à les affranchir tout-à-coup
au milieu de la race Européenne , moindre
en nombre , & dont les formes & la couleur
ſeroient bientôt altérées par le mêlange , propoſede
faire élever aux dépens du Public les
enfans des noirs , les filles juſqu'à 18 , & les
mâles juſqu'à 21 , de leurdonner enſuite des
terreins en propriété dans les parties intérieures
du pays & des moyens de culture , én
les dé larant libres & indépendans , & en les
protegeant juſqu'à ce qu'ils euffent acquis
alfez de force pour ſe ſoutenir par euxmêmes.
38 MERCURE
On a trop long- temps combattu l'eſclavage
des Nègres , cette pratique horrible , lahonte
de l'humanité , ſans fournir des moyens de le
faire ceffer, On aime à voir ici le ſentiment
& l'amour du bien auffi éclairés , außi précis
dans leurs meſures que la froide raifon .
On doit favoir à l'Auteur d'autant plus de
gré de ce zèle pour l'affranchiſſement des
noirs , qu'à la difference de ceux qui ont
plaidé la cauſe de cette race malheureuſe , il
la croit réellement inférieure à celle des
blancs. Il faut voir les raiſons qu'il apporte
de fon opinion. On y reconnoitra la difference
qu'il faut faire entre le Philofophe autſi
ſage qu'hunain , qui fait déméler le bien
poſſible , de celui qui ne l'eſt pas , & reconnoître
les limites du vrai que paſſent ſans
ceffe les déclamateurs.
A la page 223 , l'Auteur traitant de la population
des États-Unis & des moyens dela
favorifer , dit qu'il ne faut pas s'embarraffer
de hâter fon accroiffement par une importation
forcée d'étrangers , & certe maxime
eſt fort ſage; mais je ne ſuis pas bien frappé
de la raiſon fur laquelle il l'appuie , la crainte
que les étrangers n'apportent leurs vices
leurs préjugés & leur fervilité d'Europe. Je
crois trop a la force des bonnes loix & d'un
bongouvernement ſur l'eſprit& le caractère
deshommes,pour craindre que des Européens
confervent en Amérique les erreurs & les
vices qu'ils y porteroient de notre continent.
En quelque nombre que puiffent aborder les
DE FRANCE.
39
Européens dans ce pays nouveau , ils feront
forcés de s'y diſperſer &de ſe fondre parmi
les anciens habitans ,& ils s'affimileront neceffairement
au peuple au milieu duquel ils
feront venus vivre. L'eſprit de ſuperstition &
de fervitude ne germera pas , & ne prendra
pas de racines dans une terre de lumière &
de liberté. Lorſque l'Auteur veut justifier
fes craintes par la ſuppoſition qu'il fait de
pluſieurs millions d'Américains jetés tout-àcotup
dans un État Européen , & des inconvéniens
dont cette émigration feroit ſuivie,
outre qu'on ne jette point en une fois plufieurs
millions d'habitans dans un pays , il y
aune grande différence entre les deux hypothèſes.
Des Américains tranſplantés en Europe
s'y foumettroient difficilement à tantde
loix oppreflives & vicientes , dont l'habitude
ſeule peut faire ſupporter le jeug , & poirroient
ainſi troubler l'ordre , ou , ſi l'on aime
mieux , la fervitude publique. Mais l'Européen
le plus groſſier , en débarquant à Philadelphie
ou à Boſton , ne pouvant méconnoî
tte les avantages de l'égalité , de la liberté, ſe
familiarifera bientôt avec les moeurs & les
loix du pays qu'il aura choiſi pour afyle , en
y voyant pour lui des moyens puiffans de
bonheur.
J'ajouterai que la véritable raiſon qui doit
éloigner les États-Unis de defirer de grandes
émigrations d'Europe , eft qu'il ne faut pas
que le nombre des hommes ſoit difproportionné
à la quantité des capitaux, fans lesquels
i
40
MERCURE.
ne peut ſe faire un travail utile. Qu'il faut en
un pays nouveau que le travail foit bien
payé au travailleur,&qu'il ceſſeroit de l'ètre
fi laconcurrence à le deriander étoit trop active.
Enfin , ſuivant la comparaiſon ingénieuſe
de Bacon , l'établiſſement d'une Colonie
eft comme la plantation d'une forêt , il
n'en faut rien attendre avant la vingtième
année, & la vingtième année d'une forêt eſt
peut-être la centième d'une Nation.
Mais quoi qu'il en foit de cette légère différence
entre fon opinion & celle que j'expoſe
, il eſt curieux d'obſerver le rapide progrès
de cette population , préſenté dans une
table , de laquelle il réſulte qu'en 1862 , la
Virginie ſeule , partant du fonds de fa population
actuelle , fans le fecours de l'abord des
étrangers, doit avoir quatre millions 540mille
612 habitans, & d'ici à 95 ans , 6 à 7 millions
qui lui donneront 100 perſonnes par mille
quarré , ce qui est à peu près dans la Grande
Bretagne le rapport de la population à l'étendue
du territoire.
On peut confidérer comme finiſſant ici , la
partie phyſique de l'Ouvrage dont nous rendons
compte. La partie politique & morale
occupe le refte du volume , & n'est pas moins
intéreſſante par la forme comme par le fonds.
Lafin au Mercure prochain.
DE FRANCE. 41
BIBLIOTHÈQUE choiſie de Contes, de
Facéties & de Bons Mots. Tomes ; & 4 ,
in- 18. & in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Royez , quai des Auguſtins. ( Contes tirés
des Auteurs Grecs& Latins.)
CETTE Collection ſe continue avec ſuccès ,
&les volumes paroiſſent rapidement l'un
après l'autre.. Les Rédacteurs qui s'étoient
propofé de donner une ſuite de tableaux dérobés
aux anciens & aux modernes , après
avoir débuté par un volume de Contes , mêlés
de Fabliaux & d'Anecdotes Orientales , en
ont publié trois autres conſacrés uniquement
aux Auteurs Grecs , & deux qui forment une
claffe à part , ſous le titre de Folies Sentimentales.
Leur intention eſt de puiſer dans
la ſource féconde que leur ouvre la Littérature
Françoife , depuis les Troubadours ,
pères de la Poésie moderne , juſqu'aux nouvellesde
nos jours. Ces Ouvrages, en confervant
fidèlement leur caractère primitif, recevront
par des mains exercées le ſtyle & les
couleurs du fiècle préſent.
On peut juger par les pièces qui compoſent
les fix volumes qui exiſtent , du ſoin que
prennent les Rédacteurs pour rendre cetre
Collection élégante , variée , complette &
digne enfin des ſuffrages des vrais Littérateurs&
des gens du monde.
• Clémence d'Argelles , Anecdote Provençale
, inſpirant autant d'intérêt que Zéno
42
MERCURE
themis , l'aſyle des Grâces , Conte philoſophique,
rempli de délicateffe &d'agrément ,
La Folle par Amour , la bague d'Hébé font des
compoſitions charmantes , & qui pourront
être reproduits ſur nos Théâtres.
Ces volumes contiennent une production
neuve , ſous le nom d'affections des divers
amans. Nous connoiflions fous ce titre un
Ouvrage de J. Fournier , qui parut pour la
première fois en 1951 , & reimprime en
1743 , lequel n'eſt que la traduction de celui
queParthenius de Nicée , Écrivain du temps
d'Auguſte , abrégea pour fon ami Gallus ,
d'après les anciennes fables milefiennes. Ces
récits , tous très courts , écrits en vieux Fraaçois
, offrent des canevas nombreux dont nos
conteurs modernes pourroient tirer le plus
grand patti.
Perſonne juſqu'ici n'a pouſſé plus loin que
M. Sim... de Tr... le projet de rendre aux Fables
miléſiennes la vie , l'intérêt & les couleurs
antiques qui leur manquent. Dans ces
effais , écrits avec la facilité la plus foignée ,
les connoiffeurs remarqueront une foule de
traits qui annoncent une Littérature étendue ,
l'amour des anciens, & ce charme enfinqu'excitent
dans nos imaginations les fictions de ce
peuple, dont tous les noms heureuxſemblent
nés pour les vers. Les Contes empruntés à ce
Parthenius , & embellis par M. Sim... , font
ici au nombre de douze; fon recueil en contient
trente- fix , qui paroîtront dans les vo
lumes ſuivans de cette Bibliothèque.
DE FRANCE.
43
L'Avertiſſement qui précède le Roman de
Mélicello mérite d'être lu. Il renferme des
réflexions eſſentielles & quelques traits d'érudition
précieux. - L'exécution typographique
joint la propreté à la commodité des
formats , & les gravures en font agréables .
SPECTACLES .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 24 Mai , on a joué , pour la première
fois , Hercule au Mont- ra , Tragedie
en ciuq Actes.
Il y auroit de l'indifcrétion à juger cet Ouvrage
fur la première repréſentation : ce n'eſt
pas qu'elle ait été très-orageuſe ; mais parmi
de très grands applaudiilemens , le Public a
laiſſe échapper quelques murmures , & à la
fin de la Pièce, les avis ont été très diviſés
fur fon mérite. Nous ne ferons donc ici aucune
obfervation ſur cette nouvelle Tragédie ,
dont nous parlerons dans le prochain Mercure,
& que nous rapprocherons de quelquesOuvrages
déjà connus ſur le même ſujet.
Nous remarquerons ſeulement que les rôles
nous ont , en général , paru mal faifis;; ce qui
peut avoir nui beaucoup à l'effet que l'Auteur
s'étoit promis de leurs caractères. Les
repréſentations qui vont ſuivre éclairciront
ou dufiperont nos doutes.
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
VIES des Écrivains étrangers , tant anciens que
modernes , accompagnées de divers morceaux de leurs
Ouvrages , traduits par l'Auteur de leurs Vies.
Dante,fuivi de la Chasteté de Joseph , Scène Françoise,
par M. le Prevoſt d Exmes , Profeffeur Royal
del'École de Chant, & de l'Académie des Sciences
&Belles Lettres de Rouen , in-8°. de 164 pages.
Prix, 2 liv. 8 fols. A l'aris , chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint Jacques , & chez Bailly ,
Libraire , rue Saint Honoré , barrière des Sergens.
M. le Prevoſt d'Exmes annonce des Vies des
Écrivains étrangers ; il commence par celle de
Dante. On nous diſpenſera de faire l'analyſe d'un
Ouvrage qui n'eſt lui même qu'une analyſe. L'Auteur
donne une Vie dérailiée de ce célèbre Poëte ,
avec un extrait du plan & des détails de fa divine
Comédie. La Brochure eft terminée par une ſcène
Françoiſe, dont le ſujer eſt la Chafteté de Joſeph.
On eft furpris de voir là cette eſpèce de Drame , &
on en eft fâché quand on l'a lu.
MINÉRALOGIE nouvelie , ou l'Art de faire des
Eaux Minérales non-feulement pareilles à celles
qu'on trouve dans toute l'Europe , mais encore qui
auront de plus un grand nombre d'autres qualités
propres à remplir toutes les indications possibles , &
les avantages qu'il y auroit à les mettre en usage
contre les malacies les plus rébelles; par M. Laugier
, Docteur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , Membre & Profeffour de l'Univerſité
de Montpellier , in - 8 °. de 16 pages. A Senlis , de
DE FRANCE .
45
l'Imprimerie de N. L. F. Defrocques , Imprimeur ,
& ſe trouve à Paris , chez l'Auteur, rue de Tournon
, n°. 30 , & chez les Marchands de Nouveautés .
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou- Dauphine , nº . 6 .
Ce Volume , le dixième des Romans, renferme
Tristan de Léonois & Artus de Bretagne.
CLARISSE Harlove , Drame en trois Aites &
en profe A Paris , chez Née de la Rochelle , Libraire
, rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel.
Il y a dans cette Pièce, imitée du fameux Roman
de ce nom , des momens d'intérêt & des
Scènes d'effet ; mais l'Auteur a voulu tranſporter ſur
la Scène des tableaux qu'il n'eſt guères poffible de
faire ſupporter que dans un Roman.
VALENTINE, Ou Lettres & Mémoires intéreſ-
Sans d'une famille Angloise , in 12. Prix , I liv.
10 fols. A Lauſanne ; & ſe trouve à Paris , chez
Deſenne , Libraire , au Palais Royal.
LeHéros de ce Roman, finge des petits-maîtres
François , aime Valentine ; mais il voudroit la féduire
ſans l'épouſer. Il la fait enlever; mais enfin un
brave Marin le rappelle à l'honnêteté & à la vertu ,
&il épouſe Valentine qui ſe croyant orpheline retrouve
ſon père, & ce père est précisément ce Marin
qui lui a rendu ſon amant.
TABLEAU Généalogique , Hiſtorique , Chronologique
& Géographique de la Nobleffe , enrichi de
Gravures , par M. le Comte de Waroquier , Offi
cier d'Infanterie , & Penfionnaire du Roi , rue Gitle
Coeur.
On trouve chez Nyon ſeulement les trois premiers
Volumes de cet Ouvrage, contenant , 1º. l'état
46 MERCURE
des vrais Marquis , Comes , Vicomtes & Barons ;
2°. un Traité fur les Bannerets, Bacheliers &
Écuyers , & fleur différence 3º. un Traité (ur
Ies Dignités Féodales & Politiques , les Dignités des
Eccléſiaſtiques , les Dignités des Vidames attachés à
l'Églife , les titres & qualités perfoarelles , les titres
& qualités des Gens-de- Lettres , &c.; 4°. les Généalogies
des Familles . 5. les dépôts où la Nobleſſe
peut avoir recours pour ſes différentes re
cherches , 6 ° , une table des Terres & des Perfontes
titrées; une table des Noms de Famille compris
dans l'Ouvrage , avec le renvoi aux Auteurs qui en
ont dor né les généalogies , & une table de plus de
vingt mille titres originaux que l'Auteur poſsède
dans ſon cabinet. Ouvrage préſenté au Roi le 1
Avril 1786. Prix , 9 liv, les trois Volumes brochés ,
10 liv. 16 fols reliés , & 10 liv. 16 fols brochés
franc de port dans tout le Royaume.
La quatrième et la cinquième Partic ſous preſſe ,
&les autres de fuire .
TABLEAU Héraldique , ou Armorial général &
univerfel , contenant l'explication des Armes des
Provinces , Pays d'États , Gouvernemens , Villes ,
Terres. Seigneuries , celles des Archevêchés , Évêchés,
Chapitres, Abbayes , Prieurés & autres , celles
des Compagnies , des Corps &Communautés , celles
du Clergé & des Bourgeois à qui Sa Majesté
Louis XIV les a permifes par ſon Édit de 1696..
Même adreſſe que ci-deſſus.
Ledéfaut d'un Ouvrage complet ſur les Armoiries
de toutes les Maiſons nobles ou qui jouiſſent
d'un certain rangen France , &c. a fait que depu
plus de dix années l'Auteur s'eſt occupé de cette
compilation, fur laquelle il a recueilli aſſez de matières
pour avoir pluſieurs Volumes de prêts à
Pavance.
:
DE FRANCE.
47
ÉTAT des Étoiles fixes au ſicond fiecle, par
Cl. Ptolémée , comparé à la même position des mêmes
Etoiles en 1786 , avec le I exte Grec & la Traduction
Françoise , par M. l'Abbé Montignor , Chanoine
de Toul, de la Société Royale des Sciences &
Belles - Lettes de Nancy , in -4°. A Nancy , chez
C. S. Lamot , Imprimeur , près les RR. PP. Dominicains
, nº. 239
Cet Ouvrage doit faire plaifir aux Aftronomes.
Le Texte Grec avoit été imprimé ; mais il étoit
devenu très- rare. M. l'Abbé Montignot mérite la
reconnoiſſance des Savans pour les avoir mis, pour
ainſi dire , en poſſeſſion de ce monument curieux.
Il a mis fa Traduction à côté du Texte , & il y a
joint des Notes pour aider à l'intelligence des endroits
difficiles.
: :
4
On continue de débiter avec ſuccès la véritable
Graiffe d'Ours blanche d'Amérique pure & naturelle
, préparée fans feu par les Sauvages. La propriétéde
cette Graiſſeeſt de prévenir la chûte des
cheveux , de les nourrir au point de les faire croître
, de les épaiffir & de lesconferver.
La manière de s'en ſervir est très-facile : il faut
en bien enduire la racine des cheveux avant de ſe
faire coëffer , & le ſoir avant de ſe coucher ; cela
n'empêche point de ſe ſervir de la pommade ordinaire.
CetteGraiſſe réunit la double propriété de guérir
les rhumatiſmes en s'en frottant devant le feu
pendant quelques jours fans interruption .
Le prix des bouteilles cachetées en cire rouge
eft de 3 liv. , 2 liv . & 1 liv. 4 fols.
On s'adreſſera chez les Demoiselles Didier , Marchandes
de Tabac , Place de la vieille Eſtrapade ,.
vis- à-vis la porte du bâtiment de Sainte Geneviève,
48 MERCURE
NUMÉRO 6 de la Collection de Musique de M.
Grétry , pour le Clavecin , le même pour la Harpe ,
contenant l'Air : Je ſuis heureux , &c. , celui non ,
laiſſez-moi , & c. de la ſuite du Comte d'Albert , &
leDuo: Je veux qu'on ne me gêne en rien , de l'Amitie
à l'épreuve , par M. Corbelin , ſeul chargé par
M. Gretry de l'atrargement de ſa Muſique pour
tous les Inftrumens. Prix , 2 liv. 8 fols chaque Numéro.
On peut s'abonner pour dix Numéros chez
M. Corbelin , place Saint Michel, maiſon du Chan.
delier , qui fera parvenir franc de port par la poſte
toute ſa Muſique & celle de M. Grétry .
TROIS Sonates pour le Piano-Forte, avec Accompagnement
de Violon , par M. Hüllmandel ,
OEuvre XIX. Prix , 6 liv. A Paris , chez Saunier , rue
SaintHonoré , au coin de la rue de la Sourdière,
cour du grand Charroi.
TABLE.
VERS à M. ***
31 ciété Royalede Médecine, 9
Bouquet à Mme la Marquise Les Amans d'autrefois , 22
4Obfervations fur la Virginie ,
de C***
Le Phenix & le Moineau , Fable,
29
Bibliothèque choisie de Contes,
Charade, Enigme& Logogry &c.
41
the . 7 Comédie Françoise , 43
Suite des Eloges lus à la So- Annonces&Notices, 4
APPROBATIΟ Ν.
J'ai lu, par ordrede Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juin 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris,le I Juin 178. RAULIN.
!
1
JOURNAL POLITIQUE
i
DE
BRUXELLES.
1
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 14 Mai. 1
LEE Roi de Danemarck a permis aux
matelots de Tes Etats de fervir fur les
navires étrangers , en ſe niuniflant de pallepoits
officiels , &fous une caution de 20
dahlers , accompagnée d'un engagement
écrit de revenir , dans l'eſpace de deux ans ,
aux places de leur département , ſous peine
d'êtretraités comme fauffaires&déferteurs.
Le Profeffeur Schloëzer de Gottingue
vientde détailler en ces termes l'état de la
Compagnie pour la pêche du hareng , éta
blie à Embden.
En 1764 , une Société de Négocians de cette
ville réſolut de faire , à l'exemple des Hollan-
No. 22 , 2 Juin 1787. a
( 2 )
dois , la pêche du hareng dans JaMer du Nord;
elley fixa d'abord un fonds de 60,000 florins , &
ſollicita pour cet établiſſement l'octroi du Roi de
Pruſſe qui le lui accorda ſur le champ. Cette circonſtance
ayant engagé pluſieurs autres sujets de
S.M. de prendre part à cette nouvelle entre priſe,
on fit construire fix bâtimens propres à cette
pêche ; & lorſqu'ils furent achevés , on les équipadans
la maniere qui ſe pratique en Hollande
Ces bâtimens partirent d'Embden pour la premiere
fois le 11 Juin 1770 , & revinrent dans ce
port , après une abſence d'environ 16 ſemaines ,
avec 1825 tonneaux de harengs. Les Hollandois ,
jalouxde ce ſuccès , & en craignant les ſuites , ré
folurent de l'écrafer. Pour cet effet, ils vendirent
leurhareng dans les endroits où cette Compagnie
enavoit auſſi conduit , à un ſi bas prix , que l'on
vit clairement le deſſein de perdre fur cette marchandiſe
, dans la vue d'anéantir l'entrepriſe de
la Compagnie. Le Roi de Pruſſe vint a ſon ſecours.
CeMonarque éclairé la prit ſous ſa proteczion
, lui aſſigna des arrondiſſemens dans ſesEtats
pour y importer excluſivement aux Etrangers le
hareng néceſſaire à la conſommation,, aux prix
que lesHollandois & les Danois les avoient fournis.
précédemment ; & lorſque les Etats de Hollande
adjugerent à chaque bâtiment pêcheur une
prime de 500 florins , qui fut portée enfuite à700
le Roi fit payer pour chaque tonneau de harengs
importés dans ſes Etats par la Compagnie , une
gratification fi forte , que toutes les machinations
de la jaloufie ne purent plus lui nuire. En 1771 ,
le nombre des bâtimens de la Compagnie fut accrû
de 4 , & aujourd'hui , il monte à 45. La moitiédes
Provinces Pruſſiennes peut être fournie
actuellement par la Compagnie , de harengs néceſſaires
à leur consommation ; & fi le Roi actuel
( 3 )
continue à ſoutenir cette entrepriſe, elle ſera dans
quelques années en état , non-ſeulement de faire
elle feule l'approviſionnement de cette marchandiſe
à toutes les Provinces , mais même d'en exporter
à l'Etranger.
Il paſſoit autrefois de fortes ſommes en
Hollande pour le hareng ; mais aujourd'hui la
plus grande partie de cet argent reſte dans les
Etats, du Roi de Pruſſe , puiſque la Compagnie
peut fournic déja actuellement pour plus de
200,000 florins d'harengs. Le bénéfice des Actionnaires
n'a pas été juſqu'à préſent au-deſſous
de 5 pour cent , il a même monté à 7 , & il
eſt probable qu'il montera encore davantage.
La Compagnie occupe à Emden & aux envi
rens plus de 500 ouvriers pour la conſtruction
& la réparation des bâtimens , pour la conftruction
des conneaux , pour le cordage , les fi
lets , &c. Les Matelots à ſon ſervice font aujourd'hui
au nombre de 585 , ſavoir 13 hommes
par bâtiment. On embarque ordinairement pour
16. ſemaines de vivres , que l'on prend dans
cette ville & aux environs. La navigation gagne
beaucoup par les mouvemens de la Compagnie
; les douves , le chanvre , le ſel , & d'autres
articles font tirés la plupart des Provinces
du Roi fur la.Baltique , & importés par mer ,
>& le tranſport des harengs à Hambourg & à
Stettin facilite en même tems l'occaſion d'exporter
d'autres productions du pays & de prendre
des retours .
Nous avons préſenté dans le Numéro
fx de ce Journal une évaluation de la
population de la Ruſſie , tirée du Portefeuille
historique qui s'imprime à Berlin .
Voici un autre état ſur le même objet :
a 2
( 4 )
nous l'empruntons du Docteur Buſching ,
qui l'a pris de la nouvelle Géographie de
l'Empire de Ruſſie , publiée à Pétersbourg
très- récemment par M. Plschniew. Cet
éțat , rédigé ſur les tables du dernier recenfement
, préſente le dénombrement ſuivant
de chaque Gouvernement , ſavoir :
1.Gouvernement d'Archangel ....... 170,300
........ 206,100
d'Elvibourg........ 186,500
26
d'Olonez .
30
4.
de Pétersbourg..... 367,200
deRevel .. 202,305
6. deRiga.........…...... 507,150
de Polok ......... 620,600
81
de Mohilow ....... 662,500
de Smolen ko.. 892,300
9:
dePleskow ........
١٥٠
578,100
11.
de Nowogorod ..... 177.500
de Twr ..... .. 903,600
12.
13.
de Jaroflow ... ..... 740,900
deWolonda .......
14.
556,:00
deKalroma .
15.
...... 815,400
16.
deWladimir. 871,050
17.
de Mofcou......... 883,400
18. de Kaluga ........ , 781,500
deTula.... ..... 876,200
19.
deRefansk..... ....... 869,400
20.
21;
de Tambow........ 887,000
d'Orel......
22.
deKurk
.....
.....
.. 968,300
920,000-
23.
deWorone ch... 809,600
2.4.
de Charkow ....... 78,800
25.
26. de Nowogorod - Sewersk
.......... 742,000
de Thernion ......
27.
741,850
28.
de Kier ........... 795,800
29. deKaterino...... 744,550
( 5 )
30.
31.
de Tauride...
du Caucaſe ...
100,000
48,350
En outre 400 families , & 12,250 Calmouques
Kibites.
32.
deSaratow ........ 624,030
33 . de Penfa .... 640,700
34. d. Niſchneinowgorod. 816,200
35.
deWoeka .. .... 817,100
36. de Kafan . ....... 763,300
37. d.Simbirsk .. ...... 731,000
38. d'Ufa .... ........ 355.598
39.
de Perms.. .. 798,950
40. de Tobolsk.. ..
714,790
41.
42. d'Irkuzk . ...... 375.150
deKoliwan........
43. Les Coſaques du Don.... ...
170,000
200,000
Toral ................ 26,618,148
Selon M. Plschniew , la Nobleffe , le Clergé ,
les troupes de terre & de mer , les perſonnes employées
aux divers Départemens & Tribunaux ,
les Membres des Académies , Univerſités , Séminaires
& maiſons d'éducations , les troupes irrégulieres,
les peaplares vagabondes , les étran
ge's& les Colans de diverſes Nations , ne font
point compris dans ce dénombrement En les y
ajoutant, la population actuelle de la Ruffle
morteroit aoins à trente millions d'ames , ce
qu'on en de croire fort exagéré.
L'Edit du Roi de Suede ,porrant érab'ifſement
d'une Caifle gnérale d'eſcoinpte eft
maintenant public. Cette caiſſe, régie par
5 Directeurs , dont chacun recevra o
rixdalers d'a pointe nens annuels , s'ouvrira
le 1 Septembre prochain. Son fonds fera de
400,000 rixdalers , of de 2,400,000 liv. de
a 3
( 6 )
France. Les effets sûrs y feront eſcomptés;
à raiſon d'un demi pour cent par mois , &
les plus longues dates d'échéance de 6 mois.
Pendant l'année derniere , 363 bâtimens du
port de 3 à 67 lafts , ont paffé par le nouveau
canal de Schlesvik Holſtein. Les bâtimens de
60 lafts & plus étoient la plupart des bâtimens
Suédois chargés de bois , qui , à cauſe de leur
conftruction , n'ont pu traverſer entierement ce
canal avec la totalité de leur cargaiſon. Des
Navigateurs Suédois , Hollandois , Pruffiens , de
Hambourg , de Brême , du Meklenbourg &
d'Oldenbourg ont pris cette route. Les bâtimens
venant de la mer d'Occident étoient au
nombre de 25 & chargés de vin , tabac , eaude-
vie , café , raiſins ſecs , ſucre , firop , huile
de baleine , huile d'olives , briques , harengs ,
&c . , & ceux venant de la Baltique ont monté
ası , dont 32 ont déchargé à Rendsbourg ,
Frideriſtadt & Huſum ; 2 font allés en Hollande
; 1 à Brême & 16 à Hambourg & à Altona;
de ce dernier nombre , 4 étoient chargés
de marchandites de Chine & des Indes orientales
& occidentales . Les marchandiſes de la
Baltique confiftoient en bois , fer , cuivre , goudron
, chanvre , huile , verre & blé. La va
leur des marchandises déclarées a monté à environ
120,000 rixdalers . Ce canai auroit été
plus fréquenté l'année derniere , Gon n'eût pas
été obligé de faire une réparation conſidérabie
qui a empéché le paſſage juſqu'au 17 Avril .
On publiera inceſſamment une carte exacte de
ce canal avec ſes communications.
Le commerce de Memel a occupé l'année
derniere 830 bâtimens.
3
On évalue la cargaison de la Charlotte
( 7 )
Amélie, arrivéenouvellementde Chine à Copenhague
, à plus de 800,000 rixdalers. Le
thé ſeul qu'elle a apporté monte à 1,200,000
liv. peſant. La Compagnie d'Afie attend cet
Eté le retour de deux autres de ſes vaifſeaux.
Le marché pour les marchandiſes de
cette partie du monde ſera conſidérable
cette année à Copenhague. Les Ruffes &
preſque toutes les provinces ſur la Baltique
ont commencé à tirer de cette Compagnie
les marchandiſes des Indes Orientales dont
ils ont beſoin ; & il y a lieu de croire que
leurs commiſſions deviendront plus importantes
d'année en année. On avoit projetté
de vendre le thé du navire la Charlotte à la
Compagnie Angloiſe , mais le marché n'a
pu s'exécuter.
De Berlin, le 13 Mai.
LeRoi a permis à l'Académie des Sciences
de mettre en vente la ſuperbe carte géo.
graphique & militaire de l'Electorat de Saxe
&des pays voiſins , rédigée par le ſieur de
Petri , Lieutenant Colonel du Génie . Cette
carte , qu'il étoit très difficile de ſe procurer
, eſt compoſée de 39 grandes feuilles ;
elle ſera vendue au prix modique de 6 frédérics
d'or ( 120 liv. tournois ).
Le i de ce mois , le Lieutenant Général
de Prittwiz a fait la revue particuliere des
Gens d'armes&des Huſſards d'Eben , & le
a 4
( 8 )
Lieutenant-Général de Mollendorfcelle de
l'Infanterie en gainiſon dans certe Capirale.
Le Roi a permis pour cette année le tranfit
libre des marchandites venant de la foire
de Leipfick , & deſtinées pour la Pologne
&la Ruffie; elles paſſeront par ſes Etats ,
ſans être viſitées , en payant un droit de
tranſitde 3 thalers par quintal.
L'adminiſtration générale du tabac dans
les Etats Pruffiens , établie par le feu Roi ,
il y a 20 ans , étoit devenue une entrepriſe
fi conſidérable , qu'en 1785 la vente de cette
denrée furpalla 28 tonnes d'or ; le bénéfice
net, verſé dans le tréfor , fut de 1,286,289
rixdalers.
De Vienne, le 13 Mai.
les dépêches d'un courrier ex-
Suivante
traordinaire , expédié de Lemberg , le 19
par S. M. I. , elle a dû partir pour Cherfon
le 6 de ce mois. Ce départ qu'a déterminé
une lettre de l'Impératrice arrivée à Lemberg
le 28 Avril , aura été précédé d'un examen
qu'a dû faire l'Empereur du cours du
Nieſter ſur les frontieres de la Moldavie.
S. M. I. voulant s'aſſurer par elle même des
obſtacles à la navigation de ce fleuve , &
des plans deſtinés à les faire difparoître , le
fera accompagner de quelques Ingénieurs ,
vorſés dans Thydraulique. Voici la route
qu'elle ſuivra pourſe rendre à Cherfon.
>> D'abord elle ferendra àBrody où elle ref
:
(و )
terale 7; le 8 , précédée de deux courriers ,
&accompagnéede toute ſa ſuite , elle ſe remettra
en chemin en traverſant la Podolie.
De Brody à Cherfon on a fixé ſept ſtarions
où S. M. trouvera toutes les commodités
queladiſette des lieuxppeerrmmeettttrraadeluiprocurer.
Chaque ſtation eſt éloignéede l'autre
de 7 à 8 poſtes , & on y a fait les meilleurs
arrangemens poſſibles pour lui fournir les
chevaux néceſſaires. On voit par - là que
l'Empereur ſe propoſe d'arriver à Cherfon
le 14. L'Impératrice de ſon côté a dû quitter
Kiof jeudi dernier , le 3 de ce mois. Le
4 elle devoit s'arrêter à Kaniew où le Roi
de Pologne l'attendoit avec un grand nombre
de ſeigneurs Polonois ; & les elle a dû
continuer ſa navigation ſur le Dnieper.
Pour éviter juſqu'a i moindre danger , pluſieurs
bateaux, placés à des diſtances proportionnées
, ont eu ordre de précéder le
bâtiment qui portera cette Souveraine ; &
ſi le cas arrivoit que dans quelque endroit
le paſſage fût trouvé tant ſoit peu périlleux ,
'on a pris les meſures de pouvoir mettre pié
àterre,& continuer le voyage en voitures ,
celles ci ſuivant la Cour fur des bateaux.
Oncompte que le 15 de ce mois l'Impératrice
fera fon entrée à Cherfon .
L'Empereur a donné aux Négocians Barum
& compagnie un privilege de 25 années
, pour l'établiſſement d'un Lombard
en taveur du commerce; les ſommes qu'ils
as
( 10 )
pourront prêter fur gages ne feront pas
moindres de mille florins ; les intérêts annuels
feront de 4 pour 100. La Compagnie
a auſſi la permiſſionde former des bureaux
particuliers dans les principales villes de
Province.
Le procédé de l'amalgame , rectifié par le
Conſeiller de Born , a été auſſi introduit
pour les mines de Joachimſthal. La premiere
opération , qui a parfaitement réuffi ,
a été faite fur 549 quintaux de minerai . On
a ca'culé, qu'au moyen de ce procédé , on
épargne aà Joachimſthal environ mille cordes
de bois par an , & qu'en général on fera
une économie de près de 4 flor. par quintal .
L'Empereur, dit la Gazette de cette ville ,
voulant foutenir & encourager l'induſtrie
des familles Génevoiſes , qui ſont venues
s'établir à Conſtance , a accordé à la maiſon
de commerce Roman , Melly , Roux &
Compagnie, la permiſſion de titrer leurManufacture
de montres & de bijoux , de Manufacture
Impéria'e & Royale , &d'imporser
dans les Etats héréditaires, pendant l'efpace
de 8 années , 16300 montres , à raiſon
de 10 pour cent d'entrée.
Le Prince Ypfilanti , nouvel Hoſpodar
de Moldavie , a fait au commencement
d'Avril ſon entrée publique à Jaſſy , où il
étoit depuis trois ſemaines incognito. Cette
cérémonie s'eft faite avec pompe , & l'allégreſſe
publique a fignalé l'inſtallation du
( II )
Prince, dont la Moldavie a ci devant appris
à connoitre la justice & la générofité.
Les nouvelles du Bannat font affligeantes.
Les bandits y augmentent en nombre ,
& commettent de grands désordres. Pour
arrêter leurs brigandages , & affurer le repos
public , il a fallu mettre des détachedans
mens de les villages aux envi
etroupes
rons de Temeſwar.
Pendant l'année 1786 , on a compté dans
la Bohême 26,166 mariages , dont 698 dans
la ville de Prague , 123,916 naiſſances , dont
63,773 garçons , & 60,143 filles ; les naifſances
à Prague y ſont compriſes avec 2,877 ,
& 89,332 morts , dont 41,790 hommes , &
41,542 perſonnes du ſexe; à Prague les morts
ont été au nombre de 2,396 .
Dans la Gallicie , le relevé des naiſſances,
morts & mariages pendant l'année derniere ,
offre le réſultat ſuivant. Le nombre des nailfinces
a été de 122,525 , dont 63,311 garçons ,
& 59,214 filles ; celui des morts de 92,257 ,
dont 47,452 hommes , & 44,805 perſonnes du
fexe , & celui des mariages de 25,910. -Les
naiſſances à Lemberg ont été au nombre de
1,507 , les morts de 1,056 , & les mariages de
353 .
De Francfort , le 17 Mai.
Différentes lettres duCaire ſemblent cone
firmer les premiers avantages du Capitan-
Pacha , en annonçant ſes nouveaux ſuccès :
c'eſt dans les termes ſuivans que deux dépêches
, l'une du 14 , l'autre du 20 Mars , rap-
:
a 6
( 12 )
portent les derniers événemens qui ont eu
lieu enEgypte.
« Divers Arabes qu'Ifmael Bey , Affan Bey &
Abdik- Facha ont dépéchés au Capitan Pacha ,
nous apprennent que Jaga Bey , ancien Main-
>> meluc de Hallen-Bey , le Kiaya de Mourat
Bey , fon premier eunuque , & divers Cachefs ,
ou Chefs de village , au nombre d'environ 400
"Cavaliers , ont abandonné le parti des rebelles,
" & font venus demander grace au Capitan- Pacha;
ils doivent être ici dans 8 à 10jours . Cette
déſertion annonce très-clairement le triſte état
des rebeiles qui , en effet , manquent de tour.
L'on ignore quelle route ils prendront ; mais
> ce qui peut leur arriver de plus heureux eſt de
pouvoir gagner Heſſouanz, avant que le Capi
tan Paciales atteigne ,parce qu'ils pourroient
alors , quoiqu'avec beaucoup de peines & de
fatigues , ſe réfugier en Abyflinis . Si , au contraire
, ils reſtent du côté d'Eſne , ville de la
• Haute-Egypre , ils tomberont infailliblement
au pouvoir des vainqueurs , ou péritont de
>>> miſere dans les déſerts. Le Capitan- Pacha ne
> s'eſt point encore expliqué fur le régime qu'il
> ſe propoſe d'établir en Egypte; mais on fuppoſe
qu'ily conftituera ; Paches , dont an à Girgé
, un au Caire , & l'autre à Alexandrie , pour
contenir les Beys qui voudroient à l'avenir
3 fuivre l'exemple des rebelles . »
« Il arriva avant hier deux nouveaux Couriers
expédiés au Capitan Pacha par fon Kiaya , &
>> leCapitaine des batteaux qui protégeoient l'armée
de terre. Ce Kiaya , après avoir battu les
>>> fugitifs, remontoit de Nil pour ôter toute com-
>>munication du côté de Heſſouinz. Il arriva
précisément au noment où Ibrahim Bey , avec
( 13 )
quatre batteaux , les ſeuls qu'il avoit pu trou-
>> ver, voguoit ſur le Nil. Avec ſon artillerie , il
> en cou a trois à fond. Ibrahim- Bey eut beau-
>> coup de peine à gagner la terre , où il prit la
fuite avec précipitation ſur un cheval fans
ſelle. Tout le reſte fut noyé , ainſi que les
>> bagages. Quatre Beys ne pouvant rejoindre
Mourar-Bey , ſe ſont cachés , & ſuivant toute
> apparence , ils viendront auſſi deinander grace;
> Mourat-Bey ſe trouve dans une poſition trèsdéfavorable
, parce que , faute de batteaux ,
>> il ne peut plus paſſer le Nil, & l'armée navale
>> du Capitan-Pacha gardant tous les bords , il
>> n'a plus devant lui que des montagnes eſcarpées.
Il manque d'ailleurs de provifions &
>> de munitions ,& on penſe qu'il tombera mort
> ou vif dans les mains du Capiran-Pacha , qui
בכ le pourſuivoit toujours. On doit à l'habi eté.
>> de ſon Kiaya la diviſion des deux Chefs , &
>> c'eſt l'événement le plus heureux pour accélérer
la deſtruction de ces puiſſans Mam-
> melucks , dont la perte eſt plus prochaine
>> que jamais . »
Il faudra voir fi la Porte & le temps ſanctionneront
ces nouvelles favorables , fur
leſquelles il reſte encore beaucoup de doutes.
On ne comprend pas fu tout comment
ces Beys , qui connoiſſent ſi bien 'e caractere
du Capitan Pacha , viennent ſe remettre
volontairement entre ſes mains, malg é
la certitude preſqu'entiere d'être étranglés
ou décollés.
On a obſervé qu'il y a précisément un
fiecle , que la Ruffie s'affranchit di tribut
qu'elle payoit au Khan de Crimée, que
( 14 )
Pierre le Grand envoia fur les frontieres une
armée de 50,000 hommes pour contenir les
Tartares , & qu'il y fit bâtir une ville. Cet
événement date de 1687 , & en 1787 Catherine
II fe rend dans la Crimée , comme
Souveraine de cette preſqu'ifle .
Le montant de la caiſſe d'aſſurance pour incendie
dans le Duché de Brun(wik , s'eſt trouvé
l'année derniere de 16,056,425 rixdaters , qui
forment la valeur de toutes les maiſons du.Duché.
Les dépenſes de cette caiſſe , dans la même
année , en réparations de maiſons incendiées ,
ont monté à 24632 rixdalers.
ITALIE.
De Florence , le 30 Avril.
Le Synode des Archevêques & Evêques
de la Toscane a tenu ſa premiere ſéance, le
23. Le Sénateur Serrifteri a préſidé en qualité
de Commiſſaire du Grand-Duc.
On écrit de Rome , que le Pape eſt parti
le 28 Avril de cette Capitale, pour ſe rendre
à Terracine , où il paſſera 15 jours. Pendant
ce voyage les trois galeres pontificales
font allées croiſer ſur la côte de l'Etat Eccléſiaſtique.
On croit que le Roi de Naples
aura une entrevue à Terracine avec S. S. ,
pour arranger les.difficultés élevées entre les
deux Cours. S. M. Sicilienne perſiſte , diton
, à retenir la nomination de tous les Evêchés
& de toutes les Abbayes de fonRoyau(
15 )
me , & à exiger que toutes les penſions affignées
par le Pape ſur ces bénéfices ne s'élévent
qu'à 20 mille écus Romains , dont 6
mille ſeront deſtinés au Nonce à Naples ,
lequel n'aura plus aucune jurisdiction , &
ſera ſeulement Ambaſſadeur comme ceux
des autres Souverains . Les Romains attendent
avec le plus grand intérêt l'événement
d'une pareille entrevue , ſi elle a lieu » .
>>On débite que deux Juifs Arméniens
étant arrivés à Piſe , leurs amis les ont conduits
à la Cathédrale , pour leur faire voir
les magnifiques portes , faites par Jean de
Boulogne , & dont la ſculpture en bronze
eſt ſi renommée. Les deux Arméniens ayant
paſſéunlinge ſur la ſculpture, pour la mieux
voir , la populace , à ce qu'on dit , a cru que
c'étoit une profanation , & les a maſſacrés
ſur la place. Le Gouvernement, inſtruit de
cette atrocité, a ordonné d'inſtruire un procès
contre les meurtriers .
GRANDE -BRETAGNE.
De Londres , le 22 Mai.
Un Meſſage du Roi , préſenté hier à la
Chanibre des Communes par M. Pitt , a
levé tous les doutes ſur l'arrangement négocié
en faveur du Prince de Galles. S. M. ,
en condeſcendant à augmenter le revenu da
S. A. R. , a bien voulu intercéder elle même
auprès des Communes pour la libération
( 16 )
des dettes de ce Prince. Comme la Nation
les paie a , il eſt à croire qu'elle ne fera pas
appelée deux fois à ce ſacrifice. Voici la traduction
du Mellaga de S. M...
GEORGE Ror ,
«C'el avec un vrai regret que le Roi informe
la Chambre des Communes , que d'après les états
qui ont été mis ſous les yeux de S. M. par le
Prince de Galles , il paroît que S. A R. dotune
fomme confidérable , qui ne peut étre acquinde
de ſon revenu annuel , fans lui rendre impoffible
de foutenir ſon rang & fon état.
« Quelque peine qu'ait toujours cue S. M. de
propoſer une addition aux dépenses de fon peuple
, elle n'a pu réſiſter à ſa tendreſſe paternelie
pour le Prince de Galles , & elle a recours à la
liberté & à l'attachement de ſes fideles communes,
pour réclamer ſon aſſiſtance dans une occafionqui
intéreſle les ſentiments de S. M. & l'honneur
d'une branche auſſi diftinguée de ſa famille
royale.
«S. M. ne pourroit point s'entre à obtenir ,
ne demanderoit pas l'aſſiſtance de la Chambre ,
elle n'étoit pas fondée à eſpérer que le Prince
évitera de contrader de nouvelles dettes àl'avenir.
Ayant cet objet en vue , & defirant vivement
d'éloigner toute eſpece de doutes ſur l'inſuffiſance
des revenus du Prince , le Roi a ordonné
qu'ure ſomme de 10,000 livres ſterl fût
payée de ſa liſte civile, en augmentation de ce
qui eſt allout à S. A R. C'est avec fatisfaction
que Sa Majeſté fait part à la Chambre , que le
Prince a donné les plus fortes aſſurances qu'il
fera tous ſes efforts pour éviter que ses dépenses
n'excédent ſes revenus; & que S. A. R. a formé
un plan détabliſſement fur les principes de la
( 17 )
plus rigoureuſe économie, quoique proportionné
l'honneur de fon rang élevé.
« S. M. ordonnera de faire mettre ſous les
yeuxde ſes fideles communes , les états des ſom.
mes néceſſaires pour payer les dettes de ſon fils ,
& completter les travaux de ſon palais : elle
recommande à ſes fideles Cemmunes de prendre
enconſidération les moyens d'effectuer ces difpofitions.
2
Ce Meſſage ſera pris en conſidération par
laChambre demain Mercredi .
Hier , 21 , M. Burke , accompagné de
quelques autres députés des Communes , fe
rendit à la Chambre haute ,& dit à la Barre :
<<Milords , je ſuis chargé , de la part des
>> Communes , d'informer V. S. que War-
>> ren Haftings , qu'elles vous ont dénoncé ,
>> eſt ſous la garde de leur Sergent d'Armes,
>& , prêt , a été remis à l'Huiffier de la
VS. iugeront
>>Verge noire ,aimitantou ..
>> à propos de l'ordonner ». La Députation,
s'étant retirée , Lord Walſingham fit la motion
de remettre l'accuſé à l'Huiſſier de la
Verge noire , ce qui ayant été agréé, leChe .
valier Francis Molineux , cet Huiffier , conduiſit
M. Hastings à la Barre , où il s'agenouilla.
Immédiatement le Chancelier lui
permit de ſe relever , & ordonna la lecture
des articles de l'impéachment. M. Haſtings ,
ayant demandé que cette lecture de cinq
heures ſe fit en abrégé , le Ducde Richmond
s'y oppoſa ſous prétexte qu'il ne connoiffoit
pas les articles , & qu'il falloit procéder dans
( 18 )
toutes les formes. Deux des Secrétaires de la
Chambre , en ſe relayant , commencerent
cette lecture,durantlaquellela plupartde leurs
Seigneuries allerent ſe rafaîchir. Au bout
d'une heure , Lord Dunmore fir obſerver
que le prifonnier étoit debout , & demanda
qu'on le fit aſſeoir, ce qui fut accordé fur-lechamp.
En vain Lord Townsend , après le
ſeptieme article , ſupplia-t- il qu'on fit grace
à la Chambre & à l'Accuſé du reſte de cette
lecturetout au long;elle s'acheva tel'e quelle:
après quoi , M. Hastings demanda copie des
articles , liberté de préſenter ſes Confeils , &
le tems néceſſaire à ſa défenſe. On le fit reti
rer , & Lord Walſingham propoſa de l'ad
mettre àune caution perſonnelle de 10,0001.
fterl . , & à deux sûretés de 5000 1. ſterl . chaeune.
Après quelques débats peu importans,
on ſe rangea à l'avis din Duc de Norfoick
de ſoumettre le priſonnier à une sûreté de
20,000 l . ft. & à deux cautions de 10,000 1.
ſterl . chacune. Le chancelier fit enſuite obſerver
que le terme de laSeſſion actuelle étoit
trop prochain pour que M. Haſtings eût le
tems de préparer ſa défenſe , & , qu'en
conféquence , il étoit néceſſaire de la fixer
aux premiers jours de la Seſtion furure. Ces
diverſes queſtions étant décidées , M. Haftings
fut rappellé , & le Chancelier l'informa
qu'on lui accordoit copie des articles
de l'impéachment , qu'il eût à produire
ſa défenſe écrite , le ſecond jour de
la prochaine Seſtion , & qu'il étoit libre de
( 19
prendre ſes Conſeils , en les faiſant connoître
à la Chambre. M. Haſtings dit alors
que ſon choix étoit tombé fur MM. Plomer,
Law & Dallas On le requit enfin de préſenter
deux cautions , ce qu'il fit en faiſant approcher
MM. Sullivan & Sumner , qui chacunprêterent
ferment d'une propriété libre
de 10,000 liv. ſterl. , & fignerent leur engagement.
Ils ſe retirerent immédiatement avec
l'Accuſé , mis hors des mains de l'Huiffier à
Verge noire , & la Chambre votal'impreſſion
des articles de l'impéachment.
Nous avons rapporté l'indécent propos deM.
Courtenay, qui , dans une des dernieres ſéances,
avoit appellé Mylord Hood le ſpectateur de la
victoire de Rodney , le 12 Avril 1782. L'Amiral
Hood demanda le 14 de ce mois , dans la ChambredesCommunes
, l'explication de cette offenſe.
Il obſerva qu'une pareille expreffion infultoit
non-ſeulement lui , mais encore l'Amiral Rodney,
qui, en ſa qualité de Commandant en Chef, auroit
dû faire inſtruire ſon procès , 11 eût manque
à ſon devoir dans cette journée. Pluſieurs amis
de M. Courtenaytémoignerent leur ſurpriſe de
ce que Lord Hood infiftoit fur cette incartade ,
après l'éclairciſſement que M. Courtenay avoit
donné lui - même. M. Burke alla plus loin , il
aſſura burleſquement que M. Courtenay , bien loin
d'attacheraucun ſens injurieux à l'expreſſiondont
il s'étoit ſervi , lui avoit déclaré en particulier
que pour bien rendre ſon idée , il auroit dû dire
participant (participator ) , au lieu de ſpectateur.
M. Pitt, un peu moins fubtil , fut d'avis que
la réponſe de M. Courtenay n'étant rien moins
que claire , l'honneur de Lord Hood injuſtement
( 20)
compromis , demandoit une ſatisfaction plus authentique.
En conséquence , le Miniſtre propoſa
que le vote des remercimens de la Chambre à
Lord Hood , fût relu & réimprimé dans le vote
de ce jour. Cette motion de M. Pitt fut approuvée
unanimement , & jointe au déſaveu déja mis
deM. Courtenay , & de ce dernier lui-même. Le
lendemain a terminé cette affaire à la fatisfaction
de l'Amiral .
Le quatrieme , le cinquieme & le ving .
tieme régimens vont s'embarquer à Cork
pour le Canada. Les tranſports qui lesy conduiſent
en raméneront , à ce qu'on préſumé,
les vingt-neuvieme , trente unieme & trentequatrieme
régimens ; mais ce n'eſt-là qu'une
conjecture.
-
La flotte , deſtinée pour BotanyBay , &
commandée par le Commodore Philips , a
fait voile de Portsmouth le 15 de ce mois.
Les Lords de l'Amirauté feront le mois
prochain une inſpection générale de tous les
Vaneaux de la Marine Royale en commiffion,
en ordinaire , & en repartation. Les ordres
du Bureau à ce ſujer ont été envoyés
aux Commandans des differens ports . Les
Commiſſaires de l'Amirauté s'embarqueront
à bord du Yacht l'Auguste. Ils ont ordonné
dernférement la conſtruction de douze trégates
neuves de 40 canons , qui , ſelon les
contrats paffés avec les Conſtructeurs particuliers
, doivent être achevées dans quatre
ans . Sur les chanties royaux on va construire
huit nouveaux vaiſſeaux de ligne; l'un dego,
& les autres de 74 canons .
99
( 27
Can.
Comme nous ſavons que différentes perſonnes
recherchent&ga dent ces liſtes navales,
nous allons donner celle des vaiſſeaux
lancés en Angle erre depuis la paix , conformément
à l'etat que l'Amirauté en a fourni
cette année à la Chambre des Communes.
1784.
Tremendous
Venerable
Can.
74 Woolwich 44
74 Regulus 45
Stately
Indetatigable
6+ Melampus 36
64
Romulus
36
Director
Gorgon
Adventure
Expedition
Guardan
64 Caftor 32
44 Solebay 32
44 Melenger
44 Mermaid
32
32
44 Circe 28.
Experim nt 44Hind 28
Crefcent
Andromeda
36 Squirrel 24
32 Scorpion 18
Dido 28 1786.
Haffar 28 Royal Sovereing 110
Nautilus 16 Impregnable 20
Brisk 16 Theſeus
74
Ferret 16 Saturn 74
1785 Hannibal 74
SaintGeorge 98 Zealous 743
Ramillies 74 Elephant 74
Audacious 74 Bellerophon 74
Majeftie 74 Dover 44.
Terrible 74 Severn 44
Vitorions 74 Aquillon 36
Naflau 61 Blanche
32
Medufa so Terpsichore 32
Chichester 44 Alligator 28
En tout , 20 vaiſſeaux de ligne.
I de so canons.
( 22 )
Total ,
25 Frégates..
4 floops.
50 , conſtruits , ſoit dans les
chantiers royaux,foit dans
ceux des particuliers.
Le Phénix & le Pitt venant du Bengale,
le Duc de Montroſe , le Northumberland
& le Comte de Cornwalis , venant de
la Chine , tous vaiſſeaux de la compagnie
des Indes , font arrivés ſaufs la ſemaine derniere
en différens ports de cette île. Les
deux derniers ont ramené un grand nombre
de paſſagers, entre leſquels ſe trouvent leGénéral
Sloper, & le Général Dalling, ci-devant
Commandant de Madras.
-Depuis le 10 de ce mois que la conſolidation
des droits eſt en activité , il eſt entré à la
Douane une quantité prodigieuſe d'eaux devie
& de liqueurs ſpiritueules. L'eau-de - vie
ſe vend actuellement de 8 à 9 ſols 6 den. , &
le rhum de 6 à 7 ſols 3 den. le Gallon . :
Le Duc de Richmond , Grand- Maitre de l'Artillerie
, a , dit- on , mis tous les yeux du Roi ,
un nouveau projet pour fortifier l'embouchure
de la Tamiſe , de maniere à prévenir les attaques
dont les Hollandois & d'autres nous ont
menacé pendant la derniere guerre. On affure
que ce Seigneur va équiper à ſes frais une frégate
, pour viſiter toutes les côtesd'Angleterre ,
&déterminer celles qui peuvent avoir heſoin
d'une défenſe de l'art..
On arme actuellement un vaiſſeau qui doit
aller à Otahiti prendre des plans de l'arbre à
( 23 )
pain , (bread tree ) & les tranſporter aux îles de
l'Amérique . Ce bâtiment porte tout ce qui eſt
néceſſaire à la conſtruction d'une ſerre chaude, un
Botaniſte & un Jardinier. Le plan de cette expédition
vraiment patriotique , eſt dû au Che
valier Bancks , & le Roi lui -même y prend le
plus grand intérêt. Ce vaiſſeau ſera commandé
par le Capitaine Gore , Compagnon des courſes
du Capitaine Cook. C'eſt Lord Howe qui l'a
nommé à cette place.
Lorſqu'il fut queſtion dans l'origine des
accufations contre M. Hastings , le Chance.
lier déclara dans la Chambre des Lords que
ces charges prétendues ne faisoient pas plus
d'impreſſion fur lui que les Aventures de Robinson
Crusoë , & qu'il auroit été àsouhaiter
pour laCompagniedes Indes & pour l'Etat , que
le vaiſſeau qui ramena le Général Clavering,le
ColonelMonfon , & M. Francis , eût été perdu
dans les flots.
Un malheureux jeune homme qui s'eſt tué de
deux coups de piſtolets dans Queen ftreet , avoit
laiſſé un papier écrit de ſa main , dont voici la
teneurt 11
Mon exemple & celui de mille autres , doit
>> faire détester au Gouvernement & à l'humanité
en général , le premier qui inventa & qui
exécuta l'infernal projet de la loterie. Cen'eſt
½pas que je pense que mon infortune mérite
lacommifération ; j'aurois du ſans doute ne
pas me livres àdes eſpérances auffi illuſoires ,
ni m'abandonnera l'efpoir de pourvoir peutfortune
femme & de deux malheureux
enfans ,en livrant le certain , quelqu'inſuffisant
qu'il fût , pour une chance incertaine,
ديرا
» être au
* し
( 24 )
T
» qui , même en nous réuſſiſſant, laiſſe des remords
, puiſque ſon produit eſt pris injuſte-
>>>ment fur le public.... La vie n'eſt qu'une om-
> bre , un jeu , un véritable ſonge , &c. &c. ».
La nuit du 3 au 4 , entre minuit & une
heure , le paquebot le Calais , Cap . Meriton
, mouillé dans la Tamiſe , fut abordé
par huit hommes armés de piſtolets & de
coutelas. Ces bandits attaquerent dans l'entrepont
le ſecond patron , & lui enleverent
ſonargent , en demandant le Capitaine qui
ne ſe trouvoit pointà bord. Ils pillerent enquite
le bâtiment & les Officiers de la douane
qui étoient à bord , & emporterent ſans
accident pour plus de 100 liv. it. d'effets.
On a depuis arrêté huit de ces pirates d'eau
douce, (terme conſacré enAngleterre ) que
l'on doit examiner inceſſamment.
desde
On a reçu de Dublin , en date du 26 Avril ,
des détails plus certains ſur l'incendie qui a eu
• lieu à Clonduikin , près de cette ville ; ils font
conſignés dans la lettre ſuivante. Les ouvriersdu
moulin à poudre étant fort preſſes , par
mandes multipliées, curent l'imprudence de laiſſer
juſqu'à 260 barils de poudre dans un grenieraudeſlus
de certe partie de la fabrique où ſe fait
la derniere préparation de la poudre. Le jour de
l'accident , la plupart des ouvriers anglois célé
broient la fête de St. George , patron de P.Angleterre.
Denx ſeuls d'entr'eux étoient au tra
vail à l'inſtant où le feu a pris La poële fur
laquelle on fait ſécher la poudre ayant été trop
chauffée, cinq ou fix barils ſe ſont enflamniés
&l'incendie s'eſt auſſi tot communiqué au grenier.
Lexplosion a été terrible àpluſieurs milles
( 25 )
à la ronde , la terre ébranlée , & les perſonnes
qui ſe trouvoient dans le volfinage ont perdu
Ruſage de la vue pendant quelques inſtaris.Des
maiſons ont été découvertes , des fenêtres briſées
, &c. Mais les effets les plus lamentables
ontété fur le lieu même : la maſſe entiere de
l'édifice a été détruite & enlevée dans les airs ;
il n'en rette pas même la trace , & les perſonnes
qui connoiſſoient l'endro't , peuvent à peine ſe
perfuader qu'une ruine aufli complette ait pu
s'opérer dans un ſi court eſpace de temps. Des
corps de maçonnerie, peſant des milliers , ont
été trouvés à la diſtance de cinq ou fix arpens ,
& les champs étoient fillonnés par la violence
avec laquelle les pierres dans l'exploſion avoient
raſe la torre ; les poiſſons d'un étang contigu
ont été tués par la commotion. On a trouve
le corps d'un des hommes dans une carriere
voiſine , avec la tête horriblement écraſée.
Quant à l'autre , on ſuppoſe qu'il a été dé
chiré en morceaux. Cinq ou fix perfonnes ont
été bleſſées , & l'une d'entr'elles eſt en danger.
Le propriétaire du moulin , M. Calubeck , fait
une perte très-confidérable , & d'autant plus
importante que la nation perd dans cette occafion,
un établiſſement important qui avoit
été portéà toute la perfection dont il étoit fuf
ceptible.
:
FRANCE.
De Versailles , le 26 Mai.
1
Le Marquis d'And gnier , le Marquis de
Gras-Préville , le Comte de la Panouſe ,
Capitaine au régiment Dauphin , Dragons ,
le Vicomte d'Orléans , & le Baron d'Allon-
No. 22 , 2 Juin 1787. b
P26 )
ville, qui avoient eu l'honneur d'être préfentés
au Roi , ont eu , le 16 de ce mois ,
celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté , & de la fuivre à la chaſſe.
Le 20 de ce mois , Madame de Villedeuil
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Ducheffe
de Duras , Dame du Palais.
Les ſept Bureaux des Notables ayant terminé
leurs obſervations fur le plan que S. M. leur avoit
fait communiquer , & Monfieur les ayant remiſes
au Roi , ainſi que les arrêtés des différens Bureaux,
S. M. fixa au 25 de ce mois la clôture de
PAffemblée. Eile ſe rendit en conféquence , ce
jour , vers onze heures & demie à l'Aſſemblée
des Notables.
Dès que le Roi fut entré chez lui , les Notables,
à la tête deſquels étoient Monfieur, Monfeigneur
Comted'Artois , le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé , le Duc de Bourbon , le Prince de Conty
& le Duc de Penthièvre , eurent Phonneur de
faire leurs tévérences àS. M. dans fon Cabinet ,
& après s'être diviſés par Bureaux , ils eurent
auffi celui de faire leurs révérences à Monfieur ,
àMonfeigneur Comte d'Artois & aux Princes du
Sang.
Le ſieur des Eſſarts , Avocat , Membre
de pluſieurs Académies , Député de la ville
de Cherbourg , a eu l'honneur de préſenter
au Roi le troiſieme volume in 4. du Dictionnaire
universel de Police , que Sa Majefté
ahonoré de ſa ſouſcription ( 1) .
(1) Cet ouvragese trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur de laReine , que des Mathurins , hótel
de Clugny.
( 27 )
De Paris, le 30 Mai..
Jacques le Harivel , journalier , eſt mort
le 7 à Thorigny en Normandie , âgé de
105 ans , ſans jamais avoir connu ni femme
ni Médecin. La même Généralité a perdu
le mois dernier un autre centenaire, nommé
Jacques Monthégu , décédé le 30 Avril ,
dans la 102 , année. Il n'avoit jamais éré
malade.
Dans l'Aſſemblée des Notables , du 25 de
ce mois , il a été prononcé onze difcours,
On y a entendu ſucceſſivement Sa Majeſté ,
Mgr. le Garde des Sceaux, M. l'Archevêque
de Toulouſe , Chef du Conſeil Royal des
Finances , Monfieur , Frere du Roi , M. de
Dillon , Archevêque de Narbonne , M. d'Aligre
, Premier Préſident du Parlement de
Paris , M. de Nicolaï , Premier Préſident
de la Ghambre des Comptes , M. de Barentin
, Premer-Préfident de la Cour des Aides
de Paris , M. I'Abbé de la Fare , élu Général
des Erats de Bourgogne , M. Angran d'Alle
ay, Lieutenant-Civilau Châtelet deParis,
&M. Le Pelletier , Prévôt des Marchands
de la ville de Par's. Nous allons rapporter
les deux premiers de ces diſcours, érant obligésde
remettre les autres au Journal fuivant.
Difcours du Roi. 1
MESSTURS , en vous appellant autour de moi
pour m'aider de vos confcils , je vous ai choiſis
capables de me dire la vérité , comme ma vo
lonté étoit de l'entendre..
ba
( 28 )
J'ai été content du zele & de l'application que
vous avez porté à l'examen des différens objets
que j'ai fait mettre ſous vos yeux. Je vous ai annoncédes
abus qu'il étoit importantde réformer,
vous me les avez dévoilé fans déguiſement ; vous
m'avez en même temps indiqué les remedes que
vous avezjugé les plus capables d'y remédier.
Aucunne me coûtera pour établir l'ordre & le
maintenir. Il falloit poury parvenir mettre de
niveau la recette & la dépense. C'eſt ce que vous
avez préparé , en conſtatant vous-même le déficit;
enrecevant de ma part l'aſſurance de retranchemens
& de bonifications confidérables ; en
reconnoiſſant la néceſſité des impoſitions queles
circonstances me contraignent àexiger de mes
fujets.
J'ai au moins la conſolation de penser que la
forme de ces impoſitions en allégera le poids , &
que les changemens utiles , qui feront la ſuitede
cette affemblée , les rendront moins ſenſibles.
Le voeu le plus preſſant de mon coeur ſera toujours
ce'ui qui tendra au ſoulagement & au
bonheur de mes peuples.
Vous allez voir , Meffieurs , dans l'expoſé
qui va vous être fait de ce que j'ai réſolu , les
égards que je me propoſe d'avoir pour vos avis.
Discours de M. de Lamoignon , Garde des
Sceaux de France.
MESSIEURS , les travaux que vous terminez
aujourd'hui feront une époque mémorable du
regne de Sa Majeſté. Nos deſcendans les compteront
avec reconnoiſſance parmi les titres de
gloire qui doivent honorer le Roi & fa Nation.
Les auguſtes prédéceſſeurs de Sa Majesté
avoient fréquemment appellé auprès du Tréne
les repréſentans ou l'élite de leur Empire , pour
( 29 )
concerterdes Loix , remédier aux abus , pacifier
des troublas , prévenir des orages , & pour
faire rendre à leur autorité tutélaire la liberté
d'aſſurer le bonheur des peuples. :
On avoir vu trop ſouvent avec douleur dans
cesconſeils nationaux les précieux momens confacrés
à de ſi importantes délibérations , ſe perdre
en vaines diſputes ou en projets chimériques.
Les grands corps de l'Etat ne s'affembloient
preſque jamais que pour ſe diviſer.
Une triſte expérience ſembloit avoir condamné
ces orageuſes aſſemblées à une plus longue
déſuétude , depuis plus d'un fiecle & demi
que l'autorisé royale s'eſt inébranlablement af
fermie.
Le Roi a obſervé dans ſa ſageſſe les changemens
qu'ont amené parmi nous le progrès des
Jumieres , les re'ations de la ſociété & l'habitude
de l'obeiſſance.
Tout étoit calme au-dedans & au dehors de
fon royaume , quand Sa Majesté frappée dans le
filence de ſes Conſeils d'une foule d'abus qui
appelloient de prompts & puiſſans remedes , a
conçu le projetd'inter ogendes Membres diſtingués
des divers ordres de fon Erat , & de leur
confier le plus douloureux ſecret de ſon coeur .
en mettant fous leurs yeux le tableau de ſes
finances.
Sa Majesté vous a choiſi , Meſſieurs , far la
foi de la renommée qui ne trompe jamais les
Rois , pour concourir au rétabliſſement de
l'ordre dans toutes les parties de l'adminiſtra,
tion.
rances.
Vous avez dignement répondu à ſes eſpé-
Vos délibérations ont constamment atteſté
l'union des coeurs & l'unité des principes ; & la
gloiredececoncert unanime commencera ,Met
b3
( 30 )
heurs , à cette Aſſemblée dans les annales de la
Monarchie..
い201 ..
Admis à la noble fonction d'éclairer votre
Souverain fur les plus grands objets de la
proſprité publique , vous avez trouvé toutes
les avenues du Trône ouvertes à la vérité.
Vous avez pefé avee un reſpect religieux dans
vos conférences les facultés du peuple , mais
vous avez cédé à la néceſſiré qui eft la premiere
loi ; & en balançant les beſoins de l'Etat avec
fes moyens , cette Affemblée a préſenté à
PUnivers le ſpectacle touchant d'une géné-
Teufe emulation de facrifices entre le Roi & la
Nation.
Tout vous a été révélé ſans déguiſement : le
myſtere ne convient qu'à la méfiance ou à la
foibleffe!
L'incettitude auroit aggravé le mal , en livrant
aux inquiétudes de l'imagination des befoins
qui fenablent diminuer , dès qu'ils font rigoureuſement
déterminés par la préciſion du
calcul.
i
On a découvert ſous vos yeux le tableau des
revenus & des charges de l'Etat ; & pour la
réduction des dépenses , comme pour l'accroif
Tement & la durée des tributs , le concours
'des différens Bureaux de l'Aſſemblée a formé
le réſultat ſolemnel de l'opinion publique.
:
C'eſt ainfi , Meffieurs , que vous avez été le
conſeil de votre Roi , & que vous avez préparé
& facilité la révolution la plus desirable , fans
autre autorité que celle de la confiance , qui eſt
la premiere de toutes les puiſſances dans le gouvernement
des Etats.
La Nation , fidele à ſon ancien caractere de
Joyauté , n'a fait entendre aux pieds du Trône
que les nobles conſeils de 1 honneur & de cet
( 31 )
amour héréditaire pour ſes Rois , qui eſt le pa
triotiſme des François .
Vous avez cherché le remede d'un défordre
dont la ſoudaine révélation vous a affligé ſans
vous abattre ; & vous l'avez trouvé , comme
le Roi l'avoit prévu , dans l'économie , les re
tranchemens , les bonifications , & dans une
augmentation limitée de tributs .
En exécutant des réformes fi dignes de fon
coeur , le. Roi va être glorieuſement ſecondé
par ſon auguſte Famille.
La Reine , dont la bonté recherche avec tant
d'ardeur les moyens de contribuer à la félicité
publique , s'eſt empreſſée d'ordonner qu'on lui
préſentât le tableau de tout le bien & de tous
les ſacrifices qu'elle peut faire .
Les auguſtes Freres de Sa Majesté , qui viennent
de donner de ſi grands exemples de zele &
de patriotiſme , préparent au tréfor public tous
les foulagemens qu'il peut attendre des réductions
dans leurs Maiſons , & de leur amour pour
les peuples.
Tout fera donc réparé , Meſſieurs , fans ſecouffe
, fans bouleverſement des fortunes , fans
altération dans les principes du Gouvernement ,
& fans aucune de ces infidélités dont le nom
ne doit jamais être proféré devant le Monarque
de la France. ٠١٩
L'Univers entier doit reſpecter une Nation qui
offre à fon Souverain de fi prodigieuſes reffources
; & le crédit public devient plus ſolide aujourd'hui
que jamais , puiſque tous les plans
propoſés dans cette Affemblée ont eu pour baſe
uniforme la religieuſe fidélité du Roi à remplir
ſes engagemens .
Pour atteindre à un but i digne de ſa follicitude,
le coeur du Roi a été profondément af.
b4
( 32 )
fecté de la néceſité d'établir de nouveaux ima
pôts ; mais des facrifices dont Sa Majefté abrégera
fidélement la durée , n'épuiſeront pas un
Royaume qui poſſede tant de ſources fécondes
de richeſſe , la fertilité du ſol , l'induſtrie des
habitans & les vertus perſonnelles de ſon Sour
verain.
La réforme arrêtée ou projettée de pluſieurs
abus ,& le bien permanent que préparent denouvelles
loix concertées avec vous , Meſſieurs , vont
concourir avec ſuccès au foulagement actuel des
peuples.
LaCorvée eſt profcrite; laGabelle eſt jugée ,
les entraves qui génoient le commerce intérieur
&extérieur feront détruites ; & l'Agriculture encouragée
par l'exportation libre des grains , deviendra
de jour en jour plus floriſſante.
Les nouvelles charges des peuples finiront avec
les beſoins qui les fontnaître.
Le Roi a folemnellement promis que le défordre
ne reparoîtroit plus dans ſes finances ; & Sa
Majefté va prendre les meſures les plus etficaces
pour remplir cet engagement ſacrédont vous êtes
les dépofitaires.
Une nouvelle forme dans l'adminiſtration ;
follicitée depuis long-temps par le voeu public ,
&récemment recommandée par les eſſais les plus
heureux , a reçu la tanction du Roi , & va régénérer
tout ſon Royaume,
L'autorité ſuprême de Sa Majefté accordera
aux Adminiſtrations Provinciales les facultés dont
elles ont beſoin pour aſſurer la félicité publique.
Les principes de la conſtitution françoiſe ſeront
reſpectés dam la formation de ces Aſſemblées , &
la Nation ne s'expoſera jamais à perdre un fi
grand bienfait de fon Souverain , puiſqu'elle ne
peut le conſerver qu'en s'en montrant toujours
digne.
( 33 1
)
L'évidence du bien y réunira sous les eſprits.
L'Adminiſtration de l'Etat ſe rapprochera deplus
en plusdu gouvernement &de la vigilance d'une
famille particuliere ; &une répartition plus équitable,
que l'intérêt perſonnel , furveillera ſans
ceſſe , allégera le fardeau des impofitions.
Pour rendre à jamais durables dans ſon Rojaume
les utiles réſultats de vos travaux , le Roi va
imprimer à tousſes bienfaits le ſceau des loix.
Sa Majesté defire que le même eſprit qui vous
anime , Mellieurs , ſe répande dans les Aſſemblées
qu'Elle daigne honorer de ſa confiance ; & Elle
eſpere qu'après avoir montré ſous les yeux un
amour fi éclairé du bien public , vous en déve
lopperez le germe dans toutes ſes Provinces.
>> On mande de Monneren , village du
>>Duché de Luxembourg , près de Sierck ,
>> qu'un maçon étant defcendu ces jours
>> derniers au fond d'un puits de 27 pieds de
>>>profondeur , pour y faire des réparations ,
>>voulut détacher quelques pierres mal
>>unies , ce qui produiſit un éboulement de
>> tout ce qui étoit au-deſſus de lui; une
>> partie des pierres forma heureuſement une
>> voûte ſur ſa tête & autour de lui , de ma-
>>niere qu'il ſe trouva engagé dans ces dé-
>> bris , n'ayant que les jambes &les cuiffes
>>abſolument libres , & poſées dans l'eau
>>qui avoit 4 pieds de profondeur. Il reſta
>> ainſi, depuis 8 heures du matin juſqu'à 6
>> heures du foir , enfeveli ſous 19 pieds de
>> décombres , entendant tout ce qui ſe di-
>> foit à l'orifice du puits , reconnoiffant les
>> affiftans à leur voix. Il indiquoit lui -même
b.s
( 34 )
>>les procédés qu'il croyoit les plus propres
>>>à ſa délivrance , mais ſans être entendu.
>> Au bout de quelques heures de travail ,
>> les ouvriers ayant négligé d'étayer la par-
>> tie du puits qu'ils avoient débarrafſée , il
>> ſe fit un nouvel éboulement qui encerra
>>>un fecond ouvrier. Celui-ci fut bientôt
>>>dégagé; & enfin après 10 heures de travail
>> on parvint à rendre au jour le premier ,
> qui ne ſe trouva nullement incommodé ;
>> il demanda auſſitôt à fumer ſa pipe , & dit
>> n'avoir éprouvé d'autre ſentiment que l'ef-
>> pérance d'être ſecouru .
« Le prix deſtiné par l'Académie de Bordeaux
a récompenſer les actions vertueuſes , a été adjugé,
cette année , à la nommée Simonne Eyraud ,
fille native de la paroiſſe de Salignac en Fronfadois
, habitante de la paroiffe Sainte Croix de
Bordeaux. Cette fille, aujourd'hui âgée de 68
ans , entravers la fin de 1751 , au ſervice de
la dame Macquerre , femme du Portier de la
porte Sainte-Croix. Les ſept premieres années
de ſes gages lui ayant été exactement payées ,
elle en avoit mis en réſerve 260 livres . Le fieur
Macquerre mourut , & laiſſa ſa femme , déjà
avancée en âge , fans aucune reffource , & bientôt
obligée de ſuivre un procès inévitable & donloureux
pour une mere. Simonne Eyraud ne vit
que la douleur de ſa maitrelle , & l'état d'indigence
dans lequel elle alloit ſe trouver ; elle
'écouta que ſon attachement pour elle, commença
par lui remettre les réſerves qu'elle avoit
faites ſur ſes gages , y ajouta , pour fournir aux
frais du procès , le produit d'un petit patrimoine
qui lui étoit échu , ſe dévoua gratuit ment à fon
:
( 35 )
ſervice, conſacra le reſte de ſes jours à être fa
filelle compagne &le ſoutien de la vieilleſſe ; &
depuis 25 ans , (ia duine Macquerre en a maintenant
90 ) conſervant toujours pour elle le
même reſpect , elle la nourrit & l'entretient avec
le même zele & le même déintéreſſement , foit
du produit de ſon travail , ſoit des petits ſecours
qu'elle reçoit des perſonnes qui connoiflent
lebonuſage qu'elle en fait, »
Le Bureau Académique d'Ecriture a tenu le
17 de ce mois à la Bibliotheque du Roi fa
ſéance publique, M. Harger , Secrétaire , l'a
ouverte par la lecture d'un Mémoire dans lequel
il a démontré la néceſſité de ſubſtituer
àl'Ecriture coulée une Ecriture lârarde coule
dont un modèle gravé a été diftribué. Le motif
de ce changement , ainsi que l'a exposé
M. Harger au nom de l'Académie , eft de donner
aux Ecritures curſives la liberté qu'elles
n'ont point par l'ufage de la coulée , où une
partie des lettres qui la compoſent ſe confondent
, & encore pour éviter les falfifications
auxquelles ſe prête la coulce , notamment dans
le mot cent , dont il eſt facile , avec cette Ecricure
, de faire le mot mille. Dans la feconde
partie de fon Mémoire , il a traité de la vérification
des Ecritures , qu'il a dit être appuyée
fur des baſes établies par la Nature; &
ne pas conffter , comme on le prétend , dans
la reſſemblance ou la diſſemb'ance des lettres.
Il s'est étendu fur les conjonctures qu'en attribue
a l'art , & il a fait voir que fi celles du commun
des obfervations font tromperfes ; celles des Experts
, en fuppofant qu'on für les mettre au rang
des conjonctures , font fovaces fur les agens du
mouvement qui font toujours diſpoſes diverſement
dans chaque individu. Il a parlé des inconvéniens
J
b6
36 MERCURE
l'effet de leur manière de vivre & du défaut
d'une nourriture ſaine , abondante & régulière
, que la culture ſeule peut donner. Il
prétend que leurs facultés intellectuelles &
morales , ne font pas inférieures à celles des
Européens placés dans les mêmes circonitances
qu'eux. Que leur fenfibilité n'eſt pas moin
dre , que leur bravoure ne le cède pas à celle
des nations les plus guerrières de l'Europe.
Qu'on trouve chez eux des exemples de générofité
& d'amitié , que les plus beaux traits
connus de l'Histoire n'effacent pas. Que leur
éloquence préfente les plus grandes beaurés.
Enfin , qu'ils ne mé itent pas même le reproche
d'infociabilité que quelquesÉcrivains leur
ont fait, puiſqu'ils vivent dans des bourgs ,
qu'ils traitent leurs affaires publiques en confeil,
& qu'ils ont un caractère & un intérêt
nationaux.
Juſques là l'Auteur n'a combattu que M.
deBuffon , qui ne trouve en Amérique cette
foibleſſe de la Nature en fes productions, que
dans les animaux & les hommes indigènes du
nouveau monde. Ici , & de la page 161 à la
page 166 , M. J** réfute M. l'Abbé Raynal ,
qui a étendu la dégénération juſqu'aux races
Européennes tranfplantées en Amérique , &
ilnous paroîtque c'eſt encore avec plus d'avantage
qu'il ſe meſure avec ce nouvel adverfaire.
C'eſt un argument bien puiſſant en effet
contre cette prétendue dégénération , que de
nommer ſeulement George Washington ,
DE FRANCE.
37
Benjamin Franklm , Rittenhouſe , & les
Adams, & les Hancock , & les Benezet , &
les Gates , & les Starke ,& les Green , & les
Laurens , & l'Auteur lui - même , qui montre
tant de connoiſſances , & de raiſon & de ralent
, & dont le nom ſera joint à ceux de ces
hommes éclairés & vertueux qui ont établi
dans le nouveau monde l'empire de la raifon
& le bien inestimable de la liberté.
De la page 166 à la page 198 , on trouve
des détails ſur la population Indienne , qui
ne peuvent guères avoir d'intérêt pour des
Européens , mais qui en ont pour les habitansde
cette partie de l'Amérique , auxquels
ils ont été deſtinés .
Ce qui ſuit de la page 198 à la page 217 ,
peut attacher davantage le Lecteur.
On y voit d'abord un plan pour rendre par
degrés la liberté aux noirs , l'Auteur trouvant
avec raiſon des inconvéniens graves & de
grandes difficultés à les affranchir tout-à-coup
au milieu de la race Européenne , moindre
en nombre, & dont les formes & la couleur
feroient bientôt altérées par le mêlange , propoſe
de faire élever aux dépens du Public les
enfans des noirs , les filles juſqu'à 18 , & les
mâles juſqu'à 21 , de leur donner enfuite des
terreins en propriété dans les parties intérieures
du pays & des moyens de culture , én
les dé larant libres& indépendans ,& en les
protegeant juſqu'à ce qu'ils euffent acquis
alfez de force pour ſe ſoutenir par euxmêmes.
11
38 MERCURE
:
On a trop long- temps combattu l'eſclavage
des Nègres , cette pratique horrible , la honte
de l'humanité , fans fournir des moyens de le
faire ceffer, On aime à voir ici le ſentiment
& l'amour du bien auffi éclairés , außi précis
dans leurs meſures que la froide raifon.
On doit ſavoir à l'Auteur d'autant plus de
gré de ce zèle pour l'affranchiſſement des
noirs , qu'à la difference de ceux qui ont
plaidé la cauſe de cette race malheureuſe , il
la croit réellement inférieure à celle des
blancs. Il faut voir les raiſons qu'il apporte
de fon opinion. On y reconnoîtra la diffe
rence qu'il faut faire entre le Philoſophe auffi
ſage qu'humain , qui fait démêler le bien
poſſible , de celui qui ne l'eſt pas, & reconnoître
les limites du vrai que paſſent fans
ceſſe les déclamateurs .
A la page 223 , l'Auteur traitant de la population
des États-Unis & des moyens de la
favorifer , dit qu'il ne faut pas s'embarraffer
de hâter fon accroiffement par une importation
forcée d'étrangers , & certe maxime
elt fort ſage; mais je ne ſuis pas bien frappé
de la raiſon fur laquelle il l'appuie , la erainte
que les étrangers n'apportent leurs vices s
leurs préjugés & leur fervilité d'Europe. Je
crois trop a la force des bonnes loix & d'un
bon gouvernement ſur l'eſprit & le caractère
des hommes,pour craindre que des Européens
confervent en Amérique les erreurs & les
vices qu'ils y porteroient de notre continent.
En quelque nombre que puiffent aborder les
DE FRANCE. 39
Européens dans ce pays nouveau , ils feront
forcés de s'y diſperſer &de fe fondre parmi
les anciens habitans ,&ils s'affimileront neceffairement
au peuple au milieu duquel ils
feront venus vivre. L'eſprit de ſuperftition &
de fervitude ne germera pas , & ne prendra
pas de racines dans une terre de lumière &
de liberté. Lorſque l'Auteur veut juſtifier
fes craintes par la ſuppoſition qu'il fait de
pluſieurs millions d'Américains jetés tout-àcotip
dans un État Européen , & des inconvéniens
dont cette émigration ſeroit ſuivie,
outre qu'on ne jette point en une fois plufieurs
millions d'habitans dans un pays , il y
aune grande différence entre les deux hypothèſes.
Des Américains tranſplantés en Europe
s'y foumettroient difficilement à tantde
loix oppreflives & vicieuſes , dont l'habitude
ſeule peut faire ſupporter le jeug , & poirroient
ainſi troubler l'ordre, ou , ſi l'on aime
mieux , la fervitude publique. Mais l'Européen
le plus groſſier, en débarquant à Philadelphie
ou à Boſton , ne pouvant méconnoî
the les avantages de l'égalité ,de la liberré, fe
familiarifera bientôt avec les moeurs & les
loix du pays qu'il aura choiſi pour afyle , en
y voyant pour lui des moyens puiſſans de
bonheur.
J'ajouterai que la véritable raiſon qui doit
éloigner les États- Unis de defirer de grandes
émigrations d'Europe , eft qu'il ne faut pas
que le nombre des hommes foit difproportionné
à laquantité des capitaux , fans lesquels
i
!
40 MERCURE.
ne peut fe faire un travail utile. Qu'il faut en
un pays nouveau que le travail foit bien
payé au travailleur,& qu'il ceſſeroit de l'ètre
fi la concurrence à le demander étoit tropactive.
Enfin , ſuivant la comparaiſon ingénieuſe
de Bacon , l'établiſſement d'une Colonie
eft comme la plantation d'une forêt , il
n'en faut rien attendre avant la vingtième
année , & la vingtième année d'une forêt eft
peut-être la centième d'une Nation.
Mais quoi qu'il en foit de cette légère différence
entre fon opinion & celle que j'expoſe
, il eſt curieux d'obſerver le rapide progrès
de cette population , préſenté dans une
table , de laquelle il réſulte qu'en 1862 , la
Virginie ſeule , partant du fonds de fa population
actuelle , fans le fecours de l'abord des
étrangers, doit avoir quatre millions 540mille
612habitans, & d'ici à 95 ans , 6, à 7 millions
qui lui donneront 100 perſonnes par mille
quarré , ce qui est à peu près dans la Grande
Bretagne le rapport de la population à l'étendue
du territoire .
1
On peut confidérer comme finiſſant ici , la
partie phyſique de l'Ouvrage dont nous rendons
compte. La partie politique & morale
occupe le refte du volume , & n'est pas moins
intéreſſante par la forme comme par le fonds.
Lafin au Mercure prochain.
DE FRANCE. 41
BIBLIOTHÈQUE choisie de Contes , de
Facéties & de Bons Mots. Tomes ; & 4 ,
in- 18. & in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Royez , quai des Augustins. ( Contes tirés
des Auteurs Grecs & Latins. )
CETTE Collection ſe continue avec ſuccès ,
& les volumes paroiffent rapidement l'un
après l'autre.. Les Rédacteurs qui s'étoient
propofé de donner une ſuite de tableaux dérobés
aux anciens & aux modernes , après
avoir débuté par un volume deContes , mêlés
de Fabliaux & d'Anecdotes Orientales , en
ont publié trois autres conſacrés uniquement
aux Auteurs Grecs ,& deux qui forment une
claffe à part , ſous le titre de Folies Sentimentales.
Leur intention eſt de puiſer dans
la ſource féconde que leur ouvre la Littérature
Françoife , depuis les Troubadours ,
pères de la Poésie moderne, juſqu'aux nouvellesde
nos jours. Ces Ouvrages , en confervant
fidèlement leur caractère primitif, recevrontpar
des mains exercées le ſtyle & les
couleurs du ſiècle préſent.
On peur juger par les pièces qui compofentlesffiixxvolumes
qui exiftent , du ſoin que
prennent les Rédacteurs pour rendre cette
Collection élégante , variée , complette &
digne enfin des ſuffrages des vrais Littérateurs&
des gens du monde.
Clémence d'Argelles , Anecdote Provençale
, inſpirant autant d'intérêt que Zéno
42
MERCURE
themis, l'aſyle des Grâces , Conte philoſophique
, rempli de délicateſſe & d'agrément ,
La Follepar Amour , la bague d'Hébé font des
compofitions charmantes , & qui pourront
être reproduits fur nos Théâtres.
Ces volumes contiennent une production
neuve , ſous le nom d'affections des divers
amans. Nous connoillions fous ce titre un
Ouvrage de J. Fournier , qui parut pour la
première fois en 1551 , & reimprime en
1743 , lequel n'est que la traduction de celui
queParthenius de Nicée , Écrivain du temps
d'Auguſte , abrégea pour fon ami Gallus ,
d'après les anciennes fables milefiennes. Ces
récits , tous très courts, écrits en vieux François
, offrent des canevas nombreux dont nos
conteurs modernes pourroient tirer le plus
grandparti.
Perſonne juſqu'ici n'a poufle plus loin que
M. Sim... de Tr... le projet de rendre aux Fables
miléſiennes la vie , l'intérêt & les couleurs
antiques qui leur manquent. Dans ces
eſſais, écrits avec la facilité la plus foignée ,
les connoiffeurs remarqueront une foule de
traits qui annoncent une Littérature étendue ,
l'amour des anciens, & ce charme enfinqu'excitent
dans nos imaginations les fictionsde ce
peuple, dont tous les noms heureuxfemblent
nés pour les vers. Les Contes empruntés à ce
Parthenius , & embellis par M. Sim... , font
ici au nombre de douze; fon recueil en contient
trente- tix , qui paroîtront dans les vo
lumes ſuivans de cette Bibliothèque.
DE FRANCE.
43
L'Avertiſlement qui précède le Roman de
Mélicello mérite d'être lu. Il renferme des
réflexions eſſentielles & quelques traits d'érudition
précieux. -L'exécution typographique
joint la propreté à la commodité des
formats , & les gravures en font agréables .
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 24 Mai , on a joué, pour la première
fois , Hercule au Mont- ra, Tragedie
en ciuq Actes.
Ily auroit de l'indifcrétion à juger cet Ouviage
ſur ſa première repreſentation : ce n'eſt
pas qu'elle air été très-orageuſe ; mais parmi
de très grands applaudiſſemens , le Public a
laiffè échapper quelques murmures , & à la
fin de la Pièce , les avis ont été très diviſés
fur fon mérite. Nous ne ferons donc ici aucune
obfervation ſur cette nouvelle Tragédie ,
dont nous parlerons dans le prochain Mercure
, & que nous rapprocherons de quelquesOuvrages
déjà connus ſur lemême ſujer.
Nous remarquerons ſeulement que les rôles
nous ont , en général, paru mal ſaiſis; ce qui
peut avoir nui beaucoup à l'effet que l'Aureur
s'étoit promis de leurs caractères . Les
repréſentations qui vont ſuivre éclairciront
ou difliperont nos doutes.
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
VIES des Ecrivains étrangers , tant anciens que
modernes , accompagnées de divers morceaux de leurs
Ouvrages , traduits par l'Auteur de leurs Vies .
Dante, fuivi de la Chasteté de Jofeph , scène Françoise,
par M. ie Prevoſt d Exmes, Profeſſeur Royal
del'École de Chant, & de l'Académie des Sciences
& Belles Lettres de Rouen , in -8 °. de 164 pages .
Prix 2 liv. 8 fols. A Paris , chez la Veuve Duc'hefne
, Libraire , rue Saint Jacques , & chez Bailly ,
Libraire , rue Saint Honoré , barrière des Sergens.
M. le Prevoſt d'Exmes annonce des Vies des
Écrivains étrangers ; il commence par celle de
Dante. On nous diſpenſera de faire l'analyſe d'un
Ouvrage qui n'eſt lui même qu'une analyſe. L'Auteur
donne une Vie dérailiée de ce célèbre Poëte ,
avec un extrait du plan & des détails de ſa divine
Comédie. La Brochure eſt terminée par une ſcène
Françoiſe, dont le ſujet eſt la Chaſteré de Joſeph.
On eft furpris de voir là cette eſpèce de Drame , &
on en eft fâché quand on l'a lu.
MINERALOGIE nouvelle , ou l'Art de faire des
Eaux Minérales non-feulement pareilles à celles
qu'on trouve dans toute l'Europe , mais encore qui
auront de plas un grand nombre d'autres qualités
propres à remplir toutes les indications possibles , &
les avantages qu'ily auroit à les mettre en usage
contre les malacies les plus rébelles; par M. Laugier
Docteur en Médecine de PUniverſité de
Montpellier , Membre & Profeffour de l'Univerſité
deMontpellier , in - 8 °. de 16 pages. A Senlis , de
,
DE FRANCE. 45
l'Imprimerie de N. L. F. Deſrocques , Imprimeur ,
& le trouve à Paris , chez l'Auteur , rue de Tournon
, n°. 30 , & chez les Marchands de Nouveautés.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou- Dauphine, nº . 6 .
Ce Volume, le dixième des Romans, renferme
Tristan de Léonois & Artus de Bretagne.
CLARISSE Harlove , Drame en trois Actes &
en profe. A Paris , chez Née de la Rochelle , Libraire
, rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel.
Il y a dans cette Pièce, imitée du fameux Roman
de ce nom , des momens d'intérêt & des
Scènes d'effet; mais l'Auteur a voulu tranſporter fur
la Scène des tableaux qu'il n'eſt guères poffible de
faire ſupporterque dans un Roman.
VALENTINE , ou Lettres & Mémoires intéreſ-
Sans d'une famille Angloiſe , in 12. Prix , I liv.
10 fols. A Lauſanne ; & ſe trouve à Paris , chez
Deſenne, Libraire , au Palais Royal.
Le Héros de ce Roman, finge des petits-maîtres
François , aime Valentine ; mais il voudroit la ſéduire
ſans l'épouſer, Il la fait enlever; mais enfin un
brave Marin le rappelle àl'honnêteté & à la vertu,
& il épouſe Valentine qui ſe croyant orpheline retrouve
ſon père , & ce père eſt précisément ce Marin
qui lui a rendu ſon amant.
TABLEAU Généalogique, Hiftorique , Chronologique
& Géographique de la Nobleffe , enrichi de
Gravures, par M. le Comte de Waroquier , Offi
cier d'Infanterie , & Penſionnaire du Roi , rue GitleCoeur.
On trouve chez Nyon ſeulement les trois premiers
Volumes de cetOuvrage, contenant , 19. l'état
I
46 MERCURE
des,vrais Marquis , Comes , Vicomtes & Barons ;
2°. un Traité fur les Bannerets, Bacheliers &
Écuyers , & br. leur différence 3º. un Traité (ar
les Dignités Féodales & Politiques , les Dignités des
Eccléſiaſtiques , les Dignités des Vidames attachés à
l'Église, les titres & qualités perſonnelles , les titres
& qualités des Gens-de- Lettres , & c.; 4°. les Généalogies
des Familles . 5º. les dépôts où la Nobleſſe
peut avoir recours pour ſes différentes re
cherches , 6 ° , une table des Terres & des Perfonres
titrées; une table des Noms de Famille compris
dans l'Ouvrage, avec le renvoi aux Auteurs qui en
ont dor né les généalogies , & une table de plus de
vingt mille titres orgimaux que Kauteur possède
dans ſon cabinet. Ouvrage préſenté au Roi le 11
Avril 1786. Prix , 9 liv, les trois Volumes brochés,
10 liv. 16 fols reliés , & to liv. 16 fols brochés
franc de port dans tout le Royaume.
La qurtrième etla cinquième Partic ſous preſſe ,
&les autres de fuire .
TABLEAU Héraldique , ou Armorial général &
univerfel , contenant l'explication des Armes des
Provinces , Pays d'États , Gouvernemens , Villes ,
Terres. Seigneuries , celles des Archevêchés , Évêchés,
Chapitres, Abbayes , Prieurés & autres , celles
des Compagnies , des Corps & Communautés , celles
du Clergé & des Bourgeois à qui Sa Majesté
Louis XIV les a permites par ſon Édit de 1696.
Même adreſſe que ci-deſſus.
Ledéfaut d'un Ouvrage complet ſur les Armoiries
de toutes les Maiſons nobles ou qui jouiffent
d'un certain rangen France , &c. a fait que depuis
plus de dix années l'Auteur s'eft occupé de cette
compilation, fur laquelle ila recueilli aſſez de matières
pour avoir pluſieurs Volumes de prêts à
L'avance.
DE FRANCE. 47
ÉTAT des Étoiles fixes au ſicond fiecle, par
Cl. Ptolémée, comparé à la même poſition des mêmes
Eroites en 1786, avec le Texte Grec & la Traduftion
Françoise , par M. l'Abbé Montiguor , Chanoine
de Toul , de la Société Royale des Sciences &&
Belles - Lett es de Nancy , in -4°. A Nancy , chez
C. S. Lamot , Imprimeur, près les RR. PP. Dominicains,
nº. 239
Cet Ouvrage do't faire plaifir aux Aftronomes.
Le Texte Gree avoit été imprimé ; mais il étoit
devenu très- rare. M. l'Abbé Montignot mérite la
reconnoiffance des Savans pour les avoir mis , pour
ainſi dire , en poiſeſſion de ce monument curieux.
Il a mis ſa Traduction à côté du Texte , & il y a
joint des Notes pour aider à l'intelligence des endroits
difficiles .
:
On continue de débiter avec ſuccès la véritable
Graiffe d'Ours blanche d'Amérique pure & naturelle,
préparéefansfeu par les Sauvages. La propriété
de cette Grailſe eſt de prévenir la chûte des
cheveux, de les nourrir au point de les faire croitre
, de les épaiffir & de les conferver.
La manière de s'en ſervir est très-facile : il faut
en bien enduire la racine des cheveux avant de ſe
faire coëffer , & le ſoir avant de ſe coucher ; cela
n'empêche point de ſe ſervir de la pommade ordinaire.
CetteGraiſſe réunit la double propriété de gué
rir les rhumatiſmes en s'en frottant devant le feu
pendant quelques jours fans interruption.
Le prix des bouteilles cachetées en cire rouge
eft de 3 liv. , 2 liv. & 1 liv . 4 ſols.
On s'adreſſera chez les Demoiselles Didier , Marchandes
de Tabac , Place de la vieille Eſtrapade ,.
vis-àvis la porre du bâtiment de Sainte Geneviève,
1
MERCURE
NUMÉRO 6 de la Collection de Musique de M.
Grétry, pour le Clavecin, lemême pour la Harpe,
contenant l'Air: Je ſuis heureux , & c . , celui non ,
laiſſez moi , &c. de la ſuite du Comte d'Albert , &
leDuo: Je veux qu'on ne me gêne en rien , de l'Amitie
à l'épreuve , par M. Corbelin , ſeul chargé par
M. Grétry de l'atrargement de ſa Muſique pour
tous les Inftrumens. Prix , 2 liv. 8 fols chaque Numéro.
On peut s'abonner pour dix Numéros chez
M. Corbelin , place Saint Michel , maiſon du Chan
delier , qui fera parvenir franc de port par la poſte
toute ſa Muſique & celle de M. Grétry .
TROIS Sonates pour le Piano-Forte, avec Accompagnement
de Violon , par M. Hüllmandel ,
Ouvre XIX. Prix , 6 liv. A Paris , chez Saunier , rue
SaintHonoré, au coin de la rue de la Sourdière ,
cour du grand Charroi.
V
TABLE.
***
ERS à M.
Bouquet à Mme laMarquise Les Amans d'autrefois ,
31 ciété Royalede Médecine, 9
22
4Obfervations fur la Virginie, deC***
Le Phénix & le Moineau , Fa- 29
ble , Bibliothèque choisiede Contes,
Charade, Enigme& Logogry
Dhe .
&c. 41
43
4
7 Comédie Françoise ,
Suite des Eloges lus à la So- Annonces &Notices,
APPROBATIΟΝ.
J'ATIlu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juin 1987. Je n'y
a rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris ,le 1 Juin 1787. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
1
7
BRUXELLES.
1 1
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 14 Mai.
TE Roi de Danemarck
:
:
a permis aux
matelors de ſes Erats de fervir fur les
navires étrangers , en ſe niuniflant de pallepoits
officiels , & fous une caution de 20
dahlers , accompagnée d'un engagement
écrit de revenir , dans l'eſpace de deux ans ,
aux places de leur département , fous peine
d'être traités comme fauffaires & déferteurs.
Le Profeffeur Schloëzer de Gottingue
vient de détailler en ces termes l'état de la
Compagnie pour la pêche du hareng , établie
à Embden.
En 1764 , une Société de Négocians de ceste
ville réſolut de faire , à l'exemple des Hollan-
No. 22, 2 Juin 1787.
a
( 2 )
dois , la pêche du hareng dans Ja Mer du Nord ;
elley fixa d'abord un fonds de 60,000 florins , &
ſollicita pour cet établiſſement l'octroi du Roi de
Pruſſe qui le lui accorda fur le champ. Cette circonſtance
ayant engagé pluſieurs autres sujets de
S. M. de prendre part à cette nouvelle entre priſe,
on fit conftruire fix bâtimens propres à cette
pêche ; & lorſqu'ils furent achevés , on les équipadans
la maniere qui ſe pratique enHollande
Ces bâtimens partirent d'Embden pour la premiere
fois le 11 Juin 1770 , & revinrent dans ce
port , après une abſence d'environ 16 ſemaines ,
avec 1825 tonneaux de harengs. Les Hollandois ,
jalouxde ce ſuccès ,& en craignant les ſuites , réfolurent
de l'écrafer. Pour cet effet , ils vendirent
leurhareng dans les endroits où cette Compagnie
enavoit auffi conduit , à un ſi bas prix , que l'on
vit clairement le deſſein de perdre fur cette marchandiſe
, dans la vue d'anéantir l'entrepriſe de
la Compagnie. Le Roi de Pruſſe vint a ſon ſecours.
CeMonarque éclairé la prit ſous ſa protection
, lui aſſigna des arrondiſſemens dans ſes Ecats
pour y importer excluſivement aux Etrangers le
hareng néceſſaire à la conſommation , aux prix
que lesHollandois & les Danois les avoient fournis
précédemment ;& lorſque les Etats de Hollande
adjugerent à chaque bâtiment pêcheur une
prime de 500 florins , qui fut portée enfuite à 700,
leRoi fit payer pour chaque tonneau de harengs
importés dans ſes Etats par la Compagnie , une
gratification fi forte , que toutes les machinations
de la jaloufie ne purent plus lui nuire. En 1771 ,
le nombre des bâtimens de la Compagnie futaccrû
de 4, & aujourd'hui , il monte à 45. La moitiédes
Provinces Pruſſiennes peut être fournie
actuellement par la Compagnie , de harengs néceſſaires
à leur consommation ; & fi le Roi actuel
( 3 )
continue à ſoutenir cette entrepriſe, elleſera dans
quelques années en état , non - ſeulement de faire
elle ſeule l'approviſionnement de cette marchandiſe
à toutes les Provinces , mais même d'en exporter
à l'Etranger.
Il paſſoit autrefois de fortes ſommes en
Hollande pour le hareng ; mais aujourd'hui la
plus grande partie de cet argent reſte dans les
Etats,du Roi de Pruſſe , puiſque la Compagnie
peut fournir déja actuellement pour plus de
200,000 florins d'harengs. Le bénéfice desActionnaires
n'a pas été juſqu'à préſent au-deſſous
de 5 pour cent , il a même monté à 7 , & il
et probable qu'il montera encore davantage.
La Compagnie occupe à Emden & aux envi
rens plus de 500 ouvriers pour la conſtrution
&la réparation des bâtimens , pour la conftruction
des tonneaux , pour le cordage , les fi
lets , &c. Les Matelots à ſon ſervice ſont aujourd
hui au nombre de 585 , ſavoir 13 hommes
par bâtiment. On embarque ordinairement pour
16 ſemaines de vivres , que l'on prend dans
cette ville & aux environs. La navigation gagne
beaucoup par les mouvemens de la Compagnie
; les douves , le chanvre , le fel , & d'autres
articles font tirés la plupart des Provinces
du Roi fur la.Baltique , & importés par mer ,
>& le tranſport des harengs à Hambourg & à
Stettin facilite en même tems l'occaſion d'exporter
d'autres productions du pays & de prendre
des retours .
Nous avons préſenté dans le Numéro
fix de ce Journal une évaluation de la
population de la Ruſſie, tirée du Portefeuille
historique qui s'imprime à Berlin .
Voici un autre état ſur le même objet :
a 2
( 4 )
:
nous l'empruntons du Docteur Buſching ,
qui l'a pris de la nouvelle Géographie de
l'Empire de Ruſſie, publiée à Pétersbourg
très- récemment par M. Plschniew. Cet
érat , rédigé ſur les tables du dernier recenlement
, préſente le dénombrement ſuivant
de chaque Gouvernement , ſavoir :
1. Gouvernement d'Archangel....... 170,300
d'Olonez. .... 206,100
d'Elvibourg........ 186,500
20
30
4. de Pétersbourg..... 367,200
٢٠
deRevel........... .... 202,305
6. deRiga............. 507,150
75 dePolok ......... 620,600
81 de Mohilow....... 662,500
9:
de Smolen ko...... 892,300
de Pleskow ........ 578,100
11. de Nowogorod ..... 577.500
12. deTwr.... ... 903,600
13.
de Jaroflow ........ 740,900
14. de Wolonda ....... 556,200
15.
de Kaßroma .
...... 815,400
16. deWladimir. ...... 871,050
17. de Mofcou ......... 883,400
18. de Kaluga........ , 781,500
19.
deTula..... .... 875,200
20. de Reſansk ... 869,400
21. de Tambow........ 887,000
22. d'Orel......
.....
968,300
23.
deKurk ..... 920,000
24. de Worone ch........ 809,600
25.
deCharkow ........ 78,800
26. de Nowogorod - Sewersk
......
742,000
27. de Thernion ...... 741,850
28.
deKier............ 795,800
29. deKaterino.Lw.... , 744,550
30.
31 .
deTauride......... 100,000
du Caucaſe ........ 48,350
En outre 400 families , & 12,250 Calmouques
Kibites.
32. de Saratow .. 624,000
33. de Penfa ...... 640,700
34. d. Niſchneinowgorod. 816,200
35. deWæka ... ... 817,100
36. deKafan. ..... ... 763,300
37. d. Simbirsk ........ 731,000
38 . d'Ufa .... ........ 355.598
39.
de Perms .... ... 798,950
40. deTobolsk
...
.... 714,790
41. deKoliwan ........ 170,000
42. d'Irkuzk . ....... 375.150
43. Les Coſaques duDon.. ... 200,000
Toral ................ 26,618,148
Selon M. Plschniew , la Nobleſſe , le Clergé ,
les troupes de terre & de mer , les perſonnes employées
aux divers Départemens & Tribunaux ,
les Membres des Acatémies , Univerſités , Séminaires
& maiſons d'éducations , les troupes irrégulieres,
les peuplares vagabondes, les étran
ge's& les Colans de diveries Nations , ne font
point compris dans ce dénombrement En les y
ajoutant, la population actuelle de la Ruſke
mosteroit asins à trente millions d'ames , ce
qu'on aien de croire fort exagéré.
L'Edit du Roi de Suede ,porrant érab'ifſement
d'une Caifle gmérale d'eſcompte eft
maintenant public. Cette caiſſe , régie par
5 D.rectems , dont chacun recevra 0
rixdalers d'a pointe nens annuels , s'ouvrira
le 1 Septembre prochain. Son fonds fera de
400,000 rixdalers , ofde 2,400,00e liv. de
a 3
( 6 )
France. Les effets sûrsy feront eſcomptés;
à raiſon d'un demi pour cent par mois , &
les plus longues dates d'échéance de 6mois .
Pendant l'année derniere , 363 bâtimens du
port de 3 à 67 lafts , ont paffé par le nouveau
canal de Schlesvik Holſtein. Les bâtimens de
60 lafts & plus étoient la plupart des bâtimens
Suédois chargés de bois , qui , à cauſe de leur
conftruction , n'ont pu traverſer entierement ce
canal avee la totalité de leur cargaiſon. Des
Navigateurs Suédois , Hollandois , Pruffiens , de
Hambourg , de Brême , du Meklenbourg &
d'Oldenbourg ont pris cette route. Les batimens
venant de la mer d'Occident étoient au
nombre de 25 & chargés de vin , tabac , eaude-
vie , café , raiſins ſecs , ſucre , Grop , huile
de baleine , huile d'olives , briques , harengs,
&c. , & ceux venant de la Baltique ont monté
251 , dont 32 ont déchargé à Rendsbourg ,
Frideriſtadt & Huſum ; 2 font allés en Hollande;
1 à Brême & 16 à Hambourg & à Altona;
de ce dernier nombre , 4 étoient chargés
de marchandifes de Chine & des Indes orientales
& occidentales. Les marchandiſes de la
Baltique confiftoient en bois , fer , cuivre , goudron
, chanvre , huile , verre & blé. La va
leur des marchandises déclarées a monté à environ
120,000 rixdalers . Ce canai guroit été
plus fréquenté l'année derniere , Gon n'eût pas
été obligé de faire une réparation conſidérable
qui a empéché le paſſage juſqu'au 17 Avril .
On publiera inceſſamment une carte exacte de
ce canal avec ſes communications.
Le commerce de Memel a occupé l'année
derniere 830 bâtimens.
3
On évalue la cargaison de la Charlotte
( 7 )
Amélie, arrivée nouvellementde Chine àCopenhague
, à plus de 800,000 rixdalers. Le
thé ſeul qu'elle a apporté monte à 1,200,000
liv. peſant. La Compagnie d'Afie attend cet
Eté le retour de deux autres de ſes vaifſeaux.
Le marché pour les marchandiſes de
cette partie du monde ſera conſidérable
cette année à Copenhague. Les Ruffes &
preſque toutes les provinces ſur la Baltique
ont commencé à tirer de cette Compagnie
les marchandiſes des Indes Orientales dont
ils ont beſoin ; & il y a lieu de croire que
leurs commiſſions deviendront plus importantes
d'année en année. On avoit projetté
de vendre le thé du navire la Charlotte à la
Compagnie Angloiſe , mais le marché n'a
pu s'exécuter.
ر ت
De Berlin , le 13 Mai.
Le Roi a permis à l'Académie des Sciences
de mettre en vente la ſuperbe carte géographique
& militaire de l'Electorat de Saxe
& des pays voiſins , rédigée par le ſieur de
Petri , Lieutenant Colonel du Génie. Cette
carte, qu'il étoit très difficile de ſe procurer,
eſt compofée de 39 grandes feuilles ;
elle ſera vendue au prix modique de 6 frédérics
d'or ( 120 liv. tournois ).
Le i de ce mois , le Lieutenant Général
de Prittwiz a fait la revue particuliere des
Gens d'armes&des Huſſards d'Eben , & le
a 4
( 8 )
Lieutenant-Général de Mollendorfcelle de
l'Infanterie en gainiſon dans certe Capirale.
Le Roi a permis pour cette année le tranfit
libre des marchandites venant de la foire
de Leipfick , & deſtinées pour la Pologne
&la Ruffie; elles paſſeront par ſes Etats ,
ſans être viſitées , en payant un droit de
tranſit de 3 thalers par quintal.
L'adminiſtration générale du tabac dans
les Etats Pruffiens , établie par le feu Roi ,
il y a 20 ans , étoit devenue une entrepriſe
fi conſidérable , qu'en 1785 la ventede cette
denrée furpalla 28 tonnes d'or ; le bénéfice
net , verſé dans le tréſor , fut de 1,286,189
rixdalers.
De Vienne, le 13 Mai.
Suivant les dépêches d'un courrier extraordinaire
, expédié de Lemberg, le 19
par S. M. I. , elle a dû partir pour Cherfon
le 6 de ce mois. Ce départ qu'a déterminé
une lettre de l'Impératrice arrivée à Lemberg
le 28 Avril , aura été précédé d'un exa
men qu'a dû faire l'Empereur du cours du
Nieſter ſur les frontieres de la Moldavie.
S. M. I. voulant s'aſſurer par elle même des
obſtacles à la navigation de ce fleuve, &
des plans deſtinés à les faire difparoître , le
fera accompagnier de quelques Ingénieurs ,
verſés dans Thydraulique. Voici la route
qu'elle fuivra pourſe rendre à Cherfon.
>>D'abord elle ferendra àBrodyoù elle ref
(و ) :
terale 7; le 8, précédée de deux courriers ,
&accompagnée de toute ſa ſuite , elle ſe remettra
en chemin en traverſant la Podolie.
De Brody àCherfon on a fixé ſept ſtarions
où S. M. trouvera toutes les commodités
que la difette des lieux permettra de lui procurer.
Chaque ſtation eſt éloignée de l'autre
de 7 à 8 poîtes , & on y a fait les meilleurs
arrangemens poſſibles pour lui fournir les
chevaux néceſſaires. On voit par - là que
l'Empereur ſe propoſe d'arriver à Cherfon
le 14. L'Impératrice de ſon côté a dû quitter
Kiof jeudi dernier , le 3 de ce mois. Le
4 elle devoit s'arrêter à Kaniew où le Roi
de Pologne l'attendoit avec un grand nombre
de ſeigneuts Po'onois ; & les elle a dû
continuer ſa navigation ſur le Dnieper.
Pour éviter juſqu'a i moindre danger , pluſieurs
bateaux, placés à des diſtances proportionnées
, ont eu ordre de précéder le
bâtiment qui portera cette Souveraine ; &
ſi le cas arrivoit que dans quelque endroit
le paſſage fût trouvé tant ſoit peu périlleux ,
'on a pris les mesures de pouvoir mettre pié
à terre ,& continuer le voyage en voitures ,
celles ci ſuivant la Cour fur des bateaux.
Oncompte que le 15 de ce mois l'Impératrice
fera fon entrée à Cherfon .
L'Empereur a donné aux Négocians Barum
& compagnie un privilege de 25 années
, pour l'établiſſement d'un Lombard
en taveur du commerce; les ſommes qu'ils
as
( 10 )
pourront prêter fur gages ne feront pas
moindres de mille florins; les intérêts annuels
feront de 4 pour 100. La Compagnie
a auſſi la permiſſion de former des bureaux
particuliers dans les principales villes de
Province.
Le procédé de l'amalgame , rectifié par le
Conſeiller de Born , a été auſſi introduit
pour les mines de Joachimſthal. La pre .
miere opération , qui a parfaitement réuffi ,
a été faite fur 549 quintaux de minerai. On
a ca'culé, qu'au moyen de ce procédé , on
épargne a à Joachimſthal environ mille cordes
de bois par an , & qu'en général on fera
une économie de près de 4 flor. par quintal .
L'Empereur, dit la Gazette de cette ville ,
voulant foutenir & encourager l'induſtrie
des familles Génevoiſes , qui ſont venues
s'établir à Conſtance , a accordé à la maiſon
de commerce Roman , Melly , Roux &
Compagnie , la permiffion de titrer leur Manufacture
de montres & de bijoux , de Manufacture
Impéria'e & Royale , & d'importer
dans les Etats héréditaires , pendant l'efpace
de 8 années, 16300 montres , à raiſon
de 10 pour cent d'entrée.
Le Prince Ypfilanti , nouvel Hoſpodar
de Moldavie , a fait au commencement
d'Avril ſon entrée publique à Jaſſy , où il
étoit depuis trois ſemaines incognito. Cette
cérémonie s'eft faite avec pompe , & l'allégreſſe
publique a fignalé l'inſtallation du
( II )
Prince, dont la Moldavie a ci devant appris
à connoitre la juſtice & la générofité.
& commet ent de
Les nouvelles du Bannat font affligeantes.
Les banditsyaugmentent en nombre ,
grands défordres. Pour
arrêter leurs brigandages , & affurer le repos
public , il a fallu mettre des détachemens
de troupes dans les villages aux envi
rons de Temeſwar.
Pendant l'année 1786 , on a compté dans
la Bohême 26,166 mariages , dont 698 dans
la ville de Prague , 123,916 naiſſances, dont
63,773 garçons , & 60,143 filles ; les naifſances
à Prague y ſont compriſes avec 2,877 ,
& 89,332 morts , dont 41,790 hommes , &
41,542 perſonnes du ſexe; à Prague les morts
ont été au nombre de 2,396 .
Dans la Gallicie , le relevé des naiſſances,
morts & mariages pendant l'année derniere ,
offre le réſultat ſuivant. Le nombre des nailfances
a été de 122,525 , dont 63,311 garçons ,
& 59,214 filles ; celui des morts de 92,257 ,
dont 47,452 hommes , & 44,805 perſonnes du
fexe, & celui des mariages de 25,910. -Les
naiſſances à Lemberg ont été au nombre de
1,507 , les morts de 1,056 , & les mariages de
353 .
De Francfort , le 17 Mai .
Différentes lettres duCaire ſemblent cone
firmer les premiers avantages du Capitan-
Pacha , en annonçant ſes nouveaux ſuccès :
c'eſtdans les termes ſuivans que deux dépêches
, l'une du 14 , l'autre du 20 Mars , rapa
6
( 12 )
portent les derniers événemens qui ont eu
lieu en Egypte.
«Divers Arabes qu'Ismael Bey , Affan Bey &
Abdik- Pacha ont dépéchés au Capitan Pacha ,
nous apprennent que Jaga Bey, ancien Main-
> meluc de Haifan-Bey , le Kiaya de Mourat
Bey , ſon premier eunuque , & divers Cachefs ,
ou Chefs de village, au nombre d'environ 400 "Cavaliers , ont abandonné le parti des rebelles,
" & font venus demander grace au Capitan-Pacha;
ils doivent être ici dans8 à 10 jours. Cette déſertion annonce très-clairement le triſte éat
des rebelles qui , en effet , manquent de tout.
L'on ignore quelle route ils prendront ; mais
>> ce qui peur leur arriver de plus heureux est de
pouvoir gagner Heſſouang , avant que le Capi
tan Paulia les atteigne , parce qu'ils pourroient
alors , quoiqu'avec beaucoup de peines & de
fatigues , ſe réfugier en Abyflinie . Si , au con. traire , ils reſtent du côté d'Eſne , ville de la
► Haute-Egypre , ils tomberont infailliblement
au pouvoir des vainqueurs , ou péritont de
miſere dans les déſerts. Le Capitan-Pacha ne
>> s'eſt point encore expliqué fur le régime qu'il
ſe propoſe d'établir en Egypte; mais on fuppoſe
qu'ily conftituera ; Paches , dont an àGirgé
, un au Caire , & l'autre à Alexandrie , pour
contenir les Beys qui voudraient à l'avenir
fuivre l'exemple des rebelles. » « Il arriva avant hier deux nouveaux Couriers
expédiés au Capitan Pacha par fon Kiaya , &
> leCapitaine des batteaux qui protégeoientfar-
د د
mée de terre. Ce Kiaya , après avoir battu les
>>>fugitifs, remontoit le Nil pour ôter toute com
> munication du côté de Heſſouinz. Il arrive
a précisément au noment où Ibrahim Bey , avec
( 13 )
quatre batteaux , les ſeuls qu'il avoit pu trou-
>> ver, voguoit ſur le Nil. Avec ſon artillerie , il
› en cou'a trois à fond. Ibrahim-Bey eut beau-
>> coup de peine à gagner la terre , où il prit la
fuite avec précipitation ſur un cheval fans-
>> felle. Tout le reſte fut noyé , ainſi que les
>> bagages. Quatre Beys ne pouvant rejoindre
Mourar-Bey , ſe ſont cachés , & fuivant toute
> apparence , ils viendront auſſi demander grace;
> Mourat-Bey ſe trouve dans une pofition trèsdéfavorable
, parce que , faute de batteaux ,
>> il ne peut plus paſſer le Nil, & l'armée navale
>> du Capitan-Pacha gardant tous les bords , il
>> n'a plus devant lui que des montagnes eſcarpées.
Il manque d'ailleurs de provifions &
de munitions ,& on penſe qu'il tombera mort
>> ou vif dans les mains du Capiran-Pacha , qui
>> le pourſuivoit toujours. On doit à l'habi eté.
de ſon Kiaya la diviſion des deux Chefs , &
> c'eſt l'événement le plus heureux pour accélérer
la deſtruction de ces puiſſans Mam-
» melucks , dont la perte eſt plus prochaine
>que jamais. »
Il faudra voir fi la Porte & le temps ſanctionneront
ces nouvelles favorables , fur
leſquelles il reſte encore beaucoup de dou
tes. On ne comprend pas fu: tour comment
ces Beys , qui connoiffent fi bien 'e caractere
du Capitan Pacha , viennent ſe remettre
volontairement entre ſes mains , malgé
la certitude preſqu'entiere d'être étranglés
ou décollés.
On a obſervé qu'il y a précisément un
fiecle , que la Ruffie s'affranchit di tribut
qu'elle payoit au Khan de Crimée, que
( 14 )
Pierre le Grand envoia fur les frontieres une
armée de 30,000 hommes pour contenir les
Tartares , & qu'il y fit bâtir une ville. Cet
événement date de 1687 , & en 1787 Catherine
II fe rend dans la Crimée , comme
Souveraine de cette preſqu'ifle.
Le montant de la caiſſe d'aſſurance pour incendie
dans le Duché de Brun(wik , s'eſt trouvé
l'année derniere de 16,056,425 rixdaters , qui
forment la valeur de toutes les maiſons du Duché.
Les dépenses de cette caiſſe , dans la même
année , en réparations de maiſons incendiées ,
ont monté à 24632 rixdalers .
ITALIE.
De Florence , le 30 Avril.
Le Synode des Archevêques & Evêques
de la Toscane a tenu ſa premiere ſéance, le
23. Le Sénateur Serrifteri a préſidé en qualité
de Commiſſaire du Grand-Duc.
On écrit de Rome , que le Pape eſt parti
le 28 Avril de cette Capitale, pour ſe rendre
à Terracine , où il paſſera 15 jours. Pendant
ce voyage les trois galeres pontificales
font allées croiſer ſur la côte de l'Etat Eccléſiaſtique.
On croit que le Roi de Naples
aura une entrevue à Terracine avec S. S. ,
pour arranger les.difficultés élevées entre les
deux Cours. S. M. Sicilienne perſiſte , dit
on, à retenir la nomination de tous les Evêchés
&de toutes les Abbayes de fon Royau(
15 )
me, & à exiger que toutes les penſions aflignées
par le Pape ſur ces bénéfices ne s'élévent
qu'à 20 mille écus Romains , dont 6
mille ſeront deſtinés au Nonce à Naples ,
lequel n'aura plus aucune jurifdiction , &
ſera ſeulement Ambaſſadeur comme ceux
des autres Souverains. Les Romains attendent
avec le plus grand intérêt l'événement
d'une pareille entrevue , ſi elle a lieu » .
> On débire que deux Juifs Arméniens
étant arrivés à Pile , leurs amis les ont conduits
à la Cathédrale , pour leur faire voir
les magnifiques portes , faites par Jean de
Boulogne , & dont la ſculpture en bronze
eſt ſi renommée. Les deux Arméniens ayant
paſſé un linge fur la ſculpture, por la mieux
voir , la populace , à ce qu'on dit , a cru que
c'étoit une profanation , & les a maſſacrés
ſur la place. Le Gouvernement, inſtruit de
cette atrocité, a ordonné d'inſtruire un procès
contre les meurtriers.
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 22 Mai.
Un Meſſage du Roi , préſenté hier à la
Chanibre des Communes par M. Pitt , à
levé tous les doutes ſur l'arrangement négocié
en faveur du Prince de Galles. S. M. ,
en condeſcendant à augmenter le revenu da
S. A. R. , a bien voulu intercéder elle même
auprès des Communes pour la libération
( 16 )
des dettes de ce Prince. Comme la Nation
les paie a , il eſt à croire qu'elle ne fera pas
appelée deux fois à ce ſacrifice. Voici la tradiction
du Menage de S. M...
GEORGE Ror ,
«C'el avec un vrai regret que le Roi informe
la Chambre des Communes , que d'après les étais
qui ont été mis ſous les yeux de S. M. par le
Prince de Galles ,il paroît que S. A R. docune
fomme confidérable , qui ne peut étre acquinée
de ſon revenu annuel , fans lui rendre impoffible
de foutenir ſon rang & fon état .
«Quelque peine qu'ait toujours cue S. M. de
propoſer une addition aux dépenses de fon peuple
, elle n'a pu réſiſter à ſa tendreſſe paternelle
pour le Prince de Galles , & elle a recours à la
liberté & à l'attachement de ſes fideles communes,
pour réclamer ſon aſſiſtance dans une occafionqui
intéreſle les ſentiments de S. M. & l'honneur
d'une branche auſſi diſlinguée de fa famille
royale.
«S. M. ne pourroit point s'tentre à obtenir,
ne demanderoit pas l'aſſiſtance de la Chambre, fi
elle n'étoit pas fondée à eſpérer que le Prince
évitera de contrader de nouvelles dettes àPavenir.
Ayant cet objet en vue , & defirant vivement
d'éloigner toute eſpece de doutes fur l'inſuffiſance
des revenus du Prince , le Roi a ordonné
qu'ure ſomme de 10,000 livres ſterl füt
payée de ſa liſte civile, en augmentation de ce
qui eſt allout à S. A R. C'est avec fatisfaction
que Sa Majeſté fait part à la Chambre , que le
Prince a donné les plus fortes affurances qu'il
fera tous les efforts pour éviter que fus dépenses
n'excédent les revenus; & que S. A. R. a formé
un plan détabliſſement fur les principes de la
( 17 )
plus rigoureuſe économie , quoique proportionné
àl'honneur de fon rang élevé.
? «S. M. ordonnera de faire mettre ſous les
yeuxde ſes fideles communes , les états des ſom.
mes néceſſaires pour payer les dettes de ſon fils ,
& completter les travaux de ſon palais : elle
recommande à ſes fideles Cemmunes de prendre
en conſidération les moyens d'effectuer ces difpoſitions.
Ce Meſſage ſera pris en conſidération par
laChan:bre demain Mercredi.
Hier , 21 , M. Burke , accompagné de
quelqnes autres députés des Communes , fe
rendit à la Chambre haute ,& dit à la Barre :
<<Milords , je ſuis chargé , de la part des
>> Communes , d'informer V. S. que War-
>> ren Haſtings , qu'elles vous ont dénoncé ,
>>eſt ſous la garde de leur Sergent d'Armes,
»& , prêt , a été remis à l'Huiffier de la
VS. iugeront
>>Verge noire ,amma ou ....
>> à propos de l'ordonner » . La Députation,
s'étant retirée , Lord Walſingham fit la motionde
remettre l'accuſé à l'Huiſſier de la
Verge noire , ce qui ayant été agréé, leChe .
valier Francis Molineux , cet Huiffier , conduifit
M. Hastings à la Barre , où il s'agenouilla.
Immédiatement le Chancelier lui
permit de ſe relever , & ordonna la lecture
des articles de l'impéachment. M. Haſtings ,
ayant demandé que cette lecture de cinq
heures ſe fit en abrégé , le Ducde Richmond
s'yoppoſa ſous prétexte qu'il ne connoiffoit
pas les articles , & qu'il falloit procéder dans
1
( 18 )
toutes les formes. Deux des Secrétaires de la
Chambre , en ſe relayant , commencerent
cette lecture,durant laquelle la plupartde leurs
Seigneuries allerent ſe rafaîchir. Au bout
d'une heure , Lord Dunmore fit obſerver
que le prifonnier étoit debout , & demanda
qu'on le fit aſſeoir, ce qui fut accordé fur- le
champ. En vain Lord Townsend , après le
ſeptieme article , ſupplia-t- il qu'on fit grace
à la Chambre & à l'Accuſé du reſte de cette
lecturetout au longselle s'acheva tel'e quelle:
après quoi , M. Hastings demanda copie des
articles , liberté de préſenter ſes Con'eils , &
letems néceſſaire à ſa défenſe. On le fit reti
rer , & Lord Walſingham propoſa de l'admettre
àune caution perſonnelle de 10,0001.
fterl., & à deux sûretés de sooo 1. ſterl. chaeune.
Après quelques débats peu importans,
on ſe rangea à l'avis du Ducde N
Nortoick ,
de ſoumettre le priſonnier à une sûreté de
20,000 l. ft. & à deux cautions de 10,000 1.
ſterl. chacune. Le chancelier fit enfuite obſerver
que le terme de laSeſſion actuelle étoit
trop prochain pour que M. Haſtings eût le
tems de préparer ſa défenſe , & , qu'en
conféquence , il étoit néceſſaire de la fixer
aux premiers jours de la Seſſion furure. Ces
diverſes queſtions étant décidées , M. Haftings
fut rappellé , & le Chancelier l'informa
qu'on lui accordoit copie des articles
de l'impéachment , qu'il eût à produire
ſa défenſe écrite , le ſecond jour de
la prochaine Seffion , & qu'il étoit libre de
( 19
prendre ſes Conſeils, en les faiſant connoître
à la Chambre. M. Hastings dit alors
que ſon choix étoit tombé fur MM. Plomer,
Law & Dallas On le requit enfinde preſenter
deux cautions , ce qu'il fit en faiſant approcher
MM. Sullivan & Sumner , qui chacun
prêterent ferment d'une propriété libre
de 10,000 liv. ſterl. , & fignerent leur engagement.
Ils ſe retirerent immédiatement avec
l'Accuſé , mis hors des mains de l'Huiffier à
Verge noire , & la Chambre votal'impreſſion
des articles de l'impéachment.
ود را
Nous avons rapporté l'indécent propos de M.
Courtenay , qui , dans une des dernieres ſéances ,
avoit appellé Mylord Hood le ſpectateur de la
victoire de Rodney , le 12 Avril 1782. L'Amiral
Hood demanda le 14 de ce mois , dans la ChambredesCommunes
, l'explication de cette offenſe .
Il obſerva qu'une pareille expreffion infultoit
non-ſeulement lui, mais encore l'Amiral Rodney ,
qui, en ſa qualité de Commandant en Chef, auroitdû
faire inſtruire ſon procès, eût manque
à ſon devoir dans cette journée. Pluſieurs amis
de M. Courtenay témoignerent leur ſurpriſe de
ce que Lord Hood infiftoit sur cette incartade ,
après l'éclairciſſement que M. Courtenay avoit
donné lui - même. M. Burke alla plus loin , il
aſſura burleſquement que M. Courtenay , bien loin
d'attacheraucun ſens injurieux à l'expreffion dont
il s'étoit ſervi , lui avoit déclaré en particulier
que pour bien rendre ſon idée , il auroit dû dire
participant (participator ) , au lieu de ſpectateur.
M. Pitt , un peu moins fubtil , fut d'avis que
la réponſe de M. Courtenay n'étant rien moins
que claire , l'honneur de Lord Hood injuſtement
( 20 )
A
r
:
compromis , demandoit une ſatisfactionplus authentique.
En conséquence , le Miniſtre propoſa
que le vote des remercimens de la Chambre à
Lord Hood , fût relu & réimprimé dans le vote
dece jour. Cette motion de M. Pitt fut approuvée
unanimement , & jointe au déſaveu déja mis
deM. Courtenay , & de ce dernier lui-même. Le
lendemain a terminé cette affaire à la fatisfaction
de l'Amiral .
Le quatrieme , le cinquieme & le ving .
tieme régimens vont s'embarquer à Cork
pour leCanada. Les tranſports qui lesy conduiſent
en raméneront , à ce qu'on préſumé,
les vingt-neuvieme , trente unieme &trentequatrieme
régimens ; mais ce n'eſt-là qu'une
conjecture.
02-
La flotte , deſtinée pour Botany Bay , &
commandée par le Commodore Philips , a
fait voile de Portsmouth le 15 de ce mois.
Les Lords de l'Amirauté feront le mois
prochain une inſpection générale de tous les
Vancaux de la Marine Royale en commiffion,
en ordinaire, & en repartation. Les ordres
du Bureau à ce ſujer ont été envoyés
aux Commandans des differens ports. Les
Commiſſaires de l'Amirauté s'embarqueront
à bord du Yacht l'Auguste . Ils ont ordonné
dernférement la conſtruction de douze frégates
neuves de 40 canons , qui , felon les
contrats paffés avec les Conſtructeurs particuliers
, doivent être achevées dans quatre
ans. Sur les chanties royaux on va construire
huit nouveaux vaiſſeaux de ligne; l'un dego,
& les autres de 74 canons.
( 27
Can.
Indefatigable
Comme nous ſavons que différentes perſonnes
recherchent & ga dent ces liftes navales,
nous allons donner celle des vaiſſeaux
lancés en Angle erre depuis la paix , conformément
à l'etat que l'Amirauté en a fourni
cette année à la Chambre des Communes.
1784.
Tremendous
Venerable
Stately
Can.
74 Woolwich 44
74 Regulus 45
6+ Melampus 36
64
Romulus
36
Director 64 Caſtor 32
Gorgon 44 Solebay 34
Adventure 44 Melenger 32
Expedition 44 Mermaid 32
Guardian
44 Circe 28
Experim nt 44Hind 28
Crefcent 36 Squirrel 24
Andromeda 32 Scorpion 18
T
Dido 28 1786.
Haffar 28 Royal Sovereing 110
Nautilus 16 Impregnable 20
Brisk 16 Theſeus
74
Ferret 16 Saturn
74
17856M Hannibal
74
SaintGeorge 98 Zealous 743
Ramillies 74 Elephant 74
Audacious 74 Bellerophon 746
Majeftie 74 Dover 44
Terrible 74 Severn 44
Victorions 74 Aquillon
Naffau 61 Blancher
32
Medufa so Terpsichore 32
Chichester 44 Alligator 128
En tout , 20 vaiſſeaux de ligne.
I de so canons.
( 22 )
25 Frégates.
4 floops.
Total , so , conſtruits , ſoit dans les
chantiers royaux, ſoit dans
ceux des particuliers.
Le Phénix & le Pitt venant du Bengale,
le Duc de Montrose , le Northumberland
& le Comte de Comwalis , venant de
la Chine , tous vaiſſeaux de la compagnie
des Indes , font arrivés ſaufs la ſemaine derniere
en différens ports de cette île. Les
deux derniers ont ramené un grand nombre
de paſſagers, entre leſquels ſe trouvent leGénéral
Sloper,& le Général Dalling, ci-devant
Commandant de Madras.
en
Depuis le 10 de ce mois que la confolidation
des droits eſt activité , il eſt entréàla
Douane une quantité prodigieuſe d'eaux devie
&de liqueurs fpiritueules. L'eau-de - vie
ſe vend actuellement de 8 à 9 ſols 6 den. , &
le rhum de 6 à 7 ſols 3 den. le Gallon .
Le Duc de Richmond, Grand- Maitre de l'Artillerie
, a , dit- on, mis ſous les yeux du Roi ,
un nouveau projet pour fortifier l'embouchure
de la Tamiſe , de maniere à prévenir les attaques
dont les Hollandois & d'autres nous ont
menacé pendant la derniere guerre. On affure
que ce Seigneur va équiper à ſes frais une frégate
, pour viſiter toutes les côtes d'Angleterre ,
&déterminer celles qui peuvent avoir heſoin
d'une défenſe de l'art.
On arme actuellement un vaiſſeau qui doit
aller à Otahiti prendre des plans de l'arbre à
( 23 )
pain , (bread tree ) & les tranſporter aux îlesde
l'Amérique. Ce bâtiment porte tout ce qui eſt
néceſſaire à laconſtrution d'une ſerre chaude, un
Botaniſte & un Jardinier. Le plan de cette expédition
vraiment patriotique , eſt dû au Che
valier Bancks , & le Roi lui- même y prend le
plus grand intérêt. Ce vaiſſeau ſera commandé
par le Capitaine Gore , Compagnon des courſes
du Capitaine Cook. C'eſt Lord Howe qui l'a
nommé à cette place.
Lorsqu'il fut queſtion dans l'origine des
accufations contre M. Hastings , le Chance.
lier déclara dans la Chambre des Lords que
ces charges prétendues ne faisoient pas plus
d'impreſſion fur lui que les Aventures de Robinson
Crusoë , & qu'il auroit été àSouhaiter
pour la Compagnie des Indes & pour l'Etat, que
te vaiſſeau qui ramena le Général Clavering,le
Colonel Monfon , & M. Francis , eût été perdu
dans les flots.
Un malheureux jeune homme qui s'eſt tué de
deux coups de piſtolets dans Queen fireet , avoit
laiſſé un papier écrit de ſa main , dont voici la
reneurt 7
-> Mon exemple & celui de mille autres , doit
>> faire détester an Gouvernement & à l'humanité
en général , le premier qui inventa & qui
exécuta l'infernal projet de la loterie. Cen'eft
>> pas que je pense que mon infortune mérite
>> la commifération ; j'aurois du ſans doute ne
pas me lignes à des eſpérances auſſi illuſoires ,
ni mabandonner à l'efpoir de pourvoir peut-
>>etre au fortune femme & de deux malheu
reux enfans en livrant le certain , quelqu'in-
>> ſuffifant qu'il fût , pour une chance incertaine ,
( 24)
» qui , même en nous réuſſiſſant , laiſſe des remords
, puiſque ſon produit eſt pris injuſte
>>> ment fur le public.... La vie n'eſt qu'une om-
>>bre , un jeu , un véritable ſonge , &c. &c. ».
La nuit du 3 au 4 , entre minuit & une
heure , le paquebot le Calais , Cap. Meriton
, mouillé dans la Tamiſe, fut abordé
par huit hommes armés de piſtolets & de
coutelas. Ces bandits attaquerent dans l'entrepont
le ſecond patron , & lui enleverent
ſon argent , en demandant le Capitaine qui
ne ſe trouvoit point à bord. Ils pillerent en-
Quite le bâtiment & les Officiers de la douane
qui étoient à bord , & emporterent fans
accident pour plus de 100 liv. ft. d'effers.
On a depuis arrêté huit de ces pirates d'eau
douce , ( terme confacré en Angleterre ) que
l'on doit exam ner inceſſamment.
On a reçu de Dublin , en date du 26 Avril ,
des détails plus certains ſur l'incendie qui a eu
• lieu à Clonduikin , près de cette ville ; ils font
conſignés dans la lettre ſuivante. Les ou friersdu
moulin à poudre étant fort preſſés , par des de
mandes multipliées, eurentl'imprudence de laiſſer
juſqu'à 260 barils de poudre dansun grenieraudeſlus,
de certe partie de la fabrique où ſe fait
la derniere préparation de la poudre. Le jour de
l'accident , la plupart des ouvriers anglois célé
broient la fête de St. George , patron de P.Angleterre.
Deux feuls d'entr'eux écolent au tra
vail à l'inſtant où le feu a pris La poële fur
laquelle on fait ſécher la poudre ayant été trop
chauffée,cinq ou fix barils ſe font enflamniés
&l'incendie s'eſt auſſi- tôt communiqué au grenier.
Lexplosion a été terrible àpluſieurs milles
( 25 )
ont
à la ronde , la terre ébranlée , & les
perſonnes
qui ſe
trouvoient dans le voisinage ont perdu
Ruſage de la vue pendant
quelques inſtatis . Des
maiſons ont été
découvertes , des fenêtres briſées
, &c. Mais les effets les plus
lamentables
ont été fur le lieu même : la maſſe entiere de
T'édifice a été
détruite &
enlevée dans les airs ;
il n'en rette pas même la trace , & les
perſonnes
qui
connoiſſoient l'endro't , peuvent à peine ſe
perfuader qu'une ruine aufli
complette ait pu
s'opérer dans un ſi court eſpace de temps. Des
corps de
maçonnerie , peſant des milliers
été trouvés à la diſtance de cinq ou fix arpens ,
& les champs étoient fillonnés par la
violence
avec laquelle les pierres dans
l'exploſion avoient
raſe la torre ; les poiſſons d'un étang contigu
ont été tués par la
commotion. On a trouvé
le corps d'un des
hommes dans une
carriere
voiſine avec la tête
horriblement
écrasée.
Quant à l'autre , on ſuppoſe qu'il a été dé
chiré en
morceaux. Cinq ou fix
perſonnes ont
été bleſſées , & l'une
d'entr'elles eſt en danger.
Le
propriétaire du moulin , M.
Caldbeck , fait
une perte trèsconfiderable
, & d'autant plus
importante que la nation perd dans cette occaſion
, un
établiſſement
important qui avoic
été porté à toute la
perfection dont il étoit fuf
ceptible. FRANCE .
De
Versailles , le 26 Mai.
Le
Marquis
d'Andignier , le
Marquis de
Gras-Préville , le Comte de la Panouſe ,
Capitaine au
régiment
Dauphin , Dragons ,
le
Vicomte
d'Orléans , & le Baron
d'Allon-
N°. 22 , 2 Juin 1787 .
b
P26 )
:
ville, qui avoient eu l'honneur d'être préſentés
au Roi , ont eu , le 16 de ce mois ,
celui de monter dans les voitures de Sa
Majesté , & de la ſuivre à la chaſſe.
Le 20 de ce mois , Madame de Villedeuil
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Ducheſſe
de Duras , Dame du Palais.
Les ſept Bureaux des Notables ayant terminé
leurs obfervations fur le plan que S. M. leur avoit
fait communiquer , & Monfieur les ayant remiſes
au Roi , ainſi que les arrêtés des différens Bureaux
, S. M. fixa au 25 de ce mois la clôture de
PAffemblée. Eile ſe rendit en conféquence , ce
jour , vers onze heures & demie à l'Afiemblée
des Notables.
Dèsque leRoi futentré chez lui ,les Notables,
à la tête deſquels étoient Monfieur, Monfeigneur
Comte d'Artois , le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé, leDuc de Bourbon , le Prince de Conty
& le Duc de Penthièvre , eurent Phonneur de
faire leurs révérences à S. M. dans fon Cabinet ,
& après s'être diviſés par Bureaux , ils eurent
aufli celui de faire leurs révérences à Monfieur ,
àMonfeigneur Comte d'Artois & aux Princes du
Sang.
Le ſieur des Effarts , Avocat , Membre
depluſieurs Académies , Député de la ville
de Cherbourg , a eu l'honneur de préſenter
au Roi le troiſieme volume in 4.du Dictionnaire
univerfel de Police , que Sa Majesté
a honoré de ſa ſouſcription (1).
(1 ) Cet ouvrage se trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur de laReine, que des Mathurins , hótel
de Clugny.
( 27 )
De Paris, le 30 Mai.
Jacques le Harivel , journalier , eſt mort
le 7 à Thorigny en Normandie , âgé de
105 ans , ſans jamais avoir connu ni femme
ni Médecin. La même Généralité a perdu
le mois dernier un autre centenaire , nommé
Jacques Monthégu , décédé le 30 Avril ,
dans la 102 , année. Il n'avoit jamais éré
malade.
Dans l'Aſſemblée des Notables , du 25 de
ce mois , il a été prononcé onze difcours.
On y a entendu ſucceſſivement Sa Majefté,
Mgr . le Garde des Sceaux, M. l'Archevêque
de Toulouſe , Chef du Conseil Royal des
Finances , Monfieur , Frere du Roi , M. de
Dillon , Archevêque de Narbonne , M. d'Aligre
, Premier Preſident du Parlement de
Paris , M. de Nicolaï , Premier Préſident
de la Chambre des Comptes ,M. de Barentin
, Premier- Préſident de la Cour des Aides
de Paris , M. l'Abbé de la Fare , éluGénéral
des Erats de Bourgogne , M. Angran d'Alle
ay, Lieutenant- Civilau Châtelet deParis,
&M. Le Pelletier , Prévôt des Marchands
de la ville de Par's. Nous allons rapporter
les deux premiers de ces diſcours,érant obligésde
remettre les autres au Journal ſuivant.
Difcours du Roi,
;
MESSTURS , en vous appellant autour de moi
pour m'aider de vos conſeils , je vous ai choifis
capables de me dire la vérité , comme ma volonté
étoit de l'entendre.
ba
( 28 )
J'ai été content du zele & de l'application que
vous avez porté à l'examen des différens objets
quej'ai fait mettre ſous vos yeux. Je vous ai annoncédes
abus qu'il étoit important de réformer,
vous me les avez dévoilé ſans déguiſement ; vous
m'avez en même-temps indiquéles remedes que
vous avez jugé les plus capables d'y remédier.
Aucun ne me coûtera pour établir l'ordre & le
maintenir. Il falloit pour y parvenir mettre de
niveau la recette & la dépense . C'eſt ce que vous
avez préparé , en conſtatant vous-même le déficit;
en recevantde ma partl'aſſurance de retranchemens
& de bonifications conſidérables ; en
reconnoiſſant la néceſſité des impoſitions queles
circonstances me contraignent àexiger de mes
fujets.
J'ai au moins la conſolation de penſer que la
formede ces impoſitions en allégera le poids ,&
qne les changemens utiles , qui feront la ſuitede
cette afſemblée , les rendront moins fenfibles.
Le voeu le plus preſſant de mon coeur fera toujours
ce'ui qui tendra au ſoulagement & au
bonheur de mes peuples.
Vous allez voir , Meffieurs , dans l'expoſé
qui va vous être fait de ce que j'ai réſolu , les
égards que je me propoſe d'avoir pour vos avis.
Discours de M. de Lamoignon , Garde des
Sceaux de France.
MESSIEURS , les travaux que vous terminez
aujourd'hui feront une époque mémorable du
regne de Sa Majeſté. Nos deſcendans les compteront
avec reconnoiffance parmi les titres de
gloire qui doivent honorer le Roi & fa Nation .
Les auguſtes prédéceſſeurs de Sa Majefté
avoient fréquemment appellé auprès du Tréne
les repréſentans ou l'élite de leur Empire , pour
( 19 )
concerter des Loix , remédier aux abus ; pacifier
des troubles , prévenir desorages,& pour
faire rendre à leur autorité tutélaire la liberté
d'aſſurer le bonheur des peuples.
On avoir vu trop ſouvent avec douleur dans
ces conſeils nationaux les précieux momens.conſacrésà
de ſi importantes délibérations , ſe perdre
en vaines diſputes ou en projets chimériques.
Les grands corps de l'Etat ne s'affembloient
preſque jamais que pour ſediviſer.
Une triſte expérience ſembloit avoir condamné
ces orageuſes aſſemblées à une plus longue
déſuétude , depuis plus d'un fiecle & demi
que l'autorité royale s'eſt inébranlablement affermie.
Le Roi a obſervé dans ſa ſageſſe les changemens
qu'ont amené parmi nous le progrès des
Jumieres , les re'ations de la ſociété & l'habitude
de l'obeiſſance.
Tout étoit calme au-dedans & au dehors de
fon royaume , quand Sa Majesté frappée dans le
filence de ſes Conſeils d'une foule d'abus qui
appelloient de prompts & puiſſans remedes , a
conçu le projet d'inter ogendes Membres diſtingués
des divers ordres de fon Erat , & de leur
confier le plus douloureux ſecret de ſon coeur .
en mettant ſous leurs yeux le tableau de ſes
finances.
Sa Majesté vous a choiſi , Meſſieurs , far ba
foi de la renommée qui ne trompe jamais les
Rois , pour concourir au rétabliſſement de
l'ordre dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion.
rances,
Vous avez dignement répondu à ſes eſpé-
Vos délibérations ont conftamment atteſté
J'union des coeurs & l'unité des principes ; & la
gloiredeco concertunanime commencera ,Met
b3
( 30 )
heurs , à cette Aſſemblée dans les annales de la
Monarchie.. 7 .
Admis à la noble fonction d'éclairer votre
Souverain ſur les plus grands objets de la
proſpérité publique , vous avez trouvé toutes
les avenues du Trône ouvertes à la vérité.
Vous avez pefé avee un reſpect religieux dans
vos conférences les facultés du peuple , mais
vous avez cédé à la néceſſiré qui eft la premiere
loi; & en balançant les beſoins de l'Etat avec
fes moyens , cette Affemblée a préſenté à
P'Univers le ſpectacle tonchant d'une généreufe
émulation de facrifices entre le Roi & la
Nation.
Tout vous a été révélé ſans déguiſement : le
myſtere ne convient qu'à la méfiance ou à la
foibleffe!
L'incertitude auroit aggravé le mal , en livrant
aux inquiétudes de l'imagination des befoins
qui ſemblent diminuer , dès qu'ils font rigoureuſement
déterminés par la préciſion du
calcul.
i
On a découvert ſous vos yeux le tableau des
revenus & des charges de l'Etat ; & pour la
réduction des dépenses , comme pour l'accroif-
Tement & la durée des tributs , le concours
des différens Bureaux de l'Aſſemblée a formé
le réſultat ſolemnel de l'opinion publique.
C'eſt ainfi , Meſſieurs , que vous avez été le
conſeil de votre Roi , & que vous avez préparé
& facilité la révolution la plus defirable, fans
autre autorité que celle de la confiance , qui eft
lapremiere de toutes les puiſſances dans le gouvernement
des Etats.
La Nation , fidele à ſon ancien caractere de
Joyauté , n'a fait entendre aux pieds du Trône
que les nobles conſeils de I honneur & de cet
( 31 )
amour héréditaire pour ſes Rois , qui eft, le pa
triotiſme des François.
Vous avez cherché le remede d'un défordre
dont la ſoudaine révélation vous a affligé fans
vous abattre ; & vous l'avez trouvé comme
le Roi l'avoit prévu , dans l'économie , les retranchemens
, les bonifications , & dans une
augmentation limitée de tributs.
En exécutant des réformes fi dignes de fon
coeur , le Roi va être glorieuſement ſecondé
par fon auguſte Famille.
La Reine , dont la bonté recherche avec tant
d'ardeur les moyens de contribuer à la félicité
publique , s'eſt empreſſée d'ordonner qu'on lui
préſenta: le tableau de tout le bien & de tous
les facrifices qu'elle peut faire.
Les auguſtes Freres de Sa Majeſté , qui viennent
de donner de ſi grands exemples de zele &
de patriotiſme , préparent au tréfor public tous
les foulagemens qu'il peut attendre des réductions
dans leurs Maiſons , & de leur amour pour
les peuples.
Tout ſera donc réparé , Meſſieurs , fans ſecouffe
, fans bouleverſement des fortunes , ſans
altération dans les principes du Gouvernement ,
& fans aucune de ces infidélités dont le nom
ne doit jamais être proféré devant le Monarque
de la France.
L'Univers entier doit reſpecter une Nation qui
offre à ſon Souverain de ſi prodigieuſes reffources
; & le crédit public devient plus ſolide aujourd'hui
que jamais , puiſque tous les plans
propoſés dans cette Affemblée ont eu pour baſe
uniforme la religieuſe fidélité du Roi à remplir
ſes
engagemens .
Pour atteindre à un but ſi digne de ſa follicitude,
le coeur du Roia été profondément af,
b4
( 32 )
feté de la néceſité d'établir de nouveaux ima
pôts; mais des facrifices dont Sa Majefié abrégera
fidélement la durée , n'épuiſeront pas un
Royaume qui poſſede tant de ſources fécondes
de richeſſe , la fertilité du ſol , l'induſtrie des
habitans & les vertus perſonnelles de ſon Sou,
verain.
La réforme arrêtée ou projettée de pluſieurs
abus ,& le bien permanent que préparent denouvelles
loix concertées avec vous , Meſſieurs, vont
concourir avec ſuccès au foulagement actuel des
peuples.
LaCorvée eſt proſcrite ; laGabelle eſt jugée,
les entraves qui génoient le commerce intérieur
&extérieurferont détruites ; &l'Agriculture encouragée
par l'exportation libre des grains , deviendra
de jour en jour plus floriſſante.
Les nouvelles charges des peuples finiront avec
les beſoins qui les fontnaître.
Le Roi a folemnellement promis que le défordre
ne reparoîtroit plus dans ſes finances ; & Sa
Majefté va prendre les meſures les plus etficaces
pour remplir cet engagement ſacrédont vous êtes
les dépofitaires.
Une nouvelle forme dans l'adminiſtration ,
follicitée depuis long-temps par le voeu public ,
&récemment recommandée par les eſſais les plus
heureux , a reçu la tanction du Roi , & va régénérer
tout fon Royaume.
L'autorité ſuprême de Sa Majefté accordera
aux Adminiſtrations Provinciales les facultés dont
elles ont beſoin pour aſſurer la félicité publique .
Les principes de la conſtitution françoiſe ſeront
reſpectés dans la formation de ces Aſſemblées , &
la Nation ne s'expoſera jamais à perdre un fi
grand bienfait de fon Souverain , puiſqu'elle ne
eut le conſerver qu'en s'en montrant toujours
agne.
( 33 )
L'évidence du bien y réunira sous les eſprits.
L'Adminiſtration de l'Etat ſe rapprochera de plus
en plus du gouvernement & de la vigilance d'une
famille particuliere ; & une répartition plus équitable
, que l'intérêt perſonnel , furveillera ians
ceffe , allégera le fardeau des impofitions.
Pour rendre à jamais durables dans ſon Rojaume
les utiles réſultats de vos travaux , le Roi va
imprimer à tous ſes bienfaits le ſceau des loix.
Sa Majesté defire que le même eſprit qui vous
anime , Mellieurs , ſe répande dans les Aſſemblées
qu'Elle daigne honorer de ſa confiance ; & Elle
efpere qu'après avoir montré ſous tes yeux un
amour fi éclairé du bien public , vous en déve
lopperez le germe dans toutes ſes Provinces.
>> On mande de Monneren , village du
>>Duché de Luxembourg , près de Sierck ,
>> qu'un maçon étant defcendu ces jours
>> derniers au fond d'un puits de 27 pieds de
>>profondeur , pour y faire des réparations ,
>>voulut détacher quelques pierres mal
>> unies , ce qui produiſit un éboulement de
>> tout ce qui étoit au-deſſus de lui ; une
>>>partie des pierres forma heureuſement une
>> voûte ſur ſa tête & autour de lui , de ma-
"niere qu'il ſe trouva engagé dans ces dé-
>> bris , n'ayant que lesjambes &les cuiffes
>>>abfolument libres , & pofees dans l'eau ,
>>>qui avoit4 pieds de profondeur. Il reſta
>>>ainſi , depuis 8 heures du matin juſqu'à 6
>> heures du foir , enseveli ſous 19 pieds de
› décombres , entendant tout ce qui ſe di-
>>>foit à l'orifice du puits , reconnoiſſant les
>> aſſiſtans à leur voix. Il indiquoit lui -même
b.s.
( 34 )
>>les procédés qu'il croyoit les plus propres
>>à ſa délivrance , mais ſans être entendu.
>> Au bout de quelques heures de travail,
>> les ouvriers ayant négligé d'étayer la par-
>> tie du puits qu'ils avoient débarraffée , il
>> ſe fit un nouvel éboulement qui encerra
>>> un fecond ouvrier. Celui-ci fut bientôt
>> dégagé ; & enfin après 10 heures de travail
>> on parvint à rendre au jour le premier ,
>> qui ne ſe trouva nullement incommodé ;
>> il demanda auſſitôt à fumer ſa pipe, & dit
>> n'avoir éprouvé d'autre ſentiment que l'ef-
55 pérance d'être ſecouru .
« Le prix deſtiné par l'Académie de Bordeaux
récompenſer les actions vertueuſes , a été adjugé,
cette année , à la nommée Simonne Eyraud ,
fille native de la paroiſſe de Salignac en Fronfadois
, habitante de la paroiffe Sainte Croix de
Bordeaux. Cette fille, aujourd'hui âgée de 68
ans , entravers la fin de 1751 , au ſervice de
la dame Macquerre , femme du Portier de la
porte Sainte-Croix. Les ſept premieres années
de ſes gages lui ayant été exactement payées ,
elle en avoit mis en réſerve 260 livres . Le fieur
Macquerre mourut , & lailla ſa femme , déjà
avancée en âge , fans aucune reffource , & bientôt
obligée de ſuivre un procès inévitable & don-
Joureux pour une mere. Simonne Eyraud ne vit
que la douleur de ſa maitrelle , & l'état d'indigence
dans lequel elle alloit ſe trouver ; elle
n'écouta que ſon attachement pour elle , commença
par lui remettre les réſerves qu'elle avoit
faites ſur ſes gages , y ajouta , pour fournir aux
frais du procès , le produit d'un petit patrimoine
qui lui étoit échu , fe dévoua gratuit ment à fon
( 35 )
ſervice, conſacra le reſte de ſes jours à être fa
filelle compagne & le ſoutien de fa vieilleffe ; &
depuis 25 ans , (la drine Macquerre en a maintenant
90 ) conſervant toujours pour elle le
même reſpect , elle la nourrit & l'entretient avec
lemême zele & le même déſintéreſſement , foit
du produit de fon travail , foit des petits ſecours
qu'elle reçoit des perſonnes qui connoiffent
lebon uſage qu'elle en fait, >>>
Le Bureau Académique d'Ecriture a tenu le
17 de ce mois à la Bibliotheque du Roi fa
ſéance publique . M. Harger , Secrétaire , l'a
ouverte par la lecture d'un Mémoire dans lequel
il a démontré la néceſſité de ſubſtituer
à l'Ecriture coulée une Ecriture tårarde couée .
dont un modèle gravé a été diſtribué. Le motif
de ce changement , ainsi que l'a exposé
M. Harger au nom de l'Académie , eft de don
ner aux Ecritures curſives la liberté qu'elles
n'ont point par l'ufage de la coulée , où une
partie des lettres qui la compoſent ſe confondent,
& encore pour éviter les falfificationsS
auxquelles ſe prête la coulée, notamment dans
le mot cent, dont il eſt facile , avec cette Ecriture,
de faire le mot mille, Dans la feconde
partie de fon Mémoire , il a traité de la vérification
des Ecritures , qu'il a dit être appuyde
fur des baſes établies par la Nature; &
ne pas confifter , comme on le prétend , dans
la reſſemblance ou la diſſemb'ance des lettres .
Il s'est étendu fur les conjonctures qu'en attribue
à l'art , & il a fait voir que fi celles du commun
des obfervations font trompettfes celles des Exeperts,
en fuppofunt quien fut les mettre au rang
des conjonctures , font fondées fur les agens de
mouvement qui font toujours difpoles diverſement
dans chaque individu. Il a parlé des inconvéniens
b6
( 36 )
qui réſultent des fignatures indéchiffrables , notama
ment de cel'es de la plupart des Notaires , que
perſonte aujourd'hui ne peut lire. M. Blin , Adjoint
&Secrétaire , en a lu un ſur la néceſſité de joindre
l'enſeignement de laGrammaire françoiſe à
celui de l'Ecriture.
M Deffalle , Aflocié , a traitédes beautés de
l'art d'écrire qu'il a oppoſées aux idées peu favorables
& trop communes que l'on en a. Il a
propoſé d'adopter une écriture perpendiculaire ,
qui , fuivant lui , eſt plus naturelle , & qu'il
trouve néceſſaire ſur tout depuis que l'uſage
eſt de faire aoprendre à écrire aux enfans avant
que leur corps ait acquis aſſez de force pour ne
craindre aucun accident. M. d'Autrepe , Directeur
, a terminé la féance par quelques réflexions
ſur les avantages qu'a procuré l'établiffement
de ce Bureau académique , par l'émulation
parmi les perſonnes du ſexe , & parmi les
Maîtres de Province. Il a été délivré enſuite
des médailles d'encouragement ; l'une à Mademoiſelle
Beſſa , Maîtreſſe d'écriture à Paris ›
aſpirante à une place d'Adjointe audit Bureau ;
l'autre à un jeune homme de 12 à 13 ans ,
fils de M. Malavergne , Maître Ecrivain à la
Réole en Bazadois : les ouvrages , tant de ladite
Demoiselle Beffa , que du fieur Malavergne
fils , ont été exposés dans l'aſemblée , &
ont reçu des applaudiſſemens juſtement merires.
Les Payeurs des Rentes, 6 derniers mois
de 1786 , font à la lettre M.
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 25 Mai.
2
La fituation des Provinces Unies eſt en(
37
core àpeu près telle que nous l'avons décrite
au Journal dernier. Le 13 il y a eu une
rencontre entre que'ques Cavaliers du régi
ment de Thuyl, à la tête deſquels le Général
van-der-Hoop faiſoit une reconnoiſſance , &
un pati de chaſſeurs & houſſards delalegion
de Salm. Les Etats aſſemblés à Amersfoort
ont porté plainte à ceux de Hollande contre
cette attaque , qu'ils attribuent à la Légion
de Salm. Les Etats de Hollande , à ce que
difent les Gazettes du Parti , ont réſolu d'écrire
au Général van Ryſſelt , de lui faire
le rapportde cette affaire , &de lui ordonner
, ſi le cas l'exige , de réprimer ces houffards
, & de tenir ſes troupes ſur la défenfive.
On ajoute que le Conſeil d'Etat a autorifé
les Erats de Gueldres & d'Utrecht à tirer
des magaſins de la Généralité , l'artillerie &
les munitions dont ils pourroient avoir beſoin.
Ce même Conſeil a prié, les Erats
de Hollande de ſuſpendre la démiſſion des
Officiers qui ne veulent pas ſe ſoumettre à
entrer ſur le territoire d'Utrecht; mais les
Etats ont confirmé leur révolution.
Les Etats d'Overyſſel ont envoyé , à ce
qu'on rapporte , un Député à chacune des
fix autres Provinces , pour les engager'à une
ſuſpenſion d'hoftilités. Les mêmes Etats
viennent d'abolir le Réglement de 1675. Il
n'y apoint encore de nouvelle Loi Provin(
38 )
ciale ; mais les projets en ſont ſur le Bureau.
M. le Chevalier Harris , Envoyé- Extraordinaire
& Miniſtre plénipotentiaire de Sa
Majeſté Britannique à la Haye , eſt parti le
19 pour Londres , où il conduit ſa lemme
& ſes enfans , & doù il ſe ta de retour dans
un mois. M. Gom , Secrétaire de Légation ,
reſte chargé des Affaires.
Le Marquis de Venuti , Directeur de la
Fabrique Royale de Porcelaine à Naples , a
trouvé dans les ruines de l'ancienne Minturne
, près de Gariglian , une infinité d'énormes
colonnes de Cipolin & d'autres pierres
, un buſte tronqué en baſalte, repréfentant
un grand Sphynx , & une ſtatue de
Caligula , en marbre blanc , & dont la tête
eft trèsbien conſervée , circonstance trèsrare,
vu qu'après la mort de ce tyran, le
Sénat rendit un décret pour ordonner la
deſtruction de toutes ſes images. Parmi les
différens antiques tirés de cette fouille, on
cite encore une ſtatue de femme, dont la
cocfure & le voile ſemblant annoncer un
coſtume religieux. Certaines perſonnes
croient qu'elle repréſentela nymphe Marica ,
Déefle turélaire de Minturne : mais il eſt
plus probable que c'eſt plutôt une de fes
Prêtreſſes.
En vertud'un uſage très-ancien, les meubles du
Palais Pontifical à Rome font renouvellestous les
( 39 )
12ans,& les anciens font donnés à la famille du
Pape.L'époque de ce renouvellement étant arrivée,
on profica d'une abſence du S. Pere pour remeublér
ſes appartemens a neuf. Le Souverain
Pontife qui ignoroit cette coutume, fut très-furprisde
la métamorphofe , & il déclara que dorénavantilne
fouffriroit plus un pareil abus .
Les deux lions antiques de marbre blanc ,
qui ornoient l'escalier de la Villa Medici ,
vont ête tranſportés à Florence , où ils
feront déposés dans la célèbre galerie de
cette ville.
:
Parag extraits des Pap. Angl. & autres .
Le 4 Mai ,le Procureur-Général d'Irlande a
averti le Parlement de ce Royaume de l'enlévementde
Lord Gormantown, âgé de 12 ans . Il dit
que ce jeune Seigneur avoit été enlevé d'une maniere
clandeftine , dans le mois deDécembre dernier,
gu'il avoit paffé par l'Angleterre avec la
plus grande précipitation , accompagné d'un Prêwe
& d'un Officier au ſervice del'Autriche ; que
de-là on l'avoit fait paffer en France , où il avoit
éré pendant quelque tems enfermé dans un Collége
, d'où il avoit été transféré dans la Principauté
de Liège , où il est maintenant ſurveillé & gardé
à vue , par une vieille grand'mere & un oncle
quieſt leplus proche héritier de la famille , qui
font de 5 on 6000 liv. fterl. de rente. En vain on
avoit fignifié à l'oncle un décret de la Chancelleries
fous le grand ſceau de l'Irlande , pour le
ſommer de rendre le mineur ;il avoit répondu à
-cet ordre de la maniere ſuivante :
(40 )
«Attendu qu'il m'a été remis ( à moi Jericho
Preſton , Conſeiller Eccléſiaſtique & privé de
S. A. le Prince de Liège ) un lambeau de parchemin,
auquel pendoit un morceau de cire ,
>>>& que l'on m'a dit que ledit lambeau de parche-
> minétoit un ordre de la Cour de la Chancelle-
>>>rie d'Irlande , & que le ſuſdit morceau de cire
>> portoit l'empreinte du grand Sceau du Royau-
>>>me d'Irlande ; j'ai demandé au Meſſager fi fon
>> intention étoit de me ſoumettre à une Jurifdic-
> tion étrangere , proteſtant contre la validité&
>> la fignification qui m'a été faite de ce parche-
>> min , &c. »
Le Procureur-Général conclut de cet expoſé ,
qu'il étoit néceſſaire de paſſer un Bill qui rendit
cet oncle inhabile à ſuccéder aux biens de la famille
PreſtondeGormanſtown. Le Bill fut reçu
&lu pour la premiere fois. (Gazetër. )
On lit dans un papier étranger (Réol Zeitung)
*l'anecdote ſuivante .
•Lorſque la Pologne ſe vit au moment d'être
>> partagée , il vint auprès du Roi pluſieurs
>>>Grands du Royaume , les principaux auteurs
>> des malheureux troubles , qui firent à S. M.
>> les reproches les plus amers . Le Roi les entendit
l'un après l'autre fort tranquillement ;
mais voyant que leurs injuftes reproches ne
finiſfoient point , ilprit fon chapeau , & lejet-
>> tant par terre , leur dit : Jeſuis las , Meſſieurs ,
> de vous entendre ; le partage de notre malheureuse
בנ
parrie est une fuite de votre ambition , de vos
>>diffentions continuelles & de vos éternellesdif-
>> putes ; c'est à cela ſeul que vous pouvez jetter
>> la faute avec fondement. Pour ce qui me regarde ,
>> quand il ne me refleroit qu'autant de terrein que
> ce chapeau peut en couvrir , je ferai pourtant aux
>>yeux de toute l'Europe votre légitime , mais mal
( 41 )
heureux Roi , & le témoin digne de compaffion
de vos brouilleries . »
(Gazette de la Haye , nº.59 . )
Lebruit eftconſtant à Vienne , depuis quelque
jours , que M. de Bulgakow , avant de partir
de Conſtantinople , avoit eu une courie
conférence avec un des Miniſtres de la Porte ,
dans laquelle il avoit fait ſentir à ce dernier
l'impoſſibilité où l'impératrice ſa Souveraine , ſe
trouvoit de ſe déſiſter de la demande qu'elle
avoit faite concernant la Beſſarabie , cette province
étant incontestablement une dépendance
de la Crimée. Du reſte cette grande flotte compoſée
de vaiſſeaux de ligne , dont les Feuilles
publiques ont parlé , n'existe point dans le
canal de Conſtantinople ; & la petite eſcadre
d'obſervation que S. H. deſtinoit pour les parages
d'Oczakow n'avoit pas encore mis à la
voile, comme on l'a gratuitement ſuppoſe.
(Courier du Bas-Rhin , n°. 40. )
Ons'étoit attendu , écrit- on de Pétersbourg
que notre Miniftere auroit prolongé pour la fe
conde fois l'exécution littérale du Traité de
commerce , qui ſubſiſte entre la Ruffie & l'An
gleterre, dont le terme étoit expiré il y a trois
mois , & dont la prolongation a fini le premier
de ce mois ; mais le 16 , le Conſul Anglois
ayant reçu une lettre de Kiovie , qui lui a éré
écrite par M. Fitzherbert , Miniſtre Anglois ,
réſident auprès de notre Cour , ce Conſul s'eft
rendu à la Bourſe , & a ſignifié aux Négocians
Anglois qu'à l'avenir , ils devoient ſe conformer
pour les paiemens des droits & autres opérations
mercantilles , auxNations qui n'ont aucun traité
de commerce avec la Ruffie , & que même ils
devoient payer les droits en rixdhalers. Notre
Cabinet , à ce qu'on ajoute , a fait fignifier aux
( 44 )
unCorps de troupes près d'Oczakow , n'ont d'au
trebut que de te mettre à l'abri , fans ſe départir
néanmoins de la desenfive ; enun mot , qu'il eſt
fort probable que tout reſtera en paix, ſi l'Empereurn'entre
point dans les projets que pourra lui
préſenter le Cabinet de Pétersbourg , ou plutôt
quelque Seigneur qui abeaucoup d'influence , &
qu'on fait avoir formé des deſſeins très- vaſtés
pour a ſplendeur du Trône de Ruſſie , mais trèspeu
agréables à pluſieurs Puiſſances de l'Europe.
(Gazette de Leyte , nº. 40.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
CONSEIL DU Ror.
4
1
Iln'eſt perſonne qui n'ait entendu parler de
la malheureuſe affaire de l'Hermite de Bourgogne.
Effayons d'en tracer les principales circonstances.
-La nuit du sau 6 Décembre 1780 , plufieurs
voleurs enfoncerent la portede ſon hermitage,
& après l'avoir garoté & lui avoir bouché
les yeux , après l'avoir excédé de coups , lui
avoir fait les menaces les plus effrayantes , pour
favoir l'endroit où était fon argent , ils lui volerent
neuflouis & demi , & s'en allerent en le
laiſfant fur fon lit. -Ciny habitans d'Aignayle-
Duc furent accuſés par l'Hermite , qui crut
avoir reconnu la voix de quelques - uns : leur
procès fut inſtruit. Une Sentence du Bailliage
deChâtillon avoit condamné Vauriot , l'un des
malheureux accuſés , à être pendu , & avoit pro
noncé un furfis à l'égard des autres . - Un
Arrêt du Parlement de Dijon , en infirmant la
*Sentence , a condamné Claude Gentil , autre
( 45 )
des accuſés , à être pendu , Vauriot aux galeres
perpétuelles où il eſt mort depuis , a prononcé
un plus amplement informé indéfini contre les
deux autres , & enfin un hors de Cour contre
ledernier. - Depuis ce Jugement , il paroît
que les véritables voleurs ont été découverts ,
condamnés & fuppliciés pour le même crime à
Montargis. Les familles de ceux qui n'exiltent
plus & ceux qui vient encore , ſe ſont
pourvus en reviſion devant le Roi , & ont obzenu
le 18Décembre dernier , un Arrêt qui renvoie
l'affaire au Parlement de Dijon. M. Godard
Avocat au Parlement de Paris , déjà connu par
différens Mémoires , a entrepris la défenſe des
cinq malheureux qui ont été jugés par ce Par-
Jement , & il n'eſt pas reſté au-deſſous d'une
tâche fi noble & fi importante. Son Mémoire
annonce beaucoup de talens , & fixera ſürement
P'attention publique. L'Auteur a rendu le
récit des faits très intéreſſant; fa narration eſt
ſimple: une circonſtance contribue même à la
rendre encore plus attendriſſante ; c'eſt la maladie
de la mere de trois des accuſés. Dans la
nuit du 5 au 6 Décembre , cette femme torchoit
à ſon dernier moment; fas enfans luiprodiguoient
tous les ſecours de la pieté filiale ; les
atesde religion & d'humanité qui ſe paſſoient
dans la maiſon de la mere Gentil , & les ſcenes
d'horreurs & d'atrocités , dont au même inſtant
J'hermitage retentiſſoit , formen: un contrafle
digne d'attacher les Lecteurs. - M. Godard
d.viſe ſes moyens en deux parties. Dans la premiere
, il établit que fes cliens ne ſont pas
coupables ; il diſcute avec beaucoup d'ordre les
indices qui ont pu déterminer leur condamna-
•tion& les faire diſparoître. - Dans la feconde
il ramaffe les preuves de l'innocence des accu(
46 )
fes , & les circonstances qui excluent toute pof
fibilité du crime qu'on leur impute: Dans
une diſcuſſion aufli étendue , fans négliger les
moyens particuliers de ſa cauſe , M. Godard ſe
livre à l'examen d'objets d'intérêt public ; il fait
même agrandir ſon ſujet , en traitant ces quef
tionsfi fouvent agitées , des effets que doivent
avoir les témoignages des plaignans , des dé-
"nonciateurs & des témoins néceffaires , & dù
danger de juger d'après les indices . M. Godsid
releve avec force le danger des indices , & il s'é
crie , après avoir ramiffe une multitude d'exem
ples où les indices ont envoyé des innotes à
la mort : a Science trompeufe & funeſte des indices
, devez-vous reparoître encore dans nos
Une >>>Livres & dans nos Tribunaux
choſe à remarquer , c'eſt le parti que M. Go
dard a pris dans certe queflion importante du
témoignarge des plaignans & des dénonciateurs ,
prenant un milieu entre ceux qui veulent que
ce témoignage faſſe une foi entiere , & ceux
qui prétendent qu'on ne doit jamais les entendre.
L'Auteur du Mémoire , après avoir exposé les
inconvéniens de ces témoignages , veut qu'on
les reçoive , mais ſeulement pour éclairer l'oeil
des Juges , pour leur indiquer où ils pourront
trouver des preuves & non pas pour fervir de
moyen de condamnation. Nous regrettens de ne
pouvoir citer aucun des morceaux que nous annonçons;
ils font trop étendus pour être placés
dans notre Feuille , & nous renvoyons nos Lecteurs
au Mémoire de M. Godard : c'eſt dans ce
Mémoire qu'il faut voir auffi les réponſes du
malheureux Claude Gentil , lorsqu'avant d'être
conduit au fupplice , il fut appliqué à la quef
tion extraordinaire . L'éloquence de la douleur
& de la réfignation ne fauroit aller plus loin.
( 47 )
Au lieu d'aveux , on n'arrache de lui que des
proteſtations d'innocence , de la plus grande
énergie , des invocations religieuſes vraiment
fublimes : cet endroit du Mémoire eſt d'un intérêt
déchirant. - Nous finirons en tranfcrivant
un morceau qui a le double mérite d'être
relatif à un objet important , & de contenir un
é'oge parfaitement amené d'un nom cher à la
Magiftrature & à l'humanité , envers lequel M.
Godard femble s'être chargé d'être l'interprete
de tous les coeurs . Avant d'en venir à la
grande preuve de l'innocence de ſes cliens , qui
réſulte de la découverte des coupables , il dit :
Cette grande erreur , au moyen du ca-
>> ractere d'évidence qu'elle va encore acquérir
, va faire de la cauſe de cing malheureux
une cauſe nationale, à laquelle les citoyens
de tous les ordres prendront part , puiſqu'elle
5les preffera detourner leur attention fur eux.
>> mêmes , & elle déterminera enfin , n'en dou
-
tons pas , cette réforme defirée depuis fi long-
>> temps & avec tant de raiſon dans notre Légiflation
criminelle ; elle forcera toutes les ames
>>>ſenſibles de gémir ſur l'impoffibilité de répa-
>> rer les maux qu'elle a causes ; & la peine de
>mort qui ſeule rend ces maux irréparables , au
לי
lieu d'être prodiguée , comme elle est aujour-
>>d'hui pour toutes les eſpeces de crimes , fera ou
>> détruite , ou réſervée ſeulement pour les
>> grands forfaits , elle donnera lieu d'examiner
>> s'il ne ſeroit pas néceſſaire de laiſſer entre la
>>>condamnation & l'exécution un intervalle .
> pendant lequel la vérité aureit le temps de
>>>parvenir aux Juges, lorſqu'ils ſe feronttrompés
, elle fera retentir aux oreilles du Légifla-
>> teur ces paroles touchantes de l'un des accu-
> ſés , de l'un de ceux qui n'existent plus : on
( 48 )
>> mefait un tort irréparable pour moi & les miens;
on a dit : voilà un pauvre homme qui eſt ſeul
avecses enfans , qui n'aura point de défense , il
faut tâcher de le perdre ; & les accufes auront
>>un défenſeur; & par un de ces effets admira-
>>bles de la Previdence , qui ſemble avoir confié
>> à une famille d'élection le ſoin de répandre
>> l'un des plus grands bienfaits qu'elle deſtinoit
àla France : ce ſera le deſcendant de Lamoigion
, de ce génie , ami de l'humanité , qui
» en 1675 , lors de la réformation des anciennes
>>O>rdonnances , demandoit avec tant d'intérêt
»que les accuſés euffent un Conſeil, ce fera luit ,
»l'héritier de ſes vertus & de ſes lumieres ,
acomme de fon nom , qui reprenant après plus
>>de cent ans , les pensées immortelles de fon
aïeul , leur fera donner par le Souverain , la
>> ſanction qui leur eſt due , & obtiendra de la
>>juftice bienfaisante du Monarque , un nou-
>> veau Code , dont le premier objet fera le
>> bonheur de cet Empire , & qui éclairera en-
>fuite les Nations étrangeres , comme les
»Codes récens de deux grands Princes de l'Eu-
>> rope éclairentactuellement la nôtre. »- Ce
Mémoire eſt ſuivi d'une conſultation , dans laquelle
on a trouvé le moyen de réunir en quatre
ou cinq pages , & d'une maniere grande & forte
des réflexions judicieuſes , avecun réſultat frappant
de tous les principaux moyens qui prouvent
L'innocence des accuſés. Ce travail eſt de
M.Target ; I eſt auſſi ſouſcrit de MM. Sanfon ,
Bâtonnier , Thétion , Martineau , de la Croix ,
Blonde , Hardouin de la Reynerie , Fournel , Ronhomme
de Comeyras , Hemi , la Cretelle , de Seze
&Bonnét. Nous rendrons compte de l'Arrêt definitif
qui interviendra au Parlement de Dijon,
aufitôt que nous en aurons connoiffance,
-
( 47 )
Au lieu d'aveux , on n'arrache de lui que des
proteſtations d'innocence , de la plus grande
énergie , des invocations religieufes vraiment
fublimes : cet endroit du Mémoire eſt d'un intérêt
déchirant. Nous finirons en tranfcrivantun
morceau qui a le double mérite d'être
relatif à un objet important , &de contenir un
é'oge parfaitement amené d'un nom cher à la
Magiftrature & à l'humanité , envers lequel M.
Godard femble s'être chargé d'être l'interprete
detous les coeurs . Avant d'en venir à la
grande preuve de l'innocence de ſes cliens , qui
réſulte de la découverte des coupables , il dit :
בג
Cette grande erreur , au moyen du ca-
>> ractere d'évidence qu'elle va encore acquérir
, va faire de la cauſe de cing malheureux
une cauſe nationale , à laquelle les citoyehs
3 de tous les ordres prendront part, puiſqu'elle
5 les preffera de tourner leur attention fur eux.
>>mêmes , & elle déterminera enfin , n'en dou
>>tons pas , cette réformedefirée depuis fi long-
>> temps & avec tant de raiſon dans notre Légif-
>> lation criminelle ; elle forcera toutes les ames
>>>ſenſibles de gémir ſur l'impoffibilité de répa-
>> rer les maux qu'elle a cauſes ; & la peine de
>> mort qui ſeule rend ces maux irréparables , au
>> lieu d'être prodiguée , comme elle est aujour-
,
d'hui pourtoutesles eſpeces de crimes , ſera ou
>>>détruite ou réſervée ſeulement pour les
>>>grands forfaits , elle donnera lieu d'examiner
> s'il ne ſeroit pas néceſſaire de laiſſer entre la
>> condamnation & l'exécution un intervalle ,
>>pendant lequel la vérité auroit le temps de
>>parvenir aux Juges, lorſqu'ils ſe feront trom-
>>>pés , elle fera retentir aux oreilles du Légifla-
>> teur ces paroles touchanres de l'un des accи-
>> ſes , de l'un de ceux qui n'exiſtent plus : on
( 48 )
>> mefait un tort irréparable pour moi & les miens ;
on a dit : voilà un pauvre homme qui estseul
avec ses enfans , qui n'aura point de défense , il
faut tâcher de le perdre ; & les accufes auront
>> un défenſeur; & par un de ces effets admira-
»bles de la Previdence , qui ſemble avoir confié
>> à une famille d'élection le ſoin de répandre
»l'un des plus grands bienfaits qu'elle deſlinoit
à la France : ce ſera le deſcendant de Lamoi-
» gnon , de ce génie , ami de l'humanité , qui
»en 1675 , lors de la réformation des anciennes
>>> Ordonnances , demandoit avec tant d'intérêt
» que les accuſés euffent un Conſeil, ce fera luit .
P'héritier de ſes vertus & de ſes lumieres ,
acomme de fon nom , qui reprenant après plus
>>de cent ans , les pensées immorteles de fon
>>aïeul , leur fera donner par le Souverain , la
>> ſanction qui leur eſt due , & obtiendra de la
>>juſtice bienfaiſante du Monarque , un nou-
>> veau Code , dont le premier objet fera le
>>bonheur de cet Empire , & qui éclairera en-
1
fuite les Nations étrangeres , comme les
>> Codes récens de deux grands Princes de l'Eu-
>> rope éclairentactuellement la nôtre. »-Ce
Mémoire eſt ſuivi d'une conſultation , dans laquelle
on a trouvé le moyen de réunirenquatre
ou cinq pages, &d'une maniere grande&forte
des réflexions judicieuſes , avec un réſultat frappant
de tous les principaux moyens qui prouvent
l'innocence des accuſés. - Ce travail eſt de
M. Target;il eſt auſſi ſouſcrit deMM. Sanfon ,
Bâtonnier , Thétion , Martineau , de la Croix ,
Blonde , Hardouin de la Reynerie , Fournel , Ron
homme de Comeyras , Hemi , la Cretelle, de Seze
&Bonnét. Nous rendrons compte de l'Arrêt definitif
qui interviendra au Parlement de Dijon,
aufitôt que nous en aurons connoiffance .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE,
AMA FEMME , qui paroiſſoit mécontente
defon efprit. "
LORSQUE TO ORSQUE ton eſprit étincelle ,
Peux- tu bien ne le croire pas ?
Ofe donc , & fraîche & fi belle ,
Douter auſſi de ses appas .
De tant demoyens de ſéduire
Que nulle autre ne réunit ,
Un tout ſeul pourroit te ſuffire;
Et celui-là , c'eſt ton eſprit.
Don précieux de la Nature ,
Jamais il n'offre aucun travers :
No. 23 , 9 Juin 1787. C
:
رم
MERCURE
Il n'eſt point bouffi de lecture ,
Et tu n'écris proſe ni vers .
Un mot que profère ta bouche
Eſt toujours quelque mot charmant:
Combien il me plaît & me touche
Alors qu'il peint le ſentiment !
Du tact , un gracieux langage ,
Voilà ton lot : c'eſt tout avoir ;
La femme a le goût en partage
Etdoit ſe paſſer du ſavoir.
ENCOR moins le hargneux puriſme ,
Sexe aimable , est-il fait pour vous.
Le beau ſujet qu'un ſoléciſme
Pour quereller un pauvre époux !
Je ris de la ſottiſe exwême
D'une femme , juré Docteur:
Vénus m'ennuîroit elle- même
Si Vénus ſe faiſoit Auteur.
COMME une autre tu pourrois l'êtres
Mais fuis de ſi pénibles ſoins ;
J'y perdrois ton amour , peut- être ,
Et certes , je t'aimerois moins,
Qu'a tes yeux ma bibliothèque
N'ait edeunprix , je le conçoi ,
:
DE FRANCE. I
Laiſſe Églé commenter Sénèque ;
Lui-même écaroitd'après toi.
Ет moi , que toujours en vit ſuivre
Et le Pinode& ſes citoyens ,
Je donnerois mon dernier Livre
Pour un ſeul de tes catretiens.
REVIENS de ton erreur profonde;
Grois le meilleur de tes amis ;
Quand on fait plaire à tout le monde ,
Se plaire à foi même eſt permis.
Sur moi qu'on lance l'épigramme;
Doublemeor je l'ai mérité.
Mon Heroine , c'est ma femire ,
Je louc ... , & diş la vérité.
( Par M. D *, T****. )
:
1
ROMANCE.
TOUTE til - lestea lon tré-for que-cha-cun
coux que chacun guette ; mais pour cet-tegen-
C
52
MERCURE
DE
tille em-pler - te pas n'eſt beſoin d'avoir de
Por, pas n'eſt beſom d'avoir de l'or.
Pour conquérir ce joli bien,
Pour mettre à fin cette entrepriſe ,
De l'Amour il faut l'entremiſe .
Lui ſeul endonne le ( bis )
COMMENT Voulez-vous ſans cela
Tenter une telle conquête ,
Tout votre amour est dans la tête ,
Pas n'eſt aſſez d'en avoir là . ( bis )
ENTRE- NOUS ſoit dit ſans humeur ,
Ne marchandez plus ma tendreſſe,
L'or peut payer une maîtreſſe ,
Mais ne ſauroit payer le corur.
(Muſique deM. Eloüis,paroles de M...... )
DE FRANCE.
3
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphedu Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Migraine ; celui
del'énigme eſt Verrou ; celui du Logogryphe
eſt Preffoir , où l'on trouve ris,foir si rés
Io, rofe, Roi.
D'UN
CHARADE .
Un grand nombre de fooeurs l'aînée eſt mon
premier ;
Unde nos Rois obtint pour ſurnom mon dernier ;
Un Poëte a chanté la mort de mon entier.
(Par M. C.... de Châteauchinon. )
ÉNIGME.
L'ON
'ON a ſouvent recours à moi
Pour marquer ſa reconnoiſſance ;
Sans être contraire à la loi
J'en change ſouvent l'ordonnance.
Dès autrefois comme aujourd'hui
Ames aînés l'on me préfère ;
Et fans me nommer comme lui
Je porte le nom de mon père.
(ParM. Lagache fils.)
Cm
54
MERCURE
J'EXI
LOGOGRYPΗ Ε.
EXIISSTTEE Avant les temps;les principes divers.
Qui du monde arrange font l'ordre qu'on admire ,
Pêle-mêle , diffus, fans liens, fans concerts ,
Formoient le vaſte état ſoumis à mon empire.
J'ai conſervé mes droits ; je règne chez les Dieux;
L'homme , l'être ſentant & le corps infenfible ,
Tous éprouvent les maux que je verſe ſur eux ,
Et tremblent à l'aspect de mon flambeau terrible;
J'égorge le Berger, je renverſe les Rois ;
La vengeance , la rage & la foule des crimes
Dans mon coeur plein de fiel enfantés par ma voix,
Miniſtres aſſidus , immolent mes victimes.
Je marche ſur huit pieds; en les décompofant
Tu trouveras , Lecteur , ton Souverain , ton maire;
Le nom que l'on lui donne à lui-même parlant ;
Ce que dès ta naiſſance en ton coeur tu ſens naître ;
D'un petit peuple aîlé le fruit utile & pur ;
Undes enfans chéris de l'aimable harmonie;
L'attribut d'un Chaſieur; l'emblême d'un coeur dur ;
Un mouvement affreux , voiſin de la furie ;
Ce qui marque la joie , exprime la douteur ;
Ce qu'amènent les ans & que Corinne abhorre;
Le funèbre lien que craint le malfaiteur;
Enfin ce vil métal dont la ſoif te dévore.
DE FRANCE.
SS
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS fur l'origine des Municipalités
Diocésaines de Languedoc , fur leur formation
& leur nature , &fur leur influence
dans l'Affemblée Générale.
NOUS ous pouvons d'un ſeul mot inſpirer une
prévention bien favorable pour ce Difcours :
il eſtde M.Albiffon, Auteur des Loix Municipales
de Languedoc , Ouvrage dont les premiers
Volumes car été annoncés il y a deux
ans dersee Journal, ce Difcours fert d'introduction
en quatrième Volume de ce grand
Ouvrage , wrals i Auteur a cru devoir en imprimer
des ezt amphires a part ; & on doit lui
en ſavoir gre , puifque c'eſt un moyen de le
répanate davantage .
A-ton oloin de remarquer combien eſt
heureux poor la publication d'un Ouvrage
fur les Adminiftrations Municipales , le moment
où la première Monarchie de l'Europe
va établir autant d'adminiſtrations à peu près
du même genre qu'elle a de Provinces ?
Ces anciennes Adminiſtrations Provinciales
, dont les proſpérités font plus évidenres
encore que les défauts qu'on leur reproche,
font les plus sûrs garans des avantages qu'on
attend des nouvelles; quelque confiance que
Ci
36 MERCURE
mérite la raiſon , l'expérience en obtient davantage.
S'il n'y avoit eu aucune inſtitution
de ce genre dans la France , le génie qui les
auroit conçues n'auroit peut-être pas oſé les
propofer. Les Gens d'Affaires lui aurorent dit:
les affaires nese traitent pas ainfi ; les Politiques
des cabinets : vous faites- là un beau
roman qui pourroit être bon dans l'Utopie ;
les Érudits : cela ne s'est jamais vu dans la
Monarchie ; tout le monde à peu - près : vous
êtes un homme à ſyſtême. Mais ces monumens
antiques , reſpectés par le temps , ont
défendu les idées nouvelles qui ſe ſont appuyées
ſur leurs exemples.
L'objet de ce Diſcours n'eſt pas de faire
connoître l'organiſation des États du Languedoc,
tableau plus vaſte que M. Albiffon a
tracé dignement dans le corps de l'Ouvrage.
Il n'eſt queſtion ici que des Municipalités
Diocésaines qui émanent des États du Languedoc
, qui en font aujourd'hui une partie
effentielle , & qui méritent une attention
particulière , foit par leur concours au bien
immenſe que font les États à la Province ,
ſoit parce qu'elles peuvent préſenter à toutes
les Adminiſtrations Provinciales qu'on va érablir
, un modèle que quelques- uns pourront
imiter avec ſuccès.
Quelle est la nature des Municipalités Diocésaines?
Quelle en eſt l'origine ? Et par qui ſont elles
compofées ?
Quelles en font les fonctions , & quelle en
DE FRANCE.
57
eſt l'influence , ſoit ſur les États, foit fur la
Province de Languedos ?
Telles ſont à peu près les queſtions qu'on
peut faire ſur cette inſtitution politique , &
Je Diſcours de M. Albiſſon ſatisfait parfaitement
à preſque toutes.
Les États de Languedoc prennent leur origine
dans les Conſtitutions Municipales que
les Romains avoient laiſſées ou données aux
Provinces des Gaules. Leur origine touche à
ces temps où l'art de conftituer les Gouvernemens
& de leur donner de ſages loix, étoit
l'art le plus cultivé,& preſque le ſeul honoré.
L'établiſſement des Municipalités Diocéfaines
eſt poſtérieur de beaucoup de ſiècles :
elles ont pris naiſſance au moment où les
Loix des Fiefs , qui ont gouverné pendant
trois cens ans le Royaume , commençoient à
perdre de leur empire ; il paroît qu'elles ont
contribué à l'abolition de la féodalité dans le
Midi de la France.
Les Loix des Fiefs , quoiqu'elles aient régi
pendant des ſiècles tous les Royaumes de
l'Europe , avoient cela de particulier qu'elles
n'étoient point des décrets émanés d'une autorité
ſuprême qui ſoumettoit àelle ungrand
nombre d'hommes. C'étoient une multitude
infiniede conventions particulières , c'étoient
des traités entre un homme , & un homme ;
entre un Seigneur & fon Vaffal; les conditions
de chaque traité étoient à-la- fois le titre
&les termes de la puiffance& de l'obéifſance.
Celui qui éroic le Vaffal d'un Seigneur, étoit le
Cv
58 MERCURE
Seigneur d'un autre Vaſſal; &dans cette chaî
ne de pouvoirs &de foumitlions, le pouvoir
du Seigneur n'alloit jamais juſqu'a l'arrière-
Vallal , il s'arrétoit au Vaifal , où commençoit
un autre pouvoir , une autre fouinillion , &,
pour ainſi dire, un a tre Gouvernement.
Tout cela étoit deja connu ; mais M. Albillon
le fait mieux connoître encore ; & voir
&montrerune choſe d'une manière plus fenible,
c'eft preſqu'une découverte.
L'effet le plus lingulier &le plus confidérable
de cet établiſſement des Fiefs, c'est que
tandis que preſque tous les hommes prives
étoientdevenus des Souverains, les vrais Souverains
, les Rois étoient devenus des hommes
prives. Leur puiflance , comme toutes
les autres puiflances, s'arrêtout à leurs Vaffaux.
Cependant ce titre augufte , ce nom de
Rois , ils l'avoient confervé , & toutes les
grandes idées que ce nom réveille n'etoient
pas totalement effacées.
Il retta toujours comme une ombre de dif
tinction entre la Suzerainete & la Souveraineté;
& ce que nos Rois ne pouvoient pas
exiger des arrières -Vatfaux comme Sazerains
, ils l'obrenoient comme Souverains .
On avoit gardé quelque mémoire de la
puiſſance univerſelle que les Rois avoient
exercée fur la Nation entière; & quand les
Rois, qui ne commandoient plus , prioient ;
Vaff.ux & arrières - Valfaux , la Nation entière
ſe plaifoit quelquefois à obéir à cette
prière.
DE FRANCE.
رو
Les autres Seigneurs n'avoient guères des
Vallaux qu'autour d'eux & dans une ſeule
Province ; les Rois en avoient dans toutes les
Provinces de la France , puiſque les Souverains
de ces Provinces étoient leurs Vaffaux.
L'étendue de l'eſpace où s'exerçoit leur auto .
rité bornée , leur conſerva to jours au loin
desrelations qui devoient faire reprendre un
jour toute fon étendue à leur autorité même.
Ils tenoient l'oeil fur le Royaume entier ,
qui n'étoit plus à eux ; ce qu'ils ne demandoient
pas pour le Roi , ils le demandoient
pour le Royaume; & à ce titre les arrièrès-
Valfaux leur accordoient quelquefois des ſecours
& des ſubſides avec la permiflion des
Suzerains immédiats.
Dans le douzième , dans le treizième &
dans le quatorzième fiècle , nos Rois firent
beaucoup de ces demandes , & les arrières-
Vaſſauxde plusieurs Provinces ſe plurent à
les fatisfaire , quoique les Seigneurs en priffent
quelquefois des alarmes.
Mais pour obtenir des arrières -Vaffaux ce
qu'on n'avoit pas le droit d'exiger d'eux , il
fallout les affembler. Les Officiers de nos Monarques
les affemblèrent donc dans les divers
Cantons , dans les divers Diocères du Languedoc.
Lorne les arrières Vaffaux accordorent
au Rot ce qu'il demandoit , ils procédoient
eux-mêmes dans ces Affemblées à la
collecte de l'argent promis , à la fixation de ce
que devoit donner chacun ſuivant fes fa
Cvj
60 MERCURE
cultés ; & voilà l'origine des Municipalités
Diocésaines du Languedoc. :
M. d'Albiffon prouve , par des faits & par
des titres , qu'elles exiſtoient dès le quatorzième
ſiècle , & qu'elles ne furent point modelées
ſur les Diocèſes Eccléſiaſtiques , comme
l'ont penſé les Auteurs de l'Hiſtoire du Languedoc
, puiſqu'il y a ſouvent pluſieurs Municipalités
Diocéſaines dans un ſeul Diocèſe.
Ecclefiaftique , & que ſouvent pluſieurs Diocèfes
Ecclefiaftiques ſont compris dans une
ſeule Municipalité Diocésaine.
Les Municipalités Diocéſaines de Languedoc
font donc proprement l'union économique
de pluſieurs Municipalités locales , ou
COMMUNAUTÉS, qui partagent entre- elles
d'après un tarifcommun , une portion déterminée
des charges générales de laProvince,
&les dépenses qu'il leur est permis defaire
pour les besoins ou l'avantage de leur district
Diocésain. Placées entre l'administration générale
de la Province & les administrationslocales;
ÉMANÉES directement de la première
, & tenant à celle-cipar les rapports les
plus intimes & les plus intéreſſans, elles ont
perfectionné peu- à-peu l'organiſation de ce
grand corps , & forment aujourd'hui le complément
defa hiérarchie municipale. Cette
inftitution particulière au ſyſtême municipal
du Languedoc , n'a trouvé fon modèle nulle
Fart: bornéedans les commencemens à la répartition
des impoſitions générales , elle est
devenue depuis,par laseule force du principe
DE FRANCE. 61.
fondamentalde la conſtitution de la Province ,
un des refforts les plus actifs defon adminiftration
, & le moyen , peut-être leplusfimple
& leplus sûr , de lier le bien particulier
biengénéral.
au
M. d'Albiffon vient de nous apprendre
ſansdoute ce qu'il y a de plus important à favoir
ſur l'origine d'une inſtitution ſi intéreſſante.
Je voudrois cependant qu'il me fût
permis de lui faire quelques queſtions.
M. d'Albiſſon dit que les Municipalités
Diocéſaines ſont émanées des États de Languedoc.
Comment en ſont-elles émanées ,
puiſque M. d'Albiſſon en attribue l'origine
aux convocations faites par nos Rois , des arrières
- Vaſſaux de la Couronne pour la demande
dequelques ſubſides?
Si elles n'en ſont pas émanées, ce qui paroît
démontré, mais que les États ſe les ayent
incorporées , à quelle époque & comment
s'eſt faite certe incorporation ? Comment les
États ont-ils fubordonné à leur pouvoir , un
pouvoir indépendant d'eux par ſon origine?
Comment s'eſt pu faire cette réunion ſi
intime & fi heureuſe entre une inſtitution
qui tient auxConſtitutions Romaines , & une
inſtitutionquitient aux conſtitutions féodales?
Je ferai une autre queſtion encore à M.
d'Albiffon; car les queſtions ne ſont impolies
que pour ceux qui ne ſavent pas y répondre.
Comment,durant ces trois cens années, où
la France fut gouvernée comme un Fief, plutôt
que comme une Monarchie , où toutes les
62. MERCURE
Provinces étoient foumiſes à des Ducs , à des
Comtes, à des Viguiers , comment refta- t'il
quelques tracesdes Étatsde Languedoc ? Comment
ces Etats , au premier moment du retour
des loix , de la raiſon & de la justice ,
eurent-ils, atlez d'énergie pour s'affimiler les
Municipalités Diocésaines formées, fans leur
intervention , par un autre pouvoir & pour
d'autres beſoins ?
Ces queſtions font faciles àfaire, & très-difficiles
peut èrre à réfoudre; c'eſt pour celaque
nous les avons propoſées à M. d'Albiffon.
Mais il ne faut pas entreprendre d'y répondre
, il faut les laiffer là, fi on n'est pas
en étar de les décider par des faits qu'on ne
pourra pas contefter, & par des details qui
rendront la ſolution claire & fentible dans
tous les points.
C'eſt la mode aujourd'hui de demander en
tout genre des idées générales , & il arrive
delà qu'on nenous donne quedes idées vagues.
Il faudroit qu'on sût une bonne fois qu'une
idée générale n'eſt rien pour quiconque ne
poſsède pas tous les faits ou toutes les idées
dedetaildont elle est le réſultat.
Que cette formule eſt orgueilleuſe & com
mode! Je fupprime les idees intern.édiaires.
Non, ne les ſupprimez pas , ou je croirai
qu'elles vous manquent. Donnez les moi ;
car elles font des preuves dont votre allertion
aun beſoin extreme. Que ſignifie ce délain
des idées intermediaires ? Elles font très louvent
les plus difficiles à découvrir & à expri
DE FRANCE 63
nier. Voyez , écoutez les hommes;les idées ,
les maximes générales ſont dans la bouche de
tous ; les hommes d'eſprit ſont les ſeuls qui
apperçoivent les dérails , les preuves de ces
maximes , & le talent confiſte à embellir la
vérite fans lui donner d'autre parure que fon
ſeul développement. Que craignez vous ?
Quand un principe général a de la grandeur
&de la vérité , tout ce qui ſert à le mettre
dans unjour éclatant a de l'intérêt. Mais Tacite.....
mais Montesquieu..... Eh ! laiſſez-là
Montesquieu & Tacite, ils font trop grands
pour ſervir d'exemple. Examinez bien d'ailleurs
ce qu'on appelle idéesgénerales dans ces
deux Écrivains ; vous verrez que ce font des
refultats très-profonds& très érendus ,&que
ces réſultats , à meſure qu'on les confidère ,
laiffent voir toutes les idees de détail dont ils
font formés.
M. d'Albiffon donne tous les détails néceffaires
pour nous apprendre par qui & comment
les Municipalités Diocefalnes ſontcompoſées.
Les Barons & les Évêques , membres efſentiels
des États de la Province ; les Confuls
de la Ville principale des Diocèſes ; les Adminiftrateurs
des Communautés , qui ont droit
de députer à ces Affemblées; les premiers Officiers
de Justice des lieux où elles te tiennent
, ceux - ci pour droit d'aſſiſtance feulement
fans voix deliberative ; tels font les
principaux Membres des Municipalités Diocéfames.
Le Souverain y eft repréfenté par un
64 MERCURE
Délégué des Commiſſaires qui ont préſidé
pour lui aux États de la Province.
Les Municipalités Diocésaines ne ſont ni
des communautés ni des corporations ; ce
font des Tribunaux , ou plutôt encore des
conſeils d'adminiſtration dont les Membres
n'ont d'autre pouvoir , d'autre devoir &d'autredroitque
celui d'aller porter leurs lumières
&de dire leur avis dans ces Affemblées ; ils
n'ont pas & ils ne peuvent pas avoir des intérêts
ſéparés de ceux du Diocèſe , & leur
pouvoir ſe perd dans le pouvoirdes États, qui
rejettent , rectifient , modifient & changent
à feur gré tout ce que les Municipalités Diocéſaines
ont délibéré.
Elles peuvent éclairer l'Aſſemblée desÉtats
où réſident les pouvoirs de la Province ; mais
elles ne peuvent pas autre choſe.
Elles ont cependant des Syndics, des Secré
taires-Greffiers pour tenir compte & regiſtre
desvues qui ont eté propoſées , admiſes ou
rejetées , pour que les lumières ſe tranſmettent
de l'Aſſemblée d'une année à l'Aſſemblée
de l'année ſuivante , pour que celles qui ont
étéacquiſesne fe perdentjamais,tandis qu'on
pourra toujours en acquérir de nouvelles. Un
tel regiſtre eſt , pour ainſi dire , un tréſor où
une Province garde & accumule inceſſamment
ſes lumières.
M. d'Albiffon paroît embarraſſé de dénombrer
tous les avantages que le Languedoc retire
de ſes Municipalités Diocésaines. Il faut
lire dans le Diſcours même ce tableau ſi inté
DE FRANCE. 65
reſſant de tous les biens qui réſultent du concours&
de la réunion des lumières.
Nous nous contenterons de rapporterquelques
effets remarquables de l'eſprit qui anime
les MunicipalitésDiocésaines." Elles ont été
" les premières àreconnoître combien il étoit
>> important d'arrêter le cours des ravages ,
>> ou plutôt des affaflinats que commettoient
> dans les campagnes ces prétendues Sages-
>> femmes , dont l'inexpérience & la témé-
>> rité ajoutant aux douleurs de la Nature ,
» détruiſoient ſouvent ſon ouvrage , & l'ef-
>> pérance des générations à venir ; & elles
> ont peut- être la gloire d'avoir mine la
>> même ſollicitude à de plus vaſtes adminif-
> trations. Pluſieurs d'entre-elles ont établi
ود dans leur diſtrict des Cours d'inſtruction
>> gratuite ; d'autres défraient les femmes
» qui vont ſuivre les Cours établis dans les
Diocèſes voiſins ; & quelques - unes ont
fondé des prix annuels pour celles qui en
> auroient le mieux profité.
ود
"
وو
>>Les maladies des beſtiaux , livrées pen-
>> dant long- temps aux haſards d'une routine
>> aveugle , ont auſſi excité leur attention. Les
> plus intéreſſées à la conſervation & à l'accroiffement
de cette ſorte de richeſſe , ont
» envoyé aux Écoles Vétérinaires de Cha-
" renton & de Lyon , & entretenu aux dé-
>> pens du Diocèſe , pendant pluſieurs an-
>> nées , des Élèves qui ont juſtifié le choix
» qu'elles en avoient fait ,&qui feront bien-
ود tôt fleurir dans le Languedoc cettebranche
>> précieuſe de l'art de guérir.
66 MERCURE
" La plupart des Communautés étoient
>> notoirement dans l'impuiſſance de ſoute-
>>nir les dépenfes de conſtruction , & d'entretien
des chemins de traverſe néceſſaires
>> pour aboutir de tous les points de la Pro-
ود vince aux grandes routes Diocésaines &
>> Provinciales; les Municipalités Diocésai-
>> nes ſont venues à leur ſecours , foit en leur
>> prêtant les ſommes deſtinées à la conftruc-
>> tion , & en ſe chargeant du payement des
" intérêts juſqu'au rembourſement , ſoit en
>>chargeant le Diocèſe de l'entretien des
>> nouveaux chemins de traverſe que les
Communautés feroient conftruire , ou des
>> anciens chemins qu'elles mettroient en
bon état , foit par d'autres moyens appro-
>> priés aux beſoins & aux facultés des
>> Diocèſes.
ود
م
>>Ces ſecours , ajoute M. d'Albiffon , ces
ſecours diftribués avec une ſage meſure &
>> un difcernement éclairé ; dirigés par cet
>> eſprit de règle & d'économie qui déter-
> mine & borne toujours les emprunts au
» moment & à l'érendue du beſoin , & tend
>> toujours à la libération par des rembourſemens
progreffifs & proportionnés aux
>> facultés; ces ſecours porteront infenfible-
>> ment les communications intérieures à un
>> degré de perfection qu'il étoit plus aisé
>> d'imaginer que d'eſpérer...
Voilà ce que raconte de la Province de
Languedoc un homme qui y vit , un homme
d'un efprit ſage & éclairé, qui ne peut pas
être trompé par de faufles apparences , &
DE FRANCE 67
qui ne peut pas vouloir tromper par le tableau
d'un bonheur qui ne ſeroit pas ſous les yeux.
Voilà le bien que l'homme qui va préſider
aux Finances du Royaume, a eu pendant vingt
ans ſous les yeux , & qu'il a produit luimême
en grande partie dans le Diocèſe dont
il gouvernoit les Autels,& dont il éclairoit
l'Adminiſtration. Quel motif de hautes eſpérances
pour le Royaume entier confié à fes
lumières ! car les eſprits ſupérieurs trouvent
dans ce qui accableroit les eſprits médiocres ,
dans la multitude & dans l'étendue de leurs
fonctions,des moyens de les remplir avec plus
de facilité de génie & plus de grandeur.
Voilà le bien , voilà les hommes enfin, &
voilà les Miniſtres qu'ont produits ces Écrivains
tant décriés, tant perfécutés pour avoir
porté les diſcuſſions & les principes d'une
faine philoſophie dans la ſcience de l'économie&
de l'adminiſtration des États. Ils n'ont
pas fait naître , diſent leurs ennemis , un épi
de bled. Ils en ont couvert les champs & les
provinces; ils ont fingulièrement étendu l'agriculturedans
toute l'Europe, en la faiſant honorer
davantage ; en décriant les loix prohibitives
qui prohiboient fur-tout les progrès
de la culture & du commerce ; en faiſant ou
en indiquant des expériences qui étendoient
ła routine du Laboureur par les lumières de
la phyſique & de la chimie ; en faiſant ouvrir
de nouveaux canaux & de nouveaux
chemins qui font multiplier les fruits de l'agriculture
qu'ils diftribuent , & c. &c. Le génie ,
68 MERCURE
comme l'éternel , dont il eſt la plus pure &la
plus immédiate émanation , opère fur la matière
par la penfee , & des millions de bras
travaillenttous lesjours fur le globe mis en action
, & guidés par ſes volontés. Mais l'ignorance
& l'envie ne voient que la main qui
dirige le foc , & celle qui sème ou qui moifſonne
le bled. A leur jugement Archimède
&Vitruve n'ont rien fait; ce ſont les Menui
fiers ,'les Forgerons &les Mâçons qui élèvent
& embelliffent nos demeures.
Je ne finirai pas cet extrait ſans avoir ob
ſervé que dans le plan des Adminiftrations
Provinciales , conçu par M. Turgot , il devoit
y avoir auffi entre les Communautés&
les Affemblées des Provinces , des Affemblées
intermédiaires de Cantons ou Diocèſes.
Eſt- ce l'exemple du Languedoc qui lui avoit
donné cette idée ?Ou avoit-il conçu par ſon
génie ceque les circonstances, ily a pluſieurs
ſiècles , ont produit dans le Languedoc ? Il eſt
impoſſible de n'ètre pas frappé de ce rapprochement
lorſqu'on a lu le Diſcours de M. d'Albiffon
& la Vie de M. Turgot , Ouvrage excellent
, où l'Auteur , en développant les idées
d'un grand Miniſtre, qui n'avoit montré tout
ſon eſprit que dans ſes converſations, a donné
à tous les Empires & à tous les Adminiſtrateurs
les principes les plus ſimples , les plus
lumineux & les plus profonds ; Ouvrage
qu'on ne peut pas beaucoup goûter quand on
n'a que le talent avec lequel on fait de jolis
Drames & des Contes agréables , mais que
DE FRANCE. 69
parcela même on ne devroit pas avoir la prétention
d'apprécier: Ouvrage qu'on ne trouve
pas écrit en François lorſqu'on n'entend pas
la langue du génie & de la ſcience de l'Adminiſtration
; mais qui est fait pour ajouter
au nombre des bienfaits que l'Europe a reçus
de la langue françoiſe. On a cru étouffer le
ſuccès de cet excellent Ouvrage , trop peu
répandu encore , en le faiſant décrier par des
hommes qui ont l'autorité d'une grande renommée
; mais on devroit favoir que le génie
qui a le pouvoir d'établir ſa gloire , n'a pas
celui de détruire la gloire des autres ; & que
lorſqu'il a le malheur de haïr ce qui lui refſemble
, il a le malheur encore de partager
avec lui pendant les fiècles , les hommages &
la reconnoiffance des hommes.
( CetArticle eft de M. Garat. )
SUITE des Obfervations fur la Virginie
par M. J***.
DANS cette partie de ſonOuvrage , l'Homme
d'Etat expoſe&difcute la conſtitution ,
la légiflation civile , criminelle , religieuſe ,
l'adminiſtration économiqueintérieure,&divers
objets de la politique extérieure de ſon
pays. J'indiquerai encore rapidement ce qu'il
enditde plus intéreſſant.
Après avoir tracé l'hiſtoire des premiers
temps de l'établiſſement de la Virginie , il
tranſcrit , d'après les regiſtresde la Colonie ,
70
MERCURE
une pièce bien importante , qui n'avoit jamais
eté imprimée , les articles de la convention
pafice en 1651 , entre les Commiffaires
du Parlement d'Angleterre d'une part ,
& les Habitans de la Virginie aſſembles en
conteil , leur Gouverneur à leur tête , pour
remettre la Colonie ſous l'obéiſſance de la
République d'Angleterre. On voit que cette
convention , qui eſt déclarée un acte volontaire
, & non forcé par la conquête , affuroit
aux Virginiens le territoire que les chartes
des premiers Rois leur avoient attribué , toutes
les libertés & priviléges des Citoyens Anglois
, la liberté du commerce avec tous les
pays & toutes les nations , l'affranchiſſement
de toute taxe , douanes & impofitions quelconques
, ſans le conſentement de l'affemblée
générale , l'exemption de tout établiſſement
d'une force militaire , étrangère chez eux ,
&c. A côté de cette convention , l'Auteur
place les atteintes qu'y ont données les Rois ,
& le Parlement d'Angleterre. " Les Colonies ,
dit-il, ont été taxées au-dedans & au -dehors ;
leurs intérêts facrifiés à ceux de quelques
individus , citoyens de la Grande-Bretagne ;
leur législation fufpendue, leurs chartesan
nullées, le procès par les Jurés fupprimé ;
les Américains traduits au-delà de l'Atlantique
pardevant des Tribunaux étrangers ;
leurs remontrances laiſſees fans réponſe
eux-mêmes repréſentés comme des lâches
dans la Métropole & dans toutes les Cours
de l'Europe enfin des troupes ont éré en-
د
DE FRANCE.
71
voyées pour les ſoumettre à ces violences ,
&ont commencé les hoſtilités . On ne nous
a laiſſe que l'alternative entre la réſiſtance
&une ſoumiflion fans condition & ſans réſerve.
Forcés par tant d'injustices , nous en
avons appelé aux armes , nous nous ſommes
déclarés indépendans , nous nous ſommes
confédérés en une grande République pour
aſſurer à chaque Etat les avantages des forces
réunies de tous ; chaque Etat s'eſt donné
une nouvelle forme de gouvernement : voici
l'eſquifledu nôtre.»
Il eſt difficile , ce ſemble , de tracer un
tableau plus animé d'un grand évènement
&de ſes cauſes , & de preſenter d'une manière
plus intéreſſante , l'exemple conſolant
d'une grande oppreffion trompée dans ſes
vues& punie par ſes injustices mêmes.
L'Auteur indique enfuite différens vices
dans la conſtitution de Virginie. " Elle s'eſt
ود formée , dit- il ,dans un terms où la ſcience
• dugouvernement étoit encore neuve pour
» nous , & où l'expérience ne nous avoit
" pas encore éclairés. Il ne faut donc pas
>> s'étonner d'y reconnoître de très- grands
défauts», ود
Et dans quelle nation n'en peut on pas
dire autant ? La liberté de l'examen & de
la diſcuſſion dans une matière ſi importante ,
eſt le réſultat naturel de ce principe ; mais
ce n'est pas par- tout qu'on en fait tirer cette
conféquence. Si l'exemple peut conduire un
jour les Gouvernemens d'Europe à laiffer
72
MERCORE
libres, & à favorifer même chez eux de pa-'
reilles diſcuſſions , les Ecrivains trouveront
dans celles de M. J***. , ſur le mêmeſujet ,
un modèle de la ſageſle & de la modération
qui peut rendre leurs travaux moins
inquietans pour l'autorité & en même
tems plus utiles .
د
Aux pages 278 , 279 & 280 , on trouvera
des détails précieux pour les perſonnes
bienfaiſantes , qui s'occupent aujourd'hui parmi
nous avec tant de zèle , des ſecours à donner
aux pauvres ,& fur-tout aux malades , &
dela police des mendians & vagabonds.
De la page 289 à la page 296 , l'Auteur
propoſe ſes idées ſur la légiflation tant civile
que criminelle. C'eſt une de ſes vues de
changer les loix de ſucceſſion ab inteftat ,
& de régler que les terres & tous les biens
meubles de toute perſonne morte fans avoir
fait de teftament ; ſoient partagés également
entre tous ſes enfans , ou repréſentans au
même degré. Heureuſe l'Amérique , ſi elle
adopte cetteloi , qui toute ſeule peut contribuer
puiſſamment au bonheur d'une nation ,
en corrigeant& en prévenant, au moins en
grandepartie, le plusgrand vice des ſociétés
l'excès de l'inegalité.
C'eſt là encore que l'Auteur propoſe d'établir
, entre les délits & les peines , cette
ſage proportion , qui , depuis l'excellent ouvrage
du Marquis Beccaria , eſt l'objet des
recherches de tant d'hommes éclairés. On
>
pourra diſputer à M. J***. ſa diftribution
des
DE FRANCE. 73
des peines , mais l'échelle qu'il donne ſera
utile en excitant à en former d'autres , &
cen'eſt que par la comparaiſon , qu'on peut
ſe conduire vers le meilleur choix.
Un autre objet bien important qu'a traité
l'Auteur Américain , eſt l'éducation. Il trace
unplan dont il faut voir le développement,
&dont le réſultat ſeroit d'enſeigner à tous
les enfans du pays , à lire , à écrire & l'arithmétique
uſuelle , & d'en former annuellement
dix aux frais du public , qui , ayant
du talent , ſeroient trèsbien inftruirs dans
les langues grecque & latine , & dans les
parties tranfcendantes de la ſcience du calcul
; & dix autres de talens encore ſupérieurs
, qui , à ces connoillances , ajouteroient
toutes celles auxquelles leur génie les au
roit tournés.
On peut voir que ce plan ne multiplie
pas le nombre des ſujets élevés aux depens
du public , à l'excès où nous le voyons dans
beaucoup d'États de l'Europe , & notamment
en Angleterre. C'eſt une queſtion de
ſavoir fi des ſecours gratuits , même ainſi
bornés , fontdans les principes d'une bonne
adminiſtration ; s'il ne ſeroit pas mieux de
laiſſer l'art d'enſeigner & le métier d'ap
prendre entièrement libres , & leurs fuccès
fondés uniquement ſur l'émulation & les
moyers des concurrens. Les Sciences , ainſi
que toutes lesautres occupationsdeshommes,
doivent fournir à ceux qui s'en occupent la
ſubſiſtance d'abord , &puis , feion leur im
Nº. 23,9 Juin 1787. D
74 MERCURE
portance & leur difficulté , un certain degré
d'aiſance. Cette récompenſe du travail
eſt le motif qui y porte les hommes qui ſe
fentent capables de le faire bien,.
Mais fi les dépenſes duGouvernement augmentent
la concurrence des travailleurs fans
meſure , en ouvrant des Écoles gratuites ,
la récompenſe des talens devient fi foible,
-qu'elle n'eſt plus un aiguillon ſuffifant. Au
reſte , ces maximes mêmes , toutes vraies
qu'elles font dans un État de ſociété, bien
organife , ceffent peut-être de l'être dans
les pays où les vices de la Conftitution &
-de la Légiflation ont amené l'excès de toutes
les inégalités , lorſque 1 a plus grande
*partie d'un peuple eſt trop pauvre pour pouvoir
donner à ſes enfans cette inſtruction
première & groſſière qui diftingue les peuples
civilifes , il faut bien que le Gouvernement
y établiſſe l'inftruction gratuite, ſans
laquelle l'ignotance& la barbarie répandroient
-leurs ténèbres & leurs déſordres.
En finillant fur, cet article , je ne puis
m'empêcher de tranſcrire une belle maxime
que l'Auteur donne comme fondamentale
dans tout ſyſtême d'éducation. « La plus im-
-> porrante des vues qu'on peut s'y propoſer,
„ dit-il , eſt de mettre le peuple en état
" d'être lui-même le premier défenſeur &
le gardien sûr de ſa liberté. Tout Gou-
>> vernement dégénère , quand le ſoin de ſa
» confervation n'eſt confié qu'aux ſeuls Magiftrats
, à quelque titre que ce foit. Les
८
DE FRANCE.
75
> peuples peuvent ſeuls garder fûrement ce
*» dépôt , &c . » .
:
i
Je craindrois d'affoiblir ce que l'Auteur
dit fur latelerance civile ,de la page 305 à
la page 315. Cette caule , ſi ſouvent défendue
, & qu'on peut regarder aujourd'hui
comme gagnée auprès de tous les Gouver
nemens éclairés , eſt plaidée par M. J**.
avec autant de vérité que de chaleur.
د
Suivent des détails intéreſſans ſur les
ouvrages & édifices publics, des obſervations
d'une phyſique éclairée ſur la conſtruction
des maifons un tableau des exportations
annuelles de Virginie en produits de fon
fol ,des remarques ſur la culture du tabac ,
&fur les avantages de la culture du froment
pour les progrès d'un pays nouveau,&c.
• Ce que l'Auteur dit des Manufactures, eſt
parfaitement conforme aux principes de la
liberté du commerce , qui , graces aux progrès
des lumières , vont ſe répandant & s'établiffant
, malgré toutes les réſiſtances des
préjugés & de l'intérêt. Les Gouvernemens
Européens y trouveront de quoi ſe raffurer,
d'ici à pluſieurs fiècles , contre la crainte de
perdre la vente de leurs ouvrages manufac
turés à l'Amérique à la ſuire des progrès de
cepeuple nouveau. " La préférence que nous
>> donnons , dit- il, à l'Agriculture fur tou-
>> tes autres occupations ,nous fera certaine-
>> ment revenir à cultiver des matières pre-
>> mières pour les échanger avec les Européens
, contre des productions d'une in
Dij
76 MERCURE
>> duſtrie plus recherchée , que l'Amérique
>> ne peut pas exercer elle même. Tant que
>> nous aurons des terres à cultiver , il vaut
- mieux , pour nous , porter des denrées &
> des matières premières aux Manufactu-
" riets Européens , que d'établirdes manu-
>> factures ».
Le compte que l'Auteur donne de la dépenſe
publique & du revenu public qui y
fournit , eſt digne d'attention. M. J** eftime
qu'il en coûte au peuple de Virginie envi
ron 4 liv. de notre monnoie par tête pour
être protégé par le Gouvernement dans ſa
propriété & dans ſes biens , & jouir de tous
les avantages d'un gouvernement libre , &
à la République en totalité 47,571 guinées ,
un peu moins de 2 millions de notre monnoie
pour un peu plus de soo,oco habitans,
Il calcule aufli que la ſomme qui forme le
revenu public de la Grande Bretagne , divifée
de la même manière entre les habirans ,
féroit pour chacun une charge 16 fois plus
grande. Je ne fais pas quels font les élémens
dont il forme ce calcul , mais ſi nous ſuppoſons
400 millions de revenu &huit millions
d'habitans de la Grande-Bretagne , l'Irlande
non-compriſe , l'impôt par rête ſera
de so liv. , & par confequent , relativement
à celui des Virginiens , à-peu - près
comme re eſt à 1. En appliquant le cal-
Eul à la France , ſa population étant eftimée
de 24 millions , & l'impôt de 600mllions
, l'impôt par tête ſera de as livres ,
DE
FRANCE.
77
& à celui des Virginiens environ comme
6 a 1.
J'obſerverai cependant que cetre méthode
d'eſtimer la peſanteur comparée des impôts
de pluſieurs Nations, ne peut donner aucune
notionjuſte de leur état véritable & de l'action
del'impôt fur leur bien- être. Laraiſon de cela
eſt que ce ne font pas les hommes qui payent,
ce font leurs facultés, ou, ce qui eft la même
choſe , ils ne payent qu'avec leurs facultés ,
c'est-à-dire, avec le produit de leur travail
ſeconde & alimenté par une certaine quantité
de capitaux. Or, ces capitaux & ce produit
ne font point du tout en raifon du
nombre des hommes. On conçoit bien aifément
que cent mille habitans des pays
opprimés par le
Gouvernement Turc, ne peuvent
pas payer autant d'impôts , ou ne peuvent
pas les payer auſſi facilement & fans
en être grevés , que cent mille hommes de
la même claſſe de citoyens , habitans de
I'Yorkshire , de la Châtellenie de Lille ou du
Milanois.
J'ajouterai une remarque
importante ,
c'eſt que la dépenſe publique d'un peuple
naiſſfant , doit être
neceffaitement plus forte
relativement à ſes facultés , que celle d'une
nation plus avancée , & qui jouiroit d'une
bonne adminiftration. Comme , ou plutôt
par la raiſon que l'avance de capital d'un
homme qui fait une entrepriſe de culture
dans un pays nouveau, eſt toujours dans
les premières années infiniment plus grande
Diii
78 MERCURE
en proportion de ſes produits , que dans les
années ſubſéquentes , parce que les produits
eux-mêmes augmentent en plus grande raiſon
que les avances. Ainsi lorſqu'une nation a
des chemins àfaire,des édifices publics àélever,
une marine à former , tandis qu'il faut d'un
autre côté qu'elle aſſemble des capitaux de
culture, qu'elle bâtiſſe des maiſons, qu'elle les
pourvoie de tout ce qui est néceſſaire à la vie,
qu'elle ouvre la terre pour la première fois,,
fa depenſe publique peut abſorber un to ,
ou un 20º du revenu de tous les citoyens ;
mais après les progrès de la civiliſation &
de la richeſſe , la 40° , la soº partie de ce
révenu peut fournir à une grande dépenſe
publique, & à tous les beſoins communs de
la ſociété.
Il me reſte à dire un mot des vues de.
P'Auteur Américain fur la Navigation com-.
merçante & la Marine militaire de fon pays.
" Peut- être , dit- il , pour éloigner de nous ,
>>autant qu'il eft poffible , toutes les ocea-
ود
ود
ſions de guerre , nous conviendroit - il
d'abandonner l'Océan aux autres Nations ,
parce que c'eſt là le ſeul champ où nous,
>> pouvons courir riſque d'être expoſes à
رد leurs violences ; laiſſons les autres peuples
>> nous apporter les chofes dont nous man-
» quons , & remporter celles qui forment
ود
notre fuperflu; tournens tous nos citoyens
>> vers la culture des terres ; il ſera temps
ود de chercher de l'emploi ſur lamer , quand
>> la terre ne nous en fournira plus aucun ».
DEFRANCE
. 79
Mais en cette matière , on ne peut pas .
plus donner un conſeil que faire une loi. Si
la culture des terres doit donner plus de
on laiſſera la profits que la Navigation
Navigation pour la culture ; ſi elle en donne
de moindres , la Navigation fera préférée ;.
& fi en mêlant juſqu'à un certain point ces
deux genres , on obtient de plus grands produits
, ce mélange ſe fera , & ce qu'il faut
bien confidérer , l'intérêt de tous les individus
, ici comme dans tous les autres cas ,
fera l'intérét public.
Quoi qu'il en ſoit de cette obſervation ,
la réflexion de l'Auteur , ou plutôt la vérité.
qu'elle énonce , doit conduire les Gouvernemens
Europeens à ne pas craindre , autant
qu'ils paroiſlent le faire , les progrès de la
Navigation des Américains aux dépens de
la leur. Les Américains auront d'ici à longtemps
plus d'intérêt à cultiver leurs terres
qu'à ſe faire navigateurs , même pour eux ,
& à plus forte raiſon pour les autres nations
de l'Europe. D'où il faut conclure l'inutilité
des loix prohibitives dont on s'arme
contre- eux .
Je finis en laiſſant entendre l'Auteur luimême
parlant avec éloquence , le langage de
la raiſon , de l'humanité & de la ſaine politique
, contre la guerre , ce fleau du genre
humain.
ود
" Peuple naiſſant que nous ſommes, poffedant
unvaſte pays , que nous pouvons cou-
>>> vrir d'hommes heureux , nous devons di
DIV
80 MERCURE
>>> riger vers ce ſeul objet toutes les forces
que la Nature nous donne , &nous bien
>>garder d'en expoſer la moindre portion
>> à ladeſtruction qu'entraîne la guerre. Nous
> devons nous efforcer conſtamment de cul-
> tiver l'amitié de routes les Nations , même
>> de celle dont nous avons eu le plus à nous
>> plaindre , aujourd'hui que nous ſomines
>> parvenus à nous affranchir de ſa tyrannie.
>>Notre intérêt eft d'ouvrir toutes les portes
» au commerce , de briſer toutes les chaînes
>> dont on l'a chargé , de donner une entière
> liberté à tous lesEtats du monde d'apporrer&
de vendre dans nos Ports tous les ob-
>> jets de nos beſoins , en leur demandant la
même liberté pour nous dans les leurs.
Jamais l'Arithmérique politique ne s'eſt
>> laiffée aller à une erreur plus groffière ,
que lorſqu'elle s'eſt employée àperfuader
>> auxNations qu'il étoit de leur intérêt d'en-
>> treprendre une guerre. Si l'argent qu'il en
* coûte pour acquérir par une longue guerre
>> une petite ville ou un petit territoire , le
>>droit de couper du bois là, de pêcher de
3.3
" la morue ici ; étoit dépensé à améliorer
>> le pays que la Nation poſsède déjà , à y
>> ouvrir des routes , à rendre ſes rivières
> navigables , à conſtruire des ports , à perfectionner
tous les arts , & trouver du
travail & de l'emploi pour les pauvres ,
il n'y a point d'État que cette conduite
>>ne rendit plus fort , plus riche & plus
> heureux que la guerre , ſuivie des ples
"
ود
ود
DE FRANCE. 81
>>brillans ſuccès. J'eſpère que cette ſage
>> politique ſera la nôtre ,&c. » .
HISTOIRE d'Henri III , Roi de France &
de Pologne, par M. l'Abbé de Sauvigny ,
in-8°. de 244 pages. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez Regnault , Libraire, rue S. Jacques.
Heureuſement pour la France elle compte
peu de Rois auili foibles que Henri III , dont
les bonnes qualités tournerent également au
détriment de la Nation , parce qu'il avoit
perdu la confiance du Peuple , & parce qu'il
ne ſavoit point agir à propos. Il vit ( choſe
rare dans une Monarchie ) la Nobleſſe , le
Clergé & le Peuple contre lui. Seul contre
tous , obligé de flotter entre les partis , les
inftans de fermeté dont il fut capable hâtèrent
ſa mort. Qu'on ne diſe point, après le Préfident
Hénault , qu'une Nobleſſe inquiette &
ambitieuſe renverſe ou ébranle le Trône.On
fe tromperoit. C'eſt la Nobleſſe qui l'a ſoutenu
ſous Louis le jeune, ſous Charles V,
&qui a reconquis pour Charles VII les plus
belles Provinces du Royaume. Que ne dut
pont Henri II à ſa Nobleffe? Que feroit
devenu Henri IV ſans la Nobleſſe ? Elle eft
l'amede a conſtitution monarchique.
Le règne de Henri III preſente à-peu-près
tous les extrêmes dans toutes les factions.
C'eſt un conflit de tous les pouvoirs, tou
Dy
$2 MERCURE
jours croisés , toujours menaçans , toujours
heurtés. On paſſe de l'excès du defpotifme
aux plus humiliantes complaiſances. On pille
les ſujets ,& on les aſſemble enfuite pour les
confulter. On viole les immunités Eccléſiaftiques
; on vend les biens du Clergé , & on
le redoute. On aliène à plus bas prix les domaines
, & on foutient qu'ils fout inaliénables;
& l'Édit de 1582 ordonne la confection
d'un terrier exact. On commet les plus
affreuſes injuftices , & on recueille un Code
fait pour honorer les meilleurs règnes. Du
fanatifme à la plus révoltante debauche il
n'y a point de nuance. Le front maſque hier
& chargé des grelots du carnaval , ſe cache le
lendemain ſous le capuchon d'un Pénitent
gris ou noir. Par tout le Roi n'agit qu'en fubalterne
, & partout il eſt ſeul chargé de
l'exécration publique. Sa bonté mème d'eſt
regardée que comme un defaut de caractère ;
&quand il ſe ſouvient enfin qu'il eſt Roi ,
on le traite comme un vil affaffin. Quelle
étrange deſtinée !
Nous avons moins à louer l'exécution de
fon Ouvrage. C'est moins une hiſtoire qu'un
tableau hiſtorique trop rapide, parfemé de
courtes réflexions ſouvent contradictoires ,
ſouvent manquant de juſteſſe. Qu'on life
Mézerai ( que nous ne citons cependant point
comme le modèle des Hiſtoriens ), on voit
un homme vrai , ferme, dont les principes
font établis fur les baſes fondamentales-du
bonheur public. Il peint avec la couleur
DE FRANCE. 83
propte; il ne craintpointde mécontenter par- .
fonne. Ilpréſente l'Hiſtoire ; & l'Hiſtoire ne
pardonne jamais à ceux qui ont démériré. Mézęrai
n'ajuſte jamais fon opinion aux convenances
verſatiles du moment. Il ne tient .
point la main fermée , de peur d'en laiffer
échapper une vérité. Il aime à la produire , à
la montrer, quelles qu'en puiſſent être pour
lui les ſuites. En peignant Mézerai , nous
avons dit ce que doit être un Hiftorien. Courage
, vérité , lumières : voilà ſa deviſe. S'il
en a une autre , iln'ira point à la Poftérité , & :
il n'obtiendra point la confiance des contemporains.
M. l'Abbé de Sauvigny n'a point ignoré.
que le règne de Henri III a exercé bien des
plumes depuis l'avènement de la Maiſon régnante.
La Race des Valois étant éteinte , celle
des Médicis ayant également fini , on n'a
point reſpecté leur mémoire. Ceux qui
avoient craint le courroux de leurs deſcen-,
dans ont eu la baffeffe d'entaſſer outrages fur
outrages. L'idole etoit renverſee. Il falloit
bien la traîner dans la fange. Aucun défenfeur
ne s'eſt élevé. D'ailleurs , c'étoit un contraſte
frappant que relevoit encore plus l'éelat
du règne de Henri IV. Ainſi les matériaux
ne manquent point à l'Écrivain. Jamais
peut- être les contemporains n'ont laiſſe à la
Poſtérité autant de monumens pour écrire
Phiſtoire d'un règne quelconque. On doit
donc exiger de celui qui entreprend cette
Hiftoire , une exactitude marquée , une con-
D vj
84 MERCURE
1
noiſſance profonde des Perſonnages , des événemens
& des cauſes , des détails enfin fur
les faits. La nouvelle Hiſtoire ne remplit
pas ces conditions. On n'y prend que des
notions infuffifantes ; on n'eſt jamais arrêté.
Que de matériaux l'Auteur auroit cependant
trouvés dans les manufcrits de Dupuy &
dans les Hiſtoires imprimées ! De combien
detraits il auroit éclairé fon Ouvrage ! Son
Hiſtoire auroit acquis ces formes qui ne permettent
plus au Lecteur d'avoir des doutes
fur la reſſemblance des portraits &des caractères
qu'on lui préfente.
Le ſtyle de M. l'Abbé de Sauvigny n'a pas
affez de couleur; il n'a pas le caractère propre
à le faire arriver au but qu'il s'eft propoſé.
Ce but eſt évidemment marqué dans ſonOuvrage,&
lui donne des droits à l'eſtime publique;
c'eſt de contribuer àjeter des lumières
ſur les grands intérêts qui , dans cette circonſtance,
occupent tous lesbonsCitoyens,&
àinfluer fur le bonheur que nous avons droit
d'en eſpérer.
DE FRANCE. 85
ÉPITRE à mon Poële, dédiée à mes Amis,
par M. l'Abbé de L***. Brochure in- 8°.
A Paris , chez les Marchands de Nou
veautés.
CETTE Brochure ne fixe l'attention ni par
un titre important, ni par ſon étendue. Mais
dès que les yeux en ontparcouru la première
page, on eft retenu par l'attrait d'un talent
vrai & aimable , qui ne tarde pas à ſe faire
remarquer ; & l'on s'apperçoit que ce n'eſt
pasunede ces futilités fi fort àla mode , qui
ſemblentn'afpirer à obtenir un regard que par
lafingularité de leurtitre.
Le Poëte, en s'adreſſant à ſon Poële , a
pour but de parler des plaiſirs qu'il goûte
avec ſes amisdans ſa retraite , &de ceux que
lui procurent les Poëtes anciens & modernes.
Huit vers de compliment adreſſés au Poêle
bienfaiteur , amènent cette tirade facile, harmonieuſe&
poétique :
Lorſque tyrans nouveaux de l'empire des airs ,
Lesvents ofent flétrir la riante parure
Denos champs désolés qu'ils changent endéſerts,
Et fatiguent nostoits par leur affreux murmure;
Quanddu pâle Phébus le diſque nébuleux
Sous des tapis de neige a voilé la Nature,
Etd'un blane monatone importune nos yeux :
Oqu'il eſt doux alors d'environner en groupe
Deton étroitcontour l'eſpace irrégulier ,
Oùleplus pareſſeux de la frileuſe traupe
86 MERCURE
1
Brû'e d'avoir un rang , fût- ce même au dernier!
Il gliffe adroitement une jambe timide ,
Et s'applaulit de voir qu'il n'eſt point épić ;
Avec ſa large main un autre plus avide
De ta chaude ſurface envahit la moitié ;
Celui-ci trop modeſte, & qui tout bas ſoupire
Du partage inégal qui le tient exilé,
Eft contents'il a pu , dans ſon coin reculé ,
T'effleurer de ſes doigts , qu'à l'inſtant il retire.
Celui-là, de ton tube affrontant la chaleur ,
Ofe le careffer d'une main familière ;
Un feu vengeur punit le jeune téméraire :
Sa grimace & fon geſte ont trahi ſa douleur.
C'eſt autour de ce Podle , & avec ſes amis ,
que le Poëte s'entretient ,& qu'il appelle les.
favoris du Parnaffe Grec, Latin & François ,
ce qui lui fournit l'occaſion de célébrer quelques
Auteurs vivans , & de leur rendre en
éloges les plaiſirs qu'ils lui ont donnés. Vient:
enſuite un repas très amical, avec des pommes
que le Poëte laiſſe cuire à fon four; repas
dont la deſcription eſt auſſi grie que poétique.
Quand ſes convives ſe ſont retirés , le
Poële charme alors la folitude du Poëte , qui
s'aſſoupit ſouvent, & qui revoit quelquefois
en rêve ſa patrie qu'il a quittée.
Oui , je crois habiter ton vallon enchanteur ,
O Limoux ! * je vois l'Aude & ſa rive fleurie;
*Limoux , patrie de l'Auteur.
DEFRANCE. 87.
J'embraſſe avec tranſport une mère attendrie.
Ah! le deſtin jaloux qui m'ôta mon bonheur ,
N'a pu môter du moins ma douce rêverie.
Opénates facrés ! ô toits de mes aïeux !
Quand renaîtront pour moi ces jours délicieux ,
Que j'ai vu s'écouler trop tôt pour ma tendreſſe !
De mes chaſtes plaiſirs qui me rendra l'ivre ſe ?
J'aimois , j'étois aimé , c'étoient là tous mes voeux;
Et j'avois épuiſé le ſecret d'être heureux.
Reçois de ma douleur l'expreſſion ſincère,
ma p'us tendre amie ! ô reſpectable mère !
Jete dois le tribut de mes juſtes regrets:
Rappeler mes pla ſirs , c'eſt nommer tes bienfaits,&c.
Il y a de la ſenſibilité dans cette tirade ; &
elle prouve que l'Auteur peut prendre plu-,
fieurs tons avec ſuccès. Peut- être n'eſt il pas
inutile de l'inviter à érte plus ſévère ſur le
choix de ſes rimes. Pleurer ne rime point
avec confoler, ni amufer avec intéreſſer , ni
admettre avec maitre , &c. L'exactitude de la
rime est néceſſaire à Pharmonie du vers François;
& elle coûte moins qu'on n'imagine ,
quand on a fu de bonne heure en contracter
l'habitude. 1
L!
:
88 MERCURE
1
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
Les repréſentations d'Hercule au Mont-
Era , qui ont ſuivi la première , ont été
mieux rendues , les caractères des perſonnages
ont été mieux ſaiſis , & le mérite de
l'Ouvrage, auquel on a fait quelques changemens
, a été plus généralement ſenti.
Sophocle & Sénèque ont traité ce ſujer.
Rotrou , qui avoit étudié les anciens , a fait
un Hercule mourant , dont voici la Fable
abrégée.
Hercule aime Iole. Lole aime Arcas. Déjanire
eſt jalouſe d'lole. Le Centaure Neffus
a remis en mourant àDéjanire unecornepleine
defonfang,& lui a dit, en parlant d'Herule:
Tache
Un de ſes vêtemens de ce ſang précieux ,
S'il eſt jamais bleffé d'autres que de tes yeux ;
Il aura la vertu de te rendre ſon âme ,
Etle fera brûter de ſa première flamme.
En conféquence Déjanire donne à Hercule
une chemise tachée de ce ſang Hercule ne
tarde pas a en éprouver le funeſte effer. Déjanire
, au déteſpoir , ſe tue. Hercule ap
DE FRANCE. 89
prend ſa mort & la cauſe de ſon crime : ilfe
rappelle alors qu'un Oracle lui a dit autrefois
Appui des Dieux & des humains ,
Victorieux Alcide ,
Un qui fera mortpar tes mains
Sera ton homicide.
Ilſedétermine à mourir; il dreſſe un bûcher ,
y monte, & l'allume lui-même , après avoir
ordonné à Philoctère d'immoler Arcas ſur
ſon tombeau. Philoctère eſt ſur le point de
conſommer le fatal ſacrifice ſous les yeux de
la miſérable Iole. Le tonnerre éclate , le ciel ;
s'ouvre ; Hercule deſcend dans une gloire, il
pardonne enDieu l'outrage qu'il vouloit venger
en homme ,& Iole épouſe Arcas.
Il paroît que cet Ouvrage eut beaucoup de
ſuccès en 1632. Le Dictionnaire Dramatique
en faitun très-grand éloge. Il y a en effet des
beautés dans le rôle d'Hercule ; mais le plus
ſouvent ce caractère eſt outré & giganteſque.
L'action d'ailleurs eſt double. Le Héros meurt
entre le 4º & le sº Acte , & le cinquième
eſt rempli par le péril que court Arcas. Ce
défaut étoit coinmun à preſque toutes les
Pièces du temps , & fert d'excuſe à Rotrou ,
qui fit repréfenter ſon Hercule quatre ans
avant le Cid.
e
En 1761 , M. Marmontel a fait jouer à
l'Opéra un Hercule mourant , dont nous allons
donner auffi une courte ana yle.
Déjanire , exilée de la Cour de ſon père ,
१० MERCURE
小
:
attend le retour d'Hercule, au pied du Mont-
Eta. Hylus , fon fils , annonce l'arrivée de
fon père. Hercule revient en effet ; il amène
avec lui une Princeſſe , ſa priſonnière , dont
fon fils eft amoureux. Mais l'amour du père
s'oppoſe au bonheur du fils . La jalouſe Déjanire
fait préſent à ſon époux d'une robe
reinte du ſang de Neffus. La robe fatale lui
fait éprouver les plus cruels tourmens. Il ſe
précipite dans les flammes d'un bûcher qu'il
afait dreffer; mais à l'inſtant où il va être
confumé , Jupiter deſcend environné de la
cour céleste. Le bûcher ſe change en un char
qui porte Hercule au rang des Dieux,
Cet Ouvrage n'eut qu'un foible ſuccès , &
l'on n'en ſera point ſurpris , fi l'on confidère
que le gente admiratif est très-déplacé ſur le
Théâtre de l'Opéra. Le rôle d'Hercule eſt
fier & noble , & l'Auteur a eu le bon eſprit
de ne point l'exagérer comme preſque tous
ceux qui l'avoient , avant lui , préſenté fur la
Scène.
Paſſons à l'analyſe de la Tragédie nouvelle.
: Déjanire attend Hercule ; dans ſon impatience
, eile ordonne à fon fils Hyllus d'aller
au- devant de lui.Bientôt on apprend qu'il revient
, & qu'il amène avec lui la Princeſſe
Iole , Iole, qu'Hyllus a vue à la Cour de fon
père, & dont il eſt épris. La jaloufie tourmenteDéjanire
, qui n'apprend qu'avec tranfportque
fon fils eft aimé,& qui ſe diſpoſe à
lui faire époufer la Princefle. Hercule paroîr;
il a purgé la terre des monftres qui l'infef
DE FRANCE. 24
toient ; il a puni le crime, vengé l'innocence;,
il a promis un facrifice à fon père, en conféquence
il veut qu'on élève un bûcher ſur le
Mont- ra; les Dieux feront connoître quelle .
eſt la victime qu'on y doit immoler. Hercule
eft amoureux d'Iole; mais il rougit de fon
amour , il en fait l'aveu à Hyllus , à qui il fe
propoſe de la céder. Hyllus lui avoue à fon:
tour qu'il aime & qu'il eſt aimé. Un fentiment
jaloux trouble le coeur du Héros , dont
l'orgueil s'indigne de ce qu'on a penſé à difpoſer
de ſa captive fans fon aveu. Déjanite
fait préſent à Hercule d'une ceinture trempée
dans le fang de Neffus. Le poifon qu'elle
renferme ſe communique & déchire les entrailles
du Héros , qui appelle en vain les
Dieux à ſon ſecours. Déjanire meurt dans le
déſeſpoir; Hyllus, ſon fils, porte àHercule
ſon repentir,fes dernières paroles , & lui explique
l'erreur cruelle qui a caufé fon crime.
Neſſus l'a trompée en mourant.Ace mot le,
Héros retrouve ſa ſérénité; un Oracle lui a
prédit qu'aucun homme vivant ne cauferoit
la mort: fon heure est arrivée. Il fait affembler
fon peuple ; diſpoſe d'Iole en faveur,
d'Hyllus , de ſes flèches en faveur de Philoc-;
tère; allume le bûcher , s'annonce pour la
victime que les Dieux attendent , s'élance au
milieu des flammes , du ſein deſquelles s'élève
un char qui le porte triomphant dans
P'Olympe.
Cette Tragédie peut faire honneur à
fon Auteur dans l'eſprit du petit nombre
92 MERCURE
de connoiffeurs capables d'apprécier la
difficulté d'en traiter le ſujetd une manière
intéreſſante; mais nous necroyons pas qu'elle
obtienne un grand ſuccès au Théâtre. Dans
les premiers jours du Théâtre François , on
pouvoit ſuivre , avec une certaine curiofité ,
le developpement des caractères de ces Hé
ros imaginaires , dont la Mythologie nous a
tranfimis la tradition. Aujourd'hui , on demande
des caractères vrais , des Perſonnages
réels , des Héros qui tiennent davantage à
Thumanité : on veut enfin que les Auteurs
Dramatiques préſentent l'homine àl'homme.
Tout plaît aux eſprits neufs , mais pour plaire
aux elprits exercés dès long - remps , à des
eſprits raiſalliés peut-être par une ſucceſſion
d'excellensOuvrages, il fautdes refforts neufs,
des moyens qui ſachent à la fois plaire&intéreffer
,& qui attaquent plutôt l'âme que l'admiration
. L'Auteur d'Herculenousparoîtdoué
du talent néceſſaire pour traiterdes ſujets du
genredont nous venons de parler : il adonné
àſon Hérosun caractère intéreſlant & noble;
il l'a placé dans des ſituations , où la foibleſſe
attachée aux paſſions , le rend auſſi atrachant
que fier ; il lui a donné une teinte
de Philofophie qui contraſte très -bien avec
les torts que lui donne ſon coeur tendre &
fon caractère emporté. Le ſtyle de l'Ouvrage
ade la fermeré , de la nobleſſe ; ony remarque
des idées grandes & belles , rendues avec
autant de clarté que de correction . Il ne
manque fans doute à cette Tragédie , dont la
DE FRANCE.
93
marche n'eſt pas bien rapide , d'autre raiſon
de ſuccès que celle d'un fonds raoins connu ,
& plus fufceptible de conterver , pendant
tout le cours de fon action , cet intérêt de
curiofité , un des plus sûrs moyens de fixer
l'attention , & de ſe ſaiſir de l'ame comme de
l'eſprit des Spectateurs.
Au Numéro prochain , les articles de la
Comédie Italienne & celui de l'Ecole des
Pères , Comédie en cinq Actes , jouée avec
ſuccès à la Comédie Françoiſe le premier de
ce mois.
ANNONCES ET NOTICES.
LETTRES fur le defir deplaire, fuivies de ce que
c'est que l'occaſion , Conte Moral, par l'Auteur des
Erreurs d'une jo'ie Femme , in-8°. de 102 pages.
Prix, I liv. 16 fols. A Paris, chez Hardouin &
Gattey, Libraires , au Palais Royal .
Le Roman des Erreurs d'une jolie Femme a
joui d'un ſuccès mérité , & c'eſt un préjugé en fa-
*veur des Lettres & du Conte qu'on annonce comme
ſortis de la même plume. Le ſujet de ces Lettres eſt
un peu vague; c'eſt la peinture d'une femme ſans
ceffe occupée du projet de plaire à tout le monde ;
ma's ce cadre ſert à offrir une galerie de portraits
dont pluſieurs prouvent que l'Auteur a le talent
d'obſerver. Le Conte qui termine cette Brochure
eſt une idée heureuſe; mais le genre ne nous per
met pas d'en offrir l'analyſe, quoique ce ſoit un
ConteMora's
94
MERCURE
%
CHOIX Méthodique de Livres fur l'Éducation
propre aux deux Sexes depuis le premier age dans
tous les états , fuivi d'une Notice de Livres Elé
mentaires & Claſſiques qui peuvent être mis dans les
mains desjeunes Gens. A Paris , chez Royez , Libraire
, quai des Auguftins , à la defcente du Pont-
Neuf.
On s'ett propoſé de raſſembler un corps de Livres
utiles à l'Éducation , & dont quelques - uns , malgré
leur mérite , étoient oubliés ou négligés , ou trop
peu répandus.On les a diftribués dans cette Notice
ſous des diviſions qui ſutfiſent pour indiquer l'ordre
dans lequel on peut s'en fervir, 1
Le même Libraire a arrangé fes Bibliothèques en
miniatures pour renfermer un choix de ces Livres ,
& former des prix d'encouragement. Ces boëtes fermant
à c'ef confervent propres leurs Livres , & les
empêchent de s'égarer.
TROIS Estampes du Chevalier Strange , Graveur
duRoi,& premier Graveur de Sa Majefté Britannique,
l'une repréſentant l'Apotheose de deux jeunes
Princes, fi's du Roi d'Angleterre , peintes par Weft;
les autres deux Portraits faiſant pendans , de Raphaël
, peints par lui-même , & de Sapho , par Carlo
Doici . (Les trois originaux ſout à Florence, dans les
PalaisAltoviſi & Corfini ).
Ces trois Eſtampes ſoutiennent la réputation de
leur Auteur, & c'eſt en faire un grand éloge. Il a fu
varier ſa manière dans ces differens fujets. L'Apothéoſe
, par la douceur de l'expreſſion , préſente , pour
ainſi dire , un calme céleste qui parle à l'ame.
ESTAMPE gravée d'après le Tableau original de
Carlo Cignani , par Maffard , Graveur du Roi , en
fon Académic Royale de Peinture & Sculpture. A
Paris , chez l'Auteur,s rue & porte Saint Jacques ,
12. 122.
DE
FRANCE .
Cette belle Estampe eft digue des autres Ouvrages 95
qui ont fait connoître le talent diftingué de M. Maffard.
Elle ne peut qu'obtenir le ſuftrage univerſel
des
Connoiffeurs .
HISTOIRE du Charbon de terre & de la Tourbe ,
Suivie de la Méthode d'épurer ces deux combustibles,
& d'en employer avec utilité & avantage les différens
produits , par M. Pfeiffer , ancien Conteiller
intime de S. M. Praffienne , & Profeſſeur de l'Univerſité
de Mayence , Ouvrage traduit de l'Allemand ,
un Volume in- 12 . A Paris , chez P. Delormel , Inprimeur
- Libraire , rue
Bailly , Libraire , rue Saint Honoré, près la Bar- du Foin-Saint- Jacques ;
rière des Sergens , & Defenne , Libraire, au Palais
Royal.
Cet Ouvrage d'un Auteur dont le nom inſpire la
confiance, & que la difette de bois rend plus que
¡ mais néceſſaire , tire un nouveau degré d'utiliré
de la feconde Partie, où l'on enfeigne les
moyens d'épurer deux
combustibles qui peuvent
ainſi devenir précieux. 44
Le Répertoire amusant, Étrennes dédiées aux
Gens de goût , contenant un Choix de
Morceaux
de Poésie desChanſons , des Contes , des Énigmes ,
des Anecdotes , &c. , année 1787 , in - 16 . A Londres;
& fe trouve à Paris, chez Fournier , Libraire,
ru da Hurevoix, quai des Auguſtons.
Ce Recueil paroit
annuellement ; il s'y trouve
quelquefois des. Pièces qui ne ſé trouvent point
ailleurs, parmi d'autres qui ne devroient ſe trouver
nulle part.
EDITE à Colorne, Opéra en troisActes, repré
ferté à Verſailles le 4 Janvier 1786 , & au Théâtre
de l'Académie Royale de Muſique le premier Fé96
MERCURE
vrier 1787, mis en Muſique par A. SACCHINI , avec
cette Épigraphe :
... Sitôt que d'un traitde ſes fatales mains
La Parque l'eût ravi du nombre des humains,
On reconnut le prix de ſa Muſe éclipſée.
Se vond à Paris, dans la maiſon où est décédé l'Auteur,
chez le ſieur Soldato, rue de Richelieu ,
nº. 15. Prix , 24 liv.
Il eſt inutile de rappeler le mérite afſſez connu de
cet Ouvrage, qui a eu le ſuccès le plus éclatant. Il
fuffitde dire que cette Partition ſe vend au profit de
la famille de l'Auteur , famille qu'une ſuite d'infortunes
arendu pauvre , & qui ne ſe ſoutenoit que
par ſes bienfaits. Il eſt doux en ſe procurart ure
jou'ſſance pareille à celle qu'on doit attendre de
cetteMuſique de ſonger qu'on fait en même - temps
une bonne actior .
AMA Femme ,
TABLE.
49 Virginie, 69
Romance , 51 Histoired'Henri III, Roi'de
Cherade, Enigme & Logo France, επ
gryphe, 53 Epltre à mon Poële , $5
Discours fur l'origine des Mu Comédie Françoise , $8
nicipalités , $5 Annonces & Notices,
Suite des Observationsſurla
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'ai lu, par ordrede Mgr. le Garde-des-Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 9 Juin 1987. Je n'y
si rien trouvé qui puiffe ca empêcher l'impreffion. A
Paris, le 8 Juin 1987. RAU.LIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES :
ALLEMAGNE
De Hambourg , le 21 Mai.
MAlgré l'affectarion de quelques Feuilles
publiques à repréſenter , depuis quelques
mois , les affaires de laPorte enEgypte,
comme ruinées fans retour , le Capitan-
Pacha , comme fugisif , enfermé, tué , & c
ſes ſuccès décififs ne font plus douteux , &
l'on peut regarder l'Egypte comme reconquife
fur les Beys. Cette importante révolution
eſt confirmée par des lettres authentiquesde
Conftantinople ,en date du 25 Avril,
&qui diſent :
«Des Tartares expédiés par le Capitan
>> Pacha , ont apporté la nouvelle d'une der-
> niere bataille qui a été déciſive. Les troupes
N°. 23 , 9 Juin 1787. C
( 50 )
des Rebelles ont été entierement détruites ;
plufieurs des Bess ont été tués ; Murath &
» Ibrahim , après avoir perdu tous leurs équi-
>>>pages & leurs tréſors , ont été forcés de ſe
>jetter dans les montagnes qui ſéparent le Nil
>>>de la Mer rouge , & dont on prétend en
Egypte , que jamais aucun fugitif n'eſt re-
>>>venu , parce qu'ils y périſſent faute de fubſiſtances
, ou font maſſacrés par les Ara'es
qui habitent quelques districts de catre ſtérile
>contrée. Le Capitan Pacha alloit s'embarquer
lorſqu'il a fait partir ſes Couriers . Sui-
>> vant toure apparence , il ne tardera pas à
> arriver ici avec les tréſors conſidérables qu'il
a recueillis.
>> L'Envoyé de Ruſſie auprès de cet Empire
> a mis à la voile avant hier , & l'Internonce
>> Impérial , le 18 de ce mois , pour Cherſon 1 .
>>L'arrivée prochaine de l'Impératrice de
>>>Ruffie & de l'Empereur Joſeph II , dit
>>>une lettre de Cherſon , met ici tout en
>> mouvement. Il ne ſe paſe pas de jour
>> qu'il n'arrive des troupes Ruſſes , foit
>> pour renforcer la garniſon de cette ville ,
>> foit pour former un corps d'ob'ervation
>>> du côté d'Oczakofoù les troupes Muful-
>> manes ſont en grand nombre. Ces pré-
>> paratifs ne font point hoftiles , mais commandés
feulement par la prudence. »
Pendant l'année 1786 on a compté à Pétersbourg
6137 naiſlances , dont 3227 garçons
, & 2910 filles ; 7738 morts , dont
$981 hommes , 1757 perſonnes du fexe , &
$508 mariages,
i
: S'il n'y a point d'erreur dans les chiffres ,
ondoit être ſurpris de la grande diſproportion
de la mortalité deshommes à celle des
temmes, & il ſeroit intéreſſant d'en rechercher
la cauſe.
De Berlin , le 19 Mai.
La grande revue dans cette Capitale eſt
fixée aux 21 , 22 & 23 de ce mois. Le 25 ,
le Roi ſe rendra à Magdebourg ; S. M. reviendra
à Berlin le 29 , & le 1 Juin elle ira
dans la Pomeranie&la Pruſſe.
S. M. voulant obvier aux abus que les
ſuites des Ambaſladeurs & Miniſtres étrangeas
occa'ionnoient ici , eny introduiſant ,
ſous le prétexte de franchiſe , des objets de
contrebande , vient de donner un réglement
détaillé à ce ſujet. Le Miniſtre des affaires
étrangeres a fait remettre à tous les
Ambaſſadeurs , Miniſtres & Envoiés des
Puiffances étrangeres , une note à ce ſujet ,
accompagnée d'une liſte très-étendue des
effets prohibés dans le royaume, pour qu'à
l'avenir leurs fuires & domeſtiques aient à
s'y conformer , fous peine d'être compris
dans le nombre de ceux qui font la contrebande.
Voici le contenu de cette note
Le Roi ayant trouvé convenable , à l'exemple
de la plupart des autres Cours de l'Europe , de
déterminer d'une maniere préciſe , & propre à
obvier pour l'avenir à toutes difficultés , les
franchiſes accordées à la premiere entrée des effets
C2
( 52 )
deMrs. les Miniſtres étrangers, réſidens, chargés
d'affaires , accrédités à la Cour de Sa Majesté ,
nous avons l'honneur , Mrs. , de vous envoyer
ci- joint pour votre information , & pour la di
rection future de Mrs. vos Succeſſeurs , le Réglement
qui ſera ſuivi dorénavant à cet égard ,
avec la note des marchandises , dont l'importation
eſt prohibée dans les Etats de Sa Majeſté.
Berlin le 29 Avril 1787.
Le 13 , la Colonie des réfugiés Proteftans
de Bohême , qui s'établit ici en 1732 ,
a têté un Jubilé de so ans , en mémoire
du premier ſervice divin qu'elle a célébré
dans l'Egliſe quele Roi Frédéric Guillaume I
leur fir batir , & à laquelle il avoit nommé
deux Miniſtres , qui depuis cette époque ,
ſont paiés de la Caiſſe royale.
: Il a paru ici dans la Librairie de Voſſune
relationdu ſéjour du Comte de Cagliostro à
Mittau , en 1779 , &de ſes opérations
magiques dans cette ville , par Madame de
Recke, née Comteſſe de Medem & foeur de
la Ducheſſe de Courlande. Cet écrit piquant
& authentique est très recherché.
De Vienne , le 20 Mai.
L'Empereur a effectivement viſité le cours
du Nieſter , & a jugé peu favorablement le
projet formé de le rendre navigable; projet
dont il ne ſera plus queſtion. S. M. eſt revenue
le 3 à Lemberg , d'où elle eſt part e le 6
pour Cherfon ; elle compte y arriver en fix
ou fept jours.
( 53 )
Lesdifférends des Archevêques de l'Em
pire avec le S. Siege atront des ſuites plus
ſerieuſes qu'on ne croyoit ; & elles ne finiront
pas fans une révolution totale dans la
Hiérarchie eccléſiaſtique.Cependant les évêques
ne ſont pas tous d'accord avec leurs
Métropol tans , & pluſieurs paroiſſent vou-
Joir faire cauſe commune avec la Cour de
Rome. Celui de Spire entr'autres doit avoir
écrit depuis quelque temps à l'Empereur ,
pour ſe plaindre des arrangemens pris au
Congrès d'Ems , tenu ſans la convocation
&l'intervention des Evêques. Il prie S. M.
de ne point confirmer les réſolutions qui y
ont été arrêtées , avant que les Evêques n'y
aient donné leur avis & leur conſentement.
L'Empereur a répondu que les projets
des Archevêques lui étoient agréables & lui
paroiffoient conformes tant au bien être de
la raiſon , & à la diſcipline de la primitive
Eglie , qu'à la conſtitution de l'Empire &
aux privileges de ſes Membres; qu'il eſpé
roit en conféquence que les Evêques & autres
Princes , tant laïcs qu'eccléſiaſtiques , de
l'Empire y accédero'ent : qu'il lui recommandoit
en particulier de coopérer l'un des
premiers à cebut falutaire , après en avor
concerté avec les Métropolitains & les autres
fuffragans .
Un Décret de l'Empereur , du 12 Avril
défend, ſous peine de mille ducats d'amende,
ou d'un emprisonnement de 6 mois ,
C3
( 54 )
aux accoucheurs ou ſages femmes , d'adminiſtrer
le baptême aux enfans des Juifs ,
contre le gré des peres & meres , auxquels ,
ajoute S. M. , appartiennent leurs enfans
en pleine propriété , & qui pour cette raiſon
, ont ſeuls le droit d'admettre ou de
refuſer le baptême.
S. M. a rencontré dans le cercle de Sambor
un payſan qui cultive les arbres fruitiers
avec autant d'intelligence que de ſuccès.
Satisfaite de l'induſtrie de cet utile cultivateur
, elle a daigné le récompenfer par
une médaille d'or qu'elle a attaché elle-même
à ſon habit.
Le Chevalier Keith , Miniſtre Britannique
auprès de notre Cour , a eu une longue
conférence avec le Prince de Kaunitz , qui ,
à l'iſſue , a expédié un courrier à S. M. On
préſume que cet entretien étoit relatif au
Traité projetté d'alliance & de commerce
entre les deux nations.
On prétend que Mahmud Pacha , déclaré
rébelle par la Porte Ottomanne , eſt ſoutenu
par quelque Puiſſance Européenne Son
armée , à ce qu'on dit , forte de près de
80,000 hommes , eſt répartie en Cavalerie,
Infanterie & Artillerie , & exércée continuellement.
Il a établi auſſi des bas Officiers , &
donné à chaque diviſion des tambours , des
fires & des Muſiciens. La diſcipline qu'il
fait obſerver à ſes troupes eſt exacte ; il pazoît
être aimé de fon armée , à laquelle il
( 55 )
fait diftribuer avec exactitude le pain & la
paie.
De Francfort , le 24 Mai.
Le Duc de Brunswick a réſolu l'aboli
tion de toutes les Loteries dans ſes Etats .
Il eſt entré dans Aix la Chapelle 408
hommesdes troupes Palatines , des garni
fons de Duffeldorf & Juliers , pour y main
tenir l'ordre & la tranquillité publique.
Suivant quelques Feuilles Allemandes
les revenus que tire le Stathouder de ſes
poſſeſſions en Allemagne, confiftent rº. en
116,921 flor. de la Principauté de Naſſau-
Dillenbourg ; 2 °. en 118,391 flor. de celle
de Siegen ; 3 °. en 84,091 flor. de celle de
Dietz; 4°. en 53,280 flor. de celle de Hadamar;
50.6200 du Comté de Spiegelberg
; en 18,333 flor. des fonderies & forges,
& 63.222 flor. d'autres petits revenus
desquatre Principautés.C'eſt entout403,639
flor. Le contingent que le Prince paie à
l'Empire & aux Cercles monte à 1781 flor. ,
&la dépenſe annuelle à 289,016 flor .
ESPAGNE.
De Madrid, le 12 Mai.
On écrit de Cadix que l'eſcadre d'évolutions
, aux ordres de M. de Langara , eft
fortie de ce port , le 16 du mois paſſé : elle
aura dû rencontrer celle du Ferrol, qui étoit
)
C4
( 56 )
enmerdepuis le9. Cetteefcadre doit croifer
40 jours , ſans toucher à aucun port.
Quoique la Cour n'ait pas lieu d'être
contente de tout ce qui vient de ſe paſſer à
Alger , pendant le ſéjour qu'y a fait le
Comte d'Expilly , S. M. a bien voulu , fur
lademande faite par le Dey, ordonner qu'il
ſeroit frappé dans ſes Hôtels des Monnoies
pour fix millions de piaſtres en differentes
monnoies , depuis la piaſtre juſqu'au demi
réal , aux armes de la Régence , à la charge
par le Dey de fournir les matieres , & de
payer tous les frais de fabrication.
On mande de Cadix , qu'en conféquence
des ordres du Roi , on y travaille jour &
nuit à équipper 3 vaiſſeaux & 8 frégates qui
doivent partir pour l'Amérique avec le
S. Julien. Celui ci eſt toujours deſtiné pour
le Mexique où il doittranſporter le nouveau
Viceroi. Deux des autres le ſont pour Buenos
-Aires , & le reſte pour le détroit de
Magellan. Cet armement ſi précipité eſt occaſionné
, dit-on , par une ſuite de nouvelles
que la Cour a reçues depuis trois mois ſur
certains événemens qui ſe paſſent dans ces
contrées.
L'épouſe d'un Brigadier des armées avoit
été accuſée d'avoir tenté d'empo ſonner fon
mari dans du chocolat ; ſur les premieres
préſomptions cette dame & s de ſes domeftiques
furent arrêtés. D'après la procédure ,
S. M. a ordonné que le mari paſſe à Valen
1377
ce, &que la femme reſte au couvent de
Pinto. Si dans un an , ſon mari meurt , elle
aura la tête tranchée ; dans le cas contraire ,
l'un & l'autre auront la liberté de ſe réunir.
Les dernieres lettres d'Alger , du 26
Avril ont déterminé S. M. à ordonner une
quarantaine rigoureuſe de so jours à tout
bâtiment venant de cette côte , avec défenſe
de débarquer aucune marchandiſe. Le
22 il étoit mort à Alger en 24 heures onze
Chrétiens , 27 Juifs , 184 Maures. En Janvier
dernier la peſte y a enlevé 335 perſonnes
; en Février 557; en Mars 1534& en
Avril 3721 , en tout 6147.
GRANDE - BRETAGNE
De Londres, le 29 Mai.
M. Pitt dépoſa le 23 ſur le bureau de la
Chambre des Communes , l'état des revenus&
des dépenſes du Prince de Galles ,
pendant les trois années de ſon établiſſement;
état dont il réſulte que , durant cet
intervalle , la dépenſe du Prince a excédé la
recette de 161,110 liv. ſteri. Le lendemain,
la Chambre vota unanimement une Adreſſe
en réponſe au meſſage de S. M. « Nous ap
>> prenons avec la plus vive ſatisfact on , y
diſent les Communes , que le Prince
>> donné à Sa Majeſté les plus fortes affic-
>>>rances de fon attention à balancer à la
১০ a
( 58 )'
>>venir ſes dépenſes ſur ſes revenus , &qu'il
>>>a établi des réglemens dans ſa maiſon
>>>propres à convaincre S. M. de l'exécution
>>>rigoureuſe du plan adopté par S. A. R. »
Les Communes prient en même tems S. M.
d'avancer , ſur la liſte civile , la ſomme de
161,000 liv. ſterl. pour acquitter les dettes
du Prince , & celle de 20,000 liv. ft. pour
achever les travaux du palais de Carleton;
ſommes que la Chambre s'engage à rembourſer
à S. M. Trois jours avant, le Prince
s'étoit rendu au palais de Bukingham , fur
l'invitation du Roi qui eut avec lui uns
conférence de trois heures , & qui le préſenta
enſuite à la Reine & aux Princeſſes.
Après cette entrevue qu'on aſſure avoir été
touchante , S. A. R. a repris tous les Officiers
de ſa maiſon , & cet heureux rapprochement
de la Famille Royale a été célébré
par des illuminations multipliées dans la
Capitale.
Ces jours derniers , le Roi a paſſé en ro
vue ſes différens régimens des Gardes à pied
&à cheval , ainſi que pluſieurs régimens de
Dragons.
Le Chevalier James Harris, Ambaſſadeur
auprès des Erats-Généraux , eſt arrivé ici le
22. Il a eu le lendemain une conférence
très-longue avec S. M. ainſi qu'avec le Miniſtre;
audiences qui ont occaſionné un
Conſeil extraordinaire des Miniſtres , tenu
le 25 & le 26 chez le Marquis de Camar
( 59 )
then , au ſujet des troubles actuels de la
Hollande.
Le Commodore Jonfthone, gagna le 22 à
laChambre Haute fon procès avec le Ca
pitaine Sutton , qu'il avoit démonté après
la journée de Porto- Praya , & qui le pourſuivoit
en dommages & intérêts. Le Commodore
n'a ſurvécu que deux jours à ſa victoire
; il eſt mort Jeudi dernier aux bains
de Bristol , d'une maladie cancereuſe trèscruelle
, & dont il a foutenu les douleurs &
la fin avec la plus grande fermeté.
Les nouveaux réglemens pour le commerce
avec la France , ont été mis en vigueur
en Irlande le 14 de ce mois , c'est-àdire
, quatre jours plus tard qu'en Angleterre.
La Cour d'Eſpagne vient , dit-on , de
régler que les toiles d'Irlande ſeroient reçues
dans les ports Eſpagnols ſur le pied établi,
pour les nations les plus favoriſées.
Le Phanix , vaiſſeau de la Compagnie
des Indes , qui vient d'arriver à Deptford ,
aapporté environ 150 moutons du Cap de
Bonne-Eſpérance , & 3 vaches du Bengale.
Il a auſſi à bord un ſuperbe étalon Arabe ,
de couleur grife. Ce cheval a déjà couté
dit- on , y compris l'achat , la nourriture&
le paſſage, 1510 liv. ſterl .
FRANCE.
De Versailles , le 2 Juin.
Le Comte de la Mote Baracé , le Comte de
C6
( 60 )
Suſſey de Mélay , le Comte d'Aiguirande , le
Marquis de Senonnes , le Chevalier du Piefis de
Grénedan , & le Commandeur de Ferrette , qui
avoient eu l'honneur d'être préſentés au Roi , oης
cu , le 24 Mai , celui de monter dans les voitures
de S. M. &de la ſuivre à la chaſſe.
Le 27 du même mois , jour de la Pentecôte,
les Chevaliers - Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Eſprit s'étant aſſemblés , vers
les onze heures&demie du matin , dans le grand
Cabinet du Roi , Sa Majesté , devant laquelle marchoient
deux Maffiers de la Chambre , portant
leurs maſſes , fortit de ſon appartement pour ſe
rendre à la Chapelle , précédée de Monfieur , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Son Alteffe
Royale Monſeigneur le Duc d Angoulême , vêtu
enhabit deNovice, du Duc d'Orléans, du Prince
de Condé , du, Duc de Bourbon , du Prince de
Conty, duDucde Penthièvre, &des Chevaliers-
Commandeurs & Offiiers de l'Ordre du Saint-
Eſprit. Le Roi , après la Grand - Meſſe , chantée
par ſa Muſique & célébrée par l'Evêque d'Autun,
Prélat-Commandeur de l'Ordre , monta ſur fon
trône , & reçut Chevalier de l'Ordre du Saint-
Eſprit , Son Alteſſe Royale Monseigneur le Duc
d'Angoulême. Sa Majesté fut enſuite reconduite
àſonappartement , en obſervant l'ordre dans lequel
elle en étoit fortie. La Reine , Madame &
Madame Elifabeth de France aſſiſterent ,dans une
des Tribunes , à la Grand -Meffe à laquelle la
Comteffede Sérent fit la quête.
L'après midi , le Roi & la Famille Royale ,
après avoir entendu le Sermon ; prononcé par
'Abbé du Serre Figon , aſſiſterens aux Vepres
chantées par laMuſique de Sa Majesté , & auxquelles
l'Abbé de Ganderatz , Chapelain de la
Grande-Chapelle , officia.
( 61 )
Ce jour , Leurs Majestés Couperent à leur grand
couvert ; pendant le repas , la Muſique du Roi
exécuta différens morceaux ſous la conduite du
fheur Girouſt , Surintendant de la Muſique de Sa
Majeſté.
Le même jour , la Vicomteſſe du Hautier a eu
P'honneur d'etre préſentée à Leurs Majeſtés & à
la Famille Royale , par la Marquiſe de Tourdonnet.
Le ſieur Soulés , Auteur de l'Histoire des troubles
de l'Amérique Angloiſe , a eu l'honneur de
préſenter au Roi le 4e.volume de cet Ouvrage ,
contenant les cartes ( r) .
De Paris , le 6 Juin.
Arrêt de la Cour des Monnoies , du 21
Avril 1787 , portant Réglement général
pour le Commerce des matieres & marchandises
d'or & d'argent.
Ordonnance du Roi , du 1. Mai 1787 ,
pour attacher aux neuf Eſcadres établies par
f'Ordonnance du 1. Janvier 1786 , les Entretenus
de la Marine deſtinés pour la Mer.
Fin des Discours prononcés dans l'Assemblée
des Notables.
Discours de M. D B BRIENNE , Archevêque de
Toulouse , Chefdu Conseil Royal des Finances.
MESSIEURS , le Roi m'a ordonné de remettre
(1 ) Il se trouve à Paris , chez l Aureur , rue des
Mauvaises-Paroles n°.6 , & Buiſſon , rue des
Poirevias. Prix des 4 vol. 16 liv. broc. & 18 , port
frane, par la Pofte.
( 62 )
enpeude mots fous vosyeux, le réſultat de vos
délibérations , & le précis des réſolutions que Sa
Majeſté a formées en conféquence. L'Affemblée
yverra le bien auquel eile a concouru , & celui
que le Roi prépare : elle y remarquera fur-tout
la fatisfaction & la confiance de Sa Majesté , juſte
récompenſe de votre zele pour ſon ſervice , & le
bien de l'Etat .
Les troubles & les diffenfions , ſuite ordinaire
des guerres civiles , & que le regne glorieux de
Henri IV n'avoit pu entierement éteindre ,
avoient obligé Louis XIII à ramener à ſon Conſeil
, l'adminiſtration directe des moindres détails
. Tout alors dut être ſoumis immédiatement
à l'autorité , pour qu'elle pût reprendre ſes
droits , & elle dut avoir d'autant plus d'action ,
qu'elle avoit eu moins d'influence. Le Roi n'a
pas cru qu'un régime dicté par les circonstances ,
dut fubfifter lorſque ces circonstances n'exiftoient
plus. Il a ſenti que plus l'autorité avoit
de force , plus elle pouvoit avoir de confiance ,
&que ce ne ſeroit pas l'affoiblir , mais l'éclairer
& mêmela rendre plus active , que de remettre
à des aſſemblées provinciales , une partie de
l'adminiſtration .
Sa Majeſté s'eft en conféquence déterminée à
en établir dans toutes les provinces de fon
Royaume où il n'y auroit pas d'Erats particuliers
, & Elle a cru devoir vous confulter ſur la
formation & la compoſition de ces aſſemblées.
Sa Majeſté a vu avec ſatisfaction , & les peuples
verront avec reconnoiſſance , qu'aucun ſentiment
, aucun préjugé perſonnel , n'ont influé
dans vos délibérations, Vous avez penſé que la
nation étoitune , & que tousles ordres , tous les
corps, toutes les aſſociations particulieres dont
elle étoit compoſée, ne pouvoit avoir d'autres
( 63 )
intérêts que les fiens.Vous avez , en confe
quence , abjuré toute diſtinction , lorſqu'il feroit
queſtion de contribuer aux charges publiques;
la liberté civile , étendue à tous les Etats ,
n'admet plus ces taxes particulieres , veſtiges
malheureux de la fervitude dont elles ont été la
compenfation. Le gouvernement mieux ordonné
, rejette en conféquence toutes ces exemptions
pécuniaires qui ont été la fuite de ces ta
xes , & il n'eſt plus permis de penfer que celui
qui recueille moins doive payer davantage.
Unis , affimilés par une antique aſſociation, les
deux premiers Ordres en ont refferré les liens
fans jalouffe ni rivalité ; & lorſqu'ils ont réclamé
des formes & des privileges , l'opinion des députés
des villes qui s'eſt jointe à leurs instances , a
bien fait voirque l'amour du bien public avoit
ſeul dité leurs réclamations.
Le Roi eſt bien éloigné , Meſſieurs , de vouloirdonner
atteinte à ces formes & à ces privileges.
Il fait qu'il y a dans une Monarchie des
diftinctions qu'il eſt important de conſerver ;
que l'égalité abſolue ne convient qu'aux Etats
purement républicains ou deſpotiques; qu'une
égale contribution ne ſuppoſe pas la confufion
des rangs &des conditions ; que les formes anciennes
font Ja ſauve-garde de la conſtitution
& que leur ombre mémé doit être ménagée ,
lorſqu'elles font obligées de céder à l'utilité gé
nérale.
,
C'eſtd'aprèsces principes que feront établies
les Affemblées Provinciales. Les deux premiers
Ordres y auront la préſidence & la préféance
dont ils ont toujours joui dans les Affemblées
Nationales ; & cette prérogative ne peut leur
être précieuſe qu'autant qu'elle tourne à l'avantage
des peuples. Cen'eſt pasune vaine égalité
(64 )
démentie à chaque inſtant pardes beſoins toujours
renaiſſans , que le peuple a întérêt de réclamer;
c'eſtdu ſecours & de l'appui que ſa foibleſſe
invoque ; & c'eſt dans le Cergé & la Nobleffe
qu'il peut & doit les trouver. Ces tems
malheureux, pendant leſquels les Nobles étoient
les fleaux des campagnes , n'exiſtent plus . Leur
préſence en éloigne l'oppreffion& la mifere; &
dès qu'une fois il eſt convenu que la contribution
doit être égale& également répartie, l'élévation
des Grands n'eſt plus qu'un moyen de défendre
le foible , de foulager ſes peines , & d'aſſurer
l'accés de ſes réclamations.
Puiſqu'un ſeul & même intérêt doit animer
les trois Ordres , on pourrot croire que chacun
devroit avoir un égal nombre de repréſentans.
Les deux premiers ont préféré d'être confondus
& réunis; & par-là le Tiers-Etat , aſſuré
de réunir àlui ſeul autant de voix que le Clergé
& la Nobleffe enſemble , ne craindra jamais
qu'aucun intérêt particulier n'en égare les ſuffrages.
Il eſt juſte d'ailleurs que cette portiondes
fujets de Sa Majeſté , ſi nombreuſe , ſi intéreſſante
, & fi digne de ſa protection , reçoive au
moins , par le nombre des voix , une compenfation
de l'influence que donnent néceſſairement
la richeſſe , les dignités & la naiſſance .
En ſuivant les même vues , le Roi ordonnera
que les fuffrages ne ſoient pas recueillis par
ordre , mais par tête. La pluralité des opinions
des Ordres ne repréſente pas toujours cette pluralité
réelle , qui ſeule exprime véritablement le
voeu d'une Aſſemblée.
Excepté la premiere convocation , perſonne
ne fera partie des Aſſemblées Provinciales qu'il
n'ait été élu ; & fi Sa Majesté ſe réſerve d'approuver
le choix qui aura été fait du Président ,
( 65 )
ce choix ne pourra jamais tomber que fur un
Membre de l'Aſſemblée , & qui en aura réuni
les fuffrages.
La forme des élections , celle des aſſemblées
fubordonnées à l'aſſemblée générale , tout ce
qui concerne les unes & les autres , ſera déterminé
d'après ces premieres baſes , & aufli d'après
les circonstances locales auxquelles Sa Majesté ſe
propoſe d'avoir égard. L'uniformité des principes
n'entraine pas toujours l'uniformité des
moyens , & le Roi ne regardera pas comme indignesde
fon attention , les ménagemens que
peuvent exiger des coutumes & desulages auxquels
il eſt poſſible que les peuples de certaines
Provinces attachent leur bonheur.
L'activité des Aſſemblées Provinciales ſera
déterminée de maniere qu'elle puiſſe procurer
tous les avantages pour lesquels elles sont établies.
Le Roi eſt bien perfuadé que des Aſſemblées
qui lui devront leur exiſtence , en ſentiront
aſſez le prix , pour ne pas s'expofer à la
perdre en abuſant de ſa confiance; & le pou- voir néceſſaire pour l'exécution ſe concilie facilement
avec l'intervention indiſpenſable de l'autorité
, & la furveillancede ceux qui font chargésde
ſes ordres.
Le Roi commencera par ſuivre à cet égard ,
les réglemens dont l'expérience a confirmé la
ſageſte dans les Provinces de Guyenne & de
Berri . Si quelques articles de ces réglemens
ont beſoin d'être modifiés , Sa Majesté recevra
les Mémoires qui lui feront envoyés par les
Aſſemblées Provinciales. Elle ne négligera rien
pour porter à ſa perfection ce grand & important
étab'iſſement , qui immortaliſera ſon
regne , par les biens fans nombre qu'il doit
produire.
( 66 )
۱۰
,
Un des grands objets qui feront confiés aux
'Administrations Provinciales , eſt la confect on
des chemins & peut- être l'existence de ces
Adminiſtrations étoit -elle néceſſaire pour affurer
Pabolition de la Corvée en nature . Tout le
monde étoit frappé depuis long-tems de la rigueur
& de l'injuſtice de cet impôt terrible ,
dont la durée parmi nous fera l'étonnement des
fiècles ſuivants. Mais l'impoſition en argent
avoit auſſi ſes abus & ſes inconvéniens ; on pouvoit
craindre ſon intervention : on diſoit que
dans des tems malheureux , elle pourroit fubfifter
, & la Corvée en nature être rétablie. La
confiance manquoit , & fans elle , le bien même
ne peut s'opérer. L'établiſſement des Affemblées
Provinciales diſſipera ces inquiétudes ; les travaux
publics ne feront plus arrofés des larmes
du pauvre & du malheureux; les fonds deſtinés
àces travaux ne pourront étre emp'oyés à d'autres
vlages , & chaque propriétaire contribuera ,
fans regret , à des ouvrages délibérés & dirigés
par ceux qu'il aura choiſis lui-même pour ſes
repréſenrans.
La Loi qui détruira la Corvée ſera encore
un de ces bienfaits ſignalés qui illuſtreront le
regne de Sa Majeſte; elle répandra la joie dans
les campagnes , en même tems que la libre
exportation des grains animera l'agriculture ,
&entretiendra l'abondance. Les criſes qui affl. -
gent quelquefois les Etats, deviennent preſque
toujours l'époque d'heureuſes révolution , L'horreur
des guerres civiles a donné naiſſance à ces
belles ordonances , qui font encore parmi nous
la regle des jugemens . Da ſein d'un déſordre
pallager , naîtront des inſtitutions utiles qui en
sépareront le malheur & le feront oublier .
Unde ces changemens importans ſera le recus
( 67 )
lement des Traites à l'extrême frontiere . Des
barrieres mnombrables fémeroient les Provinces
du même Royaume , & les rendoient étrangeres
les unes aux autres . Le Roi en conſommera.
la deſtruction , tentée , méditée depuis plus de
trente ans , & qu'il lui étoit réſervé d'opérer.
Si les intérêts particuliers de quelques Provinces
peuvent demander des délais ; fi les rapports
des Traites avec la perception de laGabelle
, peuvent faire croire que les unes ne
peuvent être auffi utilement changées , tant que
l'autre ſubſiſtera , le Roi trouvera dans la liaiſon
même de ces deux objets , une raiſon de plus.
de s'en occuper ſans interruption. Il avoit fongé
à adoucir le régime de la Gabelle ; vous avez
pensé , Meffieurs , qu'un impôt vicieux en luimême
ne pouvoit être amélioré : la nation
n'oubliera pas que cette grande pensée eſt due
au Prince auguſte qui , en l'absence de Sa Majeſté
, a préndé cette Aſſemblée ; elle n'oubliera
pas l'ardeur généreuſe avec laquelle ſon auguſte
Frere l'a ſuivie & protégée : fideles à leur impulfion
, vous avez fait naître dans le coeur du
Roi l'eſpérance d'effacer juſqu'au nom du plus
fâcheux des impôts ; & quoique l'expreffion de
la fatisfaction paroiffe convenir mieux à la Majeſté
Royale , Sa Majesté me permet de vous dire
qu'Elle a vivement reſſenti la délibération de
l'Aſſemblée à ce ſujer : c'eſt la ſervir de la maniere
la plus chere à ſon coeur , que de lui
montrer qu'un grand bien n'eſt pas impoflible.
Le Roi vous a ausi conſultés ſur le régime de
ſes Forêts &de ſes Domaines.Vous avez fait , fur
les Mémoires qui vous ont été communiqués ,
pluſieurs obſervations qui produiront d'utiles
améliorations.
Mais ce n'étoit pas aſſez , Messieurs , d'avoir
168 )
ainfi concouru , par vos avis , à l'exécution des
grands projets que Sa Majesté méditoit pour le
bonheurde ſes peuples ; une tâche plus pénible
&plus douloureuſe , vous reſtoit à remplir , &
vous avez fu en vois y livrant , concilier
tout ce que vous deviez au Roi & au peuple ;
leurs intérêts ſont en effet les mêmes , et le moment
le plus terrible pour un Etat , ſeroit celui
où ils leroient ſéparés ou contraires .
Un déficit énorme vous avoit été annoncé dès
la premiere ſéance de cette Aſſemblee. Vous
avez ſenti que puiſque la plaie de l'Etat étoit
connue , il falloit la ſonder dans ſa profondeur ;
que le plus grand malheur pour une Nation
puiſſante , étoit de n'être pas éclairée ſur l'étendue
des maux auxquels elle avoit à remédier , &
que ſi la circonſtance devoit la porter à des
efforts extraordinaires , il falloit au moins s'aſſurer
à quel point ces efforts devoient s'étendre ou
s'arrêter.
-
Le Roi a approuvé votre zele ; il vous a
communiqué tous les états qui étoient entre ſes
mains , & après un examen pénible , vous avez
conſt té , autant qu'il étoit en votre pouvoir ,
ledéficit dont il falloit établir la réalité. Quelques
Bureaux l'ont porté entre cent trente
¢ quarante millions. Quelques-uns l'ont
pqrté encore plus haus ; le terme moyen qui
réſulte de leurs recherches , peut être fixé à cent
quarante millions ; triſte , mais importante vérité,
dont la connoiſſance eſt due à votre zele.
Le plus grand ſervice que vous ayez pu rendre
à l'Etat , a été d'avoir preſque entièrement diffipé
le nuage qui empêchoitde connoître au juſte la
fituation des finances .
On nepeut fans doute , Meffieurs , s'empêcherd'être
trappé d'un déficit fi conſidérable;
( 69 )
mais qu'on ne croye pas qu'il eſt impoſſible de
le faire diſparoître. Une grande Nation peut
éprouver de grandes ſecouſſes ; mais elle ne
fuccombe jamais , &dès que le mal eſt connu ,
la néceſſité du remede aſſure ſon efficacité .
Pluſieurs depenſes qui forment ce déficit , ſont
occaſionnées par des rembourſemens à époques
fixes , qui paſſent cinquante millions . Ces rembourſemens
peuvent être opérés pardes einprunts
fucce fifs , qui reculeront un peu la libération ;
mais pas affez pour nuire au crédit public; &
celui-ci , bien ménagé , empechera que ces
emprunts ne ſoient une nouvelle charge pour
l'Etat .
Si , dans une grande fortune particuliere , il y
atoujours des reſſources , comment n'y en au
roit-il pas à eſpérer dans celles d'un grand
Royaume ? La principale eſt l'ordre & l'économie
; vous avez indiqué à Sa Majesté des retranchemens
& des bonifications ; Elle vous
avoit prévenus en vous faiſant connoitre plufleurs
économies qu'elle avoit ordonnées ; &
depuis , Elle vous a aſſuré qu'Elle les porteroit
au moins à quarante millions , & vous ne devez
pas être étonnés ſi elles n'ont pas encore été
réaliſées : les abus qui s'introduiſent inſenſiblement
, ne peuvent aussi en un moment être réformés.
Une dépenſe inutile peut être attachée
à un ſervice néceſſaire , auquel il faut ſuffire
àmoins de frais; ce ſeroit une eſpece dedéſordre
que de remédier au déſordre même , avec
précipitation. Deja la Reine a recherché Ellemême
& fait rechercher encore tous les retranchemens
dont ſa Maiſon eſt ſuſceptible ;
déja les Princes , Freres du Roi , ſe propoſent
de remettre au Tréfor-Royal , une partie des
Commes qu'ils en reçoivent ; déja le Roi a
,
( 70 )
ordonné à ſes Miniſtres , & à tous les ordonnateurs
, de préparer toutes les économies que
chaque partie peut ſupporter. La bouche , la
vénerie , les écuries , les poftes , les baras , les
dons , les graces , le plus grand comme le plus
foible des départemens , tout ſubira l'examen
que les circonstances rendent néceſſaires ; chaque
eſpece de dépenſe recevra la réduction ,
chaque eſpece de recette la bonification qui lui
eſt propre. La volonté de Sa Majesté vous eft
connue ; Elle ne vous a pas demandé de ſuppléer
à ces quarante millions , qui doivent être
produits par les bonifications qu'Elle ſe propoſe.
L'année ne ſe paſſera pas fans qu'elles ſoient
exécutées ou évidemment préparées , & ce
court délai ne ſervira qu'à aſſurer le ſuccès &
la durée des meſures que Sa Majeſté aura préparées.
..
Cesemprunts & ces bonifications réduiront le
déficit à cinquante millions ; & encore faut- il
compterdans ces cinquante millions , quinze à
feize millions de dépenſes , qui auront un terme,
&qui par là ne demandent que pour un tems les
moyens d'y fatisfaire.
Ces cinquante millions ne pourront être fans
-doute comblés , ſans de nouveaux impôts. Sa
Majefté ne l'a vu & ne l'a annoncé qu'avec dou-
Jeur. Vous avez partagé ſa peine , & hélité vousmêmes
fur le choix des impôts. Le Roi péſera
vos obſervations; ſe décidera pour l'impofition
la moins onéreuse , pour celle qui établira
le plus l'égalité ſi désirable entre les contribuables,
pour celle qui portera le moins ſur le
commerce & l'induſtrie ; enfin pour celles dont
les frais& la perception feront moins fenfibles :
s'il n'eſt pas en ton pouvoir d'affranchir ſes
peuples d'une charge nouvelle , il eſt dans ſon
( 71 )
coeur d'en adoucir le poids , &d'en abréger la
durée.
Cette intention de Sa Majesté eſt clairement
exprimée par le précautions qu'Elle a annoncées
aux Bureaux , & qu'El'e ſe propoſe de prendre
pour que le déficit actuel ne ſe reproduiſe
jamais.
En conféquence de ces précautions , Sa Ma
jeſté ſe propoſe de faire publier , dès la fin de
cette année , (& Eile eſpere qu'Elle en aura la
poffibilité ) un état exact de la recette & de la
dépenſe , & fi la néceſſité évidente d'une augmentation
de revenu exige , dès le moment ,
que les impoſitions foient accrues , Sa Majeſté
ne les portera au taux juge jusqu'à ce moment
néceſſaire , que lorſque cet état , fait avec préciſion
& exactitude , ne laiſſera aucun doute fur
le produit des premiers impôts qui auront été
établis , fur le réſultat des retranchemens &
bonifications annoncés ; enfin ſur le déficit qui
pourroit reſter encore après que toutes cesbonifications
auront été portées au moins à quarante
millions.
Cet état de rece'te &de dépenſe ſera diſcuté
& arrêté dans un Conſeil de finance , dont Sa
Majesté fera connoître dans peu la compoſition.
Eile ſent l'infuffisance de celui qui exiſte , &
fur- tout des fonctions qui lui font attribuées.
C'eſt dans un Conſeil de finance qu'Elle veut
que les emprunts , les impors , toutes les grandes
opérations foient concertés ; c'eſt dans un Confeil
de finance qu'Elle entend que ſoit faite &
vérifiée tous les ans la diaribution des revenus
publics entre lesDépartemens ; c'eſt par ce Con-
Teil&la publicité de ſes réſultats , que Sa Majesté
ſe garantira des ſurpriſes &des erreurs. Louis
XIV en avoit conçu lanéceſſité ,leRoi ne tardera
( 72 )
pas à faire revivre & perfectionner cetteeffentielle
inſtitution.
Ajoutez à ces deux grandes précautions , la
publication annuelle du montant de la dette
publique , & des fonds qui lui ſeront affectés ;
ajoutez la réduction & la publication des dons ,
des graces & des penſions ; ajoutez l'engagement
d'affecter à chaque emprunt un fonds qui lui
ſerve de gage ; ajoutez le rapprochement de la
comptabilité & la réduction des acquiis de comptant
, aux ſeules dépenses pour lesquelles ils
font abfolument néceſſaires , & vous verrez ,
Meſſieurs , découler de ces principes d'ordre
inaltérables , la réformation des principaux
abus , pour la ſuppreſsion deſquels Sa Majefté
vous a appellés. Il en exiſtera ſans doute encore ;
&comment ſuppoſer qu'ils pourront être totalement
détruits dans une grande Monarchie ?
Mais au moins ceux qui seront connus , ne
feront pas négligés ; ceux qui feront inévitables
, ne feront pas protégés ; ceux qui ſauront ,
pour un tems , ſe ſouſtraire à laréforme , n'échapperont
pas au defir de la procurer. Ce defir
contant dans Sa Majeſté les fera peut - être
s'évanouir d'eux-mêmes. « Les regles les plus
>>>auſteres , diſoit un grand Miniſtre àune afleme
>>> blée de Notables , ſont & ſemblent dou-
>>>ces aux eſprits les plus déréglés , quand
>> elles n'ont en effet , comme en apparence ,
autre but que le bien public & le ſoutien de
l'Etat . Nul n'oſera ſe plaindre , ajoutoit- il ,
>> quand on ne fera aucune choſe qui n'ait cette
fin , & quand le Roi même , qui , en tel
cas , eſt au-deſſus des regles , voudra ſervir
>> d'exemple «,
Telles font , Meſſieurs , les afſurances que
vous allez reporter à vos concitoyens ; & fi
quelques-uns
( 73 )
quelques uns vous demandoient avec inquiétude
ce qu'a donc profuit certe longue & célebre
Affemblée ? Vous leur direz avec confiance ,
que la Nation y a reçu de ſon Souverain une
nouvel e vie & une nouvele existence dans les
Aflembiées Provinciales ; que l'égalité de la
contribution , la ſuppreſſion de la Corvée en
nature , la liberté du commerce des Grains y
ont été établies par le voeu national ; que les
Traites , les Gabelles , pluſieurs droits onéreux
ſeront détruits ou confidérablement adoucis ;
vous leur direz que la dette publique eſt ſolidement
aſſurée , que la balance ſera poſée entre
la recette & la dépenſe , que celle ci fora inceſſamment
diminuée , que l'autre ſera proportionnée
aux beſoins réels ; vous leur ajouterez
qu'il leur en coûtera des ſacrifices ; mais que ces
facrifices feront ménagés avec ſoin , qu'ils porteront
principalement fur les p'us aifés , qu'ils
ne dureront qu'autant que la néceſsité d'y avoir
recours ſubſiſtera : vous leur direz enfin que ces
eſpérances vous ont été données par le Roi
même , & que vous en avez pour gage les
précautions qu'il a priſes , & qu'il vous a communiquées.
Ce que vous direz à vos concitoyens , les
Nations étrangeres ſe le diront à elles-mêmes.
Juſqu'à préſent elles n'ont connu la France que
par des apperçus &des conjectures : maintenant
elles peuventjuger de l'immensité de ſes reffources.
La criſe actuelle deviendra l'époque d'une
nouvelle ſplendeur ; & fi les vues du Roi ſont
fidelement remplies , je ne crains pas de dire
que la ſituation du Royaume ſera plus aſſurée
&plus impoſante qu'elle ne l'a jamais été. 11
eſt encore pofsible de porter au plus haut point
le bonheur au -dedans & la conſidération au de-
N°. 23 , 9 Juin 1787 . d
( 74)
hors. Il ne faut que de l'ordre dans un grand
Royaume , & il n'eſt rien que les peuples ne
doivent attendre des intentions paternelles de
SaMajefté.
Discours de MONSIEUR , Frere du Roi.
SIRE ,
L'honneur que j'ai d'être le premier des
Gentilshommes que Votre Majesté a convoqués
à cette Affemblée , m'eſt bien précieux en ce
moment , puiſqu'il me procure l'avantage d'être
leur organe auprès de Vous. Confultés par
Votre Majesté ſur les affaires le plus importantes
de l'Etat , nous nous sommes acquittés du devoir
qu'Elle nous avoit impoſe , avec ce zele ,
cette franchiſe & cette loyauté qui furentdans
tous les tems les caracteres diſtinctifs de la Nobleffe
Françoiſe. Votre Majesté a daigné nous
dire qu'Elle étoit fatisfaite de nos travaux ; c'eſt
la récompenſe la plus flatteuſe que nous enpuffions
eſpérer. Il ne nous reſte plus qu'à fupplier
Votre Majesté d'accueillir avec bonté les affu
rances de notre reſpect, de notre amour & de.
notre reconnoiſſance pour la confiance dont Elle
abien voulu nous honorer .
Discours de M. DILLON, Archevêque de Narbonne.
SIRE ,
Le Clergé de votre Royaume a toujours tenu
à honneur & à gloire d'être un des premiers
anneux de la chaine nationale .
Nous diſions à Votre Majesté , lors de notre
derniere ailemblée, ( & c'eſt le langage que
nous ont tranfmis les Pontifes vénérables , qui
ca: perpétué d'âge en age la célébrité del'Eglife .
Gallicane) que la qualité de Miniſtres des aute's
a outoit encore aux devoirs que nous impoſe
celle de Sujets & de Ciroyens ces d fpo .
firmons ne ſe démentiront jamais , & chacun de
nous s'eſt empreflé de déclarer fans certe auguste
( 75 )
aſſemblée , combien nous étions éloignés de
toute prétention , qui pût aggraver le fardeau
des contributions publiques. Penſer autrement ,
eût été manquer à l'eſprit de la religion , dont
nous ſommes les Mipiſtres. Il n'exittera jamais
aucune nuance dans l'ordre ſocial , fur laquelle
la religion ne répande l'impreſſion de ſa grandeur
, de fon utilité & de ſa bienfaiſance.
Nous avons réclamé la conſervation de nos
formes ; elles tiennent à la conſtitution de la
Monarchie , elles repoſent , ainſi que toutes les
propriétés ſous la garde des loix & ſous la protection
ſpéciale de Votre Majeſté.
Nous reſpectons , nous chériſſons les liens qui
pous ſont communs avec tous les ſujets qui vivent
ſous vos loix ; & aux leçons de zels , de patrio.
tiſme , de dévouement à votre Perſonne ſacrée
que notre Miniſtere nous preſcrit de donner à
nos concitoyens , nous ajouterons toujours la
plus puiſſance de toutes , celle de l'exemple.
Daigne le Dieu , qui veille à la conſervation
de cet Empire , écarter les obſtacles qui pourroient
s'oppoſer à laprompte exécution des plans
d'ordre , de justice & d'économie , que votre
ſageſſe a formés !
Puiſſe le concours des forces & des volontés
particulieres hâter le rapprochement de l'époque
heureuſe , où le développement & l'action de
Lous les refforts de cette puiſſante Monarchie
doivent lui faire goûter le bonheur qu'Elle a
droit de ſe promettre de la tendre affection d'un
Roi pour ſon Peuple , & de l'amour inépuiſable
d'un Peuple pour ſon Roi !
Discours de M. D'ALIGRE , premiers Président
du Parlement de Paris.
SIRB ,
Le zele ſeul a dicté les ſentimens que vous
d2
( 76 )
nous avez permis de dépoſer aux pieds de votre
Trône au commencement de cette aſſemblée
mémorable. Permettez que le même intérêt
pour la gloire de votre régne & pour le bon-
Leur de vos Sujets nous dicte encore à la fin de
ces féances les expreffions de l'amour & du
reſpect dont vos peuples ſont pénétrés pour
Votre Majeté.
Les Notables arimés par une émulation pae
triotique ont tous concouru avec une égale activité
à vous propoſer les moyens qu'il ont jugé
les plus utiles pour ſeconder les vues de Votre
Majefté ; ils ont vu avec effroi la profondeur du
mal.
Une adminiſtration prudente & meſurée doit
aujourd'hui rafſurer la Nation contre les ſuites
fâcheuſes , dont votre Parlement avoit prévu
plus d'une fois les conféquences .
Les promeſſes que Votre Majefté a bien voulu
faire , & dont la publicité eſt annoncée dans
tout le Royaume , vont conſoler vos peuples,
& leur faire entrevoir l'avenir le plus heureux .
Les différens plans propoſés à Votre Majefté ,
mérivent la délibération la plus réfléchie . Le rems
qu'Elle veut prendre pour faire connoire ſes
volontés, ne peut que ranimer & affermir la confiance
publique.
Il ſeroit indifcret à nous , Sire dans ce moment
, d'ofer indiquer les objets qui pourroient
de préférence mériter votre choix . C'eſt à votre
prudence qu'il appartient de déterminer vos
fages réſolutions. Le filence le plus reſpectueux
, eſt dans ce moment notre ſeul partage ;
daignez , Sire , en ſuivant les mouvemens de
vore coeur , & de votre amour pour vos Sujets ,
maintenir l'ordre que vous allez étaber dans
vos finances , & recevoir les humbles hommages
( 77-)
que nous ditent la tendreſſe , l'amour & le refpeét
dont toute la Nation eſt pénétrée pour Votre
Majesté.
Discours de M. DE NICOLAY , Premier Président
de la Chambre des Comptes de Paris .
SIRE ,
La Chambre des Comptes s'unit par ma voix
aux fenomens de cette auguſte Affemblée. Elle
vouloit faire entendre l'accent de ſa douleur ,
mais elle ranime ſes eſpérances , en voyant
Votre Majesté s'éclairer ſur les beſoins de ſes
peuples , & laiiler approcher la vérité du Trông .
Diffimuler nos malheurs , ce ſeroit affoiblir la
gloire de les réparer. Votre Majeſté vient de
me urer l'abime , fon coeur en a fremi , ſon courage
& notre amour vont bientôt en combler la
profondeur.
Les Puiſſances rivales de la France, l'Europe
entiere ont été inſtruites de nos défaſtres ; hatons-
nous de leur annoncer que Votre Majesté
va les faire oublier ; hâtons- nous de leur montrer
ce que peut l'exemple du Monarque ſur une Nation
libre &généreuſe.
Vous gouvernez , Sire , les moeurs publiques ,
ces abus deſtructeurs qui précipitoient l'Etat fue
le penchantde ſa ruine, aujourd'hui dévoilés &
déjà flétris par l'opinion , ne ſoutiendront point
vos regards; votre ſageſſe les fera diſparoître ,
comme les ombres de la nuit ſe diſſipent à la
clarté du jour .
Les loix ſont la fauve-garde des Empires ; la
France repoſe auſſi à l'ombre de ſa légifſlation :
mais il eſt un genre de ſtabilité qui lui eft propre
&qui fait fon bonheur ; c'eſt l'amour réciproque
du Souverain & d- s peuples.
Premier Potentat de l'univers , vos ſujets ,
Sire , ſe glorifient de vous dire , comme autred
3
( 78 )
fois,Pline àcet Empereur, les délices du genre
humain & le modele des Rois : la Nation ne
peut être heureuſe ſans vous ; vous ne pouvez l'être
Jans elle.
Les Notables rendus à leurs concitoyens .
enorgueillis de l'eſtime deleur Maître, après avoir
plaidé les intérêts de vorre gloire en plaidant pour
la patrie aux pieds du Tróne ,auront encore des
confolations à offrir en annonçant des facrifices.
Ils diront que l'immuable probité a gravé en
caracteres ineffaçables dans le coeur de Votre
Majefté , l'obligation des réformes & la volonté
de les effectuer. Ils garantiront à vos ſujets
que les nouveaux fubfides , dont l'accablante
néceflité vous déchire , n'auront que la durée des
beſoins.
Ils préſenteront l'émulation du bien public ,
embråfant tous les coeurs , & voire Royale Famille
s'empreſſant àdonner les premiers exemples
du patriotifme.
*
Ils diront que notre Souveraine , fi digne de
régner ſur les François, vient de ſe montrer rout
ce que devoit être l'auguſte Compagne du Roi ,
&la Mere du Dauphin.
Ils annonceront les jours déſirés de l'économie
, le rétabliſſement de l'ordre , l'égale diftribution
des charges publiques , toutes les fources
de la proſpérité feront rétablies & mieux dirigées;
& la Nation attendrie verra dans cette régénération
l'aurore du regne le plus heureux de
la Monarchie.
Puiffe l'affemblée des Notables , Sire , devenir
l'époque de votre bonheur &de votre gloire ;
puiſſe l'amour pour nos Souverains , ce ſen iment
précieux qui nous diftingue autant des autres
Nations , que votre Race s'éleve au- deſſus
des Rois de l'univers , s'accroître & s'étendre
( 79 )
encore ; puiſſent reſter à jamais gravées au
fond de nos coeurs ces paroles d'un Auteur
célebre.
«Je rends graces au ciel de m'avoir fait naître
> dans un fiecle &sous le gouvernement où je vis,
» & de ce qu'il a voulu que j'obéiſſe à ceux qu'il
» m'a fait aimer ».
Que ces expreffions touchantes paſſent de bon
che en bouche , qu'elles deviennent un cantique
pational , & qu'elles foient comme la prophétie
da regne de Votre Majené.
Difcours de M. DE BARENTIN , Premier Préfident
de la Cour des Aydes de Paris.
Cette Affemblée fera à jamais époque dans les
SIRE ,
Annales de la Monarchie.
Une heureuſe harmonie a , dès le premier
inftant , uni tous ſes membres : une noble franchiſe
, & l'expreſſion de la vérité ont accompagné
toutes leurs délibérations . Un reſpect profond
, un amour fans bornes , un intérêt vif &
fiscere à la gloire de Votre Majesté ſuffiſoient
pour animer& foutenir leur courage..
L'exécution des réformes que Votre Majesté
diſpoſe , & les foutagemens qu'elle promet fuccoflivement
àun peuple qui l'adore , & qu'ette
chérit , préparent à la Nation des jours plus
fortunés.
Ils atteſteront à la poſtérité que Votre Majeté
s'occupe fans ceffe du bonheur de ſes ſujets. Ils
apprendront à l'univers enior gastles ont les
reffources d'un grand Empire.
Discours de MP'Abbé DE LA FARRE , EluGénéral
du Clergé des Etats de Bourgogne.
SIRE,
Qu'el foit außi permis aux Pays d'Erats le voare
Royaume d'exprimer à Votre Majesté les
d 4
( 80 )
fentimens d'amour & de fidélité dont ils font
pénétrés ; la plus belle de leurs prérogatives eft
de porter librement aux pieds du trône les tributs
que reclament les beſoins de l'Etat. Pleins
de confiance dans la parole ſacrée de Votre
Majeté & dans celle des Rois , vos auguſtes prédécelleurs
, les Députés des Pays d'Etats vont
porter à leurs concitoyens l'affurance que les
privileges des corps & des provinces , ces reſtes
antiques Et précieux des formes de la conſtitution
nationale , feront religieuſement confervés
& maintenus ; ils leur retraceront les plans de
bienfaiſance, d'ordre & d'économie que Votre
Majené a conçus ; & tous enſemble réuniront
leurs voeux pour la gloire de leur Monarque ,
& pour la plus grande proſpérité de ce
Royaume.
Discours de M. ANGRAN D'ALLERAY , Lieutenant-
Civil au Châtelet de Paris.
SIRE;
Le reſpect me ſeroit une loi de me tenir dans
le filence , s'il m'étoit poſſible de renoncer au
glorieux avantage de joindre un nouvel hommage
aux juites acclamations de l'auguſte Atſembiée
, à laquelle Votre Majesté a daigné
m'appeller.
Je m'abſtiendrai de parler des matieres importantes
dont les Bureaux ſe ſont occupés : il
me ſuffit d'obſerver qu'elles y ont été traitées
dans l'eſprit & par les principes des loix. Mais
ſeul de ma claſſe , j'oſe croire qu'il m'eſt permis ,
que je dois même lui déférer le témoignage des
tranſports d'admiration , de reconnoiſſance , de
fidélité , d'amour & de zele , non-ſeulement de
la Compagnie à laquelle il lui a plu de m'attacher
, mais également de toutes les Jurisdictions
( 81 )
anxquelles Votre Majeſté a confié le premier degré
de l'adminiſtration de ſa juſtice.
Discours de M. LE PELLETIER , Prevot des
Marchands de la Vile de Paris .
SIRE ,
It est heureux , il eſt ho orable pour moi d'être
aujourd'hui , dans cette Aſſemblée auguſte ,
P'organe & l'interprete de votre bonne Ville de
Paris , dont le patrimoine le plus cher a toujours
éré le bonheur de ſes Maitres . Votre bonne Ville
de Paris , Sire , ne peut aujourd hui que répéter
les voeux de tous les Ordres , de toutes les Villes
de votre Royaume. Leur dévouement , leurs
fentimens for egeux. Vote Majesté eût été
l'exemple & le motele du meilleur de nos Rois ,
fi notre destinée toujours heureuſe ne l'avoit réſervée
à notre propre bonheur. Tous vos fuje: s ,
Sire vous font également chers. Quelle con-
Iciation pour vos provinces , en apprenant les
facrifices perſonnels que daigne faire V. Maj. &
tout ce qui l'environne , en y ajoutant les propres
paroles de Vorre Majesté , que ce ſont ceux
qui coûtent le moins à fon coeur , en voyant
enfin que Votre Majesté deſtine & conſacre ces
memes facrifices à la partie la plus indigente.&
peut- être , juſqu'à vous , Sire , la plus oubliée
de vos Sujets.
Depuis votre avénement au Trône , Sire , vos
regards paternels ſe ſont toujours portés fur
cette claſſe ſi intéreſſante qui vivifie l'Etat , le
nourrit par ſes travaux , le régénere par de nouveaux
ſujets qui apprennent en naiſſant à aimer
leurs Maitres, àles bénir avec leurs peres , àvivre
& à mourir pour leurs Rois.
Je dois à la Province , dont il avoit plu à
Votre Majefté de me confier l'adminiſtration ,
ce tribut aufli pur que vrai des ſentimens qui ne
ds
( 82 )
s'y éteindront jamais , des bienfaits que Votre
Majesté m'avoit ordonné en la quittant d'y répandre
, pour réparer les défaires qu'elle venoit
d'éprouver. Cette claſſe d'hommes , Sire , eſtle
tréſor , la premiere richeffe , la ſeule richeffe
inépuiſable d'un grand Empire. Dans cette
bonne & excellente Nation , l'amour des Maitres
eſt un héritage qui ſe tranſmet d'age en
âge.
Votre Majeſté a joui dans ſa Province de Normandiedu
raviſſement , des acclamations de fon
peuple , du plus grand bonheur d'un bon Roi ,
celui d'être aimé. Combien doublera l'impatiencede
vos ſujets , de ceux auſquels il refße à
ajouter à la même faveur dont Votre Majesté ,
toujours jufte , ne les privera pas , le tribut de
leur reconnoiſſance. Il ne nous reſte plus ,
Sire , qu'à les mettre & les laiſſer ſous la
fauve - garde des bontés paternelles de Votre
Majeft .
Puiffent nos neveux , Sire , jouir long- temps
du bonheur de vivre ſous les loix de Vore
Majefté. Daignez réaliſer les espérances que
vous donnez à vos peuples que vous aimez &
qui vous aiment. Le ſeul , le vrai bonheur
d'un grand Roi , eſt dans la felicité publique ,
&la félicité de vos Peuples, peut ſeule faire
Ja pro ſpérité , la gloire & le bonheur de votre
regne.
Après avoir rapporté la nouvelle répandued'un
événement tragique , arrivé ſurune
frégate Françoife à Smyine , nous nous
croyons obligés de rendre publique la lettre
ſuivante qui nous eft adreſſee de Toulon.
Toulon le 20 Mai 1787.
Monfieur ,
> Il s'étoit répandu vers le 8 ou le 10Avril le
( 83 )
>> bruit d'une catastrophe arrivée à M. de F.****,
>> Lieutenant en pied ſur la Frégate la Flêche ,
»& à fon Maître d'Equipage , nommé G,*** ;
en voici le précis.
>> Le ſecond Maître d'Equipage ayant été pour
>une cauſe légere condamné par M. de F.*** a
>> être amarré ſur un canon , & à y recevoir 30
>>coups de corde , ce Lieutenant commit le pre.
>>>mier Maitse G.*** pour appliquer les coups .
>>>Celui - ci humilié & choqué du cho'x qu'on
faisoit de lui , répondit que de pareilles ma-
>>>nævres étoient étrangeres a ſon état ; & com-
>> me il perſiſtoit dans le refus , malgré les menaces
du Lieutenant , il fut condamné à les
recevoir lui meme. Ce dernier traitement
>>>parut moins ignominieux à un innocent qu'il
ne l'eût été en faiſant une fonction fi au-
>>>deſſous de ſon état & de les sentimens, II
>>>reçoit les 30 coups fans murmurer ; cache
>> tout reſſentiment. Quelques jours après il ſe
>>>leve une furieuſe tempête , G. * * * charge
>>>ſes poches de boulets , & s'adreſſant à M. de
F. *** : tu m'as déshonoré , dit - il , je ne
>> fauroit ſurvivre à cette infamie , mais tu vas
>périr avec moi ; & faurant auſſi-tôt ſur lui ,
il l'embraffe ferrement, & ſe précipite avec
>>>lui dans les Hots , dont l'agitation ne permet
-pas de pouvoir les en tirer.
Ce n'eſt pas fans fondement qu'on a dousé
>> à Toulon de la prétendue catastrophe arrivée
à bord de la Frégate la Fléche. On prétend
>>que l'auteur, qui n'eſt guere connu, l'a fabriquée
>>pour d'exemple à un Capitaine de Vaif.
12.
Gervir
ſeaux, fi connu par ſa cruauté , que tous les
>>marins fuyoient pour ſe ſouſtraire au malheur
•de faire campagne ſous lui... La reddition de
>>compte faite aux Chefs de la Marine dans ce
d6
( 84 )
"Port , concernant les mouvemens de cette Fré-
>>>gate , depuis ſon départ juſqu'au mois de
>>>mars , fignée par M. Truguet , Capitaine de
>>> ladite Frégate , & par M. de F. ***. , fon
>>>Lieutenant , poſtérieurement à l'époque de la
aprétendue catastrophe , a tranquilliſe les ef-
>prits.
>> Moi-même j'ai reçu de M.S.mon beau- frère,
Négociant à Smyrne , deux lettres , dans la
>>>premiere deſquelles il me parle de M. Brun-
>>B>oiffiere , éleve Commiſſaire , ( mon ancien
>>>éleve ) , actuellement Ecrivain fur la Flêche ;
>& dans la derniere que j'ai reçu en date du
>> 20 Mars , il ne me dit rien de cette Frégate.
>> A cette époque une pareille catastrophe au-
>> roit été connue dans cette échelle ; puiſqu'on
>>l>apublioit à Toulon vers le 8 ou 10 Avril.>>>
J'ai l'honneur d'être , S.
On a reçu avis de la perte , dans le débouquement
de St. Domingue , du navire
les Deux Soeurs , Capitaine Hélène , attendu
des Cayes.
Le navire de le Georges & Party , Capitaine
Caulk, venant de Baltimore , rapporte
qu'à 30 lieues à la hauteur des Bermudes , if
a eu connoiffance de beaucoup de débris .
Le 25 d'Avril, il a eu connoiſſance d'un navire
de Nantes , venant des Cayes - Saint-
Louis. Ce navire étoit en très- mauvais érat.
Le 30 dudit , il a rencontré le navire l'Argus
, de Saint-Malo , allant à la pêche ; le
Capitaine lui dit avoir beaucoup fouffert,
ayant eſſuyé différentes tempêtes .
( 85 )
>> Le Navire la Sainte Adélaïde de Nantes ,
s'eſt perdu près Cayenne , l'Equipage a été fauvé..
Le Washington , revenant de Boſton , s'eſt
perdu le 3 Mai , près Concarneau ; partie de
l'Equipage ſauvé.
« Le Romulus du Havre , a été rencon ré dans
Ja Manche , abandonné de tout 1 Equipage , ayant
huit pieds & demi d'eau dans la calle , par une
Frégate Angloiſe qui l'a mené à Plymouth ;
le Capitaine eſt arrivé au Havre avec ſon Equipage:
Ce Navire étoit parti de Nantes.
>> Le Navire l'Yvonne , Capitaine Mille ,
deſtiné à venir du Port au Prince à la Rochelle ,
perdu ſur les Cayes ; l'Equipage ſauvé.
>>>Le Lutin , Capitaine Ramijard , venant de
la côte d'Or , perdu près l'iſſe de Calu ; l'Equipage
& la Gargaiſon ſauvés «.
Sur la démiſſion du ſieur Berthier
>> Cenſeur Royal , Généalogiſte en ſurvi-
>> vance de l'Ordre de Saint- Lazare , & qui
>> étoit chargé par intérim de l'exercice des
>> fonctions de la charge de Genéalgifte des
>> Ordres du Roi , dont il s'eſt acquitté à la
>> fatisfaction de ſes ſupérieurs , Sa Majeſte
>> a choisi pour exercer les mêmes fonc-
>> tions le ſieur Chérin , fils du dernier Ti-
>> tulaire , & l'a pourvu de la place de Gé .
>> néalogiſte de l'Ordre de Saint - Lazare. >>
Une ſeconde lettre inférée dans les Affiches
de Flandres , conſtate l'horrible afſaſſinat
commis ſur un jeune Anglois à Saint-
Omer , & en éclaircit les circonftances.
Ce jeune Anglois âgé de 15 ans & demi,
n'étoit à Saint Omer que depuis trois ſemaines,
pour achever ſon éducation. Il ne s'occupois
( 86 )
fans relâche depuis l'époque de fon arrivée dans
cette Ville , à l'étude des ſciences & des arts ,
¬amment à cellede notre langue. Cen'éco
ordinairement que vers les 6x heures du ſoir
qu'il alloit méditer le long du rempart , fur fon
travail de la journée , & il rentroit régulierement
à l'heure du ſouper. Le jour où ſa mauvaiſe
étoile le conduifit vers le lieu de ſes délaffemens
ordinaires, il ne fortit de chez lui que vers
les fix heures & demie du foir. Arivé auBal
tion , die Saint -Venant , la ſentinelle lui fie figne
depaffer parterriere l'artillerie , dont il eſt hériffe
& le ſuivit. L'affaffin ayant rejoint fa viotime
derriere le parc , il lui affena fur le front
un coup de la croſſe de ſon arme qui la terraffa,
fondit for elle à grand coups de pieds dans
l'eſtomac & finit par lui plonger fa bayonnette
dans le côté gauche. Le meurtrier croyant avoir
mis le termeà ſon atrocité , traîna cet infortuné
étranger juſqu'à l'embouchure d'un tuyau en
maçonnerie , qui ſert à éclairer le fouterrain
de ce baſtion & l'y précipita de trente pieds
dehauteur. Cette chûte eff-oyable , & la perte du
fang de ce jeune malheureux ne purent , par
un prodige inoui de la providence , terminer
fes jours. Ce fut au lever de l'aurore du len-
-demain qu'il reprit un peu ſes ſens , frappé de
fe trouver dans un lieu qu'il a appellé dans ſa
dépoſition un cachor, il chercha à en fortir.
Heureuſement il apperçut quelques rayons de
jourau-deſſus de la porte de la galerie qui conduit
au fouterrain au bas de laquelle il y avoit
une ouverture d'un pied & demi en quarré. Tout
épuiſé qu'il étoit , il est encore la force & le
courage de s'y traîner quoiqué éloigné de plus
de ſoixante pas , & y étant parvenu , il s'efforça
d'y paſſer. Il avoit déjà la moitié du corpsen
,
( 87 )
dehors , lorſque la ſentinelle de ce poſte l'apperçut;
après pluſieurs qui vive , le malheureux
jeune homme crut que ce factionnaire étoit fon
afſaſſin ; il fit un effort pour fe retirer ; mais
Payant couché en joue & menacé de tirer fur
lui , s'il bougeoit , il reſta dans cette pénible
ſituation , juſqu'à ce qu'il vint enfin à lui. La
ſentinelle s'imagina d'abord que c'étoit un contrebandier
qui cherchoit à s'introduire dans la
Ville ; mais hélas ! elle en fut bientôt défabufée.
Elle l'aida enſuite à le débaraſſer & le
conduifit dans ſa guérite. Un inſtant après fon
brave Libérateur appercut un particulier , il l'appella
& le pria d'informer fon Caporal de cet
Evenement & de venir au plus vite chercher fa
capture. Le Caporal & deux Fufi iers ne tarderent
pas àvenir au ſecours de ce jeune malheureux;
ils le porterent auſſi tôt à leur corpsde
garde. Cet infortuné étoit ſans fouliers &
ils tenterent à lui mettre fon chapeau , qu'il
tenoit dans les mains , fur la tête , vu qu'elle
étoit très-enflée. On le porta enfuite au corpde-
garde de la place , où l'Officier chargé par
le Magiftrat de veiller à la police , & qu'on
nomme ici le petit Bailli , fut appellé , ainfi
qu'un Chirurgien & un interprete. Le premier
ayant mis les appareils néceſſaires à ſes plaies ,
& le ſecond ayant dit qui il étoit, on le porra
dans ſa penſion , chez M. Damart , Apothicaire.
Le petit bailli , qui fait en matiere criminelle
les fonctions de partie publique , rendit à l'inf
tant pleinte de cet aſſailinat; le Magiftrat s'etant
aſſemblé à ce ſujet , extraordinairement , à
dix heures & demie du matin , le même jour ,
il intervint un jugement qui permit d'informer ,
& qui ordonna que le Commiſſaire nommé à
cet effet , ſe tranfporteroit tant dans la chambre
( 88 )
,
du bleſſé pour recevoir ſa dépoſition , que dans
le fouterrein pour tenir procès-verbal de tout
ce qui pourroit ſervir à la preuve du délit. A
onze heures le Commiſſaire nommé ſe rendit au
domicile du jeune étranger ou il le trouva
dans un état qu'à peine avoit il prononcé quelques
paroles , il lui ſurvenoit un aſſoupiſſement
qui forçoit à chaque inſtant de ſuſpendre la
rédaction de ſa dépoſition. Comme elle inculpoit
un militaire , l'Officier de Juſtice fit réquerir
le Major de Place de l'aſſiſſer dans la
viſite qu'it alloit faire du ſouterrain . S'étant rendu
à cette réquisition , ils s'y tranſporterent &
y trouverent diverſes traces de fang fraîchement
répandu , les fouliers & les boucles à environ
dix pas les uns des autres ; enfin deux gants
dont l'un étoit taché de fang. Le lendemain il
fut procédé à l'audition des témoins , & il intervint
, le même jour , un décret de priſede-
corps contre le foldat qui étoit de faction
le 28 , depuis fix juſqu'à neuf heures du ſoir
au Baſtion de Saint- Venant. Dès le 29 au matin
, M. le Commandant avoit eu la ſage
précaution de s'aſſurer du monſtre que la dépoſition
du jeune Anglois avoit déſigné , & que
pluſieurs indices décéloient , quoiqu'on n'eût
rien trouvé fur lui , pour faire la preuve de ſon
crime, le jeune homme ayant la bourſe ſur lui ;
mais la montre , quelques recherches qu'on ait
faites dans le fouterrein & aux alentours , n'a
pû juſqu'à ce jour être retrouvée. Le Magiftrat
auroit certainement déjà prononcé ſur le fort
de cet homme execrab'e , s'il n'étoit ſurvenu
un de ces incidens que les conflits de jurifdictions
occafionnent & qui arrêtent ſouvent le
cours de la justice. L'Etat - Major prétend que
• ce délit eſt de la compétence du Conſeil de
( 89 )
guerre en conféquence & malgré le décret
décerné par le Juge ordinaire , il a refuſé de
laiffer transférer le criminel dans les priſons de
la Ville ; ce qui s'eſt oppoſé à lui faire fubir
les interrogatoires néceſſaires à la conviction
& qu'on ne Pait confronté à ſa victime , ſeul
moyen d'obtenir du coupable l'aveu de fon cri
me. La providence , toujours juſte , qui ne permet
jamais que le crime reſte impuni , daigne
prolonger les jours de l'infortune jeune homme ;
oneſpère méme beaucoup de le mettre hors de
danger. On attend de jour à autre la décifion
de la Cour , à laquelle des deux Jurifditions
doit appartenir le droit de juger cet affaire.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous voyons par les Papiers Anglois qui
racon ent aufli ce crime atroce , que lejeune
infortuné dont il eſt queſtion eſt de Londres
même , & qu'il ſe nomme Maitis
Le fieur Beauvais , Graveur , rue Saint-Jeande-
Beauvais , vient de mettre au jour une Carte
qui repréſente l'aſpect de l'éclipfe du foleil du
15 de ce mois. Les calculs ont été faits par le
fieur Rotrou , ſuivant les tables de la lune du
célebre Euler , publiées par le fiear Jeaurat ,
dans le volume de la Connoiſſance des Tems ,
pour 1786. Selon les calculs da ſieur Rotrou
le contact des deux diſques , au commencement
de l'éclipſe , ſe fera à très-peu de ſecondes
de degrés , au- deſſous du centre du ſoleil ,
du côté de l'occident , ſavoir , dans la partie
auſtrale du ſoleil , & à la droite de l'obſervateur.
,
La plus grande phaſe de l'éclipſe arrivera à 6
heures , 16 minutes 10 ſecondes ; alors la partie
éclipſéedu ſoleil ſera de 14 minutes 6 ſecondes;
) وه (
Lapartie éclairée ſera de 17 minutes 30 ſecondes
&la diſtance des cornes de l'éclipſe fera de 26
minutes 34 ſecondes. Ce qu'il fera bon de remarquer
enſuite , c'eſt qu'à 5 heures 36 minutes
30 fecondes ; les cornes de l'éclipſe ſeront paralleles
à l'horizon ; alors la partie éclipſée du
ſoleil ſera de 9 minutes 30 ſecondes ; la partie
éclairée , de 21 minutes 56 ſecondes ; &la diftance
des cornes de l'éclipſe , de 23 minutes
6fcondes.
La fin de l'éclipſe , qui arrivera à 6 heures
1 minute 14 ſecondes , fe fera dans la partie
fuper eure du côté de l'orient ; c'est - à- dire ,
dans la partie boréale du ſoleil , & à gauche.
Ce dernier contact du limbe folaire avec le
limbe lunaire , ſe fera de maniere que la direction
du centre du ſoleil , à ce dernier point de
contact , formera , avec le vertical , un angle
de 21 degrés . La Carte du fieur Rotrou ne peut
manquer d'intéreſſer les obfervateurs zélés pour
les progrès de l'Aſtronomie pratique; car elle
les préviendra fur toutes les obſervations qu'il
conviendra de faire dans toutes les circonstances
de l'éclipſe.
Les Payeurs des Rentes, 6derniers mois
de1786 , font à la letre M.
Les Numéros fortis au Tirage de la
I oterieRoyale de France, le i de ce mois ,
font : 54, 19 , 60 , 87 & 46.
PAYS-BAS.
De Bruxelles, le 31 Mai.
Entreles repréſentations adreſſées à l'Em
)
و ا
(
pereur par les Etats de la plupart des Pro
vinces Belgiques , contre les changemens
projettés dans leur Conſtitution , on a furtout
diftingué celle des Etats de Flandre ,
comme alliant la décence à la fermeté , &
comme mani'eſtant avec évidence le véritable
objet des plantes de ces Provinces.
Voici la teneur de cette piece importante.
Nous la rapportons en entier, parce qu'el e
mettra nos lecteurs affez au fait de la queftion.
Sire , diſent-ils , que V. M. daigne permettre
aux Députés des Etats de Flandre , ſpécialement
autorisés à cette fin par leurs principaux',
repréſentans les Etats de la même province ,
d'expoſer leur profondes doléances au pied de
ſon trône , & d'y réclamer avec tout le reſpect
poñible , l'obſervation préciſe & exacte du traité
folemnelement juré au jour de l'auguſte cérémonie
de ſon inauguration , comme comte de
Fiandre.
Notre devoir , Sire , ne nous permet pas de
diffimuler à V. M. l'abattement , la conſternation
& l'effroi , où plongent tous ſes fideles
Tujets de la province de Flandre , les atteintes
multipliées portées à leurs conftitutions , les
diſpoſitions nouvelles & alarmantes qui ont été
Turpriſes à la religion de V. M. Le mécontentement
& le murmure percent de toutes parts.
Déjà l'on redoute pour la perte de ſa liberté ,
de fon honneur , de ſes biens , de tous les objets
les plus importans , fur lesquels ces conftitutions
inviolables nous raffuroient de la maniere la plus
pofitive.
Daignez vous rappeller , Sire , que ce font
( 92 )
ces mêmes conſtitutions que V. M. nous 2
garanties par une lettre lignée de ſa propre
main , écrite le le demain de la mort de feue
l'impératrice Reine de glorieuſe mémoire , ſon
augufte mere. Ce font ces meme, conſtitutions
que le 31 Juillet 1781 , S A. R. le duc Albert
de Saxe Teſchen nous a jurées folennendement
au nom de V. M. for 1s Saints Evangiles , devant
toutela Nation affemblée & en prefence de
votre Séréniffine Soeur S. A. R. l'Archiducheffe
Marie- Chriftine. C'eſt après avoir reçu
la preſtation de ce ferment , que le Clergé , les
Grand Vaffaux , les Villes , Pays , Châtellenies
& Métiers de la province de Flandre , vous
jurerent de leur côté , foi , fidé ice & hommage ,
comme à leur légitime Comte & Souverain.
Ce pacte précieux , réciproque , inviolable ,
ade tous tems fait le bonheur de la Flandre ;
dans tous les temps il a été le même , avant &
Tous les Ducs de Bourgogne , à chaque avinement
d'un nouveau Souverain , & fpecialement
à celui de V. M. Il a confiamment & fcrupuleuſement
été renouvellé de part & d'autre avec
tout l'appareil qui convient à une aufli importante
& majestueuſe cérémonie. C'eſt ſur cette
ba'e facrée & inébranlable qu'étoit fondée la
sûreté de nos libertés , de nos vies , de nos propriétés
, de tous nos droits , de toutes nos prérogatives
. Ce pacte cimenté par 14 religion du
ferment , eſt mis à l'abri de toute inſtabilité par
le plus faint & le plus indiſſolublo des noeuds ,
par leſquels on puiſſe lier les conventions humaines
, & depuis que les Provinces Belgiques
ſont paſſées ſous l'auguſte &heureuſe domination
de la Maiſon d'Autriche , il a été garanti même
par les Puiſſances Etrangeres.
Mais rien ne nous raffare plus fur l'immuta
( 93 )
bilité de cette conſtitution que la parole facrée
de V. M. , que le ferment ſolemnel qu'elle a
prêté à cet égard.
Qu'il foit permis , Sire , d'en retracer ici
les expreffions , elles font chires & nullement
équivoques :
Que V. M. maintiendra cette Province dans
tous ses priviléges , costumes & ufi es , tant ecclefiastiques
que séculiers , & que S. M. , comme
Comte de Flanke, ne souffrira port que rien foic
altéré ou diminué , en l'un ou l'autre d'iceux .
,
Cependant , Sire , les diſpoſitions nouvelles
émanées ſous le nom de V. M. bouleverſent ,
détruiſent , anéantiflent toute cette conftitution
que vous avez fi folemneilement jurée. Eles
portent la détolation & la perplexité dans le
coeur des citoyens de tous les rangs. Mais nous
ſommes per'uadés , Sire que votre religion
aura été furpr fe , qu'on vous aura caché le véritable
état des chofes , qu'on aura négligé de
vous repréſenter & les droits qui nous font acquis
, & les obligations que V. M. a contráctées
; nous avons la meme conviction , Sire ,
qu'il fuffira d'inſtruire V. M. fur toutes les
atteintes portées à ce pode facré & conflitutionnel
, pour obtenir de la rigion & de a juftice
un redreſſement com let à tous les égards ,
Le plus fentiel , le prenier de nos droits ,
celui qui de temps a été gravé en caracteres
ineffaçables dans le coeur des Flamars , qui nous
eſt aſſuré par la nature , parune infinité de loix
des ſouverains prédecelleurs de V. M. , par le
ferment qu'ils ont tous prêté à leurs inaugura
tions , par celui que V. M. a prété elle-même :
c'est qu'il ne pour être fait aucure force ni violence
à aucun hab'rant du pays , que tant les ect efiafti-
-ques que les feculiers en corps en biens bwent
( 94 )
être traités par justi e & fentence , devant leur
juze naturel, fans pouvoir fouffrir aucune atteinte
dans leur droit de propriété.
D'après ce principe fondé ſur le droit naturel
& ſur les loix fondamentales de l'Etat , il n'eſt
pas poffible , Sire , (daignez permettre l'effuſion
de nos coeurs& de nos fentimens ) qu'ayant juré
de ne jamais exercer de pouvoir que confor
mément à ces loix , nous puiſſions nous perfuader
que votre équité ait pu ſe laiſſer induire à
ne pas obſerver une auffi ſainte promeiſe , ſi
votre religion n'avoit été ſurpriſe. Cependant ,
Sire, cette promeſſe étoit évidemment enfreinte
par l'attribution d'un pouvoir arbitraire & illimité
d'abord accordé aux Incendans , & modéré
depuis , à certains égards.
Sous le regne de V. M. , dont l'oeil vigilant
et perpétuellement ouvert ſur toutes les parties
de l'adminiſtration , on pourroit peut- être n'éprouver
que légérement & en partie les funeſtes
Luites d'une telle attribution. Mais ſous un
Prince moins actif ou diſtrait par d'autres occupations
, quels malheurs n'auroit on pas à redouter
d'un ſemblable établiſſement ? Quelle
refſource , quel aſyle reſteroit- il au citoyen pour
ſe mettre à l'abri des rapines , des perlécutions ,
des violences , que pourroit exercer une foule
de gens , prépotés & fubal ernes , armés d'un
pouvoir abſolu , dont il eû fi facile , & dont on -
eſt ſi tenté d'abuſer , ſur- tout lorſqu'on s'en
trouve inopinément revétu ?
La fuppreffion des Abbayes , Chapitres &
autres Communautés Religieuſes , dont l'exifsonce
est également aſſurée par le pacte inaugural
, porteroit auffi un coup mortel à cette
couſtitution , & feroit une violation ouverte du
droit de propriété ſi inviolablement reſpecté
( 95 )
par toute la terre & chez toutes les nations ,
même celles qui gémiſſent ſous le joug mont
trueux du deſporitme.
Sire , l'Etat eccléſiaſtique & religieux eſtapprouvédans
les terres de votre domination aux
Pays Bas. Vous en avez juré ſolemnellement la
conſervation ; d'oùil ſuit , qu'en l'embraſſant , on
acquiert un état légal qui ne doit pas être moins
ſtable que celui de tout autre citoyen , & que
par conséquent on ne peut en être dépouillé
ma'gré foi , & lorſqu'on n'a pas commis de
délit qui puiſſe mériter cette peine.
D'ailleurs , Sire , en tous temps le; Abbayes ,
Chapitres & Maiſons Religieuſes ont procuré le
bien- être de notre Province ; pluſieurs des villes
peuplées & opulentes dont ſa ſurface eſt couverte
, leur doivent leur exiſtence ; la ville de
Gand entr'autres , l'une des plus conſidérables
de l'Europe , doit la ſienne à deux Abbayes ,
dont l'une a depuis été convertie en Chapitre,
L'érection des nouveaux Tribunaux que
V. M, a trouvé à propos d'établir , cauſe auti
de tous côtes les plus violentes réclamations .
Par cette inſtitution , les vaſſaux de V. M.
&ſes autres fideles ſujets de la Flandre , ſans
qu'eux ni les repréſentans de la Nation ayent
été entendus ni conſu tés en aucune maniere , ſe
trouvent privés tout d'un coup , les uns de leurs.
jurifditions , qui faisoient une partie de leur
patrimoine , les autres des emplois ( 1 ) qu'ils
(1 ) Sans s'arrêter au préjudi e fait au Préfident&
Gens au Conseil en Flandre , ainsi qu'aux
Tribunaux des Lieutenans-Civils très- utilement inf
Ditués à Gand & à Termonde par Charles V, en
( 96 )
adminiſtroient avec l'intelligence & l'intégrité
requiſes : & preſque tous avoient acquis cette
potfeffion à titre onéreux .
Au furplus , quoiqu'il ſoit vrai que la Flandre
, la plus conſidérable cependant des Provinces
Belgiques , ne jouiſſoit pasde l'avantag,e
d'avoir , ainſi que le Brabant & le Hainaut , un
Tribunal Souverain jugeant par Arret ; elle
avoit cependant un Confeil Provincial auquel
reffortidoient les autres Cours fubaifernes de la
Province , & qui étoit à cet égard un vrai Tribunal
d'Appel , dont la conſervation étoit d'autant
plus précieuſe , qu'il étoit ſitué dans la
ville capitale & au centre de la Flandre.
Tout est encore innové à cet égard par les
nouvelles dispoſtions ; la province n'a plus
méme chez elle un tribunal de cette catégorie;
le Conſeil d'Appellation eſt placé hors de la
province , où les uſages & les coutumes de
Flandre , que V. M. a auffi jaré de maintenir ,
font étrangers & peut être ignorés ou peu connus
des Juges . Des extrémitées maritimes & oc- ,
cidentales de la Province , après que les cauſes
les plus importantes auront été jugées en première
inſtance , quelquefo's par un ſeul homme
nommé Juge Royal ou réteur , l'on fera forcé
de recourir à un Tribunal d'Appel , éloigné de
trente lieues & davantage. Le Conſeil Sourerain
de Malines étoit à la vérité à une égale
1540 & 1544 , l'en compte en Fandre plus de
80000 personnes leſées par l'introduction du nouveau
Reelement de la Frocédure Civile , dont le
defive efement . ſelon justice & équite , doit paffer
des mibions de fiorins..
4
diftance ,
( 97 )
diſtance , mais au moins le Conſeil d'Appel étoit
au milieu de la Province.
L'abolition atitraire de la Députation des
Etats , repréſentans perpétuels de la Nation ,
eſt encore unedes infractions les plus graves &
les plus effrayantes à notre conſtitution. On y
ſubſtitue l'ombre d'un Deputé aggrégé à un
Conſeil établi hors de la Province. Quelle conhance
un ſemblable Repréſentant peut- il jamais
inſpirer au peuple , ou à ſes commettans ? Si
ce ſyſtême anticonſtitutionel pouvoit avoir lieu ,
notre exiſtence politique ſeroit ſappée par ſes
fondemens ; il ne reſtoit plus qu'un vain fimulacre
de nos Etats , qui font la baſe & les gardiens
nés de notre Conftitution.
Ce n'eſt pas , Sire , que nous voulions maintenir
les abus , s'il en exiſte , dans quelque
partie de l'adminiſtration; mais nous ne pouvons ,
fans manquer au ſerment que nous avons prêté
à V. M. , coopérer àaucune innovation , nila
voir naître ſans réclamation , dès qu'elle bleſſe
cette conſtitution que nous avons , ainfi que
V. M. , juré de ſoutenir inviolablement. Les
Etats de Flandre , dont les Membres ſont nés
&élevés au ſein de la Province , connoiffent
mieux que tous autres ſon ſol, ſes productions ,
ſes richeſſes , ſes forces , ſes beſoins & ſes refſources.
Ils dorneront toujours volontiers les
mains aux améliorations que la ſageſſe de V. M.
&ſon zèle pour le ſoulagement de ſes peuples ,
lui dicteront ; mais dès qu'il s'agit de choſes
qui intéreſſent ou peuvent intéreſfer la Conſtitution
, il eſt manifeſte qu'il faut à cet égard
le conſentement des deux parties , qui ont intervenu
au pacte inaugural , & ſe ſont liées
réciproquement par la religion du ferment.
Nous concourrons toujours avec empreſſe
N°. 23 , 9 Juin 1787.
( 98 )
ment aux vues de V. M. pour le bien public ;
& nous ne doutons nullement , Sire , que les
Etats n'acquiefcent aux changemens & améliorations
que vous pourrez leur propoſer , dès
qu'ils feront compatibles avec le maintien de
notre Conftitution .
Nous ſommes perfuadés que V. M. eſt dans
les mêmes ſentimens , & que jamais elle n'eût
pu ſe réſoudre , avec connoiſſance de cauſe , à
anéantir des droits auſſi ſolemnellement jurés .
Cette augufte & fainte cérémonie par laquelle
vous vous êtes lié envers votre peuple de Flandre
, n'a pas été une formalité illuſoire & de
pure oftentation , elle a eu un objet déterminé ,
facré & inviolable.
Oui , Sire , la religion de V. M. a été évidemment
ſurpriſe. Nous vivons ſous un Souverain
juſte , éclairé , philoſophe , ami des hommes , des
loix&de la vérité. Il ſuffira de la lui montrer pour
qu'il la faififfe & qu'il révoque toutes les infractions
qu'on a faites en ſon nom aux conſtitutions
qu'ilajurées.
Qu'il nous foit permis encore de repréſenter à
V. M. qu'en négligeant la voie ſimple & aufli naturelle
que légale du concours des Etats pour
toutes les innovations qui peuvent toucher à la
conſtitution , les changemens qu'on veut eſſayer
d'y faire , outre qu'ils ne peuvent acquérir aucune
conſiſtance , font toujours précipités & peu analogues
au bien du pays ; ils produiſent quantité
d'injustices & d'irrégularités particulieres . Les
plus fideles Sujets entrent en défiance , l'on craint
l'esclavage & toutes les ſuites du pouvoir arbitraire.
Les loix ſont méconnues , la Jurisprudence&
les adminiſtrations en déſordre, le commerce
dépérit , le crédit national s'anéantit ſans retour ;
enfin , tour ſe bouleverſe , au détriment des Ci
( وو (
toyens , & fans aucun bien-être pour le Prince.
Daignez jetter , Sire , un regard favorable fur
latriſte ſituation des habitans d'une des plus fertiles
& jadis des plus heureuſes Provinces de l'Europe,
qui contribue plus qu'aucune autre Province
Belgique dans les tublides qui ſe paient à V. M.
Cette conſtitution précieuſe que l'on veut enfreindre,
a fait pendant pluſieurs fiécles ſon luure & fa
proſpérité . Sa population , l'induſtrie de ſes habitans
, ſes fabriques , ſon commerce, ſa navigation,
ſon agriculture , les villes nombreuſes & opulentes,
la quantité de ſes bourgs & villages où l'aifance
& P'activité reſpirent par-tour,tout l'atteſte ;
maisla perte de cette même conſtitution entraîneroit
bientot celle de tous ces avantages , & produiroit
un dérangement général dans tous les Etats .
V.M. adaigné faire éprouver ſes bontés paternelles
à ceux de ſes Sujets qui , dans ſes pays héré-
-ditaires , languiffoient encore ſous l'oppreffion
d'une ſervitudehonteuſe. Elle les a réintégrés dans
la dignité d'hommes dont ils ſembloient déchus ,
c'eſt un garant pour nous qu'elle ne voudra pas
replonger dans un ſemblable état de dégradation
&d'anéantiſſement, un peuple qui en eſt ſorti depuis
long-tems , qui toujours s'eſt ſignalé par ſon
dévouement envers ſes Princes , & pendant la
guerre& pendant la paix. Un peuple qui en fait
de commerce & d'agriculture , a été , pour ainſi
dire , l'Inſtituteur des autres pays de l'Europe ,
qui a égaté ou furpaffé dans les Lettres & les Arts
lesNations qui y ont le plus excellé. Les chefsd'oeuvres
de nos Maîtres font recherchés par toute
l'Europe. Par-tout ils ont établi la réputation &
la gloire des Flamands .
:
Dagnez , Sire , rétablir parmi nous le repos
& la tranquillité , malheureuſement altérés par
l'anxiété qui trouble tous les individus eccléſiaſti
€ 2
( 100 )
ques&féculiers,tous égalementjalouxde la conſervation
de leurs propriétés&de leurs droits ;
nous nedemandons , Sire , que des chofes juſtes ,
&qui nous font dûes & aſſurées par le ferment
prêté à votre inauguration .
Aces cauſes , nous venons avec les plus vives
&les plus refpectueuſes inſtances nous proſterner
au pied du Trône , & vous ſupplier , Sire , de
nous maintenir dans la conſervation de tous les
avantages qui nous font aſſurés par le ferment
inaugural de V. M.
De révoquer en conféquence les Edits portant
atteintes à notre conſtitution & à nos droits .
De rétablir en Flandre un Conſeil d'appellation,
où les fideles Sujets de cette Province puifſent
obtenir droit & jaſtice par desJuges inflruits
dans leurs loix & coutumes .
D'aſſurer la conſervation des Abbayes , Chapitres
& Communautés Eccléſiatiques & Religieuſes
, de pourvoir d'Abbés Réguliers les Maiſons
ſans Chefs , ainſi qu'il a toujours été fait , &
de ne pas en établir de Commendataires.
De ne plus ſupprimer de Maiſons Religieuſes
&de confier aux Etats l'adminiſtration de celles
qui ont ſubi ce fort en Flandre.
De conſerver aux Magiſtrats des villes & chatellenies
reſpectives , l'adminiſtration de la police
&des deniers publics .
D'ordonner que tout Commiſſaire départi ſera
ſoumis à la conſtitution du pays & à l'Etat , ſans
pouvoir empiéter en aucune maniere ſur les
droits & priviléges appartenans aux Magiſtrats .
De conſerver à la Jurisdiction ordinaire , comme
de coutume , la tutelle des mineurs ,& tout
ce qui en dépend , par la ſeule raiſon que cette
matiere ne concerne point les Tribunaux de Ju
nice , mais confifle notamment dans une ſurveil
( 101 )
lance confiée aux chefs - tuteurs des pupilles, ſelon
les loix.
De conſerver la députation des Etats & leurs
affemblées dans la Capitale de la Province ſur le
pied actuel , en leur confervant auſſi l'adminiſtration
des deniers publics .
Nous fupplions enfin , au cas que quelque innovation
fût jugée néceflaire , de ne pas l'introduire
ſans le concours des Etats , qui , s'il en
arrivoit autrement , ne pourroient s'abſtenir , le
pacte inaugural à la main , de réclamer & de proteſter
contre toutes les infractions qui en r. fulteroient.
Nous ſommes avec le plus profond reſpect ,&c.
Onvoit par cette lecture, que le différend
entre les Provinces Belgigues & leur Sonverain
porte d'abord ſur le Pacte inaugiral
qui affujettit l'Empereur à ne rien innover
dans les loix du pays , fans le confencement
des Etats , & enfuite (ur ces innovations
même. Ce Pacte eſt ce qu'on appelle
en Brabant la Joyeuse-Entrée dont beau .
coup de Nouvelliſtes &de curieux parlent
ſans la connoître . Elle forme un recueil de
59 articles , relatifs aux anciens privileges ,
dont le Souverain , à fon inauguration ,jure
l'obſervation aux Etats de Brabant & de
Limbourg ſeulement. Le texte original de
cette charte eſt écrit dans l'ancien Flamand ;
elle comprend encore 15 additions , faites
fous Philippe le Bon & fous Charles V.
Pluſieurs de ces clauſes ſont vagues ou mi
e 3
nutieuſes , & le Comte de Nény , dans ſes
Mémoires hiftoriques ſur les Pays -Bas , dit
qu'ily regne des obfcurités , quiſouvent ont
donné lieu aux Etats de former des prétentions
auffi déplacées que peu foutenables. L'art.
58 confirme très-explicitement >> aux Pré-
->> lats , Nobles , Villes & à tous ſujets du
>>>pays de Brabant & d'Outre- Meuſe , tous
>>>les droits , franchiſes , privileges , chartres ,
>> coutumes & ufages .
Quant aux dérogations contre leſquelles
on réclame , elles ont pour objet d'abord
l'établiſſement d'Intendans ou Cariraines
de Cercles , avec un pouvoir très érendu
dépendant du Souverain & indépendant des
Etats; enſuite une réforme dans l'Ordre Judiciaire
& dans la conſtitution des Tribunaux.
Les Etats de Flandres ſe plaignent ,
comme on l'a vu, de ce que cette réforme
laiſſe ſans fonctions 8000 gens de loi ou de
juſtice ; d'où l'on peut induire qu'elle n'étoit
pas fans utilité. La ſuppreffion des Monafteres
dont quelques villes de Flandre ſurtout
étoient ſurchargées , forme encore un
des principaux griels des Etats.
Au reſte , il eſt aiſé de voir par ce ſeul
expoſé , que l'intérêt des Etats peut n'être
pas ici en tout celui du peuple. On ſe
tromperoit encore groffierement, en croyant
que ces Etats forment exactement le Peuple ,
laNation , deux mots dont les hypocrites
& les enthouſiaſtes abuſent aujourd'hui ,
( 103 )
comme dans les ſiecles d'un autre fanatifme
, on abuſoit de celui de la Divinité. Les
Etats de Brabant ſont compoſés de treize
Prélats , de Barons , foit Nobles de différens
titres , & des Députés des trois ſeules
villes de Louvain , Braxelles & Anvers ; ces
derniers forment ce qu'on appelle le Tiers-
Etat. Comme les Etats ne s'aſſemblent que
deux fois par an , ils font dans l'intervalle
repréſentés par une Députation de dix
Membres de leur corps. La compoſition
des Erats de Flandres étoit autrefois auſſi
peu populaire : le Clergé , les villes de
Gand, Bruges & le pays franc de Bruges
avoient ſeuls droit d'y envoyer des Députés.
Le reſte de la Province qu'on avoit exelu
, eut recours au Souverain , qui en 1754
dorna voix & entrée dans l'Aſſemblée des
Etats à quatre villes de plus & à neuf Châtellenies
ou diſtricts. Ainſi la pluralité des
Etats de Flandre tient de la condeſcendance
de feue l'Impératrice Reine ſon acceſſion
à l'Aff.mblée , acceſſion contre laquelle les
quare anciens Colleges des Etats s'éleverent
if utilement. Le Clergé, la Nobleſſe &
leTie s-Etatcompofent également les Etats
de Hainaut , où le dernier de ces trois Ordres
a 68 Membres , dont 42 pour la ſeute
ville de Mons .
L'Univerſité de Louvain s'eſt auſſi miſe
en mouvemen , & a député trois de ſes
Membres aux Etats de Brabant , avec des
( 104 )
plaintes ameres fur la réforme qu'a ſubi cet
établiſſement.
Dans le Duché de Limbourg au contraire
, à Ath en Hainaut , les nouveaux Tribunaux
de Juſtice ont été reçus avec allégreffe.
Nonobſtant ces difpofitions de quelques
diftricts , les Etats de Brabant perféverent
dans leur ſyſtéme de fermeté , & ont refufé
les fubfides de cette année. On attend avec
une extrême impatience les ré olutions que
prendra l'Empereur dans ces conjonctures .
Dans quelques Feuilles publiques on a
inféré une prétendue lettre de Verſai les , qui
donne en ces termes des nouvelles directes
de Kiof& de Cherfon .
« On a reçu ici des nouvelles très - fraîches de
>> Kiovie , puiſqu'elles ne ſont datées que du 22
>>> Avril , & que le Courier n'eſt parti que le lendemain.
A cette époque , le Borſthène étoit
>> preſque débarraffé des glaces ; mais il étoit fur-
>> venu des pluies , & par conféquent des inonda-
>> tions , qui ne permettoient guères àl'Impéra-
>>tricede Ruffie de quitter cette ville avant le 7
>> ou le 8 de ce mois. La peinture qu'on fait de ce
>>>ſéjour n'eſt pas for. attrayante. On s'y ennuyoic
>>complettement , malgré les 60 Muficiens que le
>> Prince Potemkin a attachés à ſa ſuite , & qui
>> font le ſeul amusement de la ( our. Kiovie eft
une ville qui n'eſt composée que de mauvalles
barraques , froides & incommodes . Les rues
>> n'étant point pavées , il arrive que depuis le
dégel les chevaux ſont plongés dans la boue
>>juſqu'aux fangles. D'ailleurs , touty eft d'une
>> cherté fi prodigieuse , que le plus riche des
( 105 )
:
5 Voyageurs a été obligé de diminuer fadépenſe
>de moitié. Ce n'eſt-là encore qu'une eſquiffe
>> des traits qu'offrent les lettres venues de cet
>> endroit. Au reſte , elles ne font mention d'au-
>> cun projet hoſtile des Ruffes ; & la prétendue
ſurpriſe d'Oczakow, qu'on attribuoit au Prince
Repnin , eſt tombée entiérement. C'eſt ici l'oc-
>> cafion de donner l'état de la Marine Ruffe dans
>> la Mer- Noire ; elle est d'autant plus intéreſ
>> ſante , qu'on ne peut compter ſur ſon authen-
בכ
ricité , & qu'elle doit ſurprendre tous ceux qui
n'auroient jamais imaginé que la Ruffie eût
d'auffi grandes forces dans cette Mer. On y
compte 3 navires de 74 piéces de canon ; le
>> premier très-lourd , les deux autres meilleurs ,
>> l'artillerie de bronze ; 2 navires de 66 piéces ,
*>> comme nos fſoixante quatre ; 3 de so ; le premier
fort lourd , les deux autres meilleurs ;
>une ſeule batterie de 28 , canons de 24 ſur les
gaillards , 22 de 12 livres ; 12 bâtimens de 40
piéces , du calibre de 18 en batterie & de 9 fur
>> les gaillards ; 5 bâtimens de 36 piéces ; 4 de
» 26 ; 6 de 20 ; 7 de 16 ; 3 de 14 ; 2 de 12 ; en
> tout , 40bâtimens & 340 piéces de canon. Les
>>>Frégates , depuis 36 & au-deſſous , ſont bien
» conſtruites & marchent bien . Il y a dans les ma-
>> gafins du bois pour deux autres vaiſſeaux ſeule-
> ment; mais ſur le Fleuve Cuban , une belle
forêt ; il y a auſſi grande abondance de chanvre
>& de fer. On compte à Cherſon 4050 Matelors,
>> & à Sébastopole , 6000, tous caſernés & en uni-
>> forme. Onvoit encore àTaganrock 3 ou 4 fré-
>>gates qui vont repaffer à Cherſon , & fur la Mer
>>> Caſpienne , 12 petites corvettes de 12 à 18
canons. »
La plupart de ces détails font ou faux ou
exagérés. L'état de la Marine Ruſſe ſur la
( 106 )
:
mer Noire eſt enflé de moitié : au lieu de
40 vaiſſeaux de guierre , il n'y avoit à Chetfon
& ailleurs , au commencement de l'arinée
derniere , que 15 bâtimens , dont s vaifſeaux
de ligne. La fable des 10,000 matelots
cafernés à Cherfon & à Sébastopol's ne mérite
pas de réfutation. 10,000 matelots caſernés
ſuppoſeroient un commerce qui en
occupe au moins 20,000. Les p'us fortes
Puiſſances maritimes de l'Europe auroient
bien de la peine à réunir ainfi , en temps de
paix , dix mille mate'ots dans un ſeul port ,
& on va les placer dans les déferts de la
Tartarie !
Il faut ranger également dans le nombre
des nouvelles ſuſpectes , celle que contient
une lettre qu'on fait venir de Londres , le
15 de ce mois , & qui dit :
• On a fait le relevé des droits d'importation
>> qui ont été perçus dans les Douanes le premier
jour que les navires François ont été admis dans
>>>les ports d'Angleterre , & ces droits ſe ſontélé-
>> vés , dans ce premier jour ſeul , à la ſomme de
>> fix mille liv. fterlings.On peut conclure de ce
>> fait que l'activité du commerce eſt très grande.
>>> Les Calculateurs voud -oient connoître de mê-
→ me la fomme des droits perçus dans les ports de
>> France à la même époque , fur des cargaiſons
>>>Angloiſes , pour faire une comparaiſon du prémier
réſultat de l'exécution du Traité de com-
>>>merce; mais peut- être ſe tromperoit- on en pré-
>>>nant une pareille baſe , le premier moment
>>>d'une liberté long-tems inconnue a occafionné
>> des ſpéculations extraordinaires de toute eſpece.
( 107 )
>>> La conſommation oppoſée des marchandiſes ré-
>>> ciproques , déterminera déſormais le nomore &
→ la qualité des envois , & chaque Nation ne man-
>> quera pas de combiner attentivement la nature
>> des marchandises dont il eſt important à fon
>>>agriculture & à ſon induſtrie de favorifer l'im.
>> portation & l'exportation réciproques . Ce n'eſt
>> donc qu'après une expérience de quelque tems
>>>qu'on aura une connoillance exacte des vérita-
>>>bles effets de la liberté des échanges , ft pulée
>> par je dernier Traité. »
Les ports d'Angleterre ont été ouverts le
10 ; il faudroit donc qu'en cinq jours le
Gouvernement eut reçu le relevé général
dont il eſt queſtion, ce qui eſt ſans aucune
vraiſemblance. Six mille liv. fterl. de droits
n'annonceroient pas d'ailleurs des cargaifons
bien conſidérables ni bien multipliés ;
& il eſt à croire que cette valeur a été encore
plus forte.
Nous avons reçu pluſieurs lettres relatives
au projet de recruter les armées d'Enfans-
Trouvés , proposé dans l'un de nos Journaux
par M. l'Abbé de L. & M. Grouber de
Groubenthall; mais ces diſcuſſions font trop
étrangeres à l'objet de cet Ouvrage, pour y
être publiées. Un Militaire prétend , dans
une de ces lettres , que les Enfans- Trouvés
ne font pas dignes d'être ſoldats . Nous
nous rangeons plus volontiers au ſentiment
très bien expofé dans la lettre ſuivante.
*Monfieur ,
Je viens de lire dans le Mercure du iz
Mai de cette année , un projet auſſi ſurprenant
( 108 )
→ que barbare ; c'eſt celui de prendre les enfans
strouvés pour en faire des foldats & des matelots
à vie. Quoi ! de bien qu'on leur fait en
>>les recevant dans les Hopitaux , en les éle-
>>>vant , donne-t- il e droit de diſpoſer de leur
>>>liberté ? eft- il aucune convenance politique
➤ qui puiſſe autoriſer un abus ? Ces malheureux
enfans ne sont- ils point affez à plaindre par
>>>la privation de leurs parens , lans que vous
>>>en exigiez pour prix des ſecours que vous
» leur avez accordés , qu'ils embraſſent un état
>>> pour lequel ils peuvent avoir une grande aver-
>>fion ? Sont-ils votre propriété pour que vous
> ayez le droit d'en diſpoſer auſſi abſolument ?
>>> Il n'y aurait que les beaux hommes qui au-
>> roient la liberté de ſe marier , ajoute - t- on.
>>>Vraiment cette maniere de condamner ainfi de
>> hommes àun éternel célibat , parce qu'ils ont eu
>> le malheur d'être abandonnés de leurs parens :
>>doit paroître étonnante à tout eſprit juſte , à
tout coeur ſenſible .
>> C'eſt ainſi que la manie des projets fait
>> éclore les plus injuſtes ſiſtemes; c'eſt ainſi qu'on
>>>oublie les plus impreſcriptibles droits de l'hu-
>>manité , pour donner un air d'importance -à
>> de prétendus plans patriotiques. Je n'ai pu
>>voir ſans horreur ce nouveau genre d'eſclavage
, ainſi propoſe de ſang froid. Veuillez
➡je vous prie inferer cette legere réclamation
>>contre une pareille innovation; non pas qu'on
>>doive craindre de la voir s'effectuer , mais
>>parce qu'il ſemble utile de rendre publique
pole peu de conſidération qu'elle mérite «.
PEUCHET.
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDI 16 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERSET EN PROSE.
LES DEUX ROSES , Imitation
d'un Poëte Latin.
D'
UNE Rofe an vif incarnat,
Erd'une Roſe ſans éclat,
Je fais un préſent àGlycère ;
Que.ce bouquet àma Bergère
Faffe connoître mon état ;
A
Des deux Rofes lans doute l'une
Peindra la flamme de mon coeur ,
L'autre de mon teint la pâleur , :
Toutes les deux mon infortune.
(Par un Membre de la Société Littéraire
: deS. Pierrde-e-Pliguen.) ؟
Nº. 24 , 16 Juin 1787 . E
98
MERCURE
LE RICHE PARVENU ET L'INDIGENT.
Dans ce fiècledefer levisetriomphant
Abeau lever un front rayonnant d'impudence ;
Il craintde la vertu quelquefois l'afcendant.
L'orgueilleux Dorilas , fier de ſon opulence ,
Révoltoit tout Paris par ſon faſte inſolent ,
Tandis que l'humble Ariſte , ami de ſon enfance,
Pour prix de les vertus languiſſoit dans l'oubli.
Aforcede forfaits l'on s'étoit enrichi ,
L'autre n'avoit pour bien que ſa ſeule innocence.
" Que je vous plains ! » lui dit le nouveau parvenu ,
De ce ton de pitié dont le malheur s'offenſe.
* Je vois trop aux baillons dont vous êtes vêtu ,
• Que vous avez ſujet d'accuſer la fortune.
Languiriez-vous ainſi dans la foule commune
» Si le fort cût daignévous traiter comme moi? -
:
Metraiter comme vous ,dit Ariſte ! ch ! pourquoi ?
Qu'ai-je donc fait pour plaire àl'aveugleDéeſſe?
Ai-je bleſſé Thonneur ? ufé de fauſſeté ?
Peut on me reprocher une indigne ſoupleffe?
Ma-t'on vu me fouiller d'aucune lâcheté ?
Ramper aty preds des Grands , les flatter dans leurs
jong?
Now, yai sonypurs gande ce front nobie & fereinDE
FRANCE. 99
1
Qui ſied à la vertu , dont j'ai fait mes délices :
Je n'ai donc pas le droit d'accuſer les caprices
De la Divinité qui vous ſervit ſi bien.
Le ton mâle d'Ariſte effraya mon faquin ,
Qu'un regard de mépris acheva de confondre ,
Et qui fuit à l'inſtant ſans oſer lui répondre.
(Par M. Nogent , Receveur des Fermes à Avalon.)
ÉPIGRAMME.
PIERRE , dit-on ,, au ciel achette une couronne
Endennant aux pauvres ſonbien ;
Mais plût à Dieu qu'il ne leur donnat rien ,
Etqu'il ne pût rien à perfonne.
(ParM. Lugnier. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
duLogogryphe du Mercureprécédent.
LEmot de la Charade eſt Abel; celui de
l'Enigme eſt Testament; celui du Logogryphe
eft Difcorde , où l'ontrouve Roi, Sire,defir,
cire,fi,corroc, ire, ris, cri, ride, corde, or
Eij
100 MERCURE
LE
CHARADE.
Es blonds cheveux d'Églé flottent fur mon premier
;
J'aime de Philomèle entendre mon dernier ;
Chaque foir Apollon va revoir mon entier.
(ParM. Berthier , Officier au Régiment
dePicardie. )
-
ÉNIGM E.
ENTRE les mains de quelque Belle
Je fais ſoulager le tourment
Qu'une abſence longue & cruelle
Fait fentir à ſon tendre amant.
J'étois au chemin de la gloire
Sur la tête du grand Henri ,
Lor que courant à la victoire
Il combattoit aux champs d'Ivri.
Ailleurs , ſans être ſanguinaire ,
Dirigeant un trait meurtrier ,
-J'ai fait embraſſer la pouſſière
Aplus d'un courageux Guerrier.
(ParMmeNavarre, Penfionnaire du Roi. )
DE FRANCE. 101
J
LOGOGRYPΗ Ε.
'HABITE de Paris les plus ſales quartiers ;
Le ſang chez moi ſe trouve empreint ſur les murailles.
Ici , des coeurs fumans; là , des débris d'entrailles ;
Enfin j'offre par- tout & morts & meurtriers.
Dans les neuf pieds qui compoſent mon être ,
Ami Lecteur , tu vas bientôt connoître
Unlégume commun; un terrein inégal ;
Une plante ; un chemin ; un léger animal ;
Du char le plus brillant un ſoutien néceſſaire ;
D'un peuple aîlé la retraite ordinaire ;
Ce que craint un piéton; de femme un vêtements
Un terme que toujours prononce un tendre amant ;
De Franceune Province; un inſtrument ſonore;
La femme de ton fils ; enfin l'on trouve encore
L'homme à qui la fortune a prodigué ſes dons ;
Le ſéjour de nos Rois & celui des Bourbons.
(Par M.le Comte de V....... )
0
E ii)
101 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
RECUEIL de Comédies nouvelles, in- 80.
:
3
AParis, chez Prault, Imprimeur du Roi ,
quai des Auguſtins , à l'Immortalité.
Il eſt difficile de décider fi on a lieu de ſe plaindre
ou de ſe louer de la fécondité de notre Littérature
moderne. Sur ce point le Public & Ics Journaliſtes
ne font point d'accord: rien de plus commun.en
effet que d'ertendre les gens du monde ſe récrier
fur la quantité de Livres qui paroiffent , tandis que
les Journaliſtes au contraire ſe plaignent de manquer
de matériaux. Sans vouloir examiner ici qui
eft-ce qui a tort ou reifon , nous obſerverons que
chez les Anciens l'amour des Lettres s'eſt toujours
manifeſté par le nombre des productions auxquelles
il a donné naiſſance , & il nous feroit aifé de prouver
que malg, é la difficulté d'avoir des Livres dont
Jes exemplaires ne pouvoient ſe multiplier que par
das copies manufcrites , les Auteurs étoient parmi
euz& plus nombreux & plus féconds qu'ils ne le
fontde nos jours; c'eſt ſur-tout dans le genre Dramatique
que la balance penche en leur faveur. On
faitque Térence rapportcit à Rome cent huit Comédies,
toutes traduites ou imitées de Ménandre, lorfqu'il
cut le malheur de périr dans les flots . Ménandre
avoit done composé au moins cent huit Comedies
. Cette fécondité eſt déjà bien étonnante ; mais
ce n'eſt pas ce qui doit le plus nous ſurprendre.
DE FRANCE.
103
1
Toutes cesPièces avoient été destinées à être re
préſentées ; combien ne falloit-il donc pas de Théâtres?
combiende facilité à apprendre & à jouer les
Pièces nouvelles pour qu'un Auteur put eſpéier
defaire jouer cent huit Comédies ! Suppoſons que
Ménandre eût écrit en France,& qu'il eût été roue
contemporain: comme il n'y aguères que le Theatre
de laCapitale ſur lequel on eſſaye des Ouvrages
nouveaux , & qu'une pièce n'y eſt jouée communtment
que deux ou trois ans après la première lecture
, on voit qu'il auroit fal'u que ſa vie eût égalé
celle des anciens Patriarches, pour qu'il eût éprouvé
la fatisfaction de voir repréſenter tous ſesOuvrages.
Cette réflexion fuffit pour nous faire appercevoir
que de toutes les branches de la Littérature , c'eſt
cel'e du Théâtre qui est la moins encouragée ; &
l'Auteur de l'Avertiſſement qui eſt à la tête des Comédies
que nous annonçons,a raiſon d'obſerver que
Je Públic entendroit mal fes intérêts s'il refuſoic
d'accueillir les Ouvrages Dramatiques qui ne kui
parviennent que par la voie de Fimpreffion . Ce
qu'il dit à ce ſujet & ce qu'il ajoute fur beaucoup
d'autres raiſons , toutes bien fondées , qui empêchentles
gens du monde de donner leurs Ouvrages
aux Comédiens , nous a paru très-jaſte, mais trèsinutile
pour prévenir le Public en faveur de ceux
dont nous allons rendre compte Il ſuffiſoit de dire :
Voici desPièces de Théâtre qui ne font ni des imitations
de l'étranger , ni des Romans mis en dialogues,
des Pièces en cinq Actes dont la marche eſt
fimple & naturelle, le ftyle facile, ingénieux &
agréable, le but moral & utile; des Pièces très-différentes
entre- elles par le ton & par le costume ,
pui'que l'une repréſente les moeurs du village &
l'autre celles des gens du monde: & quel eft l'Auteur
de cet Ouvrage ? Une femme de qualité qui ,
loinde ſe prévaloir des avantages que fon état , &
E iv
104 MERCURE
fe
fur tout ſes talens& fes connoiffances pouvoient lui
donaer , a toujours travaillé dans le filence & dans la
fetraite, contente d'amufer ſes loiſirs , & ne
livrant au plaifir de compoſer que lorſque ſa ſanté,
malheureuſement trop foible, l'empêchoit de pourfuivre
des études plus appliquantes *.
Ou l'eſprit du ſiècle en général , & en particulier
celui de la Nation Françoiſe eſt bien changé , ou il
n'en fautpas davantage pour qu'un ſentiment d'eſtime
&d'intérêt devance & prépare le jugement que le
I ecteur doit porter ſur des Ouvrages qui auront ,
nous ofons l'affurer, d'autres droits à ſon fuffrage.
La première Pièce qui s'offrira à ſes yeux , eft intitulée
l'Afcendant de la Vertu , ou la Paysanne
Philofophe. Voici en peu de mots quel en est le plan
&lamarche. La Comteffe de Réfilly , femme âgée ,
qui vivoit dans ſes terres, s'étoit plu à élever une
jeune Payſanne, & lui avoit laiffé en mourant une
fortune affez conſidérable pour fon état. Monique ,
c'eſt le nom de cette Payſanne , après avoir perdu
ſa bienfaitrice , étoit restée attachée à la bellefiile
de celle- ci , qui élevoit un fils unique , objet de
fes eſpérances; mais ce jeune homme parvenu à
l'âge où il faut entier dans le monde , & vivre à
Paris & à la Cour , ne put échapper aux dangers de
la jeuneffe , & perdit bientôt le fruit de la bonne
*Nous ſommes inſtruits que Mme. la Marquiſe de
Gl.... s'étant particulièrement attachée à l'étude des
Langues étrangeres , a non-feulement entrepris de faire
connoître par des traductions fidelles , l'ancien Théâtre
Eſpagnol, imais auli de faciliter l'intelligence de Shakepear
par des Commentaires françois, fur les endroits les
plus difficiles que le texte a juſqu'ici préſenté aux Anglois
même , & aux Anglois les plus admirateurs de ce
Poëte célèbre. Il eſtà defirer de toute façon qu'elle puiſſe
continuer ſes travaux & les rendre publics.
DE FRANCE. 105
éducation qu'il avoit reçue. Sa mère l'apprit avec
douteur. Bientôt après ſe voyant attaquée d'une maladie
mortelle , elle confia ſes chagrins à Monique ;
& prévoyant que ſi ſon fils revenoit un jour dans
ſes terres, ſes égaremens pourroient être funeſtes à
ſes vaſſaux , elle la conjura de le rappeler à ſon
devoir , elle pouſſa même la prévoyance juſqu'à lui
confier une lettre pour fon nouveau Seigneur , afin
qu'elie pût s'en préva'oir au beſoin . Monique, après
la mort de la Comteſſe,a quitté le Château ; elie a
repris ſon état de Payſanne, & dans la fruga'ité
qu'elle s'eft impotée elle a trouvé les moyens de faire
du bien autour d'elle; mais plaignant les matheurs
* de l'humanité ſans eſtimer les hommes plus qu'ils ne
leméritent , elle fait que fi la bienfaifance dont ils
éprouvent les effets leur eft chère dans quelques inftans,
la fupériorité que donne l'aifance leur est
odicuſedans tous les temps ; e'le fait auſſi que les
lecours ne doivent être accoudés qu'aux véritables
beſoins, & ne doivent pas ſervir à encourager le
déréglement ou la pareſſe; elle emploie donc'tout
le crédit qu'elle a acquis dans le Village à ſurv.iller
les Payfans , &à les empêcher de tomber dans
I misère, tandis que la plus grande partie de ſa
Fortune eft conſacrée àles fouleger dans la détreffe .
Mais ſes remontrances font publiques & ſes bienfaits
font cachés ; c'eſt toujours par le Curé qu'elle
les fait répandre, & on ignore de quelles mains ils
yennent: il en réſulte que Monique eft plus crainte
qu'elle n'eſt aimée. Mais c'eſt dans ſes foyers mêmes
qu'elle a concentré ſes affections & qu'elle trouve la
récompenſe de ſa charité; elle eft marraine de la
fille de Bérard , Jardinier du Chateau ; elle s'eft
chargée de cet enfant , & l'a élevé dans ſa maiſon ,
où elle avoit recueilli auſſi un orphelin nommé
Alexis , auquel elle a vou'u ſervir de mère. Ces
jeunes gens grandiſſant enſemble , ont conçu l'un
Ev
106 MERCURE
pour l'autre une tendreſſe qui est bientôt devenue un
véritable amour: elle s'eſt propoſée de les unir; mais
defirant éprouver le caractère & la paffion du jeune
'homme, elle a voulu qu'il fit une abience de trois
ans,& l'a envoyé ſervir dans le régiment du Conte
de Refilly. Celui- ci , dans on voyage qu'il afaitàfa
terre , a vu Pauline, c'eſt le nom de la jeune perſonne
élevée par Monique; il en eſt devenu amoureux
; cependant cette paffion naiſſante a bientôt
cédéauxdillipations du grand monde il revient ſuivi
d'Alexis que ſa protectrice a mandé dans le delſeinde
le marier avec Pauline. La paffion duComte
ſe rallume , & d'abord il n'entrevoit d'autre, obita-
"cle que la furveillance-& la ſévérité de Monique;
s'eſt pour s'en affranchir qu'il engage le père de
Pauline àla réclamer , & qu'il fait ſemblant de proréger
le fils d'an de ſes fermiers qui la recherche ca
mariage. Les moyens puiflaus & adroits que le
Comte emploie pour parvenir à ſes fins; la force&
Lapréfence d'eſprit de Monique qui les rend inuti-
Tes; l'amour fimple & naïf des deux jeunes gens;
les caractères heureuſement nuancés des deux
Payfans, tous les deux intéreſſes, mais l'un ſubril &
refé, l'autre facile & fimple , compoſent & foutiennentl'intérêt
de cette Pièce juſqu'à la fin du qua
tricine Acte, où le Comre ſe reſout à frapper un
sour décifif en récourant aux voies de la justice ,
& en employant fonProcureur fiſcal, eſpèce de peronnage
très connu au Théâtre , mais préſenté ici
Tous des formes neuves & piquantes ; enfin Moni
que ne trouve plus d'autre expédient pour dérober
Pauline aux pièges que le Comte ne ceffe de lui
ten ' ,que de la marier fur- l-echamp&fans qu'il en
porfle aveir connoiffance. Il eft quatre heures du
marin,& le jous ne luit pas encore lorſque Monique,
qui a déjà envoyé àl'Église ceux qu'elle appelle
tos enfans,&qui eft restéedans ſa maiſon pour que
DE FRANCE. 107
perfonne ne puiſſe y pénétrer , & apprendre ainſi
quePaul ne n'y eft plus, fort elle-même pour obſerver
fi tout est tranquille autour du Château ; mais un
mot qu'elle entend lui fait connoître que toutes ies
averues de ſa maiſon ſont occupées ; c'eſt que le
Comtequi avoit apperçu la veille au ſoir quelques
mouvemens dont il ignoroit la cauſe , avoit imaginé
queMonique vouloit envoyer Pauline dans un Couvent
voifin , & qu il s'étoit déterminé à l'enlever des
qu'elle fortiroir de ſa maiſon. Monique, pour gagnerdu
temps& pour déconcerter ces odieux projets,
s'enveloppe d'un voile , & proférant quelques
mots qui fervent à tromper ſes ennemis , elle fait
enfortequ'ils la prennent pour Pauline , & qu'ils ſe
faififfent d'elle. Le Comte court ſe jeter aux piedsde
celle qu'il prend pour la maîtreſſe, lui renouvele
P'offre de ſa main, car ſa paſſion l'avoit déjà décidé
àcedernier effort , & lui propoſe de le ſuivre au
Château; alors Monique jette ſon voile, & profite
delaconfusion du Comte pour lui faire ſentir vivement
les conféquences de l'égarement auquel il s'eſt
Kivré: mais celui -ci toujours aveuglé par ſa paffion
perfiſte à vouloir s'emparer de Pauline à quelque
prixquece ſoit. II la crois dans la maiſon de Monique,&
il en demande la clef, que celle-ci lui refuſe
peremptoiremer. Cependant un des émiſſaires
du Comte arrive, & dit qu'il n'a trouvé perſonne
d'éveilé, fi ce n'eſt le Curé , qui rentroit chez lui
comme cing heures fonnoient. C'était précisément
Theure convenue avec le Paſteur , & Monique eft
affurée déformais que ſes enfans font unis par des
liens induſolubles.... Cing heures! s'écrie-t- elle avee
tranſport, tenez, Monseigneur, voila la clef, leur
forteft affure; ils font mariés. Le Comte reſte un
moment interdit ; mais de rabattement il paffe
bientôt à la fureur en voyant paroiure les deux
amans qui viennent rejoindre lens mère ; il met
Evj
108 MERCURE
l'épée à la main, & s'avance vers Alexis , lorſque
Monique ſe jetant entre eux , tire de ſon ſein lalette
que la mère du Comte de Réfilly lui avoit laffée en
mourant: lifez, dit- elle , & frappez si vous l'ofiz.
Le Comte ſe ſa fit de la lettre , s'attendrit en la lifant.
Revenu à lui-mêmeil pardonne aux jeunes époux ,
Qu'il veut encore enrichir de fes bienfaits , & remer
ciantMonique qui l'a arrêté ſur le bord de l'abîme ,
il lui confie le ſoin de fes vaſſaux , car il va s'éloignerjuſqu'à
ce que le temps &les regrets le rendent
digne de la revoir.
En traçant ici cette légère eſquiſſe, nous n'avons
eu d'autre objet que de faire voir combien la marche
de la Pièce eſt fimple& naturelle ; mais ce n'eft
qu'en lifant l'Ouvrage menie qu'on pourra juger du
plus grandmérite que l'Auteur aità nos yeux , celui
d'avoir mis fur la scène un caractère neuf & par
faitement foutenu , d'avoir employé un dialogue
facile & animé , & ſemé d'une infinité de traits piquans,
toujours amenés par le ſituation , & tellement
exempts de prétentions qu'ils paroiffent plutôt
échappés aux perſonnages qu'imaginés par l'Auteur;
entin d'avoir repréſenté les moeurs & les paflions
dans les inlividus d'un état inférieur comme dans
ceux d'un rang élevé, moyen fécond trop négligé
de nos jours, par lequel on parvient à diftinguer les
mêmes fentimens par des nuances variées , à reproduire
d'une manière plus attachante des intérêts
qui dans le fond font les mêmes chez tous les hommes
, & qui ne peuvent manquer de fatiguer par
lear uniformité, toutes les fois qu'ils font concentrés
dans une feule claſſe de la ſociété, & encore dans
celle où ils ont le moins de naïveté ou d'énergie.
On s'étonnera fans doute de voir les Payſans fi
bien repréſentés par un Auteur que fon état & fon
ſexe même, ont dû empêcher plus que tout autre
de fe mêler parmi eux ; mais peut- être n'est-ce
DE FRANCE.
109
dans le fond que de ſon talent dont il faut s'étonner
; quand c'eſt le talent ſeul qui détermine à
écrire , on ne s'occupe que de ce qui méri e véritablement
l'obſervation on ne fuit pas les rotes
battues, on cherche la Nature par-tout où elle fe
cache , & on parvient à la farfir. Ici chacun , nonfeulement
agit d'après fon caractère , mais parle le
langage qui lui eft propre. uelques perſonnes , &
fur tout les gens du monde, pourront trouver que
cene fidélité au coftume ramène trop ſouventle patois
des Payfars ; mais fans admettre ou rejerer
cette critique , nous dirons feulement que ce patois
même a le mérite d'être parfaitement imité , co qui
eſt plus rare qu'on ne penſe; car dans la plupart des
Comédies les Payfans ne parlent qu'un patois de
Théâtre , & non pas celui da Village. Au refte ,
ceux qui meieet beaucoup de pris à ce qu'on appelle
le bon ton & au langage de la meilleure com
pagnie, retroaveront lon & l'autre dans toute leur
pureté en lifant la Fauffe Sensibilizé.
Le caractère de cette Pièce est fi différent de celut
de la première, qu'on ſeroit tenté de croire que
l'Auteur a vo tu faire un tour de force en lescop
poſant l'un à l'antre. Mme de Fonte fe , voule
jeune&belle, mais exaltée par une fenfib besexab
gérée dont elle tient une eſpèce d'école, eft devel
nue le coryphée de ces fociétés , où les fontimiend
de l'amour & de l'amitié font fans cette analylés
bien mieux enfeignés que fentis. Le Comte de
Melcourt, jeune homme diftingué par des aven
tures brillantes , n'a pas tardé à te lier avec elle ; i
aété convenu entre leurs amis communs , d'abord
qu'ils devoient s'aimer , & enfuite qu'ils s'aimoient
àla folie. A force de l'entendre dire ils l'ont cen
eux- mêmes; leur mariage eſt arrêté; il doit ſe faire
à Paſſy , chez la Comteſſe de Belmont , tante de
Mme de Fonrofe, où les prétendus amans ſe trou-:
I10 MERCURE
vent réunis ; mais l'ame de Mme de Fonrofe eft &
accoutumée aux agitations , aus tourmens, qu'il eſt
impoſſible qu'elle ſoutienne la ſituation inattendae
où elle ſe trouve de n'avoir rien à craindre , à regretter
ou à defirer ; Heureuſement pour ele
qu'un de tes amis eſt ou doit être dans l'afliction ;
il aperdu ſa maîtreſſe il y a quelque temps , & comme
il étoit enrôlé autli parmi les ames parfaites , nul
deure qu'il ne lui ſoit fidèle , même après fa mort;
nul doute encore que le bonheur dont ſes amis vont
jouir n'éveille , n'aigriſſe ſa douleur au point même
de compromettre ſavie. Pleine de cette idée, quelques
mots qu'elle interprête mal , lui fontcroire que
fon ami eſt effectivement malade ; auflitet voila le
mariage retardé. La Comteffe , qui eſt une bonne
perſonne bien ſimple , mais bien perſonnelle , eft
fatiguée depuis long-temps de la préſence de fa
nièce&des contrariétés qui en fontune fuite nécef
faire; elle veut que le mariage ſe conclue à quelque
prix que ce ſoit ; d'ailleurs elle a une fille qui n'eſt
pas riche,& qui doit ſe marier le même jour avec
JeBaron, jeune homme peu ſpirituel , pupille& difciple
de Mme de Fonroſe. A la vérité Émilie ,
c'eſt lenom de cette fille, dont les manières font
douces& fimples, mais dont le coeur vraiment ſenfible&
délicat eft guidé par un eſprittrès- pénétrant ,
Emilie n'aime pas le Baron ; elle a un penchant
très-décidé pour le Comte, penchant qu'elle diffimule
tant qu'elle le croit véritablement amoureux
deſa cousine , &qu'elle n'est pas ſuffi(ammentéclairée
ſur la nature du fentiment qu'ils ont l'un pour
J'autre. Il ne s'agit dans les premiers Actes de la
Pièce que de hâter le mariage de Mme de Fonroſe.
Pour ſe débarraſſer des ſoins inquiets qu'elle veut
donner au Chevalier fon ami , on imagine de lui
dire qu'il vientde mourir de douleur, ce qui auroit
réufli parfaitement à lui faire prendre fon pari fi
DE FRANCE. 111
malheureuſement le Chevalier n'avoit paru très-
Inopinément & très à contre temps. En effet , en
partant pour fon régiment il vient prendre congéde
ſon amie qu'il n'avoit pas vue depuis pluſieurs
mois .... Quel remède à cet incident ? Par bonheur
on a appris d'un valetde chambre du Comte que ce
Chevalierfi malheureux & fi intéreſſaut a une nou
velle maîtreiſe , & que cette maîtreffe eſt une
femme très-mépriſable par ſa conduite & très-pen
piquante par ſa figure;il ne reſte plus d'autre parti
que de détromper Mme de Fonroſe. Elle n'eſt plus
Pafly; elle est allée à Daris voir les amis du Chevalier
; car elle a remarqué de la réſerve , de l'embarras
dans la converfarion qu'elle a ene avec lui ;
elle craint qu'il ne ſoit plus le même pour elle ; elle
eraint que fon mariage , que ce facrifice fait à
L'amour ne l'ait éloigné du temple de l'amitié. A
fonretour ondoit lui montrer un recueil de chanfons
& d'épigrammes qui tympaniſent le Chevalier,
&couvrent de ridicule ſon inconſtance & ſon nouveau
choix ; ce moyen a bien quelques dangers
; on appréhendede la révoſter &de l'aliéner's
mais le haſard a voulu qu'elle ait rencontré dans
fon chemin une petite Payſanne qui gardoit des
moutons ,& qui pleuroit, parce que fon père l'avoit
battue& féparée de ſon coufin qu'elle aimoit : c'étoit,
à la falcré, àla maufladerie près , une Héroïne
deRoman toute trouvée : elle l'a fait monter dans
ſa voiture , & l'a amenée chez ſa rante. Cette her
xeuſediverfion, cettenouvelle pâture pour ſa fenft
bilité l'a mife dans une difpofition plus favorable:
elle ſe laiffe détromper fur le Chevalier ; elle sit
même de ſon erreur .&confent à donner fa main au
Comte, qui voit affez triftement arriver cette concluſion
fi defirée,& qui paroît plus touchéde devenir
le coufin d'Émilie que le mari de Mme de Fonrefe.
Ainfi àla fin du quatrième Acts on croit Etre
112 MERCURE
au dénouement , & voir la Pièce finir d'ure manière
peu fatisfaiſante pour le Spectateur , qui est loin de
defirer une pareille union. Cette marche tout-à fait
contraire à celle de la plupart des Comédies , où le
noeud ſe mêle & fe refferre de plus en plus juſqu'au
cinquième Acte, nous paroît d'autant plus ingénieuſe
qu'elle amène un dénouement gai & piquant.
Au commencement du cinquième Acte on voit
arriver des ouvriers qui arrangent le fallon pour
une eſpèce de fête , & l'ornent de gurlandes & de
berceaux de Aeurs . Les Acteurs , tous habitans de la
maiton, ſe raffemblent, & la compagne eft augmentée
de la petite Payſanne , dont Mme de Fenro'e
ne veut plus ſe ſéparer, & dont la maufladerie
& limpertinence produiſent des effets comique &
plaifans. Il eſt encore de bonne heure les amis
qu'onattend de Paris ne font pas près d'arriver , on
parle d'une lecture ; mais il faut quelque choſe
d'analogue au lieu & à la fituation; le Comre n'a
riende nouveau à propoſer , ſi ce n'eſt une dernière
Édition des Poéfies de Haller. << De Haller ! s'é-
>> crieMme de Fortofe, comme vous dites cela ! fe
>> n'ai apporté qu'une nouvelle Édition de Haber !
>> eh! que pour- on avoir de mieux Allez , allez
vite la chercher, Dieu ! quel bonheur ! quand
vous auriez eu le preſſen; ment de la ſcène qui va
fe paffer , vous n'auriez pu mieux choifir, Hal
ler, le tondre Haller, de mande à être lu ſous le
>> feuillage, au milieu des fours & des ames fim
>> plescomme les nôtres . Heller ! c'eſt ma paflion .
* Je neconpois de lui que fon Épitie à Mariannes
» mais quel chefd'ouvre de fentiment! - On
imagine ailement l'effet que doit produue la lecture
de cette Épure où Haller exprime e manière 6
que
dure
touchante les regigis lui laiffe la mmoorrtt prématurée
de ſa femme. A chaque phrafe , à chaque ligne
elle eft interrompuc par les exclamations , par les
DE FRANCE.
113
fanglots de Mme de Fonroſe, & fur- tout par l'é-
Joge de l'Auteur. - « O que fon amour devoir
>> être aimable! s'écrie t elle, c'eſt que rien ne lai
manque , prei ez garde à cela chaleur , vérité ,
>> naturel , graces naïves , il a tout; mais ce qui
>> charme encore plus, ce qui le fait adorer , c'eſt
> ce ſentement unique conſervé juſqu'au tombeau ,
> & qu'on peut appeler le phénix de la ſenſibilité :
> en vérité je ne vois rien à quoi on puiffe le com
- parer ! =- Qu'à lui-même , répond naïvement
leComte: il s'eſt ſurpaſſé dans ſa ſeconde Épître.
-Une ſeconde Épître à Marianne ! C'eſt divin . ---
Oh , non, c'eſt à la ſeconde femme, & cette Épître
eſt bien ſupérieure à la première : je la regarde
comme ſon chef- d'oeuvre. Jugez de la ſurpriſe de
> Mme de Fonroſe. Haller! l'incomparable Halier ,
* après avoir tant aimé ſa première femme en au
* roit pris une ſeconde! Mais cette colère , cette
indignation retombe bientôt ſur le Comte , qui a
trouvé la choſe toute fimple. « Sans doute , lui dit-
>> elle , ſi la mort tranchoit mes jours vous pleure
riez comme Haller , & vous vous conſoleriez
comme ui ... » Elle ſe lève : elle part précipitamment,
& emmène avec elle fa Payſanne & fon
pille le Baron , au grand contentement de tout le
monde , & fur tour du Comte , qui heureuſement
éclairé tur la véri able ſituation de ſon coeur , &
dégagé de ſes engagemens , offre fa main à Émilie ,
quum Paccepte avec joie. Cependant Toinette , fuivante
de Mme de Fonrole , aime le valet-de- .
chambre du Comte , & devoit l'épouser. Prête à partir
avec ſa maîtreſſe , elle n'a pu diffimuler ſes ro
grets : « C'eſt un fi bon garçon , a-t- elle dit , il a
>> rendu ſa première femme fi heureuſe !>>> A ces
mots toute la colère de Mme de Forroſe s'ett ranimée:
elle n'a pas voulu qre ſa femme-de-chambre
la ſuivir , & elle a fait partir ſa voiture ſi bruſque-
-
114 MERCURE
ment que lapauvre fille en a été renverſée ,&même
unpeubieffée. Le récit qu'elle fait de cet événement
met le dernier trait zu caractère de Mme de Fonrofe;
car tandis que celle ci renonce à ſon amant
parcequ'il conçoit qu'on peut ſe marier deux fois,
Foincite,plus fimple&plus raisonnable, ſedétermine
parun motiftout oppofé, &trouve que puiſque ſon
prétenduarendu heureuſe ſa première femme , elle
adroitd'eſpérer aufli leméme bonheur. On obferverapeut
êtrequeMmede Fonroſe étant veuve &
prêteà fe remarier, paroît en contradition avec les
principes: mais elle prévient elle-même cette objection
en établiſſant,&pour cette fois avec toute
raifon , une diftinction très- marquée entreun mariage
de convenance & un mariage d'inclination .
CettePièce, où l'intrigue eſt moins fimple & la
marche moins rapide que dans la précédente, dif
férencequi ne doit être imputée qu'à la nature du
fujet , a un grand mérite de couleur & de détail,
&fur tout celui de conſerver de la vérité, de la
délicateffe& de la meſure dans la peinture même de
Vexagération & de la folie. C'eſt l'art d'un habile
Muſicien qui fait tirer des effets doux & agréables
dun inftrument dont les fons font naturellement
trop forts & trop perçane. Le ſentiment délicat &
caché qu Émilie a pour le Comte, le penchant qui ,
fous la forme d'un tendre intérêt, le ramène fans
ceffe vers elle, penchant naturel qui contraſte à
merveille avec cet amour dopinion dont laMarquife&
lui ſont p'us occupés qu'animés , & qui de
leur rête n'eſt pas encore deſcendu dans leur cocar ,
jet.ent un intérêt très-agréable ſur toute la Pière, &
repolent doucement le Spectateur lorſqu'il commence
à être fatigué de tant d'extravagances. Un
autre mérite de cet Ouvrage, qu'il feroit d'aurant
plus injuste de paſſer ſous filence qu'il devient plus
lare de jour en jour, c'eſt que la gaieté y trouve
DE FRANCE. 11
toujours place, même dans la peinture des moeurs
de la bonne compagnie, & que d'un fujer qui paroîtpendant
long-temps prêter plus à la fineſſe des
détails qu'aux effets du Theatre , naît enfin un
dénouement neaf& ſaillant. On pourra peut-être
reprocher à l'Auteur que ſes moyens d'action &
d'intérêt ne ſont pas toujours affez concentrés dans
les Acteurs de la Pièce&dans le lieu de la Scène , &
qu'il y aaquelques fils de l'intrigue qui paroiffent
s'étendre au delà du ſujet principal; mais ce ſont des
inconvéniens difficiles à éviter quand on veut ſe conformer
au monde plutôt qu'au Théâtre , & ils ſe
trouvent ici comppeennftéess ppaarr des réſultats dont on
feroitdifficilement le ſacrifice .
Lalongueur de cet Extrait ne nous permet de
parjerdu Nouvelliſte Provincial que pour dire que
cepetit Ouvrage, qui n'a nulle prétention, reſpire
d'un bout à l'autre la gaieté qui convient à cegenre.
Nous ſommes abfolument de l'avis de l'Éditeur ,
lorſqu'il obſerve dans fon Avertiſſement que cette
Pièce eſtune preuve que l'Auteur nes'eſt pas aſſervi
augoût du ſiècle dont il a fi bien préſenté les mecurs
dans la Fauſſe Sensibilité. Il faut en effet, dit- il
>> dans cet Avertiſlement , être bien attaché à ſes
>> principes ou à la tournure de ſon eſprit pour ou-
» blier que dans ce temps-ci une Pièce en deux Actes,
>> en unActe,& plus courte encore s'il eſt poſſible ,
>doit pourtant contenir du bel-eſprit , du peri-
>> fiage & des madrigaux : il n'y a rien de tout
-celadans le Nouvelliſte Provincial ; mais peut-
>> être en le lifant retrouvera-t- on cette eſpèce do rire
>> auquel on ſe livre fi volontiers loríque l'eſpriz
déſintéreſté par la légèreté du fujer , ne croit plus
>> avoir rien àjuger, »
Nous ſommes perfuadés que l'Éditeur ne s'eſt pas
nompé en formant cette conjecture.
116 MERCURE
GUIDE des Amateurs & des Voyageurs
àParis, ou Description raiſonnéede cette
Ville,desa Banlieue & de tout ce qu'on
y trouve de remarquable , enrichie de vues
perspectives des principauxMonumens modernes;
par M. Thiery , avec cette Épigraphe
:
:
Miratur portas , ftrepitumque & ftrata viarum.
Virg. Énćid. Lib. 1 .
2 vol in- 12 . Prix , 9 liv. reliés. A Paris ,
chez Hardouin & Gattey , Libraires , au
Palais Royal , Nos 13 & 14.
Vous trouverez dans ce Livre un guide
fidèle & commode pour tous ceux qui veulent
porter leurs regards ſur les monumens
anciens & modernes de cette Capirale , &
fur les differens morceaux de peinture ,
ſculpture , gravure & architecture qui y font
raffemblés. Il vous indiquera les établiſſemens
qui y ont été formés , les manufactures qui
y font établies', les cabinets curieux que l'on
y trouve ,& enfin tous les autres objets intéreſſans
que Paris renferment. Vous y trouverez
le détail des cabinets particuliers , tracé
ſous les yeux des Amateurs propriétaires ; &
à cet égard ce Livre vous paroîtra avoir
un très-grand avantage ſur toutes les autres
deſcriptions de ce genre , qui d'ailleurs ne parlent
point de laBanlieue. Vous ſaurez beaucoup
de gré à l'Auteur de l'immenſité de re-
د
DE FRANCE. 117
cherches qu'il lui a fallu faire ſur une multitude
innombrable d'objets qu'il a eu à vérifier
pour ne vous rien laiffer a detirer ſur ſon
exactitude. Il a diviſe ſon Ouvrage en deux
parties , pour ſe conformer à la ſituation de
cette ville , ſéparée en deux par le lit de la
Seine. Le premier Tome enbraffe la partie
du Nord , depuis Neuilly juſqu'au pont de
Charenton. Vous y lirez d'abord avec intérêt
une differtation fur l'origine de cette ville &
fes accroiffemens ſucceſſifs , ainſi que fur
l'antiquité de lajurisdiction municipale. Voici
ce qu'il nous dit ſur l'origine des armes de la
ville, qui , comme vous ſavez , ont un vaifſeau
pour embleme.
" Les Romains , devenus maîtres de cette
> ville , ne tardèrent pas à reconnoître l'in-
>> telligence de ſes habitans pour la naviga-
>> tion. Ils enprofitèrent , ainſi que de l'avan-
> tage de ſa ſituation , pour y former un en-
» trepôt de voitures par eau , à l'effet de
>> tranſporter les proviſions & munitions ne-
ود
ور
ceffaires à la ſubſiſtance des légions qu'ils
avoient miſes en garniſon dans les villes
>>voiſines . Defirant ouvrir en même-temps
>> un commerce utile entre les Provinces
>> traverſées par la Seine, la Marne & l'Oife ,
>>ils établirent à Lutèce , l'an 702 de Rome ,
>> cinquante-un ans avant l'Ere Chrétienne ,
>> une Compagnie de Négocians par eau ,
>> ſous le nom de NAUTES , Nauta.CesCom-
>> pagnies , compoſées de ce qu'il y a de plus
118 MERCURE
> distingué dans la ville, eurent de grands
>>priviléges. >>>
Comme un Ouvrage de ce genre n'eſt pas
ſuſceptible d'analyſe , je me bornerai dans
cette annonce à relever quelques notes curieuſes
ou intéreſſantes. J'avoue à ma honte
quej'ignorois que Pierre Corneille fût enterré
dans l'Égliſe de S. Roch , & pluſieurs perfonnes
qui ne le ſavoient peut- être pas , feront
bien aiſes de l'apprendre. Mais elles y chercheroient
en vain ſa tombe pour y porter les
hommagesdûs à ſa mémoire. Rien n'annonce
que les cendres de ce grand Homme y repofent.
Cependant , qui mérita mieux que lui
les honneurs d'une épitaphe ? La célèbre
Mme Deshoulières , Régnier des Marais ,
mauvais Poëte &bon Grammairien , & Alexandre
Lainez , bel-eſprit de ſociété , repofentdans
la même Églife.
Vous ſaurez aufli que l'hôtel des Fermes
Générales fut autrefois leTemple des Muſes,
l'aſyle des Savans& le berceau de l'Académie
Françoiſe. Alors le Chancelier Séguier , Prorecteur
éclairé des Sciences, des Arts & des
talens , en étoit propriétaire. Devenu Chef
de l'Académie après la mort du Cardinal de
Richelieu , les Aſſemblées s'en tiurent à cet
hôtel juſqu'en 1673 , que Louis XIV lui accorda
une ſalle au Louvre.
Vous vous figuriez peut- être que les Académiciens
ont toujours eu pour fiège un fauteuil.
Eh bien ! Lachez que le Directeur ſeul
avoit ce droit. Mais le Cardinal d'Eſtrées ,
DE FRANCE. 119
devenu très- infirme , & cherchant un adouciſſement
à ſon état dans l'affiduité aux Afſemblées
de l'Académie , demanda qu'il lui
fût permis d'apporter un ſiège plus commode
que les chaiſes, quiétoient alors en uſage. On
en rendit compte au Roi , qui , prévoyant
les conféquences d'une pareille diſtinction ,
ordonna à l'Intendant du Garde-Meuble de
faire porter quarante fauteuils à l'Académie ,
& confirma par- là , & pour toujours , une
parfaite égalité,
Si vous voulez ſavoir l'origine d'une autre
Académie , & bien autre à tous égards dans
toute la force du terme , je veux dire de
l'Académie Royale de Muſique , vous l'apprendrez
encore. Vous ſaurez qu'elle doitfes
premiers commencemens à Jean - Antoine
Baïf, né à Venise , pendant que ſon père y
étoit Ambaſſadeur. Il fut le premier parmi
les François qui tenta l'accord de la Poéſie
Françoiſe avec la muſique. Aſſocié avec un
nommé Thibaud de Courville, Baïf établit
dans fa mai'on une Académie de Muſique ,
aurorilée par Lettres-Patentes de Charles IX,
qui s'en déclara le Protecteur & le premier
Auditeur; de ſorte que l'Opéra naquit en
France au milieu des horreurs des guerres
civiles & du fanatiſme , A Courville fuccéda
Jacques Manduit , Poëte & excellent Muficien.
Tous les ballets & maſcarades exécutés
ſous le règne de Henri III , le furent fous leur
conduite.
L'Abbé Perrin,attaché àGaſton de France,
120 MERCURE
hafarda en 1659 une Pastorale que Cambert ,
Organiſte de S. Honoré , mit en muſique
avec le plus grand ſuccès. Ces Auteurs s'affocièrent
le Marquis de Sourdiac , très riche
&très- grand Machiniſte. L'intérêt divifa ces
Entrepreneurs en 1671 , après une première
repréſentation de Pomone , qu'ils firent jouer
dans unjeude paulme, rue Mazarine , en face
de celle de Guénegaud. Le Marquis de Sourdeac,
fous prétexte de ſes avances , s'empara
de la recette. Perrin , piqué de ce procedé,
ſe dégoûta de l'Opéra , & confentit que le
Roi en transférât le privilége à Lulli. Vous
favez le reſte ; vous ſavez quels furent les
ſuccès de ce Muſicien célèbre,ſi bien ſecondé
de Quinault pour la poéſie lyrique , & de Vigarini
pour les machines.
Pour rendre ſa deſcription plus intéreſſante
, l'Auteur y a ſemé quelques notes ; les
unes étymologiques & hiſtoriques , ont été
appliquées aux objets qui en étoient ſuſceptibles;
les autres offrent un précis de la vie
des Artiftes fameux des trois Écoles , & des
documens pour connoître la manière de chacun
à l'inſpection de leurs chef- d'oeuvres.
Parmi les premières , je citerai celle qui regarde
la Gazette de France. Elle doit ſon établiſſement
à Théophrafte Renaudot , Médecin
de Loudun , qui vint s'établir à Paris vers
l'an 1623. Il recueilloit toutes les nouvelles
qu'il pouvoit ſe procurer pour en amuſer ſes
malades , ce qui lui donna de la vogue , &
lui fuggéra l'idée de raſſembler ces nouvelles
fur
t
DE FRANCE.
fur des feuilles volantes , pour les débiter au
Public. Pour les rendre plus curieuſes , il établittine
correſpondance en divers pays, foll:-
cita Louis XIII pour avoir un privilégė , &
l'obtinten 1632.Voilà l'origine de la Gazette :
voici l'étymologie de fon nom. Long-temps
avant cette époque , on liſoit à Veniſe des
feuilles à peu-près pareilles , pour la lecture
deſquelles on payoit una gazetta ,'petite pièce
de monnoie , d'où eſt venu en France le moc
deGazette.
Vous ferez bien-aiſe de relire cette anecdote
ſur le Nautre. Après avoir deſſiné les
beaux jardins de Sceaux , de Chantilly , de
Verſailles , de Trianon , de Meudon , des
Tuileries & le Parterre du Tibre à Fontainebleau
,il demanda au Roi la permiſſion d'aller
en Italie y acquérir encore de nouvelles connoiſſances.
Mais il n'y vit rien de comparable
à cequ'il avoit fait en France. Le Pape Innocent
XI , inſtruit de ſon ſéjour à Rome, defira
le voir, & lui donna une audience aſſez
longue , à la fin de laquelle le Nautre s'écria :
« Je ne me ſoucie plus de mourir; j'ai vu les
>> deux plus grands Hommes du monde ,
> Votre Sainteté & le Roi mon maître. - Il
>> y a grande différence , dit le Pape. Le Roi
>> eſt ungrand Prince victorieux; je ſuis un
>> pauvre Prêtre , ſerviteur des ſerviteurs de
» Dieu; il eſt jeune & je ſuis vieux. » Le
Nautre , charméde cette réponſe , frappa fur
l'épaule du Pape , en lui diſant : " Mon Ré-
>> vérend Père , vous vous portez bien: vous
No. 24 , 16 Juin 1787. F
122 MERCURE
>> enterrerez tout le Sacré Collége. » Ce pro
noſtic fit rire le Pape. Le Nautre , funfibies
ment touché , & des bontés dont Sa Sainteté
l'honoroit , & de l'eſtime fingulière qu'elle
avoit pour Louis XIV , ne contulta plus que
les mouvemens de ſon enthouſiafme ; il étoit
fi fort dans l'habitude d'embraſſer ceux qui
publioient les louanges de ſon Maître , qu'il
ſejeta au cou du Pape ,& l'embrafla.
Les planches du premier volume font au
nombre de ſept , repréſentant les principaux
monumens modernes qui embelliffent Paris,
&dont pluſieurs n'avoient pas encore été
gravés.
Vous verrez dans le ſecond volume la defcription
de la Cité & de rout le côté du Midi,
depuis le village d'Ivri juſqu'à Meudon. Il eſt
également orné de cinq gravures des plus
beaux monumens qui décorent cette partie
de la ville. Elles offrent toutes de très -jolis
détails, agréablement rendus parM. Jourdan ,
d'après le deſſin de l'Auteur lui - même , qui
leur adonné un effet pittoreſque. Vous jugerez
par-là qu'il eſt Artiſte , qu'il avoit plus
qu'un autre Écrivain le droit de décrire les
monumens des Arts& les chefd'oeuvres des
grands Maîtres enPeinture, enSculpture &
enArchitecture.
:
DE
FRANCE.
12
ACADÉMIES.
ACADÉMIE
FRANÇOISE.
LE Lundi 4 de cemois , l'Académie Françoiſe
a tenu ſa Séance publique pour la rés
ception de M. de Rhulières. L'aſſemblée
étoit très nombreuſe & très-brillante. Trois
miniftres , connus par leur amour pour les
Lettres , toujours inséparables de l'amour du
bien public , l'ont honorée de leur préſence.
• Le récipiendiaire a ouvert la Seance par
un difcours où l'on a remarqué à la fois une
extrême fineſſedans les idées,une méthode
peucommunedans la compoſition, les tranfitions
les plus adroites, & un ſtyle toujours
pur & toujours élégant.
Laréponſede M. le Marquis de Chatelux
eſtpleine de traits ingénieux &piquans. En
caractériſant le mérite des productions inédiresdu
nouvel Académicien , elle a fait jouir
d'avance M. de Rhulières de toute la réputation
que l'impreſſion ſeule ſembloit devoir
lui procurer.
M. l'abbé de Lille a terminé la Séance par
la lecture d'un poëme ſur l'art de peindre en
vers les payſages poëtiques . Cet ouvrage n'eſt
point , comme quelques perſonnes ont paru
le croite, un ſupplément au poëme des Jar-
:
Fij
124 MERCURE
dins, maisunmorceau de poësie à part. L'Auteur
, dont le but principal étoit d'apprendre
àrendre plus touchantes les beautés de la
campagne , donne le précepte & l'exemple.
L'épiſode ſur la Corvée , amené avec beaucoup
d'art , a produit une impreſſion preſque
théâtrale ; un frémiſſement général s'eſt fait
ſentir dans l'aſſemblée à ces deux vers :
LaCorvée! àce nomles cabanes gémiſſent
Les fruits ſontdefſéchés , les moiſſons ſe flétriſſent.
C'eſt avec une adreſſe infinie que le poëte ;
en amenant le Roi ſur ces chemins qui ne
feront plus arroſés que des larmes de la reconnoiſſance
, lui fait recueillir le prix de fa
bonté dans les lieux mêmes où elle s'eſt
exercée.
On a fur-tout goûté la manière dont l'Auteur
a ſu intéreſſer non-ſeulement aux habis
tans de la campagne , aux animaux qui la
peuplent & la fécondent , mais encore aux
êtres inanimés , qui ceſſent de l'être dans ſa
poéſie : auſſi peut-on appliquer avec juſtice
M. l'abbé de Lille un de ſes vers les plus
applaudis :
Et votre heureuſe adreſſe
Nous ſurprendpourun arbre unmomentdetendreſſe,
L
DE FRANCE.
125
SPECTACLES.
'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné Vendredi dernier la première
repréſentation de Tarare, paroles de M. de
Beaumarchais , muſique de M. Saliéri. Nous
allons , ſuivant notre ufage , donner une analyſe
duPoëme, ſans yjoindreaucun jugement.
Nousnous endiſpenſeronsd'autantplusvolontiers
que cetOpéra probablement occupera
long- tems le Theatre ; & qu'ayant beaucoup
plus de choſes à y examiner que dans tout
autre Ouvrage , nous ferons vraiſemblablement
obligés d'y revenir plus d'une fois .
Ellayons d'abord de faire connoître le Prologue:
quoique nous l'ayons ſous les yeux ,
ce n'eſt pas une tâche facile ,& nous deman
dons pardon d'avance à nos Lecteurs , fi nous
y laiſſons quelque obſcurité.
Ceuxqui enont entendudes lectures particulières
, ceux même qui ont vu quelques
répétitions , ont cru que ce Prologue repréſentoit
la création dumonde : ce n'eſt point
celadutout. LeGÉNIE de la réproduction des
Étres , la Nature , paroît occupée à former
une nouvelle génération aux dépens des générations
paffées , en raſſemblant leurs élé
-Finj
126 MERCURE
mens diſperſes dans l'immenſité. C'eft ce
qu'elle dit à ſon amant, le GÉNIE du Feu ,
qui préſide au Soleil. Ainfi le monde exiſte
depuis long-temps à l'époque où cette action
ſe paffe. La Nature s'amuſe à faire connoître
d'avance au Génie quelques unsdes Etres qui
font ſur le point d'habiter la terre ; elle
fait paroître leurs oinbres devant lui. Ces
ombres expriment dans un choeur l'étonnement
que leur cauſe le ſentiment de leur exif
tence prématurée. Mais comme ilsn'ont reçu
cette fortede vie que de la Nature ſeule,&
fans le concours du Génie du Feu, ils font
ſans goûts , ſans defirs , fans paſſions. Cependant
aux queſtions que leur fait le Génie ,
quelques-unes de ces ombres laiſſent échapperdes
traits qui décèlent leur futur caractère.
L'une , à qui ildemande fi elle veut être
belle , répond : Suis-je donc fans appas ?
L'autre dit: qu'elle voudroit tout foumettre.
Une troiſième ne defire que d'être aimée. Les
homeres font moins animés. Le Génie en
choifit deux , dont l'un doit être un Soldat &
l'autre un Roi . Il leur demande lequel vent
l'être , & ce titre n'excite l'envie d'aucun des
deux. Enfans , leur dit la Nature ,
.. Il vous manque de naître
Pour penſer bien différemment.
Enfin , par le pouvoir du Génie , l'un devient
Atar , Koi d'Ormus , & l'autre Tarare , fim
ple Soldat, d'une naiſſance obſcure. Le choeur
:
DE FRANCE.
127
qui , comme nous l'avons dit , n'a encore au
*cune paffion , s'écrie :
Obienfaiſante Déité!
Ne fouffrez pas que rien altère
Notre touchante égalité.
La Nature & le Génie s'empreſſent d'éteindre
en eux ce germe d'une grande idée , & les
font rentrer dans le néant. Par leur puiſſance
ces deux Divinités font écouler quarante ans
en un clin -d'oeil; ainſi c'eſt quarante ans après
cette époque que commence l'action de
Tarare.
Au premier Acte , qui ſe paſſe dans une
falle du palais d'Ormus , Atar, Roi de cette
ville, paroît furieux contre Tarare. Calpigi,
Chef des Eunuques , demande en vain ſa
grâce , repréſente auTyran que ce brave Soldat
l'aſauvé du trépas à travers le torrent
d'Arface.....
Eh! quel eſt donc ſon crime , hélas!
ATAR.
D'être heureux , Calpigi , quand ſon Roi ne l'eſt pas,
Avar lui reproche ſur - tout l'amour que le
peuple a pour lui, & de ce qu'il ſe contente
d'une feule femme. Mais il va la lui faire
enlever. Altamort, le fils du Grand - Prêtre ,
en a reçu l'ordre , & vient en annoncer l'exécution.
Affafie vient d'être ravie àſa demeure
champêtre
Sans qu'elle ait deviné qui la veut , qui l'enlève.
Fiv
T25 MERCURE
Le Tyran veut lui donner une fère , & la
commande pour le lendemain . Aftafie arrive
au déſeſpoir , mais ſa peine redouble quand
elle apprend qu'elle eſt dans le palais d'Atar.
Elle s'évanouit : un Eſclave dit au Sultan qu'il
la croit morte ,& ce mot lui vaut un coup de
poignard. Elle revient à elle ,& on l'entraîne
dans le Sérail. Bientôt on annonce que Tarare
pleure la perte qu'il a faite. Il l'attribue à un
Corfaire , & demande qu'il lui ſoit permis
d'allerla chercherſur les mers,&de ſe venger.
Atar lui reproche de pleurer une femme.
Cependant Calpigi vient lui annoncer qu'Irza
(c'eſt le nouveau nom que le Roi a donné à
fa favorite) eft revenue à la vie. Il en paroît
joyeux; & Tarare , charmé de le trouver ſenfible
, le conjure au nom de cette Irza de confentir
à ce qu'il lui demande. Le Tyran , pour
jouir davantage de l'infortune de Tarare , y
confent , à condition qu'il ſouhaitera que
cetre Irza le rende heureux. Le Héros prononce
ce voeu , & le Roi lui permet d'armer
une eſcadre. Il veut qu'Altamort l'accompagne
,& lui donne l'ordre ſecret de ſe défaire
de lui. Reſté ſeul, il s'applaudit de cer expédient
, qui le débarraſſe de l'objetdeſajaloufie
fans lailler de ſoupçon contre lui , & il court
chez fa nouvelle conquête.
Le ſecond Acte eſt dans la place publique ,
devant le temple de Brama. Le Grand-Prétre
Arthénée demande un entretien ſecret au
Sultan.Il lui annonce que des Sauvages Chrésiens
menacent d'envahir ces lieux; il veus
DE FRANCE.
129
qu'on courre à la vengeance. Arar eſt étonné
qu'un Bramine , qui ne ſe permettroit pasde
verſer le ſang du plus vil animal , defire de
voir à la guerre couler le ſang humain. Le
Prêtre , qui paroît peu attaché à ſa croyance ,
l'eſt beaucoup à ſon intérêt. Il fait entendre
au Roi que le ſien eſt lié à celui du trône. II
s'agit doncde donner à l'armée un Général.
Il veut en regler le choix avec le Roi , pour
l'infinuer enſuite aux enfans des augures ,
qui doivent le nommer d'après l'inſpiration
du ciel. Le Sultan choiſit Altamort , fils de ce
même Bramine , & lui confie le projet qu'il a
conçu de faire mourir Tarare. Le Grand-
Prêtre ſe felicite :
Opolitique conſommée!
Jetiens le ſecret de l'État ,
: Et fais mon fils Chefde l'armée.
Tarare paroît. Il eſt inquiet d'un ſigne que
lui a fait Calpigi. Cet Eunuque arrive , & lui
apprend que c'eſt ſon Aſtaſie elle- même qui
eſtdans le Sérail d'Atar , ſous le nom d'Irza ,
& que c'eſt Altamort qui l'a ravie. Il lui offre
en même temps de l'introduire la nuit dans
les jardins , au moyen d'une échelle inviſible.
Cependant le Peuple & les Prêtres s'allemblent
pour le choix d'un Général. Arthenée
inſtruit le plus ſimple des enfans des augures ,
& lui dit de ne prononcer que ce que le ciel
lui inſpirera.
Ah! s'il vous inſpiroit de nommer Akamort !
Fy
139
MERCURE
L'ENFANT.
Je l'en fupplicrai tant , mon père ,
Qu'il me l'inſpirera , j'eſpère.
2
Quand les préparatifs de la cérémonie ſont
achevés , l'Enfant, élevé ſur un pavois , rend
fon oracle , & prononce au hafard Tarare
Les Soldats répètent ce nom avec tranſport.
2
ARTHENIE.
Peuple, c'eſt une erreur; mon fils , que Dieu vous
touche.
L'ENFANT.
22
2
Le ciel m'inſpiroit Altamort ,
Tarare eſt ſorti de ma bouche.
Le peuple regarde ce choix comme plus stirement
émanédu ciel. Altamort s'en offenſe;
il s'élève une querelle entre Tarare & lui,
Leurs glaives ſont déjà levés. Le Grand- Prêtre
les ſépare; mais Tarare donne à fon rival
un rendez vous pour cefoir dans la plaine ,
&un autre à Calpigi pour cette nuit au ver
ger du Sérail. On revér ce Héros des marques
du commandement, ce qui termine l'Acte .
Au troiſième , Calpigi eſt fort éronné de
voir dans ces mêmes jardins l'appareil d'une
fére. Qui a pu l'ordonner ? Moi, dit le Sultan ,
qui ne l'avois demandée que pour le lendemain,
maisqui la veux tout de ſuite.LeChef
des Eunuques eſt fort embarraffé. C'eſt en ce
heu que doit ſe rendre Tarare: il n'a nul
DE FRANCE.
131
moyen de le prévenir...... Tous mes Acteurs
font difperfes.
ATAR.
Du bruit autour d'Irza ; qu'on danſe , & c'eſt affen
CALPIGI .
On croira voir ce: Spectacles de France ,
Où tout va bien pourvu qu'on danſe.
Un ordre abſolu le contraint , il part. Pendant
ce remps , Atar ſe fait raconter le combat
dans lequel Tarare a tué Altamort. La
fete commence. C'eſt une fête Européenne ;
ce font nos moeurs oppoſées à celles de
l'Afie ; celles de la Cour oppoſées à celles
du village ; la coquetterie oppoſée au ſentiment.
Atar , enchanté de cette fère , demande
àCalpigi fon hiſtoire.
Mais pour amuſer mon amante
Anime ton récit d'une gaîté piquante.
Calpigi la chante en effet très- gaîment ; mais
il ſe propoſe d'y méler un nom qui lui rendra
la nuit. Ce nom eſt celui de Tarare , qu'il
amène adroitement à l'inſtant où il apperçoit
ce Héros eſcalader les murs du Serail. Ce
nom ſe répète comme à l'ordinaire. Aftafie
s'évanouit , le Tyran furieux renverſe la table,
tire ſon poignard; tout le monde s'enfuit.
On tranſporre Aſtaſe chez elle , & Atar
y entre en laiſſant fa fimarre & ſes brode .
quins à la porte. Pendant ce tumulte, Tarate
132 MERCURE
eſt deſcendu , il rencontre Calpigi ſans le reconnoître,&
eft prêtà le poignarder. Ilraconte
ledanger qu'il a couru pour arriver au Sérail.
Son ami le revêt de l'attirail d'un eſclave noir
&muet , en tui recommandant de ſe garder
dedireun ſeul mot. Ils ſont prêts d'entrer chez
Aſtaſie. La ſimarre du Sultan qu'ils trouvent
àla porte annonce qu'il eft chez cette belle.
Tarare ſe livre au déſeſpoir , invoque à grands
cris Brama , malgré les remontrances de Calpigi;
le Sultan paroît,Tarare rombelaface contre
terre. Quel infolentici .... ditleTyran d'un
ton terrible. L'Eunuque eſt fort embarraffé ....
Cemuet a eu peur , il crie...... Atar heureuſement
eſt plus occupé des mépris qu'il vient
d'éprouver de la part de la Sultane. Ilraconte
avec fureur cequi vient deſe paffer, ilveut
s'en aller : Calpigi lui préſente ſa fimarre.
Rattache auſſi mon brodequin
Sur le corps de cetAfricain.
Cet Africain eft Tarare. Toujours en proie à
ſa rage, le Tyran forme mille projets. Il veut
couper la tête à l'Eſclave qu'il foule aux
pieds , l'envoyer à la Sultane , en lui diſant
que c'eſt celle de fon époux. Calpigi lui fait
voir aiſément le peu d'utilité de cette barbarie.
Il change d'idée. Pour ſe venger d'elle , il
veut la faire épouſer àce vil muet , & l'expoſer
enſuite à la riſée du Sérail. Calpigi n'a
garde de l'en détourner. Atar , fort content
de lui-même , s'éloigne. Tarare , qui le croit
parti , jetre loin delui fon maſque,& refpire.
DE FRANCE. 133
Le Sultan revient en s'applaudiſſant de l'effer
que ſonprojet aura.Calpigi lui porte toujours
ſa ſimarre devant les yeux , pour l'empêcher
de voir Tarare ſans maſque. Quand cet embarras
a affez duré , leRoi part tout de bon ,
& Tarare , en remerciant Brama , termine le
troiſième Acte.
Aſtaſie ouvre le quatrième , en exhalant
ſesdouleursdans le ſein de Spinette , qui veut
en vain la conſoler. Calpigi vient leur annoncer
l'ordre du Sultan , qui denne à Irza
pour époux le plus vil des Eſclaves. Quand il
eſt parti , Aſtaſie , au déſeſpoir , gagne Spinette
, & l'engage à prendre ſa place. C'eſt
elle en effet qui eſt cachée ſous les habits de
la Sultane , quand Tarare vient ſous ſes habits
de nègre muer. Elle trouve ſa figure fort
laide; mais elle n'eſt pas mécontente de ſa
taille. Elle approuve ſur tout l'air reſpectueux
avec lequel il ſe proſterne devant elle.
Elle dit quelques mots , & Tarare , qui reconnoît
à la voix que ce n'eſt point Aftafie ,
ſe felicite de n'avoir point parlé. Continuant
de jouer le rôle de la Sultane , Spinerte parle
de Tarare ; celui- ci répète indifcrèrement
fon noin , &le trahit ainfi. Il forge un roman
pour ſe tirer d'affaire. Spinette, qui n'eſt pas
difficulrueuſe , veut au moins le voir , lui ôte
ſon maſque , le trouve charmant , & lui en
fait très- naïvement l'aveu. Tarare en est fort
importuné,lorſque des Soldats viennent pour
s'emparerde ſa perſonne. Calpigi , qui ne perd
pas fonHéros de vue, s'oppoſe à eux à la tête
$34
MERCURE
de fes Eunuques. Le Sultan a changé d'avis ;
il veut que l'affreux muet ſoit pris, maffolé,
&jeté dans le canal. Calpigi s'en charge ; le
Chefdes Soldats a ordre d'en être témoin; le
Chefdes Euuques , pouffe à bout , nomme
Tarare pour fufpendre au moins ſon ſupplice.
Les Soldats fentent avec douleur que
rien ne peut le fauver. Calpigi , certain qu'il
y va de la vie de tous deux , s'échappe du
Sérail pour prendre de nouvelles meſures qui
doivent être farales au Tyran.
Au cinquième Acte , Atar examine avec
avidité le bûcher deſtiné à Tarare au milieu
d'une des cours du palais. Le Grand- Prêtre
Arthénée , accablé de la mort de fon fils , a
érémandé pour condanner Tarare. Il donne
au Sultan un conferd affez ſage.
Sans avoir l'air de le connoître,
Il falloit poignarder le traître.
Jetremble qu'il ne foit trop tard. :
LeHéros paroît; il brave la mort&le Sultan,
qu'il étonne beaucoup, en lui diſant que cetre
beauté qu'il a dans ſon Strail n'est point la
véritable Aſtaſie.Atar ordonne qu'on l'amène.
Elle vient avec Spinette , qui répond à la demande
du Sultan :
Une eſclave fidèle , hélas ! ſubſtituée
Innocemment , caufa le défordre & l'erreur.
Le Roi , trompé par cette équivoque , condamne
la Sultane à la mort. Cependant
Tarare , au pied de ſon bûcher , ne voit
DE FRANCE.
135
perfonne & eſt trompé comme les autres.
Le Grand-Prêtre lève contre eux l'étendard
de la mort , déchire celui de la vie , & la
cérémonie préparatoire de leur fupplice eſt
accompagnée de prières. Aſtaſie qui croit Tarare
un étranger , comme il la dit à Spinette,
lui demande pardon. Il reconnoît ſa voix , &
ilstombentdans les bras l'un de l'autre. Nouvelle
fureur du Tyran qui veut d'abord les
faire périr d'un ſeul coup; mais ilfefent
altéré de leurs peines , il a foif de les voir
fouffrir. Combattu par un reſte d'amour ,
Atar ordonne enfin que Tarare ſeul périfſe.
Aſtaſie armée d'un poignard , menace de
s'en frapper ſi l'on fait un ſeul pas vers ſon
époux.
Pendant que le Sultan eſt dans cette incertitude
, on vient lui dire que les portes
du Sérail font forcées , & l'on voit Calpigi
qui vient délivrer Tarare à la tête des ſoldats..
Ce Héros indigné de devoir la vie àune
rébellion , harangue l'armée , la fait rentrer
dans le devoir , l'oblige de ſe proſterner aux.
pieds du Monarque , & vient demander la
grace des coupables. Atar,plus furieux que
jamais du pouvoir que Tarare a ſur l'efprit
du peuple , ſe poignarde en lui diſant que
c'eſt à lui de régner.
CALPI61,
Tous les torts de fon règne, un ſeul mot fes répare.
Il laiſſe le trône à Tarare.
"
Ce Héros le refuſe. Le Chefdes Soldats
136 MERCURE
lui dit qu'il eſt le priſonnier du peuple , &
doit lui obéir.
Nous abuferions de tes chaînes
Pour te couronner malgré toi .
Arthenée lui-même contraint de céder au
voeu général , lui préſente le diadême royal,
&reconnoit des Dieux fuprêmes. Tarare ſe
rend à la fin , mais ilgarde ſes fers.
Ils feront à jamais ma royale ceinture ;
Puiffent- ils atteſter à la race future
Que du grand nom de Roi ſi j'acceptai l'éclat,
Ce fut pour m'enchaîner au bonheur de l'État.
On célèbre cet événement. Les Perſonnags
s'éloignent , la Muſique diminue , change
d'effet , des nuages couvrent le Théâtre
la Nature &le Génie du feu reparoiffent
pour annoncer la morale de cet Ouvrage.
Mortel, qui quetu fois , Prince , Brame , ou Soldat ,
Homme! ta grandeur fur la terre
N'appartient point à ton état ,
Elle eſt toute à ton caractère.
On s'attendoit que la première Repréſentation
ſeroittrès orageuſe , elle a au contraire
été fort tranquille. Quelques endroits du
Poëme ontexcité de légers murmures ; beaucoup
d'autres ont été fort applaudis , tels
que des ſituations , plufieurs morceaux de
Muſique & le jeu des Acteurs , qui , dans
aucun Ouvrage peut - être , n'ont montré
:
DE FRANCE: 137
autant de talent. Le ſuccès a été complet ;
& s'il n'y a pas eu d'enthouſiaſme , l'Opéra
n'en a été que mieux jugé. Cependant à la
fin on a demandé les Auteurs avec une forte
de frénéſie . M. Salieri ſeul a paru.
COMÉDIE FRANÇOISE:
LEvendredi premier Juin, on a donné pour
la première fois l'Ecole des Pères, Com.die
en cinq Actes & en vers.
Dans le nombre des pièces déjà connues
fous ce titre , il en eſt deux qu'il faut diftinguer;
les autres ne valent pas qu'on en faſſe
mention.
La première est de Baron. C'eſt une imitation
des Adelphes de Térence. Deux jeunes
gens élevés , l'un par ſon père , & l'autre par
fon oncle , dans des ſyſtêmes différens , tombent
à peu près dans les mêmes erreurs , &
les vieillards font forcés d'ouvrir les yeux fur
cequ'ily ade ridicule &de dangereux mê.ne
à adopter , pour l'éducation, des principes excluſifs.
Cet ouvrage, qui a été joué avec quelque
fuccès en 1705 , offre quelques caractères
bien foutenus, des Scènes adroitement filées ;
mais le mélange des moeurs Grecques &des
moeurs Françoiſes en rend l'intérêt foible&
Tintention morale difficile à faifir .
La ſeconde eſt de Piron. Elle est plus connue
ſous le titredes Fils ingrats. Un père a
mis ſes trois fils en poſſeſſionde ſes biens ; il
138 MERCURE.
eſpère que l'un d'eux épouſera la fille d'un
ami ruiné , à qui il a eu les plus grandes
obligations. Leur refus lui dévoile leur ingratitude
, & parun moyen adroit il vient àbout
detromper leuravarice ,&de lesremettre ſous
ſadépendance. CetteComédie,jouée en 1728,
n'eſt pas fans mérite; elle est tour-à-tour larmoyante&
gaie; Piron, le plus grand ennemi
desDrames , par caractère & par ebſtination ,
s'eft reproché ce mélange dans la Préface qu'il
amiſe à la têtede la pièce , &peut-être at'il
eu tort. Il étoit difficile , dans un ſujet de
cerre naturé , de parvenir à préfenter utilement
une leçon aux pères , fans parler au
coeur ; & nous regardons la ſemonce que
Piron s'eſt faite à lui-même , comme l'effet
d'une ſevérité outrée, ou de l'opinâtreté à
foutenir le ſyſtême qu'il avoit adopté publiquement
contre le genre de la Chauffee.
Voici la fable de la nouvelle Ecole des
Pères.
Deux amis ont chacun deux enfans , un
garçon&une fille. Pour refferrer les noeuds
de leur amitié , ils ſe ſont propoſes d'unir
leurs enfans par un double mariage. L'un
d'eux s'appelle M. de Courval ; &c'eſt fur
lui& fon fils, nommé Saint- Fonds, que roule
tout l'intérêt. M. de Courval s'eſt remarié
avec une femine jeune & aimable , qu'un
certain Dorfigny, aventurier adroit , intrizant
&fouple eft fur le point d'égarer. Son fils ,
follement épris d'une femme publique , dont
les affaires font dans l'étatle plus déſeſpéré,
DE FRANCE .
139
{
ala foibleſſe de chercher à emprunter pour
elle trois cents louis dont elle a beſoin. N'y
pouvant parvenir, il prie l'Intendant de fon
père de lui prêter une ſomme qu'il vient de
recevoir , & qu'il promet de rendre avant
l'arrivée de ſon père alors abſent. L'Intendant,
qui ſoupçonne que Saint- Fonds veut
parvenir à ſe procurer cette ſomme par
quelque moyen illicite , en parle à M. de
Courval , qui lui remet la clef du ſecrétaire
où la ſomme eft renfermée , & lui
ordonne de la donner à ſon rils. Après une
converſation très touchante entre le père
&lefils, celui- ci ouvre le ſecrétaire , y trouve
un billet de ſon père qui ſe termine par ces
mots : acceptez & ne dérobez pas. Saint-
Fonds cor fondu, déchiré de remords , ouvre
lesyeux fur ſes égaremens. Pendant que tout
cela ſe paſſe , M. de Courval s'occupe auíli
d'éclairer ſa jeune épouſe ſur le caractère de
l'aventurier qui a furpris fon eſtime & à qui
elle veur faire épouſer la fille de fon mari :
il en vient à bout. On donne à la miférable
qui a féduit Saint- Fonds , la ſomme dont
elle a beſoin , à condition qu'elle quittera la
ville ; elle part la nuit même avec l'aventurier;
le calme renaît & les quatre jeunes gens
font unis.
Cet ouvrage a obtenu un beau ſuccès. Il
y a de l'obſcurité dans l'expofition , & un
peu de complication dans les fils qui font
mouvoirl'action ; on eft même un peu étonné
de voir deux hommes raisonnables ſe deci40
MERCURE
der à marier un jeune homme à l'inſtant
même où il fortdes plus grands égaremens ,
&où fa converfion doit être au moins douteuſe.
Malgréces défauts&d'autresqu'il feroit
poffibléde faire remarquer,mais pour leſquels
un premier ouvrage réclame l'indulgence ,
on doità l'Auteur des encouragemens & des
éloges. Sa morale eſt douce , pure & propre à
tous les états. M. de Courval eſt un modèle
pour les pères& pour les époux. Le moyen
qu'il emploie pour parler à l'âme de fon fils
& lui ouvrir les yeux ſur l'atrocité de l'actionqu'il
vacommettre, eſt noble , touchant
&plein d'effet , & fa conduite avec la jeune
épouſe n'eſt pas moins recommandable. Dans
la pofition de M. de Courval , un mari a beſoin
d'autant de courage que de prudence ;
il doit à fon honneur , il doit à l'opinion , il
doità la faibleſſe humaine des ſacrifices d'une
eſpècedifférente. Indulgent, ferme , ſenſible
&philofophe , M. de Courval remplit tous
ſes devoirs , & la ſageſſe de ſes procédés
amène les choſes à la fin la plus heureuſe.
Tous les maris n'ont pas le même courage ;
mais tous les aventuriers ne font pas auſſi
circonſpects que Dorfigny , & toutes les
femmes que l'on cherche à ramener à elles
mêmes n'ont pas les vertus de Madame de
Courval. Le ftyle a de la prolixité , mais il
eft clair, facile& fimple. L'Auteur ſe nomme
M. Pierre , & cette production fait encore
plus d'honneur à ſon âme qu'à fon eſprit.
Le rôle de M. de Courval eſt rendu -
DE FRANCE. 141
d'une manière vraiment ſupérieure par M.
Vanhove.
ANNONCES ET NOTICES.
M
ÉMOIREfur les Maladies les plusfamilièresà
Rochefort, avec des Obſervations fur les Maladies
qui ont régnédans l'Armée Navale combinée pendant
la campagne de 1779 , par M. Lucadou , Me
decin de la Marine dans ce département, & chargé
des fonctions de premier Médecin dans cetteArmée,
in-8º. A Paris, chez Guillot , Libraire, rue Saint
Jacques.
Le ſuffrage de M. Poiſſonnier , à qui cet Ou
vrage eſt dédié , a engagé l'Auteur à le donner au
Public ; il doit auſſi ſervir de recommandation à
l'Ouvrage auprès de ce même Public,
ÉLOGE Historique de Pigal, célèbre Sculpteur
Suivi d'un Mémoire fur la Sculpture en France,
avecfonPortrait. A Londres; & ſe trouve à Paris,
chez Hardouin & Gattey , Libraires , au Palais
Royal; Lecomte , Libraire , au Paſſage du Louvre,
&chez les Marchands de Nouveautés.
On lit avec intérêt cette Hiſtoire des travaux de
ce célèbre Sculpteur , & l'on aime la justice qui
lui eſt rendue par fon Panegyriſte. Il n'a pas
borné ſon zèle au ſeul éloge de Pigal; il a célébré
l'Art lui - même. Cette Brochure eſt terminée par
un Mémoire écrit avec enthouhaſmeſur la Sculpture ,
&qui lui donne des droits à la reconnoiſſance de
ceux qui s'y distinguent.
142
MERCURE
PETITE Bibliothèque des Théâtres , Tome IV
du Théâtre de l'Opéra. A Paris , chez Belin ,Libraire
, rue Saint Jacques , & Brunet, Libraire , rue
de Marivaux, Place du Théâtre Italien , chez lefquelson
ſouſcrit.
Ce Volume contient Roland, le Temple de la
Paix & l'Armide de Quinault, avec l'Ernelinde
dePoinfinet.
NOUVEAU Recueil Historique d'Antiquités Grecques
& Romaines en forme de Dictionnaire , pour
faciliter l'intelligence des Auteurs Grecs & Latins,
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Libraire , rue des Mathurins.
On ne peut que louer l'idée & l'exécution de
cet Ouvrage, que l'Auteur vient d'améliorer encore
en le revoyant avec ſoin.
ANTONIUS Jacquier , nonus Superior Generalis
Congregationis Miffionis , peint par Rabillon,
gravé par Beiffon. Se vend à Paris, chez Jaufret,
Marchand d'Eſtampes , rue de la Féronnerie
n°. 2 , & chez Pasquier , rue Saint Jacques, vis àvis
le College de Louis- le-Grand. Prix , I liv.
16fols.
Ge Portrait, qui a de l'expreſſion , eſt gravé avec
unburin ferme& intelligent.
PHILOSOPHE moderne & Philosophe ancien .
deux Estampes faiſant pendans , gravées par Chevillet
, l'une d'après Caravaggio , l'autre d'après
Baader. Prix , I liv. to fols chaque. A Paris , chez
l'Auteur , rue des Maçons , nº. 14.
DE FRANCE.
143
ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de Lorraine
, contenant les principaux Événemens de cette
Hiftoire , deux gros Volumes in - 12. A Paris , chez
Guillor, Libraire , rue Saint Jacques.
Le ſuccès de la Méthode Hiſtorique adoptée par
le Préſident Hénault eft reconnu & incontestable.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons a cru
devoir préférer cette manière à l'Hiſtoire de ſon
Pays, Hiſtoire qui n'eſt pas ſans intérêt pour le
nôtre. Il a indiqué dans une colonne particulière les
Hiſtoriens qu'il a ſuivi , & on trouve à la fin de
fon Abrégéune Notice ſur la Poſtérité de Claude I.
de Lorraine, Duc de Guiſe, une liste des Maiſons
de l'ancienne Chevalerie, avec un Dictionnaire Topographique
des lieux qui ſont dans les Duchés de
Lorraine & de Bar.
DICTIONNAIRE du Droit des Tailles , ou
Conférence raisonnée des Edits, Déclarations du
Roi, Arrêts & Réglemens de la Cour des Comptes ,
Aides & Finances de Normandie & des autres Cours
du Royaume rendus sur cette matière , & fur les
Exemptions & Priviléges qui y ont rapport ; par
M. Loiſel de Boiſmarc, Avocat à Lifieux , 2 Vol.
in- 12. Prix , s liv. broches. A Caën , chez G.
Leroy, Imprimeur, rue Notre- Dame ; & à Paris ,
chez Delalain lejeune , Libraire, rue S. Jacques , &
chez Froulié , Libraire , quai des Auguſtins.
CetOuvrage préſente plus d'utilité que d'agrément.
L'Auteur a cru la forme du Dictionnaire plus
propre au ſujet. Après une définition exacte de
chaque mot, on trouve, dit l'Auteur, l'indication
& le rapprochement des différens Textes des Loix
qui y ont rapport, avec les modifications apportées
lors de l'enregistrement & vérification dans les
Cours; les Arrêts de réglement & les déciſions par
uculières auxquelles cesTextes ontdonné lieu font
144
MERCURE
enfuite rapportés, avec les moyens qui ont été plaidés
par les Avocats des Parties.
NUMEROS du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , compoſé d'Airs de différens genres , arrangés
pour deux Violons ou deux Violoncelles. Ils
peuvent ſe jouer ſur un Inſtrument ſeul. Abonnement
15 & 18 liv, Séparément 2 liv. On ſouſcrit à
Paris , chez M. Bornet l'aîné, Profeſſeur deMuſique
&de Violon , rue Tiquetonne , n°, 10,
CONCERTO pour le Clavecin ou le Piano-Forte;
dédié à M. le Marquis Ducreſt , composé par M.
Duſſek. Prix , 6 liv.-Numéro 41 du Journal de
Pièces de Clavecin , par différens Auteurs. Prix de
l'Abonnement pour les douze Numéros 30 liv.
port franc. A Paris , chez Boyer , rue de Richelieu,
l'ancien Café de Foy , & chez Mme Lemenu , tuc
du Roule, à la Clef d'or.
TABLE.
Les deux Roses , 97) velles , 1102
gent ,
Epigramme,
Le Riche parvenu & l'Indi Guide des Amateurs & des
Gaarade, Exigme & Logogry Académie Roy. de Mulig. 125
98 Voyageurs à Paris ,
99 Académie Françoise,
116
123
phe. 100 Comédie Françoise,
Recueil de Comédies nou- Annonces&Notices,
137
141
APPROΒΑΤΙON.
J'ai in,par ordredeMgr le Garde des Sceaux,le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Juin 1987. Je n'y
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris, te 15 Juin 1989. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 28 Mai.
If our
I. paſſe pour conſtant que l'entrevue de
du Roi de Pologne
a eu lieu le 6 de ce mois , à bord de
la Galere Impériale qui ſe trouvoit fur le
Dnieper. Le lendemain S. M. I. a fait lever
l'ancre , & a defcendu le fleuve. Ce départ
formoit , dit- on , un coup- d'oeil aufli brillant
que fingulier. 22 galeres attachées les
unes aux autres compofolent cette flotille ,
& ſembloient un village ambulant. Ces bâtimens
ſe communiquent , de maniere à
rendre le ſervice de S. M. I. auſſi commode
& auſſi complet qu'il pourroit l'être à Pé-
N°. 24 , 16 Juin 1787.
( 110 )
tersbourg. On a ménagé ſept appartemens
&une ſalle à manger de 40 perſonnes dans
la Galere Impériale. Le Prince Potemkin a
la ſienne particuliere , ainſi que le Comte de
Tzornichef ; les Miniſtres Etrangers font
réunis fur une troiſieme, me blée comme
les précédentes avec magnificence. Celle
qui porte les dames de la Cour contient
dans le centre un veſtibule ovale , aurour
duquel on a percé des cellules pour les lits.
Toutes les galeres font à mâts & voiles , ce
qui foulagera les rameurs, ſi le vent eſt iavorable.
Ceste flotille commandée par un Amiral
poate mille foldats : un elcadron de
Cuirafliers fait le ſervice à bord du yacht
de l'impératrice.
M. Sohloëzer , Proteſſeur de Cortingue ,
dont le Recueil nous a fourni plufieurs
foisdes morceaux dignes d'attention, a préſenté
dernierement des détails exacts fur les
nouveaux canaux projettés en Rufie. Le
role étonnant que joue aujourd'hui cet Empire
dans la politique de l'Europe , doit attacher
la curioſité ſur les différentes reffources
qu'il peut employer au ſoutien de ſa
puiſſance.
LeGouvernement , dit M. Schloëzer, ſepropoſe
de faire exécuter trois grands projets , dont
le premier a pour objet la réunion de la mer
Cafpienne avec la Mer blanche , par un canal
long de 20 werſt , qui unira la riviere méridionale
de Kiltma fur les frontieres de la Permie
)
ז
(
& d'Uning , à la riviere ſeptentrionale de ge
nom. Le plan de cette conimunication a été
tracé par M. de Suchtelen , Lieutenant Colonel
du Cops du Génie. Pour s'en faire une idée
nette , il faut fuivre ſur la carte de Ruffie , le
Wolga , depuis Allracan , juſqu'aux environs de
Kafan , où la riviere de Kana ſe jette dans ce
Heuve. On le remonte enſuite juſqu'à Czerdin ,
dans la Permie: à 35 werſt de cette ville , il
prend la riviere de Permskaja , que M. de Suchdelen
appelle la Kilema méridionale , & que
l'on peut rendre navigable à to werſt de ſa
fource. De cette même ſource eſt formée la
Kiltma ſeptentrionale, qui , for pluſieurs cartes ,
porte le nom de Siranfca , & qui peut également
être rendue navigable a 10 werk de la
ſource. En réuniſſant ces deux points par un
canal de 20 werſt , qui n'aura beſoin que de
deux écluſes , on deſcendra de la Wiltma ſeptentrionale
dans la riviere de Wyczegda , qui
tombe dans la Dwina. Celle-ci , à Archangel ,
ſe jette dans la Mer blanche. Ce Canal , en
même temps , ouvrira au port d'Archangel ,
ue communication avec la Sibérie , puiſque
les rivieres Guſtovaja & Belaja ſe jettent
dans la Kama., M. de Suckdelen , Eleve du Général
Hollandois Dumoulin , a levé lui-même
fur les lieux les plans de cet important ouvrage.
A fon retour , il les préſenta à l'Impératrice
, qui lui donna l'ordre de Wladimir ,
& le charge , en même temps , de l'exécution
des travaux. Selon M. de Suchdelen , ils pourront
coûter 4 à 500,000 roubles. Ce canal ſera
commencé l'année prochaine, & fini en 6 ans .
500 ouvriers que M. Suchdelen conduit cette
année fur les lieux , feront d'abord employés
àachever les premiers préparatifs .
f2
( 112 )
Le ſecond canal doit lier la Baltique à la mer
Caſpienne par la réunion des rivieres de Vytegra
& de Koſcha , qui communiquera au lac
d'Onega & au lac blanc. Leplan de ce canal ,
qui aura60 werſt de longueur ,a été levé tur les
lieux par M. de With , Hollandois , Major au
Corps Impérial du Génie. -En remontant la
Newa depuis Crenſtadt , on entre près de
Schluſſelbourgdans le canal de Ladoga. Lorfqu'on
a paflé ce canal& le lac de ce nom , on ſe
rend , par la riviere de Swir , dans le lac d'Onega
, qui communique à la riviere de Wytegra.
C'eſt cette riviere que l'on projette d'unir
celle de Koſcha par un canal. La derniere
riviere conduit enſuite dans le lac blanc ( Belo
Ozero ) , d'où l'on peut ſe rendre par la riviere
de Szekma , dans le Wolga , qui conduit enſuite
à la mer Caſpienne. Il exiſte déjà une
autre communication entre la Baltique& la mer
Caſpienne par le canal de Wyſznei Weloczok
dans leGouvernement de Novogorod , qui joint
les rivieres de Twertza & de Mſta . Ce canal ,
établi ſous Pierre le Grand , par un Négociant
nommé Serdakof, n'a que trois werſt de longueur.
Les cataractes reconnues indestructibles
qui ſont dans la Mſta , rendent ce paſſage trèspérilleux
en deſcendant le canal , où il y a im
poſſibilité de remonter la Mita. Ces inconvé
niens & ces dangers feront évités par le nouveau
canal ; mais il faut , pour l'établir , plus de
40 écluſes. Cette entrepriſe, très-diſpendicuſe ,
eſt arrêtée à la vérité , mais les travaux ne feront
pas encore commencés cette année,
L'objet du treiſieme projet , eſtd'unir la Bala
tique à la Mer Noire , par la conſtruction d'un
double canal dans la Ruſſie blanche , qui ouveira
une communication entre Cherſon , Pés
( 113 )
tersbourg & Riga. Les plans de ce canal font
levés ſous la direction de M. Frofon de Treves ,
Lieutenant-Colonel du Corps du Génie. Ce
double canal , s'il eſt exécuté , ſera une des plus
mémorables &des plus utiles entrepriſes , faites
ſous le regne de l'Impératrics actuelle ; il aura
environ 200werſt de longueur , & coûtera audelà
de 8 millions de roubles. On paſſe du
lacd'Ilmen , ſituédans le Gouvernement de Novogorod
, dans la riviere de Lowat , qu'il faut
rendre navigable juſqu'à Weliki- Luki. De là ,
oncreuſeraun canal de la longueurde 108 werſt ,
juſqu'à la dwine ou dune. Sur cette riviere ,
on deſcendra à Witepski ; là on creuſera un ſecond
canal de la longueurde 80 werſt , qui ouvrira
une communication avec la riviere d'Orleyka,
qui conduitdans le Dnieper , lequel ſe jette
dans la Mer noire. De cette maniere , les bâtimensvenant
de la Mer noire à Cherſon , pourront,
par cette double jonction de rivieres ,
conduire les marchandises juſqu'à Pétersbourg
& à Riga , puiſque la dwine conduiſoit dans
ce dernier port, & l'on ſe rendroit à Péterfbourg
ſur le lac d'Ilmen , qui conduit dans la
riviere de Wolchow ; de là on paſſeroit dans le
lac de Ladoga , & enſuite dans le canal de
Schluffelbourg.
De Berlin , le 27 Mai.
C'eſt le 22 que le Roi a paſſé en revue la
garniſon de cette ville , dont il a été parfaitement
fatisfait ; fatisfaction qu'il a témoignée
très-vivement au Général de Mol-
Lendorf , notre Gouverneur. Cet Officier
diftingué vient d'être élevé au grade deGéc3
( 114 )
néral en chef d'Infanterie , ainſi que le due
regnant de Brunswick & M. de Wunſch.
S. M. a nommé en même tems quatre Généraux
de Cavalerie , quarre Lieutenans
Généraux & cinq Majors Généraux d'Infanterie
, cinq Lieutenans-Généraux & quatre
Majors Généraux de Cavalerie.
Avant hier matin,le Roi eſt parti de Potsdam
pour Magdebourg , où il fera la revue
des Régimens qui y font aſſemblés.
Le 19 , il y eut un grand dîner chez le
Roi à Charlottenbourg. S. M. admit à fa
rable le Duc d'Yorck , le Duc de Mecklenbourg
, le Margrave de Bade, les Princes
héréditaires de Bade , de Heſſe Darmſtadt ,
le Duc Frédéric de Brunswick & pluſieurs
Généraux & Miniftres . :
Un ordre du Roi , du 7 de ce mois , autoriſe
les hôre's des monnoies etablies dans
les Etats de S. M. à frapper des ducats , dont
le fin ſera de 23 karats & 8 grains , & 67
pieces péferont un marc de Cologne. Ces
eſpeces d'or n'auront point de prix déterminé
, & elles feront regardées comme une
marchandise. Cependant 'orſque ces ducats
feront complets & fans altération , on les
prendra aux caiſſes royales , fur le même
pied que ceux d'Hollande , & ils auront
chacun la valeur de 3 rixda'ers, eſpece d argent.
De Francfort , le 31 Mai.
Les Commiſſaires Directoriaux du Cer(
115 )
r'e du Bas Rhin , au nombre desquels ſe
trouvoit pour le Duchéde Cleves; it. Dolha
Miniftre plénipotentiaire du Roi de Pruffe ,
font entres dans Aix-la Chapelle avec les
300 hommes de troupes Palatines. Aucun
mouvement n'a troublé la tranquillité : i's
ont entendu les Députés des deux partis
qui diviſolent la ville , & l'élection des
Bourguemeſtres s'eſt faite le23 ſans tumulte
ni défordre. Pour prévenir toute inſurrection
, les Commiſſaires avoient fait occuper
par les troupes la place & les avenues
de l'Hôtel-de-Ville , dont on n'a laiſſé approcher
que les Electeurs.
La ville d'Aix la-Chapelle , dit un Journal ,
eſt une des plus anciennes villes libres de l'Em .
pited'Allemagne. Elle renferme 4,000 masons
&une population de 23,000 ames . L'éque
de Liège y exerce la Jurifdiction Ecclésiastique .
Les Ducs de Juliers font les protecteurs nés.
Les mines , dans fon territoire, fourniſſent de
la calamine , du fer , du plomb & du charbon
de terre. Cette ville eſt très-commerçante. Les
manufactures de draps, de marchendiſes de cui
vre, de laiton & d'aiguilles , ſont connues. On
évalue de 10 à 12,000 pieces le drap que l'on
y fabrique ; chaque piece de 100 annes de
Brabant , &de la valeur , l'une portant l'autre ,
de 200 rixdalers , ce qui produit près de deux
millions.
Nous trouvons dans une lettre de Varfo
vie les détails ultérieurs que voici , touchant
l'entrevue de l Impératrice de Ruſſie avec le
Roi de Pologne.
f4
( 116 )
Le6, à dix heures du matin, l'Impératrice fie
prévenir leRoidePolognede ſon arrivée ,& l'in
vita à venir à bord du Yacht où étoit S. M. I. Les
ancres furent jettées devant l'Hôtel qu'habitoit le
Roi Sa Maj . Polon . accompagnée de ſa niece ,
laMarechale de Mniszech ,&d'une grande ſuite ,
ſe rendit auprèsde l'Impératrice. Les cérémonies
de réception finies , on te mit à rable ; l'Impératrice
ſe plaça entre le Roi & l'Ambaſſadeur de
l'Empereur. Le repas fini , les deux Souverains
eurent une entrevue particulière quł dura une
heure entiere. Le Roi fit enfuite une vifice , ſous
le nom de Comte de Poniatowski , à pluſieurs
Danes de la ſuite de S. M. Imp.; & , après avoir
pris congé de I Impératrice , il retourna à bord
de la chaloupe impériale pour ſe faire reconduire
àterre. Le ſieur de Momonof fut chargé de la
part de l'Impératricede remettre au Roi l'Ordre
de Saint-André richement garni en diamans. Le
Roi décora enfuite ce Seigneur de l'Ordre de
PAigle-blanc. Pluſieurs Seigneurs Polonois furentdécorés
à cette occafion desOrdres de l'Impé
ratrice ,& d'autres reçurent des bagues&des tabatieres
précieuſes . -Le Roidonna le ſoir un
grand fouper à la Suite de l'Impératrice,& fit tirer
un feu d'artifice qui repréſenta l'éruption d'un
volcn . Le lendemain de grand matin ,
la flot lle leva l'ancre pour faire route à Krémenif
chuk, où l'impératrice ſe fera mettre à terre pour
continuer en voiture le chemin de Cherfon , cù
S. Maj . I. arrivera au plus tard le 16de ce mois .
Elley reſtera juſqu'au 22,& ira enſuite au Cuban
&dans la Tauride; Elle compte revenir à Péterfbourg
par Pultawa , Miſna & Mofcou.
Dans la nuit du 16 au 17 de ce mois , la
ſalle de ſpectacle à Caffel a été réduite en
( 117 )
cendres , par une incendie dont on ignore
encore l'origine.
: ESPAGNE.
De Madrid , le 20 Mai.
VO
Selon les dernieres nouvelles d'Alger, la
trêve de 4 mois , conclue entre cette Régence&
le Roi de Naples , n'a point eu fon
effet. Le Dey a donné ordre àſes corfaires
de fortir& de courre ſus contre les bâtimens
Napolitains. Le Commiſſaire de cette
derniere Puiſſance a fait les plus vives réclamations
; on lui a répondu que la trêve regardoit
les bâtimens de guerre& ceux armés
en guerre par les ſujets de SM. S.:
mais en aucune maniere les bâtin marchands.
Le Commiſſaire de S. M.Saa demandé
au Dey d'expédier un Exprès à ſa
Cour pour lui rendre compte de cer incident,
ce qui lui a été refuſé ; & les Co
res Barbareſques ſont ſortis pour exécu
les ordres du Dey : la Méditerranée va en
être infeſtée. Ce concours de trois Puif.an..
ces à ſo liciter la paix auprès de la Régence
a enhardi ſes demandes & aceru ſon arogance.
LeDey l'a pouſlée au point d'exiger
du Portugal , pour prix d'une pacificarion
précaire , un milion de crusades , & un
tribut annuel proport onné à cette fomm e.
Auſſi M. de Landrefet , Plénipotentiaire de
laCour de LisbonneàAlger, vat il letetirer.
fs
r
( 118 )
ITALIE
De Florence , le 15 Mai.
Le Concile national continue ſes ſéances
avec la plus grande affiduité , trois fois par
femaine.
LeGrand-Duc a fait ſavoiràtous les Evêques
de la Toſcane , par une lettre circulaire
, en date du 14 Avril dernier, que tous
les Chanoines , excepté ceux des Collégiales
dans les villes , feroient employés au
ſoin des ames Le Diznitaire du Chapitre
ſera en même temps Curé,& les Chanoines
devront ſe regarder comme dépendans de
lui , & affifter dans les fonctions du ſaine
Mini
A
cor
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le s Juir .
Le 30 du mois dernier , le Roi s'eſt rendu
à la Chambre Haute , avec les cérémonies
ufitées. Après y avoir donné fon confentement
aux derniers Bills paſſés dans la
Setfion , S. M. prorogea le Parlement , en
prononçant le Difcours ſuivant.
Mylords & Meſſieurs ,
Je ne puis terminer cette feſſion du Parlement
, fans vous témoigner combien je ſuis
fatisfait du zele & de l'affiduité avec lesquelé
( 119 )
vous vous êtes appliqués aux objets importans
que j'avois recommandés à votre attention , &
fans vous faire en même-tems mes remercimens
particuliers des preuves que vous avez données
de votre affection pour ma famille & pour le
Gouvernement.
Les afſurances que les Puiffances étrangeres
m'ont données de leurs diſpoſitions favorables
envers ce pays & la continuation de la tranquillité
générale en Europe , me caufent une
grande fatisfaction. Mais il regne malheureuſe.
ment , au fein des Etats des Provinces-Unies ,
des diffenfions que mon amitié pour la République
& mes voeux ardens pour ſon bonheurs
ne me permettent d'envifager qu'avecla plus vive
douleur.
,
Meſſieurs de la Chambre des Communes ..
Votre empreſſement à accorder les fubfides
néceffaires & la largeſſe avec laquelle vous avez
pourvu aux différens établiſſemens , exigent mes
remercimens les plus finceres.
Je vois avec une ſatisfaction particuliere , que
vous avez en même tems été à portée de fournir
la fomme appliquée à la réduction annuelle
de ladette nationnale , Cans charger mon peuple
de nouveaux fardeaux.
Mylords & Meffieurs ,
J'éprouve un plaior extrême en penfant aux
meſures que vous avez priſes pour me mettre
en état d'effectuer le traité de navigation & de
commerce avec le RoiTrès-Chrétien , ainſi que
pour faciliter la perception & fimplifier les
comptes des différentes branches du revenu ,
qui , je l'eſpere , produiront les plus gran's
avantages. Je ſuis pareillement perfuadé qu'a
votre retour dans vos Comtés reſpectifs , vous
vous appliquerez de toutes vos forces à fervir
f6
( 120 )
l'exécution des moyens adoptéssppoouurr prévenir
le commerce Alicite , pour maintenir le bon
ordre , & pour faire fleurir l'induſtrie parmi les
différentes claſſes de mes ſujets.
Le Prince de Galles a été attaqué la ſemaine
derniere , au ſortir du bal , d'une
fiévre inflammatoire , dont la violence avoit
d'abord alarmé les Médecins. Quatre faignées
& les poudres de James que S. A. R.
apriſes avec ſuccès , ont diminué la fiévre le
28; depuis , l'érat du Prince a diſſipé les inquiétudes
, & l'on ſe flatte que la force de
ſon tempéramment abrégera ſa convalefcence.
Le Roi , la Reine & trois des Princeſſes
leurs files ont été voir , le 26 , la belle brafferie
de Mr. Whitbread. Les objets qui ont
principalement attiré l'attention de Leurs
Majeftés font, une pompe à feu , de l'invention
deM. Bolton , de Birmingham,queM,
Whitbread a le premier appliquée aux opérations
de la braſſerie; un réſervoir qui contenoit
3007 barils de bierre , une cierne de
pierre , dans laquelle la Reine & les Princefſes
ſont entrées. Ce vaſſeau peut contenir
4,000 barilsde bierre , & la célèbre tonnede
Heidelberg n'eſt rien en comparaiton. Quoique
M. Whitbread ait épargné beaucoup de
bras enétabliſſant différentes méchaniques ,
ſa fabrique occupe encore 200 hommes &
80 chevaux , fans compter l'atrelier des futailles.
Leurs Majestés ont pafſé quatre heures
à examiner toutes les parties de l'édifice ,
( 121 )
&ſe ſont fait expliquer les détails de chaque
machine par l'Ingénieur M. Watt. Elles ont
enſuite pris des rafraîchiſſemens qui leur
avoient été préparés avec magnificence , &
ont témoigné leur fatisfaction de tous les
déta's de cet établiſſement , auſſi vaſte
qu'utile.
- Le 30 Mai , la cauſe de Lady Strathmore,
contre M. Bowes fon mari & les autres complices
du rapt de cette Dame , qu'ils emmenerent
de force dans le nord du Royaume ,
a été jugée au Banc du Roi. Nous avons fait
connoître les détails de cette affaire ; il fuffrra
de dire ici , qu'après une plaidoirie de ſept
heures, les Jurés ont trouvé M. Bowes & ses
complices COUPABLES. I.e prononcé de la
peine n'auralieu qu'au terme prochain.
Les fameux Concerts annuels de l'Abbaye
de Westminster ont commencé le 28 , exécuts
par huit cens Muficiens en amphithéâtre
, en prélence de trois mille auditeurs ,
entre leſque's Leurs Majestés , la Famille
Roya'e , toute la Cour , & les perſonnes diltinguées
de la ville & des provinces. On eft
forti dans le raviſſement de la beauté du
Spectacle , de la ſupériorité , de l'enſemble ,
&de l'effer de l'exécution. On fait que ces
Concerts font uniquement remp'is par les
Oratorio d Handel. Les bénéfices en ſont
con acrés au foulagement des Muſiciens
pauvres ou âgés , & à divers Hôpitaux. A la
répétition qui a précédé le premier Concert,
( 122 )
les billets ſe vendoient unedemi- guinée , &
e'le a rapporté deux mille 129 livres sterlings .
On apprendde Gibraltar , que les ouvrages
commencés ſur les plans du Général Elliot,
font preſque entierement achevés. On affure ,
qu'au moyen de ces nouvelles forrifications ,
la place deviendra preſque imprenable Selon
les mêmes avis, la peſte fait toujours les plus
grands ravages ſur les côtes de Barbarie , &
empêche la garniſon de tirer comme cidevant
, ſes proviſions de l'Afrique. La Méditerranée
eſt toujours infeſtée de Pirates, & le
commercey eft preſque totalement interrompu.
,
Le Nabab d'Arcot ayant demandé au
Roi un Médecin Anglois , S. M. a chargéle
Chevalier George Baker de choiſir un ſujet
propre à cet emploi , & c'eſt , dit- on , le
Docteur Paul Jodrell , Membre du Collége
de Médecine , & l'un des Médecins de l'Hô
pital de Londres , qui doit paſſer auprès du
Prince Indien .
FRANCE.
De Versailles , le 6 Juin.
;
Le Roi & la Famille Royale fignerent ,
le 24 du mois dernier, le contrat de maria .
ge du Comte Gustave de Sparre , avec de
moiſelle de la Toiſon de Rocheblanche.
La Vicomteſſe de la Luzerne a eu , le
29 du mois dernier , l'honneur d'être préſentéeàLeurs
Majestés par Madame Victoire
de France , en qualité de Dame pour ac
compagner cette Princeſſe.
( 123 )
4
Le Marquis de Roſſel , ancien Capitaine
de vaiſſeaux, a eu, le 1 de ce mois , Thonneur
de préſenter à Sa Majeſté le tableau
qu'il a peint , repréſentant le combat de
M. de la Motte-Piquet , du 18 Décembre
1779 , devant le Fort- royal de la Martinique.
Il avoit pareillement eu l'honneur de
préſenter ci-devant, à Sa Majeſté , le tableau
repréſentant le combat du Bailli de Suffren ,
donné dans la rade de Praya , le 16 Avril
1781 .
Le Comte Hyacinthe de Bordéru , le
Comte de Melar, le Comte de Voiſins , le
Comte d'Avaugour de Beloian , le Marquis
de Charry-des Gouttes , & le Vicomte de
Montagu-Favol , qui avoient eu l'honneur
d'être préſentés au Roi , ont eu , le 2 , celui
demonter dans les voitures de Sa Majesté ,
&de la ſuivre à la chaſſe.
C
Leurs Majestés & la Famille Royale one
figné , le 3 , le contrat de mariage du Vicomte
de Séran , Capitaine au Régiment
Royal Navarre , avec demoiselle Fyot-la-
Marche de Dracy.
Cejour , la Comteſſe deGouvernet a eu
P'honneur d'être préſentée àLeurs Majestés
&à la Famille Royale, par la Marquiſe de
laTour-du-Pin .
Le fieur de Mauſſion , Maître des Requêtes
, que le Roi a nommé Intendant de
Rouen , a eu , le même jour , l'honneur de
faire fes remerciemens àSa Majesté, àla-
८
( 124 )
quelle il a été préſenté par le ſieur de Villedeuil
, Contrôleur-général des Finances .
De Paris , le 13 Juin.
>> Le 7 de ce mois , M. le Duc de Niver-
>>>nois eſt entré au Conſeil en qualité de
>>> Miniſtre d'Etat.
-
>> M. Lamoignon de Malesherbes , Mi-
>>>>niſtre d'Etat , y eſt auſſi rentré le même
>jour.
>> Le Roi , ayant ſubſtiruéun ſeulConfeil
>> ſous la dénomination de Conſeil Royal
>> des finances &du commerce , aux deux
>> qui ſubſiſtoient auparavant ſéparément
>> ſous la même dénomination , Sa Majesté
> a, le 9, tenu le premier Conſeil Royal des
>> finances & du commerce , qui étoit com-
>> poſé du ſieur de Lamoignon, Garde-des-
>> Sceaux , du Duc de Nivernois , Miniſtre
>> d'Etat , du Maréchal de Caſtries , Minif-
>> tre & Secrétaire d'Etat , au Département
> de la Marine , du Maréchal de Ségur ,
>>Miniſtre & Secrétaire d'Etat , au Départe
> ment de la Guerre ; de l'Archevêque de
>>>Toulouſe , Miniſtre d'Etat , & Chef du
>> Conſeil Royal des finances , du Marquis
» d'Offun , Miniſtre d'Etat, du Baron de
>> Breteüil , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ,
>> ayant le Département de la Maiſon du
>>>Roi , du Comte de Montmorin , Minif--
>> tre & Secrétaire d'Etat , au département
>>>des Affaires Etrangeres , des fieurs La(
125 )
>>moignon de Malesherbes , & Bouvard
>>de Fourqueux , Miniſtres d'Etat , du Con-
>> trôleur Général des Finances , &des fieurs,
>> d'Ormeſſon & Lambert, Conſeillers d'E-
» tat.
Réglement fait par le Roi , pour la formarion
de fon Conſeil royal des Finances
&du Commerce; du 5 Juin 1787 .
SA MAJESTÉ conſidérant que le Conſeil des
finances & celui du commerce , tels qu'ils font
actuellement , ne peuvent remplir les vues
qu'Elle a annoncées auxNotables de ſon Royaume
être dans l'intention de ſuivre , pour aſſurer
& maintenir le bon ordre dans toutes les parties
de l'Adminiſtration , Elle a jugé à propos de
leur ſubſtituer un Conſeil royal des finances &
du commerce , qui ſera compofé des perſonnes
qu'Elle aura jugéles plus dignes de la confiance ,
&auquel Confeil feront portées les affaires les
plus importantes concernant la finance & le
commerce. Sa Majeſté trouvera quelqu'économie
dans la réunion de ces deux Conſeils en un
ſeul : Elle rapprochera des affaires qui doivent
être liées & déterminées d'après les mêmes principes;
& fur- tout Elle eſpere trouver , dans la
confiſtance & l'activité qu'elle donnera à ce
Conſeil , l'avantagede ſe préſerver des erreurs .
des ſurpriſes & des variations auxquelles une
grande Adminiſtration eſt expoſee. ARTICLE PREMIER. Toutes les opérations de
finance & de commerce qui étoient ou devoient
être ci-devant portées au Confeil royal des finances,
& au Conſeil royal du commerce , le ſe- ront à l'avenir à un ſeul & même Confil , qui
fera appelé le Confeil royal des finances & du
commerce.
( 126 )
11. Ledit Conſeil ſera compoſédu Chancelier
ou Garde des Sceaux.
Du Chef du Confeil royal des finances & du
commerce.
Des Miniftres d'Etat .
Du Contrôleur général des finances.
Et de deux Conſeillers d'Etat.
III . Lorſqu'il s'agira d'affaires de commerce.
le Secretaire d'Etat ayant le département de la
Marine , y ſera toujours appelé , quandmême il
n'auroit pas la qualité de Minifire.
IV. Tous ceux qui entreront au Confei! royal
des finances&du commerce, ſoit qu'ils en foient
Membres , ſoit qu'ils n'y ſoient appelés qu'à raiſon
de certaines affaires , obſerveront entr'eux
l'ordre de ſéance établi ſuivant les principes &
les ufages du Conſeil .
V. Le Conſeil royal des finances & du commerce
s'aſſemblera auſſi ſouvent qu'il ſera néceſ
faire , & jamais moins d'une fois par mois.
VI. Le Chef du Conſeil roya des finances &
du commerce tiendra chez lui , auſſi ſouvent
qu'il ſera néceſſaire , & amais moins d'une fois
tous les quinze jours , un comité avec le Contrôleur
général des finances , les deux Conſeillers
d'Etat , Membres dudit Confeil , & telies
autres perſonnes qu'il appartiendra , ſoit faiſant
partie dudit Conſeil , ſoit ayant part à l'Adminißration
des finances & du commerce , pour
préparer les matieres qui pourront être portees
au Confeil,
VII. Les Emprunts , les Impôts , les affaires
principa'es concernant les domaines du Roi & les
divers revenus publics , & généralement toutes.
les grandes opérations de finance feront portées
audit Confeil.
VIII. Tous les ans la diftribution des fonds
( 127 )
entre les différens départemens , fera faite au
même Conſeil.
IX. Pour que cette diſtribution des revenus
publics , entre les différens départemens , foit
faite avec juftice & proportion , l'état de la dépenſe
, que chaque Ordonnateur jugera néceſſaire
pour le cours de l'année qui doit ſuivre , après
avoir été préalablement communiqué au Contro
leur - Général des finances ,fera rapporté léparément
, en une ou pluſieurs fois , au Conſeil royal
des finances & du commerce , par les Secretaires
d'Etat des Affaires étrangeres ,de la Guerre &
de la Marine , pour toutes les dépenſes de leurs
départemens reſpectifs, & par le Secrétaire d'Etat
delaMaiſondeRoipourtoutes les dépentes compriſes
dans l'état deladite Maiſon . Lefdits Secrétaires
d'Etat feront à cet effet , s'ils n'étoient pas
Miniſtres , appellés audit Confeil , lorſqu'il fera
queſtionde rapporter leſdites dépenſes : toutes les
autres feront rapportée par le Contrôleur Géné
ral : ſe réſervant Sa Majesté d'appellerit Conſeil,
fi Elle le juge néceſſaire , les Ordonnateurs
particuliers , pour en recevoir les éclairciffemens
qu'Elle voudra leur demander ; & lorſque
tous les états auront été examinés & difcutés , le
Roi déterminera les fonds qui feront aſſignés à
chaque département. :
X. Si , dans le cours de l'année , il ſurvient
quelque dépente imprévue dans un département ,
l'Ordonnateur qu'elle regardera , fera de même
qu'il eſt preſcrit ci - deffus, remettre au Confeil
royal des finances & du commerce l'état des fonds
qui lui ſeront néceſſaires ,& ily ſera ſtatuépar Sa
Majesté après que la demande aura été comparée
avec les moyens d'y ſatisfaire.
XI. L'état des fonds de l'année ſuivante ſera
toujours fait & arrêté au Conſeil royal des finan-
:
( 128 )
čes&du commerce dans le moisde Décembre ,&
rendu public par la voie de l'impreſſion .
La vérification des dépenſes ſera faite au mois
de Janvier ou de Février de chaque année.
XII.Un regiſtre ſera tenude tout ce qui aura été
déterminé par le Roi au Conſeil royal des finances
&du commerce. Ce regiſtre ſera rédigé par le
Contrôleur-Général qui lepréſentera au Roi à la
féance ſuivante pour être approuvé & figné par Sa
Majeſté.
XIII . Le Chancelier ouGarde des Sceaux , le
Chefdu Confeil royal de finances & du commerce
, les Miniſtres d'Etat , le Contrôleur-Général
des finances , jouiſſant déjà d'un traitement à
raiſonde leurs places ,& toutes autres perfonnes
, qui , à caufe d'une charge , fonction ou emploi
déterminé , pourroient par la ſuite obtenir
l'honneur d'entrer au Conſeil royal des finances
&du commerce ,ne pourront prétendre , ſous
prétexte de cette admiffion , aucuns gages ni trairemens
particuliers , en ſorte que les deux Confeillers
d'Etat ſeront déſormais les ſeuls Membres
du Conſeil , à qui il ſera accordé un traitement.
XIV. Sa Majeſtlé voulant donner une preuve
de ſa fatisfaction aux ſeurs Boutin & Lenoir , cidevantConſeillers
au Conſeil royal des finances,
ainſi qu'aux fieurs de la Michodiere , de Monthyon
& de Montholon , ci-devant Conſeiliers au
Conſeil royal du commerce , ſon intention eſt
qu'ils continuent de jouir des traitemens qui leur
ont été accordés à raiſonde leur entrée auxdits
Conſeils , juſqu'à ce que Sa Majeſté , en les employant
comme elle ſe le propoſe , leur ait procuré
untraitement équivalent ou fupérieur.
Fait à Verſailles le cinq Juin mil ſept cent
quatre-vingt-ſept.
Signé LOUIS. Et plus bas , LE BARON DE
BRETEVIL.
( 129 )
Ordonnance du Roi , du 22 Mars 1787 ,
concernant la Compagnie des Gardes de la
Porte.
Réglement du 28 Janvier 1787 , ſur l'entretien
, garde & conſervation des vaiſſeaux,
&für le fervice des Officiers de la Marine
dansles ports.
LeTraitéde Navigation &de Commerce
entre la France & la Ruffie, conclu à Péterfbourg
le 11 Janvier dernier , eſt de la teneur
ſuivante :
Aunom de la très-fainte & indiviſible Trinité.
-Sa Majefté le Roi de France & Sa Majesté l'Ima
pératrice de toutes les Ruflies , defirant encoura
ger le Commerce & la Navigation directs entre
leurs Sujets reſpectifs , par la confection d'un
Traité d'amitié , de commerce & de navigation
, ont choifi & nommé à cet effet pour leurs
Piénipotentiaires : ſavoir , Sa Majesté le Roi de
France & de Navarre , le ſieur Louis-Philippe ,
Comte de Ségur , Chevalier de l'Ordre royal &
militaire de Saint- Louis , Commandeur des Ordres
de Saint-Lazare & de Notre - Dame - du-
Mont-Carmel , Membre de l'aſſociation AméricainedeCincin
Cincinnatus , Colonel de Dragons , fon
Miniſtre plénipotentaire auprès de Sa Majeſté
l'Impératrice de toutes les Ruſſies ; & Sa Majesté
l'Impératrice de toutes les Ruſſies, le ſieur Jean ,
Comte d'Oſtermann , ſon Vice-Chancelier , Conſeiller
privé actuel , Sénateur & Chevalier des
Ordres de Saint-André , de Saint-Alexandre-
Nevsky, Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir
de la premiere claſſe , & de Sainte-Anne; le
fieurAlexandre , Comte de Woronzow , Conſeiller
privé aquel , Sénateur-Préſident du Collége
(130 ).
,
de Commerce , Chambellan actuel , & Chevalier
de l'Ordre de Saint -Alexandre - Nevsky , &
Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir de la
premiere claffe ; le ſieur Alexandre , Conte de
Bezborodko , premier Maitre de fa Cour , Conſeiller
privé, Directeur général des Poſtes &
Chevalier de l'Ordre de Saint Alexandre- Nevsky,
&Grand-Croix de celui de Saint-Wladimir de la
premiere claffe; &le feur Arcadie de Marcoff,
Confeiller d'Erat actuel , Membre du Colléged s
Affaires étrangeres , &Grand-Croix de l'Ordre
de Saint Wlasimir de la seconde clatie. Leſquels
Plénipotentiaires , après s'être refpe&ivement
communiqué leurs pleins- pouvoirs , font entrés
en confcrence , & ayant mûrement difcuté la matiere
, ont concm & arrêté les articles ſuivans :
1°. Il y aura une paix perpétuelle , bonne intelligence
& fincere amitié entre Sa Majeſté le
Roi de France ,& Sa Majesté l'Impératrice de
toutes les Ruffies , leurs héritiers & fucceffeurs de
part&d'autre , ainſi qu'entre leurs Sujets reſpectifs
. A cet effet,lesHautes Parties contractantes
s'engagent , tant pour elles-mêmes , que pour
leurshéritiers & fucceffeurs , & leurs ſujets , fans
aucune exception , non- ſeulement à éviter tout
cequi pourroit tourner à leur préjudice reſpectif,
mais encore à ſe donner mutuellement des
témoignages d'affection &de bienveillance , tant
parterre que par mer & dans les eaux douces , à
s'entr'aider par toutes fortes de ſecours & de
bons offices , en ce qui concerne le commerce &
lanavigation.
2º: Les ſujets François jouiront en Ruſſie, ainſi
que les ſujets Ruſſes en France , d'une parfaite
liberté de commerce , conformément aux loix &
réglemens qui ſubſiſtent dans les deux Monarchies
, ſans qu'on puiſſe les troubler ni inquiéter
en aucune maniere.
( 131 )
3°. Une parfaite liberté de conſcience ſera accordée
aux ſujets François en Ruffie, conformément
aux principes d'une entiere tolérance qu'on
y accorde à toutes les religions . Ils pourront librement
s'acquitter des devoirs & vaquer au culte
de leur religion , tant dans leurs maisons , que
dans les Eglifes publiques qui y font établies ,
fans éprouverjamais la moindre difficulté à cet
égard. Les ſujets Ruſſes en France jouiront également
d'une parfaite liberté du culte de leur religion
dans leurs propres maiſons , à l'égal des
autres Notions qui ont des Trai.és de commerce
avec la France.
د
14°. Les deux Puiſſances contractantes accor-/
dent à leurs ſujets reſpectifs , dans tous les pays
de leur domination , où la navigation&le commerce
ſont permis , les droits , franchiſes &
exemptions , donty jouiſſent les Nations Européennes
les plus favoriſées & veulent qu'en
conféquence i's profitent de tous les avantages ,
au moyendeſquels leur commerce pourra s'étendre
& fleurir , de façon cependant qu'à l'excер-
tion des ſuſdits droits , franchiſes & prérogatives ,
autant qu'elles leur feront rommément accordées
ci-deſſous , ils foient foumis dans leur commerce
&trafic aux tarifs , ordonnances & loix établies
dans les Etats reſpectifs.
5°. Dans tous les ports & grandes villes de
commerce des Etats reſpectifs , dont l'entrée &
le commerce font ouverts aux Nations Européennes
, les deux Puiſſances contractantes pourront
établir des Confuls généraux , Confuls &
Vice- confuls , qui jouiront de part & d'autre
des priviléges , prerogatives & immunités atrachées
à ces places , dans le pays de leur réſidence
; mais , pour ce qui regarde le jugement
de leurs affaires , & relativement aux Tribunaux
(132 )
des lieux où ils réſident , ils ſeront traités comme
ceux des Nations les plus favorisées , avec lefquelles
les deux Puiſſances ont des Traités de
commerce. Les ſuſdits Confuls-généraux , Confuls
ou Vice-confuls ne pourront point être choifis
àl'avenir parmi les ſujets nés de la Puiſſance
chez laquelle ils doivent réſider , à moins qu'ils
n'aient obtenu une permiffion expreffe de pouvoir
être accrédités auprès d'elle en cette qualité.
Au reſte , cette exception ne fauroit avoir
un effet rétroactif à l'égard de ceux qui auroient
été nommés aux ſuſd tes places avant la confection
du préſent Traité.
6°. Les Confuls- généraux , Confuls ou Vice-
Conſuls des deux Puiſſances contractantes , auront
reſpectivement l'autorité excluſive fur les
équipages des navires de leur Nation dans les
ports de leur réſidence , tant pour la police générale
des gens de mer , que pour la diſcuſion
&le jugement des conteſtations qui pourront
s'élever entre les équipages.
7°. Lorſque les ſujets commerçans de l'une ou
del'autredes Puiſſances contractantes auront entre
eux des procès ou autres affaires à régier , ils pourront,
d'un conſentement mutuel, s'adreſſer à leurs
propresConfuls,& les déciſions de ceux- ci ſeront
non ſeulement valables & légales , mais ils auront
le droit de demander , en cas de beſoin , mainforte
au Gouvernement pour faire exécuter leur
Sentence . Si l'une des deux Parties ne conſentoit
pas à recourir à l'autorité de fon propre Conful ,
elle pourra s'adreffer aux Tribunaux ordinaires
du lieu de ſa réſidence , & toutes les deux ſeront
tenuesde s'y ſoumettre. En cas d'avarie ſur un
bâtiment François , ſi les François ſeuls en ont
ſouffert , les Confuls-géréraux , Confuls ouVice-
Conſuls de France en prendront connoiſſance , &
feront
( 133 )
feront chargés de régler ce qui y aura rapport ;
de même ſi , dans ce cas , les Ruffes ſont ſeuls
à ſouffrir des avaries ſurvenues dans un bâtiment
Ruſſe, les Confuls généraux , Confuls ou Vice-
Confuls Rufles en prendront connoiffance , &
feront chargés de régler ce qui y aura rapport.
8°. Toutes les affaires des Marchands François
trafiquans en Ruflie , feront foumiſes aux Tribunaux
établis pour les affaires des Négocians , où
elles ſeront jugées promptement , d'après les loix
qui y fornt en vigueur , ainſi que cela ſe pratique
avec les autres Nations qui ont des Traités de
commerce avec la Cour de Ruſſie. Les ſujets
Ruſſes , dans les Etats de Sa Majesté Très-Chrétienne
, feront également ſous la protection des
loix du Royaume , & traités , à cet égard ,
comme les autres Nations qui ont des Traités
de commerce avec la France.
9°. Les ſujets des Hautes-Parties contractantes
pourront s'aſſembler avec leurs Confuls en corps
de factorie, & faire entr'eux , pour l'intérêt commun
de la factorie, les arrangemens qui leur conviendront
, en tant qu'ils n'auront rien de contraire
aux loix , ſtatuts & réglemens du pays ow
de l'endroit où ils ſeront établis.
10°. Les ſujets desHautes-Parties contractantes
paieront , pour leurs marchandises , les douanes &
autres droits fixés par les tarifs actuellement en
force , ou qui exiſteront à l'avenir dans les Etats
reſpectifs ; mais , pour encourager le commerce
des ſujets ruffes avec la France , Sa Majesté Très-
Chrétienne leur accorde en totalité l'exemption
du droit de fret établi dans les ports de ſon
Royaume ſur les navires étrangers ; fi ce n'eſt
lorſque lcs navires ruſſes chargeront des marchandiſes
de France dans un port de France ,
pour les tranſporter dans un autre port du même
No. 25 , 16 Juin 1787. 6
l 134 )
Royaume , & lesydéchargeront, auquel cas leſdits
navires acquitteront le droitdont il s'agit , auffi
long-tems que les autres Nations feront obligées
de l'aequitter. En réciprocité de cet avantage, Sa
Maj . Imp. , voulant auſſi de fon côté promonvoirla
navigation directe des ſujets François aveq
ſes Etats ,leur accorde la prérogative de pouvoir
acquitter les droitsde douanes , dans toute l'éten
duede ſon Empire, en monnoie courante de Ruf.
fie , ſans être aſſujettis àles payer comme ci - devant
en rixdalers , de façon que , pour chaque
rixdale , il ne ſera exigé d'eux que cent vingtcinq
copeks ; mais la ſuſdite facilité n'aura point
lieu dans le port de Riga , où les ſujets Ruſſes
eux-mêmes doivent payer les droits de douane ,
pour toute eſpece de marchandiſes , en rixdalers
effectifs.
11°. Afin de favoriſer encore plus particulière.
ment le commerce direct entre les Provinces méridionales
des Etats reſpectifs , Sa Majefté Très
Chrétienne entend que les denrées & marchandifesRuffes,
venant des ports de la mer Noire dans
celui de Marseille ou autres , ſoient exemptes du
droit de 20 pour 1oo& de 10 fols par livre , qui
font enſemble 30 pour 100 , que les Etrangers
ſont obligés de payer pour les marchandises du
Levant qu'ils y introduiſent , à condition que les
Capitaines des bâtimens Ruſſes fourniront la
preuve authentique par des certificats des Confuls
ou Vice -Confuls de France , ou , à leur dé
faut , des Douaniers qu Juges locaux , que ces
denrées ou marchandiſes ſont du crû de la Ruffie ,
&ont été expédiées deſdits ports,& non d'autres,
non-plus que d'aucune place de la dominationde
la Porte Ottomane ,
Il eſt convenu que les vaiſſeaux Ruſſes , expé
diés des ports de la mer Noire , ne pourront abor
( 235 )
der que dans ceux de Marseille &de Toulon ,le
ſeuls où il ſoit permisde ſe préſenter.
Quant aux droits qui ſe perçoivent dans les
pons de la Méditerranée ſur les vaiſſeaux & le
marchandises étrangeres , le Roi Très- Chrétien
déclare que les bâtimens Ruſſes venan de la mer
Noire, feront traités à l'égal des François.
En faveur de cet avantage , Sa Majesté Imp .
s'engageà faire participer les Négocians François
àcelui accordé à ſes ſujets par de fixieme article ..
de ſon édit du 27 Septembre 1782 , fervant c'introduction
au tarifgénéral des douanes de Ruſſie,
énoncé en ces termes : « Quoiq e ce tarif général
doive ſervir auti pour tous nos ports
>> ſitués ſur la mer Noire & fur ce le d Afooh, ce-
➤ pendant nous diminuons dans ledits ports
>> d'un quart les droits fixés par ce tar f, afin d'y
encourager le commerce de nos fujets , & des
>>>Nations avec lesquelles nous ftipulerous , à cor
égard , des avantages réciproques , en compen-
>> ſation des prérogatives qu'elles accorderont à
notre commerce ; excluant cependant de cette
diminution les marchandiſes nommément ſpé-
> cifiés dans le préſent tarif, comme devant payer
>> les mêmes droits dans les ports de la merNoire ,
>>>que dans les autres douanes de notre Empire ,
>>>auſſi-bien que celles pour lesquelles le prétent
> tarifdétermine les droits particuliers dans les
>ports de la mer Noire».
La Suite à l'Ordinaire prochain.
1e 7 Mai , vers midi &demi , le feu ſe
manifeſta dans la chaumiere d'un vigneron
àVilleneuve- le Chemin , Diocese de Sens.
Ce bâtiment couvert on paille fit embraſé
en un inſtant , &le vent qui ſouffloit alors
g '
1136)
N.E. avee beaucoup de violence , porta les
flammes fur tout le reſte du village , & jufqu'à
la derniere mailon du côté du midi. II
fut bientôt inmpoſlible d'en arrêter les progrès.
M. Potier , Bailli & Maire de la ville
de Saint-Florentin , diſtante de trois lieues ,
y fit conduire une pompe ; deux Officiers
du régimens Dauphin Cavalerie , en garnifon
dans cette ville , à la tête d'un détachement
, M. de Fontaine - Moreau , Lieutenant
de Maréchauffée , & fes Cavaliers , M.
de Verbruges , Ingénieur des ponts & chaufſées
, s'y rendirent en trois quarts d'heure ,
menant les pompiers en croupe ; mais on
ne put parvenir qu'à ſauver 35 maiſons ,
fur 90 , dont le village étoit compoſé. L'incendie
a duré juſqu'au ſoir du lendemain ,
&l'on a la douleur de compter 45 familles
fans aſyle , fans habits , ſans pain & ſans
fourages pour les beſtiaux , dont quelquesuns
ont péri dans les flammes.
La perte générale de Villeneuve - le-
Chemin eſt évaluée dans le procès -verbal à
111,360 liv. tant en bâtimens , que grains ,
vins de pluſieurs récoltes , meubles es&effets.
Une lettre authentique du dioceſe de
Coutances , en date du 3 de ce mois , nous
apprend le trait ſuivant :
Le ſieur Allain , Curé de la ſeconde portion
de la Paroiſſe de Percy , ayant appris que
Verdier s'étoit retiré chez une de ſes tantes le
II Mai dernier , conçut le projet de l'arrêter.
Il communiqua fon deffein au fieur Lemaitre,
( 137 )
Vicaire de la premiere portion : celui-ci aps
prouva le zele du ſieur Allain , & offrit de ſe
joindre à lui.
Ils allerent directement chez la tante deVerdier
, & feignirent une quête pour la fonte des
cloches de la Paroiſſe. Lorſqu'ils furent entrés
dans la maison de cette femme , ils monterent
directement à une petite chambre où étoit Verdier.
Sur une petite table ſe trouvoient fix pif
tolets , dont quatre à deux coups . Le Vicaire
s'en empara ; & le Curé , ſans donner le temps
à Verdier de ſe reconnoître , le ſaiſit au collet .
Verdier & le Curé ſe battirent environ un quart
d'heure , la tante monta armée d'un levier , en
porta un coup ſur la tête du Curé , mais il
tint toujours ferme. Le Vicaire déſarina cette
femme ; & Verdier voyant qu'il ne pouvoit
s'échapper , prit ſon couteau ,& en auroit percé
le Curé , ſans le Vicaire qui para le coup , &
qui en fut quitte pour une légere bleſſure à la
main.
Le Curé & le Vicaire entraînerent Verdier
hors la maison , appellerent les voiſins . On
l'attacha au pied d'un pommier ; & la Maréchauffée
de Villedieu- les-Poëles , ayant été avertie
, vint le prendre le lendemain matin , &
le conduifit dans les priſons du Bailliage criminel
de Coutances.
La nuit du 31 au premier de ce mois , le
Curé Allain a encore arrêté un de ces voleurs .
Un ſecond ne s'échappa qu'à la faveur d'un
trou qu'il pratiqua dans une couverture en
chaume » .
>> La paroiſſe de Gamarde en Chaloſſe ,
généralité de Pau & de Bayonne , vient de
donner une preuve de bonne intelligence ,
3
( 138 )
de follicitude & d'humanité , qui mérite
biende figurer dans les rapports de bienfaifance
. Les Syndics & habitans de la paroiſſe
deGamarde, généralité de Pau&Bayonne ,
prirent le 18 Mars dernier , la déliberation
de ſe ſomettre à rembourſer , au moyen
d'une contribution générale , aux propriétaires
des boru's emploiés au labourage , le
prix de ces utiles animaux , qui viendront à
mourir par maladies ou autres cas imprévus.
Suite des Prix & Sujets propofés par l'Académie
des Sciences.
Un Amateur éclairé des Sciences , a propoſé
à l'Académie de ſe charger du jugement
d'un Prix , fur la queßion ſuivante : Onfuppofe ,
1°. qiun vaiſſeau connu de poids , de forme , &
de pofition , se meuve sur lafurface de la mer ,
Supposée plane & horisonta'e , avec une viceffe don
née , & parallèlement à fi quille. 2°. Qu'une
cauſe quelconque faffe naître , ſur la firface de ba
mer , une onde ou lame circulaire unique , dont le
centre foit placé sur le prolongement de la quille ,
& dont on connoiſſe la forme ,
à l'origine , Ou
dans un certain inſtant , à ſa durée . 3 ° . Que cette
lame , en vertu defa viteſſe , atteigne le vaiſſeaus
cela posé , on demande les changemens que la lame
fera naître dans les mouvemens du vaiſſeau , foit
par le choc , foit par la différence des preffions.
ou
Cette propofition a été acceptée par l'Académie
, & elte devoit donner , dans (on Affemblée
pablique d'après Pâques 1787 , à l'Auteur
du meilleur des Mémoires qui lui auroient été
envoyés fur ce ſujet ,une Médaille d'or de la valeur
de 240 liv. Mais n'ayant reçu aucune Piece
( 139 )
pour le Concours , l'Académie propoſe de nou
veau le même ſujet pour l'année 1788.
Les Ouvrages ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1788 excluſivement; ce ternie
eſt de rigueur.
M.de Gaule , Ingénieur de la Marine , avoit
prié l'Académie de ſe charger du jugement d'un
Prix qui devoit être distrioné à l'Aſſemblée publique
d'après Pâques 1785 , ſur la queſtion fuis
vante :
Ny auroit -il pas des moyens pour placer en
mer , le long des côtes de France , dans les parties
qui er font susceptibles , des esplanades ou digues
artificielles , qui , dans les gros tems , puif-
Sent fervir à rompre l'impétuofité de la mer ,&
Sous le vent desquelles un Navire du Roi , du Commerce
, ou toutes autres embarcations , qui n'ont
d'auire reſſource que la côte , puiſſent , eny mouillant
, y trouver un afyle où ils n'aient d'autres
efforts à vaincre que celui du vent , dont la ré
Sistance peut étre diminuée par les manoeuvres ufitées
en pareille circonstance ?
L'Académie n'ayant point reçu alors de Piece
qui remp'ît l'objet deſuré , propoſa de nouveau
le même ſujet pour cette année 1787. Elle ſe
trouve aujourd'hui dans le même cas ; & M. de
Gaule en ayant été informé , prie l'Académie
d'annoncer qu'il retire le Prix.
L'Académie avoit proposé en 1785 , pour ſujet
fur l'Hiſtoire Naturelle , de déterminer quelle
étoit la meilleure méthode d'étudier & de décrire
'Histoire Naturelle Minéralogique d'une grande
Province. Elle a reçu cinq Mémoires fur ce
ſujet , parmi leſquels l'Académie en a diftinguć
trois. Ces Mémoires , ſurtout celui du nº.
annoncent des Naturaliſtes éclairés , qui joignent
à beaucoup de connoiſſances en Minéra
84
( 140 )
logie , l'habitude d'obſerver. Mais l'Académie
a vu avec regret , qu'en s'écartant de fon objet,
les Auteursde cesMémoires ſe ſont plutôt
attachés à raſſembler une fuite nombreuſe de
faits connus la plupart , qu'à développer une
méthode propre à les reconnoître , à les difcuter
, & à les rapprocher ſous le point de vue
le plus inſtructif. En conséquence , elle a cru
devoir abandonner ce ſujet. Elle propoſe donc ,
pour ſujet du nouveau Prix , de faire connoitre
, quelssont les ind ces certains & non équivoques
des mines de charbon de terre , & les conftitutions
particulières des pays oùellesse trouvent :
Quelle est la nature & la difpofition des ſubſtances
différentes , qui non ſeulement fervent d'enveloppe
aux fillons de ce minéral , ſuivant leurs qua-
Lités, mais encore forment les bancs de roche inserposés
entre ſes couches , les crans & les barremens
qui en dérangent ou en interceptent les veines,
sant dans leur direction que dans leur inclinaison
oupendage.
Le Prix ſera de 1500 liv.
Les Mémoires ne ſeront reçus que juſqu'au
premier Février 1789.
L'Académie avoit propoſé pour ſujetd'un des
Prix qu'elle devoit diſtribuerdans ſa ſéance pu-
Blique d'après Pâques 1787 , la recherche des
moyens par lesquels onpourroitgarantir les Broyeurs
de couleurs des maladies qui les attaquent fréquemment
, & qui font la suite de leur travail.
Mais l'un des Mémoires ayant rempli à cet
égard une des parties du Programme , iln'a préſenté
, ſur une autre plus importante , que des
idées générales & auxquelles il a été conduit
par l'expofé même de ce Programme.
L'Académiedefiroit qu'on indiquâtdes moyens
capables d'écarter , autant qu'il ſeroitpoſſible , les
(141 )
accidens auxquels ſontexpofés les Broyeurs de
couleurs,ſoit enemployant quelque machinebien
entendue , qui , par elle même , exécutât complétement
ce qu'il y a le plus à craindre pour eux
dans leurs opérations , ſoit en faiſant uſage d'un
moyen , fimplement préſervatif , à la faveur
duquel , dans la maniere uſitée de broyer les
couleurs , on pût renfermer &contenir les émanations
dangereuſes qu'elles produiſent ; pourvu
cependant que ce dernier moyen ne s'oppoſât pas
à la facilité du travail , fur-tout à celle de raíſembler
les couleurs à pluſieurs repriſes , & à
meſure que ces Ouvriers les ont étendues ſous
la molette , pour les fondre enſemble & les
broyer parfaitement.
Elle propoſe en conféquence le même ſujet
pour l'année 1788 , & annonce un prix double,
c'eſt-à-dire , la ſomme de 2160 liv. qui fera
accordée , ſoit totalement en argent , foit en
une médaille d'er de 1080 liv. & le reſte en
argent , au choix de l'Auteur qui aura le mieux
traité ce ſujet intéreſſant.
Les Ouvrages ne feront reçus que juſqu'au
premier Février 1789 excluſivement ; ce terme
eft de rigueur.
" PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 7 Juin.
Le 29 du mois dernier & les jours ſuivans
ont été marqués ici par des événemens extraordinaires
, qui ont entraîné le rétabliſſement
abſolu de l'ancien régime. La circonſpection
du Gouvernement , ſes efforts
gs
( 142 )
pour tranquillifer les eſprits , la ſufpenfion
proviſoire des nouvelles inſtitutions , accompagnée
de reſcrits qu'on croyoit propres
à détruire les préventions , n'ont fervi
qu'à accroître la défiance & la fermentation.
Elle s'eſt d'abord manifeſtée par une
requête très-énergique des Corporations de
Bruxelles aux Etats de Brabant , dans laquelle
les requérans réclamoient entr'autres
M. de Hondt, Négociant de Bruxelles , enlevé
d'autorité & transféré à Vienne. Les
Corporations alloient même juſqu'à fupplier
les Etats d'exiger un ôtage du Gouvernement
, pour répondre de la sûreté de
M. de Hondt , & déclarerent qu'ils perdroient
la vie , avant de laiſſer conſommer
leur fervitude. Le même jour les Erats s'occuperent
de cette requête , &firentde nouvelles
repréſentations non moins véhémenres
à LL. AA. RR. En voici le contenu.
MADAME ET MONSEIGNEUR ,
Nous avons ſupplié V. A. R. par tant de rea
montrances ; nous vous avons conjuré , Séréniffimes
Gouverneurs Généraux , par tous les droits,
par tous les motifs les plus ſacrés , que V. A. R.
daignaſſent faire ceſſer au plutôt juſqu'aux traces
des infractions de nos privileges , en rejettant
tout confeil , qui ne meneroit pas à l'unique
objet de rétablir l'ordre Conſtitutionel , juré ſi
folemnellement au nom du Souverain. Nous
avons eu l'honneur de faire parvenir à V. A. R.
nos Doléances articulées ; tous les points , que
nous avons préſentés , ſont clairement , évidem
(143 )
que par
mentdéterminés parle Pacte Inaugurable. Cependant
toute la nation voit avec une douleur ,
qu'elle retient à peine , que nos reclamations
non-ſeulement n'ont pas produit le redreſſement
juſte& indiſpenſable de ſes griefs , mais
des moyens détournés on tâche de reculer &
d'éluder la fatisfaction , qu'elle a droit d'attendre
fans délai. Elle eſt convaincue avec raiſon ,qu'il
est hors du pouvoir du Prince defaire des diſpoſitions
contraires àdes privileges, fondés fur les plus
Saints engagemens.
Comment toute la nation n'entreroit- elle pas
dans la plus grande défiance , en voyant fortir
encore récemment la Déclaration au nom de
l'Empereur & Roi , ſous la date d'avant -hier , où
Pon ſuppoſe que ce ſont des prétendues affertions
& infinuations fur certains points isolés , qui répandent
l'inquiétude parmi les bons ſujets , tandis
qu'il eſt d'une parfaite notoriété que cette
véhémente inquiétude tire ſa ſource du ſyſtème
pris , & qu'on tâche de ſoutenir , de bouleverſer
tous les droits ; que , juſqu'au nom de la Juftise,
tout eſt enveloppé dans l'illuſion , dont on s'obftinedepréſenter
le preſtige.
Que V. A. R. daignent attacher leurs regards
ſur la Requéte , que les Corporations de Bruxelles,
tant pour elles que comme conſtituées par
d'autres Membres des Villes , viennent de nous
faire parvenir. Nous ne pouvons que nous joindre
entièrement à la demande comme à tout
l'objet de octte Requête .
Il eſt tems , Séréniſſimes Gouverneurs - Généraus
, que V. A. R. entendent les cris d'un Peuple
outragé dans tous ſes droits , outragé dans la
maniere, dont on continue d'équivoquer ſur uno
ſatisfaction , qui n'a rien que de légitime , qui
ne ſoit fondé ſur un Pacte , dont la force eft cong
6
( 144)
nue de l'Univers entier. Que V. A. R. , comme
repréſentans de l'Empereur , faſſent enfin atten
zion à la continuité & à l'énergie de toutes nos
Remontrances , fur- tout à cette vérité plus que
certaine , que le Monarque est dans l'heureuſe impuiſſance
de contrevenir légalement à ses engagemens
. Que V. A. R. daignent déclarer , pour
rétablir le calme & la paix , « que toutes les
>> enfreintes de la Joyeuse-Entrée ſeront redref-
>>ſées ſans le moindre délai ». Nous sommes
avec un très-profond reſpect , MADAME ET MONSEIGNEUR
, de V. A. R. les très-humbles & trèsobéiſſans
ſerviteurs , les Prélats , Nobles &Députés
des Chefs- Villes , représentant les Trois-
Etats de ce pays & Duché de BRABANT. Signé
DE COOK. Par Ordonnance de notre Affemblée générale,
tenue à Bruxelles le 26 Mai 1787.
L'effervescence pouffée au comble qu'on
appercevoit dans le public,& la violence de
la remontrance , déterminerent les Gouverneurs
à répondre aux Etats , le 28 , dans les
termes ſuivans :
« Très-Révérends , Révérends Peres en.Dieu .
nobles, chers & bien amés. Ayant reçu & examiné
les repréſentations que vous nous avez
adreſſées le 15 de ce mois , nous les avons por
tées avec empreſſement à la ſouveraine connoifſance
de l'Empereur , comme nous l'avons fait à
l'égard de toutes celles qui les ont précédées &
celles qui les ont ſuivies : enpropoſant à S. M.
l'es vores & les moyens les plus conformes à la
conſtitution& au voeu de la nation , bien certains
quevous répoſant ſur nosfoins&nos ſentimens ,
comme fur ce que nous avons déclaré & vous
déclarons encore par la préſente , vous attendrez
aveeautant de confiance que de tranquillité la
( 145 )
réſolution que l'éloignement actuel de S. M. doit
néceſſairement retarder ».
<<Et pour ne rien vous laiſſer à defirer en attendant,
ſur ce que vous devez vous promettre
de notre fincérité comme de notre influence ,
nous vous répétons & confirmons ici , ce que
nous avons déja déclaré par notre dépêche da
28 Avril , relativement aux Abbayes dont les
chefs ont le droit de ſiéger dans votre afſemblée,
&que nous ne balançons pas de confirmer dès à
préſent la confiance où vous devez être , que Sa
Majefté fera obſerver exactement ſur cette partie
de vos repréſentations , tout ce qui ſe trouve
exprimé à cet égardtant dans laJoyeuſe Entrée ,
que dans le concordat de 1564.
>>Nous nous promettons de recevoir dans peu
une réſolution favorable de l'Empereur pour la
nomination aux dignités d'abbés&d'abbeſſes des
abbayes , qui font actuellement vacantes.
S'il s'agifſoit de changement à l'égard des
chapitres , monaftères , ou autres établiſſemens
pieux , on n'y procéderoit que d'une maniere qui
ne bleſſeroit en rien la conſtitution .
,
Les vues de S. M. ſur l'emploi,des biens
des maiſons Religieuſes ſupprimées , ainfi que
desConfrairies , portant ſur un emploi également
conforme à la justice & au plus grand bien de
la religion & de l'humanité nous ſommes
convaincus d'avance , que vous étant connues
& développées , comme elles le ſeront dans
tous leurs détails , il ne vous refſtera aucun doute
ſur l'important uſage auquel l'Empereur les deftine
, & S. M. recevra certainement avec autant
de plaifir que de confiance, ce que vous pourriez
avoir à propoſer de plus utile relativement
au but dont elle s'occupe ,d'après les regles de la
conſtitution & des loix : vous prévenant que nous
( 146 )
avons reſolu desſuſpendre en attendant toute
vente ultérieure des biens des maiſons ſuppri
mées.
>>> L'établiſſement des nouveaux Tribunaux de
Juſtice eſt déja révoqué dans le fait par le rétabliſſement
actuel des anciensTribunaux; & quant
àce qui regarde le nouveau réglement pour la
procédure civile, nous avons réſolu de le tenir
en ſuſpens & de donner d'abord à cet effet les
ordresnéceſſaires ( 1 ) .
>> Il ne ſera fait de la part du Gouvernementgénéral
, aucune interdiction dans l'adminiſtration
de la juſtice qui ſoit ou puiſſe être contraire
à la Joyeuse Entrée.
>> Le diplôme concernant la nouvelle orga
niſation duGouvernement ayant été communiqué
par ordre exprès de l'Empereur , nous devons
attendre ſur votre demande à cet égard les intentions
ultérieures de S. M. , vous prévenant
au reſte qu'il n'opere & n'opérera en attendant
que relativement aux ſeuls points qui ne
font point contraires à la Joyeuse Entrée : que
l'article des ſceaux ne porte que far ceux qui
étoient ci-devant ſous la garde du chef & préfident
de l'ancien conſeil privé , & que les expéditions
pour la province de Brabant , feront
toujours ſignées par nous , & contrefignées par
un fecretaire , ayant patentes pour figner en
Brabant.
>>>Nous avons réſolu de faire ceffer l'établifſement
des Intendances , ainſi que les fonctions
(1) En effet , il fut publié le même jour une Déclaration
de l'Empereur & Roi , portant furféance
au nouveau réglement de laprocédure civile , comme
s'enfuit(
147 )
des Intendans &de leurs Commiſſaires , ce qui
fera l'objet d'une déclaration qui ſera portée
d'abord ( 1 ) .
>>> Nous porterons avec plaiſir à la ſouveraine
connoiſſancede l'Empereur, les inſtances que vous
réiterez pour la continuation de la députation.
>> Vous ne devez pas douter que l'intention
de S. M. ne ſoit d'obſerver à l'égard de la
Chambre des Comptes & du pays de Limbourg
& Outre- Meuſe , ce que la Joyeuse Entrée établit
à l'égard de l'une & de l'autre.
>> Nous avons réſolu de pourvoir d'abord d'une
maniere qui donnera plein appaiſement ſur ce
que vous nous avez repréſenté à l'égard des
corps de métiers: Nous avons déjà agréé à cet
effet un nouvel Edit qui paroîtra inceffamment.
>> Nous avons pourvu de même à l'objet de
vos repréſentations & à celles des nations de
cette ville , concernant l'adminiſtration du canal
, à l'égard duquel nous avons réſolu de rétablir
les choſes ſur l'ancien pied , comme vous
en ſerez informés par les diſpoſitions dont nous.
asons déjà ordonné l'expédition , & qui ſeront
dépêchés inceſſamment .
>>>Quant à ce qui touche le Négociant de
Hondt , nous nous en remettons à la dépêche
de ce jour , que vous avez déjà reçue & dont
nous vous confirmons encore le contenu.
* Après ces diverſes explications , après ces
diſpoſitions également conformes à vos inſtances
(1 ) Cette Déclaration fut auſſi portée le même
jour ſous ce titre : Déclaration de l'Empereur &
Roi,portant fuppreffion des Intendances. Du
28 Mai 1787.
( 148 )
&à la Joyeuse Entrée, après cet expofé fincere
de nos principes & de nos sentimens , nous
croyons avoir lieu d'attendre de la confiance
de la nation , qu'appaisée ſur ſes doutes & ſur
ſes inquiétudes , elle dirigera ſa conduite , d'après
les mouvemens de ſa confiance dans l'équité
& la justice de l'Empereur , comme dans ſon
amour pour ſes fideles ſujets.
» A quoi nous ajouterons , que fi indépendammentdes
objets touchés ci-deſſus , il en étoit
d'autres à l'égard deſquels il exiſteroit une infraction
à la Joyeuse Entrée , nous y diſpoſerons
d'après les principes de notre préſente dépêche.
A tant , très-révérends , révérends peres
en Dieu , nobles chers & bien- amés , Dieu
vous ait en ſa ſainte garde. De Bruxelles , le
28 Mai 1787. Paraphé Bel. Vt. figné Marie &
Albert. Plus bas étoit par ordonnance de L. A. R.
contreſigné De Reul.
,
Le lendemain mardi, le mécontentement
général éclata de toutes parts. On exigea de
LL. AA. RR. qu'elles ſe décidaſſent à une
révocation abſolue & non proviſoire des
infractions a la Joyeuse Entrée. L'Archiducheffe&
fon époux ſe rendirent au Conſeil
Royal , avec le Miniſtre , Comte de Belgiojoſo
, qui fut hué en ſortant , &
obligé d'accélérer le pas de ſes chevaux.
L'Amman ou Bourgmestre, M. de Berg ,
fut environné de la multitude , preſſé dans
ſa marche , & n'arriva chez lui qu'après 2
heures de trajet dans ſa voiture. Pendant
que la populace ramaſſoit dix couronnes
qu'il avoit jettées , il ſe refugia dans ſon Hôtel
, dont on arracha la ſonnette , avec des
( 149 )
menacesde faire pis , & des huées générales.
LL.. AA. RR. étoient préſentes à cette
ſcène. Lorſque la foule arriva vers la grandgarde
, les foldats rentrerent avec leurs armes
, dans la crainte que le peuple ne s'en
emparât. A cinq heures , les Frats , les Comſeillers
, &c . &c. &c. s'aſſemblerent à la
Cour, & retournerent enſuite à l'Hôtel- de-
'Ville, les Gouverneurs Généraux perſiſtant
àrefuſer d'aller plus loin qu'ils ne l'avoient
fait. Unſeul membre des Etats reſta auprès
d'eux , & leur donna une heure pour ſe décider.
L'un des Seigneurs les plus conſidérables
des Etats dit en pleine Aſſemblée ,
que ſi cette déciſion tardoit , on alloit arborer
l'étendard de la République. Toute
la grande place étoit inveſtie par la multitude
, la cocarde au chapeau , & le Lion
Belgique fur l'eſtomach. 4 à 500 payfans
poſtés à l'une des portes de la ville menaçoient
d'incendier le château. Dans cette
extrémité le Gouvernement ne vit pas d'autre
parti que d'uſer des pleins pouvoirs de
l'Empereur , de donner la ſanction ſouveraine
à la conſervation des anciennes formes
, & depromettre le renvoi des perſonnes
ſuſpectes aux Etats. Le Baron de Martini
, Commiſſaire Impérial pour la réforme
des Tribunaux de Juſtice quitta Bruxelles
pendant la nuit , ainſi que M. de Reuff&
M. de Berg. On ſuppoſe le premier parti
pour Vienne où l'on a dépêché ſur le champ
( 150 )
un des Secrétaires du Gouvernement.
Le 31 , les différens Corps ont été remercier
LL. AA. RR. Jn nombre de Bourgeois
s'eſt attelé à leurs voitures pour les
conduire à la Comédie, des Notaires & des
Procurers fervant de valets de pied , les
Comédiens en tête avec leur muſique , &c.
Cette étrange ſcene a fini par desfeux dejoie.
L'on ré and que le frere de M. de Berg,
Capitaine de Cercle à Luxembourg , y a été
aſſalliné par la canaille , parce qu'il vouloit
, difent les aſſaſſins , piller la chapelle de
la Vierge. Il est àſouhaiter que la nouvelle
de cette fanatique atrocité ne ſe confirme
pas.
L. H. P. les Etats Généraux ont ré olu ,
fur la propoſitiondu membre de la province
d'Utrecht , d'autoriſer &de prier le Confeil
d'Etat, en conféquence des précédentes
réſo'utions priſes à cet égard , de faire fignifier
au plutôt à tous les Officiers , qui
font fuſpendus, ou difpentés , & qui n'ont
pas encore été remplacés par les Etats de
Holande , dans les différens Régimens , à
cauſe de l'obſervation des ordres différens
qui leur ont été donnés de la part de laGénéralité
, en conformité de leur ferment
primitif , qu'ils aient à ſe conſidérer comme
rétablis dans leurs charges , & que chacun
reprenne en la qualité reſpective le commandement
; enjoignant & ordonnant à
tous les Officiers ſubalternes , bas Officiers
( 151 )
&foldats , de les reconnoître & de leur
obéir ; de plus que tous les Officiers réfractaires
au ferment prêté à la G néralité , ſe
trouvent proviffonnellement ſuſpendus de
tous les poſtes dont ils font revêtus , & pour
leſquels ils ont prêté ferment à la Généra
lité, de qui ils ont reçu leurs commiffions.
Qu'enfin il fera ordonné à tous les Régimens
, actuellement cantonnés dans la
province de Hollande, de ne ſe laiffer défarmer
par l'ordre de qui que ce foit , excepté
par le commandement de L. H. P. ou
du Conſeil d'Etat.
Au contraire il a été réſolu le même jour
à l'aſſemblée des Erats de Hollande , d'ordonner
aux troupes qui font ſur la répartition
de leur Province , de ne reſpecter aucun
ordre quelconque du Conſeil d'Erat ou
de L. H. P. , fous peine de leur indigna
tion, & enfuite il a été ordonné au Général
de Ryffel de prendre les précautions nécef
faires à cet égard. En même temps la propoſition
d'un des membres d'interdire à
l'aſſemblée des Erats Généraux , qui ſe déclarent
ennemis de la province de Hollande,
le territoire de cette derniere province,
a été rendue commiſſoriale. ( Gazette d'Amfterdam.
)
Le Chevalier Harris , Envoié extraordinaire
d'Angleterre auprès de L. H. P. eft
revenu à la Haye , le i de ce mois .
Nous avons reçu une piece trop intéref(
152 )
Fante ſous tous ſes rapports , pour ne pas
la communiquer en ſon entier à nos lecteurs.
C'eſt l'ordre de la proceſſion &des
autres Cérémonies religieuſes , qui doivent
avoir lieu le 5 & le 9 Juin 1787 , pour la
dédicace du College Francklin , au bourg
&dans le Comté de Lancaſtre en Amérique.
Le 5 Juin , à trois heures après-midi , il ſe
złendra une aſſemblée des Adminiſtrateurs du
Collége dans la Maiſon de la Cour de Juſtice
du Comté , où ſe fera le choix des Officiers du
Bureau & des Profeſſeurs du Collége .
Le Mercredi , 6 Juin , à neuf heures du matin,
les perſonnes mentionnées dans la Liſte ſuivante
, s'aſſembleront au même endroit , & ſe
rendront proceſſionnellement , deux à deux , à
l'Egliſe Allemande Luthérienne , dans l'ordre
fuivant.
1. Le Sherif& le Colonel du Comté.
2. Les Ecoliers.
3. Les Profeffeurs.
4. Le Préfident , le Vice - Préſident , & le
Secretaire du Bureau , & les Membres du
Bureau.
5. La Corporation du Bourg , & les Juges de
Paix.
6. Le Préſident , les Secretaires , & les Membres
de l'Egliſe réformée.
7. La Congrégation Luthérienne.
8. LesAnciens & les Officiers de la Congrégation
presbytérienne Angloiſe.
9. Les Officiers de laCongrégation des Casholiques
Remains.
( 153 )
10. Les Officiers de la Congrégation des Proa
tekans Epiſcopaux.
11. Les Officiers de la Congrégation des
Moraves.
12. La Corporation de la Congrégation des
Réformés .
13. Les Miniftres Evangéliques Luthériens.
14. Le Lieutenant & les Officiers de la Milice
du Comté .
15. Les Citoyens&Etrangers,
Après qu'on fera placé dans l'Eglife , la céré
monie de la Dédicace du Collége ſe fera de la
maniere ſuivante.
1 °. Des Prieres en Allemand devant l'Autel,
2º. L'Ode ſuivante en Anglois.
Premiere Strophe,
Salut à vous Rives du Conestogoe , Régions
fertiles & favoriſées des Cieux : Salut. Terre
choiſie ſur laquelle s'éleve le Collége de Franklin
, rien que de bon ne peut ſe montrer ici. La
ſcience ne vient jamais ſeule. La paix & l'abon
dance marchent à ſa ſuite , tandis que le Ciel la
conduit par lamain.
II. Strophe.
Protégée par les ſoins de Jehovah , fon édi
fice s'éleve , les rayons brillans de la vertu ſe
repandent de ſes ſublimes hauteurs , l'erreur
fuit vers d'autres climats , en entraînant avec
alle ſon obſcur& vil cortége , l'Orgueil , la Dif
corde & la Superſtition.
Premiere Antiftrophe .
Gloire à toi Créateur. Ta lumiere & tagloire
réjouiſſent les bons , & affligent les méchans.
Chaſſe de parmi nous le vice & la folie; confacre
cet heureux jour. Verſe une double béné
diction ſur cetteRégion favorisée , où la ſcienge
1
( 114 )
s'unit à une religion douce & tolérante pour t'adreſſer
l'hymne de la reconnoiſſance.
II. Antiftrophe.
Nous tous, en aidant à ce glorieux travail,
nous báriffons ſur Chrift la pierre angulaire ,
nos murs ontdes directions diverſes ; mais notre
édifice eſt un. Une religion pure , une ſcience
paiſible unies enſemble peuventdéfier toute efpece
d'ennemis , & notre ouvrage retera de
boutpendant toute la durée destemps.
3°. Un Hymne en Allemand.
•
4. Un Sermon en Allemand. :
5°. Un Solo fait de la premiere Strophe de
P'Hymne Allemand.
6°. Un Sermon enAnglois.
7°. Un Solo de la ſeconde Strophe de l'Ode
Angloiſe , répétée en Allemand.
8°. Prieres en Anglois devant l'Autel .
9º. Imitation ou Paraphraſe du dix-neuvieme
&du cent trente-deuxieme I'ſeaume par le Docteur
Watts.
I. Où irons- nous pour chercher & trouver une
demeure pour notre Dieu , un lieu où daigne
habiter l'eſprit éternel parmi les enfans de la
chair & du fang?
II . Le Dieu de Jacob a choiſi anciennement
pour demeure la Montagne de Sion , & la Montagne
de Sion eft encore ſa demeure , ſon Egliſe
eftconſacréepar ſa préſence.
111. C'est ici , dit le Seigneur , que je fixe
rai mon trône & mon regne pour jamais.
C'eſt ici que je ferai connoître mon pouvoir
&ma bonté , & que ma parole répandra tous
Les biens.
IV. C'eſt ici que le pauvre viendra remplie
ſonamedu painsivant de ma parole, & que le
( 155 )
pécheur te préſentant à ma porte , recevra de
moi une douce nourriture.
V. Mes Prêtres , mes Miniſtres , revêtus de
ma grace , & ornés de ma vérité , brilleront
d'un plus grand éclat, que celui dont Aaron
brilla jamais dans ſes plus riches récemens.
VI. Comme le Soleil , la Lune & les Etoiles
portent la gloire du Très-Haut autour de la
zerre , fans jamais s'arrêter; ainſi la vérité dans
ſa courſe une fois commencée , ne laiſſera aucun
endroit du globe qu'elle ne frappe & n'éclaire de
ſes rayons.
VII . Non , fon Evangile ne ceſſera point de
ſe répandre juſe u à ce qu'il ait parcouru le monde
entier, juſqu'à ce que Chriſt ait béni toutes les
Nations qui voient la lumiere , & qui ſentent la
chaleur du Sole
10. Une Ode en Allemand.
11. Une Collecte pour le bénéfice de l'établiſſement
.
La Proceſſion returner a la Maiſon de July
tice dans le méme ordre .
Parag. extraits des Papiers Angl. & autres.
Depuis le 12 , écrit-on de Vienne , deux
Couriers ont été expédiés en toute diligence
à l'Empereur , avec ordre de pouffer jusqu'à
Cherfon. Ils ſont porteurs d'avis intéreſſans
fur les affaires actuelles des Pays-Bas. Le Prince
de Kaunitz n'a rien ote prendre ſur lui ,
& malheureusement l'absence de l'Empereur
entraînera des délais dangereux. Ce contre
temps ah tera d'autant plus vivement l'Empe
reur , qu'il ne prévoyoit point d'obstacles d'une
nasare aufli grave ; on ne croit pas que le Gouvernement
général ait été autoriſé àdonner aux
Etat de Brabant l'aſſurance , qu'ils conſerve,
( 156)
rolent les anciennes Formes , à l'exception de
l'ordre judiciaire. Le 8 de ce mois , l'Empereur
aexpédié de Brody ſur les Frontieres de la Pologne
, de nouveaux ordres pour M. de Belgiojoſo
, qui lui ont été envoyés avant-hier. Ce
Prince étant encore à Brody le 8 , on ne croit
plus qu'il aft pu arriver le 12 à Cherfon. On ate
send ici S. M. Imp. pour le 15 du mois prochain,&
l'on fait qu'Elle reviendra par laHaute-
Hongrie. Lors du coup de canon tiré ſur l'EGcaut,
il y a trois ans , ce Monarque étoit abſent
de même , & cette circonflance influera fur fa
détermination ; & l'on attend faréſolution finale
avec laplus grande impatience.
Depuis huit jours , il n'est ici queſtion que des
nouvelles allarmantes qui nous viennent coup fer
coup des Pays Bas, & tous les eſprits font dans
l'inquiétude ſur les ſuites de cette malheureuſe
affaire. Le ſyſtême adopté par l'Empereur ,
d'une adminiſtration uniforme en tous pointsdans
les diverſes parties de ſes Domaines ; ſyſteme
exécuté enHongrie avec tant de facilité , tient
trop à coeur à ce Monarque pour qu'on puiſſe
attendre qu'il s'en déſiſte , & les avantages qui
en réſulteront , font trop évidens pour ne pas
l'emporter ſur les efforts que peut coûter l'exécution.
Auſſi le crí public eſt-il ici , que l'on va
rappeller des Pays-Bas les Régimens nationaux
poury en ſubſtituer d'autres en plus grand nombre,
ce qui ſeroit d'une augure ſiniſtre.
L'Empereur qui devoit arriver ſur les Fron
fieres de la Hongrie le premier du mois prochain,
ſera peut-être en cette réſidence dès le
6, fi les Couriers qui lui ont été expédiés le
12 & le 15 de ce mois , trouvent S. M. Imp.
partie de Cherfon. ( Gazette d'Amſterdam
45
4
C
1
53110
MERCURE
:
DE FRANCE.
SAMEDI 23 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE TEMPS PRÉSENT.
Ο
Ndefire ſouvent les maux que l'on n'a pas.
On vante nos aïeux, la trempe de leurs'âmes,
Etleurs preux Chevaliers avides de combats ,
Dérruiſant les humains pour amafer les Dames.
Moi qui , grâce à Louis, fommeille& vis en paix,
Je laiſſe déclamer , j'admire & je me tais.
L'AMBITIEUX jadis , ignorant politique ,
*Étoit& mal- adroit & cruel à-la- fois ;
Son humeur , à préſent, eſt douce & pacifique ;
Acourir les Bureaux , à ramper chez les Rois
:
: 1
Il paſſe ſes beauxjours & ſouvent ſon automne ,
Pour un titre pompeux qui n'éblouit perſonne.
N°. 25 , 23 Juin 1787. G
د
:
146 MERCURE
A SPARTE , à Sibaris , en tous temps, en tous lieux ,
Sous des noms différens on voit régner le vice.
Si nous ſommes ſoumis à ce monſtre odieux ,
Du moins on ne voit plus l'orgueil & l'avarice
Anos triſtes débats intéreſſant les cieux ,
Emprunter le ſecours d'un Moine factieux .
Ils ne ſe montrent plus ſous ces formes bizarres ;
De plus douces couleurs ils marchent embellis.
Nous étions autrefois vicieux & barbares :
Nous ſommes à préſent vicieux & polis .
(Par M. Pouchon , de Nifmes. )
Acrostiche qu'on avoit proposé.
I.
!
◄AIN éclat des grandeurs , titres , poſtes brillans ,
n qui l'homme ſuperbe établit ſa fortune,
ien ne peut vous fauver des injures du temps .
rands , petits , tout finit , cède à la loi commune,
mt le mérite ſeul en peut être excepté.
Zé pour l'honneur des lys , ce Sage reſpecté,
Zégligeanttous les droits qu'un fol orgueil s'arroge ,
n acquit de plus sûrs à l'immortalité .
on Maître l'a pleuré: c'eſt ſon plus bel éloge,
(Par M.de Boisbrunet , Capitaine au Régimene
Angoumois , Infanteris, )
DE FRANCE. 147
II.
ous qui deſirez vivre au Temple de Mémoire ,
t voir fur votre nom célébré dans l'Histoire
ejaillir un éclat juſtement mérité :
rands ! pleurez , imitez un mortel reſpecté,
xpiré ſous les coups des parques inhumaines.
Zon , Miniſtre jamais ne fut plus vertuzux ,
Z i trépas ne cauſa de plus ſenſibles peines :
trangers & François , en ce jour malheureux ,
se font tous réunis pour regretter Vergennes.
(Par M. le Prince de Béthane- Hesdigueul ,
Chevalier des Ordres du Roi de Pologne. )
III.
< RAI , ſimple dans ſes moeurs , ce ſage Politique
n père bienfaiſant veilla ſur les François ,
établit le commerce avec la paix publique ,
agna le coeur des Rois & l'amour des ſujets ,
trendit libre enfin la ſuperbe Amérique .
Z'imitant pas les Grands , il en fut eſtimé ;
Z'écoutant que ſon coeur , il adoroit ſon Maîtres
tl'ami de Louis étoit digne de l'être ;
sully du grand Henri mérita d'être aimé.
( ParM. l'Abbé Caron . )
Gi
148 MERCURE
IV.
IENS , reçois le tribut qu'aux vertus doit la terres
ntends , ombre chérie , entends l'Europe entière
egretter le Miniſtre , objetde ſon amour ,
émir ſur le malheur qui l'a privé du jour ,
tredire cent fois , dans la douleur profonde:
Z'aguère il reſpiroit pour le bonheur du monde ;
Z otre hémisphère enpaix béniſſoit ſes travaux ;
nnemi d'un vain faſte où l'orgueilleux ſe fonde,
ses vertus éclipſoient la gloire des Héros.
(Par M. Laurent de Charleville. )
V.
< AINQUEURS ! par vos combats ſur la terre & ſur
l'onde ,
rendez vos ſuccès à l'ombre des canons;
epaiſſez- vousdes maux que vouscauſez au monde;
oûtez fuperbement la gloire de vos noms ;
nfilence je fais le bonheur de la terre ,
Z 'aſpirant qu'à ce bien, la liberté des mers
Ze laiſſe, par mes foins , plus de morifs de guerre,
ttje cimente enfin la paix de l'Univers
sanscraindre ni braver lajalouſeAngleterre.
:
(Par M. Lacoste Montaufier. )
DEFRANCE .
149
VI.
ERGENNE eſt dans la tombe , & fon nom ſeul
nous refte .
mporté dans ſon vol au faîte des grandeurs ,
eſpecté par les Rois , il régna fur nos coeurs.
rand dans le cabinet , dans ſes ſuccès modeſte ,
ſt-il un fort plus beau que ne fut ſon deſtin ?
Z 'a- t'il pas mérité que la main de l'envie
Z'osât porter atteinte au bonheur de ſa vie ?
nfin par fon trepas , nous la ſſant Montmorin ,
on fort fur en tout temps de fervir la partie.
(Par M. Raymond. )
Acroftiche qu'on propose :
POLITIQUE .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Couchant ; celui
del'énigme eſt Plume ; celui du Logogryphe
eſt Boucherie , où l'on trouve chou , roche ,
rue , ruë, biche, roue , ruche , boue , robe,
Cher , Brie, cor , bru , riche , Cour.
Gii)
150
MERCURE
CHARADE.
UN desſept frères en muſfique
Compoſe toujours mon premier ;
Chaque être porte avec lui mon dernier ,
Enguerre encore il eſt mis en pratique;
Et l'on trouve dans mon entier
Une calamité publique.
(Par M. Baraion , Commis au Bureau
duDomaine. )
ENIGME.
Sans ANS rien changer , ou bienje vole,
Ou bienje ſers à découvrir qui vole ,
Ou bien je donne un petit air fripon
Atout individu portant coëffe & jupon.
(Parun Membre de la Ch. Litt. de Chantpy.)
LOGOGRYPΗ Ε.
UN moment , voudrez-vous m'entendre ?
Un arbre rare en nos vergers;
Le Dieu des bois & des Bergers ;
La moitié d'un nom doux & tendre ,
DE FRANCE.
Avec un vignoble excellent ;
Letemps marqué pour la carrière
Que fournit dans le firmament
L'aſtre brillant qui nous éclaire ;
C'eſt ce que mon petit talent
Peut , ſans autre métamorphoſe ,
Avec quatre pieds ſeulement ,
Tirer du mot qu'on vous propoſe.
Lecteur , pour vous en aviſer ,
Je vous invite à ſoulager
Celui qui manque de la choſe.
( Par un Abonné. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
HISTOIRE d'Elifabeth , Reine d'Angle
terre , tirée des Écrits originaux Anglois ,
d'Actes , Lettres , & autres Pièces manufcrites
qui n'ont pas encore paru ; par Mile
de Kéralio , de l'Académie d'Arras. Première
& feconde Livraiſons , 3 vol. in - 8 °.
Prix , 15 liv. broché. A Paris, chez l'Auteur
, rue de Grammont , Nº. 17 , & chez
Lagrange , Libraire , rue S. Honoré , vis- àvis
le Lycée , 1787 .
ILexiſte une foule accablante d'Hiſtoires,'
d'Hiſtoriographes , & très - peu d'Hiftoriens.
Giv
152 MERCURE
Juſqu'ici nous n'avions pas vu en France
d'Hiſtorienne ; Mlle de Kéralio , je penſe, eſt
la première Femme qui ait appliqué ſes talens
à ce genre qui exige les forces réunies
du jugement , de la ſagacité , de l'érudition;
d'un caractère & d'un eſprit également droits
&élevés.
Acette particularité , ſe joint ici celle du
choix même de PAuteur, traçant la vie de
deux Femmes , (car Marie Stuart occupe au
moins la moitié de cette Hiſtoire ); lune ,
célèbre par ſes talens, l'autre par ſes inforrunes
; toutes deux Reines. La première
ayant montré l'excès des faibleſſes de fon
fexe & les fublimes qualités desplus grands
Hommes : la ſeconde,dont la nature& l'éducation
avoient fait la Princeſſe la plus aimable
, fans en faire une Souveraine capable
de régner ſur des factions. Elifabeth , née au
milieu des tempéres & pour les diliper;
Marie pour en étre la victime; chacuned'elles
enfin , ayant cultivé les Lettres , parlé
latin , reçu & fait des vers.
Nous n'avions dans notre langue aucune
vie d'Elifabeth celle de Cambden, en Anglais
, manque de profondeur & d'exactitude.
Leti mérite encore moins de confiance;
on n'en doit aucune à un Romancier
qui fabriquoit des manufcrits, & qui juftifoit
ſes infidélités , en affurant , comme d'au
tres prétendus Hiſtoriens l'ont fait après lui ,
que les chofes inventées faisoient plus deplaifir
que les vraies. Le règne d'Elifabeth oc
DE FRANCE.
153
cupe près de trois volumes de l'hiſtoire générale
de Hume , dans la traduction Françoiſe
de cet Ouvrage; mais ceux qui aiment à s'inftruire
, defirent encore plus de détails ſur une
époque auſſi mémorable.
" J'offre au Public, dit Mlle de Kéralio ,
>> le fruit de dix ans d'études , de recher-
>> ches & de travaux. En effet , elle déploie
dans cette hiſtoire une profuſion de
connoiſſances; & non-feulement celles qui
étoientpropres à ſon ſujet, mais encore celles
qui y font analogues. Par exemple, elle
a raſſemblé dans un Diſcours préliminaire
le Tableau du Gouvernement Anglois à ſes
différens âges : à travers quelques inexactitudes,
on apperçoit dans l'enſemble de ce
morceau , la ſcience d'un Jurifconfulte , &
quelquefois la ſageſſe d'un politique éclairé.
Peut-être l'Auteur auroir-t-il dû ſe borner à
P'analyſe de la conſtitution fondamentale de
l'Angleterre , fans énumérer ſes cours de
juſtice , leurs formes , leur compétence : détails
plusconvenables àun traité de droit poſitif,
qu'a l'introduction d'un Ouvrage hiftorique.
Elifaberh , obſerve fort bien Mile
de Kéralio, n'établit pas la liberté, mais elle la
prépara par ſon gouvernement jufte , ſage
&régulier.
Le premier volume qui fuit certe Introduction,
eſt abſolument préparatoire: il comprend
en raccourci les règnes d'Henri VIII ,
d'Edouard VI , & de Marie. Elifabethe
ayant affermi & réglé la grande revolution.
Gv
154
MERCURE
qui , dans ce ſiècle , ſépara l'Angleterre
de l'Égliſe Romaine , l'Auteur a cru devoir
remonter aux événemens qui précédèrent
cette époque ; mais l'étendue de
ce tableau lui ôte de la netteté : l'oeil ſe
perd fur trop de détails , on attend avec quelque
impatience Elifabeth qui doit ſe trouver
au bout de cette longue avenue , & où
on l'apperçoit fugitivement , adolefcente ,
malheureuſe , prifonnière , & ne devant la
confervation de ſa vie qu'à la politique de
Philippe II. " Lorſqu'il jugea , par l'age , la
ود mauvaiſe ſanté,les infirmités de Marie,
>> dit Mlle de Kéralio , qu'il n'en devoit
>> point eſpérer d'enfans , & que même ſa
>>vie ne pouvoit être longue , il vit que
ود
ود
ود
ود
ſi l'on facrifioit Elifabeth aux ſoupçons
de la Reine , la couronne d'Angleterre pafferoit
fur la tête de Marie Stuart , Reine
d'Écoffe; il penſa que la France devien-
>> droit trop puiffante par la réunion de deux
>> Royaumes , & crut qu'en ſe conſervant
>> l'eſpoir d'épouſer Elifabeth, la reconnoif-
>> fance lui feroit obtenir de certe Princeſſe
>> des droits plus étendus ſur le Gouverne-
>> ment de l'Angleterre. >>
De cepetit nombre de détails fuccincts &
confondus , fur la première jeuneſle d'Elifabeth
, P'Hiſtorienne paſſe , dans le ſecond
rome, à l'abrégé des commencemens du règne
de cette Reine. Le premier Parlement
qu'elle affembla , lui demanda par requête
de ſe choiſir un mari, tant l'on étoit loin
DE FRANCE.
ISS
encore de lui ſoupçonner ces talens qui
maitrisèrent l'Angleterre pour en fixer la
gloire. Il eſt curieux d'entendre la réponſe
d'une Princeſſe de vingt - cinq ans à cette
demande du corps national. " Le reſpect ,
>> dit-elle , & l'attachement qui ont dicté
>> votre requête ine font agréables , quoique
>> le ſujet ne m'en plaiſe nullement. Je ſuis
>>perfuadée que le Ciel m'a fait naître pour
>> ne ſonger en toute choſe qu'à ſa gloire ,
» & j'ai fait choix de l'etat le plus dégagé
>> du ſoin des choſes humaines : fi les al-
>> liances qui m'ont été propoſées , & les
>>dangers que j'ai courus , avoient pu me
>> déterminer à prendre le titre de femme ,
>> j'aurois fait un choix , & j'y ai penſé dans
ود
le tems que j'étois ſimple citoyenne. Mais
>> aujourd'hui , que le ſoin du Royanime
>> m'eſt confié , il ſeroit imprudent à moid'y
> joindre les embarras qui font la ſuite né-
رد
ceſſaire du mariage. J'ai fait choix d'un
>> mari , c'eſt le Royaume d'Angleterre ; &
>> voilà le gage de cette alliance. « A ces
mots , elle leur montra l'anneau qu'elle
avoit reçu à ſon couronnement; puis elle
reprit : " Citoyens , ne dites point que je
ود
ſuis ſans enfans; vous tous , & tous les
» Anglois êtes les miens...... Si je perfifte
ود
dans la réſolution de demeurer libre , ſans
>> doute la Providence , vos conſeils , & mes
>> propres vues me choiſiront un ſucceſſeur
>> plus digne peut-être de vous gouverner
» qu'un héritier direct: ſouvent la poſtérité
Gvj
156 MERCURE
ود
ود
des bons Rois dégénère. Quant à moi, je
delire pour ma mémoire & la gloire de
>> mon nom , qu'on puiſſe graver lur mon
>> tombeau : Vì git ELISABETH , qui vécut
ود &mourut Vierge, & Reined'Angleterre."
On reconnoît déjà dans cette harangue ,
ce mêlange de fierté & d'artifice qui compoſa
le caractère d'Elifabeth, & cette fermeté
de ton qu'elle prit en 1588 , avec tant
d'énergie & de ſuccès , au camp de Tilbury.
Chacun fait que les premiers actes de
fon adminiſtration furent de fixer la religion
de l'état, la liturgie, la diſpoſition des bénéfices,&
la paix publique. Dans une page, Mlle
de Kéralio préſente le réſumé de ces glorieux
commencemens. " La face de l'Angle-
>> terre , dit elle , fut changée dans quel-
» ques mois ; la Reine s'attribua , par un
>>écrit public , le titre de Chef Suprême de
>> l'Églife Anglicane , diſant qu'après Dieu ,
>> elle avoit l'autorité ſouveraine de fon
>> Royaume , fans qu'aucune puiſſance eût
33
ود
le droit& le pouvoir de s'y oppoſer. Telles
furent les opérations d'une Femme de
» vingt- cinq ans, juſqu'alors , ou prifonnière
> ou enfevelie dans une profonde folitude ,
» qui , fans expérience dans l'art de gou-
>> verner , prenoit les rênes de l'Empire dans
» un tems où tout , au-dedans & au-dehors,
>.>>étoit dangereux. Avant l'année révolue ,
> elle avoit affranchi ſes états du joug ElDE
FRANCE. 1'57
>>pagnol , rétabli les Loix promulguées par
>> Henri VIII & fon fils, fait la paix avec
>> la France & l'Écoſſe , ſoumis l'ambition.
» & fixé les opinions. Une profonde pru-
>> dence avoit créé ce grand ouvrage ; une
» fermeté inébranlable le défendit contre
>> l'intrigue , & ne permit jamais qu'on y
» portât la plus légère atteinte. »
Cet affermiſſement de la Réformation ,
préparé par les horreurs du règne de Marie ,
achevé par la douceur politique d'Elifabeth ,
peint à la fois le génie & le caractère de
cette Princeſſe. L'Auteur a recueilli les grands.
traits de ce tableau , mais en les difperfant ,
ce qui rend le point-de-vue un peu vague.
C'eſt au ſein du fanatiſme le plus fanguinaire
, à l'inſtant où les bûchers de l'intolérance
fumoientde toutes parts, lorſque deux
religions rivales ſe combattoient en Angleterre
avec acharnement , lorſqu'Elifabeth
avoit à redouter les complots des Catholiques
, lambition de la Régente d'Écoffe
les intrigues des Guiſes , de Catherine de
Médicis , de Philippe II , les anathêmes dés
Papes , la moitié de la haute Nobleffe & du
haut Clergé de ſon Royaume , tous les Catholiques
d'Irlande & d'Écoſſe ſoulevés
par ces intrigues , qu'elle réunit l'Empire
& le Sacerdoce , cimente les fondemens de
la Religion Anglicane , en impoſe aux factions
comine àlenthouhaſme, fans violence,
fans perfecutions , ſans échafauds. On voit
Elifabeth ſuivre conftamment les principes
158 MERCURE
د
qui, depuis, ont guidé les Princes juſtes &
éclairés : il est vrai qu'elle refuſa des Temples
aux Catholiques ; mais la crainte
bien fondée de rallumer l'incendie qu'elle
éteignoit , explique ce refus. D'ailleurs ,
Elifabeth ne troubla la confcience ne
força l'opinion de perſonne. Chacun reſta
maître de ſa penſée, de ſes biens , de fon
état, quel que fût ſon ſymbole: la clémence
de la Reine épargna même des perfécuteurs
atroces , qui , tels que Bonner , avoient été
les miniftres des fureurs de Marie. Cependant
elle ne ſouffrit pas que, ſous prétexte
de confcience , on attentat à ſon autorité ,
ni qu'on troublât l'état; elle réprima le fanatiſme
perturbateur , & fans s'inquiéter
des dogmes de ſes Sujets , elle en exigea
le reſpect de la Loi , & le ferment de ſuprématie
, devenu lui - même une Loi fondamentale.
C'eſt donc très-injuſtement que
des Ecrivains paſſionnés lui ont reproché ſes
interceffions généreuſes en faveur des Proteſtans
étrangers , tandis qu'elle privoit les
Catholiques d'Angleterre de l'exercice public
de leur culte. Elle ne demanda point
à Philippe II ni au Roi de France d'ouvrir
des Égliſes aux Réformés , mais d'épargner
leur fang ; & lorſqu'un Souverain donne luimême
, au milieu des complots , l'exemple de
cette juſtice , il eſt pardonnable de le rappeler
aux Arbitres du fort des Hommes.
Quant auxpenſeurs, non moins extrêmes ,
qui ont blamé Eliſabeth d'avoir fait doni-
:
>
1
:
DE FRANCE .
159
ner une religion , au- lieu d'établir l'égalité
abſolue des ſectes & des cultes ; nous obſerverons
qu'il eſt fort aiſé de gouverner
ainſi les fiècles antérieurs dans leur cabinet;
mais que lorſqu'il s'agit , dans les
tems d'enthouſiaſine , d'empêcher des religions
, dénaturées par le fanatiſme , de s'entrégorger
& de perdre l'Etat, on n'y parvient
pas fans fubordination. Leur abandonner à
toutes un pouvoir égal , c'eſt leur délivrer
un ordre de ſe battre. Il ne faut pas fans
doute en laiſſer dominer aucune pour opprimer
les confciences; mais en ne forçant
aucune ſecte à adhérer au culte national ,
la prudence & la politique doivent leur
preſcrire de le reſpecter. D'ailleurs il ne s'agiffoit
point en Angleterre d'une doctrine
Théologique: la Loi de l'Etat ordonnoit de
regarder le Souverain & non le Pape, comme
chef de la Religion : c'étoit là une inſtitution
purement civile , à laquelle toute déſobéiſſance
devoit être regardée du même
oeil qu'une révolte contre le pouvoir légiflatif.
C'eſt à quoi n'ont fait aucune attention
la foule d'écrivains qui ont accuſé le
Gouvernement Anglois d'intolérance. Sous
Elifabeth , ſous Guillaume III , les Loix
s'armèrent contre les principes politiques
des Catholiquesd'Angleterre , beaucoup plus
que contre leurs principes religieux ; &
les Catholiques Anglois étant redevenus des
ſujets fidèles & paiſibles , le Parlement, enfin
revenu de ſes terreurs, a aboli les Loix
160 MERCURE
ſévères que les circonstances avoient autrefois
paru néceſſiter.
Mlle de Kéralio réſume très -judicieuſement
les peines infinies qu'éprouva Eliſabeth
à confolider ſes deſſeins. Sa gloire ,
>>dit elle , étoit de triompher par une vigi-
>> lance continuelle de tous les événemens-
>> contraires à ſes vues , d'oppoſer une ac-
>> tivité infatigable aux entrepriſes lentes
>> de quelques-uns de ſes ennemis ; d'arrê-
» ter par ſa modération les démarches pré-
> cipitées de quelques autres ; d'obſerver
" ſans relâche les Cours étrangères , de pé-
>> nétrer leurs deſſeins,de prévenir tous les
>> projets qu'on pouvoit former contr'elle
> dans ſonRoyaume...... Lorſque dans le
>> moment de la colere du Pape, elle triom-
>> phe d'une révolte excitée dans ſes Pro-
>> vinces ,des intrigues forméesdans ſa Cours
» on voit, par les papiers du tems , qu'elle
> avoit de fortes inquiétudes , qu'elle balan
>> çoit fur le choix des moyens , qu'elle en
>>peſoit les confequences , qu'elle écrivoit
> elle même à ſes ſujets & à ſes amis dans
>> les différentes Cours , à ſes Ambaſfadeurs
» & aux Commandans de ſes Places fron-
>> tières. La grandeur & le bonheur de fon
>> Peuple , acquis fous ſon règne , ne furent
» dus qu'à un travail conftant& laborieux,
>> à des réflexions longues&profondes , aux
>> lumières de l'expérience ,à la connoiffance
>> des hommes , & àla prevoyance qui en
> eft le fruit..» 4
;
:
1
DE FRANCE. 161
L'Hiſtorienne indique , ſans les développer,
les rapports de la puiſſance Souveraine
&de celle du Parlement , ſous le règne d'Elifabeth.
Quoique l'Aſſemblée Nationale n'eût
encore ni les prérogatives , ni l'influence
qu'elle acquit dans le ſiècle ſuivant , &
qu'elle a fi bienconſervées; quoique les droits
de la Couronne, indéterminés par la Loi , fufſent
ſouvent arbitraires , & que des uſages
tyranniques euflent prévalu même ſur des
ſtaturs , Eliſabeth ne put entamer le rempart
de la Conftitution , c'est-à-dire, le privilége
de refufer des fubfides. Ni ledefpotifme
d'Henri VIII , ni celui de Marie n'avoient
ébranlé le Parlement , qui , s'attachant à ce
Palladiuun de la liberté politique , la ſauva
du naufrage général pour la porter enfuite
à côté du trône. Cette fermeté du Parlement
prouve combien Voltaire , le P. Hénault
& d'autres ont eu tort d'attribuer à
la ſervile docilité des Anglois, les quatre révolutions
de culte qui ſe ſuccédèrent depuis
Henri VIII. Le Gouvernement changeoit de
religion , ſans que la nation partageât cette
inconftance. Dans l'eſpèce d'équilibre où
fe trouvoient les differentes ſectes , celle
qu'adoptoit le Souverain devenoitdominante;
mais la croyance générale ne varioit pas.
Confidérée dans ſes opérations légiflatives&
d'adminiſtration , cette Princefle étonnante
ſe montre par - tout , dans l'agriculrure
, les arts , le commerce , les manufactures
, le foulagement du Peuple, la naviga
:
162 MERCURE
tion. Tant de grandeur & de ſageſſe , il faut
l'avouer , occupe bien peu de place dans les
trois volumes que nous analyſons. Leur eftimable
Auteur ne paſſe pas moins légèrement
ſur les immortelles entrepriſes des
Hawkins , des Willougby , des Drake , des
Raleigh , des Forbisher , dont le génie &
l'intrépidité jettent un ſi grand luftre fur
cette mémorable époque. Point de détails
un peu circonſtanciés qui nous mettent à
portée d'approfondir le caractère de Walfingham,
de Bacon , de Cecil , & d'autres
Homines d'état auxquels Élifabeth dût une
partie de ſa gloire. Ces omiffions tiennent
ſouvent au défaut général de cet Ouvrage ,
où l'Hiſtoire d'Eliſabeth ne paroîtquelquefois
qu'un épiſode. La véritable Héroïne eſt
ici Marie Stuart : fes aventures, ſes fautes ,
ſes malheurs , ſon apologie, forment plus de
la moitié du livre. Si l'on ajoute à certe longue
digreſſion , celles où l'Auteur ſe laiſſe
entraîner par les guerres civiles de France
& des Pays-Bas, dont quelques traits principaux
auroient ſuffi , on concevra pourquoi
Elifabeth n'eſt dans ces trois volumes
qu'un perſonnage preſque acceſſoire. Le vice
du plan répand de la confuſion dans les matières
, dont le fil , très- fréquemment interrompu
, ne ſe renoue pas toujours de manière
à conduire le Lecteur : quand il a beſoin
de fa mémoire pour ſentir les tranfitions,
bien rarement ſe préſentent-elles à ſon efprit
ſans l'embarraſſer.
DE FRANCE
163
Il eſt très-naturel que les infortunes de
Marie Stuart , & ſes qualités , touchent une
ame ſenſible & noble; mais peut-être Mlle
de Kéralio s'eſt-elle trop exclufivement livrée
à l'impulfion de ce reſpectable ſentiment.
On apperçoit de la réſerve dans les
éloges qu'elle donne à Elifabeth, de l'abandon
dans ceux qu'elle prodigue à la Reine
d'Écoffe. L'Hiſtorienne a défendu celle - ci
par toutes les armes de l'érudition & de
la critique; elle réfute avec étendue Huine,
Robertfon , Buchanan , tous les Hiftoriens
contraires à Marie , & renforce les opinions
de Gilbert Stuart , dont l'Ouvrage eſt connu
de tous ceux qui ont cultivé la Littérature Angloiſe.
Delà , une prolixité inévitable dans
cette déduction , & les mémorables événemens
du règne d'Elifabeth traités avec brièveté.
Mlle de Kéralio ne laiſſe pas une excuſe
à la Reine d'Angleterre , dans fon inimitié
contre Marie , fi ce n'eſt par les faits ,
du moins par les raiſonnemens. On fent
bien que toute diſcuſſion ſeroit ici hors de
place; mais nous perſiſtons à croire que ſi
'Hiſtorienne a rendu Marie infiniment intéreſſante
, ce n'eſt ni par les vertus ni par
les talens néceſſaires ſur le trône : talens &
caractère qui manquèrent dans la ſuite à
tous les Stuards, lorſque leur étoile les mit à
la tête d'une Nation qu'on ne peut gouverner
ſans en être digne.
Le troiſième volume finit en 1973 ; un
quatrième doit achever cette Hiſtoire d'Eli
164 MERCURE
fabeth& celle de Marie. Il embraſſera , par
confequent, trente annees pleines de grands
événemens , & confirmera ce que nous
avons dit du défaut de proportion entre les
parties de cet important Ouvrage.
Comme Mlle de Kéralio deſtine un sº.
volume aux Pièces juftificatives , elle auroit
pu foulager les trois premiers de pluſieurs
difcuffions & notes critiques qui coupent
déſayaéablement la narration. Il importe de
montrer avec exactitude le réſultat de ſtes
recherches; mais il n'importe pas également
d'expoſer toujours les recherches mêmes.Au
refte , nous fommes très eloignes de blámer
par cette réflexion, l'érudition profonde qui
fait l'un des mérites de cetOuvrage : on n'a
pas à craindre qu'aujourd'hui ce mérite devienne
contagieux,& ce n'eſt plus le tems
où l'on perfuadera aux faiſeurs de phrates,
de déclamations,de conjectures & de tentences
appelées philoſophiques ,que les connoiffancesnes'acquièrent
pas encompofantun
livre tous les ans; que pour juger les evenemens,
les Hommes, les Nations,&étre autoriſé
à induire de ce jugement des maximes
générales, ilfaut avoirapprofondi les uns&les
autres par la ſcience&par la réflexion ; en
un mot, que pour écrire des faits , il faut les
ſavoir. Accoutumés , comme ils le font depuis
quelque tems , à des fquelettes hiftoriques
qu'on intitule : Hiſtoires raisonnees
Philofophiques , Générales ,&àdes tableaux
de fantaiſie, où l'on ne trouve ni critique ,
DE FRANCE. 165
ni preuves , ni certitude, beaucoup de Lecteurs
s'effrayeront des recherches de Mlle de
Keralio; mais les Hommes ſenſés de tous
les pays la dédommageront de ce dédain.
Les morceaux que nous avons cités donnent
une idée du ſtyle de cette Hiſtoire; il
eſt en général plus ſage qu'élevé, plus égal
que rapide, rarement éloquent ,& quelquefois
trop didactique. La marche même de
l'Ouvrage , chargé de détails en quelques endroits
, communique à l'élocution une plénitude
qui en rallentit le mouvement. En diviſant
mieux ſes matières , en les coupant
par chapitres ou par époques, Mlle de Kéralio
eût donné à ſon ſtyle plus d'aiſance &
de force, à ſes tableaux plus d'effet , & au
Lecteur plus de ſenſations. Malgré ces taches
, peu d'Ouvrages modernes méritent
une part auſſi diſtinguée dans l'eſtime publique
, & feront accueillis plus favorablement
de toutes les Nations de l'Europe .
( Cet Article estde M. Mallet-du-Pan. )
166 MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
AVANT d'entretenir nos Lecteurs du
Poëme de Tarare , qui nous entraînera peurêtre
dans un long examen , nous allons leur
parler de la manière dont les rôles ont été
rendus ,de la beauté , de la richeſſe des acceſſoires
, de l'exécution en général, & nous
nous étendrons enſuite ſur le mérite particulier
de la muſique.
Il eſt fâcheux que les Journaliſtes ſe foient
habitués à louer preſque indiſtinctement tous
ceux qui concourent à l'exécution d'un OuvrageDramatique.
En abuſant ainſi de l'éloge,
devenu bannal , ils lui ont ôté tout ſon prix.
Tel Acteur qui aura rendu ſon rôle avec un
talent réel , pourra-t'il être ſenſible à des
louanges qu'il voit proſtituées à un talent
médiocre , ou à celui dont le rôle infignifiant
& privé de nuances marquées , n'étoit fufceptible
d'aucun de ces mouvemens qui diftinguent
le grand Acteur ? Ces éloges , qui
ne font plus que des formulesde convention ,
n'ont donc riende flatteur pour ceux à qui on
DE FRANCE. 167
les prodigue; cependant on les a rendus indiſpenſables.
S'en abſtenir feroit une diſtinction
humiliante , dont les Acteurs auroient
raiſon d'ètre offenfes ; & cet oubli, pour le
Public accoutumé à les voir, équivaudroit à
une critique.
Pour remédier , s'il eſt poſſible, à cet abus ,
convenons de nous y prendre d'une autre
manière ; ne louons que les Acteurs dont les
rôles auront offert des nuances délicates à
ſaiſir ; qui , placés dans des ſituations variées ,
auront fu donner à chacune d'elles le ton différent
qui leur convenoit. Ne parlons point
des autres , ou contentons nous d'en dire
-qu'ils ont fait tout ce qu'ils pouvoient faire
qu'on n'a rien à leur reprocher. L'éloge ainfi
donné avec plus de réſerve , reprendra toute
ſon énergie , pourra ſervir de récompenſe
aux uns ,d'encouragement aux autres ; il ſera
même alors un véritable adouciſſement à la
critique qu'il faudra quelquefois ſe permettre.
En louant tout , il n'eſt plus permis de
blâmer que ce qui eſt entièrement mauvais ;
car ſi vous mêlez la critique & la louange ,
l'Acteur qui ne voit dans celle- ci qu'un protocole
d'uſage , ne ſera plus ſenſible qu'à
l'amertume de celle là,
- Nous devons ajouter , pour nous faire
mieux entendre , que ce n'eſt pas ſur l'importance
des rôles que nous meſurerons nos éloges,
mais fur leur difficulté; que ce n'eſt pas
ſur le talent général des Acteurs , mais fur
168 MERCURE
celui qu'ils auront été à portée de montrer
dans l'Ouvrage dont nous rendrons compte,
quenous pourrons n'avoir rien à dire des pre
miers perſonnages d'une Pièce , tandis que
nous nous arrêterons ſur des rôles en apparence
moins importans. Par exemple , dans
l'Opéra de Tarare , Aſtaſie eſt le premier
rôle de femme; il eſt rempli par Mlle Maillard
avec toute la dignité , toure la grâce ,
toute la ſenſibilité que ce rôle exige ; mais
cesqualités n'ont rien d'extraordinaire. Mile
Maillard les a déjà prouvées dans d'autres
rôles , & en a même montré de plus difficiles
à réunir. Aſtaſie eſt une jeune femme arrachée
à fon époux ; elle est toujours gémif--
ſante , toujours dans la même ſituation. Si
F'Actrice avoit voulu donner plus de variété
àfon rôle elle auroit mal fait. Ce n'eſt donc
la faute de perſonne, c'eſt le ſujet qui l'a voulu
ainfi.
Le rôle d'Atar lui-même, quoique le premier
de la Pièce, eſt à-peu-près dans le même
cas. C'eſt un Tyran toujours féroce; il l'eſt
dans ſa haine , dans ſa vengeance , dans ſes
plaifirs, juſquesdans ſes momens indifférens.
Il falloit pour jouer ce rôle un Acteur doué
de force , de nobleſſe, & d'une portion d'intelligence
ſuffifante pour foutenir un caractère
vigoureuſement prononcé. Ce ne ſeroit
pas louer M. Chéron que de dire qu'il a réuni
ces qualités , aſſurément ilen poſsède de plus
rares. Il a montré dans le rôle d'Edipe tout
ce
DE FRANCE. 169
ce dont il étoit capable ; mais le rôle d'Atar
n'étoit pas fufceptible des mémes développemens.
Un excellent Acteur eſt celui qui ne
metdans fon rôle que ce qui doity être. L'Auteur
lui-même ne peuty mettre que ce que
le ſujet lui permet. Ilnous ſemble qu'il y auroit
quelque choſe d'injurieux à louer un Acteur
célèbre ſur des choſes d'un mérite ordinaire.
C'eſt comme fi nous vantions la fuperbe
voix de M. Cheron & de Mile Maillard.
Nous ne parlerons pas davantage du rôle
d'Altamort. Il eſt preſque nul dans tout l'Ouvrage,
exceptédans le momentde la querelle
avec Tarare. Il exige alors de la chaleur &de
Ja nobleffe: M. Châ eaufort n'y a rien laille à
defirer; mais ſi nous le remarquons , c'eſt que
cetActeur eft depuis peu de temps au Theatre,
pour lequel il annonce de grandes difpoſitions.
Nous avons dejà eu l'occafion de
dire combien il a d'intelligence : il n'a donc
eu ni pu avoir dans le rôle d'Altamort aucun
merite particulier.
Mais il n'en eſt pas de même des rôles de
Tarare , de Calpigi, de Spinette & du Grand-
Prétre Arthénee. Celui- ci fourbe , hypocrite ,
ambitieux , devoit avoir deux caractères ; l'un
àmontrer aux perſonnages avec leſquels il ett
en Scène ; l'autre , à laiſſer entrevoir au Public.
Cet homme qui n'eſt rien moins que naturellement
doux , eſt pourtant toujours doucereux.
Voyez avec quel patelinage il endoctrine
le jeune enfant des Augures! voyez
Nº. 25 , 23 Juin 1787 . H
170 MERCURE
avec quelle réſignation apparente il couronne
Tarare au dénouement ! voulez-vous ſavoir
cependant quel eſt ſon caractère véritable ? Il
le décèle à la première Scène, lorſqu'il encourage
fon Souverain à répandre le ſang des
ennemis. Tout ce rôle eſt rendu par M.Chardini
avec beaucoup de profondeur & de
fineſſe , & il mérite d'autant plus d'éloges ,
que c'eſt la première fois qu'il a occafion de
développer les talensd'Acteur. CommeChanteur
, il n'en mérite pas moins; mais ce talent
eſt plus connu en lui. Nous remarquerons
feulement qu'il en donne des preuves plus
fréquentes depuis que le Public, touchéde
fon zèle&de ſa conſtance , lui accorde enfin
des encouragemens dont il l'avoit trop longtemps
privé. Nous devons auffi une diſtingtion
à la manière dont il chante le petit air:
Ainsi qu'une abeille , parce qu'en y mettant
toute la liaiſon , toute la grâce dont eſt fufceptible
un joli chant, ila ſu ſedéfendre d'une
certaine affectation qu'on peut quelquefois
reprocher aux Chanteurs de ce Théâtre,
On favoit tout ce que Mlle Gavaudan cadetre
a de gaîté, de légèreté , de fineffe &de
malice, elle en a déjàdonné des preuves dans
plus d'un rôle ; mais foit que celuide Spinette
s'y prête encore davantage , ſoit que cette Actrice
ait le mérite particulier de paroître toujours
nouvelle , il nous ſemble qu'elle n'a
jamais été aufli piquante qu'elle l'eft ici . Elle
met un charme inconcevable dans la manière
:
DE FRANCE. 171
:
dont elle chante à Calpigi le petit air du quatrième
Acte , & , deux Scènes après , le duo
avec Tarare , duo fort joli par kui même , &
auquel ſa gaîté donne un agrément de plus.
Mlle Gavaudan n'a que fix mots à dire dans
toute la Pièce , & de ces fix elle en dit trois
d'une façon tout-à fait remarquable.
De tous les rôles de cet Opéra , celui de
Calpigi eſt le plus extraordinaire àce Théâtre ,
c'eſt même le ſeul qui répande fur cet Ouvrage
un vernis de nouveauté. Calpigi eſt un
Eſclave Italien , une de ces malheureuſes victimes
du goût muſical que la ville de Naples
fournit à l'Italie , & qui par une ſuite d'aventures
ſe trouve occuper l'une des premières
places dans le Sérail du Roi d'Ormus. Leſte ,
adroit , fouple , intrigant , mais généreux &
ſenſible, il s'eſt enthouſiaſmé pour les grandes
qualités de Tarare,&mille fois il expoſe ſa
vie pour le ſervir. C'eſt une eſpèce de Figaro
, mais placé dans des circonstances plus
nobles; on ſent tout ce qu'il falloit de talent
pour remplir un pareil rôle , & M. Rouffeau
s'en acquitte avec un art infini . Je dis de l'art,
malgré la légèreté , l'aiſance , le naturel avec
lequel il le joue; car il faut beaucoup d'art
pour paroître ſimple & vrai. Il eft charmant
dans mille endroits ; mais il rend fur- tout
d'une manière ſupérieure la Scène d'embarras
où il doit dérober Tarare , déguiſé en muet ,
aux regards du Sultan jaloux. Nous ne parlons
pas de la manière dont il chante: on fait tout
ce qu'il vaut à cet égard. Ce ſont ſes talensde
Hij
174 MERCURE
Comédien qui ſont ſur-tout dignesd'éloges,
&fur leſquels nous inſiſtons le plus , parce
qu'on les lui connoiſſoit moins.
D'après les principes que nous avons poſés
fur les éloges, il ſembleroit que nous n'en devons
aucun à M. Lainez , chargé du rôle de
Tarare . Cet Acteur, rempli d'un amour pour
Con état, qui ne lui permet de négliger aucun
rôle, ſe montre dans tous , comme dans
celui-là , plein de grâce , de nobleſſe, d'intelligence
& de chaleur; mais il nous a paru cependant
que , placé ici dans des ſituations qui ne
font pas communes à ceThéâtre , il porte ces
qualités àun plus hautdegré. C'eſt ſur-tout par
fon intelligence profonde & par ſa nobleffe
qu'ily eft remarquable. Indigné du titre d'efclaye
donné à fon Aftafie , avec quel intérêr
il en trace le portrait ! dans ſa querelle avec
Alramort, comme il cache & laifle pourtant
appercevoir l'agitation de ſon âme ! comme il
fait diftinguer le fang froid de la froideur!
voyez le ſous les pieds d'Atar , revêtu des
habits d'un Eſclave nègre , couvert d'un maf
que qui ôte à ſa phyfionomie tout fon jeu ,
comme il fait cependant annoblir cette pofition
aviliffante ! avec quelle chaleur pittoreſque
il déploie ce vers : Je franchirai cette
barrière impénétrable ! Et la Scène avec Spinette,
& celle du dénouement où il demande
la grâce des rebelles qui l'ont voulu délivrer,
&vingt autres endroits qu'il fautbien taire .
Cet Acteur qui , du côté de la voix , doit peu
à la Nature , prouve juſqu'à quel point le vé
1
1
DE FRANCE.
175
fitable talent eft capable de s'élever à lui
feul.
Certainement nous ne laifferons pas fans
éloges le jeune Carbonel , ce docile enfant
des Augures. Dans l'âge où l'on n'a ordinairement
que des prétentions , il annonce te
grande intelligence ; il a très bien faifi l'efprit
de fon rêle , & il parent avoir eu pour
ſes maîtres tout le dévouement qu'il anhonce
envers le Ministre de Brama. La voix
de deffusdesenfans eſt ordinairement criarde ,
la fienne eft douce , fonere , intenfe , &d'une
juſteſſe parfaite. Il eſt à defirer que la nature
la lui conferve , & l'on peut prédire qu'alors
il deviendra pour ce theatre un ſujet bien précieux.
Si tous les acteurs ont coticourt à rendre
parfaite l'execution de cet ouvrage , les autres
partiesn'ontpas été négligees.Lesdécorations,
extrêmement riches & nobles , font toutes
d'un goût excellent. Le payſage du prologue
• eſt d'une fraîcheur délicieuſe , & l'extérieur
du temple de Brama d'une grande vérité.
Quelques perſonnes en ont trouvé le coloris
trop blanc , elles n'ont pas pris garde que
c'eſt un effet local , & que dans ce climat
brûlant,leſoleil dévore la couleur de la pierre.
L'intérieur de ce même temple eſt d'une
grande magnificence , & la cour du palais
deſtinée au fupplice de Tarare , joint à la
même vérité de coſtume une diſpoſition trèsfavorable
au tableau qui doit la remplir.
Nous ne devons pas oublier l'illumination
H
174 MERCURE
des jardins du Serail, où la perſpective eſt
obſervée avec beaucoup d'art ni lidée,
fort jolie d'avoir fait reparoître dans l'éloignement
cette même illumination à travers
les fenêtresdu fallon qui lui fuccéde.
Il y a peu de danſe dans cet ouvrage. On
ne peut compter que la fête donnée par Calpigi.
Elle a paru un peu longue , & l'idee
en a été peu goûtée; mais cette idée appar .
tient à l'auteur des paroles & non au maitre
des bullets qui n'a fait que l'exécuter. Il a
patu bizarre que l'Italien Calpigi ait imaginé ,
pour amuſer un fouverain d'Afie , de lai
préſenter des perſonnages de la Cour de
France, fous Louis XIV, & des payſans en
taffetas , qui ne font d'aucun pays. Suivant
te que nous avons établi plus haut , nous
ne parlerons point des danſeurs. En effet ,
dire queMelles Saunier, Guimard , Langlois ,
Miller , dire que MM. Gardel, Veftris , Nivelon
, Laurent , qui danſent toujours parfaitement
, ont parfaitementdanſé , ce ne feroit
pas une choſe nouvelle ni piquante, ces éloges
périodiques ſont trop au- deſſous de leurs
talens.
L'orcheſtre a été excellent , parce que l'orcheſtre
de l'Opéra, toujours bien conduit, eft
toujours excellent , & que l'eſtime méritée
que lesperſonnes qui le compoſent ont pour
le muficien , a encore ajouté un nouvel intérêt
à leur zèle ordinaire. On n'a pas toujours
entendu les paroles , malgré le ſoin que
M. de Beaumarchais exigeait aux répétitions
DE FRANCE. 175
pour obſerver les piano , & pour engager
les acteurs à prononcer. Nous en dirons la
raiſon enparlant de la muſique; la faute n'en
eſt ni à l'orcheſtre , ni aux acteurs.
On a prétendu que M. de Beaumarchais
avoit donné aux chanteurs des choeurs une
nouvelle vie ; qu'il les avoit rendus plus participans
à l'action qu'ils ne l'avoient jamais
été. Nous n'avons pas vu cette différence. Les
choeurs font très-bien rendus, mais il nous
ſemble que depuis que M. Gluck a réellement
créé cette partie, ils le font dans tous les
Opéras aufli- bien que dans celui- ci , chaque
fois que le choeur eſt placé en ſituation.
Nousnous ſommes étendus plus qu'il n'eſt
d'uſage ſur l'éloge des acteurs , & nous avons
eru le devoir , aux peines extraordinaires que
cet ouvrage leur a données. Il ne nous reſte
pas affez d'eſpace pour parler de la muſique.
Nous nous contenterons de dire qu'on y a
trouvé des beautés du premier ordre ; qu'en
général elle a parfaitement réuſſi : nous en
réſervons l'examen détaillé pour le prochain
numéro. Il ne s'agit pas ici d'un éloge vague
& infignifiant. On peut jeter une louange
au-devant d'un auteur médiocre , dont l'ouvrage
ne vaut pas la difcutlion : les talens de
M. Salieri , & fes nouveaux efforts méritent
une attention plus particulière , & dans cet
examen nous nous permettrons la critique
avec d'autant plus de courage , qu'il nous pa
roît digne de l'entendre , & que les beautés
Ηιν
176 MERCURE
de cette nouvelle production l'emportentde
beaucoup fur fes défauts.
:
JE paffe
VARIÉTES.
LES GUICHETS
ma vie avec un homme de beau
coup d'eſprit, qui emploie constamment tout
ce qu'il en a a décrier gaiement l'eſpèce humame
, dont lui &moi faiſons partie , à me
prouver que les hommes font & feront toujours
, & fans remède , méchans & malheureux
, que les ſociétés vont fans celle de mal
en pis; que les tentatives de ceux qui cherchent
a éclairer l'homme , à le rendre meil
leur , à corriger les abus , &c. font inutiles
&leurs eſpérances chimériques.
Mon homme d'eſprit eſt ſans doute plus
philofophe que moi, puiſqu'il ſe reſigne à fa
deftinée qui l'a mis au nombre de ces êtres
dont il dit tant de mal; ou peut être penſet-
il ( avec beaucoup de raiſon ) qu'on ne lui
appliquera pas à lui-même tout ce qu'il dit
deplaifant contre leurs vices& leurs ridicucules.
Mais , pour moi , j'avoue que moins
aſſuré qu'on veuille faire la même exception
en ma faveur , je ne m'accommode point
d'une fatyre générale de l'eſpèce à laquelle
j'appartiens. J'ai peur que le bout du biton
de Scapin në porte ſurmes épaules. J'ai donc
DE FRANCE. 177
été quelquefois impatientéde fesplaintes &&
de ſes plaifanteries , & j'ai defiré que les
tunes fuffent moins éloquentes , & les autres
moins piquantes , éloge que je leur dois,
en même temps que ma philoſophie me les
fait regarder comme injuftes.
Ce fentiment m'a conduit quelquefois ,
en ſociété , à répondre à ſes épigrammes
par de fort bons raisonnemens ; mais cette
méthode m'a rarement réuili. D'abord je ne
l'ai point perfuadé du tout , & , d'un autre
côté, nos auditeurs aimant mieux le rire
que le raiſonner , ont continué de rire de l'efpèce
, & d'eux-mêmes & de moi , & n'ont
ri que plus fort à meſure qu'ils me voyoient
m'affliger & m'animer davantage. Ces petits
dégoûts in'ont déterminéà recueillir pour moi
feul & pour un petit nombre de philantropes
comme moi , les raiſons que t'ai quel
quefois oppoſées aux détracteurs de l'humanité
, pour prouver , non pas que l'homme
eſt un étre parfait , mais qu'il n'eſt pas auſli
monstrueuſement ridicule, ni auffi effentiellement
méchant , ni fur-tout auffi incorri
gible qu'on le dir.
Mais une apologie ſérieuſe &complette de
l'eſpèce humaine contre les miſantropes , eſt
un ouvrage dont le caractère & l'étendue ne
permettent pas qu'on en enrichiffe le Mercure
; & en attendant que je la rende publique
, j'ai cru pouvoir pouffer à mon antagoniſte
un argument d'autant plusembarratiane
pour lui , qu'il ne s'y attend point , & que je
Hy
178 MERCURE
:
l'attaque par un côté qu'il ne penſe peint à
couvrir.
Ilne voit en moi qu'un philoſophebien ſpéculatif,
perdu dans la plus haute métaphyque
, chimérique dans ſes ſyſtèmes , faure
d'obſerver des faits ſenſibles& frappanspour
les hommes les plus grofliers. Je le prendrai
doncbien au dépourvu ſi je trouve dans un
fait de ce genre, ſimple , manifeſte , ſous les
yeux de tout Paris & ſous les fiens , fi je
trouve , dis- je , dans ce fait une démonstration
de la perfectibilité de l'eſpèce humaine ,& de
fa marche actuelle & progreflive vers tout le
bonheur & toutes les lumières dont peuvent
ètre ſuſceptibles des êtres ſenſibles & intel-
Ligens.
Pour exécuter mon projet , je ſuis forcé
de prendre les choſes d'un peu loin ; mais
qu'importe ſi j'arrive à mon but , & fi j'y
conduis mes lecteurs.
On fait que lejardin & le palais des Tuileries
, la longue galerie du Louvre & le
Louvre ſéparent le fauxbourg S. Germain du
quartier du Palais Royal , de celui de la place
Vendôme & d'une partie du fauxbourg S.
Honoré.
Lorſque je fuis arrivé à Paris en 1740 , la
communication entre ces deux parties de la
Ville ne ſe faifoit que par trois petits paflages
appelés guichets , ouverts au-dellous de
La galerie du Louvre , dont le premier , en
defcendant du Pont-royal, étoit celui qui dé-
Bouche encore aujourd'hui dans la rue S, Nii
1
DE FRANCE.
179
aiſe, le ſecond , vis- à-vis la rue S. Thomas
du Louvre , & le troiſième , dans la rue rromenteau
.
aux
la
Cet état des choſes étoit fort incommode.
Tous les carroſſes venant du fauxbourg S.
Germain par le Pont-royal , pour aller
quartiers du Palais royal , de S.Roch&de
place Vendôme , étoient obligés de paffer
par unde ces guichets. 'Aux heures des affaires
& des ſpectacles , ces paſſages étoient
embarralfes de longues files de voitures : les
gens de pied y riſquoient leur vie , & les accidens
étoient frequens.
J'avois été ſouvent témoin des inconvéniens
de ce défaut de communication , mais
j'en avois été médiocrement frappé juſqu'à
ce qu'un foir , en l'année 1750 , revenant
d'entendre la Serva Padrona & le bouffon
Manelli & Jéliotte & mademoiſelle Fel àl'Opéra
, je vis écrâfer contre une borne du guichet
, un malheureux père de famille. Échappé
moi-méme avec peine au danger , je revins
chez moi tout troublé. Le lendemain ,
au café , je déclamai avec beaucoup de vivacité
contre les carroſſes,& furtout contre la
barbarie qui laiffoit ſubſiſter les cauſes du
malheur dont j'avois été témoin .
Je répétois , à cette occafion , ce que j'avois
oui dire ſouvent, qu'il falloit ouvrir un
quatrième guichet plus près du Pont-royal ,
qui donneroit dans le Carouſel. Je prouvois à
ma manière le beſoin preſſant qui demandoit
cette nouvelle communication , & j'ex-
Hvj
180 MERCURE
primois vivement le defir&l'eſpérancede la
voir bientôt ouverte , lorſqu'une eſpèce de
Magiftrat , qui avoit épousé la fille d'un Officier
des Ecuries , me dit dédaigneuſement
que je parlois en jeune homme , & de chofes
que je n'entendois pas ; que les change
mens les plus petits en apparence , avoient
ſouvent des ſuites très importantes ; que dans
l'espèce préſente il y auroit des inconvéniens
graves que je ne pouvois pas prévoir , mais
qu'il alloit m'expliquer : que cette facilité de
plus donnée au public diminueroit le nombre
ou l'emploi des fiacres; que ce feroitmettre
un affez grand nombre de perſonnes
à l'aumône , & attaquer la propriétédes pri
vilégiés qui jouiffent du droit de faire voiturer
le public ; que l'emploi des prairies qui
fourniffent les fourrages à la Capitale feroit
réduit , & que comme les terres n'en étoient
bonnes qu'à porter du foin , il en réſulteroit
une diminution notable de culture , &c.Nos
Rois , difoit-il encore à demi voix , pouvant
d'un jouràl'autre revenir faire leur demeure.
dans la Capitale , il ſeroit imprudent d'établat
fi près du palais des Tuileries une
communication au moyen de laquelle , dans
une émeute populaire , le fauxbourg S. Germain
&le fauxbourg S. Honoré pourroient
fe donner trop facilement la main. Il n'étoiť
pas non plus décent , ſelon lui , que le peu
plepaſsât ſi près du palais du Roi , il falloir
craindre la trop grande familiarité qui eft
dans le caractère françois, &c.
DE FRANCE. 181
Enfin il ajoutoit , d'après la poſition des
écuries duRoi , qui s'étendent , comine on
fait , depuis le palais juſqu'à l'imprimerie
royale , que l'ouverture propoſée couperoit
un beau filet d'écurie & prendroit la place de
fix chevaux du Roi.
J'avoue que toutes ces raifons ne me tou
choient guère. Je répondis vertement à mon
Magiſtrat ; mais je fus plus embarraſle des
objections d'un petit vieillard , un peu moroſe
, qui ſavoit Tacite & la Rochefoucault
par coeur , & qui , après avoir hauffe les
épaules à toutes les preuves de mon antago
niſte , me dit :mon enfant , ce que vous de
mandez ne ſe fera jamais ; apprenez que dans
éepays-ci on ne déplace jamais des chevaux
pour des hommes ; que dans les monarchies ,
on ne fait jamais rien pour le peuple; &
puis, me dit il avez - vous remarqué que
tout le long de la galerie du Louvre il y a
des échoppes bien ſales , où l'on vend de la
Vieille ferraille & de vieux ſouliers , & que
pout ouvrir de nouveaux pallages il en fau
droit ôter cinq à-fix. Or , ces échoppes appar
Hennent ar neveu du bâtard de l'apothicaire
du ſecrétaire , &c. , & jamais on ne vaincra
unobſtacle ſi puiſfant.
Je ne ſais comment cet honnête- homme
m'affligeoit fans me perfuader. Je défendois
mes eſpérances contre la mifantropie&même
contre les faits , car le guichet ne s'ouvroin
point.
J'avois , depuis bien des années , lamon
182 MERCURE
tification de voir mes eſpérances deçues ,
lorſque je quittai la Capitale au commencement
de 1758 ; j'y reviens au commencement
de 1759 , &je trouve non pas
ſeulement un , mais trois nouveaux guichets
ouverts fous lagalerie du Louvre dans le voifinage
du Pont royal ; un pour les carroffes &
deux pour les gens de pied, débouchant dans
le Carouſel. Je ne puis dire combien ce petit
fait me frappa fortement.
Je fis dès- lors des réflexions profondes&
confolantes fur ce changement. Je voyois
qu'on avoit triomphe des craintes des politiques.
Ces échoppes , qui paroifloient aufli
folidement établies que te Louvre lui même ,
avoient cédé. J'étois fur - tout frappé de la
facilité avec laquelle on avoit déplacé fix
chevaux de carroffe.La circonſtance des deux.
guichets pour le paffage des gens de pied
épanouifloit mon aime , parce que j'y voyois ,
de la part de l'Adminiſtration , quelque foin,
du Peuple. Enfin, dès ce moment, j'ai cru
que tous les abus pouvoient ſe réformer.
inſenſiblement , tous les paffages obftrués
s'ouvrir , toutes les lumières ſe répandre ,&
que les ſociétés politiques pouvoient , avec
le tems , arriver à un degré de bonheur qui
leur eſt encore inconnu .
Mais mes raifounemens & ma conviction
ont pris un nouveau degré de force , lorfqu'en
1784 , & feulement 27 ans après la
première opération , j'ai vu s'élargir encore
les trois nouveaux guichets & s'en ouvrir
DE FRANCE. 183
deux de plus. Ces faits m'ont paru témoigner
ſi hautement en faveur de mon opinion
, qu'il ne me reſte plus aucun doute
& que je ne penſe pas qu'il en puiſſe reſter
dans l'eſprit de tout homme dont la miſantropie
n'épargnera pas le jugement .
On me dira , fans doute ironiquement ,
que de choſes dans un guichet ! mais ceux
qui n'y verront pas tout ce que j'y vois ,
ne connoîtront pas la marche de l'eſprit
humain. Elle est la même dans toutes les
routes ouvertes devant lui. Ne voit - on
pas que les obſtacles qui empêchent la
réformation de tous les genres d'abus , &
l'amélioration de l'état des fociétés , ſont
les mêmes que ceux qui devoient empêcher
éternellement l'ouverture des guichets ? Que
ce ſont auſſi des craintes puériles , de fautfes
vues politiques , de petits intérêts , de miférables
uſages, de chétifs établiſſemens trèsreſſemblans
à des échoppes , des chevaux de
carrofle à réformer cu à déplacer, &c. & que
les mêmes cauſes qui en moins de trente
ans ont fait ouvrir juſqu'à cinq guichets
fous une aile du palais de nos Rois , c'eſt-àdire
le befon & l'opinion , en feront ouvrir
beaucoup d'autres.
Je fais grace à mes lecteurs du développement
oratoire, de l'énumération éloquente
que je pourrois ajouter ici , & je me borne
àdire : il s'ouvre donc des guichets !
Je tiens donc mon homme d'eſprit pour
battu deformais dans toutes fes déclarations
184
MERCURE
contre la nature humaine , & ma philofo
phie eſpérante & confolante , pour la ſeule
vraie ; & toutes les fois qu'il cherchera
me noircir l'efprit de fes craintes ,je lui répondrai
: & les guichets?
LETTRE & MM. les Rédacteurs du Mercure
de France, fur l'Expofition des Tableaux
des Elèves de la Peinture à la Place
Dauphine.
TANT
ANT qu'il ne vous déplaira point, Meffieurs,
d'imprimer mes obſervations fur les Tableaux que
lesÉlèves de la Peinture expoſent à la Place Dauphine,
je ferai exact à vous les adreſſer. Lorſque
J'ai haſardé, pour la première fois, de me charger
publiquement de cette tâche , plus délicate au fond
qu'elle ne le paroît d'abord , je vous ai expliqué
dans quel ſyſteme je voulois la remplir. Ce ſyltême
eft toujours le même. Je ne juge point des
Profeffeurs,mais des Élèves. J'ai à prononcer non
furdes modèles , mais fur des eſſais . Je dois donc
plus d'encouragement que de critique , plus d'indulgence
que de ſévérité; & fi je ſuis quelquefois forcé
d'avoir recours à la dernère , ce ne peut être que
contre ceux des Élèves qui annoncent ou une médiocrité
incurable, ou l'ignorance des principes , ou
Dien un goût équivoque , ſoit dans le choix des
ſujets , ſoitdans la manière de les traiter . Je vous ai
promis auffi de garder le filence fur certaines compoſitions,
& je crois que ce filence eſt ſage. Il eſt
des Maîtres&des Parens qui , ſans réfléchir ſur la
foibleſſe naturelle àl'âge de leurs jeunes Élèves ou
DE FRANCE. 185
de lents jeunes enfans, les engagent à expoſer leurs
premières étule aux regards du Public, & les forcent
ainsi à faire leurs premiers pas dans la carnière
fous l'a'p et le plus défavorable. Faut- il ajouter à
l'inco ſejuice de Maires ou des Parens une.critique
hâtive promott ée & désespérante ? Il y auroitde'a
cru ute. J'ai vu à l'Expoſtion dontje vais
vous entreteni de véritables monftres, mais comme
je connoifois l'âge des Élèves qui les avoient crayonnés
, j'ai tenti pour eux ci une pirié d'intérêt , &
pourleurs guides ignorans une pitié de mépris. Tel
est le fortdes Arts libres , que tout le monde a le
droitde fe préſencer dans la carrière comme Amateur
, comme Artiſte ou comme Maître ; & puiſque
les inédiocres fort partout les plus infolens & res
pus audacieux , il ne faut pas s'étonner ſi les mauvais
Maures & les petits taiens y forment le plus
grand nombre.
Je re vous entretiendrai pas longuement fur
rexpofition de cette année Une grande abondance
de Portraits ne peur dorrer ' ieu qu'a ne fuire d'obſervations
monotones & faftidienſes : en confé
quence je ne parlerai en détail que de ceux qui me
forceront àune critique ou à des éloges détaillér.
En entant dans la petite enceinte qui forme
galerie , j'ai éré frappé par un grand Tableas repréſentantune
femme affife &jetant les yeux far le
Journal de Mufique. L'incorrection du deſſin , la
peſanteur de la figuré , ſa poſe contrainte & gê é
m'ont encore moins déplu que l'indécence de fon attitude.
Une énorme gorge preſqu'entièrement décou
verte, un ton de chair mou, un abandon prelque
laſcif voilà ce qui n'a principalement repoutlé,
moi & tous ceut qui s'en font approchés. Comme
P'Aureur de ce Tableau est une Demoiselle ( l'auriez
vouscru, Meſheurs ? ) je me diſpenſerai de la nommet.
Jel'engagerai à ſe bion perfuader que l'expref
186 MERCURE
fionde ladécence & de la pudeur doit toujours ſe
rencontrer ſous le pinceau des perſonnes de ſon ſexe,
&qu'une femme ne doit jamais ſe permettre ce que
l'on condamneroit à coup- sûr dans un homme. Cette
Demoiſelle a expoſé plufieurs Portraits , un entreautresqui
repréſente un jeune homme réfléchiſſant
fur une lecture qu'il vient de faire. Ce Tableau laiffe
à defirer du côté du Deſſin ; mais il a de l'effet & de
la vérité.
MileBernard , dont je vous ai parlé l'année dernière
avec é'ogesen mérite encore cette année. Deux
Deffins pleins d'eſprit & de fineffe , un Portrait au
pastel rempli de graces & d'expreſſion la doivent
faire regarder , par celles qui courent la même carrière
, comme une rivale très redoutable .
MlleAlexandre eſt ce qu'el'e a été dans les deux
précédentes années. Dans les Portraits qu'elle a expoſés
je n'ai rien vu qui annonçât qu'elle eût perfectionnéfontalent.
Qu'eliey fonge féricuſement. Dans
lesArts , quand on n'avance plus , on recule.
Je ne dirai pas la même chose de Ml'e Duvivier.
Un enfant de dix ans qui s'amuſe avec un tambour ,
& le Portrait d'un jeune homme aſſis tenant à la
main une lettre qu'il vient de lire méritent une diftinction
particulière. Le Portrait de l'enfant eſt plus
remarquable par le ton vrai des acceſſoires & des
droffes , que par la figure qui m'a ſemblée lourde.
Ce'ui du jeune homme eſt d'un très- bon (ffer ; peutêtre
les proportions n'en font-elles pas très -exactes ,
fur-tout depuis la hanche droite ſquau genou ;
mais le caractère de la tête eſt aimable; ſon expreffion
est bien ſentie, & le ton de couleur n'eſt pas
fans harmonie,
Un feul Portrait de Mme Bogard a fixé l'oeil des
Connoiffeurs. Il eſt deſſiné avec correction , exécuté
avec fineffe, & le caractère eſt plein de vérité.
Je n'ai distingué de M. François Duval qu'un
:
DE FRANCE. 187
ſeul Payſage. Le fire on est heureuſement choifi ;
mais le ton en eſt généralement trop rougeâtre. Η
peut excufer ce ton par le coup de jour qui éclaire
fonTableau; mais l'effet n'en eſt point agréable , &
voilà où conduit ſouvent le mauvais choix des accidens
dans une compofition.
Des Miniatures par M. Bourdier ont obtenu des
fuffrages. Un Tableau de genre repréſentant un
Baſte en terre cuite & d'autres objets de nature
morte éclairés par une lampe dont la lumière est
cachée par un garde-vue , a inérité un examen particulier.
Le ton de couleur de cette compoſition eft
pénible; mais M. Bourdier a vaincu en grande partie
les difficultés de ſon ſujet. Il auroit dû s'appercevoirpourtantque
la Hamme de ſa lampe ſe montre fi
fortement qu'elle menace de brûler fon garde- vue .
M. du Perreux , Amateur , qui s'est déjà diftingué
par plufieurs produtions estimables , a acquis de
nouveaux droits aux éloges par quatre Paylages
agréables. Tous ces Tableaux ont du goût & de
l'effet; mais la couleur laiſſe à defirer. Trop de ſoin
&de recherche nuiſent ſouvent à la vérité.
Quelques Tableaux de genre font honneur à M.
Creville, qui , l'année dernière , en avoir déjà expofé
quelques-uns qui m'ont paru fort eftimables.
J'ai oub iéà la précédente Expoſition de vous parler
deM. Enfantin , mateur , &c'eſt un tort que je me
reprocherois s'il ne m'avoit pas mis àmême de le réparer
cette année. Un Portrait du Roi en miniature ,
un autre de M. Larive dans le genre du Camée , &
d'autres Portraits en miniature méritent d'être
cités avantageuſement , & patent en faveur du
talent de leur Auteur. Un feul qui repréſente un
jeune homme en habit gris , & qui eſt va juſqu'à la
ceinture , m'a paru manquer d'a-plorab , & trop
fort de proportions.
Il y a de la vérité& de l'effet dans quelques Ta
188 MERCURE
bleaux de M. Delaurney , principalement dans celui
qui repréſente une immenfe allée couverte. Les
effers de lumère en font bons , & les groupes de
perſonnages qui la garniſſent y font adroitement
diftribués.
Je re fais que! eft lejeune homme qui a expoſé un
Tableau de bataille. Il y a de la chaleur dans la
compofition ; mais il y a de l'incorrection dans le
Deffin , de la duretédans les effets , & de la confufion
dans les figures . Il eſt un Art qu'ua Peintre de
batailles doit étudier , celui de jeter de l'ordre au
fein du dévo dre même,
Les Conad fleurs ſe ſont réunis pour accorder
leurs fuffrages à deux Paysages de M. Lazarre
Bruandet . Les plans en font bien décidés , les effets
de la lumière bien ménagés , les fites bien choifis , &
leur enſemble a de l'accord & de l'harmonie. J'ai
remarqué avec plaifir queles objets en étoient variés
&nombreux fans confufion:
Au baš d'un deſſin aux trois crayons étoit écrit :
definé d'après nature par une Demoiselle de douze
ans. Ce deſſin a excité la curiofité des Amateurs , &
même celle de quelques-uns de nos plus habiles
Profeffeurs. Il est vrai , ſpirituel , facile , & plein
d'expreilion. On ne fautoit , dans un âge auffi tendre
, s'annoncer avec de plus heureuſes diſpoſitions.
Je vous ai parlé il y a deux ans des deſſins deMile
Nanine Vallain. Cette Artiſte a expoſé cette année
fix tableaux peints à l'huile , remarquables par une
manière affez ferme , & un ton de couleur trèsagréable.
Une figure de femme repréſentant
l'étude a principalement fixé mon attention.
La pore n'en est pas neuve , les proportions en
font fautives à quelques égards. Le bras droit , par
exemple, eft long & maigre , mais le caractère de
tere eft excellent ; l'ombre qui ſe répand ſur l
:
DE FRANCE. 189
figure baiffée , loin de rien ôter à l'expreſſion , y
ajoute au contraire quelque choſe de piquant. Le
tableau est bien éclairé ; le ton de couleur eft
fuave & harmonieux. Mais il eſt un peu froid ; &
quand on peaſe à l'âge de l'Artiſte, on en est
très-étonné.
J'ai dit , l'année dernière, que ſi Mlle le Roulx
de la Ville , continuoit à étudier ſon Art avec la
même affiduité & le même courage , elle acquerroit
bientôt un talent diftingué. Le tableau qu'elle a expoſé
cette année me confirme dans mon opinion.
Il repréſente Clariſſe Harlowe chez l'Archer. La
compoſitionde cetableau estbien entendue. On y
voit la victime de Lovelace à genoux devant une
table chargée de quelques lettres , ſon coude appuyé
furlebordde latable,& la tête appuyée ſur ſa main.
Le caractère de la tête eſt douloureux, mais ce n'eſt
pointceluid'une femmeque la douleurabat, c'eſtcelui
d'une âme forte encore , & fupérieure par fon courage
aux chagrins qui l'oppreffent . C'eſt par l'art de
choiſir , de ſentir & de rendre de pareilles expreſ
fions qu'un Peintre annonce le vrai germe du talent.
Le jour qui éclaire la priſon eſt double & heureu
ſement contrafté. Il vient à grands jets , par une fenêtre
grillée , percer les maſſes d'ombre que les rideaux
d'un lit épaiſiſſent an milieu de ce ſombre
aſyle , & par une porte qui s'ouvre à la partie ops
poſée , ſur laquelle on diftingue deux perſonnages
qui obſerventClariffe , un jour qui paroît venir d'un
certain éloignement , répand quelques foibles rayons,
Remarquer quelques légères taches dans cette compoſition
, nous paroît abſolument inutile. Il vaut
mieux engager Mile le Roulx a ſuivre un genre qui
paroît propre à la nature de ſon talent , & dans
lequel fon premier eſſai ne fauroit obtenir trop
d'éloges.
Je me tairat ſur le reſte , Meſſieurs. L'extrême
190 MERCURE
andace ou l'extrême ignorance doivent être miſes fur
la même ligne. Si je p'ains la foibleffe qu'on abufe ,
je mépriſe l'orgueil qui fait tout ofer. Je ferai ſeukament
obferver aux perfonnes qui expoſent leurs
productions à la place Dauphine , le jour de l'Octave
de la Fête - Dieu , que , depuis quelques années , cette
eſpèce de galerie excite la curiofité générale , que
plus les juges te mulepitert , plus il eſt difficie de
réunir la pluraliré des tuffrages , & que bientôt en ſe
verra contraint à employer , en rendant compre de
leurs Ouvrages , une ſévérité qui n'a point eu licu
juſqu'à préfent. Qu'elles expoſent donc moins légèrement
, comme le font la plupart , des compofitions
médiocres ou à peine efquifiées , & que celles qui
n'auront pas encore à offrir un talent prêt à ſe développer
, enla ſſent au moins apperceveir l'espérance
pour l'avenir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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des Fées , 37 Vol . in- 8 ° . & in- 12 , avec &
fans figures.
On ſouſcrit chez le même Libraire pour la Collection
des Mémoires particuliers relatifs à 'Hic
toire de France , dont il paroît 12 Vol. in 8°. par
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APPROΒΑΤΙΟ Ν.
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde- des-Sceaux, le
Mercurede France, pour le Samedi 23 Juin 1987. Jen'y
ni den trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris, le 22 Juin 1987. RAULIN
SUPPLÉMENT
AU MERCURE * .
:
DESCRIPTIONS DES ARTS ET MÉ-
TIERS , faites ou approuvées parMM.
de l'Académie des Sciences , avec figures
en taille- douce , 90 cahiers in- folio,
ou 19 volumes in-4°. A Paris , chez
MOUTARD , Libraire-Imprimeur de
* Cette Feuille de supplément eſt deſtinée à la publication
des Profpectus & Avis particuliers de la Librairie .
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
ſe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais ſe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du tirage , du pliage , &c . devenant
une dépense commune pour chacun d'eux .
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de
deux feuilles , on ne pouvait auſſi yparlerque très-imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences & les Aris.
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fut ces objets.
On doit s'adreſſer à M. MOUTARD pour l'infertion &le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv . ,
▲ pages 84 liv. , &c. Outre le prix ci-deſſus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
wouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém. No. 25. 23 Juin 178.
*
( 2)
la REINE & de l'Académie des
Sciences , rue des Mathurins, Hôtel
de Cluni.
DEPUIS l'invention de l'Imprimerie , it
ne s'eſt pas formé de projet plus grand
ni plus utile que celui de MM. de l'Académie
Royale des Sciences. Donner une
idée exacte & détaillée des Arts & Métiers
, décrire avec netteté les opérations
les plus dificiles , faire connoître avec exactitude
les outils& les machines employées
par les divers Artiſans qui travaillent pour
nos beſoins , nos commodités ou nos plaifirs
, parler un langage intelligible aux plus
ignorans , pouffer la préciſion au point qu'un
homme doué de quelques talens puitle ,
après une lecture attentive , exécuter luimême
les procédés de tous les Arts ; c'était
un Ouvrage défiré depuis long-temps , mais
que l'extrême difficulté faisoit déſeſpérer de
voir paraître. Les illuftres Auteurs des Cahiers
des Arts & Métiers ont prévu les
obſtacles; ils les ont braves , & le ſuccès
a paflé leurs eſpérances. Leur entrepriſe
fait une époque mérzorable dans l'Hiſtoire
des Arts , elle illuſtre notre Siècle , elle fait
honneur à la France , cù l'on a oſé la former;
elle rendra chers à la Poſtérité la plus
reculée les noms des Savans qui y ont genéreusement
conſacré leurs talens & leurs
travaux.
Cet Ouvrage n'est pas ſeulement deftiné
( 3 )
à ce Siècle éclairé , où les Arts commencent
à être cultivés avec tout le ſoin qu'ils
méritent : on a travaillé pour les races futures;
& fi , par un concours de circonftances
que l'on peut imaginer , les Sciences
& les Arts éprouvent jamais une révolution
pareille à celle qui a ſuivi les beaux jours
d'Athènes & de Rome , il importera beaucoup
à nos neveux d'avoir la Deſcription
exacte & détaillée de tous les Arts. Si les
Anciens , qui érigèrent des autels aux Inventeurs
de quelques Arts , avoient été plus
ſoigneux d'en conferver les détails mécaniques
; s'ils nous avoient laiſſé la Deſcription
de tous ceux qui étoient connus &
exercés de leur temps , nous ne ſerions pas
dans l'incertitude ou dans l'ignorance fur
pluſieurs de leurs Ouvrages : on n'auroit pas
vu dans les temps ténébreux qui ſuivirent
les Siècles de Périclès & d'Augutte , les Métiers
les plus néceſſaires ignorés , ou trèsgroſſiérement
exercés.
Ainſi nos neveux , avec ces Deſcriptions
, feront en état de profiter de nos lumières
, de juger du terme où demeureront
les Arts avec nous , de leurs progrès juſques
à eux, enfin de ce qui reſte à faire
pour les porter au degré de perfection dont
ils ſont ſuſceptibles .
Si les Arts mécaniques avoient été eſtimés
autant qu'ils font eſtimables , il y a longtemps
que tous leurs procédés auroient été
décrits. Mais , il faut en convenir , nous
* ij
( 4)
avons trop avili dans nos vains préjugés
ceux qui exercent les Arts ; nous avons
dédaigné de nous occuper ſérieuſement
d'eux & de leurs travaux. Ce font cependant
ces Ouvriers , fi ignobles au jugement
borné de tant d'eſprits ſuperficiels , ce font
ces Ouvriers , trop injustement méprifés ,
qui pourvoient ànos beſoins , multiplient en
mille manières nos jouiſſances & nos plaifirs.
S'il eſt quelques Arts frivoles , il en eſt
un grand nombre d'autres qui font , au jugement
de tous , néceſſaires, indiſpenſables
même , & qui méritent par-là toute l'attention
des Philoſophes.
ou
د
Aidés par des Deſcriptions bien faites ,
les Artiſans qui voudront lire , pourront
déſormais sünſtruire ſur leurs Métiers
abréger ou ſimplifier leurs manoeuvres , en
connoître les raiſons , apprendre à perfectionner
leurs ouvrages. Tous les ſecrets des
Arts ſe dévoileront pour l'utilité commune,
Ce qui ſe fait dans un pays pourra être
imité par tout , s'il eſt bon&utile ,
corrigé , s'il eſt des pratiques qui méritent
la préférence. Rapprochés par leurs befoins
mutuels , les hommes , qui méconnoiſſent
trop ſouvent les liens de la Nature , feront
plus intimément unis par la communication
de leurs lumières. Rien ne pourra ſe perdre
déſormais , & ce qui aura été conna
de nos jours , le ſera pour toute la ſuite
des Siècles.
Il ſeroit fort utile ſans doute que chaque
( 5 )
Ouvrier , joignant quelque théorie à la pratique
, pût lire la Deſcription de ſon Art;
mais il l'eſt encore plus que les Manufacturiers
foient bien inſtruits des pratiques
de celui qu'ils font exercer. D'ordinaire le
Fabricant eft diftingué des Artifans ; ceuxci
travaillent pour le compte de celui-là ;
ceux-ci agiffent , forment , exécutent ; celui-
là fait travailler , paye & revend. Sonvent
le Fabricant , content d'un ouvrage
qu'il eſt sûr de débiter , ne va point au
delà & ne cherche pas mieux. Son profit
eſt aſſuré , c'en eſt aſſez pour lui; il ne
contribue point à la perfection de la manufacture
, qu'il ne connoit quelquefois que
comme Marchand, qu'il n'a point étudice
comme Praticien. Que cet homme utile ,
qui communément a reçu quelque éducation
, s'applique à connoître les détails du
métier , bientôt les Ouvriers mieux dirigés
travailleront avec plus d'intelligence , & la
manufacture ſera perfectionnée au profit
de l'Etat . Il conviendroit donc à tout. Fabricant
de lire les Deſcriptions de l'Art
qui l'occupe.
Il eſt certain d'ailleurs que la célérité du
travail contribue également à perfeofuenner
l'ouvrage & à en diminuer le pax, Cette
célérité dépend fur-tout de la mukirude
des Ouvriers raſſemblés avec ordre , & du
partage qu'ils favent faire entre eux des
différentes manoeuvres. C'eſt là principalement
ce qui fait la perfection des manu
* iij
( 6 )
factures d'Angleterre. L'ouvrage le plus fimple
paſſe ſucceſſivement par une multitude
de mains avant que d'être fini. Chaque opération
occupe un Ouvrier différent , qui ,
en la répétant fans ceffe, apprend àla faire
avec autant de viteffe que d'exactitude. Il
réfulte de là, que l'ouvrage fait avec promptitude
, eſt plus exact & à meilleur prix.
Si avec cela le goût ſe perfectionne par
I inſpection de perſonnes intelligentes , qui
aient fu étudier la théorie , bientôt il n'y
aura rien à défirer ; on parviendra à économiſer
le temps & la matière , toujours
précieufe , ne fût-ce que par la quantité.
C'eſt ainſi que l'étude de l'Art , rendue facile
par de bonnes Defcriptions, peut éclairet
, diriger un Fabricant , qui , fans ces
fecours , s'en tiendroit peut- être toujours
aux rottes battues , quoiqu'inexactes.
Je ne dirai pas , avec un Ecrivain célèbre
, que toute perſonne qui eft en état
de recevoir une bonne éducation , devroit
apprendre à exercer un Art mécanique . Ce
que l'on a regardé comme un paradoxe ,
pourroit être appuyé de bien des raiſons
plus folides qu'on ne penſe commmunément.
Mais je ne crains pas de ſoutenir
qu'il eſt honteux pour ceux qui ont quelques
talens & quelque loiſir , d'ignorer entiérement
la pratique des Arts qui s'exercent
autour d'eux , fouvent ſous leurs yeux
& pour leur uſage. On apprendroit du
moins à connoître les ouvrages bien tra
( 1 )
vaillés ; on encourageroit l'Artiſan en vifitant
fon ateliers on l'engageroit à eſtimer
ſa vocation ; quelquefois même on ſe mettroit
en état de le diriger.
Pour peu que l'on y réfléchifle, on fea
tira que le genre humain a tiré bien plus
d'utilité réelle des Arts mécaniques que des
Arts libéraux , que tout le monde étudie
dans la jeuneſſe , & que chacun ſe pique
de connoître lorſqu'il a reçu une bonne
éducation . C'étoit l'idée du Chancelier
Bacon : Les plus grands hommes d'Etat
ont regardé cette partie des connoiffances
humaines & l'indeſtrie qui les applique ,
comme la ſource des richeſſes d'une Nation.
Il eſt donc évident que les Deſcriptions des
Arts conviennent également aux Ouvriers
& aux Artiſans , aux Fabricans & aux
Manufacturiers , aux Philoſophes & aux
Naturaliſtes , aux Géomètres & aux Chí
miſtes , aux perſonnes riches & curieuſes ,
aux Académiciens qui déſirent ſincérement
le bien public , enfin à tous les Citoyens
qui ont quelques lumières & quelque loiſir.
C'eſt donc ici un Cuvrage pour tous les
ordres & pour tous les états. Il importe
plus ou moins à tous de lire & d'étudier
ces.Deſcriptions , & il importe extrêmement
à la Société que ces Deſcriptions
foient fimples , exactes , & lues de toute
forte de perſonnes. On ne ſçauroit donc
rendre cet Ouvrage trop commun , ni pren-
* iv
( 8 )
dre trop de foin pour le mettre à la ponée
du plus grand nombre.. C'eſt le but qu'on
s'eft propoſe en vendant ſéparément chaque
Art, dont veici le Catalogue.
1
CATALOGUE DES ARTS ET MÉTIERS.
CHARBONNIER , par M. Duhamel
du Monceau....
2Ancres ( Fabrique des ), par MM.
11. 12 f.
de Reaumur & Duhamel..... 3 4
3 Chandelier , par M. Duhamel du
Monceau... 2 2
4 Epinglier , par MM. de Reaumur
&Duhamel..... .. 4 12
5 Papetier , par M. de la Lande .. 10
6 Fer (Forges& fourneaux à) , par
MM. de Courtivron&Bouchu ,
Ire & IIe Sections ..
10
4 16
7 Ardoifier , par M. Fougeroux de
Bondaroy.. 3
8
8 Cirier , par M. Duhamel du Mon-
5 14
6
ceau.
9 Parcheminier, par M. de la Lande.
10 Cuirs dorés , par M. Fougeroux de
Bondaroy
11 Fer ( Forges& fourneaux à) , par
MM.de Courtivron &Bouchu,
IIIe Sction .......
12 -IVe Section , Traité du Fer , par
M. Swedemborg , traduit
parles mêmes.....
ceau..
13 Cartier, par M. Duhamel duMon-
14 Cartonnier , par M. de la Lande ...
15 Fer fondu ( Art d'adoucir le ) , par
M. de Reaumur ............
16 Chamoiseur , par M. de la Lande ..
2
2
86
88
2 16
I 10
6
2 16
)
و
(
17 Tonnelier , par M. Fougeroux de
Bondaroy. ...... 31. 126.
18 Raffinage dufucre , par M. Duhamel
du Monceau ...
..... 5
19 Tanneur , par M. de la Lande ...
20 Cuivre rouge converti enjaune , par
M. Gallon........
5
8
6
21 Drapier , par M. Duhamel du
Monceau.
9
22 Chapelier, par M. l'Abbé Noilet .. 4
23 Megiffier , par M. de la Lande ....
24 Couvreur , par M. Duhamel du
10
2 4
Monceau...
3
25 Tapis de la Savonnerie , par le
même..
.. 2 2
26 Ratine des Etoffes de laine , par le
même..
... 2
27 Maroquinier , par D. de la Lande. I 12
28 Hongroyeur , par le même ...... I 10
29 Chaufournier , par le même ..... 6 2
30 Orgues , par D. Bedos , Ire Partie. 18
31 Paumier & Raquetier, par M. de
Garfault ..
3
32 Corroyeur , par M. dela Lande ... 3
33 Tuilier & Briquetier (Supplém. ) ,
1 par M. Jars ...
34 Meunier , Vermicellier , Boulanger ,
par M. Malouin ..
M.deGarfault
35 Perruquier. Baigneur-Etuviste , par
36 Serrurier , par M. Duhamel du
...... ....
...
Monceau..
37 Cordonnier , par M. deGarfault ..
38 Instrumens de Mathématiques (divifiondes
), & Microscope , parM.
le Duc de Chaulne ...
39 Charbon de terre , par M. Morand ,
13
3
20
3
• 7
Ire Partie , ( Mines ) ......... 9
4
4
4
* V
( 10 )
40 Fil de fer ou d'archal , par M. Duhamel
du Monceau ........
41 Menuifier , par M. Roubo ( Mc-
31. cof.
nriferie dormante), Ire Partie... 18
42 Tailleur , par M. de Garfault.... 6
43 Orgues, par D. Bedos, II & IIIe
Parties..
44 Menuifier , par M. Roubo , IIe
Partie (Menuiserie dormante ,
celle des Eglifes , & l'Art du
Trait)....
45 Brodeur, par M. de Saint-Aubin ,
Deffinateur...
46 Indigotier , par M. de Beauvais de
Rafeau......
47 Charbon de bois ( Supplém. ) , par
M. Duhamel ....... ...
20
45
4 4
6 б
14
même..... I 16
49 Menuifier , par M. Roubo , Me
Partie , Ire Section ( Caroffier) . 19 4
4
48 Colles ( Art de faire les) , par le
50 Pipes à tabac , par M. Duhamel.
51 Lingère, par M. de Garfault....
52 Coutelier, par M. Perret, Ire Part.
(De la Courelleric proprement
dite. )... ...
•
3
25 16
6
53 Porcelaine, par M. le Comte de
Milly.
54 Relieur, par M. Dudin ...... 7
55 Coutelier en ouvrages communs, par
M. Fougeroux ....
16 Coutelier pour les inftrumens de Chirurgie,
parM. Perret , Ile Part .
Ire Section .... ..
$7 Menuisier , par M. Roubo , IIIe
4
3 15
18
Partie , Ile Section (Moubles). 19
58 Etoffes defoie (Fabrique des) , par
M. Paulet, Fabricant , Ire & He
4
( 11 )
Sctions ( Devidage des foies
reintes, & ourdiffage des chaines). 201.001.
39 Plombier , Fontainier, par M. ***... 15
12
60 Potier de terre , par M. Duhamel
du Monceau...
61 Distillateur des eaux-fortes , par M.
Demachy..
.....
62 Coutelier pour les inftrumens de Chirurgie
, par M. Perret , IIe Part .
Ile Section ....
63 Charbon de terre , par M. Morand,
IIe Partie ( De l'extraction , de
lufage & du commerce du Charbon
de terre ).....
...
64 Charbon de terre, par M. Morand ,
I! Partie , IIIe Section ( Exp'oitation
, commerce & ufage du
Charbon de terre) .... ..
65 Etoffes de foie (Fabrique des ), par
M. Paulet , III & IVe Section
(E:offes unies , rayées & façonnees)......
66 Bourrelier & Sellier , par M. de
Garfault.......
67 Peinture fur verre, &Vitrier, par M.
leVieit..
7 4
9 18
18
18 18
15
7
4
4
88
Partie , Iife Section Ebeniſte) . 22
12
68 Menuifier , par M. Roubo , IIIe
69 Instrumens d'Astronomie , par M.
leMonnier.
70 Etoffes de foie , par M. Paulet, Ve
Partie ou Section ( L'Art du
Remiffeur ) ....
9
6
4
71 Menuifier, par M. Roubo , II
Partie , IVe Section ( Treillageur)
. Fin de l'Ouvrage ...... 25 16
4 72 Amidonnier , par M. Duhamel .. 1
73 Savonnier , par le même ........ 3 18
4
vj
( 12 )
74 Distillateur- Liquorifle , par M. Demachy......
:. .. 91. 18f.
75 Tourneur, par M. Halot, Ire Partie. 24
76 Etoffes de foie , par M. Paulet ,
Vie Section (L'Art de peigner). 16 16
77 Criblier , par M. Fougeroux.... I
78 Charbon de terre , par M. Morand ,
IIe Partie , IVe Section (Art
d'exploiter les mines)......... 15
79 Charbon de terre , par M. Morand ,
Ile Partie , ſuite de la IVe Section
( Différentes manières d'employerle
Charbon de terre) ..... 11
4
30 Table desMatières , qui peut fervir
de Dictionnaire , ſuivi des
opérations pour fondre le fer
avec les braiſes de charbonde
terre. Fin de l'Ouvrage .... 86
81 Etoffes de foie ( Fabrique des ) ,
par M. Paulet , VII Section ,
IrePartie. (Taffetas , Serges &
Sarins unis).
nière Partie ..
.....
18 8
24
12 15
82 Orgues , par D. Bedos , IVe & der-
83 Etoffes de foie , VIIe Section , fuite
de la Ire Partie. ( Fabrique des
Taffetas& Serges )....
84 -Section IIIe. Diviſion de laTre
Partie (Taffetas brillantés, les
Cannelés , les Cirfakas , les
Droguets , les Pruffiennes, les
Egyptiennes, lesAmboifiennes
&les Muſulmanes )......... 18 12
85 Construction des vaiſſeaux....... II
( 13 )
ARTS NOUVEAUX.
86 Etoffes en laines rafes & sèches ,
unies & croifces (L'Art du Fabricant
d' ) , par M. Roland de la
Platière .. 71. 46
87 Etoffes en laines ( L'Art de préparer&
d'imprimer les ) , fuivi de
l'Art de fabriquer les Pannes
ou Peluches , les Velours façon
d'Utrecht , & les Moquettes ,
&c. , par le même...... .... 4 6
88 F'elours de coton ( L'Art du Fabricant
de ) , précédé d'une Differtation
fur la nature , le choix
&la préparation des matières ,
& fuivi d'un Traité de la teinture
& de l'impreſſion des Etoffes
de ces mêmes matières , par
le même.... .. 7 16
89 BArt de la Voilure, par M. Romm.
90 L'Art du Maçon , par M. Lucotte. 10
91 Tuilier& Briquetier , par MM. Du-
8
4
hamel , Fourcroy& Gallon ...
92 L'Art du Layetier , par M. Roubo.
5
8
4 16
Sous preffe.
L'Art du Potier d'étain , par M. Salmon.
L'Art du Fabricant d'étoffes de foie , VIIe Section
, le Partie par M. Paulet.
Réimpreffion.
La Teinture en foie , par M. Macquer.
L'Art de laMâture , par M. Romm.
(14) 1
L'Edirion in-4° . est en 19 vol. &peut fairefuite
àla Collection des Mémoires de l'Académie des
Sciences. Nous croyons devoir ici donner le détail
dechaque volume.
LeTome Ier contient l'Art du Meûnier , du
Boulanger , du Vermicellier.
Tome II ... Les quatre Sections ſur les Fers.
Tome III ..
Tome IV ..
L'Art du Charbonnier.
L'Art du Tourneur.
--du Chamoiſeur.
-du Mégiſſier .
-du Corroyeur.
-du Parcheininier.
-de l'Hongroyeur.
-du Maroquinier .
-des Cuirs dorés & argentés.
-du Cordonnier .
--du Paumier-Raquetier , & de
laPaume.
(L'Art du Tuilier-Briquetier.
--du Couvreur.
du Chaufournier.
-de faire le Papier .
--du Cartonnier & Cartier.
L'Art du Serrurier.
Tomes V & --du Chandelier.
VI......--d'exploiter les Mines de Char-
Tome VII..
bon de terre .
L'Art de la Draperie .
--de frifer ouratiner les Eroffes
de laine.
de faire les Tapis , façon de
Turquie.
-du Chapelier.
-du Tonnelier.
de convertir le Cuivre en
Laiton.
--de l'Epinglier.
( 15 )
Tome VIII .
L'Art de l'Indigotier.
-de la Porcelaine.
-du Potier de terre.
-de faire les Pipes.
de faire les Colles .
de l'Amidonnier.
-du Savonnier.
--du Relieur.
Tomes IXSLes fix premières Partie de l'Art
& X.... du Fabricant d'Etoffes de foie.
Tomes XI
(L'Art du Distillateur d'Eaux- fortes.
----Liquorifte .
& XII ...
--du Vinaigrier .
Tome ХИI .
L'Art de la Peinture ſur verre , &
de la Vitrerie.
--du Plombier- Fontainier.
L'Art du Perruquier.
--du Tailleur , Couturière , &
Marchande de Modes .
-de la Lingère.
Tome XIV.
-du Brodeur.
Tome XV .
du Cirier.
du Criblier .
--du Coutelier.
-du Bourrelier & Sellier.
--du Mouleur en plâtre.
L'Art de la Fabrique des Ancres.
-de forger des Enclumes .
-d'adoucir le fer fondu.
-du Faiſeur de Peignes d'acier.
-de faire le Fil d'archal.
-de raffiner le Sucre.
--d'affiner l'Argent
Tome XVI . Contenant les trois premières
Sections de la ſeconde Partie
( 16 )
de l'Art d'exploiter les Mines
de Charbon de terre .
Tome XVII . Contenant la quatrième Section
de la ſeconde Partie de l'Art
d'exploiter les Mines de Charbonde
terre.
Tome XVIII .
Contenant la Table analytique
de l'Art d'exploiter les Mines
de Charbon .
Nouvelle Méthode pour diviſer
les Inſtrumens de Mathématique
& d'Aftronomie.
La Defcription d'un Microſcope
&de différens Micromètres.
L'Art du Serrurier .
--de préparer & d'imprimer
les Etoffes en laine.
Tome XIX..--du Fabricant de Velours de
coton.
-du Fabricant d'Etoffes en
laine.
--du Tourbier.
Le tome 20 fous preſſe.
A l'exception de l'Art du Menuifier & du
Facteur d'orgues , cette édition eſt preſque
auſſi complette que l'Edition originale , in-fol.
On ſe propoſe d'imprimer ces deux Arts importans
, & de faire marcher enſemble ces deux
éditions .
Comme l'edition in-4° . a été principalement
deſtinée à faire fuite aux Mémoires de l'Académie
des Sciences , les cahiers des Arts ne fe féparent
pas , mais chaque volume ſe vend , ſeparé
, 12 liv. en feuilles.
Les perſonnes qui prendront les 19 vol. à
la fois ,s, ne les payeront que 10 liv. le vol, en
feuilles , c'est-à -dire 190 liv.
1
( 17 )
Note des Mémoires de l'Académie des Sciences&
des Belles- Lettres , qui se trouvent chez le même
Libraire.
Académie des Belles- Lettres & des Infcriptions ,
43 vol. in-4°. br. 12 liv . chaque vol.
La même , 100 vol . in- 12 , à 3 liv. le vol .
N. B. Ces 100 vol. contiennent les 41 premiers
vol. in -4°.; les vol. in- 12 , qui doivent
contenir les tomes 42 & 43 , in-4°. , ſous
preſſe.
Note des derniers volumes des Mémoires de l'Académie
des Sciences , qui ont paru.
Académie des Sciences , année 1784 ,
blanc .
Les Tables , tome IX , in-4°. , blanc .....
in-4°. ,
15 liv.
12 liv.
Les Savans Etrangers , tome XI , in - 4°. ,
blanc.
..
15 liv.
Les Machines , tome. VII , in- 4 ° . , bl . 21 liv.
Les Prix , tomes 7 , 8 & 9 , in-4 . , blanc , à
12 liv. chaque vol.
Les fix premiers volumes manquent , & feront
réimprimés .
Académie des, Sciences , depuis 1666 juſqu'en
1778.
171 vol. in - 129. , blanc , à 2 liv. le volume ,
en prenant la Collection entière.
Les vol. pris ſéparément ſe vendent 3 liv.
en feuilles. On va réimprimer les années 1779
&fuivantes.
D'après cette Note , les perſonnes qui n'ont
pas ces Ouvrages complets , verront aisément
ce qui leur manque.
Elles ſont priées de ne pas négliger de ſe
compléter.
( 18 )
LES SIÈCLES CHRÉTIENS ,
ou Histoire du Chriftianiſme dansfon
établiſſement & ses progrès , depuis
Jésus- Chrift jusqu'à nos jours , parM.
l'Abbé.... nouvelle édition , corrigée
& augmentée , 10 Volumes in - 12 de
fix àfept cents pages chacun. Prix 30
liv. rel. A Paris , chez GUEFFIER
Libraire- Imprimeur , rue de la Harpe;
& MOUTARD , Libraire- Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurins.
Sous l'empire & la direction de la Providence
, tous les évènemens de l'ordre politique
& moral n'ont jamais cu pourbar
que l'établiſſement , la conſervation & la
durée de la vraie Religion. Tout s'y rapporte
, & dans l'ancienne économie dont
le Législateur des Hébreux fut le Miniſtre ,
& ſous le nouveau culte dont J. C. eſ.t
l'auteur. Cette idée , ſi grande & fi vraie , ſelon
toutes les applicationsqu'on en peut faire,
le ſavant Evêque de Meaux l'a développée
d'une manière admirable, dans ce Diſcours
fublime qu'il a écrit pour l'inſtruction du
fils unique de Louis XIV ; Ouvrage inmor-,
tel, qui , ſuivant la judicieuſe remarque,
de Voltaire , n'a point eu de modèle parmi
ceux des Anciens , & n'aura jamais de copie
qu'on puiffe lui comparer parmi les
plus belles Productions des Modernes.
1
( 19 )
Boſſuet a réuni dans ce chef- d'oeuvre tout
ce que les recherches de l'érudition ont de
plus rare & de plus sûr , à tout ce que l'eloquence
des penſées , des images & du
ſtyle peut infpirer de plus noble , pour établir
& rendre ſenſible cette grande vérité ,
trop ignorée de ceux qui n'ont jamais bien
réfléchi ſur les moyens que Dieu fait fervir
à l'accompliſſement de ſes deſſeins.
Cette idée frappante de l'immortel Auteur
du Difcours ſur l'Hiftoire Univerſelle,
a été le germe de l'Ouvrage déjà connu
ſous le titre de Siècles Chrétiens, ou Hifzoire
du Chriftianisme dansson établiſſement
&fes progrès , depuis J. C. jusqu'à
nosjours. Ce n'est pas que l'Auteur ait eu
la rémérité de s'élever en rival d'un Ecrivan
inimitable , & juſtement comparé à
l'aigle dont le vol perce la nue. Un génie
tout de feu , tel que Boffuet , peut bien
échauffer l'eſprit , exciter à des efforts généreux
, inſpirer la noble audace de marcher
après lui , quoique de loin; mais plus
on l'admire , plus on ſent toate ſa ſupériorité
, moins on ſe croit en état d'atteindre
à ſa hauteur. Authi , quand l'Auteur des Siècles
Chrétiens a dit , qu'une penſée de
Boſſuet a fait naître le projet de l'Ouvrage
que nous annonçons , ce n'eſt , dans ſon intention
, qu'un hommage de vénération &
de reconncillance qu'il a voulu rendre à
ee grard Homine.
Ceux qui ont regardé les Siècles Chré
( 10 )
tiens comme une Hiſtoire de l'Eglife , &
ceux qui n'y ont vu qu'un abrégé de toutes
celles qui ont été publiées juſqu'à préſent,
par de ſavans Hiſtoriographes des différentes
Communions Chrétiennes , ſe ſont mépris
également ſur le principal objet & le
caractère diſtinctif de cet Ouvrage. C'eſt
tout à la fois & quelque choſe de plus
concis , & quelque choſe de plus étendu
que tous les Ecrits anciens ou modernes ,
mis au jour en différents temps ſur le
même ſujet. Ainfi pluſieurs Journaliſtes
quí l'ont analyſé , quelques-uns même de
ceux qui l'ont jugé du ton le plus tranchant
, n'en ont pas ſaiſi le plan, le genre
& le but. En effet , le deſſein de l'Auteur
a été de tracer , de fiècle en fiècle , l'or
dre & l'enchaînement perpétuel des révolutions
de l'Univers , conſidérées dans leurs
rapports intimes & néceſſaires avec l'exécution
des vûes de Dieu , dans l'établiſſement
& les progrès du Chriftianiſme , qu'il
prend à l'époque de ſa naiſſance , & qu'il
conduit , en ſuivant le cours des âges ,
juſqu'au temps préſent, dans toutes les contrées
de la Terre où la lumière a pénétré.
Sous chaque ſiècle il examine quel a été
l'état des Puiſſances politiques , des Empires
& des Gouvernemens ; celui de l'efprit
humain par rapport aux Sciences ſpéculatives
, à la Philoſophie , à la Morale ,
aux Lettres & aux Arts ; celui du génie
& des moeurs de toutes les Nations; en-
1
( 21 )
in celui des opinions , des vérités & des
erreurs , en montrant comment tout cela,
ordonné , modifié par la ſouveraine Puifſance
, a toujours influé ſur les deſtinées
plus ou moins proſpères de la Religion
Chrétienne dans ſes divers états de foibleffe
& de force , de combats & de triomphes ,
de grandeur & de ſtabilité. Tel eſt le plan
que l'Auteur a ſuivi ; & ce plan , qui eſt
le même ſous chaque ſiècle , ſe développe
avec plus ou moins d'étendue , ſuivant la
nature , l'importance & la variété des objets
qui s'offrent à ſon pinceau. Ainfi chaque
période préſente au Lecteur l'enſemble
de l'Hiſtoire civile , philoſophique & litté
raire dans ſes liaiſons avec celle du Chriftianiſme
, & fon influence ſur les affaires
de la Religion. Les ſujets ſont traités ſéparément
, & chacun d'eux forme un tableau
qui en embraſſe tous les détails effentiels
&tous les acceſſoires ; en forte qu'on les
ſaiſit d'un ſeul coup d'oeil , & que , par
cette marche ſimple & lumineuſe , ils ſe
gravent dans la mémoire, ſans embarras &
ſans confufion.
La première Edition n'étoit qu'en neuf
volumes ; la ſeconde, qui eſt l'objet de cette
Notice , en a dix , la plupart de fix à ſept
cents pages. L'Auteur a profité de toutes les
obſervations qui lui ont été communiquées ,
pour y faire les corrections , additions , extenfions
de vues & de détails ; en un mot ,
les améliorations de tout genre qui lui ont
( 22 )
paru néceſſaires , d'après ſes propres réfle
xions , & l'examen rigoureux auquel il a
foumis ſon travail , ſoit avant , ſoit pendant
le temps de la réimpreſſion. Outre le tableau
du dix-huitième Siècle , qui fait partie
dudixième Volume , & qui complette l'exécutiondu
vaſteplan de l'Auteur , il n'y a pas
depage où l'on ne trouve des changemens
conſidérables, fansparler d'un grand nombre
d'articles importans & abfolument neufs,
qui ſont répandus dans le corps de l'Ouvrage.
On voit par ce court expofé, combien
la nouvelle Edition des Siècles Chrétiens ,
que les ſieurs GUEFFIER& MOUTARD viennentde
mettre en vente, eſt plus étendue
plus correcte & plus ſoignée que la précédente.
Nous la croyons digne encore de l'empreſſement
du Public, par l'attention que les
deuxLibraires ont donnée à la partie typographique
, & fur-tout le ſieur GUEFFIER
qui en a dirigé l'impreſſion .
Le fieur Moutard , Libraire , rue des Mathurins
vient de mettre en vente
,
Le grand Livre des Peintres , ou l'Art de la
Peinture , conſidéré dans toutes fes parties , &
démontré par principes ; par Gérard de Laireſſe
, traduit du Hollandois , avec 35 Planches
en taille douce. 2 vol . in-4°. bl. 24 liv. rel. 30 liv.
OEuvres complettes d'Antoine Raphaël Mengs ,
premier Peintre du Roi d'Eſpagne , contenant
différens Traités ſur la théorie de la Peinture,
traduit de l'Italien. 2 vol. in-48. blanc , 18 liv.
rel. , 24 liv.
----
1
- ( 23 )
PROCÈS - VERBAUX des Séances de
l'Assemblée Provinciale de Haute-
Guienne, tenues ès années 1779,1780 ,
1782 , 1784 & 1786. Propoſés par
Souſcription .AParis, chezCRAPART,
Libraire , place Saint-Michel , à l'entrée
de la rue d'Enfer , No. 129 .
Le régime des Adminiſtrations Provinciales,
propoſé depuis long- temps par lesmeilleurs
Ecrivains politiques , comme le ſeul
moyende ranimer le patriotiſme & de vivifier
l'Agriculture en France , a enfin déterminé
, en 1778 & 1779 , le Gouvernement
à en ordonner l'eſſai dans les Provinces
de Berry & de Haute-Guienne. Le
ſuccès a furpallé toute attente , malgré les
obſtacles que l'eſprit fiſcal & l'intérêt perſonnel
y ont apportés.
Le ſieurCRAPART , défirant concourir aux
vues du Gouvernement qui vient d'ordonner
çe Régime pour toutes les Provinces de
France , propoſe de faire une ſeconde Edition
des Procès-verbaux des Séances des
Aſſemblées Provinciales de Haute Guienne ,
pour les années 1779 , 1780 , 1782 & 1784,
dont la première Edition eſt déjà épuiſée.
Au moyen du Procès-verbal de l'année dernière
, 1786 , qui eſt ſous preſſe , il pourra
donner la Collection complette de ce par
fait modèle d'adminiſtration,
1
( 24 )
Cependant , pour ne pas s'engager dans
une dépenſe trop conſidérable fans utilité
publique , le ſieur CRAPART croit devoir
ne faire imprimer que le nombre d'exemplaires
pour lesquels on aura foufcrit d'ici
au 15 Juillet prochain. Cette Collection ,
diftribuée en cinq tomes in-4°. ( leſquels
feront brochés en deux volumes de plus
de huit cents pages chacun) , fera de dixhuit
livres , dont il ſera payé neuf livres
en ſouſcrivant. Le ſieur CRAPART s'engagera
à la délivrer dans le mois d'Août prochain.
La dernière partie de cette Collection ,
qui n'a point encore paru , eſt bien faite
pour ranimer l'intérêt que les autres ont
inſpiré. Les grandes vûes qui n'avoient été
que propoſées dans les précédentes Affemblées
, y font développées & délibérées.
Telles ſont celles concernant les Cadaftres ,
&celles des grandes lignes de communication
, &c.
,
N. B. On pourra ſe procurer cetteCollection
, franchhee de port, par la Pofte,
moyennant trois livres au delà du prix de
la Soufcription , en s'adreſſant directement
audit ſieur CRAPART, & en affranchiſſant
la lettre de demande & l'argent.
Lu&approuvé. AParis, ce 19 Juin 1787. NYON l'olné ,
Adjoins
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE:
De Vienne , le 3 Juin.
IES Juifs font dans l'ufage d'enterror
leurs morts , preſqu'auffitôt après leur
-décès. Cette dangereuſe pratique ayant donné
lieu dernierement à un enterrement trop
précipité, l'Empereur vient de défendre aux
Juifs de fes Etats , d'enterrer leurs morts
avant 48 heures , à moins qu'ils ne foient
décédés d'une maladie contagieuſe.
Suivant les dernieres nouvelles du voyage
de l'Empereur , S. M. eſt arrivée le 14
Mai à Cherſon. Deux jours avant elle avoit
eu une entrevue à Korſun avec le Roi de
Pologne , à qui elle rendit viſite , ſous le
N°. 25 , 23 Juin 1787 .
( 158 )
nom de Comte de Falckenſtein. Les deux
Monarques s'entretinrent pendant 1 heure;
après quoi divers Seigneurs Polonois furent
préſentés à l'Empereur.
Une Ordonnance du zo Février , publiée
le mois dernier en Hongrie , limite à 26 le
nombre des fêtes dans l'Egliſe Catholique
du ritGrec.
L'Ambaſſadeur de Veniſe a été en conférence
avec le Grand Chancelier Prince de
Kaunitz , pour lui communiquer , dit- on ,
le projet de la Porte Ottomane , d'envoyer
une flotte dans la mer Adriatique ,
dans l'intention de réduire le Pacha rébelle
de Scutari.
Un payſan étant occupé à creuſer un
foſſé près de Zinkendorf en Hongrie , a déterréune
urne qui contenoit près de 15 liv.
peſant de monnoies d'argent antiques. Il a
remis ces monnoies à la Chambre des fipances
d'Oedenbourg.
Les Régimens en garniſon dans cetteCapitale
& le Corps d'Artillerie ont rappelé
leurs ſemeſtriers , & l'on continue d'acheter
des chevaux de ſomme.
On croit que l'Empereur ſera de retour
ici du 6 au 10 de ce mois .
Un corps de 4000 hommes de troupes
Ottomannes eſt arrivé à Ifmaïlof, & un autre
corps de la même force eft à l'embouchure
du Danube. Ces deux corps font definés
à renforcer les garniſons dans laBeſſaabie
.
1
( 159 )
De Francfort , le 7 Juin .
Le Landgrave de Heſſe Caſſel , dans la
vued'encourager & de faciliter le commerce
de Carlshafen , a agréé le projet d'établir
une chauſlée , depuis cet endroit juſqu'à
Caffel , & ordonné de le mettre à exécution.
Le 26 Mai ce Prince a paffé ſes troupes
en revue , & leur a fa't exécuter pluſieurs
manoeuvres. Le 28 , les Régimens font retournés
dans leurs quartiers. S. A. S. eſt
allée depuis à ſon château de Wabern , d'où
elle ſe rendra à Hanau & à Wilbe'msbad.
Le nouveau Réglement militaire , donné
par le Roi de Pruſſe à fon armée , ayant réduit
à 4 les drapeaux de chaque Régiment ,
les autres drapeaux ont été remis le 24 Mai
à l'arſenal . Le même Réglement porte qu'à
l'avenir chaque Régiment ſera formé de
deux bataillons de Mouſquetaires & d'un
de Grenadiers , & que chaque bataillon fera
compoſé de 4 compagnies .
On vend à Vienne une gravure allégorique,
relative au Congrès d'Ems. Elle repréſente
les 4 Archevêques d'Allemagne
allis autour d'une table ronde , fur laquelle
ſont placés les Decrets des Conciles de Bâle
&de Conſtance. Pluſieurs morceaux de
papiers déchirés ſont diſperſés par terre; ils
font l'emblême des abus qui ſe ſont gliffés
ſucceſſivement dans l'Eglife , & que l'on
veut réformer. La falle d'aſſemblée est dé
h2
( 160 )
corée des portraits de l'Empereur & du Pape;
le premier avec l'inscription : Advocatus
Ecclefiæ ; & l'autre avec celle : Primas Ecclefiæ.
Dans le fond on apperçoit un Nonce
partant , & un autre Nonce arrivant.
ESPAGNE.
De Madrid, le 27 Mai.
Lorſqu'on conftruifit des digues à Carthagene
pour mettre les vaiſſeaux à ſec &
les caréner , on établit des pompes à chaîne;
mais on s'eſt apperçu que ces machines
fatiguolent infiniment les ouvriers ,& abrégeoient
la vie des criminels deſtinés à cefervice.
On a donc ſubſtitué à ces pompes
des pompes à feu , très bien exécutées par
le ſieur Antoine Delgado , à qui le Roi a accordé
une penſion viagere.
Une eſcadre de 9 Corſaires Algériens ,
dont un chebeç de 34 can. , a mis à la voile
le 9 du mois dernier , ſous le commandement
du Reis Mohammed- Selemi. Six de ces
corfaires font au compte de la Régence ,
les autres à celui des particuliers. Ils feront
ſuivis de cinq galeres à rames , qui doivent
mettre en mer au commencement de Juin.
La peſte continue ſes ravages à Alger , où
il meurt journellement 200 perſonnes.
GRANDE - BRETAGNE .
De Londres , le 12 Juin.
Il ne reſte plus d'alarmes ſur la vie du
!
( 161 )
Prince de Galles , dont la guériſon a été
aufli prompte , que la maladie avoit été
violente. On a été obligé de le faigner ſept
fois. La fiévre eſt arrêtée , & les Médecins
de S. A. R. l'ont déclaré abſolument hors de
danger. On a répandu qu'un Courier aroit
porté au Duc d'Yorck , à Hanovre , la nouve'le
du péril où se trouvoit le Prince de
Galles , & l'avis de revenir en Angleterre ;
mais ces bruits paroiſſent n'avoir aucun fon
dement.
Il eſt plus certain que l'état de la Hollande
occupe journelleinent notre Cabinet.
Le 4, M. Dickens , Meſſager d'Etat , fut envoyé
à laHaye, avec des dépêches pour le
Cheval er Harris. Le 7 , il ſe tint un Confeil
très long chez le Marquis de Carmarthen ,
Secrétaire d'Etat au département de l'Etranger,&
à l'iſſus duquel on expédia un nouveau
Comier pour la même deſtination.
Journellement il arrive ici un grand nombre
de paffagers Hollandois ; chaque paqire
bor de Harwich en eſt rempli. Dans leur
nombre ſe troivent des perfonnes du premier
rang. La Banque a également reçu des
ſommes très conſidérables , que les principales
maiſons d'Amſterdam & d'autres villes
mettent en sûre é.
Vendredi dernier , l'Amirauté a expédié
Fordre d'équiper fur le champ fix vaiſſeaux
de ligne & autant de groſſes frégates pour
en former une eſcadre d'obſervation , dout
63
( 162 )
le commandement eſt donné au Comme
dore Levefon Gower.
Le même jour , on a lancé à Deptford ,
avec le plus grand ſuccès , & au concours
d'une foule de ſpectateurs , l'Orion , vaiſſeau
neuf de 74 canons.
Le Viceroi d'Irlande , en prorogeant le
Parlement de ce Royaume , a adreſſé aux
deux Chambres une harangue qui a eu l'approbation
générale ici comme à Dublin , &
dontvoici la traduction .
Milerds & Meffieurs ,
,
En mettant un terme aux travaux auxquels
vous vous êtes livrés pendant cette ceffion
j'ai la fatisfaction de vous apprendre que S. M.
a donné une approbation entiere aux meſures
ſages & énergiques qui ont ſignalé votre zèle
pour la conſervation de la paix publique , &
la tranquillité du Royaume. Je ferai exécuter
avec fermeté vos difpofitions ſalutaires pour
affurer les Loix , pour faire reſpecter , ſans aucune
distinction , les propriétés ainſi que les
perſonnes. Voire conduite paffle m'eſt un sûr
garant des diſpoſitions où vous êtes de me donner
avec perſévérance l'appui le plus fincere.
Je ſuis également convaincu que vous emploirez
Toute votre influence ſur l'eſprit du peuple,
pour graver dans ſon eſprit une connoiſſance
profonde des dommages que des troubles locaux
& même momentanés peuvent caufer au
bien général & à la proſpérité de l'Etat . Avertiſlez,
la Nation , que l'eſprit bienfaifant & toujours
éveillé du Corps Législatif , qui le porte
à encourager l'induſtrie & les entrepriſes uti
les ,fera toujours préparé auſſià punir les excès
-
( 163 )
qui accompagnent toujours la pareſſe , les dé
fordres & la licence .
Meſieurs de la Chambre des Communes,
Je vous remercie , au nom de S. M. , du
plaifir avec lequel vous avez pourvu aux dépenſes
néceſſaires au Gouvernement . Vous pou
vez être aſſurés que les fonds que vous avez
accordés feront fidelement appliqués aux objets
auxque's vous les avez deſtinés.
Les moyens que vous avez adoptés pour accroître
le crédit public , & pour diminuer la
dette Nationale , répondent à votre ſageſſe , à
l'amour de la patrie qui a toujours animé le
Parlement d'Irlande.
Milords & Meſſieurs ,
Le traité de commerce avec la France , dans
lequel on remarque les plus grands égards pour
les intérêts de l'Irlande , ouvre à l'induſtrie
de ce Royaume une carriere nouvelle dans la
quelle elle ſera excitée & foutenue par les encouragemens
les plus grands , & par les perfpectives
les plus flatteuſes. La Cour de Lisbonne
a annoncé que l'Irlande avoit le droit
de participer aux Traités entre le Portugal &
la Grande-Bretagne. Voilà des témoignages
non équivoques de l'affection paternelle de
S. M. envers l'Irlande , & des confirmations
nouvelles de la réſolution gracieuſe où eſt le
Roi , de conſidérer à l'avenir les intérêts de
laGrande-Bretagne & ceux de l'Irlande , comme
inſéparables . Ce principe , en uniſſant les ref.
ſources infinies de l'Empire , & les ſentimens
de tous les ſujets qui le compoſent , donne
une force plus grande & une sûreté plus refpectable
àtoutes ſes parties ; & ce principe , d'où
découleront tant de biens , vient d'être confo-
Lidé par les arrangemens que vous venez de
h4
( 164 )
1
prendre avec la ſageſſe qui vous eſt ordinaire ,
dans les Loix de la Navigation.
Le Roi eſt touché & reconnoiſſant de l'attachement
& de la loyauté de ſes fideles ſujets
d'Irlande , & S. M. m'a expreſſement ordonné
de vous aſſurer de ſa protection pleine de grace
&debonté.
Pour me conformer aux intentions du Roi ,
jedois m'attacher à connoître tout ce qui peut
contribuer au bonheurde ce Royaume , ce but
glorieux eſt celui qui ſoutient le plus mon ambition
, & ce ne ſera jamais que ſur cette
baſe que j'oferai fonder l'eſpoir d'acquérir des
droits aux fuffrages , à la confiance & à la confie
dération du peuple de l'Irlande ..
On peut juger de l'étendue des économies
que M. Pitt a introduites dans les divers
départemens par un ſeul article. Tous
les ans on dépenſoit 4000 liv. ſterl, pour le
papier que confomme laChambre desCommunes;
le Miniſtre a réduit cette dépenſe à
700 liv. fterl. Le même article pour laTréforerie
coûtoit so00 liv. fterl.; il n'eſt plus
que de 1200 liv. ſterl. Tous les autres Bureaux
ont été réduits dans les mêmes proportions
M. Whitbread , dont la Famille Royale
a viſite la braſſerie , a un établiſſement fi
prodigieux , que dans l'année derniere on y
abraflé 143,058 barils de bierre forte.
Un habile Méchanicien , qui demeure dans
une ville de Province , à près de 100 milles
N. N. O. de Londres , a trouvé le moyen de
rendre le poids aux guinées légeres. Il fait un
trou dans la guinée avec un poinçon , & il
:
( 165 )
ypaffe un petit fil d'or qu'il rive des deux
côtés ; ce fil ſoffit pour faire pencher la ba -
lance , & la guinée , que tout le monde rejettoit
, devient alors commerçable . Il s'eſt daja:
tenu pluſieurs conſultations pour favoir filon
pouvoit pourſuivre cet homme ; mais comme
il ne diminue , ne defigure , ni ne détériore
les eſpeces , il eſquivera fûrement la loi commune
à toutes les eſpeces de faux - monnoyeurs ,
s'il ſe fait des pourſuites contre lui.
Le feu Lord Chatham demandoit un jour
au Docteur Henniker , comment il définiffoit
l'esprit ; Mylord , répondit le Docte ir ,
Cefprit est comme une pension que V. S.donneroit
àfon très humble ferviteur ; ce feroit
une bonne choſe bien appliquée. Le même
Docteur comparoit nos Miniſtres dont l'éloignementfuit
très - ſouvent de près l'avénement
aux places , à une chandelle d'un liard
qui ſe conſume l'inſtant après qu'on l'a al-
Jumée.
FRANCE.
De Versailles , le 14 Juin.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Fontenelles ,
Ortre de S. Auguſtin , diocèse de Luçon , l'Abbé
de Freſne , Doyen & Vicaire- général du même
diocèſe ; à celle de Beuil , Ordre de Citeaux , diocèſe
de Limoges , l'Abbé de la Londe , Vicairegénéral
d'Autun ; à celle de Cantimpré , Ordre
de S. Augustin , diocèſe de Cambrai , le ſi ur de
Mory, Religieux de la même Abbaye ; à celle de
Sainte-Marie de Pont-à-Mouflon, Orire de Prémontré
, diocèle de Toul , le ſieur Lallemant ,
( 166)
Prieur clauſtral de la même Abbaye ; à celle de
Saint- Georges , Ordre de S. Auguſtin , diocèſe
d'Angers , PAbbé Jean- François de Mallian ,
Aumônier de Madame ; & à celle de Perrayneuf ,
Ordre de Prémontré , diocèſe d'Angers , l'Abbé
Jean-Baptiste de Mallian , auſſi Aumônier de
Madame ; les deux dernieres Abbayes , ſur la
nomination & préſentation de Monfieur, en vertu
defon apanage .
Le 10 de ce mois , le Duc de la Vauguyon ,
Ambaſſadeur extraordinaire & plénipotentiaire
du Roi près Sa Majesté Catholique , a eu l'honneur
de prendre congé pour retourner à Madrid,
étant préſenté à Sa Majesté par le Comte de
Montmorin , Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires étrangeres.
Le fieur Dutillet de Villars , Héraut- Roid'Armes
des Ordres du Roi , porteur d'une lettre
de S. M. pour l'Infant-Duc de Parme , & des
marques de l'Ordre du Saint-Eſprit qu'Elle envoyoit
au Prince D. Louis , ſon fils , vient de
rapporter , avec la réponſe de l'Infant Duc , le
procès-verbal de la réception du jeune Prince.
Ce procès -verbal , dreſſé par le Comte de Flavigny
, Miniftre plénipotentiaire du Roi à la Cour
de Parme , porte que , le 12 Novembre dernier ,
jour fixé pour cette cérémonie , l'Infant , le jeune
Prince , vêtu en Novice , le Miniſtre plénipotentiaire
, & les perſonnes déſignées pour repréſenter
les Officiers des Ordres de S. M., ſe rendirent
proceffionnellement , & chacun à leur rang , de
l'appartement de l'Infant-Duc , à l'Egliſe des
Dominicains , au milieu d'une double haie que
formoit le Régiment des Gardes. Après la Meſſe ,
à laquelle l'Evêque de Parme officia pontificalement
, l'Infant-Duc , ſur ſon trône , revêtit des
marques de l'Ordre du Saint-Esprit , le Prince
( 167 )
héréditaire , & reçut ſon ſerment. Une Cour
nombreuſe & brillante , ainſi que le goût & la
magnificence qui régnoient dans la décoration
de l'Eglife , ont concouru à la pompe de cette
cérémonie , à laquelle le Duc de Gloceſter & fa
famille ont affifté.
De Paris , le 20 Juin .
Réglement fait par le Roi pour l'adminiſtration
de ſes finances & du commerce,
dus Juin 1787.
Le Roi ayant , par ſon Reglement de cejourd'hui
, déterminé la formation de ſon Conſeil
royal des Finances & Commerce , Sa Majesté
s'eſt fait rendre compte du nombre & de la
compoſition des divers Bureaux & Départemens
qui ont été établis pour l'inſtruction & adminiftration
des affaires de Finance & de Commerce;
& ayant reconnu qu'il en réſultoit un
état de dépenſe conſidérable , que les conjectures
préſentes nepouvoient plus comporter , Elle a
juge , non fans regret , à caufe des ſervices
qu'Elle reconnoît avec larisfaction lui avoir été
rendas par les Magiſtras qui en ont été chargés
juſqu'à préfent , qu'Elle devoit en ce moment,
à ſes peuples , le ſacrifice de réformer l'ordre
actuel &de le ſimplifier le plus qu'il feroit poffible
, fans toutefois nuire au bien du ſervice ni à
P'expédition des affaires .
En conféquence , après avoir examiné l'étendue
du travail néceſſaire , Elle a penſe qu'il
pouvoit être exécuté en le répartiſſant à quatre
départemens pour la Finance , à la tête de chacun
desquels Elle prépoſeroit un Magiftrat de
fon Confeil , ſous le titre d'Intendant des Finan
h6
( 168 )
ces, l'Edit du mois de juin 1777 , qui a fupprimé
les offices de ce nom , ſubſiſtant néanmoins
dans ſon entier ; & à un ſeul pour le
Commerce , qu'Elle confieroit auffi à un Magiſtrat
de fon Conſeil , ſous le titre d'Intendant du
Commerce. Aquoi voulant pourvoir : Sa Majesté
a fait& arrêté le préſent Réglement.
Article premier. Les commiſſions d'Intendans
de Département & d'Intendans du Commerce ,
actuellement exiſtantes , feront & demeureront
dès-à-préſent révoquées & ſupprimées , & tous
Ies appointemens , gages & traitemens qui ont
été réglés & fixés à ce titre , feront en conféquence
rayés & retranchés de l'état des Finances,
à compter du premier Janvier prochain ; Sa
Majesté ſe réſervant de donner aux Magiftrats
qui en ont été pourvus , de nouvelles marques de
fa confiance, à mesure que les circonstances le lui
permettront.
II. Tous les différens départemens , auſſi à
compter de ce jour, feront réduits au nombre
de cinq , ſavoir , quatre pour la Finance , dont
le travail ſera réparti à quatre Magiſtrats du
Conſeil , qui auront le titre d'Intendans des Fimances,
& un ſeul pour le Commerce , qui ſera
aufli confié à un Magistrat du Conſeil , ſous le
titre d'Intendant du Commerce. Les uns & les
autres s'acquitteront , ſous les ordres du Contrôleur
général des Finances , des fonctions qui
leur feront confiées , aux mêmes rang & honneurs
que les Intendans de départemens , fupprimés
par le préſent Reglement. Se réſerve Sa
Majeſté de leur régler le traitement qu'elle jugera
néceflaire.
III. Leſdits quatre Intendans des Finances &
l'Intendant du Commerce , feront égaux entr'eux;
& il ne ſera obſervé à leur égard , d'aus
1
1
( 169 )
Me ordre& diftin&ion que conformément à leur
rang au Confeil .
Pour cette fois , ils feront choiſis parmi les
Intendans actuels des Départemens , & du Commerce
; & par la fuite ils ſeront pris de préférence
parmi ceuxdes Commiſſaires départis dans
les Provinces , que Sa Majesté jugera à propos
de choiſir , ſans néanmoins que leſdites
places d'Intendans des Finances& du Commerce
puiſſent être conſervées par eux lorſqu'ils parviendront
au rang de Conſeillers d'Etat .
IV. Il ſera à chacun deſdits Intendans des Finances
& du Commerce , expédié une commif
Hon particuliere contenant le détail des parties
d'adminiſtration , du travail & inſtruction defquelles
i's feront chargés.
V. Le Comité d'Adminiſtration & tous les
Départemens particuliers confiés àd'autres per
Tonnes , même à des Magiftrats du Conſeil , demeureront
également & dès à préſent ſupprimés.
En conféquence, les traitemens qui avoient
été réglés , tant à cauſe du Comité d'Adminiftration
qu'à raiſon deſdits départemens , ferontretranchés
des états de dépenſe , à compter du
premier Janvier prochain ; ſe réſervant Sa
Majesté , de donner aux perfonnes auxquelles
ils avoient été accordés des marques de fa fatisfaction
.
VI. Les quatre Départemens de Finance
comprendront :
L'un , tous les objets confiés à l'Adminiſtration
des Domaines & Bois , & Droits doma-
Riaux , les Péages , Paſſages , Pontonnages ,
Bacs , Pêcheries & Moulins , Hallages , Minages
, Havages & autres objets de ce genre ,
& l'exécution des Arrêts des Août 1777 ,
15 Août & 11 Septembre 1779, & 5 Mai
1783.
5
( 170 )
Le ſecond, les objets confiés à la Ferme gé
nérale , ſoit à titrede Bail ,ſoità titre de Régie ,
& ceux confiés à la Régie générale des Aides &
droits y réunis.
Le troiſieme , les Impoſitions , les Municipalités
, les Otrois & Finances des villes , les Bus
reaux des Finances .
Et le quatrieme , les Ponts & Chauffées ,
les Travaux des Ports de Commerce , la Police
du Roulage , & en outre les Hôpitaux , les Priſons
, les Dépôts de mendicité , & la diftribution
gratuite des remedes dans les Provinces .
Le Département du Commerce aura tous les
objets actuellement répartis aux quatre Intendans
du Commerce.
Le Contrôleur général ſe réſervera immédiatement
les Parties caſuelles , les Mines , les Loteries
, la Compagnie des Indes , les Monnoies ,
les Ecoles de médecine vétérinaire , les Epizooties
, le Travail relatif aux ſubſiſtances , les
Affemblées provinciales , les Forges de la
Chauſſade , les Fonderies à la maniere angloiſe ,
l'Etabliſſement des cryſtaux de la Reine àMontcenis
, les affaires de la Corſe , la balance du
Commerce , les Poudres & Salpêtres , les Etapes
, les Convois militaires, les Meſſageries , &c.
& généralement toutes les parties non compriſes
dans leſdits cinq Départemens , quoique préſentement
non exprimées.
VII. Les Intendans des Finances & celui du
Commerce feront , enſemble ou ſéparément ,
ſelon que les circonſtances l'exigeront , appelés
au Comité qui , aux termes du Reglement de
ce jour , fait pour le Conſeil royal des Finances
& du Commerce , doit ſe tenir tous
les quinze jours au moins , chez le Chef dudit
Confeil , avec le Contrôleur général & los
( 171 )
deux Conſeillers d'Etat , membres de ce Con.
feil , & ils y rapporteront les grandes affaires
de leur département, qui doivent être portées
audit Comité.
VIII . Les affaires contentieuſes de chaque
Département continueront d'être renvoyées par
be Contrôleur général devant les Conſeillers d'Etat
compoſantle Comité contentieux.
Quatre Maîtres des Requêtes feront attachés
audit Comité pour y rapporter les affaires qui
devront y être portées , ſuivant la diftribution
qui leur en ſera faite par le Préſident du Comité ,
auquel néanmoins il ſera loiſible , en cas de
néceſſité , de confier quelques affaires à tels autres
Maîtres des Requêtes qu'il jugera convenable
. A l'effet de quoi ſupprime , dès-à-préfent
Sa Majesté , au- delà dudit nombre de
quatre , toutes les places de Maîtres des Requêtes-
Rapporteurs , Maîtres des Requêtes furnuméraires
, & Maîtres des Requêtes adjoints
qui avoient été établis près le Comité contentieux
, ainſi que tous les traitemens qui ont
été attribués à chacun d'eux , le quels feront retranchés
des états de dépenſe , à compter du premier
Janvier prochain .
Les avis du Comité contentieux feront remis
au Contrôleur général , & les Arrêts ſeront
rendus fur le rapport du Préſident du
Comité , à moins , toutefois , que l'affaire
ne fût telle qu'il dût en être rendu compte à
Sa Majefté.
FAIT à Verfailles, le cinq Juin mil ſept cens
quatre-vingt-fept.
Signé LOUIS , Et plus bas , LE BARON
DE BRETEVIL .
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 14
Mai 1786 , interprétatif dos articles II & III
( 172 )
de celui du 26 Novembre 1785 , portant
impoſition d'un droit de fix livres par quintal
de ſalpêtre, &de quinze livres parquintal
de poudres qui entreront dans le royaume.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 10 Septembre
1786 , qui proroge juſqu'au 1er. Août
1789 , la permiſſion accordée par l'Arrêt du 28
Juin 1783 , d'introduire aux Iſles du Vent , dans
les ports d'entrepôt , les Noirs de Traite étrangere
, avec une diminution de droits à l'entrée ;
qui permet , pendant le même temps , l'exportation
du ſucre brut de l'ifle de Sainte- Lucie à
l'Etranger , en acquittant les droits du Domaine
d'Occident & qui porte àDeux Cens livres par
tête la Prime accordés par l'Arrêt du Conſeil
du 16 Octobre 1784 , aux Négocians François ,
fur les Noirs de Traite Françoite , qui feront introduits
dans le port des Cayes St.-Louis à Saint-
Domingue pour l'approvifionnement de la
partie du Sud de ladite Ifle , en obſervant les
formalités preſcrites .
,
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 14
Mai 1786 , qui porte à quatorze ſous , au
lieu de douze ſous , le prix de chaque livre
de Salpêtre brut , qui ſera levé dans les magaſins
de la Régie des poudres & ſalpêtres ,
à compter du i Juillet 1786.
D'après les ordres que M. le Maréchal de
Caftries a adreſſes le 28 du mois dernier , à MM.
Jes Echevins & Députés de la Chambre du
Commerce de Marseille , MM. les Négocians
&Armateurs de cette place ſont avertis que ,
fur l'offre que la Compagnie de la gomme du
Sénégal a fait au Roi de ſe charger des dépenſes
( 173 )
locales de la Colonie , Sa Majeſté a trouvé cona
venable de proroger fon privilége juſques au
mois de Juillet 1796 , &d'y comprendre la Traite
de Noirs , de l'or , du morphile ,de la cire& de
tous les articles dont cette partie eſt ſuſceptible ;
quel'Arrét rendu àce ſujet le 10 Novembre 1786
fixe les limitesde ce privilége entre le Cap-Blanc
& le Cap - Verd ; que d'un autre côté, les bâtımens
de la Compagnie ne pourront ſe montrer
dans la partie entre le Cap-Verd & le Cap-
Tagrin , que pour traiter des vivres , & qu'indépendamment
des dépenſes de la Colonia dont la
Compagnie eft chargée , il lui eſt preſcrit par le
méme Arrêt d'importer annuellement 400 Noirs
àCayenne.
MM. les Echevins & Députés de la Chambre.
du Commerce préviennent MM. Les Négocians
&Armateurs , conformément aux intentions du
Miniftre , qu'en conféquence de ces difpofitions ,
ils ne peuvent plus expédier leurs navires que
pour les côtes de cette portion d'Afrique , depuis
leCap-Verdjuſques au Cap-Tagrin , & que dans
ces limites même , il ne leur eſt pas perm's de
traiter de la gomme, dont la Traite a été exclufivement
accordée à la Compagnie dans la riviere
ou Colonie du Sénégal & dépendances . ( Journal
deProvence. )
>>>Le mercredi 6 de ce mois vers midi ,
>> un violent incendie a éclaré au palais des
>>> Thusleries , dans les combles du pavillon
>>de Flore. Malgré la promptitude des fe-
>>> cours , on n'a pu ſe rendre maître du feu
>>>que vers les trois heures. Les pompiers
>> ont fait des coupures, tant du côté des
>>>appartemens de la Reine , que du côté
1
>>de la galerie des Plans. Toute la char
( 174 )
>> pente du pavillon s'eſt abîmée avec un
>> fracas horrible. La ſolidité d'une voûte
>>>qui ſe trouve à la hauteur de la corniche ,
>> a réſiſté heureuſement à cette chûte , de
>> maniere que les appartemens inférieurs
>> ont fort peu fouffert. La direction du vent
>> du nord portoit les flammes du côté de la
>> riviere ; & c'eſt ce qui a préſervé les ap-
>> partemens inférieurs de S. M. On attribue
>> cet incendie à la négligence de quelque
>> habitant des combles de ce pavillon ».
MM. Hazon , Boullé , Mauduit , Peyre
&Guillaumot , Commiſſaires nommés de
l'Académie d'Architecture ont fait un Rapport
très favorable d'une nouvelle conſtruction
de voûtes & planchers en briques légeres
& creuſes , par le fieur Goblet , Maître
Carreleur , rue Coupeau à Paris , foumiſe à
leur examen. Voici la ſubſtance de ceRapport
qui contient la deſcription de ces plan -
chers.
Nous avons vu , diſent les Commiſſaires ,
1º. un plancher de fix pieds en quarré , établi
fur unbâti de charpente , poſe ſur quatre piliers
&retenu dans ledit aſſemblage , par de ſimples
chevilles , & au moyen de la coupe pratiquée
dans les piéces de bois , dont eſt formé le plans
cher ; cette voûte , abſolument platte , a été expoſée
à toutes les intempéries de l'air , depuis
l'automne dernier , juſqu'au moment actuel ,
après lui avoir fait ſupporter un poids de 1200 liv.
2°. Le ſieur Goblet a fait conſtruire à côté de
fon four un autre plancher quarré de 12 pieds de
eété , retenu d'une part entre une ſolive parals
1
( 175)
lele au mur du four & le même four , & latéra
lement par une cloiſon affez mauvaiſe , de fix
pouces d'épaiſſeur , & par un mur en terre &
moelons , de dix à onze pouces ; ce même plancher
eſt conſtruit avec des briques de huit pouces
de long , quarrées dans leur partie ſupérieure , &
terminées circulairement par le bas ; il n'y a que
fix pouces de bombement , & quoique ſoutenu
par des appuis auſſi foibles , il ſupporte journellement
un poids de quinze à vingt milliers en
glaiſe , deſtinée aux travaux des ouvriers établis
dans cette partie .
3º. Nous avons encore vu un troifiéme plancher
de 24 pieds de long ſur 8 de large , qui n'a
que 10 pouces de fleche. Ce plancher , retenu à
ſes deux extrémités par des poteaux montans ,
ſolidement arrêtés par des contre - fiches , eft
adoflé d'une part àun pignon par des bandes de
fer ſcellées dans le mur & cramponnées , & une
piéce de bois horisontale qui fait l'office du mur
de cloifon .
Au-deſſus de ce plancher & ſur les mêmes di
menfions dans le plan , on a conßruit une voûte
de 10 pieds de hauteur ſous clef, percée à l'une
de ſes extrémités , d'une porte de deux pieds &
demi de large , ſur fix de haut , & à l'autre extrémité
, d'une eſpece de manſarde , montante
à la même hauteur dans la voûte , depuis la furface
du plancher ,juſqu'au sommet de la porte &
de la croisée dont on vient de parler ; leess doffe
rets ſont conſtruits avec des briques creuſes ,
enboîtées & liées les unes dans les autres , par des
faillies en retraite , pratiquées en leur extrémité,
de maniere que le tout préſente une conſtruction
à peu-près ſemblable à celle qui auroit été faite
au-deſſus des reins de ladite voûte , par un mue
en moëlon ou en pierre ,de petit appareil , aves
( 176 )
unegrande différence de légéreté, causée, comm
me on le voit , par le vuide des briques dont
il eſt formé.
4°. Au-deſſus de ladite voûte , on a commencé
une voûte ogive , formée de pareilles oriques ,
poſées de champ , ſuivant la courbure de la
voûte , &devant fervir de toît à celle qui eff
immédiatement au-deſſous .
Afin de diminuer la pouffée , tant du plancher
dont nous venons de parler , que de la
voûte qui eſt au- deſſus , ainſi que pour modérer
l'effort caufé par le gonflement du plâtre , on
a diſpoſé de quatre pieds en quatre pieds dediftance
des tirans de fer de deux pouces de largé ,
fur trois lignes d'épaiſſeur , tant audit plancher
qu'à la voute qui eſt au- deſſus , au moyen de
quoi, le tout nous a paru d'une très-grande folidité.
5º. Enfin , à côté de ce plancher , & joignant
le pignon auquel il eſt adoſſé , on a conftruit un
toit avec des briques de même forme que celles
employées à la voûte ogive dont nous venons de
parler ; ce toît , ſur la pente ordinaire , n'a point
d'autre tuile que la ſurface ſupérieure des briques,
dontil eſt formé ,& n'a ni lates , ni chevrons.
Nous ne doutons pas que ces moyens de bâtir ,
employés par des Conſtructeurs habites & éclairés
, ne préſentent des avantages nombreux, foit
àraiſon de l'incombustibilité de ces fortes de
voûtes, ſoit à raiſon de leur plus grande légéreté.
On peut même eſpérer de diminuer l emploi
du fer , ſi l'on conſtruit avec un excellent
mortier , au lieu de plâtre ,dont le gonflement
produitdes effets ſouvent nuiſibles à la ſolidité.
L'Académie Royale des Belles - Lettres
d'Arras a tenu une Séance publique le 18
› Mars dernier.
( 177 )
Le Secrétaire en fit l'ouverture & déclara
que l'Académie n'avoit pas décerné de prix
fur cette queſtion :
«Quelles furent autrefois les différentes bran-
>ches de commerce dans les contrées qui for-
>>>ment préſentement la Province d'Artois , en
remontant au tems des Gaulois ? Quelles ont
>> été les cauſes de leur décadence , & quels
>> ſeroient les moyyeennss de les rétablir , notam-
➤ment les Manufactures d'Arras >> ?
L'Académie propoſe ce Prix une troiſieme
fois pour Pâques 1790 ; les Mémoires devant
être remis avant le premier Décembre 1789 .
L'Académie avoit propoſé cette autre queſ
tion :
«Eſt- il avantageux de réduire le nombre des
chemins dans le territoire des Provinces d'Ar-
>> tois , & de donner à ceux que l'on conſer-
>>>veroit une largeur ſuffiſante pour être plan
>> tés ? Indiquer , dans le cas de l'affirmative ,
>> les moyens d'opérer cette réduction »..
Elle a fait auſſi ſeulement une mention họ-
norable du Mémoire n°. 6 , dont l'Auteur eft
M. Delegorgue , le jeune , Avocat.
Après l'ouverture , M. de Champmorin ,
Major au Corps Royal du Génie , lut un Difcours
propre à mettre dans un nouveau jour la
gloire du Maréchal de Vauban.
Le Secrétaire lut le Diſcours de remerciment
de M. le Baron de Courſet , nouvel Académicien
Honoraire , auquel M. de Robespierre , Direcseur
, répondit.
M. le Gay lut trois pieces de vers.
M. Lenglet lut un Fragment ſur le mariage:
Le Secrétaire lut le Difcours de remerciment
de Mademoiselle de Keralio , Académicienne
Honoraire.
( 178)
M. deRobespierre y répondit. Il félicita l'Aca
démie fur le choix qu'elle avoit fait d'une perſonne
auſſi intéreſſante par les charmes de ſon
eſprit , & par l'étendue de ſes connoiſſances ,
que par les graces de ſon ſexe. Il examina ,
cette occaſion , s'il étoit avantageux d'admet
tre les femmes dans les Compagnies littéraires,
& prouva que l'introduction de cet uſage feroit
utile aux femmes & aux Académies , & opé
reroit par conféquent le bien public.
M. Taranget lut un Diſcours ſur la Végé
tation.
M. Goſſe lut une Epitre de 400 vers à M. B.
de R.
Le Secrétaire termina la ſéance par la lecture
de trois Odes anacreontiques de M. Roman
, Académicien Honoratre.
L'Académie renouvelle ſon annonce de l'année
derniere , que , vers Pâques de 1788 , elle
décerneroit uu Prix au Mémoire qui auroit le
mieux traité la queſſion ſuivaate :
«Quelle est la meilleure méthode à employer
> pour faire des pâturages propres à multiplier
les beſtiaux en Artois » ?
LesMémoires ſeront adreſſés , francs deport,
au Secrétaire-Perpétuel de l'Académie, à Arras ,
ou ſous le couvert de M. l'Intendant de Fiandres
& Artois , à Lille ; & on ne délibérera
que ſur ceux qui ſeront reçus avant le premier
Décembre 1787 .
Ce Prix ſera une Médaille d'or de la valeur
de 500 livres, ou pareille ſomme en eſpeces.
L'Académie décernera un Prix ſemblable ,
vers Pâques de l'année 1789 , au Mémoire dans
lequel on aura donné les meilleurs moyens de
multiplier les têtes à laine dans la Province d'Arzois
, & de prourer aux laines une qualité plus parfaite.
( 179 )
A la même époque , l'Académie décernera
un autre Prix de la même valeur de 500 livres ,
au Mémoire dans lequel on aura indiqué la
meilleure maniere de rendre invariables les bornes
champêtres.
Les Auteurs feront tenus de remettre leurs
Mémoires pour ces deux prix , avant le pre
mier Décembre 1788 .
François -Anne- Louis , Marquis de Lordat
, Seigneur de Lordat & du Lordadois ,
Baron des Etats de la province de Languedoc
, Mestre de- camp de Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre royal& militaire de S. Louis ,
de Saint-Jean de Jérusalem , & Commandeur
de l'Ordre de Saint Lazare , eſt mort ,
le 14 du mois dernier , dans ſon château de
Bram, dans le Haut- Languedoc .
L'Académie de Marſeille tint ſa ſéance publique
d'après Pâques le 18 Avril. Après le
diſcours de M. Seimandi , directeur , on lut des
extraits des trois Mémoires couronnés. Le premier
, fur l'Education des Abeil'es ; le fond,
fur le Caprier , & le troiſieme , fur une nouvelle
Machine propre à pêcher le corail. M. Béraud
de l'Oratoire eſt auteur de ces trois Mémoires .
M. Bardon , élu Académicien , & M. de la
Lauziere prononcerent leur Diſcours de réception
, auxquels M. Seimandi répondit ; & Μ.
de Villeneuve fit la lecture d'une differtation
fur les Troubadours .
L'Académie propoſe de nouveau , pour ſujet
des prix de 1788 , quels sont les eſpeces de
Vers marins qui attaquent les Navites dans les
( 180 )
ports de la Province , & quelle ſcroit la mé
thode de les en préſerver ; 2°. Si la plante appellée
vulgairement , Barbe de Renard, connue
des Botaniſtes , ſous le nom de TragacanthaMalfilienfis
, eſt la même que celle qu'on cultive
dans le Levant , pour en extraire la gomme
adragant , & quelle ſeroit la maniere de la culriver
avec ſuccès , pour en extraire cette
gomme.
Et pour l'année 1789 , quels sont les moyens
d'étendre & de perfectionner la culture du
Kali en Provence , d'en extraire la foude , &
quels font les terrains les plus propres à cettе
culture.
Les Mémoires doivent être adreſſés en double
copie avant la fin de Décembre , à M. Bertrand,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , rue du
Thubaneau . Les Auteurs doivent affranchir le
port , & éviter de ſe faire connoître.
Suite du Traité de Commerce entre la France
&la Russie.
Sa Majesté Très -Chrétienne , pour contribuerde
ſon mieux à l'extenſion du commerce
&de la navigation directe des ſujets de Sa Majesté
Impériale dans les Etats de ſa domination , leur
accorde encore les avantages fuivans : 1 °. Les fers
de Ruffie en bares ou en aſſortiment , lorſqu'ils
feront importés ſur des vaiſſeaux François ou Rufſes
, ne feront afſujettis qu'aux mêmes droits que
paient ou paieront les fers de la Nation Européenne
la plus favoriſée. 2°. Les fuifs en pain , &
3º. les cires jaunes & blanches , en balles & en
grain , venant de Ruffie , jouiront d'une diminuzion
de 20 pour 100 fur les droits d'entrée que
paient
( 181 )
paient aujourd'hui en France les ſuſdites denrées
par le tarif actuel. Il eſt entendu que cette diminution
n'aura lieu que lorſque ces denrées ſeront
tranſportées ſur des navires François ou Ruſſes.
En compenſation de cet avantage , Sa Maj . l'Impératrice
de Ruffie accorde , 1°. que tous les vins
de France , hors ceux de Bourgogne & de Champagne,
qui feront importés en Ruſſie par les ports
de la mer Baltique & de la mer Blanche , ſur des
navires François ou Ruſſes ,&, pour le compte
des ſujets reſpectifs , y jouiront d'une diminution
detrois roules de droits d'entrée ſur chaque oxhofft
ou barique de deux cents quarante bouteilles
, de maniere qu'au lieu de quinze roubles ,
qu'en vertu dutarifgénéral, ces vins ont payéjufqu'ici
par oxhoffe , ils ne paieront à l'avenir que
douze roubles ; & lorſque ceſdits vins entreront
en Ruſſie par les portsde la mer Noire , & fous
la même condition d'être propriété Françoiſe our
Ruffe , & chargés ſur des navires appartenans à
l'une ou à l'aurre Nation , ils jouiront , outre la
diminution ſuſdite , du bénéfice de 25 pour 100
que le tarif général accorde pour l'encouragementdu
commerce des poris de la mer Noire , &
parconféquent les droits d'entrée de ces vins y
feront réduits à neufroubles par oxhofft ; il s'erſuit
qu'auſſiot que les vins en queſtion cefferont
d'être propriété Françoiſe ou Ruſſe , ou qu'ils ſeront
importés dans les ports de Ruſſie for des navires
étrangers , ils ne pourront plus participer
auxavantagesſuſmentionnés, mais ils ſeront ſtricxement
aſſujettis au tarif. 2°. Les vins de Champagne&
deBourgogne jouirontd'une diminution
dedix
copecks par bouteille de droits d'entrée
dans les ports de la mer Baltique & de la mer
Blanche ; de forte que le premier de ces vins, qui,
d'après le tarif général , a payé juſqu'ici 60 co-
N°. 25 , 23 Juin 1787. i
:
( 182)
pecks par bouteille , ne paiera plus que so copecks
,& l'autre ſera porté de 50 à 40 coperks
parbouteille. Il fera , outre cela , accordé à ces
yins , en lus de ladite diminution , le bénéficede
25 pour com pour les ports de la mer Noire ,
moyennant lequel les droits d'entrée pour la
Champagney feront réduits à 57 & demi copechs
par bouteille ;& ceux deBourgogne à 30 copecks
par bouteille: dans l'un toutefois comme dans
P'autre cas , cette importation ſe fera également
furdes navi es François ou Ruſſes , & pour le
compte des ſujets reſpectifs ; puiſque , fi ces vins
n'étoientpas de la propriété de l'une ou de l'autre
Nation , ou qu'ils fuſſent importés ſur des navires
étrangers , ils feront abfolument ſoumis au tarit
général. 3º. Les ſavons de Marseille, que les fu
jetsFrançois importerontdans les EtatsdeRuffie,
jouiront pareillement d'une diminution de
droits; de forte qu'au lieu de 6 roubles par poud
qu'ils ont payés juſqu'à préſent , ils ne feront plus
Loumis qu'à la même taxe que paient actuellement
les pareils de Veniſe & de Turquie, ſavoir un
rouble par poud.
1. Le but des Hautes-Parties contractantes ,
enaccordant les avantages fiipulés dans les articles
précédens 10 , 11 & 12 , étant uniques
ment d'encourager le commerce & la navigation
directs entre les deux Monarchies , leş
sujets reſpectifs ne jouiront deſdites prerogatives
& exemptions , qu'à condition de prouver
la propriété de leurs marchandises par des certificats
en due forme , & les deux Puiſſances
contractantes s'engagent réciproquement à pu-
Mier , chacune de ſon côté , une défenſe expreſſe
à leurs ſujets d'abuſer de ces avantages ,
en ſe donnant pour propriétaires de navires ou
de marchandises qui ne leur appartiendroient
( 183 )
pas , ſous peine à celui ou à ceux qui auroient
ainſi fraudé les droits , en prétant leur nom à
quelque au re négociant étranger , d'être traités
ſelon la rigeur des loix & réglemens émanés à
cet égard dans les Etats reſpectifs.
14°. Pour conſtater la propriété Ruſſe des
marchandiſes importées en France , on devra
produire des certificats de Confuls - généraux ,
Confuls ou Vice-confuls de France , réſidans en
Ruſſie , rédigés en due forme; mais ſi le navire a
fait voile d'un port où il n'y ait pas de Confulgénéral
,Conful ou Vice-conful deFrance, on fe
contentera d'un certificat de la Douane ou du
Magiſtrat du lieu d'où le navire aura été expédié.
Leſdits Confuls- généraux , Confuls ou Viceconfuls
ne pourront rien exiger au --delà d'un
rouble pour l'expédition , ſoit d'un tel certificat
, ſoit d'un acquit à caution ou autre document
néceſſaire. Pour conſtater pareillement la
proprieté Françoiſedes marchandises importées
en Ruffie , on devra produire des certificats en
dûe forme des Confuls- généraux , Confuls ou
Vice- contuls de Ruſſie refidans en France ; mais
ſi le navire a fait voile d'un port où il n'y ait.
pas de Conful-général , Conful ou Vice-conful
deRuffie , on ſecontentera de pareils certificats ,
foit du Magiſtrat du lieu , ſoit de la Douane ou
detelle autre perſonne prépoſée à cet effet. Les
Confuls-géneraux , Confuls ou Vice- confuls de
Ruſtie en France , ne pourront rien exiger audelà
de la valeur d'un rouble réduit en monnoie
de France , pour l'expédition d'un tel
certificat ou autre document de cette eſpèce.
15°. Les Hautes-Parties contractantes comviennent
que leurs Confuls-généraux , Confuls
on Vice-confuls , négocians & marchands qui
ne feront point naturaliſés , jouiront récipres
2
( 184 )
quementdans lesdeuxEtatsdetoutes les exemp
tions d'impôts & charges perfonnelles dontjouifſent
ou jouiront dans les mêmes Etats les Conſuls-
généraux , Confuls ou Vice- confuls ; négocians
& marchands de la Nation la plus favorifée,
Les ſujets reſpectifs qui obtiendront des lettres
de naturalité ou le droit de bourgeoiſie , ſoit en
France , ſoit en Ruſſie , feront tenus à ſupporter
les mêmes charges& taxes impoſées ſur les ſujets
nésde l'Etat , attendu qu'ils jouiront auſſi d'une
parfaite égalité d'avantages avec ceux-ci.
16°. Les Nations qui font liées avec la Françe
pardes Traités de commerce , étant affranchies
du droit d'aubaine dans lesEtats de Sa Majefté
Très-Chrétienne,elle conſent que les ſujetsRuffes
ne ſoient pas réputés aubains en France ,& con.
ſéquemment ils ſeront exempts dudroitd'aubaine
ou autre droit ſemblable , ſous quelle dénominationqu'il
puiſſe être; ils pourront librement difpoſerparteſtament
, donation ou autrement , de
leurs biens meubles & immeubles , en faveur de
telles perſonnes que bon leur ſemblera , & lefdits
biens délaiſſés par la mort d'un ſujet Rufſe ,
ferontdévolus ſans le moindre obſtacle à ſes héritiers
légitimes par teſtament ou ab inteftat , ſoit
qu'ils réſident en France ou ailleurs , ſans qu'ils
aient beſoin d'obtenir de lettres de naturalité ,
&ſansque l'effet de cette conceſſion puiſſe leur
être conteſté ou empêché , ſous quelque prétexte
que ce ſoit. Ils feront également exempts du droit
de détraction ou autre de ce genre , auſſi longtems
qu'il n'en fera point établi de pareils dans
Les Etats de Sa Majesté l'Impératrice de routes
lesRuffies. Les ſuſdits héritierspréſens, ainſi que
les exécuteurs teftamentaires , pourront ſe mettre
en polletion de l'héritage dès qu'ils auront léga
( 185 )
lement fatisfait aux formalités preſcrites par les
loix de Sa Majesté Très- Chrétienne , & ils difpoſeront
, felon leur bon plaifir , de l'héritage
qui leur ſera échu , après avoir acquitté les autres
droits établis par les loix & non déſignés
dans le préſent article.
Mais ſi les héritiers étoient abſens ou mineurs ,
&parconféquent hors d'état de faire valoir leurs
droits , dans ce cas , l'inventaire de toute la fucceffion
devra être fait ſous l'autorité des jugesdu
lieu par unNoraire public , accompagné duConful
ou Vice- conful de Ruffie , s'il y en a un dans
l'endroit , & ſous l'inſpection du Procureur da
Roi ou du Procureur- fiſcal , & s'il n'yavoit pas de
Conful ouVice-conful dans l'endroit, on appellera
comme témoins deux perſonnes dignes de foi.
Après ce préalable , la ſucceſſion ſera déposée
entre les mains da Conful ou Vice-conful , ou
à ſon défaut , entre les mains de deux perſonnes
déſignées par le Procureur du Roi ou le Procureur-
fiſcal , afin que le ſdits biens foient gardés
pour les légitimes héritiers ou véritables propriétaires
.En cas qu'il yait des mineurs , & qu'il
ne le préſentat en France aucun parent qui pûc
remplir par proviſion la turèle ou curatelle ,
elle fera confiée au Conful ou Vice- conful de
Ruffie , ou à fon défaut , àune perſonne défignée
par le Procureur du Roi , ou le Procureurfiſcal
, juſqu'à ce que les parens du defunt aient
nommmé un tuteur ou curateur ; dans le cas
où ils'éleveroit des conteſtations ſur l'héritage
d'un Ruffe mort en France , les tribunaux du
lieu où les biens du défunt ſe trouveront , devront
juger le procès ſuivant les loix de la
France.
Quoique les Ruſſes doivent jouir en France
detous les droits attachés à la propriété, demême
iz
( 186 )
que les François , & l'acquérir par les mêmes
voies légitimes , fans avoir beſoin de lettres de
naturalicé pendant le tems de leur ſéjour dans
le Royaume , ils ne pourront néanmoins, conformément
aux loix établies pour les étrangers, poffeder
aucun office, dignités, bénéfices, ni remplir
aucune fonction publique, à moins d'avoir obtenu
des lettres - patentes à ce néceſſaire , dûment
enregiſtrées dans les Cours ſouveraines du
Royaume.
Bien que le droit d'aubaine n'exifle pas en
Rullie , Sa Majesté l'Impératrice de toutes les
Ruffies , afin de prévenir tout doute quelconque
à cet égard , s'engage à faire jouir , dans toute
L'étendue de ſon Empire , les ſujets du Roi Très-
Chrétien d'une entiere & parfaite réciprocité ,.
relativement aux ftipulations renfermées dans
le préſent article.
17°. Pour prévenir les fraudes des droits de
douane, ſoit par la contrebande , foit de quel-,
qu'autre maniere , les Hautes-Parties contrac-.
tantes conviennent réciproquement , que , pour
tout ce qui regarde la viſite des navires matchands
, les déclarations des marchandises , le
tems de les préſenter , la maniere de les vérifier
, & en général pour tout ce qui concerne les
précautions à prendre contre la contrebande &
les peines à inftiger aux contrebandiers , l'on
obſervera , dans chaque pays , les loix , réglemens&
coutumes qui y ſont établis ou qu'on y
établira à l'avenir. Dans tous les cas fufnentionnés,
les deux Puiſſances contractantes s'engagent
réciproquement à ne pas traiter les ſujets
reſpectifs avec plus de rigueur que ne le font
leurs propres ſujets lorſqu'ils tombent dans les
mêmes contraventions.
18°. Lorſque les navires François ou Ruſſes ,
( 187 )
feront obligés , ſoit par des tempêtes , ſoit pour
ſe ſouſtraire à la pourſuite des ennemis ou de
quelque pirate , ou enfin pour quelqu'autre acci
deat , de ſe réfugier dans les ports des Etats refpetits
, ils pourront s'y radouber , ſe pourvoir
de toutes les choſes néceſſaires , & ſe inettre en
mer librement , ſans ſubir la moindre viſite , ni
payer aucuns droits de douane ni d'entrée , excepté
ſeulement les droits de fanaux & de ports ,
pourvu que , pendant leur ſéjour dans ces poris ,
on ne tire aucunes marchandiſes deſdits navires ,
encore plus , qu'on n'expoſe quoi que ce foit
en vente ; mais fi le maître ou patron d'un tel
navire jugeoit àpropos de vendre quelque marchandise
, il ſera tenuà ſe conformer aux loix ,
ordonnances & tarifa de l'endroit où il aura
atordé.
19°. Les vaifſſeaux de guerre des deux Puiffances
contractantes trouveront également dans les
Etats reſpectifs , les rades , rivieres , ports &
havres ouverts , pour entrer ou fortir , demeurer
à l'ancre tant qu'il leur ſera néceſſaire , fans
fubir aucune vifite , en ſe conformant aux loix
générales de police , & à celles des bureaux
de ſanté établis dans les Etats retpectifs . Dans
les poris fortifiés des villes où il y a garniſon ,
il ne pourra pas entrer plus de cinq vaſſeaux de
guerre à la fois , à moins qu'on ait obtenu la
permiffion pour un plus grand nombre. On faci
litera auxdits vaiſſeaux de guerre les moyens d'e
ſe ravitailler & radouber dans les ports refpec
tifs , en leur fourniſſant les vivres & rafraichif
ſemens au prix courant , francs & libres de
droits de douane , ainſi que les agrès , bois ,
cordages & apparauxqui leur ferort néceſſaires ,
au prix courant des arfenaux des Etns refpec.
14
(188 )
ifs, autant que le beſoin preffantde l'Etat n'y
mettra point un obſtacle légitime.
20°. Les Hautes- Parties contractantes , pour
éviter toutes les difficultés auxquelles les différens
pavillons & les différens grades des Officiers
donnent lieu , lorſqu'il eſt queſtion des
faluts en mer ou à l'entrée des ports , ſont convenues
de déclarer qu'à l'avenir les faluts n'auront
plus lieu ni en mer, ni à l'entrée des
ports , entre les vaiſſeanx des deux Nations ,
de quelque eſpece qu'ils foient , & quelque
foit le grade des Officiers qui les commanderont.
21 ° . Aucun vaiſſeau de guerre d'une des Puiffances
contractantes , ni perſonne de ſon équipage
, ne pourra être arrêté dans les ports
de l'autre Puiſſance. Les commandans defdits
vaiſſeaux devront s'abstenir crupuleusementde
donner aucun aſyle for leur bord aux déferteurs
, contrebandiers, fugitifs quels qu'ils foient,
criminels ou ma faiteurs , & ne devront faire
aucune difficulté de les livrer , à la réquifition
du Gouvernement .
22°. Aucun bâtiment marchand des ſujets refpectifs
, ni perfonne de ſon équipage , ne pourra
être arrêté , ni les marchandiſes ſaifies dans les
ports de l'autre Puiſſance , excepté le cas de faifie
ou d'arrêt de juſtice, ſoit pour dettes perſonnelles
contractéesd ans le pays même par les proprié- ,
taires du navire ou de ſa cargaiſon , ſoit pour
avoir reçu à bord des marchandiſes déclarées.
contrebande par le tarif des douanes , ſoit pour
y avoir récélé des effets qui auroient été cachés
par des banqueroutiers ou autres débiteurs , au
préjudice de leurs créanciers légitimes , ſoit pour
avoir voulu favoriſer la fuite ou l'évation de
quelque déſerteur des troupes de terre ou de
( 189 )
mer , de contrebandiers , ou de quelqu'autre individa
que ce ſoit qui ne ſeroit pas muni d'un
paſſeport légal , de tels fugitifs devant être remis
auGouvernement , auſſi bien que les criminels
qui auroient pu ſe réfugier ſur un tel
navire ; mais le Gouvernement , dans les Etats
reſpectifs , apportera une attention particuliere
à ce que leſdits navires ne ſoient pas retenus
plus long -tems qu'il ne ſera abſolument néceffaire.
Dans tous les cas ſuſmentionnés , ainſi
qu'à l'égard des délits perſonnels , chacun ſera
foumis aux peines établies par les loix du pays où
le navire & l'équipage auront abordé , & l'on y
procédera ſelon les formes judiciairos de l'endroit
où le délit aura été commis .
23°. Si un matelot deſerte de fon vaiſſeau , il
ſera livré à la réquisition du maître ou patron de
l'équipage auquel il appartiendra , & en cas de
rebellion , le propriétaire du navire ou le patron
de l'équipage pourra requérir main- forte pour.
ranger les révoltés à leur devoir, ce que leGouvernement
, dans les Etats reſpectifs , devra s'empreſſer
de lui accorder, ainſi que tous les ſecours
dont il pourroit avoir beſoin pour continter fon
voyage ſans riſque& fans retard.
24°. Les navires de l'une des Hautes-Parties
contractantes ne pourront , ſous aucun prétexte,
êtrecontraints, en tems de guerre, de ſervir dans
les flottes ou eſcadres de l'autre , ni de ſe déchargerd'aucun
tranſport.
25°. Les vaiſſeaux François ou Ruſſes , ainſi
que leur équipage , tant matelots que paſſagers ,
foit nationaux , ſoit même ſujets d'une Puffance
étrangere , recevront , dans les Etats refpectifs ,
toute l'aſiſtance & protection qu'on doit atrendre
d'une Puiſſance mie ; & aucun individu ,
appartenant à l'équipage deſdits navires , non
is
( 190 )
plus que les paſſagers , ne pourra étre forcé
d'entrer malgré lui , au ſervice de l'autre Puif.
ſance; ne pourront cependant, reſter à l'abri de
cette derniere franchiſe , les ſujets de chacune
des deux Puiſſances contractantes qui fe trouveront
à bord , appartenans à l'autre; leſquels ſujets
elles feront toujours libres de réclamer.
La fin à l'ordinaire prochain.
Les Payeurs des Rentes, 6derniers mois
de 1786 , font à la lettre M.
Les Numéros fortis au Tirage de la
LoterieRoyale de France, le 16de ce mois ,
font : 56, 88 , 32 , 57 & 84.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 14 Juin.
Dans l'incertitude des conféquences qui
pourront ſuivre les derniers événemens furvenus
dans nos provinces , il importe de recueillir
tous les actes publics qui y ſont relatifs.
L'un des plus intéreſſans de ces Actes
eſt ladépêche envoiée aux Etats de Brabant
le 30 Mai , à onze heures du ſoir , par laquelle
leGouvernement a conſenti à toutes
les demandes qui ont occaſionné un mouvenent
général. En voici la teneur.
Marie-Christine,&c. Albert-Casimir , &c. Lieutemans
, Gouverneurs & Capitaines généraux des
Pays-Bas , &c. &c. &c.
« Très- Révérends , Révérends Peres en Dieu,
nobles , chers & bien amés , fur la reprefen(
191 )
tation de ce jour que vos députés nous ont
remife ,nous vous déclarons que quant à votre
demande de tenir en ſurféance abfolue & parfaite
, fans limitation ni exception quelconque ,
toutes les diſpoſitions contraires , directement
ou indirectement , à la joyeuse entrée ou aux
droits , franchiſes , privileges , chartres , coutumes
, uſages , & autres droits quelconques ,
publics ou particuliers : que de plus , les infractions
y faites ſeront , ſans limitation ni exception
quelconque , inceſſamment redreſſees
& miſes dans le même état , comme elles ont
été d'ici depuis deux cens ans : en outre que
nous déclarions que nous nous confions pleinement
que S. M. confirinera ſans réſerve la
déclaration que nous ferions à ce ſujet , nous
vous accordons entierement cette demande.
>>>Quant à la demande que vous nous faites,
d'éloigner de notre conſeil les perſonnes fufpectes,
fur leſquelles tombent , ſelon vorre repréſentation
, l'indignation publique , nous vous
accordons encore cette demande , vous chargeant
de nous préſenter les griefs que vous
croyez avoir à ce ſujet, & vous prévenant , au
furplus , que nous dirigerons immédiatement
par nous mêmes toutes les affaires quelconques
du Gouvernement.
>>Quant à l'objet du dernier article de votre
repréſentation , tendant à ce que nous ordonnions
abſolument que le Miniſtre ſaſſe voir le
pouvoir que S. M. lui auroit donné pour faire
les changemens relatifs aux infractions & bouleverſemens
du pate conſtitutionel , nous vous
déclarons , avec toute la ſincérité dont nous
ſommes capables , & dont vous devez être bien
convaincus , que ces changemens , qui cefTent
abſolument maintenant ,n'ont été faits qu'en
i6
( 192 )
vertu des intentions & ordres de Sa Majesté
qui nous ont été adreſſés & notifiés , & nommément
en vertu de deux diplômes en date du
premier Janvier 1787 , deſqueiles on vous montrera
, lorſque vous le déſirerez , comme aux
Syndics des Nations , les originaux mêmes , de
maniere que le Miniſtre n'a eu , ni dû avoir ,
aucun autre pouvoir à cet égard.A tant très-
Révérends , Révérends Peres en Dieu , nobles,
chers & bien amés , Dieu vous ait en ſa fainte
garde. De Bruxelles , le 30 Mai 1787. Paraphé
Cr. Vt. ſigné, Marie & Albert. Plus bas étoit
par ordonnancede leurs AlteſſesRoyales , contreſigné
de Reul.
Il n'eſt pas inutile de préſenter ici la marche
de cette réſiſtance des Provinces Belgiques.
Le 26 Avril , les Etats ſe bornerent à
demander une introduction légale des nouveaux
Tribunaux , & propoſerent dans ce
but un plan de conciliation. Le lendemain
ce plan fut agréé par L. A. R. Dans leurs
remontrances du 30, les Etats firent d'ultérieures
objections , & requirent la ſuſpenfion
des Tribunaux ; une dépêche du 7 Mai
la leur accorda. Le 30 Avril , Pautorité des
Capitaines de Cercles fut reſtreinte par le
Gouvernement : on voulut davantage; une
déclaration du 16 Mai fatisfit aux defirs des
Etats. Nouvelles remontrances plus fortes;
&le 28 , ces Intendances furent totalement
fupprimées. Enfin le 30 Mai , encouragés
par tant de conceſſions , les Etats
exigerent la révocation générale de tous les
actes du Souverain ; nous avons vu com(
193 )
4
ment & à la ſuite de que's incidens , ces
dernieres prétentions ont été fatisfaites.
Voilà donc la cohue des Avocats , Procureurs
, Notaires , gens de chicane rétablis
avec les anciens Tribunaux , & la nouvelle
procédure, qui tendoit à économiſer les procès
, la bourſe & le temps des plaideurs ,
anéantie : les Evêques diſpenſés de la fubor.
dination ſouveraine pour l'exécution de
leurs Mandemens , les Confrairies , les Proceffions
, les Dédicaces diſpendieuſes rérablies;
ainſi que les Abbaies & les Couvens ,
dont la ſuppreſſion , combinée avec celle
des gens de robe, a puiſſamment contribué
au foulevement général dont nous avons
été témoins.
La nuit du 28 au 29 du mois dernier , il
s'éleva une émeute violente à Amſterdam ,
dans laquelle les deux partis en vinrent aux
mains. Il y eut pluſieurs morts & blefſés
, vingt - huit à trente maiſons ſaccagées
, entr'autres celles des Bourguemeftres
Beels & Rendorp. On a ſauvé celle du
Bourguemeſtre Dedel qui étoit déjà aſſaillie.
Quelques-uns des ſéditieux pris dans cette
rencontre ont été exemplairement punis .
S. A. S. le Stathouder a adreſſé aux Etats
Généraux une Déclaration rendue publique
, dans laquelle le Prince ſe plaint avec
amertume de la conduite des Erats de Hollande
à fon égard, rappelle les événemens
qui ont uni les Etats de Gueldres & d'U-
1
( 194 )
trecht , redemande le commandement de
la Haye , & invite les Provinces ainſi que
lés Régens , à concourrir avec lui au rétabliſſement
des droits de l'Union , de la concorde&
de la proſpérité dans la République.
Ce Prince eſt arrivé à Amersfoort le 9
dece mois, pour inſpecter les troupes qui y
ſont campées , & a liégé aux Etats .
Le Conſeil -d'Etat a propoſé aux Etats-Géné
raux unplande conciliation . Les points préliminaires
font , que la Province de Hollande
retire ſa protection à la ville d'Utrecht , &
rappellera toutes les troupes qu'elle a déja fait
paſſer ſur ſon territoire; que la Gueldre & les
Etats d'Utrecht , retireront , huit jours après ,
leurs troupes & les feront rentrer en Gueldre ;
que Ja Hollande ordonnera auſſi aux Auxiliaires
de quitter Utrecht , & que les Erats Généraux
feront médiateurs & garants de l'accommodement.
Cette propoſition a été priſe
ad Referendum par toutes les Provinces . (Gaz.
d'Amsterdam , Nº. 46 ) .
,
Les troupes mal intentionnées , qui forment
le cordon de la province de Hol .
lande ont preſque levé l'érendard de la
rébellion ; les régimens qui ſont dans
des villes ou forts fur la frontiere , ont
déja déclaré ne vouloir obéir qu'aux Etats-
Généraux , & ſe moquent formellement des
ordres des Etats de Hollande. Pluſieurs
Officiers démis , caffés & déja remplacés par
d'autres , que les Etats de Hollande avoient
déja nommés , font revenus à leurs Réginens
, depuis la publication du Manifeſte
!
1
1
--
(195 )
du Stathouder , & ont repris leur rang &
leur ſervice , en chaſſant ceux qu'on avoit
nommé à leur place. ( Gazette d'Amſterdam ,
n°. 46.)
Les Officiers des Gardes Hollandoiſes ,
Infanterie , ayant été ſommés par ordre des
Etats de Hollande , de s'expliquer clairement
fur leur diſpoſition actuelle à obéir ,
ou à ne pas obéir aux ordres qui leur ſeront
donnés de la part de L. N. & G. P.;
ſept ſeulement ont répondu être fideles aux
Etats de Hollande, tous les autres 'ont demandé
du temps pour s'examiner & pour
répondre. ( Idem. )
Ileſt partid'Amſterdam un détachement
de 300Bourgeoisarmés ,diviſés ens Compagnies
, ayant tous leurs Officiers &Bas-
Officiers , commandés par le Capitaine de
Wilde , en qualité de Lieutenant - Colenel
, pour ſe rendre à Muyden, petite vil'e
à trois lieues d'Amſterdam , place importante
à cauſe des Ecluſes , au moyen defquelles
on pourroit inonder notre ville. II
eſt pareillement forti de Harlem un détachementde
cent-cinquante Bourgeois, pour
ſe rendre à Nieuwerſluis , às lieues de Harlem,
afin d'y tenir auſſi garnison , & po'r
la même raiſon qu'à Muyden, Ces deux places
ſont ſur le cordon Hollan lois ; mais a
désobéifſſance de quelques Régimens &la
mauvaiſe intention de quelques aitres ont
néceſſité ces précautions. ( Gazette d'Amfterdam
, nº. 47.)
( 196 )
Les Etats de Hollande ont écrità tous
les Régimens à leur folde,de même qu'aux
bataillons & compagnies détachées auffi à
leur folde , de partir ſur le champ pour ren
trer en Hollande, ſous peine d'être caffés
comme déſobéiſſans. [ Idem. ]
Résolution de Leurs Hautes Puissances , les
Etats Généraux , du 8 Juin .
>>Que tous les Officiers & foldats qui
>>> auront obſervé les ordres &le ferment
» de L. H. P. , & qui s'y conformeront à
>> l'avenir , peuvent s'en rapporter à la pro-
>>>tection de L. H. P. , & à la continuation
>> de la paie de leurs gages & foldes , à l'é-
>> chéance des jours fixés , pour le compre
>> de la Généralité , & qu'il ſe fera uns né-
>>gociation de deux cent mille florins , proviſionnellement
pour le compte des Pro-
>>>vinces de Gueldres , Utrecht & Frife ,
>> ſous la garantie de L. H. P. , fans aucune
>> charge pour la province de Zélande .
: >> Arrêtée & réſolue par la Gueldre , Zé-
>> lande , Utrecht & la Frife.
Les Etats de Gueldres & d'Utrecht ont
réſolu d'accorder aux troupes qui ſe trouvent
dans leurs provinces, une augmentation
de 12 fols de ſolde par ſemaine , à :
compter du 4de ce mois.
Les Députés de la ville d'Amſterdam ont
fait le 7 aux Etats de Hollande la propoſition
ſuivante :
«Qu'il soit nommé une Commiffion , com-
1
( 197 )
> poſée d'un petit nombre de Membres de cetre
>Aſſemblée , ne paſſant pas le nombre de cing ,
>> en y joignant deux des Membres du Confeil.
Député , réſidant à la Haye , ainſi qu'une Per-
>>> ſonne capable , dûment à ce ſalariée , en qua-
➤lité de Secrétaire , au choix de ces Commif-
>> ſaires , & d'accorder, à cette Commiſſion des
>> pouvoirs affez amples , pour les mettre à même
,
de prendre & de faire exécuter des meſures
>efficaces & telles qu'elles jugeront les plus
>> propres à repouſſer toutes attaques contre cette
> Province & la ville d'Utrecht , & à faire
>> échouer toutes les ma hinations ſecreates ou
>> publiques de leurs Ennemis ou de ceux de
« leurs Confédérés ; avee qualification ulté-
>>rieure d'affigner , pour exécuter efficacement
>>& ſans délai toutes ces meſures , telles Per-
>> ſonnes qu'ils y jugeront propres ; d'em-
>>>ployer à cet effet l'argent de la Province; de
>> récompenfer ceux d'entre les Militaires , qui
>> ſe diftingueront parmi les autres en zele & en
obéiſſance aux ordres du Souverain , & à
-ceux de ladite Commiſſion; enfin à prendre
au Service & à la Solde tels Corps de Volontaires
parmi les Bourgeoiſies & les Affocia-
>>>tions des Villes , & du Plat-Pays de Hollande ,
>> qui voudront ſe laiſſer employer au ſervice
>> de la chere Patric , & à la défenſe des Con-
>> fédérés :
: > Qu'afin d'être de la plus grande utilité pofeſible
pour le ſervice de la Patrie , &de faire
>> (ortir à ſes ordres la plus prompte expédition ,
>> la ſuſdite Commiſſion devroit fiéger dans le
>> Cordon méme , ou près de l'endroit où ſiege
le Commandant en chef de la Milice de cette
>>>Province : Que de plus , elle devroit tenir
>> correſpondance avec la Commiſſion perfon
( 198 )
-nelle , établie par réſolutionde L. N. & Gr
>> Puiſſances le 6 Septembre 1786 , & réſidant à
la Haye , & agir de concert avec elle : Qu'enfin
cette Commiffion ne ſera pas tenue de
» donner ouverture préalable de ſes délibérastions
ni réſolutions , mais qu'il ſuffira , qu'a-
>> près les avoir effectuées , elle en fafle rapport
à l'Affemblée de L. N. & Gr. Puiſſances ,
>>lorſque le ſecret des affaires le permettra : le
>> Vénérable Conſeil autoriſant d'ailleurs fes Dé-
>> putés au nom de la Ville , de faire la ſuſdite
>> Propoſition , le plutôt poſſible , & d infifter le
>> plus fortement qu'ils pourront ſur une promp-
>>>te conclufion , en déclarant , qu'il ne veut
>> pas être re ponſable des ſuites préjudiciables
»& funefes , que le délai des délibérations fur
>cette Propofition, ſa rejection , ou fon affi-
>>bliſſement pourroit entraîner pour la chere Pa-
>>trie , pour ſa Liberté , & pour les Citoyens
>> qui reſpectent le Gouvernement ». (Gazette
de Leyde , No. 47 ) .
Les villes de Dordrecht, Harlem, Leyde ,
Rotterdam, Schiedam, Schoonhoven , Alck -
maar', Monnikendam & Purmerend ont
accédé fur le champ à cette propoſition .
L'Ordre Equestre , Delft , la Brille , Gouda ,
Gorcum , Hoorn , Enckuifen , Edam & Medenblick
ort refuſé de s'expliquer tout de
fuite : on leur a donné le reſte de la ſemaine
pour ſe décider; mais leur refus n'empêchera
pas que la réſolution ne ſoit prefe
puiſqu'elle a en ſa faveur 10 voix afſurées.
Les Etats Généraux & le Conſeil d'Etat
aſſemblés à l'ext aordinaire , Dimanche dermier,
10 de ce mois, ont pris la réfolution
(199)
de ſuſpendreleGénéral vanRyffelqui commande
les troupes de la province de Hollande
, de ſa commiffion & fonctions de
Général Major , lui interdiſant tout.commandement
, ſous peine de caſſation & de
pourſuite criminel'e. Défenſe à tous Officies
& Commandans d'obéir à aucun ordre
de ce Général .
La ville d'Utrecht ayant convoqué pour
le 11 une aſſemblée d'Etats dans ſon ſein ,
ſous promeſſe d'une ſauve-garde envers les
membres qui voudroient s'y rendre , cette
aſſemblée a eu lieu le jour nommé. Il s'y
eſt trouvé deux membres da premier Ordre
, l'ancien Clergé, le ſeul Comte de
Boërzelaar pour la Nobleſſe , dix membres
de la nouvelle Régence d'Utrecht , & deux
de chacunedes villes de Montfoort &Wyck.
Le Comtede Boëtzelar y a déclaré, au nom :
de l'Ordre Equestre, qu'ils rega doient unanimement
cette afſſemblée comune illegit me
& nulle; après quoi ils'eſt levé & a quitté la
falle.
>> La premiere procédure faite par la Pré-
>>vôté de Troyes contre les condamnés de
>>>Chaumont , écriton de Paris , ayant été
>>>demandée par le Conſeil du Roi , vient
>>>d'être remiſe au Rapporteur; & on croit
>> que vers la fin de ce mois cette grande
>>affaire ſera jugée au Conſeil. Le Mémoire
>>de M. Dupaty eſt devenu public; & l'opi-
>> nion commune eſt que la Requête en
>> caſſation des Condamnés ſera admife,
(200 )
>>Nous avons déja parlé , dit une autre
>> lettre de Paris , de la réclamation preſque
>> univerſelle de tous les Banquiers de l'Eu-
>> rope, contre le Jugement de la Commif-
>>fion du Châteler , dans 'affaire des Let-
>> tres de - change , falſifiées & tirées ſur
>>MM. Tourton& Ravel. Ce Jugement ,
>>d>iſoient les Banquiers, mettoit les Banquiers
les plus honnêtes à la merci du
> premier faufſaire. Un Mémoire au Roi
>>>qui vient d'être publié par eux , & rédigé
>>>par M. de Mirbeck , Avocat aux Conſeils ,
>>>expofe les morifs de cette réclamation.
>> On avoit dit déjà que fi la Commiſſion
>>>avoit jugé dabord les falfifications , on
>>>auroit tiré de grandes lumieres de la pro-
>> cédure faire à cet égard ſur lesvéritables
>> auteurs du fax, &que le Jugement ſub-
>>>ſéquent de la validité des lettres furchargées
, auroit une bale plus certaine. Le
>>Mémoire dont nous parlons conclut à ce
>>>que le Jugement de la Commiſſion ſoit
>>>réformé pour l'utilité & la sûreté générale
>>>de la Banque & du Commerce.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres.
Quoiqu'on ne parle en public àVienne , des affaires
du Pays- Bas , qu'avec la derniere prudence,
il eſt certain que les Miniſtres en ſont très-a'larmés.
L'on apprend que L. A. R. les Gouver .
neurs généraux ayant eu des raiſons ſumſantes
pour prêter l'oreille aux remontrances des Etats
duBrabant, leur ont ordonné que , d'après une
( 201 )
ſi favorable réponſe , ils devoient ſe ſéparer ;
mais que les ſuſdits Etats avoient répondu ,
qu'ils demeureroient aſſemblés juſqu'à ce que
l'Empereur lui-même leur eût donné les aſſurances
qu'ils exigent , & qu'en attendant ils ne
permettroient pas qu'on levât aucune impoſizion.
L'on débite de plus , que les fuſdits Etats
s'étoient adreſſés aux Rois d: France & de
Suéde , comme garants de la paix de Westphalie
, en réclamant leurs priviléges , de même
auſſi au Roi de Pruſſe , offrant , à ce qu'on dit ,
de ſe joindre à la confédération Germanique.
Cependant , quoi qu'il en ſoit, il eſt certain que
l'on a fait demander aux Régimens de notre
Garnison , s'ils pourroient faire revenir , dans
l'eſpace de deux ou trois jours , les ſoldats qui
font en ſémeſtre , & les mettre en état de marcher.
(Gazette dee laHaie).
«Les ordres qui ſont émanés depuis quelques
jours de la Chancellerie de guerre à Vienne
, intriguent beaucoup nes politiques. Suivant
ces ordres , il eſt enjoint à tous lesRégimens
cantonnés en Hongrie & en Autriche
de ſe tenir prêts à marcher au premier ſignal ;
on dit même que ceuxde Cavalerie , en Hongrie
, ont eu ordre de ſe pourvoir de tous
Jes chevaux dont il pourroient avoir beſoin
en pareil cas. Des munitions & provifions de
toute eſpece , qu'on ramaſſe dans quelques provinces
, fourniſſent encore matiere à divers raiſonnemens.
( Courrier du Bas Rhin , No. 45 ),
Mercredi au foir , un petit bateau ponté arriva
près de Waterford; pluſieurs jeunes gens& Demoiſelles
de Bristol , qui avoient voulu faire un
diné en mer , s'étoient embarqués dans ce port
avec des proviſions pour un repas; ils ont été
obligés de jeûner pendant quatre jours , ayant
( 202 )
été pouffés à la mer par un vent des plus vie
lens; ils ont eu les agrémens d'une tempête en
regle ; un jeûne des plus auſteres ; le mal de mer
pendant tout le temps qu'a duré leur partie de
plaifir , & à peu près les honneurs d'un naufrage.
Il faut les avoir vus pour juger du plaiſir qu'ils
ont eu de fe trouver à terre.
Il ya environ trois ſemaines , qu'à Roſgull ,
dans la Province de Donnegal , une fille charmante
, du nom de Fanny M'Bride , après avoir
danfé toute une nuit , tomba dans une eſpece de
léchargie , qui dura dix jours : le onzieme elle
s'éveilla , comme d'un long ſommeil , bailla
deux ou trois fois , frotta ſes mains , en regardant
tout autour d'elle , & enſuite expira tout
debon.
On enterraDimanche dernier, dans le Cimetiere
de Roſenallis , dans le Comté de la Reine
(Queen's Country ) , le cadavre le plus énorme
pour la groſſeur , qu'on ait jamais vu dans ce
Royaume , depuis Pinnacoule , fameux géant
Irlandais. Le cercueil petoit 644 liv. , & étoit
porré pardes jeunes gens forts , qui ſe relayoient
alterrativement: ils étoient au nombre de trente.
Cet homme extraordinaire , nommé Roger
Byrne , qui demeuroit près de Borros , en Offory,
eſt mort dans la cinquante-quatrieme année
de ſon âge , d'une fuffocation , occafionnée
par un excès de graiſſe qui avoit arrêté le jeu
des poumons. Il peloit98 liv. de plus que le fameux
Bright de Malden, qui en peſoit $41 , &
dans la veſte duquel on pouvoit renfermer ſept
hommes ordinaires . ( Courier de l'Europe ,
Nº. 44).
Cinq Négocians Maroquains , Tripolitains &
Arméniens , venus de Livourne àPite, fur la fin
du mois dernier , allerent dernierement vikter
( 203 )
Ja Cathédrale & le Cimetiere , remarquable par
les chefs-d'oeuvre qu'ils renferment. Le Cimetiere
, fur tout, eſt rempli de pluſieurs tombeaux
de marbre. Ces Négocians s'étant arrêtés à les
conſidérer , s'aviſerent dejetter des pierres contre
ces monumens , pour diftinguer au ſon , à ce
qu'ils ont dit , la qualité du marbre dont ils
-étoient compolés. Des enfans qui s'en apperçu
rent , crurent qu'ils avoient voulu faire outrage
à un Crucifix , qui étoit à quelque diſtance des
tombeaux ; dans cette idée , ils donnerent l'alarme
en criant par- tout , que les Turs avoient
lapidé leur Crucifix . Ces malheureux les ayant
battus pour ſe ſouſtraire à leurs injures , devinrent
bientôt la proie de tout un peuple fanatique,
acharné à venger de la maniere la plus
barbare fon Dieu , qu'il a cru outrage . Ils furent
auſſitôt afſaillis de toutes parts à coups de pierres
&de bâtons; deux d'entre eux furent aſſez heureux
pourgagnerlapoſte , & échapper à la fureur
forcenéedes pourſuivans ; undes trois au
tres fut maſſacré par la multitude , qui outragea
ſon cadavre même après ſa mort. Un autre s'é
tant retiré dans une auberge , ſe déroba àfleurs
coups; le dernier , qui étoit le plus jeune de
tous , dangereuſement bleſſe , s'enfuit dans l'hôtel
du Miniſtre plénipotentiaire de Ruſſie , où il
trouva un aſyle contre leurs pourſuites. Le peu
ple s'aſſembla autour de ſa retraite , criant d'une
veix menaçante : cet impie a outrage notre Dieu ;
il faut qu'il meure. Cette ſcene horrible a duré
depuis midi juſqu'à deux heures après minuit.
Les Sbirres & la Milice bourgeoiſe n'ont pu empêcher
le crime dont s'eſt rendue coupable cette
malheureuſe populace. Un corps de dragons eſt
parvenu enfin àdiſperſer cette troupe acharnée,
L'humanité ſi indignement outragée réclame , en
( 204)
faveurdes malheureuſes victimes de cet affreux
attentat , un acte éclarant de la Juſtice ſouveraine.
( Courier de l'Eurape , No. 44 ) .
Le Gazetteer dit , que le Meſſager d'Etat
Flint , (Courier du Cabinet ) qui fut expédié
d'ici la ſemaine derniere poouurr llaaHaye,aétéarrêté
, &que ſes dépêches lui ont été enlevées
par les Patriotesde Hollande. Il a cependant remis
ſes intructions ſecrettes au Chevalier James
Harris ; mais deux lettres adreſſées au Duc
d'York par Lord Sydney font , dit- on , tom
bées entre leurs mains.On ignore fi elles contenoient
quelque avis important ; mais cet événement
nous montre comment ils procédent , &
que les Patriotes regardent l'Angleterre comme
ayant pris un parti déciif dans leurs querelles
avec le Stadhouder. ( Courier de l'Europe ,
N°. 45).
,
La déclaration faite par Sa Majesté dans le
Diſcours qu'elle prononça le jour de la clôture
du Parlement nous indique , dit la même
feuille, la part que le Gouvernement a intentionde
prendre dans les troubles qui agitent la
Hollande. Elle annonce auſſi qu'il fut expédié
hier au ſoir un Courier de Cabinet à Sir James
Harris à la Haye , avec ordre de quitter la
Hollande , à moins que la médiation de la Cour
Britannique , pour rétablir le Stadhouder dans
ſes droits , ne ſoit acceptée. Un autre Courier
de Cabinet a eu ordre de ſe tenir prêt au Bureau
du Marquis de Carmarthen , pour partir pour le
même lieu au premier moment. (Idem).
4
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUIN 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE à M. LAVERNE , Docteur en
Médecine , Secrétaire de la Faculté de
Paris.
FAVORI
1
t
AVORI d'Eſculape , auxhumains néceſſaire ,
Hoimme ainable, indulgent , ami tendre& fincère ,
Qui des Beaux-Arts chéris les nourriffons ,
Dontl'eſprit pénétrant fait , dans ſamarche obſcuse .
Surprendre la Nature ,
Et rétablir les loix par ſespropres leçons :
REVERRONS- NOUS encor ces charmantes ſoirées
Al'étude, aux loiſirs , à l'amour conſacrées,
ما
:
N°. 26 , 30 Juin 1787. I
194 MERCURE
Đù , réunis chez toi par la gaîté ,
Noyant les préjugés dans des flots de Champagne
Verſé par ſa compagne ,
Chacun parloit , buvoit, chantoit en liberté.
QUELQUEFOIS agités de leur noble délire ,
La nuit , le verre en main , des maîtres de la lyre
•Nous compations les chef- d'oeuvres divers ;
Tandis que , pourſuivant ſa brûlante carrière ,
Le Dieu de la lumière
Nous retrouvoit encore à déclamer leurs vers .
IVRESSE de l'eſprit , trompeuſe confiance ,
Qui de nos jeunes coeurs flattiez l'inſouciance ,
Vous n'êtes plus ; à nos devoirs rendus ,
Il ne nous reſte , hélas ! des plaifirs du bel âge ,
Que le triſte avantage
De regretter des jours ſi doucement perdus.
INSENSE , je croyois , honorant mes ſemblables ,
Que dans leurs jugemens les mortels équitables
Du beau , du ben, étoient toujours épris !
Non , non , moncher Laverne , il n'eſt point demérite
Dont l'orgueil ne s'irrite ,
Point de vertu dont l'or nediſpute le prix.
Des enfans d'Apollon la lumière importune
Déplutdans tous les temps à l'aveugle fortune.
-
DE FRANCE. 195
Par le travail combattons ſon erreur ;
Inſtruits par les écarts d'une ardente jeuneſſe ,
Songeons à la vieilleſſe :
Il faut que la raiſon nous conduiſe au bonheur.
MÉRITONS qu'à ſon tour Minerve nous inſpire;
Des Belles trop long-temps le dangereux empire
Trompa nos coeurs dans leurs fers arrêtés ;
A force de tålens vengeons-nous des cruelles ,
Et que les infidelles.
Apprennent à rougir de nous avoir quittés.
VIENS , Déciſe des Arts , viens conſoler ma vie ;
Accorde à mes travaux les ſuccès du génie :
J'ai conne moi beſoin de ton ſecours ;
Amène ſur tes pas les filles de mémoire;
Sageſſe , Amité, Gloire ,
Faites-moi , s'il ſe peut , oublier nes amours.
( Par M. François , Peintre. )
1
196 MERCURE
STANCES
AuMaréchal Duc DE MOUCHI , lors de
fonpaſſage àMonregeau , petite ville du
Comtéde Comminges.
LA
A ſplendeur de ces lieux égale
L'éclat du plus brillant féjour ,
La pompe d'une capitale
Et le ſpectacle d'une Cour.
: SUIVI de nombreuſes cohortes ,
Un Héros favori de Mars ,
Monregeau , courbe ſous tes portes
Un front blanchi dans les hafards.
D'ARPAJON banais la mémoire ,
Entends les Nymphes de ces caux *
Murmurer une hymne à ta gloire .
Et t'appeler ſous leurs roſeaux.
FIXE ton char , ſage Noailles ;
A leurs ondes livre ton corps
La gloire brille dans Verſailles ,
La ſanté règne ſur leurs bords.
(Par M. l'Abbé ***, )
* Les Eaux fameuſes de Bagnères , de Bigorre & de
Bagnères de Luchon.
DE FRANCE 197
PETIT PIERRE DE BARCELONETTE ,
Anecdote.
VERS les dernières Fêtes de Noël , je paſſai
au bureau de la pofte aux lettres pour affranchir
quelque argent que j'envoyois à un ancien
Domeftique. Je ne fais quelle douce fatisfaction
, melée d'un ſot orgueil , chatouilloit
mon coeur , en allant faire une pure action
dejuſtice que ce vain ſentiment tâchoit
de me repréſenter comme un acte de bienfaiſance.
Mais il le faut confeffer, je me fentis
intérieurement très-humilié par la comparaifon
que je fus bientôt obligé de faire de
mes ſentimens avec ceux du perſonnage dont
on va lire la converſation.
Ah ! fi le petit peuple avoit ſes Hiſtoriens ,
ſi au lieu d'épier tes ridicules pour les expofer
fur nos Theatres , nos Écrivains devenoient
les peintres naïfs des vertus qui brillent
ſi ſouvent dans l'obſcurité de ces clatſes
infimes , on l'enpobliroit à ſes propres yeux ,
ce pauvre peuple; il ſeroit plus aimé , plus
honoré. Eh ! qui ne fait que ces faciles récompanfes
ont toujours été le mobile des plus
grandes actions chez les peuples anciens ? La
plus pure vertu ſe nourrit ſecrètement de l'efpoir
de n'étre pas oubliée. Les claíles qu'un
inique préjugé prive de toute marque de confideration
, ne peuvent être compofees que
Iiij
198 MERCURE
de vils eſclaves..... Que de traits d'héroïlme
n'a t'on pas dû jadis à de ſimples branches de
chêne oude laurier ?Dénonçons donc au Public
, au Gouvernement , à la pofterité , ces
vertus fans faite & fans égoïtime , qui s'ignorent
, pour ainſi dire , elles- mêmes , & ne
fouffrons pas qu'on calomnie la portion la
plus nombreuſe, la plus utile & la plus refpectable
des enfans de notre patrie.
Il eſt temps d'arriver enfin à la petite Anecdore
que le Lecteur attend peut- être avec
impatience. Je lui promets un plaifir fi fon
coeur eft fait pour fentir l'aimable ſimplicité
de la nature & de la vraie vertu.
-Je vais donc à la poſte aux lettres. Je
traverſe la cour ,je parviens à ces falles hautes
, où dix Commis affairés font encages
dans leurs retranchemens à barreaux , & prenant
place ( en attendant mon tour) non loin
d'un long tuyau de poële , je me trouve aflis
à côté d'un jeune Montagnard, veſte rouffe ,
cheveux liffes & ronds ,
:
Et ſentant bien plus fort , mais non pas mieux que
rofes.
Unmot de provençal que je lui adreſſai nous
eut bientôt fait lier conversation à mi- voix.
-D'où éres- vous ? (d'ounté ſias, coupaire?)
-Et , d'auprès de Barcelonette , repondt'il
en patois.
1
-Que faites- vous à Paris ?
-Et , je joue de la vièle , je chante digo
Jeaneto , ti vouas ti louga ; j'accompagne
1
DE FRANCE. 199
tant que je puis le magicien de la lanterne ;
je cours les porcherons & les boulevards pour
y faire danſer le peuple , ( le peuple! ) ah !
Monfieur , continue -t'il , dans ce Paris
fans pair, c'eſt tout que d'avoir un talent
agréable!
- Oui , vraiment , mon ami , c'eſt tout
que cela , & je connois des farceurs & des
baladins qui ont équipage..... Mais avec ton
talent agréable tu dois gagner gros ! font-ce
tes épargnes que tu envoies au pays ? Est- ce
pour acheter quelque pièce de terre , & la
joindre, comme vous faites tous , à un petit
héritage ?
-Pauvre de moi ! s'écria-t'il en hauſſant
les épaules , je ſuis né tout nud , comme je
mourrai ; quand je vins à Paris , vers mes
neuf à dix ans , pour y ramoner les cheminées
, je ne reçus de mes parens que 24 fols
&un coup de pied au cul. ( Je cite ſes propres
paroles ; c'eſt apparemment là une ofpècede
manumiffion. )
-Tes parens font donc bien durs ?
-Oh! non , Monfieur , c'eſt ſeulement
qu'ils étoient bien pauvres. Ils font tous
morts , & c'eſt bien heureux quand on n'a
rien.
Et à qui , mon enfant , à qui va done
rout cet argent que tu tiens là dans ce morceau
de toile? Il me ſemble qu'ily en a beaucoup
!
-Beaucoup ! hélas, non. Il n'y a que dixhuit
franes.
)
Liv
200 MERCURE
-Ah! ah! je devine ; tu auras mis à la
loterie , & le bonheur....
-Oh ! que nani , je ne ſuis pas fi bère !
je ne fais pas payer avec ce que je tiens , ce
que je ne tiendrai jamais.
-Pardon , mon ami , pardon; je te faifois
injure. La loterie est un impotſur les mauvaiſes
têtes , & la tienne ne me paroît pas
faite pour cette capitation. Mais comment
peut-il n'y avoir que 18 liv. dans ce gros
paquet?
Dame ! c'eſt qu'ils font tels que je les
ai gagnés. Ils fortent de la tire - lire ; ce font
mes économies d'un an. Tenez , voyez
plutôt.
Je regardai avec une curieuſe compaffion
cette offrande exprimée de la fueur d'un
malheureux , & je commençai à me douter
que peut-être c'étoit là un de ces facrifices
qu'il ne faut pas eſtimer par la modicité intrinsèque
du den: je me rappelai avec attendriſſement
le denier de la veuve dans l' Evan
gile ,& le jugement qu'en portoit le ſupreme
appréciateur des actions humaines. Je
regardai donc dans ſa main , & je vis là toutes
les menues & groffes monnoies de la nation ,
depuis le large écu de fix livres juſqu'à l'humble
liard glacé de verd de gris. Les gros fols y
abondoient fur-tout ,& enfloient le petit fac
dix fois plus qu'il n'auroit dû l'être.
-Mais à qui enfin peux-tu donc envoyer
cela? Serois tu marié là-bas?
-Marié ? mon dieu non ! fi je l'étois , je
DE FRANCE. 201
feroisdonsbien malheureux de vivre à deux
cent lieues de ma femme !
Et vous , Monfieur , poursuivit- il, envoyezvous
auffi cela au pays? ( en touchant un petit
paquer que je tenois dans ma main) fans doute
c'eſt de l'or. Ah ! de grâce , montrez moi donc
un louis d'or tout neuf, que je ſache comment
ils font faits.
- J'en tire un de ma bourſe , & le lui
montre. It le regarde auſlitôt de tous fes yeux,
&le baiſedeux fois du côté de l'image.
tu
Tu ne veux donc pas m'apprendre qui
penfionnes à Barcelonetre !
-Oh!fi fait , ſi fait, mon cher Monfieur.
Je ne fais ni publier ni cacher toujours une
bonne action ; & ce ne doit pas être un grand
péché que de donner bonne opinion de ſoi ,
quandon y eft engagé par les circonstances.
-Fort bien. Tu parles comme un ſage ....
Ehbien !
- Eh bien , j'envoie , je vous l'avoue , mes
petites épargnes à la bonne Catherine Merlotte
, qui , après la mort de ma mère , ſe
chargea de moi pauvret , me nourrit de fon
lait , & me foigna comme ſon enfant. Elle
eſt bien infirme à préſent , ma pauvre nourrice;
ces 18 liv. la feront vivoter pendant
l'hiver. Dans le beau temps , elle travaille ,
elle glane , elle va au bois , & l'année ſe
paſſe tant bien que mal.
Le récit du Montagnard m'attachoit , comme
le Diſcours du Payſan du Danube dans
LaFontaine; fon ton fur-tour, ce ton ni fac-
Iv
202 MERCURE
tice , ni exagére , vrai comme la nature , &
finiple comme la vertu , me penetroit & me
charmoit l'âme. Je me comparois à lui avec
un défavantage contriftant pour mon amourpropre.
-Mon ami , lui dis-je , écoute : ce doit
être une rareté àBarcelonette &dans ſa banlieue,
que de voir le portrait en orde notte
bon Roi , que tu baifois tout à-l'heure avec
tant de tendreſſe & en véritable François.
Ces louis viennent d'être frappés , tu le lais;
ils font rares&beaux. Donne-moi cette mon
noie que tu tiens - là , & qui me fera grand
plaifir , & prends ce louis en échange. Tu
Paffranchiras ; car il faut qu'il arrive tout entier
, & le même , s'il eſt poſſible , chez ta
pauvre Catherine. Laiffe- moi t'arranger tout
cela au bureau devant toi , & ſans qu'il t'en
coûte rien.
-Mon dieu , Monfieur , que vous êtes
bon! ah! fi vous ſaviez le plaiſir qu'elle aura
de recevoir tout un louis d'or de ſon cher
Petit Pierre ! elle croira que je ſuis riche ,
&la pauvre femme en pleurera de joie .
- Petit Pierre , mon ami , tu ne fais pas
celleque tu me cauſes toi-même , en me devoilant
ingénûment ta boune âme ! .... Mais ,
dis-moi , que te reſte t'il dans ta poche ?
Parle franchement; rien, peut- être ?
- Oh! Monfieur , je vous vois venir avec
votre question. Il neme reſte rien à la vérité ;
mais n'ai je pas ma vièle? Ne ſommes - nous
pas aux fetes ? Tout le monde danſera. Je ga
DE FRANCE.
104
gnerai un écu par jour plus ou moins. Vous
voyez bien , Monfieur , que je n'ai beſoin de
rien. J'accepte avec joie& reconnoiffance ces
fix francs pour ma mère nourrice; mais du
reſte, je tiens que tant qu'on peut gagner ſa
vie avec ſes bras , il ne faut pas tendre la
main. L'honneur me dit ça , là , dans ma
confcience ; & je n'aime pas à contrarier ſa
voix.
Je reſtai confondu d'entendre ainſi parler
un homme dont les dehors paroiffoient auffi
incultes que rebutans. Je m'écriai avec Molière
: Où diable l'honnêteté va-t'elle se nicher!
Puiffent de pareils traits , bien plus communs
qu'on ne penſe , ajouter à l'amour des
honnêtes gens pour le peuple !
(ParM. Bérenger. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Famine ; celui
de l'Enigme eſt Mouche ; celui du Logogryphe
eſt Pain , où l'on trouve pin, Pan, pa (filant
moitié de papa ) , Ai ( vignoble de Champagne)
, an.
Ivj
204
MERCURE
Ο
CHARADE.
Ndéjeûne avec mon premier ;
L'hiver mon dernier vous attire ;
Si l'on veut à- la-fois s'amuſer & s'inſtruire ,
Il faut aller à mon entier.
ON
ÉNIGM E.
Ntrouve en moi tout ce qu'onveut ,
Or , argent , fruit , animal , vertu , vice.
Dans mon ſein attrape qui peuss
Il s'ouvre pour qu'on s'enrichiffe ;
J'en ai d'autant mieux le moyen
Qu'en offrant tout je ne perds rien.
(Par un Ancien Militaire. )
LOGOGRYPΗ Ε.
DEl'erreur &de l'ignorance
Yous voyez un enfant gâté.
Sur douze pieds je me balance
Avue g âce & légèreté;
Si vous brifez mon exiſtence ,
Sans peine alors vous trouverez
DE FRANCE. 205
Un nom adoré de la France ;
Le local que vous habitez ;
Enſuite un écueil ſe préſente ;
Je vois le nocher infernal ;
Un frait ; un fleuve; un animal ;
Et des Poëtes la ſervants ;
Contre tout orage un abri ;
L'arme aux Philiſtins fi fatale s
De l'avare un métal chéri ;
Et desCélars la capitale.
Je recèle encore an Prophète;
Une fleur le ſuit pas à pas;
D'un montje découvre la tête ;
Je vous conduis à ce repas
Où l'eau fut en bon vin changée ,
Et sûrement cela ſe fit
An grand plaifir de l'aſſemblée.
Je crois en avoir aſſez dit.
Adieu , LeAeur , bonne mé noire.
De grâre , n'oubliez jamais
Que je fais grand to ti l'Histoire
Quand je me mêle dans les faits.
( Par M. C. de G. , Officier au Régiment
deBoulonnois. ).
*
206 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife, le Lundi 10 Juin 1787 , à la
Réception de M. de Rulhière. A Paris ,
chez Demonville , Imprimeur-Libraire de
l'Académie Françoiſe , rue Chriſtine , aux
Armes de Dombes , 1787 .
LE nom de M. de Rulhière rappelle tout de
ſuite le Diſcours en vers fur les Disputes ,
Pièce charmante , que caractériſent unheureux
mélange d'eſprit & de philoſophie , un
ton de plaiſanterie excellent, l'art de préfenter
les objets ſous leur point de vue juſte ,
l'art auffi difficile de combattre des erreurs
fans morgue , & de ridiculifer des opinions
ſans perfiftlage une verlification vive, ferme
&facile; enfin l'élégance ,la pureté du ſtyle ,
&ce goût tous les jours plus rare , qui proportionne
le ton au ſujet. On fait lesDisputes
par coeur ; & quand un Poëte a donne à la
mémoire des connoiffeurs deux cent vers de
plus à retenir , ſon éloge , ce ſemble , eft
déjà fait. Cette excellente Pièce ſur les Dif
putes,dit très-bien M. le Marquis de Chaftellux,
dans ſa réponſe au Diſcours du nouvel
Académicien , fit dire à Voltaire , avec l'autorité
de fon grand âge & de ſa grande renomDEFRANCE.
107
mée: lifez , ceci est du bon temps. Ce grand
homme la fit imprimer avec ſes Ecrits , comme
Raphaël & Rubens , ajoute ingénieuſement
le Directeur de l'Académie ', expofoient
ſouvent parmi leurs tableaux ceux des Jules
&desWandyck.
Cette partie du Public pour laquelle les
Gens-de-Lettres ſont preſque des étrangers,&
quineles connoît que par l'impreſſion de leurs
Ouvrages, a pujuſqu'ici ne voit dans M. de kulhièrequel'Auteurpleinde
talentde cette Pièce
des Disputes, de quelques contes piquans par
le ſujet& par l'exécution , & d'une Epitre fur
le renverſement de ſa fortune , adreſſee à
M. de Chamfort,& imprimée, ilya douze ans,
dans l'Almanach des Muſes , Épître où l'on
trouve les plus nobles principes de la philephie
, les plus brillantes couleurs de la poéne ,
&les apperçus les plus fins d'un eſprit obſervateur.
Mais les Gens - de - Lettres & cette claffe
diftinguée d' Amateurs , qui eſt la première à
recevoir comme à juger leur opinion , & qui
recherche les productions ſecrettes du talent,
ſont depuis longtemps accoutumés à
conſidérer dans M. de Rulhière l'Historien
profond & le Philofophe politique. Enfin,
l'Académie Françoiſe , qui le reçoit dans fon
ſein, révèle dimportans travaux en les récompenfant
, & jouit de cette belle prérogative
, qui ſemble être un droit du premier
Corps Littéraire de la Nation , de créer pour
des Écrits dont elle a la confidence ,une célé-,
208 MERCURE
brité proportionnée dont elle garantit lajultice.
Comme il y a des hommes qui veulent
à toute force avoir la liberté de leurs jugemens
, & qu'on auroit mauvaiſe grâce à les
en blâmer , le Diſcours de M. de Rulhière
nous met en état de les fatisfaire; il prouve
précisément le mérite dont l'Academie nous
avertit , juftifie ainſi les fuffrages , & force
ceshommes incrédules dont nous parlons , à
penfer enfin comme l'élite des Gens-de-Lertres
& des connoiffeurs.
L'Académicien auquel M. de Rulhière fuccède
, eſt M. l'Abbé de Boismont , Orateur
facré , qui en commençant & en finiffant
ſa carrière oratoire , eut en chaire la fingulière
occaſion de fortir de la route commune
du Sermon & de l'Oraiſon Funèbre ,
en prononçant au nom du Chapitre de Rouen
unDifcours où il annonçoit ſa grâce à un cou
pable infortuné ,& en prononçant à Paris au
nom de l'humanité un Diſcours dont l'objet
étoit d'invoquer la charité politique pour un
hofpice deſtiné aux Militaires & aux Prètres
délaiſſés dans leurs maladies. M. l'Abbé de
Boismont eut le talent des vers agréables ,
talent que le Public ne lui connoiffoit pas , &
qu'il se garda bien , dit M. de Rulhière , de
négligerdans aucun temps defa vie. On prépare
une Édition complette de ſes OEuvres.
Le nouvel Académicien dit à cette occaſion
une choſe fort ingénieuſe. Ce n'estpoint à de
tels Éditeurs , ( la reconnoiffance & le goût )
qu'il faut rappeter cet ancient tableau , ou
DE FRANCE. 209
plutôt cet ancien emblême dans lequel on
voyoit Minervefaisant battre de verges lefatyre
Marfias pour avoir ramaſſe uneflûte que
laDeeffe avoitjetée.
M. de Rulhière a trouvé dans l'éloge de
M.l'Abbé de Boiſmont le ſujet d'une de ces
difcuffions Littéraires , qui ſont ordinairement
depuis Voltaire l'objet de ces Diſcours.
C'eſt la comparaiſon des Ouvrages de cet
Orateur avec les circonstances publiques
qui ont contribué àformerfon goût &fes talens.
Ce plan nous paroît aufli heureux qu'adroit
, en ce que fa marche hiſtorique a le
double avantage de préſenter à l'Académie
ſes tirres de gloire dans l'éloge des grands
Hommes de ce ſiècle , & de rappeler dans
M. de Rulhière ſes titres à la célébrité comme
Hiſtorien , en amenant des tablea ix pour
leſquels il faut emprunter le pinceau deTacite.
On aime à voir le Peintre des Troubles
du Nord & du levant , tracer P'histoire de la
révolution qui s'eſt opérée depuis quarante
ans dans les Lettres Françoiſes , la lire en préſence
de l'Aca lémie , semblable comme il
le dit lui -même , à Herodote lifat dans les
jeux olympiques les évenemens célèbres de la
Grèce.
Fontenelle , Voltaire , Monteſquieu , M. de
Buffon , J. J. Rouſſeau font les Auteurs de
cette révolution . M. de Relhière les a peints
avec autant de juſteſſe que d'eforir. Lorſque
l'opinion publique ett fixée, lorſque des hommes
dignes de cette reſpectable fonction ont
:
210 MERCURE
fait ſervir leur talent à caractériſer le génie ,
Il eſt difficile de dife ſur les mêmes objets
des chofes nouvelles. M. de Rulhière a vaincu
cette difficulté. Il a parlé de Fontenelle , fans
répéter l'éloge ſi profondément ingénieux
qu'en a fait M. Garat. Après l'éloquent éloge
de Voltaire par M. de la Harpe , le nouvel
Académicien trouve encore quelques couleurs
pour le portraitde cet homme etonnant
, qui long- temps régnafur lascènefans
régnerfur nos opinions , & qui naturalifoit
parmi nous les découvertes des Philofophes
Anglois. Enfin les notes excellentesde la fable
allégorique de l'Aigle & du Hitou , ont
encore laiſſé à M. de Kulhière quelques traits
à ſaiſir du génie de J. J. Roufleau& de l'Hiftorien
de la Nature.
Il eſt d'uſage dans tun Diſcours de Réception
à l'Académie Françoiſe , de louer le Cardinal
de Richelieu , fon fondateur. La diriculté
dont nous patlions tout- à l'heure , eft
la même pour cet objer. M. de Rulhière ayant
faitde cet article un morceaudu ton de l'Hiftoire
, nous allons le rapporter ici , comme
une preuve de ſon talent dans ce genre , &
comme unmodèle de penſées &de ſtyle.
ود
• Les plus dangereuſes factions agitoient
alors le Royaume ; il avoit abattu , mais
> avec une prudente modération , celle que
>> long-temps on avoit craint. Un Édit mé-
>> morable , & dont enfin nous pouvo is dire
» qu'on oublia trop tôt la profonde ſageffe,
>> l'Edit de grâce, accordé aux Calviniftes ,
DE FRANCE. 211
» vaincus & preſque déſarmés , achevoit
>>d'éteindre nos guerres de Religion ; & Ri-
>> chelieu , ſi ſouvent inexorable , avoit ter-
>> miné ces longues & ſanglantes diffentions
>> par la victoire & par la clémence. Mais
» l'ambition des Grands , & fur - tout cette
>> jalouſie de faveur , la plus terrible paffion
" des Cours , excitoient autour de lui de fré-
>> quens orages ; tout le forçoit d'affermir , &
>> par-là même d'accroître fans ceffe fa pro
>> pre autorité qu'il avoit ſu confondre avec
l'autorité Royale. Un code de nouvelles
>> Loix , deſtinées par leur effrayante ſevé-
ود
ود
rité à prévenir ou à diſſiper tous les com-
>> plots , venoit d'être promulgué ; & parmi
>> ces Loix , il y en avoit une qui profcrivoit
>> rigoureuſement toutes les Affemblées. Ce-
>> pendant il apprit que le charme d'une fo-
" ciété ſtudieuſe , le mutuel intérêt de s'infe
>> truire , l'ardeur de ſe perfectionner réci-
>> proquement par de généreuſes critiques,
ود
"
ود
ود
raſſembloient encore fréquemment , &
>> en ſecret , des hommes dont les talens
» étoient avoués , dont les Ouvrages jouifſoient
de l'eſtime publique. Quelques-uns
étoient liés avec les Grands , dont il redoutoit
les deſſeins ; d'autres ſuivoient cette
>> Religion vaincue , dont il laiſſoit fubfifter
les temples , & dont il ruinoit les aſyles
fortifiés . Il vit fans crainte & fans ombrage
- cette innocente infraction de ſes loix; il
voulut ſeulement que leurs études ne fufſent
plus folitaires ; que leurs conférences
ود
ود
”
212 MERCURE .
ود
> ne fuſſent plus myſtérieuſes , que la pro
tection dont les Grands vouloient les ho
>> norer , fût un honneur public pour les
Grands eux -mêmes; & qu'enfin la ſocieté
des Hommes de Lettres entre - eux , de-
>> vint , après la celebrité de leurs Ouvrages,
>> leurplus clèbre récompenfe. "
"
"
Dans la foule des morceaux à citer du Dif
cours de M. deRulhière , il nous ſemble qu'il
faut choiſir de préférence ceux qui , par leur
objet , par des idées philofophiques & neuves
, par des expreffions lumineuſes , énergiques
& profondes, enfin par la phyfionomie
de l'hiftoire , caractérisent particulièrement
le talentde l'Auteur. Celui ci eſt du nombre.
« Mon fejet me conduit à des ſouvenirs
>> douloureux; il me force à rappeler la perte
>> d'un Prince , dont les vertus , acquites
>>dans le filence & au pied du trône , revi
>> vent aujourd hui dans toute la gloire qui
ود leur étoit dûe ,& fur le trêne même; mais
> quand nous perdîmes le Dauphin , père du
> Prince qui nous gouverne , nous trem-
>> blions pour un avenir incertain , & rout
>> ſemblo't aggraver ce malheur. La Nation ,
> aigrie par de longues infortunes , imputoit
> les defaſtres aux fautes: l'eſpérance & la
ور crainte fixoient également tous les regards
>> ſur le jeune Héritier du pouvoir fuprême.
>>Ses vertus , long-temps enveloppées d'une
>>ſage réſerve , fortoient enfin de cette ef-
>> pèce de nuage , & commençoient à ſe
> montrerdans tout leur éclat. On fe flattoit
DE FRANCE.
213
>> que , parvenu à l'âge de tout voir , de tout
>> obſerver , de tout retenir, la Cour auroit
» du moins à redouter en lui un cenfeur
رد
muet , mais dont les ſecrettes obſervations
deviendroient pour l'avenir des arrers de
>> faveur ou de diſgrâce ; & la perte d'un
• Prince qui ne regnoit pas encore , parut
>> preſque un changeinent de règne. »
Le dernier trait de ce morceau est une de
ces idées qui ne peuvent venir qu'à un eſprit
très - philoſophique , parce qu'elles font le
réſultat d'une obſervation profonde , & du
recueillement de la penſée.
L'eſprit, que la diſcuſſion farigueroit , furtout
dans un auditoire , ſi elle étoit prolongée
, eſt dans ce Diſcours de temps en temps
égayé par quelques traits piquans naturellement
amenés , & par des details faits pour
être généralement goûtés , par ce qu'ils montrent&
par ce qu'ils voilent ; tels , par exeınple,
que le morceau d'un ton contraſtant fur
les devotes du grand monde , morceau dont
l'effet fur l'auditoire fut ſans doute celui que
l'Auteur s'en étoit promis .
On fait gré à M. de Rulhière de rapporter
ce mot du Dauphin , père du Roi , qui carac
tériſe ti bien la modeſtie. Un fameux Artiſte ,
dont le ciſeau a immortaliſé les traits de plufieurs
grands Hommes , lui ayant demandé
de faire fon buſte , il répondit: un jour, peutêtre!
On apprend avec autant de plaisir un
mot peu connu de Fontenelle dans ſa centième
année. Il le dit àl'occation du ton adir
214 MERCURE
matif qu'il entendoit autour de lui , & qui
étoit l'abus du nouveau caractère d'eſprit ame
né par la révolution des Lettres & de la philofophie.
Je suis effrayé, diſoit-il , de l'horrible
certitude que je rencontre àpréfentpas
tout.
Nous avons mis le Lecteur à portée de
juger , par ces citations , que le Difcours de
M. de Rulhière eſt l'Ouvrage d'un eſprit fupérieur
, qu'il reſpire l'amour des Lettres; que
l'Écrivain plein de goût , le penſeur éclairé
s'y montrent avec éclat , & qu'il ſe diftingue
par cette meſure dans les penſees, qui eſt le
tact du Philofophe. Nous laitſons à d'autres
Critiques le ſoin de relever quelques légères
négligences de ſtyle , & de temps en temps
un peu de recherche dans l'oppoſition des
pentées & des mots.
La réponſe de M. le Marquis de Chatellux ,
Directeur de l'Académie , pleine de penſées
ingénieuſes , grandes & philofophiques , &
d'une louange délicate , exprimées avec élégance
, eſt digne de l'Auteur diftingué du Livre
de la Félicité Publique. Les deux Orateurs
n'ont pas perdu l'heureuſe occafion
d'exprimer les ſentimens de la Nation pour
cette Affemblée mémorable , qui doit faire
époque dans l'Histoire de la France , & , ce
qui eft plus intéreſſant, dans ſon bonheur.
:
1
DE FRANCE. 215
CONSIDÉRATIONS fur la Société , & fur
les moyens de ramener l'ordre & lajécurité
dans fon fein. 2 vol. in- 12. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguftins.
Nous avons déjà fait connoître une parrie
des idées que renferme cet ouvrage , qui
reparoît aujourd'hui ſous un titre plus analogue
à ſon objet , & avec des additions
qui ajoutent à fon utilité. « Les Allemands ,
ود
ود
dit l'Auteur , en lui faiſant l'honneur de
le traduire , ont prouvé qu'ils ne le ran-
>> geoient pas dans la claffe de nos produe-
>> tions frivoles ».
Et en effet , il n'y a rien de moins frivale
que les ſujets qui y ſont traités. L'Auteur
y a approfondi les queſtions qui touchent
de plús près à l'ordre public , à l'adminiſtration
de la justice , & à la réformation des
moeurs .
Dans les premiers Chapitres, M. de laCroix
remonte à l'origine de la civiliſation. Il en
obſerve les avantages, & les vices qu'elle a
fait naître; il examine les réglemens que l'on
a oppoſés aux injustices , aux troubles que la
force , que l'eſprit de domination ont maltiplies.
Il indique les moyens de prévenir les erreurs
funeſtes à l'innocence , dans un chapitre
qu'il a intitulé des faitsjustificatifs . Ses
raiſonnemons ſont fortifiés d'exemples & de
216 MERCURE
citations qui leur donnent beaucoup d'autorité.
L'Auteur a eu l'art d'adoucir le ſombre de
ſes tableaux , par des images d'une reime
agreable. Après avoir établi la première propriete
de l'homme , il décrit l'origine de la
ſeconde : maintenant que le Cultivateur
>>> repoſe mollement ſur ſes gerbes amonce-
"
ود
"
lees ; qu'étendu ſur le gazon , il fuit de
l'oeil ſon troupeau errant dans la prairie,
>> une révolution inſentiple change tout fon
» étre , ſes ſens ſe developpent & fe perfectionnent.
Déjà il entend mieux le chant
des oiſeaux. Son oreille eſt attentive an
>> murmure des fontaines , l'éclat des Heurs
charme ſes yeux , & il ſe plaît davantage
à refpirer l'odeur qu'elles exhalent : cette
>> créature ſemblable à lui , qui a moins de
"
ود
ود
ود
ود
force mais plus de graces , qui fuit fans
>> crainte , & s'éloigne pour étre pourſuivie,
celle enón que la Nature n'a voulu que
rendre aimable , n'avoit pas toujours le
>> pouvoirde l'attirer. Aujourd'hui ſi ſes ſens
> ne la defirent pas , ſon coeur en a beſoin ;
> lorſqu'il l'apperçoit , il ne court plus à
ود elle avec une eſpèce de fureur , il s'en
>> approche doucement , & ſemble vouloir
ود la raffurer. Ses mains trouvent du plaific
à la toucher ,& fes regards à la parcou-
» rir ; fon objet n'eſt plus ſeulement de
» jouir , il defire encore de plaire. Il craint
» qu'elle ne s'éloigne , il lui fait une chaîne
> de ſes bras , qui la preſſent ſur ſon coeur ;
il
DE FRANCE.
217
> il dirige ainſi ſes pas vers ſa cabane qu'il
> lummentre , & dont il va lui offrir les 20
" richelles qu'elle renferme: ce qu'il a n'eſt
» dejà plus à lui. O Amour ! il n'y a point
➡ de propriété devant toi ; tout t'appartient :
>> ce que tu nous laiſſes eſt un don » .
Les amisde l'humanité ſauront gré à M. de
la Croix d'avoir , le premier , plaidé la cauſe
des enfans de quatorze ans , qu'une foumiffion
trop aveugle a entraînés dans la contrebande
du fel , & qu'une loi ſevère condamne
à la peine des Galères .
Le Chapitre des priſons d'Etat offre une
peinture vraiment touchante de la ſituation
-du malheureux qui y eſt renfermé : « Qui
peut , dit M. de la Croix , refuſer ſa pitié
à un étre que la Nature avoit rendu libre ,
>> auquel elle adonné le beſoin de ſe tranf-
>> porter d'un lieu dans un autre , de pro-
» mener ſes regards ſur des objets divers,à
-> quiellea accordé undoux penchant àferap-
>> procher de ſes ſemblables, à leurcommu-
> niquer ſespenſées,&qui ſe voit condamné
90 à neplus parcourir qu'un eſpace rétréci ,
> pour lequel lefol immenfe qu'il habitoit ,
ود ſe trouve tout-à-coup réduit à quelques
>> pieds , dont le coeur ne peut plus produire
» que de ſtériles ſentimens , qui n'aplus que
ود les mêmes objets à voir , les mêmes voix
>> à entendre , les mêmes actions à repéter ,
>> crfi) , dont tous les jours ſont enveloppés
» de la plus trifie uniformité : ſon imagina .
tion ne lui rappelle que desjouillances per
N° . 26 , 30 Juin 1787. K
218 MERCURE
>> dues , ne lui ramène que des regrets accumulés
, & ne lui offre que des privations
éternelles». ود
ود
ور
Dans le Chapitre des délits moraux , il
s'élève avec indignation contre les maris qui
rendent leurs épouſes victimes de leurs infidélités.
" Je le demande , dit-il , à tous ceux
>> qui me lifent , & qui ont quelques idées
de la juſtice dans le coeur , un homme qui,
ſous le titre d'époux , & fous le voile du
>> plus doux des devoirs , porte indifferem-
>> ment la deſtruction dans le ſein de ſa
compagne , n'opère til pas un mal aufli
cruel , n'eſt- il pas auſſi puniſſable que l'afſaffin
qui abuſe de la ſécurité du voyageur
>> pour lui donner la mort ?
ود
"
>> Lorſque les hommes font arrivés à un
» certain degré de dépravation , les délits
>> moraux ſe multiplient à un tel point , que
>> tenter d'en arrêter les progrès , c'eſt rif-
> quer de jeter l'alarme dans toutela ſociété;-
ود le réformateur eſt envisagé comme un
» perturbateur.... Malheureux , reſtez donc
àjamais dans la fange du vice ; défendez
> avec fureur le droit que vous prétendez
>> avoir de vous jouer de votre existence &
de celle de vos ſemblables , protégez de
>> toute votre éloquence , de tout vorre pou-
» voir la proſtitution , le fléau de l'hymen ;
>> ne ſouffrez pas qu'on interdiſe à celui qui
ود s'en eft approché, la faculte de rapporter
>> dans le ſein de la ſageſſe , de la fidélité, le
poiſon de la debauche. Quant à moi , je
T
DE FRANCE. 219
"
د
le déclare , je tiens pour criminel de lèze
humanité l'homme ou la femme qui , ne
calculant que ſes plaiſirs ou ſes intérêts ,
» s'abandonne aux deſirs qu'il éprouve ou
» qu'il inſpire , ſans s'inquiéter s'il ne pro-
» pagera pas un mal dont les ravages ſont ſi
✔ funeſtes à l'eſpèce humaine. >>
Nous voudrions pouvoir rendre uncompre
plus étendu de cet Ouvrage ; mais nous invitons
nos Lecteurs à ſuivre les idées de l'Auteur
dans les Chapitres où il traite de l'infanticide
, de l'adminiſtration des Provinces , des
charges & des emplois , des duels. Tous ces
ſujets font diſcutés avec une ſage retenue.
« Si j'euſfe été , dit M. de la Croix , moins
>> occupé de produire quelque bien , mes
>> réflexions euſſent été plus touchantes , j'au-
ود
»
rois donné à mon ſtyle plus de chaleur &
d'éclat ; mais lorſqu'on ne ſe propoſe que
» d'être utile , il faut ſavoir immoler aux circhaſtances
toute idée d'une vaine renom-
» mée. La difficulté pour celui qui s'occupe
de légiflation n'eſt pas de tout détruire &
d'établir un nouveau plan , c'eſt en confer-
>> vant celui qui exiſte , d'indiquer des chan-
>> gemens qui puiſſent ſe concilier avec les
>> principes reçus & conſolidés par l'uſage :
voila quel a été l'objet de mon tra ail , &
ce qui lui a mérité le ſuffrage de plufieurs
» Magiftrats. >>
ود
Kj
220 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Nous avons promis de rendre compte de
la muſique de Tarare ; fans diffimuler les reproches
qu'on peut lui faire , nous allons tâ
cherd'en relever les beautes.
M. Salieri , Maître de Muſique de S. M.
Impériale , qui en eſt l'Auteur , eft connu
depuis long- temps des Amateurs François
par des Opéras bouffons Italiens , dont pluſieurs
ont beaucoup réuffi. On y trouve en
effet un chant piquant , ſpirituel, agréable ,
avec peut- être un peu trop de recherche dans
l'emploi des inftrumens. Fixé à Vienne , &
excité par les fuccès mérités de M. Gluck ,
M. Salieri a fenti les avantages de la réforme
apportée dans la muſique dramatique par ce
Grand Maitre. Il a embraſſe ſon ſyſteme , &
les Danaïdes font le premier Ouvrage qu'il
ait fait pour nous. Dire que M. Gluck a palle
lo g-temps pour en être l'Auteur, c'eſt aflez
en faire l'éloge. Quoique cette Pièce n'ait jamais
attiré la foule , la mufique jouit parmi
nous d'une grande eſtime. Celle des Horaces ,
qu'il a donnés enfuite , n'a pas aufii bien
reulli; mais Tarare a entièrement relevé ſa
DE FRANCE. 221
gloire ,& la place de M. Salieri eſt déſormais ..
fixée parmi les grands Compoſiteurs.
Ce qui a nui aux Horaces , c'eſt que le
Compoſiteur , dans la crainte de retarder l'action
, qu'il a cru devoir être toujours rapide ,
a réſervé pour l'orcheſtre ſeul les idées muſicales
que lui inſpiroit la Nature ,& n'a prefque
rien donné à la voix. Il y a plus d'airs
dans les Danaïdes , & cette muſique a plu
davantage. Il y en a beaucoup dans Tarare ,
& ſon ſuccès eft complet. Cependant cette
habitude de facrifier la voix à l'orchestre ſe
fait encore ſentir dans ce dernier Ouvrage.
M. Saliéri a beaucoup travaillé la ſymphonie
pour la rendre intereſſante , & quelquefois
elle ne l'eſt qu'aux dépens du chant. D'ailleurs
les effets multipliés y chargent ſouvent
1harmonie , & les paroles ne font plus enten
dues. Avec quelque ſoin que les Acteurs prononcent
, avec quelqu'attention que les Sym-
_phoniſtes obfervent les piano , toutes les fois
que le chant ne ſe détachera pas fur le fond
clair d'une harmonie fimple , l'orcille ne parviendra
jamais à le faifir. Lorſque le Compo
fiteur a quelque raifon de tirer fes effets de
l'orchestre, il faut alors que le chant foit nul,
l'empire de l'expreffion eft indiviſible.
Le Prologue de Tarare eft peu propre à la
muſique; aufli ce n'eſt pas là que le Compofiteur
a montré ſes talens. Il y a même un
choeur chanté par les Ombres , tandis que le
Génie anime Atar & Tarare , dans lequel on
eſt faché de retrouver le motifmeſquin d'un
Kuj
221 MERCURE
de nos airs les plus connus. Mais le ſuivant:
O bienfaisante Déité! dont la ſituation eft
plus intéreſſante, eſt d'un chant fort agréable
, & d'autant plus flatteur , qu'il eſt exécuté
à demi- voix.
Il n'y a point d'airs dans les deux premiè
resScènes de la Pièce. Le récitatif, ainſi que
celui de tout l'Ouvrage , eft fait avec beaucoup
d'intelligence , de naturel , de vérité ,
ſeules qualités que puiſſe avoir du récitatif.
Quelquefois , comme nous l'avons dit , il eſt
un peu trop chargé d'inſtrumens. La ſymphonie,
fur tout dans le récit , ne doit ſervir qu'à
exprimer ce que les paroles font forcées de
fous-entendre ; chaque fois que les paroles
n'ont pas beſoin de ce ſupplément , ce qui
doit arriver ſouvent dans la Scène , la fymphonie
eſt inutile , infignifiante , & de- là
nuifible; elle ne fert qu'à fatiguer l'oreille
parun bruit continuel. Le choeur chanté par
Ies Eſclares , lorſqu'on amène Aſtaſie dans le
Sérail, eſt noble , pompeux , d'une belle harmonie
, il fait beaucoup d'effer. Ces paroles
de l'épouse de Tarare : Quoi, cruel,par cet
attentat, pouvoient produire un bel air. Atar
tout entier à fon admiration ,& ſa ſuite dans
un refpectueux filence , aiffoient le temps à
cette femme outragée d'exhaler ſes plaintes
& fa douleur. C'étoit la place d'un beau morceau:
leCompoſiteur ne l'a pas remplie.
Le trouble avec lequel s'annonce Tarare
eſt fort bien. C'étoit le cas , ainſi que l'a fait
M. Salieri , d'accompagner le récitatif, & de
DE FRANCE. 223
donner à la partie inſtrumentale ce mouvement
que la voix ne pouvoit rendre complettement.
L'effet en eſt d'autant meilleur , qu'il
ſert à détacher davantage l'air : Astafie estune
Déeffe , cantabilé d'un chant délicieux. Le
morceau fuivant , chanté par Atar : Qu'astu
donc fait de ton male courage , a un fort
beau motif; l'Auteur y a mêlé très- ingénieuſement
les plaintes de Tarare , qui le
font reffortir encore davantage. Peut - être
exigeroit il plus de développement ; mais la
longueur de l'Ouvrage n'a pas permis au Muficien
de donner à tous les morceaux l'érendue
dont ils avoient beſoin. On voit qu'il a
été ſouvent obligé de trop reſtreindre ſes
idées , &quelques morceaux y ont perdu .
Le trio qui eſt à la fin de cette Scène a été
fort goûté, ſur tout à cauſe du trait comique
de Calpigi ; & quoiqu'on applaudiſſe enfuite
le monologue d'Atar , qui finit l'Acte , & dans
lequel en effet il y a des traits de chant fort
heureux , peut- être l'Acte ſe termineroit il
d'une manière plus brillante par ce trio , dont
l'effet eſt plus nombreux,
Dans la ſeconde Scène du deuxième Acte ;
le Grand- Prêtre chante un morceau , dont le
rhythine paroiffoit favorable à la muſique ,
inus dontl'idée& la fituation ne font propres
qu'a du récitatif; aufli le Compofiteur incertain
n'a- t'il fait ni l'un ni l'autre. Il en eſt réſulté
un morceau ſans effet, dans lequel le
Muſicien accélère & ralentit le mouvement
fans aucune raiſon bien déterminante. Ce dé
:
Kiv
224 MERCURE
fautſe fait fentir dans une partie de la Scène.
Elle est compoſée de phrafes de chant deuchéesqui
ſe ſuccèdent ſans s'arrêter ſur aucun
motif. Au reſte, ilétoit difficile de s'en tirer.
Elle est trop longue pour être route en récitatif
ſample , & il n'y avoit pas moyen d'y
placer des airs .Une mélodie vague étoit tout
ce que le Compoſiteur pouvoity mettre.
Le monologue d'Arthenée ſe termine d'une
manière ingénieuſe , & qui ne nous paroit
pas affez ſentie par les Spectateurs. CeGrand
Prêtre ambitieux , livré à ſes réflexions , s'arrête
fur une réticence; la ſymphonie y fup
plée ; fans interruption elle change toutcoup
d'expreſſion à l'arrivée de Tarare , &
parune tranfition heureuſe annonce les tentimens
violens & triſtes dont ce Héros eft
agité. La Scène ſuivante entre Tarare & cal
pigi eft en ſimple récitatif. Il a toute la repidité
que la ſituation exige , & amène fort
bien l'air de Tarare : Pour la revoir jef- enchirai
cette barrière impénétrable , air d'effer ,
chanté par M. Lainez avec une chaleur qui
contribue encore à ſon ſuccès.
Le mérite de la Scène de féduction entre
Arthenée & l'enfant des Augures , eſt tout
entier à l'Auteur du Poëme. On y diftingue
pourtant le joli petit air: Ainſi qu'une abeilie.
On applaudit avec tranſport le choeur cù
les Soldats répètent le nom de Tarare , qui
vientd'étre prononcé par l'enfant. Il ade la
chaleur , de l'harmonie ,& eſt fort bien alforti
à la fituation; mais il faut convenir qu'il
DE FRANCE. 221
doir plus ſon ſuccès à l'effet dramatique qu'a
fon mérite muſical. Il y a certainement beaucoup
plus de génie & de facture dans le choeur
qui termine l'acte: Brama ,si la vertu t'eſt
chère ; ce morceau eſt fait pour honorer
davantage le Compofiteur.
>
Le récit du combat avec Alt mort , au troiſième
Acte , étoit très- difficile à faire , & le
Muficien ne paroît pas avoir entièrement
vaincu cette difficulté. Les images ſucceſſives
que le chantne fauroit exprimer , qu'on laiſſe
àpeindre à l'orchestre, qui ne peut les rendre
que par des traits vagues & ifolés , na
femblent pas du reffort de la muſique. Comparable
en ce point à la peinture , fes moyens
font impuiſſans pour repréſenter une action
fugitive ; c'eſt à cet Art ſur tout que convient
la règle de l'unité. M. Salieri a beaucoup
mieux rendu un morceau du même genre
dans le même Acte. C'eſt le récit de la manière
dont Tarare a eſcaladé les murs du Sérail.
Il règne en effet plus d'unité dans ce tableau.
Les ſeules maſſes que le Muficien y ait
introduites , font la rapidité de la fuite dè
Tarare , & l'alarme que cauſe dans la ville la
découverte de ſon deflein. Ces images étoient
très muſicales , &le Compofiteur en a tiré un
grand parti. Nous ne dirons qu'un mot de la
fete donnée à Aftafie. Elle contient quelques
airs de chant fort agréables , & des airs de
danſe très - jolis. Mais nous remarquerons
davantage l'adreſſe avec laquelle le trouble,
te délire d'Atar , la diverſité des ſenti-
Ky
226 MERCURE
mens qui l'agitent ſont ſentis & rendus.
Le récitatif rapide , quand il le faut , a tour
jours l'accompagnement qui lui eft propre.
Cependant cette Scène où le Tyran prend le
corps de Tarare pour marche-pred, ne fait
pas tout l'effet qu'on attendoit de la ſituation
&de fonmérite muſical.Cela vientpeut- être
de ce qu'elle finit par un duo très - médiocre
qui la prolonge outre meſure ,&de ce que le
monologue de Tarare qui lui ſuccède , & qui
termine l'Acte , n'est qu'un chant de récitatifencore
plus meſquin. C'étoit aſſurément
le casde faire exhaler à ce Héros dans un bel
air les ſentimens qu'il a tenus contraints pendant
une Scène ſi longue. Il reſpire , il eſt en
sûreté ; rien ne le preſſe. Que de ſentimers
n'avoit- il pas à nous exprimer?
Ily a peu de choſes à remarquer dans le
quatrième Acte. L'air d'Aftafie , d'une tour--
nure affez commune , a la forme & l'expreffionde
tous les chants mineurs. Nous ne diroi
s rien du petit air de Spinette ; mais nous
devons les plus grands éloges à fon duo avec
Tarare , où tous les charmes de la fineſſe , de
l'eſprit , de la grâce &de la mélodie ſemblent
réunis. Ce morceau méritoit bien d'enlever
tous les fuffrages. Cet Acte finit par un air
d'effer , extrêmement favorable à la voix de
M. Rouffeau , qui le chante parfaitement.
Toute la Scène lugubre du fupplice de
Tarare , au cinquième Acte , eſt d'une compoſition
ſuperbe. La marche, les choeurs, le
trio, fur-tout le choeur de Prières , accom
DE FRANCE. 227
pagné d'une timbale voilée & de quelques
fons de la cloche du Beffroy. Ce morceau fait
friffonner ; il est vrai que tout le Spectacle y
contribue ; mais c'eſt un grand mérite au
Muſicien d'avoir ſu ajouter encore à l'horreur
de la fituation. Tout Compoſiteur ſans doute
l'auroit auffi bien ſentie ; mais celui qui l'a
rendue d'une manière auſſi neuve annonce
fans contredit le plus grand talent. Après ce
morceau , & beaucoup d'autres qu'on admire
dans cet Ouvrage , on doit tout attendre de
M. Saliéri. Il s'eſt plus occupé de la voix dans
cetOpéra que dans les précédens , & il peut
voir aujourd'hui ce qu'il y gagne ; il doit être
perfuadé que le beau chant a toujours ſur
l'âme des Auditeurs un empire irréſiſtible;
qu'il en eft de convenables à toutes les paffions
, même les plus violentes , & qu'un bel
air ne nuit jamais à l'action quand il eſt bien
placé.
Nous avons rendu juſtice avec plaifir aux
beautés reconnues de cet Opéra. Nous avons
relevé avec courage ce que nous y avons trouvé
de défectueux d'après l'opinion du Public
& la nôtre; & fi nous nous ſommes montrés
ſévères , c'eſt autant par eſtime pour leCompoſiteur
que par amour pour fon Art. Quand
un Artiſte s'élève comme M. Saliéri au rang
des modèles , il eſt important que les jeunes
gens qui l'étudient apprennent à diftinguer
dans ſamanière ce qu'il eſt bon de ſuivre , &
ce qu'il eſt prudent d'éviter.
Kvj
228 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
IL eſt permis de s'honorer de l'eſtime d'un Miniſtre
rare , & vous me permettrez de donner une
analyſe ſuccinte des Differtations que M. le Comte
deHertzberg a lues dans les Séances de l'Académie
des Sciences de Berlin , dont il eſt Curateur. Vous
ſerez convaincu qu'il eſt peu d'Hommes d'état qui ,
comme lui , aientjoint au génie des affaires publiques
l'érudition la plus riche & la plus variée , &
Part d'écrire auſſi bien en François que dans ſa langue
maternelle. Toutes les Differtations de M. le
Comte de Hertzberg roulent fur des matières de
première importance. Le réſultat en eſt preſque
toujours une notice exacte & lumineuſe de la fitiation,
de la politique , de l'adminiſtration & des reffources
de la Pruffe. On y trouve auth une difcuf
fion profonde des grandes baſes d'une législation
épurée&du bonheur des Peuples .
La première Differtation traite de la ſupériorité
desGermains fur les Romains , & prouve que le
Nord de la Germanie ou Teutonie , entre le Rhin &
la Viſtule , & fur-tout la Monarchie Fruffienne eft
la patrie originaire de ces Nations héroïques qui
dans la fameuſe migration des Peuples one détruit
l'Empire Romaio,&ont fondéles principalesMonarchies
de l'Europe. L'Auteur indiqueenpeude mors les
DE FRANCE.
229
cauſes de la deſtruction des Républiques & des Etats
de la Grèce , de l'Empire Romain,&trouve dans la
Nation Germanique l'ennemi le plus redoutable de
cette dernière Puiſſance. En effet , Céfar en paffart
deux fois le Rhin , Drufus & Germanicus en poufſantjuſqu'au
Veſer & à l'Elbe , n'ont fait que des incu
fions dans la grande Germanie, qui est toujours
reftée libre . Les terribles défaites des légions de Varus
& de Lollius bornèrent les conquêtes des Romains
. Le Rhin & le Danube leur ſervirent de limite
dans l'Occident , comme l'Euphrate l'étoit dans
l'Orient. Les réunions que les petites Peuplades firent
enfin fous les dénominations de Francs, d'Allemands,
de Suèves, de Vandales , de Goths , de Bourguignons
, de Saxons & de Rugiens qui déchirèrent le
coloſſe Romain , ſont ſuivies & préſentées avec beaucoup
de méthode. Toutes les o igines ſont ramenées
à la ſeule & unique , au nord de la Germanie , qui
est Vagina & Officina Gentium, le berceau de
toutes les Nations. M. le Comte de Hertzberg a l'art
de rendre ſon érudition intéreſfante ſans l'afforblir ,
&fans négliger les preuves néceſſaires dans un ſujet
auffi grave.
A côté de ce Difcours il faut placer celui ſur la révolution
des États , & particulièrement fur celles de
l'Allemagne. Toutes les ſecouſſes qui ont bouleversé
les Empires anciens ſont sapportées avec le trair qui
les caractériſe. Si 'a Germanie , plus heureuſe que les
Nations qui ont figuré avant elle ſur la ſcène du
Monde , n'a jamais été entièrement allujétie ; & fi
alle eſt ce qu'elle fut du temps de Camille , de Céſar ,
&c . , elle le doit à fa fituation ſuivant Tacite. La
Germanie , dit cet Hiftorien , étoir un pays trop
éloigné des Nations du Sud, trop difficile à aborder
pat terre& par mer, & fur-tout d'un climat & d'un
terroir fi rudes que perſonne ne voudroit y demeurer
qui n'y fut né. M. le Comte de Hertzberg combat
230
MERCURE
i
l'opinion de Tacite , & attribue ce bonheur à une
cauſe plus honorable , à la valeur des Geumairs & à
ladeſtinée qui les marqua non pour ſub'r des rένο-
lutions, mais pour fonder les Monarchies modernes.
La Conftitution Germanique raſſure l'Auteur fur fa
durée, & le voeu qui lui échappe fait l'éloge de fon
-coeur. Il eſpère qu'on n'aura plus à craindre des révolutions
trop dangereuſes depuis que la Conftitution
Germanique a été fi bien conſolidée par des
Loix, par des Traités, par les garanties & par la
diftribution heureuſe & proportionnée du pouvoir
&des forces des différens Membres de cet Empire,
&depuis que les Puiſſances de l'Europe ont formé, à
l'exemple de Frédéric II , des armées permanentes
bien entretenues , bien diſciplinées , dont l'entretien
coûte à la vérité aux Sujets , mais qui les garantit
du mal infiniment plus grand de ces irruptions imprévues
qui ont autrefois entièrement ruiné les plus
beaux pays. « L'Histoire ne ſera plus intéreſſance
>> par le tableau brillant , mais affligeant des révο-
>>>lutions , des conquêtes , des comtats & de ce
> qu'on appelle à tort de grands événemens. Les
>> Souverains ne pourront plus immortaliſer leurs
>règnes& 'eurs noms qu'en avançant l'Agriculture
, le Commerce& toute la proſpérité interne
>> de leurs États. >> On ſe plaît à voir ces maximes
confignées par un Homme d'Étar, dont l'exemp'e
eſt toujours ſi prépondérant. L'humanité ſourit
toutes les fois qu'elle apperçoit la Philofophie aflie
auprès du Trone!
La meilleure forme des Gouvernemens eft encore
un des ſujets difcutés par M. le Comte de Hertzberg ,
qui ſemble ne ſavoir ſe délaſſer des grandes occupations
du Ministère que par des Differtations d'une
utilité&d'une ſupériorité marquées. Mais qui peut
réſoudre cette queſtion qui intéreſſe l'humanité &
-tous les États ? L'expérience nous a trop appris que
DE FRANCE.
231
tous les Gouvernemens font bons& mauvais , & que
le medium est le ſeul point de convenance où l'on
doive s'arrêter. Depuis Ariftote juſqu'à Locke tout
ce qu'on a écrit a été à-peu-près perdu. Après avoir
paflé en revue toutes les formes de Gouvernement ,
M. le Comte de Hertzberg accorde la préférence à
laMonarchie. Montesquieu fut critiqué pour l'avoir
penfé , & les Démocrates eurent tort. Qui n'aimeroit
la Monarchie dont M. le Comte de Hertzberg
parle ! La meilleure forme de Gouvernement , dit-il ,
eſt celle d'uneMonarchie libre dans laquelle un ſeul
Souverain réunit dans ſa ſeule perſonne le pouvoir
législatif& exécutif, mais où il obſerve& ne change
ras fans une néceſſité urgente & viſible des loix
fondamentales , ou du moins des règles qui aſſurent
aux ſujets leur propriété& leur état, & où il établit&
laiſſe ſubſiſter des Corps intermédiaires ou
des États Provinciaux, qui, ſans participer au pouvoir
législatif, ont la faculté de s'aſſembler en certains
temps , de délibérer ſur la ſituation & les beſoins
de l'État, d'en faire des rapports & des repréſentatious
au Souverain , & de concourir ainſi avec ſa
permiſſion & ſous ſes auſpices à l'adminiſtration intérieure&
civile. Ces Ordres ou États Provinciaux
ne ſavroient être mieux compoſés que de la Nob'effe
héréditaire ou des Poffeffeurs des terres qui
font immédiatement, & autant que le Souverain , intéreſſés
à la conſervation & au bien de l'État , des
Repréſentans des Villes qui le font auſſi , mais
moins que les terriers par l'inſtabilité de leur étar ,
& à mon avis auffi de quelques Repréſentans des
Cutivat urs ou des Payſans, fur- tout fi les Souverains
étoient d'avis de leur donner en cens héréditaires
leurs Domaines-Terriers , ce que je regarde
comme le moyen le plus propre d'avancer l'Agriculture
& la Population d'un Etat au plus have
degré poſſible. Le Clergéne doit pas faire une claffe
232 MERCURE.
particulière des Etats , mais appartenir plurde à
l'Ordre de la Nobleffe par rapport aux grandes
poffeffions qu'il a ordinairement dans chaque Etzt.
Il ſeroit fuperfu d'ajouter la moinde réflexion à
cet expofe. Il n'eſt aucune Monarchie qui ne ſe
trouvật bien d'une Constitution auffi fagement modifiée.
M.le Comte de Hertzberg paſſe e: fuite à une
autre Differtation , & dans celle - ci il nous fait part
de ſes réflexions ſur la force des Etats & for leur
puiſſance relative & proportionnelle. Il en conclut
que l'érendue du terrein & le degré de population
ne fufficent pas pour déterminer exactement lapuiffance
d'un Erat & pour décider de ſa ſupériorité.
C'eſt la ſituation d'un Empire , la forme de fon
Gouvernement, le caractère de ſes habitans qui
conſtituent fa ſupériorité réelle. Les preuves ſe mul
tiplient ſous la plume de M. le Comte de Hertzberg,
& on fait avec lui un Cours de Politique &
d'Hiftoire ancienne.
Dans fon Difcours ſur la population des Etats &
fur celle de la Pruſſe, il dit que la grande population
d'un Erat eſt la principale baſe de ſon bonheur, &
fur-tout de ſa puiſſance quand un Gouvernement
fage fait en tirer parti . Combien de vues profondes
jailliſſentde cette ſeule idée ! Afſurément le Souverain
qui fera perfuadé qu'il lui importe de mukiplier
ſa population ne ſera ni deſpote ni tyran. Il ne
préſentera point des fers à ſes ſujets, mais une infinité
d'encouragemens. Si les marchés font abondans
, a dit un Voyageur célèbre, fi les denrées ſont
àbas prix , je ne demande plus ſi la population
manque, car je devine qu'elle abonde , & je ne me
fuis jamais trempé. Pour donner un tableau auſti
parlant de la félicité publique , il faut qu'un Roi ait
fu mettre en ufage tous les moyens de bonheur , de
tolérance&de protection. Il entroic naturellem
DE FRANCE.
233
\
dans le plan de l'Auteur de parler de la population
des temps anciens . J'ai lu un Ouvrage imprimé
chez Rozet en 1771, dans lequel on prouvoitqu'elle
a été plus grande autrefois. On fuisoit avec une
bonhomme fit gulière ces Ecrivains Eccléſiaſtiques
trop habiles à créer des prodiges. M. le Comte de
Hertzberg s'élève à ſon tour contre ces affertions ,
&prétend avec taiſon que les Gouvernemens anciens
ont dû être contraires à la population par la
nature & le nonibre de leuis guerres , & en partic
par le grand nombre d'esclaves qu'ils entretencient.
Des foldats , des eſciaves ! Eit-ce avec eux qu'on
peuple les Etats ? A-t-on pu ajouter foi à ces Hiftoriens
qui d'un naitde plume recrutoient cert mille
combattansi M. le Comte de Hertzberg , en rappé-
Jant par quels moyens la Prulle a doublé le nombre
de ſes ſujets , rouvre ure des bieffures de la France
en parlant des émigrations occafionnées par la révocation
de FEdt de Nantes , dont Louis XIV fe
repentit enfin à la mort.
M. le Comte de Hertzberg analyſe dans le ſeptième
Difcours les fources de la véritable richefledes
Etats, les baſes de la balance du commerce & celle
du pouvoir. Agriculture , Induſtrie : voilà ſes deux
points d'arpei . Le reſte découle de ces deux principes
, d'où l'on voit fortir la balance du pouvoir.
Cerre dernière, qu'on a cru l'ouvrage de la politique
modeine , & un motnouveau, fubftitué à celui déqui
libre tant recommandé per le Cardinal de Richelieu,
eſt auſſi ancienne que les Empires. M. le Comte de
Hertzberg en obſerve les déviations depuis la guerre
du Péloponèse juſqu'aux Romains, & chez les Modeines
juſqu'à la paix d Utrecht. Elle a été la caufe
ou le prétexte de preſque toutes nos guerres. J'invite
ceux qui aiment à méditer (ur de grands objets
à lire attentivement cet excellent Difcours.
Je ne puis trop recommander en même temps la
234
MERCURE
lecturede la Differtation contenant des Anecdotes
du règne de Frédéric Guillaume leGrand, Ecoteur
de Braudebourg , & un détail neuf & affurtment
peu connu des exploits maritimes dece Prince,
On y voir Frederic Guillaume, n'ayant en 1640 que
les trois Provinces de Brandebourg, de la Pruffe, da
Clèves , éparſes , défcuplées, dé armées, anéanties
par la gueire de trente ans , ne pouvant fubfifter
dans la marche , & obligé de ſe retirer dans la
Pruffe. On le revoit huit :is après raffermiſſant fes
États à la paix de Westphalie , acquérant la Poméranie,
le Magdebourg, le Halberstadt, Minden ,
aflurant à fon Duché de Prufſe , par la paix de
Weblau , la ſouveraineté. On le voit former cette
armée de deux cent mille hommes prête à agrandir
ou à affurer la puiſſance. Reſpecté par Louis XIV,
il traite toujours de pair avec lui. M. le Comte de
Hertzberg préſente toures ſes expédi ions maritimes
, auxquelles il dat la conquête de la Pomeranie ,
&ne diffunu'e point les tentatives inuikes pour l'é
bliſſement d'ane Compagnie Africaine. L'Auteur a
été obligé de compulfer tre quantité immenfe de
Vo'umes pour donner un précis clair & sûr des
travaux maritimes de Frédéric Guillaume .
Le dernier & huitième Diſcours est un Mémoire
Hiſtorique ſur la dernière année de la vie de Fréderic
II; il est terminé par l'Avant- Propos de
'Hiſtoire de ce Roi écrite par lui-même. M. le
Comte de Hertzberg parle fans prétention. & fans
convulfion oratoire fun Roi qui l'aimoit, d'un Souverain
que l'Europe reſpectoit , & dont la renommée
s'eft entièrement emparé. Il le peint autant
dans la vie privée que dans la vie publique. On
trouve une chaîne de travaux utiles, une tête forte,
une raiſon ſupérieure continuel ement exercée ,
point de foibleſſes. Le Roi ſe montre juſqu'à la
mort. Apeine apperçoit-on l'homme aux approches
DE FRANCE. 235
des derniers momens de Frederic IL. Quel grand
exemple il laifle à tous les Souverains ! Sans doute
on eut tout de ne vouloir trouver dans ce Monarque
qu'un Guerrier, parce qu'il ſavoit vaincre comme
Célar. Depuis bien des années il avoit mérité une
plus douce célébritée. Son adminiſtration intéreure,
ſes nombreuſes améliorations , ſes largeffes
aux Culivateurs , aux Manufacturiors , à la Nobleſſe,
à tous les ordres de ſujets ; la multiplicité des
établiſſemens utiles , ſon attention à ſuivre tous ces
détails journaliers d'une bienfaiſance politique &
éclairée , le placeront au-deſſus de beaucoup de
Rois qu'on a vantés. Il écrivit comme Célar, étudia
la Nature comme Pline , protégea les Arts comme
Ptolomée; & quand on a lu le Mémoire de ſon
Miniſtre, on répète avec tranſport ce que Voltaire en
diſoit prématurément :
Philofophe des Rois que ma carrière est belle !
J'irai de Sans-Souci par un chemin de fleurs
AuxChamps Élyfiens parler à Marc-Aurèle
Du plus grand deſes Succeffeurs.
ASallufte jaloux je lirai votre Hiſtoire ,
ALycurgue vos Loix, à Virgile vos Vers.
Je furprendrai les morts; ils ne pourront m'en croire
Nul d'eux n'a raſſemblé tant de talens divers.
Sel'y n'apas peu contribué à faire aimer Henri IV.
M. le Comte de Hertzberg aura atteint le même
bur à l'égard de Frédéric II .
Nous allons jou'r de tous les Écrits de ce grand
Roi ; cette portion de ſon génie aura de quoi nous
étonner. Son Succeſſeurdigne de lui, & qui aime la
vérité comme lui , ne déroberarior à la Poſtérité. Je
ferai à portée de vous entretenir des exploits & de
da conduite d'un Roi dont le portrait encore impar-
Git a été manqué par la précipitation de ceux que
236 MERCURE
l'ont entrepris. Mes correſpondances me donnent
des facilité & des notionssûres qu'ils n'ont pas CDS,
La Collection des Diſcours de M. le Comtede
Hertzberg qui fera publiée à Paris, formcraus Re
cueil précieux. On y ajoutera l'Histoire polnique de
laguerre de'eptans, celle de Bavière & du parnaze
de la Pologne ; car depuis l'année 1750 l'Auteur a
compoſe toutes les Pièces publiques de la Cour de
Berlin. Il fera curi ux de confronter Fouvrage du
Roi à celui de fon Miniſtre. Je tâcherai de traduire
les Ecrits compofés en Langue Allemande que M.
leComte de Herzberg m'a adreſſes , & qui complesteront
le Recueil. Ce fera avec un plaifir bien
fenti que je parlerai de Frédéric II , & que je prierai
à fon fage Miniſtre un juſte tribus d'éloges. Mes
motifs font connus de ceux qui favent que cette
Cour ne peut me devenir étrangère. J'ai pensé que
vos Lecteurs accueilleroient une No ice dans laquelle
il eft question effentiellement d'un grand Roi &
d'un Miniſtre célèbre dans la Politique & dans la
Littérature, Cedouble phénomène est peu commün.
J'ai 'honneur , &c. DE MAYER.
ANNONCES ET NOTICES.
VUES impartiales fur l'Établiſſement des Aſſemblées
Provinciales , fur leur formation , fur l'Impôt
Territorial & fur les Traites , in - 8°. A Londres ;
& ſe trouve à Paris , chez P. J. Duplain , Libraire ,
cour du Commerce , tue de l'ancienne Comédie
Françoiſe, Prix, 1 liv. 16 fois.
Ce petit Ouvrage, écrit avec ſageſſe, ne peut
DE FRANCE . 237
manquer d'être accueilli dans un emps ou toutes
les idées ſont tournées vers le bien général de la
Nation .
OEUVRES de Gesner , avec de très - belles Gravures,
d'après M. Lebarbier , Peintre du Roi,
Septième Livraiſon. Pux, 9 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue Bergère , Barrois l'aîné , Libraire ,
quai des Augstins , & la Veuve Hériſſant, Imprimeur
Libraire , rne Neuve Notre Dame.
Nous avons eu pluſieurs fois occaſion de rendre
juſtice à ce bel Ouvrage , très bien exécuté dans
toutes ſes parties. Cette nouvelle Livraiſon mérite
les mêmes éloges. Ceſt la ſeconde du ſecond
Volume.
L'on paiera 9 liv, en ſouſcrivant, 9 liv. pour
chaque Cahier , composé de fix Estampes. Il y en
aura huit de ce nombre , & deux de huit Estampes ;
ſavoir, le cinquième & le dixième , pour chacun
deſquels on paiera 12 liv. Ces dix Livraiſons
feront les deux premiers Volumes. Pour le troiam-
Volume , qui paroîtra en entier , comme
nous l'avons dit , avec dix Estampes , l'on paiera
is liv. , les 9 liv. que l'on paye en ſouſcrivant étant
imputées ſur ce Volume.
ÉLÉMENS d'Orthographe , on Méthode pour
apprendre cette Science parfaitement en très- peu de
temps fans être obligé de prendre un Maitre , par
M. Pollet , ancien Receveur des Domaines du Roi ,
in 8°. A Paris, chez l'Auteur , rue Pavée-Saint-
Sauveur , nº.34-
"M. Pollet avoit annoncé au Public qu'il enſeignoit
l'Orthographe en trente Leçons . It paroît certain
qu'il a eu des ſuccès , & c'eſt un préjugé faverable
pour l'Ouvrage dans lequel il a expofé & cxpliqué
ſa Méthode.
438 MERCURE
BIBLIOTHEQUE Salutaire , ou Recueil d'Objer
vations fur la Physique , la Chimie , la Mézecine,
la Chirurgie , l'Histoire Naturelle & l'Ecoлсти
Rurale; Ouvrage composé d'Obfervations faires
par les principaux Médecins , Chirurgiens , Cultiva
teurs , &c. , in- 16. A Paris , chez Leroy , Libraire,
rue Saint Jacques ; Moureau , Labrane , quai dis
Auguſtins.
Ce Recueil peut être utile aux Pères & Mères ,
aux Iſtituteurs, aux Gens de la campagne , aux
Curés for- tour. Il doit avoir une ſuite ; mais on ne
fixe aucune époque. Chaque Volume ſera ordinairement
diviſé en fix Parties principal.s; la première
contiendra les objets relatifs à la thyſique & à la
Chimie; la deuxième , des Obſervations choifies fue
l'Hygiène & la Thérapeutique ; la troiſième ſera
compofce d'Obſervations rares de Médecine , de
Phénomènes de la Nature ; la quatrième, de remèdes
reconnus pour certains ; la cinquième, de Détails
curieux d'Histoire Naturelle , & la ſixième , de ce
qui concerne l'Économie turale & domeftique.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames. A
Paris , rue d'Arjou-Dauphine, la deuxième portecochère
à gauche en entrant par la rue Dauphine.
Les quatre nouveaux Vo'umes de certe Collection
fortle huitième & neuvième du Théâtre , conte .
nantl'Étourdi de Molière , avec la Vie de ce célèbre
Comique par Voltaire , le Dépit Amoureux & 1s
Précieuses Riaieu'es du même ; le ſeprième des
Voyages , &le huitième de Mora'e.
QUATRE Estampes ix- 4°. frisant partie de
douze qui feront livrées parfaite , & dont les fies
feront tirés de la Henriade, deifinées & gravées à
DE FRANCE.
239
হ
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par des Artiſtes des plus connus. A Paris , chez
l'Auteur , rue Poupée- saint-André , nº. 6 , & chez
Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , rue Pavée- Saint-
André. Prix , 2 liv. chacune.
Ces ſujets font très-heureuſement compofés , &
les quatre Estampes font d'un effet piquant &
agréable. Il en paroîtra deux tous les trois mois.
Cette ſuite eft deſtinée à l'Édition que M. Didor
va faire de la Henriade pour la fol'ection de Mgr.
le Dauphin , & elle peut convenir à d'autres Éditions
du même Poëme. Les Perſonnes de la Province qui
voudront ſe la procurer ſont priées d'indiquer la
voie par laquelle elles voudront qu'on la leur faſſe
parverir.
PROMENADE de la Galerie du Palais Royal,
Eſtampe de 21 pouces de large for 11 & demi de
haut. Prix, 12 liv. A Paris , cour du Louvre , la cinquième
porte à gauche en entrant par la colonnade ,
au premier.
Cet e Eſtampe, du genre grotesque , a du piquant
&de l'originalité. Les Figures en ſont nombreuſes ,
variées &divertiſffantes.
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FIGURES desMétamorphofes Ovide , adaptées
à la Traduction d. M. l'Abbé Banier, gravées
d'après les Deſſins de M. Renaud , de l'Académie
Royale de Penture , par Jacques - Jofeph Coisy, &
propofées par ſouſcription. AParis, chez l'Auteur ,
rue Pierre Sarrazin , nº. 16. Prix , 4 liv.
Le ſuccès des Fables de La Fontaine par cet Artiſte
doit faire bien augurer de cette nouvelle Entreprife
La première Livraiſon qui paroît , confirme ce
préjugé. Il y a du ſoin, de la netteté & de la grace
Hans les Estampes qui la compoſent.
On ne paiera qu'en ſouſcrivant,
240 MERCURE
QUATUOR Four le Piano Forte , avec deux Vir
Lons & Baffe , composé par Amédé Ra eni. Pur ,
3 liv.-- Numéro 42 au Journal de Pièces de Ciavecin
, par differens Auteurs. Prix des douze Numéros
formant l'année , 30 liv. pour Paris & la Province
franc de port.A Paris, chez M. Boyer, the
de Richelieu , à la Clef d'or , Paſſage du Café de
Foy , & chez Mme Lemenu , rue du Roule, à la
Clefd'or.
OUVERTURE , Air & Trio d'Hélène & Francisque
delsignor Sarti pour le Forte-Piano , Violon
ad libitum , par M. F. Meſger. Prix , 3 liv. Mexic
Adreſſe que ci-deſſus.
-
TABLE.
ODE à M. Laverne , 193 Discours prononcés dans l'AStances
au Duc de Mouchi , cadémie Françoise, 206
19,6Confiderationsfur la Société .
Petit Pierre de Barcelonette
Anecdote ,
215
197AcadémieRoy. deMuliq. 220
Choade, Enigme& Logogry Varié és ,
pire.
228
204 Annonces &Notices, 235
APPROBATION.
Satin,par ordre deMgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 30 Juin 1987. Je n'y
ai rien trouvé cui paiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris, le 29 Juin 1789. RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
:
DE
BRUXELLES.
:
DANEMARCK.
De Copenhague , le 6 Juin.
D
Après le dénombrement des habitans
de cette Capitale, fait le premier Novembre
dernier , ſa population monte à
$7,801 ames , dont 44,6,5 hommes &
43,146 femmes . Dans ce nombre ſe trouvent
1454 Juifs. La Cour , la garniſon St
la Marine ne ſont point compriſes dans ce
calcul; en 1785 on a comote 9790 individus
à la Cour , de troupes de terre , de marine&
de matelots .
De Berlin, le 12 Juin.
Le premierde ce mois, le Roi partit de
Nº. 27, 30 Juin 1787.
( 206 )
Charlottembourg pour Cuſtrin , où S. Ma
paffé en revue les troupes de la Pomeranie,
&d'où elle eſt deretour depuis hier. LeMargrave,
le Prince héréditaire & le Prince Louis
deBade ſont retournés avec leur ſuite àCarlsrühe.
S. M. a décoré le Prince héréditaire
de Heſſe - Darmſtadt , ſon beau frere, du
grand Ordre de l'Aigle Noir.
Il ſe fait un mouvement dans beaucoup
de nos Régimens qui changent de quartiers
. Les deux bataillons de Grenadiers
de Meuſel & de Droſte , qui étoient àMagdebourg
, joignent leurs Régimens en
Westphalie. Gaudi , Eckartsberg & Eichman
ſe rendent à Weſel ; Woldeck le jeune
àMinden. Les dix compagnies de l'Infanterie
légere de Muller feront augmentées de
deux compagnies de Grenadiers : un des
bataillons va à Calbe , l'autre à Burg. (Duché
de Magdebourg.) Trois bataillons de.
Natalis partent auffi pour Burg , & le quatrieme
pour Magdebourg. Ces déplacemens
en ont occafionné de très conſidérables dans
la plupart des Régimens.
L'Hiſtoire Naturelle vient de perdre
M. Charlas Gustave Jablonski , Membre de
la Société de Halle , pour les progrès de
'Histoire Naturelle. Ce ſavant eſt mort
icile 25 Mai , dans la trentieme année de
ſon âge. Il eſt auteur du systéme naturel
des Infectes. Il avoit engagé fon pere , déjà
vieux , à entreprendre un voyage à Surinam,
( 207 )
:
pouryfaire des recherches ſur pluſieurs parries
de l'Hiſtoire Naturelle : le lendemain de
l'enterrement du fis , eſt arrivée la premiere
caiſſe que le pere lui avoit expédiée.
De Vienne , le 10 Juin.
La crue du Nieper& les vents contraires
ayant ralenti la navigation de l'Impératrice
deRuſſie ſur ce fleuve, on n'eſpéroit pas qu'elle
entrâtdansCherſon avant le 19 Mai . Trois
jours auparavant , l'Empereur arrivé le 14 ,
s'étoit mis en route pour aller au devant de
cette Princeſſe . Parune ſuite de ce retard, on
n'attendoit gueres notre Monarque à Brody
que dans les premiers jours de ce mois. Le
Miniſtère lui a expédié la nouvelle des événemens
ſurvenus dans les Pays Bas , & l'on
attend inceſſamment ſes ordres à ce ſujet.
Par ordre de ce Prince , les ſieurs Bargun
& Compagnie , Banquiers , ont ouvert ici
une eſpece de Lombard à l'usage du commerce
, ſous le nom de Caiſſe commerciale de
Prét & d'Efcompte . Pour de modiques intérêts
, elle avancera des ſommes ſur effets ,
maisons , terres , hypothèques , lettres dechange
& autres papiers de valeur reconnue.
Le 29 du mois dernier , les Régimens
cantonnés en Styrie ſe ſont mis en marche
pour ſe rendre au camp de Perrau .
On vient de commettre un vol confidé
rable dans le Palais Impérial. Des vo'eur
ſe ſont introduits dans un appartemen
ka
(208)
meublé à neuf , & en ont enlevé les ga
lons d'or , des tapiſſeries , de beaux tar
bleaux , &c.
Cinq Régimens d'Infanterie Allemande
doivent ſe rendre dans la Gallicie. Iis ont
ordre de s'y recruter dans des cantonneanens
qu'on leur aflignera .
UnbataillonduRegimentde Toscanae , en
garnison dans cette Capitale , a reçu ordre
demarcher fur les frontieres de la Gallisia.
Les dernieres lettres de Conftantinople
nous apprennent que l'on travaille fans ceſſe
dans l'arfenal à la conſtruction des bâtimens
de guerre; que les 9 & 10 Avril , dix vaifſeaux
ont mis à l'ancre à une certaine diſtance
de l'arfenal , & que cette diviſion ſera
jointe par une autre pour aller enſemble
dans la Mer-Blanche , entre le 12 & le 16
Mai.
De Francfort , le 15 Juin.
UnJournal Allemand vient de citer deux
anecdotes , extraites , à ce qu'il dit , d'une Vie
de Frédéric II , actuellement ſous preſſe ;
nous allons les rapporter , ſans les garantir
, quelque vraiſemblance qu'elles aient
d'ailleurs.
>>Pendant le ſéjour forcé de Frédéric à
Cuſtrin, le Préſident de la Chambre fit au
Roi Frédéric Guillaume le rapport ſuivant :
J'ai l'honneur d'envoyer à VotreMajefté
ois relations de laChambre des Guerres &
Domaines de la Nouvelle-Marche. Deux
(209 )
ont été copiées de la propre main de Son
Alteffe Royale le Prince de Pruſſe : il n'a
fait que figner la troiſieme » .
Le Roi écrivit en marge : Il nefuffit pas
que Fritz (1) figne , il faut qu'il travaille lui
méme.
<<L'infortuné de Catt, condamné à perdre
la tête pour avoir voulu accompagner
Frédéric dans ſes voyages , étoit âgé de
vingt deax ans , & Lieutenant dans le Régiment
des Gendarmes. Son pere & fon
grand-pere étoient encore vivans. Le premierétoit
Général , & le fecon 1 Feld- Maréchal
Général au ſervice du Roi. Le Roi fit
juger d'abord lejeune de Cart par le Confeil
de Guerre. On le condamna à la forre
reffe. Le vindicatit Frédéric-Guillaume , qui
fentoit qu'après ſa mort fon fils dédomnia
ge oit amplement de Catt de cette puniton
, changea , de ſa propre autorité , là
peine de cet in'ortuné , & prononça la Sentence
fuivante :
« Le Lieutenant de Catt ayant été jugé
par le Conſeil de Guerre , a été condaniné
par ledit Conſeil a être enfermé dans une
fortereſſe ; mais Sa Majeſté ne voit pas pourquoi
on a prononcé une Sentence ſi douce
pourun crime ſi atroce ; & à l'avenir elle
ne peut plus avoir que peu ou point de confiance
dans la fidélité de ſes Officiers & de
ſes Confeülers ; mais Sa Majeſte a été auſſi
(1) Diminuif de Frédéric.
k3
( 219 )
à l'école ,& elle a appris le proverbe : Fist
juftitia, & pereat mindus or , afin que perſonne
ne s'ingere plus d'en agir anfi , &
qu'on ne puifle pas s'appuyer d'un tel
exemple , Sa Majeſté ſe trouve obligée de
prononcer el'e même la Sentence , & de
donner un exemple de Juſtice. Comme il
s'agit ici d'un crime de Leze- Majesté , d'au
tant plus grave qu'il a été commis par un
des Officiers de l'armée , qui doivent tous
être fideles à Sa Majesté, & fur-tout par un
Officier du Corps des Gendarmes , auquel
on a confié la garde du Corps de Sa Majeſté
&de fa famille, ce ne ſeroit point une
peine au deſſus de ſon crime de le condamner
à être déchiré avec destenailles ardentes,
puis pendu à un gibet : cependant Sa Majeſté
ayant égard à ſa famille , a bien voulu
mitiger cette peine , & le condamner à être
décapité».
FRÉDÉRIC GUILLAUME.
Berlin , ce 2 Novembre 1730 .
Les de ce mois , le grand Chapitre de
Mayence ſe rendit à l'Egliſe Cathédrale , &
y élut unanimement & folemnellement , en
préſence du Comte de Trautmanſdorf, Miniſtre
Impérial , le Baron Charles- Théodore-
Antoine-Marie de Dalberg , pour Coadjuteur
à l'Archevêché. Après l'élection , on chanta
un Te Deum ſous la décharge du canon de la
fortereffe.
I c 4 de ce mois , la Princeſſe regnante de
(211 )
la Tour & Taxis , ſoeur du Duc de Wirtemberg,
eſt morte dans ſa 53e. année
Les émigrations recommencent dans quel
ques parties de l'Allemagne. Le goût de
changer de pays a gagné fur tous les Sujets
de la Principauté de Fulde ; ils ſe rendent
par bandes à Vienne pour être tranſportés
de là dans le Bannat de Témeſwar. Sept
grands villages font devenus vuiles en peu
detemps. Les habitans du Cercle de Souabe,
& nommément du Marggraviat de Bade ,
s'en vont auſſi , dans la frivole eſpérance
d'être mieux ailleurs .
Des lettres de Pétersbourg affirnment que
l'on équipe , par ordre de l'Impératrice , une
frégate de 36 can. , & trois autres bâtimens
qui doivent prendre la route du Cap - de-
Bonne Eſpérance. Le Capitaine Moulofsky
commandera cette petite eſcadre.
ITALIE.
De Florence , le 25 Mai.
Le 20 Mai 1787 , le peuple de la ville de Prato,
Dioceſe de Piſtoie , ayant vu manquer le coller
de la Vierge appel ée de la ceinture , & craignant
avec fondement que dans la nuit on ne voulût détruire
l'autel dédié à cette Vierge , s'attroupa
vers le foir. Le Vicaire Royal accouru , ne put
calmer le tumulte. Le grand nombre des révoltés
, que l'on fait monter à douze mille , a
donné lieu de ſoupçonner que , dès le Vendredi
, on avoit prémédité ce ſoulévement. Les
k4
7(12 )
Mutins prirent par force les clefs de la Cathe
drale & de l'Evêché qu'ils parcoururent, en proteftant
qu'ils cherchoient quelques Ouvriers venus
de Florence pour démolir cet autel , & qu'ils
alloient les maſſacrer. Heureuſement on ne les
trouva point. Le Vicaire-Royal fut obligé des'évader&
de ſe cacher ; les révoltés enleverent de
l'Egliſe la chaire de l'Evêque , & la brûlerent au
milieu de la place avec les mitres , habits de Pré-
Jat , tous les livres modernes , & Elits publiés
récemment , qui leur tomberent fous la main.
Après minuit, ils allerent au Seminaire,brûlerent
pareillement les livres & les écritures; les Seminariſtes
même s'enfuirent & ſe diſperſerent. Enfuite
les révoltés ſe rendirent chez le fieur Morandi
, Archiprêtre de la Vierge des prifons , le
firent lever , le conduifirent à la Vierge de la ceinture
; & , au milieu d'une grande illumination de
bougies , volées de toutes parts , ils lui firent jurer
qu'il adoreroit dorénavant cette image , & nе
diroit plus le Canon de la Meſſe à voix haute , fe-
Jon l'ordonnance de Monfeigneur Ricci , Evéque
de Piftoie & de Prato. Ils coururent enfuire chez
le Curé Trave attaché à Mgr. Ricci , lequel ,
nuds picus &
main, demanda la vie au peuple, & l'obtint . Ils ſe
porterent enſuite avec la même violence à l'Eglife
de la Vierge dusecours , mais le Curé s'en étoit
déjà enfui : on brûla ſes livres , ſes papiers & fon
chapeau orné d'un cordon vert , diflinction accordée
par Mgr. Ricci à tous les Curés. Enſuite les
brûleurs entrerentdans toutes les maiſons & autres
lieux où l'on avoit fupprimé quelqu'Image
ou quelque Statue , & les remirent en place , en
faiſant une proceffion avec le Chrift mort , cé-
Jebre par ſes miracles . Ils ont expoſé ce Chriſt à
L'adoration publique fur le maître-autel de laCa
.م
en chemire , un Grucma z 14
( 213 )
thédrale. Ils y ont fait chanter la grand'Meffe ,
& ont dit que le jour ſuivant ils le rapporteroient
dans l'Eglife de Sainte-Urſule , d'où ils l'avoient
tiré . Le peuple a voulu auſſi que la Vierge de la
ceinture fût exposée , & que l'on donnât avec ellè
la bénédiction ; enſuite il eſt entré en chantant
danstoutes lesEgliſes. Les cloches ont fonné pendant
l'émeute.
Les mutins étoient tous des gens du peuple &
des payſans; on n'a remarqué parmi eux aucune
perſonne diftinguée , ni même des Prêtrés ni deš
Moines. On a envoyé de cette Capitale , qui n'eff
éloignée que dix milles , un détachement de foldats;
&l'on dit pluſieurs chefs de ce pieux foulé
vement arrêtés .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 19 Juin.
Le 10 , leGouvernement a reçu de nouvelles
dépêches de Hollande. Les Miniſtres
ont eu une longue conférence le lendemain
chez le premier Lord de la Tréforerie,
Lord Howe& le Duc de Richmond ont afſiſté
à ce Conſeil qui a duré quelques heures,
&à l'iſſue duquel on a expédié des Meſſagers
à diverſes Cours étrangeres.
Le 8 , M. Faulkner a pris congé de S. M. ,
étant fur fon départ pour Dreſde , où il va
réſider en qualité de Miniſtre Britannique.
On preffe à Portsmouth l'équipement de
P'Edgar , de 74can. , du Magnificent& du Bedford,
aufli de74can. & de l'Ardent , de 64.
ks
( 214)
Le Ganges , de 74 can. , eſt déja à Spithéad,
où ſe rendront inceſſamment d'autres vaifſeaux
de Plymouth & de Chatham. On
avoit répandu le bruit de l'expédition de
quelques ordres pour la preſſe des matelots ,
mais fans fondement. On a ſuffisamment de
volontaires pour l'eſcadre qui va mettre en
mer. Le Commodore Levefon Gower qui la
commandera , & les Capitaines Swinfon ,
Mann,Berkley,ont pris congé de S. M. depuis
quelques jours. Toutes les commiffions font
fignées à l'Amirauté & expédiées. On perſiſte
à dire que cet armement ira croifer fur
les côtes de Hollande.
Les Négocians Anglois , à Amſterdam ,
ont trèsbien fait de ſe raire fur le parti
qu'ils prendroient , en cas d'une rupture , &
de refuſer même de faire connoître leurs
ſentimens dans les querelles actuelles. Ils
font redevables à cette diferétiondeleur tranquillité
& du bonheur d'être , en Hollande ,
les ſeuls individus qui n'aient rien à craindre
pour leurs propriétés & leurs perſonnes.
Les manufactures de coton & les laineries
de Mancheſter avoient d'abord hauffé conſidérablement
de prix, attendu les demandes
multipliées qui en avoient été faites. Mais
les fabriques ayant amplement fourni aux
beſoins de l'Etranger , le prix de ces articles
a repris fon premier taux.
Ily a aquellement à Londres pluſieurs François
envoyés par le Ministere de France , pour
wifter les célebres Hôpitaux de cette Capitale,&
(215 )
lui en rendre compte. Les Anglois ſont ſur cet
objet infiniment plus avancés que leurs voiſins,&
toutes les ames ſenſibles apprendront , ſansdoute,
avec plaiſir , que le ſoulagement de l'humanité
fouffrante ait été un des premiers fruits de la correſpondance
réciproque , établie entre les deux
Nations . Le roi a donné des ordres pour que les
Commiſſaires François ( car tel eſt en effe: leur
titre ) euſſent non -feulement un libre accès dans
les hôpitaux de Greenwich & de Chelſéa , mais
encore les renſeignemens les plus exacts ſur tous
les détails de leur adminiſtration.
Selon une lettre écrite du Bengale , la
Compagnie a déjà remboursé une partie des
dettes qu'elle a contractées pendant la guerre
dern'ere. Lord Clive difoit au Parlement
, lorſqu'il lui rendoit compte de ſa
conduite , que les revenus de l'Inde , s'ils
étoient adminiſtrés convenablement , ſuffirojent
non ſeulement à rétablir les affaires
de la Compagnie , mais même à réduire la
dette nationale de la Grande-Bretagne. Les
Employés de la Compagnie n'accumulent
plus des tréſors aux dépens de leurs Commettans.
Il n'y a plus d'uſures exorbitantes ,
de marchés ſcandaleux , de monopoles infâmes
. Un ſyſtême général d'ordre & d'économie
a prévalu dans toutes les parties ; en
un mot , ſi les choſes continuent fur le pied
où elles font , les affaires de la Compagnie
iront mieux qu'elles n'ont jamais été.
Le Général Haldimand , ancien Gouverneur
du Canada , vient d'être condamné ,
à Guidhall , à 200 liv. ſterl. de dommages ,
k6
( 216 )
L
Гол
Machand de vin de Québec,
Hay , efpion & agent avéré des
America'ns , pen'anr la derniere guerre ,&
que le General Haldimand avoit fait enfermer.
Le General Elliot eſt menacé d'un
ſemblable p ocès. Lord Rodney l'a déjà effuyé
; ainfi , on aura vules trois Commandans
, à qui l'Angleterre doit ſon falut &fa
gloire dans la derniere guerre , traduits en
jugement. Le troiſieme , que nous avons ici
en vue , eſt M. Haftings .
Puiſque nous ſommes ramenés à ce
célebre Opprimé, nous préſenterons fur les
procédés dont il eſt l'objet , quelques remarques
, propres à tenir le public en garde
contre des déclamations &des impoſtures ,
repérées de feuille en feuille par des Gazetiers
fans ſcrupules comme ſans connoiffances
, & dont cependant , on entend
quel quefois citer l'autorité par les Gens du
monde , & même par des Gens de lettres.
Les applau liſſemens univerſels donnés à
Padminiſtration de M. Hastings , foit dans
l'Inde , foit en Angleterre , font de notoriété
publique. Jusqu'à l'inſtant où une Cabale
intéreſſée a formé le projet de le frustrer ,
par une perfécution juridique , des récom
penſes qui l'attendoient , il étoit couvert
de témoignages éclatans d'approbation :
aucun fa't n'eſt plus authentique. Lorſqu'au
milieu de ce concert d'éloges & de remersiemens;
lorſqu'à la ſuite des ſervices les
( 217 )
plus mémorables & les mieux reconnus ,
qu'un Citoyen ait jamais rendus à ſa patrie,
tout à coup , ce Citoyen eſt repréſenté com
me un tyran auffi incapable que forcené; oh !
afſſurément , ce ne ſera pas fans des preuves
bien lumineuſes , bien demonftratives , qu'un
homme ſenſé & jufte accordera ſa confiance
à ce roman de la haine & de l'intérêt perfonnel.
Or, dans cette foule de harangues &de
pamphlets deſtinés à établir la vérité de ces
accufations , & qui ont entraîné la pluralité
des Communes , nous chercherons en vain,
ces preuves , ces témoignages , ces actes
poſitifs , qui ſeuls déterminent la certitude
des faits ; difons plus , on n'y trouvera
pas même ce qui peut en faire préſumer
la vraiſemblance.
On a peint la deſtruction des Rohillas ,
par M. Haftings , comme Voltaire dans la
Henriade nous peint la Saint Barthélémi.
De ces brigands féroces qui déſoloient tous
leurs voiſins , on en a fait des agneaux timides
qui tomboient ſous le fer du boucher.
Mais par quels faits a-t-on prouvé l'innocence
de ces ufurpateurs , & démenti les
évenemens qui légitimerent leur expulfion ?
Par aucun qui puiſſe obtenir créance dans
l'eſprit d'un lecteur équitable. Rien de plus
pathétique que le tableau tracé par M.
Sheridan du traitement infigé aux Princeſſes
d'Oude; mais l'Orateur a-t-il le moins
( 218 )
dumondedémontré,que cesfemmesn'étoient
pas complices de Cheyt- Sing , qu'elles n'alloient
pas les ſecourir de leurs tréſors & de
leur influence ; qu'enfin les meſures du
Gouverneur-général , qui les traita en en
nemies , n'étoient pas inſpirées par le danger
le plus imminent ? Quant aux outrages
qu'on prétend avoir accompagné cette
exécution, fuſſent-ils prouvés, a ton exhibé
aucun ordre de M. Hastings à ce ſujet ?
Chaque article d'accufation fournit la
même remarque. Des conféquences, des reproches
, des invectives tirées de faits ou
altérés,ou faux, ou du moins dénués de toute
authenticité. Juſqu'à celle des papiers incomplets&
tronqués, fournis à la Chambre
par les accuſateurs , eſt un objet de doute.
Si l'on obſerve enſuite la nature & le
nombre des articles d' Impeachment , les intmenſes
détails dont chaque fait eſt embarraſſé,
la multitude de connoiſſances que
néceſſitent l'examen & le caractere des évenemens
dont il eſt queſtion , les obfcurités
qu'y a jetté une bibliotheque d'ouvrages
de parti depuis dix ans , tant de rapports
contradictoires , tant d'intérêts en mouvement
, peut- on croire qu'il exiſte dans les
Communes Britanniques , en Angleterre, en
Europe , fix hommes en état de prononcer
comme Hiſtoriens , comme Juges , comme
Particuliers délicats , fur des opérations faires
àcinq mille lieues de nous , dans une con-
4
1
( 219 )
tréeoù,depuis la languejuſqu'aux coutumes,
tout eſt abfolument étranger à l'Europe.
Ces ignorances inévitables ſont préciſément
la ſource des imputations , auxquelles
les Commandans les plus diſtingués ont été
fouvent en bure à leur retour. Il eſt ſi aifé
de répandre des doutes perfides , de femer
une confufion de récits , de ſuppoſer &
d'inventer , lorſqu'on parle à des auditeurs
dont pas un ne peut contredire , ni éclaircir ,
ni comprendre ce galimathias hiſtorique.
Voilà ce qui précipita La Bourdonnais dans
les cachors de la Baſtille , & Dupleix dans
l'oppreffion .
Ces manoeuvres , il eſt vrai , toutes puiffantes
à préparer des persécutions & un
jugement en regle , viennent échouer devant
les Tribunaux où les prévarications
de l'art Oratoire perdent leur crédit. C'eſt
donc ce jugement qu'il faut attendre , en
ſuſpendant le ſien propre , & en ſe défiant
des préjugés.
Il en eſt un qui ne mériteroit pas un
regard , fi on ne le voyoit ſur les lévres ,
& même ſous la plume de gens que leur
zele ne défend pas de l'injustice. Ils mettent
en fait qu'un Gouverneur général du Bengale
est néceſſairement un monftre ; que
puiſque des Commandans Anglois ont abuſé
de leur pouvoir dans l'Inde , tous les Commandans
ſont des fripons ou des imbécilles ;
qu'on ne peut gouverner enAſie ſans la met(
220 )
tre à feu &à fang ; enfin , qu'innocent of
coupable, bienfaiteur de fon pays ou traitre
à l'Etat , M. Hastings doit payer de fa vie
les outrages que d'autres ont fait dans l'Inde
à l'humanité. Et cerrejustice eft réclamée par
des Ecrivains , par des perfonnes, ardentes à
fe foulever contre l'injustice & contre tout
attentat fur la liberté perſonnelle ?
La majorité des Communes qui a prononcé
l'Impéachment, fourniroit un fujerplus
ſpécieux de prévention , à ceux qui ignorent
les cauſes ſecrettes de cette poursuite. Ce
n'eſt pas ici le lieu de les révéler. Mais quand
on faura , en général , que l'animofité de
quelques-uns des Chefs de l'Oppofition a
pris ſa ſourcedansles refus de M. Hastings ,
de placer quelques unes de leurs créatures
qu'il jugeoit indignes des emplois follicités;
qu'à ces ennemis ſe ſont joints ceux que
la jalouſie avoit faits à M. Haſtings dans
l'Inde même; ( de-là ce Comité ſecret nommé
il y a quelques années, forme des plus ardens
antagoniſtes du Gouverneur-Général ,
& où ſe compofa le foyer des accufations
d'aujourd'hui ; ) que l'Accuſé avoit hautement
déſapprouvé le Bul de M. Fox , Bill excellent
pour l'Inde peut- être , mais qui en foumettant
cette contrée aux Miniſtres , leur
eût bientôt foumis l'Angleterre même ; que
des ambitieux du parti opposé à ce même
M. Fox , Membres dominans du Bureau de
Inde actuel , & jaloux d'y conferver leur
( 221 )
fuprématie , ont vu avec effroi M. Hastings ,
appellé par le voeu public & celui du Cabinet
, à la Pairie & à la Préſidence de ce Bureau
; que , pour l'en écarter ,ils ſe font un
moment réunis à leurs propres adverfaires ;
enfin qu'ils ont entraîné dans cette ligue
M. Pitt , par des ſéductions , dont un Miniſtre
, quelque vertueux qu'il ſoit , a plus
qu'un autrede la peineà ſe garantir, on ne s'é
tonnera plus de cette pluralité en faveur de
l'Impéachment. Ce qui cauſeroit plus de furpriſe
, c'eſt que cette majorité n'ait pas éré
plus conſidérable ; c'eſt que les Membres
les plus indépendans , tels que M. Dempster
& d'autres , des amis de M. Pitt, tels que
M. Hamilton , de ſes partiſans déclarés ,
te's que Lord Hood, Lord Mulgrave, M. Wilkes
, & c. &c. &c. aient ofé défendre contre
une pareille phalange , l'Accuſé qu'elle alloit
percer.
Mais le but fecret de cette intrigue ne
ſera pas atteint. Ce n'eſt pas une ſentence
prompte de la Cour des Pairs; c'étoit une
égratignure éternelle de la Chambre des
Communes qu'on vouloit imprimer ſur
M. Haftings . On ſe flattoit qu'il n'auroit le
temps ni de recueillir ſes témoins , ni d'éclaircir
des faits lointains , ni de juſtifier des
tranſactions qui ſembloient exiger de longues
recherches dans le Bengale. En attendant
, il fût reſté ſous le glaive de ſon Décret
& de l'opinion publique. Cette artificieuſe
combinaiſon manquera fon effet ;
(222 )
M. Haflings ſera jugé par une Cour impartiale
& incorruptible , jugé , dis-je , malgré
ceux qui l'ont appellé enjugement. En deux
mois de la Seſſion prochaine , ce grand
procès ſera confommé.
Nous n'avons rien dit ici des calomnies
débitées ſur la fortune de M. Haftings. Ces
groſſieres impoſtures tombent d'elles-mêmes.
Nous affirmerons ſealement que cette
opulence n'approche pas de celle qu'oạt
acquis dans l'Inde de ſimples Négocians ;
que perſonne au contraire n'a donné plus
que M. Haftings , d'inſignes preuves de défintéreſſement.
Ila reçu en préſens , & pour
luifeul , de divers Princes Indiens , plus de
cinq cent mille liv . fterl. ces ſommes ont
été conflamment & fidellement remites à la
Compagnie des Indes. Eſtil beaucoup de
Commandans , auſſi puiſſans que l'étoit
M. Hastings , qui , après plus de 20 années
de ſervices éclatans , pénibles & difpendieux
, ſe ſeroient piques du fcrupule d'enrichir
leurs Commettans, des témoignages
de reconnoiſſance qu'i's auroient dû à leur
mérite perſonnel (1) ?
Dans un ouvrage récent,&urile à bien
des égards , qu'on vientde publier en France,
l'Aureur s'eſt permis de dire , en dénom
brant les richeſſes rapportées de l'Inde par
les Anglois : on porte à 30 ou 40 millions
la fortune de M. Haftings . Et d'où l'Ecri-
(1)M. Haftings a été emploić plus de 20 ans dans l'in
de,dont 13 enqualité deGouverneur-Général du Bengale.
1
( 223 )
vain ſait- il cela ? A-t-il fait l'inventaire de
celui dont il compte les tréſors? Oferoit- il
affirmer ce fait devant un tribunal ; & com
ment imprime-t-on ce qu'on craindroit de
dépoſer en Justice ? Comment ſur - tout
l'imprime t- on, ſans égard pour la ſituation
d'un Accuſé dans les liens d'une pourſuite
criminelle , &probablement ſur l'a ſtorité de
quelque libe'le Anglois ? Si des Ecrivains ,
d'ailleurs eftimables , ſe laiſſent aller à de
pareilles légeretés , quel fléau ne ſera donc
pas l'art dangereux de l'impreſſion!
a
Nos lecteurs auront obſervé l'impétueuſe
précipitation avec laquelle la Chambre
des Communes décidé l'Impeachment.
On n'a pas daigné écouter plu
ſieurs Membres, moitié par l'ennui du firjer,
moitié par eſprit de cabale. Dans le
nombre des Orateurs , privés a'nfi par la
bruſquerie des délibérations , du droit de
ſe faire entendre , ſe trouve un des premiers
&des plus reſpectables Magiſtrats de l'Angleterre.
Nous allons donner la traduction
dudiſcours qu'il devoit prononcer aux derniers
débats ; difcours plein de raiſon & de
véritable force , & propre à confirmer les
idées que nous venons de développer ( 1 ) .
(1) Nous savons qu'un François d'un mérite diftingué,
à qui 16 ans de séjour dans l'Inde , & un emploi important
ont donné le droit d'avoir un avis , a pris la plume
dans ſon indignation contre les perfécureurs de M. Hafrings,
& préſentera fa conduite , dont il a été témoin,
ſous ſes véritables couleurs .
1
( 224)
En confondant artificieusement les actes &
lés événemens d'une Administration de treisa
années , avec ceux d'une autre Adminidration ,
antérieure ; en s'appuyant des principes d'une
fauſſe politique , de faits ſuppoſés , d'obligations
fabriquées , on a tu faire de Paccufation
contre M. Hastings , un myſtere ſi compliqué ,
fi obfcur que , pour le comprendre , il faut une
étude longue & pénible. Peu de gens ont le
loiſir , moins encore la volonté d'examiner les
Procédures volumineuſes & incohérentes , produites
juſqu'ici pour la prouver.
Jalouſes de jaſtifier le caractere public de
M. Hastings , & voulant éluder les difficultés ,
beaucoup de perſonnes ont prétendu contrebalancer
, par les ſervices généralement reconnus
, les fautes que ſes Accuſateurs lui reprochoient;
d'autres ont eu recours au principe
de la raiſon d'Etat , qui preſcrit ſouventune con
duite & des meſures inconciliables avec la ſtricts
équité morale.
Mais ces deux expédiens ſuppoſent l'admiffion
d'un corps de détréel ; corps de délit, cependan
QUI N'A ÉTỂ ENCORE CONSTATÉ PAR AUCUNIE
PREUVES ! ( car , que que étrange que cela puiſſe
paroître , après les déclamations répandues dans
cette Chambre contre M. Hastings , toutes les
allégations encore fur le Bureau, quoique follicitées
à l'inſtance de ſes Perſécuteurs , dépo
ſent en ſa faveur.) Ces délcarations ne doiventelles
pas révolter tous les coeurs juſtes & honnêtes
, 6 , au lieu de délits , l'enſemble de ſa
vie & le réſultat de ſa conduite , ont imprimé
fur fon adminiſtration les caracteres de la fidélité
& de l'intégrité la plus ferupuleuſe ?
En effet , ce n'eſt pas en détail qu'il faut
examiner un Homme Public. Qu'on me permette
(225 )
en
une comparaiſon: le moindre pas de chaque
petite roue , le plus léger mouvement du reflort
dans une grande machine a ſes propr étés particulieres
, ſes effets locaux , indépendamment
de ſa poſition relative dans la combinaiſon de
l'enſemble. Une aſſemblée d'hommes abfolument
ignorans en méchanique , prononceroit auffi raifonnablement
ſur la bonté d'une montre ,
la prenant piece par piece , & en critiquant les
parties qui lacompoſent , qu'une Affemblée populaire
qui voudroit juger d'une Adminiſtration
longue & compliquée par l'examen de quelques
faits . La compétence de chaque individu ſe
borne , dans le premier cas , à voir ſi l'aiguille
marque l'heure juſte ; dans le ſecond , tout
homme qui connoît ( ce que chacunpeut connoi
tre , s'il le veut ) , les événemens de l'admini
tration de M. Haſtings , eſt en état d'apprécier
le caractere qui les a dirigés.
C'eſt là l'épreuve à laquelle je veux ſoumettre
l'homme , qu'on a préſenté comme
l'objet de la Juſtice nationale , l'homme que
les votes de ce jour doivent décharger , ou
remettre à un Tribunal dont le, Jugement ,
s'il ne confirme point le rapport défavorable
ou vont nous entraîner les Accuſateurs , répandra
une honte ineffaçable ſur toute leur
Procédure.
2 Les crimes dont on accuſe M. Haſtings dans
les articles mis actuellement ſous les yeux de
la Chambre , font d'avoir abuſé du grand dé
pôt que la Compagnie des Indes & la Nation
lui avoient confié ; d'avoir facrifié les intérêts
de l'une & de l'autre ; détruit la confiance due
à leur parole ; déshonoré le nom & le caractere
Anglois par des actes de prodigalité , de
péculat , de corruption , d'extorfion , de déſo
( 226 )
béiſſance aux ordres; par la violation des traités,
l'injustice , l'inhumanité , l'oppreffion , la violence
& l'effuſion du ſang innocent; par des
outrages faits à la propriété, aux coutumes des
femmes du pays & aux devoirs qu'impoſent les
liens du fang ; & pour completter cette horrible
peinture , d'avoir abuſe du courage des
Officiers & Soldats Anglois , en verfant le ſang
de pluſſeurs milliers d'hommes pour fatisfaire
une avarice fordide , une ambition déſordonnée
&fa vengeance perſonnelle. Par ces horreurs,
de riches Provinces , nous dit-on , on été transformées
en théâtre de déſolation , les Villages
dévaſtés , les Habitans opprimés & mis en fuite,
le commerce décourage , la Compagnie menacée
de voir s'anéantir rapidement fes revenus.
Ala vue de cet effrayant tableau , l'obſervateur
le moins profond tirera une conféquence
qui s'offre d'elle-même. L'Auteur atroce de tant
d'énormités a dû fortir des mains de la nature ,
inclinée à tous les vices , & marquer ſa trace dans
le chemin du crime , de maniere à exciter une
défiance , une terreur univerſelle dans tous ceux
qui l'approchoient. Les perſonnes qui connoilfent
particulierement M. Hastings , peuvent
répondre , mieux que d'autres , ſi ſon caractere
privé offre de pareils traits. Pour moi , je trouve
dans les Journaux de cette Chambre , qu'après
avoir paffé au ſervice quelques années de ſa
jeuneſſe dans le Bengale , ceux qui l'y avoient
employé le jugerent fi digne de leur confiance ,
&certainement perſonne n'étoit plus à même
de prononcer ſur ſon mérite avec connoiflance
de cauſe , qu'ils le choiſfrent pour ſuccéder au
Gouverneur du Fort S. George. On dérogea
même en ſa faveur , aux regles ordinaires des
( 227 )
promotions , puiſqu'il n'avoit jamais ſervi dans
cet établiſſement . Je trouve encore dans ces
mêmes Journaux , qu'avant d'arriver à cet
Office , il avoit été deſtiné au Gouvernement
du Bengale , & qu'il fut confirmé dans ce dernier
avec un titre plus conſidérable , par quatre
actes du Corps législatif paffés en 1773 ,
1778 , 1779 & 1781. Quoique pluſieurs des
actions qui forment les griefs actuels contre
M. Hastings , euſſent eu lieu , & fuffent publiquement
connues de la Chambre avant ſa troi
fieme confirmation dans ce Gouvernement , le
plus grand nombre même avant la quatrieme ,
perſonne ne s'en étoit encore prévalu pour traverſer
le renouvellement de ſes pouvoirs : tout
ſe taiſoit, juſqu'à ſes ennemis ; & , ce qu'il y
a de plus étonnant , c'eſt que ce font les gens
qui ſe réuniſſent aujourd'hui pour le perſécuter,
qui renouvelloient & conformoient alors fa nomination
au gouvernement du Bengale. Il eſt
donc évident que cette prétendue notoriété pus
blique ſur la dépravation de ſon caractere , n'exiftoità
aucune de ces époques ; qu'il n'étoit point ,
& n'eſt point l'homme dont on nous trace, le
portrait dans les chefs d'accuſation préſentés à
cette aſſemblée. Mais ſuivons le dans les actes
de ſon Adminiſtration , les mieux connus & les
plus certains.
Il paroît , d'après les documens tirés des
archives de cette Chambre , que les principales
Puiſſances de l'Inde s'étoient confédérées
avec la France pour chaffer la Nation Angloiſe
de ſes établiſſemens . Qu'a fait M. Haſtings ? II
a d'abord diſſous cette confédération , en ſe conciliant
quelques-uns des Princes , & en faiſant
une diverſion militaire fur le territoire des aueres
; il a ſu enſuite fournir des ſecours aſſez
( 228 )
àtemps aux autres Gouverneurs , pour les mettre
en état de foutenir avec ſuccès les guerres
reſpectives où ils étoient engagés ; guerres qu'il
eſt parvenu à terminer par une paix honorabie
&permanente. Eftice là , Meffeurs , la conduite
d'un homme inſpiré uniquement par l'avarice
, l'ambition cu la vengeance perſonnelle ?
Au contraire , il eſt évident que toutes les
meſures utiles priſes à cette époque miraculeuſe
de notre hiſtoire , & c'eſt M. Haftings qui
les a toutes conçues , n'ont pu procéder que
du zele d'un Citoyen qui s'oublie entiérement
pour ne s'occuper que de ſes devoirs , & qui leur
facrifie tous ſes imérêts particuliers , toutes ſes
conſidérations perſonnelles. Je peux vous citer
en preuves incontestables , le tranſport d'une
armée avec ſa caiffe militaire & fes proviſions ,
envoyée au ſecours de la Province de Carnate ,
dans une ſaiſon rendue, fi dangereufe par les
Mouflons , que les ordres de la Compagnie défendent
aux vaiſſeaux de reſter à l'ancre au lieu
de leurdestination , & les obligent à rentrer dans
les ports. Je vous citerai la marche d'un déta
chement auxiliaire à travers un pays ennemi ,
&fur une route occupée par une armée , qu'il
apourtant fu déterminer , par ſa profonde politique
, à lui ouvrir le paſſage , & qui vint
reprendre ſon pofte , après qu'il Peut ef
fectué. Je vous citerai le Nabab Nizam - Ally.
Cown qu'il eſt parvenu àdétacher de la confé
dération formée par ce Prince même ; la mars
che d'une armée Argloiſe des bords duGange
juſqu'à Surate , à travers des régions que la main
duGéographe n'avoitpoint encore tracées , pour
aller au fecours des forces militaires de laGran.
de-Bretagne , & rétablir la gloire de fon nom
dans les pamics occidentales de l'Inde ; Madajete
( 229 )
jee Sindia , le plus puiffant des Chefs Maratzes
, abandonnant la cauſe commune de ſes alliés
en armes , & devenant entre les mains de M.
Hiftings un instrument de paix ; enfio, la tranquillité
, l'abondance , une ſécurité non troublées ,
maintenues dans les provinces de ſa dépendance
immédiate , malgré les redoutables ennemis qui
l'environnoient , tandisque les deux autres Colonies
étoient enveloppées dans les horreurs d'une
guerre défaſtreuſe.
Quoique je me ſois interdit l'examen des articles
ſéparés & des ſujets qui y tiennent , cependant
il s'offre une circonstance dans Thif–
toire de l'infurrection à Benares , qui entre fi
bien dans mon plan, que je ferois tort à M. Haf
tings de négliger de m'en ſervir.
Quand, après le maſſacre des Cypaïes , par
Jeſquels Cheyt - Sing fut arrêté dans Be.
nares , & les autres pertes ſubſéquentes , M. Hafrings
ſe trouva contraint de ſe refagier dans la
fortereffe de Chunar , à deux cens milles de ſes
poftes, militaires les moins éloignés , avec qui
toute communication lui étoit coupée ; au premier
bruit de ſon danger, les troupes volerent
de chaque quartier à ſon ſecours ; la plupart fans
être appellées , & même en contravention aux
ordres poſitifs du Gouvernement ; elles déployerent
un zele fi ardent pour le tirer de cette fituation
embarraffante , qu'une Province que la rébellion
avoit entierement arrachée de ſes mais ,
fut entiérement reconquiſe dans l'eſpace de trente
& un jours ; mais , dira- t on c'eſt une fable ;
non , Meſſieurs , le nombre des témoins en
garantit la vérité ; il eſt impoſſible que l'hiſtoire
d'un fait qui a eu des milliers d'acteurs , ſoit
une fable , & je ne voudrois que cette ſeule
preuve pour porter la conviction de l'innocence
N°. 27 , 30 Juin 1787.
2
1.1
( 230 )
de M. Haftings dans toutes les ames honnêtes
&impartiales , & pour refuter complettement
toutesses accuſations intentées contre lui. -Des
Officiers des Officiers anglois ne s'écartent point
de leur devoir , quelles que puiſſent être les circonſtances
dans lesquelles on le leur impoſe ; cependant
le danger de M.Hastings afait exception;
ils ſe font écartés , dans cette conjoncture , de la
lig: e immuable de ce devoir ; & fi l'on déployoik
contr'eux la même rigueur qu'on montre contre
lui , les Commandans ſeroient expoſés à être
cités zu Conſeil de Guerre , & punis d'après les
Ordonnances. Qui ofera prétendre qu'oubliant
l'honneur de leur pays , & s'expoſant à fon refſentiment
, des hommes de ce caractere aient
pu ſe réunir , animés d'un même eſprit d'atrachement
, pour le ſoutient illégitime d'une caufe
déshonorée par la violation de la foi nationale
, la rapacité , l'oppreſſion , l'animoſité perfonnelle
, & pour la défenſe d'un homme qui
n'auroit fait d'eux que les vils inſtrumens de fa
propre ambition & de ſon avarice ?
Les témoins qui ont comparu dans cette
affaire devant la Chambre , ont tous été appellés
pour ſeconder les pourſuites. Cependant toutes
leurs dépoſitions ont été en faveur de M.
Hastings , à moinsque ſes ennemis n'en veulent
excepter celles duCapitaine Marſaek,de M. Thomas
Mercer , & de M. Peter Moore. Mais M.
Hattings n'a pas beſoin d'appeller à ſon ſecours
les déclarations équivoques de quelques témoins
fubornés. Ses témoignages ſont dans les archives
de cette Chambre . L'Accufé y invoquera
les acclamations réunies de ſes Maitres, de ſes
Commettans , de ſes Compagnons de ſervice ,
de ſes Concitoyens , des Soldats marchants ſous
fes ordres , & même des prétendues Victimes
des forfaits que la calomnie lui impute.
( 231 )
,
Les propriétaires de la Compagnie des Indes
orientales , dont on l'accuſe d'avoir ſacrifié lâchement
les intérêts aux fiens ont acrole
hautement le contraire par des votes de remer
cimens , & des applaudiſſemens ſi ſouvent répétés
, que leur nombre échappe à ma mémoire.
Les Directeurs de la Compagnie , dont on
l'accuſe d'avoir mépriſé les ordres , en y déſobéiſſant
formellement & avec opiniâtreté , l'ont
perſonnellement & unanimément remercié des
ſervices qu'il a rendus.
Ses Compagnons de ſervice , les ſujets de
la Grande Bretagne immédiatement ſoumis à
ſon autorité dans l'Inde , & qui , comme ils
en ont été les témoins les plus compétens , en
auroient été également les victimes les plus à
plaindre , lui ont adreſſé en Corps , au moment
de ſon départ , leurs remercimens , leurs éloges
&leurs regrets.
Les Officiers du Bengale , dont il eſt accuſé
d'avoir dégradé le caractere , en les faiſant
ſervir d'inſtrumens à ſes forfaits , ont atteſté
dans un acte , revêtu de plus de 600 fignatures
, qu'ils lui avoient connu un zèle & une
vigilance infatigables pour tous les objets de
leur devoir , & l'ont remercié d'avoir fait reffortir
leurs ſervices par la maniere judicieuſe dont
il les a employés.
Ce ne ſont pas là les fuffrages que l'adolalation
ſervile met aux pieds d'un Protecteur ,
ni ceux que le regard ſevere d'un homme puiſſant
arrache à la crainte : ceux qui les ont accordés
, euſſent-ils été capables de cette baſſeſſe ,
en étoient diſpenſés , puiſque M. Haſtings avoit
déja ceſté d'être Gouverneur , quand la premiere
de ces Adreſſes lui a été préſentée , &
12
(1232)
que la derniere l'est venu chercher pluſieurs
mois après ſon départ , & ſéparé de ceux qui
l'offroient , par la moitié du globe.
NizamAlly Cawn, Subadar du Décan, &Madajee
Scindia , premic Commandant des forces
Marattes , tenant tous deux le premier rang parmi
les puiſſances de l'Inde , dont on l'accuſed'avoir
trompé la confiance en la foi & Phonneur
de la Grande Bretagne , ont écrit auRoi
& à la Compagnie , des,lettres qui témoignoient
combien ils reſpectens fon caractere ,
& quelles obligations ils ont à ſa justice & à
ſa bonne foi . Ces témoignages ont été accompagnés
de circonstances qui leur prétent
une force peu commune. Les lettres de Scindia,
aturibuant avec beaucoup de délicateſſe l'origine
de la guerre à un mal entendu dans le
Gouvernement de Bombay , donnent à- M.
Hastings ſeul le mérite de l'avoir terminée ; &
même paroiffant craindre d'en dire trop peu ,
il ajoute qu'une guerre commencée avec les
hoftilités de l'animoſité nationale la plus irrirée,
eſt devenue , par la fage &bienfaiſante
interpoſition du Gouverneur du Bengale , un
traité de réunion, d'intérêts & d'amitié perpétuelle.
La lettre de Nizam Ally Cawn étoit
accompagnée d'un Argument encore plus fort.
-Un préfent, confiitant en un ſeul objet ,
deſtiné à un grand Monarque ., & que , par
conféquent , on peut préſumer être d'une valeur
confidérable ; eh bien ! ce préſent , au lieu
de_le faire pafles à ſa deſtination par la voie
du Gouvernement actuel du Bengale , & de
Paffirer ainfi contre le riſque d'être ſouſtržit
& diverti à d'autres uſages , on l'a confié de
préférence à un Individu fans qualité, fans titre
officiel , qui , s'il avoit ſeulement la dixieme
partie de l'avidité dont ſes Perfécuteurs fe
"
( 233 )
font efforcés de l'encacher, auroitepu ſe l'approprier
impunement. On n'eût fûrement jamais
remis un pareil dépôt entre des mains
ſuſpectes ; il falloit une probité intacte , & dont
la notoriété exclut toute défiance. Cependant ,
zelle eſt la fatalité de l'étoile de M. Hastings ,
& l'imbécillité du Public , qu'un fait qui prouvoit
plus en ſa faveur que tout ce que peut
dire & perfuader Péloquence la plus adroite ,
a été empoiſonné méme dans ces murs par la
calomnie, & a fourni matiere aux farcafmes &
aux dérifions des efuries faux.
Parmi les Chefs Indiens , que dans les charages
contre M. Hastings on prétend avoir fouffert
de ſes vexations , on trouve Fyzoola Cawn ,
le feul Chof furvivant de la tribu des Rohillas
; & Mosuffer Jung , Nabab de Ferruckabad.
Ce qui les concerne forme deux articles
diſtincts , & deux Chefs particuliers d'accufation.
Cependant la Chambre poffede les copies
authentiques de deux lettres qu'ils ont éorites
àM. Macpherson , fuccelleur de M. Hastings ,
en le priant d'avoir pour eux les mêmes bontés
qu'ils ont éprouvées long-tems & invariablement
de la part de ſon Prédéceſſeur.
Où font ils donc ceux qui ſe plaignent de
Mr. Haſtings ? ce n'eſt pas la Compagnie
dont il a foutenu les intérêts ; ce ne font
pas les Directeurs , dont ſa conduite a rendu
l'Administration brillante ; ce n'eſt pas la nation
Britannique ( cette Chambre n'eſt pas la
nation Britannique ), dont il a étendu la profpérivé
& la gloire ; ce ne ſont pas les Princes
de l'Inde qui ont formellement reconnu fa
justice & la bonne foi ; ce ne ſont pas fes
Compagnons de ſervice qui ont participé à l'honneur
& aux avantages de ſes ſuccès ; enfin , ce
i3
( 234)
ne font pas les habitans du Bengale , ces millions
d'hommes qu'il a gouvernés ſeul par intervalles
, & fur leſquels il a partagé le pouvoir
&non l'abus du deſpotiſme , durant treize années
d'une Administration , diftinguée par une
plus grande variété d'événemens & de conjonctures
difficiles , qu'aucune autre que l'histoire
puiffe citer. Ces peuples ont appris la perſecution
de M. Hastings , plus de fix mois avant
les dernieres dépeches qui nous aient été envoyées
du Bengale. Eh bien ! il ne s'eſt pas
encore élevé une ſeule voix , durant tout cet
eſpace de tems , pour demander la réparation
des dommages mutipliés , que cet Homme de
fang , de rapine & d'oppreffion a fait fouffrir ,
nous affure-ton avec confiance , non -ſeulement
à des individus , mais à des villages dévoués à
la dévaſtation , même à des provinces entieres
ravagées &défolées ! Eft-il donc dans la nature
que toute uneNation quiagémi des années ſous
le joug d'un tyran cruel , retienne ſes plaintes ,
ſouffre que ſes griefs ſe perdent dans un filence
, dans un oubli abſolu , quand elle voit
fon Oppreffeur opprimé à ſon tour , & fa conduite
difcutée dans un procès criminel ? Non ,
cela eſt impoffible. Il en ſuitdonc néceſſairement
cetteconclufion oppofte , que , puiſque les ſeuls
auteurs de cette perſécution ont formé des plaintes
contre M. Haftings , eux ſeuls ont des raiſons
de ſe plaindre de lui. Quelles ſont-elles ces raifons?
C'eſt ce qu'eux ſeuls peuvent nous dire.
Juſqu'à ce qu'ils les manifeſtent , le Public ſera
fondé à conclure que , quoiqu'il en puiſſe être ,
M. Haflings n'a juſtifié leur haine par aucune offenſe
morale , & que , pour cela même , ils ta
fent ce qu'ils ne pourroient dire ſans s'avouer coupables.
1
( 235 )
FRANCE.
De Versailles , le 20 Juin.
Le 17 de ce mois , MM. de Bonnaire de
Forges , Douet de la Boullaye, Blondel ,
Chaumont de la Milliere , & de Tolozan ,
Maîtres des Requêtes , préſentés au Roi par
le Contrôleur général des finances , ont eu
l'honneur de faire leurs remerciemens à Sa
Majeſté ; le premier , en qualité d'Intendant
des finances au Departement des Domaines
& bois & droits domaniaux ; le ſecond , en
qualité d'Intendant des finances au Débartement
de la Ferme-générale & de la Régiegénérale
des Aides & droits y réunis , le
troifieme, en qua'ité d'Intendant des finances
au Département des Impoſitions ; le
quatrieme, en qualité d'Intendant des finances
auDépartement des Ponts & Chauflées;
& le cinquieme , en qualité d'Intendant
au Département du Commerce.
Marie Sophie -Hélene-Béatrix de France ,
Fille du Roi , eſt morte ici , le 19 de ce
mois, âgée de 11 mois & 10 jours . Le corps
de cette Princeſſe , qui a été tranſporté, le
même jour , au Palais de Trianon , en a
été transféré , le lendemain , à l'Abbaye
royale de Saint-Denys , où il a été inhumé
en y arrivant , & fans aucun cérémonial ,
conformément aux ordres du Roi.
14
(236 )
De Paris , le 27 Jun.
Réglement concernant les élçyes de la
Marine , du 28 Janvier 1787.
Ordonnance du Roi, du 6 Mai 1787,
concernant les Eleves -Conftructeurs des
Ports marchands.
Editdu Roi , donné a Versailles au mois
de Juin 1787 , regiſtré en Parlement le 22
deflits mois & an , portant création d'Afſemblées
Provinciales.
Louis , &c. Les heureux offers qu'ont produit
les Administrations Provinciales établies , pat
*forme d'Eflai , dans les Provinces de Haute-
Guyenne & de Berry , ayant rempli les eſpérancesque
nous en avions conçues , nous avions
cru qu'il étoit remps d'étendre le même bienfait
aux autres Proonces de notre Royaume. Nous
avions été confirmé dans cette révolution par
les délibérations unanimes des Notables que
nous avons appellés auprès de nous , & qui ,
en nous faifant d'utiles obſervations ſur la
forme de cet Etabliſſement , nous ont fupplié
avec inſtance de ne pas différer à faire jouir
tous nos ſujets des avantages fans nombre
qu'il doit produire : nous déférons à leur voeu
avec fatisfaction ; & tandis que par un meileur
ordre dans les finances , & par la plus
grande économie dans les dépenfes , nous travaillerons
à diminuer la maſſe des impôts , nous
eſpérons qu'une inſtitution bien combinée en
allégera le poids par une plus exacte répartition,
& rendra facile l'exécution des plans que
nous avons formés pour la félicité publique , A
( 237 )
ces cauſes & autres , &c. Nous avons ordonné
ce qui fuit :
ART. ler. Il fera , dans toutes les Provinces
de notre Royaume où il n'y a point d'Etats
provinciaux , & ſuivant la divifion qui fera par
nous déterminée , inceſſamment établi une ou
plufieurs Affemblées Provinciales , & fuivant que
les circonstances locales l'exigeront , des Ailemb'ées
particulieresde Districts & de Communautés
, & pendant les intervalles de la tenue defdites
Aflemblées , des Commiſſions intermédiaires
, les unes & les autres compoſées d'aucUNS
de nos ſujets des trois Ordres payant les impoſitions
foncieres ou perfonnelles dans lefdites
Provinces , Districts & Communautés ,& ce dans
Je nombre qui ſera par nous fixé proportionnellement
à la force & à l'étendue deſdites Provinces
, Districts & Communautés , fans ntarimoins
que le nombre des perſonnes choiſies dans
les deux premiers Ordres puiſſe ſurpaſſer le
nombre des perſonnes choities pour le Tiets-
Etat , & les voix feront recueillies par tête
alternativement entre les Membres de différens
Ordres.
II . Lesdites Affemblées Provinciales feront par
elles-mêmes , ou par les Aſſemblées ou Commiffions
qui leur feront ſubordonnées , chargées,
fous notre autorité & celle de notre Confeil ,
de la répartition & aſſiette de toutes les impofitions
foncieres & perſonnelles , tant de celles
dont le produit doit être porté en notre Tréfor
royal , que de celles qui ont ou auront lieu pour
les chemins , ouvrages publics , indemnités , encouragemens
, réparations d'égliſes & des prefbyteres
, & autres dépenses quelconques propres
auxdites Provinces , ou aux Districts & Communautés
qui en dépendent, Voulons que lef
is
( 238 )
dites dépenſes , ſoit qu'elles foient communes
auxdites Provinces , ſoit qu'elles foient particulieres
à quelques Diſtricas ou Communautés
, foient , ſuivant leur nature , délibérées ou
ſuivies , approuvées ou ſurveillées par leſdites
Aſſemblées Provinciales , ou par les Aſſemblées
ou Commiſſions qui leur feront fubordonnées ,
leur attribuant , ſous notre autorité & furveillance
, ainſi qu'il ſera par nous déterminé , tous
les pouvoirs & facultés à ce néceſſaires.
III. Les Procureurs-Syndics qui feront établis
près de chacune deſdites Aſſemblées Provinciales
& de Diſtricts pourront , en leurs noms
& comme leurs Repréſentans , préſenter toutes
requêtes , former toutes demandes , & introduire
toutes inſtances pardevant les Juges qui en
doivent connoître , & même intervenir dans
toutes les affaires générales ou particulieres ,
qui pourront intéreſſer lesdites Provinces ou
Diſtricas , & les poursuivre au nom desdites
Affemblées , après toutefois qu'ils y auront été
autoriſés par elles ou par les Commiſſions insermédiaires
.
IV. La préſidence deſdites Aſſemblées & Com.
miſions intermédiaires ſera toujours confiée
à un Membre du Clergé ou de la Nobleſſe ,
&elle ne pourra jamais être perpétuelle.
V. Il ſera loiſible auxdites Affemblées Provinciales
, de nous faire toutes repréſentations&
de nous adreſſer tels projets qu'elles jugeront
utiles au bien de nos peuples , fans cependant
que ſous prétexte deſdites repréſentations ou
projets , l'affiette ou le recouvrement des Impofitions
établies , ou qui pourront l'être , puifſent
, à raifon deſdites repréſentations ou pro
jets , éprouver aucun obstacle ni délai. Voulons
dès-à-préſent qu'ily ſoit audit cas procédé dans
fo: me actuellement exiſtante.
( 239 )
VI. Nous nous réſervons de déterminer , par
des Réglemens particuliers , ce qui regarde la
premiere convocation desdites Aſſemblées , leur
compoſition & celle des Commiſſions intermédiaires
, ainſi que leur police & tout ce qui
peut concerner leur organiſation & leurs fonctions
, & ce conformément à ce qui eſt prefcrit
par ces préſentes , & à ce que pourront
exiger les beſoins particuliers , coutumes &
uſages desdites Provinces.
Suite du Traité de Commerce entre la Franc
& la Ruffie.
26 ° Lorſqu'une des Hautes-Parties contractantes
ſera en guerre contre d'autres Etats , les
fujets de l'autre Puiſſance contractante n'en continuerontpas
moins leur navigation & leur commerce
avec ces mêmes Etats , pourvu qu'ils s'aftreignent
àne point leur fournir les effets réputés
contrebande , comme il ſera ſpécifié ci après :Sa
Majesté Très-Chrétienne ſaiſit , avec plaifir , cette
eccaſion de faire connoître la parfaite conformité
de les principes fiur le cas dont il s'agit, avec ceux
que Sa Majetté l'Impératrice de toutes les Ruſſies
a manifeſtés pour la sûreté & l'avantage du commerce
des Nations neutres , dans ſa Déclaration
du 28 février 1780.
27°. Les Hautes- Parties contractantes s'engagent
en conféquence , lorſqu'elles feront en
guerre avec quelque Puiſſance que ce ſoit , à
obſerver ſcrupuleuſement les principes fondamentaux
des droits du commerce & de la navigation
marchande des Peuples neutres , & nommément
les quatre axiomes ſuivans : 1º. Que les
vailleaux neutres pourront naviguer librement
i6
( 240 )
de port en port & fur les côtes des Nations en
guerre. 2°. Que les effets appartenans aux fu ets
des Puiſſances en guerre , feront libres fur les
vaiſſeaux neutres , à l'exception de la contrebande
de guerre , comme il ſera détaillé ciaprès.
3. Que , pour déterminer ce qui caracté.
riſe un port bloqué , on n'accordera cette dénomination
qu'à celui qui ſera attaqué par un
nombre de vaiſſeaux proportionné à la force de
la Place , & qui en feront fuffisamment proches
, pour qu'il y ait un danger évident d'enarer
dans leur port. 4°. Que les vaiffeaux neutres
ne pourront être arrêtés que fur de jufles
cauſes & des faits évidens qui feront jugés
fans retard ; que la procédure ſera uniforme ,
prompte & légale ; & qu'outre les dédommagemens
qu'on accordera toujours à ceux qui en
auront fouffert ſans avoir été en faute , il fera
donné une fatisfaction complete pour l'infulte
faite au pavillon.
28°. En conféquence de ces principes , les
Hautes-Parties contractantes s'engagent réciproquement
, en cas que l'une d'entres elles fût en
guerre contre quelque Puiſſance que ce foit , de
n'attaquer jamais les vaiſſeaux de ſes ennemis
que hors de la portée du canon des côtés de ſon
Allié. Elle s'obligent de même mutuellement
d'obſerver la plus parfaite neutralité dans les
ports , havres , golfes & autres eaux compriſes
ſous le nom d'eaux cloſes, que leur appartiens
nent reſpectivement .
Π
29°. On comprendra, ſous le nom de marchandiſes
de contrebande de guerre ou défendues
, les armes à feu , canons , arquebuſes ,
fufils , mortiers , pétards , bombes , grenades ,
fauciſſes , cercles poiſſés , affûts , fourchettes
, bandoulieres , poudre à canon , meches ,
(241 )
falpêtre , balles , piques , épées , morions , cafques,
cuiraffes, hallebardes, javelines, fourreaux,
de piſtolets , baudriers , felles & brides , & tous
autres ſemblables genres d'armes & d'inſtrumens
de guerre fervans à l'uſage des troupes. On en
excepte cependant la quantité qui peut être
néceſſaire pour la défenſe du navire & de ceux
qui en compoſent l'équipage. Mais tous les
effets & marchandises qui ne ſont pas nommément
ſpécifiés dans le préſent article , paſſeront
librement fans être aſſujettis à la moindre difficulté
, & ne pourront jamais être réputés munitions
de guerre ou navales , ni ſujets par conféquent
à être confiſqués .
30 ° . Quoique , par l'article 29 , la contrebande
de guerre ſoit fi clairement exprimée
que tout ce qui n'y eſt pas nommément ſpécifié
, doit être entierement & à l'abri de toute
ſaiſie; cependant les Hautes- Parties contrac
tantes voulant ne laiſſer aucun doute fur de
telles matieres , jugent à propos de ſtipuler
qu'en cas de guerre de l'une d'entre Elles, contre
quelqu'autre Etat que ce ſoit , les ſujets de
l'autre Puiſſance contractante , qui ſera reſtée
neutre dans cette guerre , pourront librement
acheter on faire conſtruire , pour leur propre
compte & en quelque tems que ce foit , autant
de navires qu'ils voudront chez la Puiſſance en
guerre avec l'autre partie contractante , ſans
fire aſſujettis à aucune difficulté de la part
de celle - ci , à condition que leſdits navires
foient munis de tous les documens néceſſaires
pour conſtater la propriété légale des ſujets de la
Puiſlance neutre.
31°. Lorſqu'une des deux Puiſſances contractantes
fera engagée dans une guerre contra
quelqu'autre Etat , ſes vaiſſeaux de guerre ou
( 242 )
armateurs particuliers , auront le droit de faire
lavilite des navires marchands appartenans aux
ſujets de l'autre Puiſſance contractante qu'ils
rencontreront navigans ſans eſcorte ſur les côtes
ou pleine mer. Mais en même temps qu'il eft
expreffément défendu à ces derniers de jetter
aucun papier en mer dans un tel cas , il n'eft
pas moins ſtrictement ordonné auxdies vaiſſeaux
de guerre ou armateurs , de ne jamais s'approcher
deſdits navires marchands qu'à la dittance
au plus de la demi-portée du canon : & afin
de prévenir tout déſordre & violence , les Hautes.
Parties contractantes conviennent que les premiers
ne pourront jamais envoyer au - delà de
deux ou trois hommes dans leurs chaloupes à
bord des derniers , pour faire examiner les paſſeports&
lettres de mer , qui conſtateront la propriété
& les chargemens deſdits navires marchands
. Et , pour mieux prévenir tous accidens ,
les Hautes-Parties contractantes ſont convenues
réciproquement de ſe communiquer la forme
des documens & des lettres de mer , & den
joindre les modeles aux ratifications.
Mais , en cas que ces navires marchands
fuffent eſcortés par un ou pluſieurs vaiſſeaux
de guerre , la fimple déclaration de l'Officier
commandant de l'eſcorte , que leſdits navires
n'ont à bord aucune contrebande de guerre ,
devra futtire pour qu'aucune viſite n'ait lieu.
32°. Des qu'il aura apparu , par l'inſpection
des documens des navires marchands rencontrés
en mer , ou par l'aſſurance verbale de
l'officier commandant leur eſcorte , qu'ils ne ſe
font point chargés de contrebande de guerre ,
il pourront aufli-tot con inuer librement leur
route. Maisfi , malgré cela,leſdits navires marchands
étoient moleſtés ou endommagés , de
( 243 )
quelque maniere que ce ſoit , par les vaiſſeaux
de guerre ou armateurs de la Puiſſance belligérante
, les commandans de ces derniers répondront
, en leurs perſonnes & leurs biens ,
de toutes les pertes & dommages qu'il auront
occafionnés ; & il ſera de plus accordé une réparation
fatisfaiſante pour l'inſulte faite au Pavillon
.
33°. En cas qu'un tel navire marchand ainfi
viſité en mer , eût à bord de la contrebande de
guerre , il ne fera point permis de briſer les
écoutilles , ni d'ouvrir aucune caiſſe , coffre ,
malle , ballots ou tonneaux , ni déranger quoique
ce ſoit dudit navire. Le Patron dudit bâtiment
pourra même , s'il le juge à propos, livrer fur-lechamp
la contrebande de guerre à ſon capteur ,
lequel devra ſe contenter de cet abandon volontaire
, ſans rerenir , moleſter ni inquiéter , en
aucune maniere , le navire ni l'équipage , qui
pourra , dès ce moment même , poursuivre ſa
route en toute liberté. Mais s'il refuſe de livrer
la contrebande de guerre dont il ſeroit chargé ,
le capteur aura ſeulement le droit de l'emmener
dans un port , où l'on inſtruira fon procès devant
les Juges de l'Amirauté , ſelon les loix & formes
judiciaires de cet endroit , & après qu on aura
rendu là-deſſus une fentence définitive , les ſeules
marchandises reconrces pour contrebande de
guerre, feront confiſquées , & tous les autres effets
non déſignés dans l'article 29 , feront fidélement
rendus , il ne ſera pas permis d'en revenir quoi
que ce ſoit ſous prétexte de frais ou d'amende .
Le patron d'un tel navire , ou ſon repréfèn.
tant, ne ſera point obligéd'attendre , maigré lui ,
la fin de la procédure ; mais il pourra ſe remature
en mer librement avec fon vaiſſean , tout fon
équipage & le reſte de ſacargaiſon , auffitôt qu'il
( 244 )
aura livré volontairement la contrebande de
guerre qu'il avoit à borit
34°. En cas de guerre de l'une des Hautes-
Parties contractantes contre quelqu'autre Etat,
les ſujets de ſes ennemis qui se trouveront au
ſervice de la Puiffance contractance qui fera rence
neutre dans cette guerre , ou ceux d'entr'eux qui
feront naturalifés ou auront acquis le droit ce
bourgeoifie dans ſes Etats , même pendant in
guerre , feront envisagés , par l'autre Ponie Lei
gérante , & traités ſur le meme pied que les foets
nés de la Puiſſance neutre , fans la moindre différence
entre les uns & les autres.
La fin à l'ordinaire prochain.
PAYS-BAS.
De Bruxelles , le 23 Juin.
Il s'est é'e édans le Séminaire de Luxem
bourg des diſputes du même genre que
celles qui ont éclaté dans celui de Loavan.
Les livres élémentaires que l'on vouloit remettre
aux Théo'ogiens ont été rejettés.
Un Profeſſeur s'eſt joint aux Séminariſtes .
Les démarches du Recteur , pour les appaifer
, ont été inutiles. Ils répandent des libelles
, & refuſent toute obéiſſance. On a
envoié un exprès à Vienne , pour rendre
compte au Gouvernement de cette infurrection
ſcholaſtique.
>>>La ville de Feyde a pris , le 13 , la ré-
>>>folution de faire àl'Aſſemblée des Etats
>> de Hollande , la propoſition d'envoyer
( 245 )
>> une députation aux Etats Généraux , pour
>> les fonimer d'abroger dans deux fois 24
>>> heures , toutes les reſolutions priſes de-
و د
כ כ
puis trois femings , a prej dice de la
>> Souveraine é de la p ovince de Hollande ;
>>> & fatte de cela , de décarer ſo emnel-
>> lement l'Union romoue avec les trois
>> provinces de Zélande , de Gueldres &
>> de Frite. [ Gazette d'Amsterdam, nº. 48. ]
La garnison d'Oudewater , ville de
>> Hollande, & iune des places frontieres de
>>>cette Province & de celle d'Utrecht, com-
>> poſée du troiſieme bataillon de Grenier
»& de deux bataillons de Stuart , a ren-
>> fermé dans la tour le Commandant van
>>> Citters & les Officiers , nommés par les
>>>Etats de Hollande pour remplacer les
>>>Officiers défobéiflans; enfeite cette gar-
>> niſon révoltée a désarmé la Bourgeoifie
>> & une cinquantaine d'Auxiliaires , & en-
>> fin ayant encloué le canon , elle a quitté
>>>ſon poſte , &s'eſt retirée armes & bagages
>> en plein jour. [ Idem . ]
C'eſt le Lieutenant Colonel Balneavis ,
du régiment de Stuart , Brigade Ecoſſaiſe ,
qui , déguifé , dit on , en payſan , s'eft introduit
dans Oudewarer, & en a emmené
la garniſon. Les Etats de Hollande, à ce
qu'on ajoute , ont promis deux mille ducats
àquiconque livreroit cet Officier entre leurs
mains.
>> La garniſon de Gorcum , ville de la Sud(
246 )
>>Hollande, fituée ſur la Meuſe , preſque
>> ſur la frontiere de Gueldre , &féparée du
>> pays de la Généralité par le fleuve qui bai-
> ne les murs , a délerté en plein jour,
>> rambour battant , enſeignes déployées :
>> cette garniton étoit compoſée du régi-
>>>ment de Waldeck, quatre bataillons , & du
>>>regiment des Mariniers de Salm , deux
>> bataillons , formant un corps de 1800
>>>hommes. La garnifon de Geertruyden-
>>berg , composée de deux bataillons de
>>>Suyllard , a auſſi déſerté. [ Gazette &Amfterdam
, nº. 49. ]
>>MM. les Députes d'Over-Yſſel & de
>>>Groningue , envoiés à Utrecht , puis à la
>> Haye , pour travailler à une médiation ,
>>>font revenus , & ne voyant pas de poſſi-
>>bilité à un accommodement , font repar-
>> tis pour leurs provinces reſpectives , fans
>>>avoir la fatisfaction d'avoir rempli leur
>> commiſſion. [ Idem. ]
Les Etats de Hollande , après avoir changé
la propofition d'Amſterdam en réſolution , ont
nommé une Commiſſion , chargée de pleins pouvoirs
pour faire agir les troupes du Cordon & fe
ſervir d'autres moyens propres à la défenſe de la
Ville d'Utrecht &de leur province : Cette Commiſſion
eſt compoſée de M. Camerling de Harlem
,M. Blok , de Leyde , M. de Wit , d'Amfterdam
, M. van Toulon ,de Gouda , & M. Foreeſt
, d'Alkmaar. Cette Commiſſion ſe portera
inceſſamment ſur la frontiere. ( idem . )
L'es villes de Dordrecht , de Leyde , de Schiedam
ſe ſont expliquées aux Etats de Hollande
( 247 )
& de Weftrife , touchant la ſuſpenfion générale
du Prince d Orange dans toutes les charges ,
dont la province l'a revê u ; les autres villes ne
tarderont pas à s'expliquer à ce ſujet . ( Idem. )
L'Impératricede Rudie eſt arrivee à Cherfon
, le 23 Mai , & en eft repartie le 27
pour la Tauride , ainſi que l'Empereur. Les
premiers récits à ce ſujet ſont contenus dans
une lettre de Vienne , du 6 Juin , dont voici
l'extrait.
Le 18 Mai , à 5 ou fix lieues de Catharinaflaw,
l'Empereur apprit que l'Impératrice ſe trouvoit
fur le Dnieper , non loin de la Ville que nous
venonsde nommer , où l'on travailloit à dégager
ſon yacht qui avoit touché ſur un banc de fable.
L'Impératrice fut en même temps informée que
ſon auguſte allié venoit à ſa rencontre. Elle ordonna
fur le champ qu'on amenât une chaloupe
dans laquelse elle deſcendit pour mettre pied à
terre. Comme la plus grande partie de la ſuite
de l'Impératrice n'étoit pas encore arrivée , les
deux Monarques monterent en voiture accompagnés
de l'Ambaſſadeur Comte de Cobenzel & du
Général Comte de Kinsky . Ce fut à Catharinaflow
où L. M. I. ſéjournerent , qu'elles eurent le
premier entretien en particulier. Le lendemain
on continua le voyage par terre & à petites journées.
Enfin le 23 Mai , Cherſon ſe vit honoré
pour la premiere fois de la préſence d'un Empereur
des Romains , & d'une Impératrice de
Ruffie. A l'arrivée de L. M. f. l'artillerie de la
place , ainſi que celle de la flotte qui mouilloit
dans le port , firent une triple décharge , & le
ronffement de tant de canons , inufité dans le
voiſinage d'Oczakow , a dû faire ſans doute quelque
impreſſion ſur la garniſon de cette fortereſſe.
( 248 )
-
Du reße , les bornes de ceste lettre ne nous per
mettant pas d'entrer pour le préſent dans les af
etaisde tout ce qui s'eſtpalé àCherfon daes eetre
circonflance memorable , neus y reviendrons w 결을
autre fois. Nous rous contenterons de direrque
I'Empereur a paffé une bonne partiede la journée
du 24 à travailler avec fos Secrétaires , & a
expédier nombre d'affaires qui regardent i admi
niftration de fes Etats. Par le meme Courer qus
S. M. I. dépécha dans la nuit du 24 au 25 , &
qui deſcendit à l'hôtel du Prince de Kaunitz , le
3 de ce mois , nous apprimes que l'Empereur
s'étoit déterminé à accompagner l'impératrice
dans la tou née que certe Princeſſe ſe propoſoit
de faire en Tauride , vers le 27 ou 28 de Mai , &
cette nouvelle, ainſi que celle infiniment intéreflante
pour nous , lavoir que l'Empereur conninue
de jouir d'une parfaite farté , vient d'érre
confirmée par un fecond Courier de Chettoa ,
arrivé hier en cetre Capitale ,& qui a annonce le
départ des auguſtes Voyageurs , comme ayant ou
lieu le 27 , jour aueuel ce même Courier avoit
éré expédié. Pendants jours , les fêtes & les divertiſſemens
à Cherfon s'étoient fuccédés , fans
preſque aucune interruption , & dans les intervalles
, les deux Souverains & leurs Minares
refpectifs avoient paru fort occupés,
Leis de ce mois , il s'eſt é evé à Anvers
une fédision , accompagnée des derniers
excès , & pour le motifle plus léger , li ce
n'eſt le plus abſurde. En arendant que nous
donnions des détails exacts fur cet évanement
, nous allons préſenter le récit qu'en
fait la Gazette de Leyde , No. 5 .
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>>>Dans le tems qu'on attendoit avec impaz
tience la Ratification de 1 Empereur , le Peu.
>> ple d'Anvers apprit , que les Officiers , déſignés
>> pour les Intendances de Cercles , que L. A. R.
>>> venoient de ſupprimer , tenoientdans un Cou-
>> vent des Affembléesjecrettes . Il n'en fallut pas
>> davantage pour l'irriter & le porter à des
>> voyes de fait , que juſq'ici l'on avoit ſu évi
>> ter. La multitude ſe rendit le 15 a ſoir en
foule devantle Couvent & le força. Le ſieur
van Dilft , l'un des Capitaines , le premier
>> Commiſaire Schorel , & tous les autres , qui
> y étoient aſſemblés , eurent le bonheur de ſe
>>>ſauver : Mais le ſecond Commiſſaire , M. de
<< Tol , qui tenta de s'échapper déguisé en femme,
fut reconnu par un garçon : Il voulut le
faire taire, en lui offrant la bourſe: Mais le
>> garçon , mépriſant ſon or , lui jetta la bourfe
>> au viſage ; & la foule voyant ce dont il étoit
>> querion , le faiſit , le jetta par terre , & l'au
>> roit maltraité davantage , ſi quelques Magif-
» trats n'avoient réuſſi à le tirer de leurs mains :
>> Ils le conduifirent àl'Hôtel de Ville; mais im
>>>médiatement il ſe raſſembla devant la porte
>> plus de 17000 perſonnes , demandant à grands
cris , que M. de Tol fût mer. pieds nus à la
cePrifon crimincile. Les Magiftrats fatisfirent à
>> ce defir : Cependant les feditieux , non con-
>> tens de cette vengeance, le porterent à la
>>>Maiſon du Prifonnier , qu'ils fouillerent ; &
>>>ils éroiect ſur le point de la piller , lorſqu'ils
» en furent détournés par les exhortations du
>> Doyen de la Cathedrale, qui demeure dans ce
>>>quartier. Alors ils ſe jetreront fur les maisons
>> des Geurs Stevens & Loesberg , quils aceufoient
>> de menopole dans le Commerce de Beurre &
Poudre à canon : Ces deux maiſons & un edi-
>>>fice public furent totalement pillés , & ure
( 250 )
vingtaine d'autres auroient ſubi le même forni
>> ſans la préſence du Duc d'Ahremberg , de
Baron de Hovre , de l'Abbé de St. Bernard , de
>>>notre Evêque , & de pluſieurs autres perſonnes
>>de marque : Secondées par les Eccléfiaftiques de
>>>tous les Ordres & appuyées par quelques cen.
taines de Bourgeois armés , elles firent ren-
>>trer le Peuple dans le devoir. Ce qui aveit
•ſur-tout animé ſa fureur , c'eſt qu'il trouva
>>dans le Couvent une ſalle tout-à-fait préparée
>>>pour la tenue d'une Aſſemblée , & un Burea
>>> avec des Papiers ,par leſquels il conſtoit que
>>>les Intendances des Cercles , quoiqu'en appa
>> rence ſupprimées par L. A. R. , étoient encore
>>>en pleine activité. Hier trois Maiſons ont été
> également pillées à Lier. A Malines , où les
>mêmes excès étoient à craindre , on les a pré-
>> venus par les Patrouilles que font 80 Bour-
>> geois-Volontaires ſous les ordres des Bourgue-
>> maîtres «.
Parag. extraits des PapiersAngl. & autres .
→Parmi les détails qu'on a reçus ſuceſſivement
àVienne de tout ce qui s'eſt paffé aux Pays- Bas
depuis le 17 avril , ainſi que parmi les griefs que
les Etats de Flandres & de Brabant ont allégués
dans leurs remontrances , rien n'a tant
choqué les perſonnes de bon ſens , que la démarche
faite en dernier lieu par l'Univerſité de
Louvain, qui a cru apparemment pouvoir profiter
des troubles pour ſe ſouſtraire aux réformes
utiles auxquelles ſe ſont aſſujetties avec la plus
grande fatisfaction & avec l'applaudiſſement de
toutes les claſſes de Vienne , de Pavie , de Prague
, de Bude , &c. Il eſt ſurprenant que l'U(
251 )
niverſité de Louvain ait pu trouver des membres
affez audacieux pour ſe charger de la députation
odieuſe de porter aux Etats des plaintes
contre ſes réglemens qui n'ont d'autre but que
l'enſeignement des ſciences utiles & l'éloigne.
ment des opinions dictées par un dangereux
anatiſme. Il n'eſt pas moins étonnant qu'en
même tems que les membres de cette Univerfité
prêchent la morale la plus rigide & la plus
ſévere , ils ne ſe faffent pas le moindre ſcrupule
de manquer aux devoirs & à la fidélité de
ſujets obéiſſans. Il eſt probable que cette conduite
inconſidérée de l'Univerſité de Louvain
amenera une révolution dans toutes les Univerſités
des pays héréditaires , laquelle pourra
faire époque dans les annales de la Monarchie
&de l'Eglife. ( Courier du Bas-Rhin , nº. 46. )
L'Accommodement du S. Siége avec la Cour
Naples, paroît être fort éloigné,s'il n'eſt même
rompu. On aſſure que des perſonnes fort éclairées
ont démontré les inconvéniens qu'il y auroit
à accorder au Pape 90 mille écus de penfion
ſur les Evêchés Napolitains. Elle regarde
tout concordat entre les deux Cours comme contraire
à l'éſprit de l'Evangile & de la religion
en général , & prétendent que le Souverain ne
peut point diſpoſer des biens que ſes ſujets ont
donné aux Egliſes , en faveur d'un Prince étranger
; qu'il eſt injuſte & honteux que le Pape aie
le droit d'affigner ſur ces Egliſes des penfions à
des perſonnes qui ,bien que ſujets du Roi , deviennent
, par ce bienfait , partiſans ſecrets de
la Cour de Rome ; enfin , qu'un pareil arrangement
prolongeroit les mêmes déſordres , qui
ont accablé les deux Siciles pendant tant de
fiécles . On ne fait point encore l'influence
que ces fortes repréſentations pourront avoir ſur
de
( 252 )
lanégociation decette affaire. (Gazetre de Flow
тенсе , п . 44. )
On a vua Verſailles pluſieurs liftesdesPrefidens
des affemblées provinciales , déja nommés
par le Roi. Elles font généralement affez fau
tives: En voici une qui , fans pouvoir être donnée
pour authentique , ne laiffe pas d'étre la
meilleure de toutes celles quel'on a répandues.
On nomme pour le Lyonnois l'Archevêque de
Lyon , en Touraine ,l'Archevêque de Tours;
pour l'Angoumois, le Duc de la Rochefoucauld;
en Limousin , le Duc d'Ayen ; en Picardie , le
Duc d'Havré ; en Hainaut , le Duc de Croy ;
pour l'Orléanois , le Duc de Luxembourg ; pour
Alençon , le Maréchal de Broglie; en Franche-
Conté , le Comte de Choiſeul-la-Baume'; en
Champagne , l'Archevêque de Rheims , en Gafa
cogne , l'Archevêque d'Auch ; en Lorraine , PEveque
de Nancy; en Poitou , l'EvêquedePoitiers;
pour la Baffe-Guyenne , l'Archevêque de
Bordeaux , à Sens , le Duc du Chatelet; à Senlis ,
l'Evêque de Senlis. On voit par ces deux derniers
Préſidens , que l'Isle de France aura deux
Affemblés Provinciales. ( Gazette de Leyde ,
пр. 46.)
Depuis quelques jours le bruit s'eſt répandu'
ici ( Florence ) que leRoi de Sardaigne , offenté
des vexations exercées par les Genois envers les
Bergers du Piémont qui menoient Paître leurs
troupeaux fur le territoire de la République , a
fait envahir quatre châteaux près de Savene.
Le Sénat de Gènes a aufſirôt expédié trois courriers
, dont l'un à Paris , l'autre à Vienne , pour
implorer l'affifiance &la médiation du Roi de
France& de l'Empereur ; le troificine au Corps
Helvétique , auquel la République a demandé
un corps de fix mille
Qualité de la reconnaissance optique de caractères