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1787, 04, n. 14-17 (7, 14, 21, 28 avril)
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MERCURE
DE FRANCE.
( N ° . 14. )
SAMEDI 7
AVRIL 17 7:
AVRIL a 30 jours & la Lune 29. Duraù 30 les jours
eroiffent de 49 ' 30 " le matin , & de 49 30 " le foir .
Jours
du
mois.
I
Noms des Saints.
116 D. Les Rameaux.
zLund. S. Franç. de Paule.
3Mad. S. Richard , Evêque.
Merc . S. Ambroife , Evêque.
Jedi. S. Vincent Ferrier.
6 Vend. Pen ired - Saint.
7Sim. S. Hégéfipe .
8Dim. PASQUES.
9 Lund. Ste Marie Egyptienne .
10 Mard. S. Macaire , Evêque.
Merc. S. Léon , Pase.
12 Jeudi S. Jules , Pape.
13 Vend. S. Crefcent , Martyr.
14 Sam . S. Paterne , Ev. d'Arran.
151 D.Quafimo.lo.
16 Lund. S Fractuens.
17 Mard . S. Anicet , Pape.
13 Merc . S. Parfait, Prêtre .
19 Jeudi. S. Elahege , Evêque .
20 Vend. Ste Hillegonde.
21 Sam . S. Anfeline , Evêque .
222 D. Sté Opportune.
23 Lund . S. Georges , Martyr.
24 Mard. Ste Beuve .
Temps moyen
au
Phafes
de la
Lune. Mids vrai.
• h.
3′ 55″
O 3 37
3 18
O P. L.
le 2 a 41
h. 32 m.
du foir.
0
42
2 25
2
I 50
I
CD.Q.
33
16
e ro à 8 O
h. 12 m. 43
du feir. 28
12
II
59 57
#1 59 42
II 59 28
N. L. 11 59 14
59 о
58
le 18 à o I
51 m.
du mat.
JP.Q.
25 Merc. S. Marc , Evang. abtin . be 24 à
26 Jendi. S. Clet, Pape & Martyr. h.
27 Vend. S. Policarpe , Evêque.
28 Sam. S. Vital , Martyr.
2913 D. S. Robert , Abbé.
3 Lund. S. Eutrope , Evêque
47
58 35
58
58
22
10
57 59
57 48
m. 57 37
da foir. 11 57 27
" 57 18
57 9
37
J64, 135.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
Avis aux habitans des villes
de Languedoc, fur la manière
de traiter leurs grains , & d'en
faire du pain in- 8°. :
A Paris , chez Didot lejeune ,
L. quaides Auguftins.
Bafes peur taxer le pain in-
8. 12. f
A Paris , chez Cailleau , Fmp.
Libr. rue Galande , Numéro 6.4.
Choix des caufes célèbres ;
tomes X à XV : in-12.
A Paris , chez Moutard, Imp.
Lib. de la Reine , hotel de Cluny,
rue des Mathurins .
ques ; feconde année , No. 28.
A Paris , chez l'Efilapart , L.
rue du Roule.
Mémoires hiftoriques , philo.
fophiques & phyfiques , concerrart
les colonies de l'Amerique
efpagnole , par M. Rioa z
vol. in- 8°.
A Paris , chez Buiſſon , Lib
rue des Poitevins , Numéro 13.
Les Metamorphofes d'Ovide .
traduites par l'Abbé Bannier
nouvelle édition : vol. in - 12.
avec fig . rel . 9 l .
A Paris, chez Leroy , L. rue
S. Jacques.
: Ode à la Nation in 4° .
A Paris , chez les Marchands
Euvres de M. Léonard : *
Hiftoire univerfelle , depuis
Je commencement du mon te
jufqu'à préfent , compofée en de nouveautés,
anglois, par une fociété de gensde
- lettres ; nouvellement travol . avec fig . 6.1.
duite en françois par une fociété
de gens de lettres ; enrichie
de figures & de cartes tomes
LXXXIV à XC in 8°.. :
A Paris , chez le même.
Mélanges tirés d'une grande
bibliothèque, tomes LVIaLX:
in 8°.
A Paris , chez le même.
Voyages de Provence : 2 vol.
in .- 12.
A Paris , chez le même.
Commentaire fur l'édit des
hypothèques par M. Grenier.
Riom , & fe trouve à Paris
, chez Fabre , L.. Pont Saint-
Michel..
Coftumes des grands théâtres
de Paris, Num . 38 in- 8° .
A Paris , au Bureau , au Palais
royal , Numé: o 92 .
Courier lyrique & amufant ,
feconde année ; Numéro 20 :
π - 8°.
A Paris , chez Prault , Lib.
quai des Augufins.
La partie de Longchamp : fixième
journée. *
A Paris, cheq M. Hofmann ,
rue Favare.
Proceffionnal de Paris .
A Pai , chez Cl. Simon ,
Imp de Mgr. Archevêque , rue
S. Jacques , près S. Yves .
Pofpecus du monde primi
tif: in 8°.
A Paris , chez Durand neveu,
L. rue Galande ; & Mufier , L.
rue Pavée S. André.
Le Sage dans la folitude ; par
M. l'Abbé Pey..
A Paris chez Guillot , Lib.
rue S. Jacques , vis à vis celle des
Mathurins.
Sanford & Merton ; fixième
partie . in 12.
Cet ouvrage , deftiné aux enfans
, doit former , avec l'hiftoire
du Petit Grandiffon ,
vol. dont il en paroît é actuels
A Paris , chez l'Auteur , Mad.
Dufresnoy , quai de l'Ecole.
Les Lunes du Couân Jas'lements
12
MERCURE
N
DE
FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l' Annonce & l'Analyſe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts; Les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c . &c. .
SAMEDI 7 AVRIL 1787.
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou;
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
PICES
Du mois de Mars 1787.
FUGITIVES .
3
Vers fur l'emblée Géné
rale de la Nation ,
Epitaphe de M. le Comte de
Vergennes ,
Acroftiche ,
Etrennes à un Militaire,
Quarrain
4
ib.
49
SI
ib.
A unejolie Femme,
Epitre à M. le Comte de
Maillebois ,
Bouquet à l'Empereur Jofeph
145
$7
Réponses à la Question 147
Epitre contre le riche ennemi
de la Nature & des Lettres ,
193
De l'état civil des perfonnes &
de la condition des terres
dans les Gaules ,
Traité fur le Commerce de la
mer noire ,
68
79
104
Procès fameux de tous les tems
& de toutes les Nations , 83
Eloges du P. Paciaudi & de
M. l'Abbé Arnaud ,
Rapport des Commiſſaires chargés
de l'examen du Projet
d'un nouvel Hôtel-Dieu, 115
Bibliothèque Phyfico- Economique
, 125
Le Somnambule , Euvres Pof-
127
thumes ,
Euvres de M. Marmontel, 151
163
Alcandre & Septimius , Hif Jofeph ,
toire ,
202 Esprit & Précis Hiftorique
des Affemblées de Notables ,
Charades , Enigmes & Logo |
gryphes , 7 , 52 , 101 , 149 ,
208
NOUVELLES LITTER .
Voyage Pittorefque de Na
ples & de Sicile , troifiéme
Extrait , 9
Traité d'Anatomie & de Phy
fiologie, 30
Notice fur la Vie de M. Poi
vre, ssi
172
Cuvres Morales de Plutarque,
Variétés , 85 , 129 , 176 , 186
210
39
SPECTACLES.
Acad. Royale de Mufiq.
Comédie Françoife , 135 , 227
Comédie Italienne,
Annonces & Norices , 44 91 ,
230
140 , 188 , 235
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
ruc de la Harpe , près S. Côme.
NKELTERCA
PEGLA
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 AVRIL 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COLBERT ET LOUVOIS.
Tour le monde connoît & Colbert & Louvois ,
Ces Miniftres fameux du plus grand de nos Rois.
Le courtisan , qu'un rien fait trembler ou faitrire ,
Sans ceffe dans leurs yeux s'étudioit à lire ,
Y cherchoit fon deftin d'un regar 1 curieux ,
Ainfi que le Nocher qui confulte les cieux ,
Et toujours le réglant fur le cours des nuages ,
Y préfage de loin le calme & les orages.
Suivant l'ufage établi dans les Cours ,
Nos deux Hommes d'État ne fympathifent guères ;
Mais en public ils paroiffoient toujours ,
En favoris adroits , unis comme deux frères.
A ij
4
MERCURE
repos ,
Ces Miniftres , pour prendre un moment de
Réfolurent un jour d'ailer de compagnie
Se promener au moderne Paphos ,
Que borde de fes flots la Seine énorgueillie.
Ils paroiffent : chacun s'incline à leur aſpect.
Les Comtes , les Marquis leur font mille courbettes ;
On voit fur tous les fronts l'empreinte du respect :
Ducs , Princes , Maréchaux , Croix , Cordons , Épaulettes
,
Les Éminences même , en les appercevant ,
S'arrêtent , devant eux s'inclinent humblement.
Un feul homme , au milieu de ces brillans hommages ,
Tranquillement traverſe le jardin ,
Et fans faire un falut à ces grands perfonnages ,
Laiffe paffer la foule & pourfuit fon chemin.
Nos Miniftres à peine honorent d'un fowire
La foule qui s'empreffe à l'envi fur leurs pas :
Els remarquent celui qui ne s'incline pas ;
Et foudain à Louvois Colbert ſe mit à dire :
Que cet homme eft heureux ! ignoré , ſans emploi ;
Il n'a jamais befoin ni de vous ni de moi.
( Par M. le Méteyer , Secrétaire du Roi. )
*
DE FRANCE. 3.
COUPLETS fur la méprife de l'Éditeur
del'Almanach des Mufes , qui m'a qualifié
Dignitaire dans le Volume de 1787.
AIR: De Joconde.
DANS l'Églife je fuis zéro ,
Un Clerc , un pauvre hère,
Et cependant Monfieur Satr . au
Me nomme Dignitaire.
De fon goût on doit faire cas ,
Et de fes bons offices ;
Par malheur fa feuille n'eft
pas
Celle des bénéfices .
DANS le Clergé de l'Hélicon
Je fais bien moins encore ;
D'aucun laurier ni médaillon
Phébus ne m'y décore.
Mais vous , Chanoines de ces lieux ,
Delille , Imbert , Cubière ,
J'y veux être , ne pouvant mieux ,
Votre Thuriféraire ,
(Par M. Morel, Doctrinaire , l'un des Profeffeurs
de Rhétorique au Collège Royal Bourbon- d'Aix. )
A iij
MERCURE
ROMANCE MAROTIQUE.
VOUDROIS toujours chanter Marie ,
Objet auffi beau que trompeur ;
Elle avoit fait l'heur de ma vie ;
Mais , las plus grand eft mon malheur!
Si doux fermens d'amour fincère ,
L'infidelle a pu les trahir !....
Coulez , larmes , de ma paupière ,
Car fi ne pleures , vais mourir.
DEPUIS que ne fai plus lui plaire ,
Doux bonheur a fui de mon coeur
A lui mon âme étoit entière ,
Entière elle eft à la douleur ;
Et fi pourtant de ma misère
Par l'oubli ne voudrois guérir . ..
Coulez , larmes , de ma paupière ,
Me faut pleurer ou bien mourir
POUR moi , rien plus dans la Nature :
Me font verds champs d'affreux déferts ;
Été brillant eft fans parure :
Printemps fleuris me font hivers.
Tout gémit , tout me défeſpère ;
N'eft plus pour moi paix ni plaifir.
Que faire en ma peine? oh ! que faire ?
Sinon pleurer , & puis mourir.
(Par M. Charon. )
DE FRANCE. 7
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Découdre ; celui
de l'Enigme eft Vipère ; celui du Logogryphe
eft Mâchoire , où l'on trouve moire ,
Remy , rime , Rome , chaire , or.
CHARADE.
Vire au fortir du lit l'on faifit mon premier ;
L'on engraiffe un poulet fouvent de mon dernier ;
Il eft peu de concert , Lecteur , fans mon entier.
CHAQUE
(Par M. L. C. D. J. J. )
ENIGM E.
HAQUE choſe a fon temps , aujourd'hui j'ai le
mien ,
Quoique je ne fois pas plus qu'un autre cominode ,
Sans moi l'on ne peut être bien,
A l'envi l'on fuit ma méthode.
J'ai commencé de paroître à la Cour ,
Auffi fuis-je un Enfant de France ;
Et je dois mon être & le jour
Au Roi qui fait le plus redouter la puiſſance.
A iv
MERCURE
Sur lui j'exerce mon emploi ,
Et la Garde qui l'environne
N'approche pas fi près que moi
De fon Augufte & Royale Perſonne.
Comme il eft de fon peuple autant Père
Il veut qu'à tous je fois utile ,
Et je viens faire dans la ville
Comme à la Cour ce que je doi
que Roi ,
On me voit dans ces lieux de plus d'une manière ,
Et dans le temps que le Roi des faifons
Bille avec moins d'éclat , répand moins de lumière ,
C'eft alors que je fais paroître mes rayons.
L'or & l'argent joints à mon luftre ,
En relèvent beaucoup l'éclat ,
Et je fuis l'ornement d'un fat
Comme celui d'un homme illuftre :
J'ai pour charmes la nouveauté ,
Et j'ai touché le coeur de plus d'une beauté ;
De chacun je touche l'envie ,
Et je fuis auffi dans la vie
D'une très-grande utilité.
Admirez des gens l'injustice,
Quoique je fois paifible & doux ,
On me perce de mille coups
Quand je dois rendre un bon fervice.
On me fait pis encor , on me taille en morceaux,
Et l'on me laiffe -là quand je fuis par lambeaux .
( Par M. Guérin , de C. G. E. N. ).
DE FRANCE.
9--
LOGO GRYPH E.
UN oifeau qui fauva jadis un fameux temple;
Un miroir naturel où Zulmis fe contemple ;
Un tiffa fin, brillant , qui pare la beauté
Ce qu'on préfère à tout dans la fociété.
ED peu de mots , Lecteur , voilà mon analyſe.
Exerce à me chercher ton eſprit curieux :
Tu ne formeras point une grande entrepriſe;
Car je viens à l'inſtant de m'offrir à tes yeux.
(Par M. le Méteyer, Secrétaire du Roi. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES de Cicéron , Traduction nouvelle ;
Oraifons , Tomes cinquième & fixième ,
par M. Clément. A Paris , chez Moutard ,
Imprimeur de la Reine , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluni.
Les jeunes gens , dans leurs premières études
, ne font guères capables de bien juger
Cicéron . Pour eftimer fes Ouvrages felon leur
prix , il faut un difcernement formé par l'âge
& un goût très épuré par la lecture des anciens
& des modernes, On avoit vu à Rome
Av
ΤΟ MERCURE
des hommes éloquens ; mais lorfque Cicéron
parut , on fentit qu'ils alloient être tous effacés.
Il fut élevé fous les yeux de Craffus
Orateur alors très célèbre , dans lequel il
trouva à la fois un maître , un´ami & un
modèle. La gloire d'Hortenfius piqua fon
émulation , & fes vues s'étendirent bien audelà.
Son premier plaidoyer fut pour Kofcius
d'Amérie. Il enleva les fuffrages des juges.
L'admiration qu'excitèrent fes talens , fit abfoudre
fon client de l'accufation d'avoir été
le meurtrier de fon père. Cicéron , malgré
ces applaudiffemens , fentit qu'il n'étoit pas
encore tout ce qu'il pouvoit être. Il alla dans
la Grèce pour fe perfectionner dans cette
ancienne patrie des Arts. Il paffa deux ans à
Athènes , où il fe montra moins le difciple
que le rival des plus fameux Orateurs Grecs .
Un d'eux l'ayant entendu pérorer , demeuroit
muet & tranquille au milieu des applaudiffemens
de tout le monde. Cicéron lui demanda
la caufe de fon filence. Ah ! lui répondit- il ,
je vous loue fans doute & vous admire , mais
je plains la Grèce ; il ne lui reftoit plus que
gloire de l'éloquence ; vous allez la lui ravir
& la tranfporter aux Romains.
la
A fon retour , Cicéron fut à Rome ce que
Démosthènes avoit été à Athènes. S'il eft vrai
qu'il ait moins de nerf & d'énergie , fon éloquence
eft plus douce , plus variée , plus féconde.
Il relève les chofes les plus com
munes; il embellit celles qui font le moins
fufceptibles d'agrémens. Toutes les périodes
DE FRANCE. II
J
font cadencées ; & c'eft fur- tout dans cet arrangement
des mots qui contribue aux grâces
du difcours & au plaifir de l'oreille , qu'il
excelle le plus.
On a déjà obſervé dans l'annonce des qua
tre premiers Tomes de cette Édition , que
promettre une traduction complette & bien
écrite de Cicéron , c'étoit donner une bonne
nouvelle à la République des Lettres. Effectivement
le travail des Traducteurs ne peut
être inutile à ceux qui veulent étudier ce grand
Orateur. Mais s'il eft difficile d'apprendre à
le bien fentir & à le bien connoître , felon
cette belle penſée de Quintilien : Ille fe multùm
profeciffefciat , cui Cicero valdè placebit,
C'eſt avoir profité que de favoir s'y plaire ;
il est plus difficile encore de reproduire fon
éloquence dans notre langue. Il feroit bien à
fouhaiter qu'il y eût une forte de proportion
de talens entre le Traducteur & l'original.
Alors il ne faudroit pas moins qu'un
Voltaire ou un Rouffeau de Genève ; & malheureuſement
il n'y a pas d'apparence que la™™
chofe arrive jamais.
L'Homme - de - Lettres ( M. de Meunier )
qui a donné les quatre premiers volumes de
cette Traduction , ayant été obligé , par des
raifons particulières, d'abandonner ce travail ,
M. Clément s'eft chargé de le continuer.
Quoique j'aie , comme beaucoup de Gensde-
Lettres , à me plaindre des fatyres injurieufes
de ce critique dur & outré , je ne diff-
A vi
12 MERCURE
mulerai point qu'on ne pouvoit guères trouver
un Écrivain plus propre à ce travail que
M. Clément. Je me pique de rendre juſtice
même à ceux qui ne me la rendent pas . Perfonne
n'entend mieux que lui les anciens ,
ne les connoît mieux , & n'eft plus capable de
les faire connoître . ´
L'Oraiſon contre Verrès , intitulée des Supplices
, commence le cinquième volume . Ĉe
qui frappe dans ce Difcours , c'eſt le mouvement
, la chaleur , la rapidité , l'énergie de
fon éloquence . Comme il eft embrâfé de
l'amour des loix & du bien public ! De quel
ton il menace les protecteurs de Verrès &
les juges ! Ave quelle force , avec quelle véhémence
courageufe il apoftrophe Hortenfius
, qui fe préparoit à défendre Verrès , qui
avoit depuis long- temps fur les efprits l'empire
de fon eloquence & de fa réputation , &
qu'on furnommoit alors le Roi de la Tribune
!
C'est pourquoi Hortenfius , je vous en
avertis , puifque j'en ai l'occafion , prenez
garde à votre démarche ; confiderez ce que
Vous allez faire , quel homme vous allez défendre
, & quels moyens vous mettrez en
ufage ; ce que je ne dis pas pour donner aucune
entrave à votre génie & à votre éloquence.
Du refte , fi vous croyez pouvoir ſuppléer
par l'intrigue à la foibleffe de votre caufe , fi
vous fongez à vous appuyer de l'artifice , du
pouvoir , de la faveur , de votre crédit & des
richeffes de Varrès , je vous confeille de reDE
FRANCE.
1
9
noncer à vos projets , de ne pas faire revivre
les honteufes manoeuvres de votre client .
que j'ai découvertes , que j'ai révélées. Souvenez-
vous qu'il ne peut plus y avoir de prévarication
dans ce jugement , fans vous expofer
à des périls , & à des périls plus grands
que vous n'imaginez.
"2
>
« Vous avez rempli les grandes Charges de
l'État , vous êtes défigné Conful , & vous penfez
peut- être n'avoir plus rien à craindre pour
votre réputation ; mais, croyez moi , ces honneurs
, ces bienfaits du peuple Romain , il
faut autant de foins pour les conferver que
pour les obtenir. Rome a fouffert autant
qu'elle a pu , autant qu'elle y a été forcée
une forte d'autorité royale , que vous & d'autres
Orateurs aviez établie au barreau & dans
toutes les affaires de la République ; elle l'a
foufferte , il eft vrai , mais du moment qu'on
lui a rendu fes Tribuns , apprenez , fi vous
l'ignorez encore , que cette grande puiffance
eft évanouie. Votre règne eft paffé , tous les
yeux font ouverts en cet inſtant fur chacun
de nous , fur la fidélité de mes accufations ,
fur l'intégrité de vos défenſes , & fur la religion
des juges. »
» Pour peu que chacun de nous s'écarte de
fon devoir , il aura à craindre , non ces jugemens
fecrets dont vous paroiffiez faire peu de
cas , mais le jugement libre & redoutable du
peuple Romain. Vous n'avez , Hortenfius ,
aucune liaifon de parenté ni d'amitié avec
Varrès , vous ne pouvez alléguer ici aucune
14 MERCURE
des excufes dont nous vous avons vu juftifier
vos excès de zèle en faveur de vos cliens.
Celui - ci ne difoit- il pas hautement dans fa
Province qu'il étoit tranquille fur fes actions ,
que vous fauriez bien le défendre , & qu'il
étoit sûr de vous ? Jugez combien il vous importe
de démentir de pareils difcours. »ور
Pour moi , j'ofe me flatter qu'au jugement
même de mes ennemis , j'ai rempli toute
l'étendue de mon emploi ; car dès la première
action , quelques heures m'ont fuffi pour
faire dire à tout le monde que Verrès étoit
condamné. Le refte du jugement ne regarde
plus ni ma fidélité , qui eft affez connue, ni la
vie de Verrès , qui eft affez condamnée. S'il
faut dire la vérité , il ne s'agit plus que de.
prononcer fur les juges & fur vous même. »
Voilà bien l'éloquence d'une âme paffionnée
pour le bien public ; d'un Citoyen
vertueux dans un fiècle de crimes , défenfeur
des loix dans l'anarchie , Républicain parmi
des Grands qui fe difputoient le droit d'être
oppreffeurs. Eh ! que ferois- ce donc fi vous
l'aviez entendu vous-mêmes ? s'écrioit Efchine
après avoir lu à fes élèves la harangue de
Démosthènes ! Ce mot doit s'appliquer à
toutes les verfions de ce genre. Que feroit- ce
fi vous entendiez l'original ! On fait combien
la langue françoife eft inférieure à la latine ;
& les expreffions de cette belle langue , en
paffant par l'imagination brillante & féconde
de Cicéron , prenoient cette couleur d'urbanité
Romaine , dont il eſt le plus parfait mor
1
DE FRANCE. IS
dèle. Comment rendre toutes ces beautés
dans un idiôme qui s'y refuſe , à moins qu'il
n'y foit contraint par le génie ? Le mérite du
Traducteur fe réduit donc à être exact , précis
& fidèle. On ne peut fans injuftice conteſter
à la verfion de M. Clément ces trois principales
qualités .
Les Verrines font fuivies de la harangue
pour Fonteius , accufé comme Verrès du
crime de concuffion . On ignore fi l'éloquence
de Cicéron parvint à le faire abſoudre
; mais il y a tout lieu de croire qu'il étoit
coupable ; & d'ailleurs , ce qui eft une règle
à peu près sûre , comme l'obferve le Traducteur
, lorfque les Nations forment des
plaintes en corps , elles font opprimées.
Il eft trifte de voir le même homme qui
avoit fait punir le déprédateur de la Sicile ,
plaider , l'année d'après , la caufe de l'oppreffeur
d'une autre Province. On auroit lieu de
s'en étonner , fi l'on ne favoit qu'il y a des caractères
honnêtes & indécis qui font un mêlange
de vertu & de foibleffe , & quelques perfonnes
mettent Cicéron de ce nombre.
Il s'agit dans le plaidoyer fuivant , pour
Cæcina , d'une diſcuſſion pareille à celles dont
re entiffent nos Tribunaux. Fulcinius avoit
laiffé l'ufufruit de tous fes biens à Céfennie ,
fa femme , & nommé fon fils fon héritier
univerfel. Ce fils mourut quelque temps
après la fucceffion de Fulcinius fut mife à
l'enchère . Céfennie réfolut d'en acheter un
domaine contigu à d'autres terres qu'elle pof16
MERCURE
fédoit. Comme elle entendoit peu les affaires ,
elle chargea de celle- ci Ebutius , qui avoit
furpris fa confiance. Æbutius acheta le domaine
, & le paya avec l'argent de Céfennie.
Cette femme époufa enfuite Cæcina ; elle
furvécut peu à ce mariage , & nomma Cæcina
fon héritier. Dès qu'elle fut morte , Æbutius
prétendit que ce domaine lui appartenoit.
Cæcina fe difpofa à défendre les droits devant
les Tribunaux ; & pour remplir les prélimi
naires ufités dans la Jurifprudence Romaine,
il convint avec Abutius qu'il feroit une defcente
fur les lieux avec des témoins , & qu'enfuite
ils viendroient l'un & l'autre plaider
leur caufe devant les Juges. Æbutius , au lieu
d'employer la violence fimulée que lui permettoient
les loix , s'empara du domaine en
litige , y établit des hommes armés , & par
des violences réelles empêcha Cæcina d'en
approcher. L'élocution de ce difcours eft partout
du genre fimple. Le fujet ne comportoit
pas d'autre éloquence. L'Orateur ne dit rien
qui ne foit abfolument approprié à la cauſe .
Jugez en par l'exorde.
Si l'audace avoit autant de pouvoir au
Barreau & dans les jugemens , que la violence
en pleine campagne & au fond d'un déſert ,
Cæcina ne feroi pas moins vaincu dans cette
caufe par Æbutius , qu'il ne l'a été par fes fatellites
dans le champ de Tarquinie ; mais il
a cru qu'il étoit d'un homme fage de ne point
employer la voie des armes dans une affaire
qui doit fe décider par celle de la juſtice ; &
DE FRANCE. 17
qu'il étoit d'un homme ferme de poursuivre
dans les Tribunaux une victoire qu'il n'a
point voulu difputer dans un champ de ba
taille.
Voyez comme dès les premières lignes
P'Orateur entre en matière. La question eft
déjà expoſée. C'eſt un exemple à citer à nos
Avocats. Quoique le Barreau des anciens fût
bien différent du nôtre , Cicéron eft un modèle
qu'ils ne fauroient trop lire. Qui jamais
connût mieux le coeur humain ? Qui s'infinua
plus adroitement dans les efprits : Quelle méthode
plus facile & plus claire ? Que de richelle
& de variété ! que de grâces & de nobleffe
! Les Orateurs du Palais ne font peutêtre
pas affez familiers a e: fes Écrits , qui
leur apprendroient à être vifs fans emporte
tement , animés fans fureur , brillans fans
fafte , éloquens fans déclamation.
La harangue fuivante pour la loi Manilia ,
n'eft prefque d'un bout à l'autre qu'un Panégyrique
de Pompée. C'eft la première que
l'Orateur Romain prononça fur la Tribune ;
& cette circonftance lui a fourni un fort bel
exorde. Il s'agit de faire donner à Pompée le
commandement de la guerre contre Mithridate.
Peut- être eût- il mieux valu ne pas agrandir
encore un Citoyen déjà coupable d'être
trop puiffant; c'étoit l'avis de la partie la plus
faine & la plus nombreufe du Sénat ; mais
Cicéron , malgré fon génie , fut quelquefois
plus Orateur qu'Homme d'État.
Le plaidoyer qui termine le cinquième
18 MERCURE
volume , eft pour Cluentius , accufé par Saffia ,
fa mère , d'avoir empoisonné Oppianicus
fon beau- père. Il eft impoflible de concevoir
l'amas d'empoisonnemens , de meurtres , d'inceftes
, de fubornations de témoins , de corruptions
de juges que préfente cette caufe . Il
s'agit d'un Oppianicus , qui époufa cinq à fix
femmes , & qui à chaque nouveau mariage
commettoit des meurtres & des empoifonnemens
; de Saflia , qui fe maria trois ou quatre
fois , & qui tantôt époufoit le mari de fa
fille , tantôt l'affaffin de fes maris . On frémit
d'horreur ; & peut - être n'offrit - on jamais
dans aucun Tribunal une fcène auffi monftrueuſe.
Il étoit aifé de prévoir qu'un fiècle
où les moeurs étoient arrivées à un tel excès
de dépravation & de crimes , devoit être le
dernier fiècle de la gloire & de la liberté de
Rome.
Cicéron étoit alors Prêteur , & il connoiffoit
des crimes de concuffion. Cette charge
lui prenoit la plus grande partie de ſes momens
; mais il en trouvoit encore pour aller
plaider des caufes devant les autres Tribunaux.
C'eſt un beau fpectacle de voir l'un des
premiers Magiftrats de Rome , défendre les
accufés comme un fimple Orateur . Cet uſage
fi intéreffant ne fe retrouve plus dans nos
inftitutions modernes.
Le Traducteur de Cicéron , dans fes obfervations
fur quelques- unes de fes harangues ,
qui n'ont pu réfifter au pouvoir du temps ,
fait une remarque digne d'être recueillie ;
DE FRANCE. 19
c'eſt que pendant la Prêture même , il fréquentoit
l'école de Gnipho , célèbre Réthoricien.
Comme on ne peut pas fuppofer qu'il
lui reftât quelque nouvelle inftruction à recevoir
, il faut s'imaginer que fon deffein étoit
de fe confirmer dans la perfection à laquelle
il étoit parvenu , & de prévenir toutes fortes
- d'affoibliffemens , en s'exerçant fous les yeux
d'un fi bon maître . Peut- être auffi n'avoit-il
en vue que de faire honneur à Gnipho & à
l'art dont il faifoit profeffion , ou d'inſpirer
de l'émulation à la jeune Nobleffe , par la
préfence d'un des premiers Magiftrats de
Rome. C'eft ainfi qu'on a vu depuis peu un
Membre de l'Académie Françoife , Secrétaire
Perpétuel de celle des Sciences , affifter exactement
au Collége Royal aux leçons de Chimie
; & fa préſence , en excitant l'émulation
de ceux qui fuivoient ce cours , contribuoit
encore à la gloire du célèbre Profeffeur , fon
Collègue , & aux progrès de la ſcience.
Il étoit difficile à Cicéron de commencer
fon Confulat par une affaire plus éclatante
que celle de la loi Agraire. Sans parler de beaucoup
d'autres obftacles , il attaquoit une loi
très- féduifante on avoit toujours écouté
avec plaifir les Tribuns qui propoſoient de
diftribuer des terres aux pauvres Citoyens ; &
il falloit de l'adreffe , des lumières & de l'éloquence
pour ramener le peuple mal inftruit
de fes véritables intérêts . Il parvint à la faire
rejeter , & ce fut un des plus beaux triomphes
de fon éloquence . Le célèbre Pline étoit
20 MERCURE
de cet avis . Le Chapitre où il peint l'empire
des talens fur les homines , eft terminé par
une apoftrophe à Cicéron , pleine d'admiration
& d'enthouſiaſme . Il commence par
l'effet que produifirent les trois harangues fur
la loi Agraire. Son expreffion eft remarquable
: Te dicente , legem Agrariam , hoc eft,
alimentafua abdicaverunt tribus .
Le plaidoyer fuivant , pour Rabirius , accufé
de crime d'État devant le peuple , eft
une de fes harangues confulaires. Saturninus ,
Tribun du peuple pour la troifième fois , avoit
été tué dans une efpèce de fedition , dont il
étoit un des premiers inftigateurs. Rabirius
fut accufe plufieurs années après d'en avoir
été le meurtrier. Cicéron prouve que cetre
imputation eft une calomnie , & que Saturninus
avoit été frappé par un eſclave. Il déclare
même que fi Rabirius l'a tué , il mérite
une récompenfe , & non des châtimens. Au
milieu de fon abandon , il lui échappa une
phrafe qui excita des murmures dans une
partie de l'affemblée , lorfqu'il dit : " Plut aux
» Dieux que Rabirius eût tué Saturninus de
» fa main ! Quelques- uns poufsèrent des
cris d'indignation. Cette circonftance imprévue
fournit à l'Orateur un beau mouvement;
loin de fe déconcerter , il apoſtrophe
les mécontens de la manière la plus vive ; &
au- lieu de fe rétracter & d'adoucir fes expreffions
, il foutint avec fermeté ce qu'il
avoit dit . Ce fut la première & la dernière fois
ود
23 ود
DE FRANCE. 28
qu'il prit ce ton de hauteur dans ſes hatangues
au peuple.
Ire
>
L
e
>
On trouve encore dans le fixième Tome les
3 ° & 4° catilinares. L'hiftoire de la
conjuration de Catilina eft trop connue pour
en rien dire. Jamais Cicéron ne fut plus éloquent
que dans cette circonftance. La verfion
des Catilinaires, par l'Abbé d'Olivet , eſt encore
eſtimée ; mais le nouveau Traducteur
en a très-peu profité. « Cet homme de mé-
» rite , obferve M. Clément , adoroit Ci-
» céron ; mais il étoit trop Grammairien pour
» être éloquent ; il glace tous les mouve-
» mens , tout le feu de l'Orateur ; il cherche
"9
l'élégance & la trouve rarement ; ſon ſtyle
» eft fec , pénible , compaffé , & fans cou-
» leur ; fouvent même il n'eft pas François ,
» & ce Grammairien fi exact paroît à peine
» connoître le génie de fa langue.
"3
Quant à l'Oraiſon pour Muréna , elle fut
prononcée entre la feconde & la troifième
catilinaires. On ne peut affez admirer l'étonnante
activité de ce Conful , qui , au milieu
du tumulte d'une conjuration , & de l'embarras
des affaires publiques , fe chargeoit encore
de la caufe des particuliers , & qui pendant
foixante ans d'une vie occupée & orageuſe,
a cultivé fans relâche la philoſophie ,
l'éloquence & les Lettres.
P. S. Les Éditeurs , en offrant au Public
ces cinquième & fixième Tomes , ofent l'affurer
que cet Ouvrage ne fouffrira plus d'interruption.
22 MERCURE
ESSAI fur le Lait confidéré médicinalement
fous fes différens afpects , ou hiftoire de ce
qui a rapport à ce fluide chez les femmes ,
les enfans & les adultes , foit qu'on le re-,
garde comme caufe de maladies , comme
aliment ou comme médicament ; par M.
Petit- Radel , Docteur-Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , & ancien Chirurgien-
Major du Roi aux Indes Orientales.
A Paris , chez l'Auteur , rue de Bourbon ,
Fauxbourg Saint - Germain , No. 161 , &
chez Boudet , Libraire , rue Saint- Jacques ,
No. 242 : in-4°. Prix , 4 liv . broché.
- La nourriture première de l'homme , le
lait , cette fubftance douce & balfamique qui
fert à développer les tendres organes du nouveau
né , aufli bien qu'à remédier aux défordres
que la dégénérefcence des humeurs
fait fouvent naître chez l'adulte , méritoit ,
fans contredit , qu'on s'occupât de tout ce
qui a rapport à lui , d'une manière plus particulière
qu'on ne l'avoit fait jufqu'à préfent.
Il est étonnant aujourd'hui , où les yeux fe
portent furtant de mères qui périffent prefque
fubitement par les inondations de l'humeur
laiteufe à la fuite de la délivrance , ou qui
traînent une vie languiffante à raiſon des maux
chroniques occafionnés par un vice dans la ſécrétion
de cette humeur ; aujourd'hui, où l'on
fe croit autorifé à fouftraire à l'innocent , au
"7
DE FRANCE. 23
moment de fa naiffance, les fources de fa vie,
pour le livrer aux incertitudes d'une nourrirure
préparée dans les organes d'animaux
dont la nature eſt ſi éloignée de la fienne ,
ou enfin les preuves du bien que cette même
fubftance alimentaire priſe du fein même de
la femme , ou puifée aux mainelles des animaux
, fe font multipliées & accumulées les
unes fur les autres , qu'il n'ait point encore
paru un ouvrage de la nature de celui- ci ,
qui , loin de fuivre la méthode tronquée des
Lexicographes , préfentât la matière expoſée
fous le point de vue qui lui étoit le plus naturel.
M. Petit- Radel , en donnant celui- ci ,
paroît avoir remédié à ce défaut. Le lait y
eft examiné fous trois afpects différens : 1º.
par rapport à la mère ; ce qui conduit à l'examen
des organes de la femme , où ce fluide
fe fépare de la fympathie qui lie ces organes
avec celui où doit fe développer le produit
de la conception , de la manière dont ils
vaquent à leurs fonctions , de la nature de
l'humeur qu'ils fourniffent , & aux accidens.
terribles provenans des obftacles qui s'oppofent
à leur opération . Ce chapitre offre un
tableau , dont les traits vivement exprimés ne
peuvent être qu'intéreffans pour les mères
qui ne font point indifférentes aux phé omènes
qui fe paffent au- dedans d'elles , dans
la circonftance où les devoirs de la maternité
les rendent fi recommandables. 2 °. Par
rapport à l'enfant. L'Auteur confidère ici le
lait comme principe alimentaire du nouveau
24 MERCURE
né ; il examine quelle eft la partie vrainent.
nutritive du lait ; il ftatue le temps du fevrage,
& prefcrit quels font les alimens qu'on doit
fubitituer au lait , qui eft alors une nourriture
trop légère , & il le détermine par la farine
de Malt. Ainfi , continue- il , par l'ufage:
» d'un lait de bonne qualité , & par les ali-
» mens fimples que nous venons d'indiquer ,
"
86
quand les organes permettent d'y avoir re-
» cours , l'enfant acquiert de plus en plus de
» la force. Ses petits membres s'arrondiffent ,
» une graiffe grumelée fe dépofe fous le tiffu
» de fa peau ; fes chairs prennent plus de
confiftance ; les os fe durciffent pour fou-
» tenir tout le poids de l'édifice qu'ils doivent
» bientôt fupporter. Les organes de fes fens
fe développent ; fon oreille eft attentive
" aux doux fons de la voix maternelle ; fes
» yeux commencent à confidérer les objets
qui l'entourent rien cependant ne les fixe
» encore. Les ris viennent folâtrer fur fon
viſage ; fa main commence à careffer celle
à qui il a coûté tant de peine ; quelques
» jours encore , & fes jambes lui permettront
de chercher ou de fuir fa mère , en faisant
éprouver à celle- ci ce doux plaifir que le
Taffe a fi bien décrit. A mefure que le
» corps déploie fes forces pour produire ces
» changemens , la bouche s'orne de deux
ود
99
"3
ود
"
rangées de petits os qui viennent en relever
» l'incarnat par le blanc émaillé de leur fub-
» ftance. La Nature prévoyant qu'il faut à
l'enfant une nourriture plus folide pour
fournir
DE FRANCE. 25
"
, ر
33
"
» fournir au continuel accroiffement de fes
» organes , les fait fortir à mefure de l'une
» & l'autre mâchoire , pour épargner au petit
» individu les douleurs terribles que leur apparition
fimultanée eût occafionnées ; c'eſt
alors que les fources laiteufes doivent être
» détournées de l'enfant : en tariffant chez
la mère , leur defsèchement la force à remplacer
l'aliment rare qu'elles fourniffent
» encore à leur nourriffon , par un autre dont
» il puiffe tirer un meilleur parti . Ce chapitre
eft terminé par un article où l'on confidère
le lait comme principe de maladie chez
l'enfant. Enfin dans le troisième & dernier
chapitre , le lait eft confidéré comme fubftance
alimentaire & médicamenteufe , propre
aux adultes de différens fexes. On trouve à
l'article du lait de vaches , des règles fur le
régime lacté , qui rendent cet Ouvrage utile
aux perfonnes dont la fanté délabrée ne peut
trouver de meilleur correctif que le lait . En
confidérant le lait comme fubftance médicamenteufe
, l'Auteur accompagne ce qu'il dit
du lait d'âneiles , de brebis , de chèvres , de
jumens & de femmes , non -feulement dis
connoiffances chimiques & médicales qui
peuvent intéreffer , mais encore il l'orne des
agrémens de la Poéfie . Il termine par un
expofe étendu des maladies qui demandent
ou rejettent le lait , & des ufages dont font
les divers produits de ce fluide. On trouvera
à la fin de cet Ouvrage une thèse de l'Auteur ,
où tout ce qui a rapport à l'admirable fyt-
N°. 14 , 7 Avril 1787.
B
26 MERCURE
tême de la génération eft expofé avec érydition.
Cet Ouvrage , bien apprécié par les
perfonnes de l'art , eft rendu intelligible à
celles qui n'en font pas , par le foin qu'on a
pris de mettre à la fin une explication des
Bermes difficiles à entendre.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure
quelques Réformes Théâtrales.
MONSIEUR ,
fur
On s'eft plufieurs fois élevé dans ce Journal contre
l'ufage d'être debout au Parterre , ufage barbare
, indigne d'une Nation auffi policée que la
nôtre , qui cependant n'eft connu que chez elle &
for fes Théâtres réguliers. Il n'eft pas douteux que
fi f'on parvenoit enfin à l'abolir , on ne rendit un
grand fervice à une foule de citoyens refpectables ,
on peutdire même à l'humanité. Mais il ne faut pas
fe dissimuler qu'on chagrineroit en même- temps une
claſſe aſſez nombreuſe d'amateurs du Théâtre : je
veux parler des cabaleurs .
Soit qu'on ait quelques raifons d'en vouloir à
l'Auteur d'une pièce nouvelle , conime , par exemple,
s'il a eu deux ou trois fuccès ; foit qu'encore
inconnu , fes productions n'inſpirent pas de confiance
, ou foit enfin que , pour flatter ou fervir tel
ou tel Acteur , on ait le louable projet d'humilier tel
DE FRANCE. 27
ou tel autre , car voilà quels font à -peu- près tous
les motifs de la cabale ; on voit cette noire Déeffe
fe glifler de bonne heure au Parterre , s'emparer du
premier grouppe qu'elle y rencontre , fecover fon
flambeau, fouffler l'efprit de difcorde , diftribuer fes
ferpens, & voler vite ailleurs. Bientôt le grouppe fe
fépare ,, propage & promène des extrémités au centre
le poi on dont il vient d'être infecté. Il s'aig: it , fermete;
& avant que le rideau fe lève , le fort de
P'Auteur ou de l'Ouvrage eft déjà décidé. Si pendant
le cours de la Pièce un des côtés parcît affoiblir fon
attaque , quelque zélé le détache pour venir à fon
fecours , & l'équilibre des fifflets eſt bientôt rétabli .
Il est évident que dans un Parterre affis , un pareil
manège s'exécuteroit d'une manière inficiment moins
commode.
Mais ces cabales préméditées , combinées , ne
font pas les feules qu'on ait à craindre , ne font pas
l'unique caufe de ces fcènes indécentes qui le recouvellent
tous lesjours , telles que celle qui s'eft paflée
dernièrement à l'Opéra.
Souvent , lorsqu'au lieu d'un Acteur en chef, on
voit paroître fon double , foudain le regret de l'attente
trompée excite une rumeur générale , à laquelle
les fpectateurs , même les mieux intentionnés,
ne peuvent guères s'empêcher de prend e une part
plutôt machinale que volontaire. Quelle réception
cruelle pour celui qui en eft l'objet ! On n'a pas
cependant le deflsia d'humilier l'Accur qui le préfente
, feulement c'est une manière pour le Public
abufé , c'est même la feule qui foit en la puiſſance,
de témoigner fun mécontentement. Mais cet Acteur
malheureux , qui ne méritoit pas un tel accès d'humeur
, n'en est pas moins la victime, Qu'en arrive-
t-il ? Ou révolté contre cette injuftice , il fe
roidit contre la prévention , & parvient à emporter
de force des applaudiffemens qu'auroit dû lui obte
Big
28 MERCURE
punir
fon zèle ; ou timide & découragé , fes facultés
s'anéantiffent devant cette preuve de la défiance
blique, Son ame fe glace , fa voix s'altère , & il
finit par mériter réellement la difgrace qu'il a fubie
d'avance , tandis qu'un accueil favorable auroit
fuffi peut être pour développer fon talent.
Mais ce mouvement fpontané , ce témoignage
fubit & anticipé d'improbation, fi funefte aux progiès
des arts , s'il eft injufte dans fes effets , il n'en
eft pas moins né d'un fentiment jufte . Le Public
a dû croire que la pièce annoncée feroit jouée avec
tous les avantages ; il a dû fe plaindre, & hautement,
de fe voir déçu. Il eft cependant une manière de
mettre le Public à l'abri de cette efpèce de fupercherie
, & d'épargner aux Acteurs en double l'expreffion
humiliante de fon reffentiment ; c'eft de nommer
dans les journaux , & fer les affiches , tous les
Acteurs qui doivent remplir les principaux rôles
des pièces qui ne font pas dans leur nouveauté. Les
fpectateurs prévenus , n'ont plus dès - lors aucun
droit de fe plaindre . Le moindre murmure doit
être d'autant plus févèrement puni , qu'il annonce
avec évidence que le deffein de nuire avoir été prémédité.
L'idée n'eft pas nouvelle on pratique depuis
long- temps cet ufage à Londres. Un amateur le
propofa l'année dernière dans le journal de Paris.
Je le propofai moi - même , il y a plus de dix ans , à
quelques acteurs de l'un de nos Théâtres. On me
fit des objections ; je les combattis ; mais nous
n'avions pas là de juge. C'eft au Public à Patre. Le
but de cet écrit eft de lui foumettre les raifons pour
& contre , détails dans lefquels n'a pu entrer l'anonyme
du Journal de Paris.
Il faut
LE COMÉDIEN.
que nos affiches foient envoyées la veille
1
DE FRANCE. 19
au foir à l'impreffion , afin qu'on ait le temps de
les tirer pendant la nuit , & de les placarder de
bonne-heure. Souvent un Acteur ou une Actrice fe
font crus en état de jouer le lendemain un rôle ;
mais un rhume ou quelque autre accident fubic
les en empêche abfolument. Si leur nom eft fur
l'affiche qu'il n'eft plus temps de changer , le Public
ne fe plaindra - t- il pas avec plus de raiſon encore
de ne pas les voir paroître ?
L'AUTEUR.
Je fais que le cas que vous fuppofez arrive fou
vent , peut-être trop fouvent ; mais il s'en faut bien
qu'on doive toujours l'arribuer à un rhume , ou à
quelque autre accident : une partie de plaifir , un pe
tt intéret perfonnel , une fiimple fantaific , faffi ene
pour opérer ce changement lorsqu'il eft facile , &-
qu'il n'en coûte que la peine d'avertir le Semainier:
ma propofition deviendra donc un obftacle
falutaire qui diminuera ces cas de plus de moitié
. Quant aux rhumes & aux accidens réels
vous y remédierez de la même manière , que lorfque
vous êtes obligés de changer de pièces , en mertant
de fimples collettes fur les Affiches de la porte
& fur celles des environs.
LE COMÉDIEN.
"
Mais lorsqu'une pièce , de celles qui amènent
ordinairement du monde fera jouse par les
doubles , nous n'aurons perfonne fi le Public en eſt
averti.

L'AUTEUR .
Au moins vous ne l'aurez pas trompé , & c'eſt
à vous à vous arranger de manière , que des
deux pièces qui compofert un fpectacle , fi l'une
B. iij
30 MERCURE
eft jouée par les doubles , l'autre le foit par
premiers Acteurs.
LE COMÉDIEN .
Cela n'eft pas toujours poffible ; nous fomnies
quelquefois obligés de livrer tout un Spectacle aux
doubles ; comme le Public n'en est pas inftruit
d'avancé , nous pouvons compter fur une bonne
recette , que nous perdrions infailliblemen● en admettant
ce que vous propofez.
L'AUTEUR .
Prerez-vous garde que l'on piye pour vous voir jouer la Comédie ? que c'eft une marchandife
dont
on a droit pour fon argent d'esiger la meilleure qua- lité La fraude défendue aux autres marchands , pourroit-elle vous être permife ? Je ne vois pas inême
ce que vous y gagnez du côté de l'intérêt : cette
furprife , il eft vrai , you procure une bonne re cette ; mais donnez enfuire deux ou trois repréſentat
ons do même Spectacle par les premiers Acteurs
, les habitués de votre Théâtre , dugés une fois , craindront
de l'être encore , & vous aurez affaibli vous même de x ou trois recettes far le
quelles vous de iz comprer. Cela revient au même
au bout de l'année , & du moins le Public n'a pas fjet d'être mécoutent.
LE COMÉDIEN.
Nous avons une manière d'inftruire le Public de
la préfence des A & urs en chef : nous affichons
Spectacle demandé , & l'on fait ce que cela veut
dire.
L'AUTEUR.
Je vous affure que beaucoup de gens l'ignorent ,
DE FRANCE. 31
& fi cette formule étoit une fois généralement admife
, vous n'auriez plus de monde qu'en l'employant.
Je craindrois auffi qu'on ne finît par en abufer
, fi on ne l'a déjà fait.
LE COMÉDIEN.
Mais enfin , il faut que les doub'es jouent four
fe former , il faut qu'ils s'accoutument au Public &
le Public à eux.
L'AUTEUR.

Plaifante manière de les former que de les expofer
aux fifflets ! Oui , fans doute il faut qu'ils
jouent , mais ils fe formeront bien mieux cn ne
jouant pas tous enfemble. De deux principaux per
fonnages d'une pièce , qu'un feul à la fois foit
doublé , vous ferez peu de tort à la recette. Je
fais bien que par un mouvement de vanité quelques
premiers Acteurs n'aiment pas à jouer avec.
les doubles. Vous n'entreprendrez pas , je crois
de juftifier cette répugnance , à laquelle il eft bon
d'oppofer l'intérêt . J'avouerai bien avec vous que
l'ufage propofé ne favoriferoit ni l'orgueil , ni la
pareffe.
LE COMÉDIEN.
Vous voulez donc que nous rempliffions nos
affiches d'une longue lifte de noms ? Nous avons
quelquefois huit ou dix perfonnages dans une
pièce ? Si nous en donnons enfemble trois de cette
forte , quelles affiches feront affez grandes pour
en contenir le détail ?
L'AUTEUR.
Celles qu'on emploie à Londres , & qui ne font -
pas plus grandes que les nôtres. Il n'eft pas qquuee&
B iv
32 MERCURE
tion affurément de favoir le nom d'une Actrice qui
vient chanter un couplet , d'un Acteur qui joue un
Capitaine des Gardes : vous avez d'ailleurs dans
vos Affiches beaucoup de chofes inutiles qu'on
pourroit fupprimer
ne fuffent que ces éternels
En attendant , qui ne conviennent plus à un Ouvrage
, une fois que fon fuccès l'a fixé fur le répertoire.
>
Voilà , M. , les objections que l'on m'a faites ;
on peut juger fi elles font folides , fi elles doivent
s'opposer à l'introduction d'un ufage dont tout démontre
l'extrême utilité pour le Public , & même
pour les Acteurs je ne doute pas que s'ils veulent
confidérer leur véritable intérêt , & pefer tous les
avantages du moyen que l'on propofe , ils ne s'em
preffen d'eux-mêmes à l'adopter.
J'ai honneur d'être , &c.
:
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
LES Es nouveautés qu'on a entendues aux deux
dernièrs Concerts , font : 1º . deux fymphonies
de M. Pleyel , élève de M. Haydn. Elles
ont été fort applaudies. Si M. Pleyel n'a pas
tout le génie original de fon Maître , parce
que le génie ne fe tranfmet pas , il doir dụ-
moins à fes leçons une touche ferme & sûre ,
& une grande connoiffance des effets de l'harmonie.
2 °. Une fymphonie concertante à
DE FRANCE..
33:
deux hautbois , d'une compofition très - agréa
ble , & parfaitement exécutée par M. Bezozzi-
& M. Garnier , dont les talens , peu connus
encore dans cette Capitale , ont paru
digues ( & c'eſt en faire un grand éloge ) de
ceux de fon affocié . 3 ° . M. Kempffer a fait
entendre un concerto de contre - baffe , tentative
plus extraordinaire qu'agréable , qui
n'offre que des difficultés vaincues , faus
aucun charme pour l'oreille des Auditeurs..
M. Kempffer paroît poffeder parfaitement
fon inftrument ; & s'il n'a pas eu un plus
brillant fuccès , c'eft à la nature même de
l'inftrument qu'il faut s'en prendre . Le Sonnet
de Desbarreaux, mis en mufique par M. Vignola
, n'a guères été plus favorablement accueilli.
Il faut convenir que les paroles prêtaient bien.
peu à la mufique ; mais c'eft un tort de plus au
Compofiteur qui les a choifies . C'eſt un préjus
gé de croire que les paroles bonnes ou mauvaifes
foient indifférentes , quoique beaucoup
de Muficiens en foient perfuadés . On peut, je
le fais , mettre des notes fur tous les mots : on
a mis autrefois en chant l'adreffe d'un Muficien
, le privilége du Roi , &c. Mais les Auteurs
de ces plaifanteries favoient bien que:
ce n'étoit pas - là de la mufique..
La cinquième nouveauté , étoit une fymphonie
,concertante à deux violons , par M..
Viotti. Beaucoup de traits neufs , des tour--
nures d'harmonie auffi agréables que favan--
tes , lui ont mérité le plus éclatant ſuccès.. Sii
Eon a lieu de regretter l'exécution brillante
BNI
34 MERCURE
de cet amateur , qui a porté au plus haut
point le talent du violon , on eft confolé dumoins
par l'efpoir de jouir encore de fes
compofitions , qui ne font pas moins préçieufes.
La grace , la jufteffe & la précifion
avec laquelle M. Guerillot & M. Imbault l'ont
exécutée , n'ont rien laiſſé à defirer.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Nous avons promis d'imprimer le Difcours
que M. Naudet a prononcé à la clôture de ce
Spectacle , & nous avons dit qu'il méritoit
une attention particulière ; nous allons remplir
notre promeffe , en nous permettant
quelques obfervations que nous croyons néceffaires.
MESSIEURS ,
« Un ufage établi depuis la fondation du Théâtre
, nous permet , chaque année , de vous préfenter
l'hommage de notre reconnoiffance ; mais nous fentons
avec douleur combien cet hommage que nous
voudrions rendre plus digne de vous , eft au - deffus
de nos efforts . Eh ! comment varier l'expreffion d'un
fentiment qui eft toujours le même ? Il n'en eft
point , Meffieurs , qui ne nous paroiffe trop foible ,
c'eft fur-tout en nous acquittant d'un devoir
cher à notre coeur , que nous fentons plus vivement
Le befoin que nous avons de votre indulgence. »
« Cette indu'gence, qui nous eft fi néceffaice lorfDE
FRANCE.
35
qu'il s'agit de vous témoigner notre reconnoiffance ,
nous le devient beaucoup plus encore , pour nous
aider à furmonter les difficultés de notre Art. Vous
Lavez, Meffieurs , que pour vous représenter dignement
les chef d'oeuvres de la Scène , non- feulement
il faudroit nous pénétrer de l'efprit de nos perfonnages
, mais ne laiffer échapper aucune intention des
grands Poëtes dont nous ne fommes que les organes
; il faudroit les avoir toujours préfens à notre
penfée ; & , fi j'ofe le dire , nous faire affez d'illufon
pour croire que leur génie nous furveille &
nous obferve. »
Il faut fans doute qu'un Comédien fe pénètre
de l'efprit de fon perfonnage , qu'il
tâche de faifit chacune des nuances qui fert
au développement de fon caractère ou au jeu
de fa phyfionomie ; mais c'eft une erreur de
croire qu'il doive toujours avoir préſent à
l'idée le Poëte dont il repréfente les penfées.
Si un Acteur fe faifoit affez d'illufion pour leTe
perfuader que le génie de nos grands Hommes
le furveille & l'obferve , loin de pouvoir le
livrer à cet heureux abandon qui exalte
l'âme , qui double , pour ainfi dire , la faculté
de la répandre, & de communiquer aux Spec .
tateurs les impreffions qu'elle éprouve , la
timidité arrêteroit fon effor , renfermeroit en
lui- même l'expreffion de fa fenfibilité , & le
mettroit dans la pofition d'un élève tremblant
fous les yeux d'un maître exigeant &
difficile. C'eft dans fon cabinet que le Comédien
doit appeler le génie des grands Hommes
dont il fe difpofe à être l'organe ; au Théâtre ,
Bvj
36 MERCURE
il ne doit s'occuper que du caractère de fon
rôle & de l'effet qu'il doit produire dans le
grand tableau où il fe place , tantôt comme
figure principale , tantôt comme perfonnage
fecondaire .
« En effet , Meffieurs , fi en repréſentant les Horaces
, Athalie , le Cid , Mahomet , nous pouvions
nous perfuader que Corneille , Racine & Voltaire
font au nombre de nos Spectateurs , honorés de l'attention
de ces grands Hommes , quels efforts ne
ferions- nous pás pour la mériter ? Oferions- nous
devant eux nous livrer à une chaleur quelquefois
outrée ? Creirions nous en impofer à de pareils
Juges , en fubftituant ce preftige de l'Art à cette
éloquence noble & fimple qui refpire dans leurs
Quvrages ? »
>
·
Il s'eft élevé ici une rumeur qui annonçoit
le mécontentement du Public . Ce Juge fouverain
de toutes les productions du génie ,
cet arbitre des talens & des réputations , a dû
trouver extraordinaire qu'on pût ſe propoſer
de mériter l'attention de ceux dont il a fixé
la gloire , & qu'on ne fit pas tout pour mériter
la fienne . Eh ! pourquoi fe livrer devant
lui à cette chaleur outrée , à ce preftige . de
l'Art qu'on n'oferoit pas employer devant-
Corneille , Racine & Voltaire ? Faut- il avoir
le génie de ces grands Hommes pour être bon
Juge en matière Dramatique? De la raifon ,
de l'efprit , quelque connoiffance du coeur humain
, un peu d'habitude du Théâtre , & de
la fenfibilité ; il n'en faut pas davantage pour
être Juge compétent du jeu d'un Comédien;,
DE FRANCE.
37
& ces qualités font plus fouvent réunies chez
les gens du monde qu'on n'affecte de le croire.
Croit-on en impofer par le preſtige à tous
ceux qui n'ont pas les hautes connoiffances des
Racine ou des Voltaire ? On fe tromperoit bien
fort. Lorfque fatigués de voir la Comédie perdre
fa décence & la Tragédie fa nobleſſe , des
obfervateurs courageux fe font élevés contre le
charlatanifme de quelques Acteurs ; quand
cette portion éclairée du Public , qui n'aime
que le vrai & le beau , a confacré par les marques
les plus évidentes de fon humeur , les
obfervations des Critiques ; les Comédiens
ont- ils renoncé à la chaleur outrée , au preftige
? Non ils ont mieux aimé plaire à la
multitude , qu'ils ont accoutumée aux excès ,
que de mériter les fuffrages des connoiffeurs
que leur opiniâtreté a enfin forcés au filence.
L'Acteur , digne de fe faire une réputation ,
n'a pas befoin de la préfence des plus beaux
géniés pour fentir la néceffité d'être noble ,
vrai & chand fans excès ; l'amour de fom
talent , l'éclat que fon nom doit obtenir , &
l'eftine publique , cette eftime qui naît de la
réflexion & du temps : voilà ce qui doit enflammerfon
âme , éclairer fa raifon , & mettre
un frein aux écarts de fon efprit.
:
« C'eft uniquement à l'imitation de la Nature
que ces grands Homines ont été redevables de leur.
perfection C'est par elle qu'ils fe font acquis catte
gloire durable , cette gloire immortelle qui portera
leurs noms d'âge en âge . & ce n'eft qu'en nous rap
prochant de la Nature à leur exemple , que nous
38 MERCURE
pourrons atteindre à cette gloire fugitive & paffagère
, la feule récompenfe que puiffe raisonnablement
le promettre un Comédien. Tel fut , Meffieurs ,
le principal mérite que vous avez admiré pendant
trente années dans les Acteurs que nous venons de
perdre , & qu'il fuffit de vous défigner pour renouveler
tous vos regrets. »
Oui , fans doute , c'eft à l'imitation de la
Nature qu'un Comédien , que tout Artiſte
devra fa gloire ; mais il faut que l'Art guide
cette imitation . En fe livrant à l'impulfion
de fon âme , un Acteur pourra produire de
beaux effets ; mais s'il n'a pas appris à connoître
à quelles limites les conventions de
l'Art lui prefcrivent de s'arrêter , bientôt il
retombera dans la chaleur outrée , dans les
excès , dans toutes les miférables reffources
du preftige. A quels travaux , à quelles études
ne s'eft pas livré notre fublime Lekain pour
fondre tellement l'Art dans la Nature , qu'il
étoit impoffible de dire fi l'un étoit en lui
plus admirable que l'autre ? Jeunes Coinédiens
, qui êtes encore entourés de ceux qui
ont vu fon talent fe développer , croître , & le
placer au-deffus de tous fes rivaux , de ceux
qui ont été dans le fecret de fes profondes
méditations , interrogez les , & apprenez que
fi l'étude de la Nature eft néceffaire , celle
de l'Art n'eft pas moins indifpenfable pour
former un grand Acteur.
Il nous paroîtra toujours étonnant qu'un
Comédien avance qu'une gloire fugitive &
pallagère eft la feule récompenfe que puiffe
DE FRANCE 39
raifonnablement eſpérer un Comédien . Sans
doute il ne refte du talent d'un Comédien
qu'une idée très - imparfaite ; il eft prefque
impoflible de fixer les nuances délicates de
fon débit , de rappeler avec quel art il donnoit
à fon mafque la mobilité néceffaire pour
peindre tour à tour les diverfes affections de
fon âme , de le repréfenter enfin tel qu'il étoit
lorfqu'il mettoit en action tous les refforts de
fon efprit & de fon intelligence ; mais ſi ſon
nom ne meurt point avec lui , fi long-temps
après la mort il vit encore dans la mémoire
des hommes , fi on ne le prononce qu'avec
admiration , fa gloire eft elle donc fi paffagère
? Le nom de Rofcius , l'ami & le contemporain
de Cicéron , eft devenu un nom
d'honneur pour les Comédiens qui méritent
de la réputation . On ne cite encore Baron
qu'avec une efpèce d'enthoufiafme ; on répète
encore avec complaifance les anecdotes qui
rappellent les grands traits , le grand caractère
de fon talent inépuisable en reffources.
Les Lecouvreur , les Clairon , les Dumefnil ,
les Dangeville font tous les jours l'objet de
la converfation des Amateurs du Théâtre ;
& fans doute les noms de Lekain & de Préville
* , de ces deux enfans chéris de Thalie
* Puifque nous avons ciré Préville , nous faifirons
cette occafion pour rappeler aux Amateurs un Comédien
mort au fiècle dernier , & qui a eu avec
boire moderne Rofcius des rapports qui font affez
MERCURE
& de Melpomène , tous deux amis , quoique.
rivaux de gloire & de fuccès , & l'admiration
de notre âge , vivront autant que l'Art Dra
matique exiftera , ou qu'on en confervera le
fouvenir ; & le regret de les avoir perdus ſeroit
moins vif s'ils avoient laiffé de leurs talens
une impreffion moins profonde & moins
durable.
" C'eſt donc à vous , qui êtes nos Maîtres , de
nous ramener à cette fidelle imitation de la Nature ,
frappans pour mériter d'être plus généralement conmus
qu'ils ne le font.
Jean Baptifte Raifin , furnommé le Petit Molière ,
eft né à Troyes en 1656 , & mort à Paris en 1693 .
Perfonne n'a joué avec une fi grande perfection
les rôles à Manteaux , ceux des Valets brillans , des
Petits- Maîtres , des Ivrognes , &c.; enfin généralement
tous les caractères. Sa figure étoit des plus ai
mables ; il étoit d'une taille médiocre , mais bien
prife , & jouant du vifage avec un art admirable.
C'étoit un vrai Protée , non-feulement dans chaque
rôle , mais dans chaque fituation de les rôles. Le
jeune Raifin joignoit à ces talens fupérieurs de l'ef
prit, beaucoup de gaieté; il avoit un art admirable pour
réciter une Hiftoriette ou Conte ; il jouoit fon récit ,
& y joignoit des grâces qui lui donnoient un rouveau
mérite . Jamais Comédien n'a fait plus d'études
fur fon Art : il y rapportoit tout ; & lorsqu'il avoit
faifi dans le monde quelque chofe qui pouvoit avoir
du rapport à fes rôles , il en faifoit ufage. Hift . du
Théâtre Fr. , Tome 13. Ceux qui ont connu Préville
peuvent maintenant juger des rapports de fon
talent & de fon efprit avec l'efprit & le talent di
Petit Molière..
DE FRANCE. 41
& j'oferai vous dire que fi nous avions le malheur
de nous en écarter , ce feroit vous mêmes peut - être ,
vous , Meffieurs , qu'il faudroit en accufer. Si par
l'habitude d'une longue jouiffance vous avez paru
Vous refroidir un peu pour les anciens chef d'euvres
de la Scène , obligés de vous fuivre & d'épier ,
pour ainsi dire , juſqu'à vos goûts momentanés ,
peut-être nous eft- il arrivé de les négliger nousmêmes.
Mais c'eft à nous Meffieurs , de vous y rappeler
en foule, en les repréfen ant avec fein , ou ,
pour mieux dire , avec le refpect qu'ils méritent ;
c'eft à nous de prévenir votre fatiété par nos efforts ,
de tendie enfin à la Scène Françoife , qui n'a pas
de rivale en Europe , fa première dignité , Puiffiezvous
nous feconder daus ce grand projet par votre
indulgence , & même par votre févérité!
Le Public a très - vivement applaudi cette
dernière partie du Difcours de M. Nauder
quoiqu'elle contienne des réflexions un peu
déplacées dans la bouche d'un Comédien
qui doit du refpect , non feulement à la mémoire
des hommes de génie , mais encore à
ceux qui font journellement fa fortune. Au
refte , la vérité a toujours un afcendant impérieux
qui entraîne , qui fubjugue la pluralité
des efprits ; & il eft malheureufement
trop vrai que le mauvais goût du Public , fon
amour effréné pour tout ce qui eft extraor
dinaire , fon enthoufiafme ridicule pour
des pantomimes de la foire , font les principales
caufes de la décadence de l'Art de la
Comédie. Les Comédiens & les Auteurs y
ont aufli contribué pour leur part , les uns en
portant fur la Scène des Ouvrages indignes.
42 MERCURE.
d'un fiècle & d'un peuple éclairés , les autres
én les repréfentant d'une manière étrangère
à la Nature & à l'Art , & en ajoutant encore
à l'extravagance des caractères qu'ils avoient
à rendre. Pour exécuter le grand projet dont
parle M. Naudet , il ne faut pas feulement
que le Public foit févère avec les Comédiens ,
il faut encore que ceux- ci le foient avec les
Auteurs & avec eux mêmes , & que plus
rigoureux que jamais dans la réception des
Pièces nouvelles , ils ne s'expofent pas à gâter,
fans retour le goût du Public , tantôt en recevant
des productions qui n'ont d'autre mérite
que leur extrême bizarrerie , tantôt en jouant
des ouvrage raifonnables avec le ton , les accens
& les éclats convulfifs qu'on toléreroit à peine
chez des gens dans le délire. La fageffe & le
goût qui ont tout récemment préfidé à la remife
de quelques Pièces anciennes , nous font
préfumer que la Comédie en corps a adopté
le projet de rendre à la Scène Françoife fa
première dignité. Puiffe cette réforme , après
laquelle on foupire depuis fi long - temps ,
& qu'on defiroit plus qu'on n'ofoit l'efpérer ,
fe réalifer enfin !
ERRATA du dernier Mercure , Art. Spectacles.
Page 128 , ligne 7 , & des ufages , lifez : & les
ufages.
Page 233 , ligne 3 , eft un laurier, lifez : eft un
rofier.
Page idem , ligne 14 , tenir lieu de compliment
dufage , lifez : du compliment.
DE FRANCE. 43
ANNONCES ET NOTICES.
DICTIONNAIRE ICTIONNAIRE Hydrographique de la France ,
ou Nomenclature des Fleuves , Rivières , Ruiffeaux
& Canaux ; le lieu où ils prennent leursfournes , leurs
embouchures & confluens , leur étendue eu égard à
leurs finuofités , leur commerceflottable ou navigable
avec les Villes qu'ils arrofent , fuivi d'une Divifion
Hydrographique de ce Royaume, & d'une Defcription
de fes Ports , &c. , enrichi d'une Carte de la France
relative à l'objet dédié & préfenté au Roi par le
heur Moithey , Ingénieur Géographe du Roi , &
Profeffeur de Mathématiques de MM les Pages de
leurs Alteffes Séréniffimes Mgr . le Prince & Mme
la Princeffe de Conti , in 8. Prix , 4 liv. fo fois."
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la portecochère
vis- à-vis la Sorbonne , nº . 109 , & chez
Prevoft , Libraire , même rue , no. 102 ; Leroy, Libraire
, rue Saint facques , nº . 34.
;
Cet Ouvrage , qui manquoit à la Géographie de
la France , peut être d'une grande utilité four le
commerce intérieur du Royaume par la communication
des rivières fur lefquelles on manfporte les
productions du fol de Province à Province , & notamment
les denrées d'approvifionnement pour Paris.
On connoît aujourd'hui l'importance de ces rivières
artificielles qu'on appelle Cipaux , & qui portant
dans tous les lieux qu'ils parcourent les richeffes &
l'abondance , ne fauroient être trop multipliés.
Henri IV fut le premier de nos Rois qui joignit la
Loire à la Seinepar la rivière de Loing , & ce Canal ,
fous la dénomination de Briare , eft le premier ou
44
MERCURE :
vrage de cette natuie qui ait été effectué dans le
Royaume. Louis XIV , Louis XV & Louis XVI
ont fuivi fucceffivement fes traces .
A la fuite du Dictionnaire eft une divifion Hydrographique
de la France , & il eft enfin terminé par
une Detcrip ion des Ports de France fitués fur les côtes
de l'Océan & de la Méditerrannée .
ELEMENS de Fortification , de l'Attaque & de
La Défenfe des Places , dédiés au Roi , à l'ufage
de l'École Militaire en général , par M. Trincano ,
Ingénieur de Sa Majesté pour les Princes étrangers
Profeffeur de Marhématiques & de Fortification de
l'École Militaire , &c . 2 Vol. in 8 ° . Prix , 10 liv.
10 fols brochés , 13 liv . 1c fol , rel és. A Paris , chez
Froullé , Libraire , quai des Auguftins.
L'Auteur de cet Ouvrage , qui avoit réuſſi , y a
fait des chargemens & des additions..
ESSAT fur l'Art de nager , in- 8 °, de 64 pages.
A Londres; & fe trouve à Paris , au Palais Royal ,
& chez l'Auteur , s'adreffer à M. Biziaux , Maître
Relicur , rue du Foin - Saint- Jacques , n ° . 32. Prix.
I liv. 4 fols.
Cet Ouvrage, eft une nouvelle Édition de celui qui
avoit paru il y a trois ans fous le nom de Nicolas
Roger. Une preuve du fuccès mérité dont elle jouit ,
c'eſt que depuis il a été inféré dans l'Encyclopédie.
L'Auteur y à fait des changemens heureux , & y a
ajouté de nouveaux préceptes fur un Art utile à
l'humanité.
GUIDE des Amateurs & des Étrangers voyageurs
à Paris , ou Defcription raifonnée de cette Ville ,
de fa Banlieue & de tout ce qu'elles contiennent de
remarquable, par M. Thiery , enrichi de vues perfpectives
des principaux Monumens modernes , deux
DE FRANCE. 45
très -gros Volumes in- 12. A Paris , chez Hardouin &
Gatrey , Libraires , au Palais Royal , nos, 13 & 14.
L'Almanach du Voyageur ayant été pendant trois
ans accueilli du Public, ce fuccès a engagé l'Auteur
à étendre ſes recherches ; c'eſt ce qui a formé l'Ouvrage
vraiment utile que nous annonçons.
DEMONSTRATION & Pratique de la nouvelle Mé
thode d'Enseignement découverte par l'Auteurde la
Grammaire Françoiſe à l'uſage des Dames . A Paris,
chez l'Auteur , rue Sainte Catherine , nº . 16 , près
du Luxembourg ; Benoît Morin , Libraire , rue S.
Jacques ; Laporre , Imprimeur- Libraire rue des
Noyers.
L'Auteur de cet Ouvrage s'eft enfin déterminé à
expliquer en détail , & à communiquer à toute l'Europe
le fond de fa découverte .
19. Dans une Diſſertation très - intéreffante , dans
laquelle il démontre fans réplique que cette nouvelle
Méthode d'Enfeignement eft la feule raisonnable &
unique qui foit admiſſible daus l'étude des Langues ,
à l'exclufion de toute autre actuelle ou poffible.
2. Dans une Scène de Langue Latine , qui enfeigne
très clairement la vraie manière de montrer &
d'apprendre.
Dans une Scène de Langue Allemande qui fait voir
que le nouvel En feignement peut être tranfporté fort .
aifément à toutes les Langues,
4. Enfin , dans un Effai ou Mémoire fur l'Éducation
fous la date de Londres.
Il paroît du même Auteur une Introduction à fa
Grammaire Françoife , & une Traduction littérale de
Raffelas , Prince d'Abyfinie , Roman Anglois.
EUVRES diverfes concernant les Arts , par M.
Falconet , Statuaire du Roi , Adjoint à Rettear en
46 MERCURE
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture de Paris ,
Honoraire de celle de Strasbourg , &c. nouvelle Édition
, 3 Vol. in - 8º . Prix , 15 liv . reliés , & 12 liv.
brochés. A Paris , chez Didot fi's & Jombert jeune ,
Libraires , rue Dauphine , près du Pont- Neuf.
Cet Ouvrage ne peur être que très utile aux Littérateurs
& aux Artiftes. On n'accufera pas l'Auteur de
parler des chofes qu'il n'entend pas. Il peut à tant
d'égards joindre l'exemple au précepte !
ELOGE de Greffet en vers de dix fyllabes , avec
des Notes. A Bruxelles ; & à Abbeville , chez Deverité
, Imprimeur- Libraire , & fe vend à Paris , chez
Royez , Libraire , quai des Auguftins ."
RECUEIL amufant de Voyages en vers & en
profe faits par différens Auteurs , auquel on a joint
un choix des Épitres , Contes & Fables Morales qui
ontrapport aux Voyages , 7 Vol in 12. Prix , 17 liv.
To fols . Seconde Édition . A Paris , chez Nyon l'ainé ,
Libraire , rue du Jardinet,
Cette Collection étoit faite pour réuſſir , & cette
nouvelle Édition confirme l'éloge avec lequel nous
l'avons annoncé dans la nouveauté. Pour complé
ter la première Édition , on vend féparément les
Tomes III & IV . Prix , ƒ liv , reliés . Les Tomes V
& VI, Prix , 5 liv. reliés. Les Tomes VII , VIII &
-IX. Prix , 7 liv. 10 fols reliés.
BIBLIOTHEQUE Univerfelledes Dames A Paris ,
rue & hôtel Serpente.
Il paroît deux nouveaux Volumes de cette Collection,
le feptième du Théâtre , & le feptième de la
Morale. La foufcription pour les vingt- quatre Volumcs
reliés de cette intereffante Collection eft de
72 liv. , & de 54 liv. pour les Volumes brochés.
Cet Ouvrage vient de paffer dans d'autres mains ;
DE FRANCE. 47
mais il eft toujours rédigé par les mêmes Auteurs , ce
qui femble lui affurer le fuccès qu'il a eu d'abord.
LE ficur Royez , Libraire , quai des Auguftins ,
donne avis aux Perfonnes qui ont acquis les Penfees
Philofophiques fur la Nature , l'Homme & la Religion
, qu'il diftribuera gratis le Portrait de l'Auteur
pour mettre à la tête de l'Ouvrage , en apportant le
quatrième Volume..
LE Panthéon, ou les Figures de la Fable , deffinées
par M. Lebarbier , Peintre du Roi , deuxième Livraįfon.
A Paris , chez Simon , rue Pagevin , nº . 16.
Nous avons annoncé cet Ouvrage avec éloge tant
pour les Figures que pour les Notices dont elles font
accompagnées . Les Figures que renferme cette Livraifon
font Iris , Mercure , Erigone & Bacchus.
NUMEROS 10 à 18 des Feuilles de Terpfychore,
compofés d'Airs pour la Harpe & pour le Clavecin ,
cinquante deux Numéros par an . Prix , 1 liv.
4 fols chaque. Abonnement pour chaque Inftrument
30 liv. A Paris , chez Couſineau père & fils ,
Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
COLLECTION de la Mufique de M. Grétry ,
avec Accompagnement de Harpe , Numéros à 4 .
la même avec Accompagnement de Clavecin , Numéos
1 à 4 , la même avec Accompagnement de
Guittare , Numéros 1 à 4 , le tout avec un Violon
ad libitum , par M. Corbelin , Profeffeur de Harpe
& de Guittare , feul chargé par M. Grétry d'arranger
fa Mufique pour divers Inftrumens , contenant
des Airs de l'Amitié à l'épreuve , du Máriage d'Antonio
, des Méprifes , & c. , dédiée à Mie Grétry.
Paix, 2 liv, & fois chaque Numéro. A Paris , chez
48 MERCU R-E
M. Corbelin , Place Saint Michel , maifon du Chandelier.
Il les fera parvenir en Province port franc
par la pofte , ainfi que les autres Ouvrages , en affranchiffant
l'argent & la lettre d'avis. Les perfonnes
de Province peuvent s'abonner , & celles de Paris fe
faire infcrire pour dix Numéros à - la- fois de cette
Collection , dont aucun morceau ne pourra être inféré
dans les Journaux de Mufique ou autres Recucils.
ROMANCE de Nina mife en variations pour le
Clavecin , par M. Couperin fils aîné , Organiſte du
Roi en furvivance , OEuvre I. Prix , 3 liv. 12 fols,
A Paris , chez l'Auteur , rue du Pourtour S. Gervais ,
près l'Églife.
L'Auteur a cherché fur- tout à conferver le Chant
principal , & certifie à ceux qui pourroient s'effrayer
de la inultiplicité des notes , que l'exécution en eft
facile.
TABL E.
COLBERT & Louvois ,
Couplers ,
Romance Marotique ,
Chirade, Enigme& Logogry
pha ,
Euvres
de Cicéron
",
3 Effaifur le Lait , 22
3 Lettre au Rédacteur du Mer-
6 cure ,
Concert Spirituel ,
7 Comedie Françoise ,
9 Annonces & Notices ,
APPROBATIO N.
26
32
34
43
J'AI IN , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 7 Avril 1787. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion
. A
Paris , le 6 Avril 1787. GUIDI
,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 AVRIL 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE JEUNE MOINEAU , Fable.
NONON loin des rives du Permeffe
Eft un Bofquet harmonieux
Où mille oifeaux par mille chants joyeux
Célèbrent à l'envi leut amoureuſe ivreſſe .
Là , le Pinçon , le Bruant , le Serin ,
Le Roffignol , grand maître de mufique ,
Sur un myrthe perchés donnoient un beau matin
Un divertiffement lyrique,
Lorfqu'attiré par leurs fons enchanteurs
Un Moineau de très-bonnes moeurs ,
No. 15 , 14 Avril 1787. C
so
MERCURE
Tour Moineau qu'il étoit , timide & pacifique ,
Les aborda d'un air refpectueux ;
Chantres ainés du Ciel , enfans de l'Harmonie ,
Vous dont les doux accords ont enchanté ces lieux ,
» Continuez , dit - il , troupe chérie ,
Je ne viens point troubler vos jeux ;
» J'oferois feulement vous prier d'une grace
Cédez-moi fur ce myrthe une petite place,
Pourque, plus près de vous , je vous entende mieux,
On plaît toujours lorſqu'on s'avoue
Inférieur à ceux qu'on loue .
Mon Moineau plût , fon compliment flatta
On l'accueillit , on le fêta ,
Et même on dit que Philomèle
Honnêtement le fit placer près d'elle .
Mais fes parens , famille de criards,
ens non lettrés , ennemis des Beaux- Arts
De qui la rage famélique
Préféreroit un grain de bled
Aux plus beaux morceaux de mufique ,
Enlevèrent le Moinelet
A l'emplumée académie ,
Et pour lui ravir toute cnvie
De retourner déformais au bolquer
On arracha les aîles au pauvret.
QUE de gens attachés à leur lourde ineptie ,
Craignent de voir autrui prendre un cffor heureux ,
BLOTARCA
BEGIA
MELCEM IS
DE FRANCE
SI
Et jaloux des honneurs qu'on rend à ſon génie ,
Tâchent de le réduire à ramper avec eux.
(Par M. Reymond, Clerc de Procureur. )
CHANSON.
AIR: Avec les Jeux dans le Village.
IEU du plus aimable délire ,
Je fuyois loin de tes drapeaux ;
Honteux de quitter ton empire ,
Je defirois jufqu'à tes maux ;
En proie à la mélancolie
Je regrettois mes jeunes ans;
Mais un doux regard de Sophie
A fait rehaître mon printemps.
Le jeune eft vieux pour une belle ,
S'il n'a pas l'art de la charmer;
Et le vieux rajeunit pour elle
Aux tranfports qui le font aimer.
De Flore , quand le temps feconde ,
L'hiver même obtient les préfens ;
Afon midi l'aftre du monde
Darde fes feux les plus ardens.
Ce ruiffeau qui fuit dans la plaine ,
Baife fes bords vieux & nouveaux ;
CA
52
MERCURE
A l'arbriffeau plutôt qu'au chêne,
Le lierre unit il fes ramgaux ?
Tout âge eft bon , pourvu qu'on aime,
Témoins les oifeaux amoureux :
S'il peint mieux fon ardeur extrême ,
Le moins jeune eft l'amant heureux.
C'EST quand l'âme eft indifférente:
Que la vicilleffe nous atteint ;
Sophie eft l'objet qui m'enchan'e ,
La jeuneffe en mes yeux fe peint.
Prête moi , Dieu des coeurs fidèles ,
Tes doux accens pour l'attendrir ;
Mais fi tu me donnois tes aîles ,
Je ne voudrois pas m'en fervir.
Si dans l'amour est notre vie ,
De vieillir je n'ai pas l'affront ;
Le temps me voit près de Sophie ,
Et n'ofe pas rider mon front..
Afis près d'elle , les journées
Coulent fans m'en appercevoir ;
Mais ce qui double mes années
Eft un jour paffé fans la voir.
(Par M. Sabatier de Cavaillon , & c. )
DE FRANCE. 33
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Baſſon ; celui
de l'Enigine eft Drap ; celui du Logogryphe
eft Oiseau , où l'on trouve oie , eau , foie ,
foi.
CHARA DE.
UNE note doit vous apprendre
Quel eft le mot de mon premier;
Charmante Iris , vous êtes mon derniers
Et lorsqu'à mes defirs vous ne voulez vous rendre ,
Vous êtes auffi mon entier.
(Par M. Montmaur. )
ENIG ME.
BONHEUR &Malheur font deux frères ,
A dit quelqu'un dont j'ignore le nom ;
Fortune & Hafard font leurs pères ,
Dit-il encor ; mais je prétends que non ,
Car ce feroit pure chimère
Que Bonheur ou Malheur ,
Cit
54
MERCURE
Sans doux Plaifir ou fans Douleur amère ;
Et vous faurez , Lecteur , "
Que c'eft moi qui fuis mère
De doux Plaifir & d'amère Douleur.
(Par M. Delaunoy , Officier au Rég. de Cambrefis.)
LOGO GRYPH E.
PAR- T
AR - TOUT on me recherche , on brigue mes faveurs
;
Le Philofophe & le Cynique ,
Le froid difciple du portique ,
Tous les humains font mes adorateurs ;
Mais je m'off e à chacun fous différentes formes 3
Celui ci m'a placé fur le trône des Rois ,
Tyrcis fous le frais de fes ormes ,
Le Chaffeur dans le cerf qu il a mis aux abois.
Dans les embraffemens d'une Laïs impure
Le libertin croit me faifir.
Ton difciple glouton , fenfuel Épicure ,
Dans fon palais veut me ſentir .
Au Poëte je femble être au bout de ſa rime ;
L'avare dans fon or penfe m'appercevoir' ;
L'Algébrifte profond , l'Aftronome fublime
En leurs calculs veulent m'avoir ;
Mais , par une fuite foudaine ,
Je fais de mes amans tromper l'avidité,
DE FRANCE. 35
Ils n'embraffent qu'une ombre vaine ,
Et je m'envole au fein de la Divinité.
Sept pieds font tout mon apanage ;
Lears diverfes combinaiſons
Offrent un crime ; un animal fauvage ;
Une note ; l'un des pronoms ;
Un infecte rongeur ; un fleuve d'Italie ;
Ce quefouvent du fort on attend vainement ;
Ce que je voudrois être au fortir de la vie ;
Enfin dans le ménage un utile inftrument.
( Par M. Garnier , Commiſſaire Feudifte , à Autun . )
NOUVELLES LITTERAIRES.
EUVRES choifies de M. Dorat , 3 vol . in - 12 .
Prix , 6 liv. les vol . brochés. A Paris , chez
Delalain aîné , Libraire , rue S. Jacques ,'
N. 240 .
Voici un de ces Littérateurs qui ont
eu fucceffivement deux réputations prefque
oppofées ; qui ayant coinmencé & fini
leur carrière avec un fuccès à peu - près contradictoire
, deſtinés à n'être jamais appréciés
par la juftice , ont marché , pour ainfi dire ,
entre l'adulation & le dénigrement.
Tel a été en effet la deftinée littéraire de
#
CIV
MERCURE
M. Dorat. Nous avons vu un temps où le
Public lui donnoit cette forte de renommée
qui n'appartient qu'aux talens les plus diftingues.
La réputation dont il jouilloit dans
fa patrie , avoit répandu fes Ouvrages , &
fur-tout fon nom chez l'étranger. Il avoit
brillé , il avoit féduit ; on célébra jufqu'à fes
défauts , & on ne mefura plus à fon mérite
réel l'eftime qu'on lui accorda. Enfin , quand
on s'apperçut qu'on l'avoit mis au- deffus de
fa place naturelle , on s'emprella de le mettre
infiniment au-deffous ; & corrigeant une
erreur par une injuftice , pour lui avoir trop
donné d'abord , on ne lui laiffa plus rien . Ces
événemens font affez communs parmi les Littérateurs.
On diroit que leurs juges ont befoin
de parcourir les deux extrêmités oppofées,
pour s'arrêter au jufte milieu , qu'ils font deftinés
à fe tromper deux fois avant de trouver
la vérité.
Quoi qu'il en foit , le moment de la juſtice
eft arrivé pour ce Poëte , qui , n'ayant d'abord
été loué que par des complimens , n'a été critiqué
enfuite que par des épigrammes . L'homme
de goût qui vient de donner un choix de
fes OEuvres en trois volumes , devient pour
lui l'organe de la poftérité . Ce judicieux Éditeur
ne s'eft pas flatté fans doute que dans la
diverfité des opinions , on adopteroit fans reftriction
tout ce qu'il a choifi , & qu'on ne regretteroit
rien dans ce qu'il a rejeté . Dans un
Recueil , dont des pièces fugitives compofent
la majeure partie , ce feroit courir après une
DE FRANCE. Sup
chimère que de prétendre concilier l'unanimité
des fuffrages à chaque pièce en particulier.
Mais c'eſt affez pour lui que fon choix.
en général foit approuvé par les connoiſſeurs ;
& nous croyons à cet égard pouvoir lui répondre
de fon fuccès.
Nous allons parcourir les différens Ouvrages
qui compofent ces trois Volumes. Si ce
coup-d'oeil nous infpire , ainfi qu'à nos Lecteurs
, divers genres d'obfervations , puiffent
les éloges fervir à la gloire de l'Auteur , & les
critiques tourner au profit de l'Art !
Le premier Volume renferme le choix de
fon Théâtre , c'eft-à- dire , une Tragédie , Régulus
, & deux Comédies , la Feinte par
Amour & le Célibataire ; le fecond contient
le Poëine de la Déclamation , d'autres Poëmes
de moindre haleine , des Héroïdes , Odes ,
Fables & Contes ; le troifième eft compofé de
Poéfies Fugitives .
Il s'en faut bien que la fécondité de M.
Dorat s'en foit tenue à trois Ouvrages Dramatiques.
Ses deux premières Tragédies
Zulica & Théagène & Cariclée , n'eurent que
peu ou point de fuccès. Il eft revenu depuis à
ces deux Ouvrages infortunés,fans pouvoir corriger
leur mauvaiſe étoi'e. Sa Mule Tragique
n'a pu compter d'autres fuccès que celui de
Régulus. Son ftyle manquoit bien plus de
fenfibilité que d'énergie ; & il ne méditoit
point affez , pour fuppléer mir la fageffe &
la profondeur du plan , à ce défaut de fenfi
bilité
Cv
18
MERCURE
Quant à la Comédie , impatient de jouir
avide de fuccès prompts & multipliés , il
n'obfervoit point affez dans la fociété pour
porter fur la Scène cette vérité de reflemblance
qui fait le fuccès & la gloire de l'Au- ´
teur Comique. Mais dans ce genre au moins ,
il pouvoit mettre l'efprit à la place du talent ,
& faire oublier quelque temps par le coloris ,
l'abfence des caractères . Sa Feinte par Amour
a réuffi , réuffit encore fur la Scène ; & on¹
l'y verra fans doute avec plaifir , tant que d'ingénieux
Acteurs s'appliqueront à foigner les
détails qui en font le principal mérite . Ce
n'eft pas par la création que cet Ouvrage eft
eftimable , puifqu'il eft évidemment imité
de la Coquette Corrigée de la Noue ; mais le
fujet en eft heureux , piquant , réuniffant le
double avantage de plaire aux deux fexes : c'eft
un petit triomphe pour les hommes , de voir
une coquette contrariée , déjouée un moment
par un homme qu'elle voudroit fubjuguer ;
& les femmes pardonnent à ce même homme
, parce qu'il aime véritablement la coquette
, & ne veut que la rendre heureuſe;
ainfi certe fituation amule & intérelle toutà-
la-fois.
D'ailleurs il y a , comme nous l'avons dit ,
d'heur ux détails , & même des vers bien
faits. Nous ne réfiftons pas à l'envie d'en
citer une tirade.
Quel vertige !
Crois tu donc à ce hot , à ce brillant prestige ?
DE FRANCE.
59
·
La faveur maintenant n'eft qu'un flux & reflux ;
On a beau la poursuivre , on ne la fixe plus .
Il femble qu'aujourd'hui la fortune vous rie ;
Demain le ciel fe brouille & la fcène varic.
Le terrein où je marche eft fertile en ingrats ;
C'eſt un fable mouvant qu'on fent fuir fous les pas ;
Et le Public léger , qu'un changement réveille ,
Brife , eniant , l'autel qu'il encenfoit la veille .
Ainfi de crainte en crainte , & d'efpoir en eſpoir ,
On fe tue à briguer ce qu'on ne peut avoir.
Parmi cent concurrens , coudoyé dans la foule ,
Moins de gré que de force , on cède au flot qui roulez
Et plus que mécontent , mais non pas converti ,
On le retrouve au point d'où l'on étoit parti .
Voilà certainement des vers bien tournés , &
même bien rimés . On pourroit fans doute y
relever quelque peu de cette enluminure
qu'on a juftement reprochée à M. Dorat ;
mais il faut obferver que ces vers font dans
la bouche d'un Agréable , & cette obferval
tion les juftifie.
Le Célibataire eft celle de fes Pièces de
Théâtre qui a le plus coûté de travail & de
combinaiſons à fon Auteur. Cette Comédie
a obtenu un jufte fuccès , & effuyé de juftes
critiques. Qu'on nous permette de nous y
arrêter un moment.
Il faut convenir que le fujet de cette Coniedie
eft manqué; mais il faut dire aufi
qu'elle a de l'intérêt , & qu'elle n'eft pas
Cvj
60 MERCURE
même dénuée de vues dramatiques. Comme
fes défauts furent fentis dans le temps , &
même relevés avec une forte de complaifance
, M. Dorat , en imprimant fa Pièce , y
mit une Préface pour répondre à quelques
critiques. Ses réponfes ne font rien moins
que victorieufes , & il ne fera peut être pas
inutile de les difcuter.
On lui avoit objecté que la manie du célibat
étoit une opinion & non un caractère .
Rien de plus frivole que cette objection , &
nous ne prendrions pas la peine de la relever
fi depuis quelques années on n'étoit en poffeffion
de la renouveler , en difcutant le mérite
des modernes Comédies. Eh ! qu'importe
que le Célibataire , l'Égoïfte , &c. préfentent
un caractère , une opinion , un ridicule ; ce
font toujours des originaux que le Poëte entreprend
de peindre , & nous ne devons exiger
de lui que la reffemblance ; il ne s'agit pas
de définir ce qu'il a peint , mais de voir s'il a
bien peint. Toutes ces diftinctions métaphyfiques
, fi fort à la mode , tuent le talent fans.
éclairer les Arts.
Il étoit plus difficile de répondre à ceux
qui trouvoient que le véritable Célibataire
de la Pièce étoit le vieux Saingérans . Auffi
M. Dorat s'en tire - t'il fort mal. Qu'im-
» porte , dit-il , que l'on ramène un libertin
fexagénaire , qui achève triſtement fon rôle ラタン
وو
CC
dinutile , & dont la correction ne pour-
Foit être d'aucun avantage , puifque per-
» fonne ne s'y intereffe , & qu'il ne s'inté
DE FRANCE. 61
» reffe à perfonne ? Ce tableau , je crois ,
» n'étoit qu'affligeant , fans aucun profit pour
lesmoeurs. "
Cette réponſe n'eft pas même très - ſpécieuſe.
Ce tableau n'auroit été fans aucun
profit pour les moeurs ! Comment M. Dorat
avoit-il donc vu fon but moral ? Son intention
ne devoit pas être de corriger un vieux
Célibataire , mais d'empêcher les jeunes gens
de devenir de vieux Célibataires. Très- certainement
le ſpectacle d'un libertin fexagénaire
, abandonné , martyr d'un fyftême condamnable
, étoit propre à avertir la jeuneſſe
de ne pas marcher fur fes pas. L'objet de
l'Auteur Comique n'eft pas de corriger le
fonnage qu'il met en Scène , mais d'inviter
par le ridicule fes Spectateurs à ne lui pas
reffembler. Cela eft fi vrai , que Molière ne
renvoie jamais corrigés les caractères qu'il a
voulu peindre.
per-
Le raifonnement de M. Dorat fe détruit
donc de lui -même ; & il devoit renoncer à
perfuader que fon Therville étoit un véritable
Célibataire . C'eft un homme de trentefix
ans qui fe marie à la fin de la Pièce , c'eftà-
dire , un homme qui à dit pendant vingtquatre
heures qu'on ne doit pas , & qu'il ne
veut pas fe marier . Si cela fuffit pour être appelé
Célibataire , quel eft l'homme qui ne l'a
pas été ; car quel eft l'homme qui n'a pas eu
pendant vingt - quatre heures le projet de
refter garçon ? Et qu'on ne nous dife pas que
Therville a toujours eu jufques- là ce même
62 MERCURE
"
projet ; les Spectateurs d'une Comédie ne
doivent & ne peuvent juger que la durée de
l'action drainatique. Therville n'eft donc pas
un Célibataire , c'eft fimplement un garçon
de trente- fix ans.
D'ailleurs ce fujet avoit été traité avant
M. Dorat. Le véritable Célibataire de la Scène
Françoife , c'eft le vieillard du Légataire de
Regnard, Pièce très - comique , à laquelle fon
véritable titre auroit donné beaucoup plus
d'importance ; peut - être même auroit - elle
perdu par - là cette immortalité qu'on lui reproche.
Ce que c'eft que l'influence d'un titre!
En effet , s'il étoit poffible qu'on ne connût
pas le Légataire Univerfel , & qu'on le jouât
fous le titre du Célibataire , au lieu de ne
voir dans cette Comédie que l'exemple ſcandaleux
d'un valet & d'un neveu efcrocs , on
n'y verroit peut- être qu'un libertin fexagénaire
, puni par l'abandon & par le pillage.
de fa fortune , pour avoir fuivi un fyftême
nuifible à la fociété.
Ce premier volume nous a déjà menés
trop loin , pour nous permettre de nous arrêter
long- temps fur les deux autres. Le fecond
volume commence par un Ouvrage eftimable
, auquel il paroît avoir donné plus de
foin qu'il n'en mettoit d'ordinaire à fes productions.
Il le regardoit comme un des titres
les plus folides de fa gloire poétique ; & ce
jogement paroît être celui des connoiffeurs ;
c'eft fon Poëme fur la Déclamation . Malgré
les reproches qu'on peut faire & au plan &
DE FRANCE. 63
à l'exécution , qui pouvoient être plus heureux
& plus parfaits , on y trouve en général un
ſtyle foigné , une verfification qui n'eft pas
commune , & un talent fouple & facile qui
triomphe fouvent des difficultés du ſujer.
On trouve dans le même Volume des Héroïdes
qui ont du mérite , fans avoir celui
qui convient au genre ; des Odes qui manquent
du veritable enthoufiafme , qui ont rarement
de belles ftrophes , mais qui ont quelquefois
de bonnes ftances ; des Fables qui
ont plus d'efprit que de naturel , mais dont
le choix renfermé dans ce Volume fe fait lire
avec plaifir , & quelques Contes , dont le plus
agréable eft Alphonfe , qui en effet eft gaî- "
ment narré , & offre d'heureux détails. )
Enfin le troisième Volume eft confacré aux
Pièces Fugitives , genre de poéfie qui a réuffi
beaucoup à M. Dorat , pour lequel perfonne
ne lui a refufé du talent , mais auquel des
Cenfeurs trop févères auroient voulu le voir
fe borner. Toutes les beautés & tous les talens
du jour , tous les grands événemens &
toutes les petites anecdotes réveilloient fa
Mufe , ou plutôt la tenoient fans cele en
haleine. Greffet , dans ce genre , avoit une
grâce naturelle & originale ; Voltaire un brillant
coloris qui lui étoit particulier , M. Dorat ,
par une légèreté piquante & vive , & par
l'éclat de la faillie , partageoit avec eux la
gloire des Poefies Fugitives. Avec un goût
bien moins fain , il a laiffé nombre de petites
Pièces qui ont été lues dans le temps avec
64
MERCURE
avidité , & qui furvivront aux circonftances
qui les ont fait naître. Plufieurs font trop longues
pour être citées ; d'autres , telles qu'une
très - jolie Épître fur fon Déménagement , font
de nature à ne pouvoir être imprimées dans
ce Journal. Nous nous bornerons à une des
plus courtes.
A Délie.
Qu'un autre chante les faveurs ,
Le prix dont la flamme eft fuivie :
Pour moi , jeune & belle Délie ,
Je rendrai grâce à tes rigueurs .
Par toi mon âme eft rajeunie ;
Je retrouve mes premiers feux ,
Mes foins , mon trouble , ma folie;
Je crains , j'attends , je me défie ;
Je fuis agité , furieux .....
Ah ! combien je te remercie
De me rendre fi malheureux !
Une volage indépendance
Egaroit mes voeux indécis ;
Et j'avois befoin , j'en rougis ,
Des froids p'aifirs de l'inconftance .
Aujourd'hui , quelle différence !
Je fuis fidèle .... fans bonheur !
Tu viens de me créer un coeur ,
Pour mes fens tout eft jouiffance,
Il eft revenu , l'enchanteur
Qui met un prix à l'existence,
DE FRANCE. 65
Qui prête un charme à la douleur ,
Et nous retient par l'eſpérance.
J'AI cru long-temps que la gaîté
Pourroit me fixer par fes charmes
;
Mais le rire eft fans volupté :
Peut-être eft- elle dans les larmes .
Long- temps j'ai vu faas nul effroi ,
La foule encenfer ma maîtreffe :
Aujourd hui la foule me bleſſe ;
Aujourd'hui , fé icite- moi ,
Tout y déplaît à ma tendreffe ,
Tour m'y dépite contre toi.
Je hais les vers qu'on vient te lire,
Ton doux parler , tes doux propos
J'abhorre juſqu'à ton ſourire
S'il eft vanté par mes rivaux.
UN fommeil pefant & ftupide,
Jadis de les triftes vapeurs
Enveloppoit mon âme aride ,
Et m'accabloit de fes langueurs ;
A préfent du moins la nuit même.
M'enflamme & m'agite à fon tour ;
Plus de repos depuis que j'aime ,
Tous mes inftans font pour l'amour.
Oui , fi je m'endors , ma Délie ,
Un fonge me rend mes fureurs ,
Mon ivreffe & ma jalousie ....
66 MERCURE
Je trouve par- tout les malheurs
Qui font le charme de la vie.
Il réfulte de cette analyfe critique , que
M. Dorat étoit né avec une fomme de talens ,
qui , mieux dirigée par le goût , auroit pu lui
faire un plus grand nom , mais qui a produit
encore affez pour lui laiffer une place honorable
parmi nos Poëtes. Sans doute cette affertion
feroit plus univerfellement adoptée
s'il n'avoit fait que les trois Volumes qui
compofent le choix que nous annonçons . On
yremarque un talent facile , même fecond ,
beaucoup d'efprit , un faire poétique & de
l'imagination . Son malheur a été de trop
faire , & fon grand défaut de chercher plus
l'efprit que la vérité. Dans fes meilleurs endroits
, fouvent quelque trait maniéré , quelque
défaut de naturel vient détruire le bon
effet du refte auprès des Lecteurs difficiles .
On lui reprochoit encore , ( & c'est ce qui
lui fit nombre d'ennemis ) de parler avec un
peu trop de légèreté des hommes qui étoient
en poffeffion de l'eſtime publique , de mêler
trop fouvent le ton du perfifflage aux éloges
qu'il leur adreffoit. Par exemple , il terminoit
une Épître à Voltaire par ces deux vers :
Je viens de rire à tes dépens ,
Je m'en vais pleurer à Zaïre.
Il faut convenir que je viens de rire à tes
dépens , étoit au moins un peu léger. Il avoit
parlé à Jean -Jacques à peu près fur le même
DE FRANCE. 67
1
ton . M. Dorat fentit lui - même que cette
phrafe fi cavalière , dite , pour ainfi dire , en
face à Voltaire , alloit au moins juſqu'à l'indifcrétion
; il fupprima , ou du moins il adou,
cit le premier des deux vers que nous venons
de citer , & il mit à la place :
J'ofai rire quelques inftans .
Au refte , nous fommes bien convaincus que
le caractère de M. Dorat , ou le plan de vie)
qu'il s'étoit fait , & les prétentions qu'il por--
toit dans le monde , ruifirent beaucoup à la
perfection de fon talent. Jaloux le participer
aux plaiſirs de la fociété , d'y briller plutôt
que d'y être accueilli , il vouloit avoir l'air de
jouer avec les Mules , tandis que le culte affidu
& laborieux qu'il leur rendoit , étoit pris fur
fon repos , fur fes - veilles. La double fatigue
qu'il s'étoit impofée d'être fur la fcène du
monde Spectateur & Acteur tout- à la- fois ,
en ruinant fa fanté , a dû prendre fur fes facultés
morales , & fur le temps qu'exigeoient
la perfection de fes Ouvrages.
Il étoit difficile d'être la dupe de fon infouciance
hypocrite fur la gloire. Elle cachoit
les vues les plus ambitieufes , la prétention à
l'univerfalité. Rien de fi plaifant quand on a
fous les yeux la Collection de fes Ouvrages ,
que de lire ces deux vers :
Que le temps me laiffe les jeux ,
Et qu'il emporte mes Ouvrages.
Sans nous arrêter à dire que fur cet abandon
de fes Ouvrages , s'il avoit pu être pris au
68 %
MERCURE
+
mor , le marché à coup sûr n'auroit pas tenu ,
avouons qu'on ne peut s'empêcher de fourire
en voyant un Auteur qui ne veut que
jouer , & qui fait des Romans , des Tragédies
, des Comédies , des Poëmes Didactiques,
qui avoit même depuis long - temps le projet
de s'élever jufqu'à l'épopée.
Nous avons cru pouvoir hafarder notre
opinion fur un Littérateur dont il nous femble
que depuis fa mort , on n'a pas porté en-,
core un jugement détaillé. Entraînés fans
nous en appercevoir , nous avons laiffe pren- .
dre une affez grande étendue à nos obfervations
; mais la multiplicité des Ouvrages de
ce Poëte nous fervira d'excufe ; & nous ne
regarderons pas notre temps ni celui de nos
Lecteurs comme perdu , fi nos réflexions leur
en infpirent de plus judicieufes & de plus
utiles à l'Art . Nous avons fenti plus vivenient
, en prenant la plume , l'envie d'être
jufte , que l'ambition d'être cru. Ce qui nous
paroît au moins plus évident , c'eft que le
choix que nous annonçons eft fait avec goût ;
l'Éditeur a mis à la tête une Notice , qui
prouve fon jugement & fon impartialité ;
& nous croyons que ces trois Volumes doivent
trouver leur place dans toutes les bibliothèques
, où l'on admet les Écrivains qui fe
font diftingués dans la Poéfie Françoife.
( Cet Article eft de M. Ímbert.)
}
DE FRANCE. 69
auroر
ESSAI d'un Traité Élémentaire de Morale
avec cette Épigraphe : Vilius argentum eft
virtutibus aurum. HoR. Epift. 1 ,
v. 52 , Lib. 1. A Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Demonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie - Françoife , rue
Chriſtine , 1786 .
Expofer les principes qui doivent fervir de
bafe à l'éducation morale , parcourir les différens
âges de la vie , pour donner aux élèves
les leçons dont ils ont befoin , relativement
à ces âges : tel devoit être le fujet d'un Traité
Élémentaire de Morale , propofé à l'émulation
des Gens- de -Lettres en 1784 , & pour
lequel l'Académie Françoiſe avoit établi un
concours.
Par quelle fatalité faut- il que , parmi les
Ouvrages préfentés à cette Compagnie , aucun
n'ait été jugé digne du prix ?
Celui que nous annonçons aujourd'hui ,
& que nous aurions voulu pouvoir faire connoître
plus tôt , mérite d'être diftingué.
Après avoir confidéré l'homme , 1 °. comme
animal fenfible ; 2 °. coinme animal raiſonnable;
3 °. comme animal fociable ; 4°. comme
créature de Dieu ; quatre principes de relation
, d'où doivent émaner toutes les actions
humaines , c'eft-à dire , 1 °. la fuite du mal ;
2°. la fubordination des paffions à la raifon ;
3. l'accompliffement des devoirs de la fociété
; 4°. l'obéillance au Créateur , dont la
volonté a prefcrit l'exacte obfervation des
trois principes précédens ; l'Auteur fuit la
70 MERCURE
marche de l'éducation morale dans l'enfance,
la jeuneffe , l'âge mûr & la vieilleffe. Il faut
lire ces détails dans l'Ouvrage même ; il y
règne un air de naïveté , de facilité qui doit
les rendre agréables & généralement utiles
à toutes les claffes d'élèves. Sont ils deftinés
à l'état de Prince , de Miniftre , de Militaire,
de Magiftrat , de Miniftre de la Religion
de Négociant , d'Artiſtes & d'Artifans ? Ils y
trouveront un apperçu des devoirs de ces
états , & de ce qu'il faut pratiquer , comme
de ce qu'il importe d'éviter pour les remplir
felon Dieu & felon les hommes. :
L'Auteur s'eft aufli attaché à faire une efpèce
de revue des paffions les plus ordinaires
à la jeuneffe , telles que l'amour , la chaffe , la
table , le jeu , le goût de la dépenſe , &c.; en
indiquant les moyens de les éviter , il les
marque à des traits capables d'en inſpirer une
horreurfalutaire.Il réfulte du plan que l'Auteur
a fidèlement rempli , un Traité abrégé , il eſt
vrai, de morale , mais fuffifant pour conduire
à la connoiffance plus parfaite de tout ce qui
peut y avoir rapport , & qu'on puiffe regarder
comme le fondement effentiel d'une
bonne éducation . On n'y parle point du culte
particulier dû au Créateur , c'eft à dire , de la
Religion: ce détail eft réfervé aux Miniftres ;
mais'on y rend hommage à la Religion Chrétienne
, comme à la feule véritable , à la plus
belle & à la plus ſublime .
Voilà donc un de ces Livres dans lequel les
enfans à qui l'on veut donner une bonne
éducation & qu'on veut enſeigner fans pédanDE
FRANCE. 71
terie , devroient faire l'apprentiffage de la
lecture,
LES Aftronomiques de Manilius , traduits
en François par M, Pingré, Chanoine régulier
& Bibliothécaire de Ste Geneviève ,
Chancelier de l'Univerfité de Paris , de
l'Académie Royale des Sciences. A Paris ,
rue & hôtel Serpente , 1786 ; 2 vol. in - 8 °.
On fe plaignoit depuis long- temps qu'un
Poëte du fiècle d'Augufte n'eût jamais été
traduit en François . Nous avions engagé M.
Dreux du Radier , il y a plus de dix ans , à
entreprendre cette traduction , mais il eft
mort fans avoir pu y mettre la dernière
main ; perfonne n'étoit plus en état que M,
Pingré d'y fuppléer , & il l'avoit d'abord entrepris
; mais il a préféré de refaire la traduction
en entier ; & comme il poſsède fupérieurement
les Langues Grecque & Latine ,
ainsi que l'Aftronomie , perfonne auffi n'étoit
plus en état de bien remplir cette tâche. Il y
a même ajouté la traduction du Poëme d'Aratus
, compofé autrefois en Grec, & qui avoit
été traduit trois fois en Latin.
M. Pingré, qui venoit de publier un grand
& important Ouvrage fur les Comètes , en 2
vol. in-4°. , & de calculer des éclipfes pour
mille ans dans les Mémoires de l'Académie
des Infcriptions , étoit à peine repofé de ces
immenfes travaux , qu'il a publié le nouvel
Ouvrage que nous annonçons .
On croit que le Poëte Manilius n'étoit pas
72 MERCURE
né à Rome ; en effet , fon Poëme eft rempli
d'expreflions & de tournures fingulières , énergiques
& poétiques , il eft vrai , mais qu'on
ne trouve oit pas facilement dans un Poëte du
même fiècle. Manilius le fentoit fans doute
lui- même il s'en excufe fur la nouveauté &
fur la difficulté du fujet qu'il s'étoit propofé
de traiter.
Quoi qu'il en foit , Manilius écrivoit fous
le règne d'Augufte ; c'eft une vérité qui n'eft
plus révoquée en doute : il parle de la défaite
de Varus , arrivée cinq ans avant la mort
d'Augufte. La compofition de fon Poëme doit
donc être rapportée aux dernières années du
règne de ce Prince. Il eft vrai que Quintilien
n'en parle pas , mais il y a d'autres Auteurs
plus anciens que lui , fur lefquels il a également
gardé le filence. D'ailleurs le Poëme
de Manilius paroît n'avoir pas été achevé ,
& l'on préfume qu'il refta inconnu juſqu'au
règne de Conftantin , temps où Firmicus le
fit connoître.
Le premier livre de Manilius traite de la
fphère; il y décrit d'une manière exacte & élégante
les cercles de la sphère & le mouvement
diurne :
Aëra pergelidum tenuis deducitur axis ,
Libratumque regit diverfo cardine mundum ,
Sidereus circà medium quem volvitur orbis
thereosque rotat curfus immotus , &c.
Un axe dénué d'épaiffeur prend naiffance au
centre des frimats , & balance l'univers dout
il
DE FRANCE.
73
il peut être regardé comme le pivot ; tout le
globe cèlefte roule autour de lui ; tout y eft
dans un mouvement perpétuel; lui feul eft
immobile.
Il explique pourquoi la terre & les planètes
ne tombent point , que rien ne les foutient.
Nec verò tibi Natura admiranda videri
Pendentis terrà debet , cùm pendeat ipfe
Mundus , & in nullo porat veftigia fundo
Quodpatet ex ipfo motu curfuqué volantis ;
Cùm ffpenfus eat Phoebus currufque reflectat
Hac illuc agiles , & fervet in athere metas
Cùm Luna & ftella volitent per inania mundi
Terra quoque , aëreas leges imitata , pependit.
Aurefte il ne faut pas s'étonner fi la terre demeure
ainfi fufpendue , le ciel ne l'eft- il pas
aufli lui même il n'a autour de lui aucun
appui fon mouvement , la rapidité de fa
courfe en eft une preuve convaincane , le
foleil , fufpendu pareillement , promène cà &
là fon char agile, en fe contenant dans les
bornes de la rente qui lui eft preferite ; la
lune & les étoiles volent dans l'efpace : la
terre , fe modelant fur les loix céleftes , y refte
également fufpenduc .
Le fecond livre contient les influences des
afpects céleftes. Dans le troifième il eft queftion
principalement du lever , du coucher
: des différens fignes & des parties de la vie q
appartiennent à chacun . Dans le quatrième
le Peete fait l'énumération des degrés perni
No. 15 , 14 Avril 1787 .
D
74 MERCURE
cieux de chaque figne , & une defcription
géographique du monde connu & des lignes
qui dominent chaque région . Dans le cinquième
, on voit le détail des étoilés & des
conftellations ; on y trouye un bel épiſode
d'Andromède, que l'on compare à ceux de
Virg e.
Acfimul infefti ventum eft ad littora ponti
Mollia per duras panduntur brachia cautes.
Aftrinxere pedes fcopulis injectaque vincla :
Et cruce virgineâ moritura puella pependit .
Servatur tamen in poenâ cultusquepudorque.
Supplicia ipfa decent . Niveâ cervice reclinis
Molliter ipfa , fua cuftos est ipfa figura.
Defluxere finus humeris , fugitque lacertos
Veftis , & effufi fcapulis lufere capilli.
Dès que l'on cft arrivé fur le rivage de
cette mer terrible, on étend fes tendres bras
fur un dur rocher ; fes pieds y font liés : on la
charge de chaînes ; elle eft comme attachée
à la croix fur laquelle elle doit expirer , dans
cet appareil de fupplice , on a foin cependant
que rien ne puifle offcufer la décence , alarmer
fa pudeur. Sa fituation ajoute à la beauté :
fa téte eft mollement penchée fur un fein
d'une blancheur éblouillante ; abandonnée
de tous, elle feule gardienne d'elle- même ; fes
habits ont coulé de deffus les épaules ; fes bras
font découverts , fes cheveux épars flottent
autour de la tête , &c.
Chacun des cinq livres de ce Poëme conDE
FRANCE. 75
tient un exorde , des réflexions phyfiques &
morales, & des applications de l'Aftronomie ,
qui peuvent plaire à ceux même qui ne prendroient
point d'intérêt à l'objet principal , &
qui augmentent le mérite de cet Ouvrage . M.
Pingré a éclairci plufieurs endroits par des
notes lavantes & qui étoient néceffaires , d'autant
plus que les commentateurs n'avoient
point entendu plufieurs de ces paffages.
Nous remarquerons à ce fujet qu'il y a
même un paffage de Virgile qui n'avoit point
été entendu , & dont il nous femble que Manilius
donne le véritable fens ; c'eft celui où
Virgile parle du lever du taureau , comme annonçant
le printemps :
Candidus auratis aperit cum cornibus annum
Taurus & averfo cedens canis occidit oftro.
Georg. I. 217.
On abeaucoup difputé fur le fens du mot
averjo, & on ne l'a jamais compris ; mais
quand on voit dans Manilius que le taureau
eft appelé plufieurs fois averfus, parce qu'il fe
lève à reculon ou la tête en bas , on comprend
que Virgile a voulu dire que le chien en fe
couchant cède la place au taureau qui lui
tourne le dos. En effet , le grand chien entre
dans les rayons du foleil & fe couche héliaquement
quand le taureau commence à en
fortir à fon lever héliaque . Ce ne font pas
il est vrai , les cornes du taureau qui paroiffent
les premières ; mais en commençant par le
Dij
76 MERCURE .
coucher du chien qui arrive au mois d'Avril ,
& qui eft fuivi du lever du taureau au mois
de Mai , le paffage de Virgile eft exact , & il
s'entend fort bien actuellement par le rapprochement
de Manilius.
Le Poëme d'Aratus , intitulé les phénomènes
, occupe 92 pages du fecond volume ,
y compris la traduction . Les anciens en faifoient
le plus grand éloge ; il fut traduit par
Cicéron , par Germanicus Cefar , & par Fejtus
Avienus. La première de ces trois traductions
eft celle que M. Pingré a choifie , & il
en dit les raifons . Ila confulté les plus célèbres
commentateurs , & il a enrichi notre Langue
d'un ouvrage précieux de l'antiquité. Des fept
cent foixante neuf vers que contient le Poëme
d'Aratus , une partie renferme des énumérations
, des conftellations céleftes , leurs pofitions
refpectives , l'éclat plus ou moins grand
dont elles brillent , & c. Dans la feconde ,
Aratus traite des principaux cercles de la
fphère ; dans la troiſième , il détaille les conftellations
qui montent fur l'horiſon ou qui
defcendent au deffous , lorfque chacun des
douze fignes céleftes commence à paroître ;
c'eft ce que les anciens appeloient levers &
couchers héliaques des étoiles , dont il eſt fait
mention fi fouvent dans Héfiode , Ovide
Pline , Columelle , &c. Mais c'est pour la
fphère d'Eudoxe, qui avoit lieu 1300 ans avant
notre ère , que ces circonftances font détaillées
, du moins fuivant Freret , défenfe de la
Chronologie, Les notes de M. Pingré étoient
DE FRANCE. 77.
abfolument néceffaires dans plufieurs endroits
où il y avoit lieu de croire qu'Aratus n'avoit
jamais été compris ; aufli n'avoit- il jamais été
commenté par un auffi favant Aftronome.
( Cet Article eft de M. de la Lande. )
SPECTACLES.
COUP D'EIL fur le Travail de l'Académie
Royale de Mufique pendant l'année Dres
matique 1736 a 87.
DEPU
EPUIS qu'on voit régner fur ce Théître
de la Mufique véritablement digne de ce
nom , depuis que cet Art y eft devenu la partie
principale, & que la Danfe y eft rentrée dans la
place qui lui convenoit, celle d'agrément acceffoire,
il a étépermis d'introduire à ce Spectacle
une variété dont on ne l'avoit pas cru jufquesha
fufceptible. Prefque tout ce qui compofe le
nouveau fonds de l'Académie Royale de Mu
fique , compofe auffi fon Répertoire habituel ;
d'où il réfalte que malgré la difficulté connue
de mettre fur pied un Ouvrage aufli compliqué
que l'eft un Opéra , on en change prefque
aulli fouvent qu'on change de Pièces aux autres
Théâtres. Le zèle de tous les Sujets leur
fait fupporter avec joie les fatigues que leur
caufe néce fairement cette augmentation
Diij
78 MERCURE
travail, & le Public reconnoiffant les en dédommage
par une affluence dont autrefois on
n'avoit pas l'idée .
Jamais peut- être aucune année Dramatique
n'a offert un plus grand nombre de nouveautés
. L'Académie a donné fix grands Ouvrages
neufs à Paris, & deux autres à la Cour. Ceux
qui favent combien la mife d'un Opéra exige
de temps , de foins , de peine & de dépenfe ,
concevront difficilement comment les Sujets
de tous les genres ont pu tenir à un fi prodi
gieux travail , & applaudiront aux efforts de
Adminiſtration actuelle , qui n'épargne rien
pour donner à ce Spectacle plus d'éclat qu'il
n'en a jamais eu.
Les Ouvrages nouveaux font : Thémiftosle
, paroles de M. M***, Mufique de M. Philidor
; Rofine , paroles de M. Gerfin , Muſique
de M. Goffet ; la Toifon d'or , paroles de
M. Dériaux , Mufique de M. Vogel ; Phèdre ,
paroles de M...., Mufique de M. Lemoyne ;
les Horaces , paroles de M. Guillard , Mufique
de M. Salieri ; & enfin @dipe à Colonne
, paroles du même M. Guillard , Mufique
de Sacchini . On peut voir dans nos précédens
Numéros , le fuccès particulier de
chacun de ces Ouvrages. Celui de Phèdre &
celui d'OEdipe à Colonne ont été on ne peut
pas plus brillans. L'intérêt de fituation le plus
touchant, tous les charmes de la mélodie la
plus délicieufe , l'expreffion la plus vraie &
la plus pénétrante ont déterminé celui d'OE-
dipe, On a trouvé dans Phèdre un chant exDE
FRANCE. 79
trêmement flatteur , une harmonie fimple &
expreffive , une intelligence parfaite de la
Scène , foutenus par une Poelie très - attachante
, même après celle de Racine , &
plus foignée que ne l'eft depuis long- temps
celle de nos Opéras. Ce fuccès aufli éclatant
que mérité , nous fauve au moins da reproche
de ne témoigner d'eftime que pour
les Compofiteurs étrangers. Quelques uns
des autres Ouvrages ont auffi offert de grandes
beautés; & il y a lieu d'eſpérer que les Auteurs
, éclairés par l'opinion publique , ne les
remettront au Theatre qu'avec les changemens
qu'on y a deûrés , & qu'ils y obtendront
un fuccès plus complet.
Outre ces fix Ouvrages , on a appris & répéré
pour la Cour Stratonice , Tragédie , &:
Alcindor , Comedie héroïque, On a de plus
fait une répetition preliminaire de l'Opéra
d'Evelina , paroles de M. Guillard , Mufique .
de Sacchini. C'est l'Ouvrage qu'a laiffe imparfait
ce celebre Artifte, dont les talens &
les qualités perfonnelles excitent chaque jour
de nouveaux regrets.
Le Repertoire habituel , compofé des deux
Iphigenies , de Lidon , & Armidez, de Pa-i
nurge , de la Caravane , a été chrichu d' dis
ceffe , de Roland du Devin du Vittage & du
Seigneur bienfaifan' , qui a été remis pour,
la capitation des Acteurs .
La Danfe n'a pas moins, témoigné de zèle .
Le Ballet des Sauvages , un Divertailement.
nouveau à la fuite de Phedre, & iẹ Coq dus
Div
So MERCURE
Village, Ballet- Pantomime , ont été de nou
velles preuves des talens de M. Gardel l'aîné ,
qu'un événement auffi fâcheux qu'extraordinaire
, vient de nous enlever dans la force de
Fâge , lorfqu'il commençoit à jouir du fruit de
fes travaux , & lorfque fon génie nous en promettoit
encore une récolte abondante . Vivement
regretté de tous les camarades par la
douceur de fon caractère & la réunion de
toutes les qualités fociales , il ne l'eft pas moins
du Public , dont il avoit parfaitement faili le
goût , & qu'il fervoit avec une ardeur que rien
ne pouvoit rallenir. C'eſt à M. Gardel lejeune
, qui lui étoit adjoint dans la place de
Maitre des Ballets , à redoubler d'efforts pour
adoucir les regrets que nous caufe fa perte. On
en doit concevoir la plus jufte eſpérance à en
juger par fes premiers effais. A ces Ballets il
faut ajouter ceux dela Chercheufe d'Esprit,
du premier Navigateur , de la Pofière , le
dernier Divertillement de Dardanus , &
d'autres qui ont été remis pour des débuts.
Un Anonyme a débaté dans le chant par
le rôle d'Agamemnon , & n'a pas été goûté.
Mlle Mullot dans le rêle d'Angélique , MM.
Lefevre & Deffaules dans ceux de Médor
& de Roland, ont eu au contraire beaucoup
de fuccès. Tous trois Élèves de l'École Royale
de Chant , ils ont paru juſtifier en partie
l'efpérance qu'on a dû concevoir de cet établiffement;
mais , comme nous l'avons déjà
obfervédans le tems , c'eft en voyant des Élèves
entièrement formés par les Maitres qui-le comDE
FRANCE. &x
pofent , qu'on pourra juger décidément de là
bonté de fon adminiftration .
Le jour de la clôture , une circonftance imprevue
a forcé M. Lebrun , jeune Élève de la
même École , de fe charger , fans aucune préparation
, du rôle de Polnice dins de
D'autres circonftances qui lui étoient étrangè
res ayant rendu cette repréfentation fort tumultueufe
, il feroit injulte de porter aucun
jugement fur fes talens.
Il y a eu auli plufieurs débuts très heureux
dans la Danfe. Mlle Rofe , Elève de M. Veftris
le père, s'eft fait remarquer par la grace
& la nobleffe de fa danfe. En évitant les tours
de force , elle conferve cette decence , ce
moelleux qui appartiennent à ſon fexe , & qu'il
ne doit jamais oublier. Mlle Laure , Elève da
même Maitre , âgée de onze ans , & que fes
graces & fa jolie figure ont fait furnommer
l'Amour , a réaffi au- delà de toute attente. Sa
vigueur & fon intelligence , fort au- deff is de
fon âge, ont été applaudies avec enthouſiafine,
& fon fuccès s'eft foutenu . On a vu encore
avec beaucoup de plaifir deux autres enfans ,
Mile Nanine & le fieur Labory dans le Divertiffeinent
de la Fontaine de l'Amour , au troifième
Acte de Roland . Mile Miller , dont nous
avons précédemment annoncé le début , a
juftifié l'efpérance qu'elle avoit donnée .
Il ne nous refte plus qu'à parler d'un nouveau
Réglement pour l'Académie Royale de
Mufique , daté du 13 Janvier 1787. Le premier
des trois articles qui le compofent ,porte in-
D v
82 MERCURE
jonction expreffe au Directeur de ne plus
donner à l'avenir aucun Opera en trois Actes
&plus à moins qu'il n'ait l'étendue convenable
pour remplir feul la durée du Spectacle.
P
L'Adminiftration a fans doute eu de bonnes
raifons pour établir cette loi. L'action moins
refferrée , moins précipitée qu'elle ne l'eft dans
quelques Ouvrages modernes en aura plus de
développemens , & fera par conféquent plus
fufceptible d'intérêt. Cependant s'il nous eft
permis d'oppofer à ce nouveau Réglement
quelques idées infpirées par l'amour du bien ,
nous obferverons , 1 ° .qu'ily a des fujets quide.
mandent peu d'étendue , & qu'en voulant leur
donner une durée complette , on pourra en affoiblir
l'effet; 2 ° . qu'aujourd'hui que les Auteurs
ne fe croient plus obliges d'introdurre
de gré ou de force un Ballet dans chaque
Acte, il y a beaucoup d'Ouvrages prefque
entièrement privés de danfe ; que le feul
moyen de ne pas laiffer tomber cet Art
fi chéri parmi nous , & porté au plus haut
degré de perfection , c'eft de lui laiffer les
moyens de s'exercer. Il feroit donc tout fimple
d'ajouter à une Tragédie un grand Ballet-
Pantomime ou autre où les premiers
fujets de la Danfe pourroient developper
leurs talens. Il faut alors que la Tragédie.
ne tienne pas à elle ,feule toute la durée du
Spectacle ; 3 ° . il femble qu'on ait entièrement
renoncé aux Opéras en un Acte , & ce
feroit en vérité dommage ; on en peut faire de
très agréables , & ce feroit de plus une manière,
>
DE FRANCE. 83
heureuſe d'effayer fans frais de jeunes Compofiteurs.
Ces Actes , fi l'on y revenoit , exigeroient
encore des Tragédies affez courtes
pour qu'ils puiffent y être ajoutés , comme
au Theatre François on joue une petite Pièce
après la grande. Au furplus nous foumettons
ces remarques au.jugement de l'Adminiftration
.

Le fecond article du Réglement regarde
les Ouvrages qui peuvent être réclamés en
tout ou en pirtie par un autre Théâtre ;
mais il ne faut pas croire , comme quelques
perfonnes l'ont penfé , que l'Académie s'interdifepar-
là tout fujet qui auroit été employé ail
leurs. Il fuffit qu'il ne foit pas calque fur un
Quvrage déjà fait ; qu'on n'ait pas pris à un
autre fon plan , ou même des Scènes entières .
Du refte , des fujets déjà traités appartiennent
à tout le monde , pourvu qu'ils foient
traités différemment .
• L'Article III défend au Comité de répéter
aucun Ouvrage avant qu'il foit entièrement
fi , & d'en recevoir fur de fimples canevas .
Ce Réglement eft très- fage , & remédie à
beaucoup d'abus .
Un autre Arrêt du Confeilinterdit rigoureufement
l'entrée aux Répétitions , à toutes :
les perfonnes qui n'y font pas employées . On
1. pourra feuleinent entrer aux dernières en
payant.
D'vi
84
MERCURE
COUP - D'OEIL fur le Travail fait aux
Théâtres François & Italien , pour le mou
vement & l'augmentation du Répertoire
pendant le cours de la dernière année
Dramatique , ( 24 Avril 1786 au 24 Mars
1787. )
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE travail que font les Acteurs de ce Théâtre
pendant le cours d'une année Dramatique,
n'eft pas toujours également agréable au Pu→
blic & aux Auteurs . Leur Répertoire eſt telle- .
iment riche en bons Ouvrages , que cinq années
confécutives ne fuffifent pas pour donner un
certain cours de repréfentations à toutes les
Pièces eftimables qui le compofent. Il ne s'agit
donc que de le mettre en mouvement pour
lui donner beaucoup de variété , pour piquer'
la curiofité du Public , dont la plus grande
partie fe renouvelle auffi à peu- près de cinq
as en cinq ans , & pour exciter un vifintérêt.
Avec un nombre raifonnable de Pièces anciennes
, on peut fatisfaire le Public défintéreffé
, qui ne regarde pas ordinairement à la
nature du plaifir qu'on lui donne , pourvu
qu'il en ait. Mais on ne fatisfait les Auteurs
qu'en mettant des Ouvrages nouveaux & dans
DE FRANCE. 85
une certaine quantité ; car ils font impatiens
de fe voir jouer , & leur impatience est bien
naturelle. Le travail qu'on a fait cette année .
nous paroît mériter la diftinction que nous
venons de faire des Auteurs & du Public ; on
en va juger par le tableau qui va fuivre cette
obfervation.
Scanderberg , Tragédie en cinq Actes , par
M. Dubuiffon , le Portrait , Comédie en un
Acte & en vers , par M. B. D.; l'Inconftant,
Comédie en cinq Actes & en vers , par M.
Collin ; Virginie , Tragédie en cinq Actes ;
les Amours de Bayard, ( 1 ) Comédie héroïque
en trois Actes & en profe , par M. Monvel ;
Apelle & Campafpe", ( 2 ) Mélodrame en un
Acte & en vers , par M. V.... ; Azémire ,
Tragédie en cinq Actes , par M. de Chénier ;
& la Fauffe Inconftance , (3 ) Comédie en
(1 ) On s'eft élevé avec beaucoup de chaleur dans
le Journal de Paris , contre le fuccès de cet Ouvrage,
comme fi aucun Critique n'avoit eu le courage de
prendre la ciufe du goût. Voyez le Me cure de France
du 9 Septembre 1786 , page 83 .
(2 ) Ce Mélodrame a été joué uns feule fois le 16
Octobre 1786. C'eft l'Ouvrage d'un jeune homme
qui annonce de la facilité , de la fécondité , & un
germe de talent. Le fujer oft traité dans le genre
admiratif, la fituation d'Apelle & de Campafpe aux
pieds d'Alexandre a été rendue très-foiblement , &
c'eft à elle qu'eft attaché tout | intérêt du fujet.
( 3 ) Ouvrage d'une femme conru : par une foule
de jolies productions , & que le Tublic , qui n'eft pas
86 MERCURE
cinq Actes & en profe. En tout , huit Ouvra
ges nouveaux , dont deux en un Acte. Il faut
l'avouer , voilà de foibles efforts pour les Auteurs.
Pallons aux Pièces remifes . La Coquette ,
ou la Faufle Prude , Comédie de Baron , en
cinq Actes & en profe , les Tuteurs , Comedie
de M. Paliffot , en deux Actes & en vers ;
Guillaume Tell , Tragédie de M. Lemierre
en cinq Actes & en vers ; l'Obstacle Imprévu
Comédie de Deftouches , en cinq Actes &
en profe ; Sertorius,, Tragedie de P. Corneille
, en cinq Ates ; la Coquette Corrigée ,
Comédie de la Noue , en cinq Actes & en
vers ; les Meprifes , Comédie de P. Rouffeau ,
en un Acte & en vers ; l´s deux Nièces , ( 1 )
Comédie de Boiffy , en cinq Actes & en vers ,
réduite en trois Actes ; Olimpie , Tragédie de
Voltaire , en cinq Actes ; le Préjugé à la
Mode , Comédie de la Chauffée , en cinq
Actes & en vers ; Térée , Tragédie de M.
Lemierre , en cinq Actes , Jodelet Maître &
galant quand il eft affic far les bancs du Parterre
n'a pas voulu entendre jufqu'à la fin Il a été repréfe
té le 31 Janvier de cette année.
( 1 ) Cette Comé ie a été remife le 17 Janvier de
cette année Quelques Scenes agréables ne peuvent
rendre indulgent fur le vice d'un fujer mal choifi .
Deux femmes qu'on veut marier felon leur goût , &
qui s'oppofent fans ceffe à leur bonheur , ne fau
Foient intéreffer Les changemens qu'on a faits à
cette Comédie né font pas heureux, & on a fupprimé
des détails qu'il auroit fallu conferver.
DE FRANCE. 87
Valet , Comédie de Scarron , en cinq Actes
& en vers ; le Jaloux , Comédie de M.
Rochon de Chabannes , en cinq Actes & en
vers ; & l'Ecole des Bourgeois , Comédie de
l'Abbé d'Alainval , en trois Actes & en profe
En tout , quatorze Pièces , dont deux pourroient
être confidérées comme abfolument
neuves, c'est- à- dire , les deux Nièces & Térée,
tant elles ont fubi de changemens pour cette
remife.
Total des Ouvrages neufs ou remis , vingdeux.
On y ajoutera , ffii ll''oonn vveeuutt ,, la Comédie
du Tartufe, qui a , comme nous l'avons
déjà dit , excité la curiofité des Amateurs pendant
quelques repréſentations.
Des huit Quvrages nouveaux , quatre font
tombés à leur première repréfentation ; & il
faut convenir que ce n'eft pas là un motifbien
encourageant pour les Comédiens.
Nous ne finirons point cet article fans engager
les Auteurs Comiques à revenir fur
leurs pas , s'ils veulent non feulement obtenir
des fucces , mais fe faire une réputation
durable. Plus curieux de courir après des idées
brillantes qu'après des idées vraies , ils néglig
nt d'obferver cette claffe de la fociété où
Thomme n'eft pas encore tout- à-fait abâtardi ,
où les paffions font vigourcufes , les ridicules
faillans , les phytonomies prononcées , & ils
multiplient les portraits de ceux chez lefquels.
tous les vifages ont le même mafque , où tous
les fentimens font trélates, & dont le langage eft
un jargon conventionnel & precieux . On croi
88. MERCURE
roit,a dit le Philofophe de Genève, que laFran
ce n'eftpeuplée que de Comtes & de Chevaliers ;
&plus le peuple y eft m férable & gueux , plus
le tableau du peuple y eft brillant & magnifique.
Cela fait qu'en peignant le ridicule des
états quifervent d'exemple aux autres , on le
répand plutôt que de l'éteindre. Cela fait aufli
que les fucceffeurs de Molière , en dédaignant.
de fuivre les traces , s'éloignent tous les
jours davantage des talens de leur modèle ;
que les tableaux de la Scène Comique moderne
reffemblent à une fuite de Camaïeux ,
& qu'avec l'art de bien faire des Comédies ,
dégénère auf l'art de les bien rendre.
COMÉDIE ITALIENNE.
UELQUES particuliers qui vivoient en focieté
, plus avides de jouir que portés à fixer
fur une bafe folide les fondemens de leur fortune
, fe firent des rentes viagères , & vécurent
dans le monde avec un certain éclat.
Leurs enfans , accoutumés à l'aifance , cherehèrent
dans leur induftrie les moyens de foutenir
le ton qu'ils avoient pris . Avec de l'adreffe
, de l'intelligence & de l'efprit , ils parvinrent
à fixer le goût volage du Public fur
une foule de petits colifichets exécutés avec
goût , & que les gens du monde trouvoient
divins ou délicieux. L'efpèce de célébrité qu'ils.
fe firent, la variété qu'ils furent mettre dans
DE FRANCE. S
leurs petits Ouvrages , amenèrent & fixèrent
chez eux l'abondance pendant un certain
temps. Peu-à-peu le goût des colifichets foiblit
, diminua , paffa , & les membres de la
fociété, obligés de fe divifer, furent contraints
à chercher loin du lieu de leur établiffement
une exiſtence difficile & douteufe . Nous craignons
bien que ce ne foit là l'hiftoire de la
Comédie Italienne avant 1779 , & de la Comédie
Italienne depuis cette époque . Ce Spec
tacle n'a prefque point de fonds. Le genre
lyrique qui y eft le prédominant , eſt ſujet à
une foule de petites révolutions qui tiennent
au goût , à la mode , à un enthouſiaſme paffager
; de forte que telle Pièce qui a fait pendant
fix mois un très grand fracas dans la Capitale
, eft négligée l'année fuivante , & fuffit
inême pour éloigner l'affluence. La Comédie
proprement dite y eft dans une fituation trèséquivoque
: l'ancien Répertoire François eft
à peu près nul , le nouveau eft fì foible
& fi maigre , qu'il fuffit à peine , en donnant
fréquemment les mêmes Pièces, à remplir
les jours qui lui font deftinés , & encore né
les remplit - il fouvent qu'à l'aide de quelques
parades en vaudevilles que leur ton licentieux
rend aimables pour les efprits groffiers . Eft - ce
la faute des Comédiens fi les Auteurs ne travaillent
point pour eux ? Non mais quel
appât les Auteurs ont ils pour le livrer au
travail ? Eft ce la rétribution toujours foible
qu'ils peuvent efpérer les Mardis & les Vendredis
, jours où le Spectacle eft à moitié vui90€
MERCURE
de? Eft- ce la diminution à moitié de cette rétribution
, les jours confacrés à l'Opéra- Comique
? Eft- ce enfin le défaut du nombre.
d'Acteurs propres à la bonne repréfentation
de la Comédie? Car , il faut le dire , pour
quelques Conrédiens à talens qu'on diftingue
au Théâtre Italien , le refte figureroit à peine
dans une bonne Troupe de Province. Il eſt
bien extraordinaire que ce qui devoit donner,
une exiſtence à ce Theatre , foit pofitivement
ce que l'on néglige , & qu'on n'ait pas cherché
à y établir certe feconde Troupe Fran
çoife que la pofition actuelle de l'Art , &
f'amour général du fpectacle rendent plus néceffaire
que jamais ! Malgré tout cela , on doit
tenir compte du zèle & des efforts ; & il eſt
certain qu'aucun Théâtre ne cherche plus que
celui ci à varier les plaifirs du Public. Le tableau
du travail de cette année ne paroîtra
pas moins étonnant que celui des annees précédentes.
Il eft compofé de vingt - huit Ouvrages
, dont vingt- cinq nouveaux donnés
à Paris , un repréfenté à Fontainebleau , &
deux remis à Paris.
Ouvrages nouveaux : La Rencontre Impré
que , par M. Desforges , pour tenir lieu du
Compliment de rentrée ; l'Habitant de la
Guadeloupe , Drame en trois Actes , par M.
Mercier ; Nina , Comédie en un Acte , par
M. M. Defv ... , mufique de M. d'Aleyrac; les
Ailes de l'Amour , Comédie en un Acte , mêlée
de mufique & de vaudevilles , par le Cou-
Lin Jacques , les Dangers de la Prévention
DE FRANCE. 91
1
Comédie en trois Actes & en profe ; le Duel ,
Comédie en trois Actes & en vers , par M.
Lieuraud ; Colombine Commiffaire , Comédie-
Parade en deux Actes , par M. B. D. , muſique
de M. L.; le Bon Parent , Comédie en un
Acte & en profe , par M. D .; le Mariage
d'Antonio , Divertiffement en un Acte , par.
Mme de Beaunoir , mufique de Mle Grérry ;
les Fauffes Nouvelles , Comédie en deux Actes
, par M. F.... t , mufique de M. Ch .... ; les
Amis du Jour , Comédie en un Acte & en
profe , par Mme de Beaunoir ; les Heureux
Naufrages, 1 ) Divertiffement en un Acte &
en vaudevilles ; Novogorod fauvée , Drame
en trois Actes , par M. Desforges ; Céline de
Sainte Albe , ( 2 ) Comédie en deux Actes &
en profe ; les Méorifes par reſſemblance, Comédie
en trois Actes , par M. Patrat , muſique
de M. Grétry; la Veuve Angioife , Comédie
en un Acte & en profe , par M. Faur ;
Cécilia , Comédie en trois Actes & en profe ,
par M... , muſique de M. D.... ; le Mariage
Singulier , (3 ) Comédie en un Acte & en

( 1 )Imitation ou copie des Amazones de le Grand ,
jouée & tombée le 12 Septembre 1786.
(2) Cette Comédie , repréfentée le 20 Octobre , a
un but manifeftement contraire à celui de Nina :
l'Auteur a retiré fa Pièce pour la remettre avec des
développemens plus fufceptibles de motiver fes intentions.
(3 ) Un homme a fait imprimer dans les Tournaux
qu'il feroit la fortune d'une Demoiſelle pauvre , qui
92 MERCURE
.
profe , mêlée de vaudevilles ; les Dettes , Enmédie
en deux Actes , par M. Forgeot , mufique
de M. Champein ; Saint- Preux & Julie
d'Etange , Drame en trois Actes & en vers ,
par M. A.... le Comte d'Albert , Comédie en
deux Actes, & la fuite en un Acte, par M. Sédaine
, mufique de M. Grétry ; les Auteurs de
Qualite , ( ) Comédie en un Acte & en
profe ; le Menfonge Officieux , Comédie en
deux Actes mêles d'ariettes , par MM. P.....
père & fils ; Toinette & Louis , Divertiflementen
deux Actes , par M. Parrar , mufique de
Mlle Grétry; & les Pots de Fleurs , Divertiffement
en un Acte , par le Coufin Jacques ,
pour tenir lieu du Compliment de clôture.
Ouvrages remis : L'Amitié à l Epreuve ,
Comédie en trois Actes & en vers , par M.
Favart père , mufique de M. Grétry ; & la
Prévention vaincue , Comédie en trois Actes
& en profe , par M. Faur , avec des changejoindroit
des talens à de l'honnêteté. Trois concer
rentes viennent chanter , l'une une romance , l'autre
une chanfon , la troifième une ariette . Celle ci a la
préférence. Voilà tout le fonds de cet Ouvrage , joué
pour la première fois le 2 Javier de cette année.
(1 ) Cet Ouvrage a été repréfenté le 27 Février de
cette année. Un homme de condition a fait pour
le Théâtre un Ouvrage qui est tombé par caba'e ; il
a pris en averfion l'Art & les Auteurs Dramatiques.
Un jeune homme bien né , amant de fa fille , fit
redonner l'Ouvrage en en changeant le titre le fuccès
eft complet ; la prévention tombe , & les ainans
deviennent heureux.
DE FRANCE.
93
mens au troième Acté , qui rendent le de
nouement très piquant , & ajoutent à ſon comique
fans en diminuer l'intérét.
A la Cour : Le Nouveau Robinfon , Comédie
en trois Actes & en vers , par M. de
L. C. , mufique de M. d'A....
Neuf de ces Ouvrages font tombés à leur
première repréſentation ; quelques autres fe
font traînés pendant quelques jours , & quatre
feulement ont obtenu un fuccès décidé , qu'il
faut encore plus attribuer à la bizarrerie du
goût actuel , à l'amour des chofes nouvelles .
qu'à leur propre mérite . Il y auroit là un beau
champ pour les réflexions ; mais de quelle
utilité feroient eles pour un Théâtre qui
brille encore par étincelles , mais dont tout
hâte la décadence , & qui ne pourra jamais
acquérir de confiftance tant qu'il fera divifé
en deux corps , dont l'un cherche fans ceffe à
arrêter l'eflor de l'autre ?
La feule réflexion que nous nous permettrons.
aura pour but le Parterre de la Comédie Italienne
, qu'on s'obftine à laiffer debour . Il eſt
vraisemblable que les Acteurs de ce Théâtre
ont des raifons particulières pour continuer à
entaffer ainfi les malheureux habitués du Parterre,
& que la vanité de quelques médiocres
y trouve la facilité de fe faire applaudir par des
gens à leur devotion . L'intérêt de la recette
ne fauroit y perdre ; car l'augmentation des
places fuppléeroit à la diminution de leur
nombre , & le Parterre feroit mieux compo
fé, les Ouvrages mieux jugés , les talens mieux
194
MERCURE
appréciés. On a loué plufieurs fois la générofité
& l'humanité des Comédiens Italiens ;
mais , en bonne foi , y a- t'il de l'humanité à
laiffer les jeunes gens fe prefler , fe culbuter, fe
brifer les côtes, entaflès comme des troupeaux
dans un parc ? à les entendre jeter des cris de
douleur qui répandent l'alarme dans tous les
coins de la falle , à empoifonner les Spectateurs
par l'émanation de tous les miafmes qui
fortent de ces corps échauffés l'un par l'autre
& par un mouvement continuel? Aveugles
que nous fommes , nous voulons des
plaifirs, nous en cherchons , nous payons pour
qu'on nous en donne , & ceux dont nous faifons
la fortune nous traitent comme des efclaves
! Nous fommes encore bien Welches !
ANNONCES ET NOTICES.
TABLEAU des variétés de la vie humaine , avec
les avantages & les défavantages de chaque conftitution
, & ces avis très - importas zux Pères &
aux Meres fur la fanté de leurs enfans de l'un &
de l'autre fexe, fur- tout à l'âge de puberté , par
M. G. Daignan , Docteur en Médecine de l'Univerfité
de Montpellier , &c. 2 Vol. in - 8º . Prix ,
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Cet Oaviage intéreffant doit être accueilli de
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DE FRANCE.
95
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infpirer envers l'Auteur la plus ferme confiance.
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toujours les mêmes éloges pour la manière dont
il est rédigé.
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16 liv. 4 fols pour la Province port franc par la
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Enfans , rue de l'Univerfité , au coin de la rue du
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TABL. E.
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Chanfon ,
69
71
Charade, Enigme & Logo Académie Roy de Muliq. 77
49 de Morale ,
ད་ Les Aftronomiques ,
53 Comédie Françoife , 84
88
35 Arnonces& Nosicer , 194
gryphe ,
Euvres choifies de M. Dorat, Comédic Italierne ,
APPROBATION.
J'At lu , par ordre de Migr. le Garde- des - Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 14 Avril 1787. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en crtpêcher l'impreffion . A
Paris , le 13 Avril 1987. GUIDE
Jer . 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 21
AVRIL 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN
A Mme la Vicomteffe DE C ***.
Stvorre bienveillance enhardit mes fouhaits ,
C'est à bon droit , Églé , que je me félicite.
Quand pour nous la Vertu , la Beauté Tollicite ,
Son triomphe eft certain , ainfi que nos fuccès.
( Par Mit Abbé Dourneau. )
N°. 16 , 21 Avri. 787.
E
98
MERCURE
VERS à Mme la Marquife DE LA P….….. ”,
qui m'avoit marché fur le pied au Vauxhal
de S. Jean d'Angely..
JE ne le cache point , charmante la P.... ,
L'attouchement de vos pieds délicats
Fut pour mon coeur ( qui fe trompoit , hélas ! )
La fource d'une erreur bien chère.
Pourquoi me plaindre d'un faux pas
Qu'à Terpficore un coup d'archet fit faire? {
La Beauté fut toujours légère ,
Et les Grâcés ne pèfent pas.
¿
(Par M. Bourignon de Saintes , Correspondant
de plufieurs Académies , & du Musée de
MONSIEUR,
"
TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE ?
Solvitur acris hyems.
ENFIN NFIN le doux printemps précédé des zéphirs
Dans nos champs défolés ramène les plaifirs ;
La neige eft difparue , & déjà la verdure
Se couronne de fleurs pour orner la Nature ;
L'étable ne plaît plus au troupeau bondiſſant,
Ni l'ardeur du foyer au vieillard renaiſſant.
BIEL OTHECA
REGIA
MOLCHESIS.

DE FRANCE. 99
LES Graces que conduit la Reine de Cythère,
Foulent d'un pied léger la naiffante fougère ,
Tandis que de l'Etna retentit l'antre affreux
Sous les coups redoublés du cyclope nerveux.
AMIS , en ces beaux jours couronnons-nous des rofes
Sous l'aîle des zéphirs nouvellement écloſes ;
A Faune dans fes bois immolons un chevreau ,
Arrofons fes autels du fang d'un tendre agneau.
SUR les Palais des Rois comme fur la chaumière ,
La mort porte les coups de fa faulx meurtrière ;
N'eſpérons rien du temps , mais tout de nos vertus :
Elles vivront pour nous quand nous ne ferons plus.
BIENTÔT , cher Sextius , notre ame fugitive
Des fleuves infernaux vifitera la rive ,
Et lorsqu'on eft entré dans ce fombre féjour
Le fonge de la vie eft fini fans retour.
( Par M. Comien. )
COUPLETS à Mme PÉ *** , qui danfe
Supérieurement , avec laquelle l'Auteur
s'étoit rencontré dans un bal ,
danfer.
mais fens
AIR: La foi que vous m'avez promife
DANS UT.
ANS ur. vaſte & riant aſyle ,
Par la danfe & vous décoré ,
Eij
100 MERCURE
Comme un fpectateur inutile
On prétend que j'ái figuré ;
Quelle erreur: fixé fur vos traces ,
Et d'un fi rare éclat frappé ,
Il fuffit d'admirer vos grâces
Pour être fans ceffe occupé,
QUEL eft fur nos coeurs votre empire
Tout fuccès pour vous n'eft qu'un jeu ;
Mais vous êtes femme , Zelmire ,
Cependant vous parlez trop peu :
Dix-neuf ans! talle enchantereffe !
La fraîcheur & la majefté ,
Vous avez tout d'une Déeffe ,
Et peut-être auffi la fierté.
MAIS pourquoi garder le filence ,
Puifqu'il eft démenti foudain
Par ce regard plein d'éloquence ,
Par ce fouris doux & fi fin !.
Des Grâces rivale & modèle ,
En vous voyant on eft jaloux
D'offrir fes voeux à la plus belle ,
Et ma chanfon s'adreffe à vous.
(Par M. Damas . )
DE FRANCE. ΤΟΥ
CHANSON à Mme la Marquife D'E! ...
AIR: Je fuis Lindor.
LE Dieu d'Amour , mécontent de les armes ,
De votre esprit emprunta les attraits ; .
Et plus joyenx , il dit : voilà des traits
Qui pour toujours feront régner mes charmes,
PUISSANT par vous , ce Dieu devenu fage
Brife fon arc & jette fon flambeau ;
Mais il voit clair même avec ſon bandeau.
Depuis qu'il a votre eſprit en partage.
( Par M. Sabatier de Cavaillon , &c . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eft Rebelle ; celui
de l'énigne eft S nfibilité ; celui du Logogryphe
et Vol pré , où l'on trouve vol ,
loup , ut , pou , Pó , tôt , élu , pot.
F. ii)
102 MERCURE
"
CHARADE.
DANS le plus beau des mois chacun fait qu'au
village
Mon premier offre aux yeux l'émail & la fraîcheur ;
L'âge fur mon fecond fait un cruel ravage ,
Et fouvent dans mon tout un infipide Auteur
Croyant éternifer un ridicule ouvrage ,
De fatigue & d'ennui fait bâiller fon Lecteur.
(Par M. Gratton de Saint- Gilles , Capitaine
de Canonniers. )
ENIGM F.
ON croit qu'un zèle amer -me donna l'exiſtepce ;
C'eft le ton des frians & des voluptueux
De calomnier ma naiffance .
Cependant fur les maux que fit l'intempérance
J'épands de la fanté le baume précieur .
Jadis à la voix d'un Hébreux ,
Pour fauver un peuple nombreux ,
Je montrai mon pouvoir dans les murs de Ninive.
O mortels aveuglés ! que le plaifir captive ,
Qui cherchez le bonheur fans le trouver jamais;
Si vous croyiez à mes bienfaits ....
Je puis des paffions appaiſer le délire ;
DE FRANCE. 103
De vos fens mutinés vous redonner l'empire ;
Je puis.... mais vos dédains ont fu me prévenir.
Je vous offenfe.... & l'humaine fageffe
Veut du comptant , du plaifir en eſpèce ,
Sans fpéculer pour l'avenir .
( Par M. M.... , du Mans. )
LOGO GRY PH E.
JOIGNE
OIGNEZ une confonne avec les cinq voyelles ,
Je fuis un animal fourni de pieds & d'aîles .
Je porte dans mon fein le nom d'un élément ;
Ceux d'une carte & d'un pays brûlant ,
D'une rivière & celui d'un Prophête ,
Et l'ouvrage d'un ver qu'avec goût on apprête ;
Le nom d'un animal qui fe plaît fort dans l'eau ,
Qu'on n'a jamais vu noir tel que l'eft le corbeau ;
Une Nymphe des bois , & note de mufique..
Plus clairement, Lecteurs , faut- il que je m'explique ?
Par mes chants en été je me rejouis bien ;
• Quand le froid me faifit je ne dis prefque rien.
( Par M. Boidin père , de Hesdin. )
E iv
004
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LA Science de la Légiflation , par M. le
Chevalier Gaetano Filangieri , Ouvrage
traduit de l'Italien , Tomes I & II , in - 8°.
A Paris , chez Cuchet , Libraire , rue &
hôtel Serpente.
Si on peut établir une prééminence entre I
les diyers genres de travaux que cultivent les
Nations éclairées , elle ne peut fans doute
avoir pour bafe que leur utilité. Il femble ,
d'après cela , qu'il eft difficile de ne pas afitgner
le premier rang à la Science qui inftruit
les hommes de leurs droits & de leurs devoirs .
C'eft annoncer tout l'intérêt qu'excite l'Ouvrage
de M. le Chevalier Filangieri . Le grand
fuccès qu'il a eu en Italie ne peut que l'accroître,
& la lecture juflifier l'empreffement
qu'on aura de le lire. La manière dont il eft
traduit doit ajouter encore à cet empreffement.
Le ftyle en eft toujours clair , fimple ,
rapide ; & quand le Traducteur eft abandonné
à lui-même , il unit alors à ces qualités , de la
force , du mouvement & de l'énergie . Voici ,
par exemple , comme il préfente l'idée générale
de l'Ouvrage qu'il a publié.
EC
Réunir en un corps de Loix les grandes
DE FRANCE. For
vérités morales que nous devons au génie &
au courage de quelques Philofophes anciens
& modernes , les enchaîner ou les diftribuer
avec méthode , & par ce moyen difliper tous
les doutes qui pourroient obfcurcir les droirs
de l'humanité , combattre les principes def- -
tructifs de l'ordre focial fans ménagement
pour l'erreur ou le crime qui les fit naître ,
pour l'ignorance ou la foibleffe qui les défendit,
pour les intérêts particuliers & les préjugés
de toute efpèce qui les foutiennent encore
dans plufieurs Empires de la terre ; en
un mot , éclairer la confcience publique fur
les Loix de la Nature , & développer aux hommes
cet ordre immuable & fimple de rapports
moraux qui les lient par leurs befoins comme
par une chaîne univerfelle : tel eſt l'objet de
cet Ouvrage. "
Nous avons cru que nos Lecteurs gagneroient
doublement à voir ces idées préfentées
par le Traducteur lui même.
Le plan de M. le Chevalier Filangieri eft
très-vafte. Il établit d'abord comme les deux ,
bafes de la Science légiflative , la confervation
& la tranquillité, & démontre inutile toute
Loi qui ne procure pas un de ces bienfaits. Il
expofe avec beaucoup d'étendue les règles
générales de la Légiflarion , détermine les différens
objets , les différentes vues , les différens
tons qu'elle doit prendre chez les diffé --
rens Peuples , ou chez les mêmes Peuples dins
des temps différens ; montre les vices des
conftitutions politiques , & les remèdes faits
E v
106 MERCURE
pour les détruire , l'influence que doit avoir
fur elles l'efprit des fiècles , le caractère des
Peuples , le climat qu'ils habitent. C'eſt l'objet
du premier Livre.
Dans le fecond , il porte fes regards fur les
deux fources de la félicité des Empires ; la
population & les richeffes . Quant à la population
, il examine pourquoi les réglemens
donnés jufqu'ici dans le deffein de l'accroitre
ont été infuffifans & inutiles , & comment
il feroit poffible de réparer ce malheur.
Quant aux richeffes , il enfeigne les moyens
de les fixer dans un État , de les y diftribuer
avec équité , d'enchaîner par des rapports indivifibles
l'Agriculture , le Commerce & les
Arts , d'en combiner la faveur , & par conféquent
l'opulence nationale avec celle du
Souverain , & la perception des impôts ; enfin
, de diriger le luxe de manière qu'il ne
bleffe jamais la liberté du Citoyen , & qu'il
devienne même un inftrument néceffaire de
la profpérité publique.
Le troifième Livre eft confacré à la Légiflation
Criminelle. Comment doivent être
dirigées dans un nouveau fyftême de Loix
l'accufation & la défenſe judiciaires ? Quels
doivent être l'ordre des jugemens criminels ,
les principes & les règles propres à en déterminer
la procédure , la nature & la forme
des actes qui devroient la conftituer ? Quels
feroient les moyens les plus sûrs de remédier
à la calomnie : La lenteur des jugemens eftelle
favorable à la liberté dés Citoyens ? A- tDE
FRANCE. 107
-on droit d'emprifonner un homme dont le
délit n'eft pas affuré ? A- t- on celui d'ajouter
l'outrage & la honte à fa condamnation?
Quelle eft la manière d'obtenir fon aveu, &
ne feroit-il pas plus jufte & plus raiſonnable
de le négliger que de le lui arracher par la
douleur? Telles font les queftions que l'Auteur
fe propofe tour - à-tour. Il claffe enfuite
les différens crimes , établit les proportions
néceffaires entre - eux & le fupplice dont on
les punit , & prouve que l'impunité eſt l'effet
ordinaire de la rigueur exceffive des Loix
pénales.
Mais il ne fuffit point de prévenir les crimes
par la menace des tourmens ; il faut empêcher
de les commettre. Pour cela il eft néceffaire,
1 ° . que les Loix veillent à l'éducation
publique ; 2°. qu'elles affurent cette inftruction
dont l'influence eft fi grande fur les
moeurs & la liberté ; qu'en examinant les obftacles
qui arrêtent famarche, elles indiquentla
méthode à fuivre pour les furmonter , & la
direction qu'on doit donner aux talens pour
les faire tous concourir à l'utilité générale ;
30. qu'elles dirigent les paffions des Citoyens
vers la vertu . M. Filangieri s'élève avec force
contre l'opinion commune des Moraliftes, que
la vertu eft incompatible avec la richeffe nationale.
Il cherche d'où a pu naître parmi les
Philofophes une idée fi affligeante pour l'humanité
, & montre tous les avantages que
l'amour de foi peut produire dans un Gouvernement
éclairé.
E vj
108 MERCURE
L'application des Loix au culte des Peuples
fera l'objet du cinquième Livre. L'Auteur y
développera la protection qu'elles doivent lui
accorder ; les moyens de prévenir la fuperftition
& l'incrédulité ; les prérogatives qu'on
peut donner au Sacerdoce , & la dépendance
qu'il convient d'en exiger ; les droits de fes
Chefs , & la vigilance qu'il faut établir fur
Pufage qu'ils en font ; les règles de l'immunité
eccléfiaftique ; les qualités indifpenfables pour
être admis au fervice des Autels ; la manière
de pourvoir à leurs befoins en établiffant à
cet égard une réforme qui tomberoit fur la
nature même du revenu du Sacerdoce .
Le fixième Livre comprendra l'examen des
Loix qui regardent la propriété , c'eft- à- dire ,
le droit exclufif de difpofer d'une choſe , & la
faculté de la pofféder de manière qu'elle ne
puiffe être tranfmife fans le confentement
libre foit exprimé , foit tacite , foit préſumé de
celui qui la poſsède; la manière d'acquérir
cette propriété ou de la perdre , les actes qui y
font confacrés , les droits qui en naiffent , &
les obligations qu'ils impofent , les privilèges
de la minorité , les prefcriptions , les teftamens,
les fucceffions ab inteftat , tous les
moyens enfin d'en garantir l'exiftence , l'aliénation
, la ceffion volontaire , d'en jouir paifiblement
, & de repouffer les atteintes de
Pufurpation & de la mauvaiſe foi.
Un Effai fur les Loix relatives à la puiffance
paternelle & au bon ordre des familles formera
le feptième Livre , & terminera l'Cu
DE FRANCE. 109
vrage. Tous ceux à qui l'Hiftoire de l'antiquité
eft familière, ont été fouvent étonnés de
la prodigieufe différence qui règne à cet égard
entre les Loix des Peuples anciens & celles des
Peuples modernes. L'Auteur n'eſt pas moins
furpris de cette contrariété. Il fe propoſe de
démontrer que fi dans des temps reculés on
accorda aux pères des privilèges trop confidérables
, on s'en eft vengé aujourd'hui en les
refferrant dans des bornes trop étroites ; &
il penſe avec raiſon que la tranquillité publique
a reçu des atteintes plus dangereufes par
l'affoibliffement de l'autorité paternelle que
par l'ancien abus de fes droits. L'autorité
conjugale & la faculté du divorce feront
autfi l'objet de ſes réflexions & de fes recherches.
Tel eft le plan général de l'Ouvrage . M. le
Chevalier Filangieri en a déjà donné les
quatre premiers Livres. La Traduction dont
nous rendons compte ne renferme encore
que les deux premiers. Ils ne font pas les
moins intéreffans par leur objet. Nous l'avons
indiqué rapidement ; donnons en un détail
plus étendu .
Après avoir tracé l'origine de la Société
civile & les réfultats du grand principe de la
confervation & de la tranquillité , l'Auteur
prouve que la Légiflation doit avoir ſes règles
comme toutes les autres Sciences . Pour les
connoitre , il eft néceffaire de diftinguer la
bonté abfolue des Loix de leur bonté relative,
& on les trouvera toutes dans ces deux
110 MERCURE
caractères. Le rapport des Loix avec ces principes
de la morale qui font communs à tous
les hommes , propres à tous les Gouvernemens
& à tous les climats , forme leur bonté
' abfolue ; leur rapport avec l'état de la Nation
qui les reçoit , forme leur bonté relative . M.
Filangieri parcourt enfuite les divers Gouver- ;
nemens. Il s'arrête plus particulièrement au
Gouvernement appelé mixte , c'eſt-à-dire ,
où la puiſſance légiflative eft partagée entre
la Nobleffe , les Repréſentans du Peuple & le
Monarque : tel , par exemple , que celui d'Angleterre.
On fait qu'il a obtenu les éloges de
Montefquieu . Il n'obtient pas également ceux
de M. Filangieri . Cet Écrivain lui reproche
trois vices inhérens à fa conftitution ; l'indépendance
de celui qui doit faire exécuter ,
envers le Corps qui doit ordonner ; la fecrète
& dangereufe influence que peut avoir le
Prince dans les Congrès de Corps , & l'inftabilité
même de la conftitution . Il effaye d'en .
donner les remèdes. Il exhorte les Anglois à
réformer une Légiſlation fouillée , comme
toutes celles des Peuples qui habitent l'Europe
, par des reftes de barbarie & des traces
de la féodalité.
cr Portez , dit - il à cette Nation célèbre .
portez donc une fois vers ce grand ouvrage ,
toute la force de votre génie , créez un nouveau
fyfteme de Loix dans lequel les vices.
de votre conftitution foient anéantis , où les
droits refpectifs de la Couronne & du Parlement
foient fixés , où les anciens abus de
DE FRANCE. III
"

toute eſpèce foient abolis , donnez - lui cette
unité de principes & de vues que ne peut
avoir une Légiflation compofée dans le cours
d'un fi grand nombre de fiècles , & au milieu
des différens périodes d'un Gouverne
ment réformé fans ceffe , & jamais perfectionné
, qu'elle rappelle dans votre Patrie
cette vertu fans laquelle il ne peut y avoir
de liberté , ces moeurs fans lefquelles il n'y a
point de patriotiſme , cette éducation fans
laquelle il n'y a point de moeurs ; qu'en récompenfant
le zèle de chaque Citoyen , en
puniffant la fraude & les intrigues de la Cour ,
en rendant enfin incorruptibles par intérêt
& par vertu les Membres du Parlement , elle
fubftitue une liberté folide & conftante à
cette licence deftructive dont l'anarchie ou
le defpotifine eft toujours l'effet ; cherchez en
un mot, & votre enthoufiafme pour le bien
public joint à la profondeur de votre génie,
vous rendra cette découverte facile ; cherchez
à concilier dans votre Code la liberté ,
la paix & la raifon ; alors il n'y aura plus rien à
ajouter aux faftes de votre gloire ,
+
و د
-M. Filangieri n'eft pas plus d'accord avec
Montefquieu fur les principes que celui - ci
donne aux divers Gouvernemens. Helvétius
avoit déjà réfuté l'opinion du Philofophe
François dans l'Ouvrage de l'Homme. Nous
regrettons que les bornes où nous fommes
relferrés ne nous permettent pas de fuivre
l'Auteur dans cette difcuffion intéreffante ;
elle mérite d'être lue & méditée , ainfi que
112 MERCURE
toutes fes obfervations fur le rapport des
Loix avec le génie des Peuples , avec le climat,
la fertilité du fol , la fituation & l'érendue
du pays , la religion de l'État, & l'enfance
ou la maturité des Nations.
Nous avons annoncé que la population &
les richeffes d'un Empire font les objets principaux
du fecond Livre. Après avoir rappelé
quelques Loix anciennes fur le premier de
ces deux objets , l'Auteur obferve que dans
tout État où la population ne s'accroît point
d'une manière proportionnée à la fécondité
naturelle , il faut en conclure qu'il y exiſte
un vice de politique dont la force peut être
mefurée par la différence qui fe trouve entre
la population exiftante & la population poſfible.
Le premier obftacle qu'il y trouve ent
Europe , eft le petit nombre de propriétaires
& le nombre infini de non propriétaires ; le
fecond , qu'entre ceux-là la plupart font de
grands propriétaires , & il y en a peu de
petits ; le troifième , les richeffes exorbitantes
du Clergé ; le quatrième , l'excès des impôts ;
le cinquième , l'accroiffement des armées ; le
fixième , l'incontinence publique. L'Auteur
développe auffi les obftacles qui s'opposent à
l'Agriculture , première fource de la richeffe
nationale , & il les apperçoit ou dans le Gouvernement
ou dans les Loix , ou dans la
grandeur exceffive des Capitalès qui , attirant
tout vers elles par l'apparence qu elles offrent
de bonheur, de plaifir & d'opulence , font
abandonner les campagnes & leurs travaux
DE FRANCE.
113
utiles. Il voudroit qu'en brifant tous les obftacles
, on encourageât le Laboureur par des
diftinctions , des récompenfes & des bienfaits
; mais en honorant la profeflion , qu'on
ne néglige pas les Arts : ils tiennent le fecond
rang dans le fyftême de l'économie politique.
Ceux qui emploient les matières premières ,
c'eft à- dire , les productions du fol , méritent
la préférence. L'émulation doit être excitée
par la Loi ; & pour lui donner un plus vafte
champ , M. Filangieri defire qu'on abol : ffe
les corporations & les droits exigés pour
l'exercice des différens Métiers. Pailant enfuite
au Commerce , it follicite également
pour lui des encouragemens , & montre les
obftacles qui s'opposent à fes progrès dins la
plus grande partie de l'Europe. Ce font la
jalonfie & la rivalité des Nations , la ſurveil
lance exceffive des Gouvernemens qui , par
la multiplicité des Loix fifcales , arrêtent ou
changent les fpéculations du Commerçant.
La direction exclufive que les Métropoles
Européennes donnent à leur trafic avec leurs
Colonics , la mauvaiſe foi des Négocians &
le grand nombre de faillites dont une Légiflation
impuiffante n'a pas encore arrêté les
défordres. Le plus terrible de ces obftacles
naît du fyftême actuel des impofitions , foit
directes , foit indirectes. L'Auteur penſe qu'il
faudroit les réduire à une feule , changer la
forme de la perception , lui ôter tout ce
qu'elle a de dur , de partial & d'arbitraire. Il
s'élève contre la difproportion étonnante des
114
MERCURE
richeffes , & n'eft pas éloigné de croire qu'un
feul moyen fuffiroit pour remédier à cet inconvénient
: ce feroit d'ordonner par une Loi
que dans la vente des terres , toutes chofes
égales d'ailleurs , la préférence fût accordée
aux hommes fans propriété , & qu'en cas de
concurrence entre deux acheteurs propriétaires
, la préférence fût donnée à celui des
deux qui possède une moindre étendue de
terrein. Mais que dirons nous du luxe ,
ajoute-t-il? Peut- il contribuer à la répartition
des richelles ? L'Auteur le définit , l'uſage
que l'on fait des richeffes & de l'induftrie
pour fe procurer une exiſtence agréable par
les moyens les plus propres à augmenter les
commodités de la vie & les plaifirs de la fociété.
Il affure que les fortunes font beaucoup
plus égales dans les pays où il règne que dans
ceux où il eft profcrit . Il parcourt les maux
qu'on lui impute , & l'en juftifie avec beau
coup de force , d'adreffe & de vraisemblance.
Tous ces principes établis , l'Auteur fe félicite
d'avoir approfondi des matières fi importantes
pour l'humanité. « Que des hommes
fans talens & fans courage , s'écrie -t-il ,
continuent de répéter leur grande maxime ,
tout a étédit : tant que les abus & les préju
gés qui les perpétuent trouveront des partifans
, tant que la vérité , objet des méditations
d'un petit nombre d'hommes , reftera
inconnue à la plus grande partie du genrehumain
, tant qu'on la forcera de s'éloigner
des Trônes, le devoir du Philofophe fera de
DE FRANCE.
IS
l'annoncer & de la défendre. Si les lumières
qu'il répand ne font pas utiles à fon fiècle &
à fa Nation , elles le feront à un autre fiècle
& à d'autres Peuples. Citoyen de tous les
lieux , contemporain de tous les âges , l'Univers
eft fa patrie , & tous les hommes font
fes difciples. »
Nous avons cru que l'analyfe exacte étoit
la feule manière de rendre compte d'un Ouvrage
dont l'importance frappera tous les
bons efprits , & dont l'Auteur unit preſque
toujours la force de la Logique à celle de
l'Éloquence . Nous ne nous fommes permis
aucune reflexion , parce que le Traducteur annonce
qu'il terminera par là fon travail , &
que les obfervations acquerront fous fa plume
un nouveau dégré d'in érêt & une forme plus
piquante. Il mérite les plus grands éloges pour
la manière fimple , noble , claire & animée
dont il a préfenté les idées de M. Filangieri ,
& la lecture de ces deux Volumes fait defirer
avec impatience la publication de ceux qui
doivent les fuivre.
116 MERCURE
OPUSCULES Poétiques , par M. le Chevalier
de Cubières , des Académies Societés
Royales de Lyon , Dijon , Marfe , Rouen ,
Helle Catfel, &c. Nouvelle Édit on , corrigée
& augmentée. vol. petit fɔnat. A
Orléans , de l'imprimerie de Couret de
Villeneuve , Imprimeur du Roi , & fe
trouve à Paris , chez Cuchet , Libraire , rue
& hôtel Serpente. Le prix des 3 volumes
reliés , dorés fur tranche , 9 liv.; brochés ,
7 liv. 4 fols.
IL Il y a déjà long- temps que M. le Chevalier
de Cubières s'eft exercé avec fuc ès
dans la poéſie érotique. C'eft à lui que feu
M. Dorat difoit , dans une Épître qu'il lui
adre floit en mourant , & qu'il n'eut pas le
temps d'achever :
Tes pinceaux tendres & brillans ,
A fommet d'Hélicon , doivent t'ouvrir le temple
Où l'Immortalité couronne les talens.
Cela s'appelle être jugé par fes pairs. Le fuffrage
de Dorat dans la poéfie érotique , étoit
un titre ; & M. le Chevalier de Cubières
l'avoit déjà mérité par plufieurs de ces bagatelles
agréables qui autrefois fuffifoient
pour faire une réputation à leur Auteur.
Plufieurs de ſes heureux effais ont contribué
à embellir les Recueils du jour ; & depuis ,
recueillis par lui - même plus d'une fois , ils
DE FRANCE. 117
ont mérité le fuffrage du Public. Ces Poéfies.
font affez connues pour nous difpenfer d'en
parler ici ; nous ne nous arrêterons que fur
les Pièces qui n'ont paru que dans cette nouvelle
Edition. La plupart font très - courtes ;
& , répandues dans les trois Volumes , elles
paffent le nombre de cinquante. Il y en a
d'amoureufes & de morales. Celle qui termine
le premier volume , eft une espèce
d'épilogue , intitulé : fur les inconvéniens &
les avantages de l'absence ; elle eft gaie , &
d'un ton aimable. En voici une plus courte ,
& qui nous a paru piquante :
Eft-on aveugle alors qu'en décochant des traits
On touche au but qu'on ſe propoſe ?
Il m'a percé le coeur , cet enfant qu'on ſuppoſe
Ne voir ni de loin ni de près.
Il a des yeux d'aigle , le traître !
Trop bien à mes dépens il me l'a fait connoître,
J'ai beau le prier nuit & jour ,
De lancer dans le coeur d'Aminte
Un de ces traits cruels qui m'a bleſſé d'amour ;
Il n'écoute , n'entend ni prière ni plainte :
Il n'eft point aveugle , il eft fourd.
Nous avons été fachés de voir finir par ces
quatre vers , une Pièce intitulée les Dangers
de l'Oifiveté:
Plongés dans un honteux repos ,
Ceffons-nous d'exercer un art qui nous honore ?

+18 MERCURE
La rouille étend fur nous fes crêpes infernaux ,
Nous obfcurcit & nous dévore.
Les crêpes infernaux de la rouille forment
une image qui n'eft rien moins que naturelle ,
& que le goût auroit dû profcrire. Nous confeillons
à nos Lecteurs , pour oublier cette
négligence , de lire bien vîte la dernière Ré-.
folution , qui nous a paru une des Pièces les
plus agréables . Le Poëte y déclare qu'il veut
toujours aimer , & ne plus écrire. Les Lecteurs
lui fouhaiteront la réuffite du premier
projet , & le prieront de renoncer au fecond.
Pour nous , nous eſpérons qu'ils nous fauront
gré de citer encore de jolies ftances intitulées
: les effets de l'Infidélité.
ELMIRE à l'infidélité
A le penchant le plus coupable ;
Mais par quelle fatalité
En paroît-elle plus aimable ?
J'ÉTOIS hier à fes côtés ,
Et lui parlois de ma tendreffe ;
Sur fes grands yeux noirs attriſtés
Soudain fa paupière s'abaiſſe.
DAMON entre : fon noir chagrin
Se diffipe comme un nuage ,
Et tout-à- coup d'un ciel ferein
Son front me préfente l'image,
DE FRANCE. 119
ELLE fourit en l'écoutant ;
Par degrés fes traits s'embelliffent ,
Et de fon teint au même inftant
Toutes les roſes refleuriffent.
FAUT- IL qu'en ce moment fatal
J'aie encore aimé l'infidelle !
Je ne devois qu'à mon rival
Le plaifir de la voir fi belle.
A
Les Poéfies anciennes de ce Recueil font
retouchées avec foin ; & l'on doit des éloges
à la partie typographique de cette Édition ,
qui fort des preffes de M. Couret de Villeneuve
, dont nous avons parlé plufieurs fois
ayec de juftes éloges.
$
GALERIE de l'Ancienne Cour. 3 vol. in-12.
- Prix , 7 liv. 10 fols brochés. A Lyon , chez
Bruyfet frères ; & à Paris , chez Poinçot ,
Libraire , rue de la Harpe , NNoº.. 135.
1 )
Ce n'eft point ici un Ouvrage hiſtorique
capable d'éclairer notre Hiftoire ; mais on y
rétrouve des anecdotes curieufes . On voit
défiler devant foi une quantité de perſonnages
dont la vie a des traits piquans, Le choix
nous a paru fait avec une forte d'adreffe . On
voit des hommes en robe - de - chambre , des
femmes dont on eft bien -aife de relire les actions
privées , la Cour , la Ville , le Roi , les
1204
MERCURE
Courtilans. On croit les voir agir & penſer.
Le style eft en général celui d'un narrateur.
En voilà affez pour l'éloge. Quant à la critique
, nous difons que les deux premiers volumes
ne renferment que des ane dotes extrêmement
connues ; que l'Auteur auroit
pu fe difpenfer de joindre à fon Recueil
d'anecdotes celles des Gens- de - Lettres ; qu'il
auroit dû rejeter une foule de petits traits
qui font attribués à des perfonnes peu connues
, & qui n'ont ni le fel de la plaifanterie ,
ni la jufteile du bon mot , ainfi que quelques
contes abfurdes qui ont été appréciés dans le
temps.
le
Mais nous conviendrons que le troisième
volume contient des notices curieufes que le '
Rédacteur a dû chercher , non - feulement "
dans les papiers publics , mais dans les feuilles
fecrettes , & qu'en un mot ce Recueil peut
faire fuire aux Mémoires pour fervir à l'Hiftoire
du dix feptième fiècle , en 3 volumes ,
qui ont été imprimés en 1760. Le premier volume
paffe en revue Louis XIV , Anne d'Autriche
, Marie-Thérèfe d'Autriche , Reine de
France , le Grand Dauphin , le Grand Condé ,
le Duc de Beaufort , Henriette d'Angleterre ,
le Duc de Bourgogne , père de Louis XV
le Duc de Berry , M. le Prince , fils du Grand
Condé , le Cardinal de Mazarin , le Cardinal
de Retz , le Maréchal de Turenne , Louvois
Colbert , Fouquet , Madame de la Vallière
Madame de Montefpan , Madame de Maintenort.
Parmi
?
DE FRANCE. 121
f
"Parmi les traits fur Louis XIV , nous
he citerons que les fuivans , qui lui font
honneur. Il refufa de prononcer la peine de
mort contre les Déferteurs : Eh! Nangis ,
difoit- il , ce font des hommes ! Il fe repentit
d'avoir chaffe les Proteftans , & recommanda
la plus grande circonfpection au Duc de Bourgogne.
Le meilleur « moyer , difoit il , pour
réduire peu- à -peu les Huguenots de mon
» Royaume , eft de ne les point pretler par
» aucune rigueur nouvel'e contre eux. »
Anne d'Autriche laiffa échapper un trait.
de caractère qui fit mal augurer de fon coeur,
Le Maréchal d'Ancre venoit d'être mis en
pièces par la populace ; la Maréchale étoit
traînée en prifon. Leur fils , jeune enfant arraché
des mains d'une canaille infolente &
foulevée , felaiffoit mourir de faim & de dé
fefpoir dans le Louvre , où il avoit été caché
Je fais né , s'écrioit cet enfant , pour porter la
peine de l'orgueil de mon père, Car c'étoit- là
tout le crime & du père & de la mère. L'hiftoire
févère & imparciale n'en a point trouvé
d'autres. Des Juges prévenus déclarèrent la
Maréchale convaincue de fortilèges. Quels
Juges ! Mais nous échappions à peine des fers
des Ligueurs & des fuperftitions des Efpagnols.
La jeune Reine ayant appris que le
petit Concini étoit au Louvre fans vouloir
boire ni manger , lui envoya des confitures ,
& ordonna qu'on le lui amenât. On lui avoit
dit que cet enfant danfoit avec beaucoup de
No. 16 , 21 Avril 1787. F
122 MERCURE
grace ; elle exigea qu'il dansât en la préfence,
ce qu'il fit en pleurant. Le fang de fon père
couloit encore. Le bûcher de fa mère alloit ,
pour ainfi dire , s'allumer. Cependant cette
Reine ne craignit point la vérité. Faites imprimer
, dit elle à un Libraire , ne craigrez
rien. Je protégerai toujours la vérité. Faites
tant de honte au vice , qu'il ne refte que de
la vertu en France. C'étoit au moins annoncer
beaucoup de courage.
-
Marie Thérèfe d'Autriche , femme de
Louis XIV , n'offre rien de bien marquant ,
finon fa tendreffe inaltérable pour le Roi.
Jamais elle ne reprocha au Monarque fes infidélités.
Je meurs fans regret , lui dit- elle ,
s'il eft vrai que vous m'aimiez encore.
On trouve dans l'article du Duc de Bourgogne
un trait de Fenelon , dont les Panégyriftes
auroient tiré parti s'ils l'euffent
connu. Le voici . Le Duc étoit impérieux. Il
dit un jour à fon Précepteur..... Non, non,
Monfieur , je ne me laille point commander,
Je fais ce que je fuis & ce que vous êtes.
Le fage Fenelon n'infifta pas & fe retira . Je
ne fais , Monfieur , lui dit- il le lendemain , fi
yous vous rappelez ce que vous avez dit hier,
que vous faviez ce que vous êtes & ce que
je fuis . Il eft de mon devoir de vous apprendre
que vous ignorez l'un & l'autre. Vous
vous imaginez donc , Monfieur , être plus que
moi: quelques Valers fans doute vous l'auront
dit, & moi je ne crains pas de vous dire
DE FRANCE. 123
puiſque vous m'y forcez , que je fuis plus que
vous. Vous comprenez allez qu'il n'eft point
queftion ici de la naiffance. Vous regarderiez
comme un infenfé celui qui prétendroit fe
faire un mérite de ce que la pluie du ciel a
fertilife fa moiffon , fans arrofer celle de fon.
voifin. Vous ne feriez pas plus fage fi vous
tiriez vanité de votre naiffance , qui n'ajoute
rien à votre mérite perfonnet. Vous ne fauriez
douter que je ne fois au- deffus de vous
par les lumières & par les connoiffances.
Vous ne favez que ce que je vous ai appris ,
& ce que je vous ai appris n'eft rien , comparé
à ce qui me refteroit à vous apprendre.
Quant à l'autorité , vous n'en avez aucune
fur moi , & je l'ai moi- même au contraire
pleine & entière fur vous. Vous croyez peutêtre
que je m'eftime fort heureux d'être pourvu
de l'emploi que j exerce auprès de vous,
Défab fez - vous encore , Monfieur , je ne
m'en fuis chargé que pour obéir au Roi , &
nullement pour le pénible avantage d'être
votre Précepteur. C'eſt ainfi que Fenélon
formoit le coeur de fon Élève ; c'eft en ne le
Alattant jamais , & en ufant de l'autorité de la
railon. Puiffe cet exemple fervir de modèle à
tous ceux qui feront chargés de l'éducation
des Princes !
La notice du Maréchal de Turenne peint
ce grand Homme avec une reffemblance rouchante.
Modefte dans fes habits , modeſte
dans fes expreffions , auffi continent que
124
MERCURE
nt
Scipion , il vécut comme un fage à la ville ,
à la Cour & à l'armee.
Colbert n'eft pas autfi bien rendu . Les matériaux
ne manquoient cependaut point au
Rédacteur. Il femble s'être dédommagé à
l'article de Louvois . On voit ce Miniftre am-.
bitieux & fier tel qu'il fut . On frémit en lifant
le trait fuivant , à propos d'une quere le
que Louis XIV avoit faite à Louvois. - Je
vois , dit ce dernier , à la manière dont le Roi
vient de me traiter pour une fenêtre , que je
fuis perdu dans fon efprit. Jen'ai de reffources
que dans une guerre qui me rende néceffaire.
Pardieu il l'aura , j'en réponds. -
Il tint parole. Telle fut l'origine de la guerre
de 1668 , qui runa la France au- dedans , &
ne l'étendit pas au- dehors.
Nous invitons nos Lecteurs à lire le Chapitre
de Mme de Maintenon ; de cet e feme
ime devenue célèbré dans un âge où on ne
prétend plus à la fortune , & par des moyens
qui ne conduifent jamais à l'élévation . Mais
parvenue au rang fuprême , elle y trouva
l'ennui . Le Rédacteur auroit pu recueillir
plus de faits. Mlle d'Aubigné , Mme Scarron
ne font affez connues. pas
Le troifième volume eft le plus intéreffant ,
c'eft parce que les anecdotes font moins ufées ,
& parce qu'en effet le Rédacteur en a découvert
de nouvelles. Le Duc d'Orléans , Régent ,
eft rendu trait pour trait , à quelque chofe
près ; car il n'eft pas vrai qu'il ait rétabli la
DE FRANCE. 125
fortune de Philippe V. •
Il paya de fa perfonne ; il fut hardi , brave ,
voluptueux ; mais il fut plus brave qu'habile :
c'eft Vendôme , le feul Vendôme qui plaça la
couronne fur la tête de Philippe ; lui feul empêcha
que Louis XIV n'eut à rougir de l'affront
d'avoir délaifle fon petit-fils , auquel il
n'avoit envoyé , au lieu d'une armée , que le
feul Vendôme. L'époque de la Régence , &
tous les perfonnages placés dans le Ministère ,
font reproduits avec foin & dans le dernier
détail.
L'article du Cardinal Dabois cft plaifant.
Le Rédacteur peint le libertin , & montre
Thabile Miniftre ; car on n'a pas rendu allez
de juftice à ce Cardinal. Ses moeurs ont nui
à fes talens. On fait qu'il reçut les quarte
moindres , le Diaconat , la Pretrife le même
jour , & que c'étoit le jour de fa première
communion ; & ce fut Malillon qui eut la
foibleffe de le facrer ! Ne faut- il pas vous
donner le baptême , difoit au Cardinal le Prêtre
qui l'ordonnoit ?
Louis XV figure à fon tour . Son jeune âge
le fait aimer. Il eft fenfible , géncreux , reconnoillant.
On lit volontiers la réponſe du Duc de la
Trémouille , dont Louis XV avoit révélé la
confidence: Je ne puis plus être votre ami ,
Fj
126 MERCURE
}
& qui foutint cette noble fierté par la conduite.
Nous ne fuivrons pas l'Auteur dans toutes
fes notices, les Gens de- Lettres complettent
ce volume. On y apprend à l'article de Voltaire,
que c'eft à M.de Caumartin , latendant
des inances , que nous devons la Henriade ;
ce vieillard étor idolâtre d'Henri IV , il en
contoit des merveilles qui tranfportèrent d'admiration
le jeune Poëre.
Les deux derniers volumes font terminés
par une collection de traits généraux , parmi "
lelquels il en eft beaucoup qui font curieux
& piquans.
En nous réfumant , nous dirons que ce Recueil
a ce degré d'intérêt que les anecdotes ne
manquent jamais d'infpirer , & qu'il eft fait
avec plus de methode que la plupart de ceux
qu'on a publiés.
*
DE FRANCE, 127
COMMENTAIRES de Céfar , Traduction
nouvelle , accompagnée de Differtations &
de Notes , par M. de Labaftide , de l'Académie
des Belles - Lettres de Montauban.
A Paris , chez Monory , Libraire , rue des
Foffes S. Germain - des - Prés ; la Veuve
de Poilly , Libraire , quai de Gèvres ; Lef
clapart , Libraire , rue du Roule ; & au
Bureau des Commentaires de Cefar , rue
des Vieilles Tuileries , Nº. 134.
LES Commentaires de Céfar font un des
monumens les plus précieux de l'antiquité.
Quoique cet Ouvrage foit entre les mains de
tout le monde , les Traductions qui en ont
paru jufqu'a ce jour ne font plus fupportables.
Le Public defire depuis long - temps
d'en avoir une qui rende les beautés de l'ori
ginal fans altérer le fens du fexre. Tel eft le
motif qui a déterminé M. de Labastide à
donner la Traduction de cet important Écrit,
fruit des travaux du premier des Céfars. Nous
ne pouvons qu'applaudir à fes vues.
Pour la rendre plus intéreffante , M. de
Labaftide y a joint des Differtations & des
Notes. Ses Diflertations ont un double objet ,
celui d'expliquer divers pallages des Commentaires
, celui de fervir en mème- temps
de Mémoires pour l'Hiftoire des Gaules.
Comme le ftyle de ces divers Écrits eft nécef
fairement très différent , M. de Labastide a
divifé fon travail en plufieurs parties ; la pre-
Fiv
128 MERCURE
mière contiendra la Traduction & les Notes ;
la feconde , les Differtations ; la troifitniè
renfermera les differentes notions géographiques
néceffaires pour. Fintelligence des
Commentaires.
Des raifons particulières ont engagé l'Auteur
à commencer par la feconde partie , dont
le premier volume paroît aujourd'hui , il
contient une differtation fur les Bafques . M.
de Labaftide publiera bientôt le premier volune
de fa Traduction ; enfuite les volumes
de ces deux parties fe fuccéderont alternativement.
Les notices géographiques ne paroltront
qu'à la fin .
ور
La differtation fur les Bafques traite , com
me Pobferve l'Auteur lui même , " un fajet
» neuf & très- piquant . Ce peuple fingulier ,
qui fait partie de la France , femble pour
» tant être , en quelque manière , féparé du
» refte de cet empire , par fes moeurs & par
ور
ور
99
ور
fon lang ge. Placé dans une encoignure
» de l'Aquitaine , au pied des Pyrenées , il a
confervé en partie les moeurs qui lui étoient
particulières , la langue qu'il parloit dans
» des temps dont la date remonte à la plus
» haute antiquité . Cette langne , continue
l'Auteur , eft un refte de celle des Phéniciens
, les Bafques font une de leurs Co.
و ر
و ر
"
PO
» lonies . "
Il n'eft pas poffible de faire une analyfe
fuccinte de cette Differtation , fans affaiblir
les preuves que l'Auteur expofe fur les différens
faits qui y font difcutés . On doit lire
DE FRANCE. 129
l'Ouvrage même. Nous nous contenterons
d'indiquer ici les matières qui y font traitées.
Cette Diflertation eft divifee en neuf articles.
Le premier & le dernier préfentent
l'extrait confervé par Photius , dun Poëme
qu'avoit compofé Antonios Diogènės , vers
le temps d'Alexandre - le- Grand , écrit intéreffant
& très peu connu. Le principal objet
de ce Poëme étoit de faire la defcription d'un
voyage des Tyriens dans la partie de l'Océan
qui baigne les côtes de l'Europe , dans le gol
phe de Gascogne , à Thulé , qui eft l'Iflande
& même plus avant vefs le Nord. M. de
Labaftide parle à cette occafion des mines
d'or & d'argent qui, au rapport de Strabon

fe trouvoient dans les Pyrénées & dans le
pays des Tarbelli. Il oblerve , d'après Di
dore de Sicile , que les Phéniciens entrepri
rent de longues navigations , & placèrent des
colonies , non-feulement en Afrique , mais
encore dans un grand nombre des contrées
occidentales de l'Europe pour faire le né
goce , pour recueillir l'or , l'argent & les au
rres métaux précieux. Ces faits fe rapprochent
, comme on le voit , de l'idée de l'Auteur
, qui fait établir les Phéniciens dans le
pays où font aujourd'hui les Bafques ; il fait
remarquer l'identité des noms de divers lieux
de ce pays avec les noms de lieux que les Phé
niciens ont occupés dans d'autres parties du
monde. Il cite un pallage d'Ammien Marcellin?
qui , d'après Timagènes & la tradition con--
fervée parmi les Druïdes , obferve que les
Fy
139 MERCURE
Gaulois étoient les uns indigènes , les autres
venus dans le pays des Ifles lointaines avec
l'ancien Hercule ( & l'ancien Hercule eft inconteftablement
l'Hercule Phénicien. ) Il
rapporte des paffages de Tacite qui tendent'
à confirmer les mêmes idées ; il fait obferver
qu'au rapport de S. Jérôme , les Aquitains
(les Gafcons ) fe vantoient d'avoir une origine
commune avec les Grecs ; il parle du
monument que Maupertuis vit en 1737
dans la Laponie Septentrionale , fur le mont
Windfo , aupied duquel eft le lac Keyma. On
doit lire tous ces détails dans l'Ouvrage même
pour pouvoir en apprécier le mérite.
Dans les articles deux & cinq , M. de La
baftide traite des armes du Royaume de Navarre
; il croit qu'elles ont rapport à l'origine
Phénicienne des Bafques & des Gafcons ; que
le jeu des marelles eft un refte groffier de ces.
armes qui , dans l'origine , étoient une eſpèce.
de carte ou jeu géographique ; il donne un
grand nombre de raifons propres à juſtifier ce
qu'il avance; fon fyftême , quoique nouveau ,
explique ces armes & ce jeu , qui ont été
ufqu'ici des problêmes. Pour faciliter l'intelhgence
de ce qu'il dit , l'Auteur a fait faire
une double gravure des armes de Navarre.
Les détails explicatifs qu'il y joint , l'ont
obligé de remonter à l'origine des Grecs ,
d'expofer divers points de chronologie fur
cette matière . On eft étonné que les noms des
Ifs de l'Archipel & des villes de la Grèce
forent comme naturels à la langue dis Baf
S
DE FRANCE. 131
ques ; c'eft aux Savans à juger du mérite de
ces recherches . Si on doit les admettre dans
toute leur étendue , il s'enfuivroit que les
Bafques font une de nos peuplades Phéniciennes
, qui , fous le nom de Pelafges , d'Étruf
ques , & c . ont paffé de la Phénicie dans l'Ar
chipel , & delà dans les contrées occidentales'
de l'Europe ; que les Bafques font établis fur
la côte du golphe de Gascogne depuis des
temps voitins de la guerre de Troye ; que la
langue Bafque tient à la langue Phenicienne ,
langue importante à connoitre pour l'avantage
de l'Hiftoire Ancienne .
L'article trois eft confacré à des recherches
fur l'origine des mots Vafconès , Gafcons.
L'Auteur prouve que les Bafques & les Gaf-1
cons ont une origine commune ; il montre les
différences que l'on doit mettre entre ces
peuplades aujourd'hui divifées.
L'article quatrième eft employé à décrire
quel fut l'état des Vafcone's fous les Romains
, fous les Goths & les Sarrafins , fous
les Francs durant les deux premières races
de nos Rois .
On y trouve , outre l'origine des noms de
Bordeaux , de Médoc , &c . diverfes particu-
Karités fur les peuples de la Gafcogne. Nous
Fenvoyons pour tous ces objets à la differta
tion même.
Une partie de l'article cinq parle de la formation
du Royaume de Navarre.
L'article fix préfente une fuite de détails
fur la langue des Dafques .
E vi
132, MERCURE :
L'Auteur a confacré l'article feptième à
prouver qu'il exifte fur la côte du Rouillon
une colonie Phénicienne , four aînée de celle
des Bafques. Cet établiffement paroît avoir
quelque rapport avec le paffage d'Annibal
dans les Gaules , pour aller porter la guerre
en Italie .
L'article neuf contient un examen des divers
noms de peuples & de lieux relatifs aux
Gafcons , tirés de Céfar , de Pline & de divers
Auteurs. On y trouve des difcuflions intéreffantes
pour la Géographie & pour l'Hiftoire.
L'Auteur en prend occafion de fixer la poftion
de la célèbre ville de Corbilo , dont parle
Polybe : il la place fur le lac de Grand- lieu
dans le Duché de Ketz. Il établit qu'on ne
doit pas
la diftinguer de la ville d'Herbilla
qui fut engloutie dans les eaux du lac vers la
fin du fixième fiècle de notre ère.
J
On peutjuger, par cet abrégé , que la Differtation
de M. de Labaſtide eft le fruit d'un
long travail & d'une immenfité de recherches.
+
DE FRANCE. 133
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
PRIX d'encouragement pour les Poëmes
Lyriques.
IL
Il y a eu cette année vingt Opéras envoyés
au concours des Prix fondés par le Roi en
1784 , pour l'encouragement du Théâtre Lyrique
. Les Académiciens nommés pour l'examen
des Ouvrages , ont déclaré que dans ce
nombre , il n'y en avoit aucun qui leur parût
mériter le premier Prix dans fa totalité ; mais
que deux annonçoient affez de talens pour
obtenir chacun un Prix. En conféquence
l'opinion du Comité a été de propofer au
Miniftre de partager la fomme de deux mille
livres deftinée aux deux Prix de la Tragédie ,
en deux fommes , l'une de i 200 liv . qui feroit
adjugée à un Poëme intitulé : Médée , dont
l'Auteur eft M. Framery ; & l'autre de Sco liv.
adjugée à un Poëme intitulé : Arvire ; ( 1 ) dont
l'Auteur eft M. Guillard', à qui le Théâtre
Lyrique doit déjà les Poëmes d'Iphigénie en
( 1 ) C'est l'Opéra intitulé : Evelina , mis en mu
fique par Sacchini , & fon dernier Ouvrage.
134
MERCURE
Tauride , de Chimène , des Horaces , & celui
d'@dipe à Colone , ( 1 ) qui a été couronné au
premier concours. Le Miniftre a bien voulu
adopter l'arrangement propofé par le Comité.
On propofe les mêmes Prix pour l'année
prochaine , & on croit devoir prévenir de
nouveau les Gens - de- Lettres qui fe propofent
de concourir , que l'objet de l'Adminif
tration , dans l'inftitution de ces Prix , étant
d'encourager les Ec´ivains d'un talent diftingué
à fe livrer à la compofition des Poëmes
Lyriques l'invention dans le plan & dans la
conduite , l'élégance & la correction du ftyle ,
font deux mérites indifpenfables , fans lefquels
aucun Ouvrage ne peut prétendre au
Prix. Ainsi , un Poëme dont le ſujet & la conduite
feroient visiblement imités d'un Ouvrage
Dramatique déjà mis au Théâtre , feroit
rejeté fans aucun examen , & celui qui
réuniroit à la forme lyrique un dialogue ingénieux
& vrar , & une poéfie élégante &
harmonieufe , obtiendroit la préférence fur
le Poëme qui , par la coupe & par l'intérêt
même de l'action , feroit fufceptible de produire
de plus grands effets dramatiques & de
plus grandes beautés muficales , fi le ſtyle en
étoit incorrect our commum.
( 1 ) Il eft auffi Auteur d'Electre , Tragédie mic
en muſique par M. le Mayne , & qui a cu´du ſuccès.
DE FRANCE. 135
VARIÉTÉ S.
EXTRAIT d'une Lettre de Rome , fur le
Carnaval & les Théâtres.
A LA deuxième Fête de Noël fe fait ici l'ouverture
des Théâtres. Tous les Romains s'y portent
avec une f.reur inimaginable. Les loges font louées
par les perfonnes les plus honnêtes ; les feconds
rangs réservés prefque exclufivement aux Nobles.
Au parterre fe trouvent quelques femmes du bas-`
peuple, de petits Abbés gris-noirs , des perruquiers
en habit de poudre affis auprès d'eux , des chiens,
des laquais , &c. Au cas de fuccès ce font des cr's
effroyables , des mouchoirs , des chapeaux jetés en
L'air, des bravo , braviffimo, caro, cariffimo , &c
quelquefois un certain benedetto coltello appliqué
aux Soprani enchantés de le mériter , & qui ne regrettent
pas alors se qu'il leur en coûta jadis pour
Le dévouer aux plaifirs du Public.
Aux premières foirées toutes les femmes , & furtout
celles de qualité, paroiffent avec leurs diamans ,
leurs parures , mettent fur leurs oreilles & fur leur
front un peu plus de poudre qu'à l'ordinaire , &
font, avec le peu qu'elles ont d'art, tout ce qui dépend
d'elles pour paroître au moins paffables.
Il y a à Rome fix Théâtres à la fois : Aliberti,
Argentina , Valle , Capranica , Pace & Pallacorda.
Aux deux premiers font représentés les Opéras férieux
. On récite aux autres des Comédies que l'on
cha ge tous les quatre jours , & des Intern.èdes que
136 MERCURE.
Ton change feulement une fois à la moitié du Carnaval.
Le Théâtre d' Aliberti et le plus vafte de tous ,
de forme un peu quarréé , fix rangs de loges , &
trente- fix loges à chaque rang. La décoration de la
falle eft lourde. Celie d'Argentina eft plus élégante
, ainfi que la forme ronde que lui a donnée
M. Subleyras , Architect , chargé de l'embellir. Il y
a fix rangs de loges , & trente une loges à chaque
rang. La forme de Valle eft la même que celle
d'Argentina , feulement ce Théâtre eft moins fpacicux
; il n'a que cinq rangs & vingt- fept loges.
Capranica a cing rangs de même , mais vingt-huit
loges . A l'égard de Pace & de Pallacorda , le premier
a cinq rangs & vingt- cinq loges , & le fecond
quatre rangs & vingt - quatre loges ; mais les loges à
ces deux derniers Théâtre font infiniment étroites.
Toutes ces Salles font d'une conftruction fort
défagréable , charpente mal jointe , efcaliers & corridors
étroits , poirt de place commode pour attendre
les voitures au fortir da Spectacle. 11 eft reçu à
Rome de n'écouter jamais que trois ou quatre morceaux
dans un Opéra férieux , & environ autant
dans un Intermède. Tout le rete du Spectacle on
cauſe , on fe fait réciproquement des vifites , & l'on
mange force glaces , macarons , pralines & forbers
Aufli les Auteurs fe fiant à cet ufage , fe permettentils
toute eſpèce de négligences . Les détails les plus
plats dans les Poëmes , appuyés du jeu , des contor .
fions les plus ridicules , out un fuccès univerfel , &
font applaudis avec tant de fureur , que l'Acteur eft
quelquefois obligé de s'interrompre pour faluer &
remercier le Public , qui devroit rougir de proftituer
ainfi fes hommages .
Aux quatre Théâtres principaux la feule partie
des décorations parcît plus foignée qu'en France ;
pour tout le refte la différence cft de 1 à 1000.'
DE FRANCE.. 137
Aux Ballets Pantomines , qui leur plaifent aflez
généralement , fur- tout quand il y a quelque farce
extraordinaire , s'entre- mêlent toujours des Cabrioleurs
effiayans dits grotefques , qui , au moyen de
nille fauts très périlleux faits lourdement & fans
grace , procurent un fpectacle auffi intéreffant que
Left en France celui du combat du taustau . Cependant
la fenfibilité de la canaille Romaine en eft
puiffamment émue . On les excite ou plutôt on les
agace par des applaudiffemens en forme de hurlemers
, qui répondent très - bien à leur genre de
mérite.
Sans entrer dans le détail des Comédies ' en
profe , & fans parler de deux Tragédics nouvelles ,
Zaira & Ariftodeme , la première faite par M.
Manlio , Secrétaire du Cardinal Sonderini , & h
deuxième pa: M Monti , Secrétaire du premier neven
du Pape , j'ir férerai fet lement ici la rete de ce
qui a paru de nouveau en mufque , & les noms des
Acteurs des principaux Théâtres.
ARGENTINA . Premier Opéra : Créfo , Mafique
d'Anfoffi, Napolitain , demi-fuccès , Mufique médiocre..
Grand Ballet , Achille reconnu par Vlyffe à la
Cour de Lycomède.
Deuxième Opéra : Ferdinando nel Meffico , par
Jofeph Giordaniello , Napolitain , demi fuccès .
Grand Ballet , la mort de Clytemnestre
Sujets. Première femnie , Valerio Violani.
Deuxième femme , Diego Sironi .
Premier Soprano , Dominico Bruri.
Deuxième , Giuseppe Capranica .
Terore, Ange'o Franchi.
Le premier Soprano Bruni a beaucoup de voix ,
le fon charmant , mais l'art d'en tirer parti lui
minque
abfol : ment . Violani & Franchi font paf
fables ; le refte mauvais.
138
MERCURE
ALIBERTI. Premier Opéra: Aleſſandro nel? Indie
, par Luigi Carufo , Napolitain , demi-fuccès.
Grand Ballet , l'Incendie de Troyes.
Deuxième Opéra : Melite riconosciuta , &' Angelo ,
Tarchi , Napolitain , demi-fuccès.
Grand Ballet , Caliste.
Sujets . Première femme , Francefco Cibelli,
Deuxième , Giuſeppe Batazzi .
Premier Soprano , Antonio Goti.
Deuxième , Autonio Antico.
Tenore , Vincenzo Maffoli .
La première femme paffable ; le Terore grand
Muficien. Il y a fix années que dans le Pittor Parigino,
il faifoit l'ultima parte au Théâtre de Valle ;
il fe mit alors au fervice de Pacherotti , à qui il a
dérobé une partie de fon talent . Sa manière ne reffemble
point aux autres , & parof: bien adaptéc à la
voix , i divife l'intérêt de fon chant par toutes les
phraſes muficales , où il met fouvent une expreffion
fingulière , & qui n'eft qu'à lui , laiffant tomber la
voix , l'abandonnant , la reprenant , touchant juſte
& moëlleufement quelques cordes auxquelles on ne
s'attend pas , ce qui ajoute fir gulierement à l'expreffion
des paroles il y met de plus une facilité f
grande, qu'on diroit d'un inftrument touché avec les
doigts . On n'y fent jamais la fatigue de la difficulté.
Il manque du grand effet muſical à raison du peu de
volume de fa voix & de l'intérêt qu'il divife trop ,
& qu'il ne réferve pas affez post la fin. Les trois
autres fujets font plus propres à diftribuer des bilts
qu'à parolere en Scène.
VALLE. Premier Intermède : Gli equivoci nati da
famiglianza , les Méprifes par reffemblance , par
Pierre Guglielmi , Napolitain , fuccès . Il n'y avoit
cependant de fupérieur qu'un Duo neuf & fingulier.
Ce fort deux amoureux fimples , la première femine
& le Buffo. On les laiffe feuls enfemble ; ne fachant
DE FRANCE. 139
que faire & que fe dire , ils fe mettent à chanter en
folfiant , & finiffent , en fe regardant , & au moyen
de l'intérêt qu'ils mettent au Solfège , par devenir
amoureux l'un de l'autre. Ce Dao à excité un juſte
enthouſiaſme.
Deuxième Intermèle : Le Pazzie de' gelofi , par
Anfeffi , Napolitain . Ce fecond Intermède d'Anfofli
a beaucoup éuffi avec raifon ; c'eſt ce que j'ai
entendu de meilleur de ce Maître depuis le temps que
je fuis en Italie il n'y avoit que les finales qui
étoient un peu foibles , tout le refte fupérieur , d'une
harmonie fimple , riche de mélodie , tous les morceaux
du plus grand intérêt & de la plus grande
variété.
Sujets. Première femme , Viacenzo Bartolini.
Deuxième femine , Salvatore Tiezzi.
Premier Buffo Luigi Rafanelli.
Deuxième Buffo , Francesco Arbertarelli.
Tenore , Giacome Cinti,
dite
Bartolini , plin de grace & d'expreffion Il vient
d'Angleterre , de manière qu'il eft peu connu en Italie.
Sa voix n'eft point parfaite ni forte ; il en résulte
que fouvent elle n'eft pas ferme, & quelquefois l'in
tonation eft douteufe ; mais malgré cela on peut
que c'est un très grand Chanteur , pollédant la plupart
des qualités pour arriver à la perf. ction de cet
Art, Il a beaucoup du ftyle de Marchefino ; il a la
plus grande fûreté & fermeté dans tout ce qu'il fait ,
dans les roulades frappant chaque divifion de ma
nière que chaque note étant entendue comme elle
doit l'être , il en résulte cet intérêt de la bravoure
que l'on n'aime pas chez nous , parce qu'on ne fait
pas l'apprécier , & que ne connoiffant pas la Mufique
vocale par rapport à l'art qui lui eft propre ,
on n'en a jamais fenti les divers mérites . Il a zvfi
de l'expreffion , de la variété, & fur- tout beaucoup
deffet relativement à fon
organe.
140 MERCURE
CAPRANICA . Premier Intermède : I ipieghi for
tunati , par Jofeph Giordant llo , Napolitain , tombé.
Deuxième Intermède . La Nobilià Villana , par
Vincenzo Fabrici , Romain , tombé.
Sujets Première femme , Paolo Belli.
Tenore, Glovanni Bertacci .
D.uxième femme , Michele Benedetti.
Premier Beffo , Agoftino Liparial.
Deuxième Buffo , Gafparo Mayer.
Tous les quatre déteftables ie Tenore paffable.
PACE. Premier Intermède : Iviaggiatori ridi
toli , par Valentin Fioraventi , Reinain , fuccès .
Deuxième Intermède . I trè Crfti , par Marce'lɔ
di Capoua , Napolitain , fuccès .
Sujets . Première femme , Francefco Pellegrini ,
Deuxième fi mire, Marco Grifoni .
Premier Buffo , Luigi Trenta- nove.
Deuxième Buffo , Giufeype Amici.
Tenore, Antonio Beccari.
Pellegrini charmant Soprano , peu de voix , mais
prodigieufement de fine & d'expreffion ; une
vraie figure de jolie fem ne. B.ccari bon M.ficien ,
& affez bon Chanteur.
PALLA CORDA . Premier Intermède : ll Ré de
Mori, par Pietro Fioraventi , Romain .
Deuxième Interniède, Il Macftre Tacone , par
Andrea Coramboni , Romain.
Ces deux Intermèdes no m'ont paru devoir obte
nir qu'un fuccès très - mince ; mais les anonymes déteftables
qui jouoient à ce Théâtre étoient dans le cas
de faire fiffler la plus belle Muſiqec : donc relativement
au talent du Compofiteur , adhuc fub judice lis
est .
Malgré les négligences de toute espèce qui fe
mêlent aux productions Théâtrales , il eft pourtant
certain que le peu qui réuffit en Musique eft véritablement
fuperbe. Plufieurs Airs chantés par Maf
DE FRANCE. > 14
foli à Aliberti , par Bruni à Argentina , par Pellegrini
à Pace , & par Bartolini à Valle , étoient d'une énerd'une
expreflion furprenantes , & méritoient
feuls ( ce qui arrive ) que l'on allât au Théâtre pour
le plaifir de les entendre .
,
-
Pendant les huit derniers jours qui précèdent le
Mercredi des Cendres , à la fureur du Spectacle qui
n'a lieu que le foir, fe joint celle des mafques , qui
commencent à courir à midi dans la rue du Cours ,
la plus belle de Rome , & qui peut avoir un mille
de long. Vers quatre heures après midi l'affluence
des voitures eft prodigieufe , toutes les fenêtres font
garnies de tapifferies ; il y a des échafauds dreffés
à toutes les portes des Palais pour affeoir indiſtinctement
fur des gradins le Public mafqué ou non
mafqué ; c'est un coup d'oeil fort agréable ; chaque
foirée fe termine par la courfe des chevaux . Une
demi heure avant la nuit, le Gouverneur & les Juges
prennent les places qu'ils ont droit d'occuper , & à
un certain fignal on laiffe échapper d'un bout du
Cours à l'autre des chevaux impatiens , qui , fans être
montés par des Cavaliers , fourniffent d'eux - mêmes
leur carrière au grand galop. Celui qui arrive au
but le premier fait gagner à fon Maître un mor
ceau d'étoffe d'or & d'argent fourni par les Juifs
qui font tenus de dépenfer environ 6000 liv . de
France pour donner au Peuple pendant huit jours
confécutifs le plaifir de la courfe des chevaux , la
Fefta de' Barberi.
Les Feftins ou Bals mafqués au nombre de quatre ,
qui fe font à Rome pendant le Carnaval dans la Salle
d'Aliberti, offrent aux Étrangers une Fête fort agréable.
Beaucoup de jolies femmes , qui ne paroiffent
que là dans toute l'année , en forment la principa'e
décoration . La fraîcheur momentanée de leurs paru-
Jes & l'éclat des lumières leur fied infiniment ; mais
142 MERCURE
.
j'ai lien de préfumer' qu'il ne faut pas attendre au lendemain
pour les juger.
Le Carnaval fiait par ce qu'on appelle La Fefta
de Moccoli : elle a lieu à la première heure de nuit
le Mardi Gras . Plus de fix ou fept mille Perfonnes ſe
promènent avec des bougies dans le Cours , fe les fouffent
& fe les rallument réciproquement. C'est un enfemble
d'Orgies originales qui amufe deux heures par
La fingularité.
ANNONCES ET NOTICES.
RECHERCHES ECHERCHES fur les Prérogatives des Dames
chez les Gaulois , & fur les Cours d'Amours , &c. ,
par M. le Préfident Rolland A Paris , chez Nyon
l'aîné , Libraire , rue du Jardine t ..
Cet Ouvrage réunit l'amufement à l'érudition.
Plufieurs queftions incidentes , & cependant relatives
au fujet, y font traitées avec goût & fageffe. On
diroit que le fonds de cette Differtation n'en eft
que l'acceffoire, & que le favant Auteur , pour faire
paffer plufieurs points de droit difcutés wès- perti
nemment, a mis à tout cela une enveloppe attirante
pour le commun des Lecteurs . Nous avons fi peu
de monumens authentiques & férieux fur les Cours
d'Amour,. qu'on est forcé de s'en tenir à des con-
Jectures, & de croire que les procès jugés par les
Parlemens féminins , n'étoient guères qu'Académi
ques, comme les jugemens qui nous en reftent ne
font que de bizarres pédauteries dans le ftyle &
avec les formules du Palais Cette Brochure de M.
le Préfident Rolland fait fuite à fon Plan d'Educason
pour les hommes , & annonce que ce refpectas
DE FRANCE
143
ble Magiftrat dirige l'érud tion vers l'utilité publi
que , & fait fortifier la Littérature par tout ce que
Pérudition a de plus fo'ide.
EUVRES de M. Abbé Spallanzani, Profeffear
Royal d'Hiftoire Naturelle dans l'Univerfité de Pavie,
&c. &c, contenant , 1 ° . fes Opufcules de Phyfique
animale & végétale ; 2 ° . fon Traité de la Digef
tion de l'homme & des animaux ; 3 ° . fes Expériences
pour fervir à l'Hiftoire de la Génération des
animaux & des plantes : oh y a joint plufieurs
Lettres de M. Bonnet & d'autres Naturaliftes célèbres,
le tout traduit de l'Italien par M. Senebier,
Bibliothécaire de Genève , 3 Vol . in- 8 ° . avec fig.
Paris , 1787 , chez Pierre Dup'ain , Libraire , cour
da Commerce rue de l'ancienne Comédie Françoife.
Priz, 15 liv brochés , & 18 tiv, reliés .
Nous rendrons compte inceffamment des OEuvres
de ce célèbre Phyficien , dont les Expériences font
précifes , péremptoires & folides, comine la gloire
qu'il s'eft acquife aux yeux de toutes les Compagnies
favantes, perfonne n'ayant porté PArt d'interroger
la Nature à un plus haut période.
MANUEL des Goutteux & des Rumatifes , ou
l'Art de fe traiter foi-même de la Goutte , du Rhumatifne
& de leur complication , avec la manière de s'en
preferver , de s'en guérir & d'en éviter la récidive ;
par M. Gachet , Maître en Chirurgie , Auteur de lẾP
lixir Anti- goutteux , nouvelle £ lition , revue , corrigée
& augmentée, A Paris , chez M. Gachet fils ,
quartier S. Denis , rue Beauregard, nº . 50 , ? u premier,
& chez La boucher , Libraire quai de Gêvres ,
à la Providence, Prix , 2 liv, 10 fo's broché , & 3 liv.
Ilié.
Six Duos pour deux Violons més de petits
144
MERCURE
-
----
Airs variés , par M. Bertheaume , OEuvre III,
Prix , 7 liv, 4 fols . - Deux Sonates pour le Violon ,
par le même, ivre IV. Prix ,
4 liv. 4 fels.
Deux Concertos pour le Violon , du méme , OEuvre V.
Prix , 7 liv . 4 fols, Deux Symphonies concer-
Lantes , la première pour deux Violons , la feconce
pour deux Violons & Alio , du même , OEuvre VI.
Prix, 7 liv . 4 fols . Trois Sonates pour le laveein,
dont les deux premières font les deux Symphonies
concertantes de l'Euvre fixième , & la troisième
une Sonate de l'uvre quatrième , formant l'OEuvre
Jeptième , du même. Prix , 7 liv. 4 fols.
-
Ces différens avres, outre le mérite de la compofition
maficale , qui diftingue les Ouvrages de
M. Bertheaume, font ornés chacun d'un Frontifpice,
gravé à l'eau - forte par M. Echard , fameux Clavecinifte,
& dont l'effet cft charmant.
TA BL E.
QUATRAIN &Mme la Vir phe ,
comteffe de C*** .
102
77 La Science de la Législation
104
Vers à Mme la Marquife de
la P.....
98 Opufcules Poétiques , 116
Traduction de l'Ode d'Ho- Galerie de l'Ancienne Cour ,
race ,
ib. 119
Couplets à Mme P¿*** , 99 Commentaires de Céfar , 127
Cranfon à Mme la Marquise Académie Roy. de Mufi . 133
d'El... 101 Variétés ,
Charade, Enigme & Logogry. Annonces & Notices ,
APPROBATION.
335
142
J'AT lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Avtil 1787. Je n'ý
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 20 Avril 1787 GUID I.
ة ي ر ي د
SUPPLÉMENT
AU MERCURE *.
4
AVIS confervateur du Citoyen , fur les
caufes de maladie violente & de mort
imprévue , qui ravagent foudain les
hommes de tous les rangs. Découverte
intéreffante du dix- huitième Siècle ;
où l'on a joint des Obfervations aux
Magiftrats fur les caufes de maladie
& de mort par l'altération de l'air &
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publi
cation des Proſpectus & Avis particuliers de la Librairie.
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compofition , du tirage , du pliage , &c. devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux .
La partie littéraire du Mercure n'étant composée que de
deux feuilles , on ne pouvait auffi y parler que très -imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences & les Arts.
On pourra dans les Profpe&tus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
On doit s'adreffer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv .
4 pages 84 liv. , & c . Outre le prix ci- deffus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém, Nº. 14. 7 Avril. 1787 .
( 2 )
des comestibles , & par divers autres
moyens peu remarqués dans la Capitale
; avec une digreffion phyfique fur
Les Affemblées & Spectacles publics
portant l'indication des moyens fürs
& faciles d'y renouveler & purifier
l'air. Par M. ANDRIEU , Dedeur
en Médecine , de l'Univerfité de Montpellier
, &c . 1 vol . in- 8º .
Mes parens, mes amis , me patriotes ,
font moiffonnés tous les jours par des
maux violens & imprévus dont je fais
moi-même menacé , mais dont je pourrai
me garantir , fi j'en connois la
caufe.
Paris , chez l'Auteur , quai de la Mégifferie
, près l'Arche Marion, 1787. Avec
Approbation & Permiſſion .
ON a traité dans ce Recueil de quatre
caufes générales accidentelles de mort foudaine
& de maladie violente , qui tuent
journellement les hommes à l'improviſte ,
dans tous les temps & dans tous les lieux ,
avec l'indication des moyens de les prévenir,
& d'y remédier par les loix de l'Hygiène
& de la Médecine.
On traitera fubféquemment des caufes
naturelles de mort fubite , & des maladies
violentes , aiguës ou chroniques , qui , détruifant
l'humanité , tiennent à l'existence
phyfique de l'individu,
((34 )
• On indiquera les moyens de prévenir
accidens par un genre de vie & une nourriture
appropriés Cau tempéramente élémen
taire conftitutif de chaque perfonne , d'après.
une expérience également certaine & falutaire
, long-temps médiée.
L'Auteur obferve préliminairement , » que
organiſation du corps de l'homme , &
» le mécanisme de fes fonctions , confidérés
fous l'afped phyfique & moral ,
démontrent fenfiblement que les caufes
même de notre exiftence doivent la
maintenir jufqu'à fon terme ; & que la
férie de nos jours , dans l'ordre naturel
des loix de notre formation , doit être
prolongée à un degré de vieilleffe plus
bu moins marqué , lorfqu'une influence
contre nature , l'abus volontaire ou in- in²
» (volontaire: des chofes néceffaires à l'en-
» tretien de la vie , n'en interrompent
prématurément le cours "
"3
(
L'Auteur établit dans cet Ouvrage quatre
caufes générales accidentelles de mort foudaine
& de maladie violente les plus fré
quentes & les moins connues ; telles font :
Les apoplexies , les fièvres putrides
& malignes fpudames , par altération , par
épaiffillementy par effervefcence du fang ,
résultant des trop fortes paffions de l'ame ,
ou d'un régime dépravé & abufif dans l'ufage
de fix chofes non naturelles , deftinées
à la nutrition du corps , à l'entretien
& confervation de la vie.
( 46)
1
2:2° Les maladies courantes par l'influence
de la conflitution des faifons , & les in
tempéries & variations foudaines de l'at
mofphère qui en résultent , agiffant pluss
ou moins fortement & malignement for
nos corps immergés , végétans fans ceffer
dans l'air ambiant qui les foutient ou les
détruit par fes bonnes ou par fes mauvaifes
qualités.
3. La putréfaction , la décompofition de
Fair atmosphérique , qui a toujours lieu
plus ou moins fenfiblement dans les grandes
villes , notamment dans la Capitale , ou
les hommes fe trouvent entaffés & réunis
dans leurs habitations , dans des rues , dans
des efpaces déterminés & limités.
,
Spécialement dans les lieux d'affemblée
& Spectacles publics , pendant plufieurs
heures confécutives , refpirant ainfi en commun
un air concentré , gâté , méphitifé
foit par la refpiration , par la tranfpiration
du corps & autres émanations naturelles
foit par la chaleur artificielle & contre nas
ture des poêles , chauffoirs , tuyaux , four
neaux , plaques ; foit enfin par la vapeur
par la fumée des lampes , des chandelles ,
des bougies , des feux & exploſions pirothecniques
, fervant aux jeux & illufions
du théatre , & c. &
48. Enfin , l'altération vicieufe du fang
& de la lymphe par contagion anti -fociale ,
par affection fcorbutique ou d'humeur froide,
c. &c. caufes dit l'Auteur , que l'ex(
૪ )
périence & l'obfervation journalières découvrent
réfider aujourd'hui prefque chez
lès trois quarts des individus , à l'infçu
même du plus grand nombre , ainfi qu'une
pratique de vingt ans , & alguérifon de
plus de dix mille perfonnes , fous fes yeux
& par fes foins , l'en ont convaincu ( 1 ).
(1) Voyez Agenda anti-fyphillitique , pour connaître
& bien guérir les maladies vénériennes ,
fans équivoque & fans violence, maladies d'autant
plus facheufes , qu'elles font très - étendues aujourd'hui
, fouvent cachées , méconnues ou mál
guéries , & par cela même exiftantes à l'infçi
des perfonnes qu'elles affectent , notamment
dans le mariage , &c . &c.
Avec des fignes , notions & caracteres fenfibles
, bien conftatés & profondément inédi
tés , pour faire reconnaître cette maladie furtive
chez les hommes , chez le fexe & chez
les enfans. 81 ܐ܂
Voyez auffi le compte rendu au Public par
l'Auteur , fur le même objet. A Paris , 1786,
Nouvelle édition , augmentée de l'Agenda antifyphillitique
, chez Morin , Libraire , rue Saint-
Jacques.
Ce travail falutaire eft le fruit de 20 ans d'expérience-
pratique de l'Auteur , jointe à celle de
plufieurs Médecins de Montpellier & de la Capitale
, dont il a vérifié & médité les obfervations
, comme auffi le réfultat de plus de
dix mille guérifons opérées fous les yeux &
par fes foins , fur des maux plus ou moins
compliqués & invétérés , apparens ou obfcurs ,
négligés , méconnus , &c. &c .
Toutes ces guériſons ont été effectuées fans
* iig
( 6 )
Ces quatre caufes accidentelles deridepor
pulation font conftatées , de tous les temps ,
par les faftes de l'Hiftoire par cetix deala
Médecines par les relations périodiques des
Papiers publios , par l'obfervation conttante
& journalière de tous les lieux d'eft par
elles qu'on icefle de vivre à tout âge , dans
le temps où la fanté paraît la mieux afferé
paraît la mieux affermie
& le danger le plus éloigné , au
milieu des jeux des feftins , des divertif
Jemens , ou dans les bras du fommeil.......
Etant prouve, en effet , que ce genre
de mort foudaine & de maladie violente
détruit à lui feul la plus grande partie des
individus plus encore chez les perfonnes
de haut rang , comme étant plus fufceptibles
des grandes & fortes pallions .
12
Ces caufes de deftruction , dit l'Auteur ,
ne ceffent d'exercer leurs ravages dans ce
fiècle même & de nos jours ; combien de
Princes , de grands Seigneurs ', de perſonnes
illuftres & effentielles par leur rang & par
"
Hul concours de cauftiques , incifions , ni autres
moyens violens & actifs , & fans ces examens
indécens & défagréables pour l'honnêteté & la
pudeur , autant qu'humilians pour la vraie vertu
des refpectables mères & époufes ..
?
La priorité de cette réforme , fi falutaire à
Phumanité , appartient en tout à l'Auteur
telle qu'il l'a publié le premier dans fon compte
rendu en 1781. Voyez le Mercure de France
du 21 Octobre 1786 , page 14 du Supplément.
( 7 )
leur naiffance combien grand nombre
d'autres citoyens cftimables & utiles dans
tout état , ont péri foudain par des maladies
violentes & imprévues !
Caufes morales & phyfiques d'interrup
tion forcée & accidentelle de la vie , dont
la plupart ne laiffent aucune trace , aucun
veftige de leurs effets.....
1 Des exemples authentiques de longues
vies , prolongées jufqu'à 110 , 120 , 140 ,
159 , 169 ans même , confignés dans l'Hiftoire
, fent mis ici en parallèle avec le précis
nécrologe de ces morts prématurées .
Longues vies douces & heureufes , qui
font démontrées être le fruit d'un régime
de vie fumple , frugal & tranquille , loin
des moeurs des villes , & c. &c.

D'après ce parallèle , l'Auteur réclame
de l'oubli , de l'indifférence des hommes
pour leur propre bboonnhheeuurr , & de leur
inattention fur les caufes accidentelles violemment
destructives de la vie humaine
tandis qu'ils fe livrent fans réſerve & avec
une forte d'enthoufiafme frénétique , à la
futilité des découvertes phyfiques , vaines &
illufoires , dont la plupart n'ont aucun but ,
aucun objet , aucune utilité réelle .
Il cite à cette occafion , claffe en leur
lieu , & analyſe en peu de mots , entre
autres découvertes , celle des Aéroftats , &
le Mefmérifme magnétique animal , qu'il
apprécie avec juftice & vérité .
Succèdent des courtes réflexions propres
* iv
'( 8 )
.
à exciter l'attention du Lecteur fur les
caufes de deftruction de la vie & de la
fanté , avec un développement des quatre
caufes principales de dépopulation énoncées
, qu'il faut lire dans l'Ouvrage même.
Dans l'article de celle de ces cauſes par
vice d'altération du fang , l'Auteur cite les
accidens , les maladies violentes & rapidement
mortelles , fous diverfes formes , qui
ravagent tous les jours à l'improvifte nombre
d'individus , à la grande furpriſe & regret
des Médecins & des affiftans , fans qu'if
foit poffible d'apporter aucun fecours . Des
réflexions morales également frappantes par
leur importance , leur certitude & leur ob
jet , fuivent ces réflexions .
39
و د
" C'eft en vain , dit l'Auteur , que dans
» ces circonftances , à l'afpect de ces fu-
>> neftes accidens fi multipliés , de ces fcènes
lugubres & funéraires fi fréquentes , on
s'abandonne aux regrets que la Nature &
» la fenfibilité infpirent , & que dans l'excès
d'étonnement & de défefpoir où ils
plongent , on fe demande les raiſons &
les caufes de mort fi brufques & prématurées.
"
, ג
22
2.3
"
>
» En vain on réclame , on murmure de
» la fatalité du fort de ces victimes , im-
» molées ainfi à la fureur meurtrière de ces
fléaux deftructeurs , furtivement conta
gieux l'évènement a frappé , la Nature
» fe tait ; on incline , on détourne la tête
» en filence , & bientôt on oublie on
و و
,
( و )
" méconnaît ces formidables cataſtrophes
» dans leurs caufes & dans leurs effets «.
D'après ces affligeantes réflexions , que
le temps & l'évènement juftifient & vérifient
fans ceffe , l'on conçoit combien il
ferait important aux hommes de s'occuper
du foin de leur exiftence & de leur fanté.....
afin de fe mettre à l'abri de ces effets funettes
& imprévus , de ces accidens foudains
, de ces états négatifs de fanté équi
voque , valetudinaire , tant pour eux que
pour leur poftérité ......
L'Auteur éxamine l'état de l'air dans les
maladies générales épidémiques ; il fait l'énumération
des fignes précurfeurs , terreftres
aériens ou célestes , plus ou moins remarquables
& apparens , qui ont toujours précédé
ces fléaux ou calamités publiques , fous
des formes & des caractères différens & divers
, avec la défignation particulière des
maux qui ont réfulté de l'apparition préalable
de chacun de ces phénomènes ou
fignes précurfeurs..
Rapportant au bas de chacune de ces maladies
les remèdes , médicamens ou traite
mens médicinaux qui ont le mieux réuffi pour
leur guérifon ; ce qui conftitue une collection
précieufe , un tableau précis , falutaire
, généralement utile & intéreſſant fur
cette matière .
Suivent les indications générales des
moyens de remédier à ces calamités , ainfi
1
( 10 )
par un 9
que des moyens de les prévenir ; fur quoi
l'Auteur cite , d'une manière précife &
fuccincte , fept loix ou préceptes du célèbre
Hoffman , terminés au
Lecteur fur l'abus de la Médecine & l'équivoque
du Médecin , confirmés par des fragmens
de Littérature & de Philofophie de
haute idée , d'agréable précifion & de
fineffe d'efprit , très-heureufement adaptés
au fujet.
On lit enfuite des obfervations particulières
& effentielles aux Magiftrats fur diverfes
caufes accidentelles de mort dans la Capitale
& dans les grandes villes.
Un fommaire de faits , de nouvelles découvertes
& d'inflitutions falutaires & utiles
propres à l'Auteur , publiés en différens
temps , qui lui ont mérité l'accueil du Gou
vernement , des prix & des fuffrages acadé
miques , terminent ce Recueil intéreffant ,
dont le plan & le fujet font préſentés d'une
manière & avec des obfervations & réflexions
abfolument neuves.
Suivent des Obfervations intéreffantes
pour l'humanité , utiles aux progrès de la
Médecine , à l'inftruction des Médecins ,
& au falut des malades :
Ayant rapport à des perfonnes abandonnées
comme fans reffource , & réduites au dernier
degré d'inanition & d'extinction finale
par des maladies compliquées & dégéné
rées :
( 1 )
Qui ont été rétabiies à la vie & à lafanté
par l'ufage du lait d'âneffe , & autres
moyens preferitsfans efpérance de fuccès ,
& dérogatoirement aux principes & préceptes
de l'Art.
Il faut lire ces Obfervations dans l'Ouvrage
même , avec les Réflexions pratiques
relatives
Volume in-8 °. 3 liv.
Il faut affranchir les lettres & l'argent.
A Paris , chez MORIN , Libraire , rue
Saint-Jacques ; LESCLAPART , Libraire de
MONSIEUR , rue du Roule , N ° . 11 , près le
Pont-Neuf.
Lu & approuvé , te 7 Février 1787. DE SAUVIGNY.
Vu l'approbation . Permis d'imprimer , ce 7 Février -87.
DE CROSNE.
GRAVURES DES CHAPITRES NOBLES DE
L'ARGENTIERE & de SALLES, fitués dans le
Diocèfe de Lyon .
CES Chapitres , dont Mesdames les Comteffes
du Fenoy! & de Ruffet font Abbeffes , ont voulu
faire ceffer les inconvéniens que la plupart des
autres Chapitres éprouvent des conftructions
anciennes , faites fans plans déterminés , également
défagréables au coup d'oeil , & incom .
modes.
Le fieur DESARNOD , Architecte à Lyon , qui
a été honoré de la confiance de ces Chapitres ,
efpète de plaire à la Nobleffe , en rendant pu-
1
* vj
( 12 )
bliques deux Gravures de même grandeur , quirepréfentent
les élévations perspectives de ces
édifices , dédiées , la première à MONSIEUR ,
frère du Roi , que l'Archite &te a eu l'honneur
de préfenter à S. A.; & la feconde à feu Monfeigneur
le Duc D'ORLÉANS.
Les bâtimens du Chapitre de l'Argentière font
compofés , dans le fond , d'une églife & fes
dépendances , ayant à droite la maison abbatiale ,
à gauche , celle pour les Dames anciennes , &
de chaque côté , en ailes , douze maifons canoniales
, deffervies par une espèce de colonnade
pilaftrale , pour communiquer entre elles
& à l'églife.
Les trois lignes fur lefquelles ces bâtimens
font établis , forment une place carrée , divifée
en tapis de gazon , allées formant berceaux
bafin d'eau jailliffante , &c .
Le Chapitre de Salles eft également compofé
d'une grande place , dont la divergence
des maifons latérales forme un trapèze régu
lier.
Le centre de cette place eft occupé par l'Eglife
, la Sacrifte , la falle capitulaire , & les Archives
, formant enfemble un groupe de bâtimens
agréable.
Cette place eft divifée en compartimens par
des plantations , des fontaines , & des allées ,
fous l'une defquelles on pourra fe rendre à couvert
à l'églife .
Les maifons qui circonfcrivent cette place ,
font au nombre de huit dans le fond , & onze
de chaque côté.
Toutes ces maiſons , ainfi que celles dn Chapire
de l'Argentière , ont des jardins féparés
du côté oppofe aux places , lefquels s'étendent
jufqu'aux murs formant l'enceinte des Chapitres.
Celui de Salles eft précédé d'une avant - cour ,
( 13 )
dans laquelle font des bâtimens pour le Prieur
& pour les Etrangers.
Chaque maiſon canoniale de ces Chapitres eft
compofée , au rez de chauffée , d'un veftibule ,
d'une falle à manger , d'une cuifine & fes dépendances
; au premier étage , de deux appartemens
complets ; & au deuxième , de pièces
diftribuer à volonté.
Si deux Dames , habitant la même maiſon ,
veulent avoir un ménage féparé , elles auront
chacune un fallon , une falle à manger , une
cuifine , un office , un lavoir , une cave , & un
bûcher.
On trouve ces Gravures , formant pendans ,
à Paris , chez les frères Savigny , grande cour
du Palais - Royal ; le feur Sauvage , quai des
Quatre Nations ; le fieur Fallon , fur les Boulevaits
, près la Comédie Italienne. A Verfailles ,
chez le fieur Blaifot , rue Satory ; & à Lyon ,
chez le fieur Joubert , grande rue Mercière ; &
chez le fieur Vincent , Eleve en Architecture
place Louis le Grand , maison de M. le Comte
de Loras , près la place Lévifte .
Prix de chaque Gravure , 6 liv . , compris le
tableau des preuves de noblele de ces Chapitres.
Lu & approuvé , ce 12 Mars 1787. DE SAUVIGNY .
Vu l'Approbation . Permis d'imprimer , ce 23 Mars 1787-
DE CROSNE.
>
( 14 )
Catalogue des Livres qui fe trouvent en
nombre chez Volland , Libraire , quai
des Auguftins , Nº. 25 .
OEUVRES complettes de Madame Riccoboni
, 8 Vol. in- 8 ° . broch. avec étiquettes ,
& ornés de vingt-quatre Figures en tailledouce
, 30 liv.
Cette Edition , revue avec foin par Madame
Riccoboni , eft la feule complette ;
elle eft augmentée d'Aloyfe de Livarot , de
Chriftine , Reine de Souabe , d'Enguerrand ,
des amours de Gertrude , & de l'Hiftoire
des jeunes Amics . Nous fouhaitons que le
Public , qui a déjà fixé fon jugement fur
les Ouvrages de cette Auteur , en veuille
bien porter un auffi favorable fur le zèle
qui nous engage à lui préfenter cette nouvelle
Edition , exécutée avec la plus grande
attention .
Abrégé du Dictionnaire de l'Académie
Françoife , où l'on trouve une définition
claire & précife de tous les mots de cette
Langue , un Vocabulaire géographique trèsétendu
, & plus de onze cents mots marqués
d'une X , qui ne font pas dans toutes
les précédentes Editions du grand Dictionnaire
de l'Académie. 2 Vol . in- 8 ° . rel.
1786. 12 liv.
Coutume d'Angoumois , par de Souchet ,
( 15 )
2 Vol. in-4°. 9 liv. au lieu de 24 liv. en
feuilles.
Traduction des meilleurs Romans grecs ,
latins & Gaulois , extraits de la Bibliothèque
des Romans , de l'Imprimerie de
Didot l'aîné 2 Vol . in-4°. , de près de
500 pages chacun , 18 liv. broch. Pour
donner une idée de cette Collection , nous
joignons ici la note des principaux Romans
qui fe trouvent dans les deux Volumes.
Dans le premier , font : Les Affections de
divers Amans de Parthenius , les Narrations
d'amour de Plutarque , l'Ane d'or d'Apulée ,
Aftrée , vingt Romans de Chevalerie , Télémaque
, la Médaille à l'envers , le Cordelier
Médecin , le Mari armé , le Duc
de l'Aiguillette , l'Ivrogne en Paradis , le
Mari commode , l'Encens au Diable , le
Clerc Eunuque, le Faifeur de Papes , la Nonnain
favante , le Borgne aveugle , le Confeiller
au Bluteau , l'Enfant de neige , l'Enfant
à deux pères , la Forcée de gré , le
Mari Confeffeur , &c. &c .
Le fecond contient : Eraftus , les Compagnons
de la Table Ronde , les Impératrices
Romaines , la Boucle de cheveux enlevée
, le Comte de Gabalès , Mémoires de
Comminges , Académie galante , Amours
de Henri IV , la Chartreufe & les Ombres
, Mémoires de Grammont , Malice de
l'Amour , Origine de la Feffette du menton
, la Femme Ermite , le Temple de
Gnide , les Contes d'Hamilton , &c.
( 16 )
Il ne refte de ce Livre que trente exemplaires.
Dictionnaire raifonné de toutes les parties
de la Phyfique , contenant toutes fortes
d'expériences & de récréations phyfiques ,
par M. Briffon , fucceffeur de M. Nollet ,
nouvelle Edition , ornée de quatre - vingt - dix
Planches , & augmentée des Découvertes
Aéroftatiques , 3 Vol . in- 4 ° . broch . en carton
, 30 liv.
Les quatre-vingt- dix figures de cet excellent
Dictionnaire forment un Volume à
part ; elles ont toutes été gravées avec le
plus grand foin , & M. Briffon les a fait ,
defliner devant lui par les plus célèbres.
Artiftes. On ofe affurer qu'elles peuvent te
nir lieu du cabinet de phyfique le plus
complet.
Hiftoire Militaire de Flandre , connue
fous le nom de Campagnes du Maréchal de
Luxembourg , 4 Vol. in-fol. br. ornés de
plus de cent trente Planches enluminées.
72 liv. au lieu de 200 liv.
Table de l'Encyclopédie , 6 Vol . in -4° . ,
fervant à toutes les Editions de ce format , en
feuilles 30 liv. au lieu de 72 liv.
Ce Livre , qui a couté des travaux immenfes
à fes Editeurs , eft recommandable par
la correction de la partie typographique.
Nouveau Voyage en Efpagne , traduit
de l'anglais de M. Dalrymple , par un Of
ficier Français , orné d'une Carte d'Efpagne
& d'une figure in- 8 ° . broch. 1787. 3 liv.'
( 17 )
12 f. M. Dalrymple eft fi connu , que fon
nom à la tête d'un Livre en fait l'éloge.
Hiftoire de la Guerre des Alpes , ou Campagnes
de 1744 , par les armées combinées
d'Efpagne & de France , commandées par
S. A. R. l'Infant Don Philippe , & S. A. S.
le Prince de Conti , où l'on a joint l'Hiftoire
de Coire , depuis fa fondation en 1120 ,
jufqu'à préfent , par le Marquis de Saint-
Simon , 1787 , in-4° . broch . orné de Plans
& de Cartes , o liv.
Vie & Opinions de Triftam Shandy ,
traduites de l'anglais de Stern , par M.
Frenais & par M. B. , Officier aux Gardesdu-
Corps , 4 Vol. in - 12 . Figures ; broch .
8 liv.
Cn annonce une autre Traduction de
ce Livre ; mais pour diftinguer notre Éditien
, nous l'avons augmentée des Lettres
d' lifa à Yorik , du même Auteur , & des
Figures de l'original anglais .
Dictionnaire minéralogique & hydraulogique
de Franee , par M. B. 4 Vol . in- 8 °.
prix , 15 liv. br.
Euvres pofthumes de J. J. Rouffeau ,
Tom . X , XI & XII , faifant fupplément à
toutes les Editions de cet Auteur célèbre
3 liv. 12 f. br. , au lieu de 12 liv . les trois
Volumes , de plus de 350 pages chacun .
Ces trois Volumes mis à un prix modique
, & ne contenant que des pièces ifolées ,
conviennent aux perfonnes qui n'auraient
pas même un Volume de Rouffeau.
( 18 )
(
Traité des Jardins , contenant la defcription
& la culture des arbres fruitiers , des
plantes potagères , des arbres , arbriſſeaux ,
& c. 3 Vol. in- 8 ° , broch . 12 liv.
Obfervations fur les devoirs des hommes ,
relativement au Droit naturel & au Droit
des gens, in- 8 ° . de l'Imprimerie de Philippe-
D. Pierres , papier d'Angoulême , in - 8 °.
broch. 3 liv.
M. le Baron de Marcheufen , plein de la
lecture des Volf, Grotius , Burlamaqui ,
Barbeyrac & Mably , s'eft déterminé à mettre
au jour ce Livre , fruit d'un travail de plus
de quatre ans.
Aventures malheureufes d'une Comteffe
de Suède , 2 Vol. in - 12 , broch. 1 liv. 16f.
Cet Ouvrage , traduit de l'allemand , eft dû
au célèbre Gellert.
OEuvres de M. l'Abbé Bergier, contenant
l'apologie de la Religion , l'examen du fyftême
de la Nature , le Déifme réfuté par
lui-même , & la certitude des preuves du
Chriftianifme , 6 Vol. in- 12 , en feuilles 9 liv.
au lieu de 15 liv.
Euvres complettes de Defmahis , édition
complette donnée par M. Trefféot , 2 Vol.
in-12 , reliés S liv.
Traité des Monnoies , en forme de Dictionnaire
, où l'on trouve tout ce qui a rapport
à toutes les monnoies de l'Europe
de l'Afie , de l'Afrique & de l'Amérique ,
par M. Bashingen, 2 Vol. in-4° . 24 liv.
( 19 )
C
3
Hiftoire de l'Amérique , par Robertfon
2 Vol. in 4. avec Cartes & Fig. tel . 24 liv.
Cuvres de Mademoiselle de Luffan , contenant
les Anecdotes de Philippe- Augufte ,
Annales de Henri II , Hiftoire de Gondès ,
de Louis XI , de Marie d'Angleterre , Révolutions
de Naples , Veillées de Theffalie ,
& Vie de Crillon , 21 Vol . in 12. rel. 55 liv.
Dialogues des Orateurs de Tacite , faifant
le Tome huitième de la Traduction de MM .
la Bletterie & Dotteville , in- 12 , broch. 2 liv.
Avis au Peuple , par Tillot , imprimé par
ordre du Gouvernement , 2 Vol. in - 12 , br.
1 liv . 1o f.
Exercice des Commerçans , Ouvrage utile
à tous les Négocians , in 4 ° . rel . to liv.
ΤΟ
Dictionnaire d'Italie , contenant la Géo- .
graphie de ce pays , & l'Hiftoire de tous
les grands Hommes qui l'ont honoré , 2 vol.
in- 8 ° . en feuilles , 4 liv . au lieu de to liv.
Conjuration de Venife , de St. Réal , édition
de M. Didot le jeune , in- 18 , doré fur tranche
, 4 liv....
Théatre Allemand , contenant Nathan le
fage , Philotas , Elfride , Walvais & Adélaïde
, le Créancier , Main de fer , mort
d'Adam , Sara Sampfom , l'attelage de Pofte ,
Utta , pas plus de fix plats , les Voleurs & le
bon Fils , 6 Vol. in - 8° . br. 10 liv. au lieu de
24 liv.
Tome Jones de Fielding , traduit de l'anglais
de M. de la Place , 4 Vol. in- 12 . Fig.
broch. 8 liv .
• )
Le même , papier fin , 12 liv.
Dictionnaire d'Architecture de Wirloys
3 Vol. in-44°.. remplis de Figures , en feuilles
24 liv. au lieu de 72 liv..
Triomphe du Nouveau- Monde , par M.
Lebrun , 2 Vol. in- 8 ° . broch . 6 liv.
201
Henriade de Voltaire , avec les notes, de
MM. la Beaumelle & Freron , in- 4° . ' encadré
, fuperbe édition en feuilles , 6 liv. au
lieu de 12 liv.
Mémoire de Montécuculi , 4Vol. in- 12 ,
remplis de Figures , liv. en feuilles .
Amour - propre facrifié , Char volant ,
Nouveau continent , Aveux d'une femme ga-
Finte , Hiftoire de Sophie de Francourt , de
Don Quichotte , Drames de Madame Lafitte ,
Hippolyte Comte de Duglas , Comteffe d'A
libre , Triomphe de la Nature , Prix de L
Vertu , Lettres de la Marquife Robinſon
Fig. 25 Vol. in- 12 , broch. 25 liv.
551353
La & approuvé. A Paris , ce 13 Avril 1787. Nyon d'giné ,,
Ajoint.
( 21 )
Choix de Caufes célèbres , par M. Des Effarts
Avocats Volumes , prix , 37 liv. 10 f. pour Pa
oris , & 45 liv . pour la Province , chez le fieur
Moutard, Imprimeur de la Reine , rue des Mathu
· rins. )
29.1
LE dernier Volume de ce Recueil vient de
paraître. Tous les Journaux l'ont annoncé avec
éloge. Il ronferme ce qu'il y a de plus intéreffant
dans les dix premières années du Journal
des Caufes célèbres , qui fe continue toujours
avec le même fuccès.
Le fieur Moutard prévient également que le
troifième Volume du Dictionnaire Univerfel de
Police fera délivré aux Souferipteurs à la fin de
ce mois . Ce Volume renferme les articles des
lettres C. D. E. F. La foufcription est encore
ouverte . Prix , 10 liv . 10 f. chaque Volume
-4°.broché en carton . On mettra au commencement
du quatrième Volume , les noms de MM.
fes Soufcripteurs.
In & approuve A Paris , ce 13 Avril, 1787. NYON l'aîné ,
Adjoint.
1
COLLECTION de la Mufique de M. GRETRY,
i arrangée pour différens inftrumens.
M. CORBELIN , Profeffeur de Mufique , ſeul
charge par M. GRETRY d'arranger la mufique
de fes Opéras pour différens inftrumens , publiera
fucceffivement les Airs & l'Ouverture du Mariage
d'Antonio , ceux ajoutés à l'Amitié à l'épreuve
, l'Ouverture & les Airs des Méprifes par
( 22 )
reffemblance, l'Ouverture & les Airs du Comie
d'Albert, avec accompagnement de harpe & d'un
violon , ad libitum ; les mêmes Airs & Quvertures
avec accompagnement de clavecin ou piano
forté & d'un violoň ad libitum ; les mêmes Airs
avec accompagnement de guitare & d'un vio
lon, ad libitum ; & enfuite arrangés pour d'autres
inftrumens , tels que le violon , la flûte , &c
Cette Collection , dont il n'entrera aucun des
Airs dans les Journaux de harpe , de clavecin
& de guitare , fe publiera par Numéros , dont
les cinq premiers paraiffent , lefquels contiendront
, pour chaque inftrument , deux ou trois
Airs de fix à fept pages de mufique in-40 . fur
du papier Jefus , non compris les parties de
violon , & fe yendront 48 f. Les Numéros qui
excéderont ce nombre feront augmentés en proportion.
Chaque Ouvrage fera fait d'après les
partitions , dont on confervera tous les traits
autant qu'il fera poffible de les adapter à chaque
inftrument , fans les rendre difficiles , &
fous les yeux de M. Gretry , qui reverra le
tout avant de le faire graver. Chaque exemplaire
fera figné par M. Corbelin , qui fera
parvenir la prefente Collection par tour le
Royaume , franche de port par la pofte , ainfi
que fes Méthodes de guitare & de harpe pour apprendre
feul à jouer de ces inftrumens , du prix
de 12 liv. chacune , les Recueils qu'il a compofés
pour ces deux inftrumens , & les Partitions
des Opéras de M. Gretry , en lui en faisant
tenir le prix & les lettres de demande francs
de port Place Saint -Michel , maifon du Chandelier
, à Paris .
N. B. Les Perfonnes de Province peuvent s'a
bonner , & celles de Paris , fe faire infcrire pour
les dix premiers Numéros . Voyez le Mercure
du 7 de ce mois .
( 23 )
-
LIVRES d'Education & autres , acquis
depuis peu par Fournier , Libraire ,
à Paris, rue du Hurepoix , près le Pont
Saint-Michel.
EDUCATION phyfique & morale des Enfans
, in-12. rel. 2 liv.
Inftruction d'un Père à fa Fille , tirées
de l'Ecriture Sainte , fur les plus importans
fujets concernant la Religion , les Moeurs ,
& la manière de fe conduire dans le Monde ;
Cuvrage très- utile pour l'éducation des
jeunes perfonnes. Par M. Dupuy , in- 12 .
rel . 3 liv.
Le Petit Magafin des Enfans , ou Etrennes
d'un Père , contenant un Cours complet &
précis d'Education , mis à la portée des enfans
des deux fexes , avec les notions les
plus exactes , les plus lumineufes fur la Religion
, la Géographie , l'Hiftoire , la Morale
, l'Hiftoire naturelle , &c. 2 Vol. in - 12 ,
rel. 4 liv .
Recueil pour fervir de fuite aux lectures
pour les enfans & les jeunes gens , ou Choix
de petits Contes , également propre à les
amufer & à leur infpirer le goût de la vertu .
in-12. broch. I liv. 4 f.
L'Education miſe à la porte de tout le
monde , par H. A. Chatelair , in-8 ° , br. 1 ' . 4 ſ.
Effai fur l'Education des jeunes Demoifelles
, par Mile, *** in-8 ° . br.... liv . 4 f. 1
( 24 )

Etrennes du Printemps , aux habitans de
la campagne , & aux Herboriftes ; ou Pharmacie
champêtre végétale & indigène , à
l'ufage des pauvres & des habitans de la
campagne. in-12. br. I liv. 4 f.
Tréfor des Laboureurs dans les oiſeaux
de baffe-cour , contenant la Deſcription de
ces oifeaux , la manière de les élever , de
les multiplier , de les nourrir , & de les traiter
dans leurs maladies , &c. Ouvrage utile
aux Seigneurs , aux Curés & aux Čultivateurs.
in-12 . br.
2 liv.
Moyens
de conferver
le gibier
par·la deftruction
des oifeaux
de rapine
, & les inftructions
pour
y parvenir
; ou Traité
de la
Pipée
, & autres
chofes
amufantes
& divertiffantes
. in- 12 . br.
I liv. 4 f.
Manuel
du Jardinier
, ou Journal
de fon
travail
, diftribué
par mois
, par M. D. in-1 2 .
br.
· •
·
4
is f.
Traité
de
la
manière
de
femer
toutes
fortes
de graines
& plantes
potagères
, & c.
in - 12 . br.
15 f.
, Nouveau Traité des Serins de Canarie
contenant la manière de les connaître & dé
les élever ; leurs inclinations , leurs maladies
, & les remèdes qu'il faut obſerver
pour les guérir. Nouvelle Edition , à laquelle
on a joint le Traité du Roffignel & des petits
oifeaux de volière. in -12 . br. 1 liv. 10 f.
Lu & approuvé. A Paris , ce 13 Avril 1787. Nxon l'aîné ,
Adjoint.
MERCURE
DE FRANCE. C
SAMEDI 28 AVRIL 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. l'Abbé DE MONCY. *
AIMABLE IMABLE Abbé ! je voudrois être
Le Dieu dont je porte le nom :
Jamais fur ton manoir champêtre
Ne viendroit fouffler l'aquilon :
Tout y peindroit les goûts du maître.
UN LAIT auffi pur que ton coeur ,
Du miel doux comme l'harmonie
De ton luth enchanteur ,
* M . l'Abbé de Moncy avoit prié l'Auteur d'accepter
du lait & des oeufs frais , d'une maison de campagne .
N°. 17 , 28 Avril 1787. G
146
MERCURE
De ta paifible métairie
Feroient l'afyle du bonheur.
LE Dieu des Bergers , des Bergères
A prévenu tous mes fouhaits .
Loin des paffions menfongères ,
Ami ! facrifie à jamais
Aux Divinités bocagères.
LES Mufes , heureux de Moncy ,
Te devoient fans doute une offrande ;
Mais de beaux vers je n'ai fouci :
Reçois une fimple guirlande
Des maiús d'un Berger , ton ami.
( Par le Berger Sylvain. )
IDYLLE AZUL MÉ.
VIENS , machère Zulmé, dans ces belles campagnes
Écouter des oifeaux les amoureux accens ;
Du foleil les rayons naiffans
Dorent déjà la cîme des montagnes ;
L'aftre éclatant du jour a donné le fignal ;
Chacun à fes travaux s'empreffe de ſe rendie ;
Et le Bucheron matinal
Dans la forêt déjà fe fait entendre .
QUEL vafte & pompeux appareil
REGLA
DE FRANCE. 147
Entoure le char du foleil !
De tous côtés l'or étincelle .
O Nature ! qu'à ton réveil
Tu me parois touchante & belle !
Après un tranquiile fommeil
Chaque fois qu'au matin l'aftre qui nous éclaire ,
Avec un doux effort entr'ouvre ma paupière ,
D'un preſtige enchanteur mon efprit eft charmé....
Je crois du premier jour recevoir la lumière ;
Pour Éden je prends ma chaumière ,
Pour Ève je prends ma Zulmé.
UNE fombre mélancolie
Succède tout-à-coup à ce premier tranfport ,
Je vois de mon deitin la rigueur infinie ;
Autour de moi c'eſt en vain que le fort
A pris foin d'embellir la route de la vie :
C'est un chemin de fleurs ; mais il mène à la mort.
PROFITONS des momens d'une courte exiſtence ,
O ma chère Zulmé ! hâtons- nous d'être heureux ;
Vers l'occident le foleil qui s'élance
Avec tout fon éclat luit encore à nos yeux ;
Mais fur fcs pas la nuit s'avance.
REGARDE Ces troupeaux dans la plaine femés ;
Par un vieux Beiger du village ,
Dès le matin conduits au pâturage ,
Le foir au bercail renfermés ,
Gij
148 1
MERCURE
t
De notre fort ils nous offrent l'image :
La race humaine eſt le bétail ,
Le temps eft le paſteur , la tombe eſt le bercail.
(Par M. de la Tour de la Montagne. )
L'ORANGER , Fable.
DANS un magnifique verger ,
Bien fitué , planté d'arbres fertiles
Brilloit un fuperbe Oranger ;
Des fruits !.... il en portoit par milles ,
Ses branches plioient fous le poids ,
Et chaque fois
Qu'on venoit en cueillir , l'arbre avec complaifance
Voyoit détacher le plus mûr,
Et s'applandiffoit en filence :
» Je me fais des amis , difoit - it , j'en fuis sûr ;
» Oui , tôt ou tard j'aurai ma récompenſe ;
» Et , bien que dépouillé , je penſe
39 Qu'aucun alors ne m'abandonnera . »
Il fe trompoit , en peu de jours fa chance
Avec les oranges paſſa ;
Perfonne ne vint plus , chacun le délaiffa.
Le voilà dans la folitude ,
Et criant à l'ingratitu le .
Que de gens en font logés- là !
(Par M. l'AbbéDelignier. ) .
DE FRANCE. 149
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préface ; celui
de l'Énigine eft Jeûne ; celui du Logogryphe
eft Oifeau , où l'on trouve eau , as , Afe ,
Oife, Efau , foie , oie , Io ,fi.
JE
CHARADE.
Le premier eft un adjectif; E
Le fecond un infinitif ,
Et l'entier eft un ſubſtantif
Qui nous fert de préfervatif
Contre les coups- d'oeil d'un lafcif.
(Par Mile Vauthier. )
ÉNIGME.
E fuis un impofteur , tantôt par ignorance ,
Quelquefois par fyftêine , & fouvent par plaifir:
La fincère Clio déteste mon engeance ;
Mais au fein d'Apollon je mens à mon loifir.
Là , des fiècles , des lieux rapprochant la distance ,
Je fais tuer un mort par un vivant ;
Gii)
150
MERCURE
Je réanis l'être au néarant ;
On me découvre enfin dans l'hymnenée
D'une Reine célèbre avec l'ingrat Enée.
(Par M. Ricarte d'Huviller , Avocat , à Versailles. )
LOGO GRYPH E.
Sous une
double
acception
Je fuis toujours bonne ou mauvaiſe ;
Du fens propre j'excite une fenfation;
Au figuré , Lecteur , pour te mettre à ton aiſe ,
Je fers de fynonyme à réputation.
Combine vingt- un pieds moins feize :
Avec trois , fille d'Apollon ,
Pleine d'un feu divin je tranfmets à la rime
De Pindare le vol fublime
Ou les grâces d'Anacréon.
Sur quatre pieds je ſuis utile
Au village comme à la ville ;
La mobilité, la rondeur ,
Dans les jeux de la Grèce antique,
Signaloient mon ſervice aux yeux du Spectateur
Brûlante dans ma courfe oblique,
J'efquivois la borne olympique
Pour mériter la couronne au vainqueur.
Sur quatre encor , d'un Prince magnanime,
Je fais une illuftre victime ;
DE FRANCE 151
Pour t'épargner , ô Francfort ! des malheurs ,
Il lattoit contre mes fureurs.....
Ah ! comment expier men crime !
Je roule , hélas ! des flots moins que des pleurs :
Mais ceffons une vaine plainte ;
De la mort il reçoit l'atteinte
Pour l'honneur de l'humanité ;
Et mon tout le dévoue à l'immortalité.
(Par M. Révial , de Narbonne , Ancien Capitaine
Aide-Major au Régiment de Bourgogne. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
J LE Bhaguat Geeta ou Dialogues de
Kreeshna & d'Arjoon , contenant un précis
de la religion & de la morale des Indians;
traduit du Samfcrit , la langue facrée des
Brames , en Anglois par M. Charles
Wilkins , & de l'Anglois en François par
M. Parraud , de l'Académie des Arcades
de Rome. A Londres , & fe trouve à
Paris , chez Buiffon , Libraire , Hôtel de
Mefgrigny , rue des Poitevins. Prix , 4 liv.
10 fols , relié : 3 liv. 12 fols br.
NOUS
ous voyageons
dans l'Inde depuis Vaſco
de Gama , c'est- à- dire , depuis trois fiècles.
Ainfi la connoiffance
d'une Nation qui paroît
Giv
152
MERCURE
la plus ancienne de l'univers , date pour
nous d'une époque bien moderne. Il y a toutà-
la fois dans cette réflexion de quoi déconcerter
l'orgueil de l'homme & de quoi le
juftifier. Elle nous place entre des fiècles de
ténèbres & un moment de lumière.
Quand on fonge à cette antiquité des
Indiens qui s'enfonce fi profondément , que
la fable même ne l'atteint pas , ce qui femble
au premier coup d'oeil devoir étonner le
plus , ce n'eft pas que nous les ayons découverts
, c'eft qu'ils ne nous ayent point prévenus.
Mais cette furprife ceffe bien vite ,
lorfqu'on fe rappelle l'Hiftoire de l'Afie &
les récits des voyageurs.
Chez des Peuples où le plus haut degré de
la fcience aftronomique eft de calculer une
éclipfe , on eft loin d'appliquer l'aftronomie
à la navigation . Il faut un autre ordre de
ehofes pour faire naître un Prince comme
Jean premier , un Amiral comme Gama , un
Général éclairé comme Albuquerque ; &
d'ailleurs une religion qui , fanctifiant les
eaux d'un fleuve , appelle les mourans fur
fes bords ; une légiflation qui enchaîne
l'ambition par la diftinétion irrévocable des
Caftes ; un fol qui retient fes habitans par
fes bienfaits : ce font là trois puiffances que
rien ne détruit, parce que fur les deux premières
eft fondé dans l'efprit de la Nation
le bonheur d'une vie future , & fur l'autre
eft fondé le bonheur de la vie préſente. Ainh
le moyen qu'un Indien Brame , Raja ou
DE FRANCE. 153
-
Choûtre , c'est - à - dire maître ou efclave ,
veuille autre chofe qu'adorer Vichenou , cultiver
& défendre les terres du Malabar &
de Coromandel , & boire en mourant des
eaux du Gange ? La Nature par fa richeffe , &
le culte par une idolâtrie qui fanctifie le
même , femblent fe réunir dans ce pays
d'eflaves pour remplacer l'amour de la
Patrie par l'amour du climat . Enfin , quelle
émulation attendre d'un Peuple chez lequel
eft née cette maxime qu'on croiroit d'Epicure :
Il vaut mieux être affis que marcher ; il vaut
mieux dormir que veiller , mais la mort eft audeffus
de tout.
L'Ouvrage que nous annonçons juftifie
l'idée qu'on a de la religion & de la morale
des Indiens ; & fous ce rapport il fait naître
des réflexions & des fouvenirs qu'il n'eft pas
inutile d'expoſer avant de le faire connoitre
par des citations .
Il faut remarquer , comme une fingularité
frappante, que c'eſt du ſein des deux Peuples
chez lefquels notre divine religion a le plus
fouffert des erreurs du fanatifme , que font
fortis les conquérans de l'Amérique & des
Indes. Sans doute le caractère généreux de
ces Nations illuftres fe perdit dans ces nouvelles
contrées . L'avarice & l'ambition s'accommodèrent
mieux de l'efprit de l'Inquifition
& des Autodafés. Mais après avoir dit que
tant de fang répandu n'eft point le crime de
PEſpagne & du Portugal , il eft permis de
regretter pourtant que dans ces découvertes
Gv
154
MERCURE
1
mémorables , des victoires fi faciles ayent
été des victoires fanglantes. Il y a loin de
Pythagore & de Zoroaftre parcourant l'Indoftan
pour y puifer des lumières , à ces Vice-
Rois deftructeurs , à ce Nunès d'Acunha, qui
fit paffer au fil de l'épée tous les habitans de
l'Ile de Daman.
Après les voyages funeftes des conquérans,
après les voyages fouvent inutiles des Miffionaires
, enfin les voyages pacifiques de la
philofophie ont eu leur tour. C'eft à ces derniers
plus qu'à tous les autres , que nous devons
la connoiffance de ce qui caractériſe
les Peuples de l'Inde . La Bibliothèque du Roi
poſsède la traduction d'un de leurs livres
facrés. Nous avons celle de leur code . Trois
Anglois ont donné des extraits de leurs
Shafters. Le Bhaguat- Geeta que M. Anquetil
met au nombre de ces derniers , complette
pour nous ces monumens de leur Theologie.
Nous ne fommes plus étrangers à l'école de
Benarès.
On fait que le Védam , le premier livre
canonique des Indiens , que les Shafters , que
les Pouranous ont été compofés en Samfcrit.
Quelques Brammes feuls entendent encore cette
Langue qu'on ne parle plus. Le Vedam &
les Shafters , qui en font des commentaires ,
ne font point connus du Peuple. Ces livres
facrés reuferinent une doctrine pure & les
principes de la plus faine philofophie. Le
vulgaire n'a le droit de lire que les Pouranous
, eſpèce de Poëmes où la religion de
DE FRANCE. 155
Brama eft deshonorée par une mythologie
ridicule. On peut expliquer par là le contrafte
qui préfente dans le culte de l'Inde le principe
de l'unité de Dieu & les erreurs du Polithéifme
.
Les Mythologies , ces romanefques épifodes
des religions profanes, femblent toutes
être l'hiftoire exagérée d'événemens naturels,
compofée par l'ignorance qui n'admire pas ,
mais qui s'émerveille , & embellie par la
Poéfie , qui de tout temps a trouvé fon
compte dans les menfonges heureux de ces
apothéofes. La Mythologie des Indiens n'a
point eu d'Homère , c'eſt dire affez qu'elle
eft extravagante fans agrément . Cela rappelle
ces deux vers de M. de Voltaire fur ce grand
Poëte :
Il ment , mais en grand homme ; il ment , mais il
fait plaire :
Sottement vous avez menti.
Brouma prend bien auffi comme Jupiter
la figure d'un cygne ; mais fous cette forme
il parcourt l'air pendant cent mille ans pour
chercher le fommet d'une colonne qu'il ne
trouve pas. Le Fils de Saturne emploie mieux
fon temps ; & , grâce à ce meilleur ufage
nous avons la fable de Léda. Les incarnations
de Vichenou font un peu loin de valoir
les transformations de l'amant d'Europe &
d'Io ; & malgré la reffemblance , nous aimons
mieux Apollon berger chez Admète , que
Gvj
156
MERCURE
Vichenou berger noir dans les États de Canien,
Roi de Maduré. Les Indiens difent que fi
toute la terre étoit de papier , elle ne pourroit
contenir toute l'hiftoire des grandes actions
de Vichenou fous une de ces incarnations.
Cela nous difpenfe heureufement d'en parler.
Laiffons les Indiens attendre la dernière fous
la forme d'un cheval aîlé , & contentonsnous
des métamorphofes d'Ovide.
Mais le culte idolâtre des Indiens, & l'indécente
adoration du Lingam ne difpenfent
point les autres peuples du refpect qui eft
dû à l'ancienne Patrie des Gymnofophiftes
& de ces fameux Brachmanes , leurs fucceffeurs.
C'eft dans ces beaux climats qu'eft née
cette philofophie qui appela Pythagore , &
qui depuis a regné fous les portiques du
Lycée & dans les jardins d'Acadême . Le
fabulifte Pilpaï y puifa , il y a plus de deux
mille ans , les belles leçons de fes Apologues
qui, comme on fait , font un des livres d'état
d'une partie de l'Indoftan. On fait honneur
du genre de la fable à la difcrétion embarraffée
de la fervitude ; quand on fonge à la
chaîne qui lie tout dans l'efprit humain
comme dans la nature , peut- êrre faut- il auffi
en rapporter la gloire au dogme de la métempficofe.
On fent qu'il eft rout fimple que
des hommes qui croient les corps des animaux
dépofitaires facrés des âmes de leurs
ayeux, paffent de cette crédulité à un fentiment
exalté qui les porte à rendre la parole
à ces êtres muets , & à leur demander les
DE FRANCE. 157
leçons de l'expérience . Cette morale & cette
philofophie ont paffé dans les écrits de tous
les peuples éclairés. C'eſt le cas de dire avec
M. de Voltaire : Il en eft des livres comme
du feu dans nos foyers ; on va prendre cefeu
chez fon voifin, on l'allume chez foi , on le
communique à d'autres , & il appartient à
tous.
A
Le Baghuat Geeta préfente la morale & la
religion des Indiens dans leur pureté primitive
. Cet Ouvrage , compofé en Samfcrit ,
eft une fuite de dialogues entre Kreeshna &
Arjoon. Kreeshna eft pris ici pour Dieu
même, fous une forme mortelle . Arjoon , ſon
difciple, eft un des cinq fils de Pandoo qui ,
dit- on , regnoit dans l'Inde il y a cinq mille
ans. L'occafion de ces dialogues eft un combat
qui doit avoir lieu entre les Koroos & les
Pandoos , Princes du Sang - Royal , divifés par
des diffenfions domeftiques. Le Traducteur
Anglois dit que cet Ouvrage fait partie ,
comme épifode , du Mahabharal , ancien
Poëme Hindou. M. Parraud , d'après M. Anquetil
très verfé dans la Littérature Indienne ,
fe croit un des Shafters . Quoi qu'il en foit ,
il paroît , comme l'a remarqué M. Wilkins ,
que le Brame Auteur de ces dialogues , a
eu pour but d'oppofer au cuke des images
l'unité d'un Dieu. Ce Brame avoit le courage
de combattre les préjugés de fon temps .
Mais par un privilége apparemment univeifel,
ces préjugés règnent encore , & La
158 MERCURE
doctrine n'eft aujourd'hui que celle des
Brames les plus favans. Ils font unitaires.
Le lecteur faura gré à M. Parraud d'avoir
ajouté à la traduction du Geeta celle des
extraits déjà connus de quatre Shafters . Nous
ne favons pas fi ces commentaires du Védam
rendent le Vedam plus intelligible ; mais il
eft certain qu'ils facilitent l'intelligence du
Geeta par l'expofition qu'ils contiennent de
la théologie des Indiens , de leur métaphyfique
, & de leurs principes fur la formation
du Monde.
En lifant ces Shafters , on fe retrouve dans
le pays des allégories. On y voit la philofophie
perfonnifier les paflions, Brimha produire ingénieufement
la Fortune de fa poitrine , l'Infortune
de fon dos , l'Appétit de fa lèvre ,
l'Amour de fon coeur. L'Amour étant une belle
femme , Brimha la regarda avec des yeux
amoureux , mais les Munies lui dirent qu'elle
étoit fa propre fille , fur quoi il ferra les
épaules , & produifit une jeune fille ayant la
rougeur au front , qu'il appela la Honte.
Nous remarquerons , avant de quitter ces
Shafters , qu'ils ne font pas univerfellement
adoptés. Par exemple , le Neadirfen - Shafter
eft rejeté par les Hindous du Décan , de Coromandel
& du Malabar. Il y a des fectes
dans l'Inde comme par tout ailleurs ; mais
il faut dire à la gloire des Brames & d'un
peuple doux , qu'ils le font toujours diftingués
par ce beau fentiment de la tolérance ,
DE FRANCE. 159
fi naturellement exprimé par un grand Prince :
Ah ! ne perfecutons point !
La prière des Brames que M. Parraud a
traduite, offre, comme les Shafters , la croyance
d'un Dieu unique. Toutes les prières font
des chants de louanges . Auffi celle des Brames
détaille les pouvoirs de la divinité . Elle eft
longue , majestueufe , & dans le vrai goût
oriental. Elle fe termine par ces mots fur
l'Être Suprême : « Tout ce qui a été , c'eft
lui ; tout ce qui eſt , c'eſt lui ; tout ce qui
fera, c'eft encore lui. » Voilà le vers de
Lucain :
"
و د
Jupiter eft quodcumque vides , quocumque moveris .
Les Nations que nous nommons idolâtres
ont donc reconnu toutes une Puiffance fupérieure
, un Créateur unique , éternel. Comparons
à cette prière des Brames cette belle
formule de prières qui nous refte d'Orphée :
" Marchez dans la voie de la Juftice , adorez
» le feul Maître de l'Univers. Il eſt un , il eſt
feul par lui-même. Tous les êtres lui
» doivent leur exiſtence. Il agit dans eux &
» par eux. Il voit tout , & jamais il n'a été
vu des yeux mortels. »
"3
2
Un fragment de la prière des Prêtres d'Ifis
prouve encore cette univerfalité de l'hommage
rendu à une divinité fuprême. Nous
allons la citer. Ces fortes de rapprochemens
ne font point inutiles.
" Les Puiffances céleftes te fervent. Les
160 MERCURE
» enfers te font foumis . L'univers tourne
"
fous ta main. Tes pieds foulent le Tartare.
» Les aftres répondent à ta voix . Les faifons
» reviennent à tes ordres ; les élémens t'obéiffent.
»
. و د
Les dialogues de Kreeshna & d'Arjoon ,
fous le titre de lecture , font au nombre de
dix -huit. Ils traitent de la nature de l'âme ,
des oeuvres , de la foi , du bon & du mauvais
deftin , du développement de la nature divine.
dans les formes de l'univers , du principal
fecret & de la fouveraine fcience , & de
plufieurs autres objets de morale & de métaphyfique.
La forme de ces dialogues fe refuſant à
un extrait fuivi , nous citerons ce qui nous
a paru s'éloigner de nos idées , & ce qui nous
a paru s'en rapprocher.
Kreeshna, dans ces dialogues, rapporte tous
fes préceptes à la doctrine fpéculative & à
la doctrine pratique dont l'exercice réuni fait
le vrai fage. Aufli les mêmes leçons reviennent
prefque toujours , & il y a peu de ces
dialogues qui n'offrent un portrait de la
fageffe ou de la devotion . En voici un
La fageffe confifte à être libre de l'amour
de foi , de l'hypocrifie & de l'injuſtice , à
avoir de la patience , de la droiture , du
refpect pour les maîtres & fes inſtituteurs ,
de la chafteré , de la conftance , de la modération
, de l'indifférence pour les objets des
fens , de la modeftie , à être libre de tout
DE FRANCE. 161
attachement & affection pour fes enfans , fa
femme , fa mafon ; à conferver une parfaite
égalité d'àme dans tous les événemens favorables
ou non , à ne rendre qu'à moi ſeul un
culte conftant & invariable ; à avoir du dégoût
pour la fociété de l'homme , à fe livrer
conftamment à l'étude de l'efprit fupérieur ;
enfin à confidérer l'avantage de connoître
Tatwa ou le premier principe.
Nous nous rappellerons quelques vers du
Tartufe , à caule du fingulier rapport qu'ils
ont avec cette penfée du Philofophe Indien.
Orgon parle du faux dévot :
On redevient tout autre avec fon entretien ;
Il m'enſeigne à n'avoir d'affection pour rien .
De toutes amitiés il détache mon âme :
Et je verrois mourir frère , enfans , mère & femme ,
Que je m'en foucicrois autant que de cela.
Dans la lecture dixième , Kreeshna inftruit
fon difciple de fes principales diftinctions
divines. Ce morceau fort fingulier eft trop
long pour être rapporté ici . Parmi ces diftinc
tions bizarres, il en offre une qui nous a paru
élevée & touchante. De toutes les fciences
dit Kreeshna , je fuis celle qui enfeigne à
régler l'efprit , & de tous les difcours jefuis
la prière.
On trouve dans les Théologies des Peuples
les plus anciens , le dogme de l'immortalité
de l'âme. Les Indiens croient que l'âme eft
162 MERCURE
و ر
une émanation de la divinité. Kreeshna en
parle ainfi : « De même que l'homme jette
» les vieux vêremens, & s'en revêt de neufs ;
» de même l'âme , ayant quitté fa vieille
» forme mortelle , entre dans une nouvelle
» forme. Le fer ne peut la divifer , ni le feu
» la brûler , ni l'eau la corrompre , ni l'air
l'altérer ; car elle eft indivifible , incombuftible
, incorruptible & inaltérable. Elle
» eſt éternelle , univerfelle , permanente ,
» immuable , invifible & inconcevable.
ود
و ر
33
و د
""
Voici comment Kreeshna fe peint luimême.
Je fuis le même pour tous les
» hommes. Il n'y en a aucun qui foit digne
» de mon amour ou de ma haine. Je fuis
dans ceux qui me fervent & m'adorent
» fincèrement , & ils font dans moi. Si celui
» dont la conduite a été mauvaiſe a recours
» à moi & me fert uniquement , il eſt auſſi
refpectable que le jufte ; il ne travaille
" point inutilement , & bientôt il devient
» vertueux & obtient l'éternelle félicité .
"
"3
Le paffage fuivant , qui exprime les fentimens
d'un Peuple doux , a dû parler plus
fort dans l'Inde que la loi du Mogol , &
même que la voix facrée des Miffionnaires.
L'infiruction fait tout.
66
Quelleque foit la religion d'un homme,
» elle vaut mieux pour lui , s'il la fuit exac-
» tement , que toute autre religion. Il eft bon
» de mourir dans fa propre croyance , parce
DE FRANCE. 163
ود
ود
qu'une croyance étrangère a toujours
quelque chofe qui épouvante. »
Nous ne multiplierons point ici les citations.
Ce que nous avons choifi eft du genre
qui nous a paru le plus propre à faire naître
des réflexions dans l'efprit du lecteur , fans
l'embaraffer par l'énigme des allégories afiatiques
& l'obscurité de la Théologie Indienne
pour laquelle femble avoir été dit ce mot
d'un Philofophe : c'eft le royaume des ténèbres.
Ontrouvera dans ce livre d'autres exemples
qui prouvent la pureté & la douceur de la
morale des Indiens. C'eſt là le mérite qu'il
faur y chercher. Dans ces monumens d'une
religion idolâtre , chaque précepte de vertu ,
chaque hommage à la divinité doit être une
jouillance pour le lecteur confolé . On aime
à voir d'antiques nations que leur culte nous
rend doublement étrangères , fraternifer
du moins avec nous, par l'unanime fentiment
des vérités fondamentales . Telle eft la fenfation
que produit le Geeta , & que doit faire
naître auffi la morale du légiflateur des
Perfes & de celui des Chinois . Des Peup'es
éclairés par Locke n'ont rien à apprendre de
Brama ou de Confucius , & l'on fent bien
qu'il y a loin pour nous de Zoroaſtre (*) qui
( * ) M. de Paftoret vient de faire paroître un Ouvrage
excellent fur Zoroaftre , Confucius & Mahomet
, où le mérite du ftyle eft joint à l'ordre le plus
lumineux , à la philoſophie la plus favante.
164
MERCURE
fait adorer la lumière du foleil à Newton
qui la décompoſe en adorant fon Auteur .
Nous remarquerons avec M. Parraud ,
que nous devons aux Anglois ce que nous
avons de plus authentique fur la religion des
Indiens , & que M. Haftings , ancien Gouverneurde
leurs établiſſemens dans le Bengale,
a mis autant d'ardeur à protéger les travaux
de fes compatriotes , qu'ils en ont mis euxmêmes
à les exécuter.
C'eſt un Anglois , M. Wilkins , qui a traduit
le Bahguat Geeta fur l'original Samfcrit. Ce
Savant utile a étudié profondément la
Langue facrée des Brames , & fon zèle pour
les fciences , fa perfévérance dans des travaux
pénibles , méritent tous les éloges que M.
Haftings lui donne dans une lettre adreffée à
M. Nathaniel Smith. Dans cette lettre , M.
Haftings met la traduction angloife du Geeta
à côté des meilleures verfions françoifes de
l'Iliade & de l'Odyffée. On ne voit point de
rapport entre les Poëmes d'Homère & les
differtations morales du Geeta. C'eft aux
dialogues de Platon qu'on auroit pu comparer
les dialogues de Kreeshna.
La traduction que nous devons à M.
Paraud a droit à nos éloges , & par le motif
de l'entrepriſe , & par le mérite de l'exécution.
Son difcours préliminaire eft penfé
avec fageffe ; il eft écrit avec clarté. Ce difcours
& des remarques prouvent dans M.
Parraud beaucoup de connoiffances relatives
DE FRANCE. 165
au fujet , & doivent lui obtenir l'eftime des
Savans & des Littérateurs.
( Cet Article eft de M. V. de Boisjolin. )
LA Journée des Enfans , Poëme. Le Matin ,
Chant Ier.
Audita.
Carmina non priùs
Virginibus puerifque canto. Hor. Od.
A Paris , de l'Imprimerie de Cloufier , rue
de Sorbonne.
L'ÉPIGRAPHE eft heureuſe, & annonce l'heureux
choix du fujet ; mais l'Auteur n'a pas ofé ,
comme Horace, s'intituler : Mufarumfacerdos.
L'intérêt naturellement répandu fur l'enfance
pouvoit en répandre fur l'Ouvrage. La defcription
de fes premiers travaux , de fes jeux
innocens , ddee ffeess ppllaaiiſfiirrss ffii purs , de fes peines
fi vivement fenties & fi promptement oubliées,
pouvoit être animée &piquante. L'édu
cation fi différente que reçoivent les deux
fexes , pouvoit fournir des tableaux contraftans
& des réflexions utiles ; car il ne fuffifoit
pas de peindre les détails de l'éducation ,
il falloit les juger , il falloit faire un Poëme
didactique fur le grand art de former des
hommes & des citoyens , des mères de famille
, des femmes vertueufes ; il falloit ad--
mettre & recommander tout ce qui tend à ce
but , rejeter tour ce qui en écarte , démêler
166 MERCURE
avec fagacité l'un & l'autre , n'être pas la dupe
des ufages , ne les pas fronder non plus , uniquement
parce qu'ils font reçus , mais les
examiner & les difcuter autant que la poéfie
peut permettre la difcuffion : la poéfie a fa
logique particulière qui n'emprunte rien des
formes de l'argumentation . Souvent un mot
heureux , une image vive , un tour énergique
eft le réſultat d'un raiſonnement profond , &
en produit tout l'effet ; un bon vers grave
dans l'efprit une bonne maxime , dans le coeur
un bon fentiment ; il peut détruire une erreur
, il peut établir une vérité plus efficacement
que toutes les differtations de la dialectique
:
Qui , quid fit pulchrum , quid turpe , quid utile ,
quid non ,
Plenius ac meliùs Chryfippo & Crantore dicit.
Mais nous preſcrivons ici à l'Auteur une tâ--
che qu'il n'a pas voulu s'impofer ; nous lui
demandons un Poëme raifonné fur léducation,&
il n'a voulu que peindre en vers les occupations
qui rempliffent la journée des enfans
de l'un & de l'autre fexe.
Il veut chanter l'emploi des heures fortunées
Qui divifent le cours de leurs belles journées.
Mais les heures où il faut , comme le dit le
Poëte :
Des fupins efcarpés atteindie la hauteur ,
DE FRANCE. 167
Et des lourds gérondifs traîner la pefanteur ,
Et répéter des mots qu'il n'entend pas encore ,
& dont quelques - uns , tels que ces fupins &.
ces gérondifs , font fort difficiles à entendre à
tout âge , des heures ainfi employées , ne font
pas précitément des heures fortunées. Aufli
le Poëte ajoute- t'il :
Le jeune enfant foupire , & tourne un oeil d'envie
Vers le falon tranquille , où d'un babil joyeux
Sa foeur peut égayer des momens plus heureux.
Il nous la repréfente , lorfqu'une aiguille à la
main elle
Parcourt agilement un blanc tiffu de lin,
Ou fur des fers croifés , adroitement enchaîne ,
La laine qu'à l'entour fon doigt léger promène.
Ces deux vers ont du tour & de la préciſion.
L'Auteur exprime très - bien auffi dans les
vers fuivans la difference du caractère des
deux fexes dès la plus tendre enfance :
Les uns nés pour la guerre & les travaux des Arts ,
Portent déjà l'audace empreinte en leurs regards ;
A de paisibles foins les autres deſtinées ,
D'une douceur modefte en naiffant font ornées.
Ici , je vois la force & la vivacité ,
Là, c'est la grâce unie à la timidité ,
Et , fous l'oeil vigilant des pères & des mères ,
L'ait développe encor ces premiers caractères.
168 MERCURE
Le tableau du Profeffeur inftruifant fes
Écoliers , a encore de la poéfie & de la vérité.
Là, du haut de fon trône , un maître impérieux
Enthaîne les efprits & fixe tous les yeux .
Sa redoutable main tient un fceptre flexible ,
Le figne & l'inftrument de fon pouvoir terrible ;
Et femblable aux Héros de l'Univers naiffant ,
Sur un peuple foumis il règne en l'inftruifant.
C'eſt dommage que ces vers , ainfi que ceux-ci :
Je vois prêt à s'appefantir ,
Le fceptre rigoureux levé pour le punir ,
foient propres à confacrer & à perpétuer de
vieilles erreurs qu'il eft temps de détruire,
telles que
celle qui arme la main du Profeffeur
, de ce fceptre rigoureux & flexible qu'on ›
nomméférule , & celle qui donne au Maître
un pouvoir terrible au -lieu d'un pouvoir aimable.
Tous les honnêtes gens & tous les
bons efprits conviennent aujourd'hui que les
coups doivent être entièrement bannis de
l'éducation . Il en coûtera au Maître plus
d'adreffe , plus de patience , plus d'empire fur
fon humeur ; tant mieux , il en deviendra plus
vertueux , & la récompenfe fera d'être aimé
au-lieu d'être craint.
Ce petit Poëme contient de bonnes &
honnêtes maximes , telles que celles ci :
La longueur de la vie, eft dans l'emploi du temps.
Le devoir fatisfait produit la gaîté pure.
En
DE FRANCE. 169
En parlant de l'ufage où étoient autrefois les
pères & les mères , & où ils font encore dans
quelques contrées vertueufes & heureuſes, de
donner leur bénédiction à leurs enfans tous
les matins & tous les foirs , le Poëte s'écrie:
Spectacle attendriffant ! religieux uſages
Que confacra pour nous la ſageſſe des âges !
On voit, par ces divers morceaux, que l'Au
teur ne doit point être découragé , c'eſt-àdire
, détourné de faire des vers ; on doit peutêtre
l'affurer au contraire qu'il eft capable de
faire beaucoup mieux qu'il n'a fait.
Ceci, au reſte, n'eſt qu'un eſſai, qui ne contient
que le premier Chant & un fragment.
très- court du fecond.
HISTOIRE Abrégée de l'Eglife , où l'on
expofefes combats&fes victoires dans les
temps de perfecutions , d'heréfies & de
fcandales , & où l'on montre que fa confervation
eft une oeuvre divine , ainfi que
fon établifement , pour fervir de fuite à
l'Hiftoire de la Bible , par l'Auteur de la
Doctrine Chrétienne. I vol. in - 12 . de
502 pages. Prix relié , 2 liv. s fols . A Paris,
chez Berton , Libraire , rue S. Victor.
S
On a fait à l'ufage des jeunes gens plufeurs
Abrégés de l'Hiftoire des différens peuples
, & en particulier de l'Hiftoire de France,
dont il convenoit d'autant mieux de leur faciliter
la connoiffance , que fans elle ils font
Nº. 17 , 28. Ayril 1787.
H
1
170 MERCURE
"
comme étrangers dans leur patrie. Mais il
leur manquoit un Ouvrage où fût expofée la
Luite de l'Hiftoire de la Religion , qui tient
qu premier de tous les intérêts de l'homme.
La même main à qui ils doivent déjà pluſieurs
Livres élémentaires que l'Univerfité & les
différentes maifons d'éducation publique fe
font empreffées de mettre au nombre des
Livres Ciafliques , & un excellent Abrégé de
la Doctrine Chrétienne , qui n'a pas eu un
moindre fuccès , leur offre aujourd'hui une
nouvelle production qui remplira le vuide
dont nous venons de parler. L'Hiftoire de la
Religion eft celle de fes conquêtes & de fes
victoires. Attaquée fucceffivemeut par les
perfécutions , pár les héréfies & par les fcandales
, elle a triomphé de fes différens ennemis
, & fon établiſſement , fes progrès & la
perpétuité portent par-tout l'empreinte de
la puiffance divine , qui en a pofé l'édifice fur
des fondemens inébranlables , & l'a foutenue
au milieu des dangers qui n'ont ceffé de la
menacer. Tel eft le point de vue qui a fourni
à M. l'Abbé Lhomond , Profeffeur Émérite
de l'Univerfité , le plan & la diſtribution de
l'Ouvrage que nous annonçons. Des Martyrs
invincibles , des Docteurs pleins de lumières ,
des hommes d'une fainteté éminente : voilà
les Heros que la Religion a oppofés aux trois
genres d'attaques dirigées contre elle. L'Au
teur fe borne aux faits les plus intéreſſans , &
le jufte développement qu'il leur donne , l'ordre
dans lequel il les expofe , le ton dont il
Į.
DE FRANCE. 170
les raconte , les réflexions courtes , mais lumi-,
neuíes qu'il y ajoute , tout conſpire également,
à attacher le Lecteur & à lui infpirer des fen-,
timens conformes à la dignité du ſujet. C'eſt.
jufqu'ici , comme nous l'avons remarqué , le
feul Abrégé de ce genre, & nous ofons dire
qu'il n'eft pas moins rare par la manière dont
il eft traité.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LES Concerts de cette quinzaine , & fur-,
tout les derniers ont été fort brillans , fans le
fecours d'aucune nouveauté étrangère d'un
mérite remarquable. Le directeur a remplacé
par beaucoup de zèle , de foins dans l'exécution
& de variété , ce qu'on auroit pu defirer
à cet égard. Il n'eft pas toujours poflible de
fe procurer du dehors des talens diftingués ,
& il eft bon que ceux que la Nation poſsède ,
trouvent aufli leur tour pour paroître & recevoir
les encouragemens dont ils ont befoin .
Les fymphonies de M. Haydn , toujours
très bien exécutées , ont produit leur effet
ordinaire. On en a entendu de nouvelles de
MM. Rofetti , Kozeluch & Bertheaume , qui
ont fort bien réulli. Les Symphonies con
scrtantes n'ont pas moins fait de plaitir , Lune,
Hij
MERCURE
de M. Davaux, a été trouvée remplie de goût
& de tourneres brillantes: écrite avec beaucoup
de foin & de correction , elle a paru
digne en tout de la réputation de cet amateur.
On en a entendu deux autres de M,
Viotti , autre amateur , qui joint au talent le
plus rare pour l'exécution , celui d'une compofition
aimable , originale , & qui ne laiffe
jamais oublier la beauté du chant dans les
paffages même les plus favans & les plus recherchés.
Nous avons deja donné de juftes
éloges à la première de fes fymphonies ; la
feconde a eu encore , s'il eft poffible , un
fuccès plus complet. Elles ont éte toutes trois
exécutées par MM. Guérillot & Imbault avec
une perfection étonnante . Le charmant talent
de M. Guérillot eft connu depuis plufieurs
années; celui de M. Imbault , qui l'eſt également
dans les fociétés particulières , l'étoit
moins du Public , que fon extrême tumidité lui
a fut redouter pendant long- temps. Les ap
plaudiffemens qu'il a reçus & mérités , n'ont
fait que l'aider à déployer fon habileté .
Une autre Symphonie concertante d'une
ompofition fort agréable , mais beaucoup
plus extraordinaire pour fon exécution , c'eſt
celle qui a été exécutée par MM, Guérin ,
Fun fur le violon, & l'autre fur le violoncelle.
Toute la netreté , la force , la préciſion , la
Jufteffe , la grâce même du fentiment que
Fon pourroit defirer dans un talent fait , M,
Guérin l'aîné les réunit , & il a douze ans à
peine, Son jeune frère , qui n'en a qu'onze,
DE FRANCE. 173
n'eft guères moins étonnant fur le violoncelle
S'il ne tire pas autant de fon & fi fes traits
ne font pas toujours auffi diſtincts , il faut
confidérer qu'avec un an de moins , & par
conféquent moins de force phyfique , fon
inftrument, d'un toucher plus dur, lui oppoſe
une plus forte réſiſtance. La manière ferme
& allurée dont M. Guérin a joué du violon
la première fois qu'on l'a entendu , a excité
un enthouſiaſme univerfel qui s'eft foutenu
aux Conceris fuivans , & qui ne s'eft pas ral
lenti lorfqu'il a joué avec fon frère. On ne
peut que les inviter tous deux à travailler
beaucoup, & à lutter contre le fort ordinaire
de ces jeunes prodiges qui restent toute leur
vie au point où ils font parvenus dans leur
enfance, & qui n'ont quedes talens médiocres
pour en avoir eu de prématurés.
Parmi les concertos , on a entendu M.
Wachter fut la clarinette , avec autant de
plaifir qu'il en avoit fait précédemment. M.
Hoftier , fur le même inftrument , a été fort
applaudi ; on lui a trouvé un fon agréable &
beaucoup d'exécution . M. Bezozzi & Garnier,
fur le haut-bois , ont foutenu leur premier
fuccès , fur tout dans les fymphonies de M.
Garnier, qui ont paru du genrele plus agréable.
Mlle Dorifon a joué avec beaucoup de précifion
& de légèreté un concerto de harpe;
MM. & Mlle Bair ont eu moins de fuccès
fur le même inftrument. Nous ne reviendrons
point fur les éloges qu'on doit à M.
Punto , dont les talens fur le cor font fi
Hiij
174 MERCURE
(
connus , ni fur ceux que nous avons
déjà
donnés à M. Meftrino pour le violon. Ce
Maître , vraiment digne de ce titre, a fait
adopter au Public l'opinion avantageufe que
les artiftes avoient d'abord conçue de fon
talent. Mme Gautherot & M. Aldée qui ,
depuis long- temps , jouiffent fur ce même
inftrument d'une eftime fondée , ont reçu les
applaudiffemens
auxquels ils font accoutumés,
& M. Marcou , jeune artifte de beaucoup
d'espérance , a paru mériter des encouragemens.
M. Menel , élève de M. Duport , a joué un
concerto de violoncelle , dans lequel on a
reconnu l'excellente méthode de fon célèbre
Maître , unie aux plus heureufes difpofitions.
Ce n'eft pas feulement par fon exécution
ferme & brillante que M. Duport fe diftingue
, mais la parfaite connoillance qu'il a
de fon inftrument , lui donne de très - rares
avantages pour le développement de les prin
cipes , & M. Menel annonce tout ce qu'il
faut pour être digne d'en profiter.
M. Ambroife l'Erendard a joué deux concerto
, l'un fur le clavecin & l'autre fur le
piano forté. Il eft élève de M. Balbâtre , &
l'on a reconnu en lui ce toucher brillant par
lequel ce Maître s'eft diftingué. On a autli
beaucoup applaudi M. Charpentier le fils ;
Mlle André , dans un âge où l'on n'a guères
que de la grâce , a paru joindre à cette grâce
une grande intelligence & beaucoup de précifion.
Mile Moulinghen , fille d'une Actrice
DE FRANCE. I 173.
du Théâtre Italien , dont les talens ont été
long- temps chers , & dont le fouvenir eft
toujours précieux aux amateurs de ce théâtre ,
a joué du même inftrument d'une manière
très-diftinguée. L'intérêt que fon nom infpiroit
, & qui autoit fuffi pour lui obtenir
de l'indulgence , n'eft entré pour rien dans
les vifs applaudiffemens qu'elle a reçus . Son
fuccès a été entièrement perfonnel , ou du
moins elle ne l'a partagé qu'avec M. Rigel ,
fon Maître , qui paroît s'être plu à foigner
une élève auffi digne de lui faire honneur
que Mlle Moulinghen.
Il y a eu moins de nouveautés intéreffantes
dans la partie vocale de ce concert. On y a
entendu trois Stabat : celui de M. Haydn ,
qui a produit fon effet accoutumé celui de
M. Rifpoli , entendu dès l'année dernière ,
& dont le fuccès a été plus grand cette année
en raifon de la meilleure exécution ; & enfin
· celui de Pergolèfe, qui a été très- bien chanté
par MM. Lays & Babini. Mais on ne fauroit
fe diffimuler qu'avec quelque talent que M.
Lays rende la partie dont il eſt chargé , le
genre de fa voix n'eft point analogue à celui
de cette musique. La voix & la manière de
M. Babini y conviennent encore moins. Le
Stabat de Pergolèfe eft écrit pour deux deffus,
ou pour un deffus & une haute- contre antificielle.
Il perd une grande partie de fon effet
à être ainfi baiffe. Une indifpofition a empêché
Mme St Huberty de l'exécuter le vendredi
de Pâques ; il n'eft pas douteux que
HIV
$76 MERCURE
cette habile cantatrice n'y eût parfaitement
réuffi. M. Rouffeau l'a remplacée avec beaucoup
de fuccès , mais l'exécution auroit été
parfaire s'il eût chanté avec elle la feconde
partie. Le Carmen Saculare de M. Philidor n'a
pas moins fait de plaifir cette année que les
précédentes. On fera peut être bien aife d'apprendre
que l'on grave ce beau morceau narional
, qu'il va paroître , & qu'on en fera redevable
aux foins généreux d'un amateur
épris d'un zèle auffi ardent qu'éclairé pour
les beaux arts dans lefquels il fe diftingue
lui- même , & qui fe fait un plaifir d'employer
fon crédit & fa fortune à leur gloire & à
leur avancement.
Les autres morceaux de chant , dont la
plupart avoient déjà été entendus , ont été
Poratorio de Sacchini , une Scène de M.
Vion , une autre de M. l'Abbé Lepreux , un
oratorio & un duo du même , très bien
chantés par Mlle Renaud cadette & M. Rouf .
feau ; une Scène de M. Rigel le fils , une
Scène , un duo & un trio de M. le Berthon .
Le trio de ce dernier , dont les paroles font
de M. Moline , a paru plein de chaleur &
d'originalité. Chaque jour ce jeune Comporeur
juftifie de plus en plus les espérances
qu'il a données , & fait defirer au Public de
le voir s'exercer dans un champ plus vafte ,
plus proportionné à ſes talens.
La partie vocale a été exécutée par M.
Babini & par MM. Rouffeau, Lays & Chéron,
dont l'habileté connue n'a pas befoin de nouDE
FRANCE. 177
veaux éloges. Nous ne parlerons pas de
quelques débuts peu brillans ; mais en rappelant
les applaudiffemens prodigieux , univerfels
& bien mérités qu'a obtenus Mlle
Renaud l'aînée , nous croyons lui rendre fervice
en l'engageant à s'abftenir de chanter
P'Italien. La perfection inouie de fon chant
ne doit point être alliée à une imperfection ,
même légère, & il faut convenir que , moins
familiarifée avec la Langue Italienne qu'avec
la fienne propre , elle laille fouvent à deficer
à l'égard de la prononciation . Mile Renaud
eft la gloire des chanteufes françoifes ; rien ne
doit la déterminer à fuivre une autre carrière
dans un rang inférieur.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a fait l'ouverture de ce Théâtre par la
première repréſentation d'Alcindor , Opéra-
Féerie en trois Actes , paroles de M. Rochon
de Chabanes , mufique de M. Dezède. Ce
fujet eft tiré des Mille & une Nuits.
Le jeune Prince de l'Ile d'Or , protégé par
le Roi des Génies , Almovars , fe tend par fes
ordres dans une caverne , dans l'efpérance d'y
trouver des tréfors. Des Gnomes qui l'habi
tent lui en défendent l'entrée. Il les écarte ;
& vaincu par un enchantement , il fuccombe
au fommeil. Un choeur de Songes cherche à
lui infpirer des fentimens amoureux, dont fon
coeur, voué à la gloire, a toujours été éloigné,
Hv
178 MERCURE
Il fe reveille : l'illufion continue , & des
Amours defcendent le portrait d'une beauté
qu'il a déjà vue pendant fon fomineil. Il veut .
fe défendre d'une foibleffe ; Ofman , ſon Vifir ,
& Zerbin , fon efclave , fe trouvent tout- àcoup
près de lui. Il paroît qu'ils ont été ravis
par un pouvoir magique. Alcindor fait confidence
au Vifir du trouble naiffant de fon
coeur , & s'étonne que ce favori encourage
fon penchant au- lieu de le combattre . Le
Théâtre change , & les trois perfonnages fe .
trouvent dans un palais magnifique , orné des
emblêmes de la gloire . Bientôt s'élèvent dés
ftatues repréfentant toutes les Vertus. Alcindor
invoque leur pouvoir , & promet de régner
avec elles. Un piéd'eftal eft fans ſtatue,
le Prince y trouve une lettre de fon père
qui lui annonce une autre Déïté néceffaire à
fon bonheur ; mais c'eſt des bontés d'Almovars
qu'il doit l'attendre . La décoration change
encore , on est dans le palais d'Almovars. Če
génie promet au Prince un nouveau préfent ;
mais il doit le mériter par fon obéiffance . Le
deftin veut qu'Almovars fubifle le joug de
l'hymenée. Il lui faut une fille accomplie de
quinze ou feize ans :
Et qu'embelliffent les talens
D'un coeur , d'un efprit ingénu ,
N'ayant jamais ni rien connu
Ni defiré de rien connoître.
Zerbin obferve combien il eft difficile de
2
DE FRANCE. 179
rencontrer une femblablemerveille . Le Génie
en facilite les moyens. Elle doit fe trouver
dans les États d'Alcindor.
11 eft dans ton palais une obfcure retraite ,
C'eſt-là que tout trakit l'infidèle Beauté
Qui cherche à déguifer une faute ſecrette.
Il faut donc qu'Aloindor publie que c'eft lui
qui veut fe marier. Toutes les Prétendantes
fe rendront au cabinet d'épreuves , où
Quand une Belle vantera
Sa vertu conftante & févère ,
C'eft un Dieu Terme qui rira,
Un carillon qui fonnera.
Si cet aveu n'eſt pas fincère.
Mais il faut fur-tout qu'Alcindor & la beauté
qui fera choifie , fachent fe défendre d'un
amour mutuel .
Au fecond Acte , on eft dans le cabinet des
épreuves. Les jeunes Prétendantes n'en approchent
qu'en tremblant. Les plus hardies
entendent leur fecret découvert , & elles
prennent toutes la fuite. Alcindor en conclut
qu'il doit fuir l'amour. Une jeune Circaffienne
, très-vive & affez peu refpectueule ,
fe préfente. Bientôt elle voit paroître l'Amour,
qui la livre au jeune Ali , & lui fait perdre
afi fes droits au trône. Enfin , Azélie le pré-
Hvi
180
MERCURE
fenté
voilée .
Alcinder
paroît très- ému à fons,
afpect. Il l'eft
davantage
encore
quand il apprend
de la
bouche de la
belle que
depuis
qu'elle l'a vu fur fon char de
triomphe , elle
s'eft
fenrie
prévenue en fa
faveur. La
vertu
d'Azélie fait
néanmoins
difparoître le
cabinet
des
épreuves , & l'on fe
trouve dans des bofquets
délicieux. C'eft à
regret
qu'Alcindor fe
fépare de
cette belle , dont il n'a pas
encore
vu les traits , mais qu'il
foupçonne être l'inconnue
qu'il a vue en fonge. Il en fait
confidence
au Vifir , qui fe
trouve être
précisément
le père de cette belle.
Azélie
revient en
triomphe
dans un
palanquin voilé ,
précédée &
fuivie de tous les
Ordres de l'État .
Almoyars,
pour la
recevoir ,
defcend avec toute fa cour
dans une
gloire.
Azélie fort du
palanquin ; le
défefpoir
d'Alcindor , en la
reconnoiffant ,
celui de
cette belle en
apprenant
qu'elle eft
deftinée au
Génie , la
fureur
d'Almovars en
fe
voyant trahi , le
mouvement de ceux de far
fuite pour
enlever
Azélie & fon père , les
efforts
d'Alcindor & des fiens pour s'y
oppofer
,
terminent le
fecond Acte.
Au
troifième , le
Théâtre
repréfente une
campagne
riante.
Ofman &
Azélie
defcendent
dans un
nuage , & fe
trouvent
parmi des
Sylphes & des
Génies qui
engagent la fille du
Vilir à
écouter les
voeux
d'Almovars.
Infenfible
au fort qui lui eft
offert , elle ne veut
qu'un
défert ,
Alcindor & fon père . Elle eſt
fatisfaite. La
décoration
change , &
repréfente
un
défert. Son père eft avec elle , Al-
)
DE FRANCE 181
cindor paroît peu de temps après. Tranfports
des deux amans. Tous deux preffent Olman
de les unir ; il y confent ; mais un Oracle
inviſible prononce que fi Alcindor veut quitter
Azélie , fon trône lui fera rendu. Le Viſir
& fa fille par générofité veulent fervir le
Prince malgré lui - même , & fe précipitent
dans un antre , d'où eft partie la voix . La décoration
change , & repréſente un palais magnifique
, au milieu duquel eft une ſtatue d'or.
Derrière cette ftatue eft le préfent qu'Almovars
deftine au Prince ; c'eft Azélie . Le Génie
explique alors à Alcindor le but de cette
épreuve. Il a craint que fa fierté ne nuisît au
bonheur de fon peuple , il a voulu que l'amour
adoucît fon caractère , & que cet amour s'aug
mentât par la contrariété.
Le fuccès de cet Ouvrage n'a pas été heureux
à la première repréfentation ; il l'a été
davantage dans les fuivantes. Accoutumés à
ne rapporter l'opinion générale que lorfqu'elle
nous paroît bien établie , nous devons être encore
plus circonfpects, & n'entrer dans aucun
détail à l'égard du Poëme ni de la musique ,
jufqu'à ce que le Public ne revienne entièrement
fur la première impreffion.
Nous devons cependant des éloges à la
manière dont a été rempli chaque rôle , &
fur-tout à la perfection de l'enfemble , qui
devoit être extrêmement difficile dans un
Ouvrage auffi compliqué. Mlle Gavaudan cadette
mérite une mention particulière pour
l'efprit, la grâce , la gaîté qu'elle a mis dans
182 MERCURE
le petit rôle de la Circaffienne. Les décora
tions , toutes d'un goût excellent , & les machines
fervies avec une préciſion & une rapidité
étonnantes, font le plus grand honneur
à M. Boulay , les ballets font tous extrêmement
agréables , & répondent parfaitement
à l'idée qu'on a conçue des talens de leur
auteur , M. Gardel le jeune , actuellement
Maître des Ballets , qui les a exécutées fur les
deffins de M. Pâris. Miles Guimard , Saulnier,
Zacharie , Langlois , Élisbérg ; MM . Gardel ,
Veftris , Nivelon & Laurent ont exécuté les
principales entrées. C'eſt donner une idée ſuf´
fifante du plaifir qu'a fait leur exécution .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 16 de ce mois , on a fait l'Ou
verture de ce Théâtre par une repréſentation
d'Iphigénie en Aulide , Tragédie de Racine ,
& de la Feinte par Amour , Comédie de
Dorat.
Avant la première Pièce , M. Naudet a
prononcé le Difcours fuivant.
MESSIEURS ,
aNotre premier devoir eft de faire les plus grands
20 efforts pour mériter vos fuffrages . Nos Auteurs
» célèbres ont été formés par vos lumières & votre
fage critique ; nos meilleurs Acteurs , dont vous
avez corrigé les défauts , vous ont dû leurs fuc-
» cès : daignez , Mefſicurs , nous guider comme
30
DE FRANCE. 183
eux , & nos talens deviendront votre ouvrage. Si
nous ne pouvons les égaler , vous reconnoîtrez
» du moins à notre zèle infatigable , que nous
» n'étions pas indignes de vos foins . »
Ce petit Difcours a été très bien accueilli .
Il eft fage , refpectueux , modefte ; il dit en
reu de mots tout ce que doit dire un Compliment
; & voilà comme il faudroit qu'un
Comé lien parlât toujours au Public .
COMÉDIE ITALIENNE
CE Théâtre a fait fon ouverture par une
repréſentation des Amis du Jour , Comédie
de Mme de Beaunoir , & du Comte d'Albert
, Drame Lyrique , par MM. Sédaine &
Grétry.
Le Spectacle a été précédé d'un Compliment
, dans lequel un Acteur repréfentant
POpéra- Comique , un Comédien repréſentant
la Comédie, & une Actrice repréſentant
le Genre Intermédiaire , ont dit tour à-tour au
Public les chofes les plus agréables . Nous
avons remarqué les vers fuivans que l'Auteur
a placés dans la bouche du Comédien qui repréfente
la Comédie.
Ici la fincérité brille ;
Vers , profe , chants , difcours ici font en famille,
Et n'ont plus de rivalité ;
Car le coeur déformais co fai; la parentés
184 MERCURE
Nousaurons , pour vousplaire , & les uns & les autres,
Même ardeur , même zèle en des emplois divers.....
Que déformais il n'y ait plus de rivalité
entre les genres , & l'on peut efpérer nonfeulement
que ce Théâtre continuera de faire
de bonnes recettes , mais encore qu'ilacquerra
de l'illuftration. Depuis long-tems on y jouoit
la Comédie Italienne & la Comédie Françoife.
En 1762 , on y réunit l'Opéra-Comique.
Ce dernier genre a tellement prévalu fur les
deux autres , qu'en 1769 on le crut allez fort ,
tant pour fixer le goût du Public , que pour le
dédommager de l'ennui que lui caufoient déjà
les canevas Italiens ; les Comédiens François
fe virent donc exclus de ce Théâtre. Dix ans
après , on ouvrit les yeux ; on reconnut que
laComédie Italienne étoit tombée dans un mépris
qui éloignoit abfolument l'affluence , &
l'Opéra- comique vit exclure les Comédiens Iraliens
& rappelerles Comédiens François . Cette
révolution fut généralement approuvée ; car
elle préfentoit aux Auteurs une feconde Troupe
après laquelle ils foupiroient depuis longtemps
, & elle rendoit à la raifon des jours
que ce Spectacle confacroit le plus ordinairement
à une bouffonnerie fouvent dégoûtante.
Cependant cet arrangement fage n'a pas encore
produit tous les avantages qu'on en
pouvoit attendre . Pourquoi ? Parce que fi
l'Opéra Comique a un nombre fuffifant , &
plus que fuffifant de fujets propres à fon fervice
, la Comédie proprement dite n'a pas
DE FRANCE.
encore tous les ſujets dont elle a befoin. Puifque
déformais profe, chants , difcours , vers
font en famille à la Comédie Italienne ; que
les Acteurs de ce Théâtre faffent un facrifice,
qu'ils appellent de la Province les fujets qui
manquent au genre François , & qu'ils complettent
la Troupe , dans laquelle on compte dejà
des fujets très - eftimables. Alors les Auteurs ,
sûrs de voir leurs Ouvrages bien rendus , fe
rapprocheront duThéâtre Italien , les Pièces intéreffantes
feront moins rares , le Public abon
dera , les recettes le bonnifieront les Mardis
& les Vendredis , & , en très - peu de temps ,
elles indemniferont du facrifice momentané
qu'on aura fait. Alors ce Theatre obtiendra
une confiſtance réelle , & n'aura pas le chagrin
de voir la feconde Troupe Françoile lui
échapper une feconde fois , pour aller s'éta
blir peu être fur les débris de la lanterne
de Janot. Cette digreflion nous a long temps,
écartés du Compliment ; revenons - v . On y a
goûté plufieurs couplets , parmi lesquels on
a diftingué celui - ci :
AIR : Avec les Jeux dans le Village.
Nous voulions que dans une fête ,
Pour fignaler votre retour ,
Chacun de nous meublât la tête
D'un tôle dicté par l'Amour.
Mais loin de vous notre génie
S'exerce en vain pour vous fêter ,
Ce qui lui refte d'énergi:
Ice lui fert qu'à vous regretter..
186 MERCURE
A la fin les deux Acteurs & l'Actrice réunif
fant leurs fentimens & leurs voix , ont chanté
un trio parodié fur le trio du troiſième
Acte de Félix:
Nous travaillerons ,
Nous vous fixerons ,
Et nous répondrons
Aux bontés d'un père
Que nous révérons.
Avoir fu lui plaire ,
L'avoir contenté ,
C'eft la volupté
Pour nous la plus chère.
Vos tendres enfans
Sauront en tout temps
Vous prouver leur zèle
Toujours plus fidèle ,
Et leurs fentimeas.
Ce trio , exécuté d'une manière ſentie , a été
applaudi avec ivreffe. Ce Compliment , comme
celui de la clôture , eft du Coufin Jacques
; il a réuni tous les fuffrages , & il les
méritoit , tant par les idées agréables qu'on y
remarque , que par les intentions heureufes.
qui développent fa marche & qui la terminent.
Le Mardi 17, on a donné , pour la première
DE FRANCE. 187
fois , Fellamar & Tom-Jones , Comédie en
cinq Actes & en vers , par M. Desforges.
A l'inſtant où nous écrivons, cette Comédie
n'a eu qu'une repréſentation : quoiqu'elle
ait été fort applaudie , nous croyons qu'avec
quelques coupures qui nous paroiffent indifpenfables
, elle obtiendra & méritera encore
plus de fuccès. Nous n'en parlerons qu'à l'inf
tant où elle aura reparu avec les légers changemens
dont elle a befoin. Telle qu'elle eft ,
elle fait beaucoup d'honneur à M. Desforges.
ANNONCES ET NOTICES.
UVRES Complettes d'Antoine-Raphaël Mengs ,
premier Peintre du Roi d'Espagne , &c. , contenant
différens Traités for la théorie de la Peinture , traduites
de l'Italien , 2 Vol. in - 4° . Pris , 19 liv. les deux Vo
Jumes brochés , & 24 liv. reliés . A Paris , chez Mouard
, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluny.
Sans doute c'eft aux Artistes à parler des Arts ;
mais peu d'Artistes ont le talent d'écrire . Mengs s'eft
fait depuis long- temps une réputation par la manière
dont il a fu communiquer au Public les principes d'up
Art qu'il a illuftré par les Ouvrages . Ces OEuvres ne
peuvent manquer de recevoir du Public un accueil
diftingué.
Legrand Livre des Peintres , ou l'Art de la Peinture
confidéré dans toutes fes parties , & démontrépar
principes , par Gérard de Layreffe , auquel on a joint
+88 MERCURE
les Principes da Deffin du même Auteur , traduit du
Hollandois fur la feconde Edition , avec trente-cing
Planches en taille douce , 2 Vol . in- 49 . Prix , 24 liv.
les deux Volumes brochés , & jo liv. reliés . Même
Adroffe que ci- d flus,
Le célèbre Geffner a dit : Le grand Livre des Peintres
de Layreffe, fi fecourable pour les jeunes Elèves ,
lui a mérité le titre de Bienfaiteur des Arts quefestravaux
ont illuftrés. Celt fans doute rendre un grand
fervice aux Ariftes François que de traduire dans
leur Langue un Ouvrage fi utile & fi eftimé.
On a tiré de ces deux Ouvrages vingt exemplaires
Tur papier d'Hollande 3 le prix des quatre volumes eft
de 72 liv. en feuilles.
OEUVRES de Brantome , contenant fa généalogie,
avec tous les tableaux qui y ont rapport , fa vie , fes.
Opufcules & les maximes de la guerre , les Lettres aux
Rois Charles IX , Henri III & Catherine leur mère,
avec leurs répoufes : les Vies des Dames illuftres Françoifes
& Éungères : les Vies des Dames Galantes : les
Vies des grands Capitaines François & Étrangers , &c.
le Difcours fur les Due's , les Rodomontades & les
juremens des Espagnols , avec le Difcours fur les belles
retraites , le Portrait de l'Auteur , fes armes , &c, ',
grand in-8 ". , 8 Volumes brochés en carton & étiquetés.
Prix , 40 liv . A Paris , chez Baftien , Libraire ,
rue des Mathurins.
Les Éditions de M. Baftien font eftimées . Celle &
eft correcte , & faite fur le texte de 1740 , dont le
mérite & la réputation font connus ; elle n'en diffère
que par le format & par la diftribution des matières ,
comme on peut en juger par l'avis de l'Éditeur qui eft
à la tête du premier Volume. Toutes les autres Éditions
font remplies de fautes effentielles ; il y a des
noms tronqués , des mots oubliés , & quelquefois
mêmedes phrafes entières omifes , &c.
'DE FRANCE. 189
EXPERIENCE particulière , ou Démonftration
gratuite à Mefnil- le-Montant , banlieue de Paris ,
d'un nouveau plan déjà éprouvé ; 1º . pour cultiver
toutes les terres labourables , & particulièrement les
mauvaiſes terres , en général , à infiniment moins de
frais qu'à préfent , & en doubler au moins le rapport;
29. pour économifer a l'Agriculture 80 à 100 milions
J'avance par année; 3°, pour multiplier toutes les
fubfiftances quelconques, & en modérer le prix ; 4 ° .
pour prévenir toutes les difettes , &c. En faveur des
Amateurs qui ont foulcrit & de ceux qui ſouſcríont
pour le nouvel Ouvrage propofé par l'Auteur fur la
vigne , les vins & les terres, à commencer entre le
19 & le 27 Avril prochain , par M. Maupin , Auteur
de la feule Richeffe du Peuple,
GALERIE Univerfelle des Hommes quife fon
illuftrés dans l'Empire des Lettres depuis le fucle de
Léon X jufqu'à nos jours , des grands Miniftres ,
& Hommes d'Etat les plus diftingués , orme de leurs
Portraits , dédiée à Leurs Alteffes Séréniffimes Meffeigneurs
le Duc de Chartres , le Duc de Montpenfier
& le Comte de Beaujolois , préſentée au Roi. A Paris
chez l'Auteur , au Bureau de la Galerie Univerſelle ,
maiſon de M. de Bonville , rue du Petit - Lion Saint
Sauveur , au Bureau de Loterie , & chez Bailly, Libraire
, rue Saint Honoré , & Benoît Morin , Li
braire, rue Saint Jacques.
Cet Ouvrage, eftimable par fon objet & par fon
exécution , paroît obtenir un fuccès mérité . L'Anteur
ayant envoyé les fept premiers Numéro au feu Roi
de Pruffe , en a reçu une réponſe très Acreufe. Nous
allons apporter fur cette entrepriſe le fentiment du
Cenfeur M. l'Abbé Guyor. « La variété n'eſt Pas le
feul mér te qu'on trouvera dans les Tableaux de
ceue Galerie , qu'on peut regarder comme u
190
MERCURE
hommage que l'efprit & le fentiment rendent aux
Bienfaiteurs de la Littérature . »
Il en paroît fept Cahiers . Le prix de chacun eft de
4 liv . pour les Soufcripteurs , & de s liv. pour ceuxqui
n'auront pas foufcrit.
LES Égaremens d'un Philofophe , ou la Vie du
Chevalier de Saint- Albin , par M. de Saint - Clair ,
2 Vol. in- 12. A Paris , chez Regnault , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis- à- vis celle du Plâtre.
Le but de ce Roman eft de prouver à quels excès
peuvent entraîner le relâchement des moeurs ,
Foubli des principes & l'abus de la Philofophie . Le
Héros ne fait ufage des qualités brillantes qu'il a
dues à la Nature , que pour faire des dupes & des
victimes ; enfin , après bien des égaremens , il fe
dégoûte de la vie , & n'ouvre les yeux fur l'atrocité
de fa conduite qu'au moment de rendre le der
nier foupir. Il y a de l'intérêt & de bonnes vues
dans cet Ouvrage , dont le ftyle & l'ordonnance
annoncent un jeune homme."
HISTOIRE d'Elifabeth , Reine d'Angleterre , tirée
des Écrits originaux Anglois , d'Actes , Titres , Lettres
& autres Pièces manufcrits qui n'ont pas encore
paru , ar Mile de Kéralio , de l'Académie d'Atras ,
Tome III. A Paris , chez l'Auteur , rue de Grammont
, n°. 17, & chez Lagrange , Libraire , rue Saint
Honoré, vis- à-vis le Lycée.
PETITE Bibliothèque des Théâtres . A Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques , & Bruner , Libraire ,
rue de Marivaux , Place du Théâtre Italien , nº, 3
quatrième année.
Ce douzième Volume du Théâtre François contient
trois Tragé lies de R. cine , Britannic is , Bérénice
& B ja et
DE FRANCE. 191
L'ART de la Teinture des Laines & des Étoffes de
I aine en grand & petit teint , avec une Inftructionfur
les débouillis , par H. Hellot , de l'Académie Royale .
des Sciences & de la Société Royale de Londres, in- 12 ,
Prix , 2 liv. broché & 2 liv. 10 fols relié. A l'aris
chez Didot fils & Jombert jeune , Libraires , ŕwe
Dauphine.
>
Cer Ouvrage a été jugé par l'Académie des Scien
ces très-digne de l'impreffion , non- feulement pour
l'importance de fon objet , mais encore pour les
nouveautés qu'il contient, & pour la méthode avec
laquelle l'Auteur l'a rédigé.
NOUVEAUX Claviers Le Clavecin ou Piano- Forté
faifant aujourd'hui la principale partie de l'éducation
des jeunes Demoifelles , le fieur Vernier a imaginé
des Claviers proportionnés à la grandeur de la main
des Enfans. Ces Inftrumens font faits de manière qu'à
mefure que la main de l'Enfant grandit, on peutypla
cer d'autres Claviers qui augmentent en proportion de
fa main , & fucceffivement jufqu'à ce qu'elle foit
formée , & alors on y place un Clavier ordinaire,
Cette Méthode abrège beauconp de temps & de peine
aux Enfans ; on n'eft pas obligé d'attendre que leurs
mains foient formées pour leur faire exécuter la grande
difficulté , & ils ne contractent pas des défauts inévitables
dans la main par des fauts & des écarts forcés
enjouant fur des Claviers ordinaires . Le fieur Vernier
a déjà fait faire plufieurs de ces Inftrumens pour différentes
Perfonnes qui en ont reconnu l'avantage . On
peur s'adreffer à lui pour s'en procurer , en affranhi
fantles lettres . I' demeure à Paris , rue de l'Univerfité,
Fauxbourg S. Germain , nº. 28,
DEUX Symphonies concertantes pour deux Vio-
Jonsprincipaux , un premier & fecond Violon Ripieno
Alto &Baffe , les Cors & Haut- Bois adlibitum , com,
192 MERCURE
polées & dédiées à M. le Préſident de Meflay , par M.
Davaux , Euvre XIII , gravées par Mlle Michaux.
Prix , 7 liv. 4 fols, A Paris , chez Bailleux , & chez M.
Vidal, rue de Richelieu , près la Comédie Italienne ,
& aux Adreffes ordinaires de Mufique,
SONATE de M, Bertheaume pour le Violon, dans
le style de Lolli , avec la manière dont le Violon
doit être accordé, Prix , I liv. 16 fols. Chez l'Auteur
rue Neuve des Petits- Champs , au coin de la
rue Neuve Saint Roch , ainsi que tous ceux du
méme Auteur qui ont été annoncés dans le N° précédent,
On trouve auffi ce dernier chez Mlle Cafta
gnery, rue des Prouvaires , n° . 33 ,
TABL E. -
A M. l'Abé de Moncy, 141 Hiſtoire Abrégée de l'Églife;
Idylle à Zulmé,
L'Oranger , Fable,
Charade, Enigme &
gryphe,
Le Bhagwat Geeta ,
La Journée des Enfans ,
146
178 148 , Concert Spirituel ,
Logo Académie Roy. de Muliq, 177
149 Comédie Françoife ,
151 Comédie Italienne,
165 Annonces &Notices,
APPROBATION.
182
183
187.
J'ai lu , par ordre de Mgr . ls Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 28 Avril 1787. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 27 Avril 1787. RAULIN.
Le prix de la foufcription eft
de 13 liv. 4 f. pour Paris , &
de 16 liv. 4. f. pour la Province .
Oa foulerit a Paris , au Bu
reau de l'Ami des Enfans , rue de
l'Univerfité , au coin de celle du
Baca, Numéro 18. S'adreffer à
M. le Prince , Direlleur.
Variétés littéraires ; feconde
année : Numéro 24 , in -8°.
A Paris , au Bureau , place S.
Michel.
AVIS.
On trouve chez Royez , Lib.
quai de Auguftins , les livres
fuivants :
Semaines faintes à l'ufage de
Rome & de Paris : grand ou
petit in 12. 3 1.
Difcours fur la première com
munion ; par M. Bouillerot ,
Cure : -12. 12 f.
Choix des fermonaires les
plus célèbres , ou l'Art de tou
cher les creurs : 3 vol . in-12 . 91 ,
Médi ations instructives &
touchantes : 1 vol . in 16. 1 liv.
10 fois.
Theophile Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Augustins ,
Numero 18 , vient de recevoir de
Londres les livres fuivans :
Leffons in elocution or a felection
ofpieces in profe and verfe
for the improvement of youth
in reading and fpeaking , as well
as forthe perufal of perfons of
tate , by W. Scott. Edinburgh
in 12. tel. 41 .
>
The theatre of education a
new tranflation from the french
of Mad la Comteffe de Genlis ,
Lond. 4 vol . in 12. br. 14 l.
ARRETS,
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 18 Décembre 1786 ,
qui ordonne que les fieurs
François Jacques Datertre Macé
& Léonard Peyrand , figneront
Jes bulletins à appofer aux marchandifes
de l'Inde , conjointement
avec les fieurs Laurent-
André- Olivier Bonaventure Bef
né & Jacques- Louis Coderecq ,
nommés par Arrêt du 30 Septembre
dernier.
A Paris ,de l'imprimerie royale.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 12 Janvier 1787 , qui
défend de donner le nom de
Bourreaux aux Exécuteurs de
haute juftice .
AParis, de l'Imprimerie royale.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 12 Janvier 1787 , qui
defend à tous cardeurs , fi eules
& autres ouvriers , de fe fervir
Four ie cardage & la filature du
coton , des mêmes ou ils que
pour le caidage de la filature de
la laine.
A Paris,de l'imprimerie royale.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 27 Janvier 1787 , qui
ordonne que celui du 19 Mai
1691 feia exécuté , & qu'en
conféquence les Infpecteurs des
manufactures de toutes les provinces
& generalités du royaume
auront entrée , féance & voix
deliberative en toutes les affemblées
concernant lefdites manufactures
, tant en jugement que
dehors, à la charge par eux ,
fi
fait n'a été , de prêter ferment
pardevant les Juges des manafactures.
A Fari , de l'Imprimerie royale.
Arrêt de la Chambre des
Comptes , du mercredi 14 Mars
1787 , portant fuppreffion d'un
Imprimé ayant pour irre : Remontrances
de la Chambre des
Compres , commençant par ces
mots : Sire , c'eft avec douleur ,
mais avec confiance , & fin ffant
par ceux- ci : le 11 Février 1787.
A Paris , chez Cellor & Didot,
L. rue Dauphine.
GRAVURES.
Recueil des oifeaux ; feptième
cahier : Numéros 24 & 25.
> A Paris , chez Martines тие
de la Harpe , No. 15.
MUSIQUE. A Paris , chez Leduc , ru?
Les Délaffemens de Polvmdu Roule , à la Croix d'or ,
nie , ou les Concerts de Paris; Numero 6.
feconde année , N°. 8 ; in fol. cory. Journal hebdomadaire ,"
A Paris , chez la veuve Bait- polé d'airs d'operas , &c. vingt
lon & Poro , rue du Petit Repo- deuxième année , Numéros 20
foir , près la place des Victoires. & ai : par année, 15 l .
Journal de harpe ; Numéros A Paris, chez le même.
10 & 11.
On foufcrit léparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE,
thez PH.D. PIERRES , pretier Imprimeur Ordinaire du Kai
rue Saint - Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 liv. 4. fols
par année , avec la Table .
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour
Pari!}
de trente livres , & pour la Province , port franc
rente deux livres , que l'on remettra à la Pofte ;
en affranchiffant le Port de l'argent & la lett
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu de
Direacur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de mai,
fom priés derenouveler an plus tôt leur abonnement ,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leurs adreffes,
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs norns & qualités
d'uné écriture lifible , & affranchir les lettres
fans quoi elles ne feroni point reques,
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 15. )
SAMEDI 14 AVRIL 1787.
AVRIL a30 jours & la Lune 29. Dur au 30 les jours
1
30 " le matin , & de 49 30 " le foir. croiffent de 49
Jours
du
mois.
Noms des Saints.
116 D. Les Rameaux.
2 Lund . S. Franç. de Paule.
3 Mard. S. Richard , Evêque.
Merc. S. Ambroife , Evêque.
5 Jeudi. S. Vincent Ferrier.
Vend. Vendredi- Saint .
Sam. S. Hégéfipe .
Dim. PASQUES.
9 Lund. Ste Marie Egyptienne .
10 Mard. S. Macaire , Evêque .
11 Merc. S. Léon , Pape.
12 Jeudi S. Jules , Pape.
13 Vend. S. Crefcent , Martyr.
14 Sam. S. Paterne , Ev. d'Avran.
151 D. Quasimodo.
16 Lund. S. Fructueux.
17 Mard . S. Anicet , Pape.
18 Merc . S. Parfait , Prêtre.
19 Jeudi. S. Elphege, Evêque.
20 Vend. Ste Hildegonde.
21 Sam. S. Anfelme , Evêque.
222 D. Ste Opportune.
23 Lund. S. Georges , Martyr.
24 Mard . Ste Beuve.
25 Merc . S. Marc , Evang. abftin.
26 Jendi . S. Clet, Pape & Martyr.
27 Vend. S. Policarpe , Evêque.
28 Sam. S. Vital , Martyr.
293 D. S. Robert , Abbé.
30 Lund. S. Eutrope , Evêque.
37780
Phafes
de la
Lune.
Temps moyen
au
Midi vrai.
oh.
OP. L.
3' 55"
O
le 2 à 4
3 18
h. 32 m.
du foir. 2 42
2 25
2 7
I So
I
CD.Q.
33
I 16
le 10 à 8 I
h. 12 m. 43
du foir. Ο 28
12
MI 59 57
II 59 42
Ir 59 28
N. L.II 59 14
le 18 à 011
h. 51 m. ir
du mat. II
II
59 O
58 47
58 35
FI 58 22
58 10
57 59
57 48
57 37
da foir. II 57 27
TI 57 18
H 57 9
37
DP.Q.II
le 24à 411
h. 7 m.n
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
L'Artd'écrire auffi vite qu'on
parle , perfectionné d'après les
obfervations des Commiffaires
de l'Académie des Sciences , &
approuvé par ladite Académie ;
par M. Coulon de Thévenot ,
Correfpondant du Musée de
Bordeaux.
A Paris , che l'Auteur , rue
des Mauvais - Garçons S. Jean.
Petite Bibliothèque des théâtres
; Numéro : in- 18.
Onfoufcrita Paris , au Bureau,
rue des Moulins , Butte S. Roch,
Numéro 11 ; chez Belin , L. rue
S. Jacques ; & chez Bruner , L.
place du théâtre italien.
Calendrier ufuel & perpétuel:
in fol.
A Paris , chez Didot fils, &
Jombert jeune , Lib . rue Dauhine.
P
Difcours choifis de Cicéron
l'ufage des claffes , traduits
Par M. l'Abbé Auger ; tome
III : in- 12.
A Paris , chez les mêmes.
Caufes célèbres ; première
part. Avril 1787 : tome 148.
AParis , chez Mérigot le jeune,
1. quai des Auguftins.
Choix de poefies de Pétrarque ,
traduites de l'italien , par M.
Lévêque : in- 18.
A Paris , chez Hardouin &
Gattey, Lib, au Palais Royal.
Confeffions du Comte de
C ***, avec l'hiftoire de fes voyages
en Ruffie, Turquie, Italie &
dans les pyramides de l'Egypte :
in - 12. & in- 4°.
A Paris , chez Cailleau , Imp.
Libr. rue Galande , Numéro 64.
Courier lyrique & amufant
conde année ; No. 21 : in-89.
A Paris , chez l'Auteur , Mad.
Dufresnoy, quai de l'Ecolis
à
Eprtre à M. le Marq. de ***
l'occafion de l'affemblée des
Notables , ou Effufion du coeur
d'un vieux citoyen françois : in- 89.
A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.
Galerie hiftorique univerfelle
in 42. neuvième livraiſon ,?
M. de P*** , contenant les por
traits de E. de la Belle , de Blanche
de Caftille , de le Bramante,
de L. Carrache , de D. Erafme
de Henri VII , de Tibere , de
Turenne.
Chaque livraifon pour les
Soufcripteurs eft de 3 liv. 12 f.
& pour les perfonnes qui ne fouferivent
point , 4 liv. 10 fols.
On foufcrit à Paris , chez
Mérigot le jeure , Lib. quai des
Auguftins ; à Valenciennes , chez
Giard; & chez les principa
Lib. des villes du Royaume
de l'Europe.
Hiftoire univerfelle , depuis
le commencement du monde
jufqu'à préfent , compofée en
anglois par une fociété de gensde
- lettres ; nouvellement traduire
en françois par une fociété
de gens de lettres ; enrichie
de figures & de cartes tomes
XCIà XCII : in - 8°.
AParis , chez Moutard, Imp.-
Lib. de la Reine , hôtel de Cluny,
rue des Mathurins.
La Réforme des théâtres ; par
M. de S. Aubin : in 8 .
A Paris , chez Guillot , Lib.
rue S, Jacques , vis - à- vis celle des
Mathurins.
Recherches fur les prérogatives
des Dames chez les Gaulois,
für les cours d'amour , &c. ;
par M. le Préfident Rolland :
in 12. 11. 16 f.
A Paris, chez Nyon l'aîné L.,
rue du Jardines.
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De Conftantinople , le 20 Février.
LE Reis - Effendi Atta - Bey a été deftitué
, & on lui a donné la commiffion
d'aller faire réparer le Palais Impérial
d'Andrinople. Il a eu pour fucceffeur
Feizi Suleiman Effendi , qui avoit déja occupé
cette place en 1780 , & pourvu fucceffivement
des premieres charges de la
Porte. La place de Nichandji qu'il vient de
quitter a été donnée à Peltek Haſſan Effendi
ci devant Defterdar.
Imaïl Aga , qui étoit Terfana Emini , a
été fait Pacha à trois queues & Beiler Bey d'A
natolie ; mais il a ordre de fe rendre à Oczakow
, dont il a été nommé Commandant.
Sa place de Terfana Emini a été donnée à
Ali Effendi , qui a occupé les premiers emplois
du département des finances .
La premiere divifion de la grande efca-
Nº. 14 , 7 Avril 1787. a
"
( 2 )
dre ,
que l'on a mile en armement , eft déja
en rade ; on preffe avec ardeur toutes les
Iconftructions.
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 20 Mars.
Une Société formée à Copenhague, vient
de publier un Mémoire intitulé : Diminution
annuelle des dettes de l'Etat par une nouvelle
resource. Cette Société y
déclare que
fes Membres aninrés de zele pour le bien
public , renoncent , les uns en partie , les
autres en entier , aux penfions & gratifications
dont ils jouiffent fur le Trefor royal ,
& elle invite les perſonnes riches , également
penfionnées à ſuivre cet exemple. Gezette
d'Altona nº. 43.
La direction générale établie à Kiel , pour
l'amélioration de l'économie rurale , continue
avec fuccès fes opérations .. On fait
que , depuis 3770 , on a commencé à aliéner
& à répartir en petites portions les domaines
du Roi de Danemarck. Cette opération
a contribué infiniment à améliorer
ces terres , & il en eft déjà réfulté , pour les
revenus du Roi , une augmentation annuelle
de 30,000 rixdalers La population a
auffi beaucoup gagné , puifque la divifion
des domaines a procuré la fubfiftance à
481 familles.
( 3 )
L'Abbé Ofter , que le Pape envoya à
Stockolm , en 1783 , avec l'agrément da
Roi , pour veiller aux intérêts de la Religion
Catholique en Suede , a parcouru fuc
ceffivement les Provinces où demeurent
des Catholiques , & il a établi des exercices
de Religion à Gothembourg , Landfcron
Chriftienfund & en d'autres endroits. Depuis
1784 , les Catholiques ont l'exercice
public de leur culte dans cette Capitale ,
où ils ont actuellement une Eglife & trois
Chapelles. Le Curé de l'Eglife eſt un Religieux
de l'ordre des Carmes. Le nombre
des Catholiques dans le Royaume , monteà
quelques milliers d'individus.
Le Voyage de l'Impératrice de Ruffie paroit
avoir donné lieu à quelques mouvemens
extraordinaires de la Porte Ottomane.
Elle a renforcé , dit on, les ga nifons d'Oczakof,
de Choczim & de Bender. Ces places
ont été fournies de munitions , leurs
batteries réparées , les forts mis en bon état
de défenfe . On léve auffi de nouvelles milice
, afin de porter à 300000 hommes l'armée
destinée à couvrir les frontieres. S'il
faut ajouter foi aux mêmes rapports , on
prépare à Conftantinople une efcadre de 31.
vaitfeaux de guerre..
Nous trouvons dans un Journal Allemand
quelques notions affez exactes fur le
Duché de Brunswick & fur l'Electorat de
Hanovre.
a 2
( 4 )
Le Duché de Brunfwick , dit l'Auteur , eft
renfermé dans une ſurface de 94 milles carrés. Sa
population eft évaluée à 166,340 perfonnes , ce
qui fait 1700 individus fur chaque mille . En 1781 ,
on comptoit dans la ville de Brunſwick une population
de 20,000 ames . Les revenus de l'Etat
montent à un million & demi de rixdalers, Les
dettes montoient à cinq millions en 1779. Les
falines procurent au pays de grands bénéfices . On
compte qu'il paffe par an à Hambourg pour deux
millions de fil. L'exportation de la bierre eft auffi
un article confidérable . On exporte encore de ce
Duché beaucoup de bled ; mais l'objet le plus
lucratif pour ce pays eft l'exploitation des mines
du Hartz. On affure que la confommation du
beurre que l'on fait venir du Holftein & de
P'Irlande forme un objet annuel de dépenfe de
200,000 rixdalers . Les troupes , y compris
la Milice , montent à 6,000 hommes.
La furface de l'Electorat d'Hanovre est un
peu au - delà de 700 milles carrés. On eftime fa
population actuelle à 800,000 ames , ce qui produit
1,400 individus par mille ; mais il y a des
diftricts dans les Principautés de Brême & de
Zelle où l'on peut à peine admettre 300 perfonnes
par mille. On évalue les revenus de
l'Etat à plus de 4 millions de rixdalers. Les
droits d'accife font employés au paiement des
troupes ; on fait monter ces droits , pour Gotttingue
feule à 26,000 rixdalers par an. La
derniere guerre a occafionné 4 millions & demi
de dettes qui ne font pas encore acquittées. En
temps de paix , les troupes que l'on entretient ,
montent à environ 25,000 hommes ; favoir ,
4,220 de Cavalerie , 13,450 d'Infanterie réglée ,
& d'Artillerie , 5,500 de Milice & 2,400 d'Infanterie
de garnifon . Les marchandifes d'expor
"
( .5 )
tation font les fuivantes , favoir ; lin , chanvre ,
miel , cire , bois de conftruction , tourbe , fel ,
toile, fil , fer ouvré ; celles d'importation font
vin , café , thé , fucre , foieries , draps fins ; la
balance eft en faveur de l'importation . Les productions
minérales du Hartz rapportent par an
11 à 1,200,000 rixd . ; on fait monter à 600,000
rixd. le bénéfice net des mines d'argent. Les habitans
s'occupent beaucoup de l'éducation des
abeilles ; on affure qu'ils en retirent par an près
de 300,000 rixdalers.
Le Prince d'Anhalt - Zerbft vient de confirmer
de nouveau , dans fes petits Etats , à
toutes les Religions reçues dans l'Empire
d'Allemagne , le libre exercice du culte , &
de leur accorder toutes les libertés que péuvent
exiger leurs rites.
La Ruffie Blanche , qui échut à la Ruffie lors
du partage de Pologne , dit cette feuille publique
, eft divifée en deux gouvernemens , qui
font Mohilof & Polozk. Le Gouverneur actuel
du dernier Gouvernement eft le Général Engelhard
; & celui de l'autre , le Général Rehbinder.
Les places dans les Magiftratures continuent
d'être occupées par des Nationaux , &
les loix de Pologne font toujours en vigueur
dans cette Province. La Nobleffe , le Clergé &
les femmes ne paient aucun impôt ; les Commer,
çans paient par an 5 pour cent d'impôts , les
Bourgeois & les autres Sujets acquittent la capitation
d'un rouble. A Mohilof les Jéfuites ont
un Séminaire compofé de cent - cinquante individus
; on porte à trois mille tous les Membres
de cette Société . Le projet d'établir un
noviciat a été infructueux jusqu'à préfent ; dans
l'Eglife les Jéfuites paroiffent avec le rabat d'un
a 3
( 6 )
Prêtre féculier. Le Séminaire de Polozk eft com
pofé de 50 individus.
""
Depuis l'année 1764 jufqu'à la fin de
1786 , il a été amorti des destes publiques
de l'Etat dans l'Electorat de Saxe , la fomme
de 7,642,303 fixdalers 5 grofchen & 11
un quart plennings. Les fommes rembour
fées pendant l'année derniere ont monté à
438,693 rixd. & 6 grofchen. Les dettes en
1764 formoient un objer de 29,028,424¹.
rixd . 18 grofchen & 6 pf. Pai conféquent il
en refte encore à payer 21,385,121 rixd. 12
grofchen & 7 & demi pf.
De Berlin, le 19 Mars,
Le 12 , dans l'après- midi , le Roi eft parti
pour Potfdam , où S. M. compte paſſer toute
l'été . Les Bureaux du Cabinet l'ont fuivi
vers le foir.
Dans la fuite de fon Difcours , dont nous
avons différé la publication , M. le Comte
de Hertzberg expofe en ces termes le précis
rapide de la vie publique du feu Roi de
Pruffe.
7
Frédéric II , né le 24 Janvier 1712 , fut
élevé d'une maniere auftere & comme un particulier
, fans être initié aux ſciences , d'après les
principes & le caractere de fon pere, le roi
Frédéric Guillaume , Ayant manifefté en 1731
des vues de mariage & de politique différentes:
de celles de fon pere , il fut arrêté & jugé à
Cüftrin , & ne dut la confervation de fa vie ,
qu'à la juftice & à la fermeté des Généraux fes
juges , étant pourtant obligé de voir trancher la
tête à fon ami le Lieutenant de Katt. Il fut enfuite
laiffé encore quelque temps à Cüftrin , &
19
obligé de travailler dans la Chambre des finan
ces , comme un Confeiller de guerre , ce qui lui
a été fort utile dans la fuite. Le Roi fon pere
s'étant enfuite réconcilié avec lui , il époufa felon
fes volontés en 1732 la Princeffe de Brunf
wick , notre digne Reine douairiere , & s'établit
avec elle au château de Rheinsberg , où il
paffa enfuite la plupart de fon temps dans la
retraite , ou en s'exerçant au métier de la
guerre avec fon Régiment à Ruppin , ou en cultivant
les lettres , & en entretenant une correl
pondance fuivie avec Subm , Voltaire & d'autres
Savans , ainfi qu'avec le Maréchal de Grumbkow
fur les affaires du Gouvernement . On conferve
encore dans les archives un volume trèsintéreffant
de cette derniere correfpondance.
Depuis l'an 1732 il fe conduifit en fils trèsobéiffant
, & fe concilia toute la confiance &
toute l'amitié de fon pere jufqu'à fa mort. Celleci
étant arrivée le 31 Mai 1740 , Frédéric II
monta fur le trône , & hérita d'un Etat très- bien
arrangé , avec une armée de 70000 hommes &
un tréfor confidérable . La maifon maſculine
d'Autriche s'étant éteinte prefqu'en même temps
par la mort de l'Empereur Charles VI , & les
Princes de Baviere , de Saxe & d'Espagne ayant
réclamé fon héritage en partie ou en tout , contre
fa fille Marie Thérèfe & contre la Sanction
pragmatique , fous les aufpices de la Cour de
France , Frédéric II crut devoir auffi revendiquer
les droits de la maifon de Brandebourg fur
quatre Duchés de Siléfie , qui avoient été enlevés
à fes ancêtres , & auxquels le roi Frédéric I
avoit renoncé , contre le petit équivalent du
cercle de Schwibuff , mais que la cour de Vienne
avoit eur la mauvaiſe politique de ne pas lui laiffer
, faifant revivre par-là fes titres . Frédéric
a 4
( 8 )
ne demanda à la Reine de Hongrie que les Duchés
de Glogau & de Sagan , & lui offrit en re-
Lour deux millions , ainfi que la garantie de la
Sanction pragmatique & de la dignité Impériale
pour le Grand Duc de Tofcane fon époux.
N'ayant eu que des refus fecs & réitérés , il s'allia
avec les Rois de France & avec les Electeurs
de Saxe & de Baviere . Ii mit celui- ci fur le
tróne de l'Empire ; il conquit toute la Siléfie en
1741 & 1742 , par les deux victoires de Molwitz
& de Chotufitz ; mais ne fe voyant que
foiblement foutenu par fes alliés , il céda aux
propofitions des cours de Vienne & de Londres ,
& conclut , fous la garantie du Roi d'Angleterre,
le 11 de Juin 1742 , le Traité de paix de Brellau
, par lequel la Reine de Hongrie lui céda
l'important Duché de la Haute & Baſſe Siléfie ,
jufqu'à la riviere d'Oppa , n'en gardant que les ›
Duchés de Jagerndorff , de 'Troppau & de Tefchen.
Frédéric employa les années 1742 , 1743 &
une partie de 1744 , à profiter du repos & des :
douceurs de la paix , & fur-tout à mettre fa nouvelle
conquête fur le pied de fes anciens Etats ;
c'eft auffi dans cet intervalle , & en 1743 , qu'il
renouvella & rétablit cette Académie , qui ayant
été fondée par Frédéric I , avoit été abandonnée
fous le regne de Frédéric Guillaume , & ne s'ézoit
confervée que par les efforts de fes propres
membres Allemands . Le Roi voyant en 1744
que la Reine d'Hongrie avoit chaffé l'Empereur
Charles VI de toute la Baviere jufqu'à Francfort
, & que fon armée , après avoir paffé le
Rhin , avoit pénétré dans l'intérieur de la France
, & pouvant ainfi prévoir avec une certitude
morale , qu'en continuant fes fuccès , ele ne
manqueroit pas de revendiquer un jour la Siléfie
, il conclut en 1744 un nouveau Traité d'al(
9 )
lience avec la France , l'Empereur Charles VII
& le Landgrave de Heffe Caffel , après quoi il
marcha avec 8c000 hommes en Bohême , & prit
la garn fon & la ville de Prague , ce qui dégagea
la France , & obligea l'Armée Autrichienne
de repaffer le Rhin & de retourner en Bohême .
Le Roi étant attaqué de toutes les forces Autrichiennes
, & ne voyant pas la diverſion , que la
Cour de France devoit lui faire , en faifant fuivre
l'armée du Prince Charles de Lorraine , fe
vit obligé d'évacuer la Bohême avec perte. L'armée
Autrichienne , accompagnée de celle de
Saxe , entra même au commencement de l'année
1745 en Siléfie , croyant en faire la conquête
, mais le Roi les battit à platte couture ,
près de Hohenfriedberg , rentra enfuite en Bohême
, & s'y maintint par la victoire inopinée
de Sohr , jufqu'à la fin de la campagne , où il
rentra en Siléfie , & tetourna à Berlin : mais
ayant découvert au milieu des plaifirs du Carnaval
, au mois de Décembre , qu'une armée combinée
fous les ordres du Général Autrichien de
Grüne , devoit traverfer la Luface & le furprendre
à Berlin , il vola en Siléfie , paffa avec un
corps d'armée à la gauche de l'Elbe fur Meiffen ,
pouffa l'autre , fous les ordres du Prince de Deffau
, depuis Magdebourg jufqu'à Dresde , obligea
ce Prince à gagner la victoire de Keffelfdorff
, entra enfuite comme vainqueur à Dresde ,
y fit jouer l'opéra Arminius , & fit conclure par
fon Miniftre le C. de Podewils , le 25 Décemb.
1745 , une nouvelle paix avec les Cours de
Vienne & de Saxe , fous la nouvelle médiation
& garantie de l'Angleterre , & par une négociation
qui ne dura que 24 heures , comme toute
cette grande expédition n'avoit pas duré un mois
e ntier. Il fit cette nouvelle paix , qui lui affura
a s
MUSIQUE.
Les Délaffemens de Polvm
nie , ou les Concerts de Paris ;
feconde année , No. 8 ; in fol.
A Paris , chez L
du Roule , à la Chi
Numéro 6.
Journal hebdomadaire.c
A Paris , chez la veuve Bait- polé d'aits d'operas ,
lon & Poro , rue du Petit Répo- deuxième année , Nut
foir , près la place des Victoires. & 1 : par année , 15
Journal de harpe ; Numéros
10 & 11.
A Paris, chez le même.
On foufcrit léparément pour le JOURNAL DE LA LIBR
thez PH. D. PIERRES , pretier Imprimeur Ordinaire ta
rue Saint - Jacques . Le prix de l'abonatment eft de 7 liv. 41
par année , avec la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hören
THOU , rue des Poitevins . Le prix eft , pour Par
de trente livres , & pour la Province , port ran
rente- deux livres , que l'on remettra à la Po
en affranchiſſant le Port de l'argent & la !
d'avis , dans laquelle il faut inférer le
Direacur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de .
fom priés derenouveler an plus tôt leur abonnemen
afin qu'on ait le temps de réimprimer leurs adre
qu ' ils n'éprouvent aucun retard dans l'expéant
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & pan
tés d'uné écriture liſible , & affranchir les fath
fans quoi elles ne feroni posni reçues,
MEET
AVI
crom
7 Sam
10
Dam
#ASAL
#51 Z
26 Lund
#7Mar2
28/Mers
19 Jeudi
Vend
as : D.
and
Mard.is ,
-Sketc
C
( 10 )
de nouveau la Siléfie , fous la garantie des Cours
d'Angleterre & de Ruffie , & par laquelle il reconnut
l'élection du Duc de Tofcane à la dignite
Impériale , faite en Septembre 1745 contre
fa proteftation : il fit , dis - je , cette prix
féparée , parce qu'il le voyoit menacé d'une attaque
de la Ruffie ; que la France ne vouloit
faire la guerre que défenfivement au- delà du
Rhin , & que l'Empereur Charles VII , en faveur
duquel le Roi avoit commencé cette guerre
, étoit venu à mourir , & que l'Electeur de
Baviere , fon fils , avoit fait fa paix particuliere
avec l'Autriche à Füffen .
Quiconque voudra envifager fans une prévention
décidée , ce préc rapide , mais vrai , des
événemens qui fe font paffes depuis 1740 jufqu'à
1745 , trouvera , que fi le feu Roi a plufieurs
fois changé de fyflême pendant cet espace,
de temps , il en a eu des raifons très fortes , auxquelles
il pouvoit s'abandonner , avec d'autant
moins de reproche que dans toutes fes alliances
il a toujours confervé la fage politique de
jouer le rôle non d'auxiliaire , mais de partie
principale , & qu'il n'a jamais pris des fubfides
de la Cour de France , pendant fon alliance,
avec elle , malgré tout ce que le Public en a
cru. Il a encore mieux & plus en détail développé
les motifs de ces changemens dans l'excel-,
lente Hiftoire de fon temps , qu'il a écrite luimême
, & dont je donnerai une notice à la fin
de ce Difcours.
Après la feconde guerre de Siléfie & la conclufion
de la paix de Dresde , Frédéric II eut
12 ans de paix , depuis 1745 jufqu'à 1756. Pendant
ces années pacifiques , il fe dévoua entierement
aux Mufes & au Gouvernement intérieur
, & s'occupa fans ceffe à faire fleurir par

( 11 )
tous les moyens poffibles l'agriculture , les arts
les fabriques & les manufactures , à augmenter ,
& à améliorer le commerce , les finances , les
revenus de l'Etat , le tréfor & l'armée , qui fut
pouffée alors jufqu'à 160000 hommes . Il fau
droit écrie un gros volume , pour entrer dans
quelque détail fur toutes fes opérations intérieures
; je ne ferai qu'indiquer les principales. I
écrivit & fit imprimer en 1746 , d'abord après
la paix de Dresde , les célèbres Mémoires de
Brandebourg , qui contiennent l'hiftoire de fes
ancêtres j qu'au commencement de fon regne ,
& pour lesquels je lui ai fait en grande partie les
extraits des archives , particulierement pour
l'hiftoire de la guerre de 30 ans , & pour Thic
toire du militaire du Brandebourg , ouvrage zuquel
je fus emploié alors comme un jeune homme
venu de l'Univerfité . Jedui fis auffi en 1752
un précis de toutes les négociations , Le Roi
compofa dans le même efpace de temps fon
grand poëme fur l'art de la guerre , & toutes les
pieces en profe & en vers , qui forment le premier
Recueil des oeuvres du Philofophe de Sans-·
Souci. Il fit la premiere réforme de la juftice par
le Grand Chancelier Cocceji , auquel il fournit
lui-même le projet de cette réforme , qu'il cruc
être un Code de Loix , comme celui de Juftinien ,
quoique ce ne fût qu'un Réglement pour la
Procédure. On abolit alors les Procureurs , on
abrégea les procès , mais on les chargea de trop
d'épices pour fubvenir aux frais de la Juftice .
Le Roi commença dès lors les grandes bâtiffes
de Berlin & de Potsdam , à établir des Colonies
& à faire des défrichemens : il fit faire les canaux
de Finow & de Plauen , pour joindre les rivieres
de l'Oder , de la Havel & de l'Elbe. Il établit à :
Emden deux Compagnies de commerce pour
la
a 6
( 12 )
Chine & le Bengale , mais qui manquerent toutes
les deux par la direction inepte des entrepreneurs
. Il foutint le premier les principes de la
Neutralité maritime contre la Couronne d'Angleterre
, & fit indemnifer fes fujets commerçans
des prifes que les Armateurs Anglois avoient
faites fur eux , pendant la guerre entre la France
& l'Angleterre. Il le fit en décomptant aux Anglois
200000 écus fur les deux millions qu'il
leur paya , pour s'acquitter de l'avance faite à
la Maifon d'Autriche fur la Siléfie , comme il
s'en étoit chargé par la paix de Breslau . Pendant
ce tourbillon immenfe d'arrangemens intérieurs
, Frédéric ne cella pas de prendre une
part effentielle aux principales négociations de
PEurope. Il envoya le fieur d'Ammon comme
fon Plénipotentiaire au Congrès d'Aix - la-Cha--
pelle en 1748 , & y obtint la garantie de toutes
les Puiffances contractantes fur la ceffion de la
Siléfe . Malgré la paix féparée conclue à Drefde
, il continua fon alliance avec la Cour de
France , en y ajoutant même un Traité de commerce
en 1754 , & il conclut une alliance avec
la Suede , de concert avec la France . Par une
fuite du même fyftême , il s'oppofa en 1750 ,
& plufieurs années de fuite , de concert avec la
France & les Electeurs Palatin & de Cologne ,
à l'élection d'un Roi des Romains , propofée par
les Cours de Vienne , d'Hanovre & de Drefde ,
& on négocia beaucoup fur cette affaire de tous
côtés en Allemagne ; mais fa principale attention
étoit toujours tournée fur les vues dangereufes
, qu'il fuppofoit à la Cour de Vienne ,
pour reconquerit la Siléfie. Il n'ignoroit pas la
haine perfonnelle que l'Impératrice de Ruffie &
fon Miniftere avoient contre lui. Il crut favoir,
que les Cours de Vienne , de Pétersbourg & de
B
*
( 13 )
Saxe avoient formé un fyftême politique contre
la Pruffe ; il découvrit en 1753 , par hafard &
par la trabifon d'un Secrétaire Saxon , que ces
trois Cours avoient conclu en 1746 , d'abord
après la paix de Drefde , un Traité d'alliance &
de partage éventuel de fes Etats , en cas d'une
guerre. Il jugea , d'après cette découverte & d'après
les dépêches Saxonnes , dont il eut tous les
jours de pofte les copies depuis 1753 jufqu'à
1756 , que les Miniftres de ces trois Cours ne
faifoient que travailler à amener cette guerre.
crut au mois de Juin 1756 , par des avis fecrets
& vraisemblables , que le moment étoit venu ,
où ces trois Cours vou troient exécuter leur projet
concerté contre lui , & l'attaquer au commencement
de 1757. Il fit demander trois fois
des explications là - deffus à l'Impératrice - Reine
par fon Miniftre le fieur de Klinggraef : n'ayant'
reçu que des réponfes feches & laconiques , il
crut devoir prévenir le deffein des trois Ceurs ,'
en attaquant celles de Saxe & d'Autriche avant
que leurs armées fuffent prêtes . Il me fit venie
le 20 Août , à Sans- Souci , en fecret , & me re .
mit les dépêches de la Cour de Saxe , dont je fis
un précis , qui fut communiqué à toutes les
Cours , pour leur prouver les deffeins des Cours
de Vienne & de Saxe contre la Pruffe , que le
Roi crut devoir prévenit. Enfuite il marcha à
la fin du mois d'Août 1756 vers la Saxe , prit
ce pays en dépôt , environna l'armée Saxonne
près de Pirna , la fit prifonniere & l'incorpora
dans fon armée : il entra en Bohême , & gagna
la bataille de Lowofitz , mais qui ne fut pas
affez décifive , pour qu'il ne fût pas obligé de
quitter la Bohême , & de retourner en Saxe ,
où il prit fes quartiers d'hyver . Pendant ces entrefaites
, il fit ouvrir les archives de Drefde , &
(014 S
envoya au Miniftere toutes les dépêches origina
les de cette Cour , fur lefquelles je compofai &
publiai le fameux Mémoire raifonné , dans lequel
on prouva par les dépêches originales des Miniftres
Autrichiens & Saxons les projets éventuels
de guerre & de partage contre la Pruffe . Il
eft conftaté que ces projets ont exiſté , mais
comme ils n'étoient qu'éventuels & fuppofoient
la condition , que le Roi de Pruffe doneât lieu
à une guerre , il reftera toujours problématique ,
fi ces projets auroient jamais été exécutés , &
s'il auroit été plus dangereux de les attendre que
de les prévenir. Quoi qu'il en foit , la curiofité
du Roi & la petite circonftance de la trahifon
d'un clerc Saxon , eft la caufe indubitable de
cette terrible guerre de fept ans , qui a immortalifé
Frédéric II & la Nation Prufhienne , mais
qui a auffi prefque abimé tout cet Etat , & l'at
mis à deux doigts de la perte. Je n'entrerai ici
dans aucun détail de certe guerre fameuſe , quoique
d'autres
je ferois peut être plus en état que
d'en expliquer les principaux refforts . Le temps
& les circonflances ne le permettant pas , je me
contenterai d'expofer en efquiffe un tableau
politique de cette guerre.
que
La fin à l'ordinaire prochain .
De Vienne, le 19 Mars.
L'Empereur vient d'arrêter que les deux
Confiftoires proteftans dans cette Capitale ,
feiont entretenus aux frais de l'état & que
les Membres qui les compofent feront payés
du Tréfor Impérial.
Le nombre des émigrans Allemands qui
( 15 )
depuis deux ans , fe font établis dans le
Bannar monte à 3,000 familles. Une partie
a obtenu des concellions dans des lieux où
fe trouvoient des maifons & des terres vacantes
; les autres font répartis dans onze
nouveaux villages , ou l'on compte 1904
maifons. L'etabliffement de ces colons
coûte à la Cour plus d'un milion de
florins .
On lit dans le Mercure de Hongrie qui
s'imprime à Bude , qu'en 1784 on comptoit
dans ce Royaume 17 Colleges d'éducation,"
dont les revenus annue's montoient à 81279
florins ; ces Colleges ont été fupprimés , &
leurs revenus convertis en bouries de 260 ,
200 & 160 florins. Indépendamment d'un
grand nombre de petites écoles , on compte
encore dans la Hongrie 19 Gymnafes , s
Académies & l'Univerfité de Bude ; le nombre
des étudians eft de 7150 , dont 910 éleves
qui fe deftinent au Clergé.
De Francfort , le 23 Mars.
Le 11 de ce mois , le Confeiller privé de
Pochmer , Miniftre du Roi de Pruffe piès
le cercle du haut Rhin , a eu une audience
du Landgrave de Heffe Caffel , auquel il remit
fes lettres de créance. On affure que ce
Miniftre eft chargé d'une affaire importante :
auprès de l'Electeur de Mayence.
Le jeune Comte de la Lippe eft revenu
de Minden à Buckebourg, accompagné de
( 16 )
4
Officiers Pruffiens . La fortereffe de Wilhelmftein
ne s'eft pas encore rendue aux
Heffois ; le Commandant a déclaré qu'il ne
la livreroit que fur un ordre exprès & écrit
de la main de la Comteffe douairiere. On
débite que le Landgrave de Heffe a reçu un
ordre Impérial , qui lui enjoint de retirer fest
troupes du Comté de Buckebourg.
ככ
pa-
« Quoique le feu Comte de Buckebourg,
» écrit-on d'Hanovre, ait laiffé un fils, & que,
» fon propre frere foit auffi vivant, le Land-
" grave de Heffe a cependant jugé à propos.
» de s'emparer à main armée de fon patri-
» moine , fous prétexte que le feu Comte
» étoit lui -même inhabile à la fucceffion
» ternelle , puifqu'il étoit né d'un mariage,
» inégal . La démarche du Landgrave a fait
ici beaucoup de fenfation. Auffi notre
» Miniftre lui a écrit fur-le - champ ; il l'a
prié de fe défifter de cette entreprife,
», & il s'eft adreffé en même tems au Roi
» de Pruffe , pour fupplier Sa Majefté ,
» comme Directeur du Cercle de Veſtphalie
, de faire connoître au Landgrave
» l'irrégularité de fa démarche . La Cour
» de Berlin défapprouve , dit - on , la con-
» duite de ce Prince , & on apprend qu'elle
» l'a exhorté à revifer fes troupes , & à
» remettre les choles fur l'ancien pied. Le
» Roi a enjoint en même tems à fa Ré-
» gence de Minden , de prendre ſous ſa
» protection , la Princeffe , le Comte hé-
ככ
ב כ
**
( 17 )
לכ
par
» réditaire fon fils , & toute la famille du
» feu Comte. On fait que le pere du
> feu Comte a été reconnu habile à la fuc-
» ceffion , non feulement par les Tribunaux
» fuprêmes de l'Empire , mais auffi le
» feu Landgrave de Heffe , lequel avoit
» donné l'inveftiture des fiefs relevans de :
» la Herre au pere du feu Comte , & au
>> Comte lui-même. Mais il eft vrai qu'à
» l'occafion de la derniere inveftiture , le
Landgrave actuel protefta contre cet acte.
" La Princeffe- Comteffe -Douairiere ne
» veut fe prêter à aucun arrangement ,
» ayant déclaré qu'il feroit contraire à la
» conftitution de l'Empire & défapprouvé .
» de fes voifins. Les revenus annuels
» que tiroit le feu Comte de la partie du
» Comté de Schaumbourg qui lui appar-
» tenoit , montent à 40,000 écus » .
Le 27 Février , le premier bataillon du
Régiment que le Duc de Wittemberg a
levé pour le fervice de la Hollande , eft
parti de Ludwifbourg pour fe rendre par
Metz à Dunkerque , & delà à Fleffingue
où il fera embarqué & conduit au Cap de
Bonne-Efpérance. Le fecond bataillon le
fuivra au mois d'Août prochain.
Le 27 Février , le Confeil Aulique de Vienne
a arrêté fur les repréfentations faites à l'Empereur
par les Electeurs de Mayence , de Treves
& de Cologne , relativement aux Nonciatures
de Munick & de Cologne , qu'il avoit écrit à chacun
de ces Electeurs que S. M. Impériale avoit
( 18 )
appris avec déplaifir que le Nonce du Pape réfidant
à Cologne avoit adreffé d'une maniere illégale
& indécente des lettres circulaires au
Clergé du diocefe , fans en avoir obtenu l'agré
ment du Seigneur Electeur ; que ces lettres renfermant
aufli des objets purement temporels
elles étoient attentatoires aux prérogatives de
fouveraineté territoriale des Etats de l'Empire ;
qu'en conféquence , S. M. Impériale approuvoit
la conduite du Seigneur, é ecteur d'avoir enjoint
au Clergé qui lui eft foumis , de renvoyer ces
circulaires ; & comme S. M. , en fa quali é de
chef de l'Empire & de protecteur de l'Eglife
germanique , ne devoit point fouffrir de pareils
attentats de la part du fiege de Rome , qu'elle
caffoit & annulloit ces circulaires & ordonnoit
au Seigneur Electeur de faire connoître cet arrêt
de caflation au Clergé qui lui eft foumis , &
den certifier l'exécution à S. M. Impériale
dans le délai de deux mois . Il a été arrêté en
même tems qu'il feroit écrit à l'Electeur Palatin ,
que l'Electeur de Cologne avoit porté plainte
à Sa M. Impériale , de ce que le Nonce Zoglio
réfidant actuellement à Munick , s'arrogeoit dans
les pays de Juliers & de Bergues une jurifdiction
qui ne le compétoit pas , & qu'à cet effet il avoit
établi à Duffeldorf le Prévôt Robert , comme
fon fubdélégué, auquel il avoit donné des inftructions
particulieres ; mais comme S. M. Impériale
ne pouvoit point permettre que des jurif
dictions étrangeres fuffent établies dans l'Empire
d'Allemagne , & que les Archevêques & les
Evêques de l'Empire fullent circonfcrits dans
l'exercice de leurs prérogatives fpirituelles , elle
ordonnoit au Seigneur Electeur d'interdire au
Nonce Zoglio l'exercice d'une jurifdiction dans
les pays de Juliers & de Bergues , de défendre au
( 19
Prévôt Robert de remplir les inftructions illégales
qu'il auroit reçues dudit Nonce , de l'y contraindre
par la faifie du temporel , & de certifier
à S. M. l'exécution de cet arrêt dans le délai
de deux mois.
L'Empereur a écrit à l'Electeur de Cologne
, conformément à cette réfolution du
Confeil Aulique.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 23 Mars.
Le 16, la Chambre des Communes s'étant
formée en comité , le Capitaine Brett , l'un
des Lords de l'Amirauté , propofa d'accorder
à S. M. la fomme de 700,000 liv . fterl..
pour l'ordinaire de la Marine , & de 650,0001.
pour la conftruction & réparation des vaiffeaux
pendant le courant de l'année. Le Capitaine
Macbride, Officier auffi inftruit qu'expérimenté
, mais affez perd intelligence avec
l'Amirauté act relle , éleva , non des objections
contre la motion , mais des doutes
très-amérement exprimés fur la direction actuelle
de la Marine. Il foutint que l'Angleterre
étoit dépourvue de vaiffeaux de force ;
qu'on réparoit des carcaffes mal à propos ,
qu'au contraire, la Marine de France devenoit
formidable de plus en plus , & d'autres
paradoxes famil ers à l'Oppofition qui rarement
croit un mot des affertions de cette efpece
, adoptées par les Etrangers, lequels s'imaginent
bonnement que ces Oppofans parlent
en fincérité de coeur. Après quelques
débats , la motion paffa fans aller aux voix .
( 20 )
Le 19 , M. Dempfter demanda qu'il lui fûc
permis de préfenter un Bill de modifications
aux actes des 24° . & 25. années de George
III , pour l'adminiſtration de la Juftice dans
l'Inde . L'amendement tendoit principalement
à rétablir le Jugement par Juré , aboli
dans l'Inde par ces actes. Cette motion fut
rejettée par 128 voix contre 21 .

Le même jour , la Chambre des Communes
s'étant formée en comité fur le bill de confolidation
, M. Baftard s'éleva contre la réſolution
prife par le Miniftre , de faire marcher enfemble
& de réunir dans un même bill le tarif du
Traité avec la France , le plan de confolidation
des droits de douane. Il prétendit que ce projet ,
jufqu'alors fans exemple , entraînoit les conféquences
les plus funeftes , non -feulement pour
la nation en général , mais encore pour le Parlement
dont il attaque les franchifes . En effet ,
felon lui , quelque Miniftre pourroit un jour fe
prévaloir de cette autorité pour confondre dans
un feul bill tous les actes d'une affion entiere , &
détruire ainsi tous les privileges des repréfen-.
tans du peuple. En conféquence il fit une motion
pour qu'il fût permis au Comité de faire
des bils féparés fur chaque objet.
Le Chevalier William Lemon feconda la motion
, fans néanmoins défapprouver le Traité avec
la France , dont il fit au contraire les plus grands
éloges . Mais il réprouva une opération qui tendoit
à empêcher les Membres de la Chambre de
faire connoître librement leur façon de penfer
fur les différens articles qui devoient être diſcutés
à part .
Le Chancelier de l'Echiquier témoigna fa furprife
de votr défapprouver cette méthode par
( 21
deux perfonnes qui avoient voté pour le Traité
avec la France , attendu que ces deux objets
étoient tellement unis que l'on ne pouvoit les
féparer fans une infinité d'inconvéniens qu'il
avoit déjà fait connoître à la Chambre. Quant
à l'objection de l'obftacle que cette méthode
oppoferoit à laliberté des fuffrages , il n'y voyoit
pas le moindre fondement , puifque malgré les
délibérations très- réfléchies auxquelles ces objets
ont déjà été foumis , on fera toujours à
même d'y revenir dans les différens progrès du
bill, pour tous les points qui paroîtront mériter
une nouvelle difcuffion.
M. Fox foutint que les Lords entr'autres
étoient dans l'impoffibilité abfolue de faire connoître
leurs fentimens fur les différens bills , par
la maniere de lier ainfi le plan de confolidation
avec le Traité de commerce , au moyen de laquelle
tous les articles qui en font partie , feront
confidérés comme un bill d'argent. La Chambre
étant allée aux voix , la motion de M. Baftard
fut rejettée par une pluralité de cent quarantehuit
contre foixante- cinq .
Le 21 , Lord Rawdon fit une motion
dans la Chambre des Pairs pour que tous
fes Membres fuffent fommés de s'y rendre
le 26 , à l'effet de prendre en confidération
les articles de la convention avec l'Espagne,
qui font relatifs à la Floride , & par lefquels
il prétendit que l'on avoit porté l'atteinte la
plus grave aux propriétés Britanniques dans
cette Colonie. Le Marquis de Carmarthen ,
Miniftre des Affaires Etrangeres , ayant luimême
appuyé cette motion , elle paſſa fans
oppofition.
( 22 )
Le nouveau chef d'accufation , préfenté
le 22 , contre M. Haftings , a eu le fuccès des
quatre précédens . II repofe fur des Traités
faits & rompus avec Fyzoolah Cawn , l'un
des Nababs fubalte.nes de la Province
d'Oude ; d'argent tiré de ce Prince pour fa
protection , & d'oppreflion exercée contre
lui , de concert avec le Vifir d'Oude Sujah-
Dowla. Nous rendrions les débats occaſionnés
par cette difcuffion , avec la plus minutieufe
exactitude , que la queftion n'en refteroit
pas moins embrouillée ; ce qui n'a pas
empêché une majorité contre Mr. Haftings ,
de 96 voix contre 37.
Des Couriers extraordinaires , arrivés depuis
peu de Ruffie , ont donné lieu à de fréquens
comités miniftériels , dont l'un s'eft
prolongé très- avarit dans la nuit .
Les bénéfices que la Compagnie des
Indes retire aujourd'hui de fon commerce ,
augmentent tous les ans. Elle a vendu , l'année
derniere , près de 17 millions de livres
de thé, dont le profit , évalué à 9 den . fterl .
feulement par livre , monte à 630,000 1. ft.
On évalue à un million & demi par an
les profits de cette Compagnie , fur les thés,
cafés , poivre , toiles , foieries , &c. De plus ,
le revenu du Bengale lui procure annuellement
deux millions & demi fterlings . Voilà
donc une Compagnie de Marchands , avec
près de cent millions de rente
vaiffeaux en mer , & des magafins comme
cent
( 23 )
des villes. Peu de Souverains furpaffent cette
puiflance .
« Le 14 Février , une jeune femme qui fe portoit
très-bien , tomba fubitement en convulfions
dans une Manufacture de Lancashire , & y reſta
près de vingt- quatre heures. Les convulfions
revinrent plufieurs jours de fuite ; les accès duroient
un quart d'heure , paffoient & recommençoient.
« Une autre ouvriere fut attaquée de la même
maniere. Le 17 , il y en eut huit de plus ; le
18 , fix , & le 19 , quatre . A peine prévenus de
T'approche de l'attaque , les malades tomboient
fans connoiffance ; enfuite les convulfions , & ĥ
fortes , qu'il falloit cinq on fix perfonnespour les
empêcher de fe mordre , de fe déchirer , ou de
fe caffer la tête contre le mur ou le plancher.
Les alarmes des Fabricans furent d'autant plus
grandes le Dimanche , que tous les remedes
refterent inutiles , & qu'ils s'imaginerent que
c'étoit la pefte introduite par le coton.
" Mais un Médecin de la ville à cru découvrir
que cette maladie étoit entiérement ſympathique
; que la premiere perfonne avoit eu des
convulfions parce qu'on lui avoit mis fur la joue
une fouris vivante , animal pour lequel eile
avoit toujours eu la plus grande horreur , & que
les autres qui avoient éprouvé le même accident ,
étoient prefque toutes de jeunes femmes , dont les
nerfs irrités par la ſpectacle qui les frappoit , les
faifoit tomber dans le même état : on les a guéries
en le fervant des remedes électriques , & en
féparant les malades ».
FRANCE.
De Verfailles , le 28 Mars.
8
Le Marquis de Grammont, le Comte de
·( 24 )
1
1
"

Babançois , le Chevalier de Barbançois , le
Comte Henri de Tilly Baru , & le Chevadier
de Valori , qui avoient eu l'honneur d'être
pré entés au Roi , ont eu , le 22 , celui
de monter dan , les voitures de Sa Majefté ,
& de la fuivre à la chaffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 25 , le contrat de mariage da
Comte René de Ligniville , Mefire- de-
Camp en fecond du Régiment royal Rouffillon
, Infanterie , avec demoiſelle de Miramon.
Ce jour , la Marquife de Broffard , la
Marquife de Vintimille Lafcaris , & la Comteffe
de Carvoifin , ont eu l'honneur d'être
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille
Roya'e , la premiere par la Princeffe de
Tingry , la feconde par la Vicomteffe de
Vintimille , & la troilieme par la Marquife
de Pérufe- d'Efcars.
De Paris , le 4 Avril.
» Dernierement , le jeune Prince Co-
» chinchinois , dont nous annonçâmes l'arrivée
il y a trois femaines , fut préfenté
» au Roi à Verfailles , dans le Sallon d'Her-
» cule. Il fe profterna , fuivant l'ufage de
» fon pays , devant S. M. Il étoit vêtu dans
» le coftume Cochinchinois ; & après fa
» préſentation il a été conduit chez la Reine,
» chez les Princeffes & chez les principales
» Dames de la Cour qui ont voulu le voir ;
כ כ
» l'Evêque
725 )
» l'Evêque des Miffions étrangeres qui l'aç-
» compagne, demande, dit - on , pour le pere
» de cet enfant , âgé de 9 à 10 ans , un feconis
de quelques frégates & de 1200
» hommes , pour l'aider à reprendre fes provinces
conquifes par un ufurpateur.
La Collection des Mémoires préfentés à
l'Affemblée des Notables , étant aujourd'hui
publique , nous en rapporterons l'avertiffement
, les titres & les réfumés ; les bornes
de ce Journal ne nous permettant pas un
extrait plus détaillé .
AVERTISSEMENT .
Ces Mémoires n'ont été faits que pour les
Notables : ils n'ont d'abord été remis qu'à eux &
pour eux feuls. Il étoit jufte que l'expofé des
vues fur lesquelles le Roi a demandé leurs obfervations
, fût réſervé à leur examen avant d'être
livré à la connoillance du Public , & qu'ils puffent
former tranquilement leurs avis dans l'intérieur
des Bureaux , fans être prévenus ni troublés
P r les opinions du dehors..
Mais il s'eft répandu des bruits , des fuppofitions
capables d'induire le Public en erreur : il
eft donc néceffaire de l'inftruire des véritables
intentions du Roi ; il eft tems de lui apprendre
le bien que Sa Majefté veut lui faire , & de diffiper
les inquiétudes qu'on a voulu lui infpirer.
On a parlé d'augmentation d'impôt , comme
s'il devoit y en avoir de nouveaux : il n'en est
pas queftion. C'est par la feule réformation des
abus , c'est par une perceptien plus exact des
No. 14, 7 Avril 1787 . b
( 26 )
Impôts actuels que le Roi veut augmenter fes
revenus autant que les befoins de l'Etat l'exigent ,
& foulager les fujets autant que les circonstances
peuvent le permettre.
Mais , dit- on , la fubvention territoriale équiaudra
à quatre vingtiemes ?
Quant au produit , cela peut-être ; il eft telle .
ment altéré aujourd'hui par d'injuftes exceptions
, qu'il pourra doubler par leur ſuppreſ
fion.
Mais quant à la quotité , la fubvention territoriale
n'eft & ne doit être que le remplacement
exact des deux vingtiemes qui exiftent aujourd'hui
. Le nom eft indifférent quand la choſe n'eſt
pas changée , & ce n'eft pas la changer que d'en
écarter les abus.
:
Il y a deux vérités conftantes , & qu'on ne
fauroit nier l'une , qu'il eft defirable pour tout
le monde que l'équilibre entre les recettes & les
dépenses de l'Etat foit promptement rétabli ;
puifque de là dépendent l'exactitude des paiemens
, l'ordre économique & la tranquillité générale
; l'autre , que pour parvenir à ce but
Sa Majefté n'emploie que des moyens fondés fur
la juftice diftributive , & qui loin d'être onéreux
au peuple , tendent tous à l'allégement des con
tribuables les moins ailés,
C'eft ce que fera voir la lecture des Mémoires
donnés par les deux premieres divifions du plan
général , & c'est ce que manifefteront également
ceux qui doivent fuivre.
On y reconnoîtra que les projets adoptés par
Sa Majeflé , font tous projets fanctionnés depuis
long-tems par le Public.
Des Affemblées provinciales , compofées des
repréfentans de tous les propriétaires , pour
faire les rôles & l'affiette des contributions ;
7279
-
Une répartition proportionnelle de l'impôt
territorial , fur tous les fonds fans exception quelconque
;
Le remboursement des dettes du Clergé ,
pour qu'il puiffe contribuer , comme tous les
autres fujets du Roi , aux charges publiques ;
Un foulagement provifoire fur la taille , en
attendant que les Affemblées provinciales puiffent
présenter la poffibilité d'en accorder de plus
grands ;
L'abolition de la corvée en nature ;
L'entiere liberté du commerce des grains ;
L'affranchiffement abfolu de la circulation intérieure
par le reculement des barrieres & par la
fuppreffion d'une infinité de droits onéreux au
commerce tels que
Ceux de la marque des fers ;
Ceux fur la fabrication des huiles ;.
Ceux fur les boiffons , perçus au paffage d'une
Province dans l'autre ;
L'anéantiflement d'une foule d'entraves nuifabies
à la navigation & à la pêche ;
Enfin une diminution fur le prix du fel dans les
Provinces où il eſt exceffivement cher ; des facilités
pour en étendre la confommation , & l'intention
marquée d'adoucir la rigueur de la Gabelle
;
Toutes ces vues qui ont été développées aux
Notables affemblés par les ordres du Roi ,
étoient indiquées par le voeu national .
Le furplus , c'eft à dire ce que Sa Majefté fe
propofe pour l'emploi de fes domaines & l'amélioration
de fes forêts , objets de la troifieme divifion
, n'a également pour but que le bien public.
La quatrieme divifion qui complettera tout
l'enfemble , & qui préfentera le réfumé de tout
b 2
( 28 )
ce qui doit bonifier les revenus & diminuer la
dépense , n'offrira de même qu'une perſpective
avantageufe aux yeux de tout citoyen éclairé ,
qui fait que ce qui est néceffaire pour le falut
de l'Etat , l'eft auffi pour le bonheur de chaque
individu , & qu'il n'y a point de fortune en sûreté
, quand il n'y a point d'ordre dans les finances
publiques.
Au total , le réfutat des moyens propofès doit
être qu'entin le niveau exiftcra entre les recettes
& les dépenfes ; & qu'en même tems il y aura
treuse millions de foulagement pour le peuple ,
fins y comprendre la fuppreflion du troifieme
vingtiente .
Quelles difficultés peuvent entrer en balance
avec de tels avantages ? quels pourroient être les
prétextes d'inquiétudes ?
On paiera plus ? .... fans doute : mais qui ?
éeux- là feulement qui ne payoient pas affez ; ils
paieront ce qu'ils doivent , fuivant une jufte proportion
, & perfonne ne fera grevé .
Des privileges feront facrifiés ! .... Oui : la
tice le veut , le befoin l'exige ; vaudroit - il
mieux furcharger encore les non - privilégiés , le
Peuple ?
Il y aura de grandes réclamations ! .... On s'y
eft attendu peut- on faire le bien général fans
froiffer quelques intérêts particuliers ? Réformet-
on fans qu'il y ait des plaintes ?
Mais la voix du patriotifme ! .... mais le fentiment
du au Souverain qui concerte avec la nation
les moyens d'affurer la tranquillité publique
mais l'honneur ! .... l'honneur fi
puillant au coeur des François ; .... peut- on
douter qu'ils ne l'emportent enfin fur toute autre
confideration ?
Déja les premiers Ordres de l'Etat ont re(
29 )
.
connu que la contribution territoriale devoit
s'étendre fur toutes les terres , fans aucune exception
, & en proportion de leurs produits .
Déja ils ont offert de facrifier pour le foulagement
du peuple , des exemptions perfonnelles
que leRoi avoit trouvé jufte de leur accorder .
Déji l'Affemblée a fait éclater fa reconnoif
fance fur les vues annoncées par Si Majefté.
'
Ce feroit à tort que des doutes raifonnables ,
des obfervations dictées par le zele , des expreffions
d'une noble franchife feroient naître l'idée
d'une oppofition malévole ; ce feroit faire injure
à la Nation & ne la pas connoître
de n'être pas affuré que fon veu confpirera avec
celui d'un Roi qu'elle chéric & qu'elle voit
animé da feul der de rendre fes Peuples heu
reux.
, que
)
PREMIERE
DIVISION ;
Mémoire fur l'établiſſement des Aſſembléis
provinciales.
Pour remplir plus complettement le but que
Sa Majefté s'eft propofé , Elle a jugé à propos
d'établis dans toutes les provinces de fon royau
me où Elle n'eft pas en ufage de convoquer les
Etats , des affemblées toujours électives , qui ſé
renouvelleront tous les trois ans , qui n'auront
pas le titre d'adminiftration ; qui , fans être trop
nombreuses , repréfenteront l'univerfalité des
propriétaires , qui feront compofées de mem
bres pris dans tous les états indiftin &tement , qui
enfin n'auront aucun prétexte de s'arroger au
cune portion de l'autorité exécutrice .
b 3
( 30 )
Ces affemblées auront leur premier degré dans
les paroifles de campagne & dans les villes ; le
fecond , dans des diftri &ts formés par l'arrondiffement
d'un certain nombre de ces paroifles & des
villes qui s'y trouveront comprises ; le troifieme
dans la réunion de repréſentans de toute la province.
Enforte qu'il y aura des affemblées de trois
efpeces.
Des affemblées provinciales & municipales , compofées
des propriétaires , dont l'intérêt ne peus
jamais être féparé de celui du lieu ou font fituées
leurs propriétés , & qui font feuls inftruits
de leurs facultés réciproques & des befoins de leur
communauté .
Des affemblées de diftrid , formées par les députés
des villes & des paro.ffes de campagne de
leur arrondiffement.
Enfin des affemblées provinciales dont les membres
feront les députés choifis par les différens
diftris , entre lefquels une généralité peut être
divifée .
La gradation de ces trois genres d'affemblées
'élémentaires les unes des autres , dont chacune
fera à portée de bien connoître ce qui l'inté
reffe , & d'éclairer celle qui lui fera fupérieure ,
fera arriver le voeu commun relativement à la
répartition des charges publiques , depuis les habitans
des campagnes & des villes , jufqu'aux
repréfentans des propriétaires de chaque province
, & par eux jufqu'au Souverain.
L'u'age d'affembler en certain cas les habitans
des paroiffes , & de les autorifer à pren
dre des délibérations , a exifté de tout tems ,
& fubfifte encore dans le royaume ; mais ces affemblées
n'ayant pas d'objet habituel & régulier ,
ceux qui s'y trouvent admis ne peuvent être pré(
31 )
parés fur rien ; & le feul domicile dans la paz
roiffe donnant droit d'y affifter , elles font pref
que toujours compofées d'un fi grand nombre
de membres , qu'elles deviennent tumultueuses ,
& que les avis n'y peuvent être difcutés avec
la tranquillité néceffaire pour former des réfultats
raisonnables .
On préviendra la confufion qu'un trop grand
nombre de votans pourroit introduire dans ces
affemblées , en réglant que pour avoir une féance
& fuffrage , il faudra que chaque propriétaire
juft fie d'un revenu équivalent à fix cent livres.
Les propriétaires qui auront plufieurs fois
l'équivalent de ce revenu , auront un nombre de
voix proportionné ; & cependant , afin qu'un
feul propriétaire ne puiffe pas réunir en fa perfonne
la majorité des fuffrages , il ne pourra ,
quelque foit fa propriété , jouir d'un nombre
de voix plus grand que le tiers de celles qui
compoferont l'affemblée .
Pour qu'aucun de ceux qui ont intérêt à l'objet
de ces affemblées, ne foit privé d'y participer
, les propriétaires qui n'auront point le revenu
de fix cent livres , qui donne le droit de
voter , pourront s'affocier pour la former entre.
eux , & envoyer un repréfentant à l'affemblée .
L'âge feul y reglera les rangs.
Les affemblées paroiffiales s'occuperont de la
répartition des charges locales , des travaux publics
qui peuvent être utiles à la paroiffe , & des
moyens delfoulager le pauvre de la communauté.
Les affemblées des villes feront composées
des Officiers municipaux & Notables convoqués
fuivant les formes qui y font ufitées ; elles
enverront , ainfi que les affemblées paroiffiales
chacune un député chargé de leurs inſtructions ,
à l'affemblée du diſtrict dont elles feront partie ,
b044
( 32 )
fauf que les villes ayant plus de douze mille
habi ans pourront en envoyer deux .
Les diftricts comprendront au moins vingtcing
& au plus trente paroiffes de campagne ,
outre les villes qui fe trouveront dans le même
arrondiffement . L'ordre de féance dans les affemblées
de diftrict .fe réglera en raifon de la
force contributive de chaque communauté que
les députés repréfenteront.
Ces affemblées s'occuperont de la répartition
des impofitions royales & charges locales entre
les villes & paroiffes de leur arrondifl ment.
Elles fe nommeront au fcrutin un Président ,
qui dans l'intervalle de leurs féances , fera chargé
de tenir les correfpondances néceffaires tant avec
l'affemblée provinciale ou fon Bureau intermédiaire
, qu'avec les Syndics des paroifles.
Elles nommeront auffi un Greffier , qui ne
pourra être pris parmi les Députés de paroiffes.
Elles rédigeront les obfervations qui auront
été apportées par les Députés des villes & des
communautés de campagne, & y ajouteront celles
qu'elles croiront convenables. Elles nommeront
un Député pour les porter à l'aiemblée provinciale
.
Elles choifiront ce Député, foit parmi leurs propres
membres , foit parmi tous les propriétaires
eccléfiaftiques , nobles ou du tiers Etat ,
qui pofféderont dans la province au moins mille
livres de revenu en fonds de terre . On peut prévoir
& ce n'eft fans doute pas un inconvénient,
que les Citoyens d'un ordre diftingué pourront
, à raifon de leurs lumieres & de la confidération
dont ils jouiffent dans leur province ,
être plus fouvent chargés de la Députation .
,
L'ordre de féance entre les députés à l'affem(
** )
blée provinciale fera réglé fur le montant des
contributions des diftricts qu'ils feront chargés
de représenter.
Cette aflemblé élira au fcrutin un Préfident,
qui ne pourra être choifi que parmi ceux.qui
pofféderont dans la province mille écus de renter
au moins en fonds de terre ; elle nommera pareillement
un fecr taire - greffier .
Les affemblées provinciales feront chargées
des foins relatifs à la répartition des contribu
tions & des charges publiques. Elles détermine
ront ce que chaque district doit porter dans da
maffe totale des impofitions fixes de la province,
arrêtées au Confeil.
Elles dirigeront la claffification des terres
pour la répartition de la fubvention territoriale.
Elles propoferont les chemins & les canaux
qui pourront faciliter la circulation dans la
province , en furveilleront les ouvrages ; fuivront
les recouvremens des deniers que Sa Ma
jefté a décidé devoir être employés au rachat
de la corvée en nature , & au paiement des
travaux à prix d'argent , qui la rempla ent .
Elles défigneront les lieux où il conviendroit
d'établir des atteliers de charité : elles les dirigeront.
Elles feront connoître les befoins & les calamités
des différens cantons de la province ,
diftribueront les fecours qui pourroient leur être
accordés , & s'occupe ront de tous les moyens de
ful gar les pauvres .
4

Les membres des affemblées provinciales feront
renouvellés par tiers chaque année . Le
Préfident nommé pour trois ans , ne pourra être
continué qu'une feule fois après ce terme.
Toutes les délibérations des ailemblées provir
bs
( 34 )
ciales feront communiquées aux Intendans &
Commiffaires départis , qui pourront fe rendre,
quand ils le jugeront à propos , dans ces affemblées
, pour y faire connoître les intentions du
Roi. Aucune dépenſe ne pourra être faite que
fur leurs ordonnances ; aucune opération ne
fera exécutée fans leur autorifation , qu'ils pourront
accorder provifoitement , en attendant que
Sa Majefté y ait ftatué elle-même ſur le
compte qui lui en fera rendu en fon Confeil .
Les affemblées provinciales fe tiendront tous,
les ans ; & pour leur donner une activité continuelle
, pour affurer à Sa Majesté les moyens
d'être avertie fans délai des befoins de fes peuples
& de tout ce qui peut concourir à leur
foulagement , il fera établi dans chaque province
un bureau intermédiaire , qui fera compofé
de fix des membres de l'affemblée provinciale
, élus au fcrutin & pris indiftin&tement
dans tous les états pour gérer les affaires dans
l'intervalle d'une aſſemblée à l'autre.
Le préfident de ce bureau ne pourra être
le même que le Préſident de l'aſſemblée . Le
tiers du bureau intermédiaire fera renouvellé
tous les ans.
Les affemblées provinciales & les bureaux intermédiaires
pourront faire parvenir à Sa Majeſté
, par le Contrôleur général de les finances ,
les propofitions & les projets de réglemens qu'ils
jugeront utiles à leur province. Leur corref
pondance avec les affemblées de diſtrict ou leurs
préfidens , & par ceux - ci avec les municipalités.
des villes & les Syndics des parciffes de campagne
, facilitera les moyens d'avoir en tout tems
les renfeignemens que le Gouvernement voudra
Le procurer.
7357
Mémoire fur l'Impofition territoriale.
Sa Majesté fe propofe , 1 ° . de fupprimer lest
deux vingtiemes & les quatre fols pour livre ,
à compter du premier Janvier de cette année .
Ils ne feront plus levés à l'avenir que fur les biens
non fufceptibles d'une perception en nature , tels
qu'ils font détaillés dans l'Edit du mois de Mai
1749 .
2º. N'étant pas jufte que les terreins facrifiés
au luxe aient plus de faveur que ceux employés
à une culture utile , les châteaux , parcs ,
enclos , & maifons de plaifance , feront foumis
à l'impôt , mais feulement à raifon de la fuperficie
du terrein qu'ils occuperont ; & on estimera
cette fuperficie fur le pied des meilleurs fonds de
la Paroiffe.
3º. Il fera levé une portion des fruits en nature
fur tous les fonds qui en produifent , ઢે
quelques perfonnes qu'ils appartiennent & de
quelque état & qualité que foient les propriétaires
mais comme tous les fonds ne font pas
d'égale valeur , on diftinguera les diverfes qualités
des terres . Sur les meilleures on levera la
vingtieme partie des productions , fur celles inférieures
la vingt cinquieme , fur les médiocres
la trentieme , & la quarantieme partie feulement
fur les terres de la derniere qualité .
4°. Le claffement de ces différentes qualités
de terres , fera fait par les affemblées de Paroiffe
, qui feront guidées par le prix des baux.
Elles rangeront , dans la premiere claffe ; les
terres louées au - deffus de 20 liv.; dans la deuxieme
, celles louées 10 liv. & au - deffus jufqu'à
20 liv . inclufivement ; dans la troifieme toutes
celles louées 5 liv . jufqu'à 10 liv . , & dans la
b6
( 36 )
quatrieme , celles louées au- deffous de 5 liv. par
arpent ; l'arpent réduit à la meſure de cent perches
, de vingt pieds par perche .
Dans les Paroiffes où le claffement ne pourra
pas être fait cette année , par les affemblées paroifliales
, il fera fait provifoirement par les feins
des Commiffaires départis
5. Le produit de cette fubvention fera adqué
au mois de Jain pour cette année ; mais
Tannée prochaine les adjudications fe feront au
mois de Mai , & elles feront faites pour l'efpace
qui fera déterminé , au plus offrant & dernier
enchériffeur , après afhches & publications , &)
avec cautions.
6°. Le paiement du prix des adjudications.
fe fera en trois termes , dont le premier échoira,
au premier Octobre ; le deuxieme , au premier
Janvier fuivant ; & le troisieme , au premier
Avril aufli enfuivant.
7° . S'il ne fe préfente pas d'adjudicataire folvable
, les Intentans des Provinces feront faire
la levée des fruits par des Prépofés qui en compteront.
8° fera pourvu à ce que les levées de
fruits ne puiffent , fous aucun prétexte , retarder
l'enlèvement des récoltes . Elles feront faites
comme celle de la dixme , & avant elle.
9°. Pour ne pas nuire à l'intérêt de la culture
dans chaque territoire , il fera défendu aux adjudicataires
de vendre les pailles lors de la
Paroiffe .
Par fuite des mêmes vues , les animaux & les
produits des baffes - cours ne feront fujets à la.
fubvention.
100. Pour prévenir toute conteftation entre
les propriétaires & les fermiers , relativement à
la déduction fur le prix des baux , de la valeur des
1
( 37
fruits levés pour le droit de fubvention , & en
cas qu'ils ne puiffent s'accorder entr'eux par des
eft mations amiables , il fera fait , par la loi
meme , une estimation de cette indemnité .
11° . Enfin le même efprit de juftice , qui
porte à fupprimer toutes exceptions , dans une
impofition due par la terre même , détermine
le Roi à exempter de toute taxe perfonnelle les
premiers Ordres de fon Eat , que Sa Majefté
veut maintenir dans les di linations qu'ils méri
tent ; & même pour les en faire jouir plus comple:
tement , Elle veut qu'à l'avenir la capitation
dont la nature & le titre femblent répugner à
leur état , n'ait plus lieu à l'égard de la Nobleffe
, ni de la Magiftrature , ni du Clergé des
frontieres qui la paye actuellement , ni en géné-.
ral de tout le Clergé de France qui s'en eft racheté,
& qui ne pourra , dans aucun cas , être recherché
à ce fujet.
Mémoire fur le remboursement des Dettes du
Clergé.
Le remboursement des capitaux des rentes
conftituées fur le Clergé par les emprunts des
annes 1755 , 1765 , 1766 , 1775 , 1780 ,
1781 , 1782 & 1785 , doit commencer le premier
Janvier 1783 , felon l'ordre des hypothéques
; il doit s'opérer avec les fonds 9 i feront
verfes à cet effet dans les mains du tréforier du
Clergé. Ce ne fera qu'après que le rembourſe.
ment de ces emprunts aura été effectué en tora- -
lité , qu'on s'occupera de celui des rentes de
l'ancien Clergé , fans préjudice aux conventions
qui auroient été faites de gré à gré , ou
qui pourroient fe faire à leur égird .
Les fonds destinés à ce remboursement feront
( 38 )
%
compofés tant du prix du rachat des rentes fon
cieres , du rachat de la vente des juftices , droits
de chaffe & autres droits honorifiques apparte
nans au Clergé , que des autres moyens qu'il
aura propofé lui- même , & qui auront été trouvés
convenables.
Ainfi toutes rentes foncieres dues , foit en argent
, foit en grains ou autres denrées , aux Egli-
Les du Clergé de France , chapitres , aumôneries
, communautés féculieres ou régulieres , monafteres
de l'un & l'autre fexe , même aux colleges
, fabriques , hôpitaux & féminaires , à raiſon
des bénéfices qui y font réunis , pourront être
rachetés par les débiteurs , à l'exception des cens,
rentes feigneuriales & autres redevances féodales
fervans à défigner la feigneurie directe &
inhérente aux terres fiefs & juftices , à l'égard
defquels cens & rentes il ne fera rien innove.
Le prix du rachat fera fur le pied du denier
trente des rentes , quant à celles en grain ; & du
denier vingt- cinq , pour celles en argent.
"
Le paiement s'en fera entre les mains des receveurs
des décimes , qui en fourniront leurs
récépiffés libellés portant, promeffe de remettre
aux porteurs , des quittances du tréforier général
du Clergé.
Leur produit fera invariablement & irrévocablement
appliqué & employé au remboursement
des capitaux empruntés ; & pour cet effet , il fera
imprimé , au commencement de chaque année ,
un tableau indicatif des contrats qui auront été
remboursés .
Les Eccléfiaftiques feront tenus de remettre
aux débiteurs des rentes ou des redevances qui
les auront rachetées , les titres & les pieces originales
des rentes rachetées.
D'un autre côté le Clergé fera autorifé à
( 39 )
renne ,
mettre en vente , au plus offrant & dernier enché.
riffeur , tous droits de juftice , de chaffe , de ga-
& autres droits honorifiques dépendans
des bénéfices qu'il poffede . Le prix des adjudications
fera pareillement verfé dans la caiffe des
Receveurs des décimes de chaque diocefe , & de
là dans celle du Tréforier général , pour concourir
à l'extinction de fes dettes .
Les acquéreurs jouiront de ces droits honorifiques
, à la charge de les tenir mouvans des feigneurs
de qui relevent les fiefs auxquels ils
étoient attachés , & du domaine , en cas qu'il
n'y ait pas d'autres mouvances , comme auffi à
la charge des droits de mutation , fauf pour la
premiere vente .
Le clergé dirigera & furveillera toutes ces
opérations , ou celles qui lui auront paru devoir
être ajoutées , après qu'e
Felles auront été approuvées.
Il s'affemblera à cet effet extraordinairement
au mois de Juillet prochain. Il prendra
les mefures les plus convenables pour accélérer
fa libération ; il réglera les intérêts divers des
Bénéficiers , & fuppléera , fous l'autorité du
Roi, à tout ce qu'il jugera utile pour que l'entier
remboursement de fa dette puiffe être effec-'
tué avant la fin de l'année 1790. Sa Majefté
veut bien , jufqu'à cette époque , fournir les fonds
néceffaires pour acquitter les intérêts des capitaux
empruntés , fauf le décroiffement fucceffif
qui résultera des rembourfemens ,
Mémoire fur la Taille.
1°. Que déformais on ne puiffe être taxé pouz
la Taille perfonnelle , au - delà d'un fol pour
livre des revenus profits & facultés qui y font
affujettis .
>
( 40 )
2 °. Que les Cortes des manouvriers & artifans
qui , dans plufieurs endroits font portés à un
taux exceffif, ne puiffent à l'avenir & dans tout
le royaume , excéder la valeur d'une de leurs
journée par chaque année .
3. Et pour que le rejet de ces réductions ,
ne farcharge pas les biens- fon is foumis à la
Taille rielle , l'intention de Sa Majesté eft
d'accorder la diminution d'un dixieme fur le
principal de la Taille , auffi dans tout fon
royaume.
4° . Enfin le Roi voulant étendre les effets de
fa bienfaifance jufqu'à ceux des petits propriétaires
que des malheurs réduifent à ne pouvoir
acquitter leur taxe , & qui ne font pas moins à
plaindre , que les plus pauvres artifans , a réfolu
d'accorder chaque année , à chaque paroiffe des
campagnes , une fomme égale au vingtieme de
leur Taille. Les collecteurs retien ront cette
fomme fur les deniers de leur collecte , & la
remettront à la difpofition des affemblées paroiffiales
qui en feront la diftribution aux habitans
les plus néceffiteux , conformément à l'intention
dans laquelle eft Sa Majefté de répandre
principalement fes graces & fes bienfaits fur la
claffe la plus indigente de ſes ſujets .
Mémoire fur le Commerce des Grains.
Sa Majesté en confirmant les loix anciennes ,
telles que l'Edit de 1764 , & les Déclarations ou
Lettres -Patentes de 1776 , en ce qu'elles ordonnent
qu'il fera libre à toutes perfonnes , de quelqu'état
& condition qu'elles foient , de faire le
commerce des grains & farines , foit dans l'intérieur
du royaume , foit au dehors , ſe propoſe
d'y déroger , en ce qu'elles avoient réglé que
( 41 )
l'exportation feroit permife ou défendue , fuivant
que le prix des grains feroit au-deffus ou
au-deffous d'un certain terme , & de déclarer
qu'en affurant pour toujours la liberté abfolue
dans l'intérieur du royaume , elle fe réſerve feulement
de fufpendre l'exportation au dehors ,
pour la totalité ou partie de chacune de fes
Provinces , lorsque les Erats ou l'Ailemblée
provinciale de quelqu'une d'elles lui en auront
fait la demande , & que Sa Majesté en aura reconnu
la néceffité , fans que cette interdiction
puiffe s'appliquer aux autres provinces , pour
lefquelles elle n'auroit pas été follicitée & jugée
néceffaire , & fans que cette défenſe puifle
jamais étre portée pour un plus long termic qué
celui d'une année , fauf à la prolonger par une
nouvelle décifion , fi la continuation des befoins
l'exigeoit , & fi les Etats ou les Affemblées
provinciales en renouvelloient la demande.
Mémoire fur la Corvée.
SECONDE
WE THEN
DIVISION.
Mémoire fur la réformation des Droits de
Traite , l'abolition des Barrieres. inté ;
rieures , l'établiſſement d'un Tarifuniforme
aux Frontieres, & la fuppreffion de plufieurs
Droits d'Aide nuifibles au Commerce.
Sa Majefté fe propofe d'ordonner :
1º . Qu'à compter du , premier octobre prochain
, tous les droits quelconques dûs fur les
marchandifes & denrées , lors de leur circulation
& paffage d'une province dans l'autre , fans
7 42 Y
aucune diftin&tion d'icelles , feront & demeurerent
fupprimés. L'énumération en eft trop étendue
pour être placée ici : ils feront détaillés dans
la loi à laquelle le nouveau tarif doit être annexé.
Sa Majesté entend comprendre dans cette fuppreffion
ceux de ces droits qui auroient été aliénés
& concédés , fauf à pourvoir à l'indemnité
des perfonnes au profit de qui ils font perçus ,
d'après la liquidation qui en fera faite fur le vu
de leurs titres de propriété .
2°.Qu'à compter de la même époque , les droits
d'entrée & de fortie , qui fe perçoivent en
vertu des différens tarifs en ufage dans les provinces
des cinq groffes fermes , dans les provinces
réputées étrangeres , & dans celles à l'infiar de
l'étranger effectif, feront remplacés par ceux d'un
tarif uniforme , qui fera obfervé & exécuté à
toutes les entrées & forties du royaume indiſtinc
tement.
Mémoire fur les Droits qui feront acquittés
uniformément à l'avenir fur les marchandifes
coloniales.
Sa Majefté fe propofe d'ordonner :
1°. Qu'à compter du premier octobre prochain
, les marchandifes des îles qui arriveront
dans la province de Bretagne , feront exemptes
des droits locaux de prévôté & autres perçus à
leur arrivée dans les ports de cette province.
2°. Qu'à la même époque ces marchandifes
jouiront d'une année d'entrepôt , en remplissant
les formalités qui feront prefcrites par l'ordonnance
des traites , pendant lequel tems ces
marchandifes pourront être expédiées à l'étranger
en exemption de tous droits .
3°. Que les fucres , cafés & autres marchan(
43 )
difes des iles qui feront retirées de l'entrepôt
pour la confommation du royaume , acquitteront
les mêmes droits que celles importées dans
les autres ports ; à l'effet de quoi le commerce des
ifles fera régi dans les ports de Bretagne , par les
mêmes principes que dans les autres ports du
royaume .
4°. Que les exemptions dont jouiffent les provinces
de Franche -Comté , Alface , Lorraine
& Trois Evêchées , cefferont à la même époque ,
en laiffant néanmoins fubfifter toutes les faveurs
dont elles jouiffent par le tranfit .
Mémoire fur les modifications néceffaires dans
la jouiſance des Privileges qui font accordés
à quelques Provinces , relativement à
l'impôt fur le Tabac.
Le Roi fe propoſe d'ordonner :
1°. Qu'à compter du premier Juin de la préfente
année , tout cultivateur de tabac des provinces
ci-deffus défignées , fera tenu de déclarer
aux prépofés qui feront é ablis à cet effet par la
ferme générale , l'étendue du terrein qu'il vou
dra employer à cette culture,
2°. Qu'à l'infant de la récolte , le cultivateur
avertira le prépofé dans le diftri& duquel il fe
trouvera , de venir vérifier les quantités de
tabac qui feront récoltées .
3°. Tout Cultivateur aura un délai de trois
mois pour faire fécher fon tabac ; après lequel
tems il pourra le vendre , foit à la ferme générale
, foit à l'étranger. Les cultivateurs de
la Flandre pourront vendre leurs tabacs aux fabriques
établies dans la haute ville de Dunkerque; &
ceux de l'Alface pourront vendre les leurs aux
manufactures établies dans la villede Strasbourg.
A
742 Y
aucune diftin &tion d'icelles ,feront & demeureront
fupprimés . L'énumération en eft trop étendue
pour être placée ici : ils feront détaillés dans
la loi
laquelle le nouveau tarif doit être annexé .
Sa Majesté entend comprendre dans cette fuppreffion
ceux de ces droits qui auroient été aliénés
& concédés , fauf à pourvoir à l'indemnité
des perfonnes au profit de qui ils font perçus ,
d'après la liquidation qui en fera faite fur le vu
de leurs titres de propriété .
2º.Qu'à compter de la même époque , les droits
d'entrée & de fortie , qui fe perçoivent en
vertu des différens tarifs en ufage dans les provinces
des cinq groffes fermes , dans les provinces
réputées étrangeres , & dans celles à l'infiar de
l'étranger effectif, feront remplacés par ceux d'un
tarif uniforme , qui fera obfervé & exécuté à
toutes les entrées & forties du royaume indiftinc
tement.
Mémoire fur les Droits qui feront acquittés
uniformément à l'avenir fur les marchandifes
coloniales.
Sa Majefté fe propofe d'ordonner :
1 °. Qu'à compter du premier octobre prochain
, les marchandifes des îles qui arriveront
dans la province de Bretagne , feront exemptes
des droits locaux de prévôté & autres perçus à
leur arrivée dans les ports de cette province .
2°. Qu'à la même époque ces marchandifes
jouiront d'une année d'entrepôt , en rempliſſant
les formalités qui feront prefcrites par l'ordonnance
des traites , pendant lequel tems ces
marchandifes pourront être expédiées à l'étranger
en exemption de tous droits.
3°. Que les fucres , cafés & autres marchan
(
( 43 )
difes des iles qui feront retirées de l'entrepôt
pour la confommation du royaume , acquitteront
les mêmes droits que celles importées dans
les autres ports ; à l'effet de quoi le commerce des
ifles fera régi dans les ports de Bretagne , par les
mêmes principes que dans les autres ports du
royaume .
4°. Que les exemptions dont jouiffent les provinces
de Franche -Comté , Alface , Lorraine
& Trois - Evêchées , ceffront à la même époque ,
en laiffant néanmoins fubfifter toutes les faveurs
dont elles jouiffent par le tranfit .
Mémoire fur les modifications néceffaires dans
la jouiſſance des Privileges qui font accordés
à quelques Provinces , relativement à
l'impót fur le Tabac.
Le Roi fe propofe d'ordonner :
1 °. Qu'à compter du premier Juin de la préfente
année , tout cultivateur de tabac des provinces
ci - deffus défignées , fera tenu de déclarer
aux prépofés qui feront é ablis à cet effet par la
ferme générale , l'étendue du terrein qu'il vou
dra employer à cette culture .
2°. Qu'à l'infant de la récolte , le cultivateur
avertira le prépofé dans le diftri& duquel il fe
trouvera de venir vérifier les quantités de
tabac qui feront récoltées .
>
3°. Tout Cultivateur aura un délai de trois
mois pour faire fécher fon tabac ; après lequel
tems il pourra le vendre , foit à la ferme générale
, foit à l'étranger. Les cultivateurs de
la Flandre pourront vendre leurs tabacs aux fabriques
établies dans la haute ville de Dunkerque; &
ceux de l'Alface pourront vendre les leurs aux
manufactures établies dans la villede Strasbourg.
( 44 )
Dans le cas
les vendeurs fer
pofés un reçu de
& pour les vent
ou aux manu ac
le vendeur prend
déchargé à la fron
tes de cette vill
Si dans les tros
l'habitant n'a Du
ven e à la ferme générale ,
mis de prendre de fes préatis
qu'ils auront livrées ;
seront faites à l'étranger,
de la ville de Strasbourg
n
>
acquit à caution qui fera
re du royaume ou aux porois
accordés pour la vente
verdre tout fon tabac , il fera
tenu de faire f claration des quantités reftan
ies , de les reéfemer toutes & quantes fois
il en fera re S au de juftifier de leur
emploi..
4°. La fabrication du tabac appartien ira exelutivement
à la ferme générale , fauf que les
villes de Strasbourg & de Dunkerque continue .
ront d'en pouvoir fabriquer ; & il iera pris des
mefures fufifantes pour que leurs fabrications &
le d bit des tabacs fabriques , qu'ils ne pourront
vendre qu'à l'étranger , ne donnent lieu à
aucune fraude.
5. Ii fera pourvu par les Fermiers- généraux
à l'établiſſement d'un affez grand nombre d'entrepofeurs
& buraliftes pour fournir à la confommation
publique . Les entrepôts & bureaux feront
approvifionn's de tabac de même nature &
qualité que celui qui a cours dans le Royaume
& le prix fera le même que dans toutes les autres
provinces .
6°. Sa Maj té n'étant point dans l'intention.
de faire profiter les finances de l'augmentation
que les circonftances l'obligent de mettre au
prix du tabac en Alface Franche Comté ,
Flandre , Hainaut , Artois & Cambrefis , veut
que le bénéfice de la vente du tabac dans lef
dites provinces , déduction faite de tous frais
7
( 45 )
d'achat , fabrication & régie , foit remis en entier
aux Etats ou aux Allembices provinciales
qui fe trouveront en icelles , pour être employé
au foulagement des habitans , & fervir
à la diminution des charges les plus onereuſes
.
7°. Le tabac à fumer étant principalement à
l'ufage des gens les moins ais , le prix aquel
de vente n'en fera point augmenté. Il fera dif
tribué aux habitans dans ia proportion néceffaire
à leurs befoins ; & cette proportion fera régiée
par les Etats ou Affemblées provinciales.
Il y a lieu de croire , que les habitans de ces
différentes province ; reconnoitront , dans la fageffe
de ces difpofitions , l'attention de Sa
Majefté à fair tous les moyens de conciliet
leurs intérêts particuliers avec les vues générales
.
Mémoire fur la fuppreffion du Droit de marque
des Fers.
Il s'agit donc d'ordonner ,
1º. Qu'à compter du premier Octobre prochain
le droit de la marque des fers , foit à la fabrication
, foit à la circulation dans le Royaume ,
fera & demeurera fupprimé.
2°. Qu'à compter de la même époque , les
fers & aciers importés de l'étranger par tous les、
ports & bureaux du Royaume indiftin &tement
& fans aucune exception , acquitteront les droits
d'entrée fixés par le nouveau tarif,
Mémoire fur la fuppreffion du Droit de Subvention
par doublement , de celui de Jauge
Courtage , & de plufieurs autres Droits
d'Aides , qui fe perçoivent à la circulation.
Sa Majefté te propofe d'ordonner :
40
1º. Qu'à compter du pr mier Octobre prochain
, les droits de fubvention par doublement ,
& jauge & courtage , feront fupprimés dans toute
l'étendue de fon Royaume.
2°. Qu'à compter de la même époque , il
fera perçu à toutes les provinces fujettes aux
Aides , ou celles qui ne le font pas , en fus des
droits d'entrée fixés par le tarif uniforme & à
titre de fubvention par doublement , un droit de
neuf livres par muid fur l'eau -de - vie fimple , de
dix-huit livres fur l'eau- de- vie double , de trente
livres fur l'efprit-de-vin & les liqueurs de toutes
efpeces , de quatre livres dix fols fur le vin ordinaire
, de fept livres dix fols fur les vins de liqueurs
, & de deux livres dix fols fur la bierre ,
le cidre , poiré , hidromel & autres boiffons .
權3°. Qu'à la même date , les droits de neuf livres
dix-huit fols par tonneau , anciens nouveaux
cinqfols perçus à l'entrée de la Picardie par les
bureaux limitrophes de l'Artois & de Cambrefis
, & par les ports de Calais , Boulogne &
Etaples , enfemble le droit de quinzefols par muid
fur les vins exportés defdits ports de Calais ,
Boulogne & Etaples , dans la Flandre & l'Artois
, feront fupprimés.
"
4°. Que le droit de treize livres dix fols par
muid fur les vins transportés en Flandre , Cambrefis
, Artois & Hainaut , par les généralités
d'Amiens , Soiffons & Châlons- fur - Marne fera
pareillement fupprimé, à compter de la même.
époque & que ces droits feront modérés à
quinze livres par moid , fur les vins qui emprunteront
le paffage de la Champagne pour
entrer dans les provinces de Franche Comté ,
Lorraine , Trois - Evêchés & Alface , foit pour
la confommation de ces Provinces , foit pour
être
enfuite exportés à l'étranger ; enfin que la per(
47 )
ception en fera faite par les Commis & Préposés
de la Régie des Aides.
Mémoire concernant la fuppreffion des Droits
de fabrication fur les Huiles & Savons du
Royaume.
Le Roi fe propofe d'ordonner :
1°. Qu'à compter du 1er. Octobre prochain
le droit fur les huiles & favons fera fupprimé dans
tout le Royaume , foit à la fortie des provinces
abonnées ,foit à la fabrication dans les provinces
qui ne le font pas.
2°. Qu'à compter de la même époque , le droit
repréfentatif du droit de fabrication continuera
d'être perçu fur les huiles étrangeres , à toutes
les emites du Royaume , en fus du droit fixé par
le tarif uniforme .
3°. Qu'à compter également de la même date,
les favons qui feront fabriqués en France , & qui
feront exportés à l'étranger , jouiront d'une prime
d'exportation de trois livres par quintal , à laquelle
prime ne feront point admis les favons
fabriqués à Marseille , attendu que la perception
du droit fur les huiles n'a point lieu dans cette
ville .
Mémoire fur la fuppreffion du Droit d'Ancrage
qui fe perçoit fur les Navires francois
, de celui de Leftage & Déleftage , des fix
& huit fols pour livre & d'autres Droits impofés
fur le Commerce maritime & fur la
Péche Nationale.
Mémoire concernant la Gabelle.
Sa Majefté fe propofe de fixer l'impôt du ſel ,
"
( 48 )
+
à compter du 1er, Janvier 1788 , fur les bafes
fuivantes.
1. Les quantités de fel qu'on fera tenu de
prendre aux greniers de la ferme dans les Provinces
de grandes & petites Gabelles , & dans les
Gabelles locales de Lorraine , des Trois Evêchés,
de la Franche- Comté , du Réthelois , de Rocroi
& Charleville , & du pays de Quart Bouillon , fefort
fixées immuablement & fans que la fixation
puifle être augmentée pour tel e caufe que ce foit,
fur le pied des quantités énoncées dans l'état annexé
au préfent Mémoire,
2°. Les quantités de fel qui feront en conféquence
délivrées par a ferme , le feront au p ix
ufité dans chaque grenier , fous la déduction néanmoins
des deux fols pour livre établis par P'Edit
du mois d'Août 1781 , à l'égard des pays de pt1-
tes Gabelles , & de quatre fols pour livre , on d'un
cinquième du principal , à l'égard des pays de
grandes Gabelles , & du Lyonrois , de la Breffe ,
de la Lorraine & des Trois- Evéchés.
3º . La délivrance du fel fe fera dans les greniers
de la ferme , au poids , à raison de cent livres cffe&
tives par quinta ' ; au lieu que la délivrance qui
fe fait actuellement à la mefure , n'et que de
quatre- vingt feize à quatre- vingt -dix -huit livres.
4. Les Affemblées provinciales feront , à compter
du premier Janvier 1788 , chargées du foin de
répartir les quantives fixées pour le devoir de Gabelle
, entre les différens diftrics dont elles feront
composées , & ce à raison de l'étendue de leur
population & des facultés de leurs habitans.``
Les Affemblies de diftrict répartiront entre
toutes les Paroiffes comprifes dans leur arrondiffement.
Ja maffe de fel pour laquelle ces diaries
a ont été employés dans la répartition générale
de la Province.
Enfin ,
( 49 )
Enfin , les Affemblées paroiffiales répartiront
la portion de fel de devoir dont la Paroiffe fe
trouvera chargée , de façon que le pauvre ne fe
trouve impofe que dans une portion modique,
fans que le citoyen aifé le foit jamais au deffus
de fa confommation effective , eftimée modérément.
5°. Les Collecteurs des Paroiffes feront , fous
l'inspection & avec l'affiftance des Syndics , le recouvrement
du prix du fel de devoir. Ils en verferont
le produit entre les mains des Receveurs
des Gabelles en douze paiemens égaux : il leuc
ſera accordé trois mois de délai pour faire ce recouvrement
, de façon qu'ils ne paieront le prix
du fel qui leur aura été délivré au premier Janvier
qu'au premier Avril , & ainfi fucceffivement , &
le paiement intégral du fet qu'ils auront reçu
dans le courant d'une année ne fera par eux entiérement
effectué qu'au premier Avril de l'année
fuivante.
6°. Les Communautés d'habitans feront garantes
& refponfables du prix du fel délivré à leurs
Collecteurs , & de leur exactitude dans les paie◄
mens , faufleur recours contre les contribuables ;
elles feront chargées des frais de collecte , qui ne
pourront pas excéder deux deniers pour livre , &
ne font prefque rien en comparaifon des remifes
que Sa Majesté leur accorde.
7. Il fera établi dans chaque ville principale ,
& généralement dans tous les lieux où la ferme a
des greniers , des magasins de fel de franchiſe
deftinés à fubvenir à la conſommation excédante
celle de devoir , & dans lefquels tout confommateur
trouvera toujours telle quantité de fel qu'il
voudra acheter à un prix qui fera fixé pour chaque
lieu à un taux égal & même inférieur à celui
que le commerce pourroit établir ; fans que ce
N°. 14, 7 Avril 1787.
C
( so )
prix de franchife puiffe jamais être augmenté, &
fans que les magafins aient aucun droit exclufif ,
leur vente devant être par-tout en concurrence
avec celles du commerce libre.
89. Les droits de brouage, traite de charente ,
convoi , comprablie , courtage , droits locaux &
autres généralement quelconques ( à l'exception
feulement de ceux établis en Bretagne , à l'égard
defquels il ne fera rien innové ) feront fupprimés ;
& leur perception ceffera, à compter du premier
Janvier 1788.
9°. En remplacement de tous ces droits , & de
celui qui fe paie déja à l'extraction des marais
falans , il fera perçu un droit de quatre livres par
quintal , fur tous les fels deftinés à la confomina -
tion du Royaume , à leur enlévement des lieux
de fabrication ; la Bretagne néanmoins exceptée ,
fauf à prendre les précautions néceffaires pour
affurer la perception du droit fur le fel qui fera
enlevé des marais de cette Province
› pour la
confommation des autres parties du Royaume .
Le droit uniforme de quatre livres n'excede
pas ceux qui exiſtent déjà à l'extraction des fels
pour les provinces rédimées , & il ne mettra pas
le fel de franchife , qui fera délivré par - tout
pour les excédans de confommation , au- deffus
du prix actuel du commerce.
10°. Les fels qui feront enlevés des marais falans
pour être exportés à l'étranger , ceux qui
feront deftinés pour la pêche & pour l'approvifionnement
des Colonies , feront exempts de
tous droits.
11º , Enfin il fera pris des mesures efficaces ,
pour que les magafins & dépôts de fel de franchife
foient , ainfi que les greniers , exactement
& fuffifamment approvifionés , pour que les liraifons
s'y faffent avec la plus grande fidélité
( 51 )
& que s'ils'y gliffoit quelque abus , il fût promptement
réprimé
Le 4 du mois de Mars , un bateau , chargé
de 36 perfonnes , a fait naufrage fur la
Garonne. Vingt huit Cultivateurs de la Paroiffe
de Comblance ont péri , & laiffent
des veuves , des orphelins dans la plus profonde
mifere. Les perfonnes fenfibles au
fort de tant de malheureux , font priées de
faire paffer leurs fecours au Directeur du
Bureau du Journal de Guienne , à Bordeaux ,
rue des Foffés du Chapeau rouge.
Charles , Duc de Fitz James , Pair & Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du
Roi , Gouverneur & Lieutenant - Général ,
pour Sa Majefté , du haut & bas Limouſin ,
eft mort à Paris , le 23 Mars. Les Numéros Mars.
fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 31 du mois
dernier , font : 77, 58 , 67 , 59 & 18.
PAYS -B A S.
De Bruxelles , le 30 Mars.
Le Gouvernement vient de communiquer
aux Etats , aux Tribunaux fupérieurs
& aux Magiftrats Municipaux , deux Diplômes
de S. M. I.; le premier , conftitutif
d'un nouveau Confeil d'Adminiftration générale
dans les Pays-Bas ; le fecond , d'un
nouvel Ordre de Tribunaux Juridiques.
Voici l'un & l'autre de ces Réglemens.
C 2
( 52 )
DIPLOME de Empereur , portant établiffement
d'une nouvelle forme pour le Gouvernement
général des Pays-Bas , du premier
Janvier 1787..
Jofeph, par la grace de Dieu , Empereur des
Romains , toujours augufte , Roi d'Allemagne,
de Jerufalem, de Hongrie , de Bohême , & c .
&c. &c. Ayant réfolu de donner au Gouvernement-
Général de nos Provinces Belgiques ,
une forme nouvelle pour la direction & l'expédition
la plus prompte & la plus régulière
des affaires de fon reffort , Nous ftatuons &
ordonnons les points & articles fuivans.
I. Nous fupprimons les trois Confeils Collatéraux
& la Secrétairerie d'Etat .
11. Au lieu de cess Confeils & de la Secrétairerie
d'Etat , Nous établiffons un feul Confeil
fous le nom de Confeil du Gouvernement-
Général des Pays -Bas , où feront traitées toutes
les affaires politiques & économiques " du
Pays , d'après les règles & inftructions que nous
avons preſcrites.
III. Notre Miniftre Plénipotentiaire aux Pays-
Bas , fera par état le Chef & le Préſident de
ce Confeil & le Garde de nos Scéaux.
IV. Il y aura dans ce Confeil un Vice - Préfident
pour fuppléer aux fonctions de Chefs ,
dans tous les cas où il ne pourra pas les remplir
en perfonne , & autant de Confeillers que
nous jugerons à propos d'y commettre.
V. Ce Confeil fera pourvu du nombre de
Secrétaires , de Commis & d'Officiaux , qui fera
jugé néceffaire.
VI. Pour faciliter la direction des affaires du
( 53 )
Gouvernement- Général , & lui procurer en
tout temps des notions affurées fur tout ce qui
peut intereffer l'ordre public , & le bien des
peuples confiés à fes foins nous avons réſolu
de divifer nos Provinces des Pays- Bas en neuf
cercles , & d'établir fous fes ordres ,dans chacun
de ces cercles , un Intendant & plufieurs Com
miffaires , fur le pied que le Gouvernement
fera connoître par une Ordonnance à émaner
de notre part , felon laquelle , ainfi qué felon
les inftructions & les ordres qu'ils recevront
du Gouvernement , ces Intendans & Commiffaires
fe régleront dans l'exercice de leurs
charges.
$
VII, Confidérant les frais énormes qu'en
traine , à la furcharge de nos peuples , la forme
actuelle des Adminiſtrations Provinciales > nous
avons réfolu de les fimplifier de la maniére
fuivante.
VIII, Les Colleges actuels des Députés des
Etats de toutes nos Provinces Belgiques , viendront
à ceffer avec le dernier du mois d'Oc
tobre de cette année & refteront fupprimés.
?
IX. Au lieu de ces Colleges les Etats de Brabant
, de Flandres & de Hainaut choifiront
parmi ceux de leurs membres qui feront préa
Jablement reconnus capables par le Gouvernement
un Député pour chacune de ces Provinces
, qui fera agrégé au Confeil du Gouverne
ment , où il aura le titre , le rang , & les ga
ges de Confeiller , & où il rapportera immé
diatement tous les objets des Finances de fa
Province , & autres , que le Préfident jugera
à propos de lui confier.
X. Les adminiftrations des autres Provinces n'étant
pas fi étendues ni fi confidérables
avons jugé que deux pareils Députés pour tou
nous
k . 3
( 54 )
tes pouvoient fuffire ; en conféquence les Etats
des Provinces de Limbourg & de Luxembourg
auront à s'entendre . fur le choix d'un de leurs
membres , ou de quelqu'autre fujet agréable.
au Gouvernement, & les Etats de Namur &
de Tournefis auront pareillement à s'entendre
fur le choix d'un député commun , pour di
riger refpectivement leurs affaires au Confeil
fur le pied requis à l'Article précédent ; quant
aux Etats de Gueldres & de Malines , ils auront
à commettre le foin de leurs affaires aux
Députés du Brabant.
XI. Les Etats refpectifs éliront de même cinq
Secrétaires qui feront également agrégés au Confeil
, avec les mêmes gages & émolumens dont
jouiffent les autres Secrétaires de ce Confeil.
XII. Ces cinq Députés des Etats , & curs
Secrétaires , ferviront pendant un terme de trois
ans , au bout duquel ils feront continués ou renouvellés
pour même termé , au gré de leurs
Commettans refpectifs , & dans tous les cas
où le Gouvernement trouvera bon de leur demander
des avis , ou informations quelconques
relatifs à l'intérêt général de la Province , ainfi
que pour figner les nouvelles lettres de rente
& autres actes que les Etats pourroient être
dans le cas d'expédier , ces cinq Députés repréfenteront
les Etats,dans leurs différens ordres.
XIII. En fimplifiant & réuniffant ainfi l'adminiftration
des Finances provinciales , nous
fommes très éloignés de vouloir toucher , ni
innover en rien , aux droits , ni à l'hypothé
que de ceux qui ont placé leur argent fur le
crédit de nos Etats Belgiques , nous entendons
en conféquence que leurs caiffes reffent toujours
féparées de celles de nos Finances , &
qu'il ne foit rien changé quant aux lieux ftig
pulés pour le payement des rentes.
( 35 )
XIV. Tout ce que nous venons de preferire
par les articles précédens relativement aux Adminiftrations
des Etats , commencera à avoir
lieu le 1er. Novembre de l'année 1787.
9
XV. Ayant trouvé bon d'excepter de la furveillance
& de l'activité du nouveau Confeil
du Gouvernement , toutes les affaires qui ont
trait à la Juftice & à fon adminiſtration , nous
avons réfolu d'établir four cet objet fi effen
tiel , un Département féparé , fous le nom de
Confeil Souverain de Juftice des Pays- Bas , dans
la forme que nous réglerons par un Diplôme
particulier.
XVI. Ce Confeil chargé fpécialement de tout
ce qui concerne l'adminiſtration & la direction
fupérieure de la Juftice fur le pied des inf
tructions que nous lui ferons remettre , fera en
même-temps l'unique Tribunal de Révision pour
toutes nos Provinces Belgiques.
Si donnons en mandement à tous nos Confeils
, Officiers & Sujets qu'il appartiendra , d'obferver
& de faire obferver ponctuellement le
contenu des préfents. Car ainfi nous plaît- il..
En témoignage de quoi nous avons figné les
préfentes , & nous y avons fait mettre notre
grand feel . Donné à Vienne le 1er. Janvier
l'an de grace mil fept cent quatre- vingt fept ,
& de nos Regnes , de l'Empire Romain le vingttroifieme
, de Hongrie, de Boheme le feptieme.
Paraphé K. R. Vt. Signé JOSEPH . Contrefigné ,
Par l'Empereur & Roi, A. G. De Laderer
muni du grand Scel de Sa Majesté.
DIPLOME de l'Empereur , portant établiſſement
des nouveaux Tribunaux de Juftice
aux Pays-Bas , du premier Janvier 1787.
JOSEPH , par la grace de Dieu , Empereur
&
( 56)
des Romains , toujours Augußte , Roi d'Allemagne
, de Jérufalem , de Hongrie , de Bohême
, &c. &c. & c. Ayant réfolu d'établir pour
l'adminiftration de la Juftice dans nos Provinces
Belgiques, le même ordre & la même gradation
de Tribunaux , qui fubfiftent dans les
autres Etats & Provinces de notre Domination ,
nous avons ordonné & ftatué , ordonnons &
fatuons les points & articles fuivans.
1. Il y aura pour toutes les parties
plaidantes , de quelqu'état ou condition
qu'elles foient , & pour toutes les caufes , trois
inftances fans plus , favoir : la premiere Inf
tance ; l'inftance d'Appel & l'inftance de Révifion.
11. L'Inftance de Révifion n'aura cepandane
pas lieu , lorfque les Sentences , rendues dans
les deux premieres Inftances , feront conformes .
III. Nous fupprimons tous nos Confeils actuels
de Juftice aux Pays-Bas ; & , à leur place,
IV. Nous étab'iffons en notre Vilie de Bruxelles
un Confeil Souverain de Juftice , compofé
d'un Préfident qui , fous la dénomination
de Chef & Préfident , fera à la tête de ce Corps ,
& d'un nombre fuffifant de Confeillers .
>
V. Nous confions à notredit Confeil Souverain
la fuprême autorité fur le fait de la
Juftice Civile & Criminelle comme étant le
centre unique du pouvoir judiciaire ; & il exercera
cette autorité en conformité de ſes attributions
& de l'Edit que nous ferons émaner
fur la réformation de la Juftice.
Il jugera , au furplus , en troifieme Inftance
, & en dernier reffort , toutes les caufes qui
feront fufceptibles de Révifion fur le pied fatué
par le 2me Article du préfent Diplôme.
VI. Nous éta bliffons , pour la feconde Inf
:
757 J
tance , deux Confeils d'Appel , dont l'un aura
fa réfidence en notre Ville de Bruxelles pour
les Provinces de Brabant , de Limbourg , de
Gueldre , de Flandre , de Hainaut , de Namur ,
de Tournay & Tournefis , & de Malines ; &
l'autre de notre Ville de Luxembourg pour la
Province de ce nom.

VII. Ces deux Confeillers d'Appel feront
compofés chacun d'un Président & d'un nombre
fuffifant de Confeillers . Ceux - ci doivent avoir ,
outre les autres qualités requifes la connoiffance
des langues qui font en ufage dans les
Provinces de leur reffort refpe&tif.
VIII. Nous fupprimons également toutes les
Juftices Seigneuriales au Plat- Pays ; voulant que
la Juftice foit rendue déformais en premiere
Inftance par des Tribunaux fixes & permanens ,
Jums l'établiſſement , le nombre , la compofition
& les attributions feront déterminés par un Réglement
ultérieur , que nous ferons rédiger &
publier fur cet objet.
IX. Nous fupprimons enfin , à l'exception
- des feules Juftices Militaires , tous autres Tri-
- bunaux , Corps & Cours de Justice , qui fubfiftent
actuellement dans nos dites Provinces des
Pays-Bas , ainfi que les Tribunaux Eccléfiaftiques
& ceux de notre Univerfité de Louvain ,
voulant que tous nos Sujets fans diftinction foient
traitables devant les Tribunaux ordinaires qui
Leront établis en conféquence du préfent Diplôme.
X. Tous les Juges fans exception prêteront
- ferment à leur aðmiſſion ſur l'obſervation exacte
du nouveau Réglement de la Procédure Civile
& des Inftructions y rélatives .
Si donnons en mandement à tous nos Confeillers
, Officiers & Sujets qu'il appartiendra ,
( 58 )
d'obferver & faire obferver ponctuellement le
contenu des préfentes. Car ainfi nous platt-il.
En témoignage de quoi nous avons figné les
préfentes , & nous y avons fait mettre notre
grand Scel. Donné à Vienne le 1er . Janvier
l'an de grace mil fept cens quatre-vingt- ſept ,
& de nos Regnes , de l'Empire Romain le vingttroffieme
, de Hongrie & de Bohême le feptieme.
Etoit Paraphé K. R. Vt. Signé JOSEPH . Contrefigné
, Par l'Empereur & Roi , A.G.De Lederer
, & muni du grand Scel de Sa Majesté.
La Régence de Rotterdam paroiffant attachée
aux intérêts du Stathouder , pour
contrebanlancer cette influence , une partie
des habitans ont demandé que ce Confeil
fût porté de 24 Membres à 40. Les Réquérans
fe font fondés fur les anciens us ;
Je Confeil a répondu que fi l'on écoutoit
cette doctrine de ramener toutes les
inftitutions à l'origine des chofes , pas un
Gouvernement ni pas une loi n'auroient
de ftabilité. Les Erats de Hollande fe font
rendus Juges de ce procès ; une Commiffion
a fait un rapport favorable aux Requérans
; l'Ordre Equeftre & les Villes l'ont
pris ad referendum , & dans peu cette affaire
-qui divife la ville entiere de Rotterdam ,
fera décidée..
La petite ville de Heufden avoit auffi demandé,
fur le principe de l'antiquité des
Coutumes , d'être admife à voter aux Etats :
elle avoit caffé fa Régence , fon Grand
Baillif , &c. Cette conduite ayant paru
( 59 )
prématurée aux Etats , on a député à Heufden
, une Commiflion chargée d'y rétablir
l'ordre & Fancienne Régence pour le momens.
Les Députés font entrés à Heusden
avec une eſcorte de Dragons , & ont rétabli
les anciens Magiftrars. Leurs Subftituts
ont faituneproteftation , dans laquelle ils
déclarent que ce rétabliſſement de l'ordre ,
eft un acte de violence & une infraction manifefte
des droits des Citoyens d'Heufden.
Les Etats de Hollande ont fait une autre
expédition militaire contre la ville de Hoorn.
Cette ville, & d'autres de la Nord- Hollande
, fe font permis quelques mouvemens
ontraires à la tranquillité publique. Pour
rétablir le calme & punir les auteurs du
trouble , les Etats ont envoyé à Hoorn quelques
Confeillers Députés , accompagnés par
un Corps de Cavalerie & de Fantaflins. Ce
cortege eft entré dans la ville fans oppofition
, & va s'occuper des recherches prefcrites.
A la pluralité d'une feule voix , ( dix voix
contreneuf) il a été réfolu aux Etats de Hollande
, de nommer des Commiffaires pour
exam ner la feconde partie de la propolition
de la ville de Harlem , relative aux droits
des bourgeoifies .
Suivant des lettres de l'Orient , le navire
particulier de Marfeille , l'Heureufe
Marie , parti le 13 Novembre dernier de
( 60 )
l'ile de France , a apporté la nouvelle que
les Anglois fe font établis dans l'île Diego
Garcias , à 300 lieues de l'île de France ,
oùils ont envoyé deux cents foldats blancs
& trois cents Cipayes , & où ils bâtiffent
des magaſins & des maifons.
Le même navire a ajouté que les Anglois
fe font auffi établis à la pointe d'Achem ,
qu'un Roi Malais leur a concédée.
.
L'Ifle Diego Garcias dit Mr. Après de
Mannevillette , a été vue le 24 Novembre 1769
par le Chevalier Grenier , commandant les corvettes
du Roi l'Heure du Berger & le Vert-
Galant.
M. l'Abbé Rochon en a déterminé la longi
tude de 68° 21. M. de la Fontaine , qui com
mandoit le Vert- Galant , retourna au mois de
Novembre 1770 pour la vifiter , & leva le plan
de la vafte baye que cette Ifle , qui reffemble
à un ferpent recourbé , forme dans fon intérieur.
Un grand nombre de vaiffeaux peuvent
y mouiller en sûreté ; mais le principal y manque
, & quoiqu'elle foit couverte de bois , on
n'y trouve point d'eau douce. Sa longueur eft
de 4 lieues du N. au S. , & fa plus grande largeur
de 2 lieues .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ON
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 27 Mars.
N eftime que le voyage entrepris par le
Roi de Pologne à Kaniew , où il aura
une entrevue avec l'Impératrice de Ruffie ,
eft de cent vingt milles d'Allemagne. Ce
Prince , efcorté de 24 Uhlans , a éprouvé
un accident qui heureufement n'a pas eu de
fuite ; en traverfant la Viftule à pied , la
glace s'eft rompue , & le Roi s'eft enfoncé
dans l'eau jufqu'à mi - corps : on l'en a retiré
affez promptement , pour qu'il n'ait reffenti
aucune incommodité de cette immerſion.
Pendant l'année 1786 il eft forti du port
de Stockolm 619 navires . Il en eft entré
630 à Gothembourg durant le même eſpace
de temps , & il en eft forti 600 .
De Berlin , le 26 Mars.
On connoît aujourd'hui l'Auteur de l'E
No. 15 , 14 Avril 1787. d .
( 62 )
crit contre la nouvelle Adminiſtration du
tabac . C'eſt l'ancien Confeiller privé de
Finances , de Bork , qui s'eſt dénoncé luimême
au Roi , dans une lettre à S. M. Il a
nommé en même temps les perfonnes qui
lui ont fourni les matériaux de fon mémoire.
Dans cette lettre il a fupplié le Roi de lui
accorder une audience particuliere . On affure
qu'il l'obtiendra , & que les recherches
& les pourfuites du Procureur- Général ont
été fufpendues jufqu'à nouvel ordre.
On leve dans le Magdebourg deux Com.
pagnies d'hommes , pour completter le Régiment
Suiffe de Muller.
On bâtit à la fois aux châteaux de Berlin ,
de Potsdam & de Sans Souci.
Le nouveau Bureau que le Roi a établi
ici pour la direction des affaires relatives
aux Univerfités & aux Ecoles publiques
, fera préfidé par le Baron de Zedliz
, Miniftre d'Etat . Les autres membres
font le fieur de Wolner , Confeiller privé
des finances , le Chancelier de Hoffman
& les Confeillers du Confiftoire , Gedike ,
Steinbart & Meierotto.
Tous les obftacles qui s'étoient oppofés
à la reftitution de quelques Bailliages du
Duché de Mecklenbourg , ci devant engagés
à notre Cour , font actuellement levés.
La fomme du dégagement a été ftipulée à
170,000 écus . La reddition a eu lieu le 24
( 63 )
de ce mois. Il fe confirme que le Duc de
Mecklenbourg Schwerin a accédé à l'Alliance
des Princes de l'Empire.
( M. le Comte de Hertzberg termine en
ces termes le précis de la vie de Frédéric II .
Le Roi croyant voir la guerre de loin , mais
inévitable , ſe flatta de ſe débarraffer de la Ruffie
, en s'uniffant avec le Roi d'Angleterre , par
un Traité ſecret conclu à Weſtminſter , le 16
Janvier 1756. Il eſpéra que la Cour d'Angleterre
étant étroitement liée avec celle de Ruffie ,
elle pourroit empêcher celle- ci de fe ranger du
côté des ennemis de la Pruffe. La Cour de France
regarda alors fon alliance avec la Pruffe comme
éteinte , & elle conclut en 1756 le fameux Traité
de Verſailles avec la Cour de Vienne , qui dure
encore. La France , qui étoit déja alors en guerre
avec le Roi d'Angleterre pour l'Amérique , crut
ne pouvoir mieux faire , que de l'attaquer auffi
dans fes Etats d'Allemagne. Voulant auffi délivrer
la Saxe & entamer la Pruffe de tous côtés ,
elle entraîna la Suede & la plus grande partie de
l'Empire dans le nouveau fyftême. Elle envoya
en 1757 une armée , pour faire la conquête des
Etats du Roi en Weftphalie & de l'Electorat
d'Hanovre , & l'autre pour pénétrer avec l'armée
de l'Empire par la Heffe en Saxe , pendant
que l'armée Suédoife envahiffoit la Pomeranie
Pruffienne. La Cour de Vienne engagea auffi
celle de Ruffie d'attaquer la Pruffe avec une armée
de 80000 hommes , & raffembla toutes fes
forces en Bohême vers les frontieres de la Saxe
& de la Siléfie. Il réfulta de toutes ces combinaiſons
cette terrible guerre , que le Roi a foutenue
avec l'Angleterre , l'Electeur d'Hanovre ,
le Duc de Brunswick & le Landgrave de Haffe ,
d 2
( 641
S
contre toutes les forces réunies de l'Autriche ;
de la France , de la Ruffie , de la Suede & de
T'Empire , avec une fortune variée , mais d'une
maniere incroyable à la poftérité , pendant le
cours des années 1757,1758 , 1759, 1760 & 1761 ,
dont je m'abftiens de donner ici aucunes parti
cularités , ce qui eft réservé à d'autres temps &
à d'autres circonstances & auteurs , pendant que
M. le Major de Tempelhoff nous a déja donné
une defcription auffi lumineufe qu'intéreffante,
des deux premieres campagnes. La mort de
l'impératrice Elifabeth , arrivée en 1761 , délivra
le Roi d'un de fes plus grands ennemis , &
Ipi procura même un allié dans la perfonne de
Pierre III , pendant qu'il perdit d'un autre côté
l'affiftance fubfidiaire de l'Angleterre , par la
retraite du célèbre Pitt & l'acceffion d'un nouveau
Miniftere Anglois qui n'étoit nullement
favorable à la Pruffe. La révolution qui arriva
en Ruffie en 1762 , par la mort de Pierre III
menaça encore le Roi d'une guerre de ce côtélà
: mais la nouvelle Souveraine , connoiffant
mieux fes intérêts , préféra la neutralité ; & le
Roi, qui par la perte des fortereffes de Schweidnitz
& de Colberg avoit été refferré de tous côtés
, trouva moyen., pendant la campagne de
1762 , de reprendre Schweidnitz & de regagner
la fupériorité tant en Saxe , qu'en Silée. Il
parvint alors à faire une paix particuliere avec la
Ruffie & la Suede , & enfin auffi avec la France ,
& même avec l'Autriche & la Saxe , que j'eus
le bonheur de conclure à Hubertsbourg , le 15
Février 1763 d'une maniere auffi glorieufe qu'avantageufe
, puifque le Roi fortit de cette terrible
guerre fans perdre un village , à la vérité
avec des forces très- épuilées , mais avec une réputation
d'autant plus grande de valeur , d'éner(
65 )
gie , de refföurces , & d'une force intérieure ,
qu'on n'avoit pas cru juſques là à la Monarchie
Pruffienne.
Après la conclufion de la paix de Hubertf
bourg , & pendant le cours des années pacifiques
de 1763 juſqu'à 1778 , qui s'écoulerent
tranquillement dans un état de paix , quoique
non fans quelques troubles , Frédéric II fe dévoua
de nouveau entierement au foin de rétablir
fes Provinces ruinées , fes finances , fon
tréfor , fon armée , ainfi que, la profpérité des
particuliers , & il réuffit à remettre le tout fur
un pied beaucoup plus floriffant qu'avant la guer
re de fept ans , & à donner à la Monarchie Pruf
fenne cette confiftance , cette énergie , cet éclat
dont elle jouit aujourd'hui , & qui la met dans
la claffe des premieres monarchies de l'Europe ,
fans qu'elle en ait à beaucoup près l'étendue extérieure.
C'eft ainſi qu'il pouffa l'armée juſqu'à
plus de 200,000 hommes , qu'il fit rétablir toutes
les viles & villages ruinés par la guerre ,
qu'il établit ce nombre immenfe de Colonies ,
de nouveaux villages , de fabriques & de manu
factures ; qu'il fit faire , partout où cela étoit
praticable , des canaux , fur tout le grand canal
de Bromberg , qui unit la Viftule à l'Oder , qu'il
donna des fommes confidérables à la Nobleffe
pour payer les dettes , & pour défricher fes tey
res incultes ; qu'il fit faire lui - même des défrichemens
, deffecher des marais & faire en général
toutes les améliorations , dont le pays étoit
fufceptible ou avoit befoin , en employant pour
cet effet tous les ans entre deux & trois millions.
Je me difpenfe d'en faire ici un plus grand détail
, parce que je l'ai fait , quoique feulement
en gros & d'une maniere fuperficielle , autant
que mes autres occupations me l'ont permis
d
3
( 66 ))
dans mes précédentes differtations académiques .
Il feroit à fouhaiter , pour le bien public de la
Pruffe & de l'humanité , que l'hiftoire du regne
de Frédéric II dans la paix fût écrite en détail
par un homme , qui eûr les moyens & les talens
fuffifans pour une pareille entrepriſe.
t
Pendant que Frédéric II paroiffoit s'occuper
tout entier de fon gouvernement intérieur , il ne
ceffa pas de prendre la même part directe & efficace
à toutes les grandes affaires de l'Europe ,
& à y jouer un rôle auffi effentiel que glorieux.
Peu de temps après la paix de Hubertsbourg ,
conclut un Traité d'alliance avec l'Impératrice
de Ruffie , qui a été prolongé & fubfifte encore.
En conséquence de ce Traité & du grand fyftême
politique , qui fut fondé là- defius , le Roi
contribua avec l'impératrice de Ruffie , après la
mort d'Augufte II Roi de Pologne , à faire élire
à cette Couronne le Comte Stanislas Poniatow[-
ki , & à affurer aux Diffidens de Pologne un
état religieux & civil . Lorsqu'une partie de la
nation s'y oppofa & excita des troubles connus
par la fameuse Confédération de Bar , & qu'elle
at ira même une guerre à la Ruffie de la part
des Turcs , le Roi affifta dans cette guerre la
Ruffie du fecours pécuniaire , qui eft ftipulé dins
le Traité d'alliance , & par l'envoi d'un grand
nombre d'Officiers volontaires , qui affifterent
aux campagnes des Ruffes . Ces troubles intérieurs
de la Pologne donnerent même lieu à un
nouveau revirement des affaires politiques , à
une nouvelle ſcene inconnue jufqu'alors ,
favoir
au partage de la Pologne , qui fe fit d'une maniere
pacifique fans coup férir , & procura à la
Monarchie Pruffienne un aggrandiffement confidérable
, & fur tout la combinaiſon folide qui
Jui manquoit jufques-là . L'occafion qui y donna
( 67 )
lieu fut accidentelle , & eft peu connue jufqu'ici ;
la fuppofition prefque générale du Public , que
ce partage a été projetté & amené de loin , étant
tout à fait fauffe. En voici la feule & véritable
cauſe & origine . L'Impératrice Reine ayant fait
Occuper en 1772 , à l'occafion des troubles de
Pologne, l'importante Staroftie de Zips contigue
à la Hongrie , qu'un ancien Roi de Hongrie
avoit hypothéquée à la Pologne pour quatre
cent mille ducats , le Roi & l'Impératrice de
Ruffie conçurent en même temps & durant le
féjour que S. A. R. le Prince Henri fit à Petersbourg
, l'idée , que fi la Cour de Vienne vouloit
profiter de ces troubles , les Cours de Berlin &
de Petersbourg pourroient & devoient , felon
l'intérêt de l'Etat , faire également valoir les
prétentions qu'elles pouvoient avoir à la charge
de la Pologne . Elles firent en conféquence un
Traité de partage , auquel on admit enfuite la
Cour de Vienne , & en vertu duquel le Roi réclama
& s'appropria toute la Pruffe Polonoife , à
- l'exception des villes de Dantzick & de Thorn.
Il voulut d'abord faire valoir les droits de la Siléfie
fur les Palatinats de Pofen & de Kalifch ;
mais je fis fentir qu'il étoit plus effentiel de réo
clamer la Pomérelie avec la ville de Dantzick ;
& fi on ne pouvoit pas obtenir celle -ci , toure
la Pruffe Polonoife , parce que c'étoit le moyen
de combiner la Prufle & la Poméranie , & par
conféquent de confolider une fois le corps principal
de la Monarchie Pruffienne , & de fe rendre
maître du grand fleuve de la Viftule & du
principal commerce de la Pologne. Je prouvai
dans une déduction , que la Pomérelie étoit un
ancien Domaine des Ducs de Poméranie , que
les Polonois avoient injuftement démembré après
l'extinction de la ligne de Dantzick , au préjud4
(68 )
dice des Ducs de Stettin , dans le droit defquels
les Electeurs de Brandebourg ont notoirement
fuccédé comme dans toute la Pomeranie , fans
que les Ducs de Poméranie aient jamais expreffément
renoncé à la Pomérelie. Je trouvai auffi
des titres irréfragables , felon lesquels le port
de la Viftule n'appartenoit point à la ville de
Dantzick , mais pour la propriété à l'Abbaye
d'Oliva , & pour le domaine territorial au Roi
comme Souverain légitime de la Pomérelie . Enfuite
de toutes ces déductions & négociations ,
le Roi fit occuper toute la Pruffe Polonoife ,
excepté les villes de Dantzick & de Thorn , &
les Cours de Vienne & de Ruffie en firent autant
de leur côté. Le Roi & la République de Pologne
s'y oppoferent par des proteftations & des
écrits , mais on convint à la fin en 1773 à Var
fovie d'un Traité de ceflion , par lequel la République
de Pologne céda au Roi la Pruffe Po-
Ionoife , excepté les villes de Dantzick & de
Thorn. Elle fut obligée de renoncer en même
.temps à la fuzeraineté des diftricts de Lauenbourg
& de Butow, & à la reverfion du Royaume
de Pruffe , après l'extinction de la ligne
mafculine de Brandebourg , qu'elle pouvoit prétendre
en vertu du Traité de Welau de 1656 ;
renonciation très- précieufe & effentielle , dont
je m'avifai , ainfi que des titres fur le port de
Dantzick , en rédigeant le Traité de partage &
de ceffion au milieu d'une maladie très- critique
dont j'étois accablé alors . Ce n'eft pas ici l'endroit
de difcuter la valeur de nos prétentions ; je
l'ai fait en d'autres occafions , & elle étoit du
moins très- fupérieure à celles de toute autre
Puiffance. Le Roi fit enfuite en 1775 un Traité
de commerce avec la Pologne , & il prit les
mefures les plus juftes & les plus efficaces pour
( 69 )
Saffurer & pour faire valoir cette nouvelle acquifition
précieufe , dont un des avantages les
plus effentiels étoit la jonction de l'Oder & de
la Viftule par la Warte & la Netze & par le canal
de Bromberg , dont j'eus le bonheur de fau
ver la poflibilité contre une erreur géographi
que.
' Comme le Roi fit pendant cet intervalle paeifique
de 1763 à 1778 l'acquifition également
pacifique de la Pruffe Polonoife , à laquelle je
crus devoir donner le nom de Pruffe occidentale
, il concourut dans le même temps à faire
élire en 1765 l'Archiduc Jofeph à la dignité de
Roi des Romains , & à faire affurer à la maison
d'Autriche par l'Empire la fucceffion au Duché
de Modene , en conféquence de la promeffe que
je lui avois faite au nom du Roi , par deux articles
fecrets de la paix de Hubertsbourg.
Le Roi ne prit point de part directe à la guerre
longue & fanglante , que l'Angleterre foutine
contre FAmérique feptentrionale , la France &
l'Espagne , mais il accéda à la Neutralité maritime
, qui fut conclue entre la Ruffie & d'autres
Puiffances neutres , pour faire reſpecter le Pavillon
de leur marine marchande par les Puiffances
belligérantes ; & il donna par ce moyen une
nouvelle fanction à un principe du Droit des
gens très-jufte , qu'il avoit été le premier à faire
valoir en 1748 , tout comme il fut le premier
à établir dans fon Traité de commerce avec les
Etats- Unis d'Amérique le grand principe de la
neutralité à obferver par une Puiflance belligérante
contre les fujets de l'autre , qui ne font
pas armés , & de défendre par conféquent toute
hoftilité contre les vaiffeaux marchands & contre
les cultivateurs , en la bornant uniquement aux
perfonnes armées. Ainfi le Roi de Pruffe , fans
as
( 70 )
avoir une marine , ni un grand commerce mari
time , a donné l'exemple , le ton & la leçon à
toutes les Puiffances maritimes , d'obferver &
de refpecter deux grands points du Droit des
gens également utiles & néceffaires pour le bien
de l'humanité , & pour épargner au genre hu
main une grande partie des malheurs d'ail.eurs
inévitables de la guerre.
Le Roi a donné depuis l'an 1778 d'autres preu
ves encore plus frappantes de fa grande politique
defintéreffée , mais également utile pour l'équi
libre de l'Europe & de P'Allemagne , & pour le
bien -être des Princes fes co -Etats. Le dernier
Electeur de Baviere étant mort , la Cour de
Vienne fit des prétentions fur fa fucceffion & en
particulier fur la baffe Baviere . Le Roi s'y oppofa
en faveur de la maiſon Palatine & de celle
de Saxe ; il prit même les armes & entra en
Bohême. On négocia inutilement à Berlin & à
Braunau ; mais enfin cette querelle fut finie par
la paix qui fe conclut à Tefchen au commencement
de 1779 , de maniere que la Cour de
Vienne renonça à fes prétentions fur la Baviere ,
en gardant le diftri &t de Burghaufen , qu'on afsûra
un équivalent de fix millions de florins à
l'Electeur de Saxe , & qu'on reconnut à la maifon
de Brandebourg le droit de réunir les Margraviats
de Franconie à la ligne Electorale ,"
apres l'extinction de la ligne régnante actuellement.
Le projet de l'échange de la Baviere ayant été
renouvellé en 1785 , le Roi s'y oppofa de nouveau
par des déclarations & des proteftations , &
pour leur donner plus de poids , il propofa à fes
Co - Etats l'Union Germanique , qui fut conclu e
à Berlin , le 23 Juiller 1785 , & à laquelle a
accédé un grand nombre des Electeurs & des .
( 71 )
Princes les plus confidérables , uniquement dans
le but de conferver le fyftême & l'équilibre de
l'Empire. Frédéric a commencé , achevé & confolidé
ce grand ouvrage dans les deux dernieres
années de fa vie , lorfqu'il étoit déjà attaqué de
l'hydropifie , & de ces maux qui l'ont conduit au
tombeau. Dans le même temps , il a encore pris
beaucoup de part aux troubles de la Hollande
& n'a pas ceffé de faire négocier tant en Hol
Jande qu'à la Cour de France , pour arrêter &
prévenir les fuites funeftes de ces diffenfions , &
pour conferver le Stadhouderat & fes prérogatives
à la famille de fa digne & incomparable
niece , la Princeffe d'Orange.
Au milieu & dans l'agitation de ces grandes
affaires étrangeres de l'Etat , Frédéric II ne
ceffa pas de donner fa principale attention au
Gouvernement intérieur & à l'amélioration de
Les provinces & de fes fujets , felon les grands
principes ; dont j'ai donné des détails , ou plutôt
des échantillons dans mes précédentes Differtations
académiques. J'ajouterai feulement en
gros , que pendant cette époque pacifique il fit
la feconde réforme de la Juftice par le Grand-
Chancelier de Cramer ; qu'il établit fous la direction
du même Miniftre le célébre fyftême de
crédit en Siléfie , en Poméranie & dans les Mar
ches , par lequel on arrêta la plupart des concours
& des procès , on fit hauffer le prix des
terres & tomber les intérêts. Il fit auffi établir
dans le même temps dans les Marches & en Po
méranie cette excellente Affociation pour les
incendies , qui affure les terres de la campagne
- contre les acciders du feu , moyennant une contribution
imperceptible. Ce font trois arrangemens
qui pourroient feuls illuftrer & immorta
lifer tout un regne.
do
( 72 )
Tel eft le tableau abrégé , ou le précis hiftorique
de lavie du Grand Frédéric , que j'ai cru
devoir donner aujourd'hui dans une Affemblée
confacrée à fa mémoire & à celle du renouvellement
de cette Académie , dont il est l'auteur.
Faute de temps , & par d'autres raiſons aifées à
concevoir , je n'ai fait que rapporter la fuperfiaie
des principaux événemens de fon regne liés
dans une combinaiſon politique. Je n'ai eu ni le
deffein , ni le temps d'y mettre de l'éloquence
ni du détail ; il faut réferver l'un & l'autre à
ceux qui en ont le temps , les moyens & la permiffion
; mais je fuis convaincu qu'une hiftoire
de Frédéric II , écrite avec impartialité , avec
des moyens fuffifans , & par un auteur qui en
fût capable , feroit le morceau de l'hiftoire le
plus intéreffant & le plus inftructif pour les Sou-
Nerains , pour les hommes d'état & de guerre,
& pour tous les hommes en général. On y trouweroit
une quantité immenfe de faits , de fituations
uniques , de hauts faits de guerre & de po
itique prefque inouis dans toute autre hiftoire ,
des fautes incompréhenfibles , mais des retours
& des redreffemens encore plus merveilleux qui
effacent les fautes & jufqu'à leur fouvenir.
Frédéric II a écrit fa propre hiftoire en imitant
le goût & l'exemple de Thucydide , de Po-
1ybe & de Céfar. Après avoir achevé les mémoires
de Brandebourg jufqu'à 1740 , il a commené
fa propre hiftoire , depuis 740 juſqu'à la
paix de Drefde en 1745. Je puis montrer ici
T'original de cet excellent ouvrage , entierement
écrit de fa propre main , & travaillé avec
un foin particulier. Il ne fe trouve rien fur les
années pacifiques de 1746 jufqu'à 1756 : mais
enfuitetil a fait une hiftoire de toutes les campa
( 73 )
gnes de la guerre de fept ans ; & enfin il a compofé
l'hiftoire de fon regne depuis la paix de
Hubertsbourg jufqu'à celle de Tefchen , en y
comprenant la guerre de Baviere . Ces excellens
ouvrages feront imprimés avec la permiffion du
Roi fans aucun changement , ni retranchement
effentiel . Ils ne contiennent pas une
hiftoire complette du regne de Fréderic II. qui
demanderoit des compilations & des recherches
plus étendues & plus exactes , mais ils repandront
une nouvelle lumiere fur toute l'histoire
de notre temps , & ils exciteront de nouveau
toute la reconnoiffance de la Nation
Pruffienne , en ajoutant de nouveaux lauriers à
ceux que Frédéric II . a fçu cueillir dans fa vie.
Les Libraires Voff & fils , & l'Imprimeur
Decker ont publié le Profpect is de l'édition
des OEuvres pofthumes du feu Roi ,
imprimées in 8°. en 12 volumes , & avec
les caracteres de Baskerville. Cette Collection
, dont le prix n'eft pas encore déterminé
, & pour laquelle on paye 42 liv. de
France , en foufcrivant , fera compoſée des
Ouvrages fuivans :
1º. Mémoires de mon temps . Ils fenferment
l'hiſtoire , tant politique que militaire ,
de ce qui s'eft paffe depuis l'année 1740 ,
jufqu'à la paix de Dresde . 2 °. Hiftoire de la
guerre de fept ans . 3 °. Hiftoire de ce qui
s'eft paffé depuis la paix de Hubertsbourg
jufqu'à celle de Tefchen. 4° . Effai fur les
formes de gouvernement & fur les devoirs
des Souverains, 5º . Examen du Syſtême de
( 74 )
la Nature. 6 ° . Remarques fur le Systême de
la Nature. 79. De l'innocence de l'erreur de
de l'efprit. 8°. Trois Dialogues des morts.
9°. Trois volumes de poëlies. 10°. Avantpropos
fur la Henriade. 11 °. Confidérations
fur l'état préfent du corps politique de l'Europe.
12. Plufieurs centaines de lettres de
S. M: à divers Ecrivains célébres , tels que
Voltaire , Fontenelle , Rollin , le Marquis
d'Argens , d'Alembert , le Préfident Henault
, Algarotti , Condorcet , &c. avec les
réponies.
De Vienne , le 26 Mars..
Le voyage de l'Empereur , retardé d'une
femaine à l'autre , refte encore incertain ; il
l'eft également , fi S. M. I. ira jufqu'à Cherfon.
Cependant tous les préparatifs font
achevés . Le Comte Philippe Kinski , qui
doit accompagner notre Monarque , eft
tombé malade , mais on ne craint pas la
durée de fon indifpofition .
Les lettres de Conftantinople , en_date
du 25 Février , annoncent les difpofitions
ultérieures que la Porte a ordonnées , à la
fuite d'une longue conférence entre le Miniftre
de Ruffie & le nouveau Reis - Effendi.
Tous les Chefs des différens Corps de troupes
de l'Empire ayant été mandés , avec
l'Aga des Janiffaires , le Grand Viſir leur a ,
dit on , ordonné , au nom de S. H. , de pren(
75 )
-
dre immédiatement leurs mefures pour que
leurs Corps refpectifs fe trouvafſent en état
de fe me.tre en marche au premier fignal ;
& il leur a déclaré en même temps , qu'ils
répondroient fur leur tête de tout retard.
S. H. a nommé un Séraskier , ou Comman
dant en chef de l'armée deftinée à couvrir
l'importante place d'Oczakow , avec ordre
de s'y rendre immédiatement , & d'y attendre
l'armée qu'on y fera paſſer au befoin.
Les ordres les plus preffans ont été expédiés
aux Gouverneurs des diverfes Provinces ,
tant en Europe qu'en Afie , de recruter ,j
d'affembler & de tenir prêtes les troupes.
que chaque Province doit fournir. Le Pacha
de Romélie a fur le champ envolé mille
Jan ffaires à Siliftrie , place très- foible , ſituée
fur la rive droite du Danube. On travaille
dans l'arfenal avec ardeur à l'armement de
12 vaiffeaux de ligne qui s'y trouvent ; &
4 de ces bâtimens font déjà armés complettement.
Le 18 , le Comte de Banfi , nommé au
Gouvernement de Tranfylvanie , prêta ferment
en cette qualité entre les mains de ,
S. M. I.
L'Empereur a nommé le Comte de Stadion
, fon Envoié extraordinaire & Miniftre
plénipotentiaire auprès de la Cour de
Stokholm.
• S. M. a fait connoître par un Decret du
1761
1 de ce mois , que ceux des propriétaires
de terres , qui , fans être au fervice de la
Cour , demeurent en pays étranger , payeront
le double des impofitions ordinaires .
Le Corps des Uhlans a quitté cette Capitale
, pour joindre les régimens des Che
vaux légers auxquels il a été incorporé. Il
eft remplacé ici par les Cuiraffiers de Hohenzollern
.
F
L'Empereur a donné des ordres pour l'établiffement
d'une nouvelle route de commerce
, qui paffera par Dobromuhl & Sambor.
Les travaux feront commencés incef
famment.
De Francfort , le 31 Mars.
On écrit de Vienne , que les camps pour
l'Eté prochain ont été réglés de la maniere
fuivante , favoir , à Pettau en Stirie , depuis
le 20 jufqu'au 30 Juin ; à Peft , depuis le 19
Aoûtjufqu'au 25 ; à Turas , depuis le 1 Septembre
jufqu'au 10 ; à Hlaupietin , depuis
le 10 Septembre jufqu'au zo , & à Sunian
dans la Gallicie , depuis le 20 jufqu'à la fin
de ce mois .
Le 15 , le Miniftre de l'Empereur , Comte
de Traut mansdorf, eft arrivé à Caffel , &
s'eft rendu immédiatement au château de
Weifenftein , où il a eu une audience du
Landgrave.
Ilfera tenu des conférences dans la même
( 77 )
ville pour applanir l'affaire de fucceffion du
feu Comte de la Lippe , & le fieur de Dohm ,
Miniftre de Pruffe à Cologne , fe rendra à
Caffel pour cet objet.
I paffe par cette ville , écrit- on de Munkars
, des tranſports confidérables de farine
pour la Gallicie : toutes les places font remplies
de tonneaux chargés de cette denrée.
Plufieurs prétendent que ces tonneaux ne
renferment pas tous de la farine , înais des
munitions de guerre ; ils fondent leur préfomption
fur un fait arrivé à Eperies , où
un prétendu tonneau de farine a crevé , &
d'où il a coulé de la poudre à canon .
L'Electeur de Baviere vient de conférer
le département des finances au Comte de
Thoring Seefeld , Préfident de la Chambre
de la Cour."
Voici les principes fur lefquels ont été
fondées les conférences d'Ems , tenues par
les Plénipotentiaires des quatre Archevêques
d'Allemagne , & dont les articles ont
été fignés le 25 Août 1786.
"
« Ce Pape doit être regardé comme Direc-
» teur général & Primat de toute l'Eglife ; à cet
» effet , il tient de Dieu la jurifdiction néceſſaire ,
» & jouit de toutes les prérogatives & réferves
qui ont été attachées à cette Primatie dans les
» premiers fiecles de l'établiffement du Chrif
» tianifme . Jefus - Chrift a conféré à fes
Apôtres & aux Evêques , leurs fucceffeurs , le
» pouvoir illimité de lier & de délier . Il s'enfuit
que les Fideles , dans un diocefe , ne peuvent.
.
( 78 )
point recourir à Rome , qu'aucune exception
» ne peut exifter , & que les Religieux ne doi
vent point recevoir des ordres de leurs Gé-
» néraux ou Supérieurs qui demeurent hors des
» limites d'Allemagne . En vertu du pouvoir
de lier & de délier que les Evêques
» ont reçu de Dieu , ils peuvent faire des loix ,
» difpenfer de la Loi générale des abſtinences &
» de tous les empêchemens matrimoniaux , faire
ceffer les obligations réfultantes des Ordres
» facrés , & relever les Religieux de l'omiffion
des voeux. Il eft par conféquent inutile de de-
» mander à l'avenir à la Cour de Rome les
»facultés quinquenales . Les Bulles , Brefs
» & autres difpofitions du Pape ne pourront
» être obligatoires qu'autant qu'ils feront agréés
» par les Evêques. Les Nonciatures ceffe-
»
ront d'avoir lieu , & les Nonces en Allemagne
ne pourront être regardés que comme
» Envoyés ou Miniftres plénipotentiaires du
Pape . Les Evêques conferveront leurs
anciens droits relativement aux Prébendes ,
» Chapitres & Bénéfices Eccléfiaftiques ; les Bénéfices
en Allemagne ne pourront être donnés
qu'à des individus nés dans l'Empire .- Les
difpenfes que la Cour de Rome avoit données
jufqu'à préfent des ftatuts particuliers
» des Eglifes d'Allemagne n'auront plus lieu.
ככ
ITALI E.
De Rome , le 11 Mars. II
Lei de ce mois , Sa Sainteté a recu par
un courrier extraordinaire , la nouvelle tâcheule,
que le Prélat Zondadari avoit été
( 79 )
forcé de quitter Bruxelles. Cet événement a
fingulierement affecté S. S.
De Naples , le 8 Mars.
Nous attendons inceffamment de Berlin
M. de la Grange , célébre Mathématicien .
Il occupera ici l'emploi de Préfet de l'Académie
Royale des Sciences , & celui de
Préfident des études des Princes , fils de
Leurs Majeftés . Son traitement eft de 2200
ducats par an.
Le bruit court , que la négociation entamée
entre certe Cour & le Saint- Siege eft
interrompue , & que le Prélat Galeppi , qui
en étoit chargé de la part du S. Pere , quittera
cette ville dans quelques jours.
Le i de ce mois , le Baron de Bauer ,
-Capitaine des Gardes de l'Impératrice de
Ruffie & un Adjudant du Prince Potemkin
ont apporté au Comte Skavronski , Minif
tre de Ruffie auprès de notre Cour , l'ordre
de fe rendre à Cherfon auprès de fa Souveraine.
Ce Miniftre , après avoir pris congé
de Leurs Majeftés , eft parti le 4 pour fa
deftination.
ESPAGNE.
De Madrid , le 6 Mars .
On apprend de la Havanne , que deux
vaiffeaux en conftruction dans l'arfenal ont
( 80 )
coulé à fond , faute d'amarres . On affure
qu'on a mis fous preffe une Pragmatique ,
ou Loi fomptuaire , qui défend l'ufage des
galons , des broderies , pierreries & autres
ornemens de luxe ; une autre Pragmatique
fixera le nombre des carroffes & leur for .
me , ainfi que la quantité de domestiques ,
à proportion de l'état , du rang & de la dignité.
Un ex-Jéluite , à ce qu'on débite , ayant
écrit d'Italie à un de fes coufins de s'empa
rer d'un dépôt de 18 millions de Reaux,
Juns la mailen de
que la Société , lors de fon expulfion , laiſſa
dans fa maifon de campagne , appellée la-
Monlloa , & fituée dans l'ancien Jardin Botanique
, ce coufin a fait fa déclaration au
Miniftere , en s'engageant à payer les frais
de la recherche , au cas que le tréfor ne fer
trouvât pas. En conféquence un Membre
du Confeil Royal a été nommé pour veiller
à cette découverte , à laquelle on a travaillé
jufqu'ici fans fuccès .
Nous apprenons de Talaveira de la Reyna
, que le feu ayant pris à l'un des quartiers
de cette Manufacture Royale , trente un
grands métiers , quatre machines des plus
utiles & quantité d'étoffes d'un grand prix
ont été incendiées . Le fecours de 300 hommes
emploiés à couper & à éteindre les flammes
, n'ont pu empêcher ce dommage.
En 1786 il y a eu à Barcelone 918 mariages
, 4170 nouveaux nés , & 3942 morts.
( 81 )
"
Pendant la même époque ce port a reçu
1052 navires , favoir ; 646 Eſpagnols , 133
François , 96 Anglois , 54 Danois , 37 Hollandois,
27 Napolitains , 26 Suédois , 14
Génois , 11 Vénitiens , 6 Ragufois , 3 Impériaux
& 5 autres de la Méditerranée
.
Depuis deux ans l'on publie ici un tableau
des exportations faites aux Indes de
nos différens ports , & des importations
qu'ils reçoivent de ces contrées.
La valeur des exportations de l'année derniere
aux Indes monte à 229,469 réaux de vellon en
marchandifes efpagnoles , & à 205,718,402 en
marchandifes étrangeres , en tout 435,282,872
réaux , qui font 21,282,872 piaftres fortes ; les
droits payés au Roi fur tous ces objets font montés .
à 14.465,707 réaux 18 maravédis , ou 723,285.
piaftres fortes 7 réaux 18 Maravédis . Les importations
, tant en or & en argent monnoyés qu'en
barres & autres effets , forment 1,034,364,279
réaux 18 maravédis , ou 51,718,213 piafires
fortes 19 réaux. Les droits du Roi ont fait une
fomme de 54,542,834 réaux 32 maravédis , ou
2,727,141 piaftres 14 réaux .
En 1785 , la quantité des exportations a été
fupérieure de 331,966,885 réaux , & celle des
importations de 231,706,788 réaux ,
GRANDE - BRETAGNE:
De Londres , le 3 Avril.
Le Chevalier John Skynner , digne & refpectable
Magiftrat , qui , depuis longues années
occupoit la place de Chef- Juge de la
( 82)
Cour de l'Echiquier, a obtenu du Parlement,
fur la demande de Sa Maj . , une penfion de
2000 liv. fterlings . Le Roi l'a aufli nommé
Membre du Confeil - Privé , où il a fiégé
le 23 .
Un Exprès eft arrivé Mardi foir de Plymouth
, avec des dépêches pour le Gouvernement
, apportées par un floop de guerre
venant d'Hallifax dans la Nouvelle Ecoffe.
Ce bâtiment , qu'a expédié Mylord Dorchef
ter, Gouverneur du Canada , eft chargé de
lettres très - preffées de ce Commandant. Il
demande , à ce qu'on débite , ou à ce qu'on
devine, un renfort de deux Régimens portés
au complet ; pour mettre en sûreté les fron."
tieres du Canada , & pour défendre les poftes
avancés contre les Américains , en cas
d'attaque.
Le paquebot le Swallow eft arrivé de l'Inde
; il a apporté la nouvelle de la rupture des
Marattes & de Tippoo - Saib ; leurs armées
font en campagne ; mais fans s'être encore
attaquées. Mylord Cornwallis fe conduit
dans l'Inde avec la nobleffe & l'intégrité de
fon caractère. Il a congédié & remplacé un
affez grand nombre d'Officiers civils &
d'Employés fufpects.
Le Miniftre de Venife , M. Soderini, ayant
demandé de la part de la République , fix
Officiers de Marine à l'Amirauté ; ce Bureau
a accordé les permiffions demandées . L'un
d'eux , dit-on , fera élevé à Veniſe au rang
d'Amiral.
I
( 83 )
La femaine derniere a été remarquable
par l'importance des objets traités au Parlement.
Le 26 , Lord Rawdon fit dans la
Chambre des Pairs une motion contre l'accord
paffé avec la Cour d'Efpagne , pour
l'abandon de la côte des Mofquites . Mylord
Rawdon repréfenta fous des couleurs trèsdéfavorables
le facrifice que faifoit l'Angleterre
des intérêts & de la sûreté d'une peuplade
qui s'étoit mife fous fa protection . Le
Vicomte de Stormont appuya ces argumens.
qui furent combattus par le Secrétaire d'Etat
au département de l'Etranger , & la motion
fut rejettée à la pluralité de 5 3 voix contre 17 .
Le même jour , le Chancelier de l'Echiquier
fit dans la Chambre des Communes la motion
annoncée pour a diminution des droits fur les
vins de Portugal . Il convint que la négociation
avec le Portugal n'étoit pas affez avancée pour
rendre cette meſure inutile . Mais dans le cas peu
probable , où la Cour de Lisbonne perfifteroit à
méconnoître ce qu'elle doit à la nation Britannique
& à fes propres intérêts , il fe flattoit que
la Nation mettroit le Gouvernement à même
de foutenir fes droits & fa dignité . Il espéroit ,
cependant , être en état d'apprendre à la Chambre
une conclufion plus heureuſe avant la fin de
certe feffion , ou du moins au commencement
de l'autre. Il annonça auffi une réduction fur les
vins d'Espagne.
En conféquence , on fit à la Chambre le
rapport des réfolutions fuivantes :
Сс
Qu'un droit de douane de 33 1. ft. 12 ſch . fera
impofé fur chaque tonneau de vin du Rhin ,
d'Allemagne ou de Hongrie , importé dans ce
( 84 )
Royaume dans des navires de conftru &tion angloife
; & un droit de 37 1. ft . 16 fch . par tonn .
fur les vins de la même efpece , importés dans
des navires étrangers.
• Qu'un droit de douane de 19 1. ft . 12 ſch . par
tonneau fera impofé fur tous les vins de Portugal
, de Madere & d'Eſpagne , importés dans le
port de Londres dans des navires anglois , & un
droit de 22 1. ft . 8 fch . par tonneau fur ceux des
mêmes pays , importés dans des navires étrangers.
34
cc Qu'un droit de douane de 16 1. ft . 16 fch.1
par tonneau foit mis fur tous les vins de Portugal
& autres , importés dans tout autre port
d'Angleterre par des navires britanniques ; & un
droit de 19 liv. ft . 12 ſch . par tonneau , s'il eft
importé par des navires étrangers » ( 1 ) .
1
Le même jour , M. Hamilton , neveu &
héritier de Mylord Abercorn , & intime ami
de M. Pitt , propofa de différer jufqu'après
les vacances de Pâques , là déciſion à prendre
au fujet de l'impeachment de M. Haftings. Il
s'étonna qu'on pût précipiter un examen fi
compliqué , fi difficile , & en tirer une conclufion
qui dévoit mettre un homme , diſtingué
par fes fervices publics , dans les liens
d'un proces criminel. Le Major Scott , fans
appuyer fortement la motion , revint fur les
faits principaux allégués dans les charges ,
& prétendit que les documens fournis à la
port
de
(1 ) Les droits fur les vins dans le perçus
Londres feront de 2 1. ft. & 16 ch. plus chers que
ceux exigés dans les autres ports de la Grande - Bre
tigne.
Chambre
( 85 )
Chambre depuis leur difcuffion , les renverfoient
de fond en comble. M. Pitt , à qui le
temps eft cher , opina contre la motion de
fon ami ; elle fut rejettée , & la question de
l'impeachmentrenvoyée au 2. Hier , en effet ,
on s'en occupa , mais uniquement pour faire ,
& feulement pro formá , la premiere Jecture
du rapport des réfolutions précédentes . Mr.
Sheridan abſorba prefque toute la Séance
en l'ouvrant par une nouvelle accufation
contre M. Haftings, au fujet des préfens qu'il
avoit reçus dans l'Inde. Il prouva , en effet ,
& au milieu d'un torrent d'invectives , de
tirades oratoires , de morceaux brillans &
vigoureux , qu'en 3 années d'Adminiftration
, M. Haftings avoit reçu en dons
gratuits de divers Princes Indiens , 250,000,
livres fterlings , foit 19 lacques de roupies
. Ce qu'il ne prouva en aucune maniere ,
ni lui , ni les autres partifans de la motion ,
c'eft que l'accufé eût reçu & gardé pour lui.
ces différentes fommes , fans en tenir compte
à la Compagnie , ou fans les employer à
fon ufage. Le temps nous manque, ainſi que,
l'efpace , pour rapporter ces débats , auxquels
nous reviendrons au Journal prochain .
Suivant l'ulage , la motion paffa à la pluralité
de 165 voix contre 54 .
Le défaut d'efpace nous oblige également
de renvoyer l'analyfe d'une difcuffion bien
plus intéreffante , qui a divifé la Chambre
Baffe , le 28 du mois dernier. Depuis quel-
No. 15 , 14 Avril 1787.
( 86 )
que temps , divers pamphlets avoient préparé
l'opinion à une demande p : ochaine fur
les droits civils des Diffenters , ( non Conformiftes
, ou Diffidens , ) au nombre de quels
ne font point compris les Popiftes , foit Ca
tholiques. En effet M. Beaufoy , jeune
Membre plein de lumieres , de zele , de patriotifme
, & très - attaché à M. Pitt , fit le
22 Mars une motion , tendante à faire révoquer
les fameux actes de Corporation &
du Teft , paffés fous Charles II. Par le premier
de ces Actes , perfonne ne peut occuper
un Office municipal , fans avoir participé
un an auparavant à la Ste . Cene , fuivant
le Rit Anglican , & prêté le ferment
d'allégeance . L'acte du Teft interdit rout
emploi civil & militaire , à tous ceux qui ne
rempliffent pas ces formalités religieufes , &
n'abjurent pas en Juftice le dogie de la préfence
réelle. Cette queftion importantefuttrai
rée avec beaucoup d'habileté par M. Beaufoy,
ainfi que par Mylord North & par M. Pirt,
qui la firent rejetter par une majorité de 176
voix contre 98. Nous donnerons en entier
les principaux difcours qu'elle occafionna.
Les Communes ont accordé une gratification
de, vingt shellings au Propriétaire de chaque
barque de Pêcheur , du port de 15 tonneaux >
dont l'équipage aura pris dans une faifon , affez
de Hareng curé pour former fix barils par tone
neau. La Chambre a accordé également une
gratification d'un shelling par barril de Hareng ,
ainfi pris & curé ,
C
( 87 )
FRANCE.
De Versailles , le 5 Avril.
Le 29 du mois dernier , Monfieur & Monfeigneur
Comte d'Artois le font rendus à l'Affemblée
des Notables à l'heure que le Roi avoit indiquée.
Les Princes du Sang s'y font également
rendus , chacun de leur côté.
Le même jour , le Marquis de Bonfontan , pre
mier Capitoul , Gentilhomme de la ville de Touloufe
, le Marquis de la Ferté- Meun , le Comte
de la Roque Bouillac , & le Baron de la Châtre,
qui avoient eu l'honneur d'etre préſentés au Roi ,
ont eu celui de monter dans les voitures de Sa
Majefté , & de la fuivre à la chaffe.
Le premier de ce mois , D.manche des Rameaux
, le Roi , accompagné de Monfieur , de
Madame, de Monfeigneur Comte d'Artois , & de
'Madame Elifabeth de France , s'eft rendu à la
Chapelle du Château , où , après avoir affifté à la
bénédiction des palmes & à la proceffion il a entendu
la Grand'Meffe , ch ntée par la Mufique
célébrée par l'Abbé de Granderatz , Chapelain
de fa Grande Chapelle . La Reine a auffi alfifté ,
dans la tribune , à la Grand'Melle , à laquelle la
Marquife de Gram mont à fait la quête.
a
Le 2 , Madame Elifa eth de France s'eft rendue
à l'Eglife de la Paroiffe de Notre- Dame , où
elfe a communié des mains de l'Evêque de Senlis
, premier Aumônier du Roi , la Comteffe
Diane de P.lignac , fa Dame d'honneur , & la
Marquise de Serent , fa Dame d'atours , tenant
la nappe.
Madame Adélaide de France s'eft également
rendue , le même jour à la même Eglife , où elle
a communié des mains de l'Evêque de Pergame,
fon premier Aumônier ; la Ducheffe de Nare
2
( 88 )
bonne , Dame d'honneur de cette Princeffe , &
la Princeffe de Ghiſtelle , Dame pour accompagner
Madame Victoire de France , tenant la
парре .
Le 4 de ce mois , Monfieur s'eft rendu en céré
monie à l'Eglife de la Paroifle Notre Dame , οτι
il a communié des mains de l'Abbé de Réclefnes
de Lyonne , l'un de fes Aumôniers de quartier ;
le Maréchal de Broglie & le Maréchal de Lévis ,
Capitaines des Gardes- du- Corps , tenant la
nappe.
Le ComteDugnani , Archevêque de Rhodes ,
Nonce ordinaire du Pape , a eu une audience
particuliere de Leurs Majeftés & de la Famille
Royale , étant conduit par le fieur Tolozan ,
Introducteur des Ambaffadeurs. Le fitur de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
Le fieur Blin , Imprimeur en Taille - Douce ,
a eu l'honneur de préfenter au Roila quatrieme
livraison des Portraits des Grands- Hommes ,
Femmes illuftres , & fujets mémorables de
France , gravés & imprimés en couleurs , dont
Sa Majesté a bien voulu agréer la dédicace ( 1 ).
De Paris , le 11 Avril.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , donné
à Verfailles le 19 Décembre 1786. Et Lettres
-Patentes für icelui , données à Vorfailles
les Janvier 1787 , régiftrées en Par-
(1 ) Ellefe trouve chez le fieur Blin , place Maubert
, No. 17 , & contient les portraits des Marechaux
de Saxe & de Lowendal , ainsi que l'un des
momens de la bataille de Fontenoy & du fiege de
Bergopzom. Ces deux tableaux font auffi bien trairés
que bien choifis , & la Collection gagne en avan
gani.
( 89 )
lement le 6 Mars 1787 , portant Privilege
exclufif accordé aux fieurs Argand & Lange
de fabriquer , vendre & débiter dans
toute l'éten tue du Royaume , des Lampes
à courant d'air & à cheminée de verre ,
de leur invention ; & ce pendant l'eſpace
de quinze années entieres & confécutives.
Sur la Requête préfentée au Roi , en fon Confeil,
par les fieurs Aimé Argand , Citoyen de
Geneve , & Ambroife-Bonaventure Lange
Diftillateur du Roi , contenant qu'ils font inventeurs
d'une Lampe appellée à courant d'air &
à cheminée de verre, qui réunit ledouble avantage
qu'il ne s'y forme aucune efpece de fumée , &
que la matiere qui devoit la produire eft convertie
en lumiere , laquelle , par cette raison , fe
trouve confidérablement augmentée ; que les
premiers effais de cette lampe ayant été commu-
-niqués le 15 Août 1783 , par le feur Aimé Argand
, l'un des Supplians , au feu fieur Macquer
de l'Académie Royale des Sciences , cet Académicien
en rendit les témoignages les plus favorables
, ainfi qu'il réfulte du rapport qu'il en
-fit le 16 du même mois ; que poltérieurement à
ce rapport , ledit heur Aimé Argand , étant en
: Angleterre , a completré cette lampe en ajoutant
a au courant d'air in roduit dans l'intérieur de la
meche , une cheminée de verre , qui environnant
ladite meche à une distance convenable , s'échauffant
& concentrant la chaleur , augmente ce
courant d'air intérieur , & en occafionne un fecond
à l'extérieur de la meche , ce qui acheve de
détruire la fumée en la convertiffant en flamme ;
que dans le même tems le fieur Lange , auf
l'un des Supplians , a fait en France la même dé-
Couverte , qu'il a perfectionnée en refferrant la
e 3
( 90 )
1
cheminée près de la flamme ; ce qui rend la
lumiere encore plus vive & plus éclatante , ainfi
qu'il refulte du rapport des Commiffaires de
l'Académie Royale des Sciences , du 6 Septembre
1785 , dans lequel ils déclarent qu'une feule
de ces lampes éclairoit comme vingt bougies qui
feroient réunies ; que les Supplians , jaloux de
rendre leur découverte utile au Public, fe font
réunis pour travailler de concert , & rendre leurs
lampes d'un fervice plus sur & plus commode ;
que
leur deflein étant d'établir une manufacture
affez confidérable pour fatisfaire aux demandes
qui leur fon: faites , ils ne pourroient fe livrer à
une entreprife auffi difpendieufe , s'ils n'avoient
l'efpérance d'un privilege exclufif , &c.
Vu ladite Requête , enfemble le rapport du
feu fieur Macquer , du 16 Août 1783 , celui des
Commiffaires de l'Académie Royale des Sciences,
du 6'Septembre 1785. Oui le rapport du fieur de
Calonne , Confeiller ordinaire du Roi , au Confeil
Royal , Contrôleur Général des Finances ,
le Roi en fon Confeil , ayant égard à ladite Requête
, a accordé & accord. aux fieurs Argand
& Lange un privilege exclufif pour fabriquer ,
vendre & débiter dans tout le Royaume , pendant
le tems & efpace de quinze années entieres
& confécutives , à compter de la date du préfent
Arrêt , les lampes de leur invention appellées
à courant d'air & à cheminée , portant un carte
avec ces mots par Privilege du Roi , & le nom
des Auteurs , pour par eux & leurs ayans - cauſes ,
jouir dudit privilege pendant lefdites quinze années
, à la charge par eux de remettre un modele
deldites lampes au dépôt des machines de Sa Majefté
; ordonne que lesdites lampes & tout ce qui
en dépendra pourront circuler librement dans
tout le Royaume , fortir & entrer aux barrieres
( 91 )
fans payer aucun droit . Fait Sa Majesté expreffes
inhibitions & défenfes à toutes perfonnes de
quelque qualité & condition qu'elles puiffent
être , d'imiter ou contrefaire lefdites lampes
fous prétexte de changement de forme , ornemens
, ou autres acceffoires relatifs , foit au
corps de la lampe , foit aux cylindres , paffage
de l'air , cheminées ou autres changemens qui
n'influeront pas d'une maniere fenfible fur le
principe & fur la perfection desdites lampes , &
feront fur le préfent Arrêt, toutes Lettres - Patentes
néceffaires expédiées . Collationné GASTEBOIS .
La corvette la Sirene , de Toulon , expédiée
avec une cargailon de pozzolane ,
pour les travaux de Cherbourg , a touché
en entrant dans la rade de ce port ; mais on
a , dit- on , fauvé l'équipage , le bâtiment &
la cargaiſon.
Nous trouvons dans le Journal de Bretagne
le Réglement fufvant fur le Commerce
des Colonies Françoifes en Amérique
, donné le 11 Février 1787.
Le Roi ayant reconnu que par le laps de tems
les difpofitions de l'arrêt rendu en fon Confeil le
premier Mars 1744 , concernant le commerce
des Colonies françoifes en Amérique , font tombées
dans l'oubli , d'où il eſt réſulté des abus
qui portent également préjudice aux Négocians
des Ports du Royaume & aux habitans defdites
Colonies , par la disproportion qui exiſte entre
les jauges actuellement adoptées , & celles qui
ont été prefcrites par ledit arrêt , pour les bariis ,
barillages & bariques deftinés à l'importation &
à l'exportation des marchandifes & denrées ;
ayant encore reconnu Sa Majefté , qu'il étoit
e 4
( 92 )
néceffaire , pour la facilité des exportations , de
faire quelque changement à l'Article X du même
arrêt , en ce qui concerne la contic ence des batiques
de fucre , & de preferire à Tabago l'ufage
du poids de marc , pour éviter les difficultés qui
s'élevent journellement dans cette Iſle , où on fe
fert du poids Anglois , Elle a arrêté le préſent
Réglement :
Art. 1. Les difpofitions de l'arrêt du Confeil
d'Etat du premier Mars 1744 , portant réglement
fur le commerce des Colonies françoiſes de l'Amérique,
continueront d'être exécutées felon leur
forme & teneur , en ce qui ne fera pas contraire
au préfent Réglement.
Art. II . Afin de donner au commerce le
tenis de confommes les barils , barillages &
bariques dont il peut être approvifionné , veut
bien Sa Majefté que l'exécution des Articles 1 ,
II, III , IV & V du fufdit arrêt du premier
Mars 1744 , foit fufpendue jufqu'au premier
Janvier 1788 ; mais elle veut & entend qu'ils
foient exécutés dans toute leur rigueur , envers
tous Capitaines de Navires , Armateurs ou autres
qui partiront des Ports du Royaume après cette
époque , pour aller aux Ifles & Colonies françoifes
de l'Amérique : les barils de boeuf resteront
néanmoins fixés à deux cents livres de viande non
-défoffée .
Art . III . Confidérant d'un côté que la jauge
de la barique de fucre , fixée à la continence
de mille livres pefant par l'Article X du fufdie
arrêt , étoit fuffifante , que de l'autre il réfulte
des pertes confidérables de ce que cette continence
eft actuellement à dix - huit cents livres
& même deux mille livres pefant ; & voulant
établir pour lefdites bariques une jauge moyenne
qui facilite l'arrimage des vailleaux , ordonne
( 93
J
Sa Majesté , d'après les repréfentations qui lui
ont été faites , & par les mêmes motifs énoncés
en l'Article précédent , qu'à compter du premier
Janvier 1788 , les habitans des Colonies feront
tenus de faire fabriquer leurs bariques , de ma-
· nière qu'elles ne contiennent pas moins de quinze
cents livres ni plus de feize cents livres de fucre
・de toutes qualités , y compris la tare , fous les
-peines portées audit Article X : Autorife pour
-cet effet Sa Majesté , les Administrateurs ref
pectifs des Colonies , à rendre des Ordonnance
qui déterminent les dimenfions desdites bariques
, & la forme des matricules dont les
habitans fucriers feront tenus de fe pourvoir.
"
Art . IV. L'ufage des poids Anglois à Tabago ,
occafionnant journellement des méprifes & des
difficultés qui nuifent à la célérité des opérations
du commerce , le poids de marc y ſera ſubſtitué , à
compter du jour de l'enregiſtrement du préſent
Réglement.
Mande & ordonne Sa Majefté , à Monseigneur
le Duc de Penthievre , Amiral de France , aux
Gouverneurs , Lieutenans- généraux , Gouverneurs
particuliers , Intendans & Ordonnateurs
des Ifles & Colonies françoifes en Amérique ,
aux Intendans , Ordonnateurs des Ports du
Royaume & à tous autres Officiers qu'il appartiendra
, de tenir , chacun en droit ſoi , la main
à l'exécution du préfent. Réglement ; lequel
fera enregiftré , lu , publié & affiché par rout
où befoin fera. Fait à Verfailles le onze Fé .
vrier mil fept cent quatre- vingt- fept . Signé ,
LOUIS. Et plus bas , LE MARECHAL DE CASTRIES.
Quelques lecteurs liront peut- être avec
es
( 94 )
plaifir la deſcription fuivante de la nouvelle
place de Louis XVI , projettée à Bordeaux
fur le terrein du château Trompette.
« La place fera formée par un demi- cercle de
20 130 toifes de diametre , dont les deux extré-
» mités ſe termineront par deux parties droites ,
» paralleles au quái , d'environ 60 toifes de longueur
chacune , la profondeur fera de 120 toifes
, & la circonférence de 265. Elle fera di-
» vilée en 13 arcs de triomphe qui donneront
iffue à 13 rues de 54 pieds de largeur , toutes
divergentes & tendantes au centre de la
place , ou fera élevée une colonne coloffale .
La ftatue du Roi fera élevée au deffus de la
colonne , d'où elle pourra être vue de toutes
les parties de la ville. La hauteur de ce te
» colonne , de fon piédeſtal & de la ftatue de
» Sa Majefté , fera d'environ 180 pieds , & fon
diametre de 15. Elle fera décorée de basreliefs,
& de tous les attributs qui caraЯérifent
les vertus bienfaifantes de notre Monarque .
» La décoration des bâtimens , qui formeront
» la place , offrira la plus grande magnificence.
Les arcs de triomphe feront ornés chacun de
colonnes ifolées, d'ordre compofite , formant
3 ouvertures qui prendront toute la largeur ,
fous environ 66 pieds de hauteur fous le milieu
de l'arc . Les deux ouvertures latérales
»feront pour le paffage des gens de pied ; elles
auront la diftance d'un entrecolonnement &
toute la hauteur de la colonne & de fon piédeftal.
Les parties fupérieures des arcs de
triomphe feront ornées de trophées & group-
> pes relatifs aux événemens honorables à la
Nation.
בכ
Les parties deftinées à former les bâtimens
( 95 )
d'habitation , auront environ 12 toifes de largeur.
Elles feront décorées en pilaftres , de
» mème ordonnance que les arcs de triomphe ,
ainfi que le quai de Calonne . Le développement
entier & uniforme de cette décoration
fera de 385 toiles.
On fe propofe de faire conftruire pluſieurs bâti-
» mens publics , néceffaires au Commerce , pour en
» augmenter l'activité & diminuer les faux-frais .
» Du côté des Chartrons , on formera une cale ,
❤femblable à ce'le du Chapeau - rouge , afin de
faciliter le débarquement des objets à mettre
» en entrepôt dans toutes les parties de ce local ,
» déformais renfermé dans la ville . »
M. Blanchard , difent les Feuilles de
Flandres , s'eft élevé à Valenciennes avec un
Ballon compofé , le 26 du mois dernier.
Un accident arrivé à l'un de fes ballons ,
n'ayant pas permis de le remplir entierement ,
l'Aéronaute n'a pù emporter le left qu'il avoit
fait préparer , mais il ne fe détermina pas moins
à partir. Vers deux heures quatre ballons étant
attachés aux quatre coins de la nacelle & un
cinquieme placé au- deffus en forme de pyramide
, il s'éleva dans les airs de la cour de
l'Hôpital ; mais le vent le porta avec violence
vers le clocher de cet édifice & quoiqu'il jettât
tout ce qui fe trouvoit dans fa nacelle , inftrumens
de phyfique , vivres , piftolets , il ne
put éviter qu'un de fes ballons ne s'y accrochat
par le filet ; il le tira avec violence , le déchira
& fe fut éloigné , fi la fecouffe ne l'eut fait
tomber fur une cheminée voifine ; le choc fut fi
violent que M. Blanchard fut jetté deux pieds
au-deffus de fa nacelle ; mais il fe retint au cordage
& fe remit à fa place. Cependant il def
e 6
( 96 )
"
cendoit dans les fortifications de la Ville , mais
il fe releva promptement , s'éloigna en faluant
de fon chapeau , & on le vit planer pendant environ
quarante minutes. M. Blanchard eft def
cendu à 3 h. 5 m. au Village de Waſmes , fitué
à trois quarts de lieues de S. Guillain , & s'eft
rendu à cette Abbaye .
"
>>
» Le village d'Eftivareilles , diocèfe du
Puy , Généralité d'Auvergne , a été prel-
» que totalement détruit dans la nuit du
12 au 13 Janvier dernier par un incen-
» de affreux , dont il a été impoffible d'ar-
» rêter les progrès . Il confuma , dans
>> moins de trois heures , trente maiſons ,
» dont plufieurs , affez confidérables , renfermoient
de l'argent & des effets précieux
, mais fur - tout beaucoup de grains ,
» & de fourrages. Ce malheur occafionne
» un dommage énorme au petit nombre
» des habitans les moins mal -aifés , & ré-
39.
duit tous les autres à la mendicité. Tren-
» te trois familles , & plus de cent trente
perfonnes en font les triftes victimes ;
» elles ont effuyé , dans un pays très froid ,
» toute la rigueur de l'hiver preſque ſans
azyle, fans alimens , fans feu , fans vê-
» temens ; les ſecours qu'on s'eft hâté de
» procurer, néceffairement trop foibles,
» n'ont pu adoucir que bien imparfaire-
» ment une fituation auffi cruelle ; per-
» fonne n'a péri , mais le feu a paru n'é-
ככ
pargner les hommes que pour les livrer
à la plus affreufe mifere. Le tuit de l'E(
97 )
2
ל כ
»
glife a été brûlé , & la maifon du Curé
> entièrement confumée , fans que rien a'r
" pu être fauvé ; ce digne & refpectable
» Paſteur , âgé de plus de 80 ans , n'a échappé
lui-même aux flammes qu'avec
beaucoup de peine ; il manque de tout
» à fon âge, & fes infirmités mettent le
» comble au malheur de fa pofition ; celle
de fes paroiffiens eft encore aggravée par
» l'obligation de réparer l'Eglife , & de
>> reconſtruire le Presbytère à leurs frais ;
la perte totale eft évaluée à plus de
» 80,000 livres , & il s'en faut bien qu'une
» pareille fomme puiffe fuffire pour la ré-
» parer. Ces infortunés , qui habitent un
» pays fans reffource , tendent leurs bras
» vers les ames fenfibles de la Cour & de
» la Capitale , à qui ils ne fauroient être
» étrangers , dès qu'ils font malheureux , &
» fe recommandent inftamment à leur cha-
» rité. Le fieur Raffeneau de Lifle , No-
» taire , rue Montmartre , près S. Jofeph ,
>> recevra tous les fecours en argent de
» ceux qui voudront bien en envoyer pour
» ces malheureux incendiés .

Les circonstances ne nous ont pas permis
de placer plutôt la Lettre fuivante, propre à
intéreffer les bons coeurs.
сс
la
« J'étois , Monfieur , il y a quelques jours ,
» chez M. de Lic , mon ami , Curé de Vaugrigneufe
, près Arpajon , où trois perfonnes ,
» mere , la fille & le beau -pere , vinrent prier
» M. le Curé de faire , le Dimanche fuivant , la
פ כ
198 )
.
7
publication des bans de mariage de cette fea
conde , & confulter leur Pafteur , depuis plus
» de trente ans le bienfaiteur de fes Paroil
→ fiens ( 1 ) , fur quelques arrangemens relatifs à
» ce mariage. Ces braves gens que leur âge a
>> mis hors d'état de travailler , n'ont pour
toute fortune que le produit de trois vaches
confiées aux foins de Marie- Magdeleine Théodon
leur fille , laquelle a fu , par fon économie
, porter au nombre de trois ces vaches
qui précédemment n'étoient que deux . Marie ,
» agée de vingt- deux ans , eft jolie & très - fage.
Cette fille avoit été demandée en mariage
» il y a deux ans , par un garçon de fon village ,
qu'elle aimoit infiniment , & qui convenoit
d'ailleurs à fes parens ; elle eut la générosité
de le refufer elle-même , lorfque leurs regrets
» lui apprirent de quelle utilité elle étoit à leur
>> bonheur.
« Aujourd'hui qu'un parti réellement plus
avantageux le préfente , que le travail & les
foins de cette bonne fille laiffent moins fes pa-
» rens au dépourvu , & qu'enfin ils préferent
» l'intérêt de leur enfant au leur propre , eux-
» mêmes l'ont déterminée à ce mariage. Cependant
ils n'ont pu fe diffimuler leur perte , ni
» cacher leur douleur à leur Curé : l'attendriffe-
> ment de la fille ne cede en rien à celui du
beau pere & de la mere ; plus elle approche
» du moment de s'en féparer , plus fon coeur fent
le prix de leur amour ; plus ils fe louent de
»fes foins , & la béniffent du fruit qui leur en
refle , moins elle fe décide à les quitter . Ces
perplexités engagent bientôt un combat de gé,
(1 ) M. de Lic a fait bâtir àfes frais ure Ecole
où il a fondé une rente de 72 liv. pour un Maître.
19999
1
nérofité. On ftipule les petits intérêts : les pa
rens veulent doter leur fille de cinquante écus
qui font tout leur comptant , & qu'elle a gagnés
elle-même à la fueur de fon front ; mais
elle les refufe : elle prend fur elle de répondre
» des fentimens de fon futur à cet égard. Ils
pleurent & s'embraffent tous trois . Le Curé ,
refté muet pendant long- tems , rompt le filence,
& dit à la mere : Bonne femme , gardez les
Do cinquante é us , puifqu'ils font à votre fille

qu'elle vous les donne , & toi , dit- il à la flle ,
» & toi , bravefille , c'est moi qui te dote de cinquante
écus. Lui-même dreffa fur- le- champ
l'art cle de cette donation .
C
J'ai l'honneur d'être , & c.
BEAUZEE D'HERVILLIERS.
Paris , 16 Mars 1787.
Une lettre de Vendôme , du 13 Février ,
nous informe en ces termes d'une Inftitution
de charité très -recommandable.
» La mifere eft extrême dans cette Ville &
» l'on compte fans exagération plus des 1500
» pauvres infcrits fur les Régiftres des curés
» quoique la population y foit à peine de
6500 perfonnes.
" La claffe la plus à plaindre peut - être ,
» eft celle des femmes en couche . La néceffité
d'étendre les charités à tous les malheureux
" ne permettant pas toujours de donner à ces
infortunées tous les fecours que leur état exige
, elles accouchent fur la palle , fans
linge , fans bouillon , fans aucune reffource
" & leurs enfans meurent fouvent faute de fub-
>> fiſtance.
» Les Dames de la Ville , informées de ces
détails , viennent de former une fociété fous
( 100) )
bo le titre de Société de bienfaifance. Elles fe
» raffemblent tous les premiers Vendredis de
chaque mois , on place une bourſe au milieu
de l'appartement , & chacun y met ce que
fes facultés lui permettent de donner.
" Le produit de cette aumône , eft diſtribué
en trois portions , l'une pour le linge , l'autre
pour la viande , le pain , le bois &c . Et
la troifieme pour les chirurgiens , les ac-
» coucheurs & les médicamens .
ر و د
Il n'eft pas permis de donner à la collecte
de ces Vendredis aucune autre deftination
que celle des femmes en couche , à moins
» du confentement unanime de la fociété , &
» dans le cas feulement où il ne fe trouveroit
point de femmes en couche dans le courant
Do du mois.
"
» MM . les Bénédictins , les Peres de l'Oratoire
, le Doyta du Chapitre , & plufieurs
habitans de la Ville fe font empreflés de
contribuer à ce précieux établiffement , ils
» ont envoyé des fecours & l'on efpere
qu'avec de l'économie & une adminiftration
fage , cette affociation produira un bien
dont on a commencé à reffentir les effets .
Diverfes Feuilles de Province annoncent
ainfi plufieurs accidens.
Le 8 Mars , le revetement en dedans de
l'arche de la culée du pont du Lion d'Angers
s'eft écroulé tout-à- coup , & a caufé
la chûte de trois poutres & de tous les ma-
- driers ; une feule eft reftée du côté gauche ,
ainfi que les deux gardefous. Une petite fille
de quatre ans , appartenant à un Emploié
des fermes , chargé de quatre enfans , fut
( (~101 ) )
entraînée dans la riviere d'Oudon avec les
débris du pont , fans être bieffée. Le nommé
Mercier , jeune batelier de 19 à 20 ans ,
courut au fecours de l'infortunée , malgré
les cris de fa mere allarmée par le danger
que fon fils couroit , & à travers le courant
d'eau qu'une crue exceffive rendoit violent ,
il ramena la victime fauvée. Comme elle
paroiffoi expirante , M. Langlois , Chirurgien,
fe hâta de lui adminiftrer les fecours
connus , & la rappella à la vie.
Dernierement un Gentilhom me qui pêchoit
avec deux de fes domeftiques , environ
à trois lieues au-deffus de Périgueux , fit capot
au milieu de la riviere. L'un des domestiques
demeura deffous , & fut noyé , le fecond
fuivit le maître qui atteignit un arbre penché
dans l'eau ; mais l'arbre caffa , & les efforts
du domeftique furvivant ne purent le
fouftraire au fort de fon camarade. Le maître
feul fe fauva.
Dans le même temps & dans le même
canton un hoinme fut trouvé affaffiné dans
fa maiſon.
Il y a quelques jours qu'une femme des
environs de Sarlat accoucha de trois enfans ,
qui ont vécu fept à huit jours. Elle étoit
âgée de 5 ans & fon mari de plus de 60.
Léopold Clément , Marquis de Baffompierre
, & de Removille , Seigneur de St.-
Mange , Effey , Rovorois , &c. Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Grand Bailli
( 102 )
ןו
d'Epinal , premier Gentilhomme de la
Chambre de feu S. le Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , eft mort à Nancy ,
le 9 Février , âgé de 99 ans.
Cécile Genevieve Emilie de Belfunce de
Caftelniorón , Abbeffe de l'Abbaye royale
de la Sainte - Trinité de Caën , eſt morte
le 31 Janvier dernier , emportant les regrets
de fa Communauté qu'elle a gouvernée
pendant 33 ans.
Pierre-Claude René Henri de Mathan ,
Marquis de Mathan , eft mort , le 3 du mois
dernier , au château de Carabillon , près Falaife
, en Normandie.
Jean -Baptifte de Treffemanes - Brunet ,
Marquis de Treffemanes , eft mort dans fa
Teerre de Brunet , le 4 Mars dernier , âgé
de 77 ans ; il étoit né à Brunet , près Valenfoie
en Provence , le 13 Mars 1709 .
PAYS - B A S.
De Bruxelles , le 6 Avril.
Le 30 du mois dernier , les Etats de
Hollande ont nommé les Commiffaires ,
chargés d'examiner le projet de la Ville de
Harlem , pour augmenter l'influence de ce
qu'elle appelle le peuple dans les Mu
nicipalités. L'Ordre Equeftre & neuf Villes ,
parmi lefquelles fe trouve Amfterdam dont
les trois députés ont voté contre l'avis des
penfionnaires Van Berkel & Vifcher , l'ont
( 103 )
emporté pour cette nomination fur les
autres Villes du Parti Patriate. La Minorité
, dit-on , voyant parmi les Commiffaires
d'autres noms que ceux des perfonnes
auxquelles fon parti a donné confiance , a
déclaré ne pouvoir concourir à ce choix défavorable
pour elle.
Le Baron Van-der Does de Nordwyk
Grand Baillif de la Haye & Préfident du.
Conful- Comité , eft mort à la Haye dans
fa foixante unieme année.
Les Colonels & une partie des Offciers
de la Milice Bourgeoife Amfterdam
font en procès avec cette Milice , dont le
Confeil de Guerre s'eft affemblé malgré fes
Chefs. Ceux - ci en ont porté plainte à la
Cour de Justice , & leur inftance va être
fuivie.
La Ville d'Amfterdam a demandé aux
Etats de Hollande une copie des requêtes
préfentées par les Villes & Villages concernant
les affaires de Heufden. Les Villes
de Dordrecht , Haarlem , Schoonhoven ,
Alkmaar , Mounikendam & Purmerende
étoient auffi d'avis de faire remettre des
copies de ces requêtes ; mais le Corps Equeftre
, ainfi que les Villes de Leide,
Delft , Gouda, Rotterdam , Gorcum , Schiedam
, la Brielle , Hoorn , Enkhuifen , Edam,
Medemblick ont opiné à la réjection de
ces papiers Les bourgeois de Gorcum
ont préſenté une requête à leurs Magiftrats
, pour les engager à voter en faveur
-3-
( 104 )
- བ7
des habitans de Heufden : la Régence a
répondu qu'elle devoit agir felon fes fermens
& fes devoirs. La Commiffion de
Heufden a fait fon rapport aux Etats de
Hollande , & a préfente la proteftation de
la Régence démife on a refolu de n'y
avoir aucun égard .
Les lettres de Hoorn annoncent que les
militaires qui accompagnoient les Confeillers
Députés font entrés dans cette Ville
fans la moindre oppofition . Les Députés
de Hoorn à l'affemblée de L. N. & G. P.
fe font exprimés avec beaucoup de force ,
& ont trouvé bien étrange qu'on ait donné
aux Confeillers Députés plus de pouvoir
qu'aux Régens de la Ville même,
Dans l'affemblée de L. N. & G. P. quelques
membres ayant propofé de nommer aux places
vacantes du Corps de Salm , le Corps équestre
déclara qu'il falloit plutôt penſer à réformer cette
Légion qu'à la completter : un Député de la
ville de Dordrecht ajouta que , puifqu'il s'agiffoit
auffi des places vacantes des Gardes du Corps ,
il croyoit qu'il n'étoit pas à propos de les remplir,
puifque ces Gardes n'étoient qu'un Corps de
luxe, & qu'on avoit un befoin preffant d'économie.
On ne répliqua rien , & l'on ne remplit aucune
place.
Rotterdam eft toujours dans le même
Etat de divifion . Les Députés de 1150 bour
geois qui veulent augmenter la Régence ,
ont préfenté une nouvelle requête aux Etats;
& le parti oppofé , qui eft auffi le plus
( Los )
nombreux , en a préfenté une abfolument
contraire.
On écrit de Rome l'anecdote fuivante.

Une femme du peuple accouche de deux enfan
. Son mari & elle en font très- affligés ;
comme ils étoient abfolument hors d'état de
les nourrir , le mari réfolur d'en porter un à
P'Hôpital des enfans trouvés ; un autre enfant
étoit déjà dans la corbeille . L'homme
fonna , & entendant venir la portiere , plaça
auffi le fien à côté du premier ; mais remar
quant de loin que la portiere refermoit la porte
fans avoir même daigné regarder dans la cor
beille , il fongea à remporter fon enfant . Mais
l'étranger n'avoit pas moins befoin de fecours ,
fes cris le pénétroient , il les emporte tous deux
en fe confiant à la providence. La femme étonnée
de voir augmenter fa famille en cherchant à
la diminuer , ne fut pas long- tems fans applaudir
à la charité de fon mari après avoir arrangé les
fiens , elle voulut donner fes foins à l'autre .
Quelle fut fa joie en développant l'enfant de
trouver dans un papier 12 fcudis , avec un billet
dans lequel on prioit le Directeur de l'Hôpital
d'aller chez le Curé de l'Eglife de Minerve ,
qui, chaque mois lui compteroit 6 fcudis . L'homnie
charitable courut s'annoncer le jour fuivant
au pafteur qui lui laiffa avec plaifir le foin de
l'enfant qu'il avoit peut -être fauvé de la mort .
Parag, extraits des Papiers Angl. & autres. ,
On apprend par diverfes lettres d'Alger , que
M. d'Expilly et tombé dans la difgrace du Dey
& de la Régence ; on ne veut plus voir ni entendre
ce Négociateur ; il n'a pu même obtenir
( 106 )
un paffeport pour fe rendre auprès du Bey de
Mafcara , pour conclure avec lui une convention
, dont la Cour l'a chargé. Il est donc prouvé
qu'il vaut mieux fe réunir pour incendier tous
ces peuples pirates dans leurs nids , que de faire
aucun espece de trêve , ou de paix avec eux.
L'Espagne aura facrifié des tréfors confidérables
foit pour les deux expéditions contre Alger ,
foit pour acheter la paix de ce Gouvernement
barbarefque , elle fe trouvera réduite , ou à recevoir
la loi du Bey d'Alger , ou à recommencer
à lui faire la guerre. Idem.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1).
PARLEMENT DE PARIS . GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre les Syndics & Directeurs des Créanciers
de Madame la Ducheffe de MAZARIN , & les
fieurs RADIX DE STE.- FOIX , De Gumin S
MARTIN.
OBLIGATIONS d'une femme féparée , contractées
fans autorifation valabies jufqu'à dûe concurrence
de fon mobilier & du revenu de fes immeubles
. Interprétation de l'article 234 de la *
Coutume de Paris.
Madame la Ducheffe de Mazarin , féparée de
bens d'avec fon mari , en 1760 , avoit la libre
adminiſtration de fes biens , toit pour les affermer
, en toucher les revenus , changer & vendre
fes meubles, les augmenter & en acheter de nouveaux
; mais les revenus , quelque confidérables
( 107 )
-
qu'ils fuffent , ne fuffifoient pas néanmoins à fes
dépenfes & à fes goûts ; elle avoit recours à des
emprunts ; quelquefois elle fe faifoit autorifer à
les faire , fur tout , lorfqu'il falloit payer de
embelliffemens à fon hôtel , des dettes pour
fourniture de fa maiſon , & de cette manie
elle a emprunté plus de trois millions . El
fait auffi beaucoup d'autres dettes fans aut
tion ; & parmi fes Créanciers , ſe ſont pr
les fieurs de Ste.- Foix , de Gumin & M
ont réclamé le paiement d'obligations , mo
enſemble à 600,000 liv . , contractées fans aut
rifation. Le premier de ces titres eft une obli
gation de 150,0co liv. , foufcrite par Madame la
Ducheffe de Mazarin , le 3 Octobre 1777 , au
profit du fieur Bergeron , payable dans cinq ans.
Le 1er. Janvier 1782 , obligation contractée
fous le cautionnement du fieur de Ste. - Foix , &
tranſportée au fieur Gumin , par acte du 4 Août
1781. Cet emprunt a été fait la même année ,
où elle s'étoit faite autorifer à faire un emprunt
de près de 1,200,000 liv. pour des objets défignés
; preuve , difoit on , de l'inutilité de l'emprunt.
Un autre titre eft une obligation de
pareille fomme de 150,000 liv . , fouferite par
Madame la Ducheffe de Mazarin , le 9 Octobre
1780 , au profit d'un fieur Lemore , payable auſſi
dans cinq ans , & dont le fieur de Ste . Foix paroît
fe rendre caution envers le fieur Lemore , ou
tout autre propriétaire de l'obligation ; & à l'inftant
même de l'obligation & du cautionnement ,
le fieur Lemore figne une déclaration, par laquelle
il reconnoît ne rien prétendre dans ladite obligation
, & qu'il n'a fait que prêter fon nom au
feur de Ste. -Foix ; enfin , un autre titre eft un
billet de 300,000 liv . , fait au profit du fieur de
Ste.-Foix , le 1er. Juillet 1779. Madame la
t
( 108 )
Ducheffe de Mazarin eft morte le 17 Mars 1781 ;
elle a laiflé des biens confidérables , mais prefque
us fubftitués ; & il eft incertain fi dans les biens
res il fe trouvera de quoi payer les Créanrs
légitimes , Ouvriers , Fourniffeurs & Fers
en avance ; il s'eft formé une direction ;
des Créanciers qui devoient entrer en conin
, a été dreflé & homologué ; on y a
ous ceux dont les titres ont paru à l'abri
Cons on en a rejetté pour près d'un.
oh . De ce nom e font les fieurs de Ste.->
ix , de Gamin & Martin , porteurs , ci deífus
énoncés ; ils ont réclamé contre leur omiffion
dans l'ordre , & demandé à y être employés.
Les Syndics des Créanciers ont foutenu la
validité du rejer ; & les fieurs de Ste- Foix &
Conforts ont foutenu , d'après la reſtriction que
la Jurifprudence a mife à la faculté illimitée ,
que l'article 234 de la Coutume de Paris paroît
avoir donnée à la femme féparée , de s'obliger
indéfiniment , fans le confentement de fon mari ;
que toutes les obligations d'une femme féparée ,
qui n'excédent pas la valeur de fon mobilier
font valables fans autorisation , & il a invoqué
deux actes de notoriété du Châtelet , l'un du 16
Juin 1699 , l'autre du 8 Mars 1703 , qui prouvent
que l'article 234 a toujours été entendu de cette
maniere. Par Arrêt du 28 Décembre 1786 ,
il a été ordonné que les fieurs de Ste. Foix
de Gumin & Martin feroient employés dans l'ordre
, pour être payés du montant de leurs créances
, concurremment avec les autres Créanciers ,
& felon l'intention de Madame de Mazarin
contenue en fon teftament ; a condamné les Syndics
& Directeurs des Créanciers aux dépens .
-7
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 3 Avril.
IL eft très - difficile de former un jugement
exact fur les fuites que peut avoir le voyage
de l'Impératrice de Ruffie , fur fa durée ,
fur fon véritable but , & fur les mouvemens
qu'il occafionne. Aux dernieres nouvelles ,
le Roi de Pologne n'étoit pas encore arrivé
à Kaniew. Divers Seigneurs Polonois ſe
font réunis à fon cortege , & dans leur nombre
on a vu avec furprife le Comte de
Mniszech. Il eft non moins incertain , à ce
qu'il paroît , que l'Impératrice pourfuive fa
route à Cherfon ; on ne parle point encore
de fon départ de Kiof , où les vivres manquent
, & font à un prix énorme ; où le
beurre , par exemple , fe vend un rouble la
livre ( cent fous de France ) , & où deux
cabinets fe louent jufqu'à 300 ducats. Les
Nº. 16 , 21 Avril 1787 . f
( 110 )
habitans de Kiof font écrafés de cette ma
gnifique promenade ; car le petit nombre
de ceux qui profitent du renchériſſement
des comestibles , n'approche pas de celui
des perfonnès qu'il met en fouffrance.
Tout confirme les difpofitions , l'allarme
, les préparatifs de la Porte. Ifmaël Pacha,
nouveau Seraskier de la Beffarabie , eft
parti le 22 avec appareil de Conftantinople ,
pour fe rendre à Oczakof . On en a renforcé
la garaifon de deux mille Janiffaires. Seyd
Achmet Pacha fe rend à Synope en qualité
de Seraskier. On parle du départ d'un Pacha
avec 20000 hommes qui doivent paffer
d'Afie en Crimée ; les Firmans pour une
levée générale de troupes en Afie vont être
expédiés. Le 22 , dix vaiffeaux de guerre
font partis pour la mer Noire . Cependant
les conférences fecrettes entre le Reis Effendi
& le Miniftre de Ruffie n'ont point
encore difcontinué.
Il a paru récemment une nouvelle def
cription de Copenhague , dans laquelle on
trouve quelques détails inftructifs fur le
commerce du Danemarck , & furtout fur
celui de fa Capitale .
Le commerce , en Danemarck , dit l'Auteur ,
eft libre en général ; il n'eft limité que pour les
articles qui pourroient porter préjudice aux fabriques
nationales . Le college d'Economie
& de Commerce a reçu en 1763 la forme qu'il a
encore actuellement . La Bourfe a été conftruite
fous Chriftian IV. Ce vafte édifice eft un entre
pôt & préſente le tableau d'une foire continuelle.
(
TTV )
Le rez- dechauffée
eft
diftribué de
deux
côtés en
boutiques , où l'on
trouve
toutes
fortes de
groffes
marchandiſes ,
telles que fer , lin , &c. Le
premier
étage
reſſemble à une
grande falle ,
remplie
de
boutiques qui
renferment
toute
espece de
marchandifes.
D'un côté de cet
étage font la
banque
& la
caiffe
d'efcompte ; le
bureau de
cette der
niere eft
ouvert tous les
mardis &
vendredis.Le
commerce de la
Chine
appartient
exclufivement
à la
Compagnie
d'Afie ,
mais
celui des
Indes
orientales eft
libre fous
certaines
modifications.
Le
Commerce aux
Ifles
Danoifes ,
dans
l'Amérique , eft
libre
depuis
1754 ; le
nombre des
bâtimens qui y
font
employés par an ,
monte à
40 , &
quelquefois au- delà ; les
marchandifes
qu'ils
apportent
font du
fucre
brut ,
environ
deux
millions
pefant de café , du
rum , du
tabac ,
du
bois de
teinture , du
coton , du riz , &c.- Les
expéditions
pour le
commerce
d'Irlande & de la
Finmarche le font à
Chriftianshafen ; les
marchandifes
d'Iflande
confiftent en
poiffons falés &
fechés ,
huiles de
baleine ,
viande
d'agneau falée ,
peaux , fuif,
lainerie ,
eiderduxes ,
foufre ;
celles
de la
Finmarche en
poiflons
fechés &
fad
lés,
peaux , &c .
gnie de
Groenland & de la
Baltique eft à
Fride-
Le
comptoir de la
Compa
richstadt ; les
marchandifes
qu'elle
tire du
Groenland font le
lard de
baleines & de
chiens
de mer ,
baleines &
fanon ,
peaux de
renard ,
peaux de
chiens de
mer ,
eiderduxes , & c. E le
tire des
grains de
Riga , de
Konigsberg & de
Dantzik , & du bois de
chaufage , & c. de la Poméranie.
Faro eft
derriere le
château ; ces
marchandifes
L'entrepôt des
marchandifes de
font des
bas de
laine , du fuif, des
plumes , de -
-
la
viande
féchée &
falée , &c.
Le
commerce
de
Guinée
procure de
l'ivoire , de la
cire , du
f 2
( 112 )
bois rouge
& noir , & des negres
pour les Illes
d'Amérique
.
- Parmi
les fabriques
, celle qui fournit
le drap
à l'armée
& à la marine
, eft la plus confidérable
.
On y compte
40 métiers
, & environ
400 ouvriers
; les prifonniers
de la maifon
de force
filent
la laine pour cette fabrique
. Indépendam- ment
de cette manufacture
de drap
on en
compte
encore
30 autres
, dont
la plus
confidérable
eft établie
devant
la porte
baffe. Les
fabriques
d'étoffes
font
au même
nombre
;
celle
établie
à Neudftadt
fait aller
22 métiers
.
-
La toile à voile pour la flotte
eft fabriquée
à
Chriftiania.Les
fabriques
de foieries
font au
nombre
de quatre
, dont une a quarante
- quatre
métiers
. Les autres
fabriques
de Copenhague
font une fabrique
de velours
fur coton , une de
drap de coton , une de toile dans l'Hôpital
militaire
, une de toile à voile devant
la porte occidentale
, une de toile cirée & d'autres
tapis.-
Indépen
-
Les atteliers
de fab icants
de bas font au nombre de 30 dont un occupe
28 métiers
.
damment
de ces fabriques
on en compte
encore
4 pour rubans
, 5 pour galons
de treffes
, une
petite
fabrique
de dentelles
, trois imprimeries d'indiennes
dont la plus grande
occupe
150 ouvriers
, une fabrique
de tapifferie
, deux fabriques
de cartes
à jouer , une de fayence
, une de porcelaine
, une de pipes à fumer
, & une pour Les rafineries
de fucre font
verniffer
les tuiles .
au nombre
de 15 ; celle que le Comte
de Schimmelman
a établie
à Chriftianghafen
eft la plus Outre
ces manufactures
, il en
confidérable
.
exifte
de plus 5 pour
le favon
vert , une pour pour la préparation
de
le favon
blanc
, une
P'huile
de baleine
, deux blanchifferies
de cire ,
une fabrique
de chandelles
, une d'amidon
, une
( 113 )
de foie , 3 atteliers pour la la fabrication de mat 3
chandifes de cuivre & de laiton , un moulin
pour la fabrication des limes , un grand atselier
pour le tabac à Chriftianshafen , une fabrique
d'armes près d'Helfingor , appartenante
au Comte de Schimmelman , & une fonderie de
canons.
Le Docteur Buſching vient de publier
dans la Feuille hebdomadaire la notice
fuivante , touchant l'Ordre des Jéfuites
dans les Gouvernemens de Polozk & de
Mohilof.
Gabriel Lenkiwicz eft Vicaire - général de
l'Ordre depuis le 17 Septembre 1785. Il eft âgé
de 65 ans. Sa réfidence eft à Poiozk ; les Recteurs
des Colleges de Polozk , d'Orsha & ¿ e
Dunabourg ,, & un autre prêtre qui fait en
même-tems les fonctions de Sécretaire de la Soéiété
, font les affiftans . Après lui , vient le Provincial
, qui fe nomme François Lubowiki ; il eſt
âgé de 62 ans & demi , & réfide à Dunabourg.
Les Jéfuites ont , dans cette Province , 6
Colleges, favoir à Polosk , où ils ont en outre
une Maifon de premiere & feconde probations
il renferme 78 individus ; favoir 37 peres, 9 fcholaftiques
, & novices fcholaftiques, 20 coadjuteurs ,
& 6 novices coadjuteurs ; à Dunebourg où l'on
compte 25 individus , favoir 17 peres, 2 fcholaftiques
, & fix coadjuteurs ; dans ce nombre font
compris 4 peres miffionnaires ; à Mohilof où l'on
compte 16 individus , favoir 10 peres , y compris
4 miffionnaires , 3 fcholaftiques & 3 coadjuteurs
; à Micislaw où l'on compte 19 individus ,
favoir 11 peres, y compris 4 miflionnaires , 3 fcholaftiques
& coadjuteurs ; à Orska où l'on
compte 20 individus , favoir 11 peres, 3 fcho-
£ 3
( 114)
laftiques & 6 coadjuteurs : & à Wirepfk où il le
trouve 15 individus , favoir peres, 9 fcholaftiques
& 4 eoadjuteurs. Ainfi le nombre des véritables
Jéfuites dans cette province monte actuellement
à 174 , dont 95 prêtres 28 fcholaftiques
, & 51 coadjuteurs. Je ne puis pas indiquer
dans ce moment les endroits de luss
miffions.
De Berlin , le 2 Avril.
S. A. R. la Princeffe Anne -Amélie , Abbeffe
de Quedlinbourg & foeur du feu Roi ,
eft morte , le 30 Mars dernier , d'une attaque
d'apoplexie , dans fa 64e. année.
Divers Gazetiers & Faifeurs de nouvelles
manufcrites , ont répandu depuis quelque
temps , le bruit infenfé que le Roi de Prufle
cherchoit à faire défigner l'un de fes fi's ,
Coadjuteur de l'Electeur de Mayence, en
le faifant nommer Chanoine du Chapitre de
cette ville en même temps on avoit joint à
cette impofture des circonftances & des détails
, capables de lui donner une couleur de
vérité. Voici ce que la Cour a fait publier
touchant cette fauffeté , dans la Gazette de
Berlin , en date du 27 Mars.
D
» On lit ici avec autant de furpriſe que
d'indignation , dans un grand nombre de
» Gazettes étrangeres , que le Confeiller-
» privé de Bochmer , Envolé du Roi à
Mayence , étoit chargé de négocier la
co adjutorerie de Mayence pour un des
fils de S. M.; ce qui fuppofe le deffein
לכ
ככ

( TIS )
de lui faire changer de Religion . I eft
» incompréhenſible qu'il puiffe fe trouver
» des perfonnes affez méchantes ou aſſez
» bêtes , pour inventer ou pour croire un
menfonge auffi abfurde. L'Electeur &
tous les Chanoines de Mayence pourront
» & ne mauqueront pas d'attefter , que ja
» mais le Roi n'a ambitionné rien de pareil
, ni de près , ni de loin . S. M. a plu-
» tôt , à l'exemple de fon prédéceffeur ,
» adopté & fermement foutenu le fyftême
» de conferver les Archevêchés & Evêchés
» à la Nobleffe & dans le fein des Chapi-
» tres . D'ailleurs le Roi eft trop connu
par fon ferme attachement à la Religion
» Proteftante , pour qu'il permette jamais
» que quelqu'un de fa famille change de
» religion , dans la vue de quelque intérêt
» mondain. Nous nous empreffons donc de
» contredire publiquement ce bruit mali-
» cieux , & nous défions ici qui que ce ſoit
» d'en produire la moindre preuve..
Le Roi vient d'affigner une fomme de
36000 rixdalers , deftinée à perfectionner l'illumination
de la Capitale pendant la nuit ,
& à établir des lanternes fur le chemin de
Charlottenbourg.
Les affurances , pour incendie incendie , dans
la Marche de Brandebourg , montent à
la fomme de 14 millions de rixda'ers . La
ville de Berlin n'y eft point compriſe :
les maifons affurées en 1784 formoient
£ 4
( 116 )
dans cette Capitale un objet de 29 millions
de rixdalers.
De Vienne, le 2 Avril.
On a expédié hier trois courriers , dont
l'un fe rend à Paris , l'autre à Conſtantinople
, & le troifieme à Semlin.
Les équipages pour le voyage de l'Empereur
font toujours prêts.
S. M. fait acheter des chevaux de remonte
dans les Duchés de Siefwick & de
Holftein .
On vient de publier une Déclaration interprétative
de la Patente , concernant les
Manufactures nationales & la prohibition
de certaines marchandifes étrangeres. Cette
Déclaration à laquelle on a joint deux états ,
dont l'un renferme les marchandifes étrangeres
prohibées dans le commerce , & l'autre
les droits à payer des marchandifes étrangeres
, qui pourront entrer dans le commerce
, eft du 8 de ce mois , & compofée
de 6 articles.
L'Empereur fe propofe de fouftraire du
diocefe de Ratisbonne tout le cercle d'Egra ,
& d'établir dans la ville de ce nom un nouvel
Evêque, La commiffion de la Cour
pour les affaires ecclésiastiques , eft chargée
d'arranger cette affaire .
Un dénombrement fair en Tranſylvanie
en 1785 porte la population de cette pro
1
( 117 )
vince à 1,443,364 ames. Les Régimens na
tionaux des frontieres n'y font point compris.
On apprend de Temefwar , que les , travaux
des éclufes à Koftilla font actuellement
finis , & que , par ce moyen , la riviere
de Bega eft devenue navigable , ce qui
procurera un grand avantage au commerce
national.
De Francfort , le 7 Avril.
Le Duc regnant de Wirtemberg reçoit
des Hollandois 200 florins , par fo dat du
Régiment qu'il ven à la République , pour
être emploé aux Indes Orientales , & en ou
tre un fubfide annuel de 24000 florins .
L'occupation du Comté de Schaumbourg
par le Landgrave de Heffe - Caffel
continue de fixer l'attention du Public . On
affure que cette affaire fera arrangée à l'amiable
, & que les négociations à ce fujer
font déja entamées à la Cour de Caffel . Le
precis fuivant fur ce Comté de Schaumbourg
mettra le Lecteur à portée de connoître
cette affaite.
« Le Comté de Schaumbourg fut poffédé dès
le 10e . fiècle par des Comtes qui , étant devenus,
très puiflans par des alliances , furent élevés en
1619 à la dignité de Prince. Le Duché de Holltein
appartenoit même à ces. Comtes . Adolphe
Comte de Schaumbourg , fi connu dans l'Hiftoire
de Henri le Lion , Duc de Saxe , étoit en même
fs
( 118 )
temps Comte de Holftein , de Stormarie & de
Wagrie. La Maifon de Holftein- Schaumbourg fe
partagea en plufieurs lignés , dont chacune poffédoit
une portion de l'ancien patrimoine . Enfin,
le Comte Otton II céda , dans une convention
conclue en 1460 , le Duché de Schleswig & le
Comté de Holftein à Chriftian I , Roi de Danemarck.
Après certe tranfaction , il ne refta plus
à cette Maifon que le Comté de Schaumbourg, `
dont les poffeffeurs furent par la fuite élevés à la
dignité de Prince. Cette ancienne Maifon des
Comtes de Schaumbourg s'éteignit en 1640 par
la mort , d'Otton. VI , qui en étoit le dernier
måle. La mere de cet Otton étoit Elifabeth ,
fille du Comte Simon de la Lippe , & foeur du
Comte Philippe . A l'extinction de la Maifon
régnante de Schaumbourg , fes poffeffions furent
partagées de la maniere fuivante. 1 ° . Le Duc
de Brunſwick - Lunebourg s'en appropria , en
vertu d'un pace , trois Bailliages qui compofent
aujourd'hui le quartier de Lauenau dans la
Principauté de Calenberg. 2° . Le Landgrave de
Heffe-Caffel prit , en vertu d'un autre pacte ,
& en qualité de Suzérain de plufieurs Fiefs
une partie du Comté de Schaumbourg , favoir ,
5 villes , I bourg & 89 villages ; dans fa part étoit
L'ancien château de Schaumbourg & la ville de
Rinteln. 3 ° . Le Comte Philippe de la Lippe ,
oncle maternel du dernier Comte de Schaumbourg
, obtint fous la Suzéraineté de Heffe- Caffel
le refte du Comté de Schaumbourg , confiltant
en 4 Bailliages , 2 villes , 2 bourgs & 78
villages. Ce partage fut confirmé en 1648 par
te Traité de Weftphalie. C'eft de cette maniere
qu'une partie du Comté de Schaumbourg ,
dans laquelle font fitués le Bailliage & la ville
de Buckebourg , échut à une branche de l'an-
2.
( 119 )
cienne Maifon des Comtes de la Lippe . Depuis
cette acquifition , cette branche , pour ſe diftinguer
de celle de la Lippe - Detmold , a pris ,
tantôt le titre des Comtes de Schaumbourg , tantôt
de Buckebourg , tantôt de la Lippe- Schaumbourg
, & tantôt de la Lippe Buckebourg. La
Maifon de la Lippe fe partage en deux branches
principales , favoir ; 1 °. celle de la Lippe- Detmold
, qui poffede dans le Cercle de Weftphalie
la majeure partie du Comté de la Lippe , & qui
eft divifée dans les branches de Bifterfeld & de
Wittenfeld ; 2°. celle de Schaumbourg- Lippe ,'
ou de la Lippe - Buck: bourg ; cette branche fe
fous- divifoit en l'aînée & celle d'Alverdiffen. La
branche aînée s'éteignit avec Guillaume- Frédéric
Ernefte , Feld Maréchal - Général des armées
du Roi de Portugal , qui mourut fans enfans. La
branche d'Alverdiffen , dont étoit le Comte de la
Lippe Schaumbourg , mort le 13 Février dernier
, fuccéda enfuite dans les poffeffions de la
branche aînée. Il y avoit une troisiéme branche
de la Maifon de la Lippe , celle de Brake
mais elle s'eft éteinte en 1709. La partie du
Comté de Schaumbourg , appartenante à la famille
de la Lippe Schaumbourg , comprend
4 Bailliages , favoir ; ceux de Stadthagen , de
Buckebourg , d'Arensbourg & d'Hagenbourg
2 villes , favoir ; Stadthagen & Buckébourg ;
2 bourgs , ſavoir ; Hagenbourg & Steinhude , la
forterelle de Wilhelmftein , fur le lac de Steinhude
, & 78 villages . Le Comté de Schaumbourg
eft montueux ; il renferme de bons pâturages
& des rivieres poiffonneufes ; les terres y
font bien cultivées . On y trouve plufieurs grandes
carrieres de pierres & des falpêtrieres .
L'objet de la conteftation actuelle , entre
le Lanigrave de Heffe - Caffel & la Maifon de
-
£ 6
( 120 )
{
la Lippe Schaumbourg , eft renfermé dans la
queftion fuivante , favoir ; fi à l'ex inction de
la branche aînée de la Lippe Schaumbourg , celle
d'Alverdiffen pouvoit fuccéder aux droits & pof
feffions de l'aînée , fous la Suzeraineté de Heffe
Caffel ? Le Landgrave de Heffe contefte à cette
branche la capacité de fuccéder , parce que le
Comte Frédéric - Ernefte d'Alverdiffen n'avoit
époufé qu'une Demoifelle noble qui , en 1751 ,
fut créée par l'Empereur Comtelle de Friefenhaufen.
Le Confeil Aulique de Vienne a
donné , dans les années 1753 & 1754 , des Arréts
favorables au Comte d'Alverdillen contre le
Landgrave de Heffe , & cette Cour Souveraine
a juge , en 1756 , que la Lettre d'inveftiture ,
que le Landgrave feroic expédier au Comte d'Alverdiffen
, feroit conforme aux inveftitures prés
cédentes fauf cependant les droits & réclama
tions que le Landgrave prétendoit avoir , relas
tivement à la defcendance du Comte,
S. M. I. vient de permettre aux Juifs l'agriculture
dans la Hongrie . Ceux de cette Nation
qui voudront s'adonner à ce genre d'induftrie
auront des terres appartenantes au Domaine ,
la Caifle de Religion , & aux fondations pour
les Etudes. Il leur accorde les avantages fuis
vans ; 1. ils feront traités comme les autres
Colons pour le Don des matériaux de conftruction
, l'Exemption de la contribution , & la
Braflerie d'eau - de- vie , & celle de la Taxe de
olérance s'ils ne vivent que de la culture des
terres ; 2. ils jouiront de la liberté de confcience
, & lorfqu'il le trouvera plufieurs Juifs,
agricoles , réunis dans le même endroit , ils
pourront s'affembler dans une maifon particu
liere & y célébrer leur culte ; les Colons
( 121 )
Juifs feront tenus d'exercer eux-mêmes la cul
ture des terres ou de la faire faire par des gens
de leur nation ; mais pendant les trois premieres
années , il leur fera permis de prendre des Manouvriers
Chrétiens pour le faire inftruire dans
la pratique de l'agriculture.
ITALI E.
De Florence , le 27 Mars.
Les Affemblées fynodales qui doivent
précéder le Concile national , que tiendront
ici les Evêques de la Tofcane , s'ouvriront
inceffamment , ainfi que l'annonce la Lettre
circulaire, adreffée aux Archevêques & Evê
ques du Grand Duché , par le Secrétaire
des Droits Royaux ; en voici la teneur.
S. A. R. , ayant confidéré combien eit néceffaire
l'uniformité dans la difcipline eccléfatique
, dans les fonctions , l'inſtruction du
peuple , la morale , les maximes , les études
du clergé , tant fécolier que régulier , defire
qu'elle foit établie en Tofcane , afin d'y voir
cefler, une bonne fois , ces différences d'opinions
, lefquelles , quoiqu'elles ne regardent
pas
les maximes & vérités effentielles de notre
fainte religion , qui font conſtantes & invariables
, mais feulement les matieres de difcipline
, variables de leur nature , felon la circonftance
des tems , fervent néanmoins à fomenter
l'efprit de parti , caufent du fcandale ,
diminuent le refpect pour les Miniftres du
Sanctuaire , rendent quelquefois moins confians
aux pratiques de la religion , les peuples
( 122 )
Loumis à leurs foins ; & fervent bien uvent
fous le prétexte de zele , à fatisfaire les paffions
particulieres ; tous effets & abus trop contraires
au précepte fondamental de notre fainte
religion , qui eft la charité & l'amour du prochain
».
« S. A. R. , fe reconnoiffant effentiellement
obligée , par devoir , de veiller au repos , à
l'union , à la tranquillité de fes fujets , & d'écarter
tout ce qui peut l'altérer & troubler
les confciences même les plus foibles , a cru
que les lumieres particulieres & les confeils
de tous les Evêques de la Tofcane pourroient
beaucoup contribuer à parvenir à ce but loua
ble ; c'eft à cette fin qu'elle leur communiqua
, par une lettre circulaire du 26 Janvier.
1786 , fes propres vues fur les matieres eccléfiaftiques
, pour favoir à cet égard leurs
fentimens & avis finceres. Après avoir obtenu
leurs réponſes par écrit , Son Alt . Roy. jugea
qu'il étoit néceffaire , pour le même objet ,
que les Evêques convoquaffent des finodes diocéfains
; c'eft à quoi elle les exhorta par une
lettre circulaire du 2 Août. Mais , ayant confidéré
enfuite que les Evêques continuant à tenir
leurs finodes diocéfains , & différant , peutêtre
, fur certains points entr'eux , ils pourroient
faire, naître un obftacle de plus à cette
concorde & uniformité qu'il faut defirer avant
tout ; S. A. R. a réfolu qu'après avoir fufpendu
, pour le préfent , la convocation des
finodes diocéfains . on affemble foigneufement
un finode national felon les anciens ufages ,
conftitutions & canons de l'Eglife 95.
« Et afin qu'on puiffe préparer les matieres
à établir dans ledic finode , que la difcuffion
en foit plus aifée & plus courte S. A. R. a
( 123 )
2
cru qu'il étoit néceffaire de faire précéder le
finole même par la convocation à Florence
d'une affemblée particuliere d'Archevêques &
d'Evêques de la Tofcane , lefquels non - feulement
fixeront , prépareront , examineront &
difcuteront les articles à décider dans ledit finode;
mais tâcheront auffi de s'accorder fur ces mêmes
articles. Ces affemblées devront commencer le
23 Avril prochain ; elles fe tiendront dans une
fale préparée pour cet objet dans le vieux Palais
, un Commiffaire y affiftera au nom de S.
A. R. Ces affemblées n'étant que particulieres ,
il ne pourra y être queftion ni de formalités
ni de préféance. Chaque Evêque pourra y conduire
, pour lui fervir de confeil & l'aider ,
ou trois perfonnes à fon choix , pourvu que ce
ne foient pas des fujets attachés à quelqu'ordre
religieux ou qui l'aient été ci -devant , lefquelles
fe trouveront aux affemblées , mais fans voix
délibérative . Outre le Commiffaire , S. A. R.
y deftinera deux Profeffeurs de l'Univerfité ,
quatre Théologiens & deux Secrétaires pour le
fervice de l'affemblée même . L'affemblée ayant
fixé les maximes , le reglement & les formalités
à obferver dans le finode national , examinera
les points eccléfiaftiques , communiqués
aux Evêques par la lettre circulaire du 26 Janvier
1786 , & tous ceux qui lui feront communiqués
encore , de même que toute autre propofition
& article que chaque Evêque pourra faire
pour le bien de la Religion »,
Sur tous ces articles propofés ou à propofer ,
les Evêques parleront , difcuteront , fixeront les
maximes pour la décision , & délibereront avec
pleine liberté pour l'admiffion , la réjection ou
modération d'iceux , conformément à leurs lumieres.
Afin qu'on puile immédiatement pros
( 124 )
céler à l'affembée du finode public & formel ,
pour lequel devront être préparés & arrangés ,
d'un commun accord , tous les articles à établir
, S. A. R. fe flatte que , dans ces affemblées
préparatoires , les Evêques n'ayant en vue
que l'avantage de la religion , la tranquillité , le
bien -être & le repos de leurs diocésains , facrifiant
reciproquement , où ils croiront pouvoir
le faire , une partie de leurs propres opinions
, ils auront tout l'empreffement de s'accorder
fur les mêmes fentimens ; d'autant qu'il
y auroit moins de mal à négliger plutôt de propofer
& de decider dans le finode quelques articles
, fur lefquels les fentimens feroient partagés
, que d'en faire la propofition au danger
de défunion & de fcandale . Lorsque le finode
national fera terminé , & que le gouvernement
en aura approuvé les décifions , faudra procéder
aux affemblées des finodes diocéfains >
dans lequels , en fuivant fermement les mari
mes & décifions fixées par le finode national
on pourra délibérer fur le moyen de les executer
relativement aux circonftances de chaque
diocefe , & fur tout autre objet concer
nant les diocefes en particulier , & qui ne foit
en aucune oppofition avec les canons , fixés
par le finode national. S. A. R. , qui , par ces
déterminations , n'a autre chofe en vue que le
bien de la religion , la réforme des abus introduits
dans la difcipline eccléfiaftique , l'éthbliſſement
des bonnés maximes pour l'inftruc
tion du peuple , les bonnes études du Clergé ,
l'uniformité de la doctrine , l'abolition de toutes
les défunions & des partis , le repos & la tran
quillité des peuples , fe flatte que les refpectables
Evêques de fon Grand - Duché rendront
juftice à la droiture de fes intentions , & feq
( 125 )
-
-
ront convaincus par l'expérience de tant d'années
de fon Gouvernement , pendant lesquelles ,
avec un zele conftant & une follicitude pater◄
nelle , elle s'est toujours fait un devoir d'avan
cer le bien de la Religion , de pourvoir à l'inſtruction
du peuple , d'augmenter les revenus des
paroifles , de réformer les abus , de foutenir
& reven fiquer les droits des Evêques , & de feconder
leurs propofitions , de la confiance qu'ils
doivent avoir dans les fentimens dont elle ne
s'eft jamais départie. Comptant en outre également
fur leur doctrine expérimentée , leur zele ,
leur prudence , leur piété & la droiture de leurs
intentions , S. A. R. s'attend que , n'ayant autre
chose en vue que les devoirs & les droits de
leur miniftere facré , le fervice divin , le bien.
de la religion & celui des ames confiées à leurs
foins , ils le prêteront avec cette paix fainte ,
cette union & charité fraternelle qui doivent
faire leur caractere diftinctif, & les engager à
renoncer , chacun pour la part , à fes opinions
particulieres qui , quant au fond , ne regardent
oint la pureté de la religion ; que modifiant
avec édification & tranquillité chacun leurs
propres prétentions en matiere de controverfe ,
ils rendront les canons qu'on établira fi refpectables
, fi vénérables & fi utiles , qu'ils pourront
fervir de moteles aux Eglifes des autres
pays. En conféquence de cela , votre Seigneurie
illuftriffime & révérendiffime eft invitée à fe
au tems indiqué , à l'affemblée fufdite
. Florence , le 17 Mars 1787 .
trouver "
ESPAGNE.
De Madrid , le 14 Mars.
On écrit de Séville , le 28 Février der(
127 )
nier , que 130 contrebandiers ayant rencontré
aux environs de la ville de Sainte-
Marthe , deux compagnies d'Employés des
fermes , un parti de Dragons & un autre de
Volontaires de Catalogne , s'emparerent
des hauteurs , & attaquerent avec tant de
fureur ces trois différens corps , qu'ils les
forcerent à s'écarter . Ils prirent même neuf
Dragons , un Volontaire & un Employé.
Enfuite ils tinrent confeil , & fe déciderent
à relâcher les Dragons & le Volontaire défarmés
, en leur faifant prêter ferment devant
le Fifcal du lieu , qu'ils ne porteroient
plus les armes contre les contrebandiers ;
après cela ils les renvoierent , en leur donnant
du pain & à chacun deux piecettes ,
( quarante fols de France. ) Quant à l'Employé
, il fut fur le champ paffé par les
armes.
Le Roi a créé des Intendans , des Rece
veurs & des Tréforiers dans la Nouvelle-
Eſpagne , dans la même forme que S. M.
en avoit établi au Pérou & à Buenos Aires,
On a donné ordre d'armer à Cadix le
vaiffeau le S. Julien , pour aller porter
Buenos Aires M. de Florès , nouveau vice-
Roi du Mexique.
à
M. d'Expilly fait quarantaine à Alicante ,
avec les 14 Algériens qui l'accompagnent.
On craint que la pefte ne fe foit déclarée à
Alger. Le Roi a envoié à Carthagene un
courrier extraordinaire , avec des dépêches
( 127 )
pour Alger , qui font parties tout de fuite
par un brigantin.
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 6 Avril.
Le 3 , le Gouvernement a expédié un
Exprès à Plymouth , avec des dépêches
pour Mylord Dorchefter , Gouverneur Général
du Canada : elles feront remifes à un
vaiffeau tout prêt, & qui part pour cet objet
particulier.
Les Pairs d'Ecoffe ayant fait décider à la
Chambre haute , que ceux d'entr'eux qui
accepteroient une Pairie en Angleterre , ne
pourroient jamais être au nombre des 16
Pairs , qui repréfentent les Lords d'Ecoffe
-au Parlement, le Duc de Queensberry & le
Comte d'Abercorn , que le Roi a créé Pairs
Anglois dernierement , ont été forcés de réfigner
leur place de Repréfentans pour l'Ecoffe
; en conféquence les Pairs de cette
dernière centrée s'étant affemblés à Edimbourg,
ont élu , avec les formalités d'uſage ,
les Comtes de Selkirk & de Kinnaird , à la
place des Lords Queenberry & Abercorn.
Peu de jours après ion arrivée au Bengale,
Milord Cornwallis afait une chûte de cheval
très dangereufe ; mais dont il étoit rétabli au
départ du paquebotle Swallow . Ce bâtiment,
dont nous avons déja annoncé le retour , a
fait une diligence remarquable : en trois mois
( 128 )
& demi il a porté Lord Cornwalis au Bengale
, & il eft revenu en trois mois & vingttrois
jours , y compris onze jours qu'il a été
forcé de paffer à Sainte-Hélène ,
Nous avons promis dans le dernier Journal
les débats relatifs à la révocation de l'acte
du Teft. Avant de les préfenter , nous avertirons
nos Lecteurs de ne pas fe tromper à
l'état de la queftion ; il ne s'agit point ici de
la tolérance civile proprement dite , dont les
Non - Conformiftes ont toujours joui &jouiffent
plus pleinement que jamais en Angleterre.
Leur liberté eft abfolue quant à l'exer
cice public de leur culte , à leurs écoles , à la
célébration de leurs rites , à leurs baptêmes,
mariages , droits de propriétés , teftamens ,
&c. mais ils demandoient , en outre , la`
• tolérance politique , c'eft -à dire , l'admiſſion
aux Charges municipales , civiles & militaires
. Or , voici comment cette grande
queftion a été difcutée par M. Beaufoy d'un
côté, par Milord North & M. Pitt del'autre,
Les Non Conformistes , dit M. Beaufoy, étoient
dépouillés , par l'acte de Corporation & par celui
du Teft , de leurs droits naturels , & exclus de
tous les Offices civils & militaires , à moins qu'ils
ne renonçaient à leur religion . Il demandoit la
fupreffion de ces loix injuftes pour trois claffes
de perfonnes , 1 ° . les Proteftans Non -Conformites
de l'Eglife d'Angleterre , divifés en trois fectes ,
les Presbytériens , les Indépendans & les Anabap
tiftes ; 2°. les Calvinistes de l'Eglife d'Ecoffe ;
3. les Miniftres de l'Eglife Anglicane , forcés
d'adminiftrer, contre leur confcience , la Cêne à
1
( 129 )
gens qu'ils en jugent
indignes
. La premiere
claffe
demandoit
la reftitution
de fes droits civils ; elle
fe bornoit
à la levée de l'anathême
; c'eft-à -dire ,
de l'exclufion
des offices
civils & militaires
. Ses membres
n'exigeoient
pas d'être
admis aux bénéfices
eccléfiaftiques
; ils ne fouhaitoient
pas
qu'on
fit des changemens
aux privileges
de l'Eglife
. Ne devoit- on pas tirer tant de fideles
fujets
du gouvernement
de la dégradation
oppreffive
à laquelle
ils font condamnés
par ces actes ?
Quant
aux bruits répandus
dans le public
, que
les Diffidens
n'étoient
pas d'accord
entr'eux
fur
leurs demandes
au Gouvernement
, il détrompe- roit la Chambre
, en l'affurant
que chaque
claffe
de Non Conformiftes
avoit envoyé
deux députés
à une affemblée
générale
, pour conférer
fur les
moyens
d'obtenir
du foulagement
, & qu'ils
s'étoient
unanimement
accordés
à préfenter
une
humble
requête
au Parlement
à cet effet. ( Ici
M. Beaufoy
fit lecture
de la réfolution
prife par
tous les Non - Conformistes
, de s'affembler
chez
le Docteur
Williams
, dans le deflein
de requérir
le Parlement
d'adoucir
les actes de Teft & de
Corporation
en ce qui regarde
les Proteftans
Non-
Conformites
, & de charger
M. Beaufoy
de cette Il étoit heureux
, continua- demande
) .
til , qu'ils fe fuffent
bornés
à la réclamation
de
leurs droits
civils , & n'euffent
point demandé
de privileges
eccléfiaftiques
. Ils n'envioient
point
les privileges
& les honneurs
qui , fans doute.
devoient
être réſervés
aux Miniftres
de la religion
dominante
. Leur
demande
ſe bornoit
à
jouir des droits
civils ; privileges
qu'on ne pouvoit
leur contefter
, parcequ'ils
étoient
Anglois
:
il ajouta
que s'ils euffent
voulu
des privileges
eccléfiaftiques
, ils ne fe feroient
point adreffés
à
lui pour cela , ou du moins
n'en auroient
obte
( 130 )
nu qu'un refus de fe mêler de leurs affaires. II
falloit confidérer le tems qu'ils avoient choifi
pour demander un amendement ; ils s'en étoient
abftenus jufqu'à ce que la tranquillité publique
fût folidement établie ; ils avoient confulté la
convenance de la Chambre , & mis plus de confiance
dans la dignité de leur demande que dans
leur nombre. A leur priere , il s'étoit déterminé
à faire une motion pour abolir les actes de Teſt
& de Corporation ; abolition qui , au lieu de
nuire à la fécurité de l'Etat , ne ferviroit , fuivant
lui , qu'à l'affermir. M. Beaufoy entra alors
dans la difcuffion des claufes de l'acte du Teft ,
par lefquelles il eft défendu d'admettre aux
offices civils & militaires toutes perfonnes qui
refufent de prendre la fainte Cêne , & qui exigeoient
que fi , après avoir été admis à un
office civil ou militaire , on négligeoit longtems
de s'approcher de la fainte Table , on fut
expofé à des peines confidéraðles , & même dépouillé
de tout droit d'action en juftice , à être
tuteur ou légataire. Par cette loi , fi
quelqu'un en avoit voulu courir les rifques , &
étoit entré dans quelque emploi militaire où il
auroit hafardé fa vie pour le fervice de fa patrie ,
il fe feroit entendu dire à fon retour , en vertu
de cet até : « Si vous ne faites le facrifice de vos
principes religieux; fi vous n'accédez à l'acte du
» Teft , point de protection pour vous , vous ſe-
1ez incapable de recevoir un legs , votre propriété
fera livrée à qui voudra l'envahir , aux
premieres demandes qu'on jugera à
pos de former contre vous , & fi vous avez
quelques demandes à former contre les autres ,
toutes les Cours de Juftice yous feront inexorablement
fermées « Etoit - ce - là la reconnoiffance
à laquelle devoient s'attendre des ci-
5)
9)
ככ
сс
pro-
<
( 131 )
toyens généreux qui auroient embraſſé & rem
pli avec honneur un emploi regardé comme un
des plus diftingués , un emploi qui , autrefois ,
dans quelques contrées , étabiffoit la différence
entre l'homme libre & l'efclave ? Tel eft pourtant
le retour fur lequel doit compter tout homme
qui fe trouvera dans cette fituation , & à qui
la délicateffe de fes principes défendra d'approcher
de la Cêne. Le marchand fe trouvoit dans
le même cas que le militaire . En vain fe feroit- il
invariablement conduit comme le meilleur des
citoyens , il n'en feroit pas moins exclu des
droits & des privileges de citoyens ; fon caractere
auroit beau être irréprochable , fes actions
hautement méritoires , on n'en agiroit pas moins .
avec lui comme avec un délinquant ; fa propriété
feroit abandonnée aux réclamations d'autrui ,
tandis qu'on ne feroit aucune attention aux
fiennes. Mais , répondra- t - on , les plaignans
pourroient fe fouftraire à ces prétendues vexations
en participant à la Cène. Un Non-
Conformiste peut échapper aux peines prononcées
contre les Non- Conformiftes en ceffant de
l'être. Il le peut en devenant apoftat !
L'Orateur efpéroit qu'on ne fe permettroit pas
d'infulter aux Non - Conformistes par de pareilles
réponses à leurs plaintes . Il paffa de- là à l'examen
des caufes de l'établiffement de l'afte'de
Corporation , & pritendit qu'elles ne regardoient
pas plus les Non- Conformistes d'aujourd'hui
que la Chambre Etoilée ne concernoit
PEglife actuelle d'Angleterre. Puis cenfurant
l'acte même de Corporation , il obferva que le
pouvoir donné aux Magiftrats de dépofféder quel
qu'un de fon office , pour n'avoir pas prêté certain
ferment , ou foufcrit à certaine déclaration
, étoit incompatible avec tous les principes
(~ 132⋅)`
·
bill
conflitutionnels & les journaux de la Chambre.
En 1672 , quand l'acte du Teft paffa , le peuple
foupçonnoit fon Roi d'etre Catholique ;
le Duc d'Yorck avoit profeffé ouver: ement cette
religion. A cette époque , le Miniftre fit obferver
qu'il feroit déraisonnable d'affujettir les
Non Conformistes aux memes reſtrictions
que les Papifles ; il demanda même un
pour qu'on les en exceptât . Ce bill fut
préfenté à la Chambre tous le regne de Char.
les II , qui , mécontent que les Non- Conformiftes
ne fiffent pas caufe commune avec les
Catholiques contre l'Eglife établie , prorogea le
Parlement avant que le bill eût pu recevoir
fa fanction . Ce bill reparut dans la Seffion
fuivante , il paffa à l'unanimité dans la Chambre
des Communes , & ne fut refulé dans
la Chambre Haute que par les menées les
plus honteufes , puifque le Roi gagna le.
Clerc de la Chambre pour le faire retirer.
A l'acceffion de Guillaume III , ce Prince
exprima la volonté magnanime de réunir tous
les Proteftans ; mais le Parlement 's'oppofa au
bill qu'il lui avoit fait préfenter pour ce louable
deffein ; mais on admit à la Chambre
Haute une proteftation contre l'acte du Teft ,
comme privant les Anglois de leurs droits. Cet
acte attaquoit un des privileges les plus facrés &
les plus confidérables d'un fujet , celui d'être
capable par la loi de fer ir dans quelque emploi
que ce foit ; par la loi , les hommes convaincus
des crimes les plus odieux en étoient punis par
la privation du droit aux charges , & les Non-
Conformistes traités auffi rigoureufement que de
vils criminels , l'étoient pour des différences
d'opinions purement religieufes .
Cependant
la loi ne juge que les actions & non les
fentimens
( 133 )
-
fentimens. Les Non- Conformiſtes devoient avoir
droit comme hommes à penfer , & comme citoyens
, à tous les privileges des autres citoyens.
On avoit prétendu que l'acte d'indemnité détruifoit
l'effet prohibitif des actes de Teft & de Corporation
, & qu'il fervoit de correctif à tous
les deux . Où éto˚t donc l'inconvénient de les
annuller ? Si les Non Conformites avoient
comme hommes le droit de penser , & comme
citoyens , celui d'être traité comme les autres
citoyens , on devoit donc leur reftituer leurs
droits , leurs privileges . Affurément , fi l'abrogation
de ces accs , auxquels on dit qu'on a furls ,
ne peut être dangereufe ni pour l'Eglife , ni pour
l'Etat , on peut , on doit les annuller ; Mais s'id
pouvoit prouver qu'au lieu d'être pernicieuſe ,
elle fortifieroit l'Etat & affermiroit l'Eglife , ce
ftroit fans doute beaucoup ajouter aux raifons
de les abroger. Si le ferment d'allégeance
, la déclaration contre la Tranffubftantiation
fuffifent, pour empêcher qu'on n'empiete
fur les droits de l'Egie Anglicane , les actes
doivent être annulles. M. Beaufoy obferva , relativement
à l'affertion répandue , qu'il y avoie
quelque chofe d'antimonarchique dans les principes
des Presby ériens ; qu'il feroit curieux d'apprendre
files Ecoffois étoient oppofés au Go
vernement monarchique. Il les avoit entendu
accufer de partialité en faveur de ce Gouverneu
ment ; mais jamais du républicain . Perfonnpouvoit-
il nier que les Non-Conformistes n'eufe
fent toujours montré beaucoup d'attachemenau
gouvernement pro: eftant ? Etoit il donc
raisonnable de les exclure de tous les offices
fous prétexte d'affurer le re; os de l'Etat & de
P'Eglife ? Il ne pouvoit s'empêcher de dire
qu'en les admettant , l'Etat fe trouveroit forti-
N°. 16, 21 Avril 1787. g
( 134 )
fié & non affoibli , & l'Eglife plus en sûreté ,
au lieu d'être en danger . L'Eg ife n'avoit rien
à craindre de la réunion des Non-Conformistes
dans la circonftance préfente . Ils avoient été
engagés à faire caufe commune contre des actes
qui les privoient injuftement de leurs droits , &
les déshonoroient gratuitement ; point de pr ncipe
plus facré chez les Non - Conformistes
que chaque fete devoit foutenir & entretenir
les propres Miniftres. H ne croyoit point que par
l'abolition des actes de Teft & de Corporation ,
on fût fondé à craindre que les Catholiques , cu
ceux qui ne profeffoient pas la religion Chrétienne
, pufent être admis aux charges dans ce
Pays ; certainement cette abrogation fi defirée ,
fi jufte, ne porteroit jamais un Catholique à la
Préfidence du Confeil, un Juifà la direction de la
confcience du Roi. Il exifte dans le Royaume
des gens du plus grand mérite , qui n'avoient
contre eux que la profeffion du Papifme : Eh
bien ! ces deux actes annullés , ils n'en entreroient
pas davantage dans le Parlement , puifque
la déclaration contre la Tranffubftantiation
formeroit toujours une barriere invincible pour
eux. Il ajouta que l'Eglife avoit indubitablement
des droits facrés à être maintenue ; mais que les
droits des Non Conformites à une tolérance
univerfelle n'étoient pas moins facr's ; fi , par
la fuite on voyoit qu'ils cherchaffent à empiéter
fur cette même Eglife , il faudroit réfifter
à cette innovation . En Hollande , en Ruffie
en Pruffe , en Allemagne , il n'y avoit po nt'
d'acte de Teft , & fans que l'Eglife dominante en
fouffrit ; en Irlande , il y a déjà 7 ans , à la gloire
de ce pays , qu'on avoit aboli lacte du Teft.
L'Angleterre feule continueroit - elle donc à main-
,
( 135 )
tenir un fyflème vicieux & décrié ? Confieroit- elle
elle fa sûreté à des troupes étrangeres , à l'épée des
Heffois , tandis qu'elle empêche des milliers de
fes plus loyaux fujets de venir lui offrir librement
la leur & leur fang pour la défenſe ? Des hommes
reconnus honnêtes doivent ils être privés de
la protection de leur patrie ? Quoi ! un Howard ,
un homme eftimé de tous les hommes , que tous
les peuples s'emprefféroient d'admettre dans leur
fein , que les Nations les plus illuftres s'énorgueilliroient
de pofféder ! Quoi ! celui qui a vifité
les malheureux dans leurs cachors pour leur
apporter des fecours & des confolations , qui a
voyagé dans des climats lointains , non pour recueillir
des médailles antiques , non pour mefurer
des débris d'édifices ; mais pour mesurer les
miferes de l'humanité , cet homme fera-t il exclus
dans fon pays des droits civils ? Oui , Meffieurs
, il l'eft ; & ayant pris un Office uniquement
pour fervir l'humanité , ayant encouru les
peines du Teft , & rentré dans fa patric au
milieu des acclamations de les concitoyens
ces mêmes peines menaçent encore la tête. Il
exifte , continua M. Beaufoy , encore deux autres
claffes de Non - Conformiftes ; la pre
miere , celle des Naturels d'Ecoffe , exclus des
emplois civils & militaires , à moins qu'ils ne
jurent contre leur foi ; c'étoit une infraction
manifefte des principes de l'Union , puifque ,
par ce contrat , les deux Royaumes avoient
été réunis. On pourroit lui objecter le grand
nombre d'Ecoffois actuellement en place ;
mais ceux qui étoient entrès au ſervice de
leur Souverain , avoient fans doute regardé
ce devoir comme le premier de tous , & lui
avoient en conféquence facrifié toute autre
chofe . Si on demandoit quelles perfecutions
g 2
1 136 )7
,
avoient été commencées contre les Non-
Conformistes il pourroit repondre que le
fommeil des loix ne fuffifoit pas à leur fécurité ,
tant que le premier venu feroit maître de les
éveiller contre eux ; toutes diftinctions entre
les deux Royaumes auroient dû être effacées.
La troisieme & derniere claffe étoit celle
des Miniftres de l'Eglife Anglicane. La même
loi qui forçoit un Othcier de recevoir la Çêne , les
forçoit de la lui adminiftrer , & fi d'après leur
confcience is la refufoient à un homme qu'ils
en jugeoient indigne , ils étoient exposés à une
perfécution qui, de quelque maniere qu'elle tournat
, pourroit bien eur coûter leur liberté ou
leur fortune. L'Orateur critique enfuire la
maniere dont l'Eglife exigeoit qu'on adminiftrât
la Cêne , & les paroles que le Miniftre
employoit pour inviter le Communiant
à la fainte Table. Ces paroles font :
<< Vous qui vous repentez vraiment & férieuſe-
» ment de vos péchés , & qui êtes en paix & en
» charité avec votre prochain , vous qui vous
propofez de mener une vie nouvelle en fuivant
les commandemens de Dieu. & marchant
dorénavant dans fes voies faintes , appro-
» chez - vous avec foi » . Il feroit à propos
d'adopter une nouvelle formule pour ceux
qui ne prennent la Cêne qu'afin de pouvoir
être admis aux offices ; « Vous qui avez été
» derniérement admis aux offices , vous tous
» qu'on a élevés aux poftes éminens de l'accife &
de la douane , & qui yous propofez de vous
enrichir en pillant votre pays , approchez, & c.
Que dire du ferment de communion , où le Prêtre
exhorte en ces mots les perfonn sadmiſes à la fainte
Table ? « Car comme le bénéfice eft grand ,
→ fi c'eſt avec un coeur pénitent & une foi vire
20 que nous recevons le faint Sacrement , de
Сс
( 137 )
99
même le danger eft grand fi nous le recevons
indignement. En effet , alors nous nous rendons
coupables du Corps & du Sing de Jefus
" Chrift notre Sauveur ; nous mangeons & nous
> buvons notre condamnation , ne faifant point
>> attention que c'eft le corps du Seigneur que
" nous prenons ; nous ailumons la colere de
» Dieu contre nous ; nous le provoquons à nous
frapper de diverfes maladies , & à nous fire
périr par des genres de mort effrayans » . Si
l'on entend par ces paroles quelque chofe de
férieux , fi elles ont un fens , n'eft-ce pas une
dérifion de tout ce qu'il y a de facré ? & peut-il
fe trouver dans un Erat policé quelque prétexte
qui justifie réellement une telle profanation
que de forcer des Miniftres d'adminiftrer la Cene
en des termes fi auguftes & fi terribles , à des
perfonnes qu'ils favent dans leur ame en être indignes.
Que dis- je , indignes ? à des gens dont
ils connoiffent quelques-uns pour des blafphemateurs.
Après avoir foutenu que le premier devoir
d'un Gouvernement étoit d'écarter de fi grands
maux , M. Beaufoy conc'ut en difent que , puil
qu'il avoit montré jusques à l'évidence les différens
inconvéniens dont il fe plaignoit , il foumettoit
à la fageffe des Membres comme Juges ,
& à leur fenfibilité comme hommes , la propo .
fition d'abolir ces ades , hoftiles pour les intérêts
de la patrie , fous quelque point de vue qu'on les
enviſageât. Il fit donc une motion vondance àce
que les actes paffés dans les années treizieme &
vingt-cinquieine du regne de Charles II fuffent
abolis , relativement aux fatuts qui concernent
les Proteftans Non - Conformities.
Lord North fe leva enfuite , & parla vivement
contre la motion ; il ne vouloit pourtant pas qu'on
g 3
( 138 )
en conclut aucune averfion de fa part pour la tolé
rance religieufe , ce feroit lui faire injure. Si
la motion préfente n'avoit prétendu affurer que
le libre exercice des droits de la confcience , il
auroit été le dernier des hommes à manifefter une
opinion contraire ; mais fon motif , en s'élevant
contre la propofition , étoit de remplir le rôle
d'un bon citoyen , & non de furcharger la
confcience de perfonne d'un pefant fardeau,
On lui avoit rapporté que les Non- Conformiftes
vouloient plus que de fimples privile
ges civils mais fes doutes étoient diffipés
par l'affertion des deux honorables Membres
qui avoient parlé avant lui fur ce fujet
& il leur donnoit toute confiance. Il eut defiré
que les Non- Conformistes euffent procédé plus
régulierement ; & qu'ils euffent établi leurs griefs
dans une pétition à la Chambre. Quoiqu'il fût
noble de donner du foulagement , fans qu'on
le demande de prévenir les voeux de nos
concitoyens , & d'adopter les moyens natu
rels qui s'en préfentoient , dès qu'ils étoient
connus , les portes de la Chambre avoient tou
jours été ouvertes à toutes les demandes ; fi
les Non Conformistes euffent préfenté une pé
tition , établiffant clairement leurs griefs , il
ne doutoit pas que , bien prouvés , la juftice
de la Chambre ne les eût redreffés. Les Diffidens
avoient préféré une autre voie de les lui
faire connoître ; ils paroiffoient avoir plutôt
compté fur l'habileté & le crédit de leur
honorable Avocat & de fon fecond , plus que
fur la juftice même de leur caufe ; mais il defiroit
avant la réfolution de la Chambre
qu'on lui montrât fur quelle bafe la motion
étoit appuyée . On demandoit l'abolition d'un
acte , qui étoit le plus ferme boulevard de la
9
( 139 )
conftitution Britannique & auquel nous devons
la bénédiction inestimable de cette liberté
dont nous jouiffons aujourd'hui fi heureuſement
. Les Diflidens vouloient qu'on
leur garantit tels & te's privilèges , & qu'on
tirât une ligne de démarcation , qu'ils ne pafferoient
pas. Cette ligne exiftoit ; c'est ce qu'
étoit bien aife de leur apprendre. Quant à ce
qui regarde le culte , ils n'avoient point de griefs
à alléguer ; que vouloient - ils done ? qu'on
anéantit la reftriction qui les déclare incapables
de remplir des offices . En 1778 , nous avons
porté les derniers coups à cette reftriction ; nous
avons adopté la tolérance générale ; nous l'a
vons garantie . S'i refte quelque chofe qu'on
puifle regarder comme un fardeau impofé au
nom de Dieu fur la confcience de quelque homme
que ce foit , qu'on l'en décharge , à la bonne
heure ; mais gardons nous de confondre la nonadmiflion
de quelques perfonnes d'un fentiment
particulier aux charges de l'Etat , avec la reftriation
de confcience . Si ce Gouvernement
trouve prudent & néceffaire de reftrendre l'admiffion
aux emplois publics à des hommes qui
aient des principes particuliers , fans doute il a
le droit de le faire. Si les Non Conformistes réclament
comme leur droit imprefcriptible &
naturel , d'être rendus capables de potiéder les
charges , & qu'on admette leur demande , bientot
le même argument vaudra pour tout le
monde. La liberté de voter à la nomination d'un
repréfentant au Parlement , eft bornée pour
les Francs-tenanciers , à ceux qui poffedent une
terre libre de quarante shellings de revenu , ou
au deffus ; ceux qui ne les ont pas , peuvent ils
appeller ufurpation de leurs droits l'incapacité de
voter aufi ?
g 4
( 140 )
On nous dit que d'autres pays n'ont point
d'ade de Teft , & que leurs églifes dominantes
ne fe fentent point de cette privation. La
France à des Proteftans à la tête de fes armées
& de fes finances , & la Pruffe emploie des Catholiques
a fon fervice ; mais on doit confidérer
que ces Gouvernemens font arbitraires , & que
dans ces pays c'est le Roi feul qu'on fert , le
Roi qui peut écarter ou avancer qui il lui , p'aît .
L'Angleterre étant une monarchie tempérée , le
Roi n'eft pas maître d'y agir de m me ; il eft
lié par des loix reftrictives comme fes fujets . La
Hollande admet des hommes de toutes religions
dans les armées , parce que fon territoire
ne lui fourniffant pas affez de foldats , elle eſt
obligée d'avoir recours à des troupes étrangeres
; mais affurément elle ne donne les emplois
civils , qu'à ceux qui admettent les principes
religieux dominans dans le pays. On en peut
dire autant de la Suede ; on a prétendu que par
les actes de Teft & de Corporation , tout homme
qui refute de s'y foumettre , encourt les mêmes
peines que les fcélérats convaincus des plus
grands crimes. C'eft mal préſenter le fait ; on
n'eft expofé à aucune punition pour ne pas
recevoir la Cène ; l'acte ne punit que ceux qui
rempliffent des emplois , & il ne les punit que
de fe fouftraire volontairement à un acte de
légiflation. Si ce même acte vouloit forcer toute
autre perfonne à prendre la Cène , ou lui infliger
une peine à caufe de fon refus , ce feroit
réellement gréver un citoyen , & il feroit le
premier à demander l'abolition d'une loi fi
nique .
tyran-
Le noble Lord argumenta contre la prétendue
indignité avec laquelle on traitoit les Diffidens
, en ne les admettant point aux charges , à
( 141 )
D
moins qu'ils n'euffent prêté le ferment du Toit.
L'Angleterre n'avoit- elle pas réfolu que ni Roi
ni Reine ne s'affeoiroit fur le trône de l'Empire
Britannique , fans remplir cette condition expreffe
? Si l'on offroit le trône à quelque Prince ,
qui , par des motifs de confcience ? ne youlût
pas figner cet acte , refufer de l'y laiffer monter
, ne feroit point lui faire une indignité ,
ane inful . Les honorables Membres n'auroient
done point du parler fi , iégérement d'infulte , de
tache , jettées fur quelques claffes d'hommes qui
Le refuferoient à des formes particulieres .
Si l'on devoit admettre tout le monde aux
charges , d'après les principes du droit naturel
, tous les réglemens , toutes les difpofitions
feroient confondues. La légiflation ne pouvoit
établir des réglemens pour les voir enfreints ;
l'acte de corporation avoit paffé dans un
temps où les Non- Conformites s'étoient permis
d'exciter beaucoup de troubles , dans les
fuites defquels ils avoient agi comme principaux
inftrumens. Ainfi donc tous ceux qui vouloient
la paix & la confervation de l'Eglife & de l'Etat
, fe réuniroient pour le maintien d'une loi regardée
alors , auffi - bien qu'à préient , comme
un réglement fage & vraiment politique. I
étoit , & il est encore néceffaire dans les corporations
de ne donner les emplois qu'à ceux
qui veulent réellement le bien de l'Eglife dominante.
Un honorable Membre , ( M. Beaufoy
) nous engage de faire ce que la France a
fait ; mais ne ferons nous pas mieux /de fuivre
l'expérience de l'Angleterre , qui doit la paix
& l'harmonie de fon Eglife , à ces mêmes actes
qu'on veut profcrire ? On nous a dit qu'à l'établiffement
de l'acte du Teft , le Roi lui-même
étoit foupçonné d'être Catholique , & que l'hé,
8 $
( 142 )
ritier préfomptif de la couronne le donnoit
évidemment pour tel ♦ qu'on n'avoit pas eu en
vue les Diffidens , mais les Papiſtes ; cependant
il étoit intimément perfuadé que le Parlement,
qui avoit paffé ce Bill , en connoiffoit toute la
portée , & avoit eu intention d'y faire entrer les
deux feces. L'acte de corporation prononce clai
rement l'exclufion des fectaires , & ne défigne
point en particulier les Papiftes ; mais il exclut
de fait les uns & les autres ; & quand le Parle
ment paffa ces deux actes , il favoit bien qu'ils
portoient fur les Papiftes & fur les Diffidens . On
nous apprend que Charles II prévint , par dés
moyens honteux l'abolition de ces actes . Le
refus de les annul'er fut auffi patriotique que
fage. Les intentions générales des Princes , qui
fe propofoient quelque but particulier , leur
marche fourde , avoient toujours été d'effayer de
confondre toutes les fectes , quand ils n'en pouvoient
venir à leurs fins , tant que chaque fecte
reftoit ce qu'elle étoit , afin que la porte , une
fois ouverte à l'innovation , ils puffent marcher
à grands pas à l'accompliffement de leurs
defirs.
?
Quelle étoit l'opinion du Parlement à la révolution
? Ce Parlement avoit été inftruit par les malheurs
éprouvés précédemment & par l'horreur du
danger. Ses Membres reformerent donc brufquement
tous les actes , & les annullèrent tous, excepté
celui du Teft qu'ils confidérerent comme
un reglement civil & politique ; ils le maintinrent
& le jugerént néceffaire au falut de l'Eglife
& de la Conftitution . Ce Parlement avoit tiré
réellement la ligne de démarcation entre les fourlagemens
de confcience & la sûreté de l'Eglife.
Enfin il ( Lord North ) voyoit dans l'acte de Teft
la pierre fondamentale de la conftitution qu'il
( 143 )
falloit toujours conferver. Quand le Roi Jacquies
voulut amener le Prince & la Princeffe d'Orange
à fes vues , il demanda leur avis fúr l'abolition
des actes de Teft & de Corporation : le Prince
d'Orange répondit qu'il confentoit à ce qu'on
anulat le dernier , mais qu'il falloit respecter
Pactre , & déclara que c'étoit une pratique inviolablement
ſuivie en Hollande , de ne confier
les emplois civils qu'à ceux qui profeſſoient
les principes religieux reçus dans l'Etat ik
ajouta feulement que , vû le beſoin de troupes,
on pouvoit être moins exigeant pour le Militaire.
Rien n'accéléra la ruine du Roi Jacques
comme ce même acte du Teſt qui l'empêcha
de remplir les offices civils & militaires de perſonnes
de ſa ſecte , ce à quoi il auroit infailliblement
réuffi par l'abolition de cet acte , à l'a
néantiffement duquel étoit attaché celui de la
liberté : la tyrannie fe feroit propagée en filence ,
& auroit jetté aflez profondément ſes racines
pour rendre inutiles tous les efforts contr'elle . II
croyoit que c'étoit un devoir facré pour chaque
Membre de cette Chambre de prévenir ce qui ,
dans un période à venir , pourroit expofer la Nation
au même danger defquels elle avoit eu le
bonheur de fortir. Si les Ecoffois avoient quel
ques griefs , quelques ujets de plaintes , rien ne
les avoit empêché d'en faire part à la Cham.
bre ; plufieurs de fes Membres étoient de ce
pays ils n'auroient pas articulé les raiſons s'il
y en avoit. Lord North fit enfuite fes obfèrvations
fur l'union avec l'Ecoffe , union qu'il regardoit
comme le contrat le plus facré , & qu'on ne
dévoit pas toucher d'une main facrilege ; il prétendit
que l'Eglife établie , l'étoit fur une bâfe
auffi facrée , & qu'enfin ceux qui ne vouloient pas
d'innovation dans le contrat d'union ſe garde
g 6
( 144 )
1
roient également de toute attaque contre l'E
glife. Les remarques de Lord North porterent enfuite
fur les argumens de l'honorable Membre
( M. Beaufoy ) relativement au Clergé forcé de
donner la Čêne à tous ceux qui la defiroient.
Ben loin que le Clergé d'Angleterre votât
pour l'abolition de l'acte du Teft , il s'étoit répandu
une alarme générale à la feule propofition de
l'annuller , & il étoit difpofé à le défendre de
toute la force. Chaque Miniftre eft lié par fes auguftes
fonctions à refufer la Communion à toute
perfonne qui en eft indigne. S'il la refufe
d'après la Loi , la Loi fe charge de fa juftification.
La crainte d'être attaqué en juftice ne
doit point empêcher un homme de faire fon devoir;
s'il a fait ce qu'il devoit faire , où peut être
la crainte d'une attaqué ? Il n'en résultera pour
lui que de 1honneur , de la honte & des frais
pour celui qui aura entamé une pourſuite injufte.
La pofition des Membres du Clergé eft encore aujourd'hui
la même que celle où ils fe trouvoient
avant l'acte du Teft ; ils pouvoient alors , & ils
peuvent à préfent encore refufer d'adminiftrer le
Saint Sacrement de la Céne du Seigneur à tout
caractere méchant ou indigne , toutefois avec
preuve qu'il eft tel. Le Sacrement eft adminiftré
comme un témoignage qu'on eft bien difpofé
en faveur de l'Eglife ; une preuve de ces fentimens
eft néceffaire , & il faut la prendre . Si le
Sacrement étoit pris indignement dans plufieurs
occafions , il craignoit qu'on ne prît auffi plufieurs
faux fermens. Seroit- ce pourtant là une raifon
pour abolir le ferment qui , dans beaucoup de
cas , eft indifpenfablement néceffaire? La légifltion
n'eft pas plus refponfable des conféquences
du Sacrement pris indignement , que des faux
fermens. Si l'on pouvoit trouver quelqu'autre té
( 145 )
moignage qui répondit au même but , il l'adop
teroit volontiers. Si l'on peut citer le droit
d'une naiffance légitime , les Catholiques feront
fondés à demander leur admiffion. On a prétendu
faire valoir le changement des conjonctures
; on a infifté fur ce qu'un Papifte occupoit
alors le Trône. Dieu foit loué de ce que les tems
ne font plus les mêmes ; mais puiffent- ils ne pas
revenir ! On auroit pu dire qu'on n'étoit plus expofé
à voir reparoître les defcendans des Stuarts ;
que la famille eft réduite à deux freres , dont
l'un , engagé dans les Ordres facrés , ne peut avoir
d'enfans légitimes , & l'autre eft très-âgé ; mais il
peut y avoir du danger à renverser la barriere
qui a garanti la conftitution jufques à nos jours.
Tous les honorables Membres favoient quels rifques
pouvoit faire courir ce cri , l'Eglife eft en
danger. Un boute -feu , faififfant l'occafion , ne
pourroit- il pas caufer autant de tumulte & de
malheur par cette acclamation incendiaire que
par celle , point de Papifme ? Quoique nous
devions beaucoup à la Maifon de Brunswick pour
la confervation de notre liberté , nous devons aufli
beaucoup à une Eglife qui entretient l'harmonie ,
eft foumife au Gouvernement , & montre des principes
fi généreux , qu'ils ont peut- être encouragé
la motion actuelle. Les Diffidens n'ont point à fe
plaindre d'une tyrannie eccléfiaftique , d'une perfécution
de la part des Prêtres ; gardons -nous donc
de confondre la tolérance religieufe avec l'admi
fion aux emplois civils & militaires . --- La tolé .
rance univerfelle eft établie , gardons nous d'innover
dans l'Eglife ; on a toujours vu la conftitution
politique en danger , quand l'Eglife a été
privée de fes droits.
Nous donnerons l'Ordinaire prochain le
Difcours de M. Pitt
( 146 )
Le 2. on a fait à la Chambre des Com→
munes le rapport des réſolutions relatives à
M. Haftings ; il entraîna des débats que le
manque d'efpace nous oblige de renvoyer
pour le moment.
A la fuite de ces débats , la Chambré prit l'ar
rêté fuivant : » La Chambre adopte l'avis de
fon Comité , & elle eft d'opinion que le troi-
» fieme chef d'accufation contre M. Hatings ,
eft affez grave pour dénoncer ledit Haflings
» comme coupable de crimes ( high crimes and
» mifemeanors ) & de prévarication ». Des arrêtés
femblables furent propofés fur les 4e , ses
78 , 10 , 11 , 12е , 22e & 8e chefs d'accufations
, & pafferent unanimement .
כ כ
M. Burke propofa fur le champ une motion ,
tendante « à ce que les differens chefs d'accufations
, & toutes les pieces iuftificatives qui y
>> font relatives , fuffent remiſes à l'examen d'un
» Comité , & que ledit Comité fût chargé d'a-
» près cet examen de dreffer les articles de la
dénonciation ». Cette motion fut fans contracontradiction.
و د
">
La Chambre ayant alors élu le Comité , prit
un arrêté pour a que ledit Comité , ou cinq de
» fes Membres quelconques , puffent s'affembler
» le lendemain , demander & entendre telles
dépofitions qu'ils jugeroient à propos , &
faire donner les actes & papiers dont ils au
roient befoin ; & que ledit Comité puiffe s'a-
» journer à tel temps , & à tel endroit où place
qu'il jugera à propos , & faire fon rapport à la
» Chambre lorfqu'il le jugera convenable, & enfin
que edit Comité s'affemble nonobftant toût
ajournement du Parlement ».
Ces formules constituent ce que l'on appelle un
Comité fecret ( a Committee of fecrecy ) . Celui(
147 )
ci eff compofé de vingt Membres , tous de l'op
pofition . MM. Pitt , Dundas , Grenville , ont
rufufé d'y prendre place. On délibéra fur la
convenance d'y admettre M. Francis , ennemi
perfonnel & furieux de M. Haftings ; & la nomination
fut confirmée à la pluralité de quelques
voix .
Le 3 , la Chambre s'occupa d'une réfor
me dans les Tribunaux Eccléfiaftiques ; la
troiſième lecture du Bili propofé à ce sujet
fut entendue , & le Rapport en fut ordonné.
Le même jour, on agréa le Bill en faveur
des débiteurs inolvables , dont nous parlerons
, lorfqu'il aura reçu la fanction de la
Chambre Haute.
FRANCE.
De Verfailles , le 11 Avril.
Le 5 de ce mois , jour du Jeudi- Saint , après
l'abfoute faite par l'Evêque d'Aire , & le Sermon
prononcé par l'Abbé de Sain &ton , Grand-
Vicaire de Saint- Brieux , le Roi lava les pieds
à douze pauvres , & les fervit à table. Le Prince
de Condé , Grand- Maître de la Maifon du Roi ,
étoit à la tête des Maîtres-d'Hôtels de Sa Majefté
, & précéda le fervice , dont les plats furent
portes par Monfieur , Monfeigneur Comté
d'Artois , le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Duc de Bourbon , le Duc d'Enghien , le
Prince de Conti & le Duc de Penthievre , & par
les principaux Officiers de Sa Majefté . Leurs
Majeftés , accompagnées de Monfieur , de Madame
, de Monfeigneur Comte d'Artois & de
Madame Elifabeth de France , ſe rendirent enfuite
à la Chapelle du Château , où elles entendirent
la Grand' - Meffe , qui fut chantée par la
Mufique du Roi , & à laquelle l'Abbé de Gande
ratz , Chapelain de la Grande- Chapelle , off(
148 )
cia. Mefdames Adélaïde & Victoire de France
affifterent auffi à la Grand' - Meffe , à laquelle
la Comteffe de Montefquiou Fezenzae fit la
quête.
Le même jour , la Reine entendit le Sermon
de la Cène , prononcé par l'Abbé d'Amalric
Grand-Vicaire de Tul'e. L'Evêque d'Aire fit
enfuite l'abfoute , après laquelle Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles qu'elle fervit
à table. Le Marquis de Talaru , premier
Maître-d'Hôtel de la Reine , précéda le fervice,
dont les plats furent portés par Madame , par
Madame Elifabeth de France , ainfi que par les
Dames du Palais , & celles qui étoient à la fuite
des Princeffes.
Le 7 , la Cour affifta dans la Chapelle du Château
, à l'O filii , de la compofition du fieur Girouft
, Maître de la Chapelle du Roi , & exécuté
par la Mufique de Sa Majesté.
Le lendemain , jour de Pàque , Leurs Majef
tés , accompagnées de Monfieur , de Madame ,
de Monfeigneur Comte d'Artois , & de Madame
Elifabeth de France , ont affité , dans la Chapelle
du Château , à la Grand' -Meffe , qui fut
chantée par la Mufique du Roi ; l'Evêque d'Aire
y officia pontificalement , & la Vicomteffe de
Gand fit la quête .
L'après midi , Leurs Majeftés , après avoir
entendu le Sermon , affifterent aux Vêpres.
Mofdames Adélaïde & Victoire de France ,
affifterent ce jour , à l'Office dans une des
travées.
Leurs Majeftés fouperent à leur grand couvert
. Pendant le repas , la Mufique du Roi exécuta
diff rens morceaux de mufique , fous la conduite
du feur Girouft , Surintendant de la Mufique de
Sa Majesté.
Le
2 de ce mois , le Roi s'eft rendu en céré(
149 )
monie à l'Eglife de la paroiffe de Notre-Dame ,
où il a communié des mains de l'Evêque de
Metz , Grand- Aumôni r de France ; le Maréchal
, Duc de Duras , premier Gentilhomme de
la Chambre de S. Majefté , en exercice , &
le Duc de Briffac , Capitaine - Colonel des Cent-
Suiffes tenant la nappe du côté du Rei ; l'Evêque
de Senlis & l'Aumônier de quartier , du côté
de l'autel.
"
Le 10 , la Reine s'est rendue en cérémonie à
l'Eglife de la paroille de Notre-Dame , où elle a
communié des mains de l'Evêque-Duc de Laon ,
fon Grand - Aumônier ; la Ducheffe de Luxembourg,
& la Ducheffe de Luynes , Dames du
palais , tenant la nappe.
Aujourd'hui , Malame Victoire de France
s'eft rendue en cérémonie à la même Eglife , où
elle a communié des mains de l'Evêque d'Evreux ,
fon premier Aumônier ; la Princeffe de Ghiſtelle ,
Dame pour accompagner cette Princeffe , tenant
la napp
Le Roi , fur la démiffion du fieur Hüe de
Miromefn.l , Garde des Sceaux de France , a
nommé à cette place le fieur de Lamoignon ,
ci devant Président du Parlement de Paris .
Sa Majefté a auffi , fur la démiflion du fieur
de Calonne , chargé de l'Adminiſtration de
Tes Finances , le fieur Bouvard de Fourqueux,
Confeiller d'Etat Ordinaire.
De Paris , le 18 Avril.
» Suivant de nouveaux détails reçus de
» l'lfle de France , a fujet de la priſe de
» poffeffion de l'ifle de Diego -Garcias , par
» un détachement de troupes Angloifes
» expédiées de Bombay , un M. Lenorman
» avec fa famille avoit été établi dans cette
( 15 )
ifle par M. de Buly ; il poffédoit quel
» ques negres , emploiés à couper des co-
>> cotiers dont cette ifle abonde , & à faire
» la pêche de la tortue , Pendant que ce
» colon étoit allé lui même dans un petit
» bâtiment po ter un chargement de bois ,
» de coco au Pegu , l'expédition Ang'oile
" a paru , a planté pavillon dans l'ifle , & a
» fait conduire les negres à l'ifle de France.
» Quand ils y font arrivés , i s'y trouvoit
» un Officier fuperieur Anglois , qui , dit-
» on , a affuré le Vicomte de Souillac , que
» le Gouverneur de Bombay n'avoit reçu
» aucun ordre de la Cour de faire un tel
» acte d'hoftilité . Si cela eft , cette invaſion
» fera défavouée par le Cabinet de Lɔn-
» dres.
» Nous devons à Nos Lecteurs quel-
» ques détails fur la fameufe affaire des
» Lettres de change de MM. Tourton &
á Ravel. Les conclufiors du Procureur-
» Général de la Commillion ont été contre
ces Banquiers ; & le Jugement du Châ
» telet a adopté ces conclufions. Voici ce
» qui a déterminé , dit on , les Juges à pro-
>>> noncer cette décifion. Les lettres de
» change ont été fabriquées par des tireurs
» inconnus , avec le deffein formé d'adulté
>> rer leur valeur ; les Banquiers les ont ac-
» ceptées fur le feul titre d'un dépôt d'effers
» remis chez eux ; & quoique leurs regiftres
d'acceptation foient en regle pour eux-
33
( 151 )
» mêmes, Ms ne le font pas pour les por
» teurs de bonne- foi def lites lettres de chan-
» ge ; auffi le Jugement les a t il condam-
» nés à payer les valeurs , les intérêts & l.s
» dépens . Il est réfuté de cet e caufe une
» précaution effentielle , qui n'étoit pas d'ulage
auparavant , c'eft d'exprimer en tou
» tes lettres la fomme de l'acceptation .
» Les lettres de Breft nous apprennent
que la frégate l'Aftrée , qui étoit en rade ,
» a mis à la voile , fous le commandement
» de M. de Keroulas. Elle a à bord M. de
» S. Rivel , qui va remplacer à l'ifle de
» France le Vicomte de Souillac , & le
» Comte de Conway , qui va prendre le
» commandement général des troupes Fran-
» çoiſes dans l'Inde . On croit cer Officier
» général , chargé d'inftructions relatives à
» deux objets affez importans : l'un eft l'affaire
de l'ifle de Diego Garcia , & l'autre les
fecours demandés par le Prince Cochin-
>> chinois .
ב ט
« Lors des derniers ouragans qui ont fait de
grands ravages en Rouflon , & occafionné
plufieurs naufrages à la côte , il y a eu , dit
une Feuille publique , un trait d'intrépidité &
d'umanité remarquable , dont nous devons
faire mention , pour en exciter d'autres en pa
» reille occafion .
» Un navire marchand , de Saint -Malo , richement
chargé , ayant été etté à la côte ,
y a échoué , près de la petite ville d'Argelès.
Le Vicaire de ce lieu , fortant de dire fa meſſe ,
inftruit de ce ma heur , monte au clocher
» diftingue le navire , voit la détreffe de l'é
1152 )
1
>>
quipage , defcend auffi tôt , invite ceux des
habitas qu'il connoît les plus forts à l'ac-
» comp gner , prend un cheval part le premier
; & malgré le vent , la pluie , la tempête
qui étoit horrible , parvient à la plage , traverfant
les eaux qui montoient à la felle de
» fon cheval , ayant perdu terre même plufieurs
fois ; il arrive au navire , raffure l'équipage ,
» l'inftruit du lieu où il fe trouve , engage le
»Patron & dix-fept perfonnes à venir fe refugier
d'abord dans une batterie , enfuite à la
Ville , ayant tous paffé une corde autour de
» leur corps que le Vicaire tenoit , étant à la
» tête ; & malgré la pluie , les bourbiers , tous
» les obftacles , dirigé par un payfan qui l'avoit
joint , il eft parvenu à les conduire dans
» fa maiſon , où il leur a procuré toutes fortes
de fecours. Ce Vicaire nommé M.
Julien Bordes , qui n'a pas 300 livres d'hon-
» noraires , laiffoit ignorer cette action généreufe
& fi méritoire , conten: du bien qu'il
» avoit fait.
ور
95
2
» M. l'Intendant l'ayant appris , la contraint
» de lui en donner le récit , l'a prié de ſe trouver
à fon audience ; & après les éloges publics
qui lui étoient dus , lui a remis , au nom du
» Roi , une bourse contenant fix louis en or ,
» & un mandat de 96 liv. pour prendre chez
» un Libraire les Livres de fon état , à fon
>> choix « .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 du mois
dernier , font : 31 , 72 , 25 , 35 & 6.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 30 Mars.
Le 28 du mois dernier , l'Evêque de Namur
a reçu un ordre fouverain de fortir de
( 153 )
.
fon diocefe : fon temporel eft confifqué au
profit de S. M. I.; on a mis le fcellé fur
tous les meubles , & il fera réduit à une
penfion de 5000 florins . L'Abbaye de Dumoulin
eft fupprimée , ainfi que les Etats
provinciaux du Comté de Namur & du
Tournefis , dont un feul Député réfidera à
Bruxelles , aux appointemens de 4000 flor.
Les Etats d'Utrecht affemblés à Amerffort
ont refufé la mediation partielle propoffe
par les Etats de Hollande , ne voufant
fe foumettre qu'à celle des fix Provin
ces réunies . Ils demandent que les conférences
fe tiennent , non à la Haye , mais
dans la Province même ; enfin ils ne veulent
point admettre à ces conférences les
Membres de la nouvelle Régence d'Utrecht ,
comme illégalement établie .
M. le Baron de Reifchac , Miniftre plénipotentiaire
de l'Empereur auprès des Etats-
Généraux , a pris congé de LL. HH. PP . ,
le
S de ce mois , & il a accompagné la remife
de fes Lettres de rappel d'un Mémoire
où témoigne à la République les fentimens
& les voeux de fon Souverain , a'nfi que les
fiens propres , pour le bonheur de la Répu
blique.
a Il n'eft plus douteux aujourd'hui , écrit-on de
Conftantinople , que fi la Cour de Vienne ne s'interpofe
, nous aurons bientô la guerre avec la
Ruffie . Celle - ci a enfin dévoilé les intentions
qu'elle avoit formées depuis 1 ng-temps contre
PEmpire Ottoman , & dont tous les facrifices ,
faits jufqu à préfent , n'ont que retardé le développement.
Il dépendra de l'Empereur de préve
( 454 )
t
nir cette rupture & par -là une guerre générale en
Europe. En effet , la Porte ne croit point , qu'à
préfent les autres Puiflances Chrétiennes foient
tranquilles fpectatrices de l'exécution des vues que
fuit le Miniftere de Pétersbourg pour aggrandir la
Puiflance Ruffe au delà de toutes bornes. Du
moins la Méditerranée ne paroît elle plus devoir
fervir de theatre à fes triomphes, Ni l'Angleterre,
ni la France n'ont intérêt àvoir dévafter les Echelles
du Levant. Les liaifons que la Porte a formées
récemment avec celle - ci , pourront lui fervir dans
cette conjoncture . Elle a nommé Vafif- Effendi
pour fe rendre comme fon Envoye à Madrid. Dès
le 28 Décembre dernier , le Grand- Seigneur en
avoit fait informer ministériellement Don Juan
de Bouligny , Miniftre de S. M. Catholique. L'on
croit que Vafif Effendi , qui fut revêtu en même
tems du Caftan , partira au Printems prochain. »
[ Gazette de Leyde , n° . 29. ]
« Les demandes que le Cabinet Ruffe a fait
faire à la Cour Ottomane , font pas encore
bien connues. Mais des lettres de Conftantinople ,
du 25 Février , confirment qu'elles n'ont que trop
de réalité. Il est question , entr'autres , de la Beffarabie
, que la Ruffie réclame comme une ancienne
dépendance des Etats du Kan de Crimée.
La Porte , étonnée d'une pareille prétention ,
après tous les facrifices qu'elle a déja faits , &
qui n'ont fervi jufqu'à préfent qu'à encourager la
Ruffie à en exiger fans ceffe de nouveaux a répondu
d'un ton ferme & tranchant : & pour mon
trer qu'elle n'a pas deffein de céder la Beffarabie
comme la Crimée , fans coup férir , elle a élevé
Ifmai Pacha au rang de Séraskier , pour couvrir
avec un nombreux Corps de Troupes l'importante
Fortereffe d'Ocząkow : Il avoit déja pris les
devants , & il feroit , fuivi inceffamment par 19
divifions , qu'on renforceroit encore par 2000 Jas
2
Xass )
-
niffaires d'élite. Trois autres Pachas marche
roient avec 20,000 hommes du côté de la Crimée ;
& 10 vaiffeaux de guerre étoient prêts à entrer ,
avec le premier vent favorable , dans la Mer
Noire , afin d'y attendre le refte des forces navales
qu'on armoit en toute diligence. Tous
ces préparatifs ne luiffoient aucun doute , ſoit
fur la démarche de la Cour de Pétersbourg , &
fur l'objet , que le voyage de l'Impératrice , accompagnée
d'une nombreuſe armée & d'un gros
train d'artillerie , n'avoit fervi qu'à couvrir , foit
fur la ferme réfolution qu'ont pris les Ottomans
de s'y oppofer avec vigueur. » [ Idem . ]
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1 ).
Parlement de Normandie.
Domestiques peuvent- ils , en Normandie , être légataires
univerfels des meubles de leurs maîtres ?
Cette question s'eft élevée entre les fieur &
dame Touzey , héritiers de Me. Rougeault , Prêtre ,
Avocat de Pont- Audemer , & les filles Maffor &
Bazette , fervantes, légataires dudit Me . Rougeault.
-
Me. Rougeault eft né en 1700 , avec peu de
fortune , avec l'amour du travail , l'efprit d'ordre
& d'économie. Ces moyens , mis en uſage pendant
une longue carriere , lui formerent un revenu
confidérable. En 1776 , voulant récompenfer
les longs fervices de fes deux fervantes , il,
leur donna 11 acres de terre en bon fonds , & à
chacune une petite maifon fituée à Pont- Audemer.
En 1780 , il leur a légué par fon teftament
olographe la totalité de fs meubles , à la charge,
de quelques legs particuliers peu confidérables
en faveur de fes pauvres parens qui n'avoient
rien à prétendre à fa fucceffion. Me. Rougeault
eft mort le 12 Novembre 1785 , d'une attaque
d'apoplexie , laiffant pour plus de 50,000 l ..
d'immeubles , plus en acquêts qu'en propres.
Les Geur & dame Tourey , fes héritiers en
( 156 )
T
partie , ont attaqué le teftament , & ont prétendu
qu'il devoit être révoqué en totalité . Le Juge de
Pont-Audemer a réduit le legs univerfel à 10,000
livres. Les filles Maffot & Bazette ont interjetté
appel de la Sentence ; les fieur & dame Touzey
ont auffi interjetté un appel incident . Les deux
fervantes ont conclu à la réformation de la Sen-'
tence & ont demandé acte de leurs offres d'une
fomme de .... aux pauvres parens de Me. Rou
geault , & ont fait valoir leurs longs fervices
tant auprès du pere & de la mere de Me. Rou
geault , morts très- âgés , qu'auprès de Me. Rougecult
lui- même , mort à 85 ans , aveugle depuis
quelques années , les facrifices qu'elles avoient
faits des étab'iffemens très honnêtes pour continuer
leurs foins à leur ancien Maître ; elles ont
auffi obfervé que le caractere ferme de Me. Rougeault
, caractere qu'il avoit confervé , avec tout
fon efprit , jufqu'à la fin de fa vie , devoient écarter
tout foupçon de captation & de fuggeftion.
Les fieur & dame Teuzey ont répondu que.
Me. Rougeault s'étoit fufflamment & généreufe
ment acquitté envers les fervantes par la donat'on
entre vifs qu'il leur avoit faite en 1776 ; que
les Confeffeurs , Médecins , Apothicaires , Chirurgiens
, étant par la Jurifprudence incapables?
de legs teflamentaires , l'incapacité des domeſtiques
devoit être encore plus forte , fur-tout à
l'égard des Célibataires , livrés inceffamment
dans leur vieilleffe à tous les genres de féduction
dont fort capables les gens de cette espece , toujours
à portée de profiter des circonstances favo
rables à leur intérêt , même de les faire naître.
La Cour , par fon Arrêt du 29 Août 1786 ,"
a donné acte aux fi les Maflot & Bazette de leurs
offres ; faifant droit fur l'appel , a réformé la Sentence
& ordonné l'entiere exécution du teftamentj
JOURNAL POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
DANEMAR CK.
De Copenhague , le 31 Mars.
ON a lancé aujourd'hui un vaiſſeau de 74 canons .
La rebellion des payfans en Norwege
n'eft pas encore appaifée. La Commiffion
établie pour examiner les plaintes du peuple
, ayant jugé à propos de faire arrêter
l'Auteur des troubles , fes partifans fe font
emparés du Confeiller Dahl , & l'ont enfermé
dans les prifons de Nedenkes.
15 bâtimens font partis pour la pêche
de la baleine au Groenlande . Deux autres
bâtimens , chargés de provifions de bouche
& d'autres marchandiles , ont fait voile
pour l'Iflande.
N°. 17 , 28 Avril 1787.
h
1158 J
Le 22 , la frégate le Bornholm eft allée
dans le Sund , où elle reftera comme vaiffeau
de garde.
. Les actions de la Compagnie d'Afie ont
été vendues dernierement à la Bourfe , pour
871 & 873 rixdalers , & celles de la Compagnie
de la Baltique & de Guinée pour 59,
& 60.
'ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 10 Avril.
Après un voyage très pénible , le Roi de
Pologne eft arrivé le 9 de ce mois à Wifniowiek.
La route de Dubno à cette ville
étoit devenue prefqu'impraticable par la
hauteur des neiges . Plufieurs perfonnes de
la fuite de S. M. ont fouffert prodigieufement
du froid ; ils font tombés malades
& hors d'état de fuivre le Roi , qui eft reparti
le 14 de Wifnowiek , & eſt arrivé ,
dit- on , à Kaniew , après des fatigues incroyables.
L'Impératrice de Ruffie lui a envoié
le Comte de Romanzof pour le complimenter.
Les dernieres lettres de l'Ukraine
apprennent que 16000 hommes de troupes
Ottomannes font en marche pour renforcer
les garnifons de Choczim , d'Oczakof,
de Bender , &c. On écrit auffi de Choczim ,
que Sahim- Gherai a quitté cette place , pour
fe rendre à Conftantinople.
Un Journal de commerce offre le tableau
fuivant des poffeffions & du commerce des
Portugais en Afrique.
Les poffeffions de cette Couronne font ; 1º . Ia
Province de Bamba , qui fait partie du Royaume
de Congo ; elle fournit une grande quantité de
bois de teinture & de conftruction , & beaucoup
de dents d'éléphans ; les plus gros éléphans en
font originaires ; leurs dents font monftrueuſes ,
& il s'en trouve qui pefent près de 200 livres.
2º. Le Royaume d'Angola , qui fait auffi partie
de Congo ; St. -Paul de Loanda , dans la Baffe-
Guinée , eft la Capitale de ce Royaume , dont
les productions font du millet , des feves , citrons
, oranges , dattes , & c. 3 ° . La Province
de Bengucia, fituée entre ce Royaume & Java ;
à 12 milles au-delà eft un autre Etabliffement
Portugais , dont la principale induſtrie confifte
dans l'éducation du bétail ; on y fait auffi les provifions
de fel néceſſaire à la confommation des
peuples foumis à la Couronne de Portugal. Le
principal avantage de ces Etabliffemens confifte
dans la traite des nègres que les Portugais peuvent
fe procurer en grand nombre & à meilleur
marché que les autres Nations de l'Europe. 4°. La
ville de Sofala ; le Royaume de ce nom eft remarquable
pour fes mines d'or ; on affure qu'elles
rapportent aux Portugais environ 2,000,000 de
miticals par an . (un mitical vaut environ 4 rixd. )
Les habitans de Mofambique , de Quilloa , de
Mombare & de Melinde apportent à Sofala toutes
.fortes de toiles teintes & les échangent pour de
l'or , du fer , de la cire , de l'ivoire & de l'ambregris
; ces toiles paffent enfuite à Monomotapa &
y font vendues pour de l'or. 5 ° . M fambique ,
Ifle fituée vis- à- vis de Madagascar, eft le centre
des poffeffions Portugaises dans cette partie du
h 2
( 160 )
Monde ; le commerce principal de cette Ifle con
fifte en dents d'éléphans & en pouffiere d'or.
Les autres poffeffions des Portugais font les
Ifles Terceres , S.- Miguel , Sta.- Maria, S.- Georges
Gratiofa , Pico , Flores & Corvo. Terceres eft la
plus confidérable de ces Ifles ; le bled , les fruits ,
les bêtes à corne & à laine y font en abondance ;
on y cultive auffi de l'indigo . Angra eft la Capitale
de cette Ifle & en meme temps la réfidence
du Gouverneur général & d'un Evêque. L'Inquifition
y a établi un Tribunal.
De Berlin , le 9 Avril
Le Roi vient de donner au Lieutenantgénéral
de Platen le Gouvernement de Memel
& de Pillau .
La Gazette de la Cour , au 31 Mars ," a
fait connoître que S. M., en fa qualité de
Co Directeur du Cercle de Weftphalie , a
pris , relativement à l'affaire du Comté de
la Lippe- Schaumbourg , les mesures les plus
convenables aux principes de l'Union Germanique
& de la conftitution de l'Empire ,
& qu'elle fe propofe de les fuivre ftrictement.
On affure que les Régimens de garnifon
feront fupprimés , que les deux premiers bataillons
de ces Régimens, feront mis fur l'état
de campagne , & que les autres feront
regardés & traités comme des bataillons
d'Invalides.
La mort de la Princeffe Amélie de Pruffe
fait avancer à la dignité de Princeffe Ab(
161 )
beffe de Quedlinbourg , la Princeffe Sophie
Albertine de Suede , qui en étoit Coadju
trice.
Le nouveau Réglement de Police pour
la ville de Berlin vient de paroître ; il eft
compolé de 40 & quelques articles , &
écrit avec beaucoup de clarté & de précifion.
De Vienne , le 9 Avril. ,
Nous avons annoncé la derniere Ordonnance
de S. M. I. touchant le commerce des
marchandifes étrangeres , dont les unes mifes
hors de cours , les autres permiſes , en
payant des droits. On a annexé à ce Réglement
un Tarif qui intéreffe tous les¹ Ñégocians
en aifon d'affaires avec l'Autriche ,
& que par cette raifon nous allons configner
ici .
T
Marchandifes étrangeres mifes hors de commerce
, avec les droits que devront payer les
particuliers , qui , en vertu de Paffeports ,
auront la faculté de les faire entrer.
Ruban Nompareil , par flor.
Marchan lifes de coron , favoir :
Toile de Cambrai , par liv .
Mouffeline unie , par liv.
Item brodée de coton , par liv .
Vert de Montagne , par quintal
Bleu de Berlin , par liv.
flor. kr.
12
1.2
12
20
*
36
24
1. 12
h 3
( 162 )
Paillettes longues de cuivre doré , ou or
de Lyon , par liv.
Crayons , la douzaine
Clinquans de Lyon , par flor.

Fleurs de papier & plumes , par flor.
Peluche de toile de lin , par liv.
yuug
flor. kr.
40
36
36
• •
I
36

17
I 40
Porte-feuilles de papier ou de cuir , par fl.
Chocolat , ( excepté celui de Milan & de
Florence ) par liv.
Fil de métal de Lyon , par liv.
Ouvrages tournés en bois , os & corne
par florins ,
Ornemens de fer groffiers , par quintal . 12
Boffelage de Serrurerie blanchi , par ql . 24
Serrurerie non- boffelée blanche , par ql . 18
Idem boffelée noire , par quintal. • 35
Idem unie non-boffelée , par quintal. 12
Idem faite en partie de laiton , par quint. 18
Dez à coudre , entier de laiton , par paquet
de cinq douzaines.
De fer fourré de laiton , par idem. • I
De fer ordinaire , par idem.

Brin de baleine , paffant 3 quarts d'aune
de longueur , par liv.
Idem de 3 quarts d'aune & au deffous , à
l'exception du befoin des Orfévres ,
par quintal. •
Cantine à bouteilles , avec ou fans les dépendances
, par flor,
Paillettes de Lyon , par liv.
Etuis de toutes fortes

› par Alor.
Panneaux à mouches de toile , par liv..
Filures de Lyon , par liv.
Lisbarge , par quintal ,
4
36
54
45
27
I
24
36
I 40
36
30
1 20
• 8 24
36

Marchandifes de Chaînetier , par flor.
Gants de peau, liffés , non- liffés , d'hom(
163 )
me & de femme , par douzaine ,
Idem d'enfans , par douzaine , •
De Suéde & de Danemarck , pour homme
& pour femme , par douzaine ,
Idem d'enfans , par douzaine ,
D'Angleterre garnis , d'homme & de femflor.
ki .
24 2
I 12
341
54
27
IZ
me, & ceux de Turin , par douzaine , 3 36
De peau de cerf& chevrette , par douz.
Idem pour les enfans , par douzaine ,
Lanternes de bois , avec ou fans ferrure
par flor. • •
·
>
Toiles & mouchoirs de toiles , de toutes
fortes , fans exception , par flor..
Agraffes de laiton & de fer , par flor.
Ou blies , par flor.
2
I 30
36
36
36
36
& le pa-
3 30
36
36
36
36
36
36
Papier teint , uni & imprimé , le papier
dit de Turquie , & de coton
pier peint , par rame ,
Nacre de perles , par flor.
Chapelet , par flor.
·

Oifeaux ordinaires , depuis 20 kr. la douzaine
, jufqu'à 1 flor. 30 kr. , par flor.
Boucles , fans exception , par flor .
Marchandifes de Fourbiffeurs , par flor.
Joujoux d'enfans , de bois , d'os , de corne,
métal , &c. , par flor. ·
Cadre & étuis de miroirs , par flor .
Ouvrages de tricots en lin de toutes
fortes , par liv.
2
Ouvrages de Malletiers , y compris les
chaifes de Paffau , par flor.
·
36
5 24
36
· 16 Têtes de pipes ordinaires , par douzaine ,
Linge de table en garniture fine , par liv. 3
Idem moyen & ordinaire , par liv.
Horloge de fable & folaire , par flor.
Corps d'éventails , leur garniture , par fl.


32
36
36
h 4
( 164 )
1
Marchandifes de tiſſerie de toile de toutes
fortes , par liv.
·
for.
5 24
Marchandifes étrangeres , dont l'entrée eft
permife aux Marchands , avec augmentation
de droit d'entrée .
Batifte unie , entre- tiffue de fleurs &
batiste- linon , par liv.
Crêpe liffe de lin , par liv.

Mouffeline rayée & à fleurs , & fichus
de cette forte , par liv.
Voile de toutes fortes , par liv .
De Francfort , le 14 Avril.
6
6
L'Election du Baron Charles de Dalberg ,
Gouverneur d'Erfort , à la Coadjutorerie dé
Mayence , fait une grande fenfation en Allemagne.
M. de Dalberg eft encore dans la
force de l'age & d'un mérite très diftingué :
il détefte toute intrigue ; il eft vraiment patriote
. On croit que l'Electeur lui con'erera
d'abord une partie de l adminiſtration . M. de
Dalberg occupe un rang avantageux parmi
les Savans & les Ecrivains de l'Allemagne.
Son élection a été inattendue , & decidée ,
à ce qu'on dit , par les circonftances fuivantes.
L'Electeur s'étoit propofé de faire un
Coadjuteur , & avoit jetté les yeux fur un
autre Chanoine. La chofe fe traita affez
fecrettement : quand ce Chanoine eut dix(
165 )
<
voix , la chofe tranfpira , ou plutôt on la
laiffa tranfpirer , dans l'efpérance d'obtenir
encore les trois voix qui manquoient. Les
quatorze Chanoines dont la voix n'étoit pas
affurée , s'affemblerent le 31 , & le réunirent
, dans la réſolution d'élire un Coadju
teur parmi eux. L'Electeur en érant inftruit
fit appeller le 1 Avril M. de Dalberg , pour
lui demander combien il avoit de voix. M.
de Dalberg dit qu'il n'en avoit qué cinq , &
informa en même temps l'Electeur de la réfolution
qu'il avoit prife avec les treize autres.
L'Electeur , qui a'ma mieux nommer
un Coadjuteur , que de s'en laiffer donner
un , répondit à M. de Dalberg , qu'il lui
donnoit les dix voix , qui le jour précédent
devolent être pour fon concurrent. Ceux
des quatorze , dont les voix n'étoient pas
affurées pour M. de Dalberg, dirent qu'ils
avoient été dans l'intention de le nommer.
De cette maniere, M. de Dalberg eut l'unanimité.
Mais il faut encore actuellement
une elect on formelle . Treize voix fuffifent
dans une élection à Mayence. Le bruit , que
la Cour de Berlin avoit defié la dignité de
Coadjuteur pour un fils du Roi , et entierement
deftitué de fondement , comme
beaucoup d'autres bruits qu'on fe plait depuis
quelque temps de répandre dans les
Papiers publics , au nombre defquels il s'en
trouve de très-impertinens.
On vient d'établir à Hanau une caiffe
Ꮒ 5
( 166 )
"d'affurance pour incendie. Elle eft formée
fur le modele de celle de Caffel , qui exifte
depuis 1767.
Le Prince de Schwarzenberg fait bâtir
deux fauxbourgs à la ville de Mark Breit
fur le Mein. Son projet eft d'y attirer des
fabricans & des négocians , en leur accordant
de grands avantages.
Le Profeffeur Sprengel vient de publier à
Halle une Hiftoire complette des Marattes ,
depuis leur origine jufqu'à leur derniere
paix avec l'Angleterre , le 17 Mai 1782 .
Voici la lubftance des recherches de l'Auteur
fur ce peuple belliqueux & fingulier.
Les Marattes font un peuple originaire de l'Indoftan
; ils defcendent des Rasbutes , dont la cafte
avoit été appellée celle des guerriers , & qui ,
avant la conquête de l'Indoftan par les Maures ,
ne connoiffoient d'autre profeffion que cel'e des
armes , précisément comme la Nobleffe d'Europe
dans le moyen âge. Une partie de cette
cafte continue actuellement le genre de vie de
fes ancêtres fur la côte du Malabar , où on leur
donne aujourd'hui le nom de Naïres & de Chéaries.
Les Rasbures habiserent originairemeni les
provinces d'Agimere , de Guzaratte , de Malwa ,
Ulahbad , & firent pour vivre des incurfions
fréquentes dans les provinces voifines . Ils étoient
repartis en divers tribus , dont chacune avoit fon
Rajah particulier. Celle des Rattor , dont les Marattes
defcendert immédiatement , habitoit aux
environs de Chilore & d'Udipur. Le nom de
Maraties ne paroît être connu que depuis 1673 ;
il est compofé des mots Maha ( grand ) & Rattor
●u Rajah. Ce nom ne plait pas à cette nation ,
( 167 )
>
qui fe donne celui d'habitans du Décan. La for
dation de l'Empire des Marattes date de 1660 ;
ils doivent leur grandeur à Sewagi , defcendant
des Princes Rabuftes de Chitore , qui naquit en
1629 , & mourut en 1680. Avant ce Prince ,
les Marattes , repartis en tribus innombrables
ne faifoient point le corps de la nation ; les
uns vivoient de brigandages & de pirateries ;
les autres fervoient comme foldats fous leurs
Rajahs dans les armées du Mogol & d'autres
Princes. Les ancêtres de Sewagi s'étant engagés.
an fervice du Roi du Décan , ils y obtinrent des
territoires. Sewagi prit poffeffion , en 1646 , du
territoire de fon pere dans le Concan ; & s'étant
attaché enfuite à la majeure partie des bandes
de brigands dans les provinces de Concan & de
Guzaratte , il foumit fes voifins en 1660 , & devint
fi puiffant qu'il ufurpa en 1674 plufieurs
grands diftricts fur les terres du Grand- Mogol.
Dans cette même année ce Prince prit à Rairi
le titre de Maha-Raga , & fe fit déclarer Souverain
indépendant. Il continua fes conquêtes juf
qu'en 1680 , année de fa mort. Ce nouvel Empire
des Marattes n'a duré que jufqu'en 1689
où le fucceffeur de Sewagi , devenu prifonnier
du Mogol Aurengzeb , fut mis à mort par fes
ordres. Mais au commencement de ce fiecle ,
eette nation fe releva de nouveau , & fit des con
quêtes confidérables fous quelques Chefs entreprenans
de la famille de Sewagi.
Les poffeffions des Marattes fe trouvent dans
l'arrondiffement de Guzeratte , Malwa , Chander
, Berard & Oriffa . Ils poffedent en outre des
diftri&ts confidérables dans les Provinces d'Agimere
, d'Agra , d'Allahabad & dans le Décan ;
leur territoire renferme environ 28,000 carrés
d'Allemagne , & on évalue les revenus de cet
h 6
( 168 )
Etat à 17 à 20 millions de livres fterl . L'Etat
des Marattes obéiffoit autrefois à un feul Maha-
Rajah de la famille de Sewagi ; mais cette famille
s'étant éteinte en 1777 , le pouvoir tomba
entre les mains du Pcifchva ou Grand - Vifir ; cependant
plufieurs Principautés le font entierement
détachées de fon autorité , & obéiffent à
des Princes particuliers. La réfidence du Pcifchva
eft à Punah , qui eft en même- tems la capitale
de tout l'Erat des Marattes ; les revenus annuels
montent à plus de trente millions d'écus. Le
commerce & l'induftrie font prefque nuls parmi
ce peuple guerrier , qui doit fes conquêtes
rapides à la force & à la bonté de fa
cavalerie.
ITALI E.
De Naples , le 31 Mars.
-
Le Marquis del Gallo , nommé par S. M.
Ambaffadeur auprès de l'Empereur , eft
parti pour Vienne ; & fi , à fon arrivée ,
S. M. I. eſt déja en route vers Cherfon , il
a ordre , dit- on , de fuivre l'augufte Voyageur.
Le Prélat Galeppi eft encore en cette
ville. On affure qu'il eft au moment de conclure
avec la Cour de Rome le Traité d'accommodement
dont il a entamé la négociation
; & l'on eft perfuadé que la fituation
actuelle des affaires eft très propre à en accélérer
la conclufion .
Le Chevalier Filangieri , Auteur de l'ouvrage
fur la Science de la Législation , vient
( 169 )
d'être nommé par le Roi Confeiller de fes
Finances. Ce choix a été généralement applaudi.
On apprend de Rome , que le Cardinal
Delci vient de mourir d'une feconde attaque
d'apoplexie. Cet événement fait vaquer
un fixieme Chapeau dans le Sacré College,
fans compter les neuf réfervés in petto depuis
long- temps.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 13 Avril.
Les Lords de l'Amirauté ont donné au
Capitaine W. Cornwallis , frere du Comte
de même nom, le commandement du Yacht
Royal la Charlotte , qui a été complettement
réparé à Deptford , & qu'on équippe
pour un fervice prochain. Le Léander , de
so can. que monte le Chevalier Barclay , va
fe rendre à Halifax , où il fera ftationné
comme vaiffeau Amiral.
&
Jeudi dernier , les annuités à court terme ,
accordées aux prêteurs comme douceur.
dans l'emprunt de 1777 , ont expiré , ce qui
fait rentrer vingt- cinq mille liv. fterl. de
bénéfice dans le fonds d'amortiffement.
Le Confeil a ordonné un état des frais
de fubfiftance des prifonniers François ' ,
Américains , Espagnols & Hollandois , pendantla
derniere guerre , en diftinguant ceux
de chaque nation féparément , ainfi que les
fommes paiées , & celles qui reftent dues
( 170 )
pour cet objet. On doit faire auffi un état
des fommes paiées par les nations étrange .
res pour la fubfiftance des prifonniers Anglois
Le 4 , le Comité pour l'impeachment de
M. Haftings , s'eft rendu chez le Préſident
de la Compagnie des Indes , où il a commencé
l'examen des Regiftres, Papiers , & c.
Le 6 , douze Membres du Comité fe font
de nouveau raffemblés , ont examiné quatre
témoins , & fe font ajournés au lendemain 7.
Ce premier travail nous ramenant aux débats
qui ont précédé la formation du Comité,
il n'eft pas inutile de donner un extrait
fuccinct de cette difcuffion , qui , quoique
de forme en apparence , jette du jour fur la
maniere dont on procédera.
Le Major Scott dit qu'il s'étoit rendu à la
Chambre dans l'intention de s'opposer à la feconde
lecture des réfolutions ; mais , comme on
avoit adopté une nouvelle maniere de procéder
qui lui fourniroit la facilité d'expofer les moyens
de défenſe , avant qu'on votât fur le décret , il
fe refervoit de ne parler qu'en ce moment.
M. Sheridan crut à propos d'apprendre à l'honorable
Membre qui venoit de s'affeoir , qu'il
ne pouvoit avoir une meilleure occafion d'employer
comme moyen les fervices de M. Haf
tings , & de les faire valoir par voie d'atténuation
; car , dit - il , fi les mérites de M. Haftings
doivent être comparés aux charges intentées
contre lui dans l'intention de les contrebalancer
, certainement le plus noble & le feul moyen
de mettre la Chambre en état de le faire , eft ,
pour l'honorable membre > de paller fur le
$
( 171 )
champ à l'établiffement de ces preuves de fervices
dont il fe propofe de faire ufage dans ce
cas , les membres de la Chambre qui avoient
vôté pour les charges , trouveroient indifpenfable
qu'on remit fur le bureau les piéces propres
à repouffer le poids des argumens , que l'ho
norable membre employeroit peut- être d'une
maniere forte & preffante , ou du moins pour
effacer l'impreffion que ces argumens , ou tout
autre témoignage , qu'il jugeroit à propos d'invoquer
, pourroit faire fur les efprits de la
Chambre .
I
;
Suppofons , ajouta - t- il , que le Comité qui
rédigera les charges en articles de décret à envoyer
à la Chambre haute , les réduiſe à deux
imaginera -t - on avec vraifemblance qu'il veuille
admettre une quantité indéterminée de mérites
allégute mais non approuvée , contre un crime
trop prouvé , & folidemenent établi en deux
charges. M. de Shérid in préfenta cette idée fous
différens afpects pour la mieux faire fentir ; &
après avoir effayé de démontrer par divers argumens
au Major Scott qu'il étoit à propos qu'il
fe levât en ce moment même , il ajouta qu'il
étoit furpris de voir le très honorable Membre
en face duquel il fe trouvoit , ( M. Pitt. ) garder
le filence.
Il ne concevoit pas comment le très - hono
rable membre pouvoit entendre de fang froid
la queſtion amenée fur la réfolution relative à
ces charges fans expofer les objections qu'il s'étoit
réfervées dans l'affaire des contrats.
Le Chancelier de l'Echiquier , après avoir obfevé
que perfonne n'avoit plus de droit que M.
Sheridan , de tenir fortement , ( on pourroit dire
avec une espece d'entêtement ) à fes propres
opinions , parce que perfonne n'étoit plus cas
( 172 )
pable de les former judicieufement quand il fe
donnoit le tems d'y réfléchir , ajouta qu'il ne
fe rappelloit pas d'avoir jamais vu aucun Membre
ofer dicter à ceux dont il attendoit un avis
contraire , l'époque précife où il falloit qu'ils
Je donnaffent , dans le cours d'une affaire : il étoit
certainement permis à chacun de choisir fon moment.
Il ne favoit à quel titre , quelque membre
que ce pût être , pouvoit s'arroger le privilege
que fon adverfaire venoit d'eflayer de prendre
, de choisir pour les confreres la minute où
ils doivent fe lever & produire leur opinion .
Quant à lui , quoiqu'il fût de l'avis des membres
qui fe réuniffoient fur la queftion générale
du décret , cependant , quand il s'expliqueroit ,
on trouveroit probablement quelque différence
dans fon opinion , fur certains articles particuliers
; peut-être cela le conduiroit-il à foumettre
au jugement de la Chambre quelques propofitions
tendantes à reftraindre la matiere de ce
décret , & à ne le faire porter que fur des objets
d'une conféquence & d'une probabilité fuffifantes
pour juftifier cette forme de procédure.
Mais ces propofitions , certainement , il ne les
feroit qu'au moment qu'il jugeroit le plus con
venable au fujet , à la Chambre , à fa propre
fatisfaction . Il étoit auffi un peu étonné à fon
our que l'honorable membre qui mettoit tant
de chaleur dans cette affaire , & qui en preffoit
la conclufion , fuggérât pourtant une maniere
de procéder , fujette à de grands délais &
à d'encore plus grandes difficultés.
Le Chancelier de l'Echiquier ajouta qu'il auroit.
occafion d'en dire beaucoup plus ,, & que fon
devoir exigeoit fouvent qu'il fixât pendant longtems
l'attention de la Chambre, mais qu'en
ce moment , plus par égard pour elle que pour
( 173 )
fes propres convenances , il ne répéteroit pas
ce qu'il avoit déjà établi , & fe contenteroit de
dire qu'il n'avoit rien entendu d'affez plauſible
pour lui faire changer l'opinion avec laquelle
il avoit quitté la Chambre la veille , & il déclara
qu'ayant entendu ce jour même , en commun
avec toute la Chambre , qu'on ne permettroit
plus de mettre en avant de débat pareil à
celui dont l'honorable membre vouloit qu'il s'occupât
, il fe croiroit obligé , fi l'on adoptoit
cette marche , de ne plus prendre aucune part
à cette affaire.
M. Burke fe leva pour protefter contre l'idée
d'oppofer une atténuation à une charge criminelle
, directe , perfonnelle , pofitive & dejà éta
blie ; il témoigna même combien il étoit furpris
qu'on eût pu nourrir un infant un pareil projet.
L'atténuation étoit admiffible quand il n'y avoit
que des imputations ou des fu picions générales ,
contre lesquelles on pouvoit faire valoir des mé
rites & des fervices en général ; mais quand on
avoit préfenté des accufations particularifies ,
alors c'étoit un devoir de faire fuivre à l'accufé
la marche indiquée par les loix . Dans le cas préfent
, il feroit inutile de parler d'admettre una
demande en atténuation de la part de M. Haftings
, fondée fur les mérites & fervices. Dans
le fait , fi la maxime générale dont il venoit de
parler n'avoit pas allez de force par elle- même ,
M. Halings lui en avoit prêté une nouvelle
dans fa défenfe à la Barre , en mettant en avant
d'abord , une plainte contre fon accufateur
qui , à fon gré , ne l'avoit pas mis en juftice réglée
, enfuite fa propre déclaration qu'il dédaignoit
de profiter de l'avantage de fes fervices ,
pour juftifier , ou feulement pallier fa cont
duite. Quant au reproche fait à l'accufateur
( 174 )
d'avoir mis trop de lenteur à produire fes charges ;
il étoit prêt à convaincre M. Haftings de la
fauffeté de cette imputation. Cette perfonne
avoit toujours été & feroit toujours lente à accufer
, mais quand fon devoir public la forceroit
de fe revêtir du caractere de dénonciateur ,
elle s'efforceroit toujours de mettre dans les
démarches la modération & la fermeté conftante
qui lui paroîtroient convenables . M. Burke fit
allufion , dans le cours de fa harangue , à l'argument
de M. Haftings fur la doctrine d'atténuation
employée dès le commencement d'une
procédure , & il déclara n'avoir jamais rien entendu
traiter d'une maniere plus claire & plus
fatisfaifante. L'honorable & favant Membre
avoit fait mention de l'affaire de Lord Clive ,
où il s'agiffoit de favoir fi certaines poffeffions
territoriales obtenues par ce Lord , appartenoient
ou non à la Compagnie . On avoit examiné les
titres de poffeffions , & décidé en faveur de la
Compagnie. Lord Clive avoit - il quelques droits
à retenirdes terreins appartenans à la Compagnie?
A cette époque de l'affaire étoit furvenue une
déclaration par laquelle , en faveur des fervices
& mérites de Lord Clive cités en général , on
lui continuoit la jouiffance de ces terreins.
M. Burke établit l'extrême différence entre un
cas pareil à celui - là , & celui où des charges
férieufes & circonftanciées avoient été produites
légalement , foigneufement examinées , & victorieufement
établies .
Le Major Scott dit qu'il n'avoit jamais eu
l'idée en aucun tems , ni même à préfent , de
faire plaider les fervices & mérites de M. Haftings
, en atténuation de fes prétendus délits .
Il s'étoit conftamment & uniformément oppofé
à toutes les charges , d'après la croyance in¬
( 175 )
time que ces mêmes actions , fur lesquelles on
fondoit le Décret , étoient les preuves du mérite
le plus rare & le plus extraordinaire . En conféquence
, toutes les fois qu'i og établi les
fervices & mérites de M. Haftings , cu qu'il
pourroit le faire par la fuite , il prioit la Chambre
d'être bien perfuadée que rien n'étoit plus
loin de fa penſée , que l'idée d'en faire des moyens
d'atténuation.
L'honorable Membre ( M. Shéridan ) avoit eu
raiſon en l'accufant lui Major Scott , d'avoir
montré l'intention de s'opposer au rappert dans
cette féance. Mais il ne préfumoit pas faire
prévaloir fon opinion contraire au fentiment
général de la Chambre , qui certainement fe
propofoit de reculer le débat jufqu'au nouvel
ajournement .
Le Major Scott ajouta que fi les articles étoient
reçus au rapport , il ne s'oppoferoit par aucun
moyen à ce qu'on votât définitivement le Décret
. En difant cela , il eſpéroit ne point aller
contre les Réglemens de la Chambre , puifqu'il
fe déclaroit feulement l'interprete des fentimens
de M. Haftings.
( Le Major Scott lut une Lettre de M. Haftings,
qui témoigne fon defir de voir au plutôt l'impéachment
décidé , & fa conduite miſe en jugement
réglé. )
On travaille avec la plus grande activité
à l'achevement du canal , qui joindra la
Severn à la Tamife. Il ouvrira une navigation
intérieure & prompte entre Londres &
Briftol , dont le commerce acquerra par- là
un très grand accroiffement. Worcester ,
Birmingham ne profiteront pas moins de
ce projet qui , en temps de guerre , fera
d'une utilité infinie à la Capitale.
( 176 )
Ce canal aura 36 milles & 3 ftades de longueur,
En l'année 1779 , on en avoit déja fait environ
7 milles , depuis la Severn , à Fromiload , jufqu'à
Walbridge . En 1783 , ce projet fut continué
, & dans l'Eté de 1786 , en a avancé cet ou
vrage de 7 autres milles , julqu'à un endroit ap
pellé Daneway Bridge. Depuis Walbridge juſqu'à
ce dernier endroit , le terrein s'éleve de 24-1 pieds,
difficulté qu'on a furmontée par 28 éclufes. La
navigation eft entiérement ouverte jufqu'à Daneway-
Bridge , où les propriétaires ont fait bâtir
un magasin & plufieurs bâtimens commodes.
A quelque diftance de Daneway - Bridge , les
mineurs percent un roc , en droite ligne , qui a
2 milles & demi de longueur , jufqu'à l'autre
côté de la montagne , à une profondeur de 240
pieds au deffous de la furface de la terre. Cette
route fouterraine fera mûrée de chaq ẹ côté , &
yourée ; elle aura , dans toute fon étendue , la
même hauteur & la même larger jufqu'à fon
entrée. Il y en a déja 1500 verges de faites .
..Depuis Siddington jufqu'à Leachdale , où le
canal doit joindre la Tamile , il y a 13 milles &
demi , avec une defcente de 130 pieds : l'on doit
y faire 14 éclufes . Ce canal fera fini dans trois
ans au plus.
Voici le Difcours de M. Pitt , dans l'affaire
du Teft, & que nous n'avons pu rapporter
au Journal précédent.
Qu'après la maniere judicieufe dont cette motion
avoit été difcutée par le noble Lord au cor
don bleu , il croyoit inutile d'arrêter long-tems
l'attention de la Chambre fur ce fujet ; mais que
cependant , il ne pouvoit donner décemment fon
avis fans le motiver , dans une occafion fi importante.
Alors il entra dans la diſcuſſion de la dif177
)
tination qu'il étoit abfolument néceſſaire de faire,
entre une admiffion aux charges de l'état & a liberté
de confcience ; il fit obferver qu'il n'étoit
pas queftion ici de reliver une claffe de citoyens
d'aucun blâme › ou d'une pofition que la loi eût
rendu odieufe , ni de les foulager de peines prononcées
contre eux par cette même loi ; les Non-
Conformiftes , ajouta -t- il , jouiffent à préfent de
toute la tolérance qu'ils peuvent defirer- ; ils
n'ont rien à craindre ni de la religion que nous
profeffons , ni de la conftitution ; en conféquence,
la question qu'on foumet actuellement à notre
examen doit être confidérée fous un point de
vue tout différent de celui fous lequel on nous
l'a propofée . Il s'agit de favoir s'il eft ou n'eft pas
expédient de dépouiller la puiffance législative
du pouvoir illimité dont elle eft revêtue , & qu'elle
peut exercer fur eux ? Il faut le confidérer comme
un pouvoir politique , & non comme un dro t
individuel ; en un mot , il faut faire une diftinction
entre la liberté politique & la liberté civile.
Le Chancelier pafla alors à la difcuffion des différentes
manieres dont s'exerçoient ces deux
droits , & il en déduifit qu'il étoit impoffible
de féparer les libertés politiques & eccléfiaftiques
de ce pays .
Il obferva que , dans toutes les fociétés , on
étoit forcé de reftreindre les droits , que de quelque
maniere que l'on confidérât la qualité de repréfentant
, elle renfermoit ou entraînoit néceflairement
l'idée de telle ou telle qualification
dans celui qu'on en revêtoit ; & il ajouta : regardera-
t-on un homme comme noté d'infamie ,
parce qu'il n'eft pas admis àvôter pour une ville,
un pays , un bourg ? Le vrai point de la question
à examiner maintenant eft c- lui - ci . Y a - t- il quelque
intérêt effentiel qui exige qu'une partie de
( 178 )
la communauté foit privée de l'admiſſion aux
charges. Affurément ce dépouillement n'aura
pas lieu , à moins qu'on ne voie dans l'admiffion
un inconvénient réel . Le oble [ Lord Bochon ]
a déja dit qu'il n'avoit jamais connu un corps de
citoyens auffi nombreux , que le Gouvernement
eût dédommagé d'auffi bonne heure des privations
néceffitées par leur croyance , que celui des
Non-Conformiftes qui s'adreſſent aujourdh'ui à la
Chambre. Il y a une autre claffe également ref-
.pectable & nombreuſe qui ne va pas manquer
de concevoir des allarmes. Les membres de l'Eglife
Anglicane , partie effentielle de la conftitution
, vont être férieufement allarmés & inju
riés ; & nous ne devons pas traiter légèrement
leur appréhenfion . Si je raiſonnois fur des principes
de droit , je ne parlerois pas de craintes ;
mais quels font les principes dont je m'occupe
en ce moment ? Des principes de convenance ;
c'eft fur cette bafe que repofe la réunion de
P'Eglife & de l'état , & il eft du devoir de ceux
à qui fon bien-être eft confié , de veiller à ce que
l'on ne démoliffe pas témérairement l'édifice de
l'Eglife. Les perfonnes qui s'adreffent aujourd'hui
àla Chambre ont déja obtenu le plein droit
de l'enfeignement public , & de l'inftruction des
enfans : Voilà ce qu'elles defirent , & fi on le
leur accorde , elles peuvent obtenir la plus
grande influence dans les corporations . L'avan
tage n'eft pas immédiat pour les Non - Conformiftes
dans les Comtés ; là ils fe fondent dans la
maffe générale des votans , auffi les villes & les
corporations font elles leur objet . On nous a déja
fait entrevoir le danger de leur lailler prendre
une telle influence : je ne veux pas dire qu'il eft
très-probable , quoique je ne prétende pas non
plus qu'il foit chimérique : au moins conviendra(
179 )
que
on qu'il eft raisonnable de dire s'ils trouvent
une ouverture pour le faire , ils tenteront des
changemens & y parviendront. Etendre l'influence
de leur religion eft un defir naturel à tous les
Sectaires , les Diffidens n'y ont pas plus manqué
que les autres , & dès le commencement on a
été obligé d'avoir l'oeil ouvert fur leur conduite-
Je me fatte qu'on m'accordera bien qu'il eft néceffaire
d'avoir une Eglife dominante & de
l'effence du Gouvernement de cette Eglife , de
pourvoir la nation de Miniftres , en excluant toutefois
les plus violens. C'eft contre tous ceux
qui pourroient y jetter le trouble , qu'il faut élever
un rempart , & j'effaie de prendre toutes les
précautions que peut fuggérer la prudence.
On a dit , fi vous accordez cela , ils viendront
bientôt vous demander de leur accorder quelque
chofe de plus.
Cette raifon n'eft d'aucun poids pour moi. Je
ne me refuferois pas à accorder ce que je devrois
accorder réellement , fous prétexte qu'on
pourroit former de nouvelles demandes › auxquelles
je ne devrois pas foufcrire. Je ne diffimulerai
pourtant pas le danger de le voir preffer
par des demandes ultérieures , i on ne ſe refuſe
pas celles- ci. Quant à l'argument par lequel
on prétend que cette concefsion même diminuera
le nombre des Dilsidens , c'eft une pure
fpéculation. Le Chancelier de l'Echiquier ob
1erva alors qu'une corporation exclufive , mife
entre les mains des Non- Conformistes , étoit une
chofe très- différente de voir un Membre difsident
fiégeant dans cette Chambre. Quand un
Membre étoit choifi par les Membres de l'Eglife
anglicane , réunis avec les Non Conformites
il étoit plus vraisemblable qu'il entreroit amicalement
dans les principes de la confitution ;
1180 180 )
que fi les Non- Conformiftes euffent été feuls à le
choifir ; dans ce dernier cas > il plaideroit les
intérets des Difsidens contre ceux de l'Eglife
dominante. On avoit beaucoup parlé fur les
Bills d'indemnités , qu'on ne pouvoit fe difpenfer
de paffer tous les ans en grands nombre. Seroit-
ce à dire qu'on reconnût l'a&te du Teft , &
les autres du même genre 'comme infignifians ?
Non -fans doute . Ces Bills montrent feulement
une difpofition dans le Gouvernement à ne pas
donner plus de force à ces actes , que les befoins
ne l'exigent. Le noble Lord au cordon bleu
avoit bien prouvé que c'eft fur l'union que
repofe l'établiffement de l'Eglife d'Ecoffe , &
sûrement un membre Ecoffois de cette Chambre
ne regarderoit pas ceci comme une queſtion
fur laquelle il dût voter Il s'agit de lavoir fi
nous pouvons nous juflifier à nous - mêmes
une démarche qui nous feroit abandonner
cette sûreté , fans qu'on nous garantît que
la conflitution n'en fouffrira aucun changement ;
fi nous pouvons ftatuer fur une demande comme
celle - ci , qui , tout en nous montrant
l'acte du Teft plein d'inconvéniens , ne propofe
aucune autre mefure à lui fubftituer , M. Pitt
combattit enfuite les argumens tirès des fuites
fâcheufes qu'ameneroit l'attaque en juftice , di
rigée contre un Miniftre de l'Eglife anglicane ;
il fit obferver qu'il n'y avoit rien dans le rituel ,
qui parût exiger qu'un Miniftre connût toutes
les circonftances de la vie d'un communiant ,
& qu'enfin les crimes pour lefquels on lui enjoignoit
de refufer la Cène , devoient être plus
clairs que le jour. Il lui paroifoit également
abfurde de fuppofer que l'Etat pourroit étre
privé du ſervice d'un Amiral , d'un Officier de
terre ou de mer , fous prétexte que leurs difiolutions
( 181 )
lutions empêcheroient de les admettre à la
fainte table. En difcutant cette queftion , il pria
les honorables Membres d'examiner fi toute
autre formule de Teft n'entraîneroit pas encore
plus d'objections . Toute légiflation , tout Goudit-
il a le droit d'adopter les
formes de Teft qu'il juge convenir le mieux au
bien public ; & je ne puis voter pour l'abolition
fans allarmer une grande partie du corps légiflatif.
vernement ›

Je crois aufsi devoir réfuter les argumens qui
'établiffent que l'exclufion des charges , à moins
qu'elle ne ferve à remplir l'efprit de certaines
reftrictions , fondées fur la police de l'Etat , eft
en elle même un châtiment. Cette exclufion a
toujours été regardée comme une mesure judicieuſe
, tranchons le mot indifpenfable , par
ceux qui ont été autrefois à la tête des affaires
en ce pays , & par ceux qui leur ont fuccédé
au miniftere. Quant à moi , je ne vois aucune
raifon pour regarder plutôt l'exclufion des Dif
fidens comme une marque d'infamie , que toute
autre diftinction maintenue par le Gouverne
ment politique. Aufli M. Pitt conclut il par refufer
fon fuffrage à la motion.
Samedi dernier , il a été décidé pour plus de
foixante mille guinées de paris , par le combat
de deux coqs qui fe font trouvés les derniers
d'un nombre lié de trente- fept coqs de chaque
côté , dont fept fe font battus le Lundi , &
fix chacun des jours fuivans de la même ſemaine.
Le chevalier Lade , & M. Bullock , braf
Leur de cette Ville , avoient un pari originaire
de quinzè cents guinées , qui devoient appartenir
à celui qui auroit le premier dix - neuf
coqs vainqueurs. Plufieurs milliers de guinées,
dépendoient de la même chance , indépendam-
N°. 17 , 28 Avril 1787. i
( 182 )
>
ment de laquelle il y a eu tous les jours des
paris particuliers pour des fommes confidérables.
Ce qui a augmenté le montant des paris
de la derniere chance , a été la variation que
chaque jour a amenée. Le chevalier Lade l'ayant
emporté le premier jour , les paris ont été ent
fa faveur de cinq contre quatre fur la grande
chance . Comme les combats ont prefque tous
été décidés alternativement les chances ' ont
varié , & le nombre des paris de maffe a - augmenté
au point de former la fomme énorme à
Jaquelle ils ont été définitivement portés . On a
vu , pendant le cours de la femaine , les paris
être portés tour - à- tour de 3 contre 2 , de 7
contre 4 , & de 2 contre 1 , felon l'avantage
momentané qui avoit été remporté par les coqs
de l'un ou de l'autre contendant. Ce balancement
d'avantages s'eft foutenu jufqu'au dernier
jour , que le dernier combat s'eft terminé par
un accident en faveur du coq réputé the worst
fighter ( le plus mauvais champion ). Malgré qu'il
eût eu l'aile caffée d'un coup d'éperon , le combat
fe feroit terminé en fa faveur , l'autre ayant
paru difpofé à fuir plufieurs fois , ( ce qui décide
le combat ) fi , à force de s'agiter , le vaincu
n'avoit pas fuccombé à ſes efforts , & ne fût pas
mort au litd'honneur. L'allongement des figures
des perdans , l'évafion de quelques- uns , & le tumulte
de toute l'affemblée , formoient un des
fpectacles les plus curieux ,
FRANCE.
De Verfailles , le 20 Avril.
Le Roi a nommé à l'Abbaye, réguliere de la
Luzerne, Ordre de Prémontr : Dioceſe d'A
( 183 )
vranches , le fieur Gaultier de l'Espagneries
Chanoine régulier du même Ordre ; & à l'Abbaye
réguliere du Chapitre noble de Beaumeles
- Dames , Ordre de Saint Bencît , Dioceſe
de Befançon , la Dame de l'Aubefpin de
Battefort Chanoineffe profeffe du même
Chapitre.
>
>
-
Le 13 de ce mois le fieur de Lamoignon
, Garde - des - Sceaux de France , a , en
cette qualité , prêté ferment entre les mains
du Roi .
Le 14 , Leurs Alteffes Royales , Monfeigneur
le Duc d'Angoulême , & Monfeigneur le Duc
de Berri , fe font rendus en cérémonie à l'Eglife
de la Paroiffe Notre- Dame , où ils ont
été confirmés par l'Evêque de Saint - Omer ,
premier Aumônier de Monfeigneur le Comte
d'Artois .
Son Alteffe Royale , Monfeigneur le Duc
d'Angoulême , fit , le même jour , dans la même
Eglife , fa premiere communion , des mains de
l'Evêque de Saint - Omer ; le Marquis de Sérent ,
Gouverneur de ce Prince , & le Chevalier de
-Buffevent , l'un des Sous Gouverneurs , tenant
la nappe.
Le to , Madame s'eft rendue en cérémonie
'à la même Eglife , où elle a communié des
mains de l'Abbé de Moftuejouls , fon premier
Aumônier ; la Comteſſe de la Tour d'Auvergne
, & la Ducheffe de Caylus , douairiere , Dames
· pour accompagner cette Princeffe , tenant la
парре.
Le 12 , Madame Comteffe d'Artois s'eft rendue
à la même Eglife , où elle a communié
des mains de l'Evêque de Bayeux , fon premier
Aumônier ; la Comteffe de la Tour d'Auvergne
, & la Ducheffe de Caylus , douairiere ,
i 2
( 184 )
Dames pour accompagner Madamĕ ; tenant la
nappe.
Le Comte Augufte de Lambertye , qui avoit eu
l'honneur d'être préfenté au Roi , a eu , le 14, celui
de monter dans les voitures de Sa Majeſté , &
de la fuivre à la chaſſe .
Le 1s de ce mois , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le contrat de mariage
du Comte de Néel , Meftre - de - Camp
en fecond du régiment de Vermandois ,
Gentilhomme de la Manche de fon Alteffe
Royale Monfeigneur le Duc d'Angoulême ,
avec Demoiſelle de Guillaudau Dupleffis ;
celui du Vicomte de Moges , Officier au
régiment du Roi , Infanterie , avec Demolfelle
de Moges ; & celui du fieur de Coifmare
, Officier des Gardes Françoiſes , avec
Demoiſelle de Croifmare.
Le même jour, la Marquife de Narbonne
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Ducheffe
de Narbonne , Dame d'honneur de Madame
Adélaïde de France.
Ce jour , M. Bouvard de Fourqueux ,
Contrôleur Général des Finances , eft entré
au Confeil en qualité de Miniftre d'Etat.
Le Marquis de Vergennes , Ambaſſadeur
du Roi en Suiffe , préfenté par le Comte de
Montmorin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ;
ayant le département des Affaires Etrangea
eu l'honneur de prendre congé de
Sa Majefté , pour fe rendre à fon Ambaffade .
Mefdames Adélaïde & Victoire de Françe
res ,
( 185 )
fe font rendues , le même jour , à leur Château
de Bellevue , où elles doivent refter
jufqu'au 10 du mois prochain.
De Paris , le 25 Avril.
Difcours du Roi , prononcé à l'Aſſemblée des
Notables , du lundi 23 Avril 1787.
MESSIEURS , j'ai vu avec fatisfaction le
zele que vous avez porté dans l'examen des trois
premieres parties du plan que je vous ai fait
communiquer pour le r.tabliffement de l'ordre
dans mes finances.
J'ai déja examiné une partie des obſervations
que vous avez faites , & je donnerai à toutes la
plus férieufe attention . J'ai donné des ordres
pour rédiger une Loi fur les Affemblées provinciales
; je conferverai aux deux premiers Or
dres de l'Etat , la préféance qu'ils ont toujours
eue dans les aſſemblées nationales , & leur orga
niſation ſera telle , qu'elles pourront avoir l'ac
tivité néceffaire pour bien adminiftrer les objets
que je leur confierai .
Je fuis content de l'empreffement avec lequel
les Archevêques & Evêques ont déclaré ne prétendre
aucune exemption pour leur contribu
tion aux charges publiques ; & j'écouterai les
repréſentations de l'Affemblée du Clergé fur co
qui peut intéreffer les formes , & fur les moyens
qu'elle me propofera pour le remboursement de
fes dettes .
J'examinerai avec foin les idées qui m'ont été
données par les différens Bureaux fua la deftruc
i 3
( 186 )
tion de la Gabelle ; & je regarderai comme un
jour heureux pour moi , celui auquel je pourrai
abolir jufqu'au nom d'un impôt auffi défaftreux
.
Dans ce que je vous ai fait communiquer ,
Melfieurs , je ne vous ai point diffimulé la dif
férence que je trouve entre la recette & la dépenfe
; & vous en verrez la malheureuſe réalité
par les états que j'ai ordonné qui fuffent remis
aux Préfidens des Bureaux ; la maffe de ce
déficit doit paroître effrayante au premier coupd'oeil
, & c'eft pour trouver les moyens d'y res
médier que je vous ai affemblés .
Je fuis fermement réfolu à prendre les mefures
les plus efficaces pour faire difparoître le dés
ficit actuel , & pour empêcher qu'il ne fe reproduife
dans aucun autre cas.
Je fais qu'un des meilleurs moyens pour y parvenir
, eft de porter l'ordre & l'économie dans les
différentes branches de revenu . Je chercherai .
dans l'amélioration de mes domaines & dans
d'autres bonifications , les moyens de diminuer
l'impofition à laquelle je fu's forcé d'avoir recours
par les circonstances . J'ai déja ordonné
plufieurs retranchemens de dépenfe , & d'autres
font projettés qui auront lieu fucceffivement
j'efpere d'abord les porter jufqu'à quinze mitlions
, fans diminuer ce qui eft effentiel à la
sûreté de l'Etat & à la gloire de la Couronne
dont je fcais bien que les François font plus ja
loux que je ne pourrois l'être moi même.
Les Mémoires , qui vont être mis fous vos
yeux , offrent plefieurs moyens efficaces pour
couvrir une part e du déficit .
1° . Une impofition fur le Timbre qui , par
fa nature , fera prefqu'infenfible à la partie la
plus pauvre de mes fujets.
( 187 )
2. Des mefures à prendre pour remplir les
engagemens pris relativement aux rembourſemens
à époque ; engagemens que je regarde
comme facrés , & auxquels je ne manquerai jamais
, mais qui peuvent être remplis par des
moyens qui , à la vérité , opéreront la liquidation
des dettes de l'Etat , d'une maniere moins
prompte , mais qui n'exigeront pas d'auffi fortes
impofitions.
Tous ces moyens réunis n'étant pas fuffifans ,
pour couvrir totalement le déficit , le dernier
moyen , & celui qui me coûte le plus à prendre ,
eft celui d'une augmentation d'impofition fur les
terres ; la feule maniere de les rendre moins à
charge , & qui a déja été fentie par l'Affemblée
, eft de la répartir avec la plus grande égalité
, & qu'elle foit fupportée par tous les propriétaires
, fans aucune exception . Cette impofition
ne peut être déterminée , quant à fa quotité
& à fa durée , que par la fomme du déficit
qui restera à couvrir après l'emploi des moyens
que je viens d'indiquer.
Tels font , Meffieurs , les objets importans que
j'ai voulu vous communiquer ; vous fentirez
combien il eft effentiel de s'en occuper avec célérité
; les maux qui ont été dévoilés font grands,
& ont du caufer de l'inquiétude dans le Public :
mais je n'ai pas craint d'en faire part à l'Affem .
blée que j'ai convoquée , aíluré qu'elle me donnera
, dans cette occafion , une nouvelle preuve
de fon zele & de fa fidélité. Il s'agit de la
gloire de la France , dont la mienne eit inféparable
, & de montrer à l'Univers l'avantage que
j'ai de commander à une Nation fidele & puiffante
, dont les reffources , comme l'amour pour
Les Rois , font inépuifables.
i. 4
( 188 )
Lettres-Patentes du Roi , du 27 Novem
bre 1786 , qui , en exécution de l'Edit
d'Août 1662 , portant union du Comté
d'Auxerre au Duché de Bourgogne , pour
être régi & gouverné par même ordre, ordonne
que les droits d'Aides perçus juſqu'à
pré ent dans ledit Comté , fe : ont & demeureront
fupprimés , à compter du premier
Janvier 1787, en payant par les Elus généraux
des Etats de Bourgogne , l'indemnité
fixée par leidites Lettres patentes.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 11
Février 1787 , qui porte à huit livres le droit
de Cinq livres par quintal , établi par l'Arrêt
du 25 Septembre 1725 , fur la Morue
séche de pêche étrangere importée aux Ifles
du Vent & fous le Vent ; & à Douze livres
la Prime de Dix livres accordée par l'Arrêt
du 18 du même mois , par quintal de Morue
séche de pêche Françoife , importée aux
mêmes Ifles.
Idem , du 11 Février 1787 , qui áccorde
une prime de Cinq livres par quintal de
morue séche de pêche Françoife importée
dans les Echelles du Levant , & par quintal
de Congres pêchés & séchés fur les côtes
de France & tranfportés chez l'Etranger
.
Lettres patentes du Roi , données à Fontainebleau
, au mois de Novembre 1786 ,
regiſtrées en la Chambre des Comptes , le
22 Février 1787 , portant cellion , à titre de
( 189 )
fupplément d'échange de la Souveraineté &
Principauté de Dombes, au profit de M. le
Duc de Penthievre , des domaine & forêt
de Montrichard.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 7
Mars 1787 , portant Réglement pour l'Adminiftration
des grands chemins en Béarn .
Sur le compte qui a été rendu au Roi , des re
préfentations que les Etats de Béarn lui ont
adreffées pour être admis à participer à l'adminiftration
des grandes routes , conjointement avec
l'Intendant de la province , Sa Majefté leur a
fait connoître fes difpofitions à approuver ce
concours , en confervant néanmoins au Commiffaire
départi l'autorité convenable pour le bien
du fervice , & en conciliant le nouveau régime
établi par l'Arrêt du Confeil du 6 Novembre
dernier avec le régime particulier du pays pour
la forme des impofitions. Les Etats , en délibérant
fur le Réglement qui leur a été communiqué
à cet effet , ont confenti unanimement à s'y
conformer , & Sa Majesté a vu avec fatisfaction
que la Nobleffe s'eft portée , de fon propre mouvement
, à vouloir partager la dépense relative à
cet ovjet d'adminiftration , en offrant d'y cons
tribuer pour un fixieme de l'impofition qui y
fera deftinée. L'intention de Sa Majesté eft de
donner à cette délibération , & au réglement
pour le concours , la fan&tion néceffaire pour
que la province de Béarn en recueille les fruits
qu'elle a lieu d'en efpérer. A quoi voulant pours
voir , & c. & c .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du rr...
Mars 1787 , concernant les Saintes- Cha
pelles.
i s
( 190 )

Le Roi , étant en fon Confeil , s'eft fait repré
fenter les états des dépen es , tant pour fa Chapelle
& Oratoire , que pour la Chapelle de la
Reine : Et fa Majefté confidérant qu'il fubfifte
dans fon Royaume plufiears Eglifes ou Sain : es-
Chapelles , dont les Chapitres ou Colleges de
Chapelains n'ont été fondés par les Rois fes
prédéceffeurs , ou par des Seigneurs particuliers
dont Elle a les droits , que pour le fervice même
que font auprès de Leurs Majeftés les Prélats &
Eccléfiaftiques qui compofent leur Chapelle ordinaire
; Que non - feulement les revenus donnés
& affignés auxdites Saintes- Chapelles , pour ce
genre d'office & de fervice ne font plus employés
fuivant les intentions pieufes de leurs
Fondateurs , mais qu'elles font encore , pour la
plupart , de peu d'utilité dans les lieux où elles
font établies ; que néanmoins les privileges accordés
auxdits Chapitres ou Colleges , ainsi que
les droits & prérogatives que prétendent entr'eux
leurs différens Membres , font naître &
reproduïfent fans ceffe des difficultés toujours
préjudiciables ; Sa Majefte a penfé que rien ne
feroit plus digne de fa fageffe que de fupprimer
les Chapitres ou Colleges de Chapelains fufdits ;
& Elle a vu avec fatisfaction , qu'en ramenant
leurs fondations à leur deftination primive , Elle
procureroit un foulagement confidérable à fes
finances. Pour parvenir à remp ir cet objet de
justice , ainsi que d'utilité publique , avec les
formes & les précautions néceffaires pour la
confervation de tous les droits légitimes , Sa
Majefté a cru devoir préalablament mettre en
féqueftre les biens , droits des Chapitres ou Colleges
à fupprimer , notamment & d'abord des
Saintes -Chapelles de fon Palais à Paris & de
Vincennes ; & même entendre , pour avoir leur
( 191 )
dire & avis , ou connoître leurs droits particuliers
ou prétentions , tous ceux qui ont on
pourroient avoir intérêt aux extinctions fufdites.
A quoi voulant pourvoir , & c . &c.
Lettres Patentes du Roi , du 18 Janvier
1787 , regiftrées au Parlement , le 31 Mars
audit an ; portant abolition du droit d'Aubaine
, en faveur des Sujets du Roi d'Angleterre
.
Louis , &c. , &c. Ayant conclu un Traité
de commerce & de navigation avec notre trèscher
& très-amé Frere le Roi de la Grande-
Bretagne , pour faciliter & augmenter les relations
de commerce & autres entre nos Sujets ref
pectifs , & defirant d'établir des principes fixes
& certains concernant l'abolition du droit d'Aubaine
, dans les cas où quelque fucceffion échéroit
aux Sujets de notredit Frere dans nos Etats
en Europe , nous n'avons pas voulu différer de
faire connoître nos intentions à cet égard. A ces
Caufes & autres à ce nous mouvant , de l'avis
de notre Confeil , & de notre certaine fcience ,
pleine puiflance & autorité royale , Nous avons ,
par ces préfentes fignées de notre main , dit ,
déclaré & ordonné , difons , déclarons & ordonnons
, & nous plaît ce qui fuit :
I. Nous avons aboli & aboliſſons , en faveur
des Sujets de notre très - cher & très - amé Frere
le Roi de la Grande Bretagne , le droit connu
fous le nom de droit d'Aubaine , relativement
aux fucceffions mobilieres & immobilieres
qui , foit par teftament , foit ab inteftat , pourront
s'ouvrir en leur faveur dans nos Etats fitués en
Europe.
II. En conféquence , il fera permis à tous les
Sujets du Roi de la Grande - Bretagne , tant
i 6
( 192 )
Commerçans qu'autres , fans aucune diftin&tion
qui voyageront , féjourneront ou feront domi
ciliés dans le royaume , de léguer ou donner ,
foit par teftament , par donation ou autre dif
pofition quelconque , reconnue valable & légitime
dans le lieu où lefdites difpofitions auront
été faites , toutes les marchan lifes, effets , argent
, dettes actives & autres biens mobiliers &
immobiliers qui fe trouveront ou devront leur
appartenir en France , au jour de leur décès.
III. Pareillement , fi quelque Sujet de notre
dit Frere , foit qu'il ait été domicilié en France ;
eu qu'il n'y eût fait qu'un féjour paffager, venoit
à y décéder ab inteftat , fes héritiers légitimes.
pourront y recueillir librement fa fucceffion
non -feulement dans le cas où ils voudront s'établir
en France , mais auffi dans celui où ils
voudront tranſporter lefdits biens & effets , ou
leur valeur hors du royaume.
les
IV. Lefdits Sujets du Roi de la Grande - Bre
tagne , leurs Procureurs & Mandataires , & leurs
Tuteurs & Curateurs , pourront réclamer lefdits
biens & effets , fe les faire remettre ,
régir & adminiftrer , donner toutes décharges
valables, en juftifiant feulement de leurs titres-
& qualités.
V. Lorsqu'il s'élevera des conteftations for la
validité d'un teftament ou d'une autre difpofi
tion , elles feront décidées par les Juges compétens
des endroits où le teftateur ou l'auteur
deidites difpofitions fera décédé , conformément
aux Loix , Statuts & ufages reçus & autorifés
dans le lieu où lefdites difpofitions auront été
faites ; foit que ce lieu dépende de notre domimation
, ou qu'il foit foumis à une domination
étrangere ; enforte que , fi lefdits actes fe trouvent
revêtus des conditions & des formalités requifes
( 193 )
pour leur validité dans le lieu de leur confection ,
ils auront leur plein effet , quand même ces
actes feroient foumis dans le royaume à des for
malités plus grandes & à des regles différentes
qu'ils ne le font dans le pays où ils auront été
rédigés.
VI. Si quelque Sujet de notredit Frere , fe
préfentant dans notre royaume comme héritier
légitime d'un autre de fes Sujets morts ab inteftat ,
cette qualité lui étoit conteſtée , le différend fera »
décidé, s'il eft queftion d'une fucceffion mobiliere
, par le Juge du lieu du domicile , conformément
aux Loix de la Grande- Bretagne ;
& quant aux fucceffions immobilieres , fuivant
les Loix , Us & Coutumes du leu où l'immeuble
eft fitué.
VII. Pour donner à notredit Frere une nous
velle preuve de l'intention où nous fommes de
refferrer de plus en plus les liaiſons d'amitié &
de bonne correfpondance , fi heureufement rétablies
entre nous , & d'en faire rejaillir les effets
fur fes Sujets , nous permettons à fefdits Sujets
d'acquérir des maisons & biens - fonds dans notre
royaume , à condition par eux de te conformer
aux regles y établies , par rapport à la poffeffion
defdits biens , relativement auxquels ils feront
traités comme nos Sujets naturels , tant en ce
qui leur fera favorable , que quant aux charges
& conditions qui peuvent leur être impofees. Il
leur fera de même libre de vendre lefdits biens
quand & comme ils le jugeront à propos , en fe
conformant aux droits & ufages établis .
VIII. Les déclarons habiles à recueillir les
fucceffions , héritages & biens qui leur feront
laiffés par teftament ou ab inteftat par nos Sujets .
voulons qu'a cet égard il ne foit fait aucune différence
entr'eux & nofdits Sujets ; & qu'en cas de
( 194 )
conteftation , lefdites fucceffions , héritages &
biens qui leur auront été laiffés dans les terres &
pays de notre domination en Europe , foient
adjugés à ceux à qui il devront appartenir, foit par
la loi du fang , foit par teftament , fuivant les
Loix , Us & Coutumes du lieu où lefdites fucceffions
feront ouvertes.
IX . Voulons & ordonnons qu'il ne foit perçu
pour notre compte aucun droit de retenue ou
de détraction fur la fucceflion des Sujets de la
Grande-Bretagne qui décéderont en France ;
défendons aux Seigneurs Hauts-Jufticiers d'exiger
aucun droit de detraction , ni aucun autre , fur
la fucceffion de ceux qui feront décédés dans leur
Juftice.
X. Les fucceffions de nos Sujets , qui échéront
à des Sujets de notredit Frere , feront fou
miles feulement à la retenue , au profit de notre
Domaine , de Dix pour cent de la valeur de ladite
fucceffion , fous le titre de Denier de détraction ;
Je tout fans préjudice des Seigneurs Haut- Jufticiers
ou autres qui juft fieront par titres valables
, que ledit droit de détraction leur appartient.

XI. N'entendons porter par ces préfentes
aucune atteinte aux Loix & Réglemens fubfif
tans dans notre Royaume concernant l'émigration
de nos Sujets , lefquels continueront
d'être exécutés felon leur forme & teneur.
XII . Voulons que le contenu en nos Lettres
forte fon plein & entier effet , à compter. du
1 Janvier de la préfente année , & ce nonobftant
toutes Loix , Statuts , Edits , Coutumes ou droit
d'Aubaine à ce contraires 3 , auxquels nous avons
dérogé & dérogeons en tant que befoin feroit .
» Le 10 de ce mois , M. Méchain , de
( 195 )
כ כ
> l'Académie royale des Sciences , a décou-
>> vert une nouvelle Comère entre les Pléïa-
>> des & les belles étoiles de la tête du Tau-
>> reau ; on ne l'appercevoit point encore à
» la vue fimple. A huit heures 43 minutes
» de temps vrai , l'afcenfion dro te étoit de
» so degrés 12 minutes & dem'e ; la déclinaifon
boréale de 19 degrés 26 minutes.
>> En 14 heures , l'afcenfion droite a diminué
» de 31 minutes deux tiers , & la déclinai-
> fon a augmenté de 27 minutes & demie.
» Cette Comète fera , ces jours - ci , près & un
peu au-deffus des Pléïades.

כ כ
La femaine derniere on nous a adreffé la
Lettre fuivante , que nous rapportons littéralement.
" MONSIEUR ,
" Me feroit-il permis de demander à Mef
> fieurs les voyageurs , s'il y a jamais eu un Roi
de la Cochinchine , ou même un Royaume de
» Cochinchine ?
» Feu M. Poivre , s'il m'en fouvient , difoit
que les Européens ont donné le nom de Cochinchine
, à cette contrée où font fitués les
Royaumes de Siam & de Tonquin ; & il ajou-
» toit ce me femble , que le Royaume de
» Tonquin eft devenu , depuis nombre d'années ,
» une Province du Royaume de Siam «<
20
J'ai l'honneur d'être , & c.
FEYDIL.
M. Feydel trouvera une réponse uniforme
à fa queſtion , dans tous les Voyageurs , tels
que Pinto , le Jéfuite Rhoder & autres qui
ont décrit la Cochinchine. Cette Province ,
qui forme une langue étroite de 180 lieues
( 196 )
fur
25 de large , ne dépend ni du Tonquir ,
ni de Siam . Le Tonquin eft également indépendant.
M. Feydel peut recourir à M.
Poivre qu'il cite de mémoire , & il y verra
que ce voyageur eft d'accord là deffus avec
ceux qui l'avoient précédé.
Le fieur Avelin ayant témoigné dans le
Journal de Paris , le defir de voir renaître
la Peintu e fur verre , MM. Viel , dont il a
cité honorablement les travaux , nous envoient
à ce fujet la notice fuivante.
Les heurs Jean le Viel , Peintre fur verre du
Roi , & Louis le Viel , fon fils , ont éprouvé la
plus grande fatisfaction en lifant dans le N°.79
du Journal de Paris , l'article qui concernoit
la peinture fur verre.
» Flattés autant de la mention honorable
qu'on a bien voulu faire de leur nom , qu'animés
par le defir de faire revivre un Art auffi
précieux , ils voudroient connoître le fieur
Avelin , le féliciter fur le talent qu'il poffede ,
» & qui , depuis deux fiecles , honore leur famille
; réunir leur efforts avec les fiens , pour
rendre à cet art l'éclat dont il a joui.
Ils penfent comme lui que la Peinture fur
verre pourroit être employée heureufement
» dans nos temples , en laiſlant le centre ou le
contour des vitreaux en verre blanc , & en
» décorant le furplus fans nuire à la clarté. Leur
intérieur n'auroit plus cette obfcurité , qui fit
déchoir cette Peinture , & bientôt on verroit
renaître un Art dont on a cru avoir perdu le
fecret.
»
"I's ont eu fouvent l'occafion d'être étonnés
de cette opinion , malgré les preuves éclatan
( 197 )
» tes qu'ils donnoient , & qu'ils donnent encore
de fon exiſtence à la Chapelle du Roi à Verfailles
, à la Métropole de Paris , à l'Eglife
» de Sorbonne , & à pluſieurs autres Eglifes de la
» Capitale & des Provinces , &c. &c.
» Ceux qui voud ont connoître l'origine de
» cet Art , les caufes de fes progrès , de fa per-
» fection , de fa décadence , l'hiftoire de fes monumens
, la vie de fes Artiftes , confulteront
»l'Hiftoire & la Pratique de la Peinture fur verre ,
que fon Auteur , Pierre le Viel a pré-
» fentée à l'Académie , & que cette Compagnie
» a fait entrer dans le recueil des Arts qu'elle
publie «.
,
Le 9 Mars dernier , nous écrit M. Hamarville
de Valcourt , un fermier de ma
» terre de Valcourt , taifant une fouille ,
trouva , à la profondeur de 15 pieds , une
» ftatue de bois de 4 pieds 5 pouces de
» haut. Elle eſt à peu près pétrifiée ; ce qui ,
joint à fa figure gothique , lui donne un
» air d'antiquité : fa main droite , qui pa-
» roît avoir été rapportée, eft entierement
» pourrie. Elle étoit renfermée dans une
» auge de pierre, fur les bords de laquelle
» on apperçoit des caracteres trop anciens
» pour être lus.
» Les Antiquaires de notre canton que
j'ai raffemblé à cette occafion prétendent
y lire ces mots calcinatio folis. Je ne
fçais ce que cela veut dire ; j'adreſſe la
» ftatue à un Amateur de mes amis . M.
Landry , chez MM . Rouffeau & fils , rue
» des foffés-Saint-Germain , à Paris. Quant
ל כ
ל כ
( 198 )
» à l'auge , elle fe voit chez mon fermier de
»Valcourt , proche Beaumont - le- Roger ;
» elle n'offre rien de curieux , fi ce n'eft
» peut-être fon infcription : fon poids ne
» m'a pas permis de l'envoier.
» Peut- être , Monfieur , acquerra- t- on
» dans la Capitale plus de lumieres fur la
> nature de cette antiquité , que
dans notre
»province. J'en verrai avec fatisfaction
quelques indications dans vos Journaux
» fuivans , &c.
לכ
Le 17 Avril 1787 , le fieur Pourfin de
Grandchamps , Secrétaire du Roi , Chevalier
de l'Ordre du Roi , a été nommé à la
place de Secrétaire perpétuel dudit Ordre ,
vacante par le décès du fieur Collet , Chex
valier dudit Ordre.
» La nuit du 3 au 4 de ce mois , vers minuit
, le feu s'eft manifefté dans une partie
du bâtiment de l'Hôtel Dieu de Vire . Cette
partie , qui eft au milieu de deux ailes confidérables
de cette maifon , touchoit à la
falle des Pauvres. Déja le corps du bâtiment
où le feu avoit pris étoit confumé , les
ailes des deux côtés étoient en feu , la partie
baffe de la ville menacée. Heureufement M.
de Launay , Intendant de cette Généralité ,
occupé à faire la vifite de fon département ,
étoit à Vire. Il venoit de fe mettre au lit ,
excédé du travail de la journée . Aux cris
du peuple il s'eft levé , eft arrivé un des premiers
à l'endroit où étoit l'incendie , a com,
( 199 )
ger
mandé & dirigé les fecours , de forte qu'on
eft parvenu à arréter les progrès des Alammes
, & il n'y a eu que le corps du bâtiment
en bois de détruit.
De retour à fon Hôtel , M. l'Intendant a
expédié une ordonnance provifoire de 600
liv. , avec la lettre la plus obligeante pour
la Communauté.
La nommée Hubert , femme de Charles-
Louis Mabille , du village de Nauroy près
S. Quentin , eft accouchée , le 15 du mois
dernier , de trois filles qui , ainfi que la mere
, fe portent bien. Une voifine charitable
s'eft chargée d'en allaiter une ; les mois de
nourrice feront paiés par une perfonne amie
de l'humanité ; la mere élevera la troifiemię.
M. d'Agay , Intendant de cette Province ,
informé de l'état de mifere du nommé Mabille
, déja pere de trois autres enfans , lui a
fait donner des fecours en argent , pour
fournir aux premiers befoins de ces infortunés.
8
Louis Charles , Comte de Moy , Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , & Lieutenant du Gouvernement de
Dauphiné , fous Monfeigneur Duc d'Or
léans , eft décédé à Paris , le s Mars dernier
, âgé de 68 ans , veuf& fans enfans.
Marie-Blanche Rofalie Hüe de Miromefnil
, époufe du Marquis de Bérulle , Premier
Préfident du Parlement de Dauphiné , &
Commandant né pour le Roi en ladite Pro(
200 )
vince, eft morte ici le 9 de ce mois , âgée
de 21 ans.
PAYS - BAS.
De Bruxelles , le 21 Avril.
Tout eft en mouvement ici , écrit- on
de Conftantinople , en date du 10 Mars ;
les troupes marchent , tout fe prépare à la
guerre , & le Miniftere eft continuellement
occupé à mettre les frontieres du côté de
la mer en état de défenfe ; on y fait tranfporter
des troupes , des vaiffeaux & des mun'tions.
Dix navires de guerre ſe trouvent
déja à l'entrée de la Mer Noire. On prétend
qu'Ibrahim Bey commandera cette
flotte ; & comme il n'eft encore que Pacha
à une queue , le Grand Seigneur lui en a
accordé une feconde , pour donner plus de
poids à la commiffion dont il fera chargé.
Depuis l'arrivée d'un courrier Ruffe , on
affure qu'il y a eu un combat auprès d'Oczakow
, entre quelques habitans de l'endroit
& des foldats Mofcovites , au fujet d'une
coupe de bois que les Ruffes avoient voulu
exécuter. Cette affaire a été arrangée par
les mesures des Chets & Gouverneurs réci
proques , après avoir donné de part & d'autre
fatisfaction valable , en puniffant les
coupables.
Les Miniftres des Cours de Pétersbourg
& de Vienne , qui ont reçu ordre & per(
201 )
&
miffion de fe rendre à Cherfon , fe difpo
fent à partir.
L'admiffion d'un Agent de la Nation Françoife
à Batavia , éprouve , en Hollande , plus de
difficultés qu'on n'avoit femblé en prévoir. D'après
les inftances de la Cour de France pour
terminer cet arrangement , favorable aux relations
de Commerce qu'il s'agit d'étendre de plus
en plus entre les deux Nations , les Etats - Géraux
› difpofés en partie à l'exécution dudit
plan , avoient cru devoir demander aux diverfes
Chambres de la Compagnie des Indes leurs
confidérations & avis fur cette affaire . Les Directeurs
de la Chambre d'Amfterdam viennent
de répondre à L. H. P. par un Mémoire , dans
lequel ils s'attachent à démontrer que les principes
& les intérêts de la Compagnie s'opposent
à l'admifion d'aucun étranger , fous quelque
caractere public que ce foit , dans aucune des
poffeffions des Indes Orientales , & encore moins
à Batavia , qui eft le centre des opérations les
plus fecrettes & les plus importantes de la Compagnie.
Ils alléguent le refus fait à la Régence,
Angloife de Madras , d'admettre à Negapatnam ,
en 1763 , un M. Douzet , en qualité de Réfdent
d'Angleterre. Ils affirment que les liaiſons
particulieres qui peuvent exifter entre la République
& telle ou telle Nation , ne peuvent apporter
aucune diftin &tion de préférence pour
l'objet dont il s'agit , s'appuyant à cet égard
fur le fyftême conftamment ſuivi & adopté par
l'Affemblée des XVII ; & ils concluent enfin
par déclarer aux Etats -Généraux , que l'opinion
de ladite Chambre d'Amfterdam eft entiérement
défavorable à l'arrangement propofé , mais que
cependant la lettre de L. H. P. , ainfi que le
Mémoire remis à ce fujer , en dernier lieu , par .

( 202 )

*
PAmbaffadeur de France , feront portés à la
prochaine Affemblée des XVII , & foumis à fa
difcuffion .
On prétend que le fentiment particulier de
cette Chambre n'apportera pas un obftacle invincible
à la permiffion provifionnelle de fe rendre
& de réfider à Batavia , que le Miniftre de Verfailles
follicite avec inftance pour le fieur Chevalier
, en attendant que les Etats- Généraux foient
à même de prendre une réfolution finale . ( Gaz.
d'Utrecht , No. 24. )
On a publié très - récemment le tableau
que voici des troupes de frontieres de Sa
Maj. Imp.
Ces Troupes réparties fur les frontieres en
prennent la dénomination . Elles font compofées
de fufiliers , de chaffeurs , d'artilleurs , de
huffards , & divifées en Régimens , Bataillons
Compagnies & Efcadrons. Les Troupes de l'E
clavonie confiftent en trois Régimens ; favoir ,
ceux de Brood , de Gradifca & de Peterwaradin ;
-chacun de ces Régimens eft composé de deux
Bataillons & de deux Efcadrons. Les premiers
Bataillons ont douze Compagnies. Le Régiment
de Brood eft compofé de 3,783 hommes ; celui
de Gradifca , de 3,574 ; celui de Peterwaradin
, de 3,978. Ainfi les Troupes des fron-
-tieres de l'Esclavonie confiftent en tout en
11,335 hommes . Les Troupes de Carlftadt
font compofées de quatre Régimens ; favoir
, ceux des Liccaniens , de 2,594 hommes ;
des Ottochains , de 2,582 hommes ; des Oggulins
, de 2,592 hommes ; & des Szeluins , de
2,593 ; ce qui fait en tout 10,361 hommes.
Chacun de ces Régimens eft de deux Bataillons
& d'un demi Efcadron. Les premiers Bataillons
confiftent en huit Compagnies. Les Troupesde
( 203 )
>
Warafdin font compofées de deux Régimens ,
celui de Créuz & celui de Saint-George ; chacun
d'eux eft formé de trois Bataillons & d'un
Efcadron. Les premiers Bataillons font de quatorze
Compagnies ; le Régiment de Creuz eft
de 3,853 hommes , & celui de Saint - George ,
de 3,848 ; ce qui fait en tout 7,701 hommes.
Les Troupes du Bannat font compofées
de deux Régimens , appellés le premier &
le fecond Régiment du Bannat ; chacun d'eux eft
formé de deux Bataillons , de douze Compagnies
& d'un Escadron. Le premier Régiment
confifte en 3,580 hommes & le fecond en
3,574 ; ce qui fait en tout 7,154.
Les
Troupes de Temefwar font réparties en deux
Régimens. L'un porte le nom de Wallaques-
Illyriens , & l'autre celui de Colons . Le premier
eft compofé d'un Bataillon de fix Compagnies ,
ou de 1,922 hemmes ; l'autre , d'un Bataillon
de quatre Compagnies , & d'un Eſcadron de Huffards
, ou de 1,414 hommes ; ce qui fait en tout
3,337 hommes. Enfin les Troupes de Tranfylvanie
font réparties en fix Régimens ; favoir
, le premier & le fecond Régimens des
Szekleriens , compofés chacun de fix Compa
gnies , le premier ayant 1,802 hommes , & l'autre
1,639 ; en tout , 3,441 . Le premier & le
fecond Régimens des Wallaques compo fés
chacun de quatre Compagnies , le premier
ayant 1,319 hommes , & l'autre 2,160 ; en tout ,
2,179. Les Huffards Szekleriens , divifés en
quatre Escadrons , & confitant en 1,101 hommes
; & enfin , deux autres Bataillons , & deux
Efcadrons de Szekleriens , compofés de 3,416
hommes ; ce qui fait en tout , pour la Tranfylvanie
, 10,437 hommes. Total général des Troupes
de frontieres , 50,274 hommes , qui font
,
( 204 )
réparties en 32 Bataillons ou 162 Compagnies ;
& en 19 Efcadrons.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres.
Les Evêques de l'Empire font très -mécon
tens du fecret que les Archevêques leur ont fait
de leur projet contre la puiffance de la Cour
de Rome : On penſe qu'ils vont ſe réunir tous
pour traverser le Projet des Archevêques ; on
dit mêmes , que Manheim fera le lieu où le tiendront
les Conférences , fous la préſidence de
F'Evêque de Spire. L'Archevêque de Saltzbourg
verra , dit - on , paffer le chapeau de Cardinal
fur la tête de l'Evêque de Freyfing ; ce Prélat
eft dévoué au Duc-Electeur de Baviere & au
Nonce du Pape à Munich. ( Gazette d'Amfterdam
, no. 30. )
On débite de cette maniere , le Credo Politi
que d'un Hollandois , couleur d'Orange.
Je crois à Frédéric-Guillaume , le maître tout
puiffant de fuperbes Etats ; & à Guillaume ,
Prince Stadhouder- Héréditaire , fon beau frere
unique , qui a été conçu de l'efprit de Naffau ,
né du fang d'Orange ; qui a fouffert fous les
Etats Généraux ; qui eft defcendu à fon château
de Loo , reffufcité à Hattem & Elbourg , &
eft remonté à Nimegue. Il eft affis à la droite de
fon beau- frere , d'où il viendra avec des troupes
Pruffiennes , pour juger ſes ennemis & les patrios
tes récalcitrans.
Je crois à la réunion des Sept Provinces , à la
réfurrection de l'Orange , à la rémiffion géné
rale de ceux qui retourneront vers le Prince ,
& à la paix éternelle . Amen . ( Courier de l'Eu-
Tope , No. 27. )
dedicate
DEUXIEME LISTE
J
DES Perfonnes qui ont fait leurs Déclaraª
tions & Soumiffions dans les Bureaux du
Greffier & du Tréforier de l'Hôtel-de-ville
de Paris , decontribuer à l'établiſſement de
quatre nouveaux Hôpitaux , capables de
fuppléer à l'infuffifance de l'Hôtel-Dieu
de Paris , annoncé dans le Profpectus
imprimé de l'ordre du Roi , depuis &
compris le 22 Février 1787 , jufques &
compris le 21 Mars fuivant.
N. Noms de MM.les Soufcripteurs . Sommes .
liv. f
Rapportdu Total de la 1. Lifte . 1703665 10
225 M." les premiers Commis.
aux départemens de M. le
Baron de Breteüil..
226 M. l'Abbé Copineau , Chanoine
de Saint - Louis du
Louvre ...
227 Les F. de la R. L. des Neuf-
Soeurs....
228 M. Acher de Mortonval , premier
Commis des Finances ..
229 Le Collège de Harcourt....
Avril 1787.
10000
1200
.600
600
600
1716665 10
a
( 2 )
1
N. " Noms de MM . lesSoufcripteurs. Sommes.
liv . f.
De l'autre part .... 1716665 10
230 M. le Prince Emmanuel de
Salm- Salm ..
231 La Société de la réunion des
Amis intimes...
232
Les RR . P P. Carmes - Déchauffés
de la rue de Vaugirard
....
233 M.*** Maréchal-de-camp ...
234 M.me ****
235 M. Dufaiy , Architecte , a offert
de faire gratuitement
les plans, deffins & conduite
des quatre Hôpitaux.
236 M.***
237 M. les Régiffeurs - Généraux .rs -
des Aides & Droits y réunis..
238
M. ***
239
M.me ***
2400
300
3000
1200
IOCO
2
3000
67200
600
300
241
240 M. B *** Ecolier du Collège
du Cardinal le Moine ,
contribué fur fes fatisfecit ,
pour
M. de ***
12
Fermier-Général..
୨୦୦୦
242 M. l'Abbé
* * *
Vicaire à
l'Hôtel- Dieu....
72
243 M. l'Abbé
***
Vicaire à
72
l'Hôtel-Dieu ...
244 M. Lejeune , Peintre , a offert
un Tableau , & defire , fi
fon offre eft reçue , s'en occuper
tout de fuite.
1804821 10
( 3 )
N. Noms de MM.les Soufcripteurs.
Ci-contre....
245 Les Domeftiques de M. le
Comte de Keralio .
246 M.me Chaftelain de Frenilly.
247 M. André * * *
248 M. Gonichon , Opticien du
Roi .....
249 M. de la Milliere , Maître des
Requêtes ....
250 M. de Marmontel , Secrétaire
perpétuel de l'Académie
Françoiſe ..
251 M. Julliot , Membre du Collège
de Pharmacie , a offert
de diriger & infpecter gratuitement
la Pharmacie &
les uftenfiles métalliques y
relatifs , dans l'un des quatre
· Hôpitaux .
252 M.me ***
Sommes .
liv. f.
1804821 19
37. 4
1200
300
144
I200
600
253 M.me ***
254 M.me la Marquiſe de
***
255 M.me B. V.L..
256 M. de *** Chevalier de
l'Ordre de Malte .......
257 M. de la Harpe , de l'Académie
Françoife ..
258 La Communauté de M." les
maîtres Perruquiers .
259 M. Belurgey ..
260 M. Gayot , Avocat & principal
Clerc de Notaire ....
261 M. l'Abbé *** Vicaire à l'Hôtel
- Dieu de Paris .......
1200
600
3.00
48
2400
600
6000
2600 6
3000
150
1825201
a ij
( 4 )
N. Noms de MM.les Soufcripteurs .
De l'autre part ....
262 M. l'Abbé *** Vicaire à l'Hô
tel - Dieu de Paris ...
263 On a dépofé au Greffe de la
Ville un Billet de la Loterie
royale de France , pour le
deuxième Tirage de Mars ,
fous les numéros 2 , 2 , 3 , 4
& 5 , dont la mife eft de
12 f. fur le Quine : il n'a
rien produit.
rs
264 M.me la Ducheffe de ***
265 M. les Compagnons Bourreliers
des petites Écuries
du Roi , fauxbourg Saint-
Denys ..
266 M." les Agens- de- change ....
267 Raymond de Saint- Sauveur
Intendant du Rouffillon..
268 M. Dumefnil , Rôtiffeur à Verfailles..
269 M. ***
270 La Société des Amis réunis..
271 M. Guillaumot..
272 M." les Tapiffiers occupés au
Garde-meuble de la Couronne..
273 M. Chery , Docteur de la Faculté
de Droit en l'Univerfité
de Paris , & Avocat aux
Confeils du Roi.......
rs
274 M. les Chanoines de l'Abbaye
de Sainte - Geneviève de
Paris..
Sommes.
liv.
1825201
150
1800
50
24000
1200
144
24
300
12.
72
150
I2000
1865193
( 5 )
N. Noms de MM.lesSoufcripteurs.
Ci-contre.
275 M. Duparc ....
rs
276 M. les Clercs de l'Étude de
M. le Sacher , Notaire ...
277 M. Panel , Couvreur ordinaire
de la Ville , à offert de donner
gratuitement fes peines,
foins & furveillance à la couverture
d'un des quatre HOpitaux
.
278 M.*** demande qu'il lui foit
accordé une pláce , foit dans
un des Hôpitaux ou tout
autre Bureau ; & il offre de
remettre la moitié des appointemens
qui lui feront
accordés au profit des Hôpi-
279
taux.
M.me Hébert mere .
280 M.lle *** une des Malades des
Incurables.....
281 M.lle *** Femme- de-chambre
de M.me la Marquiſe de
282 M.***
283 M. Abraham Polack , Juif Polonois
...
284 M. le Maréchal de *** .
rs
Sommes.
liv.
1865103
144
126
3
123
*** 24
24
15
6000
6000
12
285 M. du Corps de l'Imprimerie
& Librairie...
286 M. d'Efclignac , Penfionnaire
au Collège de Navarre ...
287 M. de Roger , Penfionnaire au
même Čollège... . .
12
1877475
( 6 )
N. " NomsdeMM.les Soufcripteurs. Sommes
liv.
De l'autre part...... 1877475
288 M. Grenard , Garçon Libraire
chez M. Lambert ...
289 M. Marin ...
290 M. *** Docteur en Médecine ,
Profeffeur de Chimie , offre
d'être gratuitement , pour le
refte de fa vie , Médecin de
l'un des quatre Hôpitaux ,
& de fe mettre à la tête de
la Pharmacie des quatre Hôpitaux.
291 M. le Via mte de Malide...
292 M. le Comte de Malide ....
293 M. le Marquis de Mithon ,
Maréchal- de- camp ...
294 M. Camus de Mezieres , Architecte
- Expert , a offert de
faire les plans , élévations
& conduite des travaux pour
les quatre Hôpitaux.
295 M. le Sage , Gouvernante de
M.rs les Directeur & Chapelain
des Dames du Calvaire
, au Marais .....
296 M. Humet , marchand Mercier.
297 M.me la Comteffe de Bueil ..
298 M.rs ***
rs
299 M. de la Société des trois
Buveurs d'Eau .....
300 M. David , maître Menuifier
offre de conduire gratuitement
la Menuiferie d'un des
quatre Hôpitaux.
6
12
720
720
720
6
30
.600
36
18
1880343
( 7
OS
N. Noms de MM.les Soufcripteurs. Sommes.
liv.
Ci - contre...... 1880343
301 M. de la Borde , ancien Banquier
de la Cour ......
302 M. les Adminiftrateurs de la
Loterie royale de France ..
303 Un Ouvrier de journée..
304 M.***
305 M." Mallet père & fils , Banquiers....
306 M. Grouber de Groubentall ,
Écuyer, Avocat au Parlement
, & M.me fon épouſe
307 M.***
308 M. Pernollet de Falcaz ....
*** ancien Échevin ....
309 M. *
TOTAL.....
100000
20000
24
24
6000
300
6
24
600
2007321
EXTRAIT DU PROSPECTUS.
Chaque Soufcripteur fera libre de partager fa
Soufcription en fix paiemens égaux , à réaliſer dans
le cours de chaque année , pendant les fix ans
confécutifs qui feront fixés pour l'entier achèvement
de la conftruction des quatre Hôpitaux .
Il fera dreffé un Regiftre particulier de tous
les noms des Soufcripteurs & des fommes par
eux offertes , & ledit Regiftre fera déposé à demeure
dans les Archives du grand Bureau d'Adminiſtration
des Hôpitaux de Paris.
J
ここ
piano ; par J. Vanhall : OEuvre ,
XXXII , in- fol . 9 1.
fils
Paris , chez les mêmes.
Treis Sonates pour le fortépiano
, avec accompagnement de
violon & biffe , compolées par
M. Darick, Euvre II in fol. 91.
A Paris , chez Coufinau &
rue des Poulies.
Deux Symphonies concer
tantes , pour deux violons ; par
M. Divaux : OEuvre XIII.
A Paris , chez Bailleux
S. Honoré ; & Vidal , rue de
Richelieu.
, Fue
L'VRES ETRANGERS.
Lifte générale des rê es , avec
les noins des chofes revees &
leurs numéros correspondans ,
pour les tirages de la loterie
royale de France ; ouvrage traduit
de l'italien de Fortenato
Todovino , enrichi de quantité
de figures analogues à ladite lo-.
terie ; nouvelle édition , revue ,
Corrigée & augmentée , avec les
tables des tirages de la même lo
rie : in- 12. br. 2 1. rel. 2 1. rof.
A Gênes , & fe trouvé à Pa
ris , chez Sorin , Lib . quai des
Auguftins.
Nécefité abfolue de l'union ,
de la liberté , avec la bonne foi
dans le commerce .
A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Defenne , Lib. au
Palais royal , Numéro 216.
Nouvelles des Miffions orien
tales , reçues au féminaire des
Miffions etrangères à Paris , en
1785 & 1786 : 2 parties.
L'Espagne triomphante dans
notre tiecie philofophique ; par
D. J. C.
A Madrid.
Expériences & obfervations
fur le danger du cuivre & du
bronze dans les préparations
pharmaceutiques & chimiques ;
par Guilaume Blizard , Membre
de la Société des Antiquaires ,
Chirurgien à Londres , & Lecteur
en Anatomie : in - 8" .
A Londres.
Dictionnaire raifonné des
hommes illuftres dans les arts
& les lettres , tant anciens que
modernes , du diocèle de Como;
par M. le Comte J. B. Giovio ,
Chevalier de l'ordre militaire
de S. Etienne ,* Chambellan 36-
tuel de S. M. Impériale & Apoftolique
: in - 8 °.
A Modène.
Hiftoire complette des chevaliers
de la bienheureufe Vierge
Marie , ou les frères joyeux.
( Gaudenti. )
A Venife.
Magalin hiftorique & litté
raire ,redigé par M. Jean George
Meufel , & pluGeurs autres Savans
: troisième vol. 1786, in-8 °.
A Bareuth.
Idée de la loi agraire Efpagnole
, dédiée au Roi par D.
Emanuel Sifternes y Felice ,
Procureur. Fifcal du confeil da
la chambre de S. M.
A Valence.
Le Temple de la fageffe qui
éclaire l'efprit & dirige le coeur,
A Amfterdam , & fe trouve ou Guide fymbolique de la jeuà
Paris, chez la veuve Hériffont , neffe , pour la préparer à l'é-
Imp.-Lib . rue neuve Notre-Dame. tude de la religion , des ſciences
, des beaux arts , des loix
de l'hiftoire & des langues , en
forme de dialogues entre Mentor
& Télémaque : 3 vol. in- 8° .
avec fig ,
Le Bel efprit , première converfation
entre celui - ci & un
Philofophe , fur les avantages
que procurent à la Nation Efpagnole
les pamphlets critiques,
& les écrivains qui cenfurent
fes d'fants.
A Madrid.
A Peroufe.
Le Chrit , Tragédie traduite
en vers Tofcans , du latin de
Coriolanus Martyranus , Evêque ? Obſervations fur le projet de
de Cofence : in - 8°.
A Parme.
Mémoires de PAcadémie
royale des Sciences de Turin ;
années 1784 & 1985 , pemière
& feconde parties en deur vol.
in -4° avec dix fept planches
en taille douce : 1786.
A Turin.
commutation ; rar Thomas Ba
tes Rous , Ecuyer , avec un fap
piement : 1786 , in- 87.
A Londres.
Obfervations fur la nature, les
eſpèces & la prophylax de la dé
meuce , par M. Thomas Arnold,
Docteur en médecine: z v . in- 8°.
A Londres.
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.D. PIERRES , premier Imprimeur Ordinaire du Roi ,
rue Saint - Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 liv. 4 fois
par année , avec la Table .
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOυ , rue des Poitevins. Le prix elt , pour Paris,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
tente deux livres , que l'on remettra à la Pofte
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
davis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meeurs les Soufcripteurs du mois de Mai
u priés de renouveler au plus tôt leur abonnement ,
qu'on ait le temps de réimprimer leurs adreſſes,
' ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
las voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reçues.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le